PURCHASED FOR THE
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
FROM THE
CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT
FOR
LINGUISTICS
GRAMMAIRE COMPAREE
DBS DIALECTES BASQUES
GRAMMAIRE COMPARES
DES
DIALECTES BASQUES
PAR
J HR W. J. VAN EYS
MA1SONNEUVE, 2f, QUAI VOLTAIRE
WILLIAMS ET NORGATE
Henrietta ftreet
FREDERIK MULLER
Heerengracht
I8 79
ftf-
JUL281967
ERRATA
PAGES
LIGNES
AU LIEU DE
28
18
emakemeak
n
26
L'elifion du t
63
10
(pour lurreki
6 9
7
gadulko
101
22
duguec
101
note
bai-dara
If 4
12
horekila
IT4
note
Eilioa dam bithiere
162
30
temps primitifs
200
9
tedis
279
7 (col. 2)
2 79
9 (col. 2)
282
M
az
326
ii
zitza$eyan
436
8
naurauanac
461
i
zunde, zunte
LISEZ
emakumeak
L'elifion du k
(pour lurreri
galduko
duquec
bal-darak
norekila
Bihof daut bethiere
modes primitifs
le dis
gagik (nous a toi)
dagikez (ils & toi)
araz
zitzakeyan
narauanac
kunde, kunte
AVANT-PROPOS
'Pendant les dix annees qui fe font ecoulees depuis la publication de
noire EJ/ai (2 edition, 1867), un grand nombre de fails, pajfes ina-
pergus jufqua prefent, font venus eclair er cTun nouveau jour les queftions
tfanalyfe grammatical ; & noire Effai du dialecle guipu^coan ne pouvaii
guere etre complete, quen devenant une etude comparative des diale&es
differ ems.
Tlus on etudie le bafque, & plus on voit diminuer tabime, quon
croyait exifter entre le bafque 6* les autres langues. Vans noire Effai
nous avons reuffi, croyons-nous , afubftituer a un grand nombre de theories
hafardees , un nombre egal de fails, qui nont rien d 'extraordinaire ,
6 dont I exactitude a ete generalement reconnue. ZNj)us efperons que le
prefent travail contribuera a faire difparaitre, en grande partie, ce qui
reft ait de reveries grammaticales.
L admiration naive pour des phenomenes imaginaires fera place a une
admiration intelligente, bafee fur la connaiffance des f aits. L admiration,
par exemple, pour la declinaifon 6* pour la conjugaifon, ceffera necejfai-
rement, ou changera de nature, le jour ou Ton vena que la declinaifon
nexifte pas, & que la conjugaifon bafque a ete foumife aux memes lois de
la logique que celle des autres langues, ceft-a-dire quelle exprime dans
fes flexions le fujet, le verbe & Tobjet. Si je dis en bafque nakufzu (de
n-ikuf-zu) ,,vous voye^ moi y) , je m exprime de la meme faqon quen
franc, ais ; feulement lafyntaxe frangaife veut quon dife ,,vous me
VIII
& T habitude bafque veut quon ecrive ces trois parties du difcours en un
feul mot. Ou bien ft je dis : emon deutfut ,,je vous Tai donnf, je
mexprime exaclement comme en efpagnol ; emon eft ,,donne" , & deutfut
eft forme de d-eutf-zu-t ,,je-vous-tiens-le" . En efpagnol ,,tenir y) corref-
pond a ,, avoir". Ces deux exemples expliquent toute la conjugaifon;
ceft la la veritable bafe de la flexion bafque, & sil fe rencontre des
flexions difficiles a expliquer, ou qui ne s expliquent pas pour le moment,
il faut sen prendre a I ignorance du grammairien, & nonpas auxparticu-
larites de la langue bafque.
Une autre caufe qui a fortement contribue a perpetuer le caraclere
tfetrangete quon croyait decouvrir dans la langue bafque y ceft la prefe-
rence pour les explications extraordinaires, furnaturelles, quand F expli-
cation naturelle fe trouvait fous la main. oAvani que nous ne Teujjions
fait remarquer dans noire EJfai (pour ne citer quun exemplej, on ne
shah pas apergu, que le bafque, comme un grand nombre diautres
langues, fe fert un pronom perfonnel pluriel, pour un jingulier honori-
fique f,,vous" pour y) tu y:> exaftement comme en frangaisj; & meme
dans un des dernier s numeros de la Revue de Linguiftique (i), cetre
queftion eft encore difcute'e , dix ans apres quelle a lie prouvee d'une
fagon irrefutable !
cAufji les etudes Sanely fe grammadcale ne marchent-elles pas a pas
de ge'ant. II nous ferait difficile de citer beaucoup decrits, qui aient
avance nos connaiffances d'une fagon fenfible depuis la derniere di^aine
tfannees. En verite nous fer ions embarrajfe cten citer un feul. Tas une
des difficultes fignalees dans notre EJfai, na ete relevee ; on dirait quen
dehors du verbe, la langue bafque noffre aucune difficulte. Tronoms,
fuffixes, conjonclions, tous ces mots pafjent inapergus, engloutis quils
font, les uns dans ce que Ion croit etre la declinaifon, les autres dans ce
que Ion croit etre la conjugaifon. Ce ne font plus des mots ; fouvent tout
ce quon leur permet, ceft d'etre des lettres, adventices ou redondantes
& quand elles genem, inutiles.
tMais quoi quil en foil des etudes bafques, il eft certain que tinteret
pour la langue & pour les origines bafques seft reveille, & nous croyons
(i) Tome X, p. 220.
IX
pouvoir dire, fans trop de pretention, que nous avons contribue noire
petite pan a anirer dans le camp des "Bafquifants, le doyen de la philologie
comparee, le profejfeur Tott, qui a public une petite brochure interejfante
fur les noms propres bafques.
II ferait inutile dLentretenir le lecleur plus longtemps de generalites
plus ou moins inter effames. V^ous aimerions feulemem indiquer id fom-
mairement les innovations introduites dans noire E/ai, tout autant pour
pouvoir embra/er dun coup ail le chemin pare our u, que pour tfautres
raifons perfonnelles. Chacun, en faifani fon inventaire, fait ce dont il eft
refponfable. &{j}us ne citerons que les fait s principaux :
Le fyfteme phonetique.
V article ou le pronom e'tait primitivement ar.
La de'clinaifon nexifte pas.
Le pronom zu eft un pluriel; hi, feul eft fin gutter ; zuek eft le pluriel
de zu.
Le fuperlatif eft le genitif pluriel.
Le pronom poffejjifeft le genitif du pronom perfonnel.
II y a des fuffixes compofes.
Le futur periphraftique eft ren du par le genitif de fadjeclif verbal.
II y a plus d"un auxiliaire.
Tlufieurs des innovations quon trouvera dans ce volume-ci avaient deja
etc indiquees dans none Etude fur les Verbes auxiliaires.
ZT^os theories fubverjives ont jeie dans le camp des f Bafquifants un
certain emoi, qui seft traduit par un langage qui brille furtout par la
violence. ZN^pus nous attendons bien a de nouvelles attaques, & il en a
deja paru une fous la forme dune critique fur noire Theorie du Verbe ;
le prince L.-L. "Bonaparte a cm utile de publier fes imprejftons dans la
"Revue anglaife }) The cAcademy" . Vaccudl bienveillant qua rencontre
noire Effai, pourrait peut-etre nous difpenjer de repondre a ces articles du
prince "Bonaparte y mais d'un autre cote,, les "Bafquifants auxquels nous avons
repondu dans le temps (voir noire ViflionnaireJ , pourraient nous accufer
d^une fever it e tout e par ticuliere a leur egard.
Les queftions fpeciales feront difcutees en leur lieu & place ; nous
citerons id quelques theories du prince "Bonaparte, comme reponfe a fes
deux articles, fun aujji violent & auffi infignifant que I autre.
s dirons done que :
Quand on croit, comme le prince Bonaparte , que les flexions verbales,
que la langue bafque possede comme louies les aurres langues, font des
,,terminatifs 3) ; quand on croit qu une flexion avec la conjonclion (p. ex.
que faiej, de ,,terminatif" quelle etait, devient une ,, forme regie";
quand on prend une flexion du verbe ,,pouvoir" pour une flexion du verbe
,,etre" [liteke & balitz (l)]; quand on prend des mutations phonetiques
pour des mots ifoles (eta & ga),, allouant au premier une fignificaiion
locale , ce qui neft pas feulement conrraire a la grammaire bafque, mais
au bon fens (oil eft I idee de localite dans gizonetaz )} par les hommes' 3 J;
& laijjant deriver le fecond de tit alien ; quand on a de pareilles theories
& aurres encore, il ferait plus prudent d'etre modefte & referve en
critiquant les autres, de peur de montrer ce que Ion ignore & ce que Ion
croit f avoir.
Tour donner un echantillon des explications grammaticales du prince
'Bonaparte, nous citerons un petit paragraphe, auquel nous avions fait
allufwn dans noire Elude fur les cAuxiliaires, & qui contiem autant
d r erreurs que de proportions. Le void : ,,Le n final , en eff'et, n a pas fa
,,raifon eire dans ce temps ftnparfaitj; quand au mode fubjonclif
,,laeicoan le termine par n... Ceft bien pour cela que dezan 6
,,dezala ,, quit fait" ne fe rencontrent Jamais autrement que fous ces
,, deux formes, tandis que zue 6* zefe transforment en zuela & zela ?:> (l).
i re proportion & i re erreur. ,,Le n final n a pas fa raifon d'etre dans
,,ce temps" . Le n final eft la caracleriftique conftante de limp ar fail dans
tons les dialecles. Vans deuxfous-dialecles, inconnus apeupres, & fans
linerature on prononce zue < ze pour zuen ^ zen,, 6* ce font ces dialecles
qui auraient feuls conferve la forme correfte ; & pourquoi? parce que le
prince "Bonaparte ignorait que n s elide devam I, & quil explique de cette
fagon zuela & zela. // ne fuffit pas de noter la prononciation d'un
peuple. Une grammaire f rang aife oil Von enfelgnerait quilfautprononcer
coLlidor & chartutier ne laifferait pas que d'etre amufante. Une lettre qui
na pas fa raifon d'etre, c'eft une de ces theories qui font de'ja condamnees,
croyons-nous, a priori.
(i) Vow les details ch. XXIV, % 14.
(2^ Fprmulaire ds Prone conferve dans l'glise d'Arbonne..., par le prince L.-L, Bonaparte.
XI
2 mt proportion & 2 me erreur. ,, Quant au mode fubjonfiif, fac^oon le
,,termine par n". J // riy a pas de fubjonclif; 2 m erne pour ceux
qui ont examine irop fuperficiellemem le verbe pour ne pas f avoir que le
fubjonclif riexifle pas, lobfervation eft tout-a-fait infignijiame; ce rieft pss
feulement fae^coan qui termine le fubjonclif par n; ce font nice ff air emem
wus les dialecles, car fans n il riy a pas de foi-difam fubjonclif.
3 proportion & 3 erreur. ,,CeJi bien pour cela que dezan &
,,dezala , } quil Fait" ne fe rencontre jamais autrement que fous ceue
,, forme". Le prince 'Bonaparte par ait ignorer que deza eft la
3 me perfonne dujingulier du prefent de T indie atif de ezan; deza/wvi
de n ou de la. fait dezan 6^ dezala. Ceft la la raifon, & il riy en a pas
cCautre.
4. proportion 6* f ie erreur. ,,Tandts que zue 6* ze fe trans formem
en zuela & zela". // riy a pas de transformation id. Zuen ,,il avail"
6* zen }) il e'tait" , fuivis de la, deviennent zuela 6* zelaparce que le n
eft elide devant le 1. Ceft la f unique raifon; mais comme le prince
'Bonaparte ria pu apprendre ces lois phonetiques que dans none E/ai, qui
a paru apres fon ^Trone" , nous ne pouvons pas etre tr op fever e de ce
quil ria pas mieux fu expliquer ces derniers exemples. ZN^ous riaurions
pas meme lie fevere fur wus les autres points ji le ton des articles du
prince ^Bonaparte ne nous y eut contraint. Quand on a plus dun demi-
jiecle derrierefoiy ces boutades extra-fcientifiques emeuvent trespeu; mais
on nous accordera } croyons-nous, quon ne peut reprimer trop feverement
ces efpeces de critiques, ou le ton d'autorite par ait devoir fupple'er a tout,
aux connaijfances requifes 6^ aux formes, generalement obfervees par les
gens bien el eves.
San Remo, aout 1878.
W. J. VAN EYS.
2\/\ B. y^ous devons avertir le letfeur que les flexions des verbes qui man-
quent dans les tableaux, exiftent cependant dans la langue; mais nous n'wonsvoulu
clter que celles que nous avons trouvees chez les auteurs bafques.
DES DIALECTES BASQUES.
CHAPITRE PREMIER.
i.
Les dialefles bafques.
Les dialedles bafques peuvent fe divifer en differents groupes,
& dans ces groupes fe trouveronc des nuances plus ou moins mar-
quees. Pour notre but., la repartition de la langue bafque en fix
grands dialedles fera fuffifante, favoir : le bifcaien, le guipuzcoan,
le labourdin, le bas-navarrais, le navarrais efpagnol"& le fouletin.
Encore ne faut-il pas s'exagerer la valeur de la difference de ces
dialecles, & en ne prenant que les quatre principaux, le bifcaien,
le guipuzcoan, le labourdin <3c le fouletin, on trouvera les grands
traits diflindlifs qui feparent un dialecte d'un autre. Le navarrais
efpagnol formera fouvent, dans le verbe du moins, le chainon qui
relie le bifcaien au labourdin & au bas-navarrais ; par centre, le
dialede guipuzcoan a autant de formes qui rappellent le bifcaien
que le fouletin, & penche meme plutot vers le fouletin dans plufieurs
temps du verbe.
Sauf les differences caraderiiliques , les dialedes bafques font
fouvent pareils; des emprunts fe font faits de part & d'autre, ou des
influences on t agi egalement chez les uns & chezlesautres. Une lan-
gue dont tous les dialedes ont adopte en commun la totalite des lois
phonetiques ne prefentera guere des variations bien grandes; cepen-
dant il ne faudrait pas conclure de ce que nous venons de dire que
ceux qui parlent un dialede different fe comprennent fans difliculte.
I
Sans vouloir dire que le dialecle bifcaien fe foit conferve plus pur
que les autres, il faudra cependant y reconnaitre, dans plufieurs
cas, un caradlere plus archaique. Jufqu'a prefent les tentatives de
comparaifon des dialecles entre eux ont du etre neceffairement
irnparfaites & fouvent nulles, puifqu'on ne connaiflait ni les lois
phonetiques, ni la nature & la formation du verbe; mais peu a peu
la lumiere s'efl faite, & nous ne croyons pas exagerer la valeur des
refultats obtenus en les confiderant comme fuffifants pour pouvoir
fe permettre de pofer les fondements d'une grammaire comparee de
la langue bafque.
Nous jetterons un coup-d'ceii rapide fur les differents dialedes,
& fignalerons leurs points caradleriftiques.
2-
Le dialefle bifcaien.
Le dialecle bifcaien fe fepare nettement de tous les autres dialedles
par les auxiliaires du verbe tranfitif. La conjugaifon avec deux
regimes^ p. ex. , Je vous le donne" a pour auxiliaires^ en bifcaien,
trois verbes : emfi ,,tenir' 5 pour 1'indicatif, egin ^faire" pour le
fubjonclif; edin ^pouvoir" pour le potentiel. Tous les autres dia-
lecles fe fervent des verbes euki & qa/i. Cette difference fuffirait
deja pour rendre le bifcaien inintelligible a ceux qui parlent un autre
dialecle.
Un autre point caracleriftique, mais pas fi exclufivement bifcaien
que celui que nous venons de citer, c'eft la mutation de la voyelle
finale primitive quand fuit Farticle a. Ces mutations fe retrouvent
dans quelques autres dialectes (en fouletin & en bas-navarrais), mais
rarement& fans ordre; plutot par exception. Seme ^fils" faitfemia
}) \Q fils' 5 ; arno ^,vin" fait arnua , 3 le vin" (i).
(i) On a voulu retrouver cette prononciation dans le labourdin. Mais M. Duvoifin dit
que le beau labourdin, celui qui fait autorite, prononcefemea & arnoa. Etudes fur la langue
bafque. Auffi cette orthographe ne fe voit ni chez Axular, ni chez Haramburu, ni chez
Chourio.
3
Un autre trait propre au dialecle bifcaien, cell la prediledion
marquee pour Thiatus, & en general pour les voyelles doubles &
triples; p. ex. -par pour iahar ; leengo pour lehengo ; debekau pour
deb fkatu; femiaen pour femiaren. Ce n'eft pas ici la tendance a elider
des confonnes (/z, r), qui eft fpecialement bifcai'enne; le guipuzcoan
en fait autant; mais ce dialecle ne tolere pas ['hiatus & dit : ?ar,
lengo.
L'elifion des confonnes eft cependant plus frequente en bifcaien,
puifqu'on n'eft jamais arrete par la crainte de produire un hiatus ;
felifion de r eft furtout tres-commune ; femiaen pour femiaren; no
pour nor; \e pour ^er. L'elifion du r du genitif fe trouvc furtout
chez Olaechea; p. ex. Eguneango criftinaubaen exercicioa ,,exercices
journaliers du chretien". Yangoicoaen femiari ,,au fils de Dieu".
Taunaen gracia^ , 5 par la grace de Dieu". II ne peut pas y avoir de
confufion entre le genitif fingulier <5c le genitif pluriel, puifque
1'article qui s'eft maintenu au fingulier (gl{pnaren ou gi^onaenjy s'eft
perdu au pluriel ; de fa^on qu'il ne refte de Tarticle que la voyelle de
liaifon e qui le liait au fuffixe n: criftinaubaen, fing.; criftithiuben, plur.
Zavala (i) compte quatre varieces dans le dialecle bifcaien :
1 Celle de Marquina & de fes environs, jufqu'au Guipuzcoa;
c'eft celle qui fe diftingue par la mutation dela voyelle finale;
2 Celle de la Merindad de Arratia, oil Ton prononce le a final
com me e ; p. ex. dire pour dira ; de pour da; deu pour dau; deutfet
pour deuifat;
3 Celle du centre de la Bifcai'e,, qui combine les deux particula-
rites mentionnees ci-deiTus;
4 Celle d'Orozco, qui eft comme celle du centre; feulement elle
ajoute b apres o: doba pour doa; par centre, au lieu d'introduire le
b apres u, felon la regie, on change le a en i: menduin pour
menduban, & e precedant e devient i: daudie pour daudee.
Outre ces differences grammaticales, le bifcaien fe fert de formes
& de mots inconnus aux autres dialecles ; p. ex. le prefent de 1'in-
dicadf de iian eft na^ ai, da, &c.; tandis qu'il eft nai^ ail ou
(i) Verbo vajc., p. 5 5.
4
ni^, hii dans d'autres dialecles. Ceci font des variantes d'une meme
forme 5 mais on trouve des mots entierement diflerents & feulement
en ufage en Bifcaie; p. ex. gura pour nai ou nahi.
?
Le dialefle guipuzcoan.
Ce dialecte a un caractere moins accufe; il fe trouve entre la
Bifcaie & le Labourd, & fe reffent de fa pofition geographique ; il
participe de Tun & de Fautre dialecte; mais quant au verbe, qui eft
toujours un trait diftinclif, le guipuzcoan eft beaucoup plus rap-
proche du labourdin que du bifcaien : il n'emploie ni eurji, m egin,
ni joan comme verbes auxiliaires, ce qui eft extremement remar-
quable, le guipuzcoan etant un dialede bafque d'au-dela des Pyre-
nees; faudra-t-il en conclure que le guipuzcoan & les dialedtes
bafques frangais ont forme autrefois un groupe homogene, fepare
du bifcaien, mais toujours dans une relation de dialecles, ou
faudra-t-il envifager le bifcaien comme un dialedle plus ancien?
II ferait peut-etre premature de fe prononcer fur cette queftion d'une
maniere decifive, mais il nous femble que le dialecle bifcaien pourrait
etre confidere comme 1'aine de la famille.
4-
Le dialede labourdin.
Le dialecle labourdin n'a pas de caraclere diftinclif, pas plus que
le guipuzcoan ; comme celui-ci, il fe fert des memes auxiliaires que
les autres dialecles bafques francais. Les flexions du verbe ont fouf-
fert; elles ont leurs formes particulieres, il eft vrai,, mais il n'y a
qifa remonter deux fiecles pour trouver chez Axular, Haramburu.,
Etcheberry,, ces memes flexions dans toute leur purete ou a peu de
chofe pres. Side nos jours on dit dama^u ,,je vous Tai'% on di-
r
fait au xvn e fiecle derautaiu ou derota^u. *Diot ,,je le lui ai j> s'ecri-
vait encore,, au temps des auteurs mentionnes ci-defTus, deraukat ou
derokat, Plus on remonte, & Ton ne peut guere remonter plus de
trois fiecles,, plus les differences diminuent, ce qui eft furtout fen-
iible dans le dialedle fouletin; mais le labourdin aufli s'eft fortement
altere, comme on le voitparles exemples donnes.
Malheureufement nos reffources pour la critique des dialecles de
ces temps-la font tres-infuffifantes 5 fouvent il ne nous refte qu'un
feul livre reprefentant la litterature de tout un fiecle, p. ex. le
N. T. de Li^arrague pour le bas-navarrais du xvi e fiecle ; les poefies
de Dechepare pour le fouletin de ce meme fiecle. II ferait par con-
fequent tres-rifque de critiquer tel ou tel dialecle, puifque fouvent
tout point de comparaifon manque. II ne ferait pas prudent de dire
que la langue de Liarrague eft un melange de bas-navarrais & de
labourdin. La tradu6lion du Nouveau Teftament de Licarrague eft
Funique livre qui refte de cette epoque & le labourdin du xvi e fie-
cle eft totalement inconnu. On a avoue que vkan eft bas-navarrais,
mais a regret, a ce qu'il parait, car on ajoute ,,ukan aurait pu etre
labourdin". Sans doute, & ukan aurait pu etre auffi bifcai'en ou
guipuzcoan. Les flexions du verbe auxiliaire qui ont ete citees
comme fe rapprochant plutot du bas-navarrais que du labourdin
moderne,, prouvent au contraire tres-peu pour la purete de la lan-
gue de Licarrague. Vraukat ,Je le lui ai" eft tout auffi bien la-
bourdin que bas-navarrais ; Axular, Haramburu, Etcheberry, tous
Labourdins, ecrivent draukat.
Un trait diftindif, mais propre a tous les dialedes bafques
fran9ais, ceft la double forme du pluriel, une pour Tagent, une
autre pour le patient,, tant pour le nom que pour le pronom.
f-
Le dialefte fouletin.
Le dialeae fouletin a affez iouffert en general 5 ce n eft pas feule-
mcnt le verbe,, comme en guipuzcoan^ qui porte les traces cTiine
corruption phonetique tres-violente, c'eft aufli fa prononciation qui
s'eft modifiee; le u eft devenu u frangais, comme regie _, & s'amincit
jufqu'a i par la mutation ; du-[u fe prononce du^u (u frangais), &
dilute en perdant le t eft devenu diiiie, pour du^uye.
Heureufement pour Tetude du dialedte fouletin, il y a quatre livres
precieux : les poefies de Dechepare,, if4f ; le Prone fouletin, 1676;
le Catechifme de Belapeyre, 1696, & limitation de Jefus-Chrift,,
17^7. On peut done fuivre pendant trois fiecles les modifications
qu'a eprouvees ce dialecle.
Les comparaifons font furtout importantes pour les flexions des
verbes auxiliaires_, qui du temps de Dechepare ne s'eloignaient que
tres-peu de celles employees par Axular,, Haramburu^ Labourdins
qui vivaient un fiecle plus tard. A cette epoque on trouve le Prone
fouletin oil ces flexions ont deja cette forme fyncopee qui ira tou-
jours en augmentant., jufqu'a ce qu'on vienne a notre epoque,, oil
elles font a peine reconnaiffables,, & oil elles ne font depaifees que
par celles du dialecle guipuzcoan.
Dechepare,, en if4f, ecrit deraut 3} {l me IV, comme les La-
bourdins. Ce deraut devient derit dans le Prone de 16765 & deit
dans le fouletin d'aujourd'hui.
Au nombre des traits caracleriftiques de ce dialedle^ on pourra
citer :
i L'emploi de ukhen ^eu" pour i-[an des autres dialecles ;
particularite qu'elle partage avec le bas-navarrais y qui ecrit
ukan.
2 Le datif pluriel en r. Quelques localites du Labourd s'en fer-
vent aufli.
3 La mutation de r en / dans le fuffixe ra: herriala pour her-
rira (i).
4 Le pluriel regulier hurak de hura ,,ce-la". Ce pluriel n'exifte
nulle part.
(i) La mutation de r en / n'a rien d'extraordinaire en elle-meme; ce qui eft extra-
ordinaire, c'efl que le fuffixe ra en foil atteint.
6.
Les auires dialed es.
Les autres dialecfles comme le navarrais efpagnol, le bas-navar-
rais & les varietes labourdines, guipuzcoanes & autres, fubifTent,
croyons-nous, generalement, Tinfluence de leur pofition geogra-
phique ; & bien que quelques-uns prefentent peut-etre des pheno-
menes ifoles, les quaere grands dialecles nous donnent la totalite
des traits principaux, efTentiels, qui fuffifent a expliquer cette lan-
gue interefTante. Nous ne pretendons en rien diminuer la valeur
de ce que les fous-dialecles pourront encore livrer pour combler les
petites lacunes ; mais meme fans eux nous avons afTez pour appre-
cier la langue bafque dans toute fon etendue, & avant de nous
abforber dans des details qui pourront completer Fedifice, il faudra
afligner les bafes fur lefquelles on pourra 1'eiever.
CHAPITRE II.
. i.
V (Alphabet.
Jufqu'a aujourd'hui Talphabet primitif bafque eft inconnu, & la
feule chance de le retrouver fera peut-etre fur les monnaies a in-
fcriptions dites iberiennes 5 mais jufqu'ici la ledlure de ces infcrip-
tions eft fi incertaine, qu'il n'y a rien a prejuger ibic pour, foit
8
centre la theorie d'identite du bafque & de Tiberien. Perfonne,
autant que nous fachions, n'a nie la poffibilite de la parente du
bafque & de Tiberien 5 mais encore de nos jours cette parente n'eft
qu'une hypothefe pure & fimple, fans aucun fait pofitif pour 1'ap-
puyer. II ne fallait pas un grand effort d'imagination pour formuler
cette hypothefe, et 1'homme de genie dont le nom ne parait pas
pouvoir s'en feparer (& fans raifon), a heureufement, croyons-nous,
de meilleurs titres a notre admiration; Thypothefe devait feproduire
d'elle-meme 5 tout concourait a faire envifager les Iberiens comme
les ancetres des Bafques ; aufli cette theorie n'eft-elle pas du tout
nouvelle, & Humboldt n'a fait que repeter ce qui avait ete deja dit
par Larramendi. Abrite fous le nom du celebre philologue alle-
mand, on a repete de confiance ce qu'on 'ne fe trouvait pas en
etat de verifier (i).
Ce qui a ete nie^ & a bon droit^ c'eft la certitude de la parente
du bafque & de Tiberien. S'il eft prudent de ne rien admettre que
fur preuves, quand il s'agit de langue bafque, il eft abfolument
necefTaire d'etre pour le moins auili prudent quand c'eft la langue
iberienne qui eft en queftion 5 pour la raifon tres-fimple qu'on ne
fait rien de la langue iberienne, ou fi peu du moins qu'il n'eft pas
queftion d'argumenter d'une langue iberienne pour prouver une
parente quelle qu'elle foit, bafque ou autre (2).
L'opinion contraire fe reduit a neant par la Teule queftion : oil
font les preuves? Vouloir comparer une langue dont on ne fait pas
lire Tecriture a une langue qu'on ne connait prefque pas, eft un tour
de force qui ne peut guere donner un refultat ferieux.
Nous ignorons fi Thiftorien peut fe contenter de la probabilite de
(1) Un de nos amis, M. N. van der Tuuck, un des juges les plus competents en fait de
langues polynefiennes, nous ecrit : La grammaire Kawi de Humboldt fourmille de
fautes.
(2) Une legende eft fouvent dechiffree de quatre rnanieres differentes, p. ex. Chalman
Ucfaman Celfitan Heleofcan. Ce n'eft pas ici le lieu d'aborder la queftion de la
numifmatique iberienne ; mais nous croyons pouvoir dire que le dechiffrement des
legendes laifle necefTairement enormement a defirer. M. Heifs trouve treize variantes
correfpondant a k &. quatre a q. Description generate des Monuments antiques de I'Efpagne
p. ai.
1'hypothefe, mais le philologue doit exiger plus, furtout quand la
queftion eft tranchee fi peremptoirement qu'ellc 1'efl chez Hum-
boldt : Les termes de peuples parlant iberien & de peuples par-
a lant bafque, ont la meme valeur(i).
L'alphabet dont les Bafques fe fervent de nos jours efl celui des
langues romanes 5 les Bafques efpagnols ont par confequent Talpha-
bet efpagnol & les Bafques fra^ais Talphabet fran5ais.
EXPLOSIVES.
CONTINUES.
SEMI-
VOYELLfcS
NON
ASPIRES.
ASPIRES.
NASAIES. SIFFIANTES. LIQUIDES.
Fortes
_^^ ~
. Donees.
Fortes. Douces.
Fortes. Donees.
Gut. k
Pal. ch
Dent, i
e
d
kh h,j
th
n
n s
n I /.
y
Ling.
Lab. p.
b
ph
r r
m
V
SONS MIXTES.
//, n, u. j, w, i\.
VOYELLES.
a, e, i, o, u & u fouletin.
Quelqu imparfait que foit cet alphabet pour exprimer tous les
fons bafques. il n'eft peut-etre pas plus imparfait qu'un autre alpha-
(i) So find Iberifche Volker und Vaskifch redende 6 leichbedeutende Aufdriicke. Pru-
fung, &c., p. 177-
10
bet; &, comme nous Taverns dit dans notre Didlionnaire (i), il ne
nous parait pas neceffaire de doubler le nornbre de caradleres,
comme cela a ete fair, afin de rendre routes les nuances des fons
bafques.
2.
La prononciation.
La prononciation ne diflfere pas beaucoup d'un dialede a Fautre ;
elle a ete influencee legerement par Tefpagnol & par le frar^ais ;
mais ce qui rend un dialecle inintelligible a Tautre c'eft plutot,
en grande partie,, croyons-nous, Femploi de flexions verbales diffe-
rentes.
La lettre qui diflfere le plus dans fa prononciation eft le j, & la
lettre qn differe le plus comme ufage eft le h.
Les explofives k, t,p, fe prononcent toutes de la meme maniere
dans tous les dialecles.
Le g a toujours le meme Ion guttural devant a, e, i, o, u.
Les bafques efpagnols continuent a ecrire gu devant e & z, ainfi
guidon ou guidon. On ecrit main tenant giion.
Les deux autres explofives douces d & b fe prononcent comme
en francos dans tous les dialedles, excepte le b medial,, qui,, dans les
dialecles bafques efpagnols & auffi en fouletin, a une tendance a
etre prononce v, comme c'eft le cas avec le b efpagnol.
La confonne palatale reprefentee par ch fe prononce a Tefpagnole
dans tous les dialecles ; eche 55 maifon ?? fe prononce etche. II eft
quelques rares exceptions oil ch eft prononce a la fran5aife dans les
dialectes bafques efpagnols. En fouietin on ecrit ich (2).
Les confonnes afpirees reprefentees par kh, rh, ph, fe prononcent
comme k, r, p, fuivi d'une legere afpiration 5 ph n'eft jamais pro-
(i) IntroduAion, p. xxi.
(a) Inchaufpe, Verbe bafque.
1 1
nonce/. Ces lettres afpirees appartiennent fpecialement au diale<fjc
bas-navarrais actuel.
Le h fe prononce comme une legere afpiration dans les dialedlcs
bafques francais, mais cette confonne eft muette dans les dialecles
bafques efpagnols & s'eft tout-a-fait perdue en bifcaien.
Le j fe prononce en guipuzcoan comme la jota efpagnole, en la-
bourdin comme y fran$ais, & auffi comme d mouille (dofaiu ou
ieftatuj; en fouletin comme j francais & en bifcaien a peu pres
comme en francais.
S\^ guttural fe prononce dans tous les dialecles comme en fran-
ais. Bien qu'ii n'exifte pas de lettre fpeciale pour cette lettre, nous
avons cm devoir repeter le n dans le tableau.
5\^ palatal eft ecrit n dans les dialecles bafques efpagnols; il etait
reprefente autrefois par les groupes nh, hn, in, ni. Le fon correfpond
a gn dans ,,agneau". Cette lettre eft inconnue au dialecle baf-
navarrais. Comparez ce que nous avons dit dans notre diclionnaire,
page XLV.
fyf fe prononce comme en francos ou en efpagnol.
S a a peu pres le fon de s francais ou efpagnol, mais plus gras,
plus nourri. Ce n'eft plus s & pas encore ch; mais toujours plus
pres de s que de ch. Si Ton ne faifit pas la bonne prononciation, on
fera mieux de prononcer s que ch ; on eft compris quand on dit
fagarra (la pomme) & non pas quand on dit chagarra.
Z remplace le c & le f de Fancienne orthographe; il fe prononce
comme le c francais dans ,,ce", & jamais comme le z fran5ais dans
n zele", excepte quelques rares exceptions en fouletin.
T{. Cette lettre a deux fons: Tun dur, Tautre doux. Entre deux
voyelles, ce fon eft fi doux qu'il eft difficile pour un etranger de le
prononcer : ura, ara, ere. On croirait entendre quelquefois un d. En
labourdin., on prononce & on ecrit generalement ai pour ari; \oi
pour lorhi ; -phi pour ^iri ; fahats pour farats ; baatchuri pour barat-
churi. A la fin d'une fyllabe, & fuivi d'une confonne, le r fe pro-
nonce comme en francais. Deux r fe prononcent tres-fortement :
lurra ,,l a terre".
L fe prononce comme en fra^ais ; // fe prononcent dans les
12
dialedles bafques efpagnols comme 11 mouilles dans les dialedles
bafques francais.
T. Cette lettreadeux fons: i comme )} y" francais dans ^ayant";
2 comme ^die' 5 dans Dieu 5 c'efl un fon mouille,, quirepond exac-
tement au hongrois gy. Ainfi oya ,,le lit" ; turmoya 3 ,le tonnerre";
amor ay a ,,la truite'% fe prononcent odia, mrmodia, amoradia. Quand
meme on ecrit i (en guipuzcoan) comme dans andia ^,l e grand"
(& non andya, puifque le i n'eft pas entre deux voyelles)., on pro*-,
nonce tout de meme antfdia ; Scerdia: ercTdia; mendia: mend dia; aia,
mieux aya: adia. Ce fon mouille de fy a produit une double ortho-
graphe : doftaiu & j oft am fmieux yoftatuj . Comparez notre diclion-
naire^ aux lettres J & T.
Ts & q fe prononcent comme t -}- s <5c t -f- ^.
LES VOYELLES.
Les voyelles fe prononcent comme en efpagnol 5 le u efl pro-
nonce comme ou frangais^ excepte en fouletin, ou il a pris le fon
de )} u" fran^ais.
Les diphthongues n'exiftent pas plus en bafque qu'en efpagnol ou
en italien ; chaque voyelle fe prononce.
Le o nous a paru avoir une tendance a etre prononce comme le o
dans jjrocher".
Ces quelques indications fuffiront pour donner une idee de la
prononciation bafque. Ceft tout ce que nous pouvons donner pour
le moment. Une etude approfondie fur la prononciation bafque
demanderait un fejour prolonge dans le pays meme, tant en-decl
qu'au-dela des Pyrenees.
CHAPITRE III.
LE SYSTEME PHONETIQUE BASQUE.
I-
Les confonnes.
Le fyfteme phonetique de la langue bafque eft affez fimplc ; il
n'y a pas beaucoup de regies & il y a peu d 1 exceptions. Bien quc
la langue bafque ait produit, peut-etre fix, & certainement quaere
dialecles aflez differents pour etre confideres comme des dialecles
fepares, il n'en eft pas moins vrai que tous ont adopte, en grande
partie, les memes lois phonetiques.
II y a tres-peu de lois qui appartiennent fpecialement a un feul
dialede; c'eft plutot telle loi qui eft appliquee avec plus ou moins
de rigueur dans tel dialedle ou dans tel autre; ce qui eft une loi
immuable dans un dialecte (comme la mutation de la voyelle finale
primitive en bifcaien) fe retrouve comme exception dans un aucre.
Nous n'avons pas trouve, par confequent, beaucoup a changer
an fyfteme phonetique, ecrit il y a dix ans, & qui fe trouve dans la
deuxieme edition de notre EfTai. II faut fans doute le completer,
mais les traits fondamentaux reftent intacls. L'addition la plus im-
portante eft celle de la mutation de en i ou bien fon elifion; deux
faits d'une immenfe portee pour Tetymologie bafque.
GUTTURALES.
K. Quand k final primitif eft fuivi d'un fuffixe, il devient medial,
& dans ce cas il eft converti en t ou bien il eft elide. Quelquefois le k
'4
fe maintient au milieu du mot, mais c'eft tres-rare. Quand il provient
d'un h, le k medial eft tolere.
K final, primitif, fuivi d'un fuffixe, eft elide dans tous les dia-
lefles.
Le dialecle bifcaien, avec fa predilection pour 1'hiatus, elide le k
fans le remplacer : aek -f- n ,,ceux-la ?:> devient aen ,,de ceux-la"; les
autres dialedes ne tolerent generalement pas 1'hiatus & le font dif~
paraitre en intercalant unj/ le guifp. dit ayen; le foul, hayen; le lab.
heyen. Gi^pnak + n fait gi^onen pour gi^onaen; 1'hiatus a etc evite ici
en elidant aufft le a. Gi^pnak -(- i fait gi^pnai & gi^onei; 1'hiatus a ete
admis ici par tous les dialecles (i). L'elifion duk n'eft pas limiteeaux
noms & aux pronoms ; on en trouve de nombreux exemples dans le
verbe: de^adak ,,,tu me 1'as" fuivi de la conjonclion // ,,que" devient
de^adakan (2). En labourdin le k s'eil maintenu, ce qui eft rare, &
Ton ecrit dieiadakan; le guipuzcoan a elide le k & a laiffe 1'hiatus :
die^adaan; le fouletin a evite Thiatus en intercalant y : di^adayan'. Le
bas-navarrais elide le k & laiffe fubfifter 1'hiatus : ZNj)r da hiri drauan
guidon hura? Jean v, 12. Qui eft cet homme qui fa dit? Vrauan eft
pour drauk -f- n relatif. Hiruretan vkaturen nauala, Matth. xxvi,
54. Tu me renieras trois fois; de nauk-la. E^rey arropa eituala.
Matth. xxn, 12. Sans que tu aies robe de noce; de e^-duk-la. En
fouletin ne\ak -j- la devient ne^ayala. Tenfa egac handuyala redbitu
fedia (3). Songe que Ja tu as re5u la foi. Han ,,la'% duk ,,tu as" la
,,que". Edn daieyela falbu (4) qu'il ne peut etre fauve; dareke-la,
pour daiteke-la. Zaiieke lab. correfpond a ^aiteye foul. ,,vous pour-
rez". ZNjndukan, 1. =ninduan, g. = ninduyan) fouletin.
Si k n'eft pas primitif, .mais s'il provient de h, k eft de rigueur :
eman -f- hume fait emakume. II fe prefente des cas oil il faut con-
ferver la lettre k, fans toutefois la garder au milieu du mot, ce qui
parait fortement deplaire a 1'oreille bafque, furtout bifcai'enne; c'eft
(1) Excepte le fouletin j ce dialefte dit gl^oner ; al efl devenu er corruption inexplicable
pour le moment.
(2) Nous donnoris ici a e^an, pour plus de clarte, la fignification de ,, avoir",
(j) Dechepare, Poefies, p. 8.
(4) Meme ouvrage, p. 18.
If
ce qui a eu lieu dans lauxiliaire; p. ex. ,,tu l'as" fe dit </0A en bifcaicn;
& ,,tu les as" ferait regulierement doka^ dok + i; ie bifcaien s'dt
tire de la difficulte en tranfpofant le k et dokai eft devenu do^ak. Si
le k avait etc elide, on aurait perdu la caraderiftique de la deuxiemc
perfonne du fingulier.
Quand k final eft fuivi d'un des fuffixes fuivants n (locatiO, I> ko,
dikj ra, roni, il eft convert! en t.
Eche -f- k + n ne fait pas echekan mais fait echetan.
Egun -{- k -}- ko egunakeko egunerako.
Eche + k + ra echekara ,, echeetara.
II y a de tres-rares exceptions a cette regie, & elles fe trouvcnt
furtout en bifcaien; dans tous les dialecles g/p/i + k -j- ^ fait
neiai ,,par les homines"; mais le bifcaien a garde le k:
de meme eurak ,,eux" fait eurakan ,,,en eux".
II y a encore quelques localites ou le k s'eft conferve dans la pro-
nonciation & oil Ton dit giyonaken ,,des homines"; ce font les envi-
rons d'Irun <5c de Fontarabie.
Le k a du s'ecrire autrefois dans tous les dialecles, comme ceft
prouve par le bifcaien qui 1'a conferve dans quelques locutions; plus
tard ces formes auront paru dures & le k aura ete elide, s il n'etait
pas abfolument necefTaire, & aura ete convert! en t, quand il a paru
neceflaire d'en conferver la trace. Malheureufement k a ete elide
quelquefois,, quand il aurait fallu le conferver ou bien en garder le
fouvenir; p. ex. le bifc. dagidan 3 ,que tu me le fafles" pour dagi-
dakan, de dagidak -j- n conjonclion. Maintenant cette perfonne fe
confond avec la troilieme perfonne : j,qu'il me le falTe". Le bifcaien
qui aime Fhiatus, aurait furtout pu ou du dire dagidaan.
II fera fuperflu de faire remarquer Timportance de cette loi pho-
netique, qui explique un fi grand nombre de formes reftees myfte-
rieufes jufqu'ici, tant dans le nom que dans le verbe : furtout la
forme du nom pluriel avec t pour k. Toutes fortes de theories one
ete faites pour expliquer ce groupe era; plufieurs auteurs ont grave-
ment declare que era avait un fens local. Qu'avec des notions
fuperficielles on n'arrive pas a expliquer des difficultes de la gram-
maire bafque, cela fe con^oit; mais de trouver une idee de localhe
i6
exprimee dans eta, p. ex. gui^onetai ,,par les hommes" cela fe
comprend moins bien, qu'il s'agiffe de bafque ou de toute autre
langue.
La mutation de k en t n'a rien d'extraordinaire en elle-meme ;
elle fe retrouve auffi dans d'autres langues. Le figne de pluralite eft k
en hongrois & t en finnois, deux langues de la meme famille. Mais
les cas de mutation font (1 nombreux & fi bien etablis, en bafque,
qu'ils fuffifent a decider la queftion.
La mutation & 1'elifion fe rencontrent encore dans les variantes
kunkur rz= tuntur ; ona^kar == ona^tar, ebaki = ebai <3c d'autres.
H. L'afpiration s'eft confervee dans les dialedles bafques franais;
elle s'eft a peu pres perdue dans le guipuzcoan, <5c elie a tout a fait
difparu du bifcai'en. Le pronom hi ,,tu" eft devenu i.
Le bas-navarrais n'a pas feulement le h, mais encore les explofives
afpirees kh, th, ph.
H comme lettre finale fe durcit en k. C'eft ainfi que nous croyons
pouvoir expliquer que toutes les flexions qui ont le pronom h pour hi
,,tu", a la fin, fe terminent en k. Vakark >,tu le portes^ eft forme
de d-ekar- h. Que ie h fe trouve ici pour hi eft prouve par la flexion
de la deuxieme perfonne du pluriel dakar^u ,,vous le portez" de
d-ekar-^u. Hi & -pi font inconteftablement les pronoms de la
deuxieme perfonne.
H initial place, par fuite de la compofition ou de Tagglutination
au milieu d'un mot, fe convertit en k ou bien eft elide (i).
i c4ri -f- hume fait arkume ,,agneau". c4q -(- haial fait ai^ha^al
,,ongle". Zora -\-heria fait ^orakeria ,,la folie".
2 Quand le h eft elide le meme fait fe prefente que quand le k
eft elide; c'eft-a-dire fa chute produit un hiatus; p. ex. daroa-ho-t
devient en bifcai'en daroakot ,,je le lui emmene ?J> felon la regie que
h initial devient k; & daroayot felon la regie que le h s elide & eft
remplace par y pour eviter 1'hiatus. Nous n'aimerions pas decider fi
(i) Cette regie a trouve des contradi&eurs; h ferait primitivement k; fuppofition qui ne
fe fonde fur aucun fait. Nous en attendons depuis dix ans la preuve. Encore, en 1875,
M. Vinfon s'exprimait ainfi : (Revue de Ling. vol. VH, p. jjo) J'efpere lui demontrer une
autre fois fon erreur.
cet y provient direclement de h, ou fi ley eft introduit pour eviter
Fhiatus ; mais puifqu'il y a des dialedes qui preferent Thiatus, on
pourrait peut-etre en conclure que la chute de 1'A a precede ttnter-
calation de ty. Comparez foyers g. =fahex, bn. ,,cote". Sihua =
<y>Hfl ,,fuif". Sinhexi = fmijlu : ici le fi contient le fonj'. t Boharu =
buy am ^enfler". Une flexion (& il y en a plufieurs) comme nindukan,
1. ?J tu m'avais" de n-indu-h-n, a A pour A en labourdin; cec h
s'eft perdu en guipuzcoan ninduan & a ete remplace par y en
fouletin ninduyan.
DENTALtS.
T. Cette lettre s'elide devant k. 'Bat 5 ,un" & hide ,,pareil" font
bakid ,,commun". T^ar ^pour'^ 6c Ao 35 de" font r^o. II y a quel-
ques rares exceptions comme utkii^ea 53 le gout'% mot employe par
Axular. Comp. notre Di6l.
N. Devant les labiales b, p devient m : nombait pour non bait-
giiombat pour gi^on bar. (Licarrague) 5 lembiiiko pour len-biiiko, &c.
Devant k, I, r, r le n eft elide; nor a de non-ra 5 ,vers oil 3 '5 \ala dc
'{an- la ^qu'il etait"; gi^onarekin de giionaren-kin 35 avec Thomme";
aitfirik pour ait^in-iik ,,,au contraire"; emetik de emen-tik ,,d'ici";
ou fi Ton veut conferver le 72 emendik: de meme #<?/ ou egondu
i^aru ou i^andu, egoru ou egondu; mais cette mutation n'eft pas tou-
jours applicable ; on dit eriarera pour er^antera; mais on ne pourrait
pas garder le /i & dire eiiandera; et^an fait ^{ar^, fubftantif verbal
indefini : ici le r ne peut jamais changer. cAra de an-ra ,,vers
la".
Z, fe convertit en t devant ^ / ^{ ^a/z devient ^JTI ,,il ri'etait pat*
Z s' elide quelquefois; nai\ ,,je fuis" precede de ?{ fait ^/iaq ,,je
ne fuis pas' 3 dans quelques dialectes.
i8
LAB1ALES.
P & B n'offrent rien de remarquable.
M. Aucun mot ne finit en 772. Dans les noms propres le 772 eft
convert! en 77; eft-ce par ['influence de la langue efpagnole? Les
noms bibliques ont tous en efpagnol un n au lieu d'un m (i) :
Adan pour Adam.
M remplace fouvent b dans les mots d'emprunt; maino de bano
efp. ,jbain". D'un dialecte a 1'autre on trouve m pour b & b pour 772;
miga = biga; bllgor =: mi Igor; zMiarrit^ m: f Biarrii\.
LINGUALHS.
R. Cette confonne ne fe trouve jamais au commencement d'un
mot.
Dans les mots d'emprunt oil le ; eft initial,, on le fait preceder
d'un a ou d'un e: arra^oya de 1'efpagnol razon; ou bien on retranche
le r : recommendar a donne gomendatu. A la fin d'un mot,, quand
le r eft dur, il eft toujours redouble quand fuit un fuffixe qui com-
mence par une voyelle; lur fait lurra; ondar fait ondarra.
II n'y a que peu de mots dont le r foit doux a la fin, p. ex. w,
or, \ur qui font ura ^Teau"; or a J3 le chien 3:> ; ^ura ^le bois'\ Cetr fe
perd fouvent dans les mots compofes; p. ex. ubi-{iak de ur-bi^iak;
luarri de yur-arri; -[uola de ^ur-ola.
V, eft une confonne rare en bafque,, generalement remplacee
par b; & dans les mots d'origine latine par 772; p. ex. mendekatu de
vendicare ,,venger"; mentura de ventura ^hafard"; magina de vagina.
II eft poffible que ce foit par 1'influence de la langue efpagnole
qui a fait de vimen,, mimbre; de vilano^ milano. La difficulte qu'e-
prouvent les Efpagnols a diftinguer v & b a du influencer le bafque
(i) Diez, Gram., vol. i, p. 200.
efpagnoi ou Ton ecrit avek & abek pour auek ; ceft furtout dans le
dialede bifcaien que Ton trouve u = v = b. Comme nous n'admet-
tons pas le v dans 1'alphabet, nous ecrivons partout b ou bien u.
Le nom verbal pour placer" parcourt toute la ferie de labiales :
ibeni, ipini, imini, ifini.
F. 11 eft admis que cette lettre n'eft pas bafque. Nous nc con-
naissons qu'un feul mot dans les dialeftes bafques efpagnols avec/.
farra 53 rire" fubftanrif dont Torigine eft inconnue.
Les dialedles bafques finals ont adopte un aflfez grand nombre
de mots avec /initial, &, bien qu'il foit difficile pour le moment de
rendre compte de quelques-uns d'entre eux, il eft plus que probable
qu'ils font tous d'origine etrangere.
Le / des mots empruntes eft quelquefois conferve & quelquefois
remplace par une labiale; p. ex. force eft devenu bortcha. II eft
curieux que le verbe ,,prouver" ait donne frogatu; le / qui n'exifte
pas & le groupe /r, qui ne devrait pas etre tolere, ont ete choifis
pour rendre un mot etranger ou le /ne fe trouvait pas & ou la
rencontre de/& r aurait pu etre evitee. Ailleurs, nous avons attire
I' attention fur le caprice des langues, du moment qu'il s'agit de mots
etrangers.
LF.S VOYELLES.
Les voyelles bafques font a, e, i, o 3 u.
En partant du principe que a, i, u font les voyelles primitives, on
trouvera qu'il eft difficile d'afligner un vocalifme plus ancien a un
dialecle qu'a un autre. Peut-etre la balance penchera-t-elle un pen
en faveur du dialedle bifcaien,, qui a conferve des a ou les autrcs
dialectesont des e; p. ex. alkar = elkar ; balti = belr{; barri = berrl;
a^ur = e^ur; charri = cherri.
Comme toute comparaifon eft limitee aux dialecles entre eux, il
n'eft que probable qu'une forme eft plus ancienne qu'une autre,
& nous n'arrivons jamais a une certitude; p. ex. quelle forme eft
plus ancienne euli bifc. ou uli guip., euri ou uri, genre ou gure?
20
Le a fe retrouve comme e, i, o ; a devient e dans elkar pour alkar;
i dans ei^in pour et^an; o dans emon pour eman. Dans un tel etat de
variabilite nous craindrions de prendre pour des regies ce qui n'eft
du qu'au hafard. On a tente d'expliquer ces mutations par la pho-
netique des langues aryennes, mais nous ignorons fi ces lois font
abfolues & generates, au point de pouvoir les appliquer indirTerem-
ment a toutes les langues; & nous preferons, pour le moment,
laifTer cette queftion a de plus competents que nous. II y a.cependant
quelques lois certaines. La plus importante efl celle qui regie la
mutation de la voyelle finale.
Le dialecle bifcai'en change toutes les voyelles finales, fauf le a,
quand elles font fuivies par une voyelle & furtout par un a. Le a fuivi
de a refle a, & fouvent les deux a s'ecrivent; e devient z; i devient y ;
o devient u; u devient ub. cdita -j- a aitaa; eche -f- a echia; andi -j- a
andiya; gurafo -\- a gurafua; bum -f- a. buruba. Cette loi le fait furtout
fentir dans la variete de Marquino(i). Elle n'efl pas inconnue dans
quelques localites de la BafTe-Navarre & de la Soule. Cette loi efl
applicable non-feulement au nom, mais auffi aux flexions du verbe;
c'efl une loi de phonetique generate. Nous nous expliquons le lab.
ninduban ,,il m'avait" mWz/a/ij bifc. par Tinfluence de cette loi,
Aucun mot bafque ne fe termine par une explofive douce. La
plupart fe terminent par une voyelle : arreba, fceur ; aide, cote ;
arri, pierre ; arno, vin ; burn, tete 5 par une des dentales /, n, t, \;
par r-& s; quelques-uns par une explofive forte, comme : bat, un.
(Exception.)
Deux confonnes ne fe fuivent jamais, ou tres-rarement du moins,
dans une meme fyllabe. Dans les mots d'origine etrangere on inter-
cale une voyelle ou bien on retranche une des confonnes pour
eviter la rencontre de deux confonnes : elei^a, de iglezia 5 apirilla,
(i) Zavala, Verbo vafc. p. 54, n ijo.
21
avril. II y a quelques exceptions: Jingle, ufe ; lambro, brouillard,
Deux confonnes dans deux fyllabes differences peuvent fe fuivre ; les
confonnes finales d'une fyllabe font tou jours une des dentales :
I, ^, t ; le r ; ou les nafales /z, m.
Quand done deux confonnes fe rencontrent dans deux fyllabes
differences, elles font foumifes aux regies fuivantes :
Les explofives fortes apres un fon fibilant, apres r & les voyelles.
Les explofives douces apres I, m, n.
DC la il fuit que :
1 Les explofives fortes k, t, p } font remplacees par leurs corres-
pondantes douces g, d, b, apres /, m, n; p. ex. eldu & non eltu,
arrive ; Olondarra <3c non Olomarra, habitant d'Oloron ; ongi & non
onkiy bien ; jango & non janko ; ernengo, emendik & non emenn'k,
d'ici ; on peut dire, en elidant le n ; emetik ; i~{a.iu pour l^andu ; egoiu
pour egondu, &C. Cette regie a auffi ete obfervee pour les mots
d'origine etrangere 5 de voluntad efp. eft venu borondate ft pour tj;
de intelligent^ endelguya, ft pour tj; de tempore^ dembora. Ajou-
tons encore herreka du proven9al renc 5 n elide, e profthetique ; h,
afpiration propre au dial. bn.
Les explofives douces g, d, b } font remplacees par leurs corref-
pondantes fortes k, t, p, apres r, les fons fibilants & les voyelles ;
p. ex. Iturgofko, de Burgos. Onhe-pana, habitant d'Orthez (mais
OlorondarraJ ; e^tut pour e^ dur, je n'ai pas 5 bait a pour bai da ; baitu
pour bai du ; artuko, mais jango ; lurpean, fous Ja terre ; maipian, fous
la table, e^pedi pour e\ bedi. "Baikara pour bai-gara. Marc x, ^f-
Lekifkun foul. ,,,qu'ils etaient a nous j;> pour leki^gun.
On ecrit fouvent eiditu, e^ditu^u } &c.; cependant Oihenart ne
s'ecarte pas de la regie & ecrit eftitu.
Ces mutations ne font que grammaticales ; etymologiquement la
langue bafque parait moins s'en foucier; p. ex. berdin, egal; erbal,
faible ; burdin, fer.
Les exemples de tranfpofition de lettres (metathefe & hyperthefe)
font tres-frequents en bafque : gabe & bage ; igaro <5c irago ; irudi
& iduri; eriden & ediren, &c.; puis dans les derives ; de ots, bruit,
ftig a > tonnerre ; de iti (hir(), parole, hiituna, orateur, &c.
22
DES PERMUTATIONS DES CONSONNES DANS LES MOTS
BASQUES DE D1FFERENTS DIALECTES.
GUTTURALES.
[ s. i> ch. Karamitcha=iaramika.
lunkur. Kifkaldu = chichkaldu.
I t. Giionakai= general. Kunkur =: luntur.
I s "[. Gale = '[ale. Gapar^=.^apar. Irogin = iro^in.
h. Iges = Ihes. Igar =2 ihar. Ego = eho. Olgaru
= olhatu. Chingurri = chinhaurri. Gar dots =
hardots.
j. Echagun = echejaun. Gan = jo an.
d. Chingar = chindar. 'Biga = bida. Gupela =
dupela. Gino = dino. cdtfegin =. cdrfeden.
t. *Berondo de begi-vndo. zMarranga = marhama.
r. v. R.
772 V. M.
b. v. B.
n ou nh. Ihes = ifies. Ihar= inhar (nh port. = n). Ginhar
= ginar . Chinhaurri = inurri.
y TSohatu = buy am, Saheis m foyers. Peut-etre in-
fluence de 1'efp. comme hiema z= yema.
V. note a la fin du tableau.
B.
DENTALES.
k. v. K.
T g- v - G -
77 . Gafta gafna (exception) .
p. zAi^ia = ai^pa. cAitatu = aipatu. Seta=Jepa.
g. v. G.
P^ h. Chindurri = chinhaurri.
r. Ideki=irekl (v. Egundcuw dans notre DicfHonnaire) .
L.
d. Elur = edur. *Belar = bedar.
r. Irpdbide = ifpirbide. = Hoh^adar = hortqadar.
Zahalo = \aharo. Zamalduna de ^amari. Haliko
de Aan. Juale=juare. Olit^ = orit^.
n. v. N.
/. Styrru = /arrw. la^ar = nahar. Ult^e =
r. 'Belhaun = belhaur (exception).
LABIALES.
p- ---,
m. ran a = marra
g. Ebiakoitia = egiakoir^a. "Burhafo = gurhafo, TSurdi
= gurdi. Erbal = ergal. Habuin = hagun.
m. Ttilgor = milgor. "Biga = miga. Ibeni= imini.
P- v- P.
h ou f. ZMuri) hun ou /z//i dans burumun (exception). Sans
cela permutation avec les autres labiales : ibeni
/pZ/ZZ = Z/Z/ZZ*.
24
PALATALES.
rj. lichuli = ir{uli .
TS . lichafo = iifafo. (Plutot difference d'orthographe
Ch,
N.
z,s.
R.
que de prononciation.)
d (?). Ichuri = iduri.
h. v. H.
r. ZI'TI/ = >///. Zunkur = luniur.
= oflegun. Oriirala = oftirala ; forq ou
^e = bejte.
LINGUALES.
rf. v. D.
/. v. L.
n. v. N.
g. Ernari = ernagi. < Burir[ari = buraiagi. virgi\ari =*
i^agi. Iriiai = igitai.
n ou nh. La nafale palatale (n) parait avoir &t6 exprimee dans les dialedles
bafques franqais par le groupe nh comme en portugais. Pouvreau ecrit
guinharra & on ^crit & on prononce ginarra ; fenhar, bn. vient de 1'efp.
fen or & ainfi on trouve les variantes chinhaurri = (cltynurri. Vh ne donne pas
feulement ce fon mouille a \'n, mais auffi a I'/; comp. zilhar = zillar ;
zilhegi = zillegi. La queflion fe pr^fente done fi 1'orthographe n'a pas
influence" la prononciation & fi le h, qui etait (implement pour indiquer la
prononciation, n'a pas ete confidere a tort, comme une lettre organique.
Nous ignorons fi le h eft prononce* dans fenhar, mais ceci importe peu pour
le moment; il eft pofllble que 1'ufage ait adopte cette prononciation, & alors
il faut 1'admettre ; mais il eft clair que \'h eft inorganique ici ; combing avec
n il reprefente le fon n. Comparez encore inara qui s'ecrit inhara ou enliara ;
nh evidemment pour . II y a cependant une difficulte. Comment fe font
forme's des mots comme iges Ihes ines > Ines devrait etre la forme pri-
mitive, ecrite plus tard inhes (qui ne fe trouve pas) puis ihes, puis iges ;
comme gmar ginhar gihar; (cJi)inurri } inhaurri. 11 ferait, fous quelques
rapports, plus logique de renverfer la ferie, puifque probablement le g a
precede le h, & le h, \'n. Nous aurons alors iget ) ihes, ines; mais le n ne
s'explique pas de cette facon ; il ne provient pas de h, felon toute apparence.
Nous pouvons plutot conclure, par analogic, a une forme intermediaire en
y t qui en eifet fe retrouve pour quelques mots. Le jy indique ce fon parti-
culier, que nous avons appele mouille, le y hongrois ; ce fon en bafque
rappelle un peu celui de n & a caufe de cela Larramendi & Lardizabal ont
employe J'une & 1'autre orthographe (v. jarduri}. On devra done e'tablir
1'ordre fuivant: iges, ihes, iyes (hypothetique), ines. Nous pouvons citer un
mot qui a parcouru toute la ferie, c'eft igar, fee, ihar, etincelle, eyar t fee,
inhar, etincelle ; inhar aurait pu s'ecrire inar. Il faudra alors admettre que
dans quelques cas le n precede de nh qui eft pour^ & que dans d'autres cas
c'eft le contraire qui a lieu; c'eft nh qui precede de n } comme dansfenhar.
Le n a toujours une grande tendance a changer de place; comp. inor =
nihor ; hanitz r= anhitz bedeinkatu ^= benedikatu.
CHAPITRE IV.
i.
L article.
L'article eft en bafque^ comme dans plufieurs langues,, un
pronom demonflratif. En allemand ,,der" eft pronom demonftratif
26
& article; & 1'article francais ,,le" derive du pronom latin ille (i).
Le pronom demonftratif a ,,ce-la" eft devenu 1'article dans tous
les dialecles.
Le dialecte bifcaien eft le feul qui ait conferve a comme pronom
& comme article. Comme pronom les autres dialectes 1'ont remplace
par hura.
L'article, comme les fuffixes, s'unit au nom, & gi\on ,,homme"
accompagne de 1'article, s'ecrit gi^ona ,,1'homme".
2.
Le pluriel de article.
On pourrait etre tente de fe demander fi Farticle au pluriel exifte ;
fi giyonak ,,les homines" eft gi^ona -f- k ou bien gi\on -f- ak. Comme
1'article ne fe rencontre qu'uni au nom, & qu'il eft impoffible de Ten
feparer, on pourrait fe dire que gi^onak eft le pluriel de gi^ona. Aufli
pourquoi ne pas admettre que gi^onak eft gi^ona -f- k? Nous tache-
rons d'expofer clairement notre idee, qui eft que 1'article a a un
pluriel ak.
K eft un figne independant de pluralite, & c'eft la, croyons-nous,
le point eflentiel de la queftion. cAk eft le pluriel de a, comme
5,maifons" eft le pluriel de ,,maifbn"5 & non pas comme 1'article
pluriel allemand ,,die" eft le pluriel de ,,der". L'article a eft auffi
un mot independant; c'eft le pronom demonftratif dont la forme
s'eft corrompue; que Tarticle foit uni au nom ne change rien a fa
nature; Tagglutination eft ici, comme dans beaucoup d'autres cas
(dans tous?), le fait de la prononciation ; que j'ecrive gi\on bat
ou giionbar, bat fera toujours un mot independant, un nom de
nombre , meme quand Tagglutination eft fi intime, que les lois
I 'article ... n'cxifle pas plus en bafque qu'en latin. M. Duvoifin, Courrier de Bayonne,
9 fevrier 1868. Article reproduit dans 1'introdudion de notre Di&ionnaire. L'article
n'exifle pas en baf<|iie. Geze, Elements de gram, bufque, p. 6, Bayonne. 1875.
27
phonetiques commencent a fe faire vaioir, comme dans gi^on bat
que Li^arrague ecrit giiombar. Que Ton ecrive gi-(pnak on g/p/i ak,
ceci n'efl qu'une queflion fecondaire, qui n'a aucune importance
pour Forigine de ak; aufli le dialecle bifcaien ecrit- il ak uni au nom,
fi c'efl Farticle, & fepare du nom fi c'efl le pronom. cAk efl done le
pronom pluriel fous une forme corrompue (pour arek) > & qu'on s'efl
habitue a unir au nom; ak efl le pluriel de a.
Le pluriel du nom eft toujours exprime, fous quelques rapports,
de la meme maniere; c'eft toujours le mot qui definit ou qualifie le
nom, qui indique le pluriei. Le nom n'a pas de forme plurielle;
un pluriel indefini p. ex. ,yhommes n n'exifte pas en bafque, ou
s'il exifte ce n'efl qu'exceptionnellement,, & dans un feui cas,
comme nous verrons plus tard (i). Le pluriel du nom efl tou-
jours defini, foit par I 1 article 3 foit par un pronom, foit par un
nom de nombre : gi\on ak ,,les hommes 3 ^ giion oriek ,,ces horn-
mes"; gi^on bi ,,,deux hommes' 3 . Dans le premier exemple 1'ufage
a prevalu d'unir les deux mots : gi^onak, & c'efl ce qui donne aux
noms pluriels la phyfionomie des pluriels de nos langues; mais fi
Ton ecrivait en frangais ,,homme les", comme en bafque gi^on ak,
on verrait de fuite que c'efl 1'article qui efl au pluriel.
II etait important de fixer cette queflion, afin de pouvoir anaiyfer
la forme des noms pluriels fuivis de fuffixes.
Nous avons dit que ak efl le pronom pluriel fous une forme
corrompue; c'efl-a-dire que le pronom a (pour ar) ayant ete une
fois adopte comme article, on ne s'efl plus foucie, a ce qu'il parait,
de fa forme comme pronom pluriel, & gi^ona efl devenu giionak.
II fe peut aufli que 1'ufage frequent de 1'article foit la caufe de la
chute de \.e ; gi^on-arek ,,ces hommes" apres la chute de r
gi^onaek, puis gi^onak. Giionak -j- n efl devenu gi^onaen apres la
chute reguliere du kj mais le a s'efl aufli perdu & Ton dit gi^pnen
,, des hommes". Giionak -j- i apres la chute du k efl devenu giionai,
dans les dialecles bafques efpagnols, & gi-[onei dans les autres
dialccles.
( i) Vcir le fuffixe ('&,
CHAPITRE V.
LE N O M.
I-
Les differems noms .
La langue bafque diftingue entre le nom fubftantif, le nom
adjeclif & le nom verbal; gi^on ^homme"; handi ^grand" 5 joan
L'un peut fervir pour 1'autre ; le nom verbal <5c Fadjeftif peuvent
devenir des fubftantifs ; le fubftantif & I'adjectif peuvent devenir
des noms verbaux ; mais ils font diftindls a 1'origine^ aufTi haut du
inoins que nous puifTions remonter (i).
2.
Les modifications du nom.
LE GENRE ET LE NOMBRE.
Le genre n'eft pas connu en bafque.
Le nombre eft ou fingulier on pluriel.
Lc pluriel eft indique par le fuffixe k; gi^ona ,,rhomme" fait
,les hommes" 5 emakumea ,,lz femme" fait emakemeak 33 les
fcmmes 5 ' .
(i) En th^orie tous les fubftantifs ont commence par etre des adjeftifs pris fubflantive-
ment. M. BnSal, Gram, de Bopp, vol. in, p. vi de 1'introduftion .
La langue bafque n'exprime pas le pluriel indefini du nom ; on
ne peut pas dire ^homines' % ^femmes" fans Fardcle, bien qu'il
femble qu'on aurait pu dire emakume -(- k ou emakumek, gi\on -f- k
ou giionek.
II y a cependant une exception, croyons-nous, & c'eft quand le
nom eft fuivi du fuffixe ik, qui n'eft autre chofe,, felon nous, que le
(igne de pluralite k precede de i.
Les autres modifications du nom,, qui dans d'autres langues font
exprimees par des cas ou par des prepofitions,, font indiquees en
bafque par les fuffixes ; la langue bafque ne poflede pas de decli-
naifon.
Dans la deuxieme edition de notre Eflai, nous avons admis la
declinaifon a trois cas (nominatif, genitif, datif); mais feulement a
titre de conceflion faite a la routine,, voir p. x & 42, la note. Deja
en 1866 nous avons emis notre opinion fur cette queftion fi rebattue,
voir T^evue critique cCHiftoire & de Liner aiure, 19 mai 1866. Onze
annees fe font ecoulees & nos etudes continues de cette langue
interefTante font venues confirmer de plus en plus que le bafque ne
connait pas de declinaifon.
Nous n'allons pas recommencer la controverfe, engagee fur ce
point (fur prefque tous les points) de la grammaire bafque,, efperant
& croyant avoir fait des partifans. Ceux qui pour une raifon ou
pour une autre,, preferent fermer les yeux a Tevidence, ceux-la ne
feront jamais convertis ; ils continueront a faire leur nomenclature
de caSj dont le nombre_, flottant entre 3 & 2 3 ou P^ us en core 3
denote deja alTez la folidite de leurs theories.
La langue bafque etant une langue agglutinante, ne faurait fe
plier aux regies des langues qui appartiennent a une autre claffe 5
auffi n'y a-t-il aucune neceflite d'expliquer la langue bafque par Ja
grammaire latine ou arabe,, pas plus qu'il n'y en aurait a vouloir
expliquer le latin ou Tarabe par le bafque 5 au contraire la grammaire
bafque a beaucoup fouffert d'avoir etc expliquee par la grammaire
latine_, fran^aife ou efpagnole. DebarralTee de fa declinaifon qui
n'etait pas faite pour elle^ la langue bafque reprend fon caradlere
propre. Le cadre etroit ou Ton avait voulu Tenfermer & d'ou elle
3
eclatait cie tous cotes,, ne la gene plus, & elle reparait dans fa
fimplicite & dans fon unite primitives. L'arbitraire ou Fignorance
qui pretendait fixer que gi^on avec le fuflixe n etait un cas & que
gi^on avec le fuffixe ko n'etait pas un cas, difparait & la feule regie.,
vraie & invariable,, qui fe degage de ce chaos de contradictions
& de niaiferies, c'eft que le nom eft modifie par le fuffixe ou le
qualificatif qui le fuit : Zaldi-a le cheval ; ^aldi-ka a cheval 5 -{aldi-ko
de cheval 5 -{aldi-bat, un cheval ; ^aldi-ar-n de le (du) cheval ;
laldi handia le grand cheval,, &c., toujours en lifant a rebours (i).
On nous permettra d'employer les termes de nominatif ,
genitif, &c., que tout le monde connait. La concifion ck la clarte y
gagneront fans faire aucun tort a la grammaire. Quand p. ex. il
faudra dire que le fuffixe kin ,,,avec" s'ajoute au nom^ fuivi du
fuffixe n ayant la valeur de ,,de", il fera plus fimple de dire que
kin regit le genitif.
Le nom accompagne de 1'article a eft appele defini^ quand le
nom eft fans article on 1'appelle indefini.
Le nom indefini fe trouve avec les fuffixes,, tout aufli bien que
le nom defini ; a 1'exception du fuffixe de pluralite k. Ainfi
giion + n faitgiionen ,,d'homme"$ gzp/z + z faicgzp/zz & homme";
burn + I fait burui ,,,par cceur 5:) 5 mais comme nous Favons deja dit
on ne peut pas dire gz^/i + k, figne de pluralite.
3-
Le nom adjeflif.
Comme le genre eft inconnu en bafque & que le nombre eft
indique par Tarticle fuffixe au nom fubftantif ou adjedif, ou par le
pronom, ou par un nom de nombre,, il y a fort peu a dire fur
Fadjeclif.
(i) Comp. encore h Syntaxe, ch. xxn, $ i.
3'
Les fuflixes s'uniflent de la meme maniere aux adjedifs qu'aux
fubftantifs ; on obferve les memes regies phonetiques : handi -f- n
(genitif) fait handiren ,.,de grand", comme feme fait femeren ,,dc
fils".
4-
Les degre's de comparaifon.
Le comparatif eft exprime dans tous les dialecles par go (voir ce
luffixe), fuffixe au nom defini : ederrago ^plus beau" de eder
> ,beau >> 5 otiago* ,,plus froid" de oi\ ^froid^.
La conjondion ^que" qui fuit le comparatif eft rendue par bafio,
ou baino ou beno felon les dialedles : Churiago elurra bano, plus blanc
que la neige, yu bano obeago, meilleur que vous (aujourd'hui toi).
Le fouletin prefere la derniere maniere de conflruire la phrafe :
bena handiago ^plus grand que Thomrne^. Et^arete guec
hec baino excellent ago ? Matth. vi, 26. N'etes-vous pas beau-
coup plus excellent qu'eux? Ce n'efl pas fculement Tadjeclif qui efl
capable d'exprimer la comparaifon ; ce font aufli le fubflantif^ le
verbe, Tadverbe ; p, ex. glionago nai^ hura bano, je fuis plus homme
que lui. Egun oro edert-^enago da, chaque jour fe fait plus beau. Ainfi
on forme de alboram ^approche" le comparatif alboragotu ^plus
rapproche" & un fuperlatif alborageiru , } trop rapproche^ (i).
Eftikiago , 5 plus doucement^'. Le comparatif d'egalite fe rend par
beiafi ou beiain poftpofe (mais non lie) a la perfonne ou a la chofe
a laquelle on compare : Zu be^ain ederra da, il eft auffi beau que
vous (aujourd'hui toi). ^Autant que" fe rend par adina, aimbejte,
be^an, be^ambat, be^ambejle, hambat.
Nous ne connaifTons qu'un feul adjeclif dontle comparatif ne foit
pas forme d'une fa^on reguliere. Le comparatif de on ^bon" eft obe
(i) On retrouve aufll cet ufage dans les langues romanes : fratelliffimo, afiniflimo, &.c.
Diez, Gram , vol. in, p. 15.
^meilleur". Cependant on trouve auffi obeago. Lardizabal dit:
Zembat andiago ambat obeago, d'autant plus grand, d'autant meilleur.
Et Chourio (Imit. , p. 43). Hanitietan adim dm hobeago dela. . . minn[atiea
baino em~{uiea , 5 fouvent fai entendu qu'il eft mieux d'ecouter que de
parler". Ceci fera une corruption ; les irregularites difparaifTent
ibuvent dans la bouche du peuple (i). Ce comparatif obe peuc etre
fuivt, comme tout autre adjedlif, de n'importe quel fuffixe ; p. ex.
obeko degu guk efatea, g. il fera mieux que nous difions. Obeko degu
eft le futur, & eft forme comme ikujiko degu ^nous verrons". La
tradudlion litterale eft impoffible.
Obe fert auffi comme adverbe ; p. ex. obe da nik dagidan, il eft
mieux que je le fafTe. Cependant Fad verb e obeki exifte ; voir
I'exempie f. v. obe dans notre DidHonnaire.
LE SUPERLAT1F.
Le fuperlarif abfolu eft rendu par le genitif pluriel fuivi de Tarticle
a. On ,,bon" fait onen , 5 des bons j;> & onena ,,le ou celui des bons ?:>
= le meilleur. Ce fuperlatif regit le genitif pluriel, ou plutot regit
le fuffixe n ,,de" ou dik ,,de ?:> ; p. ex. gi^onen andiena ou giione-
tatik andiena, le plus grand des homines. On peut auffi fe fervir du
fuffixe ik; c'eft meme le feul fuffixe admis par les dialedles bafques
fran^ais qui ne fe fervent jamaisde etatik. Ceci nous femble une erreur;
erreur qui remonte auffi haut que nous puiffions remonter, mais qui
n'en eft pas moins, croyons-nous, une erreur 5 nous Tavons difcutee
en detail en parlant des fuffixes dik & ik, auxquels nous devons
renvoyer le ledleur. Bien que les dialedles bafques efpagnols fe
fervent generalement, foit de n foit de etatik, on trouve auffi ik;
p. ex. 5\V<? nekearen faririk nayena i\ango dana ,, la plus voulue des
recompenfes demon travail fera..." cdlik ongiena moldatu dut . . . hau.
Mendiburu. ,,J'ai fait le mieux poffible celui-ci..."
(i) A San Remo le peuple dit : piu buono ,,plus bon".
33
Le dialede fouletin fe fert encore du fuffixe ko : giiounetako
hounena ^le meilleur des homines" 5 & s'exprime aufli a la fac.on
des langues romanes : gi^oun hounena {& meilleur homme".
Le fuperlatif relatif fe rend par des adverbes qui correfpondent a
1'adverbe ^tres"; chit, chiie^ gu^i, g u ftil> a g"l> hanir^, eiinago.
On exprime aufli ce fuperlatif en repetant Fadjedif & en laiffant
le premier indefini ; p. ex. choil choilLi berori dago, Pouvreau.
,,11 demeure tout fin feul". *Ber bera, le meme 5 efp. mifmifimo ;
angl. the very fame.
CHAPITRE VI.
L AGGLUTINATION.
L
Ce que c eft que agglutination.
L'aggiutination confifte a unir un mot a un autre mot^ de fa^on
a former un tout plus ou moins homogene 5 p. ex. gi^on ,, 3 homme"
&a ^,le j ' fontgi^ona ^..rhomme' 3 . Ce meme motuni agandik ^^pour'^
fait gi^onagandik ,,pour rhomme". L'aggiutination eft tres reglee ; ce
n'eft que le caprice de Tauteur qui le fait s'ecarter de la regie gene-
ralement adoptee & felon laquelle tous les fuffixes s'uniiTent aux
mots qu'ils modifient. Haramburu ecrit gan <5c gatik, fepares du
nom 5 par centre, Licarrague & quelques autres (1'auteur de limita-
tion en dialedle fouietin) ecrivent le nom de nombre bat uni au
nom ; chez Ligarrague Tunion eft fi parfaite que la loi phonetique
exerce fon influence & gig on bat devient gigombat. L'auteur fouletin
unit quelquefois les deux mots par un trait d'union. Le procede de
ces deux derniers auteurs eft parfaitement en harmonic avec le ca-
3
?4
raclere de la langue bafque; tandis que la fac,on d'ecrire de Haram-
buru, Olaechea (qui ecmfemea en pour femeaen) & autres, nepeut
fe juflifier, croyons-nous., d'aucune fac^on.
II va fans dire que ragglutination eft beaucoup plus forte dans
la langue parlee que dans la langue ecrite, & quelques auteurs
n'ont trouve aucune objection a ecrire comme Ton pronon^ait.
Axular ecrit,, p. 18, e^paitira de e\ bai dira; e^quiribatucoinit, de
eiquiribatuco ditut. Ces contractions fe retrouvent d'ailleurs dans
beaucoup de langues ; en hollandais on dit ,,hy'm gezien 5;> pour
,,hebtgy hem gezien". Uas-tu vu?
2.
Comment fe fait I agglutination.
^agglutination fe fait toujours au nominatif du nom 5 ce n'eft
que par exception que deux ou trois fuffixes regifTent le genitif,
comme Ton verra au chapitre des fuffixes.
La rencontre de deux mots met quelquefois en contact des lettres
incompatibles, & dans ces cas-la les lois phonetiques indiquent le
moyen par lequel il faut eviter cette rencontre 5 foit par Telifion,
foit par la mutation de Tune des lettres, foit par Intercalation
d'un e. Dans ce dernier cas les mots reftent intacls,, n'etant pas
autrement influences par les lois phonetiques; p. ex. pillar -|- j fait
^illarei 3 ,d'argent ? % gi"(0n + n fait gi^onen ,,d'homme". Par con-
tre, orain & ko font oraiko (elifion) & oraingo (mutation) 3J d'a pre-
fent, recent".
3-
Voyelles intermediates.
En dehors des lois phonetiques, il y a une autre caufe qui regie
le choix de la voyelle qui precede le fuffixe. La langue bafque., par
un precede tres-fimple., du en partie au hafard, diftingue entre la
forme definie., indefinie finguliere, indefinie plurielle & exclufive.
On dirait qu'elle s'eft choifi une voyelle fpeciale pour une categorie
diflferente d'idees (i).
Ces voyelles font a, e, i, o.
Le a etant far tide,, la forme definie etait trouvee.
La caracteriftique de Tindefini fingulier eft e.
La caradleriftique de I'indefini pluriel eft i.
La caracfteriftique de 1'exclufif eft o.
Ainfi :
i Giiona etorri da ,,rhomme eft venu^'.
2 Hunda dio San Thomafek (& non Thomafak} ^ainfi dit faint
Thomas".
3 Gi^onik ageri e^ta ,,,,il n'eft pas venu d'homme".
4 Gi^pnok joango gera , 5 nous autres hommes nous irons".
4-
Uoyelles intermediaires a & e.
Quelques mots d'explication font neceffaires.
Le a qui precede le fuffixe eft toujours 1'article, excepte dans les
tres rares mots qui finiffent en a, comme aha ,,,pere" alaba
^fille",, etc. La forme definie eft par confequent indiquee invaria-
blement par la voyelle a.
Le e qui precede le fuffixe eft la caracleriftique de Tindefini,, en
tant que cette voyelle indique que le mot n'eft pas defini 5 elle a
par confequent une valeur toute negative & on pourrait la confide-
rer comme fimple lettre de liaifon. 'Bat -{- a fait bata & comme
agent batak .,,1'un" ; mais bat fans Tarticle a, & avec le k pour 1'a-
gent ferait baik, ce qui ne peut fe prononcerj il faut batek >,un"
(i) Nous difons ,,on dirait", puifque a n'efl pas a, mais primitivement ar, voir notre
Did., p. xxxv; & o n'eft pas o ; mais probablement o -f- k eil la fyncope de oyek ou oek.
36
(& non batak, ou batik, ou batok). La voyelle e pourrait etre appelee
tout aufli bien (ou mieux?) voyelle de liaifon, ou voyelle neutre.
La voyelle e fert done, i a indiquer qu'un mot n'eft pas defini;
2 a diftinguer deux formes qui fans cela feraient pareilles ;
5 comme figne phonetique, pour empecher la rencontre de deux
lettres incompatibles.
Par confequent, les mots qui., de leur nature,, fe refufent a etre
definis par 1'article, comme par exempie les pronoms & les noms
de nombre, ces mots-la ont tous un e, s'il s'agit, pour une raifon
ou pour une autre, d'y intercaler une lettre. Ainfi le pronom a
(primitivement or) fuivi de k fait ark ,,celui-la" & arek ,,ceux-la",
uniquement pour diftinguer deux formes pareilles ; dans le premier
exempie,, le k eft la caraderiftique de F agent; dans le fecond exem-
pie, le k eft le figne de pluralite. 'Baina Scipion capitain f amain
hare. Axular, p. 10. ,,Mais Scipion ce capitaine fameux". Zer
,,que, quoi" n'a pas de pluriel; ferk ne pouvait donner lieu a
aucune confufion 5 ^erk eft le fujet agent. Un pronom comme nor-
bait ^quelqu'un" fait norbahek, non pas pour le diftinguer d'une
autre forme, mais parce que i & k ne peuvent fe fuivre ; e eft ici
un figne phonetique. Zu ,,vous" fait^ fujet agent, & fuek ,,vous >J>
au pluriel. Le pronom relatif n eft toujours precede de e quand il eft
fuffixe a la y perf. fing. de Tindicatif du ,,il a'% probablement
pour diftinguer duen de dun, aujourd'hui une terminaifon, mais
au fond le meme mot & fignifiant ,,qui a".
Dans les dialecles bafques efpagnols, les flexions du verbe qui
finiflent par une voyelle, ont generalement le n fuffixe, fans e in-
termediaire ; dabih^a fait dabilr^an, en reportant r accent de la pre-
miere fur la derniere fyllabe, ce qui indiquera la chute d'une lettre.
Les flexions en o font une exception &prennent un e ou un a; ainfi
dago fait dagoen ou dagoan; voir Larramendi, Arte, p. 282. II nous
femble que le e eft ici la voyelle qifil faut ; le e eft la voyelle de
liaifon par excellence, a Texclufion des autres. Mais la confufion de
voyelles s'explique, croyons-nous, par le fait que la conjondlion eft
n, & que la terminaifon de Timparfait eft aufli n (pour an). Ainfi
nengoan ,,je reftais'% nembillen g. & b., nebilan, foul. ,,je mar-
37
chais". On etait done habitue a entendre les flexions fe terminer
d'une maniere & de Tautre, & comme la valeur de ces terminai-
fons etait inconnue., il efl tres admifTible qu'elles aient etc em-
ployees indiflinclement Tune pour Tautre 3 1'oreille etant Tunique
guide.
Dans les dialecles bafques franais la voyelle de nos jours efl
auffi e ou a; mais Dechepare & Axular, &c., ecrivent ye, non-
feulement quand l'/i fuit, mais plutot en general comme lettre de
liaifon apres une voyelle, pour eviter Thiatus (i) ; p. ex. duyen pour
duen; duguya pour dugu-a ( interrogatif ) datekeyen pour datekeen.
Heldu behar duyen gau^an e\ta e^capacerik (2). Dcchepare, Toe'fies,
p. y8. ,,,On ne pent echapper aux chofes qui doivent arriver" . 5\VA
ogenik e^nuyela. Memes poefies. ^Puifque je n'ai pas de faute". Eta
begira diferent^iarik ahal datekeyen okhajlno gu^tietarik. Axular,
p. ill. ,.,Et fe garder de toute occafion de different poffible".
Oral behar duguya conquifla berri. Dechepare,, p. y6. ,,Nous faut-il
aujourd'hui une nouvelle conquete' 5 ? Ehork ui-fi e^ta^la eskuyetan
duyena feskuetan duenaj, Dechepare,, p. 49. ^Que nul n'abandonne
ce qu'il a dans les mains".
f-
Voyelle intermediate i. Suffixe ik.
Le fuffixe ik efl tres-obfcur comme origine & tres varie comme
cmploi. Nous commencerons d'abord par examiner Tufage qu'on
fait de ce fuffixe ; peut-etre fera-t-il poffible enfuite de decouvrir
ce qu'il efl.
Le fuffixe ik efl employe quand le fubflantif auquel il efl uni,
efl pris dans un fens indefini. Dans les autres langues ce fubflantif
(i) Les etrangers qui apprennent le francais font enclins a prononccr theatre comme fi
ce mot etait ecrit avec un y : theyatre.
(a) Gau^an ne paroit pas etre correft, ce qui n'a pas d'importance ici. L'edition de 18-5
a gaugen. Le c avec cedille eft une erreur.
etant indefini, n eft precede ni d'une prepofition ni d'un article,
excepte en francos; la fyntaxe francaife veut que ce nom foit pre-
cede de la prepofition ,,de" & quelquefois encore de Tarticle defini
,,le, la, les". c Bana kongregatio egunetako e\ dme bear lukeen euf-
karasko libururik. ,,Mais les congregations de (nos) jours n'ont pas de
livres bafques, comme il le faudrait". En hollandais, en anglais, en
allemand, on dirait : n'ont pas livres bafques. E-{ dago gloriarik
Jaungoikoaren aginduak gordegabe. ,,11 n'y a pas de gloire fans 1'ob-
fervancedescommandements de Dieu". cArkbiderik asko ba^uen. ,,11
avait beaucoup de motifs' 3 . Em haren obrai^eko gutiiiarik fentitu gabe.
Chourio. ,,Et fans fentir de defir (fympathie) pour fes ceuvres". En-
T^un daite galbide andiagoko gau^arik ? Zavala, verbo vafc. p. 3 1 , n 39.
,,Peut-on entendre des chofes plus fcandaleufes" ? 'Bururik e^m, Larr.
Arte, p. 8. ,,11 n'a pas de jugement 53 . t Bade^u ogirik. ,,Vous avez du
pain". Larr. Arte, p. 9. Giionik ilda? ,,Un ou quelque homme eft-il
mort" ? cftfurillik badator? " Eft-il. venu un garc^on,, ? Lardizabal.
Excepte dans les deux derniers exemples, qui font rendus aufli par
,,un" ou par quelque autre pronom indefmi, les langues que nous
venons de citer ne font pas ufage de la prepofition ,,de 3:> , ni furtout
de Tarticle defini. On dira : il n'y a pas gloire; il avait beaucoup
motifs; & fans fentir defir ; il n'a pas jugement, &c., &c.
La grammaire fran5aife, qui eft affez confufe ici, dit que le fub-
ftantif eft pris dans un fens partitif, qu'il y a ellipfe ; & quand on dit :
vous avez du pain, on veut dire : vous avez une portion de pain.
Quoi qu'il en foit de cette queftion de grammaire frangaife, que
nous ne pouvons pas difcuter ici, il nous femble que cette regie a
beaucoup trop d'exceptions pour pouvoir etre formulee comme
regie. Quand on dit : J'ai des amis, on ne parle pas d'une portion
d'amis ; on parle d'amis en general, d'une fac^on indefinie, & de la
dans les autres langues ce que nous appellerions le pluriel indefini,
c.-a-d. le pluriel pur & fimple fans etre modifie ni par une prepo-
fition, ni furtout par un article defini, comme c'eft le cas en fran^ais.
Encore fi Ton dit : II ne faut rien confier aux enfants, il n'eft pas
queftion d'une portion d'enfants 5 au contraire, il eft queftion de
tous les enfants, des enfants en general. Dans les langues que nous
39
avons citees on dirait : j'ai amis ; il ne faut rien confier a enfants.
Ik, parconfequent., a ceux qui expliquent le bafque par la langue
fran^aife, a paru correfpondre a ,,de" . Mais ik correfpond plutot a un
pluriel indefini. Dans la plupart des cas, Findefini eft un pluriel ou
peut s'expliquer par un pluriel & ik n'eft pas un fuffixe correfpon-
dant a la prepofition ^de" ; ik eft,, croyons-nous, le figne de
pluralite k precede de i.
Ailleurs (i) nous avons deja cru reconnaitre que I'indefini eft
exprime en bafque par le pluriel,, & ces deux cas fe donnent un
appui reciproque.
II nous femble que meme dans les phrafes ou Ton rend Tindefini
par Tarticle indefini (ou nom de nombre) ,,un" , c'eft toujours le
pluriel qui eft fous-entendu ; p. ex. Suene^ ere neurri ederra gen duke,
hi^ketarako befterik eipagendu (2). ,,,de cette fag, on nous aurions une
belle mefure fi nous n'en euifions une (ou quelque)autre'\ Dequel-
que maniere que Ton rende la phrafe dans une autre langue, foit avec
^un" foit ave ^quelque'% le bafque fe fervira invariablement de
ik. Audi le fingulier 33 un" en fran^ais iVeft qu'apparent; 3 ,,quelque"
donne le meme fens & n'eft pas un fingulier fi abfolu. Un autre
exemple; fi Ton dit ,,\i riy a pas de cheval qui refifte a ce travail'^
il eft clair qu'on penfe a plufieurs chevaux 5 la comparaifon ne
pourrait pas s'etablir s'il n'y en avait qu'un feul.
La langue bafque rend done la phrafe comme les langues que
nous venons de citer, c.-a-d. par un pluriel,, & elle ne s'accorde
pas avec le francais qui fait une exception a la regie generate .
II en eft de meme,, croyons-nous, du partitif, auffi exprime en
bafque par ik. Du moment qu'il y a partage, il y a pluralite;
p. ex. Efpanako Euskaldunik geyenak ,,>la plupart des Bafques efpa-
gnols 5;> . Les autres langues emploient d'habitude la prepofition;
(1) Voir le fuffixe k, ou fe trouve explique le groupe'de pluralite eta, ainfi que le plu^
riel des pronoms. %
(2) Lettre de Larramehdi a Mendiburu. -- En efpagnol uno ,,un" peut s'employer au
pluriel unos comme pronom indefini ,,quelques". De Madrid a Zarago^e hay unas cin-
cuenta y caatro leguas. De Madrid a Saragoffe il y a a peu pres, ou, il y a quelque
cinquante-quatre lieqes.
40
,,de" francais; ,,von" ou ,,der" allemand; 3> of" anglais. Cepen-
dant, dans ce cas-ci, on dirait en allemand exadlement comme en
bafque., fans prepofition : die meiften fpanifchen Basker. Ainfi meme
pour le partitif, le bafque n'eft pas ifole.
Avant de parler d'une difficulte qui fe prefente dans une forme
plurielle de ik, nous voudrions encore citer quelques exemples pour
demontrer la concifion & la precifion de la .phrafe bafque : TSana
erdiko onenik jarea lorrot^ debekatuiion. Lardizabal. ,,Mais le manger
quelques (fruits) de celui (arbre) du milieu., il le leur defendit pe-
remptoirement". Onen eft le genitif fingulier ,,de celui-ci"; en
ajoutant 1'article a, nous aurons onena ,,le de celui-ci'% & au pluriei
onenak ,,les (fruits) de celui-ci'\ Mais au lieu du pluriei defmi onenak,
Tauteur ecrit onenik ^quelques de celui-ci'\ ZJ^orberak daukanerik
bere emon biardau. Olaechea, p. 79. 5J Chacun doit donner ce qu'il
po(Iede'\ Vauka ^ilpoflede" ; daukan ^qui pofTede 5 ^; daukan + ik
& avec le r euphonique daukanerik ,,ce qu'il poflede'% ou mieux en
anglais,, puifqu'on ne peut pas exprimer Tindefini en fran^ais : any
thing he poffeffes. T)aukanak aurait ete le pluriei defini^ daukan -\- a
-)- k } ce (les chofes) qu'il poffede.
La difficulte dont nous parlions tout a Theure eft celle-ci. Si ik eft
un pluriei & fert comme un pluriel^ pourquoi avoir forme un pluriei
de ce pluriei? pourquoi faire ufage de etarik?
Nous avons difcute Torigine de la forme era & nous croyons avoir
demon tre qu'elle n'a plus rien d'obfcur (i). II faut done en arriver a
prouver que notre theorie eft faufle, que ik n'eft pas un pluriei, ou
bien que la forme etarik eft vicieufe. Nous croyons avoir demontre
que ik eft un pluriei, & il nous refte, par confequent, a demontrer
que etarik eft une forme fautive.
L'erreur date d'auffi loin que nous puiffions remonter; nous la
trouvons chez Dechepare, Li9arrague & Axular, & elle eft encore
en vigueur dans les dialedes bafques franc. ais. Larramendi cite, il eft
vrai (Arte, p. 3^6) loreetaric , barat^etaric , mais, autant que nous
fachions, on ne trouve jamais cette forme en guipuzcoan comme
(i) Voir le fuffixe de pluralite A & la lettre k au ch. in.
4'
pluriel de dik ou tik. Bien que la forme etarik nous paraiffe fautive,,
on n'en fait du moins pas un emploi fautif. Loreetarik, baratietaric fe
trouveront apparemment,, mais alors apres un fuperlatif; p. ex. la plus
belle des fleurs, le plus beau des jardins.
Dans les dialectes bafques francais etarik eft confidere comme le
pluriel de dik ou tik ; & etarik, le feul pluriel correct eft inconnu ;
p. ex. loannefen baptifmoa cerutic cen, ala guigonetaric? Marc XI , ^o,
T. R. Le bapteme de Jean venait-il du ciel ou des hommes? TSaina
ahotic ilkiten diradenac bihot^etic partit^en dirade. Matth. xv, 18. Mais
ce qui fort de la bouche vient du cceur. Hura refufdtatu igan du
hiletaric. II eft refTufcite des morts. Eta othoy beguireganperilgudetaric.
Dechepare, Toejies, p. 6. Et prie de te preferver de tout danger.
Pour le befoin du vers, Dechepare fe fert de etaric pour le fingulier
(v. p. 10). cAlteratu gabetaric (pour gaberic) gure fede faynduyan. Sans
rien changer a votre fainte foi.
Les dialecles bafques efpagnols auraient ecrit : Hura refufdtatu i\an
du illetatik (i), & avec raifon; /// -f- k -f- tik fait illektik, & apres
mutation reguliere de la mdiale &.eri I / illetatik. Etarik ne nous
femble avoir rien a faire ici. Si badut adiskiderik fignifie ,J'ai amis" (ou
comme on dit par exception en francais ,J'ai des amis") alors il va
fans dire que hura refufdtatu igan du hiletaric fignifie ^il eft reffufcite
morts" , ce qui n'offre aucun fens. D'un autre cote^ il n'y a rien,
finon rhabitude, qui explique le rejet & la perte de la forme etatik
dans les dialecles bafques fran5ais. La regularite de la grammaire
eft telle qu'on pourrait peut-etre fe fonder fur cette irregularite
feule pour prouver Ferreur dans la forme 6c dans Temploi de
etarik .
Si etarik etait le pluriel reguiier (2) de ik ou rik } Mendiburu n'au-
rait pas pu dire : Efpaniako Euskaldunik geyenak, ou bien : Emen arkir(en
diran gau^arik geyenak ; il aurait fallu euskaldunetarik & gau^etarik.
Qu'il confidere ces noms comme des pluriels eft prouve par le verbe
(1) Eta pi^tu lllen artetik, Luc, 24, 46. Gulp. Et reffufcite d'entre les morts.
(2) Nousdifons pour plus de concifion ,, pluriel reguiier"; nous favons que le f de fa ou
eta eft k, figne de pluralite, change en t &. appartenant au nom. Voir les fuffixes.
42
qui efl au pluriel; dans le premier exemple arkir^en dira; dans le
fecond arkiqen diran (i).
Cette confufion entre dik ou tik ,.de, hors de"; Fallemand ^aus"
& ik figne de pluralite, s'explique peut-etre par les langues romanes
qui n'ont que la prepofition ,,de" pour traduire Tune & Fautre de
ces expreffions.
II eft probable aufli que la fignification plurielle de ik s'efl perdue
depuis longtemps, depuis des fiecles; au moins deja depuis trois
fiecles. La fignification fecondaire de Findefini s'efl confer vee feule-
ment, & c'eft ainfi que nous nous expliquons comment un fuffixe,,
qui a Forigine etait un figne de pluralite,, puis un figne de Findefini,
en efl arrive a etre uni aux noms verbaux., tant aux formes flechies
que non flechies 5 jan devientjanik en mangeant, ou,, tandis que je
(tu, il, &c.) mange. Une fois que ce fuffixe exprimait Fidee rendue
par ,,tandis" ou ,,pendant" la voie etait tracee. pour le fuflixer
aux flexions & du~[u ^vous avez 53 devient du^ula ,,que vous
avez" & duqularik 3 , tandis que vous avez' 3 . Obraren handiiaf-
funera eta dignitatera behat^enago dugulai'ic. Dedicace de Li9arrague.
3, Tandis que vous confidererez plus la grandeur & la dignite de
Fceuyre".
Ik devient tellement le fuffixe de Findefini, que Li^arrague Funit
au pronom interrogatif, fans doute pour donner plus de force a
Fexpreffion. Eta eerie da huna eman if an gayonfapiewia haur? Marc vi> 2.
Etqui efl-ce quilui a donne cette fagefTe? Onlevoit, ik n'eft plus
qu'un figne, deja du temps de Li^arrague.
Uufage de ce fuffixe efl fi varie qu'il n'efl pas tou jours facile d'en
rendre un compte exa^l,, furtout s'il fe trouve dans des locutions
adverbiales comme halarik ere tou te fois"; baiiik ,,,finon'% 6cc.
L'emploi de ik pour exprimer le gerondif (janik ^mangeant") ne
fe borne pas aux noms verbaux; on trouve chez Dechepare le vers
fuivant(2): Erregeri galiki faldu genui ogen gaberik ^Evidemment
vendu au roi fans (avoir commis des) fautes". Gabe efl un nom
(i) Jefufen CompaHiaco, Iracuiieari.
(a) Poefies, p. 58.
43
fignifiant ,, manque"; & bien que gabe foit en ufage comme fuflixe
correfpondant a ^,fans" , on retrouve ce nom avec fa fignification
propre. Ogen gabe ferait ^fans fames", mais ogen gaberik nous
parait fignifier litteralement ^ayant manque" ou ^manquant de
fautes".
6.
Voyelle intermediate o.
La voyelle o qui precede le figne de pluralite k eft la caracfleriftique
de rexclufif; p. ex. goa\en biok ^allons nous autres deux"; gi^onok
joango gera ^nous autres hommes nous irons"; ato-[te hirurok 3 ,,venez
vous autres trois"; inarrufi bear genduke gu^iok (& non guiiali) hiyario
eraufle motel au (i)' 3 3 nous tous nous devrions fecouer ce hableur bavard
<5c ftupide"; amoria nor i^an da gure bion (& non bien) anian (2).
,,Mon amour,, qui efl-ce qu'il y a entre nous autres deux"? c/trdan
regit le genitif.
Cette voyelle fe retrouve meme dans les flexions du verbe dans ce
meme fens d'exclufion : guey enguten duguenoy. Marc iv,, 24. ,,.,A vous
autres qui ecoutez". Enguten dugueney ferait ^avous quiecoutez".
On voit^ par ce dernier exemple^ que la voyelle o eft confideree
comme etant la caracleriftique de la forme exclufive. II n'efl pas
queflion du k; le o aura ete tranfporte du nom dans le verbe, & on
a cru reconnaitre dans le nom ou fe trouvait le o que cette voyelle
contenait la fignification admife.
II nous femble plutot qu'il faut prendre o + k, & cet ok fe retrouve
comme pluriel d'un des pronoms demonftratifsj foit hori dont le
pluriel eft hoyek & oek, foit hau dont le pluriel eft hauk. La forme
hok pour un de ces deux pluriels fe retrouve meme comme pronom;
(1) Larramendi, Introd. di6l., p. cxcn, nouv. ed.
(2) Dechepare, Poefics, p. 50, ed. de 1847 a bien\ Ted. de 1874 a bion. Cette derniere
edition eft fajte avec beaucoup plus de foin,
44
Dechepare dit (i) : Hoc beguira digagula falva guiren hegaric. 3J Obfer-
vons-les (commandements) pour qu'ils fervent a nous fauver".
cAtoite hirurok fera done pour aio^ie hirur hok.
Get o fe retrouve encore, croyons-nous., dans les pronoms pof-
feffifs : baina beguira deque quec ceuron buruey. Marc xm, 9. ^Mais
prenez garde a vous-memes". Cependant ceuron n'eft pas clair; fi
ceuron eft le genitif ceuren ^de vous 3 ^ avec o pour e } que fait alors
guec dans la phrafe? La tradudlion litterale eft: mais prenez garde
aux tetes de vous autres. ^De vous autres 3:> correfpond done a ceuron.
Mais f uec? Ce pronom appartient-il au verbe ? *Begira eiegue guec !
prenez garde, vous (2)!
CHAPITRE VII.
LES SUFFIXES.
I-
Ce que font lesfuffixes.
Les fuffixes indiquent les relations qui dans les langues aryennes
font exprimees par les cas, par les prepofitions & en partie par les
conjonclions & les adverbes.
Comme leur nom Hndique, ils font places apres le mot qu'ils
(i) Poefies, p. 20.
(a) En Mallicollo, en Annatom, langues de I'Amerique meridionale, on retrouve ce meme
precede, voir A.-H. Sayce, Principles of comparative philology, p. 264.
definifTent. On dit nigabe de ni-gabe ,,moi fans 3 ' ; argatik de ar-gatik
,,cela pour" ; ^aldia de ^aldi-a ,,cheval-le" ; gi^onen de gi^on-n
,,homme de". Dans nos langues on dit generalement 3 ,fans moi",
,,pour cela", ,,le cheval, ^d'homme". Cependant la facon bafque
de s'exprimer n'eft pas encore fi etonnante : pour ce qui regarde
Particle, il eft place apres le nom en danois, en fuedois, en valaque,
en albanais 5 & fi Ton dit en fran^ais 5J pour cela",, on dit au
contraire ,,,,cela pour" 3 en anglais, en hollandais,, en allemand :
therefore^ daarom,, darum. De meme onara ,,.,vers ici", fe dit en
holl. & en ailem., exadlement comme en bafque : hierheen^ hierhin^
ici vers. Uallemand ^zweifelfohne'^ ^doute fans",, eft pour ohne
zweifel ^fans doute". L'agglutination a ete meme appliquee ici ;
^zweifelfohne" s'ecrit en un mot. Seulement ce qui eft la regie
dans les langues agglutinantes eft Texception dans les langues
aryennes.
LISTE DES SUFFIXES.
k } caracleriftique de Tagent. dik, tik, de.--
ky figne de pluralite. * baithan, en.
n, dans, en; de. beithan, en.
/, a. pean, fous.
j, par,, de, avec. gan, en, dans.
iky de, quelque. gan<*> chez.
ko, go, de. - gandik, de chez.
kor^ai, pour. gatik, pour.
kin, avec. ra, vers. **
hiko, pour, a Tegard. rako, devers, pour.
liar, pour. rano, jufqu'a.
t^ako, pour. roni, vers.
ka^, ga^, avec. ka, a, par.
no, jufque.
4 6
2.
Comment les fuffixes sunifjent aux noms.
Les fuffixes ne s'uniflent pas tous au nom de la meme maniere.
II y en a :
i Qui s'uniflent aux noms indefinis & definis.
2 Qui s'uniflent feulement aux noms indefinis.
3 Qui s'uniflent feulement aux noms definis.
SUFFIXES QUI S'UNISSENT AUX NOMS DEFINIS ET INDEFINIS.
Ces fuffixes font : k
I ,,par"; kin ,,avec" ;
une voyelle de liaifon ;
Gi-[on-k fait
Gi-[ona-k , ,
3 5
33** 3
Gi-fpn-n
33
Gi^ona-n
33
Gifpn-i
33
Gi^ona-i
33
Humiltafun-kin
3)
Humihafuna-kin
33
Lagun-t^at
33
Laguna-r*at
33
"Bilbao-n
33
Echea-n
33
(fujet-agent) ; n ,,de" (genitif); ,,a
qar ,,pour". Le ^ qui precede le fuffixe eft
voirch. vi, 3 .
gi-^onek, homme.
y I 1 homme.
, par homme.
a^y par F homme.
, d'homme.
, de Thomme.
, 3. homme.
i, a Thomme.
humiltafunekitty avec humilite.
humiltafunarekin, avec Fhumilite
lagumiat, pour compagnon.
lagunarent^at, pour le compagnon.
'Bilbaon, dans Bilbao.
echean, dans la maifon.
47
SUFFIXES QJJI S'UNISSENT AUX NOMS INDlrFlNIS.
Ce font ra ,,vers"; ron^ ^vers"; rako ^devers"; rano
ko ^de"; dik ou lik ^de 55 (ex.) 5 ik indiquant le partitif; ka &".
Les fuffixes derives,, comme rako, rano, fuivent la regie pour les
fuffixes primitifs.
Eche-ra fait echera & jamais echeara.
Eche-roni ,, echeron^.
Eche-ko }} echeko.
Gi^on-ik gi^onik.
Zaldi-ka }) ^aldika.
Eche-iik echetik.
SUFFIXES QUI S'UNISSENT AUX NOMS D^FINIS.
Ce font k (figne de pluralite), gan, gana, gandik, baithan ou
beiihan, chez ; n (locatif),, excepte avec les noms de lieux.
Echea-n fait echean ^dans la mailon^. fainkoa-gan fait Jainkoagan
^en Dieu".
Si les mots auxquels ces fuffixes devraient etre unis nepoffedaient
pas une forme definie,, comme par exemple les pronoms, les noms
propres., &c.,, ilfautbienles ajouter aTindefini ; norgana , 3 chezqui";
nigan r ,en moi 3 ' ; Hilbaon & Bilbao
55
3-
Les fuffixes avec le nom pluriel,
Quand les fuffixes font ajoutes au nominatif des noms pluriels, il
eft tres rare que le k, figne de pluralite, fe maintienne. 11 eft genera-
lement converti en t ou en y (voir le fuffixe k), ou bien il eft elide.
Nous parcourrons la ferie des fuffixes , les details fuivront.
4 8
Hauk, ceux-ci, fuivi de k (agent) fait hauyek pour haukek (i)
Giionak, les hommes, n >, giionen giionaken
, giionaki
Echeak, les maifons
Oriek, ceux-la
'Buruak, les tetes
Echeak, les maifons
giionen
giionai
general
yy
echeetako echeak-ko
orietatik
burueian
echeetara ., echeakra.
oriektik
buruakan
i
ho
nk
n (locatif)
ra
Quelques autres fuffixes s'uniffent au genitif 5 il n'y a done pas de
k aconvertir ni a elider; un autre fuffixe (ik) eft un pluriel lui-meme
& s'unit au nominatif fingulier, & les fuffixes comme kotiat, r~ako
fuivent leur primitif ko & i*[at, dans la fa^on dont ils s'uniflent
au nom.
4-
La valeur des fuffixes.
En expliquant le bafque par une feule langue,, on court rifque,
en trouvant des divergences,, de les attribuer au bafque, tandis qu'il
fe peut que ce foit Tautre langue qui eft irreguliere. En traduifant
echera par ,,vers la maifon" on ecrit une phrafe correcfle en fran^ais,,
mais qui n'eft pas la tradudtion litteraie du bafque ; echera fe com-
pofe de eche ,,maifbn" & ra ,,vers",. & ne dit done rien de plus
que ,,vers maifon". C'eft ici que le fran^ais fait une exception, car
dans beaucoup d'autres langues on dit ,,vers maifon"; p. ex. en
itaiien ,,a cafa"; en efpagnol ,,a cafa 55 ; en hollandais ,,naar huis"^
en allemand ,,nach haufe", comme en bafque. II en eft de meme
du fuffixe ko 53 de". Ko s'unit toujours au nom indefini; & bien qu'on
traduife aireko egairiak par ,,les oifeaux de 1'air 5 ', il faudrait traduire
par j,les oifeaux d'air' 5 . Ceft encore ici la langue frangaife qui fait
(i) H.tukiek eft refte en ufage.
(a) Le k eft refte en bifcaien, voir les fuffixes
& n.
49
une exception , qui eft capricieufe , car Ton dit ,,les outils de
travail" laneko trefnak; mais par contre ,,le maitre de la maifon";
en bafque echeko jauna, tout comme en ital. il padrone di cafa.
II y a la meme obfervation a faire pour ie fuffixe dik ou tik ,,de"
,,hors de". Inen nai^ echetik ,,je fors de la maifon", mais il faudrait
,,je fors de maifon, comme en hollandais ,,uit huis" ou en italien
,,da cafa". Nous infiftons fur cette queftion puifqu'on a fait une
grande confufion a ce fujet & fouvent encore fans la moindre neceflite.
r-
II nous femble, en outre, que la connaiiTance imparfaite de la
iignification des fuffixes a fait etablir une difference entre le fingulier
indefini & le pluriel qui n'exifte pas ; difference qui eft bafee fur une
erreur. On nous dit ogiko eft le fingulier, ogirako rindefini, ogietako
le pluriel (i). Or, e n'eft jamais un figne de pluralite. Mais fi echera
ou ogiko eft Tindefini, dira-t-on, qu'eft-ce done que echetara ou
ogirako? Nous repondrons : c'eft le pluriel, employe pour corref-
pondre a Tindefini de nos langues, & la diftinclion qu'ont faite
quelques auteurs eft imaginaire. Si en bafque Ton dit : inongo echetan
farm e^nai^ ,,je ne fuis entre dans aucune maifon", on fe fert, felon
nous, du pluriel, bien que ,,maison" foit au fingulier en frangais.
Le e de ogietako n'en fait jamais un pluriel ; ogi -f- k -f- ko fait
ogitako apres mutation reguliere de k en t & le e n'a rien a y faire,
fi ce n'eft dans quelques cas, que comme lettre de liaifon; p. ex.
lur -j- k -j- ra fera lurreiara.
II eft inutile de recherc,her a qui nous devons cette regie; nous la
trouvons auffi chez M. Duvoifin (2), mais elle n'eft pas appliquee
avec rigueur; Fauteur ecrit exay (erfai) tan ou etan, tarik ou etarik,
(1) Guide element jire, Bayonne 1873. Sans nom d'auteur. , ,
(2) tude for la dedinaifon bafque, Bayonne 1866. Elements de gram, bafque, dialefte
fouletin par M. Geze, 1873. Hountaco & hunetaco, huntara & hunetara. Le e aurait du
fe trouver partout ; r ne peut fuivre n; on a pris une erreur de phonetique pour une categoric
grammaticale.
4
f
tara ou etara pour Tindefini & le pluriel ; cependant exay parait etre
une exception, felon Fauteur, puifque dans tous les autres exemples
la regie eftmaintenue.
Larramendi & Lardizabal n'ont pas reconnu en bafque que le nom
etait quelquefois defini par 1'article & quelquefois indefini ; mais ceci
n'empeche pas les Guipuzcoans de faire ufage du defini ou de Finde-
fini des noms ; & la diftindlion du pluriel par la voyelle e efl inconnue
dans les dialedles bafques efpagnols. Mais quand meme cette diftinc-
tion fe retrouverait chez les Bafques efpagnols, nous croyons avoir
demontre que c'eft une erreur, caufee en partie par la voyelle de
liaifon e, qui fe trouve dans quelques mots, & en grande partie par
le manque d'analyfe des fuffixes.
Une difficulte furgit quand il s'agit d'expliquer comment le pluriel
en eft venu a etre fuffixe aux pronoms finguliers. Nous avons vu
que le k y figne de pluralite, quand il eft medial, eft convert! en r*
eche -f- k -(- ra devient echetara, & ainfl oriek -f- ra fait orietara pour
oriekera ,,vers ceux-ci'\ Ceci eft parfaitement regulier. Maisle fingu-
lier de oriek qui eft ori fuivi denzfait orretaraQa. chute de / radical ne
nous importe pas ici). II en eft ainfl de tous les pronoms, des noms
de nombre, de tous les mots enfin qui, par leur nature, fe refufent a
prendre une forme definie : ni-\-ra fait nitara ,,vers moi", ni + ^
fait nitai, ,,par ou dc moi" bat + n (locatif) fait batemn.
Cette irregularite apparente trouve fon explication dans le fait que
la langue bafque fe fert du pluriel pour exprimer Tindefini, laiffant
incertain fi cet indefini eft pluriel ou fmgulier. L'emploi d'un pluriel
du nom pour exprimer Tindefini (fans notion de nombre) eft parfai-
tement juftifie, croyons-nous (i). La fignification de A, figne de
pluralite, fe fera bientot effacee devant celle de Tindefini, & les
groupes iara y rako, tank, &c., auront ete fuffixes a tout mot qui ne
fupportait pas la forme definie.
Nous Tavons deja fait obferver ailleurs, le fubftantif verbal, qui
eft un nom au locatif, a auffi la forme indefinie & par confequent
plurielle ilten, anuten, de il + 1 (pour k} + n; arm + i -f- ;/.
(i) Voir le fuffixe \k.
f
6.
Le fujffixe k (agem).
K. Cette lettre eft la caracleriftique qui diftinguele fujet-agent du
fujet-patient : nik badakit ,,}Q le fais"; ni etorri nai-^ ,,jc fuis venu".
Pour plus de concifion nous dirons a 1'avenir agent & patient.
L' agent porte tou jours la caradleriftique k, meme avec le verbe
paffif (voir la fyntaxe, ch. xxn, i).
Le k eft fuffixe fans lettre intermediaire; ni, nik; aita, aitak; nor,
nork; Tedro, Tedrok. Mais du moment que le k viendrait en contadl
avec une lettre incompatible, les lois phonetiques fe font valoir, &
il faut intercaler la voyelie de liaifon?/ gi^on fait gi^onek; bat fait
batek; ^ein fait leinek, &C.., parce que n & k, t & k ne peuvent fe
fuivre; v. ch. in.
Cette difference entre le nominatif agent & le nominatif patient
eft exprimee feulement au fingulier dans les dialedles bafques efpa-
gnols ; mais les dialedles bafques frangais font la meme diftinclion
au plurielj tant du nom que du pronom.
Dans le nom, le pluriel agent fe termine en ek, le pluriel patient
en ak; p. ex. Legeko doktorek beret^at harm ^Vn|W/t.Teft. zahar. Larre-
gui, Bayonne, 1777. ,,Les docleurs de la loi prirent pour eux".
Haurrak Joan dire. ,,,Les enfants font arrives".
Dans les pronoms cette difference eft indiquee dans quelques
dialecles bafques fran9ais, foit par Taccent (hekiek, pat. hekiek ag.),
foit par un k (hek, pat. hekek, ag.), foit par un y (nek, pat. heyek ag.).
Cette particularite des dialecles bafques fran^ais n'a jamais ete
relevee, autant que nous fachions. Eile eft cependant extremement
remarquable, & donne un precieux appui a la regie par rapport a la
mutation du k ou a fon entiere elifion.
II va fans dire que la difference de la voyelie qui precede le figne
de pluralite k dans le nom (doktorek, haurrak}, ne peut avoir indique
primitivement la difference entre Tagent & le patient. L'analyfe des
pronoms pluriels nous met fur la voie pour expliquer le pluriel des
noms, qui nous parait ecre forme exadtement de la meme maniere
que celui des pronoms & influence de la meme maniere par les lois
phonetiques.
Le k a ete employe primitivemenc pour indiquer Fagent, au pluriel
comme au fingulier, dans le nom comme dans le pronom. Comme
giionak eft forme de gi~(pn-a.-k pour le patient, il faut ajouter encore
un k pour 1'agent, ce qui donnera giion-a-k-k ou bien giionakek, forme
parallele a hekek. Comme nous favons aujourd'hui que le k fe perd
au milieu d'un mot (v. ch. n), qu'il s'eft perdu dans le pronom hek,
variante de hekek, on admettra qu'il s'eft perdu aufli dans le pluriel
agent du nom, & que gi^onakek eft devenu gi^pnaek, puis gi^pnek.
Uaccent tombe au pluriel fur ek, gi^onaek (i) au fingulier fur le nom,
ce qui a peut-etre contribue a obfcurcir la prononciation de Ta.
Les dialedtes bafques efpagnols n'ont laiffe aucune trace de cette
difference dans le nominatif pluriel du nom 5 nous croyons cepen-
dant en retrouver un dernier veftige dans ies pronoms.
7-
Le fvffixe k (pluriel).
K. Cette lettre eft auffi la caracleriftique du pluriel. Selon les
circonftances elle fe convertit en t ou bien elle eft elidee, quand
elle fe trouve au milieu du mot. K medial n'eft generalement pas
tolere quand il eft primitif; mais k medial, qui provient de h initial,
comme c'eft fouvent le cas dans les mots compofes, eft de regie.
Le k, figne de pluralite, fe convertit en t quand fuit un des
fuffixes : n (locatif), ^, ra, tik, ko, ron^. Eche ,,maifon" fait echeak
,,ies maifons 53 ; mais echeak + n ,,dans j> ne fait pas echeakan, mais
echeetan ,,dans les maifons". Oneek ,,ceux-ci" fuivi de n fait oneetan
& non oneekan. TSuruak ,,les tetes" ne fait pas buruaktik, mais
d) Voir Inchaufpe, Verbs bjfque, p. 440.
T3
buruetatik (c'efl-a-dire buru-t-rik) ,,des tetes". Echeak -f- ko fait
echeetako (eche-t-kd), ,,des maifons". Echeak -f- ra fait echeetara
,,vers maifons^. Ces fuffixes ne s'unifTent qu'a Findefini au fingulier;
on ne peut pas dire echeara; il faut dire echera, ,,vers maifon". II
efl done necefTaire d'appliquer cette meme regie au pluriel ; & bien
que le pluriei indefini ne foit pas en ufage, il fera plus corredl
d'analyfer ces noms ainfi : eche-k-ra devient eche-t-ra; & puifque t-r
ne fe fuivent pas dans la meme fyllabe, il a fallu intercaler une
voyelle, qui cette fois-ci efl a: echetara ou echeetara; & ainfi eche
-\-k-ko devient eche-i-ko ou echeetako. Les pronoms pluriels, qui ont
necefTairement la forme indefinie (fans article), confirment TexacTi-
tude de notre analyfe; oneek-n devient oneet-n ou oneetan ,,dans
ceux-ci'\ Oyek-\-ra devient oyet-\-ra ou oyeiara 5 ,vers ceux-ci".
Le pronom a (autrefois ar) ,,ce-la 3 % fait aek au pluriel en bifca'ien,
<5c hayek en labourdin. Ce hayek s'eft contracle dans ce meme dialecle
en hekj & hek-\- n efl devenu hetan 5J dans ces-la". Egun hetan ,,dans
ces jours-la^.
11 efl rare que le k fe maintienne au milieu du mot, il s'en trouve
cependant des exemples qui peuvent etre confideres comme des
exceptions, bien qu'il foit tres probable que le k s'ecrivait ou plutot
fe prononcait primitivement, & qu'il n'a ete eloigne, plus tard, que
pour caufe d'euphonie.
En bifcaien on dit gi^onakai de gipnak-i ,,par ou avec les hom-
ines'^ eurakan ,,en eux" de eurak-n ( I ) . Les autres dialedles diraient
gifonera^, euretan, heuretan.
L'elifion du r efl beaucoup plus frequente que la mutation de k.
Le verbe, furtout en fouletin, & les pronoms nous en offrent de
nombreux exemples. Ainfi le demonflratif a, autrefois ar, ,,ce-la"
fait au pluriel areek bifc., hayek, foul. & hekiek ou heyek, lab. Le
bifcaien areek a perdu le k medial arekek, & 1'hiatus, pour lequel ce
dialecle a une prediiedlion marquee efl refit 1 ; les autres dialedles,
au contraire, ne tolerent generalemenc pas I'hiatus, & le fouletin y
(i) n /f(f(zfta{, aitdkc\ n'exiftent pas". Vinfon , Notes complcmentaires fur 1'Eflai
M. Ribary, p. 102. Au fuffixe gem on trouvera d'autres exemples avec k.
T4
echappe regulierement en introduifant unj comme lettre de liaifon.
Le pluriel agent de hek (var. lab.) ferait hek -)- k ou hekek; le k en
tombant, il refle heek qui devient hey eh avec le y de liaifon.. De
meme en guipuzcoan ou arekek, forme primitive, eft devenue areek,
apres la chute de k; aeek apres la chute de IV, & finalement tfj^A
pour eviter 1'hiatus.
Le fouletin furtout, & aufli Tancien labourdin, fe fervent de y
pour eviter Thiatus quelle qu'en foit la caufe. On n'a qu'a ouvrir les
poefies de Dechepare pour trouver de nombreux exemples : mun-
duyan pour munduan; duyen pour duen; endelguyaipour ondelgua^. Ici
le y correfpond au b que le bifcai'en introduit apres u; u-\- a devient
uba dans ce diale<5le. Dans le verbe nous citerons les J" 168 per-
fonnes qui ont prefque toutes perdu le t comme en bifcai'en 5 duie
guip. fait daue bifc. & die (pour duye) foul. Lukete guip. lukee
bifc.; lukeye, foul. 'Diffadakan, lab. ,,que tu me Yaics"; die^adaan,
guip., le k eft elide <5c Fhiatus eft refte; die^adayan, foul, ou Thiatus
eft evite.
8.
7 a-t-il un pluriel indefini?
Les exemples que nous venons de citer demontrent en outre que
le k eft le figne independant de pluralite; a , 3 le >3 eft devenu ak ^les"
comme ori eft devenu oriek (e lettre de liaifon). Nous infiftons fur
ce point, puifque la langue bafque n'exprime generalement pas le
pluriei indefini; elle ne dit pas ^hommes" bien qu'elle pofTede un
figne de pluralite independant. On aimerait favoir pourquoi une
langue qui poffede ce figne de pluralite, ne s'en fert pas dans un
grand nombre de cas, oil il doit nous paraitre indifpenfable. Lardi-
zabal, par exemple, s'exprime ainfi : Eta cddan era Eva lurrii eginak,
Jainkoaren ferbit^ariy bera i^an ^an bano, leyalagoak i\aiea e^in eraman
\uen, Et ii (le diable) ne pouvait fupporter qu'Adam & Eve, faits de
terre, ferviteurs de Dieu, fuffent (en bafque Tinfinitif, comme en
ff
italien ^lelTere piu")plus fideles que lui. Notons d'abord une
irregularite ou une erreur de Lardizabal, qui fait accorder eginak avec
fon fujet (ce qui parait corred, le fujet etant pluriel), & qui ne fait
pas accorder lerbit^ari, egalement Tappofition de ,,Adam & Eve".
Zerbii\ari cependant eft correct, felon la grammaire bafque. Le fens
Je la phrafe n'admet pas 1'emploi d'un pluriel defini (-{erbitiariak),
& la langue bafque ne permet pas qu'on exprime Tindefini, qui
aurait pu etre exprime,, dirait-on iferbir(ari + k & alors -[erbir(arik.
Dans fa critique (i) de notre EfTai de Grammaire, M. Duvoifin
dit : ,,L'indefini dans le nom n'a pas de nombre; comment en aurait-
il, puifque le nombre le renverfe"? Et ailleurs, en relevant a bon
droit la traduclion de Tauteur anonyme d'un guide, du mot elgar
par ,jtous deux enfemble^ 5 M. Duvoifin s'exprime ainfi : 35 C'eft un
55 contre-fens. II ajoute une erreur quand il dit que ce mot eft fingu-
,,lier; elgar n'eft ni fingulier,, ni pluriei,, parce qu'il eft indefini,
J5 c"eft-a-dire, fans nombre. Elgar maiie duie 3) \h s'entraiment" (2).
M. Duvoifin parait ne pas s'apercevoir que s'il ecrit dute, il confidere
elgar comme un pluriel. En outre il faut qu'un mot foit Tun ou
1'autre, fingulier ou pluriel 5 un mot fans nombre eft une impofTi-
bilite,, & le fait eft que elgar eft inconteftablement un fingulier
comme forme^ mais que,, comme nom colleclif^ il veut le verbe
au pluriel. Du refte,, M. Duvoifin prend Teffet pour la caufe, quand
il dit que le pluriel renverfe I'indefinij cela n'eft vrai que comme
forme, bien entendu 5 le pluriel indefini exifte dans plufieurs langues,,
& aurait pu etre exprime en bafque egalement bien 5 buru -f- k aurait
pu faire buruk Aretes". Le pluriel ne renverfe rien du tout^ c'eft
1'article a ,,le", precedant le figne de pluralite k, qui empeche le
nom d'etre indefini 5 fans le a il ferait indefini. Au contraire, 1'inde-
fini implique 1'idee de pluralite^ en tant qu'il s'agit de chofes aux-
quelles le nombre peut etre applique. II nous femble que I'unite
pourrait difficilement exprimer rindefini, excepte en metaphyfique, &
le bafque, comme beaucoup d'autres langues, rend 1'indefini par le
(i) Voir la reproduction de cette critique dans notre Diftionnaire, page xxvii.
(a) Examen critique du Guide elementaire de la converfation fran$ aife bafque... A<fles de
la Socie'te' philologique, torn. rv ; n* 2, Mai 1874.
pluriel (i), quand meme le nom n'en porte pas le figne, comme
dans 1'exemple cite el gar maite dute oil le verbe indique le pluriel;
& encore mieux, puifqu'il s'agit ici d'un nom colleclif, dans la
phrafe de Lardizabal ou le fens & le verbe indiquenc fuffifamment
que -[erbii\ari eft un pluriel, bien que ce nom foit formellement un
fmgulier.
La feule caufe que nous fachions afligner a cette irregularite, c'eft
la confufion que pourrait produire cette forme d'un pluriel indefini,
qui ferait toujours identiquement la meme que celle du fujet agent;
p. ex. giionek.
On pouvait peut-etre d'autant plus facilement facrifier ce pluriel
indefini, qu'il parait ne pas etre de toute neceffite. La langue fran-
9aife, qui peut exprimer le pluriel indefini,, prefere^ dans la plupart
des cas, ne pas s'en fervir; quand^ dans d'autres langues on dit
jj'ai amis' 3 la langue fran9aife vent qu'on dife ,-j'ai des amis".
II nous femble cependant que la langue bafque^ dans le dernier
cas que nous venons de citer 55 j'ai amis" fe fert d'un pluriel indefini,
qui eft ik 9 c'eft-a-dire k precede de i; voir chapitre vi, y.
Une certaine irregularite reftera toujours^ fi nous admettons
comme corredle la phrafe de Lardizabal; la premiere apportion
eginak s'accorde avec le fujet, tandis que la feconde appofition
i ne s'accorde pas ; eginak eft un pluriel defini, ferbit{ari eft
un fingulier indefini.
9-
Le fuffixe n.
N. Lemploi de ce fuffixe eft tres-varie ; il indique :
1 Lelocatif;
2" Le genitifj
3 Le pronom relatif;
4 La conjondion ,,que".
(i) Comparer le fiifTixc ik.
n
Lorigine de ce fuffixe efl felon route probabilite le demonflratif
non, au fens de localite. 'Bilbaon ,,dans Bilbao" fera la contraction
de Hilbao-non. Ce locatif en ell arrive a exprimer le genitif, tout
comme en latin (i) <3c gi^on -f- n a donne gi^onen ,,de homme".
La fyntaxe comparative nous apprend que la phrafe relative etait
unie a la phrafe principale fans aucun mot explicatif 5 ce n'efl que
plus tardj pour plus de clarte qu'on s'efl fervi d'un demonflratif pour
indiquer le regime de la phrafe relative. On difait done primitive-
ment,, comme on dit encore (ou comme Ton peut dire) en anglais :
this is the man I faw ^celui-ci efl Fhomme je voyais". Ce de-
monflratif a perdu peu a peu fa valeur comme demonflratif & a
pris celle d'un relatif (2). La meme chofe efl arrivee en bafque ; le
demonflratif non efl devenu le pronom relatif, tout comme ^that 33 en
anglais (the fubje<5l that was difcufTed ,,,le fujet qui fut difcute" ;
that man 53 cet homme"). Le demonflratif non fert auffi comme
conjonclion.
N CORRESPONDANT AU LOCATIF.''^
Comme locatif, n correfpond a : en, dans, a. 'Bilbaon ^a Bilbao";
dans ce fens-ci qui efl celui d'un pur locatif, tous les diale<5les s'ac-
cordent, tous fuffixentfimplement n au nom. Si ce nom finit par une
voyelle il faut intercaler la voyelle de liaifon e: vWadriden ,,a Madrid";
Horde! en ,,a Bordeaux".
Mais excepte aux noms de localites , le n ne s'unit jamais
au nom indefini ; on ne peut pas dire echen de eche -f- n ou burun
de burn + n; il faut echean ,,,dans la maifon" ; human ,,dans la
tete" (3).
Les noms qui fe terminent par n & r intercalent un e dont Forigine
(1) Leftures, &c., vol. i, p. 222, profefleur Max Muller.
(2) A.-H. Sayce, Principles of. comparative philology, p. 552, T'edit.
(3) II parait qu'on dit en fouleijn etchen ; etchen da ,,il eft a la maifon"; Geze, Elem.
de Gram, bafque, p. 23. L'auteur dit : ,,Cependant on peut tres-bien dire & on dit aufli
etchian da" . A en juger par 1'uniformite des autres dialeftes echen eft une exception
fautive.
nous eft inconnue 5 /r, ga/z, azVfi/i ; ne font pas lurran, ganan,
aiiiinan; mais font lurrean, ganean, aii-^nean. Selon Lardizabal (i)
(dial, gulp.), il en ferait de meme des mots en i; bien qu'on piaffe
leg ecrire fans le e ; p. maian ou mayean ; leian ou leyean ; loian ou
loyean; kuian ou kuyean.
II doit y avoir une raifon pour laquelle le n n'eft pas uni au nom
indefini, il ferait poffible que ce fut feulement pour diftinguer le
genitif du locatif.
Pour exprimer le meme rapport ( locatif ), mais au pluriel, on
fufTixe le /i au nom pluriel, & le k, figne de pluralite, fe change en t ;
ec h e _|_ fr _}- n ne fait pas echekan, mais fait echetan ou echeetan ,,dans
les maifons" 5 hek -f- n devient hetan ,,dans ceux-la". Voir le fufTixe k.
II va fans dire que fi le nom finit par une confonne il faut intercaler
la voyelle de liaifon e; p. ex. Ian -f- k -f- n fait laneian ^dans les
travaux 3 ' ,
Toujours pour exprimer ce meme rapport , mais d'une fa^on
indefinie, on fe fert de la forme plurielle comme nous avons vu,
& comme nous verrons encore, que c'eft le cas avec les fuffixes ko,
1, ra, &c.; p. ex. inongo echetan farm nai% ,Je ne fuis entre dans
aucune maifon. Inoi^ko demboretan efaten bade^u ,,{i en aucun temps
(jamais) vous le difiez".
Les pronoms & tous les mots qui ne fe pretent pas a etre definis
font toujours fuivis de etan ou tan, au fingulier comme au pluriel 5
onetan ,,dans ce-ci"^ oreian , } dans ce-la"; orietan ^dansces-la'% &c.,
hiruretan >,dans trois 3 ^ batetan }) en un'% &c,
Cette forme, que nous appellerons pour plus de concifion plu-
rielle (2), & qui fert pour Tindefini, fe re trouve encore dans le nom
verbal, ibiltan, artuten, &c.
Le locatif des perfonnes n'eft pas rendu par n, mais par gan, ou
baithan ; nous devons renvoyer le ledleur a ces fuffixes, dont le pre-
mier eft au fond n precede du figne de pluralite k affaibli en g ;
,dans I'homme" eft pour gi^onak-n.
(i) Gram., p. j, la note.
la) Le fuffixe n'eft jamai? pluriel: te figne de pluralite appartient au nom.
N CORRESPONDANT AU GENITIF.
Un cas fpecial comme le locatif pouvait fe generalifer & devenir
un genitif ; mais Tinverfe ne faurait avoir lieu (i). Ce qui eft arrive
a d'autres langues, eft aufli arrive au bafque ; le genitif eft exprime
par le locatif.
Bien que n exprime deux rapports differents, il ne peut y avoir de
confufion.
Le n, genitif, eft fuffixe aux noms indefinis & definis. Seme -|- n
fait femeren , ? de fils"; le r eft euphonique,, pour eviter 1'hiatus.
Semea -f- n ou mieux feme -j- a -f- n faitfemearen , } du (de le) fils" .
Le r n'eft pas euphonique ici ; il appartient a 1'article, qui etait pri-
mitivement ar, & reparait du moment qu'on ajoute un fuffixe a
Tarticle 5 a + k fait ark; a -f- gatik fait argatik, &c. (2). Le n locatif
n'eft jamais fuffixe au nom indefini^ fi ce n'eft aux noms de localites :
'Bilbaon de Kilbao-n ,,a Bilbao".
Quand le n locatif eft fuffixe aux noms definis,, le r eft elide
& par confequent le e auffi,, qui n'etait qu'une voyeile de liaifon
puifque r & n ne peuvent fe fuivre dans la meme fyllabe. Eche +
a -}- n locatif fait echean ^dans la maifon". II ne peut done jamais
y avoir de confufion.
L'elifion de IV peut paraitre une regie aflez capricieufe ; a-t-elle
ete faite ou acceptee feulement pour diftinguer le genitif du locatif?
Nous Fignorons 3 mais il eft certain que le locatif eft invariablement
fans r.
La perte de IV eft fans cela un fait tres ordinaire, un grand nombre
de mots orTrent les variantes avec & fans r; & beaucoup d'autres Torn
perdu entierement. Le bifcai'en 1'elide meme dans Tarticle a, ce qui
ne fe fait dans aucun autre dialecle, autant que nous fachions.
Olaechea ecrit: Jangoikoaen (pour jangoikoareii) femiari ^au fils de
(i) Profefleur Max Miiller, Lefiures, vol. i, p. 333.
(a) Comp. chap, viii, . 2.
6o
Dieu"; Jaunaen (pour jaunaren) gra^ia^ ,,par la grace de Dieu" ;
e^pada ^eure femiaen (pour femiaren) arpegi.
Pour exprimer le meme rapport cTun genitif^ mais au pluriel, on
fuffixe le 72 au pluriel du mot (nom, pronom ou autre), done le figne
de pluralite k s' elide : giionak ,,les hommes" fuivi de n fait gi^onaen.
Le A a entraine dans fa chute le a, & dans tous les dialedles on dit
giionen ,,des homines"; orthographe regrettable puifque le genitif
pluriel & le genitif indefini ont ainfi la meme forme. Hauk
,,ceux-ci" fuivi de n devient hauen ,,de ceux-ci". Oyek -f- n devient
(yen.
N CORRESPONDANT AU PRONOM RELAT1F.
II a ete prouve par MM. Philippi & Windifch pour les langues
femitiques & par M. Jolly pour les langues aryennes, que le pro-
nom relatif etait a Torigine un mot demonflratif (i). L'auteur des
Principles ajoute : !! en a ete de meme dans notre famille aryenne".
Nous croyons pouvoir ajouter qu'il en eft de meme dans la langue
bafque. .
Le demonflratif non ,,011" qui s'eft conferve comme conjonclion
fe retrouve comme pronom relatif, mais reduit a la feule confonne n.
La phrafe croft duen liburua aura ete primitivement eroji du non
liburua ,,le iivre que il a achete". *Du non eft devenu dun ou comme
on Tecrit dans ce cas-ci duen (2).
II eft poffible que la phrafe relative n'ait pas pafle par la forme
du-non; il fe peut qu'elle ait ete de fuite du-n; mais ceci n'influence
en rien notre explication par rapport a Torigine de n.
Le pronom relatif n n'eft jamais ifole ; il eft toujours fuffixe a la
flexion du verbe : ikuji dedan faldia ,,le cheval que j'ai vu"'. Ttedan
eft det + n; le i final de la flexion devient toujours d quand fuit
un fuffixe.
(1) Voir A.-H. Sayce, Principles of philology , p. )',a.
(2) Voir pour le e intercate. chap, vi, 4.
6i
Comme la langue bafque ne diftingue pas gramma tic alemenc le
fujec de Fobjet, le nominatif de Faccufatif, le pronom n a toujours
pu refter n; mais ceci ne peut produire aucune confufion puifque le
fujet &fobjet font exprimes par la flexion verbale. Ainfi ,,Fenfant
que je vois" eft rendu par ikuften dedan aurra; & ,,Fenfant qui me
voit" par ikuften naun aurra; ikuften det fignifie ,,je le vois", &
ikuften nau ,,il me voit".
Quand la flexion finit par une voyelle comme du ,,il IV '; nau
j,\[ mV; dira ,,ils font", les auteurs basques ne paraissent pas
avoir fuivi une regie bien fixe; du moins Larramendi ecrit duen ,,qui
Fa"; dituan ,,qui les a 5 '; naun ,,qui mV; & meme diraren ,,qui
font". Ce dernier exemple eft remarquable... inon diraren erfai
hitfontiiak- ijihfeko, Preface du Dicl. de Larramendi., p. cxcu. Pour
faire taireles ennemis bavards partout ou ils font, litt. ,,partout que
ils font".
On trouve done dans ces exemples que le n eft fuflixe fans
lettre intermediate (naun), avec e (duen) avec a (dituan) & puis,
felon la regie du genitif en n, en intercaiant r. Cette derniere ma-
niere de fuffixer la conjondlion nous femble fautive; elle eft la con-
fequence de ce que Larramendi n'a pas diftingue n employe comme
genitif & n conjonclion. A Torigine, c'eft le meme mot, il eft vrai,
ce dont Larramendi ne fe doutait pas; mais Tufage a voulu, dans
tous les dialedles & fans exception, que le genitif n fut precede d'un
r euphonique, fi le mot auquel il eft fuffixe finit par une voyelle &
que la conjonclion n fut fuffixee fans r. S'il fallait, pour une raifon
ou pour une autre, une lettre intermediate, comme dans duen, cette
lettre ferait e, voyeile de liaifon, voyelle d'une valeur toute negative
(voir ch. vi, 3). Pour cette raifon il nous parait auffi que dituan
ferait plus correct, etant ecrit avec e dituen.
N CORRESPONDANT A LA CONJONCTION ,,QUE".
La conjondlion, comme le pronom relatif, a ete, a Torigine, un
62
demonftratif, & la phrafe ,,je crois qu'il viendra" equivaut a : ,Je
crois cela, il viendra (i).
La conjoncSHon eft tantot non, nun, tan tot n. Quand elle fe trouve
avec le verbe, comme dans le fubjonclif, elle eft toujours n & eft
toujours fuffixee a la flexion; egin fait dagit ,Je fais" & dagidan
,,que je fais"; i devient toujours d a la fin de la flexion & d-n ne
pouvant fe prononcer on introduit une voyelle de liaifon, foit a,
foit e. Dans ce cas on peut auffi employer la conjon6Uon la ^que" :
dagidala. Mais il faut fe garder de confondre n relatif avec n con-
jonc~lion, ou plutot d'ecrire na pour la, comme font fait les auteurs
bifcaiens. Moguel ecrit dans fon Echeco efcolia,, p. 19: Edo^enek
daki erre^ago dana (pour dala) gau-{ia e^aien egiten bano. 5J Ghacun fait
qu'il eft plus facile de dire que de faire (une) chofe". T>ana eft
compofe de da-n-a 53 le qui eft"; dala de da-la ?; que il eft = qu'il
eft". Zavala a remarque aufli cecte erreur chez fes compatriotes,
& cite cette phrafe de Bartolome de Santa Terefa dans fon Verbo
vafc., p. ^O 3 n 1 66: Zeuek dakifue e^e era gichi galdu doda^ana
(pour dodaiala). ,,Vous favez que j'ai laiffe paffer peu d'occafions".
10.
Le fujfixe i.
I. Ce fuffixe correfpond a ,,a" dans tous les dialecles, Le pro-
nom a (autrefois ar) fait ari ,,a celui-la". Gi\on ,,homme" fait gi^pni
>,a homme"; gi^ona ^1'homme" fait giionari ,,a Thomme"; eche
,,maifon" fait echeri avec le r euphonique, qu'il ne faut pas con-
fondre avec le r de giionari qui eft radical.
(i) En italien, encore de nos jours, la conjonftion eft omife quelquefois : Giuftizia vuole
fi fappia che 1'onorevole Xe ftato prefente. Fanfulla, 20 nov. 1875. La juftice veut (que)
on fache. En anglais le demonftratif , ; that" ce-la, eft de nos jours en ufage comme con-
jonftion : I think that he will come. Je crois qu'il viendra, & auHTi en allemand. Comp. gr. de
.Bopp, trad. Breal, vol. n, p. 359, la note.
Quand i eft uni au pluriel du nom le k s' elide felon la regie :
i devient giionai dans les dialecles bafques efpagnols &
i dans les dialectes bafques franais. Dans giionai il n'y a
que le k d'elide; dans giionei il y a encore mutation de la voyelle
radicale. Eft-ce par analogic avec le genitif pluriei gi^onen pour
giionaen? Nous Fignorons. Puifque i eft une voyelle, ce fuffixe eft
toujours precede d'un r euphonique fi le nom auquel il eft joint fe
termine par une voyelle; ainfi biri ,,a deux", bururi ,,a tete", &c.
Le dialeclte fouletin, par une etrange irregularite, dit lurrer ,,aux
terres" pour lurrei (pour lurreki); chorier ,,aux oifeaux" pourchoriei,
c'eft-a-dire ei eft devenu er.
IL
Le fuffixe z.
Z. Ce fuffixe eft de tous les dialecles & correfpond a : de, par;
& en bifcai'en aufli a : avec. C'eft le feul fuffixe qui foit fuffixe tel
qu'il eft au nom defini & au nom indefini; p. ex. burui ,,par cceur"
(litt. de tete); makilla^ ,,avec le baton' 3 ; arau^ ou araua^ comme
1'ecrit Axular felon". Quand le nom fe termine par une confonne,
il faut intercaler la voyelle de liaifon e (i), ce qui fe fait auffi pour
eviter la confufion entre deux formes pareilles; p. ex. lur + 1 fait
; bete lurrei ,,plein de terre". On fait onei ,,a pied". Van fait
, comme etant"; forme de da-n~i. Eta norbere berearekin irten
<5c chacun voulant fortir (litt. par le vouloir) avec le fien".
Eta bitaneko bere odita Eternoagai i\aien. Olaechea, p. 46. ,,Ec
d'etre en attendant avec fon Pere eternel". Pour exprimer le meme
(i) Chaho se trompe quand il dit (Etudes gram., p. 16) : ,,/aonf par euphonic jaonef*.
L' euphonic ne s'oppofe pas a nf; il y a un grand nombre de mots avec nf. C'eft plutot
pour donner le cachet de 1'indefini que le e eft intercale". Comp. ch. vi, 4- La confufion
eft grande chez cet auteur ; felon lui le e eft aulfi un figne de pluralite; ee\ ferait le pluriel
de f. Jaoneef ,,par les feigneurs". Cette forme doit etre corrompue; jaonee\ eft pour
6 4
rapport,, mais au pluriel, on s'y eft pris de differentes manieres; mais
la facon primitive aura ete de fuffixer i au pluriel du nomj p. ex.
giionak + 1 donne giionaka^ ,,par les hommes' J . Ceft ainfi qu'on
dit encore en bifcai'en go\oiafunaka\ ,,par les jouiflances" (i); mais
generalement le k eft devenu g dans ce dialecle & s'eft converti,
felon la regie, en r dans les autres dialecles, <5c gi^onakai eft devenu
gipnetai (2).
On trouve done en bifcaien kai ou ga^ au pluriei ; en guip. ^
& tai (Mendiburu); en lab. t^ai (Axular)., & ^ (Haramburu) ; en
bn. ta^ & ^fl{ (Li^arrague) 5 le foul, feul dit ee^.
II nous femble que ces variations dans la forme plurielle ne font
dues qu'a la confusion qui a tres facilement pu fe produire dans
une langue qui n'eft pas fixee par Tecriture.
Les dialecles bafques fran9ais fontau fond les feuls qui diftinguent
regulierement le fingulier du pluriel : gi^pna^ 55 par rhomme"; gil<>-
neta-( 55 par les hommes". Le dialecle guipuzcoan diftingue le fin-
gulier du pluriel par 1'accent; liburuai ^par le livre^j liburuai
,,par les livres'\ Ceci revient a dire que ce dialecte a oublie la
veritable diftinction du fingulier & du pluriel, & qu'il y remedie
tant bien que mal.
Le bifcaien embrouille fignification & forme, & ecrit indiftincle-
ment ga\ ou &?^ pour le finguiier & le pluriel, pour ^de" & pour
,,avec".
Le melange des diflferenres formes ^, ta^ ka^ ga^ dont on ne fe
rendait aucun compte, aura fini par produire les fufTixes ^ & /^;
f{, en outre, eft une variante tres commune de {. Egin dodalako
pekatu penfamendubagai , berbiagai, era obriaga^: neure erru\ , neure
errui, neure erru andiaga^. Olaechea, p. 12... ,,que j'ai peche par la
penfee, par la parole, par les ceuvres : par ma faute (mea culpa) par
ma faute, par ma grande faute' '. Eta bitarreko berec/Lita Eternoaga^
iiaten; p. 46. ,,Et d'etre en attendant avec fon Pere eternel". Edo
deungaro matrimofiioieko gau^aka^ ufan dabene^ p. 132. ,,Et parce
(i) Moguel.
(a) Comp. le fuffixe kan.
qu'ils ont mal ufe avec les chofes matrimoniales". U^pla gure jaun-
goikoak be^titu bailsmen lurreko animaliak, aireko hega^rinak, itfafoko
arrainak eta oihaneko ^uhait^ak ere, here be^timendu fuerte
animaliak larrup eta ille^, hega^tinak luma^, arrainak e^kata^ eta
aiale^. Axular, n. ed., p. 4. ^Comment notre Seigneur a vetu les
animaux de la terre, les oifeaux de Fair & meme les arbres de la
foret, les poiflfons de la mer de plufieurs fortes de vetements; les
animaux (quadrupedes) de peaux & de laines ; les oifeaux de plumes,
les poiffons d'ecailles & les arbres d'ecorces".
Le pluriel ta-[ ou ^ fert comme le pluriel tan, quand il s'agit de
modifier des mots qui ne font pas fufceptibles d'une forme definie ;
p. ex. les pronoms & les noms de nombre; ni, hi, gu, har font nitai,
hitai, gutai, hartal en labourdin; en guip. ni^ai, gu^, &c. Axular
ecrit hitfai ,,par toi"; het^i (de hek~i) 5 ,par ceux-la"; Ligarrague fe
fert de ^ & ta^, heta^, ler^. Mendiburu (guip.) luta^. Eta haugai
goiticoa gaichtotic da. T. R. Matt. v. 37. ,,Et ce qu'on dit de plus
vient du malm; litt. &ce (qui eft) au-deffus de ceci eftdumalin".
Chez Ligarrague fe trouve un pluriel affez irregulier. Matth. n,
23, Fauteur dit: Trophete^ err an i$an cena compli ledingat. ,,au\ que
fut accompli ce qui avait ete dit par les prophetes". Prophetak + I
aurait donne prophetetai. Ce fera la forme fouletine eei.
12.
Le fuffixe dik ou tik.
T)ik, tik, di, ti. Ce fuffixe correfpond,, dans tous les dialedles, a:
de, des, depuis.
En bifcaien il a generalement perdu le k final. Selon que les lois
phonetiques 1'exigent, ce fuffixe eft dik ou tik. Vik indique une idee
de mouvement, au propre & au figure. Haftetik kontrefta egio^u -{ure
bihot^eko jaidurari. Chourio, p. 48. ,,Des le commencement refiftez
au penchant de votre coeur". Eta hauga^ goiticoa gaichtotik da.
Matt, v, 37, T. R. ,,Et ce qu'on dit de plus (litt. ce qui eft au-deffus
f
66
ou au-dela) vient du malin. tT^ondik iatoi? ,,U'ou venez-vous?
ou comme on le traduit maintenant : d'ou viens-tu?" Toledotik,
,,<fetolede".
Vik n'eft pas en ufage pour les perfonnes ; on Tunit alors a gan :
gandik; p. ex. norgandik ,,de qui"; ^ugandik ,,de vous".
Vik comme ko, ra, i s'unit au pluriel du nom ou du pronom,,
dont le figne de pluralite k devient alors t. Eche -{- k -f- nk fait
echeetaiik ^des maifons". Oyek ^ceux-la" fait ojetatik ,,dc ceux-
la". Comme toujours le pronom fingulier prend auffi cette forme
tank (i). TSihot^ onetatik aterat^en dira. Mendiburu,, p. 80. ,,De ce
cceur-la font fortis' 5 ...
Dans les dialedles bafques frangais^ on a confondu,, a ce qu'il
nous femble, dik ou tik avec rik. 'Rik efl ik precede de IV eupho-
nique, v. ch. vi, y. Cette erreur parait etre tout a fait admife;
elle fe trouve dans plufieurs ecrits fur la langue bafque,, fans don-
ner lieu a la moindre remarque. M. Geze dit : "Bqyonnaric & tic,
ablatif de mouvement. Puis : Etcherik elkhi da ^il eft forti de la
maifon". Cependant on peut tres-bien dire & on dit aufli etchedk
elkhi da (2). M. Duvoifin tache d'expliquer la confufion., qui
n'en eft pas une pour lui; il n'y voit qu'une variante,, r pour t. On
dit ogitik pour ogirik, felon M. Duvoifin,, ,,,afin de ne pas confondre
,,avec le diredtiP' (5). Direclif veut dire., dans la nomenclature
de cas de cet auteur, un nom fuivi du fuffixe ra. On ecrit done
ogitik parce qu'on pourrait prendre ogirik pour ogira! Nous croyons
que les Bafques ont Toreille plus delicate. La caufe de cette confu-
fion fe trouve probablement dans les locutions des langues romanes
ou le partitif, ainfi que le fuffixe dik fe rendent par ,,de". Si dik
etait une variante de rik, on trouverait le partitif rendu par dik, ce
qui n'eft jamais le cas. On trouve,, il eft vrai,, apres un fuperlatif
(genitif pluriel) les fuffixes etatik ou etarik en guipuzcoan aufli 5 mais ?
bien que Larramendi cite deux ou trois mots dans fon Arte,, p. 326,
formes de la forte, il eft rare de trouver etarik en guipuzcoan apres
(i) Voir ch. vin, 4.
(a) Elements de Grammaire bafque, page a i &.2}. Bayonne,
(}) Sur la de'dinaifon bafque. Bayonne, 1866, p. 39.
67
un fuperlattf. Etarik eft, croyons-nous,, toujours une erreur; ik ou rik
peut etre employe & eft employe apres le fubilantif. Mendiburu
die: Efpaniako Euskaldunik gejenak ,,la plupart des Bafques efpa-
gnols". Ici ik ne correfpond pas a ,,de" franc,ais; ik fait du nom
un pluriel indefini, exadlement comme en allemand ,,die meiften
Spanifchen Basker. ,,Die meiften" eft un fuperlatif employe fub-
ftantivement,, tout comme geyenak en bafque, & ^Bafques Efpa-
gnols" n'eft precede, en allemand, ni d'une prepofition (de) ni d'un
article. Le bafque dit done indifferemment : gi^onen andiena ,,\Q plus
grand homme" litteralement ^le des grands homines"} ou bien,,
au lieu du genitif gi^oneny on peut dire gi^onetadk qui fe rend aufll
par ,, 5 des hommes" en frangais^ mais en allemand on pourrait dire
^aus'% c'eil-a-dire d'entre les homines, de parmi les hommes ; fi
Ton voulait faire ufage de ik il faudrait dire., croyons-nous, giionik
& non pas gi^onetarik. Gi^onik rend la phrafe d'une autre facon,
comme Euskaldunik; mais gi^onetarik nous parait etre une forme
vicieufe bien qu'admife. Ik ou rik eft pour Mendiburu une forme
finguliere : Congregatio egunetako e^ dute euikara^ko librurik; ,,,les
congregations de nos jours n'ont pas de livres bafques". II va fans
dire qu'il s'agit de plus d'un livre, & malgre cela la flexion exprime
le regime fingulier e^ dute. Le dialecle fouletin fe fert encore du
fuffixe ko, gi-founetako andiena, & imite meme entierement le fran^ais
en difant gi\oun hounena ,,le meilleur homme'^ (i). Comparez
le fuffixe ik ou la meme queflion eft difcutee.
!?
Le fuffixe ko ou go.
Ko, go. Ce fuffixe eft d'un ufage tres varie & fe rerrouve dans
tous les dialecles.
Le fuffixe go parait devoir fe rattacher a go ,,haut"; dans ce fens
(i) Geze, Elemenrs de gram, bafque, p. 40.
68
go fe retrouve dans gora ,,en haut" de go ,,haut" & ra ,,vers" (v.
notre did.)? I'allemand .,,nach oben" en eft la traduclion litterale. On
pourrait encore citer igo ,,monter". Ceft dans ce fens qu'il faudra
expliquer le fuffixe de coniparaifon go ,,plus". Sans cela go ou ko
correfpond dans tous les dialecles a ,,de".
Les diverfes acceptions de ce fuffixe n'ont rien de tres myfterieux,
& la diftance qui fepare ,,de" dans : il defcend de I'efcalier, de
,,de" dans : le livre de mon frere, eft pour le moins aufTi grande que
celle qui fepare go <3c go dans les rapports que nous allons indiquer.
i Go. Suffixe de comparaifon correfpond a ,,plus" & s'unit
feulement au nom defini. Voir les degres de comparaifon.
2 Go correfpond a ,,de". Selon que les lois phonetiques Texi-
gent, il faut ko ou go.- Hurgosko ,,de Burgos"; nongo ^^d'ou^j
lurreko ,,de terre ou terreftre'^; goi^ko ,,du matin ou matin al"
ondoko ,,de apres ou pofterieur'^. Par ces derniers exemples on voit
que la langue bafque a fait comme beaucoup d'autres langues, c eft-
a-dire qu'elle a forme des adjeclifs avec ce que nous appellerions le
genitif; de matin = matinal; de pere ^= paternel^ d'ami = amical;
d'eau = aquatique.
La place que ces adjeclifs occupent dans la phrafe indiquerait
deja, fi ce n'etait leur forme^ que ce font des genitifs; Us precedent
tou jours le nom qu'ils qualifient : tHj>la gure Jaungoikoak beiritu
bailsmen lurreko animaliak, aireko hega^tinak, itfafoko arrainak eta
oihaneko ^uhait^ak ere. Axular^ p. 4^ n. ed. ,, Comment notre Sei-
gneur a vetu les animaux de (la) terre, les oifeaux de (l')air, les
poiffons de (la) mer & les arbres de (la) foret".
Nous ferons remarquer en paffant que ces adjeclifs (ces genitifs
du nom) font employes aufli fubftantivement : ondoko ,, 3 pofterieur"
devient ondokoa }) [e pofterieur" & au pluriel ondokoak ^ies pofte-
rieurs" c'eft-a-dire les defendants, la pofterite.
Ko ne s'unit jamais au nom defini; on ne dit jamais echeako; on
dit echekOy ce .que Ton traduit, par habitude, par : de la maifon ;
mais eche ,, maifon' 5 fuivi de ko ,,de" ne peut pas exp rimer plus
que ,,de maifon' '. Comp., chap, vn, 4.
3 Go fert encore, comme ,,de" en efpagnol a exprimer le
69
futur (i). Les dialedles bafques efpagnols ont choifi go ,,de", les
dialedles bafques francais n ^de". Cette fa$on de rendre le futur
eft probablement un emprunt fait aux langues romanes; en franais
on fe fervirait de la prepofition ^a" au lieu de ^de"; almerai=.
ai a aimer,, <3c en efpagnol ,,,de amar". oAimerais = avais a aimer.
Comp. la formation des temps,, ch. xn 5 4. Go devient ko quand
les lois phonetiques 1'exigent : emango, gadulko.
On emploie auffi go ou ko pour indiquer le but de faction ex-
primee par le verbe de la propofition principale ; go correfpond alors
a ,,de" ou ^pour" francais 5 ,,um zu" allemand; ^para" efpagnol.
Ta emoien deutfa bi^h^ia aierako bidea, b. ,,Et il lui donna le moyen
de fe tirer de la vie". Era ordena cit^an hamabi harequin igateco eta
predicatiera igonieco. Marc in^ 14. ,,,Et il en etablit douze pour
etre avec lui,, pour les envoyer precher".
Go correfpond encore a 5J ,des_, depuis". odbranEgiptonfanuianeko.
,yDes qu'Abraham entra en Egypte".
Quand le fuffixe ko, ainfi que n (locatif) ^, ra t dik & roni, s'unit
au pluriel^ le figne de pluralite k fe convertit en t; egun -)- k -j- ko
ne fait pas egunakko mais fait egunetako ,,,des jours"; lur -|- k -|- ko
fait lurrerako }) des terres". Oriek + ko fait orietako ^de ces-la".
Au chapitre vm_, 4^ nous avons dit que les pronoms finguliers,
ont auffi le fuffixe fous cette forme plurielle; ainfi oneiako ^pour ceci,
a caufe de cecr"; oneiako ^,de cela^ pour cela".
14-
Le fuffixe tzat.
T^at, ^ai. Ce fuffixe fe trouve dans tous les dialectes & correfpond
a : pour. II s'unit generalement au genitif du nom,, foit fingulier,
foit pluriel : gi^onareniiai ^pour Thomme'^ gi^oneni^ai ,,pour les
hommes".
(i) Habia de alegrar (je me rejouirais) correfpond a: me alegraria. Salva, Gram, caftd.,
p. 460, note D.
7 o
Cependant rpi eft auffi fuffixe au theme pour correfpondre a la
forme indefinie des langues romanes; p. ex. erorpi daukat ,,}Q le
tiens pourfou". Zert^at naukate ,,pour qui me prends-tu"? (litt. me
prenez-vous?). Lagunt^at harm dm ,,}Q 1'ai pris pour compagnon".
Lagunarent^at harm dm ,,j'ai pris cela pour le (mon) compagnon".
Efamiat daukat ,,je le tiens pour dit". - - Trophete^ en an igan cena
compli ledingat. Matt, n, 23. , 3 Pour que fut accompli ce qui avait
eta dit par les prophetes". L'acception de ,,pour" dans le fens de
,,au profit de, a Tavantage de" fera I'acception primitive. T^at eft
un des tres rares mots commen^ant par /{, ce qui eveille le foup9on
que c'eft un mot corrompu. Quelle qu'ait etc fa forme, il eft permis
de fuppofer que i\ai etait primitivement un nom a un certain cas
(comme kin) & regifTant alors le genitif.
14-
Le fuffixe kan ou gan.
Kan, gan. Ce fufFixe eft feulement connu en bifcai'en & en gui-
puzcoan ; il correfpond aux fuffixes tan & baithan des dialedles
bafques franais.
II nous femble que kan nous ofFre une forme parallele a celle de
ka^, ga-{. Kan eft pour k -n & correfpond exaclement a tan, qui eft
t-n; feulement dans tan le k, felon une loi de la phonetique, eft
devenu t. Kan ou gan comme tan fignifie ,,en, dans". Le k de
kan ne s'eft maintenu qu'en bifcai'en; p. ex. "Bafia egin e-fiero (egine^
gero) eurakan dana, b. Mais apres avoir fait ce qui eft en eux".
Eurakan eft forme de eurak-n. Gan refte toujours gan, en guipuzcoan
& en general en bifcai'en aufft; comme baithan il ne fert que pour
les perfonnes : gi^onagan ,,en Thomme". Ta Erromako cAita Santu-
bagan. ,,Et dans le Saint-Pere de Rome". Sinifetan dot Efpiritu
fantubagan. ,,]e crois au (dans le) Saint-Efprit" . Eta miferikordia
infinitoagan. Olaechea, p. 13. ,,Et dans fon infinie mifericorde".
Les dialedles bifc. & gulp, ont done referve la forme plurielle
kan pour exprimer le locatif, pris dans un fens abftrait; p. ex. croire
,,en Dieu", Jainkoagan; & le locatif proprement dit eft exprime
par n : TSilbaon ,,dans Bilbao". Echean ,,dans la maifon". Le pluriel
du locatif proprement dit eft rendu par le nom au pluriel fuivi du
fuffixe 72, feulement avec mutation de k en t; & eche + k + n a fait
echeian ,,dans les maifons". Comp. le fuffixe n.
C'eft ainfi que Larramendi cite ces pluriels (Arte, p. 8). A la page
332 il revient a parler de ce qu'il nomme les ablatifs pluriels, & cite
toujours etan. Lardizabal, au contraire, complete ce qu'il croit
manquer a Larramendi, & dit, page 3, n if : ,,En ablative de
,, plural el articulo en pongo de dos modos, etan y acgan, porque
,,indiferentemente de ambos modos fe ufa". Or, acgan ferait
ak~\-kan; ce qui ne fe peut, <3c Larramendi a eu raifon de ne pas
donner la terminaifon acgan. Nous ne conteftons pas que les deux
formes aient ete ou foient en ufage en guipuzcoan comme en bif-
cai'en, mais nous croyons que le k (le c de Lardizabal) eft de trop
dans akgan.
Des que gan a ete choifi pour indiquerle locatif des perfonnes, il
a du etre fuffixe aux pronoms perfonnels, & Ton dit en bifc. & en
guip. nigan ,,en moi"; higan ,,en toi^j gugan ,,en nous"; ^eingan
,,en qui"; par centre ^erian ,,en quoi".
Les dialecles bafques fran^ais difent nhan, hitan, &c.; mais ils
font ufage de baithan quand il faut s' exprimer refpedlueufement. Ce
fuffixe eft probablement lui-meme un nom au locatif, & de lale genitif
qui precede : airaren baithan ,,dans le pere"; ene baithan ,,,en moi".
Jufqu'a prefent Torigine de baithan eft inconnue.
Gana. Ce fuffixe fignifie dans tous les dialecles : a, chez, vers.
II eft generalement fuffixe au nominatif dans les dialecles bifc. &
guip., & au genitif dans les dialecftes bafques fran^ais; quoique on
le trouve aufli uni au nominatif. Pouvreau dit Jainkoagana bihoti
goitit^ea ,,elever le cceur a Dieu". Comp. le Diclionnaire.
Nous avons propofe, dans notre didlionnaire, de confiderer gan
comme etant pour han ,,la". II nous femble que {'explication que
nous venons de donner aujourd'hui eft preferable. Mais qaelle que
72
foit 1'origine de gan, il n'eft peut-etre pas trop rifque de faire deriver
gana de gan. La forme & la fignification fe tiennent de tres pres.
Une fois qu'on avait oublie comment kan ou gan etait compote,
une fois que kan s'etait pour ainfi dire petrifie & etait devenu
un mot independant , fignifiant ,,en", il etait pofTible de fe
figurer kan ou gan comme un nom , d'y ajouter Farticle a 3 de
dire gana.
Gandik, g. ganik, b. 1. bn. Ce fuffixe eft compofe de gan-dik &
fignifie 3 ,de chez". Pfyrgandik latoi? ,,de qui viens-tu" ? cAitagandik
}) d.Q chez le pere 5;> . Era erregeak fugandik irrengo dira .,,& les rois
fortiront (naitront) de vous".
Ganako, b. g. 1. bn. f. Ce fuffixe eft compofe de gana-ko ,,vers-
de'% ceft-a-dire ,,de vers ou envers^ pour". 5\j?r gi\onaganako
Jaungoikoaren amorioa e^agut^en duena, g. ^CeluiquiconnaitTamour
de Dieu pour les homines".
16.
1^ fuffixe gabe.
, g. 1. bn. bage, baga, b. gabe%, g. baga^ b. fans.
Au chapitre fur la derivation des noms, il a ete queftion de ce
mot qui eft tantot terminaifon,, tantot fuffixe. Gabe ne s'unit qu'au
nom defini; on dit ogia gabe & non ogi gabe. On peut auifi faire
preceder le partitif du nom : ogirik gabe & c'eft ainfi qu'on s'exprime
generalement 5 mais fi le mot auquel gabe eft fuffixe n'admet pas de
forme definie, comme les pronoms & les noms de nombre, il faut
le fuffixer a Tindefini,, p. ex. nigabe 33 fans moi" deni-gabe.
La regie de conftruire gabe avec le nom defini n'eft pas toujours
obfervee ; Haramburu ecrit : cAiiiinam gabe.
On trouve gabe tantot fepare du nom,, tantot uni au nom,appa-
remment felon que 1'auteur a confidere ce mot comme etant inde-
pendant ou bien comme n'etant qu'une terminaifon.
73
17-
Le fujffixe no.
, no. Ce fuffixe eft no en bifc. & guip.; no } ino ou ino en la-
bourdin 5 710 fans mouillement, en bn. foul. & aufli dans une partie
du Labourd ; mais,, malgre cela,, on Tecrit fouvent ino, ancienne
orthographe frangaife , pour indiquer le fon palatal de IVz. Voir
ch. in.
5\\? eft rendu par ,,jufque" ; mais 5) jufque" eft un mot compofe,,
bien qu'on ne puifTepas feparer ^jus" de ^que" (de ufquej comme
en efp. ): ,hafta que" 5 ou en ital. , 3 fino que" ; ou en angl. ,,until
that"; ou en all. ,,bis das". Aujourd'hui que nous favons,, ou
croyons favoir^ que la conjondtion n eft la fyncope de non ,,que'%
on ferait tente de conilderer no comme forme de n-o. Nous ne
connailTons que quelques locutions qui pourraient confirmer cette
opinion; p. ex. artio, bn. lab. ^jufqu'a tantot" 5 ou plus correc-
tement en efp. hafta luego 5 de arte-o, luego-hafta 5 fans exprimer
le ,,que". Autre example : e\ar dir^aket 5? je puis les mettre" 5 eiar
dit-^akedano ^jufqu'a ce que je puiffe les mettre" 5 de dit\aket-n-o .
Le r final de la flexion devient toujours d quand fuit un fuffixe; le n
eft la conjonclion ^que"; le o eft hafta. Mais qu'eft-ce que o?
Eft-ce que no ne ferait pas plutot non, dont le n final., fi enclin a se
perdre,, s'eft erTeclivement perdu. ^Que" peut fervir pour fignifier
,Jufque". Si Ton dit, par example : Attendez qu'ilvienne, on veut
dire au fond : Attendez jufqu'a ce qu'il vienne". Nous ferions plus
difpofe a admettre cette hypothefe qui explique le n <5c le o. Une
locution comme anio eft plutot une exception ; le n s'eft perdu ;
artio eft pour aneino de ane deino, de ane da no (i). Quand da eft
(r) Axular ecrit daino. Hango Bifcondeak eta feme guftiak i^atu dira bethiere, cgundaino
gerof, Errege^ emplegatuak. Geroko gero, p. xiv, n. ed. Les vicomtes de la-bas & tous les
fils ont toujours etd, de tout temps (litt. des plus tard jufqu'a ce jour), employes par
les rois.
74
fuivi de n, le a devient e ; den ,,qui eft". Ce demo eft quelquefois
dino en labourdin & tou jours en bifcai'en. Dans ce dernier dialecle^
dino eft aufli gino, par fuite de la mutation de d en g. Comp. le Dic-
tionnaire. Ainfi bihar dino. Manuel., p. 194. ,,Ademain".
Mais fi no derive de non, d'ou vient la prononciation palatale de
r/i dans plufieurs dialecles ? Les dialectes qui prononcent le n fans
mouillement ont-ils conferve la prononciation primitive ? C'eft pof-
fible 5 mais toujours faut-il encore expliquer le mouillement.
18.
Le fuffixe ra.
l^a. Voir I'article ra au Didlionnaire. Nous n'avons qu'a ajouter
que quand ra eft fuffixe au pluriel^ le figne de pluralite k fe change
en t: echeetara pour eche -\-k-\-ra.
C'eft fous cette meme forme qu'il s'unit aux pronoms^ foit fingu-
liers^ foit pluriels ; p. ex. eche orretara ,, 5 vers cette maifon-la'^ de
or-iara ; eche orietara ,,vers ces maifons-la" ; de ori-tara. Voir les
pronoms,, ch. vm, 4^ & le fuffixe k figne de pluralite.
Les dialedles bafques francais ecrivent quelquefois rat pour ra.
Ce i ferait euphonique felon M. Duvoifin(i); mais cette explication
n'eft guere admiffible. D'abord., un ecrivain correct comme Li^ar-
rague ne s'y conforme pas 3 ii ecrit ce t devant n & a la fin de la
phrafe (2). Enfuite ce ferait Tunique exemple d'une lettre eupho-
nique a la fin d'un mot. Aufli, quatre lignes plus bas> 1'auteur donne
une autre explication. Nous preferons avouer notre ignorance par
rapport a 1'origine du t (3).
(i) Elude fur la De'dinaifon bafque, p. 47.
(a) Comp. les exemples dans notre Diftionnaire.
(j) L'auteur dit : ,,Le f final fert a le (demonftratif de lieu) diftinguer du demonftratif
de perfonne. Hunat, horrat, harat, fignifient vers ce lieu-ci, la, la-bas, & ne fe confondent
pas avec huna, horra, hara, voici, voila, voila-la-bas". Pour ce qui regarde hunat, comp.
notre Did. s. v. ona. Hunat eft une forme corrompue.
7f
Dans quelques localites, on dit la pour ra, <3c en fouletin on die
hit ; ce fuffixe eft uni, contrairement a Tufage accepte partout, au
nom defini ; on dit herrialat pour herrilar, locution tres defagreable
aux oreilles des autres Bafques, felon M. Duvoifin.
19.
Le fuffixe kin.
Kin. Ce fuffixe correfpond a ,,avec", & fe trouve dans tous les
dialecles, excepte en bifca'ien, oil il eft remplace par ^.
Kin s'unit au genitif du nom., foit fingulier, foit pluriel, felon qu'il
faut exprimer Tun ou Tautre.
Nous avons cm autrefois que kin, quand le nom etait pluriel,
etait fuffixe au nominatif 3 ce qui,, au fond, formait une regie aflez
capricieufe,, & il nous femble aujourd'hui qu'il faut formuler la regie
comme nous venons de le faire : la fignification probable de kin
s'oppoferait a un nominatif.
Ainfi gi^pnaren ^.de Thornine" fuivi de kin fait gifpnarekin ,,avec
rhomme'% avec elifion reguliere de n devant k (voirch. in), & au
pluriel giyonen ^des hommes 5 % fuivi de kin, fait gi^onakin. La chute
de r/z devant le k a entraine celle de IV, qui, apres tout, n'eft qu'une
voyelle de liaifon ; gifonen pour gi^onaen eft pour gi-^onak-n (Voir le
fuffixe kj. "Bat ,,un" fait baten ^^d'un^, & baten-\-kin fait batekin,
,, 3 avec un". Har [{" fait haren ,,de Iui 5 % & harekin ^avec lui'% &c.
Dans batekin le e fe trouve, puifque t & k ne peuvent fe fuivre. Ori
efanarekin e^tegu e^er aurrerat^en, g. ^Nous n'avan^ons Hen en difant
ceci"
Comme kin regit un genitif, il eft probable que c'eft une locution
adverbiale, un nom au locatif, comme aurrean devant", gibelean
,, 5 derriere", & que comme aurrean (pour aurrea-n) fignifie ,,dans le
devant", kin equivaudra a ,,dans la compagnie" ou a quelqu'autre
expreffion analogue. II faudra done decompofer kin en ki-n. Le feul
76
mot que nous fachions dont ki puifTe deriver^ c'eft hide. Le d s'elide
afTez fouvent en bafque pour admettre que hide -f- n fe foit contracle
en fa'/i, furtout fi 1'ufage frequent 1'a reduit a n'etre plus qu'un
fuffixe,, dont la fignification s'eft tres peu eloignee du fens original.
Kide fignifie : pareil, femblable, egal, & en eft arrive a corref-
pondre., dans les mots compofeX a ^cum" latin & a ,,con"
francais ; ainfi ^confanguin" eft rendu par hauride & ,,commun"
eflrendu par bakid de (bat-kidej. Ces mots (cum,, con) expriment
participation, & hide -J- n pourrait done fignifier ,, en participation,,
en compagnie'% & de la le genitif qui precede. Gi^pnarekin ,^avec
rhomme" voudra done dire J: ,en compagnie de rhomme".
Kin en perdant le n final a forme un grand nombre d'adverbes ;
emeki, ^doucement'% de erne-kin. Doucement ou avec douceur,
forcemeat ou avec force_, font deux manieres differentes de rendre la
meme idee.
20.
Les fuffixes rontz, baithan, ka.
rut l> t>- vers - &(j>rutijaujten garian, b. >5 ou que nous
tombions".
'Baithan beithan, lab. bn. foul. Ce fuffixe correfpond a ,,en,
dans' \ quand il s'agit de perfonnes. Era ni baithan fmhejlen duena.
Jean vi, 3^... ,,,& celui qui croit en moi".
'Baithan regit generalement le genitif, & peut-etre ferait-il mieux
de tou jours obferver cette regie. L'origine de ce fuffixe n'eft pas
connue 5 mais il eft probable que c'eft un nom au locatif, baith + n,
& c'eft ce qui expliquerait Tufage du genitif 3 fans cela inexpli-
cable.
Ka. Ce fuffixe correfpond a ,,a"$ p. ex. ^aldika ,,a cheval";
& aufli a , 5 par"5 foka 3 ,par (des) regards". On dit plutot en gui-
puzcoan ^aldii c l ue l^dika ; cependant Lardizabal ecrit : era fenarari
bed efpa eta kejuraka legokion, , .,& elle etait toujours a fe plaindre a fon
77
marl". Kejura-ka ne peutfe traduire ici litteralement ; * plainte"
ou ,,par plainte" ne fignifieraitTien. Aflarloa ecrit kia; makilakia (i).
Chaho (2) cite makillata ,,volee de coups de baton"; al^pta ^plein
un tablier", muthuna ,,coup de mufeau"; & aufli makillata , 5 a coups
de baton 3 % &c. Cette difference entre ta & ka exifte-t-elle ? Sont-ce
des fufTixes differents ? ou bien font-ce des variantes. On dit churru-
pira & churrma ,,a torrents" ,, ,,a verfe".
Ik y voir ch. vi, f.
Kai ou gai, voir le fuffixe {.
Gan, v. Kan.
Gana, v. Kan.
Gandiky v. Kan.
Ganik, v. Kan.
y v. Kan.
. 21.
Suffixes composes.
Plufieurs fuffixes font compofes^ exadement comme les prepofi-
tions ou les adverbes des autres langues j p. ex. envers, jufqu'a; ou
en anglais : towards_, upon., &c.
Kof{at y compofe de ko & r^zr, eft quelquefois contracle en kot{.
Ce fuffixe fignifie ^^pour, bienque". Eta hers egague agauto^erratfe-
corfat. Matth. xin, 30, T. R. 3 ,Et liez-la en gerbe pour la bruler".
cdin aberais iiaiekori eskua labur. ,,Bienqu'il foit fi riche ou pour etre
fi riche^ il eft peu genereux".
Zko, compofe de %-ko. Ce fuffixe eft de tous les dialecles & ne
parait pas fignifier plus que fun ou 1'autre des deux fuffixes employe
feul ; il femble fpecialement deftine a former des adjedlifs de mate-
(1) Apologia, &c., p. 97-
(2) Etude gr., p. 19.
7*
riaux; -(illar fait -(illarejko ,,d'argent"; IUT fait ^are^ko ,,de bois".
Chez Larramendi fillarei eft fynonyme de fiUarefa.
Lake, forme de la-ko ,,de ce que., parce que,, puifque".
Tiako, forme de t^at-ho, avec elifion reguliere de t devant k ; ce
fuffixe fignifie ,,,envers".
Kiko } forme de kin-ko avec elifion reguliere de n devant k. Ce
fuffixe ne fe rencontre que dans les dialedles bafques efpagnols,
& fignifie ^a 1'egard de"; c'eft la tradudion de Fefpagnol ,^para
con". Jainkoak eman e^pa^un Jefufen biot^arekiko de-fun jay era hori
ain vi-{ia (i). ^Si Dieu ne vous eut donne pour le cceur de Jefus cette
inclination fi vive".
T^akOj forme de ra-ko. Ce fuffixe fignifie litteralement ^vers-de";
il correfpond a ^vers,, pour"; p. ex. ZN^prako \oa\^ ,,Ou allez-
vous" ? Emendik arako bidaftia lueka da, g. , 3 la diftance d'ici a la
(vers la) eft grande".
Itykotiat ^pour". E^en erregekhanarakoi^at hauta eta i^endatu ^ini-
inela (2). ,,Car le roi vous a nomine <3c choifi pour cela".
T(ano } ranoko, forme de ra-no-ko. Comp. ie Diclionnaire.
Kilako. 1 laincoa^landan $ure anhit^ verthuierequilaco authoritate
handLmfpor$u harmric. Ligarrague. Dedicace. 33 Prenant appui^ apres
Dieu, dans votre grande autorite avec (ou^ comme le traduit L. lui-
meme, accompagne d'infinies vertus) de nombreufes vertus".
Gatik, g. 1. bn. s. gaiii, gaitik, b. Ce fuffixe correfpond a: pour,
a caufe,, malgre. Zergatik ^pourquoi"; argatik ^pour cela". \7
huragatik eldu nai^ ,,Je fuis venu pour ou a caufe de lui". Zuk
efanagatik nik finiftuko etiaitut. ^Bien que vous le difiez, je ne vous
croirai pas",
(1) Mendiburu. Jefufen Companiaco. Lettre de Larramendi a 1'auteur.
(2) Axular, p. xvi, n. ^d.
79
CHAPITRE VIII.
LES P RON QMS.
i.
Les pronoms demonflraiifs.
La langue bafque ne poffede plus de nos jours que quatre pro-
noms demonftratifs : a, hura, au, ori. Ce nombre doit avoir ete
autrefois plus grand; il refte des veftiges d'autres pronoms demon-
ftratifs, dont deux n'ont laiffe qu'une feule lettre 5 le d qui indique
le pronom objet ?: ,le" dans le prefent des verbes tranfmfs, & le
fujet de la y perfonne dans les verbes intranfitifs : dakufl ..Je vois
le ?? en lifant a rebours^ forme de d-ikuf-t; doa de d - -oa ,,il va^.
Le bafque ne diftingue jamais le fujet de 1'objet _, excepte a la pre-
miere perfonne^ & meme pas tou jours, comme Ton verra plus tard.
L'autre pronom eft reprefente par b ou be; il fe retrouve i dans la
3 e perfonne de Timperatif: begi ^qu'il faife'^ de b-egi; 2 dans le
genitif here comme pronom poifeffif ^fon 3 ^.
Un troifieme pronom eft oni qui fe trouve dans neroni, & pro-
bablement auffi dans le nominatif agent onek.
2.
Le pronom demonftratif a }) ce-la".
Nous croyons avoir prouve ailleurs que le pronom a etait primi-
tivement ar (i). La chute de r final eft un phenomene tres ordinaire
(i) Voir notre Did. bafque & la Revue de ling., vol. vi, p. 183.
8o
en bafque & furtout dans ie dialedle bifcaien , p. ex. no pour nor,
ie pour ier y & dans les autres dialecles auffi hirur=hiru ; laur = lau.
Le dialedle bifcaien efl le feul qui ait conferve le pronom a comme
fujet, & le feul qui s'en ferve comme pronom & comme article,
exaclement comme ,,der" en allemand. <Ak egin dau ,,celui-la 1'a
fait". Zavala, p. 61.
Les autres dialedles ne s'en fervent que comme article; comme
pronom-fujet fingulier patient, ils Tont remplace par hura; mais il
efl en ufage quand il efl fuivi d'un fuffixe; p. ex, hanan ,,en lui" ;
hark ,,il" fujet agent.
Comme lettre finale le r de Tar tide s'efl perdu par tout, mais
comme lettre mediale il s'efl maintenu. En bifcaien cependant le r
efl quelquefois elide 5 p. ex. ZNj.k une aian egin gura i\an neukean
gau^a ori (i). , 3 J'aurais peut-etre voulu ie faire dans cette occafion".
cAtan efl ici pour artan ou hartan, dans les dialedles qui ont conferve
left.
Ainfi, du moment qu'un fuffixe efl ajoute au pronom c, le r repa-
rait : a~\-n fait aren; ,,de ceiui-la"; a -f- i fait ari ,,a celui-la" ;
a -\-gatik fait argatik ,,pour celui-la", a-\-ra, qui devient tara, fait
anara ,,vers celui-la"; a + k fait ark ,,celui-la" fujet agent; & les
dialedles qui ont conferve le h ecrivent hari, hark, &c.
Le pluriel de a (autrefois ar ou har) s'efl conferve pur en bifcaien :
arek ,,ceux-la"; & par fuite de la chute de r : aek. Ces deux formes
font en ufage. On remarquera que le pluriel a la voyelle de liaifon e
(arek), ce qui diflingue le pluriel de Tagent fingulier ark (2). Le
dialedle guipuzcoan dit ayek pour arek ,,,ceux-la"; or, puifque la
mutation de r en y n'exifle pas, il faut qu'il y ait une autre caufe
que celie-la, & cette caufe nous la trouvons dans les dialedes
bafques francais.
Les dialedles bafques efpagnols n'ont qu'une feule forme de plu-
riel; mais quelques varietes labourdines, ainfi que le fouletin d'au-
(1) Zavala, Verbo vafc., p. 22, n 43.
(2) Quelques auteurs modernes ecrivent harek pour 1'agent; mais Axular, Haramburu, &c.,
Ecrivent hark (hare) pour 1'agent fingulier.
8i
jourd'hui, diftinguent au plariel le pronom fujet agent du pronom
fujet patient,, exaclement comme pour le nom.
Nous n'avons pas encore decouvert fi Li9arrague 5 Dechepare ou
Axular ont jamais fait cette diftinclion,
Dechepare ecrit(i): Manamenduyak hoyek dira Jangoikuak emanik
,,ces commandements font donnes par Dieu".
Licarrague : Eta hec ichil citecen. Marc ix, 34, 55 Et Us fe turent
(patient). Eta hec erran cieqoien. Marc x, 37. ,,,Et ils lui dirent"
(agent). Et Axular: Ordea filofofo hek eman -[uten ^mais ces philo-
fophes donnerent" (agent).
Bien que nous citions iciles , 3 Cla(Iiques bafques" il n'y a aucune
raifon de douter de Texaclitude de Fobfervation^ d'autant plus que
ces formes plurielles portent en elles la preuve de leur exiftence
primitive :
Quatre
varietes
lab.
PLURIEL DU PRONOM A.
Patient. Agent.
Hekiek (2). Hekiek.
Hek. Hekik.
Hek. Heyek.
Hek. Hek.
Soul. Hurak. Hayek.
Hek.
Dans hekiek hekiek nous voyons Faccent faire la difference,, ce
qui au befoin pourrait fuffire,, comme on verra plus basj mais on
n'en voit pas la caufe ici. L'accent ne peut etre qu'un figne conven-
tiontiel pour diftinguer deux mots qui fe reifemblent par fuite d'une
(1) Poejies, p, 20.
(2) Nous citons les pronoms labourdins d'apres M. Duvoifin, Etude fur la Dedinaifon
bafque, Bayonne 1866, &. les pronoms fouletins d'apres M. Geze, Elements de Gram, bafque,
Bayonne, 1874.
6
82
erreur; hekiek pour le patient ne faurait etre correct 5 ar ou har -f- k
fait harekj rien de plus, & ne peut jamais contenir deux /{. Harek,
par la chute de r, efl devenu haek (aek en bifc.) & par fyncope hek
en labourdin; mais harek ne peut jamais devenir hekiek. Hekiek vient
de hek + , & comme le medial efl elide, hekiek efl devenu keek,
puis /z^& avec y euphonique (i) & finalement /ze, dont 1'accent
efl le dernier veflige du k elide 5 heek en fe contra6lant efl devenu
hek. Hekiek efl par confequent une forme a peu pres corre6le, mais
feulement pour 1'agent. Pour etre entierement correcle, il faudrait
hekek ou heyek comme la varieteiabourdine n3. Uelifion du k medial
& fon remplacement par y pour eviter rhiatus, font conformes aux
lois phonetiques, & il faudra peut-etre reporter 1'orthographe hekiek
a une date ou il n'etait pas encore fixe definitivement ii k ferait
maintenu ou elide. Dans le verbe, furtout en labourdin, on trouvera
plufieurs exemples de k ou les autres varietes, ou les autres dialedles,
ont y.
La diflincflion que font les dialedles bafques fran^ais efl d'autant
plus importante, qu'elle explique les variantes du pluriel en bifcaien
& en guipuzcoan, lefquelles feraient fans cela de veritables enigmes.
En bifcaien on trouve arek ou aek ou areek pour le pluriel patient &
agent, puifque ce dialecte ne les diflingue pas. cArek ne peut etre
que le fujet patient ar + k & par fuite de la chute de r: aek. Mais
d'ou vient le fecond e de areek? Nous croyons que areek efl pour
ar -f- k -f- k ou arekeky & comme le bifcaien elide tou jours le. A- medial
& laifTe tou jours les hiatus, arekek efl devenu areek. oAreek efl done
au fond le pluriel agent 5 mais 1'ufage s'en efl perdu., & aujourd'hui
Ton ne foup9onne guere que le pronom exifle encore ck pourrait
fervir comme en labourdin.
II en efl de meme pour le guipuzcoan; ayek ,,ceux-la" ferait une
forme inexplicable fi nous n'admettions le pluriel agent ar -f- k + k.
Ici le r s'etait deja perdu & le k medial elide a caufe 1'hiatus: aeek;
ce qui a etc evite en intercalant y : ayek.
Toutes ces formes s'expliquent fans faire violence a une feule
(i) Voir ch. vi!, g 7.
8 3
lettre, en appliquant feulement les lois phonetiques; elles one main-
tenant leur raifon d'etre & celles qui font fautives fe trahiflTent
d'elles-memes.
II parait done que primitivement les deux formes de pluriel etaient
en ufage; que les dialecles labourdin & fouletin les ont confervees;
qu'il en eft refte des traces en bifcaien & que le guipuzcoan n'en a
garde aucun fouvenir.
Nous mettrons en regard le pronom primitif hypothetique & le
pronom fous fa forme actuelie, pour montrer combien peu la langue
bafque a fourTert.
PRONOM SING U LIE R.
PRIMITIF.
ACTUEL.
Patient.
Hu.
Agent.
Hark.
Patient.
<*> b. g.
Agent.
cdk, b.
<*rk, g.
Hark, 1. bn. f.
PRONOM PLURIEL.
Harek. H.irekek. oArek.
oAek. bifc.
cAreek .
cdyek. guip.
Hek. Heyek, 1.
Hek. Hayek, bn.
Le pluriel bifc. & guip. n'ayant pas de caradere defini,, & fervant
pour le patient & pour ['agent, eft place entre les deux categories.
8 4
Le pronom pluriel avec fiiffixes .
Les fuffixes font ajoutes aux pronoms pluriels en caufant, comme
d'habitude., la mutation ou Felifion du k.
Le k fe converdt en t (tout comme dans le nom) quand c'eft un
des fuffixes n (locatif), i, ko } ra, dik, roni qui fuit : ayek + n (locatif)
fait ayetan 3 ,dans ceux-la" en guip.; hayetan ou hetan dans les dia-
ledes bafques francais. Hek + 1 fait hetai, 1. f. , 5 par ceux-la".
Avec les autres fuffixes le eft elide, & Fhiatus qui eft produit par
cette elifion refte en bifcafen, tandis que les autres dialedles inter-
calent un y afin de Teviter. cAek -f- n (genitif) devient en bifcai'en
aen ,,de ces-la ?5 ; & en guip. ayen. Hek-\-n devient heyen. cAek-{- i
fait aei bifc.; & hek -(- i fait hey ou hei pour heyi y) ^ ces-la^.
Les regies phonetiques font les memes partout^ peu importe (i le
mot auquel le fuffixe eft ajoute eft un nom ou un pronom. Lanak
3 ,ies travaux" fuivi de n (locatif) devient lanetan, comme aek fait
aetan; guide par les lois phonetiques nous pouvons analyfer avec cer-
titude des mots auffi violemment comrades que he\ lab. & foul.
5 ,,par ceux-la 3:) ; forme de hek (pour hayek) + ^.
4-
Une queftion obfcure & pour laquelle nous n'offrons qu'une hy-
pothefe, fe prefente ici.
Nous favons que quand un nom ou pronom pluriel eft fuivi des
fuffixes w, f, ko, dik, ra, ron^ le k, figne de pluralite, fe convertit
en r, ce qui donne a ces formes piurielles 1'apparence d'etre fuivies
des fuffixes ran, ra^ tako, &c. 5 comme on fe Fetait en effet figure
8?
jufqu'a prefent. Nous avons explique la fo'rme plurielle qui ne laiffe
aujourd'hui plus rien cTobfcur.
Mais ce qui demande encore une explication,, c'eft que ces groupes
tan, tako, ta^ &c. fe trouvent etre unis aux pronoms finguliers, le
pronom a (autrefois ar ou har) fuivi de n fait hartan ,,en ce-la, en
lui"; liburu oneian ,,dans ce livre-ci"; liburu oyetan , 3 dans ces livres-
ci j ' ; de on -f- n <5c de oj^A -(- n. Pourquoi ne par dire onen puifqu'on
dit tlMadriden? pourquoi ne pas dire nil 5 ,par moi" puifqu'on dit
buru-[? Nous Fignorons.
L'emploi du pluriel pour le fingulier n'eft pas ce qu'il y a de plus
inexplicable dans cette maniere de s'exprimer,, puifque 1'indefini
eft rendu par une forme plurielle definie,, en bafque & auffi en
francais (i), & comme les pronoms n'admettent point la forme
definie, on a peut-etre ete porte a leur fuffixer un groupe quifervait
pour Findefinij p. ex. ifiongo echeian farm e^nai^ g. ,Je ne fuis entre
dans aucune maifon". Comme nous Tavons deja fait remarquer,, la
langue bafque eft beaucoup plus logique que les autres langues ;
elle exprime ce fingulier indefini par un pluriel; il va fans dire qu'il
eft queftion de plus d'une maifon. Le pluriel s'expliquerait par con-
fequent affez bien ; mais 5 nous le repetons, pourquoi le n feul ne
fuffifait-ii pas?
Pourra-t-on admettre que c'eft pour eviter la confufion que Ton
s'eft fervi de tan., tai, &c.? II faut avouer que le n locatif, fuffixe
purement & (implement, n'aurait pas pu etre diftingue de n genitif ;
dans le nom cette confufion ne pouvait fe produire,, puifque le nom
peut avoir la forme definie,, echea -j- n = echean; & du moment que
le nom avait la forme indefinie,, ce qui le met fur la ligne des pro-
noms,, on a ajoute la forme avec ta, que Ton a appelee : forme
indefinie & que nous avons prouve etre la forme plurielle,, echeetan;
nous avons par confequent ici le meme fait qui fe produit pour les
pronoms , c'eft-a-dire qu'un fingulier (apparent) eft exprime par un
pluriel.
II eft tres probable que pour un Bafque, dont les notions gram-
(i) Voir ch. VH, 5, 8, &. ch. vi, $ ^.
86
maticales n'ont pas ete influencees par les grammaires romanes ou
autres, ce fmgulier apparent eft un pluriel; mais toujours eft-il que
ce fmgulier qui eft apparent dans le nom, eft fmgulier en realite
dans le pronom, II faudra done en venir a la conclufion que cette
forme du pronom aura ete admife autant pour eviter la confufion
que par analogic.
De meme ni ,,moi" fuivi de i aurait pu donner THJ, comme
burn + 1 burui; mais on dit nitai ou nqq ,,par moi", peut-etre
pour ne pas confondre avecrn^, lab. ,,jefuis".. Or ou hor -f- ra aurait
pu etre horra ,,vers celui-la", mais on dit orietara pour ne pas con-
fondre avec horra ,,voila". - - Nous n'aimerions pas dire que c'eft
la la veritable raifon, & il faudra attendre encore avant de decider
la queftion definitivement.
Les pronoms demonftratifs, dans les dialectes bafques efpagnols,
ont un fuffixe fpecial che, qui correfpond au fran9ais 35 meme^;
auche, onechek ^celui-ci-meme'^; oriche, orrechek 3 ,celui-la meme";
hurache, archek ,,celui-la meme". Ce font alors comme autant de
nouveaux themes auxquels on peut aj outer les fuffixes. II y a cepen-
dant un peu de confufion chez Larramendi 6c chez Lardizabal. Chez
Lardizabal les fuffixes fe trouvent regulierement apres che; p. ex.
onechende oneche-n ^,de celui-ci". Larramendi ecrit onenchen (onen-
chenaj; de cette fa^on le n sy trouve deux fois. Le datif eft chez les
deux grammairiens oniche, i precedant che. Au datif pluriel Larra-
mendi fait preceder le i : oyeiche, & Lardizabal le fait fuivre oyechei.
Ces memes irregularites fe trouvent aufli dans les autres pronoms.
Le fuffixe che eft ecrit che,xe, fh, ff, & fe prononce comme ,,che"
fran5ais & non a Tefpagnole (tche). Comme fuffixe des adverbes
che fe prononce tche: anche ,,.,la-meme"; emenche ,,ici-meme", du
moins dans le dialecle guipuzcoan.
37
Le pronom demonftratif haur., hau, au.
La forme primitive de ce pronom parait etre haur ,,ce-ci". La
chute de IV final & medial eft im fait fi commun en bafque (comp.
laur = lau; hirur = hiru; nor~=. no ; ^e -=^^er) qu'on devra Tadmettre
aufli dans ce cas-ci; la prefence de IV ferait fans cela inexplicable.
Autrefois ce pronom parait avoir ete d'un ufage plus general;
aujourd'hui il eft fouvent remplace par un autre pronom,, non pas au
nominatif, qui eft toujours hau ou au, mais quand il eft fuivi de
fuffixes.
Le dialecle bifcai'en eft le feul qui dife auk pour le fujet-agent ;
les autres dialedles difent onek, g. hunek, 1. bn. hounek, foul, du
theme on ou hun -f- k. C'eft ce theme on ou hun qui a ete choifi par
tous les dialecles., du moment qu'il s'agit d'exprimer une relation
autre que celle du nominatif patient (hau) <3c du nominatif pluriel
(hauek) ; <3c encore le pluriel bifc. eft forme de on : oneek.
Ainfi ^de ce-ci^ eft rendu par onen, b. g. (on -\- n) hunen, 1. bn.
hounen, f.; }) z ce-ci^ par oni, b. g. huni, 1. bn. houni, f. ; ^dans
ce-ci 53 oneran, g. b. hunetan, 1. bn. hounetan, f; & ainfi de fuite :
one^a^ huneta^ <5cc.
Pour le pluriel le dialecle bifcai'en a choifi le theme on : oneek
^ces-ci"; mais le guipuzcoan & les dialecles bafques frang;ais for-
ment regulierement le pluriel de hau, au. Le r de haur s'eft perdu
partout & hau -)- k a donne hauk, 1. bn. qui eft devenu en nav.
efp. auek & en guipuzcoan oyek <5c oek. Le nav. efp. s'ecrit aufTi abek
ou avek puifque u = v=zb. Le fouletin a hoik.
Les dialecles bafques fran^ais ont les deux formes du pluriel que
nous pia9ons de nouveau fur deux colonnes :
Sujet patient. Sujet agent.
Hauk. Hauek.
Haukiek. Haukiek.
Hauk. Hauyek.
Trois
varietes
lab.
Soul. Hoik. Hojek.
88
Les memes obfervations que nous avons faites fur les formes
plurielles des autres pronoms font applicables au pronom hau.
Hau-\- k fait hauk; cette forme eft correcle; mais la variante haukiek
eft une erreur; il y a un k de trop. Le fujet agent etant forme de
hauk -f- k } nous aurons haukek & comme le k medial s'elide, nous
aurons hauek <3c hauyek avec y pour eviter I'hiatus., deux formes qui fe
retrouvent. Haukiek eft une forme corrompue, le k s'eft maintenu^ &
malgre cela le y (z) a etc introduit. En bifcaien on trouve oneek avec
deux e s tout comme areek de a; mais la variante avec un feu I e ne
s'eft pas encore trouvee; nous tirons la meme conclufion de oneek
que de areek, favoir : que le bifcaien a perdu le k (onekek], ce qui
produit I'hiatus. De meme le gulp. oyek } hoek, oek (era pour hau-
kek (i). La forme de 1'agent eft reftee, comme Ton voit, mais elle a
perdu fa valeur & fert dans les deux cas.
Les fuffixes s'ajoutenr, comme toujours, au nominatif, excepte
kin & i\at qui font fuffixes au genitif. P. ex. oneek -j- n fera oneeken
& par fuite de felifion du k medial oneen; <3c ainfi le guip. oyek -f- n
fait oyen; le lab. hauk-\-n haven ,,de ces-ci ?;> . Oneek -f- i onei; oyek
+ z oyei; hauek -f- z* hauei. Oneek -J- AZ locatif fait oneeran, apres muta-
tion de ^ en t (2); oyek-}- n oyeian; hauk-\-n hautan , 3 dans ces-ci^',
Avec le fuffixe ^ on aura onee^, oye^a^ hau^i & ainfi de fuite. Era
fauna gauga haugai mingatu igan gayenean, Marc xvi ^ 19. , 3 Et le Sei-
gneur apres leur avoir oarle de ces chofes-ci". Harma haukin ni e^in
higi naiieke. Axuiar, p. 263. ,,Avec ces armes je ne pourrais pas
me remuer".
Le mutation de k en t a lieu quand c eft un des fuffixes fuivants
t, n (locatif), ko } dik, ra, ron^ qui eft fuffixe.
(i) Larramendi ecritoyek; Mendiburu hock. Dechepare ecrit (Poefies, p. 20) Mana-
menduyac hoyec dira Jangoycuac emanic : Hoc beguira digagula. ,,Ces commandements font
nes par Dieu ; obfervons-les". .. Ainfi hoyec pour le patient, & hoc (pour hoik?) pour
L mverfe de ce que donne M. Geze ; mais 1'analyfe donne tort a Dechepare.
(a) Voir ch. in, /, et ch. vii, 7 .
8 9
6.
Le pronom demonftrutif on ou hun.
On a vu que on, hun eft le theme du pronom onek, hunek ^ce-ci".
Nous n'avons pas pu decouvrir la raifon pour laquelle au, hau efl
remplace par on, hun; d'un autre cote fi onek exifte, pourquoi ne pas
faire ufage de on? Nous Tignorons; nous croyons feulement
avoir retrouve le pronom fu jet-patient, qui n'eft pas on, mais oni,
forme parallele de ori ,,ce-la" du theme or. C'eft dans neroni, lab.
? ,moi-meme" compofe de nere-oni, comme nerau de nere-au, quc ce
pronom fe retrouve.
On parait done etre un pronom demonftratif comme ar ou har,
comme or ou hor ; on les retrouve tous les trois dans les adverbes
demonftratifs ona ou huna ^voici"; horra ou orra ^voila'^; hara ou
ara ^voila". Le a final eft le demonftratif ou Tarticle comme en
itaiien eccolo., de ecco-lo.
Le i de oni, comme le I de ori, hori, fe perd du moment qu'on
ajoute un fuffixe; oni-k fait onek, c'eft-a-dire on -f- A, & comme
n & k ne peuvent fe fuivre, on introduit la voyelle de liaifon e.
7-
Le pronom demonftratif hori., ori ,,ce-la".
Ce pronom doit avoir une origine commune avec Tadverbe or,
hor. Le i ne s'explique pas pour le moment, bien que le pronom
oni offre une forme parallele.
Le theme de ce pronom eft tout autant or que ori, & ce qui eft
etonnant c'eft que le r de ori foit doux,, & que le r de or foit dur.
Dans tous les dialecles le nominatif patient eft ori, hori, le nominatif
agent orrek, horrek & le nominatif pluriel oriek, horiek.
9
Du moment qu'il faut exprimer une relation autre que celle du
pluriel, c'eft au theme or, hor qu'on ajoute ie fuffixe : orren } ,dc
ce-la"; orri ,,a ce-la"; orgaiikan ^pour cela". Comme le r de or
eft dur life redouble devant une voyelle.
Le theme au pluriel eft toujours ori, excepte en bifcafen oil il eft
or - ori-\- k fait oriek g. } horiek 1.; mais orreek de or -f- k en bifca'ien.
Si les fuffixes font *, n (iocatif), ko, dik, ra, ron^ le k du pluriel
fc convertit en r, & oriek ou horiek -f- 72 devient orietan, horietan;
oriek-}- dik fait orieratik, & ainfi de fuite. Ces memes fuffixes, unis
aux pronoms finguliers,, prennent la forme ran, ratik, rara, <Scc.;
voir 4.
Les dialecles bafques fran9ais poiTedent^ comme pour les deux
autres pronoms,, deux formes differentes pour indiquer le nominatif
patient & le nominatif agent. On les dirait calquees les unes fur les
autres,, tant eft grande Funiformite de confufion & d'erreurs dans
les trois pronoms au pluriel.
Sujet patient. Sujet agent.
Trois
varietes
lab.
Hoikiek. Hoikiek.
Horiek. Horiek.
Hoik. Hoy eh.
Soul. Hori.k . Horiek .
On retrouve ici, comme dans hekiek (com p. le pluriel du pronom
a), le meme accent qui ne fignifie rien, hoikie'k, & le meme k
fuperflu dans le fujet patient ; hori -\- k ne pent contenir qu'un feul A' ;
au contraire,, 1'agent hori~}-k-\-k fait regulierement horikek ou,
comme le r s'eft perdu dans les dialedles bafques fran9ais., hoikek;
ce hoikek par la chute du k devient hoiek, qu'on ecrit hoyek. La va-
riete labourdine qui fait ufage de hoik (pour horik) fujet pat. & hoyek
fujet agent, poffede par confequent les feuies formes correcles. Le
pluriel horiek avec Taccent fur le e s'explique peut-etre ; puifque le i
ne fuffit pas a remplacer le y, qui a fon tour remplace un k elide.
Jufqu'a prefent Telifion du k avait produit un hiatus^ ce qui n'eft pas
le cas ici; ie ne conftitue pas un hiatus. L'accent qui aurait pu
indiquer la chute de Yy eft de trop.
9 1
Le pluriel horik du dialedle fouletin eft fautif & regulier a la fois ;
aucun dialecle n'a le pluriel en ik, fi ce n'eft pour le parti tif, v.
ch. vi, y. II faudrait horiek. Ce dialeclea forme de la meme fa$on
un pluriel hurak ; c'eft regulier,, mais eft-ce correct? hura n'a pas de
pluriel regulier dans aucun autre dialecle.
La perte de IV au pluriel donne a ce pronom la forme du pluriel
de hau qui eft aufli hoyek en foul. <5c oyek en guip. En bifc. le nomi-
natifplur. orreek pourrait etre pour orrekek; voir le pluriel de ar.
Bien que generalement ce pronom s'ecrive fans h en guipuzcoan,
on trouve chez Mendiburu (Jefufen compafiiaco, p. 10): Horietan
daudenean bai^ik onik e^ duula, & fur la meme page orietatik.
8.
Le pronom demonftratif hura ce-la.
Ce pranom exifte dans tons les dialec~r.es,, excepte en bifcaien,,
ou le pronom correfpondant eft a.
Hura, a de tres rares exceptions pres, ne fert que comme le no-
minatif patient; le nominatif agent correfpondant provient de a;
il eft ark, hark; des qu'il fe trouve etre modifie par un fuffixe., il eft
remplace par le pronom a fous fa forme primitive ar. Ainfi le fujet
agent correfpondant eft ark. On dit en guip. hura-gatik & argatik,
mais argarik eft la forme la plus ufitee.
Pour d'autres langues., on a fait Tobfervation que les differents
pronoms demonftratifs fe diftinguent uniquement par la voyelie. On
ferait affez tente de croire que Je meme fait s'eft produit en bafque.,
en voyant har, hor & peut-etre hur pour hura. Hura pourrait etre
compofe de hur-a, 6c ne ferait pas plus extraordinaire que ^ce" en
franc. ais., derive de 50^ 150., ecc'o de ecce-hoc. V. Brachet, Did.
etym.
Hura, dans tous les dialecles,, correfpond a a bifcaien.
Le fouletin feul a fait un pluriel regulier de hura, qui eft hurak.
. 9 2
9-
Les pronoms perfonnels.
Les pronoms perfonnels paraiilent avoir ete autrefois plus nom-
breux ; du moins on retrouve une trace d'un pronom de la premiere
personne dans les flexions du verbe ; dur, , Je Tai'% eft forme de
d-u-r, ,,je-ai-le", en lifant a rebours ; dakuft, ,Je le vois 33 , de
d-ikus-r, ,,Je-vois-le 3> .
Les pronoms perfonnels font les memes dans tons les dialecles,,
fauf les differences phonetiques propres a chacun d'eux :
bifc. g u ip- tab- bn. foul.
je neuy ni ni ni ni ni
tu eu y i hi hi hi hi
nous geu, gu git gu gu gu
vous feu, in \u ^u fu \u
La troifieme perfonne eft rendue par un pronom demonftratif.
Dans le verbe,, la troifieme perfonne s'exprime de differentes ma~
nieres 5 au prefent des verbes tranfitifs, elle fe fait remarquer par
fon abfence : dakar de d-ekar ,,,leporte' 3 pour ,.,il le porte ?:> ; a Tim-
parfait, de meme, ou bien elle eft indiquee par un ^ / fenkarren
5? il portait 33 . A u prefent des verbes intranfitifs^ elle a pour caradte-
riftique un d: doa ,,il vient 33 (i).
L'ufage du pronom hi s'eft a peu pres perdu, probablement par
fuite de ce que ^u a pris la fignification d'un fingulier. Dans les
dialecles bafques francais,, le pronom hi s'eft maintenu beaucoup
plus longtemps que dans les diaiecfles bafques efpagnols,, oil il a
entierement difparu., du moins dans les livres.
(i) Voirch. xi, j.
93
Quand ^u eft devenu un fingulier honorifique (i), il a fallu dif-
tinguer ^u fingulier de ^u pluriel,, & Ton a rernedie a la confufion en
traitant fu comme un nom^ c'eft-a-dire en y fuffixant le figne de
pluralite k. Mais comme ^uk aurait pu etre pris pour le fujet-agent
luk, on a intercale la voyelle de liaifon e, voyelle qui a une valeur
toute negative (voir ch. vi, 4), & Ton a dit^uek ,,vous". En fou-
letin, le u eft devenu i: fiek.
Les fuffixes s'ajoutent regulierement aux pronoms perfonnels ,
comme aux autres pronoms; ni ou neu -f- k fait nik, neuk ; gu fait
guk ; ni -f- n fait niren en intercalant r, comme feme ,,fils" fait
femeren ; mais puifque ces genitifs forment les pronoms pofleffifSj
nous en parlerons dans le paragraphe fuivant. Ces genitifs fe re-
trouvent avec les fuffixes kin & t^at qui regiffent ce cas : nerekin
^avec moi"; neret^at ,,pour moi^'; hirekin ,,avec toi 3 '; hirei^at
,,pour toi". Le n a du etre elide devant k; voir ch. in.
Les fuffixes n (locatif),, ^ dik, ra, ko } ron^ quand ils font unis
aux pronoms perfonnels , fe prefentent fous la forme tan , tar,
rakOy &c. Voir 4. &{j-n fait nit an; ni~\ nita^; gu-^ guta^ ou gu^ai.
Le pluriel ^uek fuit en tout les regies pour les mots pluriels ; cVft-a-
dire que le k fe convertit en t quand fuit un des fuffixes cites ci-
deffus; fiiek + n fait yuetan; ^uek + ko luetako, &c. Avec les autres
fuffixes , il y a elifion du k felon la regie & ^uek -f- z * ^lit ^uei
10.
La forme intenfive des pronoms perfonnels s'obtient en leur fuf-
fixant un pronom demonftratif.
Le pronom perfonnel refte au nominatif dans quelques dialecles,
mais dans quelques autres il parait etre au genitif. Le fouletin dit
(i) II (W. J. van Eys) emet encore une opinion tres inattendue fur le fingulier ^w j
qu'il fuppofe avoir etc a 1'origine le pluriel de hi. M. Duvoifin, Courricr de Bayonne,
9 fevrier 1868.
au.
94
nihaur ,,moi-meme" de ni-haur ; le guipuzcoan die nerau de nere-
Tous les dialedtes n'ont pas choifi le meme pronom demonftratif ;
les dialectes bafques efpagnols fe fervent de au & de ori, & comme
de raifon, de onek <3c de orrek pour le fujet agent., <5c de oyek
contracte en ok pour le pluriel. Les dialectes bafques franais one
haur ' ori & oni.
bifc.
p
a.
SINGULIER.
PREMI ERE P ERSON NE,
lab. bn.
<()
t^eronek ZHjhaurk
foul.
J^jhaur
ZKjhaurk
DEUX IEME PERSONN E.
Her ori Heroni (i) Hihaur Hihaur
Herorrek Heronek Hihaurk Hihaurk
P-
a.
Gerok
PLURIEL.
PREMIERE PERSONNE.
Geroni
Geronek
Guhaur
Guhaurek
Gihaur
Gihaurk
P-
a.
Zerori
Zerorrek
DEUXIEME PERSO N N E.
Zeroni (i)
Zeronek
Zuhaur
Zuhaurek
Zihauj
Zihaurk
(i) On prononco genera Icment : neoni, heoni, ^eoni. M. Duvoifin, Etudt fur la decli-
naifon bjfque.
bifc.
p-
a.
PLURIEL DU PLURIEL.
DEUXIEME PERSONNE.
gulp. lab. bn.
Zerok Zerok Zihaurek
Zeroe.t
Zihauriek
P;
Hera
Herbera
a.
Herak
Herberak
P-
Heron
Herorre
a.
Herorrek
Herorrek
P-
Her au
a.
,- Heronek
SINGULIER.
TRO1S1EME PERSONNE.
Hera
foul.
Zihaurek
Herak
PLURIEL.
"Berak
p. Eurak Her ok
a. Eurok
Le pronom haur eft remplace par on, him, pour former le fujet
agent hunek, onek; inais ici haur -J- k, haurk fe retrouve comme fujet
agent dans ies dialecles bn. & fouletin : nihaurk (i) ^moi-meme 3 ^
hihaurk (i) ^toi-meme".
En labourdin,, on dit egalement bien nerori, herori, \erori, qu'on
prononce neori, 5cc. (2). Selon le ^Manuel bafque, on dit nerone,
lerone.
i
(1) Pouvreau ecrit neurk egin dut ..j'ai fait moi-meme" ; & Dechepare, p. 20, hiaurk ,
le h eft elide.
(2) Etude dt la Conjugaifon bafque, par M. Duvoifin. L'auteur ecrit partout o/r/, ce qui
fera 1'ortliographe admife niais orri n'e.\ifte pas comme ptonom ifole ; c'eft on.
9 6
Le guipuzcoan a nerau de nere-au, comme herori de here-ori ;
i de ^ere-ori ; gerok de gere-oyek ; partout le genitif fuivi du de-
monftratif. Puifque nire, hire, ^ere font en ufage., il eft probable que
gere eft aufTi employe en guipuzcoan ; mais jufqu'ici nous ne Tavons
pas trouve. Le bn.,, qui a pour genitifs mure & eure, fait neurori
<3c eurori ; v. Jean i, 22.
Au pluriel., les dialecles bafques efpagnols ne font pas de diffe-
rence entre le fujet patient & le fujet agent; mais puifque le pluriel
IH eft employe comme un fingulier,, on trouve -[erori patient & ye-
rorrek agent; c'eft-a-dire le pronom perfonnel piuriel yu, fuivi de
pronoms demonftratifs au fingulier. Pour le pluriel_, on a forme ^erok
de ^ere-oyek ^vous-memes'\
Les dialedles bafques franais., diftinguant le patient de Tagent au
pluriel,, difent ^erok patient & -[eroek agent, Le bn. indique cette
difference par un accent,, qui ne fignifie rien^ ^ihaurek-^ihaurek.
Une des varietes labourdines a ajoute deux demonftratifs aux
pronoms perfonnels ; nihoroni ^moi-meme" de ni-haur-oni; hioroni,
de hi-aur-oni, & ainfi de fuite. Les pluriels correfpondants font
guhoro 3J nous-memes^ <3c ^uhoro ^vous-memes >:> . Ce piuriel s'ex-
plique difficilement; & bien que ces pronoms foient en ufage felon
toute probabilite, la forme plurielle eft evidemment vicieufe.
Le dialecle fouletin a fait la meme chofe ; on trouve chez Deche-
pare (i) : Hayek ^er merexi duten ^uhaurorrek ikhuft^u. ,, Regard ez
vous-meme ce que ceux-la meritent 37 . Zuhaurorrek eft forme de
-{u-haur-orrek.
La troifieme perfonne eft her a g. bn. & berberu. lab. Larramendi
& Lardizabal traduifent ce pronom par el mifmo (2) ,,lui-meme";
il eft done compofe, comme berau de bere-au & berori de bere-ori ;
& il faut alors que ce foit de bere-a. Suivi de n (genitif),, il fait
beraren; de kin, berarekin; de n (locatif), bereran; de k (pluriel),
berak & ainfi de fuite. "Berber a eft la reduplication de bera, comme en
efpagnol mifmifimo.
(1) Ane, p. 29. Gr., p. 10.
(2) Poeftes, P . 59.
97
n.
Les pronoms pojfejfifs.
Les pronoms pofTeffifs font les genitifs des pronoms perfonnels.
Comme ces derniers fe terminent par une voyelle, le genitif a ler
euphoniqueintercale; neu -\- n fait neuren ,,demoi 3> 5 voirle fuffixe n.
II eft remarquable que le fuflixe n fe foit perdu & qu'il ne foic
refte que le groupe infignifiant re, dont la premiere lettre eft une
lettre euphonique & la feconde une voyellede liaifon, afin de pou-
voir prononcer rn. On trouve un autre exemple de la chute de Yn,
bien qu'il foit la caracleriftique de la categoric, & c'eft dans 1'impar-
fait aezcoan (i). En general, le n final fe perd tres fouvent,
& Thabitude de ne pas le prononcer aura entraine fa chute dans des
mots comme les pronoms pofTeflifs ou fa fignification n'aura plus
ete fentie, & ou le groupe re indiquait affez qu'il s'agiffait d'un
genitif.
bile, lab. bn.
bile.
guip. lab.
loul.
mon
neure
. nire
nere
ene
ton
cure, heure
hire
hire
hire, heure
notre
geure
gure
gure
goure
votre
^eure
%ure
lure, iere \
feO \ oure
Ces pronoms font invariables, & puifque ce font des genitifs, ils
precedent le nom, qui doit etre defini : nere echea ,,ma maifon";
nere echeak ,,mes maifons 3 ^ litt. ,,la maifon demoi 53 ; ,,les maifons
de moi 33 . Heure e^aguiia, Dechepare, ,,ta reconnaiffance 3 J . Hire
enganatuya ,,ton erreur 33 ^ eure mende gucia ,,tout ton pouvoir 33 ,
Dechepare, Toefies, p. 40, ed. de 1847.
Les diaiectes bafques fran^ais ont une variante, ene, pour la pre-
(i) En hollandais, le n, figne de pluralite, s'ecrit toujours & ne fe prononce jamais
(dans la converfation) ; on dit de paarde pour de paarden ,,les chevaux".
7
9 8
miere perfonne <5c difent ene etchea ,,ma maifon". Le dialecle fou-
letin parait avoir fixe fon choix fur ene (i) comme pronom poffefTif,
& neuria, nouria fert comme adjedlif poifeffif ^le mien" (2).
On a voulu etablir une difference entre ene & nere; mais elle ne
nous parait avoir aucune valeur. A ce propos, M. Duvoifin dit (3) :
,,Le bafque tire ene ^mon"", du genitif, & nere j,mien" du paffif
y) ni )} moi" . M. *** ne connait pas la diftindlion qui exifte entre ces
detix formes. II dit ,,,mien pere'% au lieu de , } mon pere'% ene
",aita"
Nous avons relu ce paifage differentes fois, mais fans le com-
prendre. Ene derive du genitif, dit M. Duvoifin. Mais de quel
genitif? D'abord, un pronom poifeffif ne derive pas d'un genitif;
un pronom pofleflif eft un genitif 5 mais ou trouver le nominatif de
ene? Ene eft un mot difficile a expliquer ; mais Implication de
M. Duvoifin ne nous avance guere. Ene n'a pas la forme d'un ge-
nitif; c'eft tout ce que nous pouvons en dire. Ene eft fi peu un
genitif , que Dechepare forme de ene le genitif pluriel eneyen ;
I^terbegier eneyen, Toefies, p. ^8^ ,_,aux ennemis de moi", Barnes
ennemis'^; & le fouletin de nos jours parait encore polfeder un
datif eni. Au contraire,, nere ou nire eft le genitif de ni & par confe-
quent fignifie ,,de moi" 3 5c ainfi nere aim veut dire 35 le pere de
moi^ ? . Que Ton dife de nos jours generalement ene au lieu de nere,
& que quelques dialectics (le fouletin par exemple) aient une prefe-
rence pour ene, cela eft fort poffible ; mais Tetymologie n'a rien a
voir dans Temploi de ces deux pronoms,, qui,, au refte^ du temps
d'Axular & de Haramburu,, etaient employes Tun pour Tautre. Le
premier de ces auteurs dit dans la preface : U^eure Jaun mairea,
& Haramburu ecrit: V^eurebaiihan, neure contra. Par centre ,,mien"
qui fignifierait nere, felon M. Duvoifin^ eft rendu par Axular par
ene: Ordea eneac dira faltac, Lenrederecom., p. %, anc. ed ,,Cepen-
(1) Ene ginco hona. Ene fait a-*. Voir Prdne fouletin, 1676.
(2) M. Geze (Elements degr. bafque, p, 62) s'embrouille dans la nomenclature &. appelle
les adje&ifs poffefTifs des ,, pronoms pofleffifs".
(}) Aftes de la Socie'te philclogique, tome iv, mai 1874. Examen critique du ,, Guide
ele"mentaire de la converfation bafque-francais, lab., precede d'un abrege de grammaire".
99
dant, les fautes font miennes". Les memes auteurs ecrivent auffi:
ene arima, ene ganik, &c. Encore quelques exemples : U^eure buruari
ungibehat^enbadiot, Chourio. ^Si je me confidere bien moi-meme".
TSaldinneure aufangoa, Licarrague,, Epitre dedicawire du 5\\ T. 3 p. xx
(voir Documents, &c., de M. Vinfon). ,,Si ma hardieffe" . . . Hunetan
applied ahal de$aquet neure defenjionetan, p. xxn. ^Je pourrais faire
fervir a ma defenfe" . . , Ene manera halaco bacen-ere, p. xx. ^Encore
que ma condition foit telle"... On le voit, ces auteurs ne font au-
cune difference (i).
Le pronom poffeffif de la troifieme perfonne eft rendu par here.
Ce here parait etre le genitif d'un pronom be, qui ne fe trouve plus
aujourd'hui,, fi ce n'efl dans la troifieme perfonne de Timperatif ;
ikuji fait bekus ^qu'il voie^' de b-ekus; ekarri fait bekar de b-ekar
,,qu'il porte'% &c. *Bere a done etc beren, mais comme les genitifs
de tous les autres pronoms perfonnels, il a perdu le n final.
TSere eft employe par tous les dialectes & fignifie ,,fon". TZere
echea ^^fa maifon 5:> . Trefuna haferretuenanean, bere gogara da deabrua.
33 Parmi les gens coleres., le diable eft a fon gre". Axular,, p. 109^
n. ed. TSere adiskideak, ,,fes amis".
Le pluriel , 3 leur" eft rendu par beren en b. g., mais dans les
dialecles bafques francais bere fert pour ,,fon" & pour ,,leur"^ ce
qui eft plus correcl; p. ex. bere dembora gu^ia progotchoski emple-
gat^en \uien, Chourio^ p. 61. , Jls employaient utilement tout leur
temps 3 3 .
En gulp, on emploie beren : tH^pla e-fin adierayo dituyten beren
efakariak. Lettre de Larramendi a Mendiburu,, p. %, redlo. r> Comme
ils (predicateurs) ne pouvaient faire comprendre leurs difcours".
On fe ferait plutot attendu a une feule forme dans les dialedles
bafques efpagnols,, puifque la langue efpagnole dit ,,fii" pour fon
& leur (2). 'Bere etant un genitif comme nere, iure, &c., aurait du
etre auffi invariable.
(1) La difference que fait M. Geze (Elem. de Gr. bafque, p. 62) entre enia ,,le mien"
& neuria ,,le mien propre" n'a aucune valeur etymologique ; 1'ufage peut avoir fanftionne
cette difference en fouletin.
(2) II eft etonnant que ni Larramendi ni Lardizabal ne faffent mention de bere.
100
On peut encore rendre le pronom poffeflif de la troifieme per-
fonne par le genitif du demonftratif a: aren ,,,de lui" = ^fon'%
& ayen ,,de eux" = ,,leur". Ceci eft 1'ufage dans tous les dialedes,
& c'eft aufli Fufage en efpagnol ; p. ex. Von Miguel... cenifico
que aviendofe vijto por los Senores de el. ^Don Miguel certifie que
Fayant vu pour les Seigneurs de lui., c'eft-a-dire pour les MefTieurs
du Confeil. *Bere debo^io gu-[iarekin galdu ^en a^kenean \eren haren
deboiio gufa deboiio aiala -{en. Mendiburu, p. f . ^Malgre route fa
devotion, il s'etait perdu a la fin, car toute fa devotion etait (une)
devotion exterieure. (oA-^ala?)
Le dialecle bifcai'en a encore le pronom euren, eureen ^fon_, leur'^.
Eta cure fahak ixilik aukitia (i). Olaechea, p. 7^. } ,Et laiflent leurs
fautes (des parents) cachees". Emenbada erakujten dira arrisku ta
arimeen laban arrijak, euri aldendu... J.-J. Moguel. Echeco efcolia,
TSerba aurrecoa. ^Ici done font enfeignes les perils & les fombres
gliffades de Tame, le fuir a eux (le moyen de les fuir)". Sanra
'Barbara dago ^eruban } ra eureen gurafuak inpernuban. Moguel^ p- 9*
^Sainte Barbe eft an ciel & fes parents en enfer". liana egin
e-[kero (egine% geroj eurakan dana. Moguel^ p. 9. ,,Mais apres avoir
fait ce qui efl en eux 35 .
Ce pronom eureen a la forme d'un genitif & ferait conclure a un
nominatif eu, avec la fignification d'une troifieme perfonne, 3;) il";
or eu efl 3 ,tu". Mais il parait certain que les dialecles bafques efpa-
gnols ont perdu Tafpiration 5 eu ^uf' eft done pour heu, & eu
pourrait etre ,,iP'. Ceci ne nous mene pas encore beaucoup plus
loin, mais cependant la regularite des trois perfonnes eft remar-
quable, neu, heu, eu, geu, ^eu; & nous aidera peut-etre a decouvrir
un jour la veritable fignification.
Le pronom poiTeffif ^ure ,,,votre" etant employe pour } ,ton' } } il
a fallu faire un autre pluriel ; ou plutot, comme Ton avait fait un
pluriel ^uek ^vous", ce -[uek a donne un genitif -[uen, c'eft-a-dire
-}- "; ^de vous = votre"; p. ex. f uen alta ceruetacoac-ere
barka diet^uen guen faltac. Marc xi, 2f, T. R. ^Afin que
(i) Nous ignorons la fignification de aukitia.
101
votre Pere qui eft aux cieux vous pardonne aufli vos fauces".
En fufTixant aux pronoms pofleffifs 1' article, on forme ce que Ton
appelle dans nos langues des adjedifs pofleflifs, neuria, nerea ,,le de
moi le mien"; hire a ,,le de toi = le tien"; berea ,,le fien",
gurea ,, ; le notre", -[urea ,,le votre", berena ,,le leur".
12.
Le pronom reflechi.
Le pronom reflechi eft rendu en bafque par bum j,tete" : *Beren
buruak billofak ikuji -[Iran ,,ils fe virent nus". Hainan guardi ema^ue
burueiy lab. "Baina beguira eiegue $uec ceuron buruey. Marc xni, 9.
is prenez garde a vous-memes". On voit par cet exemple que
burn eft plutot confidere comme nom ; la traduclion litterale du
labourdin ferait : ,, Prenez garde aux tetes de vous"; ^uen eft pour
\ueh-n dont le k s'eft perdu: 5j) de vous". Ceuron parait etre pour
-[eure-one ^vous-memes"., ce qui indiquerait que la phrafe eft conf-
truite d'une autre fac^on.
'Burn ne fert pas feulement pour la troifieme perfonne, mais aufTi
pour la premiere & la deuxieme du pluriel. Nous n'avons pas trouve
d'exemple avec la premiere perfonne du fingulier. On die done :
Goure bwia, youreburia. Goure buria be^alabeha^ da proximo a maithaiu.
-,,11 faut aimer le prochain comme nous-memes". Certan iuya hie
vaytagac eure y-^erbeguia , Hanan condemnacen duguec yhaurc eure
burua (i). D'apres Torthograph-e moderne : Zertan iuya hik bayia^ak
eure i^terbegia, hanan condemnacen dukek ihaurk eure burua. J5 Tu feras
toi-meme condamne en cela en quoi tu as juge ton ennemi".
(i) Dechepare, Poefies, p. 60, ed. 1848. Ces deux vers contiennent plufieurs fails
intereffants : i 1'emploi de e\an au prefent de 1'indicatif hie iuya bay-da^a ,,tu juges" ;
2 la chute de \'h initial de hihaurc (yhaurc) ; 3 la repetition du pronom jufqu'a trois fois,
ici peut-etre a caufe du metre hi-haur-eure-burua.
102
EI duiun lure buruai urgiilu-jko gogoetarik (i). ,,Que vous n'ayez de
penfees orgueilleufes de vous-meme". Zergarik iruki nai de^u -[lire
buruba be/ten k bano jakimfuagotiat (2). ^Pourquoi voulez-vous pa-
raitre plus qu'un autre quant a (vos) connaiffances" ?
'3-
Le pronom relaiif.
Le pronom relatif eft exprime par le fuffixe n, quand il s'agit du
fujet ou de Fob jet : Sagarra min egin didan ga^iegi ^an ^la pomme
qui m'a fait mal etait trop aigre". T)idan eft forme de dit -f- n; dh
fignifie 5J il a a moi'% & n eft le pronom relatif ^qui", ainfi
^que il a a moi". La phrafe etait primitivement,, felon toute appa-
rence., min egin det non ga^ie'gi ^an (3). &Q>n pouvait difficilement
exprimer autre chofe qu'un cas droit., & pour rendre les cas obli-
ques on s'eft fervi du pronom interrogatif ^ein ^qur" fuivi de
Tar tide a, \eina ou yena ^lequel 5 ^; p. ex. eche au ^enaren -{u bide
lerajabe (2) ^cette maifon de laquelle (dont) vous paraiffez etre le
maitre". Zefiaren genitif de ^ein. Eli^ au -[enari eman \ioten gure
gurafoak ain be/te urre (4). 3J Cette eglife a laquelle nos ancetres
donnerent tantd'or'\ Zenari datif de fein.
Uemploi des cas obliques de ^eina ou ^ena ou -foina, felon les
dialecfles,, aura eu, croyons-nous,, une certaine influence fur Temploi
du pronom relatif comme fujet ou objet, & de la Tufage exception-
nel dans quelques dialedles, & ufuel dans quelques autres., de ieina
comme fujet ou objet.
Le remplacement de n comme fujet ou objet par lein, c'eft-a-dire
(i) Chourio, Imit., p. 29.
(3) Echeverria, Imit., p. 7.
(3) Voir le fuffixe n.
(4) Larramendi, Arte, p. 273. L'auteur ajoute qu'il n'y a pas d'autre maniere de s'ex-
primer fous peine de parler mal.
103
d'un pronom relatif (quand bien meme demonflratif a Torigine)^ par
un pronom interrogatif, peut paraitre inutile ou vicieux; mais il
nous femble que Tufage en efl decidement vicieux quand, malgre
lein on ajoute encore le n a la flexion verbale, comme le font
Larramendi,, Moguel & autres. Dans Texemple cite ci-deffus,, Lar-
ramendi emploie fein: Sagarra \einek min egin didan ga^iegi^an (i).
*Bere argitafun ta burn ona^ ganetik eukan errijan ofaba oAbade on
TCI jakitun bat lenek e^ bakarrik emoten eutfaian atarako liburubak...
Moguel. Echeco efcolia,, p. 6. ^Outre Ton aclivite & fa bonne tete^
il avait dans le village un oncle, abbe bon & favant^ qui lui donnait
non feulement des livres^ mais 5J> . . .
Ici on ne peut pas prouver que le n relatif efl fous-entendu, puif-
qu'il s'affimile avec le n final de Fimparfait; mais on a la preuve que
le bifcaien fait ufage de ^eina comme fujet.
L'emploi de ^ein ou \oin, felon les dialecT:es_, efl tres commun;
chez Li^arrague., dans le Prone fouletin (1676), & chez Belapeyre :
goin farijlam baitirate Tarropiai (2) ,,qui feront recompenfes par la
paroiffe".
Jufqu'a prefent nous n'avons pas reuffi a en trouver un exemple
chez Dechepare.
On fe fert,, comme Ton voit, de la forme indefinie dans les dia-
iedles bafques fran5ais^ '[ein ou foin, <5c non pas
Les pronoms interrogaiifs.
Les pronouns interrogatifs font: nor, b. g. 1. bn.^ nour, f. ^qui'
ien, b. g. iein, b. g. 1. bn. ioin, 1. ioun, f. 55 qui^ quel"; \er> b. g.
1. bn. f. , 3 quoi, quel".
(1) Larramendi, Arte, p 279.
(2) Belapeyre, Catechimq, fee,, p. 23.
104
En bifcaien nor perd fouvent le r ainfi que ier. Zein da gfyn ham
luhurra?...Chouno. ,,Quel eft Thomme fi fage"?... Zer da? ,,qu'eft-
ce"? Zer! hoin lafler ba^kai? 1. ,,Quoi! vous vous en allez fi vite" ?
tNj>r da hor?\. ,,Qui eft la"? U^ork nahi du karroan igan? 1. ,,Qui
veut monter en voiture"? Zer da haur? ,,Ou'eft-ce que ceci"?
Ax., p. 299.
Les fuffixes s'ajoutent regulierement au nominatif de ces pronoms,
excepte kin & t\at qui s'uniflent au genitif; nor -f- k fait nork pour le
fujet-agent; en bifc. le r fe perd nok; nor -f- n fait noren ,,de qui",
avec la voyelle de liaifon e (v. ch. vi, 4) nor + i fait nori ,,a qui";
nor -\- kin fait norekin, pour noren -kin, avec elifion de n devant k
(v. ch. in) ; %ein -j- ^ fait \einek; \ein -j- z fait ^zVu, &c.
Comme toujours les fuffixes n (locatif), -{, ko } ra, ron^ } s'unifTent
aux pronoms fous la forme tan, ta^, &c. (v. le fuffixe k, ch. vin,
4). Ainfi nor-\-n (locatif) fait norran; \ein-\-n, -[einetan; \er-\-n,
^ertan; nor + i, nor^a^; -^er + i, lert^; ^er -f- ko, ^ertako.
Les pronoms indefinis.
'Bat. En bifcaien & en guipuzcoan le nom de nombre bat ^un"
fert comme pronom indefini dans le fens de ^quelque" & regit le
genitif: gi^onen barek ikuji du, ,,,,unhomme a vu". Gi-{onenbatdator,
^quelque, un homme vient". Etorriko balit^ fedearen contra eferjiren
bat. Confef., 89, V. Zavala, Verbo vafc.,, p. 20, n 3^. ^S'il venait
une ou quelque perfecution contre la foi".
u eft connu de tous les dialecles & fignifie ^quelques-uns".
Ce pronom eft compofe de bat & IH. Dans les dialedes bafques
fran^ais la terminaifon a conferve fa fignification d'un pluriel; dans
les dialedles bafques efpagnols cette fignification s'eft perdue & Ton
ne trouve plus que batiuk, b.,, ou batiuek, g. La difference entre le
rof
patient et 1'agent s'eft par consequent perdue,, du moins en bifca'ien.
'Mais il y a partout un peu de defordre; Pouvreau ecrit: bat-ruck diote
^quelques-uns difent"; puifque bat-yuek efl f agent bat^itk auraitfufli;
mais il eft vrai., d'un autre cote., que fu pluriel, etant employe pour
le fingulier & etant devenu ^uek ,,vous" pluriel, le chemin etait
tout trace pour adopter cette meme forme ici. II eft fort poffible &
meme probable que Ton confiderait ^u comme un fmgulier,, deja du
temps de Pouvreau,, fans cela cette erreur ne fe ferait pas propagee
jufqu'a nos jours. Chourio ecrit auffi : TSanpek on ditugu trifle
garen demboran. Imit,,, p. 66. ^Quelques-uns nous plaifent dans les
moments que nous fommes triftes". TSai-fuen beharra dugu ^nous
avons befoin de quelques-uns" .
La terminaifon IIL ) comme figne de pluralite, s'explique difficile-
ment; comp. notre Diclionnaire.
Elibat f. 3 ^quelques-uns 3:) . Nous ignorons comment ce pronom
efl compofe.
'Bakoch, b._, bakoit^ g.> bakotch. 1. bn.,, bakhoir^, f. ^chaque". II
eft tres probable que ce pronom eft compofe de bar, dont le i a du
fe perdre devant le k; mais koch nous eft inconnu.
Ce pronom eft employe fubftantivement & adjeclivement ,
mais le guipuzcoan fe fert plutot de oro adjeclivement : egun oro
5J ,chaque jour 5:) ; gi^on oro ,,,,chaque homme". Ta eskatuten deutfa
gu^rioen egillari berba bakochari ta gu^riei iraatji. Moguel , Introd.
J3 Et il demande au Createur de toutes chofes de jeter une parole a
chacun & a tous 53 . 'Bakoiria bereii ,,,,chaque chofe pour elie-
meme, feparee 5 '.
TSatbedera ,,chacun^. Ce pronom n'eil en ufage que dans les
dialecles bafques fran^ais,, & n'eft employe que fubflantivement.
TSat bedera correfpond a Texpreflion fran^aife^ vieillie de nos jours :
un chacun; all. ein jeder; angl. every one. 'Bedera parait fignifier
,,feul'% voir ci-deffous. Eta borthetaric batbedera cen perla bedera^.
T. R. Apoc. xxi,, 21. ^Et chacune des portes etait d'une feule
io6
perle". Jangoikoak nola duen batbedera formaru. Dechepare. ^Com-
ment Dieu a forme chacun".
Puifque bat refte invariable., il fera preferable d'ecrire, comme cela
fe fait generalement,, batbedera en un feul mot.
'Bedera n'exifte, de nos jours du moms, que dans les dialecles
bafques francais. La fignification n'eft pas bien fixee; dans 1'exemple
f.v. batbedera, bedera correfpond a ,,feul"; ainfi que dans le verfet
fuivant : Viacreac diraden ema^te bederaren fenhar. I Tim. in, 12.
.,,Que les diacres foient maris d'une feule femme". L'idee d'un
,,fmgulier" eft done exprimee par bedera. Larramendi en forme un
adjeclif, & dit dans fa lettre a Mendiburu : 'Bederako ergelkari.il
,, Naivete finguliere' ' (i)! La verfion labourdine du N. Teftament,
Bayonne, 1828, a dans le premier exemple perl a bate^, dans le fe-
cond ema^te bakhar baten fenhar. L'origine refte inconnue, mais bedera
fera un adjedlif comme bakhar. Nous ne trouvons pas bedera chez
M. Geze,, mais bien batbedera; & aufli bedera^ka ^un a un" (2).
TSana. Ce pronom fignifie , 3 chaque" dans tous les diaiedles,
mais avec une fignification acceffoire diftributive & correfpondant
a un datif: Emango di^utet eun fagar bana 3 ,]e vous donnerai a cha-
cun cent pommes". M. Geze traduit bana par ,,chacun une 3 % &
banaka par ,_,un a un".
'Banaka eft forme de bana-ka, comme ^aldika ,,,a cheval" de
ialdi-ka; ka fignifie 3 ,a, par"; foka ^par des regards", de fo-ka.
'Bana parait etre forme de bat avec Telifion reguliere de i devant n
(voir ch. in); mais la terminaifon ne s'explique pas.
'Bertie , 1. bn., bejle, b. g. f. ,,autre". Ce pronom eft ecrit par
Li^arrague berce, que nous ecririons berie, ce qui eft aufTi Fortho-
graphe nav. efp., nous voulons dire fans le t.
(1) Ni le primitif, ni le derive, ne fe trouvent, autant que nous fachions, dan; fun
Diftionnaire.
(2) Elements de Gr. bjfque, pp. 66, 268.
107
Le r eft une lettre qui fe perd tres fouvent dans tous les dialedes
& furtout en bifcai'en. II eft par confequent plus que probable que
les dialedes lab. & bn. <3c nav. efp. ont conferve une forme 'plus
primitive.
Nous avons propofe dans notre Diclionnaire de decompofer \)er\e
en ber-ei ,,,pasle meme = autre 5:> . Comme forme & comme figni-
fication., il n'y avait pas d'obftacles ferieux a cette etymologic. II
fallait feulement admettre Thyperthefe de IV; berye pour bere-[.
Nous croyions avoir trouve une variante dans Tadjeclif verbal
bere%i, fepare. En depouillant bere^i de 17, terminaifon des adjedifs
verbaux, il refte bere%, forme de ber- q 3J pas le meme,, diflingue^
fepare".
Nous avions penfe un moment que c'etait le meme mot; bereft
avec Farticle fait bereiia, & ber^e avec Tarticle fait ber^ea, mais peut
faire ber^ia par fuite de la loi qui veut que e devienne i quand fuit
Tarticle. Ainfi bere^ia & beriia pouvaient etre compares Tun a Tautre;
mais ici il y a une raifon qui empeche de les confondre & qui nous
avait echappee; le i dzmbereiia ^fepare" eft primitif, c'efl du moins
un element formatif; tandis que dans berfia pour berfea ^Fautre "le i
provient d'une mutation phonetique.
it^y bn.,, anir^, g. bn., hainit^ lab._, anhit^, lab. foul, ^beau-
coup". Ce pronom eft employe adjedlivement & fubflantivement,,
& dans le premier cas precede le nom qu'il definit. cAnhit-^ lekhutan
da bere aitaren amoreagarik ongi ethorria. Axular^ p. xiv, n. ed.
,,Et il eft le bien venu dans beaucoup d'endroits pour Tamour de fon
pere. Subflantivement : hainiti dire errahen duienak ,,\[ y en a beau-
coup qui difent". Era enguien guieneiaric anhir{ec mireflen guten.
Marc vi,, 2, T. R. "Et beaucoup de ceux qui Tentendaient^ s'eton-
eit confidere comme un nom colleclif 5 le verbe fe met au
pluriel.
Iflor, g., inor, b. } nihor, 1., nehor, 1. b.^ nihour, ihour, f. 3 ,quel-
qu'un". Hirur gurik eta hirur anhir^ek gali^en dute nehor. Pro verbe
io8
241 de Oihenart. ^Trois peu & trois beaucoup gatent le monde".
Litt. quelqu'un.
Ce pronom,, accompagne de la negation e^ ou d'un verbe avec
un fens negatif, fignifie : perfonne. Inor e% dep illko, g. ^tu ne
tueras perfonne". ZNjhork ethorri nahi badu ene ondotik. Chourio.,
p. 159 (Matt, xvi,, 24.) $>! quelqu'un veut venir apres moi".
Selon Licarrague : 'Baldin nehor ene ondoan ethorri nahi bada.
Inor fera probablement compofe de nor ,,qui" & de i, mais que
fignifie le i initial? II faut fuppofer que les dialedes bafques franais
ontune forme corrompue; hor ne fignifierait rien ici; il faut encore
fuppofer que les autres dialecles ont perdu Tafpiration,, & inor fera
pour hinor &par hyperthefe nihor. Mais encore hi -nor eft une forme
que nous ne nous expliquons pas. Eft-ce que les pronoms perfonnels
auraient pu avoir fervi ici pour indiquer le fens indefini de ce pro-
nom? On le dirait pour nor bere ^chacun"; litt. y) lm qui^ lui-
meme qui".
Inor ou nehor fuivent en tout le primitif nor.
Les fuffixes s'ajoutent toujours., felon les memes regies^ p. ex.
inor -(- k fait inork; nehor -|- k, nehork; inor -)- n inor en; nehor + i,
nehori. Les fuffixes n (locatif), -[, ko, ra, ront^, s'uniflent, comme
toujours, fous la forme tan, ta^ &C.,, inor\a^ g., nehortan, 1. (?);
en guip. inorgan. Voir les fuffixes n, i, gan.
ity b. g. 1. bn.; nourbait, f. ^quelqu'un". Zh(orbeit, Li^ar-
rague. Ce pronom parait etre forme de nor- bait. Ce bait transforme
les pronoms de definis qu'ils etaient en indefinis. C'efl ainfi que ^er
^quoi" devient ^erbait & non, nombait; exadlement comme en anglais
le mot ,,fome" & en all. le mot ^irgend'^ p. ex. irgend einer
^quelqu'un"; irgend wo ^quelque part''; en angl. fome one,, fome
where, ^orbait eft done ^quelque qui"; mais d'ou vient bait?
Peut-etre de baita 3 ,aufli". II nous parait que bait a ^auffi" derive
de bai da ,,il eft oui 3 ^ c'eft-a-dire ,, 5 il eft en eflfet'\ Cette phrafe
affirmative pouvait etre Torigine de Tadverbe affirmatif ^aufTi";
comme les locutions dubitatives quiza., efp. (qui fait); (il) peut etre,,
font 1'origine des adverbes quiza & peut-etre. Comment le fens
1 09
affirmatif de bairn en eft venu a donner une valeur indefinie, ne
s'explique pas pour le moment ; mais Tadverbe allemand auch
,,aufft" remplit exaclement la meme fonclion : ,,wer auch,, qui-
conque; whoever; ,.,wo auch" oil que ce foit, wherever; ,,wie
auch" de quelque 39011 que ce (bit; howfoever. Les analogies ne
manquent done pas.
Les dialectes bafques efpagnols ont forme un pluriel de jwrbait
en y fuffixant ^uek: norbair^uek ,,,quelques-iins".
Zerbair, b. g. 1. bn., ^er ere, f. ^quelque chofe". Ce pronom
parait etre forme deier-bair. Voir norbait. Zerbait emain di^ula, ujle
de^un regerekin fart
Zembait, b. g. 1., ^embat ere beit, bn., foumbait, f. ^quelqu'un"(i).
Ce pronom paraic compofe de ^em, ou ieii } on fpun & bait; comme
n fuivi de b devient m, on ecrit ^embait. Puifque ^ein ne fe dit que
des perfonnes^ on s'attendrait a ne pas trouver ^embait applique a
des chofes; cependant Ligarrague, Lardizabal, &c., s'en fervent dans
ces cas la. Comp. notre Didionnaire ; norbait & bat femblent etre
referves aux perfonnes.
Eta han ciradenetaric cembeirec, eypata idoquiric, io cegan... Marc
xiv, 47. ,,Et un de ceux qui etaient la tira fon epee & frappa".
5\VA haurk ere ukhen di^it ^eynbayt ere amo. Dechepare, p. 36.
auffi j'ai eu des (quelques) amours".
bere, g. 1. bn., nor ere, bn., nor bera, b., nour ere, f. ,,cha-
cun, quiconque".
Le dialede bifc. ecrit auifi norbera & place, par confequent le
fuffixe a la fin du mot; p. ex. &(j>rberak daukanerik... Olaechea,
p. 79. ,,Quiconque poflede". Vauka ,,il poflede", daukan ,,qui
poflede"; daukanerik, pluriel indefini, v. ch. vi, f.
Les autres dialedles laiflent bere invariable & ajoutent les fuffixes
(i) Larramendi ne diftingue pas entre fembat ,,combien" teftmbedt ,, quelques"; voir
Arte, p. 37-
I 10
a nor. Been norc ere nahi ukanen baitu here vicia faluaiu. T. R. Marc
viii, yf. 3 ,Et quiconque voudra fauver fa vie 5 '.
Chourio fait fuivre a nor bere le fubflantif verbal (rinfinitif), ce
que nous ne nous expliquons pas. Vanitate da aberaftafun galkhorren
ondoan ibilt^ea eta hetan nork bere efparan^aren ematea. Imit., p. 27 (i).
,,C'efl vanite de courir apres les biens periffables, & de mettre tout
fon efpoir en eux". Vanitate dohakabe bat da halaber nork bere artha
guiiak biiitie human ematea. 27 (i). ^Ceft vanite & auffi un malheur
(quiconque) de mettre dans cette vie tout fon fouci".
Elkar, g. 1. bn., alkar, b., alkhar, algar, f. ,,1'un Fautre, reci-
proquement 3:> .
, b., edo-[ein y g. 1. bn., edio-(oin } bn.^ edo-[oun y f. ^qui-
conque., quelconque 3 ^ & auffi ^chacun^., du moins Moguel ecrit :
Edo^enek daki erra^ago dana (il faudrait dala) gau^ia efaten egiten
bano. ,,chacun fait qu'il eft plus aife de dire une chofe que de la
faire". Eta baldin edoceinec replicatu nahi balu. Dedicace du N. T.
de Ligarrague. ^Et fi quelqu'un voulut repliquer 3:> .
Eier. Ce pronom correfpond de nos jours dans tous les dialedles
a ^quelque chose^. E^er badauka onik (2). ^S'il contient quelque
chofe de bon ?J> . Autrefois e^er a du fignifier ^rien"; comp. notre
Didtionnaire pour Tetymologie de e-^er.
Aujourd'hui pour exprimer ^rien" il faut qu'il fe trouve dans la
phrafe encore une negation; p. ex. e-ga. (q da) e\er , 3 il n'y a rien".
(1) Chourio.
(2) Bartolome. Euscal errijetaco,lntrod.
1 1 1
CHAPITRE IX.
LES NOMS DE NOMBRE,
i.
de nombre cardinam.
I.
"Bar.
2.
2z, fo'gfl.
3.
Hirur, him.
4-
Laur, lau.
r
S0/7-7, />^/?.
6.
J\
7-
Za-/7/.
8.
Zort^i.
9-
'Bederar^i, berar^i.
10.
Hamar, amar.
1 1 .
Hamaika, amaika, hameka
12.
Hamabi, amabi.
16.
Hamahirur, amairu.
Hamalaur, amalau.
Hamabort^, amaboft.
Hamafeij amafei.
17.
1 8.
19.
2o
21.
22.
30.
40.
yo.
60.
70.
So.
90.
IOO
IOOO.
ama^ort^.
Hemererri, emerei^i.
Ho get, oget.
Ho gei 'tab ai, ogeiiabat.
Hogei era bi, ogeitabi, &c,
Hogei era hamar, ogeiramar.
'B err o gei.
H err o gei eta hamar.
Hirurogei.
Hirur ho gei eta hamar'.
Law hogeiy laurogei.
Laur hogei era hamar.
Ehun, eun.
cflfilla, mil a.
Ce font les dialectics bafques efpagnols qui ont perdu le h initial
& le r final : iru pour hirur, Larramendi cite encore dans fon Dic-
tionnaire une variante curieufe de fei ; dont il donne le pluriel
comme feyac &feyrac. Ainfi fei aurait eu aufTi un r final feir.
L'article & les fuffixes s'ajoutent aux noms de nombre comme a
tout autre nom & felon les memes regies.
I 12
"Bat -f- k caracleriftique de 1' agent ferait bark ; par confequent on
intercale la voyelle de liaifon e afin de pouvoir prononcer le mot :
barek ^un". 'Bar -f- a fait bata ^Tun" 5 fcflta -f- ,, agent, fait batak ;
bat -f- n (genitif) fait baten ^d'un" 5 & forr -{- /z (locatif) fait batetan
}) en un", & ainfi de fuite. *Bi + /z fait biren ,,de deux" avec /'
euphonique ; fa' + ak fait fa'^A ,,les deux",, & fa'dA + 72 fait bien
,,,des deux",, exadlement comme gi^onak -(- TZ fait gi^onen.
'Bat, peut etre pris au pluriel, mais dans ce cas on ne dit pas
batak. Le pluriel eft forme par ^ dans les dialedes bafques fran^ais,
& par iuek, pluriel de -[u 3 dans les dialedles bafques efpagnols.
TSatiu eft devenu pronom indefini avec la fignification de ^quelques".
Voir les pronoms indefinis.
2.
de nombre ordinaux.
Les noms de nombre ordinaux font formes des cardinaux en
ajoutant la terminaifon garren y ou gerren en foul.,, a {'exception de
bat ; on ne dit pas batgarren , fi ce n'eft dans les compofes :
ogeitabatgarren ,,vingt & unieme"; on dit lehenbi^iko, lenbiiiko,
lenengoa, lendabi-pkoa ,,le premier" de len-go ^de-avant"^ & lengoa
53 le de avant" c.-a-d. le premier. Comp. notre Didionnaire f. v.
len.
La terminaifon garren eft obfcure ; nous avons propofe dans notre
Didtionnaire de confiderer garren, gar -)- n comme un fuperlatif^
c.-a-d. un genitif, puifque les nombres ordinaux_, dans plufieurs
langues,, font exprimes par des adjeclifs fuperlatifs. Comp. notre
Dictionnaire.
On dit done bigarren, hirugarren, &c.
CHAPITRE X.
LE VERBE.
I-
l^em arques prelim inaires .
Dans une etude fpeciale fur le verbe bafque (i), nous avons tache
de prouver que la conjugaifon bafque ne s'eloigne pas autant qu'on
Fa cm de celle des autres langues.
Sans vouloir nous difculper des erreurs que contient notre Etude, il
nous fera permis de demander s'il eft ii etonnant que nous n'ayons
pas reufli d'emblee a debrouiller dans tous fes details une conjugaifon
embrouillee en elle-meme <5c rendue obfcure par une foule de theories
tres pen fatisfaifantes. Heureufemenr, la plus grande erreur que
nous ayons commife a ete denoncee dans Tappendice de 1'etude
meme : c'eft celle qui fait deriver les flexions dut, dii^u, &C.., du nom
verbal eroan. L'incertitude de la chute du k avait ete pour nous un
obflacle a admettre que daukat , } }e tiens 5;> (de edukij, eut pudevenir
dam , J'ai 3:> ; car aufTi longtemps que les lois phonetiques ne nous
autorifaient pas a admettre cette elifion,, cette explication n'avait
aucune valeur (2).
Aujourd'hui, il n'y a plus de doute ; le k medial fe perd, &,, par
confequent,, nous croyons reconnaitre dans les flexions de eduki
^avoir" les flexions de eduki ,,tenir". Nous penfons cependant
avoir contribue a eclaircir la queftion de la conjugaifon bafque,
(1) Etude fur I'origine 6* la formation des verbes auxiliaires bafques.
(2) Tout concourt a faire admettre iduki comme origine de la conjugaifon abfolue (dut,
du-^u, du, &c.), feulement la chute du k doit etre certaine. Voir notre Etude fur I' origine., &.C..
p. 133.
8
n 4
en indiquant eroan comme le nom verbal qui a donne les flexions a
deux regimes pour 1'auxiliaire ,, avoir". Ailleurs deja nous avions
entrevu rorigine de ces flexions (i), & plus nous avons etudie le
verbe, plus nous nous fommes trouve en droit de maintenir FexadU-
tude de notre theorie, qui a ete appelee ironiquement ,,originale
theorie", & que nous demandons la permiffion d'appeler ,, theorie
originate " (2).
Jufqu'a prefent on n'a donne que des tableaux, ce qui n'explique
rien ; on chercherait vainement un principe. Ce qu'il fallait, c'etait
des lois, des regies,, une methode enfin, & bien que nous donnions
auffi des tableaux, afin de rendre notre demonftration plus claire,
nous croyons que nos regies fuffiront, jufqu'a un certain point, a
conjuguer tout verbe bafque, tout comme les regies de la conju-
gaifon des verbes des autres langues fuffifent, jufqu'a un certain
point., a faire conjuguer les verbes de ces langues. Sous ce rapport,
nous efperons faire rentrer la langue bafque dans la famille des
langues naturelles,, d'oii elle etait bannie par fuite de theories oil la
fantaifie regne en fouveraine. Le furnaturel a ete & eft encore tou-
jours invoque pour expliquer le verbe bafque. Defefperant fans
doute de trouver une folution rationnelie a la queflion de la conju-
gaifon, on s'efl jete dans les bras de la theologie & Ton a voulu
expliquer par un dogme chretien ce qui etait une difficulte gramma-
ticale (3).
Conjuguer, cefl afTembler,, dans un ordre accepte, le fujet, le
nom verbal & quelquefois Tobjet (4). Cette definition, donnee plutot
en vue des langues aryennes, s' applique parfaitement a la conju-
(1) VOIP notre Diftionnaire, p. xxi de I'introdu&ion.
(2) Comme le dit avec raifon M. Vinfon, dans fa critique de notre Etude, ,,Nous difle-
rons abfolument d'avis fur les principes, fur le point de depart meme". Revue de ling.,
vol. vin, p. 154. Et ailleurs : Daroat ,,je 1'emporte" n'a rien de commun avec drauat.
Revue de ling., vol. vn, p. 65. Nous attendons que M. Vinfon fafle connaitre fes prin-
cipes, qu'il nous a promis depuis 1872, en difant : Deja mes dedudions prennent corps
& je croia voir 1'edifice commencer a s'elever. Revue de ling., vol. v, p. 218.
(j) Voir Revue de ling., vol. v, p. 200.
(4) Littr, Dift., s. v. conjuguer.
Ilf
gaifon bafque; il n'y aurait qu'a changer le ,,quelquefois" en
,,toujours". Le principe eft le meme ; dut n'eft pas plus extra-
ordinaire que ,,j'aile"; feulement, en franc, ais, on ecrit ,,je-ai-le",
dont la fyntaxe a fait ,,je Fai". En bafque., on n'ecrit jamais d-u-r,
mais toujours dut. Pour le moment, ii eft impoifible de dire ce que
la prononciation a fait difparaitre 5 d & t ne font que des reprefen-
tants de pronoms 5 mais il eft tout auffi certain, croyons-nous, que
le bafque draukat (bn.) fignifie ,,je 1'ai alui'% que le hollandais ,,ik
heb't m" (i). Le hollandais eft pour : ik heb het hem, je-ai-le-a lui.
'Draukat ou derokat eft forme de d-eroa-ho-t ,,je-lui-ai-le 3;> en lifant a
rebours (2), Nous avons choifi une flexion ou les pronoms ne fe
font pas bien conferves ; mais les pronoms de la premiere & de la
deuxieme perfonne font identiquement les memes que ceux qui font
employes ifoles. Ouand done une flexion eft obfcure, ce n'eft pas
la langue qui eft bizarre ou divine,, ou tout autre qualificatif qu'on
voudra lui appliquer, c'eft nous qui fommes dans Tignorance,, par
rapport a fes lois phonetiques ou a fes particularites de prononciation.
Encore un exemple hollandais ; pour dire : le lui as-tu dit ? nous
ecrivons : hebt gy het hem gezegd ? mais nous pronon5ons hy't in
gezeid ? Ainfi avec les e de liaifon .- hyetem := hebt gy het hem,
as-tu-le-a lui. Les langues aryennes, bien qu'elles ne foient pas
agglutinantes, fourniflent encore aflez de cas d'agglutination excep-
tionnelle (dans la langue parlee) pour calmer letonnement caufe par
des formes tres contradtees.
La conjugaifon primitive, avec fes trois modes & fes deux temps,
ne fuffifant pas a exprimer toutes les nuances voulues, la langue
bafque a eu recours, comme toutes les autres langues, a d'autres
verbes fervant d'auxiliaires. Le mecanifme de la conjugaifon eft tres
fimple, comme Ton verra dans la fuite, ce qui nous a permis de re-
conftruire avec pleine certitude, croyons-nous, la conjugaifon de tout
verbe & par confequent de tous les auxiliaires qui ne font plus en
(1) Si nous remplacons les apoftrophes par des e de liaifon, comme en bafque : iknebe-
tein, le bafque &. je hollandais n'auront rien a fe reprocher.
(2) Voir ch. xi, 3.
n6
ufage aujourd'hui. Ceft de la que viendra Implication de toutes ces
flexions fi myfterieufes aujourd'hui; p. ex. ikuji dait ,Je puis le
voir".
T)ait eft la troifieme pers. fing. pres. indie, de edin ^pouvoir'%
<3c formee de d-adi-t , Je-puis-le'% en lifant a rebours. Heureufemenc
Licarrague nous a laiffe,, dans fon N. T., un grand nombre de
flexions inufitees <3c inconnues aujourd'hui. II forme les imparfaits
<3c les parfaits definis avec deux auxiliaires differents ; pour le verbe
tranfitif, ce font euki & e^an; pour le verbe intranfitif, ce font i\an
<3c edin (i). Pour le verbe intranfitif on s'en etait deja apercu, du
moins dans les cas ou ce verbe n'a pas de regime 5 p. ex. Orduan
lefus eramancedin. Matt, IV, I. ,,Alors Jefus fut emmene". Oihenart
eft le premier, fi nous ne nous tromppns^ qui ait indique 1'emploi de
Fimparfait de edin comme auxiliaire du parfait defini; mais cette
forme fautait aflez aux yeux pour qu'on dut s'en apercevoir. Les
flexions avec deux regimes comme auxiliaires des verbes tranfitifs
font moins faciles a diftinguer; p. ex. eta bere thefaurac... prefema
ciei^pien. Matth. n, 11. )} Et ils lui prefenterent les trefors".
Ciet^pten vient de e^an; c'eft la troifieme pers, plur. imparf. indie,
avec deux regimes ,,,les a lui'% 5c formee de ^-it-^a-ho-te-n.
Ces memes flexions fe retrouvent aujourd'hui comme auxiliaires
du fubjonftif, & alors fuivies de la conjonction n ,,que"$ ce qui ne
change rien ici^ puifque Timparfait fe termine par un n, 6c les deux n
s'affimilent.
Peu a peu les myfheres difparaiflent & les terminaifons ou termi-
natifs d'autrefois deviennent des flexions. II en eft de meme des
modes & des temps. Nous verrons que le futur & le condidonnel
ont ete formes d'apres le precede fuivi par les langues romanes.
Un ouvrage que nous citerons fouvent dans le cours de ce chapitre
efl celui de Zavala : ,,,1 verbo regular vafcongado del dialeclo
vifcaino por Fr. Juan Mateo de Zavala, &c. San Sebaflian,, 1848".
Nos vues, radicalement oppofees a celles de Tauteur,, qui ne voit
que des terminaifons dans les flexions du verbe, font caufe de nom-
(i) Voir la fyntaxe.
breufes obfervations fur ce travail,, tres complet dans fon genre^ mais
tres confus, malgre Tordre apparent qui y regne.
Notre critique aurait porte fans doute fur un moins grand nombre
de points^ fi Ton n'avait tente de nos jours de faire paffer Fauteur
pour une autorite a invoquer ou plutot a impofer.
2.
Le verbe en general. Claflifi cation du verbe.
Les verbes bafques felon leur nature , leur fignification & leur
conjugaifon ^ peuvent fe divifer en deux clafles.
i Verbes primitifs <3c verbes derives.
2 Verbes tranfitifs <3c verbes intranfitifs.
3 Verbes reguliers & verbes periphraftiques.
Un verbe eft primitif comme ekarri ^porter^'j joan Caller' 5 .
Un verbe eft derive comme appaindu Corner" de appain ^orne-
ment"; garbitu ^nettoyer^ de garbi ^propre 53 .
Un verbe eft tranfitif comme ekarri ,, porter" 5 intranfitif comme
Joan Caller". Ce n'eft pas feulement la fignification qui indique
qu'un verbe eft tranfitif ou intranfitif; c'eft auffi la conjugaifon qui
eft differente., du moins au prefent de Tindicatif.
Le verbe primitif eft le feul qui ait une conjugaifon reguliere ;
ek.irri fait dakart ,,je le porte 3 ? ; joan fait noa ^je vais".
Les verbes derives font tous conjugues par periphrafe ; c'eft-a-dire
que la conjugaifon fe compofe d'un nom verbal accompagne d'un
auxiliaire 5 on ne dit pas 5 ,je vois" mais 5,j'ai en vue'% ikuflen
dut. Ikuflen eft le nom verbal (nom au locatif) 5 dut eft Tauxiliaire.
Cette conjugaifon eft d'une date plus recente.
Le verbe regulier correfpond a peu pres a nos verbes ; c'eft un
nom verbal flechi de differentes manieres,, pour indiquer les differents
temps & les differentes perfonnes.
La conjugaifon des verbes reguliers eft la conjugaifon primitive.
Les verbes auxiliaires font eux-memes des verbes primitifs, reguliers;
il s'en fuit que fans verbes reguliers, pas d'auxiliaires, & fans auxi-
liaires,, pas de conjugaifon periphraftique.
II n'y a aucune raifon pour ne pas admettre que tous les noms
verbaux primitifs aient eu autrefois une conjugaifon reguliere $ c'eft
fans doute la tendance a preferer la periphrafe qui efl caufe de ce
que le nombre de ces verbes diminue de jour en jour. On trouve
chez Licarrague, Axular, Larramendi, &c., plufieurs noms verbaux
conjugues regulierement, & qui ne le font plus de nos jours que par
periphrafe 5 p. ex. ikuji qui fait aufli dakuft ,,je vois".
3-
Nous diilinguons trois formes verbales :
i Le theme verbal : ekar.
2 L'adjeclif verbal : ekarri.
3 Le fubftantif verbal : ekanen.
II ferait rifque, comme nous Tavons dit ailleurs (i), de pouifer
Fanalyfe plus loin & de rechercher la racine de ces noms verbaux.
II fe peut que le theme,, dans quelques-uns des noms verbaux, foit
en meme temps la racine verbale, comme as de aji, ar de artu, gal
de galdu; mais nous ne poffedons aucun moyen pour decouvrir fi
nous avons a faire a des formes primitives., fimples, ou bien fi elles
font fimples feulement par fuite de degradation phonetique.
Nous acceptons done pour theme verbal, ce qui refle de I'adjeclif
verbal apres en avoir retranche la fyllabe ou la voyelle formative,
qui fait du theme un adjectif verbal. Ce theme fe retrouve en outre
dans Timperatif des verbes primitifs; la J 1 5 perfonne du fingulier
efl le theme verbal, precede de la caracleriftique de la perfonne : b.
Ainfi ibilli fait bebil 3 b-ebil ; ekarri fait bekar, b-ekar ; ebil & ekar font
done les themes.
(i) Introduction de notre Diftionnaire, p. v.
"9
4-
Ladjeflif verbal.
L'adjeclif verbal, de tout verbe bafque, eft connu ; c'eft la forme
donnee par le Diclionnaire & que, par habitude,, on traduit par
rinfinitif; 'eroji ^achete" eft rendu par ,,acheter".
II y aurait peut-etre de la pedanterie a citer le participe pafTe
correfpondant, & nous nous conformerons a 1'habitude de citer
rinfinitif.
L'adjeclif verbal se termine en /, du ou tu, quelquefois en ;z; par
exception en e & o.
Les adjectifs verbaux en e <5c o, comme erre ,,bruler"<5c eo ^tifler"
font extremement rares, & paraiflent etre des racines verbales. En-
core eft-il poflible que ces adjeclifs verbaux foient arrives a cet etat
de fimplicite par fuite d 1 elimination.
Les adjeclifs verbaux en n font beaucoup plus nombreux^ mais il
eft difficile de decider fi le n appartient au theme., ou bien fi c'eft une
lettre formative comme le i. La tendance de Yn a fe perdre comme
finale, eft fi grande., & les cas oil il faut Felider, felon les lois pho-
netiques,, font fi nombreux, que-les noms verbaux en n ne confervent
cette lettre que dans Fadjedlif verbal non modifie. Devant k, r, I, t,
le n difparait toujours, ainfi que dans les verbes intranfitifs 5 p. ex.
joan Caller" fait au prefent de findicatif no a ,Je vais"; & Timpe-
ratif de eraman eft berama ^qu'il emporte". On fe demande par
confequent fi le n difparait, parce qu'il fe trouve a la fin du mot,
ou bien, s'il fe perd comme dans noa } parce que la lettre formative
(quelle qu'elle foit) fe perd toujours dans les verbes intranfitifs;
p. ex. ibilli fait nabil ,,je marche", de n-ibil; eiorri fait naror ,Je
viens'% de n-ewr; &c. Les deux cas font poffibles, & nous ne favons
rien qui puiffe influencer la decifion dans un fens ou dans un autre.
II ferait done premature de citer des themes verbaux ja, ema, era-
ma, &c., au lieu deyan, eman, eraman, aufli longtemps que la queftion
J2O
ne fera pas decidee. Faudrait-il y voir des noms fyncopes avec
egin? Egin eft ein en bifc. & een dans aifeen, de ars-egin.
On pourrait croire que le n appartient au theme, puifque Ton
trouve les variances i^an & i^andu; egon & egonclu; & qu'il n'eft pas
probable que Ton ait ajoute les deux caracleriftiques de I'adjectif
verbal n & du. Mais on trouve e\agun <3c e^agum, i^an & ifatu, egon
& egotu; il eft done poffible que Ton ait etc tout auffi peu renfeigne
par rapport a 1'origine de cet n, que nous le fommes aujourd'hui, &
que Ton ait ajoute une feconde fois le figne de I'adjedlif verbal, la
fignification du premier s'etant affaiblie ou perdue.
Pour i & du ou tu, il nous femble qu'il n'y a pas de doute; ce
font les veritables caracleriftiques des adjedlifs verbaux : eroji de
eros; aji de as; artu de ar', galdu de gal.
Mais il y a une difference marquee entre les deux caracleriftiques 5
i ne fert jamais a former des adjeclifs verbaux derives 5 c'eft toujours
du ou tu; garbi ^propre'^ fait garbitu ^nettoyer 3 ^; erra-^ ,,facile"
fait erra-$iu ^faciliter^ & jamais erra-^i.
Par centre du ou tu fert, ainfi que i, a former les adjeclifs verbaux
des themes verbaux : eros fait eroji ,,acheter"; as fait aji ,,nourrir ?J ;
ich fait ichi farmer "5 ar fait arm ,,prendre^5 gal fait galdu ,,per-
dre".
11 fe prefente ici une queftion afTez obfcure. Pourquoi eft-ce que
i eft d'un ufage fi reftreint en comparaifon de du ou m, qui s'ap-
plique indifferemment au fubftantif, a I'adjectif, a Tadverbe? Nous
croyons pouvoir en donner Implication.
Chacun a du s'apercevoir que la terminaifon du de Tad jedlif verbal
a la meme forme que la j me perfonne du fingulier de Tindicatif :
du ,,il IV . On traduit du par ,,il Ta'% mais du ne fignifie en realite
que ,,1V^5 le-a, d-u. La 3 me perfonne fe fait toujours (prefque tou-
jours) remarquer par fon abfence; c'eft la perfonne la plus imper-
fonnelle de tout le verbe, & c'eft cette condition qui la rendait
peut-etre plus propre que toute autre forme verbale a exprimer
Tad jeclif verbal ou participe paffe.
Le verbe en bafque, & dans beaucoup d'autres langues, eft fouvent
rendu par un nom accompagne de I'auxiliaire^ ainfi matte
121
en all. ^lieb'% avec I'auxiliaire, fait maiie dm ,,je 1'aime"; maite du
,,il raime"; en all. ,,er hat ihn lieb'\ Mais au fond maite du exprime
feulement Faction d'aimer,, le fujet (il) n'etant pas indique. II eft
vrai que Fobjet eft exprime par d ,,ie"$ mais les langues de plufieurs
peuples demontrent qu'il a ete difficile pour quelques-uns d'entre
eux de fe figurer une action fans objet (ce qui fera peut-etre la
raifon, foit dit en paffant, qu'en bafque f objet ne peut fouvent pas
fe feparer de la flexion). Quoique le figne y fut on n'a plus eu
confcience de fa fignification & maite du en fera arrive a exprimer
,,aime 3 '; & par fuite de F agglutination maite du eft devenu maitetu,
puis maitatu, ad jectif verbal au fens de ^aime".
La fignification de Fauxiliaire eft fi bien oubliee que les flexions
font confidences comme des fignes conventionnels 3 des ,,terminai-
fons" ou des ^terminarifs" (i)_, comme difenr, de nos jours encore,,
quelques bafquifans,, qui n'y voient qu'un amas de lettres. Selon
Chaho dm fe compofe de da-hour -a-t!
II refte encore une petite difficulte a vaincre. 11 y a des noms
verbaux comme far, fal, gal, ar, aji,.&c., qui ont 1'apparence d'etre
des noms verbaux primitifs & qui cependant paraiffent comme ad-
jeclifs verbaux,, fous la forme farm, galdu, faldu, arm, &c. Com-
ment ces noms verbaux etaient-ils conjugues,, eux qui paraiffent etre
primitifs,, avant que du fe fut ufe au point de pouvoir fervir de
terminaifon ?
La difficulte n'eft pas aflTez ferieufe, croyons-nous,, pour renverfer
notre hypothefe par rapport a la terminaifon du; & peut-etre en trou-
verons-nous Texplication dans les noms verbaux fuivants qui ofTrent
des variantes : ejtali = eftaldu, it^ali = it^aldu, kiskali = kiskaldu,
qu'on pourrait prendre pour eftal -f- i ou du, it^al -\- i ou du, &c. II
nous parait plus probable que ejtali eft forme de efte-ari, & it^al de
ich-ari, & kiskali de kisk-ari; comme afaldu eft pour af-ari-du; gofaldu
de gofe-ari-du, &c. (2).
(1) II n'eft guere facile de faifir la nuance de ces termes qui n'expliquent rien, ni 1'un ni
1'autre.
(2) Voir notre Di6l. bafque.
122
Nous avons done probablement dans arru,faldu } &c., des noms
corrompus, contraries. Une feule letcre d'elidee change beaucoup un
mot ; p. ex. e^agun en perdant le g fait e^aun; au prefent de Tindicatif
daiaut ,,je connais". Un exemple qui femble confirmer notre hypo-
thefe c'eft le nom verbal ari ,,etre occupe' 3 qui, accompagne de
Fauxiliaire, forme diardut. Ce diardut a ete confidere jufqu'a prefent
comme line flexion, & perfonne n'y avait reconnu diar-dut, pour
yar-dw (i), & yardut a reparu, apres avoir perdu le t (qui eft le pro-
nom ,,je 35 ), fous la forme yardun comme adjeclif verbal, fynonyme
de ari; on avait oublie que la 3 me - perfonne de Tauxiliaire s'y etait
incorporee.
La terminaifon de Tad jedlif verbal fe perd fouvent dans les dialedles
bafques francais; p. ex. eb'ak, atchik, idek pour ebaki, aichiki, ideki.
Les dialedles bafques efpagnols ne font ufage du theme que dans
Timperatif, ce qui n'eft que jufle; Timperatifa ete appele une inter-
jeclion verbale. Le guipuzcoan dit par exemple : el akio ,,faifis-le 5 ^;
ar eia-fii ^prends-le 3 ^; litt.: prenez-le.
La tendance a abreger Tadjeclif verbal a produit, dans les dia-
lecles bafques frangais des formes incorredles ; p. ex. ham de hamu,
fyncope de handitu, de handi , } grand 3 '; laket de laketu, eskent de
eskentUy &c. Comme on ne peut avoir forme d'autre ad jedlif verbal
de handi que handim dont hamu eft la fyncope, il reflerait han & non
ham, fi Ton fait tomber la terminaifon. Le r qui fe trouve dans to us
les adjeclifs verbaux, appartient par confequent a la terminaifon
dont la moitie, c'eft-a-dire la voyelle, s'efh perdue.
II y a encore une obfervation a faire par rapport aux noms en i.
II ne faut pas confondre les adjeclifs en i avec les adjeclifs verbaux
en i; dans les premiers le i eft radical; dans les feconds il eft 1'ele-
ment formatif de la categoric. Faute d'avoir fu cela, Tauteur ano-
nyme d'un ,, Guide bafque" a forme bujtitu de bujli, adjedlif verbal,
fignifiant ,,mouille". M. Duvoifin a releve cette erreur avec raifon,
dans un article (2), par rapport a ce ,, Guide' 3 ; mais il n'en donne
(i) Voir notre Dift. f. v. Jardun.
(3) Etudes fur la langue bafque, par M. Duvoifin. Paris. 1874.
"3
pas la raifon. L'auteur parait memc avoir une autre opinion que nous
par rapport a cet i. On lit dans un article qui a paru dans le ,,Con-
gres fcientifique de France, tenu a Pau 1873", ce qui fuit: ,,Mais fi
,,le radical fe termine par un k comme dans ebak (couper), atchik
^(tenir), idek (ouvrir), un i euphonique precede le fuffixe : ebakit^e^
aichikiiie, idekit^e" . Le z, pour Fauteufj n'a done pas de valeur,
c'eft une lettre euphoniqne; pour nous , au contraire , il eft la
caracleriftique de toute une categoric de mots; & c'eft pour cette
raifon que bufti ^mouille' 5 ne pouvait pas devenir bujlitu ; bufti
etait deja un adjeclif verbal 6c ne pouvait pas admettre rw, autre
caracleriflique du nom verbal.
Le i n'eft jamais euphonique, & ebaki, adjeclif verbal indefini^
devient ebakia, adjeclif verbal defini.
Mais comment decouvrir que bufti eft buft-i, adjeclif verbal
^mouille'% & garbi , par exemple, adjeclif ^propre'^ dont on
forme garbitu ^nettoyer^? Le fentiment de la langue guidera,, fans
doutCj les Bafques; mais le fentiment trompe quelquefois & ce fera,
croyons-nouSj a Tetymologie a decider la queftion en dernier reflbrt.
Li^arrague n'ecrit pas toujours Fadjeclif verbal en i, fans cet ij
p. ex. Tcpulu ilhumbean cer^anac argui handi ikujfi vkan du. Matt, iv,
1 6. ^Le peuple qui etait aflis dans les tenebres, a vu (litt. a eu
vu) (i) une grande tenebre". Eta Jefufec Galileaco irfas aldean gabilala
ikus oilman bi anaye. Matt. iv> 18. ^Et Jefus marchant le long de la
mer de Galilee vit deux freres.
f-
Le fubftantif verbal.
Le fubftantif verbal eft un nom au locatif 5 il eft forme d'un theme
verbal ou d'un nom, verbal ou autre, & du fuffixe du locatif n. Or
comme le locatif, quand il eft indefini, s'exprime par tan (voir le
(i) Ch. xii, ii.
124
futfixe n), & que le fubftantif verbal eft auffi indefini, la terminaifon
du fubftantif verbal fe trouve etre tan ou ten; ikus fait ikuften; adi
fait adietan.
Le diaiede bifcaien a confervela forme en tan; mais comme tous
les autres dialectes , il a generalement ten. Ainfi : erametan, b.
Clever' '5 afaiketan,b. ,,fe raffafier''; par centre, ibilien, ikuften, &c.
Du moment qu'on exprimait le locatif fmgulier indefini par un
locatif pluriel, il fallait faire la meme chofe pour les noms verbaux,
qui, fouvent, ne font que des noms fubftantifs 5 & c'eft ainfi qu'on a
forme du fubflantif il ,,mort", le fubft. verbal iltan ,,dans mourir",
litteralement ,,dans les morts". La terminaifon eft generalement
ten, mais il nous parait qu'on peut admettre que tan eft la forme pri-
mitive (i), comme il s'en eft conferve des exemples en bifcaien. Les
modifications du nom verbal ont peut-etre contribue leur part a la
mutation de la voyelle a en e.
Iltan, pour en refter a cet exemple, eft done la forme primitive ;
plus tard, quand il a fallu des noms d'actions correfpondant a nos
infinitifs, on aura retranche le n, qu'on favait etre le figne du locatif,
& c'eft ainfi que s'eft forme ilia ou ilie ,,mourir", nouveau fubftantif
verbal, qui a fon tour etait pret a fubir toutes les modifications que
les fuffixes pouvaient lui faire exprimer ; ainfi ilie 5: ,mourir'^ iltea ou
iliia ,,le mourir'^ iheko ^pour mourir"; iltera ,,vers mourir", 6cc.
Dans la conjugaifon, ce nom verbal devait etre un locatif 5 mais du
moment qu'il etait admis dans la phrafe, foit comme fujet, foit
comme objet, il pouvait, il devait perdre fa caracleriftique de lo-
catif, puifqu'il fervait, en realite, de nominatif ou d'accufatif.
Les noms verbaux comme ilie y ikufle, &c., font formes, nous 1'a-
vons dit, de ilien> ikuften, & non ihen de ilie -\- n, & ikuften de
ikufle -j- n. Nous croyons pouvoir le prouver & par la forme & par
la fignification. Si ilte, correfpondant a peu pres a 1'infinitif, ,,mou-
rir' J etait le theme de ilten, la terminaifon te ne s'expliquerait pas,
tandis qu'elle s'explique parfaitement en la confiderant comme la
(i) Selon Zavala, Verbo Vizcaino, p. 1 3, n 27, il faudrait ten; mais comme il ne donne
aucune raifon, fon opinion a peu de valeur. On ditjinifetan dot ,,je crois".
terminaifon du locatif indefini,, qui efl partout & toujours tan. Pour
pouvoir conjuguer, il fallait un nom au locatif (i), qui devait etre
neceffairement tan, puifque le fuffixe n fe prefente invariablement
fous cette forme quand il eft indefini. En fecond lieu_, 1'idee abflraite
exprimee par notre infinitif n'exifle pas en bafque ; ces formes
en te ne font jamais employees pour rinfinitif ; ce mode fe rend
d'une autre maniere;; p. ex. par le locatif du nom: u^ia\u jaien
,,laifTez-moi manger"; litt. ^laifTez-moi dans (le) manger". Le
fubflantif verbal en te ne fert que comme fubftantif, & il nous parait
qu'etantd'un ufage relativement rare> il a du feproduire plus tard.
Le nominatif ihe 5J ,mourir" Derive done du locatif ilten ^dans (le)
mourir". La corruption de la terminaifon ne s'efl pas arretee la:
ten efl devenu t^en. La variante t^en a remplace generalement ten.
D'ou vient la fibilante ? Zavala dit (Verbo vizc.^ p. ij, n 24) que
galdu, faldu, kendu, arm, farm, & peut-etre quelques autres adjeclifs
verbaux forment leur fubftantif verbal en t^en, t^ean, i\oan, choan,
t^aiten, felon les varietes du dialecle bifcaien 5 p. ex. fallen, falt^ean,
fah^oan, falchoan, falt^aiien. D'abord Zavala embrouille deux efpeces
de noms : fallen, fubft. verbal indefini^ <5c falt^ean, fubft. verbal
defini (2). Mais la queflion de la fifflante refle,, pour laquelle nous
n'avons aucune hypothefe a offrir. Lettre adventice^ lettre eupho-
nique ou lettre de renforcement, &c._, ne ferait qu'un euphemifme
pour ne pas dire ^j'ignore".
Les dialedles bafques francais ont encore fouvent intercale un i
dont 1'origine n'eft pas claire; p. ex. iyaiten = ifaren, emaiten
= ematen. On en trouve de nombreux exemples chez Axular & auffi
dans le catechifme fouletin de Belapeyre & ailleurs. On a explique
cet i comme provenant de egiten; emaiten ferait la contraction de
eman-egiten ; & f explication efl plaufible ; on fait que egin fe con-
tradle en ein & eiten; mais on fe demande comment i-^an 6c en ge-
(1) Ce n'eft pas feulement en bafque que Ton rend le verbe de cette facon ; en anglais,
,,I am going" eft forme de la meme maniere ; going eft un nom au locatif. V. Leftures,
vol. n, p. 20, par Prof. Max Miiller. En efpagnol : lo tengo en caro.
(2) Zavala confond meme quelquefois le fubftantif verbal fit I'adje&if verbal. Voir la
fyntaxe du verbe frequentatif.
126
neral tous les verbes intranfitifs feraient compofes avec egin? II eft
vrai qu'il faut tenir grand compte de Tanalogie dans la formation
des langues. Une forme comme falt^aiten, que cite Zavala (v. ci-
deffus),, femble prouver que egiten fe trouve uni au nom verbal deja
modifie; faldu (de fal-du) eft Tadjedtif verbal ; le fubfh. verbal eft
regulierement fallen Cpour fallen'') Le t qui s'y trouve eft le t du
locatif indefini ; or, dans falt^aiten il y a deux r. Salr^aiten fera done
pour fahia-egiren, forme exceptionnelle.
Par exception, on trouve dans le dialecle guip. des fubftantifs
verbaux formes de fad jedlif verbal ; p. ex. beretur^en de beretu;
de bam; mais beret^en, batmen font plus corrects.
6.
tes fubftantifs verbaux invariable*.
Les noms verbaux dont nous allons parler font des fubftantifs
& des adjeclifs, <5c le terme de ^verbaux" que nous leur donnons,
faute de mieux, ne leur revient en aucune faon ; ils font employes
comme noms verbaux & font invariables, c'eft tout. Larramendi les
nomme ,,verbos determinables ?:> ,
II n'y a qu'un tres petit nombre de ces noms ; les voici a peu pres
tous: gura ^volonte'^; nai ,,volonte"; al ^pouvoir'^ oi ,,cou-
tume"; bear ,,befoin"; ujte opinion'^; iarr^_,,cher"5 bi^i ,,vivant";
il , 3 mort". On dit gura dot ,Je veux", & non guraf(en dot; aldet
,,je puis", & non airmen det; behar dut ,J'ai befoin 3 % &c. Litte-
ralement gura dot fignifie ,,j'ai volonte",, & aldet ,,,j'ai pouvoir".
L'auxiliaire fe conjugue & le nom refte invariable comme en fran-
is : j'ai befoin, nous avons befoin ; nai nuen ,Je voulais ?:> ; nai
3, ils voulaient' 3 ; nai nuke ,,je voudrais"; nai lukete ,,ils vou-
draient".
Au nombre de ces noms, il y en a qui ont deja franchi la limite
qui les feparait des autres noms verbaux & qui font employes de
I2 7
Tune & de Tautre maniere, furtout dans les dialectes bafques fran-
cais ; p. ex. il, biii niaite; on dit fcqz n ai^ ou W^ir^/i nail ,,je fuis
vivant"; maite dm & maitat^en dut 3 J'aime". II n'eft pas aife de dire
ce qui a empeche ces noms de franchir, tous, cette limite 5 pourquoi
ne pas dire hearken ou hearten det ,,fai befoin", d'autant plus que
bearko det eft admis <3c indique, comme tThabitude, le futur ,,j'aurai
befoul". Les dialedles bafques frangais ont adopte nahitu, nahh\en,
behanu, behart^en y 6cc.
La maniere d'exprimer une action ou un etat par un nom accom-
pagne d'un auxiliaire fe retrouve dans beaucoup de langues. Le
bafque maite dut } ,}e Taime" fe traduit exadlement en allemand par
ich habe ihn lieb 5 maite eft ^lieb"; d-u-t eft ^ich-habe-ihn" en
lifant a rebours.
Le verbe qui accompagne le nom fubftantif ou adjectif n'efl pas
neceflfairement 1'auxiliaire avoir., ni en bafque,, ni dans les autres
langues non plus. En fran^ais,, le verbe ^rendre" fuivi d'un adjeclif
forme,, ou peut former du moins, des locutions verbales : rendre mou
= amollir ; rendre fort = fortifier., &c. Quelquefois meme on n'a pas
le choix., & en fran^ais^ par exemple, il faut dire ^devenir (fe rendre)
malade'% tandis qu'on exprime la meme idee en italien'par un feul
verbe ,,ammalare". La langue bafque n'en eft done pas plus pauvre
parce qu'elle fe fert d'une periphrafe (i).
L'analogie du bafque eft encore plus grande avec les langues hol-
landaife & allemande qui fe fervent du verbe ,,,maken j:> holl.,
35 machen ?:> all., ., 5 faire 3 % exaclement comme on fe fert en bafque
de egln; p. ex. ,,dood maken" il egin ;j faire^ rendre mort", c.-a-d.
,,tuer". Nous avons en hollandais les verbes ,,dooden" tuer;
^fluiten' 5 fermer; ^openen" ouvrir; mais on s'en fert rarement
dans la converfation^ ce ferait pedant 5 on dit plutot: ^^dood maken,
toe maken,, open maken".
Egin, comme tout verbe bafque, peut fe conjuguer periphraftique-
ment, & le prefent de Findicatif eft : egiten dot, egiten dauk, egiten
dau, &c., ,,je fais, tu fais, il fait", &c. Precede de il ,,mort",
(i) La periphrafe eft de\ja connue en latin. Voir Diez, rom. gr., vol. n, p. no.
128
nous aurons il egiten dot ,,}e fais ou je rends mort'% c'efl-a-dire ,,je
tue", exadlement le holl. ,,ik maak dood". Et ainfi il egiten neban
,,JQ rendais mort" = ,,}G tuais", &c.; il egingo dot ,,}Q tue-
rai"; &c.,, en laifTantle nom invariable.
C'efl a propos de ces noms verbaux que Zavala dit (Verbo
vafc., p. 72) que les bons auteurs des trois dialedles (apparem-
ment bifc.,, guip. <5c lab.) emploient fouvent egin fimultane-
ment avec Tauxiliaire ^ p. ex. il egiten dau arima ,,'ii tue Tame".
Lorfatu egin nai ,J'ai honte". II ajoute que les bifca'iens ne font
pas ufage de cette facon de s'exprimer autant qu'ils devraient
le faire.
II nous femble que Zavala ne s'efl pas rendu un compte exacT: de
la valeur de ces faons de s'exprimer,, dont une eft tout autant fran-
caife ou hollandaife que bafque. Nous avons vu que il egiten dau
correfpond a }) \[ rend morr"; mais le fecond exemple loifaiu egin
nail ne peut pas etre compare au premier. // egiten dau arima ne
peut pas fe rendre fans egiten, tout aufli peu en bafque qu'en francais
ou en allemand ; il dau arima n'a pas de fens. Sans egin il faudrait
ilten dau arima, b. hilt^en du anima ; le fubilantif verbal filten) avec
Tauxiliaire^ ce qui efl la forme habituelle. Au contraire^ lotfatu egin
naii, me he avergonzado,, ^j'ai eu honte'% pourrait s'exprimer fans
egin: lotfatu nai^ ,,}Q fuis honteux".
II refte une autre queflion,, c'eftcelle de la valeur des temps. Nous
avons donne plus loin (ch xi i , 7) un tableau des modes & des temps
de euki comme verbe adlif^ auquel nous devons renvoyer le lecleur.
Nous donnerons ici quelques exemples pour montrer la difference
dans la formation des temps. tMaite dut efl un prefent ,,]Q Talme^;
mais maitatu dut efl un parfait indefini ^j'ai aime 33 ; Texplication
ferait fuperflue fi Ton pouvait traduire ma/^^Mr,litteralement 5 comme
en allemandj ich habe ihn lieb^ ,,jc le tiens cher'% anciennement
en efpagnol: lo tengo en caro. Du moment que ces nomsinvariables
prennent la forme de veritables noms verbaux_, ils en prennent auffi,
comme de raifon, la fignification ; maite efl devenu maitatu & mai-
tat^en, & par confequent maiiaii^en dut fignifie ^je 1'aime' 3 ; maitatien
nuen ,,je Taimais"; maitatu dut ,J'ai aime". Ce dernier temps, s'il
etait rendu par maire, ferait maite i-[an det ou maite ukan dut, littera-
lement en aliemand: ich habe ihn lieb gehabt ,,Je Fai eu cher".
ZNj, aitak maite vkan nauen begala nic-ere maite vkan qaiiu^iet quec.
Jean xv, 9. ,,Comme mon Pere m'a aime, moi auffi je vous ai
aimes". Si Licarrague avaic voulu employer le nom verbal,, au lieu
du nom invariable (maite) , il aurait dit comme Chourio, qui traduit
le meme paflage ainfi : c4itak ni maitatu nauen be^ala, ^aiiu^tek
maite (i). La derniere phrafe,, ^aitu^tet (& non 'jaitirftek) maite eft
le prefenc , Je vous aime" (2) 5 ce temps aurait pu etre rendu par
maitat^en ^aitu^tet ; p. ex. Hainan lembatenanare eftiago , eta go^pago
^u maitat^en faittrftGnenrfai (3). ,,Combien plus doux n'etes-vous pas
a ceux qui vous aiment". Prefque tous les noms verbaux invariables
peuvent fubir cette transformation, furtout dans les dialectes baf-
ques franca is : nahitu, behartu. Larramendi cite aufli naitu, guratu;
v. Arte, p. 208.
CHAPITRE XL
LE VERBE RE"GULIER PRIMITIF.
. I-
Ce que ceft que le verbe regulier.
Les verbes que nous appelons reguliers,, ont etc nommes irregu-
(1) Imitacionea, p. 221.
(2) Quelques verfions ont le pre'fent de 1'indicatif.
(3) Imit., p. 167. Chourio.
130
Hers par les uns (i)., contraries par les autres (2). Nous les appelons
primitifs <3c reguliers parce qu'ils font Tun & Tautre ; primitifs felon
leur nature,, reguliers felon leur conjugaifon.
Le nombre de ces verbes a conjugaifon reguliere eft tres limite
de nos jours; la preference pour la periphrafe en a rendu fans
doute la conjugaifon de plus en plus inufitee. Quelques-uns font
employes des deux manieres : ikufi 5J voir" a conferve fa conjugaifon
reguliere ; on dit dakuft , Je vois" ; mais on dit plus fouvent
ikujien dut.
Un certain nombre de ces verbes etait encore en ufage du temps
de Lifarrague,, d'Axular, <3cc., & ne le font plus de nos jours;
p. ex. erran ^dire". TSadarrague. Marc xi, 3. ,,S'il vous dit 5 '.
tf^ehori hura e^lenoten harg.i^. Marc vin, 30. 33 Qu'ils ne le diffent
a perfonne". Egln avait deja perdu Tufage de Tindicatif du temps
de Larramendi. De plufieurs verbes il n'eft refle que Timperatif,
autant que nous fachions ; p. ex. iguk, indak, emok, fignifient tous
les trois ,,donne". 7720^ vient de emon ^donner'% mais ^772^77 ne fe
conjugue que par periphrafe.
Pour d'autres verbes comme eroji ^acheter'% on ne voit pas
pourquoi ils n'auraient pas eu une conjugaifon reguliere,, tout auffi
bien que ibilli; mais elle n'eft pas connue.
Les verbes primitifs,, reguliers,, qui font reftes en ufage, font :
VERBES TRANSITIFS.
Edin, b pouvoir.
Egin, tous les dial faire.
Egoki, b. g convenir.
Ekarri, b. g.; ekharri, 1. bn. f. apporter.
(1) Larramendi, Arte, p. 23 3.
(2) Inchaufpe, le Vffibe bafque, p. 445. Selon 1'auteur, pour citer un exemple, deramat
ferait compofe de eraman &. de dut, & nago de naif & de egon. L'auteur ne dit pas com-
ment ; ce qui n'aurait pas ete tout-a-fait fuperflu.
Em-[un t b.; en\un, g. 1. bn ......... repondre.
Erabilli, b. g. 1. bn.; erabili, f ....... mouvoir.
Erago, b ...... .."... ........ etre occupe a
Eraufi , g ......... , ....... bavarder.
Erakotfi, g. ............... bavarder.
Erechi, b.; erirp, g. I. bn .......... s'appeler, paraitre.
Eroan, b ................. emmener.
Erion, jarion, b.jjarlo ........... couler.
Etorri, b. g.; ethorri, 1. bn ......... venir.
Era-man, tous les dial ........... emmerier.
Eduki, idukij 1. bn. g.; ^Ar ........ tenir, avoir.
wr/r_, b. . . ............... tenir.
Eicigun, b.$ eiagutu, g. 1. bn. f. ...... connaitre.
, b. g. 1. bn. f*. ........... voir.
y b .............. .... couler.
Iraakin, b.; irakin, g. 1.; er^kin, bn. f. . , . bouillir.
Irauiiy b. g. 1. bn.; iran } ......... durer.
Itcheki , 1 ................. tenir.
iy b. g.; iduri, 1. bn 5 uduri, f ...... fembler.
/, g. bn ................ bruler,
J'akin, b. g. 1. bn. f ............ fa voir.
Jardun, b. g. . * ............ etre occupe a.
JiaraitUy b. g. ; jarraiki, 1. bn. f. ; garreitu, bn. fuivre.
VERBES R^GULIERS INTRANSITIFS.
Edin, b. g. 1. bn. f. pouvoir.
Egon, b. g. 1. bn. f. refter.
Ibillij b. g. 1. bn.; ebil, bn. f. marcher.
Joan, b. g. 1. bn. f. aller.
/[a/i, b. g. 1. bn. f. etre.
Nous clafTons ces verbes en tranfitifs & intranfitifs , non pas
felon la fignification, mais felon la forme de la conjugaifon. Ira kin,
par exemple, eft un verbe intranfitif pour nous, mais il fe conjugue
en bafque comme un verbe tranfitif : dirakit ,,je bous", eft forme de
d-iraki-t ; le d eft la caracteriftique de Faccufatif. II faut done en
conclure que irakin eft rendu par ^bouillir", mais que lefens bafque
n'y correfpond pas tout-a-fait.
2.
La conjugaifon du verbe en general.
CONJUGAISON ABSOLUE ET CONJUGAISON RELATIVE.
TRAITEMENTS DIVERS.
La flexion du verbe, par fuite du fyfteme d' agglutination, ex-
prime en un feul mot les rapports qui, dans d'autres langues, font
indiques par des pronoms fepares.
La flexion peut contenir le fujet, le verbe <3c le regime direct :
dakuft ,,je le vois", forme de d-ikus-t ,,je-vois-le 5 % en lifant a rebours;
t , Je ):> ; ikus theme verbal, d ,,16".
La flexion peut aufli contenir le fujet, le verbe, le regime direct &
le regime indirect : dakarfut ,,je vous l'apporte'% forme de d-ekar-^u-i
,,je-vous-apporte-le" (i).
Meme le pluriel de ces regimes eft auffi indique & ,,je vous les
apporte" fe rend par dakar^ki^ui^ le pluriel du regime direct etant
indique par \k> voir 5.
La conjugaifon dont les flexions ont le regime direct inherent,
eft appelee ,, conjugaifon abfolue".
(i) En Anglo-Saxon on trouve des flexions beaucoup plus contraftees ; p. ex. ,,nift"
pour: I did not know. V. Prof. Max Muller, Leftures, i, p. 231.
La conjugaifon avec les deux regimes eft appelee ,,conjugaifon
relative".
II y a par confequent fix conjugaifons avec le regime direcT: inhe-
rent, puifqu'il y a trois perfonnes du fingulier : je, te, le, & trois
perfonnes du pluriel : nous,, vous, les; p. ex. ,,je te vois, tu me
vois, &c.". Comme la deuxieme perfonne du pluriel a ete employee
comme un fingulier honorifique (i), il a faliu faire une autre con-
jugaifon,, par confequent, pour exprimer la 2 me perfonne du pluriel,,
ce qui porte le nombre de ces conjugaifons a fept.
Les conjugaifons dites relatives font au nombre de douze, & ii
faudrait porter ce nombre a feize, fi Ton voulait compter les conju-
gaifons ou le regime dired, au lieu d'etre la 3 me perfonne ,,le", eft :
me, nous, te, vous; p. ex. ,,il m'a emmene a vous". Ces flexions
fe font retrouvees, il eft vrai, dans le Nouveau-Teftament, traduit
par Ligarrague ; mais jufqu'a prefent nous n'en connaiflbns qu'un
trop petit nombre pour pouvoir en former des tableaux. Les douze
conjugaifons expriment : me le, me les ; te le, te les; le lui, les lui;
nous le, nous les; vous le, vous les; les lui, les leur; p. ex. ,,tu me
le donne, je te le donne, je le leur donne", &c.
Chaque flexion a trois formes difFerentes, felon que Ton parle
i d'une fac,on refpeclueufe; 2 dune fagon familiere, a un homme ;
5 d'une fac.on familiere, a une femme.
Les dialecles fouietins & bas-navarrais ont encore une quatrieme
forme .
La forme refpectueufe des dialecles bafques efpagnols & du la-
bourdin n'a pas ete trouvee affez refpeclueufe; elle a ete releguee
dans une clafTe incertaine, ni refpedhieufe, ni familiere, & Ton a
forme des flexions en y ajoutant la fyllabe fit. Les flexions refpec-
tueufes dut, du, dugu, du^u, dme font de venues dii-pit, duiu, du^u-
gu, &c. ,J'ai, il a, nous avons", 6cc. La deuxieme perfonne du
fingulier duk, mafc., dun, fern., eft reftee, puisque le tutoiement eft
une fagon familiere dans toutes les langues; & eiie a ete remplacee
par la 2 me perfonne du pluriel du^u ) comme dans tous les autres dia-
(i) Voir les pronoms per fennels.
'34
lecles. Pour agir avec confequence,, il aurait fallu fabriquer du^ii,
puifque Ton ajoutait partout ^u a la forme refpeclueufe; mais ceci a
paru choquer ForeiUe, & Ton s'en eft tenu a duiu pour exprimer la
2 me perfonne d'une maniere refpedueufe & d'une maniere incertaine,,
ni refpeclueufej ni familiere.
On ne peuc fe defendre d'avoir TimprefTion, comme nous Tavons
dit ailleurs (i), que cette conjugaifon ne foit le refultat d'une erreur.
Ayant trouve la fyilabe yu dans routes les 2 mes perfonnes de la con-
jugaifon refpectueufe,, on a cru pouvoir fintroduire dans routes les
perfonneSj ignorant que ^u efl le pronom fu ,,,vous'^ du-u n'efl autre
chofe que ^vous-avez-le", d-u-^u.
3-
Les lettres caraS.erifli.ques dans les flexions du verbe.
Dans beaucoup de cas les pronoms^ comme fujer & comme
regime,, qui font exprimes dans les flexions du verbe, fe trouvent
reduits a une feule lettre; dans dakart je le porte^ forme de d-ekar-r,
,,}e" efl rendu par t & ,,le" par d ; ekar efl le theme verbal. En
dehors de ces lettres ou de ces pronoms, qui auraient du fuffire,
dirait-on, a exprimer le fingulier 6c le pluriel par la difference de
leurs formes^ la langue bafque ajoute des lettres ou des groupes de
lettres supplementaires pour exprimer le pluriel.
Les lettres qui indiquent les pronoms font, pour la plupart, tres
claires ; ce fonr generalemenr les initiales du pronom ou bien le
pronom lui-meme 5 n de ni ,,je"; h de hi ,,ru"$ g de gu , 5 nous ?? 5
I de m ^vous". La 3 me perfonne efl rendue par d, done Torigine
eft inconnue.
Ces lettres caraclerifliques fe trouvent comme initiales :
i Des flexions du prefent des verbes intranfitifs : noa, hoa, doa
3 Je vais,, tu vas^ il va j \
(i) Etude fur I'origine & la formation des auxiliaires bufques.
2 Des flexions de I'imparfait des verbes tranfitifs <5c intranfitifs, a
Texception de la 3 me perfonne, qui a i comme initiale, ou bien qui
n'a pas de caracleriftique du tout. Uorigine de ce i eft tout auffi peu
connue que celle de d.
Le verbe tranfitif a le fujet fuffixe au prefent de Tindicatif; dans
dakart ,,je le porte", le t eft le reprefentant de la i re perfonne
comme nominatif. Ce t ne s'explique pas ; mais les autres nominatifs
font les pronoms memes : dakar-h ,,tu le portes"; dakar-gu ,,nous
le portons"; dakar-^u ,,vous le portez". La 2 me perfonne du fingu-
lier eft devenue dakark, parce que le h final fe durcit toujours en
k (i). La 5 me perfonne n'a jamais de reprefentant du fujet.
Nous trouvons ici d pour la 3 me perfonne . comme objet ,
dakan, &c. Comme la langue bafque ne diftingue pas les cas^ nous
croyons reconnaitre dans ce d le meme d qui parait, comme fujet
& initiale, au prefent du verbe intranfitif: doa ^il va", de d-oa. Ce
fera probablement le dernier veftige d'un pronom demonftratif perdu
de nos jours.
Nous avons dit que la langue bafque ne diftingue pas les cas ;
p. ex. noa ^je vais" de n-oa; & nakuf^u ,,,vous me voyez" de
n-ikus-^u. Le n pour ni eft fujet dans noa, regime dans nakufa. II en
eft de meme du regime indirect; p. ex. dakart ,,,,je Tapporte" de
d-ekar-t; & dakarda^u ^vous me 1'apportez'^ de d-ekar-i'^u (2). Le t
dans dakart eft le fujet 5 dans dakarda^u (d pour tj, il eft le regime
indirect. Comme le pronom fujet a la meme place dans chaque
conjugaifon,, il ne peut y avoir de confufioii; le fujet eft prefixe
dans le prefent & Timparfait du verbe intranfitif & dans Timparfait
du verbe tranfitif, excepte fi Fimparfait a pour objet me, te, nous,
vous; le fujet eft toujours fuffixe dans le prefent du verbe tranfitif.
Le pronom ou la caracteriftique de la 2 me perfonne du fingulie.r hi
ou h a produit un peu de confufion, furtout dans les dialectes bafques
efpagnols, qui, ayant perdu 1'afpiration, n'ont pu ecrire hoa ,,tu vas"
(1) Voir chap. in.
(2) La lettre de liaifon, s'il en faut une dans les flexions, eft generalement a; d-ekar-t-^u
fait dakardafu; d-^u font da^u.
ou hail ,,tu es"; ils difcnt oa & ai^. Ici la flexion indiquait aflez
clairement par elle-meme qu'il s'agiflait d'une 2 me perfonne du fm-
gulier, pour pouvoir fe patter, a la rigueur, de Yh; mais il s'efl
trouve des cas oil la flexion n'indiquait pas du tout que c'etait une
2 me perfonne du fingulier, puifque fans cet h elle prenait exactement
la forme de la 3 me perfonne du fingulier. Ceci eft arrive en bifcai'en
dans 1'imparfait. Dans ce dialedle la 3 me perfonne n'a fouvent pas
le i initial que poiTedent les autres dialectics 3 par exemple 1'imparfait
de eroan eft : neroan, eroaan, eroan, See. Or, qu'eft-ce qui eft arrive 5
on a ecrit eroaan, probablement pour ne pas confondre avec la 5 me
perfonne eroan; mais ce fecond a eft une faute; il n'a rien a faire dans
]a flexion. Le bifcai'en n'ayant plus de fouvenir de F#, ne fe doutant
pas que c'eft le reprefentant de hi 5J> tu'% n'a pas fu fe tirer autrement
de cette difficulte qu'en ajoutant un a, dont nous expliquerons I'o-
rigine tout a Theure. Eroaan aurait du etre heroan, 6c puifqu'on n'a
plus le h en bifcaien^ on aurait mieux fait d'ecrire eroan fans avoir
recours a un moyen qui indique une totale ignorance de la langue.
C'eft une de ces fautes qu'on ne peut confiderer comme une
corruption naturelle; on croit y reconnaitre la main de quelque
purifte,, qui malheureufement favait fort peu de fa langue. Le nomi-
natif precede invariablement la flexion a rimparfait_, & le a qui fe
trouve a la fin de la flexion ne fignifie rien,
Mais d'ou vient le a? La conjugaifon abfolue, avec la 3 me per-
fonne (fous-entendue) comme accufatif J? je le ? % <5cc., forme fon
imparfait du theme verbal precede du nominatif; nuen ^j'avais 3 ' de
n-u-en; neroan ^j'emportais" de n-eroa-n. Voir 8. Par contre^
quand le regime eft J5 me^ te,, nous, vous'% c'eft ce regime qui
precede & le fujet eftfuffixe; p. ex, nunduan ,,tu m'avais"; neroaan
3 ,tu m'emportais". Ici le regime eft rendu par 72 & le fujet h (pour hi)
3 ,tu" eft elide; nunduan eft pour nundu-h-an & neroaan pour neroa-h-an.
L'elifion de Yh a produit en bifcai'en Thiatus aa : neroaan. Comme on
n'a jamais analyfe ces flexions, on a confidere (tout le verb e bifcai'en
i'indique) ces deux a, on plutot Ya fupplementaire,, comme repre-
fentant la 2 me perfonne du fingulier,, & du moment qu'il a failu
indiquer cette perfonne on a, fans le moindre fouci de Tetymologie,
'37
introduit cet a fupplementaire, qui eft a fa place dans neroaan pour
neroa-h-an, mais qui ne Teft pas dans eroaan (i).
La confufion, dans cette 2 me perfonne,, date r deja du temps de
Larramendi. Generalement les flexions font corredles chez cet au-
teur : cependant on trouve dans Timparfait de la conjugation abfolue
avec gu ^nous" pour accufatif : indugun ,,tu nous as" pour ginduen
de g-indu-h-en. La 3 me perfonne eft ginduen 3J il nous a". On aura
voulu faire une diftinction, ce qui nous a valu la flexion indugun.
Mais revenons aux caradteriftiques. II en eft encore deux dont
nous n' avons pas parle ; c'eft le / qui fe trouve comme initiale des
5 mes perfonnes de Fimparfait du fubjonclif, dans quelques dialecles
& du conditionnel dans d'autres. L'origine de cette lettre eft incon-
nue,, <3c Tufage, erronne felon nous, qu'on en a fait dans quelques
cas> a etc difcute au ch. xxiv, . 10. II y a encore le b prefixe
a la 5 me perfonne de 1'imperatif; p. ex. bekar ^^qujil porte". Cette
lettre fait conclure a un pronom demonftratif be dont le genitif here
fe retrouve comme pronom poffeffif ,,(6n" .
Nous avons vu que le regime indirect fe rend par les memes
caracleriftiques que le fujet & le regime direct. II y a cependant le
regime indirect de la J me perfonne qui eft obfcur. Ce datif eft ge-
neralement ko ouyo ou o. Selon Zavala (2), il eft o, & eft precede
par euphonie d'un k (c chez Zavala) ou d'un j, du moins fi la lettre
precedente n'eft ni un i, ni un r, ni un /; dans ces cas-la il faudrait
ecrire o. Ces lettres euphoniques,, redondantes,, adventices, &c.^
n'ont en general quepeu de valeur; elles n'expliquent rien. Qu'un o
devienne ko & yo, par pure euphonic,, n'eft guere poffible; mais
comme nous avons vu que le h devient, dans certaines circonftances,
k } ou fe perd & eft remplace par y, il faudra admettre un datif ho.
II eft plus que probable que le pronom de la J me perfonne eft
un demonftratif, tout comme a, & il y en a un qui correfpond
parfaitemenr, c'eft hau; pour Torthographe au = o, on peut com-
parer daut & dot. Si la caracleriftique o eft le demonftratif hau, tout
(i) Zavala dit, p. 62, n 3 5, que a comme k denote le mafculin.
(a) Verio vafc., p. 64, n 63.
i 3 8
s'explique: fignification d'une 3 me perfonne & modifications phone-
tiques. Ainfi datorko, b., datorkio, g. ,,.,1! lui vient" ferait forme de
d-etor-hau, & le h prknitif venant au milieu du mot s'eft convert!
en (i). Le dialecle fouletin parait changer h en y; mais ce chan-
gement s'explique mieux par Telifion de FA & Tintrodudion de y
pour eviter fhiatus; a Fauxiliaire eroan on trouve deyot ,,}e Tai a lui ?:)
correfpondre a dakot, lab. & diot, g. ou le h s'eft aufli perdu. Si
nous ajoutons qu'en bifcaien on eft libre d'ecrire o ou a, excepte
apres is, oil Ton prefere o (2), notre fuppofuion acquiert encore
plus de force 5 Femploi de a fera un fouvenir de la forme primitive
hau. Comparez, pour Temploi fimultane de a & 0, les flexions de
Tauxiliaire; p. ex. daroakot, bifc., darokat, nav. efp.^ dakot, lab.,
deyot) fouletin ; & furtout la conjugaifon relative avec la J me perfonne
au datif du verbe i^an, qui eft au prefent nat^ako ou nariaka.
Dans les flexions du verbe reguiier guipuzcoan ko eft generale-
ment kio. Pourrait-on admettre que la mutation de Yh primitif ait
flotte entre k &^, & que finalement tous les deux ont etc acceptes?
Quoi qu'il en foit dawrko, bifc. eft dawrkio en gulp. 5c il en eft
de meme de tous les autres verbes reguliers guipuzcoans.
Le pluriel de la J me perfonne eft indique par re, ajoute a la 3' ne
perfonne du fingulier. Le i fe perd fouvenr, & pour eviter 1'hiatus,
les dialecles bafques fraii9ais intercalentj; p. ex. lukeye, plur. de
luke. Le bifcaien avec fa predilection pour Thiatus dit lukee pour
lukete.
54;
Le pluriel des pronoms-regimes dans les flexions du verbe.
Pour exprimer le pluriel du regime direcl: (accufatif) & du regime
indirecT: (datif), on fe fert de differentes lettres ou de difTerents
(i) Voir ch. in.
(a) Verio vafc., page 64, n' 59.
groupes de lettres, dont 1'origine eft obfcure. Le pluriei des pronoms
de la i re & de la 2 me perfonne fe diftingue par la forme ni-gu,
hi-^u; mais 1'accufatif de la 5 me perfonne d , 5 le", dont la fignifica-
tion ri'eft deja pas claire, refte au pluriei comme il eft au fingulier,
feulement on indique le pluriei par un it fupplementaire intercale;
dut , Je ai le" fait ditut, d-it-u-t , Je ai les", ds-\ai & dii\at , Je puis
le <5c je puis les". Ce it ne fe trouve que dans quelques auxiliaires
comme figne de pluralite, & non-feulement de la 3 me perfonne, mais
merne de la i re & de la 2 me perfonne., oil il doit nous fembler que
ce figne eft parfaitement inutile,, attendu que le pronom indique
parlui-meme qu'il eft pluriei. Ainfi gaituk ,,tu nous as" deg-au-it-k
ou de g-a-it-u-k; it coupant le theme verbal en deux?
Le precede ^intercalation eft fi peu naturel, qu'il fera toujours
preferable de chercher s'il ne fe trouve pas une autre explication
plus admitfible. Puifque dm eft d-u-t , Je ai le", en lifant a rebours,
il eft clair que pour dire ,Je ai les" il faudra modifier le d, qui eft
probablement le dernier veftige d'un pronom demonftratif^ ou qui,
en tout cas, en dent lieu ici. Le figne de pluralite etant k> la flexion
devient d -|- k-u-t <5c comme le k medial s' elide generalement ou bien
fe convertit en i } il ferait poffible que la flexion fut devenue d -j- t-u-t
ou ditut. Nous ignorons ce que ce pronom d a etc autrefois; mais
la perfiftance de /-dans les flexions du verbe indique peut-etre que
cette voyelle faifait partie du pronom 5 il eft vrai que quelques dia-
ledles bafques fran^ais ont u pour i. En comparant les differents
dialecles, nous trouvons p. ex. gaituk, g. gituk, 1. & gmuk, f. ,,tu
nous as". Comment expliquer ici le it? Peut-etre y arriverons-nous
en notant les parties conftituantes de la flexion gu-d -j- t-u-k =
gudituk & apres Telifion de d (fait tres frequent dans le verbe) guiruk;
ce guituk explique peut-etre gaimk, gmuk, gituk. Le it n'eft ici qu'un
figne de pluralite fupplementaire; le pluriei de Tobjet etant indique
par la forme du pronom meme gu ,,nous". Comme d-\-t hypo-
thetique, eft la forme plurielle de la 3 me perfonne, il s'en fuit, fi
notre fuppofition eft jufte, que d -f- 1 a perdu fa fignification de
pronom de la 3 me perfonne, & n'eft plus qu'un figne.
En bifcai'en le figne de pluralite correfpondant a it eft ^/ dot ]$
140
ai le" devient doda\ ,,je ai les" & goiak ,,tu nous as" eft forme
de g-au-i-k. Qua nd la flexion fe termine par un k, cette lettre, etant
fuivie par ^, viendrait au milieu de la flexion, ce qu'il faut eviter;
en bifcaien on y remedie par la metathefe de k & ^: daidak -(-^ fait
daidaiak ,,tu peux me les". Tok ,,tu fas" faitjo^ak ,,tu les as".
Pour le verbe regulier le bifcaien a conferve ce , mais tous les
autres dialedes ont un autre figne de pluralite; le guip. a^ ou -fit;
le bn.,le lab. & le foul, ont r{; p. ex. dakart ,,je le porte" fait en
bifc. dakardai; en guip. dakarfkit; en bn., lab. <5c foul, dakan^ai
)3 ]e les porte".
Ces trois fignes de pluralite font tous obfcurs; la fimplicite de la
forme bifcaienne ne prouverait pas necelTairement fa primitivite ;
elle pourrait ecre le refultat de 1' elimination 5 mais le fait que le i
fe retrouve dans les groupes fk & f{ pourrait faire conclure a un ^
figne de pluralite par excellence, dont la fignification aflfaiblie a
ete renforcee plus tard par Taddition d'un k & d'un t. Dans ce cas
lk ne ferait pas un groupe, mais ferait ^ -J- k & r{ ferait r -|- ^. Mais
la queftion refte : qu'eft-ce que ^?
Le t comme figne de pluralite n'eft pas rare dans le verbe; toutes
les 3 mes perfonnes du pluriel font formees des 3 mes perfonnes du
fingulier, en y ajoutant u.
Le i s'eft generalement perdu en bifcaien & en fouletin; dans ce
dernier dialecle on trouve un j, rempla^ant le k elide pour eviter
Fhiatus,, & aufli comme lettre de-liaifon apres u: dau, bifc. fait
au pluriel daue pour daute; du en lab. & bn. fait dute & en foul.
duye qu'on ecrit die; le conditionnel ,,tu m'aurais 35 fait en bifc.
nindukee pour nindukete; en guip. & en lab. nindukete & en foul.
nindukeye.
On s'eft fervi auffi de le pour indiquer le pluriel de la 2 me per-
fonne du pluriel, quand celle-ci a ete employee comme fingulier
honorifique; de-^u a donne depute, & du^u, foul., a donne du^ie
apres la chute de t qui a ete remplace par y : du^uye, contracle
en duiie.
Comme exemple d'une flexion dont la fignificarion plurielle
parait s'etre affaiblie & puis renforcee, on peut citer la flexion bif-
141
caienne -[aitudai ,,je vous ai" 3 ou le pluriel eft indique par le
pronom meme i ,,,vous'% par it, & par le i final.
Bien qu'il foit difficile de decider fi de pareilles formes font pri-
mitives., on pourrait peut-etre maintenir que quand une flexion
exprime tout ce qu'elle doit exprimer, fujer, verbe & objet, le refte
n'eft ajoute que plus tard, pour des raifons dont les caufes nous
echappent pour le moment; p. ex. I'imparfait de edin fait a la i re
perf. plur. gendi^an , 3 nous pouvons"; gendi^an eft forme de g-edi-an
& aurait du donner gedian ou gendian, en ajoutant cet n, inexplicable
pour le moment, puifqu'on dit en bifc. genduen ^nous avons 5J
fans i fupplementaire. Ne pourrait-on pas admettre que gendi-^an
s'ecrivait primitivement fans %?
r-
La conjugaifon abfolue du verbe primitif tranjitif.
L'IMPRATI F.
Les verbes primitifs reguliers ont trois modes : I'imperatif, Tindi-
catif & Toptatif; & deux temps : le prefent & le paffe.
La 3" ie perfonne de Timperatif contient le theme verbal, precede
de b, caracleriftique de la perfonne (i). Ekarri fait bekar ^qu'il
porte^; de b-ekar.
La 2 me perfonne a la caracleriftique fuffixee; ekar -\- hi fait ekark
^porte^; & ekar-^u fait ekar^u ,,portez".
La 3 me perfonne contient toujours le theme inaltere.
(i) Voir les pronoms perfonnels & le 3 fur les cara&eriftiques des flexions du verbe.
142
6.
Lindicatif. Le prejent.
L'indicatif a deux temps : le prefent & Hmparfait.
Le prefent eft forme du theme verbal,, precede du pronom-regime
(accufatif) & fuivi du fujct. Ceci eft la forme la plus fimple; Tac-
cufatif ne peut pas ne pas etre exprime dans les flexions du prefent.
Ainfi ekarri ,, porter", dont le theme eft ekar, fait au prefent dakarr
,,je le porte" de d-ekar-t , ,je porte le", en lifant a rebours. L'accu-
fatif ,,le" eft exprime par J, <3c le fujet par /. La voyelle initiale
devient a, non-feulement dans ekarri, mais dans tous les autres noms
verbaux, excepte : iritfi qui fait deritiat, iraun qui fait diraut; irudi
qui fait dirudit, i^ehi qui fait di^ekat; e^an qui fait de^at aujourd'hui;
mais autrefois da-{ai(\).
Pour pouvoir conjuguer il faut connaitre les lettres caracleriftiques
dontila ete parle au J. II ny a qu'a remarquer quele'pronom fujet
de la 3 me perfonne fe fait toujours remarquer par fon abfence; ekarri
fait dakar 3 ,,le porte'% pour ,.,il le porte", de d-ekar.
L'objet ^le", s'il eft exprime, eit invariablement prefixe.
Nous faifons fuivre le tableau des lettres caracleriftiques , dont
on trouvera ['explication au 3.
Regime.
Sujet.
(Accufatif)
(Nominatif)
n
i re perfonne
t
h
"line
Z >")
h
d
ome
e
I 2m yy
d Q- e
(i) Dechepare ^crit bada^jgu & nonbade{agu. V. ch. xm. 2.
'43
On n'a done qu'a prendre le theme verbal,, p. ex. ekar, le faire
preceder de I'accufatif, foit d, & le faire fuivre du fujet, foit t, &
Ton aura dakarr ^je le porte". En continuant avec le meme regime,
Ton aura dakar ,,il porte" puifque le pronom-fujet eft tou jours
abfent. La 2 me perf. fing. fera dakarh ou dakark (i), puifque le h
final fe durcit en k } ,tu le portes". Et ainfi de fuite : dakargu, dar-
kariu, dakar le.
La 2 me perf. du pluriel a partout remplace la 2 me perfonne du
fingulier, comme un fingulier honorifique,, & Ton a du former une
autre 2 me perfonne du pluriel, ce qui s'eft fait au moyen du figne
de pluralite te.
Le i s'eft conferve en guipuzcoan; il s'efl perdu dans les autres
dialectes; en bifcaien Thiatus qui refulte de Telifion refte,, mais en
fouletin (2) on 1'a evite en introduifantj, & uye s'efl comrade en zV.
Vakar^u ^vous Tapportez^ eft done employe comme un fingulier &
eft rendu par ^tu Tapportes'^ 6c dakariute, g.,, dakar^ue, bifc. 3
dakhar-[uye ou dakhar-{ie, foul, fignifient aujourd'hui ^vous Tap-
portez ?:> .
Nous avons du donner partout a cette flexion fa fignification
primitive^ plurielle^ puifque ^tu" correfpond a hi & non pas a p.
La 3 me perfonne du pluriel eft formee de la 3 me perfonne du fin-
gulier au moyen du figne de pluralite ie, de la meme maniere que
s'eft formee la 2 me perf. plur. de la 2 me perf. plur. (fing. honorifique).
Les exemples que nous venons de citer ont pour regime la 3 me
perfonne. Si le regime etait par exemple la i re perfonne, reprefentee
par n, Ton aurait n-ekar-^u ou nakar^u ,, 5 vous me portez >:> ; & ainfi
n-ekar ou nakar ,,il me porte JJ> . De meme fi le regime eft la 2 me perf.
du fingulier., reprefentee par h, Ton aura h-ekar-t ou hekan )} je te
porte^^ &c.
II faut feulement obferver de ne pas faire correfpondre deux
pronoms,, ou leur caracteriftique,, de la meme perfonne 5 ceci don-
nerait une relation reflechie (je me,, tu te,) ce qui s'exprime d'une
(1) Voir ch. ii St ch. xi, 3.
(2) Voir ch. xi, 3 . Voir les pronoms perfonnels.
144
autre maniere. Tous, ou prefque tous ces noms verbaux admettent
-la conjugaifon avec 1'accufatif des differents pronoms. Ainfi ikuji
,,voir" fait dakuft ,,je le vois"; nakuf^u ,,vous me voyez'% &c.;
mais bien que theoriquement correctes & poffibles, plufieurs de ces
flexions ne paraiifent pas etre en ufage (du moins de nos jours),
& il faudra laifTer aux Bafques le foin de decider ce qu'il eft permis
de dire & ce qui ne Feft pas.
7-
V imp ar fail de lindicatif du verbe regulier tranfitif.
Uimparfait n'a pas ete forme d'une maniere aufli uniforme que le
prefent. II fe diftingue cependant par trois points caracteriftiques
invariables : i Par la terminaifon an ou n (i); 2 par le pronom-
fujet de la i re perfonne., qui eft n (de 721 ,Je"), tandis qu'il eft t au
prefent; 3 par Fabfence du pronom-regime de la 3 me perfonne
,,le", invariablement inherent au prefent.
Uimparfait eft forme du theme verbal., precede de la caracflerif-
tique du pronom-fujet & fuivi de la terminaifon an ou n. Ainfi
nekarren ,,je portais" eft forme de n-ekar-n. Le r dur fe redouble a
la fin des mots quand fuit un fuffixe & le e eft une voyelle de liaifon.
Ici le regime ,,le" parait etre fous-entendu (felon tous les gram-
mairiens bafques), du moins il n'eft pas exprime; mais li le regime
etait : me^ te, nous, vous, il ferait exprime & prefixe au theme ; &
dans ce cas le fujet eft fuffixe; p. ex. nekuf^un ,,vous me voyiez",
forme de n-ikuf-^u-n. Le n initial eft le regime (ni ,,,me"), & fu eft
le fujet. Comme le bafque ne diftingue pas le fujet de Fobjet, /;
fert pour ,,je" & pour ,,me^.
L'origine dela terminaifon an ou n eft tou jours reftee un myftere.
On peut dire qu'elle n'a pas ete expliquee" d'une fagon fatisfaifante
(i) Quelques fous-diale&es, I'aezcoan & le haut-navarrais meridional, ont perdu la ter-
minaifon n; on dit \ue pour ^uen.
jufqu'a ce jour. M. Vinfon prend le n pour une lettre adventice :
,,Ainfi il me parait difficile de ne pas admettre le caraclere adven-
tice du n final des imparfaits & du fubjondlif (i)". Et ailleurs :
,,Cette difparition du n dans les derives eft un argument a invoquer
,,pour demontrer que cette finale eft adventice & relativement
,,recente; Ton inutilite efl d'ailleurs prouvee (?) par les dialecfles
,,2 <3c 7 (aezcoan <5c haut nav. merid.). La voyelle qui precede efl
,,egalement adventice... (2)" Nous croyons pouvoir paffer fous
filence Texplication donnee par le meme auteur dans fes ,, Notes
complementaires" fur TEflai de M. Ribary, p. in. Le n n'y eft plus
confidere comme adventice; la caracfteriftique de 1'imparfait efl de-
venue, pour M. Vinfon, ,,le fuffixe caracteriflique du conjondliP'.
Ce caradlere adventice, qu'on a cm decouvrir dans la terminaifon
an, doit en grande partie fon origine a ce que deux fous-dialecles
ont perdu le n final, fait tres commun en bafque; fi frequent en
verite, qu'il fuffirait a lui feul a en expliquer la difparition (3). On
a voulu prouver que -^uen etait ^ue puifqu'on dit ^la; mais deja
dans notre EfTai, publie en 1867, nous ^vons dit que n & / ne fe
fuivent jamais; que n s elide devant /. Puifque fan-{- la fait ^ala &
dans quelques dialedles '{el a, on s'eft figure que \e eft la forme pri-
mitive, fans fonger que le n devait etre elide.
Nous ? avons propofe ailleurs (4) de confiderer cette terminaifon
an ou n comme etant Tadverbe an ,,la :>: '. II nous femble que Tidee
abftraite d'un temps pafle, eloigne, a pu etre rendue par un mot qui
exprime 1'eloignement dans Tefpace, & le mot le plus propre a
exprimer cette idee etait peut-etre le demonftratif an ^la".
Ainfi ,,je portais" aurait ete rendu par nekarren ou n-ekar-an
La terminaifon n'efl pas toujours an; elle eft fouvent en ou
(1) Revue de Linguiftique, vol. v, p. 215.
(2) Revue de Ling., vol. vi, p. 251.
(3) La chute dela lettre carafteriftique de la categoric n'eft pas ici un fait ifole; le n final
des pronoms pofleftifs s'eft aufii perdu; il n'eft refte que le r euphonique & le e de liaifon;
la cara&eriftique propre a difparu.
(4) Etude fur I' origine 6- laforination des verbes auxiliaires bafques.
10
146
bien n; mais fi notre fuppofition eft jufle, elle devrait tou jours
etre an (i).
Reprenons {'explication des flexions. La 2 ine perfonne efl hekarren
de h-ekar-n.
La 3 me perfonne n'ayant pas de caracleriflique pour le pronom-
fujet efl ekarren de ekar-n. Cette forme,, apparemment primitive,,
appartient au dialecte bifcaien; tous les autres dialecles prefixent
un i, dont 1'origine efl inconnue jufqu'a prefent; Us difent
^ekarren .
Ce i fe trouve aufli exceptionnellement en bifcaien; felon Za-
vala (2) on dit : ^irudian ,,[[ paraiffait' 3 ; -^inorfon [[ coulait, il pleu-
vait 33 ; lirakian ,,il bouillait 33 ; ^iraun ,,'A durait 33 ; & Lardizabal, dans
fa nomenclature de verbes bifcaiens ecrit meme irakion & iraun fans
I initial.
La i re perfonne du pluriel efl compofee de g-ekar-n, ce qui donne
gekarren; mais ce n'efl pas la forme generalement admife; on dit
genkarren en bifc. & mieux en guip. genekarren, puifque n & k ne
doivent pas fe fuivre (5). La forme fans cet n intercale fe trouve en
bifcaien dans les imparfaits de eroan, erago, yarraim^ erion, egoki (4),
auxquels nous ajouterons erabilli, eiagun } egon & auffi eraman, quancl
Taccufatif efl ^me,, te_, nous, vous 33 . On dit done: geroan ,^nous
emmenions 3 ^ geiaun nous connaiflions'% &c._, <5c non genroan,
gen^aun.
II n'efl pas clair fi c'efl uniquement pour des raifons d'euphonie
que le n ne s'ecrit pas ici, ce qui ferait fort poffible puifque n & r
ne fe fuivent pas; on dit done nerama^un ^vous me portiez (y)' 3 &
non nenrama^un; & il nous femble que nerambil^un efl pour nenrahiliun
(de erabilli) avec hyperthefe de n, qui, place devant b, efl devenu m.
II femble, par cet exemple, qu'on tenait a conferver le n.
Cet n n'efl jamais intercale en bifcaien dans les 3 mes perfonnes,
(1) Ch. vi, 4.
(2) Verio vafc., p. 60, n ij.
(3) Chap. in.
(4) Zavala, Verio vafc., p. 60.
(5) Aujourd'hui ,,tu me portals".
'47
quand Faccufatif eft la 3 me perfonne (i), fous-entendue,, commc
nous 1'avons fait remarquer. Ainfi ekarren 9J il (le) portait"; egoan
y) ii etait, il reftait".
A la i re perf. du fingulier <Sc a la 2 me perf. du traitement familier, on
eft libre d'ecrire comme Ton veut : nenkarren ou nekarren ,Je portais";
newrrenou nemorren ^jevenais". Eft-ce que cette liberte d'ecrire ne
proviendrait pas de ce que les uns ont obferve les lois phonetiques
& que les autres les ont negligees? Les fept noms verbaux cites
ci-deffus, font une exception & n'ont jamais le n intercale.
Uimparfait fans le n intercale aura ete probablement la forme
primitive; elle dit tout ce qu'il fallait dire. Le n intercale ne peut pas
reprefenter Taccufatif ^ie" qu'on croit decouvrir dans ces flexions.
(2) forme de n-eroa-n ^j'
h-eroa-n
) }
Eroan ,, ,, eroa-n
G eroan ,, ,, g-eroa~n
Zero an ,, y) ^-eroa-n
Eroaen ,, ,, eroa-t-n
La 2 me perf. fing. a perdu, comme toujours, le h initial. Zavala
ecrit eroaan; 1'hiatus aa ferait croire a la chute d'une lettre, ce qui
n'eft pas; eroaan eft une erreur que nous avons expliquee ailleurs,
( 3, fur les caracleriftiques des pronoms dans le verbe); erreur
admife fans doute pour diftinguer cette perfonne de la 3 me perf
du fingulier.
La 3 me perf. plur. etant formee de la 3 me perf. fing. en ajoutant
le figne de pluralite t; eroan eft devenu er oaten par fyncope eroaen.
Comme nous favons dit, quand le regime eft ,,me, te, nous,
vous'% ce regime eft exprime & precede le theme verbal; p. ex.
,,vous me voyiez" fe dit nenkufam, de n-ikus-^u-n, avec le n intercale
(1) Zavala, Verbo vafc., p. 60.
(2) Zavala introduit dans cet imparfait un i qui ne fe trouve pas chez Larramendi, &
dont la prefence eft inexplicable &. probablement fautive. Cet i ne fe trouve pas dans le
conditionnel.
148
enkus pour ikus. ^enkufen (!!) me voit" n-ikus-n; le fujet eft abfent,
comme toujours (i). De meme ekarri fait nenkar^un ,,^vous me por-
tiez", nenkarren , 3 (il) me portait'% avec le regime prefixe a la flexion.
Toutes ces flexions fe laiflent analyfer lettre par lettre; il y en a
quelques-unes, il eft vrai,, dont runifbrmite accidentelle exige un
peu d'attention, afin de ne pas fe tromper dans Fanalyfe; ce font
celles oil 3 ,vous" entre comme fujet ou comme objet. La caufe de
la confufion provient en partie de ce que plufieurs dialecles ont choifi
le i pour initiale de la ^ me perfonne^ ce i reprefentant ici ,,il",
coincide avec le ^ de la 2 me perf. plur. qui, pour comble de confu-
fion eft en ufage comme 2 me perf. du fingulier. II y a encore une
autre raifon,, c'eft que la langue bafque ne diftingue pas le nominatif
de Taccufatif. Ainfi^ par exemple :
Zekarren il portait
Zenekarren vous portiez
Zenekanen vous portiez
Zenkarren il vous portait
Zenkarten il vous portait
Zenkarren ils vous portaient
I (il) ekar-n
I (vous) ekar-n (fing. honor.)
-[ (vous) ekar-t-n (plur.)
I (ace. vous) ekar-n(C\ng. honor.)
^ (ace, vous) ekar-t-n (plur.)
I (ace. vous) ekar-t-n
Arretons-nous encore un moment a cet imparfait,, autant pour
examiner comment il eft forme^ que pour voir comment il ne doit
pas etre forme.
Selon Lardizabal 1'imparfait de ekarri avec IH (vous) pour objet,,
eft en :
Guip.
Zenkardan je vous portals
Zenkarren
Zenkargun
Zenkarten
Bifc.
Zenkardan
Zekardan (2)
Zenkargun
Zekarden
(1) Le dialefte guipuzcoan, felon Lardizabal., dit: nenkufa^un ,,vous me voyiez"; nen~
kufan ,,il me voit"; genkufafuen ,,vous (plur.) me voyiez".
(2) Dans fa Grammaire il y a ceka^dan, ce qui doit etre une faute d'imprelTion ; il eft
curieux que cette meme faute fe trouve chez Larramendi, v. Traer.
149
Le dialecle guipuzcoan efl corred; le theme verbal au milieu,
precede de la caradleriftique de Tobjet (-[*/), & fuivi de celle du fujet
(r); la terminaifon eft an, <5c de plus le n myfterieux eft intercale
f-ekar-t-n; t devient d des qu'on ajoute un autre mot a la flexion,
& ekar eft devenu enkar.
Mais fi le guipuzcoan eft correct, le bifcaien ne Feft pas, du
moms pas a la 3 me perfonne; ^ekardan ne peut avoir le d, puifque
le d eft la caracleriftique (r) de la i re perfonne; il en eft de meme
de la 3' ne perf. plur. \ekarden. Comme c'eft Tufage en bifcaien, ou
chez Zavala, de changer machinalement le a en e (den pour dan), il
eft clair que le d eft le meme d dans les deux perfonnes, & ne peut
provenir du t de ^ekanen; ce qui ferait une mutation entierement
inufitee. Le bifcaien, en outre, n'ecrit jamais le r au pluriel.
II eft facile, comme Ton voir, de verifier ces flexions & d'indiquer
les erreurs qui s'y trouvent. Prenons par exemple Timparfait de
eraman avec fu pour objet en guipuzcoan & en fouletin :
Guip. (Lardizabal). Soul. (Inchaufpe).
Zeramadan je vous portais Zintaramadan
Zeraman il vous portait Zimaraman
Zeramagun nous vous portions Zintaramagun
Zeramaten iJs vous portaient Zimaramen.
Comme Ton voit, le ? guip. eft parfaitement correcl; mais com-
ment expliquer le fouletin? Nous n'avons pas a nous occuper ici
de e radical qui eft devenu i; eraman eft devenu Iranian & avec le n
myfterieux inraman; mais le t qui coupe la flexion eft une erreur; il
ne fignifie rien. La 3 me perf. plur. eft formee comme en bifcaien
par une mutation machinale de la voyelle a en e; \imaramen eft pour
\intaramaten.
Citons encore un autre exemple pour finir :
^ekarren ,,je portais" ne fe diftingue de nenkarren ,,il me por-
tait" que par le n intercale. Lardizabal, dans fa Grammaire, ajoute
une note au bas de la page ^3, comme commentaire : En el articulo
nencarren y otros analogos., la primera n es caracleriftica de agente,
y la fecunda de paciente,, cuya circunftancia debe tenerfe prefente
en fu formacion; necarren quiere decir ,,yo lo traia" (je le portals)
y nencarren ^aquel me traia".
Malheureufement tout ceia eft confufion & erreur. Le premier n,
r/z initial,, de nenkarren n'eft pas la caradleriftique de F agent, c'eft
la caradleriftique du patient,, pour ni ,,me"; le fecond n eft cet n
myfterieux intercale dans 1'imparfait de la plupart des verbes. Cet n,
dont la valeur & 1'origine nous echappent pour le moment,, ne peut
pas indiquer le patient,, 1'accufatif , 3 me"$ cet n fe trouve dans
genkarren ,,nous portions' % forme de g-ejikar-n; ici il n'y a pas
cTaccufatif. Admettons pour un moment que genkarren exprime
raccufatif ,,le" & que ce ,,le" foit rendu par n, alors cette lettre
ferait le reprefentant de Faccufatif ,,me' 5 auffi bien que de ,,le" 6c
de ,,vous 35 , puifqu'on dit ^enkardan ,Je vous portals". Idle patient.,
Taccufatifj eft ^ pour ^u ,,vous" toujours initial & le n n'a rien a
faire avec \u reprefente par ^.
8.
Le fubjonflif.
Le fubjonclif qu'on s'attend peut-etre a trouver dans la conju-
gaifon bafque,, n'a pas de forme particuliere; ce mode n'exifte pas
en bafque; on ne dit pas ., 3 que je faffe' 3 ,, on dit ^que je fais". Le
fubjonclif eft rendu par Tindicatif fuivi de la conjonclion n ,,que".
Ainfi egin fait au prefent de 1'indicatif dagit ,,je fais" 6c dagit + n
ou dagidan correfpond au prefent du fubjonclif ^que je fafle". De
meme e karri fait dakan ,,je porte" & dakardan J5 que je porte", Le i
final devient toujours d quandfuit un fuffixe. Pour d'autres langues il
eft fouvent indifferent de fe fervir des noms de fubjondlif & d'optatif
pour le meme mode; mais en bafque il faut abfolument tenir les
noms fepares; ce qu'on eft convenu d'appeler le fubjonclif finit
en n; Foptatif en ke.
If
On pourrait croire que puifque le fubjonclif iVexifte pas, il aurait
fuffi de donner les lois phonetiques qui reglent Tunion de la con-
jonclion n ^que" <5c de la flexion; mais il nous a paru qu'il etait
mieux de donner la forme adhielle de ce mode,, qui eft fouvent
forme d'anciens indicatifs , qui ne font plus en ufage & dont,
jufqu'a ce jour, on n'avait pas meme fouponne Texiftence.
Comparez furtout les auxiliaires.
9-
Loptatif ou potentiel.
L'optatif ou potentiel a deux temps : le prefent & Timparfait.
Ces deux temps font formes exaclement comme ceux de Tindicatif,
feulement le theme verbal eft fuivi de ke; p. ex. euki fait dm ,,j'ai"
& duket ,,je puis avoir", nuen ,,j'avais" <3c nuke,, je pouvais avoir".
Ces deux temps font fouvent devenus, comme on verra plus tard,
le futur & le conditionnel : duket ^j'aurai" & nuke ,,j'aurais"; mais
ke eft primitivement la caracteriftique du potentiel; ewrri fait nator
,,je viens", natorke ,,je puis venir"; nentorren ,,je venais" <5c nentorke
,,JQ pouvais venir" (i).
II eft difficile de dire quelle a ete ]a fignification primitive de la
fyllabe ke; indique-t-elle plutot un optatif qu'un potentiel,, ou bien
faudra-t-il admettre, comme pour d'autres langues, qu'a 1'origine la
fignification etait flottante, & que, comme le dit le profeffeur Breal
,,1'optatif ou potentiel prefentait le fait fans doute comme fimple-
,,ment poffible ou comme fouhaitable" (2).
II eft certain qu'en bafque les temps du mode en ke ontpris, dans
certains verbes, & aufli loin que nous puiflions remonter, la fignifi-
cation d'un futur & aufli d'un conditionnel, qui n'eft au fond qu'un
(1) Lardizabal, Gram., p. 42, n ^ .
(2) Gram. comp. de Bopp, vol. in. Introd., p. LXXV.
If!
optatif; tandis que ce mode eft un potentiel dans d'autres verbes.
Licarrague dit : Ecin dauque eiche hura. Marc in, 2f. ,,Cette maifon
ne pourra refter". Vauke efl la 3 me perf. ling, du prefent potentiel
de egon, pour dcgoke (comme daude pour dagote ,,ils reftent").
Ce prefent efl employe par Liarrague comme un futur. La verfion
franaife a le futur <5c il faut fuppofer que Ligarrague entend auffi
ecrire le futur (i), De meme Axular fe fert de Fimparfait du poten-
tiel pour prefent du conditionnel; p. ex. yer othe ^enerrake (2)?
^Qu'en diriez-vous" ? Zenerrake eft la 2 me perf. fing. (au fond
plurielle) de Timparf. du potentiel de erran ^dire". Le nom de ce
mode importerait peu, fi ce n'etait que dans quelques cas nous pre-
fererions lui donner le nom d'optatif; p. ex. quand il s'agit du verbe
edin ^pouvoir". Si nous donnons la fignification d'un optatif a ce
mode., dadiket (aujourd'hui daiket) fignifiera : , J'efpere ou je fouhaite
pouvoir 5:) . Si, au contraire,, nous lui donnons la fignification du
potentiel,, il faudra admettre que dadiket fignifiait 3 Je puis pouvoir' 5
ce qui parait peu probable.
D'un autre cote il faudra conferver a ce mode fon nom de poten-
tiel,, s'il fignifie ^pouvoir" foit feul, foit comme auxiliaire; p. ex.
le potentiel de e^an: decker , ckc. ., eft Tauxiliaire qui forme le potentiel
de tous les verbes aclifs : ikuji decker , } }e puis voir^.
10.
La conjugal fon relative tranfnive.
Jufqu'ici nous n'avons parle que des flexions qui expriment un
objetj un regime diredl^ il y en a_, comme nous Favons dit plus haut,
(1) M. Vinfon (Revue de ling., vol. vin, p. 157) nous renvoie a la verfion grecque pour
elucider une queftion ; mais nous trouvons dans nos papiers une note prife, fi nous ne nous
trompons pas, dans le verbe du P" Bonaparte, p. 83, ou il eft dit (nous repetons : fi nous
ne nous trompons pas), que le N. T. de Licarrague eft traduit de la verfion faite par les
Dofleurs & Pafteurs de 1'Eglife de Geneve.
(2) Gueroco guero. p. 89, n. ed.
If?
qui cxpriment deux regimes, Tun direct, 1'autre indirect; ce qui
conflitue ce que Ton ell convenu d'appeler la conjugaifon relative.
Comme nous parlerons en detail de ces flexions aux chapitres des
auxiliaires, il eft inutile de nous repeter ici.
Conjugaifon du verbe primitif imranfitif.
L'IMPRATIF.
La conjugaifon des verbes intranfitifs eft, fous quelques rapports,
plus fimple que celle des verbes tranfitifs ; il n'y a pas de regime
direct: a exprimer.
Le nombre des modes & des temps eft le meme.
La 2 me perfonne du fingulier de Timperatif contient le theme
verbal pur. Dans la conjugaifon tranfhive, il eft fuivi de la caracle-
riftique de la perlbnne ; ici il en eft precede : hoa >,vas" de h-oa,
dejoan. Le h caracleriftique (de hi) s'eft perdu, comme dhabitude,
dans les dialectes bafques efpagnols qui difent oa. Linitiale, quand
elle eft y, fe perd fouvent dans la conjugaifon ; la finale n toujours.
Hijoa ^qu'il ailie^. Zoai ,,allez ?;> . Tlijoai ,,qu'ils aillent^; de b-joa ;
de i~oa~i (1)5 de b-joa-^ (i).
II arrive que la voyelle initiale de la 2 me perfonne change comme
au prefent de Tindicatif; p. ex. eiorri fait aior ,,viens^; awi
,,venez >;> , & aufTi aw^ie comme pluriel du pluriel. Mais betor ,,qu'il
vienne'^ ici le e initial reparait. Egon fait ago (pour hago) ,,refte^ 5 .
Eiiin fait ai-{a ,,couche-toi'\ Ibili fait abil (pour hdbil) ,,marche'\
Jo.m refte oa.
(i) V. chap, xi, 5 .
'54
12.
Le prefenr de tindicatif.
Le prefent de I'indicatif eft forme du theme verbal, auquel eft
prefixe la caracfteriftique du pronom-fujet. Les caradleriftiques font
n, hy d, g, i, d (i). En depouillant I'adjedlif verbal de fon element
formatif, on obtient le theme verbal ; egon donne ego ; ibili donne
ibil ; etorri donne etor. La voyelle initiale devient toujours a; egon
fait nagOy hago, dago, &c.; ,Je refte'% &c.; ibilli fait nabil, habil,
dabil, &C., ^,je vais^; etorri fahnawr, haior y dator, &C.., ,,je viens".
Le h initial fe perd toujours dans les dialecles bafques efpagnols.,
& meme il s'eil perdu quelquefois dans Jes autres dialecles. Deche-
pare ecrit : Ten^a e^ak horekila min\o i\an han agoen anian. Poefies
bafques, p. 8. ^Penfes-y, avec qui tu parles_, pendant que,, ou
tandis que,, tu es la". cAgoen eft pour hago-n avec la voyelle de
liaifon e (2).
Les flexions ont conferve generalement leur forme primitive,,
mais on trouve pour le prefent de egon des variantes qui font forte-
ment alterees :
bifc. & ui. lab. & foul. bn.
cAgo Hago
Vago Vago (3)
, gaude Gaude
^ciude, ^aute, ^audeie Zaude, ^a
, daude Vaude
(1) Voir ch. xi, 3.
(2) Voir ch. vi, }.
(j) Bihoa daut bithiere nygjrref. Dechepare, Poefies, p. 51, 33 Le coeur pleure fans
cefTe". II faudrait ici dau.
If*
Dans les verbes intranfitifs le pluriel de la 3' ne perfonne eft in-
dique par^; dago fait dago^. Dans les verbes tranfitifs par re.
Les variantes au pour ago, apres la chute du g (i); & a
pour tf<? s'expliquent facilement. Les flexions du pluriel qui ont re
pour i font tres extraordinaires , mais la ferie des mutations eft
aflez complete pour ne laifler aucun doute a cet egard. Zago^ en
perdant le g, correfpondrait a -[ao-{ ou ^au^ dont on retrouve la
forme refpeclueufe iauite; cette flexion contient done les deux fignes
de pluralite ^ 6c re. A ^au^te fe relie ^aure, puis -^aude, &c.
Les autres temps prefents ofTrent auffi quelques irregularites 5 par
exemple la terminaifon r^a dans les perfonnes du pluriel de ebili
& de joan .
bifc & guip. foul.
S^abil ,Je marche 5j> S^abila
cAbil Habila
Vabil Vabila
Gabilr^a Gabilt^a
Zabilr^a Zabih^a
^je vais^
Oa Hoa
Voa Voa
Goai Goar-^a
Zoar^a
(i) Le g s'eft au(Ti perdu dans toutes les flexions de
. I?.
11 imp ar fait de tindicanf du verbe intranflnf.
L'imparfait eft forme du theme verbal,, precede du pronom-fujet
& fuivi de la caracteriftique n (v. 6). Quelques noms verbaux ont
encore un n intercale^ comme nous Tavons dit en parlant de Timpar-
fait des verbes tranfitifs : nengoan ,Je reftais",, de n-engo pour ego,
& n; nemorren ,Je venais'% de n-emor pour ewr-n. Mais on dit auffi
nerorren (i).
bifc. (Lardiz.) gulp. (Larram.) bn. foul.
^engoan Z^jndagon
Hegoan Hindayon
Egoan Zegoan Zegoen Zagon
Gengo-{an Gego\an, geunden Ginaunden
Zengoian Zego^an, geunden Zinaunden
Ego^an Zegoiren, ^euden Zeuden (2) Zauden
Les dialedles bifc. <5c guip. ont forme ce temps regulierement.
Comme c'efl fouvent le cas,, le bifcaien ne prefixe pas le ^ a la
5 me perfonne. Les 2 mes perfonnes du plur, etant devenues les
2 mes perfonnes du fing.^ on a forme -{engo\en (j), bifc. & ^engo^aen,
guip.^ pour ^engoiren & -{engo^aien. Le t, figne de pluralite, fe re-
trouve dans la J me perfonne plur. ^e gotten, g. Comme le pluriel
eft deja indique, felon la maniere bifcaienne_, par -{ ., le t parait fu-
(1) Zavala, Verbo vafc., p. 60, n 14.
(2) Marc in, 4.
(j) Zavala indique generalement le pluriel par un changement de voyelle dans la termi-
naifon; a devient e; il parait ne pas s'apercevoir que dans ces flexions plurielles il y a un t
d'elide. Le e ou le a n'a aucune valeur comme pluriel ou fingulier.
perflu dans la 3 me perfonne. AufTi le bifcaien ego\an ^ils etaient"
ne Fa pas. Mais ce t eft a fa place dans la 2 me perfonne plur.
legoiaien, puifque cette perfonne eft un pluriel d'un pluriel ; lengo^an
ayant ete employe comme un fingulier, le figne t a forme une nou-
velle flexion plurielle ^engo^a-m, lengo^aten ; d'oii le t s'eft perdu
comme nous venons de le voir.
Les variantes des trois perfonnes du pluriel s'expliquent difticile-
ment. Le theme eii pour ego fe retrouve auffi dans la 3 me perfonne
plur. de rimperatif beude ou bego^ ^qu'ils reftent". La chute d'un
g medial n'eft pas fans exempie ; egin fait ein en bifcaien^ i^agun
perden bifc. & en guip. le g dans toute la conjugaifon.
L'imparfait fouletin a fortement fouffert. Le d des deux perfonnes
du fingulier eft inexplicable ; & la i re & la 2 me perfonne du pluriel
ont le n, que nous appelons myfterieux,, intercale deux fois 5 tout ce
temps doit paraitre barbare aux autres dialedles.
Les imparfaits de ibilli & de joan fe font mieux conferves :
bifc. g ul P- foul.
t^embillen fKjmbillen S^jbilan (i)
(Hjemttllen (Hjembillen Hebilan
Ebillen Zebillen Zebilan
Gembilt^an Gembih^an Gebilt^an
Zembilt^an Zembih^an (2) Zebilr^n
Ebih^en Zebilr(an Zebilr^an
Le bifcaien^ comme d'habitude, ne prefixe pas le ^ a la J me per-
fonne. Le figne de pluralite fupplementaire eft cette fois-ci /{,
& cela dans tous les dialecles.
(1) Auffi nembilan, hembilan, &.c. (Voir Inchaufpe, Verbe bafque), avec le n intercale
qui eft devenu m devant b.
(2) Larramendi, dans fon Di&ionnaire, ecrit cenbilt^ate. D'abord, comme le n eft ecrit
m dans la i" perfonne, il ferait mieux de s'en tenir a cette orthographic ; enfuite la termi-
naifon ate eft fautive. L'imparfait doit fe terminer en n. Cette faute femble indiquer que
1'emploi de la conjugaifon reguliere etait deja rare du temps de Larramendi.
i T 8
Liarrague ecrit (Marc xiv, i) contrairement a la regie:
le e primitif doit reparaitre a Fimparfait; peut-etre eft-ce une faute
d'imprefllon (i).
L'imparfait de jo an eft :
bifc, (Lardizabal) g UI P- foul.
(Hjioan Hindoan
Joian Zioan Zoan
Ginoaqan Ginoafcn Gindoat[an
Zinoa^an Zinoa^en Zindoan
Zioa^en
Le dialecte guip. eft le plus correct ; le theme ioa precede de n
6c fuivi de n fait nioan; le bifcaien a introduit le n myfterieux
n-ifioia-n ; & puis le i qui fuit 0. D'oii vient cet z? Le figne de plu-
ralite eft ^ en bifc. & en guip., & /^ en fouletin.
L'imparfait fouletin a le meme d inexplicable qui fe trouve dans
nindagon, &c.
14.
Loptatif ou potemiel.
Loptatif eft forme de la meme maniere, au moyen de la fyllabe ke,
que le verbe foit tranfitif ou intranfitif. Nous avons vu que ke <5c te
font des variantes ; & a en juger par le peu de verbes intranfitifs
dont nous connaiifions les potentiels, ces verbes preferent te a ke.
fait m^ate ,,je puis etre'% aujourd'hui ,,,,je ferai^, & nim^aie
je pouvais etre" ou ,Je ferais^. Ainfi nous pouvons reconftruire
(i) Nous citons d'apres 1'edition de S. Marc, par M. J. Vinfon.
'79
par analogic le potentiel de egon, qui doit avoir etc au prefent nagoke
& a Timparfaic nengoke. Nous avons vu,, en parlant de 1'optatif
des verbes tranfitifs^ que nagoke a perdu le g en bas-navarrais,
<5c comme re remplace ke, dagoke eft devenu daure pour daote 33 il
pent refter".
if-
La conjugaifon relative du verbe inrranfirif.
Le verbe intranfitif peut avoir un regime indirect ; p. ex. ibilli
Caller" fait nabil , Je vais'% & nabilkik ,,]e vais a toi"; abilkit (pour
habilkitj J3 tu vas a moi"; nabilkio . Je vais a Im" . C'eft ainfi que
i^an 3:) etre 3:> fait -^a^ka, bn.,, ^ils font a lui"; p. ex. era iff'ernuco
borthac ei^ai^cala hari garailhuren, Matth. XVJ, 1 8. ^Etque les portes
de 1'enfer ne prevaudront pas contre elle"; litt. ne vaincront pas a
elle. Et^ai^cala de ef-faifca-la.
Cette conjugaifon a une fyllabe hi, qui fe trouve dans toutes les
perfonnes de tous les temps & dont il eft par confequent tres difficile
de fixer la fignification ; fans cela ces flexions s'analyfent tres bien ;
nabilkik eft forme de n , ,}e"', abil, theme 5 ki? <Sc h (pour hi ^ 3 te'^)
durci en k, felon la regie. Nous n'avons pas meme une hypothefe a
offrir pour la fignification de ki, qui eft ke chez Dechepare : 5\j
$ugana niawrqueiu (i), ,,Je viens vers vous". On a voulu recon-
naitre dans ki un datif; mais cette explication ne nous avance
guere; c'eft fimplement repeter la difficulte en d'autres termes_, car
qu'efl-ce que le datif ki ?
(i) Poefies, p. 32. Le i de niatorke^u ne s'explique pas ; il femble qu'il aurait fallu
natorke-ru. Deehepare aime a placer cette lettre dans beaucoup de flexions.
i6o
CHAPITRE XII.
LA FORMATION DES MODES ET DES TEMPS DES VERBES
AUX1LIAIRES.
l^emarques prelim ina ires .
Quand on voit un tableau de la conjugaifon du verbe bafque,,
tout paraitetre d'une regularite admirable; mais des qu'on examine
les modes & les temps un peu foigneufement, on decouvre bientot
qu'il y a beau coup de confufion. Au fur & a mefure que nous avan-
cerons nous trouverons les caufes de tout ce defordre ; il fufTira de
dire ici qu'il exifte, furtout dans le fubjonctif, le potentiel & le
conditionnel. La confufion augmente encore felon que le bafque
eft explique par une grammaire plus ou moins fimple. La langue
franaife n'a qu'un imparfait da fubjondlif en Jfe; mais en efpagnol
on en compte trois; un de ces trois imparfaits eft le prefent du
conditionnel francais. Le bafque a du fe plier a toutes ces exigences
diverfes (i),, & Ton en connaitles refultats.
Un traite fur le verbe^ que nous aurons fouvent occafion de citer,
eft celui de Zavala. Bien qu'il ait pris fes theories en grande partie,,
comme il le dit Iui-meme 3 dans des manufcrits inedits d'Aftarloa^
c'eft par lui que nous connaifTons ces theories^ qui forment le fonds
de tout ce qui a ete repete d'apres lui de nos jours. Ce traite fur la
conjugaifon bafque eft affez dirTus r malgre fon apparente regularite;
(i) Selon Larramendi, Arte, p. 76, 1'efpagnol prit fes temps du bafque ,,E1 plus quam
,,perfe6lo tiene tres inflexiones huviera, avria y huvieffe, y les aprendio del Bafcuence".
les divifions & les fubdivifions font tres fatigantes, &, pour ne citer
qu'un exemple,, nous indiquerons ie mode conditionnel que Zavala
divife en trois temps (tiempos), le prefent., le preterit & le futur; &
en huit temps (tenfos), le prefent,, le futur proche, le futur eloigne,
le preterit imparfait, le preterit eloigne., le preterit futur, les preterits
conditionnels potentiels, proches & eloignes !
Et encore ces trois et ces huit temps ne fuffifent pas ; on peut, dit
I'auteur, les conjuguer abfolument & conditionnellement (condicio-
nadamente,, c.-a-d. precedes de ba ^fi"). Cette clarification en
^tenfos" & ,,tiempos" n'a que peu de valeur; c'eft le meme mot
fous deux formes differentes,, & meme j,tenfo" (ce qui n'eft plus
notre affaire) parait ne pas etre efpagnol dans ce fens 5 ,,tenfo" pour
,,tiempo" ne fe trouve dans aucun dictionnaire.
Grace a cette ciaffification nous rencontrons^ pour nous guider,
des termes comme : preterit conditionnel-potentiel_, impliquant une
affirmation cdnjedlurale & la poffibilite d'un potentiel (i). Apres
un tel luxe de detail,, on eft etonne & defappointe en meme temps
de trouver (p. So) que ekarriko eban efl traduit par ,,el lo traeria o
lo habria traido'^ c'eft-a-dire que ce temps efl employe pour un
prefent 5c un paile. Encore pire, que yer egin nei... (p. 3 i n 41) eft
rendu par: que podria, puedo o podre yo hacer; ,,que puis-je,
pourrai ou pourrais-je faire^. Ou encore: (meme page & numero)
Zelan a^artu neinte pekatu egiten. Como puedo podre o pudiera
atreverme ahora a pecar ?
Ajoutons, pour en finir, que les Efpagnols employent Timparfait
du fubjondif pour le plus-que-parfait du fubjondlif (voir Salva, Gr.,
p. 1 80, 2 a ). P. ex. ^quifieran 3:> pour ^hubieran querido'% & Ton
conviendra, croyons-nous,, qu'il y a la afTez d' elements de confufion.
Afin de proceder regulierement_, nous examinerons chaque con-
jugaifon feparement,, bien qu'au fond elles foient pareilles. Nous
avons parle de celle du verbe regulier; il refte done celle de 1'auxi-
liaire <3c, enfin, la conjugaifon periphraftique.
(i) Los preterites condicional-potenciales incluyen la afirmacion conjetural de efte modo
acerca de lo que no ha fido, y la pofibilidad del potencial. Verbo vafc. p. 21, n 41 .
I I
162
Nous avons cru bien faire en dormant cTabord la conjugaifon des
verbes primitifs. qui eft au fond tres fimple. Maintenant qu'on con-
nait le modele primitif, il eft plus aife de fe rendre compte des
variations ou des deviations que le temps & les influences phone-
tiques ont introduites dans la conjugaifon.
II va fans dire que fi, dans le cours de notre examen du verbe
bafque^ il nous arrive de dire qu'une flexion eft mal formee,, & cela
nous arrivera affez fouvent,, ce n'eft pas que nous ayons la prevention
de vouloir corriger la langue bafque., telle qu'on la parle de nos
jours. II faut qu'une langue ait fa liberte d'agir et nous croyons que
toutes les langues en ont ufe. Si le francais n'etait pas une langue
litteraire depuis des fiecles,, toutle monde dirait peut-etre jj'avioris";
perfonne ne trouvera neceffaire de changer Torthographe de
lierre, &c. 5 & bien qu'il nous femble qu'il y ait un affez grand
nombre de formes vicieufes en bafque,, qui denotent plutot Tinge-
rence du pedant que Tinfoufciance de 1'illettre, il fau'dra laiffer aux
Bafques le foin de purifier leur langue; mais pour cela il faudra
commencer par la connaitre.
2.
cftfodes < temps des verbes auxiliaires.
Les verbes auxiliaires font des verbes primitifs., reguliers., & la
conjugaifon eft par confequent toujours la meme; feulement les
deux verbes auxiliaires par excellence iduki avoir" & i\an ^etre"
n'avaient pas aflez a leurs trois modes,, & c'eft par la combinaifon
avec d'autres noms verbaux que leur conjugaifon s'eft completee.,
exadlement comme dans rios langues,, comme ^etre" en francais fe
conjugue avec ^avoir" & en italien avec ^etre" : j'ai ete, fono
flato. La relfemblance eft encore plus grande avec I'allemand ou le
hollandais, qui ont chacun leur auxiiiaire pour le futur.
L'imperatifj l'indicatif & Toptatif font les trois temps primitifs;
deux font reftes ce qu'ils etaient; Toptatif feul a change de role;
foptatif ou le potentiel de eduki & de i^an fert comme futur &
comme conditionnel. Ayant perdu leur potentiel, ces deux verbes
en ont forme un autre a 1'aide d'un auxiliaire, comme nous verrons
plus tard; le bifcai'en a choifi edin , 5 pouvoir 5;) & a, par confequent,
pu prendre le prefent de lindicatif, p. ex. je puis avoir; mais les
autres dialectes qui ont choifi e^an y ont du prendre le potentiel de ce
verbe comme auxiliaire.
3-
L imperatif & lindicatif.
L'imperatif n'a qu'un feul temps, le prefent (i), forme du theme
verbal precede ou fuivi de la caracleriftique de la perfonne. Get
imperatif primitif a fait place aujourd'hui a un imperatif periphraf-
tique.
L'indicatif a cinq temps, dont deux font primitifs, le prefent &
Timparfait; les trois autres font compofes; le parfait defini, le par-
fait indefini, le plus-que-parfait. Ceci eft la nomenclature des temps
franais ou efpagnols, qui eft admife en bafque, bien qu'elle ne
foit pas tout-a-fait jufhe. Nous prendrons pour exemple lauxiliaire
eduki.
I ND 1C ATI F.
PRESENT.
'Dot ou dm ou det J7 far" (2).
(i) Zavala donne deux temps a 1'imperatif; le prefent & le futur; mais il a ete reconnu
par des philologues competents que 1'imperatif eft une interjection verbale. Le futur de
Zavala n'eft autre chofe que le prefent avec le fuffixe ke, la caraderiftique du potentiel : begi
,,qu'il fafTe" &. begike futur; litt. ,,qu'il puiffe faire".
(3) Pour la concifion nous difons ,,j'ai" & non ,,je 1'ai".
164
IMPARFAIT.
ou men ou nian ,,j'avais"
PARFAIT DEFINI.
I-(an neban ou nuen (i)
,,feus"
Ukan ou ukhen man, foul.
PARFAIT IN DEFINI.
I^an dot, dm, del,
Ukhen dm, foul.
PLUS-QUE-PARFAIT.
Ifan i^an nuen , ,j"avais eu".
Nous donnons ici les temps de Tindicatif felon 1'ufage accepte ;
mais il eft evident que le parfait defini (preterite perfeclo, efp.)
n'exifte pas en bafque.
Puifque ukhen dm ou i-^an dm fignifie , J'ai eu",, il faut que ukhen
nian ou i-^an nuen fignifie ^j'avais eu". Larramendi s'en eft bien
aper^u (2),, mais Tufage a prevalu dans prefque tous les dialectes,
influences fans doute par la grammaire des langues romanes qui
poffedent ce temps,, de confiderer ce plus-que-parfait comme un
parfait defini; & Ton a forme un autre plus-que-parfait fur-compofe
en repetant I'adjectif verbal: i^an zp/z nuen 3 J'avais eu". Si ce
temps eft rarement ufite pour lui feul (p. ex. j'avais eu befoin), bien
que Lardizabal le cite, il eft en ufage pour le verbe periphraftique
dans tous les dialectes, excepte en bifcai'en. Le dialecle bifcaien fe
contente d'exprimer un feul temps : i-^an neban, &c.,, qui fe traduit,
felon que nos langues Texigent,, par le parfait defini ou par le plus-que-
parfait. Au paragraphe 10 (modes & temps du verbe periphraftique)
nous examinerons cette queftion en detail.
(1) Les diale&es bn. & foul, fe fervent de ukan, ukhen au lieu de z'fan. L'anomalie d'em-
ployer i^an ne nous importe pas ici.
(2) Arte, p. 64.
4-
Futur & conditionnel. Oprarif ou potemiel.
Nous nommons optacif le mode qu'on eft convenu d'appeler
conditionnel, c'eft-a-dire les temps done la terminaifon eft he. On
eft habitue a confiderer les temps en ke comme des conditionnels, ce
qui n'eft que jufte, puifque c'eft ainfi que les temps correfpondants
font nommes dans la plupart des grammaires, fran^aifes, efpagnoles
& autres.
Mais ce nom eft mal choifi. Quand on dit ,,je voudrais le voir",
on n'exprime aucune condition, on exprime un fouhaic. L'ufage a
fanclionne, comme le dit Diez, la denomination inexacle de ,,con-
^ditionnel, parce que ce temps joue un role dans la phrafe condi-
,,tionnelle, mais en realite ce temps exprime un fouhait., <5c c'eft a
^caufe de cela qu'il a ete place pas les anciens grammairiens au
^nombre des temps de 1'optatif" (i).
Le veritable temps conditionnel eft indique., en fran^ais comme
en bafque, par le fens de la phrafe,, ou bien,, & fpecialement, par
la particule conditionnelle ba 3) (i"$ par exemple ^s'il etait venu^ je
le lui aurais dit"; ou 5 ,fuppofe qu'il fut venu, je le lui aurais dit".
La flexion ou la phrafe qui exprime ici la condition eft ^s'il etait
venu" ou ,,fuppo(e qu'il fut venu". & le temps de la phrafe regie,
que Ton a Fhabitude d'appeler un conditionnel, n'eft pas du tout un
conditionnel; 3 Je le lui aurais dit" eft une affirmation. On eft fi habi-
tue a voir dans ce temps un conditionnel, qu'on a de la peine a ne Fy
voir pas. Dans les langues ou ie conditionnel eft exprime par un
auxiliaire, comme par exemple en anglais, la difficulte eft moins
grande : ,Je le lui aurais dit" fe traduirait par ,,I would have told
it to him ". Would eft Fimparfait de will ,,vouloir". On fent de
fuite que ,,]G voulais" n'exprime aucunement une condition.
(i) Rom. Gram., ii. p. 113.
1 66
II faudra done fe defaire (en theorie du moins) de Tidee que le
conditionnel eft un conditionnel, ce qui fera facile en confiderant
le bafque, non pas a travers des lunettes efpagnoles ou franfaifes.,
mais a travers des lunettes bafques.
On nous dit que nuke eft le conditionnel de Tauxiliaire; p. ex.
nahi nuke 5 ,j'aurais envie" bear nuke jj'aurais befoin".
On nous dit auffi que pour exprimer un conditionnel on fait pre-
ceder la flexion de ba 5 ,fi'% & que le figne caracleriftique du condi-
tionnel ke difparait(i). Ainfi nik gura baneu (& non baneuke) apaindu
,,Ci je voulais Forner". Par confequent la grammaire bafque enfei-
gnerait que la caradteriftique du conditionnel eft ke, & que quand
on aura a exprimer le conditionnel on ne fera pas ufage de ke! La
contradiction eft flagrante^ & cependant elle n'a jamais ete relevee;
on a confidere ces flexions comme ayant perdu leur terminaifon,, non
pas ke, comme on pourrait s'y attendre^ mais n. On a dit que banu,
par exemple., etait pour banuen.
II arrive que neuke fe trouve precede de ba, tout auffi bien que le
prefent dm ou Timparfait nuen ou tout autre temps., & il peut arriver
que dans quelques cas le ke fe perde; mais ce baneu ou baneuke n'eft
jamais un temps conditionnel parce qu'il a, ou a eu, la finale ke; c'eft
un temps conditionnel,, parce qu'il eft precede de la particule ba ,,&" ,
& baneuke reftera un temps de Toptatif employe conditionnellement,,
tout comme badut reftera le prefent de Tindicatif employe condition-
nellement. Puifque Toptatif exprime un fouhait & peut fe rendre par
^defirer'% neuke fignifiera je defirais avoir = j'aurais^ & baneuke, fi
je defirais avoir = fi j'aurais. Seulement en fran9ais ,,(1" eft gene-
ralement fuivi de Timparfait de lindicatif, tandis qu'en efpagnol on
fe fert du conditionnel (comme ici) & des deux imparfaits du fub-
jonclif, de meme qu'en italien,, ou Timparfait du fubjonclif eft feul
en ufage; fe avefli potuto ,,Ci j'avais pu". Gurako baneunke ou
(i)Si fe conjugan condicionalmente fe hazen con el participio compuefta,y las terminaciones
del imperfefto abreviadas. Larramendi, Arte, p. 79.. Ainfi des ,,Flexions fyncopees de 1'im-
parfait. Selon Zavala, Verbo vafc., p. 19, n28. En nueftra idioma fe forman fus tenfos
con los articulos imperfe<5tos de aquel modo (1'indicatif) aiiadiendoles ke o fincopandolos.
1 67
baneu, fi yo lo quifiera (r) ,,fi je voudrais", ou comme on dit en
franais <, ? fi je voulais. Toute confufion difparait, tout s'explique,,
du moment que noue abandonnons cette denomination erronee de
^conditionnel" & que nous fuivons les anciens grammairiens qui
ont donne a ce mode le nom qui lui convient, celui d'optatif ou de
potentiel.
Comme toute denomination nouvelle caufe une certaine confufion,
nous avons laiffe le nom de conditionnel dans la conjugaifon du
verbe, comme auxiiiaire, refervant le nom de ,,optatif ou potentiel 3 '
pour les verbes primitifs,, qui font employes comme auxiliaires.
L'effentiel eft d'avoir fignaie Ferreur.
L'optatif ou potentiel eft forme comme 1'indicatif, feulement le
theme verbal eft fuivi de he; le pronom fujet^ comme dans Findicatif,
eft fuffixe dans le prefent <5c prefixe dans i'imparfait :
Prefent. Imparfait.
Vuket. Wjike.
Vukek. Huke.
Vuke. Luke.
'Dukegu. Ginuke.
< Dukei ( ii. Zinuke.
Vukere. Lukete.
Vuker, &c.,, correfpond aujourd'hui au futur ^j'aurai" &/2^,&c.^
a ce que Ton eft convenu d'appeler le conditionnel ^j'aurais". L'op-
tatif,, exprimant auffi un fouhait, par confequent un fait ou une
action qui doit encore fe realifer^ on s'explique que le prefent de ce
mode ait pu fervir a exprimer le futur (2).
La difference entre le futur & le conditionnel, Fun exprime par
un prefent,, Fautre par un paffe,, fe retrouve dans beaucoup d'autres
langues. En allemand,, werden ^devenir" exprime le futur au pre-
(1) Zavala, Verbo vafc., p. 20, n ^.
(2) La relation intime entre 1'optatif &. le futur fe retrouve dans d'autres langues. Voir la
Gram, de Bopp, traduite par le Pr. Breal, vol. in, p. 307 .
1 68
fent : werde, & le conditionnel au paffe : wurde. En anglais,, will,
prefent, & would., paffe, de will ,,vouloir".
Le futur duker, &c., a prefque difparu, probablement par fuite
de la preference pour la periphrafe, qui fe manifefle dans routes les
langues. Vuket, &c., efl remplace par i^ango del ou dm, ukhenen dm,
felon les dialedles. Le fuffixe ko ou go (i^an-go) & le fuffixe n
fukhen-nj correfpondent tous les deux a ,,de", & c'efl ainfi que
ifango dut correfpond litteralement au futur des langues romanes,
car comme le remarque Salva (i) pour le conditionnel (& par con-
fequent aufli pour le futur), ,,habia de alegrar" dit la meme chofe
que , 3 me alegraria".
Nous citons 1'efpagnol, puifque dans cette langue on fe fert de la
prepofition ,,de", tandis qu'en fran9ais la phrafe ferait conftruite
avec la prepofition ,,a' ? 5 p. ex. chanterai = j'ai a chanter. Uefpa-
gnol & le bafque s'expriment done exaclement de la meme ma-
niere (2).
Le futur anterieur ou compofe ,,j'aurai eu" efl i^an i^ango dot,
del ou dut, bifc., guip., lab., & ukhen duket, fouletin.
Le conditionnel, auquel nous rendons ici fon nom inexacl, efl
nuke, &c., ,,j'aurais^ dans tous les dialecles. ZT^uke, primitivement
un imparfait du potentiel ou de Toptatif ,,je pouvais ou je voulais
avoir", efl devenu un prefent du conditionnei, ou plutot efl refle ce
qu'il etait, deguife fous le nom de conditionnel. Or, comme ilfallait
pouvoir exprimer un pafle du conditionnel, on a fuffixe la caradle-
riflique du pafTe an, & nuke efl devenu nukean ,,j'aurais eu'\
Generalement le futur efl forme par periphrafe, comme nous
Tavons deja dit, & cette periphrafe correfpond exacflement a la
(1) Gram, efp., p. 460, note D.
(2) Dans fes notes complementaires fur I'EjJai fur la langue bafque, par M. Ribary,
M. Vinfon dit, p. 107 : ,,Jango (jan-ko) a le fens de : pour manger. 11 efl important,
3, pour bien analyfer le verbe periphraftique, de ne jamais perdre de vue la fignification
..propre de chacun des elements qui le compofent". "Excellente remarque ; mais ko
n'efl pas ,,pour"; c'eft 1'explication de Darrigol (p. 106), qui croyait que le futur s'expri-
mait par ,,pour", explication que nous avions deja relevee dans notre Effai, p. vn. Dans
noire Diftionnaire, nous avions aufTi indique les differentes acceptions du fuffixe go.
169
forme des langues romanes. Ainfi egingo dm fignifie : f ai de faire
= je ferai. Mais de moment qu'on fe ferviraic de duket, &c, la for-
mation ne ferait plus reguliere 5 duket eft deja un futur; le futur
ferait exprime deux fois. Malgre cela, nous retrouvons cette peri-
phrafe,, chez Li^arrague ; p. ex. Egoi^iren diiuquei^te. Matth. xm, fo.
^Et Us le jetteront". Au verfet 42, meme chapitre : Eta egoi^iren
dlruire ,,Et ils le jetteront". Era ilkiren dirade ungui eguin duqueitenac.
Jean ,,29. ,,Et ils (en) fortiront ceux qui auront fait du bien".
Licarrague fe fert indifTeremment, comme on voit, de Tune & de
Tautre periphrafe 5 il faudra done en conclure que la formation,
& par confequent la fignification propre n'etaient deja plus connues
de fon temps.
f-
Le fubjonftif.
Le fubjonclif des auxiliaires eduki & i-^an eft periphraftique, du
moins de nos jours. Comme le fubjonclif eft au fond ttndicatif,
fuivi de la conjondlion n ,,que", dut ,J'ai" fuivi de n donnerait
dudan ^que j'aie". Dechepare fe fervait encore de cette forme;
mais aujourd'hui elle eft inconnue.
Eduki, ou mieux ukhen & i-^an, comme avoir", ont pour auxiliaire
egin en bifcai'en & e^an dans tous les autres dialecles. Le prefent du
fubjonclif eft done i^an dagidan, de daglt ,,je fais" fuivi de n; &
i-[an de^adun, de de^at -f- n. L'imparfait eft i-^an nengian & i^an ne^an
,,que j'euffe".
Le foul. & bn. fe fervent de ukhen & ukan pour i-^an: ukhen de^adan
Sc. ukhen ne?an.
L'auxiliaire de i^an, etre, eft edin _,,,pouvoir" dans tous les dia-
lecles : i^an nadin ^,que je fois"., & i-fan nendin ,,que je fufTe".
Nous n'avons pas encore trouve d'exemple de nai-[ fuivi de n.
i yo
6.
Le potentid.
Le potentiel ou optatif de eduki & de i^an, fervant comme futur
(le prefent) 5c comme conditionnel (Fimparfait), on a forme un
potentiel periphraftique. L'auxiliaire de ce mode pour le verbe eduki
eft eian, dans tous les dialectes, excepte en bifcai'en 5 ce dialecte a
choifi^Vipourauxiliaire, tant du verbe ,, avoir" quedu verbe ,,etre";
i^an dait (pour dadit) , Je puis 1'avoir"; & i\an naiie ,Je puis etre".
Les autres dialedles difent i^an decker ou ukhen decker ,Je puis
avoir' '5 & i-^an naite ou naiteke, lab.,, & ukhen naite, foul.,, fignifie,,
comme en bifcai'en, , Je puis etre".
II faudra remarquer ici que Fauxiliaire e^an, dont la fignification
primitive n'eft pas bien fixee, ne parait pas fignifier ,,pouvoir". Le
prefent de 1'indicatif de e\an eft deyat, eke., & le prefent du poten-
tiel de^akeTy &c. Sa valeur,, comme mode potentiel,, fe trouve dans
la fyllabe ke & fa fignification propre s'y eftrefoute. II n'en eft pas
de meme de edin, qui fignifie ,,pouvoir'% & dontle prefent de 1'in-
dicatif pouvait fervir, exaclement comme en fran^ais,, a exprimer le
potentiel: i^an dait (autrefois daditj ,,je puis avoir". Par contre^
dans i-[an naite, naite eft le potentiel.
Nous avons vu que le potentiel correfpond quelquefois au futur
& au conditionnel de nos langues 5 & cela explique pourquoi, en
labourdin & en fouletin, le prefent du potentiel & le futur du po-
tentiel fe confondent quelquefois, Ukhen de^ake eft rendu par }) il
peut ou il pourra avoir" (i).
L'ufage n'a done pas encore decide fi de^aket fera purement un
potentiel, c.-a-d. un prefent,, ou s'il fera confidere comme auxiliaire,
comme duket, &C.., c.-a-d. comme un futur, & Tune <3c Tautre figni-
fication font par confequent reftees en vigueur.
La meme incertitude a regne pour 1'imparfait du Ipotentiel primitif
(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 17.
171
qui , comme auxiliaire , devenait conditionnel ou plurot reftait
optatif, deguife fous le nom de conditionnel. L'imparfait nuke eft au-
jourd'hui le temps qu'on eft convenu d'appeler conditionnel , J'au-
rais"; de meme Timparfait du potentiel (ou optatif) de zp/i/ nin-
-[ake, &c., eft aujourd'hui le conditionnel ,Je ferais". De la meme
maniere^ ne^alie, &C.,, aurait pu devenir un conditionnel ou en
d'autres termes refter un optatif 5 tandis qu'en tranfportant ce temps
{implement d'un verbe a un autre,, en lui gardant fa valeur de po-
tentiel, ne^ake reftait un imparfait. C'eft ainfi que s'explique,, croyons-
nous, 1'imparfait du potentiel. Chez Larramendi,, ekarri ne^ake, &c. 3
eft rendu par 1'imparfait du potentiel: yo podia traer(i) ,,,jepouvais
tranfporter'% tandis que bon nombre d'auteurs (de nos jours tous?)
rendent ce temps par le conditionnel du potentiel ,,]e pourrais
tranfporter" (2). C'eft ainfi que Lardizabal traduit egin al bane^ake
par: fe pudieras hacerlo 55 fi je pourrais (ou en frangais pouvais)
le faire".
Comme il fallait pouvoir exprimer le pafle,, on a fuffixe la ca-
racleriftique du paffe an a Timparfait., ck ne^ake., 6cc. 3 eft devenu
ne^akean 3 &c.^ p. ex. ekarri neyakean ,Je pouvais tranfporter 3 '.
Pour plus de clarte^ nous refumons les faits en maniere de tableau :
TEMPS PRIMITIFS. TEMPS DERIVES.
POTENTIEL. 1NDICAT1F. POTENTIEL.
Prefent forme le Futur & le Prefent.
Imparfait Conditionnel Imparfait ou
conditionnel.
Imparfait for-
me du temps
precedent en
fuffixant an.
(1) Arte ; p. 212.
(2) En efpagnol on paraft ne pas diftinguer fi nettement 1'imparfait &. le conditionnel.
Zavala traduit (Verbo vafc., p. 31, n 43) ea ^ela atera leian par: como podia o podria
facar... ,, Comment il pouvait ou pourrait tirer". Atera leian eft 1'imparfait, Eft-ce que
Zavala n'eil pas fur de la fignification de leian ?
7-
Conjugaffon de euki comme verbe aflif.
Larramendi n'a pas donne la coniugaifon de euki ,, avoir" fans
nom verbal. II a conjugue fan ,, manger", dont Fauxiliaire,, il eft
vrai,, eft euki, <5c il donne par confequent tous les temps de Fauxi-
liaire. Mais pour la formation des temps il y a une difference, en
bafque comme en frangais, quand le verbe ,, avoir" eft fuivi d'un
nom <5c quand il eft fuivi d'un nom verbal ; p. ex. j'ai foif, j'ai
befoin, font des prefents ; mais ^j'ai mange" eft un parfait inde-
fini. La confufion ne ferait pas pofTible en frangais ; mais elle eft
poifible en bafque,, puifqu'il y a un certain nombre de noms,, em-
ployes comme noms verbaux invariables, nommes ,,determinables"
par les grammairiens efpagnols (i). Bien que Larramendi & Zavala
diftinguent ces noms des noms verbaux proprement dits, ils n'y ont
pas reconnu de purs fubftantifs, ce qui produit de la confufion ;
p. ex.,, felon Zavala,, le ,, preterite proximo" eft forme du,,participio
preterito" (Fadjectif verbal) & des ^articulos" (flexions) dau, dot :
U^ork neurm dau Jaungoikoa ? 53 Qui a mefure Dieu ?" &4u ufte i^an
dot j, J'ai cru cela" (2). Dans le premier exemple, le parfait indefini
eft rendu,, comme le dit juftement Zavala, par Fadjeclif verbal
neurm ^mefure",, & par dau ,,il a". Dans le fecond exemple,
Fauxiliaire eft compofe 5 il eft i^an dot. Or, i^an dot feul, fans ujte,
correfpond a neurm dau ; felon Fexplication de Zavala, on eft oblige
de conclure que les flexions dau & i^an dot appartiennent toutes les
deux au meme temps. Plagons, pour la clarte, la meme perfonne
dans les deux exemples : ne unit-dot ,, j'ai mefure" ; ufte-i^an dot
,,j'ai cru". Par confequent dot & iian dot fignifient tous les deux
,,j'ai". C'eft une erreur.
(1) Chap, x, p. 6.
(2) Verbo vafc., p. 18, n" 16.
'73
Ligarrague s'eioigne de 1'ufage adopte & ecrit : Vjte vkan dute
guehiago recibituren fuela. Match, xx, 10. La verfion frangaife a ici
rimparfait ,,ils s'attendaient " C'eft-a~dire il croyaient... La
periphrafe de Ligarrague eft aujourd'hui celle du parfait indefini.
Ce que nous difons ici,, par rapport a la formation des temps de
eduki, s'applique auffi,, comine de raifon, a la formation des temps
de i-[an ; p. ex. ongi bi-{i i^atu dena. Ax. } p. 216. 53 Celui qui a bien
vecu". 'Bill i-{aiu da elt la 3 me perf. fing. du parf. indefini. Si, au
lieu de biii, il y avait im veritable nom verbal, p. ex. etorri, on
dirait : etorri da ^il eft venu 53 .
Pour fixer la valeur des temps, le mieux fera de prendre un de ces
noms verbaux invariables comme ujte opinion^; nai, gura ,,vo-
lonte 3 '; bear ,,befoin". 5\af dut ,J'ai volonte 53 = je veux ; bear
dut ,J'ai befoin". Nous choifirons cette derniere locution, qui efl
rendue en frangais de la meme maniere. En anglais ou en allemand,
on la rendrait par un verbe : want, anglais ; brauchen, allemand.
"Bear ou behar efl de tous les dialedles 5 pour Tauxiliaire, nous
prendrons la variete dut.
8-
Tableau des modes & des temps de euki ,,*iv0ir* comme verbe aftif.
IN DI CAT IF.
PRESENT.
"Bear dut ,,j'ai befoin".
IMPARFA1T.
T$ ear men 5 ,j'avais befoin".
PARFAIT INDl-FINI.
'Bear i^an dut (i) ,,fai eu befoin".
(i) Partout en fouletin &. bas-navarrais, ukhen, ou les autres diale<5les ont i^an.
PLU S-QU E-PARF AIT.
'Bear i^an nuen ..J'avais eu befoin".
FUTUR SIMPLE.
'Behar duket foul. ., . , r . ,,
,.i aurai beioin .
'Beharko dm
FUTUR COMPOSE.
'Behar ukhen duket, foul. )
TSehar ii^anen dut, lab. ,J'aurai eu befoin".
"Bear t^ango det, gulp.
COiNDITIONNEL.
PRESENT.
'Bear nuke ^j'aurais befoin'\
PASSE.
TSehar nukean \
'Beariianneunke, b. f. bn. v ^j'aurais eu beloin :
'Bear i~{an neukean, g. )
SUBJONCTIF.
PRESENT.
'Bear deradan / ., . , r . ..
, . r t ,,que i aie beioin .
'Bear dagidan, bifc. \
1 MPARFA1T.
'Bear ne^an } ., ^ . r .
,. r [ ,.que j euile belom^.
nengian, bifc. )
Lardizabal ecrit : al de^adan (i) para que yo pueda ,,pour que je
puifle". cAl & bear appartiennent a la meme categoric ; on dira
done bear de^adan, <3tc.
Puifque e^an <3c egtn font les auxiliaires du fubjonclif de eduki
, 5 avoir 3 % on fe ferait attendu ici a i^an ou ukhen de^adan. Le fub-
jondif d'un nom verbal proprement dit, p. ex. ikufi deiadan ,,que
je voie'% s'explique ; non pas par le fran^ais, il eft vrai, mais par
1'anglais ,,that I may fee". 'Deiadan efl entierement fupprime en
fran^ais,, puifque le fubjondKf n'eft pas periphraftique.
Mais bear deiadan s'explique diGcilement. Admettons pour un
moment que e^an fignifie ,,,,pouvoir",, alors il faudra traduire
bear de^adan par ^que je puifTe befoin"., ce qui n'efl guere admif-
fible.
Quoi qu'il en foit^ e-fan parait fuffire en guipuzcoan & probable -
ment aufli en bifcaien 5 mais Zavala ne nous apprend rien par rap-
port a cette queftion,, bien qu'on life le titre fuivant a la page 28^
<j , n 22 : Sujuntivos regidos del verbo gura o nai. Mais la Tau-
teur parle de gura regiffant une certaine forme de fubjonclif, en
quoi il fe trompe. Zavala a voulu dire que les flexions du verbe de
la phrafe regie font fuivies,, tantot de la conjonclion n, tantot de la
conjonction la. C'eft toujours le fens de la phrafe qui decide cette
queftion,, & ce n'efl jamais le nom verbal_, qu'il foit gura ou tout
autre. Ces fortes de regies ne font qu'embrouiller la grammaire^ qui
eft beaucoup moins capricieufe qu'on ne le dit. L'obfervation qui
fuit eft egalement inutile. Uauteur dit , y qu'on laiffe la flexion fans
oter le n, ni ajouter la" . II va fans dire que fi Ton otait n } ce ne
ferait plus ce que Ton eft convenu d'appeler le fubjonclif. On trou-
vera les exemples de Zavala dans la note,, au paragraphe fur la
conjonclion n.
(i) Gram., p. 40.
7 6
10.
tModes & temps du verbe periphraftique.
Les modes & les temps de la conjugaifon periphraftique font les
memes que ceux du verbe auxiliaire. Seulement tons les dialedes
rfexpriment pas dune maniere uniforme les temps compofes; &
enfuite le prefent & Timparfait de Tindicatif, qui font fimples dans
1'auxiliaire, fe conjuguent ici par periphrafe comme tous les autres
temps (i).
L'indicatif a cinq temps, les memes temps de I'auxiliaire, accom-
pagnes d'un nom verbal. Ce nom verbal prend trois formes :
i adjedlif verbal, par ex. ikuji ,,vu"; 2 fubftantif verbal en ten, p.
ex. ikuften , ? dans le voir"; 3 adjedlif verbal en go ou n, p. ex.
ikufiko ou ikufiren ,,,de voir" litt. , 3 de vu'^ (2). Le fubftantif verbal
forme le prefent & Timparfait de Tindicatif; Fadjedlif verbal forme
tous les autres temps, a Texception du futur & du conditionnel qui
ont radjeclif verbal en go ou en n.
INDICATIF,
PRESENT.
Ikuften dot ou dut ou det ,Je vois'\
1MPARFA1T.
Ikuften neban, nuan, nian ,,je voyais 3 ' .
(i) Le prefent & 1'imparfait de 1'indicatif de 1'auxiliaire peuvent fe conjuguer par peri-
phrafe; on peut dire i^aten det, &.G., mais ces flexions expriment alors le frequentatif ,,j'ai
d'habitude", du moins dans quelques dialedes.
(3) Voir ch. x, j &. 4.
PARFA1T INDfeFINI,
Ikuji dot, dut, det ,J'ai vu 3 \
PARFAIT DtFINI.
Ikufi neban, nuan, man ,Je vis".
PLUS-QUE-PARFAIT.
Ikuji i^an nuan, man ^j'avais vu".
Le parfaic defini fert auffi, felon Larramendi (i) 3 comme plus-
que-parfait,, ce qui eft au fond fa fignification propre; ikuji eft ,,v\i"
& nuan ,J'avais'% & ainfi ikufi nuan ,,j'avais vu". Nous avons dif-
cute ce point au paragraphe precedent, en parlant des temps de
Tauxiliaire.
Le dialede bifcai'en rend le parfait defini & le plus-que-parfait
par le meme temps : ikuji neban. La periphrafe ikuji i^an neb an n'efl
pas connue(2). Tan euan Sanfonek e^iia. ^Samfon mangea du miel".
Ikuji euan lagunak ^elan eleshatik unen euan yapo erreskadea at^era biunu
ian (3). ? ,Le camarade vit ou avait vu comment la troupe de cra-
paudsj qui etait fortie de rEglise 3 y rentra ou y etait rentree 55 .
Tous les autres dialectes font ufage du temps fur-compofe, mais
tous n'y attachent pas la meme fignification. En guipuzcoan, le
temps compofe qu'on nomme parfait defini^ p. ex. ikufi nuen, rem-
place le plus-que-parfait., ce qui fe comprend., puifque ikuji nuen eft
reellcment le plus-que-parfait 3JJ j'avais vu^5 mais Tinverfe n'a pas
lieu. Le nouveau plus-que-parfait ikuji i^an nuen ne remplace pas
Tautre temps , ce qui fe comprend encore mieux ; & cependant
quelques dialedes font cette confufion... La fatale influence d'une
grammaire etrangere avait deja produit une irregularite, en faifant
(1) Arte, p. 64.
(2) Nous ecrivons euan ou eban (u = &J, comme 1'ecrivent quelques auteurs bifcai'ens,
quand Zavala ecrit evan, puifque nous n'avons pas admis le v dans 1'alphabet bafque.
(j) Zavala, Verbo vafc., p. 18, n os 19 & 20.
12
, 7 3
admettre qu'un temps compofe comme ikuji nuen , J'avais vu" cor-
refpondit a un temps fimple ,,je vis" 5 mais quelques dialecles ont
encore augmente 1'irregularite en remplagant le temps fimple par le
temps fur-compofe; p. ex. ikuji ukan nuen ,,j*avais eu vu" (car c'eft
la tradudion litterale) correfpond a ,Je vis". Difons en paffant
qu'on n'a pas meme reufli, en formant ce nouveau temps, a donner
un jufte equivalent du temps frangais ou efpagnol; ce que Ton
nomme maintenant en bafque le plus-que-parfait : ikuji i^an nuen ou
ikufi ukan nuen, eft ce que les grammairiens frangais nomment le
parfait anterieur fur-compofe: ,,j'avais eu vu". Ainfi Ligarrague
ecrit : era bere aha Zebedeo vncian vtciric languileguin, iarreiqui if an
gai^can. Marc, i, 20. ,,Et laiffant leur pere dans la barque avec les
ouvriers, ils le fuivirent"; on ne peut pas dire ici : ils 1'avaient fuivi.
Iarreiqui igan gai^can , fignifie ,, ils 1'avaient eu fuivi a lui". Dans
1'exemple fuivant c?e temps eft correct : Cein iarreiqui igan baii^ai^-
can lefuji Galileadc. Matth, xxvii, ff. ,,Et qui avaient fuivi Jesus
depuis la Galilee". Eta huna, Orientean ikuj/i vkan guten igarra.
Matth. n, 9. ,,Et voici Tetoile qu'ils avaient vue ou qu'ils virent en
Orient". Litt. qu'ils avaient eu vue.
^olafarthu igan cen & ian vkan cituen dans le verfet 26 du cha-
pitre ii de Marc, pourraient etre des plus-que-parfaits, bien que
les verfions frangaife & allemande aient le parfait defini.
En guipuzcoan, comme nous 1'avons dit, il y a les deux temps ;
mais c'eft feulement le parfait defini qui remplace le plus-que-parfait,
& le contraire n'a pas lieu. cAskotan adiru i^an nuan aren doflrina,
Cardaveraz. ,,J'avais fouvent entendu fa dodlrine". Zavala cite
cet exemple (i) pour prouver que Ton emploie en guipuzcoan ce
temps fur-compofe pour exprimer le plus-que-parfait, & malgre cela
il le traduit par : oi ,,j'entendis". Si Cardaveraz avait voulu rendre
,,oi", il aurait ecrit aditu nuan ,J'entendis". L'exemple labourdin
eft : era egin -[e^an Efauk be-(ala, ^einak iian harm bailsmen bia. Lar-
regui, Tejl. ^ahar. p. 76. ,,Et il fit comme Efali qui (en) avait pris
deux (femmes)".
(i) Vcrbo vafc., p. 18, n 21.
Comme on avait forme ce temps fur-compofe avec Fimparfait
ikuji iian mien, le chemin etait tout trace pour en former un avec le
prefent,, ce qui a ete fait.
Cette periphrafe fe rencontre deja chez Licarrague, qui s'en fert,
fi nous ne nous trompons pas, a Fexclufion de celle qui eft gene-
ralement adoptee ; elle eft auffi connue en fouletin : galdu ukhen du
,.,il Fa perdu precedemment"; par contre galdu du ,,ii Fa perdu pre-
fentement" (i). Been guciek... eman vkan duie. Marc xn, 44,
, ,Et tous ont donne". Been hala perfeci/taru vkan ditu^re.. Trophetac.
Matth. v, 12. ?: ,Car on a ainfi perfecute les prophetes". Engun vkan
dugue. Matth. v, 21. ,.,Vous avez entendu".
Larramendi fait mention de ce temps & dit qu'il correfpond au
parfait indefini (2). M. Inchaufpe le traduit par le parfait indefini,
mais Taccompagne de 1'adverbe ^precedemment' 5 , & Li^arrague
s'en fert oil la verfion fran^aife a toujours le parfait indefini. Malgre
toutes ces autorites, il efl evident que ce temps, traduit litteralement,
correfpond a ce que les grammairiens fran^ais appellent le parfait
anterieur, & galdu ukhen du devrait fe traduire par : ,,jil Fa eu perdu 5 '5
engun vkan dugue, par , 3 vous avez eu entendu )J> . L'adverbe ,,,prece-
demtnent' 3 dont la flexion eft accompagnee chez M. Inchaufpe,
donne a cette flexion le fens d'un parfait anterieur,, bien que ce
temps ait fa forme propre en fouletin : galdurik ukhen du }) i[ Fa eu
perdu". Cette periphrafe compofee ne fert done a rien; eile n'a pas
meme de valeur conventionneiie 5 elle remplace une periphrafe
fimple & qui difait tout ce qu'il fallait dire 5 elle eft longue &
inexacle.
Dans quelques localites de la Bifcaie on fe fert au parfait defini
de egin comme auxiliaire; p. ex. yan egian au lieu de : yan euan
Sanfonek e^tia ,,Samfon mangea du miel", II n'y a pas lieu de s'e-
tonner de cet ufage, puifque egin etait autrefois Fauxiliaire de toute
la conjugaifon,, comme on peut s'en convaincre par les Poefies de
Dechepare.
(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 13.
(3) Arte, p. 64.
i8o
En fouletin le parfait defini a, comme dans les autres dialecles,,
la forme du plus-que-parfait : galdu iian ,,il perdit"; le plus-que-
parfait a ete forme par un fuffixe : galdurik iian , y il avait perdu'% &
Ja forme que les autres dialecles ont adoptee pour le plus-que-parfait
eft appelee pafife anterieur,, galdu ukhen ^ian, ce temps eft rendu par:
y) \l perdit ou il eut perdu".
FUTUR SIMPLE.
Ikiiflko dot, det } ikufiren dur. ) 7
> Je verrai.
Ikhouflen duker, foul, )
FUTUR COMPOSE OU ANTERIEUR.
Ikufi t^ango dot, del.
Ik ho u fi duke t.
J'aurai vu.
Ces temps n'olifrent rien de remarquable^ la maniere dont iis font
formes a ete expliquee au 4.
Zavala cite encore un troifieme temps futur, qu'il nomme ,^pre-
terito remoto", forme de 1' ad jeclif verbal en go & de Fimparfait(i);
p. ex. ikujtko nuetij mais ce temps eft le prefent du conditionnel :
je verrais.
La confufion eft tres grande chez Zavala, dans la nomenclature
des temps. D'abord il parle de Findicarif (n* 13 & 14)5 enfuite du
futur (n if); puis des autres temps de Tindicatif (n os 16-22). Au
22 il reparle du futur, qu'il confidere cette fois comme un mode
avec trois temps: prefente futuro (notre futur fimple); preterito
proximo (notre futur anterieur), & preterito remote (notre prefent
du conditionnel); p. ex. 'Bear bada efango ^an, quizaz fe diria o fe
hubiera dicho; ,,peut-etre cela fe dirait ou cela fe ferait dit". Seme-
alabak alp err Ik i^ango eueen gurafoakai, los hijos en vano lo hubieran
(i) 7erbo vafc., p. 19, n 25.
iSi
folecitado de fus padres; , 3 ies enfants Fauraient vaincment d.emande
a leurs parents". Ce preterit du futur eft done un prefent (dans le
premier exemple ^diria"') & un pafle; & eft traduit par Zavala
meme par le conditionnel prefent & pafTe.
Ce pretendu J:> preterito remote" ne correfpond pas feulement
comme fignifi cation, mais aufli comme forme, an conditionnel des
langues romanes : efango nai^ ^dire-ai", efango nln^an 3 ,dire-avais".
II eft arrive en bafque ce qui eft arrive en franais, en efpagnol, &c..,
c'eft que Tufage a voulu^ comme le fait remarquer Diez pour les lan-
gues romanes (i), q-jele temps forme de rinfinitif& deTimparfait de
Tauxiliaire (dire-avais), fut employe comme conditionnel, tandis qu'il
aurait pu fervir pour le futur anterieur, puifque Tinflnitif (& en
bafque le nom verbal) avec le prefent de Tindicatif fervait a expri-
mer le futur fimple (dire-ai).
Le futur anterieur eft comme nous Favons donne : Zuk here egin
iiango do-[ui pekaturen bc>r{uk(2). ,,Vous aurez auifi commis quelques
peches".
12.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
bifc.
Ikujlko nuen.
Ikufiko neunke.
guip.
Ikujlko nuen.
Ikujlko nuke.
lab. bn.
Ikujlen nuke
foul.
Ikujlen nuke.
PASSE.
Ikuft neunkean. Ikuji iiango nuen.
Ikufiko neunke an. Ikujiko neukean. Ikuji nukeien.
Ikuft neunke.
Ikufiren nian,
Ikuji nukian.
Ikuft nuke.
(1) Gram., vol. u, ]>. 1 1 j .
(2) Zavala, Verba vafc., p. 19, n ; 24.
Selon Zavala (i),, le prefent du conditionnel devrait ctre forme
en bifcai'en comme il l'eft dans les dialecles bafques fran^ais,, c'eft-
a-dire du fubftantif verbal en ien: ikuften nuke; mais ce temps (qu'il
nomme ^prefente abfoluto") eft remplace en bifc. & gulp, par ce
que Zavala nomme le ,,,futuro abfoluto", forme de Tadjeclif verbal
en go (fon ,,, participle de future) : ikujiko neunke. On dit done en
bifc. & guip. ikufiko neunke ou nuke, & dans les dialecles bafques
franais ikuften nuke 3 ,je verrais".
Nous avons parle, dans le paragraphe precedent^ de la variance
bifcai'enne : ikujiko nuen, temps que Zavala nomme ^preterite remote
indicative conjetural" & qui n'efl autre chofe que le prefent du
conditionnel,, forme felon la maniere des langues romanesj tous les
deux ont exaclement la meme fignification; mais Tun a pour auxi-
liaire Timparfait de Tindicatif; ikujiko nuen fignifie litteralement
j'avais de voir =: je verrais; & ikufiko neunke j'aurais de voir =
je verrais. La feconde forme parait etre plutot une tautologie. Suivent
quelques exemples arm que le lecteur puifle juger par lui-meme (2).
Egingo neunke edo^ein gau-[a, Yo haria cualquiera cofa> , 3 Je ferais
toute chofe, je ferais n'importe quoi'\ tJ^ai i^mda bere ei^ingo leuke
egin. Aun cuando el lo quifiera, no lo podria hacer. ,,Meme, s'il le
voulait., il ne pourrait pas le faire. Cerbair efaten baleurfue ^eure i\en
onaren cojitra, egingo ^ini^aieke-^ o -[imene^ algara^. Si ahora te dijefen
algo que te hiriera en tu fama,, tu eftarias riendo a carcajadas (3).
,>Si je te difais quelque chofe de bleffant pour ta bonne reputation.,
tu rirais aux eclats J \
Zavala ajoute encore que la maniere de s'exprimer des dialecles
bafques franc. ais eft adoptee (tiene un ufo corriente)., quand le nom
verbal eft un des ^determinables" gura, nai, &c.; ce qui eft une
erreur.
(1) Verbo vafc., p. 20, n 31.
(2) Verbo vafc., p. 20, n 34.
(3) Nous ne pofledons pas le livre (Confefiho ona, J. A. Moguel), dont Zavala prend ce
jjafTage; mais il n'efl pas probable que Moguel ait ecrit les deux flexions. Nous ignorons
d'ou 1'auteur, ou Zavala, prend pntene^; apparemment ce fera une faute d'imprelfion ; il
faudra ^inreke^ ou ^einteke^, cond. du potent, de edin.
i8 3
Gura , nai , <3cc., font de purs fubftantifs. Gura fignifie ,,volonte"
&, puifque neunke fignifie , 3 j'aurais", il va fans dire que gura neunke
fignifie ,,j'aurais volonte"; ce qui fe rend en efpagnol par ,,yo qui-
fiera'% & en frangais par ,,je voudrais". On ne peut pas mettre les
noms verbaux invariables (les determinables) fur une meme ligne
avec les veritables noms verbaux. Les ,, determinables", qui de-
viennent quelquefois noms verbaux, font employes tels qu'ils font,
comme adjedlifs verbaux; p, ex. bill, devenu bi^it^en comme fubf-
tantif verbal, peut feulement fous cette derniere forme, etre compare
a ikuften.
Gura, nai, ne peuvent furtout jamais etre compares aux fubftan-
tifs verbaux en ten.
'3-
La forme du conditional, dans les dialeftes bafques frangais,
ejl-elle la meilleure?
Zavala ne dit pas pourquoi il trouve que les dialedles bafques
fran^ais s'expriment d'une fa^on plus correcle. Mais on peut le
deviner; le prefent du conditionnel bifcaien eft rendu par ce que lui
croit etre un ,, future abfoluto" ; il n'eft done pas correct d'em-
ployer un futur pour un prefent; c'eft tout ce qu'il avait a dire.
Mais aujourd'hui on pourrait demander quelle eft la difference
entre ces deux fagons de s'exprimer : ikujlen nuke & ikufiko neunke.
Generalement les temps compofes bafques s'analyfent parfaite-
ment bien; ils font formes comme en frangais; participe paffe ou
adjeclif verbal <5c un temps auxiliaire. Ikufi ,,vu" avec dm ,J'ai" fait
ikuji dut ,,j'ai vu' ? ; & ainfi ikufl nuen ,,j'avais vu"; ikufiko dm ,,j'ai
devoir = je verrai 3 ^; ikufiko nuen ,,j'avais de voir = je verrais".
Ne poffedant pas dlnfinitif, le bafque fe fert ici de Tad jedif verbal
ikufi-ko, qui du refte eft fouvent employe comme infinitif regi; p. ex.
je voulais voir, fe rend par : nai ninian ikufi. Ikufi-ko nuen n'a, par
confequent, rien d'extraordinaire.
1 84
Le prefent de 1'indicatif eft rendu par le fubftantif verbal au locatif.,
accompagne du prefent^ ikuften dut ^je fuis" & Timparfait par le
meme nom verbal avec 1'imparfait de Fauxiiiaire : ikuften nuen ^je
voyais'% ce qui fe rendra a peu pres par : j'ai en vue> favais en vue.
Ce fubftantif verbal au locatif correfpond d'autres fois a Finfmitif, &
Ton dit ikijfi det irakunen ^j'ai appris a lire' 5 .
Ainfi., tout comme le prefent de Findicatif eft rendu par le nom
verbal au locatif avec le prefent : ikuften dut 5> j'ai en vue= je vois'%
de meme le prefent du conditionnel eft rendu par ce meme nom
verbal accompagne du prefent de Toptatif, ikuften nuke ,,j'aurais en
vue=:je verrais.
La forme bifcai'enne ikufiko neunke , 9 j'aurais de voir = je verrais"
ne parait pas etre correcle. Le pafTe fe rend par ikujl neunke , J'aurais
vu" (ce qui en eft la traduclion litterale) & peut faire conclure a un
prefent regulier, comme dans les diaiecftes bafques francais : ikuften
neunke. Cette irregularite eft peut-etre caufee par Temploi fimultane
de ce que Ton pourrait appeler la forme romane ikujiko nuen, & de
la forme bafque ikuften nuke. Les dialecTes fe font influences recipro-
quement; puis ily a eu des tatonnements aflez marques; le bifcaien
a trois fagons differentes d'exprimer le paffe du conditionnel. Iku/i
neunke ^j'aurais vu ?5 aurait pu ou du fuffire; mais on dit aufli ikufi
neunkean. Cette confufion s'explique,, puifque neunke, &c., eft Tim-
parfait du potentiel, & ce temps eft employe comme conditionnel
quand il fert comme auxiliaire du potentiel; p. ex. iian neiake )} jc
pouvais avoir" fert pour 5 ,je pourrais avoir". De ne^ake, qui eft au
fond un imparfait^ on a forme un imparfait, un pafle^ en ajoutant
la caracleriftique du paflfe an: i^an ne^akean } ,)e pouvais avoir". La
troifieme variante ikujiko neunkean s'explique du moment que ikujiko
neunke exprime le prefent.
Le dialecle fouletin a aulfi la forme ikujiren nian, qui correfpond
au bifcaien ikujiko mien; mais en fouletin ce temps n'exprime pas
le prefent,, mais le paffe. M. Inchaufpe cite (i) : galduren \ian ^il au-
rait perdu", 6c Fauteur ajoute : mieux galdu ^ukian. Ce galdu
(i) Verbe lafque, p. 15. Meme ouvrage. p. 18 &. 19.
fignifie ,,i[ aurait perdu autrefois"; & galdu luke \\ aurait perdu
actuellement". Le bifca'ien & le fouletin ont done les memes
varietes de formes.
Le guipuzcoan a forme le paffe du conditionnel d'une fa^on afTez
reguliere. Le futur anterieur etant ikuji i^ango dei y le pafie du condi-
tionnel a ete rendu par ikuji i^ango mien, puifque le futur eft exprime
par le prefent de 1'auxiliaire & le conditionnel parl'imparfait; iiango
det 5 ,j'ai de avoir = j'aurai ?:> 5 i^ango nuen ^j'avais de avoir =
j'aurais" (i).
14-
Le fubjon&if.
Le fubjondlif du verbe periphraftique eft forme de la meme ma-
niere que celui de Tauxiliaire. Au lieu de i^an ou ukhen on aura
Tadjedif verbal qu'il s'agit de conjuguer.
L'auxiliaire qui fert a former le fubjonclif des verbes tranfitifs,
eft egin ,,faire" en bifcai'en, & e^an dans tous les autres dialecles.
PRESENT.
Ikuji dejadan ou dagidan , 3 que je voie".
PASSE.
Ikufi ne^an ou nengian ,,que je vifle".
Le dialede bifca'ien pofTede encore, felon Zavala,, un futur
dagikedan, &c. }} que je voie'% qui n'eft autre chofe que le prefent
de Foptatif de egin fuivi de nj dagiket-\-n ,,que" fait dagikedan,
(i) La demoriftration eft plus claire en francais avec un verbe regulier : aimer-ai = aime-
rai: aimer-avais = aimerais.
1 86
puifque le t final devienc d. Vagiker, &c , etant le prefent de Top-
tatif, fignifie au fond ,Je defire ou je puis faire je ferai". On
aurait pu traduire,, il femble , plus litteralement par >,que je
feral" (1)5 maisZavala rend ce temps par le prefent : faldu dagikedan,
que yo venda. L'auteur rTa pas pu rendre la nuance de cette expref-
fion bafque, qui fe traduirait mieux dans une langue qui poffede
des auxiliaires de modes, p. ex. en anglais ^that I may fell" ou en
allemand ^dafz ich verkaufen moge". Zavala a raifon d'appeler ce
temps un futur, en tant que le prefent de 1'optatif du verbe primitif
devient futur (auffi potentiel) comme auxiliaire; mais cette confide-
ration lui etait inconnue.
Le fubjonctif, chez Larramendi, eft caique fur celui des gram-
maires efpagnoles, & contient beaucoup plus de temps que le
fubjondlif fran^ais. En efpagnol on compte d'habitude trois impar-
faits du fubjonclif : un en ^ria", un autre en ^ra" & un troifieme
en ^,fe". Le temps en ^ria" eft le conditionnel fran9ais; celui en
3 ,fe" eft 1'imparfait du fubjonctif en ffe (aimafle) ; celui en ^ra ?J
correfpond aux deux temps nommes 5 tantot au conditionnel,, tantot
a Timparfait du fubjondlif Le premier eft rendu par Larramendi par:
jango nuen, yo comeria ,,,je mangerais' 3 3 le fecond par jango ne^an^
yo comiefTe ^ 3 que je mangeaffe' 5 ; le troifieme par jango, nuke, yo
comiera^ correfpondant au conditionnel francais ,Je mangerais".
Cette divifion eft confufe. Le mode qu'on appelle fubjondlif, & qui
eft rendu par Tindicatifavec la conjonclion n ^que",, doit etre tenu
fepare. Enfuite il ne faut pas meler les temps qui ont la terminaifon
ke avec ceux qui ne Font pas. Si Jango nuke appartient au fubjonclif,
jango nuen n'y appartient pas,, & fi jan ne^an y appartient^ aucun
des deux autres ne doit y trouver place. Jan de^adan ^que je mange"
&/'#/! ne~[an 3 ,que je mangeaife" font les deux temps du fubjonclif;
les autres appartiennent a un autre mode. Le premier, jango nuen,
yo comeria,, eft le conditionnel; il appartient,, comme on voit^ a
lindicatif (2); nuen eft Fimparfait, comme dut eft le prefent; jango
(i) L'efpagnol poflede un futur du fubjonftif.
(3) Comme formation ; comme fignification a 1'optatif.
i8 7
dm etant en ufage pour le futur ,Je mangerai", jungo mien aurait
pu fervir pour le futur anterieur ^j'aurais mange"; mais 1'ufage veut
que jtmgo mien ferve pour ce que Ton ell convenu d'appeler le pre-
fent du conditionnel. Le fecond,jango neian eft rimparfait du fub-
jondlif ,,que je mangeaffe". Le troifieme,/a/?g0 nuke eft le pre-
fent du conditionnel; c'eft une variante de Jango nuen.
if.
Le potemiel.
Le potentiel periphraftique tranfitif eft forme en bifcaien a Taide
de edin ,,pouvoir"; & dans tons les autres dialedtes, a 1'aide deqj/i;
p. ex. ikuji de^aket ^je puis voir"; ikuji ne^ake ,Je pourrais voir";
ikuji ne^akem ,,}Q pouvais voir". En bifcaien,, on dit : ikuji dair,
ikujl neike, ikuji neikean.
Le potentiel,, dans tous les dialectes,, excepte en bifcaien, eft
forme du potentiel de eian; mais ce n'eft pas le potentiel de edin,
c'eft findicatif de edin qui forme ce mode en bifcaien. La raifon en
eft,, croyons-nous, que edin a conferve fa fignification primitive 5
edin, au fond,, n'eft pas plus auxiliaire que ^pouvoir" en fran9ais ;
dadit, aujourd'hui dait, correfpond comme fignification & comme
emploi a ,,}e puis" & ikuji dait a ,,}Q puis voir"; tandis que deceit,
prefent de 1'indicatif de e^an, ne prend la valeur d'un potentiel que
par Taddition de ke : decker; ikufi de^aket ,,je puis voir". Vefat,
deiak, &c., prefent de Tindicatif, n'eft plus en ufage aujourd'hui
& ne Tetait deja plus du temps de Li^arrague, On pourra en con-
clure que e^an ne fignifiait pas primitivement , 3 pouvoir"; fans cela
de\at aurait fuffi.
Les deux temps du potentiel de e^an, le prefent de-piker, 6cc.,
<Sc 1'imparfait ne^ake ont forme le prefent & Timparfait du potentiel
periphraftique. L'imparfait ne^ake, &c., eft aujourd'hui en uiage
comme auxiliaire du conditionnel du potentiel, comme nous Tavons
1 88
dit plus haur, & ttmparfait a ete forme de ne^ke, en y ajoutant la
caracleriftique du pafle : ikuji ne^akean >Je pouvais voir". Comparez
le potentiel de Tauxiliaire au paragraphe 6.
Le potentiel eft beaucoup plus complique en bifcaien., du moins
chez Zavala (1)5 ou plutot il y a du defordre: le potentiel & le
fubjonclif font meles. Pour plus de clarte,, nous donnerons d'abord
un tableau ou Ton verra d'un coup d'ceil comment Zavala explique
ce mode & comment nous 1'entendons.
TABLEAU DU SUBJONCTIF ET DU POTENTIEL
SUJUNTIVO.
TEN SOS PERFECT OS.
Trefeme abfoluto de fujumivo..
1. PRESENTS PERFECTO. }. FUTURO DEL PRES. ABSOL.
Saldu d.igidan (2). Saldu dagikedan.
Que venda. Que venda cuando puedo,
2. CONDIC1ONAL. 4. CONDICIONAL.
Saldu bad-jgir. Saldu badagiket.
Si yo la venda. Si yo la venda.
(1) Verio vafc., p. 102.
(2) L'auteur cite toujours la j m " perfonne : nous citons la premiere,
189
TENSOS IMPERFECTOS.
f. PRESENTE IMPERF. J. FUTURO DEL PRETER. 1MPERF.
Saldu nengian. Saldu nengikean.
Que vendiefe. Que vendiefe.
6. CONDICIONAL. 8.
CONDICIOiNAL.
Saldu banengi. Saldu banengike.
Si yo lo vendiefe. Si yo lo vendiefe.
SELON NOUS:
N I . Eft le prefent du fubjonclif ; dagit + n fait dagidan ;
faldu dagidan > 5 que je vende".
N 2. Eft le prefent de Findicatif, precede Je ba '(!", c'eft-
a-dire employe conditionnellement en bafque,, en francais & dans
toute autre langue. Ce temps,, par confequent, n'eft pas a fa place
ici & eft mal nomme.
N 3. Uauteur parait avoir fenti le fens de ce temps, mais n'a
pas fu decouvrir comment il eft exprime par la flexion. Vagikedan eft
le prefent du potentiel de egm, fuivi de la conjondion n ,,que";
dagiket -j- n ou dagikedan. T>agikeJ fignifie , Je puis le faire 5:> ou ,,,je
pourrai le faire". Cepref. potent, peut avoir pris la figniflcation d'un
futur., tout comme duket. 'Dagikedan fignifie ^que jepuisle faire'%
ou comme on dit en francais J3 que je puisse le faire". Saldu dagike-
dan ne fignifie pas autre chofe que ,,qne je puifle le vendre^'; ce
qui correfpond exaclement a la traduclion de Zavala, feuiement
chez Fauteur le fens de ,,pouvoir" n'eft donne que comme coin-
men taire & non pas comme etant exprime par la flexion meme. Ce
temps eft done le prefent du potentiel.
N 4. Ceft le prefent du potentiel precede de ba (!" , 3 fi je
puis le vendre". Zavala fait du n 3 un futur & du n 4 un condi-
190
tionnel. Pour le n 5, il a raifon ; mais pour le n 4 il a tort. Le
conditionnel eft toujours un imparfait du potentiel.
N y. Ce temps-ci eft correct comme nom & comme fignifi-
cation; c'eft Fimparfait du iubjondlif ^que je vendiflfe".
N 6. Ce temps fera difcute ; c'eft plutot,, croyons-nous,, un
condicionnel tronque, pour banengike, qu'un imparfait tronque, pour
banengian.
N 7. Eft I'imparfait du potentiel & doit le traduire par
je puiTe vendre'\
N 8. Eft la variance du n 6.
POTENCIAL.
TENSOS PERFECTOS.
Trefeme abfoluto .
I . PR ES ENTE. 2. F UT URO-
'Bete dan. "Bete daiket.
Puedo llenar. Puedo o podre llenar.
TENSOS IMFERFECTOS.
^. PRESENTE. f. PRETER1TO IMPERF.
'Bete nei. 'Bete neian.
Podria o puedo llenar. Podia o podria llenar.
4. FUTURO IMPERF. REMOTO. 6. PRETER1TO REMOTO.
'Bete neike o neinke. 'Bete neikean o neinkean.
Puedo., podre o pudiera llenar. Pude o podia 5 o habia podido
llenar.
Pour expliquer clairement le potentiel., il faut reprefenter le nom
verbal edin, non pas comme auxiliaire, mais comme verbe indepen-
dant, comme ,,pouvoir" en frar^ais ; edin n'eft pas plus auxiliairc
que pouvoir"; feulement le potentiel de edin, comme celui de eduki
& de {'{an, eft employe pour, ou correfpond, au futur & au condi-
tionnel de nos langues.
Edin accompagne. un autre verbe.
INDICATIF.
PRESENT. IMPARFAIT.
1. "Bete dait. y. Here neian.
Puedo llenar. Podia llenar.
,,]e puis remplir". ,,Je pouvais remplir".
POTENTIEL OU OPTATIF.
PRESENT. I M PARFAIT.
Deveriu Futur. Devenu Conditionnel.
2. "Bete daiket. 4. 'Bete mike o neinke.
Podre llenar. Pudiera llenar.
,,Je pourrai remplir". ,,,,Je pourrais remplir".
CONDITIONNEL PASSE.
6. "Bete neikean o neinkean.
Habria podido llenar.
jjj'aurais pu remplir".
La theorie de Zavala., avec tous ces noms inufites^ a ebloui
quelques auteurs,, qui ont pris pour de la profondeur ce qui n'etaic
que du defordre,, cache fous une apparence de regularite.
Nous connaiflbns deja la methode de Zavala, felon laquelle il y
a deux ^tenfos" (temps?), un parfait & un imparfait; le premier
fubdivife en deux temps (tiempos), le prefent & le futur. Le fecond
tenfoj rimparfait, eft fubdivife en quatre temps : prefent, fumr, pre-
terit imparfait & preterit eloigne, comme on le voit fur le tableau.
Nous ne nous occupons que du potentiei.
N i . Le prefent eft correcl, comme denomination & comme
fignification : Je puis remplir.
N 2. Ce temps n'eft pas un prefent ou un futur. L'auteur
traduit Zer egin daiket nik orain't Que puedo o podre yo hacer
ahora ? ^Que puis-je ou pourrai-je faire maintenant" (i)? Ce
temps eft un prefent du potentiei primitif, employe aujourd'hui
comme futur, tout comme duke: ; duket, comme daiket, eft un futur.
Zavala explique le bafque aux Efpagnols, & il fallait fans doute
leur dire comment ils devaient rendre ce temps dans leur iangue ;
mais on voit que la nomenclature des temps bafques, chez fauteur,
ne repofe pas fur la nature du verbe, ni fur la fignification des
flexions. Zavala indique feulement la maniere approximative de
rendre les temps bafques en efpagnol.
L'imparfait eft affez embrouilie chez Zavala ; il a quatre temps :
Prefente.
Ineik
Lei
Ginei
Zinei
Leie
II nous femble d'abord que le nom de
rTeft jamais bien choifi, mais furtout pas
du prefent, en dehors de la fignification
dans la conjugaifon tranfitive. 5\Wn'a ni
d'un prefent. Bartolome de Santa Terefa
andi onen alderako ? Zavala traduit cette
Futuro
remoto.
3^eike
Ineikek
ou 5\W/z/
, , Einkek
Leike
Gineike
Zineike
Leikee
3 , Geinke
, , Zeinke
Preter. imperf. Preter.remoto.
&{^eian
Ineian
^einkean
Einkean
Leian
Leikean
Gineian
Geinke an
Zineian
Zeinke an
Leien
Lei keen
,,,prefente" pour un paffe
en bafque ou le caradere
, eft fi nettement marque
la forme,, ni la fignification
ecrit (2) : Ze^ egin nei ^or
phrafe par : Que podria_,
(i) Verio vafc., p. ji. n" 40.
(3) Zavala, Verio va/b., p. 31, n" 41
'93
puedo o podreyo hacer ahora en fatisfaccion de efle deuda? ,,Que
pourrais-je, puis-je ou pourrai-je faire pour m'acquitter de cette
dette"? Un feul temps qui exprime un prefent, un futur & un
conditionnel !
Mais d'ou vient ce temps employe par les auteurs bifcai'ens , p. ex. ,
Tobreak e^in eran^un leioe mefede andi oneei (j). ,,Les pauvres ne
pourraient pas repondre a ces grandes faveurs". 5\Vr, jauna,
leuri, baino bejteri eskini ?iegijo nik, kardlla (2)? ,,A qui pourrais-je
offrir, Seigneur, finon a vous, cec opufcule" ? La forme de ces
flexions nous apprend qu'elles n'appartiennent pas au prefent 5 Tini-
tiale, dans ce cas, aurait du etre raccufatif d. La forme n'eft pas
non plus celle de 1'imparfait de Tindicatif qui fe termine en //. Ce
temps n'eft, croyons-nous,, & ne peut etre que Timparfait du poten-
tiel tronque ; nei eft pour neike ; & c'efl ce qui explique la confufion
chez Zavala. L'imparfait du potentiel ell appele aujourd'hui prefent
du conditionnel,, & c'eft la evidemment la fignification que les au-
teurs bafques ont attachee a ce temps, comme Ton voit par les
exemples cites. Leioe, pour leikeoe de l-edi-ke-o-te fignifie ,,ils le
pouvaient a lui 55 , ou plutot, puifque 1'imparf. potent, efl en ufage
comme conditionnei : 33 ils le pourraient a lui^'. Mais la queilion fe
prefente : Pourquoi ce temps a-t-il perdu la terminaifon kef Nous
craignons beaucoup que ce ne foit le refultat de la connaiifance im-
parfaite du verbe. Ladivifion des temps du fubjoncT:if& du potentiel
en temps avec ke & fans ke n'efl pas une theorie nouvelle de Zavala.
Aftarloa lui a fourni fes donnees fur le verbe & tous les auteurs
bifcai'ens fe fervent de cet imparfait qui nous occupe maintenant.
II nous femble done probable qu'on s'eft dit, que, puifque le futur
neike exiflait (felon la methode de ces auteurs), il fallait aufli qu'il
eut un prefent, qui par confequent ferait nei; on n'a pas vu qu'on
embrouillait les temps du fubjonclif & du potentiel, ces derniers
etant les feuls qui aient ke; & la maniere toute machinale de former
des temps avec ke & fans ke a produit ici un temps qui efl fautif, du
(i) Anibarro, Lor a Jon a efpirituala, p. 3.
(a) Bartolorne Santa Terefa, Eufcal-errijetaco, Introd., p.
moins s'il ne faut pas plutot le confiderer comme une variance du
temps en ke; net eft alors pour neike ; nei ferait une forme fyncopee
tres admiffible.
N 4. Ce temps ell 1'imparfait de Toptatif ou potentiel & corref-
pond au prefent du conditionnel, neike ou neinke podria ,,jepourrais 55 ;
Zavala le rend par quatre temps (voir le tableau), & de cette facon
il ne court pas grand rifque de ne pas citer le vrai temps correfpon-
dant. Edonos biradu leiteke g^ona. En cualquiera hora puede, podra o
podria volverfe el hombre (i). ,,L'homme peut, pourra ou pourrait
fe convertir a toute heure". Une telle tradudlion n'eft guere ferieufe ;
la fignification du temps bafque ne peut etre incertaine a ce degre-la ,
de plus, il n'y a aucune obfcurite dans la grammaire ; Timparfait du
potentiel des verbes primitifs eftdevenu regulierement,, comme auxi-
liaire, le prefent du conditionnel, ou eft refte Toptatif deguife fous
le nom de conditionnel. Zer eranr^un neike nik orduan? Que podre yo
refponder entonces (en el dia del juicio). ,,Que pourrai-je (& felon
nous : que pourrais-je) repondre alors 55 ?
N y . Ce temps eft rendu par Zavala par I'imparfait & le
conditionnel & eft nomme preterit imparfait du potentiel. Selon
nous, c'eft Timparfait de Tindicatif. Egon baliii lege^ Tangoikoa here
anean, ea yelan aiera leian here eskuetatik gi^ona. Como fi Dios hu-
biera eftado difcurriendo como podia o podria facar al hombre de
fus manos (2). ^Comme fi Dieu'eut ete devifant s'il pouvait ou
pourrait tir,er Thomme de fes mains 55 . Ce n'eft pas pouvait ou pour-
rait, c'eft Timparfait & ne peut etre que I'imparfait : pouvait.
N 6. Sfifyikean, &c., eft Timparfait du potentiel & eft forme
de I'imparfait primitif neike, &c. (aujourd'hui en ufage comme
conditionnel du potentiel), en y ajoutant la caracleriftique du pafle
an. Criflo chiw ena\ bi-{tu eikean La^aro ila. Muy facilmente pudo o
podia Crifto refucitar a Lazaro muerto (3). ,,Chrift pouvait facile-
men c reflufciter Lazare mort (qui etait mort)' 5 . Eikean, comme
(i) Verbo vq/c., p. 31, n 42.
(a) Verbo vafc., p. ji, n 45.
(}) Veibo vafc., p. ja, n* 44-
Fecrit Moguel (du moins chez Zavala), ell confidere par Fauteur
comme un imparfait de Findicatif. Zavala lui-meme, dans fes ta-
bleaux, ecrit leikean (i), ce qui eft la forme correcle pour le poten-
tiel. Mais eikean ou leikean -eft. toujours un imparfait & ne doit pas
etre traduit par pudo ,,ii put". II faudra rendre ce temps par Fim-
parfait podia ^pouvait", ou peut-etre mieux, croyons-nous, par
,, aurait pu"; leikean ridl pas un imparfait de Findicatif, c'efl un
imparfait du potentiel, & f imparfait du potentiel correfpond commc
auxiliaire au conditionnel (2). Si Moguel n'avait voulu exprimer que
,.,voulait", indicatif, il auraic pu fe fervir de leian. Mais puifque
Foptatif ou potentiel eft le mode de doute, de poffibilite,, il femble
que ce mode eft ici a fa place.
Nous n'avons rien dit de la formation des flexions qui s'analyfent
toutes parfaitement bien & peuvent fe pafler d'explication, a Fex-
ception de ineiket ou einkek & de ineik. Le i initial dans ces flexions
ne fignifie rien; la flexion ineiket aurait du etre heike de h-ei-ke y
& puifque le dialecle bifcaien a perdu Fafpiration eike; & ainfi
ineikean aurait du etre heikean ou eikean. La perte de 17z initial parait
avoir ete reparee tant bien que mal (les exemples en font frequents)
par la fuffixation d'un k parfaitement fuperflu, apparemment pour
diflinguer cette 2 me perfonne de la 3 me 'perfonne.
(1) Meme ouvrage, p. 126.
(2) Zavala lui-meme traduit ce temps par ,,habria podido"; voir p. 126, ou il donne
au haut de la page une variante du future imperfefto &. du preterite remote ; c.-a-d. neike
au lieu de neinke, & neikean au lieu de neinkean.
: 9 6
CHAPITRE XIII.
LES VERBES AUX1L1AIRES.
I.
Options preliminaires .
La langue bafque poflede un aflfez grand nombre de verbes ou
de noms verbaux auxiliaires,, beaucoup plus grand qu'on ne Favait
cru, puifqu'elle fe fert pour la conjugaifon de fes verbes,, d'auxi-
liaires des modes, comme le font les langues anglaife, allemande,
hollandaife, &c. (i).
Les verbes auxiliaires font : eduki ,,temY 3 ; eutfi ,,tenir"; ukhen
ou ukan ,, avoir" (tenir?); i-^an ,,etre"; egin ,,,faire"; edin ,^pou-
voir"; e-{an? ; eroan ^emmener'^ joan ^aller 3 ^; ibili Caller 5 '.
Nous croyons les avoir nommes tous. Eduki ou euki correfpond
en tout a ^avoir 3 ^ & efl Tauxiliaire des verbes tranfitifs. I^an eft
Tauxiliaire des verbes intranfitifs. Egin & edin font, furtout de nos
jours, en ufage en bifcai'en. Eroan, en bifcaien, eft 1'auxiliaire des
verbes frequentaiifs tranfitifs , comme Joan Teft des verbes in-
tranfitifs. Eurfi eft fpecialement bifcai'en & nous n'avons trouve
ibili que chez Dechepare & Li^arrague. Eta facrificadore princi-
palac eta fcribac gabilf[an bilha nolatan hura Jinecia~ hatfamanic hil
leqaqueten. ,,,Et les principaux facrificateurs & les fcribes chercherent
comment., Tayant pris par rufe, ils pourraient le tuer'^. vfyfuthaturic
vagabil$a (ba-^abilt^aj ia afpaldi handian (2). , ? Depuis longtemps
vous aliez en changeant (vous changez)".
(i) En efpagnol il y a plus d'auxiliaires qu'en francais : fer, eflar, haber, tener, llevar,
quedar, venir, Salva, p. 164.
(a) Poefies, p. 50.
1 97
Les verbes primicifs reguliers, comme le font tous les auxiliaires,
n'ont que trois modes & deux temps. II fallait done des auxiliaires
pour completer la conjugaifon, & c'eft ainfi que e-{an a ete pris pour
former Fimperatif, le fubjonctif & le potentiei de euki. Nous appe-
lons done e^an un auxiliaire des modes^ puifque, de nos jours, ce
nom verbal eft fpecialement aflecle a cet emploi (i).
Pour pouvoir conjuguer un verbe il faut par confequent connaitre
tous les verbes auxiliaires., & a cet efTet nous avons reconftruit la
conjugaifon de ces noms verbaux, comme elle a du etre primitive-
ment, croyant que c'eft la feule maniere d'arriver a un refultat fatif-
faifant. Le mecanifme de la conjugaifon eft d'une fi grande fimplicite,
qu'on rifque peu de fe tromper; d'ailleurs il refte^ croyons-nous,,
peu de place pour le doute, puifque les flexions des verbes fe font
generalement confervees d'une facon extraordinaire; mais il faut
avouer qu'il y a des noms verbaux bafques, faits exprefTement, dirait-
oiij pour embrouiller Tanalyfe^ tels que i^an & e\an dont la voyelle
initiale n'eft pas^ ou n'eft plus, toujours ftable; enfuite, egin & edin
qui, tous les deux, ont une tendance a perdre la confonne mediale
& a laifTer ein comme theme., foit de 1'un, foit de Tailtre nom verbal.
Mais, meme pour ces deux nom& verbaux, le doute a difparu,
croyons-nous ; il ne refte de Tincertitude que pour les flexions
auxiliaires, de ce qu'on eft convenu d'appeler le fubjonclif, des verbes
intranfitifs, avec un regime indiredl inherent. Cette incertitude eft
caufee plutot par la confufion des flexions que par la difficulte de
les analyfer.
2-
Conjugaifon primitive abfolue de ezan.
Pour le mecanifme de la conjugaifon nous devons renvoyer le
lecieur au chapitre xi, 4.
(i) Les auxiliaires des modes ne font pas inconnus en franais, mais ce n'eft que par
exception que Ton s'en fert: p. ex., je vais alien = j'irai; je viens de voir=j'ai vu.
N DI CAT1F.
me
te
Ha^a
Ha^agu
PRESENT.
le nous
Ga^ak
Ga-^a
vous
Za^at
Za^a
Za^agu
les
Harare Vacate Ga\aie Za^ate Vitiate
1MPARFAIT.
He^adan S^e^an Ze^adan
He^an Ge^akan Hitman
He-^an Ze^an Ge^an Ze\an Zu\an
He-[agun Genevan Ze^agun Ginit^an
Zene\an Ge\a\un Zinir^an
He^aten Ze^aten Ge~aten Ze^aten Zit^afen
POT ENTI E L.
PRESENT.
Hanker "Da^aket Za^aket Vi^aker
Va^akek G^akek Vlr^akek
Ha^ake T^aiake
Hajakegu Vaiakegu
Ga^ake Za^ake T)ir^ake
Ha^akere
Za~akegu 'Dir^akegu
T)ir~ake~u
Ga^akere Za~akete Vir^akere
99
me
te
He^aker
IMPARFAIT.
le nous
vous
Zeiaket
les
Ze^ake Lir^ake
Ge^akek
He^ake Le^ake Ge^ake
He-^akegu Gene-rake
Zene^ake Ge^ake^
He^akete Le^akete Ge\akeie Ze^akete Liqakete
Hit^ake
Lir^ake
Ginii^ake
IMPSRATI F.
N'exifte Eiak
pas.
Ga^ak
N'exifte It^ak
pas.
Toutes ces flexions fe retrouvent chez Dechepare, Li^arrague &
Larramendi.
Le e initial devient a, felon la regie, au prefent de Tindicatif;
ekarri faitdakart ,,je porte"; & e{an fait da^at. Halajinhets e^a^ana (i)
(pour ef-dfffana) ^celui qui ne croit pas' 5 . Hongi egin bada^agu (2)
(pour ba-da^agu) ,,(i nous faifons bien". Cenan iuya hie vayiagac
(bqy-dafak) eure ifterbegida (j) 55 en quoi tu juges ton ennemi".
En guipuzcoan, rimperatif& le fubjon&if ont auffi le a initial.
En bafque,, comme c'eft aufli fouvent le cas en fran^ais,, Timperatif
eft au fond ttndicatif,, & le fubjondlif n'eft autre chofe que Tindicatif
fuivi de la conjonclion n ,,que". On retrouve done dans ces deux
modes Findicatif, qui n'eft plus en ufage aujourd'hui. Uimperatif
avec ,,me" pour objet, eft: naiak, na\a^ 6cc. (4); avec , 3 nous" il
(1) Dechepare, Poeftes, p. 12.
(2) Dechepare, Poeftes, p. 12.
(}) Dechepare, Poefies, p. 60.
(4) Arte, p. 140.
200
eft : gairiak, &c. Chez Larramendi on trouve encore le ,, future
conditional" qui eft le prefent de Findicatif, precede de ba ,,fi":
baa^at, baa^, &c., c'eft-a-dire : ba ha^at, ba ha^a,, &c. ,,fi je le puis"
ou quelle que foit la fignification de e^an. II y a done aflez de temps
pour verifier la forme primitive avec a initial.
Du temps de Ligarrague, le e initial etait aufli tolere; Fauteur
ecrit toutes les flexions avec e, comme cela eft generalement le cas
aujourd'hui, excepte en guipuzcoan. Em baldin err an bade^at ,,& fi je
te dis". 'Baldin iku^ e^pahegat. Jean xm, 8. ,,Si je ne te lave"
fei-ba-heiatj. Jo he^adan ,,que je te frappe", he^ai -f- n.
Inexactitude de notre conjugaifon primitive, reconftruite felon le
precede de la conjugaifon bafque, fe trouve par confequent dou-
blement confirmee; d'abord par les flexions qui fe font encore
confervees chez Ligarrague; enfuite par les flexions compofees ou
derivees qui font en ufage de nos jours. Ceci donne un grand appui
aux cas, tres rares il eft vrai, ou la certitude n'eft pas prouvee d'une
maniere auffi furabondante.
Nous avons donne Fimparfait de Findicatif, fans le n myfterieux ;
neian & non nen^an. Decheparre ecrit deja cet n: Jaun erregek me-pi
nenian (i) ,,le feigneur Roi m'ordonna". Comme la valeur de cet n
eft inconnue, & que beaucoup d'imparfaits ne Font pas, nous avons
cru pouvoir Fomettre, fans vouioir dire que cette lettre n'y fut pas
a Forigine. Rappelons que Fimparfait fans objet ou, comme on fe
le figure, avec la j me pour objet, a le fujet prefixe (2) : n^a/f,.c.-a*-d.
n-eian ,,je-theme"; mais quand Fobjet eft ^me, te, nous, vous,"
c'eft Fobjet qui eft prefixe. He^adan eft forme de h-eia-t-n, objet-
theme-fujet-terminaifon. ^(e^akan eft forme de n-e^a-h-n (5).
Les deux temps du potentiel ont la meme forme que ceux de
Findicatif, fauf la terminaifon ke. Ce qui a ete dit par rapport a Fa
initial, eft egalement applicable a ce mode-ci.
(i) Poefies, p. 58.
(a) Voir ch. xi, 7.
(3) Pour les carafteriftiques des pronoms, voir ch. xi, 3 .
201
?
La conjugaifon abfolue de ezan comme auxiliaire des verbes iranfidfs.
E^an fert., de nos jours,, comme auxiliaire de rimperatif, du
fubjoncYif <3c du potentiel des verbes tranfitifs_, dans tous les dia-
lecles, excepte en bifcai'en.
Puifque le fubjonclif n'eft autre chofe que I'indicatif fuivi de la
conjondtion n 3 ,que" 5 de-{at-\- n a donne deiadcin, apres la mutation
reguliere de t en d. De meme he^at + n fait heiadan, & ne^ak + n
ne^akan <5c ainfi de fuite. II n'y a qu'a appliquer les lois phonetiques^
&,, puifque k medial eft elide,, ne\akan devient na-^aan^ guip., &
ne^ayan, foul. Ce dernier dialede^ comme plufieurs autres, intercale
y pour eviter Thiatus. Nous donnerons d'abord les conjugaifons avec
5 ,,le^ & ,,les" pour objet; enfuite celles avec ,,me, te, nous,
vous" pour objet.
IMPERATIF.
Ce mode eft refte comme il etait a Forigine. Seulement on a
ajoute les 2 mes perf. plur. en remplacement des 2 mes perf. plur.
primitives qui font en ufage pour le fmgulier honorifique. Ces
flexions font: e^ue ou e^me, gulp., lab.^ bn. & e^aqie, foul.
Avec 1'objet pluriel , ? l es " le fouletin dit ei\ak pour it^ak y et^a^u &
(l).
(i) Inchaufpe, Verbe bajque, p. 91.
202
SU BJONCT I F.
PRESENT.
Objet fing. ,,le" Objet piur. ,,les"
-\- n donne de^adan. 'Ditfat -f- n donne dir^adan.
j , de^akan . Vlr^ak -\- n dit^akan .
-j- n ,, de-fan. Vir^a -j- n dit^an.
} j de^agun . 'Dit^agu -j- n , y dlr^agun .
-\- n
,, . n ,,
'Debate -f- n ,, de^aten. Vitiate -|- n dit^aten.
IMPARFAIT.
ZN^e^an -|- /z refte ne^an. C^jt^an -j- n refte nit^an.
Heian-\~n herein > ckc. Hit\an + n hitman y 6cc.
Ces flexions font les memes dans tous les dialectes. II fuffira
d'indiquer les quelques variations qui s'y trouvent.
La 2 me perf. fing. a conferve en labourdin le k, ce qui eft rare :
deiakan; mais, comme d'habitude, le guipuzcoan & le fouletin 1'ont
elide; le premier de ces dialecles a laiflfe fubfifter Fhiatus : de^aan;
le fecond Ta evite en intercalantj'/ de^ayan. On trouve chez Lardi-
zabal (guip.) e^akan. Si cette flexion eft en ufage, elle eft fortement
corrompue; Tobjet d doit preceder le theme au prefent. La 2 me
perf. fing. a toujours ete un point faible des bafquifants efpa-
gnols (i).
Quand de^un eft devenu le fingulier honorifique, on a forme,
pour Je remplacer, de^a^uten } g.^ de\a-{uen, 1. bn. 3 de^aiien, foul. Ce
temps eft refte, comme Ton voit, ce qu'il etait il y a des fiecles, ou
plutot ce qu'il a toujours ete; ou il faudrait admettre que la langue
(i) Voirchap. xi, }.
203
cut change & le theme & fon precede de conjugaifon, ce qui n'eft
guere probable.
L'imparfait eft le meme dans tous les dialecles. Puifque le n de la
terminaifon & la conjondHon n s'affimilent, il n'y a qu'une feule
forme pour Fimparfait dans les deux modes, ou, plus corre<5tement,
puifque le fubjondlif n'exifte pas, Fimparfait fuivi de la conjonclion
n ne change pas de forme. Le n myfterieux qui fe trouve chez De-
chepare (voir 1'exemple cite plus haut), ne s'ecrit plus aujourd'hui ;
tous les dialecles difent ne-^an & non pas nen^an. Seulement les
^mes perfonnes ont, dans les dialecles bafques franc, ais, un / initial
au lieu du ^. Get / a ete confidere par tous les auteurs & grammai-
riens comme etantlefigne diftincftif de la 3 me perf. de Fimparfait du
fubjondif; on dit le-^an pour ^an. Comme Je fubjonclif n'exifte
pas, il y a ici une erreur que nous avons difcutee dans la feconde
partie de notre grammaire, en parlant de Femploi des temps (i).
Puifque tous les dialecles bafques efpagnols ont perdu le h de la
2 me perfonne, he^an eft devenu e-^an; mais on ecrit e\aan> par fauffe
analogic avec d'autres 2 mes perfonnes, ou la chute de FA a laifle
Fhiatus aa (2).
En remplacement des 2 mes perf. plur. en ufage pour le fingulier,
on a forme \ene~\aun, g. 1. bn. & ^ene^e'ii, foul. (2).
En prenant pour nom verbal ikuji ,,vu", nous avons done:
ikufi de-^adan ,,que je le voie 3 ' & ikuji ne-^an ,, que je le vifTe", ikuji
dit^adan ,,que je les voie" & ikuji nit[an ,,que je les viffe".
POTENTIEL.
Le prefent du potentiel de eyan fert comme auxiliaire du prefent
du potentiel des verbes intranfitifs : ikuji de-^aket ,,je puis le voir";
Fimparfait forme Fimparfait: ikuji ne^ake ,Je pouvais voir'\ Ceci
eft la fignification propre de ce dernier temps; mais depuis Larra-
(i) Ch. xxiv, 15.
(a) Chap, xi, j.
204
mendi, a ce qu'il parait, ce temps a change de fignification &,, par
confequent de nom; ikuji ne^alie, que Larramendi traduit encore par
rimparfait, eft traduit de nos jours parle conditionnel ^jepourrais
voir".
Ce changement de fignification s'explique tres bien^ puifque le
potentiel des verbes, qui font en ufage comme auxiliaires, a pris la
place du futur (pref. potent.) & du conditionnel (imparf. potent.);
comp. nuke ,,j 1 aurais"; niniake ou nin^aie ,Je ferais". 3^e-{ake,
comme verbe independant^ non-auxiliaire ,, eft un imparfait du
potentiel; comme verbe auxiliaire, un conditionnel (i).
Tous les dialecles ont conferve la forme primitive^ fauf le a initial,,
qui eft e de nos jours : deipket, de^akek, de^ake y &c. 5 pour le prefent.
Le conditionnel eft: neiake, he^ake, le-^ake, 6cc., & 1'imparfait qu'on
a forme du conditionnel^ en y ajoutant la caracleriftique du paffe.,
eft: ne^kean, he^akean, -{e^akean, &c.
II n'y a qu'a obferver que les dialecles bafques efpagnols n'ont
pas le h initial : eiake & eiakean; & que les dialecles bafques frangais
difent glne^ake & ilne^ake pour geneiake & \ene-{ake.
4.
Conjugaifon avec ,,me, te, nous, vous" pour objet
IMPERAT1F.
guip. lab. foul.
(i) Nous devons renvoyer le lefteur au ch. xn, 4, ou la confufiou produite par la
denomination de ,, conditionnel'' a ete difcutee.
aof
ACCUSATIF ,,te
gulp. lab. foul
Bp
E^ate
ACCUSATIF ,,nOUS
Gait^ak
Gait^ak
Gif{ak
Gait^a
Gaii^ala
Git^ala
Gait^a^u
Gaii^a^ula
Git^a^ula
Gait\aie
Gait^aiela
Git^ela
ACCUSATIF Js nOUS
Zait^ala Zit^ala
Zait^atela Zii^ela
L'imperatif, comme Ton voit, n'eft autre chofe que le prefent de
rindicatif, accompagne en labourdin <5c en fouletin de la conjonclion
la J? que^ : 5\W{fl/fl ,,qiul me' 5 (regarde, voie, batte). La tradudlion
litterale ne peut etre donnee, la fignification primitive de e~^an s'erant
perdue. En admettant que e^an. fignifie ,,pouvoir" (ce qui probable-
ment n'eft pas) naiak, fignifierait : ,,pui(Te-tu me"3 naia ,,qu'il me
puifle", &c.
Les perfonnes du pluriel ont encore la caracleriftique fupplemen-
taire du pluriel it (i). Ga^ak efl devenu gairrjk; ga\a, gaitia, 6cc. La
5 me perf. plur. en fouletin eft fortement corrompue; girfatela pour
galt^atela efl devenu giriela, par fuite de Thabitude de ce dialecle
de confiderer le e comme un figne depluralite; gitiala fing., gir*ela
pluriel.
Nous n'avons pas decouvert, jufqu'a prefent, que Li^arrague fe
ferve de eym comme auxiliaire de Timperatif & du fubjondlif,
quand Fobjet efl ,,me, te, nous, vous 55 . Nous avons done omis de
citer ce dialecte.
(i) Ch, xi, 3.
206
SUBJONCTIF PRESENT.
ACCUSATIF ,,me''.
gulp. fouJ. lab.
ACCUSATIF j,te".
He^adan
cA-^an He^an
i He^agun
,,nous".
Gait~aan Git^ayan Git^akan
Gau\an Git\an
Gaii\aie Gir^en Giii^aien
,,vous" (fmg. honor.).
Zair^adan
Z air an
Zait^agun
Zairiaten
Zitfadan
Zircon
Zit^en
Zer^adan
Zetiagun
Zei^aien
,,vous'* (plur.).
Zaityatedan
Zair^aren
Zairiategun
Zair^aren
Zitfedan
Zityayen
Zir^egun
Zir^eyeii
Zei^atedan
Zet^aregun
Zer^ateyen
20 7
Ces flexions ont fi peu fouffert de mutations phonetiques qu'elles
peuvent prefque fe pafler de commentaire ; du moins celles qui ont
le pronom fingulier pour accufatif. Le guipuzcoan a change la
voyelle initiale, felon la regie, en a. Les flexions avec la 2 me per-
ibnne comme regime ont perdu, comme toujours, le h initial. La
5 me perf. foul. he\en eft la contraction de he^aten. Celles qui ont gu
ou iu pour accufatif demandent une explication. Ondirait que ga^ak
& i^iat auraient pu donner gaiakan, ou apres la chute du k gaiaan,
ou apres fa mutation en y gaiqyan; mais ce n'eft pas le cas; on
trouve gaitiaan, g., gitiayan, f.
Ces flexions font cependant formees tres regulierement. Le pluriel
du pronom-fujet eft indique, en fus du pronom meme, par un
groupe it. Or e^a, dont Tinitiale eft devenue ici a (felon la regie)
avec it intercale, donne ait^a, & precede de g : gairia; & ainfi
gairia + k + n fait gairiukan. En guip. le k aura ete elide comme
dans naiaan & alors gaii^aan (i); en fouletin il a ete converti felon
la regie en y: gh-^ayan. De meme ^at eft devenu iaitiat-{-n ou
g. , ^ir^adan., foul.
IMPARFAIT.
gup.
foul. lab.
l^finr^aten
In^aadan
In^aan Hent\an
In^aagun Henrpgun
In^aaten Hempen
(i) Larramendi ne cite pas cette flexion; mais puifqu'il dcnne naiaan, on peut auITi
admettre gait^aan fans k.
guip.
Gim^aan
208
,,nous".
foul.
Gim\an
lab.
Gim^an
Gim^ai^un
Gim\a:en
Zinnadan
Gim^aren
,,vous" (fmg. honor.).
Zim^adan
Zint^an
Zint^agun
Zint^adan
Zintfan
Zint%agun
Zini\aien
,,vous" (plur.)
Zint\atedan
Zintfaten
Z inflate gun
Zinriaten
Zint~edan
Zim\en
Zinrregun
Zint^ayen
Zint^aiedan
Zim^aien
Zinr^attgun
Zim^ateyen
Comme le n final de limparfait de lindicatif s'affimiie avec la
conjondtion n 3 ,que" du fubjondlif, ces deux temps font les memes.
La feule difference qui pourrait exifler pour nous (mais pas en rea-
lite) entre ces deux temps, c eft le n intercale, le n que nous appelons
myfterieux. Nous ignorons fi primitivement il s'y trouvait. Aufli
haut que nous puifllons remonter il s'y trouve. Dechepare ecrit :
Jaun erregek me\u nen\an & non ne\an. , 3 Le feigneur Roi m'or-
donna 5;> (i). Si nous intercalons le n dans les temps primitifs, ils
correfpondenr, iettre par lettre, avec les imparfaits comme auxiliaires
du fubjondlif; nen\akan eft aujourd'hui nintiakan, g. & 1. & nent^ayan
(avec y pour k elide) en foul. La tendance a prononcer /{ pour -
eft caufe du t qui fe trouve ici & que Dechepare n'ecrivait pas encore,
comme on voit; nen^an & non nent^an. Le guip. iniaadan eft mal
(i) Poefies, p. 58.
209
forme. En reftituant le h initial nous aurons hin^adan. Le fecond a
sy trouvCj par une faufTe analogic avec une flexion telie que
ne~(aan (i). II va fans dire que le a eft de trop dans routes les per-
fonnes de Timparfait guipuzcoan; il fallait in^an, in\agun, in\aien. Les
imparfaits de Tauxiliaire correfpondent fi bien avec la forme pri-
mitive (fauf le n intercale) que route explication ferait fuperflue. Le
fouletin -(int^edan a change machinalement le a de t^a en i\e. Le
guip. montre d'ou vient le e; t^e eft la fyncope de t^ate.
Le potentiel de la conjugaifon fe retrouve dans quelques dialedles
lous fa forme primitive (p. ex. na^akek^ g., 1.), & fert comme auxi-
liaire du potentiel des verbes tranfitifs.
POTENTIEL.
PRESENT.
guip.
foul.
lab.
Hit^aket
Hit^ake
Hit-rake gu
Hit^akeye
Gait^akek
Gaitfake
Gai-^aket^u
Gah^akete
,,nous".
Gii\ake
Gir{ake*fu
Git^akeye
Gaif{akek
Gait^ake
Gait\akete
(i) Voirch. xi, 3,
210
,,vous" (fing. honor.).
guip. foul. lab.
Zait^aket Zit^aket Zait^aket
Zair^ake Zit^ake Zait^ake
Zaitiaguke Zir~[akegu
Zait^akere Zir^akie
,,vous .
Zait^aketet Zit^akiet Zait^akeiet
Generalement toutes ces flexions fe font bien confervees. 11 y a
cependant en fouletin, ce qui femblerait etre plutot des erreurs^ que
des mutations phonetiques. Les flexions avec faccufatif ^me'^ font
regulieres, excepte le t qui s'y trouve; n-e\a-ke-k ne donne pas
net^akek. Mais ce qui ne s'explique pas^ c'eft le i du fouletin nit\ake
pour net^akey tandis que net^akek & get^akek ont e. C'efl d'abord
du defordre ; mais ce qui eft pire, c'efb qu'on eft tente d'y reconnaitre
cette tendance a vouloir rapprocher des conjugaifons ou Ton n'a
vu qu'un feul & meme theme verbal. Ce meme i fe retrouve aufli
en guipuzcoan (voir plus loin le conditionnel).. Comme e\an & i\an
ne different que par I'lnitiale, cette confufion eft deplorable.
CONDITIONNEL.
)3 me"
guip. foul. lab,
211
gulp. foul. lab,
Im^aket Henf{aket
Intake Him^ake
Henr^akegu
Hent^akeye
,,nous".
Ginf[akek Gem^akek
Gim^ake Gem^ake
Gint^at^uke
Gint^akete
,,vous
Zint^aket Zent^aket
Zint^ake Zem\ake
Zim^aguke Zem^akegu
Zini\akeie Zent^akeye
IMPARFA1T.
Ce temps eft forme du conditionnel en y fu-ffixant an.
fait nimiakean, &c.
gup
foul. lab.
Les dialedles bafques frangais pofledent un mode appele ,,votif"
que n'ont pas les dialecfles bafques efpagnols. Ce mode a deux
temps : le prefent & le futur.
212
PRESENT. FUTUR.
cAihu
oAilu
cAikunu
cAi^unu
cAilie
Ces temps font compofes, croyons-nous, de ai pour adi & de nu
pour nuke, &C.., & de ne^a, &c, pour, neiake. Pour ne pas nous
repeter, nous renvoyons le lecteur au i ^ ou ces temps ont ete
difcutes. Les quelques mutations phonetiques n'offrent pas de diffi-
cultes; le g de gene^ake s'eft durci,, felon la regie, apres la voyelle :
aikeneia. Kunu pour gunu efl la forme fouletine pour gendu; on dit
gunuke au lieu de genduke.
Les conjugaifons primitives, relatives, du now. verbal ezan.
L'indicatif de e^an, fuivi de la conjondtion n ,,,que'% fe retrouve
aufli dans les conjugaifons relatives des verbes tranfitifs, comme
auxiliaire du fubjonclif.
Les parties conflituantes des flexions relatives fe fuivent dans
Fordre fuivant : accufatif, theme,, datif, nominatif. Ainfi eian a
donne d-e^a-i-h ^tu-me-theme-le'% ce qui s'ecrit deiadak, puifque
le t devient d, quand fuit un fuffixe^ & que h fe durcit en k (i).
De meme ^je-te-theme-le^ fait d-e^a-h-t ou bien de-^akat. ^Je-vous-
theme-le" fait d-eia-iu-t ou bien deia^ut ; ^je-lui-theme-le'^ fait
d-eia-ho-t, ou bien de-pot ou de^ayoi., puifque le h s 1 elide toujours
dans ce cas-cl, & que y prend fa place poureviter Thiatus.
(i) Voir ch. in & xi, 3.
Ces flexions (nous en citons feulement une de chaque conjugai-
fon), pour fervir d'auxiliaire du fubjonctif, font fuivies de la con-
jonclion n ^que",, & de^adak -|- n donne de^dakan, que nous
retrouvons en guipuzcoan^ avec le k elide, felon Fufage de ce dia-
lecle, comme die^adaan ; & en fouletin avec Ij intercale
Ainfi : eman dieiadayan ^que tu me le donnes".
Veiakat + n devient de^akadan, & de^a^ut -\- n fait
la premiere de ces flexions fe retrouve en labourdin avec le A, en
fouletin avec y: di^aya dan ; p. ex. eman di^ayadan >,que je te le
Puifque le k eft tou jours elide en guipuzcoan , Larramendi cite
die^aadan, mais Lardizabal le corrige & ecrit di-^adakan, ne fe dou-
tant pas^ a ce qu'il parait,, que di^adakan fignifie ,,que tu me le 35 .
Si le k peut fe conferver, il faut qu'il foit a fa place : die^akadan (i).
T^e-^ahot -|- n eft devenu die^ayodan; le A a ete elide dans tous les
dialectes 6c quelques-uns Font remplace par y, pour eviter Thiatus.
Le guipuzcoan dit dio^adan, en pla^ant le datif devant le theme j le
fouletin a di^odan. Toutes ces flexions fe trouveront au complet dans
les conjugaifons qui vont fuivre.
INDICATIF.
PRESENT (datif fingulier).
le a moi.
le a toi.
le a lui.
Ve^akat
"De^ayot
Veiadak
T)e^ayok
Ve^at
Veiak
T)e^ayo
e De\akagu
'De^ayogu
Ve^akate Ve^ayote
(i) Tout prouve qu'on a toujours ignore 1'origine de ces doubles voyelles, ainfi que ce'.le
de la gutturale ; comp. chap, xi, 3.
2I 4
T>e^adak eft forme de d-e\a-i-h ,,tu-me-theme-le". Le i final,
quand fuit une voyelle, devient <f; & le h final fe durcit en k (i).
"De-akat eft forme de d-e^a-h-t , Je-te-theme-le". II eft pofTible que
le h ne foit pas durci en k, mais qu'il ait ete elide : de^acu. Dans ce
cas quelques dialecles auront conferve rhiatus, & d'autres Tauront
evite en intercalant y : "De^ayai. Cependant le labourdin a conferve
le k dans quelques rares flexions.
Tteiayot eft forme de d-e~a-ho-i ,,je-lui-theme-le". Le h ne s'eft
jamais conferve; felon la regie il eft devenu k, ou bien il a ete elide,
& Thiatus a ete evite a Taide dej/ de-^ayot (2).
Nous avons admis ici la mutation de h en k dans de^akar, & non
pas dans daiahot, puifque le k fe trouve,, exceptionnellement il eft vrai,
dans la premiere de ces flexions,, & jamais dans celles qui ont pour
regime indirect }) a lui"., du moins dans le verbe e\an; la mutation en
k fe trouve dans eroan; voir ce verbe.
IMP ARFAIT.
le a moi. ie a toi. le a lui.
He^adan He^qyon
Zeiadan Ze\akan Ze-[ayon
Gene~akan Gene^ayon
Zene^adan Zene^ayon
Ze^akaten Ze^ayoien
L'imparfait eft forme, comme toujours, du nom verbal,, precede
du pronom-fujet <5c fuivi du regime indirect (datif), auquel eft fuffixee
la terminaifon n. He^adan fe compofe de h-e^a-t-n^ & ainfi de fuite.
Le h devenu k dans ne^akan (n-e^a-h-nj peut avoir ete elide : ne~aan,
& remplace parj/ ne^ayan (3). L'/r dans ne^ayon (pour n-eia-ho-ri),
ne fe retrouve pas plus qu'au prefent^ il eft toujours elide, & quel-
quefois 1'hiatus eft evite en intercalant y: ne\ayon.
(1) Voir ch. in.
(2) Voir ch. xi, 3.
(j) Voir ch. xi, j.
le a
moi.
POTENTIEL.
PRESENT.
le a toi.
le a lui.
Verakedak
Tte^ayoke
Tte^ayokegu
Ve^akedare
Ve^akek
"De^akekagu
"De^akekare 'De^ayokete
Ve^akedak eft forme de d-e^a-ke-t-hj avec t convert! en d, & le h
final durci en k. Les autres flexions s'expliquent d'elles-memes.
Veiakekat ell forme de d-e^a-he-h-i, & de^akek de d-e^a-ke-h. Le h
final de de^akeh a du fe durcir en k: de^akek; mais le h de de^akehat a
pu fe convertir en k ou bien etre elide. Ce dernier cas eft plus pro-
bable & a donne en effet en fouletin de^akeyat; ou bien de^akear.
Tteiakoket eft forme de d-e^a-ho-ke-t. Puifque nous croyons que
ko, qui eft aufli o ouyo, derive de hau (i),, il eft plus probable que la
forme primitive etait de^ayoket, <5cc. La fyllabe he peut avoir precede
le datif. Li9arrague ecrit^ Matt, in, 9. : diegaqueo ce que nous ecri-
rions
lea
moi.
1MPARFAIT.
le a toi.
le a lui.
He^aket
He^akeyo
Le^aket
Le^akek
Le^akeyo
Gene^akek
Gene^akeyo
Zene^aket
Zene~(akeyo
Le^akete
Le^aiekek
Leakey ore
(i) Voir ch. xi, j .
2l6
Nous avons applique la loi phonetique aux flexions ,,lc a lui";
comparez celles du prefent.
He^aket eft forme de h-e-{a-ke-t.
^e^akek eft forme de n-e^a-ke-h.
II ferait pofTible que ke fut place a la fin de la flexion 3 ce qui
ferait h-e^a-t-ke ou bien he^adake, & ainfi de fuite : Le^adake, ^ene-
^adake, leiadakeie. De meme ne^ahake ou ne^ayake de n-e^a-h-ke &
ne-[ayoke de n-e^a-yo-ke .
INDICATIF.
PRESENT (datif pluriel).
le a nous. le a vous. le a eux.
Ve^ajotet
T)e^ayote
Ve^aguie e De^ai^ute Ve^ayorere
eft forme de d-e^a-gu-h; le h final durci en k, <5c ainfi
de fuite.
Veia-(ut eft forme de d-e^a-iu-i.
Ve^ayotet eft forme de d-eia-ho-te-i. Comp. les flexions ,,,le a lui".
Comme ho eft pour hau (i), il eft probable que la forme primi-
tive etait delay otet avec y, comme on le trouve chez Li^arrague.,
Matt, xxi,, 41 , dietioyoien 5 ,que il les a lui".
1MPARFAIT.
le a nous. le a vous. le a eux.
(i) Voir ch. xi,
le a nous.
2I 7
le a vous.
Gene^a^
un
le a eux.
Ze^ayoten
Gene-^ayoten
Zene\ayoien
Zeyayoteten
Comparez les imparfaits avec les datifs finguliers.
devienr, felon les lois phonetiques, ne^ayoten.
Zene^agun
POTENTIEL.
PRESENT.
'De^akeyotet
TDe^akeyote
Ve^akejoregu
Veyakepite T^e^aheyoieie
Ces flexions font exaclement formees comme celles avec le datif
fmgulier, feulement la caracleriilique du pluriel s'y trouve ajoutee.
II faudraic ecrire : de^akiotet; keyo = kto. Ligarrague ecrit diegaqueola
,,que il a lui". II a elide la lettre que y remplace^ keo eft pour keyo,
qui eft pour ke-yo pour ke-ho.
le a nous.
IMPARFA1T.
le a vous.
le a eux.
He^akegu
He^akeyoie
Le^akegu
Leiakeiu
Le^akeyore
Gene^ake^u
Geneva keyote
Zene^akegu
Zene^akeyote
Le^akegure
Ze^ake^ute
Le-^akeyote
2l8
La place de ke peutetre egalement bien a la fin; p. ex.
ke. Surtout avec la 5' ne perfonne au datif, il y a toujours de
Tincertitude.
Pour ne pas trop nous repeter, nous renvoyons le ledleur a la
conjugaifon de Tauxiliaire eroan, 34, ou fe trouve 1'auxiliaire au
complet; eroan pour Tindicatif; e^an pour le fubjoncltif & ie potentiel.
Le fubjoncltif n'etant autre chofe que Findicattf fuivi de la conjonc-
tion n, il faut y retrouver les memes flexions que nous venons de
reconftruire ici, fuivies de la conjonction n 53 que"; p. ex. default eft,
co mine nous venons de le voir ,,je-vous-theme-le' ? . Le fubjonclif
de 1'auxiliaire doit, par confequent, etre d-e^a-^u-t + n ou
ce qui efl exadlement la forme acluelle. Et ainfi de Ante.
6.
Adin ou edin ^pouvoir" connne auxiliaire.
Nous pla^ons en tete de ce paragraphe les deux formes adin 6c
edin; la premiere efl la feule connue^ & edin eft., felon nous, la feule
forme correcte.
La voyelle initiale des themes verbaux devient generalement a
dans le prefent5 mais elle fe maintient a Fimparfait & dans Timpe-
ratif (i). Egon fait nzgo , Je refte"; nengoan ,Je reftais^ & bego
5 ,refte". Etorri fait nawr ,,}e viens'% newrren ,,je venais" & betor
,,viens". Or, comme Timparfait de edin eft nendin 5c Timperatif
bediy nous en concluons que le theme verbal eft edin.
La feule chute du d, fait fi frequent en bafque (2), a rendu edin
meconnaiflable dans fes flexions, & on ne s'eft pas apercu :
i Que edin a conferve fa fignification comme verbe in dependant,
comme non-auxiiiaire 5
(1) Voir ch. xi, 4.
(2) Le nom verbal aditu eft aitu en bifcaien. Bidjldu = bialdti. Biar dot fe prononce en
bifcaien biot. Comparer furtout les flexions du verbe ihotji: bin off at, &c., pour badihotfat.
Le a & le d ont etc fupprimes. Voir Dift., p. 408.
219
2 Que edin fe retrouve dans les flexions du potential, ce que fa
iignification de ,,pouvoir" explique.
Le dialecle bifcaien eft le feui, autant que nous fachions, qui ait
conferve 1'emploi de edin, comme verbe independant. Zavala cite
1'exemple fuivant, & fans fe rendre compte de la valeur du verbe,
comme cela reffort de la demonftration de tout fon verbe. Ainfi :
Gu-[tia daian Taungoikoa (i). ,,Le Seigneur qui peut tout" . Or, daian
eft la 3 me perfonne du fmgulier du prefent de rindicatif dai pour
dadi ,,ii peut" avec le relatif n ,,que".
Deja du temps de Licarrague, de Dechepare, &c., edin n'eft plus
qu'un auxiliaire, non pas d'un mode fpecial (potentiel) mais de toute
la conjugaifon. Si fa fignification primitive s'eft abforbee dans celle
d'un auxiliaire, fa forme, au contraire, s'eft mieux confervee en bas-
navarrais <3c en fouletin. 'Bainabaldingatiague^aibadadi. Marcix, ^o.
, 3 Mais fi le fel s'afTadit". Guegat ba-dadi. Ecin dadit nic neure buru^
deus. Jean v, 30. ,,Je ne puis rien de moi-meme". E^in avec Tauxi-
liaire dur ,J'ai" correfpond a ^je ne puis pas". 11 faut done que
dadit ,,je puis" ne foit confidere par Li^arrague que comme auxi-
liaire, tout comme dans 1'autre exemple que nous citons. "Bekha-
naan hil dadina. Dechepare, Poefies,, p. 12. ,,Celui qui meurt dans
le peche". *Dadi ,,ilpeut"; dadin ,,qui peut"; dadina ,,lui on celui
qui peut". Ici dadina eft purement auxiliaire, il a perdu fa fignifi-
cation de ,,pouvoir".
Edin , en bafque, comme ,,,pouvoir" en francai? , peut etre
accompagne de verbes tranfitifs & intranfitifs; mais puifque la
langue bafque poffede une conjugaifon pour les verbes tranfitifs &
une autre pour les verbes intranfitifs (du moins au prefent), edin fe
conjugue, felon le cas, de Tune & de Fautre maniere, dadit ,,je
puis" tranfitif, d-adi-t ,,je-puis-le" en lifant a rebours. &adi ,,je
puis" n-adi. Faute d'avoir reconnu la fignification de edin (2), auffi
bien que la formation des flexions, on trouve quelquefois quatre
flexions pour une (3); p. ex. hel naite, ou naireke, ou nitake, ou
(i) Verbo vafc., page 31, n* 39.
(a) M. Inchaufpe dit, Verbe bafque, p. 79 : dadin - def an , feuls, point de fignification.
(|) Malgre" cela M. Inchaufpe dit : ,,Le verbe bafque dans la variete" de fes formes
determine les temps avec une admirable precifion". Meme ouvrage, p. 4.
220
nadi ,,)e peux ou je pourrais arriver" (i). Dans une note au bas de la
page 410 on lit que ^les terminatifs nadi, hadi, dadi, dec., ne font
ufites que precedes de ba ,,(1" : jin banadi ,,{i je puis venir".
Ceci eft aufll le cas pour e\an. Le prefent de rindicatif deiat, &c. 3
n'eft plus en ufage que precede de ba : bade^atj tant en guipuzcoan
(Larramendi) qu'en bas-navarrais (Liarrague). On voit done que
nadi eft le prefent de Findicatif ,Je puis" (& ba-nadi ,,fi jc puis")
dans toute fapurete, <3c on ne s'en etait pas aperfu. Voila ou mene
la theorie des terminatifs. Larramendi traduit i^an banadi par: fi yo
fuere; fuere eft le futur du fubjondlif, temps qui n'exifte pas en
fran^ais, & qui equivaut quelquefois^ en efpagnol, au prefent de
Tindicatif (2) ; ici nadi eft auxiliaire.
Zavala (3) nomme ce temps ^prefente condicionado de fubjun-
tivo"; p. ex. farm badedi (= badadi bn.), con tal que entre o fi entra.
L'auteur traduit cette phrafe par ,,a condition qu'il entre' ' ou ^s'il
entre" (fubj.), evidemment parce que Tefpagnol n'a pas d'autre
mode pour Texprimer 5 mais fan u badedi fignifie plus, & ne devrait
pas etre nomme au nombre des temps du fubjonclif, puifque ce
mode, en bafque, fe reconnait toujours a la conjondltion n
qui fuit la flexion. Nous reparlerons de ces temps.
7-
La conjugaif on primitive de edin
FORME INTRANSITIVE.
Pour reconftruire s temps de cette conjugaifon, il n'y a qu'a
appliquer le precede a A pte pour conjuguer les verbes reguliers
intranfitifs (4).
(1) Meme ouvage, p. 4 o.
(2) Salva, Gram., p. 185.
(3) Verio vafc., p. 148.
(4) Chap, xi, S- IL
221
Hadi
T)adi
1 N DI CAT IF.
PRESENT.
forme de n-edi
h-edi
d-edi
d-edi~i
IMPARFAIT.
ZK^edian forme de n-edi-an
Median h-edi-an
Edian edi-an
Gedi^an g-edi-^an
edi-^an
POTENTJEL.
PRESENT.
forme de n-edi-ke
Hadike
Vadike
Gadike
Zadike
Vaditeke
IMPARFAIT.
tN^edike forme de n-edi-ke
Hedike
Ledike
Gedike
Zedike
Lediieke
Nous examinerons d'abord la conjugaifon pure & fimple, fans
regime aucun.
Les quatre temps primitifs, qui fe retrouvent tous, expliqueront
toute la conjugaifon.
8.
La conjugaifon de edin comme auxiliaire.
Edin eft de nos jours un nom verbal auxiliaire des modes, dans
tous les dialectes; il fert a former Timperatif, le fubjondKf & le
potentiel des verbes intranfmfs & du verbe i^an ,,etre".
222
Les deux temps de rindicatif, fuivis de la conjondlion n
fervent a former le prefent <3c 1'imparfait du fubjoncflif. AmCinadi -f- n
donne nadin, <3c nendian-}-n reile nendian, & aujourd'hui nendin.
/{tf/z nadin 5 ,que je fois". I^an nendin ^que je fuffe". Etorri nadin.
Le potentiel de edin forme le potentiel des verbes intranfitifs dans
tous les dialecles.
Nous continuerons a nous fervir du terme de fubjonclif, puifque
les flexions ne font connues aujourd'hui que comme appartenant a
ce mode.
bifc.
guip,
SUBJONCTIF.
lab.
foul.
bn.
oAdin
cAdin
t^adin
Hadin
S^adin
Hadin
tffydin
cAdin
Vedin
Vedin
Vadin
Vadin
Vadin
Gadi^an
Zadi^an
Gaite^en
Zaite^en
Gait en
Zaiten
V ait en
Gidan
Zidan
Vidan
Gaite^en
Zaite^en
Viteten
Si le diaiede bifcaien avait conferve dadin a la 3 me perfonne^
comme les dialedles bafques francais^ il n'y aurait pas eu une lettre
de changee de la forme primitive.
Le figne de pluralite efl i en bifcaien,, & t en labourdin,, bas-
navarrais 6c fouletin. G-adi-y-n, bifc.5 g-adi-t-n, lab. Le guipuzcoan
parait les avoir pris tous les deux : g-adi-t-^-n.
La 5 me perf. plur. efl toujours formee de la 3 me perf. du fingu-
lier; dedin aurait du faire dediten; mais ici,, probablement par ana-
logic avec les autres perfonnes du pluriel (gairqen, faiteyenj, on
trouve dite^en. Le labourdin daiten eft la forme primitive^ moins le
d, qui fe perd tres fouvent dans ce verbe.
Le dialecte fouletin a fortement fouffert au pluriel.
Les 2 lues perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fmgulier
>
onorifique,, on a forme: ^adi^en, b. } ^aiteiren, lab. bn. & guip._,
iteyen, foul. La flexion laite^ren contient done aujourd'hui trois fois
* figne de pluralite t, i & r.
Le lab. a encore la variance liten, plur. & -{ite^ien, plur. du pluriel.
Le bifcaien change a en <?; ^adi^an devient ^ad^en, difference
admife^ mais conventionnelle; ^adi^en eft pour ^adi^aten. Zavala croit
que cette mutation forme le pluriel 3 c'efl au contraire le /,, qui a
ete elide,, qui forme le pluriel. Cette mutation de a en e ne fignifie
rien du tout 5 mais dans toute la conjugaifon elle a ete acceptee
comme indiquant les formes fingulieres & plurielles de la flexion 5
a & e ne font que des lettres de liaifon.
Dechepare introduit fouvent un i (y) dans la flexion : daydi pour
dadi; naydi pour nadi, voir fes Poefies,, p. 44 & 45% ou Ton trouve
auffi diroyte pour diroie, particularite qui nous parait n'avoir aucune
importance. Chez Li^arrague on trouve auffi quelquefois cet /, fans
aucune raifon apparente jufqu'ici.
9-
Imp ar fait.
L'imparfait de Tindicatif fert aujourd'hui a former Timparfait du
fubjondlif Comme la conjonclion ,,que 3 ^ eft n & que la termination
de Timparfait eft an, il y a eu affimilation & nedian -(- n refle nedian.
V^edian fe retrouve feulement^ comme nous verrons plus tard,, dans
la conjugaifon tranfitive de edin (voir 16)^ apres avoir perdu le d:
neian. Dans la conjugaifon in tranfitive,, celle qui nous occupe main-
tenant, nedian a pris le n myfterieux,, que nous n'avons pas donne a
notre imparfait primitif, fans vouloir decider s'il ne devrait pas s'y
trouver; nedian eft devenu nendian <5c a perdu en outre le a de la
terminaifon : nendin.
224
bifc.
&{jndin
Endin
guip.
S^endin
Endin
bn.
ZN^endin
Endin
foul.
U^endin
Hendin
lab.
^indadi
Hendadin
Zedin
Zedin
Zedin
Ledin
Zadin
Gendi^an
Zendin
Zedi^an
Ginde^en
Zinde^en
Ziteien
Gimeen
Zime^en
Gintian
Zintian
Lilian
Gime^en
Zime^en
Ziteien
II y a a remarquer ici que le bifcaien a adopte le i initial a la
jme perfonne,, ce que d'habitude il ne fait pas., & que ce ^ eft / dans
les dialecles bafques francais, quand ce temps correfpond a rim-
parfait du fubjondtif fran^ais. Get ufage,, aflez bizarre^ de diflin-
guer une feule perfonne dans un temps eft bafe_, croyons-nous^ fur
une erreur; nous avons examine cette queilion dans la fyntaxe^
ch. xxn^ iy. Les 3 mes perfonnes plurielles font formees felon la
methode bifcaienne, au moyen de ^, excepte en foul, oil lirian eil
une forme irreguliere. Le d radical efl devenu t, excepte en bifcaien.
La i re & la 2 me perfonne du fingulier., en labourdin,, ne s'expliquent
pas bien^ elies font mal formees; la fyllabe da dans nindadin efl
de trop.
Qijand la 2 me perf. plur. a ete employee comme un fingulier
honorifique, on a forme -{endiien, b.,, -[endeiien., g.., ^indeiiten, bn.,
limey 'en , ., finteiten, lab.
10.
Loptaiif ou poiemiel de edin comme auxiliaire du potemiel imranfitif.
CONJUGAISON ABSOLUE.
PRESENT.
bifc. foul. lab. g u ip-
&(aite ou ^itake ^aiteke V^aiteke
Haite Hitake Haiteke cAiteke
bifc. foul. lab. g u ip- bn.
TWr<? Vaiteke Vaireke Vaiteke
Gaiie Gitake Gaiieke Gaite^ke
Zaire Zirake Zaiteke Zaite~[ke Zaiieke
Vitake Vaite^ke Vaiteke
En comparant ce temps avec le prefent du potentiel primitif, on
verra que la terminaifon, au lieu d'etre ke eft teke, ou (implement te.
II eft tres probable que ce ne font que des variantes ; i t eft le
reprefentant de k; 2 te & ke ont la meme fignification dans les
futurs de i^an & de eduki: ni^ate ,,je ferai" & duket ,,j'aurai", 3 le
temps que Ton eft convenu d'appeler le prefent du conditionnel eft
toujours indique par ke ; 4 les terminaifons te & ke fe trouvent dans
la meme flexion <3c, par confequent, il n'eft guere poflible d'ad-
mettre que te & ke expriment deux idees diflferentes. Mais le meilleur
argument c'eft que ce temps fe retrouve en bifcaien avec ke pour
terminaifon, & precede de ba: banadike ou banaiteke, &c.; temps
que Zavala nomme ,,futuro condicionado del prefente de fujun-
tivo" (i). Cette flexion ou ce temps, dont nous parlerons plus
tard, a conferve le d du theme, fla-nadike eft done la forme pure &
primitive : ,,fi je pourrais".
Le t a remplace le k d'autrefois, & il parait que ce n'eft pas feule-
ment la forme, mais la fignification qui a egalement faibli; plufieurs
dialectes ont ajoute les deux terminaifons te & ke.
Le dialecle guipuzcoan (2) a une variante aux 3 mes perfonnes,
diteke , fing., ditefaj plur. La premiere fe trouve chez Axular, qui
ecrit diteke & dateke fur la meme page : 'Bada e^in hil diteke gai^ki^
ongi biii ifatu dena, p. 76, n. ed. ,,Or, il ne peut mourirmal, celui
qui a bien vecu". Meme page: E^in datekeyen gau\a dejirat^en du.
,,11 defire chofe qui ne fe peut (impoflible)" . Dechepare ecrit en-
(i) Verio vafc., p. 150. L'auteur traduit/arfu banadike par: con tal que entre ,,fuppofe
que j'entre"; tradudion qui n'eft ni litterale, ni exa&e; fartu banadike fignifie ,,fi je
pourrais entrer, ou, en fran?ais, fi je pouvais entrer".
(a) Larramendi, Arte, p. 227.
T /-
226
core daiteye avec y pour k elide, felon i'habitude fouletine. Voir
I'introducTion de fes Poefies : dayreyela. Axular ecrit aufli cet y pour
eviter I'hiatus ee : datekeen de dateke -f- n, relatif.
Les 2 mes peribnnes etant en ufage pour le fingulier honorifique,
on a forme -{aite-^e, b., ^aite^ke 9 g., -[aiteke, 1. , Daiteye & fitakeye, foul.,
-{aite^kete y bn. Match, x, 19.
Nous avons deja parle, 6, du temps que Zavala nomme ,,pre-
fente condicionado de fubjuntivo" : banadi, &c., qu'il traduit par
le prefent du fubjoncflif : p. ex. farm badedi, con tal que el eritre.
Nous avons vu auffi que ce temps n'appartient pas au fubjondif; la
conjondtion ,,que" n'efl pas exprimee. Zavala donne comme va-
riante de ce temps : banaite, baaite, badaite, &c. Bien que ces flexions
puiiTent etre confiderees, de nos jours peut-etre, comme ayant la
meme fignification, il n'en efl pas moins certain,, croyons-nous, que
cela n'efh pas le cas.
"Banaitey &c.^ efl le prefent de Toptatif avec le au lieu de ke, &
donne a la phrafe un fens different. Uoptarif, comme auxiliaire, a
pris la fignification du futur (& du conditionnel).
TZanaite efl par confequent,, felon nous (quel que foit Fufage qu'on
faffe de ce temps), une variante de banadike. La richefTe tant van-
tee du verbe bafque n'a meme pas ete fentie ici^ a ce qu'il nous
femble^ &les deux temps banaite, &c. 5 & banadi, &c._, doivent etre
tenus fepares, & ont chacun leur fignification propre 5 banadi appar-
tient a 1'indicatif & banadike, avec fa" variante banaite, appartient a
Toptatif, au mode du doute. Tous ces temps (felon Zavala,, trois;
felon nous, deux) font rendus , par Zavala, par le prefent du
fubjoncflif.
IL
Le conditionnel du potenriel.
L'imparfait de 1'optatif ou potentiel primitif fert comme auxiliaire
de Timparfait, aujourd'hui conditionnel, du potentiel : ifan nindeke, g.
22 7
,,,je pourrais etre". Ce temps qui fe termine en te ou teke, comme
le prefent du potentiel, a une petite irregularite dans la forme de fes
flexions; le n final de edin s'eft conferve devant la terminaifon.
V^edin + te, apres la chute du d fait neinte. Puifque n & t font des
lettres incompatibles, l'/i aurait du etre elide (ce qui a lieu fans cela
avec le n final de tous les noms verbaux) ou bien le t aurait du etre
converti en d. Le guipuzcoan eft le feul dialecle qui ait obferve cette
regie & qui dife nindeke pour ninteke ou neinteke.
bifc.
guip.
lab.
foul.
bn. (Salaberry)
tN^einteke
Einteke
V^indeke
Indeke
^einteke
Heinteke
tN^einteke
Heinteke
t^indaitfke
Hindaiteke
Leireke
Liteke
Laheke
Leiieke
Lai t eke
Gintekei
Zeintekei
Leirekei
Ginde^ke
Zinde^ke
Liteike
Ginte^ke
Zinteike
Lite~[ke
Gin take
Zintake
Litake
Gindaiiteke
Zindaiiteke
Lai^teke
Le bn. nindaiteke s'explique par Timparfait labourdin nindadin.
U^indadin -|- teke peut devenir nindaiteke; mais 1'imparfait labourdin
ne s'explique pas.
Le bifcaien (i)^ le fouletin (2) & le bas-navarrais (3) ont la variante
fans ke. Le fouletin a meme une troifieme variante, a peu pres
comme le bas-navarrais : I nintake, 2 hintake y 3 51 gintake,
2 ^intake, 3 litake. Pour Zavala ce font des temps diflferents. En fou-
letin on les confidere comme des variantes, & c'eft ce qu'elles font
en effet. En fouletin la ferie des perfonnes n'eft pas meme complete.
Nous les faifons fuivre puifqu'elles font tres intereffantes, comme
formes intermediates qui relient un dialede a 1'autre.
(1) Zavala, Verbo vafc., p. 158, n" 1^9.
(2) Inchaufpe, Verbe bafque , p. 401.
(3) Lifarrague, Ep. ded. Accufa ahal neinde. ,,Je pourrais <tre accufe".
228
TROIS
VARIANTES SOULETINES.
ZN^einte
V^einteke
ZNj.ntah
Heime
Himake
Leire
Leiteke
Gime
Gintake
Zinte
Zintake
Lite
Li take
Ces trois variances font rendues par le prefent du conditionnel
ou par le conditionnel du potentiel, evidemment felon que Ton a
confidere ce temps comme primitif, c.-a-d. comme imparfait (ou
conditionnel) du potentiel; hel neime ou neimeke ou ninrake ,,je
pouvais, ou aujourd'hui, je pourrais arriver"; ou bien comme auxi-
liaire, &, dans ce cas-la, Timparfait du potentiel etant devenu notre
prefent du conditionnei acluel^ il faut traduire hel neime par ,J'ar-
riverais".
Zavala voit dans le temps en te un 33 prefente imperfeclo 3 ' qu'il
traduit par ,,,podria" o ^podra 5 ^ dans le temps en teke un 5 , future
remote e imperfeclo" qu'il traduit par ^pudiera^ o ^podra". Cette
difference de fignification eft peut-etre admife, mais nous croyons
avoir prouve qu'elle eft tout-a-fait conventionnelle , & qu'elle n'eft
bafee que fur une erreur.
TABLEAU DU POTENTIEL INTRANSITIF SELON ZAVALA.
Selon Zavala., tous les modes du verbe bafque font fcindes avec
une etonnante regularite en temps parfaits & temps imparfaits,
fubdivifes en deux temps & quatre temps ; deux parfaits, & quatre
imparfaits(i) :
(i) Verbo vafc., p. 155.
22 9
PRESE NTE F1S1CO.
Erre naite, puedo quemar ,Je puis bruler".
PRESENTE MORAL, FUTURO PROXIMO.
Erre naiieke, puedo quemar ,Je puis bruler".
PRESENTE IMI'tRFECTO.
Erre neinte, puedo, podre o pudiera quemar ,,je puis, je pourrai,
je pourrais bruler".
FUTURO 1MPERFECTO.
Erre neimehe, puedo, podre o podria quemar ,,je puis, je pourrai,
je pourrais bruler".
PRETER1TO IMPERFECTO.
Erre neintean, podia o podria quemar ,,je pouvais ou je pourrais
bruler".
I'RETERITO REMOTO.
Erreneintekean, pude o habria podido quemar ,Je pus ou je pour-
rais b ruler".
Ces fix temps etant des variances, ie reduilent done a trois :
naite = naiieke; neime = neimeke ; neintean = neimekean. Etymologi-
quement,, nous croyons notre theorie fondee 5 mais meme 1'ufage
ne nous femble pas avoir pu admettre une telle confufion dans la
fignification des temps 5 la langue bafque eft plus precife que cela;
un temps qui exprimerait a la fois le prefent, le futur & le condi-
tionnel n'efl guere admiflible. La formation des temps & des
flexions etait inconnue a Zavalaj il a coordonne le verbe, mais
il ne Ta pas analyfe. Ceci explique en partie cette confufion,
230
qui a etc prife quelquefois pour de la profondeur,, puifqu'on
n'etait pas en etat de verifier fi Zavala avait tort ou bien s'il avait
raifon.
Nous avons cite le bn. felon Salaberry (i). Chez Licarrague, nous
n'avons encore trouve que la i re perf. neinde (2) pour neime avec
mutation de t en d apres n; la J me leite- enegana hel ahal leitela (3).
^qu'elle put (pourrait) venir vers moi"$ la 2 me perf. du plur.
leindeite; & encore Matth. xxiv, 43, leiten ,,qui pourrait". Deche-
pare convertit le t en d: cdndria min^a albaycinde de al-ba-yinde(j).
jjMademoifelle fi vous pouviez parler"...
12.
11 imp ar fait.
L'imparfait du potentiel actuel eft forme de 1'imparfait du potentiel
primitif, devenu conditionnel du potentiel de nos jours, en y fuffi-
xant la caradleriftique de 1'imparfait an; nendike a donne nendikean.
bn.
bifc.
guip.
lab.
foul.
t^endikean
Endiken
ZNjndekean
Indekean
^(jnteken
Hinteken
f^eintdkian
Heimakian
Zedikean
Litekean
Ziieken
Zaitakian
Gendike^an
Zendikean
Zedike^an
Ginde^kean
Zinde^kean
Lireikean
Gime^ken
Zinte^ken
Ziteyken
Gintakian
Zintaken
Zitaken
Ce temps fert a former Timparfait du potentiel dans tous les
dialecles : etorri nindekean )} JQ pouvais venir"; excepte en bifcaien.
(1) Vocabulaire.
(2) Epitre dedicatoire.
(3) Poefus, p. 52, ed. 1847.
Zavala range ce temps (nendikean, &c.), au nombre de ceux du fub-
jonclif &le nomme ,, future del preterito imperfeclo defujuntivo"(i),
& ii le rend par Timparfait du fubjonclif en ,,fe"; Fimparfait du
fubjonclif francais en 5 ,flTe". En bifcaien, felon Zavala (2), ttmpar-
faitdu potentiel eft rendu par neimean, &c., & traduit parpodria o
podia (pourrais ou pouvais), & appele ,,preterito imperfeclo".
Ce neimean eft la meme flexion que nendikean, feulement la termi-
naifon eft te au lieu de ke, <3c le d radical s'eft perdu. Cette variante
le retrouve auffi dans le dialecle fouletin, qui poflede les trois va-
riantes neimean, &c., neintekean, &c. , & nimakian, mais elles expriment
toutes Fimparfait du potentiel.
On voit la confufion produite en bifcaien par la perte de la veri-
table fignification des flexions; car nous voulons admettre, pour le
moment, que Zavala ait raifon en donnant les flexions nadin, &c.,
& naiiean comme des variantes dans le dialecle bifcaien ; mais il va
fans dire qu' elles ont eu une fignification differente. II ne donne
aucun exemple de naitean, &c., au lieu de nadin. Mais ce qui eft une
erreur de Zavala (3), c'eft quand il dit que ces flexions du fubjonclif
prefent, quand elles font regies par un autre verbe, deviennent nadila
& naidala. Ces flexions, c'eft-a-dire nadin, &c., appartiennent au
fubjonclif, parce qu' elles font fuivies de n ,,que". Du moment qu'on
leur ote le n, elles ne font plus du fubjonclif. Dans Texemple qu'il
cite : Egiiu . . . bi-$i nadila, & qu'il traduit, a tort, croyons-nous, par :
haced vos... que viva, nadila eft le prefent de Tindicatif, nadi ,,je
puis" fuivi de la conjonclion la ,,que"; & nadila fe rend en fran-
$ais & en efpagnol par ie fubjonclif 3 ,que je puifiV 3 . II fallait done
,,que je puiflfe vivre 5;> ; & nadila n'a rien a faire avec nadin; Tun ne
devient pas Tautre.
(i) Verbo . vo/c., p. 153.
(a) Ouvrage cite, p. 160.
(j) Verbo vafc., p. 28, n" 17.
Limptrarif.
L'imperatif de edin fert a former Timperatif des verbes intranfitifs,,
& eft refte comme ii etait primitivement : i-{an adi ou kadi ^fois";
ifan bedi ^qu'il foit; eiorri adi ^viens"; eiorri bedi ,,qu'il vienne'% ckc.
La 2 me perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique, on
a forme -icdtene de
14-
Le votif.
Les dialecles bafques fran^ais pofledent un mode qui a ete appele
,,votif". Les flexions correfpondent au frangais ,,veuille" fuivi du
temps du verbe qu'il s'agit d'employer. Ce mode a deux temps (i):
PRESENT. FUTUR.
cAinendi
cAihendi
cAikina cAiginte
cAiriina cAi^inte
cAHite oAiliie
Nous avons propofe ailleurs (2) de confiderer ces temps comme
etant compofes de ai (pour adi)-nint^ & ai-nendi.
(1) Inchaufpe, Verbe bqf<pie,p.
(2) Etude fur les verbes Mixiiijir
oAi pour adi pourrait avoir pris la valeur (Tun imperatif ,,puifle" &
plutot en fran^ais ,,veuihVYj ai-nimi fignifierait alors : ^veuille
que je fuffe'% c'eft-a-dire : ^puiffe-je". &Qmi eft la flexion fynco-
pee pour nimiake, imparfait de 1'optatif (aujourd'hui conditionnel)
de i^an.
Le futur eft exprime par ai-nendi pour nendin, ou,, ce qui eft
plus probable j nendi eft pour nendike, ^veuille que je ferai" ou en
fran^ais ,,que je fois". L'optatif convient mieux pour exprimer un
votif que I'indicatif; & de plus la 3 me perf. eft ailedi; or, ledi appar-
tient a Foptatif. La chute de In de Timparfait eft un fait tres excep-
tionnel; la chute de ke de 1'optatif eft un fait tres commun dans tous
les dialecles.
Les conjugaifons relatives de edin.
FORME INTRANSITIVE.
Julqu'a prefent nous n'avons pas retrouve les conjugaifons rela-
tives, intranfitives de edin. Puifque les verbes reguliers intranfitifs
pofledent ces conjugaifonSj p. ex. egon fait nago ,,}e refte 33 6c
nagokak }) }Q refte a toi 5 % on pourrait s'attendre a ce que nadi
y Je puis" devienne nadik 3 ,}e puis a toi 53 ; nadi^u 5 Je puis a vous >? ;
nadio ou nadiyo 5 Je puis a lui'% 6c ainfi de fuite. Comme edin eft
Fauxtliaire de ce que Ton eft convenu d'appeler le fubjonctif de i\an
& de tous les autres verbes intranfmfs_, on aurait pu s'attendre en-
core a trouver edin egalement comme auxiliaire quand i^an, ou un
de ces autres verbes, doivent exprimer un regime indirect; mais ceci
n'eft pas le cas, comme nous verrons, en parlant du verbe i^an.
Nous n'avons pas encore trouve rii nadik, ni nadi-pi, ni aucune autre
flexion avec le regime indirect.
234
i6.
La conjugaifon primitive de edin.
FORME TRANSITIVE.
Pour le mecanifme de la conjugaifon des verbes reguliers tranfitifs,
voir chapitre xi } f .
PRESENT.
Vadit
Vadik
Vadi
Ttadigu
Vadi-^u
Vadire
1ND1CAT1F.
1MPARFAIT.
Hedian
Edian
Gedian
Zedian
E dial en
OPTATIF,
PRESENT.
Vadiket
Vadikek
Vadike
Ttadikegu
Uadikete
1MPERAT1F.
o4di
Vedi
Zaire
IMP ARFAIT.
Hedike
Ledike
Gedike
Zedike
Ledikete
(bediie?)
Nous commencerons par examiner cette conjugaifon-ci, avec
1'accufatif ,,le" inherent, qui eft la plus connue; les autres avec
,,me, te, nous, vous" pour objet, fuivront. Mais nous la repete-
rons pour faciliter les comparaifons.
Toute cetce conjugaifon fe retrouve; les flexions ont tres peu
fouirFert., furtout en bas-navarrais & en fouletin.
Deja, du temps de Dechepare & de Li^arrague edin n'etait en
ufage que comme auxiliaire; fa fignification propre de ,,pouvoir"
ne s'eft maintenue qu'en bifcaien; dans ce dialecte, par contre, la
forme a foufTert; le d s'eft perdu dans toutes les conjugaifons; p. ex.
bete dait ,,je puis remplir" (i). Chez Ligarrague & Dechepare,
nous trouvons la forme primitive: Edn dadit nic neure buru^ deus.
Jean v, 30. ,,Je ne puis rien faire par moi-meme". lar caite^te
hemen oihoiti daididano. Marc xiv, 32. ,,A{Teyez-vous ici jufqu'a
ce que j'aie prie". 'Daididano eft la i re perf. daidii-\-n + o, jus-
que-je-le-puis.
Chez Dechepare on trouve ces flexions ecrites avec & fans d;
avecj & avec i: oAmoria... ecin dayie goberna (2) ,,1'amour, on ne
peut le gouverner". Tchaffoac e^jraungui erachequi dadina (2). ,,La
mer ne peut eteindre celui qu'il faifit". Ce font ici, comme Ton voit,
des flexions auxiliaires; Fidee de ,,pouvoir" ou ici de ,,pas pou-
voir" eft exprimee par ecin, & dayte eft Tauxiliaire, rendu aujourd'hui
par les flexions dut, &c. Si dayte exprimait ici ,,pouvoir 35 le fens de
ecin 5, pas pouvoir" ferait neceffairement annule.
Ces flexions fe font fi bien confervees, qu'il ferait fuperflu de les
donner dans leur forme acluelle; il fuffira d'indiquer Jes quelques
deviations qui s'y rencontrent. -
Uimparfait de Tindicatif nedian, ckc., apres avoir perdu le d du
theme, devient neian, &c., & fe trouve en bifcaien comme imparfait
du potentiel (3) ; ce qui eft corredl, quand on confidere edin comme
auxiliaire.
(1) Verbo vafc., p. 119. L'auteur cite toujours la 5"" perfonne, generalement moins
embrouillee, ce qui a ete religieufement imite par tous ceux qui 1'ont copie.
(2) Poefies, p. 48.
(3) Verio vofc., p. ia8. Preterite imperfe&o potencial,
L'imparfait de edin fe trouve fousjdeux formes : inendin, &C., en
ufage dans tous les dialedes, comme auxiliaire de Timparfait de ce
que Ton eft convenu d'appeler le fubjondif des verbes intranfitifs ;
2 neian, &c., qui nous occupe ici. La forme primitive ayant ete
nedian fn-edi-anj, les deux variantes s'expliquent; nous avons vu le
d thematique fe maintenir dans un dialecte,, <5c fe perdre dans Tautre.
Pour des formes paralleles , avec & fans le n myfterieux,, on peut
comparer nenkarren=znekarren; netorren'=nenwrren. > & d'autres en-
core. Quant a la terminaifon an=.n (nedian = nendinj il nous
femble que an a du etre la terminaifon primitive. Comme thefe
generale, la chute d'une lettre eft beaucoup plus frequente que 1'in-
tercalation d'une lettre ; mais enfuite le plus grand nombre de noms
verbaux en n ont encore une voyelle entre le theme <3cle n de la termi-
naifon y cette voyelle eft tantot a, tantot e; &,, finalement^ fi notre
theorie eft jufte, quant a la terminaifon de Fimparfait, le a eft une
voyelle organique.
Aujourd'hui,, la 2 me perf. fing. eft ineian; & les 3 mes perf. ont le /
initial 5 irregularite dont nous parlerons plus tard.
L'optatif primitif fe retrouve auffi en bifcaien. Zavala nomme le
prefent,, p. ex. bete daiket 53 futuro perfeclo y muy proximo,, prefente
moral. Ce nom qui ne laiffe rien a defirer, quant a la longueur,,
laiffe encore indecis fi ce temps eft un prefent ou un futur; mais
ceci s'explique quand on fait que le prefent de Toptatif^ employe
comme auxiliaire,, fonctionne comme futur (p. ex. duket jj'aurai"),
& que Timparfait de Toptatif fondlionne comme conditionnel (ou
mieux refte optatif, deguife fous le nom de conditionnel) : nendihe
ou nedike ,,Je pourrais". An lieu de nedike, le bifcaien,, qui a perdu
le d a neike & neinke, c'cft-a-dire : n-ein-ke. Ici^ malgre la ioi pho-
netique^ le n s'eft maintenu devant le k (i).
On pourra,, croyons-nous 3 comparer Temploi de edin, a celui de
will ^pouvoir' 5 en anglais,, qui eft tantot verbe auxiliaire^ tantot
verbe independant. I will come , Je viendrai"; mais : I will have it
(i) Ce qui eft aufll le cas dans les autrcs d aK eto>. qui foul egalement ufage de edin,
pour le potentiel des verbes intranfitifs.
done ,,je veux que cela foit fait". Cependant le bafque eft plus
precis que Fanglais, & la confufion n'aurait pas dti exifter, en theorie
du moins. Le prefent de 1'optatif daiker, &c., ne devrait pas etre
traduit, comme le fait Zavala, par puedo; p. ex. bete daiker puedo
o podre llenar ,,je puis ou je pourrai le remplir". Puedo eft ,,je
puis" en fran^ais et dadit ou dait en bafque. "Daiket aura fignifie pri-
mitivement ,,je defire pouvoir" & doit fignifier aujourd'hui ,,je
pourrai" , tout comme duket a fignifie autrefois ,,j'aime avoir" &
aujourd'hui ,,j'aurai".
La meme confufion s'eft produite dans la conjugaifon de e^an;
mais la elle s'explique mieux^ puifqu'on fait ufage du prefent du
potentiel decker, &c., comme auxiliaire du prefent du potential,
p. ex. ikuji de^aket ,Je puis voir". Si e^an eiat fignifie ,,pouvoir",
comme edin, on aurait pu fe fervir du prefent de Hndicatif de^at, &c.,
qui n'eft plus en ufage pour lui feui (i). Ve^akety &c., fert done
comme auxiliaire du prefent du potentiel, mais n'a pas perdu fa ten-
dance a fervir comme futur, & c'eft ce qui explique Tincertitude,
quant a la fignification de ce temps, qui eft rendu en fouletin par le
prefent & par le futur; gal de^ake eft traduit par ,,il peut ou pourra
perdre" (2).
Le prefent du potentiel eft refte en bifcaien ce qu'il etait primi-
tivement. II eft done inutile de le citer ici. Nous dirons feulement
que la J me perf. plur. a perdu le i: daikee pour dadikete. Limparfait
a auffi perdu le d, & nedike, 6cc., fe retrouve comme neihe y ineikek
(pour hedike, Ferreur habituelle) hike, gineike, fineike, leikee. Zavala
cite (3) la variante avec le n : neinke pour nedinke.
Get imparfait du potentiel, neinke ,,je pouvais", fert plutot au-
jourd'hui comme conditionnel ,,je pourrais" (Zavala le traduit par
Fun & 1'autre de ces temps, p. 31, n 43), & Ton a forme un im-
parfait de neinke en y ajoutant la caraderiftique du pafTe an: nein-
ke an , &c.
(i) Precede de ba, ce temps eft encore en ul
(a) Inchaufpe, Verbe bafque.
(3) Verbo vafc., p. 126.
Pour le fixieme temps du potentiel (le premier,, felon Zavala,
p. 123, & nomme prefente imperfedto), voir ce que nous avons dit
au if, p. 187.
Conjugaifons primitives abfolues du verbe edin.
I N D I C AT i F.
PRESENT.
me
V^adi
te
Hadit
Hadi
Hadigu
Hadite
le
Vadit
Vadik
Vadi
Vadigu
nous
Gadik
Gadi
Gadi^u
Uadite Gadite
vous
Zadit
Zadi
Zadigu
Zadite
les
IMPARFAIT.
Hedidan
ZH^edian Hedian
Hedigun
&edifun
Hedian
Edian
Gedian
Zedian
Zedidan S^ediaten
Gedikan Hediaten
Gedian Zedian Ediaten
Zedigun Gediaten
Gedi^un Zediaten
S^ediaten Hediaten Ediaten Gediaten Zediaten Ediaten
239
O P T AT I F.
me
te
PRESENT.
le
nous
vous
les
Hadiket Vadiket Zadiket Vadikedai
Vfydikek Vadikek Gadikek
Hadike Vadike Gadike Zadike
Hadikegu Vadikegu Zadikegu Vadikegu-?
Vadike^u Gadike^u Vadike^ui
ZK^adikete Hadikete Vadikete Gadikete Zadikete Vadiketei
ZN^edinkek
ZK^edinke
IMPARFA1T.
Hedinket ZN^edinke
Hedinke Gedinkek
Ledinke Gedinke
Hedinke
Hedinkegu Gedinke
Zedinke
D^edinkete Hedinkete Ledinkete
Zedinket
Zedinke Ledinke^
Zedlnkegu Gedinke^
Gedinke^u Zedinke^
Gedinkeie Zedinkere Ledinkete\
Comme dadit ,Je le puis" eft forme de d-edi-t 5 ,je puis le", en
lifant a rebours, il s'en fuit que pour exprimer un autre accufatif,
par exemple 55 te"^ on dira h-edi-t ou had.it ,,,je puis te"$ & n-edi-h
ou nadik ^tu peux me". De meme , 3 tu peux nous" g-edi-h ou gadik,
& ,,}e puis vous" i-edi-t ou -{adit. Aujourd'hui le d s'efl perdu
partout (i) & dadit efl devenu dait; hadit fait halt ou ait, puifque le
dialecle bifcai'en ne connait pas Tafpiration. Et ainfi ^adit fait '[ait ou
laidai, puifque le bifcai'en (& en general auffi les autres dialedles)
(i) Du temps de Li?arrague & de Dechepare le d s'y trouvait encore; mais ces deux
auteurs introduifent fouvent un i (y) dans la flexion : ecin daydit ,,je ne puis" p. 5 1. Baruric
ecin daidite. Marc n, 19. ,,Ils ne peuvent". Ecen bilobat churi eypa lel\ ecin daidic. Matth. v,
56. Car tu ne peux faire devenir un cheveu blanc ou noir.
240
aitnent a repeter le figne de pluralite dans les flexions du verbe (i).
Zaidai eft pour ^ait -f- 1 avec mutation reguliere de t en d. Gadik
eft devenu gaik en perdant le d; & en y ajoutant le ^ fupplemen-
taire, gaik -\- ^ aurait donne gaikai; mais puifque k n'eft pas tolere
au milieu de la flexion (i), il y a hyperthefe de k & ^ & la flexion
eft aujourd'hui gai^ak. Ce ^ a ete ajoute dans les quatre flexions qui
font de nos jours : gai^ak y gai^ gtfz{w{, gai?l (pour gaditei). De meme
--adit devenu ^ait <3c par fuite de 1' agglutination du ^ ^aida^; & ainfi
de fuite : .^aii, laigu'i, \aie^
Le d s'etant perdu dans toute la conjugaifon^ Timparfait nedian
eft devenu neian ?5 je pouvais le". Hedian eft aujourd'hui ineian ^tu
pouvais le"; mais cette flexion eft mal formee. Hedian, forme de
h-edi-an, en perdant le d aurait donne heian, & en perdant le h,
inconnu enbifcaienj elan; mais eian eft ou devrait etre la 5 me per-
fonne; nous verrons plus tard (2) d'ou vient le / qui s'y trouve aujour-
d'hui : leian 3 ,il pouvait"; le bifcaien s'eft tire de la difliculte en
ecrivant ineidan. Mais d'ou vient cet in accole a la flexion^ & qui ne
fignifie abfolument rien ? Cette erreur s'explique peut-etre ainfi : les
flexions de la 2 me perf. fing. font pen en ufage dans les dialedles
bafques efpagnols, & la 2 me perf. du pluriel eft -{ineida^an ; or, on
favait que le i precedant la terminaifon an eft un figne de pluralite,
& que le i initial eft la caracfleriftique de la perfonne; en enlevant
ces deux i on a cru obtenir la 2 me perf. fing. ineidan. Cette meta-
morphofe de la forme primitive,, correcSte,, eft furprenante, Eft-il
poffible d'admettre cette reconftrudion, a la fois favante & vicieufe.,
d'une forme grammaticale? Eft-ce que^ dans la bouche du peuple,
heidan ou eidan deviendrait ineidan?
La 3 me perfonne eft eian y que Zavala ecrit leian; les perfonnes
plurielles ont aujourd'hui le n intercale, gineian, ^ineian; la 3 me peri.
plur. eft leien pour leiaten, avec / initial,, puifque au potentiel on
ecrit cet I, & que Ton a cru que cet imparfait appartenait a ce
mode, tandis qu'il appartient, comme on le voit, a Tindicatif.
(1) Voir ch. XI, 3.
(2) Voir ch. xxiv, 1 5
241
L'imparfait ,,tu pouvais me" nedikan eft devenu neian, par fuite
de Telifion du k medial. Si le bifcai'en avait adopte la regie fouletine
d'introduire y, nous aurions nediyan ou neyan, & il n'y auraic pas eu
de confufion avec la 3 me perf. neian ,,il pouvait me" & avec neian
,,je pouvais le". Ces trois flexions ont maintenant la meme forme;
routes les trois neian (i).
Les flexions avec I'accufatif pluriel ont beaucoup change. Gedikan
en perdant le d & le k devient geian, <3c en y ajoutant le n myfte-
rieux genian; maintenant encore le ^ du pluriel & nous aurons genia-
^an; mais cette flexion eft aujourd'hui ginei^an. La J me perf. fing.
de meme : ginei^an, <3c au plur. gineie^an. Dans cette derniere per-
fonne, nous avons de nouveau un de ces exemples de formation
machinale qui font tou jours croire a un remaniement de la langue.
Le e, qu'on s'eft figure etre une caraderiftique du pluriel, a etc
place dans cette flexion en depit du bon fens ; au moms aurait-il
fallu ginei^aen.
Le potentielfe retrouve. Puifque edin fignifie ^pouvoir", on ne voit
pas ce que le potentiel peut ajouter a la fignification de I'indicatif,
fi ce n'etait que le potentiel fonclionne auffi comme optatif, p. ex.
Ecinfar daitela Taincoaren refuman. Jean in, y. II ne peut entrer
dans le royaume de Dieu". Ici le prefent de Tindicatif daiie pour
dadiie, fuivi de la. U^olaian gau$a hauc eguin ahal daire^que? Jean in,
9. ,, Comment ces chofes peuvent-elles fe faire"? Nous avons ici la
5 me perf. plur. pref. potent, avec accufatif pluriel inherent, ex-
prime par ^; daue^ke pour dadireke (primit. dadikete); & avec ^ fup-
plementaire : daire^ke. II faudra traduire ce temps par le conditionnel.
Nous avons vu que le conditionnel n'eft autre chofe que Toptatif
deguife fous ce nom, & puifque 5J optatif ou potentiel" font deux
termes equivalents, nous pouvons dire que le potentiel doit etre
rendu par ce que Ton eft convenu d'appeler le conditionnel. Nous
traduifons done le texte cite : Comment ces chofes pourraic-on (litt.
pourraient-ils) les faire?
L' explication d'une conjugaifon peut fervir pour les autres. Le d
(i) Verbo vqfc., p. 128 & 129.
16
242
s'eft perdu partout; nadikek eftaujourd'hui naikek, & hadiket eft aiket,
puifque le h eft inconnu en bifcaien. Zadiket aurait du devenir
y comme gadikek aurait du donner gaikek, mais nous trouvons
gaike^ak ( i ) ; c'eft-a-dire que le figne de pluralite fupplemen-
taire a etc ajoute; laiket-^ & le t eft devenu d. Gaikek-^ ferait devenu
gaikekai; mais, comme nous Tavons fait remarquer plufieurs fois,,
le bifcaien prefere ecrire k a la fin de la flexion : gaike^ak.
'L'imparfait du potendel fe retrouve en bifcaien avec & fans le ?i du
theme; neinke & neike (2)^ pour nedinke. L'A initial ne fe retrouve
pas; hedinket eft devenu einket eh perdant aufli le d.
La 2 me perf. fing. hedinhe (prim.) ,, 3 tu le peux" eft einkek chez
Zavala (2); Vh a du difparaitre^ & il a ete remplace par k final,, afin
de donner le cachet de la forme familiere; mais c'eft une erreur;
1'imparfait n'a jamais la caradleriftique du fujet a la fin ; elle doit etre
au commencement de la flexion. Sans cela ce temps a peu change;
il faut encore obferver que les perfonnes du pluriel ont le i fup-
plementaire : gedinke^u & ledinkegu font devenus geinke-{u\ &
L'imparfait (prefente imperfedo) de Zavala (3), que nous croyons
etre le conditionnel tronque (nei pour neike, &c.)> a ete difcute ail-
leurs (4). La difparition de la caracleriftique de la categoric n'eft pas
encore fi rare; on dit en fouletin eskent diro ou dioke (pour diroke)
,,il'peut offrir'\ Ainfi diro = dioke ; voir 3f .
18.
Les conjugaifons relatives, tranfitives, de edin.
11 ferait fuperflu de donner les conjugaifons primitives; elles ont
peu varie, & Fufage s'en eft conferve en bifca'ien. Nous les retrou-
vons auffi chez Ligarrague.
(i)' Verbo vdfc., p. 122.
(a) Verbo vafc., p. 126.
(j) Verbo vafc,, p. 123.
(4) Chap, xn, 15.
243
le a moi
Vaidak
Vail
Vaida^u
Vaite
Ineidan
Leidan
Zineidan
Leiden
INDICATIF.
PRESENT.
1MPARFAIT.
les a moi
Vaida^ak
Ineida^an
Leidayan
Zineida^an
Leide^an
OPTAT1F.
PRESENT.
T)aikedak Vaikeda^ak
Vaiket
'Daikedayu
TDaikede
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel).
Einkedak Einkeia^ak
Leiket Leikeda-^
Zeinket Zeinkedai
Leikede
I MPARFAIT.
E inked an
Leikedan
Zeinkedan
Leikeden
Einkedfffan
Leikeda^an
Zeinkeda^an
Leikede^an
244
Selon la theorie de Zavala, il n'y a ici qu'un feul mode, le poten-
tiel, divife en fix temps, dont deux parfaits et quaere imparfaits (i).
Nous devons renvoyer le ledeur au chapitre xn, if, ou tout
ce defordre a etc explique. Au lieu des fix temps, nous n'endonnons
que cinq, puifque le fixieme, le prefent des temps imparfaits., felon
Zavala, nous parait etre un temps tronque.
Le prefent de Tindicatif eft forme regulierement; d-edi-t-h fait
dadidak, & apres la chute du d thematique : daidak; d pour t <3c h
durci en k (2). En bifcai'en le d du theme s'eft perdu dans toutes
les conjugaifons, mais il s'eft maintenu en bas-navarrais : VJte due
ecin othoiti daidiodala ft-adi-o-i-laj orain neure oAiiari. Matth. xxvi,
f 3. ,,Crois-tu que je ne pourrais pas prier mon Pere maintenant".
Les autres perfonnes peuvent fe patter d'explications.
Pour exprimer Faccufatif pluriel, le bifcai'en fe fert de ^, & daidak
-\- i donnerait daidaka^; mais on dit daida^ak^ apparemment pour fe
conformer a la loi phonetique qui ne tolere pas, dans certaines cir-
conllances, le k medial (5). L'imparfait efl aufH regulier, excepte a
la 2 me perfonne^ ineidan efl mal forme; la fyllabe initiale in ne
fignifie rien; il aurait fallu heidan de h-ei-t-an. Comparez Timparfait
de la conjugaifon abfolue.
La 3 e perfonne a un / initial, qui n'eft pas la a fa place. Uerreur
provient de ce que edin eft employe comme auxiliaire du potenriel,
or, / eft Tinitiaie de la 5 me perfonne du potentiel; mais nous avons
ici a faire a 1'indicatif. Plus loin nous verrons continuer le defordre ;
nous trouverons des imparfaits fans /, ce qui eft correct; mais il
aurait fallu fe tenir a une regie.
Le prefent de Toptatif eft forme regulierement; d-adi-ke-t-h donne
dadikedak & avec le d elide daikedak. Pour les caracleriftiques des
pronoms, voirch. xi, 5-
Dans Timparfait, il n'y a que la 2 me perfonne qui foit mal fonnee,
felon Thabitude; h-edi-ke-t aurait dia faire heiket ou eiket* puifque Yh
(i) Verio vafc., p. 1 18.
(^) Ch. in &. xi, 3.
(3) Ch. PI & ch. xi, 3.
eft inconnu en bifcai'en. La 3 me perfonne eft reguliere l-edi-ke-i.
Nous avons deja fait remarquer plufieurs fois que 1'imparfait du
potentiel eft en ufage comme prefent du conditionnel; & que,
comme il fallait pouvoir exprimer le paffe, on a fuflixe a cet impar-
fait, employe comme prefent, le fuflixe caracleriftique du paffe an.
C'eft ainfi que einkedak ,,tu pouvais me le", ayant pris la fignifica-
tion de ,,tu pourrais me le", on a forme : einkedakan & apres 1'elifion
du k: einkedaan; ici les deux a auraient du refter, mais 1'un a difparu
<3c Zavala ecrit einkedan. Cette flexion aurait du etre heikedan de
heiket-\- an. C'eft le ,,preterito remote potential" de Zavala 5 voir
Verbo vafc., p. 131.
Le dernier temps qui refte a etre explique, c'eft celui que nous
n'avons pas donne <3c qui eft appele par Zavala un ,,prefente de
imperfedo". Heft:
Ineidak
Leit
Zineit
Leire
Ce temps eft rendu par ,,podria (ahora) puede o podra fer";
c'eft-a-dire ,,il pourrait, il peut, ou il peut etre que (il eft poffible
que). Nous ne dirons que deux mots de la forme de ces flexions,
en priant le lecleur de comparer ce qui a ete dit a la fin du cha-
pitre xn, ou fe trouve le tableau du fubjonclif & du potentiel, felon
Zavala & felon nous.
La forme ineidan etant donnee, ineidak fe comprend; mais 1'une
& 1'autre de ces flexions font fautives. Prenons done hit; cette flexion
ne peut etre que la contraction de leiket; partout, felon nous, la
fyllabe ke s'eft perdue.
246
le a toi
Vaiat
Vaik
*Daiagu
T)aiek
Eian
Gineian
Eien
i9-
INDICATIF.
PRESENT.
les
a to
Vai^ak
IMPARFA1T.
O FT AT I F.
PRESENT.
'Daikeat
Vaikek
Vaikeagu
Vaikeek
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel).
Eia^an
Ginei^an
Eie^an
Vaikeada^
Vaikeagu^
Eikek
Geinkek
Eikeek
ZH^einkean
E ike an
Geinkean
Eikeen
Eike~[ak
Geinke^ak
Eikee^ak
IMPARFAIT.
Eikea^an
Geinkea^an
Eikee^an
247
Le prefent de Tindicatif eft forme regulierement; d-edi-h-t donne
dadiat ou daiat puifque le d Yeft perdu en bifcaien. Le h, felon
rhabitude^ a ete elide & Miiatus eft refte. Les autres perfonnes
s'expliquent d'elles-memes. La 3 me perfonne du pluriel a e pour
indiquer le pluriel ; daiek eft pour daik -f- /.
L'imparfait eft aufli regulier. ZN^eian eft forme de n-edi-h-n; le A
eft elide comme toujours. Eian n'a pas le / initial^ ce qui eft corred;
mais pourquoi ecrire leidan dans la conjugaifon precedence? C'eft
de la confufion 5 la nous avons explique la caufe de la prefence
de/.
Le prefent du potentiel eft regulier 5 d-edi-ke-h-t donne dadikeat
apres Telifion du d & de 17z. V-adi-ke-h donne daikek. Pour les
lettres caradleriftiques des pronoms^ voir ch. xi, 3.
L'imparfait (aujourd'hui conditionnel) a le n myfterieux; cet n a
ete difcute plus haut^ a propos de Toptatif de la conjugaifon abfo-
lue. La 3 me perfonne aurait du avoir le / initial. L'imparfait neinkean
,,je pouvais te le 55 eft forme du temps precedent en ajoutant an.
20.
le a lui
Vaiot
Vaiok
Vaio
Vaiogu
'Daio^u
Ttaioe
INDICATIF.
PRESENT.
les a lui
248
IMPARFAIT.
le a lui
les a lui
Ineio^an
Le'w\an
Gineio^an
Ineioan
Leion
Gineion
Zineion
Leioen
O PTAT I F.
PRESENT.
Vaikeor
Vaikeok
Vaikeo
Vaikeogu
*Daikeo\u
'Daikeoe Vaikeoei
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel).
V^einkeo
Einkeok
Leikeo
Geinkeo
Zeinkeo
Leikeoe
Zeinkeoi
Leikeoei
IMPARFAIT.
tf^einkeon
Einkeoan
Leikeon
Geinkeon
Zeinkeon
Leikeoen
Einkeo^an
Geinkeo\an
Zeinkeo\an
Leikeoe-[an
Le prefent de I'indicatif n'offire rien de remarquable; daiot eft
forme de d-edi-o-t on dadiot. Dans les dialecles bafques fran$ais on
trouve encore un i dans la flexion; cet i eft y chez Dechepare. Voir
Texemple avec i au 19.
L'imparfaic a quelques irregularites. 5\W0/i eft regulier & forme
de n-edi-o-n (i); mais la 2 me perfonne devraic etre heioan ou eioan,
de h-edi-o-an. Puifqu'on ecrit, felon Zavala, la terminaifon an a la
2 me perfonne,, ii ferait mieux de 1'ecrire partout. II eft probable que
le a, pour Zavala, n'appartient pas a la terminaifon; fans cela on
le trouverait bien a routes les flexions. Cet a eft ici, felon toute
apparence, par une faufle analogic avec d'autres 2 mes perfonnes.
Voir ch. xi, 3.
La 3 me perfonne a de nouveau le / initial, ce qui n'eft pas correct;
comparez les imparfaits de ttndicatif des conjugaifons prece-
dentes.
On retrouve cette flexion chez Li^arrague : Era elkarrequin mingo
ciraden cer leidioren lefuji. Luc vi, n. ,,Et ils parlerent enfemble
ce qu'ils pourraient faire a Jefus 35 . Leidioien eft,, probablement, la
3 me perf. plur. de Timparf. de Tindicatif, formee de l-edi-o-te-n ,,ils
le pouvaient a lui 3 '; elle correfpond au bifc. leioen. Nous difons
^probablement'% puifque Li5arrague ecrit un / initial a la 3 me perf.
de Timparfait quand il croit que ce temps appartient au fubjondlif ;
(comparer chapitre xxiv, iy, qui traite fpecialement de cette
queftion); mais comme toutes les verfions ont ici le conditionnel, il
eft encore poflible que he foit elide,, comme cela arrive fouvent ;
& que leidioren foit la J me peri, de Timparfait de Toptatif.
L'optatif s'explique par Tindicatif; les memes obfervations font
applicables aux flexions de 1'imparfait. II faut ajouter que le k final
de la 2 me perf. fmg. eft de trop. II y a toujours de la confufion dans
cette perfonne. La caracteriftique du pronom fujet eft prefixee; il
aurait fallu heinkeo ou einkeo.
(i) Pour les lettres caradleriftiques des pronoms, voir chap, xi, j.
21.
INDICAT1F.
PRESENT.
le a nous
Vaiguk
*Daigu
les a nous
'Daigu^ak
Vaigui
*Daigue
Vaigue^
IMPARFAIT.
Ineiguan
Leigun
Zineigun
Leiguen
Ineigua^an
Leigu^an
Zineigu^an
Leigue^an
P T AT I F.
Vaikeguk
T)aikegu
PRESENT.
Vaikeguiak
Ttaikegui
T>aikegue
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel),
Einkeguk
Leikegu
Zeinkegu
Leikegue
Leikegu^
Zeinkegui
Leikegue^
IMPARFAIT.
Einkeguan Einkegutrfan(l)
Leikegun Leikegu^an
Zeinkegun Zeinkegu^an
Leikegiien Leikegue\an
(i) II y a une faute d'impreflion chez Zavala, p. i ja, ,,me podia" doit etre ,,nos podia".
if!
Comparez la conjugaifon avec le regime fingulier ,,a moi". II
n'y a que la caracleriftique de changee; gu pour t qui eft devenu d.
Vaiguk eft forme de d-edi-gu-k. II y a les memes erreurs dans les
2 mes perfonnes du fingulier.
. 22,
le a vous
Lei^un
Ginei^un
Leiden
1NDICAT1F.
PRESENT.
IMPARFAIT.
les a vous
Lei^ue^an
O PT AT I F.
PRESENT.
Vaike^u
'Daike^ugu
< Daike-[ue
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel).
Leikefu
Geinke^u
1MPARFAIT.
le a vous
les
a vous
Leikcyun
Geinke^un
Leike^uen
Comparez la conjugaifon avec le regime fingulier ,,,a toi i:> . La
caracleriftique k eft ici ^u. Puifque ces flexions font en ufage pour
le fingulier honorifique,, on en a forme d'autres ou Ton a intercale e,
ou plutot ie, dont le i s'eft perdu, & dai^ut eft devenu daiiutet puis
dai-^uei. Elles font fi regulieres qu'il aurait ete fuperflu de les donner.
Nous n'en avons cite quela premiere perfonne.
le a eux
'Daioet
ZN^eioen
Vaikeoet
23.
INDICATIF.
PRESENT.
1MPARFAIT.
OPTATI F.
PRESENT.
IMPARFAIT.
1MPARFA1T.
les a eux.
(i)
Vaikeoedai
V^einkeoen
(i) On trouve chez Zavala, p. 129, naioe^an ; mais la voyelle de 1'imparfait eft invaria-
blement la voyelle du theme; par confe"quent e.
Toutes ces flexions font formees cxaclement comme cellcs qui
expriment ie regime indirect fmgulier ,,le a lui"; feulement il y a
la caracleriftique du pluriel te, qui eft intercalee; daiot -f- te aurait
du faire daioret, mais le t s'eft perdu <5c Ton dit daioet. Le penchant
du dialedte bifcaien pour les accumulations de voyelles eft remar-
quable ici; on en trouve jufqu'a cinq qui fe fuivent : daioee, que
Zavala ecrit dayoee, irregularite inutile. Vaioee fignifie ,,ils le peu-
vent a eux"
Nous n'avons pas voulu changer Forthographe de Zavala, mais,
ayant adopte la regie, fuivie par plufieurs dialecftes, d'ecrirej pour i,
quand cette voyelle fe trouve entre deux voyelles, il aurait mieux
valu ecrire partout dayot, day ok, & par confequent auffi dayat ,,je te
le puis". Vaioee s'ecrirait alors dayoee,ce qui ne ferait plus alors
une orthographe exceptionnelle, comme elle 1'efl aujourd'hui chez
Zavala.
24.
4 Le nom verbal eutfi )} renir" .
L'adjedlif verbal eurji fignifie ,,tenu' ? & n'efl connu qu'en bif-
caien. II n'efl pas clair fi eurji & euki ont une meme origine; mais
il eft pour le moins, premature de les confiderer comme des variantes
& de dire, fans la moindre explication, comme un fait prouve, que
} .eduJd ou euki fert comme auxiliaire apres avoir change ki en
W "(i).
La fignification eft la meme; mais la forme eft la meme ou a
peu pres, feulement par fuite de degradation phonetique, toujours
en admettant que ki & ifi n'appartiennent pas au' theme, ce qui
n'eft pas du tout certain. Eu de eurji refTemble a eu de euki, mais
(i) Se vale nueftro dialefto en a<5liva de la radical del verbo euki o iduki, quitandole la
ki final y fuftituyendo a la k una f^ en la conjugaciones de recipiente. Zavala, Vcrbo vafc.,
p. 60, n i 6.
euki a perdu le d; eutfi a done etc edmji, ce dont ii ne refte aucun
veftige.
Le i parait etre la terminaifon, c'eft-a-dire la caracleriftique de
1'adjeclif verbal; il refte done euk & ems. Mais euk & eurs n'ont pas
Fapparence de noms verbaux; de plus rimperatif qui, fans exception,
ofTre le theme pur,, fuivi ou precede de la caracteriftique de la per-
fonne, eft eu, fans k. II faudra, par confequent, en venir a la con-
clufion que ces deux noms verbaux font compofes, & que leur theme
commun eft eu, primitivement edu.
Pour eutji nous propoferions Fhypothefe fuivante. Plufieurs noms
verbaux font compofes avec etji, comme on peut le voir dans notre
Dkftionnaire. Etji, apparemment de la racine es farmer, ferrer",
eft intimement lie aux noms verbaux, de telle fagon que, p. ex.
finetji, etait confidere comme un feul mot. Quelquefois il en eft
fepare : gmi etji ,,meprifer'\ Dans tous ces noms verbaux etjl a
perdu, aujourd'hui du moins, fa fignification propre, 6c auteiji
,,choifir", onetji ,, aimer' ' , Jinhexi ,,croire 5:) , expriment {implement
choifir, aimer, croire.
On etjl trouve une forme analogue dans 1'efpagnol tener (en) caro
,,tenir cher". La diftance de ,,ferme" a ,,tenu" eft vite ipanchie,
& eiji a pris la fignification de ,,tenu ?:> ; <5c puifque en bafque, comme
en efpagnol, ,,tenir" fert comme auxiliaire correfpondant a ,, avoir",
etji eft une efpece d'auxiliaire : autetji ,, avoir choix", onetfi ,, avoir
cher", finetji ,, avoir foi". Eutfi ferait, par confequent, eu-erji, & il
refterait a fixer la fignification de <?qui etait primitivement edu. Ceci
eft plus difficile; par induction eu doit fignifier quelquechofe comme
,,prife" enfrangais, ou 35 vat" en hollandais, ou ,,hold" en anglais.
La forme pleonaftique du nom ne ferait pas une objection, on en
trouve des exemples dans beaucoup de langues, p. ex. feft halten,
en allemand, fignifie ,,tenir ferme", mais on 1'emploi.e (implement
pour ,,tenir". Eu-etfi ferait alors ,, avoir prife", ,,vathebben", ,,to
get hold ".
Quoi qu'il en foit de Torigine de eutji, fa forme eft fpecialement
bifcaienne. Eutji fert comme auxiliaire des verbes tranfitifs, quand
il y a deux regimes a exprimer; dans ce cas-la les flexions de eutji
correfpondent comme ufage, a celles de eroan pour les autres dia-
lecles. En bifca'ien on dit emoten deutfat ^jelelui donne", & dans
les autres dialecles emaien darokat ou draukat. Euifi exprime cepen-
dant quelquefois un accufatif feulement, & c'efl quand il eft employe
comme verbe aclif; p. ex. Eutfi, neure Jefus neure anima. ,,Tenez
(ayez) mon ame, mon Jefus 3;> . Le dialecle bifcai'en a par confequent
euki comme auxiliaire de la conjugaifon abfolue : ikuften dot "je
vois"; euiji comme auxiliaire de la conjugaifon relative^ & eroan,
comme Ton verra plus tard> efl 1'auxiliaire de la conjugaifon frequen-
tative : ikufi daroat ,Je vois d'habitude".
N I.
Conjugaifons relatives de t auxiliaire eutfi.
i re perfonne fmg. au datif.
ACCUSATIF SING.
le a moi
Veu/tak
Veii/i
T)eufte
Eunftan
Euftan
Zeunftan
Eujlen
ACCUSATIF PLUR,
les a moi
I N D I CAT I F.
PRESENT.
IMPARFAIT.
Veufla^ak
Veutfai
Eunfla-^an
En/la^an
Zeunfta^an
Eufte^an
CONDITIONNEL.
P R S N T.
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR.
Eunskedak Eunskedaiak
Leusket Leuskeda^
Zeunsket Zeunskeda^
Leuskede Leuskede^
PASS.
Eunskedaan Eunskeda^an
Leuskedan Leuskeda^an
Zeunskedan Zeunskeda^an
Leuskeden Leuskede^an
Veuftak eft forme regulierement de d-euft-t-k ^tu-me-as-le".
Le groupe ts du theme devienty?,, metathefe non-feulement tres
frequence , mais reguliere dans les subftantifs verbaux bafques; p. ex.
erji fait eft en ^ fabfl. verb.; em^i fait eri/ten, &c. Dans deuftak le t
du theme & le t du pronom fe font aflimiles.
L'accufatif pluriel eft indique comme toujours en bifcai'en par ^,
& deuftak + 1 aurait fait deuftakai; mais puifque k n'efl pas tolere
dans certaines circonflances au milieu de la flexion, deuftakai eft
devenu deujla^ak.
Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fing. honorifique, on
a du former les plurieis deufta-^ue & deuflcr^ie^
Zavala ecrit deutfa^ Cette flexion a done is & non fl comme les
autres. Uufage peut avoir confacre cette forme; ou eil-ce une faute
dimpreilion ?
Uimparfait a le n myilerieux intercale (voir ch. xi, 7). EunJIan
efl pour heunftan de h-eunft-an; eunfl eft le theme euft (pour ems) avec
le n intercale.
Comme d'habitude le bifcai'en ne prefixe pas le {, comme le font
les autres dialedes; il fe tient a la regie que le pronom de la 3 me
perfonne fe fait remarquer par fon abfence.
Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fmgulier hono-
rifique, on a du former les pluriels ^eunften & -{eunfte^an, felon la regie
de Zavala, qui change la voyelle a en e. Zeunfte^an s'ecarte cepen-
dant de la regie & aurait du etre yeunftaien, fyncope de \eunjl a^aien.
Eufle\an aurait ete plus regulierement eufta^en, fyncope de eufla\aien.
La facxm machinale, fans fouci de Fetymologie, peut -(nous ne
difons pas doit) avoir donne lieu a cette irregularite.
Le dialedle bifcaien ne fuffixe pas la fyllabe ke; il Tintercale.
Eunskedak pour heunskedak efl forme de h-eunft-ke-t-k ; c'efl-a-dire h
pour hi; eunft de eufl avec le n myflerieux; comp. Fimparfait. Le t
final de eunft a du fe perdre devant le k. Ke efl la caracleriflique du
temps, & le ? qui fuit eft le pronom ,,me". Le k final efl de trop
(comparez le meme temps & la meme conjugaifon du verbe bifc.
eroan). La flexion, pour etre reguliere, aurait du etre eunsket (pour
heunskef)\ eunskedak efl probablement en ufage, mais cette flexion efl
fautive. Les autres perfonnes font corredles & peuvent fe pafTer de
commentaire ; leusket efl forme de l-eufl-ke-t; le theme n'a jamais le n
intercale dans la 5 me perfonne, & le t de euft s'eft perdu devant le k.
Eunskedaan (pour heunskedan) , eft forme de eunsket -f- an. Le
Le fecond a qui s'y trouve efl une erreur. Le pluriel de la 3 me per-
fonne efl indique, comme toujours, par la fubflitution machinale
de e a a.
N 2.
i re perfonne du pluriel au datif.
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR.
le a nous les a nous
I N D I C AT I F.
PRESENT.
Veuskuk Ueusku-^ak
T)eusku
Veusku^u
Veuskue Tjeuskue^
IMPARFAIT.
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR.
tu nous le tu nous les
Eunskuan Eunskua^an
Euskun Eusku^an
Zeunskun Zeunsku^an
Euskuen Euskue^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Eunskeguk Eunskeguiak
Leuskegu Leuskegu^
Zeunskegu Zeunskegu^
Leuskegiie Leuskegiie^
PASSE.
Eunskeguan Eunskegua^an
Leuskeguan Leuskegu^an
Zeunskeguan Zeunskegu^an
Leuskegiien Leuskegue^an
*Deuskuk eft forme regulierement de d-euft-gu-k ,,,tu-nous-as-le".
Le t du theme s'efl perdu (comp. la i re perf. du fing. , } tu me Tas")
& le g s'eft durci en k apres la fifflante (voir ch. in). Les autres
perfonnes s'expliquent d'elles-memes. Les 2 mes perf. plur. font de-
venues deusku^ue & deusku^ue^.
Eunskuan efl forme de euns-gu-an pour heunfguan; on retrouve ici
le n myflerieux intercale.
Eunskeguk a perdu le h initial & efl forme de h-euns-ke-gu. Le k
final eft une erreur. Comparez le temps correfpondant ?;) tu me
Taurais". Les autres perfonnes font formees regulieremenr, ainfique
celles du paffe.
N 3.
2 me perfonne Ting., au datif.
ACCUSATIF SING.
le a toi
ACCUSATIF PLUR.
les a toi
IND ICAT1F.
PRESENT.
Veuat
T)eua } deusk
T)euagu
Veue
Veua^
IMPARFAIT.
Euan
Eua^an
Geuan
Geua^an
Euen
Eue-^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
fr^eunskek
Euskek
Euskeek
Euskean
Geunskean
Euskeen
PASSE.
Euske^ak
Geunske^ak
Euskea^an
Geunskeaian
260
Veuar aurait du etre d turf at, de d-euts-h-t, avec elifion reguliere
de l'/t; comp. daroaat de d-eroa-h-t. Aujourd'hui ,,je le lui ai" fe dit
deutfat, puifqu'en bifcai'en on pent ecrire a pour o : demfot de d-euis-
ho-t, comme on verra plus loin. La crainte de produire de la con-
fufion aura influence peut-etre certe forme; dans ce cas il eut ete
mieux d'ecrire correclement demfot ,,je le lui ai", mais encore
n'eft-il pas clair pourquoi ts du theme a ete elide. Dans la conju-
gaifon avec i'accufatif ,,vous" is reparait.
Tteua & deusk font pour deutfak, de d-eurs-h, corruption tout-a-
fait inexplicable. Ueuagu eft pour detpfagu, & deue pour deutfate,
apres i'elifion du k medial,, pour demfak-re.
Uaccufatif pluriel eft indique par ^/ deuat -f- 1 a donne deuada-^
avec d pour t. La 3 me perf. fing deua^ eft pour deutfaka^ & la 3" ie
perf. plur._, qui eft formee en ajoutant le au fingulier, ferait par
confequent deutfaka-[te ; mais elle fe trouve reduite a deue-[, contrac-
tion violente,, mais qui s'explique,, cependant; le fingulier etant
deuai, le remplacement de a par e fuffit en bifcai'en a former le plu-
riel. L'apoftrophe que Zavala ecrit tres confciencieufement^ nous
parait ne rien fignifier.
L'imparfaitj comme le prefent^ a perdu ts; neuan eft pour neutfan
avec h elide., de n-euts-h-n. Les autres perfonnes s'expliquent d'elles-
memes. Pour les 5 mes perfonnes plurielles^ c'eft tou jours le meme
precede machinal; ce qui a produit avec I'accufatif pluriel eue^an.
Pour comble de defordre on a fubftitue le e a un a qui devait refter;
il aurait fallu au moins eua^en pour eua-^aien, pour emfa\aien.
Le conditionnel eft forme plus regulierement; le s thematique
reparait,, 6c le n que nous appelons myfterieux ,, a ete intercale;
neunskek eft forme de n-euns-ke-h. Puifque ts font elides,, fans raifon
apparente, il eft poffible qu'il en foit de meme du t dans le condi-
tionnel; mais, d'un autre cote, puifque le groupe is eft devenu
regulierement/ dans toutes les conjugaifons, le t a du fe perdre ici,
puifqu'il eft fuivi de k.
Le paffe n'offre rien de particulier.
26l
N 4.
2 me perfonne plur., au datif.
ACCUSATIF SING.
le a vous
ACCUSATIF PLUR,
les a vous
*Deutfut
Veurfu
'Deutfue
I NDICATIF.
PRESENT.
Deutfudai
Ueutfu^
c Deuifugu'{
1MPARFAIT.
ZN^euntfun
Eutfun
Geuntfun
Eutfuen
Eutfu^an
Geuntfu^an
Eutfue~[an
CONDITIONED
PRESENT.
Leuske^u
Geunske^u
Leuske^ue
Geunske^u^
tN^eunske-^un
Leuske^un
Geunske^un
Leuske^uen
PASSE
Geunske^u^an
262
Toutes les flexions font parfairement regulieres; feulement la fif-
flante du theme s <3c celle du pronom accufatif ^ fe font affimilees &
font exprimees par s. f Dew[ui eft forme de d-euts-^u-t , Je-vous-ai-le".
'Deurfut -f- ^ a donne deurfuda^ avec d pour r.
L'imparfait a le H myfterieux intercaie; neumfun eft forme de
n-eums-iu-n. Les 3 mes perfonnes^ comme tou jours, n'ont pas cet ;z;
ewfun eft forme de ems-^u-n.
N
3 me perfonne du fing., au datif.
ACCUSATIF SING.
le a lui
Veutfat
Veurfak
Veurfa
Veurfagu
Veurse
ACCUSATIF PLUR,
les a lui
NDI CATIF.
PRESENT.
Veutfada^
c Demfa^
Tteutfagui
IMPARFA1T.
U^eumfan
Eumfaan
Eutfan
Geuntfan
Zeumfan
Emsen
^(junrfaian
Eunifaafan
Eutfa^an
Geumfa^an
Zeuntfa^an
263
CON DITIONN EL.
PRESENT.
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR.
t^eunskio
Eunskiok
Leuskio
Geunskio
Zeunskio
Leuskio e
Eunskio^ak
Leuskio^
Geunskio^
PASSE,
V^eunskion
Eunskioan
Leuskion
Geunskion
Zeunskion
Leuskioen
Leuskio e^
ZH^eunskio^an
Eunskioa^an
Leuskio^an
Geunskio^an
Zeunskio^an
Leuskio e^an
Toutes les flexions font regulieres. Veurfat eft forme de d-euts-a-t
jje-lui-ai-le". Le a pourrait s'ecrire o 3 dit Zavala (verbo vafc.,
p. 64,, n ^9),, p. ex. dqutfojauus on ecrit generalement a apres is.
Pour Zavala,, la caradleriftique de la 3 me perf. eft o; pour nous
elle eft ho (voir ch. xi, 3), & deuifot eft pour deutshot, apres Teli-
fion habituelle de Yh en bifcaien. Que le o foit quelquefois ecrit a
n'a rien d'extraordinaire j comp. draukat bn. & dakot lab. ,Je le lui
ai". Les autres perfonnes s'expliquent de la meme maniere. La J" 16
perf. plur. dents e doit etre une contraction de deuifate.
Uimparfait a eprouve les memes influences phonetiques que le
prefent. Comme d'habitude le h eft elide &,, par exception^ le o
s'ecrit a; neumfan eft pour neumshon forme de n-eums-ho-n. La 2 me
perfonne euntfaan (pour heuntfaon) eft formee de h-eunts-ho-n. Cette
flexion eft mal formee; un des a eft de trop; nous avons dit d'ou
provient Terreur^ ch. xi, 3. Euntfaan n'eft pas pour euntfakan; la
caradleriftique de la 2 me perf. fing. ne ferait pas la a fa place 5 le
264
pronom fujet precede la flexion 5 il eft h (pour hi), & alors heumfan
ou heumfaan (comp. eroadaan ^tu me 1'avais").
Les autres flexions n'offrent rien de particulier.
U^eunskio eft -forme de n-euns-ke-ho. Comparez le conditionnel
de la meme conjugaifon de eroan. II y a ici les memes obfervations a
faire; eunskiok doit etre une forme corrompue; le k eft de trop. Par
confequent la 2 me perf. fing. du paffe eunskioan eft auffi mal formee 5
elle devrait etre heunskion, ou du moins eunskion.
Le paffe eft forme du prefent, en ajoutant la caradleriftique du
paffe an, ou n. Le a qui fe trouve feulement dans la 2 me perfonne
du fmgulier peut s'y trouver, parce qu'il devrait y etre; p. ex. nuke
fait nukean; mais alors il devrait fe trouver aufli dans les autres per-
fonnes; 1'amas de voyelles peut etre une raifon pour laquelle le a a
ete elide ; & il fe trouvera alors dans la 2 me perfonne du fingulier^
par fauffe analogic, pour correfpondre a Thiatus aa qu'on croyait
etre la caradleriftique de cette perfonne. Mais la caradleriftique ici
eft le h initial ; il aurait fallu heunskion ou eunskioan, fi Ya de la termi-
naifon eft auffi admis dans les autres perfonnes. (Voirch, xi, 3-)
N 6.
3 me perfonne du plur., au datif.
ACCUSAT1F SING.
le a eux
T)eutjet
Veutfeek
Veurfe
Tteurfegu
Veutfee
ACCUSATIF PLUR.
les a eux
IN DIG AT IF.
PRESENT.
Veutfedai
Veutfefak
Veutfer
IMPARFA1T.
ACCUSAT1F SING. ACCUSAT1F PLUR.
le a eux les a eux
Eumsen
Euifen
Geumfen
Zeumfen
Eutfeen
Eunrfe^an
Eutfe^an
Geuntfe^an
Zeuntfe^an
Eurfee^an
COND1TIONNEL.
PRESENT.
ZN^eunskioe
Eunskioek
Leuskioe
Geunskioe
Zeunskioe
Leuskioee
Eunskioe^ak
Leuskioe^
Geunskioe^
Zeunskioe^
Leuskioee^
^(eunskioen
PASSE.
Ces flexions font femblables aux precedentes, feulement on a
remplace la voyelle a par e, pour indiquer le pluriel du regime in-
direct. La voyelle e n'eft plus rien> comme Ton voit, qu'un figne
conventionnel. A Forigine e fervait comme lettre de liaifon entre r,
le fuffixe de pluralite & la terminaifon qui fuivait; p. ex. leraukan,
bn., 35 il le lui avait" fait leraukaten ^ils le iui avaient". Vu J3 il
Fa >;> ; dute ,,ils Font". Le t etant tombe en bifcaien,, le e a ete pris
pour le figne de pluralite,, & a ete place partout oil il fallait indiquer
le pluriel. Ici cet e remplace le a de deutfar, lequel a eft lui-meme
266
pour Oy & cet o eft pour ho; e indique par confequent ici le pluriel
hole de ho + le. (Voir ch. xi, 3.)
La 2 me perf. deutfeek n'eft pas tout-a-fait correde ; demfek aurait
fuffi. II n'y a aucune raifon pour ecrire deux e y du moins fi Ton ecrit
deutfak pour ,,.,tu le lui as''.
Les 2 mes perf. plur. font devenues deuife-[ue & deutfeyuf^.
L'imparfait eft en tout femblable a 1'imparfait de la coujugaifon
precedente; feulement avec e pour a, comme au prefent.
Comparez le conditionnel de la conjugaifon precedente, on y
a ajoute partout e pour indiquer le pluriel du regime indirect,
Le paffe eil forme du prefent en ajoutant n.
Egin ,/aire".
Eg in eft un nom verbal primitif. La conjugaifon en eft par confe-
quent reguliere., & nous devons renvoyer le lecteur au chapitre xi,
pour les details de la conjugaifon.
AutrefoiSj tous les dialectes avaient adopte ce verbe comme auxi-
liaire, non-feulement des verbes tranfitifs,, mais auffi des verbes
intranfitifs., non-feuiement pour un mode fpecial ou pour une conju-
gaifon fpeciale (relative ou abfolue), mais pour tous les modes &
pour toutes les conjugaifons. Comme emploi., egin pourrait etre
compare a 33 do" anglais.
Chez Dechepare & Li^arrague on en trouve de nombreux exem-
ples. Le premier fe fert indirTeremment de egin & de edin pour les
verbes intranfitifs : jo an nendin (de edin) ,J'allais" (i). Joan nengion
,,,j'allais a lui". ZN^engion efl forme de n-egi-jo-n (2). cdlbadagik
joan (2) ,,,{1 tu peux aller". o4lbadagik efl forme de al-ba-dagik.
(1) Poefies, p. 58.
(2) Meme ouvrage, p. 8.
26 7
Vagik efl forme de d-egi-h 55 tu fais le" en lifant a rebours. 'Baina
dens ahal badaguic. Marc ix, 22. ,,Si tu peux quelque chofe".
Meme flexion que la precedente.
L'ufage de egin s'efl reflreint de nos jours. Ce nom verbal eft en
bifcaien 1'auxiliaire de rimperatif & du fubjonclif^ tant de la con-
jugaifon abfolue que de la conjugaifon relative. On dit : faldu
dagidan ?:) que je le vende"; & faldu dagiodan ^que je le lui vende".
Les autres dialecfles font alors ufage des flexions de e^an: faldu de-
ladan & faldu dio^adan ou de^odan^ felon les dialedles.
L'ufage de i'indicatif s'etait deja perdu du temps de Larramendi,
qui dit que egin n'a pas >,,fus anomalos" a Tindicatif. Les ,, 3 anoma-
los^ de 1'auteur font les flexions dagit, dagik, dagi, degigu, dagi^u^
dagite, que nous retrouvons fuivies de la conjonclion n J5 que'% &
correfpondant aux flexions de notre fubjonctif. *Dagit -J- n fait
dagidan; dagik -f- n fait dagikan; & apres Felifion reguliere du k medial
dagian; dagi -{- n fait dagian, & ainfi de fuite.
Egin parait avoir une variante ekin; du moins on trouve les flexions
dont le theme efl ekin ou eki, puifque le n final fe perd toujours,
elles fervent comme flexions auxiliaires des verbes intranfitifs avec
un regime indirect; p. ex. aguer cequion. Marc vi, 9. ,,11 apparut
a elle ?:> . Zekion efl forme de ^-eki-o-n; c'efl la J me perf. fing. de
Timparfait avec le datif ,,a lui*' inherent. Orduan hec has cequi-f-
quion bata berceari galde eguiren elkarren anean. Luc XXI l> 25. "Alors
ils commencerent a fe demander les uns aux autres". Zeki^kion efl
forme de -^-eki-^ki-o-n (i). Nous devons renvoyer le ledleur au pa-
ragraphe fur le verbe i^an y oil ces flexions ont ete difcutees.
(i) Pour les lettres carafteriftiques des pronoms, voir ch, xi, }.
268
26.
Les fix conjugaifons primitives, abfolues, de egin.
me
I NDICATIF.
PRESENT.
te le nous
Hagit T>agit
*Dagik Gagik
Hagi ( D a gi Gagi
vous
Zagit
Zagi
Zagigu
Hagigu Vagigu
Vagi^u Gagi^u
Hagire *Dagire Gagite Zagite
les
Vagi^ak
1MPAR FAIT.
Hegidan tT^egian Zegidan
Hegian Gegikan Hegi^an
Hegian Egian Gegian Zegian Egi-^an
Hegigun Genegian Zegigun Genegi^an
^(fgi^un Zenegian Gegi^un Zenegi^an
C^egiaren Hegiaten Egiaren Gegiaren Zegiaten Egi^aren
POTENTIEL.
PRESENT.
Hagiket Vagiket Zagiket Vagikedai
Vagikek Gagikek
U^agike Hagike Vagike Gagike Zagike
Hagikegu Vagikegu Zagikegu "Dagikegui
T)agikeiu Gagike^u
Hagiket e Vagikete Gagikete Zagikete
(i) En guipuzcoaa : djgifat, dagifak, &c., avec ^ pour figne de pluralite; & auffi
avec f^: d.igityt, &.c. (Voir Larramendi, Dice. f. v. hacer.)
269
me
te
Hegidake
Hegike
Hegikegu
IT^egikegu
U^egikeie Hegikere
IMPARFAIT.
le
nous
l^egike
-
Hegike
Gegikek
Legike
Gegike
Gegike
Zegike
Gegike^u
Legikere
Gegikete
vous
' Zegidake
les
Hegike^
Zegike Legike^
Zegikegu Gegike^
Zeglkei
Zegikere Legikere^
IMPfcRATIF.
Hagi
cdgik
<Begi
Gagik
Gagi
Zagi
Hague
*Begite
Gagire
Zagire
Toutes ces flexions fe retrouvent, en partie^ fous leur forme pri-
mitive chez Dechepare & Li^arrague. De nos jours le bifcaien s'en
fere, mais elles font fuivies de la conjondion n ^que'% & ellcs
correfpondent aux flexions du fubjondlif : faldu dagidan ^que je le
vende". Elles ont peu ou point fourTert,, & il n'y aurait qu'a appli-
quer les lois de la phonetique pour les reconftruire ; mais il fera plus
clair de donner ces conjugaifons comme elles font en ufage au-
jourd'hui.
Le potentiel que nous avons reconftruit, en placant, felon I'habi-
tude de quelques dialecfles, le pronom-fujet a la fin de la flexion^
pourrait auffi etre forme en placant la fyllabe ke a la fin de la
flexion 5 hagiket ferait alors hagidake de h-egi-t-ke, &c., &c.
27-
Les Jix conjugaifons abfolues de egin,, comme auxiliaires du fubjonftif.
me
PRESENT.
te
le
nous
cAgidan
cAgian
*Dagidan
*Dagian
'Dagian
Gagiai
Gagi-a
&4gigun
cAgien Vagien
vous les
Zagida^an
'Dagia^an
Zagi^an
Ttagigun Zagigu^an
Vagi^un Gagi-^an
Gagie\an Zagie^an Vagie^an
IMPARFAIT.
Engidan J^engian
ZN^engian Engian Gengia^an Engia^an
U^engian Engian Legian Gengi^an Zengi^an Legi^an
Engigun Gengian Zengiiu^an Gengi^an
n Zengian Gengia^u^an Zengi^an
Engien Legien Gengie^an Zengie\an Legie\an
POTENT 1 EL.
PRESENT.
cAgikedan T)agikeda?i Zagikeda^an 'Dagiheda^an
ZN^agikean T^agikean Gagikea^an Ttagikea^an
ZN^agikean cdgikean T)jgikean Gagike^an Zagike^an Vagikeian
eAgikegun Vagikegun Zagikegiqan 'Dagikegiqan
IT^agikeen oAgikeen Vagikeen Gagikeeian Zagikee-^an
27 1
1MPARFAIT.
me te le nous vous les
Engikedan C^engikean Zegikeda^an
C^engikean Engikean Gengikea^an Engikedan
^(jngikean Engikean Legikean Gengike^an Zengike^an Legike^an
Engikegun Gengikean Zengikegu^an Gengike^an
ZN^engike^un Zengikean Gengike^u^an Zengike^an
^(engikeen Engikeen Legikeen Gengikee\an Zengikee^an Legikee^an
IMPRATIF.
Egik Gagi^ak Egi^ak
c4gi
Egi^u Gagi^
oAgie *Begie Gagie^ Zagiei
Le prefent peut fe pafler d' explication ; dagit-}-n fait dagidan;
nagik -f- n fait nagian apres Telifion reguliere du k medial. S^agian
eft ecrit par Larramendi nagiaan, ce qui n'eft pas correcT:^ puifque
nagikan en perdant le k devient nagian. On ecrit fi fouvent deux a,
quand c'eft parfaitement inutile^ qu'on aimerait a admettre ici cette
orthographe, d'abord pour indiquer la chute du k, & enfuite pour
diftinguer nagian dela 3 me perfonne,, fbrmee de n-agi-an.
Dans les flexions plurielles^ avec ,,nous, vous^ les^ pour objet, on
trouve^ felon Thabitude bifcaienne^ le ^ figne de pluralite fupple-
mentaire^ gagik (primitif) }} tu nous fais^' fuivi de n devient en
bifcaien gagia^an pour gagika^an de g-egi-k-y-an. Les J mes perfonnes
plurielles out., comme toujours, un e au lieu de a pour indiquer le
plurielj puifque gagman devrait faire gagiiaten, au pluriel^ on s'at-
tendrait a trouver gagmen, mais on trouve toujours la terminaifon
comme etant e^an: gagieian, lagieian, dagie^an. L'erreur de confi-
derer e comme figne de pluralite (au lieu de te, dont le i s'eft perdu)
aura peut-etre influence cette orthographe.
2 7 2
A Hmparfait on retrouve ce que nous appelons le n myfterieux ;
hegidan, apres la chute de Yh, devient engidan.
La chute du , n'etant indiquee par rien, on trouve des flexions
tout-a-fait pareilles^ comme dans le prefent; nengian pour ,,tu me
faifais" & !! me faifait"; la 2 me perfonne formee de n-engi-k-an;
la 3 me perfonne de n-engi-an.
Le potentiel ofTre les memes variations que Tindicatif; il n'y a que
gagikea^an 3) tu peux nous faire" qui ne nous femble pas corredl; il
faudrait gagike^an de g-egi-ke-^-an.
Zavala n'a pas vu que ces deux temps appartenaient au mode
potentiel; il les claffe au nombre de ceux du fubjoncftif., nomme le
premier "le futur du prefent du fubjonctif" & le traduit par le
prefent. La valeur de ces temps a etc difcutee ailleurs.
28.
Les dou^e conjugaifojis relatives de egin comme auxiliaires dufubjonftif
des verbes tranfidfs.
N i.
i re perfonne du fingulier au datif.
ACCUSATIF SING.
le a moi
ACCUSATIF PLUR,
les a moi
SUBJONCTIF.
PRESENT.
T)agidan Vagidaa^an
Ttagidan
'Dagida^un
Vagiden
273
IMPARFAIT.
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR.
le a moi les a moi
Engidan Engida^an
Legidan Legida^an
Zengidan Zengida^an
Leg id en Legide^an
IMPERATIF.
Egidak Egida^ak
"Begit
Egida^u
Vegide
La 2 me perf. du fmgulier dagidan eft formee de dagidak -f- n &
par confequent dagidakan, en perdant le k medial^ devient dagidaan
avec deux a. II ferait de route neceffite de conferver Forthographe
correcte; main tenant on trouve trois flexions pareilles; ici la 2 me &
la 3 me perfonne^ & dans la conjugaifon abfolue^ la i re perfonne :
dagidan ^que je le faffe" formee de dagit-n. Ce fecond a s'eft con-
ferve dans la flexion dagidaa^an pour dagidaka^an.
II nous a femble fuperflu de donner Tindicatif & Toptatif dont ces
conjugaifons-ci font formees^ p. ex. dagidak ,,tu me le fais^'; dagit
5 ,il me le fait );> ; dagida^u ^,vous me le fakes"; dagidate ^ils me le
font". En ajoutant la conjunction n ^que'% nous avons dagidaan,
dagidan } dagidaan , dagidaren. Maintenant que nous connaiflbns les
lois phonetiques & les particularites bifcai'ennes, Toperation inverfe,
de retrancher le n, nous donnera Tindicatif & le potentiel. Les temps
du potentiel fuivis de n font confideres par Zavala, ainfl que nous
1'avons dit dans la conjugaifon precedente^ comme appartenant au
fubjonctif & font rendus par le prefent <5c Fimparfait du fubjonctif,
ce qui eft evidemment une erreur.
Les temps du potentiel ayant la meme forme que ceux de 1'indi-
catif, fauf la fyllabe ke qui fuit le theme, il a femble egalement
fuperflu de citer ce mode; le prefent dagikedak fuivi de n ,,que", fait
dagikedan pour dagikedakan & ainfl de fuite.
lo
274
N 2.
i re perfonne du pluriel, au datif.
ACCUSATIF S ING.
le a nons
'Dagigiian
T)agigun
'Dagigufun
Tlagiguen
ACCUSATIF PLUR.
les a nous
SUBJONCTIF.
PRESENT.
Ttagigu^an
Vagiguiuia
"Dagigiie^an
IMPARFAIT.
Engigiian
Legigun
Zengigun
Legigiien
Engigua^an
Legiguian
Zengigu^an
Legigiieian
IMPERAT1F,
Egiguk
"Begigu
Egigii~u
^Begigile
Vegigu
Egigu^u
'Begigue
Comparez la conjugaifon precedente. Vagigiian eft forme de
d-egi-gu-h-an. La 2 me perfonne ling, de Fhnparfait aurait du etre
henglgun. Le a qui s'y trouve chez Zavala., eft dans le fyfteme de
Tauteur la caradleriftique de la 2 me perf. fmg., ce qui eft une
erreur; le fujec doit preceder le theme dans Timparfait. Voir
ch. xi, 3.
N 3.
2 me perfonne du fmgulier, au datif.
ACCUSAT1F SING.
le a toi
ACCUSATIF PLUR,
les a toi
SUBJONCTIF.
PRESENT.
Vagidan < Dagiada?{an
Vagian 'Dagia^an
T)agiagun f Dag
'Dagien 'Dagia^en
IMPARFAIT.
Engian
Gengian
Engien
Engi ,fl/i
Gengia^an
Engieian
"Eegik
"Begiek
IMPERAT1F.
e Begi^ak
'Begle^ak
Le prefent cie 1'indicatif ecait dagiat de d-egi-h-t , Je-te-donne-le^';
<5c dagiat-^- n fait dagiadan.
^engian eft pour nengikan de n-engi-h-an, apres elifion de k. Voir
ch. xi, 3 & ch. in.
Pour les obfervations generales, nous devons renvoyer a la con-
jugaifon n i.
2 7 6
N 4.
2 me perfonne du pluriel, au datif.
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR,
le a vous les a vous
SUBJONCTIF.
PRESENT.
T)agi-[udan
"Dagi^ugun
1MPARFAIT.
Legi^un
Gengiiun Gengi-qrqm
Legifuen Legi^ue^an
IMP^RATIF.
"Begi^ue
Ces flexions font toutes formees regulierement. Vagi^udan fe
compofe de i-egi-^u-i-n ,,que-je-vous-fafre-le"; & ainfi de fuite.
Ces flexions font en ufage pour le fingulier honorifique, & Ton a
forme un pluriel de ce pluriel en intercalant le figne de pluralite
le (i). Le i s'efh perdu & e eft refte. Vagiiuedan, dagi^uen, &c.
'Dagi^ueda^an, dagi^ue^an, &c. 3\engi^uen, legi^uen, <3cc.
^an } legi^ue^an, &c.
(i) Voir ch. xi, 3.
N
3 me perfonne du fingulier, au datif.
ACCUSATIF SING.
le a lui
*D agio dan
'Dagioan
T)agion
Ttagiogun
'Dagioen
Engioan
Legion
Gengion
Zengion
Legioen
Egiok
"Begio
ACCUSATIF PLUR,
les a lui
SUBJONCTIF.
PRESENT.
IMPARFAIT,
1MPERATIF.
"Dagioda^an
Ttagioa^an
"Dagiogu^an
Engioa^an
Legio^an
Gengio^an
Zengio^an
Egio^ak
'Begioe
Ces flexions font formees regulierement. Vagiodan eft forme de
d-egi-o-t-n ^que-je-lui-fafle-le"., en lifant a rebours. Le t eft devenu d
& o eft pour ho; voir ch. xi, 3. *Dagioan eft pour dagiokan de
d-egio-h-n; mais le k eft elide felon Fhabitude. Uagioen, 3 me perf.
plur. eft pour dagioren.
Uaccufatif pluriel eft indique par p d-egi-ho-t-y-n.
La 2 me perf. fing. de Timparfait eft mal formee; elle eft pour
hengion ou engion; le a eft de trop; voir ch. xi, 3 5 ou bien fi Ton
veut admettre le a comme faifant partie de la terminaifon (ce qui
rfeft pas 1'idee de Zavala), il faudrait ecrire le a par tout.
N 6.
3 me perfonne du pluriel, au datif.
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR,
le a eux les a eux
SUBJONCTIF.
PRESENT.
*D agio* dan
IMPARFA1T.
1MPERATIF.
Egioek Egioeiak
Ces flexions font formees comme celles avec le datif fingulier ;
feulement on y a introduit un e pour indiquer le pluriel du datif.
29.
Les fix conjugaifons primitives, intranfnives de egin,, avec
un regime indirect.
Nous avons dit ( 27) que egin parait avoir une variante ekin> que
Ton trouve comme auxiliaire du fubjoncltif des verbes intranfitifs
avec un regime.
279
I N D I C AT I F.
PRESENT.
a moi a toi a lui a nous a vous a eux
Hjgit Hagiyo Hagigu Hagiyore
Vagit Vagik Vagiyo Vagigu Vagi^u Vagiyore
Gagiyoi Gagi^ Gagiyore
Zagida^ Zagiyo^ Zagigu? Zngiyote
Vagigui Vagiiui
IMPARFAIT.
C^engiiun &{jngiyoten
Hengidan Hengiyon Hengigun Hengiyoten
Egidan Egikan Egiyon Egigun Egi-^un Egiyoren
Gengiiakan Gengio^an Gtngiyvyan Gengio^aien
Zengida^an Zengio^an Zengigu^an Zengiyoiaten
Egida^an Egi^akan Egio^an Egigu^an Egi^u^an Egiyo^aren
POTENTIEL.
PRESENT.
C^(jigikek ^(jigikeyo C^jJgike^u &{\igikeyote
Hagiket Hagikeyo Z^fgikegu Hagikeyote
Vagiket Vagikek Vagikeyo Vagikegu Vagike^u Vagikeyote
Gagikek Gagikeyo Gagike^u Gagikeyote
Zagiket Zagikeyo Zagikegu Zagikeyore
Vagikere Vagikeyeie Vagikeyore Vagikegute c Dagike^uie Vegikeyotee
IMPARFAIT.
C^engikek ^engikeyo ZN^engike^ufT^engikeyote
% Hengiket Hengikeyo Hengikegu Hengikeyote
Legiket Legikek Legikeyo Legikegu Legike^u Legikeyore
Gengikek Gengikeyo Gengike^u Gengikeyore
Zengiket Zengikeyo Zengikegu Zengikeyore
Legikete Lagikeyete Legikeyote Legikeguie Legikeiute Lekikeyoiee
280
Nous avons donne ici les conjugaifons de egin & non dz ekin,
puifque celles de egin ont etc en ufage, & qu'il n'y a qu'a y aj outer
la conjonclion n <3c a changer le g en A,, pour avoir les flexions en
ufage aujourd'hui comme auxiliaires du fubjonctif des verbes intran-
fitifs. De nos jours on ne trouve que celles de ekin, mais elles ont
fortement fouffert dans quelques dialedles. Nous les avons difcutees
plus en detail au paragraphe qui traite du verbe i^an.
Dechepare eft le feul auteur oil nous ayons retrouve Temploi de
egin comme auxiliaire des verbes intranfitifs : Tarn albanenguidio
hare e^ luque par eric (i). 'Parti al-ba-nengiyo 3} {i je pouvais me feparer
d'elle". L'idee de pouvoir eft indiquee ici par la forme du temps;
c'eft^ felon nous, le potential, pour nengiyoke (2). C'eft le feul
exemple, jufqu'a prefent,, ou nous ayons trouve d pour j } ce qui
ferait fuppofer que cet y eft prononce mouille. Comparez notre
Dic~Honnaire, la lettre J. Les deux editions ont le d; mais il ferait
poflible que ce fut une faute d'impreflion. Sans cela Dechepare
n'ecrit nij' ni d; p. ex. ioa?ienguion pour jo an nengion.
30.
Lenom verbal eruan ou eroan.
L'adjectif verbal eruan ou eroan 5J ,emmene J:> eft feulement connu
de nos jours en bifcai'en; c'eft un nom verbal caufatif, forme de era-
joan. Eroan fert en bifcai'en comme auxiliaire des verbes tranfitifs^
& leur donne la fignification des verbes frequentatifs : jan daroat
,,je mange d'habitude'% ,J'ai coutume de manger^. La langue
efpagnole exprime auffi cette idee par un feul verbe ,,foler".
Eroan a eu tres probablement auffi dans les autres dialectes la
meme fignification, celle d'un auxiliaire frequentatif; mais elle s'eft
(1) Poefies, Amorosen partizia.
(2) Chap, xxiv, . 14.
28 1
perdue, & de nos jours eroan ne fert, dans les autres dialecles, que
comme auxiliaire correfpondant a ,, avoir 33 (fans Tidee fecondaire de
,,coutume 33 ), quand Tauxiliaire doit exprimer deux regimes, Tun
direcl:, Tautre indirect. Le dialecle bifca'ien, le feul oil eroan etait deja
employe pour ,, avoir coutume 33 , ne pouvait s'en fervir pour expri-
mer Tauxiliaire ,, avoir 53 avec les deux regimes, & dans ces cas la le
bifcaien fait ufage des flexions de eutfi ,,tem'r 33 . Ainfi darota-{u y nav.
efp. ,,vous me favez 33 , fe dit en bifcai'en deuj^a^u. Varora^u eft forme
de d-aro-t-^u ,,vous-me-avez-le 33 en lifant a rebours; cette flexion eft
derauta-{u en lab., drauia^u en bn., dauta-^u en lab., derautafu en foul,
anc. (ij'oo); derita^u (1600); deiia^u en foul, moderne; & dida^uen
guip. Le bifcai'en deufta^u eft forme de d-euft (pour euts)-t-fu.
La conjugaifon abfolue (avec ,,me, te, nous, vous" pour objet)
n'eft en ufage par confequent qu'en bifcai'en ; la eroan indique le fre-
quentatif: yo daroa ,,il a Thabitude de battre 33 ou ,,il bat d'habi-
tude 3 '^ yo naroa ,,il me bat d'habitude 33 , &c.
Les conjugaifons relatives (avec deux regimes), au contraire,
intereflfent tous les dialecles; en bifcai'en elles fervent comme auxi-
liaires des verbes frequentatifs 5 & dans tous les autres dialedles
comme auxiliaires purs & fimples, mais feulement quand deux re-
gimes font exprimes. Ainfi emon daroat-^ut fignifie en bifcai'en ,,je
vous le donne d'habitude 33 & en nav. efp. ematen darot^ut "je vous
le donne 33 .
Puifque eroan eft un verbe caufatif ou faclitif, nous pouvons
examiner ici fa forme & celle des autres verbes caufatifs, fans trop
nous eloigner de notre fujet.
Le verbe faclitif eft exprime dans tous les dialecles par era^o ou
eraii ou ara^i-, p. ex. or ,,prendre 33 fait arrera^o ou harera^i ,,faire
prendre 33 . Eta baldin eure beguiac trebuca eradteh bahau. Marc IX,
47. ,,Et fi ton ceil te fait trebucher 33 . Irudi baiaut-(u y imprimierayi
di^aiun (i) ,, pour que vous les faffiez imprimer, fi cela vous convient 33 .
Ce nom verbal fe rencontre fouvent fous une forme contractee.
En guipuzcoan le e de era^p fe perd, & le dialedle bifcai'en, qui a
(i) Dechepare, Introd. Poefies.
282
une fi forte tendance a elider les r, en a fait cr[i; p. ex. jana^i pour
jan era^i ,,faire manger' 3 ; edana^i pour elan era~^i ,,faire boire' 3 .
Mendiburu (gulp.) ecrit: Era eska bie^ago a^ira-[i (pour a~i era^i).
Hura be^ala galdu e~[ dife^en gau^a onak egiren dim^tenak, adira^i nai
diet (i). ,, Comme lui, afin que les bonnes chofes qu'ils ont faites
ne s'oublient pas, je veux leur enfeigner 33 ...
Ceci nous donne deja les trois variantes era^i, ra~j, ap. La con-
traction de ce nom verbal ne s'efl pas arretee la; la corruption
phonetique s'efl aufli attaquee a la terminaifon ; era^i a la forme
d'un adjedlif verbal., dont Telement formatif efl z; cet i fe perd fou-
vent (toujours a rimperatif)^ ck Chourio ecrit par confequent :
(Aham^arai (pour ahaur^ ara^i) dieTiakidat^u munduko gau^ak (2).
^PuifTiez-vous me faire oublierles chofes de ce monde".
Era^i, fous les formes ra-p, a^i, a^ fe laiffait toujours reconnaitre
& reltait un nom, modifiant, & par confequent fuivant, le nom ver-
bal; mais comme era-fi a perdu deux lettres initiales,, ce nom verbal
a auffi perdu deux lettres finales, &, apres le i, le -[ s'eft perdu & il
n'eft refte que era. Era n'ayant plus rien d'un adjedlif verbal qui
pouvait regir un autre nom verbal, en efl arrive a etre confidere,
comme un nom, comme bear, e^in y nai, &c., & a ete place par
confequent devant le nom verbal uni avec lui, tout comme on ecrit
generalement naidet, eiindut, <5cc. Nous retrouvons cet era dans
eroan forme de era-joan.
Nous croyons meme reconnaitre dans e^in une forme exacflement
parallele. Eiin eft, croyons-nous, pour e^-edin ,,pas pu" = impof-
fible; 6c puifque le d s'efl perdu dans toute la conjugaifon, e^edin
efl devenu e^in pour e^ein. Dans notre Diclionnaire nous avons de-
compofe efin en e^-egin; mais le fens & la forme donnent raifon a
Fetymologie que nous donnons aujourd'hui.
Dans notre Didlionnaire nous avons fuggere la poflibilite d'une
origine commune deerafo ,,attaquer, battre 3 ^ & era^o ^contraindre 53 ,
ces deux fignifications pouvant fe confondre dans Tidee de contraindre
(1) Jefufen Cotnpahiaco, p. 5.
(2) Imitac., p. 265.
materiellement & moralement. La difference cTorthographe n'a que peu
d'importance ici; mais, de plus, on trouve erafo ,,battre" eerie avec
un i & meme era\o eft ecrit era^i. Bartholome die : c^iorei erat^ira (i).
^Battu de verges". Nous pouvons peut-etre aller un pas plus loin &
relier era^i ou ara^i ou era\o a ara^o ,, travail". De ,, travail, peine,
labeur" a ,, con train re" la limite eft vite franchie,, <3c le i formatif des
adjectifs verbaux a pu faire de ara\ ou araio, 1'adjedlif verbal arayi
,,contraint, oblige a", & ainfi arm era\i ,,contraint a prendre,
fait prendre". / pour o ferait une hypothefe rifquee, fi erafp & era~{i
n'etaient pas tons les deux en ufage. 'De cette facon nous avons
Implication des trois differentes formes, era^o, aii & era : ar erafo
ou arreraio ,, faire prendre "5 janafi ,, faire manger" & eroan faire
aller", de era-jo an.
Quelquefois on trouve era, pour ainfi dire, intercale dans le nom
verbal; p. ex. edaran ,, faire boire" de edan ,,boire". Mais edaran
s'explique mieux comme variante de eradan; Thyperthefe de r & d
n'efl pas un fait tres extraordinaire; eradan eft pour era-edan;
comme erafan ,, faire parler" eft pour era-efan (2).
D'autres fois era eft tout a fait ifole, fepare du nom verbal : Zeuek
daki^ue e^e era gichi galdu doda^ana. ,,Vous favez que j'ai fait pafTer
peu d'occafions..." Bartholome.
Era eft par confequent pour nous la contraction de erafi; c'eft
une forme petrifiee, pour ainfi dire, comme e^in, & qui precede
toujours, dans ce cas, le nom verbal.
Quelques auteurs ont voulu confiderer erafo comme un nom verbal
caufatif lui-meme, & forme de era-ja^o ,, faire arriver". Comme on
n'avait jamais examine convenablement ce que era fignifiait, on avait
admis que era ou ra etait une fyllabe au fens de ,, faire", 6c Ton ne
s'etait pas apergu que fi era donnait un fens caufatif au nom verbal,
il etait parfaitement inutile d'unir ja^o a era. L'idee de ,, arriver"
n'ajoute abfolument rien, comme elucidation, a celle de ,, faire".
(1) Eufcal errijetaco, p. 4.
(2) II y a de nombreux exemplcs d'hyperthefe dans la langue &. furtout dans les flexions
du verbe.
284
L'explication de era^o par era-ja^o efl de Zavala (i), & a ete repetee
par plufieurs auteurs, & entre autres par M. Vinfon (2), qui s'ex-
prime ainfi : ,,Mais relativement aux caufatifs, je dois ajouter que
^eroan ne peut etre forme de era^o-joan, car era^o, comme le fait
,,obferver le prince Bonaparte,, eft lui-meme le caufatif deja^o^. -
L'afTertion dont M. Vinfon affume ici la refponfabilite, n'etant accom-
pagnee d'aucune preuve, n'a que peu de valeur, quand bien meme
Fauteur cite le prince Bonaparte., qui ne fait que repeter ce qu'a dit
Zavala qui, a fon tour,, copie peut-etre Aflarloa. Et quelle valeur a la
conclufion que M. Vinfon tire de la theorie de Zavala? II va fans
dire que fi era^o ne peut rendre joan faclitif, era^o nepeut pas rendre
fadlitif non plus ar <3c cent autres noms verbaux. Or, on ne dit pas
autrement que ar era^o ,,faire prendre".
Que era-jaio puifTe faire eraio, cela efl poflible, mais ne prouve
rien du tout 3 il efl deux autres noms verbaux era^o, dont Tun fignifie
,,,faire parler" & Tautre ^battre"; ces noms verbaux ne font pas
formes de era-ja^o. II n'efl done pas neceffaire que le nom verbal
era^o foit compofe de era-ja^o. La formation, felon Zavala, de erafo
,, faire dire'% efl trop curieufe pour ne pas la donner, en pafTant,
ici. Uauteur dit que ce nom verbal derive de efan : de efan decir
e-ra-fan o e-ra-fo" . Pour Tauteur ra efl intercale ; erafan s'explique,
mais erafo? Efl-ce que fan devient fo? Cefl fans doute un detail.
Nous n'aurions pas releve cette theorie fuperficielle fur erap^ fi le
prince Bonaparte n'en cut repris la defenfe dans un article d'une revue
anglaife (3), ou nous lifons, au milieu de beaucoup de gros mots a
notre adrefle : ,,No difcuffion upon it is poffible, the matter is fo
evident". En francais : Le fujet efl trop evident pour donner
matiere a difcuffion. De cette facon on ne court pas rifque de
s'embrouiller dans fes arguments. Une autre obfervation, ^galement
fuperficielle du prince Bonaparte, efl celle qui a trait a la place
qu'occupe era^o dans la phrafe. Le prince Bonaparte dit :
is the only poffible order of the words' 3 ^). C'efl-a-dire :
(1) Verbo vq/c., p. 162, ch. ix, n j.
(2) Revue de Linguiftique, vol. vin, p. 158.
(3) The Academy, 4 fept. 1875.
eft le feul ordre poflible dans lequel les mots peuvent etre places 55 .
On a vu plus haut que era precede toil jours le nom, ce qui eft le
point en litige pour eroan (de era-joan) ; & perfonne n'a jamais dit
que era^o precede.
Le ton d'oracle avec lequel le prince Bonaparte debite fes afler-
tions, que nous laiflbns au lecteur le foin de qualifier, nous oblige
a en citer encore deux. Toujours dans ce meme article on peut lire :
^The fyllable ra, or the word era makes many verbal nouns facti-
tive"; c'eft-a-dire que la fyllabe ra ou le mot era rend faclitifs plu-
fieurs noms verbaux. Ceft ce que chacun fait. Et plus loin :
j,For how could eroan, formed ofjoan and of ra or era (a word which
means ,,time 55 notwithftanding the bold denial of M. Van Eys, be
admitted to be a mere contraction of eraio-joan" ... Ceft-a-dire :
,,Car comment admettre que eroan, forme de joan & de ra ou de era,
mot qui fignifie ,, temps' 5 , malgre le deni temeraire de M. Van
Eys, ne foit que la contraction de era^o-jo an* ' . On vient de voir
comment. Ainfi era eft un mot qui rend factitifs les noms verbaux
<3c qui fignifie ,, temps 55 !
Notre ,,deni temeraire' 5 eft celui-ci. Comme il n'eft pas admif-
fible que era, mot d'emprunt, & fignifiant ,, temps 55 , comme le dit
le prince Bonaparte, & auffi ,,ak, mode, maniere' 5 , comme on peut
le voir dans notre Dictionnaire, ait quelque chofe de commun avec
era, formant les verbes caufatifs, nous avons dit dans notre Etude
fur les auxiliaires, que era ne fignifiait rien, ayant aiTez bonne opi-
nion de Tintelligence de nos ledleurs pour leur epargner 1'explication
que nous fommes obliges de donner maintenant.
Dans un fecond article (i), valant le premier par le fond & par
la forme, fur notre Etude fur les auxiliaires, fautorite de Zavala eft
invoquee pour demontrer notre ignorance totale de la langue bafque,
& le prince Bonaparte ajoute : ,,I profefs the greateft deference for
the talent of the P. Zavala' 5 . Ceft-a-dire : ,,Jaile plus grand refpect
pour le talent du Pere Zavala 55 . Nous le croyons fans peine; les
deux articles du prince Bonaparte le prouvent furabondamment;
(i) Academy , 20 nov. 1875.
286
mais fon refpect pour le talent de Zavala ne prouve pas que Zavala
ait du talent 5 ce font deux chofes entierement diftincles.
Les Cept conjugaifons abfolues du nom verbal eroan ou eruan,,
en dialefle bifcaien.
N 08 I & 2.
ACCUSATIF SING.
le
Ttaroat
Varoak
T>aroa
Varoagu
Varoe
S^eroian
Eroaan
Eroian
Geroian
Zeroian
Eroien
ACCUSATIF PLUR.
les
IND I C ATI F.
PRESENT.
IMPARFAIT.
Varoadai
Varoai
Uaroagui
Varo'e^
Eroa^an
Geroa^an
Zeroa^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
U^eroake
Eroake
Leroake
Geroake
Zeroake
Leroakee
Eroake^
Leroakei
Geroake^
Zeroake^
Leroakeei
Pour le mecanifme de la conjugation, nous devons renvoyer le
lecleur au chapitre xi.
Cette conjugaifon n'oflfre que les petites irregularites qui fe trouvent
dans tous les verbes bifcaiens. Les 5 mes perfonnes ont e pour a dans
la terminaifon,, daroe pour daroa; il aurait fallu daroare, mais on s'eft
figure que e indiquait le pluriel (i). Varoe^ comme Tecrit Zavala,
eft pour daroaie^.
Zavala ecrit, fans aucune raifon apparente_, neroian pour neroan,
comme Tecrit Larramendi & comme il nous parait que c'eft la forme
correcle; n-eroa-n, ne peut faire que neroan.
Dans eroaan fe trouve un a de trop $ le pronom doit preceder la
flexion 5 il aurait faliu hero an ou bien eroan. Get a a ete explique
ailleurs(i).
La 3 me perf. plurielle eroe^an eft pour eroa^aten; la confufion eft ici
double; le a radical a fubi la transformation en e. Meme au point
de vue de la coutume bifcaienne il aurait ete plus regulier d'ecrire
eroa^en.
Le prefent du conditionnel eft Timparfait de 1'optatif. Le prefent
de Toptatif ferait daroaket; mais ce temps ne s'eft pas conferve en
bifcai'en, autant que nous fachions. Nous croyons 1'avoir retrouve
dans les dialedles bas-navarrais & fouletin.
Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le (ingulier, on a forme
daroaiue, darofffue^; ^eroien, ^eroeian; -[eroakee, ^etoakee^.
Le paffe du conditionnel eft forme en ajoutant la caraderiftique
du paffe an, au prefent : neroakean, &c.
0)"ch. xi, s 3-
288
N os 3 & 4.
ACCUSATIF SING,
me
ACCUSATIF PLUR.
nous
INDI CATIF.
PRESENT.
ZH^aroak Garoa^ak
IT^aroa Garoa^
ZT^
eroaan
IMPARFAIT.
Geroaa-ran
Geroa-[an
Geroa^u^an
Geroe^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
S^eroakek
ZKjroake
t^eroakee
Geroake^ak
Geroakei
Geroakeei
eft forme de n-eroa-h; h final durci en k; Tinitiale radi-
cale e eft devenue a, felon la regie. Avec Tobjet pluriel ^nous'^
garoak aurait fuffi., dirait-on; g-eroa-h; mais le bifcai'en^ & auffi les
autres dialedles,, aiment a indiquer le pluriel une feconde fois,, par le
figne de pluralite ^, <5c g-eroa-^-h fait garoa^ak.
II y a ici la meme obfervation a faire que partout ailleurs pour les
^mes perfonnes du pluriel.
& geroaaian ont un fecond a, qui eft ici a fa place.
V^eroaan eft forme de n-eroa-h-an ; le h devenu k au milieu du
mot a ete elide & Thiatus eft refte.
Geroakeiak eft pour geroakekai; mais dans ces cas-la il y a toujours
hyperthefe de k & ^.
N
6.
ACCUSATIF SING. A C C U S AT I F P L U R.
je te je vous
I N D I C AT I F.
PRESENT.
cAroat
cdroa
cAroagu
Zaroadai
Zaroa^
IMPARFA1T.
Eroadan
Eroan
Eroagun
Eroen
Zeroada^an
Zeroa^an
Zeroagu^an
Zeroe-(an
Eroaket
Eroake
Eroakegu
Eroakee
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Zeroaket
Zeroake
Zeroakegu
Zeroakee
L'afpiration s'etant perdue en bifcaien, aroat eft pour haroat, de
h-eroa-t ,Je-emmene-toi" en lifant a rebours. Avec 1'objet pluriei,
le pluriel eft exprime deux fois ; \aroat auraic fuffi; mais
en ajoutant ^.
19
290
N 7.
Accufatif pluriel ,,vous" (forme refpedlueufe).
INDICATIF.
PRESENT.
IMPARFAIT.
CONDITIONNEL.
Zaro'edai
Zaroe^
Zaro'egui
Zaroee-^
Zaroeda^dn
Zar depart
Zaroegu^an
Zardeeyan
Zeroakeet
Zeroakee
Zeroakeegu
Zeroakee
On voit la facon machinale dont ces flexions font formees; la
voyelle e remplace lavoyelle a; ce qui a fait croire que e eft un figne
de pluralite (1)5 ^oroada^ devient \aroeda^ y &c.
Les dou^e conjugaifons relatives du nom verbal eroan
en diale&e bifcaien.
N i.
i re perfonne du fmgulier, au datif.
ACCUSATIF SING. A C C US ATI F PLU R.
le a moi les a moi
INDICATIF.
PRESENT.
Varoadak Varoada^ak
Varoat Varoada^
'DaroadaTu e Daroada^ii'^
Varoade Varoade^
(i) Zavala, Verio vafc,, p. 62, n 3 1 .
ACCUSATIF SING. ACCUSASIF PLUR.
le a moi les a moi
IMPARFA1T.
Eroadaan Eroadaaian
Eroadan Eroada^an
Zeroadan Zeroada^an
Eroaden Eroade^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Eroakedak Eroakeda^ak
Leroaket Leroakeda^
Zeroaket Zeroakedai
Leroakede Leroakede^
Ces flexions font generalement formees d'une fa^on reguliere.
Varoadak eft compofe de d-eroa-t-h ^tu-me-emmenes-le", en lifant
a rebours. Pour les caracteriftiques des pronoms d, t, h, nous devons
renvoyer au chapitre xi, 3- Le h final eft durci en k (voir ch. iti),
& t eft devenu d, felon la regie.
Le pluriel de f objet eft indique par ^, <3c daroadak -f- I devient
daroada^ak avec hyperthefe de k, que le bifcai'en prefere avoir a la
fin de la flexion,, comme nous Favons deja fouvent fait remarquer.
Dans les imparfaits il y a Terreur habituelle; Fhiatus aa ferait
fuppofer qu'il y a un k d' elide; ce qui n'eft pas. Eroadaan devrait
etre heroadan; de h-eroa-t-an. Le fujet (Ji) doit etre prefixe. Eroadaa^an
devrait etre par confequent heroada^an. Au chapitre xi, 3? nous
avons difcute Forigine de cet a fuperflu.
Au prefent du conditionnel., le bifcai'en prefere avoir le fujet, ou
fon reprefentant,, a la fin de la flexion, tandis que les autres dialedles
preferent generalement avoir le fuffixe ke a la fin.
La 3 me perfonne leroaket eft reguliere; elle eft formee de l-eroa-ke-t.
Le fujet de la 3 me perfonne eft indique par /; eroa efl le theme; ke la
caracteriftique de Toptatif, & r eft le datif ^a moi".
2 9 2
La 2 me perfonne eroakedak ,,tu me I'emiTienerais" eft mal com-
pofee. Le fujet doit etre prefixe; dans la 3 me perfonne il eft rendu
par /; ici il faudrait h; ainfi heroa -f- he -f- t ou heroaket. Uerreur ne
s'eft pas produite dans la 2 me perf. du pluriel ^eroaket; Tinitiale feule
devrait faire la difference. 11 y a prefque toujours de la confufion
dans les flexions ou Ja 2 me perfonne eft exprimee, foit comme fujet,
foit comme objet, apparemment parce qu'elles ne font plus en ufage.
Le point de depart des comparaifons a ete, & eft toujours encore,
la 3 me perfonne, & Ton dirait que leroaket a fervi comme guide pour
reconftruire une flexion inufit.ee. On favait que / appartient a la
5 me perfonne <3c que k indique la 2 me perfonne du fingulier (i);
il n'y avait done qu'a enlever / & ajouter k pour former cette
flexion.
Les dialecfles qui placent la fyllabe ke a la fin de la flexion,
comme, par exemple, le navarrais efpagnol, difent ^arodake ,,i[ me
Taurait" de ^-eroa-t-ke.
Le conditionnel pafle eft forme en ajoutant n au prefent : eroa-
kedan, leroakedan, &c.
N 2.
2 me perfonne du fingulier, au datif.
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR,
le a toi les a toi
INDICATIF.
PRESENT.
Varoaat Varoaada^
Varoaa
'Daroaagu
Tiaroe
(i) Zavala, Verio vafc., p. 69, 8.
ACCUSATIF SING. ACCUSAT1F PLUR.
le a toi les a toi
IMPARFAIT.
Eroaan Eroaa^an
Geroaan Geroaa^an
Eroen Eroe-{an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
V^eroakek V^eroake^ak
Eroakek Eroake^ak
Geroakek Geroake^ak
Eroakeek Eroakee^ak
Le prefent efl forme corredlement, excepte la 3 me perfonne; daroaa
devrait etre daroak, de d-eroa-h. Le i re perfonne efl formee de
d-eroa-h-t ou daroakat, apres Telifion reguliere de h. Get h s'efl durci
en k) venant a la fin de la flexion, dans la 3 me perfonne. La 3 me
perfonne du pluriel daroe efl pour daroak-te avec elifion de k medial.
L'hiatus dans Timparfait efl caufe par la meme raifon, la chute
de I'/z. Ce temps,, pas plus que le prefent du conditionnel, n'orTre
rien de particulier.
N 3.
2 me perfonne du pluriel, au datif (fingulier honorifique).
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR.
le a vous les a vous
1NDICATIF.
PRESENT.
'Daroai^ue
294
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR.
1MPARFAIT.
Eroat^un
Geroai^un
Eroar^uen Eroai^ue^an
CONDITJONNEL.
PRESENT.
Leroakeyu Leroake^
Geroake^u
Leroake^ue
Ces flexions font les memes que les precedentes, feulement i^u
(pour fu comme au conditionnel) a remplace le h. 'Daroat^ut eft
forme de d-
N 4.
3 me perfonne du fmg., au datif.
ACCUSATIF SING.
ACCUSATIF PLUR
le a lui
les a lui
IND 1C ATI
F.
PRESENT.
'Daroakot
T)aroakodai
*Daroakok
e Daroako'{ak
Varoako
Varoakoi
Ttaroakogu
'Daroakogui
Tfaroako^u
Varoakoiu^
Varoakoe
Uaroakoef
29 f
ACCUSATIF SING.
le a lui
^eroakon
Eroakoan
Eroakon
Geroakon
Zeroakon
Eroakoen
1MPARFAIT.
ACCUSATIF PLUR,
les a lui
Eroakoa^an
Eroako^an
Geroako^an
Zeroako^an
Zeroakoe^an
CONDITIONNEL.
PRESENT.
ZN^eroakio
Eroakiok
Leroakio
Geroakio
Zeroakio
Leroakioe
Eroakio-{ak
Leroakio^
Geroakioi
Zeroakioi
Leroakioei
Cette conjugaifon eft reguliere; daroakot eft forme de d-eroa-ho-t;
le h s'eft durci en k (i). Quelquefois on ecrit^ comme cela fe fait
regulierement en fouletin, daroayot (2),, c'eft-a-dire le h a ete elide,
& pour eviter 1'hiatus on a introduit le y.
La 2 me perfonne du fingulier de rimparfait offre de nou\^au 1'erreur
ordinaire 5 on a intercale un a,, que Ton fe figure indiquer la 2 me
perfonne 5 il aurait fallu heroakon ou eroakon. L'origine de cet a a ete
expliquee au chapitre xi, J. La meme obfervation s'applique a
eroakoa^an pour heroakoian.
Le conditionnel neroakio eft forme de n-eroa-ke-ho, & le y, qui
remplace 1'A, aurait pu s'ecrire : neroakeyo; mais on ecrit en bifcaien
neroakio.
1) Ch. xi, 3, &. ch. in.
2) Zavala Verbo vafc., p. 64,
296
La 2 me perfonne efl fautive cotnme d'habitude. Eroakiok devrait
etre heroakio de h-eroa-ke-ho. K ne doit pas fe trouver a la fin de la
flexion. Le fujet doit eire prefixed & il ferait h.
N f.
3 me perfonne du pluriel, au datif.
ACCUSATIF SING.
le a eux
ACCUSATIF PLUR.
les a eux
INDI CATIF.
PRESENT.
'Daroakoet Varoakoedai
Ttaroakoek, &c. Ttaroakoeiak, &c.
IMPARFAIT.
S^eroakoen
Eroakoen, &c.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
V^eroakioe
Eroakioek, &c.
) ckc.
Cette conjugaifon eft exadlement comme celle qui precede^ feu-
lement on a intercale un e pour indiquer le pluriel du regime indirecT;
(a eux). Get e eft pour u; ainli daroakotet; le t s'eft perdu (i).
Le pluriel du regime direcT: eft exprime par ^; ainfi daroakoet + \
efl devenu daroakoeda^ apres la mutation de t en d.
(i) Ch. xi, 3.
S- 33
Conjugaifons de eroan comme auxiliaire avec deux regimes, correfpondtint
a ,,avoir", dans les dialefles lab., foul., bn., gulp.
N I.
le a moi
I N D I C AT I F.
PRESENT.
Forme primitive bifcaienne.
Varoadak
Varoat
Ttaroada^u
T)aroade
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
guip.
Varotak
Urautak
T)autak
Veitak
Ttidak
Varot
Vraur
Vaut
Veit
Vir
Varota^u
T)aroiaie
'Drauta^u
*Draudate
Vauta^u
Uautate
r Deita-[u
Tteitaye
Vida^u
Ttidade
La voyelle initiale de eroan, qui aurait dia devenir a, felon la
regie, eft reftee fouvent e. Dechepare ecrit erau & auffi ara; Axular,
Pouvreau, de la Vieuxville., ecrivent le theme avec e : erau, era, ero ;
Chourio aro; Li^arrague omet la voyelle. Les voyelles primitives de
eruan ou eroan fe retrouvent par confequent dans erau, apres mera-
thefe des deux voyelles finales.
Le fouletin avait encore le r, il y a deux fiecles ; on difait derit
pour deit (i); & il y a trois fiecles on difait deraut : cAndre eder gen-
(i) Voir le Prone fouletin de 1676, reedite par M. A. d'Abbadie (de I'lnflitut), & aufTi Ic
Cate'chifme de Belapeyre, 1696.
dlbatek bihoia deraut ebaxi (i). ^Une gentille demoifelle m'a ravi le
cceur". A la page fo Dechepare ecrit daraut.
Le dialecfle guipuzcoan oflfre fouvent des formes encore plus
corrompues que le fouletin acluel,, <5c il ferait difficile aujourd'hui de
relier dit a darot, fi la ferie intermediaire ne fe fut pas trouvee aufTi
complete qu'elle Tefl : deraut, darot, derat, derot, derit, deity dit.
II y a quelquefbis de la confufion chez le meme auteur. Axular ecrit
derarpit, <5c derauiter{u. TSada erran nahi deraf^ut (2). ^Mais j'ai voulu
vous dire' 5 . Eta Eli^ari, Erregeri egin... derairftctfw ferbitfudk (3).
^Les fervices que vous avez rendus (faits) a TEglife, au roi".
Jharce, qui donne a Haramburu la permifllon d'imprimer^ ecrit :
ero: Eman derokan botherea imprimierat^eko .
La mutation de o en i eft extraordinaire, d'abord en elle-meme,
mais auffi en ce qu'elle fe retrouve dans deux dialecles fi eloignes Fun
de Tautre que le guipuzcoan & le fouletin.
Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique_,
les terminaifons font devenues pour le pluriel ^ue } b., inte, g.,, 1.,
bn., & \ie, f. pour \uye; la chute du t ayant produit un hiatus, le
fouletin introduit d'habitude un y euphonique5 comme u fe prononce
comme u fran^ais, yuye pouvait facilement devenir ^ie dans la pro-
nonciation.
La 3 me perf. deitate eft devenue,, pour la meme raifon^ deitaye.
IMPARFAIT.
le a moi
Forme primitive bifcaienne.
Eroadaan
Eroadan
Zeroadan
Broaden
(1) Dechepare, Poefies, p. 48.
(2) Gueroco guero, p. 233.
(j) Meme ouvrage, p. xvi.
299
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
guip.
cArotan
Herautan
Hautan
Heitan
Idan
Zarotan
Zerautan
Zautan
Zeitan
Zidan
Zarotaten
i Zerauta-[un
Zerautaten
Zinautan
Zamaten
Zi ne it an
Zeitayen
Z in id an
Z id a ten
oArotan & herautan font les feules flexions que nous nous foyons
permis de former par analogic. Puifque -[arotan & \erauian font con-
nues,, il y a peu de danger a citer ces deux flexions de la 2 me perf.
du fingulier, dont la feconde fe trouvera fans doute dans le N.-T.
de Lifarrague.
La meme ferie de mutations des voyelles thematiques fe trouve
dans le prefent & dans Timparfait. Le t primitif s'efl maintenu
partout, excepte en guipuzcoan; ce dialecle Ta convert! en d.
Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fingulier
honorifique,, on trouve pour le pluriel les terminaifons yuien, bn. 3
taten, lab.,, daymen, guip. 5c ta-^ien^ foul.
Les 2 mes perf. plur. ont foufTert, furtout le nav. efp. Lafyllabe in
ne s'explique pas bien. Zerautan aurait fufli^ mais la tendance a
exprimer deux & meme trois fois le meme pronom, a fait repeter
IH a la fin de la flexion^ comme c'efl aufli le cas en bas-navarrais.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Forme
primitive bifcaienne.
Eroakedak
Leroaket
Zeroaket
Leroakede
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
oAro&ake
Herautake
Haroket
Heiket
Zarodake
Lerautake
Laroket
Leiket
Ziharodake
Zerautake
Zinarotake
Zeneiket
Zarodakete
Lerautakere
Laroketet
Leikede
guip.
Iket
Liket
Ziniket
Lidakete
300
Nous avons demontre que la forme bifcaienne de la 2 me perlbnne
efl vicieufe; il aurait fallu eroaket. Les dialecles bifc., foul. & gulp.
ont le datif ,,me" a la fin de la flexion, tandis que dans les dialecles
navarrais ce pronom fuit le theme; les premiers ont h-eroa-ke-t; les
autres ont h-eroa-t-ke, avec mutation reguliere de i en d. Le bn. a
conferve le t, herautake.
Les 2 mes perfonnes du pluriel font devenues : lifiarodakete, nav.
efp.; -{inarotaiuke ou, felon M. Inchaufpe (i), ftnarotayukete, lab.;
-[eneikede ou ^eneikedaiie (2), foul.; -{inidakete , guip.
Dans les 3 mes perf. du pluriel, en lab._, foul. & guip., le t, pro-
nom datif, fe trouve etre fuivi de te, qui en fait un pluriel; le t s'eft
perdu en foul, & guip., & le e feul eft refle; en lab. la fyliabe re
efl intercalee, probablement afin de conferver le pronom datif a la
fin de la flexion.
IMPfcRATIF.
bn. lab. foul. g u ip-
le^adak c/lrak I^adak Zadak
I^ada^u Zada-{u
Ttie^aiet
L'imperatif, le fubjonclif & le potentiel derivent de e^an, mais il
a paru preferable de ne pas feparer ces trois modes des conjugaifons
de eroan, comme auxiiiaire, puifque avec eroan ils forment les con-
jugaifons relatives au grand complet. Eroan forme tout Tindicatif,
& e^an les modes que nous venons de dire. Nous ne citons pas ici
le dialecte navarrais efpagnol. Les flexions donnees par Lardizabal
feront probablement en ufage, mais elles font fi corrompues qu'il
vaudra mieux les examiner feparement.
Le e de e^an fe trouve affez fouvent change en i dans Timperatif;
(1) Verbe, p. 489.
(2) Meme ouvrage, p. 291.
ou plutot le i qui precede le e, & dont Torigine n'efl pas tres claire,
a fupplante le e <3c eft refte feul. En guipuzcoan le e meme s'eft
perdu, & ie^adak (pour e^ada/i) eft devenu ^adak, pour e-^a-t-h, avec
d pour r & h durci en A. (Voir ch. in & ch. xi, 3.)
Mais d'ou vient le i initial, que Ton trouve deja chez Dechepare,
qui ecrit yagada^u (i); chez Li9arrague, qui ecrit leg ada$ u : laquin
eraci iecadague. Match, n, 8. ,,Faites le moi favoir^; & chez Larra-
mendi : EICIH bie^at nork nai (2). ,,Qu'il me dife celui qui veut". On
dirait que cette voyelie eft eflfentielle a Fimperatif; le e thematique
ie perd, comme Ton voit, mais le i s'eft maintenu partout. S'il ne
s'agiiTait que de Timperatif, on pourrait peut-etre admettre que la
forme familiere (c'eft-a-dire le mouillement exprime par i: ie au lieu
de e) convenait mieux a Timperatif; mais le i fe trouve aufli dans le
fubjonctif, c'eft-a-dire dans Tindicatif fuivi de n. Get i n'appartient
pas au theme, c'eft tout ce que nous pouvons en dire pour le
moment.
bn.
s u B J o N CT i F.
PRESENT.
lab. foul.
T>ir(ad(r(un
'Die^atedan
'Di^adan
Vi^ada
T)i^aden
Ttie^adaan
Vieiadan
'Die-^un
'Diefadaten
1MPARFAIT.
Hi^adan - le^adan
Ze^akidan Li^adan Zie^adan
Zine^akidan Zini^adan Zinie^adan
Ze^akidaten Li^aden Zie-[atedan
(1) Poefies, p. 10,
(2) Lettre a Mendiburu, p. a.
Le fubjonclif derive de e\an; comparez ce verbe. II eft forme du
prefent <3c de Timparfait de 1'indicatif fuivi de n. 'Dte^adakan eft forme
de de^adak -f- n. Le k, venant au milieu de la flexion,, a ete elide,
<3c rhiatus produit par cette elifion eft refte en guipuzcoan, mais il
a ete evite en fouletin en introduifant ley. Nous gardens le k dans
la flexion labourdine., puifqu'il fe trouve quelquefois dans ce dialecte ;
mais nous n'avons pas encore rencontre cette flexion.
Les autres flexions peuvent fe pafler d'explication ; on n'a qu'a
prendre les temps de 1'indicatif de e^an, les faire fuivre de n ^que 3 ',,
& appliquer les lois de la phonetique.
Nous retrouvons le i dont nous avons parle plus haut. Quelques
auteurs, comme Dechepare (1^4^) & Haramburu (163^) convertif-
fent, felon la regie,, le <? initial en a; le dernier de ces auteurs ne fe
tient pas flri clement a la regie,, il ecrit e man diaia^un ^qu'il vous
donne"; mais par centre : eite^ala.
Dans rimparfait, le n de la terminaifon, & la conjoncTion n
, 3 que'% s'affimilent^ & he^adan -f- n refte he^adan, ou comme on ecrit
hi-[adan ou en guip. ie^adan fans h initial.
Nous citons le labourdin d'apres M. Inchaufpe. Le prefent eft
correct,, mais Timparfait prefente une irregularite. II fe trouve une
fyllabe hi dans les flexions de ce temps, qui demande une explica-
tion; cette irregularite fe rencontre dans tous les imparfaits du
fubjondlif; nous ne favons en rendre compte autrement qu'en
admettant ki comme une variante de ke, la caracteriftique de
1'optatif. Comme 1'optatif fert dans plufieurs langues a rendre le
fubjondlif, p. ex. ^may" en anglais., il ferait poffible que Ton
cut pris Toptatif, qui eft sans cela referve au potentiel ou a Top-
tatif. Ceci a du produire de la confufion; ^akidan etant employe
comme imparfait du fubjonclif, ne pouvait plus fervir comme
imparfait du potentiel; & Ton s'eft tire de la difficulte en ajou-
tant ke une feconde fois a ces memes flexions; & c'eft ainfi que
^eiakidan eft devenu ^e^Mddkean. Si notre fuppofition eft fondee ,,
nous avons en meme temps 1'explication de la corruption du po-
tentiel.
Si ce ki fe trouvait regulierement dans ies deux temps du fubjonclif,
il n'y aurait pas lieu de s'etonner,, mais la prefence de ki feulement
dans rimparfait, fait plutot conclure a du defordre.
Puifque 1'ufage des dialecles bafques fran$ais eft d'ecrire un /
initial a la 3 me perf. de 1'imparfait., il faudrait Tecrire partout; ici
au lieu de
POTENTIEL.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P-
Vi^akedak Vi^akedak Vieiakedakek
ke 'Di^akedafu
Vi^akidakete
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
Hi^akedat
Li^akedat Zie^aket
Zini^akedat Zinie^aket
Li^akede Zieiakedate
Le potentiel eft le potentiel de e^an; p. ex. eman di^akedak ,.,tu
peux me le donner". Comparez le verbe e^an.
Les flexions,, fous leur forme adluelle., ont fouflfert; mais peut-etre
faut-il moins s'etonner de ce qu'elles aient fouffert,, que de ce qu'elles
fe foient confervees fl bien., apres tant de fiecles. Le fouletin df^akedak,
faufle e initial, thematique, qui a difparu^ eft correcT:; cette flexion
eft formee de d-e^a-ke-t-h; le t a ete convert! en d, & le h s'eft durci
en k (voir ch. xi, 3).
La flexion correfpondante du guipuzcoan eft fautive; ek final eft
de trop. Par centre , la 3 me perfonne eft correcle en guipuzcoan &
fautive en fouletin; dieiaket eft forme de d-eia-ke-r; comme toujours
le fujet eft abfent; at eft de trop en fouletin. La 3 me perf. plur. en
34
foul, eft reguliere; il y a d pour t; ce qui fera une correction ulte-
rieure; on a cru qu'il fallait un d dans routes les flexions.
Le dialecte labourdin, que nous citons d'apres M. Inchaufpe, efl
fortement corrompu; pas une flexion n'eft correcle. Nous citons la
2 me perf. du fing., qui ne fe trouve pas chez M. Inchaufpe comme
elle devrait etre; mais routes les flexions out, en fus de ke, la fyllabe
ki 3 dont nous avons parle plus haut,, au fujet de Timparfai: du fub-
jondtif. II eft poffible que ces formes vicieufes foient en ufage; mais
la forme correcle fe retrouve heureufement, par exemple chez Chou-
rio : Markka dietfakidarpt (& non difakidapike) enelainhoa(l). ^Que
vous puifliez me h pardonner".
Nous avons vu (ch. xn, 4) que Timparfait de 1'optatif ou poten-
tiel eft employe generalement de nos jours comme conditionnel du
potentiel. Ce temps s'eft le mieux conferve en guipuzcoan; nous ne
Tavons pas encore trouve en labourdin,, ni en bas-navarrais. La 2 me
perf. du fing. n'eft pas de Larramendi; nous Favons reconftruite par
analogic avec les autres flexions. La 3 me perfonne avec i initial^ en
guipuzcoan, eft formee de -f-eia-ke-r. Le at final, en fouletin,, eft
fautif; cette fyllabe ne fignifie rien; elle eft de trop dans toutes les
flexions.
La 5 me perfonne plur. eft la feule correcte; ce qui eft du au hafard;
a^akede pour li^akete de li^aket -{- re, avec affimilation des t. En gui-
puzcoan il n'y a pas eu aflimilation, & ^ie^akei -j- te a donne
kedate, en conver tiffany felon I'habitude., t en d.
IMPARFAIT.
Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la caracle-
riftique du paffe an : hifakedan, foul. On aurait pu s'apercevoir qu'en
retranchant an, il refte hi^aked ou nickel pour le conditionnel,, & non
pas hi^akedar.
L'imparfait labourdin eft hiiakidakean, ^akidakean, &C.,, ce qui
prefuppofe un conditionnel du potentiel hi^akidake, qui n'eft pas cite
(i) /mif., liv. in, p. 259.
par M. Inchaufpe. Nous trouvons ici cette fyliabe ki, que nous avons
difcutee plus haut. Si In^akidake eft en ufage pour le conditionnel,
comme hifakidakean pour 1'imparfait, alors ces deux temps font mal
formes .
N 2.
les a moi
INDI CATIF.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul. g u ip-
T)aro^kidak 'Drau^kidak "Dai^rak "Dei^tak
Ttrauikidate
Cette conjugaifon ne derive pas d'une conjugaifon primitive
bifcai'enne. Chaque dialede a forme les flexions avec 1'accufatif
pluriel de celles qui ont 1'accufatif fingulier, employant chacun la
caracleriftique qui lui eft propre ; le bifcai'en fe fert alors de i fuffixe
(voir eroan)y le nav. le bn. & le guip. de ^k, le lab. & le foul, de
q\ TI perd le r initial quand un autre t fuit. Les variantes prouvent
que le meme dialedle fe fert quelquefois de %k ou de t-{. La flexion
avec 1'accufatif fmg. darotak eft devenue par confequent d-aro-ik-t-k,
avec mutation de t en d daroikidak. Le i ne s'explique pas bien pour
le moment; on pourrait admettre un groupe fki intercale au lieu de
lk; mais ceci n'explique pas davantage le i. Comparez la conjugai-
fon ^ies a lui^% & ch. xi> 4, ou le i de ditui eft difcute.
Le fouletin devpak (pour deriftak) eft forme de deitak en inter-
calant ^. 'Deiftak fe decompofe en d-ei-^-t-k ,,tu-me-plur.-theme-acc/'
Le labourdin s'explique de la meme maniere ; le groupe ^ki fe
retrouve dans les 3 mes perfonnes; ces flexions font empruntees a
differentes varietes, bien qu'elles foient confiderees de nos jours
comme appartenant a la meme variete.
20
306
nav. efp. bn.
cAro~{kidan
Zarofkidan
1MPARFA1T.
lab.
Hainan
Zai^taten
foul. g u ip-
Hei-[tan I-fiidan
Zei^tan Zi^kidan
Zenei^tan Zinifkidan
Zei^tayen Zi^kidaten
L'imparfait a le meme theme que le prefent : aro, ran, ai, el, i ;
la 3 me perf. ell formee de -7-aro -\ki-t-n ; ^-erau-i^i-i-n^ \-ai-\-i-n , &
1-i-^ki-i-n. Ces flexions font toutes formees regulierement. Nous
avons du ecrire aroikidan pour le nav. efp., par analogic avec les
autres perfonnes. Larramendi ne donne pas cette flexion,
devrait etre in
nav. efp.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
les a moi
bn. lab. foul,
Zaro^kidake
Zinaro^kidake
Zaro^kidakete
Laro-fiiket Lei^ket
Zinaro^kidat^uke Zenei^ket
Laroikiketei Lei^kede
guip.
Zini^kiket
Li-[kidaieke
Nous avons complete le nav. efp. en citant aroikidake, ayant
cite aro-{kidan a Timparfait, bien que Lardizabal ne donne pas ces
flexions.
Nous avons cite la variete labourdine hautan & hai^an a 1'impar-
fait. On pourrait done s'attendre au conditionnel (forme de la meme
maniere que 1'imparfait, fauf la terminaifon), hai-\ket, &c. Comme
nous n'avons pas encore trouve ce conditionnel^ nous preferons
307
dormer celui qui eft cite par M. Inchaufpe, la variete avec aro.
Comp. le condit. de la conjugaifon precedence.
La 2 me perf. plur. lab. ilnaroikidatiuke efl formee de i-aro-iki-t-
iu-ke; avec le n myflerieux intercale dans le theme. Le d qui fuic iki
efl pour t ,,me"; le t qui precede ^u efl de trop. La forme guipuz-
coanne efl plus courte, le he a ete intercale^ le regime indirect i
53 me" fuir, <3c le fujet ^u n'efl pas exprime une feconde fois, on
aurait pu faire de la meme maniere i-aro-^ki-ke-t & avec le n intercale
Les autres flexions s'analyfent tout auffi facilement.
IMPtRATIF.
bn. lab. foul.
Et^adak It^adak Zai\kidak
Et^adat^u
Comparez Timperatif avec Taccufatif fingulier J? le a
Le pluriel de 1'accufatif efl indique par it; le guip. a encore
ajoute le figne de pluralite fupplementaire fki, & itiadak (de itia-t-k),
efl devenu iriaikidak, que Larramendi ecrit laiikidak avec un i, dont
Torigine n'eil pas claire. Cette flexion efl compofee de itfa^ki-t-h;
le r efl devenu d & le h final s'efl durci en k (i).
La 3 me perf. fing. lab. bitiaikidat efl mal formee; le regime
indirecT: i ,,me" efl exprime deux fois ; \>ii\a^kit aurait fuffi; b-ir^a-
iki-t. Par confequent le pluriel aurait du etre birfttikidate; le t final
efl une erreur. Cette meme erreur fe trouve chez Larramendi pour
bieiaket, 3 me perf. plur. avec 1'accufatif fing. II efl furprenant qu'ici
la flexion avec Face, plur. foit corredle.
(i) Voir les carafteriftiques dans les flexions du verbe, ch. xi, $ j.
308
SUBJONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. B UI P'
Ttietiadakan e Dir\adayan
'Diet^adan 'Dit^adan
'Diet^adat^un 'Dit^adat^un
'Dit^aden e Diei'{ai f {kid.aien
1MPARFAIT.
Zier[ar(kidaten
Hit^aikidan Hir^adan
Zet^aikidan Lir^adan
Zinet^kidan Zinir^adan
Zet^a^kidaren Lii^ade'n
Comparez le fubjondlif avec Taccufatif fingulier 5 ,l e ^
Le labourdin & fouletin indiquent le pluriel de Taccufatif par
it (i); e^a efl devenu ir^a ou iet^a. Le guipuzcoan ajoute en outre
i (i) & eya devient i
bn.
POTENT IEL.
PRESENT.
lab. foul.
gup
T)iT{akedat 'Ditfaiykidake
f Dlr^ai^keda'[uke
t Dit\aifkedateke
Comparez le potentiel avec Taccufatif fingulier ,,le a moi".
Le pluriel efl indique comme dans le fubjonclif par it & par fki.
Sans cela les memes erreurs fe retrouvent ici que dans les flexions
avec 1'accufatif fingulier 5 p. ex. la terminaifon ek efl de trop en guip.
(i) Voirch. xi, 3.
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
bn.
lab.
foul.
Hit^akedat
Lit^akedat
Zinit^akedat
guip.
Itfaifkidake
Zit^ai^kidake
Comparez ce meme temps avec Taccufatif fingulier ,,le a moi".
Nous avons reconflruit par analogic la 2 me perf. fing. en gui-
puzcoan. La 3 me perf. eft formee de %-itia (pour eia)-^ki-t-ke ; le t eft
devenu d.
IMPARFAIT.
Ce temps efl forme du temps precedent, en ajoutant la termi-
naifon an.
N 3.
le a nous
I N D I C AT 1 F.
PRESENT.
Forme primitive bifca'ienne.
Ttaroaguk
Varoagu
*Daroague
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
guip.
'Darokuk
r Draukuk
Vaukuk
'Deikuk
Viguk
Varoku
Vrauku
Vauku
Tteiku
Vigu
Varokuiu
'Draukuiu
'Daukirpi
Veikuiu
Viguiu
Ttarokute
Vraukute
Vaukute
Veikuye
THgiue
Toutes ces flexions font formees regulierement; le g de gu
,,nous" eft generalement devenu k, excepte en guipuzcoan. Varokuk
eft forme de d-aro-gu-k ^tu-nous-as-le 33 .
La 2 me perf. du plur. etant devenue un fmgulier honorifique, on
a forme le pluriel darokuiute, nav.} daukw^ue, lab,; deikuiie, foul., &
dilute, gulp.
La 3 me perf. plur. foul, aj pour t. (Voirch. x\, 3.)
nav. efp.
cArokun
Zarokun
Zarokuyun
Zarokuten
bn,
1MPARFA1T.
lab.
Haukun
Zaukun
Zinaukun
Zaukmen
foul.
Heikun Igun
Zeikun Zigun
Zeneikun Zigu^un
Zeikuyen Ziguten
Ce temps a le meme theme que le prefent & eft forme regulie-
rement. Comparez les autres imparfaits.
Nous avons forme arokun (pour harokuri), par analogic avec les
autres dialecftes; cette flexion n'eft pas citee par Larramendi.
Zarogu^un, nav. efp. & ^igu^un^ guip.^ ont le ^ figne de plura-
lite fupplementaire. (Voirch. xi^ 3.)
nav. efp.
cdrokuke
Zarokuke
Zaroku^uke
Zarokukete
bn.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
le a nous
lab.
Harokegu
Larokegu
foul.
Heikegu
Leikegu
guip.
Iguke
Liguke
Zinaroku-[uke Zeneikegu Ziniguke
Lirokegure Leikegie Ligukete
3"
Le conditionnel eft forme comme Hmparfait, fauf la terminaifon
qui eft ke; la 3 me perfonne a / pour initiale.
Le labourdin haukun, &c., aurait donne haukegu on hauguke, &c.,
formes que nous n'avons pas encore trouvees ; nous preferons done
citer la variete donnee par M. Inchaufpe^ qui correfpond a un im-
parfait avec le theme aro.
Les 2 mes perf. plur. ont le figne du pluralite fupplementaire ^;
f-aro-gu-i-ke . Etant employees aujourd'hui pour fingulier honori-
fique, on a forme ^arokuiukere, nav. efp.; ^inarokuiueke, lab.;
itj foul.; linigukete, gulp.
IMPfiRATIF.
bn. lab. foul.
Zuguk
"Begigu
E^agu^u I^agu^u Zagu^u
'Bi^agie 'Begigute
L'imperatif eft forme par e^an. Le guipuzcoan a mele fes flexions;
les 3 mes perfonnes ont ete prifes au bifcaien; c'eft-a-dire elles font
formees de egin; b-egi-gu.
En labourdin il y a une variante^ agut pour e^aguk. Des deux
voyelles initiales que le bn. a confervees, le lab. a garde le e du
theme, & le foul, le i profthetique.
SUBJ ONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. gulp.
Vi^aguyan T>ie^aguan
'Di'^agun
Vi^agien Vie^aguren
La conjugaifon primitive a de^aguk, ce qui donne, en ajoutant n a
la flexion : de^agukan; mais le k a ete elide partout, & Fhiatus a ete
feulement evite en fouletin, en introduifant le y.
IMPARFA1T.
bn. lab. foul.
guip,
He^akigun
Ze^akigun
Zene^akigun
Ze^akiguten
Hifagun
Li^agun
Zini^agun
Li^agien
le^agun
Zie^agun
Zinie^agun
Zie^aguten
Comparez, pour la formation des flexions, le fubjondif de la
conjugaifon ,,le a moi".
Nous avons reconflruit la 2 me perf. fing. du labourdin he^akigun,
par analogic avec les autres flexions, que nous citons d'apres M. In-
chaufpe. Nous suppofons qu'elles font en ufage, mais elles ne font
pas correcles; le ki nous femble fuperflu. Ze^agun aurait ete la forme
voulue, def-e^a-gu-n-n. Voir, par rapport a ki, le potentiel de la
conjugaifon ,,le a moi".
POTENTIEL.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P
'Di^akigukek Vi^akeguk
'Die^aguke
'Difakigukete
Ce temps eft parfaitement regulier (comp. Foptatif de e^an), ex-
cepte en labourdin oil il y a le meme ki fuperflu, ainfi qu'au fubjon<5lif
Larramendi ne cite pas dieiagukek; les flexions avec la 2 me perf
du fingulier ne font pas toutes donnees.
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
bn. lab. foul. guip-
Hi^akegu le^aguhe
Liyakegu Zie^aguke
Zinifakegu Zinie\aguke
Li^akegie Zie^agukere
IMPARFAIT.
Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la termi-
naifon an.
nav. efp. bn.
N' 4.
les a nous
INDICATIF.
PRESENT.
lab.
foul.
Vei^kuk
gup.
"Dei^kugu
'Daroikigute
Ttai^kute
Chaque dialedle a forme la conjugaifon avec Taccufatif pluriel
inherent, de celle qui a Taccufatif fingulier inherent^ en y intercalant
la fyllabe ^ki } ik ou r{. Comparez la conjugaifon _,^les a moi^; &
ch. xi, 3.
nav. efp. bn.
IMPARFAIT.
lab.
Zai^kun
Zinaiikuten
Zaroikiguren
foul.
Hei^kun
Zei^kun
Zenei-{kun
Zerfiuyen
g u ip-
Iikigun
Zi^kigun
,,
3H
Ces flexions font les memes que celies avec 1'accufatif fmgulier
le a nous"; feulement elles ont le figne de pluralite propre a
chaque dialede. Haukun eft devenu hai-^kun; c'eft la feule exception ;
u eft devenu i dans routes les flexions.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. fouL
HaroikigukeQ} Hei^kegu I^kiguke
* Laroikiguke Lei^kegu Li\kiguke
Leroykigukete Lei^kegie Liikiguke*
Comparez le conditionnel de la conjugaifon ,,le a nous".
1MPER ATIF.
bn. lab. foul. g u ip-
let\aguk cdi^guk It^aguk Zai^kiguk
TSii^agu 'Begi^kigu
c Bh\agie
L'imperatif eft forme de e-[an, excepte en guipuzcoan ; ce dialecle
a mele fes flexions., & comme dans la conjugaifon precedente (le a
nous)., il a pris les J mes perfonnes au dialecle bifcaien_, c'eft-a-dire
au verbe egin. Larramendi cite lagifkiguk ,,,aies-les nous",, ce qui
doit etre une erreur. Cette flexion eft un melange de e^an & de egin,
& par confequent n'eft ni Tune ni 1'autre. Zaguk ,,aies-le nous" pour
e^aguk, devientj en y introduifant fki, e^a^kiguk, & en perdant 1'ini-
tiale la^kiguk ou faiikiguk, en confervant le i dont 1'origine n'eft pas
tres claire. La fyllabe gi qui fe trouve chez Larramendi eft de trop;
les 3 mes perfonnes ont gi, puifque egin eft le theme, & c'eft a cela
qu'il faudra attribuer la prefence de gi dans la 2 me perfonne.
SU BJONCTIF.
PRESENT.
les a nous
bn. lab. foul. g u ip-
"Di^kit^aguan
Uiet^aguten Vit^agien
IMPARFAIT.
Zet^a^kigun Lit^agun
Zenet^a^kigun Zinit^agun
Zet^a^kiguten Lh^akien
Le fubjonclif efl forme de e^an. Comparez la conjugaifon primi-
tive & celle du fubjondltif avec }) le a nous^'. "Dit^agu (prim.)
avec la conjonclion n & le figne de pluralite ^k ou -(ki donne
d-^k-itia-gu-an ou di^kir^dguan, guipuzcoan. Le fouletin n'a intercale
aucun figne de pluralite fupplementaire. Le y fouletin efl ici eupho-
nique & fe retrouve chez Dechepare tou jours apres un w; p. ex.
munduyadetij galduyac, endelguya^, &c.
Haramburu ecrit diar^aguan au lieu de dier^agvan.
POTENT1EL.
PRESENT.
bn. lab. foul. guip
Vit^akeguk
Vir^akegu
Uit^akegute
3 i6
CONDITIONNEL (imparfait autrefois),
bn. lab. foul.
Hit^akegu
Zinit^akegu
IMPARFAIT.
Lit take gun
Comparez le potentiel de la conjugaifon ,,le a nous".
Le potentiel eft celui de e^an. Le pluriel de 1'accufatif eft indique
par it; de~(a eft devenu dit^a; malheureufement^ comme nous Tavons
fait remarquer, ce dialedle a intercale une fyllabe fuperflue ki (voir
le potentiei de la conjugaifon >,le a moi >:) ), meme quand Faccufatif
eft fingulier ; dit\a-fi.iguke eft ici parfaitement regulier : d-it^a pour
e^a-iki-gu-ke ,,il nous les' J 5 mais ki dans di^akiguke (pour die^aguki)
^il nous le"> paraitfuperflu.
Faifons cependant remarquer que le ki dans diiakiguke n'a rien a
faire avec iki qui eft le figne de pluralite. Comme nous Favons dit,
ki nous femble etre la variante de ke, caracleriftique de I'optatif;
mais routes ces formes qui fe reffemblent auront fini par produire
de la confufion.
L'imparfait eft forme en ajoutant la caracleriftique du paffe an,
au conditionnel. Le fouletin ajoute feulement n. Le labourdin
^itiaikigukean prefuppofe un conditionnel yirfaikiguke, que nous
n'avons pas encore trouve.
3'7
N y.
le a toi
I NDICATIF.
PRESENT.
Forme primitive bifcaienne.
Varoaat
'Daroaa
Varoagu
Varoe
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
gulp.
Ttaroat
Varok
T)rauat
Vrauk
Vayat
T)auk
Vejat
Veik
Viet
Vik
Vuroagu
T)arotee
Vrauagu
TDraue
Ttayagu
Vaye
TDeyagu
Veje
Viegu
Vitek
La i re perfonne eft formee de d-eroa-h-t ^Je-te-ai-le". Le h a ete
elide partout,, ce qui a produit Thiatus qui efl conferve en bifcaien^
comme d'habitude. Les autres dialedles evitent, a derares exceptions
pres,, FhiatuSj les uns en elidant la voyelle qui etait reilee, daroat &
drauat; les autres en intercalant un y, dayat, deyat. Le labourdin,
dont nous citons urie variete, avait du temps d'Axular^ Haramburu^
Etcheberry, &c. 3 la forme du bn., ou a peu pres : derauat. Le fou-
letin, il y a deux fiecles,, avait encore le r, comme on le fait par le
Prone fouletin, 1676, & par le cathechifme de Belapeyre, 1696;
chez Dechepare, if4f, nous retrouvons les flexions a peu pres
pareilles a celles du labourdin. Le guipuzcoan offre de nouveau la
forme la plus contractee, diet = daroaat.
La 3 me perfonne efl formee de d-eroa-h, avec h durci en k comme
finale & fignifie ,,te-a-le". Le pronom fujet efl abfent au prefent
des verbes tranfitifs.
La i re perf. plur. peut fe pafTer d 1 explication.
3 .8
La 3 me perf. plur, a perdu le k medial, felon la regie, & darok -f-
u eft devenu darotee, nav. efp.; drauk-\-te eft devenu draue pour
draute. Le guip. ditek eft pour rfz'A -f- te, hyperthefe affez commune
en bifcai'en ( i ), afin de conferver le A, fans le garder toutefois au
milieu du mot oil il n'eft pas tolere. La variete labourdine que nous
citons, & le fouletin, elidant regulierement (le fouletin du moins) le
figne de pluralite te, deik -(- le eft devenu deye, & dauk -f- le daye.
Dechepare ecrit daraye (Poefies, p. 60, badaraye), c'eft-a-dire que
le r thematique s'eft conferve.
Les deux conjugaifons que nous donnons ,,le a toi" & ,,les a
toi'^ font celles qui font en ufage quand on parle a un homme.
Pour les autres conjugaifons nous avons choifi la forme refpectueufe
(indefinie en fouletin). II va fans dire que la conjugaifon par laquelle
on tutoie, ne peut pas avoir de formes refpedlueufes , du moment
qu'on parlerait refpectueufement on ne tutoierait plus; on dirait
,,vous", ce qui conftitue une autre conjugaifon comme dans route
autre langue (2).
IMPARFA1T.
le a toi
Forme primitive bifcaienne.
CN^eroaan
Eroaan
Geroaan
Eroen
(1) Comp. do^ak pour doka\ ,,tu les as"; &. yo^ak pouryoka^ ,,il les a".
(2) ,,C'eft ce dernier phenomene (chute du k) qui s'eft produit dans drauat ,,je 1'ai a toi,
6 male" qui n'eft point pour drauhat, comme le voudrait M. Van Eys; en effet, les formes de
la i"perfonne fujet ne different de celles de la troifieme perfonne fujet que par un f final
en plus; or, on dit drauc ,,il 1'a a toi, o male". J'efpere lui demontrer une autre fois fon
erreur". Vinfon, Revue de ling., vol. vn, 330. Nous nous permettrons de dire que de
comparer deux flexions n'eft pas en donner 1'analyfe; c'eft peut-e"tre fuffifant pour drefTer
des tableaux & indiquer des differences; mais les tableaux n'expliquent rien, & meme 1'ar-
gument n'eft pas jufte; les i"' & les } m " perfonnes different ici plus que par le f en lab.,
foul. & gulp. Nous attendrons que M. Vinfon nous demontre notre erreur.
3'9
nav. efp. bn. lab. foul.
cAroatan C^aukaji ZN^eyan
Zaroan Zaukan Zeyan Zien
Zaroagun Ginaukan Geneyan Ginien
Zaroaratekan Zaukaten Zeyian Zieten
Le dialecle labourdin offre ici 1'exemple d'un k maintenu au milieu
d'un mot, ce qui efl rare (voir ch. in), ^(aukan pour neraukan (comp.
Hmparfait }) \Q a moi") eft forme de n-eroa-h-an, & le h au lieu d'etre
elide comme en bifca'ien : neroaan, ou converti en y comme en fou-
letin : neyan, s'eft durci en k, comme fi le h venait a la fin de la
flexion. Le k s'efl conferve dans toutes les flexions. Le guipuzcoan eft
devenu meconnaiflable. II n'efl plus refte dans la flexion une feule
lettre du theme verbal primitif. Sans les variantes intermediaires il
ne ferait pas poffible de relier nien a neroaan.
La 3 me perf. plur. foul, fe diflingue du fingulier par un i intercale
apres le j/. Le plur. feyian eft pour ^eyaten. Get i ne dit done abfb-
lument rien.
La maniere habituelle de ce dialedle eft de changer le a en e;
ley an aurait pu devenir^^n.
Nous citons le nav. efp. d'apres Larramendi; mais il nous femble
peu probable qu'il ait donne les flexions ufiteesj elles auraient du
etre : ^aroan, genaroan, -{aroaien, en admettant que le k ait ete rejete
partout. II fe pourrait qu'on cut dit : narokan, -{arokan, genarokan,
tarokaten, ce qui efl meme plus probable; ce ferait alors la forme
labourdine avec aro pour au.
II efl probable que le bn. aura nerauan, puifque le conditionnel a
erau pour theme.
nav. efp. ' bn.
Zeraukek
CONDITIONNEL.
PRfeSENT.
lab.
foul.
guip.
tT^arokek
Wjikek
Wjkek
Larokek
Leikek
Likek
Ginarokek
Geneikek
Gihikek
Laroketek
Leikeye
Liketek
320
Comme le conditionnel de la conjugaifon ^ie a vous" eft naro-
en labourdin, il ne nous a pas paru rifque de reconftruire
narokek, &c., flexions que nous n'avons pas encore rencontrees.
ferait conclure a naukek, &c.
IMPfeRATIF.
bn. lab. foul. g^P-
(?)
L'imperatif, le fubjondif & le potentiel font formes de e^an.
Comparez Fimperatif ,,le a moi".
II n'y a que les troifiemes perfonnes : ^qu'il te Fait" & ,,qu'ils
te Faient". Le guipuzcoan pourrait etre begik, puifque Larramendi
cite begigu ^qu'il nous Fait" du verbe egin. Mais puifqu'il donne
pour ,^qu'il me Fait" bie^at, il eft permis de donner bie^ak pour
,,qu'il te Fait". De plus Lardizabal cite pour ^,qu'il vous Fait" bi^a^u,
que Larramendi aurait ecrit bieia^Uy ayant toujours conferve le e
radical.
SU BJONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P-
< Di'[dkadan (?) Vi^ayadan Vie^aadan
Tfifakagun 'Di^ayagun
Vie^arean
IMPARFA1T.
Li^ayan
Gini^ayan Ginie^aan
Zieiaatpn
J2!
Le fubjonclif derive de e^an (voirla conjugaifon primitive relative).
Puifque le prefent de Hndicatif eft de^akat de d-e^a-h-t , Je-te-ai-le",
le fubjon6lif eft de^akadan. Le k a ete elide^ & en fouletin il a ete
remplace par y afin d'eviter Thiatus, felon la regie. La 3 me perf. plur.
du guip. eft pour die^aaren, pour die^akaten.
L'imparfait eft egalement regulier.
POTENTIEL.
PRfeSENT.
bn. lab. foul. guip.
< Di-{akeyat T>ie^aaket
Vi^akek Vie^akek
'Di^akeyagu 'Die^aakegure
T^i^akeye 'Die^aateke
Le potentiel eft le potentiel de e^an. La forme primitive ferait
deiakehat de d-eia-ke-h-t ; & ainfi de fuite (voir pour les lettres
caradleriftiques ch. xi, 3). Le guipuzcoan a prefere placer ke apres
le hy excepte dans la 3 me perf. fing., & le A elide a caufe Thiatus.
En fouletin Thiatus a ete evite en intercalantj (voir ch. in, lettre A).
Le t de la 3 me perf. plur. eft generalement tombe, &^aete introduit
en fouietin pour eviter Thiatus; cetj s'eft affimile ici avec lej> qui
remplace le k; puifque le fingulier eft di^akek (de d-eia-ke-h), le
pluriel ferait di^akek -f- te, qui eft devenu
(imparfait autrefois).
bn. lab.
loul.
guip.
PQiakek
ZHje^akek
Li^akek
Zie^akek
Gini^akek
Ginieiakek
Liyakeye
Zie^aketek
Comparez Toptatifde e\an. Ces flexions n'ontpas change,
21
322
IMPARF AIT.
Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la termi-
naifon an; ce qui doit fe faire en obfervant les lois phonetiques; le
fouletin remplace le k elide par v: ni^akeyan; le guipuzcoan elide le
k: nie^akean
N 6
les a toi
I NDICATIF.
PRESENT.
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
*Daroikiat
'Daro^kik
'Drcncfiiat
Vrauikik
Dait^iat
Vaik
"Deit^at
T>eit-(ak
guip.
*Daroikiagu Vrauikiagu 'Daitiiagu . c Deir{agu Di^kiegu
T)aiikie
La conjugaifon avec 1'accufatif pluriel inherent eft formee de la
conjugaifon avec Taccufatif fingulier inherent^ en y intercalant ^ki
ou r^, felon les dialectes (i).
La 5 me perf. plur. eft la feule qui demande une explication ;
comme elle eft formee de la 3 me perf. du fingulier en ajoutant te,
le k final deviendrait medial, ce que la langue ne tolere generalement
pas. Le guipuzcoan s'eft tire de la difficulte par Thyperthefe, di-fiitek
pour diikikte; le fouletin, par Telifion du k & la mutation du t eny,
deit^aye pour deit^akte', le nav. efp. a une forme irreguliere; le la-
bourdin a dai-fiie (pour dai-fiiye) de dai-fiite, mutation reguliere de t
enj>. Les flexions font melees; la premiere perfonne dait^iai } ,JG te
les ai'^ a rf pour figne de pluralite, & la 5 me a %ki.
Nous n'avons trouve pour la 3 me perf. fing. du bn. qu'un feul
(i) Voir ch. xi, 4, it ce que nous avons dit du prefent de 1'indicatif de la conjugaifon
,,les a moi".
3*3
example dans Marc v, 19, oil elle eft fuivie du relatif/i/ drauiquian,
c'eft-a-dire d-rau-^k-h-n ; le h a ete elide; de meme draun (Jean v, i 2)
,,quia a toi" de d-rau-h-n.
La variance dauikiar, que cite Larramendi,, forme le chainon entre
le navarrais & le labourdin.
IMPARFAIT.
nav. efp. bn. lab. foul.
^ai-^kian S^flt^an
Zai-(kan Zeit^an Zi-{kien
Ginai^kan Geneit^an Gini^hien
Zaroikidatekan Zai^katen Zeii^eyan
L'imparfait eft forme de Fimparfait avec 1'accufatif fingulier inhe-
rent, en y intercalant comme dans le prefent^i ou t{.
Nous avons fait remarquer^ en parlant de la conjugaifon avec
1'accufatif fingulier, que le h s'eft converti en k en labourdin & en y
en fouletin : n-eroa-h-n eft devenu (avec au pour theme) naukan en
labourdin. En introduifant \k on aura n-au-^ki-h-an ; ici le h ne s'eft
pas converti en k; il a ete elide,, ou bien il eft devenu y & s'eft affi-
mile avec i: nau^kian ou comme Ton ecrit : naiikian. Get i qui eft
pour j', provenant de h, ou bien qui appartient a ^ki, aurait du, par
confequent, fe trouver partout, & la J me perf. aurait du etre -[aiikian
& non pas ^aiikan; & ainfi de toutes les perfonnes.
La 5 me perf. plur. du nav. efp. eft evidemment fautive; ^-aro--{ki-
h-ie-n ne peut donner que
CONDIT10NNEL.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul.
Lei^kek Li^kikek
Geneiikek
Lei-[keye
On pourrait reconftruire ce temps,, fans courir grand rifque de fe
tromper; le nav. efp. ferait naro-[kikek ; IQ bn. nerairfiiek ou
puifqu'il dit: naiikiiuhe ,,les a vous"; le lab. naiikiket ou
& auffi naroikikek, felon les varietes. Le conditionnel a generalemem
la meme forme que 1'imparfait, fauf la terminaifon. Puifque nous
n'avons pas encore rencontre ces flexions,, nous preferons laifler ce
temps en blanc.
IMPfeRATlF.
bn. lab. foul.
SU BJONCTI F.
PRESENT.
bn. lab. foul. g lu P-
'Dit^ayadan 'Dit^ai^kiadadn
T)it^ayan Ttit^ai^kiadn
'Dir^ai^kiagnn
L'imperatif & le fubjondlif derivent de e\an. Le prefent de Tindi-
catif deiahat, fuivi de la conjondlion n )} C[UQ }) , a donne en foul.
diiayadan ,,que je Tale a toi'% avec mutation reguliere de h en y; &
die^aadan, guip, 5 avec elifion de h. Puifque le pluriel de 1'accufatif
eft indique par it (deceit, ace. fing. fait dit-^at ace. plur.)^ di^ayadan
(pour deiayadan) eft devenu ditiayadan, & die^aadan aurait du faire
dit ou ditt^aadan; mais le guip. a introduit en fus le figne de plu-
ralite iki, & la i re perfonne s'analyfe ainfi : d-itia-^ki-h-t-n ; le h eft
devenu y & le t d . Les deux a dans la fyllabe finale nous paraifTent
etre une erreur.
Nous laifTons le bn. &le lab. en blanc, ignorant quelles ont ete
les influences phonetiques ; mais la forme primitive, comme nous
L'avons dit, doit avoir ete ditiaadan, de d-itia-h-t-n.
IMPARFA1T.
bn. lab. foul.
Lit^ayan
Ginit^aycin
Lit^ayen
Le gulp, nous femble avoir un i de trop. L'imparfait avec Face.
fing. nieiaan eft bien forme 5 n-ie^a-h-an dont le h efl elide. Cette
flexion aurait du etre, pour exprimer Faccufatif pluriel : n-itia--{ki-h-an
ou n
FOTENT1EL.
PRESENT.
bn. lab. foul.
r Dii\akeyat
T)it'[akek
< Dit^akeyagu Ginii^ai^kikek
Le guipuzcoan eft encore irregulier; bien que longue^ la flexion
ne dit pas tout. Elle doit contenir : d-ir{a-ik-h-ke-t , ce qui donne,
en admettant la meme mutation de h eny, qui s'ecritr; ditiaikiaket
ou dit[cqkikeyai en pia^ant ke apres h.
La i re perf. plur. eft tout-a-fait fautive; le fujet reprefente par g
n'eft pas a fa place; le d eft initial dans toutes les flexions du prefent
des verbes aclifs; il aurait fallu : dit-{aikiakegu ou dir^aikiaguke. Le h,
feul reprefentant connu jufqu'ici de la 2 me perf. fing.,, a donne lieu
a bien des erreurs.
La 3 me perf. eft reguliere, d-it
comme ecrit Larramendi.
Le fouletin eft regulier.
326
CONDITION NEL (imparfait autrefois).
bn. lab. foul. g u ^P-
Lit^akek Lii^ai^kikek
Ginit\akek Genit^ai^kikek
Toutes ces flexions font corredes; la i re perf. guipuzcoane eft
formee de n-itia-^ki-ke-h, & le h final durci en k.
IMPARFAIT.
- L'imparfait eft forme du conditionnel en ajoutant an; le k final
s'elide : nit^akcyan, -(itiafeyan, &c.
N 7.
le a vous
IN D I CAT I F.
PRESENT.
Forme primitive bifcaienne.
Varoat-^ugu
'Daroat-^ue
nav. efp. bn. lab. foul. g u ^P-
VaroT^ut f Drau^ui 'Daut^ut
'Daroi^u 'Drau^ii "Daut^u
T^QYOifuFii < Drciu7Vfl r u r Daut7u&u
L D It? ID
Varot^ue 'Drau^uie 'Daut^me Vei^uye
3*7
Ces flexions peuvent fe pafler de commentaire. La i re perf. eft
formee de d-aro-^u-t ^je-vous-ai-le^ & ainsi de fuite.
Ligarrague_, autant que nous fachions^ ne fe fert, dans le Nouveau
Teftament, du fingulier (hi) <5c du pluriei de la 2 me perfonne ; il n'y
avait pas lieu d'employer un fingulier honorifique. Ainfi drau^ut ne
s'y trouvera probablement pas. Mais en parlant a la reine, il die :
ZN^pla eguin eta eguhen-ere baitraucagu. TSaitraucagu eft bai-drauka^u.
Les anciennes formes fouletines deriiut, derail, &c.^ fe retrouvent
dans le Prone fouletin de 1676.
1MPARFA1T.
Forme primitive bifca'ienne.
Eroar{un
Geroai^un
Eroai^uen
nav. efp. bn.
t^arotiun
Zarot^un
Zarotiugun
Zarot^uten
foul.
gup
lab.
t^aut{un
Zaut^un Zei^un Zi^un
Ginautfun Genei^un Gini-pin
Zaut^uten Zei^ien Zipten
Ce temps eft forme comme ttmparfait de la conjugaifon ,,le a
toi"; feulement le k eft ici {H, ou comme quelques dialedes difenc
q (i). La 3 me perf. foul, ^ei-^en eft pour leiiuyen, pour lei^uten. Le
nav. efp. ^aror(ugun devrait etre garorpin.
(i) T\ pour | fe rencontre tres fouvent. Comparez 1'imparfait de i\an.
?28
nav. efp. bn.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
lab.
foul.
guip.
Zaror^ukere
Laroiiuke
Ginarotiuke
Larot-[ukete
Geneike^u.
Leikeiie
(i)
Ginike^u
l)
Dans la conjugaifon .,,11 a toi'^ le conditionnel a generalement ke
intercaie & le pronom accufatif fuffixe; ici c'eft le contraire 5 excepte
en fouletin; dans ce dialecle on dit neikek, n-ei-ke-k; & neike-[u
neike^iu. Les autres dialedles difent n-aro~iu-ke, &c. L'imparfait
labourdin nautiun peut faire conclure a un conditionnel
Comparez le conditionnei de la conjugaifon ,,le a moi". Axular
ecrit leratfukc; p. ex. eman l>alerar{u, p. 235. Zarotiuguke efl mal
forme ; ii aurait fallu g, le fujet^ au commencement de la flexion 5
i! en efl de meme dans la conjugaifon fuivante.
bn.
1MPERAT1F.
lab. foul.
guip.
bn.
SUBJONCTIF.
PRESENT.
lab. foul.
gup.
'Di^a^ugun
(i) Auffi likeyu & likefute.
(a) Luc vi, 31.
IMPARFAIT.
bn. lab. foul. g u ^P-
Zeiaki-pin Liia~{un Zie^un
Gine~{aki^un Ginvyrfvn Ginie-^a^un
Ze^aki^uien Li^a^ien Zie^uren
L'imperatif & le fubjondtif font formes de e^an. Comparez les
temps correfpondants de la conjugaifon ,,le a toi"; ils font tous
pareils, mais ici il y a partout ^u pour h.
Axular ecrit liaia^iiren^ p. 89,, & dia-[aiu:en } 79. Haramburu, eman
dia^aim, avec a, felon la regle^ pour e.
POTENTIEL.
PRESENT.
bn. lab. foul.
f Die^a-[uke
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
( I ) Li^ake^u Zie^uke (2)
Gini^ahe^u Ginie^a^uke
Li^dke-^e Zie^ukere (2)
IMPARFAIT.
(1) Manuel, p. 113.
(2) Selon Larramendi aufTi : lie^afuke & liffifpiketc. Ce ferait au fond la forme correfte
pour le conditionnel, dont la j me perf. a toujours un / pour initiale. Mais Larramendi ecrit
partout ailleurs, dans le potentiel, f.
Lc potentiel eft le potentiel de e^an (voir cet auxiliaire). On pent
aufli comparer la conjugaifon ,,le a toi". Vieiaiuket eft forme de
Le fouietin place ke apres e^a.
Le labourdin di^aki^uket efl legerement corrompu; il s'y trouve la
fyllabe hi, qui ne devrait pas y etre. II paraic qu'elle n'y eft pas tou-
jours, puifque nous trouvons le conditionnel lie-yifuke , fans ki, dans
le Manuel bafque, p. 113-
L'imparfait eft forme du conditionnel en ajoutant la terminal-
fon an.
Selon M. Inchaufpe (verbe bafque,, p. foi)^ il faudrait : nieiaki-
lukean, lab., avec la fyllabe hi. Mais nous trouvons dans le Manuel (i)
les flexions comme nous les donnons, & qui font evidemment plus
correcfles. Nous avons difcute ces formes labourdines aii paragraphe
fur la conjugaifon ,,le a mor" (voir le fubjonctif & le potentiel).
nav. efp. bn.
N 8.
les a vous
I ND I C AT I F.
PRfeSENT.
lab.
f Drau^ki-[ut
foul.
'Deirpit
'Deir^u
T>aitime Veit^uye
IMPARFAIT.
Zaro-(kir[un Zai-^ki^un Zait^un Zeit^un
Zaro-^ku^ugun Ginai^ki^un Ginaii^un Geneirptn
Zaro~ikii{uten Zai-fii^ujen Zait^uren Zeit^ien
(i) Guide ou Manuel de la Converfjtion (fans nom d'auteur), Bayonne, 1861
Ces temps font les memes que ceux avec 1'accufatif fingulier
inherent; feulement chaque dialecte a introduit le figne de pluralite
qui lui efl propre. Les dialecles navarrais & le guipuzcoan, & auffi
le labourdin, intercalent -[ki; les dialecles labourdin & fouletin t;
le labourdin change en outre le u radical en z, ou peut-etre le i efl
ce qui refte de \ki. De la Vieuxville, lab., ecrit daroikif[ut.
En guip. diikifiut, &C., eft quelquefois contracle en diirpit, di^u,
diitrugu, divine, fans le ki, ce qui forme le chainon entre les dia-
lecles lab. & foul, d'un cote^ & lab. ancien & nav. de 1'autre.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul.
Laro^kh^ukeie Lei^kei^e
IMPARFAIT.
Ce temps eft forme du prefent, en ajoutant la terminaifon an.
Comparez les temps de la conjugaifon ,,le a vous".
IMPfeRATIF.
bn. lab. foul. g u *P-
SUBJONCTIF.
PRESENT.
*Dier^ar(udan
e Diei-{ai^un
'Diei^ar^ugun 'Ditfatptgim *Dier{ar{kir(ugun
t DicrfQT[uten
I MPARFA IT.
bn. lab. foul.
gup.
Ginet\akii~{un Ginit^at^un
Zer^akit^uten
Comparez Fimperatif & le fubjonclif des conjugaifons ,,le a
vous", > 3 le a toi". La flexion primitive ditiaiut avec la conjonclion
n, donne ditia-{udan. De meme qull a ete intercaie dans le prefent de
Tindicatif un t fuperflu., a ce qu'on dirait : diikitiut, puifque
fuffifait (le bn. n'a pas le r),, il a ete intercaie aufli ici un t:
dan. Le guip. n'avait pas encore aflfez & a intercaie \ki.
POTENTIEL.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P-
'Ditfa.'jkirfukeie
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
Ginii^aket^u
I MPAR FAIT.
333
Comparez le potentiel de la conjugaifon precedence; ce font les
memes flexions, avec les fignes de pluralite intercales. Larramendi
cite la forme labourdine comme variante guipuzcoane; il y ecrit un i
de plus : dit^ai-(kit^uket. Nous avons deja difcute la fyllabe ki, intro-
duite dans les flexions guip. & lab., en parlant du potentiel avec le
fingulier ,,le a vous". Le prefent de 1'indicatif de la conjugaifon
primitive eft deceit avec le fingulier ,,le" ,,je le puis" & dit^at ,,je
les puis". Le prefent de 1'optatif eft ditiaket, & avec ^it: ditiake-[ut
ou ditfafuket . Le fouletin eft regulier.
N 9.
2 me perfonne du pluriel, au datif,
remplagant la 2 me perfonne du pluriel employee pour le fingulier
honorifique.
Quand fu ,,,vous" a ete employe comme un fingulier honorifique,
il a faliu former un pluriel de ^u qui eft ^uek (i). Par confequent la
flexion ou le pronom ^u fe trouve a du etre changee auffi, & darot^ut^
ou di-[uiy &c., eft devenu darotiuet, difutet, &C. On a pris lefigne de
pluralite te, & on Ta ajoute a ^u; p. ex. di^u ,,il vous a 55 (aujourd'hui
,,ii t a'^), eft devenu dilute. Ce t eft feulement conferve en guipuz-
coan; dans les dialedes lab. & bn. il s'efl perdu & le e eft refte;
darotiu ,,il vous z" eft devenu daroiiue. 'Daroi^ut eft devenu daroi^uet
pour darot^utet. En fouletin le figne de pluralite te a ete elide, &
Thiatus qui en a ete la confequence, a ete evite en intercalant y;
ainfi : ,,ils vous ont" correfpond a deifuye, fouletin. Ce uye eft
devenu ie en fouletin, & c'eft ainfi qu'on ecrit du^ie ,,vous Tavez"
pour du^ue y pour dilute. On dirait que ei a ete confidere comme
etant le pluriel de ue.
II fuflira de donner les premieres perfonnes.
(i) Voir les pronoms perfonnels.
334
INDICATIF.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul,
r 'Drau^uet 'Daut^uet "Deiiiet
IMPARFAIT.
V^eraut^uen V^aui^uen tT^ei^ien
CONDITIONNEL.
1MPERATIF.
bn. lab. foul.
SUBJONCT1F.
PRESENT. .
'Di^tquedan e Di\a^ued.an
IMPARFAIT.
POTENTIEL.
PRESENT.
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
IMPARFAIT.
Si Taccufatif eft pluriel ^je les a vous" on intercale fki en gui-
puzcoan & bas-navarrais di-(k(^uiei ,,]e les a vous", en nav. efp.
darofkitiuet ; en lab., en changeant le u radical en i } daui^uet devient
daitpiet; en fouletin & bn._, en intercalant r, dei^iet devient deit-(iet.
fuey barka diei^uen $uen faltac. Marc xi, 2y. ,,Qu'il vous pardonne
vos peches 33 .
N 10.
le a lui
I N D I C AT 1 F.
PRESENT.
Forme primitive bifcaYenne.
Varoakot
Varoakok
Varoako
Varoakogu
Varoako^u
Varoakoe
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
guip.
'Darokat
Vraukat
Vakot
T)eyot
Vlot
Varokak
Ttraukak
Vakok
'Deyok
Vlok
Varoka
Vrauka
Vako
Veyo
T)io
Varokagu
Vraukagu
Vakogu
Veyogu
Vlogu
Varoka^u
Draukerfu
Vako^u
Veyo-^u
Via-p
Varokate
Vraukate
Vakore
Veyoe
Viore
La i re perfonne daroakot, bifc._, eft formee de d-eroa-ho-t (i)
^je-lui-theme-le, en lifant a rebours. La ferie de variances efl com
(i) Ch. xi, 3.
336
plete : arOj ero } ara, erau, rau : darokat, deraukat, draukat, & apres la
chute de r dans certains dialecles : dakot; & apres la chute regulicre
de k medial deyot , fouletin, avec y pour eviter Thiatus. Ce deyot s'eft
contradle en diot, guipuzcoan. Le bn. daracogu (Prone de Feglife
d'Arbonne), forme un chainon entre le bn. que nous citons & le
labourdin.
Le fouletin avait encore, en 1676 (v. le Prone fouletin)^ derot =
deyot <3c derio = deyo, &, dans le xvi e fiecle, deraut.
Si nous n'avions pas tous les chainons intermediaires, il aurait
ete rifque de relier diot a daroakot; mais il nous femble qu'il n'y a
point de place pour le doute a ce fujet.
Ici, comme dans routes les conjugaifons, nous avons donne la
veritable 2 me perf. fing., c'efl-a-dire celle qui eft confideree comme
appartenant au traitement familier. Vraukak, bn., par confequent fe
trouverait relegue dans cette conjugaifon-la comme toutes les 2 mes
perf. fing. que nous citons; tandis qu'on voit par fa forme & par
fa fignification, que cette flexion a du etre, a Torigine^ oil nous
la pla9ons. Excepte dans cette deuxieme perfonne , la forme
familiere eft indiquee par le mouillement, & >Je le lui ai" eft rendu
par diarocar (Matth. vin, 9). (,,Tu le lui as" eft draukak}-, la 3 me
perf. 3 ,il le lui a" eft diraukak (l Cor. xv,, 58), & diraukan (Luc I,
32). Nous ne nous expliquons pas pourquoi Li9arrague ecrit le theme
de la i re perfonne iaro 6c celui de la 3 me perfonne irau.
IMPARFAIT.
Forme primitive bifcaienne.
^eroakon
Eroakoan
Eroakon
Geroakon
Zeroakon
Eroakoen
nav. efp.
ZN^arokan
z/Lrokan
Zarokan
Zarokagun
Zaroka^un
Zarokaien
337
bn. lab.
ZN^eraukan &(\ikon
Heraukan Hakon
Zeraukan Zakon
Generaukan Ginakon
Zeneraukan Zinakon
Zeraukaten Zakoten
foul.
guip.
ZHjtyon
Heyon
Zeyon
Geneyon
Ion
Zion
Ginion
Zeneyon Zinion
Zeyoen Zioten
Nous citons le nav. efp. d'apres Larramendi (Arte, p. nf). II
eft poflible que la i re perf. plur. ^arokagun foit en ufage, mais elle
n'eft pas corredle. Le pronom fujet doit etre prefixe a la flexion. La
2 me perf. fing. n'eft pas donnee par Larramendi,, mais il n'y avait
aucun rifque a la reconftruire ; cependant nous voulons en avertir le
lecleur. Ce temps offre les memes variantes thematiques que le
prefent, & la mme mutation de h en k & de h en y. Nous citons
la variete labourdine nakon, furtout comme un echantillon de la
contraction que quelques flexions ont eprouvee. Axular ecrit encore
le theme erau, Chourio aro; ce theme s'efl reduit ici a la voyelle a.
&Qikon eit forme de n-a-ho-an pour n-erau-ho-an. En fouletin il eft
refle e de erau & le h s'efl change en y : neyon, & en guipuzcoan le e
Sc le y fe font refolus en i : nion.
Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique
on a forme ^eneraukaten, bn. } '{inakoten, lab., \eney r oen, foul.,
ten, guip.
CONDITIONNEL.
Forme primitive bifcaienne.
S^eroakio
Eroakiok
Leroakio
Geroakio
Zeroakio
Leroakioe
22
338
nav. efp. bn. lab. foul. guip.
Hioke
Heiko
loke
Lioke
Leiho
Lioke
Ginioke
Geneiko
Ginioke
Zinioke
Zeneiko
Zinioke
Liokete
Leikoye
Liokete
Nous avons admis pour Fimparfait la variete labourdine nakon,
qui montre d'une fac^on plus claire & plus complete les varietes des
dialectes; ce nakon fait conclure a un conditionnel nakoke ou nayoke,
puifque k medial n'eft pas tolere, & comme le ke eft quelquefois
intercale au lieu de fuffixe : nakeyo. Mais cette forme ne fe trouve
pas, jufqu'a prefent; on trouve nioke, ce qui donne pour Timparfait
nion exadement comme le guipuzcoan., & c'efl cette variete que cite
M. Inchaufpe dans fon ^Verbe".
La forme corrompue fouletine neiko, &c._, ne s'explique pas bien.
Quand on voit qu'Axular (i) ecrivait encore, il y a deux fiecles:
feneraukayo (ceneraukayoj ,_,vous le lui auriez'% & que Ton ecrit au-
jourd'hui itnioke, il faut avouer que le bafque eft en voie de fe
corrompre d'une fa^on deplorable.
Zeneraukayo fera aufli la forme bn., car Timparfait eft neraukan.
IMPERATIF.
bn. lab. foul. g u ^P-
zAkok l~{pk Zayok
WTO %i-{ayo (2)
(5) IIPIU Zayofu
Hi^oe Tti^ayote (2)
(1) ..... Nahi feneraukayo ^uk gaichtoena bulkatu? Gueroco guero, p. 45, n. d. i8j,
a. ed. ,,Auriez-vous voulu frapper le plus mechant?
(2) Selon Larramendi bio^a &. bio^ate ; Arte, p. 113.
(3) Axular, fafofu, Didt. f. v. ibilli.
L'imperatif eft forme de^a/z.
Le gulp, a perdu, comme dans tous les imperatifs, le e initial;
le h a etc convert! en y (voir ch. xi, 3), & le h final s'eft durci
en k: eia-ho-h = eiayok. Les 3 me * perfonnes font celies qui font
citees par Lardizabal (voir la note 2, p. 338). Les autres dialecles
fe fontun peu corrompus; le fouletin i^ok eft pour e^a-o-k; ce dia-
ledle ecrit partout i pour e. Dans le labourdin akok, le k medial
provient de 1'A de /z0; mais a pour e\a eft une contraction violente.
bn.
'Die^on
S U B J O N CT I F.
PRESENT.
lab. foul.
Veion
Ve^ogun
Ue^oten
Vi^oyan
Vi^on
Vi^ogun
Vi^oen
guip.
Vio-^aan
Vio^agun
IMPARFAIT.
Lie^on
Lie^pien
He^on
Ze^on
Gine^on
Zineion
Ze-^oien
Hi^on
Liipn
Zini^on
Li^oen
lo^an
Zio^an
Ginio^an
Zinio^an
Zio\aten
Le fubjonclif eft forme de e^an.
Les flexions du prefent ont un peu foutfert. Nous avons vu (voir
le verbe e^an) que la flexion primitive du prefent de Findicatif eft
de^akot ou de\ayot 3 ce qui donne,, en fuffixant la conjoncflion n ,>que",
. Le dialecle guipuzcoan s'eft le mieux confervejil y a eu
ici hyperthefe. Le lab. n'a pas le i, qu'on retrouve generalement
dans les temps du fubjondif, comme ici en foul. & guip. Axular
ecrit : merest du hain bert^e ohore eman die^p^im, p. 207, c'efl-a-dire
avec Tinitiale mouillee die & non de.
Les autres dialecles ont plus fouffert; de^ayodan a perdu le y &
]e a: de^odan.
Nous ignorons fi en labourdin le h s'eft durci en k, mais nous
ecrivons de^okan, puifque ce dialedle parait preferer le k.
L'imparfait s'eft tout autant corrompu. Larramendi cite heureufe-
ment une variante d'une grande valeur : nie^agon^ finie^agon, ^ieia-
gon, genieiagon, &c. En changeant le g en /< nous avons la forme
correcte^ primitive : n-e^a-ko-n.
bn.
POTENTIEL
PRESENT.
lab. foul.
Di^akiot
Vi^akiok
T^i^akioye
guip.
Vio^aket
Vioiake
'Dioyaguke
'Dio^ake^u
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
Hi^akio
Li^akw
Gini^akio
Zini^akio
lo^ake
Gihio^ake
Zinio^ake
IMPARFAIT.
54*
Le potentiel eft forme du potentiel, ou, plus correclement, eft
le potentiel de e^an. Comp. cet auxiliaire. La forme primitive de la
i re perf. eft : d-e^a-ho-ke-t ou deyahoket, & apres mutation de h zny:
deiayoket. Le foul. & bn. placent he apres le theme: d-e^a-he-ho-i
ou deiakeyot. Enguip. il y a eu hyper thefe & deiayo eft devenu dio\a
(pour dey&yi).
Le labourdin a intercale hi (voir ce que nous avons dit par rapport
a cette fyllabe, en analyfant le fubjonctif de la conjugaifon ,,le a
moi"); fans cela ces flexions font regulieres; deiakioket eft forme
de d-eia-ki-ho-ke-t . Le ki eft de trop. L'imparfait eft forme du con-
ditionnel en y ajoutant an, ce qui prefuppofe un conditionnel lab.
ni^akioke, &c.
Le fouletin ajoute fimplement n & ecrit neiakion, tandis que le
conditionnel eft nitakio, irregularite inutile^ dirait-on.
La 3 me perfonne s'ecrit auffi en guip. avec /. (Voir la note 2 du
temps correfpondant de la conjugaifon ,,le a vous".)
N ii.
les a lui
IND 1C ATI F.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul. guip.
Draught Vaiikot Veitiot Vio^at
T>rau-[kio
? Veitioe Violate
Les variantes font nombreufes dans tous les dialecles; les formes
font flottantes; un dialedle a influence Tautre, a ce quil femble; les
varietes font melees, dans le meme temps on trouve les fignes de
pluralite \k & r^. Nous donnerons comme echantillon les variantes
de la i re perfonrie ,Je les ai a lui".
nav. efp. bn. lab. g ul P- foul.
Varor^at Urautiat
'Deraui^at Vrau^kat
'Diraut^ai
Uaroikigu T^irau^kit
Les varietes nav. efp, font donnees par Larramendi & Lardizabal;
celles du bn. fe trouvent chez Li^arrague, du moins les 3 mes per-
fonnes; la premiere variete dans Matth. iv, 85 la feconde dans
Jean v,, 30; la troifieme dans I Cor. xv, 28; les autres fe trouvent
dans le Prone d'Arbonne (i). Nous citons le labourdin d'apres
M. Inchaufpe, & d'apres le Manuel (fans nom d'auteur, Bayonne
1861). Les anciennes formes labourdines dont Axular, Haramburu,
Chourio^ &c. fe fervent^ fe rapprochent des varietes navarraifes; le
theme eft generalement erau, arau, aro & n'a rien d'obfcur. Le gui-
puzcoan eft pris chez Larramendi (voir fon Arte^ & le Dice.,, p. xxvi,
ed. Zuaza^ & p. xxx,, ed. orig.).
Les flexions navarraifes peuvent fe paffer d'explication ; la variete
daroikiot eft tout-a-fait pure; les parties conflituantes primitives etant
d-ero-ik-yo-t (v. ch. xi, 3 & 4).
Le lab. & le guip. s'expliquent reciproquement 5 1'un & 1'autre
de ces dialedles ont ^k & t^ comme fignes de pluralite; il nous
femble que dai^kot doit s'analyfer ainfi : d-ai-^-ko-t. Nous avons vu
dans la conjugaifon _,,les a moi" que le figne de pluraiite r{ perd
le t quand un autre i fuit; daiftak eft pour dair^iak de d-ai-t^-t-k.
Nous croyons remarquer le meme phenomene quand k fuit; ko eft
ici pour ho, mutation qui n'eft pas rare en labourdin. Le fouietin a
(i) Formulaire de 'Prone, reedite par le prince Bonaparte.
autfi le figne de pluralite t^, mais, comme toujours, a elide le h de
ho: deit^oi de d-ei-t-^-ho-t . Le labourdin dakot (ace. fing.) eft done
devenu dai^koi (ace. plur.). Mais d'oii vient le i? Le guipuzcoan & le
Ibuletin ont generalement change I'lnitiale du theme e en i; m?a pri-
mitif, qui eft erau en nav., & jr^M ou erau ancien fouletin, eft devenu
eri, puis ei en fouletin., puis i en guipuzcoan. Toutes les variances
guipuzcoanes ont cet i, & il nous femble que dio^kat (=diau-[kat =
dirau^kaf=iderau'\kai) a donne par hyperthefe la forme daiykot. II
etait interefTant de rechercher Torigine de cet i; mais Tenfemble des
faits eft afTez bien etabli^ croyons-nous, pour que ce detail, s'il n'efl
pas jufle,, n'ebrante en rien Fexadtitude de notre theorie.
nav
.efp.
Zarot^an
Zaror^agun
Zaroi^ayun
Zarot^aren
IMPARFAIT.
lab. foul,
guip.
bn.
Zeraut^an
Zerautiaten Zaii/wren Zeii-{oen Zioifiaien
Zai^kon
Giriaifkon
Zeit^on
Geneii~{pn
lo^kan
Zio^kan
Ginio^kan
Le prefent explique 1'imparfait., quant aux changements que le
theme a eprouves; toutes les flexions font formees regulierement,,
excepte la i re & la 2 me perf. du plur. du dialedle nav. efp. Comp.
i'imparfait de la conjugaifon ^le a lui'\
nav. efp.
Zaro^kiohe
Zaro^kioguke
Zaro^kio^uke
Zaro^jkiokete
CON DITIONN EL.
bn. lab. foul.
guip.
Hior^ake
Hei-[ko
lo^kake
Liotiake
Leifko
Lio^kake
Giniotiahe
Genei^ko
Ginioikake
Zinioi^ake
Zenei-[ko
Zinio^kake
Liotiake te
Lei-[koye
Lioikateke
344
Nous citons le temps nav. efp., que Larramendi ne donne pas,
d'apres Lardizabal. ^aroikioke prefuppofe un imparfait naroikion,
<3c auffi un prefent daro^kioij & ce font la les temps donnes par
Lardizabal. Nous avoris donne darot^at, prefent,, & naroi-{an, impar-
fait,, d'apres Larramendi 5 ce qui donnerait, par confequent, un
conditionnel naroi^ake, <5cc. t/^aro^kioke eft fans doute une forme
plus complete (ce qui ne veut pas dire qu'elle eft plus ufitee), puif-
qu'elle contient io pour yo ,,a lui". Cette flexion eft formee de
n-aro-ik-io-ke. La 2 me perf. fing. eft formee par analogic avec
les autres dialecftes; Lardizabal ne la cite pas. Comparez 1'impar-
fait de la conjugaifon ,,le a lui".
Axular ecrit^ page 24 : Hala Jainkoak nahi i^an balu, eman ^erau^-
kayon. ,,,Amfi Dieu, s'il 1'eut voulu, aurait donne... (les a lui) 5> .
Puifque Tauxiliaire du pafle du conditionnel eft le meme que
celui du prefent, fauf le n caracleriftique du pafle, il n'y a qu'a
retrancher ici le n: ^erau^kayo eft done le prefent., forme de ^-erau-
Puifque Timparfait bn. eft neraui^an } 6cc., on peut en conclure que
le conditionne) eft neraui^ake. N'ayant pas encore trouve cette flexion,
nous avons prefere ne pas la placer dans le tableau.
La lab. niot^ake, &c., fait prefuppofer un imparfait de Tindicatif
niot^an, & un prefent dior^aty qui tous les deux exiftent (voir le
prefent). Le theme de Timparfait, qui eft generalement aufli celui
du conditionnel, ne 1'eft pas cette fois-ci. L'imparfait nai^kon ferait
conclure a un conditionnel naiiko-ke, ou, en intercalant ke ; nai^-
keyo avec mutation de k en y; mais cette forme ne fe trouve pas,
autant que nous fachions, en labourdin; on la retrouve dans le fou-
letin jiei^ko. Comp. le conditionnel ,,le a lui". Comme Timparfait
guip. eft mo^kcm, le conditionnel eft nio^ka-ke. Ce temps n'oflfre rien
d'obfcur.
34f
IMPERATIF.
bn. lab. foul.
. g ul P-
c4ilkok hiok Zayoikak(l)
Wr^p Si
L'imperatif eft forme de e\an. Comparez le temps correfpondant
,,lealui".
Le guip. a perdu le e initial; la forme complete ferait iei-^a-yo-h.
Les autres diaiecles fe font fortement corrompus.
SUBJONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P'
Vir^ogun
Vletiojoten Verioten
Le fubjondlif eft forme de e^an; le pluriel de Tobjet eft exprime
par it; de^qyot eft devenu dif[ayot & dit^ayoi + n> dlt^ayodan. II y a
ici les memes elifions que dans la conjugaifon precedente. Le guip. a
ajoute le figne de pluralite fupplementaire ^k; le i dans fail e ^
obfcur & parait fautif.
(i) Ou fotyb'ol, yaifootfu. (v. Larramendi, Arte, p. 117). Ces formes expliquent le
labourdin ai^kok. Zai^kiok eft pour
346
IMPARFAIT.
bn. lab. foul.
guip
Hei^on Hiffpn
Zer^on Litton Ziot^ai^kan
Ginei^on Ginii-{pn
: Zinition
Liet-(oten Zei^pien Lit^oen
L'imparfait de Tindicatif etait primitivement nit^ayon, de n-zqa-
ho-n. La conjonftion n ne change rien a la forme ; il y a eu aflimi-
lation. Le guip. a introduit le figne de pluralice ^ki: n-it^a-^ki-ho-n
ou nitiaikiyon, & aujourd'hui par hyperthefe
POTENT IEL.
tr
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ip-
"Dii^akiot
iokegu Vit^akiogu
ioke-[u Vitiakiot^u
Vir^a^kiokete Uiriakioye 'Dit^ai^hiotehe
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
tHj.f{ctkio
Lit^akio Zu^ai^kioke
Ginit^akio Ginit^ai^kioke
Lir^akioye
347
IMPARFAIT.
lab. foul.
guip.
bn.
Le potentiel efl celui de e\an. Comparez la conjugaifon ,,le a
lui" ou nous avons parle de rintroduftion de hi. Le bn. efl regulier,
fans ki. Vieiakeo efl forme de </-qa-(pour itia)-ke-o. Ke-o efl pour
ke-yo (i).
N 12.
le a eux
I NDICATIF.
PRESENT.
Forme primitive bifca'ienne.
Varoakoet
Varoakoek
'Daroakoe
TDaroakoegu
T)aroakoee
nav. efp. bn. lab. foul.
Varokaret Vrauet Vioret Vejet
Varokatek Viorek Veyek
Varokate Vraue Viore, daroe Veye
Varokategu Vrauegu Viotegu Veyegu
Varokate^u Vrauegu Viotegu Veye^u
Verokatere Vraute Viore Veyie
"Diet
Viek
Vie
Viegu
Vie^u
Viere
(i) Matth. in, 9. Ch. xi,
348
Nous avons pris les flexions du nav. efp. chez Lardizabal (Gram.,
p. 27)5 elles font formees regulierement : d-aro-ka pour *ko-te-t . Le
t, figne de pluralite, s'eft conferve en nav. efp. & en lab. Dans
les autres dialectes il s'eft perdu; le e de liaifon eft refte; p. ex.
drauet, bn., pour drautet. Le h (ho) de la 3 me perfonne s'eft durci
en nav. efp., comme en bifcai'en, & a ete elide dans les autres
dialecles. Le fouletin, ne tolerant pas rhiatus, a intercale le y,
felon rhabitude, & a perdu, comme le lab. <3c le guip., le r; le
fouletin, il y a deux fiecles, avait encore le r; dans le Prone
fouletin (1676) on trouve deriet pour deyet; & Dechepare ecrit
(ij^y) emanen darayela , 3 qu'il le leur donnera". Ttaraye =
draue bn., avec y pour eviter rhiatus caufe par la chute du r; de
d-eroa-ho-ie.
Le guip. a atteint les dernieres limites de la corruption dans diet;
fans les formes intermediaires il aurait ete impofllble de relier diet
a daroakoet; mais il nous femble que la ferie des mutations eft com-
plete : die g. = deye f. = derie foul. anc. = daraye foul, plus anc.
= daroe 1. = draue bn. = daroakoe bifc. = darokate, nav. efp., qui
eft la forme la plus pure.
La variete lab. diotet eft aufli guipuzcoane; c'eft meme la forme
principale donnee par Larramendi; il ne donne qu'en note diet,
diek, &c. Nous avons cite diet, g., afin de donner une plus grande
variete.
Les varietes labourdines dakot ou diot }) ]Q le lui ai", ainfi que
dayet (daiei) & dioikat ,,}e le leur ai", feraient plutot croire que le i
dans diot & dio-{kaiei indique que ces flexions appartiennent au
traitement familier. 'Dakot a perdu fon r & eft pour drakot (=.drau-
kat, bn.), & fera probablement la forme refpe&ueufe ; tandis que
diot fera la flexion du traitement familier.
On trouve en outre les varietes guipuzcoanes & aufli labour-
dines, dio^kat ou, .par hyperthefe, di^kiot, g. ou dai^kot, 1. ,,je les
lui ai", & dioikatet ,,je les leur ai", deja cite plus haut, d'apres le
Manuel, comme fignifiant ,Jele leur ai", ceci doit etre une erreur.
Larramendi dit ,,je les leur ai'% & il a raifon ; dioikatet eft pour
dirauikatet (en reftituant le r a la flexion), & eft forme de d-erau-^-ka
349
pour ho (i) te-t; en commencant par la fin, i eft le fujet ,,je"; te,
figne de pluralite; ka, pour ho, caracleriftique de Ja 3 me perf., ^,
figne de pluralite; erau, theme; d, accufatif. Le i fera la caraclerii-
tique du traiteinent familier.
IMPARFAIT.
Forme primitive bifcaienne.
ZN^eroakoen
Eroahoen
Eroakoen
Geroakoen
Zeroakoen
Eroakoeen
nav. efp.
bn.
lab.
foul.
gulp.
S^arokaten
U^erauen
^ajen
U^eyen
S^jen
cArokaten
Er auen
Hayen
Heyen
Zarokaten
Zer auen
Zayen
Zeyen
Zien
Zarokategun
Ginakoten
Geneyen
Ginien
Zarokaie^un
Zinakoten
Zeneyen
Zinien
Zarokateten
Zeraue^en
Zayeten
Zeyien
Zien
On retrouve dans 1'imparfait les memes elifions & les memes
mutations regulieres de lettres que dans le prefent. Le nav. efp. a
convert! le h en k & les autres dialecles en y, ou bien ils 1'ont elide.
La i re perf. plur. du nav. efp. ^arokategun eft mal formee; le pro-
nom-fujet eft tou jours au commencement de la flexion dans
1'imparfait; il aurait fallu : garokaren, & pour la 2 me perf. plur.
^arokaten.
(i) Voir ch. xi, 3.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Forme primitive bifcai'enne.
^eroakioe
Eroakioek
Leroakioe
Geroakioe
Zeroakioe
Leroakioee
nav. efp. bn.
S^arokateket
c/Lrokateke
Zarokateke
Zarokareguke
Zarokate^uke
Zarokatekete
lab.
foul.
Hiokete Heike
Liokete Leike
Giniokete Geneike
Ziniokete Zeneike
Lioketeye Leikeye
guip.
ZHjoteke
loteke
Lioteke
Ginioteke
Ziniotehe
Lioteke
Nous citons le nav. efp. d'apres Lardizabal, Comparez Timparfait
yyle a lui'% pour 1'irregularite des flexions. Ici la i re perfonne eft
aufli mal fbrmee, le t final eft de trop; le pronom-fujet ,,je" eft
indique par n.
Le labourdin niokete (pour nioteke) correfpond a un imparfait
nioien & a un prefent diotet, qui exiftent tons les deux en lab. &
en gulp. Ces deux temps peuvent fe pafler d'explication. Pour plus
de regularite nous aurions pu citer, pour le guipuzcoan, la variete
diotet, prefent (au lieu de diet), & nioten, imparfait (au lieu de nien)^
alors le conditionnel nioteke y aurait correfpondu. Mais nous avons
prefere donner la variete diet & mien, afin de faire voir dans un
coup d'ceil les deviations extremes de ces flexions. Comparez le
conditionnel de la conjugaifon ^le a lui".
IMPfcRATlF.
bn. lab. foul.
le^ek cAkotek I-^ek Zayek
(i)
I-[e-[u Zaye^u
"Bi^eye ^i^ayeie ( i )
L'imperatif eft forme de e^an. La forme primitive a du etre
e^a-ho-te-k. La caradleriftique de la 3 me perf. eft devenue yo &
yo -j- te s'eft contradle en ye. Dans le prefent du fubjondlif yo -f- /?
ou ^ + ^ J> en lab., eft rendu par un fimple e en fouletin. Comp.
1'imperatif de la conjugaifon ,,le a lui", & auffi ch. xi, J, &
ch. in, lettre h. Le lab. akotek eft remarquable; c'eft la forme pri-
mitive moins les initiales q; le h de ho s'eft durci en k. Le guip. a
perdu le z initial.
SUBJONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P*
Tte^otedan Vi^edan 'Dioyatedan
Ue^otekan Vi^eyan
Tteyen Ve^oten T)i^en
Ve-^otegun
Ve^oreyen
(i) Larramendi donne bie\a & bie^ate.
1MPARFA1T.
bn.
Lie^en
lab.
foul.
guip.
He iot en
Hi^en
lo^aren
Ze-[oten (i)
Liien
Zio^aren
Gine-^oren
Gini^en
Ginio^aren
Zine^oten
Zini^en
ZinioTdten
Ze^oteyen
Lie^en
ZiOTdten
Ces deux temps du fubjonclif font pareils a ceux de la conjugaifon
,,le a lui'^; feulement on a intercale partout le figne de pluralire re;
o eft devenu ore; ou bien> comme en bas-navarrais & en fouletin, on
a ecrit e pour o. L'opinion que e eft un figne de pluralite aura
peut-etre contribue a exprimer le pluriel d'une fa^on aufli machinaie;
cependant il eft poflible que ce foit la tendance a contradler les
mots qui eft caufe de ce pluriel irregulier. L'imparfait de 1'indicatif
fe retrouve fouvent dans le N. T. de Li9arrague : lefufen err an cfecen.
33 Jefus repondit".
POTENTIEL.
PRESENT.
bn.
lab.
Vi^akiokeret
Vi^akiokerek
Vi^akiokere
Vi^akiokeregu
foul.
'Diiakiet
T>i^akiek
Vickie
Vi-^akiegu
guip.
Ttioiakeret
'Di^akioketeye 'Di^akieye THo^akereke
(i) Aulfi: \i-(oKeten.
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
bn. lab. foul.
IMPARFAIT.
Le potentiel eft le potentiel de e-[an (voir cet auxiliaire).
Tous ces temps font pareils a ceux de la conjugaifon ,,le a lui";
feulement ie te, figne de pluralite (i), a ete intercale partouc.
N 13.
les a eux
INDICATIF.
PRESENT.
nav. efp. bn. lab. foul.
'Diot^atet 'Deit^ei
Vrau^ek
T)aroikate Vrau^re
Varo^kategu 'Diotiategu Tteir^egu
T)aroikate 'Diot^ate Veit^ee
Le nav. efp. eft, felon Larramendi, aufli darcrfiiotet ou
Cette variante eft plus corredle ou plus complete que Tautre; la
caraderiflique de la 3 me perf. io, pour yo de ho (i), s'y trouve :
d-aro-^k-io-te-t.
Les autres dialedles indiquent le pluriel de 1'accufatif par q, dont
il n'eft refte que le ^, apparemment parce que ; fuivait : drairpei
(i) Voir ch. xi, 4.
374
& die-^iet. 'Drau^iet eft pour d-erau-tj-te-t, deraui^aiet, qui, par
fuite du changement de /{ en ^ devient derange: ou drafter; les
deux i (\t-te-tj fe font affimiles. Axular ecrit derau^ieiip, Haram-
buru & de la Vieuxville ecrivent derauitegu, &c., avec le theme
erau.
Le lab. a perdu le r dans diot^am, ainfi que le fouletin (qui le
poffedait encore il y a deux fiecles,, derive = deif[e y voir le Prone
foul.), & ainfi que le guipuzcoan. Pour 1'explication de 17 en lab.,
foul. & guip., voir la conjugaifon ,,les a lui".
On trouve chez Larramendi la variante nav. efp. daroi^am ,Je
le leur'% & dans le Manuel de la Converfation, Bayonne 1861, la
variante dio-{katei auffi pour ^je le leur^. Ces flexions font proba-
blement en ufage dans cette fignification., mais Tanalyfe prouve
qu'elles fignifient ,,je les leur". cAro eft io en lab.; t^ nav. cor-
refpond a ^k lab. 5 ce font done les memes flexions^ formees de
d-aro ou IO-TI ou ik-te r. Le te eft le figne de plur. du datif; ^k ou q
celui de Faccufatif; il faut done : ^les leur' 5 3 dio^kaut doit etre une
variante de d.ior\aiet.
Larramendi donne aufll dio^katet & di^kioiei^ &c.> comme variances
guipuzcoanes ,,je les leur ai 5 ^. On voit que cet auteur donne a
dioikatet, qui eft auffi labourdin, comme nous venons de le dire, la
veritable fignification de ,,je les leur ai". Vioikaiet s'explique faci-
lement par diot ,,je le lui ai". Vioi, avec les deux fignes de pluralite
^k & le, devient dio-fk-te-t ou dio^katet.
Les autres perfonnes s'expliquent d'elies -memes.
IMPARFAIT.
nav. efp. bn. lab. foul.
Vtyroyhaten V^erau^ien V^ai^ten U^eii\en
cAroikaren Herauiren Heii^en le^ien (?)
Zaro^katen Zerau\:en Zai^ten Zeir^en Zie^ien
Zaro^kaiegun Ginai\koten Geneit^en Ginie^ien
Zaro^kate^un Zinaifhotcn Zeneh^en Ziniefien
Zaroikaten Zai^teien Zeii^eyen Zie^ten
Ces temps font formes de ceux qui ont 1'accufatif fingulier in-
herent & n'oflfrent aucune difficulte. Le nav. efp. prefente toujours
les memes irregularites (voir Fimparfait , ; le a lui"). Toute la
fyllabe caradleriflique de la 3 me perf. ko ou yo s'eft perdue, ex-
cepte en nav. efp.; du moins on peut croire que le k de ko s'y eft
affimile celui du figne de pluralite ^k; naroikaten eft forme de n-aro-
ik-t-n, peut-etre pour n-erau-^k-ko-t-n^ furtout, puifqu'on trouve ko
ecrit ka (voir ch. xi, 3).
nav. efp. bn.
cAro^kioteke
Zaro-[kioteke
Zaro^kioteguke
Zaroikiotekete
CONDITiONNEL.
PRESENT.
lab.
foul.
guip.
Hiikioteke Hei^ke loikaieke
Li-[kioteke Lei^ke Lio^haieke
Giniikioteke Genei^ke Ginio^kateke
Zini-fiioteke Zenei^ke Zinwfkateke
Liikio tehee Lei^keye Lio-{kateke
Le nav. efp. naro-(kio:ekei correfpond a 1'imparfait naroikioten &
au prefent daroikiotet (voir le prefent). le t final eft fautif; comp. le
conditionnel ,,jle a eux".
L'imparfait lab. nai^eri, qui, pour correfpondre au prefent, aurait
du etre niot^aten, n'a pas le meme theme non plus au conditionnel.
Les variantes fe retrouvent dans d'autres dialecles; p. ex. le prefent
lab. diotiatet aurait du etre a Timparfait niotfaten (en guip. nio^kaien
^k pour q), & au conditionnel niotiateke. L'imparfait lab. mitten,
que nous citons, prefuppofe un prefent daiiret, qui fe retrouve en
fouletin avec e pour a: dei^ret. Le conditionnel lab. niikioteke, pre-
fuppofe un imparfait ni^kioien^ & un prefent di^kicier, qui exiftent
tous les deux (voir le prefent). CHjlkioteke eft forme den-i-ik-yo-te-ke.
Pour 1'explication de 1'r, qui eft tout ce qui refte du theme eroa,
voir le prefent ,,les a lui'\
IMPERATIF.
bn. lab. foul. g u ^P-
Zaye^kak
Ttiryyc
Limperatif eft forme de e^an. Comparez Timperatif des conju-
gaifons ,,le a eux",, ,,l es a lui", furtout cette derniere conjugaifon
pour la 2 me perf. fmg. en labourdin.
SUBJONCTIF.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u ^P-
'Det^otedan e Dii'{ed.an 'Diet^ai^katedan (i)
Ttetiorekan 'Dit^eyan
Vet^oten 'Dit^en
'Dirfegun
IMPARFAIT.
Hef{oten Hitmen
Liet^en Zet^oten Lit^en
Ginei^pien Ginit^en Giniot^ai^katen
Zinet^pten Zinit^en Zinior^aifkattn
Zet-^oteyen Liet^en
Le fubjondif eft forme de e^an. Comparez les temps correfpon-
dants des conjugaifons ^le a lui" 5 le a eux", les a lui". Tous ces
temps font formes de la meme fa^on.
*
(i) Audi diot^ai^atedan, &c.
POTENTIEL.
PRESENT.
bn. lab. foul. g u *P
Uitiakiet e Dioi-{ai'\kiokeiet
Ttit^akiek f Dioi\ai^hiokeiek
Vit^akiegu
r Dh~ ( akie~\u
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
IMPARFAIT.
Le potent! el eft forme de e\an. Comparez cet auxiliaire & les
temps correfpondants des conjugaifons ^le a lui", 3 ,le a eux'%
,,les a lui ? \
Le guipuzcoan, que nous citons toujours d'apres Larramendi,
n'efl pas tout-a-fait correct; le o dans dio eil de trop. Pour plus de
clarte^ nous donnerons Ja i re perfonne du prefent dans les quatre
conjugaifons.
Ces premieres perform es ont du etre :
1 d-e^a-yo-ke-t ,,\G a lui 5 '.
2 d-itia-iki-yo-ke-t ^les a lui".
3 d-e^a-yo-te-ke-t ,,le a
4 d-itia-iki-yo-te-ke-t ^
La i re : Accufat. - theme - datif- caracl. de Topt. - nominatif.
La 2 me : Accufat. - theme - plur. ace. - datif- caracl. de I'opt.-
nominatif.
La 3 me : Accufat. - theme - datif- plur. dat. - caracl:. de Topt.-
nominatif.
La 4 me : Accuf. - theme - plur. ace. - dat. - plur.-dat. caracl. de
Topt. -nominatif.
Ceci donne : De^ayoket ; felon Larramendi :
Veiayoreket;
e Dir{a'{kioteket ;
Vio^aketet.
Puifque Larramendi ecrit ditiaikiotet, on fe ferait plutot attendu a
ikiokeret qu'a diot^ai^kioketet.
Le figne de pluralite du datif le a change de place avec ke, &
kioteket efl devenu^ en labourdin aufli, kioketet. Le pluriel de Taccu-
fatif eft indique par it, de^a fait dit^a. Zki eft le figne de pluralite
fupplementaire.
Le conditionnel & Timparfait s'expliquent par ce que nous venons
de dire du prefent.
L opiatif primhif de la conjugaifon abfolue de eroan^ conferve
probablemem dans le poiemiel fouledn & bas-navarrais.
Forme primitive.
Varoaket
Varoakek
Varoake
T)aroakegu
T)aroakete
(i) Matthieu xxvi, 61 .
(a) Matthieu v, 26.
(3) Matthieu xxvn, 42.
( 4 ) Marcx, ? 8.
(5) Matthieu ix, 15.
POTENTIEL OU OPTATIF.
PRESENT.
ACCUSAT1F ,,le".
foul.
T)ioket ou dirot
Diokek
Dioke
Viokegu
Viokeiu ,,
Viokeye })
bn. (Salab.) bn. (Ll^arrag.)
Viror
Ttirok
diro
dirogu
diro^u 'Dirogu
diroe Virore
Dirot (i)
Dirok (2)
Diro (3)
(4)
Dirote (f )
379
Comme nous 1'avons die, p. 287, le bifcai'en n'a pas conferve,
autant que nous fachions, le prefent du potential de eroan, conjugue
avec 1'objet inherent. L'imparfait fert comme conditionnel, felon
1'habitude, & le prefent n'ayant pas d'emploi, fe fera perdu. Eroan
donne en bifcai'en un fens frequentatif au verbe qu'il accompagne 5
mais nous favons que ce n'efl pas le cas dans les autres dialecles.
Varoaket eft forme de d-eroa-ke-t, & fignifie ,,je-puis-emmener-le",
& comme auxiliaire ,,je-puis-avoir-le". C'eft dans ce fens que Ton
trouve en fouletin & en bas-navarrais les flexions citees, & qui nous
femblent toutes deriver de eroan. Le theme eft iro, dont le r s'efl
perdu dans une variete fouletine. Nous ne connaifTons aucun autre
theme auquel iro pourrait mieux fe rattacher. Ces flexions font des
flexions auxiliaries, & le feul auxiliaire qui y correfponde eft eroan.
La tendance de Ye initial de eroan a devenir z, eft aflez bien etablie
par toute la conjugaifon guipuzcoane & aufli fouletine, pour ne
pas etre admife ici. La 5 me perf. plur., formee de dioke (foul.) pour
diroke -|- re, eft de nos jours diokeye ; mais Decheparre ecrit encore
diroyie (Poefies, p. 45*). En foul, moderne, le r a ete elide & 1'hiatus
a ete evite en intercalant y. En foul, ancien, k parait avoir ete elide,
& y intercale. Le fouletin a conferve le mieux la forme primitive 5
en bas-navarrais le caraclere modal fkej } s'eft tout-a-fait perdu, fans
laiflfer de trace 5 mais heureufement les variantes fouletines dioket =
diroi nous permettent de conclure a la forme diroket, avec le r d'une
flexion & ke de 1'autre.
Li^arrague ecrit, Matth. v, 26 : renda diroano a^quen pelata
,,jufqu'a ce que tu puiffes rendre le dernier quatrain' ' . Viroano eil
pour dirok-no (avec elifion reguliere de k medial) 5 & dirok efl pour
dirokek. Le a dans diroana n'efl ? pas clair ; on dirait que c'eft le a
thematique, ce qui nous donnerait diroakek. Bien qu'on aimerait a
attribuer a a cette origine, il ne faut pas oublier que cette voyelle ne
fe retrouve chez Li^arrague dans aucune des autres flexions 5 de plus
le a eft fouvent la voyelle de liaifon dans les flexions quand n fuit.
Forme primitive
ZN^aroaket
V^aroakeie
360
ACCUSATIF ,,me".
foul. bn. Sal.
ne fe trouve
pas chez
M. Inchauipe
Verbe bafque ZNjrokete, nirote
bn
Licarrague ecrit : Chahu ahal nirok. Matth. vin, 2. ,,Tu peux me
nettoyer". ^(jrok eft pour nirokek; la caradleriftique du mode s'eft
perdue. tKjrokei, chez Salaberry, eft une erreur; n-iro-k-h fait
nirokek. La 3 me perf. fing. aurait du etre niroke.
Forme primitive
Haroakei
Haroake
Haroakegu
Haroakeie
ACCUSATIF ,,te".
foul. bn. Sal.
Hiroket
Hirokegu
Hirokete
bn. Lif,
Hiroket
Garoakek
Garoake
Garoake^u
Garoakete
ACCUSATIF ,,nOUS '.
Zaroaket
Zaroake
Zaroakegu
Zaroakete
ACCUSATIF j,VOUS .
Ziro^ket
(i) Matth. vni, a.
Les quelques flexions trouvees chez Li^arrague fuffiraient a re-
conftruire routes les autres, ou plutot, puifqu'elles font formees
regulierement,, il n'y a qu'a appliquer les regies de la conjugaifon
(voir ch. xi, 9)5 mais nous avons prefere les laifler en blanc.
La difficulte eft plus grande quand il s'agit d'expliquer Timparfait.
Nous commen5ons par le citer.
Forme bifc.
(H]eroake
Leroake
Geroake
Zeroake
Leroakee
U^eroakei
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
ACCUSATIF ,,le".
foul. bn. Sal. bn.
ZT^eroakee
Hioke
Hiro
_~,
Liro,
Gini?
Lioke
o, Ginioke
Liro
Gindiro
Liroe
Zinokeye
y Lirokeye
Zindirote
Lirote
Liro it e
ACCUSATIF ,,me".
^in
HOy IT^jmioke
_
Eroaket
Eroake
Eroakegu
Eroakee
Hindioket, Hindioi
Hintioke, Hintio, Hindio
Hintiokegu, Hindiogu
Hintiokeye, Hindioye
Geroake^ak
Geroake^
Geroakee^
ACCUSATIF ,,nOUS
Gintioke
Gintiokeye
ACCUSAT1F ,,VOUS".
Forme bifc. foul. bn. Sal. bn. Li.
Zeroaket
Zeroake
Zeroakegu
Zeroakee
Zimioe
Zimiokeye
L'imparfait eft en ufage, comme d'habitude, pour le conditionnel ;
p. ex. \Wa hura hai\aman liroiien hit^ean. Matth. xxn, iy. ^Com-
ment ils pourraient le prendre par fes (dans les) paroles". Liroite,
eft fuivi de n, puifqu'on dit nola-n ,, comment que ils pourraient".
L'imparfait avec 1'accufatif ,,le" n'eft pas plus eloigne de la
forme primitive que ne left le prefent; leroakee pour leroakeie y <5c
lirokeye pour lirokete n'offrent aucune difficulte, mais quand 1'accu-
fatif eft ,,me, te, nous, vous" la flexion a un n, dont nous ignorons
Torigine.
En fouletin ces imparfaits ont afTez foufTert; mais heureufement
on les retrouve dans le N. T. de Li^arrague, & nintio, fouletin, avec
t fuivant n, ce qui eft contraire aux lois de la phonetique, & fans he,
fe retrouvera en bas-navarrais comme nindiroke; p. ex. Sinkers
nindiroquegue ni. Jean v, 46. 3 ,Vous croiriez en moi". Cette
flexion qui aurait du etre nintioiu ou nintiokeiu, en fouletin, ne fe
trouve pas dans le verbe bafque de M. Inchaufpe, du moins pas
comme correfpondant a nindiroke^u. ^(jmiokeiu fe trouve pour la
forme refpedlueufe, correfpondant a nimioke ,,,il me pourrait" de la
forme indefinie. On voit une fois de plus le defaut de cette forme
refpeclueufe, qui, comme formation bafque, eft un contre-fens.
La fyliabe inexplicable in fe trouve deja, comme Ton voit, chez
Li9arrague; mais nous croyons que Dechepare fait ufage de ces
flexions fans in; p. ex. Exay gqyga ginen bayra lemacera orduyan nondc
engana niroyen vere arte guciai (i). ,,Le mauvais ennemi viendra
certes dans ce moment pour tenter s'il (litt. d'ou) peut me trom-
(i) Poefies, p. io,
per", t^iroyen eft pour niroye-n, & niroye pour niroke avec elifion
du k, remplace par y. C^-iro-ke pour n-eroa-ke ,,(il) peut me". On
fait que quand 1'accufatif eft ,,me, te, nous, vous", c'eft Faccufatif
qui precede le theme; le fujet eft toujours abfent dans la 3 mc per-
ibnne (voir ch. xi).
Uimparfait du potentiel eft forme, comme d'habitude, du condi-
tionnel, en ajoutant an, & nioke, foul., fait:
S^iokian
Hiokian
Ziokian
Giniokian
Ziniohian
Ziokeyen
En rendant a ces flexions le r qui fe trouve encore dans la variete
fouletine niro, &c., dont celles-ci fontformees, nous aurons, p. ex.,
la 3 me perf. plur. ^irokeren, en tenant compte de la mutation de t
enj; ce qui nous rapproche de la forme bn. -\iroiien: Edn har bait-
ciroiten. Marc in, 20. "Us ne pouvaient pas prendre" (le repos).
Nous ignorons (i le i (pour y) n'eft pas peut-etre le reprefentant du
k medial elide. Ces quelques indications demontrent fuffifamment
que les flexions obfcures s'expliqueront plus tard. On voit deja que
Dechepare s'eloigne moins de la forme primitive, qu'on ne le fait
de nos jours.
36.
Lauxiliairc joan Caller' J .
Le nom verbal joan fert, en bifcaien, comme auxiliaire des verbes
frequentatifs ; p. ex. geyeneanyaio doa ,,cela arrive regulierement ou
d'habitude". Comme tous les verbes intranfitifs, joan peut etre
conjugue fans regime & avec un regime indirect.
364
INDICATIF.
PRESENT.
Sans
Avec regime indired.
regime, a moi
a toi
a lui
a nous
a vous
a eux
Noa
Noatat
Noako
Noatzu
Noake
Oa
Oat
Oako
Oaku
Oake
Doa
Toat
Toataa
Toako
Toaku
Toatzu
Yoake
Goaz
Goataaz
Goakoz
Goatzuz
Goakez
Zoaz
Zoataz
Zoakoz
Zoakuz
Zoakez
Voaz
Toataz
Toataaz
Toakoz
Toakuz
Toatzuz
Toakez
IMPARFAIT.
Ninoian
Inyoan
Toian
Ginoazan
Zinoazan
Inyoatan
Toatan
Zinotazan
Ninyoataan Ninoakon
Inyoakoan
Inyoataan Toakon
Ginyoatazan Ginoakozan
Zinoakozan
Ninoatzun Ninoaken
Inyoakun Inyoaken
Toakun Toatzun Toaken
Ginoatzuzan Ginyoakezan
Zinoakuzan Zinoakezan
Toazan
Toatazan
Inyoatazan
Toakozan
Toakuzan
Toatzuzan
Toakezan
Ninoake
Inyoake
Liyoake
Ginoakez
Zinoakez
Liyoakez
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Ninyoakek Ninoakeo Ninoakezu Ninoakeoe
Inyoaket Inyoakeo Inyoakegu Inyoakeoe
Liyoaket Liyoakek Liyoakeo Liyoakegu Liyoakezu Liyoakeoe
Ginyoakezak Ginoakeoz Ginoakezuz Ginoakeoez
Zinoakedaz Zinoakeoz Zinoakeguz Zinoakeoez
Liyoakedaz Liyoakezak Liyoakeoz Liyoakeguz Liyoakezuz Liyoakeoez
Le pafle du conditionnel eft forme du prefent en ajoutant an:
ninoakean, &c. (i).
Le prefent du conditionnel etait primitivement Timparfait du po-
tentiel; le prefent a du etre noake, oake, doake, 6cc. 5 mais^ jufqu'a
prefent^ nous ne Tavons pas retrouve.
(i) Verbo vafc., p. 140.
Ces flexions peuvent, en general, fe pafler ^explications; elles
font formees du theme, precede du pronom-fujet & fuivi du datif;
noako eft pour n-oa-ho. Mais celles qui ont la 2 me perf. du fingulier
pour regime indirect,, font, comme d'habitude, irregulieres. II n'y a
aucune raifon pour fuppofer qu'elles aient ete formees d'une autre
maniere que toutes les autres flexions, & fpecialement que celles
avec le pronom de la 2 me perf. plur. Si noat^u ,,je vais a vous" eft
forme de n-oa-^u, il faut que ,,je vais a toi" foit forme de n-oa-h,
ce qui donnerait noak. Le t dans noat^u eft evidemment une erreur,
erreur ou variete de prononciation (t-[ pout i), qui fe retrouve fi fre-
quemment dans la langue bafque. Ce t aura peut-etre induit en erreur
ceux qui ont cru pouvoir faire deriver la flexion avec hi de la flexion
avec ; car ce T, qui n'appartientni au theme, ni au pronom, fe trouve
aufli chez Zavala dans les flexions avec hi. &oaiat eft une forme
barbare; TI -}- oa-\-h ne peut donner que noak ,,je vais a toi". Toak
,jil va a toi". Goak ,,nous aliens a toi", ou bien goaka^ en repetant
le figne de pluralite. Toaka^ ,,ils vont a toi". Ainfi feraitla forme
regultere de ces flexions.
Les autres dialectes, du moins le guipuzcoan et le fouletin, ont
des flexions legerement differentes. Elles ont toutes une fyllabe ki
dans tous les temps & pour toutes les perfonnes, & echappenr, par
cela meme, a Tanalyfe; que Ton dife ,,il va a moi" ou ,,a lui" ou
,,a toi", la fyllabe ki fe trouve toujours dans la flexion; noakik
,,je vais a toi'\ ^oakio ,Je vais a lui". Oakit ,,tu vas a moi", &c.
Ce ki fe trouve dans tous les verbes intranfitifs, quand il y a un
regime indirect a exprimer; p. ex. egon ,,refter 35 fait nagokik ,,je
refte a toi^ ? . Par ces deux dialedles on a la preuve que les flexions,
comme notre methode nous permet de les reconftruire, font cor-
recles; en enlevant ki a noakik, il refte noak.
CHAPITRE XIV.
LE NOM VERBAL EDUKI.
I-
Ladje&if verbal tranjlnf eduki }) ienu".
Uadjeclif verbal eduki } ou z'tfuAz, ou &Az' ,,tenu", eft en ufage
dans tous les dialectes, excepte en bn. & en fouletin. Ces dialectes
ont ukan & ukhen. II eft difficile de dire fi eduki eft un nom verbal
fimple ou bien compofe, & ce qui en conftitue le theme,, done ukan
nous parait etre la variance, & dont emfi eft une variance,, felon
Zavala.
Zavala die que eduki fert pour auxiliaire de la conjugaifon rela-
tive, apres avoir ote ki & mis is a la place (i). Cette fagon d'agir
eft un peu cavaliere, & Ton ferait rente de demander fi euki n'eft
pas forme de eutji, en enlevant ts & en mettant ki a la place. Mais,
bien que ['opinion de Zavala foit peu probable, il ferait poffible que
ces deux noms verbaux eufTent une origine commune. Dans ce cas
eu, ou edu ferait le theme 5 mais qu'eft-ce que la terminaifon ki?
Eft-elle pour egin? ou bien le i eft-il la caracleriftique ordinaire de
Tadjedlif verbal, & A un troifieme element? II y a quelques noms
verbaux en ki, ce qui nous permettrait peut-etre de confiderer euki
comme etant aufli compofe de eu-egin; p. ex. iraieki, guipuzcoan,
eft erefegi, en bifcaien, probablement de era^p-i\eki } & i^eki de
ilio-egin. Nous avons ici k = g; il faudra alors admettre la chute
de In final, ce qui n'a rien d'extraordinaire. Eu ou edu pourrait
(i) Compare* ch, xm, 24, oil nous avons difcute cette queftion.
correfpondre a ,,prife". Eutji , pour eu-etfi , fignifierait ,, avoir
prife", euki feraic ,,faire prife". Tout ceci eft tres hypothetique,
& nous fommes loin de la phrafe laconique de Zavala, citee plus
haut.
Ukhen ou ukan nous parait etre une variance de euki; i puifque
les dialedles, qui font ufage de cette forme, ont les memes formes
flechies, daukai ou dadukat; 2 puifque, d'apres le mecanifme de la
conjugaifon bafque, ukan doit donner dukat au prefent; 3 puifqu'on
trouve d'autres noms verbaux dont la terminaifon efl tantot n,
tantot m; p. ex. e^agun ou e~agutu; i^an ou i^atu; il eft vrai que ukan
fe trouve auifi comme ukaiu ou ukandu.
L'adjeclif verbal eduki, iduki, & apres la chute du d, euki, fignifie
^tenu 3 '. Iduki dut neure hit^a. ^J'ai tenu ma parole". Ecen guciek
daducaie Joannes Trophetatan. Matth. xxi> 26. ^Car tous tiennent
Jean pour prophete". Vaducate eft la 3 me perf. plur. du pref. de
T indie, de eduki.
Les flexions de eduki en bafque^ comme celles de ^tener", tenir
en efpagnol,, correfpondent a celles de ,,avoir"$ & daukai }) }Q le
tiens 3;> (de euki), fe retrouve dans une forme contradlee comme
dam ou dot ,Je Yai" . II ferait par confequent mieux de ne jamais
parler de 1'auxiliaire ,,,avoir", mais de 1'auxiliaire tenir' % tout
comme en efpagnol.
Dans notre Effai (1867), nous a vons admis, que ce que Ton
nomme les terminatifs ou terminaifons, dut, diot, dec., etaient les
flexions du verbe eduki (i), fans entrer dans des details, n'etant pas
en etat de donner aucun eclairciiTement fatisfaifant par rapport a la
conjugaifon du verbe bafque. La theorie de ^terminatifs" eft fi ab-
furde, qu'elle ne pouvait venir en ligne de compte, quand meme on
n'en aurait aucune autre a y fubfthuer; & Thypothefe que les flexions
de eduki ,,tenu" etaient en ufage comme celles de ,, tenir" en ef-
pagnol, pour } , avoir", etait fi naturelle, que nous Favons admife
fans Texaminer fcrupuleufement. Aufll cet examen n'aurait donne,
(i) Ces flexions ou terminaifons ditut, diot, font ^videmment toutes des modifications
d'un feul & meme nom verbal, de euki.
368
il faut bien Favouer, aucun refultat fatisfaifant, puifque nous igno-
rions alors la formation des flexions & qu'il nous manquait encore
des lois phonetiques, neceflaires a Fanalyfe du verbe.
Dans notre Didionnaire, ou nous avons tache de donner Fety-
mologie des mots, euki demandait la fienne; mais la, moins que
dans FEflfai, nous avons exprime une opinion arretee. Un commen-
cement d'examen avait fait naitre le doute et nous avons dit : ,,Pour
faire deriver det ou dot ou daut de euki, il faut abfolument la chute
du k y dont il n'y a pas d'exemple jufqu'a prefent, autant que nous
fachions, mais du moment qu'elle fera prouvee, Fhypothefe eft
admiffible 33 ...
Finalement, dans notre Etude fur le verbe bafque, nous avons
cru pouvoir nous decider, & ayant trouve que Fauxiliaire frequentatif
bifcaien eroan (ikufi daroat ,,je vois d'habitude 5 ') etait employe dans
tous les autres dialedes comme auxiliaire pur & fimple, mais avec
deux regimes, nous nous fommes laifle entrainer a confiderer les
flexions dut, &c., comme derivant auffi de eroan, & nous avons dit
que daut ,,je 1'ai" venait de daroat ,,je Fai d'habitude'% ce qui eft
une erreur.
Cette etymologic etait tres poffible, tres plaufible meme, puifque
le bifcaien daroadak ,,tu me Fas d'habitude'^ devient dautak ,,tu me
Fas", en labourdin. Le theme eroa eft done devenu au en labour-
din. De la meme maniere daroat ,,je 1'ai d'habitude" aurait pu faire
daut ou dot ,,je Fai 33 .
Cette explication a ete trouvee par le prince Bonaparte : ,,An
,,a(Tertion which conftitutes one of the greateft abfurdities, and is
,, quite below criticifm". Nous traduifons pour ceux de nos lecleurs
qui ne fa vent pas Fanglais : ,,Une aflertion qui conftitue une des
plus grandes abfurdites et qui eft au-defTous de route critique 53 . Et
la raifon eft celle-ci: ,,As iduki, according to M. van Eys meets at
the fame end with eroan (i)' 3 ; c'eft-a-dire : Puifque iduki, felon
M. v. E., arrive au meme point, ou donne le meme refultat, que
eroan.
(i) Voir Academy, nov. 30, 1875.
369
Nous comprenons Tetonnement du prince Bonaparte, qui ne
s'efl pas beaucoup occupe d'etymologie fcientifique (i), bafee fur
les lois de la phonetique. Nous citerons done une langue qu'il
connaitra fans doute grammaticalement, le francais; la nous trou-
vons des exemples de ce meme phenomene qui econne tant le prince ;
p. ex., vivre & voir fe rencontrent dans: je vis, tu vis, il vit. Etre
& fuivre dans: je suis. Croitre & croire dans : je crois, tu crois,
il croit.
La fignification n'eft pas non plus un obftacle en bafque, puifque
eroan eft 1'auxiliaire bifca'ien pour ,, avoir d'habitude" (wont, anglais),
& que eduki efl employe pour ,, avoir". Nous pouvons meme citer
uri troifieme verbe (mais ceci fous referve), arrivant au meme reful-
tat, dans la 5 me perf. fing. du prefent de 1'indicatif, & c'effc egon.
egon fignifie ,,pleurer ?:> , iitt. ,,etre en (avec) larmes 3 '.
dago ,,il pleure 53 . Mais Dechepare ecrit : 1)iho$a(bihot{a)
dam bethiere nygarre^ (2). ,,Le cceur pleure fans ceffe". *Dareflune
faute d'imprefllon probablement. La 5 me perfonne du pluriel eft daute
pour dagote; la 3 me perf. du fingulier eft par confequent day. pour
dago,
Si 1'article du prince Bonaparte prouve quelque chofe, ce fera
qu'il eft beaucoup plus facile de dire des groffieretes que d'analyfer
le verbe bafque. AufTi, quand on prend des flexions pour des termi-
naifons, 1'analyfe devient un luxe inutile.
Comme nous 1'avons dit, nous nous fommes trompe, & aujour-
d'hui que nous favons que k medial s' elide, nous croyons pouvoir
dire que daukat, qui eft lui-meme pour daukt, eft devenu daut.
(i) Avant la publication de notre EJJai 1867, rien n'avait ete public fur la phonetique
bafque, fi ce n'eft les trois ou quatre obfervations a ce fujet par W. v. Humboldt.
(a) Poe/ies, Amoros gelqfia, p. 51. Nous regrettons qu'il fe foil glifle deux fautes dans
ce meme exemple a la page 1 54, note 3.
2.
Conjugaifon du verbe tranjidf eduki 3 ,tenir".
Puifque le verbe tranfitif ^tenir" a donne en bafque, comme en
efpagnol,, Tauxiliaire pour ^avoir'% nous donnerons d'abord la
conjugaifon du verbe eduki ^tenir",, qui eft parfaitement reguliere,
& pour les details delaquelle nous renvoyons au chapitre xi.
Nous citons les deux variantes qui font toutes les deux en
Tune avec le d (de eduki)) 1'autre fans d (de euki).
guip.
Vadiikat
Vadukak
Vaduka
T)adukagu
'Daduka^u
Vadukare
I N D I C A T 1 F.
PRfeSENT.
bifc.
ou Vaukat
Vaukak
,, Vauka
, , T)aukagu
,, TDauka^u
,, "Daukare, daukee
(H^edukan
Zedukan
Genedukan
Zenedukan
Zedukaten
IMPARFA1T.
OU
j>
j>
} )
) >
(H)eukan
Eukan
Geunkan
Zeunkan
Euken
On voit que ces deux temps n'ont rien perdu de leur regularite
primitive 5 d + eduk -\- t doit faire daduhai & n -f- eduk + an doit
faire nedukan. La J me perfonne eukan eft la forme primitive bifca'ienne,
fans ^ initial^ felon le principe que le fujet de la '-$ me perfonne fe fait
remarquer par fon abfence: euk-an.
Les verbes reguliers ont encore I'optatif, mais nous n'en voulons
pas reconilruire les deux temps, vu que nous ne favons citer aucun
exemple ou les flexions fe trouvent. II faut que le prefent ait ete
dadukaket, & Timparfait nedukake; mais nous ignorons quelle a ete
Finfluence des lois phonetiques par rapport au k.
Eiaguturik dadukat foldaduak! bifc. J? Je le tiens pour reconnu,
foldats" ! Iduki dm neure hii\a y 1. ,,Jai tenu ma parole".
Egiien hari nin^anean begietan iduki dut geyenean. Mendiburu, Introd.,
p. i. ^pendant que j'etais occupe a le faire, j'ai furtout tenu dans
Fcell, c.-a-d. j'ai porte toute mon attention". Nous difons en hol-
landais exaclement la meme chofe : "In ' t oog gehouden".
3
Eduki, euki }) tenir y) comme auxiliaire.
Eduki, comme verbe tranfitif, a deja perdu le d: euki; comme
auxiliaire il perdra une autre lettre^ le k. Le theme qui etait eduk ou
euky devient eu. Pour la chute du k voir chapitre in.
Ce theme eu fe trouve., comme toujours, dans la ^ me perfonne
de 1'imperatif: bin ,,qu'il ait". En retranchant le b, qui eft la ca-
radleriflique de la perfonne (i), il rede iu ou plutot eu, puifque e,
dans le dialedle bifcai'en, fuivi d'une autre voyelle, devient i (2). E u
eft done le nouveau theme, le theme fecondaire, au lieu de euk. On
pourrait croire que Timperatif eft blu, non pas parce que le e fe
convertit en i, mais parce que 1'initiale de Tad jeclif verbal eft auffi
bien i que e: eduki ou iduki. Cependant, comme la voyelle initiate
du theme reparait toujours dans ttmparfait,, & que la elle eft inva-
riablement e fiiedukan, neukanj, nous croyons pouvoir en conclure
que eduki & non iduki eft la forme primitive.
Dans les dialedles bafques frai^ais eu fe dit au (3). II eft fort
(i) Voir ch. xi, $ ].
(a) Ch. in.
(3) Auc bihot^ on. Matt, ix, 2, Aic-s bon courage.
37*
poffible que les differentes formes de flexions fe foient influencees
reciproquement. Les variantes eu & au fe retrouvent du refte dans
le prefent d'un feul & meme dialecle. Le bifcaien dau fe dit deu dans
le dialecte arratiana (i), & meme Larramendi ecrit ufte deu (2),
pour ufte <fw, qui eft la forme habituelle du guipuzcoan. ConnaifTant
maintenant le theme, il n'y a rien de plus fimple que de former les
flexions en prenant le theme pour bafe, comme cela eft la regie.
Ainfi, eu precede de d & fuivi du pronom t fera daut, puifque la
voyelle initiale devient tou jours a : d -}- ekar -f- 1 fait dakan (voir
ch. xi, 4).
II femble qu'il n'y a aucune objection a faire a cette analyfe;
nous nous fommes ftrictement tenu aux regies & nous fommes arrive
au refultat voulu fans le moindre effort. Et cependant il fe prefente
une obfervation qui n'eft pas du domaine de la grammaire, mais
qui, croyons-nous, a fa valeur.
Nous avons pofe le theme eu comme bafe des formes verbales
qui nous occupent.
Nous voulons au contraire pofer le theme eu comme produit par
ces memes formes verbales.
Selon la premiere theorie, il nous femble qu'il faudrait admettre
que la forme du theme., ici eu (on dirait pour la facilite des gram-
mairiens futurs), aurait etc fixee d'avance, ce qui devra paraitre tres
faclice. Nous nous garderons bien de toucher a la queftion fi deli-
cate de la Signification primitive des racines 5 mais ici nous avons a
faire a un nom verbal derive ou plutot ufe, ayant encore fa fignifi-
cation primitive,, bien que modifiee. N'eft-il pas plus probable, dans
ce cas-ci, d' admettre que rimperatif auffi bien que le prefent fe font
formes fimultanement du prefent & de rimperatif primitif, & que les
influences phonetiques ayant ete egales pour les deux, daukat foit
devenu dam; & beuk ou beuka (ou quelle qu'ait ete la forme de rim-
peratif) biu?
Puifque nous favons qu'un theme donne, foit eu, doit devenir
(i) Voir Zavala, Verio v/fc., p. $$, n 131.
(a) Voir Larramendi, Introd, du Dicc.j p. cxcu.
373
daut a la i re perfonne du prefent., nous pouvons faire reparation
inverfe & dire que le theme de daut eft eu. Si les racines ont eu une
fignification determinee, ne nous importe pas ici. Ce theme fecon-
daire,, ufe., qui nous occupe ici, eft une pure abftraclion; fi eduk a
fignifie quelque chofe^ il eft evident que eu ne fignifie plus rien.
Le refultat de ces theories fera le meme : daukat pour dauki (<1-
euk-tj par fuite de la chute du k devient daut.
Pour plus de clarte nous repeterons les deux temps.
PRESENT.
du verbe euki ,,tenir".
PRESENT.
de 1'auxiliaire euki.
Vaukat j
Vaukak
Uauka
T)aukagu
Vauka^u
*Daukate
ens
T>aut
T)auk
Van
T)aiigu
ou dot ,,j'ai
dok
T)aue
dabee
La feule obfervation qu'il y ait a faire ici,, c eft que la 3 me perfonne
du pluriel a perdu le t, ce qui eft prefque toujours le cas en bifcaien.
T)avee ou comme nous Tecrivons dabee eft pour daue fu < =v^=-b)
pour dame.
IMPARFAIT
du verbe euki,^
^T^edukan ou
Hedukan , }
Zedukan 3 ,
Genedukan ,,
Zenedukan , ,
Zedukaten , ,
J^eukan
(H)eukan
Eukan
Geunkan
Zeunkan
E uk en
IMPARFA1T
de 1'auxiliaire euki.
ZN^enduan ou
Henduan
Gendukan
Zenduan ,,
,,
Heuan
Euan, evan, eban
(i)
(l)
Euen> eutfen
(i) Les flexions qui manquent peuvent etre reconftruites par analogic : geban ou
ban ou \euan. Elles fe retrouvent dans le conditionnel.
374
On voic qu'en fupprimant le k y nedukan devient nenduan & neukan
ou neban, puifque u = b.
Seulement nenduan a un n intercale; n myilerieux qui fe trouve
fouvent dans Timparfait (voir ch. xi, 7).
Nous avons du citer les variantes de eduki, avec & fans d , puifque
Fimparfait bifcaien a choifi dans les deux feries, quaere flexions dans
chacune d'elles.
II n'y a fans cela rien a expliquer; routes ces flexions font tres
claires, a 1'exception de la 3 me perfonne du pluriel eud'en. Zavala
ecrit Tapoftrophe pour un e elide,, comme il fe le figure, mais c'efl
pour t, & end" en eft pour euien.
Sans vouloir attribuer en general au dialedle bifcaien un degre
de purete que n'ont pas les autres,, il faudra reconnaitre que, dans
ce cas., ce dialecle s'efl conferve le mieux. Les variations dans les
voyelles du theme, dans les dialecfles differents,, s'expliquent peut-etre
en partie par la modification que fubiffent ces voyelles dans quel-
ques flexions 5 eu du theme devient au au prefent. Le dialecte bifcaien
oflfre lui-meme deja cette variante dans le dialecfte ^arratiana" qui
dit deu pour dau. Que au, qui fe prononce fouvent o, devienne u
dans v la prononciation, eft un fait tres commun (i).
4-
Conjugaifon de euki comme auxiliaire.
Le mecanifme de la conjugaifon eft toujours le meme & nous
devons renvoyer le lecleur au chapitre xi, pour les details.
(i) A San Remo, & il jiartut dans toute la Riviera, il y a une grande tendance a pro-
noncer les o comme des u.
bifc.
ACC. SING. ACC. PLUR.
Vaut, dot(i}Vodai
Vauk, dok Vo^ak
Van Vim
Vaugu, dogu
i (2)
I N D I C AT I F.
PRESENT.
lab. nav. bn. foul.
guip,
ACC. SING. ACC. PLUR. ACC. SING. ACC. PLUR.
Vaue
Vut
Vitut
Vet
Vitut
Vuk
Vituk
Vek
Vituk
Vu
Vitu
Vu
Vitu
Vugu
Vitugu
Vugu
Vitugu
Vure
Vime
Vute
Viturte
La variete guipuzcoane & le dialedle d'Arratia, qui difent deu
pour du } ferment le trait d'union qui lie daut a det. Le fouletin varie
legerement; il a die pour dine; & avec 1'accufatif pluriel il y a u
pour i: dutut, dutuk, &c.
Les 2 mes perf. du . pluriel etant en ufage pour le fingulier hono-
rifique, on a forme do^ue, do^iie^ b.^ du^ue, diru^ue, 1. bn.^ du^ie,
dutu^ie, f.
Le pluriel de Faccufatif eft exprime par it & par ^ (v. ch. xi 3 4).
IMPARFAIT.
Avec accufatif fmgulier.
bifc.
gup.
lab. bn.
Eban
Eban
Genduan
Zenduan
Euen
foul.
ou ZN^enduan
tKjien
V^uen
5\jan
5, Enduan
Uen
Huen
Hian
Euan
Zuen
Zuen
Zian
Genduen
Ginuen
Ginian
Zenduen
Zinuen
Zinian
.. Ebeen
Zuten
Zuten
Zien
(1) Selon Zavala (Verio vafc., p. 6), il faudrait ecrire daut.
(2) Zavala ecrit daveef, (8t auffi la variante daudee^). Nous ^crivons daueef, n'ayant pa?
admis le v dans 1'alphabet bafque.
bifc.
Ituan ,,
Zituan ,,
Genduyan
Zendu^an
Zituen
IMPARFA1T.
Avec accufatif au pluriel.
guip. lab. bn.
Endua^an
Eua^an
ZHjtuen
Ituen
Zituen
Ginituen
Hituen
Zituen
Gintuen
Zinimen
Zinimen
Zitu^ten
Zituyten
foul.
V^utian
Hutian
Zutian
Guntian
Zuntian
Zutien
On volt que les dialectes gulp., lab., bn. & foul, ont plutot
fuivi la variante neban, dont le b eft un u, durci en b devant la
voyelle; neban =zneuan. Les dialecles bifc. & foul, ont conferve le a
dans la terminaifon , ce qui nous parait etre la voyelle corredle
(comp. ch. xi, 6).
Le bifcaien & le guipuzcoan ont conferve le d thematique, feu-
lement a la i re & a la 2 me perf. du pluriel.
La perte de Yh a caufe en bifcaien un peu de confufion ; eban fert
maintenant pour la 2 me & pour la J 6 perfonne. Cette 5 me per-
fonne eban, c'efl-a-dire euan, devient au pluriel euaten, mais elle s'efl
contraclee en euen.
La variante de la i re perfonne: nenduan, bifc., eft formee de
n-edu-an, avec le n myflerieux intercale. 3\(jban pour neuan, vient du
theme fecondaire, fans d: n-eu-an.
Les 2 mes perf. du plur. font devenues ienduan y lendueian, b.;
^enduten, ftnitiefuten, g.; -{mitten, ^iniiu^ten, lab., bn.^ ^unien, ^un-
tien, f. Le r, figne de pluralite, s'eft perdu, comme toujours, en
bifcaien & en fouletin.
FUTUR ET CONDITIONNEL.
Le futur & le conditionnel font le prefent & Fimparfait de 1'op-
tatif (i). Le prefent dukei donne le futur 3 Fimparfait nuke le
conditionnel.
(i) Voir ch. xi, 7,
377
Ce futur n'eft plus connu que des dialecles bafques, francais 5 les
autres dialecles le forment par periphrafe.
Le conditionnel eft en ufage partout.
FUTUR (foul.)
ACC. SING. ACC. PLUR.
Vuket Vutuket
Vukek Vutukek
Vuke Vutuke
Vukegu Vutukegu
T)ukie Vutukie
Le bn. a dhuke, dec. Ligarrague introduit dans ce temps un i dont
Forigine eft obfcure; ce fera une particularite du dialecte. Era egot-
liren dituqueiite . Matth. xm, fo. ,,Etilsles jetteront". Le pluriel de
1'accufatif eft exprime par ^; nous ecririons dimkeye. Orduan huna
barpi, daquarqudtela. Luc V 3 1 8. ^Alors il furvint (litt. voila) quel-
ques-uns qui (le) portaient'\ Orduan iuftoec arguituren duqueite.
Matth. xin, 43. ,.,Alorsles juftes luiront'\
La 3 me perf. plur. en fouletin eft dukie pour dukeye' } pour dukete.
Le t eft toujours elide dans ce diale&e & generalement remplace
parj pour eviter Thiatus. Au conditionnel, avec Faccufatif pluriel,
on trouve les variantes lutukie & lurukeye.
Le futur, dans les dialecles efpagnols & en labourdin, eft forme
par periphrafe, & comme ces dialectes ont remplace, dans les temps
compofes, eduki par i^an, on dit iiango dam ou dut ou det.
L'emploi de i^an pour eduki ou pour ukhen ou ukan, rend quelque-
fois ['explication de Tauxiliaire un peu obfcure, fl Ton ne veut pas
repeter chaque fois que ies temps compofes ont i-[an au lieu de eduki.
Les temps compofes de 1'indicatif ont ete donnes au chapitre xn,
3, en parlant de la formation des temps des auxiliaires. Le futur
anterieur eft i^an i^ango dot ou dut ou det, & ukhen duket en fou-
letin.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
ACCUSATIF SINGULIER.
bn.
gulp.
lab. & nav.
foul.
t^eunke
Eunkek
Pfyke
Uke
S^Jike
Huke
Wjike
Huke
Leuke
Luke
Luke
Luke
Geunke
Genduke
Ginuke
Gunuke
Zeunke
Zenduke
Zinduke
Zunuke
Leuke
Lukere
Lukere
Lukeye
ACCUSATIF PLURIEL.
Wjtunkei
&{jruke
ZKjtuike
^(uruke
Eunke^ak
Iruke
Hituike (?)
Hutuke
Leukei
Lituke
Litu^ke
Lutuke
Geunkei
Ginituke
Ginru^ke
Guntuke
Zeunke^
Zinituke
Zintu^ke
Zuniuke
Leukeei
Lirukere
Liru^kere
Lutukeye
Ce temps., commun a tous les dialecles, eft Fimparfait de 1'optatif
ou potentiel. Sa fignification primitive a dia etre ^je voulais ou
pouvais avoir' ', & elle eft maintenant ,,j'aurais". En enlevant a ce
temps fa denomination erronee de ^conditionneP',, la fignification
& Temploi en deviennent beaucoup plus clairs.
Uimparfait du potentiei eft forme du theme verbal,, precede du
pronom-fujet & faivi de la fyllabe ke. En bifcaien on y trouve le n
myfterieux de Fimparfait, & qui aurait du etre elide devant le k, felon
les lois de la phonetique. La 2 me perf.,, eunkek eil fautive; il aurait
fallu heunke ou eunke ; le k n'efl pas a fa place 5 il y fera par faufle
analogic avec les flexions des temps qui ont le pronom a la fin (i).
La i re & la 2 me perf. du pluriel ont dans tous les dialedles le n
(i) Ch. xi,
579
myfterieux : g-eu-n-ke, & g-endu-ke; -{eunke, & ^enduke. Les flexions
font un peu melees, quant a la forme; Tune a le d, 1'autre nel'apas,
<3c cela dans le meme dialecle.
Le pafle du conditionnel a ete forme en ajoutant au prefent la
caradleriftique du pafle an; neunke devient neunhean; nuke fait nukean,
g. } nukeien, lab. & nukian en fouletin. Le i dans le labourdin eft
plutot, croyons-nous, la lettre de liaifon^ & s'ecrirait mieuxj: nu-
keyen, puifque le y remplit cette fonction dans tous les cas pareils.
L'IMPERATIF.
Le bifcaien n'a pas conserve de flexions pour Timperatif; le gui-
puzcoan & les diale6les bafques francais, excepte le fouletin, les
ont confervees; on les retrouve chez Licarrague., chez Axular &
peut-etre chez d'autres.
guip. lab. bn.
Euk cAuk, aun
&4u-{u (aufue, plur. du plur.^
Generalement cependant Timperatif de 1'auxiliaire eft periphraf-
tique; il eft conjugue a Taide de egin, en bifcaien^ & de e\an dans
les autres dialedes.
bifc.
egik Bales' ' l\an e^ak Ukan ou ukhen e\ak
begi ,,ait" be^a \>e{a
egi^u ,,ayez" e^u ,,
begie ,,aient" beyae ,,
SUBJONCTIF.
Puifque le fubjondif eft rendu en bafque par Findicatif, fuivi de
la conjondlion n ,,que", dm -f- n a donne dudan; mais cette forme
3 So
eft inufitee & ne fe trouve plus que chez Dechepare : Idafu indar...
bekatuye^ ukheiteko bide dudan doluya... neure bekatuye^ oro^ dudan
barkamenduya (i). ,, Donne (moi) la force que je me repente des
peches... que j'aie le pardon de mes peches".
De nos jours on ne fait ufage que de la periphrafe (meme deja du
temps d'Axular), au moyen d'un auxiliaire, qui eft e^an dans tous
les dialecles, excepte en bifcaien; ce dialecle a choifi egin. On dit
done: i-{an dagidan, b., i^an de^adan, g. 1., ukan ou ukhen de^adan,
bn. foul. 5 ^que j'aie'^ i^an nengian, b. y i^an ou ukan ou ukhen ne^an
II eft inutile de donner un tableau de ce mode 5 nous devons
renvoyer le lecteur aux noms verbaux egin & e^an, & au chapitre
XII, If.
POTENTIEL.
Pour exprimer le potentiel, le bifcaien fe fert de edin ^pouvoir"
comme auxiliaire 5 tous les autres dialedles ont choifi efan(v. ch. xn,
6 & if, pour la fignification du mode., & les verbes edin &
pour la forme des flexions).
AUTRE FORME DU POTENTIEL
En fouletin & bas-navarrais.
Le fouletin & le bas-navarrais paraiifent avoir conferve le potentiel
de eroan, ce qui eft intereffant fous plufieurs rapports, puifque nous
retrouvons du meme coup un temps d'un verbe fpecialement bif-
caien, & que ce dialecle a perdu, & ['explication d'une forme
obfcure dans les autres dialecles (voir ch. xin,
(i) Voefes, p. 4 o.
f.
Les conjugaifons abfolues de eduki comme auxiliaire
avec ^me, te, nous,, vous" pour objet.
On connait deja la conjugaifon abfolue, qui exprime raccufatif
J:) le". Vaut ou dm fignifie ,Je ai le" & eft forme de d-au-t; comme
dauk ^tu as le" eft forme de d-au-k. Si maintenant I'accufatif eft la
i re perfonne, il n'y a qu'a prendre la i re perfonne, reprefentee par n
& n-au-k fera nauk ,,tu as moi" ou }) tu m'as". Si I'accufatif eft la
2 me perfonne, on prendra la caradleriftique de la 2 me perfonne qui
eft h (hi ,,tu") & h-au-t fera haul ,Je ai toi" ou ,Je t'ai" & ainfi
de fuite.
II faut feulement remarquer que les pronoms ne font jamais de la
meme perfonne 5 cela donnerait une relation reflechie (je me, tu te),
ce que la langue rend d'une autre maniere.
Nous avons dit que euki eft 1'auxiliaire de la conjugaifon abfolue
dans tous les dialectes; mais ceci ne fe rapporte qu'a 1'indicatif.
L'imperatif, le fubjonclif & le potentiel font formes a Taide de
1'auxiliaire e^an, dans tous les dialedles,, excepte en bifcaVen ; ce dia-
lecle fe fert de egin ^faire" pour 1'imperatif <5c le fubjondlif, & de
edin pour le potentiel.
N i.
ACCUSATIF ,,me".
IND1CATIF.
PRESENT.
bifc. bn. lab.&nav. guip- ^ ou ^-
y nak
tf^aue
I MP ARFA1 T.
bifc. bn. lab. & nav. guip- foul.
J^indukan fT^jntukan J^indukan
t^intuen IT^jnduen ^(jindian
D^induien SPfjntuften ^(jnduten
CONDITICNNfcL.
PRESENT.
^Qndukek y^endukek &(intukek V^indukek ZHjindukek
ZN^enduke t^imuke ^(juduke IT^jinduke
ZHjndukete ZNjindukeye
Ces trois temps, formes de eduki, n'ont guere befoin d'explication ;
nauk eft forme de n-au-h; & le h etant final fe durcit en k. Dans
1'imparfait ce k s'eft conferve dans quelques dialedles : nimukan; il a
ete elide en bifcai'en, & en fouletin ; pour eviter 1'hiatus on a inter-
calej. Le fouletin s'eft fortement corrompu ; du temps de Dechepare,
le i n'y etait pas encore; cet auteur ecrit nu^u & non nai-{u.
Dans les 3 mes perf. du plur. le t s'eft perdu en bifcai'en; ce dialedle
a encore les variantes naude & nade avec d pour t.
Les 2 mes perf. du plur. font devenues, au prefent : nolue, nau^uie^
nu'fue, nature & nai^le; & a Timparfait : nindu^uen, nimu^uien^ niniu-
^uen } nindu^uien & nindu^ien.
Le pa(fe du conditionnel eft forme du prefent, en y ajoutant la
caracleriftique du
IMPERATIF,
bifc. lab. g u ip- foul.
383
SU BJONCTI F.
PRESENT.
bifc. lab. guip- foul.
tKjgien
IMPERATIF.
^engien J^jnt^aten
L'imperatif & le fubjondif font formes., en bifcai'en,, de egin, dans
les autres diale6les de e\an. Nous devons renvoyer le lecteur a ces
deux verbes.
L'imperatif n'eft autre chofe que le prefent de Tindicatif primitif,
comme c'eft le cas avec Timperatif dans plufieurs autres langues.
Comme le e initial devient a au prefent de Tindicatif, cette voyelle
fe retrouve ici ; mais quelques dialectes ont e, furtout dans le fub-
jondlif, qui eft Tindicatif fuivi de la conjonclion n.
Les 2 mes pe'rf. du plur. de 1'imperatif font devenues : nagifue,
na^ayuie , ne^a^ie. Dans 1'Imitation fouletine, p. 187^ on trouve encore
na^a^u avec a.
Toutes ces flexions ont ete expliquees en parlant des verbes egin
& eian. Nous ferons feulement quelques remarques. Nous ecrivons
le k dans la 2 ine perfonne du fingulier en labourdin^ puifqu'il s'eft
conferve dans de^akan. Le k eft elide en guipuzcoan : nayaan, &
Thiatus eft refte. Cette forme correcfte , que Larramendi nous
donne^ eft corrigee chez Lardizabal,, qui cite na^adakan, forme ufitee^
nous aimons a le croire; mais c'eft un vrai barbarifme; comment
en vient a ce da eft inexplicable.
Dans l'imparfait> la chute du k a donne deux flexions pareilles
en bifcaien. Larramendi ecrit nint^acaan pour la 2 me perf. du fin-
gulier; mais ou le k (c) ou le a efl de trop; n-e^a-h-n fait, avec le
n myfterieux intercale, neniakan, & fi le k s' elide nen^aan, ce qui
s'ecrit nim^aan. Le t s'eft introduit dans ces flexions,, apparemment
par euphonic 5 le fon du i parait avoir en bafque une forte attraction
pour le t; qr pour i eft un fait tres commun.
POTENT1EL.
Le bifcaien a pris le potentiel de edin; les autres dialecles ont pris
celui de e-[an (voir ces deux verbes).
PRESENT.
bifc.
Wjiktk
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
ZN^eink
ee
IMPARFAIT.
&(jriffakean
CNj.nt^ake^un
V^einkeen ZNjntiraketen U^inr^akeien
N 2.
ACCUSATIF ,,nOUS''.
I N D I C AT I F.
PRESENT.
bifc. " guip. bn. lab. foul.
Gb-{ak Gaituk Gituk Gutuk
Gaitu Gitu Gum
Gaitu^u Giiu^u Gutu^u
Gaiiu^ie Gaituyte Gitu^te Guiie
Le theme verbal eft au, comme dans nauk & haut; mais le bifcaien
ecrit, dans quelques flexions, 6 pour au, comme dot <3c dau; nok &
nau; ce n'eft que du defordre; gaitui ,,il nous a" a meme un i au
lieu de u; cet i qui fe retrouve dans les autres dialedles ne s'explique
pas bien pour le moment.
Le pluriel de Fobjet eft exprime deux fois ; on dirait que g pour
gu ,,nous" indique fuffifamment qu'il s'agit d'un pluriel; mais la
langue bafque aime a aj outer un figne de pluralite fupplemen-
taire (i), & g-au-k eft devenu g-au-i-k gau-(ak ou comme Ton ecrit
goiak, Ce figne de pluralite eft t dans les autres dialedles; g-ai-t-k
ou gaituk. Ces flexions ont affez foufFert; le bifcaien eft le feul
dialefte ou elles fe laiflfent analyfer; & encore les 3 mes perfonnes
appartiennent a une autre variete. En reconftruifant la forme pri-
mitive de eduki ou de euki, nous aurons g-eduk-h, fujet, verbe &
objet; Tobjet etant pluriel,, il y a le ^, figne de pluralite fupple-
mentaire^ & g-eduk-^-h fait gadukaiak; Ja flexion de euki fera gauka-
lak, & la flexion de 1'auxiliaire, qui a perdu le k, fera gauiak, ce qu'on
ecrit goiak. Toutes les flexions qui s'eloignent de cette forme primi-
tive,, ont fouffert par confequent, & gaitui devrait etre gaui; fi euki
eft le theme : gauka^; fi eduki eft le theme: gaduka^. Dans ce cas le k
(i) Voir ch. xi, 3 &. 4,
2 )
386
viendrait au milieu, ce que le bifcaien n'aime pas., & felon Thabi-
tude, rhyperthefe tranche la difficulte, & au lieu de gauka-^ on die
gauika. Lardizabal donne gau^ka pour guipuzcoan & gauka^ pour
bifcaien; ce qui eft peut-etre corredl; mais la regie efl fpecialemem
bifca'ienne.
Dans les autres dialedles les flexions font obfcures. Si le figne de
pluralite eft it, comme dans ditut, alors le labourdin s'expiique :
g-it-u-k; ce dialede a hut pour aut; il n'y a done pas de doute que
u dans gituk ne foit auffile theme verbal. II refle le a du guipuzcoan
& aufli du bifcaien, qui efl obfcur.
L'intercalation de it efl une explication peu fatisfaifante, furtout
fi cette fyllabe it coupe la racine en deux 3 nous avions cru pouvoir
dire que gaituk etait forme de g-a-ir-u-k; mais aujourd'hui nous
preferons avouer notre ignorance & attendre une folution plus
rationnelle. Comp. ch. xi, 4.
Les 2 mes perf. du pluriel, etant en ufage pour le fingulier honori-
fique, ont ete remplacees par 0pq, b., gaituiute, g., gituiue, 1. &
ie, f.
IMPARFA1T.
bifc.
Gindua^an Indugun
Ginduian Ginduan
Gindu^u^an Gindu^un
n Ginduijen
bn. lab. foul.
Gumuyan
Giniuen Gumian
Gimu^un Gunm^un
Ginduten Guntien
Le bifcaien elide le k, fans le remplacer ; le fouletin Felide aufH,
mais previent Thiatus en intercalant y, & ainfi g-indu-k-^-an efl
devenu gindua-[an ; le ^ efl le figne de pluralite que n'a pas le fou-
letin, qui ecrit guntuyan, de g-indu-y-an. Le i bifcaien & guipuzcoan,
comme le u fouletin, devraient etre e, fi Ton prend euki pour theme,
& /, fi Ton prend iduki pour theme.
Le guipuzcoan, qui a conferve le k fous la forme g, a indugun
53 tu nous as' 3 ; mais cette flexion efl mal formee; il aurait fallu
gindugan; Tobjet doit etre prefixe (v. ch. xi, 7).
3 8 7
CONDITIONNEL.
PRESENT.
bifc.
Ginduke^ak
Ginduke^
lab.
foul.
Gintu-[kek Guntukek
Gintu-[ke Gumuhe
Guniuke~{u
Gumukeye
Gindukek
Gin Juke
Ginduke^u
Gindukee^ Gindukeie
Les dialedles bifcaien <3c labourdin ont introduit le figne de plu-
ralite ^, bien que g pour gu indiquat que le pronom-fujet efl pluriel.
Le bifcaien a fait fuivre ce i a he, le labourdin Fa fait preceder :
gindu-ke-i-k ; gimu-^-ke-k.
Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fing. honorifique, on
a forme pour le pluriel : ginduke^ue^ b., ginduyukert, g. } ginruktfute,
Ly gunmkeiie, f.
Le pafTe du conditionnel eft forme du prefent en y ajoutant la
caracteriftique du paffe an.
bifc.
Gagi^ak
IMPtRATIF.
guip. lab.
foul.
Gair^ak
Gait^a
Gir^a
Gahfak
Gait^a
Gait^ai^u
L'imperatif bifc. derive de egin; celui de tous les autres dialecles
de eian. Le prefent de Tindicatif fert comme imperatif, & explique
la forme ai.
bifc.
Gagia^an
Gagi^an
Gagl^u^an
Gagieian
SUBJONCTIF.
PRESENT.
guip. lab.
Gait^aan Gir^akan
Gait^an Git^an
foul.
Gaii\aien Giryaen
Gir^at^un
Oilmen
388
Le fubjondHf bifcaien derive de egin; le fubjonclif de tous les
autres dialecles derive de e^an.
Le bifc. gagia^an a perdu le k, qui a ete convert! en y en fouletin,
& dontla chute a laifTe en guipuzcoan Fhiatus aa (i). Le bifcaien a
intercale le figne de pluralite ^; gagia^an eft forme de g-agi (de egin)
k-^-n. Les 2 mes perf. plur. font devenues gagifuff[an 9 b._,
y f.
IMPARFA1T.
bifc.
Gengia^an
Gengi^an
Gengifu^an
Gengie^an
guip.
Gint^aan
Gint^an
Gintfaten
lab.
foul.
Ginr^akan
Gim\ayan
Gim\an
Gentian
Gim^ai^un
Ginr^at^urt
Gint^aien
Genr^en
POTENTIEL.
PRESENT.
Gaike^ak
Gaike^
Gaike^u^
Gaikeei
Gait^akek Gait^akek
Gaitfake Gairfake
Gaitfat^uke Gair^akerpi
Gaityrfate Gait^akete
Git^akek
Git^ake
Get^ake^u
Git^akeye
Geinke^ak
CON DITIONNEL (imparfait autrefois).
Gim^akek
Geinkeei
Geinkea^an
Gint^ake
Gim^at^uk
Gintfokete
Gent^akek
Genr^ake
IMPARFAIT.
Geinhe^u^an
Geinkee^an
Gintfakekan
G intake an
Gim^at^ukean
Gim^akeiean
Gemiakeyan
Gentfakean
Gent^akeyen
(i) Larramendi ne cite pas cette flexion; mais bien celle de 1'imparfait du fubjonftif
, II n'y a done aucun rifque a 1'ecrire comme nous le faifons.
Le bifcaien a pris le potentiel de edin, & les autrcs dialecles celui
de eian; c'eft a ces deux verbes que nous devons renvoyer le
ledleur.
N 3.
ACCUSATIF 53 te".
INDI CATIF.
PRESENT.
bifc. gulp. bn. lab. foul.
cAut cAut cAut Hut Hah
cAu cAu oAu Hu Hai
cAugu cAugu cAugu Hugu Haigu
cAue cAute cAute Hute Haye
Le h initial,, caracleriftique de la 2 me perf. du fingulier, s'eft
meme perdu en bn.; mais il reparait des que la flexion eft precedee
de la particule ba: bahau. Les variances guip. que cite Lardizabal :
aukat, auka, aukagu y aukate, ne peuvent etre correcftes. II n'eft guere
pofTible d'admettre qu'un peuple corrompe des mots de cette fa$on ;
ce n'eft pas le degre de corruption qui ferait inexplicable^ c'eft Tef-
pece de corruption qui eft oppofee a la nature de la langue; Tac-
cufatif doit preceder; le k qui fe trouve dans la flexion chez Lardi-
zabal n'y a rien a faire.
Les flexions font toutes regulieres. cdut pour haul eft compofe de
h-au-t 5 Je-ai-toi^ ou ,Je t'ai'% & ainfi de fuite. Larramendi cite
une variete fans u: at, ak, agu, ate. Le k final de ak \\ t'a" eft une
erreur.
Les flexions fouletines prefentent Fetrange mutation de au en ai;
comme c'eft aufli le cas pour naik = nauk. II eft pofTible que cet i
fe foit introduit naturellement dans ces flexions; mais il ne faut pas
oublier la theorie .des grammairiens bafques qui voudraient confi-
derer nai^ & dut comme etant le meme mot, modifie de differentes
manieres.
II eft parfaitement fuperflu de difcuter cette theorie qui a eii
fon temps.
IMPARF AIT.
bifc.
Indudan
Induan
Indugun
Induen
guip.
Indudan
Induan
Indugun
Induten
bn.
Indudan
lab.
foul.
Hintuan Hundudan
Hintuen Hundian
Hintugun Hundugun
Hintu^ten Hundien
Pour la formation de I'imparfait, voir ch. xi, 7 & ch. xin, 3.
Ces flexions font toutes regulieres. Indudan pour hindudan, eft forme
de h-indu-t-an. Le h eft pour hi ,,toi"; indu eft le theme verbal idu,
avec le n myfterieux intercale; t eft le pronom-fujet ,Je"; an eft la
caracleriftique de Timparfait. Le theme verbal idu eft fans ceJa ge-
neralement edu, quoique iduki exifte tout aufli bien que eduki.
II y a la meme obfervation a faire fur les flexions que Lardizabal
donne pour le guipuzcoan : indukadan, indukan, indukagun, indukaten,
que fur celles qu'il a donnees pour le prefent aukat, &c. (voir
ci-deflus).
Le labourdin hinman a perdu le d (pour /), caradleriftique de la
i re perfonne; par confequent cette flexion 6c la fuivante auraient
ete les memes; toutes les deux hinman; on y a remedie en changeant
la voyelle a en e. Pour diftinguer une flexion de I'autre, c'eft tout
ce qu'il fallaitj mais il fauc regretter qu'on en foit arrive a ces
moyens-la.
bifc.
Induket
Induke
InJukegu
Indukee
CONDITIONNEL.
bn.
guip.
Induket
Induke
Indukegu
Indukere
lab,
fouL
Hunduket
Hunduke
Hundukegu
Huntukie
Le conditionnel eft forme, comme toujours, du theme, precede de
Tobjet & fuivi de ke; apres quoi vient le fujet.
Induket pour hinduket eft forme de h-indu-ke-t.
Le pafle du conditionnel eft forme du prefent en y ajoutant la
cara<5leriftique du pafle an; p. ex. induket fait indukedan.
IMPfeRATIF.
bifc. u i- k 1 ^. foul.
He^agun
SU BJONCTIF.
P RfiSENT.
cAgidan cA^adaa He~(adan
cAgian cA^an He^an
cAgigun cd-{agun Heiagun
cdgien cA^aren He^en
IMPARFAIT.
Engidan In^aadan Hem^adan
Engian ln\aan Hent^an
Englgun Iniaagun Hemiagun
Engien In^aaien Hempen
L'imperatif <Sc le fubjonftif font formes en bifcaien de egin, &
dans tous les autres dialecles de e\an.
L'imperatif eft rendu par le prefent du fubjondlif (indicatif pri-
mitif fuivi de n) (i); p. ex. he^agun , 3 que nous te". II y a un peu
de defordre dans ce temps. Les autres perfonnes font rendues par :
heiala ,,qu'il te 33 ; de heian-\-la avec elifion reguliere de n devant
/; & au pluriel heiala 3 ,qu'ils te".
(i) Voir ch. xni, 2.
POTENTIEL.
PRESENT.
foul.
Hir^aket
bifc.
cAiker
cAike
cAikegu
cAikee cA^akete Hit^akete
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
Einket
Einke
Einkegu
Einkee
Hent^aket
Hem^ake
Hem^akegu
Hent^akeye
IMPARFAIT.
Einkedan Int^akedan Hem^akedan
Einkean Int^akean Zent^akian
Einkegun Int^akegun - Zeni\akegun
Einkeen Im^aketen Zem^akien
N 4.
ACCUSATIF de la 2 me perfonne du pluriel.
,,je vous", &c.
I N D I C AT I F.
PRESENT.
bn.
bifc.
Zaituda^
Zaituei Zaiiu^ie
gulp.
lab.
foul.
Zaitut
Zaiiut
Zutut
Zaitu
Zaim
Zulu
Zairugu
c>
Zaitugu
Zurug
Zaitute
Zaitmte
Zutie
Le theme verbal eft toujours au (comparez la conjugaifon avec
393
Face, de la i re perf. plur.),, & le pluriel du pronom eft indique une
feconde fois par la fyllabe it intercalee. Z-au-t aurait fuffi, dirait-on ;
exprimant ^Je-ai-vous"; mais la langue bafque ajoute un figne de
pluralite, -^-au-t eft devenu ^-a-it-u-t. Le biicaien n'a pas encore
ete fatisfait & a ajoute le figne de pluralite, effentiellement bif-
ca'ien, -[: ^-a-it-u-t-^ -{aitui^ 5c puifque r a la fin de la flexion
devient d, ^aitudai; a eft voyelle de liaifon (voir ch. xi, 4).
Ces flexions etant en ufage pour le fingulier honorifique., il a fallu
indiquer une fois de plus le pluriel^ & c'eft ainii que fe font formees
les flexions: i re perf. Zaituedai ou faituet (pour laitutedai), bifc.,,
^aituitei, lab., guip., bn. & -{utiet } foul. 5 5 me perf. -^aituei, ^aimite y
i re perf. plur. ^aituegui, faitupegu, futiegu; 3 me perf. plur.
IMPARFAIT.
bifc.
Zinduda^an
Zindu^an
Zindugufan
Zindue^an
guip.
Zindudan
Zinduan
Zindugun
Zinduien
bn.
Zindudan
lab. foul.
Zintudan Zuntudan
Zintuen Zuntian
Ziniugun Zuntugun
Zintu-[ten Zumien
Ce temps eft parfaitement regulier. Zindudan eft forme de
^-indu-t-n. Le t eft devenu d, & le lab. & foul, ont change le d
radical en t, ce qui eft, fous le point de vue de la phonetique bafque,
une erreur. Si le d eut ete un r, il aurait ete de regie de le changer
en d puifque n precede.
Le dialecte bifc. a intercale le figne de pluralite {. Comp. I'im-
parfait.
CON DITIONN EL.
PRESENT.
bifc.
Zindukeda^ Zinduket
Zinduke^ Zinduke
Zindukegu^ Zindukegu
Zindukeei Zindukete
lab. foul.
Zinduket Zuntuket
'Zinduke Zumuke
Zindukegu Zuntukegu
Zindukete Zuntukeye
394
PASSS.
Ce temps eft forme en ajoutant an au prefent: ilndukedaian, b.,
^indukedan, g., ilnitukedan, f., &c.
Le conditionnel eft forme comme I'imparfait, fauf la terminaifon
qui eft ke & que tous les dialedes ont intercale, de maniere que le
pronom-fujet Ibit a la fin. Zinduket eft forme de ^-indu-ke-t. Le bifc.
a ajoute le figne de pluralite -[: -[-indu-ke-i-^. Le ke fe trouvera inter-
cale afin de conferver t & ke qui ne pouvaient pas fe fuivre (i).
bifc.
gup.
IMPtRATIF.
bn.
SUBJONCTIF
PRtSENT.
Zagi^an
Zair^adan
Zaitan
Zagie^an
Zai^aren
I MPARFAIT.
Zengi^an
Zengigu^an
Zengie^an
Zint^adan
Zinr^an
Zint^agun
Zint^aten
lab.
Z ait^al a
Zer^adan
fou
Zet^an
Zu\ed.an
Zif[an
Zet^agun Zit^egun
Zei\a:en Zit^en
Zini\adan Z inroad an
Zint^an Zim^an
Zinr^agun
Zinr{aien
L'imperatif & le fubjondlif bifcaien derivent de egln; ces memes
modes, dans tous les autres dialecles^ font formes par e^an. L'impe-
ratif eft le prefent de Tindicatif primitif; dans quelques dialec^es on
le fait fuivre de la conjonftion la , 3 que". Comp. les auxiliaires -egin
& e\an. Le guip a change la voyelle initiale, felon la regie,, en a.
Le prefent de Tindicatif ^at etait done la^ar, & ^a[at + n donne
la-^adan; & ^a^adan avec le // caracleriftique fupplementaire du pluriel
fait lair^adan (2).
(1) Voir ch. in.
(2) Voirch. xi, 4.
39f
POTENTIEL.
PRESENT.
bifc.
guip.
lab.
foul.
Zaikedai
Zait^aket
Zait^aket
Zit^aket
Zaike-[
Zaif[ake
Zait^ake
Zitiake
Zaikegui
Zait^aguke
Zait^akegu
Zlr^akegu
Zaikee^
Zait^akeie
Zait^akete
Zit^akie
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
^ (i)
Zeinkegui
Zint^aket
Zim^ake
Ztm^aguke
Zint^akete
Zent^aket
Zem^ake
Zint^akegu
Zenr^akeye
IMPAR FAIT.
Zeinkedaian
Zeinke^an
Zeinkegu^an
Zeinkee\an
Zint^akedan
Zim^akean
Zimiakegun
Zint^aketen
Zint{akedan
Z intake an
Zint^akegun
Zint^aketen
Zent^akedan
Zent^akian
Zentiakegun
Zem^akien
Le potentiel eft celui du verbe edin en bifcaien; les autres
dialedles ont pris celui de e^an. Le bifcaien aimant a ajouter le figne
de pluralite fup piemen taire ^, ^alker, (de \-eli-ke-i) eft devenu
\aikei -\- ^ ou r [aihed.a\. Ces flexions n'oflfrent aucune difficulce; com-
parez les deux verbes edin & e^an.
Toute cette conjugaifon etant employee pour exprimer un fin-
gulier honorifique^ on en a forme une autre> pareille a celle-ci^ mais
avec e (pour le) en plus, fuivant le caradlere modal ke; ^aikeda^ efl
devenu ^aikeeda^. II ferait fuperflu,, croyons-nous, de repeter ces
trois temps qui font formes tres regulierement.
(i) II y a une faute d'impreffion chez Zavala; -^einkeeda^ eft le pluriel du pluriel. L'au-
teur ecrit cependant les deux e dans Tun & dans 1'autre temps; le future imperfedo, p. 126 ;
le preterite remote p. 130.
396
CHAPITRE XV.
LE VERBE AUXILIAIRE IZAN ,,ETRE 5 '.
La fignification de i^an correfpond generalement a , a etre"$ nous
difons generalement, puifque dans quelques dialedtes i^an prend le
fens de ,,,avoir". (Voir lafyntaxe.)
INDICATIF.
PRESENT.
bifc. g u ip- tab. bn. foul.
Va Va T)a Va T>a
Gara Gera Gire Gara Gira
Zara Zero. Zire Zare Zira
Vira Vira Vire Virade T>im
Ailleurs(i) nous avons deja reconnu la difficulte d'expliquer le
prefent de 1'indicatif, & n'ayant aucune hypothefe plaufible a offrir,
nous devons continuer a avouer notre ignorance^ quant a la forma-
tion de ce temps.
On a voulu envifager le prefent comme temps primitif, d'oii les
autres temps (I'imparfait furtout) feraient derives,, ce qui ferait pof-
fible (bien que nous ne voyions pas comment), mais ce qui n'eft pas
abfolument necefTaire. II paraitrait plutot que raorifte a exifle dans
beaucoup de langues avant le prefent (2). L'accumulation d'hypo-
(1) Etude fur I'Origine des Verbes auxiliaires.
(2) A. H. Sayce, Principles of comparative philology, p. 277.
397
thefes pour expliquer le prefent, eft telle, qu'il nous a paru inutile
de les mentionner ici.
Les trois perfonnes du pluriel fe terminaient autrefois, en foule-
tin, en de: girade, ilrade, dirade (i). La J" 16 perf. plur. dirade fe
trouve aufli en guipuzcoan : Eyen egu^kiaren jayet aldean diraden
hi-fierak dakitian batek (2). j,Car quelques-uns qui connailTent les
bavards qui font dans la patrie du foleil"...
Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fingulier
honorifique, on a forme le pluriel (du pluriel) ^are, b. (pour ^areie)'^
Derate, g., -[arete 1. & bn.; {iraye, f. y avecj', pour eviter Thiatus
caufe par la chute du r.
IMPARFA1T.
bifc.
gup.
lab.
bn
foul.
Inr^an
In^an
Zan
Zan
Gini^an
Ginan
Zint^an
Zinan
Zirean
Ziran
Hint^en
Zen
Ginen
Zinen
Ziren
^^ m Hint^an
Zen Zen
Ginen
Zinen
Ziraden Ziren
L'imparfait,, au contraire,, s'explique fans difficulte, ce temps fuit
la regie generate ; il eft forme du theme, precede de la caracte-
riflique du pronom-fujet, 5c fuivi de la terminaifon an; il a de plus
le n } que nous appelons myflerieux & qui fe trouve dans Timparfait
de prefque tous les verbes (3); ainfi n-in-[ (pour ify-an fait nin^an
jj'etais'^ ce qui eft la forme guipuzcoane, encore ufitee de nos
jours. La 2 me perfonne formee de h-in^-an fait hin^an ou in-{an, felon
les dialecles.
La 3 me perfonne offre une petite irregularite. Par analogic avec
les autres verbes, on aurait pu s'attendre a ^an ou a i-(an, puifque
le bifcaien n'a fouvent pas la caraderiftique de la 3 me perfonne,
(i) Voir Dechepare, Poefies, p. jo, 59.
(^) Larramendi, Dice., p. ccxiv.
()) Ch. xi, 7.
398
comme c'eft le cas pour les verbes eroan, egin, ent^im, &c. (i)
Dans ce cas-la le i aurait etc initial, ce qui eft rare ; & il nous femble
qu'il s'eft perdu ici, ainfi que dans les 3 mes perfonnes de Timparfait
des conjugaifons relatives. On retrouve le i dans Fimparfait du
potentiel, ou ileft precede de / / li^ate !! ferait", & dans ce que Ton
croit etre Timparfaic du fubjonctif, & ou les dialedles bafques
francais ecrivent un / initial; %en efl devenu li^en. Orduan hec
has cequiiquion orhoir^ eguiren parti licen hayen comarquetaric .
Marc v, 17. 3 ,Alors ils fe mirent a le prier de fe retirer de leurs
quartiers". Comparez encore le verfet 18 du meme chapitre <5c
ch. iv, 27.
Le i de i-^an efl fouvent devenu q, furtout quand il eft precede de
n; ceci eft un phenomene tres ordinaire en bafque; comparez
en\un = enrpin; berie = bert[e, <3cc. Un auteur bifcaien ecrit meme
i\an pour ^an : Semea bi^i iian i\an (2). ^Le fils vecut"...
Les 2 mes perfonnes plur. etant en ufage pour le fingulier honori-
fique, on a forme pour le pluriel : ^im^en ou ^ineen, b., ^ifiaten, g. }
lineren, lab. bn., ilnien, f.
PARFA1T DfeFJNI.
}Q fus" .
PARFAIT INDfeFINI.
l\an nail ou na-[ ou nil 5 J'ai ete".
PLUS-QUE-PARFAIT.
nin\an (guip.) ^j'avais ete'
l^an fe conjugue avec lui-meme, comme en italien; on dit : je fuis
ete,, & par confequent le parfait defini i^an ninian fignifie ^J'etais
ete'% c'eft a dire que c'eft le plus-que-parfait. Nous devons renvoyer
le lecleur au ch. xn, J <5c 10^ oil la formation de ces temps a ete
(1) V. p. 146.
(2) L'auteur eft indiqud chez Zavala (Verio vafc., p. 18, rt 19) par les initiates D. J. J.
399
difcutee. Li$arrague fe fert de la periphrafe du plus-que-parfait pour
exprimer le parfait defini; p. ex. Jarreiki i-^an ^ai^kan. Marc i, 20.
,,Ils le fuivirent".
OFTATIF OU POTENTIEL FRIM1TIF (FUTUR ET CONDITIONNEL).
PRESENT. IMPARFA1T.
e Him\ate
'Dale Liraie
Girate Ginaie
Ziraie Zinate
Virare Liraie
Ce mode eft forme regulierement, feulement la terminaifon ke nc
s'eft maintenue qu'en guipuzcoan, du moins dans 1'imparfait; le
prefent eft inconnu. Dans tous les autres dialedles elle eft le ou leke.
Nous avons difcute ailleurs (ch. xin, 10) la vaieur de ces va-
riances. Le prefent eft aujourd'hui en ufage comme futur, & 1'im-
parfait eft devenu conditionnel, ou eft refte optatif fous le nom de
conditionnel.
Les dialedles bafques fran^ais font les feuls qui aient conferve
Fufage du futur; ce temps eft rendu dans les autres dialecles par
periphrafe. Le fouletin a les deux formes ni^aie & ni^ateke^ futur; &
nint^ake & nintfaieke, conditionnel (i).
La feule irregularite qui fe trouve dans le potentiel eft le r de la
5 me perf. plur. de Timparfait : liraie pour li^ate. Le bifcaien a
conferve le ^ qui s'ecrit r^.
FUTUR.
l\ango nail) i^anen ni^ ,Je ferai^'.
FUTUR ANTfeRIEUR.
l\ango nin\an ou ifanen nin^an ^J'aurai ete".
Et auili en guipuzcoan^ felon Lardizabal^ i^an i^ango
(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 360 &. j86.
400
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Ce temps, auquel nous rendons ici fon nom inexacl:, eil ainfi qu'il
fuit dans les dialecles diflferents :
guip.
foul.
Intake
Li^ake
Ginake
Hint^a,
Li~(aie
Ginate
Zifiake
Zinate
Lirake
Lirate
bifc.
Im^akete
Lit^aieke.
Gim^ateke^
lab.
bn.
Lirake
Ginaieke
Lirmeke
PASSfe.
Int^akean
Li^akean
Ginakean
Zinakean
Lif[atekean
Hint^atekian
Zatekian
Ginr^atekian
Zinatekian
Ziratekian
Im^atekean
Lit^atekean
Gim^atekean
Zint^atekean
Lit[aieke^an
LiratekeenQ)
Les dialecles guip. <3c foul, out conferve au prefent la forme la
plus fimple <5c la plus pure; teke nous parait etre une tautologie. Le
labourdin a perdu, a ce qu'il parait, routes les flexions,, a Fexception
de celle de la i re perfonne. Les autres sont remplacees par celle du
potentiel de edin : neinteke, heimeke, laiteke, ginie-^ke, -finu-fie, liie^he;
on trouve ces flexions ecrites : ninteke, &c. (i),, fans le e, diftindlion
conventionnelle (fi elie eft obfervee) 6c fans aucune valeur. Le pafle
efl alors nintekean, ou comme Tecrit M. Inchaufpe nimeken.
(i) Voir Inchaufpe, Vtrbe bafque, p. 468, & le Guide ou Manuel de hi Converfatwn,
Bayonne, 1863.
IMPfeRATIF.
Si? ,,qu'il foit"
Zaren J5 foyez"
u'ils foient"
cAi^en, b. } hi-^an, f. ,,fois", eftau fond la 2 me perfonne du fingulicr
du prefent de 1'indicatif flz<r ou Az'f ,,tu es^% fuivie de la conjondion
72 ,,que". II en eft de meme de far en pour fare-n. TSii eft forme
de b-ii, comme begi ,,fais" de i-^z.
Le pluriel eft forme par re, & bi-(te eft devenu i//^, apparemment
par raifon d'euphonie.
La 2 me perfonne du pluriel etant devenue un fingulier honorifique,
on a forme ^areten, bn. (i), & firayen, foul.
D'habitude 1'imperatif eft conjugue par periphrafe^ & dans ce
cas-la c'eft edin qui eft Fauxiliaire. Comparez ce verbe.
adi
pour ^rfz'w (^ahe^ie plur. du plur.).
Le labourdin a les variantes foe & fiteite; le a radical s'eft perdu.
SUBJONCTIF.
Nous ignorons fi autrefois on rendait ce mode par 1'indicatif,
fuivi de la conjonclion n ,^que' 3 ^ comme c'etait le cas avec le verbe
eduki. C'eft afTez probable, mais nous n'en avons pas trouve
d'exemple jufqu'a prefent.
Le fubjondlif, le potentiel &, comme nous venons de le voir,
rimperatif, font formes a Taide de edin dans tous les dialecles.
(i) (jareten bada q uec perfed. Matth. v, 48.
26
402
Le prefent <3c Fimparfait de Findicatif de edin, fuivis de la con-
jondlion n 3J que'% ferment, avec Fad jeclif verbal ifan, le prefent <5c
rimparfait du foi-difant fubjonctif : i^an nadin ,,que je fois";
nendin ,,que je fufle".
SUBJONCTI F.
PRESENT.
bifc. g u ip- tab- foul. bn
tt^adin S^jidin ^cidin t^adin
IMPARFAIT.
ZN^endin t^endln IT^endin Zt^endin
Comme ces flexions ont etc difcutees au paragraphe fur le verbe
iriy il efl fuperflu de citer routes les perfonnes. Nous citerons
plutot les variantes bifcaiennes du prefent & de 1'imparfait, ainfi
que les deux futurs que Zavala donne encore a ce mode. Les va-
riantes font :
PRESENT. IMPARFAIT.
c/Liten I me an
T) ait en Zitean
Gaite^an Gintean
Zaite^an Zlnre^an
Tiaite^en Zite^an
Eft-ce que Tufage aurait admis ces flexions comme variantes de
nadin & de nendin? Nous en doutons; elles paraifTent appartenir a
Foptatif, & par confequent elles ne peuvent avoir la meme fignifi-
cation que celles du fubjonclif. Enfuite fi elles appartiennent a Fop-
tatif, elles font mal formees. Uoptatif efl naite, 6c naite ~\- n donne
nairen & non naitean.
403
Mais citons d'abord tout le fubjonclif (les premieres perfonnes
feulement), comme Zavala le donne, & nous verrons alors la caufe
de la confufion.
s u B j o N CT i F.
PRESENT.
Sanu nadin ou naitean ,,que j'entre".
FUTUR DU PRESENT.
Sanu nadikean ou naitekean >,que j'entre".
PRETERIT IMPARFA1T.
Sanu nendin ou nintean ^que j'entrafle".
FUTUR DU PRETERIT IMPARFAIT.
Sanu nendikean ou nintekean ,,que j'entraflTe".
A 1'exception de nadin, &C., & de nendin, &c., tous ces temps
font embrouilles ou imaginaires; & les exemples que Zavala cite
lui-meme nous le prouveront; ils ne correfpondent nullement avec
les flexions comme il nous les donne.
Zavala embrouille d'abord les temps du fubjonclif & ceux de
Toptatif. L'optatif^ comme auxiliaire^ correfpond au futur & au
conditionnel; hfanu nadikean ou naitekean exifte, c'efl le prefent de
Toptatif; naiteke ou nadike fuivi de la conjonclion n ,^que'\ Mais
ceci aurait donne naiteken & non naitekean ou nadikean, comme Tecrit
Zavala. D'ou vient le a? Ou plutot d'ou vient toute la flexion? ou
tout le temps? Zavala, plus que tout autre, aurait du donner des
exemples a i'appui de fa conjugaifon; or, il cite pour le futur du
prefent Texemple fuivant : yauji e\ \aiiekf^ala (i). ? jAfin que vous ne
(i) Verio vafc.y p. 28, n 18.
404
tombiez pas". Zaiteke^ala eft forme de ^aiteke^ -\- la ; c'eft la 2 me
perf. plur. du prefent du potentiel; mais pour Zavala, qui ne s'eft
pas rendu compte de la formation des flexions,, la remplace n ou an,
& lairekeiala eft pour laiteke^an + la; & fi ^airekeian eft la 2 me perf.
plur., ii s'en fuit que naiiekean (voir le tableau) eft la i re perfonne.
Ce raifonnement nous donne le ,, futur du prefenr".
Pour le futur de 1'imparfait Tauteur cite 1'exemple fuivant : eguin
ceitekeala (i) ,,qu'on "compofat". Nous avons ici exaclement la
meme erreur que dans Tautre futur. Zeitekeala eft la ^ me perf. de
rimparfait(aujourd'hui conditionnel) du potentiel fuivi de/a ,,que 3;) :
leiteke + la. Pour Zavala cette flexion eft leitekean + la, & par
confequentla i re perfonne., fans la, eft nintekean. II a obtenu comme
Ton voit, les flexions qu'il donne, par deduction ; mais les auteurs
bifcaiens qu'il cite ne s'en fervent pas.
II en eft de meme de fa variante du prefent du fubjondlif naitean,
qui n'exifte pas non plus. Les auteurs bifcaiens font ufage denaiteala,
c'eft-a-dire du prefent de Foptatif naite (pour nadite) -(- la, & Zavala
en conclut qu'il y a un temps naitean, qu'il place encore par erreur
au nombre de ceux du fubjonclif.
La variante de 1'imparfait du fubjoncTif nimean provient done
d'une flexion ninteala, dont il ne donne pas d'exemple,, & nous
pouvons nous en patter, car ninteala fera pour neime + la, c'eft-a-dire
la i re perf. du conditionnel (autrefois imparfait) de 1'optatif.
Les flexions que Zavala donne pour le futur du preterit nendikean
ou nintekean exiftent, mais elles appartiennent a 1'imparfait du po-
tentiel, forme du conditionnel en y ajoutant la caracteriftique du
paflTe an. Comparez 1'optatif ou potentiel qui fuit.
POTENT IEL.
Le potentiel de i^an etant en ufage pour le futur & pour le con-
ditionnel, tous les dialecles ont forme un optatif periphraftique a
Faide de edin ,,pouvoir".
(i) Verbo vafc., p. a8 3 n ao.
Le prefent eft nadike, mais la terminaifon he efl de nos jours te
ou reke dans tous les dialedles. Comme d'habitude le d s'efl perdu.
Comparez, pour les details,, la conjugaifon intranfitive de edin.
PRESENT.
bifc.
foul. lab. g ul P-
ZKjiite, naireke C^aireke ZKjiiteke
IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel).
L'imparfait de 1'optatif de edin efl nendike, &c. } qui fe retrouve
comme neimeke, b., 1. & f., & nindeke, g.
Nous favons que Timparfait de 1'optatif ou potentiel des verbes
primitifs efl en ufage comme conditionnel; i^an neimeke fignifie done
,,je pourrais etre"; & puifqu'il a fallu pouvoir exprimer Timparfait,
on a fuffixe la caracfleriflique du pafle an, a ce conditionnel (impar-
fait primitif); ainfi i^an nendikean fignifie ^je pouvais etre".
Nous citerons feulement les i res perfonnes; on peut trouver les
details dans le paragraphe fur edin.
bifc. g u ip- tab- foul. bn.
S^einteke ZNjndeke D^eimeke C^eimeke C^jndaiteke
IMPARFAIT.
Pfyndikean S^indekean &Qnteken ZKjntekian
LE POTENTIEL BISCAIEN.
Le potentiel & Je fubjondlif bifcai'en_, felon Zavala, ont le double
des temps de ce qu'ont ces memes modes dans les autres dialecles,
differencies de la meme maniere par te & par ieke y tant dans la
conjugaifon tranfitive qu'intranfitive (comparez le tableau de ces
modes,, p. 188)., & dans le but de diflinguer, ce que Zavala nomme,,
o6
le prefent & le futur. A cote de naite, prefent,, fe trouve naiteke,
futur, quoique ces deux temps ne foient que des variantes; a cote
de neinte il y a neinteke, & a cote de neimean il y a neimekean. Ce
dernier temps, appele par Zavala ,,preterito remote", efl rendu
par: pudo, habria podido & podria; c'eft-a-dire par: ,,je pus, j'au-
rais pu ou je pourrais". Comme nous Favons deja dit, la fignifica-
tion des temps bafques n'efl pas vague a ce point la 5 elie ne Tefl
meme pas du tout.
LE POTENTIEL LABOURDIN.
Le prefent & le paffe du conditionnel (forme de iiari) ne paraif-
fent pas etre en ufage en labourdin, & ont ete remplaces par le
conditionnel & Timparfait du potentiel de edin. On exprime le
prefent ,,je ferais'^ par nimeke, & le pafTe ,,faurais ete" par
nimekeien (mieux nimekeiari), Manuel, & nimeken, Inchaufpe.
2-
Les fix conjugaifons relatives de lauxiliaire izan.
N I.
Datif de la i re perfonne 3) a moi".
I N D I C AT I F.
PRfiSENT.
bifc. g u ip' tab- foul. bn.
cAf{ait Hawaii . Hii^ah cAt^ai
Tat Zait Zait Zait Zait
Zai^kit Zai-fiit Zai^t
47
1MPA R FAIT.
bifc. g u ip- lab- foul. bn.
Im^atan Im^aidan Him^autan Hinrteit&n
Tatan Zitiadan Zit^autan Zeitan
Zint^ata^an Zint^ai^tan Zini^autan Zintieiran
Tata^an Zirqsrfiidan Zit^aitan Zeitan
L'ordre dans lequel les parties conftituantes de la flexion du verbe
intranfuif fe fuivent eft celui-ci : nominatif, theme verbal, datif.
Ainfi hitman ,,tu es a moi" eft compofe de hi-i^a-t.
Toutes ces flexions ont aflez fouffert, & ce n'eft que par 1'appui
reciproque qu'elles fe donnent qu'on arrive a les analyfer. L'origine
de 1'i introduit par tous les dialecles, excepte par le bifcaien, eft
obfcure ; cet i devient u dans quelques varietes labourdines; & difpa-
rait dans le conditionnel guipuzcoan. Nous avons deja fait remarquer
que la variante q pour ^ fe rencontre tres fouvent en bafque. Le
bifcaien af^at, en reftituant le h initial, hat^at eft done une forme
reguliere : A-z'^z-r(i). La voyelle initiale du theme eft devenue a
dans quatre dialecles & s'eft maintenue en fouletin. c^r^r, fous fes
cinq formes differentes, s'explique parfaitement bien. Ajoutons que
Dechepare n'ecrit pas le t; on trouve, page 34 : helgaquigat, aujour-
d'hui hel ^akitiat.
La 3 me perfonne a un y initial, qu'il ne faut pas confondre avec
cette meme initiale dans la conjugaifon familiere, oil elle correfpond
au d mouille & aufli au ^ des autres dialedles , le mouillement
de Tinitiale, quelle qu'elle foit (2), etant une des caradleriftiques de
cette conjugaifon. Le meme fait phonetique s'eft produit ici comme
dans les conjugaifons familieres, y correfpond a -{. Tituat, bifc.
= ditiat foul. = ^itiaty bn. *Berce bor^ talent irabaci citiat
(1) Larramendi cite achat bifc. = at^at.
(2) Zavala dit lui-meme, Verio vafc., p. 55, 56, n 146, que ce qu'il ecrit nayeunkec
fe prononce neunkec; c'eft-a-dire que le n eft mouille.
408
Match, xxv,, 20. ,,Cinq autres talents, je les ai achetes avec ceux-ci".
La flexion aurait du avoir le i initial z'{azV, z'^a + i; puifque le pronom
fujet efl abfent; mais comme dans Timparfait -[a/z, ien, ii s'efl perdu,,
& le ^ eft devenu y en bifcaien .
Les perfonnes du pluriel ont le figne de pluralite propre a chaque
dialedle; en bifcai'en ^/ ^at^at-^ = ^ar^ada^; en gulp & lab. ^k:
aiikir. Le fouletin n'ecrit pas le figne de pluralite fupplementaire.
ure jaun cflfaitea y jo an ^at-[ai^kit lurreiik (2). ,,Mon cher Maitre
vous vous etes (vous m'etes) en alie de la terre". Nous n'avons
trouve malheureufement que bien peu de flexions chez Li9arrague.
L'imparfait efl forme du theme, precede du fujet & fuivi du datif,
& puis dela terminaifon. Nous y trouvons encore ce que nous nom-
mons le n myfterieux. Hin\a-i-an donne hintiadan, avec les va-
riantes propres a chaque dialedle. La 3 me perfonne a dans tous les
dialedles,, excepte en bifcai'en,, le ^ initial, caracleriftique de la per-
fonne. Z-i\a-t-an a donne ^iiiadan. Le bifcai'en a conferve le t, & a
perdu le i initial (qui reparait au conditionnel), par fuite de quoi le
I devient initial & s'ecrit y comme au prefent. Cette forme corref-
pond afTez bien au fouletin ^eitan; mais la le a thematique efl devenu
e. Cette 3 me perfonne de Fimparfait s'efl petit a petit corrompue en
fouletin d'une fa$on etonnante dans toutes ces conjugaifons^ elle
efl arrivee a avoir la meme forme que les J mes perfonnes du verbe
eroan employe pour ,, avoir"! Ainfi Ton trouve chez M. Inchaufpe
les flexions fuivantes :
AVOIR. ETRE.
, 3 a moi" Zeitan Zeitan
,,a toi" Zeyen Zeyen
, ,a lui'^ Zeyon Zeyon
,,a nous" Zeikun Zeikun
,,a vous" Zei-pin Zeikun
,,a eux" Zeyen Zeyen
(i) Axular, p. 3, ancr ed.; xm, nouv. ed.
409
Que croire de pareilles formes? La belle theorie que les verbes
,,etre" & ,, avoir" ne font qu'un, n'aurait-elle pas aide a modifier
ces flexions. Nous lecraignons beaucoup, & perfonne ne fera furpris
que nous confiderions ces 3 mes perfonnes, jufqu'a preuve du con-
traire, comme corrigees, peu importe dans quel fiecle & par quel
auteur. On aura deja fait une conceflion bien large en admettant
que dans la bouche du peuple -\erauian & -{it^adan en foient arrives,
tous les deux, a aboutir a \eiian. Mais admettre que les fix flexions
indiquees arrivent toutes a un meme refultat, comme coulees dans
un moule, cela n'eft guere poffible. Mais ce qui prouve fans contefte
Ferreur de ces formes, c'efl qu'il y a deux fiecles ces flexions n'etaient
pas pareilles. Larramendi ecrit la 2 me perfonne du pluriel : -{inr{aiftan,
ce qui fera une faute typographique.
Nous citerons ici ces flexions fous une forme mieux confervee.
Zeiran fert pour yerautan (avoir) & pour lit^adan (etre). Zeyan pour
leraukan (avoir) & pour ^iriayan (etre). Zeyon pour -[erokan (avoir) &
pour liqakon (etre).
CONDITiONNEL.
PRESENT.
bifc. g u ip- lab. foul. bn.
Int^aket Imiaket Hinr{eiket
Litfaket Lit^aket Lit^aiket Lit^eiket
Zin^ai^kiket Zintiai^kiket Zint^eiket
Lit^ai\kiket
Ce temps, qui eil 1'imparfait du potentiel propre de iian, efl
forme regulierement. Imiaket, b., pour hinr[aket, efl compofe de
h-i^an, & avec le n myflerieux in^an-he-i 5 Je-puis-etre-a-toi =: je te
ferais".
Puifque la 3 me perfonne a le / initial, le i initial de i-^an (qui s'efl
perdu dans la 3 me perf. de 1'imparfait, & avait laiflfe le i de ^n,
comme initiale, lequel i s'efl corrompu en f) } a reparu, & le bif-
caien correfpond de nouveau avec tous les autres dialecles. La
410
2 me p er f; p[ ur< a } a caracleriftique fupplementaire du plurielj 7 en
bifcaien & ^' en gulp. & lab. Zint-^akeda^ eft pour ^nt^aket -f- ^.
Le fouletin s'eft fortement corrompu 5 d'abord /{ pour ^, comme
ont les autres dialecles 5 enfuite le a thematique eft devenu e, <3c
un i a etc intercale dont Torigine eft obfcure. Pourrait-on admettre
une variante hintieyer, avec y pour le k elide par les uns & conferve
par les autres_, ce qui aurait fini par produire une forme oil fe trouve
& iy & le k? Nous Tignorons.
Le guipuzcoan & le labourdin ont intercale dans les perfonnes
plurielles le figne de pluralite fupplementaire fki. Zintiaifkiket eft
forme de f-inzia-iki-ke-t. Le i qui fuit a n'importe pas ici; il fe
trouve fouvent en labourdin dans le fubftantif verbal en ten ; i\aiien^
il ne change rien a la flexion. La 3 me perf. plurielle 3} lh me fe-
raient'"' eft lit^iti^kikei de l-iiia--(ki-ke-t .
Ce conditionnel dont Forigine, tant comme forme que comme
fignification^ s'eft perdue,, reparait fous une forme corrompue en
guipuzcoan^ & fous la meme forme en labourdin,, comme condi-
tionnel du potentiel. Lit^aiket) lab., eft en ufage pour , 3 il meferait"
& ,,,il pourrait m'etre". Ce n'eft pas ici la premiere fois que nous
voyons le conditionnel reprendre par moment fa fignification primitive
de potentiel.
bifc.
cAkit
*Bekit
IMPERATIF.
,
gulp.
lab.
foul.
bn.
cAkit
Hakit
Hakit
Hakit
<Bekit
'Bekit
'Bekii
'Bekidai
cAkidan
Vakidan
Zakida^an
Vakida^an
SUBJONCTIF.
PRESENT.
oAkidan cAkidan
Vakidan Vakidan
Zar^ai^kidan Zaki^kidan
Vaki^kidan
Hakidan
Vakidan
Zaki^radan
Vaki^tadan
4"
IMPARFA1T.
bifc. g u ip- k 1 ^- foul. bn.
Enkidan Henkidan
Ekidan Zekidan Zakidan Lekidan
Zenkidaian Zint^aiikidan Zima"{kidan Zinr^akiJan
Ekida^an Zeki-[kidaten Zitofkidan Lekidan
II eft clair que Timperatif & le fubjonclif ne font pas formes de
i^an, ni de edin. Le theme de toutes ces flexions eft ekin. Zavala
admec ekin (i), en meme temps que egin, fans dire s'il confidere ces
deux mots comme des variances, ce qui nous parait etre probable.
Egin eft ,/aire" & ekin eft ,/aire avec ardeur" (2). Larramendi
n'en cite que deux flexions : akio & ^akiria, -{okii-^aie , qu'il traduit
par: profigue,, profeguid 55 pourfuis^ pourfuivez". Ce font les 2 mes
perfonnes de Timperatif, & ce font les memes qui fervent comme
telles pour 1'auxiliaire avec le datif 53 a lui" inherent (3).
II y a, il eft vrai, ekin qui fignifie entreprendre^ attaquer, com-
mencer (4),, & il ne ferait pas impofTible que deux noms verbaux,,
diflferents a Torigine^ fuflent venus aboutir a une meme forme 5 mais
il nous femble que ekin >,faire avec ardeur'% employe par Larra-
mendi dans le fens de pourfuivre pour ,>continuer'% a pu prendre le
fens de pourfuivre pour ^attaquer". Ceft done toujours le meme
ekin 9 du moins felon toute probabilite.
Pour la mutation du g en k (ekin pour egiri), il y a plufieurs exem-
ples a citer; mais les meilleurs exemples font ceux oil egin meme
a k pour g, comme dans les mots compofes ogiklna & okhinia.
L'auxiliaire du fubjondlif, de Timperatif & du potentiel de i^/i,
(1) Verio vafc., p. 5, n 71.
(2) Hacer con ahinco, v. Larramendi, Di6l., p. 417.
(3) Jauna, hel aquio ene incredulirateari. Marc ix, 24. ,, Seigneur viens (en aide) a mon
incredulite".
(4) Comp. notre Di6t.
412
quand il n'y a pas de regime indirect a exprimer, eft edin, comme
nous Taverns dit; mais il n'y a aucun doute ici que nous n'avons pas
a faire a edin; la mutation de d en k n'exifte pas ; ekin eft bien le
theme.
L'imperatif eft forme regulierement. La voyelle initiale e devenue
a, felon la regie, dans la 2 me perfonne hakit, reparait dans la 3 me
perfonne bekit. Les perfonnes du pluriel ont toutes le figne de plu-
ralite fupplementaire adopte par chaque dialecle; ^, bifc.; fki, guip.;
r^, foul.;. Zakidai eft forme de ^-eki-i-i, bifc.; i-eki-^ki-r , guip.
& lab.; ^-eki-t^-i , foul. Cette perfonne etant en ufage pour le fing.
honorifique, on a forme lapidate, g., 1. & latitude, foul.
La 3 me perf. du plur. en guipuzcoan a r{, comme le fouletin,, au
lieu de -[ki; il y a done ici un melange de varietes.
Le fubjonclif eft generalement regulier; mais en guip. & en lab.
on trouve la fyllabe i\a intercalee dans quelques perfonnes du plu-
riel. Zatiaiikidanjg.ydevrB.it etre, comme en labourdin, iakiikidan.
Nous devons renvoyer le lecleur., afin de ne pas trop nous repeter^
au paragraphe fuivant (le potentiel) ou ce r^a, qu'il ne faut pas
confondre avec r^ figne de pluralite., a ete difcute en detail.
Le figne de pluralite q eft devenu ^r en fouletin. L'imperatif
, qui eft au fond Tindicatif, fuivi de n ^que'% aurait donne
an, mais on trouve laki^radan.
Le labourdin a une autre irregularite dans les perfonnes du plu-
riel; on y trouve ta[ pour tfafa fouletin. On fe rendra mieux compte
de la confufion dans ces flexions en les comparant aux flexions
bifcaiennes, qui font correcles. Zenkidaian eft forme de ^-enki-i-\-n.
En prenant pour figne de pluralite iki, au lieu de ^, on aura i~enki-
-[ki-t-n = fenkirfadan; & en prenant q/ f-enki-if-i-n = fenkirfadan*
La flexion acluelle, tant en labourdin qu'en fouletin, parait s'etre
formee par hyperthefe de t^a. L'emploi de iki, pour figne de plura-
lite, aura aufll contribue pour fa part a produire de la confufion
dans ces flexions dont le theme eft eki.
POTENTIEL.
PRESENT.
bifc. guip. lab. foul. bn,
cAkiket cAkiket Hltakit
Vakiket Vakiket Vakiket Vltakidat
Zakikedai Zat^aiikiket Zita^kiket Zitakit
Vakikedai Vakiket Vakiket Vitakiitat
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
Einkiket Int^aikiket Hintakit
Leikiket Lit^aikiket Lit^aiket Leikit
Zeinkikedai Zintiaiikiket Zint^ai^kiket Zimakit
Leikikedai Lit^ai^kiket Lit^ai^kihet Leikit
Ce font fans doute les flexions les plus embrouillees de routes
ies conjugaifons bafques. II y a d'abord un auxiliaire peu connu,
ekin, qui forme le plus grand nombre de flexions 5 & enfuite il y a
une grande coufufion, produite par Fern ploi fimultane du condition-
nel, c'efl-a-dire de 1'imparfait du potentiel proprement dit de i^an &
de 1'imparfait du potentiel de ekin, ce qui a fini par donner des
flexions tres corrompues.
Le theme du prefent efl ekin dans tous les dialecles, excepte en
fouletin; ce dialedle a ita, theme inconnu fous fa forme adluelle.
Le prefent efl done forme regulierement en bifc., lab. & guip.;
akikety pour hakiket y eft forme de h-eki-ke-t. La 2 me perf. plur. en
bifc. aurait pu etre ^aki^ket^ mais le figne de pluralite fupplementaire
a ete place a la fin de la flexion : i-eki-ke-t-^, & Je t s'efl converti,
felon la regie, en d: lakikeda^.
Pour le fouletin, nous n'avons qu'une hypothefe a offrir. Le theme
ita pour aki efl inexplicable 5 mais on trouve une variante de ita. Le
prefent avec le datif , 5 a lui" efl nitakio, hitakio, daitekio (& non
ditakio'), <Scc.; or, daitekio peut s'analyfer; cette flexion viendra de edin,
414
dont la conjugaifon relative, intranfitive, nous eft (ou nous etait,
v. p. 233) inconnue. Le prefent du potentiel de cette conjugaifon
a du etre primitivemem (fi elle a jamais ete en ufage) nadikeyo,
hadikeyo , dadikeyo, &c., de n-adi-ke-ho , &c. Puifque le d s'eft
perdu dans prefque routes les conjugaifons de cet auxiliaire (v. ediri),
<3c que teke y remplace fouvent he, dadikeyo eft devenu daitekio.
Nous obtenons cette flexion de la 3 me perfonne fans faire la
moindre violence a aucune regie; nous croyons done pouvoir 1'ad-
mettre comme la forme reguliere, & nous confiderons les autres
flexions, avec iza, comme des formes corrompues, peut-etre par
hyperthefe de a & z, ou par tout autre precede. Le prefent hiiakir
aurait done ete primitivement hadiket ou haiket, daiket, laikei.
II eft certain qu'en dehors de ce qui parait etre une forme irre-
guliere, il y a des erreurs evidentes dans ces flexions. 'Diiakidat eft
mal forme 3 d-im-ke-t aurait du donner diiakit (en ne faifant pas
attention que ki eft pour he); il n'y a pas de place pour da; da ne
fignifie rien; d initial eft pour ,,il"; it a eft le theme; ke, le carac-
tere modal; i eft ,,me". Comme le potentiel n'eft potentiel que par
le caractere modal, qui eft ke, il va fans dire que ki eft une erreur.
Examinons maintenant la confufion que quelques dialedes ont
faite en melant les deux potentiels. Nous favons que 1'imparfait du
potentiel fert comme prefent du conditionnel,, & que Ton a pris un
auxiliaire pour remplacer le potential. Cet auxiliaire eft edin, quand
il n'y a pas de regime indirect a exprimer : eferi naiteke ,,,je puis
m'afleoir"; & ekin quand il y a un regime indirecT: exprime. Le
prefent, akiket vient de ekin, comme nous venons de le dire. De
meme Timparfait bifcaien einkiket; mais Timparfait en guipuzcoan
& en labourdin ne peut s'analyfer fi Ton prend ekin pour theme. Le
theme,, croyons-nous, eft i^an. Cette confufion parait provenir de
ce que Ton a oublie que 1'imparfait du potentiel fervait (dans les
auxiliaires) comme prefent du conditionnel (comp. p. 237)^ & 1'on
s'eft figure, du moins en guipuzcoan, qu'il y avait deux temps &
deux modes diftindts, ce qui etait probablement le cas autrefois,
comme en bifcaien <3c en fouletin.
En bifcaien ekin forme le potentiel, & les flexions en font connues
4'f
aufli en guipuzcoan; mais il paraic qu'elles ont etc fupplantees par
celles de i^an, qui font double ufage, fervant comme prefent du
conditionnel, tout en confervant leur fignification primitive d'impar-
fait du potentiel, fous une forme corrompue, il eft vrai, comme nous
le dirons a Finftant.
Le dialecle labourdin n'a pas juge neceflfaire de diftinguer les
deux modes,, & on exprime le prefent du conditionnel & le condi-
tionnel du potentiel par les memes flexions; ibil laiteke fe traduit par
,,je marcherais" & ,,je pourrais marcher".
La confufion s'eft produite en partie, comme Ton voit, par le
double emploi du potentiel; mais les divers elements conftituants
de la flexion y auront aufll leur part. La fyllabe ki de ekin, & la
fyllabe iki, figne de pluralite,, auront fans doute facilite la meprife.
L'examen des deux temps de cette cojugaifon fuffira a expliquer
tous les autres.
GUIPUZCOAN.
CONDITIONNEL. POTENTIEL.
PRESENT. CONDITIONNEL.
Intiaket
Lit^aker
lm\aikiket
Lit-[aikiket
Zim^ai^kiket
LABOURDIN.
CONDITIONNEL. FOTENTIEL.
PRESENT. CONDITIONNEL.
(?) Himiaiket (?)
Lit^aiket
Lii-^aiket
Les deux perfonnes du pluriel font pareilles dans les deux temps
& dans les deux dialedles 5 elles ont done le meme theme, & ce
theme eft i-^an. Zimiaiikiket eft forme de i-inia (pour i^a avec le ;/
myfterieux)-^/-^-r. Z eft" le fujet ^vous'^; irr{a, le theme; ^ki } le
figne de pluralite fupplementaire ; ke, le caraclere modal; t ^me".
De meme lir^ai-fiikei eft forme de l-i^a-i^ki-ke-t .
Le labourdin,, comme Ton voit, fe contente d'une forme, dont le
theme eft i^an.
A propos de ces temps, M. Inchaufpe dit dans fon ,,Verbe
bafque" (en tete des tableaux, p. 469) : ,,Les Labourdins confon-
416
dent cette forme (conditionnel paife) avec le potentiel paffe".
Ceci eft vrai du prefent auffi, comme on vient de le voir. Mais nous
ne dirons pas que les Laboimiins confondent les formes; ii n'y a,
en realite, qu'une feule forme., qui fait double emploi,, & cette forme
eft correcle. Ce font les grammairiens qui confondent les formes,
du moins dans le dialedle guipuzcoan.
En parlant du conditionnel guipuzcoan, nous avons vu que fa
forme eft correcte; mais celle du potentiel ne Teft pas. La 2 me perf.
du fing. int-faikiket eftmal formee; la fyllabe ki eft de trop; elle eft a
fa place dans einkiket, bifc., de ekin; mais im^aikiket eft evidemment
une forme corrompue pour int^akei, de i^an. Meme obfervation pour
lit[okikeii il faudrait In^akei comme en labourdin.
La confufion exifte en guipuzcoan feulement, & elle exifte dans
la forme des flexions. Dans le ,,Verbe bafque" de M. Inchaufpe, la
confufion fe trouve encore dans les temps. Pour plus de clarte, nous
citerons une partie d'un tableau ou nous prendrons les dialecftes
labourdin & guipuzcoan (i).
CONDITIONNEL FUTUR ET POTENTIEL CONDITIONNEL.
LABOURDIN. ,,a vous" GUIPUZCOAN.
CONDITIONNEL PASSfe.
POTENTIEL.
PRESENT ET FUTUR.
POTENTIEL PASSE.
(i) Inchaufpe, Verbe bjfque, p 468, 469, 471, 472.
417
Le conditionnel futur nim^aii^uke (que Larramendi ecrit nim^
avec IH a la fin) eft le prefent du conditionnel, primitivement rim-
parfait du potentiel. Nous ignorons pourquoi M. Inchaufpe nomme
ce temps le ,, futur"; il traduit lui-meme ibil laiteke par ,,il marche-
rait". Or, ce temps eft tou jours nomme prefent du conditionnel.
Mais, en dehors de ceci, nous avons vu que Fimparfait du potentiel,
employe comme auxiliaire, fert comme prefent du conditionnel, &
le prefent du potentiel, comme futur. En ajoutant a ce temps la
caradleriftique du pafle an, on forme le pafle du conditionnel
nintfaitfukean, ou, comme Ton trouve chez M. Inchaufpe, nint^at-
-jukean.
Le potentiel labourdin eft forme, au prefent, de ekin, & au pafle
de v{an. ^akike^u eft forme de n-eki-ke-^u; Timparfait, aujourd'hui
conditionnel du potentiel, eft deja cite plus haut, il eft nint^ait^uke
& aurait du donner un pafle nint^airfukean (comme le guipuzcoan),
ou, en ajoutant fimplement n, ninr^airpiken. Ce temps a ete legere-
ment modifie ; il a le pronom yu apres ke : nimiaike^un y &, proba-
blement par 1'influence du prefent, ke fera devenu hi.
Main tenant le guipuzcoan. Le prefent du conditionnel eft, felon
Larramendi, nini^akei^^ forme reguliere, de n-iia-ke-fu, & non pas
nintiakiiuke, comme M. Inchaufpe cite ce temps 5 ki eft de trop.
Que -ju precede ou fuive ke (\uke ou keyuj n'importe pas. En ajou-
tant an pour le pafle, on aura nint^aiukean ; ce temps eft correct.
Le potentiel eft mele; le prefent a une forme indecife; il appar-
tient tout autant a ekin qu'a ifan; natiakiketiu, comme 1'ecrit Larra-
mendi, eft plus pres de nakike^u (de ekin) que de ni^akeyu. L'imparfait
(aujourd'hui conditionnel) du potentiel eft forme de l^an; & la fyl-
labe ki eft de trop, elle ne s'explique pas, fi nous n'admettons
qu'elle s'y eft introduite par Tinfluence des autres dialecles qui ont
ekin pour auxiliaire. .Z^jnt^akiket^u devrait etre nintfaquke, comme
Tecrit corredement le labourdin. De ce conditionnel a ete forme
1'imparfait d'aujourd'hui nint^aki^ukean , & mieux, en labourdin,
nint[aki^un pour nimiake^un, ou avec ke apres fu nint\a-{ukean.
II ferait faftidieux d'examiner tous les potentiels qui fuivront.
Nous efperons que cette analyfe aidera le ledleur a les expliquer
418
lui-meme. Nous avons choifi la conjugal Ton avec ^u, puifque ^u ne
change pas. Dans la conjugaifon qui nous occupe ici, }3 a. moi" efl
rendu par t, qui devient quelquefois d. Ceci aurait pu rendre notre
explication moins claire.
Le potentiel bifcaien contient une irregularite, qui efl evidemment
une erreur. En voici les premieres perfonnes (i) :
POTENTIEL.
PRESENT (fifico). PRESENT (moral).
cdkit ,,tu peux a moi". cdkiket ,,tu peux a moi" .
TEMPS IMPARFAITS.
PRESENT IMPARFAIT. FUTUR IMPARFAIT.
Einkit ,,tu peux a moi" Einkiket ,,tu pourras a moi".
PRETERIT IMPARFAIT. PRETERIT ELOIGNE.
Einkidan ,,tu pourrais ou Einkikedan } ,tu pus ou aurais
pouvais a moi". pu a moi^.
La confufion de tous ces temps a ete discutee ailleurs (p. 229);
mais il faut faire remarquer que akit, pour hakit, n'eft autre chofe
que le prefent de Tindicatif de ekin, conjugue a la facon des verbes
intranfitifs. cAkit eft forme de h-eki-t ,,tu me fais"; h ^tu 3 ^ eki le
theme; t ,,me 3;> . On retrouve ces flexions^ fuivies de la conjondtion
n , 3 que", & elles correfpondent alors au prefent du fubjonclif,
comme c'elt invariablement la regie : akidan, dakidan, &c.
Le feul <5c vrai potentiel,, indique par le figne modal ke y eft
akikety &c., prefent; einkiket, &c., conditionnel.
L'imparfait du potentiel eft forme, comme c'eft toujours le cas,
en ajoutant la caraderiftique du pafle an, au conditionnel du poten-
tiel : einkikedan, b., intiaikikedan, g., hintakedan, f.
(i) Verio vqfc., p. 156.
419
N 2.
Datif de la i re perfonne du pluriel J} a nous".
INDICATI F.
PRESENT.
bifc. g u ip- l a k- f u l- kn.
Hit^aHm
Taku Zaigu Zauku Zaiku
Zat^ai^kigu Zit^auku Zit^aiku
Zaiku Zai^ku
Comparez le prefent de la conjugaifon avec le datif ,,me".
Gu, eft devenu ku dans quelques dialecfles, & remplace ici le /
qui fe crouve dans la conjugaifon avec ^me". Le i eft devenu
u en labourdin^ tandis que le i radical reparait dans quelques
perfonnes.
IMPAKFA1T.
bifc. u i- l a k- foul. bn.
Int^akun Int^agun^i^) Hint^aukun Hint^eikun
Yakun Zit^agun Zit^aukun Zeikun
Zini^aku^an Zint^ai^kigun Zinir^aukun Zint^eikun
Taku^an Zit^aiikigun Zit^aikun Zei^kun
Les 3 mes perfonnes du bifc. yakun } & du fouletin \eikun offrent
une irregularite qui a ete examinee dans le paragraphe precedent.
(i) Larramendi ecrit inr^aagun, ce qui eft une erreur. Comp. ch. xi, j.
bifc.
lni\akegu
guip.
Int^aike
Lit^aikiguke
Zint^a^ki
Lit^ai^kiguke
420
CONDITIONNEL,
PRESENT.
lab.
foul. bn,
Hintfeikegu
Lir^eikegu
int^eikegu
Lit^eikegie
Comparez le conditionnel avec le datif ,,me".
Puifque le conditionnel a la meme forme que Fimparfait., fauf la
terminaifon he, les irregularites fe decouvrent de fuite. Le guip.
im^aike, fi Larramendi nous a donne la forme habituellej eft la
fyncope de inriaguke; pour him^aguke. Le k (c) que Lardizabal eerie
a la fin : int^agukek eft de trop (1)5 il devrait etre initial,, & fous fa
forme primitive h. La fyllabe gu fe retrouve dans le conditionnel du
potentielj que nous avons prouve etre le meme temps fous un autre
nom (voir le potentiel de la conjugaifon precedente).
Le palfe du conditionnel eft forme en ajoutant an au prefent :
intake guan , &c.
bifc.
zAkigu
Vekigu
Zakigu^
guip.
cdkigu
'Bekigu
Zakifkigu
IMPERATIF.
lab. foul.
cdkigu Hakigu
Hekigu "Bekigu
Zakifkigu Zakiiku
'Bekiikigu
SUBJONCTIF.
PRESENT.
bn.
cdkigu (2)
cdkigun
oAkigun
Hakigun
Ttakigun
Vakigun
Vakigun
T)akigun
Zakigu^an
Zaki^kigun
Zakl^kigtin
Zaki^kun
Ttakigu^an
Vakiikigun
Vakiikigun
'Dakifkun
(1) Voirch. in & xi, 3, par rapport a la chute de h.
(2) Marc ix ; 22.
421
bifc.
Enkigun
Ekigun
Zenkigu^an
Ekigu^an
IMPARFAIT.
gulp. lab.
Enkigun
Zekigun Zekigun
Zerikifkigvn Zenki^L
Zekiikigun Zeki^ki^
foul. bn.
Henkigun
Lekigun
Zint^akigun
Leki^kun
Comparez la conjugaifon avec le datif ,,me".
Ces flexions font en tout pareilles a celles avec le datif fingulier,
feulement la caracleriftique du pronom eft changee; i eft remplace
par gu >,nous".
La 2 me perf. plur. de I'itnparfait fouletin : iimiakigun a un i, au
lieu d'un e, dans cette feule flexion, defordre afTez regrettable.
bifc.
cdkikegu
'Dakikegu
POTENTIEL.
PRESENT.
g u ip- ^b. foul.
oAtfakiguke ( I ) Hakikegu (?) Hitaklgu
TDat^akiguke TDakikegu Ttitakigu
Zatfatfkiguke Zittrfkigu Zitakigu
'Daf^ai^kiguke Ttaki^kegu Ttiraki^ku
bn
CONDITIONNEL.
Einkikegu Im^akiguke Heinkigu (2)
Leikikegu Lir^aikiguke Leikigu
Zeinkikegu^ Zint^ai^klguke Zeneinkigu
Leikikegu^ Litfaifkiguke Lei^kigu
Comparez le potentiel de la conjugaifon precedente, qui offre les
memes difficultes & les memes irregularites.
L'imparfait du potentiel eft forme du conditionnel en y ajoutant
an : einkikeguan.
(1) Et aufli : akiguke, dakiguke, &c.
(2) II y a une variante : hintakigu, leitekigu, ^intakigu, litakigu.
4 22
bifc.
Tak
Gat^a^ak
N 3.
Datif de la 2 me perfonne du fmgulier.
gup.
I N D 1 C A T I F .
PRESENT.
lab.
Zaik
Garfaifkik
foul.
Zauk Zaik
Git^auk Gitiaik
Zaik, -{ai{kik Zair^ak
bn.
t^ar^a i k ( I )
Zaik (2)
Zatfkikfo)
IMPARFAIT.
Int^aan
Gintfacqan
Zit^ayan Ziiiaukan Zeyan
n Gimiaukan Gintfeiyan
Zir^aikan Zeit^an
Comparez Tindicatif de la conjugaifon avec le datif J:) me". On
trouve les memes mutations de lettres & les memes variantes.
$y\uiak, b.y niiiaik, foul., que nous citons ici,, puifque ce font les
formes extremes^ font formees de n-i^a-h, & le h final s'efl durci
en k.
L'imparfait eft forme de n-ini-^a-h-an. Le labourdin a convert! le h
en k; le bifcai'en Fa elide (4), ainfi que le guip. <5c le foul., mais
ces deux dialectes ont evite Thiatus en intercalant y.
La 3 me perfonne n'a pas d'initiale caracleriflique de pronom en
bifcai'en; int-^aan eft pour im-(a-h-an. Centre 1'habitude de ce dia-
lecle, le n myfterieux de Timparfait fe trouve dans cette 3" 16 per-
fonne, du moms chez Zavala. Tous les autres dialecles nel'ontpas.
(1) L-JC ix, 6 1 .
(2) Matthieu xvm, i 6.
('j) Marc n, 5 .
(4) Voir ch. in & xi, 5.
4*3
Le fouletin eft fortement corrompu ou comrade. La 3 me perf.
-{cyan eft pour ^it^ayan de -{-itia-h-an (i). Le e dans la i re perf.
pour nimiaiyan eft aufli une irregularite.
bifc.
guip.
CONDITIONNEL.
PRESENT.
lab. foul.
bn,
Litiakek
Ginr^ai^kek
(2)
Gint^eikek
Lir^ake^ak
Ce temps est forme regulierement, excepte en fouletin^ ou le a
thematique eft devenu ei. &ji{an-ke-h fait nin\akek ou ni
comme on 1'ecrit (comp. ch. in & xi, 3 & 4)*
bifc.
Vekik
g u p-
"Bekik
'Bekiilak (?)
L'IMPERATIF.
Datif ,,te".
lab. foul. bn.
'Bekik (?) Vekik
fT^akian
T>akian
Gakia^an
Dakia^an
SU BJONCTIF.
PRESENT.
U^akian
Vakian
Gat^aifkian
Vakian
Gh^akeyan
( Dakir(ayan
(1) Nous avons difcute ces 3""' perfonnes au paragraphe fur la conjugaifon avee
datif ,,me".
(2) Lir^iAff, chez M. Inchaufpe; ce fera une erreur typographkjue,
424
IMPARFAIT.
bifc. g u ip' l a b- foul. bn.
ZH^enkian ^T^enkian t^enkian
Enkian Zekian Lekian
Genkia^an Gindei^ian Gint^akian
Enkia^an Zeki^kian Lekitfayan
L'imperatif & le fubjonctif font formes de ekin. La i re perf. nakian
eft formee de ttndicatif nakik + n ou nakikan, & apres 1'elifion regu-
liere de k medial,, nakian. Chaque dialedle a fon figne de pluralite :
^ ou fk ou TI (i).
L'imparfait eft forme de 1'imparfait de Tindicatif & n'offre rien de
particulier.
POTENTIEL.
PRESENT.
bifc. g u ip- ^ a ^- foul. bn.
V^akikek
"Dakikek Vatiakikek Virakik
Gar^akikek
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
U^einkikeak
Einkikeak Lir^akikek Leikik
Geinkikea^ak Gintfaifkikek Gimakik
Litfaifkikek Lhakik
Comparez le potentiel de la conjugaifon n i .
(i) Voir ch. xi, 3,
NO 4.
Datif de la 2 me perfonne du pluriel.
I N D I C AT I F.
PRESENT.
bifc. g u ip- tab- foul. bn.
Tat^u Zat^u Zaut^u Zai^u Zai^u (2)
Gat^ai^kit^u Git^aufu Git^ai^u
Zai^kit^u Zaii^u Zait^u Zal^ki^u. (j)
IMPARFAIT.
IT^jnt^at^un
Tai^un Zit^atiun Zit^au^un Zei^un
Ginrfaitfun Ginryuiyun Gintfeifwi
Zit^ai^kii^un Zu^ai^un Zeir^un
Comparez la conjugaifon avec la 2 me perf. fing. au datif. Les
feales flexions irregulieres font -{ei^un y f. & yar^un^ b. Comparez ce
que nous avons dit par rapport a ceci au paragraphe fur la conju-
gaifon avec le datif 3 ,me".
CONDITIONNEL.
PRESENT.
bifc.
^int^aket^u $(}nf(airptke
Lit^akei^u Lu^aii^uke
Gint^aket^u Gintfairfuhe Gint^eike^u
Lii^ai^het^u Lir^arfih^uke
(1) Axular : nat^ait^u.
(2) Matthieu xm, 1 1 .
(3) Matthieu v, 44.
426
Comparez le conditionnel avec le datif ,,te". Ici il y a partout fit
ou r{ pour k dans Tautre conditionnel. Le fouletin & le bifcai'en
ecrivent plus correctement ^u.
Le passe eft forme en ajoutant an ou n au prefent : nim^ake^un.
IMPERATIF.
bifc. g u ip' l a k- foul. bn.
SUBJONCTIF.
PRESENT.
'Daki^un 'Dakit^un 'Daki^un 'Daki^un
Gaki^u^an
IMPARFAIT.
Eki^un Zeki^un Zekifun Leki^un
Genki^u^an Genki^ki^un Genki^ki^un Gintfakvfun
Zeki^kit^un Zeki^ki^un Lekit^un
Le prefent de 1'indicatif etant naki^Uj le fubjondtif eft
Le guipuzcoan a intercale une fyllabe t^a (dans toutes les perfonnes,
excepte dans la 3 me perfonne)^ dont Torigine nous eft inconnue.
Comparez Timparfait de la conjugaifon precedente.
L'imparfait n'offre rien de particulier.
POTENTIEL.
PRESENT.
bifc. g u ip- ^- f u l- ^ n -
TDiraki^u
Gai^akikei^u Gitcqkctfu Gitakifu
427
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
bifc. g u ip- tab. foul. bn.
Leikikeiu Lii^akiket^u Lit^airfuke Leiki^u
Gint{akiker{u Ginrpiirfuke Geneinki^u
Leikitnt
Comparez le potentiel de la conjugaifon n i .
Le pronom -^u ,,vous" a remplace le pronom hi ,,toi".
Le gulp, a une variante, avec le figne modal a la fin :
, &c.5 les formes bifcai'ennes font auffi en ufage : nakikerpi,
prefent; nenkikequ, &c., imparfait (i), aujourd'hui conditionnel
L'imparfait efl forme du conditionnel en y ajoutant an ou n.
N f.
Datif de la 3 me perfonne du fingulier.
I ND I C AT I F.
PRESENT.
bifc. g u ip- tab. foul. bn.
fNj.r{ako IT^jr^ayo fT^ar^ayo (?)
Hit^ako Hit^ayo
Tako Zayo Zako Zayo Zayo (2)
Gaiiai^ka Gh\ayo Git^ayo
ZatTaiTka Zir^ako Zit^ayo
Zai7ka Zai^ko Zait^o Zai^kd (2)
Ce temps-ci efl le meme dans tous les diaiectes. S^at^ako, bifc.,
efl forme de n-at^a-ho. Cette fois le bifcai'en a convert! le h en k.
(1) Larramendi, Arte, p. 229.
(2) Matth. xvi, 1 8. Matth. xviii, 17. Matlh. xin, 12.
428
On pourrait aufli ecrire nar>aka, comme le dit Zavala (Verbo vafc.,
p. 133). On voic que ceci n'eft pas feulement le cas pour le bifcaien,
mais aufli pour le guipuzcoan. Larramendi donne les perfonnes du
pluriel avec ka. Ka na rien a faire avec le pluriel ou le fingulier;
ceft feulement du defordre, mais ceci prouve que ka etait ufice (i).
Les autres dialecles ont generalement elide le A & Thiatus a ete
evite en intercalant^; mais lelabourdin eerie capricieufementg//;
candis que les autres perfonnes ont ho (v. Manuel fr.-bafque 1861).
Les varietes namyo, har^cyo, dec., & nir^ayo^ hiqayOj &c., exiflent.
Les 2 m< * perf. plur. font devenues ^aqaA^r, b., -aiiai-kate, g.,
^iryqkiote , L, firfajof, foul., laiikiote, bn. (Matth. xni, 14).
Pourlej initial bifcai'en, voir Tindicarif de la conjugaifon avec le
me
IMPARF AIT.
TJ -;
Inr-jkon Int^ajon
Takon Zlr^ayon
Glnt^ako\an
Hintiakon
Zit-akon
Ginrpkon
Hint^ejon
Zeyon
Gint\eyon
Zim\ejon
Zeir^on
Zayon (2)
Cc temps efl parfaitement regulier. Seulement le bifc. yakon & le
foul, \eyon font fbrtement contracle*. (Voir ce que nous difons fur
cc$ y* petfonnes au paragraphe de la conjugaifon avec le datif
La voyelle radicale initiale reparait ici 3 comme c'cfl la regie pour
tons les imparfaits. Le i de i\an etait devenu a au prefent dans les
dialedes bifc, & gulp. V^imiakon eft forme de n-
(')
(I)
*r<
, , f
i. More i,
rapport & forfefinede
Ceft u fond le phiM|ife-ptrbtt
f. .- ' ..., '. - :. . ..- . , . . . I-: f. ,. - '
4*9
LTEvaaagtle de faint Lac, en labourdin, impriine a Londres, 1871 >
ainfi que te N.-T\ inatpdjDoe a Bayoone, 1828, one ^jfo/t pour
-zr^jyc/r- rj Jtiutaren. vHngerua <zg*rra fjAwi. Chap. i > IK Dans la
J 01 * peril le iaitiat s v eft perdu ; i^k^-n ei^ de vectu nym, o -
En bifc. le ^, devenu initial., $ % ei^ convert! en j comrne au preient.
bifc.
CONDITIONNEL
Fife SENT.
lab.
foul. bn.
&(jurfa\
CO
Lir^*ik& Li^
Zint^eikv
eft forme de it-inrp-k#-fo+ Le A de A^, qui $ % etait durci
en A a rimparfait > sell perdu ici (2). En lab. >5c g^p- - - -'-^
modal ke vienc apres le pronom, 5c le ioulecin a perdu le <? de ^r;
4ro eft devenu <?. (Voir ce que nous avons die par rapport a la
3 me perf. en ibuletin, an paragraphe de la conjugation avec le datif
^me**.) Le conditionnel pafle le forme en ajoutant j/i ou . Licarraguc
ecrit in$ajfqu<wn ($)
bub.
guip.
1MPERATIF.
lab.
fouK
bn.
Hakh
Haki*
vikiv
B^*V
Zakir^i
(2) Nous iguoivns ft dans la proix>noiation on entend l*y nintjuA^, ce qui eft fort pro-
bable; et alors il ferait delirable de 1'ecrire, etaiU le repre{^>tant de h.
(}) Jen iv, 10.
430
La 2 me perf. fing. eft formee de h-eki-ho; les perfonnes du pluriel
ont routes le figne de pluralite fupplementaire; chaque dialecle le
fien (voir ch. xi, 3).
bifc.
gup.
SU BJONCTI F.
PRESENT.
lab.
oAkion
cAkion
Vakion
T^akion
Gakio^an
Zakio^an
Vakioian
Gakifkion
Zakityan
t Daki"(kion
foul.
Hakion Hakion
Vakion Vakion
Gai^kion Gh^akioi
Zat^ai^kion Zakit^pn
Vaki^kon
bn
IMP ARFAI T.
fj^enkion
Enkion
Ekion
GenkiG^an
Zenkio\an
Enkion
Zekion
Gengifkion
Zenkii\an
ion (?) t^enkion
Zakion
Gintaqkion
Zima^kion
Zitai^kion
Henkion
Lekion
Zekion
Gintfakion
Zint^akion
Lekirfan Zehi^kion
Tous les dialecles font remarquablement uniformes ; & toutes les
flexions font tres regulieres; nakion eft forme de n-eki-ho-n. Au pluriel
il y a un peu de confufion; le bifcaien eft correct; le guipuzcoan a
iki & ri comme figne de pluralite; le lab. gar^ion a perdu le k
radical, que le guip. a conferve; le foul, gitiakion eft fortement
altere, le theme a difparu. Les autres perfonnes font regulieres.
(i) Matth. vi, 8. aqui-{quwten. plur. du plur.
43'
p
OTE N T I E L.
PRESENT.
bifc.
guip.
lab.
foul.
ZNjikikeo
S^akioke
ZHjikioke
ZKjtakio
cdkikeo
cAkioke
Hakioke (?)
Hirakio
Vakikeo
Vakioke
Vakioke
Virakio
Gakikeo^
Gakio^ke
Gita^kioke
Gitakio
Zakikeo^
Zakio^ke
Zha^kioke
Zitakio
Vakikeo^
Vakioke
Vakiokete
Vitakit^c
bn.
Einkikeok
Leikikeo
Geinkikeoi
Zeinkikeo^
Leikikeo^
CONDITIONNEL (imparfait autrefois).
J^enkioke
Lekioke
Genkio-[ke
Zenkio^ke
Lekio^ke
Himakio
Lityayoke Leikio
Gintyaifkoke Geneinkio
Zim^ai^koke Zeneinkio
Lit^ai^koke Leifkio
Comparez le potentiel de la conjugaifon n i. Le prefent eft
forme de ekin dans tous les dialedles^ excepte en fouletin oil il parait
deriver de edin. Ce temps eft en tous cas fortement corrompu; la
^me p er f O nne du pluriel eft un finguiier melange de fyllabes corrom-
pu es; le theme parait devoir etre adi; la caradleriftique du mode
devrait etre ke & non ki; le pluriel habituel eft te, rendu par ye ;
mais ici il eft q. La J" 16 perf. a deux variantes daiiekio (dans le
tableau p. 171) & dakio, dans le verbe conjugue^ p. 411.
Larramendi cite dans fes tableaux : natiakioke, atfakioke, dai-[akioke,
gat^aiikioke, %arfaifkioke 9 datqaifkioke ; & comme variantes les flexions
que nous citons.
IMPARFAIT.
bifc. g u ip- ^ a ^-
t^einkikion ^enkiokean (?)
Einkikeon
foul. bn.
Himakion
43^
Ce temps eft forme du precedent, en ajoutant an ou n.
Le guipuzcoan, ayant la variante nimiakioke, qui eft probablement
la forme la plus ufitee des deux, fait alors nintiakiokean, &c. Ce font
les flexions que Ton trouve chez M. Inchaufpe.
Le labourdin, ayant nim^ayoke pour conditionnel, devrait faire
nimiayoken; mais cette forme eft refervee pour le pafTe du condi-
tionnel. Comme ces temps viennent tous, en labourdin, de i^an,
cette difference eft conventionnelle 5 il eft fort probable qu'on n'ait
pas decouvert que c'eft le meme temps fous un autre nom.
Une variete labourdine a la forme fouletine, pour ce qui regarde
le theme. On trouve dans 1'Evangile felon faint Marc n, 2 (dialecle
lab., Bayonne 1828), q bahdtaiquen pour ,,il ne pouvait a eux";
c'eft-a-dire: bait-iitaiken. Le fouletin dirait fozqzraAzV/2 ou beitiitakeyen.
Zitaiken, lab., nous parait etre une erreur; le ^ indique le pluriel
du fujet, ^itaiken doit fignifier ,,ils pouvaient a eux ? % comme ^zra^zV/7,
fouletin. II aurait fallu ^itaken.
N6.
Datif de la 3 me perfonne du pluriel.
I N D I C AT I F.
PRESENT.
bifc. g u ip- ^ a t>- foul. bn.
(2)
cAt^akoe
oAtiayoie
Hitfayote
Hit^aye
Takoe
Zayote
Zayote
Zaye
Gaiiakoei
Gat^ai^kate
Git\ayote
Gitiaye
Zat^akoe^
Zat^ai^kate
Zh^ayote
Zif[aye
Takoe^
Zaiikate
Zie^ai^ko
Zait^e
Comparez la conjugaifon precedente.
(1) Matth. xin, 13.
(2) Matth. xin, 10.
(j) Math, xvili, 17.
453
Le bifcaien a une variance que Zavala ecrit natidtie. C'eft la
meme forme que le fouletin nir^aye avec le h elide & remplace par
y; c'eft-a-dire que les flexions avec le datif pluriel ont ete formees de
celles avec le datif fmgulier ; nar^ako a donne nat^akoe (pour nar^a-
koti)-, & naiiayo a donne nai^aye pour natiayoie, le t etant le figne
de pluralite (i). Uapoftrophe chez Zavaia ne fignifie rien.
IMPARFAIT.
bifc. g u ^P* ^- foul. bn.
Im^aken Im^aiften Him^akoien
Taken Zii^ayoien Zi:\akoten Zeyen Zekien (2)
Gint\ayoien Gim\akoten Gint-{eyen
Zinf(aiflen Zinu^akoien Zinii^eyen
Take^an Zit^ayo\kciien Zit^ai^koien Zeit^en Zeki^ten (3)
Comparez 1'imparfait de la conjugaifon avec le datif fingulier.
Le pluriel eft indique generalement par e, qui a pris la place de Yo
pour ko. Le lab. & le gulp, fe font mieux conferves, & ont ajoute
le figne de pluralite re, tout en confervant ko &yo.
Larramendi cite la variante guip. nintiayen, itt^ayen, gimiayen, lit-
laiikiten. To utes ces flexions s'expliquent tres bienj elles font les
memes que celles du dialedle fouietin, fauf a pour e, ce qui eft plus
correct. Aufli la 3 me perfonne iir{ayen & non \eyen, comme en fou-
letin^ a ici la forme correcte. (Voir, pour ces 3 mes perfonnes du
diaiedle fouletin, la remarque a la conjugaifon avec le datif ,,me").
La 3 me perf. du plur. itttaiikaten, que Larramendi cite comme
variante,, eft pour iiriai-(koren; ko peut s'ecrire ha (4).
Le labourdin a aulfi pour la i re perf. plur. ginai-rkoun, & pour la
(1) Voir ch. xi, j .
(2) Marc xii, i .
(3) Marc vi, 33.
( 4 ) Voir ch. xi, 3 .
28
434
2 me imaiikoten (i), ce qui eft ime forme tres corrompue; ces flexions
etant compofees de g-in^a (pour i^a)-ho-te-n <5c -[-in^a-ho-ie-n.
Pour la 3 me perf. du foul, ^eyen, voir ce que nous avons dit par
rapport a la J me perf. avec le datif , 5 me' : '.
COND1TIONNEL.
bifc.
guip. lab.
foul.
Im^akeoe
Lit^akeoe
Ginrrakeot
Zint^akeot
Int^ayoteke
Lit^ayoteke Lit^ciyokete
?1 Girirfaifkioteke
?T- Zint[aifkaxek
tiim^eike
Liiieike
Gint\eike
Zimieike
Lit^akeof\
Comparez
Le bifc. a
Lit^ai^kateke Lit^ei^ke
le conditionnel avec le datif ^a lur".
perdu deux confonnes : nim^akeyote .
1MPERAT1F.
bifc.
guip. lab.
foul.
cdkioe
cAkioie
Hakie
'Bekioe
'Bekiote
Vekie
Zakioei
TSekioei
Zai^akiote
'Beki^kioie
Znkit^e
SUBJON CTIF.
PRESENT.
C^akioen
cAkioen
S^akioien
c/tkioien
ZN^akien
Hakien
T)akioen
Ttakioten
Vakien
Gakioe^an
Zakioeian
Gakifkioten
Zaki^kioten
'Dakiikioten
Git^akien
Zakit-^en
Vakir^e'n
bn,
bn.
(i) M. Inchaufpo, Vabe bafque, p. 464.
43 f
IMPARFA1T.
bifc.
gulp. lab.
ZN^enkioen
t^enkidten
Enhioen
Enkioten
Ekioen
Lekioketen
Genhioe^an
Genki^kioien
Zenkioe^an
Zenki^kioten
Ekioe^an
Lekifkioten
POTENTIEL
PRESENT.
ZN^akikeoe
V^ai\a\iokeie
oAkikeoe
oAt^akiokete
Vakikeoe
'Dat-^akiokete
Gakikeoe^
Gat^ai^kiokete
Zakikeoe?
Zaitiaiikiokete
Vakikeoe^
t Dat[ai'[kiokete
IMPARFAIT (aujourd'hui c<
ZNjiinkikeoe
S^jn^akiokete
Einkikeoek
Im^akiokete
Leikikeoe
Lit^akiokeie
Geinkikeoe^
Gim^ai^kiokeie
Zeinkikeoe^
Zint^ai^kiokete
Leikikeoei
Lit^ai^kiokete
foul.
Henkien
Lekien
Gintfakien
Zint^akien
Lekit-[en
Hitakle'
Vaitekie
Gitakie
Zirakie
f Ditakii-(e
pinkie
Hintakie
Leikie
Geneinkie
Zeneinkie
Lei^kie
bn.
Zehien
ten
Voyez la conjugaifon precedence.
436
CHAPITRE XVI.
LES CONJUGAISONS RELATIVES AVEC 3 ,ME, TE, NOUS, VOUS"
POUR OBJET.
Ces conjugaifons, dont Zavala eft le premier a faire mention (i),
font tres rarement employees; autant que nous fachions., elles ne fe
trouvent que dans le Nouveau-Teftament de Licarrague, & jufqu'a
prefent nous ne pouvons en citer que deux : Halacoi^ ni hiri liuram
naurauanac bekatu handiagoa die. Jean xix, II. ,,C'eft pourquoi celui
qui m'a livre a toi eft coupable d'un plus grand peche". Eure natio-
neac eta facrific adore principalec liuratu arauie. Jean,, xvili, ^ . ^Ta
nation & les principaux facrificateurs t'ont livre a moi.
Ces flexions inufitees s'analyfent,, comme les autres, fans la moindre
difficulte; comme ce font des flexions a deux regimes, elles derivent
routes de eroan , <3c narauanac^ depouille du c, caracleriftique de
Fagent, & de n ^que", il refte nara.ua pour narauha, de n-eroa-h
,,(il) te-a-a moi"(2). oAraute pour haraute de h-eroa-t-ie ,,(^ s ) me-ont-
a toi". II y a ici afTimilation du t, caracleriftique de la i re perfonne,
& du t de la terminaifon plurielle de la 5 me perfonne.
Ces flexions n'avaient pas encore ete remarquees en France., du
moins lors de la publication du verbe de M. Inchaufpe, &,, a la page
M. 1'abbe dit : ,, 5 Aucun dialecle ne poffede de relations indi-
redles pour les formatifs qui exprimentla premiere & la deuxieme
perfonne comme regime direcT;. D'apres le fyfteme de compofition
des regimes indirecls il femble qu'on aurait pu dire : Je t'offre a lui,
eskemien hayoi; tu m'ofFres a lui^ eskent^en nayok, nayon 3
(1) Nous avons dit par erreur, dans notre Etude fur les Auxiliaires, que c'etait le prince
L. Bonaparte.
(2) Nous profitons de 1'occafion pour corriger une faute d'impreffion qui nous a ^chappe
dans notre Etude fur les Auxiliaires , p. 7, ou il y a narau pour naraua.
437
II eft vrai que, les influences phonetiques etant egales, on pourrait
peut-etre former des flexions de cette maniere machinate; puifque
deyotj foul.,, fignifie ,,je Tai a lui", heyot (& non hayoi) feraic la
forme correfpondante pour ,,je t'ai a lui". Veyok fignifiant ,,tu Tas
a lui", la forme correfpondante pour ,,tu m'as a lui", ferait neyok
(<3c non nayoli). De meme ditaye ou deitaye eft en fouletin ,,ils 1'ont a
moi" & par confequent hit aye ou heitaye ferait ,,ils tont a moi".
Puifque ditaye = ditate = dautate = darotate, hitqye, en pa flan t par
ces memes mutations, pourrait etre une variante de araure pour
haraute. Bten que la formation manque de methode,, il ne ferait pas
impoffible que la flexion, fi elle a jamais etc en ufage en fouletin,
cut pris cette forme.
Zavala, en voulant faire la meme operation que M. Inchaufpe,
s'eft trompe de verbe. Puifque Fauxiliaire, quand il y a deux regimes
a exprimer, eft toujours eroan dans tous les dialecles, excepte en
bifcaien, <5c qu'en bifcaien il eft eutji, il aurait fallu former les
flexions qui nous occupent de eutfi, & non pas de eduki, comme le
fait Zavala (i), bien qu'il dife expreflfement qu'il faut les flexions
de la conjugaifon abfolue; p. ex. &4k arerioai faldu natfe. ,,11 m'a
vendu aux ennemis". Aujourd'hui que ces flexions ne font plus en
ufage, on dirait : a^ arerioai faldu nau. Ik Jaungoikoari eleshan
eskiniten gotfa^ak ou gauifa-[ak. ,,Tu nous ofTris a Dieu dans le tem-
ple". Aujourd'hui Ton dirait : Jaungoikoari eleshan eskiniten go^ak.
On fe demande comment nau devient natfe & go^ak gotfa^ak.
Nous 1'ignorons, 1'explication de Zavala n'eft pas claire, ou du
moins nous ne la comprenons pas; nous la citerons tout a Theure.
Zavala ne cite aucun exemple tire.d'auteurs bafques. &^au devient
done natfe; mais pourquoi a au lieu de au } & d'ou vient ts? Nous
croyons que natfe doit etre neutfe ou nautfe, avec a pour e initial,
de eutfi. Comme devtfe fignifie ,,il le tient (a) a eux", de d-eutf-e
(e pour oie), de la meme maniere on a forme, ou Ton a pu former
n-euif-e ,,il me tient ou il m'a a eux". Gotfaiak devrait etre alors
geutfaky de g-eurf-a pour o-k.
(i) Verio vafc.j p. 8, 5, n 03 23, 24.
Ces conjugaifons font inconnues de nos jours^ & Zavala ne les a
jamais entendues, ni vu imprimees,, puisqu'il ajoute que quelques
perfonnes lui ont allure les avoir entendu employer quelquefois (i).
Ce n'eft done que par oui'-dire qu'il les connait, & il eft tres probable
qu'elles auront fouflfert., en paflant de bouche en bouche.
Voici Ton explication de la formation de ces flexions :
,,,Sino que a la manera que a los de paciente de y* perfonas,
?3 cuando tienen recipiente, les anadimos defpues de la radical la
^caracleriftica que indique dicha funcion del nombre^ afi fe afiadia
,,en igual cafo a las de paciente de i as y 2 as ".
Puifque Zavala fe figure que narfe vient de nau, il s'en fuit que tfe
doit correfpondre a ,, 3 a lui". Or tfe ne fignifie jamais ^a lui".
Si Zavala a raifon & que nous ayons tort, c'efh-a-dire fi les flexions
qui nous occupent font formees de eduki & non de eurji, alors en-
core elles font mal formees; go^ak ne deviendrait jamais gorfa^ak
comme le veut Zavala; if a n'exprime jamais ,,a lui"; if a ne fignific
rien. Go\ak pourrait devenir go^ayok ou g-oyaok en introduifant ho,
la feule <5c veritable caradleriflique de la 3' ne perfonne.
CHAPITRE XVII.
TABLEAU DU VERBE PtRIPHRASTIQ.U E CONJUGUt.
L'article fur le verbe eft deja long; mais il fera peut-etre utile
de donner un tableau de la conjugaifon tranfitive & de la conju-
gaifon intranfitiye, afin de pouvoir voir dans fon enfemble la
conjugaifon complete. Nous ferons preceder un autre tableau qui
indiquera les auxiliaires des modes.
(ij Y algunas perfonas mi han afegurado que le han oido poco o mucho.
439
Indicatif.
Imperatif.
Subjondlif.
Potentiel.
Imperatif.
SubjoncYif.
Potentiel.
VERBES TRANSITIFS.
CONJUGAISON ABSOLUE.
Auxiliaire euki tous les dialecles.
,, eian
,, eg in bifcaien.
,, edin bifcaien.
., bn., foul
Indicatif.
Imperatif.
Subjondtif.
Potentiel.
Indicatif.
Imperatif.
Subjonclif.
Potentiel.
Indicatif.
CONJUGAISON RELATIVE.
Auxiliaire eurjl
,, egin bifcaien.
edin
,, eroan guip., lab., bn., foul,
e^an
CONJUGAISON FREQUENTATIVE.
Auxiliaire eroan bifcaien.
ip-^ lab., bn., foul,
VERBES INTRANSITIFS.
Indicatif.
Imperatif.
Subjondlif.
Potentiel.
Auxiliaire i-^an tous les dialecles.
edin
440
VERBES INTRANSITIFS AVEC REGIME INDIRECT.
Indicatif. Auxiliaire i
Imperatif.
Subjondlif.
Potentiel.
ekin <3c i\an
tous les dialedles
CONJUGAISON FREQUENTATIVE.
Indicatif. Auxiliaire joan bifcai'en.
TABLEAU DU VERBE PERIPHRASTIQUE,
DIALECTE GUIPUZCOAN.
TRANSITIF. INTRANSITIF.
Ikuji ^voir'' 1 Etorri ^venir"
I NDICATIF.
PRESENT.
Ikuflen det ,,Je vois" Etorri nai\ ; Je viens' 5
IMPARFAIT.
Ikuflen mien 5 ,je voyais 3 ' Etorri nin^an ,Je venais"
PARFAIT INDEFINI.
Ikufi det 3 J'ai vu" Etorri nail ,Je fuis venu' 5
PARFAIT DfeFI NI.
lku.fi mien ^,je vis 3;> Etorri nin^an ,.Je vins' J
FLUS-QUE-PARFAIT.
Iknfi i^an mien ,J'avais vu' ; Etorri i-{an nin^an , J'etais venu :
FUTUR SIMPLE.
Ikufiko det , Je verrai" Eiorriko nai^ ,Je viendrai"
FUTUR ANTERIEUR.
Ikufi i^ango det ,J'aurai vu" Etorri iiango nai-( , Je ferai venu"
CONDITIONNEL.
PRESENT.
Ikufiko nuen , Je verrais ?J) Eiorriko nin^m )} JQ viendrais"
PASSfe
Ikuji l^ango nuen ^j'aurais vu 5 ^ Etorri iiango ninian , Je ferais venu
IMPRATIF.
Ikufi efak ^vois'^ Etorri adi
SU BJONCTIF.
PRESENT.
Ikufi de^adan ^que je voie" Etorri nadin ,,que je vienne"
IMPARFAIT.
Ikufi ne-[an ,, 5 que je viiTe" Etorri nendin ,,que je vinfTe"
POTENTIEL.
PRESENT.
Ikuji de~[aket , Je puis voir" Etorri naiteke , Je puis venir"
CONDITIONNEL.
Ikuji ne-^ake } Je pourrais voir" Etorri nindeke ,,)G pourrais venir"
IMPARFAIT.
Ikufi ne-[akean ,,je pouvais voir" Etorri nindekean , Je pouvais venir :
Pour les details nous devons renvoyer aux paragraphes speciaux.
442
CHAPITRE XVIII.
LES ADVERBES.
i.
oAdverbes de lieu (demonflraiifs) .
Han, L, bn., L, an, b., g la.
Hor, L, bn., f., or, b.,, g la.
Hemen, 1. bn.,, f. } heben, f., ernen, b., g. . . . ici.
&{j)n, g., 1., bn , nun, b., g. 9 bji oil.
Hera, b., g., behera, beherar, I., bn.., foul. . . en bas.
Gora, b., g.,l. ? bn.,-"f en haut.
Goyan, b.^ g., en haut.
Goiri, I., bn., f. , en haut.
Zolan, T en bas.
"Bean, pean, plan, a^pian en bas, fous.
Harruan, barrenen, barrunen, b., g., barrenean,
barman, \., bn.^ barnen^ f. dedans.
Kampoan, b., g., 1., bn., f. dehors.
Gainian, b., ganean, g., gainean, \., b., gafien, f. deffus.
Bet-ran, b., g., bn.,, dans le meme endroit^ dans le meme temps,
TSefteian, f ailleurs.
Orotan, f. partout.
cAlt^inean, 1., ain^inean, bn., air^inian, f . . . . . devant.
cAldean, g., 1., aldian, f. pres, a cote.
cdrabera, g., b., I., bn., arauera, g., L, bn.,
arau^, g., L, bn., araua^, 1 felon.
&4ne, { entre.
443
cAnean, b., g ................ pendant.
cAurkean, b., aurkan, bn., aiirkinan ...... devant.
cdurrean, b., g ................ devant.
cdriean, b., g ................ derriere.
Gibelean, 1., bn., gibelian, f. ........ derriere.
Kontray b., g., 1., bn , konrre, f. ...... centre.
Oft eariy g., 0/?/a/z, b ............. en outre, derriere.
cA^pian, b., g., 1 ............... (bus.
'Buruan, b., g., 1., bn., f. .......... au bout de.
Urrean, g., hurren, 1., hurbily b.n, f., hullan, f. pres.
Urruny b., hurrun, 1., bn., urruti, g. ..... loin.
y f. ................ a cote de.
II eft fuperflu de faire remarquer qu'au nombre de ces adverbes
il y en a plufieurs qui font fimples,, primitifs,, comme han ou an ,jla"5
or ou hor ^la'% tandis qu'il y en a d'autres qui font compofes; ce
font alors generalement des locutions adverbiales, des noms au
locatif : barruan, kampoan, gibelean font formes de barrua-n; kampoa-n;
gibelea-n; ceci explique le genitif qui les accompagne; mendiaren
ganean ^fur la montagne' 5 fignifie litteralement : dans le deffus de la
montagne.
II arrive quelquefois qu'on n'obferve pas la regie, comme c'eft
le cas avec pean, du moins dans quelques diaiedles. En guipuzcoan
on dit ^erupean ,,,fous le ciel"; maipean ,,fous la table". Ecen e^nauc
digne ene aiharbe pean far adin. Luc vn, 6. 5 ,Car je ne fuis pas digne
que tu entres fous mon toit". Tean efl pour bean, de be-a-n,
53 dans-le-bas" = fous, & devrait, dirait-on, regir le genitif. Tean
parait plutot appartenir, en guipuzcoan du moins, au ftyle foutenu;
& aipiany qui eft accompagne du genitif, au ftyle familier : ^eruaren
aipian ,,fousle ciel". Eft-ce que a^pian ne ferait pas compofe de
Tarticle a & de Fadverbe pian, & plan au lieu de regir n regiiTant -[?
Zeruaren a^pian ferait alors pour yerua^pian ; on a fouvent embrouille
ce fuffixe i avec n. cA^pian ferait une forme parallele a e-fiero.
Un feul de ces adverbes eft forme avec ra ,,vers 5J> : arabera
,, felon", de arau-ra ,,vers la regie = felon". On dit auffi arau\ de
444
-i ,,par regie' ', & avec Tarticle^ comme on trouve cet adverbe
chez Axular, araua-(: Hunen araua^ihardetji yuen (p. 9).
"Bertan eft une locution adverbiale, elliptique. TSenan ne fignifie
que ,,dans le meme"; le mot ,,lteu" ou ,, temps" eft fous-entendu.
Eta benan ilkiten cela ureiic. Marc I. 10. ,,Et dans le meme moment
il fortit hors de leau". Le francais ,,naguere" eft une forme
parallele; ne-a-guere, & temps" eft sous-entendu.
Les adverbes emen, or, an, fuivis de che, correfpondent a : ici-
memej la-meme.
2-
cAdverbes de temps.
il, g., I. bn._, nosy b. } nouii, f. ^quand".
ii, g., inos, b., nihoi^ nehoi^, 1., bn. ^quelquefois"; mieux
en angl. ever; all. je; holl. ooit. Le fran^ais ^jamais" ferait croire
que nihoii eft une negation.
Egundano, g., egundano, !._, bn., f. ^jamais"; jufqu'a ce jour;
ever, angl.
Pfyiibaity g.j 1., bn., nosbait, b. ,;un jour ou 1'autre"; le foul.
aura apparemment nouiipait, puifque nouiipaitako exifte avec la
fignification de ,,autrefois".
ftfyiyik befi, g., noifik bein, b., nol[ik behin, \., noui-[ik, f. ,,de
temps en temps".
^pi-[etik noi-{era, 1., noi-{eiik noil, bn , nouijlarik noui^tara, f. ,,de
temps en temps".
cAitiinerik, f. ,,auparavant, avant".
Gaur, b., g. , 3 aujourd'hui", bn. 3 ,cette nuit".
Egun, f. 3 ,aujourd'hui".
Erenegun, g., arefiegun, b., herenegun, L, bn., f. ,,avant-hier".
'Bigar, biar, b., g., bihar, L, bn., f. ,,demain".
^i, b., L, bn., f. ,,apres-demain".
damu, b., g,, L, bn., f. ,,apres apres-demain" .
44f
, b., g., aunhen, L } bn., f. ,,cette annee".
f g a l> b-> g-> W; (X, b.,;q, I., bn., cAofc bn., /c%, f. ,,1'annee
paflee".
Igaranounhia, f. ,,Fannee paflee", igaran-unea ,,1'annee paflee".
TSeti, b.., g., ^/^/j 1., bn., f. 5) toujours J \
'Berandu, b.,, g., 1., ^rj/ir,, !._, bn.., f. ,,tard".
Goi'iik, bn. 3 f. ^de bonne heure^.
Goi-^ean goi^, g., 1. 55 de bon matin' 5 .
tMaii, g. 5 1., bn. ,/ouvent".
Sarri, b., g., 1., bn., f. ,,tantot". b., g. ,,rouvent".
Laburski, f. ,,bientot'\
Lafter, b., g.,, 1., bn., f. ,,vite, bientoc 35 .
cAurki, g. ,,,de fuite'% bn. ,,cefoir^ cette apres-midi".
^Bereala, g., beriala, b., berehala, 1., bn., berhala, f. ,,de fuite".
Len, b., g., lehen, 1., bn., f. ,,autrefois, jadis".
Gero, b., g., 1., bn., f. ,,apres".
Orain, b., g., oral, \. y bn., f. main tenant".
Ordian, b., f., bn., ordea, g., 1., bn. ,,mais, cependant, main-
tenant". Selon M. Geze (fouletin) : ,,quand meme, lors meme".
Ufa, c4rdura, f., ,,fouvent".
3-
zAdverbes de quantite.
cAsko, b., g., L, bn. ,,beaucoup".
cAniti, g., hainiti, anility 1., bn., hanir^ bn., f. ,,beaucoup".
Guchi, gichij g., gichi, b., guti, 1., bn., f. ,,peu".
Chit, g., c^/ra, b., ichitj f. ,,tres >5 .
G*yag> b -> g-j 1-^ g eiha > L> & h i a g > bn., f. ,,plus".
G^gz, b., g. ,,trop".
Haboro y f. ,,plus >J .
GuiiagOy f. ,,moins 35 .
Sober a, f. ,,trop".
/, b., g., 1., bn.,f. ,,alTez".
446
Hagiq, bn., 1., flgiq, g. ,,tres".
Oraino, 1., orano, bn., f. , 3 encore".
2kzVi, b., g., fo/zz/z, 1., bn., f. ,,une fois".
"Bakarrik, bereiiro, ,,feparement, pour foi, en foi, en lui".
4-
cddverbes de comparaifon.
cdla, g., alan, b., hala., 1., bn.,, f., /z/d, bn., f._, o/a, b., /z^/n,,
g., 1., bn., f. ,,ainfi".
C^ola, g., 1., bn., noula, f. ,, comment, comme".
o4//z, b., g., hain, 1., bn., /zj^, f. ,,tant".
r-
L^ adverbes <? affirmation, de negation & de dome.
'Bat, autrefois bay ,,oui", dans tous les dialecfles.
Si?, particule (adverbe) affirmative, prefixee aux flexions du verbe
dans tous les dialedes; badut ,,j'ai", badakit ,.,je fais". Nous
avons propofe, dans notre Di6lionnaire, de confiderer ba, particule
affirmative, comme forme fyncopee de bai, ce que la forme & la
fignification rendent tres probable. On trouvera des details dans la
fyntaxe.
'Bada ,,donc, or ?:> ; il nous femble compofe de ba-da, il eft en effet,
il eft oui. 'Baday fous le rapport de la compofition 3 eft une forme
parallele a quiza efpagnol, c'eft-a-dire ,,qui fait^ pour ,,peut-etre".
Chez quelques auteurs bai fert comme ba; p. ex. de la Vieuxville
dit : Eta erran bai darocute Viocefa huneiacot^ eguina if an den catechi-
maric e^ dela, p. 4 de Flntrod. , ; Et Us nous dirent en effet qu'il n'y
a pas de catechifme pour ce diocefe". Et un peu plus loin :
Haurrac gueldit^en bai dire deujic ungui jakin gabe. ,,Les enfants
refterent en effet fans rien favoir bien". Mais generalement dans
les dialecles bafques francais on a fait une difference entre ba & bai,
447
difference qui n'eft pas connue dans les dialecles bafques efpagnols,
qui ne fe fervent que de ba: p. ex. badet, badakit, &c.
'Baita exifte dans les dialecles bafques efpagnols, & fignifie
,,certainement, oui pour fur", mais dans un fens ironique & en
nianc(i). 'Bait a nous femble etre bai-da ,,ii eft certes", done bada
eft la variance. Dans la prononciation le i de bai fe perd fouvent :
ba ba ,,oui, oui". Ce qui, dans une langue ou dans un dialecle, eft
pris de bonne part, eft fouvent pris en mauvaife part dans une
langue foeur; nous n'avons qu'a citer Tefpagnol hablar ,,parler" &
le fran^ais ^h&bler'*. II nous femble qu'il ferait poflible que baita
fut pris ironiquement en guip. & bifc., & ferieufement dans les
autres dialectes. II fe pourrait que bai des dialedles bafques fran^ais
fut la meme locution adverbiale, ce qui expliquerait qu'on ne la
retrouve pas dans les dialedles bafques efpagnols, fi ce n'eft qu'iro-
niquement. La perfiftance du t dans bai, precedant la flexion, & qui
peut fouvent s'expliquer par la prefence d'un -[fuivant (baitiuenj, nous
fait hefiter s'il faut prendre baiou baitacomme forme primitive de bai.
Quoi qu'il en foit de Temploi de bai, dont nous parlerons dans
la fyntaxe, il nous femble plus que probable que bai eft Torigine
de tous ces adverbes ou de toutes ces locutions adverbiales, qui
contiennent toutes une affirmation.
EI, adverbe de negation ,,non" dans tous les dialecles.
TSearbada, b., g., aufa, aufa^, omen, bide, noaski, ote, g. ,,peut-
etre ?J> de bear-ba-da, fi-il-eft-necefTaire.
'Balitiate, lab., de ba-litiate, ,,s'il ferait" =peut-etrc.
'Baldin ou balin-ba ,,&".
6.
cAdverbes de qualites.
Ces adverbes font formes en general d'un adjeclif, auquel on
ajoute la terminaifon ki ou ro, quelquefois kiro; & auffi do; p. ex. ondo
,,bien" de on; alaikiro, g. ,,fortement"; erio^iro jjmortcllement".
(i) Voir Di<5t. de Larramendi f. v. fi & por.
448
,,particulierement" de bere^i; handiki, andiro ,,grande-
ment" de handi, &c.
Souvent on forme une locution adverbiale en repetant le theme :
bete betean ,,plein plein".
CHAPITRE XIX.
LES CONJONCTIONS.
^
Les conjonclions font :
Copulatives: eta ou ta, b , g., 1., bn., f. ,,&".
Adverfatives : baya, b . , banan , g . , bainan , baina, 1. _, bn . , bena, f . , , mais' y .
Ordea, g. y 1., bn.,, ordia, ordian, bn. 5 f. ,,mais".
Halarikere, 1., alaere, g. y alambere, b. 5J ,cependant 53 .
Difjondlives : edo, b., g., 1., bn., f. ,,ou".
Vfyii, g., nai y b., nahi^ 1., bn., f. ,,foit".
Caufatives: q^/i, g., 1., bn., e^e, b., eiik, g., qr, f. 3 ,car, que".
Zeren, lergatik ,jpour cela, pourquoi, parce que^.
oArren ,,donc 5 '.
Conditionnelies : ba, b., g., 1., bn., f. ,,fi".
"Baldin-ba, b., g., L, bn.; balin-ba, 1., bn., f. ,,fi".
fl-n ,,fi".
Conjondlives : non, n, la ,,que'% dans tous les dialedles.
Pour la formation de ces conjoncflions nous devons renvoyer le
ledleur a notre Didlionnaire. L'origine de la conjondlion 72 ,,que"
a etc difcutee plus haut, en parlant du fuffixe n (p, ^6); nous en
avions deja fait mention dans notre Etude fur les auxiliaires (p. 71);
elle explique d'un feul coup le pronom relatif, le locatif & le genitif,
& rapproche par cela meme la langue bafque des autres langues, ou
le meme precede fe retrouve.
449
CHAPITRE XX.
LA FORMATION DES MOTS.
OBSERVATIONS PR fell MIN AI R ES.
Ce fujet n'a jamais ete traite d'une fac^on un peu ferieufe, autant
que nous fachions. M. Duvoifin a public, il eft vrai, un article
ayant pour titre : , 3 De la formation des Noms dans la langue
bafque" (i); mais il eft plus queftion de Talphabet, de Tortho-
graphe, des fuffixes que de la formation des mots. L'auteur n'entend
pas par le mot de ^formation" ce qu'on a 1'habitude d'en-
tendre par ce mot. La formation des mots ne comprend pas les
rapports grammaticaux ; p. ex. ,,jufqu'a moi" n'a jamais ete con-
fidere comme un mot compofe, foit pronom compofe, foit prepofi-
tion compofee. Les explications de 1'auteur laiffent auili fouvent a
defirer, quant a la clarte, p. ex. : ,,Je citerai encore le fuffixe o,
^lequel, du verbe devenu pronom pofTeflif par Fadjonclion d'une
^premiere definence, forme un pronom de temps. Ainfi dut (j'ai),
3) naii (je fuis), deviennent dutan, dutana (ce que j'ai); nai\en, nai-(ena
,,(ce que je fuis). Au lieu du determinarif a, piacez le fuffixe o, &
^vous aurez dutano (tant que, tout le temps que j'aurai), nai\eno
(tant que je ferai)'^.
Un verbe qui devient un pronom pofleffif, eft deja une meta-
morphofe afTez furprenantej mais du moms les termes font con-
nus; il n'en eft pas de meme quand ce verbe, devenu pronom
pofTefTif, devient pronom de temps. Qu'eft-ce qu'un pronom de
temps ?
(i) Congres fcientifique de France, vol. n ; p. 369. Pau 1873.
29
L'auteur a voulu dire que la i re perf. du prefent de 1'indicatif
dm ,,j'ai" & nail y ,je fuis", fuivi de no ,Jufque" fait dut-no &
nai^-no, ce que Ton prononce & ecrit dudano ou dutano & nai^eno.
Mais dudano ou nai^eno n'efl pas plus un mot compofe que ^Jufqu'a
ce que j'aie^ en francais.
Nous avons dit deux mots de cet article pour prouver que nous
en avons pris connaiflance. Nous ne releverons pas la confufion que
fait Tauteur & qui n'exifle que pour lui> par rapport au fuffixe ko }
dont ii aurait pu trouver la fignification & 1'emploi dans notre
Diclionnaire^ qui a paru deux ans avant la publication de fon article;
niau fuffixe i, qui efl confidere dans un paragraphe comme unelettre
euphonique febakij, & dans un autre immediatement au-deflbus 3
comme un fuffixe (igorri).
i.
de formation des mois.
La formation des mots efl beaucoup plus fimple en bafque qu'elle
ne Tefl dans nos langues aryennes. Les memes precedes s'y ren-
contrent,, la compofition & la derivation; auffi les memes pheno-
mencs s'y retrouvent,, principalement phonetiques ; mais ces derniers
font moins varies,, autant que nous pouvons en juger.
La compofition confifte,, comme dans toute autre langue,, a unir
deux ou plufieurs mots pour exprimer une idee; p. ex. ar-[ain
^berger" efl compofe de ari ,,mouton" & de ^ain ^gardien".
La derivation confifle a fuffixer au theme une lettre ou un groupe
de lettres,, afin d'en modifier la fignification ; p. ex. handita^un
y, grandeur 5 ^ efl un mot forme de handi .^grand" & de la termi-
naifon ta-[un. 'Begiratu ^^regarde^ efl forme de begi ^ceil 3 ^ ra ,,,vers
& m terminaifon de Tad jedlif verbal.
i >
2.
La compofition.
Les mots compofes font formes :
i De deux fubftantifs : arrobi ^carriere 3 '., de arri ,,pierre" &
obi ,/ofTe., caverne". 'Burmun ,,cervelie 33 de burn ,,tete" & mun
2 D'un fubftantif & d'un adjedif : aiiagoya ,,le grand pere' 3
de aita ,, ? pere 33 & goi ,,haut"$ arraingorri ^poiffon rouge ou dore 33
de an ain ^poiffon 33 & gorri ,,rouge 33 ; burugogor ,,entete" de burn
^tete 33 & gogor ^dur 33 ; angereder ^belette 33 de andere ,,demoi-
felle 33 & eder jjoli"; Echeberri (nom propre) de eche ^maifon" &
berri ^neuf 33 Maifonneuve 5 dohakaii ^maiheureux 33 de dohai ,,fort 33
& gaiti ^mauvais' 3 .
3 D'un fubilantif & d'un nom verbal: buruauis ^caffe-tete" de
burn ,.,tete 3 ' & auis (i) ^calTer 33 ; emakume ^,femme 3> de eman
^donner" & hume 5 ,enfant 33 ; edawki ^abreuvoir 53 de edan ^boire 33
& toki 5 _,lieu 33 .
4 D'un fubflantif & d'un nom de nombre: bitane ^intervalle 33
de bi ^deux 33 & ane ^efpace 33 .
y D'un adjeclif & d'un nom verbal : jakingabe ^ignorant' 3 de
/akin , 3 favoir 33 (employe fubilantivement) & gabe ^denue 33 .
La compofition peut confifter {implement en juxtapofition, p. ex.
ur^ulo ^jinare 3 '' de ur ^eau 53 & ^ulo ,,trou 33 ; aiiagoya deaita&goya.
Ceci fera apparemment le procede primitif, mais il y a beaucoup
de mots compofes ou 1'union des deux mots eft devenue plus intime,
foit pour des raifons d'euphonie, foit pour d'autres raifons. Dans
ces cas-la nous voyons paraitre des mots comme ar\ain y de ari-iain
(chute d'une lettre); ou bien fukopil, de fu-hopil (mutation d'une
lettre); ou bien afa^a!, de at^haial (chute & mutation d'une lettre).
Si le mot compofe efl forme de deux noms fubfhntifs, le nom
(i) Le verbe dans les mots compofes n'eil pas une forme flechie, c'eft le theme.
4fa
attributif doit preceder; c'efb cette meme regie qui veut que le
genitif foit place devant le nom qui le regit. Ainfi beta^al pau-
piere 33 eft forme de btgi-haqal, ceil-coquille 33 ; arrobi ^carriere 33
de arri-obi j,pierre-caverne 33 ; lurfagar ^pomme de terre 33 de lur-
fagar ^terre-pomme 33 ; arratfalde. ,,,lbiree 33 de arrats-alde.
Si le mot attributif eft un adjedtif, il eil place apres le nom;
p. ex. eguerdi ,,,midi" de egw-erdi' ,,joui~moitie"$ ii^aurre 33 avant-
propos 33 de it^-cnirre ^parole-avant 33 5 1'allemand Vorwort. o4rribiii
, 3 echo 33 de arri-bi^i ,,pierre-vivante 3 ^.
La langue bafque, comme tant d'autres langues, a forme aufll
des mots en repetant le mot^ mais en changeant la lettre initiale ;
p. ex. nahas-mahas 5 ,pele-mele; ^adura-badura^ (T); churi-muri.
On a voulu voir dans cette maniere de compofition un procede
fpecialement bafque, fans fe douter que beaucoup de langues ont
forme de pareils mots : en fran^ais pele-mele ; tohu-bohu ; cahin-
caha; en anglais helter-skelter; higledy-pigledy ; en allemand bolter
polter, &c. 5 &c.
NOMS VERBAUX COMPOSES.
Les noms verbaux compofes ne font pas tres nombreux. Ces
noms, ou plutot ces adjedlifs verbaux (2), font compofes :
i D'un fubftantif & d'un ad jeclif verbal;
2 D'un adjeclif & d'un adjedlif verbal;
3 De deux adjeclifs verbaux.
SUBSTANTIF ET ADJECTIF VERBAL.
Uadjeclif verbal efl alors generalement arm ,,prendre 33 , etji
eflimer, juger 33 , egin
(i) ... E-^pada lapiko uftel bat, arbi-^, a^, chongos, bin faki^, hit^ batean, fadurd baduraf
betea. Larramendi, Introd. Dice. p. ccxiv. ,,Si ce n'eft un pot pourri plein de navets, de
choux, de ..?, de morceaux de poumons, en un mot de tout".
(a) L'adjedif verbal.
Amfifukarm , 3 allumer 33 de/ ,/eu 33 & harm ,,prendre"; lokarm
,/endormir 33 de lo ,,fommeil" & harm. Le h eft devenu k, felon
les lois phonetiques (voir ch. in). Setarm ,,s'obftiner" de/<7 ,,obf-
tination 33 & arm; fmhetfi ,,croire 33 de/n ,,foi" & /? ,,juger, tenir
pour, tenir pour vrai 33 ; auietji ,,choifir" de am ,,choix 33 & etfi
tenir" 5 afarm ^s'amufer" de ats ,,haleine" & arm; atfeen ,,fe
repofer 33 de ats-egin, prendre (iitt. faire) haleine.
ADJECTIF ET ADJECT1F VERBAL.
Ce font les memes noms verbaux arm, erji, egin qui forment ces
adjeclifs verbaux compofes; p. ex. onetji 5 ,agreer, aimer' 3 de on
,,,bon" & etfi; ederetfi .^trouver beau" de eder ,,,beau" & etji;
hair" de gaiti ^mauvais 33 6c erji.
ADJECTIF VERBAL ET ADJECTIF VERBAL.
Ces adjectifs verbaux ne font pas nombreux, ils font generale-
ment formes de era^o, ari ; p. ex. arrera^o )3 faire prendre 33 de ar
^prendre 3 ' & era^o )3 faire, caufer 33 ; & par confequent tous les
adjeclifs verbaux faclitifs compofes avec era^o. Eft all ^cacher,
couvrir 33 de es ^ferrer, enfermer 33 6c ari faire 33 . La mutation de
r en / fe trouve dans les verbes askaldu, auhaldu, afaldu, baikaldu,
gofaldu, kiskalduj tous formes de ari, felon toute apparence. De
meme it{ali ^eteindre 33 de ich ^arreter 33 & ari 5J faire 33 5 ainfi : faire
ceffer (de bruler)= eteindre. En hollandais on dit pour eteindre
,,uiimaken" faire fortir, & pour s'eteindre ,,uitgaan" fortir, Iitt.
alier dehors.
4f4
3-
La derivation .
La derivation eft un precede beaucoup plus important que la
compofition. II va fans dire qu'il ne peut etre queftion en bafque
que d'une derivation laterale, c'eft-a-dire d'un mot bafque d'un
autre mot bafque. La langue bafque etant entierement ifolee jufqu'a
prefent, la derivation en ligne direcle, s'il eft permis d'employer ce
terme de genealogie, nous echappe neceffairement pour le moment.
La derivation fe fait a 1'aide de terminaifons, que dans d'autres
langues on a Thabitude d'appeler fuffixes ; mais nous avons referve
le terme de ,,fuffixe" pour ces lettres ou ces mots qui indiquent
les differentes relations des mots entre eux. Ce n'eft pas en vue de
la clarte feulement, & pour diftinguer deux efpeces de mots, etroi-
tement lies, fous quelques rapports,, que nous empioyons ces deux
termes; c'eft puifqu'il y a une veritable difference entre eux; les
terminaifons forment des mots; les fuffixes indiquent des rapports.
La ligne de demarcation que nous tirons entre ces deux efpeces
de mots nous parait corredle. Cependant il eft poffible., bien que
ce foit extremement rare, qu'un mot puiffe etre confidere comme
appartenant aux deux categories.
Un mot comme goi^ko ,jtnatinai" n'avait jamais ete analyfe, &
Ton pouvait dire que golfa etait forme de goii ,,matin" <5c de la
terminaifon ko, tout comme alifu , 3 puiflanL 3:> eft forme de al 3 ,puif-
fance'^ & de la terminaifon tfu. Mais quand on fait que les adjeclifs
en ko font, pour ainfi dire,, les genitifs du nom (comp. (poule) d'eau
= aquatique; (confeil) paternel = de pere), ko reprend fon ca-
raclere propre, ko eft un fuffixe correfpondant a ,,de". Goifa &
tous fes pareils font beaucoup trop vifiblement ce qu'on nommerait
dans nos langues des genitifs, pour qu'on puiffe fe meprendre fur
leur forme. La place que ces noms occupent dans la phrafe vient
encore affirmer leur veritable caradlere; Je genitif doit preceder,
4ff
<3c ladjeclif doit fuivre le nom qu'il qualifie; ainfi gerlako gi^on bat
ethorri da, ,,ii eft venu un homme de guerre". Nous confiderons
done goiiko, comme un nom avec un fuffixe, un nom au genitif,
correfpondant a ,,de matin 3 ' & non pas comme un adjeftif corref-
pondant a ,,matinaP'.
Maintenant que ces deux adjeclifs font anaiyfes, leur forme
s'explique, & altfu eft un nom ad jedlif derive, forme de al & de la
terminaifon tfu, tandis que golfa, bien qu'employe comme adje<5lif,
eft un nom au genitif, forme de goi^ & du fuffixe ko, lequel fuffixe
fait exprimer a goii le rapport d'un genitif. cAltfu n'exprime aucun
rapport quelconque 5 c'eft fimplement un qualificatif. Ces adjeclifs
en ko font fi bien des genitifs du nom que ^eruko ,,de ciei = ce-
lefte" eft employe par Licarrague au pluriel \eruetako ,,des cieux"
= celefte; p. ex. Etie cAita ceruetacoac... Matth. xv, 1 3. ,,Mon
Pere celefte". Ceruetacoac fuit le nom a caufe du pronom pofleflif.
Les exceptions dont nous parlions plus haut fe reduifent peut-etre
a une feule exception,, & c'eft le mot gabe. Gabe eft un adjeclif 6c
fignifie , 3 denue J ^ il correfpond a Tallemand ^los'% au hollandais
,,ioos 3 ', tous les deux employes comme terminaifons ; p. ex. kinder-
loos ^fans enfants"; levenloos ../ans vie 33 . On dit done en bafque
eikergabe ^ingrat" c'eft-a-dire denue de gratitude. Gabe a encore
garde fa fignification propre, mais malgre cela en eft arrive a erre
employe comme fuffixe avec la fignification de ,,fans" : nigabe
.,,,fans moi^; & en meme temps comme terminaifon, c'eft-a-dire fans
fignification arretee, comme dans e^kergabe ,,ingrat j \ II eft pro-
bable que gabe, comme terminaifon,, reprefente tout auffi peu a
Fefprit bafque la negation de ce que le nom indique, que ,,loos"
dans roekeloos ^temeraire" en hollandais. 3 ,L'efprit oublie", comme
dit M. Breal, dans un cas analogue, ,,,quand il veut, la nature
adjedlive ou fubftantive" (i).
Mais quoique nous puiffions ou quoique nous ne puiffions pas
arriver a decouvrir la fignification & la forme primitive de toutes
les terminaifons, il nous femble qu'ii faudra admettre : i qu'elles
(i) Gram. comp. de Bopp, Introd., p. xxix.
4f6
font toutes des noms, adjedtifs ou fubftantifs, & qu'unies a d'autres
noms elles forment des mots derives ; 2 qu'elles rundiquent jamais,
excepte gabe, les rapports des mots entre eux, & ne peuvent pas
etre confondues avec les fuffixes.
4-
Les terminations au moyen defquelles on forme les mots derives
pourraient etre divifees en quatre clafTes., felon qu'elles fervent a
former i des noms fubflantifs 5 2 des adjeclifs, 3 des adjedlifs
verbaux; 4 des adverb es.
TERMINAISONS DES SUBSTANTIFS.
c4r ou tar. Hart.
c4ri, voir hari. Keria.
*Be oupe. Kunde, kume.
T>ura ou ihura. Le, voir -{ale.
Era. Men.
Gaiy kai ou gel, kei. Ten.
Gaillu, kaillu. liafun^ lar^un
Gale, voir ^ale. Tegi ou leli.
Gin, gille. Zale.
TERMINAISONS DES ADJECTIFS,
Vun. Garren.
Gabe. Garri.
Gor, voir kur. 5^zz.
Gure, voir kur. Ti.
Kor, voir kur. liar.
Koi, voir kur. Tfu,fu.
Kur.
4f7
TERMINAISONS DES ADJECTIFS VERBAUX
T)u ou m.
Z.
TERMINAISONS DES ADVERBES.
Ki.
%.
Ki^un .
Leclufe, dans fa grammaire, compte foixante terminaifons, mais
la moitie font des noms. De la fafon done il s'y prend on pourrait
confiderer, par exemple en allemand, le mot Alter ,,age" commc
une terminaifon, puifqu'on dit Zeitalter ,,age'% Mittelalter ,,moyen-
age". II a pris pour des terminaifons les noms dont il ne favait pas
rendre compte,, & le nombre n'en eft pas petit; p. ex. aldia, an-^i,
her a, etfia, &c.
S'f-
Terminaifons qui formem des fubftamifs.
oAr ou tar. Ceft le fuffixe de Tethnique; il eft ar ou tar; le r eft
dur & par confequent fe redouble quand fuit Tarticle. De 'Burgos
on forme TSurgoflana ^'habitant de Burgos'^ de Oloron on forme
Olorondarra ^'habitant d'Oloron". Le t devient d quand les lois
phonetiques 1'exigent. Si le nom finit par une voyelie c'eft Foreille
qui decide,, felon Lardizabal, fi le t fera maintenu ou elide. Erroma
^Rome'^ fait Erromarra ou Erromatarra , 3 le Remain' 5 . Efpanarra
5 ,rEfpagnoP\ L'origine de ce fuffixe nous parait etre le fubftantif
ar ^male^; le t dont il eft precede eft fans doute inexplique jufqu'a
prefenr, &^ fi c'eft pofllble nous ne voudrions pas Tadmettre comme
lettre euphonique ou adventice. Comme regie generate, Felifion des
confonnes eft de beaucoup plus frequente que leur intercalation.
Ces terines de ,, adventice, euphonique, redondante" n'expli-
quent rien du tout pour la plupart du temps. Cependant , fl
notre hypothefe eft fondee, le t ne peut pas appartenir a ar; il faut
done qu'il appartienne au mot precedent 5 mais comment? Nous
Tignorons; mais il nous femble qu'on arrivera plutot a un refultat
fatisfaifant en cherchant Torigine du r, foit dans le nom qui precede,
foit dans un mot peut-etre difparu. En tout cas, il nous femble
tres peu probable que tar foit la terminaifon. cAr ,,male, homme"
explique tout naturellement ces mots compofes & trouve des ana-
logies dans plufieurs autres langues. L'allemand Landfmann eft
exaclement le bafque erriiar ; de meme en anglais & en hollan-
dais on dit englishman, engeifchman (un) anglais, franfchman,
frenchman (un) francais, &c.
Jufqu'a prefent nous n'avons trouve que tres rarement le t employe
comme lettre euphonique : ei^tari^ de ei-^-ari. Et encore il fe pourrait
que le t de ei^tari & de quelques autres mots formes de la forte,
fut pour un k medial, qui eft tolere feulement quand il provient de
h radical. Ei^tari eft forme, felon nous, de ei^-hari & aurait du faire
ei-rkari; il fe pourrait que le k cut ete change en r, felon la loi par
rapport au k radical.
cAri, hari. Cette terminaifon forme les noms d'agent, & corref-
pond au francais ^eur''' dans fileur, pecheur, tourneur, &c. cArrain-
kari, bn. ,, pecheur" de arrain ,,poiffon" 5c hari avec mutation de
h en k (voir ch. in). Garfiari, bn. ,,marchand de fel" de gat^
^fel"; gerlari ,,guerrier" de gerla ,,guerre' ? 5 meatman ,,mineur"
de meati ,,mine"5 ei^tari ,,chaiTeur" de eit^ ^chaife" & ari^ peut-
etre de eif-iari avec mutation de k en i, comme c'eft le cas pour ie k
radical.
cAri, hari nous femble etre le nom verbal, dont la fignification
eft ,,etre occupe 33 .
*Be fignifie ,,bas 3;> & a forme quelques rares mots : leorpe, g.
,,cabane ?:> de leor ,,fec"; burupe ,,eftime de foi-meme, prefomp-
tion' 3 felon Pouvreau (v. Axular, p. xvi de la Gom. carta).
4T9
'Dura. Cette terminaifon qui eft rhura en fouletin, fe retrouve dans
tous les dialectes. Les langues romanes en ont une femblable: dura,
efp. p. ex. cortadura, cornadura; dure ou cure franais. Elle leur
vient du latin (voir Diez).
II nous parait cependant pofTible & meme probable que cette
terminaifon foit purement bafque dans les mots bafques. T)u ou tu
eft la terminaifon qui forme les adjeclifs verbaux; handi ,, grand"
fait handitu ,,grandi"; epel ,,tiede" fait epeldu ,,attiedi" & epeldura
,,attiedifTement' J . Or ra ,,vers" indique la ,, tendance vers" & par
metaphore ,,le devenir"; par exemple begiratu ,,regarder" de bfgl
35 oeil"5 gogoratu ,,fe rappeler, venir a la penfee" de go go. Ainfi
epeldura eft attiediffement, c'eft-a-dire le devenir tiede; tandis quc
epehafun eft tiedeur, de epel & tafun. E-[tidura ,,adouci(Tement J> ;
mais eytitafun ^douceur". Chiphura ^rappetiflement".
Gay, gaiy kai, g. 3 1., bn.,, gei, b., ekhey, bn., ekai, 1. La fignifi-
cation primitive de cette terminaifon, qui eft un nom, encore
employe pour lui feul, eft 33 matiere 3 fujet, etoffe" ; enfuite, comme
adjecflif 33 apte,, capable 3 ^. L'expreflion fran^aife 3 _,il n'y a pas d'etoflfe
en lui pour en faire quelque chofe" equivaut a 3 ,il n'eft pas capa-
ble" ... Comme terminaifon ce nom fe retrouve avec une fignification
moins definie, mais indiquant toujours que le nom auquel il eft
fuffixeeft rendu ^propre a faire'% qu'il a ,,h faculte de faire", qu'il
eft ,,deftine a faire telle ou telle chofe". Dans ces cas-la nous le
retrouvons fous la forme gal, kai, gi, ki, p. ex. agerkai, g. ,,, docu-
ment" deager, theme verbal au fens de ,,paraitre, declarer, mani-
fefter"; & ainfi halgai, de halt pour hari ,,tout ce qui provient du
lin". Iraugai = iraugi ,,chaume". Oihalki ,,lambeau de toile";
e^urki ^fragment d'os"; idiki ,,viande de boeuf", &c.
Galllu, kaillu. Cette terminaifon, dont Forigine nous eft inconnue,
appartient aiix dialecles bafques fran^ais ; elle ne fe rencontre que
rarement. Chaho la rend par ,,ce qui fert a" (i). Ainfi handikaillu
,,ce qui fert a agrandir" de handi ,, grand". Ederkaillu ,,ce qui fert
a embellir" c'eft-a-dire ornement. Lotgaillu ,, bandage" dehru ,,Her".
(i) Etude gram.
460
Ejlekaillu ^lien 33 de es ,.,lier' 3 . Onkhaillu ^fumier 33 de on ,,bon", &c.
Gale., v. idle.
Gin, ghin, gille, ille, He. Ces terminaifons font en ufage dans
tous les dialedles,, & indiquent en general ceux qui font quelque
chofe,, les gens de metier; elles derivent toutes de egin , 3 faire 33 . Le
n de egin a du fe perdre devant / & egin -f- le eft devenu egile ou
egille, d'ou gille, & par la chute du g eile. Gin ou ghin appartient
plutot aux dialedles bafques francais; p. ex. ^urghin, L, bn., fur-
gille, 1. jjdiarpentier 33 de IUY ,,bois 33 . It^aghin, f. ^cloutier' 3 de
hie ?J clou 33 . Harghin, f. ^magon 33 de harri ^pierre 33 .
La terminaifon le de egille ou egile parait etre la contraction de
-[ale (voir cette terminaifon)5 <5c egin^ale ^faifeur., createur 3 ' fe trouve
comme egille. Egille a fon tour efl terminaifon, fous une forme
fyncopee ille ou He ou eile; bacherille ,^potier 33 de backer o-ille.
Ehaille tiflerand 33 de ehai-ille.
^
v. art.
v. ga.
Keria. Cette terminaifon eft de tous les dialectes & fignifie ten-
dance & au fond ^mauvaife tendance 33 . La forme primitive efl.,
croyons-nous_, heri ^malade 33 dont le h initial,, par fuite de 1'agglu-
tination,, venant au milieu du mot^ s'eft durci en k, felon la regie (i).
Comparez notre Didlionnaire. L'etymologie explique pourquoi keria
exprime une tendance mauvaife; p. ex. ordikeria ,,1'ivrognerie 33 ;
mais on a quelquefois oublie le veritable fens de cette terminaifon
& elie a ete appliquee de travers.
Kide. Ce mot fignifie: pareil., egal; & aufH felon Pouvreau :
compagnon. Le dialecle labourdin ecrit kide, & le bifcai'en ide; le
k initial ne fe fera probablement pas perdu, & puifque hide fe
trouve auffi ecrit hide, il efl plus probable que le h fe foit perdu en
bifcai'en,, comme cela efl toujours le cas,, & que le h initial foit
devenu k comme c'efl la regie,, pour les mots compofes, p. ex. bakid
dQ bat-hide 3 ,commun 33 . Dans aurhide ^confanguin 33 le h (primitif?)
s'efl maintenu .
(i) Ch. in.
461
Zunde, lume. La premiere forme de cette tcrminaifon appardent
aux dialecles g., b., 1., bn.; elle eft plus correcle que la feconde,
qui eft en ufage en fouletin, puifque n & t ne fe fuivent pas en
general. Quelquefois le k eft elide comme fansjakiunde, g. ,,con-
naiffance" de jakin, fans doute pour eviter la cacophonie, car
generalement le k refte : uftekunde ,,perfuafion, conviction"; ohikunde
IMen. Cette terminaifon parait etre le nom fubflantif moi/ capa-
cite, puiflance, & pourrait etre comparee a Tadjedlif hollandais :
vol ^plein"; p. ex. ahamen ,,bouchee" de aho ,,bouche"; en holl.
^mondvoP de mond ,,bouche". Eskumen ,,poignee" de esku; en
holl. handvol. S^afmen melange 3 ' de nas ou nap. 'Baimen
^permiflion >j> de bai.
Ten. Terminaifon qui fe trouve dans tous les diale<5les pour
former des fubftantifs de noms verbaux : erofpen , 3 achat JJ de eros-i;
iduripen 3) oupon 37 de iduri; nahajtepen ^melange 33 de nahas-tt;
oroipen 5 ,fouvenir' J de oroi; fon^apen ^naiiTance 53 de/0r-/p (pour
ffi); jauifapen Debute 1 ' de jaufte, dejaus-i.
Tafun, tarfun. Cette terminaifon indique la qualite, la tendance,
plutot bonne^ comme keria indique la tendance mauvaife : berdin-
tafun ,,egalite >3 de berdin; aberaftafun ^richefTe 33 .
Jufqu'a prefent la fignification de tafun eft inconnue. Aftarloa
pretend que tafun fignifie abondance, ce qui a ete repete par
W. V. Humboldt., & enfuite par tous ceux qui ont copie Tun ou
1'autre de ces auteurs; mais il n'y a Hen, autant que nous fachions,
qui puifTe prouver 1'exadlitude de cette afTertion.
II n'eft done pas pofTible de decider fi le fens de tafun implique
1'idee de bonte, comme keria implique Tidee de defaut, de mal.
La forme t orpin appartient aux dialecles bn. & foul.
Comp. le Diet. f. v. eri & lafun.
Tar-pin, v. tafun.
Tegi. Cette terminaifon fe trouve dans tous les dialecles, mais
fouvent fous fa forme contraclee tei. Ceft un nom fubftantif figni-
fiant ,,lieu", holi. plaats. P. ex. futei ,,foyer" defu-tegi; en holl.
vuurplaats, ce qui eft exadlement le mot bafque. vlrgindfgi (muta-
462
tion de i en d apres n) ^atelier du lapidaire; de arri-egin-tegi.
Une variance de tegi eft toki contraclee en wi; p. ex. iratitoi, bn.
^fougeraie" de irai^-wi.
Tell. Terminaifon du dialecle foul. <5c indiquant 3 ,amas"; p. ex.
elhurteli ,,amas de neige"; harriieli , 3 amas de pierre"; gi^pnteli
,,amas d'hommes".
T^aille, v. \ale.
Zale, gale. Gale & la variance ^ale (mutation de g en ^, voir
ch. in) font des noms fubftantifs & fignifient ^envie,, defir".
Onda\un ^alea da gi^ona. Mendiburu., p. 49. ^rhomme efl defireux
de biens". C^(on dubagea, an da ^alea. Prov. ,,Oii eft manque, la
eftdefir".
Zale fe trouve comme terminaifon en b., 1., bn.; neka^ale }) o\i-
vrier 53 de neke ^travail 5 '; eginiale ^createur" de egin 5 ,faire". Mais
plus generaiement on trouve i^aille dans les dialecfles bafques
frangais : ont^aille ^bienfaiteur" de ona; fali^aille ^vendeur 55 de
fal-du. La variante i = q f e rencontre tres fouvent en~(un.-eni^un. La
variante I = 11 n'eft pas non plus rare.
6.
Terminaifons qui fervent a former des adjeftifs.
T)un. Cette terminaifon fe trouve dans tous les dialedes; elle eft
formee de la 3 me perfonne fing. de Tindicatif : du ,,'ii a 5 ' fuivi du
pronom relatif n; ainfi -,.,qui a 3 ^ p. ex. biot-{dun ^courageux" de bioii
^^coeur'^ qui a cceur. cAurdun ^enceinte 5 ' de aur ^^enfant 3 ^ qui a
enfant. Zamaldun ,, cavalier" de ^amari-dun.
Gabe. Nous avons deja parle de cette terminaifon (v. 3), qui fe
trouve fur lalimite entre les terminaifons & les fuffixes. Dans nigabe
^fansmoi", gabe eft un fuffixej ilindique un rapport; dans eskergabe
^ingrat" uftegabe ^irreflechi" gabe eft une terminaifon, formant un
mot d'un autre mot <5c n'indiquant aucun rapport, excepte pour le
463
grammairien qui decompofe le mot. Toute clarification nous parait
devenir impoffible fi Ton n'affigne pas pour limite la fignification
aduelle du mot, puifqu'on ne peut prendre en confideration toutes
les phafes par oil le mot a pafle. Le fubftantif verbal, par exemple,
eft un nom au locatif, mais pour I'etymologifte feulement, car ce
locatif n'eft plus fenfible dans la phrafe; bien plus, ce locatif fert
comme objet (infinitif ) dans la phrafe regie.
Gabe a conferve fa fignification independante, on le trouve fepare
du nom & regiflant le partitif : Ogirik gabe ,,denue de pain".
Galdu dira euskarasko librurik gabei euskarasko hiti egite. Mendiburu.
,,11 s'eft perdu beaucoup de mots bafques par le manque de livres
bafques". Gabei eft gabe + ^ c eft-a-dire,, par le manque". Nous
pouvons citer deux fuffixes a 1'appui de notre theorie de claflifica-
tion ; ce font kin & /^r, tous les deux regiflant le genitif (voir ces
fuffixes).
II eft plus que probable que nous connaifTons Torigine de kin;
kin eft un nom au locatif fignifiant ,,dans la compagnie" & de
la le genitif qui precede. Nous connaiffons done tout auffi bien
Torigine de kin que de gabe; tous les deux font des noms, Tun
adjeclif, Tautre fubftantifj & malgre cela kin n'eft jamais termi-
naifon, & gabe peut 1'etre ; kin exprime une relation, comme nos
prepofitions, & n'exprime jamais autre chose qu'une relation, &
gabe fert a former des mots, & fert aufH comme fuffixe; c'eft
cette aptitude a rendre ce double fervice qui le place fur la limite
de Tune & de Tautre categoric de ces mots.
Garren. Tous les dialedles font ufage de cette terminaifon pour
former les noms de nombre ordinaux : bigarren, hirugarren, &c.
Plufieurs auteurs anciens ecrivent garren fepare du nom de nombre;
mais jufqu'ici nous n'avons pas pu decouvrir la fignification de cette
terminaifon.
Garri. Cette terminaifon forme un grand nombre d'adjedifs &
leur donne le fens de ,,porte a, enclin a". II nous femble qu'elle
derive de ekarri ,, porter". Cette forme d'adjeclifs fe retrouve en
allemand & en hollandais; dragen, holl. ,,porter" fait haatdragend
,,rancunier" de haat ,,haine" & dragend, part, prefent ,,portant".
Ainfi arrogarri ^orgueilleux 33 de arro ^vain, gonfle". cAhalgegarri
,,,honteux 33 de ahalge. On trouve chez Larramendi eftimagarri
^appreciable, efp., eftimable' 3 ce qui ne parait pas etre une forme
corredte; les adjedifs en garri devraient avoir une fignification
active. Mais toutes les langues fe permettent de ces licences; en
francais Tadjedlif curieux t fert dans les deux fens ,,un homme cu-
rieux 33 au propre, efl un homme qui veut tout favoir; ,,un meuble
curieux" efl un meuble rare. Comp. le Did.
Gor, v. kur.
Cure, v. kur.
Kor, v. kur.
Kur. La fignification primitive de kur, gur, parait etre ,,penche,
courbe 33 ; 5c puifqtie latheorie qui veut que les explofives fortes aient
precede les explofives douces, eft probablement correde, il faut
admettre kur comme la forme primitive. Kur ou gur fignifie, de nos
jours, ,, reverence 5 ^ & a donne le nom verbal khunu ^s'abaifier^.
Comp. le Dictionnaire. Kur ou gur nous femble fe retrouver dans
la terminaifon gure avec la fignification de ^inclination,, defir, vo-
lonte 3 ^; p. ex. logure, g. ,,,envie de dormir 35 ; a^kure ^envie de fe
gratter' 3 . Gure ou kure eft devenu dans quelques dialedes gor ou
kor, & meme cette variete de la voyelle fe retrouve dans le meme
dialecle : ilkor ^^mortel 33 appartient aux dialecles guip. & lab.;
galkor, galkhor, 1. ,,,periffable 33 .
5\Vzr. Cette terminaifon eft tres rare; nous ne 1'avons trouvee
jufqu'a prefent qu'en guipuzcoan & dans le feul mot ikafnai. tH^ai
fignifie ^volonte 33 & correfpond dans ce cas-ci exaclement a la ter-
minaifon hollandaife gierig (de begeerig ^quia envie de^ avide 33 ) &
ikafnai fe rend parfaitement par weetgierig ,,avide d'inftrudlion 33 . La
meme terminaifon fe retrouve en allemand; neugierig, all. nieuwf-
gierig, holl. ^curieux' 3 ; litt. avide de nouvelles.
Ti. Terminaifon qui fe trouve dans tous les dialectes & correfpond
a la terminaifon holl. achtig, de aard 5J nature, difpofition 33 . Geyuni
3:) menteur' 3 ; egiati 33 veridique 33 ; bekhaifii ^^envieux 33 .
Tzar. Cette terminaifon n'appartient qu'aux dialedles bafques
francais; elle fignifie: ami de; p. ex. David errege Jainkotiar hum*
Chourio, p. 316. ,,Ce roi David ami de Dieu, devoue a Dieu". La
verfion fouletine eft: devota bere indar oro^; la verfion nav. efp.:
guitii devowac. Goinjiar ,,matinal".
Ceft a tort, croyons-nous, que M. Geze(i) confidere liar & tar
comme une terminaifon & la rend par : qui frequente, qui habitc,
qui pratique. Comment cette fignification s'appiique a ,,Dieu" ou a
,, matin" n'eft pas dit.
Comme tiar a le fens de : ami de, devoue a, porte a, il efl pro-
bable que cette terminaifon derive d'un adjeclif ou adjeclif verbal,
ayant cette fignification. La feule racine qui conviendrait eftyar ou
yar qui fignifie ,,aflis". Comme ley (y) initial prend quelquefois le
fon de dj (voir Diction, f. v. J'Jeiii=deirii),yar oujar eft devenu
diar puis liar, comme du devient m. La forme s'explique done,
croyons-nous; mais la fignification? Comment eft-ce que ,,affis"
en eft venu au fens de : incline, penche?
Tfu,fu. Terminaifon qui fe trouve dans tous les dialecles; elle
eft ecrite rfu, xu, fu; x etant prononce w, ifu & xu ont le meme fon,
rendu d'une maniere differente; fu eft rare, comme dans odolfu
,,fanguinaire"; egarfu ,,altere 5:> qui s'ecrit aulfi egarrfu. Lohixu, f.
,,luxurieux"; harrixu, f. ,,pierreux"; alifu ^puiflant", &c.
La langue bafque poffede aufli quelques terminaifons pour les
diminutifs & les augmentatifs.
Le figne diftinctif du diminutif parait etre le mouiliement. On
retrouve le mouiliement aufli dans la conjugaifon familiere. II fuflit
meme, dans quelques dialecles, de prononcer la lettre mouillee,
fans rien ajouter au mot. Lardizabal dit (Gr., p. 82, n y) que
maiiea ,,cher" fe prononce comme terme de tendreffe avec /
mouille. En general, dans beaucoup de langues, les termes de
tendreffe, les termes familiers, font des diminutifs.
II eft difficile de tracer 1'origine de ces terminaifons (2) & nous
(1) Elements de Grammaire bafque, p. 355.
(2) Ce qui eft confided comme terme d'amitie chez un peuple eft fouvent une injure ch
un autre. En anglais un enfant dira a fa mere : Dear old mama. ,,Chere vieille maman".
En holl. ou en all. 1'enfant qui entendrait appeler fa mere ou fa bonne ,, vieille" ferait trt-s
cheque.
466
ne ferons que les nommer. En bifcai'en il y a n, ch, x; p. ex. neska
fait neskacha; aim fait aitacho; enecho )} mon cher"; efp. muy mio.
Giipn fait gi^oncho. En foul, il y a no, no, ni.
Les terminaifons t^ar & char font, felon toute apparence,, formees
de chaar, %ar 5 ,vieux". Gi^ounchar ,,un homme depeu". Ema^tei\ar
bat ^une vilaine femme".
En lab. tcho, to, sko, skoto, &c. : Eta canta efpiritualeico Ubmtcho
hau... Les Noels de Etcheberry (1630), , 3 Ce petit livre de chants
fpirituels" . . .
Les terminaifons pour les augmentatifs font : to, ko, p. ex. giiato,
de gi^on-to. Pour la mutation de gi^on en giia, comparez les derives
gi^aldi, giiakumeak, &c. (voir le Didion.). tMmilko, &c.
7-
La derivation du nom verbal.
II y a une grande difficulte a claffer les noms verbaux en noms
verbaux primitifs & noms verbaux derives. II eft impoffible de dire
ou une claffe commence & ou Tautre finit.
Stridlement parlant_, on pourrait admettre que tous les noms
verbaux font derives; ils font tous formes d'un theme verbal (peu-
etre d'une racine verbale)^ auquel eft joint une terminaifon, foit du,
tu, i, n. Ibil fait ibili; eros fait erofi; fal fait fa! du. Comme theme
(ou comme racine) ces noms fe trouvent dans Fimperatif; mais il
exifte cependant une difference marquee entre eux. Ibili eft un nom
verbal qui fe conjugue; & eroji, bien qu'il ne fe conjugue pas^ a eu,
felon toute probability fa conjugaifon reguliere comme ibili; on a
du dire darofat; mais de nos jours on ne conjugue erofi que par
periphrafe : eroji dut 3 J'achete". Au gontraire faldu, arm, aji dcfal,
ar & as ne fe conjuguent pas^ & il n'y a aucune raifon pour admettre
qu'ils aient eu une conjugaifon; aji pourrait encore fe conjuguer,
mais pour des noms verbaux comme far, fal, ar & d'autres, il ne
46?
ferait pas poffible de les conjuguer par analogic avec les noms
verbaux connus, comme ibilli, ikufi, etorri, &c. (i). Comme noms
verbaux primitifs, ils auraient du fe conjuguer regulierement, puifque
la conjugaifon periphraftique eft d'une date plus recente; & cepen-
dant on ne volt pas comment ils auraient pu etre conjugues regulie-
rement. De plus, les noms verbaux en du, tu, font, croyons-nous,
d'une date comparativement recente, ce qui ne s'accorde pas non plus
avec la notion de themes verbaux primitifs. Comment ces noms ver-
baux, comme faldu, arm, farm, &c., etaient-ils conjugues, ou meme,
comment ces ad jedifs verbaux etaient-ils formes, avant quelalangue
bafque eut admis du ou tu comme caracleriftique de 1'adjeclif verbal?
eft-ce que fal, ar, far etaient des themes verbaux, ou meme des
racines verbales en ufage comme adjedlifs verbaux, comme il arrive
avec les adjectifs verbaux en n: jan, eman, egin? Jufqu'a prefent
toutes ces queftions reftent fans reponfe, & nous aimerions confi-
derer provifoirement tous ces noms verbaux comme primitifs en re-
fervant le terme de ,,noms verbaux derives" a ceux qui font derives,
foit d'un fubftantif, foit d'un adjedif, foit aufli d'un nom verbal.
Les fuffixes a 1'aide defquels fe forment les verbes derives font :
r, ra, ka, -{, ki ou ^Az, du ou tu.
Nous rangeons done dans cette claflTe les noms verbaux qui font
derives :
i D'un fubftantif : comme bildunu ,,craint" de bildur ,,crainte";
apaindu ^orne'^ de apain 3 ,ornement^5 buiiandu ,,germe" de hu^an
,,germe, queue".
2 D'un adjeclif : handim ,,grandi" de handi ,,grand".
3 D'un nom foit fubftantif, foit adje<5Hf, a Taide d'un des fuffixes
ra, ha, i, &c. Le fuffixe ra ,,vers" a forme plufieurs noms verbaux
danslefquels fe trouve exprime ,,une tendance vers"; p. ex. de on
,,bon" on forme oner am ,,porte au bien= amende"; de men
,,puiffance" on forme menderatu ,,amene vers, fous, la pui(Tance =
fubjugue". De begi ,,ceil" on forme begiratu ,,regarde". Les
(i) Les noms verbaux comme fartu.faldu, tec., peuvent avoir pris dans la fuite cette
forme fimple, qui les fait pafler pour des noms verbaux primitifs. Jabaldu eft pour jabt-
ari-du, it^aldu 8t itfali pour it^-ari-du.
468
adverbes comme gora 3 ,en haut" & bera ,,en bas" avaient deja
le fuffixe ra & ont donne beraru ^abaiffe" & goraru ,,eleve".
Le fuffixe ^ , 5 par" a fait de be ,,bas" &qrz/ ,,humilie" de ichu
; ici fe trouve encore ki; pour ^z^?
Le fuffixe ka a forme de elhe elhekam, de t?^a oskakatu, de y?/?a
La terminaifon ier, felon Larramendi^ & /^r ou ter, felon Salaberry,
donne au fubflantif verbal la fignification de ,,faillir". Halter nil
oihu-{ ,J*ai failli commencer a crier 3:> . Gofeak hil\er daude asko ra
asko (i). ,,Les afTames ont tres fouvent failli mourir". Efh-ce que
cette terminaifon ne ferait pas le fuffixe ra Dyers' 5 ajoute a la termi-
naifon du fubftantif verbal le ou r^e, ce qui expliquerait auffi les
variantes rer <5c t\er ou ^er ; ha^te -)~ ra, ilt^e -\- ra '
(i) Lettre de Larramendi a Mendiburu, p. 3, verfo.
L*4 S rpTvl XE
CHAPITRE XXI.
L'ARTICLE.
L'ufage de Tarticle eft en bafque a peu pres le meme que dans
nos langues. Du moment que le nom eft defini par un autre mot,
foit pronom, foit nom de nombre, foit adverbe de quantite, 1'article
ne fert plus. On ne dit pas plus en bafque qu'en franfais : Zer
liburua? ,,Quel le livre"? On dit: Zer liburu? ,,Quel livre"? Et
ainfi : gi\on au ,,cet homme". Giion bi ,,deux hommes". Ogi asko
jan det ,J'ai mange beaucoup de pain' 3 ; litt. beaucoup pain,
comme en all., en holl., en angl., en efp., en ital.
L'article bafque a conferve, comme Tarticle efpagnol, quelque
chofe de fa nature primitive; on peut 1'employer la ou Ton prefere
en frang:ais fe fervir d'un pronom demonftratif. On dira, par exemple,
en efpagnol : Nos es lo mifmo trazar una grammatica general, que
efcribir la de una lengua particular (i). ,,Ce n'efl pas la meme
chofe de composer une grammaire generale que d'ecrire celle (& non
,,la" comme en efpagnol) d'une langue particuliere". DC meme
en bafque, fi Ton dit : liburu au da feme arena. ,,Ce livre eft celui du
fils" on dit au fond: ce livre eft le du fils; femearen-a. Par confe-
quent, s'il faut exprimer le pluriel, on prend 1'article au pluriel:
liburu oyek dira femearenak. ,,Ces livres font ceux du fils" ou ,,lcs
du tils"; feme-ar-n-ak, les-de-le-fils.
(j) Salva, Cram., Introd., p. xvn.
470
CHAPITRE XXII.
LE MOM.
I-
Le fujet & lob jet.
La langue bafque n'a pas de declinaifon & ne diftingue pas ce
que Ton appelle ^cas". Le fujet & Tobjet exiftent, comme de
raifon; c'eft la logique qui le veut; mais la grammaire ne connait
ni nominatif, ni accufatif. Le fujet & Tobjet ont la meme forme;
feulement le fujet, quand il eft 1'agent., porte la caradleriftique k;
mais du moment que le verbe eft intranfitif, le fujet n'a pas de
caradleriftique, & ne fe diftingue en rien de 1'objet; p. ex. giionak
ikuften du... ^1'homme voit... 33 ; mais gi^ona dawr ^Uhomme vient 33
& ikuften dut gi^ona 5 ,je vois Thomme 3 '.
La caradleriftique k eft fi bien le figne de Fagent & non pas celui
du nominatif, que le nom porte ce figne, meme quand le verbe de
la phrafe eft un verbe paffif; p. ex. Jaungoikoak egina i^an mundua.
,,Le monde fut fait par Dieu". Jaungoikoak egin ^uen mundua. 3 ,Dieu
fit le monde 3 '.
Le fujet avec le verbe paflif eft appele dans d'autres langues ^le
fujet logique" & eft toujours rendu par le nom accompagne d'une
prepofition ,,par" ou , 3 de"; & ceft ce qui a induit quelques
auteurs bafques a exprimer de pareilles phrafes a Taide de gaiik ou
gandik ou ^; mais Lardizabal (i) & Zavala (2) confiderent cette
fagon de s'exprimer comme vicieufe : il ne faut pas dire : Semea
(i) Gram., p. 67-68.
(a) Verbo vo/c., p. 17, note.
47'
maitetua da aitagatik; il faut dire: Semea aitak mairetua da. ,,Le fils
eft aime du pere". Dechepare s'exprime correclement en ecrivant :
tManamenduyak hoyek dira J'angoikuak emanik. ,,Ccs commandements
font donnes par Dieu". De meme Tainkoak berak efanak dira egia
oneek (i). ^Ces verites font dites par Dieu meme".
Dans les flexions du verbe, le meme pronom (ou fon caradlerif-
tique) fert indifferemment comme fujet, comme objet & mcmc
comme datif (2).
II parait que quand le fujet a rapport a plus d'un verbe, dont
Tun eft tranfitif & Fautre intranfitif, il y a accord feulement avec le
premier verbe : Vapid et-{egoan alako fonekoakin oiwa, eta oyek utfirik,
arm ^imen an^aiionekoa. Lardizabal. ,, David n'etait pas habitue a
de tels habits, &, les ayant otes, il prit fon habit de berger". II
femblerait qu'ii aurait fallu repeter le fujet : Vavidek arm, &c.
2.
(Accord du nom.
La langue bafque eft extremement econome dans la maniere
d'indiquer les rapports des mots entre eux; ce n'eft qu'au dernier
mot de la propofition qu'on ajoute le fuffixe qui doit defigner ce
rapport; p. ex. echea gi^on onen ,,la maifon de cet homme"; gfyn
ne change pas. Si la langue balque avait une declinaifon, gi^on
devrait auffi etre decline, comme par exemple en allemand : diefes
mannes, & non pas : diefes mann. De meme : Zer giionek efan dio.
,,Quel homme le lui a dit"; & non pas : ierk giionek. 'Here eche
fainduan. ,,Dans fa fainte maifon"; & non pas : echean fainduan.
Cette regie s' applique auffi aux noms verbaux. Mendiburu dit
(Jefufen companiaco, p. 14) : Gugatik gi-{pn egire iltie y ta aldearen
e\ da bakarrik guk Jefufi \or dioguna. ,,Nous fommes rede-
(i) Vcrbo vafc., p. 17, note.
(a) Ch. xi, 3.
472
vables a Jefus, non pas feulement parce qu'il s'eft fait homme, qu'il
eft mort, qu'il eft refte dans 1'autel^ pour nous". Cependant Axular
ecrit, p. 93 : cdldumeo ui^ico eta mudaricoitu prefoina...
II y a pourtant quelques exceptions.
i Quand I'adjeclif eft fuivi du pronom demonftratif, tous les
deux prennent le fuffixe; p. ex. Ecen gau$a hauc guciac eguin
behar dirade. Matt, xxiv, 6. ,,Car il faut que toutes ces chofes
arrivent"} litt. foient faites. Ici hauk & gu^iak ont tous les deux le
figne de pluralite k. "Bera^ T>avidec berac err an du. Marc xn, ^6.
,,,Mais David lui-meme a parle". Vavidek & berak ont tous les deux
le fuffixe k, caracteriftique de Tagent.
En vertu du principe qu'il ne faut pas exprimer deux fois le meme
rapport , ou la meme circonftance,, les noms reftent au fingulier
quand ils font accompagnes :
i D'un nom de nombre. Le nombre fuffit a indiquer le pluriel
gi^on bi ^deux hommes".
2 D'un adverbe de quantite :
gau^a behar dira iudi^io handian. Dechepare^ Poefies^ 24.
faudra beaucoup de chofes dans le grand jugement. TSer^e
debo^inot-{ko othoit^ekin. Haramburu (titre du livre). _,^Avec
beaucoup d'autres prieres de devotion".
3-
V attribut.
Dans quelques dialedles Tattribut s'accorde en nombre avec le
fujet^ dans quelques autres il n'y a pas d'accord. En labourdin,, en
fouletin & en bas-navarrais 1'attribut eft invariable,, & a la forme
indefinie, Ema^teak i-[ikor dire }y les femmes font pufillanimes" (i).
Zeren bcukoak baitira abil, animos era gemil, era heian i^an baita (2)...
() Darrigol. DijJ~. apol., p. 144.
(2) Dechepare, Introd.
473
,,Puifque les Bafques font habiles, courageux & aimables, & que
parmi eux il y en a 33 ... Offo diradenec e^tute... baina eri diradenec.
Marc n, 17. 53 Ce ne font pas ceux qui font fains... ce font ceux
qui font malades". Been ene u^tarria aifit da, eta ene cargo, arin.
Matth. x\, 30. Haimbejte girajlaku ,,tantnous fommes faibles".
En bifcaien & en guipuzcoan Tattribut s'accorde en nombre avec
le fujet. EI olgeeta gu^iiak dira onak (i). ,,tous les amufements ne
font pas bons". Giionak ilkorrah dira ,,les hommes font mortels".
II parait cependant que quand 1'attribut eft un ad jedlif verbal il y
a accord dans tous les dialecles. 'Bereak here odola\ erojlak gaitu (2).
^Lui-meme il nous a rachetes de fon fang". Tainkoak berak efanak
dira egia oneekQ). ,,Ces verites font dites par Dieu meme". Mai-
ratuak gera 5 ,nous fommes aimes".
Pouvreau fait accorder Tattribut : 'Baldin \ure irifle^ia eta etfimen-
dua handiak badire (4). ,,Et fi votre trifteffe & votre defefpoir font
grands"...
4.
Le nom 6- fon qualificarif.
Le qualificatif, dans Facception la plus large (adjedlif, pronom,
nom de nombre., fuffixe),, fuit le nom : gi^on ederra ,,le bel homme";
gi^on au ,,cet homme"; gi^on laur ,,quatre hommes", burui ,,par
coeur".
Excepte :
i Quand le qualificatif eft ce que Ton nommerait dans nos
langues un genitif ; dans ce cas il precede le nom : nere aitaren echea
,,la maifon de mon pere". Ici nous avons deux genitifs; aitaren qui
qualifie echea & le precede, & nere qui qualifie aitaren & le precede.
, lurreko abereak, aireko egaitiak. ,,Les hommes, les ani-
(1) Bartholome.
(2) Axular, p. 137, a- ed.
(^) Verio vafc., p. 17-
(4) Gvdv efpirituala, p. 23.
474
maux terreftres, les oifeaux de Fair". Lurreko & aireko, comme tous
les adjeclifs en ko ,,de" prennenc la place aflignee aux genitifs(i).
Comme nous Taverns dit en parlant des adjeclifs en ko, ce font crop
vifiblement des noms au genitif pour qu'on puifle fe meprendre fur
leur forme.
2 Quand le qualificatif eft un pronom indefini berime ou berfe ou
befle ^autre"; hanit^, anit^, anility ,,beaucoup". Eta befle fentidu
guitiak (2). ,,Et tous les autres fentiments".
3 Quand le qualificatif eft un pronom interrogatif : %er } nor,
^ein. Zer gi^on? ,,quel homme"? ZN^or da hor? ,,Qui eft la?"
Dans les mots compofes^ fi le mot attributif eft un fubftantif,
celui-ci eft place le premier : ugarri ^ecueil" de ur ,,eau" & de arri
,,pierre". Si le mot attributif eft un adjedlif, il fuit le nom : hitiaurre
^preface" de hit^ ^parole" & aurre ,,avant" = av ant-pro pos (3).
Le fuffixe eft le feul de ces mots qui s'unifle aux noms,, 8t, par
exception,, le nom de nombre bat. Quelques auteurs,, furtout les
bifcai'enSj ont ecrit fepares du nom quelques fuffixes^ ce qui n'a pas
feulement le defavantage d'etre un precede arbitraire^ il eft egalement
fautif. Aujourd'hui que nous connaiffons la forme des fuffixes,, ce
ferait une erreur que d'ecrire,, comme le fait par exemple Anibarro
(Lora fortu,, p. 3) Ta adieraiotera gufiiai eurac ganaco efquena^un
andia gure aldetic. ^^Et de temoigner a tous la grande reconnaiflance
de notre part envers eux". Le c & le g ne font qu'une feule lettre
dans eurac ganaco, qui devrait s'ecrire eurakanako ou avec mutation
de k en g: euraganako. Deux pages plus loin Anibarro ecrit : cAnaje
maiteac Jefufegan. _,,Freres aimes en Jefus". On fe demande pour-
quoi gan eft uni a Jefus,, <5c pourquoi ganako eft fepare de eurak.
L'efpece de purifme apparent n'eft pas bien fondee & a conduit a la
forme erronee que nous venons de citer.
(1) Voir ch. xx, 3.
(2) Olaechea, DoTrina, p, 143.
(3) La facilite de former des mots compofes (implement par la pofition, en meme temps
que par le figne du genitif, eft remarquable dans quelques langues. Nous lifons dans un
journal anglais que lord *** a introduit ,,une deputation de 1'aflbciation des ouvriers (pour
1'obfervance) du repos du jour du Seigneur". A deputation from the working men's Lord's
day reft afibciation.
477
r
Lalangue bafque ne connaiflant, ni declinaifon, ni genre gramma-
tical, la fyntaxe de I'adjeclif fe reduit a quelques regies par rapport
a la place que ce nom occupe dans la phrafe, ce qui a etc deja
difcute dans le paragraphe precedent. Nous ajouterons feulement
que quelques adjeclifs font une exception. Ceux en ko precedent le
nom, puifqu'ils font des genitifs; mais fi le nom eft precede d'un
pronom pofTeffif, Tadjedlif en ko fuit le nom; p. ex. Ene aita cerue-
tacoac landatu e^tuen landare gucia. Matth. xv, 13. ,,Toute plante
que mon pere celefte n'a point plantee". Par centre: Ceren quey
eman bait^aifue ceruetaco refumaco fecretuen eqagui^ea. Matth. xill, II.
,,Parce qu'il vous eft donne de connaitre les myfteres du royaume
descieux'^ litt. la connaiflance des fecrets du royaume des cieux.
CHAPITRE XXIII.
LES PRONOMS.
i.
Les pronoms demonflr aiifs .
Le pronom demonftratif fuit immediatement le nom qu'il accom-
pagne; p. ex. gz'p/i hau ,,cet homme", gau\a hauk gu\iak ,,toutes
ces chofes^'.
Employe pour ,,quel,, quelle" au ou hau precede le nom : ^quelle
chaleur"! au oqa/, ,,quel homme" ! an gi-\pn! Le pronom demonf-
tratif eft employe dans ce meme fens en allemand : diefe hit\el
Le pronom demonftratif eft tolere,, comme en allemand & en
hollandais., fimultanement avec le pronom poflefTif : Ene hiti hauc.
Match, vii, 26. ,,,Ces miennes paroles".
Le pronom demonftratif precede le nom quand il fert comme
pronom pofleflif correfpondant a ,,fon, leur'% puifque dans ce cas
c'eft le genitif; exadlement I'allemand deflen & deren; p. ex. Eta
oyen iru feme erranak. Lardizabal. ,,Et de ceux-ci les trois fils <3c
belles-filles"; c'eft-a-dire : leurs trois fiis., 6cc. Oyen eft le genitif
pluriel; voir le pronom au. cAbere pi/Ii era ega^tiak oyen mendean
ipini ihuen. Lardizabal. ,,,,Les animaux, les reptiles,, les oifeaux, illes
plaga dans le pouvoir de ceux-ci" c'eft-a-dire: dans leur pouvoir.
Le pronom qui correfpond a la 3 me perfonne, qull foit hura ou
au, hau ou ori, hori, s'empioie, quand il fe rapporte au regime,,
pour exprimer fon,, leur, fes, leurs comme dans les examples que
nous venons de citer; mais fi ,,fon, leur ?:> fe rapporte au fujet de la
phrafe, on fe fert generalement de here; here eehe fainduan , 3 dans fa
fainte maifon". La regie eft peut-etre un peu trop abfolue; du
moins Larramendi meme s'en ecarte quelquefois. La meme regie fe
retrouve en allemand ou ,,defTen" & ^deren", genitifs fing. 6c
plur. de ,,der" font referves pour Fobjet de la phrafe.
Quand le pronom demonftratif de la 3 me perfonne eft fuivi du
pronom relatif, c'eft toujours le demonftratif a qu'il faut employer:
ikiiflen duena ,,celui qui voit"; du-n-a ,,,lui-qui-a. Au pluriel ,.,ceux
qui voient" fait ikujlen dutenak, Dans les dialecles bafques franc, ais,
qui diftinguent auffi au pluriel Tagent du patient,, on retrouve la
meme difference que Ton obferve dans le nom; Tagent pluriel fe
termine en ek. Eta iragaiten ciradenec. Matth. xxvn, 39. ,,Et ceux
qui paiTaient".
477
2-
Les pronoms perfonnels.
Si le pronom perfonnel eft exprime, il precede generalement Ic
verbe, comme dans toutes les autres langues; mais il eft d'un ufage
comparativement rare, puifqu'il eft exprime dans la flexion verbale
meme. Quand Axular dit ,,vous m'etes en alle de la terre" il ex-
prime ,,vous m'etes en alle 55 pary'0j/z ^at^ai^kit; ,,vous" eft rendu
par i initial & ,,me" eft rendu par t final (v. ch. xi, 3 & 4).
Nous avons vu (ch. vin) que le pronom de la 2 me perfonne du
pluriel fu ,,vous" fert comme fingulier, comme dans toutes les
autres langues que nous connaifTons.
3-
Les pronoms po/effifs.
Les pronoms pofleffifs etant des genitifs, precedent toujours
le nom.
Le pronom pofTeffif, fuivi de Tarticle, devient un adjedif pof-
feflif. C^ere fait nerea 53 le mien"5 dans ce cas il fuit quelquefois le
nom, p. ex. cAita gurea ^notre pere"; en s'adreflant a la perfonne
dont il eft queftion.
Z^jihi baduc, eguin dif[a^un hemen hirur tabernacle, bat hire, eta bat
<&foyfefen, eta bat Eliafen. Matth. xvn, 4. ,,Si tu veux, faifons ici
trois tentes, une pour toi (litt. de toi), une pour Moife (litt. de
Moife) & une pour Elie". Hire eft employe ici purement comme
genitif, tout comme tMoifefen & Eliafen.
Le nom qui fuit le pronom poflTeflif a toujours la forme definie :
etchea ,,mamaifon"; here adiskidea ,,fonami"; excepte quand
nere
478
ce nom eft accompagne d'un qualificatif quelconque, p. ex. Jainko
choillak here incite neurri gabekoai... egiten du (i). ? ,Dieu feul,, par Ton
etre, (etant) fans mefure... fait"...
Jondoni Laurendi martyr handi hark garaitu \uen mund.ua here Ipirpiku
fainduak be^ala (2). 33 Saint Laurent^ ce grand martyr^ furmonta le
monde, comme fon faint eveque".
4-
Le pronom relatif.
La fyntaxe du pronom relatif, maintenant que nous en connaiflbns
Forigine, s'eft confiderablement modifiee. La phrafe ikuflen naun
aurra ,,1'enfant qui me voit" etait tres probablement a 1'origine
ikuflen nau non aurra; non efl ,,que" & la tradudlion litterale eft:
Tenfant que il me voit. De meme ikuflen det non aurra ^Fenfant que
je vois" eft pour ikuflen det non aurra, litteralement : Tenfant que
je le vois.
II n'y a plus de phrafe participiale ou autre; le bafque s'exprime
comme les au tres langues; feulement Tagglutination a fait naun de
nau non, & dedan de demon. L'explication etait fous la main & on
Tavait cherchee tres loin.
^pn primitif fe retrouve done comme. 72, fuffixe aux flexions
verbales, & eft precede quelquefois d'une voyelle qui eft tantot a }
tantot e; il ne parait pas qu'on obferve tres rigoureufement une regie
a cet egard; peut-etre eft-ce Toreille qui decide. Larramendi ecrit
duen de du & dituan de dim. Quand la flexion finit par un i on ajoute,
dit Larramendi, en, pour ne pas confondre la 3 me perf. fing. pref.
ind.; (p. ex. dakan^i ,,il porte" avec n dakan-\iri), avec la 2 me perf.
fing. fern. pref. ind. qui fait deja dakan^n. On ecrit done dakaniien.
(i) Chourio, /mffac., lib. II, ch. v. p. 111.
(a) Mme ouvrage, ch. ix, p. 120.
479
Mais puifque e fuit aufli u ftuenj, cette regie n'a que peu de valeur.
Puifque JTimparfait finit en n on change Faccent fans ajouter aucune
lettre; ikuften men ,,je voyais"; ikuften men g^ona ,,rhomme que
je voyais". La syllabe accentuee en reprefente deux : en -f- n.
Quand le pronon relatif fuit un pronom perfonnel on ajoute
encore un demonftratif(i); p. ex. nik ikuften dedan onek ,,11101 qui
vois"; hik ikuften duan orrek ,,toi qui vois"; ikuften duena ,,lui qui
voit". Si le verbe eft aclif on fe fervira de onek, orrek, a, pour le fujet
fingulier & de oyek, oriek, ak pour le fujet pluriel; ces pronoms cor-
refpondent aux trois perfonnes & dans 1'ordre ou ils font places ici;
onek correfpond a la i re perfonne; orrek a la 2 me & a a la J me per-
fonne.
Si le verbe eft paflif on ajoute (indirTeremment a toutes les per-
fonnes) le demonftratif, ou fi Ton veut 1'article a (jamais ak, puifque
le fujet eft patient), qui eft aiors fuffixe a la flexion : etorten nai-[
,,je viens"; etorten nai^en (nai-[-\-nJ ,,moi qui viens"; etorten nai-
\ana ,,moi celui qui vient'% correfpondant a ,,moi qui viens^' en
fran^ais. En allemand^ quand le pronom perfonnel eft fuivi du pro-
nom relatif, on repete le pronom perfonnel, & fi Ton ne repete pas
le pronom perfonnel il faut placer le verbe a la 3 me perfonne, cor-
refpondant avec le pronom relatif, & non pas (comme toujours en
frangais) avec le pronom perfonnel; on ne dit pas en allemand
,,c'eftmoi qui fuis defireux", on dit: c'eft moi qui eft defireux; ou
bien, en repetant le pronom perfonnel : c'eft moi qui je fuis defi-
reux(2). 5\j nail etorten nint^ana (3) ,,moi qui etait venu". 5\V
nauc Gabriel laincoaren ait^inean assiftit^en naicena. Luc I, 19. En
labourdin : Gabriel nai-[ Jainkoaren ait-^inean chunk nagona. En gui-
puzcoan : 5\V nai% Gabriel J'aungoikoaren aurrean fervit^en dedana.
,,Je fuis Gabriel qui me tiens devant TEternel. Litteralement : Je
fuis Gabriel lui qui fe tient. . .
Si la regie de Larramendi, d'ajouter pour Telegance un pronom
(i) Larramendi, Arte, p. 379.
(a) Heyfe, Gr., p. 169.
(3) Larramendi, zdrte, p. 279.
480
demonftratif, eft generalement adoptee, il nous femble que la phrafe
guipuzcoane fervit-[en dedana devraic etre fervit^en dedan onek, le verbe
etant adlif. Les autres dialedes ont fait ufage d'un verbe paffif.
En bafque, comme en efpagnol, on emploie le pronom relatif
avec 1'article (lequel, laquelle), quand en francais le pronom relatif
,,qui" fuffit; p. ex. Semeen art can bat i^an ian, bere aitaren maderi-
kaiioa bereganatu ^uena. ,,Parmi les fils il y en avait un qui (litt.
lequel) (el que, efp.) s'etait attire la malediction de fon pere".
Le nom auquel fe rapporte la propofition relative fe place tou-
jours apres le verbe : eion^en ^an gi^pna ^I'homme qui venait";
ikufi du^iin gi^ona ,,rhomme que vous (aujourd'hui ^tu") avezvu";
'Bere feme ak ondo a^it^en ditu^ten gura\oak... _, 5 Les peres qui elevent
bien leurs fils 3 '... En fouletin on dit indifTeremment , felon
M. Geze (i): ikhouji duiun gi^punarl eman dut & gi^ouri ikhouji du^u-
nari eman dut , Je 1'ai donne a 1'homme que vous avez vu" (2).
Si le nom eft un nom propre, on ne peut pas fe fervir, dit Larra-
mendi (3), du pronom relatif n; ii faut rendre la phrafe d'une autre
maniere; p. ex. Pierre qui poflede tant, pourquoi veut-il davantage?
fe rendrait i par : Tedrok aimbefte iianik..., c'eft-a-dire Pierre ayant
tant; ou bien 2 par: Tedrok aimbefte duela, -^ertako. La flexion fuivie
de la correfpond au participe prefent, ainfi : Pierre ayant... Ou bien
5 par: Tedrok aimbefte baldin badeu, fertako naidu geyago. Si Pierre
a tant, pourquoi veut-il davantage? Dans les dialecfles bafques fran-
cais, qui fe fervent tres frequemment de \ein comme fujet, la diffi-
culte n'exifte pas : Eta handle Thilippofera, cein baita, &c. Adi. xvi,
12. ^Et de la a Philippes, qui eft, &c.".
Le pronom relatif non ou n ne tolere pas de fuffixes apres lui; n
ne fert que comme fujet ou objet; du moment qu'il faut un fuffixe
on prend le pronom feina, \ena^ ^ouna, felon les dialecles; par
confequent ,,de qui'^ fera ^enaren; ,,a qui^ \enari^ 6cc. Eli^ au
^enari eman ^ioten gure gurafoak aimbefte urre. ,,Ce temple auquel
nos aieux donnerent tan: d'or".
(1) Gram., p. 64.
(2) Selon les autres dialedes il y aurait encore une erreur, il faudrait eman deyot.
(3) Ane t p. 280.
48 1
Zein eft en ufage., meme pour le fujet & I'objet (& furtout dans
les dialecles bafques francais), apparemment par fuite de Tufage de
feina pour les cas obliques. Comp. les exemples ch. vm, 12.
Le pronom relatif peut aufllfe rapporter a un pronom demonftra-
tif; p. ex. j,celui qui voit" 5 dans ce cas le pronom eft invariable-
ment a, pour le fujet comme pour Tobjet^ puifque le bafque ne les
diftingue pas ; ikujlen duena fignifie : celui qui voit ou lui qui voit,
mais auffi: ce qu'il voit; em.aiend.ugu ,,nous donnons", ematen dugun
5 ,que nous donnons"; emaien duguna ,,ce que nous donnons";
ematen duena celui qui donne" ou ,,ce qu'il donne".
S'il y a d'autres rapports a exprimer, p. ex. ,,a celui qui donne'*
ou >>de celui qui donne", il n'y a qu'a ajouter les fuffixes qui
expriment ces rapports: 5J a" = i 53 de" = n : ainfi ematen due-
nan ,,& celui qui donne' ; ; emaien duenaren 3> de celui qui donne";
ematen duenarem^at 5J pour celui qui donne'%&c...
Dans un membre de phrafe detache comme ematen duena, ii n'efl
pas elair s'il faut entendre a comme fujet ou comme objer, mais
dans la phrafe le verbe fait difparaitre cette incertitude.
f-
Les pronoms indefinis.
Les pronoms indefinis font places, les uns avant, les autres apres
le nom.
Us font generalement en ufage comme adjeclif & comme fub-
ftantif.
'Bat ,,un" eft en ufage comme dans les autres langucs, pour
indiquer un objet d'une maniere indefinie.
Dans les dialedtes bafques efpagnols bat regit n ,,de" & cor-
refpond alors a 5J quelque"5 p. ex. arriren batek jo du ,,une, quelque,
pierre Ta frappe'^. Si bat eft employe comme nom de nombre, le
3'
482
nom ne change pas: *Berce comparatione bat prop of a ciecen. Matth.
xin, 24. 3,11 leur propofa une autre fimilitude" (i).
'Bat fert auffi comme fubflantif : Ceinec fruclu ekanen baitu eta
eguiten, batac ehun eta berceac hiruroguey. Matth. xm, 23. ,,Et qui
porte du fruit, & donne Tan cent & 1'autre foixante". Peut-etre
vaudrait-il mieux confiderer ,,un" dans ce cas-ci comme nom de
nombre; il eft fou vent alors en oppofition a ^autre' 3 .
'Bat prend auffi le pluriel; mais c'efl ^it & non pas k qui forme ce
pluriel (2). 'Batiuek i^an baiiran ere... ,,les uns furent meme, ou
plutot, quelques-uns"... TSar^u cehai\en eta berceac hih^en chu^iela.
Marc xn, y. ,,Battant quelques-uns et tuant les autres^.
Zembait ,,quelque" a toujours la forme indefinie; on ne peut pas
y ajouter Tarticle a comme a bat($). Zembait precede le nom, qui
refle invariable; p. ex. liana erakusleak lembait argibide gai onetan
ematen diikigute. Lardizabal, p. 7. ,, Mais les dodleurs nous ont donne
quelque eclaircifTement dans cette matiere".
Zembait fe prend auffi fubftantivement, et prend alors dans la
phrafe la place qu'occuperait le nom : Eta han ciradenetaric cembeitec. . .
Marc xiv, 47. ,,Et quelqu'un de ceux qui etaient la^...
^orbaity norbeit, nourbeit felon les dialectes ^quelqu'un' 5 . TSaldin
norbeit hil bada haourric ukan gabe. Matth. xxn, 24. ^'Si quelqu'un
meurt fans avoir enfants". ZN^prbait n'efh jamais fuivi de Tarticle; &
n'effc employe qu'en parlant des perfonnes, & toujours fubflanti-
vement.
Elgar } elkar, &c. ,,1'un Tautre" efl un fingulier felon la forme;
mais le verbe qui accompagne ce pronom eft mis au pluriel.
E^er s'emploie negativement & interrogativement pour ,, quelque
chofe"; mais ,, quelque chofe^ dans le fens affirmatif fe rend par
^erbait.
Employe negativement, e^er demande encore une negation; p.
(1) Licarrague ecrit toujours bat uni au nom : comparationebat.
(2) Comp. notre Did. pour 1'origine de -pi, f. v. baT^uek.
(3) Nous avons dit par erreur dans notre Didionnaire que yembait etait toujours un
pluriel.
ex. eya e^er ,,ii n'y a rien". Le bafque eft conforme ici au francais.
En hollandais, en allemand, en anglais, une negation fuflit.
Employe interrogativement, e^er feul fuffic : r*er eman dio-,u ,,lui
avez-vous (aujourd'hui ,,tu") donne quelque chofe"?
Affirmativement : eman diet lerbait , Je lui ai donne quelque
chofe".
CHAPITRE XXIV.
LE VERBE.
I-
Les differ ems genres de verbes.
Les verbes bafques, felon leur fignification, fe divifent en deux
clafles :
Verbes tranfitifs & verbes intranfitifs, fubdivifes en verbes cau-
fatifs,, frequentatifsj &c.
Les verbes tranfitifs one toujours la conjugaifon quileur eft propre;
mais il arrive que des verbes intranfitifs, felon leur fignification,
feconjuguent d'apres le precede des verbes tranfitifs, c'eft-a-dire ils
expriment, du moins au prefent, 1'objet. Egoki ,, importer" fait
dagokit, &c. Eraunji ,,couler^ fait daraunrfat, &c. Erauji ,,parler"
fait darauskit, <5cc. Erit^i ,,paraitre" fait derh\ai> &c. Irakin ,,bouil-
lir" fait dirakit, &c. Iraun ,,,durer" fait diraut, &c. Erion ,,couler"
fait dariot, 6cc.
Le d initial indique Tobjet, Taccufatif de la 3 me perfonne ,,le".
484
Pour quelques-uns de ces noms Implication s'eft trouvee_, croyons-
nous 5 erauji eft un verbe caufatif^ de era-aufi (1)5 & comme era (pour
era^o) <3c eufi font tous les deux des noms tranfitifs^ la forme de la
conjugaifon eft reftee^ mais la fignification s'eft modifiee (2). II en
fera de meme des autres noms verbaux qui, jufqu'icr, ont refifte a
Tanalyfe.
Les noms verbaux tranfitifs font employes comme dans d'autres
langues_, comme verbes aclifs ou paffifs^ felon qu'ils font conjugues
avec eduki ^tenir'^ ou avec i^an ^etre". ^Mauai^en dm ,,,,j'aime^;
mahatua naii ^,jefuis aime'\ Puifque Fadjeclif verbal eft ici Tattribut
& que Tattribut s'accorde en nombre avec le fujet, on dit : maitamak
gera, g. ^,nous fommes aimes ?:> . Eginak dira J5 ils font faits". Efanak
dira egia oneek, b. ,,ces verites font dites".
2.
Le verbe caufanf.
Le verbe caufatif eft exprime dans tous les dialecles par eraio ou
eraji ou era.
Eraio fuit toujours., & era precede toujours le nom verbal auquel
il s'agit de donner la fignification factitive; p. ex. arera^o ou harara^i
33 faire prendre" de ar ou har-era-[0. Eta baldin cure beguiac trebuca
eraciten bahau. Marc ix, 47. ^Et fi ton pied te fait trebucher".
Tla^er du^un be^ala irudi ba^aui^u. imprimiera^i di^a-[un (3). 35 Qu e
vous puiifiez les faire imprimer, s'il vous femble que cela vous fait
plaifir".
(1) Comparez notre Di<5t. bafque.
(2) Meme en francais ,,parler une langue".
(3) Dechepare, Introd. de fes Poefies.
3-
Le verbe frequentatif.
Le verbe frequentatif eft rendu de deux manieres : la premiere eft
fpecialement bifcaienne aujourd'hui; la feconde appartient aux
autres dialecles.
En bifca'ien on exprime le frequentatif par un auxiliaire fpecial;
eroan pour les verbes tranfitifs, joan pour les verbes intranfitifs. Joan
fignifie Caller" & eroan ,/aire aller" caufatif de joan & forme de
era pour era\o (i) &joan.
II y a feulement a obferver dans la compofition des temps que
c'eft Tadjedlif, & non pas le fubftantif verbal qui forme le prefent
& Timparfait de 1'indicatif; fans cela la conjugaifon n'offre rien de
particulier. Ikafl daroat ^j'apprends d'habitude" & non pas ikajlen
daroat. Seinchuak erra\ le ederto ikafi daroe euskerea. Confef. 1 10 (2).
^Les jeunes enfants apprennent d'habitude facilement le bafque".
Geyenean ya^o doa. Olaechea. ^11 arrive d'habitude". cAariak neguan
il yoa^an (& non ilten). , 5 Les brebis mourraient d'habitude en
hiver". cdskok uts egin daroe (5). ,^Beaucoup faillilTent d'habitude".
T)avidek bufti eroian negar malkor here oea (4). David mouillait d'ha-
bitude fon lit de larmes".
Quand au lieu du nom verbal il y a un de ces noms que nous
nommons invariables & que Zavala nomme 53 equivalentes" & Lar-
ramendi ,, 3 determinables'% comme nai, al, gura, &c., alors Tufage
varie, 6c Ton dit : gura daroat ou gura i-^an daroat }) }e veux d'habi-
tude". Ujle eroian ou ufte iian eroian ,,il croit d'habitude".
L'autre maniere, commune a plufieurs dialecles, confide a com-
(i) Voir le verbe eroan, p. a 80.
(:a) Zavala, Verbo vafc., p. 23, n* jo.
(3) Zavala, Verbo vafc., p. 23.
(4) Moguel, 64.
486
pofer la flexion avec le fubflantif verbal i^aren; p. ex. dor ,,j'ai";
mais iqaten dot ,,j'ai d'habitude"; neuan ,,j'avais"; mais i^aten neuan
,,j'avais d'habitude"; ifaten dot ,J'ai eu"; mais i^aten i\an dot 5J fai
eu d'habitude".
Zavala eft alle un peu loin, croyons-nous, en faifant correfpondre
un futur frequentatif ,,j'aurai d'habitude" au futur ordinaire. Le
futur exprimant une action qui doit encore fe faire, peut difficile-
ment exprimer, croyons-nous, en meme temps Fhabitude.
Par centre, nous ne trouvons pas le futur anterieur qui aurait pu
etre forme, a ce qu'il nous femble. P. ex. il aura trop travaille d'ha-
bitude, il s'eft tue.
Le prefent du conditionnel fe trouve : ifaten i^ango nuen ,,j'aurais
d'habitude".
Les temps dont nous venons de donner les premieres perfonnes
font ceux de 1'auxiliaire, & les noms fubflantifs, auffi bien que les
noms verbaux invariables, comme ujle, gura, &c., fe compofent
avec ces flexions; p. ex. gofea i^aten dot ,,j'ai faim d'habitude".
&4k bear i^aten dau ,,il a befoin d'habitude". Mais les noms verbaux,
proprement dits, font exception au prefent & a Timparfait de Tindi-
catif; ils ne s'allient pas a ces flexions compofees; on ne dit pas
yakin i^aten dot ,,je fais d'habitude }? ; enrpiten i\aien neuan(i) ,,je
connaiffais d'habitude^; on conflruit ces noms avec eroan- yakin
daroat; ent^un neroian. Les autres temps s'allient a ces flexions
compofees; il faut feulement obferver que dans la conjugaifon
ordinaire le nom verbal eft TadjecTif, tandis qu'ici c'eft le fubftantif
verbal; p. ex. artuten (& non artu) i^an dogu indar gey a go. Urt.
vol. i, p. 139 (i). ,>Nous avons pris d'habitude plus de force, c'eft-
a-dire: nous nous fommes mieux fortifies d'habitude". 'Bed ibilten
(& non ibilli) {-[an na\ arfeginen billa. Efcul., 60 (2). ,,J'ai toujours
ete d'habitude a la recherche des plaifirs".
(1) Zavala fait de nouveau ici une petite confufion dans les noms verbaux, quand il dit
(page 24, 56; n 66): Eflas verbos proprios debieran formarfe ante poniendo a los de i^an
tu participio de prefente. Le nom de participio prefente, qui efl notre fubftantif verbal
en Ten, eft applicable a ent^uten, mais yakin eft I'adje&if verbal; le fubft. verb. eRyakiten.
(2) Zavala, Verbo vafc., p. 24, n 68.
4 8 7
Zavala ne dit rien,, croyons-nous, du verbe i^j/i. En guipuzcoan
on conjugue egalement iian avec iiaren; nail ,Je fuis"; i^aten nail
fuis d'habitude".
4-
Le verbe reflechi.
Le verbe reflechi rfexifte pas en bafque.
Le verbe reflechi proprement dit eft un verbe tranfuif, dont
Faclion fe reporte fur le fujet meme (i).
En bafque on ne fait pas de difference entre le verbe paflif (peri-
phraftique) & le verbe reflechi 5 tous les deux ont pour auxiliaire le
nom verbal i^an ,,etre"; p. ex. erret^en nai\ ,,je me brule". Erre naif
,,je me fuis brule". Si pour plus de clarte il fallait exprimer le
pronom, on fe fervirait du pronom reflechi, mais dans ce cas-la le
verbe reprend la conjugaifon tranfitive, avec eduki ^tenir'% puifque
Tobjet eft exprime. Ainfi en fouletin on dit eho da , 3 il s'eft tue j> (au
fond !! eft me"); ou bien : eho du here burua ,,il a tue foi-meme
= il s'eft tue". Judas urkaiu ian )} Judas s'eft tue"; ou bien Tudafek
urkam euan bere burua (2). ZManifefta ieqok cure burua munduari.
Jean vn, 4. ^,Manifefte-toi au monde Jlitt. manifefte ta tete au
monde"). JqoA eft la 2 me perf. fing. de ttmperatif ,,le a lui".
f-
Le verbe rcciproque.
Le verbe reciproque exifte par confequent tout aulfi peu que le
verbe reflechi, & fe rend par le nom verbal avec Tauxiliaire de k
(1) Diez, Gram., in, p. 184.
(2) Zavala, Verio vafc., p. 16, n 6.
conjugaifon tranfitive; p. ex. fuec-ere behar drau^te^ue elkarri oinac
ikuci. Jean xin^ 14, T. R. 3 ,,Vous devez auffi vous laver les pieds
reciproquement". Ikuci behar drau^iegue fignifie ^vous devez les laver
a eux. Orduan hec has cedin cequi^quion bata berceari. Luc xxn, 2^
T. R. ^Alors ils commencerent a fe demander les uns aux autres,
c'efl-a-dire : a demander a eux 3 \ Criflok gura eban lotfea batak befteari
euki egion. Zavala^ Verbo vafc^ p. 28,, n 22. ^Chrifl voulut qu'on
eut du refpedl Tun pour Tautre".
La reciprocite eft rendue en exprimant , 3 les uns les autres 33 ou
,,reciproquement 33 par la flexion du verbe avec le regime de la
5 me perfonne; euki egion fignifie ,, qu'on eut a lui 33 ; egion de
egi-o-n(i).
6.
Lcmploi des auxiliaires.
Les verbes auxiliaires font d'un ufage plus frequent en bafque
qu'en fran^ais ou en efpagnol, & correfpondent fouvent a ce qu'on
nomme dans les langues hollandaife, allemande ou anglaife, les
auxiliaires des modes. En francais, 1'auxiliaire du mode n'efl pas
entierement inconnu; on peut dire : je vais y aller, pour ^J'irai 3 '^
& je viens de le voir, pour ,Je 1'ai vu 3 ^ mais ces locutions ne font
qu'exceptionnelles ; tandis que dans les langues que nous venons de
citer^ le futur^ le conditionnel,, le potentiel & furtout le fubjonctif
font formes regulierement a Taide d'auxiliaires 5 en holl. zullen,
kunnen^ mogen,, (Sec.; en all. follen,, konnen,, mogen; en angl.
shall, will^ may^ &c. Chaque langue a choifi J'auxiliaire qui lui
convenait^ & tel auxiliaire,, qui indique dans une langue (implement
le futur, comme zullen hollandais^hy zal komen" il viendra^
exprime dans une autre langue ^devoir"; enallemand: erfollkom-
men fignifie ^^il doit venir". Chaque langue a nuance fes auxiliaires_,
(i) Voir ch. xi, 3. Egion nous paratt devoir etre
r 'ion.
4 8 9
& c'eft ce qui eft arrive aufli en bafque. Lauxiliaire e\an parait
meme etre entierement inconnu en bifcaien, du moins de nos jours
on n'en retrouve aucune trace.
Du temps de Dechepare, de Li?arrague, &c. (xvi c fiecle), on fe
fervait encore de verbes auxiliaires qui aujourd'hui ne le font plus,
p. ex. ibiliy & peut-etre d'autres encore. Les auxiliaires etaient aufli
d'un ufage plus etendu qu'ils ne le font de nos jours; qan, par
exemple, n'eft aujourd'hui que 1'auxiliaire de 1'imperatif, du fub-
jondlif & du potentiel des verbes tranfitifs. Chez I^arrague e\an eft
1'auxiliaire de I'indicatif & de ce que Ton eft convenu d'appeler le
fubjondtif, mais feulement de la conjugaifon relative.
7.
Ezan comme auxiliaire.
La fignification primitive de e^an n'eft pas bien fixee, tout commc
celle du verbe auxiliaire hollandais ., 5 zullen'% allemand ^follen" (i);
mais il y a loin de la, a ne fignifier rien du tout, comme le pretendait
Oihenart, & comme cela a ete repete apres lui (2). Selon cet auteur
adi & efac (comme il cite ces deux noms verbaux) ne fignifient rien.
Auffi haut que nous puiffions remonter, il n'y a pas de trace,
autant que nous fachions, de e^an employe comme verbe non-
auxiliaire. II eft vrai que Larramendi dit, en parlant du potentiel :
Efte inflexiones por fi folos tienen fignificacion (3); & pour exemple
il donne : Eche au egin deiakeiu? ,,Pourriez-vous batir cette maifon^?
'Badeiaket; puedolo. ,,Je le puis". II nous femble cependant que la
phrafe eft ellyptique; en tous cas, Tidee de poffibilite exprimee par
,,puedo" efpagnol, eft rendue en bafque par he; badeiakei eft le
potentiel.
(i) Profefleur Max Muller, Chips, &c., vol. 2.
(3) Haec duae voces nihil per fe fignificant. Oihenart, Notitia utriufque Vafconiae, p. 69,
3 me ed. 1656. Nous citons d'apres M. Vinfon (ne pofledant pas le livre de OiWnart).
Introd. de 1'Evangile felon faint Marc.
(3) An *i P- ai1 -
490
Uimparfait de 1'indicatif de e^an eft employe par Licarrague
comme auxiliaire du parfait defini des verbes tranfitifs,, a Texclufion
de tout autre auxiliaire; tout comme ce meme temps de edin fert
comme auxiliaire du parfait defini des verbes intranfitifs. Ainfi :
Orduan Jefus err an cegan. ,,Alors Jefus dit' 3 . Orduan here hamabi
difcipuluac beregana deithuric, eman ciecen... Matth. x,, I. ,,Alors
Jefus, ayant appele fes douze difciples, leur donna 53 ... Era ikujfiric
lejufec gendet^eaCy compafftone har cegan hega^. Matth. ix, 56. ,,Et Jefus
ayant vu le peuple, eut compaffion d'eux, envers eux". Eta nehorc
edn ihardet^ degoyon hh^ic. Matth, xxn, 46. ,,Et perfonne ne put
repondre un mot 3 '. Les autres temps de Tindicatif ont pour auxi-
liaire les flexions de euki: dm, &c., ou s'ii y a deux regimes a
exprimer : eroan. Ainfi : Eta ihardeften guela lefufec err air en guen.
Marc xii, 3f. ,,Et Jefus repondant, difait" (i)... Eta billud fute-
nean... Matth. xxvn, 28. ^Et quand il 1'avait depouille" . . .
Ligarrague ne fe fert jamais du prefent de Tindicatif, fi ce n'efl
dans la phrafe hypothetique; mais nous ne voyons pas s'il entend
faire une diftinclion entre dut & de^at; p. ex. "Baldin hori nahi badut.
Jean xxi, 22. ,,,Si je veux cela 33 . Par contre : "Baldin igor baditiat.
Marc VIII, 3. ,,Si je les renvoie 33 . Mais Dechepare s'en fert auffi
dans la phrafe affirmative (v. la note de la page 101). Eta baldin
eure oinac trebuca eradten bahau, irenca e~(ac hura. Marc IX, 4^. 33 Et
fi ton pied te fait trebucher, coupe-le".
De nos jours e^an eft Fauxiliaire de I'imperatif, du fubjonclif &
du potentiel. L'indicatif primitif fe retrouve., comme nous Tavons
dit, dans Timperatif. Comme auxiliaire du fubjoncflif, e^an peut fe
comparer a ^mogen 53 allemand,, ou a ^may 53 anglais. Du temps
de Ligarrague il en etait de meme; e^an eft 1'auxiliaire de ces trois
modes : Eta berefafoinean fruftuac renda dlet^ojoten berce laborariri bere
mahaflia alocaturen. Matth. xxi, 41. ,,Et il louera fa vigne a d'autres
ouvriers, afin qu'ils lui rendent les fruits de la faifon 33 . laquin erad
(i) La verfion francaife a ici le parfait defini, comme d'habitude dans cette locution qui
revient fi fouvent dans le N.-T. Comp. Marc xm, 2, 5 & xv, 2, 12. Licarrague fe fert gne-
ralement auffi du parfait defini : Eta ihardeften guela lefufec erran ciecen. Matth. xxi 21.
,,Et Jefus repondant leur dit". Zie^en de e^an avec deux regimes ,, le a eux",
491
Matth. n, 8. ,,Faites-vous favoir, c'eft-a-dire informcz-
vous". TSaldin nahi baduc, chahu ahal neiaquec. Marc i, 40. ,,Si tu
veux, tu peux me guerir".
Jufqu'a prefent nous n'avons pas decouvert fi Li$arrague fe fert
de eian, comme auxiliaire du fubjondif, quand fobjet eft , 5 me, te,
nous, vous". On trouve e[an chcz lui, quand 1'objet efl ,,le" ou
,,les", & auffi dans la conjugaifon relative., avec deux regimes;
p. ex. cAdora degagungat. Matth. n, 2. 53 Pour que nous radorions".
Vftac idoqui deiadan... Matth. vn, 4. ,,Permets (laifle) que j'ote"...
La premiere de ces flexions efl formee de deiagu + " + l at , au-
jourd'hui ryu ; la feconde de de[at + n.
L'imperatif avec ,,me" pour objet, & probablement avec les
autres perfonnes, fe trouve chez Licarrague. launa aiuta ne^ac.
Matth. xv, 2f. ,,Seigneur, aide-moi".
8.
Ed in 9> pouvoir" comme auxiliaire.
Ce n'eft qu'en bifcai'en que Ton retrouve edin comme verbe non
auxiliaire, ainfi que nous 1'avons deja dit (ch. xm, 6).
Dans les autres dialedles edin ne fert que comme auxiliaire,
autrefois de toute la conjugaifon, aujourd'hui de certains modes
feulement. Ecin dadit nic neure buru^ deus. Jean, v, 30- Je ne puis
rien par moi-meme". *Dadit n'eft ici qu'un auxiliaire; aujourd'hui on
fe fervirait de dut, ou aulfi de decker, potentiel de e^an. La verfion
labourdine du N.-T. (Bayonne, 1828) porte : 5\V haurrai e^ decker
deus egin. Gaoai loric ecin daydit (i). "Pendant la nuit je n'ai pas
de fommeil".
Si edin cut eu pour Li^arrague le fens de ,,pouvoir", il ne fe ferait
pas fervi de e-^in (e\ edin ,,pas pouvoir"), ni dans d'autres cas de
(i) Dechepare, Poefies, p. 5 1 .
492
ahal ^pouvoir" (fubftantif); p. ex. accufa ahal neinde (i) je pourrais
etre accufe. ZKjinde eft la i re perf. fing. du condit. prefent., avec
d pour t apres n. Enegana hel ahal leitela (i) ^qu'elle put venir
vers moi". Leitela eft la 3 me perf. fing. du cond. potentiel,, pour
ledite-la. Le potentiel indique formellement ^pouvoir"; edin fignifie
,,pouvoir" & ahal fignifie ,,pouvoir" (fubftantif). Ainfi 1'idee de
3 jpouvoir"aurait ete rendue trois fois dans la meme phrafe; cela
n'eft guere pofTible. Mais le parfait defini fait difparaitre tout doute
a cet egard,, s'il pouvait en refter. Licarrague fe fert toujours de
Timparfait de edin comme auxiliaire du parfait defini des verbes
intranfitifs 5 p. ex. Eta lefus has (2) cedin erraiten. Marcxm, y. ,,,Et
Jefus commensa a leur dire". Et aufli : TSaina liura gaiteitenean.
Matth. x^ 19. 5 ,Mais quand vous ferez livres". Zaiie^ie eft la 2 me
perf. plur. du plur. ^vous pouvez".
Le prefent de Findicatif nadi, hadi, &c n'eft employe par Li^ar-
rague que dans la phrafe hypothetique., comme c'eft le cas avec ce
meme temps de e-\an pour les verbes tranfitifs. Eta baldin orhoit
bahadi. Matth. v, 23. ^Et fi tu tefouviens".
9-
auxiliaire izan
La fignification primitive de i-\an eft au fond tout auffi peu connue
que celle de e\an; mais i\an eft 1'auxiliaire des verbes intranfitifs^ &
correfpond par confequent a ^etre".
l-\an ou i^andu ou i^atu fignifie ,,ete"5 mais par une etrange
anomalie iian remplace,, dans les temps compofes, ukhen ^eu'%
excepte en fouletin & en bas-navarrais. Ces dialecles font ufage,,
Tun de ukhen, Tautre de ukan. Par confequent i\an correfpond a ^eu ):>
(1) Dedicace du N.-T. de Licarrague.
(2) Le verbs haji, has eft confidere comme etant intranfitif. Orduandanic has cedin lefus
(&. non lefufec) bcre difdpuluey declarat^en. Matth.
XV, 21.
493
en bifc., guip. & lab. dans les temps compofes ou periphrafliques
du verbe qui correfpond a ,, avoir" : i^n dm , J'ai eu"; & il fignifie
,,ete" quand il efl conjugue avec lui-meme. On dit en bafque,
comme en italien, , Je fuis ete", i^an naii; i^an ninian ,,j'etais etc",
iian nadin ,,que je fois", litt. ,,que je puis etre".
Dans les dialecles bafques efpagnols cette fubflitution efl fi bien
etablie, que i^an prend non-feulement la place de ,,eu" comme
auxiliaire, mais encore correfpond a ,,pofTeder", non-feulement
dans les temps compofes, mais en toute circonflance. Larramendi
cite, en expliquant le pronom relatif, Texemple fuivant: Tedrok
aimbejle i^anik, ^ertako naidu g*yago(i}? ,, Pierre, qui poflede tant,
pourquoi veut-il davantage? I^anik efl qa/z + ik> efpece de gerondif,
fignifiant ,,etant", & ici "pofTedant,,. Eta aurrak i^aieko uneeiara
egon -{an. ,,Et elle avait pafle Tage d'avoir des enfants". I^ateko efl
i^ate-ko ,,de ou pour etre", & ici ,,pour avoir".
Nous n'avons aucune hypothefe a offrir pour expliquer cette irre-
gularite, qui etait un myflere pour nous il y a douze ans, & qui 1'efl
malheureufement encore aujourd'hui. Nous favons que cette irregu-
larite n'en efl une que pour nous. M. Inchaufpe dit (2) : ,,La langue
,, bafque n'a qu'un verbe. Ce verbe a deux voix... La voix intranfitive
3 ,da, &c.; la voix tranfitive du, &c. Ces deux voix ne doivent etre
,,confiderees que comme compofant un feul verbe".
L'auteur oublie de dire comment nai^ , Je fuis" devient dm ,,j'ai".
C'efl fans doute un detail qu'il efl fuperflu d'expliquer (3).
Ifan efl generalement employe dans tous les dialecles de la meme
maniere. Autrefois il n'en etait pas ainfi; p. ex. Li9arrague fe fert
invariablement de edin & de ekin pour le parfait defini. Eta hura
appartaturic has cequion Tierris reprotchat^en. Matth. xvi, 22. ,,Et
Pierre Tayant pris a part commen^a a lui reprocher". Cequion de
l-eki-ho-n. Eta gau-herditan oihu eguin cedin. Matth. XV, 6. ,,Et fur
le minuit on entendit crier".
(1) Arte, p. 280.
(2) Verbe bafque, p. i.
(3) Nous paflbns fous filence les fantaifies de Chaho, dans fes Etudes, p.
494
Les autres temps font rendus par i^an: Been alichaturen dirade
chrijl falfuac. Matth. xxiv, 24. ,, Garde faux chrifts s'eleveront".
Eta menditic iauften ciradela. Matth. xvn, 9. ,,Et comme ils defcen-
daient de la montagne". Vembora hartan ioaiten cen lefus. Matth.
xn, i. ,,En ce temps-la Jefus paflait".
I^an, comme auxiliaire de la conjugaifon relative exprime tres fou-
ventun regime indirect 5 p. ex. Joan ^zq^fo'r lurrenk. ,,Vousm'etes
en alle de la terre" (vous avez quitte la terre); mais fi nous ne nous
trompons pas, les flexions de i^an expriment auffi 1'objet; p. ex.
Cembatei areago quen cAita ceruetan denac emanen drau^te gau$a onac
efcat^en cai\quioney . Matth. vn, II. ,,Combien plus votre Pere, qui
ell aux cieux, donnera-t-il les chofes bonnes a ceux qui les lui de-
mandent 5 '. Eska fe conjugue avec i^an, & eskat^en ^ayo fignifie
,,il demande a lui", apparemment avec un objet fingulier fous-
entendu; & -{ai-fiio avec 1'objet pluriei : il les demande a lui. Z-i\a-ho
a donne \ayo y dc i-i^a-ik-ho aura donne ia-[kio ou
10.
Le nom verbal eduki ,,tenir" .
Eduki ou euki ne fignifie jamais 3 ,eu 5J 5 cet ad jedlif verbal ne fert
jamais comme auxiliaire; ii conferve toujours fa fignification de
,,tenu", puis ,,poffede". Dans les dialecles bafques franc, ais eduki
eft fynonyme de atchiki & fignifie : ,,tenu, attache". Edo bararequin
eduquiren du, Matth. vi, 24. ,,Ou il s'attachera a Tun". Eriiaffun
diuerfei eta tormenta^ eduquiac. Matth. IV, 24. ,, Detenus de divers
maux & tourments".
Le participe paffe ,,eu 3 ^ eft rendu dans les dialecles bafques
efpagnols & en labourdin par ifan: i^an dut ,,j'ai eu"; <5c en bas-
navarrais & en fouletin par ukan ou ukhen: ukhen dut ,,j'ai eu". Eta
hala perfecutatu vkan ditu^te guen au^ineco Trophetac. Matth. v, 12.
,,Car on a (eu) perfecute ainfi les prophetes qui etaient avant
49T
vous(i). Eta nola higai pietate vkan duen. Marc v, 19. ,,Et comment
il aeu pitie de toi".
Eduki ou euki ,,tenu", ainfi que les formes flechies qui en derivent
fdadukatou daukat, &c.), font en ufage quand ilfautexprimer ,,tenir"
ou ,,pofleder", dans lequel cas on emploie fouvent ,,avoir" en
fran9ais; p. ex. -Egiten hari ninianean begietan iduki dut geyenean,
lab. (2). ,, Pendant que j'etais occupe a le faire, j'ai eu en vue en
grande partie"... Litteralement : j'ai tenu dans Fceil, exaclement le
holl. ,,ik heb in't oog gehouden". Imini dabenak q dauka bejte
afmo (3). ,,Celui qui Fa fait n'a pas (iitt. ne tient pas)d'autre defir".
Criftok gura euan lotfea batak befteari euki egion (4). ,,Chrift defirait
qu'on eut (Iitt. qu'on tint) du refpecT: Fun pour Tautre". Lurreko era
aireko bi^ikor kuchan iduki ^ituen gu^iak(^. ,,jTous les animaux de la
terre & de Fair qu'il avait eus (qu'ilavait tenus) dans Farche".
Quand 5 ,,tener" efp. & ,, avoir" font des auxiliaires^ alors le
participe pafle , 3 eu" eft rendu, comme nous Favons dit^ par ip/i ou
par ukhen; 6c les formes flechies font les flexions fyncopees que Fon
connait : dot ou dut ou det, &c. , comme par exemple dans la phrafe
citee plus haut : imini dabenak e^dauka bejle afmo. Vauka eft la 3' ne
perf. fing. pref. indie. 5 ^ii tient"; par centre dabenak, flexion auxi-
liaire de imini, eft la 5 me perf. dau ^,il a " fuivi de n relatif <5c du
pronom a: ,,celui qui a".
L'emploi de ,,tenir" dans le fens de ^poflfeder" & correfpondant
a 5 ^avoir" fe retrouve en efpagnol (6). Eft-ce Fefpagnol qui a in-
(1) Li^arrague emf>loie ce temps : perfecutatu vkan ditu^te, pour le parfait inctefini. Voir
ch. xn, 11,
(2) Mendiburu, Introd.
(3) Moguel, Introd.
(4) II nous femble qu'il aurait fallu legion. Nous citons d'apres Zavala, Verio vafc.,
p. 28, n 22.
(5) Lardizabal, p. 9.
(6) On fait qu'en efpagnol ,,tener" remplace ,,haber"; aujourd'hui 1'emploi de haber
pour ,,pofleder' J eft furanne; on ne dit plus : he muchos vales; on dit : tengo muchos vales
,,j'ai beaucoup de valeurs". Salva, Gr. p. 309. Mais il faut, comme le remarque Diez
(Gr., vol. in, p. 273), que le verbe ait un objet ; on d.t : tengo efcrito un libro ; par centre il
faut dire: he bebido ,,j'ai bu"; he comido ,,j'ai mange". Non feulement ,,tener" eft
employe au propre pour ,,poffeder"; mais auffi au figure; on dit : tengo hambre; Iitt. je
tiens faim; tengo frio, Iitt. je tiens froid. Salva, Gram., p. ao8.
496
fluence le bafque ou bien le bafque qui a influence Tefpagnol? Nous
Tignorons; mais il ne faudra pas oublier que 1'ufage de 5J tener",
comme auxiliaire., n'a pas exifte de tout temps en efpagnol(i). S'il
eft vraij comme nous avons tout lieu de le croire aujourd'hui, que
les flexions auxiliaires dot ou dut ou der, &c., derivent de euki, on
devra admettre, comme confequence neceflaire, qu'elles ont fervi
de tout temps comme telles, puifqu'il n'y a pas d'autres flexions
auxiliaires que celles-la pour ,J'ai 35 ,, etc 5 & s'il n'y en a pas eu
d'autres jadis, remplacees par celles que nous connaiiTons aujour-
d'hui (ce qui n'eft guere probable),, on ^pourra peut-etre en tirer la
conclufion que c'eft la langue bafque qui a influence la langue efpa-
gnole, qui eft la feule des langues romanes^ fi nous ne nous trom-
pons^ qui fe ferve de ^tener" pour auxiliaire. Bien que les regies
que nous venons de donner foient generalement obfervees,, on trouve
cependant des auteurs qui s'en ecartent, fans motif apparent. Lardi-
zabal dit, par exemple : Zenako efan dida^un arreba-^enduela. 5 ,Pour-
quoi m'as-tu (litt. m'avez-vous) dit que tu avais une fceur"? II eft
vrai que le prefent ftot ou dutj <Sc Timparfait (nuenj font employes
feuls; dans ce cas les flexions font generalement precedees de ba :
badut, banuen; p. ex. badm adina, f. ,,il a 1'age". Nous croyons avoir
remarque que la flexion fuivie de la n'a jamais ba (adv. affirmatif)
comme prefixe; mais, quoi qu'il en foit, la flexion appartient a
Tauxiliaire (lenduelaj, & non pas au verbe actif (\enedukalaj .
II-
Le nom verbal ukan, ukhen.
Pouvreau, dans fon didlionnaire manufcrit, dit que ce nom verbal
fignifie etre, avoir 5 & il renvoie a iiaitea qui fignifie auffi etre &
avoir.
Quoiqu'il foit difficile de prouver que ukhen & eduhi foient des
(i) Diez, Gr., vol. in, 273.
497
variantes, il eft cependant fort probable que ces noms verbaux one
une origine commune, & alors ukan ,,tenir" ne peut pas etre le
meme nom verbal que i-^an, comme le veulent plufieurs auteurs, ni
avoir la meme fignification, comme le penfenc la plupart des
bafquifants.
Eurji, bifcaien, eduki, gulp., bifc. & lab., & ukan, bn. & foul.
font tous les trois en ufage comme auxiliaire, correfpondant a
,, avoir", & il ne nous eft cependant pas polfible d'en demontrer la
parente.
Quant a 1'emploi qu'on en fait, il n'y a aucune difference, (1 ce
n'eft que eutfi ne fe trouve pas, autant que nous fachions, pour
, 3 poireder"; dans ce cas-la le bifcaien fe fert auffi de eduki.
12.
L'emploi des modes & des temps.
LES MODES. L'INFINITIF.
Le verbe bafque n'avait primitivement que trois modes : Timperatif,
1'indicatif & le potentiel ou optatif 5 & encore ce troifieme mode
n'eft que 1'indicatif modifie par une fyllabe.
Aujourd'hui on trouve le verbe avec une conjugaifon complete,
a 1'exception cependant de Tinfimtif. Les fubftantifs verbaux inde-
finis, p. ex. galt^e, ikujle, fe rapprochent plus que toute autre forme
verbale de notre infinitif, mais ils ne font jamais employes pour
1'infinitif. On dit bien : here adiskideak galr { ea rftear bat da ,,le
perdre fes amis eft un malheur"; mais on ne dit pas : here adiskedtak
galtie, &c., ,,perdre fes amis". Galtiea eft un fubftantif verbal,
defini par 1'article. On emploie, ileft vrai, le fubftantif verbal indefini
quand un pronom demonftratif fuit; p. ex. eton^e ori ,,ce venir,
cette venue 5 ^ mais ici le pronom rempiace 1'article de Tautre exemplc,
& le fubftantif verbal eft par confequent defini. Uidee vague de
3*
498
Hnfinitif, qui n'exprime ni temps, ni perfonne, ni mode, ni nombre,
n'exifte pas en bafque.
L'infinitif eft rendu de differences manieres :
i par le fubftantif verbal en ten; 2 par I'adjedlif verbal, J par
le fubftantif verbal defini.
Le fubftantif verbal en ten fert :
i Quand Tinfinitif eft regi par un verbe, p. ex. ,,lai{Te-moi
manger" uya^u jaten. ,,J'ai appris a lire" ikafi det irakurren. ,.Je Tai
vu battre" ikuji det joten.
Si rinfinitif a un complement, celui-ci prend le fuffixe n ,,de".
Ikufi det aurrar en joten ,,je Tai vu battre Fenfant", litt. dans le battre
de Fenfant. Jaungoikoaren ikuften daude doatfuak ,,les bienheureux
voient le Seigneur", litt. font dans la vue du Seigneur. tMaria
zftfagdalena eta tMaria bercea ethor citecenfepulchrearen ikuftera. Matth.
xxvin, i. ,, Marie Madeleine & Fautre Marie allerent voir le
fepulcre".
Cette regie n'eft pas toujours obfervee. Moguel dit : Edo\enek daki
erre^ago dana (i) gau^ia efaten egiren bafio. ,, 3 Chacun fait qu'il eft
plus facile de dire que de faire une chofe". Selon la regie il aurait
fallu gauiiaren. fT^pek kucha au egiten une asko igaro iltuen. Lar-
dizabal. ,,Noe pafifa plufieurs annees dans le (a) faire cette arche".
Ici non plus kucharen, ou plutot kucha onen.
2 Apres les pronoms interrogatifs : \er egiten? ,,que faire"?
Zer efaten? ,,que dire"?
L'adjeclif verbal fert:
i Quand le verbe regiflant eft un des noms verbaux invariables
gura, nai, al, &c. ^ai nin\an etorri ,,je voulais venir". cAlbanai-r
etorri ,,fi je puis venir". T)eabruaren lana da bera kondenatu ^elako
befteak kondenatu nai i^atea (2). ,,C'eft Tceuvre du diable, vouloir
condamner les autres parce que Ton eft condamne foi-meme".
Kondenatu eft regi par nai i^atea ,, vouloir".
(i) 11 y a une autre erreur dans cette phrafe; dana aurait du ^tre dala; dana efl
da + n + a; ,,ce qui efl" ; or, il faut ,, qu'il efl" da-la.
(a) Moguel, Echeco efcolia, p. 17.
499
2 e Quand fuit le fuffixe gabe: Joan gabe ,,fans aller".
Le fubflantif verbal defini eft employe comme fujec ou comme
attribut. Comparez Fexemple ci-deffus oil nai iiatea ,,vouloir" efl
le fujec.
L'infinitif efl encore rendu par Fadjeclif verbal fuivi de i*.
Dechepare ecrit : loan nendin , enaguien oguen gabe ihejlc (i).
,,J'allaisfuir, fans crimes (nayant pas commis de crimes)". Litteru-
lement : j'allais fuyant.
i?.
Limperanfy le fubjonflif <$ le votif.
L'emploi de I'imperatif n'offre rien de particulier.
Le fubjonclif n'exiflant pas, on peutfaire table rafe de routes les
regies qui ont ete prifes dans les grammaires des langues romanes
par rapport a ce mode. II n'y a qu'a regler 1'emploi de la conjonc-
tion n ^que^.
II efl aife de prouver par la tradudlion du N.-T., par Li^arrague,
que deja^ de fon temps, on fe figurait, I qu'il y avait un fubjonclif
en bafque, &, 2, que la conjondlion ,,que^ regiffait le fubjonclif.
Cette derniere erreur parait avoir exifle generalement dans la gram-
maire fran^aife auffi, puifque, d'habitude, les grammairiens font
remarquer expreffement que ce nefh pas la conjondlion ,,que",
mais que c'efl le verbe de la phrafe principale qui decide Temploi
d'un mode ou d'un autre. Du moment que la phrafe contient
la conjondlion n ,,que", Licarrague emploie ce qu'il croit etre, ou
ce que Ton efl convenu d'employer pour, le fubjonclif; p. ex. 'Balna
refufcitatu nadin ondoan. Matth. xxvr, 32. ,,Mais apres que je fuis
reffufcite". Ondoan regit n ,,que"; & n regit le fubjondlif; or, le
prefent du fubjonclif des verbes intranfitifs etant rendu par na-
din, &c., il faut ici nadin. C'efl la, on le voit, le raifonnement qu'on
(i) Poefics, p. 58.
foo
fuivait. Ce raifonnement eft doublement fautif: i n , 5 que" ne
regit pas le fubjonclif (dans aucune langue); 2 il n'y a pas de fub-
jonclif. Nous nous fommes conformes a Fufage accepte en parlant
de ,/ubjonclif", afin de ne pas trop bouleverfer la grammaire,
mais aujourd'hui que nous favons que ce que Ton eft convenu
d'appeler le ^fubjondtif" n'eft autre chofe que 1'indicatif fuivi de
la conjondtion n, il ferait mieux d'abandonner cette expreffion
erroneej prife dans la grammaire d'une autre langue <3c qui a caufe
beaucoup de confufion en bafque. Aux exemples deja cites nous
ajouterons celui-ci : Voacen Galileara. Matth. xxvm, 10. ,,,Qiuls
aillent en Galilee". Voai 3 me perf. plur. du pref. de ttndicatif, fuivi
de TZ.
Mais fi la langue bafque ne connait pas de fubjonclif, elle con-
nait, cela va fans dire, la propofition fubordonnee, & par confequent
le verbe regi; or, le verbe regi^ quand il faut un auxiliaire^ eft
edin pour les verbes intranfitifs & e-[an pour les verbes tranfitifs.
Quand on dit : J^ere aitak nai du joan nadin y) mon pere veut que
j'aille'% nadin n'eft pas le fubjonclif; nadin eft la i re perf. fing. du
pref. de Tindicatif nadi fuivi de n ,,que" & la traduclion litterale
eft : mon pere veut que je puis aller. Le mode du verbe de la pro-
pofition fubordonnee eft fouvent le fubjonclif^ c'eft-a-dire,, le mode
d'incertitude, de doute^ d'efpoir, & en bafque on fe fert alors d'un
auxiliaire de mode, comme c'eft le cas dans beaucoup d'autres
langues. Autres exemples : Hobe due hire begui bararequln vicit^ean
far adin \[ vaut mieux que tu entres dans la vie avec un ceil".
E-^ta -^uen cdita vorondatea bat gal dadin. Matth. xvm, 14. ^Ce n'eft
pas la volonte de votre Pere qu'un fe perde". Sar adin & gal dadin
s'expliquent de la meme maniere par : tu peux entrer; & : il peut
(fe) perdre. L'auxiliaire eft rendu en anglais par Tauxiliaire
,^that he should perish". En allemand par Tauxiliaire
,,verloren werde".
foi
LE VOTIF.
Les dialecles bafques frangais ont encore un mode, appele le
votif. On a cru que ce modeetaitfeulement en ufage en fouletin(i);
mais Lic.arrague & Axular s'en fervent auffi : c4inenfafue fuppona
appurbai neure erhogoan. 2 Cor. xi, I. ,,Plut a Dieu que vous fup-
portaffiez un peu mon imprudence" .-- Jainkoak ailliotfa lirtn
asko (2). ,,Veuille Dieu qu'ils foient aflez"...
Les dialecles bafques efpagnols n'ont pas, ou n'ont plus, cette
faon de s'exprimer. ,,Plut a Dieu" fe rend par Jainkoak naita, dc
nai-eia ; ,,Dieu voulant' 3 , v. p. f22.
14.
Les temps.
Les temps des verbes bafques font les memes que ceux de la
langue fran^aife ou efpagnole, & Tufage qu'on en fait eft a peu
pres le meme. II n'y a qu'un temps (ou qu'un mode) qu'il eft ne-
ceffaire de difcuter ici, & c'eft le conditionnel. Nous avons deja
examine la formation de ce temps, & nous nous fommes dcbarrallcs
de cette kyrielle de temps ,,condicionados^ de Larramendi & de
Zavala, <5c ,,conditionnes" de M. Inchaufpe & d'autres.
II faudra examiner ici Templo! de ces temps ,,conditionnes" qui
n'exiflent pas plus, ni pas moins, en bafque qu'en fran9ais. ,,J'ai"
n'eft pas un autre temps que ,,fi j'ai".
On a cru qu'il n'y avait qu'un feul temps precede de ba ,,fi".
Larramendi ecrit (3) que les temps conditionnes font formes du
participe compofe (la flexion compofee p. ex. jan i\an) & des ter-
(1) Revue de linguiftique, vol. 8, p. 158.
(2) Gueroco guero, p. 419.
(3) Arte, p. 79. Las terminaciones del imperfe&o abreviadas.
minaifons de 1'imparfait tronquees; p. ex. jan i-(an banu, fi yo lo
hubiera comido ,,fi je 1'aurais mange". Ceci veut dire que banu eft
Hmparfait tronque, c'eft-a-dire pour banuen. Larramendi cependant
cite immediatement au-deflbus de ce temps, cet autre : jan q<w
barmen, fi yo avria comido. Ni lui, ni les bafquifants apres lui, ne
paraifTent s'etre apercu que ce temps contredit fa regie; banuen eft
forme de ba-nuen, & cet imparfait n'eft nullement fyncope, ni
tronque.
Pour Zavala le conditionnel eft forme avec les flexions de 1'im-
parfait de Tindicatif, en y ajoutant he ou en les tronquant (i).
Toujours un imparfait. Ainfi en bafque on peut dire banuen ,,fi
j'avais'% & Ton ne pourrait pas dire ,,fi j'ai" badut. Cela eft line
erreur.
Nous n'avons pas admis un mode conditionnel; mais il va fans
dire qu'il y a une phrafe conditionnelle, & cette phrafe peut expri-
mer, en bafque comme en francais, un prefent, un paffe ou un futur:
fi je vois; fi je voyais; fi je verrai; fi j'ai; fi j'avais; fi j'aurai ou fi
j'aurais : badut 3 banuen } banuke. Le conditionnel ou le conditionne n'a
rien a faire dans ces phrafes-la; c'eft un prefent de Tindicatif^ ou
bien un imparfait, ou bien un futur, ou tout autre temps, employe
conditionnellement.
La phrafe conditionnelle a generalement (chez Li^arrague tou-
jours) en tete la particule conditionnelle baldin ou balin : p. ex.
'Baldin hori nahi badut. Jean xxi, 22. ,,Si je veux cela". Eta baldin
igor baditiat. Marc vm, 3. ,,Et fi je les renvoie". *Ba di^at, de e-^an;
pref. indie, avec accufatif fingulier bade^at. 'Baldin iku^ eipahe$at.
Jean xin, 8. ,,Si je ne te lave". "Ba-he^at de e^an y pref. indie. 'Bal-
din aho^pei adora banegak. Matth. iv, 9. ,,Si tu m'adores en te profter-
nant". Eta baldin cure oinac trebuca eraciten bahau. Marc IX, 4^. ,,Et
fi ton pied te faittrebucher". TSainabaldin norbeitek io bahe^a. Matth.
IV, 9. ,,Mais fi quelqu'un te frappe". 'Baldin Jaincoaren femea bahai-[.
Matth. IV, 6. ,,Si tu es le fils de Dieu". vilbadagik joan adi eliiara.
(i) Verio vafc. } p. 19, n* 28. Con los articulos imperfeftos de aquel modo (indicatif)
anadiendoles ke, o fincopandolos. Ainfi, pour 1'auteur, banuke eft un imparfait auquel on a
ajoute ke; & bancu eft un imparfait fyncope, c.-a-d. pour baneun.
Dechepare, Poefies, p. 8. ,,Si tu peux, vas a leglife". 5\V errcge
balinbanini. ,,Si j'etais roi". Meme ouvrage. &ik gura baneu apaindu.
Verbovafc, p. 20, n 33. ,,Si je voulais 1'orncr".
On le volt, ba n'eft nullement le prefixe fpecial d'un fcul temps,
comme Larramendi 1'enfeigne & comme chacun le reptte.
Quand la fignification ou 1'emploi d'un verbe change avec Je
temps, comme il eft arrive avec qa/i, il va fans dire que cela a de
Hnfluence fur tous les temps & dans toutes les fituations. ^an etait
en ufage du temps de Dechepare, de Li9arrague, &c., comme auxi-
liaire de toute la conjugaifon (i); bade^t, &c., eft done chez ces
auteurs un prefent; comp. les exemples ci-deiTus; mais du temps
de Larramendi e^an n'etait deja plus en ufage que pour le fubjonclif,
& cet auteur cite, par confequent, badeiat au nombre des temps du
fubjoncftif; il nomme ce temps ,,futuro condicional", & le traduit
par le futur du fubjonclif: jan bade^t, fi yo locomiere, ,,fi je le
mange'\ Larramendi aurait pu rendre ce temps auffi, comme en
francais, par le prefent de Tindicatif, puifqu'il eft indifferent en ef-
pagnol de fe fervir du prefent de Tindicatif ou du futur du fubjonc-
tif (2)5 mais il nous femble que e-^an donne une autre nuance a la
phrafe; e^an eft Tauxiliaire du mode, indiquant le doute, la poffi-
bilite, & ferait rendu par un auxiliaire de mode dans les langues qui
en ont; en allemand par ^mogen'^, en anglais par ,,may". Larra-
mendi n'a done pas tort de rendre ce temps par le futur.
Pour ce qui regarde la terminaifon qui fe perd fouvent quand la
flexion eft precedee de ba, il nous femble que c'eft le ke du potentiel,
& non pas le n de Timparfait de Tindicatif, qui difparait. En fran-
cais ce n'eft pas Tufage d'employer le conditionnel apres ,,fi"; c'cft
generalement Timparfait de Findicatif qui fert dans ce cas; p. ex.
le vers de Dechepare (3) : \V errege balinbanini, fe traduit en fran-
par : fi j'etais, & non, fi je ferais, roi.
(1) Been ccrprobetchu du guifonac, baldin mundu gucia irjba^bjdffa. Marcvui, )6. ,,Car
quel profit a 1'homme s'il gagne tout le monde".
(2) On peut dire : Si falgo (preTent) bien de efte negocio, ou : fi faliere bien, kc. ,,Si j
fors bien, fi je me tire bien de cette affaire". Salva, Gram, tfp., p. 185.
(3) Poefies, p. 51.
En efpagnol, par centre,, c'eft le conditionnel (optatif). Zavala
traduit : &{jk gura baneu apaindu, fi yo lo quifiera engalanar, ,,fi je
voudrais Torner^. De meme en italien on dirait: fe fofli re, ,,fi je
fufferoi".
TSanini, dans Texemple cite, eft done, felon nous, pour baniniake,
& non pour banin^an.
Une autre raifon qui nous fait croire que c'eft le conditionnel, &
non Timparfait, fous une forme fyncopee, c'eft, que quand dans de
pareilles phrafes, il y a une troifieme perfonne, on trouve invariable-
ment le / initial, qui n'appartient pas a 1'imparfait 5 p. ex. Ewrriko
balitifedearen contra efetjlren bat. ,,S'il venait une perfecution centre
la foi". Ici baltti eft pour balitiake, 3 me perfonne de Timparfait de
1'optatif de i^an : ba-li^ake. L'imparfait de 1'indicatif eft fan, & aurait
donne ba^an. Si Ton trouve, par confequent, dans une phrafe a
fens egal, banin^ il faudra en conclure que c'eft la forme fyncopee
de ba-nlniake ,,fi je pourrais".
II eft vrai que Zavala fait une diftindtion entre les temps avec
ke & fans ke, entre baliti & balit-^akey tous les deux en ufage, le
premier un futur prochain, le fecond un futur eloigne; mais cette
nuance qui exifte, nous aimons a le croire, n'eft que conventionnelle,
& 1'analyfe des temps prouve que la langue bafque n'en fait rien.
Zavala embrouille, en outre, des flexions qui appartiennent a edin
& a i\an; il dit : Etorriko balltiateke o fincopado baliteke. Si alguna
vez viniera(i), ,,s'il viendrait une fois'\ 'Balitiateke eft la 3 me perf.
fing. de Timparf. de 1'optatif (aujourd'hui conditionnel) de i^an;
ba-liteke eft la 3 me perf. de 1'imparfait de 1'optatif de edin> pour
I edit eke.
Nous ne fommes, par confequent, pas de 1'avis de M. Vinfon,
qui dit : ,,Quand de ^intudan ,,je vous avais" on tire baiintut ,,fi je
,,vous avais 3 \.. il eft difficile de foutenir la primitivite du n (2)".
Et ailleurs : ,,Les colonnes E & F contiennent les formes du
(1) Verio vafc, p. ao, n 3 5.
(2) Revue de Linguijlique, vol. vm, p. 59. L'argument de M. Vinfon doit fervir a
combattre notre tWorie par rapport a \'n final de 1'imparfait qui, felon 1'auleur, eft inutile
ou adventice.
conditionnel & du fuppofitif, manifeftement derivees de 1'impar-
fait, ce dont on acquiert d'ailleurs aifement la conviction (?) en
comparant 1'enfemble des formes de ces trois temps, meme dans
un feul dialede (i)".
Prenons le premier dialecle dans ce tableau, le labourdin.
IMPARFAIT. CONDITIONNEL. SUPPOSITIF.
A E F
Zen Liteke
Comment on acquiert la conviclion, & encore aifement, que
liteke & baliti derivent manifeflement de ^en nous eft un myftere ,
mais M. Vinfon, qui prend volontiers fes citations & fes arguments
dans Je verbe du prince Bonaparte, n'a pas vu que ces flexions
n'appartiennent pas au meme verbe; yen eft la 3 me perf. fing. de
Timparfait de i^an ,,il etait j:> ; liteke eft la 3 me perf. fing. de 1'im-
parfait (aujourd'hui conditionnel) du potentiel de edin ,,pouvoir",
& ba-lit[ eft la 3 me perf. fing. tronquee de Timparf. du potentiel
(aujourd'hui conditionnel) de i^an, pour ba-litiake. M. Vinfon qui
exprime regulierement, dans fes articles fur le verbe, fes regrets de
ce que nous n'ayons jamais confulte le verbe bafque du prince
Bonaparte, (a quoi nous n'avons jamais repondu), comprendra main-
tenant que nous ne fentons pas ce befoin auffi fortement que lui.
On a cru faire de Tanalyfe grammatical en claffant les flexions
morphologiquement, & Ton a fait deriver une flexion (toujours la
3 me perf.) d'une autre, tant bien que mal, prenant quelquefois les
flexions d'un verbe pour celles d'un autre verbe. La derivation defotfq
de ien demandait, certes, une explication, pour nous donncr cette
convidlion dontparle M. Vinfon, & voici comment ilia donne dans la
T(evue de Lingiiijlique, vol. vi, p. 2f I. ,,Le n de \en eft adventice;
,,le e eft adventice; i feul eft une confonne radicale". II refulte,
\
(i) Revue de Linguiftique, vol. vi, p. 250.
felon M, Vinfon, du tableau precedent (dont nous citons les trois
premieres flexions) ,,que la 3 me perf. imparf. indie, fing. pure &
,, primitive (!) etait ^ ou Zq". Zen etait done ^, dont on a
fait plus tard -jir^ ou Zrr{, puis fzq*/i, Zzq*/i dont la fyllabe ^/i eft
feule reftee. Uauteur a repete cette meme theorie dans les ,, Notes
complementaires", a la fin de FefTai fur la langue bafque, par
M. Ribary, p. 1 14, n 108.
Nous nous permettrons de dire qu'il n'y a rien dans la langue
bafque qui puiiTe faire fuppofer 1'exiftence de toutes ces forme*
hypothetiques, intermediates. La forme hypothetique ^ ne fert pas
ici a expliquer 1'imparfait, ce qu'il aurait fallu ; on torture I'imparfait
pour expliquer un autre temps, <3c Implication de cet autre temps
a une vertu retroactive & inutile Timparfait. Toutes ces formes
hypothetiques doivent fervir a relier baliri a ^en, parce que Ton a dit
& repete que baliti eft un imparfait tronque,, croyant decouvrir dans
barling, &C., un imparfait tronque, pour banin^an.
Admettons la theorie pour un moment. TSanini vient de baninian;
bahini de bahin^an; & balit^? de baian, car ^an eft la 3 me perfonne,
comme nin^an eft la premiere. L'imparfait fan ou fen (dial. bafq. fr.)
n'exifte feulement pas fous une forme tronquee; baya ou baie n'eft
pas bafque. Pour nous le temps en queftion eft Timparfait du
potentiel (aujourd'hui conditionnel) tronque; banin^ eft pour baniniake,
baking pour bahin\ake 9 & balit^ pour batizfake, de ba-litiake, ce qui eft
la forme actuelle; il n'eft nullement neceflaire d' avoir recours a des
formes comme ^'q & Zzrj, ckc. De plus fan ,,il etait" n'eft pas une
forme obfcure ; le i initial s'eft perdu, fait tres commun en bafque.
Cet i reparait du moment qu'il n'eft pas initial (voir le verbe ifari).
'Baiimut (le premier example de M. Vinfon, que nous citons plus
haut) eft une flexion tronquee; mais pourquoi fuppofer qu'elle eft
formee plutot de fintudan que du conditionnel fimuket? Si Ton re-
tranche an, ou fi Ton retranche ke, ['operation refte la meme; dans
1'un & dans 1'autre cas, le pronom, ici d, doit reprendre fa forme
primitive r. La fignification n'eft pas non plus un obftacle; au con-
traire elle vient a Tappui de notre theorie, felon laquelle les temps
tronques font des conditionnels (futurs), des temps en ke (imparf.
f7
potent ). En fouletin, p. ex. Joan baledi fignifie ,,s'il allait" (dans !e
futur) (i); & joaiten baien ,,s'il allait" (autrefois). La difference eft
indiquee ici clairement entre 1'imparfait & le futur; 1'imparfait
eft rendu par I'imparfait; ^en eft la 3 me perf. de 1'imparfait; & le
futur par 1'imparfait de 1'optatif de edtn, ledi pour ledike.
Nous citerons encore quelques exemples tires du verbe bafque
de M. Inchaufpe, & qui prouvent que fi la flexion n'eft plus qu'un
figne, la fignification s'eft du moins maintenue. ,,Egin baleia biharko,
boi^ niniate ,,s'il le faifait pour demain, je ferais content". ,,S'il le
faifait" exprime ici un futur. Egiten banian kechu ^en ,,s'il le faifait,
ii etait fache". ,,,Fache" dans cette phrafe exprime le pafle (2). -
On voit encore ici que -pan eft & indique le pafle; & que lc\a> pour
leiake felon nous, optatif de eym, indique le futur.
Ces temps, dont on n'a jamais fu rendre compte, ont conferve
toute leur valeur. La confufion derive en partie de ce que Ton s'eft
figure, comme entrautres le prince Bonaparte, que le / initial
denote Timparfait du fubjonclif. Dans un article de la Revue an-
glaife ,,the Academy", du 20 novembre 1875% ^ e P r i nce Bonaparte
demontre notre ignorance totale de la langue bafque, & dit : ,,Not
,, taking into confideration that the firft belongs to the imperfecl
,,of the fubjunclive, and the fecond to the conditional" . En
fran^ais : ,,Ne faifant pas attention que le premier (luela) appartient
,,a 1'imparfait du fubjondif, & le fecond (lukela) au condiuonnel".
Cette aflertion, qui n'eft pas du prince lui-meme, mais qu'il repete
de confiance d'apres Oihenart & d'autres, n'eft pas de nature a fixer
cette queftion, qui eft beaucoup moins fimple qu'on ne le croit & a
laquelle nous devrons vouer un paragraphe fpecial.
(1) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 16.
(2) Meme ouvrage, p. 94.
if-
Le 1 comme lenre inidale des ^ mes perfonnes de limparfaii dufubjonftif.
L'emploi de / initial fert a indiquer la difference, felon Oihenart ,
entre la 3 me perfonne de 1'imparfait de Tindicatif & la 3 me per-
fonne de Timparfait du fubjonclif; p. ex. ^editi, indicatif; ledin,
fubjonctif. Ni lui (il efl le premier qui en parle,. fi nous ne
nous trompons pas), ni tous ceux qui repetent ce qu'ii a dit,
n'ont ete frappes de la bizarrerie de cette regie., felon laquelle
deux temps,, identiquement pareils, ne differeraient que dans 1'ini-
tiale de la J" 16 perfonne. Cette difference, qui n'efl obfervee que
dans les dialectics bafques fran5ais,, ne repofe, croyons-nous, que fur
une erreur, due apparemment a Tinfluence de la fyntaxe des
langues romanes.
Le fubjonctif n'exiflant pas en bafque, il ne peut etre queflion
d'une caracfteriftique pour une flexion d'un temps du fubjondlif.
Mais ii y a un mode ou fe trouve cette lettre /, & c'eft le potentiel.
La 3 me perf. de Timparfait du potentiel a toujours & dans tous les
dialecles un / comme lettre initiale. Or, Fimparfait du potentiel
efl employe comme prefent du conditionnel (comp. nuke ,,j'atifais 3
nin^ake ,,je ferais^), & puifque le prefent du conditionnel efl fou-
vent rendu en fran5ais & en efpagnol par Timparfait du fubjondlif,
on s'efl figure, a ce qu'il parait, que la flexion avec / initial appar-
tenait au fubjonclif.
La confufion date d'auffi loin que nous puiffions remonter.
Dechepare & Lic_arrague diflinguent deja tres foigneufement ie
temps qu'ils croient devoir etre rendu par 1'imparfait du fubjonclif.
Nous n'avons pas de textes pour demontrer Ferreur, les dialecles
bafques fran^ais etant tous d'accord fur ce point 5 mais nous avons
ia langue elle-meme, ce qui vaut mieux.
Nous croyons done decouvrir chez Ligarrague, & par confequent
dans tous les dialecles bafques francais, des phrafes correcles oil
fop
1'imparfait du potential eft employe, fans qu'on s'en foit rendu
compte; & des phrafes incorrecles oil, par analogic avec une des
langues romanes, on a employe des imparfaits, qu'on croyait ap-
partenir au fubjoncttif. La regie erronee & aflez generalement
admife, meme en franc.ais, que la conjonclion ,,que" (& en bafque
n & la) regit le fubjonclif, a guide aufli Lic.arrague; p. ex. Ordtum
keinu eguin ciegoten haren aitari, nola nahi luen hura del ledin. Luc I, 62.
,,Alors ils firent figne au pere (de dire) comment il voulait qu'il
fut nomme' 5 . Selon Oihenart, luen ferait 1'imparfait du fubjon<5lif;
ce qui demanderait encore une explication; car 1'emploi du fub-
jonctif, en admettant qu'il y en cut un en bafque, ne ferait pas admif-
fible, puifqu'il n'y a rien pour le regir. AufTi dans toutes les autres
langues on fait ufage ici de Fimparfait de ttndicatif comment il
voulait 35 . Mais ici intervient la regie erronee, par rapport a la
conjondHon. En frangais on dit ,, comment' 5 ; mais en bafque on
dit ,,,comment que", tout comme en hollandais ,,hoe dat"; &
puifque , 5 que 55 regit un fubjonftif, felon Topinion vulgaire, on s'cft
dit qu'il faut un imparfait du fubjonclif; & puique la 3 me perfonne
de Timparfait a, par fuite d'une autre opinion erronee, un / initial
s'il s'agit du fubjondif, ^uen efl devenu luen.
Dans la fin du verfet, nous avons del ledin, traduclion de ,, qu'il
fut nomme 55 ; c'efl-a-dire ledin + n au lieu de ^edin + /?, puifque
Ligarrague traduit un imparfait du fubjonclif.
Luen pourrait etre une forme correfle pour luken. La chute du k
medial, quand la flexion efl fuivie d'une conjonclion (naujla pour
nauk-la, Matth. xxvi, 34), eft a peu pres la regie, & le n final de
luen n'eft pas le n de 1'imparfait, c'eft la conjonclion n regie par
nola; la traduftion litterale eft done : comment que il voudrait.
Nous ferions plus porte a admettre ici cette forme correcle, peu
importe fi Li^arrague (tout auffi peu que les Bafquifants modernes)
en favait la valeur; il eft probable qu'il n'y aura vu qu'un imparfait
du fubjoncftif.
Le cas eft le meme pour ledin ; le fubjondlif n exiftant pas, ledin
doit appartenir au potentiel, & ledin doit avoir perdu he, ledinke ou
ledike (ou, comme on dit aujourd'hui, leiteke), tout comme luen a
po
perdu ke. Dans cecas iifaudrait traduire ici deiledin par ,,qu'ilferait
nomme"; le n final eft la conjondlion ,,que". Mais il nous femble
que Ligarrague etait tout aufll peu renfeigne fur la valeur de cette
flexion qu'on l'eft aujourd'hui, & qu'il a fuivi la regie qui eft tou-
jours reftee en vigueur, d'ecrire / pour ^ initial, quand le temps ap-
partient au fubjonclif dans lalangue qu'on traduit, ou bien quand n
accompagne la flexion. Les exemples fuivants le prouveront : Eta
et^iiuen deabruac mintfatfera. ut^iten nola hura egagutu vkan luien.
Marc i, 34. ,,Er il ne laifla pas dire aux diables comment ils 1'a-
vaient connu". L'imparfait du fubjonclif n'exifte pas & 1'imparfait
du potentieln'eft pas poffibleici 5 on ne peut pas dire ici : , Comment
iis 1'auraient connu". II faut done necefTairement que ce foit 1'im-
parfait de 1'indicatif. Mais Ligarrague ecrit luten, parce que nola fe
conftruit avec n >,que", & que n, comme on fe le figure, regit le
fubjonctif j & de la luten au lieu de iuten.
Comme nous venons de le dire, Li^arrague fe figure qu'il y a un
fubjonclif, & enfuite que 1'imparfait du fubjonclif a un /initial a la
^ me perfonne. En voici la preuve : Eta mana dt-[an efiegaten deus har
bidecot^at baina fandaleac iaunciac liiu^ien eta bira arropa^ e^litecen
ve^ti. Marc vi, 8, 9. ,,Et il leur ordonna qu'ils ne prifTent rien pour
le chemin mais qu'ils euflent leurs fandales portees & qu'ils ne
fe vedflent pas de deux robes. Eilefaten pour e^e^aien^ Urn-pen pour
lituiten, e-^iucen pour q-^V^/z, font les 3 mes perf. de 1'imparfait,
& puifque la verfion francaife a 1'imparfait du fubjonclif, L'^arrague
ecrit / pour {. Nous ne croyons pas que ces flexions foient des
^mes perfonnes tronquees du potentiel; le^aten pourrait etre pour
le^aketen de le^ahete -f- n; mais lite-fen ne peut pas etre pour liteke-
ien; la 3 me perfonne plur. de 1'imparfait du potentiel eft lite^ke en
labourdin, & fi le bas-navarrais a te, alors lue^kete. La terminaifon
feraitdonc ten & non yen: lite^keten.
Le fujet eft aflez intereflant pour ajouter une derniereobfervation.
Jufqu'ici nous avons examine la fagon d'ecrire de Licarrague ; mais,
en tenant compte uniquement du caradlere de la langue, ces phrafes
ne nous paraiflent pas grammaticalement corredes : i Le fubjonclif
n'exifte pas en bafque, done il faut 1'imparfait, foit de Tindicatif, foit
f"
du potentiel ; 2 le bafque poflede des auxiliaires des modes ; par
confequent il eft plus que probable que Fauxiliaire du verbe de la
propofition fubordonnee fera, comme dans beaucoup d'autres
langues, Fauxiliaire d'un mode. Or, nous favons que qan & tdin
font les auxiliaires du potentiel, & ce font ceux-la que nous retrou-
vons dans les exemples cites ; par confequent ils devraient avoir la
forme du potentiel, & dans ce cas le bafque correfpondrait exacle-
ment a 1'anglais, oil Ton fait ufage de Fauxiliaire du mode ,, should":
And commanded them that they should take nothing for their
journey
II nous femble done que primitivement (nous ne parlons pas des
temps oil les auxiliaires n'etaient pas en ufage) on a du employer le
poteritiel, et que, par fuite de la connaiffance infuffifante des lois
phonetiques, ainfi que de Tinfluence d'autres langues, on eft arrive a
la forme fautive que nous venons de difcuter. Ajoutons encore que
Timparfait du potentiel, en perdant la fyllabe he, eft pareil a I'impar-
fait de Findicatif, fauf le n final, & que, dans les cas oil il y a la
conjonclion n, les deux temps font identiquement pareils, a Fexcep-
tion de la J" 16 perfonne, & Ton admettra que la confufion etait
pofTible.
Enfuite, beaucoup d'expreffions peuvent etre rendues egalement
bien en franais par Fimparfait du fubjondlif et par le conditionnel
(imparf. du potent.). Les exemples fuivants laifferont peu ou point
de doute a cet egard. ZNjc nuen fperanga hit-^ purac vkanen luela
fane eta auan$amendu Heuskal herrian (i). ,,J'avais efpoirque la pa-
role pure aurait entree dans lepays bafque". Enfran9ais on auraitpu
dire ,,eut eu entree", & comme on n'a pas fu probablement que
luela eft pour lukela^ on a cru ecrire ici, & dans toutes les phrafes
pareilles, un imparfait du fubjondlif. Mais puifque le bafque n'eft
pas du francais ou de Tefpagnoi travefti, il vaut mieux juger la
langue par elle-meme, & puifque nous favons, ce que Ton ne favait
pas alors, que le fubjondif n'exifte pas, cette theorie s'evanouit
d'elle-meme 5 mais, en dehors de cette confideradon, le fubftantif
(i) Dedicace du N. T. de Li?arrague.
verbal en n (comme celui en go), fuivi, foit de Timparfait de 1'in-
dicatif, foit de ttmparfait de 1'optatif (comme aufli en bifcaien),
forme le pafle du conditionnel. L'erreur de prendre luela pour un
imparfait du fubjonclif, comme le fait aufli le prince Bonaparte (i),
eft d'autant plus grande, que luela n'eft pas feul ; ukanen avec luela
decide la queftion ; ukanen luela eft un conditionnel & ne peut etre
qu'un conditionnel, que Ton ecrive luela ou lukela.
Autre exemple : Orduan hec has cequifquion bata berceari galde
eguiren elkarren artean, eya cein cen hetaric hura eguiren luena. Luc,
xxi i , 23. ,,Alors ils commencerent a fe demanderles uns aux autres
qui etait celui d'entre eux qui ferait cela". Eguiren luena eft le prefent
du conditionnel, forme du fubftantif verbal en ten, accompagne
de Fimparfait du potentiel comme auxiliaire. Eguiren luena eft
pour eguiren lukena & ne peut etre que pour eguiten lukena y de
luke -\-n-\-a.
Autre exemple : 'Bay eta fperanga^ ecen ni baino fufficientagoric-ere
iganen cela obran efcu edukiren luenic (2). ,,Efperant aufli qu'il y en
aurait de plus fuffifants que moi qui tiendraient la main a Fceuvre^.
Edukiren luen eft le pafle du conditionnel, bien que traduit par L^ar-
rague lui-meme par le prefent : tiendraient. Un imparfait, foit de
rindicatif, foit du fubjondlif, donnerait un contre-fens 5 & quand
meme le fubjondtif ferait correct en frangais, le bafque n'eft pas du
francais ; de plus la forme eft indifcutable, c'eft celle du conditionnel
bafque. Si Licarrague eut voulu exprimer ce qu'il croit etre le fub-
jonclif, il n'aurait jamais pu fe fervir de la periphrafe edukiren luenic ;
il aurait fallu edukiten, ou, comme nous croyons que Licarrague ecrit
ce fubftantif verbal, edukeiten luenic. On voit, par ces exempies,
que Licarrague ecrit corredlement, peu importe, pour le moment,
s'il n'aurait pas etc embarraffe, tout autant que Oihenart, d'analyfer
ces flexions.
Nous citerons maintenant quelques exempies ou la flexion n'eft
pas correcle : Hare eylaquiala nola Marc, iv, 27. ,,11 ne favait
(1) The Academy, 30 nov. 1875.
(2) Dedicace du N. T. de
pas comment' 5 . Ici il faut neceffairement 1'imparfait, il aurait
fallu, ei~iaquiala; mais la conjondtion la ,,que" regie, comme on
le voit, felon Liarrague 3 le fubjondif; par confequent il change
I en I, & ecrit eilaquiala.
La conclufion de tout ce qui vient d'etre dit eft : 1 que du temps
de Licarrague on ne fe rendait pas plus compte de ces flexions qu'on
ne le fait de nos jours 5 & 2 que Ton fe figurait que la conjonclion
regiffait le fubjoncTif. Mais ici 1'examen de ces locutions n'eft pas
fini. Licarrague ecrit luen, luenic, &c., mais par centre il fe fere
auffi de ces flexions avec la fyllabe he ; il fait, par confequent, une
difference entre les unes & les autres; mais cette nuance eft difficile
a faifir. II ne fuffit pas de dire que Li9arrague emploie luela pour
1'imparfait du fubjonclif (en admettant un moment qu'il y cut un
fubjonclif) & lukela ou lukeela pourle conditionnel. Donnons d'abord
des exemples : tMilla eriden igan balirade-ere, nic vkan nuqueela ham-
bat atfeguin (i) ,,S'il fe fut trouve mille perfonnes, j'en eufle ete
autant joyeux 55 . II eft curieux que Fauteur traduife lui-meme
cette phrafe par Uimparfait du fubjonclif, ainfi que la fuivante : Era
baldin edoceinec replicaiu nahi balu nic baino hobequi berce batec
eguin vkan luqueela (2) }) Et (i on replique qu'un autre cut mieux fait
cela que mor".
Ligarrague ne traduit pas litteralement ces deux paflages. II aurait
fallu ,,que j'aurais eu autant (de) joie 3 '; & le fecond: , 5 Et fi quel-
qu'un aurait volonte (de) repliquer". La traduclion de Tauteur n'eil
qu'une queftion fecondaire. Ce qu'il importe de faire obferver, c'eft
que cette fois-ci c eft bien ce que 1'on eft convenu d'appeler le condi-
tionnel qu'il emploie. Dans la premiere phrafe, c'eft le pafle du
conditionnel 5 dans la feconde, c'eft une periphrafe inufitee en fran-
cais, mais qu'on comprend au befoin, & que le fouletin poflede
auffi fous le nom de : conditionnel anterieur (3).
La formation de ces temps & leur valeur reelle n'ont done rien
d'obfcur, mais on fe demande quelle peut etre la nuance que Licar-
(1) Dedicace du N. T. de Li?arrague.
(2) Dedicace du N. T. de Licarrague.
(5) Inchaufpe Verbe bafque. p. 18, galdu ukhen luke, ,,il aurait eu perdu".
33
P4
rague a voulu exprimer. Les phrafes que nous venons de citer ne
difent ni plus, ni autre chofe, en confiderant le temps comme uri
imparfait du fubjonclif ou bien comme un conditionnel. Auffi Li-
carrague traduit-il par un imparfait du fubjondif, ce temps qu'on
dit etre un conditionnel,, & plufieurs des exemples cites avant font
traduits par Licarrague par le conditionnel, bien qu'on dife que ce
fontdes imparfaits. Nous ne voulons pas faire valoir cette traduclion
comme une arme centre nos adverfaires, nous en avons de meilleures
dans la langue meme ; mais elle prouve que Licarrague ne tient au-
cun compte de la figniftcation qu'on croit y decouvrir.
On voit que la queftion de / initial n'eft pas fi fimple qu'on le
croit. Nous avions deja dit, fans commentaire aucun, dans notre
,, Etude fur les verbesauxiliaires'% que luela, dans 1'exemple cite plus
haut, etait pour lukela. Le prince Bonaparte n'eft pas de cet avis.
Nous avons commis, felon lui, une erreur enorme (i); nous n'a-
vions pas vu que lukela eft le conditionnel & que luela eft Timparfait
du fubjonclif ! Puis vient i'argumenc triomphant : ,,Si ^uela cor-
refpond a fuen & lukela a luke, comment eft-ce que luela pourrait ne
pas correfpondre a luen ? (2) On a vu comment 5 ce n'eft pas en
comparant, mais en analyfant, qu'on le prouve. Nous comprenons
qu'il eft dur pour le prince Bonaparte d'aller chercher dans notre
Eifai, des regies de phonetique bafque 5 mais la il aurait trouve que
n eft elide devant /, & c'eft la 1'unique raifon pour laquelle on dit
^uela pour -{uenla. Si le prince Bonaparte avait fu que le fubjonclif
n'exifte pas, s'il avait fu que le n eft la conjonclion , 3 que", s'il avait
fu que ce qu'il nomme des terminatifs font des flexions,, s'il avait fu
que fes terminatifs, qui prennent chez lui le nom de forme regie,
font des flexions fuivies de la conjonclion, s'il avait fu tout cela
& encore quelques regies de phonetique bafque., beaucoup plus
fures que des correfpondances, il aurait peut-etre ecrit un article
moins violent, pour ne faire, en fin de compte, qu'une obfervation
tres-fuperficielle & qui eft une erreur dans le fond.
(1) An egregious blunder. Academy, 20 nov. 1875.
(2) How can luela fail to correfpond to luen. Meme revue.
16.
La flexion relative au lieu de la flexion abfolue.
Les auxiliaires (autrefois tous les verbes primitifs) ont, comme
nous Favons vu, des flexions fpeciales pour le ftyle familier. En
dehors de ces flexions, plufieurs dialecles ont encore conferve (Lar-
ramendi n'en parle pas) une facon particuliere de s'exprimer, furtout
en parlant d'une fagon badine (i), & qui confide a fe fervir des
flexions a deux regimes au lieu des flexions abfolues, en exprimant
la 2 me perf. comme regime fi la i re perf. eft le fujet, & en exprimant
la i re perf. fi la 2 me eft le fujet. Ainfi, au lieu de ,Je prends", on
dira ,,je te prends" ou ,Je vous prends", felon qu'on parle a une
ou a plufieurs perfonnes, & au lieu de dire ,,tu prends", on dira
,,tu me prends". Au lieu de dire dot, bifc., ,,fai", on dit )y deurfut"
ou deutfuet ,,je t'ai" (au fond : je vous) ou ,Jevous ai". Au lieu de
dire anu daroak 35 tu prends d'habitude'% on die arm daroadak ,,ru
me prends d'habitude^. ZN^eure Jaun maitea joan -[atiai-fiit lurretik,
Axular,, p. ^ ^Mon cher maitre vous m'etes (pour vous vous etes)
en alle de la terre^,.... Nous avons compare dans notre Diclion-
naire cette maniere de s'exprimer a des locutions analogues, mais
exceptionnelies,, en hollandais & en francais. Mais ce qui diftingue
entierement la langue bafque des autres langues, autant que nous
fachions, c'eft que cette mutation de flexions a auffi lieu dansle verbe
iian ,,etre", & alors ce n'eft plus un echangede flexions a fignifica-
tion tranfitive, mais ce font les flexions de avoir" qui prennent la
place de celles de ,,etre". Au lieu de dire mz{, bifc., ,,je fuis", on
dit noiu ,,vous m'avez" (aujourd'hui ,,tu m'as"). Au lieu de ,,tu es 3 '
on dit ,,tu m'as". ZKjr lire ene femea fe dit &pr ^aitut ene femea,
(i) Particularmente fi la converfacion es jocofa. Zavala, Verio vafc., p. 9, n* j (jo par
erreur). II eft poffible que ce foit le cas pour les dialeftes bafquesefpagnoU; mais les au-
teurs bafques francais s'en fervent dans le ftyle ferieux.
3 , Qui etes-vous mon fils ?" (l). L'ufage, bien que bizarre,, eft tel ; c'eft
un echange de flexions pour donner a la phrafe une autre tournure
& que le bafque parait preferer dans certaines circonftances. Mais
fi nok ou nauk ou nuk 33 tu m'as" remplace jiai-^ ou na-[ 3 ,,je fuis'% ce
n'eft pas que ce foit une variante ou une forme modifiee de nai, comme
duk ou dan Teft de duh. Les tableaux que Ton trouve d'habitude font
drefles de fa$on a donner cetteidee erronee. On trouve pour ^j'ai"
duty duk, dun, du-[u, ce qui eft corredt ; mais on trouve auffi nai^, nuk,
nun, nuiu, ce qui doit induire en erreur ; nuk, nun, nu^u n'ont rien de
commun avec naii; ils font employes pour nai^, voila tout.
CHAPITRE XXV.
LES CONJONCTIONS.
Les deux conjondlions les plus importantes font n & la, fignifiant
toutes les deux ,,que"; n furtout eft d'un ufage tres commun.
Nous avons vu (p. 61) que la conjonclion n ,,que 33 derive
(comme la conjonclion dans beaucoup d'autres langues) d'un adverbe
demonftratif non ,,[&, ou 33 . foa^te hirira non bathuren lah^aigue...
^Allez vers (la) ville,, oil (ou^ la) vous trouverez"...
La conjonclion n fe re trouve auffi fous fa forme primitive non;
p. ex. pour relier la proportion fecondaire a la propofition princi-
pale, apres les adverbes ou locutions adverbiales d'intenfite,, hain,
hambat ,,{{, tant'% &c. : Era hambar egin -^uen non bere herria eta ingu-
runekoak ere hetan farther a ^ihoan eritafunetik begiratu baitiituen (2).
(1) Voir Larregui, Test. Zahar, vol. i, p.
(2) Axular, p. 7, anc. ed.
,,Et il avait taut fait, que Ton pays 5c ies environs, il les avait pre-
ferves de la maladie". Hain bertie dira, non... ,,11 y en a tarn,
que...".
Dans les examples cites, non relie deux propofitions, done Tune
explique Tautre; non eft encore ici adverbe (ou demonftratif) ayanc
force conjonclive. Mais fi la phrafe eft purement conjondive, non
fuit la flexion verbale de la propofition fubordonnee & s'unit avec
elle fous la forme contraclee n: Gaitigatu diot ewrri dedln. Lard.,
Gr., p. Si. ,,Je lui ai fait dire qu'il vienne". Vedin de dedi -{- n" .
II n'eft pas neceflaire de chercher bien loin pour trouver des
analogies dans d'autres langues pour 1'emploi de ,,ou" pour ,,que".
On dit egalement bien en frai^ais ,,le jour que cela arrivera" ou
,,le jour ou cela arrivera" (i). La locution, aujourd'hui vicieufe :
,,c'eft la oil" pour ^c'eft la que", etait encore en ufage du temps
de Maflillon & prouve Tetroite parente des deux mots, quant a
leur fignification. ,,Ou" eft auffi employe comme pronom reiatif :
,, Libre du joug fuperbe oil je fuis attache" (2).
Plufieurs adverbes ou locutions adverbiaies font fuivies de la
conjonclion, qui eft tantot non, tantot n, fans qu'il nous foit poflible
de dire la raifon qui a dirige le choix de Tune ou de Tautre forme,
& pour le moment ce fera le mieux d'en dreffer une lifte :
&4lako-non ,,tel-que". Zeren-n ,,de ce-que".
Tleiala-non ,,ainfi-que". Ondoan-n ,,apres-que".
Zergarlk-non J; de ce-que". cArtean-n ,,apres-que' 3 .
Zein-non , 3 combien-que". Orduan-n ,,pendant-que".
-/2 , ,comment-que 5 ' .
P. ex. Emen nagoen artean ,, pendant que je fuis ici".
de nago + n. Jaten dedan orduan ,,quand je mange". Vedan dc dct
4~/z. Eitegala mirets ceren err an dramidan (drauat -\- n). Jean in, 7.
,,Ne t'etonne point de ce que je t'ai dit". Haina refufcita midin ondoan.
(1) Diez, Gr., p. 362.
(2) Iph., aft. i, fc. i. Racine. Gram, des Gram.
fi8
Match, xxvi, 3 2 - jjMais apres que je fuis reiTufcite". Z^jidin de
nadi-\-n. Ikas eqa$ ue nola landaco floreac handii^en diraden. Matth.
vi, 28. ,,,Apprenez comment (que) les lis des champs grandiifent".
Selon Lardizabal, on peut dire : c4in da ederra non gar airmen duen
ou garaitien du, egu^kia (i). ,,11 eft fi beau qu'il vainc le foleil". II
fe peut que ce foit Tufage, mais 1'ufage d'ecrire deux fois la con-
jonclion fous deux formes differentes eft evidemment vicieux. La
confufion datera du temps oil la connaiiTance de la nature de /*,
conjonclion, s'eft perdue.
Quand Tadverbe eft un adverbe de temps comme orduan, on peur
fupprimer orduan & fuffixer can a la flexion verbale, qui eft deja
fuivie de la conjondtion n. Ainfi, au lieu de dire j at en dedan orduan,
on peut dire jaien dedanean ,,,quand je mange". Zer egin behar du
Giriftino batek irakaflen denean de da -(- n -j- ean (2)? ,,Que doit fairc
un chretien quand il fe reveille? Joan denean , ,,quand il eft parti" . Ean
remplace ici orduan, c'eft-a-dire un nom au locatif 5 or ean eft la carac-
teriftique du locatif, apres les noms en n & r; ainfl air^in fait aiqi-
nean($); Joan danean ne peut fe traduire litteralement, mais cor-
refpond a ,,dans le (moment) qu'il eft parti".
Ces locutions font adoptees par Li9arrague pour rendre le gerondif
frangais : Eta hori erran guenean. Marc I, 42. ,,Et ayant dit cela".
La conjondlion la remplit exaclement la meme fondtion; ce qui
ferait fuppofer que la caradleriftique du locatif ean n'ajoute rien au
fens. II faudra confiderer ces deux expreifions comme n'ayant rien
de commun entre elles, mais rendant la meme idee. Eta vrruti
iragaiten cela. Marc II, 14. ,,Et en pa (fan t". Eta predicat^en guen,
ciotela. Marc I, 7. ,,Et il prechait en difant". 5\/ echean fartuten
nint^ala ent^un neuan onof[a (4). ,,En entrant dans la maifon j'entendis
un bruit de pas". L'emploi de la s'explique meme par les langues
romanes; on dit fort bien ,,je la trouvais qui lifait fon roman" ou
,,je la trouvais lifant fon roman". Dans la phrafe fuivante, Tufage
(i) Gram., p. 70, 4, n 28.
(a) De la Vieuxville.
(3) V. pp. 57, 58.
(4) Zavala, Verbo vcijc. , p. 58, n 165.
de la eft obfcur: Eta mahainean iarriric cegoela. Marc xxiv, 3. ,,Et
etant affis a table ".
L'emploi de la conjonclion eft, ibus beaucoup de rapports, le
meme que dans les autres langues; feulement en frangais, & dans
beaucoup d'autres langues, la conjonclion ,,que" eft fouvene fuivie
du fubjonclif, mode qui n'exifte pas en bafque. Les regies donnees
jufqu'ici, par rapport au fubjonclif, difparaiflfent par confequent, &
& il n'y a qu'a regler Temploi de la conjonclion.
Au chapitre precedent, iy, nous avons vu que, deja du temps
de Licarrague, il etait admis que la conjonclion regiflait le fub-
jonclif; cette regie erronee parait avoir ete comprife d'une fa9on
tres abfolue. Ligarrague ecrit invariablement ce qu'il croit etre le
fubjonctif apres la conjonclion : TSaina refufcitatu nadin ondoan.
Matth. xxvi, 32. ,,Mais apres que je ferai reflufcite". ZKjidin eft
nadi -}- n, 6c nadi eft la 3 me perf. du fing. pref. indie, de edin.
Ondoan fe conftruit avec n ,,que 5:> , & n regit le fubjonclif, felon
Ligarrague; par confequent il prend le verbe qui eft afTedle a ce
mode & nadin ondoan reprefente : , 3 apres que je fois".
La conjonclion fert done, comme dans toutes les autres langues,
a unir deux proportions, deja unies logiquement, pour en former
une phrafe grammaticale : cditak agit^en du egin de^an^ g. ,,Le pere
ordonne qu'ii le fait (en frangais : qu'il le fafle)". Veian eft d*ia-\-
n; de^a eft la 3 me perf. fing. pref. indie, de qa/z. Ufle du hean
daihorren, f. ,,Croyez-vous qu'il vient (qu'il vienne)^. T>athor + n.
II arrive que la propofition fecondaire eft unie a la propofition
principale par la conjonclion 72, quand en frangais on fe fert de la
conjonclion ,,fi"; p. ex. E^ dakigujoan oie dan (da-\-ri) g. ,,Nous
ne favons pas s'il (litt. que) eft venu peut-etre". Jakin nai deu ea
ikufi lenduen (i). (Larramendi, Arte, p. 309) ,,Je veux favoir fi
(litt. que) vous Favez vu ?;> . Le n final de \enduen & la conjonclion
n fe font afftmiles. Par ces deux derniers exemples on voit de nou-
veau que le n n'eft pas necelfairement la caracleriftique du fubjonclif
(en fuppofant que ce mode exiftat), comme cela a ete dit; da &
lenduen appartiennent a Tindicatif. 5\^ eft la conjonclion & ne regit
rien du tout.
po
On diftingue a(Tez generalement, & furtout dans les dialectes
bafques francos, entre n & la, dans 1'ufage qu'on en fait; 77 s'emploie
quand le verbe de la propofition fubordonnee ferait au fubjonclif,
dans nos langues; ou, en d'autres termes, quand la propofition
fecondaire eft con j endive, & la quand ce verbe eft a rindicatif ou
quand la propofition fecondaire eft pofitive. Nous ignorons jufqu'a
quel point s'eft etablie cette difference, que le bifcai'en & le guipuz-
coan n'obfervent pas toujours(i). Au fond elle ne peut pas (ou ne
devrait pas) exifter, puifqu'ii n'y a pas de fubjondlif. Etymologique-
ment elle n'exifte pas,, du moins fi la & n font des mots de fignifi-
cation egale. Nous favons que la conjonction eft un demonftratif;
& fi Ton ditp. ex. ,,ceux qui difent qu'il n'y a pas de refurreclion",
on dit au fond ,,ceux qui difent cela, il n'y a pas de refurreclion".
Que le verbe foit a 1'indicatif ou au fubjonclif, le demonftratif fera
toujours le demonftratif ,,cela" fera toujours ,,cela".
Jufqu'a ce que nous foyons renfeigne fur Forigine de la ^que'%
il faudra laifler la queftion en fufpens. Quoi qu'il en foit de la diffe-
rencCj obfervee par les uns & negligee par les autres, il eft certain que
nous la trouvons deja chez Li^arrague; p. ex. Halacors diotfuet ecen
edequiren faifuela Taincoaren refuma eta emanen $ayola. Matth. xxi, 45.
,,Ainfi je vous dis que le royaume de Dieu vous fera ote & qu'il
fera donne aux peuples 5:> . T{efurredioneric e^tela fa-da-taj dioirenac.
Matth. xxn, 23. ,,,Ceux qui difent qu'il n'y a pas de refurrection".
Par contre, avec la conjonclion n: Eta here fafoinean fruftuac renda
diet^oyoten. Matth. xxi, 41. ^Afiri qu'ils lui rendent les fruits en
fon temps 35 5 die:\oyoun eft la 3 me perf plur. indicat. de e^an, avec les
deux regimes 3 ,,les a lui"., & fuivie de la conjonclionT?; de d-ei^a-ho-
t-n; Li^arrague cependant ajoute fouvent encore le fuffixe f[at; p.
ex. Hau-ere predica de^adangat. Marc I, 38.
(i) Ak e^tau g-ura e\er egin dedin ,,il ne veut pas qu'on fafTe quelque chofe". Kriftok
gura euan lotfea batak befteari euki egion. ,,Chrift voulait qu'on cut du refpeft 1'un pour
1'autre". Agoftinek gura euan Kriftinauak komulgatu ^ite^ela domeka gu^tietan. ,, Saint Au-
guilin voulait que les Chretiens communiafTent tous les dimanches". Dans ce dernier
exemple les diale&es bafques francais auraient ecrit
Zavala ne connaic pas de difference entre la & n (i), mais meme
Lifarrague nous femble oublierquelquefois la regie : Vtdicatiera aufanu
i$an naicen... accufa ahal neinde (2). ,,J'aurais pu etre accufe (de ce)
que j'ai eu la hardiefle de dedier"... V^aicen de naq + n aurait du
etre felon la regie naii^ela. Et : Eye$ala mirers ceren erran drauadan (3).
,,Ne tetonne point de ce que je t'ai dit". Ecen bacitiat bori anayc,
haey teflifica diecengat. Luc xvi, 28. ,,Et j'ai cinq freres, afin qu'il les
avertinV.
Comme on s'etait figure que la langue bafque avait un fubjonclif,
il fallait bien parler de ce mode ; mais ce qui eft une erreur, c'eft
d'ecrire nj pour la; na eft le pronom relatif fuivi du pronom dc-
monfttratif : ce que, ou celui que; ce qui, ou celui qui. Cette erreur
fe trouve affez fouvent chez les auteurs bilcaiens; p. ex. Edo^enek
daki erre-^ago dana (pour dala) gauiia e^aren egiten bano (4). ,,Chacun
fait qu'il eft plus facile de dire que de faire une chofe". Zavala cite
Texemple fuivant ( f) : Zeuek daki^ue e^e era gichi galdu doda^ani
(pour dodaiala). ,,Vous favez que j'ai laiflTe pafTer peu d'occafions".
II va fans dire que les lois phonetiques doivent etre obfervees, quand
on fuffixe n ou la.
Puifque n eft elide devant /, ^an + la devient -{ala; duk + la fait
duala, puifque le k medial eft elide. Va -\- la fait dela & en fouletin
diala, plutot par habitude, puifque les lois phonetiques ne s'op-
pofent pas a la rencontre de a & /. Generalement, quand la vient
en contact avec une voyelle, on intercale un u ou un e; du & ditu,
fuivis de la, font duela & dituela. Le / de la eft redouble dans les
dialecles bafques efpagnols, quand i precede : nendin fait nendilla.
Mais quelles que foient ces influences phonetiques, c'eft une
erreur de confiderer ces flexions comme formant une categoric
fpeciale; ,,il eft" ou ,,que il eft" eft toujours la meme flexion, en
(1) Verbo vafc, p. 28, trozo 5, n" 22.
(2) Dedicace du N.-T.
(5) Jean in, 7.
(4) Moguel, Echeco efcolia, p. 19.
(5) Verio vafc., p. 58, n 166.
f22
bafque comme en toute autre langue ; & les termes de forme regie
exquifitive" & ,, forme regie pofitive" devront etre mis au rebut,
avec routes les autres vieilieries qui embrouillent la grammaire
bafque.
La peut etre fuivi de ko ,,de", & correfpond aiors a ,,de que,
ou de ce que". Vamu nai^ eriru ^eralako. ,,J'ai regret de ce que vous
(aujourd'hui ,,tu") etes malade". On pent encore faire preceder
eien, ce qui n'empeche pas qu'on ajoute la a la flexion : dio e^en jan
.dedala }) i[ die que je 1'ai mange".
Eta. Cette conjondtion offre la particularite fuivante : fuffixee an
nom verbal, flechi ou non flechi, celui-ci prend la fignification du
participe pafle avec ,,ayant" ou ,,etant". Ikitfitd (ikufi-eia) 3:> ayant
vu'\ Edanda ft pour t apres le n) J5 ayant bu j '. Hanan farm eta.
Luc xix, jo. ,,Y etant entre". Jainkoak naita, guip. , 3 Dieu voulant,
c'eil-a-dire : plut a Dieu". Joan da nagufiak agindu diota, guip. ,,,11
eit parti, le maitre le lui ayant commande^. Yauna, ken niganik
pekotari galdu bat na\eia (i). ,, Seigneur laiffe-moi, etant un grand
pecheur".
"Bay conjonclion conditionnelle, correfpondant a ,,fi"; elle eft
prefixee a la flexion. La phrafe conditionnelle commence fouvent
(chez Li^arrague, toujours) parbaldin, ou balin, felon le dialedle. 'Bal-
din lainkoaren femea bahai^. Matth. iv, 8. ,,Si tu es le fils de Dieu".
2a refte toujours prefixe a la flexion, quand meme un autre mot
modifiant vient s'unir a la flexion 5 ce mot precede alors ba cAlba-
dagik ftl-ba-dagik),joan adi eli^ara (2). ,,Si tu peux, vas a 1'eglife".
cArtu eipanituen (ei-ba-nituen} ,,Si je ne les avais pas pris".
'Ba, parait ne pas etre fuivi de la flexion fous fa forme familiere ;
Chrift dit a Pierre : Haldin hori nai badut (& non badiatj dagoen
nathoreno, Cer mengoa due hie. Jean xxi, 22. ,,Si je veux qu'il refte
jufqu'a ce que je vienne, que rimporte". Et cependant Chrift tutoie
Pierre : cer mengoa due hie.
(1) Zavala, Vcrbo vafc., p. 58, n* 170.
(2) Dechepare, Poefies.,p. 8.
CHAPITRE XXVI.
LES ADVERBES.
Les adverbes de lieu hemen on emen, han ou an, huna ou ona, hor
ou or, s'emploient feulement avecles verbes qui expriment le repos :
emen, an, or, dago ,,il eft ici, la". Avec les verbes qui expriment
le mouvement il faut encore le fuffixe ra ,,vers". Ainfi ara (pour
anra) ou orera noa ,,je vais la". Emen ,,ici" n'eft jamais fuivi de ra;
on fe fert alors de ona: eton^en da onara ,,'ii vient ici".
*Bai. L'adverbe d'affirmation bai ,,oui' y s'ecrivait autrefois bay:
Era hec erran ciegoten: "Bay. Marc, x, 39. ,,Et ils dirent : oui".
'Bai fe retrouve comme mot expletif^ mais ayant conferve fa figni-
fication affirmative intadle^ devant les flexions du verbe; on Tecrit
alors ba. <5\futhaturik ba^abil^a ia afpaldi handian. Dechepare, Poefies,
p. ^o. 5,Deja depuis longtemps vous allez en changeant (vous
changez)". TSadakit anhir^ek miretfeko duela. (Axular, Gueroco guero,
p. 20). ,,Je fais en effet que beaucoup s'etonneront". o4ita nerea
badakit. Larramendi^ Lettre a Mendiburu. ^Mon pere, je fais en
effet". On peut comparer ces expreflions a celles qui, en anglais,
font formees avec le verbe do : I do know; & mieux aux expref-
fions allemandes ou 1'adverbe eft employe comme en bafque : ich
weifs ja.
Dans les dialedles bafques francos, il s'eft etabli une difference
entre ba & bai. *Ba eft (implement I'affirmation : badakit ,,je fais";
cette affirmation n'eft pas rendue en francais, apparemment pour
aucune autre raifon que parce qu'elle n'eft pas en ufage en fran9ais;
mais le bafque n'eft pas du francos. En efpagnol on rend ba par
,,ya",, comme le dit Larramendi; c'eft le gia italien qui correfpond
fi fouvent a ,,om" .
Ainfi badet, ya lo tengo efp. ,,}e i'ai".
tenir, n'acquiert pas plus de vraifemblance , {implement en la
repetant.
Le tradudeur des Poefies de Dechepare rend lay par ,,car >:) ; mais
ces tradudlions ne font pas, & n'ont pas, croyons-nous, la prevention
d'etre litterales; p. ex. Egun hanan iuge dale mundu ororen iabia,
TSaytu ororen gainean poieftaie handia(i). ,,Ce jour-la le Maitre de
jTumvers fera juge, car fa puiflance eft grande". Ne ferait-il pas
plus correct de traduire ,,il a en erTet, ou, certes, il a grand pouvoir
fur tout".
En outre, fi bay ne contenait pas une affirmation., on pourrait, on
devrait, toujours s'en fervir apres nola, &c., ce qui n'eft pas. Quand
la phrafe eft interrogative, 1' affirmation ferait un contre-fens, & auffi
dans ce cas-la nola n'eft pas fuivi de bai; ^ola i$anen da hori?
Luc i, 34. ,, Comment cela fe fera-t-il"? Par centre: 5\Wa
minqaiu if an baita. ,,Comme il en avait parle, en effet".
Quand bay precede la flexion, la forme familiere efl remplacee
par la forme indefinie : Guciagatic-ere e^ nola nic nai baitut (& non
baidiatj, batna nola hie. Matth. xxvi, 39. ,,Toutefois, non pas
comme je veux, mais comme tu veux'\
Les dialecles bafques efpagnols ne difHnguent pas entre ba &
bai; badet ou baidet (2).
Si Ton n'admettait pas la regie de la grammaire romane, il y
aurait des cas oil Femploi de bai ferait inexplicable par la regie
qui a ete don nee comme bafque. P. ex. Era guerrha cedin hura
iragaiten batmen Sabbarh egun baie^. Marc II, 23. ,,Et il arrivait qu'il
paiTait un jour de fabbat"... ISaitien n'eft pas regi par un des
adverbes ou pronoms cites ci-deflus. "Baitien n'efl pas non plus la
phrafe incidente.
Autre exemple : Etha guenha cedin, lefus propos hauc acabaturic,
parti bait^edin Galileatic , eta ethor bait^edin ludeaco ba^terretara.
Matth. xix, i. ,,Et il arriva que Jefus ayant acheve ces difcours,
partit de Galilee, & s'en alia dans les quartiers de Judee.
(1) Poefies t p. 24.
(2) Voir Larramendi. Dice. f. v. fi.
La particule affirmative ba precede prefque toujours les flexions
de eduki & de i^an, quand elles font employees feules ; on ne die
pas duty mais on dit badut ,J'ai'% & ainfi : banuen, banuke; bada
!! eft" pour ,,il y a"; ba^en ,,il etait" pour ,,il y avait". P. ex.
*Bacen prophete/abat-ere. Luc n, 36. !! y avait aufli la prophetefle",
Cependant Lifarrague ecrit auili la flexion fans ba : Cituan bada
ga-[pi anaye. Marc xn, 20. ,,Or il (y) avait fept freres".
L'adverbe de negation q precede la flexion du verbe, qui, fi le
temps eft compofe, precede le nom verbal; affirmativement on dit:
i^ango dire, mais negativement on dit : Era biak e^dira aragi bat bji-[ik
iiango. "Et les deux ne feront qu\me chair ".
EI perd quelquefois le {; on dit enai-{ pour q/w/j; & fi la flexion
a un i pour initiale, un des i eft generalement converti en t : et^an
pour e\ ian. Ohapean nago gorderik, eniro\u ediren. ?J Je me tiens
cachee fous le lit; vous ne fauriez me trouver". Prov. 3^2 d'Oihe-
nart. Eniro^u eft pour e^-niroiu (pour nirokeiu, v. p. 3f^^ 3f)-
Dans la reponfe : E^aket ,Je n'ai garde de vous trouver", un
des i eft elide, & non pas converti en t; ei-^iaket . Aujourd'hui
on ecrirait litiaket, en fouletin ; ^ii\akei eft la i re perf. fing. pref.
potentiel de e\an avec ^vous 33 comme objet.
TABLE DES MATIERES.
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AVANT-PROPOS v
CHAPITRE PREMIER ,
i . Les dialeftes bafques i
2. Le dialefte bifcai'en a
] . Le diale&e guipuzcoan 4
4- Le diale&e labourdin 4
5. Le diale&e fouletin 5
6. Les autres dialedes 7
CHAPITRE II 7
i. Alphabet 7
3. Prononciation 10
CHAPITRE III. Le fyfteme phonetique bafque ij
i . Les confonnes, les voyelles & les mutations i j
CHAPITRE IV 25
i. L'article . 35
2. Le pluriel de 1'article 36
CHAPITRE V. Le nom a8
i . Les differents noms *8
2. Les modifications du nom -8
j. Le nom adje&if )Q
4. Les degres de comparaifon Ji
CHAPITRE VI. L'agglutination ))
i . Ce que c'eft que 1'agglutination H
2. Comme fe fait 1'agglutination }4
j. Voyelles intermediaires a, e, i, o }4
4. Voyelles intermediaires a & e
Voyelle intermediaire i. Suffixe ik J7
Voyelle intermediaire o 4}
34
Page*
CHAPITRE VII. Lesfuffixes . 44
i . Ce que font les fuffixes 44
2. Comment les fuffixes s'uniflent aux noms 46
3. Les fuffixes avec le nom pluriel 47
4. La valeur des fuffixes 48
5. Difference imaginaire entre le fingulier indefini & le pluriel. . . 49
6. Le fuffixe k (agent) 51
7. Le fuffixe k (pluriel) 52
8. Y a-t-il un pluriel indefini? 54
9. Le fuffixe n; locatif, genitif, pronom relatif, conjondion .... 56
% 10. Le fuffixe i 62
ii. Le fuffixe f 63
12. Le fuffixe dik, tik 65
g 13. Le fuffixe ko, go 67
14. Le fuffixe far, ffar 69
i $. Le fuffixe Aara ou gan 70
1 6. Le fuffixe gabe 72
17. Le fuffixe no 75
1 8. Le fuffixe ra 74
19. Le fuffixe kin 75
20. Les fuffixes ronty, baithan, ka 76
21. Suffixes compofes : kot^M, fko, lako, kiko, rako, rakot^at, rano,
kilako, gatik 77
CHAPITRE VIII. Les pronoms 79
i. Les pronoms demonftratifs 79
2. Le pronom demonftratif a ,,ce-la" 79
^ . Le pronom pluriel avec les fuffixes 84
4. Le pronom fingulier & les fuffixes n, f, ko, dik, ra, ron\. ... 84
5. Le pronom demonftratif haur, hau, au 87
6. Le pronom demonftratif him, on 89
7. Le pronom demonftratif hori, ori 89
8. Le pronom demonftratif hura 91
9. Les pronoms perfonnels 92
io, Forme intenfive du pronom perfonnel 93
ii. Les pronoms pofleflifs 97
12. Le pronom reflechi 101
ij. Le pronom relatif 102
14.' Les pronoms interrogatifs 103
15. Les pronoms indefinis 104
CHAPITRE IX. Les noms de nombre m
i . Noms de nombre cardinaux in
2. Noms de nombre ordinaux 112
CHAPITRE X. Leverbe
i. Remarques preliminaires
2. Le verbe en general. Clarification du verbe ,, 7
3. Les trois formes verbales: le theme, I'adjeftif fc le fubftantif
verbal 118
4. L'adjeftif verbal
> 5 . Le fubftantif verbal 13
6. Les fubflantifs verbaux invariables
CHAPITRE XI. Le verbe primitif regulier 12()
% i. Ce que c'eft que le verbe regulier ia<J
2. La conjugaifon du verbe en geneYal. Conjugaifons abfolues
& conjugaifons relatives. Traitements ija
3. Lettres carafteriftiques dans les flexions du verbe | J4
4. Le pluriel des pronoms-r^gimes dans les flexions du verbe ... ij8
5. La conjtgaifon abfolue du verbe primitif tranfitif 141
6. L'indicatif. Le prefent 142
7. L'imparfait de 1'indicatif du verbe regulier tranfitif 144
8. Le fubjon<5tif ,^ o
9. L'optatif ou potentiel 1^1
10. La conjugaifon relative tranfitive 153
ii. La conjugaifon du verbe primitif intranfitif i$j
12. Le prefent de 1'indicatif 154
13. L'imparfait de 1'indicatif du verbe intranfitif 156
% 14. L'optatif ou potentiel 158
15. La conjugaifon relative du verbe intranfitif 159
CHAPITRE XII. La formation des modes & des temps des verbes auxiliaires. 160
i. Remarques preliminaires 160
2. Modes & temps des verbes auxiliaires 162
% 3, L'imperataf &. 1'ind'catif i6j
4 . Futur & conditional. Optatif ou potentiel 165
5. Le fubjonftif 169
6. Le potentiel 170
7. Conjugaifon de euki comme verbe a&if 172
8. Tableau des modes & des temps de euki comme verbe aftif . . 173
g I0t Modes &. temps du verbe pe"riphraflique 176
ii. Le futur 8o
12. Le conditionnel 181
i j. La forme du conditionnel dans les diale&es bafques francais . . 18}
, 4 . Le fubjon&if '85
15. Le potentiel. Tableau du fubjonftif fc du potentiel felon Zavala
&. felon nous 187
Pages
CHAPITRE XIII. Les verbes auxiliaires I<)6
i. Obfervations preliminaires , 9 6
3. Conjugaifon primitive abfolue de e^an , 97
), Conjugaifon abfolue de e^an comme auxiliaire 2 oi
4. La fuite des conjugaifons avec ,,me, te, nous, vous" pour objet. 204
5 . Conjugaifon primitive, relative, de e^an 212
6. Adin ou edin ,,pouvoir" 2 ,3
7. La Conjugaifon primitive intranfitive de edin 220
8. La Conjugaifon abfolue de edin comme auxiliaire 221
9. L'imparfait de 1'indicatif 222
10. L'optatif ou potentiel de edin 22 ^
ii. Le conditionnel du potentiel 226
12. L'imparfait du potentiel 2 3 o
$ 13. L'imperatif 232
14. Le votif 232
15. Les conjugaifons relatives intranfitives de edin 235
1 6. La conjugaifon primitive tranfitive de edin 234
17. Les conjugaifons primitives abfolues du verbe edin 238
1 8. Les conjugaifons relatives, tranfitives, de edin 242
19. Suite; conjugaifons ,,le a toi" &. ,,Ies a toi" 246
20. ,, ,, ,;le a lui" & ,,les a lui" 247
21. ,, ,, ,,le a nous" & ,,les a nous" 250
22. ,, ,, ,,le a vous" & ,,les a vous" 251
23. ,, ,, ,,le a eux" & ,,les a eux" 252
24. Le nom verbal eutfi ,,tenir" , 253
N i . Conjugaifons ,,le a moi" & ,,les a moi" .... 255
N 2. ,, ,,le a nous" 257
N 3. ,, ,,le a toi" 259
N 4. ,, ,,le a vous" 261
N 5. ,, ,,le a lui" 262
N 6. ,, ,,le a eux" 264
25. Le nom verbal egin ,,faire" 266
26. Les fix conjugaifons primitives de egin 268
27. Les fix conjugaifons abfolues deegin, comme auxiliaires du fubjon6lif 270
28. Les douze conjugaifons relatives de egin, comme auxiliaires du
fubjon&if des verbes tranfitifs 272
N i . Conjugaifons ,,le a moi" 272
N 2. ,, ,,le a nous" 274
N 3. - ,, ,,le a toi" 275
N 4. ,, ,,le a vous" 276
N 5. ,, ,,le a lui" 277
N 6. ,, ,, lea eux" 278
29. Les fix conjugaifons primitives, intranfitives, de egin, avec un
regime direft 270
30. Le nom verbal eroan ou eruan 280
31. Les fept conjugaifons abfolues du nom verbal eroan, en dialefle bite. a 86
j a. Les douze conjugaifons relatives du nom verbal eroan en dial. bifc. 390
N i. Conjugaifons ,,le a moi" 390
N a. ,, ,,le a toi" a 9 a
N 3. ,. ,,le a vous" 393
N' 4- ,, ,,le a lui" a 94
N 5. ,, ,,le a eux" 396
5 j. Conjugaifons de *roan nomme auxiliaire avec deux regimes, cor-
refpondant a ,, avoir", dans lesdialeftes lab., foul., bn., guip. 297
N i. Conjugaifons ,,le a moi" 397
N a. ,, ,,les a moi" 305
N 3. ,, ,,le a nous" 309
N 4- ,, ,,les a nous" 513
N 5. ,, ,,le a toi" 317
N 6. ,, ,,lesatoi" 333
N 7. ,, ,,le a vous" 336
N 8. ,, ,,les a vous" 330
N 9. ,, ,,le a vous" (honor.) 333
N 10. ,, ,,le a lui" 335
N n. ,, ,,les a lui" 341
N la. ,,le a eux" 347
N 13. ,,les a eux" 353
35. L'optatif primitif de la conjugal fon abfolue de eroan 358
}6. L'auxiliaire joan ,,aller" 363
CHAPITRE XIV. Le nom verbal eduki 366
i. L'adje&if verbal tranfitif eduki ,,tenu" 366
2 . Conjugaifon du verbe tranfitif eduki ) 70
T > . Eduki, euki ,,tenir" comme auxiliaire }7
4. Conjugaifon de euki comme auxiliaire J75
5 . Conjugaifons abfolues de eduki avec , ,me, te, nous, vous" pour objet. j 8 1
N i. Objet ,,me" J 8
N 2. ,,nous" 385
N 3. ,,te" )9
N 4. ,, ,,vous" J9 a
CHA'PITRE xv 396
i. Le verbe auxiliaire i^an ,,etre" )9 6
a. Les fix conjugaifons relatives de. 1'auxiliaire /fan 406
jsj i Conjugaifon ,, a moi" 406
N 2. : , ,,a nous" 49
N 5. - ,,a toi" 4"
N 4- i> * vous " 43 ^
N 5. - ,,alui" 437
N* 6. ,,6 eux" 4ja
m
Pages
CHAPITRE XVI. Les conjugaifons relatives avec ,,me, le, nous, vous" pour
objet 456
CHAPITRE XVII. Tableau du verbe periphraftique conjugue 458
CHAPITRE XVIII. Les adverbes- 442
i. Adverbes de lieu (demonftratifs) 442
2. Adverbes de temps 444
3. Adverbes de quantite 445
4. Adverbes de comparaifon 446
5. Les adverbes d'affirmation, de negation &. de doute 446
6. Adverbes de qualites 447
CHAPITRE XIX. Les con'onaions 448
CHAPITRE XX. La formation des mots 449
i. Mode de formation des mots 450
2. La compofition 451
j. La derivation 454
4. Les terminaifons 456
5. Terminaifons qui forment les fubftantifs 457
6. Terminaifons qui forment les adje&ifs 462
7. La derivation du nom verbal 466
LcA
CHAPITRE XXI. L'article .................... .469
CHAPITRE XXII. Le nom .................... 470
i. Le fujet &. 1'objet .................... 47
2. Accord du nom .................... 47 '
3. L'attribut ....................... 47^
4. Le nom &. fon qualificatif. ................ 47 J
5. L'adje&if ....................... 475
CHAPITRE XXIII. Les pronoms ................. 475
i. Les pronoms demonftratifs ................ 475
2. Les pronoms perfonnels ................. 477
3. Les pronoms poffeflifs .................. 477
4. Le pronom relatif .................... 47 8
5 . Les pronoms indefirjis .................. 481
CHAPITRE XXIV. Le verbe
i. Les differents genres de verbes ^g.
2. Le verbe caufatif 4 g 4
3. Le verbe frequentatif 4 g-
4. Le verbe reflechi 4 g^
Le verbe reciproque 4 g 7
L'emploi des auxiliaires 4 gg
7. E-^an comme auxiliaire ^g<j
8. Edin ,,pouvoir" comme auxiliaire 491
9. L'auxiliaire i^an ,,etre" 4<^a
10. Le nom verbal eduki ,,tenir" 494
ii. Le nom verbal ukan, ukhen 496
12. L'emploi des modes &. des temps 497
13. L'imperatif, le fubjonftif &. le votif 499
14. Les temps 501
15. Le / comme lettre initiate des }""' perfonnes de I'imparfait du
fubjon&if 508
1 6. La flexion relative au lieu de la flexion abfolue 515
CHAPITRE XXV. Les conjonftions 516
CHAPITRE XXVI. Les adverbes a
Lyon. Imp. Aif. Lotas I'crrin *t U.irmol. ruo <1 AiuDoiit. II 77.
BINDING SECT. QCT 7 1968
Eys, Willem J. van
5031 Grammaire compar^e dcs
E96 dialectes basques
PLEASE DO NOT REMOVE
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