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Full text of "Grammaire comparée des dialectes basques"

PURCHASED FOR THE 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 

FOR 

LINGUISTICS 









GRAMMAIRE COMPAREE 



DBS DIALECTES BASQUES 




GRAMMAIRE COMPARES 



DES 



DIALECTES BASQUES 



PAR 



J HR W. J. VAN EYS 




MA1SONNEUVE, 2f, QUAI VOLTAIRE 



WILLIAMS ET NORGATE 
Henrietta ftreet 



FREDERIK MULLER 
Heerengracht 



I8 79 



ftf- 




JUL281967 



ERRATA 



PAGES 


LIGNES 


AU LIEU DE 


28 


18 


emakemeak 


n 


26 


L'elifion du t 


63 


10 


(pour lurreki 


6 9 


7 


gadulko 


101 


22 


duguec 


101 


note 


bai-dara 


If 4 


12 


horekila 


IT4 


note 


Eilioa dam bithiere 


162 


30 


temps primitifs 


200 


9 


tedis 


279 


7 (col. 2) 





2 79 


9 (col. 2) 





282 


M 


az 


326 


ii 


zitza$eyan 


436 


8 


naurauanac 


461 


i 


zunde, zunte 



LISEZ 

emakumeak 
L'elifion du k 
(pour lurreri 
galduko 
duquec 
bal-darak 
norekila 

Bihof daut bethiere 
modes primitifs 
le dis 

gagik (nous a toi) 
dagikez (ils & toi) 
araz 

zitzakeyan 
narauanac 
kunde, kunte 



AVANT-PROPOS 



'Pendant les dix annees qui fe font ecoulees depuis la publication de 
noire EJ/ai (2 edition, 1867), un grand nombre de fails, pajfes ina- 
pergus jufqua prefent, font venus eclair er cTun nouveau jour les queftions 
tfanalyfe grammatical ; & noire Effai du dialecle guipu^coan ne pouvaii 
guere etre complete, quen devenant une etude comparative des diale&es 
differ ems. 

Tlus on etudie le bafque, & plus on voit diminuer tabime, quon 
croyait exifter entre le bafque 6* les autres langues. Vans noire Effai 
nous avons reuffi, croyons-nous , afubftituer a un grand nombre de theories 
hafardees , un nombre egal de fails, qui nont rien d 'extraordinaire , 
6 dont I exactitude a ete generalement reconnue. ZNj)us efperons que le 
prefent travail contribuera a faire difparaitre, en grande partie, ce qui 
reft ait de reveries grammaticales. 

L admiration naive pour des phenomenes imaginaires fera place a une 
admiration intelligente, bafee fur la connaiffance des f aits. L admiration, 
par exemple, pour la declinaifon 6* pour la conjugaifon, ceffera necejfai- 
rement, ou changera de nature, le jour ou Ton vena que la declinaifon 
nexifte pas, & que la conjugaifon bafque a ete foumife aux memes lois de 
la logique que celle des autres langues, ceft-a-dire quelle exprime dans 
fes flexions le fujet, le verbe & Tobjet. Si je dis en bafque nakufzu (de 
n-ikuf-zu) ,,vous voye^ moi y) , je m exprime de la meme faqon quen 
franc, ais ; feulement lafyntaxe frangaife veut quon dife ,,vous me 



VIII 



& T habitude bafque veut quon ecrive ces trois parties du difcours en un 
feul mot. Ou bien ft je dis : emon deutfut ,,je vous Tai donnf, je 
mexprime exaclement comme en efpagnol ; emon eft ,,donne" , & deutfut 
eft forme de d-eutf-zu-t ,,je-vous-tiens-le" . En efpagnol ,,tenir y) corref- 
pond a ,, avoir". Ces deux exemples expliquent toute la conjugaifon; 
ceft la la veritable bafe de la flexion bafque, & sil fe rencontre des 
flexions difficiles a expliquer, ou qui ne s expliquent pas pour le moment, 
il faut sen prendre a I ignorance du grammairien, & nonpas auxparticu- 
larites de la langue bafque. 

Une autre caufe qui a fortement contribue a perpetuer le caraclere 
tfetrangete quon croyait decouvrir dans la langue bafque y ceft la prefe- 
rence pour les explications extraordinaires, furnaturelles, quand F expli- 
cation naturelle fe trouvait fous la main. oAvani que nous ne Teujjions 
fait remarquer dans noire EJfai (pour ne citer quun exemplej, on ne 
shah pas apergu, que le bafque, comme un grand nombre diautres 
langues, fe fert un pronom perfonnel pluriel, pour un jingulier honori- 
fique f,,vous" pour y) tu y:> exaftement comme en frangaisj; & meme 
dans un des dernier s numeros de la Revue de Linguiftique (i), cetre 
queftion eft encore difcute'e , dix ans apres quelle a lie prouvee d'une 
fagon irrefutable ! 

cAufji les etudes Sanely fe grammadcale ne marchent-elles pas a pas 
de ge'ant. II nous ferait difficile de citer beaucoup decrits, qui aient 
avance nos connaiffances d'une fagon fenfible depuis la derniere di^aine 
tfannees. En verite nous fer ions embarrajfe cten citer un feul. Tas une 
des difficultes fignalees dans notre EJfai, na ete relevee ; on dirait quen 
dehors du verbe, la langue bafque noffre aucune difficulte. Tronoms, 
fuffixes, conjonclions, tous ces mots pafjent inapergus, engloutis quils 
font, les uns dans ce que Ion croit etre la declinaifon, les autres dans ce 
que Ion croit etre la conjugaifon. Ce ne font plus des mots ; fouvent tout 
ce quon leur permet, ceft d'etre des lettres, adventices ou redondantes 
& quand elles genem, inutiles. 

tMais quoi quil en foil des etudes bafques, il eft certain que tinteret 
pour la langue & pour les origines bafques seft reveille, & nous croyons 

(i) Tome X, p. 220. 



IX 

pouvoir dire, fans trop de pretention, que nous avons contribue noire 
petite pan a anirer dans le camp des "Bafquifants, le doyen de la philologie 
comparee, le profejfeur Tott, qui a public une petite brochure interejfante 
fur les noms propres bafques. 

II ferait inutile dLentretenir le lecleur plus longtemps de generalites 
plus ou moins inter effames. V^ous aimerions feulemem indiquer id fom- 
mairement les innovations introduites dans noire E/ai, tout autant pour 
pouvoir embra/er dun coup ail le chemin pare our u, que pour tfautres 
raifons perfonnelles. Chacun, en faifani fon inventaire, fait ce dont il eft 
refponfable. &{j}us ne citerons que les fait s principaux : 

Le fyfteme phonetique. 

V article ou le pronom e'tait primitivement ar. 

La de'clinaifon nexifte pas. 

Le pronom zu eft un pluriel; hi, feul eft fin gutter ; zuek eft le pluriel 
de zu. 

Le fuperlatif eft le genitif pluriel. 

Le pronom poffejjifeft le genitif du pronom perfonnel. 

II y a des fuffixes compofes. 

Le futur periphraftique eft ren du par le genitif de fadjeclif verbal. 

II y a plus d"un auxiliaire. 

Tlufieurs des innovations quon trouvera dans ce volume-ci avaient deja 
etc indiquees dans none Etude fur les Verbes auxiliaires. 

ZT^os theories fubverjives ont jeie dans le camp des f Bafquifants un 
certain emoi, qui seft traduit par un langage qui brille furtout par la 
violence. ZN^pus nous attendons bien a de nouvelles attaques, & il en a 
deja paru une fous la forme dune critique fur noire Theorie du Verbe ; 
le prince L.-L. "Bonaparte a cm utile de publier fes imprejftons dans la 
"Revue anglaife }) The cAcademy" . Vaccudl bienveillant qua rencontre 
noire Effai, pourrait peut-etre nous difpenjer de repondre a ces articles du 
prince "Bonaparte y mais d'un autre cote,, les "Bafquifants auxquels nous avons 
repondu dans le temps (voir noire ViflionnaireJ , pourraient nous accufer 
d^une fever it e tout e par ticuliere a leur egard. 

Les queftions fpeciales feront difcutees en leur lieu & place ; nous 
citerons id quelques theories du prince "Bonaparte, comme reponfe a fes 
deux articles, fun aujji violent & auffi infignifant que I autre. 



s dirons done que : 

Quand on croit, comme le prince Bonaparte , que les flexions verbales, 
que la langue bafque possede comme louies les aurres langues, font des 
,,terminatifs 3) ; quand on croit qu une flexion avec la conjonclion (p. ex. 
que faiej, de ,,terminatif" quelle etait, devient une ,, forme regie"; 
quand on prend une flexion du verbe ,,pouvoir" pour une flexion du verbe 
,,etre" [liteke & balitz (l)]; quand on prend des mutations phonetiques 
pour des mots ifoles (eta & ga),, allouant au premier une fignificaiion 
locale , ce qui neft pas feulement conrraire a la grammaire bafque, mais 
au bon fens (oil eft I idee de localite dans gizonetaz )} par les hommes' 3 J; 
& laijjant deriver le fecond de tit alien ; quand on a de pareilles theories 
& aurres encore, il ferait plus prudent d'etre modefte & referve en 
critiquant les autres, de peur de montrer ce que Ion ignore & ce que Ion 
croit f avoir. 

Tour donner un echantillon des explications grammaticales du prince 
'Bonaparte, nous citerons un petit paragraphe, auquel nous avions fait 
allufwn dans noire Elude fur les cAuxiliaires, & qui contiem autant 
d r erreurs que de proportions. Le void : ,,Le n final , en eff'et, n a pas fa 
,,raifon eire dans ce temps ftnparfaitj; quand au mode fubjonclif 
,,laeicoan le termine par n... Ceft bien pour cela que dezan 6 
,,dezala ,, quit fait" ne fe rencontrent Jamais autrement que fous ces 
,, deux formes, tandis que zue 6* zefe transforment en zuela & zela ?:> (l). 

i re proportion & i re erreur. ,,Le n final n a pas fa raifon d'etre dans 
,,ce temps" . Le n final eft la caracleriftique conftante de limp ar fail dans 
tons les dialecles. Vans deuxfous-dialecles, inconnus apeupres, & fans 
linerature on prononce zue < ze pour zuen ^ zen,, 6* ce font ces dialecles 
qui auraient feuls conferve la forme correfte ; & pourquoi? parce que le 
prince "Bonaparte ignorait que n s elide devam I, & quil explique de cette 
fagon zuela & zela. // ne fuffit pas de noter la prononciation d'un 
peuple. Une grammaire f rang aife oil Von enfelgnerait quilfautprononcer 
coLlidor & chartutier ne laifferait pas que d'etre amufante. Une lettre qui 
na pas fa raifon d'etre, c'eft une de ces theories qui font de'ja condamnees, 
croyons-nous, a priori. 

(i) Vow les details ch. XXIV, % 14. 

(2^ Fprmulaire ds Prone conferve dans l'glise d'Arbonne..., par le prince L.-L, Bonaparte. 






XI 

2 mt proportion & 2 me erreur. ,, Quant au mode fubjonfiif, fac^oon le 
,,termine par n". J // riy a pas de fubjonclif; 2 m erne pour ceux 
qui ont examine irop fuperficiellemem le verbe pour ne pas f avoir que le 
fubjonclif riexifle pas, lobfervation eft tout-a-fait infignijiame; ce rieft pss 
feulement fae^coan qui termine le fubjonclif par n; ce font nice ff air emem 
wus les dialecles, car fans n il riy a pas de foi-difam fubjonclif. 

3 proportion & 3 erreur. ,,CeJi bien pour cela que dezan & 
,,dezala , } quil Fait" ne fe rencontre jamais autrement que fous ceue 
,, forme". Le prince 'Bonaparte par ait ignorer que deza eft la 
3 me perfonne dujingulier du prefent de T indie atif de ezan; deza/wvi 
de n ou de la. fait dezan 6^ dezala. Ceft la la raifon, & il riy en a pas 
cCautre. 

4. proportion 6* f ie erreur. ,,Tandts que zue 6* ze fe trans formem 
en zuela & zela". // riy a pas de transformation id. Zuen ,,il avail" 
6* zen }) il e'tait" , fuivis de la, deviennent zuela 6* zelaparce que le n 
eft elide devant le 1. Ceft la f unique raifon; mais comme le prince 
'Bonaparte ria pu apprendre ces lois phonetiques que dans none E/ai, qui 
a paru apres fon ^Trone" , nous ne pouvons pas etre tr op fever e de ce 
quil ria pas mieux fu expliquer ces derniers exemples. ZN^ous riaurions 
pas meme lie fevere fur wus les autres points ji le ton des articles du 
prince ^Bonaparte ne nous y eut contraint. Quand on a plus dun demi- 
jiecle derrierefoiy ces boutades extra-fcientifiques emeuvent trespeu; mais 
on nous accordera } croyons-nous, quon ne peut reprimer trop feverement 
ces efpeces de critiques, ou le ton d'autorite par ait devoir fupple'er a tout, 
aux connaijfances requifes 6^ aux formes, generalement obfervees par les 
gens bien el eves. 

San Remo, aout 1878. 

W. J. VAN EYS. 



2\/\ B. y^ous devons avertir le letfeur que les flexions des verbes qui man- 
quent dans les tableaux, exiftent cependant dans la langue; mais nous n'wonsvoulu 
clter que celles que nous avons trouvees chez les auteurs bafques. 



DES DIALECTES BASQUES. 



CHAPITRE PREMIER. 

i. 

Les dialefles bafques. 

Les dialedles bafques peuvent fe divifer en differents groupes, 
& dans ces groupes fe trouveronc des nuances plus ou moins mar- 
quees. Pour notre but., la repartition de la langue bafque en fix 
grands dialedles fera fuffifante, favoir : le bifcaien, le guipuzcoan, 
le labourdin, le bas-navarrais, le navarrais efpagnol"& le fouletin. 
Encore ne faut-il pas s'exagerer la valeur de la difference de ces 
dialecles, & en ne prenant que les quatre principaux, le bifcaien, 
le guipuzcoan, le labourdin <3c le fouletin, on trouvera les grands 
traits diflindlifs qui feparent un dialecte d'un autre. Le navarrais 
efpagnol formera fouvent, dans le verbe du moins, le chainon qui 
relie le bifcaien au labourdin & au bas-navarrais ; par centre, le 
dialede guipuzcoan a autant de formes qui rappellent le bifcaien 
que le fouletin, & penche meme plutot vers le fouletin dans plufieurs 
temps du verbe. 

Sauf les differences caraderiiliques , les dialedes bafques font 
fouvent pareils; des emprunts fe font faits de part & d'autre, ou des 
influences on t agi egalement chez les uns & chezlesautres. Une lan- 
gue dont tous les dialedes ont adopte en commun la totalite des lois 
phonetiques ne prefentera guere des variations bien grandes; cepen- 
dant il ne faudrait pas conclure de ce que nous venons de dire que 
ceux qui parlent un dialede different fe comprennent fans difliculte. 

I 



Sans vouloir dire que le dialecle bifcaien fe foit conferve plus pur 
que les autres, il faudra cependant y reconnaitre, dans plufieurs 
cas, un caradlere plus archaique. Jufqu'a prefent les tentatives de 
comparaifon des dialecles entre eux ont du etre neceffairement 
irnparfaites & fouvent nulles, puifqu'on ne connaiflait ni les lois 
phonetiques, ni la nature & la formation du verbe; mais peu a peu 
la lumiere s'efl faite, & nous ne croyons pas exagerer la valeur des 
refultats obtenus en les confiderant comme fuffifants pour pouvoir 
fe permettre de pofer les fondements d'une grammaire comparee de 
la langue bafque. 

Nous jetterons un coup-d'ceii rapide fur les differents dialedes, 
& fignalerons leurs points caradleriftiques. 



2- 

Le dialefle bifcaien. 

Le dialecle bifcaien fe fepare nettement de tous les autres dialedles 
par les auxiliaires du verbe tranfitif. La conjugaifon avec deux 
regimes^ p. ex. , Je vous le donne" a pour auxiliaires^ en bifcaien, 
trois verbes : emfi ,,tenir' 5 pour 1'indicatif, egin ^faire" pour le 
fubjonclif; edin ^pouvoir" pour le potentiel. Tous les autres dia- 
lecles fe fervent des verbes euki & qa/i. Cette difference fuffirait 
deja pour rendre le bifcaien inintelligible a ceux qui parlent un autre 
dialecle. 

Un autre point caracleriftique, mais pas fi exclufivement bifcaien 
que celui que nous venons de citer, c'eft la mutation de la voyelle 
finale primitive quand fuit Farticle a. Ces mutations fe retrouvent 
dans quelques autres dialectes (en fouletin & en bas-navarrais), mais 
rarement& fans ordre; plutot par exception. Seme ^fils" faitfemia 
}) \Q fils' 5 ; arno ^,vin" fait arnua , 3 le vin" (i). 

(i) On a voulu retrouver cette prononciation dans le labourdin. Mais M. Duvoifin dit 
que le beau labourdin, celui qui fait autorite, prononcefemea & arnoa. Etudes fur la langue 
bafque. Auffi cette orthographe ne fe voit ni chez Axular, ni chez Haramburu, ni chez 
Chourio. 



3 

Un autre trait propre au dialecle bifcaien, cell la prediledion 
marquee pour Thiatus, & en general pour les voyelles doubles & 
triples; p. ex. -par pour iahar ; leengo pour lehengo ; debekau pour 
deb fkatu; femiaen pour femiaren. Ce n'eft pas ici la tendance a elider 
des confonnes (/z, r), qui eft fpecialement bifcai'enne; le guipuzcoan 
en fait autant; mais ce dialecle ne tolere pas ['hiatus & dit : ?ar, 
lengo. 

L'elifion des confonnes eft cependant plus frequente en bifcaien, 
puifqu'on n'eft jamais arrete par la crainte de produire un hiatus ; 
felifion de r eft furtout tres-commune ; femiaen pour femiaren; no 
pour nor; \e pour ^er. L'elifion du r du genitif fe trouvc furtout 
chez Olaechea; p. ex. Eguneango criftinaubaen exercicioa ,,exercices 
journaliers du chretien". Yangoicoaen femiari ,,au fils de Dieu". 
Taunaen gracia^ , 5 par la grace de Dieu". II ne peut pas y avoir de 
confufion entre le genitif fingulier <5c le genitif pluriel, puifque 
1'article qui s'eft maintenu au fingulier (gl{pnaren ou gi^onaenjy s'eft 
perdu au pluriel ; de fa^on qu'il ne refte de Tarticle que la voyelle de 
liaifon e qui le liait au fuffixe n: criftinaubaen, fing.; criftithiuben, plur. 

Zavala (i) compte quatre varieces dans le dialecle bifcaien : 

1 Celle de Marquina & de fes environs, jufqu'au Guipuzcoa; 
c'eft celle qui fe diftingue par la mutation dela voyelle finale; 

2 Celle de la Merindad de Arratia, oil Ton prononce le a final 
com me e ; p. ex. dire pour dira ; de pour da; deu pour dau; deutfet 
pour deuifat; 

3 Celle du centre de la Bifcai'e,, qui combine les deux particula- 
rites mentionnees ci-deiTus; 

4 Celle d'Orozco, qui eft comme celle du centre; feulement elle 
ajoute b apres o: doba pour doa; par centre, au lieu d'introduire le 
b apres u, felon la regie, on change le a en i: menduin pour 
menduban, & e precedant e devient i: daudie pour daudee. 

Outre ces differences grammaticales, le bifcaien fe fert de formes 
& de mots inconnus aux autres dialecles ; p. ex. le prefent de 1'in- 
dicadf de iian eft na^ ai, da, &c.; tandis qu'il eft nai^ ail ou 

(i) Verbo vajc., p. 5 5. 



4 

ni^, hii dans d'autres dialecles. Ceci font des variantes d'une meme 
forme 5 mais on trouve des mots entierement diflerents & feulement 
en ufage en Bifcaie; p. ex. gura pour nai ou nahi. 

? 

Le dialefle guipuzcoan. 

Ce dialecte a un caractere moins accufe; il fe trouve entre la 
Bifcaie & le Labourd, & fe reffent de fa pofition geographique ; il 
participe de Tun & de Fautre dialecte; mais quant au verbe, qui eft 
toujours un trait diftinclif, le guipuzcoan eft beaucoup plus rap- 
proche du labourdin que du bifcaien : il n'emploie ni eurji, m egin, 
ni joan comme verbes auxiliaires, ce qui eft extremement remar- 
quable, le guipuzcoan etant un dialede bafque d'au-dela des Pyre- 
nees; faudra-t-il en conclure que le guipuzcoan & les dialedtes 
bafques frangais ont forme autrefois un groupe homogene, fepare 
du bifcaien, mais toujours dans une relation de dialecles, ou 
faudra-t-il envifager le bifcaien comme un dialedle plus ancien? 
II ferait peut-etre premature de fe prononcer fur cette queftion d'une 
maniere decifive, mais il nous femble que le dialecle bifcaien pourrait 
etre confidere comme 1'aine de la famille. 



4- 

Le dialede labourdin. 

Le dialecle labourdin n'a pas de caraclere diftinclif, pas plus que 
le guipuzcoan ; comme celui-ci, il fe fert des memes auxiliaires que 
les autres dialecles bafques francais. Les flexions du verbe ont fouf- 
fert; elles ont leurs formes particulieres, il eft vrai,, mais il n'y a 
qifa remonter deux fiecles pour trouver chez Axular, Haramburu., 
Etcheberry,, ces memes flexions dans toute leur purete ou a peu de 
chofe pres. Side nos jours on dit dama^u ,,je vous Tai'% on di- 



r 

fait au xvn e fiecle derautaiu ou derota^u. *Diot ,,je le lui ai j> s'ecri- 
vait encore,, au temps des auteurs mentionnes ci-defTus, deraukat ou 
derokat, Plus on remonte, & Ton ne peut guere remonter plus de 
trois fiecles,, plus les differences diminuent, ce qui eft furtout fen- 
iible dans le dialedle fouletin; mais le labourdin aufli s'eft fortement 
altere, comme on le voitparles exemples donnes. 

Malheureufement nos reffources pour la critique des dialecles de 
ces temps-la font tres-infuffifantes 5 fouvent il ne nous refte qu'un 
feul livre reprefentant la litterature de tout un fiecle, p. ex. le 
N. T. de Li^arrague pour le bas-navarrais du xvi e fiecle ; les poefies 
de Dechepare pour le fouletin de ce meme fiecle. II ferait par con- 
fequent tres-rifque de critiquer tel ou tel dialecle, puifque fouvent 
tout point de comparaifon manque. II ne ferait pas prudent de dire 
que la langue de Liarrague eft un melange de bas-navarrais & de 
labourdin. La tradu6lion du Nouveau Teftament de Licarrague eft 
Funique livre qui refte de cette epoque & le labourdin du xvi e fie- 
cle eft totalement inconnu. On a avoue que vkan eft bas-navarrais, 
mais a regret, a ce qu'il parait, car on ajoute ,,ukan aurait pu etre 
labourdin". Sans doute, & ukan aurait pu etre auffi bifcai'en ou 
guipuzcoan. Les flexions du verbe auxiliaire qui ont ete citees 
comme fe rapprochant plutot du bas-navarrais que du labourdin 
moderne,, prouvent au contraire tres-peu pour la purete de la lan- 
gue de Licarrague. Vraukat ,Je le lui ai" eft tout auffi bien la- 
bourdin que bas-navarrais ; Axular, Haramburu, Etcheberry, tous 
Labourdins, ecrivent draukat. 

Un trait diftindif, mais propre a tous les dialedes bafques 
fran9ais, ceft la double forme du pluriel, une pour Tagent, une 
autre pour le patient,, tant pour le nom que pour le pronom. 

f- 

Le dialefte fouletin. 

Le dialeae fouletin a affez iouffert en general 5 ce n eft pas feule- 



mcnt le verbe,, comme en guipuzcoan^ qui porte les traces cTiine 
corruption phonetique tres-violente, c'eft aufli fa prononciation qui 
s'eft modifiee; le u eft devenu u frangais, comme regie _, & s'amincit 
jufqu'a i par la mutation ; du-[u fe prononce du^u (u frangais), & 
dilute en perdant le t eft devenu diiiie, pour du^uye. 

Heureufement pour Tetude du dialedte fouletin, il y a quatre livres 
precieux : les poefies de Dechepare,, if4f ; le Prone fouletin, 1676; 
le Catechifme de Belapeyre, 1696, & limitation de Jefus-Chrift,, 
17^7. On peut done fuivre pendant trois fiecles les modifications 
qu'a eprouvees ce dialecle. 

Les comparaifons font furtout importantes pour les flexions des 
verbes auxiliaires_, qui du temps de Dechepare ne s'eloignaient que 
tres-peu de celles employees par Axular,, Haramburu^ Labourdins 
qui vivaient un fiecle plus tard. A cette epoque on trouve le Prone 
fouletin oil ces flexions ont deja cette forme fyncopee qui ira tou- 
jours en augmentant., jufqu'a ce qu'on vienne a notre epoque,, oil 
elles font a peine reconnaiffables,, & oil elles ne font depaifees que 
par celles du dialecle guipuzcoan. 

Dechepare,, en if4f, ecrit deraut 3} {l me IV, comme les La- 
bourdins. Ce deraut devient derit dans le Prone de 16765 & deit 
dans le fouletin d'aujourd'hui. 

Au nombre des traits caracleriftiques de ce dialedle^ on pourra 
citer : 

i L'emploi de ukhen ^eu" pour i-[an des autres dialecles ; 
particularite qu'elle partage avec le bas-navarrais y qui ecrit 
ukan. 

2 Le datif pluriel en r. Quelques localites du Labourd s'en fer- 
vent aufli. 

3 La mutation de r en / dans le fuffixe ra: herriala pour her- 
rira (i). 

4 Le pluriel regulier hurak de hura ,,ce-la". Ce pluriel n'exifte 
nulle part. 

(i) La mutation de r en / n'a rien d'extraordinaire en elle-meme; ce qui eft extra- 
ordinaire, c'efl que le fuffixe ra en foil atteint. 



6. 

Les auires dialed es. 

Les autres dialecfles comme le navarrais efpagnol, le bas-navar- 
rais & les varietes labourdines, guipuzcoanes & autres, fubifTent, 
croyons-nous, generalement, Tinfluence de leur pofition geogra- 
phique ; & bien que quelques-uns prefentent peut-etre des pheno- 
menes ifoles, les quaere grands dialecles nous donnent la totalite 
des traits principaux, efTentiels, qui fuffifent a expliquer cette lan- 
gue interefTante. Nous ne pretendons en rien diminuer la valeur 
de ce que les fous-dialecles pourront encore livrer pour combler les 
petites lacunes ; mais meme fans eux nous avons afTez pour appre- 
cier la langue bafque dans toute fon etendue, & avant de nous 
abforber dans des details qui pourront completer Fedifice, il faudra 
afligner les bafes fur lefquelles on pourra 1'eiever. 



CHAPITRE II. 

. i. 

V (Alphabet. 

Jufqu'a aujourd'hui Talphabet primitif bafque eft inconnu, & la 
feule chance de le retrouver fera peut-etre fur les monnaies a in- 
fcriptions dites iberiennes 5 mais jufqu'ici la ledlure de ces infcrip- 
tions eft fi incertaine, qu'il n'y a rien a prejuger ibic pour, foit 



8 

centre la theorie d'identite du bafque & de Tiberien. Perfonne, 
autant que nous fachions, n'a nie la poffibilite de la parente du 
bafque & de Tiberien 5 mais encore de nos jours cette parente n'eft 
qu'une hypothefe pure & fimple, fans aucun fait pofitif pour 1'ap- 
puyer. II ne fallait pas un grand effort d'imagination pour formuler 
cette hypothefe, et 1'homme de genie dont le nom ne parait pas 
pouvoir s'en feparer (& fans raifon), a heureufement, croyons-nous, 
de meilleurs titres a notre admiration; Thypothefe devait feproduire 
d'elle-meme 5 tout concourait a faire envifager les Iberiens comme 
les ancetres des Bafques ; aufli cette theorie n'eft-elle pas du tout 
nouvelle, & Humboldt n'a fait que repeter ce qui avait ete deja dit 
par Larramendi. Abrite fous le nom du celebre philologue alle- 
mand, on a repete de confiance ce qu'on 'ne fe trouvait pas en 
etat de verifier (i). 

Ce qui a ete nie^ & a bon droit^ c'eft la certitude de la parente 
du bafque & de Tiberien. S'il eft prudent de ne rien admettre que 
fur preuves, quand il s'agit de langue bafque, il eft abfolument 
necefTaire d'etre pour le moins auili prudent quand c'eft la langue 
iberienne qui eft en queftion 5 pour la raifon tres-fimple qu'on ne 
fait rien de la langue iberienne, ou fi peu du moins qu'il n'eft pas 
queftion d'argumenter d'une langue iberienne pour prouver une 
parente quelle qu'elle foit, bafque ou autre (2). 

L'opinion contraire fe reduit a neant par la Teule queftion : oil 
font les preuves? Vouloir comparer une langue dont on ne fait pas 
lire Tecriture a une langue qu'on ne connait prefque pas, eft un tour 
de force qui ne peut guere donner un refultat ferieux. 

Nous ignorons fi Thiftorien peut fe contenter de la probabilite de 

(1) Un de nos amis, M. N. van der Tuuck, un des juges les plus competents en fait de 
langues polynefiennes, nous ecrit : La grammaire Kawi de Humboldt fourmille de 
fautes. 

(2) Une legende eft fouvent dechiffree de quatre rnanieres differentes, p. ex. Chalman 
Ucfaman Celfitan Heleofcan. Ce n'eft pas ici le lieu d'aborder la queftion de la 
numifmatique iberienne ; mais nous croyons pouvoir dire que le dechiffrement des 
legendes laifle necefTairement enormement a defirer. M. Heifs trouve treize variantes 
correfpondant a k &. quatre a q. Description generate des Monuments antiques de I'Efpagne 
p. ai. 



1'hypothefe, mais le philologue doit exiger plus, furtout quand la 
queftion eft tranchee fi peremptoirement qu'ellc 1'efl chez Hum- 
boldt : Les termes de peuples parlant iberien & de peuples par- 
a lant bafque, ont la meme valeur(i). 



L'alphabet dont les Bafques fe fervent de nos jours efl celui des 
langues romanes 5 les Bafques efpagnols ont par confequent Talpha- 
bet efpagnol & les Bafques fra^ais Talphabet fran5ais. 



EXPLOSIVES. 


CONTINUES. 


SEMI- 
VOYELLfcS 


NON 


ASPIRES. 


ASPIRES. 


NASAIES. SIFFIANTES. LIQUIDES. 



Fortes 


_^^ ~ 

. Donees. 


Fortes. Douces. 


Fortes. Donees. 




Gut. k 
Pal. ch 
Dent, i 


e 

d 


kh h,j 
th 


n 
n s 
n I /. 


y 


Ling. 
Lab. p. 


b 


ph 


r r 
m 


V 



SONS MIXTES. 

//, n, u. j, w, i\. 

VOYELLES. 

a, e, i, o, u & u fouletin. 

Quelqu imparfait que foit cet alphabet pour exprimer tous les 
fons bafques. il n'eft peut-etre pas plus imparfait qu'un autre alpha- 

(i) So find Iberifche Volker und Vaskifch redende 6 leichbedeutende Aufdriicke. Pru- 
fung, &c., p. 177- 



10 

bet; &, comme nous Taverns dit dans notre Didlionnaire (i), il ne 
nous parait pas neceffaire de doubler le nornbre de caradleres, 
comme cela a ete fair, afin de rendre routes les nuances des fons 
bafques. 



2. 

La prononciation. 

La prononciation ne diflfere pas beaucoup d'un dialede a Fautre ; 
elle a ete influencee legerement par Tefpagnol & par le frar^ais ; 
mais ce qui rend un dialecle inintelligible a Tautre c'eft plutot, 
en grande partie,, croyons-nous, Femploi de flexions verbales diffe- 
rentes. 

La lettre qui diflfere le plus dans fa prononciation eft le j, & la 
lettre qn differe le plus comme ufage eft le h. 

Les explofives k, t,p, fe prononcent toutes de la meme maniere 
dans tous les dialecles. 

Le g a toujours le meme Ion guttural devant a, e, i, o, u. 

Les bafques efpagnols continuent a ecrire gu devant e & z, ainfi 
guidon ou guidon. On ecrit main tenant giion. 

Les deux autres explofives douces d & b fe prononcent comme 
en francos dans tous les dialedles, excepte le b medial,, qui,, dans les 
dialecles bafques efpagnols & auffi en fouletin, a une tendance a 
etre prononce v, comme c'eft le cas avec le b efpagnol. 

La confonne palatale reprefentee par ch fe prononce a Tefpagnole 
dans tous les dialecles ; eche 55 maifon ?? fe prononce etche. II eft 
quelques rares exceptions oil ch eft prononce a la fran5aife dans les 
dialectes bafques efpagnols. En fouietin on ecrit ich (2). 

Les confonnes afpirees reprefentees par kh, rh, ph, fe prononcent 
comme k, r, p, fuivi d'une legere afpiration 5 ph n'eft jamais pro- 



(i) IntroduAion, p. xxi. 
(a) Inchaufpe, Verbe bafque. 



1 1 

nonce/. Ces lettres afpirees appartiennent fpecialement au diale<fjc 
bas-navarrais actuel. 

Le h fe prononce comme une legere afpiration dans les dialedlcs 
bafques francais, mais cette confonne eft muette dans les dialecles 
bafques efpagnols & s'eft tout-a-fait perdue en bifcaien. 

Le j fe prononce en guipuzcoan comme la jota efpagnole, en la- 
bourdin comme y fran$ais, & auffi comme d mouille (dofaiu ou 
ieftatuj; en fouletin comme j francais & en bifcaien a peu pres 
comme en francais. 

S\^ guttural fe prononce dans tous les dialecles comme en fran- 
ais. Bien qu'ii n'exifte pas de lettre fpeciale pour cette lettre, nous 
avons cm devoir repeter le n dans le tableau. 

5\^ palatal eft ecrit n dans les dialecles bafques efpagnols; il etait 
reprefente autrefois par les groupes nh, hn, in, ni. Le fon correfpond 
a gn dans ,,agneau". Cette lettre eft inconnue au dialecle baf- 
navarrais. Comparez ce que nous avons dit dans notre diclionnaire, 
page XLV. 

fyf fe prononce comme en francos ou en efpagnol. 

S a a peu pres le fon de s francais ou efpagnol, mais plus gras, 
plus nourri. Ce n'eft plus s & pas encore ch; mais toujours plus 
pres de s que de ch. Si Ton ne faifit pas la bonne prononciation, on 
fera mieux de prononcer s que ch ; on eft compris quand on dit 
fagarra (la pomme) & non pas quand on dit chagarra. 

Z remplace le c & le f de Fancienne orthographe; il fe prononce 
comme le c francais dans ,,ce", & jamais comme le z fran5ais dans 
n zele", excepte quelques rares exceptions en fouletin. 

T{. Cette lettre a deux fons: Tun dur, Tautre doux. Entre deux 
voyelles, ce fon eft fi doux qu'il eft difficile pour un etranger de le 
prononcer : ura, ara, ere. On croirait entendre quelquefois un d. En 
labourdin., on prononce & on ecrit generalement ai pour ari; \oi 
pour lorhi ; -phi pour ^iri ; fahats pour farats ; baatchuri pour barat- 
churi. A la fin d'une fyllabe, & fuivi d'une confonne, le r fe pro- 
nonce comme en francais. Deux r fe prononcent tres-fortement : 
lurra ,,l a terre". 

L fe prononce comme en fra^ais ; // fe prononcent dans les 



12 

dialedles bafques efpagnols comme 11 mouilles dans les dialedles 
bafques francais. 

T. Cette lettreadeux fons: i comme )} y" francais dans ^ayant"; 
2 comme ^die' 5 dans Dieu 5 c'efl un fon mouille,, quirepond exac- 
tement au hongrois gy. Ainfi oya ,,le lit" ; turmoya 3 ,le tonnerre"; 
amor ay a ,,la truite'% fe prononcent odia, mrmodia, amoradia. Quand 
meme on ecrit i (en guipuzcoan) comme dans andia ^,l e grand" 
(& non andya, puifque le i n'eft pas entre deux voyelles)., on pro*-, 
nonce tout de meme antfdia ; Scerdia: ercTdia; mendia: mend dia; aia, 
mieux aya: adia. Ce fon mouille de fy a produit une double ortho- 
graphe : doftaiu & j oft am fmieux yoftatuj . Comparez notre diclion- 
naire^ aux lettres J & T. 

Ts & q fe prononcent comme t -}- s <5c t -f- ^. 



LES VOYELLES. 

Les voyelles fe prononcent comme en efpagnol 5 le u efl pro- 
nonce comme ou frangais^ excepte en fouletin, ou il a pris le fon 
de )} u" fran^ais. 

Les diphthongues n'exiftent pas plus en bafque qu'en efpagnol ou 
en italien ; chaque voyelle fe prononce. 

Le o nous a paru avoir une tendance a etre prononce comme le o 
dans jjrocher". 

Ces quelques indications fuffiront pour donner une idee de la 
prononciation bafque. Ceft tout ce que nous pouvons donner pour 
le moment. Une etude approfondie fur la prononciation bafque 
demanderait un fejour prolonge dans le pays meme, tant en-decl 
qu'au-dela des Pyrenees. 



CHAPITRE III. 

LE SYSTEME PHONETIQUE BASQUE. 
I- 

Les confonnes. 

Le fyfteme phonetique de la langue bafque eft affez fimplc ; il 
n'y a pas beaucoup de regies & il y a peu d 1 exceptions. Bien quc 
la langue bafque ait produit, peut-etre fix, & certainement quaere 
dialecles aflez differents pour etre confideres comme des dialecles 
fepares, il n'en eft pas moins vrai que tous ont adopte, en grande 
partie, les memes lois phonetiques. 

II y a tres-peu de lois qui appartiennent fpecialement a un feul 
dialede; c'eft plutot telle loi qui eft appliquee avec plus ou moins 
de rigueur dans tel dialedle ou dans tel autre; ce qui eft une loi 
immuable dans un dialecte (comme la mutation de la voyelle finale 
primitive en bifcaien) fe retrouve comme exception dans un aucre. 

Nous n'avons pas trouve, par confequent, beaucoup a changer 
an fyfteme phonetique, ecrit il y a dix ans, & qui fe trouve dans la 
deuxieme edition de notre EfTai. II faut fans doute le completer, 
mais les traits fondamentaux reftent intacls. L'addition la plus im- 
portante eft celle de la mutation de en i ou bien fon elifion; deux 
faits d'une immenfe portee pour Tetymologie bafque. 

GUTTURALES. 

K. Quand k final primitif eft fuivi d'un fuffixe, il devient medial, 
& dans ce cas il eft converti en t ou bien il eft elide. Quelquefois le k 



'4 

fe maintient au milieu du mot, mais c'eft tres-rare. Quand il provient 
d'un h, le k medial eft tolere. 

K final, primitif, fuivi d'un fuffixe, eft elide dans tous les dia- 
lefles. 

Le dialecle bifcaien, avec fa predilection pour 1'hiatus, elide le k 
fans le remplacer : aek -f- n ,,ceux-la ?:> devient aen ,,de ceux-la"; les 
autres dialedes ne tolerent generalement pas 1'hiatus & le font dif~ 
paraitre en intercalant unj/ le guifp. dit ayen; le foul, hayen; le lab. 
heyen. Gi^pnak + n fait gi^onen pour gi^onaen; 1'hiatus a etc evite ici 
en elidant aufft le a. Gi^pnak -(- i fait gi^pnai & gi^onei; 1'hiatus a ete 
admis ici par tous les dialecles (i). L'elifion duk n'eft pas limiteeaux 
noms & aux pronoms ; on en trouve de nombreux exemples dans le 
verbe: de^adak ,,,tu me 1'as" fuivi de la conjonclion // ,,que" devient 
de^adakan (2). En labourdin le k s'eil maintenu, ce qui eft rare, & 
Ton ecrit dieiadakan; le guipuzcoan a elide le k & a laiffe 1'hiatus : 
die^adaan; le fouletin a evite Thiatus en intercalant y : di^adayan'. Le 
bas-navarrais elide le k & laiffe fubfifter 1'hiatus : ZNj)r da hiri drauan 
guidon hura? Jean v, 12. Qui eft cet homme qui fa dit? Vrauan eft 
pour drauk -f- n relatif. Hiruretan vkaturen nauala, Matth. xxvi, 
54. Tu me renieras trois fois; de nauk-la. E^rey arropa eituala. 
Matth. xxn, 12. Sans que tu aies robe de noce; de e^-duk-la. En 
fouletin ne\ak -j- la devient ne^ayala. Tenfa egac handuyala redbitu 
fedia (3). Songe que Ja tu as re5u la foi. Han ,,la'% duk ,,tu as" la 
,,que". Edn daieyela falbu (4) qu'il ne peut etre fauve; dareke-la, 
pour daiteke-la. Zaiieke lab. correfpond a ^aiteye foul. ,,vous pour- 
rez". ZNjndukan, 1. =ninduan, g. = ninduyan) fouletin. 

Si k n'eft pas primitif, .mais s'il provient de h, k eft de rigueur : 
eman -f- hume fait emakume. II fe prefente des cas oil il faut con- 
ferver la lettre k, fans toutefois la garder au milieu du mot, ce qui 
parait fortement deplaire a 1'oreille bafque, furtout bifcai'enne; c'eft 

(1) Excepte le fouletin j ce dialefte dit gl^oner ; al efl devenu er corruption inexplicable 
pour le moment. 

(2) Nous donnoris ici a e^an, pour plus de clarte, la fignification de ,, avoir", 
(j) Dechepare, Poefies, p. 8. 

(4) Meme ouvrage, p. 18. 



If 

ce qui a eu lieu dans lauxiliaire; p. ex. ,,tu l'as" fe dit </0A en bifcaicn; 
& ,,tu les as" ferait regulierement doka^ dok + i; ie bifcaien s'dt 
tire de la difficulte en tranfpofant le k et dokai eft devenu do^ak. Si 
le k avait etc elide, on aurait perdu la caraderiftique de la deuxiemc 
perfonne du fingulier. 

Quand k final eft fuivi d'un des fuffixes fuivants n (locatiO, I> ko, 
dikj ra, roni, il eft convert! en t. 

Eche -f- k + n ne fait pas echekan mais fait echetan. 

Egun -{- k -}- ko egunakeko egunerako. 

Eche + k + ra echekara ,, echeetara. 

II y a de tres-rares exceptions a cette regie, & elles fe trouvcnt 
furtout en bifcaien; dans tous les dialecles g/p/i + k -j- ^ fait 
neiai ,,par les homines"; mais le bifcaien a garde le k: 
de meme eurak ,,eux" fait eurakan ,,,en eux". 

II y a encore quelques localites ou le k s'eft conferve dans la pro- 
nonciation & oil Ton dit giyonaken ,,des homines"; ce font les envi- 
rons d'Irun <5c de Fontarabie. 

Le k a du s'ecrire autrefois dans tous les dialecles, comme ceft 
prouve par le bifcaien qui 1'a conferve dans quelques locutions; plus 
tard ces formes auront paru dures & le k aura ete elide, s il n'etait 
pas abfolument necefTaire, & aura ete convert! en t, quand il a paru 
neceflaire d'en conferver la trace. Malheureufement k a ete elide 
quelquefois,, quand il aurait fallu le conferver ou bien en garder le 
fouvenir; p. ex. le bifc. dagidan 3 ,que tu me le fafles" pour dagi- 
dakan, de dagidak -j- n conjonclion. Maintenant cette perfonne fe 
confond avec la troilieme perfonne : j,qu'il me le falTe". Le bifcaien 
qui aime Fhiatus, aurait furtout pu ou du dire dagidaan. 

II fera fuperflu de faire remarquer Timportance de cette loi pho- 
netique, qui explique un fi grand nombre de formes reftees myfte- 
rieufes jufqu'ici, tant dans le nom que dans le verbe : furtout la 
forme du nom pluriel avec t pour k. Toutes fortes de theories one 
ete faites pour expliquer ce groupe era; plufieurs auteurs ont grave- 
ment declare que era avait un fens local. Qu'avec des notions 
fuperficielles on n'arrive pas a expliquer des difficultes de la gram- 
maire bafque, cela fe con^oit; mais de trouver une idee de localhe 



i6 

exprimee dans eta, p. ex. gui^onetai ,,par les hommes" cela fe 
comprend moins bien, qu'il s'agiffe de bafque ou de toute autre 
langue. 

La mutation de k en t n'a rien d'extraordinaire en elle-meme ; 
elle fe retrouve auffi dans d'autres langues. Le figne de pluralite eft k 
en hongrois & t en finnois, deux langues de la meme famille. Mais 
les cas de mutation font (1 nombreux & fi bien etablis, en bafque, 
qu'ils fuffifent a decider la queftion. 

La mutation & 1'elifion fe rencontrent encore dans les variantes 
kunkur rz= tuntur ; ona^kar == ona^tar, ebaki = ebai <3c d'autres. 

H. L'afpiration s'eft confervee dans les dialedles bafques franais; 
elle s'eft a peu pres perdue dans le guipuzcoan, <5c elie a tout a fait 
difparu du bifcai'en. Le pronom hi ,,tu" eft devenu i. 

Le bas-navarrais n'a pas feulement le h, mais encore les explofives 
afpirees kh, th, ph. 

H comme lettre finale fe durcit en k. C'eft ainfi que nous croyons 
pouvoir expliquer que toutes les flexions qui ont le pronom h pour hi 
,,tu", a la fin, fe terminent en k. Vakark >,tu le portes^ eft forme 
de d-ekar- h. Que ie h fe trouve ici pour hi eft prouve par la flexion 
de la deuxieme perfonne du pluriel dakar^u ,,vous le portez" de 
d-ekar-^u. Hi & -pi font inconteftablement les pronoms de la 
deuxieme perfonne. 

H initial place, par fuite de la compofition ou de Tagglutination 
au milieu d'un mot, fe convertit en k ou bien eft elide (i). 

i c4ri -f- hume fait arkume ,,agneau". c4q -(- haial fait ai^ha^al 
,,ongle". Zora -\-heria fait ^orakeria ,,la folie". 

2 Quand le h eft elide le meme fait fe prefente que quand le k 
eft elide; c'eft-a-dire fa chute produit un hiatus; p. ex. daroa-ho-t 
devient en bifcai'en daroakot ,,je le lui emmene ?J> felon la regie que 
h initial devient k; & daroayot felon la regie que le h s elide & eft 
remplace par y pour eviter 1'hiatus. Nous n'aimerions pas decider fi 

(i) Cette regie a trouve des contradi&eurs; h ferait primitivement k; fuppofition qui ne 
fe fonde fur aucun fait. Nous en attendons depuis dix ans la preuve. Encore, en 1875, 
M. Vinfon s'exprimait ainfi : (Revue de Ling. vol. VH, p. jjo) J'efpere lui demontrer une 
autre fois fon erreur. 



cet y provient direclement de h, ou fi ley eft introduit pour eviter 
Fhiatus ; mais puifqu'il y a des dialedes qui preferent Thiatus, on 
pourrait peut-etre en conclure que la chute de 1'A a precede ttnter- 
calation de ty. Comparez foyers g. =fahex, bn. ,,cote". Sihua = 
<y>Hfl ,,fuif". Sinhexi = fmijlu : ici le fi contient le fonj'. t Boharu = 
buy am ^enfler". Une flexion (& il y en a plufieurs) comme nindukan, 
1. ?J tu m'avais" de n-indu-h-n, a A pour A en labourdin; cec h 
s'eft perdu en guipuzcoan ninduan & a ete remplace par y en 
fouletin ninduyan. 



DENTALtS. 



T. Cette lettre s'elide devant k. 'Bat 5 ,un" & hide ,,pareil" font 
bakid ,,commun". T^ar ^pour'^ 6c Ao 35 de" font r^o. II y a quel- 
ques rares exceptions comme utkii^ea 53 le gout'% mot employe par 
Axular. Comp. notre Di6l. 

N. Devant les labiales b, p devient m : nombait pour non bait- 
giiombat pour gi^on bar. (Licarrague) 5 lembiiiko pour len-biiiko, &c. 

Devant k, I, r, r le n eft elide; nor a de non-ra 5 ,vers oil 3 '5 \ala dc 
'{an- la ^qu'il etait"; gi^onarekin de giionaren-kin 35 avec Thomme"; 
aitfirik pour ait^in-iik ,,,au contraire"; emetik de emen-tik ,,d'ici"; 
ou fi Ton veut conferver le 72 emendik: de meme #<?/ ou egondu 
i^aru ou i^andu, egoru ou egondu; mais cette mutation n'eft pas tou- 
jours applicable ; on dit eriarera pour er^antera; mais on ne pourrait 
pas garder le /i & dire eiiandera; et^an fait ^{ar^, fubftantif verbal 
indefini : ici le r ne peut jamais changer. cAra de an-ra ,,vers 
la". 

Z, fe convertit en t devant ^ / ^{ ^a/z devient ^JTI ,,il ri'etait pat* 
Z s' elide quelquefois; nai\ ,,je fuis" precede de ?{ fait ^/iaq ,,je 
ne fuis pas' 3 dans quelques dialectes. 



i8 



LAB1ALES. 

P & B n'offrent rien de remarquable. 

M. Aucun mot ne finit en 772. Dans les noms propres le 772 eft 
convert! en 77; eft-ce par ['influence de la langue efpagnole? Les 
noms bibliques ont tous en efpagnol un n au lieu d'un m (i) : 
Adan pour Adam. 

M remplace fouvent b dans les mots d'emprunt; maino de bano 
efp. ,jbain". D'un dialecte a 1'autre on trouve m pour b & b pour 772; 
miga = biga; bllgor =: mi Igor; zMiarrit^ m: f Biarrii\. 



LINGUALHS. 

R. Cette confonne ne fe trouve jamais au commencement d'un 
mot. 

Dans les mots d'emprunt oil le ; eft initial,, on le fait preceder 
d'un a ou d'un e: arra^oya de 1'efpagnol razon; ou bien on retranche 
le r : recommendar a donne gomendatu. A la fin d'un mot,, quand 
le r eft dur, il eft toujours redouble quand fuit un fuffixe qui com- 
mence par une voyelle; lur fait lurra; ondar fait ondarra. 

II n'y a que peu de mots dont le r foit doux a la fin, p. ex. w, 
or, \ur qui font ura ^Teau"; or a J3 le chien 3:> ; ^ura ^le bois'\ Cetr fe 
perd fouvent dans les mots compofes; p. ex. ubi-{iak de ur-bi^iak; 
luarri de yur-arri; -[uola de ^ur-ola. 

V, eft une confonne rare en bafque,, generalement remplacee 
par b; & dans les mots d'origine latine par 772; p. ex. mendekatu de 
vendicare ,,venger"; mentura de ventura ^hafard"; magina de vagina. 
II eft poffible que ce foit par 1'influence de la langue efpagnole 
qui a fait de vimen,, mimbre; de vilano^ milano. La difficulte qu'e- 
prouvent les Efpagnols a diftinguer v & b a du influencer le bafque 

(i) Diez, Gram., vol. i, p. 200. 



efpagnoi ou Ton ecrit avek & abek pour auek ; ceft furtout dans le 
dialede bifcaien que Ton trouve u = v = b. Comme nous n'admet- 
tons pas le v dans 1'alphabet, nous ecrivons partout b ou bien u. 

Le nom verbal pour placer" parcourt toute la ferie de labiales : 
ibeni, ipini, imini, ifini. 

F. 11 eft admis que cette lettre n'eft pas bafque. Nous nc con- 
naissons qu'un feul mot dans les dialeftes bafques efpagnols avec/. 
farra 53 rire" fubftanrif dont Torigine eft inconnue. 

Les dialedles bafques finals ont adopte un aflfez grand nombre 
de mots avec /initial, &, bien qu'il foit difficile pour le moment de 
rendre compte de quelques-uns d'entre eux, il eft plus que probable 
qu'ils font tous d'origine etrangere. 

Le / des mots empruntes eft quelquefois conferve & quelquefois 
remplace par une labiale; p. ex. force eft devenu bortcha. II eft 
curieux que le verbe ,,prouver" ait donne frogatu; le / qui n'exifte 
pas & le groupe /r, qui ne devrait pas etre tolere, ont ete choifis 
pour rendre un mot etranger ou le /ne fe trouvait pas & ou la 
rencontre de/& r aurait pu etre evitee. Ailleurs, nous avons attire 
I' attention fur le caprice des langues, du moment qu'il s'agit de mots 
etrangers. 



LF.S VOYELLES. 

Les voyelles bafques font a, e, i, o 3 u. 

En partant du principe que a, i, u font les voyelles primitives, on 
trouvera qu'il eft difficile d'afligner un vocalifme plus ancien a un 
dialecle qu'a un autre. Peut-etre la balance penchera-t-elle un pen 
en faveur du dialedle bifcaien,, qui a conferve des a ou les autrcs 
dialectesont des e; p. ex. alkar = elkar ; balti = belr{; barri = berrl; 
a^ur = e^ur; charri = cherri. 

Comme toute comparaifon eft limitee aux dialecles entre eux, il 
n'eft que probable qu'une forme eft plus ancienne qu'une autre, 
& nous n'arrivons jamais a une certitude; p. ex. quelle forme eft 
plus ancienne euli bifc. ou uli guip., euri ou uri, genre ou gure? 



20 

Le a fe retrouve comme e, i, o ; a devient e dans elkar pour alkar; 
i dans ei^in pour et^an; o dans emon pour eman. Dans un tel etat de 
variabilite nous craindrions de prendre pour des regies ce qui n'eft 
du qu'au hafard. On a tente d'expliquer ces mutations par la pho- 
netique des langues aryennes, mais nous ignorons fi ces lois font 
abfolues & generates, au point de pouvoir les appliquer indirTerem- 
ment a toutes les langues; & nous preferons, pour le moment, 
laifTer cette queftion a de plus competents que nous. II y a.cependant 
quelques lois certaines. La plus importante efl celle qui regie la 
mutation de la voyelle finale. 

Le dialecle bifcai'en change toutes les voyelles finales, fauf le a, 
quand elles font fuivies par une voyelle & furtout par un a. Le a fuivi 
de a refle a, & fouvent les deux a s'ecrivent; e devient z; i devient y ; 
o devient u; u devient ub. cdita -j- a aitaa; eche -f- a echia; andi -j- a 
andiya; gurafo -\- a gurafua; bum -f- a. buruba. Cette loi le fait furtout 
fentir dans la variete de Marquino(i). Elle n'efl pas inconnue dans 
quelques localites de la BafTe-Navarre & de la Soule. Cette loi efl 
applicable non-feulement au nom, mais auffi aux flexions du verbe; 
c'efl une loi de phonetique generate. Nous nous expliquons le lab. 
ninduban ,,il m'avait" mWz/a/ij bifc. par Tinfluence de cette loi, 



Aucun mot bafque ne fe termine par une explofive douce. La 
plupart fe terminent par une voyelle : arreba, fceur ; aide, cote ; 
arri, pierre ; arno, vin ; burn, tete 5 par une des dentales /, n, t, \; 
par r-& s; quelques-uns par une explofive forte, comme : bat, un. 
(Exception.) 

Deux confonnes ne fe fuivent jamais, ou tres-rarement du moins, 
dans une meme fyllabe. Dans les mots d'origine etrangere on inter- 
cale une voyelle ou bien on retranche une des confonnes pour 
eviter la rencontre de deux confonnes : elei^a, de iglezia 5 apirilla, 

(i) Zavala, Verbo vafc. p. 54, n ijo. 



21 

avril. II y a quelques exceptions: Jingle, ufe ; lambro, brouillard, 
Deux confonnes dans deux fyllabes differences peuvent fe fuivre ; les 
confonnes finales d'une fyllabe font tou jours une des dentales : 
I, ^, t ; le r ; ou les nafales /z, m. 

Quand done deux confonnes fe rencontrent dans deux fyllabes 
differences, elles font foumifes aux regies fuivantes : 

Les explofives fortes apres un fon fibilant, apres r & les voyelles. 

Les explofives douces apres I, m, n. 

DC la il fuit que : 

1 Les explofives fortes k, t, p } font remplacees par leurs corres- 
pondantes douces g, d, b, apres /, m, n; p. ex. eldu & non eltu, 
arrive ; Olondarra <3c non Olomarra, habitant d'Oloron ; ongi & non 
onkiy bien ; jango & non janko ; ernengo, emendik & non emenn'k, 
d'ici ; on peut dire, en elidant le n ; emetik ; i~{a.iu pour l^andu ; egoiu 
pour egondu, &C. Cette regie a auffi ete obfervee pour les mots 
d'origine etrangere 5 de voluntad efp. eft venu borondate ft pour tj; 
de intelligent^ endelguya, ft pour tj; de tempore^ dembora. Ajou- 
tons encore herreka du proven9al renc 5 n elide, e profthetique ; h, 
afpiration propre au dial. bn. 

Les explofives douces g, d, b } font remplacees par leurs corref- 
pondantes fortes k, t, p, apres r, les fons fibilants & les voyelles ; 
p. ex. Iturgofko, de Burgos. Onhe-pana, habitant d'Orthez (mais 
OlorondarraJ ; e^tut pour e^ dur, je n'ai pas 5 bait a pour bai da ; baitu 
pour bai du ; artuko, mais jango ; lurpean, fous Ja terre ; maipian, fous 
la table, e^pedi pour e\ bedi. "Baikara pour bai-gara. Marc x, ^f- 
Lekifkun foul. ,,,qu'ils etaient a nous j;> pour leki^gun. 

On ecrit fouvent eiditu, e^ditu^u } &c.; cependant Oihenart ne 
s'ecarte pas de la regie & ecrit eftitu. 

Ces mutations ne font que grammaticales ; etymologiquement la 
langue bafque parait moins s'en foucier; p. ex. berdin, egal; erbal, 
faible ; burdin, fer. 

Les exemples de tranfpofition de lettres (metathefe & hyperthefe) 
font tres-frequents en bafque : gabe & bage ; igaro <5c irago ; irudi 
& iduri; eriden & ediren, &c.; puis dans les derives ; de ots, bruit, 
ftig a > tonnerre ; de iti (hir(), parole, hiituna, orateur, &c. 



22 



DES PERMUTATIONS DES CONSONNES DANS LES MOTS 
BASQUES DE D1FFERENTS DIALECTES. 



GUTTURALES. 

[ s. i> ch. Karamitcha=iaramika. 

lunkur. Kifkaldu = chichkaldu. 

I t. Giionakai= general. Kunkur =: luntur. 

I s "[. Gale = '[ale. Gapar^=.^apar. Irogin = iro^in. 
h. Iges = Ihes. Igar =2 ihar. Ego = eho. Olgaru 

= olhatu. Chingurri = chinhaurri. Gar dots = 
hardots. 
j. Echagun = echejaun. Gan = jo an. 






d. Chingar = chindar. 'Biga = bida. Gupela = 

dupela. Gino = dino. cdtfegin =. cdrfeden. 
t. *Berondo de begi-vndo. zMarranga = marhama. 

r. v. R. 

772 V. M. 

b. v. B. 

n ou nh. Ihes = ifies. Ihar= inhar (nh port. = n). Ginhar 
= ginar . Chinhaurri = inurri. 

y TSohatu = buy am, Saheis m foyers. Peut-etre in- 

fluence de 1'efp. comme hiema z= yema. 
V. note a la fin du tableau. 



B. 



DENTALES. 

k. v. K. 

T g- v - G - 

77 . Gafta gafna (exception) . 

p. zAi^ia = ai^pa. cAitatu = aipatu. Seta=Jepa. 

g. v. G. 
P^ h. Chindurri = chinhaurri. 

r. Ideki=irekl (v. Egundcuw dans notre DicfHonnaire) . 



L. 



d. Elur = edur. *Belar = bedar. 

r. Irpdbide = ifpirbide. = Hoh^adar = hortqadar. 

Zahalo = \aharo. Zamalduna de ^amari. Haliko 



de Aan. Juale=juare. Olit^ = orit^. 
n. v. N. 

/. Styrru = /arrw. la^ar = nahar. Ult^e = 

r. 'Belhaun = belhaur (exception). 



LABIALES. 



p- ---, 

m. ran a = marra 



g. Ebiakoitia = egiakoir^a. "Burhafo = gurhafo, TSurdi 

= gurdi. Erbal = ergal. Habuin = hagun. 
m. Ttilgor = milgor. "Biga = miga. Ibeni= imini. 

P- v- P. 

h ou f. ZMuri) hun ou /z//i dans burumun (exception). Sans 
cela permutation avec les autres labiales : ibeni 

/pZ/ZZ = Z/Z/ZZ*. 



24 



PALATALES. 

rj. lichuli = ir{uli . 

TS . lichafo = iifafo. (Plutot difference d'orthographe 

Ch, 



N. 



z,s. 



R. 



que de prononciation.) 
d (?). Ichuri = iduri. 
h. v. H. 
r. ZI'TI/ = >///. Zunkur = luniur. 



= oflegun. Oriirala = oftirala ; forq ou 
^e = bejte. 



LINGUALES. 



rf. v. D. 
/. v. L. 



n. v. N. 

g. Ernari = ernagi. < Burir[ari = buraiagi. virgi\ari =* 

i^agi. Iriiai = igitai. 



n ou nh. La nafale palatale (n) parait avoir &t6 exprimee dans les dialedles 
bafques franqais par le groupe nh comme en portugais. Pouvreau ecrit 
guinharra & on ^crit & on prononce ginarra ; fenhar, bn. vient de 1'efp. 
fen or & ainfi on trouve les variantes chinhaurri = (cltynurri. Vh ne donne pas 
feulement ce fon mouille a \'n, mais auffi a I'/; comp. zilhar = zillar ; 
zilhegi = zillegi. La queflion fe pr^fente done fi 1'orthographe n'a pas 
influence" la prononciation & fi le h, qui etait (implement pour indiquer la 



prononciation, n'a pas ete confidere a tort, comme une lettre organique. 
Nous ignorons fi le h eft prononce* dans fenhar, mais ceci importe peu pour 
le moment; il eft pofllble que 1'ufage ait adopte cette prononciation, & alors 
il faut 1'admettre ; mais il eft clair que \'h eft inorganique ici ; combing avec 
n il reprefente le fon n. Comparez encore inara qui s'ecrit inhara ou enliara ; 
nh evidemment pour . II y a cependant une difficulte. Comment fe font 
forme's des mots comme iges Ihes ines > Ines devrait etre la forme pri- 
mitive, ecrite plus tard inhes (qui ne fe trouve pas) puis ihes, puis iges ; 
comme gmar ginhar gihar; (cJi)inurri } inhaurri. 11 ferait, fous quelques 
rapports, plus logique de renverfer la ferie, puifque probablement le g a 
precede le h, & le h, \'n. Nous aurons alors iget ) ihes, ines; mais le n ne 
s'explique pas de cette facon ; il ne provient pas de h, felon toute apparence. 
Nous pouvons plutot conclure, par analogic, a une forme intermediaire en 
y t qui en eifet fe retrouve pour quelques mots. Le jy indique ce fon parti- 
culier, que nous avons appele mouille, le y hongrois ; ce fon en bafque 
rappelle un peu celui de n & a caufe de cela Larramendi & Lardizabal ont 
employe J'une & 1'autre orthographe (v. jarduri}. On devra done e'tablir 
1'ordre fuivant: iges, ihes, iyes (hypothetique), ines. Nous pouvons citer un 
mot qui a parcouru toute la ferie, c'eft igar, fee, ihar, etincelle, eyar t fee, 
inhar, etincelle ; inhar aurait pu s'ecrire inar. Il faudra alors admettre que 
dans quelques cas le n precede de nh qui eft pour^ & que dans d'autres cas 
c'eft le contraire qui a lieu; c'eft nh qui precede de n } comme dansfenhar. 
Le n a toujours une grande tendance a changer de place; comp. inor = 
nihor ; hanitz r= anhitz bedeinkatu ^= benedikatu. 



CHAPITRE IV. 

i. 
L article. 

L'article eft en bafque^ comme dans plufieurs langues,, un 
pronom demonflratif. En allemand ,,der" eft pronom demonftratif 



26 

& article; & 1'article francais ,,le" derive du pronom latin ille (i). 

Le pronom demonftratif a ,,ce-la" eft devenu 1'article dans tous 
les dialecles. 

Le dialecte bifcaien eft le feul qui ait conferve a comme pronom 
& comme article. Comme pronom les autres dialectes 1'ont remplace 
par hura. 

L'article, comme les fuffixes, s'unit au nom, & gi\on ,,homme" 
accompagne de 1'article, s'ecrit gi^ona ,,1'homme". 



2. 
Le pluriel de article. 

On pourrait etre tente de fe demander fi Farticle au pluriel exifte ; 
fi giyonak ,,les homines" eft gi^ona -f- k ou bien gi\on -f- ak. Comme 
1'article ne fe rencontre qu'uni au nom, & qu'il eft impoffible de Ten 
feparer, on pourrait fe dire que gi^onak eft le pluriel de gi^ona. Aufli 
pourquoi ne pas admettre que gi^onak eft gi^ona -f- k? Nous tache- 
rons d'expofer clairement notre idee, qui eft que 1'article a a un 
pluriel ak. 

K eft un figne independant de pluralite, & c'eft la, croyons-nous, 
le point eflentiel de la queftion. cAk eft le pluriel de a, comme 
5,maifons" eft le pluriel de ,,maifbn"5 & non pas comme 1'article 
pluriel allemand ,,die" eft le pluriel de ,,der". L'article a eft auffi 
un mot independant; c'eft le pronom demonftratif dont la forme 
s'eft corrompue; que Tarticle foit uni au nom ne change rien a fa 
nature; Tagglutination eft ici, comme dans beaucoup d'autres cas 
(dans tous?), le fait de la prononciation ; que j'ecrive gi\on bat 
ou giionbar, bat fera toujours un mot independant, un nom de 
nombre , meme quand Tagglutination eft fi intime, que les lois 



I 'article ... n'cxifle pas plus en bafque qu'en latin. M. Duvoifin, Courrier de Bayonne, 
9 fevrier 1868. Article reproduit dans 1'introdudion de notre Di&ionnaire. L'article 
n'exifle pas en baf<|iie. Geze, Elements de gram, bufque, p. 6, Bayonne. 1875. 



27 

phonetiques commencent a fe faire vaioir, comme dans gi^on bat 
que Li^arrague ecrit giiombar. Que Ton ecrive gi-(pnak on g/p/i ak, 
ceci n'efl qu'une queflion fecondaire, qui n'a aucune importance 
pour Forigine de ak; aufli le dialecle bifcaien ecrit- il ak uni au nom, 
fi c'efl Farticle, & fepare du nom fi c'efl le pronom. cAk efl done le 
pronom pluriel fous une forme corrompue (pour arek) > & qu'on s'efl 
habitue a unir au nom; ak efl le pluriel de a. 

Le pluriel du nom eft toujours exprime, fous quelques rapports, 
de la meme maniere; c'eft toujours le mot qui definit ou qualifie le 
nom, qui indique le pluriei. Le nom n'a pas de forme plurielle; 
un pluriel indefini p. ex. ,yhommes n n'exifte pas en bafque, ou 
s'il exifte ce n'efl qu'exceptionnellement,, & dans un feui cas, 
comme nous verrons plus tard (i). Le pluriel du nom efl tou- 
jours defini, foit par I 1 article 3 foit par un pronom, foit par un 
nom de nombre : gi\on ak ,,les hommes 3 ^ giion oriek ,,ces horn- 
mes"; gi^on bi ,,,deux hommes' 3 . Dans le premier exemple 1'ufage 
a prevalu d'unir les deux mots : gi^onak, & c'efl ce qui donne aux 
noms pluriels la phyfionomie des pluriels de nos langues; mais fi 
Ton ecrivait en frangais ,,homme les", comme en bafque gi^on ak, 
on verrait de fuite que c'efl 1'article qui efl au pluriel. 

II etait important de fixer cette queflion, afin de pouvoir anaiyfer 
la forme des noms pluriels fuivis de fuffixes. 

Nous avons dit que ak efl le pronom pluriel fous une forme 
corrompue; c'efl-a-dire que le pronom a (pour ar) ayant ete une 
fois adopte comme article, on ne s'efl plus foucie, a ce qu'il parait, 
de fa forme comme pronom pluriel, & gi^ona efl devenu giionak. 
II fe peut aufli que 1'ufage frequent de 1'article foit la caufe de la 
chute de \.e ; gi^on-arek ,,ces hommes" apres la chute de r 
gi^onaek, puis gi^onak. Giionak -j- n efl devenu gi^onaen apres la 
chute reguliere du kj mais le a s'efl aufli perdu & Ton dit gi^pnen 
,, des hommes". Giionak -j- i apres la chute du k efl devenu giionai, 
dans les dialecles bafques efpagnols, & gi-[onei dans les autres 
dialccles. 

( i) Vcir le fuffixe ('&, 



CHAPITRE V. 

LE N O M. 
I- 

Les differems noms . 

La langue bafque diftingue entre le nom fubftantif, le nom 
adjeclif & le nom verbal; gi^on ^homme"; handi ^grand" 5 joan 



L'un peut fervir pour 1'autre ; le nom verbal <5c Fadjeftif peuvent 
devenir des fubftantifs ; le fubftantif & I'adjectif peuvent devenir 
des noms verbaux ; mais ils font diftindls a 1'origine^ aufTi haut du 
inoins que nous puifTions remonter (i). 



2. 
Les modifications du nom. 

LE GENRE ET LE NOMBRE. 

Le genre n'eft pas connu en bafque. 
Le nombre eft ou fingulier on pluriel. 

Lc pluriel eft indique par le fuffixe k; gi^ona ,,rhomme" fait 
,les hommes" 5 emakumea ,,lz femme" fait emakemeak 33 les 
fcmmes 5 ' . 



(i) En th^orie tous les fubftantifs ont commence par etre des adjeftifs pris fubflantive- 
ment. M. BnSal, Gram, de Bopp, vol. in, p. vi de 1'introduftion . 



La langue bafque n'exprime pas le pluriel indefini du nom ; on 
ne peut pas dire ^homines' % ^femmes" fans Fardcle, bien qu'il 
femble qu'on aurait pu dire emakume -(- k ou emakumek, gi\on -f- k 
ou giionek. 

II y a cependant une exception, croyons-nous, & c'eft quand le 
nom eft fuivi du fuffixe ik, qui n'eft autre chofe,, felon nous, que le 
(igne de pluralite k precede de i. 

Les autres modifications du nom,, qui dans d'autres langues font 
exprimees par des cas ou par des prepofitions,, font indiquees en 
bafque par les fuffixes ; la langue bafque ne poflede pas de decli- 
naifon. 

Dans la deuxieme edition de notre Eflai, nous avons admis la 
declinaifon a trois cas (nominatif, genitif, datif); mais feulement a 
titre de conceflion faite a la routine,, voir p. x & 42, la note. Deja 
en 1866 nous avons emis notre opinion fur cette queftion fi rebattue, 
voir T^evue critique cCHiftoire & de Liner aiure, 19 mai 1866. Onze 
annees fe font ecoulees & nos etudes continues de cette langue 
interefTante font venues confirmer de plus en plus que le bafque ne 
connait pas de declinaifon. 

Nous n'allons pas recommencer la controverfe, engagee fur ce 
point (fur prefque tous les points) de la grammaire bafque,, efperant 
& croyant avoir fait des partifans. Ceux qui pour une raifon ou 
pour une autre,, preferent fermer les yeux a Tevidence, ceux-la ne 
feront jamais convertis ; ils continueront a faire leur nomenclature 
de caSj dont le nombre_, flottant entre 3 & 2 3 ou P^ us en core 3 
denote deja alTez la folidite de leurs theories. 

La langue bafque etant une langue agglutinante, ne faurait fe 
plier aux regies des langues qui appartiennent a une autre claffe 5 
auffi n'y a-t-il aucune neceflite d'expliquer la langue bafque par Ja 
grammaire latine ou arabe,, pas plus qu'il n'y en aurait a vouloir 
expliquer le latin ou Tarabe par le bafque 5 au contraire la grammaire 
bafque a beaucoup fouffert d'avoir etc expliquee par la grammaire 
latine_, fran^aife ou efpagnole. DebarralTee de fa declinaifon qui 
n'etait pas faite pour elle^ la langue bafque reprend fon caradlere 
propre. Le cadre etroit ou Ton avait voulu Tenfermer & d'ou elle 



3 

eclatait cie tous cotes,, ne la gene plus, & elle reparait dans fa 
fimplicite & dans fon unite primitives. L'arbitraire ou Fignorance 
qui pretendait fixer que gi^on avec le fuflixe n etait un cas & que 
gi^on avec le fuffixe ko n'etait pas un cas, difparait & la feule regie., 
vraie & invariable,, qui fe degage de ce chaos de contradictions 
& de niaiferies, c'eft que le nom eft modifie par le fuffixe ou le 
qualificatif qui le fuit : Zaldi-a le cheval ; ^aldi-ka a cheval 5 -{aldi-ko 
de cheval 5 -{aldi-bat, un cheval ; ^aldi-ar-n de le (du) cheval ; 
laldi handia le grand cheval,, &c., toujours en lifant a rebours (i). 

On nous permettra d'employer les termes de nominatif , 
genitif, &c., que tout le monde connait. La concifion ck la clarte y 
gagneront fans faire aucun tort a la grammaire. Quand p. ex. il 
faudra dire que le fuffixe kin ,,,avec" s'ajoute au nom^ fuivi du 
fuffixe n ayant la valeur de ,,de", il fera plus fimple de dire que 
kin regit le genitif. 

Le nom accompagne de 1'article a eft appele defini^ quand le 
nom eft fans article on 1'appelle indefini. 

Le nom indefini fe trouve avec les fuffixes,, tout aufli bien que 
le nom defini ; a 1'exception du fuffixe de pluralite k. Ainfi 
giion + n faitgiionen ,,d'homme"$ gzp/z + z faicgzp/zz & homme"; 
burn + I fait burui ,,,par cceur 5:) 5 mais comme nous Favons deja dit 
on ne peut pas dire gz^/i + k, figne de pluralite. 



3- 

Le nom adjeflif. 

Comme le genre eft inconnu en bafque & que le nombre eft 
indique par Tarticle fuffixe au nom fubftantif ou adjedif, ou par le 
pronom, ou par un nom de nombre,, il y a fort peu a dire fur 
Fadjeclif. 

(i) Comp. encore h Syntaxe, ch. xxn, $ i. 



3' 

Les fuflixes s'uniflent de la meme maniere aux adjedifs qu'aux 
fubftantifs ; on obferve les memes regies phonetiques : handi -f- n 
(genitif) fait handiren ,.,de grand", comme feme fait femeren ,,dc 
fils". 



4- 

Les degre's de comparaifon. 

Le comparatif eft exprime dans tous les dialecles par go (voir ce 
luffixe), fuffixe au nom defini : ederrago ^plus beau" de eder 
> ,beau >> 5 otiago* ,,plus froid" de oi\ ^froid^. 

La conjondion ^que" qui fuit le comparatif eft rendue par bafio, 
ou baino ou beno felon les dialedles : Churiago elurra bano, plus blanc 
que la neige, yu bano obeago, meilleur que vous (aujourd'hui toi). 
Le fouletin prefere la derniere maniere de conflruire la phrafe : 
bena handiago ^plus grand que Thomrne^. Et^arete guec 
hec baino excellent ago ? Matth. vi, 26. N'etes-vous pas beau- 
coup plus excellent qu'eux? Ce n'efl pas fculement Tadjeclif qui efl 
capable d'exprimer la comparaifon ; ce font aufli le fubflantif^ le 
verbe, Tadverbe ; p, ex. glionago nai^ hura bano, je fuis plus homme 
que lui. Egun oro edert-^enago da, chaque jour fe fait plus beau. Ainfi 
on forme de alboram ^approche" le comparatif alboragotu ^plus 
rapproche" & un fuperlatif alborageiru , } trop rapproche^ (i). 
Eftikiago , 5 plus doucement^'. Le comparatif d'egalite fe rend par 
beiafi ou beiain poftpofe (mais non lie) a la perfonne ou a la chofe 
a laquelle on compare : Zu be^ain ederra da, il eft auffi beau que 
vous (aujourd'hui toi). ^Autant que" fe rend par adina, aimbejte, 
be^an, be^ambat, be^ambejle, hambat. 

Nous ne connaifTons qu'un feul adjeclif dontle comparatif ne foit 
pas forme d'une fa^on reguliere. Le comparatif de on ^bon" eft obe 



(i) On retrouve aufll cet ufage dans les langues romanes : fratelliffimo, afiniflimo, &.c. 
Diez, Gram , vol. in, p. 15. 



^meilleur". Cependant on trouve auffi obeago. Lardizabal dit: 
Zembat andiago ambat obeago, d'autant plus grand, d'autant meilleur. 
Et Chourio (Imit. , p. 43). Hanitietan adim dm hobeago dela. . . minn[atiea 
baino em~{uiea , 5 fouvent fai entendu qu'il eft mieux d'ecouter que de 
parler". Ceci fera une corruption ; les irregularites difparaifTent 
ibuvent dans la bouche du peuple (i). Ce comparatif obe peuc etre 
fuivt, comme tout autre adjedlif, de n'importe quel fuffixe ; p. ex. 
obeko degu guk efatea, g. il fera mieux que nous difions. Obeko degu 
eft le futur, & eft forme comme ikujiko degu ^nous verrons". La 
tradudlion litterale eft impoffible. 

Obe fert auffi comme adverbe ; p. ex. obe da nik dagidan, il eft 
mieux que je le fafTe. Cependant Fad verb e obeki exifte ; voir 
I'exempie f. v. obe dans notre DidHonnaire. 



LE SUPERLAT1F. 



Le fuperlarif abfolu eft rendu par le genitif pluriel fuivi de Tarticle 
a. On ,,bon" fait onen , 5 des bons j;> & onena ,,le ou celui des bons ?:> 
= le meilleur. Ce fuperlatif regit le genitif pluriel, ou plutot regit 
le fuffixe n ,,de" ou dik ,,de ?:> ; p. ex. gi^onen andiena ou giione- 
tatik andiena, le plus grand des homines. On peut auffi fe fervir du 
fuffixe ik; c'eft meme le feul fuffixe admis par les dialedles bafques 
fran^ais qui ne fe fervent jamaisde etatik. Ceci nous femble une erreur; 
erreur qui remonte auffi haut que nous puiffions remonter, mais qui 
n'en eft pas moins, croyons-nous, une erreur 5 nous Tavons difcutee 
en detail en parlant des fuffixes dik & ik, auxquels nous devons 
renvoyer le ledleur. Bien que les dialedles bafques efpagnols fe 
fervent generalement, foit de n foit de etatik, on trouve auffi ik; 
p. ex. 5\V<? nekearen faririk nayena i\ango dana ,, la plus voulue des 
recompenfes demon travail fera..." cdlik ongiena moldatu dut . . . hau. 
Mendiburu. ,,J'ai fait le mieux poffible celui-ci..." 

(i) A San Remo le peuple dit : piu buono ,,plus bon". 



33 

Le dialede fouletin fe fert encore du fuffixe ko : giiounetako 
hounena ^le meilleur des homines" 5 & s'exprime aufli a la fac.on 
des langues romanes : gi^oun hounena {& meilleur homme". 

Le fuperlatif relatif fe rend par des adverbes qui correfpondent a 
1'adverbe ^tres"; chit, chiie^ gu^i, g u ftil> a g"l> hanir^, eiinago. 

On exprime aufli ce fuperlatif en repetant Fadjedif & en laiffant 
le premier indefini ; p. ex. choil choilLi berori dago, Pouvreau. 
,,11 demeure tout fin feul". *Ber bera, le meme 5 efp. mifmifimo ; 
angl. the very fame. 



CHAPITRE VI. 

L AGGLUTINATION. 

L 

Ce que c eft que agglutination. 

L'aggiutination confifte a unir un mot a un autre mot^ de fa^on 
a former un tout plus ou moins homogene 5 p. ex. gi^on ,, 3 homme" 
&a ^,le j ' fontgi^ona ^..rhomme' 3 . Ce meme motuni agandik ^^pour'^ 
fait gi^onagandik ,,pour rhomme". L'aggiutination eft tres reglee ; ce 
n'eft que le caprice de Tauteur qui le fait s'ecarter de la regie gene- 
ralement adoptee & felon laquelle tous les fuffixes s'uniiTent aux 
mots qu'ils modifient. Haramburu ecrit gan <5c gatik, fepares du 
nom 5 par centre, Licarrague & quelques autres (1'auteur de limita- 
tion en dialedle fouietin) ecrivent le nom de nombre bat uni au 
nom ; chez Ligarrague Tunion eft fi parfaite que la loi phonetique 
exerce fon influence & gig on bat devient gigombat. L'auteur fouletin 
unit quelquefois les deux mots par un trait d'union. Le procede de 
ces deux derniers auteurs eft parfaitement en harmonic avec le ca- 

3 



?4 

raclere de la langue bafque; tandis que la fac,on d'ecrire de Haram- 
buru, Olaechea (qui ecmfemea en pour femeaen) & autres, nepeut 
fe juflifier, croyons-nous., d'aucune fac^on. 

II va fans dire que ragglutination eft beaucoup plus forte dans 
la langue parlee que dans la langue ecrite, & quelques auteurs 
n'ont trouve aucune objection a ecrire comme Ton pronon^ait. 
Axular ecrit,, p. 18, e^paitira de e\ bai dira; e^quiribatucoinit, de 
eiquiribatuco ditut. Ces contractions fe retrouvent d'ailleurs dans 
beaucoup de langues ; en hollandais on dit ,,hy'm gezien 5;> pour 
,,hebtgy hem gezien". Uas-tu vu? 



2. 
Comment fe fait I agglutination. 

^agglutination fe fait toujours au nominatif du nom 5 ce n'eft 
que par exception que deux ou trois fuffixes regifTent le genitif, 
comme Ton verra au chapitre des fuffixes. 

La rencontre de deux mots met quelquefois en contact des lettres 
incompatibles, & dans ces cas-la les lois phonetiques indiquent le 
moyen par lequel il faut eviter cette rencontre 5 foit par Telifion, 
foit par la mutation de Tune des lettres, foit par Intercalation 
d'un e. Dans ce dernier cas les mots reftent intacls,, n'etant pas 
autrement influences par les lois phonetiques; p. ex. pillar -|- j fait 
^illarei 3 ,d'argent ? % gi"(0n + n fait gi^onen ,,d'homme". Par con- 
tre, orain & ko font oraiko (elifion) & oraingo (mutation) 3J d'a pre- 
fent, recent". 



3- 

Voyelles intermediates. 

En dehors des lois phonetiques, il y a une autre caufe qui regie 
le choix de la voyelle qui precede le fuffixe. La langue bafque., par 



un precede tres-fimple., du en partie au hafard, diftingue entre la 
forme definie., indefinie finguliere, indefinie plurielle & exclufive. 
On dirait qu'elle s'eft choifi une voyelle fpeciale pour une categorie 
diflferente d'idees (i). 

Ces voyelles font a, e, i, o. 

Le a etant far tide,, la forme definie etait trouvee. 

La caracteriftique de Tindefini fingulier eft e. 

La caradleriftique de I'indefini pluriel eft i. 

La caracfteriftique de 1'exclufif eft o. 
Ainfi : 

i Giiona etorri da ,,rhomme eft venu^'. 

2 Hunda dio San Thomafek (& non Thomafak} ^ainfi dit faint 
Thomas". 

3 Gi^onik ageri e^ta ,,,,il n'eft pas venu d'homme". 

4 Gi^pnok joango gera , 5 nous autres hommes nous irons". 



4- 

Uoyelles intermediaires a & e. 

Quelques mots d'explication font neceffaires. 

Le a qui precede le fuffixe eft toujours 1'article, excepte dans les 
tres rares mots qui finiffent en a, comme aha ,,,pere" alaba 
^fille",, etc. La forme definie eft par confequent indiquee invaria- 
blement par la voyelle a. 

Le e qui precede le fuffixe eft la caracleriftique de Tindefini,, en 
tant que cette voyelle indique que le mot n'eft pas defini 5 elle a 
par confequent une valeur toute negative & on pourrait la confide- 
rer comme fimple lettre de liaifon. 'Bat -{- a fait bata & comme 
agent batak .,,1'un" ; mais bat fans Tarticle a, & avec le k pour 1'a- 
gent ferait baik, ce qui ne peut fe prononcerj il faut batek >,un" 



(i) Nous difons ,,on dirait", puifque a n'efl pas a, mais primitivement ar, voir notre 
Did., p. xxxv; & o n'eft pas o ; mais probablement o -f- k eil la fyncope de oyek ou oek. 



36 

(& non batak, ou batik, ou batok). La voyelle e pourrait etre appelee 
tout aufli bien (ou mieux?) voyelle de liaifon, ou voyelle neutre. 
La voyelle e fert done, i a indiquer qu'un mot n'eft pas defini; 
2 a diftinguer deux formes qui fans cela feraient pareilles ; 
5 comme figne phonetique, pour empecher la rencontre de deux 
lettres incompatibles. 

Par confequent, les mots qui., de leur nature,, fe refufent a etre 
definis par 1'article, comme par exempie les pronoms & les noms 
de nombre, ces mots-la ont tous un e, s'il s'agit, pour une raifon 
ou pour une autre, d'y intercaler une lettre. Ainfi le pronom a 
(primitivement or) fuivi de k fait ark ,,celui-la" & arek ,,ceux-la", 
uniquement pour diftinguer deux formes pareilles ; dans le premier 
exempie,, le k eft la caraderiftique de F agent; dans le fecond exem- 
pie, le k eft le figne de pluralite. 'Baina Scipion capitain f amain 
hare. Axular, p. 10. ,,Mais Scipion ce capitaine fameux". Zer 
,,que, quoi" n'a pas de pluriel; ferk ne pouvait donner lieu a 
aucune confufion 5 ^erk eft le fujet agent. Un pronom comme nor- 
bait ^quelqu'un" fait norbahek, non pas pour le diftinguer d'une 
autre forme, mais parce que i & k ne peuvent fe fuivre ; e eft ici 
un figne phonetique. Zu ,,vous" fait^ fujet agent, & fuek ,,vous >J> 
au pluriel. Le pronom relatif n eft toujours precede de e quand il eft 
fuffixe a la y perf. fing. de Tindicatif du ,,il a'% probablement 
pour diftinguer duen de dun, aujourd'hui une terminaifon, mais 
au fond le meme mot & fignifiant ,,qui a". 

Dans les dialecles bafques efpagnols, les flexions du verbe qui 
finiflent par une voyelle, ont generalement le n fuffixe, fans e in- 
termediaire ; dabih^a fait dabilr^an, en reportant r accent de la pre- 
miere fur la derniere fyllabe, ce qui indiquera la chute d'une lettre. 
Les flexions en o font une exception &prennent un e ou un a; ainfi 
dago fait dagoen ou dagoan; voir Larramendi, Arte, p. 282. II nous 
femble que le e eft ici la voyelle qifil faut ; le e eft la voyelle de 
liaifon par excellence, a Texclufion des autres. Mais la confufion de 
voyelles s'explique, croyons-nous, par le fait que la conjondlion eft 
n, & que la terminaifon de Timparfait eft aufli n (pour an). Ainfi 
nengoan ,,je reftais'% nembillen g. & b., nebilan, foul. ,,je mar- 



37 

chais". On etait done habitue a entendre les flexions fe terminer 
d'une maniere & de Tautre, & comme la valeur de ces terminai- 
fons etait inconnue., il efl tres admifTible qu'elles aient etc em- 
ployees indiflinclement Tune pour Tautre 3 1'oreille etant Tunique 
guide. 

Dans les dialecles bafques franais la voyelle de nos jours efl 
auffi e ou a; mais Dechepare & Axular, &c., ecrivent ye, non- 
feulement quand l'/i fuit, mais plutot en general comme lettre de 
liaifon apres une voyelle, pour eviter Thiatus (i) ; p. ex. duyen pour 
duen; duguya pour dugu-a ( interrogatif ) datekeyen pour datekeen. 
Heldu behar duyen gau^an e\ta e^capacerik (2). Dcchepare, Toe'fies, 
p. y8. ,,,On ne pent echapper aux chofes qui doivent arriver" . 5\VA 
ogenik e^nuyela. Memes poefies. ^Puifque je n'ai pas de faute". Eta 
begira diferent^iarik ahal datekeyen okhajlno gu^tietarik. Axular, 
p. ill. ,.,Et fe garder de toute occafion de different poffible". 
Oral behar duguya conquifla berri. Dechepare,, p. y6. ,,Nous faut-il 
aujourd'hui une nouvelle conquete' 5 ? Ehork ui-fi e^ta^la eskuyetan 
duyena feskuetan duenaj, Dechepare,, p. 49. ^Que nul n'abandonne 
ce qu'il a dans les mains". 



f- 
Voyelle intermediate i. Suffixe ik. 

Le fuffixe ik efl tres-obfcur comme origine & tres varie comme 
cmploi. Nous commencerons d'abord par examiner Tufage qu'on 
fait de ce fuffixe ; peut-etre fera-t-il poffible enfuite de decouvrir 
ce qu'il efl. 

Le fuffixe ik efl employe quand le fubflantif auquel il efl uni, 
efl pris dans un fens indefini. Dans les autres langues ce fubflantif 

(i) Les etrangers qui apprennent le francais font enclins a prononccr theatre comme fi 
ce mot etait ecrit avec un y : theyatre. 

(a) Gau^an ne paroit pas etre correft, ce qui n'a pas d'importance ici. L'edition de 18-5 
a gaugen. Le c avec cedille eft une erreur. 



etant indefini, n eft precede ni d'une prepofition ni d'un article, 
excepte en francos; la fyntaxe francaife veut que ce nom foit pre- 
cede de la prepofition ,,de" & quelquefois encore de Tarticle defini 
,,le, la, les". c Bana kongregatio egunetako e\ dme bear lukeen euf- 
karasko libururik. ,,Mais les congregations de (nos) jours n'ont pas de 
livres bafques, comme il le faudrait". En hollandais, en anglais, en 
allemand, on dirait : n'ont pas livres bafques. E-{ dago gloriarik 
Jaungoikoaren aginduak gordegabe. ,,11 n'y a pas de gloire fans 1'ob- 
fervancedescommandements de Dieu". cArkbiderik asko ba^uen. ,,11 
avait beaucoup de motifs' 3 . Em haren obrai^eko gutiiiarik fentitu gabe. 
Chourio. ,,Et fans fentir de defir (fympathie) pour fes ceuvres". En- 
T^un daite galbide andiagoko gau^arik ? Zavala, verbo vafc. p. 3 1 , n 39. 
,,Peut-on entendre des chofes plus fcandaleufes" ? 'Bururik e^m, Larr. 
Arte, p. 8. ,,11 n'a pas de jugement 53 . t Bade^u ogirik. ,,Vous avez du 
pain". Larr. Arte, p. 9. Giionik ilda? ,,Un ou quelque homme eft-il 
mort" ? cftfurillik badator? " Eft-il. venu un garc^on,, ? Lardizabal. 

Excepte dans les deux derniers exemples, qui font rendus aufli par 
,,un" ou par quelque autre pronom indefmi, les langues que nous 
venons de citer ne font pas ufage de la prepofition ,,de 3:> , ni furtout 
de Tarticle defini. On dira : il n'y a pas gloire; il avait beaucoup 
motifs; & fans fentir defir ; il n'a pas jugement, &c., &c. 

La grammaire fran5aife, qui eft affez confufe ici, dit que le fub- 
ftantif eft pris dans un fens partitif, qu'il y a ellipfe ; & quand on dit : 
vous avez du pain, on veut dire : vous avez une portion de pain. 
Quoi qu'il en foit de cette queftion de grammaire frangaife, que 
nous ne pouvons pas difcuter ici, il nous femble que cette regie a 
beaucoup trop d'exceptions pour pouvoir etre formulee comme 
regie. Quand on dit : J'ai des amis, on ne parle pas d'une portion 
d'amis ; on parle d'amis en general, d'une fac^on indefinie, & de la 
dans les autres langues ce que nous appellerions le pluriel indefini, 
c.-a-d. le pluriel pur & fimple fans etre modifie ni par une prepo- 
fition, ni furtout par un article defini, comme c'eft le cas en fran^ais. 
Encore fi Ton dit : II ne faut rien confier aux enfants, il n'eft pas 
queftion d'une portion d'enfants 5 au contraire, il eft queftion de 
tous les enfants, des enfants en general. Dans les langues que nous 



39 

avons citees on dirait : j'ai amis ; il ne faut rien confier a enfants. 

Ik, parconfequent., a ceux qui expliquent le bafque par la langue 
fran^aife, a paru correfpondre a ,,de" . Mais ik correfpond plutot a un 
pluriel indefini. Dans la plupart des cas, Findefini eft un pluriel ou 
peut s'expliquer par un pluriel & ik n'eft pas un fuffixe correfpon- 
dant a la prepofition ^de" ; ik eft,, croyons-nous, le figne de 
pluralite k precede de i. 

Ailleurs (i) nous avons deja cru reconnaitre que I'indefini eft 
exprime en bafque par le pluriel,, & ces deux cas fe donnent un 
appui reciproque. 

II nous femble que meme dans les phrafes ou Ton rend Tindefini 
par Tarticle indefini (ou nom de nombre) ,,un" , c'eft toujours le 
pluriel qui eft fous-entendu ; p. ex. Suene^ ere neurri ederra gen duke, 
hi^ketarako befterik eipagendu (2). ,,,de cette fag, on nous aurions une 
belle mefure fi nous n'en euifions une (ou quelque)autre'\ Dequel- 
que maniere que Ton rende la phrafe dans une autre langue, foit avec 
^un" foit ave ^quelque'% le bafque fe fervira invariablement de 
ik. Audi le fingulier 33 un" en fran^ais iVeft qu'apparent; 3 ,,quelque" 
donne le meme fens & n'eft pas un fingulier fi abfolu. Un autre 
exemple; fi Ton dit ,,\i riy a pas de cheval qui refifte a ce travail'^ 
il eft clair qu'on penfe a plufieurs chevaux 5 la comparaifon ne 
pourrait pas s'etablir s'il n'y en avait qu'un feul. 

La langue bafque rend done la phrafe comme les langues que 
nous venons de citer, c.-a-d. par un pluriel,, & elle ne s'accorde 
pas avec le francais qui fait une exception a la regie generate . 

II en eft de meme,, croyons-nous, du partitif, auffi exprime en 
bafque par ik. Du moment qu'il y a partage, il y a pluralite; 
p. ex. Efpanako Euskaldunik geyenak ,,>la plupart des Bafques efpa- 
gnols 5;> . Les autres langues emploient d'habitude la prepofition; 



(1) Voir le fuffixe k, ou fe trouve explique le groupe'de pluralite eta, ainfi que le plu^ 
riel des pronoms. % 

(2) Lettre de Larramehdi a Mendiburu. -- En efpagnol uno ,,un" peut s'employer au 
pluriel unos comme pronom indefini ,,quelques". De Madrid a Zarago^e hay unas cin- 
cuenta y caatro leguas. De Madrid a Saragoffe il y a a peu pres, ou, il y a quelque 
cinquante-quatre lieqes. 



40 

,,de" francais; ,,von" ou ,,der" allemand; 3> of" anglais. Cepen- 
dant, dans ce cas-ci, on dirait en allemand exadlement comme en 
bafque., fans prepofition : die meiften fpanifchen Basker. Ainfi meme 
pour le partitif, le bafque n'eft pas ifole. 

Avant de parler d'une difficulte qui fe prefente dans une forme 
plurielle de ik, nous voudrions encore citer quelques exemples pour 
demontrer la concifion & la precifion de la .phrafe bafque : TSana 
erdiko onenik jarea lorrot^ debekatuiion. Lardizabal. ,,Mais le manger 
quelques (fruits) de celui (arbre) du milieu., il le leur defendit pe- 
remptoirement". Onen eft le genitif fingulier ,,de celui-ci"; en 
ajoutant 1'article a, nous aurons onena ,,le de celui-ci'% & au pluriei 
onenak ,,les (fruits) de celui-ci'\ Mais au lieu du pluriei defmi onenak, 
Tauteur ecrit onenik ^quelques de celui-ci'\ ZJ^orberak daukanerik 
bere emon biardau. Olaechea, p. 79. 5J Chacun doit donner ce qu'il 
po(Iede'\ Vauka ^ilpoflede" ; daukan ^qui pofTede 5 ^; daukan + ik 
& avec le r euphonique daukanerik ,,ce qu'il poflede'% ou mieux en 
anglais,, puifqu'on ne peut pas exprimer Tindefini en fran^ais : any 
thing he poffeffes. T)aukanak aurait ete le pluriei defini^ daukan -\- a 
-)- k } ce (les chofes) qu'il poffede. 

La difficulte dont nous parlions tout a Theure eft celle-ci. Si ik eft 
un pluriei & fert comme un pluriel^ pourquoi avoir forme un pluriei 
de ce pluriei? pourquoi faire ufage de etarik? 

Nous avons difcute Torigine de la forme era & nous croyons avoir 
demon tre qu'elle n'a plus rien d'obfcur (i). II faut done en arriver a 
prouver que notre theorie eft faufle, que ik n'eft pas un pluriei, ou 
bien que la forme etarik eft vicieufe. Nous croyons avoir demontre 
que ik eft un pluriei, & il nous refte, par confequent, a demontrer 
que etarik eft une forme fautive. 

L'erreur date d'auffi loin que nous puiffions remonter; nous la 
trouvons chez Dechepare, Li9arrague & Axular, & elle eft encore 
en vigueur dans les dialedes bafques franc. ais. Larramendi cite, il eft 
vrai (Arte, p. 3^6) loreetaric , barat^etaric , mais, autant que nous 
fachions, on ne trouve jamais cette forme en guipuzcoan comme 

(i) Voir le fuffixe de pluralite A & la lettre k au ch. in. 



4' 

pluriel de dik ou tik. Bien que la forme etarik nous paraiffe fautive,, 
on n'en fait du moins pas un emploi fautif. Loreetarik, baratietaric fe 
trouveront apparemment,, mais alors apres un fuperlatif; p. ex. la plus 
belle des fleurs, le plus beau des jardins. 

Dans les dialectes bafques francais etarik eft confidere comme le 
pluriel de dik ou tik ; & etarik, le feul pluriel correct eft inconnu ; 
p. ex. loannefen baptifmoa cerutic cen, ala guigonetaric? Marc XI , ^o, 
T. R. Le bapteme de Jean venait-il du ciel ou des hommes? TSaina 
ahotic ilkiten diradenac bihot^etic partit^en dirade. Matth. xv, 18. Mais 
ce qui fort de la bouche vient du cceur. Hura refufdtatu igan du 
hiletaric. II eft refTufcite des morts. Eta othoy beguireganperilgudetaric. 
Dechepare, Toejies, p. 6. Et prie de te preferver de tout danger. 
Pour le befoin du vers, Dechepare fe fert de etaric pour le fingulier 
(v. p. 10). cAlteratu gabetaric (pour gaberic) gure fede faynduyan. Sans 
rien changer a votre fainte foi. 

Les dialecles bafques efpagnols auraient ecrit : Hura refufdtatu i\an 
du illetatik (i), & avec raifon; /// -f- k -f- tik fait illektik, & apres 
mutation reguliere de la mdiale &.eri I / illetatik. Etarik ne nous 
femble avoir rien a faire ici. Si badut adiskiderik fignifie ,J'ai amis" (ou 
comme on dit par exception en francais ,J'ai des amis") alors il va 
fans dire que hura refufdtatu igan du hiletaric fignifie ^il eft reffufcite 
morts" , ce qui n'offre aucun fens. D'un autre cote^ il n'y a rien, 
finon rhabitude, qui explique le rejet & la perte de la forme etatik 
dans les dialecles bafques fran5ais. La regularite de la grammaire 
eft telle qu'on pourrait peut-etre fe fonder fur cette irregularite 
feule pour prouver Ferreur dans la forme 6c dans Temploi de 
etarik . 

Si etarik etait le pluriel reguiier (2) de ik ou rik } Mendiburu n'au- 
rait pas pu dire : Efpaniako Euskaldunik geyenak, ou bien : Emen arkir(en 
diran gau^arik geyenak ; il aurait fallu euskaldunetarik & gau^etarik. 
Qu'il confidere ces noms comme des pluriels eft prouve par le verbe 



(1) Eta pi^tu lllen artetik, Luc, 24, 46. Gulp. Et reffufcite d'entre les morts. 

(2) Nousdifons pour plus de concifion ,, pluriel reguiier"; nous favons que le f de fa ou 
eta eft k, figne de pluralite, change en t &. appartenant au nom. Voir les fuffixes. 



42 

qui efl au pluriel; dans le premier exemple arkir^en dira; dans le 
fecond arkiqen diran (i). 

Cette confufion entre dik ou tik ,.de, hors de"; Fallemand ^aus" 
& ik figne de pluralite, s'explique peut-etre par les langues romanes 
qui n'ont que la prepofition ,,de" pour traduire Tune & Fautre de 
ces expreffions. 

II eft probable aufli que la fignification plurielle de ik s'efl perdue 
depuis longtemps, depuis des fiecles; au moins deja depuis trois 
fiecles. La fignification fecondaire de Findefini s'efl confer vee feule- 
ment, & c'eft ainfi que nous nous expliquons comment un fuffixe,, 
qui a Forigine etait un figne de pluralite,, puis un figne de Findefini, 
en efl arrive a etre uni aux noms verbaux., tant aux formes flechies 
que non flechies 5 jan devientjanik en mangeant, ou,, tandis que je 
(tu, il, &c.) mange. Une fois que ce fuffixe exprimait Fidee rendue 
par ,,tandis" ou ,,pendant" la voie etait tracee. pour le fuflixer 
aux flexions & du~[u ^vous avez 53 devient du^ula ,,que vous 
avez" & duqularik 3 , tandis que vous avez' 3 . Obraren handiiaf- 
funera eta dignitatera behat^enago dugulai'ic. Dedicace de Li9arrague. 
3, Tandis que vous confidererez plus la grandeur & la dignite de 
Fceuyre". 

Ik devient tellement le fuffixe de Findefini, que Li^arrague Funit 
au pronom interrogatif, fans doute pour donner plus de force a 
Fexpreffion. Eta eerie da huna eman if an gayonfapiewia haur? Marc vi> 2. 
Etqui efl-ce quilui a donne cette fagefTe? Onlevoit, ik n'eft plus 
qu'un figne, deja du temps de Li^arrague. 

Uufage de ce fuffixe efl fi varie qu'il n'efl pas tou jours facile d'en 
rendre un compte exa^l,, furtout s'il fe trouve dans des locutions 
adverbiales comme halarik ere tou te fois"; baiiik ,,,finon'% 6cc. 

L'emploi de ik pour exprimer le gerondif (janik ^mangeant") ne 
fe borne pas aux noms verbaux; on trouve chez Dechepare le vers 
fuivant(2): Erregeri galiki faldu genui ogen gaberik ^Evidemment 
vendu au roi fans (avoir commis des) fautes". Gabe efl un nom 



(i) Jefufen CompaHiaco, Iracuiieari. 
(a) Poefies, p. 58. 



43 

fignifiant ,, manque"; & bien que gabe foit en ufage comme fuflixe 
correfpondant a ^,fans" , on retrouve ce nom avec fa fignification 
propre. Ogen gabe ferait ^fans fames", mais ogen gaberik nous 
parait fignifier litteralement ^ayant manque" ou ^manquant de 
fautes". 



6. 
Voyelle intermediate o. 

La voyelle o qui precede le figne de pluralite k eft la caracfleriftique 
de rexclufif; p. ex. goa\en biok ^allons nous autres deux"; gi^onok 
joango gera ^nous autres hommes nous irons"; ato-[te hirurok 3 ,,venez 
vous autres trois"; inarrufi bear genduke gu^iok (& non guiiali) hiyario 
eraufle motel au (i)' 3 3 nous tous nous devrions fecouer ce hableur bavard 
<5c ftupide"; amoria nor i^an da gure bion (& non bien) anian (2). 
,,Mon amour,, qui efl-ce qu'il y a entre nous autres deux"? c/trdan 
regit le genitif. 

Cette voyelle fe retrouve meme dans les flexions du verbe dans ce 
meme fens d'exclufion : guey enguten duguenoy. Marc iv,, 24. ,,.,A vous 
autres qui ecoutez". Enguten dugueney ferait ^avous quiecoutez". 

On voit^ par ce dernier exemple^ que la voyelle o eft confideree 
comme etant la caracleriftique de la forme exclufive. II n'efl pas 
queflion du k; le o aura ete tranfporte du nom dans le verbe, & on 
a cru reconnaitre dans le nom ou fe trouvait le o que cette voyelle 
contenait la fignification admife. 

II nous femble plutot qu'il faut prendre o + k, & cet ok fe retrouve 
comme pluriel d'un des pronoms demonftratifsj foit hori dont le 
pluriel eft hoyek & oek, foit hau dont le pluriel eft hauk. La forme 
hok pour un de ces deux pluriels fe retrouve meme comme pronom; 



(1) Larramendi, Introd. di6l., p. cxcn, nouv. ed. 

(2) Dechepare, Poefics, p. 50, ed. de 1847 a bien\ Ted. de 1874 a bion. Cette derniere 
edition eft fajte avec beaucoup plus de foin, 



44 

Dechepare dit (i) : Hoc beguira digagula falva guiren hegaric. 3J Obfer- 
vons-les (commandements) pour qu'ils fervent a nous fauver". 

cAtoite hirurok fera done pour aio^ie hirur hok. 

Get o fe retrouve encore, croyons-nous., dans les pronoms pof- 
feffifs : baina beguira deque quec ceuron buruey. Marc xm, 9. ^Mais 
prenez garde a vous-memes". Cependant ceuron n'eft pas clair; fi 
ceuron eft le genitif ceuren ^de vous 3 ^ avec o pour e } que fait alors 
guec dans la phrafe? La tradudlion litterale eft: mais prenez garde 
aux tetes de vous autres. ^De vous autres 3:> correfpond done a ceuron. 
Mais f uec? Ce pronom appartient-il au verbe ? *Begira eiegue guec ! 
prenez garde, vous (2)! 



CHAPITRE VII. 

LES SUFFIXES. 

I- 
Ce que font lesfuffixes. 

Les fuffixes indiquent les relations qui dans les langues aryennes 
font exprimees par les cas, par les prepofitions & en partie par les 
conjonclions & les adverbes. 

Comme leur nom Hndique, ils font places apres le mot qu'ils 

(i) Poefies, p. 20. 

(a) En Mallicollo, en Annatom, langues de I'Amerique meridionale, on retrouve ce meme 
precede, voir A.-H. Sayce, Principles of comparative philology, p. 264. 



definifTent. On dit nigabe de ni-gabe ,,moi fans 3 ' ; argatik de ar-gatik 
,,cela pour" ; ^aldia de ^aldi-a ,,cheval-le" ; gi^onen de gi^on-n 
,,homme de". Dans nos langues on dit generalement 3 ,fans moi", 
,,pour cela", ,,le cheval, ^d'homme". Cependant la facon bafque 
de s'exprimer n'eft pas encore fi etonnante : pour ce qui regarde 
Particle, il eft place apres le nom en danois, en fuedois, en valaque, 
en albanais 5 & fi Ton dit en fran^ais 5J pour cela",, on dit au 
contraire ,,,,cela pour" 3 en anglais, en hollandais,, en allemand : 
therefore^ daarom,, darum. De meme onara ,,.,vers ici", fe dit en 
holl. & en ailem., exadlement comme en bafque : hierheen^ hierhin^ 
ici vers. Uallemand ^zweifelfohne'^ ^doute fans",, eft pour ohne 
zweifel ^fans doute". L'agglutination a ete meme appliquee ici ; 
^zweifelfohne" s'ecrit en un mot. Seulement ce qui eft la regie 
dans les langues agglutinantes eft Texception dans les langues 
aryennes. 



LISTE DES SUFFIXES. 

k } caracleriftique de Tagent. dik, tik, de.-- 

ky figne de pluralite. * baithan, en. 

n, dans, en; de. beithan, en. 

/, a. pean, fous. 

j, par,, de, avec. gan, en, dans. 

iky de, quelque. gan<*> chez. 

ko, go, de. - gandik, de chez. 

kor^ai, pour. gatik, pour. 

kin, avec. ra, vers. ** 

hiko, pour, a Tegard. rako, devers, pour. 

liar, pour. rano, jufqu'a. 

t^ako, pour. roni, vers. 

ka^, ga^, avec. ka, a, par. 

no, jufque. 



4 6 



2. 



Comment les fuffixes sunifjent aux noms. 

Les fuffixes ne s'uniflent pas tous au nom de la meme maniere. 
II y en a : 

i Qui s'uniflent aux noms indefinis & definis. 
2 Qui s'uniflent feulement aux noms indefinis. 
3 Qui s'uniflent feulement aux noms definis. 



SUFFIXES QUI S'UNISSENT AUX NOMS DEFINIS ET INDEFINIS. 



Ces fuffixes font : k 
I ,,par"; kin ,,avec" ; 
une voyelle de liaifon ; 
Gi-[on-k fait 

Gi-[ona-k , , 



3 5 
33** 3 



Gi-fpn-n 


33 


Gi^ona-n 


33 


Gifpn-i 


33 


Gi^ona-i 


33 


Humiltafun-kin 


3) 


Humihafuna-kin 


33 


Lagun-t^at 


33 


Laguna-r*at 


33 


"Bilbao-n 


33 


Echea-n 


33 



(fujet-agent) ; n ,,de" (genitif); ,,a 
qar ,,pour". Le ^ qui precede le fuffixe eft 
voirch. vi, 3 . 
gi-^onek, homme. 
y I 1 homme. 
, par homme. 
a^y par F homme. 
, d'homme. 

, de Thomme. 
, 3. homme. 
i, a Thomme. 
humiltafunekitty avec humilite. 
humiltafunarekin, avec Fhumilite 
lagumiat, pour compagnon. 
lagunarent^at, pour le compagnon. 
'Bilbaon, dans Bilbao. 
echean, dans la maifon. 






47 



SUFFIXES QJJI S'UNISSENT AUX NOMS INDlrFlNIS. 



Ce font ra ,,vers"; ron^ ^vers"; rako ^devers"; rano 
ko ^de"; dik ou lik ^de 55 (ex.) 5 ik indiquant le partitif; ka &". 
Les fuffixes derives,, comme rako, rano, fuivent la regie pour les 
fuffixes primitifs. 

Eche-ra fait echera & jamais echeara. 

Eche-roni ,, echeron^. 

Eche-ko }} echeko. 

Gi^on-ik gi^onik. 

Zaldi-ka }) ^aldika. 

Eche-iik echetik. 



SUFFIXES QUI S'UNISSENT AUX NOMS D^FINIS. 

Ce font k (figne de pluralite), gan, gana, gandik, baithan ou 
beiihan, chez ; n (locatif),, excepte avec les noms de lieux. 

Echea-n fait echean ^dans la mailon^. fainkoa-gan fait Jainkoagan 
^en Dieu". 

Si les mots auxquels ces fuffixes devraient etre unis nepoffedaient 
pas une forme definie,, comme par exemple les pronoms, les noms 
propres., &c.,, ilfautbienles ajouter aTindefini ; norgana , 3 chezqui"; 
nigan r ,en moi 3 ' ; Hilbaon & Bilbao 



55 



3- 

Les fuffixes avec le nom pluriel, 

Quand les fuffixes font ajoutes au nominatif des noms pluriels, il 
eft tres rare que le k, figne de pluralite, fe maintienne. 11 eft genera- 
lement converti en t ou en y (voir le fuffixe k), ou bien il eft elide. 
Nous parcourrons la ferie des fuffixes , les details fuivront. 



4 8 

Hauk, ceux-ci, fuivi de k (agent) fait hauyek pour haukek (i) 
Giionak, les hommes, n >, giionen giionaken 

, giionaki 



Echeak, les maifons 

Oriek, ceux-la 

'Buruak, les tetes 

Echeak, les maifons 



giionen 
giionai 
general 



yy 




echeetako echeak-ko 

orietatik 

burueian 

echeetara ., echeakra. 



oriektik 
buruakan 



i 

ho 

nk 

n (locatif) 

ra 

Quelques autres fuffixes s'uniffent au genitif 5 il n'y a done pas de 
k aconvertir ni a elider; un autre fuffixe (ik) eft un pluriel lui-meme 
& s'unit au nominatif fingulier, & les fuffixes comme kotiat, r~ako 
fuivent leur primitif ko & i*[at, dans la fa^on dont ils s'uniflent 
au nom. 



4- 

La valeur des fuffixes. 



En expliquant le bafque par une feule langue,, on court rifque, 
en trouvant des divergences,, de les attribuer au bafque, tandis qu'il 
fe peut que ce foit Tautre langue qui eft irreguliere. En traduifant 
echera par ,,vers la maifon" on ecrit une phrafe correcfle en fran^ais,, 
mais qui n'eft pas la tradudtion litteraie du bafque ; echera fe com- 
pofe de eche ,,maifbn" & ra ,,vers",. & ne dit done rien de plus 
que ,,vers maifon". C'eft ici que le fran^ais fait une exception, car 
dans beaucoup d'autres langues on dit ,,vers maifon"; p. ex. en 
itaiien ,,a cafa"; en efpagnol ,,a cafa 55 ; en hollandais ,,naar huis"^ 
en allemand ,,nach haufe", comme en bafque. II en eft de meme 
du fuffixe ko 53 de". Ko s'unit toujours au nom indefini; & bien qu'on 
traduife aireko egairiak par ,,les oifeaux de 1'air 5 ', il faudrait traduire 
par j,les oifeaux d'air' 5 . Ceft encore ici la langue frangaife qui fait 



(i) H.tukiek eft refte en ufage. 

(a) Le k eft refte en bifcaien, voir les fuffixes 



& n. 



49 

une exception , qui eft capricieufe , car Ton dit ,,les outils de 
travail" laneko trefnak; mais par contre ,,le maitre de la maifon"; 
en bafque echeko jauna, tout comme en ital. il padrone di cafa. 

II y a la meme obfervation a faire pour ie fuffixe dik ou tik ,,de" 
,,hors de". Inen nai^ echetik ,,je fors de la maifon", mais il faudrait 
,,je fors de maifon, comme en hollandais ,,uit huis" ou en italien 
,,da cafa". Nous infiftons fur cette queftion puifqu'on a fait une 
grande confufion a ce fujet & fouvent encore fans la moindre neceflite. 



r- 

II nous femble, en outre, que la connaiiTance imparfaite de la 
iignification des fuffixes a fait etablir une difference entre le fingulier 
indefini & le pluriel qui n'exifte pas ; difference qui eft bafee fur une 
erreur. On nous dit ogiko eft le fingulier, ogirako rindefini, ogietako 
le pluriel (i). Or, e n'eft jamais un figne de pluralite. Mais fi echera 
ou ogiko eft Tindefini, dira-t-on, qu'eft-ce done que echetara ou 
ogirako? Nous repondrons : c'eft le pluriel, employe pour corref- 
pondre a Tindefini de nos langues, & la diftinclion qu'ont faite 
quelques auteurs eft imaginaire. Si en bafque Ton dit : inongo echetan 
farm e^nai^ ,,je ne fuis entre dans aucune maifon", on fe fert, felon 
nous, du pluriel, bien que ,,maison" foit au fingulier en frangais. 

Le e de ogietako n'en fait jamais un pluriel ; ogi -f- k -f- ko fait 
ogitako apres mutation reguliere de k en t & le e n'a rien a y faire, 
fi ce n'eft dans quelques cas, que comme lettre de liaifon; p. ex. 
lur -j- k -j- ra fera lurreiara. 

II eft inutile de recherc,her a qui nous devons cette regie; nous la 
trouvons auffi chez M. Duvoifin (2), mais elle n'eft pas appliquee 
avec rigueur; Fauteur ecrit exay (erfai) tan ou etan, tarik ou etarik, 

(1) Guide element jire, Bayonne 1873. Sans nom d'auteur. , , 

(2) tude for la dedinaifon bafque, Bayonne 1866. Elements de gram, bafque, dialefte 
fouletin par M. Geze, 1873. Hountaco & hunetaco, huntara & hunetara. Le e aurait du 
fe trouver partout ; r ne peut fuivre n; on a pris une erreur de phonetique pour une categoric 
grammaticale. 

4 



f 

tara ou etara pour Tindefini & le pluriel ; cependant exay parait etre 
une exception, felon Fauteur, puifque dans tous les autres exemples 
la regie eftmaintenue. 

Larramendi & Lardizabal n'ont pas reconnu en bafque que le nom 
etait quelquefois defini par 1'article & quelquefois indefini ; mais ceci 
n'empeche pas les Guipuzcoans de faire ufage du defini ou de Finde- 
fini des noms ; & la diftindlion du pluriel par la voyelle e efl inconnue 
dans les dialedles bafques efpagnols. Mais quand meme cette diftinc- 
tion fe retrouverait chez les Bafques efpagnols, nous croyons avoir 
demontre que c'eft une erreur, caufee en partie par la voyelle de 
liaifon e, qui fe trouve dans quelques mots, & en grande partie par 
le manque d'analyfe des fuffixes. 

Une difficulte furgit quand il s'agit d'expliquer comment le pluriel 
en eft venu a etre fuffixe aux pronoms finguliers. Nous avons vu 
que le k y figne de pluralite, quand il eft medial, eft convert! en r* 
eche -f- k -(- ra devient echetara, & ainfl oriek -f- ra fait orietara pour 
oriekera ,,vers ceux-ci'\ Ceci eft parfaitement regulier. Maisle fingu- 
lier de oriek qui eft ori fuivi denzfait orretaraQa. chute de / radical ne 
nous importe pas ici). II en eft ainfl de tous les pronoms, des noms 
de nombre, de tous les mots enfin qui, par leur nature, fe refufent a 
prendre une forme definie : ni-\-ra fait nitara ,,vers moi", ni + ^ 
fait nitai, ,,par ou dc moi" bat + n (locatif) fait batemn. 

Cette irregularite apparente trouve fon explication dans le fait que 
la langue bafque fe fert du pluriel pour exprimer Tindefini, laiffant 
incertain fi cet indefini eft pluriel ou fmgulier. L'emploi d'un pluriel 
du nom pour exprimer Tindefini (fans notion de nombre) eft parfai- 
tement juftifie, croyons-nous (i). La fignification de A, figne de 
pluralite, fe fera bientot effacee devant celle de Tindefini, & les 
groupes iara y rako, tank, &c., auront ete fuffixes a tout mot qui ne 
fupportait pas la forme definie. 

Nous Tavons deja fait obferver ailleurs, le fubftantif verbal, qui 
eft un nom au locatif, a auffi la forme indefinie & par confequent 
plurielle ilten, anuten, de il + 1 (pour k} + n; arm + i -f- ;/. 

(i) Voir le fuffixe \k. 



f 

6. 

Le fujffixe k (agem). 

K. Cette lettre eft la caracleriftique qui diftinguele fujet-agent du 
fujet-patient : nik badakit ,,}Q le fais"; ni etorri nai-^ ,,jc fuis venu". 
Pour plus de concifion nous dirons a 1'avenir agent & patient. 

L' agent porte tou jours la caradleriftique k, meme avec le verbe 
paffif (voir la fyntaxe, ch. xxn, i). 

Le k eft fuffixe fans lettre intermediaire; ni, nik; aita, aitak; nor, 
nork; Tedro, Tedrok. Mais du moment que le k viendrait en contadl 
avec une lettre incompatible, les lois phonetiques fe font valoir, & 
il faut intercaler la voyelie de liaifon?/ gi^on fait gi^onek; bat fait 
batek; ^ein fait leinek, &C.., parce que n & k, t & k ne peuvent fe 
fuivre; v. ch. in. 

Cette difference entre le nominatif agent & le nominatif patient 
eft exprimee feulement au fingulier dans les dialedles bafques efpa- 
gnols ; mais les dialedles bafques frangais font la meme diftinclion 
au plurielj tant du nom que du pronom. 

Dans le nom, le pluriel agent fe termine en ek, le pluriel patient 
en ak; p. ex. Legeko doktorek beret^at harm ^Vn|W/t.Teft. zahar. Larre- 
gui, Bayonne, 1777. ,,Les docleurs de la loi prirent pour eux". 
Haurrak Joan dire. ,,,Les enfants font arrives". 

Dans les pronoms cette difference eft indiquee dans quelques 
dialecles bafques fran9ais, foit par Taccent (hekiek, pat. hekiek ag.), 
foit par un k (hek, pat. hekek, ag.), foit par un y (nek, pat. heyek ag.). 
Cette particularite des dialecles bafques fran^ais n'a jamais ete 
relevee, autant que nous fachions. Eile eft cependant extremement 
remarquable, & donne un precieux appui a la regie par rapport a la 
mutation du k ou a fon entiere elifion. 

II va fans dire que la difference de la voyelie qui precede le figne 
de pluralite k dans le nom (doktorek, haurrak}, ne peut avoir indique 
primitivement la difference entre Tagent & le patient. L'analyfe des 



pronoms pluriels nous met fur la voie pour expliquer le pluriel des 
noms, qui nous parait ecre forme exadtement de la meme maniere 
que celui des pronoms & influence de la meme maniere par les lois 
phonetiques. 

Le k a ete employe primitivemenc pour indiquer Fagent, au pluriel 
comme au fingulier, dans le nom comme dans le pronom. Comme 
giionak eft forme de gi~(pn-a.-k pour le patient, il faut ajouter encore 
un k pour 1'agent, ce qui donnera giion-a-k-k ou bien giionakek, forme 
parallele a hekek. Comme nous favons aujourd'hui que le k fe perd 
au milieu d'un mot (v. ch. n), qu'il s'eft perdu dans le pronom hek, 
variante de hekek, on admettra qu'il s'eft perdu aufli dans le pluriel 
agent du nom, & que gi^onakek eft devenu gi^pnaek, puis gi^pnek. 
Uaccent tombe au pluriel fur ek, gi^onaek (i) au fingulier fur le nom, 
ce qui a peut-etre contribue a obfcurcir la prononciation de Ta. 

Les dialedtes bafques efpagnols n'ont laiffe aucune trace de cette 
difference dans le nominatif pluriel du nom 5 nous croyons cepen- 
dant en retrouver un dernier veftige dans ies pronoms. 



7- 
Le fvffixe k (pluriel). 

K. Cette lettre eft auffi la caracleriftique du pluriel. Selon les 
circonftances elle fe convertit en t ou bien elle eft elidee, quand 
elle fe trouve au milieu du mot. K medial n'eft generalement pas 
tolere quand il eft primitif; mais k medial, qui provient de h initial, 
comme c'eft fouvent le cas dans les mots compofes, eft de regie. 

Le k, figne de pluralite, fe convertit en t quand fuit un des 
fuffixes : n (locatif), ^, ra, tik, ko, ron^. Eche ,,maifon" fait echeak 
,,ies maifons 53 ; mais echeak + n ,,dans j> ne fait pas echeakan, mais 
echeetan ,,dans les maifons". Oneek ,,ceux-ci" fuivi de n fait oneetan 
& non oneekan. TSuruak ,,les tetes" ne fait pas buruaktik, mais 

d) Voir Inchaufpe, Verbs bjfque, p. 440. 



T3 

buruetatik (c'efl-a-dire buru-t-rik) ,,des tetes". Echeak -f- ko fait 
echeetako (eche-t-kd), ,,des maifons". Echeak -f- ra fait echeetara 
,,vers maifons^. Ces fuffixes ne s'unifTent qu'a Findefini au fingulier; 
on ne peut pas dire echeara; il faut dire echera, ,,vers maifon". II 
efl done necefTaire d'appliquer cette meme regie au pluriel ; & bien 
que le pluriei indefini ne foit pas en ufage, il fera plus corredl 
d'analyfer ces noms ainfi : eche-k-ra devient eche-t-ra; & puifque t-r 
ne fe fuivent pas dans la meme fyllabe, il a fallu intercaler une 
voyelle, qui cette fois-ci efl a: echetara ou echeetara; & ainfi eche 
-\-k-ko devient eche-i-ko ou echeetako. Les pronoms pluriels, qui ont 
necefTairement la forme indefinie (fans article), confirment TexacTi- 
tude de notre analyfe; oneek-n devient oneet-n ou oneetan ,,dans 
ceux-ci'\ Oyek-\-ra devient oyet-\-ra ou oyeiara 5 ,vers ceux-ci". 
Le pronom a (autrefois ar) ,,ce-la 3 % fait aek au pluriel en bifca'ien, 
<5c hayek en labourdin. Ce hayek s'eft contracle dans ce meme dialecle 
en hekj & hek-\- n efl devenu hetan 5J dans ces-la". Egun hetan ,,dans 
ces jours-la^. 

11 efl rare que le k fe maintienne au milieu du mot, il s'en trouve 
cependant des exemples qui peuvent etre confideres comme des 
exceptions, bien qu'il foit tres probable que le k s'ecrivait ou plutot 
fe prononcait primitivement, & qu'il n'a ete eloigne, plus tard, que 
pour caufe d'euphonie. 

En bifcaien on dit gi^onakai de gipnak-i ,,par ou avec les hom- 
ines'^ eurakan ,,en eux" de eurak-n ( I ) . Les autres dialedles diraient 
gifonera^, euretan, heuretan. 

L'elifion du r efl beaucoup plus frequente que la mutation de k. 
Le verbe, furtout en fouletin, & les pronoms nous en offrent de 
nombreux exemples. Ainfi le demonflratif a, autrefois ar, ,,ce-la" 
fait au pluriel areek bifc., hayek, foul. & hekiek ou heyek, lab. Le 
bifcaien areek a perdu le k medial arekek, & 1'hiatus, pour lequel ce 
dialecle a une prediiedlion marquee efl refit 1 ; les autres dialedles, 
au contraire, ne tolerent generalemenc pas I'hiatus, & le fouletin y 



(i) n /f(f(zfta{, aitdkc\ n'exiftent pas". Vinfon , Notes complcmentaires fur 1'Eflai 
M. Ribary, p. 102. Au fuffixe gem on trouvera d'autres exemples avec k. 



T4 

echappe regulierement en introduifant unj comme lettre de liaifon. 
Le pluriel agent de hek (var. lab.) ferait hek -)- k ou hekek; le k en 
tombant, il refle heek qui devient hey eh avec le y de liaifon.. De 
meme en guipuzcoan ou arekek, forme primitive, eft devenue areek, 
apres la chute de k; aeek apres la chute de IV, & finalement tfj^A 
pour eviter 1'hiatus. 

Le fouletin furtout, & aufli Tancien labourdin, fe fervent de y 
pour eviter Thiatus quelle qu'en foit la caufe. On n'a qu'a ouvrir les 
poefies de Dechepare pour trouver de nombreux exemples : mun- 
duyan pour munduan; duyen pour duen; endelguyaipour ondelgua^. Ici 
le y correfpond au b que le bifcai'en introduit apres u; u-\- a devient 
uba dans ce diale<5le. Dans le verbe nous citerons les J" 168 per- 
fonnes qui ont prefque toutes perdu le t comme en bifcai'en 5 duie 
guip. fait daue bifc. & die (pour duye) foul. Lukete guip. lukee 
bifc.; lukeye, foul. 'Diffadakan, lab. ,,que tu me Yaics"; die^adaan, 
guip., le k eft elide <5c Fhiatus eft refte; die^adayan, foul, ou Thiatus 
eft evite. 



8. 
7 a-t-il un pluriel indefini? 

Les exemples que nous venons de citer demontrent en outre que 
le k eft le figne independant de pluralite; a , 3 le >3 eft devenu ak ^les" 
comme ori eft devenu oriek (e lettre de liaifon). Nous infiftons fur 
ce point, puifque la langue bafque n'exprime generalement pas le 
pluriei indefini; elle ne dit pas ^hommes" bien qu'elle pofTede un 
figne de pluralite independant. On aimerait favoir pourquoi une 
langue qui poffede ce figne de pluralite, ne s'en fert pas dans un 
grand nombre de cas, oil il doit nous paraitre indifpenfable. Lardi- 
zabal, par exemple, s'exprime ainfi : Eta cddan era Eva lurrii eginak, 
Jainkoaren ferbit^ariy bera i^an ^an bano, leyalagoak i\aiea e^in eraman 
\uen, Et ii (le diable) ne pouvait fupporter qu'Adam & Eve, faits de 
terre, ferviteurs de Dieu, fuffent (en bafque Tinfinitif, comme en 



ff 

italien ^lelTere piu")plus fideles que lui. Notons d'abord une 
irregularite ou une erreur de Lardizabal, qui fait accorder eginak avec 
fon fujet (ce qui parait corred, le fujet etant pluriel), & qui ne fait 
pas accorder lerbit^ari, egalement Tappofition de ,,Adam & Eve". 
Zerbii\ari cependant eft correct, felon la grammaire bafque. Le fens 
Je la phrafe n'admet pas 1'emploi d'un pluriel defini (-{erbitiariak), 
& la langue bafque ne permet pas qu'on exprime Tindefini, qui 
aurait pu etre exprime,, dirait-on iferbir(ari + k & alors -[erbir(arik. 

Dans fa critique (i) de notre EfTai de Grammaire, M. Duvoifin 
dit : ,,L'indefini dans le nom n'a pas de nombre; comment en aurait- 
il, puifque le nombre le renverfe"? Et ailleurs, en relevant a bon 
droit la traduclion de Tauteur anonyme d'un guide, du mot elgar 
par ,jtous deux enfemble^ 5 M. Duvoifin s'exprime ainfi : 35 C'eft un 
55 contre-fens. II ajoute une erreur quand il dit que ce mot eft fingu- 
,,lier; elgar n'eft ni fingulier,, ni pluriei,, parce qu'il eft indefini, 
J5 c"eft-a-dire, fans nombre. Elgar maiie duie 3) \h s'entraiment" (2). 
M. Duvoifin parait ne pas s'apercevoir que s'il ecrit dute, il confidere 
elgar comme un pluriel. En outre il faut qu'un mot foit Tun ou 
1'autre, fingulier ou pluriel 5 un mot fans nombre eft une impofTi- 
bilite,, & le fait eft que elgar eft inconteftablement un fingulier 
comme forme^ mais que,, comme nom colleclif^ il veut le verbe 
au pluriel. Du refte,, M. Duvoifin prend Teffet pour la caufe, quand 
il dit que le pluriel renverfe I'indefinij cela n'eft vrai que comme 
forme, bien entendu 5 le pluriel indefini exifte dans plufieurs langues,, 
& aurait pu etre exprime en bafque egalement bien 5 buru -f- k aurait 
pu faire buruk Aretes". Le pluriel ne renverfe rien du tout^ c'eft 
1'article a ,,le", precedant le figne de pluralite k, qui empeche le 
nom d'etre indefini 5 fans le a il ferait indefini. Au contraire, 1'inde- 
fini implique 1'idee de pluralite^ en tant qu'il s'agit de chofes aux- 
quelles le nombre peut etre applique. II nous femble que I'unite 
pourrait difficilement exprimer rindefini, excepte en metaphyfique, & 
le bafque, comme beaucoup d'autres langues, rend 1'indefini par le 

(i) Voir la reproduction de cette critique dans notre Diftionnaire, page xxvii. 
(a) Examen critique du Guide elementaire de la converfation fran$ aife bafque... A<fles de 
la Socie'te' philologique, torn. rv ; n* 2, Mai 1874. 



pluriel (i), quand meme le nom n'en porte pas le figne, comme 
dans 1'exemple cite el gar maite dute oil le verbe indique le pluriel; 
& encore mieux, puifqu'il s'agit ici d'un nom colleclif, dans la 
phrafe de Lardizabal ou le fens & le verbe indiquenc fuffifamment 
que -[erbii\ari eft un pluriel, bien que ce nom foit formellement un 
fmgulier. 

La feule caufe que nous fachions afligner a cette irregularite, c'eft 
la confufion que pourrait produire cette forme d'un pluriel indefini, 
qui ferait toujours identiquement la meme que celle du fujet agent; 
p. ex. giionek. 

On pouvait peut-etre d'autant plus facilement facrifier ce pluriel 
indefini, qu'il parait ne pas etre de toute neceffite. La langue fran- 
9aife, qui peut exprimer le pluriel indefini,, prefere^ dans la plupart 
des cas, ne pas s'en fervir; quand^ dans d'autres langues on dit 
jj'ai amis' 3 la langue fran9aife vent qu'on dife ,-j'ai des amis". 

II nous femble cependant que la langue bafque^ dans le dernier 
cas que nous venons de citer 55 j'ai amis" fe fert d'un pluriel indefini, 
qui eft ik 9 c'eft-a-dire k precede de i; voir chapitre vi, y. 

Une certaine irregularite reftera toujours^ fi nous admettons 
comme corredle la phrafe de Lardizabal; la premiere apportion 
eginak s'accorde avec le fujet, tandis que la feconde appofition 
i ne s'accorde pas ; eginak eft un pluriel defini, ferbit{ari eft 
un fingulier indefini. 



9- 

Le fuffixe n. 

N. Lemploi de ce fuffixe eft tres-varie ; il indique : 

1 Lelocatif; 

2" Le genitifj 

3 Le pronom relatif; 

4 La conjondion ,,que". 

(i) Comparer le fiifTixc ik. 



n 

Lorigine de ce fuffixe efl felon route probabilite le demonflratif 
non, au fens de localite. 'Bilbaon ,,dans Bilbao" fera la contraction 
de Hilbao-non. Ce locatif en ell arrive a exprimer le genitif, tout 
comme en latin (i) <3c gi^on -f- n a donne gi^onen ,,de homme". 

La fyntaxe comparative nous apprend que la phrafe relative etait 
unie a la phrafe principale fans aucun mot explicatif 5 ce n'efl que 
plus tardj pour plus de clarte qu'on s'efl fervi d'un demonflratif pour 
indiquer le regime de la phrafe relative. On difait done primitive- 
ment,, comme on dit encore (ou comme Ton peut dire) en anglais : 
this is the man I faw ^celui-ci efl Fhomme je voyais". Ce de- 
monflratif a perdu peu a peu fa valeur comme demonflratif & a 
pris celle d'un relatif (2). La meme chofe efl arrivee en bafque ; le 
demonflratif non efl devenu le pronom relatif, tout comme ^that 33 en 
anglais (the fubje<5l that was difcufTed ,,,le fujet qui fut difcute" ; 
that man 53 cet homme"). Le demonflratif non fert auffi comme 
conjonclion. 






N CORRESPONDANT AU LOCATIF.''^ 

Comme locatif, n correfpond a : en, dans, a. 'Bilbaon ^a Bilbao"; 
dans ce fens-ci qui efl celui d'un pur locatif, tous les diale<5les s'ac- 
cordent, tous fuffixentfimplement n au nom. Si ce nom finit par une 
voyelle il faut intercaler la voyelle de liaifon e: vWadriden ,,a Madrid"; 
Horde! en ,,a Bordeaux". 

Mais excepte aux noms de localites , le n ne s'unit jamais 
au nom indefini ; on ne peut pas dire echen de eche -f- n ou burun 
de burn + n; il faut echean ,,,dans la maifon" ; human ,,dans la 
tete" (3). 

Les noms qui fe terminent par n & r intercalent un e dont Forigine 



(1) Leftures, &c., vol. i, p. 222, profefleur Max Muller. 

(2) A.-H. Sayce, Principles of. comparative philology, p. 552, T'edit. 

(3) II parait qu'on dit en fouleijn etchen ; etchen da ,,il eft a la maifon"; Geze, Elem. 
de Gram, bafque, p. 23. L'auteur dit : ,,Cependant on peut tres-bien dire & on dit aufli 
etchian da" . A en juger par 1'uniformite des autres dialeftes echen eft une exception 
fautive. 



nous eft inconnue 5 /r, ga/z, azVfi/i ; ne font pas lurran, ganan, 
aiiiinan; mais font lurrean, ganean, aii-^nean. Selon Lardizabal (i) 
(dial, gulp.), il en ferait de meme des mots en i; bien qu'on piaffe 
leg ecrire fans le e ; p. maian ou mayean ; leian ou leyean ; loian ou 
loyean; kuian ou kuyean. 

II doit y avoir une raifon pour laquelle le n n'eft pas uni au nom 
indefini, il ferait poffible que ce fut feulement pour diftinguer le 
genitif du locatif. 

Pour exprimer le meme rapport ( locatif ), mais au pluriel, on 
fufTixe le /i au nom pluriel, & le k, figne de pluralite, fe change en t ; 
ec h e _|_ fr _}- n ne fait pas echekan, mais fait echetan ou echeetan ,,dans 
les maifons" 5 hek -f- n devient hetan ,,dans ceux-la". Voir le fufTixe k. 
II va fans dire que fi le nom finit par une confonne il faut intercaler 
la voyelle de liaifon e; p. ex. Ian -f- k -f- n fait laneian ^dans les 



travaux 3 ' , 



Toujours pour exprimer ce meme rapport , mais d'une fa^on 
indefinie, on fe fert de la forme plurielle comme nous avons vu, 
& comme nous verrons encore, que c'eft le cas avec les fuffixes ko, 
1, ra, &c.; p. ex. inongo echetan farm nai% ,Je ne fuis entre dans 
aucune maifon. Inoi^ko demboretan efaten bade^u ,,{i en aucun temps 
(jamais) vous le difiez". 

Les pronoms & tous les mots qui ne fe pretent pas a etre definis 
font toujours fuivis de etan ou tan, au fingulier comme au pluriel 5 
onetan ,,dans ce-ci"^ oreian , } dans ce-la"; orietan ^dansces-la'% &c., 
hiruretan >,dans trois 3 ^ batetan }) en un'% &c, 

Cette forme, que nous appellerons pour plus de concifion plu- 
rielle (2), & qui fert pour Tindefini, fe re trouve encore dans le nom 
verbal, ibiltan, artuten, &c. 

Le locatif des perfonnes n'eft pas rendu par n, mais par gan, ou 
baithan ; nous devons renvoyer le ledleur a ces fuffixes, dont le pre- 
mier eft au fond n precede du figne de pluralite k affaibli en g ; 
,dans I'homme" eft pour gi^onak-n. 



(i) Gram., p. j, la note. 

la) Le fuffixe n'eft jamai? pluriel: te figne de pluralite appartient au nom. 



N CORRESPONDANT AU GENITIF. 

Un cas fpecial comme le locatif pouvait fe generalifer & devenir 
un genitif ; mais Tinverfe ne faurait avoir lieu (i). Ce qui eft arrive 
a d'autres langues, eft aufli arrive au bafque ; le genitif eft exprime 
par le locatif. 

Bien que n exprime deux rapports differents, il ne peut y avoir de 
confufion. 

Le n, genitif, eft fuffixe aux noms indefinis & definis. Seme -|- n 
fait femeren , ? de fils"; le r eft euphonique,, pour eviter 1'hiatus. 
Semea -f- n ou mieux feme -j- a -f- n faitfemearen , } du (de le) fils" . 
Le r n'eft pas euphonique ici ; il appartient a 1'article, qui etait pri- 
mitivement ar, & reparait du moment qu'on ajoute un fuffixe a 
Tarticle 5 a + k fait ark; a -f- gatik fait argatik, &c. (2). Le n locatif 
n'eft jamais fuffixe au nom indefini^ fi ce n'eft aux noms de localites : 
'Bilbaon de Kilbao-n ,,a Bilbao". 

Quand le n locatif eft fuffixe aux noms definis,, le r eft elide 
& par confequent le e auffi,, qui n'etait qu'une voyeile de liaifon 
puifque r & n ne peuvent fe fuivre dans la meme fyllabe. Eche + 
a -}- n locatif fait echean ^dans la maifon". II ne peut done jamais 
y avoir de confufion. 

L'elifion de IV peut paraitre une regie aflez capricieufe ; a-t-elle 
ete faite ou acceptee feulement pour diftinguer le genitif du locatif? 
Nous Fignorons 3 mais il eft certain que le locatif eft invariablement 
fans r. 

La perte de IV eft fans cela un fait tres ordinaire, un grand nombre 
de mots orTrent les variantes avec & fans r; & beaucoup d'autres Torn 
perdu entierement. Le bifcai'en 1'elide meme dans Tarticle a, ce qui 
ne fe fait dans aucun autre dialecle, autant que nous fachions. 
Olaechea ecrit: Jangoikoaen (pour jangoikoareii) femiari ^au fils de 

(i) Profefleur Max Miiller, Lefiures, vol. i, p. 333. 
(a) Comp. chap, viii, . 2. 



6o 

Dieu"; Jaunaen (pour jaunaren) gra^ia^ ,,par la grace de Dieu" ; 
e^pada ^eure femiaen (pour femiaren) arpegi. 

Pour exprimer le meme rapport cTun genitif^ mais au pluriel, on 
fuffixe le 72 au pluriel du mot (nom, pronom ou autre), done le figne 
de pluralite k s' elide : giionak ,,les hommes" fuivi de n fait gi^onaen. 
Le A a entraine dans fa chute le a, & dans tous les dialedles on dit 
giionen ,,des homines"; orthographe regrettable puifque le genitif 
pluriel & le genitif indefini ont ainfi la meme forme. Hauk 
,,ceux-ci" fuivi de n devient hauen ,,de ceux-ci". Oyek -f- n devient 
(yen. 



N CORRESPONDANT AU PRONOM RELAT1F. 

II a ete prouve par MM. Philippi & Windifch pour les langues 
femitiques & par M. Jolly pour les langues aryennes, que le pro- 
nom relatif etait a Torigine un mot demonflratif (i). L'auteur des 
Principles ajoute : !! en a ete de meme dans notre famille aryenne". 
Nous croyons pouvoir ajouter qu'il en eft de meme dans la langue 
bafque. . 

Le demonflratif non ,,011" qui s'eft conferve comme conjonclion 
fe retrouve comme pronom relatif, mais reduit a la feule confonne n. 
La phrafe croft duen liburua aura ete primitivement eroji du non 
liburua ,,le iivre que il a achete". *Du non eft devenu dun ou comme 
on Tecrit dans ce cas-ci duen (2). 

II eft poffible que la phrafe relative n'ait pas pafle par la forme 
du-non; il fe peut qu'elle ait ete de fuite du-n; mais ceci n'influence 
en rien notre explication par rapport a Torigine de n. 

Le pronom relatif n n'eft jamais ifole ; il eft toujours fuffixe a la 
flexion du verbe : ikuji dedan faldia ,,le cheval que j'ai vu"'. Ttedan 
eft det + n; le i final de la flexion devient toujours d quand fuit 
un fuffixe. 



(1) Voir A.-H. Sayce, Principles of philology , p. )',a. 

(2) Voir pour le e intercate. chap, vi, 4. 



6i 

Comme la langue bafque ne diftingue pas gramma tic alemenc le 
fujec de Fobjet, le nominatif de Faccufatif, le pronom n a toujours 
pu refter n; mais ceci ne peut produire aucune confufion puifque le 
fujet &fobjet font exprimes par la flexion verbale. Ainfi ,,Fenfant 
que je vois" eft rendu par ikuften dedan aurra; & ,,Fenfant qui me 
voit" par ikuften naun aurra; ikuften det fignifie ,,je le vois", & 
ikuften nau ,,il me voit". 

Quand la flexion finit par une voyelle comme du ,,il IV '; nau 
j,\[ mV; dira ,,ils font", les auteurs basques ne paraissent pas 
avoir fuivi une regie bien fixe; du moins Larramendi ecrit duen ,,qui 
Fa"; dituan ,,qui les a 5 '; naun ,,qui mV; & meme diraren ,,qui 
font". Ce dernier exemple eft remarquable... inon diraren erfai 
hitfontiiak- ijihfeko, Preface du Dicl. de Larramendi., p. cxcu. Pour 
faire taireles ennemis bavards partout ou ils font, litt. ,,partout que 
ils font". 

On trouve done dans ces exemples que le n eft fuflixe fans 
lettre intermediate (naun), avec e (duen) avec a (dituan) & puis, 
felon la regie du genitif en n, en intercaiant r. Cette derniere ma- 
niere de fuffixer la conjondlion nous femble fautive; elle eft la con- 
fequence de ce que Larramendi n'a pas diftingue n employe comme 
genitif & n conjonclion. A Torigine, c'eft le meme mot, il eft vrai, 
ce dont Larramendi ne fe doutait pas; mais Tufage a voulu, dans 
tous les dialedles & fans exception, que le genitif n fut precede d'un 
r euphonique, fi le mot auquel il eft fuffixe finit par une voyelle & 
que la conjonclion n fut fuffixee fans r. S'il fallait, pour une raifon 
ou pour une autre, une lettre intermediate, comme dans duen, cette 
lettre ferait e, voyeile de liaifon, voyelle d'une valeur toute negative 
(voir ch. vi, 3). Pour cette raifon il nous parait auffi que dituan 
ferait plus correct, etant ecrit avec e dituen. 



N CORRESPONDANT A LA CONJONCTION ,,QUE". 

La conjondlion, comme le pronom relatif, a ete, a Torigine, un 



62 

demonftratif, & la phrafe ,,je crois qu'il viendra" equivaut a : ,Je 
crois cela, il viendra (i). 

La conjoncSHon eft tantot non, nun, tan tot n. Quand elle fe trouve 
avec le verbe, comme dans le fubjonclif, elle eft toujours n & eft 
toujours fuffixee a la flexion; egin fait dagit ,Je fais" & dagidan 
,,que je fais"; i devient toujours d a la fin de la flexion & d-n ne 
pouvant fe prononcer on introduit une voyelle de liaifon, foit a, 
foit e. Dans ce cas on peut auffi employer la conjon6Uon la ^que" : 
dagidala. Mais il faut fe garder de confondre n relatif avec n con- 
jonc~lion, ou plutot d'ecrire na pour la, comme font fait les auteurs 
bifcaiens. Moguel ecrit dans fon Echeco efcolia,, p. 19: Edo^enek 
daki erre^ago dana (pour dala) gau-{ia e^aien egiten bano. 5J Ghacun fait 
qu'il eft plus facile de dire que de faire (une) chofe". T>ana eft 
compofe de da-n-a 53 le qui eft"; dala de da-la ?; que il eft = qu'il 
eft". Zavala a remarque aufli cecte erreur chez fes compatriotes, 
& cite cette phrafe de Bartolome de Santa Terefa dans fon Verbo 
vafc., p. ^O 3 n 1 66: Zeuek dakifue e^e era gichi galdu doda^ana 
(pour dodaiala). ,,Vous favez que j'ai laiffe paffer peu d'occafions". 



10. 

Le fujfixe i. 

I. Ce fuffixe correfpond a ,,a" dans tous les dialecles, Le pro- 
nom a (autrefois ar) fait ari ,,a celui-la". Gi\on ,,homme" fait gi^pni 
>,a homme"; gi^ona ^1'homme" fait giionari ,,a Thomme"; eche 
,,maifon" fait echeri avec le r euphonique, qu'il ne faut pas con- 
fondre avec le r de giionari qui eft radical. 

(i) En italien, encore de nos jours, la conjonftion eft omife quelquefois : Giuftizia vuole 
fi fappia che 1'onorevole Xe ftato prefente. Fanfulla, 20 nov. 1875. La juftice veut (que) 
on fache. En anglais le demonftratif , ; that" ce-la, eft de nos jours en ufage comme con- 
jonftion : I think that he will come. Je crois qu'il viendra, & auHTi en allemand. Comp. gr. de 
.Bopp, trad. Breal, vol. n, p. 359, la note. 



Quand i eft uni au pluriel du nom le k s' elide felon la regie : 
i devient giionai dans les dialecles bafques efpagnols & 
i dans les dialectes bafques franais. Dans giionai il n'y a 
que le k d'elide; dans giionei il y a encore mutation de la voyelle 
radicale. Eft-ce par analogic avec le genitif pluriei gi^onen pour 
giionaen? Nous Fignorons. Puifque i eft une voyelle, ce fuffixe eft 
toujours precede d'un r euphonique fi le nom auquel il eft joint fe 
termine par une voyelle; ainfi biri ,,a deux", bururi ,,a tete", &c. 

Le dialeclte fouletin, par une etrange irregularite, dit lurrer ,,aux 
terres" pour lurrei (pour lurreki); chorier ,,aux oifeaux" pourchoriei, 
c'eft-a-dire ei eft devenu er. 



IL 
Le fuffixe z. 

Z. Ce fuffixe eft de tous les dialecles & correfpond a : de, par; 
& en bifcai'en aufli a : avec. C'eft le feul fuffixe qui foit fuffixe tel 
qu'il eft au nom defini & au nom indefini; p. ex. burui ,,par cceur" 
(litt. de tete); makilla^ ,,avec le baton' 3 ; arau^ ou araua^ comme 
1'ecrit Axular felon". Quand le nom fe termine par une confonne, 
il faut intercaler la voyelle de liaifon e (i), ce qui fe fait auffi pour 
eviter la confufion entre deux formes pareilles; p. ex. lur + 1 fait 
; bete lurrei ,,plein de terre". On fait onei ,,a pied". Van fait 
, comme etant"; forme de da-n~i. Eta norbere berearekin irten 
<5c chacun voulant fortir (litt. par le vouloir) avec le fien". 
Eta bitaneko bere odita Eternoagai i\aien. Olaechea, p. 46. ,,Ec 
d'etre en attendant avec fon Pere eternel". Pour exprimer le meme 



(i) Chaho se trompe quand il dit (Etudes gram., p. 16) : ,,/aonf par euphonic jaonef*. 
L' euphonic ne s'oppofe pas a nf; il y a un grand nombre de mots avec nf. C'eft plutot 
pour donner le cachet de 1'indefini que le e eft intercale". Comp. ch. vi, 4- La confufion 
eft grande chez cet auteur ; felon lui le e eft aulfi un figne de pluralite; ee\ ferait le pluriel 
de f. Jaoneef ,,par les feigneurs". Cette forme doit etre corrompue; jaonee\ eft pour 



6 4 

rapport,, mais au pluriel, on s'y eft pris de differentes manieres; mais 
la facon primitive aura ete de fuffixer i au pluriel du nomj p. ex. 
giionak + 1 donne giionaka^ ,,par les hommes' J . Ceft ainfi qu'on 
dit encore en bifcai'en go\oiafunaka\ ,,par les jouiflances" (i); mais 
generalement le k eft devenu g dans ce dialecle & s'eft converti, 
felon la regie, en r dans les autres dialecles, <5c gi^onakai eft devenu 
gipnetai (2). 

On trouve done en bifcaien kai ou ga^ au pluriei ; en guip. ^ 
& tai (Mendiburu); en lab. t^ai (Axular)., & ^ (Haramburu) ; en 
bn. ta^ & ^fl{ (Li^arrague) 5 le foul, feul dit ee^. 

II nous femble que ces variations dans la forme plurielle ne font 
dues qu'a la confusion qui a tres facilement pu fe produire dans 
une langue qui n'eft pas fixee par Tecriture. 

Les dialecles bafques fran9ais fontau fond les feuls qui diftinguent 
regulierement le fingulier du pluriel : gi^pna^ 55 par rhomme"; gil<>- 
neta-( 55 par les hommes". Le dialecle guipuzcoan diftingue le fin- 
gulier du pluriel par 1'accent; liburuai ^par le livre^j liburuai 
,,par les livres'\ Ceci revient a dire que ce dialecte a oublie la 
veritable diftinction du fingulier & du pluriel, & qu'il y remedie 
tant bien que mal. 

Le bifcaien embrouille fignification & forme, & ecrit indiftincle- 
ment ga\ ou &?^ pour le finguiier & le pluriel, pour ^de" & pour 
,,avec". 

Le melange des diflferenres formes ^, ta^ ka^ ga^ dont on ne fe 
rendait aucun compte, aura fini par produire les fufTixes ^ & /^; 
f{, en outre, eft une variante tres commune de {. Egin dodalako 
pekatu penfamendubagai , berbiagai, era obriaga^: neure erru\ , neure 
errui, neure erru andiaga^. Olaechea, p. 12... ,,que j'ai peche par la 
penfee, par la parole, par les ceuvres : par ma faute (mea culpa) par 
ma faute, par ma grande faute' '. Eta bitarreko berec/Lita Eternoaga^ 
iiaten; p. 46. ,,Et d'etre en attendant avec fon Pere eternel". Edo 
deungaro matrimofiioieko gau^aka^ ufan dabene^ p. 132. ,,Et parce 



(i) Moguel. 

(a) Comp. le fuffixe kan. 



qu'ils ont mal ufe avec les chofes matrimoniales". U^pla gure jaun- 
goikoak be^titu bailsmen lurreko animaliak, aireko hega^rinak, itfafoko 
arrainak eta oihaneko ^uhait^ak ere, here be^timendu fuerte 
animaliak larrup eta ille^, hega^tinak luma^, arrainak e^kata^ eta 
aiale^. Axular, n. ed., p. 4. ^Comment notre Seigneur a vetu les 
animaux de la terre, les oifeaux de Fair & meme les arbres de la 
foret, les poiflfons de la mer de plufieurs fortes de vetements; les 
animaux (quadrupedes) de peaux & de laines ; les oifeaux de plumes, 
les poiffons d'ecailles & les arbres d'ecorces". 

Le pluriel ta-[ ou ^ fert comme le pluriel tan, quand il s'agit de 
modifier des mots qui ne font pas fufceptibles d'une forme definie ; 
p. ex. les pronoms & les noms de nombre; ni, hi, gu, har font nitai, 
hitai, gutai, hartal en labourdin; en guip. ni^ai, gu^, &c. Axular 
ecrit hitfai ,,par toi"; het^i (de hek~i) 5 ,par ceux-la"; Ligarrague fe 
fert de ^ & ta^, heta^, ler^. Mendiburu (guip.) luta^. Eta haugai 
goiticoa gaichtotic da. T. R. Matt. v. 37. ,,Et ce qu'on dit de plus 
vient du malm; litt. &ce (qui eft) au-deffus de ceci eftdumalin". 

Chez Ligarrague fe trouve un pluriel affez irregulier. Matth. n, 
23, Fauteur dit: Trophete^ err an i$an cena compli ledingat. ,,au\ que 
fut accompli ce qui avait ete dit par les prophetes". Prophetak + I 
aurait donne prophetetai. Ce fera la forme fouletine eei. 



12. 

Le fuffixe dik ou tik. 

T)ik, tik, di, ti. Ce fuffixe correfpond,, dans tous les dialedles, a: 
de, des, depuis. 

En bifcaien il a generalement perdu le k final. Selon que les lois 
phonetiques 1'exigent, ce fuffixe eft dik ou tik. Vik indique une idee 
de mouvement, au propre & au figure. Haftetik kontrefta egio^u -{ure 
bihot^eko jaidurari. Chourio, p. 48. ,,Des le commencement refiftez 
au penchant de votre coeur". Eta hauga^ goiticoa gaichtotik da. 
Matt, v, 37, T. R. ,,Et ce qu'on dit de plus (litt. ce qui eft au-deffus 

f 



66 

ou au-dela) vient du malin. tT^ondik iatoi? ,,U'ou venez-vous? 
ou comme on le traduit maintenant : d'ou viens-tu?" Toledotik, 
,,<fetolede". 

Vik n'eft pas en ufage pour les perfonnes ; on Tunit alors a gan : 
gandik; p. ex. norgandik ,,de qui"; ^ugandik ,,de vous". 

Vik comme ko, ra, i s'unit au pluriel du nom ou du pronom,, 
dont le figne de pluralite k devient alors t. Eche -{- k -f- nk fait 
echeetaiik ^des maifons". Oyek ^ceux-la" fait ojetatik ,,dc ceux- 
la". Comme toujours le pronom fingulier prend auffi cette forme 
tank (i). TSihot^ onetatik aterat^en dira. Mendiburu,, p. 80. ,,De ce 
cceur-la font fortis' 5 ... 

Dans les dialedles bafques frangais^ on a confondu,, a ce qu'il 
nous femble, dik ou tik avec rik. 'Rik efl ik precede de IV eupho- 
nique, v. ch. vi, y. Cette erreur parait etre tout a fait admife; 
elle fe trouve dans plufieurs ecrits fur la langue bafque,, fans don- 
ner lieu a la moindre remarque. M. Geze dit : "Bqyonnaric & tic, 
ablatif de mouvement. Puis : Etcherik elkhi da ^il eft forti de la 
maifon". Cependant on peut tres-bien dire & on dit aufli etchedk 
elkhi da (2). M. Duvoifin tache d'expliquer la confufion., qui 
n'en eft pas une pour lui; il n'y voit qu'une variante,, r pour t. On 
dit ogitik pour ogirik, felon M. Duvoifin,, ,,,afin de ne pas confondre 
,,avec le diredtiP' (5). Direclif veut dire., dans la nomenclature 
de cas de cet auteur, un nom fuivi du fuffixe ra. On ecrit done 
ogitik parce qu'on pourrait prendre ogirik pour ogira! Nous croyons 
que les Bafques ont Toreille plus delicate. La caufe de cette confu- 
fion fe trouve probablement dans les locutions des langues romanes 
ou le partitif, ainfi que le fuffixe dik fe rendent par ,,de". Si dik 
etait une variante de rik, on trouverait le partitif rendu par dik, ce 
qui n'eft jamais le cas. On trouve,, il eft vrai,, apres un fuperlatif 
(genitif pluriel) les fuffixes etatik ou etarik en guipuzcoan aufli 5 mais ? 
bien que Larramendi cite deux ou trois mots dans fon Arte,, p. 326, 
formes de la forte, il eft rare de trouver etarik en guipuzcoan apres 

(i) Voir ch. vin, 4. 

(a) Elements de Grammaire bafque, page a i &.2}. Bayonne, 

(}) Sur la de'dinaifon bafque. Bayonne, 1866, p. 39. 



67 

un fuperlattf. Etarik eft, croyons-nous,, toujours une erreur; ik ou rik 
peut etre employe & eft employe apres le fubilantif. Mendiburu 
die: Efpaniako Euskaldunik gejenak ,,la plupart des Bafques efpa- 
gnols". Ici ik ne correfpond pas a ,,de" franc,ais; ik fait du nom 
un pluriel indefini, exadlement comme en allemand ,,die meiften 
Spanifchen Basker. ,,Die meiften" eft un fuperlatif employe fub- 
ftantivement,, tout comme geyenak en bafque, & ^Bafques Efpa- 
gnols" n'eft precede, en allemand, ni d'une prepofition (de) ni d'un 
article. Le bafque dit done indifferemment : gi^onen andiena ,,\Q plus 
grand homme" litteralement ^le des grands homines"} ou bien,, 
au lieu du genitif gi^oneny on peut dire gi^onetadk qui fe rend aufll 
par ,, 5 des hommes" en frangais^ mais en allemand on pourrait dire 
^aus'% c'eil-a-dire d'entre les homines, de parmi les hommes ; fi 
Ton voulait faire ufage de ik il faudrait dire., croyons-nous, giionik 
& non pas gi^onetarik. Gi^onik rend la phrafe d'une autre facon, 
comme Euskaldunik; mais gi^onetarik nous parait etre une forme 
vicieufe bien qu'admife. Ik ou rik eft pour Mendiburu une forme 
finguliere : Congregatio egunetako e^ dute euikara^ko librurik; ,,,les 
congregations de nos jours n'ont pas de livres bafques". II va fans 
dire qu'il s'agit de plus d'un livre, & malgre cela la flexion exprime 
le regime fingulier e^ dute. Le dialecle fouletin fe fert encore du 
fuffixe ko, gi-founetako andiena, & imite meme entierement le fran^ais 
en difant gi\oun hounena ,,le meilleur homme'^ (i). Comparez 
le fuffixe ik ou la meme queflion eft difcutee. 



!? 

Le fuffixe ko ou go. 

Ko, go. Ce fuffixe eft d'un ufage tres varie & fe rerrouve dans 
tous les dialecles. 

Le fuffixe go parait devoir fe rattacher a go ,,haut"; dans ce fens 

(i) Geze, Elemenrs de gram, bafque, p. 40. 



68 

go fe retrouve dans gora ,,en haut" de go ,,haut" & ra ,,vers" (v. 
notre did.)? I'allemand .,,nach oben" en eft la traduclion litterale. On 
pourrait encore citer igo ,,monter". Ceft dans ce fens qu'il faudra 
expliquer le fuffixe de coniparaifon go ,,plus". Sans cela go ou ko 
correfpond dans tous les dialecles a ,,de". 

Les diverfes acceptions de ce fuffixe n'ont rien de tres myfterieux, 
& la diftance qui fepare ,,de" dans : il defcend de I'efcalier, de 
,,de" dans : le livre de mon frere, eft pour le moins aufTi grande que 
celle qui fepare go <3c go dans les rapports que nous allons indiquer. 

i Go. Suffixe de comparaifon correfpond a ,,plus" & s'unit 
feulement au nom defini. Voir les degres de comparaifon. 

2 Go correfpond a ,,de". Selon que les lois phonetiques Texi- 
gent, il faut ko ou go.- Hurgosko ,,de Burgos"; nongo ^^d'ou^j 
lurreko ,,de terre ou terreftre'^; goi^ko ,,du matin ou matin al" 
ondoko ,,de apres ou pofterieur'^. Par ces derniers exemples on voit 
que la langue bafque a fait comme beaucoup d'autres langues, c eft- 
a-dire qu'elle a forme des adjeclifs avec ce que nous appellerions le 
genitif; de matin = matinal; de pere ^= paternel^ d'ami = amical; 
d'eau = aquatique. 

La place que ces adjeclifs occupent dans la phrafe indiquerait 
deja, fi ce n'etait leur forme^ que ce font des genitifs; Us precedent 
tou jours le nom qu'ils qualifient : tHj>la gure Jaungoikoak beiritu 
bailsmen lurreko animaliak, aireko hega^tinak, itfafoko arrainak eta 
oihaneko ^uhait^ak ere. Axular^ p. 4^ n. ed. ,, Comment notre Sei- 
gneur a vetu les animaux de (la) terre, les oifeaux de (l')air, les 
poiffons de (la) mer & les arbres de (la) foret". 

Nous ferons remarquer en paffant que ces adjeclifs (ces genitifs 
du nom) font employes aufli fubftantivement : ondoko ,, 3 pofterieur" 
devient ondokoa }) [e pofterieur" & au pluriel ondokoak ^ies pofte- 
rieurs" c'eft-a-dire les defendants, la pofterite. 

Ko ne s'unit jamais au nom defini; on ne dit jamais echeako; on 
dit echekOy ce .que Ton traduit, par habitude, par : de la maifon ; 
mais eche ,, maifon' 5 fuivi de ko ,,de" ne peut pas exp rimer plus 
que ,,de maifon' '. Comp., chap, vn, 4. 

3 Go fert encore, comme ,,de" en efpagnol a exprimer le 



69 

futur (i). Les dialedles bafques efpagnols ont choifi go ,,de", les 
dialedles bafques francais n ^de". Cette fa$on de rendre le futur 
eft probablement un emprunt fait aux langues romanes; en franais 
on fe fervirait de la prepofition ^a" au lieu de ^de"; almerai=. 
ai a aimer,, <3c en efpagnol ,,,de amar". oAimerais = avais a aimer. 
Comp. la formation des temps,, ch. xn 5 4. Go devient ko quand 
les lois phonetiques 1'exigent : emango, gadulko. 

On emploie auffi go ou ko pour indiquer le but de faction ex- 
primee par le verbe de la propofition principale ; go correfpond alors 
a ,,de" ou ^pour" francais 5 ,,um zu" allemand; ^para" efpagnol. 
Ta emoien deutfa bi^h^ia aierako bidea, b. ,,Et il lui donna le moyen 
de fe tirer de la vie". Era ordena cit^an hamabi harequin igateco eta 
predicatiera igonieco. Marc in^ 14. ,,,Et il en etablit douze pour 
etre avec lui,, pour les envoyer precher". 

Go correfpond encore a 5J ,des_, depuis". odbranEgiptonfanuianeko. 
,yDes qu'Abraham entra en Egypte". 

Quand le fuffixe ko, ainfi que n (locatif) ^, ra t dik & roni, s'unit 
au pluriel^ le figne de pluralite k fe convertit en t; egun -)- k -j- ko 
ne fait pas egunakko mais fait egunetako ,,,des jours"; lur -|- k -|- ko 
fait lurrerako }) des terres". Oriek + ko fait orietako ^de ces-la". 

Au chapitre vm_, 4^ nous avons dit que les pronoms finguliers, 
ont auffi le fuffixe fous cette forme plurielle; ainfi oneiako ^pour ceci, 
a caufe de cecr"; oneiako ^,de cela^ pour cela". 



14- 
Le fuffixe tzat. 

T^at, ^ai. Ce fuffixe fe trouve dans tous les dialectes & correfpond 
a : pour. II s'unit generalement au genitif du nom,, foit fingulier, 
foit pluriel : gi^onareniiai ^pour Thomme'^ gi^oneni^ai ,,pour les 
hommes". 

(i) Habia de alegrar (je me rejouirais) correfpond a: me alegraria. Salva, Gram, caftd., 
p. 460, note D. 



7 o 

Cependant rpi eft auffi fuffixe au theme pour correfpondre a la 
forme indefinie des langues romanes; p. ex. erorpi daukat ,,}Q le 
tiens pourfou". Zert^at naukate ,,pour qui me prends-tu"? (litt. me 
prenez-vous?). Lagunt^at harm dm ,,}Q 1'ai pris pour compagnon". 
Lagunarent^at harm dm ,,j'ai pris cela pour le (mon) compagnon". 
Efamiat daukat ,,je le tiens pour dit". - - Trophete^ en an igan cena 
compli ledingat. Matt, n, 23. , 3 Pour que fut accompli ce qui avait 
eta dit par les prophetes". L'acception de ,,pour" dans le fens de 
,,au profit de, a Tavantage de" fera I'acception primitive. T^at eft 
un des tres rares mots commen^ant par /{, ce qui eveille le foup9on 
que c'eft un mot corrompu. Quelle qu'ait etc fa forme, il eft permis 
de fuppofer que i\ai etait primitivement un nom a un certain cas 
(comme kin) & regifTant alors le genitif. 



14- 
Le fuffixe kan ou gan. 

Kan, gan. Ce fufFixe eft feulement connu en bifcai'en & en gui- 
puzcoan ; il correfpond aux fuffixes tan & baithan des dialedles 
bafques franais. 

II nous femble que kan nous ofFre une forme parallele a celle de 
ka^, ga-{. Kan eft pour k -n & correfpond exaclement a tan, qui eft 
t-n; feulement dans tan le k, felon une loi de la phonetique, eft 
devenu t. Kan ou gan comme tan fignifie ,,en, dans". Le k de 
kan ne s'eft maintenu qu'en bifcai'en; p. ex. "Bafia egin e-fiero (egine^ 
gero) eurakan dana, b. Mais apres avoir fait ce qui eft en eux". 
Eurakan eft forme de eurak-n. Gan refte toujours gan, en guipuzcoan 
& en general en bifcai'en aufft; comme baithan il ne fert que pour 
les perfonnes : gi^onagan ,,en Thomme". Ta Erromako cAita Santu- 
bagan. ,,Et dans le Saint-Pere de Rome". Sinifetan dot Efpiritu 
fantubagan. ,,]e crois au (dans le) Saint-Efprit" . Eta miferikordia 
infinitoagan. Olaechea, p. 13. ,,Et dans fon infinie mifericorde". 



Les dialedles bifc. & gulp, ont done referve la forme plurielle 
kan pour exprimer le locatif, pris dans un fens abftrait; p. ex. croire 
,,en Dieu", Jainkoagan; & le locatif proprement dit eft exprime 
par n : TSilbaon ,,dans Bilbao". Echean ,,dans la maifon". Le pluriel 
du locatif proprement dit eft rendu par le nom au pluriel fuivi du 
fuffixe 72, feulement avec mutation de k en t; & eche + k + n a fait 
echeian ,,dans les maifons". Comp. le fuffixe n. 

C'eft ainfi que Larramendi cite ces pluriels (Arte, p. 8). A la page 
332 il revient a parler de ce qu'il nomme les ablatifs pluriels, & cite 
toujours etan. Lardizabal, au contraire, complete ce qu'il croit 
manquer a Larramendi, & dit, page 3, n if : ,,En ablative de 
,, plural el articulo en pongo de dos modos, etan y acgan, porque 
,,indiferentemente de ambos modos fe ufa". Or, acgan ferait 
ak~\-kan; ce qui ne fe peut, <3c Larramendi a eu raifon de ne pas 
donner la terminaifon acgan. Nous ne conteftons pas que les deux 
formes aient ete ou foient en ufage en guipuzcoan comme en bif- 
cai'en, mais nous croyons que le k (le c de Lardizabal) eft de trop 
dans akgan. 

Des que gan a ete choifi pour indiquerle locatif des perfonnes, il 
a du etre fuffixe aux pronoms perfonnels, & Ton dit en bifc. & en 
guip. nigan ,,en moi"; higan ,,en toi^j gugan ,,en nous"; ^eingan 
,,en qui"; par centre ^erian ,,en quoi". 

Les dialecles bafques fran^ais difent nhan, hitan, &c.; mais ils 
font ufage de baithan quand il faut s' exprimer refpedlueufement. Ce 
fuffixe eft probablement lui-meme un nom au locatif, & de lale genitif 
qui precede : airaren baithan ,,dans le pere"; ene baithan ,,,en moi". 
Jufqu'a prefent Torigine de baithan eft inconnue. 

Gana. Ce fuffixe fignifie dans tous les dialecles : a, chez, vers. 
II eft generalement fuffixe au nominatif dans les dialecles bifc. & 
guip., & au genitif dans les dialecftes bafques fran^ais; quoique on 
le trouve aufli uni au nominatif. Pouvreau dit Jainkoagana bihoti 
goitit^ea ,,elever le cceur a Dieu". Comp. le Diclionnaire. 

Nous avons propofe, dans notre didlionnaire, de confiderer gan 
comme etant pour han ,,la". II nous femble que {'explication que 
nous venons de donner aujourd'hui eft preferable. Mais qaelle que 



72 

foit 1'origine de gan, il n'eft peut-etre pas trop rifque de faire deriver 
gana de gan. La forme & la fignification fe tiennent de tres pres. 
Une fois qu'on avait oublie comment kan ou gan etait compote, 
une fois que kan s'etait pour ainfi dire petrifie & etait devenu 
un mot independant , fignifiant ,,en", il etait pofTible de fe 
figurer kan ou gan comme un nom , d'y ajouter Farticle a 3 de 
dire gana. 

Gandik, g. ganik, b. 1. bn. Ce fuffixe eft compofe de gan-dik & 
fignifie 3 ,de chez". Pfyrgandik latoi? ,,de qui viens-tu" ? cAitagandik 
}) d.Q chez le pere 5;> . Era erregeak fugandik irrengo dira .,,& les rois 
fortiront (naitront) de vous". 

Ganako, b. g. 1. bn. f. Ce fuffixe eft compofe de gana-ko ,,vers- 
de'% ceft-a-dire ,,de vers ou envers^ pour". 5\j?r gi\onaganako 
Jaungoikoaren amorioa e^agut^en duena, g. ^CeluiquiconnaitTamour 
de Dieu pour les homines". 



16. 
1^ fuffixe gabe. 

, g. 1. bn. bage, baga, b. gabe%, g. baga^ b. fans. 

Au chapitre fur la derivation des noms, il a ete queftion de ce 
mot qui eft tantot terminaifon,, tantot fuffixe. Gabe ne s'unit qu'au 
nom defini; on dit ogia gabe & non ogi gabe. On peut auifi faire 
preceder le partitif du nom : ogirik gabe & c'eft ainfi qu'on s'exprime 
generalement 5 mais fi le mot auquel gabe eft fuffixe n'admet pas de 
forme definie, comme les pronoms & les noms de nombre, il faut 
le fuffixer a Tindefini,, p. ex. nigabe 33 fans moi" deni-gabe. 

La regie de conftruire gabe avec le nom defini n'eft pas toujours 
obfervee ; Haramburu ecrit : cAiiiinam gabe. 

On trouve gabe tantot fepare du nom,, tantot uni au nom,appa- 
remment felon que 1'auteur a confidere ce mot comme etant inde- 
pendant ou bien comme n'etant qu'une terminaifon. 



73 

17- 
Le fujffixe no. 

, no. Ce fuffixe eft no en bifc. & guip.; no } ino ou ino en la- 
bourdin 5 710 fans mouillement, en bn. foul. & aufli dans une partie 
du Labourd ; mais,, malgre cela,, on Tecrit fouvent ino, ancienne 
orthographe frangaife , pour indiquer le fon palatal de IVz. Voir 
ch. in. 

5\\? eft rendu par ,,jufque" ; mais 5) jufque" eft un mot compofe,, 
bien qu'on ne puifTepas feparer ^jus" de ^que" (de ufquej comme 
en efp. ): ,hafta que" 5 ou en ital. , 3 fino que" ; ou en angl. ,,until 
that"; ou en all. ,,bis das". Aujourd'hui que nous favons,, ou 
croyons favoir^ que la conjondtion n eft la fyncope de non ,,que'% 
on ferait tente de conilderer no comme forme de n-o. Nous ne 
connailTons que quelques locutions qui pourraient confirmer cette 
opinion; p. ex. artio, bn. lab. ^jufqu'a tantot" 5 ou plus correc- 
tement en efp. hafta luego 5 de arte-o, luego-hafta 5 fans exprimer 
le ,,que". Autre example : e\ar dir^aket 5? je puis les mettre" 5 eiar 
dit-^akedano ^jufqu'a ce que je puiffe les mettre" 5 de dit\aket-n-o . 
Le r final de la flexion devient toujours d quand fuit un fuffixe; le n 
eft la conjonclion ^que"; le o eft hafta. Mais qu'eft-ce que o? 
Eft-ce que no ne ferait pas plutot non, dont le n final., fi enclin a se 
perdre,, s'eft erTeclivement perdu. ^Que" peut fervir pour fignifier 
,Jufque". Si Ton dit, par example : Attendez qu'ilvienne, on veut 
dire au fond : Attendez jufqu'a ce qu'il vienne". Nous ferions plus 
difpofe a admettre cette hypothefe qui explique le n <5c le o. Une 
locution comme anio eft plutot une exception ; le n s'eft perdu ; 
artio eft pour aneino de ane deino, de ane da no (i). Quand da eft 

(r) Axular ecrit daino. Hango Bifcondeak eta feme guftiak i^atu dira bethiere, cgundaino 
gerof, Errege^ emplegatuak. Geroko gero, p. xiv, n. ed. Les vicomtes de la-bas & tous les 
fils ont toujours etd, de tout temps (litt. des plus tard jufqu'a ce jour), employes par 
les rois. 



74 

fuivi de n, le a devient e ; den ,,qui eft". Ce demo eft quelquefois 
dino en labourdin & tou jours en bifcai'en. Dans ce dernier dialecle^ 
dino eft aufli gino, par fuite de la mutation de d en g. Comp. le Dic- 
tionnaire. Ainfi bihar dino. Manuel., p. 194. ,,Ademain". 

Mais fi no derive de non, d'ou vient la prononciation palatale de 
r/i dans plufieurs dialecles ? Les dialectes qui prononcent le n fans 
mouillement ont-ils conferve la prononciation primitive ? C'eft pof- 
fible 5 mais toujours faut-il encore expliquer le mouillement. 



18. 

Le fuffixe ra. 

l^a. Voir I'article ra au Didlionnaire. Nous n'avons qu'a ajouter 
que quand ra eft fuffixe au pluriel^ le figne de pluralite k fe change 
en t: echeetara pour eche -\-k-\-ra. 

C'eft fous cette meme forme qu'il s'unit aux pronoms^ foit fingu- 
liers^ foit pluriels ; p. ex. eche orretara ,, 5 vers cette maifon-la'^ de 
or-iara ; eche orietara ,,vers ces maifons-la" ; de ori-tara. Voir les 
pronoms,, ch. vm, 4^ & le fuffixe k figne de pluralite. 

Les dialedles bafques francais ecrivent quelquefois rat pour ra. 
Ce i ferait euphonique felon M. Duvoifin(i); mais cette explication 
n'eft guere admiffible. D'abord., un ecrivain correct comme Li^ar- 
rague ne s'y conforme pas 3 ii ecrit ce t devant n & a la fin de la 
phrafe (2). Enfuite ce ferait Tunique exemple d'une lettre eupho- 
nique a la fin d'un mot. Aufli, quatre lignes plus bas> 1'auteur donne 
une autre explication. Nous preferons avouer notre ignorance par 
rapport a 1'origine du t (3). 

(i) Elude fur la De'dinaifon bafque, p. 47. 

(a) Comp. les exemples dans notre Diftionnaire. 

(j) L'auteur dit : ,,Le f final fert a le (demonftratif de lieu) diftinguer du demonftratif 
de perfonne. Hunat, horrat, harat, fignifient vers ce lieu-ci, la, la-bas, & ne fe confondent 
pas avec huna, horra, hara, voici, voila, voila-la-bas". Pour ce qui regarde hunat, comp. 
notre Did. s. v. ona. Hunat eft une forme corrompue. 



7f 

Dans quelques localites, on dit la pour ra, <3c en fouletin on die 
hit ; ce fuffixe eft uni, contrairement a Tufage accepte partout, au 
nom defini ; on dit herrialat pour herrilar, locution tres defagreable 
aux oreilles des autres Bafques, felon M. Duvoifin. 



19. 
Le fuffixe kin. 

Kin. Ce fuffixe correfpond a ,,avec", & fe trouve dans tous les 
dialecles, excepte en bifca'ien, oil il eft remplace par ^. 

Kin s'unit au genitif du nom., foit fingulier, foit pluriel, felon qu'il 
faut exprimer Tun ou Tautre. 

Nous avons cm autrefois que kin, quand le nom etait pluriel, 
etait fuffixe au nominatif 3 ce qui,, au fond, formait une regie aflez 
capricieufe,, & il nous femble aujourd'hui qu'il faut formuler la regie 
comme nous venons de le faire : la fignification probable de kin 
s'oppoferait a un nominatif. 

Ainfi gi^pnaren ^.de Thornine" fuivi de kin fait gifpnarekin ,,avec 
rhomme'% avec elifion reguliere de n devant k (voirch. in), & au 
pluriel giyonen ^des hommes 5 % fuivi de kin, fait gi^onakin. La chute 
de r/z devant le k a entraine celle de IV, qui, apres tout, n'eft qu'une 
voyelle de liaifon ; gifonen pour gi^onaen eft pour gi-^onak-n (Voir le 
fuffixe kj. "Bat ,,un" fait baten ^^d'un^, & baten-\-kin fait batekin, 
,, 3 avec un". Har [{" fait haren ,,de Iui 5 % & harekin ^avec lui'% &c. 
Dans batekin le e fe trouve, puifque t & k ne peuvent fe fuivre. Ori 
efanarekin e^tegu e^er aurrerat^en, g. ^Nous n'avan^ons Hen en difant 



ceci" 



Comme kin regit un genitif, il eft probable que c'eft une locution 
adverbiale, un nom au locatif, comme aurrean devant", gibelean 
,, 5 derriere", & que comme aurrean (pour aurrea-n) fignifie ,,dans le 
devant", kin equivaudra a ,,dans la compagnie" ou a quelqu'autre 
expreffion analogue. II faudra done decompofer kin en ki-n. Le feul 



76 

mot que nous fachions dont ki puifTe deriver^ c'eft hide. Le d s'elide 
afTez fouvent en bafque pour admettre que hide -f- n fe foit contracle 
en fa'/i, furtout fi 1'ufage frequent 1'a reduit a n'etre plus qu'un 
fuffixe,, dont la fignification s'eft tres peu eloignee du fens original. 

Kide fignifie : pareil, femblable, egal, & en eft arrive a corref- 
pondre., dans les mots compofeX a ^cum" latin & a ,,con" 
francais ; ainfi ^confanguin" eft rendu par hauride & ,,commun" 
eflrendu par bakid de (bat-kidej. Ces mots (cum,, con) expriment 
participation, & hide -J- n pourrait done fignifier ,, en participation,, 
en compagnie'% & de la le genitif qui precede. Gi^pnarekin ,^avec 
rhomme" voudra done dire J: ,en compagnie de rhomme". 

Kin en perdant le n final a forme un grand nombre d'adverbes ; 
emeki, ^doucement'% de erne-kin. Doucement ou avec douceur, 
forcemeat ou avec force_, font deux manieres differentes de rendre la 
meme idee. 



20. 

Les fuffixes rontz, baithan, ka. 
rut l> t>- vers - &(j>rutijaujten garian, b. >5 ou que nous 



tombions". 

'Baithan beithan, lab. bn. foul. Ce fuffixe correfpond a ,,en, 
dans' \ quand il s'agit de perfonnes. Era ni baithan fmhejlen duena. 
Jean vi, 3^... ,,,& celui qui croit en moi". 

'Baithan regit generalement le genitif, & peut-etre ferait-il mieux 
de tou jours obferver cette regie. L'origine de ce fuffixe n'eft pas 
connue 5 mais il eft probable que c'eft un nom au locatif, baith + n, 
& c'eft ce qui expliquerait Tufage du genitif 3 fans cela inexpli- 
cable. 

Ka. Ce fuffixe correfpond a ,,a"$ p. ex. ^aldika ,,a cheval"; 
& aufli a , 5 par"5 foka 3 ,par (des) regards". On dit plutot en gui- 
puzcoan ^aldii c l ue l^dika ; cependant Lardizabal ecrit : era fenarari 
bed efpa eta kejuraka legokion, , .,& elle etait toujours a fe plaindre a fon 



77 

marl". Kejura-ka ne peutfe traduire ici litteralement ; * plainte" 
ou ,,par plainte" ne fignifieraitTien. Aflarloa ecrit kia; makilakia (i). 
Chaho (2) cite makillata ,,volee de coups de baton"; al^pta ^plein 
un tablier", muthuna ,,coup de mufeau"; & aufli makillata , 5 a coups 
de baton 3 % &c. Cette difference entre ta & ka exifte-t-elle ? Sont-ce 
des fufTixes differents ? ou bien font-ce des variantes. On dit churru- 
pira & churrma ,,a torrents" ,, ,,a verfe". 

Ik y voir ch. vi, f. 

Kai ou gai, voir le fuffixe {. 

Gan, v. Kan. 

Gana, v. Kan. 

Gandiky v. Kan. 

Ganik, v. Kan. 
y v. Kan. 



. 21. 

Suffixes composes. 

Plufieurs fuffixes font compofes^ exadement comme les prepofi- 
tions ou les adverbes des autres langues j p. ex. envers, jufqu'a; ou 
en anglais : towards_, upon., &c. 

Kof{at y compofe de ko & r^zr, eft quelquefois contracle en kot{. 
Ce fuffixe fignifie ^^pour, bienque". Eta hers egague agauto^erratfe- 
corfat. Matth. xin, 30, T. R. 3 ,Et liez-la en gerbe pour la bruler". 
cdin aberais iiaiekori eskua labur. ,,Bienqu'il foit fi riche ou pour etre 
fi riche^ il eft peu genereux". 

Zko, compofe de %-ko. Ce fuffixe eft de tous les dialecles & ne 
parait pas fignifier plus que fun ou 1'autre des deux fuffixes employe 
feul ; il femble fpecialement deftine a former des adjedlifs de mate- 



(1) Apologia, &c., p. 97- 

(2) Etude gr., p. 19. 



7* 

riaux; -(illar fait -(illarejko ,,d'argent"; IUT fait ^are^ko ,,de bois". 
Chez Larramendi fillarei eft fynonyme de fiUarefa. 

Lake, forme de la-ko ,,de ce que., parce que,, puifque". 

Tiako, forme de t^at-ho, avec elifion reguliere de t devant k ; ce 
fuffixe fignifie ,,,envers". 

Kiko } forme de kin-ko avec elifion reguliere de n devant k. Ce 
fuffixe ne fe rencontre que dans les dialedles bafques efpagnols, 
& fignifie ^a 1'egard de"; c'eft la tradudion de Fefpagnol ,^para 
con". Jainkoak eman e^pa^un Jefufen biot^arekiko de-fun jay era hori 
ain vi-{ia (i). ^Si Dieu ne vous eut donne pour le cceur de Jefus cette 
inclination fi vive". 

T^akOj forme de ra-ko. Ce fuffixe fignifie litteralement ^vers-de"; 
il correfpond a ^vers,, pour"; p. ex. ZN^prako \oa\^ ,,Ou allez- 
vous" ? Emendik arako bidaftia lueka da, g. , 3 la diftance d'ici a la 
(vers la) eft grande". 

Itykotiat ^pour". E^en erregekhanarakoi^at hauta eta i^endatu ^ini- 
inela (2). ,,Car le roi vous a nomine <3c choifi pour cela". 

T(ano } ranoko, forme de ra-no-ko. Comp. ie Diclionnaire. 

Kilako. 1 laincoa^landan $ure anhit^ verthuierequilaco authoritate 

handLmfpor$u harmric. Ligarrague. Dedicace. 33 Prenant appui^ apres 
Dieu, dans votre grande autorite avec (ou^ comme le traduit L. lui- 
meme, accompagne d'infinies vertus) de nombreufes vertus". 

Gatik, g. 1. bn. s. gaiii, gaitik, b. Ce fuffixe correfpond a: pour, 
a caufe,, malgre. Zergatik ^pourquoi"; argatik ^pour cela". \7 
huragatik eldu nai^ ,,Je fuis venu pour ou a caufe de lui". Zuk 
efanagatik nik finiftuko etiaitut. ^Bien que vous le difiez, je ne vous 



croirai pas", 



(1) Mendiburu. Jefufen Companiaco. Lettre de Larramendi a 1'auteur. 

(2) Axular, p. xvi, n. ^d. 



79 



CHAPITRE VIII. 

LES P RON QMS. 

i. 

Les pronoms demonflraiifs. 

La langue bafque ne poffede plus de nos jours que quatre pro- 
noms demonftratifs : a, hura, au, ori. Ce nombre doit avoir ete 
autrefois plus grand; il refte des veftiges d'autres pronoms demon- 
ftratifs, dont deux n'ont laiffe qu'une feule lettre 5 le d qui indique 
le pronom objet ?: ,le" dans le prefent des verbes tranfmfs, & le 
fujet de la y perfonne dans les verbes intranfitifs : dakufl ..Je vois 
le ?? en lifant a rebours^ forme de d-ikuf-t; doa de d - -oa ,,il va^. 
Le bafque ne diftingue jamais le fujet de 1'objet _, excepte a la pre- 
miere perfonne^ & meme pas tou jours, comme Ton verra plus tard. 
L'autre pronom eft reprefente par b ou be; il fe retrouve i dans la 
3 e perfonne de Timperatif: begi ^qu'il faife'^ de b-egi; 2 dans le 
genitif here comme pronom poifeffif ^fon 3 ^. 

Un troifieme pronom eft oni qui fe trouve dans neroni, & pro- 
bablement auffi dans le nominatif agent onek. 



2. 

Le pronom demonftratif a }) ce-la". 

Nous croyons avoir prouve ailleurs que le pronom a etait primi- 
tivement ar (i). La chute de r final eft un phenomene tres ordinaire 

(i) Voir notre Did. bafque & la Revue de ling., vol. vi, p. 183. 



8o 

en bafque & furtout dans ie dialedle bifcaien , p. ex. no pour nor, 
ie pour ier y & dans les autres dialecles auffi hirur=hiru ; laur = lau. 

Le dialedle bifcaien efl le feul qui ait conferve le pronom a comme 
fujet, & le feul qui s'en ferve comme pronom & comme article, 
exaclement comme ,,der" en allemand. <Ak egin dau ,,celui-la 1'a 
fait". Zavala, p. 61. 

Les autres dialedles ne s'en fervent que comme article; comme 
pronom-fujet fingulier patient, ils Tont remplace par hura; mais il 
efl en ufage quand il efl fuivi d'un fuffixe; p. ex, hanan ,,en lui" ; 
hark ,,il" fujet agent. 

Comme lettre finale le r de Tar tide s'efl perdu par tout, mais 
comme lettre mediale il s'efl maintenu. En bifcaien cependant le r 
efl quelquefois elide 5 p. ex. ZNj.k une aian egin gura i\an neukean 
gau^a ori (i). , 3 J'aurais peut-etre voulu ie faire dans cette occafion". 
cAtan efl ici pour artan ou hartan, dans les dialedles qui ont conferve 
left. 

Ainfi, du moment qu'un fuffixe efl ajoute au pronom c, le r repa- 
rait : a~\-n fait aren; ,,de ceiui-la"; a -f- i fait ari ,,a celui-la" ; 
a -\-gatik fait argatik ,,pour celui-la", a-\-ra, qui devient tara, fait 
anara ,,vers celui-la"; a + k fait ark ,,celui-la" fujet agent; & les 
dialedles qui ont conferve le h ecrivent hari, hark, &c. 

Le pluriel de a (autrefois ar ou har) s'efl conferve pur en bifcaien : 
arek ,,ceux-la"; & par fuite de la chute de r : aek. Ces deux formes 
font en ufage. On remarquera que le pluriel a la voyelle de liaifon e 
(arek), ce qui diflingue le pluriel de Tagent fingulier ark (2). Le 
dialedle guipuzcoan dit ayek pour arek ,,,ceux-la"; or, puifque la 
mutation de r en y n'exifle pas, il faut qu'il y ait une autre caufe 
que celie-la, & cette caufe nous la trouvons dans les dialedes 
bafques francais. 

Les dialedles bafques efpagnols n'ont qu'une feule forme de plu- 
riel; mais quelques varietes labourdines, ainfi que le fouletin d'au- 



(1) Zavala, Verbo vafc., p. 22, n 43. 

(2) Quelques auteurs modernes ecrivent harek pour 1'agent; mais Axular, Haramburu, &c., 
Ecrivent hark (hare) pour 1'agent fingulier. 






8i 

jourd'hui, diftinguent au plariel le pronom fujet agent du pronom 
fujet patient,, exaclement comme pour le nom. 

Nous n'avons pas encore decouvert fi Li9arrague 5 Dechepare ou 
Axular ont jamais fait cette diftinclion, 

Dechepare ecrit(i): Manamenduyak hoyek dira Jangoikuak emanik 
,,ces commandements font donnes par Dieu". 

Licarrague : Eta hec ichil citecen. Marc ix, 34, 55 Et Us fe turent 
(patient). Eta hec erran cieqoien. Marc x, 37. ,,,Et ils lui dirent" 
(agent). Et Axular: Ordea filofofo hek eman -[uten ^mais ces philo- 
fophes donnerent" (agent). 

Bien que nous citions iciles , 3 Cla(Iiques bafques" il n'y a aucune 
raifon de douter de Texaclitude de Fobfervation^ d'autant plus que 
ces formes plurielles portent en elles la preuve de leur exiftence 
primitive : 



Quatre 

varietes 

lab. 



PLURIEL DU PRONOM A. 

Patient. Agent. 

Hekiek (2). Hekiek. 

Hek. Hekik. 

Hek. Heyek. 

Hek. Hek. 

Soul. Hurak. Hayek. 

Hek. 

Dans hekiek hekiek nous voyons Faccent faire la difference,, ce 
qui au befoin pourrait fuffire,, comme on verra plus basj mais on 
n'en voit pas la caufe ici. L'accent ne peut etre qu'un figne conven- 
tiontiel pour diftinguer deux mots qui fe reifemblent par fuite d'une 



(1) Poejies, p, 20. 

(2) Nous citons les pronoms labourdins d'apres M. Duvoifin, Etude fur la Dedinaifon 
bafque, Bayonne 1866, &. les pronoms fouletins d'apres M. Geze, Elements de Gram, bafque, 
Bayonne, 1874. 

6 



82 

erreur; hekiek pour le patient ne faurait etre correct 5 ar ou har -f- k 
fait harekj rien de plus, & ne peut jamais contenir deux /{. Harek, 
par la chute de r, efl devenu haek (aek en bifc.) & par fyncope hek 
en labourdin; mais harek ne peut jamais devenir hekiek. Hekiek vient 
de hek + , & comme le medial efl elide, hekiek efl devenu keek, 
puis /z^& avec y euphonique (i) & finalement /ze, dont 1'accent 
efl le dernier veflige du k elide 5 heek en fe contra6lant efl devenu 
hek. Hekiek efl par confequent une forme a peu pres corre6le, mais 
feulement pour 1'agent. Pour etre entierement correcle, il faudrait 
hekek ou heyek comme la varieteiabourdine n3. Uelifion du k medial 
& fon remplacement par y pour eviter rhiatus, font conformes aux 
lois phonetiques, & il faudra peut-etre reporter 1'orthographe hekiek 
a une date ou il n'etait pas encore fixe definitivement ii k ferait 
maintenu ou elide. Dans le verbe, furtout en labourdin, on trouvera 
plufieurs exemples de k ou les autres varietes, ou les autres dialedles, 
ont y. 

La diflincflion que font les dialedles bafques fran^ais efl d'autant 
plus importante, qu'elle explique les variantes du pluriel en bifcaien 
& en guipuzcoan, lefquelles feraient fans cela de veritables enigmes. 
En bifcaien on trouve arek ou aek ou areek pour le pluriel patient & 
agent, puifque ce dialecte ne les diflingue pas. cArek ne peut etre 
que le fujet patient ar + k & par fuite de la chute de r: aek. Mais 
d'ou vient le fecond e de areek? Nous croyons que areek efl pour 
ar -f- k -f- k ou arekeky & comme le bifcaien elide tou jours le. A- medial 
& laifTe tou jours les hiatus, arekek efl devenu areek. oAreek efl done 
au fond le pluriel agent 5 mais 1'ufage s'en efl perdu., & aujourd'hui 
Ton ne foup9onne guere que le pronom exifle encore ck pourrait 
fervir comme en labourdin. 

II en efl de meme pour le guipuzcoan; ayek ,,ceux-la" ferait une 
forme inexplicable fi nous n'admettions le pluriel agent ar -f- k + k. 
Ici le r s'etait deja perdu & le k medial elide a caufe 1'hiatus: aeek; 
ce qui a etc evite en intercalant y : ayek. 

Toutes ces formes s'expliquent fans faire violence a une feule 

(i) Voir ch. vi!, g 7. 



8 3 

lettre, en appliquant feulement les lois phonetiques; elles one main- 
tenant leur raifon d'etre & celles qui font fautives fe trahiflTent 
d'elles-memes. 

II parait done que primitivement les deux formes de pluriel etaient 
en ufage; que les dialecles labourdin & fouletin les ont confervees; 
qu'il en eft refte des traces en bifcaien & que le guipuzcoan n'en a 
garde aucun fouvenir. 

Nous mettrons en regard le pronom primitif hypothetique & le 
pronom fous fa forme actuelie, pour montrer combien peu la langue 
bafque a fourTert. 



PRONOM SING U LIE R. 



PRIMITIF. 



ACTUEL. 



Patient. 
Hu. 



Agent. 
Hark. 



Patient. 
<*> b. g. 



Agent. 

cdk, b. 
<*rk, g. 
Hark, 1. bn. f. 



PRONOM PLURIEL. 



Harek. H.irekek. oArek. 

oAek. bifc. 

cAreek . 

cdyek. guip. 

Hek. Heyek, 1. 

Hek. Hayek, bn. 

Le pluriel bifc. & guip. n'ayant pas de caradere defini,, & fervant 
pour le patient & pour ['agent, eft place entre les deux categories. 



8 4 



Le pronom pluriel avec fiiffixes . 

Les fuffixes font ajoutes aux pronoms pluriels en caufant, comme 
d'habitude., la mutation ou Felifion du k. 

Le k fe converdt en t (tout comme dans le nom) quand c'eft un 
des fuffixes n (locatif), i, ko } ra, dik, roni qui fuit : ayek + n (locatif) 
fait ayetan 3 ,dans ceux-la" en guip.; hayetan ou hetan dans les dia- 
ledes bafques francais. Hek + 1 fait hetai, 1. f. , 5 par ceux-la". 

Avec les autres fuffixes le eft elide, & Fhiatus qui eft produit par 
cette elifion refte en bifcafen, tandis que les autres dialedles inter- 
calent un y afin de Teviter. cAek -f- n (genitif) devient en bifcai'en 
aen ,,de ces-la ?5 ; & en guip. ayen. Hek-\-n devient heyen. cAek-{- i 
fait aei bifc.; & hek -(- i fait hey ou hei pour heyi y) ^ ces-la^. 

Les regies phonetiques font les memes partout^ peu importe (i le 
mot auquel le fuffixe eft ajoute eft un nom ou un pronom. Lanak 
3 ,ies travaux" fuivi de n (locatif) devient lanetan, comme aek fait 
aetan; guide par les lois phonetiques nous pouvons analyfer avec cer- 
titude des mots auffi violemment comrades que he\ lab. & foul. 
5 ,,par ceux-la 3:) ; forme de hek (pour hayek) + ^. 



4- 

Une queftion obfcure & pour laquelle nous n'offrons qu'une hy- 
pothefe, fe prefente ici. 

Nous favons que quand un nom ou pronom pluriel eft fuivi des 
fuffixes w, f, ko, dik, ra, ron^ le k, figne de pluralite, fe convertit 
en r, ce qui donne a ces formes piurielles 1'apparence d'etre fuivies 
des fuffixes ran, ra^ tako, &c. 5 comme on fe Fetait en effet figure 



8? 

jufqu'a prefent. Nous avons explique la fo'rme plurielle qui ne laiffe 
aujourd'hui plus rien cTobfcur. 

Mais ce qui demande encore une explication,, c'eft que ces groupes 
tan, tako, ta^ &c. fe trouvent etre unis aux pronoms finguliers, le 
pronom a (autrefois ar ou har) fuivi de n fait hartan ,,en ce-la, en 
lui"; liburu oneian ,,dans ce livre-ci"; liburu oyetan , 3 dans ces livres- 
ci j ' ; de on -f- n <5c de oj^A -(- n. Pourquoi ne par dire onen puifqu'on 
dit tlMadriden? pourquoi ne pas dire nil 5 ,par moi" puifqu'on dit 
buru-[? Nous Fignorons. 

L'emploi du pluriel pour le fingulier n'eft pas ce qu'il y a de plus 
inexplicable dans cette maniere de s'exprimer,, puifque 1'indefini 
eft rendu par une forme plurielle definie,, en bafque & auffi en 
francais (i), & comme les pronoms n'admettent point la forme 
definie, on a peut-etre ete porte a leur fuffixer un groupe quifervait 
pour Findefinij p. ex. ifiongo echeian farm e^nai^ g. ,Je ne fuis entre 
dans aucune maifon". Comme nous Tavons deja fait remarquer,, la 
langue bafque eft beaucoup plus logique que les autres langues ; 
elle exprime ce fingulier indefini par un pluriel; il va fans dire qu'il 
eft queftion de plus d'une maifon. Le pluriel s'expliquerait par con- 
fequent affez bien ; mais 5 nous le repetons, pourquoi le n feul ne 
fuffifait-ii pas? 

Pourra-t-on admettre que c'eft pour eviter la confufion que Ton 
s'eft fervi de tan., tai, &c.? II faut avouer que le n locatif, fuffixe 
purement & (implement, n'aurait pas pu etre diftingue de n genitif ; 
dans le nom cette confufion ne pouvait fe produire,, puifque le nom 
peut avoir la forme definie,, echea -j- n = echean; & du moment que 
le nom avait la forme indefinie,, ce qui le met fur la ligne des pro- 
noms,, on a ajoute la forme avec ta, que Ton a appelee : forme 
indefinie & que nous avons prouve etre la forme plurielle,, echeetan; 
nous avons par confequent ici le meme fait qui fe produit pour les 
pronoms , c'eft-a-dire qu'un fingulier (apparent) eft exprime par un 
pluriel. 

II eft tres probable que pour un Bafque, dont les notions gram- 

(i) Voir ch. VH, 5, 8, &. ch. vi, $ ^. 



86 

maticales n'ont pas ete influencees par les grammaires romanes ou 
autres, ce fmgulier apparent eft un pluriel; mais toujours eft-il que 
ce fmgulier qui eft apparent dans le nom, eft fmgulier en realite 
dans le pronom, II faudra done en venir a la conclufion que cette 
forme du pronom aura ete admife autant pour eviter la confufion 
que par analogic. 

De meme ni ,,moi" fuivi de i aurait pu donner THJ, comme 
burn + 1 burui; mais on dit nitai ou nqq ,,par moi", peut-etre 
pour ne pas confondre avecrn^, lab. ,,jefuis".. Or ou hor -f- ra aurait 
pu etre horra ,,vers celui-la", mais on dit orietara pour ne pas con- 
fondre avec horra ,,voila". - - Nous n'aimerions pas dire que c'eft 
la la veritable raifon, & il faudra attendre encore avant de decider 
la queftion definitivement. 



Les pronoms demonftratifs, dans les dialectes bafques efpagnols, 
ont un fuffixe fpecial che, qui correfpond au fran9ais 35 meme^; 
auche, onechek ^celui-ci-meme'^; oriche, orrechek 3 ,celui-la meme"; 
hurache, archek ,,celui-la meme". Ce font alors comme autant de 
nouveaux themes auxquels on peut aj outer les fuffixes. II y a cepen- 
dant un peu de confufion chez Larramendi 6c chez Lardizabal. Chez 
Lardizabal les fuffixes fe trouvent regulierement apres che; p. ex. 
onechende oneche-n ^,de celui-ci". Larramendi ecrit onenchen (onen- 
chenaj; de cette fa^on le n sy trouve deux fois. Le datif eft chez les 
deux grammairiens oniche, i precedant che. Au datif pluriel Larra- 
mendi fait preceder le i : oyeiche, & Lardizabal le fait fuivre oyechei. 
Ces memes irregularites fe trouvent aufli dans les autres pronoms. 

Le fuffixe che eft ecrit che,xe, fh, ff, & fe prononce comme ,,che" 
fran5ais & non a Tefpagnole (tche). Comme fuffixe des adverbes 
che fe prononce tche: anche ,,.,la-meme"; emenche ,,ici-meme", du 
moins dans le dialecle guipuzcoan. 



37 



Le pronom demonftratif haur., hau, au. 

La forme primitive de ce pronom parait etre haur ,,ce-ci". La 
chute de IV final & medial eft im fait fi commun en bafque (comp. 
laur = lau; hirur = hiru; nor~=. no ; ^e -=^^er) qu'on devra Tadmettre 
aufli dans ce cas-ci; la prefence de IV ferait fans cela inexplicable. 

Autrefois ce pronom parait avoir ete d'un ufage plus general; 
aujourd'hui il eft fouvent remplace par un autre pronom,, non pas au 
nominatif, qui eft toujours hau ou au, mais quand il eft fuivi de 
fuffixes. 

Le dialecle bifcai'en eft le feul qui dife auk pour le fujet-agent ; 
les autres dialedles difent onek, g. hunek, 1. bn. hounek, foul, du 
theme on ou hun -f- k. C'eft ce theme on ou hun qui a ete choifi par 
tous les dialecles., du moment qu'il s'agit d'exprimer une relation 
autre que celle du nominatif patient (hau) <3c du nominatif pluriel 
(hauek) ; <3c encore le pluriel bifc. eft forme de on : oneek. 

Ainfi ^de ce-ci^ eft rendu par onen, b. g. (on -\- n) hunen, 1. bn. 
hounen, f.; }) z ce-ci^ par oni, b. g. huni, 1. bn. houni, f. ; ^dans 
ce-ci 53 oneran, g. b. hunetan, 1. bn. hounetan, f; & ainfi de fuite : 
one^a^ huneta^ <5cc. 

Pour le pluriel le dialecle bifcai'en a choifi le theme on : oneek 
^ces-ci"; mais le guipuzcoan & les dialecles bafques frang;ais for- 
ment regulierement le pluriel de hau, au. Le r de haur s'eft perdu 
partout & hau -)- k a donne hauk, 1. bn. qui eft devenu en nav. 
efp. auek & en guipuzcoan oyek <5c oek. Le nav. efp. s'ecrit aufTi abek 
ou avek puifque u = v=zb. Le fouletin a hoik. 

Les dialecles bafques fran^ais ont les deux formes du pluriel que 
nous pia9ons de nouveau fur deux colonnes : 

Sujet patient. Sujet agent. 

Hauk. Hauek. 

Haukiek. Haukiek. 

Hauk. Hauyek. 



Trois 
varietes 
lab. 
Soul. Hoik. Hojek. 



88 

Les memes obfervations que nous avons faites fur les formes 
plurielles des autres pronoms font applicables au pronom hau. 
Hau-\- k fait hauk; cette forme eft correcle; mais la variante haukiek 
eft une erreur; il y a un k de trop. Le fujet agent etant forme de 
hauk -f- k } nous aurons haukek & comme le k medial s'elide, nous 
aurons hauek <3c hauyek avec y pour eviter I'hiatus., deux formes qui fe 
retrouvent. Haukiek eft une forme corrompue, le k s'eft maintenu^ & 
malgre cela le y (z) a etc introduit. En bifcaien on trouve oneek avec 
deux e s tout comme areek de a; mais la variante avec un feu I e ne 
s'eft pas encore trouvee; nous tirons la meme conclufion de oneek 
que de areek, favoir : que le bifcaien a perdu le k (onekek], ce qui 
produit I'hiatus. De meme le gulp. oyek } hoek, oek (era pour hau- 
kek (i). La forme de 1'agent eft reftee, comme Ton voit, mais elle a 
perdu fa valeur & fert dans les deux cas. 

Les fuffixes s'ajoutenr, comme toujours, au nominatif, excepte 
kin & i\at qui font fuffixes au genitif. P. ex. oneek -j- n fera oneeken 
& par fuite de felifion du k medial oneen; <3c ainfi le guip. oyek -f- n 
fait oyen; le lab. hauk-\-n haven ,,de ces-ci ?;> . Oneek -f- i onei; oyek 
+ z oyei; hauek -f- z* hauei. Oneek -J- AZ locatif fait oneeran, apres muta- 
tion de ^ en t (2); oyek-}- n oyeian; hauk-\-n hautan , 3 dans ces-ci^', 
Avec le fuffixe ^ on aura onee^, oye^a^ hau^i & ainfi de fuite. Era 
fauna gauga haugai mingatu igan gayenean, Marc xvi ^ 19. , 3 Et le Sei- 
gneur apres leur avoir oarle de ces chofes-ci". Harma haukin ni e^in 
higi naiieke. Axuiar, p. 263. ,,Avec ces armes je ne pourrais pas 
me remuer". 

Le mutation de k en t a lieu quand c eft un des fuffixes fuivants 
t, n (locatif), ko } dik, ra, ron^ qui eft fuffixe. 



(i) Larramendi ecritoyek; Mendiburu hock. Dechepare ecrit (Poefies, p. 20) Mana- 

menduyac hoyec dira Jangoycuac emanic : Hoc beguira digagula. ,,Ces commandements font 

nes par Dieu ; obfervons-les". .. Ainfi hoyec pour le patient, & hoc (pour hoik?) pour 

L mverfe de ce que donne M. Geze ; mais 1'analyfe donne tort a Dechepare. 
(a) Voir ch. in, /, et ch. vii, 7 . 



8 9 
6. 

Le pronom demonftrutif on ou hun. 

On a vu que on, hun eft le theme du pronom onek, hunek ^ce-ci". 
Nous n'avons pas pu decouvrir la raifon pour laquelle au, hau efl 
remplace par on, hun; d'un autre cote fi onek exifte, pourquoi ne pas 
faire ufage de on? Nous Tignorons; nous croyons feulement 
avoir retrouve le pronom fu jet-patient, qui n'eft pas on, mais oni, 
forme parallele de ori ,,ce-la" du theme or. C'eft dans neroni, lab. 
? ,moi-meme" compofe de nere-oni, comme nerau de nere-au, quc ce 
pronom fe retrouve. 

On parait done etre un pronom demonftratif comme ar ou har, 
comme or ou hor ; on les retrouve tous les trois dans les adverbes 
demonftratifs ona ou huna ^voici"; horra ou orra ^voila'^; hara ou 
ara ^voila". Le a final eft le demonftratif ou Tarticle comme en 
itaiien eccolo., de ecco-lo. 

Le i de oni, comme le I de ori, hori, fe perd du moment qu'on 
ajoute un fuffixe; oni-k fait onek, c'eft-a-dire on -f- A, & comme 
n & k ne peuvent fe fuivre, on introduit la voyelle de liaifon e. 



7- 
Le pronom demonftratif hori., ori ,,ce-la". 

Ce pronom doit avoir une origine commune avec Tadverbe or, 
hor. Le i ne s'explique pas pour le moment, bien que le pronom 
oni offre une forme parallele. 

Le theme de ce pronom eft tout autant or que ori, & ce qui eft 
etonnant c'eft que le r de ori foit doux,, & que le r de or foit dur. 
Dans tous les dialecles le nominatif patient eft ori, hori, le nominatif 
agent orrek, horrek & le nominatif pluriel oriek, horiek. 



9 

Du moment qu'il faut exprimer une relation autre que celle du 
pluriel, c'eft au theme or, hor qu'on ajoute ie fuffixe : orren } ,dc 
ce-la"; orri ,,a ce-la"; orgaiikan ^pour cela". Comme le r de or 
eft dur life redouble devant une voyelle. 

Le theme au pluriel eft toujours ori, excepte en bifcafen oil il eft 
or - ori-\- k fait oriek g. } horiek 1.; mais orreek de or -f- k en bifca'ien. 

Si les fuffixes font *, n (iocatif), ko, dik, ra, ron^ le k du pluriel 
fc convertit en r, & oriek ou horiek -f- 72 devient orietan, horietan; 
oriek-}- dik fait orieratik, & ainfi de fuite. Ces memes fuffixes, unis 
aux pronoms finguliers,, prennent la forme ran, ratik, rara, <Scc.; 
voir 4. 

Les dialecles bafques fran9ais poiTedent^ comme pour les deux 
autres pronoms,, deux formes differentes pour indiquer le nominatif 
patient & le nominatif agent. On les dirait calquees les unes fur les 
autres,, tant eft grande Funiformite de confufion & d'erreurs dans 
les trois pronoms au pluriel. 

Sujet patient. Sujet agent. 



Trois 

varietes 

lab. 



Hoikiek. Hoikiek. 

Horiek. Horiek. 

Hoik. Hoy eh. 



Soul. Hori.k . Horiek . 

On retrouve ici, comme dans hekiek (com p. le pluriel du pronom 
a), le meme accent qui ne fignifie rien, hoikie'k, & le meme k 
fuperflu dans le fujet patient ; hori -\- k ne pent contenir qu'un feul A' ; 
au contraire,, 1'agent hori~}-k-\-k fait regulierement horikek ou, 
comme le r s'eft perdu dans les dialedles bafques fran9ais., hoikek; 
ce hoikek par la chute du k devient hoiek, qu'on ecrit hoyek. La va- 
riete labourdine qui fait ufage de hoik (pour horik) fujet pat. & hoyek 
fujet agent, poffede par confequent les feuies formes correcles. Le 
pluriel horiek avec Taccent fur le e s'explique peut-etre ; puifque le i 
ne fuffit pas a remplacer le y, qui a fon tour remplace un k elide. 
Jufqu'a prefent Telifion du k avait produit un hiatus^ ce qui n'eft pas 
le cas ici; ie ne conftitue pas un hiatus. L'accent qui aurait pu 
indiquer la chute de Yy eft de trop. 



9 1 

Le pluriel horik du dialedle fouletin eft fautif & regulier a la fois ; 
aucun dialecle n'a le pluriel en ik, fi ce n'eft pour le parti tif, v. 
ch. vi, y. II faudrait horiek. Ce dialeclea forme de la meme fa$on 
un pluriel hurak ; c'eft regulier,, mais eft-ce correct? hura n'a pas de 
pluriel regulier dans aucun autre dialecle. 

La perte de IV au pluriel donne a ce pronom la forme du pluriel 
de hau qui eft aufli hoyek en foul. <5c oyek en guip. En bifc. le nomi- 
natifplur. orreek pourrait etre pour orrekek; voir le pluriel de ar. 

Bien que generalement ce pronom s'ecrive fans h en guipuzcoan, 
on trouve chez Mendiburu (Jefufen compafiiaco, p. 10): Horietan 
daudenean bai^ik onik e^ duula, & fur la meme page orietatik. 



8. 
Le pronom demonftratif hura ce-la. 

Ce pranom exifte dans tons les dialec~r.es,, excepte en bifcaien,, 
ou le pronom correfpondant eft a. 

Hura, a de tres rares exceptions pres, ne fert que comme le no- 
minatif patient; le nominatif agent correfpondant provient de a; 
il eft ark, hark; des qu'il fe trouve etre modifie par un fuffixe., il eft 
remplace par le pronom a fous fa forme primitive ar. Ainfi le fujet 
agent correfpondant eft ark. On dit en guip. hura-gatik & argatik, 
mais argarik eft la forme la plus ufitee. 

Pour d'autres langues., on a fait Tobfervation que les differents 
pronoms demonftratifs fe diftinguent uniquement par la voyelie. On 
ferait affez tente de croire que Je meme fait s'eft produit en bafque., 
en voyant har, hor & peut-etre hur pour hura. Hura pourrait etre 
compofe de hur-a, 6c ne ferait pas plus extraordinaire que ^ce" en 
franc. ais., derive de 50^ 150., ecc'o de ecce-hoc. V. Brachet, Did. 
etym. 

Hura, dans tous les dialecles,, correfpond a a bifcaien. 

Le fouletin feul a fait un pluriel regulier de hura, qui eft hurak. 



. 9 2 
9- 

Les pronoms perfonnels. 

Les pronoms perfonnels paraiilent avoir ete autrefois plus nom- 
breux ; du moins on retrouve une trace d'un pronom de la premiere 
personne dans les flexions du verbe ; dur, , Je Tai'% eft forme de 
d-u-r, ,,je-ai-le", en lifant a rebours ; dakuft, ,Je le vois 33 , de 
d-ikus-r, ,,Je-vois-le 3> . 

Les pronoms perfonnels font les memes dans tons les dialecles,, 
fauf les differences phonetiques propres a chacun d'eux : 

bifc. g u ip- tab- bn. foul. 

je neuy ni ni ni ni ni 

tu eu y i hi hi hi hi 

nous geu, gu git gu gu gu 

vous feu, in \u ^u fu \u 

La troifieme perfonne eft rendue par un pronom demonftratif. 
Dans le verbe,, la troifieme perfonne s'exprime de differentes ma~ 
nieres 5 au prefent des verbes tranfitifs, elle fe fait remarquer par 
fon abfence : dakar de d-ekar ,,,leporte' 3 pour ,.,il le porte ?:> ; a Tim- 
parfait, de meme, ou bien elle eft indiquee par un ^ / fenkarren 
5? il portait 33 . A u prefent des verbes intranfitifs^ elle a pour caradte- 
riftique un d: doa ,,il vient 33 (i). 

L'ufage du pronom hi s'eft a peu pres perdu, probablement par 
fuite de ce que ^u a pris la fignification d'un fingulier. Dans les 
dialecles bafques francais,, le pronom hi s'eft maintenu beaucoup 
plus longtemps que dans les diaiecfles bafques efpagnols,, oil il a 
entierement difparu., du moins dans les livres. 

(i) Voirch. xi, j. 



93 

Quand ^u eft devenu un fingulier honorifique (i), il a fallu dif- 
tinguer ^u fingulier de ^u pluriel,, & Ton a rernedie a la confufion en 
traitant fu comme un nom^ c'eft-a-dire en y fuffixant le figne de 
pluralite k. Mais comme ^uk aurait pu etre pris pour le fujet-agent 
luk, on a intercale la voyelle de liaifon e, voyelle qui a une valeur 
toute negative (voir ch. vi, 4), & Ton a dit^uek ,,vous". En fou- 
letin, le u eft devenu i: fiek. 

Les fuffixes s'ajoutent regulierement aux pronoms perfonnels , 
comme aux autres pronoms; ni ou neu -f- k fait nik, neuk ; gu fait 
guk ; ni -f- n fait niren en intercalant r, comme feme ,,fils" fait 
femeren ; mais puifque ces genitifs forment les pronoms pofleffifSj 
nous en parlerons dans le paragraphe fuivant. Ces genitifs fe re- 
trouvent avec les fuffixes kin & t^at qui regiffent ce cas : nerekin 
^avec moi"; neret^at ,,pour moi^'; hirekin ,,avec toi 3 '; hirei^at 
,,pour toi". Le n a du etre elide devant k; voir ch. in. 

Les fuffixes n (locatif),, ^ dik, ra, ko } ron^ quand ils font unis 
aux pronoms perfonnels , fe prefentent fous la forme tan , tar, 
rakOy &c. Voir 4. &{j-n fait nit an; ni~\ nita^; gu-^ guta^ ou gu^ai. 
Le pluriel ^uek fuit en tout les regies pour les mots pluriels ; cVft-a- 
dire que le k fe convertit en t quand fuit un des fuffixes cites ci- 
deffus; fiiek + n fait yuetan; ^uek + ko luetako, &c. Avec les autres 
fuffixes , il y a elifion du k felon la regie & ^uek -f- z * ^lit ^uei 



10. 



La forme intenfive des pronoms perfonnels s'obtient en leur fuf- 
fixant un pronom demonftratif. 

Le pronom perfonnel refte au nominatif dans quelques dialecles, 
mais dans quelques autres il parait etre au genitif. Le fouletin dit 



(i) II (W. J. van Eys) emet encore une opinion tres inattendue fur le fingulier ^w j 
qu'il fuppofe avoir etc a 1'origine le pluriel de hi. M. Duvoifin, Courricr de Bayonne, 
9 fevrier 1868. 



au. 



94 

nihaur ,,moi-meme" de ni-haur ; le guipuzcoan die nerau de nere- 

Tous les dialedtes n'ont pas choifi le meme pronom demonftratif ; 
les dialectes bafques efpagnols fe fervent de au & de ori, & comme 
de raifon, de onek <3c de orrek pour le fujet agent., <5c de oyek 
contracte en ok pour le pluriel. Les dialectes bafques franais one 
haur ' ori & oni. 



bifc. 



p 
a. 



SINGULIER. 
PREMI ERE P ERSON NE, 

lab. bn. 



<() 

t^eronek ZHjhaurk 



foul. 

J^jhaur 
ZKjhaurk 



DEUX IEME PERSONN E. 



Her ori Heroni (i) Hihaur Hihaur 

Herorrek Heronek Hihaurk Hihaurk 



P- 
a. 



Gerok 



PLURIEL. 
PREMIERE PERSONNE. 



Geroni 

Geronek 



Guhaur 
Guhaurek 



Gihaur 
Gihaurk 



P- 
a. 



Zerori 
Zerorrek 



DEUXIEME PERSO N N E. 



Zeroni (i) 
Zeronek 



Zuhaur 
Zuhaurek 



Zihauj 
Zihaurk 



(i) On prononco genera Icment : neoni, heoni, ^eoni. M. Duvoifin, Etudt fur la decli- 
naifon bjfque. 






bifc. 

p- 

a. 



PLURIEL DU PLURIEL. 
DEUXIEME PERSONNE. 

gulp. lab. bn. 

Zerok Zerok Zihaurek 



Zeroe.t 



Zihauriek 



P; 


Hera 


Herbera 


a. 


Herak 


Herberak 


P- 


Heron 


Herorre 


a. 


Herorrek 


Herorrek 


P- 


Her au 




a. 


,- Heronek 





SINGULIER. 
TRO1S1EME PERSONNE. 

Hera 



foul. 
Zihaurek 



Herak 



PLURIEL. 



"Berak 



p. Eurak Her ok 
a. Eurok 



Le pronom haur eft remplace par on, him, pour former le fujet 
agent hunek, onek; inais ici haur -J- k, haurk fe retrouve comme fujet 
agent dans ies dialecles bn. & fouletin : nihaurk (i) ^moi-meme 3 ^ 
hihaurk (i) ^toi-meme". 

En labourdin,, on dit egalement bien nerori, herori, \erori, qu'on 
prononce neori, 5cc. (2). Selon le ^Manuel bafque, on dit nerone, 

lerone. 

i 

(1) Pouvreau ecrit neurk egin dut ..j'ai fait moi-meme" ; & Dechepare, p. 20, hiaurk , 
le h eft elide. 

(2) Etude dt la Conjugaifon bafque, par M. Duvoifin. L'auteur ecrit partout o/r/, ce qui 
fera 1'ortliographe admife niais orri n'e.\ifte pas comme ptonom ifole ; c'eft on. 



9 6 

Le guipuzcoan a nerau de nere-au, comme herori de here-ori ; 
i de ^ere-ori ; gerok de gere-oyek ; partout le genitif fuivi du de- 
monftratif. Puifque nire, hire, ^ere font en ufage., il eft probable que 
gere eft aufTi employe en guipuzcoan ; mais jufqu'ici nous ne Tavons 
pas trouve. Le bn.,, qui a pour genitifs mure & eure, fait neurori 
<3c eurori ; v. Jean i, 22. 

Au pluriel., les dialecles bafques efpagnols ne font pas de diffe- 
rence entre le fujet patient & le fujet agent; mais puifque le pluriel 
IH eft employe comme un fingulier,, on trouve -[erori patient & ye- 
rorrek agent; c'eft-a-dire le pronom perfonnel piuriel yu, fuivi de 
pronoms demonftratifs au fingulier. Pour le pluriel_, on a forme ^erok 
de ^ere-oyek ^vous-memes'\ 

Les dialedles bafques franais., diftinguant le patient de Tagent au 
pluriel,, difent ^erok patient & -[eroek agent, Le bn. indique cette 
difference par un accent,, qui ne fignifie rien^ ^ihaurek-^ihaurek. 

Une des varietes labourdines a ajoute deux demonftratifs aux 
pronoms perfonnels ; nihoroni ^moi-meme" de ni-haur-oni; hioroni, 
de hi-aur-oni, & ainfi de fuite. Les pluriels correfpondants font 
guhoro 3J nous-memes^ <3c ^uhoro ^vous-memes >:> . Ce piuriel s'ex- 
plique difficilement; & bien que ces pronoms foient en ufage felon 
toute probabilite, la forme plurielle eft evidemment vicieufe. 

Le dialecle fouletin a fait la meme chofe ; on trouve chez Deche- 
pare (i) : Hayek ^er merexi duten ^uhaurorrek ikhuft^u. ,, Regard ez 
vous-meme ce que ceux-la meritent 37 . Zuhaurorrek eft forme de 
-{u-haur-orrek. 

La troifieme perfonne eft her a g. bn. & berberu. lab. Larramendi 
& Lardizabal traduifent ce pronom par el mifmo (2) ,,lui-meme"; 
il eft done compofe, comme berau de bere-au & berori de bere-ori ; 
& il faut alors que ce foit de bere-a. Suivi de n (genitif),, il fait 
beraren; de kin, berarekin; de n (locatif), bereran; de k (pluriel), 
berak & ainfi de fuite. "Berber a eft la reduplication de bera, comme en 
efpagnol mifmifimo. 

(1) Ane, p. 29. Gr., p. 10. 

(2) Poeftes, P . 59. 



97 

n. 

Les pronoms pojfejfifs. 

Les pronoms pofTeffifs font les genitifs des pronoms perfonnels. 
Comme ces derniers fe terminent par une voyelle, le genitif a ler 
euphoniqueintercale; neu -\- n fait neuren ,,demoi 3> 5 voirle fuffixe n. 

II eft remarquable que le fuflixe n fe foit perdu & qu'il ne foic 
refte que le groupe infignifiant re, dont la premiere lettre eft une 
lettre euphonique & la feconde une voyellede liaifon, afin de pou- 
voir prononcer rn. On trouve un autre exemple de la chute de Yn, 
bien qu'il foit la caracleriftique de la categoric, & c'eft dans 1'impar- 
fait aezcoan (i). En general, le n final fe perd tres fouvent, 
& Thabitude de ne pas le prononcer aura entraine fa chute dans des 
mots comme les pronoms pofTeflifs ou fa fignification n'aura plus 
ete fentie, & ou le groupe re indiquait affez qu'il s'agiffait d'un 
genitif. 





bile, lab. bn. 


bile. 


guip. lab. 


loul. 


mon 


neure 


. nire 


nere 


ene 


ton 


cure, heure 


hire 


hire 


hire, heure 


notre 


geure 


gure 


gure 


goure 


votre 


^eure 


%ure 


lure, iere \ 


feO \ oure 



Ces pronoms font invariables, & puifque ce font des genitifs, ils 
precedent le nom, qui doit etre defini : nere echea ,,ma maifon"; 
nere echeak ,,mes maifons 3 ^ litt. ,,la maifon demoi 53 ; ,,les maifons 
de moi 33 . Heure e^aguiia, Dechepare, ,,ta reconnaiffance 3 J . Hire 
enganatuya ,,ton erreur 33 ^ eure mende gucia ,,tout ton pouvoir 33 , 
Dechepare, Toefies, p. 40, ed. de 1847. 

Les diaiectes bafques fran^ais ont une variante, ene, pour la pre- 

(i) En hollandais, le n, figne de pluralite, s'ecrit toujours & ne fe prononce jamais 
(dans la converfation) ; on dit de paarde pour de paarden ,,les chevaux". 

7 



9 8 

miere perfonne <5c difent ene etchea ,,ma maifon". Le dialecle fou- 
letin parait avoir fixe fon choix fur ene (i) comme pronom poffefTif, 
& neuria, nouria fert comme adjedlif poifeffif ^le mien" (2). 

On a voulu etablir une difference entre ene & nere; mais elle ne 
nous parait avoir aucune valeur. A ce propos, M. Duvoifin dit (3) : 
,,Le bafque tire ene ^mon"", du genitif, & nere j,mien" du paffif 
y) ni )} moi" . M. *** ne connait pas la diftindlion qui exifte entre ces 
detix formes. II dit ,,,mien pere'% au lieu de , } mon pere'% ene 



",aita" 



Nous avons relu ce paifage differentes fois, mais fans le com- 
prendre. Ene derive du genitif, dit M. Duvoifin. Mais de quel 
genitif? D'abord, un pronom poifeffif ne derive pas d'un genitif; 
un pronom pofleflif eft un genitif 5 mais ou trouver le nominatif de 
ene? Ene eft un mot difficile a expliquer ; mais Implication de 
M. Duvoifin ne nous avance guere. Ene n'a pas la forme d'un ge- 
nitif; c'eft tout ce que nous pouvons en dire. Ene eft fi peu un 
genitif , que Dechepare forme de ene le genitif pluriel eneyen ; 
I^terbegier eneyen, Toefies, p. ^8^ ,_,aux ennemis de moi", Barnes 
ennemis'^; & le fouletin de nos jours parait encore polfeder un 
datif eni. Au contraire,, nere ou nire eft le genitif de ni & par confe- 
quent fignifie ,,de moi" 3 5c ainfi nere aim veut dire 35 le pere de 
moi^ ? . Que Ton dife de nos jours generalement ene au lieu de nere, 
& que quelques dialectics (le fouletin par exemple) aient une prefe- 
rence pour ene, cela eft fort poffible ; mais Tetymologie n'a rien a 
voir dans Temploi de ces deux pronoms,, qui,, au refte^ du temps 
d'Axular & de Haramburu,, etaient employes Tun pour Tautre. Le 
premier de ces auteurs dit dans la preface : U^eure Jaun mairea, 
& Haramburu ecrit: V^eurebaiihan, neure contra. Par centre ,,mien" 
qui fignifierait nere, felon M. Duvoifin^ eft rendu par Axular par 
ene: Ordea eneac dira faltac, Lenrederecom., p. %, anc. ed ,,Cepen- 



(1) Ene ginco hona. Ene fait a-*. Voir Prdne fouletin, 1676. 

(2) M. Geze (Elements degr. bafque, p, 62) s'embrouille dans la nomenclature &. appelle 
les adje&ifs poffefTifs des ,, pronoms pofleffifs". 

(}) Aftes de la Socie'te philclogique, tome iv, mai 1874. Examen critique du ,, Guide 
ele"mentaire de la converfation bafque-francais, lab., precede d'un abrege de grammaire". 



99 

dant, les fautes font miennes". Les memes auteurs ecrivent auffi: 
ene arima, ene ganik, &c. Encore quelques exemples : U^eure buruari 
ungibehat^enbadiot, Chourio. ^Si je me confidere bien moi-meme". 
TSaldinneure aufangoa, Licarrague,, Epitre dedicawire du 5\\ T. 3 p. xx 
(voir Documents, &c., de M. Vinfon). ,,Si ma hardieffe" . . . Hunetan 
applied ahal de$aquet neure defenjionetan, p. xxn. ^Je pourrais faire 
fervir a ma defenfe" . . , Ene manera halaco bacen-ere, p. xx. ^Encore 
que ma condition foit telle"... On le voit, ces auteurs ne font au- 
cune difference (i). 

Le pronom poffeffif de la troifieme perfonne eft rendu par here. 
Ce here parait etre le genitif d'un pronom be, qui ne fe trouve plus 
aujourd'hui,, fi ce n'efl dans la troifieme perfonne de Timperatif ; 
ikuji fait bekus ^qu'il voie^' de b-ekus; ekarri fait bekar de b-ekar 
,,qu'il porte'% &c. *Bere a done etc beren, mais comme les genitifs 
de tous les autres pronoms perfonnels, il a perdu le n final. 

TSere eft employe par tous les dialectes & fignifie ,,fon". TZere 
echea ^^fa maifon 5:> . Trefuna haferretuenanean, bere gogara da deabrua. 
33 Parmi les gens coleres., le diable eft a fon gre". Axular,, p. 109^ 
n. ed. TSere adiskideak, ,,fes amis". 

Le pluriel , 3 leur" eft rendu par beren en b. g., mais dans les 
dialecles bafques francais bere fert pour ,,fon" & pour ,,leur"^ ce 
qui eft plus correcl; p. ex. bere dembora gu^ia progotchoski emple- 
gat^en \uien, Chourio^ p. 61. , Jls employaient utilement tout leur 
temps 3 3 . 

En gulp, on emploie beren : tH^pla e-fin adierayo dituyten beren 
efakariak. Lettre de Larramendi a Mendiburu,, p. %, redlo. r> Comme 
ils (predicateurs) ne pouvaient faire comprendre leurs difcours". 
On fe ferait plutot attendu a une feule forme dans les dialedles 
bafques efpagnols,, puifque la langue efpagnole dit ,,fii" pour fon 
& leur (2). 'Bere etant un genitif comme nere, iure, &c., aurait du 
etre auffi invariable. 

(1) La difference que fait M. Geze (Elem. de Gr. bafque, p. 62) entre enia ,,le mien" 
& neuria ,,le mien propre" n'a aucune valeur etymologique ; 1'ufage peut avoir fanftionne 
cette difference en fouletin. 

(2) II eft etonnant que ni Larramendi ni Lardizabal ne faffent mention de bere. 



100 

On peut encore rendre le pronom poffeflif de la troifieme per- 
fonne par le genitif du demonftratif a: aren ,,,de lui" = ^fon'% 
& ayen ,,de eux" = ,,leur". Ceci eft 1'ufage dans tous les dialedes, 
& c'eft aufli Fufage en efpagnol ; p. ex. Von Miguel... cenifico 
que aviendofe vijto por los Senores de el. ^Don Miguel certifie que 
Fayant vu pour les Seigneurs de lui., c'eft-a-dire pour les MefTieurs 
du Confeil. *Bere debo^io gu-[iarekin galdu ^en a^kenean \eren haren 
deboiio gufa deboiio aiala -{en. Mendiburu, p. f . ^Malgre route fa 
devotion, il s'etait perdu a la fin, car toute fa devotion etait (une) 
devotion exterieure. (oA-^ala?) 

Le dialecle bifcai'en a encore le pronom euren, eureen ^fon_, leur'^. 
Eta cure fahak ixilik aukitia (i). Olaechea, p. 7^. } ,Et laiflent leurs 
fautes (des parents) cachees". Emenbada erakujten dira arrisku ta 
arimeen laban arrijak, euri aldendu... J.-J. Moguel. Echeco efcolia, 
TSerba aurrecoa. ^Ici done font enfeignes les perils & les fombres 
gliffades de Tame, le fuir a eux (le moyen de les fuir)". Sanra 
'Barbara dago ^eruban } ra eureen gurafuak inpernuban. Moguel^ p- 9* 
^Sainte Barbe eft an ciel & fes parents en enfer". liana egin 
e-[kero (egine% geroj eurakan dana. Moguel^ p. 9. ,,Mais apres avoir 
fait ce qui efl en eux 35 . 

Ce pronom eureen a la forme d'un genitif & ferait conclure a un 
nominatif eu, avec la fignification d'une troifieme perfonne, 3;) il"; 
or eu efl 3 ,tu". Mais il parait certain que les dialecles bafques efpa- 
gnols ont perdu Tafpiration 5 eu ^uf' eft done pour heu, & eu 
pourrait etre ,,iP'. Ceci ne nous mene pas encore beaucoup plus 
loin, mais cependant la regularite des trois perfonnes eft remar- 
quable, neu, heu, eu, geu, ^eu; & nous aidera peut-etre a decouvrir 
un jour la veritable fignification. 

Le pronom poiTeffif ^ure ,,,votre" etant employe pour } ,ton' } } il 
a fallu faire un autre pluriel ; ou plutot, comme Ton avait fait un 
pluriel ^uek ^vous", ce -[uek a donne un genitif -[uen, c'eft-a-dire 
-}- "; ^de vous = votre"; p. ex. f uen alta ceruetacoac-ere 
barka diet^uen guen faltac. Marc xi, 2f, T. R. ^Afin que 

(i) Nous ignorons la fignification de aukitia. 



101 



votre Pere qui eft aux cieux vous pardonne aufli vos fauces". 
En fufTixant aux pronoms pofleffifs 1' article, on forme ce que Ton 
appelle dans nos langues des adjedifs pofleflifs, neuria, nerea ,,le de 
moi le mien"; hire a ,,le de toi = le tien"; berea ,,le fien", 
gurea ,, ; le notre", -[urea ,,le votre", berena ,,le leur". 



12. 
Le pronom reflechi. 

Le pronom reflechi eft rendu en bafque par bum j,tete" : *Beren 
buruak billofak ikuji -[Iran ,,ils fe virent nus". Hainan guardi ema^ue 
burueiy lab. "Baina beguira eiegue $uec ceuron buruey. Marc xni, 9. 
is prenez garde a vous-memes". On voit par cet exemple que 
burn eft plutot confidere comme nom ; la traduclion litterale du 
labourdin ferait : ,, Prenez garde aux tetes de vous"; ^uen eft pour 
\ueh-n dont le k s'eft perdu: 5j) de vous". Ceuron parait etre pour 
-[eure-one ^vous-memes"., ce qui indiquerait que la phrafe eft conf- 
truite d'une autre fac^on. 

'Burn ne fert pas feulement pour la troifieme perfonne, mais aufTi 
pour la premiere & la deuxieme du pluriel. Nous n'avons pas trouve 
d'exemple avec la premiere perfonne du fingulier. On die done : 
Goure bwia, youreburia. Goure buria be^alabeha^ da proximo a maithaiu. 
-,,11 faut aimer le prochain comme nous-memes". Certan iuya hie 
vaytagac eure y-^erbeguia , Hanan condemnacen duguec yhaurc eure 
burua (i). D'apres Torthograph-e moderne : Zertan iuya hik bayia^ak 
eure i^terbegia, hanan condemnacen dukek ihaurk eure burua. J5 Tu feras 
toi-meme condamne en cela en quoi tu as juge ton ennemi". 

(i) Dechepare, Poefies, p. 60, ed. 1848. Ces deux vers contiennent plufieurs fails 
intereffants : i 1'emploi de e\an au prefent de 1'indicatif hie iuya bay-da^a ,,tu juges" ; 
2 la chute de \'h initial de hihaurc (yhaurc) ; 3 la repetition du pronom jufqu'a trois fois, 
ici peut-etre a caufe du metre hi-haur-eure-burua. 



102 



EI duiun lure buruai urgiilu-jko gogoetarik (i). ,,Que vous n'ayez de 
penfees orgueilleufes de vous-meme". Zergarik iruki nai de^u -[lire 
buruba be/ten k bano jakimfuagotiat (2). ^Pourquoi voulez-vous pa- 
raitre plus qu'un autre quant a (vos) connaiffances" ? 



'3- 

Le pronom relaiif. 

Le pronom relatif eft exprime par le fuffixe n, quand il s'agit du 
fujet ou de Fob jet : Sagarra min egin didan ga^iegi ^an ^la pomme 
qui m'a fait mal etait trop aigre". T)idan eft forme de dit -f- n; dh 
fignifie 5J il a a moi'% & n eft le pronom relatif ^qui", ainfi 
^que il a a moi". La phrafe etait primitivement,, felon toute appa- 
rence., min egin det non ga^ie'gi ^an (3). &Q>n pouvait difficilement 
exprimer autre chofe qu'un cas droit., & pour rendre les cas obli- 
ques on s'eft fervi du pronom interrogatif ^ein ^qur" fuivi de 
Tar tide a, \eina ou yena ^lequel 5 ^; p. ex. eche au ^enaren -{u bide 
lerajabe (2) ^cette maifon de laquelle (dont) vous paraiffez etre le 
maitre". Zefiaren genitif de ^ein. Eli^ au -[enari eman \ioten gure 
gurafoak ain be/te urre (4). 3J Cette eglife a laquelle nos ancetres 
donnerent tantd'or'\ Zenari datif de fein. 

Uemploi des cas obliques de ^eina ou ^ena ou -foina, felon les 
dialecfles,, aura eu, croyons-nous,, une certaine influence fur Temploi 
du pronom relatif comme fujet ou objet, & de la Tufage exception- 
nel dans quelques dialedles, & ufuel dans quelques autres., de ieina 
comme fujet ou objet. 

Le remplacement de n comme fujet ou objet par lein, c'eft-a-dire 



(i) Chourio, Imit., p. 29. 
(3) Echeverria, Imit., p. 7. 

(3) Voir le fuffixe n. 

(4) Larramendi, Arte, p. 273. L'auteur ajoute qu'il n'y a pas d'autre maniere de s'ex- 
primer fous peine de parler mal. 



103 

d'un pronom relatif (quand bien meme demonflratif a Torigine)^ par 
un pronom interrogatif, peut paraitre inutile ou vicieux; mais il 
nous femble que Tufage en efl decidement vicieux quand, malgre 
lein on ajoute encore le n a la flexion verbale, comme le font 
Larramendi,, Moguel & autres. Dans Texemple cite ci-deffus,, Lar- 
ramendi emploie fein: Sagarra \einek min egin didan ga^iegi^an (i). 
*Bere argitafun ta burn ona^ ganetik eukan errijan ofaba oAbade on 
TCI jakitun bat lenek e^ bakarrik emoten eutfaian atarako liburubak... 
Moguel. Echeco efcolia,, p. 6. ^Outre Ton aclivite & fa bonne tete^ 
il avait dans le village un oncle, abbe bon & favant^ qui lui donnait 
non feulement des livres^ mais 5J> . . . 

Ici on ne peut pas prouver que le n relatif efl fous-entendu, puif- 
qu'il s'affimile avec le n final de Fimparfait; mais on a la preuve que 
le bifcaien fait ufage de ^eina comme fujet. 

L'emploi de ^ein ou \oin, felon les dialecT:es_, efl tres commun; 
chez Li^arrague., dans le Prone fouletin (1676), & chez Belapeyre : 
goin farijlam baitirate Tarropiai (2) ,,qui feront recompenfes par la 
paroiffe". 

Jufqu'a prefent nous n'avons pas reuffi a en trouver un exemple 
chez Dechepare. 

On fe fert,, comme Ton voit, de la forme indefinie dans les dia- 
iedles bafques fran5ais^ '[ein ou foin, <5c non pas 



Les pronoms interrogaiifs. 

Les pronouns interrogatifs font: nor, b. g. 1. bn.^ nour, f. ^qui' 
ien, b. g. iein, b. g. 1. bn. ioin, 1. ioun, f. 55 qui^ quel"; \er> b. g. 
1. bn. f. , 3 quoi, quel". 



(1) Larramendi, Arte, p 279. 

(2) Belapeyre, Catechimq, fee,, p. 23. 



104 

En bifcaien nor perd fouvent le r ainfi que ier. Zein da gfyn ham 
luhurra?...Chouno. ,,Quel eft Thomme fi fage"?... Zer da? ,,qu'eft- 
ce"? Zer! hoin lafler ba^kai? 1. ,,Quoi! vous vous en allez fi vite" ? 
tNj>r da hor?\. ,,Qui eft la"? U^ork nahi du karroan igan? 1. ,,Qui 
veut monter en voiture"? Zer da haur? ,,Ou'eft-ce que ceci"? 
Ax., p. 299. 

Les fuffixes s'ajoutent regulierement au nominatif de ces pronoms, 
excepte kin & t\at qui s'uniflent au genitif; nor -f- k fait nork pour le 
fujet-agent; en bifc. le r fe perd nok; nor -f- n fait noren ,,de qui", 
avec la voyelle de liaifon e (v. ch. vi, 4) nor + i fait nori ,,a qui"; 
nor -\- kin fait norekin, pour noren -kin, avec elifion de n devant k 
(v. ch. in) ; %ein -j- ^ fait \einek; \ein -j- z fait ^zVu, &c. 

Comme toujours les fuffixes n (locatif), -{, ko } ra, ron^ } s'unifTent 
aux pronoms fous la forme tan, ta^, &c. (v. le fuffixe k, ch. vin, 
4). Ainfi nor-\-n (locatif) fait norran; \ein-\-n, -[einetan; \er-\-n, 
^ertan; nor + i, nor^a^; -^er + i, lert^; ^er -f- ko, ^ertako. 



Les pronoms indefinis. 

'Bat. En bifcaien & en guipuzcoan le nom de nombre bat ^un" 
fert comme pronom indefini dans le fens de ^quelque" & regit le 
genitif: gi^onen barek ikuji du, ,,,,unhomme a vu". Gi-{onenbatdator, 
^quelque, un homme vient". Etorriko balit^ fedearen contra eferjiren 
bat. Confef., 89, V. Zavala, Verbo vafc.,, p. 20, n 3^. ^S'il venait 
une ou quelque perfecution contre la foi". 



u eft connu de tous les dialecles & fignifie ^quelques-uns". 
Ce pronom eft compofe de bat & IH. Dans les dialedes bafques 
fran^ais la terminaifon a conferve fa fignification d'un pluriel; dans 
les dialedles bafques efpagnols cette fignification s'eft perdue & Ton 
ne trouve plus que batiuk, b.,, ou batiuek, g. La difference entre le 



rof 

patient et 1'agent s'eft par consequent perdue,, du moins en bifca'ien. 
'Mais il y a partout un peu de defordre; Pouvreau ecrit: bat-ruck diote 
^quelques-uns difent"; puifque bat-yuek efl f agent bat^itk auraitfufli; 
mais il eft vrai., d'un autre cote., que fu pluriel, etant employe pour 
le fingulier & etant devenu ^uek ,,vous" pluriel, le chemin etait 
tout trace pour adopter cette meme forme ici. II eft fort poffible & 
meme probable que Ton confiderait ^u comme un fmgulier,, deja du 
temps de Pouvreau,, fans cela cette erreur ne fe ferait pas propagee 
jufqu'a nos jours. Chourio ecrit auffi : TSanpek on ditugu trifle 
garen demboran. Imit,,, p. 66. ^Quelques-uns nous plaifent dans les 
moments que nous fommes triftes". TSai-fuen beharra dugu ^nous 
avons befoin de quelques-uns" . 

La terminaifon IIL ) comme figne de pluralite, s'explique difficile- 
ment; comp. notre Diclionnaire. 

Elibat f. 3 ^quelques-uns 3:) . Nous ignorons comment ce pronom 
efl compofe. 

'Bakoch, b._, bakoit^ g.> bakotch. 1. bn.,, bakhoir^, f. ^chaque". II 
eft tres probable que ce pronom eft compofe de bar, dont le i a du 
fe perdre devant le k; mais koch nous eft inconnu. 

Ce pronom eft employe fubftantivement & adjeclivement , 
mais le guipuzcoan fe fert plutot de oro adjeclivement : egun oro 
5J ,chaque jour 5:) ; gi^on oro ,,,,chaque homme". Ta eskatuten deutfa 
gu^rioen egillari berba bakochari ta gu^riei iraatji. Moguel , Introd. 
J3 Et il demande au Createur de toutes chofes de jeter une parole a 
chacun & a tous 53 . 'Bakoiria bereii ,,,,chaque chofe pour elie- 
meme, feparee 5 '. 

TSatbedera ,,chacun^. Ce pronom n'eil en ufage que dans les 
dialecles bafques fran^ais,, & n'eft employe que fubflantivement. 
TSat bedera correfpond a Texpreflion fran^aife^ vieillie de nos jours : 
un chacun; all. ein jeder; angl. every one. 'Bedera parait fignifier 
,,feul'% voir ci-deffous. Eta borthetaric batbedera cen perla bedera^. 
T. R. Apoc. xxi,, 21. ^Et chacune des portes etait d'une feule 



io6 

perle". Jangoikoak nola duen batbedera formaru. Dechepare. ^Com- 
ment Dieu a forme chacun". 

Puifque bat refte invariable., il fera preferable d'ecrire, comme cela 
fe fait generalement,, batbedera en un feul mot. 

'Bedera n'exifte, de nos jours du moms, que dans les dialecles 
bafques francais. La fignification n'eft pas bien fixee; dans 1'exemple 
f.v. batbedera, bedera correfpond a ,,feul"; ainfi que dans le verfet 
fuivant : Viacreac diraden ema^te bederaren fenhar. I Tim. in, 12. 
.,,Que les diacres foient maris d'une feule femme". L'idee d'un 
,,fmgulier" eft done exprimee par bedera. Larramendi en forme un 
adjeclif, & dit dans fa lettre a Mendiburu : 'Bederako ergelkari.il 
,, Naivete finguliere' ' (i)! La verfion labourdine du N. Teftament, 
Bayonne, 1828, a dans le premier exemple perl a bate^, dans le fe- 
cond ema^te bakhar baten fenhar. L'origine refte inconnue, mais bedera 
fera un adjedlif comme bakhar. Nous ne trouvons pas bedera chez 
M. Geze,, mais bien batbedera; & aufli bedera^ka ^un a un" (2). 

TSana. Ce pronom fignifie , 3 chaque" dans tous les diaiedles, 
mais avec une fignification acceffoire diftributive & correfpondant 
a un datif: Emango di^utet eun fagar bana 3 ,]e vous donnerai a cha- 
cun cent pommes". M. Geze traduit bana par ,,chacun une 3 % & 
banaka par ,_,un a un". 

'Banaka eft forme de bana-ka, comme ^aldika ,,,a cheval" de 
ialdi-ka; ka fignifie 3 ,a, par"; foka ^par des regards", de fo-ka. 
'Bana parait etre forme de bat avec Telifion reguliere de i devant n 
(voir ch. in); mais la terminaifon ne s'explique pas. 

'Bertie , 1. bn., bejle, b. g. f. ,,autre". Ce pronom eft ecrit par 
Li^arrague berce, que nous ecririons berie, ce qui eft aufTi Fortho- 
graphe nav. efp., nous voulons dire fans le t. 

(1) Ni le primitif, ni le derive, ne fe trouvent, autant que nous fachions, dan; fun 
Diftionnaire. 

(2) Elements de Gr. bjfque, pp. 66, 268. 



107 

Le r eft une lettre qui fe perd tres fouvent dans tous les dialedes 
& furtout en bifcai'en. II eft par confequent plus que probable que 
les dialedes lab. & bn. <3c nav. efp. ont conferve une forme 'plus 
primitive. 

Nous avons propofe dans notre Diclionnaire de decompofer \)er\e 
en ber-ei ,,,pasle meme = autre 5:> . Comme forme & comme figni- 
fication., il n'y avait pas d'obftacles ferieux a cette etymologic. II 
fallait feulement admettre Thyperthefe de IV; berye pour bere-[. 

Nous croyions avoir trouve une variante dans Tadjeclif verbal 
bere%i, fepare. En depouillant bere^i de 17, terminaifon des adjedifs 
verbaux, il refte bere%, forme de ber- q 3J pas le meme,, diflingue^ 
fepare". 

Nous avions penfe un moment que c'etait le meme mot; bereft 
avec Farticle fait bereiia, & ber^e avec Tarticle fait ber^ea, mais peut 
faire ber^ia par fuite de la loi qui veut que e devienne i quand fuit 
Tarticle. Ainfi bere^ia & beriia pouvaient etre compares Tun a Tautre; 
mais ici il y a une raifon qui empeche de les confondre & qui nous 
avait echappee; le i dzmbereiia ^fepare" eft primitif, c'efl du moins 
un element formatif; tandis que dans berfia pour berfea ^Fautre "le i 
provient d'une mutation phonetique. 



it^y bn.,, anir^, g. bn., hainit^ lab._, anhit^, lab. foul, ^beau- 
coup". Ce pronom eft employe adjedlivement & fubflantivement,, 
& dans le premier cas precede le nom qu'il definit. cAnhit-^ lekhutan 
da bere aitaren amoreagarik ongi ethorria. Axular^ p. xiv, n. ed. 
,,Et il eft le bien venu dans beaucoup d'endroits pour Tamour de fon 
pere. Subflantivement : hainiti dire errahen duienak ,,\[ y en a beau- 
coup qui difent". Era enguien guieneiaric anhir{ec mireflen guten. 
Marc vi,, 2, T. R. "Et beaucoup de ceux qui Tentendaient^ s'eton- 



eit confidere comme un nom colleclif 5 le verbe fe met au 
pluriel. 

Iflor, g., inor, b. } nihor, 1., nehor, 1. b.^ nihour, ihour, f. 3 ,quel- 
qu'un". Hirur gurik eta hirur anhir^ek gali^en dute nehor. Pro verbe 



io8 

241 de Oihenart. ^Trois peu & trois beaucoup gatent le monde". 
Litt. quelqu'un. 

Ce pronom,, accompagne de la negation e^ ou d'un verbe avec 
un fens negatif, fignifie : perfonne. Inor e% dep illko, g. ^tu ne 
tueras perfonne". ZNjhork ethorri nahi badu ene ondotik. Chourio., 
p. 159 (Matt, xvi,, 24.) $>! quelqu'un veut venir apres moi". 
Selon Licarrague : 'Baldin nehor ene ondoan ethorri nahi bada. 

Inor fera probablement compofe de nor ,,qui" & de i, mais que 
fignifie le i initial? II faut fuppofer que les dialedes bafques franais 
ontune forme corrompue; hor ne fignifierait rien ici; il faut encore 
fuppofer que les autres dialecles ont perdu Tafpiration,, & inor fera 
pour hinor &par hyperthefe nihor. Mais encore hi -nor eft une forme 
que nous ne nous expliquons pas. Eft-ce que les pronoms perfonnels 
auraient pu avoir fervi ici pour indiquer le fens indefini de ce pro- 
nom? On le dirait pour nor bere ^chacun"; litt. y) lm qui^ lui- 
meme qui". 

Inor ou nehor fuivent en tout le primitif nor. 

Les fuffixes s'ajoutent toujours., felon les memes regies^ p. ex. 
inor -(- k fait inork; nehor -|- k, nehork; inor -)- n inor en; nehor + i, 
nehori. Les fuffixes n (locatif), -[, ko, ra, ront^, s'uniflent, comme 
toujours, fous la forme tan, ta^ &C.,, inor\a^ g., nehortan, 1. (?); 
en guip. inorgan. Voir les fuffixes n, i, gan. 



ity b. g. 1. bn.; nourbait, f. ^quelqu'un". Zh(orbeit, Li^ar- 
rague. Ce pronom parait etre forme de nor- bait. Ce bait transforme 
les pronoms de definis qu'ils etaient en indefinis. C'efl ainfi que ^er 
^quoi" devient ^erbait & non, nombait; exadlement comme en anglais 
le mot ,,fome" & en all. le mot ^irgend'^ p. ex. irgend einer 
^quelqu'un"; irgend wo ^quelque part''; en angl. fome one,, fome 
where, ^orbait eft done ^quelque qui"; mais d'ou vient bait? 
Peut-etre de baita 3 ,aufli". II nous parait que bait a ^auffi" derive 
de bai da ,,il eft oui 3 ^ c'eft-a-dire ,, 5 il eft en eflfet'\ Cette phrafe 
affirmative pouvait etre Torigine de Tadverbe affirmatif ^aufTi"; 
comme les locutions dubitatives quiza., efp. (qui fait); (il) peut etre,, 
font 1'origine des adverbes quiza & peut-etre. Comment le fens 



1 09 

affirmatif de bairn en eft venu a donner une valeur indefinie, ne 
s'explique pas pour le moment ; mais Tadverbe allemand auch 
,,aufft" remplit exaclement la meme fonclion : ,,wer auch,, qui- 
conque; whoever; ,.,wo auch" oil que ce foit, wherever; ,,wie 
auch" de quelque 39011 que ce (bit; howfoever. Les analogies ne 
manquent done pas. 

Les dialectes bafques efpagnols ont forme un pluriel de jwrbait 
en y fuffixant ^uek: norbair^uek ,,,quelques-iins". 



Zerbair, b. g. 1. bn., ^er ere, f. ^quelque chofe". Ce pronom 
parait etre forme deier-bair. Voir norbait. Zerbait emain di^ula, ujle 
de^un regerekin fart 



Zembait, b. g. 1., ^embat ere beit, bn., foumbait, f. ^quelqu'un"(i). 
Ce pronom paraic compofe de ^em, ou ieii } on fpun & bait; comme 
n fuivi de b devient m, on ecrit ^embait. Puifque ^ein ne fe dit que 
des perfonnes^ on s'attendrait a ne pas trouver ^embait applique a 
des chofes; cependant Ligarrague, Lardizabal, &c., s'en fervent dans 
ces cas la. Comp. notre Didionnaire ; norbait & bat femblent etre 
referves aux perfonnes. 

Eta han ciradenetaric cembeirec, eypata idoquiric, io cegan... Marc 
xiv, 47. ,,Et un de ceux qui etaient la tira fon epee & frappa". 
5\VA haurk ere ukhen di^it ^eynbayt ere amo. Dechepare, p. 36. 
auffi j'ai eu des (quelques) amours". 



bere, g. 1. bn., nor ere, bn., nor bera, b., nour ere, f. ,,cha- 
cun, quiconque". 

Le dialede bifc. ecrit auifi norbera & place, par confequent le 
fuffixe a la fin du mot; p. ex. &(j>rberak daukanerik... Olaechea, 
p. 79. ,,Quiconque poflede". Vauka ,,il poflede", daukan ,,qui 
poflede"; daukanerik, pluriel indefini, v. ch. vi, f. 

Les autres dialedles laiflent bere invariable & ajoutent les fuffixes 



(i) Larramendi ne diftingue pas entre fembat ,,combien" teftmbedt ,, quelques"; voir 
Arte, p. 37- 



I 10 

a nor. Been norc ere nahi ukanen baitu here vicia faluaiu. T. R. Marc 
viii, yf. 3 ,Et quiconque voudra fauver fa vie 5 '. 

Chourio fait fuivre a nor bere le fubflantif verbal (rinfinitif), ce 
que nous ne nous expliquons pas. Vanitate da aberaftafun galkhorren 
ondoan ibilt^ea eta hetan nork bere efparan^aren ematea. Imit., p. 27 (i). 
,,C'efl vanite de courir apres les biens periffables, & de mettre tout 
fon efpoir en eux". Vanitate dohakabe bat da halaber nork bere artha 
guiiak biiitie human ematea. 27 (i). ^Ceft vanite & auffi un malheur 
(quiconque) de mettre dans cette vie tout fon fouci". 

Elkar, g. 1. bn., alkar, b., alkhar, algar, f. ,,1'un Fautre, reci- 
proquement 3:> . 



, b., edo-[ein y g. 1. bn., edio-(oin } bn.^ edo-[oun y f. ^qui- 
conque., quelconque 3 ^ & auffi ^chacun^., du moins Moguel ecrit : 
Edo^enek daki erra^ago dana (il faudrait dala) gau^ia efaten egiten 
bano. ,,chacun fait qu'il eft plus aife de dire une chofe que de la 
faire". Eta baldin edoceinec replicatu nahi balu. Dedicace du N. T. 
de Ligarrague. ^Et fi quelqu'un voulut repliquer 3:> . 

Eier. Ce pronom correfpond de nos jours dans tous les dialedles 
a ^quelque chose^. E^er badauka onik (2). ^S'il contient quelque 
chofe de bon ?J> . Autrefois e^er a du fignifier ^rien"; comp. notre 
Didtionnaire pour Tetymologie de e-^er. 

Aujourd'hui pour exprimer ^rien" il faut qu'il fe trouve dans la 
phrafe encore une negation; p. ex. e-ga. (q da) e\er , 3 il n'y a rien". 

(1) Chourio. 

(2) Bartolome. Euscal errijetaco,lntrod. 



1 1 1 



CHAPITRE IX. 



LES NOMS DE NOMBRE, 



i. 

de nombre cardinam. 



I. 


"Bar. 


2. 


2z, fo'gfl. 


3. 


Hirur, him. 


4- 


Laur, lau. 


r 


S0/7-7, />^/?. 


6. 


J\ 


7- 


Za-/7/. 


8. 


Zort^i. 


9- 


'Bederar^i, berar^i. 


10. 


Hamar, amar. 


1 1 . 


Hamaika, amaika, hameka 


12. 


Hamabi, amabi. 



16. 



Hamahirur, amairu. 
Hamalaur, amalau. 
Hamabort^, amaboft. 
Hamafeij amafei. 



17. 

1 8. 

19. 

2o 

21. 

22. 

30. 

40. 
yo. 
60. 
70. 
So. 
90. 
IOO 
IOOO. 



ama^ort^. 
Hemererri, emerei^i. 
Ho get, oget. 
Ho gei 'tab ai, ogeiiabat. 
Hogei era bi, ogeitabi, &c, 
Hogei era hamar, ogeiramar. 
'B err o gei. 

H err o gei eta hamar. 
Hirurogei. 

Hirur ho gei eta hamar'. 
Law hogeiy laurogei. 
Laur hogei era hamar. 
Ehun, eun. 
cflfilla, mil a. 



Ce font les dialectics bafques efpagnols qui ont perdu le h initial 
& le r final : iru pour hirur, Larramendi cite encore dans fon Dic- 
tionnaire une variante curieufe de fei ; dont il donne le pluriel 
comme feyac &feyrac. Ainfi fei aurait eu aufTi un r final feir. 

L'article & les fuffixes s'ajoutent aux noms de nombre comme a 
tout autre nom & felon les memes regies. 



I 12 



"Bat -f- k caracleriftique de 1' agent ferait bark ; par confequent on 
intercale la voyelle de liaifon e afin de pouvoir prononcer le mot : 
barek ^un". 'Bar -f- a fait bata ^Tun" 5 fcflta -f- ,, agent, fait batak ; 
bat -f- n (genitif) fait baten ^d'un" 5 & forr -{- /z (locatif) fait batetan 
}) en un", & ainfi de fuite. *Bi + /z fait biren ,,de deux" avec /' 
euphonique ; fa' + ak fait fa'^A ,,les deux",, & fa'dA + 72 fait bien 
,,,des deux",, exadlement comme gi^onak -(- TZ fait gi^onen. 

'Bat, peut etre pris au pluriel, mais dans ce cas on ne dit pas 
batak. Le pluriel eft forme par ^ dans les dialedes bafques fran^ais, 
& par iuek, pluriel de -[u 3 dans les dialedles bafques efpagnols. 
TSatiu eft devenu pronom indefini avec la fignification de ^quelques". 
Voir les pronoms indefinis. 



2. 
de nombre ordinaux. 



Les noms de nombre ordinaux font formes des cardinaux en 
ajoutant la terminaifon garren y ou gerren en foul.,, a {'exception de 
bat ; on ne dit pas batgarren , fi ce n'eft dans les compofes : 
ogeitabatgarren ,,vingt & unieme"; on dit lehenbi^iko, lenbiiiko, 
lenengoa, lendabi-pkoa ,,le premier" de len-go ^de-avant"^ & lengoa 
53 le de avant" c.-a-d. le premier. Comp. notre Didionnaire f. v. 
len. 

La terminaifon garren eft obfcure ; nous avons propofe dans notre 
Didtionnaire de confiderer garren, gar -)- n comme un fuperlatif^ 
c.-a-d. un genitif, puifque les nombres ordinaux_, dans plufieurs 
langues,, font exprimes par des adjeclifs fuperlatifs. Comp. notre 
Dictionnaire. 

On dit done bigarren, hirugarren, &c. 



CHAPITRE X. 

LE VERBE. 
I- 

l^em arques prelim inaires . 

Dans une etude fpeciale fur le verbe bafque (i), nous avons tache 
de prouver que la conjugaifon bafque ne s'eloigne pas autant qu'on 
Fa cm de celle des autres langues. 

Sans vouloir nous difculper des erreurs que contient notre Etude, il 
nous fera permis de demander s'il eft ii etonnant que nous n'ayons 
pas reufli d'emblee a debrouiller dans tous fes details une conjugaifon 
embrouillee en elle-meme <5c rendue obfcure par une foule de theories 
tres pen fatisfaifantes. Heureufemenr, la plus grande erreur que 
nous ayons commife a ete denoncee dans Tappendice de 1'etude 
meme : c'eft celle qui fait deriver les flexions dut, dii^u, &C.., du nom 
verbal eroan. L'incertitude de la chute du k avait ete pour nous un 
obflacle a admettre que daukat , } }e tiens 5;> (de edukij, eut pudevenir 
dam , J'ai 3:> ; car aufTi longtemps que les lois phonetiques ne nous 
autorifaient pas a admettre cette elifion,, cette explication n'avait 
aucune valeur (2). 

Aujourd'hui, il n'y a plus de doute ; le k medial fe perd, &,, par 
confequent,, nous croyons reconnaitre dans les flexions de eduki 
^avoir" les flexions de eduki ,,tenir". Nous penfons cependant 
avoir contribue a eclaircir la queftion de la conjugaifon bafque, 

(1) Etude fur I'origine 6* la formation des verbes auxiliaires bafques. 

(2) Tout concourt a faire admettre iduki comme origine de la conjugaifon abfolue (dut, 
du-^u, du, &c.), feulement la chute du k doit etre certaine. Voir notre Etude fur I' origine., &.C.. 
p. 133. 

8 



n 4 

en indiquant eroan comme le nom verbal qui a donne les flexions a 
deux regimes pour 1'auxiliaire ,, avoir". Ailleurs deja nous avions 
entrevu rorigine de ces flexions (i), & plus nous avons etudie le 
verbe, plus nous nous fommes trouve en droit de maintenir FexadU- 
tude de notre theorie, qui a ete appelee ironiquement ,,originale 
theorie", & que nous demandons la permiffion d'appeler ,, theorie 
originate " (2). 

Jufqu'a prefent on n'a donne que des tableaux, ce qui n'explique 
rien ; on chercherait vainement un principe. Ce qu'il fallait, c'etait 
des lois, des regies,, une methode enfin, & bien que nous donnions 
auffi des tableaux, afin de rendre notre demonftration plus claire, 
nous croyons que nos regies fuffiront, jufqu'a un certain point, a 
conjuguer tout verbe bafque, tout comme les regies de la conju- 
gaifon des verbes des autres langues fuffifent, jufqu'a un certain 
point., a faire conjuguer les verbes de ces langues. Sous ce rapport, 
nous efperons faire rentrer la langue bafque dans la famille des 
langues naturelles,, d'oii elle etait bannie par fuite de theories oil la 
fantaifie regne en fouveraine. Le furnaturel a ete & eft encore tou- 
jours invoque pour expliquer le verbe bafque. Defefperant fans 
doute de trouver une folution rationnelie a la queflion de la conju- 
gaifon, on s'efl jete dans les bras de la theologie & Ton a voulu 
expliquer par un dogme chretien ce qui etait une difficulte gramma- 
ticale (3). 

Conjuguer, cefl afTembler,, dans un ordre accepte, le fujet, le 
nom verbal & quelquefois Tobjet (4). Cette definition, donnee plutot 
en vue des langues aryennes, s' applique parfaitement a la conju- 



(1) VOIP notre Diftionnaire, p. xxi de I'introdu&ion. 

(2) Comme le dit avec raifon M. Vinfon, dans fa critique de notre Etude, ,,Nous difle- 
rons abfolument d'avis fur les principes, fur le point de depart meme". Revue de ling., 
vol. vin, p. 154. Et ailleurs : Daroat ,,je 1'emporte" n'a rien de commun avec drauat. 
Revue de ling., vol. vn, p. 65. Nous attendons que M. Vinfon fafle connaitre fes prin- 
cipes, qu'il nous a promis depuis 1872, en difant : Deja mes dedudions prennent corps 
& je croia voir 1'edifice commencer a s'elever. Revue de ling., vol. v, p. 218. 

(j) Voir Revue de ling., vol. v, p. 200. 
(4) Littr, Dift., s. v. conjuguer. 



Ilf 

gaifon bafque; il n'y aurait qu'a changer le ,,quelquefois" en 
,,toujours". Le principe eft le meme ; dut n'eft pas plus extra- 
ordinaire que ,,j'aile"; feulement, en franc, ais, on ecrit ,,je-ai-le", 
dont la fyntaxe a fait ,,je Fai". En bafque., on n'ecrit jamais d-u-r, 
mais toujours dut. Pour le moment, ii eft impoifible de dire ce que 
la prononciation a fait difparaitre 5 d & t ne font que des reprefen- 
tants de pronoms 5 mais il eft tout auffi certain, croyons-nous, que 
le bafque draukat (bn.) fignifie ,,je 1'ai alui'% que le hollandais ,,ik 
heb't m" (i). Le hollandais eft pour : ik heb het hem, je-ai-le-a lui. 
'Draukat ou derokat eft forme de d-eroa-ho-t ,,je-lui-ai-le 3;> en lifant a 
rebours (2), Nous avons choifi une flexion ou les pronoms ne fe 
font pas bien conferves ; mais les pronoms de la premiere & de la 
deuxieme perfonne font identiquement les memes que ceux qui font 
employes ifoles. Ouand done une flexion eft obfcure, ce n'eft pas 
la langue qui eft bizarre ou divine,, ou tout autre qualificatif qu'on 
voudra lui appliquer, c'eft nous qui fommes dans Tignorance,, par 
rapport a fes lois phonetiques ou a fes particularites de prononciation. 
Encore un exemple hollandais ; pour dire : le lui as-tu dit ? nous 
ecrivons : hebt gy het hem gezegd ? mais nous pronon5ons hy't in 
gezeid ? Ainfi avec les e de liaifon .- hyetem := hebt gy het hem, 
as-tu-le-a lui. Les langues aryennes, bien qu'elles ne foient pas 
agglutinantes, fourniflent encore aflez de cas d'agglutination excep- 
tionnelle (dans la langue parlee) pour calmer letonnement caufe par 
des formes tres contradtees. 

La conjugaifon primitive, avec fes trois modes & fes deux temps, 
ne fuffifant pas a exprimer toutes les nuances voulues, la langue 
bafque a eu recours, comme toutes les autres langues, a d'autres 
verbes fervant d'auxiliaires. Le mecanifme de la conjugaifon eft tres 
fimple, comme Ton verra dans la fuite, ce qui nous a permis de re- 
conftruire avec pleine certitude, croyons-nous, la conjugaifon de tout 
verbe & par confequent de tous les auxiliaires qui ne font plus en 



(1) Si nous remplacons les apoftrophes par des e de liaifon, comme en bafque : iknebe- 
tein, le bafque &. je hollandais n'auront rien a fe reprocher. 

(2) Voir ch. xi, 3. 



n6 

ufage aujourd'hui. Ceft de la que viendra Implication de toutes ces 
flexions fi myfterieufes aujourd'hui; p. ex. ikuji dait ,Je puis le 
voir". 

T)ait eft la troifieme pers. fing. pres. indie, de edin ^pouvoir'% 
<3c formee de d-adi-t , Je-puis-le'% en lifant a rebours. Heureufemenc 
Licarrague nous a laiffe,, dans fon N. T., un grand nombre de 
flexions inufitees <3c inconnues aujourd'hui. II forme les imparfaits 
<3c les parfaits definis avec deux auxiliaires differents ; pour le verbe 
tranfitif, ce font euki & e^an; pour le verbe intranfitif, ce font i\an 
<3c edin (i). Pour le verbe intranfitif on s'en etait deja apercu, du 
moins dans les cas ou ce verbe n'a pas de regime 5 p. ex. Orduan 
lefus eramancedin. Matt, IV, I. ,,Alors Jefus fut emmene". Oihenart 
eft le premier, fi nous ne nous tromppns^ qui ait indique 1'emploi de 
Fimparfait de edin comme auxiliaire du parfait defini; mais cette 
forme fautait aflez aux yeux pour qu'on dut s'en apercevoir. Les 
flexions avec deux regimes comme auxiliaires des verbes tranfitifs 
font moins faciles a diftinguer; p. ex. eta bere thefaurac... prefema 
ciei^pien. Matth. n, 11. )} Et ils lui prefenterent les trefors". 
Ciet^pten vient de e^an; c'eft la troifieme pers, plur. imparf. indie, 
avec deux regimes ,,,les a lui'% 5c formee de ^-it-^a-ho-te-n. 

Ces memes flexions fe retrouvent aujourd'hui comme auxiliaires 
du fubjonftif, & alors fuivies de la conjonction n ,,que"$ ce qui ne 
change rien ici^ puifque Timparfait fe termine par un n, 6c les deux n 
s'affimilent. 

Peu a peu les myfheres difparaiflent & les terminaifons ou termi- 
natifs d'autrefois deviennent des flexions. II en eft de meme des 
modes & des temps. Nous verrons que le futur & le condidonnel 
ont ete formes d'apres le precede fuivi par les langues romanes. 

Un ouvrage que nous citerons fouvent dans le cours de ce chapitre 
efl celui de Zavala : ,,,1 verbo regular vafcongado del dialeclo 
vifcaino por Fr. Juan Mateo de Zavala, &c. San Sebaflian,, 1848". 

Nos vues, radicalement oppofees a celles de Tauteur,, qui ne voit 
que des terminaifons dans les flexions du verbe, font caufe de nom- 

(i) Voir la fyntaxe. 



breufes obfervations fur ce travail,, tres complet dans fon genre^ mais 
tres confus, malgre Tordre apparent qui y regne. 

Notre critique aurait porte fans doute fur un moins grand nombre 
de points^ fi Ton n'avait tente de nos jours de faire paffer Fauteur 
pour une autorite a invoquer ou plutot a impofer. 



2. 
Le verbe en general. Claflifi cation du verbe. 

Les verbes bafques felon leur nature , leur fignification & leur 
conjugaifon ^ peuvent fe divifer en deux clafles. 

i Verbes primitifs <3c verbes derives. 

2 Verbes tranfitifs <3c verbes intranfitifs. 

3 Verbes reguliers & verbes periphraftiques. 

Un verbe eft primitif comme ekarri ^porter^'j joan Caller' 5 . 

Un verbe eft derive comme appaindu Corner" de appain ^orne- 
ment"; garbitu ^nettoyer^ de garbi ^propre 53 . 

Un verbe eft tranfitif comme ekarri ,, porter" 5 intranfitif comme 
Joan Caller". Ce n'eft pas feulement la fignification qui indique 
qu'un verbe eft tranfitif ou intranfitif; c'eft auffi la conjugaifon qui 
eft differente., du moins au prefent de Tindicatif. 

Le verbe primitif eft le feul qui ait une conjugaifon reguliere ; 
ek.irri fait dakart ,,je le porte 3 ? ; joan fait noa ^je vais". 

Les verbes derives font tous conjugues par periphrafe ; c'eft-a-dire 
que la conjugaifon fe compofe d'un nom verbal accompagne d'un 
auxiliaire 5 on ne dit pas 5 ,je vois" mais 5,j'ai en vue'% ikuflen 
dut. Ikuflen eft le nom verbal (nom au locatif) 5 dut eft Tauxiliaire. 
Cette conjugaifon eft d'une date plus recente. 

Le verbe regulier correfpond a peu pres a nos verbes ; c'eft un 
nom verbal flechi de differentes manieres,, pour indiquer les differents 
temps & les differentes perfonnes. 

La conjugaifon des verbes reguliers eft la conjugaifon primitive. 



Les verbes auxiliaires font eux-memes des verbes primitifs, reguliers; 
il s'en fuit que fans verbes reguliers, pas d'auxiliaires, & fans auxi- 
liaires,, pas de conjugaifon periphraftique. 

II n'y a aucune raifon pour ne pas admettre que tous les noms 
verbaux primitifs aient eu autrefois une conjugaifon reguliere $ c'eft 
fans doute la tendance a preferer la periphrafe qui efl caufe de ce 
que le nombre de ces verbes diminue de jour en jour. On trouve 
chez Licarrague, Axular, Larramendi, &c., plufieurs noms verbaux 
conjugues regulierement, & qui ne le font plus de nos jours que par 
periphrafe 5 p. ex. ikuji qui fait aufli dakuft ,,je vois". 



3- 

Nous diilinguons trois formes verbales : 

i Le theme verbal : ekar. 

2 L'adjeclif verbal : ekarri. 

3 Le fubftantif verbal : ekanen. 

II ferait rifque, comme nous Tavons dit ailleurs (i), de pouifer 
Fanalyfe plus loin & de rechercher la racine de ces noms verbaux. 
II fe peut que le theme,, dans quelques-uns des noms verbaux, foit 
en meme temps la racine verbale, comme as de aji, ar de artu, gal 
de galdu; mais nous ne poffedons aucun moyen pour decouvrir fi 
nous avons a faire a des formes primitives., fimples, ou bien fi elles 
font fimples feulement par fuite de degradation phonetique. 

Nous acceptons done pour theme verbal, ce qui refle de I'adjeclif 
verbal apres en avoir retranche la fyllabe ou la voyelle formative, 
qui fait du theme un adjectif verbal. Ce theme fe retrouve en outre 
dans Timperatif des verbes primitifs; la J 1 5 perfonne du fingulier 
efl le theme verbal, precede de la caracleriftique de la perfonne : b. 
Ainfi ibilli fait bebil 3 b-ebil ; ekarri fait bekar, b-ekar ; ebil & ekar font 
done les themes. 

(i) Introduction de notre Diftionnaire, p. v. 



"9 

4- 

Ladjeflif verbal. 

L'adjeclif verbal, de tout verbe bafque, eft connu ; c'eft la forme 
donnee par le Diclionnaire & que, par habitude,, on traduit par 
rinfinitif; 'eroji ^achete" eft rendu par ,,acheter". 

II y aurait peut-etre de la pedanterie a citer le participe pafTe 
correfpondant, & nous nous conformerons a 1'habitude de citer 
rinfinitif. 

L'adjeclif verbal se termine en /, du ou tu, quelquefois en ;z; par 
exception en e & o. 

Les adjectifs verbaux en e <5c o, comme erre ,,bruler"<5c eo ^tifler" 
font extremement rares, & paraiflent etre des racines verbales. En- 
core eft-il poflible que ces adjeclifs verbaux foient arrives a cet etat 
de fimplicite par fuite d 1 elimination. 

Les adjeclifs verbaux en n font beaucoup plus nombreux^ mais il 
eft difficile de decider fi le n appartient au theme., ou bien fi c'eft une 
lettre formative comme le i. La tendance de Yn a fe perdre comme 
finale, eft fi grande., & les cas oil il faut Felider, felon les lois pho- 
netiques,, font fi nombreux, que-les noms verbaux en n ne confervent 
cette lettre que dans Fadjedlif verbal non modifie. Devant k, r, I, t, 
le n difparait toujours, ainfi que dans les verbes intranfitifs 5 p. ex. 
joan Caller" fait au prefent de findicatif no a ,Je vais"; & Timpe- 
ratif de eraman eft berama ^qu'il emporte". On fe demande par 
confequent fi le n difparait, parce qu'il fe trouve a la fin du mot, 
ou bien, s'il fe perd comme dans noa } parce que la lettre formative 
(quelle qu'elle foit) fe perd toujours dans les verbes intranfitifs; 
p. ex. ibilli fait nabil ,,je marche", de n-ibil; eiorri fait naror ,Je 
viens'% de n-ewr; &c. Les deux cas font poffibles, & nous ne favons 
rien qui puiffe influencer la decifion dans un fens ou dans un autre. 
II ferait done premature de citer des themes verbaux ja, ema, era- 
ma, &c., au lieu deyan, eman, eraman, aufli longtemps que la queftion 



J2O 



ne fera pas decidee. Faudrait-il y voir des noms fyncopes avec 
egin? Egin eft ein en bifc. & een dans aifeen, de ars-egin. 

On pourrait croire que le n appartient au theme, puifque Ton 
trouve les variances i^an & i^andu; egon & egonclu; & qu'il n'eft pas 
probable que Ton ait ajoute les deux caracleriftiques de I'adjectif 
verbal n & du. Mais on trouve e\agun <3c e^agum, i^an & ifatu, egon 
& egotu; il eft done poffible que Ton ait etc tout auffi peu renfeigne 
par rapport a 1'origine de cet n, que nous le fommes aujourd'hui, & 
que Ton ait ajoute une feconde fois le figne de I'adjedlif verbal, la 
fignification du premier s'etant affaiblie ou perdue. 

Pour i & du ou tu, il nous femble qu'il n'y a pas de doute; ce 
font les veritables caracleriftiques des adjedlifs verbaux : eroji de 
eros; aji de as; artu de ar', galdu de gal. 

Mais il y a une difference marquee entre les deux caracleriftiques 5 
i ne fert jamais a former des adjeclifs verbaux derives 5 c'eft toujours 
du ou tu; garbi ^propre'^ fait garbitu ^nettoyer 3 ^; erra-^ ,,facile" 
fait erra-$iu ^faciliter^ & jamais erra-^i. 

Par centre du ou tu fert, ainfi que i, a former les adjeclifs verbaux 
des themes verbaux : eros fait eroji ,,acheter"; as fait aji ,,nourrir ?J ; 
ich fait ichi farmer "5 ar fait arm ,,prendre^5 gal fait galdu ,,per- 
dre". 

11 fe prefente ici une queftion afTez obfcure. Pourquoi eft-ce que 
i eft d'un ufage fi reftreint en comparaifon de du ou m, qui s'ap- 
plique indifferemment au fubftantif, a I'adjectif, a Tadverbe? Nous 
croyons pouvoir en donner Implication. 

Chacun a du s'apercevoir que la terminaifon du de Tad jedlif verbal 
a la meme forme que la j me perfonne du fingulier de Tindicatif : 
du ,,il IV . On traduit du par ,,il Ta'% mais du ne fignifie en realite 
que ,,1V^5 le-a, d-u. La 3 me perfonne fe fait toujours (prefque tou- 
jours) remarquer par fon abfence; c'eft la perfonne la plus imper- 
fonnelle de tout le verbe, & c'eft cette condition qui la rendait 
peut-etre plus propre que toute autre forme verbale a exprimer 
Tad jeclif verbal ou participe paffe. 

Le verbe en bafque, & dans beaucoup d'autres langues, eft fouvent 
rendu par un nom accompagne de I'auxiliaire^ ainfi matte 



121 

en all. ^lieb'% avec I'auxiliaire, fait maiie dm ,,je 1'aime"; maite du 
,,il raime"; en all. ,,er hat ihn lieb'\ Mais au fond maite du exprime 
feulement Faction d'aimer,, le fujet (il) n'etant pas indique. II eft 
vrai que Fobjet eft exprime par d ,,ie"$ mais les langues de plufieurs 
peuples demontrent qu'il a ete difficile pour quelques-uns d'entre 
eux de fe figurer une action fans objet (ce qui fera peut-etre la 
raifon, foit dit en paffant, qu'en bafque f objet ne peut fouvent pas 
fe feparer de la flexion). Quoique le figne y fut on n'a plus eu 
confcience de fa fignification & maite du en fera arrive a exprimer 
,,aime 3 '; & par fuite de F agglutination maite du eft devenu maitetu, 
puis maitatu, ad jectif verbal au fens de ^aime". 

La fignification de Fauxiliaire eft fi bien oubliee que les flexions 
font confidences comme des fignes conventionnels 3 des ,,terminai- 
fons" ou des ^terminarifs" (i)_, comme difenr, de nos jours encore,, 
quelques bafquifans,, qui n'y voient qu'un amas de lettres. Selon 
Chaho dm fe compofe de da-hour -a-t! 

II refte encore une petite difficulte a vaincre. 11 y a des noms 
verbaux comme far, fal, gal, ar, aji,.&c., qui ont 1'apparence d'etre 
des noms verbaux primitifs & qui cependant paraiffent comme ad- 
jeclifs verbaux,, fous la forme farm, galdu, faldu, arm, &c. Com- 
ment ces noms verbaux etaient-ils conjugues,, eux qui paraiffent etre 
primitifs,, avant que du fe fut ufe au point de pouvoir fervir de 
terminaifon ? 

La difficulte n'eft pas aflTez ferieufe, croyons-nous,, pour renverfer 
notre hypothefe par rapport a la terminaifon du; & peut-etre en trou- 
verons-nous Texplication dans les noms verbaux fuivants qui ofTrent 
des variantes : ejtali = eftaldu, it^ali = it^aldu, kiskali = kiskaldu, 
qu'on pourrait prendre pour eftal -f- i ou du, it^al -\- i ou du, &c. II 
nous parait plus probable que ejtali eft forme de efte-ari, & it^al de 
ich-ari, & kiskali de kisk-ari; comme afaldu eft pour af-ari-du; gofaldu 
de gofe-ari-du, &c. (2). 



(1) II n'eft guere facile de faifir la nuance de ces termes qui n'expliquent rien, ni 1'un ni 
1'autre. 

(2) Voir notre Di6l. bafque. 



122 

Nous avons done probablement dans arru,faldu } &c., des noms 
corrompus, contraries. Une feule letcre d'elidee change beaucoup un 
mot ; p. ex. e^agun en perdant le g fait e^aun; au prefent de Tindicatif 
daiaut ,,je connais". Un exemple qui femble confirmer notre hypo- 
thefe c'eft le nom verbal ari ,,etre occupe' 3 qui, accompagne de 
Fauxiliaire, forme diardut. Ce diardut a ete confidere jufqu'a prefent 
comme line flexion, & perfonne n'y avait reconnu diar-dut, pour 
yar-dw (i), & yardut a reparu, apres avoir perdu le t (qui eft le pro- 
nom ,,je 35 ), fous la forme yardun comme adjeclif verbal, fynonyme 
de ari; on avait oublie que la 3 me - perfonne de Tauxiliaire s'y etait 
incorporee. 

La terminaifon de Tad jedlif verbal fe perd fouvent dans les dialedles 
bafques francais; p. ex. eb'ak, atchik, idek pour ebaki, aichiki, ideki. 

Les dialedles bafques efpagnols ne font ufage du theme que dans 
Timperatif, ce qui n'eft que jufle; Timperatifa ete appele une inter- 
jeclion verbale. Le guipuzcoan dit par exemple : el akio ,,faifis-le 5 ^; 
ar eia-fii ^prends-le 3 ^; litt.: prenez-le. 

La tendance a abreger Tadjeclif verbal a produit, dans les dia- 
lecles bafques frangais des formes incorredles ; p. ex. ham de hamu, 
fyncope de handitu, de handi , } grand 3 '; laket de laketu, eskent de 
eskentUy &c. Comme on ne peut avoir forme d'autre ad jedlif verbal 
de handi que handim dont hamu eft la fyncope, il reflerait han & non 
ham, fi Ton fait tomber la terminaifon. Le r qui fe trouve dans to us 
les adjeclifs verbaux, appartient par confequent a la terminaifon 
dont la moitie, c'eft-a-dire la voyelle, s'efh perdue. 

II y a encore une obfervation a faire par rapport aux noms en i. 
II ne faut pas confondre les adjeclifs en i avec les adjeclifs verbaux 
en i; dans les premiers le i eft radical; dans les feconds il eft 1'ele- 
ment formatif de la categoric. Faute d'avoir fu cela, Tauteur ano- 
nyme d'un ,, Guide bafque" a forme bujtitu de bujli, adjedlif verbal, 
fignifiant ,,mouille". M. Duvoifin a releve cette erreur avec raifon, 
dans un article (2), par rapport a ce ,, Guide' 3 ; mais il n'en donne 



(i) Voir notre Dift. f. v. Jardun. 

(3) Etudes fur la langue bafque, par M. Duvoifin. Paris. 1874. 



"3 

pas la raifon. L'auteur parait memc avoir une autre opinion que nous 
par rapport a cet i. On lit dans un article qui a paru dans le ,,Con- 
gres fcientifique de France, tenu a Pau 1873", ce qui fuit: ,,Mais fi 
,,le radical fe termine par un k comme dans ebak (couper), atchik 
^(tenir), idek (ouvrir), un i euphonique precede le fuffixe : ebakit^e^ 
aichikiiie, idekit^e" . Le z, pour Fauteufj n'a done pas de valeur, 
c'eft une lettre euphoniqne; pour nous , au contraire , il eft la 
caracleriftique de toute une categoric de mots; & c'eft pour cette 
raifon que bufti ^mouille' 5 ne pouvait pas devenir bujlitu ; bufti 
etait deja un adjeclif verbal 6c ne pouvait pas admettre rw, autre 
caracleriflique du nom verbal. 

Le i n'eft jamais euphonique, & ebaki, adjeclif verbal indefini^ 
devient ebakia, adjeclif verbal defini. 

Mais comment decouvrir que bufti eft buft-i, adjeclif verbal 
^mouille'% & garbi , par exemple, adjeclif ^propre'^ dont on 
forme garbitu ^nettoyer^? Le fentiment de la langue guidera,, fans 
doutCj les Bafques; mais le fentiment trompe quelquefois & ce fera, 
croyons-nouSj a Tetymologie a decider la queftion en dernier reflbrt. 

Li^arrague n'ecrit pas toujours Fadjeclif verbal en i, fans cet ij 
p. ex. Tcpulu ilhumbean cer^anac argui handi ikujfi vkan du. Matt, iv, 
1 6. ^Le peuple qui etait aflis dans les tenebres, a vu (litt. a eu 
vu) (i) une grande tenebre". Eta Jefufec Galileaco irfas aldean gabilala 
ikus oilman bi anaye. Matt. iv> 18. ^Et Jefus marchant le long de la 
mer de Galilee vit deux freres. 



f- 

Le fubftantif verbal. 

Le fubftantif verbal eft un nom au locatif 5 il eft forme d'un theme 
verbal ou d'un nom, verbal ou autre, & du fuffixe du locatif n. Or 
comme le locatif, quand il eft indefini, s'exprime par tan (voir le 

(i) Ch. xii, ii. 



124 

futfixe n), & que le fubftantif verbal eft auffi indefini, la terminaifon 
du fubftantif verbal fe trouve etre tan ou ten; ikus fait ikuften; adi 
fait adietan. 

Le diaiede bifcaien a confervela forme en tan; mais comme tous 
les autres dialectes , il a generalement ten. Ainfi : erametan, b. 
Clever' '5 afaiketan,b. ,,fe raffafier''; par centre, ibilien, ikuften, &c. 

Du moment qu'on exprimait le locatif fmgulier indefini par un 
locatif pluriel, il fallait faire la meme chofe pour les noms verbaux, 
qui, fouvent, ne font que des noms fubftantifs 5 & c'eft ainfi qu'on a 
forme du fubflantif il ,,mort", le fubft. verbal iltan ,,dans mourir", 
litteralement ,,dans les morts". La terminaifon eft generalement 
ten, mais il nous parait qu'on peut admettre que tan eft la forme pri- 
mitive (i), comme il s'en eft conferve des exemples en bifcaien. Les 
modifications du nom verbal ont peut-etre contribue leur part a la 
mutation de la voyelle a en e. 

Iltan, pour en refter a cet exemple, eft done la forme primitive ; 
plus tard, quand il a fallu des noms d'actions correfpondant a nos 
infinitifs, on aura retranche le n, qu'on favait etre le figne du locatif, 
& c'eft ainfi que s'eft forme ilia ou ilie ,,mourir", nouveau fubftantif 
verbal, qui a fon tour etait pret a fubir toutes les modifications que 
les fuffixes pouvaient lui faire exprimer ; ainfi ilie 5: ,mourir'^ iltea ou 
iliia ,,le mourir'^ iheko ^pour mourir"; iltera ,,vers mourir", 6cc. 
Dans la conjugaifon, ce nom verbal devait etre un locatif 5 mais du 
moment qu'il etait admis dans la phrafe, foit comme fujet, foit 
comme objet, il pouvait, il devait perdre fa caracleriftique de lo- 
catif, puifqu'il fervait, en realite, de nominatif ou d'accufatif. 

Les noms verbaux comme ilie y ikufle, &c., font formes, nous 1'a- 
vons dit, de ilien> ikuften, & non ihen de ilie -\- n, & ikuften de 
ikufle -j- n. Nous croyons pouvoir le prouver & par la forme & par 
la fignification. Si ilte, correfpondant a peu pres a 1'infinitif, ,,mou- 
rir' J etait le theme de ilten, la terminaifon te ne s'expliquerait pas, 
tandis qu'elle s'explique parfaitement en la confiderant comme la 



(i) Selon Zavala, Verbo Vizcaino, p. 1 3, n 27, il faudrait ten; mais comme il ne donne 
aucune raifon, fon opinion a peu de valeur. On ditjinifetan dot ,,je crois". 



terminaifon du locatif indefini,, qui efl partout & toujours tan. Pour 
pouvoir conjuguer, il fallait un nom au locatif (i), qui devait etre 
neceffairement tan, puifque le fuffixe n fe prefente invariablement 
fous cette forme quand il eft indefini. En fecond lieu_, 1'idee abflraite 
exprimee par notre infinitif n'exifle pas en bafque ; ces formes 
en te ne font jamais employees pour rinfinitif ; ce mode fe rend 
d'une autre maniere;; p. ex. par le locatif du nom: u^ia\u jaien 
,,laifTez-moi manger"; litt. ^laifTez-moi dans (le) manger". Le 
fubflantif verbal en te ne fert que comme fubftantif, & il nous parait 
qu'etantd'un ufage relativement rare> il a du feproduire plus tard. 
Le nominatif ihe 5J ,mourir" Derive done du locatif ilten ^dans (le) 
mourir". La corruption de la terminaifon ne s'efl pas arretee la: 
ten efl devenu t^en. La variante t^en a remplace generalement ten. 
D'ou vient la fibilante ? Zavala dit (Verbo vizc.^ p. ij, n 24) que 
galdu, faldu, kendu, arm, farm, & peut-etre quelques autres adjeclifs 
verbaux forment leur fubftantif verbal en t^en, t^ean, i\oan, choan, 
t^aiten, felon les varietes du dialecle bifcaien 5 p. ex. fallen, falt^ean, 
fah^oan, falchoan, falt^aiien. D'abord Zavala embrouille deux efpeces 
de noms : fallen, fubft. verbal indefini^ <5c falt^ean, fubft. verbal 
defini (2). Mais la queflion de la fifflante refle,, pour laquelle nous 
n'avons aucune hypothefe a offrir. Lettre adventice^ lettre eupho- 
nique ou lettre de renforcement, &c._, ne ferait qu'un euphemifme 
pour ne pas dire ^j'ignore". 

Les dialedles bafques francais ont encore fouvent intercale un i 
dont 1'origine n'eft pas claire; p. ex. iyaiten = ifaren, emaiten 
= ematen. On en trouve de nombreux exemples chez Axular & auffi 
dans le catechifme fouletin de Belapeyre & ailleurs. On a explique 
cet i comme provenant de egiten; emaiten ferait la contraction de 
eman-egiten ; & f explication efl plaufible ; on fait que egin fe con- 
tradle en ein & eiten; mais on fe demande comment i-^an 6c en ge- 



(1) Ce n'eft pas feulement en bafque que Ton rend le verbe de cette facon ; en anglais, 
,,I am going" eft forme de la meme maniere ; going eft un nom au locatif. V. Leftures, 
vol. n, p. 20, par Prof. Max Miiller. En efpagnol : lo tengo en caro. 

(2) Zavala confond meme quelquefois le fubftantif verbal fit I'adje&if verbal. Voir la 
fyntaxe du verbe frequentatif. 



126 

neral tous les verbes intranfitifs feraient compofes avec egin? II eft 
vrai qu'il faut tenir grand compte de Tanalogie dans la formation 
des langues. Une forme comme falt^aiten, que cite Zavala (v. ci- 
deffus),, femble prouver que egiten fe trouve uni au nom verbal deja 
modifie; faldu (de fal-du) eft Tadjedtif verbal ; le fubfh. verbal eft 
regulierement fallen Cpour fallen'') Le t qui s'y trouve eft le t du 
locatif indefini ; or, dans falt^aiten il y a deux r. Salr^aiten fera done 
pour fahia-egiren, forme exceptionnelle. 

Par exception, on trouve dans le dialecle guip. des fubftantifs 
verbaux formes de fad jedlif verbal ; p. ex. beretur^en de beretu; 
de bam; mais beret^en, batmen font plus corrects. 



6. 

tes fubftantifs verbaux invariable*. 

Les noms verbaux dont nous allons parler font des fubftantifs 
& des adjeclifs, <5c le terme de ^verbaux" que nous leur donnons, 
faute de mieux, ne leur revient en aucune faon ; ils font employes 
comme noms verbaux & font invariables, c'eft tout. Larramendi les 
nomme ,,verbos determinables ?:> , 

II n'y a qu'un tres petit nombre de ces noms ; les voici a peu pres 
tous: gura ^volonte'^; nai ,,volonte"; al ^pouvoir'^ oi ,,cou- 
tume"; bear ,,befoin"; ujte opinion'^; iarr^_,,cher"5 bi^i ,,vivant"; 
il , 3 mort". On dit gura dot ,Je veux", & non guraf(en dot; aldet 
,,je puis", & non airmen det; behar dut ,J'ai befoin 3 % &c. Litte- 
ralement gura dot fignifie ,,j'ai volonte",, & aldet ,,,j'ai pouvoir". 
L'auxiliaire fe conjugue & le nom refte invariable comme en fran- 

is : j'ai befoin, nous avons befoin ; nai nuen ,Je voulais ?:> ; nai 
3, ils voulaient' 3 ; nai nuke ,,je voudrais"; nai lukete ,,ils vou- 
draient". 

Au nombre de ces noms, il y en a qui ont deja franchi la limite 
qui les feparait des autres noms verbaux & qui font employes de 



I2 7 

Tune & de Tautre maniere, furtout dans les dialectes bafques fran- 
cais ; p. ex. il, biii niaite; on dit fcqz n ai^ ou W^ir^/i nail ,,je fuis 
vivant"; maite dm & maitat^en dut 3 J'aime". II n'eft pas aife de dire 
ce qui a empeche ces noms de franchir, tous, cette limite 5 pourquoi 
ne pas dire hearken ou hearten det ,,fai befoin", d'autant plus que 
bearko det eft admis <3c indique, comme tThabitude, le futur ,,j'aurai 
befoul". Les dialedles bafques frangais ont adopte nahitu, nahh\en, 
behanu, behart^en y 6cc. 

La maniere d'exprimer une action ou un etat par un nom accom- 
pagne d'un auxiliaire fe retrouve dans beaucoup de langues. Le 
bafque maite dut } ,}e Taime" fe traduit exadlement en allemand par 
ich habe ihn lieb 5 maite eft ^lieb"; d-u-t eft ^ich-habe-ihn" en 
lifant a rebours. 

Le verbe qui accompagne le nom fubftantif ou adjectif n'efl pas 
neceflfairement 1'auxiliaire avoir., ni en bafque,, ni dans les autres 
langues non plus. En fran^ais,, le verbe ^rendre" fuivi d'un adjeclif 
forme,, ou peut former du moins, des locutions verbales : rendre mou 
= amollir ; rendre fort = fortifier., &c. Quelquefois meme on n'a pas 
le choix., & en fran^ais^ par exemple, il faut dire ^devenir (fe rendre) 
malade'% tandis qu'on exprime la meme idee en italien'par un feul 
verbe ,,ammalare". La langue bafque n'en eft done pas plus pauvre 
parce qu'elle fe fert d'une periphrafe (i). 

L'analogie du bafque eft encore plus grande avec les langues hol- 
landaife & allemande qui fe fervent du verbe ,,,maken j:> holl., 
35 machen ?:> all., ., 5 faire 3 % exaclement comme on fe fert en bafque 
de egln; p. ex. ,,dood maken" il egin ;j faire^ rendre mort", c.-a-d. 
,,tuer". Nous avons en hollandais les verbes ,,dooden" tuer; 
^fluiten' 5 fermer; ^openen" ouvrir; mais on s'en fert rarement 
dans la converfation^ ce ferait pedant 5 on dit plutot: ^^dood maken, 
toe maken,, open maken". 

Egin, comme tout verbe bafque, peut fe conjuguer periphraftique- 
ment, & le prefent de Findicatif eft : egiten dot, egiten dauk, egiten 
dau, &c., ,,je fais, tu fais, il fait", &c. Precede de il ,,mort", 

(i) La periphrafe eft de\ja connue en latin. Voir Diez, rom. gr., vol. n, p. no. 



128 

nous aurons il egiten dot ,,}e fais ou je rends mort'% c'efl-a-dire ,,je 
tue", exadlement le holl. ,,ik maak dood". Et ainfi il egiten neban 
,,JQ rendais mort" = ,,}G tuais", &c.; il egingo dot ,,}Q tue- 
rai"; &c.,, en laifTantle nom invariable. 

C'efl a propos de ces noms verbaux que Zavala dit (Verbo 
vafc., p. 72) que les bons auteurs des trois dialedles (apparem- 
ment bifc.,, guip. <5c lab.) emploient fouvent egin fimultane- 
ment avec Tauxiliaire ^ p. ex. il egiten dau arima ,,'ii tue Tame". 
Lorfatu egin nai ,J'ai honte". II ajoute que les bifca'iens ne font 
pas ufage de cette facon de s'exprimer autant qu'ils devraient 
le faire. 

II nous femble que Zavala ne s'efl pas rendu un compte exacT: de 
la valeur de ces faons de s'exprimer,, dont une eft tout autant fran- 
caife ou hollandaife que bafque. Nous avons vu que il egiten dau 
correfpond a }) \[ rend morr"; mais le fecond exemple loifaiu egin 
nail ne peut pas etre compare au premier. // egiten dau arima ne 
peut pas fe rendre fans egiten, tout aufli peu en bafque qu'en francais 
ou en allemand ; il dau arima n'a pas de fens. Sans egin il faudrait 
ilten dau arima, b. hilt^en du anima ; le fubilantif verbal filten) avec 
Tauxiliaire^ ce qui efl la forme habituelle. Au contraire^ lotfatu egin 
naii, me he avergonzado,, ^j'ai eu honte'% pourrait s'exprimer fans 
egin: lotfatu nai^ ,,}Q fuis honteux". 

II refte une autre queflion,, c'eftcelle de la valeur des temps. Nous 
avons donne plus loin (ch xi i , 7) un tableau des modes & des temps 
de euki comme verbe adlif^ auquel nous devons renvoyer le lecleur. 
Nous donnerons ici quelques exemples pour montrer la difference 
dans la formation des temps. tMaite dut efl un prefent ,,]Q Talme^; 
mais maitatu dut efl un parfait indefini ^j'ai aime 33 ; Texplication 
ferait fuperflue fi Ton pouvait traduire ma/^^Mr,litteralement 5 comme 
en allemandj ich habe ihn lieb^ ,,jc le tiens cher'% anciennement 
en efpagnol: lo tengo en caro. Du moment que ces nomsinvariables 
prennent la forme de veritables noms verbaux_, ils en prennent auffi, 
comme de raifon, la fignification ; maite efl devenu maitatu & mai- 
tat^en, & par confequent maiiaii^en dut fignifie ^je 1'aime' 3 ; maitatien 
nuen ,,je Taimais"; maitatu dut ,J'ai aime". Ce dernier temps, s'il 



etait rendu par maire, ferait maite i-[an det ou maite ukan dut, littera- 
lement en aliemand: ich habe ihn lieb gehabt ,,Je Fai eu cher". 
ZNj, aitak maite vkan nauen begala nic-ere maite vkan qaiiu^iet quec. 
Jean xv, 9. ,,Comme mon Pere m'a aime, moi auffi je vous ai 
aimes". Si Licarrague avaic voulu employer le nom verbal,, au lieu 
du nom invariable (maite) , il aurait dit comme Chourio, qui traduit 
le meme paflage ainfi : c4itak ni maitatu nauen be^ala, ^aiiu^tek 
maite (i). La derniere phrafe,, ^aitu^tet (& non 'jaitirftek) maite eft 
le prefenc , Je vous aime" (2) 5 ce temps aurait pu etre rendu par 
maitat^en ^aitu^tet ; p. ex. Hainan lembatenanare eftiago , eta go^pago 
^u maitat^en faittrftGnenrfai (3). ,,Combien plus doux n'etes-vous pas 
a ceux qui vous aiment". Prefque tous les noms verbaux invariables 
peuvent fubir cette transformation, furtout dans les dialectes baf- 
ques franca is : nahitu, behartu. Larramendi cite aufli naitu, guratu; 
v. Arte, p. 208. 



CHAPITRE XL 

LE VERBE RE"GULIER PRIMITIF. 

. I- 
Ce que ceft que le verbe regulier. 

Les verbes que nous appelons reguliers,, ont etc nommes irregu- 



(1) Imitacionea, p. 221. 

(2) Quelques verfions ont le pre'fent de 1'indicatif. 

(3) Imit., p. 167. Chourio. 



130 

Hers par les uns (i)., contraries par les autres (2). Nous les appelons 
primitifs <3c reguliers parce qu'ils font Tun & Tautre ; primitifs felon 
leur nature,, reguliers felon leur conjugaifon. 

Le nombre de ces verbes a conjugaifon reguliere eft tres limite 
de nos jours; la preference pour la periphrafe en a rendu fans 
doute la conjugaifon de plus en plus inufitee. Quelques-uns font 
employes des deux manieres : ikufi 5J voir" a conferve fa conjugaifon 
reguliere ; on dit dakuft , Je vois" ; mais on dit plus fouvent 
ikujien dut. 

Un certain nombre de ces verbes etait encore en ufage du temps 
de Lifarrague,, d'Axular, <3cc., & ne le font plus de nos jours; 
p. ex. erran ^dire". TSadarrague. Marc xi, 3. ,,S'il vous dit 5 '. 
tf^ehori hura e^lenoten harg.i^. Marc vin, 30. 33 Qu'ils ne le diffent 
a perfonne". Egln avait deja perdu Tufage de Tindicatif du temps 
de Larramendi. De plufieurs verbes il n'eft refle que Timperatif, 
autant que nous fachions ; p. ex. iguk, indak, emok, fignifient tous 
les trois ,,donne". 7720^ vient de emon ^donner'% mais ^772^77 ne fe 
conjugue que par periphrafe. 

Pour d'autres verbes comme eroji ^acheter'% on ne voit pas 
pourquoi ils n'auraient pas eu une conjugaifon reguliere,, tout auffi 
bien que ibilli; mais elle n'eft pas connue. 

Les verbes primitifs,, reguliers,, qui font reftes en ufage, font : 



VERBES TRANSITIFS. 

Edin, b pouvoir. 

Egin, tous les dial faire. 

Egoki, b. g convenir. 

Ekarri, b. g.; ekharri, 1. bn. f. apporter. 



(1) Larramendi, Arte, p. 23 3. 

(2) Inchaufpe, le Vffibe bafque, p. 445. Selon 1'auteur, pour citer un exemple, deramat 
ferait compofe de eraman &. de dut, & nago de naif & de egon. L'auteur ne dit pas com- 
ment ; ce qui n'aurait pas ete tout-a-fait fuperflu. 



Em-[un t b.; en\un, g. 1. bn ......... repondre. 

Erabilli, b. g. 1. bn.; erabili, f ....... mouvoir. 

Erago, b ...... .."... ........ etre occupe a 

Eraufi , g ......... , ....... bavarder. 

Erakotfi, g. ............... bavarder. 

Erechi, b.; erirp, g. I. bn .......... s'appeler, paraitre. 

Eroan, b ................. emmener. 

Erion, jarion, b.jjarlo ........... couler. 

Etorri, b. g.; ethorri, 1. bn ......... venir. 

Era-man, tous les dial ........... emmerier. 

Eduki, idukij 1. bn. g.; ^Ar ........ tenir, avoir. 

wr/r_, b. . . ............... tenir. 

Eicigun, b.$ eiagutu, g. 1. bn. f. ...... connaitre. 



, b. g. 1. bn. f*. ........... voir. 

y b .............. .... couler. 

Iraakin, b.; irakin, g. 1.; er^kin, bn. f. . , . bouillir. 

Irauiiy b. g. 1. bn.; iran } ......... durer. 

Itcheki , 1 ................. tenir. 

iy b. g.; iduri, 1. bn 5 uduri, f ...... fembler. 

/, g. bn ................ bruler, 

J'akin, b. g. 1. bn. f ............ fa voir. 

Jardun, b. g. . * ............ etre occupe a. 

JiaraitUy b. g. ; jarraiki, 1. bn. f. ; garreitu, bn. fuivre. 



VERBES R^GULIERS INTRANSITIFS. 

Edin, b. g. 1. bn. f. pouvoir. 

Egon, b. g. 1. bn. f. refter. 

Ibillij b. g. 1. bn.; ebil, bn. f. marcher. 

Joan, b. g. 1. bn. f. aller. 

/[a/i, b. g. 1. bn. f. etre. 



Nous clafTons ces verbes en tranfitifs & intranfitifs , non pas 
felon la fignification, mais felon la forme de la conjugaifon. Ira kin, 
par exemple, eft un verbe intranfitif pour nous, mais il fe conjugue 
en bafque comme un verbe tranfitif : dirakit ,,je bous", eft forme de 
d-iraki-t ; le d eft la caracteriftique de Faccufatif. II faut done en 
conclure que irakin eft rendu par ^bouillir", mais que lefens bafque 
n'y correfpond pas tout-a-fait. 



2. 

La conjugaifon du verbe en general. 

CONJUGAISON ABSOLUE ET CONJUGAISON RELATIVE. 
TRAITEMENTS DIVERS. 

La flexion du verbe, par fuite du fyfteme d' agglutination, ex- 
prime en un feul mot les rapports qui, dans d'autres langues, font 
indiques par des pronoms fepares. 

La flexion peut contenir le fujet, le verbe <3c le regime direct : 
dakuft ,,je le vois", forme de d-ikus-t ,,je-vois-le 5 % en lifant a rebours; 
t , Je ):> ; ikus theme verbal, d ,,16". 

La flexion peut aufli contenir le fujet, le verbe, le regime direct & 
le regime indirect : dakarfut ,,je vous l'apporte'% forme de d-ekar-^u-i 
,,je-vous-apporte-le" (i). 

Meme le pluriel de ces regimes eft auffi indique & ,,je vous les 
apporte" fe rend par dakar^ki^ui^ le pluriel du regime direct etant 
indique par \k> voir 5. 

La conjugaifon dont les flexions ont le regime direct inherent, 
eft appelee ,, conjugaifon abfolue". 



(i) En Anglo-Saxon on trouve des flexions beaucoup plus contraftees ; p. ex. ,,nift" 
pour: I did not know. V. Prof. Max Muller, Leftures, i, p. 231. 



La conjugaifon avec les deux regimes eft appelee ,,conjugaifon 
relative". 

II y a par confequent fix conjugaifons avec le regime direcT: inhe- 
rent, puifqu'il y a trois perfonnes du fingulier : je, te, le, & trois 
perfonnes du pluriel : nous,, vous, les; p. ex. ,,je te vois, tu me 
vois, &c.". Comme la deuxieme perfonne du pluriel a ete employee 
comme un fingulier honorifique (i), il a faliu faire une autre con- 
jugaifon,, par confequent, pour exprimer la 2 me perfonne du pluriel,, 
ce qui porte le nombre de ces conjugaifons a fept. 

Les conjugaifons dites relatives font au nombre de douze, & ii 
faudrait porter ce nombre a feize, fi Ton voulait compter les conju- 
gaifons ou le regime dired, au lieu d'etre la 3 me perfonne ,,le", eft : 
me, nous, te, vous; p. ex. ,,il m'a emmene a vous". Ces flexions 
fe font retrouvees, il eft vrai, dans le Nouveau-Teftament, traduit 
par Ligarrague ; mais jufqu'a prefent nous n'en connaiflbns qu'un 
trop petit nombre pour pouvoir en former des tableaux. Les douze 
conjugaifons expriment : me le, me les ; te le, te les; le lui, les lui; 
nous le, nous les; vous le, vous les; les lui, les leur; p. ex. ,,tu me 
le donne, je te le donne, je le leur donne", &c. 

Chaque flexion a trois formes difFerentes, felon que Ton parle 
i d'une fac,on refpeclueufe; 2 dune fagon familiere, a un homme ; 
5 d'une fac.on familiere, a une femme. 

Les dialecles fouietins & bas-navarrais ont encore une quatrieme 
forme . 

La forme refpectueufe des dialecles bafques efpagnols & du la- 
bourdin n'a pas ete trouvee affez refpeclueufe; elle a ete releguee 
dans une clafTe incertaine, ni refpedhieufe, ni familiere, & Ton a 
forme des flexions en y ajoutant la fyllabe fit. Les flexions refpec- 
tueufes dut, du, dugu, du^u, dme font de venues dii-pit, duiu, du^u- 
gu, &c. ,J'ai, il a, nous avons", 6cc. La deuxieme perfonne du 
fingulier duk, mafc., dun, fern., eft reftee, puisque le tutoiement eft 
une fagon familiere dans toutes les langues; & eiie a ete remplacee 
par la 2 me perfonne du pluriel du^u ) comme dans tous les autres dia- 

(i) Voir les pronoms per fennels. 



'34 

lecles. Pour agir avec confequence,, il aurait fallu fabriquer du^ii, 
puifque Ton ajoutait partout ^u a la forme refpeclueufe; mais ceci a 
paru choquer ForeiUe, & Ton s'en eft tenu a duiu pour exprimer la 
2 me perfonne d'une maniere refpedueufe & d'une maniere incertaine,, 
ni refpeclueufej ni familiere. 

On ne peuc fe defendre d'avoir TimprefTion, comme nous Tavons 
dit ailleurs (i), que cette conjugaifon ne foit le refultat d'une erreur. 
Ayant trouve la fyilabe yu dans routes les 2 mes perfonnes de la con- 
jugaifon refpectueufe,, on a cru pouvoir fintroduire dans routes les 
perfonneSj ignorant que ^u efl le pronom fu ,,,vous'^ du-u n'efl autre 
chofe que ^vous-avez-le", d-u-^u. 



3- 

Les lettres caraS.erifli.ques dans les flexions du verbe. 

Dans beaucoup de cas les pronoms^ comme fujer & comme 
regime,, qui font exprimes dans les flexions du verbe, fe trouvent 
reduits a une feule lettre; dans dakart je le porte^ forme de d-ekar-r, 
,,}e" efl rendu par t & ,,le" par d ; ekar efl le theme verbal. En 
dehors de ces lettres ou de ces pronoms, qui auraient du fuffire, 
dirait-on, a exprimer le fingulier 6c le pluriel par la difference de 
leurs formes^ la langue bafque ajoute des lettres ou des groupes de 
lettres supplementaires pour exprimer le pluriel. 

Les lettres qui indiquent les pronoms font, pour la plupart, tres 
claires ; ce fonr generalemenr les initiales du pronom ou bien le 
pronom lui-meme 5 n de ni ,,je"; h de hi ,,ru"$ g de gu , 5 nous ?? 5 
I de m ^vous". La 3 me perfonne efl rendue par d, done Torigine 
eft inconnue. 

Ces lettres caraclerifliques fe trouvent comme initiales : 

i Des flexions du prefent des verbes intranfitifs : noa, hoa, doa 
3 Je vais,, tu vas^ il va j \ 

(i) Etude fur I'origine & la formation des auxiliaires bufques. 



2 Des flexions de I'imparfait des verbes tranfitifs <5c intranfitifs, a 
Texception de la 3 me perfonne, qui a i comme initiale, ou bien qui 
n'a pas de caracleriftique du tout. Uorigine de ce i eft tout auffi peu 
connue que celle de d. 

Le verbe tranfitif a le fujet fuffixe au prefent de Tindicatif; dans 
dakart ,,je le porte", le t eft le reprefentant de la i re perfonne 
comme nominatif. Ce t ne s'explique pas ; mais les autres nominatifs 
font les pronoms memes : dakar-h ,,tu le portes"; dakar-gu ,,nous 
le portons"; dakar-^u ,,vous le portez". La 2 me perfonne du fingu- 
lier eft devenue dakark, parce que le h final fe durcit toujours en 
k (i). La 5 me perfonne n'a jamais de reprefentant du fujet. 

Nous trouvons ici d pour la 3 me perfonne . comme objet , 
dakan, &c. Comme la langue bafque ne diftingue pas les cas^ nous 
croyons reconnaitre dans ce d le meme d qui parait, comme fujet 
& initiale, au prefent du verbe intranfitif: doa ^il va", de d-oa. Ce 
fera probablement le dernier veftige d'un pronom demonftratif perdu 
de nos jours. 

Nous avons dit que la langue bafque ne diftingue pas les cas ; 
p. ex. noa ^je vais" de n-oa; & nakuf^u ,,,vous me voyez" de 
n-ikus-^u. Le n pour ni eft fujet dans noa, regime dans nakufa. II en 
eft de meme du regime indirect; p. ex. dakart ,,,,je Tapporte" de 
d-ekar-t; & dakarda^u ^vous me 1'apportez'^ de d-ekar-i'^u (2). Le t 
dans dakart eft le fujet 5 dans dakarda^u (d pour tj, il eft le regime 
indirect. Comme le pronom fujet a la meme place dans chaque 
conjugaifon,, il ne peut y avoir de confufioii; le fujet eft prefixe 
dans le prefent & Timparfait du verbe intranfitif & dans Timparfait 
du verbe tranfitif, excepte fi Fimparfait a pour objet me, te, nous, 
vous; le fujet eft toujours fuffixe dans le prefent du verbe tranfitif. 

Le pronom ou la caracteriftique de la 2 me perfonne du fingulie.r hi 
ou h a produit un peu de confufion, furtout dans les dialectes bafques 
efpagnols, qui, ayant perdu 1'afpiration, n'ont pu ecrire hoa ,,tu vas" 



(1) Voir chap. in. 

(2) La lettre de liaifon, s'il en faut une dans les flexions, eft generalement a; d-ekar-t-^u 
fait dakardafu; d-^u font da^u. 



ou hail ,,tu es"; ils difcnt oa & ai^. Ici la flexion indiquait aflez 
clairement par elle-meme qu'il s'agiflait d'une 2 me perfonne du fm- 
gulier, pour pouvoir fe patter, a la rigueur, de Yh; mais il s'efl 
trouve des cas oil la flexion n'indiquait pas du tout que c'etait une 
2 me perfonne du fingulier, puifque fans cet h elle prenait exactement 
la forme de la 3 me perfonne du fingulier. Ceci eft arrive en bifcai'en 
dans 1'imparfait. Dans ce dialedle la 3 me perfonne n'a fouvent pas 
le i initial que poiTedent les autres dialectics 3 par exemple 1'imparfait 
de eroan eft : neroan, eroaan, eroan, See. Or, qu'eft-ce qui eft arrive 5 
on a ecrit eroaan, probablement pour ne pas confondre avec la 5 me 
perfonne eroan; mais ce fecond a eft une faute; il n'a rien a faire dans 
]a flexion. Le bifcai'en n'ayant plus de fouvenir de F#, ne fe doutant 
pas que c'eft le reprefentant de hi 5J> tu'% n'a pas fu fe tirer autrement 
de cette difficulte qu'en ajoutant un a, dont nous expliquerons I'o- 
rigine tout a Theure. Eroaan aurait du etre heroan, 6c puifqu'on n'a 
plus le h en bifcaien^ on aurait mieux fait d'ecrire eroan fans avoir 
recours a un moyen qui indique une totale ignorance de la langue. 
C'eft une de ces fautes qu'on ne peut confiderer comme une 
corruption naturelle; on croit y reconnaitre la main de quelque 
purifte,, qui malheureufement favait fort peu de fa langue. Le nomi- 
natif precede invariablement la flexion a rimparfait_, & le a qui fe 
trouve a la fin de la flexion ne fignifie rien, 

Mais d'ou vient le a? La conjugaifon abfolue, avec la 3 me per- 
fonne (fous-entendue) comme accufatif J? je le ? % <5cc., forme fon 
imparfait du theme verbal precede du nominatif; nuen ^j'avais 3 ' de 
n-u-en; neroan ^j'emportais" de n-eroa-n. Voir 8. Par contre^ 
quand le regime eft J5 me^ te,, nous, vous'% c'eft ce regime qui 
precede & le fujet eftfuffixe; p. ex, nunduan ,,tu m'avais"; neroaan 
3 ,tu m'emportais". Ici le regime eft rendu par 72 & le fujet h (pour hi) 
3 ,tu" eft elide; nunduan eft pour nundu-h-an & neroaan pour neroa-h-an. 
L'elifion de Yh a produit en bifcai'en Thiatus aa : neroaan. Comme on 
n'a jamais analyfe ces flexions, on a confidere (tout le verb e bifcai'en 
i'indique) ces deux a, on plutot Ya fupplementaire,, comme repre- 
fentant la 2 me perfonne du fingulier,, & du moment qu'il a failu 
indiquer cette perfonne on a, fans le moindre fouci de Tetymologie, 



'37 

introduit cet a fupplementaire, qui eft a fa place dans neroaan pour 
neroa-h-an, mais qui ne Teft pas dans eroaan (i). 

La confufion, dans cette 2 me perfonne,, date r deja du temps de 
Larramendi. Generalement les flexions font corredles chez cet au- 
teur : cependant on trouve dans Timparfait de la conjugation abfolue 
avec gu ^nous" pour accufatif : indugun ,,tu nous as" pour ginduen 
de g-indu-h-en. La 3 me perfonne eft ginduen 3J il nous a". On aura 
voulu faire une diftinction, ce qui nous a valu la flexion indugun. 

Mais revenons aux caradteriftiques. II en eft encore deux dont 
nous n' avons pas parle ; c'eft le / qui fe trouve comme initiale des 
5 mes perfonnes de Fimparfait du fubjonclif, dans quelques dialecles 
& du conditionnel dans d'autres. L'origine de cette lettre eft incon- 
nue,, <3c Tufage, erronne felon nous, qu'on en a fait dans quelques 
cas> a etc difcute au ch. xxiv, . 10. II y a encore le b prefixe 
a la 5 me perfonne de 1'imperatif; p. ex. bekar ^^qujil porte". Cette 
lettre fait conclure a un pronom demonftratif be dont le genitif here 
fe retrouve comme pronom poffeffif ,,(6n" . 

Nous avons vu que le regime indirect fe rend par les memes 
caracleriftiques que le fujet & le regime direct. II y a cependant le 
regime indirect de la J me perfonne qui eft obfcur. Ce datif eft ge- 
neralement ko ouyo ou o. Selon Zavala (2), il eft o, & eft precede 
par euphonie d'un k (c chez Zavala) ou d'un j, du moins fi la lettre 
precedente n'eft ni un i, ni un r, ni un /; dans ces cas-la il faudrait 
ecrire o. Ces lettres euphoniques,, redondantes,, adventices, &c.^ 
n'ont en general quepeu de valeur; elles n'expliquent rien. Qu'un o 
devienne ko & yo, par pure euphonic,, n'eft guere poffible; mais 
comme nous avons vu que le h devient, dans certaines circonftances, 
k } ou fe perd & eft remplace par y, il faudra admettre un datif ho. 
II eft plus que probable que le pronom de la J me perfonne eft 
un demonftratif, tout comme a, & il y en a un qui correfpond 
parfaitemenr, c'eft hau; pour Torthographe au = o, on peut com- 
parer daut & dot. Si la caracleriftique o eft le demonftratif hau, tout 



(i) Zavala dit, p. 62, n 3 5, que a comme k denote le mafculin. 
(a) Verio vafc., p. 64, n 63. 



i 3 8 

s'explique: fignification d'une 3 me perfonne & modifications phone- 
tiques. Ainfi datorko, b., datorkio, g. ,,.,1! lui vient" ferait forme de 
d-etor-hau, & le h prknitif venant au milieu du mot s'eft convert! 
en (i). Le dialecle fouletin parait changer h en y; mais ce chan- 
gement s'explique mieux par Telifion de FA & Tintrodudion de y 
pour eviter fhiatus; a Fauxiliaire eroan on trouve deyot ,,}e Tai a lui ?:) 
correfpondre a dakot, lab. & diot, g. ou le h s'eft aufli perdu. Si 
nous ajoutons qu'en bifcaien on eft libre d'ecrire o ou a, excepte 
apres is, oil Ton prefere o (2), notre fuppofuion acquiert encore 
plus de force 5 Femploi de a fera un fouvenir de la forme primitive 
hau. Comparez, pour Temploi fimultane de a & 0, les flexions de 
Tauxiliaire; p. ex. daroakot, bifc., darokat, nav. efp.^ dakot, lab., 
deyot) fouletin ; & furtout la conjugaifon relative avec la J me perfonne 
au datif du verbe i^an, qui eft au prefent nat^ako ou nariaka. 

Dans les flexions du verbe reguiier guipuzcoan ko eft generale- 
ment kio. Pourrait-on admettre que la mutation de Yh primitif ait 
flotte entre k &^, & que finalement tous les deux ont etc acceptes? 
Quoi qu'il en foit dawrko, bifc. eft dawrkio en gulp. 5c il en eft 
de meme de tous les autres verbes reguliers guipuzcoans. 

Le pluriel de la J me perfonne eft indique par re, ajoute a la 3' ne 
perfonne du fingulier. Le i fe perd fouvenr, & pour eviter 1'hiatus, 
les dialecles bafques fraii9ais intercalentj; p. ex. lukeye, plur. de 
luke. Le bifcaien avec fa predilection pour Thiatus dit lukee pour 
lukete. 



54; 

Le pluriel des pronoms-regimes dans les flexions du verbe. 

Pour exprimer le pluriel du regime direcl: (accufatif) & du regime 
indirecT: (datif), on fe fert de differentes lettres ou de difTerents 



(i) Voir ch. in. 

(a) Verio vafc., page 64, n' 59. 



groupes de lettres, dont 1'origine eft obfcure. Le pluriei des pronoms 
de la i re & de la 2 me perfonne fe diftingue par la forme ni-gu, 
hi-^u; mais 1'accufatif de la 5 me perfonne d , 5 le", dont la fignifica- 
tion ri'eft deja pas claire, refte au pluriei comme il eft au fingulier, 
feulement on indique le pluriei par un it fupplementaire intercale; 
dut , Je ai le" fait ditut, d-it-u-t , Je ai les", ds-\ai & dii\at , Je puis 
le <5c je puis les". Ce it ne fe trouve que dans quelques auxiliaires 
comme figne de pluralite, & non-feulement de la 3 me perfonne, mais 
merne de la i re & de la 2 me perfonne., oil il doit nous fembler que 
ce figne eft parfaitement inutile,, attendu que le pronom indique 
parlui-meme qu'il eft pluriei. Ainfi gaituk ,,tu nous as" deg-au-it-k 
ou de g-a-it-u-k; it coupant le theme verbal en deux? 

Le precede ^intercalation eft fi peu naturel, qu'il fera toujours 
preferable de chercher s'il ne fe trouve pas une autre explication 
plus admitfible. Puifque dm eft d-u-t , Je ai le", en lifant a rebours, 
il eft clair que pour dire ,Je ai les" il faudra modifier le d, qui eft 
probablement le dernier veftige d'un pronom demonftratif^ ou qui, 
en tout cas, en dent lieu ici. Le figne de pluralite etant k> la flexion 
devient d -|- k-u-t <5c comme le k medial s' elide generalement ou bien 
fe convertit en i } il ferait poffible que la flexion fut devenue d -j- t-u-t 
ou ditut. Nous ignorons ce que ce pronom d a etc autrefois; mais 
la perfiftance de /-dans les flexions du verbe indique peut-etre que 
cette voyelle faifait partie du pronom 5 il eft vrai que quelques dia- 
ledles bafques fran^ais ont u pour i. En comparant les differents 
dialecles, nous trouvons p. ex. gaituk, g. gituk, 1. & gmuk, f. ,,tu 
nous as". Comment expliquer ici le it? Peut-etre y arriverons-nous 
en notant les parties conftituantes de la flexion gu-d -j- t-u-k = 
gudituk & apres Telifion de d (fait tres frequent dans le verbe) guiruk; 
ce guituk explique peut-etre gaimk, gmuk, gituk. Le it n'eft ici qu'un 
figne de pluralite fupplementaire; le pluriei de Tobjet etant indique 
par la forme du pronom meme gu ,,nous". Comme d-\-t hypo- 
thetique, eft la forme plurielle de la 3 me perfonne, il s'en fuit, fi 
notre fuppofition eft jufte, que d -f- 1 a perdu fa fignification de 
pronom de la 3 me perfonne, & n'eft plus qu'un figne. 

En bifcai'en le figne de pluralite correfpondant a it eft ^/ dot ]$ 



140 

ai le" devient doda\ ,,je ai les" & goiak ,,tu nous as" eft forme 
de g-au-i-k. Qua nd la flexion fe termine par un k, cette lettre, etant 
fuivie par ^, viendrait au milieu de la flexion, ce qu'il faut eviter; 
en bifcaien on y remedie par la metathefe de k & ^: daidak -(-^ fait 
daidaiak ,,tu peux me les". Tok ,,tu fas" faitjo^ak ,,tu les as". 

Pour le verbe regulier le bifcaien a conferve ce , mais tous les 
autres dialedes ont un autre figne de pluralite; le guip. a^ ou -fit; 
le bn.,le lab. & le foul, ont r{; p. ex. dakart ,,je le porte" fait en 
bifc. dakardai; en guip. dakarfkit; en bn., lab. <5c foul, dakan^ai 
)3 ]e les porte". 

Ces trois fignes de pluralite font tous obfcurs; la fimplicite de la 
forme bifcaienne ne prouverait pas necelTairement fa primitivite ; 
elle pourrait ecre le refultat de 1' elimination 5 mais le fait que le i 
fe retrouve dans les groupes fk & f{ pourrait faire conclure a un ^ 
figne de pluralite par excellence, dont la fignification aflfaiblie a 
ete renforcee plus tard par Taddition d'un k & d'un t. Dans ce cas 
lk ne ferait pas un groupe, mais ferait ^ -J- k & r{ ferait r -|- ^. Mais 
la queftion refte : qu'eft-ce que ^? 

Le t comme figne de pluralite n'eft pas rare dans le verbe; toutes 
les 3 mes perfonnes du pluriel font formees des 3 mes perfonnes du 
fingulier, en y ajoutant u. 

Le i s'eft generalement perdu en bifcaien & en fouletin; dans ce 
dernier dialecle on trouve un j, rempla^ant le k elide pour eviter 
Fhiatus,, & aufli comme lettre de-liaifon apres u: dau, bifc. fait 
au pluriel daue pour daute; du en lab. & bn. fait dute & en foul. 
duye qu'on ecrit die; le conditionnel ,,tu m'aurais 35 fait en bifc. 
nindukee pour nindukete; en guip. & en lab. nindukete & en foul. 
nindukeye. 

On s'eft fervi auffi de le pour indiquer le pluriel de la 2 me per- 
fonne du pluriel, quand celle-ci a ete employee comme fingulier 
honorifique; de-^u a donne depute, & du^u, foul., a donne du^ie 
apres la chute de t qui a ete remplace par y : du^uye, contracle 
en duiie. 

Comme exemple d'une flexion dont la fignificarion plurielle 
parait s'etre affaiblie & puis renforcee, on peut citer la flexion bif- 



141 

caienne -[aitudai ,,je vous ai" 3 ou le pluriel eft indique par le 
pronom meme i ,,,vous'% par it, & par le i final. 

Bien qu'il foit difficile de decider fi de pareilles formes font pri- 
mitives., on pourrait peut-etre maintenir que quand une flexion 
exprime tout ce qu'elle doit exprimer, fujer, verbe & objet, le refte 
n'eft ajoute que plus tard, pour des raifons dont les caufes nous 
echappent pour le moment; p. ex. I'imparfait de edin fait a la i re 
perf. plur. gendi^an , 3 nous pouvons"; gendi^an eft forme de g-edi-an 
& aurait du donner gedian ou gendian, en ajoutant cet n, inexplicable 
pour le moment, puifqu'on dit en bifc. genduen ^nous avons 5J 
fans i fupplementaire. Ne pourrait-on pas admettre que gendi-^an 
s'ecrivait primitivement fans %? 



r- 

La conjugaifon abfolue du verbe primitif tranjitif. 

L'IMPRATI F. 

Les verbes primitifs reguliers ont trois modes : I'imperatif, Tindi- 
catif & Toptatif; & deux temps : le prefent & le paffe. 

La 3" ie perfonne de Timperatif contient le theme verbal, precede 
de b, caracleriftique de la perfonne (i). Ekarri fait bekar ^qu'il 
porte^; de b-ekar. 

La 2 me perfonne a la caracleriftique fuffixee; ekar -\- hi fait ekark 
^porte^; & ekar-^u fait ekar^u ,,portez". 

La 3 me perfonne contient toujours le theme inaltere. 

(i) Voir les pronoms perfonnels & le 3 fur les cara&eriftiques des flexions du verbe. 



142 
6. 

Lindicatif. Le prejent. 

L'indicatif a deux temps : le prefent & Hmparfait. 

Le prefent eft forme du theme verbal,, precede du pronom-regime 
(accufatif) & fuivi du fujct. Ceci eft la forme la plus fimple; Tac- 
cufatif ne peut pas ne pas etre exprime dans les flexions du prefent. 
Ainfi ekarri ,, porter", dont le theme eft ekar, fait au prefent dakarr 
,,je le porte" de d-ekar-t , ,je porte le", en lifant a rebours. L'accu- 
fatif ,,le" eft exprime par J, <3c le fujet par /. La voyelle initiale 
devient a, non-feulement dans ekarri, mais dans tous les autres noms 
verbaux, excepte : iritfi qui fait deritiat, iraun qui fait diraut; irudi 
qui fait dirudit, i^ehi qui fait di^ekat; e^an qui fait de^at aujourd'hui; 
mais autrefois da-{ai(\). 

Pour pouvoir conjuguer il faut connaitre les lettres caracleriftiques 
dontila ete parle au J. II ny a qu'a remarquer quele'pronom fujet 
de la 3 me perfonne fe fait toujours remarquer par fon abfence; ekarri 
fait dakar 3 ,,le porte'% pour ,.,il le porte", de d-ekar. 

L'objet ^le", s'il eft exprime, eit invariablement prefixe. 

Nous faifons fuivre le tableau des lettres caracleriftiques , dont 
on trouvera ['explication au 3. 



Regime. 




Sujet. 


(Accufatif) 




(Nominatif) 


n 


i re perfonne 


t 


h 


"line 

Z >") 


h 


d 


ome 






e 

I 2m yy 

d Q- e 



(i) Dechepare ^crit bada^jgu & nonbade{agu. V. ch. xm. 2. 



'43 

On n'a done qu'a prendre le theme verbal,, p. ex. ekar, le faire 
preceder de I'accufatif, foit d, & le faire fuivre du fujet, foit t, & 
Ton aura dakarr ^je le porte". En continuant avec le meme regime, 
Ton aura dakar ,,il porte" puifque le pronom-fujet eft tou jours 
abfent. La 2 me perf. fing. fera dakarh ou dakark (i), puifque le h 
final fe durcit en k } ,tu le portes". Et ainfi de fuite : dakargu, dar- 
kariu, dakar le. 

La 2 me perf. du pluriel a partout remplace la 2 me perfonne du 
fingulier, comme un fingulier honorifique,, & Ton a du former une 
autre 2 me perfonne du pluriel, ce qui s'eft fait au moyen du figne 
de pluralite te. 

Le i s'eft conferve en guipuzcoan; il s'efl perdu dans les autres 
dialectes; en bifcaien Thiatus qui refulte de Telifion refte,, mais en 
fouletin (2) on 1'a evite en introduifantj, & uye s'efl comrade en zV. 
Vakar^u ^vous Tapportez^ eft done employe comme un fingulier & 
eft rendu par ^tu Tapportes'^ 6c dakariute, g.,, dakar^ue, bifc. 3 
dakhar-[uye ou dakhar-{ie, foul, fignifient aujourd'hui ^vous Tap- 
portez ?:> . 

Nous avons du donner partout a cette flexion fa fignification 
primitive^ plurielle^ puifque ^tu" correfpond a hi & non pas a p. 

La 3 me perfonne du pluriel eft formee de la 3 me perfonne du fin- 
gulier au moyen du figne de pluralite ie, de la meme maniere que 
s'eft formee la 2 me perf. plur. de la 2 me perf. plur. (fing. honorifique). 

Les exemples que nous venons de citer ont pour regime la 3 me 
perfonne. Si le regime etait par exemple la i re perfonne, reprefentee 
par n, Ton aurait n-ekar-^u ou nakar^u ,, 5 vous me portez >:> ; & ainfi 
n-ekar ou nakar ,,il me porte JJ> . De meme fi le regime eft la 2 me perf. 
du fingulier., reprefentee par h, Ton aura h-ekar-t ou hekan )} je te 
porte^^ &c. 

II faut feulement obferver de ne pas faire correfpondre deux 
pronoms,, ou leur caracteriftique,, de la meme perfonne 5 ceci don- 
nerait une relation reflechie (je me,, tu te,) ce qui s'exprime d'une 



(1) Voir ch. ii St ch. xi, 3. 

(2) Voir ch. xi, 3 . Voir les pronoms perfonnels. 



144 

autre maniere. Tous, ou prefque tous ces noms verbaux admettent 
-la conjugaifon avec 1'accufatif des differents pronoms. Ainfi ikuji 
,,voir" fait dakuft ,,je le vois"; nakuf^u ,,vous me voyez'% &c.; 
mais bien que theoriquement correctes & poffibles, plufieurs de ces 
flexions ne paraiifent pas etre en ufage (du moins de nos jours), 
& il faudra laifTer aux Bafques le foin de decider ce qu'il eft permis 
de dire & ce qui ne Feft pas. 



7- 
V imp ar fail de lindicatif du verbe regulier tranfitif. 

Uimparfait n'a pas ete forme d'une maniere aufli uniforme que le 
prefent. II fe diftingue cependant par trois points caracteriftiques 
invariables : i Par la terminaifon an ou n (i); 2 par le pronom- 
fujet de la i re perfonne., qui eft n (de 721 ,Je"), tandis qu'il eft t au 
prefent; 3 par Fabfence du pronom-regime de la 3 me perfonne 
,,le", invariablement inherent au prefent. 

Uimparfait eft forme du theme verbal., precede de la caracflerif- 
tique du pronom-fujet & fuivi de la terminaifon an ou n. Ainfi 
nekarren ,,je portais" eft forme de n-ekar-n. Le r dur fe redouble a 
la fin des mots quand fuit un fuffixe & le e eft une voyelle de liaifon. 
Ici le regime ,,le" parait etre fous-entendu (felon tous les gram- 
mairiens bafques), du moins il n'eft pas exprime; mais li le regime 
etait : me^ te, nous, vous, il ferait exprime & prefixe au theme ; & 
dans ce cas le fujet eft fuffixe; p. ex. nekuf^un ,,vous me voyiez", 
forme de n-ikuf-^u-n. Le n initial eft le regime (ni ,,,me"), & fu eft 
le fujet. Comme le bafque ne diftingue pas le fujet de Fobjet, /; 
fert pour ,,je" & pour ,,me^. 

L'origine dela terminaifon an ou n eft tou jours reftee un myftere. 
On peut dire qu'elle n'a pas ete expliquee" d'une fagon fatisfaifante 

(i) Quelques fous-diale&es, I'aezcoan & le haut-navarrais meridional, ont perdu la ter- 
minaifon n; on dit \ue pour ^uen. 



jufqu'a ce jour. M. Vinfon prend le n pour une lettre adventice : 
,,Ainfi il me parait difficile de ne pas admettre le caraclere adven- 
tice du n final des imparfaits & du fubjondlif (i)". Et ailleurs : 
,,Cette difparition du n dans les derives eft un argument a invoquer 
,,pour demontrer que cette finale eft adventice & relativement 
,,recente; Ton inutilite efl d'ailleurs prouvee (?) par les dialecfles 
,,2 <3c 7 (aezcoan <5c haut nav. merid.). La voyelle qui precede efl 
,,egalement adventice... (2)" Nous croyons pouvoir paffer fous 
filence Texplication donnee par le meme auteur dans fes ,, Notes 
complementaires" fur TEflai de M. Ribary, p. in. Le n n'y eft plus 
confidere comme adventice; la caracfteriftique de 1'imparfait efl de- 
venue, pour M. Vinfon, ,,le fuffixe caracteriflique du conjondliP'. 

Ce caradlere adventice, qu'on a cm decouvrir dans la terminaifon 
an, doit en grande partie fon origine a ce que deux fous-dialecles 
ont perdu le n final, fait tres commun en bafque; fi frequent en 
verite, qu'il fuffirait a lui feul a en expliquer la difparition (3). On 
a voulu prouver que -^uen etait ^ue puifqu'on dit ^la; mais deja 
dans notre EfTai, publie en 1867, nous ^vons dit que n & / ne fe 
fuivent jamais; que n s elide devant /. Puifque fan-{- la fait ^ala & 
dans quelques dialedles '{el a, on s'eft figure que \e eft la forme pri- 
mitive, fans fonger que le n devait etre elide. 

Nous ? avons propofe ailleurs (4) de confiderer cette terminaifon 
an ou n comme etant Tadverbe an ,,la :>: '. II nous femble que Tidee 
abftraite d'un temps pafle, eloigne, a pu etre rendue par un mot qui 
exprime 1'eloignement dans Tefpace, & le mot le plus propre a 
exprimer cette idee etait peut-etre le demonftratif an ^la". 
Ainfi ,,je portais" aurait ete rendu par nekarren ou n-ekar-an 



La terminaifon n'efl pas toujours an; elle eft fouvent en ou 



(1) Revue de Linguiftique, vol. v, p. 215. 

(2) Revue de Ling., vol. vi, p. 251. 

(3) La chute dela lettre carafteriftique de la categoric n'eft pas ici un fait ifole; le n final 
des pronoms pofleftifs s'eft aufii perdu; il n'eft refte que le r euphonique & le e de liaifon; 
la cara&eriftique propre a difparu. 

(4) Etude fur I' origine 6- laforination des verbes auxiliaires bafques. 

10 



146 

bien n; mais fi notre fuppofition eft jufle, elle devrait tou jours 
etre an (i). 

Reprenons {'explication des flexions. La 2 ine perfonne efl hekarren 
de h-ekar-n. 

La 3 me perfonne n'ayant pas de caracleriflique pour le pronom- 
fujet efl ekarren de ekar-n. Cette forme,, apparemment primitive,, 
appartient au dialecte bifcaien; tous les autres dialecles prefixent 
un i, dont 1'origine efl inconnue jufqu'a prefent; Us difent 
^ekarren . 

Ce i fe trouve aufli exceptionnellement en bifcaien; felon Za- 
vala (2) on dit : ^irudian ,,[[ paraiffait' 3 ; -^inorfon [[ coulait, il pleu- 
vait 33 ; lirakian ,,il bouillait 33 ; ^iraun ,,'A durait 33 ; & Lardizabal, dans 
fa nomenclature de verbes bifcaiens ecrit meme irakion & iraun fans 

I initial. 

La i re perfonne du pluriel efl compofee de g-ekar-n, ce qui donne 
gekarren; mais ce n'efl pas la forme generalement admife; on dit 
genkarren en bifc. & mieux en guip. genekarren, puifque n & k ne 
doivent pas fe fuivre (5). La forme fans cet n intercale fe trouve en 
bifcaien dans les imparfaits de eroan, erago, yarraim^ erion, egoki (4), 
auxquels nous ajouterons erabilli, eiagun } egon & auffi eraman, quancl 
Taccufatif efl ^me,, te_, nous, vous 33 . On dit done: geroan ,^nous 
emmenions 3 ^ geiaun nous connaiflions'% &c._, <5c non genroan, 
gen^aun. 

II n'efl pas clair fi c'efl uniquement pour des raifons d'euphonie 
que le n ne s'ecrit pas ici, ce qui ferait fort poffible puifque n & r 
ne fe fuivent pas; on dit done nerama^un ^vous me portiez (y)' 3 & 
non nenrama^un; & il nous femble que nerambil^un efl pour nenrahiliun 
(de erabilli) avec hyperthefe de n, qui, place devant b, efl devenu m. 

II femble, par cet exemple, qu'on tenait a conferver le n. 

Cet n n'efl jamais intercale en bifcaien dans les 3 mes perfonnes, 

(1) Ch. vi, 4. 

(2) Verio vafc., p. 60, n ij. 

(3) Chap. in. 

(4) Zavala, Verio vafc., p. 60. 

(5) Aujourd'hui ,,tu me portals". 



'47 

quand Faccufatif eft la 3 me perfonne (i), fous-entendue,, commc 
nous 1'avons fait remarquer. Ainfi ekarren 9J il (le) portait"; egoan 
y) ii etait, il reftait". 

A la i re perf. du fingulier <Sc a la 2 me perf. du traitement familier, on 
eft libre d'ecrire comme Ton veut : nenkarren ou nekarren ,Je portais"; 
newrrenou nemorren ^jevenais". Eft-ce que cette liberte d'ecrire ne 
proviendrait pas de ce que les uns ont obferve les lois phonetiques 
& que les autres les ont negligees? Les fept noms verbaux cites 
ci-deffus, font une exception & n'ont jamais le n intercale. 

Uimparfait fans le n intercale aura ete probablement la forme 
primitive; elle dit tout ce qu'il fallait dire. Le n intercale ne peut pas 
reprefenter Taccufatif ^ie" qu'on croit decouvrir dans ces flexions. 

(2) forme de n-eroa-n ^j' 
h-eroa-n 



) } 

Eroan ,, ,, eroa-n 

G eroan ,, ,, g-eroa~n 

Zero an ,, y) ^-eroa-n 

Eroaen ,, ,, eroa-t-n 

La 2 me perf. fing. a perdu, comme toujours, le h initial. Zavala 
ecrit eroaan; 1'hiatus aa ferait croire a la chute d'une lettre, ce qui 
n'eft pas; eroaan eft une erreur que nous avons expliquee ailleurs, 
( 3, fur les caracleriftiques des pronoms dans le verbe); erreur 
admife fans doute pour diftinguer cette perfonne de la 3 me perf 
du fingulier. 

La 3 me perf. plur. etant formee de la 3 me perf. fing. en ajoutant 
le figne de pluralite t; eroan eft devenu er oaten par fyncope eroaen. 

Comme nous favons dit, quand le regime eft ,,me, te, nous, 
vous'% ce regime eft exprime & precede le theme verbal; p. ex. 
,,vous me voyiez" fe dit nenkufam, de n-ikus-^u-n, avec le n intercale 

(1) Zavala, Verbo vafc., p. 60. 

(2) Zavala introduit dans cet imparfait un i qui ne fe trouve pas chez Larramendi, & 
dont la prefence eft inexplicable &. probablement fautive. Cet i ne fe trouve pas dans le 
conditionnel. 



148 

enkus pour ikus. ^enkufen (!!) me voit" n-ikus-n; le fujet eft abfent, 
comme toujours (i). De meme ekarri fait nenkar^un ,,^vous me por- 
tiez", nenkarren , 3 (il) me portait'% avec le regime prefixe a la flexion. 
Toutes ces flexions fe laiflent analyfer lettre par lettre; il y en a 
quelques-unes, il eft vrai,, dont runifbrmite accidentelle exige un 
peu d'attention, afin de ne pas fe tromper dans Fanalyfe; ce font 
celles oil 3 ,vous" entre comme fujet ou comme objet. La caufe de 
la confufion provient en partie de ce que plufieurs dialecles ont choifi 
le i pour initiale de la ^ me perfonne^ ce i reprefentant ici ,,il", 
coincide avec le ^ de la 2 me perf. plur. qui, pour comble de confu- 
fion eft en ufage comme 2 me perf. du fingulier. II y a encore une 
autre raifon,, c'eft que la langue bafque ne diftingue pas le nominatif 
de Taccufatif. Ainfi^ par exemple : 



Zekarren il portait 
Zenekarren vous portiez 
Zenekanen vous portiez 
Zenkarren il vous portait 
Zenkarten il vous portait 
Zenkarren ils vous portaient 



I (il) ekar-n 

I (vous) ekar-n (fing. honor.) 

-[ (vous) ekar-t-n (plur.) 

I (ace. vous) ekar-n(C\ng. honor.) 

^ (ace, vous) ekar-t-n (plur.) 

I (ace. vous) ekar-t-n 



Arretons-nous encore un moment a cet imparfait,, autant pour 
examiner comment il eft forme^ que pour voir comment il ne doit 
pas etre forme. 

Selon Lardizabal 1'imparfait de ekarri avec IH (vous) pour objet,, 
eft en : 

Guip. 

Zenkardan je vous portals 
Zenkarren 



Zenkargun 
Zenkarten 



Bifc. 

Zenkardan 
Zekardan (2) 
Zenkargun 
Zekarden 



(1) Le dialefte guipuzcoan, felon Lardizabal., dit: nenkufa^un ,,vous me voyiez"; nen~ 
kufan ,,il me voit"; genkufafuen ,,vous (plur.) me voyiez". 

(2) Dans fa Grammaire il y a ceka^dan, ce qui doit etre une faute d'imprelTion ; il eft 
curieux que cette meme faute fe trouve chez Larramendi, v. Traer. 



149 

Le dialecle guipuzcoan efl corred; le theme verbal au milieu, 
precede de la caradleriftique de Tobjet (-[*/), & fuivi de celle du fujet 
(r); la terminaifon eft an, <5c de plus le n myfterieux eft intercale 
f-ekar-t-n; t devient d des qu'on ajoute un autre mot a la flexion, 
& ekar eft devenu enkar. 

Mais fi le guipuzcoan eft correct, le bifcaien ne Feft pas, du 
moms pas a la 3 me perfonne; ^ekardan ne peut avoir le d, puifque 
le d eft la caracleriftique (r) de la i re perfonne; il en eft de meme 
de la 3' ne perf. plur. \ekarden. Comme c'eft Tufage en bifcaien, ou 
chez Zavala, de changer machinalement le a en e (den pour dan), il 
eft clair que le d eft le meme d dans les deux perfonnes, & ne peut 
provenir du t de ^ekanen; ce qui ferait une mutation entierement 
inufitee. Le bifcaien, en outre, n'ecrit jamais le r au pluriel. 

II eft facile, comme Ton voir, de verifier ces flexions & d'indiquer 
les erreurs qui s'y trouvent. Prenons par exemple Timparfait de 
eraman avec fu pour objet en guipuzcoan & en fouletin : 

Guip. (Lardizabal). Soul. (Inchaufpe). 

Zeramadan je vous portais Zintaramadan 

Zeraman il vous portait Zimaraman 

Zeramagun nous vous portions Zintaramagun 

Zeramaten iJs vous portaient Zimaramen. 

Comme Ton voit, le ? guip. eft parfaitement correcl; mais com- 
ment expliquer le fouletin? Nous n'avons pas a nous occuper ici 
de e radical qui eft devenu i; eraman eft devenu Iranian & avec le n 
myfterieux inraman; mais le t qui coupe la flexion eft une erreur; il 
ne fignifie rien. La 3 me perf. plur. eft formee comme en bifcaien 
par une mutation machinale de la voyelle a en e; \imaramen eft pour 
\intaramaten. 

Citons encore un autre exemple pour finir : 

^ekarren ,,je portais" ne fe diftingue de nenkarren ,,il me por- 
tait" que par le n intercale. Lardizabal, dans fa Grammaire, ajoute 
une note au bas de la page ^3, comme commentaire : En el articulo 



nencarren y otros analogos., la primera n es caracleriftica de agente, 
y la fecunda de paciente,, cuya circunftancia debe tenerfe prefente 
en fu formacion; necarren quiere decir ,,yo lo traia" (je le portals) 
y nencarren ^aquel me traia". 

Malheureufement tout ceia eft confufion & erreur. Le premier n, 
r/z initial,, de nenkarren n'eft pas la caradleriftique de F agent, c'eft 
la caradleriftique du patient,, pour ni ,,me"; le fecond n eft cet n 
myfterieux intercale dans 1'imparfait de la plupart des verbes. Cet n, 
dont la valeur & 1'origine nous echappent pour le moment,, ne peut 
pas indiquer le patient,, 1'accufatif , 3 me"$ cet n fe trouve dans 
genkarren ,,nous portions' % forme de g-ejikar-n; ici il n'y a pas 
cTaccufatif. Admettons pour un moment que genkarren exprime 
raccufatif ,,le" & que ce ,,le" foit rendu par n, alors cette lettre 
ferait le reprefentant de Faccufatif ,,me' 5 auffi bien que de ,,le" 6c 
de ,,vous 35 , puifqu'on dit ^enkardan ,Je vous portals". Idle patient., 
Taccufatifj eft ^ pour ^u ,,vous" toujours initial & le n n'a rien a 
faire avec \u reprefente par ^. 



8. 

Le fubjonflif. 

Le fubjonclif qu'on s'attend peut-etre a trouver dans la conju- 
gaifon bafque,, n'a pas de forme particuliere; ce mode n'exifte pas 
en bafque; on ne dit pas ., 3 que je faffe' 3 ,, on dit ^que je fais". Le 
fubjonclif eft rendu par Tindicatif fuivi de la conjonclion n ,,que". 
Ainfi egin fait au prefent de 1'indicatif dagit ,,je fais" 6c dagit + n 
ou dagidan correfpond au prefent du fubjonclif ^que je fafle". De 
meme e karri fait dakan ,,je porte" & dakardan J5 que je porte", Le i 
final devient toujours d quandfuit un fuffixe. Pour d'autres langues il 
eft fouvent indifferent de fe fervir des noms de fubjondlif & d'optatif 
pour le meme mode; mais en bafque il faut abfolument tenir les 
noms fepares; ce qu'on eft convenu d'appeler le fubjonclif finit 
en n; Foptatif en ke. 



If 

On pourrait croire que puifque le fubjonclif iVexifte pas, il aurait 
fuffi de donner les lois phonetiques qui reglent Tunion de la con- 
jonclion n ^que" <5c de la flexion; mais il nous a paru qu'il etait 
mieux de donner la forme adhielle de ce mode,, qui eft fouvent 
forme d'anciens indicatifs , qui ne font plus en ufage & dont, 
jufqu'a ce jour, on n'avait pas meme fouponne Texiftence. 
Comparez furtout les auxiliaires. 



9- 

Loptatif ou potentiel. 

L'optatif ou potentiel a deux temps : le prefent & Timparfait. 
Ces deux temps font formes exaclement comme ceux de Tindicatif, 
feulement le theme verbal eft fuivi de ke; p. ex. euki fait dm ,,j'ai" 
& duket ,,je puis avoir", nuen ,,j'avais" <3c nuke,, je pouvais avoir". 
Ces deux temps font fouvent devenus, comme on verra plus tard, 
le futur & le conditionnel : duket ^j'aurai" & nuke ,,j'aurais"; mais 
ke eft primitivement la caracteriftique du potentiel; ewrri fait nator 
,,je viens", natorke ,,je puis venir"; nentorren ,,je venais" <5c nentorke 
,,JQ pouvais venir" (i). 

II eft difficile de dire quelle a ete ]a fignification primitive de la 
fyllabe ke; indique-t-elle plutot un optatif qu'un potentiel,, ou bien 
faudra-t-il admettre, comme pour d'autres langues, qu'a 1'origine la 
fignification etait flottante, & que, comme le dit le profeffeur Breal 
,,1'optatif ou potentiel prefentait le fait fans doute comme fimple- 
,,ment poffible ou comme fouhaitable" (2). 

II eft certain qu'en bafque les temps du mode en ke ontpris, dans 
certains verbes, & aufli loin que nous puiflions remonter, la fignifi- 
cation d'un futur & aufli d'un conditionnel, qui n'eft au fond qu'un 



(1) Lardizabal, Gram., p. 42, n ^ . 

(2) Gram. comp. de Bopp, vol. in. Introd., p. LXXV. 



If! 

optatif; tandis que ce mode eft un potentiel dans d'autres verbes. 
Licarrague dit : Ecin dauque eiche hura. Marc in, 2f. ,,Cette maifon 
ne pourra refter". Vauke efl la 3 me perf. ling, du prefent potentiel 
de egon, pour dcgoke (comme daude pour dagote ,,ils reftent"). 
Ce prefent efl employe par Liarrague comme un futur. La verfion 
franaife a le futur <5c il faut fuppofer que Ligarrague entend auffi 
ecrire le futur (i), De meme Axular fe fert de Fimparfait du poten- 
tiel pour prefent du conditionnel; p. ex. yer othe ^enerrake (2)? 
^Qu'en diriez-vous" ? Zenerrake eft la 2 me perf. fing. (au fond 
plurielle) de Timparf. du potentiel de erran ^dire". Le nom de ce 
mode importerait peu, fi ce n'etait que dans quelques cas nous pre- 
fererions lui donner le nom d'optatif; p. ex. quand il s'agit du verbe 
edin ^pouvoir". Si nous donnons la fignification d'un optatif a ce 
mode., dadiket (aujourd'hui daiket) fignifiera : , J'efpere ou je fouhaite 
pouvoir 5:) . Si, au contraire,, nous lui donnons la fignification du 
potentiel,, il faudra admettre que dadiket fignifiait 3 Je puis pouvoir' 5 
ce qui parait peu probable. 

D'un autre cote il faudra conferver a ce mode fon nom de poten- 
tiel,, s'il fignifie ^pouvoir" foit feul, foit comme auxiliaire; p. ex. 
le potentiel de e^an: decker , ckc. ., eft Tauxiliaire qui forme le potentiel 
de tous les verbes aclifs : ikuji decker , } }e puis voir^. 



10. 

La conjugal fon relative tranfnive. 

Jufqu'ici nous n'avons parle que des flexions qui expriment un 
objetj un regime diredl^ il y en a_, comme nous Favons dit plus haut, 

(1) M. Vinfon (Revue de ling., vol. vin, p. 157) nous renvoie a la verfion grecque pour 
elucider une queftion ; mais nous trouvons dans nos papiers une note prife, fi nous ne nous 
trompons pas, dans le verbe du P" Bonaparte, p. 83, ou il eft dit (nous repetons : fi nous 
ne nous trompons pas), que le N. T. de Licarrague eft traduit de la verfion faite par les 
Dofleurs & Pafteurs de 1'Eglife de Geneve. 

(2) Gueroco guero. p. 89, n. ed. 



If? 

qui cxpriment deux regimes, Tun direct, 1'autre indirect; ce qui 
conflitue ce que Ton ell convenu d'appeler la conjugaifon relative. 
Comme nous parlerons en detail de ces flexions aux chapitres des 
auxiliaires, il eft inutile de nous repeter ici. 



Conjugaifon du verbe primitif imranfitif. 
L'IMPRATIF. 

La conjugaifon des verbes intranfitifs eft, fous quelques rapports, 
plus fimple que celle des verbes tranfitifs ; il n'y a pas de regime 
direct: a exprimer. 

Le nombre des modes & des temps eft le meme. 

La 2 me perfonne du fingulier de Timperatif contient le theme 
verbal pur. Dans la conjugaifon tranfhive, il eft fuivi de la caracle- 
riftique de la perlbnne ; ici il en eft precede : hoa >,vas" de h-oa, 
dejoan. Le h caracleriftique (de hi) s'eft perdu, comme dhabitude, 
dans les dialectes bafques efpagnols qui difent oa. Linitiale, quand 
elle eft y, fe perd fouvent dans la conjugaifon ; la finale n toujours. 
Hijoa ^qu'il ailie^. Zoai ,,allez ?;> . Tlijoai ,,qu'ils aillent^; de b-joa ; 
de i~oa~i (1)5 de b-joa-^ (i). 

II arrive que la voyelle initiale de la 2 me perfonne change comme 
au prefent de Tindicatif; p. ex. eiorri fait aior ,,viens^; awi 
,,venez >;> , & aufTi aw^ie comme pluriel du pluriel. Mais betor ,,qu'il 
vienne'^ ici le e initial reparait. Egon fait ago (pour hago) ,,refte^ 5 . 
Eiiin fait ai-{a ,,couche-toi'\ Ibili fait abil (pour hdbil) ,,marche'\ 
Jo.m refte oa. 

(i) V. chap, xi, 5 . 



'54 

12. 
Le prefenr de tindicatif. 

Le prefent de I'indicatif eft forme du theme verbal, auquel eft 
prefixe la caracfteriftique du pronom-fujet. Les caradleriftiques font 
n, hy d, g, i, d (i). En depouillant I'adjedlif verbal de fon element 
formatif, on obtient le theme verbal ; egon donne ego ; ibili donne 
ibil ; etorri donne etor. La voyelle initiale devient toujours a; egon 
fait nagOy hago, dago, &c.; ,Je refte'% &c.; ibilli fait nabil, habil, 
dabil, &C., ^,je vais^; etorri fahnawr, haior y dator, &C.., ,,je viens". 
Le h initial fe perd toujours dans les dialecles bafques efpagnols., 
& meme il s'eil perdu quelquefois dans Jes autres dialecles. Deche- 
pare ecrit : Ten^a e^ak horekila min\o i\an han agoen anian. Poefies 
bafques, p. 8. ^Penfes-y, avec qui tu parles_, pendant que,, ou 
tandis que,, tu es la". cAgoen eft pour hago-n avec la voyelle de 
liaifon e (2). 

Les flexions ont conferve generalement leur forme primitive,, 
mais on trouve pour le prefent de egon des variantes qui font forte- 
ment alterees : 

bifc. & ui. lab. & foul. bn. 



cAgo Hago 

Vago Vago (3) 

, gaude Gaude 

^ciude, ^aute, ^audeie Zaude, ^a 

, daude Vaude 



(1) Voir ch. xi, 3. 

(2) Voir ch. vi, }. 

(j) Bihoa daut bithiere nygjrref. Dechepare, Poefies, p. 51, 33 Le coeur pleure fans 
cefTe". II faudrait ici dau. 



If* 

Dans les verbes intranfitifs le pluriel de la 3' ne perfonne eft in- 
dique par^; dago fait dago^. Dans les verbes tranfitifs par re. 

Les variantes au pour ago, apres la chute du g (i); & a 
pour tf<? s'expliquent facilement. Les flexions du pluriel qui ont re 
pour i font tres extraordinaires , mais la ferie des mutations eft 
aflez complete pour ne laifler aucun doute a cet egard. Zago^ en 
perdant le g, correfpondrait a -[ao-{ ou ^au^ dont on retrouve la 
forme refpeclueufe iauite; cette flexion contient done les deux fignes 
de pluralite ^ 6c re. A ^au^te fe relie ^aure, puis -^aude, &c. 

Les autres temps prefents ofTrent auffi quelques irregularites 5 par 
exemple la terminaifon r^a dans les perfonnes du pluriel de ebili 
& de joan . 

bifc & guip. foul. 

S^abil ,Je marche 5j> S^abila 

cAbil Habila 

Vabil Vabila 

Gabilr^a Gabilt^a 

Zabilr^a Zabih^a 



^je vais^ 



Oa Hoa 

Voa Voa 

Goai Goar-^a 

Zoar^a 



(i) Le g s'eft au(Ti perdu dans toutes les flexions de 



. I?. 

11 imp ar fait de tindicanf du verbe intranflnf. 

L'imparfait eft forme du theme verbal,, precede du pronom-fujet 
& fuivi de la caracteriftique n (v. 6). Quelques noms verbaux ont 
encore un n intercale^ comme nous Tavons dit en parlant de Timpar- 
fait des verbes tranfitifs : nengoan ,Je reftais",, de n-engo pour ego, 
& n; nemorren ,Je venais'% de n-emor pour ewr-n. Mais on dit auffi 
nerorren (i). 

bifc. (Lardiz.) gulp. (Larram.) bn. foul. 

^engoan Z^jndagon 

Hegoan Hindayon 

Egoan Zegoan Zegoen Zagon 

Gengo-{an Gego\an, geunden Ginaunden 

Zengoian Zego^an, geunden Zinaunden 

Ego^an Zegoiren, ^euden Zeuden (2) Zauden 

Les dialedles bifc. <5c guip. ont forme ce temps regulierement. 
Comme c'efl fouvent le cas,, le bifcaien ne prefixe pas le ^ a la 
5 me perfonne. Les 2 mes perfonnes du plur, etant devenues les 
2 mes perfonnes du fing.^ on a forme -{engo\en (j), bifc. & ^engo^aen, 
guip.^ pour ^engoiren & -{engo^aien. Le t, figne de pluralite, fe re- 
trouve dans la J me perfonne plur. ^e gotten, g. Comme le pluriel 
eft deja indique, felon la maniere bifcaienne_, par -{ ., le t parait fu- 



(1) Zavala, Verbo vafc., p. 60, n 14. 

(2) Marc in, 4. 

(j) Zavala indique generalement le pluriel par un changement de voyelle dans la termi- 
naifon; a devient e; il parait ne pas s'apercevoir que dans ces flexions plurielles il y a un t 
d'elide. Le e ou le a n'a aucune valeur comme pluriel ou fingulier. 



perflu dans la 3 me perfonne. AufTi le bifcaien ego\an ^ils etaient" 
ne Fa pas. Mais ce t eft a fa place dans la 2 me perfonne plur. 
legoiaien, puifque cette perfonne eft un pluriel d'un pluriel ; lengo^an 
ayant ete employe comme un fingulier, le figne t a forme une nou- 
velle flexion plurielle ^engo^a-m, lengo^aten ; d'oii le t s'eft perdu 
comme nous venons de le voir. 

Les variantes des trois perfonnes du pluriel s'expliquent difticile- 
ment. Le theme eii pour ego fe retrouve auffi dans la 3 me perfonne 
plur. de rimperatif beude ou bego^ ^qu'ils reftent". La chute d'un 
g medial n'eft pas fans exempie ; egin fait ein en bifcaien^ i^agun 
perden bifc. & en guip. le g dans toute la conjugaifon. 

L'imparfait fouletin a fortement fouffert. Le d des deux perfonnes 
du fingulier eft inexplicable ; & la i re & la 2 me perfonne du pluriel 
ont le n, que nous appelons myfterieux,, intercale deux fois 5 tout ce 
temps doit paraitre barbare aux autres dialedles. 

Les imparfaits de ibilli & de joan fe font mieux conferves : 

bifc. g ul P- foul. 

t^embillen fKjmbillen S^jbilan (i) 

(Hjemttllen (Hjembillen Hebilan 

Ebillen Zebillen Zebilan 

Gembilt^an Gembih^an Gebilt^an 

Zembilt^an Zembih^an (2) Zebilr^n 

Ebih^en Zebilr(an Zebilr^an 

Le bifcaien^ comme d'habitude, ne prefixe pas le ^ a la J me per- 
fonne. Le figne de pluralite fupplementaire eft cette fois-ci /{, 
& cela dans tous les dialecles. 



(1) Auffi nembilan, hembilan, &.c. (Voir Inchaufpe, Verbe bafque), avec le n intercale 
qui eft devenu m devant b. 

(2) Larramendi, dans fon Di&ionnaire, ecrit cenbilt^ate. D'abord, comme le n eft ecrit 
m dans la i" perfonne, il ferait mieux de s'en tenir a cette orthographic ; enfuite la termi- 
naifon ate eft fautive. L'imparfait doit fe terminer en n. Cette faute femble indiquer que 
1'emploi de la conjugaifon reguliere etait deja rare du temps de Larramendi. 



i T 8 

Liarrague ecrit (Marc xiv, i) contrairement a la regie: 
le e primitif doit reparaitre a Fimparfait; peut-etre eft-ce une faute 
d'imprefllon (i). 

L'imparfait de jo an eft : 

bifc, (Lardizabal) g UI P- foul. 



(Hjioan Hindoan 

Joian Zioan Zoan 

Ginoaqan Ginoafcn Gindoat[an 

Zinoa^an Zinoa^en Zindoan 

Zioa^en 



Le dialecte guip. eft le plus correct ; le theme ioa precede de n 
6c fuivi de n fait nioan; le bifcaien a introduit le n myfterieux 
n-ifioia-n ; & puis le i qui fuit 0. D'oii vient cet z? Le figne de plu- 
ralite eft ^ en bifc. & en guip., & /^ en fouletin. 

L'imparfait fouletin a le meme d inexplicable qui fe trouve dans 
nindagon, &c. 



14. 

Loptatif ou potemiel. 

Loptatif eft forme de la meme maniere, au moyen de la fyllabe ke, 
que le verbe foit tranfitif ou intranfitif. Nous avons vu que ke <5c te 
font des variantes ; & a en juger par le peu de verbes intranfitifs 
dont nous connaiifions les potentiels, ces verbes preferent te a ke. 
fait m^ate ,,je puis etre'% aujourd'hui ,,,,je ferai^, & nim^aie 
je pouvais etre" ou ,Je ferais^. Ainfi nous pouvons reconftruire 

(i) Nous citons d'apres 1'edition de S. Marc, par M. J. Vinfon. 



'79 

par analogic le potentiel de egon, qui doit avoir etc au prefent nagoke 
& a Timparfaic nengoke. Nous avons vu,, en parlant de 1'optatif 
des verbes tranfitifs^ que nagoke a perdu le g en bas-navarrais, 
<5c comme re remplace ke, dagoke eft devenu daure pour daote 33 il 
pent refter". 



if- 

La conjugaifon relative du verbe inrranfirif. 

Le verbe intranfitif peut avoir un regime indirect ; p. ex. ibilli 
Caller" fait nabil , Je vais'% & nabilkik ,,]e vais a toi"; abilkit (pour 
habilkitj J3 tu vas a moi"; nabilkio . Je vais a Im" . C'eft ainfi que 
i^an 3:) etre 3:> fait -^a^ka, bn.,, ^ils font a lui"; p. ex. era iff'ernuco 
borthac ei^ai^cala hari garailhuren, Matth. XVJ, 1 8. ^Etque les portes 
de 1'enfer ne prevaudront pas contre elle"; litt. ne vaincront pas a 
elle. Et^ai^cala de ef-faifca-la. 

Cette conjugaifon a une fyllabe hi, qui fe trouve dans toutes les 
perfonnes de tous les temps & dont il eft par confequent tres difficile 
de fixer la fignification ; fans cela ces flexions s'analyfent tres bien ; 
nabilkik eft forme de n , ,}e"', abil, theme 5 ki? <Sc h (pour hi ^ 3 te'^) 
durci en k, felon la regie. Nous n'avons pas meme une hypothefe a 
offrir pour la fignification de ki, qui eft ke chez Dechepare : 5\j 
$ugana niawrqueiu (i), ,,Je viens vers vous". On a voulu recon- 
naitre dans ki un datif; mais cette explication ne nous avance 
guere; c'eft fimplement repeter la difficulte en d'autres termes_, car 
qu'efl-ce que le datif ki ? 



(i) Poefies, p. 32. Le i de niatorke^u ne s'explique pas ; il femble qu'il aurait fallu 
natorke-ru. Deehepare aime a placer cette lettre dans beaucoup de flexions. 



i6o 



CHAPITRE XII. 

LA FORMATION DES MODES ET DES TEMPS DES VERBES 
AUX1LIAIRES. 



l^emarques prelim ina ires . 

Quand on voit un tableau de la conjugaifon du verbe bafque,, 
tout paraitetre d'une regularite admirable; mais des qu'on examine 
les modes & les temps un peu foigneufement, on decouvre bientot 
qu'il y a beau coup de confufion. Au fur & a mefure que nous avan- 
cerons nous trouverons les caufes de tout ce defordre ; il fufTira de 
dire ici qu'il exifte, furtout dans le fubjonctif, le potentiel & le 
conditionnel. La confufion augmente encore felon que le bafque 
eft explique par une grammaire plus ou moins fimple. La langue 
franaife n'a qu'un imparfait da fubjondlif en Jfe; mais en efpagnol 
on en compte trois; un de ces trois imparfaits eft le prefent du 
conditionnel francais. Le bafque a du fe plier a toutes ces exigences 
diverfes (i),, & Ton en connaitles refultats. 

Un traite fur le verbe^ que nous aurons fouvent occafion de citer, 
eft celui de Zavala. Bien qu'il ait pris fes theories en grande partie,, 
comme il le dit Iui-meme 3 dans des manufcrits inedits d'Aftarloa^ 
c'eft par lui que nous connaifTons ces theories^ qui forment le fonds 
de tout ce qui a ete repete d'apres lui de nos jours. Ce traite fur la 
conjugaifon bafque eft affez dirTus r malgre fon apparente regularite; 



(i) Selon Larramendi, Arte, p. 76, 1'efpagnol prit fes temps du bafque ,,E1 plus quam 
,,perfe6lo tiene tres inflexiones huviera, avria y huvieffe, y les aprendio del Bafcuence". 



les divifions & les fubdivifions font tres fatigantes, &, pour ne citer 
qu'un exemple,, nous indiquerons ie mode conditionnel que Zavala 
divife en trois temps (tiempos), le prefent., le preterit & le futur; & 
en huit temps (tenfos), le prefent,, le futur proche, le futur eloigne, 
le preterit imparfait, le preterit eloigne., le preterit futur, les preterits 
conditionnels potentiels, proches & eloignes ! 

Et encore ces trois et ces huit temps ne fuffifent pas ; on peut, dit 
I'auteur, les conjuguer abfolument & conditionnellement (condicio- 
nadamente,, c.-a-d. precedes de ba ^fi"). Cette clarification en 
^tenfos" & ,,tiempos" n'a que peu de valeur; c'eft le meme mot 
fous deux formes differentes,, & meme j,tenfo" (ce qui n'eft plus 
notre affaire) parait ne pas etre efpagnol dans ce fens 5 ,,tenfo" pour 
,,tiempo" ne fe trouve dans aucun dictionnaire. 

Grace a cette ciaffification nous rencontrons^ pour nous guider, 
des termes comme : preterit conditionnel-potentiel_, impliquant une 
affirmation cdnjedlurale & la poffibilite d'un potentiel (i). Apres 
un tel luxe de detail,, on eft etonne & defappointe en meme temps 
de trouver (p. So) que ekarriko eban efl traduit par ,,el lo traeria o 
lo habria traido'^ c'eft-a-dire que ce temps efl employe pour un 
prefent 5c un paile. Encore pire, que yer egin nei... (p. 3 i n 41) eft 
rendu par: que podria, puedo o podre yo hacer; ,,que puis-je, 
pourrai ou pourrais-je faire^. Ou encore: (meme page & numero) 
Zelan a^artu neinte pekatu egiten. Como puedo podre o pudiera 
atreverme ahora a pecar ? 

Ajoutons, pour en finir, que les Efpagnols employent Timparfait 
du fubjondif pour le plus-que-parfait du fubjondlif (voir Salva, Gr., 
p. 1 80, 2 a ). P. ex. ^quifieran 3:> pour ^hubieran querido'% & Ton 
conviendra, croyons-nous,, qu'il y a la afTez d' elements de confufion. 

Afin de proceder regulierement_, nous examinerons chaque con- 
jugaifon feparement,, bien qu'au fond elles foient pareilles. Nous 
avons parle de celle du verbe regulier; il refte done celle de 1'auxi- 
liaire <3c, enfin, la conjugaifon periphraftique. 



(i) Los preterites condicional-potenciales incluyen la afirmacion conjetural de efte modo 
acerca de lo que no ha fido, y la pofibilidad del potencial. Verbo vafc. p. 21, n 41 . 

I I 



162 

Nous avons cru bien faire en dormant cTabord la conjugaifon des 
verbes primitifs. qui eft au fond tres fimple. Maintenant qu'on con- 
nait le modele primitif, il eft plus aife de fe rendre compte des 
variations ou des deviations que le temps & les influences phone- 
tiques ont introduites dans la conjugaifon. 

II va fans dire que fi, dans le cours de notre examen du verbe 
bafque^ il nous arrive de dire qu'une flexion eft mal formee,, & cela 
nous arrivera affez fouvent,, ce n'eft pas que nous ayons la prevention 
de vouloir corriger la langue bafque., telle qu'on la parle de nos 
jours. II faut qu'une langue ait fa liberte d'agir et nous croyons que 
toutes les langues en ont ufe. Si le francais n'etait pas une langue 
litteraire depuis des fiecles,, toutle monde dirait peut-etre jj'avioris"; 
perfonne ne trouvera neceffaire de changer Torthographe de 
lierre, &c. 5 & bien qu'il nous femble qu'il y ait un affez grand 
nombre de formes vicieufes en bafque,, qui denotent plutot Tinge- 
rence du pedant que Tinfoufciance de 1'illettre, il fau'dra laiffer aux 
Bafques le foin de purifier leur langue; mais pour cela il faudra 
commencer par la connaitre. 



2. 

cftfodes < temps des verbes auxiliaires. 

Les verbes auxiliaires font des verbes primitifs., reguliers., & la 
conjugaifon eft par confequent toujours la meme; feulement les 
deux verbes auxiliaires par excellence iduki avoir" & i\an ^etre" 
n'avaient pas aflez a leurs trois modes,, & c'eft par la combinaifon 
avec d'autres noms verbaux que leur conjugaifon s'eft completee., 
exadlement comme dans rios langues,, comme ^etre" en francais fe 
conjugue avec ^avoir" & en italien avec ^etre" : j'ai ete, fono 
flato. La relfemblance eft encore plus grande avec I'allemand ou le 
hollandais, qui ont chacun leur auxiiiaire pour le futur. 

L'imperatifj l'indicatif & Toptatif font les trois temps primitifs; 



deux font reftes ce qu'ils etaient; Toptatif feul a change de role; 
foptatif ou le potentiel de eduki & de i^an fert comme futur & 
comme conditionnel. Ayant perdu leur potentiel, ces deux verbes 
en ont forme un autre a 1'aide d'un auxiliaire, comme nous verrons 
plus tard; le bifcai'en a choifi edin , 5 pouvoir 5;) & a, par confequent, 
pu prendre le prefent de lindicatif, p. ex. je puis avoir; mais les 
autres dialectes qui ont choifi e^an y ont du prendre le potentiel de ce 
verbe comme auxiliaire. 



3- 

L imperatif & lindicatif. 

L'imperatif n'a qu'un feul temps, le prefent (i), forme du theme 
verbal precede ou fuivi de la caracleriftique de la perfonne. Get 
imperatif primitif a fait place aujourd'hui a un imperatif periphraf- 
tique. 

L'indicatif a cinq temps, dont deux font primitifs, le prefent & 
Timparfait; les trois autres font compofes; le parfait defini, le par- 
fait indefini, le plus-que-parfait. Ceci eft la nomenclature des temps 
franais ou efpagnols, qui eft admife en bafque, bien qu'elle ne 
foit pas tout-a-fait jufhe. Nous prendrons pour exemple lauxiliaire 
eduki. 

I ND 1C ATI F. 
PRESENT. 

'Dot ou dm ou det J7 far" (2). 



(i) Zavala donne deux temps a 1'imperatif; le prefent & le futur; mais il a ete reconnu 
par des philologues competents que 1'imperatif eft une interjection verbale. Le futur de 
Zavala n'eft autre chofe que le prefent avec le fuffixe ke, la caraderiftique du potentiel : begi 
,,qu'il fafTe" &. begike futur; litt. ,,qu'il puiffe faire". 

(3) Pour la concifion nous difons ,,j'ai" & non ,,je 1'ai". 



164 



IMPARFAIT. 



ou men ou nian ,,j'avais" 



PARFAIT DEFINI. 

I-(an neban ou nuen (i) 



,,feus" 



Ukan ou ukhen man, foul. 

PARFAIT IN DEFINI. 

I^an dot, dm, del, 
Ukhen dm, foul. 

PLUS-QUE-PARFAIT. 

Ifan i^an nuen , ,j"avais eu". 

Nous donnons ici les temps de Tindicatif felon 1'ufage accepte ; 
mais il eft evident que le parfait defini (preterite perfeclo, efp.) 
n'exifte pas en bafque. 

Puifque ukhen dm ou i-^an dm fignifie , J'ai eu",, il faut que ukhen 
nian ou i-^an nuen fignifie ^j'avais eu". Larramendi s'en eft bien 
aper^u (2),, mais Tufage a prevalu dans prefque tous les dialectes, 
influences fans doute par la grammaire des langues romanes qui 
poffedent ce temps,, de confiderer ce plus-que-parfait comme un 
parfait defini; & Ton a forme un autre plus-que-parfait fur-compofe 
en repetant I'adjectif verbal: i^an zp/z nuen 3 J'avais eu". Si ce 
temps eft rarement ufite pour lui feul (p. ex. j'avais eu befoin), bien 
que Lardizabal le cite, il eft en ufage pour le verbe periphraftique 
dans tous les dialectes, excepte en bifcai'en. Le dialecle bifcaien fe 
contente d'exprimer un feul temps : i-^an neban, &c.,, qui fe traduit, 
felon que nos langues Texigent,, par le parfait defini ou par le plus-que- 
parfait. Au paragraphe 10 (modes & temps du verbe periphraftique) 
nous examinerons cette queftion en detail. 

(1) Les diale&es bn. & foul, fe fervent de ukan, ukhen au lieu de z'fan. L'anomalie d'em- 
ployer i^an ne nous importe pas ici. 

(2) Arte, p. 64. 



4- 

Futur & conditionnel. Oprarif ou potemiel. 

Nous nommons optacif le mode qu'on eft convenu d'appeler 
conditionnel, c'eft-a-dire les temps done la terminaifon eft he. On 
eft habitue a confiderer les temps en ke comme des conditionnels, ce 
qui n'eft que jufte, puifque c'eft ainfi que les temps correfpondants 
font nommes dans la plupart des grammaires, fran^aifes, efpagnoles 
& autres. 

Mais ce nom eft mal choifi. Quand on dit ,,je voudrais le voir", 
on n'exprime aucune condition, on exprime un fouhaic. L'ufage a 
fanclionne, comme le dit Diez, la denomination inexacle de ,,con- 
^ditionnel, parce que ce temps joue un role dans la phrafe condi- 
,,tionnelle, mais en realite ce temps exprime un fouhait., <5c c'eft a 
^caufe de cela qu'il a ete place pas les anciens grammairiens au 
^nombre des temps de 1'optatif" (i). 

Le veritable temps conditionnel eft indique., en fran^ais comme 
en bafque, par le fens de la phrafe,, ou bien,, & fpecialement, par 
la particule conditionnelle ba 3) (i"$ par exemple ^s'il etait venu^ je 
le lui aurais dit"; ou 5 ,fuppofe qu'il fut venu, je le lui aurais dit". 
La flexion ou la phrafe qui exprime ici la condition eft ^s'il etait 
venu" ou ,,fuppo(e qu'il fut venu". & le temps de la phrafe regie, 
que Ton a Fhabitude d'appeler un conditionnel, n'eft pas du tout un 
conditionnel; 3 Je le lui aurais dit" eft une affirmation. On eft fi habi- 
tue a voir dans ce temps un conditionnel, qu'on a de la peine a ne Fy 
voir pas. Dans les langues ou ie conditionnel eft exprime par un 
auxiliaire, comme par exemple en anglais, la difficulte eft moins 
grande : ,Je le lui aurais dit" fe traduirait par ,,I would have told 
it to him ". Would eft Fimparfait de will ,,vouloir". On fent de 
fuite que ,,]G voulais" n'exprime aucunement une condition. 

(i) Rom. Gram., ii. p. 113. 



1 66 

II faudra done fe defaire (en theorie du moins) de Tidee que le 
conditionnel eft un conditionnel, ce qui fera facile en confiderant 
le bafque, non pas a travers des lunettes efpagnoles ou franfaifes., 
mais a travers des lunettes bafques. 

On nous dit que nuke eft le conditionnel de Tauxiliaire; p. ex. 
nahi nuke 5 ,j'aurais envie" bear nuke jj'aurais befoin". 

On nous dit auffi que pour exprimer un conditionnel on fait pre- 
ceder la flexion de ba 5 ,fi'% & que le figne caracleriftique du condi- 
tionnel ke difparait(i). Ainfi nik gura baneu (& non baneuke) apaindu 
,,Ci je voulais Forner". Par confequent la grammaire bafque enfei- 
gnerait que la caradteriftique du conditionnel eft ke, & que quand 
on aura a exprimer le conditionnel on ne fera pas ufage de ke! La 
contradiction eft flagrante^ & cependant elle n'a jamais ete relevee; 
on a confidere ces flexions comme ayant perdu leur terminaifon,, non 
pas ke, comme on pourrait s'y attendre^ mais n. On a dit que banu, 
par exemple., etait pour banuen. 

II arrive que neuke fe trouve precede de ba, tout auffi bien que le 
prefent dm ou Timparfait nuen ou tout autre temps., & il peut arriver 
que dans quelques cas le ke fe perde; mais ce baneu ou baneuke n'eft 
jamais un temps conditionnel parce qu'il a, ou a eu, la finale ke; c'eft 
un temps conditionnel,, parce qu'il eft precede de la particule ba ,,&" , 
& baneuke reftera un temps de Toptatif employe conditionnellement,, 
tout comme badut reftera le prefent de Tindicatif employe condition- 
nellement. Puifque Toptatif exprime un fouhait & peut fe rendre par 
^defirer'% neuke fignifiera je defirais avoir = j'aurais^ & baneuke, fi 
je defirais avoir = fi j'aurais. Seulement en fran9ais ,,(1" eft gene- 
ralement fuivi de Timparfait de lindicatif, tandis qu'en efpagnol on 
fe fert du conditionnel (comme ici) & des deux imparfaits du fub- 
jonclif, de meme qu'en italien,, ou Timparfait du fubjonclif eft feul 
en ufage; fe avefli potuto ,,Ci j'avais pu". Gurako baneunke ou 



(i)Si fe conjugan condicionalmente fe hazen con el participio compuefta,y las terminaciones 
del imperfefto abreviadas. Larramendi, Arte, p. 79.. Ainfi des ,,Flexions fyncopees de 1'im- 
parfait. Selon Zavala, Verbo vafc., p. 19, n28. En nueftra idioma fe forman fus tenfos 
con los articulos imperfe<5tos de aquel modo (1'indicatif) aiiadiendoles ke o fincopandolos. 



1 67 

baneu, fi yo lo quifiera (r) ,,fi je voudrais", ou comme on dit en 
franais <, ? fi je voulais. Toute confufion difparait, tout s'explique,, 
du moment que noue abandonnons cette denomination erronee de 
^conditionnel" & que nous fuivons les anciens grammairiens qui 
ont donne a ce mode le nom qui lui convient, celui d'optatif ou de 
potentiel. 

Comme toute denomination nouvelle caufe une certaine confufion, 
nous avons laiffe le nom de conditionnel dans la conjugaifon du 
verbe, comme auxiiiaire, refervant le nom de ,,optatif ou potentiel 3 ' 
pour les verbes primitifs,, qui font employes comme auxiliaires. 
L'effentiel eft d'avoir fignaie Ferreur. 

L'optatif ou potentiel eft forme comme 1'indicatif, feulement le 
theme verbal eft fuivi de he; le pronom fujet^ comme dans Findicatif, 
eft fuffixe dans le prefent <5c prefixe dans i'imparfait : 

Prefent. Imparfait. 

Vuket. Wjike. 

Vukek. Huke. 

Vuke. Luke. 

'Dukegu. Ginuke. 

< Dukei ( ii. Zinuke. 

Vukere. Lukete. 

Vuker, &c.,, correfpond aujourd'hui au futur ^j'aurai" &/2^,&c.^ 
a ce que Ton eft convenu d'appeler le conditionnel ^j'aurais". L'op- 
tatif,, exprimant auffi un fouhait, par confequent un fait ou une 
action qui doit encore fe realifer^ on s'explique que le prefent de ce 
mode ait pu fervir a exprimer le futur (2). 

La difference entre le futur & le conditionnel, Fun exprime par 
un prefent,, Fautre par un paffe,, fe retrouve dans beaucoup d'autres 
langues. En allemand,, werden ^devenir" exprime le futur au pre- 



(1) Zavala, Verbo vafc., p. 20, n ^. 

(2) La relation intime entre 1'optatif &. le futur fe retrouve dans d'autres langues. Voir la 
Gram, de Bopp, traduite par le Pr. Breal, vol. in, p. 307 . 



1 68 

fent : werde, & le conditionnel au paffe : wurde. En anglais,, will, 
prefent, & would., paffe, de will ,,vouloir". 

Le futur duker, &c., a prefque difparu, probablement par fuite 
de la preference pour la periphrafe, qui fe manifefle dans routes les 
langues. Vuket, &c., efl remplace par i^ango del ou dm, ukhenen dm, 
felon les dialedles. Le fuffixe ko ou go (i^an-go) & le fuffixe n 
fukhen-nj correfpondent tous les deux a ,,de", & c'efl ainfi que 
ifango dut correfpond litteralement au futur des langues romanes, 
car comme le remarque Salva (i) pour le conditionnel (& par con- 
fequent aufli pour le futur), ,,habia de alegrar" dit la meme chofe 
que , 3 me alegraria". 

Nous citons 1'efpagnol, puifque dans cette langue on fe fert de la 
prepofition ,,de", tandis qu'en fran9ais la phrafe ferait conftruite 
avec la prepofition ,,a' ? 5 p. ex. chanterai = j'ai a chanter. Uefpa- 
gnol & le bafque s'expriment done exaclement de la meme ma- 
niere (2). 

Le futur anterieur ou compofe ,,j'aurai eu" efl i^an i^ango dot, 
del ou dut, bifc., guip., lab., & ukhen duket, fouletin. 

Le conditionnel, auquel nous rendons ici fon nom inexacl, efl 
nuke, &c., ,,j'aurais^ dans tous les dialecles. ZT^uke, primitivement 
un imparfait du potentiel ou de Toptatif ,,je pouvais ou je voulais 
avoir", efl devenu un prefent du conditionnei, ou plutot efl refle ce 
qu'il etait, deguife fous le nom de conditionnel. Or, comme ilfallait 
pouvoir exprimer un pafle du conditionnel, on a fuffixe la caradle- 
riflique du pafTe an, & nuke efl devenu nukean ,,j'aurais eu'\ 

Generalement le futur efl forme par periphrafe, comme nous 
Tavons deja dit, & cette periphrafe correfpond exacflement a la 



(1) Gram, efp., p. 460, note D. 

(2) Dans fes notes complementaires fur I'EjJai fur la langue bafque, par M. Ribary, 
M. Vinfon dit, p. 107 : ,,Jango (jan-ko) a le fens de : pour manger. 11 efl important, 
3, pour bien analyfer le verbe periphraftique, de ne jamais perdre de vue la fignification 
..propre de chacun des elements qui le compofent". "Excellente remarque ; mais ko 
n'efl pas ,,pour"; c'eft 1'explication de Darrigol (p. 106), qui croyait que le futur s'expri- 
mait par ,,pour", explication que nous avions deja relevee dans notre Effai, p. vn. Dans 
noire Diftionnaire, nous avions aufTi indique les differentes acceptions du fuffixe go. 



169 

forme des langues romanes. Ainfi egingo dm fignifie : f ai de faire 
= je ferai. Mais de moment qu'on fe ferviraic de duket, &c, la for- 
mation ne ferait plus reguliere 5 duket eft deja un futur; le futur 
ferait exprime deux fois. Malgre cela, nous retrouvons cette peri- 
phrafe,, chez Li^arrague ; p. ex. Egoi^iren diiuquei^te. Matth. xm, fo. 
^Et Us le jetteront". Au verfet 42, meme chapitre : Eta egoi^iren 
dlruire ,,Et ils le jetteront". Era ilkiren dirade ungui eguin duqueitenac. 
Jean ,,29. ,,Et ils (en) fortiront ceux qui auront fait du bien". 
Licarrague fe fert indifTeremment, comme on voit, de Tune & de 
Tautre periphrafe 5 il faudra done en conclure que la formation, 
& par confequent la fignification propre n'etaient deja plus connues 
de fon temps. 



f- 

Le fubjonftif. 

Le fubjonclif des auxiliaires eduki & i-^an eft periphraftique, du 
moins de nos jours. Comme le fubjonclif eft au fond ttndicatif, 
fuivi de la conjondlion n ,,que", dut ,J'ai" fuivi de n donnerait 
dudan ^que j'aie". Dechepare fe fervait encore de cette forme; 
mais aujourd'hui elle eft inconnue. 

Eduki, ou mieux ukhen & i-^an, comme avoir", ont pour auxiliaire 
egin en bifcai'en & e^an dans tous les autres dialecles. Le prefent du 
fubjonclif eft done i^an dagidan, de daglt ,,je fais" fuivi de n; & 
i-[an de^adun, de de^at -f- n. L'imparfait eft i-^an nengian & i^an ne^an 
,,que j'euffe". 

Le foul. & bn. fe fervent de ukhen & ukan pour i-^an: ukhen de^adan 
Sc. ukhen ne?an. 

L'auxiliaire de i^an, etre, eft edin _,,,pouvoir" dans tous les dia- 
lecles : i^an nadin ^,que je fois"., & i-fan nendin ,,que je fufTe". 

Nous n'avons pas encore trouve d'exemple de nai-[ fuivi de n. 



i yo 

6. 

Le potentid. 

Le potentiel ou optatif de eduki & de i^an, fervant comme futur 
(le prefent) 5c comme conditionnel (Fimparfait), on a forme un 
potentiel periphraftique. L'auxiliaire de ce mode pour le verbe eduki 
eft eian, dans tous les dialectes, excepte en bifcai'en 5 ce dialecte a 
choifi^Vipourauxiliaire, tant du verbe ,, avoir" quedu verbe ,,etre"; 
i^an dait (pour dadit) , Je puis 1'avoir"; & i\an naiie ,Je puis etre". 
Les autres dialedles difent i^an decker ou ukhen decker ,Je puis 
avoir' '5 & i-^an naite ou naiteke, lab.,, & ukhen naite, foul.,, fignifie,, 
comme en bifcai'en, , Je puis etre". 

II faudra remarquer ici que Fauxiliaire e^an, dont la fignification 
primitive n'eft pas bien fixee, ne parait pas fignifier ,,pouvoir". Le 
prefent de 1'indicatif de e\an eft deyat, eke., & le prefent du poten- 
tiel de^akeTy &c. Sa valeur,, comme mode potentiel,, fe trouve dans 
la fyllabe ke & fa fignification propre s'y eftrefoute. II n'en eft pas 
de meme de edin, qui fignifie ,,pouvoir'% & dontle prefent de 1'in- 
dicatif pouvait fervir, exaclement comme en fran^ais,, a exprimer le 
potentiel: i^an dait (autrefois daditj ,,je puis avoir". Par contre^ 
dans i-[an naite, naite eft le potentiel. 

Nous avons vu que le potentiel correfpond quelquefois au futur 
& au conditionnel de nos langues 5 & cela explique pourquoi, en 
labourdin & en fouletin, le prefent du potentiel & le futur du po- 
tentiel fe confondent quelquefois, Ukhen de^ake eft rendu par }) il 
peut ou il pourra avoir" (i). 

L'ufage n'a done pas encore decide fi de^aket fera purement un 
potentiel, c.-a-d. un prefent,, ou s'il fera confidere comme auxiliaire, 
comme duket, &C.., c.-a-d. comme un futur, & Tune <3c Tautre figni- 
fication font par confequent reftees en vigueur. 

La meme incertitude a regne pour 1'imparfait du Ipotentiel primitif 

(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 17. 



171 

qui , comme auxiliaire , devenait conditionnel ou plurot reftait 
optatif, deguife fous le nom de conditionnel. L'imparfait nuke eft au- 
jourd'hui le temps qu'on eft convenu d'appeler conditionnel , J'au- 
rais"; de meme Timparfait du potentiel (ou optatif) de zp/i/ nin- 
-[ake, &c., eft aujourd'hui le conditionnel ,Je ferais". De la meme 
maniere^ ne^alie, &C.,, aurait pu devenir un conditionnel ou en 
d'autres termes refter un optatif 5 tandis qu'en tranfportant ce temps 
{implement d'un verbe a un autre,, en lui gardant fa valeur de po- 
tentiel, ne^ake reftait un imparfait. C'eft ainfi que s'explique,, croyons- 
nous, 1'imparfait du potentiel. Chez Larramendi,, ekarri ne^ake, &c. 3 
eft rendu par 1'imparfait du potentiel: yo podia traer(i) ,,,jepouvais 
tranfporter'% tandis que bon nombre d'auteurs (de nos jours tous?) 
rendent ce temps par le conditionnel du potentiel ,,]e pourrais 
tranfporter" (2). C'eft ainfi que Lardizabal traduit egin al bane^ake 
par: fe pudieras hacerlo 55 fi je pourrais (ou en frangais pouvais) 
le faire". 

Comme il fallait pouvoir exprimer le pafle,, on a fuffixe la ca- 
racleriftique du paffe an a Timparfait., ck ne^ake., 6cc. 3 eft devenu 
ne^akean 3 &c.^ p. ex. ekarri neyakean ,Je pouvais tranfporter 3 '. 

Pour plus de clarte^ nous refumons les faits en maniere de tableau : 

TEMPS PRIMITIFS. TEMPS DERIVES. 

POTENTIEL. 1NDICAT1F. POTENTIEL. 

Prefent forme le Futur & le Prefent. 

Imparfait Conditionnel Imparfait ou 

conditionnel. 
Imparfait for- 
me du temps 
precedent en 
fuffixant an. 

(1) Arte ; p. 212. 

(2) En efpagnol on paraft ne pas diftinguer fi nettement 1'imparfait &. le conditionnel. 
Zavala traduit (Verbo vafc., p. 31, n 43) ea ^ela atera leian par: como podia o podria 
facar... ,, Comment il pouvait ou pourrait tirer". Atera leian eft 1'imparfait, Eft-ce que 
Zavala n'eil pas fur de la fignification de leian ? 



7- 
Conjugaffon de euki comme verbe aflif. 

Larramendi n'a pas donne la coniugaifon de euki ,, avoir" fans 
nom verbal. II a conjugue fan ,, manger", dont Fauxiliaire,, il eft 
vrai,, eft euki, <5c il donne par confequent tous les temps de Fauxi- 
liaire. Mais pour la formation des temps il y a une difference, en 
bafque comme en frangais, quand le verbe ,, avoir" eft fuivi d'un 
nom <5c quand il eft fuivi d'un nom verbal ; p. ex. j'ai foif, j'ai 
befoin, font des prefents ; mais ^j'ai mange" eft un parfait inde- 
fini. La confufion ne ferait pas pofTible en frangais ; mais elle eft 
poifible en bafque,, puifqu'il y a un certain nombre de noms,, em- 
ployes comme noms verbaux invariables, nommes ,,determinables" 
par les grammairiens efpagnols (i). Bien que Larramendi & Zavala 
diftinguent ces noms des noms verbaux proprement dits, ils n'y ont 
pas reconnu de purs fubftantifs, ce qui produit de la confufion ; 
p. ex.,, felon Zavala,, le ,, preterite proximo" eft forme du,,participio 
preterito" (Fadjectif verbal) & des ^articulos" (flexions) dau, dot : 
U^ork neurm dau Jaungoikoa ? 53 Qui a mefure Dieu ?" &4u ufte i^an 
dot j, J'ai cru cela" (2). Dans le premier exemple, le parfait indefini 
eft rendu,, comme le dit juftement Zavala, par Fadjeclif verbal 
neurm ^mefure",, & par dau ,,il a". Dans le fecond exemple, 
Fauxiliaire eft compofe 5 il eft i^an dot. Or, i^an dot feul, fans ujte, 
correfpond a neurm dau ; felon Fexplication de Zavala, on eft oblige 
de conclure que les flexions dau & i^an dot appartiennent toutes les 
deux au meme temps. Plagons, pour la clarte, la meme perfonne 
dans les deux exemples : ne unit-dot ,, j'ai mefure" ; ufte-i^an dot 
,,j'ai cru". Par confequent dot & iian dot fignifient tous les deux 
,,j'ai". C'eft une erreur. 



(1) Chap, x, p. 6. 

(2) Verbo vafc., p. 18, n" 16. 



'73 

Ligarrague s'eioigne de 1'ufage adopte & ecrit : Vjte vkan dute 
guehiago recibituren fuela. Match, xx, 10. La verfion frangaife a ici 

rimparfait ,,ils s'attendaient " C'eft-a~dire il croyaient... La 

periphrafe de Ligarrague eft aujourd'hui celle du parfait indefini. 

Ce que nous difons ici,, par rapport a la formation des temps de 
eduki, s'applique auffi,, comine de raifon, a la formation des temps 
de i-[an ; p. ex. ongi bi-{i i^atu dena. Ax. } p. 216. 53 Celui qui a bien 
vecu". 'Bill i-{aiu da elt la 3 me perf. fing. du parf. indefini. Si, au 
lieu de biii, il y avait im veritable nom verbal, p. ex. etorri, on 
dirait : etorri da ^il eft venu 53 . 

Pour fixer la valeur des temps, le mieux fera de prendre un de ces 
noms verbaux invariables comme ujte opinion^; nai, gura ,,vo- 
lonte 3 '; bear ,,befoin". 5\af dut ,J'ai volonte 53 = je veux ; bear 
dut ,J'ai befoin". Nous choifirons cette derniere locution, qui efl 
rendue en frangais de la meme maniere. En anglais ou en allemand, 
on la rendrait par un verbe : want, anglais ; brauchen, allemand. 

"Bear ou behar efl de tous les dialedles 5 pour Tauxiliaire, nous 
prendrons la variete dut. 

8- 

Tableau des modes & des temps de euki ,,*iv0ir* comme verbe aftif. 

IN DI CAT IF. 
PRESENT. 

"Bear dut ,,j'ai befoin". 

IMPARFA1T. 

T$ ear men 5 ,j'avais befoin". 

PARFAIT INDl-FINI. 

'Bear i^an dut (i) ,,fai eu befoin". 

(i) Partout en fouletin &. bas-navarrais, ukhen, ou les autres diale<5les ont i^an. 



PLU S-QU E-PARF AIT. 

'Bear i^an nuen ..J'avais eu befoin". 

FUTUR SIMPLE. 

'Behar duket foul. ., . , r . ,, 

,.i aurai beioin . 
'Beharko dm 

FUTUR COMPOSE. 

'Behar ukhen duket, foul. ) 

TSehar ii^anen dut, lab. ,J'aurai eu befoin". 

"Bear t^ango det, gulp. 



COiNDITIONNEL. 


PRESENT. 

'Bear nuke ^j'aurais befoin'\ 

PASSE. 

TSehar nukean \ 

'Beariianneunke, b. f. bn. v ^j'aurais eu beloin : 

'Bear i~{an neukean, g. ) 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

'Bear deradan / ., . , r . .. 

, . r t ,,que i aie beioin . 
'Bear dagidan, bifc. \ 

1 MPARFA1T. 

'Bear ne^an } ., ^ . r . 

,. r [ ,.que j euile belom^. 
nengian, bifc. ) 



Lardizabal ecrit : al de^adan (i) para que yo pueda ,,pour que je 
puifle". cAl & bear appartiennent a la meme categoric ; on dira 
done bear de^adan, <3tc. 

Puifque e^an <3c egtn font les auxiliaires du fubjonclif de eduki 
, 5 avoir 3 % on fe ferait attendu ici a i^an ou ukhen de^adan. Le fub- 
jondif d'un nom verbal proprement dit, p. ex. ikufi deiadan ,,que 
je voie'% s'explique ; non pas par le fran^ais, il eft vrai, mais par 
1'anglais ,,that I may fee". 'Deiadan efl entierement fupprime en 
fran^ais,, puifque le fubjondKf n'eft pas periphraftique. 

Mais bear deiadan s'explique diGcilement. Admettons pour un 
moment que e^an fignifie ,,,,pouvoir",, alors il faudra traduire 
bear de^adan par ^que je puifTe befoin"., ce qui n'efl guere admif- 
fible. 

Quoi qu'il en foit^ e-fan parait fuffire en guipuzcoan & probable - 
ment aufli en bifcaien 5 mais Zavala ne nous apprend rien par rap- 
port a cette queftion,, bien qu'on life le titre fuivant a la page 28^ 
<j , n 22 : Sujuntivos regidos del verbo gura o nai. Mais la Tau- 
teur parle de gura regiffant une certaine forme de fubjonclif, en 
quoi il fe trompe. Zavala a voulu dire que les flexions du verbe de 
la phrafe regie font fuivies,, tantot de la conjonclion n, tantot de la 
conjonction la. C'eft toujours le fens de la phrafe qui decide cette 
queftion,, & ce n'efl jamais le nom verbal_, qu'il foit gura ou tout 
autre. Ces fortes de regies ne font qu'embrouiller la grammaire^ qui 
eft beaucoup moins capricieufe qu'on ne le dit. L'obfervation qui 
fuit eft egalement inutile. Uauteur dit , y qu'on laiffe la flexion fans 
oter le n, ni ajouter la" . II va fans dire que fi Ton otait n } ce ne 
ferait plus ce que Ton eft convenu d'appeler le fubjonclif. On trou- 
vera les exemples de Zavala dans la note,, au paragraphe fur la 
conjonclion n. 

(i) Gram., p. 40. 



7 6 



10. 

tModes & temps du verbe periphraftique. 

Les modes & les temps de la conjugaifon periphraftique font les 
memes que ceux du verbe auxiliaire. Seulement tons les dialedes 
rfexpriment pas dune maniere uniforme les temps compofes; & 
enfuite le prefent & Timparfait de Tindicatif, qui font fimples dans 
1'auxiliaire, fe conjuguent ici par periphrafe comme tous les autres 
temps (i). 

L'indicatif a cinq temps, les memes temps de I'auxiliaire, accom- 
pagnes d'un nom verbal. Ce nom verbal prend trois formes : 
i adjedlif verbal, par ex. ikuji ,,vu"; 2 fubftantif verbal en ten, p. 
ex. ikuften , ? dans le voir"; 3 adjedlif verbal en go ou n, p. ex. 
ikufiko ou ikufiren ,,,de voir" litt. , 3 de vu'^ (2). Le fubftantif verbal 
forme le prefent & Timparfait de Tindicatif; Fadjedlif verbal forme 
tous les autres temps, a Texception du futur & du conditionnel qui 
ont radjeclif verbal en go ou en n. 



INDICATIF, 
PRESENT. 

Ikuften dot ou dut ou det ,Je vois'\ 

1MPARFA1T. 

Ikuften neban, nuan, nian ,,je voyais 3 ' . 



(i) Le prefent & 1'imparfait de 1'indicatif de 1'auxiliaire peuvent fe conjuguer par peri- 
phrafe; on peut dire i^aten det, &.G., mais ces flexions expriment alors le frequentatif ,,j'ai 
d'habitude", du moins dans quelques dialedes. 

(3) Voir ch. x, j &. 4. 



PARFA1T INDfeFINI, 

Ikuji dot, dut, det ,J'ai vu 3 \ 

PARFAIT DtFINI. 

Ikufi neban, nuan, man ,Je vis". 

PLUS-QUE-PARFAIT. 

Ikuji i^an nuan, man ^j'avais vu". 

Le parfaic defini fert auffi, felon Larramendi (i) 3 comme plus- 
que-parfait,, ce qui eft au fond fa fignification propre; ikuji eft ,,v\i" 
& nuan ,J'avais'% & ainfi ikufi nuan ,,j'avais vu". Nous avons dif- 
cute ce point au paragraphe precedent, en parlant des temps de 
Tauxiliaire. 

Le dialede bifcai'en rend le parfait defini & le plus-que-parfait 
par le meme temps : ikuji neban. La periphrafe ikuji i^an neb an n'efl 
pas connue(2). Tan euan Sanfonek e^iia. ^Samfon mangea du miel". 
Ikuji euan lagunak ^elan eleshatik unen euan yapo erreskadea at^era biunu 
ian (3). ? ,Le camarade vit ou avait vu comment la troupe de cra- 
paudsj qui etait fortie de rEglise 3 y rentra ou y etait rentree 55 . 

Tous les autres dialectes font ufage du temps fur-compofe, mais 
tous n'y attachent pas la meme fignification. En guipuzcoan, le 
temps compofe qu'on nomme parfait defini^ p. ex. ikufi nuen, rem- 
place le plus-que-parfait., ce qui fe comprend., puifque ikuji nuen eft 
reellcment le plus-que-parfait 3JJ j'avais vu^5 mais Tinverfe n'a pas 
lieu. Le nouveau plus-que-parfait ikuji i^an nuen ne remplace pas 
Tautre temps , ce qui fe comprend encore mieux ; & cependant 
quelques dialedes font cette confufion... La fatale influence d'une 
grammaire etrangere avait deja produit une irregularite, en faifant 

(1) Arte, p. 64. 

(2) Nous ecrivons euan ou eban (u = &J, comme 1'ecrivent quelques auteurs bifcai'ens, 
quand Zavala ecrit evan, puifque nous n'avons pas admis le v dans 1'alphabet bafque. 

(j) Zavala, Verbo vafc., p. 18, n os 19 & 20. 

12 



, 7 3 

admettre qu'un temps compofe comme ikuji nuen , J'avais vu" cor- 
refpondit a un temps fimple ,,je vis" 5 mais quelques dialecles ont 
encore augmente 1'irregularite en remplagant le temps fimple par le 
temps fur-compofe; p. ex. ikuji ukan nuen ,,j*avais eu vu" (car c'eft 
la tradudion litterale) correfpond a ,Je vis". Difons en paffant 
qu'on n'a pas meme reufli, en formant ce nouveau temps, a donner 
un jufte equivalent du temps frangais ou efpagnol; ce que Ton 
nomme maintenant en bafque le plus-que-parfait : ikuji i^an nuen ou 
ikufi ukan nuen, eft ce que les grammairiens frangais nomment le 
parfait anterieur fur-compofe: ,,j'avais eu vu". Ainfi Ligarrague 
ecrit : era bere aha Zebedeo vncian vtciric languileguin, iarreiqui if an 
gai^can. Marc, i, 20. ,,Et laiffant leur pere dans la barque avec les 
ouvriers, ils le fuivirent"; on ne peut pas dire ici : ils 1'avaient fuivi. 
Iarreiqui igan gai^can , fignifie ,, ils 1'avaient eu fuivi a lui". Dans 
1'exemple fuivant c?e temps eft correct : Cein iarreiqui igan baii^ai^- 
can lefuji Galileadc. Matth, xxvii, ff. ,,Et qui avaient fuivi Jesus 
depuis la Galilee". Eta huna, Orientean ikuj/i vkan guten igarra. 
Matth. n, 9. ,,Et voici Tetoile qu'ils avaient vue ou qu'ils virent en 
Orient". Litt. qu'ils avaient eu vue. 

^olafarthu igan cen & ian vkan cituen dans le verfet 26 du cha- 
pitre ii de Marc, pourraient etre des plus-que-parfaits, bien que 
les verfions frangaife & allemande aient le parfait defini. 

En guipuzcoan, comme nous 1'avons dit, il y a les deux temps ; 
mais c'eft feulement le parfait defini qui remplace le plus-que-parfait, 
& le contraire n'a pas lieu. cAskotan adiru i^an nuan aren doflrina, 
Cardaveraz. ,,J'avais fouvent entendu fa dodlrine". Zavala cite 
cet exemple (i) pour prouver que Ton emploie en guipuzcoan ce 
temps fur-compofe pour exprimer le plus-que-parfait, & malgre cela 
il le traduit par : oi ,,j'entendis". Si Cardaveraz avait voulu rendre 
,,oi", il aurait ecrit aditu nuan ,J'entendis". L'exemple labourdin 
eft : era egin -[e^an Efauk be-(ala, ^einak iian harm bailsmen bia. Lar- 
regui, Tejl. ^ahar. p. 76. ,,Et il fit comme Efali qui (en) avait pris 
deux (femmes)". 

(i) Vcrbo vafc., p. 18, n 21. 



Comme on avait forme ce temps fur-compofe avec Fimparfait 
ikuji iian mien, le chemin etait tout trace pour en former un avec le 
prefent,, ce qui a ete fait. 

Cette periphrafe fe rencontre deja chez Licarrague, qui s'en fert, 
fi nous ne nous trompons pas, a Fexclufion de celle qui eft gene- 
ralement adoptee ; elle eft auffi connue en fouletin : galdu ukhen du 
,.,il Fa perdu precedemment"; par contre galdu du ,,ii Fa perdu pre- 
fentement" (i). Been guciek... eman vkan duie. Marc xn, 44, 
, ,Et tous ont donne". Been hala perfeci/taru vkan ditu^re.. Trophetac. 
Matth. v, 12. ?: ,Car on a ainfi perfecute les prophetes". Engun vkan 
dugue. Matth. v, 21. ,.,Vous avez entendu". 

Larramendi fait mention de ce temps & dit qu'il correfpond au 
parfait indefini (2). M. Inchaufpe le traduit par le parfait indefini, 
mais Taccompagne de 1'adverbe ^precedemment' 5 , & Li^arrague 
s'en fert oil la verfion fran^aife a toujours le parfait indefini. Malgre 
toutes ces autorites, il efl evident que ce temps, traduit litteralement, 
correfpond a ce que les grammairiens fran^ais appellent le parfait 
anterieur, & galdu ukhen du devrait fe traduire par : ,,jil Fa eu perdu 5 '5 
engun vkan dugue, par , 3 vous avez eu entendu )J> . L'adverbe ,,,prece- 
demtnent' 3 dont la flexion eft accompagnee chez M. Inchaufpe, 
donne a cette flexion le fens d'un parfait anterieur,, bien que ce 
temps ait fa forme propre en fouletin : galdurik ukhen du }) i[ Fa eu 
perdu". Cette periphrafe compofee ne fert done a rien; eile n'a pas 
meme de valeur conventionneiie 5 elle remplace une periphrafe 
fimple & qui difait tout ce qu'il fallait dire 5 elle eft longue & 
inexacle. 

Dans quelques localites de la Bifcaie on fe fert au parfait defini 
de egin comme auxiliaire; p. ex. yan egian au lieu de : yan euan 
Sanfonek e^tia ,,Samfon mangea du miel", II n'y a pas lieu de s'e- 
tonner de cet ufage, puifque egin etait autrefois Fauxiliaire de toute 
la conjugaifon,, comme on peut s'en convaincre par les Poefies de 
Dechepare. 



(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 13. 
(3) Arte, p. 64. 



i8o 

En fouletin le parfait defini a, comme dans les autres dialecles,, 
la forme du plus-que-parfait : galdu iian ,,il perdit"; le plus-que- 
parfait a ete forme par un fuffixe : galdurik iian , y il avait perdu'% & 
Ja forme que les autres dialecles ont adoptee pour le plus-que-parfait 
eft appelee pafife anterieur,, galdu ukhen ^ian, ce temps eft rendu par: 
y) \l perdit ou il eut perdu". 



FUTUR SIMPLE. 



Ikiiflko dot, det } ikufiren dur. ) 7 

> Je verrai. 
Ikhouflen duker, foul, ) 

FUTUR COMPOSE OU ANTERIEUR. 



Ikufi t^ango dot, del. 
Ik ho u fi duke t. 



J'aurai vu. 



Ces temps n'olifrent rien de remarquable^ la maniere dont iis font 
formes a ete expliquee au 4. 

Zavala cite encore un troifieme temps futur, qu'il nomme ,^pre- 
terito remoto", forme de 1' ad jeclif verbal en go & de Fimparfait(i); 
p. ex. ikujtko nuetij mais ce temps eft le prefent du conditionnel : 
je verrais. 

La confufion eft tres grande chez Zavala, dans la nomenclature 
des temps. D'abord il parle de Findicarif (n* 13 & 14)5 enfuite du 
futur (n if); puis des autres temps de Tindicatif (n os 16-22). Au 
22 il reparle du futur, qu'il confidere cette fois comme un mode 
avec trois temps: prefente futuro (notre futur fimple); preterito 
proximo (notre futur anterieur), & preterito remote (notre prefent 
du conditionnel); p. ex. 'Bear bada efango ^an, quizaz fe diria o fe 
hubiera dicho; ,,peut-etre cela fe dirait ou cela fe ferait dit". Seme- 
alabak alp err Ik i^ango eueen gurafoakai, los hijos en vano lo hubieran 

(i) 7erbo vafc., p. 19, n 25. 



iSi 

folecitado de fus padres; , 3 ies enfants Fauraient vaincment d.emande 
a leurs parents". Ce preterit du futur eft done un prefent (dans le 
premier exemple ^diria"') & un pafle; & eft traduit par Zavala 
meme par le conditionnel prefent & pafTe. 

Ce pretendu J:> preterito remote" ne correfpond pas feulement 
comme fignifi cation, mais aufli comme forme, an conditionnel des 
langues romanes : efango nai^ ^dire-ai", efango nln^an 3 ,dire-avais". 
II eft arrive en bafque ce qui eft arrive en franais, en efpagnol, &c.., 
c'eft que Tufage a voulu^ comme le fait remarquer Diez pour les lan- 
gues romanes (i), q-jele temps forme de rinfinitif& deTimparfait de 
Tauxiliaire (dire-avais), fut employe comme conditionnel, tandis qu'il 
aurait pu fervir pour le futur anterieur, puifque Tinflnitif (& en 
bafque le nom verbal) avec le prefent de Tindicatif fervait a expri- 
mer le futur fimple (dire-ai). 

Le futur anterieur eft comme nous Favons donne : Zuk here egin 
iiango do-[ui pekaturen bc>r{uk(2). ,,Vous aurez auifi commis quelques 
peches". 



12. 



CONDITIONNEL. 



PRESENT. 



bifc. 

Ikujlko nuen. 
Ikufiko neunke. 


guip. 

Ikujlko nuen. 
Ikujlko nuke. 


lab. bn. 
Ikujlen nuke 


foul. 
Ikujlen nuke. 



PASSE. 



Ikuft neunkean. Ikuji iiango nuen. 

Ikufiko neunke an. Ikujiko neukean. Ikuji nukeien. 

Ikuft neunke. 



Ikufiren nian, 
Ikuji nukian. 
Ikuft nuke. 



(1) Gram., vol. u, ]>. 1 1 j . 

(2) Zavala, Verba vafc., p. 19, n ; 24. 



Selon Zavala (i),, le prefent du conditionnel devrait ctre forme 
en bifcai'en comme il l'eft dans les dialecles bafques fran^ais,, c'eft- 
a-dire du fubftantif verbal en ien: ikuften nuke; mais ce temps (qu'il 
nomme ^prefente abfoluto") eft remplace en bifc. & gulp, par ce 
que Zavala nomme le ,,,futuro abfoluto", forme de Tadjeclif verbal 
en go (fon ,,, participle de future) : ikujiko neunke. On dit done en 
bifc. & guip. ikufiko neunke ou nuke, & dans les dialecles bafques 
franais ikuften nuke 3 ,je verrais". 

Nous avons parle, dans le paragraphe precedent^ de la variance 
bifcai'enne : ikujiko nuen, temps que Zavala nomme ^preterite remote 
indicative conjetural" & qui n'efl autre chofe que le prefent du 
conditionnel,, forme felon la maniere des langues romanesj tous les 
deux ont exaclement la meme fignification; mais Tun a pour auxi- 
liaire Timparfait de Tindicatif; ikujiko nuen fignifie litteralement 
j'avais de voir =: je verrais; & ikufiko neunke j'aurais de voir = 
je verrais. La feconde forme parait etre plutot une tautologie. Suivent 
quelques exemples arm que le lecteur puifle juger par lui-meme (2). 
Egingo neunke edo^ein gau-[a, Yo haria cualquiera cofa> , 3 Je ferais 
toute chofe, je ferais n'importe quoi'\ tJ^ai i^mda bere ei^ingo leuke 
egin. Aun cuando el lo quifiera, no lo podria hacer. ,,Meme, s'il le 
voulait., il ne pourrait pas le faire. Cerbair efaten baleurfue ^eure i\en 
onaren cojitra, egingo ^ini^aieke-^ o -[imene^ algara^. Si ahora te dijefen 
algo que te hiriera en tu fama,, tu eftarias riendo a carcajadas (3). 
,>Si je te difais quelque chofe de bleffant pour ta bonne reputation., 
tu rirais aux eclats J \ 

Zavala ajoute encore que la maniere de s'exprimer des dialecles 
bafques franc. ais eft adoptee (tiene un ufo corriente)., quand le nom 
verbal eft un des ^determinables" gura, nai, &c.; ce qui eft une 
erreur. 



(1) Verbo vafc., p. 20, n 31. 

(2) Verbo vafc., p. 20, n 34. 

(3) Nous ne pofledons pas le livre (Confefiho ona, J. A. Moguel), dont Zavala prend ce 
jjafTage; mais il n'efl pas probable que Moguel ait ecrit les deux flexions. Nous ignorons 
d'ou 1'auteur, ou Zavala, prend pntene^; apparemment ce fera une faute d'imprelfion ; il 
faudra ^inreke^ ou ^einteke^, cond. du potent, de edin. 



i8 3 

Gura , nai , <3cc., font de purs fubftantifs. Gura fignifie ,,volonte" 
&, puifque neunke fignifie , 3 j'aurais", il va fans dire que gura neunke 
fignifie ,,j'aurais volonte"; ce qui fe rend en efpagnol par ,,yo qui- 
fiera'% & en frangais par ,,je voudrais". On ne peut pas mettre les 
noms verbaux invariables (les determinables) fur une meme ligne 
avec les veritables noms verbaux. Les ,, determinables", qui de- 
viennent quelquefois noms verbaux, font employes tels qu'ils font, 
comme adjedlifs verbaux; p, ex. bill, devenu bi^it^en comme fubf- 
tantif verbal, peut feulement fous cette derniere forme, etre compare 
a ikuften. 

Gura, nai, ne peuvent furtout jamais etre compares aux fubftan- 
tifs verbaux en ten. 



'3- 

La forme du conditional, dans les dialeftes bafques frangais, 
ejl-elle la meilleure? 

Zavala ne dit pas pourquoi il trouve que les dialedles bafques 
fran^ais s'expriment d'une fa^on plus correcle. Mais on peut le 
deviner; le prefent du conditionnel bifcaien eft rendu par ce que lui 
croit etre un ,, future abfoluto" ; il n'eft done pas correct d'em- 
ployer un futur pour un prefent; c'eft tout ce qu'il avait a dire. 

Mais aujourd'hui on pourrait demander quelle eft la difference 
entre ces deux fagons de s'exprimer : ikujlen nuke & ikufiko neunke. 

Generalement les temps compofes bafques s'analyfent parfaite- 
ment bien; ils font formes comme en frangais; participe paffe ou 
adjeclif verbal <5c un temps auxiliaire. Ikufi ,,vu" avec dm ,J'ai" fait 
ikuji dut ,,j'ai vu' ? ; & ainfi ikufl nuen ,,j'avais vu"; ikufiko dm ,,j'ai 
devoir = je verrai 3 ^; ikufiko nuen ,,j'avais de voir = je verrais". 
Ne poffedant pas dlnfinitif, le bafque fe fert ici de Tad jedif verbal 
ikufi-ko, qui du refte eft fouvent employe comme infinitif regi; p. ex. 
je voulais voir, fe rend par : nai ninian ikufi. Ikufi-ko nuen n'a, par 
confequent, rien d'extraordinaire. 



1 84 

Le prefent de 1'indicatif eft rendu par le fubftantif verbal au locatif., 
accompagne du prefent^ ikuften dut ^je fuis" & Timparfait par le 
meme nom verbal avec 1'imparfait de Fauxiiiaire : ikuften nuen ^je 
voyais'% ce qui fe rendra a peu pres par : j'ai en vue> favais en vue. 
Ce fubftantif verbal au locatif correfpond d'autres fois a Finfmitif, & 
Ton dit ikijfi det irakunen ^j'ai appris a lire' 5 . 

Ainfi., tout comme le prefent de Findicatif eft rendu par le nom 
verbal au locatif avec le prefent : ikuften dut 5> j'ai en vue= je vois'% 
de meme le prefent du conditionnel eft rendu par ce meme nom 
verbal accompagne du prefent de Toptatif, ikuften nuke ,,j'aurais en 
vue=:je verrais. 

La forme bifcai'enne ikufiko neunke , 9 j'aurais de voir = je verrais" 
ne parait pas etre correcle. Le pafTe fe rend par ikujl neunke , J'aurais 
vu" (ce qui en eft la traduclion litterale) & peut faire conclure a un 
prefent regulier, comme dans les diaiecftes bafques francais : ikuften 
neunke. Cette irregularite eft peut-etre caufee par Temploi fimultane 
de ce que Ton pourrait appeler la forme romane ikujiko nuen, & de 
la forme bafque ikuften nuke. Les dialecTes fe font influences recipro- 
quement; puis ily a eu des tatonnements aflez marques; le bifcaien 
a trois fagons differentes d'exprimer le paffe du conditionnel. Iku/i 
neunke ^j'aurais vu ?5 aurait pu ou du fuffire; mais on dit aufli ikufi 
neunkean. Cette confufion s'explique,, puifque neunke, &c., eft Tim- 
parfait du potentiel, & ce temps eft employe comme conditionnel 
quand il fert comme auxiliaire du potentiel; p. ex. iian neiake )} jc 
pouvais avoir" fert pour 5 ,je pourrais avoir". De ne^ake, qui eft au 
fond un imparfait^ on a forme un imparfait, un pafle^ en ajoutant 
la caracleriftique du paflfe an: i^an ne^akean } ,)e pouvais avoir". La 
troifieme variante ikujiko neunkean s'explique du moment que ikujiko 
neunke exprime le prefent. 

Le dialecle fouletin a aulfi la forme ikujiren nian, qui correfpond 
au bifcaien ikujiko mien; mais en fouletin ce temps n'exprime pas 
le prefent,, mais le paffe. M. Inchaufpe cite (i) : galduren \ian ^il au- 
rait perdu", 6c Fauteur ajoute : mieux galdu ^ukian. Ce galdu 



(i) Verbe lafque, p. 15. Meme ouvrage. p. 18 &. 19. 



fignifie ,,i[ aurait perdu autrefois"; & galdu luke \\ aurait perdu 
actuellement". Le bifca'ien & le fouletin ont done les memes 
varietes de formes. 

Le guipuzcoan a forme le paffe du conditionnel d'une fa^on afTez 
reguliere. Le futur anterieur etant ikuji i^ango dei y le pafie du condi- 
tionnel a ete rendu par ikuji i^ango mien, puifque le futur eft exprime 
par le prefent de 1'auxiliaire & le conditionnel parl'imparfait; iiango 
det 5 ,j'ai de avoir = j'aurai ?:> 5 i^ango nuen ^j'avais de avoir = 
j'aurais" (i). 



14- 

Le fubjon&if. 

Le fubjondlif du verbe periphraftique eft forme de la meme ma- 
niere que celui de Tauxiliaire. Au lieu de i^an ou ukhen on aura 
Tadjedif verbal qu'il s'agit de conjuguer. 

L'auxiliaire qui fert a former le fubjonclif des verbes tranfitifs, 
eft egin ,,faire" en bifcai'en, & e^an dans tous les autres dialecles. 

PRESENT. 

Ikuji dejadan ou dagidan , 3 que je voie". 

PASSE. 
Ikufi ne^an ou nengian ,,que je vifle". 

Le dialede bifca'ien pofTede encore, felon Zavala,, un futur 
dagikedan, &c. }} que je voie'% qui n'eft autre chofe que le prefent 
de Foptatif de egin fuivi de nj dagiket-\-n ,,que" fait dagikedan, 

(i) La demoriftration eft plus claire en francais avec un verbe regulier : aimer-ai = aime- 
rai: aimer-avais = aimerais. 



1 86 

puifque le t final devienc d. Vagiker, &c , etant le prefent de Top- 
tatif, fignifie au fond ,Je defire ou je puis faire je ferai". On 
aurait pu traduire,, il femble , plus litteralement par >,que je 
feral" (1)5 maisZavala rend ce temps par le prefent : faldu dagikedan, 
que yo venda. L'auteur rTa pas pu rendre la nuance de cette expref- 
fion bafque, qui fe traduirait mieux dans une langue qui poffede 
des auxiliaires de modes, p. ex. en anglais ^that I may fell" ou en 
allemand ^dafz ich verkaufen moge". Zavala a raifon d'appeler ce 
temps un futur, en tant que le prefent de 1'optatif du verbe primitif 
devient futur (auffi potentiel) comme auxiliaire; mais cette confide- 
ration lui etait inconnue. 

Le fubjonctif, chez Larramendi, eft caique fur celui des gram- 
maires efpagnoles, & contient beaucoup plus de temps que le 
fubjondlif fran^ais. En efpagnol on compte d'habitude trois impar- 
faits du fubjonclif : un en ^ria", un autre en ^ra" & un troifieme 
en ^,fe". Le temps en ^ria" eft le conditionnel fran9ais; celui en 
3 ,fe" eft 1'imparfait du fubjonctif en ffe (aimafle) ; celui en ^ra ?J 
correfpond aux deux temps nommes 5 tantot au conditionnel,, tantot 
a Timparfait du fubjondlif Le premier eft rendu par Larramendi par: 
jango nuen, yo comeria ,,,je mangerais' 3 3 le fecond par jango ne^an^ 
yo comiefTe ^ 3 que je mangeaffe' 5 ; le troifieme par jango, nuke, yo 
comiera^ correfpondant au conditionnel francais ,Je mangerais". 
Cette divifion eft confufe. Le mode qu'on appelle fubjondlif, & qui 
eft rendu par Tindicatifavec la conjonclion n ^que",, doit etre tenu 
fepare. Enfuite il ne faut pas meler les temps qui ont la terminaifon 
ke avec ceux qui ne Font pas. Si Jango nuke appartient au fubjonclif, 
jango nuen n'y appartient pas,, & fi jan ne^an y appartient^ aucun 
des deux autres ne doit y trouver place. Jan de^adan ^que je mange" 
&/'#/! ne~[an 3 ,que je mangeaife" font les deux temps du fubjonclif; 
les autres appartiennent a un autre mode. Le premier, jango nuen, 
yo comeria,, eft le conditionnel; il appartient,, comme on voit^ a 
lindicatif (2); nuen eft Fimparfait, comme dut eft le prefent; jango 



(i) L'efpagnol poflede un futur du fubjonftif. 

(3) Comme formation ; comme fignification a 1'optatif. 



i8 7 

dm etant en ufage pour le futur ,Je mangerai", jungo mien aurait 
pu fervir pour le futur anterieur ^j'aurais mange"; mais 1'ufage veut 
que jtmgo mien ferve pour ce que Ton ell convenu d'appeler le pre- 
fent du conditionnel. Le fecond,jango neian eft rimparfait du fub- 
jondlif ,,que je mangeaffe". Le troifieme,/a/?g0 nuke eft le pre- 
fent du conditionnel; c'eft une variante de Jango nuen. 



if. 

Le potemiel. 

Le potentiel periphraftique tranfitif eft forme en bifcaien a Taide 
de edin ,,pouvoir"; & dans tons les autres dialedtes, a 1'aide deqj/i; 
p. ex. ikuji de^aket ^je puis voir"; ikuji ne^ake ,Je pourrais voir"; 
ikuji ne^akem ,,}Q pouvais voir". En bifcaien,, on dit : ikuji dair, 
ikujl neike, ikuji neikean. 

Le potentiel,, dans tous les dialectes,, excepte en bifcaien, eft 
forme du potentiel de eian; mais ce n'eft pas le potentiel de edin, 
c'eft findicatif de edin qui forme ce mode en bifcaien. La raifon en 
eft,, croyons-nous, que edin a conferve fa fignification primitive 5 
edin, au fond,, n'eft pas plus auxiliaire que ^pouvoir" en fran9ais ; 
dadit, aujourd'hui dait, correfpond comme fignification & comme 
emploi a ,,}e puis" & ikuji dait a ,,}Q puis voir"; tandis que deceit, 
prefent de 1'indicatif de e^an, ne prend la valeur d'un potentiel que 
par Taddition de ke : decker; ikufi de^aket ,,je puis voir". Vefat, 
deiak, &c., prefent de Tindicatif, n'eft plus en ufage aujourd'hui 
& ne Tetait deja plus du temps de Li^arrague, On pourra en con- 
clure que e^an ne fignifiait pas primitivement , 3 pouvoir"; fans cela 
de\at aurait fuffi. 

Les deux temps du potentiel de e^an, le prefent de-piker, 6cc., 
<Sc 1'imparfait ne^ake ont forme le prefent & Timparfait du potentiel 
periphraftique. L'imparfait ne^ake, &c., eft aujourd'hui en uiage 
comme auxiliaire du conditionnel du potentiel, comme nous Tavons 



1 88 

dit plus haur, & ttmparfait a ete forme de ne^ke, en y ajoutant la 
caracleriftique du pafle : ikuji ne^akean >Je pouvais voir". Comparez 
le potentiel de Tauxiliaire au paragraphe 6. 

Le potentiel eft beaucoup plus complique en bifcaien., du moins 
chez Zavala (1)5 ou plutot il y a du defordre: le potentiel & le 
fubjonclif font meles. Pour plus de clarte,, nous donnerons d'abord 
un tableau ou Ton verra d'un coup d'ceil comment Zavala explique 
ce mode & comment nous 1'entendons. 



TABLEAU DU SUBJONCTIF ET DU POTENTIEL 



SUJUNTIVO. 

TEN SOS PERFECT OS. 

Trefeme abfoluto de fujumivo.. 

1. PRESENTS PERFECTO. }. FUTURO DEL PRES. ABSOL. 

Saldu d.igidan (2). Saldu dagikedan. 

Que venda. Que venda cuando puedo, 

2. CONDIC1ONAL. 4. CONDICIONAL. 

Saldu bad-jgir. Saldu badagiket. 

Si yo la venda. Si yo la venda. 



(1) Verio vafc., p. 102. 

(2) L'auteur cite toujours la j m " perfonne : nous citons la premiere, 



189 



TENSOS IMPERFECTOS. 

f. PRESENTE IMPERF. J. FUTURO DEL PRETER. 1MPERF. 

Saldu nengian. Saldu nengikean. 

Que vendiefe. Que vendiefe. 



6. CONDICIONAL. 8. 



CONDICIOiNAL. 



Saldu banengi. Saldu banengike. 

Si yo lo vendiefe. Si yo lo vendiefe. 



SELON NOUS: 

N I . Eft le prefent du fubjonclif ; dagit + n fait dagidan ; 
faldu dagidan > 5 que je vende". 

N 2. Eft le prefent de Findicatif, precede Je ba '(!", c'eft- 
a-dire employe conditionnellement en bafque,, en francais & dans 
toute autre langue. Ce temps,, par confequent, n'eft pas a fa place 
ici & eft mal nomme. 

N 3. Uauteur parait avoir fenti le fens de ce temps, mais n'a 
pas fu decouvrir comment il eft exprime par la flexion. Vagikedan eft 
le prefent du potentiel de egm, fuivi de la conjondion n ,,que"; 
dagiket -j- n ou dagikedan. T>agikeJ fignifie , Je puis le faire 5:> ou ,,,je 
pourrai le faire". Cepref. potent, peut avoir pris la figniflcation d'un 
futur., tout comme duket. 'Dagikedan fignifie ^que jepuisle faire'% 
ou comme on dit en francais J3 que je puisse le faire". Saldu dagike- 
dan ne fignifie pas autre chofe que ,,qne je puifle le vendre^'; ce 
qui correfpond exaclement a la traduclion de Zavala, feuiement 
chez Fauteur le fens de ,,pouvoir" n'eft donne que comme coin- 
men taire & non pas comme etant exprime par la flexion meme. Ce 
temps eft done le prefent du potentiel. 

N 4. Ceft le prefent du potentiel precede de ba (!" , 3 fi je 
puis le vendre". Zavala fait du n 3 un futur & du n 4 un condi- 



190 

tionnel. Pour le n 5, il a raifon ; mais pour le n 4 il a tort. Le 
conditionnel eft toujours un imparfait du potentiel. 

N y. Ce temps-ci eft correct comme nom & comme fignifi- 
cation; c'eft Fimparfait du iubjondlif ^que je vendiflfe". 

N 6. Ce temps fera difcute ; c'eft plutot,, croyons-nous,, un 
condicionnel tronque, pour banengike, qu'un imparfait tronque, pour 
banengian. 

N 7. Eft I'imparfait du potentiel & doit le traduire par 
je puiTe vendre'\ 

N 8. Eft la variance du n 6. 



POTENCIAL. 



TENSOS PERFECTOS. 
Trefeme abfoluto . 

I . PR ES ENTE. 2. F UT URO- 

'Bete dan. "Bete daiket. 

Puedo llenar. Puedo o podre llenar. 

TENSOS IMFERFECTOS. 
^. PRESENTE. f. PRETER1TO IMPERF. 

'Bete nei. 'Bete neian. 

Podria o puedo llenar. Podia o podria llenar. 

4. FUTURO IMPERF. REMOTO. 6. PRETER1TO REMOTO. 

'Bete neike o neinke. 'Bete neikean o neinkean. 

Puedo., podre o pudiera llenar. Pude o podia 5 o habia podido 

llenar. 

Pour expliquer clairement le potentiel., il faut reprefenter le nom 
verbal edin, non pas comme auxiliaire, mais comme verbe indepen- 



dant, comme ,,pouvoir" en frar^ais ; edin n'eft pas plus auxiliairc 
que pouvoir"; feulement le potentiel de edin, comme celui de eduki 
& de {'{an, eft employe pour, ou correfpond, au futur & au condi- 
tionnel de nos langues. 



Edin accompagne. un autre verbe. 

INDICATIF. 
PRESENT. IMPARFAIT. 

1. "Bete dait. y. Here neian. 
Puedo llenar. Podia llenar. 

,,]e puis remplir". ,,Je pouvais remplir". 

POTENTIEL OU OPTATIF. 

PRESENT. I M PARFAIT. 

Deveriu Futur. Devenu Conditionnel. 

2. "Bete daiket. 4. 'Bete mike o neinke. 
Podre llenar. Pudiera llenar. 

,,Je pourrai remplir". ,,,,Je pourrais remplir". 

CONDITIONNEL PASSE. 

6. "Bete neikean o neinkean. 
Habria podido llenar. 
jjj'aurais pu remplir". 

La theorie de Zavala., avec tous ces noms inufites^ a ebloui 
quelques auteurs,, qui ont pris pour de la profondeur ce qui n'etaic 
que du defordre,, cache fous une apparence de regularite. 

Nous connaiflbns deja la methode de Zavala, felon laquelle il y 
a deux ^tenfos" (temps?), un parfait & un imparfait; le premier 
fubdivife en deux temps (tiempos), le prefent & le futur. Le fecond 



tenfoj rimparfait, eft fubdivife en quatre temps : prefent, fumr, pre- 
terit imparfait & preterit eloigne, comme on le voit fur le tableau. 
Nous ne nous occupons que du potentiei. 

N i . Le prefent eft correcl, comme denomination & comme 
fignification : Je puis remplir. 

N 2. Ce temps n'eft pas un prefent ou un futur. L'auteur 
traduit Zer egin daiket nik orain't Que puedo o podre yo hacer 
ahora ? ^Que puis-je ou pourrai-je faire maintenant" (i)? Ce 
temps eft un prefent du potentiei primitif, employe aujourd'hui 
comme futur, tout comme duke: ; duket, comme daiket, eft un futur. 
Zavala explique le bafque aux Efpagnols, & il fallait fans doute 
leur dire comment ils devaient rendre ce temps dans leur iangue ; 
mais on voit que la nomenclature des temps bafques, chez fauteur, 
ne repofe pas fur la nature du verbe, ni fur la fignification des 
flexions. Zavala indique feulement la maniere approximative de 
rendre les temps bafques en efpagnol. 

L'imparfait eft affez embrouilie chez Zavala ; il a quatre temps : 



Prefente. 

Ineik 

Lei 

Ginei 

Zinei 

Leie 



II nous femble d'abord que le nom de 
rTeft jamais bien choifi, mais furtout pas 
du prefent, en dehors de la fignification 
dans la conjugaifon tranfitive. 5\Wn'a ni 
d'un prefent. Bartolome de Santa Terefa 
andi onen alderako ? Zavala traduit cette 



Futuro 


remoto. 


3^eike 
Ineikek 


ou 5\W/z/ 
, , Einkek 


Leike 





Gineike 
Zineike 
Leikee 


3 , Geinke 
, , Zeinke 



Preter. imperf. Preter.remoto. 



&{^eian 
Ineian 


^einkean 
Einkean 


Leian 


Leikean 


Gineian 


Geinke an 


Zineian 


Zeinke an 


Leien 


Lei keen 



,,,prefente" pour un paffe 
en bafque ou le caradere 
, eft fi nettement marque 
la forme,, ni la fignification 
ecrit (2) : Ze^ egin nei ^or 
phrafe par : Que podria_, 



(i) Verio vafc., p. ji. n" 40. 

(3) Zavala, Verio va/b., p. 31, n" 41 



'93 

puedo o podreyo hacer ahora en fatisfaccion de efle deuda? ,,Que 
pourrais-je, puis-je ou pourrai-je faire pour m'acquitter de cette 
dette"? Un feul temps qui exprime un prefent, un futur & un 
conditionnel ! 

Mais d'ou vient ce temps employe par les auteurs bifcai'ens , p. ex. , 
Tobreak e^in eran^un leioe mefede andi oneei (j). ,,Les pauvres ne 
pourraient pas repondre a ces grandes faveurs". 5\Vr, jauna, 
leuri, baino bejteri eskini ?iegijo nik, kardlla (2)? ,,A qui pourrais-je 
offrir, Seigneur, finon a vous, cec opufcule" ? La forme de ces 
flexions nous apprend qu'elles n'appartiennent pas au prefent 5 Tini- 
tiale, dans ce cas, aurait du etre raccufatif d. La forme n'eft pas 
non plus celle de 1'imparfait de Tindicatif qui fe termine en //. Ce 
temps n'eft, croyons-nous,, & ne peut etre que Timparfait du poten- 
tiel tronque ; nei eft pour neike ; & c'efl ce qui explique la confufion 
chez Zavala. L'imparfait du potentiel ell appele aujourd'hui prefent 
du conditionnel,, & c'eft la evidemment la fignification que les au- 
teurs bafques ont attachee a ce temps, comme Ton voit par les 
exemples cites. Leioe, pour leikeoe de l-edi-ke-o-te fignifie ,,ils le 
pouvaient a lui 55 , ou plutot, puifque 1'imparf. potent, efl en ufage 
comme conditionnei : 33 ils le pourraient a lui^'. Mais la queilion fe 
prefente : Pourquoi ce temps a-t-il perdu la terminaifon kef Nous 
craignons beaucoup que ce ne foit le refultat de la connaiifance im- 
parfaite du verbe. Ladivifion des temps du fubjoncT:if& du potentiel 
en temps avec ke & fans ke n'efl pas une theorie nouvelle de Zavala. 
Aftarloa lui a fourni fes donnees fur le verbe & tous les auteurs 
bifcai'ens fe fervent de cet imparfait qui nous occupe maintenant. 
II nous femble done probable qu'on s'eft dit, que, puifque le futur 
neike exiflait (felon la methode de ces auteurs), il fallait aufli qu'il 
eut un prefent, qui par confequent ferait nei; on n'a pas vu qu'on 
embrouillait les temps du fubjonclif & du potentiel, ces derniers 
etant les feuls qui aient ke; & la maniere toute machinale de former 
des temps avec ke & fans ke a produit ici un temps qui efl fautif, du 



(i) Anibarro, Lor a Jon a efpirituala, p. 3. 

(a) Bartolorne Santa Terefa, Eufcal-errijetaco, Introd., p. 



moins s'il ne faut pas plutot le confiderer comme une variance du 
temps en ke; net eft alors pour neike ; nei ferait une forme fyncopee 
tres admiffible. 

N 4. Ce temps ell 1'imparfait de Toptatif ou potentiel & corref- 
pond au prefent du conditionnel, neike ou neinke podria ,,jepourrais 55 ; 
Zavala le rend par quatre temps (voir le tableau), & de cette facon 
il ne court pas grand rifque de ne pas citer le vrai temps correfpon- 
dant. Edonos biradu leiteke g^ona. En cualquiera hora puede, podra o 
podria volverfe el hombre (i). ,,L'homme peut, pourra ou pourrait 
fe convertir a toute heure". Une telle tradudlion n'eft guere ferieufe ; 
la fignification du temps bafque ne peut etre incertaine a ce degre-la , 
de plus, il n'y a aucune obfcurite dans la grammaire ; Timparfait du 
potentiel des verbes primitifs eftdevenu regulierement,, comme auxi- 
liaire, le prefent du conditionnel, ou eft refte Toptatif deguife fous 
le nom de conditionnel. Zer eranr^un neike nik orduan? Que podre yo 
refponder entonces (en el dia del juicio). ,,Que pourrai-je (& felon 
nous : que pourrais-je) repondre alors 55 ? 

N y . Ce temps eft rendu par Zavala par I'imparfait & le 
conditionnel & eft nomme preterit imparfait du potentiel. Selon 
nous, c'eft Timparfait de Tindicatif. Egon baliii lege^ Tangoikoa here 
anean, ea yelan aiera leian here eskuetatik gi^ona. Como fi Dios hu- 
biera eftado difcurriendo como podia o podria facar al hombre de 
fus manos (2). ^Comme fi Dieu'eut ete devifant s'il pouvait ou 
pourrait tir,er Thomme de fes mains 55 . Ce n'eft pas pouvait ou pour- 
rait, c'eft Timparfait & ne peut etre que I'imparfait : pouvait. 

N 6. Sfifyikean, &c., eft Timparfait du potentiel & eft forme 
de I'imparfait primitif neike, &c. (aujourd'hui en ufage comme 
conditionnel du potentiel), en y ajoutant la caracleriftique du pafle 
an. Criflo chiw ena\ bi-{tu eikean La^aro ila. Muy facilmente pudo o 
podia Crifto refucitar a Lazaro muerto (3). ,,Chrift pouvait facile- 
men c reflufciter Lazare mort (qui etait mort)' 5 . Eikean, comme 



(i) Verbo vq/c., p. 31, n 42. 
(a) Verbo vafc., p. ji, n 45. 
(}) Veibo vafc., p. ja, n* 44- 



Fecrit Moguel (du moins chez Zavala), ell confidere par Fauteur 
comme un imparfait de Findicatif. Zavala lui-meme, dans fes ta- 
bleaux, ecrit leikean (i), ce qui eft la forme correcle pour le poten- 
tiel. Mais eikean ou leikean -eft. toujours un imparfait & ne doit pas 
etre traduit par pudo ,,ii put". II faudra rendre ce temps par Fim- 
parfait podia ^pouvait", ou peut-etre mieux, croyons-nous, par 
,, aurait pu"; leikean ridl pas un imparfait de Findicatif, c'efl un 
imparfait du potentiel, & f imparfait du potentiel correfpond commc 
auxiliaire au conditionnel (2). Si Moguel n'avait voulu exprimer que 
,.,voulait", indicatif, il auraic pu fe fervir de leian. Mais puifque 
Foptatif ou potentiel eft le mode de doute, de poffibilite,, il femble 
que ce mode eft ici a fa place. 

Nous n'avons rien dit de la formation des flexions qui s'analyfent 
toutes parfaitement bien & peuvent fe pafler d'explication, a Fex- 
ception de ineiket ou einkek & de ineik. Le i initial dans ces flexions 
ne fignifie rien; la flexion ineiket aurait du etre heike de h-ei-ke y 
& puifque le dialecle bifcaien a perdu Fafpiration eike; & ainfi 
ineikean aurait du etre heikean ou eikean. La perte de 17z initial parait 
avoir ete reparee tant bien que mal (les exemples en font frequents) 
par la fuffixation d'un k parfaitement fuperflu, apparemment pour 
diflinguer cette 2 me perfonne de la 3 me 'perfonne. 



(1) Meme ouvrage, p. 126. 

(2) Zavala lui-meme traduit ce temps par ,,habria podido"; voir p. 126, ou il donne 
au haut de la page une variante du future imperfefto &. du preterite remote ; c.-a-d. neike 
au lieu de neinke, & neikean au lieu de neinkean. 



: 9 6 



CHAPITRE XIII. 

LES VERBES AUX1L1AIRES. 

I. 

Options preliminaires . 

La langue bafque poflede un aflfez grand nombre de verbes ou 
de noms verbaux auxiliaires,, beaucoup plus grand qu'on ne Favait 
cru, puifqu'elle fe fert pour la conjugaifon de fes verbes,, d'auxi- 
liaires des modes, comme le font les langues anglaife, allemande, 
hollandaife, &c. (i). 

Les verbes auxiliaires font : eduki ,,temY 3 ; eutfi ,,tenir"; ukhen 
ou ukan ,, avoir" (tenir?); i-^an ,,etre"; egin ,,,faire"; edin ,^pou- 
voir"; e-{an? ; eroan ^emmener'^ joan ^aller 3 ^; ibili Caller 5 '. 

Nous croyons les avoir nommes tous. Eduki ou euki correfpond 
en tout a ^avoir 3 ^ & efl Tauxiliaire des verbes tranfitifs. I^an eft 
Tauxiliaire des verbes intranfitifs. Egin & edin font, furtout de nos 
jours, en ufage en bifcai'en. Eroan, en bifcaien, eft 1'auxiliaire des 
verbes frequentaiifs tranfitifs , comme Joan Teft des verbes in- 
tranfitifs. Eurfi eft fpecialement bifcai'en & nous n'avons trouve 
ibili que chez Dechepare & Li^arrague. Eta facrificadore princi- 
palac eta fcribac gabilf[an bilha nolatan hura Jinecia~ hatfamanic hil 
leqaqueten. ,,,Et les principaux facrificateurs & les fcribes chercherent 
comment., Tayant pris par rufe, ils pourraient le tuer'^. vfyfuthaturic 
vagabil$a (ba-^abilt^aj ia afpaldi handian (2). , ? Depuis longtemps 
vous aliez en changeant (vous changez)". 

(i) En efpagnol il y a plus d'auxiliaires qu'en francais : fer, eflar, haber, tener, llevar, 
quedar, venir, Salva, p. 164. 
(a) Poefies, p. 50. 



1 97 

Les verbes primicifs reguliers, comme le font tous les auxiliaires, 
n'ont que trois modes & deux temps. II fallait done des auxiliaires 
pour completer la conjugaifon, & c'eft ainfi que e-{an a ete pris pour 
former Fimperatif, le fubjonctif & le potentiei de euki. Nous appe- 
lons done e^an un auxiliaire des modes^ puifque, de nos jours, ce 
nom verbal eft fpecialement aflecle a cet emploi (i). 

Pour pouvoir conjuguer un verbe il faut par confequent connaitre 
tous les verbes auxiliaires., & a cet efTet nous avons reconftruit la 
conjugaifon de ces noms verbaux, comme elle a du etre primitive- 
ment, croyant que c'eft la feule maniere d'arriver a un refultat fatif- 
faifant. Le mecanifme de la conjugaifon eft d'une fi grande fimplicite, 
qu'on rifque peu de fe tromper; d'ailleurs il refte^ croyons-nous,, 
peu de place pour le doute, puifque les flexions des verbes fe font 
generalement confervees d'une facon extraordinaire; mais il faut 
avouer qu'il y a des noms verbaux bafques, faits exprefTement, dirait- 
oiij pour embrouiller Tanalyfe^ tels que i^an & e\an dont la voyelle 
initiale n'eft pas^ ou n'eft plus, toujours ftable; enfuite, egin & edin 
qui, tous les deux, ont une tendance a perdre la confonne mediale 
& a laifTer ein comme theme., foit de 1'un, foit de Tailtre nom verbal. 
Mais, meme pour ces deux nom& verbaux, le doute a difparu, 
croyons-nous ; il ne refte de Tincertitude que pour les flexions 
auxiliaires, de ce qu'on eft convenu d'appeler le fubjonclif, des verbes 
intranfitifs, avec un regime indiredl inherent. Cette incertitude eft 
caufee plutot par la confufion des flexions que par la difficulte de 
les analyfer. 

2- 

Conjugaifon primitive abfolue de ezan. 

Pour le mecanifme de la conjugaifon nous devons renvoyer le 
lecieur au chapitre xi, 4. 

(i) Les auxiliaires des modes ne font pas inconnus en franais, mais ce n'eft que par 
exception que Ton s'en fert: p. ex., je vais alien = j'irai; je viens de voir=j'ai vu. 



N DI CAT1F. 



me 



te 



Ha^a 

Ha^agu 



PRESENT. 

le nous 



Ga^ak 
Ga-^a 



vous 
Za^at 



Za^a 
Za^agu 



les 



Harare Vacate Ga\aie Za^ate Vitiate 



1MPARFAIT. 

He^adan S^e^an Ze^adan 

He^an Ge^akan Hitman 

He-^an Ze^an Ge^an Ze\an Zu\an 

He-[agun Genevan Ze^agun Ginit^an 

Zene\an Ge\a\un Zinir^an 

He^aten Ze^aten Ge~aten Ze^aten Zit^afen 



POT ENTI E L. 



PRESENT. 



Hanker "Da^aket Za^aket Vi^aker 

Va^akek G^akek Vlr^akek 

Ha^ake T^aiake 

Hajakegu Vaiakegu 



Ga^ake Za^ake T)ir^ake 



Ha^akere 



Za~akegu 'Dir^akegu 
T)ir~ake~u 
Ga^akere Za~akete Vir^akere 



99 



me 



te 



He^aker 



IMPARFAIT. 

le nous 



vous 
Zeiaket 



les 



Ze^ake Lir^ake 



Ge^akek 

He^ake Le^ake Ge^ake 
He-^akegu Gene-rake 

Zene^ake Ge^ake^ 
He^akete Le^akete Ge\akeie Ze^akete Liqakete 



Hit^ake 
Lir^ake 
Ginii^ake 



IMPSRATI F. 



N'exifte Eiak 
pas. 



Ga^ak 



N'exifte It^ak 
pas. 



Toutes ces flexions fe retrouvent chez Dechepare, Li^arrague & 
Larramendi. 

Le e initial devient a, felon la regie, au prefent de Tindicatif; 
ekarri faitdakart ,,je porte"; & e{an fait da^at. Halajinhets e^a^ana (i) 
(pour ef-dfffana) ^celui qui ne croit pas' 5 . Hongi egin bada^agu (2) 
(pour ba-da^agu) ,,(i nous faifons bien". Cenan iuya hie vayiagac 
(bqy-dafak) eure ifterbegida (j) 55 en quoi tu juges ton ennemi". 

En guipuzcoan, rimperatif& le fubjon&if ont auffi le a initial. 
En bafque,, comme c'eft aufli fouvent le cas en fran^ais,, Timperatif 
eft au fond ttndicatif,, & le fubjondlif n'eft autre chofe que Tindicatif 
fuivi de la conjonclion n ,,que". On retrouve done dans ces deux 
modes Findicatif, qui n'eft plus en ufage aujourd'hui. Uimperatif 
avec ,,me" pour objet, eft: naiak, na\a^ 6cc. (4); avec , 3 nous" il 

(1) Dechepare, Poeftes, p. 12. 

(2) Dechepare, Poeftes, p. 12. 
(}) Dechepare, Poefies, p. 60. 
(4) Arte, p. 140. 



200 

eft : gairiak, &c. Chez Larramendi on trouve encore le ,, future 
conditional" qui eft le prefent de Findicatif, precede de ba ,,fi": 
baa^at, baa^, &c., c'eft-a-dire : ba ha^at, ba ha^a,, &c. ,,fi je le puis" 
ou quelle que foit la fignification de e^an. II y a done aflez de temps 
pour verifier la forme primitive avec a initial. 

Du temps de Ligarrague, le e initial etait aufli tolere; Fauteur 
ecrit toutes les flexions avec e, comme cela eft generalement le cas 
aujourd'hui, excepte en guipuzcoan. Em baldin err an bade^at ,,& fi je 
te dis". 'Baldin iku^ e^pahegat. Jean xm, 8. ,,Si je ne te lave" 
fei-ba-heiatj. Jo he^adan ,,que je te frappe", he^ai -f- n. 

Inexactitude de notre conjugaifon primitive, reconftruite felon le 
precede de la conjugaifon bafque, fe trouve par confequent dou- 
blement confirmee; d'abord par les flexions qui fe font encore 
confervees chez Ligarrague; enfuite par les flexions compofees ou 
derivees qui font en ufage de nos jours. Ceci donne un grand appui 
aux cas, tres rares il eft vrai, ou la certitude n'eft pas prouvee d'une 
maniere auffi furabondante. 

Nous avons donne Fimparfait de Findicatif, fans le n myfterieux ; 
neian & non nen^an. Decheparre ecrit deja cet n: Jaun erregek me-pi 
nenian (i) ,,le feigneur Roi m'ordonna". Comme la valeur de cet n 
eft inconnue, & que beaucoup d'imparfaits ne Font pas, nous avons 
cru pouvoir Fomettre, fans vouioir dire que cette lettre n'y fut pas 
a Forigine. Rappelons que Fimparfait fans objet ou, comme on fe 
le figure, avec la j me pour objet, a le fujet prefixe (2) : n^a/f,.c.-a*-d. 
n-eian ,,je-theme"; mais quand Fobjet eft ^me, te, nous, vous," 
c'eft Fobjet qui eft prefixe. He^adan eft forme de h-eia-t-n, objet- 
theme-fujet-terminaifon. ^(e^akan eft forme de n-e^a-h-n (5). 

Les deux temps du potentiel ont la meme forme que ceux de 
Findicatif, fauf la terminaifon ke. Ce qui a ete dit par rapport a Fa 
initial, eft egalement applicable a ce mode-ci. 



(i) Poefies, p. 58. 

(a) Voir ch. xi, 7. 

(3) Pour les carafteriftiques des pronoms, voir ch. xi, 3 . 



201 



? 

La conjugaifon abfolue de ezan comme auxiliaire des verbes iranfidfs. 

E^an fert., de nos jours,, comme auxiliaire de rimperatif, du 
fubjoncYif <3c du potentiel des verbes tranfitifs_, dans tous les dia- 
lecles, excepte en bifcai'en. 

Puifque le fubjonclif n'eft autre chofe que I'indicatif fuivi de la 
conjondtion n 3 ,que" 5 de-{at-\- n a donne deiadcin, apres la mutation 
reguliere de t en d. De meme he^at + n fait heiadan, & ne^ak + n 
ne^akan <5c ainfi de fuite. II n'y a qu'a appliquer les lois phonetiques^ 
&,, puifque k medial eft elide,, ne\akan devient na-^aan^ guip., & 
ne^ayan, foul. Ce dernier dialede^ comme plufieurs autres, intercale 
y pour eviter Thiatus. Nous donnerons d'abord les conjugaifons avec 
5 ,,le^ & ,,les" pour objet; enfuite celles avec ,,me, te, nous, 
vous" pour objet. 

IMPERATIF. 

Ce mode eft refte comme il etait a Forigine. Seulement on a 
ajoute les 2 mes perf. plur. en remplacement des 2 mes perf. plur. 
primitives qui font en ufage pour le fmgulier honorifique. Ces 
flexions font: e^ue ou e^me, gulp., lab.^ bn. & e^aqie, foul. 
Avec 1'objet pluriel , ? l es " le fouletin dit ei\ak pour it^ak y et^a^u & 
(l). 



(i) Inchaufpe, Verbe bajque, p. 91. 



202 



SU BJONCT I F. 



PRESENT. 

Objet fing. ,,le" Objet piur. ,,les" 

-\- n donne de^adan. 'Ditfat -f- n donne dir^adan. 

j , de^akan . Vlr^ak -\- n dit^akan . 

-j- n ,, de-fan. Vir^a -j- n dit^an. 

} j de^agun . 'Dit^agu -j- n , y dlr^agun . 



-\- n 



,, . n ,, 



'Debate -f- n ,, de^aten. Vitiate -|- n dit^aten. 

IMPARFAIT. 

ZN^e^an -|- /z refte ne^an. C^jt^an -j- n refte nit^an. 

Heian-\~n herein > ckc. Hit\an + n hitman y 6cc. 

Ces flexions font les memes dans tous les dialectes. II fuffira 
d'indiquer les quelques variations qui s'y trouvent. 

La 2 me perf. fing. a conferve en labourdin le k, ce qui eft rare : 
deiakan; mais, comme d'habitude, le guipuzcoan & le fouletin 1'ont 
elide; le premier de ces dialecles a laiflfe fubfifter Fhiatus : de^aan; 
le fecond Ta evite en intercalantj'/ de^ayan. On trouve chez Lardi- 
zabal (guip.) e^akan. Si cette flexion eft en ufage, elle eft fortement 
corrompue; Tobjet d doit preceder le theme au prefent. La 2 me 
perf. fing. a toujours ete un point faible des bafquifants efpa- 
gnols (i). 

Quand de^un eft devenu le fingulier honorifique, on a forme, 
pour Je remplacer, de^a^uten } g.^ de\a-{uen, 1. bn. 3 de^aiien, foul. Ce 
temps eft refte, comme Ton voit, ce qu'il etait il y a des fiecles, ou 
plutot ce qu'il a toujours ete; ou il faudrait admettre que la langue 

(i) Voirchap. xi, }. 



203 

cut change & le theme & fon precede de conjugaifon, ce qui n'eft 
guere probable. 

L'imparfait eft le meme dans tous les dialecles. Puifque le n de la 
terminaifon & la conjondHon n s'affimilent, il n'y a qu'une feule 
forme pour Fimparfait dans les deux modes, ou, plus corre<5tement, 
puifque le fubjondlif n'exifte pas, Fimparfait fuivi de la conjonclion 
n ne change pas de forme. Le n myfterieux qui fe trouve chez De- 
chepare (voir 1'exemple cite plus haut), ne s'ecrit plus aujourd'hui ; 
tous les dialecles difent ne-^an & non pas nen^an. Seulement les 
^mes perfonnes ont, dans les dialecles bafques franc, ais, un / initial 
au lieu du ^. Get / a ete confidere par tous les auteurs & grammai- 
riens comme etantlefigne diftincftif de la 3 me perf. de Fimparfait du 
fubjondif; on dit le-^an pour ^an. Comme Je fubjonclif n'exifte 
pas, il y a ici une erreur que nous avons difcutee dans la feconde 
partie de notre grammaire, en parlant de Femploi des temps (i). 

Puifque tous les dialecles bafques efpagnols ont perdu le h de la 
2 me perfonne, he^an eft devenu e-^an; mais on ecrit e\aan> par fauffe 
analogic avec d'autres 2 mes perfonnes, ou la chute de FA a laifle 
Fhiatus aa (2). 

En remplacement des 2 mes perf. plur. en ufage pour le fingulier, 
on a forme \ene~\aun, g. 1. bn. & ^ene^e'ii, foul. (2). 

En prenant pour nom verbal ikuji ,,vu", nous avons done: 
ikufi de-^adan ,,que je le voie 3 ' & ikuji ne-^an ,, que je le vifTe", ikuji 
dit^adan ,,que je les voie" & ikuji nit[an ,,que je les viffe". 



POTENTIEL. 

Le prefent du potentiel de eyan fert comme auxiliaire du prefent 
du potentiel des verbes intranfitifs : ikuji de-^aket ,,je puis le voir"; 
Fimparfait forme Fimparfait: ikuji ne^ake ,Je pouvais voir'\ Ceci 
eft la fignification propre de ce dernier temps; mais depuis Larra- 

(i) Ch. xxiv, 15. 
(a) Chap, xi, j. 



204 

mendi, a ce qu'il parait, ce temps a change de fignification &,, par 
confequent de nom; ikuji ne^alie, que Larramendi traduit encore par 
rimparfait, eft traduit de nos jours parle conditionnel ^jepourrais 
voir". 

Ce changement de fignification s'explique tres bien^ puifque le 
potentiel des verbes, qui font en ufage comme auxiliaires, a pris la 
place du futur (pref. potent.) & du conditionnel (imparf. potent.); 
comp. nuke ,,j 1 aurais"; niniake ou nin^aie ,Je ferais". 3^e-{ake, 
comme verbe independant^ non-auxiliaire ,, eft un imparfait du 
potentiel; comme verbe auxiliaire, un conditionnel (i). 

Tous les dialecles ont conferve la forme primitive^ fauf le a initial,, 
qui eft e de nos jours : deipket, de^akek, de^ake y &c. 5 pour le prefent. 
Le conditionnel eft: neiake, he^ake, le-^ake, 6cc., & 1'imparfait qu'on 
a forme du conditionnel^ en y ajoutant la caracleriftique du paffe., 
eft: ne^kean, he^akean, -{e^akean, &c. 

II n'y a qu'a obferver que les dialecles bafques efpagnols n'ont 
pas le h initial : eiake & eiakean; & que les dialecles bafques frangais 
difent glne^ake & ilne^ake pour geneiake & \ene-{ake. 



4. 

Conjugaifon avec ,,me, te, nous, vous" pour objet 



IMPERAT1F. 



guip. lab. foul. 



(i) Nous devons renvoyer le lefteur au ch. xn, 4, ou la confufiou produite par la 
denomination de ,, conditionnel'' a ete difcutee. 



aof 



ACCUSATIF ,,te 



gulp. lab. foul 

Bp 

E^ate 



ACCUSATIF ,,nOUS 



Gait^ak 


Gait^ak 


Gif{ak 


Gait^a 


Gaii^ala 


Git^ala 


Gait^a^u 


Gaii^a^ula 


Git^a^ula 


Gait\aie 


Gait^aiela 


Git^ela 



ACCUSATIF Js nOUS 

Zait^ala Zit^ala 

Zait^atela Zii^ela 

L'imperatif, comme Ton voit, n'eft autre chofe que le prefent de 
rindicatif, accompagne en labourdin <5c en fouletin de la conjonclion 
la J? que^ : 5\W{fl/fl ,,qiul me' 5 (regarde, voie, batte). La tradudlion 
litterale ne peut etre donnee, la fignification primitive de e~^an s'erant 
perdue. En admettant que e^an. fignifie ,,pouvoir" (ce qui probable- 
ment n'eft pas) naiak, fignifierait : ,,pui(Te-tu me"3 naia ,,qu'il me 
puifle", &c. 

Les perfonnes du pluriel ont encore la caracleriftique fupplemen- 
taire du pluriel it (i). Ga^ak efl devenu gairrjk; ga\a, gaitia, 6cc. La 
5 me perf. plur. en fouletin eft fortement corrompue; girfatela pour 
galt^atela efl devenu giriela, par fuite de Thabitude de ce dialecle 
de confiderer le e comme un figne depluralite; gitiala fing., gir*ela 
pluriel. 

Nous n'avons pas decouvert, jufqu'a prefent, que Li^arrague fe 
ferve de eym comme auxiliaire de Timperatif & du fubjondlif, 
quand Fobjet efl ,,me, te, nous, vous 55 . Nous avons done omis de 
citer ce dialecte. 

(i) Ch, xi, 3. 



206 

SUBJONCTIF PRESENT. 

ACCUSATIF ,,me''. 
gulp. fouJ. lab. 



ACCUSATIF j,te". 

He^adan 
cA-^an He^an 

i He^agun 



,,nous". 

Gait~aan Git^ayan Git^akan 

Gau\an Git\an 



Gaii\aie Gir^en Giii^aien 

,,vous" (fmg. honor.). 



Zair^adan 
Z air an 
Zait^agun 
Zairiaten 


Zitfadan 
Zircon 

Zit^en 


Zer^adan 

Zetiagun 
Zei^aien 




,,vous'* (plur.). 




Zaityatedan 
Zair^aren 
Zairiategun 
Zair^aren 


Zitfedan 
Zityayen 
Zir^egun 
Zir^eyeii 


Zei^atedan 

Zet^aregun 
Zer^ateyen 



20 7 

Ces flexions ont fi peu fouffert de mutations phonetiques qu'elles 
peuvent prefque fe pafler de commentaire ; du moins celles qui ont 
le pronom fingulier pour accufatif. Le guipuzcoan a change la 
voyelle initiale, felon la regie, en a. Les flexions avec la 2 me per- 
ibnne comme regime ont perdu, comme toujours, le h initial. La 
5 me perf. foul. he\en eft la contraction de he^aten. Celles qui ont gu 
ou iu pour accufatif demandent une explication. Ondirait que ga^ak 
& i^iat auraient pu donner gaiakan, ou apres la chute du k gaiaan, 
ou apres fa mutation en y gaiqyan; mais ce n'eft pas le cas; on 
trouve gaitiaan, g., gitiayan, f. 

Ces flexions font cependant formees tres regulierement. Le pluriel 
du pronom-fujet eft indique, en fus du pronom meme, par un 
groupe it. Or e^a, dont Tinitiale eft devenue ici a (felon la regie) 
avec it intercale, donne ait^a, & precede de g : gairia; & ainfi 
gairia + k + n fait gairiukan. En guip. le k aura ete elide comme 
dans naiaan & alors gaii^aan (i); en fouletin il a ete converti felon 
la regie en y: gh-^ayan. De meme ^at eft devenu iaitiat-{-n ou 
g. , ^ir^adan., foul. 

IMPARFAIT. 



gup. 



foul. lab. 



l^finr^aten 



In^aadan 
In^aan Hent\an 

In^aagun Henrpgun 

In^aaten Hempen 

(i) Larramendi ne cite pas cette flexion; mais puifqu'il dcnne naiaan, on peut auITi 
admettre gait^aan fans k. 






guip. 
Gim^aan 



208 

,,nous". 
foul. 

Gim\an 



lab. 



Gim^an 



Gim^ai^un 
Gim\a:en 



Zinnadan 



Gim^aren 



,,vous" (fmg. honor.). 

Zim^adan 

Zint^an 

Zint^agun 



Zint^adan 

Zintfan 

Zint%agun 



Zini\aien 



,,vous" (plur.) 



Zint\atedan 

Zintfaten 
Z inflate gun 
Zinriaten 


Zint~edan 
Zim\en 
Zinrregun 
Zint^ayen 


Zint^aiedan 
Zim^aien 
Zinr^attgun 

Zim^ateyen 



Comme le n final de limparfait de lindicatif s'affimiie avec la 
conjondtion n 3 ,que" du fubjondlif, ces deux temps font les memes. 
La feule difference qui pourrait exifler pour nous (mais pas en rea- 
lite) entre ces deux temps, c eft le n intercale, le n que nous appelons 
myfterieux. Nous ignorons fi primitivement il s'y trouvait. Aufli 
haut que nous puifllons remonter il s'y trouve. Dechepare ecrit : 
Jaun erregek me\u nen\an & non ne\an. , 3 Le feigneur Roi m'or- 
donna 5;> (i). Si nous intercalons le n dans les temps primitifs, ils 
correfpondenr, iettre par lettre, avec les imparfaits comme auxiliaires 
du fubjondlif; nen\akan eft aujourd'hui nintiakan, g. & 1. & nent^ayan 
(avec y pour k elide) en foul. La tendance a prononcer /{ pour - 
eft caufe du t qui fe trouve ici & que Dechepare n'ecrivait pas encore, 
comme on voit; nen^an & non nent^an. Le guip. iniaadan eft mal 



(i) Poefies, p. 58. 



209 

forme. En reftituant le h initial nous aurons hin^adan. Le fecond a 
sy trouvCj par une faufTe analogic avec une flexion telie que 
ne~(aan (i). II va fans dire que le a eft de trop dans routes les per- 
fonnes de Timparfait guipuzcoan; il fallait in^an, in\agun, in\aien. Les 
imparfaits de Tauxiliaire correfpondent fi bien avec la forme pri- 
mitive (fauf le n intercale) que route explication ferait fuperflue. Le 
fouletin -(int^edan a change machinalement le a de t^a en i\e. Le 
guip. montre d'ou vient le e; t^e eft la fyncope de t^ate. 

Le potentiel de la conjugaifon fe retrouve dans quelques dialedles 
lous fa forme primitive (p. ex. na^akek^ g., 1.), & fert comme auxi- 
liaire du potentiel des verbes tranfitifs. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 



guip. 



foul. 



lab. 



Hit^aket 
Hit^ake 
Hit-rake gu 
Hit^akeye 



Gait^akek 
Gaitfake 
Gai-^aket^u 
Gah^akete 



,,nous". 



Gii\ake 

Gir{ake*fu 

Git^akeye 



Gaif{akek 
Gait^ake 



Gait\akete 



(i) Voirch. xi, 3, 



210 



,,vous" (fing. honor.). 

guip. foul. lab. 

Zait^aket Zit^aket Zait^aket 



Zair^ake Zit^ake Zait^ake 

Zaitiaguke Zir~[akegu 

Zait^akere Zir^akie 



,,vous . 
Zait^aketet Zit^akiet Zait^akeiet 

Generalement toutes ces flexions fe font bien confervees. 11 y a 
cependant en fouletin, ce qui femblerait etre plutot des erreurs^ que 
des mutations phonetiques. Les flexions avec faccufatif ^me'^ font 
regulieres, excepte le t qui s'y trouve; n-e\a-ke-k ne donne pas 
net^akek. Mais ce qui ne s'explique pas^ c'eft le i du fouletin nit\ake 
pour net^akey tandis que net^akek & get^akek ont e. C'efl d'abord 
du defordre ; mais ce qui eft pire, c'efb qu'on eft tente d'y reconnaitre 
cette tendance a vouloir rapprocher des conjugaifons ou Ton n'a 
vu qu'un feul & meme theme verbal. Ce meme i fe retrouve aufli 
en guipuzcoan (voir plus loin le conditionnel).. Comme e\an & i\an 
ne different que par I'lnitiale, cette confufion eft deplorable. 



CONDITIONNEL. 

)3 me" 
guip. foul. lab, 



211 



gulp. foul. lab, 

Im^aket Henf{aket 

Intake Him^ake 

Henr^akegu 

Hent^akeye 

,,nous". 

Ginf[akek Gem^akek 

Gim^ake Gem^ake 

Gint^at^uke 

Gint^akete 



,,vous 



Zint^aket Zent^aket 

Zint^ake Zem\ake 

Zim^aguke Zem^akegu 

Zini\akeie Zent^akeye 



IMPARFA1T. 



Ce temps eft forme du conditionnel en y fu-ffixant an. 
fait nimiakean, &c. 



gup 



foul. lab. 



Les dialedles bafques frangais pofledent un mode appele ,,votif" 
que n'ont pas les dialecfles bafques efpagnols. Ce mode a deux 
temps : le prefent & le futur. 



212 



PRESENT. FUTUR. 



cAihu 

oAilu 

cAikunu 

cAi^unu 

cAilie 

Ces temps font compofes, croyons-nous, de ai pour adi & de nu 
pour nuke, &C.., & de ne^a, &c, pour, neiake. Pour ne pas nous 
repeter, nous renvoyons le lecteur au i ^ ou ces temps ont ete 
difcutes. Les quelques mutations phonetiques n'offrent pas de diffi- 
cultes; le g de gene^ake s'eft durci,, felon la regie, apres la voyelle : 
aikeneia. Kunu pour gunu efl la forme fouletine pour gendu; on dit 
gunuke au lieu de genduke. 



Les conjugaifons primitives, relatives, du now. verbal ezan. 

L'indicatif de e^an, fuivi de la conjondtion n ,,,que'% fe retrouve 
aufli dans les conjugaifons relatives des verbes tranfitifs, comme 
auxiliaire du fubjonclif. 

Les parties conflituantes des flexions relatives fe fuivent dans 
Fordre fuivant : accufatif, theme,, datif, nominatif. Ainfi eian a 
donne d-e^a-i-h ^tu-me-theme-le'% ce qui s'ecrit deiadak, puifque 
le t devient d, quand fuit un fuffixe^ & que h fe durcit en k (i). 
De meme ^je-te-theme-le^ fait d-e^a-h-t ou bien de-^akat. ^Je-vous- 
theme-le" fait d-eia-iu-t ou bien deia^ut ; ^je-lui-theme-le'^ fait 
d-eia-ho-t, ou bien de-pot ou de^ayoi., puifque le h s 1 elide toujours 
dans ce cas-cl, & que y prend fa place poureviter Thiatus. 

(i) Voir ch. in & xi, 3. 



Ces flexions (nous en citons feulement une de chaque conjugai- 
fon), pour fervir d'auxiliaire du fubjonctif, font fuivies de la con- 
jonclion n ^que",, & de^adak -|- n donne de^dakan, que nous 
retrouvons en guipuzcoan^ avec le k elide, felon Fufage de ce dia- 
lecle, comme die^adaan ; & en fouletin avec Ij intercale 
Ainfi : eman dieiadayan ^que tu me le donnes". 

Veiakat + n devient de^akadan, & de^a^ut -\- n fait 
la premiere de ces flexions fe retrouve en labourdin avec le A, en 
fouletin avec y: di^aya dan ; p. ex. eman di^ayadan >,que je te le 



Puifque le k eft tou jours elide en guipuzcoan , Larramendi cite 
die^aadan, mais Lardizabal le corrige & ecrit di-^adakan, ne fe dou- 
tant pas^ a ce qu'il parait,, que di^adakan fignifie ,,que tu me le 35 . 
Si le k peut fe conferver, il faut qu'il foit a fa place : die^akadan (i). 

T^e-^ahot -|- n eft devenu die^ayodan; le A a ete elide dans tous les 
dialectes 6c quelques-uns Font remplace par y, pour eviter Thiatus. 
Le guipuzcoan dit dio^adan, en pla^ant le datif devant le theme j le 
fouletin a di^odan. Toutes ces flexions fe trouveront au complet dans 
les conjugaifons qui vont fuivre. 



INDICATIF. 
PRESENT (datif fingulier). 



le a moi. 


le a toi. 


le a lui. 





Ve^akat 


"De^ayot 


Veiadak 





T)e^ayok 


Ve^at 


Veiak 


T)e^ayo 





e De\akagu 


'De^ayogu 



Ve^akate Ve^ayote 



(i) Tout prouve qu'on a toujours ignore 1'origine de ces doubles voyelles, ainfi que ce'.le 
de la gutturale ; comp. chap, xi, 3. 



2I 4 

T>e^adak eft forme de d-e\a-i-h ,,tu-me-theme-le". Le i final, 
quand fuit une voyelle, devient <f; & le h final fe durcit en k (i). 
"De-akat eft forme de d-e^a-h-t , Je-te-theme-le". II eft pofTible que 
le h ne foit pas durci en k, mais qu'il ait ete elide : de^acu. Dans ce 
cas quelques dialecles auront conferve rhiatus, & d'autres Tauront 
evite en intercalant y : "De^ayai. Cependant le labourdin a conferve 
le k dans quelques rares flexions. 

Tteiayot eft forme de d-e~a-ho-i ,,je-lui-theme-le". Le h ne s'eft 
jamais conferve; felon la regie il eft devenu k, ou bien il a ete elide, 
& Thiatus a ete evite a Taide dej/ de-^ayot (2). 

Nous avons admis ici la mutation de h en k dans de^akar, & non 
pas dans daiahot, puifque le k fe trouve,, exceptionnellement il eft vrai, 
dans la premiere de ces flexions,, & jamais dans celles qui ont pour 
regime indirect }) a lui"., du moins dans le verbe e\an; la mutation en 
k fe trouve dans eroan; voir ce verbe. 

IMP ARFAIT. 

le a moi. ie a toi. le a lui. 



He^adan He^qyon 

Zeiadan Ze\akan Ze-[ayon 

Gene~akan Gene^ayon 

Zene^adan Zene^ayon 

Ze^akaten Ze^ayoien 



L'imparfait eft forme, comme toujours, du nom verbal,, precede 
du pronom-fujet <5c fuivi du regime indirect (datif), auquel eft fuffixee 
la terminaifon n. He^adan fe compofe de h-e^a-t-n^ & ainfi de fuite. 
Le h devenu k dans ne^akan (n-e^a-h-nj peut avoir ete elide : ne~aan, 
& remplace parj/ ne^ayan (3). L'/r dans ne^ayon (pour n-eia-ho-ri), 
ne fe retrouve pas plus qu'au prefent^ il eft toujours elide, & quel- 
quefois 1'hiatus eft evite en intercalant y: ne\ayon. 

(1) Voir ch. in. 

(2) Voir ch. xi, 3. 
(j) Voir ch. xi, j. 



le a 



moi. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

le a toi. 



le a lui. 



Verakedak 



Tte^ayoke 
Tte^ayokegu 



Ve^akedare 



Ve^akek 
"De^akekagu 



"De^akekare 'De^ayokete 



Ve^akedak eft forme de d-e^a-ke-t-hj avec t convert! en d, & le h 
final durci en k. Les autres flexions s'expliquent d'elles-memes. 

Veiakekat ell forme de d-e^a-he-h-i, & de^akek de d-e^a-ke-h. Le h 
final de de^akeh a du fe durcir en k: de^akek; mais le h de de^akehat a 
pu fe convertir en k ou bien etre elide. Ce dernier cas eft plus pro- 
bable & a donne en effet en fouletin de^akeyat; ou bien de^akear. 

Tteiakoket eft forme de d-e^a-ho-ke-t. Puifque nous croyons que 
ko, qui eft aufli o ouyo, derive de hau (i),, il eft plus probable que la 
forme primitive etait de^ayoket, <5cc. La fyllabe he peut avoir precede 
le datif. Li9arrague ecrit^ Matt, in, 9. : diegaqueo ce que nous ecri- 
rions 



lea 



moi. 



1MPARFAIT. 

le a toi. 



le a lui. 



He^aket 





He^akeyo 


Le^aket 


Le^akek 


Le^akeyo 





Gene^akek 


Gene^akeyo 


Zene^aket 





Zene~(akeyo 


Le^akete 


Le^aiekek 


Leakey ore 



(i) Voir ch. xi, j . 



2l6 

Nous avons applique la loi phonetique aux flexions ,,lc a lui"; 
comparez celles du prefent. 

He^aket eft forme de h-e-{a-ke-t. 

^e^akek eft forme de n-e^a-ke-h. 

II ferait pofTible que ke fut place a la fin de la flexion 3 ce qui 
ferait h-e^a-t-ke ou bien he^adake, & ainfi de fuite : Le^adake, ^ene- 
^adake, leiadakeie. De meme ne^ahake ou ne^ayake de n-e^a-h-ke & 
ne-[ayoke de n-e^a-yo-ke . 



INDICATIF. 
PRESENT (datif pluriel). 

le a nous. le a vous. le a eux. 

Ve^ajotet 



T)e^ayote 



Ve^aguie e De^ai^ute Ve^ayorere 

eft forme de d-e^a-gu-h; le h final durci en k, <5c ainfi 
de fuite. 

Veia-(ut eft forme de d-e^a-iu-i. 

Ve^ayotet eft forme de d-eia-ho-te-i. Comp. les flexions ,,,le a lui". 
Comme ho eft pour hau (i), il eft probable que la forme primi- 
tive etait delay otet avec y, comme on le trouve chez Li^arrague., 
Matt, xxi,, 41 , dietioyoien 5 ,que il les a lui". 

1MPARFAIT. 

le a nous. le a vous. le a eux. 



(i) Voir ch. xi, 



le a nous. 



2I 7 

le a vous. 



Gene^a^ 



un 



le a eux. 

Ze^ayoten 
Gene-^ayoten 
Zene\ayoien 
Zeyayoteten 



Comparez les imparfaits avec les datifs finguliers. 
devienr, felon les lois phonetiques, ne^ayoten. 



Zene^agun 



POTENTIEL. 



PRESENT. 



'De^akeyotet 



TDe^akeyote 
Ve^akejoregu 



Veyakepite T^e^aheyoieie 



Ces flexions font exaclement formees comme celles avec le datif 
fmgulier, feulement la caracleriilique du pluriel s'y trouve ajoutee. 
II faudraic ecrire : de^akiotet; keyo = kto. Ligarrague ecrit diegaqueola 
,,que il a lui". II a elide la lettre que y remplace^ keo eft pour keyo, 
qui eft pour ke-yo pour ke-ho. 



le a nous. 



IMPARFA1T. 

le a vous. 



le a eux. 



He^akegu 





He^akeyoie 


Le^akegu 


Leiakeiu 


Le^akeyore 





Gene^ake^u 


Geneva keyote 


Zene^akegu 





Zene^akeyote 


Le^akegure 


Ze^ake^ute 


Le-^akeyote 



2l8 

La place de ke peutetre egalement bien a la fin; p. ex. 

ke. Surtout avec la 5' ne perfonne au datif, il y a toujours de 
Tincertitude. 

Pour ne pas trop nous repeter, nous renvoyons le ledleur a la 
conjugaifon de Tauxiliaire eroan, 34, ou fe trouve 1'auxiliaire au 
complet; eroan pour Tindicatif; e^an pour le fubjoncltif & ie potentiel. 
Le fubjoncltif n'etant autre chofe que Findicattf fuivi de la conjonc- 
tion n, il faut y retrouver les memes flexions que nous venons de 
reconftruire ici, fuivies de la conjonction n 53 que"; p. ex. default eft, 
co mine nous venons de le voir ,,je-vous-theme-le' ? . Le fubjonclif 
de 1'auxiliaire doit, par confequent, etre d-e^a-^u-t + n ou 
ce qui efl exadlement la forme acluelle. Et ainfi de Ante. 



6. 

Adin ou edin ^pouvoir" connne auxiliaire. 

Nous pla^ons en tete de ce paragraphe les deux formes adin 6c 
edin; la premiere efl la feule connue^ & edin eft., felon nous, la feule 
forme correcte. 

La voyelle initiale des themes verbaux devient generalement a 
dans le prefent5 mais elle fe maintient a Fimparfait & dans Timpe- 
ratif (i). Egon fait nzgo , Je refte"; nengoan ,Je reftais^ & bego 
5 ,refte". Etorri fait nawr ,,}e viens'% newrren ,,je venais" & betor 
,,viens". Or, comme Timparfait de edin eft nendin 5c Timperatif 
bediy nous en concluons que le theme verbal eft edin. 

La feule chute du d, fait fi frequent en bafque (2), a rendu edin 
meconnaiflable dans fes flexions, & on ne s'eft pas apercu : 

i Que edin a conferve fa fignification comme verbe in dependant, 
comme non-auxiiiaire 5 

(1) Voir ch. xi, 4. 

(2) Le nom verbal aditu eft aitu en bifcaien. Bidjldu = bialdti. Biar dot fe prononce en 
bifcaien biot. Comparer furtout les flexions du verbe ihotji: bin off at, &c., pour badihotfat. 
Le a & le d ont etc fupprimes. Voir Dift., p. 408. 



219 

2 Que edin fe retrouve dans les flexions du potential, ce que fa 
iignification de ,,pouvoir" explique. 

Le dialecle bifcaien eft le feui, autant que nous fachions, qui ait 
conferve 1'emploi de edin, comme verbe independant. Zavala cite 
1'exemple fuivant, & fans fe rendre compte de la valeur du verbe, 
comme cela reffort de la demonftration de tout fon verbe. Ainfi : 
Gu-[tia daian Taungoikoa (i). ,,Le Seigneur qui peut tout" . Or, daian 
eft la 3 me perfonne du fmgulier du prefent de rindicatif dai pour 
dadi ,,ii peut" avec le relatif n ,,que". 

Deja du temps de Licarrague, de Dechepare, &c., edin n'eft plus 
qu'un auxiliaire, non pas d'un mode fpecial (potentiel) mais de toute 
la conjugaifon. Si fa fignification primitive s'eft abforbee dans celle 
d'un auxiliaire, fa forme, au contraire, s'eft mieux confervee en bas- 
navarrais <3c en fouletin. 'Bainabaldingatiague^aibadadi. Marcix, ^o. 
, 3 Mais fi le fel s'afTadit". Guegat ba-dadi. Ecin dadit nic neure buru^ 
deus. Jean v, 30. ,,Je ne puis rien de moi-meme". E^in avec Tauxi- 
liaire dur ,J'ai" correfpond a ^je ne puis pas". 11 faut done que 
dadit ,,je puis" ne foit confidere par Li^arrague que comme auxi- 
liaire, tout comme dans 1'autre exemple que nous citons. "Bekha- 
naan hil dadina. Dechepare, Poefies,, p. 12. ,,Celui qui meurt dans 
le peche". *Dadi ,,ilpeut"; dadin ,,qui peut"; dadina ,,lui on celui 
qui peut". Ici dadina eft purement auxiliaire, il a perdu fa fignifi- 
cation de ,,pouvoir". 

Edin , en bafque, comme ,,,pouvoir" en francai? , peut etre 
accompagne de verbes tranfitifs & intranfitifs; mais puifque la 
langue bafque poffede une conjugaifon pour les verbes tranfitifs & 
une autre pour les verbes intranfitifs (du moins au prefent), edin fe 
conjugue, felon le cas, de Tune & de Fautre maniere, dadit ,,je 
puis" tranfitif, d-adi-t ,,je-puis-le" en lifant a rebours. &adi ,,je 
puis" n-adi. Faute d'avoir reconnu la fignification de edin (2), auffi 
bien que la formation des flexions, on trouve quelquefois quatre 
flexions pour une (3); p. ex. hel naite, ou naireke, ou nitake, ou 

(i) Verbo vafc., page 31, n* 39. 

(a) M. Inchaufpe dit, Verbe bafque, p. 79 : dadin - def an , feuls, point de fignification. 

(|) Malgre" cela M. Inchaufpe dit : ,,Le verbe bafque dans la variete" de fes formes 

determine les temps avec une admirable precifion". Meme ouvrage, p. 4. 



220 

nadi ,,)e peux ou je pourrais arriver" (i). Dans une note au bas de la 
page 410 on lit que ^les terminatifs nadi, hadi, dadi, dec., ne font 
ufites que precedes de ba ,,(1" : jin banadi ,,{i je puis venir". 
Ceci eft aufll le cas pour e\an. Le prefent de rindicatif deiat, &c. 3 
n'eft plus en ufage que precede de ba : bade^atj tant en guipuzcoan 
(Larramendi) qu'en bas-navarrais (Liarrague). On voit done que 
nadi eft le prefent de Findicatif ,Je puis" (& ba-nadi ,,fi jc puis") 
dans toute fapurete, <3c on ne s'en etait pas aperfu. Voila ou mene 
la theorie des terminatifs. Larramendi traduit i^an banadi par: fi yo 
fuere; fuere eft le futur du fubjondlif, temps qui n'exifte pas en 
fran^ais, & qui equivaut quelquefois^ en efpagnol, au prefent de 
Tindicatif (2) ; ici nadi eft auxiliaire. 

Zavala (3) nomme ce temps ^prefente condicionado de fubjun- 
tivo"; p. ex. farm badedi (= badadi bn.), con tal que entre o fi entra. 
L'auteur traduit cette phrafe par ,,a condition qu'il entre' ' ou ^s'il 
entre" (fubj.), evidemment parce que Tefpagnol n'a pas d'autre 
mode pour Texprimer 5 mais fan u badedi fignifie plus, & ne devrait 
pas etre nomme au nombre des temps du fubjonclif, puifque ce 
mode, en bafque, fe reconnait toujours a la conjondltion n 
qui fuit la flexion. Nous reparlerons de ces temps. 



7- 
La conjugaif on primitive de edin 

FORME INTRANSITIVE. 

Pour reconftruire s temps de cette conjugaifon, il n'y a qu'a 
appliquer le precede a A pte pour conjuguer les verbes reguliers 
intranfitifs (4). 

(1) Meme ouvage, p. 4 o. 

(2) Salva, Gram., p. 185. 

(3) Verio vafc., p. 148. 

(4) Chap, xi, S- IL 



221 



Hadi 

T)adi 



1 N DI CAT IF. 



PRESENT. 

forme de n-edi 

h-edi 

d-edi 



d-edi~i 



IMPARFAIT. 



ZK^edian forme de n-edi-an 

Median h-edi-an 

Edian edi-an 

Gedi^an g-edi-^an 



edi-^an 



POTENTJEL. 



PRESENT. 



forme de n-edi-ke 



Hadike 
Vadike 
Gadike 
Zadike 
Vaditeke 



IMPARFAIT. 



tN^edike forme de n-edi-ke 

Hedike 

Ledike 

Gedike 

Zedike 

Lediieke 



Nous examinerons d'abord la conjugaifon pure & fimple, fans 
regime aucun. 

Les quatre temps primitifs, qui fe retrouvent tous, expliqueront 
toute la conjugaifon. 



8. 

La conjugaifon de edin comme auxiliaire. 

Edin eft de nos jours un nom verbal auxiliaire des modes, dans 
tous les dialectes; il fert a former Timperatif, le fubjondKf & le 
potentiel des verbes intranfmfs & du verbe i^an ,,etre". 



222 

Les deux temps de rindicatif, fuivis de la conjondlion n 
fervent a former le prefent <3c 1'imparfait du fubjoncflif. AmCinadi -f- n 
donne nadin, <3c nendian-}-n reile nendian, & aujourd'hui nendin. 
/{tf/z nadin 5 ,que je fois". I^an nendin ^que je fuffe". Etorri nadin. 

Le potentiel de edin forme le potentiel des verbes intranfitifs dans 
tous les dialecles. 

Nous continuerons a nous fervir du terme de fubjonclif, puifque 
les flexions ne font connues aujourd'hui que comme appartenant a 
ce mode. 



bifc. 



guip, 



SUBJONCTIF. 



lab. 



foul. 



bn. 



oAdin 


cAdin 


t^adin 
Hadin 


S^adin 

Hadin 


tffydin 

cAdin 


Vedin 


Vedin 


Vadin 


Vadin 


Vadin 


Gadi^an 
Zadi^an 


Gaite^en 
Zaite^en 


Gait en 
Zaiten 
V ait en 


Gidan 
Zidan 
Vidan 


Gaite^en 
Zaite^en 
Viteten 



Si le diaiede bifcaien avait conferve dadin a la 3 me perfonne^ 
comme les dialedles bafques francais^ il n'y aurait pas eu une lettre 
de changee de la forme primitive. 

Le figne de pluralite efl i en bifcaien,, & t en labourdin,, bas- 
navarrais 6c fouletin. G-adi-y-n, bifc.5 g-adi-t-n, lab. Le guipuzcoan 
parait les avoir pris tous les deux : g-adi-t-^-n. 

La 5 me perf. plur. efl toujours formee de la 3 me perf. du fingu- 
lier; dedin aurait du faire dediten; mais ici,, probablement par ana- 
logic avec les autres perfonnes du pluriel (gairqen, faiteyenj, on 
trouve dite^en. Le labourdin daiten eft la forme primitive^ moins le 
d, qui fe perd tres fouvent dans ce verbe. 

Le dialecte fouletin a fortement fouffert au pluriel. 

Les 2 lues perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fmgulier 



> 
onorifique,, on a forme: ^adi^en, b. } ^aiteiren, lab. bn. & guip._, 
iteyen, foul. La flexion laite^ren contient done aujourd'hui trois fois 
* figne de pluralite t, i & r. 
Le lab. a encore la variance liten, plur. & -{ite^ien, plur. du pluriel. 
Le bifcaien change a en <?; ^adi^an devient ^ad^en, difference 
admife^ mais conventionnelle; ^adi^en eft pour ^adi^aten. Zavala croit 
que cette mutation forme le pluriel 3 c'efl au contraire le /,, qui a 
ete elide,, qui forme le pluriel. Cette mutation de a en e ne fignifie 
rien du tout 5 mais dans toute la conjugaifon elle a ete acceptee 
comme indiquant les formes fingulieres & plurielles de la flexion 5 
a & e ne font que des lettres de liaifon. 

Dechepare introduit fouvent un i (y) dans la flexion : daydi pour 
dadi; naydi pour nadi, voir fes Poefies,, p. 44 & 45% ou Ton trouve 
auffi diroyte pour diroie, particularite qui nous parait n'avoir aucune 
importance. Chez Li^arrague on trouve auffi quelquefois cet /, fans 
aucune raifon apparente jufqu'ici. 



9- 

Imp ar fait. 

L'imparfait de Tindicatif fert aujourd'hui a former Timparfait du 
fubjondlif Comme la conjonclion ,,que 3 ^ eft n & que la termination 
de Timparfait eft an, il y a eu affimilation & nedian -(- n refle nedian. 
V^edian fe retrouve feulement^ comme nous verrons plus tard,, dans 
la conjugaifon tranfitive de edin (voir 16)^ apres avoir perdu le d: 
neian. Dans la conjugaifon in tranfitive,, celle qui nous occupe main- 
tenant, nedian a pris le n myfterieux,, que nous n'avons pas donne a 
notre imparfait primitif, fans vouloir decider s'il ne devrait pas s'y 
trouver; nedian eft devenu nendian <5c a perdu en outre le a de la 
terminaifon : nendin. 







224 






bifc. 
&{jndin 
Endin 


guip. 

S^endin 
Endin 


bn. 
ZN^endin 
Endin 


foul. 

U^endin 
Hendin 


lab. 

^indadi 
Hendadin 


Zedin 


Zedin 


Zedin 


Ledin 


Zadin 


Gendi^an 
Zendin 
Zedi^an 


Ginde^en 
Zinde^en 
Ziteien 


Gimeen 
Zime^en 


Gintian 
Zintian 
Lilian 


Gime^en 
Zime^en 
Ziteien 



II y a a remarquer ici que le bifcaien a adopte le i initial a la 
jme perfonne,, ce que d'habitude il ne fait pas., & que ce ^ eft / dans 
les dialecles bafques francais, quand ce temps correfpond a rim- 
parfait du fubjondtif fran^ais. Get ufage,, aflez bizarre^ de diflin- 
guer une feule perfonne dans un temps eft bafe_, croyons-nous^ fur 
une erreur; nous avons examine cette queilion dans la fyntaxe^ 
ch. xxn^ iy. Les 3 mes perfonnes plurielles font formees felon la 
methode bifcaienne, au moyen de ^, excepte en foul, oil lirian eil 
une forme irreguliere. Le d radical efl devenu t, excepte en bifcaien. 
La i re & la 2 me perfonne du fingulier., en labourdin,, ne s'expliquent 
pas bien^ elies font mal formees; la fyllabe da dans nindadin efl 
de trop. 

Qijand la 2 me perf. plur. a ete employee comme un fingulier 
honorifique, on a forme -{endiien, b.,, -[endeiien., g.., ^indeiiten, bn., 
limey 'en , ., finteiten, lab. 



10. 

Loptaiif ou poiemiel de edin comme auxiliaire du potemiel imranfitif. 



CONJUGAISON ABSOLUE. 
PRESENT. 

bifc. foul. lab. g u ip- 

&(aite ou ^itake ^aiteke V^aiteke 
Haite Hitake Haiteke cAiteke 



bifc. foul. lab. g u ip- bn. 

TWr<? Vaiteke Vaireke Vaiteke 

Gaiie Gitake Gaiieke Gaite^ke 

Zaire Zirake Zaiteke Zaite~[ke Zaiieke 

Vitake Vaite^ke Vaiteke 



En comparant ce temps avec le prefent du potentiel primitif, on 
verra que la terminaifon, au lieu d'etre ke eft teke, ou (implement te. 
II eft tres probable que ce ne font que des variantes ; i t eft le 
reprefentant de k; 2 te & ke ont la meme fignification dans les 
futurs de i^an & de eduki: ni^ate ,,je ferai" & duket ,,j'aurai", 3 le 
temps que Ton eft convenu d'appeler le prefent du conditionnel eft 
toujours indique par ke ; 4 les terminaifons te & ke fe trouvent dans 
la meme flexion <3c, par confequent, il n'eft guere poflible d'ad- 
mettre que te & ke expriment deux idees diflferentes. Mais le meilleur 
argument c'eft que ce temps fe retrouve en bifcaien avec ke pour 
terminaifon, & precede de ba: banadike ou banaiteke, &c.; temps 
que Zavala nomme ,,futuro condicionado del prefente de fujun- 
tivo" (i). Cette flexion ou ce temps, dont nous parlerons plus 
tard, a conferve le d du theme, fla-nadike eft done la forme pure & 
primitive : ,,fi je pourrais". 

Le t a remplace le k d'autrefois, & il parait que ce n'eft pas feule- 
ment la forme, mais la fignification qui a egalement faibli; plufieurs 
dialectes ont ajoute les deux terminaifons te & ke. 

Le dialecle guipuzcoan (2) a une variante aux 3 mes perfonnes, 
diteke , fing., ditefaj plur. La premiere fe trouve chez Axular, qui 
ecrit diteke & dateke fur la meme page : 'Bada e^in hil diteke gai^ki^ 
ongi biii ifatu dena, p. 76, n. ed. ,,Or, il ne peut mourirmal, celui 
qui a bien vecu". Meme page: E^in datekeyen gau\a dejirat^en du. 
,,11 defire chofe qui ne fe peut (impoflible)" . Dechepare ecrit en- 

(i) Verio vafc., p. 150. L'auteur traduit/arfu banadike par: con tal que entre ,,fuppofe 
que j'entre"; tradudion qui n'eft ni litterale, ni exa&e; fartu banadike fignifie ,,fi je 
pourrais entrer, ou, en fran?ais, fi je pouvais entrer". 

(a) Larramendi, Arte, p. 227. 

T /- 



226 

core daiteye avec y pour k elide, felon i'habitude fouletine. Voir 
I'introducTion de fes Poefies : dayreyela. Axular ecrit aufli cet y pour 
eviter I'hiatus ee : datekeen de dateke -f- n, relatif. 

Les 2 mes peribnnes etant en ufage pour le fingulier honorifique, 
on a forme -{aite-^e, b., ^aite^ke 9 g., -[aiteke, 1. , Daiteye & fitakeye, foul., 
-{aite^kete y bn. Match, x, 19. 

Nous avons deja parle, 6, du temps que Zavala nomme ,,pre- 
fente condicionado de fubjuntivo" : banadi, &c., qu'il traduit par 
le prefent du fubjoncflif : p. ex. farm badedi, con tal que el eritre. 
Nous avons vu auffi que ce temps n'appartient pas au fubjondif; la 
conjondtion ,,que" n'efl pas exprimee. Zavala donne comme va- 
riante de ce temps : banaite, baaite, badaite, &c. Bien que ces flexions 
puiiTent etre confiderees, de nos jours peut-etre, comme ayant la 
meme fignification, il n'en efl pas moins certain,, croyons-nous, que 
cela n'efh pas le cas. 

"Banaitey &c.^ efl le prefent de Toptatif avec le au lieu de ke, & 
donne a la phrafe un fens different. Uoptarif, comme auxiliaire, a 
pris la fignification du futur (& du conditionnel). 

TZanaite efl par confequent,, felon nous (quel que foit Fufage qu'on 
faffe de ce temps), une variante de banadike. La richefTe tant van- 
tee du verbe bafque n'a meme pas ete fentie ici^ a ce qu'il nous 
femble^ &les deux temps banaite, &c. 5 & banadi, &c._, doivent etre 
tenus fepares, & ont chacun leur fignification propre 5 banadi appar- 
tient a 1'indicatif & banadike, avec fa" variante banaite, appartient a 
Toptatif, au mode du doute. Tous ces temps (felon Zavala,, trois; 
felon nous, deux) font rendus , par Zavala, par le prefent du 
fubjoncflif. 



IL 
Le conditionnel du potenriel. 

L'imparfait de 1'optatif ou potentiel primitif fert comme auxiliaire 
de Timparfait, aujourd'hui conditionnel, du potentiel : ifan nindeke, g. 



22 7 

,,,je pourrais etre". Ce temps qui fe termine en te ou teke, comme 
le prefent du potentiel, a une petite irregularite dans la forme de fes 
flexions; le n final de edin s'eft conferve devant la terminaifon. 
V^edin + te, apres la chute du d fait neinte. Puifque n & t font des 
lettres incompatibles, l'/i aurait du etre elide (ce qui a lieu fans cela 
avec le n final de tous les noms verbaux) ou bien le t aurait du etre 
converti en d. Le guipuzcoan eft le feul dialecle qui ait obferve cette 
regie & qui dife nindeke pour ninteke ou neinteke. 



bifc. 


guip. 


lab. 


foul. 


bn. (Salaberry) 


tN^einteke 
Einteke 


V^indeke 

Indeke 


^einteke 
Heinteke 


tN^einteke 
Heinteke 


t^indaitfke 

Hindaiteke 


Leireke 


Liteke 


Laheke 


Leiieke 


Lai t eke 


Gintekei 
Zeintekei 
Leirekei 


Ginde^ke 
Zinde^ke 
Liteike 


Ginte^ke 
Zinteike 
Lite~[ke 


Gin take 
Zintake 
Litake 


Gindaiiteke 
Zindaiiteke 
Lai^teke 



Le bn. nindaiteke s'explique par Timparfait labourdin nindadin. 
U^indadin -|- teke peut devenir nindaiteke; mais 1'imparfait labourdin 
ne s'explique pas. 

Le bifcaien (i)^ le fouletin (2) & le bas-navarrais (3) ont la variante 
fans ke. Le fouletin a meme une troifieme variante, a peu pres 
comme le bas-navarrais : I nintake, 2 hintake y 3 51 gintake, 
2 ^intake, 3 litake. Pour Zavala ce font des temps diflferents. En fou- 
letin on les confidere comme des variantes, & c'eft ce qu'elles font 
en effet. En fouletin la ferie des perfonnes n'eft pas meme complete. 
Nous les faifons fuivre puifqu'elles font tres intereffantes, comme 
formes intermediates qui relient un dialede a 1'autre. 



(1) Zavala, Verbo vafc., p. 158, n" 1^9. 

(2) Inchaufpe, Verbe bafque , p. 401. 

(3) Lifarrague, Ep. ded. Accufa ahal neinde. ,,Je pourrais <tre accufe". 



228 



TROIS 


VARIANTES SOULETINES. 


ZN^einte 


V^einteke 


ZNj.ntah 


Heime 





Himake 


Leire 


Leiteke 





Gime 





Gintake 


Zinte 





Zintake 


Lite 





Li take 



Ces trois variances font rendues par le prefent du conditionnel 
ou par le conditionnel du potentiel, evidemment felon que Ton a 
confidere ce temps comme primitif, c.-a-d. comme imparfait (ou 
conditionnel) du potentiel; hel neime ou neimeke ou ninrake ,,je 
pouvais, ou aujourd'hui, je pourrais arriver"; ou bien comme auxi- 
liaire, &, dans ce cas-la, Timparfait du potentiel etant devenu notre 
prefent du conditionnei acluel^ il faut traduire hel neime par ,J'ar- 
riverais". 

Zavala voit dans le temps en te un 33 prefente imperfeclo 3 ' qu'il 
traduit par ,,,podria" o ^podra 5 ^ dans le temps en teke un 5 , future 
remote e imperfeclo" qu'il traduit par ^pudiera^ o ^podra". Cette 
difference de fignification eft peut-etre admife, mais nous croyons 
avoir prouve qu'elle eft tout-a-fait conventionnelle , & qu'elle n'eft 
bafee que fur une erreur. 



TABLEAU DU POTENTIEL INTRANSITIF SELON ZAVALA. 

Selon Zavala., tous les modes du verbe bafque font fcindes avec 
une etonnante regularite en temps parfaits & temps imparfaits, 
fubdivifes en deux temps & quatre temps ; deux parfaits, & quatre 
imparfaits(i) : 

(i) Verbo vafc., p. 155. 






22 9 

PRESE NTE F1S1CO. 

Erre naite, puedo quemar ,Je puis bruler". 

PRESENTE MORAL, FUTURO PROXIMO. 

Erre naiieke, puedo quemar ,Je puis bruler". 

PRESENTE IMI'tRFECTO. 

Erre neinte, puedo, podre o pudiera quemar ,,je puis, je pourrai, 
je pourrais bruler". 

FUTURO 1MPERFECTO. 

Erre neimehe, puedo, podre o podria quemar ,,je puis, je pourrai, 
je pourrais bruler". 

PRETER1TO IMPERFECTO. 

Erre neintean, podia o podria quemar ,,je pouvais ou je pourrais 
bruler". 

I'RETERITO REMOTO. 

Erreneintekean, pude o habria podido quemar ,Je pus ou je pour- 
rais b ruler". 

Ces fix temps etant des variances, ie reduilent done a trois : 
naite = naiieke; neime = neimeke ; neintean = neimekean. Etymologi- 
quement,, nous croyons notre theorie fondee 5 mais meme 1'ufage 
ne nous femble pas avoir pu admettre une telle confufion dans la 
fignification des temps 5 la langue bafque eft plus precife que cela; 
un temps qui exprimerait a la fois le prefent, le futur & le condi- 
tionnel n'efl guere admiflible. La formation des temps & des 
flexions etait inconnue a Zavalaj il a coordonne le verbe, mais 
il ne Ta pas analyfe. Ceci explique en partie cette confufion, 



230 

qui a etc prife quelquefois pour de la profondeur,, puifqu'on 
n'etait pas en etat de verifier fi Zavala avait tort ou bien s'il avait 
raifon. 

Nous avons cite le bn. felon Salaberry (i). Chez Licarrague, nous 
n'avons encore trouve que la i re perf. neinde (2) pour neime avec 
mutation de t en d apres n; la J me leite- enegana hel ahal leitela (3). 
^qu'elle put (pourrait) venir vers moi"$ la 2 me perf. du plur. 
leindeite; & encore Matth. xxiv, 43, leiten ,,qui pourrait". Deche- 
pare convertit le t en d: cdndria min^a albaycinde de al-ba-yinde(j). 
jjMademoifelle fi vous pouviez parler"... 



12. 



11 imp ar fait. 

L'imparfait du potentiel actuel eft forme de 1'imparfait du potentiel 
primitif, devenu conditionnel du potentiel de nos jours, en y fuffi- 
xant la caradleriftique de 1'imparfait an; nendike a donne nendikean. 



bn. 



bifc. 


guip. 


lab. 


foul. 


t^endikean 

Endiken 


ZNjndekean 

Indekean 


^(jnteken 
Hinteken 


f^eintdkian 

Heimakian 


Zedikean 


Litekean 


Ziieken 


Zaitakian 


Gendike^an 
Zendikean 
Zedike^an 


Ginde^kean 
Zinde^kean 
Lireikean 


Gime^ken 
Zinte^ken 
Ziteyken 


Gintakian 
Zintaken 
Zitaken 



Ce temps fert a former Timparfait du potentiel dans tous les 
dialecles : etorri nindekean )} JQ pouvais venir"; excepte en bifcaien. 



(1) Vocabulaire. 

(2) Epitre dedicatoire. 

(3) Poefus, p. 52, ed. 1847. 



Zavala range ce temps (nendikean, &c.), au nombre de ceux du fub- 
jonclif &le nomme ,, future del preterito imperfeclo defujuntivo"(i), 
& ii le rend par Timparfait du fubjonclif en ,,fe"; Fimparfait du 
fubjonclif francais en 5 ,flTe". En bifcaien, felon Zavala (2), ttmpar- 
faitdu potentiel eft rendu par neimean, &c., & traduit parpodria o 
podia (pourrais ou pouvais), & appele ,,preterito imperfeclo". 
Ce neimean eft la meme flexion que nendikean, feulement la termi- 
naifon eft te au lieu de ke, <3c le d radical s'eft perdu. Cette variante 
le retrouve auffi dans le dialecle fouletin, qui poflede les trois va- 
riantes neimean, &c., neintekean, &c. , & nimakian, mais elles expriment 
toutes Fimparfait du potentiel. 

On voit la confufion produite en bifcaien par la perte de la veri- 
table fignification des flexions; car nous voulons admettre, pour le 
moment, que Zavala ait raifon en donnant les flexions nadin, &c., 
& naiiean comme des variantes dans le dialecle bifcaien ; mais il va 
fans dire qu' elles ont eu une fignification differente. II ne donne 
aucun exemple de naitean, &c., au lieu de nadin. Mais ce qui eft une 
erreur de Zavala (3), c'eft quand il dit que ces flexions du fubjonclif 
prefent, quand elles font regies par un autre verbe, deviennent nadila 
& naidala. Ces flexions, c'eft-a-dire nadin, &c., appartiennent au 
fubjonclif, parce qu' elles font fuivies de n ,,que". Du moment qu'on 
leur ote le n, elles ne font plus du fubjonclif. Dans Texemple qu'il 
cite : Egiiu . . . bi-$i nadila, & qu'il traduit, a tort, croyons-nous, par : 
haced vos... que viva, nadila eft le prefent de Tindicatif, nadi ,,je 
puis" fuivi de la conjonclion la ,,que"; & nadila fe rend en fran- 
$ais & en efpagnol par ie fubjonclif 3 ,que je puifiV 3 . II fallait done 
,,que je puiflfe vivre 5;> ; & nadila n'a rien a faire avec nadin; Tun ne 
devient pas Tautre. 

(i) Verbo . vo/c., p. 153. 
(a) Ouvrage cite, p. 160. 
(j) Verbo vafc., p. 28, n" 17. 



Limptrarif. 

L'imperatif de edin fert a former Timperatif des verbes intranfitifs,, 
& eft refte comme ii etait primitivement : i-{an adi ou kadi ^fois"; 
ifan bedi ^qu'il foit; eiorri adi ^viens"; eiorri bedi ,,qu'il vienne'% ckc. 

La 2 me perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique, on 
a forme -icdtene de 



14- 
Le votif. 

Les dialecles bafques fran^ais pofledent un mode qui a ete appele 
,,votif". Les flexions correfpondent au frangais ,,veuille" fuivi du 
temps du verbe qu'il s'agit d'employer. Ce mode a deux temps (i): 

PRESENT. FUTUR. 

cAinendi 
cAihendi 



cAikina cAiginte 

cAiriina cAi^inte 

cAHite oAiliie 

Nous avons propofe ailleurs (2) de confiderer ces temps comme 
etant compofes de ai (pour adi)-nint^ & ai-nendi. 



(1) Inchaufpe, Verbe bqf<pie,p. 

(2) Etude fur les verbes Mixiiijir 



oAi pour adi pourrait avoir pris la valeur (Tun imperatif ,,puifle" & 
plutot en fran^ais ,,veuihVYj ai-nimi fignifierait alors : ^veuille 
que je fuffe'% c'eft-a-dire : ^puiffe-je". &Qmi eft la flexion fynco- 
pee pour nimiake, imparfait de 1'optatif (aujourd'hui conditionnel) 
de i^an. 

Le futur eft exprime par ai-nendi pour nendin, ou,, ce qui eft 
plus probable j nendi eft pour nendike, ^veuille que je ferai" ou en 
fran^ais ,,que je fois". L'optatif convient mieux pour exprimer un 
votif que I'indicatif; & de plus la 3 me perf. eft ailedi; or, ledi appar- 
tient a Foptatif. La chute de In de Timparfait eft un fait tres excep- 
tionnel; la chute de ke de 1'optatif eft un fait tres commun dans tous 
les dialecles. 



Les conjugaifons relatives de edin. 



FORME INTRANSITIVE. 

Julqu'a prefent nous n'avons pas retrouve les conjugaifons rela- 
tives, intranfitives de edin. Puifque les verbes reguliers intranfitifs 
pofledent ces conjugaifonSj p. ex. egon fait nago ,,}e refte 33 6c 
nagokak }) }Q refte a toi 5 % on pourrait s'attendre a ce que nadi 
y Je puis" devienne nadik 3 ,}e puis a toi 53 ; nadi^u 5 Je puis a vous >? ; 
nadio ou nadiyo 5 Je puis a lui'% 6c ainfi de fuite. Comme edin eft 
Fauxtliaire de ce que Ton eft convenu d'appeler le fubjonctif de i\an 
& de tous les autres verbes intranfmfs_, on aurait pu s'attendre en- 
core a trouver edin egalement comme auxiliaire quand i^an, ou un 
de ces autres verbes, doivent exprimer un regime indirect; mais ceci 
n'eft pas le cas, comme nous verrons, en parlant du verbe i^an. 
Nous n'avons pas encore trouve rii nadik, ni nadi-pi, ni aucune autre 
flexion avec le regime indirect. 



234 



i6. 

La conjugaifon primitive de edin. 

FORME TRANSITIVE. 

Pour le mecanifme de la conjugaifon des verbes reguliers tranfitifs, 
voir chapitre xi } f . 



PRESENT. 

Vadit 

Vadik 

Vadi 

Ttadigu 

Vadi-^u 

Vadire 



1ND1CAT1F. 



1MPARFAIT. 



Hedian 
Edian 
Gedian 
Zedian 
E dial en 



OPTATIF, 



PRESENT. 

Vadiket 
Vadikek 
Vadike 
Ttadikegu 



Uadikete 



1MPERAT1F. 



o4di 

Vedi 
Zaire 



IMP ARFAIT. 



Hedike 
Ledike 
Gedike 
Zedike 
Ledikete 



(bediie?) 



Nous commencerons par examiner cette conjugaifon-ci, avec 
1'accufatif ,,le" inherent, qui eft la plus connue; les autres avec 
,,me, te, nous, vous" pour objet, fuivront. Mais nous la repete- 
rons pour faciliter les comparaifons. 

Toute cetce conjugaifon fe retrouve; les flexions ont tres peu 
fouirFert., furtout en bas-navarrais & en fouletin. 

Deja, du temps de Dechepare & de Li^arrague edin n'etait en 
ufage que comme auxiliaire; fa fignification propre de ,,pouvoir" 
ne s'eft maintenue qu'en bifcaien; dans ce dialecte, par contre, la 
forme a foufTert; le d s'eft perdu dans toutes les conjugaifons; p. ex. 
bete dait ,,je puis remplir" (i). Chez Ligarrague & Dechepare, 
nous trouvons la forme primitive: Edn dadit nic neure buru^ deus. 
Jean v, 30. ,,Je ne puis rien faire par moi-meme". lar caite^te 
hemen oihoiti daididano. Marc xiv, 32. ,,A{Teyez-vous ici jufqu'a 
ce que j'aie prie". 'Daididano eft la i re perf. daidii-\-n + o, jus- 
que-je-le-puis. 

Chez Dechepare on trouve ces flexions ecrites avec & fans d; 
avecj & avec i: oAmoria... ecin dayie goberna (2) ,,1'amour, on ne 
peut le gouverner". Tchaffoac e^jraungui erachequi dadina (2). ,,La 
mer ne peut eteindre celui qu'il faifit". Ce font ici, comme Ton voit, 
des flexions auxiliaires; Fidee de ,,pouvoir" ou ici de ,,pas pou- 
voir" eft exprimee par ecin, & dayte eft Tauxiliaire, rendu aujourd'hui 
par les flexions dut, &c. Si dayte exprimait ici ,,pouvoir 35 le fens de 
ecin 5, pas pouvoir" ferait neceffairement annule. 

Ces flexions fe font fi bien confervees, qu'il ferait fuperflu de les 
donner dans leur forme acluelle; il fuffira d'indiquer Jes quelques 
deviations qui s'y rencontrent. - 

Uimparfait de Tindicatif nedian, ckc., apres avoir perdu le d du 
theme, devient neian, &c., & fe trouve en bifcaien comme imparfait 
du potentiel (3) ; ce qui eft corredl, quand on confidere edin comme 
auxiliaire. 

(1) Verbo vafc., p. 119. L'auteur cite toujours la 5"" perfonne, generalement moins 
embrouillee, ce qui a ete religieufement imite par tous ceux qui 1'ont copie. 

(2) Poefies, p. 48. 

(3) Verio vofc., p. ia8. Preterite imperfe&o potencial, 



L'imparfait de edin fe trouve fousjdeux formes : inendin, &C., en 
ufage dans tous les dialedes, comme auxiliaire de Timparfait de ce 
que Ton eft convenu d'appeler le fubjondif des verbes intranfitifs ; 
2 neian, &c., qui nous occupe ici. La forme primitive ayant ete 
nedian fn-edi-anj, les deux variantes s'expliquent; nous avons vu le 
d thematique fe maintenir dans un dialecte,, <5c fe perdre dans Tautre. 
Pour des formes paralleles , avec & fans le n myfterieux,, on peut 
comparer nenkarren=znekarren; netorren'=nenwrren. > & d'autres en- 
core. Quant a la terminaifon an=.n (nedian = nendinj il nous 
femble que an a du etre la terminaifon primitive. Comme thefe 
generale, la chute d'une lettre eft beaucoup plus frequente que 1'in- 
tercalation d'une lettre ; mais enfuite le plus grand nombre de noms 
verbaux en n ont encore une voyelle entre le theme <3cle n de la termi- 
naifon y cette voyelle eft tantot a, tantot e; &,, finalement^ fi notre 
theorie eft jufte, quant a la terminaifon de Fimparfait, le a eft une 
voyelle organique. 

Aujourd'hui,, la 2 me perf. fing. eft ineian; & les 3 mes perf. ont le / 
initial 5 irregularite dont nous parlerons plus tard. 

L'optatif primitif fe retrouve auffi en bifcaien. Zavala nomme le 
prefent,, p. ex. bete daiket 53 futuro perfeclo y muy proximo,, prefente 
moral. Ce nom qui ne laiffe rien a defirer, quant a la longueur,, 
laiffe encore indecis fi ce temps eft un prefent ou un futur; mais 
ceci s'explique quand on fait que le prefent de Toptatif^ employe 
comme auxiliaire,, fonctionne comme futur (p. ex. duket jj'aurai"), 
& que Timparfait de Toptatif fondlionne comme conditionnel (ou 
mieux refte optatif, deguife fous le nom de conditionnel) : nendihe 
ou nedike ,,Je pourrais". An lieu de nedike, le bifcaien,, qui a perdu 
le d a neike & neinke, c'cft-a-dire : n-ein-ke. Ici^ malgre la ioi pho- 
netique^ le n s'eft maintenu devant le k (i). 

On pourra,, croyons-nous 3 comparer Temploi de edin, a celui de 
will ^pouvoir' 5 en anglais,, qui eft tantot verbe auxiliaire^ tantot 
verbe independant. I will come , Je viendrai"; mais : I will have it 



(i) Ce qui eft aufll le cas dans les autrcs d aK eto>. qui foul egalement ufage de edin, 
pour le potentiel des verbes intranfitifs. 



done ,,je veux que cela foit fait". Cependant le bafque eft plus 
precis que Fanglais, & la confufion n'aurait pas dti exifter, en theorie 
du moins. Le prefent de 1'optatif daiker, &c., ne devrait pas etre 
traduit, comme le fait Zavala, par puedo; p. ex. bete daiker puedo 
o podre llenar ,,je puis ou je pourrai le remplir". Puedo eft ,,je 
puis" en fran^ais et dadit ou dait en bafque. "Daiket aura fignifie pri- 
mitivement ,,je defire pouvoir" & doit fignifier aujourd'hui ,,je 
pourrai" , tout comme duket a fignifie autrefois ,,j'aime avoir" & 
aujourd'hui ,,j'aurai". 

La meme confufion s'eft produite dans la conjugaifon de e^an; 
mais la elle s'explique mieux^ puifqu'on fait ufage du prefent du 
potentiel decker, &c., comme auxiliaire du prefent du potential, 
p. ex. ikuji de^aket ,Je puis voir". Si e^an eiat fignifie ,,pouvoir", 
comme edin, on aurait pu fe fervir du prefent de Hndicatif de^at, &c., 
qui n'eft plus en ufage pour lui feui (i). Ve^akety &c., fert done 
comme auxiliaire du prefent du potentiel, mais n'a pas perdu fa ten- 
dance a fervir comme futur, & c'eft ce qui explique Tincertitude, 
quant a la fignification de ce temps, qui eft rendu en fouletin par le 
prefent & par le futur; gal de^ake eft traduit par ,,il peut ou pourra 
perdre" (2). 

Le prefent du potentiel eft refte en bifcaien ce qu'il etait primi- 
tivement. II eft done inutile de le citer ici. Nous dirons feulement 
que la J me perf. plur. a perdu le i: daikee pour dadikete. Limparfait 
a auffi perdu le d, & nedike, 6cc., fe retrouve comme neihe y ineikek 
(pour hedike, Ferreur habituelle) hike, gineike, fineike, leikee. Zavala 
cite (3) la variante avec le n : neinke pour nedinke. 

Get imparfait du potentiel, neinke ,,je pouvais", fert plutot au- 
jourd'hui comme conditionnel ,,je pourrais" (Zavala le traduit par 
Fun & 1'autre de ces temps, p. 31, n 43), & Ton a forme un im- 
parfait de neinke en y ajoutant la caraderiftique du pafTe an: nein- 
ke an , &c. 



(i) Precede de ba, ce temps eft encore en ul 
(a) Inchaufpe, Verbe bafque. 
(3) Verbo vafc., p. 126. 



Pour le fixieme temps du potentiel (le premier,, felon Zavala, 
p. 123, & nomme prefente imperfedto), voir ce que nous avons dit 
au if, p. 187. 



Conjugaifons primitives abfolues du verbe edin. 



I N D I C AT i F. 



PRESENT. 



me 



V^adi 



te 
Hadit 

Hadi 

Hadigu 

Hadite 



le 

Vadit 
Vadik 
Vadi 
Vadigu 



nous 

Gadik 
Gadi 



Gadi^u 
Uadite Gadite 



vous 
Zadit 

Zadi 
Zadigu 

Zadite 



les 



IMPARFAIT. 



Hedidan 



ZH^edian Hedian 

Hedigun 
&edifun 



Hedian 
Edian 
Gedian 
Zedian 



Zedidan S^ediaten 

Gedikan Hediaten 

Gedian Zedian Ediaten 

Zedigun Gediaten 

Gedi^un Zediaten 



S^ediaten Hediaten Ediaten Gediaten Zediaten Ediaten 



239 



O P T AT I F. 



me 



te 



PRESENT. 



le 



nous 



vous 



les 



Hadiket Vadiket Zadiket Vadikedai 

Vfydikek Vadikek Gadikek 

Hadike Vadike Gadike Zadike 

Hadikegu Vadikegu Zadikegu Vadikegu-? 

Vadike^u Gadike^u Vadike^ui 

ZK^adikete Hadikete Vadikete Gadikete Zadikete Vadiketei 



ZN^edinkek 
ZK^edinke 



IMPARFA1T. 

Hedinket ZN^edinke 
Hedinke Gedinkek 

Ledinke Gedinke 



Hedinke 

Hedinkegu Gedinke 

Zedinke 

D^edinkete Hedinkete Ledinkete 



Zedinket 



Zedinke Ledinke^ 

Zedlnkegu Gedinke^ 

Gedinke^u Zedinke^ 

Gedinkeie Zedinkere Ledinkete\ 



Comme dadit ,Je le puis" eft forme de d-edi-t 5 ,je puis le", en 
lifant a rebours, il s'en fuit que pour exprimer un autre accufatif, 
par exemple 55 te"^ on dira h-edi-t ou had.it ,,,je puis te"$ & n-edi-h 
ou nadik ^tu peux me". De meme , 3 tu peux nous" g-edi-h ou gadik, 
& ,,}e puis vous" i-edi-t ou -{adit. Aujourd'hui le d s'efl perdu 
partout (i) & dadit efl devenu dait; hadit fait halt ou ait, puifque le 
dialecle bifcai'en ne connait pas Tafpiration. Et ainfi ^adit fait '[ait ou 
laidai, puifque le bifcai'en (& en general auffi les autres dialedles) 

(i) Du temps de Li?arrague & de Dechepare le d s'y trouvait encore; mais ces deux 
auteurs introduifent fouvent un i (y) dans la flexion : ecin daydit ,,je ne puis" p. 5 1. Baruric 
ecin daidite. Marc n, 19. ,,Ils ne peuvent". Ecen bilobat churi eypa lel\ ecin daidic. Matth. v, 
56. Car tu ne peux faire devenir un cheveu blanc ou noir. 



240 

aitnent a repeter le figne de pluralite dans les flexions du verbe (i). 
Zaidai eft pour ^ait -f- 1 avec mutation reguliere de t en d. Gadik 
eft devenu gaik en perdant le d; & en y ajoutant le ^ fupplemen- 
taire, gaik -\- ^ aurait donne gaikai; mais puifque k n'eft pas tolere 
au milieu de la flexion (i), il y a hyperthefe de k & ^ & la flexion 
eft aujourd'hui gai^ak. Ce ^ a ete ajoute dans les quatre flexions qui 
font de nos jours : gai^ak y gai^ gtfz{w{, gai?l (pour gaditei). De meme 
--adit devenu ^ait <3c par fuite de 1' agglutination du ^ ^aida^; & ainfi 
de fuite : .^aii, laigu'i, \aie^ 

Le d s'etant perdu dans toute la conjugaifon^ Timparfait nedian 
eft devenu neian ?5 je pouvais le". Hedian eft aujourd'hui ineian ^tu 
pouvais le"; mais cette flexion eft mal formee. Hedian, forme de 
h-edi-an, en perdant le d aurait donne heian, & en perdant le h, 
inconnu enbifcaienj elan; mais eian eft ou devrait etre la 5 me per- 
fonne; nous verrons plus tard (2) d'ou vient le / qui s'y trouve aujour- 
d'hui : leian 3 ,il pouvait"; le bifcaien s'eft tire de la difliculte en 
ecrivant ineidan. Mais d'ou vient cet in accole a la flexion^ & qui ne 
fignifie abfolument rien ? Cette erreur s'explique peut-etre ainfi : les 
flexions de la 2 me perf. fing. font pen en ufage dans les dialedles 
bafques efpagnols, & la 2 me perf. du pluriel eft -{ineida^an ; or, on 
favait que le i precedant la terminaifon an eft un figne de pluralite, 
& que le i initial eft la caracfleriftique de la perfonne; en enlevant 
ces deux i on a cru obtenir la 2 me perf. fing. ineidan. Cette meta- 
morphofe de la forme primitive,, correcSte,, eft furprenante, Eft-il 
poffible d'admettre cette reconftrudion, a la fois favante & vicieufe., 
d'une forme grammaticale? Eft-ce que^ dans la bouche du peuple, 
heidan ou eidan deviendrait ineidan? 

La 3 me perfonne eft eian y que Zavala ecrit leian; les perfonnes 
plurielles ont aujourd'hui le n intercale, gineian, ^ineian; la 3 me peri. 
plur. eft leien pour leiaten, avec / initial,, puifque au potentiel on 
ecrit cet I, & que Ton a cru que cet imparfait appartenait a ce 
mode, tandis qu'il appartient, comme on le voit, a Tindicatif. 



(1) Voir ch. XI, 3. 

(2) Voir ch. xxiv, 1 5 






241 

L'imparfait ,,tu pouvais me" nedikan eft devenu neian, par fuite 
de Telifion du k medial. Si le bifcai'en avait adopte la regie fouletine 
d'introduire y, nous aurions nediyan ou neyan, & il n'y auraic pas eu 
de confufion avec la 3 me perf. neian ,,il pouvait me" & avec neian 
,,je pouvais le". Ces trois flexions ont maintenant la meme forme; 
routes les trois neian (i). 

Les flexions avec I'accufatif pluriel ont beaucoup change. Gedikan 
en perdant le d & le k devient geian, <3c en y ajoutant le n myfte- 
rieux genian; maintenant encore le ^ du pluriel & nous aurons genia- 
^an; mais cette flexion eft aujourd'hui ginei^an. La J me perf. fing. 
de meme : ginei^an, <3c au plur. gineie^an. Dans cette derniere per- 
fonne, nous avons de nouveau un de ces exemples de formation 
machinale qui font tou jours croire a un remaniement de la langue. 
Le e, qu'on s'eft figure etre une caraderiftique du pluriel, a etc 
place dans cette flexion en depit du bon fens ; au moms aurait-il 
fallu ginei^aen. 

Le potentielfe retrouve. Puifque edin fignifie ^pouvoir", on ne voit 
pas ce que le potentiel peut ajouter a la fignification de I'indicatif, 
fi ce n'etait que le potentiel fonclionne auffi comme optatif, p. ex. 
Ecinfar daitela Taincoaren refuman. Jean in, y. II ne peut entrer 
dans le royaume de Dieu". Ici le prefent de Tindicatif daiie pour 
dadiie, fuivi de la. U^olaian gau$a hauc eguin ahal daire^que? Jean in, 
9. ,, Comment ces chofes peuvent-elles fe faire"? Nous avons ici la 
5 me perf. plur. pref. potent, avec accufatif pluriel inherent, ex- 
prime par ^; daue^ke pour dadireke (primit. dadikete); & avec ^ fup- 
plementaire : daire^ke. II faudra traduire ce temps par le conditionnel. 
Nous avons vu que le conditionnel n'eft autre chofe que Toptatif 
deguife fous ce nom, & puifque 5J optatif ou potentiel" font deux 
termes equivalents, nous pouvons dire que le potentiel doit etre 
rendu par ce que Ton eft convenu d'appeler le conditionnel. Nous 
traduifons done le texte cite : Comment ces chofes pourraic-on (litt. 
pourraient-ils) les faire? 

L' explication d'une conjugaifon peut fervir pour les autres. Le d 

(i) Verbo vqfc., p. 128 & 129. 

16 



242 

s'eft perdu partout; nadikek eftaujourd'hui naikek, & hadiket eft aiket, 
puifque le h eft inconnu en bifcaien. Zadiket aurait du devenir 
y comme gadikek aurait du donner gaikek, mais nous trouvons 
gaike^ak ( i ) ; c'eft-a-dire que le figne de pluralite fupplemen- 
taire a etc ajoute; laiket-^ & le t eft devenu d. Gaikek-^ ferait devenu 
gaikekai; mais, comme nous Tavons fait remarquer plufieurs fois,, 
le bifcaien prefere ecrire k a la fin de la flexion : gaike^ak. 

'L'imparfait du potendel fe retrouve en bifcaien avec & fans le ?i du 
theme; neinke & neike (2)^ pour nedinke. L'A initial ne fe retrouve 
pas; hedinket eft devenu einket eh perdant aufli le d. 

La 2 me perf. fing. hedinhe (prim.) ,, 3 tu le peux" eft einkek chez 
Zavala (2); Vh a du difparaitre^ & il a ete remplace par k final,, afin 
de donner le cachet de la forme familiere; mais c'eft une erreur; 
1'imparfait n'a jamais la caradleriftique du fujet a la fin ; elle doit etre 
au commencement de la flexion. Sans cela ce temps a peu change; 
il faut encore obferver que les perfonnes du pluriel ont le i fup- 
plementaire : gedinke^u & ledinkegu font devenus geinke-{u\ & 



L'imparfait (prefente imperfedo) de Zavala (3), que nous croyons 
etre le conditionnel tronque (nei pour neike, &c.)> a ete difcute ail- 
leurs (4). La difparition de la caracleriftique de la categoric n'eft pas 
encore fi rare; on dit en fouletin eskent diro ou dioke (pour diroke) 
,,il'peut offrir'\ Ainfi diro = dioke ; voir 3f . 

18. 

Les conjugaifons relatives, tranfitives, de edin. 

11 ferait fuperflu de donner les conjugaifons primitives; elles ont 
peu varie, & Fufage s'en eft conferve en bifca'ien. Nous les retrou- 
vons auffi chez Ligarrague. 

(i)' Verbo vdfc., p. 122. 
(a) Verbo vafc., p. 126. 
(j) Verbo vafc,, p. 123. 
(4) Chap, xn, 15. 



243 



le a moi 

Vaidak 
Vail 

Vaida^u 
Vaite 



Ineidan 

Leidan 

Zineidan 

Leiden 



INDICATIF. 
PRESENT. 



1MPARFAIT. 



les a moi 
Vaida^ak 



Ineida^an 
Leidayan 
Zineida^an 
Leide^an 



OPTAT1F. 
PRESENT. 

T)aikedak Vaikeda^ak 

Vaiket 

'Daikedayu 

TDaikede 

IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel). 

Einkedak Einkeia^ak 

Leiket Leikeda-^ 

Zeinket Zeinkedai 
Leikede 



I MPARFAIT. 



E inked an 
Leikedan 
Zeinkedan 
Leikeden 



Einkedfffan 

Leikeda^an 

Zeinkeda^an 

Leikede^an 



244 

Selon la theorie de Zavala, il n'y a ici qu'un feul mode, le poten- 
tiel, divife en fix temps, dont deux parfaits et quaere imparfaits (i). 
Nous devons renvoyer le ledeur au chapitre xn, if, ou tout 
ce defordre a etc explique. Au lieu des fix temps, nous n'endonnons 
que cinq, puifque le fixieme, le prefent des temps imparfaits., felon 
Zavala, nous parait etre un temps tronque. 

Le prefent de Tindicatif eft forme regulierement; d-edi-t-h fait 
dadidak, & apres la chute du d thematique : daidak; d pour t <3c h 
durci en k (2). En bifcai'en le d du theme s'eft perdu dans toutes 
les conjugaifons, mais il s'eft maintenu en bas-navarrais : VJte due 
ecin othoiti daidiodala ft-adi-o-i-laj orain neure oAiiari. Matth. xxvi, 
f 3. ,,Crois-tu que je ne pourrais pas prier mon Pere maintenant". 

Les autres perfonnes peuvent fe patter d'explications. 

Pour exprimer Faccufatif pluriel, le bifcai'en fe fert de ^, & daidak 
-\- i donnerait daidaka^; mais on dit daida^ak^ apparemment pour fe 
conformer a la loi phonetique qui ne tolere pas, dans certaines cir- 
conllances, le k medial (5). L'imparfait efl aufH regulier, excepte a 
la 2 me perfonne^ ineidan efl mal forme; la fyllabe initiale in ne 
fignifie rien; il aurait fallu heidan de h-ei-t-an. Comparez Timparfait 
de la conjugaifon abfolue. 

La 3 e perfonne a un / initial, qui n'eft pas la a fa place. Uerreur 
provient de ce que edin eft employe comme auxiliaire du potenriel, 
or, / eft Tinitiaie de la 5 me perfonne du potentiel; mais nous avons 
ici a faire a 1'indicatif. Plus loin nous verrons continuer le defordre ; 
nous trouverons des imparfaits fans /, ce qui eft correct; mais il 
aurait fallu fe tenir a une regie. 

Le prefent de Toptatif eft forme regulierement; d-adi-ke-t-h donne 
dadikedak & avec le d elide daikedak. Pour les caracleriftiques des 
pronoms, voirch. xi, 5- 

Dans Timparfait, il n'y a que la 2 me perfonne qui foit mal fonnee, 
felon Thabitude; h-edi-ke-t aurait dia faire heiket ou eiket* puifque Yh 



(i) Verio vafc., p. 1 18. 
(^) Ch. in &. xi, 3. 
(3) Ch. PI & ch. xi, 3. 



eft inconnu en bifcai'en. La 3 me perfonne eft reguliere l-edi-ke-i. 

Nous avons deja fait remarquer plufieurs fois que 1'imparfait du 
potentiel eft en ufage comme prefent du conditionnel; & que, 
comme il fallait pouvoir exprimer le paffe, on a fuflixe a cet impar- 
fait, employe comme prefent, le fuflixe caracleriftique du paffe an. 
C'eft ainfi que einkedak ,,tu pouvais me le", ayant pris la fignifica- 
tion de ,,tu pourrais me le", on a forme : einkedakan & apres 1'elifion 
du k: einkedaan; ici les deux a auraient du refter, mais 1'un a difparu 
<3c Zavala ecrit einkedan. Cette flexion aurait du etre heikedan de 
heiket-\- an. C'eft le ,,preterito remote potential" de Zavala 5 voir 
Verbo vafc., p. 131. 

Le dernier temps qui refte a etre explique, c'eft celui que nous 
n'avons pas donne <3c qui eft appele par Zavala un ,,prefente de 
imperfedo". Heft: 

Ineidak 
Leit 
Zineit 
Leire 

Ce temps eft rendu par ,,podria (ahora) puede o podra fer"; 
c'eft-a-dire ,,il pourrait, il peut, ou il peut etre que (il eft poffible 
que). Nous ne dirons que deux mots de la forme de ces flexions, 
en priant le lecleur de comparer ce qui a ete dit a la fin du cha- 
pitre xn, ou fe trouve le tableau du fubjonclif & du potentiel, felon 
Zavala & felon nous. 

La forme ineidan etant donnee, ineidak fe comprend; mais 1'une 
& 1'autre de ces flexions font fautives. Prenons done hit; cette flexion 
ne peut etre que la contraction de leiket; partout, felon nous, la 
fyllabe ke s'eft perdue. 



246 



le a toi 

Vaiat 

Vaik 

*Daiagu 

T)aiek 



Eian 

Gineian 

Eien 



i9- 

INDICATIF. 
PRESENT. 



les 



a to 



Vai^ak 



IMPARFA1T. 



O FT AT I F. 

PRESENT. 



'Daikeat 
Vaikek 
Vaikeagu 
Vaikeek 



IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel). 



Eia^an 

Ginei^an 

Eie^an 



Vaikeada^ 
Vaikeagu^ 



Eikek 

Geinkek 

Eikeek 



ZH^einkean 
E ike an 
Geinkean 
Eikeen 



Eike~[ak 

Geinke^ak 

Eikee^ak 



IMPARFAIT. 



Eikea^an 

Geinkea^an 

Eikee^an 



247 

Le prefent de Tindicatif eft forme regulierement; d-edi-h-t donne 
dadiat ou daiat puifque le d Yeft perdu en bifcaien. Le h, felon 
rhabitude^ a ete elide & Miiatus eft refte. Les autres perfonnes 
s'expliquent d'elles-memes. La 3 me perfonne du pluriel a e pour 
indiquer le pluriel ; daiek eft pour daik -f- /. 

L'imparfait eft aufli regulier. ZN^eian eft forme de n-edi-h-n; le A 
eft elide comme toujours. Eian n'a pas le / initial^ ce qui eft corred; 
mais pourquoi ecrire leidan dans la conjugaifon precedence? C'eft 
de la confufion 5 la nous avons explique la caufe de la prefence 
de/. 

Le prefent du potentiel eft regulier 5 d-edi-ke-h-t donne dadikeat 
apres Telifion du d & de 17z. V-adi-ke-h donne daikek. Pour les 
lettres caradleriftiques des pronoms^ voir ch. xi, 3. 

L'imparfait (aujourd'hui conditionnel) a le n myfterieux; cet n a 
ete difcute plus haut^ a propos de Toptatif de la conjugaifon abfo- 
lue. La 3 me perfonne aurait du avoir le / initial. L'imparfait neinkean 
,,je pouvais te le 55 eft forme du temps precedent en ajoutant an. 



20. 



le a lui 

Vaiot 

Vaiok 

Vaio 

Vaiogu 

'Daio^u 

Ttaioe 



INDICATIF. 
PRESENT. 



les a lui 



248 



IMPARFAIT. 



le a lui 



les a lui 



Ineio^an 

Le'w\an 

Gineio^an 



Ineioan 

Leion 

Gineion 

Zineion 

Leioen 



O PTAT I F. 
PRESENT. 

Vaikeor 

Vaikeok 

Vaikeo 

Vaikeogu 

*Daikeo\u 

'Daikeoe Vaikeoei 

IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel). 

V^einkeo 

Einkeok 

Leikeo 

Geinkeo 

Zeinkeo 

Leikeoe 



Zeinkeoi 
Leikeoei 



IMPARFAIT. 



tf^einkeon 

Einkeoan 

Leikeon 

Geinkeon 

Zeinkeon 

Leikeoen 



Einkeo^an 



Geinkeo\an 
Zeinkeo\an 
Leikeoe-[an 



Le prefent de I'indicatif n'offire rien de remarquable; daiot eft 
forme de d-edi-o-t on dadiot. Dans les dialecles bafques fran$ais on 
trouve encore un i dans la flexion; cet i eft y chez Dechepare. Voir 
Texemple avec i au 19. 

L'imparfaic a quelques irregularites. 5\W0/i eft regulier & forme 
de n-edi-o-n (i); mais la 2 me perfonne devraic etre heioan ou eioan, 
de h-edi-o-an. Puifqu'on ecrit, felon Zavala, la terminaifon an a la 
2 me perfonne,, ii ferait mieux de 1'ecrire partout. II eft probable que 
le a, pour Zavala, n'appartient pas a la terminaifon; fans cela on 
le trouverait bien a routes les flexions. Cet a eft ici, felon toute 
apparence, par une faufle analogic avec d'autres 2 mes perfonnes. 
Voir ch. xi, 3. 

La 3 me perfonne a de nouveau le / initial, ce qui n'eft pas correct; 
comparez les imparfaits de ttndicatif des conjugaifons prece- 
dentes. 

On retrouve cette flexion chez Li^arrague : Era elkarrequin mingo 
ciraden cer leidioren lefuji. Luc vi, n. ,,Et ils parlerent enfemble 
ce qu'ils pourraient faire a Jefus 35 . Leidioien eft,, probablement, la 
3 me perf. plur. de Timparf. de Tindicatif, formee de l-edi-o-te-n ,,ils 
le pouvaient a lui 3 '; elle correfpond au bifc. leioen. Nous difons 
^probablement'% puifque Li5arrague ecrit un / initial a la 3 me perf. 
de Timparfait quand il croit que ce temps appartient au fubjondlif ; 
(comparer chapitre xxiv, iy, qui traite fpecialement de cette 
queftion); mais comme toutes les verfions ont ici le conditionnel, il 
eft encore poflible que he foit elide,, comme cela arrive fouvent ; 
& que leidioren foit la J me peri, de Timparfait de Toptatif. 

L'optatif s'explique par Tindicatif; les memes obfervations font 
applicables aux flexions de 1'imparfait. II faut ajouter que le k final 
de la 2 me perf. fmg. eft de trop. II y a toujours de la confufion dans 
cette perfonne. La caracteriftique du pronom fujet eft prefixee; il 
aurait fallu heinkeo ou einkeo. 

(i) Pour les lettres caradleriftiques des pronoms, voir chap, xi, j. 



21. 

INDICAT1F. 
PRESENT. 



le a nous 

Vaiguk 

*Daigu 



les a nous 

'Daigu^ak 

Vaigui 



*Daigue 



Vaigue^ 



IMPARFAIT. 



Ineiguan 
Leigun 
Zineigun 
Leiguen 


Ineigua^an 
Leigu^an 
Zineigu^an 
Leigue^an 




P T AT I F. 


Vaikeguk 
T)aikegu 


PRESENT. 

Vaikeguiak 
Ttaikegui 



T>aikegue 

IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel), 

Einkeguk 
Leikegu 
Zeinkegu 
Leikegue 



Leikegu^ 

Zeinkegui 

Leikegue^ 



IMPARFAIT. 

Einkeguan Einkegutrfan(l) 

Leikegun Leikegu^an 

Zeinkegun Zeinkegu^an 

Leikegiien Leikegue\an 

(i) II y a une faute d'impreflion chez Zavala, p. i ja, ,,me podia" doit etre ,,nos podia". 



if! 

Comparez la conjugaifon avec le regime fingulier ,,a moi". II 
n'y a que la caracleriftique de changee; gu pour t qui eft devenu d. 
Vaiguk eft forme de d-edi-gu-k. II y a les memes erreurs dans les 
2 mes perfonnes du fingulier. 



. 22, 



le a vous 



Lei^un 

Ginei^un 

Leiden 



1NDICAT1F. 
PRESENT. 



IMPARFAIT. 



les a vous 



Lei^ue^an 



O PT AT I F. 
PRESENT. 



Vaike^u 

'Daike^ugu 

< Daike-[ue 



IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel). 



Leikefu 
Geinke^u 



1MPARFAIT. 



le a vous 



les 



a vous 



Leikcyun 

Geinke^un 
Leike^uen 

Comparez la conjugaifon avec le regime fingulier ,,,a toi i:> . La 
caracleriftique k eft ici ^u. Puifque ces flexions font en ufage pour 
le fingulier honorifique,, on en a forme d'autres ou Ton a intercale e, 
ou plutot ie, dont le i s'eft perdu, & dai^ut eft devenu daiiutet puis 
dai-^uei. Elles font fi regulieres qu'il aurait ete fuperflu de les donner. 
Nous n'en avons cite quela premiere perfonne. 



le a eux 
'Daioet 

ZN^eioen 



Vaikeoet 



23. 

INDICATIF. 
PRESENT. 



1MPARFAIT. 
OPTATI F. 

PRESENT. 
IMPARFAIT. 
1MPARFA1T. 



les a eux. 



(i) 



Vaikeoedai 



V^einkeoen 



(i) On trouve chez Zavala, p. 129, naioe^an ; mais la voyelle de 1'imparfait eft invaria- 
blement la voyelle du theme; par confe"quent e. 



Toutes ces flexions font formees cxaclement comme cellcs qui 
expriment ie regime indirect fmgulier ,,le a lui"; feulement il y a 
la caracleriftique du pluriel te, qui eft intercalee; daiot -f- te aurait 
du faire daioret, mais le t s'eft perdu <5c Ton dit daioet. Le penchant 
du dialedte bifcaien pour les accumulations de voyelles eft remar- 
quable ici; on en trouve jufqu'a cinq qui fe fuivent : daioee, que 
Zavala ecrit dayoee, irregularite inutile. Vaioee fignifie ,,ils le peu- 



vent a eux" 



Nous n'avons pas voulu changer Forthographe de Zavala, mais, 
ayant adopte la regie, fuivie par plufieurs dialecftes, d'ecrirej pour i, 
quand cette voyelle fe trouve entre deux voyelles, il aurait mieux 
valu ecrire partout dayot, day ok, & par confequent auffi dayat ,,je te 
le puis". Vaioee s'ecrirait alors dayoee,ce qui ne ferait plus alors 
une orthographe exceptionnelle, comme elle 1'efl aujourd'hui chez 
Zavala. 



24. 
4 Le nom verbal eutfi )} renir" . 

L'adjedlif verbal eurji fignifie ,,tenu' ? & n'efl connu qu'en bif- 
caien. II n'efl pas clair fi eurji & euki ont une meme origine; mais 
il eft pour le moins, premature de les confiderer comme des variantes 
& de dire, fans la moindre explication, comme un fait prouve, que 
} .eduJd ou euki fert comme auxiliaire apres avoir change ki en 

W "(i). 

La fignification eft la meme; mais la forme eft la meme ou a 
peu pres, feulement par fuite de degradation phonetique, toujours 
en admettant que ki & ifi n'appartiennent pas au' theme, ce qui 
n'eft pas du tout certain. Eu de eurji refTemble a eu de euki, mais 



(i) Se vale nueftro dialefto en a<5liva de la radical del verbo euki o iduki, quitandole la 
ki final y fuftituyendo a la k una f^ en la conjugaciones de recipiente. Zavala, Vcrbo vafc., 
p. 60, n i 6. 



euki a perdu le d; eutfi a done etc edmji, ce dont ii ne refte aucun 
veftige. 

Le i parait etre la terminaifon, c'eft-a-dire la caracleriftique de 
1'adjeclif verbal; il refte done euk & ems. Mais euk & eurs n'ont pas 
Fapparence de noms verbaux; de plus rimperatif qui, fans exception, 
ofTre le theme pur,, fuivi ou precede de la caracteriftique de la per- 
fonne, eft eu, fans k. II faudra, par confequent, en venir a la con- 
clufion que ces deux noms verbaux font compofes, & que leur theme 
commun eft eu, primitivement edu. 

Pour eutji nous propoferions Fhypothefe fuivante. Plufieurs noms 
verbaux font compofes avec etji, comme on peut le voir dans notre 
Dkftionnaire. Etji, apparemment de la racine es farmer, ferrer", 
eft intimement lie aux noms verbaux, de telle fagon que, p. ex. 
finetji, etait confidere comme un feul mot. Quelquefois il en eft 
fepare : gmi etji ,,meprifer'\ Dans tous ces noms verbaux etjl a 
perdu, aujourd'hui du moins, fa fignification propre, 6c auteiji 
,,choifir", onetji ,, aimer' ' , Jinhexi ,,croire 5:) , expriment {implement 
choifir, aimer, croire. 

On etjl trouve une forme analogue dans 1'efpagnol tener (en) caro 
,,tenir cher". La diftance de ,,ferme" a ,,tenu" eft vite ipanchie, 
& eiji a pris la fignification de ,,tenu ?:> ; <5c puifque en bafque, comme 
en efpagnol, ,,tenir" fert comme auxiliaire correfpondant a ,, avoir", 
etji eft une efpece d'auxiliaire : autetji ,, avoir choix", onetfi ,, avoir 
cher", finetji ,, avoir foi". Eutfi ferait, par confequent, eu-erji, & il 
refterait a fixer la fignification de <?qui etait primitivement edu. Ceci 
eft plus difficile; par induction eu doit fignifier quelquechofe comme 
,,prife" enfrangais, ou 35 vat" en hollandais, ou ,,hold" en anglais. 

La forme pleonaftique du nom ne ferait pas une objection, on en 
trouve des exemples dans beaucoup de langues, p. ex. feft halten, 
en allemand, fignifie ,,tenir ferme", mais on 1'emploi.e (implement 
pour ,,tenir". Eu-etfi ferait alors ,, avoir prife", ,,vathebben", ,,to 
get hold ". 

Quoi qu'il en foit de Torigine de eutji, fa forme eft fpecialement 
bifcaienne. Eutji fert comme auxiliaire des verbes tranfitifs, quand 
il y a deux regimes a exprimer; dans ce cas-la les flexions de eutji 






correfpondent comme ufage, a celles de eroan pour les autres dia- 
lecles. En bifca'ien on dit emoten deutfat ^jelelui donne", & dans 
les autres dialecles emaien darokat ou draukat. Euifi exprime cepen- 
dant quelquefois un accufatif feulement, & c'efl quand il eft employe 
comme verbe aclif; p. ex. Eutfi, neure Jefus neure anima. ,,Tenez 
(ayez) mon ame, mon Jefus 3;> . Le dialecle bifcai'en a par confequent 
euki comme auxiliaire de la conjugaifon abfolue : ikuften dot "je 
vois"; euiji comme auxiliaire de la conjugaifon relative^ & eroan, 
comme Ton verra plus tard> efl 1'auxiliaire de la conjugaifon frequen- 
tative : ikufi daroat ,Je vois d'habitude". 



N I. 



Conjugaifons relatives de t auxiliaire eutfi. 



i re perfonne fmg. au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a moi 



Veu/tak 
Veii/i 



T)eufte 



Eunftan 
Euftan 
Zeunftan 
Eujlen 



ACCUSATIF PLUR, 

les a moi 



I N D I CAT I F. 



PRESENT. 



IMPARFAIT. 



Veufla^ak 
Veutfai 



Eunfla-^an 
En/la^an 
Zeunfta^an 
Eufte^an 



CONDITIONNEL. 

P R S N T. 
ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR. 

Eunskedak Eunskedaiak 

Leusket Leuskeda^ 

Zeunsket Zeunskeda^ 

Leuskede Leuskede^ 

PASS. 

Eunskedaan Eunskeda^an 

Leuskedan Leuskeda^an 

Zeunskedan Zeunskeda^an 

Leuskeden Leuskede^an 

Veuftak eft forme regulierement de d-euft-t-k ^tu-me-as-le". 
Le groupe ts du theme devienty?,, metathefe non-feulement tres 
frequence , mais reguliere dans les subftantifs verbaux bafques; p. ex. 
erji fait eft en ^ fabfl. verb.; em^i fait eri/ten, &c. Dans deuftak le t 
du theme & le t du pronom fe font aflimiles. 

L'accufatif pluriel eft indique comme toujours en bifcai'en par ^, 
& deuftak + 1 aurait fait deuftakai; mais puifque k n'efl pas tolere 
dans certaines circonflances au milieu de la flexion, deuftakai eft 
devenu deujla^ak. 

Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fing. honorifique, on 
a du former les plurieis deufta-^ue & deuflcr^ie^ 

Zavala ecrit deutfa^ Cette flexion a done is & non fl comme les 
autres. Uufage peut avoir confacre cette forme; ou eil-ce une faute 
dimpreilion ? 

Uimparfait a le n myilerieux intercale (voir ch. xi, 7). EunJIan 
efl pour heunftan de h-eunft-an; eunfl eft le theme euft (pour ems) avec 
le n intercale. 

Comme d'habitude le bifcai'en ne prefixe pas le {, comme le font 
les autres dialedes; il fe tient a la regie que le pronom de la 3 me 
perfonne fe fait remarquer par fon abfence. 



Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fmgulier hono- 
rifique, on a du former les pluriels ^eunften & -{eunfte^an, felon la regie 
de Zavala, qui change la voyelle a en e. Zeunfte^an s'ecarte cepen- 
dant de la regie & aurait du etre yeunftaien, fyncope de \eunjl a^aien. 
Eufle\an aurait ete plus regulierement eufta^en, fyncope de eufla\aien. 
La facxm machinale, fans fouci de Fetymologie, peut -(nous ne 
difons pas doit) avoir donne lieu a cette irregularite. 

Le dialedle bifcaien ne fuffixe pas la fyllabe ke; il Tintercale. 
Eunskedak pour heunskedak efl forme de h-eunft-ke-t-k ; c'efl-a-dire h 
pour hi; eunft de eufl avec le n myflerieux; comp. Fimparfait. Le t 
final de eunft a du fe perdre devant le k. Ke efl la caracleriflique du 
temps, & le ? qui fuit eft le pronom ,,me". Le k final efl de trop 
(comparez le meme temps & la meme conjugaifon du verbe bifc. 
eroan). La flexion, pour etre reguliere, aurait du etre eunsket (pour 
heunskef)\ eunskedak efl probablement en ufage, mais cette flexion efl 
fautive. Les autres perfonnes font corredles & peuvent fe pafTer de 
commentaire ; leusket efl forme de l-eufl-ke-t; le theme n'a jamais le n 
intercale dans la 5 me perfonne, & le t de euft s'eft perdu devant le k. 

Eunskedaan (pour heunskedan) , eft forme de eunsket -f- an. Le 
Le fecond a qui s'y trouve efl une erreur. Le pluriel de la 3 me per- 
fonne efl indique, comme toujours, par la fubflitution machinale 
de e a a. 



N 2. 

i re perfonne du pluriel au datif. 

ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR. 

le a nous les a nous 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

Veuskuk Ueusku-^ak 

T)eusku 

Veusku^u 

Veuskue Tjeuskue^ 



IMPARFAIT. 
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR. 

tu nous le tu nous les 

Eunskuan Eunskua^an 

Euskun Eusku^an 

Zeunskun Zeunsku^an 

Euskuen Euskue^an 

CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

Eunskeguk Eunskeguiak 

Leuskegu Leuskegu^ 

Zeunskegu Zeunskegu^ 

Leuskegiie Leuskegiie^ 

PASSE. 

Eunskeguan Eunskegua^an 

Leuskeguan Leuskegu^an 

Zeunskeguan Zeunskegu^an 

Leuskegiien Leuskegue^an 

*Deuskuk eft forme regulierement de d-euft-gu-k ,,,tu-nous-as-le". 
Le t du theme s'efl perdu (comp. la i re perf. du fing. , } tu me Tas") 
& le g s'eft durci en k apres la fifflante (voir ch. in). Les autres 
perfonnes s'expliquent d'elles-memes. Les 2 mes perf. plur. font de- 
venues deusku^ue & deusku^ue^. 

Eunskuan efl forme de euns-gu-an pour heunfguan; on retrouve ici 
le n myflerieux intercale. 

Eunskeguk a perdu le h initial & efl forme de h-euns-ke-gu. Le k 
final eft une erreur. Comparez le temps correfpondant ?;) tu me 
Taurais". Les autres perfonnes font formees regulieremenr, ainfique 
celles du paffe. 



N 3. 

2 me perfonne Ting., au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a toi 



ACCUSATIF PLUR. 

les a toi 



IND ICAT1F. 
PRESENT. 



Veuat 

T)eua } deusk 
T)euagu 
Veue 



Veua^ 



IMPARFAIT. 



Euan 


Eua^an 


Geuan 


Geua^an 


Euen 


Eue-^an 



CONDITIONNEL. 

PRESENT. 



fr^eunskek 
Euskek 



Euskeek 



Euskean 

Geunskean 

Euskeen 



PASSE. 



Euske^ak 
Geunske^ak 



Euskea^an 
Geunskeaian 



260 

Veuar aurait du etre d turf at, de d-euts-h-t, avec elifion reguliere 
de l'/t; comp. daroaat de d-eroa-h-t. Aujourd'hui ,,je le lui ai" fe dit 
deutfat, puifqu'en bifcai'en on pent ecrire a pour o : demfot de d-euis- 
ho-t, comme on verra plus loin. La crainte de produire de la con- 
fufion aura influence peut-etre certe forme; dans ce cas il eut ete 
mieux d'ecrire correclement demfot ,,je le lui ai", mais encore 
n'eft-il pas clair pourquoi ts du theme a ete elide. Dans la conju- 
gaifon avec i'accufatif ,,vous" is reparait. 

Tteua & deusk font pour deutfak, de d-eurs-h, corruption tout-a- 
fait inexplicable. Ueuagu eft pour detpfagu, & deue pour deutfate, 
apres i'elifion du k medial,, pour demfak-re. 

Uaccufatif pluriel eft indique par ^/ deuat -f- 1 a donne deuada-^ 
avec d pour t. La 3 me perf. fing deua^ eft pour deutfaka^ & la 3" ie 
perf. plur._, qui eft formee en ajoutant le au fingulier, ferait par 
confequent deutfaka-[te ; mais elle fe trouve reduite a deue-[, contrac- 
tion violente,, mais qui s'explique,, cependant; le fingulier etant 
deuai, le remplacement de a par e fuffit en bifcai'en a former le plu- 
riel. L'apoftrophe que Zavala ecrit tres confciencieufement^ nous 
parait ne rien fignifier. 

L'imparfaitj comme le prefent^ a perdu ts; neuan eft pour neutfan 
avec h elide., de n-euts-h-n. Les autres perfonnes s'expliquent d'elles- 
memes. Pour les 5 mes perfonnes plurielles^ c'eft tou jours le meme 
precede machinal; ce qui a produit avec I'accufatif pluriel eue^an. 
Pour comble de defordre on a fubftitue le e a un a qui devait refter; 
il aurait fallu au moins eua^en pour eua-^aien, pour emfa\aien. 

Le conditionnel eft forme plus regulierement; le s thematique 
reparait,, 6c le n que nous appelons myfterieux ,, a ete intercale; 
neunskek eft forme de n-euns-ke-h. Puifque ts font elides,, fans raifon 
apparente, il eft poffible qu'il en foit de meme du t dans le condi- 
tionnel; mais, d'un autre cote, puifque le groupe is eft devenu 
regulierement/ dans toutes les conjugaifons, le t a du fe perdre ici, 
puifqu'il eft fuivi de k. 

Le paffe n'offre rien de particulier. 



26l 



N 4. 



2 me perfonne plur., au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a vous 



ACCUSATIF PLUR, 

les a vous 



*Deutfut 
Veurfu 



'Deutfue 



I NDICATIF. 

PRESENT. 



Deutfudai 

Ueutfu^ 
c Deuifugu'{ 



1MPARFAIT. 



ZN^euntfun 
Eutfun 
Geuntfun 
Eutfuen 



Eutfu^an 

Geuntfu^an 

Eutfue~[an 



CONDITIONED 

PRESENT. 



Leuske^u 

Geunske^u 

Leuske^ue 



Geunske^u^ 



tN^eunske-^un 
Leuske^un 
Geunske^un 
Leuske^uen 



PASSE 



Geunske^u^an 



262 

Toutes les flexions font parfairement regulieres; feulement la fif- 
flante du theme s <3c celle du pronom accufatif ^ fe font affimilees & 
font exprimees par s. f Dew[ui eft forme de d-euts-^u-t , Je-vous-ai-le". 
'Deurfut -f- ^ a donne deurfuda^ avec d pour r. 

L'imparfait a le H myfterieux intercaie; neumfun eft forme de 
n-eums-iu-n. Les 3 mes perfonnes^ comme tou jours, n'ont pas cet ;z; 
ewfun eft forme de ems-^u-n. 



N 



3 me perfonne du fing., au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a lui 



Veutfat 
Veurfak 
Veurfa 
Veurfagu 



Veurse 



ACCUSATIF PLUR, 

les a lui 



NDI CATIF. 
PRESENT. 






Veutfada^ 



c Demfa^ 
Tteutfagui 



IMPARFA1T. 



U^eumfan 

Eumfaan 

Eutfan 

Geuntfan 

Zeumfan 

Emsen 



^(junrfaian 

Eunifaafan 

Eutfa^an 

Geumfa^an 

Zeuntfa^an 



263 



CON DITIONN EL. 

PRESENT. 
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR. 

t^eunskio 

Eunskiok 

Leuskio 

Geunskio 

Zeunskio 

Leuskio e 



Eunskio^ak 

Leuskio^ 

Geunskio^ 



PASSE, 



V^eunskion 

Eunskioan 

Leuskion 

Geunskion 

Zeunskion 

Leuskioen 



Leuskio e^ 

ZH^eunskio^an 

Eunskioa^an 

Leuskio^an 

Geunskio^an 

Zeunskio^an 

Leuskio e^an 



Toutes les flexions font regulieres. Veurfat eft forme de d-euts-a-t 
jje-lui-ai-le". Le a pourrait s'ecrire o 3 dit Zavala (verbo vafc., 
p. 64,, n ^9),, p. ex. dqutfojauus on ecrit generalement a apres is. 
Pour Zavala,, la caradleriftique de la 3 me perf. eft o; pour nous 
elle eft ho (voir ch. xi, 3), & deuifot eft pour deutshot, apres Teli- 
fion habituelle de Yh en bifcaien. Que le o foit quelquefois ecrit a 
n'a rien d'extraordinaire j comp. draukat bn. & dakot lab. ,Je le lui 
ai". Les autres perfonnes s'expliquent de la meme maniere. La J" 16 
perf. plur. dents e doit etre une contraction de deuifate. 

Uimparfait a eprouve les memes influences phonetiques que le 
prefent. Comme d'habitude le h eft elide &,, par exception^ le o 
s'ecrit a; neumfan eft pour neumshon forme de n-eums-ho-n. La 2 me 
perfonne euntfaan (pour heuntfaon) eft formee de h-eunts-ho-n. Cette 
flexion eft mal formee; un des a eft de trop; nous avons dit d'ou 
provient Terreur^ ch. xi, 3. Euntfaan n'eft pas pour euntfakan; la 
caradleriftique de la 2 me perf. fing. ne ferait pas la a fa place 5 le 



264 

pronom fujet precede la flexion 5 il eft h (pour hi), & alors heumfan 
ou heumfaan (comp. eroadaan ^tu me 1'avais"). 

Les autres flexions n'offrent rien de particulier. 

U^eunskio eft -forme de n-euns-ke-ho. Comparez le conditionnel 
de la meme conjugaifon de eroan. II y a ici les memes obfervations a 
faire; eunskiok doit etre une forme corrompue; le k eft de trop. Par 
confequent la 2 me perf. fing. du paffe eunskioan eft auffi mal formee 5 
elle devrait etre heunskion, ou du moins eunskion. 

Le paffe eft forme du prefent, en ajoutant la caradleriftique du 
paffe an, ou n. Le a qui fe trouve feulement dans la 2 me perfonne 
du fmgulier peut s'y trouver, parce qu'il devrait y etre; p. ex. nuke 
fait nukean; mais alors il devrait fe trouver aufli dans les autres per- 
fonnes; 1'amas de voyelles peut etre une raifon pour laquelle le a a 
ete elide ; & il fe trouvera alors dans la 2 me perfonne du fingulier^ 
par fauffe analogic, pour correfpondre a Thiatus aa qu'on croyait 
etre la caradleriftique de cette perfonne. Mais la caradleriftique ici 
eft le h initial ; il aurait fallu heunskion ou eunskioan, fi Ya de la termi- 
naifon eft auffi admis dans les autres perfonnes. (Voirch, xi, 3-) 



N 6. 
3 me perfonne du plur., au datif. 



ACCUSAT1F SING. 

le a eux 



T)eutjet 
Veutfeek 
Veurfe 
Tteurfegu 



Veutfee 



ACCUSATIF PLUR. 

les a eux 



IN DIG AT IF. 
PRESENT. 



Veutfedai 
Veutfefak 
Veutfer 



IMPARFA1T. 
ACCUSAT1F SING. ACCUSAT1F PLUR. 

le a eux les a eux 



Eumsen 

Euifen 

Geumfen 

Zeumfen 

Eutfeen 



Eunrfe^an 

Eutfe^an 

Geuntfe^an 

Zeuntfe^an 

Eurfee^an 



COND1TIONNEL. 
PRESENT. 



ZN^eunskioe 

Eunskioek 

Leuskioe 

Geunskioe 

Zeunskioe 

Leuskioee 



Eunskioe^ak 

Leuskioe^ 

Geunskioe^ 

Zeunskioe^ 

Leuskioee^ 



^(eunskioen 



PASSE. 



Ces flexions font femblables aux precedentes, feulement on a 
remplace la voyelle a par e, pour indiquer le pluriel du regime in- 
direct. La voyelle e n'eft plus rien> comme Ton voit, qu'un figne 
conventionnel. A Forigine e fervait comme lettre de liaifon entre r, 
le fuffixe de pluralite & la terminaifon qui fuivait; p. ex. leraukan, 
bn., 35 il le lui avait" fait leraukaten ^ils le iui avaient". Vu J3 il 
Fa >;> ; dute ,,ils Font". Le t etant tombe en bifcaien,, le e a ete pris 
pour le figne de pluralite,, & a ete place partout oil il fallait indiquer 
le pluriel. Ici cet e remplace le a de deutfar, lequel a eft lui-meme 



266 

pour Oy & cet o eft pour ho; e indique par confequent ici le pluriel 
hole de ho + le. (Voir ch. xi, 3.) 

La 2 me perf. deutfeek n'eft pas tout-a-fait correde ; demfek aurait 
fuffi. II n'y a aucune raifon pour ecrire deux e y du moins fi Ton ecrit 
deutfak pour ,,.,tu le lui as''. 

Les 2 mes perf. plur. font devenues deuife-[ue & deutfeyuf^. 

L'imparfait eft en tout femblable a 1'imparfait de la coujugaifon 
precedente; feulement avec e pour a, comme au prefent. 

Comparez le conditionnel de la conjugaifon precedente, on y 
a ajoute partout e pour indiquer le pluriel du regime indirect, 

Le paffe eil forme du prefent en ajoutant n. 



Egin ,/aire". 

Eg in eft un nom verbal primitif. La conjugaifon en eft par confe- 
quent reguliere., & nous devons renvoyer le lecteur au chapitre xi, 
pour les details de la conjugaifon. 

AutrefoiSj tous les dialectes avaient adopte ce verbe comme auxi- 
liaire, non-feulement des verbes tranfitifs,, mais auffi des verbes 
intranfitifs., non-feuiement pour un mode fpecial ou pour une conju- 
gaifon fpeciale (relative ou abfolue), mais pour tous les modes & 
pour toutes les conjugaifons. Comme emploi., egin pourrait etre 
compare a 33 do" anglais. 

Chez Dechepare & Li^arrague on en trouve de nombreux exem- 

ples. Le premier fe fert indirTeremment de egin & de edin pour les 

verbes intranfitifs : jo an nendin (de edin) ,J'allais" (i). Joan nengion 

,,,j'allais a lui". ZN^engion efl forme de n-egi-jo-n (2). cdlbadagik 

joan (2) ,,,{1 tu peux aller". o4lbadagik efl forme de al-ba-dagik. 



(1) Poefies, p. 58. 

(2) Meme ouvrage, p. 8. 



26 7 

Vagik efl forme de d-egi-h 55 tu fais le" en lifant a rebours. 'Baina 
dens ahal badaguic. Marc ix, 22. ,,Si tu peux quelque chofe". 
Meme flexion que la precedente. 

L'ufage de egin s'efl reflreint de nos jours. Ce nom verbal eft en 
bifcaien 1'auxiliaire de rimperatif & du fubjonclif^ tant de la con- 
jugaifon abfolue que de la conjugaifon relative. On dit : faldu 
dagidan ?:) que je le vende"; & faldu dagiodan ^que je le lui vende". 
Les autres dialecfles font alors ufage des flexions de e^an: faldu de- 
ladan & faldu dio^adan ou de^odan^ felon les dialedles. 

L'ufage de i'indicatif s'etait deja perdu du temps de Larramendi, 
qui dit que egin n'a pas >,,fus anomalos" a Tindicatif. Les ,, 3 anoma- 
los^ de 1'auteur font les flexions dagit, dagik, dagi, degigu, dagi^u^ 
dagite, que nous retrouvons fuivies de la conjonclion n J5 que'% & 
correfpondant aux flexions de notre fubjonctif. *Dagit -J- n fait 
dagidan; dagik -f- n fait dagikan; & apres Felifion reguliere du k medial 
dagian; dagi -{- n fait dagian, & ainfi de fuite. 

Egin parait avoir une variante ekin; du moins on trouve les flexions 
dont le theme efl ekin ou eki, puifque le n final fe perd toujours, 
elles fervent comme flexions auxiliaires des verbes intranfitifs avec 
un regime indirect; p. ex. aguer cequion. Marc vi, 9. ,,11 apparut 
a elle ?:> . Zekion efl forme de ^-eki-o-n; c'efl la J me perf. fing. de 
Timparfait avec le datif ,,a lui*' inherent. Orduan hec has cequi-f- 
quion bata berceari galde eguiren elkarren anean. Luc XXI l> 25. "Alors 
ils commencerent a fe demander les uns aux autres". Zeki^kion efl 
forme de -^-eki-^ki-o-n (i). Nous devons renvoyer le ledleur au pa- 
ragraphe fur le verbe i^an y oil ces flexions ont ete difcutees. 

(i) Pour les lettres carafteriftiques des pronoms, voir ch, xi, }. 



268 



26. 

Les fix conjugaifons primitives, abfolues, de egin. 



me 



I NDICATIF. 
PRESENT. 

te le nous 

Hagit T>agit 

*Dagik Gagik 

Hagi ( D a gi Gagi 



vous 
Zagit 

Zagi 
Zagigu 



Hagigu Vagigu 

Vagi^u Gagi^u 

Hagire *Dagire Gagite Zagite 



les 

Vagi^ak 



1MPAR FAIT. 

Hegidan tT^egian Zegidan 

Hegian Gegikan Hegi^an 

Hegian Egian Gegian Zegian Egi-^an 

Hegigun Genegian Zegigun Genegi^an 

^(fgi^un Zenegian Gegi^un Zenegi^an 

C^egiaren Hegiaten Egiaren Gegiaren Zegiaten Egi^aren 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

Hagiket Vagiket Zagiket Vagikedai 

Vagikek Gagikek 
U^agike Hagike Vagike Gagike Zagike 

Hagikegu Vagikegu Zagikegu "Dagikegui 

T)agikeiu Gagike^u 
Hagiket e Vagikete Gagikete Zagikete 



(i) En guipuzcoaa : djgifat, dagifak, &c., avec ^ pour figne de pluralite; & auffi 
avec f^: d.igityt, &.c. (Voir Larramendi, Dice. f. v. hacer.) 



269 



me 



te 



Hegidake 



Hegike 
Hegikegu 

IT^egikegu 
U^egikeie Hegikere 



IMPARFAIT. 


le 


nous 


l^egike 


- 


Hegike 


Gegikek 


Legike 


Gegike 


Gegike 





Zegike 


Gegike^u 


Legikere 


Gegikete 



vous 



' Zegidake 



les 



Hegike^ 

Zegike Legike^ 
Zegikegu Gegike^ 
Zeglkei 
Zegikere Legikere^ 



IMPfcRATIF. 



Hagi 


cdgik 
<Begi 


Gagik 
Gagi 


Zagi 


Hague 


*Begite 


Gagire 


Zagire 



Toutes ces flexions fe retrouvent, en partie^ fous leur forme pri- 
mitive chez Dechepare & Li^arrague. De nos jours le bifcaien s'en 
fere, mais elles font fuivies de la conjondion n ^que'% & ellcs 
correfpondent aux flexions du fubjondlif : faldu dagidan ^que je le 
vende". Elles ont peu ou point fourTert,, & il n'y aurait qu'a appli- 
quer les lois de la phonetique pour les reconftruire ; mais il fera plus 
clair de donner ces conjugaifons comme elles font en ufage au- 
jourd'hui. 

Le potentiel que nous avons reconftruit, en placant, felon I'habi- 
tude de quelques dialecfles, le pronom-fujet a la fin de la flexion^ 
pourrait auffi etre forme en placant la fyllabe ke a la fin de la 
flexion 5 hagiket ferait alors hagidake de h-egi-t-ke, &c., &c. 



27- 



Les Jix conjugaifons abfolues de egin,, comme auxiliaires du fubjonftif. 



me 



PRESENT. 


te 


le 


nous 


cAgidan 
cAgian 


*Dagidan 
*Dagian 
'Dagian 


Gagiai 
Gagi-a 



&4gigun 



cAgien Vagien 



vous les 

Zagida^an 

'Dagia^an 

Zagi^an 

Ttagigun Zagigu^an 

Vagi^un Gagi-^an 

Gagie\an Zagie^an Vagie^an 



IMPARFAIT. 

Engidan J^engian 

ZN^engian Engian Gengia^an Engia^an 

U^engian Engian Legian Gengi^an Zengi^an Legi^an 

Engigun Gengian Zengiiu^an Gengi^an 

n Zengian Gengia^u^an Zengi^an 

Engien Legien Gengie^an Zengie\an Legie\an 



POTENT 1 EL. 



PRESENT. 



cAgikedan T)agikeda?i Zagikeda^an 'Dagiheda^an 

ZN^agikean T^agikean Gagikea^an Ttagikea^an 

ZN^agikean cdgikean T)jgikean Gagike^an Zagike^an Vagikeian 

eAgikegun Vagikegun Zagikegiqan 'Dagikegiqan 



IT^agikeen oAgikeen Vagikeen Gagikeeian Zagikee-^an 



27 1 



1MPARFAIT. 

me te le nous vous les 

Engikedan C^engikean Zegikeda^an 

C^engikean Engikean Gengikea^an Engikedan 

^(jngikean Engikean Legikean Gengike^an Zengike^an Legike^an 

Engikegun Gengikean Zengikegu^an Gengike^an 

ZN^engike^un Zengikean Gengike^u^an Zengike^an 

^(engikeen Engikeen Legikeen Gengikee\an Zengikee^an Legikee^an 



IMPRATIF. 
Egik Gagi^ak Egi^ak 



c4gi 

Egi^u Gagi^ 

oAgie *Begie Gagie^ Zagiei 



Le prefent peut fe pafler d' explication ; dagit-}-n fait dagidan; 
nagik -f- n fait nagian apres Telifion reguliere du k medial. S^agian 
eft ecrit par Larramendi nagiaan, ce qui n'eft pas correcT:^ puifque 
nagikan en perdant le k devient nagian. On ecrit fi fouvent deux a, 
quand c'eft parfaitement inutile^ qu'on aimerait a admettre ici cette 
orthographe, d'abord pour indiquer la chute du k, & enfuite pour 
diftinguer nagian dela 3 me perfonne,, fbrmee de n-agi-an. 

Dans les flexions plurielles^ avec ,,nous, vous^ les^ pour objet, on 
trouve^ felon Thabitude bifcaienne^ le ^ figne de pluralite fupple- 
mentaire^ gagik (primitif) }} tu nous fais^' fuivi de n devient en 
bifcaien gagia^an pour gagika^an de g-egi-k-y-an. Les J mes perfonnes 
plurielles out., comme toujours, un e au lieu de a pour indiquer le 
plurielj puifque gagman devrait faire gagiiaten, au pluriel^ on s'at- 
tendrait a trouver gagmen, mais on trouve toujours la terminaifon 
comme etant e^an: gagieian, lagieian, dagie^an. L'erreur de confi- 
derer e comme figne de pluralite (au lieu de te, dont le i s'eft perdu) 
aura peut-etre influence cette orthographe. 



2 7 2 

A Hmparfait on retrouve ce que nous appelons le n myfterieux ; 
hegidan, apres la chute de Yh, devient engidan. 

La chute du , n'etant indiquee par rien, on trouve des flexions 
tout-a-fait pareilles^ comme dans le prefent; nengian pour ,,tu me 
faifais" & !! me faifait"; la 2 me perfonne formee de n-engi-k-an; 
la 3 me perfonne de n-engi-an. 

Le potentiel ofTre les memes variations que Tindicatif; il n'y a que 
gagikea^an 3) tu peux nous faire" qui ne nous femble pas corredl; il 
faudrait gagike^an de g-egi-ke-^-an. 

Zavala n'a pas vu que ces deux temps appartenaient au mode 
potentiel; il les claffe au nombre de ceux du fubjoncftif., nomme le 
premier "le futur du prefent du fubjonctif" & le traduit par le 
prefent. La valeur de ces temps a etc difcutee ailleurs. 



28. 



Les dou^e conjugaifojis relatives de egin comme auxiliaires dufubjonftif 

des verbes tranfidfs. 



N i. 
i re perfonne du fingulier au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a moi 



ACCUSATIF PLUR, 

les a moi 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

T)agidan Vagidaa^an 

Ttagidan 

'Dagida^un 

Vagiden 



273 

IMPARFAIT. 
ACCUSAT1F SING. ACCUSATIF PLUR. 

le a moi les a moi 

Engidan Engida^an 

Legidan Legida^an 

Zengidan Zengida^an 

Leg id en Legide^an 

IMPERATIF. 

Egidak Egida^ak 

"Begit 

Egida^u 

Vegide 



La 2 me perf. du fmgulier dagidan eft formee de dagidak -f- n & 
par confequent dagidakan, en perdant le k medial^ devient dagidaan 
avec deux a. II ferait de route neceffite de conferver Forthographe 
correcte; main tenant on trouve trois flexions pareilles; ici la 2 me & 
la 3 me perfonne^ & dans la conjugaifon abfolue^ la i re perfonne : 
dagidan ^que je le faffe" formee de dagit-n. Ce fecond a s'eft con- 
ferve dans la flexion dagidaa^an pour dagidaka^an. 

II nous a femble fuperflu de donner Tindicatif & Toptatif dont ces 
conjugaifons-ci font formees^ p. ex. dagidak ,,tu me le fais^'; dagit 
5 ,il me le fait );> ; dagida^u ^,vous me le fakes"; dagidate ^ils me le 
font". En ajoutant la conjunction n ^que'% nous avons dagidaan, 
dagidan } dagidaan , dagidaren. Maintenant que nous connaiflbns les 
lois phonetiques & les particularites bifcai'ennes, Toperation inverfe, 
de retrancher le n, nous donnera Tindicatif & le potentiel. Les temps 
du potentiel fuivis de n font confideres par Zavala, ainfl que nous 
1'avons dit dans la conjugaifon precedente^ comme appartenant au 
fubjonctif & font rendus par le prefent <5c Fimparfait du fubjonctif, 
ce qui eft evidemment une erreur. 

Les temps du potentiel ayant la meme forme que ceux de 1'indi- 
catif, fauf la fyllabe ke qui fuit le theme, il a femble egalement 
fuperflu de citer ce mode; le prefent dagikedak fuivi de n ,,que", fait 

dagikedan pour dagikedakan & ainfl de fuite. 

lo 



274 



N 2. 



i re perfonne du pluriel, au datif. 



ACCUSATIF S ING. 

le a nons 



'Dagigiian 
T)agigun 
'Dagigufun 
Tlagiguen 



ACCUSATIF PLUR. 

les a nous 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 



Ttagigu^an 

Vagiguiuia 

"Dagigiie^an 



IMPARFAIT. 



Engigiian 
Legigun 
Zengigun 
Legigiien 



Engigua^an 
Legiguian 
Zengigu^an 
Legigiieian 



IMPERAT1F, 



Egiguk 
"Begigu 
Egigii~u 
^Begigile 



Vegigu 

Egigu^u 

'Begigue 



Comparez la conjugaifon precedente. Vagigiian eft forme de 
d-egi-gu-h-an. La 2 me perfonne ling, de Fhnparfait aurait du etre 
henglgun. Le a qui s'y trouve chez Zavala., eft dans le fyfteme de 
Tauteur la caradleriftique de la 2 me perf. fmg., ce qui eft une 
erreur; le fujec doit preceder le theme dans Timparfait. Voir 
ch. xi, 3. 



N 3. 



2 me perfonne du fmgulier, au datif. 



ACCUSAT1F SING. 

le a toi 



ACCUSATIF PLUR, 

les a toi 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

Vagidan < Dagiada?{an 

Vagian 'Dagia^an 

T)agiagun f Dag 

'Dagien 'Dagia^en 



IMPARFAIT. 



Engian 
Gengian 
Engien 


Engi ,fl/i 
Gengia^an 
Engieian 


"Eegik 
"Begiek 


IMPERAT1F. 

e Begi^ak 
'Begle^ak 



Le prefent cie 1'indicatif ecait dagiat de d-egi-h-t , Je-te-donne-le^'; 
<5c dagiat-^- n fait dagiadan. 

^engian eft pour nengikan de n-engi-h-an, apres elifion de k. Voir 
ch. xi, 3 & ch. in. 

Pour les obfervations generales, nous devons renvoyer a la con- 
jugaifon n i. 



2 7 6 

N 4. 
2 me perfonne du pluriel, au datif. 

ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR, 

le a vous les a vous 

SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

T)agi-[udan 



"Dagi^ugun 



1MPARFAIT. 



Legi^un 

Gengiiun Gengi-qrqm 

Legifuen Legi^ue^an 



IMP^RATIF. 



"Begi^ue 



Ces flexions font toutes formees regulierement. Vagi^udan fe 
compofe de i-egi-^u-i-n ,,que-je-vous-fafre-le"; & ainfi de fuite. 

Ces flexions font en ufage pour le fingulier honorifique, & Ton a 
forme un pluriel de ce pluriel en intercalant le figne de pluralite 
le (i). Le i s'efh perdu & e eft refte. Vagiiuedan, dagi^uen, &c. 
'Dagi^ueda^an, dagi^ue^an, &c. 3\engi^uen, legi^uen, <3cc. 
^an } legi^ue^an, &c. 

(i) Voir ch. xi, 3. 



N 



3 me perfonne du fingulier, au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a lui 



*D agio dan 
'Dagioan 
T)agion 
Ttagiogun 



'Dagioen 



Engioan 

Legion 

Gengion 

Zengion 

Legioen 

Egiok 
"Begio 



ACCUSATIF PLUR, 

les a lui 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 



IMPARFAIT, 



1MPERATIF. 



"Dagioda^an 
Ttagioa^an 



"Dagiogu^an 



Engioa^an 
Legio^an 
Gengio^an 
Zengio^an 



Egio^ak 



'Begioe 



Ces flexions font formees regulierement. Vagiodan eft forme de 
d-egi-o-t-n ^que-je-lui-fafle-le"., en lifant a rebours. Le t eft devenu d 
& o eft pour ho; voir ch. xi, 3. *Dagioan eft pour dagiokan de 
d-egio-h-n; mais le k eft elide felon Fhabitude. Uagioen, 3 me perf. 
plur. eft pour dagioren. 



Uaccufatif pluriel eft indique par p d-egi-ho-t-y-n. 

La 2 me perf. fing. de Timparfait eft mal formee; elle eft pour 
hengion ou engion; le a eft de trop; voir ch. xi, 3 5 ou bien fi Ton 
veut admettre le a comme faifant partie de la terminaifon (ce qui 
rfeft pas 1'idee de Zavala), il faudrait ecrire le a par tout. 



N 6. 

3 me perfonne du pluriel, au datif. 

ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR, 

le a eux les a eux 

SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

*D agio* dan 

IMPARFA1T. 






1MPERATIF. 

Egioek Egioeiak 

Ces flexions font formees comme celles avec le datif fingulier ; 
feulement on y a introduit un e pour indiquer le pluriel du datif. 



29. 

Les fix conjugaifons primitives, intranfnives de egin,, avec 
un regime indirect. 

Nous avons dit ( 27) que egin parait avoir une variante ekin> que 
Ton trouve comme auxiliaire du fubjoncltif des verbes intranfitifs 
avec un regime. 



279 



I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

a moi a toi a lui a nous a vous a eux 



Hjgit Hagiyo Hagigu Hagiyore 

Vagit Vagik Vagiyo Vagigu Vagi^u Vagiyore 

Gagiyoi Gagi^ Gagiyore 

Zagida^ Zagiyo^ Zagigu? Zngiyote 

Vagigui Vagiiui 



IMPARFAIT. 

C^engiiun &{jngiyoten 

Hengidan Hengiyon Hengigun Hengiyoten 

Egidan Egikan Egiyon Egigun Egi-^un Egiyoren 

Gengiiakan Gengio^an Gtngiyvyan Gengio^aien 
Zengida^an Zengio^an Zengigu^an Zengiyoiaten 
Egida^an Egi^akan Egio^an Egigu^an Egi^u^an Egiyo^aren 

POTENTIEL. 
PRESENT. 

C^(jigikek ^(jigikeyo C^jJgike^u &{\igikeyote 

Hagiket Hagikeyo Z^fgikegu Hagikeyote 

Vagiket Vagikek Vagikeyo Vagikegu Vagike^u Vagikeyote 

Gagikek Gagikeyo Gagike^u Gagikeyote 
Zagiket Zagikeyo Zagikegu Zagikeyore 
Vagikere Vagikeyeie Vagikeyore Vagikegute c Dagike^uie Vegikeyotee 

IMPARFAIT. 

C^engikek ^engikeyo ZN^engike^ufT^engikeyote 

% Hengiket Hengikeyo Hengikegu Hengikeyote 

Legiket Legikek Legikeyo Legikegu Legike^u Legikeyore 

Gengikek Gengikeyo Gengike^u Gengikeyore 

Zengiket Zengikeyo Zengikegu Zengikeyore 

Legikete Lagikeyete Legikeyote Legikeguie Legikeiute Lekikeyoiee 



280 

Nous avons donne ici les conjugaifons de egin & non dz ekin, 
puifque celles de egin ont etc en ufage, & qu'il n'y a qu'a y aj outer 
la conjonclion n <3c a changer le g en A,, pour avoir les flexions en 
ufage aujourd'hui comme auxiliaires du fubjonctif des verbes intran- 
fitifs. De nos jours on ne trouve que celles de ekin, mais elles ont 
fortement fouffert dans quelques dialedles. Nous les avons difcutees 
plus en detail au paragraphe qui traite du verbe i^an. 

Dechepare eft le feul auteur oil nous ayons retrouve Temploi de 
egin comme auxiliaire des verbes intranfitifs : Tarn albanenguidio 
hare e^ luque par eric (i). 'Parti al-ba-nengiyo 3} {i je pouvais me feparer 
d'elle". L'idee de pouvoir eft indiquee ici par la forme du temps; 
c'eft^ felon nous, le potential, pour nengiyoke (2). C'eft le feul 
exemple, jufqu'a prefent,, ou nous ayons trouve d pour j } ce qui 
ferait fuppofer que cet y eft prononce mouille. Comparez notre 
Dic~Honnaire, la lettre J. Les deux editions ont le d; mais il ferait 
poflible que ce fut une faute d'impreflion. Sans cela Dechepare 
n'ecrit nij' ni d; p. ex. ioa?ienguion pour jo an nengion. 



30. 

Lenom verbal eruan ou eroan. 

L'adjectif verbal eruan ou eroan 5J ,emmene J:> eft feulement connu 
de nos jours en bifcai'en; c'eft un nom verbal caufatif, forme de era- 
joan. Eroan fert en bifcai'en comme auxiliaire des verbes tranfitifs^ 
& leur donne la fignification des verbes frequentatifs : jan daroat 
,,je mange d'habitude'% ,J'ai coutume de manger^. La langue 
efpagnole exprime auffi cette idee par un feul verbe ,,foler". 

Eroan a eu tres probablement auffi dans les autres dialectes la 
meme fignification, celle d'un auxiliaire frequentatif; mais elle s'eft 



(1) Poefies, Amorosen partizia. 

(2) Chap, xxiv, . 14. 



28 1 

perdue, & de nos jours eroan ne fert, dans les autres dialecles, que 
comme auxiliaire correfpondant a ,, avoir 33 (fans Tidee fecondaire de 
,,coutume 33 ), quand Tauxiliaire doit exprimer deux regimes, Tun 
direcl:, Tautre indirect. Le dialecle bifca'ien, le feul oil eroan etait deja 
employe pour ,, avoir coutume 33 , ne pouvait s'en fervir pour expri- 
mer Tauxiliaire ,, avoir 53 avec les deux regimes, & dans ces cas la le 
bifcaien fait ufage des flexions de eutfi ,,tem'r 33 . Ainfi darota-{u y nav. 
efp. ,,vous me favez 33 , fe dit en bifcai'en deuj^a^u. Varora^u eft forme 
de d-aro-t-^u ,,vous-me-avez-le 33 en lifant a rebours; cette flexion eft 
derauta-{u en lab., drauia^u en bn., dauta-^u en lab., derautafu en foul, 
anc. (ij'oo); derita^u (1600); deiia^u en foul, moderne; & dida^uen 
guip. Le bifcai'en deufta^u eft forme de d-euft (pour euts)-t-fu. 

La conjugaifon abfolue (avec ,,me, te, nous, vous" pour objet) 
n'eft en ufage par confequent qu'en bifcai'en ; la eroan indique le fre- 
quentatif: yo daroa ,,il a Thabitude de battre 33 ou ,,il bat d'habi- 
tude 3 '^ yo naroa ,,il me bat d'habitude 33 , &c. 

Les conjugaifons relatives (avec deux regimes), au contraire, 
intereflfent tous les dialecles; en bifcai'en elles fervent comme auxi- 
liaires des verbes frequentatifs 5 & dans tous les autres dialedles 
comme auxiliaires purs & fimples, mais feulement quand deux re- 
gimes font exprimes. Ainfi emon daroat-^ut fignifie en bifcai'en ,,je 
vous le donne d'habitude 33 & en nav. efp. ematen darot^ut "je vous 
le donne 33 . 

Puifque eroan eft un verbe caufatif ou faclitif, nous pouvons 
examiner ici fa forme & celle des autres verbes caufatifs, fans trop 
nous eloigner de notre fujet. 

Le verbe faclitif eft exprime dans tous les dialecles par era^o ou 
eraii ou ara^i-, p. ex. or ,,prendre 33 fait arrera^o ou harera^i ,,faire 
prendre 33 . Eta baldin eure beguiac trebuca eradteh bahau. Marc IX, 
47. ,,Et fi ton ceil te fait trebucher 33 . Irudi baiaut-(u y imprimierayi 
di^aiun (i) ,, pour que vous les faffiez imprimer, fi cela vous convient 33 . 

Ce nom verbal fe rencontre fouvent fous une forme contractee. 
En guipuzcoan le e de era^p fe perd, & le dialedle bifcai'en, qui a 

(i) Dechepare, Introd. Poefies. 



282 

une fi forte tendance a elider les r, en a fait cr[i; p. ex. jana^i pour 
jan era^i ,,faire manger' 3 ; edana^i pour elan era~^i ,,faire boire' 3 . 
Mendiburu (gulp.) ecrit: Era eska bie^ago a^ira-[i (pour a~i era^i). 

Hura be^ala galdu e~[ dife^en gau^a onak egiren dim^tenak, adira^i nai 
diet (i). ,, Comme lui, afin que les bonnes chofes qu'ils ont faites 
ne s'oublient pas, je veux leur enfeigner 33 ... 

Ceci nous donne deja les trois variantes era^i, ra~j, ap. La con- 
traction de ce nom verbal ne s'efl pas arretee la; la corruption 
phonetique s'efl aufli attaquee a la terminaifon ; era^i a la forme 
d'un adjedlif verbal., dont Telement formatif efl z; cet i fe perd fou- 
vent (toujours a rimperatif)^ ck Chourio ecrit par confequent : 
(Aham^arai (pour ahaur^ ara^i) dieTiakidat^u munduko gau^ak (2). 
^PuifTiez-vous me faire oublierles chofes de ce monde". 

Era^i, fous les formes ra-p, a^i, a^ fe laiffait toujours reconnaitre 
& reltait un nom, modifiant, & par confequent fuivant, le nom ver- 
bal; mais comme era-fi a perdu deux lettres initiales,, ce nom verbal 
a auffi perdu deux lettres finales, &, apres le i, le -[ s'eft perdu & il 
n'eft refte que era. Era n'ayant plus rien d'un adjedlif verbal qui 
pouvait regir un autre nom verbal, en efl arrive a etre confidere, 
comme un nom, comme bear, e^in y nai, &c., & a ete place par 
confequent devant le nom verbal uni avec lui, tout comme on ecrit 
generalement naidet, eiindut, <5cc. Nous retrouvons cet era dans 
eroan forme de era-joan. 

Nous croyons meme reconnaitre dans e^in une forme exacflement 
parallele. Eiin eft, croyons-nous, pour e^-edin ,,pas pu" = impof- 
fible; 6c puifque le d s'efl perdu dans toute la conjugaifon, e^edin 
efl devenu e^in pour e^ein. Dans notre Diclionnaire nous avons de- 
compofe efin en e^-egin; mais le fens & la forme donnent raifon a 
Fetymologie que nous donnons aujourd'hui. 

Dans notre Didlionnaire nous avons fuggere la poflibilite d'une 
origine commune deerafo ,,attaquer, battre 3 ^ & era^o ^contraindre 53 , 
ces deux fignifications pouvant fe confondre dans Tidee de contraindre 



(1) Jefufen Cotnpahiaco, p. 5. 

(2) Imitac., p. 265. 



materiellement & moralement. La difference cTorthographe n'a que peu 
d'importance ici; mais, de plus, on trouve erafo ,,battre" eerie avec 
un i & meme era\o eft ecrit era^i. Bartholome die : c^iorei erat^ira (i). 
^Battu de verges". Nous pouvons peut-etre aller un pas plus loin & 
relier era^i ou ara^i ou era\o a ara^o ,, travail". De ,, travail, peine, 
labeur" a ,, con train re" la limite eft vite franchie,, <3c le i formatif des 
adjectifs verbaux a pu faire de ara\ ou araio, 1'adjedlif verbal arayi 
,,contraint, oblige a", & ainfi arm era\i ,,contraint a prendre, 
fait prendre". / pour o ferait une hypothefe rifquee, fi erafp & era~{i 
n'etaient pas tons les deux en ufage. 'De cette facon nous avons 
Implication des trois differentes formes, era^o, aii & era : ar erafo 
ou arreraio ,, faire prendre "5 janafi ,, faire manger" & eroan faire 
aller", de era-jo an. 

Quelquefois on trouve era, pour ainfi dire, intercale dans le nom 
verbal; p. ex. edaran ,, faire boire" de edan ,,boire". Mais edaran 
s'explique mieux comme variante de eradan; Thyperthefe de r & d 
n'efl pas un fait tres extraordinaire; eradan eft pour era-edan; 
comme erafan ,, faire parler" eft pour era-efan (2). 

D'autres fois era eft tout a fait ifole, fepare du nom verbal : Zeuek 
daki^ue e^e era gichi galdu doda^ana. ,,Vous favez que j'ai fait pafTer 
peu d'occafions..." Bartholome. 

Era eft par confequent pour nous la contraction de erafi; c'eft 
une forme petrifiee, pour ainfi dire, comme e^in, & qui precede 
toujours, dans ce cas, le nom verbal. 

Quelques auteurs ont voulu confiderer erafo comme un nom verbal 
caufatif lui-meme, & forme de era-ja^o ,, faire arriver". Comme on 
n'avait jamais examine convenablement ce que era fignifiait, on avait 
admis que era ou ra etait une fyllabe au fens de ,, faire", 6c Ton ne 
s'etait pas apergu que fi era donnait un fens caufatif au nom verbal, 
il etait parfaitement inutile d'unir ja^o a era. L'idee de ,, arriver" 
n'ajoute abfolument rien, comme elucidation, a celle de ,, faire". 



(1) Eufcal errijetaco, p. 4. 

(2) II y a de nombreux exemplcs d'hyperthefe dans la langue &. furtout dans les flexions 
du verbe. 



284 

L'explication de era^o par era-ja^o efl de Zavala (i), & a ete repetee 
par plufieurs auteurs, & entre autres par M. Vinfon (2), qui s'ex- 
prime ainfi : ,,Mais relativement aux caufatifs, je dois ajouter que 
^eroan ne peut etre forme de era^o-joan, car era^o, comme le fait 
,,obferver le prince Bonaparte,, eft lui-meme le caufatif deja^o^. - 
L'afTertion dont M. Vinfon affume ici la refponfabilite, n'etant accom- 
pagnee d'aucune preuve, n'a que peu de valeur, quand bien meme 
Fauteur cite le prince Bonaparte., qui ne fait que repeter ce qu'a dit 
Zavala qui, a fon tour,, copie peut-etre Aflarloa. Et quelle valeur a la 
conclufion que M. Vinfon tire de la theorie de Zavala? II va fans 
dire que fi era^o ne peut rendre joan faclitif, era^o nepeut pas rendre 
fadlitif non plus ar <3c cent autres noms verbaux. Or, on ne dit pas 
autrement que ar era^o ,,faire prendre". 

Que era-jaio puifTe faire eraio, cela efl poflible, mais ne prouve 
rien du tout 3 il efl deux autres noms verbaux era^o, dont Tun fignifie 
,,,faire parler" & Tautre ^battre"; ces noms verbaux ne font pas 
formes de era-ja^o. II n'efl done pas neceffaire que le nom verbal 
era^o foit compofe de era-ja^o. La formation, felon Zavala, de erafo 
,, faire dire'% efl trop curieufe pour ne pas la donner, en pafTant, 
ici. Uauteur dit que ce nom verbal derive de efan : de efan decir 
e-ra-fan o e-ra-fo" . Pour Tauteur ra efl intercale ; erafan s'explique, 
mais erafo? Efl-ce que fan devient fo? Cefl fans doute un detail. 

Nous n'aurions pas releve cette theorie fuperficielle fur erap^ fi le 
prince Bonaparte n'en cut repris la defenfe dans un article d'une revue 
anglaife (3), ou nous lifons, au milieu de beaucoup de gros mots a 
notre adrefle : ,,No difcuffion upon it is poffible, the matter is fo 
evident". En francais : Le fujet efl trop evident pour donner 
matiere a difcuffion. De cette facon on ne court pas rifque de 
s'embrouiller dans fes arguments. Une autre obfervation, ^galement 
fuperficielle du prince Bonaparte, efl celle qui a trait a la place 
qu'occupe era^o dans la phrafe. Le prince Bonaparte dit : 
is the only poffible order of the words' 3 ^). C'efl-a-dire : 

(1) Verbo vq/c., p. 162, ch. ix, n j. 

(2) Revue de Linguiftique, vol. vin, p. 158. 

(3) The Academy, 4 fept. 1875. 



eft le feul ordre poflible dans lequel les mots peuvent etre places 55 . 
On a vu plus haut que era precede toil jours le nom, ce qui eft le 
point en litige pour eroan (de era-joan) ; & perfonne n'a jamais dit 
que era^o precede. 

Le ton d'oracle avec lequel le prince Bonaparte debite fes afler- 
tions, que nous laiflbns au lecteur le foin de qualifier, nous oblige 
a en citer encore deux. Toujours dans ce meme article on peut lire : 
^The fyllable ra, or the word era makes many verbal nouns facti- 
tive"; c'eft-a-dire que la fyllabe ra ou le mot era rend faclitifs plu- 
fieurs noms verbaux. Ceft ce que chacun fait. Et plus loin : 
j,For how could eroan, formed ofjoan and of ra or era (a word which 
means ,,time 55 notwithftanding the bold denial of M. Van Eys, be 
admitted to be a mere contraction of eraio-joan" ... Ceft-a-dire : 
,,Car comment admettre que eroan, forme de joan & de ra ou de era, 
mot qui fignifie ,, temps' 5 , malgre le deni temeraire de M. Van 
Eys, ne foit que la contraction de era^o-jo an* ' . On vient de voir 
comment. Ainfi era eft un mot qui rend factitifs les noms verbaux 
<3c qui fignifie ,, temps 55 ! 

Notre ,,deni temeraire' 5 eft celui-ci. Comme il n'eft pas admif- 
fible que era, mot d'emprunt, & fignifiant ,, temps 55 , comme le dit 
le prince Bonaparte, & auffi ,,ak, mode, maniere' 5 , comme on peut 
le voir dans notre Dictionnaire, ait quelque chofe de commun avec 
era, formant les verbes caufatifs, nous avons dit dans notre Etude 
fur les auxiliaires, que era ne fignifiait rien, ayant aiTez bonne opi- 
nion de Tintelligence de nos ledleurs pour leur epargner 1'explication 
que nous fommes obliges de donner maintenant. 

Dans un fecond article (i), valant le premier par le fond & par 
la forme, fur notre Etude fur les auxiliaires, fautorite de Zavala eft 
invoquee pour demontrer notre ignorance totale de la langue bafque, 
& le prince Bonaparte ajoute : ,,I profefs the greateft deference for 
the talent of the P. Zavala' 5 . Ceft-a-dire : ,,Jaile plus grand refpect 
pour le talent du Pere Zavala 55 . Nous le croyons fans peine; les 
deux articles du prince Bonaparte le prouvent furabondamment; 

(i) Academy , 20 nov. 1875. 



286 

mais fon refpect pour le talent de Zavala ne prouve pas que Zavala 
ait du talent 5 ce font deux chofes entierement diftincles. 



Les Cept conjugaifons abfolues du nom verbal eroan ou eruan,, 
en dialefle bifcaien. 



N 08 I & 2. 



ACCUSATIF SING. 

le 



Ttaroat 
Varoak 
T>aroa 
Varoagu 



Varoe 

S^eroian 

Eroaan 

Eroian 

Geroian 

Zeroian 

Eroien 



ACCUSATIF PLUR. 

les 



IND I C ATI F. 
PRESENT. 



IMPARFAIT. 



Varoadai 



Varoai 
Uaroagui 



Varo'e^ 



Eroa^an 

Geroa^an 

Zeroa^an 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 



U^eroake 

Eroake 

Leroake 

Geroake 

Zeroake 

Leroakee 



Eroake^ 

Leroakei 

Geroake^ 

Zeroake^ 

Leroakeei 



Pour le mecanifme de la conjugation, nous devons renvoyer le 
lecleur au chapitre xi. 

Cette conjugaifon n'oflfre que les petites irregularites qui fe trouvent 
dans tous les verbes bifcaiens. Les 5 mes perfonnes ont e pour a dans 
la terminaifon,, daroe pour daroa; il aurait fallu daroare, mais on s'eft 
figure que e indiquait le pluriel (i). Varoe^ comme Tecrit Zavala, 
eft pour daroaie^. 

Zavala ecrit, fans aucune raifon apparente_, neroian pour neroan, 
comme Tecrit Larramendi & comme il nous parait que c'eft la forme 
correcle; n-eroa-n, ne peut faire que neroan. 

Dans eroaan fe trouve un a de trop $ le pronom doit preceder la 
flexion 5 il aurait faliu hero an ou bien eroan. Get a a ete explique 
ailleurs(i). 

La 3 me perf. plurielle eroe^an eft pour eroa^aten; la confufion eft ici 
double; le a radical a fubi la transformation en e. Meme au point 
de vue de la coutume bifcaienne il aurait ete plus regulier d'ecrire 
eroa^en. 

Le prefent du conditionnel eft Timparfait de 1'optatif. Le prefent 
de Toptatif ferait daroaket; mais ce temps ne s'eft pas conferve en 
bifcai'en, autant que nous fachions. Nous croyons 1'avoir retrouve 
dans les dialedles bas-navarrais & fouletin. 

Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le (ingulier, on a forme 
daroaiue, darofffue^; ^eroien, ^eroeian; -[eroakee, ^etoakee^. 

Le paffe du conditionnel eft forme en ajoutant la caraderiftique 
du paffe an, au prefent : neroakean, &c. 

0)"ch. xi, s 3- 



288 



N os 3 & 4. 



ACCUSATIF SING, 

me 



ACCUSATIF PLUR. 

nous 



INDI CATIF. 
PRESENT. 

ZH^aroak Garoa^ak 

IT^aroa Garoa^ 



ZT^ 



eroaan 



IMPARFAIT. 



Geroaa-ran 
Geroa-[an 
Geroa^u^an 
Geroe^an 



CONDITIONNEL. 



PRESENT. 



S^eroakek 
ZKjroake 



t^eroakee 



Geroake^ak 
Geroakei 



Geroakeei 



eft forme de n-eroa-h; h final durci en k; Tinitiale radi- 
cale e eft devenue a, felon la regie. Avec Tobjet pluriel ^nous'^ 
garoak aurait fuffi., dirait-on; g-eroa-h; mais le bifcai'en^ & auffi les 
autres dialedles,, aiment a indiquer le pluriel une feconde fois,, par le 
figne de pluralite ^, <5c g-eroa-^-h fait garoa^ak. 

II y a ici la meme obfervation a faire que partout ailleurs pour les 
^mes perfonnes du pluriel. 

& geroaaian ont un fecond a, qui eft ici a fa place. 






V^eroaan eft forme de n-eroa-h-an ; le h devenu k au milieu du 
mot a ete elide & Thiatus eft refte. 

Geroakeiak eft pour geroakekai; mais dans ces cas-la il y a toujours 
hyperthefe de k & ^. 



N 



6. 



ACCUSATIF SING. A C C U S AT I F P L U R. 

je te je vous 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 



cAroat 

cdroa 

cAroagu 



Zaroadai 
Zaroa^ 



IMPARFA1T. 



Eroadan 
Eroan 
Eroagun 
Eroen 



Zeroada^an 
Zeroa^an 
Zeroagu^an 
Zeroe-(an 



Eroaket 
Eroake 
Eroakegu 
Eroakee 



CONDITIONNEL. 



PRESENT. 



Zeroaket 
Zeroake 
Zeroakegu 
Zeroakee 



L'afpiration s'etant perdue en bifcaien, aroat eft pour haroat, de 
h-eroa-t ,Je-emmene-toi" en lifant a rebours. Avec 1'objet pluriei, 
le pluriel eft exprime deux fois ; \aroat auraic fuffi; mais 
en ajoutant ^. 

19 



290 

N 7. 
Accufatif pluriel ,,vous" (forme refpedlueufe). 





INDICATIF. 




PRESENT. 


IMPARFAIT. 


CONDITIONNEL. 


Zaro'edai 
Zaroe^ 
Zaro'egui 
Zaroee-^ 


Zaroeda^dn 
Zar depart 
Zaroegu^an 
Zardeeyan 


Zeroakeet 
Zeroakee 
Zeroakeegu 
Zeroakee 



On voit la facon machinale dont ces flexions font formees; la 
voyelle e remplace lavoyelle a; ce qui a fait croire que e eft un figne 
de pluralite (1)5 ^oroada^ devient \aroeda^ y &c. 



Les dou^e conjugaifons relatives du nom verbal eroan 
en diale&e bifcaien. 

N i. 

i re perfonne du fmgulier, au datif. 

ACCUSATIF SING. A C C US ATI F PLU R. 

le a moi les a moi 

INDICATIF. 
PRESENT. 

Varoadak Varoada^ak 

Varoat Varoada^ 

'DaroadaTu e Daroada^ii'^ 

Varoade Varoade^ 

(i) Zavala, Verio vafc,, p. 62, n 3 1 . 



ACCUSATIF SING. ACCUSASIF PLUR. 

le a moi les a moi 

IMPARFA1T. 

Eroadaan Eroadaaian 

Eroadan Eroada^an 

Zeroadan Zeroada^an 

Eroaden Eroade^an 

CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

Eroakedak Eroakeda^ak 

Leroaket Leroakeda^ 

Zeroaket Zeroakedai 

Leroakede Leroakede^ 

Ces flexions font generalement formees d'une fa^on reguliere. 
Varoadak eft compofe de d-eroa-t-h ^tu-me-emmenes-le", en lifant 
a rebours. Pour les caracteriftiques des pronoms d, t, h, nous devons 
renvoyer au chapitre xi, 3- Le h final eft durci en k (voir ch. iti), 
& t eft devenu d, felon la regie. 

Le pluriel de f objet eft indique par ^, <3c daroadak -f- I devient 
daroada^ak avec hyperthefe de k, que le bifcai'en prefere avoir a la 
fin de la flexion,, comme nous Favons deja fouvent fait remarquer. 

Dans les imparfaits il y a Terreur habituelle; Fhiatus aa ferait 
fuppofer qu'il y a un k d' elide; ce qui n'eft pas. Eroadaan devrait 
etre heroadan; de h-eroa-t-an. Le fujet (Ji) doit etre prefixe. Eroadaa^an 
devrait etre par confequent heroada^an. Au chapitre xi, 3? nous 
avons difcute Forigine de cet a fuperflu. 

Au prefent du conditionnel., le bifcai'en prefere avoir le fujet, ou 
fon reprefentant,, a la fin de la flexion, tandis que les autres dialedles 
preferent generalement avoir le fuffixe ke a la fin. 

La 3 me perfonne leroaket eft reguliere; elle eft formee de l-eroa-ke-t. 
Le fujet de la 3 me perfonne eft indique par /; eroa efl le theme; ke la 
caracteriftique de Toptatif, & r eft le datif ^a moi". 



2 9 2 

La 2 me perfonne eroakedak ,,tu me I'emiTienerais" eft mal com- 
pofee. Le fujet doit etre prefixe; dans la 3 me perfonne il eft rendu 
par /; ici il faudrait h; ainfi heroa -f- he -f- t ou heroaket. Uerreur ne 
s'eft pas produite dans la 2 me perf. du pluriel ^eroaket; Tinitiale feule 
devrait faire la difference. 11 y a prefque toujours de la confufion 
dans les flexions ou Ja 2 me perfonne eft exprimee, foit comme fujet, 
foit comme objet, apparemment parce qu'elles ne font plus en ufage. 
Le point de depart des comparaifons a ete, & eft toujours encore, 
la 3 me perfonne, & Ton dirait que leroaket a fervi comme guide pour 
reconftruire une flexion inufit.ee. On favait que / appartient a la 
5 me perfonne <3c que k indique la 2 me perfonne du fingulier (i); 
il n'y avait done qu'a enlever / & ajouter k pour former cette 
flexion. 

Les dialecfles qui placent la fyllabe ke a la fin de la flexion, 
comme, par exemple, le navarrais efpagnol, difent ^arodake ,,i[ me 
Taurait" de ^-eroa-t-ke. 

Le conditionnel pafle eft forme en ajoutant n au prefent : eroa- 
kedan, leroakedan, &c. 



N 2. 
2 me perfonne du fingulier, au datif. 

ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR, 

le a toi les a toi 

INDICATIF. 

PRESENT. 

Varoaat Varoaada^ 

Varoaa 
'Daroaagu 
Tiaroe 

(i) Zavala, Verio vafc., p. 69, 8. 



ACCUSATIF SING. ACCUSAT1F PLUR. 

le a toi les a toi 

IMPARFAIT. 



Eroaan Eroaa^an 

Geroaan Geroaa^an 

Eroen Eroe-{an 

CONDITIONNEL. 

PRESENT. 

V^eroakek V^eroake^ak 

Eroakek Eroake^ak 

Geroakek Geroake^ak 

Eroakeek Eroakee^ak 

Le prefent efl forme corredlement, excepte la 3 me perfonne; daroaa 
devrait etre daroak, de d-eroa-h. Le i re perfonne efl formee de 
d-eroa-h-t ou daroakat, apres Telifion reguliere de h. Get h s'efl durci 
en k) venant a la fin de la flexion, dans la 3 me perfonne. La 3 me 
perfonne du pluriel daroe efl pour daroak-te avec elifion de k medial. 

L'hiatus dans Timparfait efl caufe par la meme raifon, la chute 
de I'/z. Ce temps,, pas plus que le prefent du conditionnel, n'orTre 
rien de particulier. 

N 3. 
2 me perfonne du pluriel, au datif (fingulier honorifique). 

ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR. 

le a vous les a vous 

1NDICATIF. 
PRESENT. 



'Daroai^ue 



294 



ACCUSATIF SING. ACCUSATIF PLUR. 

1MPARFAIT. 



Eroat^un 



Geroai^un 

Eroar^uen Eroai^ue^an 



CONDITJONNEL. 
PRESENT. 



Leroakeyu Leroake^ 

Geroake^u 

Leroake^ue 



Ces flexions font les memes que les precedentes, feulement i^u 
(pour fu comme au conditionnel) a remplace le h. 'Daroat^ut eft 
forme de d- 



N 4. 
3 me perfonne du fmg., au datif. 



ACCUSATIF SING. 


ACCUSATIF PLUR 


le a lui 


les a lui 


IND 1C ATI 


F. 


PRESENT. 




'Daroakot 


T)aroakodai 


*Daroakok 


e Daroako'{ak 


Varoako 


Varoakoi 


Ttaroakogu 


'Daroakogui 


Tfaroako^u 


Varoakoiu^ 


Varoakoe 


Uaroakoef 






29 f 



ACCUSATIF SING. 

le a lui 

^eroakon 

Eroakoan 

Eroakon 

Geroakon 

Zeroakon 

Eroakoen 



1MPARFAIT. 



ACCUSATIF PLUR, 

les a lui 



Eroakoa^an 

Eroako^an 

Geroako^an 

Zeroako^an 

Zeroakoe^an 



CONDITIONNEL. 



PRESENT. 



ZN^eroakio 

Eroakiok 

Leroakio 

Geroakio 

Zeroakio 

Leroakioe 



Eroakio-{ak 

Leroakio^ 

Geroakioi 

Zeroakioi 

Leroakioei 



Cette conjugaifon eft reguliere; daroakot eft forme de d-eroa-ho-t; 
le h s'eft durci en k (i). Quelquefois on ecrit^ comme cela fe fait 
regulierement en fouletin, daroayot (2),, c'eft-a-dire le h a ete elide, 
& pour eviter 1'hiatus on a introduit le y. 

La 2 me perfonne du fingulier de rimparfait offre de nou\^au 1'erreur 
ordinaire 5 on a intercale un a,, que Ton fe figure indiquer la 2 me 
perfonne 5 il aurait fallu heroakon ou eroakon. L'origine de cet a a ete 
expliquee au chapitre xi, J. La meme obfervation s'applique a 
eroakoa^an pour heroakoian. 

Le conditionnel neroakio eft forme de n-eroa-ke-ho, & le y, qui 
remplace 1'A, aurait pu s'ecrire : neroakeyo; mais on ecrit en bifcaien 
neroakio. 



1) Ch. xi, 3, &. ch. in. 

2) Zavala Verbo vafc., p. 64, 



296 

La 2 me perfonne efl fautive cotnme d'habitude. Eroakiok devrait 
etre heroakio de h-eroa-ke-ho. K ne doit pas fe trouver a la fin de la 
flexion. Le fujet doit eire prefixed & il ferait h. 



N f. 
3 me perfonne du pluriel, au datif. 



ACCUSATIF SING. 

le a eux 



ACCUSATIF PLUR. 

les a eux 



INDI CATIF. 



PRESENT. 

'Daroakoet Varoakoedai 

Ttaroakoek, &c. Ttaroakoeiak, &c. 



IMPARFAIT. 



S^eroakoen 
Eroakoen, &c. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 



V^eroakioe 
Eroakioek, &c. 



) ckc. 



Cette conjugaifon eft exadlement comme celle qui precede^ feu- 
lement on a intercale un e pour indiquer le pluriel du regime indirecT; 
(a eux). Get e eft pour u; ainli daroakotet; le t s'eft perdu (i). 

Le pluriel du regime direcT: eft exprime par ^; ainfi daroakoet + \ 
efl devenu daroakoeda^ apres la mutation de t en d. 



(i) Ch. xi, 3. 



S- 33 

Conjugaifons de eroan comme auxiliaire avec deux regimes, correfpondtint 
a ,,avoir", dans les dialefles lab., foul., bn., gulp. 

N I. 
le a moi 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

Forme primitive bifcaienne. 

Varoadak 
Varoat 
Ttaroada^u 
T)aroade 



nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


guip. 


Varotak 


Urautak 


T)autak 


Veitak 


Ttidak 


Varot 


Vraur 


Vaut 


Veit 


Vir 


Varota^u 
T)aroiaie 


'Drauta^u 
*Draudate 


Vauta^u 
Uautate 


r Deita-[u 
Tteitaye 


Vida^u 
Ttidade 



La voyelle initiale de eroan, qui aurait dia devenir a, felon la 
regie, eft reftee fouvent e. Dechepare ecrit erau & auffi ara; Axular, 
Pouvreau, de la Vieuxville., ecrivent le theme avec e : erau, era, ero ; 
Chourio aro; Li^arrague omet la voyelle. Les voyelles primitives de 
eruan ou eroan fe retrouvent par confequent dans erau, apres mera- 
thefe des deux voyelles finales. 

Le fouletin avait encore le r, il y a deux fiecles ; on difait derit 
pour deit (i); & il y a trois fiecles on difait deraut : cAndre eder gen- 

(i) Voir le Prone fouletin de 1676, reedite par M. A. d'Abbadie (de I'lnflitut), & aufTi Ic 
Cate'chifme de Belapeyre, 1696. 



dlbatek bihoia deraut ebaxi (i). ^Une gentille demoifelle m'a ravi le 
cceur". A la page fo Dechepare ecrit daraut. 

Le dialecfle guipuzcoan oflfre fouvent des formes encore plus 
corrompues que le fouletin acluel,, <5c il ferait difficile aujourd'hui de 
relier dit a darot, fi la ferie intermediaire ne fe fut pas trouvee aufTi 
complete qu'elle Tefl : deraut, darot, derat, derot, derit, deity dit. 

II y a quelquefbis de la confufion chez le meme auteur. Axular ecrit 
derarpit, <5c derauiter{u. TSada erran nahi deraf^ut (2). ^Mais j'ai voulu 
vous dire' 5 . Eta Eli^ari, Erregeri egin... derairftctfw ferbitfudk (3). 
^Les fervices que vous avez rendus (faits) a TEglife, au roi". 

Jharce, qui donne a Haramburu la permifllon d'imprimer^ ecrit : 
ero: Eman derokan botherea imprimierat^eko . 

La mutation de o en i eft extraordinaire, d'abord en elle-meme, 
mais auffi en ce qu'elle fe retrouve dans deux dialecles fi eloignes Fun 
de Tautre que le guipuzcoan & le fouletin. 

Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique_, 
les terminaifons font devenues pour le pluriel ^ue } b., inte, g.,, 1., 
bn., & \ie, f. pour \uye; la chute du t ayant produit un hiatus, le 
fouletin introduit d'habitude un y euphonique5 comme u fe prononce 
comme u fran^ais, yuye pouvait facilement devenir ^ie dans la pro- 
nonciation. 

La 3 me perf. deitate eft devenue,, pour la meme raifon^ deitaye. 

IMPARFAIT. 

le a moi 
Forme primitive bifcaienne. 

Eroadaan 
Eroadan 
Zeroadan 
Broaden 

(1) Dechepare, Poefies, p. 48. 

(2) Gueroco guero, p. 233. 
(j) Meme ouvrage, p. xvi. 







299 






nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


guip. 


cArotan 


Herautan 


Hautan 


Heitan 


Idan 


Zarotan 


Zerautan 


Zautan 


Zeitan 


Zidan 


Zarotaten 


i Zerauta-[un 
Zerautaten 


Zinautan 
Zamaten 


Zi ne it an 
Zeitayen 


Z in id an 
Z id a ten 



oArotan & herautan font les feules flexions que nous nous foyons 
permis de former par analogic. Puifque -[arotan & \erauian font con- 
nues,, il y a peu de danger a citer ces deux flexions de la 2 me perf. 
du fingulier, dont la feconde fe trouvera fans doute dans le N.-T. 
de Lifarrague. 

La meme ferie de mutations des voyelles thematiques fe trouve 
dans le prefent & dans Timparfait. Le t primitif s'efl maintenu 
partout, excepte en guipuzcoan; ce dialecle Ta convert! en d. 

Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fingulier 
honorifique,, on trouve pour le pluriel les terminaifons yuien, bn. 3 
taten, lab.,, daymen, guip. 5c ta-^ien^ foul. 

Les 2 mes perf. plur. ont foufTert, furtout le nav. efp. Lafyllabe in 
ne s'explique pas bien. Zerautan aurait fufli^ mais la tendance a 
exprimer deux & meme trois fois le meme pronom, a fait repeter 
IH a la fin de la flexion^ comme c'efl aufli le cas en bas-navarrais. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 





Forme 


primitive bifcaienne. 






Eroakedak 








Leroaket 








Zeroaket 








Leroakede 




nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


oAro&ake 


Herautake 


Haroket 


Heiket 


Zarodake 


Lerautake 


Laroket 


Leiket 


Ziharodake 


Zerautake 


Zinarotake 


Zeneiket 


Zarodakete 


Lerautakere 


Laroketet 


Leikede 



guip. 
Iket 
Liket 
Ziniket 
Lidakete 



300 

Nous avons demontre que la forme bifcaienne de la 2 me perlbnne 
efl vicieufe; il aurait fallu eroaket. Les dialecles bifc., foul. & gulp. 
ont le datif ,,me" a la fin de la flexion, tandis que dans les dialecles 
navarrais ce pronom fuit le theme; les premiers ont h-eroa-ke-t; les 
autres ont h-eroa-t-ke, avec mutation reguliere de i en d. Le bn. a 
conferve le t, herautake. 

Les 2 mes perfonnes du pluriel font devenues : lifiarodakete, nav. 
efp.; -{inarotaiuke ou, felon M. Inchaufpe (i), ftnarotayukete, lab.; 
-[eneikede ou ^eneikedaiie (2), foul.; -{inidakete , guip. 

Dans les 3 mes perf. du pluriel, en lab._, foul. & guip., le t, pro- 
nom datif, fe trouve etre fuivi de te, qui en fait un pluriel; le t s'eft 
perdu en foul, & guip., & le e feul eft refle; en lab. la fyliabe re 
efl intercalee, probablement afin de conferver le pronom datif a la 
fin de la flexion. 

IMPfcRATIF. 

bn. lab. foul. g u ip- 

le^adak c/lrak I^adak Zadak 



I^ada^u Zada-{u 

Ttie^aiet 



L'imperatif, le fubjonclif & le potentiel derivent de e^an, mais il 
a paru preferable de ne pas feparer ces trois modes des conjugaifons 
de eroan, comme auxiiiaire, puifque avec eroan ils forment les con- 
jugaifons relatives au grand complet. Eroan forme tout Tindicatif, 
& e^an les modes que nous venons de dire. Nous ne citons pas ici 
le dialecte navarrais efpagnol. Les flexions donnees par Lardizabal 
feront probablement en ufage, mais elles font fi corrompues qu'il 
vaudra mieux les examiner feparement. 

Le e de e^an fe trouve affez fouvent change en i dans Timperatif; 



(1) Verbe, p. 489. 

(2) Meme ouvrage, p. 291. 



ou plutot le i qui precede le e, & dont Torigine n'efl pas tres claire, 
a fupplante le e <3c eft refte feul. En guipuzcoan le e meme s'eft 
perdu, & ie^adak (pour e^ada/i) eft devenu ^adak, pour e-^a-t-h, avec 
d pour r & h durci en A. (Voir ch. in & ch. xi, 3.) 

Mais d'ou vient le i initial, que Ton trouve deja chez Dechepare, 
qui ecrit yagada^u (i); chez Li9arrague, qui ecrit leg ada$ u : laquin 
eraci iecadague. Match, n, 8. ,,Faites le moi favoir^; & chez Larra- 
mendi : EICIH bie^at nork nai (2). ,,Qu'il me dife celui qui veut". On 
dirait que cette voyelie eft eflfentielle a Fimperatif; le e thematique 
ie perd, comme Ton voit, mais le i s'eft maintenu partout. S'il ne 
s'agiiTait que de Timperatif, on pourrait peut-etre admettre que la 
forme familiere (c'eft-a-dire le mouillement exprime par i: ie au lieu 
de e) convenait mieux a Timperatif; mais le i fe trouve aufli dans le 
fubjonctif, c'eft-a-dire dans Tindicatif fuivi de n. Get i n'appartient 
pas au theme, c'eft tout ce que nous pouvons en dire pour le 
moment. 



bn. 



s u B J o N CT i F. 

PRESENT. 

lab. foul. 



T>ir(ad(r(un 

'Die^atedan 



'Di^adan 

Vi^ada 

T)i^aden 



Ttie^adaan 
Vieiadan 
'Die-^un 
'Diefadaten 



1MPARFAIT. 



Hi^adan - le^adan 

Ze^akidan Li^adan Zie^adan 

Zine^akidan Zini^adan Zinie^adan 

Ze^akidaten Li^aden Zie-[atedan 



(1) Poefies, p. 10, 

(2) Lettre a Mendiburu, p. a. 



Le fubjonclif derive de e\an; comparez ce verbe. II eft forme du 
prefent <3c de Timparfait de 1'indicatif fuivi de n. 'Dte^adakan eft forme 
de de^adak -f- n. Le k, venant au milieu de la flexion,, a ete elide, 
<3c rhiatus produit par cette elifion eft refte en guipuzcoan, mais il 
a ete evite en fouletin en introduifant ley. Nous gardens le k dans 
la flexion labourdine., puifqu'il fe trouve quelquefois dans ce dialecte ; 
mais nous n'avons pas encore rencontre cette flexion. 

Les autres flexions peuvent fe pafler d'explication ; on n'a qu'a 
prendre les temps de 1'indicatif de e^an, les faire fuivre de n ^que 3 ',, 
& appliquer les lois de la phonetique. 

Nous retrouvons le i dont nous avons parle plus haut. Quelques 
auteurs, comme Dechepare (1^4^) & Haramburu (163^) convertif- 
fent, felon la regie,, le <? initial en a; le dernier de ces auteurs ne fe 
tient pas flri clement a la regie,, il ecrit e man diaia^un ^qu'il vous 
donne"; mais par centre : eite^ala. 

Dans rimparfait, le n de la terminaifon, & la conjoncTion n 
, 3 que'% s'affimilent^ & he^adan -f- n refte he^adan, ou comme on ecrit 
hi-[adan ou en guip. ie^adan fans h initial. 

Nous citons le labourdin d'apres M. Inchaufpe. Le prefent eft 
correct,, mais Timparfait prefente une irregularite. II fe trouve une 
fyllabe hi dans les flexions de ce temps, qui demande une explica- 
tion; cette irregularite fe rencontre dans tous les imparfaits du 
fubjondlif; nous ne favons en rendre compte autrement qu'en 
admettant ki comme une variante de ke, la caracteriftique de 
1'optatif. Comme 1'optatif fert dans plufieurs langues a rendre le 
fubjondlif, p. ex. ^may" en anglais., il ferait poffible que Ton 
cut pris Toptatif, qui eft sans cela referve au potentiel ou a Top- 
tatif. Ceci a du produire de la confufion; ^akidan etant employe 
comme imparfait du fubjonclif, ne pouvait plus fervir comme 
imparfait du potentiel; & Ton s'eft tire de la difficulte en ajou- 
tant ke une feconde fois a ces memes flexions; & c'eft ainfi que 
^eiakidan eft devenu ^e^Mddkean. Si notre fuppofition eft fondee ,, 
nous avons en meme temps 1'explication de la corruption du po- 
tentiel. 

Si ce ki fe trouvait regulierement dans ies deux temps du fubjonclif, 



il n'y aurait pas lieu de s'etonner,, mais la prefence de ki feulement 
dans rimparfait, fait plutot conclure a du defordre. 

Puifque 1'ufage des dialecles bafques fran$ais eft d'ecrire un / 
initial a la 3 me perf. de 1'imparfait., il faudrait Tecrire partout; ici 
au lieu de 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P- 

Vi^akedak Vi^akedak Vieiakedakek 



ke 'Di^akedafu 

Vi^akidakete 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 

Hi^akedat 

Li^akedat Zie^aket 

Zini^akedat Zinie^aket 
Li^akede Zieiakedate 

Le potentiel eft le potentiel de e^an; p. ex. eman di^akedak ,.,tu 
peux me le donner". Comparez le verbe e^an. 

Les flexions,, fous leur forme adluelle., ont fouflfert; mais peut-etre 
faut-il moins s'etonner de ce qu'elles aient fouffert,, que de ce qu'elles 
fe foient confervees fl bien., apres tant de fiecles. Le fouletin df^akedak, 
faufle e initial, thematique, qui a difparu^ eft correcT:; cette flexion 
eft formee de d-e^a-ke-t-h; le t a ete convert! en d, & le h s'eft durci 
en k (voir ch. xi, 3). 

La flexion correfpondante du guipuzcoan eft fautive; ek final eft 
de trop. Par centre , la 3 me perfonne eft correcle en guipuzcoan & 
fautive en fouletin; dieiaket eft forme de d-eia-ke-r; comme toujours 
le fujet eft abfent; at eft de trop en fouletin. La 3 me perf. plur. en 



34 

foul, eft reguliere; il y a d pour t; ce qui fera une correction ulte- 
rieure; on a cru qu'il fallait un d dans routes les flexions. 

Le dialecte labourdin, que nous citons d'apres M. Inchaufpe, efl 
fortement corrompu; pas une flexion n'eft correcle. Nous citons la 
2 me perf. du fing., qui ne fe trouve pas chez M. Inchaufpe comme 
elle devrait etre; mais routes les flexions out, en fus de ke, la fyllabe 
ki 3 dont nous avons parle plus haut,, au fujet de Timparfai: du fub- 
jondtif. II eft poffible que ces formes vicieufes foient en ufage; mais 
la forme correcle fe retrouve heureufement, par exemple chez Chou- 
rio : Markka dietfakidarpt (& non difakidapike) enelainhoa(l). ^Que 
vous puifliez me h pardonner". 

Nous avons vu (ch. xn, 4) que Timparfait de 1'optatif ou poten- 
tiel eft employe generalement de nos jours comme conditionnel du 
potentiel. Ce temps s'eft le mieux conferve en guipuzcoan; nous ne 
Tavons pas encore trouve en labourdin,, ni en bas-navarrais. La 2 me 
perf. du fing. n'eft pas de Larramendi; nous Favons reconftruite par 
analogic avec les autres flexions. La 3 me perfonne avec i initial^ en 
guipuzcoan, eft formee de -f-eia-ke-r. Le at final, en fouletin,, eft 
fautif; cette fyllabe ne fignifie rien; elle eft de trop dans toutes les 
flexions. 

La 5 me perfonne plur. eft la feule correcte; ce qui eft du au hafard; 
a^akede pour li^akete de li^aket -{- re, avec affimilation des t. En gui- 
puzcoan il n'y a pas eu aflimilation, & ^ie^akei -j- te a donne 
kedate, en conver tiffany felon I'habitude., t en d. 



IMPARFAIT. 



Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la caracle- 
riftique du paffe an : hifakedan, foul. On aurait pu s'apercevoir qu'en 
retranchant an, il refte hi^aked ou nickel pour le conditionnel,, & non 
pas hi^akedar. 

L'imparfait labourdin eft hiiakidakean, ^akidakean, &C.,, ce qui 
prefuppofe un conditionnel du potentiel hi^akidake, qui n'eft pas cite 

(i) /mif., liv. in, p. 259. 



par M. Inchaufpe. Nous trouvons ici cette fyliabe ki, que nous avons 
difcutee plus haut. Si In^akidake eft en ufage pour le conditionnel, 
comme hifakidakean pour 1'imparfait, alors ces deux temps font mal 
formes . 



N 2. 

les a moi 

INDI CATIF. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul. g u ip- 

T)aro^kidak 'Drau^kidak "Dai^rak "Dei^tak 



Ttrauikidate 

Cette conjugaifon ne derive pas d'une conjugaifon primitive 
bifcai'enne. Chaque dialede a forme les flexions avec 1'accufatif 
pluriel de celles qui ont 1'accufatif fingulier, employant chacun la 
caracleriftique qui lui eft propre ; le bifcai'en fe fert alors de i fuffixe 
(voir eroan)y le nav. le bn. & le guip. de ^k, le lab. & le foul, de 
q\ TI perd le r initial quand un autre t fuit. Les variantes prouvent 
que le meme dialedle fe fert quelquefois de %k ou de t-{. La flexion 
avec 1'accufatif fmg. darotak eft devenue par confequent d-aro-ik-t-k, 
avec mutation de t en d daroikidak. Le i ne s'explique pas bien pour 
le moment; on pourrait admettre un groupe fki intercale au lieu de 
lk; mais ceci n'explique pas davantage le i. Comparez la conjugai- 
fon ^ies a lui^% & ch. xi> 4, ou le i de ditui eft difcute. 

Le fouletin devpak (pour deriftak) eft forme de deitak en inter- 
calant ^. 'Deiftak fe decompofe en d-ei-^-t-k ,,tu-me-plur.-theme-acc/' 

Le labourdin s'explique de la meme maniere ; le groupe ^ki fe 
retrouve dans les 3 mes perfonnes; ces flexions font empruntees a 
differentes varietes, bien qu'elles foient confiderees de nos jours 
comme appartenant a la meme variete. 

20 



306 



nav. efp. bn. 

cAro~{kidan 
Zarofkidan 



1MPARFA1T. 

lab. 
Hainan 



Zai^taten 



foul. g u ip- 

Hei-[tan I-fiidan 

Zei^tan Zi^kidan 

Zenei^tan Zinifkidan 

Zei^tayen Zi^kidaten 



L'imparfait a le meme theme que le prefent : aro, ran, ai, el, i ; 
la 3 me perf. ell formee de -7-aro -\ki-t-n ; ^-erau-i^i-i-n^ \-ai-\-i-n , & 
1-i-^ki-i-n. Ces flexions font toutes formees regulierement. Nous 
avons du ecrire aroikidan pour le nav. efp., par analogic avec les 
autres perfonnes. Larramendi ne donne pas cette flexion, 
devrait etre in 



nav. efp. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

les a moi 
bn. lab. foul, 



Zaro^kidake 
Zinaro^kidake 
Zaro^kidakete 



Laro-fiiket Lei^ket 

Zinaro^kidat^uke Zenei^ket 

Laroikiketei Lei^kede 



guip. 



Zini^kiket 
Li-[kidaieke 



Nous avons complete le nav. efp. en citant aroikidake, ayant 
cite aro-{kidan a Timparfait, bien que Lardizabal ne donne pas ces 
flexions. 

Nous avons cite la variete labourdine hautan & hai^an a 1'impar- 
fait. On pourrait done s'attendre au conditionnel (forme de la meme 
maniere que 1'imparfait, fauf la terminaifon), hai-\ket, &c. Comme 
nous n'avons pas encore trouve ce conditionnel^ nous preferons 



307 

dormer celui qui eft cite par M. Inchaufpe, la variete avec aro. 
Comp. le condit. de la conjugaifon precedence. 

La 2 me perf. plur. lab. ilnaroikidatiuke efl formee de i-aro-iki-t- 
iu-ke; avec le n myflerieux intercale dans le theme. Le d qui fuic iki 
efl pour t ,,me"; le t qui precede ^u efl de trop. La forme guipuz- 
coanne efl plus courte, le he a ete intercale^ le regime indirect i 
53 me" fuir, <3c le fujet ^u n'efl pas exprime une feconde fois, on 
aurait pu faire de la meme maniere i-aro-^ki-ke-t & avec le n intercale 



Les autres flexions s'analyfent tout auffi facilement. 

IMPtRATIF. 

bn. lab. foul. 

Et^adak It^adak Zai\kidak 



Et^adat^u 



Comparez Timperatif avec Taccufatif fingulier J? le a 
Le pluriel de 1'accufatif efl indique par it; le guip. a encore 
ajoute le figne de pluralite fupplementaire fki, & itiadak (de itia-t-k), 
efl devenu iriaikidak, que Larramendi ecrit laiikidak avec un i, dont 
Torigine n'eil pas claire. Cette flexion efl compofee de itfa^ki-t-h; 
le r efl devenu d & le h final s'efl durci en k (i). 

La 3 me perf. fing. lab. bitiaikidat efl mal formee; le regime 
indirecT: i ,,me" efl exprime deux fois ; \>ii\a^kit aurait fuffi; b-ir^a- 
iki-t. Par confequent le pluriel aurait du etre birfttikidate; le t final 
efl une erreur. Cette meme erreur fe trouve chez Larramendi pour 
bieiaket, 3 me perf. plur. avec 1'accufatif fing. II efl furprenant qu'ici 
la flexion avec Face, plur. foit corredle. 

(i) Voir les carafteriftiques dans les flexions du verbe, ch. xi, $ j. 



308 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. B UI P' 

Ttietiadakan e Dir\adayan 

'Diet^adan 'Dit^adan 

'Diet^adat^un 'Dit^adat^un 

'Dit^aden e Diei'{ai f {kid.aien 



1MPARFAIT. 



Zier[ar(kidaten 



Hit^aikidan Hir^adan 
Zet^aikidan Lir^adan 

Zinet^kidan Zinir^adan 

Zet^a^kidaren Lii^ade'n 



Comparez le fubjondlif avec Taccufatif fingulier 5 ,l e ^ 
Le labourdin & fouletin indiquent le pluriel de Taccufatif par 
it (i); e^a efl devenu ir^a ou iet^a. Le guipuzcoan ajoute en outre 
i (i) & eya devient i 



bn. 



POTENT IEL. 
PRESENT. 

lab. foul. 



gup 



T)iT{akedat 'Ditfaiykidake 

f Dlr^ai^keda'[uke 
t Dit\aifkedateke 



Comparez le potentiel avec Taccufatif fingulier ,,le a moi". 

Le pluriel efl indique comme dans le fubjonclif par it & par fki. 
Sans cela les memes erreurs fe retrouvent ici que dans les flexions 
avec 1'accufatif fingulier 5 p. ex. la terminaifon ek efl de trop en guip. 



(i) Voirch. xi, 3. 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



bn. 



lab. 



foul. 

Hit^akedat 

Lit^akedat 

Zinit^akedat 



guip. 

Itfaifkidake 
Zit^ai^kidake 



Comparez ce meme temps avec Taccufatif fingulier ,,le a moi". 

Nous avons reconflruit par analogic la 2 me perf. fing. en gui- 
puzcoan. La 3 me perf. eft formee de %-itia (pour eia)-^ki-t-ke ; le t eft 
devenu d. 



IMPARFAIT. 



Ce temps efl forme du temps precedent, en ajoutant la termi- 
naifon an. 



N 3. 
le a nous 

I N D I C AT 1 F. 

PRESENT. 
Forme primitive bifca'ienne. 

Ttaroaguk 
Varoagu 



*Daroague 



nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


guip. 


'Darokuk 


r Draukuk 


Vaukuk 


'Deikuk 


Viguk 


Varoku 


Vrauku 


Vauku 


Tteiku 


Vigu 


Varokuiu 


'Draukuiu 


'Daukirpi 


Veikuiu 


Viguiu 


Ttarokute 


Vraukute 


Vaukute 


Veikuye 


THgiue 



Toutes ces flexions font formees regulierement; le g de gu 
,,nous" eft generalement devenu k, excepte en guipuzcoan. Varokuk 
eft forme de d-aro-gu-k ^tu-nous-as-le 33 . 

La 2 me perf. du plur. etant devenue un fmgulier honorifique, on 
a forme le pluriel darokuiute, nav.} daukw^ue, lab,; deikuiie, foul., & 
dilute, gulp. 

La 3 me perf. plur. foul, aj pour t. (Voirch. x\, 3.) 



nav. efp. 

cArokun 
Zarokun 
Zarokuyun 
Zarokuten 



bn, 



1MPARFA1T. 

lab. 

Haukun 
Zaukun 
Zinaukun 
Zaukmen 



foul. 

Heikun Igun 

Zeikun Zigun 

Zeneikun Zigu^un 

Zeikuyen Ziguten 



Ce temps a le meme theme que le prefent & eft forme regulie- 
rement. Comparez les autres imparfaits. 

Nous avons forme arokun (pour harokuri), par analogic avec les 
autres dialecftes; cette flexion n'eft pas citee par Larramendi. 

Zarogu^un, nav. efp. & ^igu^un^ guip.^ ont le ^ figne de plura- 
lite fupplementaire. (Voirch. xi^ 3.) 



nav. efp. 

cdrokuke 
Zarokuke 
Zaroku^uke 
Zarokukete 



bn. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

le a nous 
lab. 

Harokegu 
Larokegu 


foul. 

Heikegu 
Leikegu 


guip. 

Iguke 
Liguke 



Zinaroku-[uke Zeneikegu Ziniguke 
Lirokegure Leikegie Ligukete 



3" 

Le conditionnel eft forme comme Hmparfait, fauf la terminaifon 
qui eft ke; la 3 me perfonne a / pour initiale. 

Le labourdin haukun, &c., aurait donne haukegu on hauguke, &c., 
formes que nous n'avons pas encore trouvees ; nous preferons done 
citer la variete donnee par M. Inchaufpe^ qui correfpond a un im- 
parfait avec le theme aro. 

Les 2 mes perf. plur. ont le figne du pluralite fupplementaire ^; 
f-aro-gu-i-ke . Etant employees aujourd'hui pour fingulier honori- 
fique, on a forme ^arokuiukere, nav. efp.; ^inarokuiueke, lab.; 
itj foul.; linigukete, gulp. 

IMPfiRATIF. 

bn. lab. foul. 



Zuguk 
"Begigu 

E^agu^u I^agu^u Zagu^u 

'Bi^agie 'Begigute 

L'imperatif eft forme par e^an. Le guipuzcoan a mele fes flexions; 
les 3 mes perfonnes ont ete prifes au bifcaien; c'eft-a-dire elles font 
formees de egin; b-egi-gu. 

En labourdin il y a une variante^ agut pour e^aguk. Des deux 
voyelles initiales que le bn. a confervees, le lab. a garde le e du 
theme, & le foul, le i profthetique. 



SUBJ ONCTIF. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. gulp. 

Vi^aguyan T>ie^aguan 



'Di'^agun 

Vi^agien Vie^aguren 



La conjugaifon primitive a de^aguk, ce qui donne, en ajoutant n a 
la flexion : de^agukan; mais le k a ete elide partout, & Fhiatus a ete 
feulement evite en fouletin, en introduifant le y. 



IMPARFA1T. 

bn. lab. foul. 



guip, 



He^akigun 
Ze^akigun 
Zene^akigun 
Ze^akiguten 


Hifagun 
Li^agun 

Zini^agun 
Li^agien 


le^agun 
Zie^agun 
Zinie^agun 
Zie^aguten 



Comparez, pour la formation des flexions, le fubjondif de la 
conjugaifon ,,le a moi". 

Nous avons reconflruit la 2 me perf. fing. du labourdin he^akigun, 
par analogic avec les autres flexions, que nous citons d'apres M. In- 
chaufpe. Nous suppofons qu'elles font en ufage, mais elles ne font 
pas correcles; le ki nous femble fuperflu. Ze^agun aurait ete la forme 
voulue, def-e^a-gu-n-n. Voir, par rapport a ki, le potentiel de la 
conjugaifon ,,le a moi". 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P 

'Di^akigukek Vi^akeguk 



'Die^aguke 
'Difakigukete 



Ce temps eft parfaitement regulier (comp. Foptatif de e^an), ex- 
cepte en labourdin oil il y a le meme ki fuperflu, ainfi qu'au fubjon<5lif 
Larramendi ne cite pas dieiagukek; les flexions avec la 2 me perf 
du fingulier ne font pas toutes donnees. 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
bn. lab. foul. guip- 

Hi^akegu le^aguhe 
Liyakegu Zie^aguke 

Zinifakegu Zinie\aguke 

Li^akegie Zie^agukere 

IMPARFAIT. 

Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la termi- 
naifon an. 



nav. efp. bn. 



N' 4. 

les a nous 

INDICATIF. 
PRESENT. 

lab. 



foul. 
Vei^kuk 



gup. 



"Dei^kugu 



'Daroikigute 



Ttai^kute 



Chaque dialedle a forme la conjugaifon avec Taccufatif pluriel 
inherent, de celle qui a Taccufatif fingulier inherent^ en y intercalant 
la fyllabe ^ki } ik ou r{. Comparez la conjugaifon _,^les a moi^; & 
ch. xi, 3. 



nav. efp. bn. 



IMPARFAIT. 

lab. 



Zai^kun 
Zinaiikuten 



Zaroikiguren 



foul. 
Hei^kun 
Zei^kun 
Zenei-{kun 
Zerfiuyen 



g u ip- 
Iikigun 
Zi^kigun 



,, 



3H 

Ces flexions font les memes que celies avec 1'accufatif fmgulier 
le a nous"; feulement elles ont le figne de pluralite propre a 

chaque dialede. Haukun eft devenu hai-^kun; c'eft la feule exception ; 

u eft devenu i dans routes les flexions. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. fouL 

HaroikigukeQ} Hei^kegu I^kiguke 
* Laroikiguke Lei^kegu Li\kiguke 

Leroykigukete Lei^kegie Liikiguke* 
Comparez le conditionnel de la conjugaifon ,,le a nous". 

1MPER ATIF. 

bn. lab. foul. g u ip- 

let\aguk cdi^guk It^aguk Zai^kiguk 

TSii^agu 'Begi^kigu 



c Bh\agie 

L'imperatif eft forme de e-[an, excepte en guipuzcoan ; ce dialecle 
a mele fes flexions., & comme dans la conjugaifon precedente (le a 
nous)., il a pris les J mes perfonnes au dialecle bifcaien_, c'eft-a-dire 
au verbe egin. Larramendi cite lagifkiguk ,,,aies-les nous",, ce qui 
doit etre une erreur. Cette flexion eft un melange de e^an & de egin, 
& par confequent n'eft ni Tune ni 1'autre. Zaguk ,,aies-le nous" pour 
e^aguk, devientj en y introduifant fki, e^a^kiguk, & en perdant 1'ini- 
tiale la^kiguk ou faiikiguk, en confervant le i dont 1'origine n'eft pas 
tres claire. La fyllabe gi qui fe trouve chez Larramendi eft de trop; 
les 3 mes perfonnes ont gi, puifque egin eft le theme, & c'eft a cela 
qu'il faudra attribuer la prefence de gi dans la 2 me perfonne. 






SU BJONCTIF. 
PRESENT. 

les a nous 
bn. lab. foul. g u ip- 

"Di^kit^aguan 



Uiet^aguten Vit^agien 



IMPARFAIT. 



Zet^a^kigun Lit^agun 

Zenet^a^kigun Zinit^agun 

Zet^a^kiguten Lh^akien 

Le fubjonclif efl forme de e^an. Comparez la conjugaifon primi- 
tive & celle du fubjondltif avec }) le a nous^'. "Dit^agu (prim.) 
avec la conjonclion n & le figne de pluralite ^k ou -(ki donne 
d-^k-itia-gu-an ou di^kir^dguan, guipuzcoan. Le fouletin n'a intercale 
aucun figne de pluralite fupplementaire. Le y fouletin efl ici eupho- 
nique & fe retrouve chez Dechepare tou jours apres un w; p. ex. 
munduyadetij galduyac, endelguya^, &c. 

Haramburu ecrit diar^aguan au lieu de dier^agvan. 



POTENT1EL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. guip 

Vit^akeguk 
Vir^akegu 



Uit^akegute 



3 i6 

CONDITIONNEL (imparfait autrefois), 
bn. lab. foul. 

Hit^akegu 



Zinit^akegu 



IMPARFAIT. 



Lit take gun 



Comparez le potentiel de la conjugaifon ,,le a nous". 

Le potentiel eft celui de e^an. Le pluriel de 1'accufatif eft indique 
par it; de~(a eft devenu dit^a; malheureufement^ comme nous Tavons 
fait remarquer, ce dialedle a intercale une fyllabe fuperflue ki (voir 
le potentiei de la conjugaifon >,le a moi >:) ), meme quand Faccufatif 
eft fingulier ; dit\a-fi.iguke eft ici parfaitement regulier : d-it^a pour 
e^a-iki-gu-ke ,,il nous les' J 5 mais ki dans di^akiguke (pour die^aguki) 
^il nous le"> paraitfuperflu. 

Faifons cependant remarquer que le ki dans diiakiguke n'a rien a 
faire avec iki qui eft le figne de pluralite. Comme nous Favons dit, 
ki nous femble etre la variante de ke, caracleriftique de I'optatif; 
mais routes ces formes qui fe reffemblent auront fini par produire 
de la confufion. 

L'imparfait eft forme en ajoutant la caracleriftique du paffe an, 
au conditionnel. Le fouletin ajoute feulement n. Le labourdin 
^itiaikigukean prefuppofe un conditionnel yirfaikiguke, que nous 
n'avons pas encore trouve. 



3'7 

N y. 
le a toi 

I NDICATIF. 

PRESENT. 
Forme primitive bifcaienne. 

Varoaat 
'Daroaa 
Varoagu 
Varoe 



nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


gulp. 


Ttaroat 
Varok 


T)rauat 
Vrauk 


Vayat 
T)auk 


Vejat 
Veik 


Viet 
Vik 


Vuroagu 
T)arotee 


Vrauagu 
TDraue 


Ttayagu 
Vaye 


TDeyagu 
Veje 


Viegu 
Vitek 



La i re perfonne eft formee de d-eroa-h-t ^Je-te-ai-le". Le h a ete 
elide partout,, ce qui a produit Thiatus qui efl conferve en bifcaien^ 
comme d'habitude. Les autres dialedles evitent, a derares exceptions 
pres,, FhiatuSj les uns en elidant la voyelle qui etait reilee, daroat & 
drauat; les autres en intercalant un y, dayat, deyat. Le labourdin, 
dont nous citons urie variete, avait du temps d'Axular^ Haramburu^ 
Etcheberry, &c. 3 la forme du bn., ou a peu pres : derauat. Le fou- 
letin, il y a deux fiecles,, avait encore le r, comme on le fait par le 
Prone fouletin, 1676, & par le cathechifme de Belapeyre, 1696; 
chez Dechepare, if4f, nous retrouvons les flexions a peu pres 
pareilles a celles du labourdin. Le guipuzcoan offre de nouveau la 
forme la plus contractee, diet = daroaat. 

La 3 me perfonne efl formee de d-eroa-h, avec h durci en k comme 
finale & fignifie ,,te-a-le". Le pronom fujet efl abfent au prefent 
des verbes tranfitifs. 

La i re perf. plur. peut fe pafTer d 1 explication. 



3 .8 

La 3 me perf. plur, a perdu le k medial, felon la regie, & darok -f- 
u eft devenu darotee, nav. efp.; drauk-\-te eft devenu draue pour 
draute. Le guip. ditek eft pour rfz'A -f- te, hyperthefe affez commune 
en bifcai'en ( i ), afin de conferver le A, fans le garder toutefois au 
milieu du mot oil il n'eft pas tolere. La variete labourdine que nous 
citons, & le fouletin, elidant regulierement (le fouletin du moins) le 
figne de pluralite te, deik -(- le eft devenu deye, & dauk -f- le daye. 
Dechepare ecrit daraye (Poefies, p. 60, badaraye), c'eft-a-dire que 
le r thematique s'eft conferve. 

Les deux conjugaifons que nous donnons ,,le a toi" & ,,les a 
toi'^ font celles qui font en ufage quand on parle a un homme. 
Pour les autres conjugaifons nous avons choifi la forme refpectueufe 
(indefinie en fouletin). II va fans dire que la conjugaifon par laquelle 
on tutoie, ne peut pas avoir de formes refpedlueufes , du moment 
qu'on parlerait refpectueufement on ne tutoierait plus; on dirait 
,,vous", ce qui conftitue une autre conjugaifon comme dans route 
autre langue (2). 

IMPARFA1T. 

le a toi 
Forme primitive bifcaienne. 

CN^eroaan 
Eroaan 
Geroaan 
Eroen 



(1) Comp. do^ak pour doka\ ,,tu les as"; &. yo^ak pouryoka^ ,,il les a". 

(2) ,,C'eft ce dernier phenomene (chute du k) qui s'eft produit dans drauat ,,je 1'ai a toi, 
6 male" qui n'eft point pour drauhat, comme le voudrait M. Van Eys; en effet, les formes de 
la i"perfonne fujet ne different de celles de la troifieme perfonne fujet que par un f final 
en plus; or, on dit drauc ,,il 1'a a toi, o male". J'efpere lui demontrer une autre fois fon 
erreur". Vinfon, Revue de ling., vol. vn, 330. Nous nous permettrons de dire que de 
comparer deux flexions n'eft pas en donner 1'analyfe; c'eft peut-e"tre fuffifant pour drefTer 
des tableaux & indiquer des differences; mais les tableaux n'expliquent rien, & meme 1'ar- 
gument n'eft pas jufte; les i"' & les } m " perfonnes different ici plus que par le f en lab., 
foul. & gulp. Nous attendrons que M. Vinfon nous demontre notre erreur. 



3'9 

nav. efp. bn. lab. foul. 



cAroatan C^aukaji ZN^eyan 

Zaroan Zaukan Zeyan Zien 

Zaroagun Ginaukan Geneyan Ginien 

Zaroaratekan Zaukaten Zeyian Zieten 

Le dialecle labourdin offre ici 1'exemple d'un k maintenu au milieu 
d'un mot, ce qui efl rare (voir ch. in), ^(aukan pour neraukan (comp. 
Hmparfait }) \Q a moi") eft forme de n-eroa-h-an, & le h au lieu d'etre 
elide comme en bifca'ien : neroaan, ou converti en y comme en fou- 
letin : neyan, s'eft durci en k, comme fi le h venait a la fin de la 
flexion. Le k s'efl conferve dans toutes les flexions. Le guipuzcoan eft 
devenu meconnaiflable. II n'efl plus refte dans la flexion une feule 
lettre du theme verbal primitif. Sans les variantes intermediaires il 
ne ferait pas poffible de relier nien a neroaan. 

La 3 me perf. plur. foul, fe diflingue du fingulier par un i intercale 
apres le j/. Le plur. feyian eft pour ^eyaten. Get i ne dit done abfb- 
lument rien. 

La maniere habituelle de ce dialedle eft de changer le a en e; 
ley an aurait pu devenir^^n. 

Nous citons le nav. efp. d'apres Larramendi; mais il nous femble 
peu probable qu'il ait donne les flexions ufiteesj elles auraient du 
etre : ^aroan, genaroan, -{aroaien, en admettant que le k ait ete rejete 
partout. II fe pourrait qu'on cut dit : narokan, -{arokan, genarokan, 
tarokaten, ce qui efl meme plus probable; ce ferait alors la forme 
labourdine avec aro pour au. 

II efl probable que le bn. aura nerauan, puifque le conditionnel a 
erau pour theme. 



nav. efp. ' bn. 

Zeraukek 



CONDITIONNEL. 






PRfeSENT. 






lab. 


foul. 


guip. 


tT^arokek 


Wjikek 


Wjkek 


Larokek 


Leikek 


Likek 


Ginarokek 


Geneikek 


Gihikek 


Laroketek 


Leikeye 


Liketek 



320 

Comme le conditionnel de la conjugaifon ^ie a vous" eft naro- 
en labourdin, il ne nous a pas paru rifque de reconftruire 
narokek, &c., flexions que nous n'avons pas encore rencontrees. 
ferait conclure a naukek, &c. 

IMPfeRATIF. 

bn. lab. foul. g^P- 



(?) 

L'imperatif, le fubjondif & le potentiel font formes de e^an. 
Comparez Fimperatif ,,le a moi". 

II n'y a que les troifiemes perfonnes : ^qu'il te Fait" & ,,qu'ils 
te Faient". Le guipuzcoan pourrait etre begik, puifque Larramendi 
cite begigu ^qu'il nous Fait" du verbe egin. Mais puifqu'il donne 
pour ,^qu'il me Fait" bie^at, il eft permis de donner bie^ak pour 
,,qu'il te Fait". De plus Lardizabal cite pour ^,qu'il vous Fait" bi^a^u, 
que Larramendi aurait ecrit bieia^Uy ayant toujours conferve le e 
radical. 

SU BJONCTIF. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P- 

< Di'[dkadan (?) Vi^ayadan Vie^aadan 



Tfifakagun 'Di^ayagun 



Vie^arean 



IMPARFA1T. 



Li^ayan 
Gini^ayan Ginie^aan 
Zieiaatpn 



J2! 

Le fubjonclif derive de e^an (voirla conjugaifon primitive relative). 
Puifque le prefent de Hndicatif eft de^akat de d-e^a-h-t , Je-te-ai-le", 
le fubjon6lif eft de^akadan. Le k a ete elide^ & en fouletin il a ete 
remplace par y afin d'eviter Thiatus, felon la regie. La 3 me perf. plur. 
du guip. eft pour die^aaren, pour die^akaten. 

L'imparfait eft egalement regulier. 



POTENTIEL. 
PRfeSENT. 

bn. lab. foul. guip. 

< Di-{akeyat T>ie^aaket 

Vi^akek Vie^akek 

'Di^akeyagu 'Die^aakegure 

T^i^akeye 'Die^aateke 

Le potentiel eft le potentiel de e^an. La forme primitive ferait 
deiakehat de d-eia-ke-h-t ; & ainfi de fuite (voir pour les lettres 
caradleriftiques ch. xi, 3). Le guipuzcoan a prefere placer ke apres 
le hy excepte dans la 3 me perf. fing., & le A elide a caufe Thiatus. 
En fouletin Thiatus a ete evite en intercalantj (voir ch. in, lettre A). 
Le t de la 3 me perf. plur. eft generalement tombe, &^aete introduit 
en fouietin pour eviter Thiatus; cetj s'eft affimile ici avec lej> qui 
remplace le k; puifque le fingulier eft di^akek (de d-eia-ke-h), le 
pluriel ferait di^akek -f- te, qui eft devenu 



(imparfait autrefois). 
bn. lab. 



loul. 


guip. 


PQiakek 


ZHje^akek 


Li^akek 


Zie^akek 


Gini^akek 


Ginieiakek 


Liyakeye 


Zie^aketek 



Comparez Toptatifde e\an. Ces flexions n'ontpas change, 



21 



322 



IMPARF AIT. 



Ce temps eft forme du temps precedent en y ajoutant la termi- 
naifon an; ce qui doit fe faire en obfervant les lois phonetiques; le 
fouletin remplace le k elide par v: ni^akeyan; le guipuzcoan elide le 
k: nie^akean 







N 6 








les a toi 








I NDICATIF. 








PRESENT. 




nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


*Daroikiat 
'Daro^kik 


'Drcncfiiat 

Vrauikik 


Dait^iat 
Vaik 


"Deit^at 
T>eit-(ak 



guip. 



*Daroikiagu Vrauikiagu 'Daitiiagu . c Deir{agu Di^kiegu 
T)aiikie 



La conjugaifon avec 1'accufatif pluriel inherent eft formee de la 
conjugaifon avec Taccufatif fingulier inherent^ en y intercalant ^ki 
ou r^, felon les dialectes (i). 

La 5 me perf. plur. eft la feule qui demande une explication ; 
comme elle eft formee de la 3 me perf. du fingulier en ajoutant te, 
le k final deviendrait medial, ce que la langue ne tolere generalement 
pas. Le guipuzcoan s'eft tire de la difficulte par Thyperthefe, di-fiitek 
pour diikikte; le fouletin, par Telifion du k & la mutation du t eny, 
deit^aye pour deit^akte', le nav. efp. a une forme irreguliere; le la- 
bourdin a dai-fiie (pour dai-fiiye) de dai-fiite, mutation reguliere de t 
enj>. Les flexions font melees; la premiere perfonne dait^iai } ,JG te 
les ai'^ a rf pour figne de pluralite, & la 5 me a %ki. 

Nous n'avons trouve pour la 3 me perf. fing. du bn. qu'un feul 

(i) Voir ch. xi, 4, it ce que nous avons dit du prefent de 1'indicatif de la conjugaifon 
,,les a moi". 



3*3 

example dans Marc v, 19, oil elle eft fuivie du relatif/i/ drauiquian, 
c'eft-a-dire d-rau-^k-h-n ; le h a ete elide; de meme draun (Jean v, i 2) 
,,quia a toi" de d-rau-h-n. 

La variance dauikiar, que cite Larramendi,, forme le chainon entre 
le navarrais & le labourdin. 

IMPARFAIT. 

nav. efp. bn. lab. foul. 

^ai-^kian S^flt^an 
Zai-(kan Zeit^an Zi-{kien 

Ginai^kan Geneit^an Gini^hien 
Zaroikidatekan Zai^katen Zeii^eyan 



L'imparfait eft forme de Fimparfait avec 1'accufatif fingulier inhe- 
rent, en y intercalant comme dans le prefent^i ou t{. 

Nous avons fait remarquer^ en parlant de la conjugaifon avec 
1'accufatif fingulier, que le h s'eft converti en k en labourdin & en y 
en fouletin : n-eroa-h-n eft devenu (avec au pour theme) naukan en 
labourdin. En introduifant \k on aura n-au-^ki-h-an ; ici le h ne s'eft 
pas converti en k; il a ete elide,, ou bien il eft devenu y & s'eft affi- 
mile avec i: nau^kian ou comme Ton ecrit : naiikian. Get i qui eft 
pour j', provenant de h, ou bien qui appartient a ^ki, aurait du, par 
confequent, fe trouver partout, & la J me perf. aurait du etre -[aiikian 
& non pas ^aiikan; & ainfi de toutes les perfonnes. 

La 5 me perf. plur. du nav. efp. eft evidemment fautive; ^-aro--{ki- 
h-ie-n ne peut donner que 



CONDIT10NNEL. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul. 



Lei^kek Li^kikek 

Geneiikek 

Lei-[keye 



On pourrait reconftruire ce temps,, fans courir grand rifque de fe 
tromper; le nav. efp. ferait naro-[kikek ; IQ bn. nerairfiiek ou 
puifqu'il dit: naiikiiuhe ,,les a vous"; le lab. naiikiket ou 
& auffi naroikikek, felon les varietes. Le conditionnel a generalemem 
la meme forme que 1'imparfait, fauf la terminaifon. Puifque nous 
n'avons pas encore rencontre ces flexions,, nous preferons laifler ce 
temps en blanc. 

IMPfeRATlF. 

bn. lab. foul. 



SU BJONCTI F. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g lu P- 

'Dit^ayadan 'Dit^ai^kiadadn 

T)it^ayan Ttit^ai^kiadn 

'Dir^ai^kiagnn 



L'imperatif & le fubjondlif derivent de e\an. Le prefent de Tindi- 
catif deiahat, fuivi de la conjondlion n )} C[UQ }) , a donne en foul. 
diiayadan ,,que je Tale a toi'% avec mutation reguliere de h en y; & 
die^aadan, guip, 5 avec elifion de h. Puifque le pluriel de 1'accufatif 
eft indique par it (deceit, ace. fing. fait dit-^at ace. plur.)^ di^ayadan 
(pour deiayadan) eft devenu ditiayadan, & die^aadan aurait du faire 
dit ou ditt^aadan; mais le guip. a introduit en fus le figne de plu- 
ralite iki, & la i re perfonne s'analyfe ainfi : d-itia-^ki-h-t-n ; le h eft 
devenu y & le t d . Les deux a dans la fyllabe finale nous paraifTent 
etre une erreur. 

Nous laifTons le bn. &le lab. en blanc, ignorant quelles ont ete 
les influences phonetiques ; mais la forme primitive, comme nous 
L'avons dit, doit avoir ete ditiaadan, de d-itia-h-t-n. 



IMPARFA1T. 

bn. lab. foul. 



Lit^ayan 

Ginit^aycin 

Lit^ayen 

Le gulp, nous femble avoir un i de trop. L'imparfait avec Face. 
fing. nieiaan eft bien forme 5 n-ie^a-h-an dont le h efl elide. Cette 
flexion aurait du etre, pour exprimer Faccufatif pluriel : n-itia--{ki-h-an 

ou n 



FOTENT1EL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. 



r Dii\akeyat 

T)it'[akek 

< Dit^akeyagu Ginii^ai^kikek 



Le guipuzcoan eft encore irregulier; bien que longue^ la flexion 
ne dit pas tout. Elle doit contenir : d-ir{a-ik-h-ke-t , ce qui donne, 
en admettant la meme mutation de h eny, qui s'ecritr; ditiaikiaket 
ou dit[cqkikeyai en pia^ant ke apres h. 

La i re perf. plur. eft tout-a-fait fautive; le fujet reprefente par g 
n'eft pas a fa place; le d eft initial dans toutes les flexions du prefent 
des verbes aclifs; il aurait fallu : dit-{aikiakegu ou dir^aikiaguke. Le h, 
feul reprefentant connu jufqu'ici de la 2 me perf. fing.,, a donne lieu 
a bien des erreurs. 

La 3 me perf. eft reguliere, d-it 
comme ecrit Larramendi. 

Le fouletin eft regulier. 



326 

CONDITION NEL (imparfait autrefois). 
bn. lab. foul. g u ^P- 



Lit^akek Lii^ai^kikek 

Ginit\akek Genit^ai^kikek 



Toutes ces flexions font corredes; la i re perf. guipuzcoane eft 
formee de n-itia-^ki-ke-h, & le h final durci en k. 



IMPARFAIT. 



- L'imparfait eft forme du conditionnel en ajoutant an; le k final 
s'elide : nit^akcyan, -(itiafeyan, &c. 



N 7. 
le a vous 

IN D I CAT I F. 
PRESENT. 

Forme primitive bifcaienne. 



Varoat-^ugu 
'Daroat-^ue 

nav. efp. bn. lab. foul. g u ^P- 

VaroT^ut f Drau^ui 'Daut^ut 

'Daroi^u 'Drau^ii "Daut^u 

T^QYOifuFii < Drciu7Vfl r u r Daut7u&u 

L D It? ID 

Varot^ue 'Drau^uie 'Daut^me Vei^uye 



3*7 

Ces flexions peuvent fe pafler de commentaire. La i re perf. eft 
formee de d-aro-^u-t ^je-vous-ai-le^ & ainsi de fuite. 

Ligarrague_, autant que nous fachions^ ne fe fert, dans le Nouveau 
Teftament, du fingulier (hi) <5c du pluriei de la 2 me perfonne ; il n'y 
avait pas lieu d'employer un fingulier honorifique. Ainfi drau^ut ne 
s'y trouvera probablement pas. Mais en parlant a la reine, il die : 
ZN^pla eguin eta eguhen-ere baitraucagu. TSaitraucagu eft bai-drauka^u. 

Les anciennes formes fouletines deriiut, derail, &c.^ fe retrouvent 
dans le Prone fouletin de 1676. 



1MPARFA1T. 



Forme primitive bifca'ienne. 



Eroar{un 

Geroai^un 

Eroai^uen 



nav. efp. bn. 

t^arotiun 
Zarot^un 
Zarotiugun 
Zarot^uten 



foul. 



gup 



lab. 



t^aut{un 

Zaut^un Zei^un Zi^un 

Ginautfun Genei^un Gini-pin 

Zaut^uten Zei^ien Zipten 



Ce temps eft forme comme ttmparfait de la conjugaifon ,,le a 
toi"; feulement le k eft ici {H, ou comme quelques dialedes difenc 
q (i). La 3 me perf. foul, ^ei-^en eft pour leiiuyen, pour lei^uten. Le 
nav. efp. ^aror(ugun devrait etre garorpin. 



(i) T\ pour | fe rencontre tres fouvent. Comparez 1'imparfait de i\an. 



?28 



nav. efp. bn. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

lab. 



foul. 



guip. 



Zaror^ukere 



Laroiiuke 

Ginarotiuke 

Larot-[ukete 



Geneike^u. 
Leikeiie 



(i) 
Ginike^u 



l) 



Dans la conjugaifon .,,11 a toi'^ le conditionnel a generalement ke 
intercaie & le pronom accufatif fuffixe; ici c'eft le contraire 5 excepte 
en fouletin; dans ce dialecle on dit neikek, n-ei-ke-k; & neike-[u 
neike^iu. Les autres dialedles difent n-aro~iu-ke, &c. L'imparfait 
labourdin nautiun peut faire conclure a un conditionnel 



Comparez le conditionnei de la conjugaifon ,,le a moi". Axular 
ecrit leratfukc; p. ex. eman l>alerar{u, p. 235. Zarotiuguke efl mal 
forme ; ii aurait fallu g, le fujet^ au commencement de la flexion 5 
i! en efl de meme dans la conjugaifon fuivante. 



bn. 



1MPERAT1F. 

lab. foul. 



guip. 



bn. 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

lab. foul. 



gup. 



'Di^a^ugun 







(i) Auffi likeyu & likefute. 
(a) Luc vi, 31. 



IMPARFAIT. 

bn. lab. foul. g u ^P- 



Zeiaki-pin Liia~{un Zie^un 

Gine~{aki^un Ginvyrfvn Ginie-^a^un 
Ze^aki^uien Li^a^ien Zie^uren 



L'imperatif & le fubjondtif font formes de e^an. Comparez les 
temps correfpondants de la conjugaifon ,,le a toi"; ils font tous 
pareils, mais ici il y a partout ^u pour h. 

Axular ecrit liaia^iiren^ p. 89,, & dia-[aiu:en } 79. Haramburu, eman 
dia^aim, avec a, felon la regle^ pour e. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. 



f Die^a-[uke 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



( I ) Li^ake^u Zie^uke (2) 

Gini^ahe^u Ginie^a^uke 
Li^dke-^e Zie^ukere (2) 



IMPARFAIT. 



(1) Manuel, p. 113. 

(2) Selon Larramendi aufTi : lie^afuke & liffifpiketc. Ce ferait au fond la forme correfte 
pour le conditionnel, dont la j me perf. a toujours un / pour initiale. Mais Larramendi ecrit 
partout ailleurs, dans le potentiel, f. 



Lc potentiel eft le potentiel de e^an (voir cet auxiliaire). On pent 
aufli comparer la conjugaifon ,,le a toi". Vieiaiuket eft forme de 



Le fouietin place ke apres e^a. 

Le labourdin di^aki^uket efl legerement corrompu; il s'y trouve la 
fyllabe hi, qui ne devrait pas y etre. II paraic qu'elle n'y eft pas tou- 
jours, puifque nous trouvons le conditionnel lie-yifuke , fans ki, dans 
le Manuel bafque, p. 113- 

L'imparfait eft forme du conditionnel en ajoutant la terminal- 
fon an. 

Selon M. Inchaufpe (verbe bafque,, p. foi)^ il faudrait : nieiaki- 
lukean, lab., avec la fyllabe hi. Mais nous trouvons dans le Manuel (i) 
les flexions comme nous les donnons, & qui font evidemment plus 
correcfles. Nous avons difcute ces formes labourdines aii paragraphe 
fur la conjugaifon ,,le a mor" (voir le fubjonctif & le potentiel). 



nav. efp. bn. 



N 8. 
les a vous 

I ND I C AT I F. 
PRfeSENT. 

lab. 



f Drau^ki-[ut 



foul. 

'Deirpit 

'Deir^u 



T>aitime Veit^uye 



IMPARFAIT. 



Zaro-(kir[un Zai-^ki^un Zait^un Zeit^un 

Zaro-^ku^ugun Ginai^ki^un Ginaii^un Geneirptn 
Zaro~ikii{uten Zai-fii^ujen Zait^uren Zeit^ien 



(i) Guide ou Manuel de la Converfjtion (fans nom d'auteur), Bayonne, 1861 



Ces temps font les memes que ceux avec 1'accufatif fingulier 
inherent; feulement chaque dialecte a introduit le figne de pluralite 
qui lui efl propre. Les dialecles navarrais & le guipuzcoan, & auffi 
le labourdin, intercalent -[ki; les dialecles labourdin & fouletin t; 
le labourdin change en outre le u radical en z, ou peut-etre le i efl 
ce qui refte de \ki. De la Vieuxville, lab., ecrit daroikif[ut. 

En guip. diikifiut, &C., eft quelquefois contracle en diirpit, di^u, 
diitrugu, divine, fans le ki, ce qui forme le chainon entre les dia- 
lecles lab. & foul, d'un cote^ & lab. ancien & nav. de 1'autre. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul. 



Laro^kh^ukeie Lei^kei^e 



IMPARFAIT. 

Ce temps eft forme du prefent, en ajoutant la terminaifon an. 
Comparez les temps de la conjugaifon ,,le a vous". 

IMPfeRATIF. 

bn. lab. foul. g u *P- 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 



*Dier^ar(udan 

e Diei-{ai^un 

'Diei^ar^ugun 'Ditfatptgim *Dier{ar{kir(ugun 

t DicrfQT[uten 



I MPARFA IT. 

bn. lab. foul. 



gup. 



Ginet\akii~{un Ginit^at^un 
Zer^akit^uten 



Comparez Fimperatif & le fubjonclif des conjugaifons ,,le a 
vous", > 3 le a toi". La flexion primitive ditiaiut avec la conjonclion 
n, donne ditia-{udan. De meme qull a ete intercaie dans le prefent de 
Tindicatif un t fuperflu., a ce qu'on dirait : diikitiut, puifque 
fuffifait (le bn. n'a pas le r),, il a ete intercaie aufli ici un t: 
dan. Le guip. n'avait pas encore aflfez & a intercaie \ki. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P- 



'Ditfa.'jkirfukeie 

CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



Ginii^aket^u 



I MPAR FAIT. 



333 

Comparez le potentiel de la conjugaifon precedence; ce font les 
memes flexions, avec les fignes de pluralite intercales. Larramendi 
cite la forme labourdine comme variante guipuzcoane; il y ecrit un i 
de plus : dit^ai-(kit^uket. Nous avons deja difcute la fyllabe ki, intro- 
duite dans les flexions guip. & lab., en parlant du potentiel avec le 
fingulier ,,le a vous". Le prefent de 1'indicatif de la conjugaifon 
primitive eft deceit avec le fingulier ,,le" ,,je le puis" & dit^at ,,je 
les puis". Le prefent de 1'optatif eft ditiaket, & avec ^it: ditiake-[ut 
ou ditfafuket . Le fouletin eft regulier. 



N 9. 

2 me perfonne du pluriel, au datif, 

remplagant la 2 me perfonne du pluriel employee pour le fingulier 

honorifique. 

Quand fu ,,,vous" a ete employe comme un fingulier honorifique, 
il a faliu former un pluriel de ^u qui eft ^uek (i). Par confequent la 
flexion ou le pronom ^u fe trouve a du etre changee auffi, & darot^ut^ 
ou di-[uiy &c., eft devenu darotiuet, difutet, &C. On a pris lefigne de 
pluralite te, & on Ta ajoute a ^u; p. ex. di^u ,,il vous a 55 (aujourd'hui 
,,ii t a'^), eft devenu dilute. Ce t eft feulement conferve en guipuz- 
coan; dans les dialedes lab. & bn. il s'efl perdu & le e eft refte; 
darotiu ,,il vous z" eft devenu daroiiue. 'Daroi^ut eft devenu daroi^uet 
pour darot^utet. En fouletin le figne de pluralite te a ete elide, & 
Thiatus qui en a ete la confequence, a ete evite en intercalant y; 
ainfi : ,,ils vous ont" correfpond a deifuye, fouletin. Ce uye eft 
devenu ie en fouletin, & c'eft ainfi qu'on ecrit du^ie ,,vous Tavez" 
pour du^ue y pour dilute. On dirait que ei a ete confidere comme 
etant le pluriel de ue. 

II fuflira de donner les premieres perfonnes. 

(i) Voir les pronoms perfonnels. 



334 

INDICATIF. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul, 

r 'Drau^uet 'Daut^uet "Deiiiet 



IMPARFAIT. 

V^eraut^uen V^aui^uen tT^ei^ien 
CONDITIONNEL. 



1MPERATIF. 

bn. lab. foul. 



SUBJONCT1F. 
PRESENT. . 

'Di^tquedan e Di\a^ued.an 

IMPARFAIT. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



IMPARFAIT. 



Si Taccufatif eft pluriel ^je les a vous" on intercale fki en gui- 
puzcoan & bas-navarrais di-(k(^uiei ,,]e les a vous", en nav. efp. 
darofkitiuet ; en lab., en changeant le u radical en i } daui^uet devient 
daitpiet; en fouletin & bn._, en intercalant r, dei^iet devient deit-(iet. 
fuey barka diei^uen $uen faltac. Marc xi, 2y. ,,Qu'il vous pardonne 
vos peches 33 . 



N 10. 
le a lui 

I N D I C AT 1 F. 
PRESENT. 

Forme primitive bifcaYenne. 

Varoakot 

Varoakok 

Varoako 

Varoakogu 

Varoako^u 

Varoakoe 



nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


guip. 


'Darokat 


Vraukat 


Vakot 


T)eyot 


Vlot 


Varokak 


Ttraukak 


Vakok 


'Deyok 


Vlok 


Varoka 


Vrauka 


Vako 


Veyo 


T)io 


Varokagu 


Vraukagu 


Vakogu 


Veyogu 


Vlogu 


Varoka^u 


Draukerfu 


Vako^u 


Veyo-^u 


Via-p 


Varokate 


Vraukate 


Vakore 


Veyoe 


Viore 



La i re perfonne daroakot, bifc._, eft formee de d-eroa-ho-t (i) 
^je-lui-theme-le, en lifant a rebours. La ferie de variances efl com 



(i) Ch. xi, 3. 



336 

plete : arOj ero } ara, erau, rau : darokat, deraukat, draukat, & apres la 
chute de r dans certains dialecles : dakot; & apres la chute regulicre 
de k medial deyot , fouletin, avec y pour eviter Thiatus. Ce deyot s'eft 
contradle en diot, guipuzcoan. Le bn. daracogu (Prone de Feglife 
d'Arbonne), forme un chainon entre le bn. que nous citons & le 
labourdin. 

Le fouletin avait encore, en 1676 (v. le Prone fouletin)^ derot = 
deyot <3c derio = deyo, &, dans le xvi e fiecle, deraut. 

Si nous n'avions pas tous les chainons intermediaires, il aurait 
ete rifque de relier diot a daroakot; mais il nous femble qu'il n'y a 
point de place pour le doute a ce fujet. 

Ici, comme dans routes les conjugaifons, nous avons donne la 
veritable 2 me perf. fing., c'efl-a-dire celle qui eft confideree comme 
appartenant au traitement familier. Vraukak, bn., par confequent fe 
trouverait relegue dans cette conjugaifon-la comme toutes les 2 mes 
perf. fing. que nous citons; tandis qu'on voit par fa forme & par 
fa fignification, que cette flexion a du etre, a Torigine^ oil nous 
la pla9ons. Excepte dans cette deuxieme perfonne , la forme 
familiere eft indiquee par le mouillement, & >Je le lui ai" eft rendu 
par diarocar (Matth. vin, 9). (,,Tu le lui as" eft draukak}-, la 3 me 
perf. 3 ,il le lui a" eft diraukak (l Cor. xv,, 58), & diraukan (Luc I, 
32). Nous ne nous expliquons pas pourquoi Li9arrague ecrit le theme 
de la i re perfonne iaro 6c celui de la 3 me perfonne irau. 



IMPARFAIT. 

Forme primitive bifcaienne. 

^eroakon 

Eroakoan 

Eroakon 

Geroakon 

Zeroakon 

Eroakoen 



nav. efp. 

ZN^arokan 

z/Lrokan 

Zarokan 

Zarokagun 

Zaroka^un 

Zarokaien 



337 

bn. lab. 

ZN^eraukan &(\ikon 

Heraukan Hakon 

Zeraukan Zakon 

Generaukan Ginakon 

Zeneraukan Zinakon 

Zeraukaten Zakoten 



foul. 



guip. 



ZHjtyon 
Heyon 
Zeyon 
Geneyon 



Ion 
Zion 
Ginion 
Zeneyon Zinion 
Zeyoen Zioten 



Nous citons le nav. efp. d'apres Larramendi (Arte, p. nf). II 
eft poflible que la i re perf. plur. ^arokagun foit en ufage, mais elle 
n'eft pas corredle. Le pronom fujet doit etre prefixe a la flexion. La 
2 me perf. fing. n'eft pas donnee par Larramendi,, mais il n'y avait 
aucun rifque a la reconftruire ; cependant nous voulons en avertir le 
lecleur. Ce temps offre les memes variantes thematiques que le 
prefent, & la mme mutation de h en k & de h en y. Nous citons 
la variete labourdine nakon, furtout comme un echantillon de la 
contraction que quelques flexions ont eprouvee. Axular ecrit encore 
le theme erau, Chourio aro; ce theme s'efl reduit ici a la voyelle a. 
&Qikon eit forme de n-a-ho-an pour n-erau-ho-an. En fouletin il eft 
refle e de erau & le h s'efl change en y : neyon, & en guipuzcoan le e 
Sc le y fe font refolus en i : nion. 

Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fingulier honorifique 
on a forme ^eneraukaten, bn. } '{inakoten, lab., \eney r oen, foul., 
ten, guip. 



CONDITIONNEL. 
Forme primitive bifcaienne. 

S^eroakio 

Eroakiok 

Leroakio 

Geroakio 

Zeroakio 

Leroakioe 



22 



338 

nav. efp. bn. lab. foul. guip. 



Hioke 


Heiko 


loke 


Lioke 


Leiho 


Lioke 


Ginioke 


Geneiko 


Ginioke 


Zinioke 


Zeneiko 


Zinioke 


Liokete 


Leikoye 


Liokete 



Nous avons admis pour Fimparfait la variete labourdine nakon, 
qui montre d'une fac^on plus claire & plus complete les varietes des 
dialectes; ce nakon fait conclure a un conditionnel nakoke ou nayoke, 
puifque k medial n'eft pas tolere, & comme le ke eft quelquefois 
intercale au lieu de fuffixe : nakeyo. Mais cette forme ne fe trouve 
pas, jufqu'a prefent; on trouve nioke, ce qui donne pour Timparfait 
nion exadement comme le guipuzcoan., & c'efl cette variete que cite 
M. Inchaufpe dans fon ^Verbe". 

La forme corrompue fouletine neiko, &c._, ne s'explique pas bien. 

Quand on voit qu'Axular (i) ecrivait encore, il y a deux fiecles: 
feneraukayo (ceneraukayoj ,_,vous le lui auriez'% & que Ton ecrit au- 
jourd'hui itnioke, il faut avouer que le bafque eft en voie de fe 
corrompre d'une fa^on deplorable. 

Zeneraukayo fera aufli la forme bn., car Timparfait eft neraukan. 

IMPERATIF. 

bn. lab. foul. g u ^P- 

zAkok l~{pk Zayok 

WTO %i-{ayo (2) 

(5) IIPIU Zayofu 

Hi^oe Tti^ayote (2) 



(1) ..... Nahi feneraukayo ^uk gaichtoena bulkatu? Gueroco guero, p. 45, n. d. i8j, 
a. ed. ,,Auriez-vous voulu frapper le plus mechant? 

(2) Selon Larramendi bio^a &. bio^ate ; Arte, p. 113. 

(3) Axular, fafofu, Didt. f. v. ibilli. 






L'imperatif eft forme de^a/z. 

Le gulp, a perdu, comme dans tous les imperatifs, le e initial; 
le h a etc convert! en y (voir ch. xi, 3), & le h final s'eft durci 
en k: eia-ho-h = eiayok. Les 3 me * perfonnes font celies qui font 
citees par Lardizabal (voir la note 2, p. 338). Les autres dialecles 
fe fontun peu corrompus; le fouletin i^ok eft pour e^a-o-k; ce dia- 
ledle ecrit partout i pour e. Dans le labourdin akok, le k medial 
provient de 1'A de /z0; mais a pour e\a eft une contraction violente. 



bn. 



'Die^on 



S U B J O N CT I F. 
PRESENT. 

lab. foul. 



Veion 
Ve^ogun 



Ue^oten 



Vi^oyan 

Vi^on 

Vi^ogun 



Vi^oen 



guip. 

Vio-^aan 
Vio^agun 



IMPARFAIT. 



Lie^on 



Lie^pien 



He^on 

Ze^on 

Gine^on 

Zineion 

Ze-^oien 



Hi^on 
Liipn 



Zini^on 
Li^oen 



lo^an 

Zio^an 

Ginio^an 

Zinio^an 

Zio\aten 



Le fubjonclif eft forme de e^an. 

Les flexions du prefent ont un peu foutfert. Nous avons vu (voir 
le verbe e^an) que la flexion primitive du prefent de Findicatif eft 
de^akot ou de\ayot 3 ce qui donne,, en fuffixant la conjoncflion n ,>que", 
. Le dialecle guipuzcoan s'eft le mieux confervejil y a eu 



ici hyperthefe. Le lab. n'a pas le i, qu'on retrouve generalement 
dans les temps du fubjondif, comme ici en foul. & guip. Axular 
ecrit : merest du hain bert^e ohore eman die^p^im, p. 207, c'efl-a-dire 
avec Tinitiale mouillee die & non de. 

Les autres dialecles ont plus fouffert; de^ayodan a perdu le y & 
]e a: de^odan. 

Nous ignorons fi en labourdin le h s'eft durci en k, mais nous 
ecrivons de^okan, puifque ce dialedle parait preferer le k. 

L'imparfait s'eft tout autant corrompu. Larramendi cite heureufe- 
ment une variante d'une grande valeur : nie^agon^ finie^agon, ^ieia- 
gon, genieiagon, &c. En changeant le g en /< nous avons la forme 
correcte^ primitive : n-e^a-ko-n. 



bn. 



POTENTIEL 
PRESENT. 

lab. foul. 

Di^akiot 

Vi^akiok 



T^i^akioye 



guip. 
Vio^aket 



Vioiake 

'Dioyaguke 

'Dio^ake^u 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



Hi^akio 
Li^akw 
Gini^akio 
Zini^akio 



lo^ake 



Gihio^ake 
Zinio^ake 



IMPARFAIT. 



54* 

Le potentiel eft forme du potentiel, ou, plus correclement, eft 
le potentiel de e^an. Comp. cet auxiliaire. La forme primitive de la 
i re perf. eft : d-e^a-ho-ke-t ou deyahoket, & apres mutation de h zny: 
deiayoket. Le foul. & bn. placent he apres le theme: d-e^a-he-ho-i 
ou deiakeyot. Enguip. il y a eu hyper thefe & deiayo eft devenu dio\a 
(pour dey&yi). 

Le labourdin a intercale hi (voir ce que nous avons dit par rapport 
a cette fyllabe, en analyfant le fubjonctif de la conjugaifon ,,le a 
moi"); fans cela ces flexions font regulieres; deiakioket eft forme 
de d-eia-ki-ho-ke-t . Le ki eft de trop. L'imparfait eft forme du con- 
ditionnel en y ajoutant an, ce qui prefuppofe un conditionnel lab. 
ni^akioke, &c. 

Le fouletin ajoute fimplement n & ecrit neiakion, tandis que le 
conditionnel eft nitakio, irregularite inutile^ dirait-on. 

La 3 me perfonne s'ecrit auffi en guip. avec /. (Voir la note 2 du 
temps correfpondant de la conjugaifon ,,le a vous".) 



N ii. 
les a lui 

IND 1C ATI F. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul. guip. 

Draught Vaiikot Veitiot Vio^at 

T>rau-[kio 



? Veitioe Violate 

Les variantes font nombreufes dans tous les dialecles; les formes 
font flottantes; un dialedle a influence Tautre, a ce quil femble; les 
varietes font melees, dans le meme temps on trouve les fignes de 



pluralite \k & r^. Nous donnerons comme echantillon les variantes 
de la i re perfonrie ,Je les ai a lui". 

nav. efp. bn. lab. g ul P- foul. 

Varor^at Urautiat 
'Deraui^at Vrau^kat 



'Diraut^ai 

Uaroikigu T^irau^kit 



Les varietes nav. efp, font donnees par Larramendi & Lardizabal; 
celles du bn. fe trouvent chez Li^arrague, du moins les 3 mes per- 
fonnes; la premiere variete dans Matth. iv, 85 la feconde dans 
Jean v,, 30; la troifieme dans I Cor. xv, 28; les autres fe trouvent 
dans le Prone d'Arbonne (i). Nous citons le labourdin d'apres 
M. Inchaufpe, & d'apres le Manuel (fans nom d'auteur, Bayonne 
1861). Les anciennes formes labourdines dont Axular, Haramburu, 
Chourio^ &c. fe fervent^ fe rapprochent des varietes navarraifes; le 
theme eft generalement erau, arau, aro & n'a rien d'obfcur. Le gui- 
puzcoan eft pris chez Larramendi (voir fon Arte^ & le Dice.,, p. xxvi, 
ed. Zuaza^ & p. xxx,, ed. orig.). 

Les flexions navarraifes peuvent fe paffer d'explication ; la variete 
daroikiot eft tout-a-fait pure; les parties conflituantes primitives etant 
d-ero-ik-yo-t (v. ch. xi, 3 & 4). 

Le lab. & le guip. s'expliquent reciproquement 5 1'un & 1'autre 
de ces dialedles ont ^k & t^ comme fignes de pluralite; il nous 
femble que dai^kot doit s'analyfer ainfi : d-ai-^-ko-t. Nous avons vu 
dans la conjugaifon _,,les a moi" que le figne de pluraiite r{ perd 
le t quand un autre i fuit; daiftak eft pour dair^iak de d-ai-t^-t-k. 
Nous croyons remarquer le meme phenomene quand k fuit; ko eft 
ici pour ho, mutation qui n'eft pas rare en labourdin. Le fouietin a 

(i) Formulaire de 'Prone, reedite par le prince Bonaparte. 



autfi le figne de pluralite t^, mais, comme toujours, a elide le h de 
ho: deit^oi de d-ei-t-^-ho-t . Le labourdin dakot (ace. fing.) eft done 
devenu dai^koi (ace. plur.). Mais d'oii vient le i? Le guipuzcoan & le 
Ibuletin ont generalement change I'lnitiale du theme e en i; m?a pri- 
mitif, qui eft erau en nav., & jr^M ou erau ancien fouletin, eft devenu 
eri, puis ei en fouletin., puis i en guipuzcoan. Toutes les variances 
guipuzcoanes ont cet i, & il nous femble que dio^kat (=diau-[kat = 
dirau^kaf=iderau'\kai) a donne par hyperthefe la forme daiykot. II 
etait interefTant de rechercher Torigine de cet i; mais Tenfemble des 
faits eft afTez bien etabli^ croyons-nous, pour que ce detail, s'il n'efl 
pas jufle,, n'ebrante en rien Fexadtitude de notre theorie. 



nav 



.efp. 



Zarot^an 
Zaror^agun 
Zaroi^ayun 
Zarot^aren 



IMPARFAIT. 

lab. foul, 



guip. 



bn. 



Zeraut^an 



Zerautiaten Zaii/wren Zeii-{oen Zioifiaien 



Zai^kon 
Giriaifkon 


Zeit^on 
Geneii~{pn 


lo^kan 
Zio^kan 
Ginio^kan 



Le prefent explique 1'imparfait., quant aux changements que le 
theme a eprouves; toutes les flexions font formees regulierement,, 
excepte la i re & la 2 me perf. du plur. du dialedle nav. efp. Comp. 
i'imparfait de la conjugaifon ^le a lui'\ 



nav. efp. 



Zaro^kiohe 
Zaro^kioguke 
Zaro^kio^uke 
Zaro^jkiokete 



CON DITIONN EL. 

bn. lab. foul. 



guip. 



Hior^ake 


Hei-[ko 


lo^kake 


Liotiake 


Leifko 


Lio^kake 


Giniotiahe 


Genei^ko 


Ginioikake 


Zinioi^ake 


Zenei-[ko 


Zinio^kake 


Liotiake te 


Lei-[koye 


Lioikateke 



344 



Nous citons le temps nav. efp., que Larramendi ne donne pas, 
d'apres Lardizabal. ^aroikioke prefuppofe un imparfait naroikion, 
<3c auffi un prefent daro^kioij & ce font la les temps donnes par 
Lardizabal. Nous avoris donne darot^at, prefent,, & naroi-{an, impar- 
fait,, d'apres Larramendi 5 ce qui donnerait, par confequent, un 
conditionnel naroi^ake, <5cc. t/^aro^kioke eft fans doute une forme 
plus complete (ce qui ne veut pas dire qu'elle eft plus ufitee), puif- 
qu'elle contient io pour yo ,,a lui". Cette flexion eft formee de 
n-aro-ik-io-ke. La 2 me perf. fing. eft formee par analogic avec 
les autres dialecftes; Lardizabal ne la cite pas. Comparez 1'impar- 
fait de la conjugaifon ,,le a lui". 

Axular ecrit^ page 24 : Hala Jainkoak nahi i^an balu, eman ^erau^- 
kayon. ,,,Amfi Dieu, s'il 1'eut voulu, aurait donne... (les a lui) 5> . 
Puifque Tauxiliaire du pafle du conditionnel eft le meme que 
celui du prefent, fauf le n caracleriftique du pafle, il n'y a qu'a 
retrancher ici le n: ^erau^kayo eft done le prefent., forme de ^-erau- 



Puifque Timparfait bn. eft neraui^an } 6cc., on peut en conclure que 
le conditionne) eft neraui^ake. N'ayant pas encore trouve cette flexion, 
nous avons prefere ne pas la placer dans le tableau. 

La lab. niot^ake, &c., fait prefuppofer un imparfait de Tindicatif 
niot^an, & un prefent dior^aty qui tous les deux exiftent (voir le 
prefent). Le theme de Timparfait, qui eft generalement aufli celui 
du conditionnel, ne 1'eft pas cette fois-ci. L'imparfait nai^kon ferait 
conclure a un conditionnel naiiko-ke, ou, en intercalant ke ; nai^- 
keyo avec mutation de k en y; mais cette forme ne fe trouve pas, 
autant que nous fachions, en labourdin; on la retrouve dans le fou- 
letin jiei^ko. Comp. le conditionnel ,,le a lui". Comme Timparfait 
guip. eft mo^kcm, le conditionnel eft nio^ka-ke. Ce temps n'oflfre rien 
d'obfcur. 



34f 

IMPERATIF. 

bn. lab. foul. 



. g ul P- 

c4ilkok hiok Zayoikak(l) 

Wr^p Si 



L'imperatif eft forme de e\an. Comparez le temps correfpondant 
,,lealui". 

Le guip. a perdu le e initial; la forme complete ferait iei-^a-yo-h. 
Les autres diaiecles fe font fortement corrompus. 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P' 



Vir^ogun 
Vletiojoten Verioten 



Le fubjondlif eft forme de e^an; le pluriel de Tobjet eft exprime 
par it; de^qyot eft devenu dif[ayot & dit^ayoi + n> dlt^ayodan. II y a 
ici les memes elifions que dans la conjugaifon precedente. Le guip. a 
ajoute le figne de pluralite fupplementaire ^k; le i dans fail e ^ 
obfcur & parait fautif. 



(i) Ou fotyb'ol, yaifootfu. (v. Larramendi, Arte, p. 117). Ces formes expliquent le 
labourdin ai^kok. Zai^kiok eft pour 



346 



IMPARFAIT. 

bn. lab. foul. 



guip 



Hei^on Hiffpn 

Zer^on Litton Ziot^ai^kan 

Ginei^on Ginii-{pn 



: Zinition 

Liet-(oten Zei^pien Lit^oen 

L'imparfait de Tindicatif etait primitivement nit^ayon, de n-zqa- 
ho-n. La conjonftion n ne change rien a la forme ; il y a eu aflimi- 
lation. Le guip. a introduit le figne de pluralice ^ki: n-it^a-^ki-ho-n 
ou nitiaikiyon, & aujourd'hui par hyperthefe 



POTENT IEL. 

tr 

PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ip- 

"Dii^akiot 



iokegu Vit^akiogu 
ioke-[u Vitiakiot^u 
Vir^a^kiokete Uiriakioye 'Dit^ai^hiotehe 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
tHj.f{ctkio 



Lit^akio Zu^ai^kioke 

Ginit^akio Ginit^ai^kioke 



Lir^akioye 



347 

IMPARFAIT. 

lab. foul. 



guip. 



bn. 



Le potentiel efl celui de e\an. Comparez la conjugaifon ,,le a 
lui" ou nous avons parle de rintroduftion de hi. Le bn. efl regulier, 
fans ki. Vieiakeo efl forme de </-qa-(pour itia)-ke-o. Ke-o efl pour 
ke-yo (i). 

N 12. 
le a eux 

I NDICATIF. 
PRESENT. 

Forme primitive bifca'ienne. 

Varoakoet 
Varoakoek 
'Daroakoe 
TDaroakoegu 



T)aroakoee 



nav. efp. bn. lab. foul. 

Varokaret Vrauet Vioret Vejet 

Varokatek Viorek Veyek 

Varokate Vraue Viore, daroe Veye 

Varokategu Vrauegu Viotegu Veyegu 

Varokate^u Vrauegu Viotegu Veye^u 

Verokatere Vraute Viore Veyie 



"Diet 

Viek 

Vie 

Viegu 

Vie^u 

Viere 



(i) Matth. in, 9. Ch. xi, 



348 

Nous avons pris les flexions du nav. efp. chez Lardizabal (Gram., 
p. 27)5 elles font formees regulierement : d-aro-ka pour *ko-te-t . Le 
t, figne de pluralite, s'eft conferve en nav. efp. & en lab. Dans 
les autres dialectes il s'eft perdu; le e de liaifon eft refte; p. ex. 
drauet, bn., pour drautet. Le h (ho) de la 3 me perfonne s'eft durci 
en nav. efp., comme en bifcai'en, & a ete elide dans les autres 
dialecles. Le fouletin, ne tolerant pas rhiatus, a intercale le y, 
felon rhabitude, & a perdu, comme le lab. <3c le guip., le r; le 
fouletin, il y a deux fiecles, avait encore le r; dans le Prone 
fouletin (1676) on trouve deriet pour deyet; & Dechepare ecrit 
(ij^y) emanen darayela , 3 qu'il le leur donnera". Ttaraye = 
draue bn., avec y pour eviter rhiatus caufe par la chute du r; de 
d-eroa-ho-ie. 

Le guip. a atteint les dernieres limites de la corruption dans diet; 
fans les formes intermediaires il aurait ete impofllble de relier diet 
a daroakoet; mais il nous femble que la ferie des mutations eft com- 
plete : die g. = deye f. = derie foul. anc. = daraye foul, plus anc. 
= daroe 1. = draue bn. = daroakoe bifc. = darokate, nav. efp., qui 
eft la forme la plus pure. 

La variete lab. diotet eft aufli guipuzcoane; c'eft meme la forme 
principale donnee par Larramendi; il ne donne qu'en note diet, 
diek, &c. Nous avons cite diet, g., afin de donner une plus grande 
variete. 

Les varietes labourdines dakot ou diot }) ]Q le lui ai", ainfi que 
dayet (daiei) & dioikat ,,}e le leur ai", feraient plutot croire que le i 
dans diot & dio-{kaiei indique que ces flexions appartiennent au 
traitement familier. 'Dakot a perdu fon r & eft pour drakot (=.drau- 
kat, bn.), & fera probablement la forme refpe&ueufe ; tandis que 
diot fera la flexion du traitement familier. 

On trouve en outre les varietes guipuzcoanes & aufli labour- 
dines, dio^kat ou, .par hyperthefe, di^kiot, g. ou dai^kot, 1. ,,je les 
lui ai", & dioikatet ,,je les leur ai", deja cite plus haut, d'apres le 
Manuel, comme fignifiant ,Jele leur ai", ceci doit etre une erreur. 
Larramendi dit ,,je les leur ai'% & il a raifon ; dioikatet eft pour 
dirauikatet (en reftituant le r a la flexion), & eft forme de d-erau-^-ka 



349 



pour ho (i) te-t; en commencant par la fin, i eft le fujet ,,je"; te, 
figne de pluralite; ka, pour ho, caracleriftique de Ja 3 me perf., ^, 
figne de pluralite; erau, theme; d, accufatif. Le i fera la caraclerii- 
tique du traiteinent familier. 



IMPARFAIT. 

Forme primitive bifcaienne. 

ZN^eroakoen 

Eroahoen 

Eroakoen 

Geroakoen 

Zeroakoen 

Eroakoeen 



nav. efp. 


bn. 


lab. 


foul. 


gulp. 


S^arokaten 


U^erauen 


^ajen 


U^eyen 


S^jen 


cArokaten 


Er auen 


Hayen 


Heyen 





Zarokaten 


Zer auen 


Zayen 


Zeyen 


Zien 


Zarokategun 





Ginakoten 


Geneyen 


Ginien 


Zarokaie^un 





Zinakoten 


Zeneyen 


Zinien 


Zarokateten 


Zeraue^en 


Zayeten 


Zeyien 


Zien 



On retrouve dans 1'imparfait les memes elifions & les memes 
mutations regulieres de lettres que dans le prefent. Le nav. efp. a 
convert! le h en k & les autres dialecles en y, ou bien ils 1'ont elide. 
La i re perf. plur. du nav. efp. ^arokategun eft mal formee; le pro- 
nom-fujet eft tou jours au commencement de la flexion dans 
1'imparfait; il aurait fallu : garokaren, & pour la 2 me perf. plur. 
^arokaten. 

(i) Voir ch. xi, 3. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

Forme primitive bifcai'enne. 
^eroakioe 
Eroakioek 
Leroakioe 
Geroakioe 
Zeroakioe 
Leroakioee 



nav. efp. bn. 

S^arokateket 

c/Lrokateke 

Zarokateke 

Zarokareguke 

Zarokate^uke 

Zarokatekete 



lab. 



foul. 



Hiokete Heike 

Liokete Leike 

Giniokete Geneike 

Ziniokete Zeneike 

Lioketeye Leikeye 



guip. 

ZHjoteke 

loteke 

Lioteke 

Ginioteke 

Ziniotehe 

Lioteke 



Nous citons le nav. efp. d'apres Lardizabal, Comparez Timparfait 
yyle a lui'% pour 1'irregularite des flexions. Ici la i re perfonne eft 
aufli mal fbrmee, le t final eft de trop; le pronom-fujet ,,je" eft 
indique par n. 

Le labourdin niokete (pour nioteke) correfpond a un imparfait 
nioien & a un prefent diotet, qui exiftent tons les deux en lab. & 
en gulp. Ces deux temps peuvent fe pafler d'explication. Pour plus 
de regularite nous aurions pu citer, pour le guipuzcoan, la variete 
diotet, prefent (au lieu de diet), & nioten, imparfait (au lieu de nien)^ 
alors le conditionnel nioteke y aurait correfpondu. Mais nous avons 
prefere donner la variete diet & mien, afin de faire voir dans un 
coup d'ceil les deviations extremes de ces flexions. Comparez le 
conditionnel de la conjugaifon ^le a lui". 



IMPfcRATlF. 

bn. lab. foul. 

le^ek cAkotek I-^ek Zayek 



(i) 

I-[e-[u Zaye^u 

"Bi^eye ^i^ayeie ( i ) 



L'imperatif eft forme de e^an. La forme primitive a du etre 
e^a-ho-te-k. La caradleriftique de la 3 me perf. eft devenue yo & 
yo -j- te s'eft contradle en ye. Dans le prefent du fubjondlif yo -f- /? 
ou ^ + ^ J> en lab., eft rendu par un fimple e en fouletin. Comp. 
1'imperatif de la conjugaifon ,,le a lui", & auffi ch. xi, J, & 
ch. in, lettre h. Le lab. akotek eft remarquable; c'eft la forme pri- 
mitive moins les initiales q; le h de ho s'eft durci en k. Le guip. a 
perdu le z initial. 



SUBJONCTIF. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P* 

Tte^otedan Vi^edan 'Dioyatedan 

Ue^otekan Vi^eyan 

Tteyen Ve^oten T)i^en 

Ve-^otegun 



Ve^oreyen 

(i) Larramendi donne bie\a & bie^ate. 



1MPARFA1T. 



bn. 



Lie^en 



lab. 



foul. 



guip. 



He iot en 


Hi^en 


lo^aren 


Ze-[oten (i) 


Liien 


Zio^aren 


Gine-^oren 


Gini^en 


Ginio^aren 


Zine^oten 


Zini^en 


ZinioTdten 


Ze^oteyen 


Lie^en 


ZiOTdten 



Ces deux temps du fubjonclif font pareils a ceux de la conjugaifon 
,,le a lui'^; feulement on a intercale partout le figne de pluralire re; 
o eft devenu ore; ou bien> comme en bas-navarrais & en fouletin, on 
a ecrit e pour o. L'opinion que e eft un figne de pluralite aura 
peut-etre contribue a exprimer le pluriel d'une fa^on aufli machinaie; 
cependant il eft poflible que ce foit la tendance a contradler les 
mots qui eft caufe de ce pluriel irregulier. L'imparfait de 1'indicatif 
fe retrouve fouvent dans le N. T. de Li9arrague : lefufen err an cfecen. 
33 Jefus repondit". 



POTENTIEL. 
PRESENT. 



bn. 



lab. 

Vi^akiokeret 
Vi^akiokerek 
Vi^akiokere 
Vi^akiokeregu 



foul. 

'Diiakiet 
T>i^akiek 
Vickie 
Vi-^akiegu 



guip. 
Ttioiakeret 



'Di^akioketeye 'Di^akieye THo^akereke 



(i) Aulfi: \i-(oKeten. 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
bn. lab. foul. 



IMPARFAIT. 



Le potentiel eft le potentiel de e-[an (voir cet auxiliaire). 
Tous ces temps font pareils a ceux de la conjugaifon ,,le a lui"; 
feulement ie te, figne de pluralite (i), a ete intercale partouc. 



N 13. 
les a eux 

INDICATIF. 
PRESENT. 

nav. efp. bn. lab. foul. 

'Diot^atet 'Deit^ei 

Vrau^ek 

T)aroikate Vrau^re 
Varo^kategu 'Diotiategu Tteir^egu 



T)aroikate 'Diot^ate Veit^ee 



Le nav. efp. eft, felon Larramendi, aufli darcrfiiotet ou 
Cette variante eft plus corredle ou plus complete que Tautre; la 
caraderiflique de la 3 me perf. io, pour yo de ho (i), s'y trouve : 
d-aro-^k-io-te-t. 

Les autres dialedles indiquent le pluriel de 1'accufatif par q, dont 
il n'eft refte que le ^, apparemment parce que ; fuivait : drairpei 

(i) Voir ch. xi, 4. 



374 

& die-^iet. 'Drau^iet eft pour d-erau-tj-te-t, deraui^aiet, qui, par 
fuite du changement de /{ en ^ devient derange: ou drafter; les 
deux i (\t-te-tj fe font affimiles. Axular ecrit derau^ieiip, Haram- 
buru & de la Vieuxville ecrivent derauitegu, &c., avec le theme 
erau. 

Le lab. a perdu le r dans diot^am, ainfi que le fouletin (qui le 
poffedait encore il y a deux fiecles,, derive = deif[e y voir le Prone 
foul.), & ainfi que le guipuzcoan. Pour 1'explication de 17 en lab., 
foul. & guip., voir la conjugaifon ,,les a lui". 

On trouve chez Larramendi la variante nav. efp. daroi^am ,Je 
le leur'% & dans le Manuel de la Converfation, Bayonne 1861, la 
variante dio-{katei auffi pour ^je le leur^. Ces flexions font proba- 
blement en ufage dans cette fignification., mais Tanalyfe prouve 
qu'elles fignifient ,,je les leur". cAro eft io en lab.; t^ nav. cor- 
refpond a ^k lab. 5 ce font done les memes flexions^ formees de 
d-aro ou IO-TI ou ik-te r. Le te eft le figne de plur. du datif; ^k ou q 
celui de Faccufatif; il faut done : ^les leur' 5 3 dio^kaut doit etre une 
variante de d.ior\aiet. 

Larramendi donne aufll dio^katet & di^kioiei^ &c.> comme variances 
guipuzcoanes ,,je les leur ai 5 ^. On voit que cet auteur donne a 
dioikatet, qui eft auffi labourdin, comme nous venons de le dire, la 
veritable fignification de ,,je les leur ai". Vioikaiet s'explique faci- 
lement par diot ,,je le lui ai". Vioi, avec les deux fignes de pluralite 
^k & le, devient dio-fk-te-t ou dio^katet. 

Les autres perfonnes s'expliquent d'elies -memes. 



IMPARFAIT. 



nav. efp. bn. lab. foul. 

Vtyroyhaten V^erau^ien V^ai^ten U^eii\en 

cAroikaren Herauiren Heii^en le^ien (?) 

Zaro^katen Zerau\:en Zai^ten Zeir^en Zie^ien 

Zaro^kaiegun Ginai\koten Geneit^en Ginie^ien 

Zaro^kate^un Zinaifhotcn Zeneh^en Ziniefien 

Zaroikaten Zai^teien Zeii^eyen Zie^ten 



Ces temps font formes de ceux qui ont 1'accufatif fingulier in- 
herent & n'oflfrent aucune difficulte. Le nav. efp. prefente toujours 
les memes irregularites (voir Fimparfait , ; le a lui"). Toute la 
fyllabe caradleriflique de la 3 me perf. ko ou yo s'eft perdue, ex- 
cepte en nav. efp.; du moins on peut croire que le k de ko s'y eft 
affimile celui du figne de pluralite ^k; naroikaten eft forme de n-aro- 
ik-t-n, peut-etre pour n-erau-^k-ko-t-n^ furtout, puifqu'on trouve ko 
ecrit ka (voir ch. xi, 3). 



nav. efp. bn. 



cAro^kioteke 
Zaro-[kioteke 
Zaro^kioteguke 



Zaroikiotekete 



CONDITiONNEL. 
PRESENT. 

lab. 



foul. 



guip. 



Hiikioteke Hei^ke loikaieke 

Li-[kioteke Lei^ke Lio^haieke 

Giniikioteke Genei^ke Ginio^kateke 

Zini-fiioteke Zenei^ke Zinwfkateke 

Liikio tehee Lei^keye Lio-{kateke 



Le nav. efp. naro-(kio:ekei correfpond a 1'imparfait naroikioten & 
au prefent daroikiotet (voir le prefent). le t final eft fautif; comp. le 
conditionnel ,,jle a eux". 

L'imparfait lab. nai^eri, qui, pour correfpondre au prefent, aurait 
du etre niot^aten, n'a pas le meme theme non plus au conditionnel. 
Les variantes fe retrouvent dans d'autres dialecles; p. ex. le prefent 
lab. diotiatet aurait du etre a Timparfait niotfaten (en guip. nio^kaien 
^k pour q), & au conditionnel niotiateke. L'imparfait lab. mitten, 
que nous citons, prefuppofe un prefent daiiret, qui fe retrouve en 
fouletin avec e pour a: dei^ret. Le conditionnel lab. niikioteke, pre- 
fuppofe un imparfait ni^kioien^ & un prefent di^kicier, qui exiftent 
tous les deux (voir le prefent). CHjlkioteke eft forme den-i-ik-yo-te-ke. 

Pour 1'explication de 1'r, qui eft tout ce qui refte du theme eroa, 
voir le prefent ,,les a lui'\ 



IMPERATIF. 

bn. lab. foul. g u ^P- 

Zaye^kak 



Ttiryyc 

Limperatif eft forme de e^an. Comparez Timperatif des conju- 
gaifons ,,le a eux",, ,,l es a lui", furtout cette derniere conjugaifon 
pour la 2 me perf. fmg. en labourdin. 



SUBJONCTIF. 

PRESENT. 

bn. lab. foul. g u ^P- 

'Det^otedan e Dii'{ed.an 'Diet^ai^katedan (i) 

Ttetiorekan 'Dit^eyan 

Vet^oten 'Dit^en 

'Dirfegun 



IMPARFAIT. 



Hef{oten Hitmen 
Liet^en Zet^oten Lit^en 

Ginei^pien Ginit^en Giniot^ai^katen 

Zinet^pten Zinit^en Zinior^aifkattn 

Zet-^oteyen Liet^en 



Le fubjondif eft forme de e^an. Comparez les temps correfpon- 
dants des conjugaifons ^le a lui" 5 le a eux", les a lui". Tous ces 
temps font formes de la meme fa^on. 

* 

(i) Audi diot^ai^atedan, &c. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bn. lab. foul. g u *P 

Uitiakiet e Dioi-{ai'\kiokeiet 
Ttit^akiek f Dioi\ai^hiokeiek 



Vit^akiegu 
r Dh~ ( akie~\u 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



IMPARFAIT. 



Le potent! el eft forme de e\an. Comparez cet auxiliaire & les 
temps correfpondants des conjugaifons ^le a lui", 3 ,le a eux'% 
,,les a lui ? \ 

Le guipuzcoan, que nous citons toujours d'apres Larramendi, 
n'efl pas tout-a-fait correct; le o dans dio eil de trop. Pour plus de 
clarte^ nous donnerons Ja i re perfonne du prefent dans les quatre 
conjugaifons. 

Ces premieres perform es ont du etre : 

1 d-e^a-yo-ke-t ,,\G a lui 5 '. 

2 d-itia-iki-yo-ke-t ^les a lui". 

3 d-e^a-yo-te-ke-t ,,le a 

4 d-itia-iki-yo-te-ke-t ^ 

La i re : Accufat. - theme - datif- caracl. de Topt. - nominatif. 

La 2 me : Accufat. - theme - plur. ace. - datif- caracl. de I'opt.- 
nominatif. 

La 3 me : Accufat. - theme - datif- plur. dat. - caracl:. de Topt.- 
nominatif. 

La 4 me : Accuf. - theme - plur. ace. - dat. - plur.-dat. caracl. de 
Topt. -nominatif. 



Ceci donne : De^ayoket ; felon Larramendi : 



Veiayoreket; 
e Dir{a'{kioteket ; 








Vio^aketet. 



Puifque Larramendi ecrit ditiaikiotet, on fe ferait plutot attendu a 
ikiokeret qu'a diot^ai^kioketet. 

Le figne de pluralite du datif le a change de place avec ke, & 
kioteket efl devenu^ en labourdin aufli, kioketet. Le pluriel de Taccu- 
fatif eft indique par it, de^a fait dit^a. Zki eft le figne de pluralite 
fupplementaire. 

Le conditionnel & Timparfait s'expliquent par ce que nous venons 
de dire du prefent. 



L opiatif primhif de la conjugaifon abfolue de eroan^ conferve 
probablemem dans le poiemiel fouledn & bas-navarrais. 



Forme primitive. 
Varoaket 
Varoakek 
Varoake 
T)aroakegu 



T)aroakete 



(i) Matthieu xxvi, 61 . 
(a) Matthieu v, 26. 

(3) Matthieu xxvn, 42. 

( 4 ) Marcx, ? 8. 

(5) Matthieu ix, 15. 



POTENTIEL OU OPTATIF. 
PRESENT. 



ACCUSAT1F ,,le". 



foul. 

T)ioket ou dirot 
Diokek 

Dioke 
Viokegu 

Viokeiu ,, 

Viokeye }) 



bn. (Salab.) bn. (Ll^arrag.) 



Viror 
Ttirok 

diro 

dirogu 
diro^u 'Dirogu 
diroe Virore 



Dirot (i) 
Dirok (2) 
Diro (3) 



(4) 

Dirote (f ) 



379 

Comme nous 1'avons die, p. 287, le bifcai'en n'a pas conferve, 
autant que nous fachions, le prefent du potential de eroan, conjugue 
avec 1'objet inherent. L'imparfait fert comme conditionnel, felon 
1'habitude, & le prefent n'ayant pas d'emploi, fe fera perdu. Eroan 
donne en bifcai'en un fens frequentatif au verbe qu'il accompagne 5 
mais nous favons que ce n'efl pas le cas dans les autres dialecles. 
Varoaket eft forme de d-eroa-ke-t, & fignifie ,,je-puis-emmener-le", 
& comme auxiliaire ,,je-puis-avoir-le". C'eft dans ce fens que Ton 
trouve en fouletin & en bas-navarrais les flexions citees, & qui nous 
femblent toutes deriver de eroan. Le theme eft iro, dont le r s'efl 
perdu dans une variete fouletine. Nous ne connaifTons aucun autre 
theme auquel iro pourrait mieux fe rattacher. Ces flexions font des 
flexions auxiliaries, & le feul auxiliaire qui y correfponde eft eroan. 
La tendance de Ye initial de eroan a devenir z, eft aflez bien etablie 
par toute la conjugaifon guipuzcoane & aufli fouletine, pour ne 
pas etre admife ici. La 5 me perf. plur., formee de dioke (foul.) pour 
diroke -|- re, eft de nos jours diokeye ; mais Decheparre ecrit encore 
diroyie (Poefies, p. 45*). En foul, moderne, le r a ete elide & 1'hiatus 
a ete evite en intercalant y. En foul, ancien, k parait avoir ete elide, 
& y intercale. Le fouletin a conferve le mieux la forme primitive 5 
en bas-navarrais le caraclere modal fkej } s'eft tout-a-fait perdu, fans 
laiflfer de trace 5 mais heureufement les variantes fouletines dioket = 
diroi nous permettent de conclure a la forme diroket, avec le r d'une 
flexion & ke de 1'autre. 

Li^arrague ecrit, Matth. v, 26 : renda diroano a^quen pelata 
,,jufqu'a ce que tu puiffes rendre le dernier quatrain' ' . Viroano eil 
pour dirok-no (avec elifion reguliere de k medial) 5 & dirok efl pour 
dirokek. Le a dans diroana n'efl ? pas clair ; on dirait que c'eft le a 
thematique, ce qui nous donnerait diroakek. Bien qu'on aimerait a 
attribuer a a cette origine, il ne faut pas oublier que cette voyelle ne 
fe retrouve chez Li^arrague dans aucune des autres flexions 5 de plus 
le a eft fouvent la voyelle de liaifon dans les flexions quand n fuit. 



Forme primitive 
ZN^aroaket 



V^aroakeie 



360 



ACCUSATIF ,,me". 
foul. bn. Sal. 

ne fe trouve 

pas chez 
M. Inchauipe 
Verbe bafque ZNjrokete, nirote 



bn 



Licarrague ecrit : Chahu ahal nirok. Matth. vin, 2. ,,Tu peux me 
nettoyer". ^(jrok eft pour nirokek; la caradleriftique du mode s'eft 
perdue. tKjrokei, chez Salaberry, eft une erreur; n-iro-k-h fait 
nirokek. La 3 me perf. fing. aurait du etre niroke. 



Forme primitive 

Haroakei 
Haroake 
Haroakegu 
Haroakeie 



ACCUSATIF ,,te". 
foul. bn. Sal. 

Hiroket 

Hirokegu 

Hirokete 



bn. Lif, 
Hiroket 



Garoakek 
Garoake 
Garoake^u 
Garoakete 



ACCUSATIF ,,nOUS '. 



Zaroaket 
Zaroake 
Zaroakegu 
Zaroakete 



ACCUSATIF j,VOUS . 

Ziro^ket 



(i) Matth. vni, a. 



Les quelques flexions trouvees chez Li^arrague fuffiraient a re- 
conftruire routes les autres, ou plutot, puifqu'elles font formees 
regulierement,, il n'y a qu'a appliquer les regies de la conjugaifon 
(voir ch. xi, 9)5 mais nous avons prefere les laifler en blanc. 

La difficulte eft plus grande quand il s'agit d'expliquer Timparfait. 
Nous commen5ons par le citer. 



Forme bifc. 



(H]eroake 

Leroake 

Geroake 

Zeroake 

Leroakee 



U^eroakei 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 

ACCUSATIF ,,le". 
foul. bn. Sal. bn. 



ZT^eroakee 






Hioke 


Hiro 


_~, 


Liro, 
Gini? 


Lioke 
o, Ginioke 


Liro 
Gindiro 





Liroe 


Zinokeye 
y Lirokeye 


Zindirote 
Lirote 


Liro it e 




ACCUSATIF ,,me". 






^in 


HOy IT^jmioke 


_ 






Eroaket 
Eroake 
Eroakegu 
Eroakee 



Hindioket, Hindioi 
Hintioke, Hintio, Hindio 
Hintiokegu, Hindiogu 
Hintiokeye, Hindioye 



Geroake^ak 
Geroake^ 



Geroakee^ 



ACCUSATIF ,,nOUS 



Gintioke 
Gintiokeye 



ACCUSAT1F ,,VOUS". 

Forme bifc. foul. bn. Sal. bn. Li. 

Zeroaket 



Zeroake 

Zeroakegu 

Zeroakee 



Zimioe 



Zimiokeye 



L'imparfait eft en ufage, comme d'habitude, pour le conditionnel ; 
p. ex. \Wa hura hai\aman liroiien hit^ean. Matth. xxn, iy. ^Com- 
ment ils pourraient le prendre par fes (dans les) paroles". Liroite, 
eft fuivi de n, puifqu'on dit nola-n ,, comment que ils pourraient". 

L'imparfait avec 1'accufatif ,,le" n'eft pas plus eloigne de la 
forme primitive que ne left le prefent; leroakee pour leroakeie y <5c 
lirokeye pour lirokete n'offrent aucune difficulte, mais quand 1'accu- 
fatif eft ,,me, te, nous, vous" la flexion a un n, dont nous ignorons 
Torigine. 

En fouletin ces imparfaits ont afTez foufTert; mais heureufement 
on les retrouve dans le N. T. de Li^arrague, & nintio, fouletin, avec 
t fuivant n, ce qui eft contraire aux lois de la phonetique, & fans he, 
fe retrouvera en bas-navarrais comme nindiroke; p. ex. Sinkers 
nindiroquegue ni. Jean v, 46. 3 ,Vous croiriez en moi". Cette 
flexion qui aurait du etre nintioiu ou nintiokeiu, en fouletin, ne fe 
trouve pas dans le verbe bafque de M. Inchaufpe, du moins pas 
comme correfpondant a nindiroke^u. ^(jmiokeiu fe trouve pour la 
forme refpedlueufe, correfpondant a nimioke ,,,il me pourrait" de la 
forme indefinie. On voit une fois de plus le defaut de cette forme 
refpeclueufe, qui, comme formation bafque, eft un contre-fens. 

La fyliabe inexplicable in fe trouve deja, comme Ton voit, chez 
Li9arrague; mais nous croyons que Dechepare fait ufage de ces 
flexions fans in; p. ex. Exay gqyga ginen bayra lemacera orduyan nondc 
engana niroyen vere arte guciai (i). ,,Le mauvais ennemi viendra 
certes dans ce moment pour tenter s'il (litt. d'ou) peut me trom- 

(i) Poefies, p. io, 



per", t^iroyen eft pour niroye-n, & niroye pour niroke avec elifion 
du k, remplace par y. C^-iro-ke pour n-eroa-ke ,,(il) peut me". On 
fait que quand 1'accufatif eft ,,me, te, nous, vous", c'eft Faccufatif 
qui precede le theme; le fujet eft toujours abfent dans la 3 mc per- 
ibnne (voir ch. xi). 

Uimparfait du potentiel eft forme, comme d'habitude, du condi- 
tionnel, en ajoutant an, & nioke, foul., fait: 

S^iokian 

Hiokian 

Ziokian 

Giniokian 

Ziniohian 

Ziokeyen 

En rendant a ces flexions le r qui fe trouve encore dans la variete 
fouletine niro, &c., dont celles-ci fontformees, nous aurons, p. ex., 
la 3 me perf. plur. ^irokeren, en tenant compte de la mutation de t 
enj; ce qui nous rapproche de la forme bn. -\iroiien: Edn har bait- 
ciroiten. Marc in, 20. "Us ne pouvaient pas prendre" (le repos). 
Nous ignorons (i le i (pour y) n'eft pas peut-etre le reprefentant du 
k medial elide. Ces quelques indications demontrent fuffifamment 
que les flexions obfcures s'expliqueront plus tard. On voit deja que 
Dechepare s'eloigne moins de la forme primitive, qu'on ne le fait 
de nos jours. 



36. 

Lauxiliairc joan Caller' J . 

Le nom verbal joan fert, en bifcaien, comme auxiliaire des verbes 
frequentatifs ; p. ex. geyeneanyaio doa ,,cela arrive regulierement ou 
d'habitude". Comme tous les verbes intranfitifs, joan peut etre 
conjugue fans regime & avec un regime indirect. 



364 



INDICATIF. 

PRESENT. 



Sans 


Avec regime indired. 


regime, a moi 


a toi 


a lui 


a nous 


a vous 


a eux 


Noa 





Noatat 


Noako 





Noatzu 


Noake 


Oa 


Oat 





Oako 


Oaku 





Oake 


Doa 


Toat 


Toataa 


Toako 


Toaku 


Toatzu 


Yoake 


Goaz 





Goataaz 


Goakoz 





Goatzuz 


Goakez 


Zoaz 


Zoataz 





Zoakoz 


Zoakuz 





Zoakez 


Voaz 


Toataz 


Toataaz 


Toakoz 


Toakuz 


Toatzuz 


Toakez 


IMPARFAIT. 


Ninoian 
Inyoan 
Toian 
Ginoazan 
Zinoazan 


Inyoatan 
Toatan 

Zinotazan 


Ninyoataan Ninoakon 
Inyoakoan 
Inyoataan Toakon 
Ginyoatazan Ginoakozan 
Zinoakozan 


Ninoatzun Ninoaken 
Inyoakun Inyoaken 
Toakun Toatzun Toaken 
Ginoatzuzan Ginyoakezan 
Zinoakuzan Zinoakezan 


Toazan 


Toatazan 


Inyoatazan 


Toakozan 


Toakuzan 


Toatzuzan 


Toakezan 



Ninoake 

Inyoake 

Liyoake 

Ginoakez 

Zinoakez 

Liyoakez 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

Ninyoakek Ninoakeo Ninoakezu Ninoakeoe 

Inyoaket Inyoakeo Inyoakegu Inyoakeoe 

Liyoaket Liyoakek Liyoakeo Liyoakegu Liyoakezu Liyoakeoe 

Ginyoakezak Ginoakeoz Ginoakezuz Ginoakeoez 

Zinoakedaz Zinoakeoz Zinoakeguz Zinoakeoez 

Liyoakedaz Liyoakezak Liyoakeoz Liyoakeguz Liyoakezuz Liyoakeoez 



Le pafle du conditionnel eft forme du prefent en ajoutant an: 
ninoakean, &c. (i). 

Le prefent du conditionnel etait primitivement Timparfait du po- 
tentiel; le prefent a du etre noake, oake, doake, 6cc. 5 mais^ jufqu'a 
prefent^ nous ne Tavons pas retrouve. 



(i) Verbo vafc., p. 140. 



Ces flexions peuvent, en general, fe pafler ^explications; elles 
font formees du theme, precede du pronom-fujet & fuivi du datif; 
noako eft pour n-oa-ho. Mais celles qui ont la 2 me perf. du fingulier 
pour regime indirect,, font, comme d'habitude, irregulieres. II n'y a 
aucune raifon pour fuppofer qu'elles aient ete formees d'une autre 
maniere que toutes les autres flexions, & fpecialement que celles 
avec le pronom de la 2 me perf. plur. Si noat^u ,,je vais a vous" eft 
forme de n-oa-^u, il faut que ,,je vais a toi" foit forme de n-oa-h, 
ce qui donnerait noak. Le t dans noat^u eft evidemment une erreur, 
erreur ou variete de prononciation (t-[ pout i), qui fe retrouve fi fre- 
quemment dans la langue bafque. Ce t aura peut-etre induit en erreur 
ceux qui ont cru pouvoir faire deriver la flexion avec hi de la flexion 
avec ; car ce T, qui n'appartientni au theme, ni au pronom, fe trouve 
aufli chez Zavala dans les flexions avec hi. &oaiat eft une forme 
barbare; TI -}- oa-\-h ne peut donner que noak ,,je vais a toi". Toak 
,jil va a toi". Goak ,,nous aliens a toi", ou bien goaka^ en repetant 
le figne de pluralite. Toaka^ ,,ils vont a toi". Ainfi feraitla forme 
regultere de ces flexions. 

Les autres dialectes, du moins le guipuzcoan et le fouletin, ont 
des flexions legerement differentes. Elles ont toutes une fyllabe ki 
dans tous les temps & pour toutes les perfonnes, & echappenr, par 
cela meme, a Tanalyfe; que Ton dife ,,il va a moi" ou ,,a lui" ou 
,,a toi", la fyllabe ki fe trouve toujours dans la flexion; noakik 
,,je vais a toi'\ ^oakio ,Je vais a lui". Oakit ,,tu vas a moi", &c. 
Ce ki fe trouve dans tous les verbes intranfitifs, quand il y a un 
regime indirect a exprimer; p. ex. egon ,,refter 35 fait nagokik ,,je 
refte a toi^ ? . Par ces deux dialedles on a la preuve que les flexions, 
comme notre methode nous permet de les reconftruire, font cor- 
recles; en enlevant ki a noakik, il refte noak. 



CHAPITRE XIV. 

LE NOM VERBAL EDUKI. 
I- 

Ladje&if verbal tranjlnf eduki }) ienu". 



Uadjeclif verbal eduki } ou z'tfuAz, ou &Az' ,,tenu", eft en ufage 
dans tous les dialectes, excepte en bn. & en fouletin. Ces dialectes 
ont ukan & ukhen. II eft difficile de dire fi eduki eft un nom verbal 
fimple ou bien compofe, & ce qui en conftitue le theme,, done ukan 
nous parait etre la variance, & dont emfi eft une variance,, felon 
Zavala. 

Zavala die que eduki fert pour auxiliaire de la conjugaifon rela- 
tive, apres avoir ote ki & mis is a la place (i). Cette fagon d'agir 
eft un peu cavaliere, & Ton ferait rente de demander fi euki n'eft 
pas forme de eutji, en enlevant ts & en mettant ki a la place. Mais, 
bien que ['opinion de Zavala foit peu probable, il ferait poffible que 
ces deux noms verbaux eufTent une origine commune. Dans ce cas 
eu, ou edu ferait le theme 5 mais qu'eft-ce que la terminaifon ki? 
Eft-elle pour egin? ou bien le i eft-il la caracleriftique ordinaire de 
Tadjedlif verbal, & A un troifieme element? II y a quelques noms 
verbaux en ki, ce qui nous permettrait peut-etre de confiderer euki 
comme etant aufli compofe de eu-egin; p. ex. iraieki, guipuzcoan, 
eft erefegi, en bifcaien, probablement de era^p-i\eki } & i^eki de 
ilio-egin. Nous avons ici k = g; il faudra alors admettre la chute 
de In final, ce qui n'a rien d'extraordinaire. Eu ou edu pourrait 

(i) Compare* ch, xm, 24, oil nous avons difcute cette queftion. 



correfpondre a ,,prife". Eutji , pour eu-etfi , fignifierait ,, avoir 
prife", euki feraic ,,faire prife". Tout ceci eft tres hypothetique, 
& nous fommes loin de la phrafe laconique de Zavala, citee plus 
haut. 

Ukhen ou ukan nous parait etre une variance de euki; i puifque 
les dialedles, qui font ufage de cette forme, ont les memes formes 
flechies, daukai ou dadukat; 2 puifque, d'apres le mecanifme de la 
conjugaifon bafque, ukan doit donner dukat au prefent; 3 puifqu'on 
trouve d'autres noms verbaux dont la terminaifon efl tantot n, 
tantot m; p. ex. e^agun ou e~agutu; i^an ou i^atu; il eft vrai que ukan 
fe trouve auifi comme ukaiu ou ukandu. 

L'adjeclif verbal eduki, iduki, & apres la chute du d, euki, fignifie 
^tenu 3 '. Iduki dut neure hit^a. ^J'ai tenu ma parole". Ecen guciek 
daducaie Joannes Trophetatan. Matth. xxi> 26. ^Car tous tiennent 
Jean pour prophete". Vaducate eft la 3 me perf. plur. du pref. de 
T indie, de eduki. 

Les flexions de eduki en bafque^ comme celles de ^tener", tenir 
en efpagnol,, correfpondent a celles de ,,avoir"$ & daukai }) }Q le 
tiens 3;> (de euki), fe retrouve dans une forme contradlee comme 
dam ou dot ,Je Yai" . II ferait par confequent mieux de ne jamais 
parler de 1'auxiliaire ,,,avoir", mais de 1'auxiliaire tenir' % tout 
comme en efpagnol. 

Dans notre Effai (1867), nous a vons admis, que ce que Ton 
nomme les terminatifs ou terminaifons, dut, diot, dec., etaient les 
flexions du verbe eduki (i), fans entrer dans des details, n'etant pas 
en etat de donner aucun eclairciiTement fatisfaifant par rapport a la 
conjugaifon du verbe bafque. La theorie de ^terminatifs" eft fi ab- 
furde, qu'elle ne pouvait venir en ligne de compte, quand meme on 
n'en aurait aucune autre a y fubfthuer; & Thypothefe que les flexions 
de eduki ,,tenu" etaient en ufage comme celles de ,, tenir" en ef- 
pagnol, pour } , avoir", etait fi naturelle, que nous Favons admife 
fans Texaminer fcrupuleufement. Aufll cet examen n'aurait donne, 



(i) Ces flexions ou terminaifons ditut, diot, font ^videmment toutes des modifications 
d'un feul & meme nom verbal, de euki. 



368 

il faut bien Favouer, aucun refultat fatisfaifant, puifque nous igno- 
rions alors la formation des flexions & qu'il nous manquait encore 
des lois phonetiques, neceflaires a Fanalyfe du verbe. 

Dans notre Didionnaire, ou nous avons tache de donner Fety- 
mologie des mots, euki demandait la fienne; mais la, moins que 
dans FEflfai, nous avons exprime une opinion arretee. Un commen- 
cement d'examen avait fait naitre le doute et nous avons dit : ,,Pour 
faire deriver det ou dot ou daut de euki, il faut abfolument la chute 
du k y dont il n'y a pas d'exemple jufqu'a prefent, autant que nous 
fachions, mais du moment qu'elle fera prouvee, Fhypothefe eft 
admiffible 33 ... 

Finalement, dans notre Etude fur le verbe bafque, nous avons 
cru pouvoir nous decider, & ayant trouve que Fauxiliaire frequentatif 
bifcaien eroan (ikufi daroat ,,je vois d'habitude 5 ') etait employe dans 
tous les autres dialedes comme auxiliaire pur & fimple, mais avec 
deux regimes, nous nous fommes laifle entrainer a confiderer les 
flexions dut, &c., comme derivant auffi de eroan, & nous avons dit 
que daut ,,je 1'ai" venait de daroat ,,je Fai d'habitude'% ce qui eft 
une erreur. 

Cette etymologic etait tres poffible, tres plaufible meme, puifque 
le bifcaien daroadak ,,tu me Fas d'habitude'^ devient dautak ,,tu me 
Fas", en labourdin. Le theme eroa eft done devenu au en labour- 
din. De la meme maniere daroat ,,je 1'ai d'habitude" aurait pu faire 
daut ou dot ,,je Fai 33 . 

Cette explication a ete trouvee par le prince Bonaparte : ,,An 
,,a(Tertion which conftitutes one of the greateft abfurdities, and is 
,, quite below criticifm". Nous traduifons pour ceux de nos lecleurs 
qui ne fa vent pas Fanglais : ,,Une aflertion qui conftitue une des 
plus grandes abfurdites et qui eft au-defTous de route critique 53 . Et 
la raifon eft celle-ci: ,,As iduki, according to M. van Eys meets at 
the fame end with eroan (i)' 3 ; c'eft-a-dire : Puifque iduki, felon 
M. v. E., arrive au meme point, ou donne le meme refultat, que 
eroan. 

(i) Voir Academy, nov. 30, 1875. 



369 

Nous comprenons Tetonnement du prince Bonaparte, qui ne 
s'efl pas beaucoup occupe d'etymologie fcientifique (i), bafee fur 
les lois de la phonetique. Nous citerons done une langue qu'il 
connaitra fans doute grammaticalement, le francais; la nous trou- 
vons des exemples de ce meme phenomene qui econne tant le prince ; 
p. ex., vivre & voir fe rencontrent dans: je vis, tu vis, il vit. Etre 
& fuivre dans: je suis. Croitre & croire dans : je crois, tu crois, 
il croit. 

La fignification n'eft pas non plus un obftacle en bafque, puifque 
eroan eft 1'auxiliaire bifca'ien pour ,, avoir d'habitude" (wont, anglais), 
& que eduki efl employe pour ,, avoir". Nous pouvons meme citer 
uri troifieme verbe (mais ceci fous referve), arrivant au meme reful- 
tat, dans la 5 me perf. fing. du prefent de 1'indicatif, & c'effc egon. 
egon fignifie ,,pleurer ?:> , iitt. ,,etre en (avec) larmes 3 '. 
dago ,,il pleure 53 . Mais Dechepare ecrit : 1)iho$a(bihot{a) 
dam bethiere nygarre^ (2). ,,Le cceur pleure fans ceffe". *Dareflune 
faute d'imprefllon probablement. La 5 me perfonne du pluriel eft daute 
pour dagote; la 3 me perf. du fingulier eft par confequent day. pour 
dago, 

Si 1'article du prince Bonaparte prouve quelque chofe, ce fera 
qu'il eft beaucoup plus facile de dire des groffieretes que d'analyfer 
le verbe bafque. AufTi, quand on prend des flexions pour des termi- 
naifons, 1'analyfe devient un luxe inutile. 

Comme nous 1'avons dit, nous nous fommes trompe, & aujour- 
d'hui que nous favons que k medial s' elide, nous croyons pouvoir 
dire que daukat, qui eft lui-meme pour daukt, eft devenu daut. 



(i) Avant la publication de notre EJJai 1867, rien n'avait ete public fur la phonetique 
bafque, fi ce n'eft les trois ou quatre obfervations a ce fujet par W. v. Humboldt. 

(a) Poe/ies, Amoros gelqfia, p. 51. Nous regrettons qu'il fe foil glifle deux fautes dans 
ce meme exemple a la page 1 54, note 3. 



2. 



Conjugaifon du verbe tranjidf eduki 3 ,tenir". 



Puifque le verbe tranfitif ^tenir" a donne en bafque, comme en 
efpagnol,, Tauxiliaire pour ^avoir'% nous donnerons d'abord la 
conjugaifon du verbe eduki ^tenir",, qui eft parfaitement reguliere, 
& pour les details delaquelle nous renvoyons au chapitre xi. 

Nous citons les deux variantes qui font toutes les deux en 
Tune avec le d (de eduki)) 1'autre fans d (de euki). 



guip. 
Vadiikat 
Vadukak 
Vaduka 
T)adukagu 
'Daduka^u 
Vadukare 



I N D I C A T 1 F. 
PRfeSENT. 

bifc. 

ou Vaukat 

Vaukak 

,, Vauka 

, , T)aukagu 

,, TDauka^u 

,, "Daukare, daukee 



(H^edukan 

Zedukan 

Genedukan 

Zenedukan 

Zedukaten 



IMPARFA1T. 
OU 

j> 
j> 
} ) 
) > 




(H)eukan 

Eukan 
Geunkan 
Zeunkan 
Euken 



On voit que ces deux temps n'ont rien perdu de leur regularite 
primitive 5 d + eduk -\- t doit faire daduhai & n -f- eduk + an doit 
faire nedukan. La J me perfonne eukan eft la forme primitive bifca'ienne, 
fans ^ initial^ felon le principe que le fujet de la '-$ me perfonne fe fait 
remarquer par fon abfence: euk-an. 



Les verbes reguliers ont encore I'optatif, mais nous n'en voulons 
pas reconilruire les deux temps, vu que nous ne favons citer aucun 
exemple ou les flexions fe trouvent. II faut que le prefent ait ete 
dadukaket, & Timparfait nedukake; mais nous ignorons quelle a ete 
Finfluence des lois phonetiques par rapport au k. 

Eiaguturik dadukat foldaduak! bifc. J? Je le tiens pour reconnu, 
foldats" ! Iduki dm neure hii\a y 1. ,,Jai tenu ma parole". 
Egiien hari nin^anean begietan iduki dut geyenean. Mendiburu, Introd., 
p. i. ^pendant que j'etais occupe a le faire, j'ai furtout tenu dans 
Fcell, c.-a-d. j'ai porte toute mon attention". Nous difons en hol- 
landais exaclement la meme chofe : "In ' t oog gehouden". 



3 

Eduki, euki }) tenir y) comme auxiliaire. 

Eduki, comme verbe tranfitif, a deja perdu le d: euki; comme 
auxiliaire il perdra une autre lettre^ le k. Le theme qui etait eduk ou 
euky devient eu. Pour la chute du k voir chapitre in. 

Ce theme eu fe trouve., comme toujours, dans la ^ me perfonne 
de 1'imperatif: bin ,,qu'il ait". En retranchant le b, qui eft la ca- 
radleriflique de la perfonne (i), il rede iu ou plutot eu, puifque e, 
dans le dialedle bifcai'en, fuivi d'une autre voyelle, devient i (2). E u 
eft done le nouveau theme, le theme fecondaire, au lieu de euk. On 
pourrait croire que Timperatif eft blu, non pas parce que le e fe 
convertit en i, mais parce que 1'initiale de Tad jeclif verbal eft auffi 
bien i que e: eduki ou iduki. Cependant, comme la voyelle initiate 
du theme reparait toujours dans ttmparfait,, & que la elle eft inva- 
riablement e fiiedukan, neukanj, nous croyons pouvoir en conclure 
que eduki & non iduki eft la forme primitive. 

Dans les dialedles bafques frai^ais eu fe dit au (3). II eft fort 

(i) Voir ch. xi, $ ]. 

(a) Ch. in. 

(3) Auc bihot^ on. Matt, ix, 2, Aic-s bon courage. 



37* 

poffible que les differentes formes de flexions fe foient influencees 
reciproquement. Les variantes eu & au fe retrouvent du refte dans 
le prefent d'un feul & meme dialecle. Le bifcaien dau fe dit deu dans 
le dialecte arratiana (i), & meme Larramendi ecrit ufte deu (2), 
pour ufte <fw, qui eft la forme habituelle du guipuzcoan. ConnaifTant 
maintenant le theme, il n'y a rien de plus fimple que de former les 
flexions en prenant le theme pour bafe, comme cela eft la regie. 
Ainfi, eu precede de d & fuivi du pronom t fera daut, puifque la 
voyelle initiale devient tou jours a : d -}- ekar -f- 1 fait dakan (voir 
ch. xi, 4). 

II femble qu'il n'y a aucune objection a faire a cette analyfe; 
nous nous fommes ftrictement tenu aux regies & nous fommes arrive 
au refultat voulu fans le moindre effort. Et cependant il fe prefente 
une obfervation qui n'eft pas du domaine de la grammaire, mais 
qui, croyons-nous, a fa valeur. 

Nous avons pofe le theme eu comme bafe des formes verbales 
qui nous occupent. 

Nous voulons au contraire pofer le theme eu comme produit par 
ces memes formes verbales. 

Selon la premiere theorie, il nous femble qu'il faudrait admettre 
que la forme du theme., ici eu (on dirait pour la facilite des gram- 
mairiens futurs), aurait etc fixee d'avance, ce qui devra paraitre tres 
faclice. Nous nous garderons bien de toucher a la queftion fi deli- 
cate de la Signification primitive des racines 5 mais ici nous avons a 
faire a un nom verbal derive ou plutot ufe, ayant encore fa fignifi- 
cation primitive,, bien que modifiee. N'eft-il pas plus probable, dans 
ce cas-ci, d' admettre que rimperatif auffi bien que le prefent fe font 
formes fimultanement du prefent & de rimperatif primitif, & que les 
influences phonetiques ayant ete egales pour les deux, daukat foit 
devenu dam; & beuk ou beuka (ou quelle qu'ait ete la forme de rim- 
peratif) biu? 

Puifque nous favons qu'un theme donne, foit eu, doit devenir 



(i) Voir Zavala, Verio v/fc., p. $$, n 131. 
(a) Voir Larramendi, Introd, du Dicc.j p. cxcu. 



373 

daut a la i re perfonne du prefent., nous pouvons faire reparation 
inverfe & dire que le theme de daut eft eu. Si les racines ont eu une 
fignification determinee, ne nous importe pas ici. Ce theme fecon- 
daire,, ufe., qui nous occupe ici, eft une pure abftraclion; fi eduk a 
fignifie quelque chofe^ il eft evident que eu ne fignifie plus rien. 

Le refultat de ces theories fera le meme : daukat pour dauki (<1- 
euk-tj par fuite de la chute du k devient daut. 

Pour plus de clarte nous repeterons les deux temps. 



PRESENT. 

du verbe euki ,,tenir". 



PRESENT. 

de 1'auxiliaire euki. 



Vaukat j 

Vaukak 

Uauka 

T)aukagu 

Vauka^u 

*Daukate 



ens 



T>aut 
T)auk 
Van 
T)aiigu 



ou dot ,,j'ai 
dok 



T)aue 



dabee 



La feule obfervation qu'il y ait a faire ici,, c eft que la 3 me perfonne 
du pluriel a perdu le t, ce qui eft prefque toujours le cas en bifcaien. 
T)avee ou comme nous Tecrivons dabee eft pour daue fu < =v^=-b) 
pour dame. 



IMPARFAIT 

du verbe euki,^ 

^T^edukan ou 
Hedukan , } 
Zedukan 3 , 
Genedukan ,, 
Zenedukan , , 
Zedukaten , , 


J^eukan 
(H)eukan 
Eukan 
Geunkan 
Zeunkan 
E uk en 



IMPARFA1T 

de 1'auxiliaire euki. 



ZN^enduan ou 
Henduan 



Gendukan 
Zenduan ,, 
,, 



Heuan 

Euan, evan, eban 

(i) 

(l) 
Euen> eutfen 



(i) Les flexions qui manquent peuvent etre reconftruites par analogic : geban ou 
ban ou \euan. Elles fe retrouvent dans le conditionnel. 



374 

On voic qu'en fupprimant le k y nedukan devient nenduan & neukan 
ou neban, puifque u = b. 

Seulement nenduan a un n intercale; n myilerieux qui fe trouve 
fouvent dans Timparfait (voir ch. xi, 7). 

Nous avons du citer les variantes de eduki, avec & fans d , puifque 
Fimparfait bifcaien a choifi dans les deux feries, quaere flexions dans 
chacune d'elles. 

II n'y a fans cela rien a expliquer; routes ces flexions font tres 
claires, a 1'exception de la 3 me perfonne du pluriel eud'en. Zavala 
ecrit Tapoftrophe pour un e elide,, comme il fe le figure, mais c'efl 
pour t, & end" en eft pour euien. 

Sans vouloir attribuer en general au dialedle bifcaien un degre 
de purete que n'ont pas les autres,, il faudra reconnaitre que, dans 
ce cas., ce dialecle s'efl conferve le mieux. Les variations dans les 
voyelles du theme, dans les dialecfles differents,, s'expliquent peut-etre 
en partie par la modification que fubiffent ces voyelles dans quel- 
ques flexions 5 eu du theme devient au au prefent. Le dialecte bifcaien 
oflfre lui-meme deja cette variante dans le dialecfte ^arratiana" qui 
dit deu pour dau. Que au, qui fe prononce fouvent o, devienne u 
dans v la prononciation, eft un fait tres commun (i). 



4- 

Conjugaifon de euki comme auxiliaire. 

Le mecanifme de la conjugaifon eft toujours le meme & nous 
devons renvoyer le lecleur au chapitre xi, pour les details. 



(i) A San Remo, & il jiartut dans toute la Riviera, il y a une grande tendance a pro- 
noncer les o comme des u. 



bifc. 

ACC. SING. ACC. PLUR. 

Vaut, dot(i}Vodai 
Vauk, dok Vo^ak 
Van Vim 

Vaugu, dogu 



i (2) 



I N D I C AT I F. 

PRESENT. 

lab. nav. bn. foul. 



guip, 



ACC. SING. ACC. PLUR. ACC. SING. ACC. PLUR. 



Vaue 



Vut 


Vitut 


Vet 


Vitut 


Vuk 


Vituk 


Vek 


Vituk 


Vu 


Vitu 


Vu 


Vitu 


Vugu 


Vitugu 


Vugu 


Vitugu 


Vure 


Vime 


Vute 


Viturte 



La variete guipuzcoane & le dialedle d'Arratia, qui difent deu 
pour du } ferment le trait d'union qui lie daut a det. Le fouletin varie 
legerement; il a die pour dine; & avec 1'accufatif pluriel il y a u 
pour i: dutut, dutuk, &c. 

Les 2 mes perf. du . pluriel etant en ufage pour le fingulier hono- 
rifique, on a forme do^ue, do^iie^ b.^ du^ue, diru^ue, 1. bn.^ du^ie, 
dutu^ie, f. 

Le pluriel de Faccufatif eft exprime par it & par ^ (v. ch. xi 3 4). 



IMPARFAIT. 



Avec accufatif fmgulier. 



bifc. 



gup. 



lab. bn. 



Eban 

Eban 

Genduan 

Zenduan 

Euen 



foul. 



ou ZN^enduan 


tKjien 


V^uen 


5\jan 


5, Enduan 


Uen 


Huen 


Hian 


Euan 


Zuen 


Zuen 


Zian 




Genduen 


Ginuen 


Ginian 




Zenduen 


Zinuen 


Zinian 


.. Ebeen 


Zuten 


Zuten 


Zien 



(1) Selon Zavala (Verio vafc., p. 6), il faudrait ecrire daut. 

(2) Zavala ecrit daveef, (8t auffi la variante daudee^). Nous ^crivons daueef, n'ayant pa? 
admis le v dans 1'alphabet bafque. 



bifc. 



Ituan ,, 
Zituan ,, 
Genduyan 
Zendu^an 
Zituen 



IMPARFA1T. 


Avec accufatif au pluriel. 


guip. lab. bn. 


Endua^an 
Eua^an 


ZHjtuen 
Ituen 
Zituen 
Ginituen 


Hituen 
Zituen 
Gintuen 




Zinimen 


Zinimen 




Zitu^ten 


Zituyten 



foul. 

V^utian 

Hutian 

Zutian 

Guntian 

Zuntian 

Zutien 



On volt que les dialectes gulp., lab., bn. & foul, ont plutot 
fuivi la variante neban, dont le b eft un u, durci en b devant la 
voyelle; neban =zneuan. Les dialecles bifc. & foul, ont conferve le a 
dans la terminaifon , ce qui nous parait etre la voyelle corredle 
(comp. ch. xi, 6). 

Le bifcaien & le guipuzcoan ont conferve le d thematique, feu- 
lement a la i re & a la 2 me perf. du pluriel. 

La perte de Yh a caufe en bifcaien un peu de confufion ; eban fert 
maintenant pour la 2 me & pour la J 6 perfonne. Cette 5 me per- 
fonne eban, c'efl-a-dire euan, devient au pluriel euaten, mais elle s'efl 
contraclee en euen. 

La variante de la i re perfonne: nenduan, bifc., eft formee de 
n-edu-an, avec le n myflerieux intercale. 3\(jban pour neuan, vient du 
theme fecondaire, fans d: n-eu-an. 

Les 2 mes perf. du plur. font devenues ienduan y lendueian, b.; 



^enduten, ftnitiefuten, g.; -{mitten, ^iniiu^ten, lab., bn.^ ^unien, ^un- 
tien, f. Le r, figne de pluralite, s'eft perdu, comme toujours, en 
bifcaien & en fouletin. 



FUTUR ET CONDITIONNEL. 



Le futur & le conditionnel font le prefent & Fimparfait de 1'op- 
tatif (i). Le prefent dukei donne le futur 3 Fimparfait nuke le 
conditionnel. 



(i) Voir ch. xi, 7, 



377 

Ce futur n'eft plus connu que des dialecles bafques, francais 5 les 
autres dialecles le forment par periphrafe. 
Le conditionnel eft en ufage partout. 

FUTUR (foul.) 

ACC. SING. ACC. PLUR. 

Vuket Vutuket 

Vukek Vutukek 

Vuke Vutuke 

Vukegu Vutukegu 



T)ukie Vutukie 

Le bn. a dhuke, dec. Ligarrague introduit dans ce temps un i dont 
Forigine eft obfcure; ce fera une particularite du dialecte. Era egot- 
liren dituqueiite . Matth. xm, fo. ,,Etilsles jetteront". Le pluriel de 
1'accufatif eft exprime par ^; nous ecririons dimkeye. Orduan huna 
barpi, daquarqudtela. Luc V 3 1 8. ^Alors il furvint (litt. voila) quel- 
ques-uns qui (le) portaient'\ Orduan iuftoec arguituren duqueite. 
Matth. xin, 43. ,.,Alorsles juftes luiront'\ 

La 3 me perf. plur. en fouletin eft dukie pour dukeye' } pour dukete. 
Le t eft toujours elide dans ce diale&e & generalement remplace 
parj pour eviter Thiatus. Au conditionnel, avec Faccufatif pluriel, 
on trouve les variantes lutukie & lurukeye. 

Le futur, dans les dialecles efpagnols & en labourdin, eft forme 
par periphrafe, & comme ces dialectes ont remplace, dans les temps 
compofes, eduki par i^an, on dit iiango dam ou dut ou det. 

L'emploi de i^an pour eduki ou pour ukhen ou ukan, rend quelque- 
fois ['explication de Tauxiliaire un peu obfcure, fl Ton ne veut pas 
repeter chaque fois que ies temps compofes ont i-[an au lieu de eduki. 

Les temps compofes de 1'indicatif ont ete donnes au chapitre xn, 
3, en parlant de la formation des temps des auxiliaires. Le futur 
anterieur eft i^an i^ango dot ou dut ou det, & ukhen duket en fou- 
letin. 



CONDITIONNEL. 



PRESENT. 



ACCUSATIF SINGULIER. 



bn. 


gulp. 


lab. & nav. 


foul. 


t^eunke 
Eunkek 


Pfyke 

Uke 


S^Jike 

Huke 


Wjike 

Huke 


Leuke 


Luke 


Luke 


Luke 


Geunke 


Genduke 


Ginuke 


Gunuke 


Zeunke 


Zenduke 


Zinduke 


Zunuke 


Leuke 


Lukere 


Lukere 


Lukeye 



ACCUSATIF PLURIEL. 



Wjtunkei 


&{jruke 


ZKjtuike 


^(uruke 


Eunke^ak 


Iruke 


Hituike (?) 


Hutuke 


Leukei 


Lituke 


Litu^ke 


Lutuke 


Geunkei 


Ginituke 


Ginru^ke 


Guntuke 


Zeunke^ 


Zinituke 


Zintu^ke 


Zuniuke 


Leukeei 


Lirukere 


Liru^kere 


Lutukeye 



Ce temps., commun a tous les dialecles, eft Fimparfait de 1'optatif 
ou potentiel. Sa fignification primitive a dia etre ^je voulais ou 
pouvais avoir' ', & elle eft maintenant ,,j'aurais". En enlevant a ce 
temps fa denomination erronee de ^conditionneP',, la fignification 
& Temploi en deviennent beaucoup plus clairs. 

Uimparfait du potentiei eft forme du theme verbal,, precede du 
pronom-fujet & faivi de la fyllabe ke. En bifcaien on y trouve le n 
myfterieux de Fimparfait, & qui aurait du etre elide devant le k, felon 
les lois de la phonetique. La 2 me perf.,, eunkek eil fautive; il aurait 
fallu heunke ou eunke ; le k n'efl pas a fa place 5 il y fera par faufle 
analogic avec les flexions des temps qui ont le pronom a la fin (i). 

La i re & la 2 me perf. du pluriel ont dans tous les dialedles le n 



(i) Ch. xi, 



579 

myfterieux : g-eu-n-ke, & g-endu-ke; -{eunke, & ^enduke. Les flexions 
font un peu melees, quant a la forme; Tune a le d, 1'autre nel'apas, 
<3c cela dans le meme dialecle. 

Le pafle du conditionnel a ete forme en ajoutant au prefent la 
caradleriftique du pafle an; neunke devient neunhean; nuke fait nukean, 
g. } nukeien, lab. & nukian en fouletin. Le i dans le labourdin eft 
plutot, croyons-nous, la lettre de liaifon^ & s'ecrirait mieuxj: nu- 
keyen, puifque le y remplit cette fonction dans tous les cas pareils. 

L'IMPERATIF. 

Le bifcaien n'a pas conserve de flexions pour Timperatif; le gui- 
puzcoan & les diale6les bafques francais, excepte le fouletin, les 
ont confervees; on les retrouve chez Licarrague., chez Axular & 
peut-etre chez d'autres. 

guip. lab. bn. 

Euk cAuk, aun 



&4u-{u (aufue, plur. du plur.^ 

Generalement cependant Timperatif de 1'auxiliaire eft periphraf- 
tique; il eft conjugue a Taide de egin, en bifcaien^ & de e\an dans 
les autres dialedes. 



bifc. 

egik Bales' ' l\an e^ak Ukan ou ukhen e\ak 

begi ,,ait" be^a \>e{a 

egi^u ,,ayez" e^u ,, 

begie ,,aient" beyae ,, 



SUBJONCTIF. 



Puifque le fubjondif eft rendu en bafque par Findicatif, fuivi de 
la conjondlion n ,,que", dm -f- n a donne dudan; mais cette forme 



3 So 

eft inufitee & ne fe trouve plus que chez Dechepare : Idafu indar... 
bekatuye^ ukheiteko bide dudan doluya... neure bekatuye^ oro^ dudan 
barkamenduya (i). ,, Donne (moi) la force que je me repente des 
peches... que j'aie le pardon de mes peches". 

De nos jours on ne fait ufage que de la periphrafe (meme deja du 
temps d'Axular), au moyen d'un auxiliaire, qui eft e^an dans tous 
les dialecles, excepte en bifcaien; ce dialecle a choifi egin. On dit 
done: i-{an dagidan, b., i^an de^adan, g. 1., ukan ou ukhen de^adan, 
bn. foul. 5 ^que j'aie'^ i^an nengian, b. y i^an ou ukan ou ukhen ne^an 



II eft inutile de donner un tableau de ce mode 5 nous devons 
renvoyer le lecteur aux noms verbaux egin & e^an, & au chapitre 

XII, If. 



POTENTIEL. 



Pour exprimer le potentiel, le bifcaien fe fert de edin ^pouvoir" 
comme auxiliaire 5 tous les autres dialedles ont choifi efan(v. ch. xn, 
6 & if, pour la fignification du mode., & les verbes edin & 
pour la forme des flexions). 



AUTRE FORME DU POTENTIEL 
En fouletin & bas-navarrais. 

Le fouletin & le bas-navarrais paraiifent avoir conferve le potentiel 
de eroan, ce qui eft intereffant fous plufieurs rapports, puifque nous 
retrouvons du meme coup un temps d'un verbe fpecialement bif- 
caien, & que ce dialecle a perdu, & ['explication d'une forme 
obfcure dans les autres dialecles (voir ch. xin, 

(i) Voefes, p. 4 o. 



f. 

Les conjugaifons abfolues de eduki comme auxiliaire 
avec ^me, te, nous,, vous" pour objet. 

On connait deja la conjugaifon abfolue, qui exprime raccufatif 
J:) le". Vaut ou dm fignifie ,Je ai le" & eft forme de d-au-t; comme 
dauk ^tu as le" eft forme de d-au-k. Si maintenant I'accufatif eft la 
i re perfonne, il n'y a qu'a prendre la i re perfonne, reprefentee par n 
& n-au-k fera nauk ,,tu as moi" ou }) tu m'as". Si I'accufatif eft la 
2 me perfonne, on prendra la caradleriftique de la 2 me perfonne qui 
eft h (hi ,,tu") & h-au-t fera haul ,Je ai toi" ou ,Je t'ai" & ainfi 
de fuite. 

II faut feulement remarquer que les pronoms ne font jamais de la 
meme perfonne 5 cela donnerait une relation reflechie (je me, tu te), 
ce que la langue rend d'une autre maniere. 

Nous avons dit que euki eft 1'auxiliaire de la conjugaifon abfolue 
dans tous les dialectes; mais ceci ne fe rapporte qu'a 1'indicatif. 
L'imperatif, le fubjonclif & le potentiel font formes a Taide de 
1'auxiliaire e^an, dans tous les dialedles,, excepte en bifcaVen ; ce dia- 
lecle fe fert de egin ^faire" pour 1'imperatif <5c le fubjondlif, & de 
edin pour le potentiel. 

N i. 
ACCUSATIF ,,me". 

IND1CATIF. 
PRESENT. 

bifc. bn. lab.&nav. guip- ^ ou ^- 

y nak 



tf^aue 



I MP ARFA1 T. 

bifc. bn. lab. & nav. guip- foul. 

J^indukan fT^jntukan J^indukan 

t^intuen IT^jnduen ^(jindian 



D^induien SPfjntuften ^(jnduten 



CONDITICNNfcL. 
PRESENT. 

^Qndukek y^endukek &(intukek V^indukek ZHjindukek 
ZN^enduke t^imuke ^(juduke IT^jinduke 



ZHjndukete ZNjindukeye 

Ces trois temps, formes de eduki, n'ont guere befoin d'explication ; 
nauk eft forme de n-au-h; & le h etant final fe durcit en k. Dans 
1'imparfait ce k s'eft conferve dans quelques dialedles : nimukan; il a 
ete elide en bifcai'en, & en fouletin ; pour eviter 1'hiatus on a inter- 
calej. Le fouletin s'eft fortement corrompu ; du temps de Dechepare, 
le i n'y etait pas encore; cet auteur ecrit nu^u & non nai-{u. 

Dans les 3 mes perf. du plur. le t s'eft perdu en bifcai'en; ce dialedle 
a encore les variantes naude & nade avec d pour t. 

Les 2 mes perf. du plur. font devenues, au prefent : nolue, nau^uie^ 
nu'fue, nature & nai^le; & a Timparfait : nindu^uen, nimu^uien^ niniu- 
^uen } nindu^uien & nindu^ien. 

Le pa(fe du conditionnel eft forme du prefent, en y ajoutant la 
caracleriftique du 



IMPERATIF, 

bifc. lab. g u ip- foul. 



383 



SU BJONCTI F. 
PRESENT. 

bifc. lab. guip- foul. 



tKjgien 



IMPERATIF. 



^engien J^jnt^aten 

L'imperatif & le fubjondif font formes., en bifcai'en,, de egin, dans 
les autres diale6les de e\an. Nous devons renvoyer le lecteur a ces 
deux verbes. 

L'imperatif n'eft autre chofe que le prefent de Tindicatif primitif, 
comme c'eft le cas avec Timperatif dans plufieurs autres langues. 
Comme le e initial devient a au prefent de Tindicatif, cette voyelle 
fe retrouve ici ; mais quelques dialectes ont e, furtout dans le fub- 
jondlif, qui eft Tindicatif fuivi de la conjonclion n. 

Les 2 mes pe'rf. du plur. de 1'imperatif font devenues : nagifue, 
na^ayuie , ne^a^ie. Dans 1'Imitation fouletine, p. 187^ on trouve encore 
na^a^u avec a. 

Toutes ces flexions ont ete expliquees en parlant des verbes egin 
& eian. Nous ferons feulement quelques remarques. Nous ecrivons 
le k dans la 2 ine perfonne du fingulier en labourdin^ puifqu'il s'eft 
conferve dans de^akan. Le k eft elide en guipuzcoan : nayaan, & 
Thiatus eft refte. Cette forme correcfte , que Larramendi nous 
donne^ eft corrigee chez Lardizabal,, qui cite na^adakan, forme ufitee^ 
nous aimons a le croire; mais c'eft un vrai barbarifme; comment 
en vient a ce da eft inexplicable. 



Dans l'imparfait> la chute du k a donne deux flexions pareilles 
en bifcaien. Larramendi ecrit nint^acaan pour la 2 me perf. du fin- 
gulier; mais ou le k (c) ou le a efl de trop; n-e^a-h-n fait, avec le 
n myfterieux intercale, neniakan, & fi le k s' elide nen^aan, ce qui 
s'ecrit nim^aan. Le t s'eft introduit dans ces flexions,, apparemment 
par euphonic 5 le fon du i parait avoir en bafque une forte attraction 
pour le t; qr pour i eft un fait tres commun. 



POTENT1EL. 



Le bifcaien a pris le potentiel de edin; les autres dialecles ont pris 
celui de e-[an (voir ces deux verbes). 



PRESENT. 

bifc. 
Wjiktk 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



ZN^eink 



ee 



IMPARFAIT. 



&(jriffakean 

CNj.nt^ake^un 
V^einkeen ZNjntiraketen U^inr^akeien 



N 2. 

ACCUSATIF ,,nOUS''. 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

bifc. " guip. bn. lab. foul. 

Gb-{ak Gaituk Gituk Gutuk 

Gaitu Gitu Gum 

Gaitu^u Giiu^u Gutu^u 

Gaiiu^ie Gaituyte Gitu^te Guiie 

Le theme verbal eft au, comme dans nauk & haut; mais le bifcaien 
ecrit, dans quelques flexions, 6 pour au, comme dot <3c dau; nok & 
nau; ce n'eft que du defordre; gaitui ,,il nous a" a meme un i au 
lieu de u; cet i qui fe retrouve dans les autres dialedles ne s'explique 
pas bien pour le moment. 

Le pluriel de Fobjet eft exprime deux fois ; on dirait que g pour 
gu ,,nous" indique fuffifamment qu'il s'agit d'un pluriel; mais la 
langue bafque aime a aj outer un figne de pluralite fupplemen- 
taire (i), & g-au-k eft devenu g-au-i-k gau-(ak ou comme Ton ecrit 
goiak, Ce figne de pluralite eft t dans les autres dialedles; g-ai-t-k 
ou gaituk. Ces flexions ont affez foufFert; le bifcaien eft le feul 
dialefte ou elles fe laiflfent analyfer; & encore les 3 mes perfonnes 
appartiennent a une autre variete. En reconftruifant la forme pri- 
mitive de eduki ou de euki, nous aurons g-eduk-h, fujet, verbe & 
objet; Tobjet etant pluriel,, il y a le ^, figne de pluralite fupple- 
mentaire^ & g-eduk-^-h fait gadukaiak; Ja flexion de euki fera gauka- 
lak, & la flexion de 1'auxiliaire, qui a perdu le k, fera gauiak, ce qu'on 
ecrit goiak. Toutes les flexions qui s'eloignent de cette forme primi- 
tive,, ont fouffert par confequent, & gaitui devrait etre gaui; fi euki 
eft le theme : gauka^; fi eduki eft le theme: gaduka^. Dans ce cas le k 

(i) Voir ch. xi, 3 &. 4, 

2 ) 



386 

viendrait au milieu, ce que le bifcaien n'aime pas., & felon Thabi- 
tude, rhyperthefe tranche la difficulte, & au lieu de gauka-^ on die 
gauika. Lardizabal donne gau^ka pour guipuzcoan & gauka^ pour 
bifcaien; ce qui eft peut-etre corredl; mais la regie efl fpecialemem 
bifca'ienne. 

Dans les autres dialedles les flexions font obfcures. Si le figne de 
pluralite eft it, comme dans ditut, alors le labourdin s'expiique : 
g-it-u-k; ce dialede a hut pour aut; il n'y a done pas de doute que 
u dans gituk ne foit auffile theme verbal. II refle le a du guipuzcoan 
& aufli du bifcaien, qui efl obfcur. 

L'intercalation de it efl une explication peu fatisfaifante, furtout 
fi cette fyllabe it coupe la racine en deux 3 nous avions cru pouvoir 
dire que gaituk etait forme de g-a-ir-u-k; mais aujourd'hui nous 
preferons avouer notre ignorance & attendre une folution plus 
rationnelle. Comp. ch. xi, 4. 

Les 2 mes perf. du pluriel, etant en ufage pour le fingulier honori- 
fique, ont ete remplacees par 0pq, b., gaituiute, g., gituiue, 1. & 
ie, f. 



IMPARFA1T. 



bifc. 

Gindua^an Indugun 

Ginduian Ginduan 

Gindu^u^an Gindu^un 

n Ginduijen 



bn. lab. foul. 

Gumuyan 

Giniuen Gumian 
Gimu^un Gunm^un 

Ginduten Guntien 



Le bifcaien elide le k, fans le remplacer ; le fouletin Felide aufH, 
mais previent Thiatus en intercalant y, & ainfi g-indu-k-^-an efl 
devenu gindua-[an ; le ^ efl le figne de pluralite que n'a pas le fou- 
letin, qui ecrit guntuyan, de g-indu-y-an. Le i bifcaien & guipuzcoan, 
comme le u fouletin, devraient etre e, fi Ton prend euki pour theme, 
& /, fi Ton prend iduki pour theme. 

Le guipuzcoan, qui a conferve le k fous la forme g, a indugun 
53 tu nous as' 3 ; mais cette flexion efl mal formee; il aurait fallu 
gindugan; Tobjet doit etre prefixe (v. ch. xi, 7). 



3 8 7 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 



bifc. 

Ginduke^ak 
Ginduke^ 



lab. 



foul. 



Gintu-[kek Guntukek 
Gintu-[ke Gumuhe 
Guniuke~{u 
Gumukeye 



Gindukek 
Gin Juke 

Ginduke^u 
Gindukee^ Gindukeie 

Les dialedles bifcaien <3c labourdin ont introduit le figne de plu- 
ralite ^, bien que g pour gu indiquat que le pronom-fujet efl pluriel. 
Le bifcaien a fait fuivre ce i a he, le labourdin Fa fait preceder : 
gindu-ke-i-k ; gimu-^-ke-k. 

Les 2 mes perf. plur. etant en ufage pour le fing. honorifique, on 
a forme pour le pluriel : ginduke^ue^ b., ginduyukert, g. } ginruktfute, 
Ly gunmkeiie, f. 

Le pafTe du conditionnel eft forme du prefent en y ajoutant la 
caracteriftique du paffe an. 



bifc. 
Gagi^ak 



IMPtRATIF. 

guip. lab. 



foul. 



Gair^ak 

Gait^a 



Gir^a 



Gahfak 

Gait^a 

Gait^ai^u 

L'imperatif bifc. derive de egin; celui de tous les autres dialecles 
de eian. Le prefent de Tindicatif fert comme imperatif, & explique 
la forme ai. 



bifc. 
Gagia^an 
Gagi^an 
Gagl^u^an 
Gagieian 



SUBJONCTIF. 

PRESENT. 

guip. lab. 

Gait^aan Gir^akan 

Gait^an Git^an 



foul. 



Gaii\aien Giryaen 



Gir^at^un 
Oilmen 



388 

Le fubjondHf bifcaien derive de egin; le fubjonclif de tous les 
autres dialecles derive de e^an. 

Le bifc. gagia^an a perdu le k, qui a ete convert! en y en fouletin, 
& dontla chute a laifTe en guipuzcoan Fhiatus aa (i). Le bifcaien a 
intercale le figne de pluralite ^; gagia^an eft forme de g-agi (de egin) 
k-^-n. Les 2 mes perf. plur. font devenues gagifuff[an 9 b._, 

y f. 



IMPARFA1T. 



bifc. 

Gengia^an 
Gengi^an 
Gengifu^an 
Gengie^an 



guip. 
Gint^aan 
Gint^an 



Gintfaten 



lab. 


foul. 


Ginr^akan 


Gim\ayan 


Gim\an 


Gentian 


Gim^ai^un 


Ginr^at^urt 


Gint^aien 


Genr^en 





POTENTIEL. 






PRESENT. 




Gaike^ak 
Gaike^ 
Gaike^u^ 
Gaikeei 


Gait^akek Gait^akek 
Gaitfake Gairfake 

Gaitfat^uke Gair^akerpi 
Gaityrfate Gait^akete 


Git^akek 
Git^ake 

Get^ake^u 
Git^akeye 



Geinke^ak 



CON DITIONNEL (imparfait autrefois). 
Gim^akek 



Geinkeei 



Geinkea^an 



Gint^ake 

Gim^at^uk 

Gintfokete 



Gent^akek 
Genr^ake 



IMPARFAIT. 



Geinhe^u^an 
Geinkee^an 



Gintfakekan 

G intake an 

Gim^at^ukean 

Gim^akeiean 



Gemiakeyan 
Gentfakean 



Gent^akeyen 



(i) Larramendi ne cite pas cette flexion; mais bien celle de 1'imparfait du fubjonftif 
, II n'y a done aucun rifque a 1'ecrire comme nous le faifons. 



Le bifcaien a pris le potentiel de edin, & les autrcs dialecles celui 
de eian; c'eft a ces deux verbes que nous devons renvoyer le 
ledleur. 

N 3. 

ACCUSATIF 53 te". 

INDI CATIF. 

PRESENT. 

bifc. gulp. bn. lab. foul. 

cAut cAut cAut Hut Hah 

cAu cAu oAu Hu Hai 

cAugu cAugu cAugu Hugu Haigu 

cAue cAute cAute Hute Haye 

Le h initial,, caracleriftique de la 2 me perf. du fingulier, s'eft 
meme perdu en bn.; mais il reparait des que la flexion eft precedee 
de la particule ba: bahau. Les variances guip. que cite Lardizabal : 
aukat, auka, aukagu y aukate, ne peuvent etre correcftes. II n'eft guere 
pofTible d'admettre qu'un peuple corrompe des mots de cette fa$on ; 
ce n'eft pas le degre de corruption qui ferait inexplicable^ c'eft Tef- 
pece de corruption qui eft oppofee a la nature de la langue; Tac- 
cufatif doit preceder; le k qui fe trouve dans la flexion chez Lardi- 
zabal n'y a rien a faire. 

Les flexions font toutes regulieres. cdut pour haul eft compofe de 
h-au-t 5 Je-ai-toi^ ou ,Je t'ai'% & ainfi de fuite. Larramendi cite 
une variete fans u: at, ak, agu, ate. Le k final de ak \\ t'a" eft une 
erreur. 

Les flexions fouletines prefentent Fetrange mutation de au en ai; 
comme c'eft aufli le cas pour naik = nauk. II eft pofTible que cet i 
fe foit introduit naturellement dans ces flexions; mais il ne faut pas 
oublier la theorie .des grammairiens bafques qui voudraient confi- 
derer nai^ & dut comme etant le meme mot, modifie de differentes 
manieres. 



II eft parfaitement fuperflu de difcuter cette theorie qui a eii 
fon temps. 



IMPARF AIT. 



bifc. 

Indudan 
Induan 
Indugun 
Induen 



guip. 

Indudan 

Induan 

Indugun 

Induten 



bn. 
Indudan 



lab. 



foul. 



Hintuan Hundudan 

Hintuen Hundian 

Hintugun Hundugun 

Hintu^ten Hundien 



Pour la formation de I'imparfait, voir ch. xi, 7 & ch. xin, 3. 
Ces flexions font toutes regulieres. Indudan pour hindudan, eft forme 
de h-indu-t-an. Le h eft pour hi ,,toi"; indu eft le theme verbal idu, 
avec le n myfterieux intercale; t eft le pronom-fujet ,Je"; an eft la 
caracleriftique de Timparfait. Le theme verbal idu eft fans ceJa ge- 
neralement edu, quoique iduki exifte tout aufli bien que eduki. 

II y a la meme obfervation a faire fur les flexions que Lardizabal 
donne pour le guipuzcoan : indukadan, indukan, indukagun, indukaten, 
que fur celles qu'il a donnees pour le prefent aukat, &c. (voir 
ci-deflus). 

Le labourdin hinman a perdu le d (pour /), caradleriftique de la 
i re perfonne; par confequent cette flexion 6c la fuivante auraient 
ete les memes; toutes les deux hinman; on y a remedie en changeant 
la voyelle a en e. Pour diftinguer une flexion de I'autre, c'eft tout 
ce qu'il fallaitj mais il fauc regretter qu'on en foit arrive a ces 
moyens-la. 



bifc. 

Induket 
Induke 
InJukegu 
Indukee 



CONDITIONNEL. 



bn. 



guip. 

Induket 

Induke 

Indukegu 

Indukere 



lab, 



fouL 

Hunduket 
Hunduke 
Hundukegu 
Huntukie 



Le conditionnel eft forme, comme toujours, du theme, precede de 
Tobjet & fuivi de ke; apres quoi vient le fujet. 

Induket pour hinduket eft forme de h-indu-ke-t. 

Le pafle du conditionnel eft forme du prefent en y ajoutant la 
cara<5leriftique du pafle an; p. ex. induket fait indukedan. 

IMPfeRATIF. 

bifc. u i- k 1 ^. foul. 



He^agun 



SU BJONCTIF. 
P RfiSENT. 



cAgidan cA^adaa He~(adan 

cAgian cA^an He^an 

cAgigun cd-{agun Heiagun 

cdgien cA^aren He^en 



IMPARFAIT. 

Engidan In^aadan Hem^adan 

Engian ln\aan Hent^an 

Englgun Iniaagun Hemiagun 

Engien In^aaien Hempen 

L'imperatif <Sc le fubjonftif font formes en bifcaien de egin, & 
dans tous les autres dialecles de e\an. 

L'imperatif eft rendu par le prefent du fubjondlif (indicatif pri- 
mitif fuivi de n) (i); p. ex. he^agun , 3 que nous te". II y a un peu 
de defordre dans ce temps. Les autres perfonnes font rendues par : 
heiala ,,qu'il te 33 ; de heian-\-la avec elifion reguliere de n devant 

/; & au pluriel heiala 3 ,qu'ils te". 



(i) Voir ch. xni, 2. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 



foul. 
Hir^aket 



bifc. 
cAiker 
cAike 
cAikegu 
cAikee cA^akete Hit^akete 

CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



Einket 

Einke 

Einkegu 

Einkee 



Hent^aket 
Hem^ake 
Hem^akegu 
Hent^akeye 



IMPARFAIT. 



Einkedan Int^akedan Hem^akedan 

Einkean Int^akean Zent^akian 

Einkegun Int^akegun - Zeni\akegun 

Einkeen Im^aketen Zem^akien 

N 4. 

ACCUSATIF de la 2 me perfonne du pluriel. 
,,je vous", &c. 

I N D I C AT I F. 

PRESENT. 

bn. 



bifc. 
Zaituda^ 



Zaituei Zaiiu^ie 



gulp. 


lab. 


foul. 


Zaitut 


Zaiiut 


Zutut 


Zaitu 


Zaim 


Zulu 


Zairugu 

c> 


Zaitugu 


Zurug 


Zaitute 


Zaitmte 


Zutie 



Le theme verbal eft toujours au (comparez la conjugaifon avec 



393 

Face, de la i re perf. plur.),, & le pluriel du pronom eft indique une 
feconde fois par la fyllabe it intercalee. Z-au-t aurait fuffi, dirait-on ; 
exprimant ^Je-ai-vous"; mais la langue bafque ajoute un figne de 
pluralite, -^-au-t eft devenu ^-a-it-u-t. Le biicaien n'a pas encore 
ete fatisfait & a ajoute le figne de pluralite, effentiellement bif- 
ca'ien, -[: ^-a-it-u-t-^ -{aitui^ 5c puifque r a la fin de la flexion 
devient d, ^aitudai; a eft voyelle de liaifon (voir ch. xi, 4). 

Ces flexions etant en ufage pour le fingulier honorifique., il a fallu 
indiquer une fois de plus le pluriel^ & c'eft ainii que fe font formees 
les flexions: i re perf. Zaituedai ou faituet (pour laitutedai), bifc.,, 
^aituitei, lab., guip., bn. & -{utiet } foul. 5 5 me perf. -^aituei, ^aimite y 
i re perf. plur. ^aituegui, faitupegu, futiegu; 3 me perf. plur. 



IMPARFAIT. 



bifc. 

Zinduda^an 
Zindu^an 
Zindugufan 
Zindue^an 



guip. 
Zindudan 
Zinduan 
Zindugun 
Zinduien 



bn. 
Zindudan 



lab. foul. 

Zintudan Zuntudan 

Zintuen Zuntian 

Ziniugun Zuntugun 

Zintu-[ten Zumien 



Ce temps eft parfaitement regulier. Zindudan eft forme de 
^-indu-t-n. Le t eft devenu d, & le lab. & foul, ont change le d 
radical en t, ce qui eft, fous le point de vue de la phonetique bafque, 
une erreur. Si le d eut ete un r, il aurait ete de regie de le changer 
en d puifque n precede. 

Le dialecte bifc. a intercale le figne de pluralite {. Comp. I'im- 
parfait. 



CON DITIONN EL. 
PRESENT. 



bifc. 



Zindukeda^ Zinduket 

Zinduke^ Zinduke 

Zindukegu^ Zindukegu 

Zindukeei Zindukete 



lab. foul. 

Zinduket Zuntuket 
'Zinduke Zumuke 
Zindukegu Zuntukegu 
Zindukete Zuntukeye 



394 



PASSS. 

Ce temps eft forme en ajoutant an au prefent: ilndukedaian, b., 
^indukedan, g., ilnitukedan, f., &c. 

Le conditionnel eft forme comme I'imparfait, fauf la terminaifon 
qui eft ke & que tous les dialedes ont intercale, de maniere que le 
pronom-fujet Ibit a la fin. Zinduket eft forme de ^-indu-ke-t. Le bifc. 
a ajoute le figne de pluralite -[: -[-indu-ke-i-^. Le ke fe trouvera inter- 
cale afin de conferver t & ke qui ne pouvaient pas fe fuivre (i). 



bifc. 



gup. 



IMPtRATIF. 

bn. 





SUBJONCTIF 




PRtSENT. 


Zagi^an 


Zair^adan 
Zaitan 


Zagie^an 


Zai^aren 




I MPARFAIT. 


Zengi^an 
Zengigu^an 
Zengie^an 


Zint^adan 
Zinr^an 
Zint^agun 
Zint^aten 



lab. 

Z ait^al a 



Zer^adan 



fou 



Zet^an 



Zu\ed.an 
Zif[an 
Zet^agun Zit^egun 
Zei\a:en Zit^en 



Zini\adan Z inroad an 
Zint^an Zim^an 

Zinr^agun 
Zinr{aien 



L'imperatif & le fubjondlif bifcaien derivent de egln; ces memes 
modes, dans tous les autres dialecles^ font formes par e^an. L'impe- 
ratif eft le prefent de Tindicatif primitif; dans quelques dialec^es on 
le fait fuivre de la conjonftion la , 3 que". Comp. les auxiliaires -egin 
& e\an. Le guip a change la voyelle initiale, felon la regie,, en a. 
Le prefent de Tindicatif ^at etait done la^ar, & ^a[at + n donne 
la-^adan; & ^a^adan avec le // caracleriftique fupplementaire du pluriel 
fait lair^adan (2). 



(1) Voir ch. in. 

(2) Voirch. xi, 4. 



39f 



POTENTIEL. 

PRESENT. 



bifc. 


guip. 


lab. 


foul. 


Zaikedai 


Zait^aket 


Zait^aket 


Zit^aket 


Zaike-[ 


Zaif[ake 


Zait^ake 


Zitiake 


Zaikegui 


Zait^aguke 


Zait^akegu 


Zlr^akegu 


Zaikee^ 


Zait^akeie 


Zait^akete 


Zit^akie 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 



^ (i) 



Zeinkegui 



Zint^aket 
Zim^ake 
Ztm^aguke 
Zint^akete 



Zent^aket 
Zem^ake 
Zint^akegu 
Zenr^akeye 



IMPAR FAIT. 



Zeinkedaian 
Zeinke^an 
Zeinkegu^an 
Zeinkee\an 


Zint^akedan 
Zim^akean 
Zimiakegun 
Zint^aketen 


Zint{akedan 

Z intake an 
Zint^akegun 
Zint^aketen 


Zent^akedan 
Zent^akian 
Zentiakegun 
Zem^akien 



Le potentiel eft celui du verbe edin en bifcaien; les autres 
dialedles ont pris celui de e^an. Le bifcaien aimant a ajouter le figne 
de pluralite fup piemen taire ^, ^alker, (de \-eli-ke-i) eft devenu 
\aikei -\- ^ ou r [aihed.a\. Ces flexions n'oflfrent aucune difficulce; com- 
parez les deux verbes edin & e^an. 

Toute cette conjugaifon etant employee pour exprimer un fin- 
gulier honorifique^ on en a forme une autre> pareille a celle-ci^ mais 
avec e (pour le) en plus, fuivant le caradlere modal ke; ^aikeda^ efl 
devenu ^aikeeda^. II ferait fuperflu,, croyons-nous, de repeter ces 
trois temps qui font formes tres regulierement. 



(i) II y a une faute d'impreffion chez Zavala; -^einkeeda^ eft le pluriel du pluriel. L'au- 
teur ecrit cependant les deux e dans Tun & dans 1'autre temps; le future imperfedo, p. 126 ; 
le preterite remote p. 130. 



396 



CHAPITRE XV. 

LE VERBE AUXILIAIRE IZAN ,,ETRE 5 '. 

La fignification de i^an correfpond generalement a , a etre"$ nous 
difons generalement, puifque dans quelques dialedtes i^an prend le 
fens de ,,,avoir". (Voir lafyntaxe.) 

INDICATIF. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- tab. bn. foul. 



Va Va T)a Va T>a 

Gara Gera Gire Gara Gira 

Zara Zero. Zire Zare Zira 

Vira Vira Vire Virade T>im 

Ailleurs(i) nous avons deja reconnu la difficulte d'expliquer le 
prefent de 1'indicatif, & n'ayant aucune hypothefe plaufible a offrir, 
nous devons continuer a avouer notre ignorance^ quant a la forma- 
tion de ce temps. 

On a voulu envifager le prefent comme temps primitif, d'oii les 
autres temps (I'imparfait furtout) feraient derives,, ce qui ferait pof- 
fible (bien que nous ne voyions pas comment), mais ce qui n'eft pas 
abfolument necefTaire. II paraitrait plutot que raorifte a exifle dans 
beaucoup de langues avant le prefent (2). L'accumulation d'hypo- 



(1) Etude fur I'Origine des Verbes auxiliaires. 

(2) A. H. Sayce, Principles of comparative philology, p. 277. 



397 

thefes pour expliquer le prefent, eft telle, qu'il nous a paru inutile 
de les mentionner ici. 

Les trois perfonnes du pluriel fe terminaient autrefois, en foule- 
tin, en de: girade, ilrade, dirade (i). La J" 16 perf. plur. dirade fe 
trouve aufli en guipuzcoan : Eyen egu^kiaren jayet aldean diraden 
hi-fierak dakitian batek (2). j,Car quelques-uns qui connailTent les 
bavards qui font dans la patrie du foleil"... 

Les 2 mes perfonnes du pluriel etant en ufage pour le fingulier 
honorifique, on a forme le pluriel (du pluriel) ^are, b. (pour ^areie)'^ 
Derate, g., -[arete 1. & bn.; {iraye, f. y avecj', pour eviter Thiatus 
caufe par la chute du r. 



IMPARFA1T. 



bifc. 



gup. 



lab. 



bn 



foul. 



Inr^an 


In^an 


Zan 


Zan 


Gini^an 


Ginan 


Zint^an 


Zinan 


Zirean 


Ziran 



Hint^en 

Zen 

Ginen 

Zinen 

Ziren 



^^ m Hint^an 
Zen Zen 

Ginen 
Zinen 
Ziraden Ziren 



L'imparfait,, au contraire,, s'explique fans difficulte, ce temps fuit 
la regie generate ; il eft forme du theme, precede de la caracte- 
riflique du pronom-fujet, 5c fuivi de la terminaifon an; il a de plus 
le n } que nous appelons myflerieux & qui fe trouve dans Timparfait 
de prefque tous les verbes (3); ainfi n-in-[ (pour ify-an fait nin^an 
jj'etais'^ ce qui eft la forme guipuzcoane, encore ufitee de nos 
jours. La 2 me perfonne formee de h-in^-an fait hin^an ou in-{an, felon 
les dialecles. 

La 3 me perfonne offre une petite irregularite. Par analogic avec 
les autres verbes, on aurait pu s'attendre a ^an ou a i-(an, puifque 
le bifcaien n'a fouvent pas la caraderiftique de la 3 me perfonne, 

(i) Voir Dechepare, Poefies, p. jo, 59. 
(^) Larramendi, Dice., p. ccxiv. 
()) Ch. xi, 7. 



398 

comme c'eft le cas pour les verbes eroan, egin, ent^im, &c. (i) 
Dans ce cas-la le i aurait etc initial, ce qui eft rare ; & il nous femble 
qu'il s'eft perdu ici, ainfi que dans les 3 mes perfonnes de Timparfait 
des conjugaifons relatives. On retrouve le i dans Fimparfait du 
potentiel, ou ileft precede de / / li^ate !! ferait", & dans ce que Ton 
croit etre Timparfaic du fubjonctif, & ou les dialedles bafques 
francais ecrivent un / initial; %en efl devenu li^en. Orduan hec 
has cequiiquion orhoir^ eguiren parti licen hayen comarquetaric . 
Marc v, 17. 3 ,Alors ils fe mirent a le prier de fe retirer de leurs 
quartiers". Comparez encore le verfet 18 du meme chapitre <5c 
ch. iv, 27. 

Le i de i-^an efl fouvent devenu q, furtout quand il eft precede de 
n; ceci eft un phenomene tres ordinaire en bafque; comparez 
en\un = enrpin; berie = bert[e, <3cc. Un auteur bifcaien ecrit meme 
i\an pour ^an : Semea bi^i iian i\an (2). ^Le fils vecut"... 

Les 2 mes perfonnes plur. etant en ufage pour le fingulier honori- 
fique, on a forme pour le pluriel : ^im^en ou ^ineen, b., ^ifiaten, g. } 
lineren, lab. bn., ilnien, f. 



PARFA1T DfeFJNI. 

}Q fus" . 



PARFAIT INDfeFINI. 

l\an nail ou na-[ ou nil 5 J'ai ete". 



PLUS-QUE-PARFAIT. 

nin\an (guip.) ^j'avais ete' 



l^an fe conjugue avec lui-meme, comme en italien; on dit : je fuis 
ete,, & par confequent le parfait defini i^an ninian fignifie ^J'etais 
ete'% c'eft a dire que c'eft le plus-que-parfait. Nous devons renvoyer 
le lecleur au ch. xn, J <5c 10^ oil la formation de ces temps a ete 

(1) V. p. 146. 

(2) L'auteur eft indiqud chez Zavala (Verio vafc., p. 18, rt 19) par les initiates D. J. J. 



399 

difcutee. Li$arrague fe fert de la periphrafe du plus-que-parfait pour 
exprimer le parfait defini; p. ex. Jarreiki i-^an ^ai^kan. Marc i, 20. 
,,Ils le fuivirent". 

OFTATIF OU POTENTIEL FRIM1TIF (FUTUR ET CONDITIONNEL). 
PRESENT. IMPARFA1T. 



e Him\ate 

'Dale Liraie 

Girate Ginaie 

Ziraie Zinate 

Virare Liraie 

Ce mode eft forme regulierement, feulement la terminaifon ke nc 
s'eft maintenue qu'en guipuzcoan, du moins dans 1'imparfait; le 
prefent eft inconnu. Dans tous les autres dialedles elle eft le ou leke. 
Nous avons difcute ailleurs (ch. xin, 10) la vaieur de ces va- 
riances. Le prefent eft aujourd'hui en ufage comme futur, & 1'im- 
parfait eft devenu conditionnel, ou eft refte optatif fous le nom de 
conditionnel. 

Les dialedles bafques fran^ais font les feuls qui aient conferve 
Fufage du futur; ce temps eft rendu dans les autres dialecles par 
periphrafe. Le fouletin a les deux formes ni^aie & ni^ateke^ futur; & 
nint^ake & nintfaieke, conditionnel (i). 

La feule irregularite qui fe trouve dans le potentiel eft le r de la 
5 me perf. plur. de Timparfait : liraie pour li^ate. Le bifcaien a 
conferve le ^ qui s'ecrit r^. 

FUTUR. 

l\ango nail) i^anen ni^ ,Je ferai^'. 

FUTUR ANTfeRIEUR. 

l\ango nin\an ou ifanen nin^an ^J'aurai ete". 
Et auili en guipuzcoan^ felon Lardizabal^ i^an i^ango 

(i) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 360 &. j86. 



400 



CONDITIONNEL. 

PRESENT. 



Ce temps, auquel nous rendons ici fon nom inexacl:, eil ainfi qu'il 
fuit dans les dialecles diflferents : 



guip. 



foul. 



Intake 
Li^ake 
Ginake 


Hint^a, 
Li~(aie 
Ginate 


Zifiake 


Zinate 


Lirake 


Lirate 



bifc. 



Im^akete 
Lit^aieke. 
Gim^ateke^ 



lab. 



bn. 



Lirake 



Ginaieke 



Lirmeke 



PASSfe. 



Int^akean 

Li^akean 

Ginakean 

Zinakean 

Lif[atekean 



Hint^atekian 

Zatekian 

Ginr^atekian 

Zinatekian 

Ziratekian 



Im^atekean 

Lit^atekean 

Gim^atekean 

Zint^atekean 

Lit[aieke^an 



LiratekeenQ) 



Les dialecles guip. <3c foul, out conferve au prefent la forme la 
plus fimple <5c la plus pure; teke nous parait etre une tautologie. Le 
labourdin a perdu, a ce qu'il parait, routes les flexions,, a Fexception 
de celle de la i re perfonne. Les autres sont remplacees par celle du 
potentiel de edin : neinteke, heimeke, laiteke, ginie-^ke, -finu-fie, liie^he; 
on trouve ces flexions ecrites : ninteke, &c. (i),, fans le e, diftindlion 
conventionnelle (fi elie eft obfervee) 6c fans aucune valeur. Le pafle 
efl alors nintekean, ou comme Tecrit M. Inchaufpe nimeken. 



(i) Voir Inchaufpe, Vtrbe bafque, p. 468, & le Guide ou Manuel de hi Converfatwn, 
Bayonne, 1863. 



IMPfeRATIF. 



Si? ,,qu'il foit" 
Zaren J5 foyez" 

u'ils foient" 



cAi^en, b. } hi-^an, f. ,,fois", eftau fond la 2 me perfonne du fingulicr 
du prefent de 1'indicatif flz<r ou Az'f ,,tu es^% fuivie de la conjondion 
72 ,,que". II en eft de meme de far en pour fare-n. TSii eft forme 
de b-ii, comme begi ,,fais" de i-^z. 

Le pluriel eft forme par re, & bi-(te eft devenu i//^, apparemment 
par raifon d'euphonie. 

La 2 me perfonne du pluriel etant devenue un fingulier honorifique, 
on a forme ^areten, bn. (i), & firayen, foul. 

D'habitude 1'imperatif eft conjugue par periphrafe^ & dans ce 
cas-la c'eft edin qui eft Fauxiliaire. Comparez ce verbe. 

adi 

pour ^rfz'w (^ahe^ie plur. du plur.). 



Le labourdin a les variantes foe & fiteite; le a radical s'eft perdu. 



SUBJONCTIF. 



Nous ignorons fi autrefois on rendait ce mode par 1'indicatif, 
fuivi de la conjonclion n ,^que' 3 ^ comme c'etait le cas avec le verbe 
eduki. C'eft afTez probable, mais nous n'en avons pas trouve 
d'exemple jufqu'a prefent. 

Le fubjondlif, le potentiel &, comme nous venons de le voir, 
rimperatif, font formes a Taide de edin dans tous les dialecles. 



(i) (jareten bada q uec perfed. Matth. v, 48. 

26 



402 

Le prefent <3c Fimparfait de Findicatif de edin, fuivis de la con- 
jondlion n 3J que'% ferment, avec Fad jeclif verbal ifan, le prefent <5c 
rimparfait du foi-difant fubjonctif : i^an nadin ,,que je fois"; 
nendin ,,que je fufle". 



SUBJONCTI F. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- tab- foul. bn 

tt^adin S^jidin ^cidin t^adin 

IMPARFAIT. 

ZN^endin t^endln IT^endin Zt^endin 



Comme ces flexions ont etc difcutees au paragraphe fur le verbe 
iriy il efl fuperflu de citer routes les perfonnes. Nous citerons 
plutot les variantes bifcaiennes du prefent & de 1'imparfait, ainfi 
que les deux futurs que Zavala donne encore a ce mode. Les va- 
riantes font : 

PRESENT. IMPARFAIT. 



c/Liten I me an 

T) ait en Zitean 

Gaite^an Gintean 

Zaite^an Zlnre^an 

Tiaite^en Zite^an 

Eft-ce que Tufage aurait admis ces flexions comme variantes de 
nadin & de nendin? Nous en doutons; elles paraifTent appartenir a 
Foptatif, & par confequent elles ne peuvent avoir la meme fignifi- 
cation que celles du fubjonclif. Enfuite fi elles appartiennent a Fop- 
tatif, elles font mal formees. Uoptatif efl naite, 6c naite ~\- n donne 
nairen & non naitean. 



403 

Mais citons d'abord tout le fubjonclif (les premieres perfonnes 
feulement), comme Zavala le donne, & nous verrons alors la caufe 
de la confufion. 

s u B j o N CT i F. 

PRESENT. 

Sanu nadin ou naitean ,,que j'entre". 

FUTUR DU PRESENT. 

Sanu nadikean ou naitekean >,que j'entre". 

PRETERIT IMPARFA1T. 

Sanu nendin ou nintean ^que j'entrafle". 



FUTUR DU PRETERIT IMPARFAIT. 

Sanu nendikean ou nintekean ,,que j'entraflTe". 

A 1'exception de nadin, &C., & de nendin, &c., tous ces temps 
font embrouilles ou imaginaires; & les exemples que Zavala cite 
lui-meme nous le prouveront; ils ne correfpondent nullement avec 
les flexions comme il nous les donne. 

Zavala embrouille d'abord les temps du fubjonclif & ceux de 
Toptatif. L'optatif^ comme auxiliaire^ correfpond au futur & au 
conditionnel; hfanu nadikean ou naitekean exifte, c'efl le prefent de 
Toptatif; naiteke ou nadike fuivi de la conjonclion n ,^que'\ Mais 
ceci aurait donne naiteken & non naitekean ou nadikean, comme Tecrit 
Zavala. D'ou vient le a? Ou plutot d'ou vient toute la flexion? ou 
tout le temps? Zavala, plus que tout autre, aurait du donner des 
exemples a i'appui de fa conjugaifon; or, il cite pour le futur du 
prefent Texemple fuivant : yauji e\ \aiiekf^ala (i). ? jAfin que vous ne 

(i) Verio vafc.y p. 28, n 18. 



404 

tombiez pas". Zaiteke^ala eft forme de ^aiteke^ -\- la ; c'eft la 2 me 
perf. plur. du prefent du potentiel; mais pour Zavala, qui ne s'eft 
pas rendu compte de la formation des flexions,, la remplace n ou an, 
& lairekeiala eft pour laiteke^an + la; & fi ^airekeian eft la 2 me perf. 
plur., ii s'en fuit que naiiekean (voir le tableau) eft la i re perfonne. 
Ce raifonnement nous donne le ,, futur du prefenr". 

Pour le futur de 1'imparfait Tauteur cite 1'exemple fuivant : eguin 
ceitekeala (i) ,,qu'on "compofat". Nous avons ici exaclement la 
meme erreur que dans Tautre futur. Zeitekeala eft la ^ me perf. de 
rimparfait(aujourd'hui conditionnel) du potentiel fuivi de/a ,,que 3;) : 
leiteke + la. Pour Zavala cette flexion eft leitekean + la, & par 
confequentla i re perfonne., fans la, eft nintekean. II a obtenu comme 
Ton voit, les flexions qu'il donne, par deduction ; mais les auteurs 
bifcaiens qu'il cite ne s'en fervent pas. 

II en eft de meme de fa variante du prefent du fubjondlif naitean, 
qui n'exifte pas non plus. Les auteurs bifcaiens font ufage denaiteala, 
c'eft-a-dire du prefent de Foptatif naite (pour nadite) -(- la, & Zavala 
en conclut qu'il y a un temps naitean, qu'il place encore par erreur 
au nombre de ceux du fubjonclif. 

La variante de 1'imparfait du fubjoncTif nimean provient done 
d'une flexion ninteala, dont il ne donne pas d'exemple,, & nous 
pouvons nous en patter, car ninteala fera pour neime + la, c'eft-a-dire 
la i re perf. du conditionnel (autrefois imparfait) de 1'optatif. 

Les flexions que Zavala donne pour le futur du preterit nendikean 
ou nintekean exiftent, mais elles appartiennent a 1'imparfait du po- 
tentiel, forme du conditionnel en y ajoutant la caracteriftique du 
paflTe an. Comparez 1'optatif ou potentiel qui fuit. 

POTENT IEL. 

Le potentiel de i^an etant en ufage pour le futur & pour le con- 
ditionnel, tous les dialecles ont forme un optatif periphraftique a 
Faide de edin ,,pouvoir". 

(i) Verbo vafc., p. a8 3 n ao. 



Le prefent eft nadike, mais la terminaifon he efl de nos jours te 
ou reke dans tous les dialedles. Comme d'habitude le d s'efl perdu. 
Comparez, pour les details,, la conjugaifon intranfitive de edin. 



PRESENT. 



bifc. 



foul. lab. g ul P- 

ZKjiite, naireke C^aireke ZKjiiteke 

IMPARFAIT (aujourd'hui conditionnel). 

L'imparfait de 1'optatif de edin efl nendike, &c. } qui fe retrouve 
comme neimeke, b., 1. & f., & nindeke, g. 

Nous favons que Timparfait de 1'optatif ou potentiel des verbes 
primitifs efl en ufage comme conditionnel; i^an neimeke fignifie done 
,,je pourrais etre"; & puifqu'il a fallu pouvoir exprimer Timparfait, 
on a fuffixe la caracfleriflique du pafle an, a ce conditionnel (impar- 
fait primitif); ainfi i^an nendikean fignifie ^je pouvais etre". 

Nous citerons feulement les i res perfonnes; on peut trouver les 
details dans le paragraphe fur edin. 

bifc. g u ip- tab- foul. bn. 

S^einteke ZNjndeke D^eimeke C^eimeke C^jndaiteke 

IMPARFAIT. 

Pfyndikean S^indekean &Qnteken ZKjntekian 



LE POTENTIEL BISCAIEN. 



Le potentiel & Je fubjondlif bifcai'en_, felon Zavala, ont le double 
des temps de ce qu'ont ces memes modes dans les autres dialecles, 
differencies de la meme maniere par te & par ieke y tant dans la 
conjugaifon tranfitive qu'intranfitive (comparez le tableau de ces 
modes,, p. 188)., & dans le but de diflinguer, ce que Zavala nomme,, 



o6 

le prefent & le futur. A cote de naite, prefent,, fe trouve naiteke, 
futur, quoique ces deux temps ne foient que des variantes; a cote 
de neinte il y a neinteke, & a cote de neimean il y a neimekean. Ce 
dernier temps, appele par Zavala ,,preterito remote", efl rendu 
par: pudo, habria podido & podria; c'eft-a-dire par: ,,je pus, j'au- 
rais pu ou je pourrais". Comme nous Favons deja dit, la fignifica- 
tion des temps bafques n'efl pas vague a ce point la 5 elie ne Tefl 
meme pas du tout. 

LE POTENTIEL LABOURDIN. 

Le prefent & le paffe du conditionnel (forme de iiari) ne paraif- 
fent pas etre en ufage en labourdin, & ont ete remplaces par le 
conditionnel & Timparfait du potentiel de edin. On exprime le 
prefent ,,je ferais'^ par nimeke, & le pafTe ,,faurais ete" par 
nimekeien (mieux nimekeiari), Manuel, & nimeken, Inchaufpe. 



2- 

Les fix conjugaifons relatives de lauxiliaire izan. 

N I. 

Datif de la i re perfonne 3) a moi". 
I N D I C AT I F. 

PRfiSENT. 

bifc. g u ip' tab- foul. bn. 

cAf{ait Hawaii . Hii^ah cAt^ai 

Tat Zait Zait Zait Zait 



Zai^kit Zai-fiit Zai^t 



47 



1MPA R FAIT. 

bifc. g u ip- lab- foul. bn. 

Im^atan Im^aidan Him^autan Hinrteit&n 

Tatan Zitiadan Zit^autan Zeitan 

Zint^ata^an Zint^ai^tan Zini^autan Zintieiran 

Tata^an Zirqsrfiidan Zit^aitan Zeitan 

L'ordre dans lequel les parties conftituantes de la flexion du verbe 
intranfuif fe fuivent eft celui-ci : nominatif, theme verbal, datif. 
Ainfi hitman ,,tu es a moi" eft compofe de hi-i^a-t. 

Toutes ces flexions ont aflez fouffert, & ce n'eft que par 1'appui 
reciproque qu'elles fe donnent qu'on arrive a les analyfer. L'origine 
de 1'i introduit par tous les dialecles, excepte par le bifcaien, eft 
obfcure ; cet i devient u dans quelques varietes labourdines; & difpa- 
rait dans le conditionnel guipuzcoan. Nous avons deja fait remarquer 
que la variante q pour ^ fe rencontre tres fouvent en bafque. Le 
bifcaien af^at, en reftituant le h initial, hat^at eft done une forme 
reguliere : A-z'^z-r(i). La voyelle initiale du theme eft devenue a 
dans quatre dialecles & s'eft maintenue en fouletin. c^r^r, fous fes 
cinq formes differentes, s'explique parfaitement bien. Ajoutons que 
Dechepare n'ecrit pas le t; on trouve, page 34 : helgaquigat, aujour- 
d'hui hel ^akitiat. 

La 3 me perfonne a un y initial, qu'il ne faut pas confondre avec 
cette meme initiale dans la conjugaifon familiere, oil elle correfpond 
au d mouille & aufli au ^ des autres dialedles , le mouillement 
de Tinitiale, quelle qu'elle foit (2), etant une des caradleriftiques de 
cette conjugaifon. Le meme fait phonetique s'eft produit ici comme 
dans les conjugaifons familieres, y correfpond a -{. Tituat, bifc. 
= ditiat foul. = ^itiaty bn. *Berce bor^ talent irabaci citiat 



(1) Larramendi cite achat bifc. = at^at. 

(2) Zavala dit lui-meme, Verio vafc., p. 55, 56, n 146, que ce qu'il ecrit nayeunkec 
fe prononce neunkec; c'eft-a-dire que le n eft mouille. 



408 

Match, xxv,, 20. ,,Cinq autres talents, je les ai achetes avec ceux-ci". 
La flexion aurait du avoir le i initial z'{azV, z'^a + i; puifque le pronom 
fujet efl abfent; mais comme dans Timparfait -[a/z, ien, ii s'efl perdu,, 
& le ^ eft devenu y en bifcaien . 

Les perfonnes du pluriel ont le figne de pluralite propre a chaque 
dialedle; en bifcai'en ^/ ^at^at-^ = ^ar^ada^; en gulp & lab. ^k: 
aiikir. Le fouletin n'ecrit pas le figne de pluralite fupplementaire. 
ure jaun cflfaitea y jo an ^at-[ai^kit lurreiik (2). ,,Mon cher Maitre 
vous vous etes (vous m'etes) en alie de la terre". Nous n'avons 
trouve malheureufement que bien peu de flexions chez Li9arrague. 

L'imparfait efl forme du theme, precede du fujet & fuivi du datif, 
& puis dela terminaifon. Nous y trouvons encore ce que nous nom- 
mons le n myfterieux. Hin\a-i-an donne hintiadan, avec les va- 
riantes propres a chaque dialedle. La 3 me perfonne a dans tous les 
dialedles,, excepte en bifcai'en,, le ^ initial, caracleriftique de la per- 
fonne. Z-i\a-t-an a donne ^iiiadan. Le bifcai'en a conferve le t, & a 
perdu le i initial (qui reparait au conditionnel), par fuite de quoi le 
I devient initial & s'ecrit y comme au prefent. Cette forme corref- 
pond afTez bien au fouletin ^eitan; mais la le a thematique efl devenu 
e. Cette 3 me perfonne de Fimparfait s'efl petit a petit corrompue en 
fouletin d'une fa$on etonnante dans toutes ces conjugaifons^ elle 
efl arrivee a avoir la meme forme que les J mes perfonnes du verbe 
eroan employe pour ,, avoir"! Ainfi Ton trouve chez M. Inchaufpe 
les flexions fuivantes : 

AVOIR. ETRE. 

, 3 a moi" Zeitan Zeitan 

,,a toi" Zeyen Zeyen 

, ,a lui'^ Zeyon Zeyon 

,,a nous" Zeikun Zeikun 

,,a vous" Zei-pin Zeikun 

,,a eux" Zeyen Zeyen 



(i) Axular, p. 3, ancr ed.; xm, nouv. ed. 



409 

Que croire de pareilles formes? La belle theorie que les verbes 
,,etre" & ,, avoir" ne font qu'un, n'aurait-elle pas aide a modifier 
ces flexions. Nous lecraignons beaucoup, & perfonne ne fera furpris 
que nous confiderions ces 3 mes perfonnes, jufqu'a preuve du con- 
traire, comme corrigees, peu importe dans quel fiecle & par quel 
auteur. On aura deja fait une conceflion bien large en admettant 
que dans la bouche du peuple -\erauian & -{it^adan en foient arrives, 
tous les deux, a aboutir a \eiian. Mais admettre que les fix flexions 
indiquees arrivent toutes a un meme refultat, comme coulees dans 
un moule, cela n'eft guere poffible. Mais ce qui prouve fans contefte 
Ferreur de ces formes, c'efl qu'il y a deux fiecles ces flexions n'etaient 
pas pareilles. Larramendi ecrit la 2 me perfonne du pluriel : -{inr{aiftan, 
ce qui fera une faute typographique. 

Nous citerons ici ces flexions fous une forme mieux confervee. 
Zeiran fert pour yerautan (avoir) & pour lit^adan (etre). Zeyan pour 
leraukan (avoir) & pour ^iriayan (etre). Zeyon pour -[erokan (avoir) & 
pour liqakon (etre). 



CONDITiONNEL. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- lab. foul. bn. 

Int^aket Imiaket Hinr{eiket 

Litfaket Lit^aket Lit^aiket Lit^eiket 

Zin^ai^kiket Zintiai^kiket Zint^eiket 
Lit^ai\kiket 



Ce temps, qui eil 1'imparfait du potentiel propre de iian, efl 
forme regulierement. Imiaket, b., pour hinr[aket, efl compofe de 
h-i^an, & avec le n myflerieux in^an-he-i 5 Je-puis-etre-a-toi =: je te 
ferais". 

Puifque la 3 me perfonne a le / initial, le i initial de i-^an (qui s'efl 
perdu dans la 3 me perf. de 1'imparfait, & avait laiflfe le i de ^n, 
comme initiale, lequel i s'efl corrompu en f) } a reparu, & le bif- 
caien correfpond de nouveau avec tous les autres dialecles. La 



410 



2 me p er f; p[ ur< a } a caracleriftique fupplementaire du plurielj 7 en 
bifcaien & ^' en gulp. & lab. Zint-^akeda^ eft pour ^nt^aket -f- ^. 

Le fouletin s'eft fortement corrompu 5 d'abord /{ pour ^, comme 
ont les autres dialecles 5 enfuite le a thematique eft devenu e, <3c 
un i a etc intercale dont Torigine eft obfcure. Pourrait-on admettre 
une variante hintieyer, avec y pour le k elide par les uns & conferve 
par les autres_, ce qui aurait fini par produire une forme oil fe trouve 
& iy & le k? Nous Tignorons. 

Le guipuzcoan & le labourdin ont intercale dans les perfonnes 
plurielles le figne de pluralite fupplementaire fki. Zintiaifkiket eft 
forme de f-inzia-iki-ke-t. Le i qui fuit a n'importe pas ici; il fe 
trouve fouvent en labourdin dans le fubftantif verbal en ten ; i\aiien^ 
il ne change rien a la flexion. La 3 me perf. plurielle 3} lh me fe- 
raient'"' eft lit^iti^kikei de l-iiia--(ki-ke-t . 

Ce conditionnel dont Forigine, tant comme forme que comme 
fignification^ s'eft perdue,, reparait fous une forme corrompue en 
guipuzcoan^ & fous la meme forme en labourdin,, comme condi- 
tionnel du potentiel. Lit^aiket) lab., eft en ufage pour , 3 il meferait" 
& ,,,il pourrait m'etre". Ce n'eft pas ici la premiere fois que nous 
voyons le conditionnel reprendre par moment fa fignification primitive 
de potentiel. 



bifc. 
cAkit 
*Bekit 





IMPERATIF. 




, 


gulp. 


lab. 


foul. 


bn. 


cAkit 


Hakit 


Hakit 


Hakit 


<Bekit 


'Bekit 


'Bekii 






'Bekidai 



cAkidan 
Vakidan 
Zakida^an 
Vakida^an 



SUBJONCTIF. 

PRESENT. 

oAkidan cAkidan 

Vakidan Vakidan 

Zar^ai^kidan Zaki^kidan 
Vaki^kidan 



Hakidan 
Vakidan 
Zaki^radan 
Vaki^tadan 



4" 



IMPARFA1T. 

bifc. g u ip- k 1 ^- foul. bn. 

Enkidan Henkidan 

Ekidan Zekidan Zakidan Lekidan 

Zenkidaian Zint^aiikidan Zima"{kidan Zinr^akiJan 

Ekida^an Zeki-[kidaten Zitofkidan Lekidan 

II eft clair que Timperatif & le fubjonclif ne font pas formes de 
i^an, ni de edin. Le theme de toutes ces flexions eft ekin. Zavala 
admec ekin (i), en meme temps que egin, fans dire s'il confidere ces 
deux mots comme des variances, ce qui nous parait etre probable. 
Egin eft ,/aire" & ekin eft ,/aire avec ardeur" (2). Larramendi 
n'en cite que deux flexions : akio & ^akiria, -{okii-^aie , qu'il traduit 
par: profigue,, profeguid 55 pourfuis^ pourfuivez". Ce font les 2 mes 
perfonnes de Timperatif, & ce font les memes qui fervent comme 
telles pour 1'auxiliaire avec le datif 53 a lui" inherent (3). 

II y a, il eft vrai, ekin qui fignifie entreprendre^ attaquer, com- 
mencer (4),, & il ne ferait pas impofTible que deux noms verbaux,, 
diflferents a Torigine^ fuflent venus aboutir a une meme forme 5 mais 
il nous femble que ekin >,faire avec ardeur'% employe par Larra- 
mendi dans le fens de pourfuivre pour ,>continuer'% a pu prendre le 
fens de pourfuivre pour ^attaquer". Ceft done toujours le meme 
ekin 9 du moins felon toute probabilite. 

Pour la mutation du g en k (ekin pour egiri), il y a plufieurs exem- 
ples a citer; mais les meilleurs exemples font ceux oil egin meme 
a k pour g, comme dans les mots compofes ogiklna & okhinia. 

L'auxiliaire du fubjondlif, de Timperatif & du potentiel de i^/i, 



(1) Verio vafc., p. 5, n 71. 

(2) Hacer con ahinco, v. Larramendi, Di6l., p. 417. 

(3) Jauna, hel aquio ene incredulirateari. Marc ix, 24. ,, Seigneur viens (en aide) a mon 
incredulite". 

(4) Comp. notre Di6t. 



412 

quand il n'y a pas de regime indirect a exprimer, eft edin, comme 
nous Taverns dit; mais il n'y a aucun doute ici que nous n'avons pas 
a faire a edin; la mutation de d en k n'exifte pas ; ekin eft bien le 
theme. 

L'imperatif eft forme regulierement. La voyelle initiale e devenue 
a, felon la regie, dans la 2 me perfonne hakit, reparait dans la 3 me 
perfonne bekit. Les perfonnes du pluriel ont toutes le figne de plu- 
ralite fupplementaire adopte par chaque dialecle; ^, bifc.; fki, guip.; 
r^, foul.;. Zakidai eft forme de ^-eki-i-i, bifc.; i-eki-^ki-r , guip. 
& lab.; ^-eki-t^-i , foul. Cette perfonne etant en ufage pour le fing. 
honorifique, on a forme lapidate, g., 1. & latitude, foul. 

La 3 me perf. du plur. en guipuzcoan a r{, comme le fouletin,, au 
lieu de -[ki; il y a done ici un melange de varietes. 

Le fubjonclif eft generalement regulier; mais en guip. & en lab. 
on trouve la fyllabe i\a intercalee dans quelques perfonnes du plu- 
riel. Zatiaiikidanjg.ydevrB.it etre, comme en labourdin, iakiikidan. 
Nous devons renvoyer le lecleur., afin de ne pas trop nous repeter^ 
au paragraphe fuivant (le potentiel) ou ce r^a, qu'il ne faut pas 
confondre avec r^ figne de pluralite., a ete difcute en detail. 

Le figne de pluralite q eft devenu ^r en fouletin. L'imperatif 
, qui eft au fond Tindicatif, fuivi de n ^que'% aurait donne 
an, mais on trouve laki^radan. 

Le labourdin a une autre irregularite dans les perfonnes du plu- 
riel; on y trouve ta[ pour tfafa fouletin. On fe rendra mieux compte 
de la confufion dans ces flexions en les comparant aux flexions 
bifcaiennes, qui font correcles. Zenkidaian eft forme de ^-enki-i-\-n. 
En prenant pour figne de pluralite iki, au lieu de ^, on aura i~enki- 
-[ki-t-n = fenkirfadan; & en prenant q/ f-enki-if-i-n = fenkirfadan* 
La flexion acluelle, tant en labourdin qu'en fouletin, parait s'etre 
formee par hyperthefe de t^a. L'emploi de iki, pour figne de plura- 
lite, aura aufll contribue pour fa part a produire de la confufion 
dans ces flexions dont le theme eft eki. 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

bifc. guip. lab. foul. bn, 

cAkiket cAkiket Hltakit 

Vakiket Vakiket Vakiket Vltakidat 

Zakikedai Zat^aiikiket Zita^kiket Zitakit 

Vakikedai Vakiket Vakiket Vitakiitat 

CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 

Einkiket Int^aikiket Hintakit 

Leikiket Lit^aikiket Lit^aiket Leikit 

Zeinkikedai Zintiaiikiket Zint^ai^kiket Zimakit 

Leikikedai Lit^ai^kiket Lit^ai^kihet Leikit 



Ce font fans doute les flexions les plus embrouillees de routes 
ies conjugaifons bafques. II y a d'abord un auxiliaire peu connu, 
ekin, qui forme le plus grand nombre de flexions 5 & enfuite il y a 
une grande coufufion, produite par Fern ploi fimultane du condition- 
nel, c'efl-a-dire de 1'imparfait du potentiel proprement dit de i^an & 
de 1'imparfait du potentiel de ekin, ce qui a fini par donner des 
flexions tres corrompues. 

Le theme du prefent efl ekin dans tous les dialecles, excepte en 
fouletin; ce dialedle a ita, theme inconnu fous fa forme adluelle. 

Le prefent efl done forme regulierement en bifc., lab. & guip.; 
akikety pour hakiket y eft forme de h-eki-ke-t. La 2 me perf. plur. en 
bifc. aurait pu etre ^aki^ket^ mais le figne de pluralite fupplementaire 
a ete place a la fin de la flexion : i-eki-ke-t-^, & Je t s'efl converti, 
felon la regie, en d: lakikeda^. 

Pour le fouletin, nous n'avons qu'une hypothefe a offrir. Le theme 
ita pour aki efl inexplicable 5 mais on trouve une variante de ita. Le 
prefent avec le datif , 5 a lui" efl nitakio, hitakio, daitekio (& non 
ditakio'), <Scc.; or, daitekio peut s'analyfer; cette flexion viendra de edin, 



414 

dont la conjugaifon relative, intranfitive, nous eft (ou nous etait, 
v. p. 233) inconnue. Le prefent du potentiel de cette conjugaifon 
a du etre primitivemem (fi elle a jamais ete en ufage) nadikeyo, 
hadikeyo , dadikeyo, &c., de n-adi-ke-ho , &c. Puifque le d s'eft 
perdu dans prefque routes les conjugaifons de cet auxiliaire (v. ediri), 
<3c que teke y remplace fouvent he, dadikeyo eft devenu daitekio. 

Nous obtenons cette flexion de la 3 me perfonne fans faire la 
moindre violence a aucune regie; nous croyons done pouvoir 1'ad- 
mettre comme la forme reguliere, & nous confiderons les autres 
flexions, avec iza, comme des formes corrompues, peut-etre par 
hyperthefe de a & z, ou par tout autre precede. Le prefent hiiakir 
aurait done ete primitivement hadiket ou haiket, daiket, laikei. 

II eft certain qu'en dehors de ce qui parait etre une forme irre- 
guliere, il y a des erreurs evidentes dans ces flexions. 'Diiakidat eft 
mal forme 3 d-im-ke-t aurait du donner diiakit (en ne faifant pas 
attention que ki eft pour he); il n'y a pas de place pour da; da ne 
fignifie rien; d initial eft pour ,,il"; it a eft le theme; ke, le carac- 
tere modal; i eft ,,me". Comme le potentiel n'eft potentiel que par 
le caractere modal, qui eft ke, il va fans dire que ki eft une erreur. 

Examinons maintenant la confufion que quelques dialedes ont 
faite en melant les deux potentiels. Nous favons que 1'imparfait du 
potentiel fert comme prefent du conditionnel,, & que Ton a pris un 
auxiliaire pour remplacer le potential. Cet auxiliaire eft edin, quand 
il n'y a pas de regime indirect a exprimer : eferi naiteke ,,,je puis 
m'afleoir"; & ekin quand il y a un regime indirecT: exprime. Le 
prefent, akiket vient de ekin, comme nous venons de le dire. De 
meme Timparfait bifcaien einkiket; mais Timparfait en guipuzcoan 
& en labourdin ne peut s'analyfer fi Ton prend ekin pour theme. Le 
theme,, croyons-nous, eft i^an. Cette confufion parait provenir de 
ce que Ton a oublie que 1'imparfait du potentiel fervait (dans les 
auxiliaires) comme prefent du conditionnel (comp. p. 237)^ & 1'on 
s'eft figure, du moins en guipuzcoan, qu'il y avait deux temps & 
deux modes diftindts, ce qui etait probablement le cas autrefois, 
comme en bifcaien <3c en fouletin. 

En bifcaien ekin forme le potentiel, & les flexions en font connues 



4'f 

aufli en guipuzcoan; mais il paraic qu'elles ont etc fupplantees par 
celles de i^an, qui font double ufage, fervant comme prefent du 
conditionnel, tout en confervant leur fignification primitive d'impar- 
fait du potentiel, fous une forme corrompue, il eft vrai, comme nous 
le dirons a Finftant. 

Le dialecle labourdin n'a pas juge neceflfaire de diftinguer les 
deux modes,, & on exprime le prefent du conditionnel & le condi- 
tionnel du potentiel par les memes flexions; ibil laiteke fe traduit par 
,,je marcherais" & ,,je pourrais marcher". 

La confufion s'eft produite en partie, comme Ton voit, par le 
double emploi du potentiel; mais les divers elements conftituants 
de la flexion y auront aufll leur part. La fyllabe ki de ekin, & la 
fyllabe iki, figne de pluralite,, auront fans doute facilite la meprife. 

L'examen des deux temps de cette cojugaifon fuffira a expliquer 
tous les autres. 



GUIPUZCOAN. 
CONDITIONNEL. POTENTIEL. 
PRESENT. CONDITIONNEL. 



Intiaket 
Lit^aker 



lm\aikiket 
Lit-[aikiket 
Zim^ai^kiket 



LABOURDIN. 

CONDITIONNEL. FOTENTIEL. 
PRESENT. CONDITIONNEL. 



(?) Himiaiket (?) 



Lit^aiket 



Lii-^aiket 



Les deux perfonnes du pluriel font pareilles dans les deux temps 
& dans les deux dialedles 5 elles ont done le meme theme, & ce 
theme eft i-^an. Zimiaiikiket eft forme de i-inia (pour i^a avec le ;/ 
myfterieux)-^/-^-r. Z eft" le fujet ^vous'^; irr{a, le theme; ^ki } le 
figne de pluralite fupplementaire ; ke, le caraclere modal; t ^me". 
De meme lir^ai-fiikei eft forme de l-i^a-i^ki-ke-t . 

Le labourdin,, comme Ton voit, fe contente d'une forme, dont le 
theme eft i^an. 

A propos de ces temps, M. Inchaufpe dit dans fon ,,Verbe 
bafque" (en tete des tableaux, p. 469) : ,,Les Labourdins confon- 



416 

dent cette forme (conditionnel paife) avec le potentiel paffe". 
Ceci eft vrai du prefent auffi, comme on vient de le voir. Mais nous 
ne dirons pas que les Laboimiins confondent les formes; ii n'y a, 
en realite, qu'une feule forme., qui fait double emploi,, & cette forme 
eft correcle. Ce font les grammairiens qui confondent les formes, 
du moins dans le dialedle guipuzcoan. 

En parlant du conditionnel guipuzcoan, nous avons vu que fa 
forme eft correcte; mais celle du potentiel ne Teft pas. La 2 me perf. 
du fing. int-faikiket eftmal formee; la fyllabe ki eft de trop; elle eft a 
fa place dans einkiket, bifc., de ekin; mais im^aikiket eft evidemment 
une forme corrompue pour int^akei, de i^an. Meme obfervation pour 
lit[okikeii il faudrait In^akei comme en labourdin. 

La confufion exifte en guipuzcoan feulement, & elle exifte dans 
la forme des flexions. Dans le ,,Verbe bafque" de M. Inchaufpe, la 
confufion fe trouve encore dans les temps. Pour plus de clarte, nous 
citerons une partie d'un tableau ou nous prendrons les dialecftes 
labourdin & guipuzcoan (i). 

CONDITIONNEL FUTUR ET POTENTIEL CONDITIONNEL. 
LABOURDIN. ,,a vous" GUIPUZCOAN. 



CONDITIONNEL PASSfe. 

POTENTIEL. 
PRESENT ET FUTUR. 

POTENTIEL PASSE. 
(i) Inchaufpe, Verbe bjfque, p 468, 469, 471, 472. 



417 

Le conditionnel futur nim^aii^uke (que Larramendi ecrit nim^ 
avec IH a la fin) eft le prefent du conditionnel, primitivement rim- 
parfait du potentiel. Nous ignorons pourquoi M. Inchaufpe nomme 
ce temps le ,, futur"; il traduit lui-meme ibil laiteke par ,,il marche- 
rait". Or, ce temps eft tou jours nomme prefent du conditionnel. 
Mais, en dehors de ceci, nous avons vu que Fimparfait du potentiel, 
employe comme auxiliaire, fert comme prefent du conditionnel, & 
le prefent du potentiel, comme futur. En ajoutant a ce temps la 
caradleriftique du pafle an, on forme le pafle du conditionnel 
nintfaitfukean, ou, comme Ton trouve chez M. Inchaufpe, nint^at- 
-jukean. 

Le potentiel labourdin eft forme, au prefent, de ekin, & au pafle 
de v{an. ^akike^u eft forme de n-eki-ke-^u; Timparfait, aujourd'hui 
conditionnel du potentiel, eft deja cite plus haut, il eft nint^ait^uke 
& aurait du donner un pafle nint^airfukean (comme le guipuzcoan), 
ou, en ajoutant fimplement n, ninr^airpiken. Ce temps a ete legere- 
ment modifie ; il a le pronom yu apres ke : nimiaike^un y &, proba- 
blement par 1'influence du prefent, ke fera devenu hi. 

Main tenant le guipuzcoan. Le prefent du conditionnel eft, felon 
Larramendi, nini^akei^^ forme reguliere, de n-iia-ke-fu, & non pas 
nintiakiiuke, comme M. Inchaufpe cite ce temps 5 ki eft de trop. 
Que -ju precede ou fuive ke (\uke ou keyuj n'importe pas. En ajou- 
tant an pour le pafle, on aura nint^aiukean ; ce temps eft correct. 

Le potentiel eft mele; le prefent a une forme indecife; il appar- 
tient tout autant a ekin qu'a ifan; natiakiketiu, comme 1'ecrit Larra- 
mendi, eft plus pres de nakike^u (de ekin) que de ni^akeyu. L'imparfait 
(aujourd'hui conditionnel) du potentiel eft forme de l^an; & la fyl- 
labe ki eft de trop, elle ne s'explique pas, fi nous n'admettons 
qu'elle s'y eft introduite par Tinfluence des autres dialecles qui ont 
ekin pour auxiliaire. .Z^jnt^akiket^u devrait etre nintfaquke, comme 
Tecrit corredement le labourdin. De ce conditionnel a ete forme 
1'imparfait d'aujourd'hui nint^aki^ukean , & mieux, en labourdin, 
nint[aki^un pour nimiake^un, ou avec ke apres fu nint\a-{ukean. 

II ferait faftidieux d'examiner tous les potentiels qui fuivront. 
Nous efperons que cette analyfe aidera le ledleur a les expliquer 



418 

lui-meme. Nous avons choifi la conjugal Ton avec ^u, puifque ^u ne 
change pas. Dans la conjugaifon qui nous occupe ici, }3 a. moi" efl 
rendu par t, qui devient quelquefois d. Ceci aurait pu rendre notre 
explication moins claire. 

Le potentiel bifcaien contient une irregularite, qui efl evidemment 
une erreur. En voici les premieres perfonnes (i) : 

POTENTIEL. 

PRESENT (fifico). PRESENT (moral). 

cdkit ,,tu peux a moi". cdkiket ,,tu peux a moi" . 

TEMPS IMPARFAITS. 
PRESENT IMPARFAIT. FUTUR IMPARFAIT. 

Einkit ,,tu peux a moi" Einkiket ,,tu pourras a moi". 

PRETERIT IMPARFAIT. PRETERIT ELOIGNE. 

Einkidan ,,tu pourrais ou Einkikedan } ,tu pus ou aurais 

pouvais a moi". pu a moi^. 

La confufion de tous ces temps a ete discutee ailleurs (p. 229); 
mais il faut faire remarquer que akit, pour hakit, n'eft autre chofe 
que le prefent de Tindicatif de ekin, conjugue a la facon des verbes 
intranfitifs. cAkit eft forme de h-eki-t ,,tu me fais"; h ^tu 3 ^ eki le 
theme; t ,,me 3;> . On retrouve ces flexions^ fuivies de la conjondtion 
n , 3 que", & elles correfpondent alors au prefent du fubjonclif, 
comme c'elt invariablement la regie : akidan, dakidan, &c. 

Le feul <5c vrai potentiel,, indique par le figne modal ke y eft 
akikety &c., prefent; einkiket, &c., conditionnel. 

L'imparfait du potentiel eft forme, comme c'eft toujours le cas, 
en ajoutant la caraderiftique du pafle an, au conditionnel du poten- 
tiel : einkikedan, b., intiaikikedan, g., hintakedan, f. 

(i) Verio vqfc., p. 156. 



419 

N 2. 

Datif de la i re perfonne du pluriel J} a nous". 

INDICATI F. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- l a k- f u l- kn. 

Hit^aHm 



Taku Zaigu Zauku Zaiku 

Zat^ai^kigu Zit^auku Zit^aiku 
Zaiku Zai^ku 



Comparez le prefent de la conjugaifon avec le datif ,,me". 

Gu, eft devenu ku dans quelques dialecfles, & remplace ici le / 
qui fe crouve dans la conjugaifon avec ^me". Le i eft devenu 
u en labourdin^ tandis que le i radical reparait dans quelques 
perfonnes. 

IMPAKFA1T. 

bifc. u i- l a k- foul. bn. 



Int^akun Int^agun^i^) Hint^aukun Hint^eikun 

Yakun Zit^agun Zit^aukun Zeikun 

Zini^aku^an Zint^ai^kigun Zinir^aukun Zint^eikun 

Taku^an Zit^aiikigun Zit^aikun Zei^kun 

Les 3 mes perfonnes du bifc. yakun } & du fouletin \eikun offrent 
une irregularite qui a ete examinee dans le paragraphe precedent. 

(i) Larramendi ecrit inr^aagun, ce qui eft une erreur. Comp. ch. xi, j. 



bifc. 
lni\akegu 



guip. 
Int^aike 
Lit^aikiguke 
Zint^a^ki 
Lit^ai^kiguke 



420 

CONDITIONNEL, 
PRESENT. 

lab. 



foul. bn, 

Hintfeikegu 

Lir^eikegu 

int^eikegu 

Lit^eikegie 



Comparez le conditionnel avec le datif ,,me". 

Puifque le conditionnel a la meme forme que Fimparfait., fauf la 
terminaifon he, les irregularites fe decouvrent de fuite. Le guip. 
im^aike, fi Larramendi nous a donne la forme habituellej eft la 
fyncope de inriaguke; pour him^aguke. Le k (c) que Lardizabal eerie 
a la fin : int^agukek eft de trop (1)5 il devrait etre initial,, & fous fa 
forme primitive h. La fyllabe gu fe retrouve dans le conditionnel du 
potentielj que nous avons prouve etre le meme temps fous un autre 
nom (voir le potentiel de la conjugaifon precedente). 

Le palfe du conditionnel eft forme en ajoutant an au prefent : 
intake guan , &c. 



bifc. 
zAkigu 
Vekigu 
Zakigu^ 



guip. 
cdkigu 
'Bekigu 
Zakifkigu 



IMPERATIF. 

lab. foul. 

cdkigu Hakigu 

Hekigu "Bekigu 

Zakifkigu Zakiiku 
'Bekiikigu 

SUBJONCTIF. 
PRESENT. 



bn. 
cdkigu (2) 



cdkigun 


oAkigun 





Hakigun 


Ttakigun 


Vakigun 


Vakigun 


T)akigun 


Zakigu^an 


Zaki^kigun 


Zakl^kigtin 


Zaki^kun 


Ttakigu^an 


Vakiikigun 


Vakiikigun 


'Dakifkun 



(1) Voirch. in & xi, 3, par rapport a la chute de h. 

(2) Marc ix ; 22. 



421 



bifc. 
Enkigun 
Ekigun 
Zenkigu^an 
Ekigu^an 


IMPARFAIT. 

gulp. lab. 
Enkigun 
Zekigun Zekigun 
Zerikifkigvn Zenki^L 
Zekiikigun Zeki^ki^ 



foul. bn. 

Henkigun 
Lekigun 

Zint^akigun 
Leki^kun 

Comparez la conjugaifon avec le datif ,,me". 

Ces flexions font en tout pareilles a celles avec le datif fingulier, 
feulement la caracleriftique du pronom eft changee; i eft remplace 
par gu >,nous". 

La 2 me perf. plur. de I'itnparfait fouletin : iimiakigun a un i, au 
lieu d'un e, dans cette feule flexion, defordre afTez regrettable. 



bifc. 
cdkikegu 
'Dakikegu 



POTENTIEL. 
PRESENT. 

g u ip- ^b. foul. 

oAtfakiguke ( I ) Hakikegu (?) Hitaklgu 

TDat^akiguke TDakikegu Ttitakigu 

Zatfatfkiguke Zittrfkigu Zitakigu 

'Daf^ai^kiguke Ttaki^kegu Ttiraki^ku 



bn 



CONDITIONNEL. 



Einkikegu Im^akiguke Heinkigu (2) 

Leikikegu Lir^aikiguke Leikigu 

Zeinkikegu^ Zint^ai^klguke Zeneinkigu 

Leikikegu^ Litfaifkiguke Lei^kigu 

Comparez le potentiel de la conjugaifon precedente, qui offre les 
memes difficultes & les memes irregularites. 

L'imparfait du potentiel eft forme du conditionnel en y ajoutant 
an : einkikeguan. 



(1) Et aufli : akiguke, dakiguke, &c. 

(2) II y a une variante : hintakigu, leitekigu, ^intakigu, litakigu. 



4 22 



bifc. 



Tak 
Gat^a^ak 



N 3. 

Datif de la 2 me perfonne du fmgulier. 



gup. 



I N D 1 C A T I F . 

PRESENT. 

lab. 



Zaik 
Garfaifkik 



foul. 



Zauk Zaik 

Git^auk Gitiaik 

Zaik, -{ai{kik Zair^ak 



bn. 

t^ar^a i k ( I ) 
Zaik (2) 

Zatfkikfo) 



IMPARFAIT. 



Int^aan 
Gintfacqan 



Zit^ayan Ziiiaukan Zeyan 

n Gimiaukan Gintfeiyan 
Zir^aikan Zeit^an 



Comparez Tindicatif de la conjugaifon avec le datif J:) me". On 
trouve les memes mutations de lettres & les memes variantes. 
$y\uiak, b.y niiiaik, foul., que nous citons ici,, puifque ce font les 
formes extremes^ font formees de n-i^a-h, & le h final s'efl durci 
en k. 

L'imparfait eft forme de n-ini-^a-h-an. Le labourdin a convert! le h 
en k; le bifcai'en Fa elide (4), ainfi que le guip. <5c le foul., mais 
ces deux dialectes ont evite Thiatus en intercalant y. 

La 3 me perfonne n'a pas d'initiale caracleriflique de pronom en 
bifcai'en; int-^aan eft pour im-(a-h-an. Centre 1'habitude de ce dia- 
lecle, le n myfterieux de Timparfait fe trouve dans cette 3" 16 per- 
fonne, du moms chez Zavala. Tous les autres dialecles nel'ontpas. 

(1) L-JC ix, 6 1 . 

(2) Matthieu xvm, i 6. 
('j) Marc n, 5 . 

(4) Voir ch. in & xi, 5. 



4*3 

Le fouletin eft fortement corrompu ou comrade. La 3 me perf. 
-{cyan eft pour ^it^ayan de -{-itia-h-an (i). Le e dans la i re perf. 
pour nimiaiyan eft aufli une irregularite. 



bifc. 



guip. 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

lab. foul. 



bn, 



Litiakek 
Ginr^ai^kek 



(2) 
Gint^eikek 



Lir^ake^ak 



Ce temps est forme regulierement, excepte en fouletin^ ou le a 
thematique eft devenu ei. &ji{an-ke-h fait nin\akek ou ni 
comme on 1'ecrit (comp. ch. in & xi, 3 & 4)* 



bifc. 
Vekik 



g u p- 
"Bekik 
'Bekiilak (?) 



L'IMPERATIF. 
Datif ,,te". 

lab. foul. bn. 

'Bekik (?) Vekik 



fT^akian 
T>akian 
Gakia^an 
Dakia^an 



SU BJONCTIF. 

PRESENT. 



U^akian 
Vakian 
Gat^aifkian 



Vakian 

Gh^akeyan 
( Dakir(ayan 



(1) Nous avons difcute ces 3""' perfonnes au paragraphe fur la conjugaifon avee 
datif ,,me". 

(2) Lir^iAff, chez M. Inchaufpe; ce fera une erreur typographkjue, 



424 



IMPARFAIT. 

bifc. g u ip' l a b- foul. bn. 

ZH^enkian ^T^enkian t^enkian 

Enkian Zekian Lekian 

Genkia^an Gindei^ian Gint^akian 

Enkia^an Zeki^kian Lekitfayan 

L'imperatif & le fubjonctif font formes de ekin. La i re perf. nakian 
eft formee de ttndicatif nakik + n ou nakikan, & apres 1'elifion regu- 
liere de k medial,, nakian. Chaque dialedle a fon figne de pluralite : 
^ ou fk ou TI (i). 

L'imparfait eft forme de 1'imparfait de Tindicatif & n'offre rien de 
particulier. 

POTENTIEL. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- ^ a ^- foul. bn. 

V^akikek 



"Dakikek Vatiakikek Virakik 



Gar^akikek 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
U^einkikeak 



Einkikeak Lir^akikek Leikik 

Geinkikea^ak Gintfaifkikek Gimakik 

Litfaifkikek Lhakik 



Comparez le potentiel de la conjugaifon n i . 

(i) Voir ch. xi, 3, 



NO 4. 

Datif de la 2 me perfonne du pluriel. 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- tab- foul. bn. 



Tat^u Zat^u Zaut^u Zai^u Zai^u (2) 

Gat^ai^kit^u Git^aufu Git^ai^u 
Zai^kit^u Zaii^u Zait^u Zal^ki^u. (j) 



IMPARFAIT. 



IT^jnt^at^un 

Tai^un Zit^atiun Zit^au^un Zei^un 

Ginrfaitfun Ginryuiyun Gintfeifwi 

Zit^ai^kii^un Zu^ai^un Zeir^un 



Comparez la conjugaifon avec la 2 me perf. fing. au datif. Les 
feales flexions irregulieres font -{ei^un y f. & yar^un^ b. Comparez ce 
que nous avons dit par rapport a ceci au paragraphe fur la conju- 
gaifon avec le datif 3 ,me". 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

bifc. 



^int^aket^u $(}nf(airptke 

Lit^akei^u Lu^aii^uke 

Gint^aket^u Gintfairfuhe Gint^eike^u 

Lii^ai^het^u Lir^arfih^uke 



(1) Axular : nat^ait^u. 

(2) Matthieu xm, 1 1 . 

(3) Matthieu v, 44. 



426 

Comparez le conditionnel avec le datif ,,te". Ici il y a partout fit 
ou r{ pour k dans Tautre conditionnel. Le fouletin & le bifcai'en 
ecrivent plus correctement ^u. 

Le passe eft forme en ajoutant an ou n au prefent : nim^ake^un. 

IMPERATIF. 

bifc. g u ip' l a k- foul. bn. 



SUBJONCTIF. 

PRESENT. 



'Daki^un 'Dakit^un 'Daki^un 'Daki^un 

Gaki^u^an 



IMPARFAIT. 



Eki^un Zeki^un Zekifun Leki^un 

Genki^u^an Genki^ki^un Genki^ki^un Gintfakvfun 
Zeki^kit^un Zeki^ki^un Lekit^un 



Le prefent de 1'indicatif etant naki^Uj le fubjondtif eft 
Le guipuzcoan a intercale une fyllabe t^a (dans toutes les perfonnes, 
excepte dans la 3 me perfonne)^ dont Torigine nous eft inconnue. 
Comparez Timparfait de la conjugaifon precedente. 

L'imparfait n'offre rien de particulier. 

POTENTIEL. 

PRESENT. 

bifc. g u ip- ^- f u l- ^ n - 



TDiraki^u 
Gai^akikei^u Gitcqkctfu Gitakifu 






427 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
bifc. g u ip- tab. foul. bn. 



Leikikeiu Lii^akiket^u Lit^airfuke Leiki^u 

Gint{akiker{u Ginrpiirfuke Geneinki^u 

Leikitnt 



Comparez le potentiel de la conjugaifon n i . 

Le pronom -^u ,,vous" a remplace le pronom hi ,,toi". 

Le gulp, a une variante, avec le figne modal a la fin : 

, &c.5 les formes bifcai'ennes font auffi en ufage : nakikerpi, 
prefent; nenkikequ, &c., imparfait (i), aujourd'hui conditionnel 
L'imparfait efl forme du conditionnel en y ajoutant an ou n. 



N f. 

Datif de la 3 me perfonne du fingulier. 

I ND I C AT I F. 

PRESENT. 

bifc. g u ip- tab. foul. bn. 

fNj.r{ako IT^jr^ayo fT^ar^ayo (?) 

Hit^ako Hit^ayo 

Tako Zayo Zako Zayo Zayo (2) 

Gaiiai^ka Gh\ayo Git^ayo 

ZatTaiTka Zir^ako Zit^ayo 

Zai7ka Zai^ko Zait^o Zai^kd (2) 



Ce temps-ci efl le meme dans tous les diaiectes. S^at^ako, bifc., 
efl forme de n-at^a-ho. Cette fois le bifcai'en a convert! le h en k. 



(1) Larramendi, Arte, p. 229. 

(2) Matth. xvi, 1 8. Matth. xviii, 17. Matlh. xin, 12. 



428 

On pourrait aufli ecrire nar>aka, comme le dit Zavala (Verbo vafc., 
p. 133). On voic que ceci n'eft pas feulement le cas pour le bifcaien, 
mais aufli pour le guipuzcoan. Larramendi donne les perfonnes du 
pluriel avec ka. Ka na rien a faire avec le pluriel ou le fingulier; 
ceft feulement du defordre, mais ceci prouve que ka etait ufice (i). 

Les autres dialecles ont generalement elide le A & Thiatus a ete 
evite en intercalant^; mais lelabourdin eerie capricieufementg//; 
candis que les autres perfonnes ont ho (v. Manuel fr.-bafque 1861). 
Les varietes namyo, har^cyo, dec., & nir^ayo^ hiqayOj &c., exiflent. 

Les 2 m< * perf. plur. font devenues ^aqaA^r, b., -aiiai-kate, g., 
^iryqkiote , L, firfajof, foul., laiikiote, bn. (Matth. xni, 14). 

Pourlej initial bifcai'en, voir Tindicarif de la conjugaifon avec le 






me 



IMPARF AIT. 



TJ -; 



Inr-jkon Int^ajon 

Takon Zlr^ayon 

Glnt^ako\an 



Hintiakon 

Zit-akon 

Ginrpkon 



Hint^ejon 
Zeyon 

Gint\eyon 
Zim\ejon 
Zeir^on 



Zayon (2) 






Cc temps efl parfaitement regulier. Seulement le bifc. yakon & le 
foul, \eyon font fbrtement contracle*. (Voir ce que nous difons fur 
cc$ y* petfonnes au paragraphe de la conjugaifon avec le datif 



La voyelle radicale initiale reparait ici 3 comme c'cfl la regie pour 
tons les imparfaits. Le i de i\an etait devenu a au prefent dans les 
dialedes bifc, & gulp. V^imiakon eft forme de n- 



(') 
(I) 

*r< 






, , f 



i. More i, 



rapport & forfefinede 



Ceft u fond le phiM|ife-ptrbtt 



f. .- ' ..., '. - :. . ..- . , . . . I-: f. ,. - ' 



4*9 

LTEvaaagtle de faint Lac, en labourdin, impriine a Londres, 1871 > 
ainfi que te N.-T\ inatpdjDoe a Bayoone, 1828, one ^jfo/t pour 
-zr^jyc/r- rj Jtiutaren. vHngerua <zg*rra fjAwi. Chap. i > IK Dans la 
J 01 * peril le iaitiat s v eft perdu ; i^k^-n ei^ de vectu nym, o - 
En bifc. le ^, devenu initial., $ % ei^ convert! en j comrne au preient. 



bifc. 



CONDITIONNEL 
Fife SENT. 

lab. 



foul. bn. 

&(jurfa\ 

CO 

Lir^*ik& Li^ 



Zint^eikv 



eft forme de it-inrp-k#-fo+ Le A de A^, qui $ % etait durci 
en A a rimparfait > sell perdu ici (2). En lab. >5c g^p- - - -'-^ 
modal ke vienc apres le pronom, 5c le ioulecin a perdu le <? de ^r; 
4ro eft devenu <?. (Voir ce que nous avons die par rapport a la 
3 me perf. en ibuletin, an paragraphe de la conjugation avec le datif 
^me**.) Le conditionnel pafle le forme en ajoutant j/i ou . Licarraguc 
ecrit in$ajfqu<wn ($) 



bub. 



guip. 



1MPERATIF. 






lab. 


fouK 


bn. 


Hakh 


Haki* 


vikiv 



B^*V 

Zakir^i 



(2) Nous iguoivns ft dans la proix>noiation on entend l*y nintjuA^, ce qui eft fort pro- 
bable; et alors il ferait delirable de 1'ecrire, etaiU le repre{^>tant de h. 
(}) Jen iv, 10. 



430 

La 2 me perf. fing. eft formee de h-eki-ho; les perfonnes du pluriel 
ont routes le figne de pluralite fupplementaire; chaque dialecle le 
fien (voir ch. xi, 3). 



bifc. 



gup. 



SU BJONCTI F. 
PRESENT. 

lab. 



oAkion 


cAkion 


Vakion 


T^akion 


Gakio^an 
Zakio^an 
Vakioian 


Gakifkion 
Zakityan 
t Daki"(kion 



foul. 



Hakion Hakion 

Vakion Vakion 

Gai^kion Gh^akioi 

Zat^ai^kion Zakit^pn 
Vaki^kon 



bn 



IMP ARFAI T. 



fj^enkion 

Enkion 
Ekion 
GenkiG^an 
Zenkio\an 



Enkion 
Zekion 
Gengifkion 

Zenkii\an 



ion (?) t^enkion 



Zakion 
Gintaqkion 

Zima^kion 
Zitai^kion 



Henkion 
Lekion 



Zekion 



Gintfakion 

Zint^akion 
Lekirfan Zehi^kion 



Tous les dialecles font remarquablement uniformes ; & toutes les 
flexions font tres regulieres; nakion eft forme de n-eki-ho-n. Au pluriel 
il y a un peu de confufion; le bifcaien eft correct; le guipuzcoan a 
iki & ri comme figne de pluralite; le lab. gar^ion a perdu le k 
radical, que le guip. a conferve; le foul, gitiakion eft fortement 
altere, le theme a difparu. Les autres perfonnes font regulieres. 



(i) Matth. vi, 8. aqui-{quwten. plur. du plur. 



43' 





p 


OTE N T I E L. 








PRESENT. 




bifc. 


guip. 


lab. 


foul. 


ZNjikikeo 


S^akioke 


ZHjikioke 


ZKjtakio 


cdkikeo 


cAkioke 


Hakioke (?) 


Hirakio 


Vakikeo 


Vakioke 


Vakioke 


Virakio 


Gakikeo^ 


Gakio^ke 


Gita^kioke 


Gitakio 


Zakikeo^ 


Zakio^ke 


Zha^kioke 


Zitakio 


Vakikeo^ 


Vakioke 


Vakiokete 


Vitakit^c 



bn. 



Einkikeok 

Leikikeo 

Geinkikeoi 

Zeinkikeo^ 

Leikikeo^ 



CONDITIONNEL (imparfait autrefois). 
J^enkioke 

Lekioke 
Genkio-[ke 
Zenkio^ke 
Lekio^ke 



Himakio 

Lityayoke Leikio 

Gintyaifkoke Geneinkio 

Zim^ai^koke Zeneinkio 

Lit^ai^koke Leifkio 



Comparez le potentiel de la conjugaifon n i. Le prefent eft 
forme de ekin dans tous les dialedles^ excepte en fouletin oil il parait 
deriver de edin. Ce temps eft en tous cas fortement corrompu; la 
^me p er f O nne du pluriel eft un finguiier melange de fyllabes corrom- 
pu es; le theme parait devoir etre adi; la caradleriftique du mode 
devrait etre ke & non ki; le pluriel habituel eft te, rendu par ye ; 
mais ici il eft q. La J" 16 perf. a deux variantes daiiekio (dans le 
tableau p. 171) & dakio, dans le verbe conjugue^ p. 411. 

Larramendi cite dans fes tableaux : natiakioke, atfakioke, dai-[akioke, 
gat^aiikioke, %arfaifkioke 9 datqaifkioke ; & comme variantes les flexions 
que nous citons. 



IMPARFAIT. 

bifc. g u ip- ^ a ^- 

t^einkikion ^enkiokean (?) 
Einkikeon 



foul. bn. 

Himakion 



43^ 

Ce temps eft forme du precedent, en ajoutant an ou n. 

Le guipuzcoan, ayant la variante nimiakioke, qui eft probablement 
la forme la plus ufitee des deux, fait alors nintiakiokean, &c. Ce font 
les flexions que Ton trouve chez M. Inchaufpe. 

Le labourdin, ayant nim^ayoke pour conditionnel, devrait faire 
nimiayoken; mais cette forme eft refervee pour le pafTe du condi- 
tionnel. Comme ces temps viennent tous, en labourdin, de i^an, 
cette difference eft conventionnelle 5 il eft fort probable qu'on n'ait 
pas decouvert que c'eft le meme temps fous un autre nom. 

Une variete labourdine a la forme fouletine, pour ce qui regarde 
le theme. On trouve dans 1'Evangile felon faint Marc n, 2 (dialecle 
lab., Bayonne 1828), q bahdtaiquen pour ,,il ne pouvait a eux"; 
c'eft-a-dire: bait-iitaiken. Le fouletin dirait fozqzraAzV/2 ou beitiitakeyen. 
Zitaiken, lab., nous parait etre une erreur; le ^ indique le pluriel 
du fujet, ^itaiken doit fignifier ,,ils pouvaient a eux ? % comme ^zra^zV/7, 
fouletin. II aurait fallu ^itaken. 

N6. 

Datif de la 3 me perfonne du pluriel. 

I N D I C AT I F. 
PRESENT. 

bifc. g u ip- ^ a t>- foul. bn. 



(2) 



cAt^akoe 


oAtiayoie 


Hitfayote 


Hit^aye 


Takoe 


Zayote 


Zayote 


Zaye 


Gaiiakoei 


Gat^ai^kate 


Git\ayote 


Gitiaye 


Zat^akoe^ 


Zat^ai^kate 


Zh^ayote 


Zif[aye 


Takoe^ 


Zaiikate 


Zie^ai^ko 


Zait^e 



Comparez la conjugaifon precedente. 

(1) Matth. xin, 13. 

(2) Matth. xin, 10. 
(j) Math, xvili, 17. 



453 

Le bifcaien a une variance que Zavala ecrit natidtie. C'eft la 
meme forme que le fouletin nir^aye avec le h elide & remplace par 
y; c'eft-a-dire que les flexions avec le datif pluriel ont ete formees de 
celles avec le datif fmgulier ; nar^ako a donne nat^akoe (pour nar^a- 
koti)-, & naiiayo a donne nai^aye pour natiayoie, le t etant le figne 
de pluralite (i). Uapoftrophe chez Zavaia ne fignifie rien. 



IMPARFAIT. 

bifc. g u ^P* ^- foul. bn. 



Im^aken Im^aiften Him^akoien 

Taken Zii^ayoien Zi:\akoten Zeyen Zekien (2) 

Gint\ayoien Gim\akoten Gint-{eyen 

Zinf(aiflen Zinu^akoien Zinii^eyen 

Take^an Zit^ayo\kciien Zit^ai^koien Zeit^en Zeki^ten (3) 



Comparez 1'imparfait de la conjugaifon avec le datif fingulier. 
Le pluriel eft indique generalement par e, qui a pris la place de Yo 
pour ko. Le lab. & le gulp, fe font mieux conferves, & ont ajoute 
le figne de pluralite re, tout en confervant ko &yo. 

Larramendi cite la variante guip. nintiayen, itt^ayen, gimiayen, lit- 
laiikiten. To utes ces flexions s'expliquent tres bienj elles font les 
memes que celles du dialedle fouietin, fauf a pour e, ce qui eft plus 
correct. Aufli la 3 me perfonne iir{ayen & non \eyen, comme en fou- 
letin^ a ici la forme correcte. (Voir, pour ces 3 mes perfonnes du 
diaiedle fouletin, la remarque a la conjugaifon avec le datif ,,me"). 

La 3 me perf. du plur. itttaiikaten, que Larramendi cite comme 
variante,, eft pour iiriai-(koren; ko peut s'ecrire ha (4). 

Le labourdin a aulfi pour la i re perf. plur. ginai-rkoun, & pour la 

(1) Voir ch. xi, j . 

(2) Marc xii, i . 

(3) Marc vi, 33. 

( 4 ) Voir ch. xi, 3 . 

28 



434 

2 me imaiikoten (i), ce qui eft ime forme tres corrompue; ces flexions 
etant compofees de g-in^a (pour i^a)-ho-te-n <5c -[-in^a-ho-ie-n. 

Pour la 3 me perf. du foul, ^eyen, voir ce que nous avons dit par 
rapport a la J me perf. avec le datif , 5 me' : '. 



COND1TIONNEL. 



bifc. 


guip. lab. 


foul. 


Im^akeoe 
Lit^akeoe 
Ginrrakeot 

Zint^akeot 


Int^ayoteke 
Lit^ayoteke Lit^ciyokete 
?1 Girirfaifkioteke 
?T- Zint[aifkaxek 


tiim^eike 
Liiieike 
Gint\eike 
Zimieike 


Lit^akeof\ 

Comparez 
Le bifc. a 


Lit^ai^kateke Lit^ei^ke 

le conditionnel avec le datif ^a lur". 
perdu deux confonnes : nim^akeyote . 




1MPERAT1F. 




bifc. 


guip. lab. 


foul. 


cdkioe 


cAkioie 


Hakie 


'Bekioe 


'Bekiote 


Vekie 


Zakioei 
TSekioei 


Zai^akiote 
'Beki^kioie 


Znkit^e 




SUBJON CTIF. 






PRESENT. 




C^akioen 
cAkioen 


S^akioien 
c/tkioien 


ZN^akien 
Hakien 


T)akioen 


Ttakioten 


Vakien 


Gakioe^an 
Zakioeian 


Gakifkioten 

Zaki^kioten 
'Dakiikioten 


Git^akien 
Zakit-^en 
Vakir^e'n 



bn, 



bn. 



(i) M. Inchaufpo, Vabe bafque, p. 464. 



43 f 



IMPARFA1T. 



bifc. 


gulp. lab. 


ZN^enkioen 


t^enkidten 


Enhioen 


Enkioten 


Ekioen 


Lekioketen 


Genhioe^an 


Genki^kioien 


Zenkioe^an 


Zenki^kioten 


Ekioe^an 


Lekifkioten 




POTENTIEL 




PRESENT. 


ZN^akikeoe 


V^ai\a\iokeie 


oAkikeoe 


oAt^akiokete 


Vakikeoe 


'Dat-^akiokete 


Gakikeoe^ 


Gat^ai^kiokete 


Zakikeoe? 


Zaitiaiikiokete 


Vakikeoe^ 


t Dat[ai'[kiokete 




IMPARFAIT (aujourd'hui c< 


ZNjiinkikeoe 


S^jn^akiokete 


Einkikeoek 


Im^akiokete 


Leikikeoe 


Lit^akiokeie 


Geinkikeoe^ 


Gim^ai^kiokeie 


Zeinkikeoe^ 


Zint^ai^kiokete 


Leikikeoei 


Lit^ai^kiokete 



foul. 



Henkien 

Lekien 

Gintfakien 

Zint^akien 
Lekit-[en 



Hitakle' 

Vaitekie 

Gitakie 

Zirakie 

f Ditakii-(e 



pinkie 

Hintakie 

Leikie 

Geneinkie 

Zeneinkie 

Lei^kie 



bn. 



Zehien 



ten 



Voyez la conjugaifon precedence. 



436 



CHAPITRE XVI. 

LES CONJUGAISONS RELATIVES AVEC 3 ,ME, TE, NOUS, VOUS" 

POUR OBJET. 

Ces conjugaifons, dont Zavala eft le premier a faire mention (i), 
font tres rarement employees; autant que nous fachions., elles ne fe 
trouvent que dans le Nouveau-Teftament de Licarrague, & jufqu'a 
prefent nous ne pouvons en citer que deux : Halacoi^ ni hiri liuram 
naurauanac bekatu handiagoa die. Jean xix, II. ,,C'eft pourquoi celui 
qui m'a livre a toi eft coupable d'un plus grand peche". Eure natio- 
neac eta facrific adore principalec liuratu arauie. Jean,, xvili, ^ . ^Ta 
nation & les principaux facrificateurs t'ont livre a moi. 

Ces flexions inufitees s'analyfent,, comme les autres, fans la moindre 
difficulte; comme ce font des flexions a deux regimes, elles derivent 
routes de eroan , <3c narauanac^ depouille du c, caracleriftique de 
Fagent, & de n ^que", il refte nara.ua pour narauha, de n-eroa-h 
,,(il) te-a-a moi"(2). oAraute pour haraute de h-eroa-t-ie ,,(^ s ) me-ont- 
a toi". II y a ici afTimilation du t, caracleriftique de la i re perfonne, 
& du t de la terminaifon plurielle de la 5 me perfonne. 

Ces flexions n'avaient pas encore ete remarquees en France., du 
moins lors de la publication du verbe de M. Inchaufpe, &,, a la page 
M. 1'abbe dit : ,, 5 Aucun dialecle ne poffede de relations indi- 
redles pour les formatifs qui exprimentla premiere & la deuxieme 
perfonne comme regime direcT;. D'apres le fyfteme de compofition 
des regimes indirecls il femble qu'on aurait pu dire : Je t'offre a lui, 
eskemien hayoi; tu m'ofFres a lui^ eskent^en nayok, nayon 3 



(1) Nous avons dit par erreur, dans notre Etude fur les Auxiliaires, que c'etait le prince 
L. Bonaparte. 

(2) Nous profitons de 1'occafion pour corriger une faute d'impreffion qui nous a ^chappe 
dans notre Etude fur les Auxiliaires , p. 7, ou il y a narau pour naraua. 






437 

II eft vrai que, les influences phonetiques etant egales, on pourrait 
peut-etre former des flexions de cette maniere machinate; puifque 
deyotj foul.,, fignifie ,,je Tai a lui", heyot (& non hayoi) feraic la 
forme correfpondante pour ,,je t'ai a lui". Veyok fignifiant ,,tu Tas 
a lui", la forme correfpondante pour ,,tu m'as a lui", ferait neyok 
(<3c non nayoli). De meme ditaye ou deitaye eft en fouletin ,,ils 1'ont a 
moi" & par confequent hit aye ou heitaye ferait ,,ils tont a moi". 
Puifque ditaye = ditate = dautate = darotate, hitqye, en pa flan t par 
ces memes mutations, pourrait etre une variante de araure pour 
haraute. Bten que la formation manque de methode,, il ne ferait pas 
impoffible que la flexion, fi elle a jamais etc en ufage en fouletin, 
cut pris cette forme. 

Zavala, en voulant faire la meme operation que M. Inchaufpe, 
s'eft trompe de verbe. Puifque Fauxiliaire, quand il y a deux regimes 
a exprimer, eft toujours eroan dans tous les dialecles, excepte en 
bifcaien, <5c qu'en bifcaien il eft eutji, il aurait fallu former les 
flexions qui nous occupent de eutfi, & non pas de eduki, comme le 
fait Zavala (i), bien qu'il dife expreflfement qu'il faut les flexions 
de la conjugaifon abfolue; p. ex. &4k arerioai faldu natfe. ,,11 m'a 
vendu aux ennemis". Aujourd'hui que ces flexions ne font plus en 
ufage, on dirait : a^ arerioai faldu nau. Ik Jaungoikoari eleshan 
eskiniten gotfa^ak ou gauifa-[ak. ,,Tu nous ofTris a Dieu dans le tem- 
ple". Aujourd'hui Ton dirait : Jaungoikoari eleshan eskiniten go^ak. 

On fe demande comment nau devient natfe & go^ak gotfa^ak. 
Nous 1'ignorons, 1'explication de Zavala n'eft pas claire, ou du 
moins nous ne la comprenons pas; nous la citerons tout a Theure. 

Zavala ne cite aucun exemple tire.d'auteurs bafques. &^au devient 
done natfe; mais pourquoi a au lieu de au } & d'ou vient ts? Nous 
croyons que natfe doit etre neutfe ou nautfe, avec a pour e initial, 
de eutfi. Comme devtfe fignifie ,,il le tient (a) a eux", de d-eutf-e 
(e pour oie), de la meme maniere on a forme, ou Ton a pu former 
n-euif-e ,,il me tient ou il m'a a eux". Gotfaiak devrait etre alors 
geutfaky de g-eurf-a pour o-k. 

(i) Verio vafc.j p. 8, 5, n 03 23, 24. 



Ces conjugaifons font inconnues de nos jours^ & Zavala ne les a 
jamais entendues, ni vu imprimees,, puisqu'il ajoute que quelques 
perfonnes lui ont allure les avoir entendu employer quelquefois (i). 
Ce n'eft done que par oui'-dire qu'il les connait, & il eft tres probable 
qu'elles auront fouflfert., en paflant de bouche en bouche. 

Voici Ton explication de la formation de ces flexions : 

,,,Sino que a la manera que a los de paciente de y* perfonas, 
?3 cuando tienen recipiente, les anadimos defpues de la radical la 
^caracleriftica que indique dicha funcion del nombre^ afi fe afiadia 
,,en igual cafo a las de paciente de i as y 2 as ". 

Puifque Zavala fe figure que narfe vient de nau, il s'en fuit que tfe 
doit correfpondre a ,, 3 a lui". Or tfe ne fignifie jamais ^a lui". 

Si Zavala a raifon & que nous ayons tort, c'efh-a-dire fi les flexions 
qui nous occupent font formees de eduki & non de eurji, alors en- 
core elles font mal formees; go^ak ne deviendrait jamais gorfa^ak 
comme le veut Zavala; if a n'exprime jamais ,,a lui"; if a ne fignific 
rien. Go\ak pourrait devenir go^ayok ou g-oyaok en introduifant ho, 
la feule <5c veritable caradleriflique de la 3' ne perfonne. 



CHAPITRE XVII. 

TABLEAU DU VERBE PtRIPHRASTIQ.U E CONJUGUt. 

L'article fur le verbe eft deja long; mais il fera peut-etre utile 
de donner un tableau de la conjugaifon tranfitive & de la conju- 
gaifon intranfitiye, afin de pouvoir voir dans fon enfemble la 
conjugaifon complete. Nous ferons preceder un autre tableau qui 
indiquera les auxiliaires des modes. 

(ij Y algunas perfonas mi han afegurado que le han oido poco o mucho. 



439 



Indicatif. 

Imperatif. 

Subjondlif. 

Potentiel. 

Imperatif. 

SubjoncYif. 

Potentiel. 



VERBES TRANSITIFS. 
CONJUGAISON ABSOLUE. 

Auxiliaire euki tous les dialecles. 



,, eian 

,, eg in bifcaien. 
,, edin bifcaien. 



., bn., foul 



Indicatif. 

Imperatif. 

Subjondtif. 

Potentiel. 

Indicatif. 

Imperatif. 

Subjonclif. 

Potentiel. 



Indicatif. 



CONJUGAISON RELATIVE. 

Auxiliaire eurjl 

,, egin bifcaien. 

edin 

,, eroan guip., lab., bn., foul, 



e^an 



CONJUGAISON FREQUENTATIVE. 

Auxiliaire eroan bifcaien. 



ip-^ lab., bn., foul, 



VERBES INTRANSITIFS. 



Indicatif. 
Imperatif. 
Subjondlif. 
Potentiel. 



Auxiliaire i-^an tous les dialecles. 



edin 



440 

VERBES INTRANSITIFS AVEC REGIME INDIRECT. 

Indicatif. Auxiliaire i 



Imperatif. 

Subjondlif. 

Potentiel. 



ekin <3c i\an 



tous les dialedles 



CONJUGAISON FREQUENTATIVE. 

Indicatif. Auxiliaire joan bifcai'en. 



TABLEAU DU VERBE PERIPHRASTIQUE, 

DIALECTE GUIPUZCOAN. 

TRANSITIF. INTRANSITIF. 

Ikuji ^voir'' 1 Etorri ^venir" 

I NDICATIF. 
PRESENT. 

Ikuflen det ,,Je vois" Etorri nai\ ; Je viens' 5 

IMPARFAIT. 

Ikuflen mien 5 ,je voyais 3 ' Etorri nin^an ,Je venais" 



PARFAIT INDEFINI. 

Ikufi det 3 J'ai vu" Etorri nail ,Je fuis venu' 5 

PARFAIT DfeFI NI. 

lku.fi mien ^,je vis 3;> Etorri nin^an ,.Je vins' J 

FLUS-QUE-PARFAIT. 

Iknfi i^an mien ,J'avais vu' ; Etorri i-{an nin^an , J'etais venu : 



FUTUR SIMPLE. 

Ikufiko det , Je verrai" Eiorriko nai^ ,Je viendrai" 

FUTUR ANTERIEUR. 

Ikufi i^ango det ,J'aurai vu" Etorri iiango nai-( , Je ferai venu" 



CONDITIONNEL. 
PRESENT. 

Ikufiko nuen , Je verrais ?J) Eiorriko nin^m )} JQ viendrais" 



PASSfe 



Ikuji l^ango nuen ^j'aurais vu 5 ^ Etorri iiango ninian , Je ferais venu 

IMPRATIF. 
Ikufi efak ^vois'^ Etorri adi 



SU BJONCTIF. 
PRESENT. 

Ikufi de^adan ^que je voie" Etorri nadin ,,que je vienne" 

IMPARFAIT. 

Ikufi ne-[an ,, 5 que je viiTe" Etorri nendin ,,que je vinfTe" 

POTENTIEL. 
PRESENT. 

Ikuji de~[aket , Je puis voir" Etorri naiteke , Je puis venir" 

CONDITIONNEL. 

Ikuji ne-^ake } Je pourrais voir" Etorri nindeke ,,)G pourrais venir" 

IMPARFAIT. 

Ikufi ne-[akean ,,je pouvais voir" Etorri nindekean , Je pouvais venir : 
Pour les details nous devons renvoyer aux paragraphes speciaux. 



442 



CHAPITRE XVIII. 

LES ADVERBES. 

i. 

oAdverbes de lieu (demonflraiifs) . 

Han, L, bn., L, an, b., g la. 

Hor, L, bn., f., or, b.,, g la. 

Hemen, 1. bn.,, f. } heben, f., ernen, b., g. . . . ici. 

&{j)n, g., 1., bn , nun, b., g. 9 bji oil. 

Hera, b., g., behera, beherar, I., bn.., foul. . . en bas. 

Gora, b., g.,l. ? bn.,-"f en haut. 

Goyan, b.^ g., en haut. 

Goiri, I., bn., f. , en haut. 

Zolan, T en bas. 

"Bean, pean, plan, a^pian en bas, fous. 

Harruan, barrenen, barrunen, b., g., barrenean, 

barman, \., bn.^ barnen^ f. dedans. 

Kampoan, b., g., 1., bn., f. dehors. 

Gainian, b., ganean, g., gainean, \., b., gafien, f. deffus. 

Bet-ran, b., g., bn.,, dans le meme endroit^ dans le meme temps, 

TSefteian, f ailleurs. 

Orotan, f. partout. 

cAlt^inean, 1., ain^inean, bn., air^inian, f . . . . . devant. 

cAldean, g., 1., aldian, f. pres, a cote. 

cdrabera, g., b., I., bn., arauera, g., L, bn., 

arau^, g., L, bn., araua^, 1 felon. 

&4ne, { entre. 



443 

cAnean, b., g ................ pendant. 

cAurkean, b., aurkan, bn., aiirkinan ...... devant. 

cdurrean, b., g ................ devant. 

cdriean, b., g ................ derriere. 

Gibelean, 1., bn., gibelian, f. ........ derriere. 

Kontray b., g., 1., bn , konrre, f. ...... centre. 

Oft eariy g., 0/?/a/z, b ............. en outre, derriere. 

cA^pian, b., g., 1 ............... (bus. 

'Buruan, b., g., 1., bn., f. .......... au bout de. 

Urrean, g., hurren, 1., hurbily b.n, f., hullan, f. pres. 

Urruny b., hurrun, 1., bn., urruti, g. ..... loin. 

y f. ................ a cote de. 



II eft fuperflu de faire remarquer qu'au nombre de ces adverbes 
il y en a plufieurs qui font fimples,, primitifs,, comme han ou an ,jla"5 
or ou hor ^la'% tandis qu'il y en a d'autres qui font compofes; ce 
font alors generalement des locutions adverbiales, des noms au 
locatif : barruan, kampoan, gibelean font formes de barrua-n; kampoa-n; 
gibelea-n; ceci explique le genitif qui les accompagne; mendiaren 
ganean ^fur la montagne' 5 fignifie litteralement : dans le deffus de la 
montagne. 

II arrive quelquefois qu'on n'obferve pas la regie, comme c'eft 
le cas avec pean, du moins dans quelques diaiedles. En guipuzcoan 
on dit ^erupean ,,,fous le ciel"; maipean ,,fous la table". Ecen e^nauc 
digne ene aiharbe pean far adin. Luc vn, 6. 5 ,Car je ne fuis pas digne 
que tu entres fous mon toit". Tean efl pour bean, de be-a-n, 
53 dans-le-bas" = fous, & devrait, dirait-on, regir le genitif. Tean 
parait plutot appartenir, en guipuzcoan du moins, au ftyle foutenu; 
& aipiany qui eft accompagne du genitif, au ftyle familier : ^eruaren 
aipian ,,fousle ciel". Eft-ce que a^pian ne ferait pas compofe de 
Tarticle a & de Fadverbe pian, & plan au lieu de regir n regiiTant -[? 
Zeruaren a^pian ferait alors pour yerua^pian ; on a fouvent embrouille 
ce fuffixe i avec n. cA^pian ferait une forme parallele a e-fiero. 

Un feul de ces adverbes eft forme avec ra ,,vers 5J> : arabera 
,, felon", de arau-ra ,,vers la regie = felon". On dit auffi arau\ de 



444 

-i ,,par regie' ', & avec Tarticle^ comme on trouve cet adverbe 
chez Axular, araua-(: Hunen araua^ihardetji yuen (p. 9). 

"Bertan eft une locution adverbiale, elliptique. TSenan ne fignifie 
que ,,dans le meme"; le mot ,,lteu" ou ,, temps" eft fous-entendu. 
Eta benan ilkiten cela ureiic. Marc I. 10. ,,Et dans le meme moment 
il fortit hors de leau". Le francais ,,naguere" eft une forme 
parallele; ne-a-guere, & temps" eft sous-entendu. 

Les adverbes emen, or, an, fuivis de che, correfpondent a : ici- 
memej la-meme. 

2- 

cAdverbes de temps. 

il, g., I. bn._, nosy b. } nouii, f. ^quand". 
ii, g., inos, b., nihoi^ nehoi^, 1., bn. ^quelquefois"; mieux 
en angl. ever; all. je; holl. ooit. Le fran^ais ^jamais" ferait croire 
que nihoii eft une negation. 

Egundano, g., egundano, !._, bn., f. ^jamais"; jufqu'a ce jour; 
ever, angl. 

Pfyiibaity g.j 1., bn., nosbait, b. ,;un jour ou 1'autre"; le foul. 
aura apparemment nouiipait, puifque nouiipaitako exifte avec la 
fignification de ,,autrefois". 

ftfyiyik befi, g., noifik bein, b., nol[ik behin, \., noui-[ik, f. ,,de 
temps en temps". 

^pi-[etik noi-{era, 1., noi-{eiik noil, bn , nouijlarik noui^tara, f. ,,de 
temps en temps". 

cAitiinerik, f. ,,auparavant, avant". 

Gaur, b., g. , 3 aujourd'hui", bn. 3 ,cette nuit". 

Egun, f. 3 ,aujourd'hui". 

Erenegun, g., arefiegun, b., herenegun, L, bn., f. ,,avant-hier". 

'Bigar, biar, b., g., bihar, L, bn., f. ,,demain". 



^i, b., L, bn., f. ,,apres-demain". 

damu, b., g,, L, bn., f. ,,apres apres-demain" . 



44f 

, b., g., aunhen, L } bn., f. ,,cette annee". 

f g a l> b-> g-> W; (X, b.,;q, I., bn., cAofc bn., /c%, f. ,,1'annee 
paflee". 

Igaranounhia, f. ,,Fannee paflee", igaran-unea ,,1'annee paflee". 

TSeti, b.., g., ^/^/j 1., bn., f. 5) toujours J \ 

'Berandu, b.,, g., 1., ^rj/ir,, !._, bn.., f. ,,tard". 

Goi'iik, bn. 3 f. ^de bonne heure^. 

Goi-^ean goi^, g., 1. 55 de bon matin' 5 . 

tMaii, g. 5 1., bn. ,/ouvent". 

Sarri, b., g., 1., bn., f. ,,tantot". b., g. ,,rouvent". 

Laburski, f. ,,bientot'\ 

Lafter, b., g.,, 1., bn., f. ,,vite, bientoc 35 . 

cAurki, g. ,,,de fuite'% bn. ,,cefoir^ cette apres-midi". 

^Bereala, g., beriala, b., berehala, 1., bn., berhala, f. ,,de fuite". 

Len, b., g., lehen, 1., bn., f. ,,autrefois, jadis". 

Gero, b., g., 1., bn., f. ,,apres". 

Orain, b., g., oral, \. y bn., f. main tenant". 

Ordian, b., f., bn., ordea, g., 1., bn. ,,mais, cependant, main- 
tenant". Selon M. Geze (fouletin) : ,,quand meme, lors meme". 

Ufa, c4rdura, f., ,,fouvent". 



3- 

zAdverbes de quantite. 

cAsko, b., g., L, bn. ,,beaucoup". 

cAniti, g., hainiti, anility 1., bn., hanir^ bn., f. ,,beaucoup". 

Guchi, gichij g., gichi, b., guti, 1., bn., f. ,,peu". 

Chit, g., c^/ra, b., ichitj f. ,,tres >5 . 

G*yag> b -> g-j 1-^ g eiha > L> & h i a g > bn., f. ,,plus". 

G^gz, b., g. ,,trop". 

Haboro y f. ,,plus >J . 

GuiiagOy f. ,,moins 35 . 

Sober a, f. ,,trop". 

/, b., g., 1., bn.,f. ,,alTez". 



446 

Hagiq, bn., 1., flgiq, g. ,,tres". 

Oraino, 1., orano, bn., f. , 3 encore". 

2kzVi, b., g., fo/zz/z, 1., bn., f. ,,une fois". 

"Bakarrik, bereiiro, ,,feparement, pour foi, en foi, en lui". 

4- 

cddverbes de comparaifon. 

cdla, g., alan, b., hala., 1., bn.,, f., /z/d, bn., f._, o/a, b., /z^/n,, 
g., 1., bn., f. ,,ainfi". 

C^ola, g., 1., bn., noula, f. ,, comment, comme". 
o4//z, b., g., hain, 1., bn., /zj^, f. ,,tant". 

r- 

L^ adverbes <? affirmation, de negation & de dome. 

'Bat, autrefois bay ,,oui", dans tous les dialecfles. 

Si?, particule (adverbe) affirmative, prefixee aux flexions du verbe 
dans tous les dialedes; badut ,,j'ai", badakit ,.,je fais". Nous 
avons propofe, dans notre Di6lionnaire, de confiderer ba, particule 
affirmative, comme forme fyncopee de bai, ce que la forme & la 
fignification rendent tres probable. On trouvera des details dans la 
fyntaxe. 

'Bada ,,donc, or ?:> ; il nous femble compofe de ba-da, il eft en effet, 
il eft oui. 'Baday fous le rapport de la compofition 3 eft une forme 
parallele a quiza efpagnol, c'eft-a-dire ,,qui fait^ pour ,,peut-etre". 

Chez quelques auteurs bai fert comme ba; p. ex. de la Vieuxville 
dit : Eta erran bai darocute Viocefa huneiacot^ eguina if an den catechi- 
maric e^ dela, p. 4 de Flntrod. , ; Et Us nous dirent en effet qu'il n'y 
a pas de catechifme pour ce diocefe". Et un peu plus loin : 
Haurrac gueldit^en bai dire deujic ungui jakin gabe. ,,Les enfants 
refterent en effet fans rien favoir bien". Mais generalement dans 
les dialecles bafques francais on a fait une difference entre ba & bai, 



447 

difference qui n'eft pas connue dans les dialecles bafques efpagnols, 
qui ne fe fervent que de ba: p. ex. badet, badakit, &c. 

'Baita exifte dans les dialecles bafques efpagnols, & fignifie 
,,certainement, oui pour fur", mais dans un fens ironique & en 
nianc(i). 'Bait a nous femble etre bai-da ,,ii eft certes", done bada 
eft la variance. Dans la prononciation le i de bai fe perd fouvent : 
ba ba ,,oui, oui". Ce qui, dans une langue ou dans un dialecle, eft 
pris de bonne part, eft fouvent pris en mauvaife part dans une 
langue foeur; nous n'avons qu'a citer Tefpagnol hablar ,,parler" & 
le fran^ais ^h&bler'*. II nous femble qu'il ferait poflible que baita 
fut pris ironiquement en guip. & bifc., & ferieufement dans les 
autres dialectes. II fe pourrait que bai des dialedles bafques fran^ais 
fut la meme locution adverbiale, ce qui expliquerait qu'on ne la 
retrouve pas dans les dialedles bafques efpagnols, fi ce n'eft qu'iro- 
niquement. La perfiftance du t dans bai, precedant la flexion, & qui 
peut fouvent s'expliquer par la prefence d'un -[fuivant (baitiuenj, nous 
fait hefiter s'il faut prendre baiou baitacomme forme primitive de bai. 

Quoi qu'il en foit de Temploi de bai, dont nous parlerons dans 
la fyntaxe, il nous femble plus que probable que bai eft Torigine 
de tous ces adverbes ou de toutes ces locutions adverbiales, qui 
contiennent toutes une affirmation. 

EI, adverbe de negation ,,non" dans tous les dialecles. 

TSearbada, b., g., aufa, aufa^, omen, bide, noaski, ote, g. ,,peut- 
etre ?J> de bear-ba-da, fi-il-eft-necefTaire. 

'Balitiate, lab., de ba-litiate, ,,s'il ferait" =peut-etrc. 

'Baldin ou balin-ba ,,&". 

6. 

cAdverbes de qualites. 

Ces adverbes font formes en general d'un adjeclif, auquel on 
ajoute la terminaifon ki ou ro, quelquefois kiro; & auffi do; p. ex. ondo 
,,bien" de on; alaikiro, g. ,,fortement"; erio^iro jjmortcllement". 

(i) Voir Di<5t. de Larramendi f. v. fi & por. 



448 

,,particulierement" de bere^i; handiki, andiro ,,grande- 
ment" de handi, &c. 

Souvent on forme une locution adverbiale en repetant le theme : 
bete betean ,,plein plein". 



CHAPITRE XIX. 

LES CONJONCTIONS. 

^ 

Les conjonclions font : 

Copulatives: eta ou ta, b , g., 1., bn., f. ,,&". 
Adverfatives : baya, b . , banan , g . , bainan , baina, 1. _, bn . , bena, f . , , mais' y . 

Ordea, g. y 1., bn.,, ordia, ordian, bn. 5 f. ,,mais". 

Halarikere, 1., alaere, g. y alambere, b. 5J ,cependant 53 . 
Difjondlives : edo, b., g., 1., bn., f. ,,ou". 

Vfyii, g., nai y b., nahi^ 1., bn., f. ,,foit". 
Caufatives: q^/i, g., 1., bn., e^e, b., eiik, g., qr, f. 3 ,car, que". 

Zeren, lergatik ,jpour cela, pourquoi, parce que^. 

oArren ,,donc 5 '. 
Conditionnelies : ba, b., g., 1., bn., f. ,,fi". 

"Baldin-ba, b., g., L, bn.; balin-ba, 1., bn., f. ,,fi". 

fl-n ,,fi". 
Conjondlives : non, n, la ,,que'% dans tous les dialedles. 

Pour la formation de ces conjoncflions nous devons renvoyer le 
ledleur a notre Didlionnaire. L'origine de la conjondlion 72 ,,que" 
a etc difcutee plus haut, en parlant du fuffixe n (p, ^6); nous en 
avions deja fait mention dans notre Etude fur les auxiliaires (p. 71); 
elle explique d'un feul coup le pronom relatif, le locatif & le genitif, 
& rapproche par cela meme la langue bafque des autres langues, ou 
le meme precede fe retrouve. 






449 



CHAPITRE XX. 

LA FORMATION DES MOTS. 
OBSERVATIONS PR fell MIN AI R ES. 

Ce fujet n'a jamais ete traite d'une fac^on un peu ferieufe, autant 
que nous fachions. M. Duvoifin a public, il eft vrai, un article 
ayant pour titre : , 3 De la formation des Noms dans la langue 
bafque" (i); mais il eft plus queftion de Talphabet, de Tortho- 
graphe, des fuffixes que de la formation des mots. L'auteur n'entend 
pas par le mot de ^formation" ce qu'on a 1'habitude d'en- 
tendre par ce mot. La formation des mots ne comprend pas les 
rapports grammaticaux ; p. ex. ,,jufqu'a moi" n'a jamais ete con- 
fidere comme un mot compofe, foit pronom compofe, foit prepofi- 
tion compofee. Les explications de 1'auteur laiffent auili fouvent a 
defirer, quant a la clarte, p. ex. : ,,Je citerai encore le fuffixe o, 
^lequel, du verbe devenu pronom pofTeflif par Fadjonclion d'une 
^premiere definence, forme un pronom de temps. Ainfi dut (j'ai), 
3) naii (je fuis), deviennent dutan, dutana (ce que j'ai); nai\en, nai-(ena 
,,(ce que je fuis). Au lieu du determinarif a, piacez le fuffixe o, & 
^vous aurez dutano (tant que, tout le temps que j'aurai), nai\eno 
(tant que je ferai)'^. 

Un verbe qui devient un pronom pofleffif, eft deja une meta- 
morphofe afTez furprenantej mais du moms les termes font con- 
nus; il n'en eft pas de meme quand ce verbe, devenu pronom 
pofTefTif, devient pronom de temps. Qu'eft-ce qu'un pronom de 
temps ? 



(i) Congres fcientifique de France, vol. n ; p. 369. Pau 1873. 

29 



L'auteur a voulu dire que la i re perf. du prefent de 1'indicatif 
dm ,,j'ai" & nail y ,je fuis", fuivi de no ,Jufque" fait dut-no & 
nai^-no, ce que Ton prononce & ecrit dudano ou dutano & nai^eno. 
Mais dudano ou nai^eno n'efl pas plus un mot compofe que ^Jufqu'a 
ce que j'aie^ en francais. 

Nous avons dit deux mots de cet article pour prouver que nous 
en avons pris connaiflance. Nous ne releverons pas la confufion que 
fait Tauteur & qui n'exifle que pour lui> par rapport au fuffixe ko } 
dont ii aurait pu trouver la fignification & 1'emploi dans notre 
Diclionnaire^ qui a paru deux ans avant la publication de fon article; 
niau fuffixe i, qui efl confidere dans un paragraphe comme unelettre 
euphonique febakij, & dans un autre immediatement au-deflbus 3 
comme un fuffixe (igorri). 



i. 
de formation des mois. 

La formation des mots efl beaucoup plus fimple en bafque qu'elle 
ne Tefl dans nos langues aryennes. Les memes precedes s'y ren- 
contrent,, la compofition & la derivation; auffi les memes pheno- 
mencs s'y retrouvent,, principalement phonetiques ; mais ces derniers 
font moins varies,, autant que nous pouvons en juger. 

La compofition confifte,, comme dans toute autre langue,, a unir 
deux ou plufieurs mots pour exprimer une idee; p. ex. ar-[ain 
^berger" efl compofe de ari ,,mouton" & de ^ain ^gardien". 

La derivation confifle a fuffixer au theme une lettre ou un groupe 
de lettres,, afin d'en modifier la fignification ; p. ex. handita^un 
y, grandeur 5 ^ efl un mot forme de handi .^grand" & de la termi- 
naifon ta-[un. 'Begiratu ^^regarde^ efl forme de begi ^ceil 3 ^ ra ,,,vers 
& m terminaifon de Tad jedlif verbal. 



i > 



2. 

La compofition. 

Les mots compofes font formes : 

i De deux fubftantifs : arrobi ^carriere 3 '., de arri ,,pierre" & 
obi ,/ofTe., caverne". 'Burmun ,,cervelie 33 de burn ,,tete" & mun 



2 D'un fubftantif & d'un adjedif : aiiagoya ,,le grand pere' 3 
de aita ,, ? pere 33 & goi ,,haut"$ arraingorri ^poiffon rouge ou dore 33 
de an ain ^poiffon 33 & gorri ,,rouge 33 ; burugogor ,,entete" de burn 
^tete 33 & gogor ^dur 33 ; angereder ^belette 33 de andere ,,demoi- 
felle 33 & eder jjoli"; Echeberri (nom propre) de eche ^maifon" & 
berri ^neuf 33 Maifonneuve 5 dohakaii ^maiheureux 33 de dohai ,,fort 33 
& gaiti ^mauvais' 3 . 

3 D'un fubilantif & d'un nom verbal: buruauis ^caffe-tete" de 
burn ,.,tete 3 ' & auis (i) ^calTer 33 ; emakume ^,femme 3> de eman 
^donner" & hume 5 ,enfant 33 ; edawki ^abreuvoir 53 de edan ^boire 33 
& toki 5 _,lieu 33 . 

4 D'un fubflantif & d'un nom de nombre: bitane ^intervalle 33 
de bi ^deux 33 & ane ^efpace 33 . 

y D'un adjeclif & d'un nom verbal : jakingabe ^ignorant' 3 de 
/akin , 3 favoir 33 (employe fubilantivement) & gabe ^denue 33 . 

La compofition peut confifter {implement en juxtapofition, p. ex. 
ur^ulo ^jinare 3 '' de ur ^eau 53 & ^ulo ,,trou 33 ; aiiagoya deaita&goya. 
Ceci fera apparemment le procede primitif, mais il y a beaucoup 
de mots compofes ou 1'union des deux mots eft devenue plus intime, 
foit pour des raifons d'euphonie, foit pour d'autres raifons. Dans 
ces cas-la nous voyons paraitre des mots comme ar\ain y de ari-iain 
(chute d'une lettre); ou bien fukopil, de fu-hopil (mutation d'une 
lettre); ou bien afa^a!, de at^haial (chute & mutation d'une lettre). 

Si le mot compofe efl forme de deux noms fubfhntifs, le nom 

(i) Le verbe dans les mots compofes n'eil pas une forme flechie, c'eft le theme. 



4fa 

attributif doit preceder; c'efb cette meme regie qui veut que le 
genitif foit place devant le nom qui le regit. Ainfi beta^al pau- 
piere 33 eft forme de btgi-haqal, ceil-coquille 33 ; arrobi ^carriere 33 
de arri-obi j,pierre-caverne 33 ; lurfagar ^pomme de terre 33 de lur- 
fagar ^terre-pomme 33 ; arratfalde. ,,,lbiree 33 de arrats-alde. 

Si le mot attributif eft un adjedtif, il eil place apres le nom; 
p. ex. eguerdi ,,,midi" de egw-erdi' ,,joui~moitie"$ ii^aurre 33 avant- 
propos 33 de it^-cnirre ^parole-avant 33 5 1'allemand Vorwort. o4rribiii 
, 3 echo 33 de arri-bi^i ,,pierre-vivante 3 ^. 

La langue bafque, comme tant d'autres langues, a forme aufll 
des mots en repetant le mot^ mais en changeant la lettre initiale ; 
p. ex. nahas-mahas 5 ,pele-mele; ^adura-badura^ (T); churi-muri. 

On a voulu voir dans cette maniere de compofition un procede 
fpecialement bafque, fans fe douter que beaucoup de langues ont 
forme de pareils mots : en fran^ais pele-mele ; tohu-bohu ; cahin- 
caha; en anglais helter-skelter; higledy-pigledy ; en allemand bolter 
polter, &c. 5 &c. 

NOMS VERBAUX COMPOSES. 

Les noms verbaux compofes ne font pas tres nombreux. Ces 
noms, ou plutot ces adjedlifs verbaux (2), font compofes : 
i D'un fubftantif & d'un ad jeclif verbal; 
2 D'un adjeclif & d'un adjedlif verbal; 
3 De deux adjeclifs verbaux. 



SUBSTANTIF ET ADJECTIF VERBAL. 

Uadjeclif verbal efl alors generalement arm ,,prendre 33 , etji 
eflimer, juger 33 , egin 



(i) ... E-^pada lapiko uftel bat, arbi-^, a^, chongos, bin faki^, hit^ batean, fadurd baduraf 
betea. Larramendi, Introd. Dice. p. ccxiv. ,,Si ce n'eft un pot pourri plein de navets, de 
choux, de ..?, de morceaux de poumons, en un mot de tout". 

(a) L'adjedif verbal. 



Amfifukarm , 3 allumer 33 de/ ,/eu 33 & harm ,,prendre"; lokarm 
,/endormir 33 de lo ,,fommeil" & harm. Le h eft devenu k, felon 
les lois phonetiques (voir ch. in). Setarm ,,s'obftiner" de/<7 ,,obf- 
tination 33 & arm; fmhetfi ,,croire 33 de/n ,,foi" & /? ,,juger, tenir 
pour, tenir pour vrai 33 ; auietji ,,choifir" de am ,,choix 33 & etfi 
tenir" 5 afarm ^s'amufer" de ats ,,haleine" & arm; atfeen ,,fe 
repofer 33 de ats-egin, prendre (iitt. faire) haleine. 



ADJECTIF ET ADJECT1F VERBAL. 



Ce font les memes noms verbaux arm, erji, egin qui forment ces 
adjeclifs verbaux compofes; p. ex. onetji 5 ,agreer, aimer' 3 de on 
,,,bon" & etfi; ederetfi .^trouver beau" de eder ,,,beau" & etji; 
hair" de gaiti ^mauvais 33 6c erji. 



ADJECTIF VERBAL ET ADJECTIF VERBAL. 

Ces adjectifs verbaux ne font pas nombreux, ils font generale- 
ment formes de era^o, ari ; p. ex. arrera^o )3 faire prendre 33 de ar 
^prendre 3 ' & era^o )3 faire, caufer 33 ; & par confequent tous les 
adjeclifs verbaux faclitifs compofes avec era^o. Eft all ^cacher, 
couvrir 33 de es ^ferrer, enfermer 33 6c ari faire 33 . La mutation de 
r en / fe trouve dans les verbes askaldu, auhaldu, afaldu, baikaldu, 
gofaldu, kiskalduj tous formes de ari, felon toute apparence. De 
meme it{ali ^eteindre 33 de ich ^arreter 33 & ari 5J faire 33 5 ainfi : faire 
ceffer (de bruler)= eteindre. En hollandais on dit pour eteindre 
,,uiimaken" faire fortir, & pour s'eteindre ,,uitgaan" fortir, Iitt. 
alier dehors. 



4f4 
3- 

La derivation . 

La derivation eft un precede beaucoup plus important que la 
compofition. II va fans dire qu'il ne peut etre queftion en bafque 
que d'une derivation laterale, c'eft-a-dire d'un mot bafque d'un 
autre mot bafque. La langue bafque etant entierement ifolee jufqu'a 
prefent, la derivation en ligne direcle, s'il eft permis d'employer ce 
terme de genealogie, nous echappe neceffairement pour le moment. 

La derivation fe fait a 1'aide de terminaifons, que dans d'autres 
langues on a Thabitude d'appeler fuffixes ; mais nous avons referve 
le terme de ,,fuffixe" pour ces lettres ou ces mots qui indiquent 
les differentes relations des mots entre eux. Ce n'eft pas en vue de 
la clarte feulement, & pour diftinguer deux efpeces de mots, etroi- 
tement lies, fous quelques rapports,, que nous empioyons ces deux 
termes; c'eft puifqu'il y a une veritable difference entre eux; les 
terminaifons forment des mots; les fuffixes indiquent des rapports. 

La ligne de demarcation que nous tirons entre ces deux efpeces 
de mots nous parait corredle. Cependant il eft poffible., bien que 
ce foit extremement rare, qu'un mot puiffe etre confidere comme 
appartenant aux deux categories. 

Un mot comme goi^ko ,jtnatinai" n'avait jamais ete analyfe, & 
Ton pouvait dire que golfa etait forme de goii ,,matin" <5c de la 
terminaifon ko, tout comme alifu , 3 puiflanL 3:> eft forme de al 3 ,puif- 
fance'^ & de la terminaifon tfu. Mais quand on fait que les adjeclifs 
en ko font, pour ainfi dire,, les genitifs du nom (comp. (poule) d'eau 
= aquatique; (confeil) paternel = de pere), ko reprend fon ca- 
raclere propre, ko eft un fuffixe correfpondant a ,,de". Goifa & 
tous fes pareils font beaucoup trop vifiblement ce qu'on nommerait 
dans nos langues des genitifs, pour qu'on puiffe fe meprendre fur 
leur forme. La place que ces noms occupent dans la phrafe vient 
encore affirmer leur veritable caradlere; Je genitif doit preceder, 



4ff 

<3c ladjeclif doit fuivre le nom qu'il qualifie; ainfi gerlako gi^on bat 
ethorri da, ,,ii eft venu un homme de guerre". Nous confiderons 
done goiiko, comme un nom avec un fuffixe, un nom au genitif, 
correfpondant a ,,de matin 3 ' & non pas comme un adjeftif corref- 
pondant a ,,matinaP'. 

Maintenant que ces deux adjeclifs font anaiyfes, leur forme 
s'explique, & altfu eft un nom ad jedlif derive, forme de al & de la 
terminaifon tfu, tandis que golfa, bien qu'employe comme adje<5lif, 
eft un nom au genitif, forme de goi^ & du fuffixe ko, lequel fuffixe 
fait exprimer a goii le rapport d'un genitif. cAltfu n'exprime aucun 
rapport quelconque 5 c'eft fimplement un qualificatif. Ces adjeclifs 
en ko font fi bien des genitifs du nom que ^eruko ,,de ciei = ce- 
lefte" eft employe par Licarrague au pluriel \eruetako ,,des cieux" 
= celefte; p. ex. Etie cAita ceruetacoac... Matth. xv, 1 3. ,,Mon 
Pere celefte". Ceruetacoac fuit le nom a caufe du pronom pofleflif. 

Les exceptions dont nous parlions plus haut fe reduifent peut-etre 
a une feule exception,, & c'eft le mot gabe. Gabe eft un adjeclif 6c 
fignifie , 3 denue J ^ il correfpond a Tallemand ^los'% au hollandais 
,,ioos 3 ', tous les deux employes comme terminaifons ; p. ex. kinder- 
loos ^fans enfants"; levenloos ../ans vie 33 . On dit done en bafque 
eikergabe ^ingrat" c'eft-a-dire denue de gratitude. Gabe a encore 
garde fa fignification propre, mais malgre cela en eft arrive a erre 
employe comme fuffixe avec la fignification de ,,fans" : nigabe 
.,,,fans moi^; & en meme temps comme terminaifon, c'eft-a-dire fans 
fignification arretee, comme dans e^kergabe ,,ingrat j \ II eft pro- 
bable que gabe, comme terminaifon,, reprefente tout auffi peu a 
Fefprit bafque la negation de ce que le nom indique, que ,,loos" 
dans roekeloos ^temeraire" en hollandais. 3 ,L'efprit oublie", comme 
dit M. Breal, dans un cas analogue, ,,,quand il veut, la nature 
adjedlive ou fubftantive" (i). 

Mais quoique nous puiffions ou quoique nous ne puiffions pas 
arriver a decouvrir la fignification & la forme primitive de toutes 
les terminaifons, il nous femble qu'ii faudra admettre : i qu'elles 

(i) Gram. comp. de Bopp, Introd., p. xxix. 



4f6 

font toutes des noms, adjedtifs ou fubftantifs, & qu'unies a d'autres 
noms elles forment des mots derives ; 2 qu'elles rundiquent jamais, 
excepte gabe, les rapports des mots entre eux, & ne peuvent pas 
etre confondues avec les fuffixes. 



4- 

Les terminations au moyen defquelles on forme les mots derives 
pourraient etre divifees en quatre clafTes., felon qu'elles fervent a 
former i des noms fubflantifs 5 2 des adjeclifs, 3 des adjedlifs 
verbaux; 4 des adverb es. 



TERMINAISONS DES SUBSTANTIFS. 

c4r ou tar. Hart. 

c4ri, voir hari. Keria. 

*Be oupe. Kunde, kume. 

T>ura ou ihura. Le, voir -{ale. 

Era. Men. 

Gaiy kai ou gel, kei. Ten. 

Gaillu, kaillu. liafun^ lar^un 

Gale, voir ^ale. Tegi ou leli. 

Gin, gille. Zale. 



TERMINAISONS DES ADJECTIFS, 

Vun. Garren. 

Gabe. Garri. 

Gor, voir kur. 5^zz. 

Gure, voir kur. Ti. 

Kor, voir kur. liar. 

Koi, voir kur. Tfu,fu. 
Kur. 



4f7 

TERMINAISONS DES ADJECTIFS VERBAUX 

T)u ou m. 
Z. 



TERMINAISONS DES ADVERBES. 

Ki. 

%. 

Ki^un . 

Leclufe, dans fa grammaire, compte foixante terminaifons, mais 
la moitie font des noms. De la fafon done il s'y prend on pourrait 
confiderer, par exemple en allemand, le mot Alter ,,age" commc 
une terminaifon, puifqu'on dit Zeitalter ,,age'% Mittelalter ,,moyen- 
age". II a pris pour des terminaifons les noms dont il ne favait pas 
rendre compte,, & le nombre n'en eft pas petit; p. ex. aldia, an-^i, 
her a, etfia, &c. 



S'f- 

Terminaifons qui formem des fubftamifs. 

oAr ou tar. Ceft le fuffixe de Tethnique; il eft ar ou tar; le r eft 
dur & par confequent fe redouble quand fuit Tarticle. De 'Burgos 
on forme TSurgoflana ^'habitant de Burgos'^ de Oloron on forme 
Olorondarra ^'habitant d'Oloron". Le t devient d quand les lois 
phonetiques 1'exigent. Si le nom finit par une voyelie c'eft Foreille 
qui decide,, felon Lardizabal, fi le t fera maintenu ou elide. Erroma 
^Rome'^ fait Erromarra ou Erromatarra , 3 le Remain' 5 . Efpanarra 
5 ,rEfpagnoP\ L'origine de ce fuffixe nous parait etre le fubftantif 
ar ^male^; le t dont il eft precede eft fans doute inexplique jufqu'a 
prefenr, &^ fi c'eft pofllble nous ne voudrions pas Tadmettre comme 



lettre euphonique ou adventice. Comme regie generate, Felifion des 
confonnes eft de beaucoup plus frequente que leur intercalation. 
Ces terines de ,, adventice, euphonique, redondante" n'expli- 
quent rien du tout pour la plupart du temps. Cependant , fl 
notre hypothefe eft fondee, le t ne peut pas appartenir a ar; il faut 
done qu'il appartienne au mot precedent 5 mais comment? Nous 
Tignorons; mais il nous femble qu'on arrivera plutot a un refultat 
fatisfaifant en cherchant Torigine du r, foit dans le nom qui precede, 
foit dans un mot peut-etre difparu. En tout cas, il nous femble 
tres peu probable que tar foit la terminaifon. cAr ,,male, homme" 
explique tout naturellement ces mots compofes & trouve des ana- 
logies dans plufieurs autres langues. L'allemand Landfmann eft 
exaclement le bafque erriiar ; de meme en anglais & en hollan- 
dais on dit englishman, engeifchman (un) anglais, franfchman, 
frenchman (un) francais, &c. 

Jufqu'a prefent nous n'avons trouve que tres rarement le t employe 
comme lettre euphonique : ei^tari^ de ei-^-ari. Et encore il fe pourrait 
que le t de ei^tari & de quelques autres mots formes de la forte, 
fut pour un k medial, qui eft tolere feulement quand il provient de 
h radical. Ei^tari eft forme, felon nous, de ei^-hari & aurait du faire 
ei-rkari; il fe pourrait que le k cut ete change en r, felon la loi par 
rapport au k radical. 

cAri, hari. Cette terminaifon forme les noms d'agent, & corref- 
pond au francais ^eur''' dans fileur, pecheur, tourneur, &c. cArrain- 
kari, bn. ,, pecheur" de arrain ,,poiffon" 5c hari avec mutation de 
h en k (voir ch. in). Garfiari, bn. ,,marchand de fel" de gat^ 
^fel"; gerlari ,,guerrier" de gerla ,,guerre' ? 5 meatman ,,mineur" 
de meati ,,mine"5 ei^tari ,,chaiTeur" de eit^ ^chaife" & ari^ peut- 
etre de eif-iari avec mutation de k en i, comme c'eft le cas pour ie k 
radical. 

cAri, hari nous femble etre le nom verbal, dont la fignification 
eft ,,etre occupe 33 . 

*Be fignifie ,,bas 3;> & a forme quelques rares mots : leorpe, g. 
,,cabane ?:> de leor ,,fec"; burupe ,,eftime de foi-meme, prefomp- 
tion' 3 felon Pouvreau (v. Axular, p. xvi de la Gom. carta). 



4T9 

'Dura. Cette terminaifon qui eft rhura en fouletin, fe retrouve dans 
tous les dialectes. Les langues romanes en ont une femblable: dura, 
efp. p. ex. cortadura, cornadura; dure ou cure franais. Elle leur 
vient du latin (voir Diez). 

II nous parait cependant pofTible & meme probable que cette 
terminaifon foit purement bafque dans les mots bafques. T)u ou tu 
eft la terminaifon qui forme les adjeclifs verbaux; handi ,, grand" 
fait handitu ,,grandi"; epel ,,tiede" fait epeldu ,,attiedi" & epeldura 
,,attiedifTement' J . Or ra ,,vers" indique la ,, tendance vers" & par 
metaphore ,,le devenir"; par exemple begiratu ,,regarder" de bfgl 
35 oeil"5 gogoratu ,,fe rappeler, venir a la penfee" de go go. Ainfi 
epeldura eft attiediffement, c'eft-a-dire le devenir tiede; tandis quc 
epehafun eft tiedeur, de epel & tafun. E-[tidura ,,adouci(Tement J> ; 
mais eytitafun ^douceur". Chiphura ^rappetiflement". 

Gay, gaiy kai, g. 3 1., bn.,, gei, b., ekhey, bn., ekai, 1. La fignifi- 
cation primitive de cette terminaifon, qui eft un nom, encore 
employe pour lui feul, eft 33 matiere 3 fujet, etoffe" ; enfuite, comme 
adjecflif 33 apte,, capable 3 ^. L'expreflion fran^aife 3 _,il n'y a pas d'etoflfe 
en lui pour en faire quelque chofe" equivaut a 3 ,il n'eft pas capa- 
ble" ... Comme terminaifon ce nom fe retrouve avec une fignification 
moins definie, mais indiquant toujours que le nom auquel il eft 
fuffixeeft rendu ^propre a faire'% qu'il a ,,h faculte de faire", qu'il 
eft ,,deftine a faire telle ou telle chofe". Dans ces cas-la nous le 
retrouvons fous la forme gal, kai, gi, ki, p. ex. agerkai, g. ,,, docu- 
ment" deager, theme verbal au fens de ,,paraitre, declarer, mani- 
fefter"; & ainfi halgai, de halt pour hari ,,tout ce qui provient du 
lin". Iraugai = iraugi ,,chaume". Oihalki ,,lambeau de toile"; 
e^urki ^fragment d'os"; idiki ,,viande de boeuf", &c. 

Galllu, kaillu. Cette terminaifon, dont Forigine nous eft inconnue, 
appartient aiix dialecles bafques fran^ais ; elle ne fe rencontre que 
rarement. Chaho la rend par ,,ce qui fert a" (i). Ainfi handikaillu 
,,ce qui fert a agrandir" de handi ,, grand". Ederkaillu ,,ce qui fert 
a embellir" c'eft-a-dire ornement. Lotgaillu ,, bandage" dehru ,,Her". 

(i) Etude gram. 



460 

Ejlekaillu ^lien 33 de es ,.,lier' 3 . Onkhaillu ^fumier 33 de on ,,bon", &c. 

Gale., v. idle. 

Gin, ghin, gille, ille, He. Ces terminaifons font en ufage dans 
tous les dialedles,, & indiquent en general ceux qui font quelque 
chofe,, les gens de metier; elles derivent toutes de egin , 3 faire 33 . Le 
n de egin a du fe perdre devant / & egin -f- le eft devenu egile ou 
egille, d'ou gille, & par la chute du g eile. Gin ou ghin appartient 
plutot aux dialedles bafques francais; p. ex. ^urghin, L, bn., fur- 
gille, 1. jjdiarpentier 33 de IUY ,,bois 33 . It^aghin, f. ^cloutier' 3 de 
hie ?J clou 33 . Harghin, f. ^magon 33 de harri ^pierre 33 . 

La terminaifon le de egille ou egile parait etre la contraction de 
-[ale (voir cette terminaifon)5 <5c egin^ale ^faifeur., createur 3 ' fe trouve 
comme egille. Egille a fon tour efl terminaifon, fous une forme 
fyncopee ille ou He ou eile; bacherille ,^potier 33 de backer o-ille. 
Ehaille tiflerand 33 de ehai-ille. 



^ 
v. art. 



v. ga. 

Keria. Cette terminaifon eft de tous les dialectes & fignifie ten- 
dance & au fond ^mauvaife tendance 33 . La forme primitive efl., 
croyons-nous_, heri ^malade 33 dont le h initial,, par fuite de 1'agglu- 
tination,, venant au milieu du mot^ s'eft durci en k, felon la regie (i). 
Comparez notre Didlionnaire. L'etymologie explique pourquoi keria 
exprime une tendance mauvaife; p. ex. ordikeria ,,1'ivrognerie 33 ; 
mais on a quelquefois oublie le veritable fens de cette terminaifon 
& elie a ete appliquee de travers. 

Kide. Ce mot fignifie: pareil., egal; & aufH felon Pouvreau : 
compagnon. Le dialecle labourdin ecrit kide, & le bifcai'en ide; le 
k initial ne fe fera probablement pas perdu, & puifque hide fe 
trouve auffi ecrit hide, il efl plus probable que le h fe foit perdu en 
bifcai'en,, comme cela efl toujours le cas,, & que le h initial foit 
devenu k comme c'efl la regie,, pour les mots compofes, p. ex. bakid 
dQ bat-hide 3 ,commun 33 . Dans aurhide ^confanguin 33 le h (primitif?) 
s'efl maintenu . 

(i) Ch. in. 



461 

Zunde, lume. La premiere forme de cette tcrminaifon appardent 
aux dialecles g., b., 1., bn.; elle eft plus correcle que la feconde, 
qui eft en ufage en fouletin, puifque n & t ne fe fuivent pas en 
general. Quelquefois le k eft elide comme fansjakiunde, g. ,,con- 
naiffance" de jakin, fans doute pour eviter la cacophonie, car 
generalement le k refte : uftekunde ,,perfuafion, conviction"; ohikunde 



IMen. Cette terminaifon parait etre le nom fubflantif moi/ capa- 
cite, puiflance, & pourrait etre comparee a Tadjedlif hollandais : 
vol ^plein"; p. ex. ahamen ,,bouchee" de aho ,,bouche"; en holl. 
^mondvoP de mond ,,bouche". Eskumen ,,poignee" de esku; en 
holl. handvol. S^afmen melange 3 ' de nas ou nap. 'Baimen 
^permiflion >j> de bai. 

Ten. Terminaifon qui fe trouve dans tous les diale<5les pour 
former des fubftantifs de noms verbaux : erofpen , 3 achat JJ de eros-i; 
iduripen 3) oupon 37 de iduri; nahajtepen ^melange 33 de nahas-tt; 
oroipen 5 ,fouvenir' J de oroi; fon^apen ^naiiTance 53 de/0r-/p (pour 
ffi); jauifapen Debute 1 ' de jaufte, dejaus-i. 

Tafun, tarfun. Cette terminaifon indique la qualite, la tendance, 
plutot bonne^ comme keria indique la tendance mauvaife : berdin- 
tafun ,,egalite >3 de berdin; aberaftafun ^richefTe 33 . 

Jufqu'a prefent la fignification de tafun eft inconnue. Aftarloa 
pretend que tafun fignifie abondance, ce qui a ete repete par 
W. V. Humboldt., & enfuite par tous ceux qui ont copie Tun ou 
1'autre de ces auteurs; mais il n'y a Hen, autant que nous fachions, 
qui puifTe prouver 1'exadlitude de cette afTertion. 

II n'eft done pas pofTible de decider fi le fens de tafun implique 
1'idee de bonte, comme keria implique Tidee de defaut, de mal. 

La forme t orpin appartient aux dialecles bn. & foul. 

Comp. le Diet. f. v. eri & lafun. 

Tar-pin, v. tafun. 

Tegi. Cette terminaifon fe trouve dans tous les dialecles, mais 
fouvent fous fa forme contraclee tei. Ceft un nom fubftantif figni- 
fiant ,,lieu", holi. plaats. P. ex. futei ,,foyer" defu-tegi; en holl. 
vuurplaats, ce qui eft exadlement le mot bafque. vlrgindfgi (muta- 



462 

tion de i en d apres n) ^atelier du lapidaire; de arri-egin-tegi. 
Une variance de tegi eft toki contraclee en wi; p. ex. iratitoi, bn. 
^fougeraie" de irai^-wi. 

Tell. Terminaifon du dialecle foul. <5c indiquant 3 ,amas"; p. ex. 
elhurteli ,,amas de neige"; harriieli , 3 amas de pierre"; gi^pnteli 
,,amas d'hommes". 
T^aille, v. \ale. 

Zale, gale. Gale & la variance ^ale (mutation de g en ^, voir 
ch. in) font des noms fubftantifs & fignifient ^envie,, defir". 
Onda\un ^alea da gi^ona. Mendiburu., p. 49. ^rhomme efl defireux 
de biens". C^(on dubagea, an da ^alea. Prov. ,,Oii eft manque, la 
eftdefir". 

Zale fe trouve comme terminaifon en b., 1., bn.; neka^ale }) o\i- 
vrier 53 de neke ^travail 5 '; eginiale ^createur" de egin 5 ,faire". Mais 
plus generaiement on trouve i^aille dans les dialecfles bafques 
frangais : ont^aille ^bienfaiteur" de ona; fali^aille ^vendeur 55 de 
fal-du. La variante i = q f e rencontre tres fouvent en~(un.-eni^un. La 
variante I = 11 n'eft pas non plus rare. 



6. 

Terminaifons qui fervent a former des adjeftifs. 

T)un. Cette terminaifon fe trouve dans tous les dialedes; elle eft 
formee de la 3 me perfonne fing. de Tindicatif : du ,,'ii a 5 ' fuivi du 
pronom relatif n; ainfi -,.,qui a 3 ^ p. ex. biot-{dun ^courageux" de bioii 
^^coeur'^ qui a cceur. cAurdun ^enceinte 5 ' de aur ^^enfant 3 ^ qui a 
enfant. Zamaldun ,, cavalier" de ^amari-dun. 

Gabe. Nous avons deja parle de cette terminaifon (v. 3), qui fe 
trouve fur lalimite entre les terminaifons & les fuffixes. Dans nigabe 
^fansmoi", gabe eft un fuffixej ilindique un rapport; dans eskergabe 
^ingrat" uftegabe ^irreflechi" gabe eft une terminaifon, formant un 
mot d'un autre mot <5c n'indiquant aucun rapport, excepte pour le 



463 

grammairien qui decompofe le mot. Toute clarification nous parait 
devenir impoffible fi Ton n'affigne pas pour limite la fignification 
aduelle du mot, puifqu'on ne peut prendre en confideration toutes 
les phafes par oil le mot a pafle. Le fubftantif verbal, par exemple, 
eft un nom au locatif, mais pour I'etymologifte feulement, car ce 
locatif n'eft plus fenfible dans la phrafe; bien plus, ce locatif fert 
comme objet (infinitif ) dans la phrafe regie. 

Gabe a conferve fa fignification independante, on le trouve fepare 
du nom & regiflant le partitif : Ogirik gabe ,,denue de pain". 
Galdu dira euskarasko librurik gabei euskarasko hiti egite. Mendiburu. 
,,11 s'eft perdu beaucoup de mots bafques par le manque de livres 
bafques". Gabei eft gabe + ^ c eft-a-dire,, par le manque". Nous 
pouvons citer deux fuffixes a 1'appui de notre theorie de claflifica- 
tion ; ce font kin & /^r, tous les deux regiflant le genitif (voir ces 
fuffixes). 

II eft plus que probable que nous connaifTons Torigine de kin; 
kin eft un nom au locatif fignifiant ,,dans la compagnie" & de 
la le genitif qui precede. Nous connaiffons done tout auffi bien 
Torigine de kin que de gabe; tous les deux font des noms, Tun 
adjeclif, Tautre fubftantifj & malgre cela kin n'eft jamais termi- 
naifon, & gabe peut 1'etre ; kin exprime une relation, comme nos 
prepofitions, & n'exprime jamais autre chose qu'une relation, & 
gabe fert a former des mots, & fert aufH comme fuffixe; c'eft 
cette aptitude a rendre ce double fervice qui le place fur la limite 
de Tune & de Tautre categoric de ces mots. 

Garren. Tous les dialedles font ufage de cette terminaifon pour 
former les noms de nombre ordinaux : bigarren, hirugarren, &c. 
Plufieurs auteurs anciens ecrivent garren fepare du nom de nombre; 
mais jufqu'ici nous n'avons pas pu decouvrir la fignification de cette 
terminaifon. 

Garri. Cette terminaifon forme un grand nombre d'adjedifs & 
leur donne le fens de ,,porte a, enclin a". II nous femble qu'elle 
derive de ekarri ,, porter". Cette forme d'adjeclifs fe retrouve en 
allemand & en hollandais; dragen, holl. ,,porter" fait haatdragend 
,,rancunier" de haat ,,haine" & dragend, part, prefent ,,portant". 



Ainfi arrogarri ^orgueilleux 33 de arro ^vain, gonfle". cAhalgegarri 
,,,honteux 33 de ahalge. On trouve chez Larramendi eftimagarri 
^appreciable, efp., eftimable' 3 ce qui ne parait pas etre une forme 
corredte; les adjedifs en garri devraient avoir une fignification 
active. Mais toutes les langues fe permettent de ces licences; en 
francais Tadjedlif curieux t fert dans les deux fens ,,un homme cu- 
rieux 33 au propre, efl un homme qui veut tout favoir; ,,un meuble 
curieux" efl un meuble rare. Comp. le Did. 

Gor, v. kur. 

Cure, v. kur. 

Kor, v. kur. 

Kur. La fignification primitive de kur, gur, parait etre ,,penche, 
courbe 33 ; 5c puifqtie latheorie qui veut que les explofives fortes aient 
precede les explofives douces, eft probablement correde, il faut 
admettre kur comme la forme primitive. Kur ou gur fignifie, de nos 
jours, ,, reverence 5 ^ & a donne le nom verbal khunu ^s'abaifier^. 
Comp. le Dictionnaire. Kur ou gur nous femble fe retrouver dans 
la terminaifon gure avec la fignification de ^inclination,, defir, vo- 
lonte 3 ^; p. ex. logure, g. ,,,envie de dormir 35 ; a^kure ^envie de fe 
gratter' 3 . Gure ou kure eft devenu dans quelques dialedes gor ou 
kor, & meme cette variete de la voyelle fe retrouve dans le meme 
dialecle : ilkor ^^mortel 33 appartient aux dialecles guip. & lab.; 
galkor, galkhor, 1. ,,,periffable 33 . 

5\Vzr. Cette terminaifon eft tres rare; nous ne 1'avons trouvee 
jufqu'a prefent qu'en guipuzcoan & dans le feul mot ikafnai. tH^ai 
fignifie ^volonte 33 & correfpond dans ce cas-ci exaclement a la ter- 
minaifon hollandaife gierig (de begeerig ^quia envie de^ avide 33 ) & 
ikafnai fe rend parfaitement par weetgierig ,,avide d'inftrudlion 33 . La 
meme terminaifon fe retrouve en allemand; neugierig, all. nieuwf- 
gierig, holl. ^curieux' 3 ; litt. avide de nouvelles. 

Ti. Terminaifon qui fe trouve dans tous les dialectes & correfpond 
a la terminaifon holl. achtig, de aard 5J nature, difpofition 33 . Geyuni 
3:) menteur' 3 ; egiati 33 veridique 33 ; bekhaifii ^^envieux 33 . 

Tzar. Cette terminaifon n'appartient qu'aux dialedles bafques 
francais; elle fignifie: ami de; p. ex. David errege Jainkotiar hum* 



Chourio, p. 316. ,,Ce roi David ami de Dieu, devoue a Dieu". La 
verfion fouletine eft: devota bere indar oro^; la verfion nav. efp.: 
guitii devowac. Goinjiar ,,matinal". 

Ceft a tort, croyons-nous, que M. Geze(i) confidere liar & tar 
comme une terminaifon & la rend par : qui frequente, qui habitc, 
qui pratique. Comment cette fignification s'appiique a ,,Dieu" ou a 
,, matin" n'eft pas dit. 

Comme tiar a le fens de : ami de, devoue a, porte a, il efl pro- 
bable que cette terminaifon derive d'un adjeclif ou adjeclif verbal, 
ayant cette fignification. La feule racine qui conviendrait eftyar ou 
yar qui fignifie ,,aflis". Comme ley (y) initial prend quelquefois le 
fon de dj (voir Diction, f. v. J'Jeiii=deirii),yar oujar eft devenu 
diar puis liar, comme du devient m. La forme s'explique done, 
croyons-nous; mais la fignification? Comment eft-ce que ,,affis" 
en eft venu au fens de : incline, penche? 

Tfu,fu. Terminaifon qui fe trouve dans tous les dialecles; elle 
eft ecrite rfu, xu, fu; x etant prononce w, ifu & xu ont le meme fon, 
rendu d'une maniere differente; fu eft rare, comme dans odolfu 
,,fanguinaire"; egarfu ,,altere 5:> qui s'ecrit aulfi egarrfu. Lohixu, f. 
,,luxurieux"; harrixu, f. ,,pierreux"; alifu ^puiflant", &c. 

La langue bafque poffede aufli quelques terminaifons pour les 
diminutifs & les augmentatifs. 

Le figne diftinctif du diminutif parait etre le mouiliement. On 
retrouve le mouiliement aufli dans la conjugaifon familiere. II fuflit 
meme, dans quelques dialecles, de prononcer la lettre mouillee, 
fans rien ajouter au mot. Lardizabal dit (Gr., p. 82, n y) que 
maiiea ,,cher" fe prononce comme terme de tendreffe avec / 
mouille. En general, dans beaucoup de langues, les termes de 
tendreffe, les termes familiers, font des diminutifs. 

II eft difficile de tracer 1'origine de ces terminaifons (2) & nous 

(1) Elements de Grammaire bafque, p. 355. 

(2) Ce qui eft confided comme terme d'amitie chez un peuple eft fouvent une injure ch 
un autre. En anglais un enfant dira a fa mere : Dear old mama. ,,Chere vieille maman". 
En holl. ou en all. 1'enfant qui entendrait appeler fa mere ou fa bonne ,, vieille" ferait trt-s 
cheque. 



466 

ne ferons que les nommer. En bifcai'en il y a n, ch, x; p. ex. neska 
fait neskacha; aim fait aitacho; enecho )} mon cher"; efp. muy mio. 
Giipn fait gi^oncho. En foul, il y a no, no, ni. 

Les terminaifons t^ar & char font, felon toute apparence,, formees 
de chaar, %ar 5 ,vieux". Gi^ounchar ,,un homme depeu". Ema^tei\ar 
bat ^une vilaine femme". 

En lab. tcho, to, sko, skoto, &c. : Eta canta efpiritualeico Ubmtcho 
hau... Les Noels de Etcheberry (1630), , 3 Ce petit livre de chants 
fpirituels" . . . 

Les terminaifons pour les augmentatifs font : to, ko, p. ex. giiato, 
de gi^on-to. Pour la mutation de gi^on en giia, comparez les derives 
gi^aldi, giiakumeak, &c. (voir le Didion.). tMmilko, &c. 



7- 
La derivation du nom verbal. 

II y a une grande difficulte a claffer les noms verbaux en noms 
verbaux primitifs & noms verbaux derives. II eft impoffible de dire 
ou une claffe commence & ou Tautre finit. 

Stridlement parlant_, on pourrait admettre que tous les noms 
verbaux font derives; ils font tous formes d'un theme verbal (peu- 
etre d'une racine verbale)^ auquel eft joint une terminaifon, foit du, 
tu, i, n. Ibil fait ibili; eros fait erofi; fal fait fa! du. Comme theme 
(ou comme racine) ces noms fe trouvent dans Fimperatif; mais il 
exifte cependant une difference marquee entre eux. Ibili eft un nom 
verbal qui fe conjugue; & eroji, bien qu'il ne fe conjugue pas^ a eu, 
felon toute probability fa conjugaifon reguliere comme ibili; on a 
du dire darofat; mais de nos jours on ne conjugue erofi que par 
periphrafe : eroji dut 3 J'achete". Au gontraire faldu, arm, aji dcfal, 
ar & as ne fe conjuguent pas^ & il n'y a aucune raifon pour admettre 
qu'ils aient eu une conjugaifon; aji pourrait encore fe conjuguer, 
mais pour des noms verbaux comme far, fal, ar & d'autres, il ne 



46? 

ferait pas poffible de les conjuguer par analogic avec les noms 
verbaux connus, comme ibilli, ikufi, etorri, &c. (i). Comme noms 
verbaux primitifs, ils auraient du fe conjuguer regulierement, puifque 
la conjugaifon periphraftique eft d'une date plus recente; & cepen- 
dant on ne volt pas comment ils auraient pu etre conjugues regulie- 
rement. De plus, les noms verbaux en du, tu, font, croyons-nous, 
d'une date comparativement recente, ce qui ne s'accorde pas non plus 
avec la notion de themes verbaux primitifs. Comment ces noms ver- 
baux, comme faldu, arm, farm, &c., etaient-ils conjugues, ou meme, 
comment ces ad jedifs verbaux etaient-ils formes, avant quelalangue 
bafque eut admis du ou tu comme caracleriftique de 1'adjeclif verbal? 
eft-ce que fal, ar, far etaient des themes verbaux, ou meme des 
racines verbales en ufage comme adjedlifs verbaux, comme il arrive 
avec les adjectifs verbaux en n: jan, eman, egin? Jufqu'a prefent 
toutes ces queftions reftent fans reponfe, & nous aimerions confi- 
derer provifoirement tous ces noms verbaux comme primitifs en re- 
fervant le terme de ,,noms verbaux derives" a ceux qui font derives, 
foit d'un fubftantif, foit d'un adjedif, foit aufli d'un nom verbal. 

Les fuffixes a 1'aide defquels fe forment les verbes derives font : 
r, ra, ka, -{, ki ou ^Az, du ou tu. 

Nous rangeons done dans cette claflTe les noms verbaux qui font 
derives : 

i D'un fubftantif : comme bildunu ,,craint" de bildur ,,crainte"; 
apaindu ^orne'^ de apain 3 ,ornement^5 buiiandu ,,germe" de hu^an 
,,germe, queue". 

2 D'un adjeclif : handim ,,grandi" de handi ,,grand". 

3 D'un nom foit fubftantif, foit adje<5Hf, a Taide d'un des fuffixes 
ra, ha, i, &c. Le fuffixe ra ,,vers" a forme plufieurs noms verbaux 
danslefquels fe trouve exprime ,,une tendance vers"; p. ex. de on 
,,bon" on forme oner am ,,porte au bien= amende"; de men 
,,puiffance" on forme menderatu ,,amene vers, fous, la pui(Tance = 
fubjugue". De begi ,,ceil" on forme begiratu ,,regarde". Les 

(i) Les noms verbaux comme fartu.faldu, tec., peuvent avoir pris dans la fuite cette 
forme fimple, qui les fait pafler pour des noms verbaux primitifs. Jabaldu eft pour jabt- 
ari-du, it^aldu 8t itfali pour it^-ari-du. 



468 

adverbes comme gora 3 ,en haut" & bera ,,en bas" avaient deja 
le fuffixe ra & ont donne beraru ^abaiffe" & goraru ,,eleve". 

Le fuffixe ^ , 5 par" a fait de be ,,bas" &qrz/ ,,humilie" de ichu 
; ici fe trouve encore ki; pour ^z^? 

Le fuffixe ka a forme de elhe elhekam, de t?^a oskakatu, de y?/?a 



La terminaifon ier, felon Larramendi^ & /^r ou ter, felon Salaberry, 
donne au fubflantif verbal la fignification de ,,faillir". Halter nil 
oihu-{ ,J*ai failli commencer a crier 3:> . Gofeak hil\er daude asko ra 
asko (i). ,,Les afTames ont tres fouvent failli mourir". Efh-ce que 
cette terminaifon ne ferait pas le fuffixe ra Dyers' 5 ajoute a la termi- 
naifon du fubftantif verbal le ou r^e, ce qui expliquerait auffi les 
variantes rer <5c t\er ou ^er ; ha^te -)~ ra, ilt^e -\- ra ' 

(i) Lettre de Larramendi a Mendiburu, p. 3, verfo. 



L*4 S rpTvl XE 



CHAPITRE XXI. 
L'ARTICLE. 

L'ufage de Tarticle eft en bafque a peu pres le meme que dans 
nos langues. Du moment que le nom eft defini par un autre mot, 
foit pronom, foit nom de nombre, foit adverbe de quantite, 1'article 
ne fert plus. On ne dit pas plus en bafque qu'en franfais : Zer 
liburua? ,,Quel le livre"? On dit: Zer liburu? ,,Quel livre"? Et 
ainfi : gi\on au ,,cet homme". Giion bi ,,deux hommes". Ogi asko 
jan det ,J'ai mange beaucoup de pain' 3 ; litt. beaucoup pain, 
comme en all., en holl., en angl., en efp., en ital. 

L'article bafque a conferve, comme Tarticle efpagnol, quelque 
chofe de fa nature primitive; on peut 1'employer la ou Ton prefere 
en frang:ais fe fervir d'un pronom demonftratif. On dira, par exemple, 
en efpagnol : Nos es lo mifmo trazar una grammatica general, que 
efcribir la de una lengua particular (i). ,,Ce n'efl pas la meme 
chofe de composer une grammaire generale que d'ecrire celle (& non 
,,la" comme en efpagnol) d'une langue particuliere". DC meme 
en bafque, fi Ton dit : liburu au da feme arena. ,,Ce livre eft celui du 
fils" on dit au fond: ce livre eft le du fils; femearen-a. Par confe- 
quent, s'il faut exprimer le pluriel, on prend 1'article au pluriel: 
liburu oyek dira femearenak. ,,Ces livres font ceux du fils" ou ,,lcs 
du tils"; feme-ar-n-ak, les-de-le-fils. 

(j) Salva, Cram., Introd., p. xvn. 



470 



CHAPITRE XXII. 

LE MOM. 
I- 

Le fujet & lob jet. 

La langue bafque n'a pas de declinaifon & ne diftingue pas ce 
que Ton appelle ^cas". Le fujet & Tobjet exiftent, comme de 
raifon; c'eft la logique qui le veut; mais la grammaire ne connait 
ni nominatif, ni accufatif. Le fujet & Tobjet ont la meme forme; 
feulement le fujet, quand il eft 1'agent., porte la caradleriftique k; 
mais du moment que le verbe eft intranfitif, le fujet n'a pas de 
caradleriftique, & ne fe diftingue en rien de 1'objet; p. ex. giionak 
ikuften du... ^1'homme voit... 33 ; mais gi^ona dawr ^Uhomme vient 33 
& ikuften dut gi^ona 5 ,je vois Thomme 3 '. 

La caradleriftique k eft fi bien le figne de Fagent & non pas celui 
du nominatif, que le nom porte ce figne, meme quand le verbe de 
la phrafe eft un verbe paffif; p. ex. Jaungoikoak egina i^an mundua. 
,,Le monde fut fait par Dieu". Jaungoikoak egin ^uen mundua. 3 ,Dieu 
fit le monde 3 '. 

Le fujet avec le verbe paflif eft appele dans d'autres langues ^le 
fujet logique" & eft toujours rendu par le nom accompagne d'une 
prepofition ,,par" ou , 3 de"; & ceft ce qui a induit quelques 
auteurs bafques a exprimer de pareilles phrafes a Taide de gaiik ou 
gandik ou ^; mais Lardizabal (i) & Zavala (2) confiderent cette 
fagon de s'exprimer comme vicieufe : il ne faut pas dire : Semea 



(i) Gram., p. 67-68. 

(a) Verbo vo/c., p. 17, note. 



47' 

maitetua da aitagatik; il faut dire: Semea aitak mairetua da. ,,Le fils 
eft aime du pere". Dechepare s'exprime correclement en ecrivant : 
tManamenduyak hoyek dira J'angoikuak emanik. ,,Ccs commandements 
font donnes par Dieu". De meme Tainkoak berak efanak dira egia 
oneek (i). ^Ces verites font dites par Dieu meme". 

Dans les flexions du verbe, le meme pronom (ou fon caradlerif- 
tique) fert indifferemment comme fujet, comme objet & mcmc 
comme datif (2). 

II parait que quand le fujet a rapport a plus d'un verbe, dont 
Tun eft tranfitif & Fautre intranfitif, il y a accord feulement avec le 
premier verbe : Vapid et-{egoan alako fonekoakin oiwa, eta oyek utfirik, 
arm ^imen an^aiionekoa. Lardizabal. ,, David n'etait pas habitue a 
de tels habits, &, les ayant otes, il prit fon habit de berger". II 
femblerait qu'ii aurait fallu repeter le fujet : Vavidek arm, &c. 



2. 
(Accord du nom. 

La langue bafque eft extremement econome dans la maniere 
d'indiquer les rapports des mots entre eux; ce n'eft qu'au dernier 
mot de la propofition qu'on ajoute le fuffixe qui doit defigner ce 
rapport; p. ex. echea gi^on onen ,,la maifon de cet homme"; gfyn 
ne change pas. Si la langue balque avait une declinaifon, gi^on 
devrait auffi etre decline, comme par exemple en allemand : diefes 
mannes, & non pas : diefes mann. De meme : Zer giionek efan dio. 
,,Quel homme le lui a dit"; & non pas : ierk giionek. 'Here eche 
fainduan. ,,Dans fa fainte maifon"; & non pas : echean fainduan. 

Cette regie s' applique auffi aux noms verbaux. Mendiburu dit 
(Jefufen companiaco, p. 14) : Gugatik gi-{pn egire iltie y ta aldearen 
e\ da bakarrik guk Jefufi \or dioguna. ,,Nous fommes rede- 



(i) Vcrbo vafc., p. 17, note. 
(a) Ch. xi, 3. 



472 

vables a Jefus, non pas feulement parce qu'il s'eft fait homme, qu'il 
eft mort, qu'il eft refte dans 1'autel^ pour nous". Cependant Axular 
ecrit, p. 93 : cdldumeo ui^ico eta mudaricoitu prefoina... 

II y a pourtant quelques exceptions. 

i Quand I'adjeclif eft fuivi du pronom demonftratif, tous les 
deux prennent le fuffixe; p. ex. Ecen gau$a hauc guciac eguin 
behar dirade. Matt, xxiv, 6. ,,Car il faut que toutes ces chofes 
arrivent"} litt. foient faites. Ici hauk & gu^iak ont tous les deux le 
figne de pluralite k. "Bera^ T>avidec berac err an du. Marc xn, ^6. 
,,,Mais David lui-meme a parle". Vavidek & berak ont tous les deux 
le fuffixe k, caracteriftique de Tagent. 

En vertu du principe qu'il ne faut pas exprimer deux fois le meme 
rapport , ou la meme circonftance,, les noms reftent au fingulier 
quand ils font accompagnes : 

i D'un nom de nombre. Le nombre fuffit a indiquer le pluriel 
gi^on bi ^deux hommes". 

2 D'un adverbe de quantite : 

gau^a behar dira iudi^io handian. Dechepare^ Poefies^ 24. 
faudra beaucoup de chofes dans le grand jugement. TSer^e 
debo^inot-{ko othoit^ekin. Haramburu (titre du livre). _,^Avec 
beaucoup d'autres prieres de devotion". 



3- 
V attribut. 

Dans quelques dialedles Tattribut s'accorde en nombre avec le 
fujet^ dans quelques autres il n'y a pas d'accord. En labourdin,, en 
fouletin & en bas-navarrais 1'attribut eft invariable,, & a la forme 
indefinie, Ema^teak i-[ikor dire }y les femmes font pufillanimes" (i). 
Zeren bcukoak baitira abil, animos era gemil, era heian i^an baita (2)... 

() Darrigol. DijJ~. apol., p. 144. 
(2) Dechepare, Introd. 



473 

,,Puifque les Bafques font habiles, courageux & aimables, & que 
parmi eux il y en a 33 ... Offo diradenec e^tute... baina eri diradenec. 
Marc n, 17. 53 Ce ne font pas ceux qui font fains... ce font ceux 
qui font malades". Been ene u^tarria aifit da, eta ene cargo, arin. 
Matth. x\, 30. Haimbejte girajlaku ,,tantnous fommes faibles". 

En bifcaien & en guipuzcoan Tattribut s'accorde en nombre avec 
le fujet. EI olgeeta gu^iiak dira onak (i). ,,tous les amufements ne 
font pas bons". Giionak ilkorrah dira ,,les hommes font mortels". 

II parait cependant que quand 1'attribut eft un ad jedlif verbal il y 
a accord dans tous les dialecles. 'Bereak here odola\ erojlak gaitu (2). 
^Lui-meme il nous a rachetes de fon fang". Tainkoak berak efanak 
dira egia oneekQ). ,,Ces verites font dites par Dieu meme". Mai- 
ratuak gera 5 ,nous fommes aimes". 

Pouvreau fait accorder Tattribut : 'Baldin \ure irifle^ia eta etfimen- 
dua handiak badire (4). ,,Et fi votre trifteffe & votre defefpoir font 
grands"... 

4. 

Le nom 6- fon qualificarif. 

Le qualificatif, dans Facception la plus large (adjedlif, pronom, 
nom de nombre., fuffixe),, fuit le nom : gi^on ederra ,,le bel homme"; 
gi^on au ,,cet homme"; gi^on laur ,,quatre hommes", burui ,,par 
coeur". 

Excepte : 

i Quand le qualificatif eft ce que Ton nommerait dans nos 
langues un genitif ; dans ce cas il precede le nom : nere aitaren echea 
,,la maifon de mon pere". Ici nous avons deux genitifs; aitaren qui 
qualifie echea & le precede, & nere qui qualifie aitaren & le precede. 
, lurreko abereak, aireko egaitiak. ,,Les hommes, les ani- 



(1) Bartholome. 

(2) Axular, p. 137, a- ed. 
(^) Verio vafc., p. 17- 

(4) Gvdv efpirituala, p. 23. 



474 

maux terreftres, les oifeaux de Fair". Lurreko & aireko, comme tous 
les adjeclifs en ko ,,de" prennenc la place aflignee aux genitifs(i). 
Comme nous Taverns dit en parlant des adjeclifs en ko, ce font crop 
vifiblement des noms au genitif pour qu'on puifle fe meprendre fur 
leur forme. 

2 Quand le qualificatif eft un pronom indefini berime ou berfe ou 
befle ^autre"; hanit^, anit^, anility ,,beaucoup". Eta befle fentidu 
guitiak (2). ,,Et tous les autres fentiments". 

3 Quand le qualificatif eft un pronom interrogatif : %er } nor, 
^ein. Zer gi^on? ,,quel homme"? ZN^or da hor? ,,Qui eft la?" 

Dans les mots compofes^ fi le mot attributif eft un fubftantif, 
celui-ci eft place le premier : ugarri ^ecueil" de ur ,,eau" & de arri 
,,pierre". Si le mot attributif eft un adjedlif, il fuit le nom : hitiaurre 
^preface" de hit^ ^parole" & aurre ,,avant" = av ant-pro pos (3). 

Le fuffixe eft le feul de ces mots qui s'unifle aux noms,, 8t, par 
exception,, le nom de nombre bat. Quelques auteurs,, furtout les 
bifcai'enSj ont ecrit fepares du nom quelques fuffixes^ ce qui n'a pas 
feulement le defavantage d'etre un precede arbitraire^ il eft egalement 
fautif. Aujourd'hui que nous connaiffons la forme des fuffixes,, ce 
ferait une erreur que d'ecrire,, comme le fait par exemple Anibarro 
(Lora fortu,, p. 3) Ta adieraiotera gufiiai eurac ganaco efquena^un 
andia gure aldetic. ^^Et de temoigner a tous la grande reconnaiflance 
de notre part envers eux". Le c & le g ne font qu'une feule lettre 
dans eurac ganaco, qui devrait s'ecrire eurakanako ou avec mutation 
de k en g: euraganako. Deux pages plus loin Anibarro ecrit : cAnaje 
maiteac Jefufegan. _,,Freres aimes en Jefus". On fe demande pour- 
quoi gan eft uni a Jefus,, <5c pourquoi ganako eft fepare de eurak. 
L'efpece de purifme apparent n'eft pas bien fondee & a conduit a la 
forme erronee que nous venons de citer. 

(1) Voir ch. xx, 3. 

(2) Olaechea, DoTrina, p, 143. 

(3) La facilite de former des mots compofes (implement par la pofition, en meme temps 
que par le figne du genitif, eft remarquable dans quelques langues. Nous lifons dans un 
journal anglais que lord *** a introduit ,,une deputation de 1'aflbciation des ouvriers (pour 
1'obfervance) du repos du jour du Seigneur". A deputation from the working men's Lord's 
day reft afibciation. 



477 

r 



Lalangue bafque ne connaiflant, ni declinaifon, ni genre gramma- 
tical, la fyntaxe de I'adjeclif fe reduit a quelques regies par rapport 
a la place que ce nom occupe dans la phrafe, ce qui a etc deja 
difcute dans le paragraphe precedent. Nous ajouterons feulement 
que quelques adjeclifs font une exception. Ceux en ko precedent le 
nom, puifqu'ils font des genitifs; mais fi le nom eft precede d'un 
pronom pofTeffif, Tadjedlif en ko fuit le nom; p. ex. Ene aita cerue- 
tacoac landatu e^tuen landare gucia. Matth. xv, 13. ,,Toute plante 
que mon pere celefte n'a point plantee". Par centre: Ceren quey 
eman bait^aifue ceruetaco refumaco fecretuen eqagui^ea. Matth. xill, II. 
,,Parce qu'il vous eft donne de connaitre les myfteres du royaume 
descieux'^ litt. la connaiflance des fecrets du royaume des cieux. 



CHAPITRE XXIII. 

LES PRONOMS. 

i. 

Les pronoms demonflr aiifs . 

Le pronom demonftratif fuit immediatement le nom qu'il accom- 
pagne; p. ex. gz'p/i hau ,,cet homme", gau\a hauk gu\iak ,,toutes 
ces chofes^'. 



Employe pour ,,quel,, quelle" au ou hau precede le nom : ^quelle 
chaleur"! au oqa/, ,,quel homme" ! an gi-\pn! Le pronom demonf- 
tratif eft employe dans ce meme fens en allemand : diefe hit\el 

Le pronom demonftratif eft tolere,, comme en allemand & en 
hollandais., fimultanement avec le pronom poflefTif : Ene hiti hauc. 
Match, vii, 26. ,,,Ces miennes paroles". 

Le pronom demonftratif precede le nom quand il fert comme 
pronom pofleflif correfpondant a ,,fon, leur'% puifque dans ce cas 
c'eft le genitif; exadlement I'allemand deflen & deren; p. ex. Eta 
oyen iru feme erranak. Lardizabal. ,,Et de ceux-ci les trois fils <3c 
belles-filles"; c'eft-a-dire : leurs trois fiis., 6cc. Oyen eft le genitif 
pluriel; voir le pronom au. cAbere pi/Ii era ega^tiak oyen mendean 
ipini ihuen. Lardizabal. ,,,,Les animaux, les reptiles,, les oifeaux, illes 
plaga dans le pouvoir de ceux-ci" c'eft-a-dire: dans leur pouvoir. 

Le pronom qui correfpond a la 3 me perfonne, qull foit hura ou 
au, hau ou ori, hori, s'empioie, quand il fe rapporte au regime,, 
pour exprimer fon,, leur, fes, leurs comme dans les examples que 
nous venons de citer; mais fi ,,fon, leur ?:> fe rapporte au fujet de la 
phrafe, on fe fert generalement de here; here eehe fainduan , 3 dans fa 
fainte maifon". La regie eft peut-etre un peu trop abfolue; du 
moins Larramendi meme s'en ecarte quelquefois. La meme regie fe 
retrouve en allemand ou ,,defTen" & ^deren", genitifs fing. 6c 
plur. de ,,der" font referves pour Fobjet de la phrafe. 

Quand le pronom demonftratif de la 3 me perfonne eft fuivi du 
pronom relatif, c'eft toujours le demonftratif a qu'il faut employer: 
ikiiflen duena ,,celui qui voit"; du-n-a ,,,lui-qui-a. Au pluriel ,.,ceux 
qui voient" fait ikujlen dutenak, Dans les dialecles bafques franc, ais, 
qui diftinguent auffi au pluriel Tagent du patient,, on retrouve la 
meme difference que Ton obferve dans le nom; Tagent pluriel fe 
termine en ek. Eta iragaiten ciradenec. Matth. xxvn, 39. ,,Et ceux 
qui paiTaient". 



477 

2- 

Les pronoms perfonnels. 

Si le pronom perfonnel eft exprime, il precede generalement Ic 
verbe, comme dans toutes les autres langues; mais il eft d'un ufage 
comparativement rare, puifqu'il eft exprime dans la flexion verbale 
meme. Quand Axular dit ,,vous m'etes en alle de la terre" il ex- 
prime ,,vous m'etes en alle 55 pary'0j/z ^at^ai^kit; ,,vous" eft rendu 
par i initial & ,,me" eft rendu par t final (v. ch. xi, 3 & 4). 

Nous avons vu (ch. vin) que le pronom de la 2 me perfonne du 
pluriel fu ,,vous" fert comme fingulier, comme dans toutes les 
autres langues que nous connaifTons. 



3- 

Les pronoms po/effifs. 

Les pronoms pofleffifs etant des genitifs, precedent toujours 
le nom. 

Le pronom pofTeffif, fuivi de Tarticle, devient un adjedif pof- 
feflif. C^ere fait nerea 53 le mien"5 dans ce cas il fuit quelquefois le 
nom, p. ex. cAita gurea ^notre pere"; en s'adreflant a la perfonne 
dont il eft queftion. 

Z^jihi baduc, eguin dif[a^un hemen hirur tabernacle, bat hire, eta bat 
<&foyfefen, eta bat Eliafen. Matth. xvn, 4. ,,Si tu veux, faifons ici 
trois tentes, une pour toi (litt. de toi), une pour Moife (litt. de 
Moife) & une pour Elie". Hire eft employe ici purement comme 
genitif, tout comme tMoifefen & Eliafen. 

Le nom qui fuit le pronom poflTeflif a toujours la forme definie : 
etchea ,,mamaifon"; here adiskidea ,,fonami"; excepte quand 



nere 



478 

ce nom eft accompagne d'un qualificatif quelconque, p. ex. Jainko 
choillak here incite neurri gabekoai... egiten du (i). ? ,Dieu feul,, par Ton 
etre, (etant) fans mefure... fait"... 

Jondoni Laurendi martyr handi hark garaitu \uen mund.ua here Ipirpiku 
fainduak be^ala (2). 33 Saint Laurent^ ce grand martyr^ furmonta le 
monde, comme fon faint eveque". 



4- 

Le pronom relatif. 

La fyntaxe du pronom relatif, maintenant que nous en connaiflbns 
Forigine, s'eft confiderablement modifiee. La phrafe ikuflen naun 
aurra ,,1'enfant qui me voit" etait tres probablement a 1'origine 
ikuflen nau non aurra; non efl ,,que" & la tradudlion litterale eft: 
Tenfant que il me voit. De meme ikuflen det non aurra ^Fenfant que 
je vois" eft pour ikuflen det non aurra, litteralement : Tenfant que 
je le vois. 

II n'y a plus de phrafe participiale ou autre; le bafque s'exprime 
comme les au tres langues; feulement Tagglutination a fait naun de 
nau non, & dedan de demon. L'explication etait fous la main & on 
Tavait cherchee tres loin. 

^pn primitif fe retrouve done comme. 72, fuffixe aux flexions 
verbales, & eft precede quelquefois d'une voyelle qui eft tantot a } 
tantot e; il ne parait pas qu'on obferve tres rigoureufement une regie 
a cet egard; peut-etre eft-ce Toreille qui decide. Larramendi ecrit 
duen de du & dituan de dim. Quand la flexion finit par un i on ajoute, 
dit Larramendi, en, pour ne pas confondre la 3 me perf. fing. pref. 
ind.; (p. ex. dakan^i ,,il porte" avec n dakan-\iri), avec la 2 me perf. 
fing. fern. pref. ind. qui fait deja dakan^n. On ecrit done dakaniien. 



(i) Chourio, /mffac., lib. II, ch. v. p. 111. 
(a) Mme ouvrage, ch. ix, p. 120. 



479 

Mais puifque e fuit aufli u ftuenj, cette regie n'a que peu de valeur. 
Puifque JTimparfait finit en n on change Faccent fans ajouter aucune 
lettre; ikuften men ,,je voyais"; ikuften men g^ona ,,rhomme que 
je voyais". La syllabe accentuee en reprefente deux : en -f- n. 

Quand le pronon relatif fuit un pronom perfonnel on ajoute 
encore un demonftratif(i); p. ex. nik ikuften dedan onek ,,11101 qui 
vois"; hik ikuften duan orrek ,,toi qui vois"; ikuften duena ,,lui qui 
voit". Si le verbe eft aclif on fe fervira de onek, orrek, a, pour le fujet 
fingulier & de oyek, oriek, ak pour le fujet pluriel; ces pronoms cor- 
refpondent aux trois perfonnes & dans 1'ordre ou ils font places ici; 
onek correfpond a la i re perfonne; orrek a la 2 me & a a la J me per- 
fonne. 

Si le verbe eft paflif on ajoute (indirTeremment a toutes les per- 
fonnes) le demonftratif, ou fi Ton veut 1'article a (jamais ak, puifque 
le fujet eft patient), qui eft aiors fuffixe a la flexion : etorten nai-[ 
,,je viens"; etorten nai^en (nai-[-\-nJ ,,moi qui viens"; etorten nai- 
\ana ,,moi celui qui vient'% correfpondant a ,,moi qui viens^' en 
fran^ais. En allemand^ quand le pronom perfonnel eft fuivi du pro- 
nom relatif, on repete le pronom perfonnel, & fi Ton ne repete pas 
le pronom perfonnel il faut placer le verbe a la 3 me perfonne, cor- 
refpondant avec le pronom relatif, & non pas (comme toujours en 
frangais) avec le pronom perfonnel; on ne dit pas en allemand 
,,c'eftmoi qui fuis defireux", on dit: c'eft moi qui eft defireux; ou 
bien, en repetant le pronom perfonnel : c'eft moi qui je fuis defi- 
reux(2). 5\j nail etorten nint^ana (3) ,,moi qui etait venu". 5\V 
nauc Gabriel laincoaren ait^inean assiftit^en naicena. Luc I, 19. En 
labourdin : Gabriel nai-[ Jainkoaren ait-^inean chunk nagona. En gui- 
puzcoan : 5\V nai% Gabriel J'aungoikoaren aurrean fervit^en dedana. 
,,Je fuis Gabriel qui me tiens devant TEternel. Litteralement : Je 
fuis Gabriel lui qui fe tient. . . 

Si la regie de Larramendi, d'ajouter pour Telegance un pronom 



(i) Larramendi, Arte, p. 379. 

(a) Heyfe, Gr., p. 169. 

(3) Larramendi, zdrte, p. 279. 



480 

demonftratif, eft generalement adoptee, il nous femble que la phrafe 
guipuzcoane fervit-[en dedana devraic etre fervit^en dedan onek, le verbe 
etant adlif. Les autres dialedes ont fait ufage d'un verbe paffif. 

En bafque, comme en efpagnol, on emploie le pronom relatif 
avec 1'article (lequel, laquelle), quand en francais le pronom relatif 
,,qui" fuffit; p. ex. Semeen art can bat i^an ian, bere aitaren maderi- 
kaiioa bereganatu ^uena. ,,Parmi les fils il y en avait un qui (litt. 
lequel) (el que, efp.) s'etait attire la malediction de fon pere". 

Le nom auquel fe rapporte la propofition relative fe place tou- 
jours apres le verbe : eion^en ^an gi^pna ^I'homme qui venait"; 
ikufi du^iin gi^ona ,,rhomme que vous (aujourd'hui ^tu") avezvu"; 
'Bere feme ak ondo a^it^en ditu^ten gura\oak... _, 5 Les peres qui elevent 
bien leurs fils 3 '... En fouletin on dit indifTeremment , felon 
M. Geze (i): ikhouji duiun gi^punarl eman dut & gi^ouri ikhouji du^u- 
nari eman dut , Je 1'ai donne a 1'homme que vous avez vu" (2). 

Si le nom eft un nom propre, on ne peut pas fe fervir, dit Larra- 
mendi (3), du pronom relatif n; ii faut rendre la phrafe d'une autre 
maniere; p. ex. Pierre qui poflede tant, pourquoi veut-il davantage? 
fe rendrait i par : Tedrok aimbefte iianik..., c'eft-a-dire Pierre ayant 
tant; ou bien 2 par: Tedrok aimbefte duela, -^ertako. La flexion fuivie 
de la correfpond au participe prefent, ainfi : Pierre ayant... Ou bien 
5 par: Tedrok aimbefte baldin badeu, fertako naidu geyago. Si Pierre 
a tant, pourquoi veut-il davantage? Dans les dialecfles bafques fran- 
cais, qui fe fervent tres frequemment de \ein comme fujet, la diffi- 
culte n'exifte pas : Eta handle Thilippofera, cein baita, &c. Adi. xvi, 
12. ^Et de la a Philippes, qui eft, &c.". 

Le pronom relatif non ou n ne tolere pas de fuffixes apres lui; n 
ne fert que comme fujet ou objet; du moment qu'il faut un fuffixe 
on prend le pronom feina, \ena^ ^ouna, felon les dialecles; par 
confequent ,,de qui'^ fera ^enaren; ,,a qui^ \enari^ 6cc. Eli^ au 
^enari eman ^ioten gure gurafoak aimbefte urre. ,,Ce temple auquel 
nos aieux donnerent tan: d'or". 

(1) Gram., p. 64. 

(2) Selon les autres dialedes il y aurait encore une erreur, il faudrait eman deyot. 

(3) Ane t p. 280. 



48 1 

Zein eft en ufage., meme pour le fujet & I'objet (& furtout dans 
les dialecles bafques francais), apparemment par fuite de Tufage de 
feina pour les cas obliques. Comp. les exemples ch. vm, 12. 

Le pronom relatif peut aufllfe rapporter a un pronom demonftra- 
tif; p. ex. j,celui qui voit" 5 dans ce cas le pronom eft invariable- 
ment a, pour le fujet comme pour Tobjet^ puifque le bafque ne les 
diftingue pas ; ikujlen duena fignifie : celui qui voit ou lui qui voit, 
mais auffi: ce qu'il voit; em.aiend.ugu ,,nous donnons", ematen dugun 
5 ,que nous donnons"; emaien duguna ,,ce que nous donnons"; 
ematen duena celui qui donne" ou ,,ce qu'il donne". 

S'il y a d'autres rapports a exprimer, p. ex. ,,a celui qui donne'* 
ou >>de celui qui donne", il n'y a qu'a ajouter les fuffixes qui 
expriment ces rapports: 5J a" = i 53 de" = n : ainfi ematen due- 
nan ,,& celui qui donne' ; ; emaien duenaren 3> de celui qui donne"; 
ematen duenarem^at 5J pour celui qui donne'%&c... 

Dans un membre de phrafe detache comme ematen duena, ii n'efl 
pas elair s'il faut entendre a comme fujet ou comme objer, mais 
dans la phrafe le verbe fait difparaitre cette incertitude. 



f- 
Les pronoms indefinis. 

Les pronoms indefinis font places, les uns avant, les autres apres 
le nom. 

Us font generalement en ufage comme adjeclif & comme fub- 
ftantif. 

'Bat ,,un" eft en ufage comme dans les autres langucs, pour 
indiquer un objet d'une maniere indefinie. 

Dans les dialedtes bafques efpagnols bat regit n ,,de" & cor- 
refpond alors a 5J quelque"5 p. ex. arriren batek jo du ,,une, quelque, 
pierre Ta frappe'^. Si bat eft employe comme nom de nombre, le 

3' 



482 

nom ne change pas: *Berce comparatione bat prop of a ciecen. Matth. 
xin, 24. 3,11 leur propofa une autre fimilitude" (i). 

'Bat fert auffi comme fubflantif : Ceinec fruclu ekanen baitu eta 
eguiten, batac ehun eta berceac hiruroguey. Matth. xm, 23. ,,Et qui 
porte du fruit, & donne Tan cent & 1'autre foixante". Peut-etre 
vaudrait-il mieux confiderer ,,un" dans ce cas-ci comme nom de 
nombre; il eft fou vent alors en oppofition a ^autre' 3 . 

'Bat prend auffi le pluriel; mais c'efl ^it & non pas k qui forme ce 
pluriel (2). 'Batiuek i^an baiiran ere... ,,les uns furent meme, ou 
plutot, quelques-uns"... TSar^u cehai\en eta berceac hih^en chu^iela. 
Marc xn, y. ,,Battant quelques-uns et tuant les autres^. 

Zembait ,,quelque" a toujours la forme indefinie; on ne peut pas 
y ajouter Tarticle a comme a bat($). Zembait precede le nom, qui 
refle invariable; p. ex. liana erakusleak lembait argibide gai onetan 
ematen diikigute. Lardizabal, p. 7. ,, Mais les dodleurs nous ont donne 
quelque eclaircifTement dans cette matiere". 

Zembait fe prend auffi fubftantivement, et prend alors dans la 
phrafe la place qu'occuperait le nom : Eta han ciradenetaric cembeitec. . . 
Marc xiv, 47. ,,Et quelqu'un de ceux qui etaient la^... 

^orbaity norbeit, nourbeit felon les dialectes ^quelqu'un' 5 . TSaldin 
norbeit hil bada haourric ukan gabe. Matth. xxn, 24. ^'Si quelqu'un 
meurt fans avoir enfants". ZN^prbait n'efh jamais fuivi de Tarticle; & 
n'effc employe qu'en parlant des perfonnes, & toujours fubflanti- 
vement. 

Elgar } elkar, &c. ,,1'un Tautre" efl un fingulier felon la forme; 
mais le verbe qui accompagne ce pronom eft mis au pluriel. 

E^er s'emploie negativement & interrogativement pour ,, quelque 
chofe"; mais ,, quelque chofe^ dans le fens affirmatif fe rend par 
^erbait. 

Employe negativement, e^er demande encore une negation; p. 



(1) Licarrague ecrit toujours bat uni au nom : comparationebat. 

(2) Comp. notre Did. pour 1'origine de -pi, f. v. baT^uek. 

(3) Nous avons dit par erreur dans notre Didionnaire que yembait etait toujours un 
pluriel. 



ex. eya e^er ,,ii n'y a rien". Le bafque eft conforme ici au francais. 
En hollandais, en allemand, en anglais, une negation fuflit. 

Employe interrogativement, e^er feul fuffic : r*er eman dio-,u ,,lui 
avez-vous (aujourd'hui ,,tu") donne quelque chofe"? 

Affirmativement : eman diet lerbait , Je lui ai donne quelque 
chofe". 



CHAPITRE XXIV. 

LE VERBE. 
I- 

Les differ ems genres de verbes. 

Les verbes bafques, felon leur fignification, fe divifent en deux 
clafles : 

Verbes tranfitifs & verbes intranfitifs, fubdivifes en verbes cau- 
fatifs,, frequentatifsj &c. 

Les verbes tranfitifs one toujours la conjugaifon quileur eft propre; 
mais il arrive que des verbes intranfitifs, felon leur fignification, 
feconjuguent d'apres le precede des verbes tranfitifs, c'eft-a-dire ils 
expriment, du moins au prefent, 1'objet. Egoki ,, importer" fait 
dagokit, &c. Eraunji ,,couler^ fait daraunrfat, &c. Erauji ,,parler" 
fait darauskit, <5cc. Erit^i ,,paraitre" fait derh\ai> &c. Irakin ,,bouil- 
lir" fait dirakit, &c. Iraun ,,,durer" fait diraut, &c. Erion ,,couler" 
fait dariot, 6cc. 

Le d initial indique Tobjet, Taccufatif de la 3 me perfonne ,,le". 



484 

Pour quelques-uns de ces noms Implication s'eft trouvee_, croyons- 
nous 5 erauji eft un verbe caufatif^ de era-aufi (1)5 & comme era (pour 
era^o) <3c eufi font tous les deux des noms tranfitifs^ la forme de la 
conjugaifon eft reftee^ mais la fignification s'eft modifiee (2). II en 
fera de meme des autres noms verbaux qui, jufqu'icr, ont refifte a 
Tanalyfe. 

Les noms verbaux tranfitifs font employes comme dans d'autres 
langues_, comme verbes aclifs ou paffifs^ felon qu'ils font conjugues 
avec eduki ^tenir'^ ou avec i^an ^etre". ^Mauai^en dm ,,,,j'aime^; 
mahatua naii ^,jefuis aime'\ Puifque Fadjeclif verbal eft ici Tattribut 
& que Tattribut s'accorde en nombre avec le fujet, on dit : maitamak 
gera, g. ^,nous fommes aimes ?:> . Eginak dira J5 ils font faits". Efanak 
dira egia oneek, b. ,,ces verites font dites". 



2. 

Le verbe caufanf. 

Le verbe caufatif eft exprime dans tous les dialecles par eraio ou 
eraji ou era. 

Eraio fuit toujours., & era precede toujours le nom verbal auquel 
il s'agit de donner la fignification factitive; p. ex. arera^o ou harara^i 
33 faire prendre" de ar ou har-era-[0. Eta baldin cure beguiac trebuca 
eraciten bahau. Marc ix, 47. ^Et fi ton pied te fait trebucher". 
Tla^er du^un be^ala irudi ba^aui^u. imprimiera^i di^a-[un (3). 35 Qu e 
vous puiifiez les faire imprimer, s'il vous femble que cela vous fait 
plaifir". 



(1) Comparez notre Di<5t. bafque. 

(2) Meme en francais ,,parler une langue". 

(3) Dechepare, Introd. de fes Poefies. 



3- 

Le verbe frequentatif. 

Le verbe frequentatif eft rendu de deux manieres : la premiere eft 
fpecialement bifcaienne aujourd'hui; la feconde appartient aux 
autres dialecles. 

En bifca'ien on exprime le frequentatif par un auxiliaire fpecial; 
eroan pour les verbes tranfitifs, joan pour les verbes intranfitifs. Joan 
fignifie Caller" & eroan ,/aire aller" caufatif de joan & forme de 
era pour era\o (i) &joan. 

II y a feulement a obferver dans la compofition des temps que 
c'eft Tadjedlif, & non pas le fubftantif verbal qui forme le prefent 
& Timparfait de 1'indicatif; fans cela la conjugaifon n'offre rien de 
particulier. Ikafl daroat ^j'apprends d'habitude" & non pas ikajlen 
daroat. Seinchuak erra\ le ederto ikafi daroe euskerea. Confef. 1 10 (2). 
^Les jeunes enfants apprennent d'habitude facilement le bafque". 
Geyenean ya^o doa. Olaechea. ^11 arrive d'habitude". cAariak neguan 
il yoa^an (& non ilten). , 5 Les brebis mourraient d'habitude en 
hiver". cdskok uts egin daroe (5). ,^Beaucoup faillilTent d'habitude". 
T)avidek bufti eroian negar malkor here oea (4). David mouillait d'ha- 
bitude fon lit de larmes". 

Quand au lieu du nom verbal il y a un de ces noms que nous 
nommons invariables & que Zavala nomme 53 equivalentes" & Lar- 
ramendi ,, 3 determinables'% comme nai, al, gura, &c., alors Tufage 
varie, 6c Ton dit : gura daroat ou gura i-^an daroat }) }e veux d'habi- 
tude". Ujle eroian ou ufte iian eroian ,,il croit d'habitude". 

L'autre maniere, commune a plufieurs dialecles, confide a com- 



(i) Voir le verbe eroan, p. a 80. 

(:a) Zavala, Verbo vafc., p. 23, n* jo. 

(3) Zavala, Verbo vafc., p. 23. 

(4) Moguel, 64. 



486 

pofer la flexion avec le fubflantif verbal i^aren; p. ex. dor ,,j'ai"; 
mais iqaten dot ,,j'ai d'habitude"; neuan ,,j'avais"; mais i^aten neuan 
,,j'avais d'habitude"; ifaten dot ,J'ai eu"; mais i^aten i\an dot 5J fai 
eu d'habitude". 

Zavala eft alle un peu loin, croyons-nous, en faifant correfpondre 
un futur frequentatif ,,j'aurai d'habitude" au futur ordinaire. Le 
futur exprimant une action qui doit encore fe faire, peut difficile- 
ment exprimer, croyons-nous, en meme temps Fhabitude. 

Par centre, nous ne trouvons pas le futur anterieur qui aurait pu 
etre forme, a ce qu'il nous femble. P. ex. il aura trop travaille d'ha- 
bitude, il s'eft tue. 

Le prefent du conditionnel fe trouve : ifaten i^ango nuen ,,j'aurais 
d'habitude". 

Les temps dont nous venons de donner les premieres perfonnes 
font ceux de 1'auxiliaire, & les noms fubflantifs, auffi bien que les 
noms verbaux invariables, comme ujle, gura, &c., fe compofent 
avec ces flexions; p. ex. gofea i^aten dot ,,j'ai faim d'habitude". 
&4k bear i^aten dau ,,il a befoin d'habitude". Mais les noms verbaux, 
proprement dits, font exception au prefent & a Timparfait de Tindi- 
catif; ils ne s'allient pas a ces flexions compofees; on ne dit pas 
yakin i^aten dot ,,je fais d'habitude }? ; enrpiten i\aien neuan(i) ,,je 
connaiffais d'habitude^; on conflruit ces noms avec eroan- yakin 
daroat; ent^un neroian. Les autres temps s'allient a ces flexions 
compofees; il faut feulement obferver que dans la conjugaifon 
ordinaire le nom verbal eft TadjecTif, tandis qu'ici c'eft le fubftantif 
verbal; p. ex. artuten (& non artu) i^an dogu indar gey a go. Urt. 
vol. i, p. 139 (i). ,>Nous avons pris d'habitude plus de force, c'eft- 
a-dire: nous nous fommes mieux fortifies d'habitude". 'Bed ibilten 
(& non ibilli) {-[an na\ arfeginen billa. Efcul., 60 (2). ,,J'ai toujours 
ete d'habitude a la recherche des plaifirs". 



(1) Zavala fait de nouveau ici une petite confufion dans les noms verbaux, quand il dit 
(page 24, 56; n 66): Eflas verbos proprios debieran formarfe ante poniendo a los de i^an 
tu participio de prefente. Le nom de participio prefente, qui efl notre fubftantif verbal 
en Ten, eft applicable a ent^uten, mais yakin eft I'adje&if verbal; le fubft. verb. eRyakiten. 

(2) Zavala, Verbo vafc., p. 24, n 68. 



4 8 7 

Zavala ne dit rien,, croyons-nous, du verbe i^j/i. En guipuzcoan 
on conjugue egalement iian avec iiaren; nail ,Je fuis"; i^aten nail 

fuis d'habitude". 



4- 

Le verbe reflechi. 

Le verbe reflechi rfexifte pas en bafque. 

Le verbe reflechi proprement dit eft un verbe tranfuif, dont 
Faclion fe reporte fur le fujet meme (i). 

En bafque on ne fait pas de difference entre le verbe paflif (peri- 
phraftique) & le verbe reflechi 5 tous les deux ont pour auxiliaire le 
nom verbal i^an ,,etre"; p. ex. erret^en nai\ ,,je me brule". Erre naif 
,,je me fuis brule". Si pour plus de clarte il fallait exprimer le 
pronom, on fe fervirait du pronom reflechi, mais dans ce cas-la le 
verbe reprend la conjugaifon tranfitive, avec eduki ^tenir'% puifque 
Tobjet eft exprime. Ainfi en fouletin on dit eho da , 3 il s'eft tue j> (au 
fond !! eft me"); ou bien : eho du here burua ,,il a tue foi-meme 
= il s'eft tue". Judas urkaiu ian )} Judas s'eft tue"; ou bien Tudafek 
urkam euan bere burua (2). ZManifefta ieqok cure burua munduari. 
Jean vn, 4. ^,Manifefte-toi au monde Jlitt. manifefte ta tete au 
monde"). JqoA eft la 2 me perf. fing. de ttmperatif ,,le a lui". 



f- 

Le verbe rcciproque. 

Le verbe reciproque exifte par confequent tout aulfi peu que le 
verbe reflechi, & fe rend par le nom verbal avec Tauxiliaire de k 



(1) Diez, Gram., in, p. 184. 

(2) Zavala, Verio vafc., p. 16, n 6. 



conjugaifon tranfitive; p. ex. fuec-ere behar drau^te^ue elkarri oinac 
ikuci. Jean xin^ 14, T. R. 3 ,,Vous devez auffi vous laver les pieds 
reciproquement". Ikuci behar drau^iegue fignifie ^vous devez les laver 
a eux. Orduan hec has cedin cequi^quion bata berceari. Luc xxn, 2^ 
T. R. ^Alors ils commencerent a fe demander les uns aux autres, 
c'efl-a-dire : a demander a eux 3 \ Criflok gura eban lotfea batak befteari 
euki egion. Zavala^ Verbo vafc^ p. 28,, n 22. ^Chrifl voulut qu'on 
eut du refpedl Tun pour Tautre". 

La reciprocite eft rendue en exprimant , 3 les uns les autres 33 ou 
,,reciproquement 33 par la flexion du verbe avec le regime de la 
5 me perfonne; euki egion fignifie ,, qu'on eut a lui 33 ; egion de 
egi-o-n(i). 



6. 

Lcmploi des auxiliaires. 

Les verbes auxiliaires font d'un ufage plus frequent en bafque 
qu'en fran^ais ou en efpagnol, & correfpondent fouvent a ce qu'on 
nomme dans les langues hollandaife, allemande ou anglaife, les 
auxiliaires des modes. En francais, 1'auxiliaire du mode n'efl pas 
entierement inconnu; on peut dire : je vais y aller, pour ^J'irai 3 '^ 
& je viens de le voir, pour ,Je 1'ai vu 3 ^ mais ces locutions ne font 
qu'exceptionnelles ; tandis que dans les langues que nous venons de 
citer^ le futur^ le conditionnel,, le potentiel & furtout le fubjonctif 
font formes regulierement a Taide d'auxiliaires 5 en holl. zullen, 
kunnen^ mogen,, (Sec.; en all. follen,, konnen,, mogen; en angl. 
shall, will^ may^ &c. Chaque langue a choifi J'auxiliaire qui lui 
convenait^ & tel auxiliaire,, qui indique dans une langue (implement 
le futur, comme zullen hollandais^hy zal komen" il viendra^ 
exprime dans une autre langue ^devoir"; enallemand: erfollkom- 
men fignifie ^^il doit venir". Chaque langue a nuance fes auxiliaires_, 



(i) Voir ch. xi, 3. Egion nous paratt devoir etre 



r 'ion. 



4 8 9 

& c'eft ce qui eft arrive aufli en bafque. Lauxiliaire e\an parait 
meme etre entierement inconnu en bifcaien, du moins de nos jours 
on n'en retrouve aucune trace. 

Du temps de Dechepare, de Li?arrague, &c. (xvi c fiecle), on fe 
fervait encore de verbes auxiliaires qui aujourd'hui ne le font plus, 
p. ex. ibiliy & peut-etre d'autres encore. Les auxiliaires etaient aufli 
d'un ufage plus etendu qu'ils ne le font de nos jours; qan, par 
exemple, n'eft aujourd'hui que 1'auxiliaire de 1'imperatif, du fub- 
jondlif & du potentiel des verbes tranfitifs. Chez I^arrague e\an eft 
1'auxiliaire de I'indicatif & de ce que Ton eft convenu d'appeler le 
fubjondtif, mais feulement de la conjugaifon relative. 

7. 

Ezan comme auxiliaire. 

La fignification primitive de e^an n'eft pas bien fixee, tout commc 
celle du verbe auxiliaire hollandais ., 5 zullen'% allemand ^follen" (i); 
mais il y a loin de la, a ne fignifier rien du tout, comme le pretendait 
Oihenart, & comme cela a ete repete apres lui (2). Selon cet auteur 
adi & efac (comme il cite ces deux noms verbaux) ne fignifient rien. 

Auffi haut que nous puiffions remonter, il n'y a pas de trace, 
autant que nous fachions, de e^an employe comme verbe non- 
auxiliaire. II eft vrai que Larramendi dit, en parlant du potentiel : 
Efte inflexiones por fi folos tienen fignificacion (3); & pour exemple 
il donne : Eche au egin deiakeiu? ,,Pourriez-vous batir cette maifon^? 
'Badeiaket; puedolo. ,,Je le puis". II nous femble cependant que la 
phrafe eft ellyptique; en tous cas, Tidee de poffibilite exprimee par 
,,puedo" efpagnol, eft rendue en bafque par he; badeiakei eft le 
potentiel. 

(i) Profefleur Max Muller, Chips, &c., vol. 2. 

(3) Haec duae voces nihil per fe fignificant. Oihenart, Notitia utriufque Vafconiae, p. 69, 
3 me ed. 1656. Nous citons d'apres M. Vinfon (ne pofledant pas le livre de OiWnart). 
Introd. de 1'Evangile felon faint Marc. 

(3) An *i P- ai1 - 



490 

Uimparfait de 1'indicatif de e^an eft employe par Licarrague 
comme auxiliaire du parfait defini des verbes tranfitifs,, a Texclufion 
de tout autre auxiliaire; tout comme ce meme temps de edin fert 
comme auxiliaire du parfait defini des verbes intranfitifs. Ainfi : 
Orduan Jefus err an cegan. ,,Alors Jefus dit' 3 . Orduan here hamabi 
difcipuluac beregana deithuric, eman ciecen... Matth. x,, I. ,,Alors 
Jefus, ayant appele fes douze difciples, leur donna 53 ... Era ikujfiric 
lejufec gendet^eaCy compafftone har cegan hega^. Matth. ix, 56. ,,Et Jefus 
ayant vu le peuple, eut compaffion d'eux, envers eux". Eta nehorc 
edn ihardet^ degoyon hh^ic. Matth, xxn, 46. ,,Et perfonne ne put 
repondre un mot 3 '. Les autres temps de Tindicatif ont pour auxi- 
liaire les flexions de euki: dm, &c., ou s'ii y a deux regimes a 
exprimer : eroan. Ainfi : Eta ihardeften guela lefufec err air en guen. 
Marc xii, 3f. ,,Et Jefus repondant, difait" (i)... Eta billud fute- 
nean... Matth. xxvn, 28. ^Et quand il 1'avait depouille" . . . 

Ligarrague ne fe fert jamais du prefent de Tindicatif, fi ce n'efl 
dans la phrafe hypothetique; mais nous ne voyons pas s'il entend 
faire une diftinclion entre dut & de^at; p. ex. "Baldin hori nahi badut. 
Jean xxi, 22. ,,,Si je veux cela 33 . Par contre : "Baldin igor baditiat. 
Marc VIII, 3. ,,Si je les renvoie 33 . Mais Dechepare s'en fert auffi 
dans la phrafe affirmative (v. la note de la page 101). Eta baldin 
eure oinac trebuca eradten bahau, irenca e~(ac hura. Marc IX, 4^. 33 Et 
fi ton pied te fait trebucher, coupe-le". 

De nos jours e^an eft Fauxiliaire de I'imperatif, du fubjonclif & 
du potentiel. L'indicatif primitif fe retrouve., comme nous Tavons 
dit, dans Timperatif. Comme auxiliaire du fubjoncflif, e^an peut fe 
comparer a ^mogen 53 allemand,, ou a ^may 53 anglais. Du temps 
de Ligarrague il en etait de meme; e^an eft 1'auxiliaire de ces trois 
modes : Eta berefafoinean fruftuac renda dlet^ojoten berce laborariri bere 
mahaflia alocaturen. Matth. xxi, 41. ,,Et il louera fa vigne a d'autres 
ouvriers, afin qu'ils lui rendent les fruits de la faifon 33 . laquin erad 

(i) La verfion francaife a ici le parfait defini, comme d'habitude dans cette locution qui 
revient fi fouvent dans le N.-T. Comp. Marc xm, 2, 5 & xv, 2, 12. Licarrague fe fert gne- 
ralement auffi du parfait defini : Eta ihardeften guela lefufec erran ciecen. Matth. xxi 21. 
,,Et Jefus repondant leur dit". Zie^en de e^an avec deux regimes ,, le a eux", 



491 

Matth. n, 8. ,,Faites-vous favoir, c'eft-a-dire informcz- 
vous". TSaldin nahi baduc, chahu ahal neiaquec. Marc i, 40. ,,Si tu 
veux, tu peux me guerir". 

Jufqu'a prefent nous n'avons pas decouvert fi Li$arrague fe fert 
de eian, comme auxiliaire du fubjondif, quand fobjet eft , 5 me, te, 
nous, vous". On trouve e[an chcz lui, quand 1'objet efl ,,le" ou 
,,les", & auffi dans la conjugaifon relative., avec deux regimes; 
p. ex. cAdora degagungat. Matth. n, 2. 53 Pour que nous radorions". 
Vftac idoqui deiadan... Matth. vn, 4. ,,Permets (laifle) que j'ote"... 
La premiere de ces flexions efl formee de deiagu + " + l at , au- 
jourd'hui ryu ; la feconde de de[at + n. 

L'imperatif avec ,,me" pour objet, & probablement avec les 
autres perfonnes, fe trouve chez Licarrague. launa aiuta ne^ac. 
Matth. xv, 2f. ,,Seigneur, aide-moi". 



8. 
Ed in 9> pouvoir" comme auxiliaire. 

Ce n'eft qu'en bifcai'en que Ton retrouve edin comme verbe non 
auxiliaire, ainfi que nous 1'avons deja dit (ch. xm, 6). 

Dans les autres dialedles edin ne fert que comme auxiliaire, 
autrefois de toute la conjugaifon, aujourd'hui de certains modes 
feulement. Ecin dadit nic neure buru^ deus. Jean, v, 30- Je ne puis 
rien par moi-meme". *Dadit n'eft ici qu'un auxiliaire; aujourd'hui on 
fe fervirait de dut, ou aulfi de decker, potentiel de e^an. La verfion 
labourdine du N.-T. (Bayonne, 1828) porte : 5\V haurrai e^ decker 
deus egin. Gaoai loric ecin daydit (i). "Pendant la nuit je n'ai pas 
de fommeil". 

Si edin cut eu pour Li^arrague le fens de ,,pouvoir", il ne fe ferait 
pas fervi de e-^in (e\ edin ,,pas pouvoir"), ni dans d'autres cas de 

(i) Dechepare, Poefies, p. 5 1 . 



492 

ahal ^pouvoir" (fubftantif); p. ex. accufa ahal neinde (i) je pourrais 
etre accufe. ZKjinde eft la i re perf. fing. du condit. prefent., avec 
d pour t apres n. Enegana hel ahal leitela (i) ^qu'elle put venir 
vers moi". Leitela eft la 3 me perf. fing. du cond. potentiel,, pour 
ledite-la. Le potentiel indique formellement ^pouvoir"; edin fignifie 
,,pouvoir" & ahal fignifie ,,pouvoir" (fubftantif). Ainfi 1'idee de 
3 jpouvoir"aurait ete rendue trois fois dans la meme phrafe; cela 
n'eft guere pofTible. Mais le parfait defini fait difparaitre tout doute 
a cet egard,, s'il pouvait en refter. Licarrague fe fert toujours de 
Timparfait de edin comme auxiliaire du parfait defini des verbes 
intranfitifs 5 p. ex. Eta lefus has (2) cedin erraiten. Marcxm, y. ,,,Et 
Jefus commensa a leur dire". Et aufli : TSaina liura gaiteitenean. 
Matth. x^ 19. 5 ,Mais quand vous ferez livres". Zaiie^ie eft la 2 me 
perf. plur. du plur. ^vous pouvez". 

Le prefent de Findicatif nadi, hadi, &c n'eft employe par Li^ar- 
rague que dans la phrafe hypothetique., comme c'eft le cas avec ce 
meme temps de e-\an pour les verbes tranfitifs. Eta baldin orhoit 
bahadi. Matth. v, 23. ^Et fi tu tefouviens". 



9- 

auxiliaire izan 



La fignification primitive de i-\an eft au fond tout auffi peu connue 
que celle de e\an; mais i\an eft 1'auxiliaire des verbes intranfitifs^ & 
correfpond par confequent a ^etre". 

l-\an ou i^andu ou i^atu fignifie ,,ete"5 mais par une etrange 
anomalie iian remplace,, dans les temps compofes, ukhen ^eu'% 
excepte en fouletin & en bas-navarrais. Ces dialecles font ufage,, 
Tun de ukhen, Tautre de ukan. Par confequent i\an correfpond a ^eu ):> 

(1) Dedicace du N.-T. de Licarrague. 

(2) Le verbs haji, has eft confidere comme etant intranfitif. Orduandanic has cedin lefus 
(&. non lefufec) bcre difdpuluey declarat^en. Matth. 



XV, 21. 



493 

en bifc., guip. & lab. dans les temps compofes ou periphrafliques 
du verbe qui correfpond a ,, avoir" : i^n dm , J'ai eu"; & il fignifie 
,,ete" quand il efl conjugue avec lui-meme. On dit en bafque, 
comme en italien, , Je fuis ete", i^an naii; i^an ninian ,,j'etais etc", 
iian nadin ,,que je fois", litt. ,,que je puis etre". 

Dans les dialecles bafques efpagnols cette fubflitution efl fi bien 
etablie, que i^an prend non-feulement la place de ,,eu" comme 
auxiliaire, mais encore correfpond a ,,pofTeder", non-feulement 
dans les temps compofes, mais en toute circonflance. Larramendi 
cite, en expliquant le pronom relatif, Texemple fuivant: Tedrok 
aimbejle i^anik, ^ertako naidu g*yago(i}? ,, Pierre, qui poflede tant, 
pourquoi veut-il davantage? I^anik efl qa/z + ik> efpece de gerondif, 
fignifiant ,,etant", & ici "pofTedant,,. Eta aurrak i^aieko uneeiara 
egon -{an. ,,Et elle avait pafle Tage d'avoir des enfants". I^ateko efl 
i^ate-ko ,,de ou pour etre", & ici ,,pour avoir". 

Nous n'avons aucune hypothefe a offrir pour expliquer cette irre- 
gularite, qui etait un myflere pour nous il y a douze ans, & qui 1'efl 
malheureufement encore aujourd'hui. Nous favons que cette irregu- 
larite n'en efl une que pour nous. M. Inchaufpe dit (2) : ,,La langue 
,, bafque n'a qu'un verbe. Ce verbe a deux voix... La voix intranfitive 
3 ,da, &c.; la voix tranfitive du, &c. Ces deux voix ne doivent etre 
,,confiderees que comme compofant un feul verbe". 

L'auteur oublie de dire comment nai^ , Je fuis" devient dm ,,j'ai". 
C'efl fans doute un detail qu'il efl fuperflu d'expliquer (3). 

Ifan efl generalement employe dans tous les dialecles de la meme 
maniere. Autrefois il n'en etait pas ainfi; p. ex. Li9arrague fe fert 
invariablement de edin & de ekin pour le parfait defini. Eta hura 
appartaturic has cequion Tierris reprotchat^en. Matth. xvi, 22. ,,Et 
Pierre Tayant pris a part commen^a a lui reprocher". Cequion de 
l-eki-ho-n. Eta gau-herditan oihu eguin cedin. Matth. XV, 6. ,,Et fur 
le minuit on entendit crier". 



(1) Arte, p. 280. 

(2) Verbe bafque, p. i. 

(3) Nous paflbns fous filence les fantaifies de Chaho, dans fes Etudes, p. 



494 

Les autres temps font rendus par i^an: Been alichaturen dirade 
chrijl falfuac. Matth. xxiv, 24. ,, Garde faux chrifts s'eleveront". 
Eta menditic iauften ciradela. Matth. xvn, 9. ,,Et comme ils defcen- 
daient de la montagne". Vembora hartan ioaiten cen lefus. Matth. 
xn, i. ,,En ce temps-la Jefus paflait". 

I^an, comme auxiliaire de la conjugaifon relative exprime tres fou- 
ventun regime indirect 5 p. ex. Joan ^zq^fo'r lurrenk. ,,Vousm'etes 
en alle de la terre" (vous avez quitte la terre); mais fi nous ne nous 
trompons pas, les flexions de i^an expriment auffi 1'objet; p. ex. 
Cembatei areago quen cAita ceruetan denac emanen drau^te gau$a onac 
efcat^en cai\quioney . Matth. vn, II. ,,Combien plus votre Pere, qui 
ell aux cieux, donnera-t-il les chofes bonnes a ceux qui les lui de- 
mandent 5 '. Eska fe conjugue avec i^an, & eskat^en ^ayo fignifie 
,,il demande a lui", apparemment avec un objet fingulier fous- 
entendu; & -{ai-fiio avec 1'objet pluriei : il les demande a lui. Z-i\a-ho 
a donne \ayo y dc i-i^a-ik-ho aura donne ia-[kio ou 



10. 
Le nom verbal eduki ,,tenir" . 

Eduki ou euki ne fignifie jamais 3 ,eu 5J 5 cet ad jedlif verbal ne fert 
jamais comme auxiliaire; ii conferve toujours fa fignification de 
,,tenu", puis ,,poffede". Dans les dialecles bafques franc, ais eduki 
eft fynonyme de atchiki & fignifie : ,,tenu, attache". Edo bararequin 
eduquiren du, Matth. vi, 24. ,,Ou il s'attachera a Tun". Eriiaffun 
diuerfei eta tormenta^ eduquiac. Matth. IV, 24. ,, Detenus de divers 
maux & tourments". 

Le participe paffe ,,eu 3 ^ eft rendu dans les dialecles bafques 
efpagnols & en labourdin par ifan: i^an dut ,,j'ai eu"; <5c en bas- 
navarrais & en fouletin par ukan ou ukhen: ukhen dut ,,j'ai eu". Eta 
hala perfecutatu vkan ditu^te guen au^ineco Trophetac. Matth. v, 12. 
,,Car on a (eu) perfecute ainfi les prophetes qui etaient avant 



49T 

vous(i). Eta nola higai pietate vkan duen. Marc v, 19. ,,Et comment 
il aeu pitie de toi". 

Eduki ou euki ,,tenu", ainfi que les formes flechies qui en derivent 
fdadukatou daukat, &c.), font en ufage quand ilfautexprimer ,,tenir" 
ou ,,pofleder", dans lequel cas on emploie fouvent ,,avoir" en 
fran9ais; p. ex. -Egiten hari ninianean begietan iduki dut geyenean, 
lab. (2). ,, Pendant que j'etais occupe a le faire, j'ai eu en vue en 
grande partie"... Litteralement : j'ai tenu dans Fceil, exaclement le 
holl. ,,ik heb in't oog gehouden". Imini dabenak q dauka bejte 
afmo (3). ,,Celui qui Fa fait n'a pas (iitt. ne tient pas)d'autre defir". 
Criftok gura euan lotfea batak befteari euki egion (4). ,,Chrift defirait 
qu'on eut (Iitt. qu'on tint) du refpecT: Fun pour Tautre". Lurreko era 
aireko bi^ikor kuchan iduki ^ituen gu^iak(^. ,,jTous les animaux de la 
terre & de Fair qu'il avait eus (qu'ilavait tenus) dans Farche". 

Quand 5 ,,tener" efp. & ,, avoir" font des auxiliaires^ alors le 
participe pafle , 3 eu" eft rendu, comme nous Favons dit^ par ip/i ou 
par ukhen; 6c les formes flechies font les flexions fyncopees que Fon 
connait : dot ou dut ou det, &c. , comme par exemple dans la phrafe 
citee plus haut : imini dabenak e^dauka bejle afmo. Vauka eft la 3' ne 
perf. fing. pref. indie. 5 ^ii tient"; par centre dabenak, flexion auxi- 
liaire de imini, eft la 5 me perf. dau ^,il a " fuivi de n relatif <5c du 
pronom a: ,,celui qui a". 

L'emploi de ,,tenir" dans le fens de ^poflfeder" & correfpondant 
a 5 ^avoir" fe retrouve en efpagnol (6). Eft-ce Fefpagnol qui a in- 

(1) Li^arrague emf>loie ce temps : perfecutatu vkan ditu^te, pour le parfait inctefini. Voir 
ch. xn, 11, 

(2) Mendiburu, Introd. 

(3) Moguel, Introd. 

(4) II nous femble qu'il aurait fallu legion. Nous citons d'apres Zavala, Verio vafc., 
p. 28, n 22. 

(5) Lardizabal, p. 9. 

(6) On fait qu'en efpagnol ,,tener" remplace ,,haber"; aujourd'hui 1'emploi de haber 
pour ,,pofleder' J eft furanne; on ne dit plus : he muchos vales; on dit : tengo muchos vales 
,,j'ai beaucoup de valeurs". Salva, Gr. p. 309. Mais il faut, comme le remarque Diez 
(Gr., vol. in, p. 273), que le verbe ait un objet ; on d.t : tengo efcrito un libro ; par centre il 
faut dire: he bebido ,,j'ai bu"; he comido ,,j'ai mange". Non feulement ,,tener" eft 
employe au propre pour ,,poffeder"; mais auffi au figure; on dit : tengo hambre; Iitt. je 
tiens faim; tengo frio, Iitt. je tiens froid. Salva, Gram., p. ao8. 



496 

fluence le bafque ou bien le bafque qui a influence Tefpagnol? Nous 
Tignorons; mais il ne faudra pas oublier que 1'ufage de 5J tener", 
comme auxiliaire., n'a pas exifte de tout temps en efpagnol(i). S'il 
eft vraij comme nous avons tout lieu de le croire aujourd'hui, que 
les flexions auxiliaires dot ou dut ou der, &c., derivent de euki, on 
devra admettre, comme confequence neceflaire, qu'elles ont fervi 
de tout temps comme telles, puifqu'il n'y a pas d'autres flexions 
auxiliaires que celles-la pour ,J'ai 35 ,, etc 5 & s'il n'y en a pas eu 
d'autres jadis, remplacees par celles que nous connaiiTons aujour- 
d'hui (ce qui n'eft guere probable),, on ^pourra peut-etre en tirer la 
conclufion que c'eft la langue bafque qui a influence la langue efpa- 
gnole, qui eft la feule des langues romanes^ fi nous ne nous trom- 
pons^ qui fe ferve de ^tener" pour auxiliaire. Bien que les regies 
que nous venons de donner foient generalement obfervees,, on trouve 
cependant des auteurs qui s'en ecartent, fans motif apparent. Lardi- 
zabal dit, par exemple : Zenako efan dida^un arreba-^enduela. 5 ,Pour- 
quoi m'as-tu (litt. m'avez-vous) dit que tu avais une fceur"? II eft 
vrai que le prefent ftot ou dutj <Sc Timparfait (nuenj font employes 
feuls; dans ce cas les flexions font generalement precedees de ba : 
badut, banuen; p. ex. badm adina, f. ,,il a 1'age". Nous croyons avoir 
remarque que la flexion fuivie de la n'a jamais ba (adv. affirmatif) 
comme prefixe; mais, quoi qu'il en foit, la flexion appartient a 
Tauxiliaire (lenduelaj, & non pas au verbe actif (\enedukalaj . 



II- 

Le nom verbal ukan, ukhen. 

Pouvreau, dans fon didlionnaire manufcrit, dit que ce nom verbal 
fignifie etre, avoir 5 & il renvoie a iiaitea qui fignifie auffi etre & 
avoir. 

Quoiqu'il foit difficile de prouver que ukhen & eduhi foient des 

(i) Diez, Gr., vol. in, 273. 



497 

variantes, il eft cependant fort probable que ces noms verbaux one 
une origine commune, & alors ukan ,,tenir" ne peut pas etre le 
meme nom verbal que i-^an, comme le veulent plufieurs auteurs, ni 
avoir la meme fignification, comme le penfenc la plupart des 
bafquifants. 

Eurji, bifcaien, eduki, gulp., bifc. & lab., & ukan, bn. & foul. 
font tous les trois en ufage comme auxiliaire, correfpondant a 
,, avoir", & il ne nous eft cependant pas polfible d'en demontrer la 
parente. 

Quant a 1'emploi qu'on en fait, il n'y a aucune difference, (1 ce 
n'eft que eutfi ne fe trouve pas, autant que nous fachions, pour 
, 3 poireder"; dans ce cas-la le bifcaien fe fert auffi de eduki. 



12. 
L'emploi des modes & des temps. 

LES MODES. L'INFINITIF. 

Le verbe bafque n'avait primitivement que trois modes : Timperatif, 
1'indicatif & le potentiel ou optatif 5 & encore ce troifieme mode 
n'eft que 1'indicatif modifie par une fyllabe. 

Aujourd'hui on trouve le verbe avec une conjugaifon complete, 
a 1'exception cependant de Tinfimtif. Les fubftantifs verbaux inde- 
finis, p. ex. galt^e, ikujle, fe rapprochent plus que toute autre forme 
verbale de notre infinitif, mais ils ne font jamais employes pour 
1'infinitif. On dit bien : here adiskideak galr { ea rftear bat da ,,le 
perdre fes amis eft un malheur"; mais on ne dit pas : here adiskedtak 
galtie, &c., ,,perdre fes amis". Galtiea eft un fubftantif verbal, 
defini par 1'article. On emploie, ileft vrai, le fubftantif verbal indefini 
quand un pronom demonftratif fuit; p. ex. eton^e ori ,,ce venir, 
cette venue 5 ^ mais ici le pronom rempiace 1'article de Tautre exemplc, 
& le fubftantif verbal eft par confequent defini. Uidee vague de 

3* 



498 

Hnfinitif, qui n'exprime ni temps, ni perfonne, ni mode, ni nombre, 
n'exifte pas en bafque. 

L'infinitif eft rendu de differences manieres : 

i par le fubftantif verbal en ten; 2 par I'adjedlif verbal, J par 
le fubftantif verbal defini. 

Le fubftantif verbal en ten fert : 

i Quand Tinfinitif eft regi par un verbe, p. ex. ,,lai{Te-moi 
manger" uya^u jaten. ,,J'ai appris a lire" ikafi det irakurren. ,.Je Tai 
vu battre" ikuji det joten. 

Si rinfinitif a un complement, celui-ci prend le fuffixe n ,,de". 
Ikufi det aurrar en joten ,,je Tai vu battre Fenfant", litt. dans le battre 
de Fenfant. Jaungoikoaren ikuften daude doatfuak ,,les bienheureux 
voient le Seigneur", litt. font dans la vue du Seigneur. tMaria 
zftfagdalena eta tMaria bercea ethor citecenfepulchrearen ikuftera. Matth. 
xxvin, i. ,, Marie Madeleine & Fautre Marie allerent voir le 
fepulcre". 

Cette regie n'eft pas toujours obfervee. Moguel dit : Edo\enek daki 
erre^ago dana (i) gau^ia efaten egiren bafio. ,, 3 Chacun fait qu'il eft 
plus facile de dire que de faire une chofe". Selon la regie il aurait 
fallu gauiiaren. fT^pek kucha au egiten une asko igaro iltuen. Lar- 
dizabal. ,,Noe pafifa plufieurs annees dans le (a) faire cette arche". 
Ici non plus kucharen, ou plutot kucha onen. 

2 Apres les pronoms interrogatifs : \er egiten? ,,que faire"? 
Zer efaten? ,,que dire"? 

L'adjeclif verbal fert: 

i Quand le verbe regiflant eft un des noms verbaux invariables 
gura, nai, al, &c. ^ai nin\an etorri ,,je voulais venir". cAlbanai-r 
etorri ,,fi je puis venir". T)eabruaren lana da bera kondenatu ^elako 
befteak kondenatu nai i^atea (2). ,,C'eft Tceuvre du diable, vouloir 
condamner les autres parce que Ton eft condamne foi-meme". 
Kondenatu eft regi par nai i^atea ,, vouloir". 

(i) 11 y a une autre erreur dans cette phrafe; dana aurait du ^tre dala; dana efl 
da + n + a; ,,ce qui efl" ; or, il faut ,, qu'il efl" da-la. 
(a) Moguel, Echeco efcolia, p. 17. 



499 

2 e Quand fuit le fuffixe gabe: Joan gabe ,,fans aller". 

Le fubflantif verbal defini eft employe comme fujec ou comme 
attribut. Comparez Fexemple ci-deffus oil nai iiatea ,,vouloir" efl 
le fujec. 

L'infinitif efl encore rendu par Fadjeclif verbal fuivi de i*. 
Dechepare ecrit : loan nendin , enaguien oguen gabe ihejlc (i). 
,,J'allaisfuir, fans crimes (nayant pas commis de crimes)". Litteru- 
lement : j'allais fuyant. 



i?. 

Limperanfy le fubjonflif <$ le votif. 

L'emploi de I'imperatif n'offre rien de particulier. 

Le fubjonclif n'exiflant pas, on peutfaire table rafe de routes les 
regies qui ont ete prifes dans les grammaires des langues romanes 
par rapport a ce mode. II n'y a qu'a regler 1'emploi de la conjonc- 
tion n ^que^. 

II efl aife de prouver par la tradudlion du N.-T., par Li^arrague, 
que deja^ de fon temps, on fe figurait, I qu'il y avait un fubjonclif 
en bafque, &, 2, que la conjondlion ,,que^ regiffait le fubjonclif. 
Cette derniere erreur parait avoir exifle generalement dans la gram- 
maire fran^aife auffi, puifque, d'habitude, les grammairiens font 
remarquer expreffement que ce nefh pas la conjondlion ,,que", 
mais que c'efl le verbe de la phrafe principale qui decide Temploi 
d'un mode ou d'un autre. Du moment que la phrafe contient 
la conjondlion n ,,que", Licarrague emploie ce qu'il croit etre, ou 
ce que Ton efl convenu d'employer pour, le fubjonclif; p. ex. 'Balna 
refufcitatu nadin ondoan. Matth. xxvr, 32. ,,Mais apres que je fuis 
reffufcite". Ondoan regit n ,,que"; & n regit le fubjondlif; or, le 
prefent du fubjonclif des verbes intranfitifs etant rendu par na- 
din, &c., il faut ici nadin. C'efl la, on le voit, le raifonnement qu'on 

(i) Poefics, p. 58. 



foo 

fuivait. Ce raifonnement eft doublement fautif: i n , 5 que" ne 
regit pas le fubjonclif (dans aucune langue); 2 il n'y a pas de fub- 
jonclif. Nous nous fommes conformes a Fufage accepte en parlant 
de ,/ubjonclif", afin de ne pas trop bouleverfer la grammaire, 
mais aujourd'hui que nous favons que ce que Ton eft convenu 
d'appeler le ^fubjondtif" n'eft autre chofe que 1'indicatif fuivi de 
la conjondtion n, il ferait mieux d'abandonner cette expreffion 
erroneej prife dans la grammaire d'une autre langue <3c qui a caufe 
beaucoup de confufion en bafque. Aux exemples deja cites nous 
ajouterons celui-ci : Voacen Galileara. Matth. xxvm, 10. ,,,Qiuls 
aillent en Galilee". Voai 3 me perf. plur. du pref. de ttndicatif, fuivi 
de TZ. 

Mais fi la langue bafque ne connait pas de fubjonclif, elle con- 
nait, cela va fans dire, la propofition fubordonnee, & par confequent 
le verbe regi; or, le verbe regi^ quand il faut un auxiliaire^ eft 
edin pour les verbes intranfitifs & e-[an pour les verbes tranfitifs. 
Quand on dit : J^ere aitak nai du joan nadin y) mon pere veut que 
j'aille'% nadin n'eft pas le fubjonclif; nadin eft la i re perf. fing. du 
pref. de Tindicatif nadi fuivi de n ,,que" & la traduclion litterale 
eft : mon pere veut que je puis aller. Le mode du verbe de la pro- 
pofition fubordonnee eft fouvent le fubjonclif^ c'eft-a-dire,, le mode 
d'incertitude, de doute^ d'efpoir, & en bafque on fe fert alors d'un 
auxiliaire de mode, comme c'eft le cas dans beaucoup d'autres 
langues. Autres exemples : Hobe due hire begui bararequln vicit^ean 
far adin \[ vaut mieux que tu entres dans la vie avec un ceil". 
E-^ta -^uen cdita vorondatea bat gal dadin. Matth. xvm, 14. ^Ce n'eft 
pas la volonte de votre Pere qu'un fe perde". Sar adin & gal dadin 
s'expliquent de la meme maniere par : tu peux entrer; & : il peut 
(fe) perdre. L'auxiliaire eft rendu en anglais par Tauxiliaire 
,^that he should perish". En allemand par Tauxiliaire 
,,verloren werde". 



foi 



LE VOTIF. 



Les dialecles bafques frangais ont encore un mode, appele le 
votif. On a cru que ce modeetaitfeulement en ufage en fouletin(i); 
mais Lic.arrague & Axular s'en fervent auffi : c4inenfafue fuppona 
appurbai neure erhogoan. 2 Cor. xi, I. ,,Plut a Dieu que vous fup- 
portaffiez un peu mon imprudence" .-- Jainkoak ailliotfa lirtn 
asko (2). ,,Veuille Dieu qu'ils foient aflez"... 

Les dialecles bafques efpagnols n'ont pas, ou n'ont plus, cette 
faon de s'exprimer. ,,Plut a Dieu" fe rend par Jainkoak naita, dc 
nai-eia ; ,,Dieu voulant' 3 , v. p. f22. 



14. 
Les temps. 

Les temps des verbes bafques font les memes que ceux de la 
langue fran^aife ou efpagnole, & Tufage qu'on en fait eft a peu 
pres le meme. II n'y a qu'un temps (ou qu'un mode) qu'il eft ne- 
ceffaire de difcuter ici, & c'eft le conditionnel. Nous avons deja 
examine la formation de ce temps, & nous nous fommes dcbarrallcs 
de cette kyrielle de temps ,,condicionados^ de Larramendi & de 
Zavala, <5c ,,conditionnes" de M. Inchaufpe & d'autres. 

II faudra examiner ici Templo! de ces temps ,,conditionnes" qui 
n'exiflent pas plus, ni pas moins, en bafque qu'en fran9ais. ,,J'ai" 
n'eft pas un autre temps que ,,fi j'ai". 

On a cru qu'il n'y avait qu'un feul temps precede de ba ,,fi". 
Larramendi ecrit (3) que les temps conditionnes font formes du 
participe compofe (la flexion compofee p. ex. jan i\an) & des ter- 



(1) Revue de linguiftique, vol. 8, p. 158. 

(2) Gueroco guero, p. 419. 

(3) Arte, p. 79. Las terminaciones del imperfe&o abreviadas. 



minaifons de 1'imparfait tronquees; p. ex. jan i-(an banu, fi yo lo 
hubiera comido ,,fi je 1'aurais mange". Ceci veut dire que banu eft 
Hmparfait tronque, c'eft-a-dire pour banuen. Larramendi cependant 
cite immediatement au-deflbus de ce temps, cet autre : jan q<w 
barmen, fi yo avria comido. Ni lui, ni les bafquifants apres lui, ne 
paraifTent s'etre apercu que ce temps contredit fa regie; banuen eft 
forme de ba-nuen, & cet imparfait n'eft nullement fyncope, ni 
tronque. 

Pour Zavala le conditionnel eft forme avec les flexions de 1'im- 
parfait de Tindicatif, en y ajoutant he ou en les tronquant (i). 
Toujours un imparfait. Ainfi en bafque on peut dire banuen ,,fi 
j'avais'% & Ton ne pourrait pas dire ,,fi j'ai" badut. Cela eft line 
erreur. 

Nous n'avons pas admis un mode conditionnel; mais il va fans 
dire qu'il y a une phrafe conditionnelle, & cette phrafe peut expri- 
mer, en bafque comme en francais, un prefent, un paffe ou un futur: 
fi je vois; fi je voyais; fi je verrai; fi j'ai; fi j'avais; fi j'aurai ou fi 
j'aurais : badut 3 banuen } banuke. Le conditionnel ou le conditionne n'a 
rien a faire dans ces phrafes-la; c'eft un prefent de Tindicatif^ ou 
bien un imparfait, ou bien un futur, ou tout autre temps, employe 
conditionnellement. 

La phrafe conditionnelle a generalement (chez Li^arrague tou- 
jours) en tete la particule conditionnelle baldin ou balin : p. ex. 
'Baldin hori nahi badut. Jean xxi, 22. ,,Si je veux cela". Eta baldin 
igor baditiat. Marc vm, 3. ,,Et fi je les renvoie". *Ba di^at, de e-^an; 
pref. indie, avec accufatif fingulier bade^at. 'Baldin iku^ eipahe$at. 
Jean xin, 8. ,,Si je ne te lave". "Ba-he^at de e^an y pref. indie. 'Bal- 
din aho^pei adora banegak. Matth. iv, 9. ,,Si tu m'adores en te profter- 
nant". Eta baldin cure oinac trebuca eraciten bahau. Marc IX, 4^. ,,Et 
fi ton pied te faittrebucher". TSainabaldin norbeitek io bahe^a. Matth. 
IV, 9. ,,Mais fi quelqu'un te frappe". 'Baldin Jaincoaren femea bahai-[. 
Matth. IV, 6. ,,Si tu es le fils de Dieu". vilbadagik joan adi eliiara. 

(i) Verio vafc. } p. 19, n* 28. Con los articulos imperfeftos de aquel modo (indicatif) 
anadiendoles ke, o fincopandolos. Ainfi, pour 1'auteur, banuke eft un imparfait auquel on a 
ajoute ke; & bancu eft un imparfait fyncope, c.-a-d. pour baneun. 



Dechepare, Poefies, p. 8. ,,Si tu peux, vas a leglife". 5\V errcge 
balinbanini. ,,Si j'etais roi". Meme ouvrage. &ik gura baneu apaindu. 
Verbovafc, p. 20, n 33. ,,Si je voulais 1'orncr". 

On le volt, ba n'eft nullement le prefixe fpecial d'un fcul temps, 
comme Larramendi 1'enfeigne & comme chacun le reptte. 

Quand la fignification ou 1'emploi d'un verbe change avec Je 
temps, comme il eft arrive avec qa/i, il va fans dire que cela a de 
Hnfluence fur tous les temps & dans toutes les fituations. ^an etait 
en ufage du temps de Dechepare, de Li9arrague, &c., comme auxi- 
liaire de toute la conjugaifon (i); bade^t, &c., eft done chez ces 
auteurs un prefent; comp. les exemples ci-deiTus; mais du temps 
de Larramendi e^an n'etait deja plus en ufage que pour le fubjonclif, 
& cet auteur cite, par confequent, badeiat au nombre des temps du 
fubjoncftif; il nomme ce temps ,,futuro condicional", & le traduit 
par le futur du fubjonclif: jan bade^t, fi yo locomiere, ,,fi je le 
mange'\ Larramendi aurait pu rendre ce temps auffi, comme en 
francais, par le prefent de Tindicatif, puifqu'il eft indifferent en ef- 
pagnol de fe fervir du prefent de Tindicatif ou du futur du fubjonc- 
tif (2)5 mais il nous femble que e-^an donne une autre nuance a la 
phrafe; e^an eft Tauxiliaire du mode, indiquant le doute, la poffi- 
bilite, & ferait rendu par un auxiliaire de mode dans les langues qui 
en ont; en allemand par ^mogen'^, en anglais par ,,may". Larra- 
mendi n'a done pas tort de rendre ce temps par le futur. 

Pour ce qui regarde la terminaifon qui fe perd fouvent quand la 
flexion eft precedee de ba, il nous femble que c'eft le ke du potentiel, 
& non pas le n de Timparfait de Tindicatif, qui difparait. En fran- 
cais ce n'eft pas Tufage d'employer le conditionnel apres ,,fi"; c'cft 
generalement Timparfait de Findicatif qui fert dans ce cas; p. ex. 
le vers de Dechepare (3) : \V errege balinbanini, fe traduit en fran- 
par : fi j'etais, & non, fi je ferais, roi. 



(1) Been ccrprobetchu du guifonac, baldin mundu gucia irjba^bjdffa. Marcvui, )6. ,,Car 
quel profit a 1'homme s'il gagne tout le monde". 

(2) On peut dire : Si falgo (preTent) bien de efte negocio, ou : fi faliere bien, kc. ,,Si j 
fors bien, fi je me tire bien de cette affaire". Salva, Gram, tfp., p. 185. 

(3) Poefies, p. 51. 



En efpagnol, par centre,, c'eft le conditionnel (optatif). Zavala 
traduit : &{jk gura baneu apaindu, fi yo lo quifiera engalanar, ,,fi je 
voudrais Torner^. De meme en italien on dirait: fe fofli re, ,,fi je 
fufferoi". 

TSanini, dans Texemple cite, eft done, felon nous, pour baniniake, 
& non pour banin^an. 

Une autre raifon qui nous fait croire que c'eft le conditionnel, & 
non Timparfait, fous une forme fyncopee, c'eft, que quand dans de 
pareilles phrafes, il y a une troifieme perfonne, on trouve invariable- 
ment le / initial, qui n'appartient pas a 1'imparfait 5 p. ex. Ewrriko 
balitifedearen contra efetjlren bat. ,,S'il venait une perfecution centre 
la foi". Ici baltti eft pour balitiake, 3 me perfonne de Timparfait de 
1'optatif de i^an : ba-li^ake. L'imparfait de 1'indicatif eft fan, & aurait 
donne ba^an. Si Ton trouve, par confequent, dans une phrafe a 
fens egal, banin^ il faudra en conclure que c'eft la forme fyncopee 
de ba-nlniake ,,fi je pourrais". 

II eft vrai que Zavala fait une diftindtion entre les temps avec 
ke & fans ke, entre baliti & balit-^akey tous les deux en ufage, le 
premier un futur prochain, le fecond un futur eloigne; mais cette 
nuance qui exifte, nous aimons a le croire, n'eft que conventionnelle, 
& 1'analyfe des temps prouve que la langue bafque n'en fait rien. 
Zavala embrouille, en outre, des flexions qui appartiennent a edin 
& a i\an; il dit : Etorriko balltiateke o fincopado baliteke. Si alguna 
vez viniera(i), ,,s'il viendrait une fois'\ 'Balitiateke eft la 3 me perf. 
fing. de Timparf. de 1'optatif (aujourd'hui conditionnel) de i^an; 
ba-liteke eft la 3 me perf. de 1'imparfait de 1'optatif de edin> pour 
I edit eke. 

Nous ne fommes, par confequent, pas de 1'avis de M. Vinfon, 
qui dit : ,,Quand de ^intudan ,,je vous avais" on tire baiintut ,,fi je 
,,vous avais 3 \.. il eft difficile de foutenir la primitivite du n (2)". 
Et ailleurs : ,,Les colonnes E & F contiennent les formes du 

(1) Verio vafc, p. ao, n 3 5. 

(2) Revue de Linguijlique, vol. vm, p. 59. L'argument de M. Vinfon doit fervir a 
combattre notre tWorie par rapport a \'n final de 1'imparfait qui, felon 1'auleur, eft inutile 
ou adventice. 



conditionnel & du fuppofitif, manifeftement derivees de 1'impar- 
fait, ce dont on acquiert d'ailleurs aifement la conviction (?) en 
comparant 1'enfemble des formes de ces trois temps, meme dans 
un feul dialede (i)". 
Prenons le premier dialecle dans ce tableau, le labourdin. 

IMPARFAIT. CONDITIONNEL. SUPPOSITIF. 

A E F 

Zen Liteke 



Comment on acquiert la conviclion, & encore aifement, que 
liteke & baliti derivent manifeflement de ^en nous eft un myftere , 
mais M. Vinfon, qui prend volontiers fes citations & fes arguments 
dans Je verbe du prince Bonaparte, n'a pas vu que ces flexions 
n'appartiennent pas au meme verbe; yen eft la 3 me perf. fing. de 
Timparfait de i^an ,,il etait j:> ; liteke eft la 3 me perf. fing. de 1'im- 
parfait (aujourd'hui conditionnel) du potentiel de edin ,,pouvoir", 
& ba-lit[ eft la 3 me perf. fing. tronquee de Timparf. du potentiel 
(aujourd'hui conditionnel) de i^an, pour ba-litiake. M. Vinfon qui 
exprime regulierement, dans fes articles fur le verbe, fes regrets de 
ce que nous n'ayons jamais confulte le verbe bafque du prince 
Bonaparte, (a quoi nous n'avons jamais repondu), comprendra main- 
tenant que nous ne fentons pas ce befoin auffi fortement que lui. 

On a cru faire de Tanalyfe grammatical en claffant les flexions 
morphologiquement, & Ton a fait deriver une flexion (toujours la 
3 me perf.) d'une autre, tant bien que mal, prenant quelquefois les 
flexions d'un verbe pour celles d'un autre verbe. La derivation defotfq 
de ien demandait, certes, une explication, pour nous donncr cette 
convidlion dontparle M. Vinfon, & voici comment ilia donne dans la 
T(evue de Lingiiijlique, vol. vi, p. 2f I. ,,Le n de \en eft adventice; 
,,le e eft adventice; i feul eft une confonne radicale". II refulte, 

\ 

(i) Revue de Linguiftique, vol. vi, p. 250. 



felon M, Vinfon, du tableau precedent (dont nous citons les trois 
premieres flexions) ,,que la 3 me perf. imparf. indie, fing. pure & 
,, primitive (!) etait ^ ou Zq". Zen etait done ^, dont on a 
fait plus tard -jir^ ou Zrr{, puis fzq*/i, Zzq*/i dont la fyllabe ^/i eft 
feule reftee. Uauteur a repete cette meme theorie dans les ,, Notes 
complementaires", a la fin de FefTai fur la langue bafque, par 
M. Ribary, p. 1 14, n 108. 

Nous nous permettrons de dire qu'il n'y a rien dans la langue 
bafque qui puiiTe faire fuppofer 1'exiftence de toutes ces forme* 
hypothetiques, intermediates. La forme hypothetique ^ ne fert pas 
ici a expliquer 1'imparfait, ce qu'il aurait fallu ; on torture I'imparfait 
pour expliquer un autre temps, <3c Implication de cet autre temps 
a une vertu retroactive & inutile Timparfait. Toutes ces formes 
hypothetiques doivent fervir a relier baliri a ^en, parce que Ton a dit 
& repete que baliti eft un imparfait tronque,, croyant decouvrir dans 
barling, &C., un imparfait tronque, pour banin^an. 

Admettons la theorie pour un moment. TSanini vient de baninian; 
bahini de bahin^an; & balit^? de baian, car ^an eft la 3 me perfonne, 
comme nin^an eft la premiere. L'imparfait fan ou fen (dial. bafq. fr.) 
n'exifte feulement pas fous une forme tronquee; baya ou baie n'eft 
pas bafque. Pour nous le temps en queftion eft Timparfait du 
potentiel (aujourd'hui conditionnel) tronque; banin^ eft pour baniniake, 
baking pour bahin\ake 9 & balit^ pour batizfake, de ba-litiake, ce qui eft 
la forme actuelle; il n'eft nullement neceflaire d' avoir recours a des 
formes comme ^'q & Zzrj, ckc. De plus fan ,,il etait" n'eft pas une 
forme obfcure ; le i initial s'eft perdu, fait tres commun en bafque. 
Cet i reparait du moment qu'il n'eft pas initial (voir le verbe ifari). 
'Baiimut (le premier example de M. Vinfon, que nous citons plus 
haut) eft une flexion tronquee; mais pourquoi fuppofer qu'elle eft 
formee plutot de fintudan que du conditionnel fimuket? Si Ton re- 
tranche an, ou fi Ton retranche ke, ['operation refte la meme; dans 
1'un & dans 1'autre cas, le pronom, ici d, doit reprendre fa forme 
primitive r. La fignification n'eft pas non plus un obftacle; au con- 
traire elle vient a Tappui de notre theorie, felon laquelle les temps 
tronques font des conditionnels (futurs), des temps en ke (imparf. 



f7 

potent ). En fouletin, p. ex. Joan baledi fignifie ,,s'il allait" (dans !e 
futur) (i); & joaiten baien ,,s'il allait" (autrefois). La difference eft 
indiquee ici clairement entre 1'imparfait & le futur; 1'imparfait 
eft rendu par I'imparfait; ^en eft la 3 me perf. de 1'imparfait; & le 
futur par 1'imparfait de 1'optatif de edtn, ledi pour ledike. 

Nous citerons encore quelques exemples tires du verbe bafque 
de M. Inchaufpe, & qui prouvent que fi la flexion n'eft plus qu'un 
figne, la fignification s'eft du moins maintenue. ,,Egin baleia biharko, 
boi^ niniate ,,s'il le faifait pour demain, je ferais content". ,,S'il le 
faifait" exprime ici un futur. Egiten banian kechu ^en ,,s'il le faifait, 
ii etait fache". ,,,Fache" dans cette phrafe exprime le pafle (2). - 
On voit encore ici que -pan eft & indique le pafle; & que lc\a> pour 
leiake felon nous, optatif de eym, indique le futur. 

Ces temps, dont on n'a jamais fu rendre compte, ont conferve 
toute leur valeur. La confufion derive en partie de ce que Ton s'eft 
figure, comme entrautres le prince Bonaparte, que le / initial 
denote Timparfait du fubjonclif. Dans un article de la Revue an- 
glaife ,,the Academy", du 20 novembre 1875% ^ e P r i nce Bonaparte 
demontre notre ignorance totale de la langue bafque, & dit : ,,Not 
,, taking into confideration that the firft belongs to the imperfecl 
,,of the fubjunclive, and the fecond to the conditional" . En 
fran^ais : ,,Ne faifant pas attention que le premier (luela) appartient 
,,a 1'imparfait du fubjondif, & le fecond (lukela) au condiuonnel". 
Cette aflertion, qui n'eft pas du prince lui-meme, mais qu'il repete 
de confiance d'apres Oihenart & d'autres, n'eft pas de nature a fixer 
cette queftion, qui eft beaucoup moins fimple qu'on ne le croit & a 
laquelle nous devrons vouer un paragraphe fpecial. 



(1) Inchaufpe, Verbe bafque, p. 16. 

(2) Meme ouvrage, p. 94. 



if- 

Le 1 comme lenre inidale des ^ mes perfonnes de limparfaii dufubjonftif. 

L'emploi de / initial fert a indiquer la difference, felon Oihenart , 
entre la 3 me perfonne de 1'imparfait de Tindicatif & la 3 me per- 
fonne de Timparfait du fubjonclif; p. ex. ^editi, indicatif; ledin, 
fubjonctif. Ni lui (il efl le premier qui en parle,. fi nous ne 
nous trompons pas), ni tous ceux qui repetent ce qu'ii a dit, 
n'ont ete frappes de la bizarrerie de cette regie., felon laquelle 
deux temps,, identiquement pareils, ne differeraient que dans 1'ini- 
tiale de la J" 16 perfonne. Cette difference, qui n'efl obfervee que 
dans les dialectics bafques fran5ais,, ne repofe, croyons-nous, que fur 
une erreur, due apparemment a Tinfluence de la fyntaxe des 
langues romanes. 

Le fubjonctif n'exiflant pas en bafque, il ne peut etre queflion 
d'une caracfteriftique pour une flexion d'un temps du fubjondlif. 
Mais ii y a un mode ou fe trouve cette lettre /, & c'eft le potentiel. 
La 3 me perf. de Timparfait du potentiel a toujours & dans tous les 
dialecles un / comme lettre initiale. Or, Fimparfait du potentiel 
efl employe comme prefent du conditionnel (comp. nuke ,,j'atifais 3 
nin^ake ,,je ferais^), & puifque le prefent du conditionnel efl fou- 
vent rendu en fran5ais & en efpagnol par Timparfait du fubjondlif, 
on s'efl figure, a ce qu'il parait, que la flexion avec / initial appar- 
tenait au fubjonclif. 

La confufion date d'auffi loin que nous puiffions remonter. 
Dechepare & Lic_arrague diflinguent deja tres foigneufement ie 
temps qu'ils croient devoir etre rendu par 1'imparfait du fubjonclif. 
Nous n'avons pas de textes pour demontrer Ferreur, les dialecles 
bafques fran^ais etant tous d'accord fur ce point 5 mais nous avons 
ia langue elle-meme, ce qui vaut mieux. 

Nous croyons done decouvrir chez Ligarrague, & par confequent 
dans tous les dialecles bafques francais, des phrafes correcles oil 



fop 

1'imparfait du potential eft employe, fans qu'on s'en foit rendu 
compte; & des phrafes incorrecles oil, par analogic avec une des 
langues romanes, on a employe des imparfaits, qu'on croyait ap- 
partenir au fubjoncttif. La regie erronee & aflez generalement 
admife, meme en franc.ais, que la conjonclion ,,que" (& en bafque 
n & la) regit le fubjonclif, a guide aufli Lic.arrague; p. ex. Ordtum 
keinu eguin ciegoten haren aitari, nola nahi luen hura del ledin. Luc I, 62. 
,,Alors ils firent figne au pere (de dire) comment il voulait qu'il 
fut nomme' 5 . Selon Oihenart, luen ferait 1'imparfait du fubjon<5lif; 
ce qui demanderait encore une explication; car 1'emploi du fub- 
jonctif, en admettant qu'il y en cut un en bafque, ne ferait pas admif- 
fible, puifqu'il n'y a rien pour le regir. AufTi dans toutes les autres 
langues on fait ufage ici de Fimparfait de ttndicatif comment il 
voulait 35 . Mais ici intervient la regie erronee, par rapport a la 
conjondHon. En frangais on dit ,, comment' 5 ; mais en bafque on 
dit ,,,comment que", tout comme en hollandais ,,hoe dat"; & 
puifque , 5 que 55 regit un fubjonftif, felon Topinion vulgaire, on s'cft 
dit qu'il faut un imparfait du fubjonclif; & puique la 3 me perfonne 
de Timparfait a, par fuite d'une autre opinion erronee, un / initial 
s'il s'agit du fubjondif, ^uen efl devenu luen. 

Dans la fin du verfet, nous avons del ledin, traduclion de ,, qu'il 
fut nomme 55 ; c'efl-a-dire ledin + n au lieu de ^edin + /?, puifque 
Ligarrague traduit un imparfait du fubjonclif. 

Luen pourrait etre une forme correfle pour luken. La chute du k 
medial, quand la flexion efl fuivie d'une conjonclion (naujla pour 
nauk-la, Matth. xxvi, 34), eft a peu pres la regie, & le n final de 
luen n'eft pas le n de 1'imparfait, c'eft la conjonclion n regie par 
nola; la traduftion litterale eft done : comment que il voudrait. 
Nous ferions plus porte a admettre ici cette forme correcle, peu 
importe fi Li^arrague (tout auffi peu que les Bafquifants modernes) 
en favait la valeur; il eft probable qu'il n'y aura vu qu'un imparfait 
du fubjoncftif. 

Le cas eft le meme pour ledin ; le fubjondlif n exiftant pas, ledin 
doit appartenir au potentiel, & ledin doit avoir perdu he, ledinke ou 
ledike (ou, comme on dit aujourd'hui, leiteke), tout comme luen a 



po 

perdu ke. Dans cecas iifaudrait traduire ici deiledin par ,,qu'ilferait 
nomme"; le n final eft la conjondlion ,,que". Mais il nous femble 
que Ligarrague etait tout aufll peu renfeigne fur la valeur de cette 
flexion qu'on l'eft aujourd'hui, & qu'il a fuivi la regie qui eft tou- 
jours reftee en vigueur, d'ecrire / pour ^ initial, quand le temps ap- 
partient au fubjonclif dans lalangue qu'on traduit, ou bien quand n 
accompagne la flexion. Les exemples fuivants le prouveront : Eta 
et^iiuen deabruac mintfatfera. ut^iten nola hura egagutu vkan luien. 
Marc i, 34. ,,Er il ne laifla pas dire aux diables comment ils 1'a- 
vaient connu". L'imparfait du fubjonclif n'exifte pas & 1'imparfait 
du potentieln'eft pas poffibleici 5 on ne peut pas dire ici : , Comment 
iis 1'auraient connu". II faut done necefTairement que ce foit 1'im- 
parfait de 1'indicatif. Mais Ligarrague ecrit luten, parce que nola fe 
conftruit avec n >,que", & que n, comme on fe le figure, regit le 
fubjonctif j & de la luten au lieu de iuten. 

Comme nous venons de le dire, Li^arrague fe figure qu'il y a un 
fubjonclif, & enfuite que 1'imparfait du fubjonclif a un /initial a la 
^ me perfonne. En voici la preuve : Eta mana dt-[an efiegaten deus har 

bidecot^at baina fandaleac iaunciac liiu^ien eta bira arropa^ e^litecen 

ve^ti. Marc vi, 8, 9. ,,Et il leur ordonna qu'ils ne prifTent rien pour 

le chemin mais qu'ils euflent leurs fandales portees & qu'ils ne 

fe vedflent pas de deux robes. Eilefaten pour e^e^aien^ Urn-pen pour 
lituiten, e-^iucen pour q-^V^/z, font les 3 mes perf. de 1'imparfait, 
& puifque la verfion francaife a 1'imparfait du fubjonclif, L'^arrague 
ecrit / pour {. Nous ne croyons pas que ces flexions foient des 
^mes perfonnes tronquees du potentiel; le^aten pourrait etre pour 
le^aketen de le^ahete -f- n; mais lite-fen ne peut pas etre pour liteke- 
ien; la 3 me perfonne plur. de 1'imparfait du potentiel eft lite^ke en 
labourdin, & fi le bas-navarrais a te, alors lue^kete. La terminaifon 
feraitdonc ten & non yen: lite^keten. 

Le fujet eft aflez intereflant pour ajouter une derniereobfervation. 
Jufqu'ici nous avons examine la fagon d'ecrire de Licarrague ; mais, 
en tenant compte uniquement du caradlere de la langue, ces phrafes 
ne nous paraiflent pas grammaticalement corredes : i Le fubjonclif 
n'exifte pas en bafque, done il faut 1'imparfait, foit de Tindicatif, foit 



f" 

du potentiel ; 2 le bafque poflede des auxiliaires des modes ; par 
confequent il eft plus que probable que Fauxiliaire du verbe de la 
propofition fubordonnee fera, comme dans beaucoup d'autres 
langues, Fauxiliaire d'un mode. Or, nous favons que qan & tdin 
font les auxiliaires du potentiel, & ce font ceux-la que nous retrou- 
vons dans les exemples cites ; par confequent ils devraient avoir la 
forme du potentiel, & dans ce cas le bafque correfpondrait exacle- 
ment a 1'anglais, oil Ton fait ufage de Fauxiliaire du mode ,, should": 
And commanded them that they should take nothing for their 

journey 

II nous femble done que primitivement (nous ne parlons pas des 
temps oil les auxiliaires n'etaient pas en ufage) on a du employer le 
poteritiel, et que, par fuite de la connaiffance infuffifante des lois 
phonetiques, ainfi que de Tinfluence d'autres langues, on eft arrive a 
la forme fautive que nous venons de difcuter. Ajoutons encore que 
Timparfait du potentiel, en perdant la fyllabe he, eft pareil a I'impar- 
fait de Findicatif, fauf le n final, & que, dans les cas oil il y a la 
conjonclion n, les deux temps font identiquement pareils, a Fexcep- 
tion de la J" 16 perfonne, & Ton admettra que la confufion etait 
pofTible. 

Enfuite, beaucoup d'expreffions peuvent etre rendues egalement 
bien en franais par Fimparfait du fubjondlif et par le conditionnel 
(imparf. du potent.). Les exemples fuivants laifferont peu ou point 
de doute a cet egard. ZNjc nuen fperanga hit-^ purac vkanen luela 
fane eta auan$amendu Heuskal herrian (i). ,,J'avais efpoirque la pa- 
role pure aurait entree dans lepays bafque". Enfran9ais on auraitpu 
dire ,,eut eu entree", & comme on n'a pas fu probablement que 
luela eft pour lukela^ on a cru ecrire ici, & dans toutes les phrafes 
pareilles, un imparfait du fubjondlif. Mais puifque le bafque n'eft 
pas du francais ou de Tefpagnoi travefti, il vaut mieux juger la 
langue par elle-meme, & puifque nous favons, ce que Ton ne favait 
pas alors, que le fubjondif n'exifte pas, cette theorie s'evanouit 
d'elle-meme 5 mais, en dehors de cette confideradon, le fubftantif 

(i) Dedicace du N. T. de Li?arrague. 



verbal en n (comme celui en go), fuivi, foit de Timparfait de 1'in- 
dicatif, foit de ttmparfait de 1'optatif (comme aufli en bifcaien), 
forme le pafle du conditionnel. L'erreur de prendre luela pour un 
imparfait du fubjonclif, comme le fait aufli le prince Bonaparte (i), 
eft d'autant plus grande, que luela n'eft pas feul ; ukanen avec luela 
decide la queftion ; ukanen luela eft un conditionnel & ne peut etre 
qu'un conditionnel, que Ton ecrive luela ou lukela. 

Autre exemple : Orduan hec has cequifquion bata berceari galde 
eguiren elkarren artean, eya cein cen hetaric hura eguiren luena. Luc, 
xxi i , 23. ,,Alors ils commencerent a fe demanderles uns aux autres 
qui etait celui d'entre eux qui ferait cela". Eguiren luena eft le prefent 
du conditionnel, forme du fubftantif verbal en ten, accompagne 
de Fimparfait du potentiel comme auxiliaire. Eguiren luena eft 
pour eguiren lukena & ne peut etre que pour eguiten lukena y de 
luke -\-n-\-a. 

Autre exemple : 'Bay eta fperanga^ ecen ni baino fufficientagoric-ere 
iganen cela obran efcu edukiren luenic (2). ,,Efperant aufli qu'il y en 
aurait de plus fuffifants que moi qui tiendraient la main a Fceuvre^. 
Edukiren luen eft le pafle du conditionnel, bien que traduit par L^ar- 
rague lui-meme par le prefent : tiendraient. Un imparfait, foit de 
rindicatif, foit du fubjondlif, donnerait un contre-fens 5 & quand 
meme le fubjondtif ferait correct en frangais, le bafque n'eft pas du 
francais ; de plus la forme eft indifcutable, c'eft celle du conditionnel 
bafque. Si Licarrague eut voulu exprimer ce qu'il croit etre le fub- 
jonclif, il n'aurait jamais pu fe fervir de la periphrafe edukiren luenic ; 
il aurait fallu edukiten, ou, comme nous croyons que Licarrague ecrit 
ce fubftantif verbal, edukeiten luenic. On voit, par ces exempies, 
que Licarrague ecrit corredlement, peu importe, pour le moment, 
s'il n'aurait pas etc embarraffe, tout autant que Oihenart, d'analyfer 
ces flexions. 

Nous citerons maintenant quelques exempies ou la flexion n'eft 
pas correcle : Hare eylaquiala nola Marc, iv, 27. ,,11 ne favait 



(1) The Academy, 30 nov. 1875. 

(2) Dedicace du N. T. de 



pas comment' 5 . Ici il faut neceffairement 1'imparfait, il aurait 
fallu, ei~iaquiala; mais la conjondtion la ,,que" regie, comme on 
le voit, felon Liarrague 3 le fubjondif; par confequent il change 
I en I, & ecrit eilaquiala. 

La conclufion de tout ce qui vient d'etre dit eft : 1 que du temps 
de Licarrague on ne fe rendait pas plus compte de ces flexions qu'on 
ne le fait de nos jours 5 & 2 que Ton fe figurait que la conjonclion 
regiffait le fubjoncTif. Mais ici 1'examen de ces locutions n'eft pas 
fini. Licarrague ecrit luen, luenic, &c., mais par centre il fe fere 
auffi de ces flexions avec la fyllabe he ; il fait, par confequent, une 
difference entre les unes & les autres; mais cette nuance eft difficile 
a faifir. II ne fuffit pas de dire que Li9arrague emploie luela pour 
1'imparfait du fubjonclif (en admettant un moment qu'il y cut un 
fubjonclif) & lukela ou lukeela pourle conditionnel. Donnons d'abord 
des exemples : tMilla eriden igan balirade-ere, nic vkan nuqueela ham- 
bat atfeguin (i) ,,S'il fe fut trouve mille perfonnes, j'en eufle ete 
autant joyeux 55 . II eft curieux que Fauteur traduife lui-meme 
cette phrafe par Uimparfait du fubjonclif, ainfi que la fuivante : Era 

baldin edoceinec replicaiu nahi balu nic baino hobequi berce batec 

eguin vkan luqueela (2) }) Et (i on replique qu'un autre cut mieux fait 
cela que mor". 

Ligarrague ne traduit pas litteralement ces deux paflages. II aurait 
fallu ,,que j'aurais eu autant (de) joie 3 '; & le fecond: , 5 Et fi quel- 
qu'un aurait volonte (de) repliquer". La traduclion de Tauteur n'eil 
qu'une queftion fecondaire. Ce qu'il importe de faire obferver, c'eft 
que cette fois-ci c eft bien ce que 1'on eft convenu d'appeler le condi- 
tionnel qu'il emploie. Dans la premiere phrafe, c'eft le pafle du 
conditionnel 5 dans la feconde, c'eft une periphrafe inufitee en fran- 
cais, mais qu'on comprend au befoin, & que le fouletin poflede 
auffi fous le nom de : conditionnel anterieur (3). 

La formation de ces temps & leur valeur reelle n'ont done rien 
d'obfcur, mais on fe demande quelle peut etre la nuance que Licar- 

(1) Dedicace du N. T. de Li?arrague. 

(2) Dedicace du N. T. de Licarrague. 

(5) Inchaufpe Verbe bafque. p. 18, galdu ukhen luke, ,,il aurait eu perdu". 

33 



P4 

rague a voulu exprimer. Les phrafes que nous venons de citer ne 
difent ni plus, ni autre chofe, en confiderant le temps comme uri 
imparfait du fubjonclif ou bien comme un conditionnel. Auffi Li- 
carrague traduit-il par un imparfait du fubjondif, ce temps qu'on 
dit etre un conditionnel,, & plufieurs des exemples cites avant font 
traduits par Licarrague par le conditionnel, bien qu'on dife que ce 
fontdes imparfaits. Nous ne voulons pas faire valoir cette traduclion 
comme une arme centre nos adverfaires, nous en avons de meilleures 
dans la langue meme ; mais elle prouve que Licarrague ne tient au- 
cun compte de la figniftcation qu'on croit y decouvrir. 

On voit que la queftion de / initial n'eft pas fi fimple qu'on le 
croit. Nous avions deja dit, fans commentaire aucun, dans notre 
,, Etude fur les verbesauxiliaires'% que luela, dans 1'exemple cite plus 
haut, etait pour lukela. Le prince Bonaparte n'eft pas de cet avis. 
Nous avons commis, felon lui, une erreur enorme (i); nous n'a- 
vions pas vu que lukela eft le conditionnel & que luela eft Timparfait 
du fubjonclif ! Puis vient i'argumenc triomphant : ,,Si ^uela cor- 
refpond a fuen & lukela a luke, comment eft-ce que luela pourrait ne 
pas correfpondre a luen ? (2) On a vu comment 5 ce n'eft pas en 
comparant, mais en analyfant, qu'on le prouve. Nous comprenons 
qu'il eft dur pour le prince Bonaparte d'aller chercher dans notre 
Eifai, des regies de phonetique bafque 5 mais la il aurait trouve que 
n eft elide devant /, & c'eft la 1'unique raifon pour laquelle on dit 
^uela pour -{uenla. Si le prince Bonaparte avait fu que le fubjonclif 
n'exifte pas, s'il avait fu que le n eft la conjonclion , 3 que", s'il avait 
fu que ce qu'il nomme des terminatifs font des flexions,, s'il avait fu 
que fes terminatifs, qui prennent chez lui le nom de forme regie, 
font des flexions fuivies de la conjonclion, s'il avait fu tout cela 
& encore quelques regies de phonetique bafque., beaucoup plus 
fures que des correfpondances, il aurait peut-etre ecrit un article 
moins violent, pour ne faire, en fin de compte, qu'une obfervation 
tres-fuperficielle & qui eft une erreur dans le fond. 



(1) An egregious blunder. Academy, 20 nov. 1875. 

(2) How can luela fail to correfpond to luen. Meme revue. 



16. 

La flexion relative au lieu de la flexion abfolue. 

Les auxiliaires (autrefois tous les verbes primitifs) ont, comme 
nous Favons vu, des flexions fpeciales pour le ftyle familier. En 
dehors de ces flexions, plufieurs dialecles ont encore conferve (Lar- 
ramendi n'en parle pas) une facon particuliere de s'exprimer, furtout 
en parlant d'une fagon badine (i), & qui confide a fe fervir des 
flexions a deux regimes au lieu des flexions abfolues, en exprimant 
la 2 me perf. comme regime fi la i re perf. eft le fujet, & en exprimant 
la i re perf. fi la 2 me eft le fujet. Ainfi, au lieu de ,Je prends", on 
dira ,,je te prends" ou ,Je vous prends", felon qu'on parle a une 
ou a plufieurs perfonnes, & au lieu de dire ,,tu prends", on dira 
,,tu me prends". Au lieu de dire dot, bifc., ,,fai", on dit )y deurfut" 
ou deutfuet ,,je t'ai" (au fond : je vous) ou ,Jevous ai". Au lieu de 
dire anu daroak 35 tu prends d'habitude'% on die arm daroadak ,,ru 
me prends d'habitude^. ZN^eure Jaun maitea joan -[atiai-fiit lurretik, 
Axular,, p. ^ ^Mon cher maitre vous m'etes (pour vous vous etes) 
en alle de la terre^,.... Nous avons compare dans notre Diclion- 
naire cette maniere de s'exprimer a des locutions analogues, mais 
exceptionnelies,, en hollandais & en francais. Mais ce qui diftingue 
entierement la langue bafque des autres langues, autant que nous 
fachions, c'eft que cette mutation de flexions a auffi lieu dansle verbe 
iian ,,etre", & alors ce n'eft plus un echangede flexions a fignifica- 
tion tranfitive, mais ce font les flexions de avoir" qui prennent la 
place de celles de ,,etre". Au lieu de dire mz{, bifc., ,,je fuis", on 
dit noiu ,,vous m'avez" (aujourd'hui ,,tu m'as"). Au lieu de ,,tu es 3 ' 
on dit ,,tu m'as". ZKjr lire ene femea fe dit &pr ^aitut ene femea, 



(i) Particularmente fi la converfacion es jocofa. Zavala, Verio vafc., p. 9, n* j (jo par 
erreur). II eft poffible que ce foit le cas pour les dialeftes bafquesefpagnoU; mais les au- 
teurs bafques francais s'en fervent dans le ftyle ferieux. 



3 , Qui etes-vous mon fils ?" (l). L'ufage, bien que bizarre,, eft tel ; c'eft 
un echange de flexions pour donner a la phrafe une autre tournure 
& que le bafque parait preferer dans certaines circonftances. Mais 
fi nok ou nauk ou nuk 33 tu m'as" remplace jiai-^ ou na-[ 3 ,,je fuis'% ce 
n'eft pas que ce foit une variante ou une forme modifiee de nai, comme 
duk ou dan Teft de duh. Les tableaux que Ton trouve d'habitude font 
drefles de fa$on a donner cetteidee erronee. On trouve pour ^j'ai" 
duty duk, dun, du-[u, ce qui eft corredt ; mais on trouve auffi nai^, nuk, 
nun, nuiu, ce qui doit induire en erreur ; nuk, nun, nu^u n'ont rien de 
commun avec naii; ils font employes pour nai^, voila tout. 



CHAPITRE XXV. 

LES CONJONCTIONS. 

Les deux conjondlions les plus importantes font n & la, fignifiant 
toutes les deux ,,que"; n furtout eft d'un ufage tres commun. 

Nous avons vu (p. 61) que la conjonclion n ,,que 33 derive 
(comme la conjonclion dans beaucoup d'autres langues) d'un adverbe 
demonftratif non ,,[&, ou 33 . foa^te hirira non bathuren lah^aigue... 
^Allez vers (la) ville,, oil (ou^ la) vous trouverez"... 

La conjonclion n fe re trouve auffi fous fa forme primitive non; 
p. ex. pour relier la proportion fecondaire a la propofition princi- 
pale, apres les adverbes ou locutions adverbiales d'intenfite,, hain, 
hambat ,,{{, tant'% &c. : Era hambar egin -^uen non bere herria eta ingu- 
runekoak ere hetan farther a ^ihoan eritafunetik begiratu baitiituen (2). 



(1) Voir Larregui, Test. Zahar, vol. i, p. 

(2) Axular, p. 7, anc. ed. 



,,Et il avait taut fait, que Ton pays 5c ies environs, il les avait pre- 
ferves de la maladie". Hain bertie dira, non... ,,11 y en a tarn, 
que...". 

Dans les examples cites, non relie deux propofitions, done Tune 
explique Tautre; non eft encore ici adverbe (ou demonftratif) ayanc 
force conjonclive. Mais fi la phrafe eft purement conjondive, non 
fuit la flexion verbale de la propofition fubordonnee & s'unit avec 
elle fous la forme contraclee n: Gaitigatu diot ewrri dedln. Lard., 
Gr., p. Si. ,,Je lui ai fait dire qu'il vienne". Vedin de dedi -{- n" . 

II n'eft pas neceflaire de chercher bien loin pour trouver des 
analogies dans d'autres langues pour 1'emploi de ,,ou" pour ,,que". 
On dit egalement bien en frai^ais ,,le jour que cela arrivera" ou 
,,le jour ou cela arrivera" (i). La locution, aujourd'hui vicieufe : 
,,c'eft la oil" pour ^c'eft la que", etait encore en ufage du temps 
de Maflillon & prouve Tetroite parente des deux mots, quant a 
leur fignification. ,,Ou" eft auffi employe comme pronom reiatif : 
,, Libre du joug fuperbe oil je fuis attache" (2). 

Plufieurs adverbes ou locutions adverbiaies font fuivies de la 
conjonclion, qui eft tantot non, tantot n, fans qu'il nous foit poflible 
de dire la raifon qui a dirige le choix de Tune ou de Tautre forme, 
& pour le moment ce fera le mieux d'en dreffer une lifte : 

&4lako-non ,,tel-que". Zeren-n ,,de ce-que". 

Tleiala-non ,,ainfi-que". Ondoan-n ,,apres-que". 

Zergarlk-non J; de ce-que". cArtean-n ,,apres-que' 3 . 

Zein-non , 3 combien-que". Orduan-n ,,pendant-que". 

-/2 , ,comment-que 5 ' . 



P. ex. Emen nagoen artean ,, pendant que je fuis ici". 
de nago + n. Jaten dedan orduan ,,quand je mange". Vedan dc dct 
4~/z. Eitegala mirets ceren err an dramidan (drauat -\- n). Jean in, 7. 
,,Ne t'etonne point de ce que je t'ai dit". Haina refufcita midin ondoan. 



(1) Diez, Gr., p. 362. 

(2) Iph., aft. i, fc. i. Racine. Gram, des Gram. 



fi8 

Match, xxvi, 3 2 - jjMais apres que je fuis reiTufcite". Z^jidin de 
nadi-\-n. Ikas eqa$ ue nola landaco floreac handii^en diraden. Matth. 
vi, 28. ,,,Apprenez comment (que) les lis des champs grandiifent". 

Selon Lardizabal, on peut dire : c4in da ederra non gar airmen duen 
ou garaitien du, egu^kia (i). ,,11 eft fi beau qu'il vainc le foleil". II 
fe peut que ce foit Tufage, mais 1'ufage d'ecrire deux fois la con- 
jonclion fous deux formes differentes eft evidemment vicieux. La 
confufion datera du temps oil la connaiiTance de la nature de /*, 
conjonclion, s'eft perdue. 

Quand Tadverbe eft un adverbe de temps comme orduan, on peur 
fupprimer orduan & fuffixer can a la flexion verbale, qui eft deja 
fuivie de la conjondtion n. Ainfi, au lieu de dire j at en dedan orduan, 
on peut dire jaien dedanean ,,,quand je mange". Zer egin behar du 
Giriftino batek irakaflen denean de da -(- n -j- ean (2)? ,,Que doit fairc 
un chretien quand il fe reveille? Joan denean , ,,quand il eft parti" . Ean 
remplace ici orduan, c'eft-a-dire un nom au locatif 5 or ean eft la carac- 
teriftique du locatif, apres les noms en n & r; ainfl air^in fait aiqi- 
nean($); Joan danean ne peut fe traduire litteralement, mais cor- 
refpond a ,,dans le (moment) qu'il eft parti". 

Ces locutions font adoptees par Li9arrague pour rendre le gerondif 
frangais : Eta hori erran guenean. Marc I, 42. ,,Et ayant dit cela". 
La conjondlion la remplit exaclement la meme fondtion; ce qui 
ferait fuppofer que la caradleriftique du locatif ean n'ajoute rien au 
fens. II faudra confiderer ces deux expreifions comme n'ayant rien 
de commun entre elles, mais rendant la meme idee. Eta vrruti 
iragaiten cela. Marc II, 14. ,,Et en pa (fan t". Eta predicat^en guen, 
ciotela. Marc I, 7. ,,Et il prechait en difant". 5\/ echean fartuten 
nint^ala ent^un neuan onof[a (4). ,,En entrant dans la maifon j'entendis 
un bruit de pas". L'emploi de la s'explique meme par les langues 
romanes; on dit fort bien ,,je la trouvais qui lifait fon roman" ou 
,,je la trouvais lifant fon roman". Dans la phrafe fuivante, Tufage 

(i) Gram., p. 70, 4, n 28. 
(a) De la Vieuxville. 

(3) V. pp. 57, 58. 

(4) Zavala, Verbo vcijc. , p. 58, n 165. 



de la eft obfcur: Eta mahainean iarriric cegoela. Marc xxiv, 3. ,,Et 
etant affis a table ". 

L'emploi de la conjonclion eft, ibus beaucoup de rapports, le 
meme que dans les autres langues; feulement en frangais, & dans 
beaucoup d'autres langues, la conjonclion ,,que" eft fouvene fuivie 
du fubjonclif, mode qui n'exifte pas en bafque. Les regies donnees 
jufqu'ici, par rapport au fubjonclif, difparaiflfent par confequent, & 
& il n'y a qu'a regler Temploi de la conjonclion. 

Au chapitre precedent, iy, nous avons vu que, deja du temps 
de Licarrague, il etait admis que la conjonclion regiflait le fub- 
jonclif; cette regie erronee parait avoir ete comprife d'une fa9on 
tres abfolue. Ligarrague ecrit invariablement ce qu'il croit etre le 
fubjonctif apres la conjonclion : TSaina refufcitatu nadin ondoan. 
Matth. xxvi, 32. ,,Mais apres que je ferai reflufcite". ZKjidin eft 
nadi -}- n, 6c nadi eft la 3 me perf. du fing. pref. indie, de edin. 
Ondoan fe conftruit avec n ,,que 5:> , & n regit le fubjonclif, felon 
Ligarrague; par confequent il prend le verbe qui eft afTedle a ce 
mode & nadin ondoan reprefente : , 3 apres que je fois". 

La conjonclion fert done, comme dans toutes les autres langues, 
a unir deux proportions, deja unies logiquement, pour en former 
une phrafe grammaticale : cditak agit^en du egin de^an^ g. ,,Le pere 
ordonne qu'ii le fait (en frangais : qu'il le fafle)". Veian eft d*ia-\- 
n; de^a eft la 3 me perf. fing. pref. indie, de qa/z. Ufle du hean 
daihorren, f. ,,Croyez-vous qu'il vient (qu'il vienne)^. T>athor + n. 

II arrive que la propofition fecondaire eft unie a la propofition 
principale par la conjonclion 72, quand en frangais on fe fert de la 
conjonclion ,,fi"; p. ex. E^ dakigujoan oie dan (da-\-ri) g. ,,Nous 
ne favons pas s'il (litt. que) eft venu peut-etre". Jakin nai deu ea 
ikufi lenduen (i). (Larramendi, Arte, p. 309) ,,Je veux favoir fi 
(litt. que) vous Favez vu ?;> . Le n final de \enduen & la conjonclion 
n fe font afftmiles. Par ces deux derniers exemples on voit de nou- 
veau que le n n'eft pas necelfairement la caracleriftique du fubjonclif 
(en fuppofant que ce mode exiftat), comme cela a ete dit; da & 
lenduen appartiennent a Tindicatif. 5\^ eft la conjonclion & ne regit 
rien du tout. 



po 

On diftingue a(Tez generalement, & furtout dans les dialectes 
bafques francos, entre n & la, dans 1'ufage qu'on en fait; 77 s'emploie 
quand le verbe de la propofition fubordonnee ferait au fubjonclif, 
dans nos langues; ou, en d'autres termes, quand la propofition 
fecondaire eft con j endive, & la quand ce verbe eft a rindicatif ou 
quand la propofition fecondaire eft pofitive. Nous ignorons jufqu'a 
quel point s'eft etablie cette difference, que le bifcai'en & le guipuz- 
coan n'obfervent pas toujours(i). Au fond elle ne peut pas (ou ne 
devrait pas) exifter, puifqu'ii n'y a pas de fubjondlif. Etymologique- 
ment elle n'exifte pas,, du moins fi la & n font des mots de fignifi- 
cation egale. Nous favons que la conjonction eft un demonftratif; 
& fi Ton ditp. ex. ,,ceux qui difent qu'il n'y a pas de refurreclion", 
on dit au fond ,,ceux qui difent cela, il n'y a pas de refurreclion". 
Que le verbe foit a 1'indicatif ou au fubjonclif, le demonftratif fera 
toujours le demonftratif ,,cela" fera toujours ,,cela". 

Jufqu'a ce que nous foyons renfeigne fur Forigine de la ^que'% 
il faudra laifler la queftion en fufpens. Quoi qu'il en foit de la diffe- 
rencCj obfervee par les uns & negligee par les autres, il eft certain que 
nous la trouvons deja chez Li^arrague; p. ex. Halacors diotfuet ecen 
edequiren faifuela Taincoaren refuma eta emanen $ayola. Matth. xxi, 45. 
,,Ainfi je vous dis que le royaume de Dieu vous fera ote & qu'il 
fera donne aux peuples 5:> . T{efurredioneric e^tela fa-da-taj dioirenac. 
Matth. xxn, 23. ,,,Ceux qui difent qu'il n'y a pas de refurrection". 
Par contre, avec la conjonclion n: Eta here fafoinean fruftuac renda 
diet^oyoten. Matth. xxi, 41. ^Afiri qu'ils lui rendent les fruits en 
fon temps 35 5 die:\oyoun eft la 3 me perf plur. indicat. de e^an, avec les 
deux regimes 3 ,,les a lui"., & fuivie de la conjonclionT?; de d-ei^a-ho- 
t-n; Li^arrague cependant ajoute fouvent encore le fuffixe f[at; p. 
ex. Hau-ere predica de^adangat. Marc I, 38. 



(i) Ak e^tau g-ura e\er egin dedin ,,il ne veut pas qu'on fafTe quelque chofe". Kriftok 
gura euan lotfea batak befteari euki egion. ,,Chrift voulait qu'on cut du refpeft 1'un pour 
1'autre". Agoftinek gura euan Kriftinauak komulgatu ^ite^ela domeka gu^tietan. ,, Saint Au- 
guilin voulait que les Chretiens communiafTent tous les dimanches". Dans ce dernier 
exemple les diale&es bafques francais auraient ecrit 



Zavala ne connaic pas de difference entre la & n (i), mais meme 
Lifarrague nous femble oublierquelquefois la regie : Vtdicatiera aufanu 
i$an naicen... accufa ahal neinde (2). ,,J'aurais pu etre accufe (de ce) 
que j'ai eu la hardiefle de dedier"... V^aicen de naq + n aurait du 
etre felon la regie naii^ela. Et : Eye$ala mirers ceren erran drauadan (3). 
,,Ne tetonne point de ce que je t'ai dit". Ecen bacitiat bori anayc, 
haey teflifica diecengat. Luc xvi, 28. ,,Et j'ai cinq freres, afin qu'il les 
avertinV. 

Comme on s'etait figure que la langue bafque avait un fubjonclif, 
il fallait bien parler de ce mode ; mais ce qui eft une erreur, c'eft 
d'ecrire nj pour la; na eft le pronom relatif fuivi du pronom dc- 
monfttratif : ce que, ou celui que; ce qui, ou celui qui. Cette erreur 
fe trouve affez fouvent chez les auteurs bilcaiens; p. ex. Edo^enek 
daki erre-^ago dana (pour dala) gauiia e^aren egiten bano (4). ,,Chacun 
fait qu'il eft plus facile de dire que de faire une chofe". Zavala cite 
Texemple fuivant ( f) : Zeuek daki^ue e^e era gichi galdu doda^ani 
(pour dodaiala). ,,Vous favez que j'ai laiflTe pafTer peu d'occafions". 
II va fans dire que les lois phonetiques doivent etre obfervees, quand 
on fuffixe n ou la. 

Puifque n eft elide devant /, ^an + la devient -{ala; duk + la fait 
duala, puifque le k medial eft elide. Va -\- la fait dela & en fouletin 
diala, plutot par habitude, puifque les lois phonetiques ne s'op- 
pofent pas a la rencontre de a & /. Generalement, quand la vient 
en contact avec une voyelle, on intercale un u ou un e; du & ditu, 
fuivis de la, font duela & dituela. Le / de la eft redouble dans les 
dialecles bafques efpagnols, quand i precede : nendin fait nendilla. 

Mais quelles que foient ces influences phonetiques, c'eft une 
erreur de confiderer ces flexions comme formant une categoric 
fpeciale; ,,il eft" ou ,,que il eft" eft toujours la meme flexion, en 



(1) Verbo vafc, p. 28, trozo 5, n" 22. 

(2) Dedicace du N.-T. 
(5) Jean in, 7. 

(4) Moguel, Echeco efcolia, p. 19. 

(5) Verio vafc., p. 58, n 166. 



f22 

bafque comme en toute autre langue ; & les termes de forme regie 
exquifitive" & ,, forme regie pofitive" devront etre mis au rebut, 
avec routes les autres vieilieries qui embrouillent la grammaire 
bafque. 

La peut etre fuivi de ko ,,de", & correfpond aiors a ,,de que, 

ou de ce que". Vamu nai^ eriru ^eralako. ,,J'ai regret de ce que vous 

(aujourd'hui ,,tu") etes malade". On pent encore faire preceder 

eien, ce qui n'empeche pas qu'on ajoute la a la flexion : dio e^en jan 

.dedala }) i[ die que je 1'ai mange". 

Eta. Cette conjondtion offre la particularite fuivante : fuffixee an 
nom verbal, flechi ou non flechi, celui-ci prend la fignification du 
participe pafle avec ,,ayant" ou ,,etant". Ikitfitd (ikufi-eia) 3:> ayant 
vu'\ Edanda ft pour t apres le n) J5 ayant bu j '. Hanan farm eta. 
Luc xix, jo. ,,Y etant entre". Jainkoak naita, guip. , 3 Dieu voulant, 
c'eil-a-dire : plut a Dieu". Joan da nagufiak agindu diota, guip. ,,,11 
eit parti, le maitre le lui ayant commande^. Yauna, ken niganik 
pekotari galdu bat na\eia (i). ,, Seigneur laiffe-moi, etant un grand 
pecheur". 

"Bay conjonclion conditionnelle, correfpondant a ,,fi"; elle eft 
prefixee a la flexion. La phrafe conditionnelle commence fouvent 
(chez Li^arrague, toujours) parbaldin, ou balin, felon le dialedle. 'Bal- 
din lainkoaren femea bahai^. Matth. iv, 8. ,,Si tu es le fils de Dieu". 

2a refte toujours prefixe a la flexion, quand meme un autre mot 
modifiant vient s'unir a la flexion 5 ce mot precede alors ba cAlba- 
dagik ftl-ba-dagik),joan adi eli^ara (2). ,,Si tu peux, vas a 1'eglife". 
cArtu eipanituen (ei-ba-nituen} ,,Si je ne les avais pas pris". 

'Ba, parait ne pas etre fuivi de la flexion fous fa forme familiere ; 
Chrift dit a Pierre : Haldin hori nai badut (& non badiatj dagoen 
nathoreno, Cer mengoa due hie. Jean xxi, 22. ,,Si je veux qu'il refte 
jufqu'a ce que je vienne, que rimporte". Et cependant Chrift tutoie 
Pierre : cer mengoa due hie. 



(1) Zavala, Vcrbo vafc., p. 58, n* 170. 

(2) Dechepare, Poefies.,p. 8. 



CHAPITRE XXVI. 

LES ADVERBES. 

Les adverbes de lieu hemen on emen, han ou an, huna ou ona, hor 
ou or, s'emploient feulement avecles verbes qui expriment le repos : 
emen, an, or, dago ,,il eft ici, la". Avec les verbes qui expriment 
le mouvement il faut encore le fuffixe ra ,,vers". Ainfi ara (pour 
anra) ou orera noa ,,je vais la". Emen ,,ici" n'eft jamais fuivi de ra; 
on fe fert alors de ona: eton^en da onara ,,'ii vient ici". 

*Bai. L'adverbe d'affirmation bai ,,oui' y s'ecrivait autrefois bay: 
Era hec erran ciegoten: "Bay. Marc, x, 39. ,,Et ils dirent : oui". 

'Bai fe retrouve comme mot expletif^ mais ayant conferve fa figni- 
fication affirmative intadle^ devant les flexions du verbe; on Tecrit 
alors ba. <5\futhaturik ba^abil^a ia afpaldi handian. Dechepare, Poefies, 
p. ^o. 5,Deja depuis longtemps vous allez en changeant (vous 
changez)". TSadakit anhir^ek miretfeko duela. (Axular, Gueroco guero, 
p. 20). ,,Je fais en effet que beaucoup s'etonneront". o4ita nerea 
badakit. Larramendi^ Lettre a Mendiburu. ^Mon pere, je fais en 
effet". On peut comparer ces expreflions a celles qui, en anglais, 
font formees avec le verbe do : I do know; & mieux aux expref- 
fions allemandes ou 1'adverbe eft employe comme en bafque : ich 
weifs ja. 

Dans les dialedles bafques francos, il s'eft etabli une difference 
entre ba & bai. *Ba eft (implement I'affirmation : badakit ,,je fais"; 
cette affirmation n'eft pas rendue en francais, apparemment pour 
aucune autre raifon que parce qu'elle n'eft pas en ufage en fran9ais; 
mais le bafque n'eft pas du francos. En efpagnol on rend ba par 
,,ya",, comme le dit Larramendi; c'eft le gia italien qui correfpond 
fi fouvent a ,,om" . 

Ainfi badet, ya lo tengo efp. ,,}e i'ai". 



tenir, n'acquiert pas plus de vraifemblance , {implement en la 
repetant. 

Le tradudeur des Poefies de Dechepare rend lay par ,,car >:) ; mais 
ces tradudlions ne font pas, & n'ont pas, croyons-nous, la prevention 
d'etre litterales; p. ex. Egun hanan iuge dale mundu ororen iabia, 
TSaytu ororen gainean poieftaie handia(i). ,,Ce jour-la le Maitre de 
jTumvers fera juge, car fa puiflance eft grande". Ne ferait-il pas 
plus correct de traduire ,,il a en erTet, ou, certes, il a grand pouvoir 
fur tout". 

En outre, fi bay ne contenait pas une affirmation., on pourrait, on 
devrait, toujours s'en fervir apres nola, &c., ce qui n'eft pas. Quand 
la phrafe eft interrogative, 1' affirmation ferait un contre-fens, & auffi 
dans ce cas-la nola n'eft pas fuivi de bai; ^ola i$anen da hori? 
Luc i, 34. ,, Comment cela fe fera-t-il"? Par centre: 5\Wa 
minqaiu if an baita. ,,Comme il en avait parle, en effet". 

Quand bay precede la flexion, la forme familiere efl remplacee 
par la forme indefinie : Guciagatic-ere e^ nola nic nai baitut (& non 
baidiatj, batna nola hie. Matth. xxvi, 39. ,,Toutefois, non pas 
comme je veux, mais comme tu veux'\ 

Les dialecles bafques efpagnols ne difHnguent pas entre ba & 
bai; badet ou baidet (2). 

Si Ton n'admettait pas la regie de la grammaire romane, il y 
aurait des cas oil Femploi de bai ferait inexplicable par la regie 
qui a ete don nee comme bafque. P. ex. Era guerrha cedin hura 
iragaiten batmen Sabbarh egun baie^. Marc II, 23. ,,Et il arrivait qu'il 
paiTait un jour de fabbat"... ISaitien n'eft pas regi par un des 
adverbes ou pronoms cites ci-deflus. "Baitien n'efl pas non plus la 
phrafe incidente. 

Autre exemple : Etha guenha cedin, lefus propos hauc acabaturic, 
parti bait^edin Galileatic , eta ethor bait^edin ludeaco ba^terretara. 
Matth. xix, i. ,,Et il arriva que Jefus ayant acheve ces difcours, 
partit de Galilee, & s'en alia dans les quartiers de Judee. 



(1) Poefies t p. 24. 

(2) Voir Larramendi. Dice. f. v. fi. 



La particule affirmative ba precede prefque toujours les flexions 
de eduki & de i^an, quand elles font employees feules ; on ne die 
pas duty mais on dit badut ,J'ai'% & ainfi : banuen, banuke; bada 
!! eft" pour ,,il y a"; ba^en ,,il etait" pour ,,il y avait". P. ex. 
*Bacen prophete/abat-ere. Luc n, 36. !! y avait aufli la prophetefle", 
Cependant Lifarrague ecrit auili la flexion fans ba : Cituan bada 
ga-[pi anaye. Marc xn, 20. ,,Or il (y) avait fept freres". 

L'adverbe de negation q precede la flexion du verbe, qui, fi le 
temps eft compofe, precede le nom verbal; affirmativement on dit: 
i^ango dire, mais negativement on dit : Era biak e^dira aragi bat bji-[ik 
iiango. "Et les deux ne feront qu\me chair ". 

EI perd quelquefois le {; on dit enai-{ pour q/w/j; & fi la flexion 
a un i pour initiale, un des i eft generalement converti en t : et^an 
pour e\ ian. Ohapean nago gorderik, eniro\u ediren. ?J Je me tiens 
cachee fous le lit; vous ne fauriez me trouver". Prov. 3^2 d'Oihe- 
nart. Eniro^u eft pour e^-niroiu (pour nirokeiu, v. p. 3f^^ 3f)- 
Dans la reponfe : E^aket ,Je n'ai garde de vous trouver", un 
des i eft elide, & non pas converti en t; ei-^iaket . Aujourd'hui 
on ecrirait litiaket, en fouletin ; ^ii\akei eft la i re perf. fing. pref. 
potentiel de e\an avec ^vous 33 comme objet. 




TABLE DES MATIERES. 



Pagrt 

AVANT-PROPOS v 

CHAPITRE PREMIER , 

i . Les dialeftes bafques i 

2. Le dialefte bifcai'en a 

] . Le diale&e guipuzcoan 4 

4- Le diale&e labourdin 4 

5. Le diale&e fouletin 5 

6. Les autres dialedes 7 

CHAPITRE II 7 

i. Alphabet 7 

3. Prononciation 10 

CHAPITRE III. Le fyfteme phonetique bafque ij 

i . Les confonnes, les voyelles & les mutations i j 

CHAPITRE IV 25 

i. L'article . 35 

2. Le pluriel de 1'article 36 

CHAPITRE V. Le nom a8 

i . Les differents noms *8 

2. Les modifications du nom -8 

j. Le nom adje&if )Q 

4. Les degres de comparaifon Ji 

CHAPITRE VI. L'agglutination )) 

i . Ce que c'eft que 1'agglutination H 

2. Comme fe fait 1'agglutination }4 

j. Voyelles intermediaires a, e, i, o }4 

4. Voyelles intermediaires a & e 

Voyelle intermediaire i. Suffixe ik J7 

Voyelle intermediaire o 4} 

34 



Page* 

CHAPITRE VII. Lesfuffixes . 44 

i . Ce que font les fuffixes 44 

2. Comment les fuffixes s'uniflent aux noms 46 

3. Les fuffixes avec le nom pluriel 47 

4. La valeur des fuffixes 48 

5. Difference imaginaire entre le fingulier indefini & le pluriel. . . 49 

6. Le fuffixe k (agent) 51 

7. Le fuffixe k (pluriel) 52 

8. Y a-t-il un pluriel indefini? 54 

9. Le fuffixe n; locatif, genitif, pronom relatif, conjondion .... 56 

% 10. Le fuffixe i 62 

ii. Le fuffixe f 63 

12. Le fuffixe dik, tik 65 

g 13. Le fuffixe ko, go 67 

14. Le fuffixe far, ffar 69 

i $. Le fuffixe Aara ou gan 70 

1 6. Le fuffixe gabe 72 

17. Le fuffixe no 75 

1 8. Le fuffixe ra 74 

19. Le fuffixe kin 75 

20. Les fuffixes ronty, baithan, ka 76 

21. Suffixes compofes : kot^M, fko, lako, kiko, rako, rakot^at, rano, 

kilako, gatik 77 

CHAPITRE VIII. Les pronoms 79 

i. Les pronoms demonftratifs 79 

2. Le pronom demonftratif a ,,ce-la" 79 

^ . Le pronom pluriel avec les fuffixes 84 

4. Le pronom fingulier & les fuffixes n, f, ko, dik, ra, ron\. ... 84 

5. Le pronom demonftratif haur, hau, au 87 

6. Le pronom demonftratif him, on 89 

7. Le pronom demonftratif hori, ori 89 

8. Le pronom demonftratif hura 91 

9. Les pronoms perfonnels 92 

io, Forme intenfive du pronom perfonnel 93 

ii. Les pronoms pofleflifs 97 

12. Le pronom reflechi 101 

ij. Le pronom relatif 102 

14.' Les pronoms interrogatifs 103 

15. Les pronoms indefinis 104 

CHAPITRE IX. Les noms de nombre m 

i . Noms de nombre cardinaux in 

2. Noms de nombre ordinaux 112 



CHAPITRE X. Leverbe 

i. Remarques preliminaires 

2. Le verbe en general. Clarification du verbe ,, 7 

3. Les trois formes verbales: le theme, I'adjeftif fc le fubftantif 

verbal 118 

4. L'adjeftif verbal 

> 5 . Le fubftantif verbal 13 

6. Les fubflantifs verbaux invariables 



CHAPITRE XI. Le verbe primitif regulier 12() 

% i. Ce que c'eft que le verbe regulier ia<J 

2. La conjugaifon du verbe en geneYal. Conjugaifons abfolues 

& conjugaifons relatives. Traitements ija 

3. Lettres carafteriftiques dans les flexions du verbe | J4 

4. Le pluriel des pronoms-r^gimes dans les flexions du verbe ... ij8 

5. La conjtgaifon abfolue du verbe primitif tranfitif 141 

6. L'indicatif. Le prefent 142 

7. L'imparfait de 1'indicatif du verbe regulier tranfitif 144 

8. Le fubjon<5tif ,^ o 

9. L'optatif ou potentiel 1^1 

10. La conjugaifon relative tranfitive 153 

ii. La conjugaifon du verbe primitif intranfitif i$j 

12. Le prefent de 1'indicatif 154 

13. L'imparfait de 1'indicatif du verbe intranfitif 156 

% 14. L'optatif ou potentiel 158 

15. La conjugaifon relative du verbe intranfitif 159 



CHAPITRE XII. La formation des modes & des temps des verbes auxiliaires. 160 

i. Remarques preliminaires 160 

2. Modes & temps des verbes auxiliaires 162 

% 3, L'imperataf &. 1'ind'catif i6j 

4 . Futur & conditional. Optatif ou potentiel 165 

5. Le fubjonftif 169 

6. Le potentiel 170 

7. Conjugaifon de euki comme verbe a&if 172 

8. Tableau des modes & des temps de euki comme verbe aftif . . 173 

g I0t Modes &. temps du verbe pe"riphraflique 176 

ii. Le futur 8o 

12. Le conditionnel 181 

i j. La forme du conditionnel dans les diale&es bafques francais . . 18} 

, 4 . Le fubjon&if '85 

15. Le potentiel. Tableau du fubjonftif fc du potentiel felon Zavala 

&. felon nous 187 



Pages 

CHAPITRE XIII. Les verbes auxiliaires I<)6 

i. Obfervations preliminaires , 9 6 

3. Conjugaifon primitive abfolue de e^an , 97 

), Conjugaifon abfolue de e^an comme auxiliaire 2 oi 

4. La fuite des conjugaifons avec ,,me, te, nous, vous" pour objet. 204 

5 . Conjugaifon primitive, relative, de e^an 212 

6. Adin ou edin ,,pouvoir" 2 ,3 

7. La Conjugaifon primitive intranfitive de edin 220 

8. La Conjugaifon abfolue de edin comme auxiliaire 221 

9. L'imparfait de 1'indicatif 222 

10. L'optatif ou potentiel de edin 22 ^ 

ii. Le conditionnel du potentiel 226 

12. L'imparfait du potentiel 2 3 o 

$ 13. L'imperatif 232 

14. Le votif 232 

15. Les conjugaifons relatives intranfitives de edin 235 

1 6. La conjugaifon primitive tranfitive de edin 234 

17. Les conjugaifons primitives abfolues du verbe edin 238 

1 8. Les conjugaifons relatives, tranfitives, de edin 242 

19. Suite; conjugaifons ,,le a toi" &. ,,Ies a toi" 246 

20. ,, ,, ,;le a lui" & ,,les a lui" 247 

21. ,, ,, ,,le a nous" & ,,les a nous" 250 

22. ,, ,, ,,le a vous" & ,,les a vous" 251 

23. ,, ,, ,,le a eux" & ,,les a eux" 252 

24. Le nom verbal eutfi ,,tenir" , 253 

N i . Conjugaifons ,,le a moi" & ,,les a moi" .... 255 

N 2. ,, ,,le a nous" 257 

N 3. ,, ,,le a toi" 259 

N 4. ,, ,,le a vous" 261 

N 5. ,, ,,le a lui" 262 

N 6. ,, ,,le a eux" 264 

25. Le nom verbal egin ,,faire" 266 

26. Les fix conjugaifons primitives de egin 268 

27. Les fix conjugaifons abfolues deegin, comme auxiliaires du fubjon6lif 270 
28. Les douze conjugaifons relatives de egin, comme auxiliaires du 

fubjon&if des verbes tranfitifs 272 

N i . Conjugaifons ,,le a moi" 272 

N 2. ,, ,,le a nous" 274 

N 3. - ,, ,,le a toi" 275 

N 4. ,, ,,le a vous" 276 

N 5. ,, ,,le a lui" 277 

N 6. ,, ,, lea eux" 278 

29. Les fix conjugaifons primitives, intranfitives, de egin, avec un 

regime direft 270 

30. Le nom verbal eroan ou eruan 280 



31. Les fept conjugaifons abfolues du nom verbal eroan, en dialefle bite. a 86 

j a. Les douze conjugaifons relatives du nom verbal eroan en dial. bifc. 390 

N i. Conjugaifons ,,le a moi" 390 

N a. ,, ,,le a toi" a 9 a 

N 3. ,. ,,le a vous" 393 

N' 4- ,, ,,le a lui" a 94 

N 5. ,, ,,le a eux" 396 

5 j. Conjugaifons de *roan nomme auxiliaire avec deux regimes, cor- 

refpondant a ,, avoir", dans lesdialeftes lab., foul., bn., guip. 297 

N i. Conjugaifons ,,le a moi" 397 

N a. ,, ,,les a moi" 305 

N 3. ,, ,,le a nous" 309 

N 4- ,, ,,les a nous" 513 

N 5. ,, ,,le a toi" 317 

N 6. ,, ,,lesatoi" 333 

N 7. ,, ,,le a vous" 336 

N 8. ,, ,,les a vous" 330 

N 9. ,, ,,le a vous" (honor.) 333 

N 10. ,, ,,le a lui" 335 

N n. ,, ,,les a lui" 341 

N la. ,,le a eux" 347 

N 13. ,,les a eux" 353 

35. L'optatif primitif de la conjugal fon abfolue de eroan 358 

}6. L'auxiliaire joan ,,aller" 363 

CHAPITRE XIV. Le nom verbal eduki 366 

i. L'adje&if verbal tranfitif eduki ,,tenu" 366 

2 . Conjugaifon du verbe tranfitif eduki ) 70 

T > . Eduki, euki ,,tenir" comme auxiliaire }7 

4. Conjugaifon de euki comme auxiliaire J75 

5 . Conjugaifons abfolues de eduki avec , ,me, te, nous, vous" pour objet. j 8 1 

N i. Objet ,,me" J 8 

N 2. ,,nous" 385 

N 3. ,,te" )9 

N 4. ,, ,,vous" J9 a 

CHA'PITRE xv 396 

i. Le verbe auxiliaire i^an ,,etre" )9 6 

a. Les fix conjugaifons relatives de. 1'auxiliaire /fan 406 

jsj i Conjugaifon ,, a moi" 406 

N 2. : , ,,a nous" 49 

N 5. - ,,a toi" 4" 

N 4- i> * vous " 43 ^ 

N 5. - ,,alui" 437 

N* 6. ,,6 eux" 4ja 



m 

Pages 

CHAPITRE XVI. Les conjugaifons relatives avec ,,me, le, nous, vous" pour 

objet 456 

CHAPITRE XVII. Tableau du verbe periphraftique conjugue 458 

CHAPITRE XVIII. Les adverbes- 442 

i. Adverbes de lieu (demonftratifs) 442 

2. Adverbes de temps 444 

3. Adverbes de quantite 445 

4. Adverbes de comparaifon 446 

5. Les adverbes d'affirmation, de negation &. de doute 446 

6. Adverbes de qualites 447 

CHAPITRE XIX. Les con'onaions 448 

CHAPITRE XX. La formation des mots 449 

i. Mode de formation des mots 450 

2. La compofition 451 

j. La derivation 454 

4. Les terminaifons 456 

5. Terminaifons qui forment les fubftantifs 457 

6. Terminaifons qui forment les adje&ifs 462 

7. La derivation du nom verbal 466 



LcA 



CHAPITRE XXI. L'article .................... .469 

CHAPITRE XXII. Le nom .................... 470 

i. Le fujet &. 1'objet .................... 47 

2. Accord du nom .................... 47 ' 

3. L'attribut ....................... 47^ 

4. Le nom &. fon qualificatif. ................ 47 J 

5. L'adje&if ....................... 475 

CHAPITRE XXIII. Les pronoms ................. 475 

i. Les pronoms demonftratifs ................ 475 

2. Les pronoms perfonnels ................. 477 

3. Les pronoms poffeflifs .................. 477 

4. Le pronom relatif .................... 47 8 

5 . Les pronoms indefirjis .................. 481 



CHAPITRE XXIV. Le verbe 

i. Les differents genres de verbes ^g. 

2. Le verbe caufatif 4 g 4 

3. Le verbe frequentatif 4 g- 

4. Le verbe reflechi 4 g^ 

Le verbe reciproque 4 g 7 

L'emploi des auxiliaires 4 gg 

7. E-^an comme auxiliaire ^g<j 

8. Edin ,,pouvoir" comme auxiliaire 491 

9. L'auxiliaire i^an ,,etre" 4<^a 

10. Le nom verbal eduki ,,tenir" 494 

ii. Le nom verbal ukan, ukhen 496 

12. L'emploi des modes &. des temps 497 

13. L'imperatif, le fubjonftif &. le votif 499 

14. Les temps 501 

15. Le / comme lettre initiate des }""' perfonnes de I'imparfait du 

fubjon&if 508 

1 6. La flexion relative au lieu de la flexion abfolue 515 

CHAPITRE XXV. Les conjonftions 516 

CHAPITRE XXVI. Les adverbes a 




Lyon. Imp. Aif. Lotas I'crrin *t U.irmol. ruo <1 AiuDoiit. II 77. 



BINDING SECT. QCT 7 1968 



Eys, Willem J. van 
5031 Grammaire compar^e dcs 
E96 dialectes basques 



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