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Full text of "Grammaire dauphinoise: dialecte de la vallée de la Drôme"

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Ouvrage couronné par l'Académie Delphinale 



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IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE BOURRON 

1882 



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Ouvrage couronné par l'Académie Delphinale 



MONTE LIMAR 

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE BOURRON 

1882 



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Ouvrage couronné par P Académie Delphinale 



MONTÉLIMAR 

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE BOURRON 

1882 



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DIALECTE 



DE LÀ 



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PAR 



Ouvrage couronné par l'Académie Delphinale 



MONTE LIMAR 

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE BOURRON 



1882 



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AV. OR. ?N'\X A S 1D j 



AVANT-PROPOS 



^ 



Le parler delphinal s'offre à l'observateur avec d'étonnantes 
variétés dialectales. Cette multiplicité de patois si divergents s'ex- 
plique sans doute par la configuration du sol extrêmement tour- 
menté entre les Alpes et le Rhône. Tous cependant sont des 
congénères de la langue d'oc. Au moyen âge, ils ont suivi le 
roman provençal dans ses principales évolutions et aujourd'hui 
encore, après trois siècles d'isolement, ils attestent leur parenté 
avec l'idiome méridional par les traits nombreux de ressem- 
blance qu'ils tiennent de leur souche commune. 

D'autre part, à cause de sa position géographique, le dauphi- 
nois n'a pu se soustraire à l'influence du français dont il touche 
la lisière. Depuis longtemps il lutte corps à corps avec lui, et, 
dans cette lutte inégale, il se voit chaque jour amoindri et re- 
foulé dans les campagnes ; mais il faudra des années pour le 
chasser de ce dernier retranchement. Les patois ont la vie dure, 
ta Etant donnée cette situation intermédiaire, il est facile de 

l^j comprendre que le dauphinois est un dialecte de transition. S'il 
I - se rattache à la Provence par le fonds qui lui est propre, il appar- 
ie tient aussi à la France du nord par les emprunts qu'il lui a faits 
et les infiltrations qu'il en a subies. 

A ne considérer que le département de la Drôme, deux 
grands sous-dialectes sont à signaler : celui du Midi, parlé dans 
les arrondissements de Nyons et de Montélimar, et celui du 
Nord, en usage dans les arrondissements de Die et de Valence. 
Le premier a bien conservé l'air de famille qui caractérise tous 
les congénères de langue d'oc. Le second, au contraire, s'écarte 



II AVANT-PROPOS 

beaucoup parfois du type provençal, en raison de l'influence 
immédiate du français qui prédomine dans les centres populeux. 

S'il était possible d'assigner une moyenne à ces deux variétés 
linguistiques, il faudrait la placer dans la vallée de la Drôme, se 
dirigeant de l'Est à l'Ouest, des Alpes jusqu'au Rhône, vers le 
canton de Loriol. C'est le dialecte de cette région intermédiaire 
qui fait l'objet de la présente monographie. Je l'ai choisi pour 
type et terme de comparaison, parce qu'il m'est familier depuis 
mon enfance, et aussi parce qu'il possède un certain degré de 
culture, avec un système grammatical parfaitement régulier. 
Ses caractères distinctifs sont les suivants : 

Sous le rapport phonétique, le dialecte de la vallée de la 
Drôme a une tendance marquée à laisser tomber les consonnes 
finales r, t, s,p: vapou, vapeur, respé, respect, na, nez. ^dispa- 
raît très-souvent à cette position: chi, chien, mouli, moulin, bas- 
tou, bâton, quoucu, quelqu'un. L se résout à la manière proven- 
çale en u, mais il tombe parfois : gênera, chœva, agnê, coûté, /et 
g dental se prononcent dz, et g dur se vocalise fréquemment en y 
à l'intérieur des mots : playo (plaga), louyar (logar), neyar 
inegar). Le d latin ou roman disparaît et un v semi-voyelle s'in- 
tercale pour empêcher l'hiatus : âuvir (audire), jôuvir (gau- 
deré). Le groupe et devient eh, qui se prononce ts : pacho 
(pactum), estrecho (stricto), ounchuro (unctura). 11 existe trois 
sons mouillés : gn, Ih et cli, et tous trois peuvent se trouver au 
commencement des mots : gna, race, Ihôure, livre, cliau, clé, 
cliarta, clarté. 

Ai et au s'affaiblissent la plupart du temps en ei et au : meire 
(maire), peire (paire), ôubre (aubre), pôure (paure). Ei corres- 
pond dans bien des cas à es primitif et à oi français : treis, trois, 
rei, roi. Eu français s'est insinué çà et là dans certains monosyl- 
labes et à la terminaison ; il représente quelquefois l'o latin : 
noctem = neu, coctus = queu, post = peui. 

Sous le rapport grammatical, notre dialecte dauphinois offre 
plusieurs particularités. Dans la déclinaison, a atone fléchit en o 
pour le féminin singulier ; mais au pluriel il persiste avec sa 
forme romane as : roso, rosas, festo, festas. Au pluriel des noms 
en e, es se diphthonguent en eis : orne, omeis, ôubre, oubreis, 



AVANT-PROPOS III 

tourre* tourreis. Il existe aussi une forme remarquable de pluriel 
basé sur rallongement de la dernière voyelle. Le pronom pro- 
vençal iéUj je, est à peu près partout remplacé par l'oblique m\ 3 
et dans la conjugaison la première personne se flexionne toujours 
en ou, excepté au futur. 

Au point de vue du lexique la nomenclature delphinale diffère 
peu de celle du provençal. On y trouve pourtant des dérivés du 
latin inconnus à ce dernier; tels sont les substantifs : bojo, sac 
(pulga), fivèlOj agrafe (fibella), nôuchoulo, chouette (noctula), in- 
sieijei, embûches {insidiœ), ca, fromage tendre (caseum), vilhou, 
lien (vinculum), mursou, saucisse (murtatum) ; verbes : char- 
vilhar, chicaner {cavillari), acivar [adcibaré), avelar, arracher 
(avellere), àirar, irriter (adirasci), acàutar (accubitare), eimei- 
rar, changer de lieu (emigrare), foujar (fodicarè), bayoular 
[bajulare), sumir (humere), deigussir, démêler (discutere), etc. 

Les rapprochements avec l'italien sont nombreux et faciles : 
galhofo = galliofo, bloudo = brodo, fourcolo = forcolo, eissu 
= asciutto, bràusi = bronzino, cambetto = gambetta, escoufiar 
= accofare, escoutelar = accoltelar, ciclar = cicolare, assur 
tilhar = assotigliare, graiusar = grattugiare, esquinchar = 
schizzare, s'acoucoular = accocolarsi, s'embloudar = imblo- 
darsi, bensi = bensi, vio! = via I 

Les emprunts faits directement au grec paraissent peu consi- 
dérables. En voici quelques-uns qui paraissent assez authenti- 
ques : cirOj craie, oxtpoç, bletou, verge, ê>.a<iTo<;, bichon* pot, 
ëucoç, pour ou, trou, gniole, Tuopoç, codumèu, couvre-chef, 
>ca>.>.u(X(xa, gna, race, yevea, calabè, hangar, xa^uëv), mingoulet, 
chétif, (xwocoXoç, tubar, fumer, tuçew. Quelques-uns de ces 
mots peuvent appartenir au fonds provençal dans lequel l'élé- 
ment grec a plus d'importance. 

Nous ne parlerons qu'avec une extrême réserve des autres 
éléments étrangers, le tudesque et le celtique. Bien qu'à priori 
on puisse affirmer leur présence dans le vocabulaire dauphinois, 
il est encore très-difficile de déterminer la valeur réelle de ce 
contingent extra-latin. Citons seulement pour mémoire, teichou 
allemand (deutsch), veje, osier (weide),galavar, dormeur {schlo- 
fer), gato, gousse (scatha), creipio, crèche {krippe), lartifle, pomme 



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AVANT-PROPOS V 

Brounsou, bec de fontaine, bron, fontaine. 

Escoua, petit morceau de bois, skod. 

Breide, urine, brémàer, pourriture. 

Sans crainte de se tromper, on peut affirmer que les noms de 
lieux, de rivières et de montagnes doivent fournir un contingent 
nombreux de vocables gaulois ; mais le cadre de cette gram- 
maire est trop restreint pour de plus longues recherches de ce 
genre. Peut-être un jour ces études étymologiques seront-elles 
pour moi le sujet d'un travail à part. 

Etudié en lui-même, notre dialecte présente quelques variantes 
assez notables. Ainsi l'a, placé en dehors de l'accent, s'assourdit 
de plus en plus, à mesure que Ton remonte la vallée. A tel point 
que le Glossaire de Die, par Auguste Boissier, ne contient que 
dix-huit mots commençant par la voyelle a (i). On observe éga- 
lement qu'en suivant la même direction le s se perd et se voca- 
lise souvent en i après un e. A Crest, on dit iêlo, féto, eicoundre, 
eipelir, eitoublo. En cela le Diois manifeste les mêmes habitudes 
que le Briançonnais. Mais à Loriol les formes pures se sont main- 
tenues et l'on dit : testo, feslo, escoundre, espelir, estoublo. Du 
reste nous verrons se produire d'autres dissemblances analogues 
attestant ce fait, que les altérations s'accusent davantage suivant 
qu'on s'éloigne du Rhône. 

Six cantons parlent notre dialecte : Die, Luc, Chatillon, Sail- 
lans, Crest et Loriol. On peut y ajouter aussi, avec certaines ré- 
serves, Valence, Chabeuil et même La Chapelle-en-Vercors. Je 
n'ai ni l'intention ni le moyen de comparer les variétés locales 
de tous ces cantons. Je laisse ce soin de détail à l'observateur 
judicieux, qui fera sans peine les rapprochements qu'il m'a été 
impossible de lui offrir. En fait, mon travail concentré sur un 
point gagnera en profondeur et en précision ce qu'il perd en lar- 
geur et en surface. La vallée de la Drôme, et principalement le 
canton de Loriol, tel est le champ d'observation de cette étude 
philologique. 

11 me reste à faire connaître les sources des textes anciens qui 

(1) C'est aussi le défaut du Bas-Limousin. Diez, Grammaire des 
Langues romanes, 3 e édit., p. 99. 



VI AVANT-PROPOS 

vont être cités dans les parties historiques de cette grammaire 
comparée. Quelque restreints qu'ils soient par le nombre et 
l'étendue, leur importance ne laisse pas que d'être encore assez 
considérable. Le lecteur en jugera. 

XII e SIÈCLE. 

1° Carta de Montilisio, Charte de Montélier, publiée par M. U. 
Chevalier, et annotée par P. Meyer dans la Revue des So- 
ciétés savantes, octobre 1867. Archives de la Drôme. 

2° Hommage de Guigues de la Roche à Aimar II, comte de Va- 
lentinois (1197), publié par U. Chevalier dans la Revue des 
Sociétés savantes, octobre 1867. Archives de Grenoble. 

3° Pancarte de cens (1139), parchemin gothique, rouge et noir, 
3 feuillets. Archives de la Drôme. Non publié. 

4° Cartulaire de St-PauLles-Romans (chartes 90, 23, 28, 29, 
31, 32, 33, 34, 35, 36, 39, 40, 41, 43, 44, 48), publié dans 
le Bulletin archéologique de la Drame. Les chartes de 51 à 
100 appartiennent au siècle suivant. 

XIII e SIÈCLE. 

1° Carta de reditibus de Gigorno, Charte de Gigors (1240), pu- 
bliée par U. Chevalier et annotée par P. Meyer. Revue des 
Sociétés savantes, octobre 1867. Archives de la Drôme. 

2° Testament en dialecte dauphinois (1275), publié par J. Olli- 
vier dans la France littéraire, mai, juin 1836. 

3° Pancarte de cens (1282), publiée par J. Ollivier dans V Estai 
historique sur la vUle de Valence, p. 324. 

4° Fieus de Mons, PEvesque et conte de Valence al chastel de 
Cresl; sans date ; publié par M. Brun Durand dans le Bul- 
letin archéologique de la Drôme, 1878, 44 e livraison. 

5° Deux inscriptions murales de la ville de Die, constatant des 
droits de mitoyenneté. Sans date. 



AVANT-PROPOS VII 

XIV e SIECLE. 

1° Pancarte de cens (1305), publiée par J. OUivier dans V Essai 
historique de fa ville de Valence, p. 3*25. 1831 . 

2° Livre de cens et de raison de la ville de Die (1320). Archives 
de Valence. Parchemin in-12 carré, gothique, non publié. 

3° Tari f de péage à Valence, publié par J. OUivier dans V Essai 
historique de la ville de Valence, p. 296. 1831. 

4° Statuts de l'ordre de Ste-Catherine à la Côte-St- André, texte 
français mêlé de dauphinois, publié par U. Chevalier, Choix 
de documents historiques, p. 35. 

XV e SIÈCLE. 

Fragment d'ordonnance municipale des communes de la Roche- 
St-Secret et d'Alanson (1425), publié par J. OUivier, France 
littéraire, mai-juin 1836, p. 111. 

XVI e SIÈCLE. 

Compte de tutelle provenant d'Âutichamp (1554). Quelques pages 
mêlées de français ; entre les mains d'un particulier de 
Marsanne. 

XVII e SIÈCLE. 

Formules de conjurations (1601). Archives de Valence, 48 pages 
de compte de cens, suivies de 43 receptes dont 33 en vieux 
français et 10 en dialecte dauphinois. Orthographe négligée; 
non publié. 

Les documents sur le xviii siècle me font absolument défaut, 
malgré tout le soin que j'ai mis à les découvrir. 

XIX e SIÈCLE. 

Parabole de V Enfant Prodigue, en diois et en valentinois. Tirée 
des Matériaux pour servir à V histoire de France. Mémoires 
de la Société des Antiquaires. 



VIII AVANT-PROPOS 

Glossaire dauphinois de Champollion. A la bibliothèque de Gre- 
noble. 575 mots. 

Glossaire du patois de Die, par Auguste Boissier, publié par la 
Société d'Archéologie de la Drôme. 

Siège de Solhens, du môme auteur, publié par la Société des 
Langues romanes, sous les auspices de M. Jules Saint-Rémy. 
A. Boissier a laissé une grammaire dioise encore inédite que 
notre aimable provençaliste, Victor Colomb, a bien voulu 
me communiquer. 

Etude sur le patois de Charpey, canton de Chabeuil, par M. Bel- 
Ion: paru dans le Bulletin archéologique de Valence, 1866 
et 1867. 

Essai historique sur la ville de Valence. Tout le chapitre IX con- 
tenant les appréciations de J. OUivier sur le dialecte dau- 
phinois et un glossaire de 130 mots. 

Théâtre patois de Roch Grivel, de Crest. Valence, 1878, chez 
Teyssier et O. 

Relativement à la période du moyen âge, les citations que 
nous avons fournies ont été puisées en majeure partie dans nos 
chartes locales plutôt que dans les œuvres des troubadours con- 
temporains. «La raison de ce fait c'est que ces poètes n'employè- 
rent jamais d'autre langue que le provençal classique. Ils ne 
craignaient pas de le dire ; à leurs yeux, le patois n'était qu'un 
langage corrompu, indigne de passer par la plume d'un écrivain 
du gai saber. Aussi prirent-ils un soin extrême de bannir de 
leurs écrits tout ce qui s'écartait des règles du plus pur roman 
littéraire. Par conséquent ce n'est pas là qu'il faut s'attendre à 
découvrir, ni les idiotismes locaux qui constatent les variantes 
dialectales, ni les formes rudimentaires qui peu à peu ont amené 
le parler delphinal à l'état où nous le trouvons aujourd'hui. 
Quelques vieux livres de compte en lambeaux, des feuilles de 
parchemin égarées nous renseigneront là-dessus beaucoup mieux 
que toutes les poésies des Cours dC amour de Valence et de Die. 
L'objet restreint et tout scientifique de ce travail confirme la jus- 
tesse de mon appréciation. 



AVANT-PROPOS IX 

Le Dauphiné eut sa part de gloire dans le mouvement intel- 
lectuel des xii° et xiii siècles, âge d'or de la littérature proven- 
çale. 

Au premier rang de nos illustrations, il faut placer notre char- 
mante comtesse de Die, qui « fo moeller den Guillem de Pei- 
« tieus, bella dompna et en amoret se den Raembaut d*Aurenga 
« et fetz de lui mains bons vers et a qui sont escriutas de las soas 
« chansos. » Elle vivait vers le milieu du xn e siècle. 

A cette époque chantait aussi le troubadour Ogier ou Ugier, 
originaire de Vienne ou de St-Donat : t Fetz bons descortz, di- 
« sent les manuscrits, e fez sirventes joglarese que lauzava luns 
« e blasma los autres. » Il séjourna longtemps en Italie. 

Vient ensuite Folquet de Romans : « Bons joglars fos présen- 
te tierz en cort e de gran solatz e fo bien honoratz entre la bona 
« gen e fetz sirventes joglarese de lauzar los pros et de blasmar 
« les malvatz. » 

Guillaume Magret naquit également dans le Viennois ; mais il 
fut, paraît-il, un compagnon de la bohème d'alors, hantant les 
jeux et les cabarets « jogaire et taverniers, » au rapport de ses 
biographes. 

A la fin du xin° siècle, le haut Dauphiné donna le jour à Al- 
bert, fils du jongleur Nazur. Il servit les muses alpestres du 
Gapençais. 

Enfin, peu après, la Dame Bierris, Nabierris, s'illustrait à 
Romans par ses poésies dont une seule est parvenue jusqu'à nous. 

Il faudrait peut-être ajouter à cette liste le nom du célèbre 
Raymond Vidal, l'auteur du Donatz proensalê. Le titre de Be- 
saudun qu'il se donne permet de supposer qu'il fut d'origine 
dioise. Il nous reste de lui, outre sa grammaire, six pièces dont 
trois assez étendues. 

En terminant cet aperçu préliminaire, je prierai le lecteur in- 
dulgent de pardonner l'aridité et l'imperfection de ces pages, qui 
m'ont coûté -de longues recherches. Dans les travaux du genre 
de celui-ci, les défauts de style sont excusables lorsqu'ils sont ra- 
chetés par la richesse du fonds et l'abondance des faits. Sous ce 
rapport, je crois avoir glané une bonne gerbe dans le champ 
dauphinois. J'ai accumulé nombre de faits linguistiques; je les ai 
classés et analysés de mon mieux, en m'appuyant sur l'autorité 



X AVANT-PROPOS 

des maîtres de la science. Paisse cette grammaire intéresser les 
savants qui s'occupent à étudier l'histoire de notre province ; 
puisse-t-elle surtout mériter l'approbation des illustres roma- 
nistes qui contribuent pour une si large part au réveil littéraire 
et au mouvement intellectuel de nos contrées méridionales. Plu- 
sieurs d'entr'eux m'ont fait l'honneur d'un sympathique appui : 
je suis heureux de pouvoir ici publiquement leur offrir l'expres- 
sion de ma gratitude. 

L'Abbé L. MOUT1ER. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



CHAPITRE PREMIER 
VOCALISME 



SECTION PREMIÈRE 



VoyeWe*, MHpMhot%g**e9 9 Cof»#oi»i»e# 



§ 1". — VOYELLES 

On compte huit voyelles dans le dialecte de la vallée de la 
Drôme. Ce sont : 

a, e, i, o, u, y, ou, eu. 

Toutes se prononcent comme en français, excepté e et y. 
E n'est jamais muet et doit toujours être traité comme é. 
F a un son dur qui se rapproche du y anglais dans le mot 
ycar. C'est une semi- voyelle et jamais elle ne s'emploie pour 
deux t. 

Chaque voyelle est susceptible de trois degrés d'intensité; 
elle peut être brève, longue ou atone, suivant la place qu'elle 
occupe dans le mot. Elle est en général brève avant l'accent 
tonique, longue sous l'accent et atone après. Ainsi dans le 
pluriel camaras, sacs, le premier a est bref, le second est 
long et le dernier est atone. A la fin des mots, è ouvert ou 
long ne peut pas être atone. Nous considérons eu et ou comme 



2 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

de véritable? voyelles, parce que ce sont des sons simples; 
mais eu est d'un emploi assez rare et trahit souvent une in- 
fluence française. 

La concomitance nasale, à la suite des voyelles a, e, i, u, 
ou, eu, donne lieu aux sons an, en, in, un, oun, eun, dans 
lesquels chaque voyelle conserve le son qui lui est propre. 
Le on français est en usage à Valence. 

§ 2. — DIPHTHONGUES 

Ai, aou. 

Ei, èou, éou, eui. 
la, ié, iè, io, iou, iou. 
Va, uè, ui, uo, Hou. 
Oua, oué, oui, ouo, àou. 

Suivant l'ancienne orthographe et avec les félibres, nous 
retrancherons un o dans les diphthongues aou, eou, oou et 
nous les transcrirons au, eu ou eu et ou. L'o sera maintenu 
dans iou et uou. 

TRIPHTHONGUES 

lai, iau, ieui, iou. 
Ouai, ouei, ouau. 

Les accents employés dans ce travail sont l'accent grave et 
l'accent aigu; le premier sur l'a (à) et sur Ye (è) ; le deuxième 
sur Ye (è), pour le distinguer de Ye atone, sur Yi et sur l'o 
dans les diphthongues iou et ou. Dans toutes ces positions, 
ils coïncideront l'un et l'autre avec l'accent tonique. 

§ 3. - CONSONNES 

Les consonnes de notre dialecte sont celles de l'alphabet 
français, moins k et œ. La prononciation des autres pré- 
sente les particularités suivantes : 

J se prononce à peu près comme le £ grec et sa transcrip- 
tion pourrait se représenter par dz. Il en est de même de g 






GRAMMAIRE DAUPHINOISE 3 

devant e et t. Exemple : jàri = dzàri, gergelino = dzer- 
dzelino. 

Ch rappelle le son du c italien dans cibo, mais un peu plus 
doux. C'est une dentale sifflante qui se transcrit d'une façon 
adéquate par ts. Ex. : chambo = tsambo, chiero = tsiero, 
chouso = tsôuso. Le domaine de cette consonne est très- 
étendu. Placée devant a, elle est la mutation ordinaire de ca 
roman et constitue un des caractères spécifiques de notre 
dialecte. Au Queyras, dans les Alpes, ch à la même valeur 
qu'à Die et à Grest. En dessus de l'Isère, le son de cette lettre 
est tout à fait chuintant comme en français. 

C et g sont durs devant a, o, u; ils ont le son doux devant 
e et i; c'est la règle française. 

S et ss se prononcent toujours comme en français. Parfois, 
ils peuvent tenir lieu d'un x primitif, comme dans eisemple 
= fexemplumj, eissart = (exaratus), eissam = (examen). 

On distingue trois sortes de sons mouillés, pouvant se 
trouver au commencement comme dans le corps des mots. 
Ce sont gn, lh, cl. Gn est souvent représenté par nh ou hn 
dans nos vieux manuscrits : senhor, vehna, campahna. Lh est 
un signe graphique beaucoup plus commode que les deux / 
précédés d'un i. A Die, lh se vocalise en y comme en Pro- 
vence : famiyo, payo, grayo. Quand / et n sont suivis de ta, 
ie, io y ils sonnent comme lh et gn : Ihôure = (liber), Ihoum 
= (legumenj, tegno = (tenebat), vegnant = (veniebant) ; 
mais nous conservons l'orthographe étymologique. Dans cer 
tains cas lh correspond à gl prononcé à l'italienne : alhand, 
gland, ounlho, ongle, lha, glace. Le son mouillé cli est très- 
doux et n'a pas d'équivalent en provençal : cliau, clé, cliar, 
clair, escliop, sabot, miraclie 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



SECTION DEUXIEME 



Les consonnes sont la substance plastique du mot, et ce 
sont les voyelles qui leur communiquent la vie. Dans cha- 
que mot, il y a un point culminant c'est-à-dire une surélé- 
vation de voix appelée accent tonique. L'importance de cet 
accent est capitale parmi les langues romanes, parce que 
c'est sur lui que repose l'économie des voyelles et des con- 
sonnes, et que grâce à ce noyau résistant, les radicaux latins 
ont été préservés d'une entière destruction. En dauphinois, 
son rôle est aussi prépondérant qu'ailleurs. 

Trois choses sont à examiner dans cette étude sur l'accent 
tonique : 1° la place qu'il occupe; 2° les déplacements qu'il 
a subis; 3° son influence phonétique. 

§ i« — PLAGE DE L'ACCENT 

1. — L'accentuation des verbes sera traitée à part, à la suite 
des conjugaisons. Il ne s'agit ici que des mots déclinables. 
Le signe de la tonique sera l'accent grave (') pour les voyelles 
longues, et l'accent aigu (') pour les voyelles brèves. A la fin 
des mots nous n'accentuerons que Ve fermé et Ye ouvert. 
Soulé, paré, respè, cubercè. Pour les autres voyelles, l'accent 
à cette position sera indiqué par les consonnes finales r, s. 
L'accent sera marqué aussi à la pénultième des noms de la 
cinquième déclinaison terminés en ou et en t, c'est-à-dire 
lorsque ces deux voyelles ordinairement accentuées (% = in, 
ou = oun) doivent être prononcées atones. Tonique grave : 
armàri, sèti, màchou, tùssi; tonique brève : cdscou, téichou, 
utii, gàbi, qùntous. 

A. — L'accent est sur la finale aux trois dernières décli- 
naisons ; à la deuxième pour les noms en et, à la première 
pour les noms en io provenant de primitifs en ido et wdo, et 
enfin dans tous les participes féminins de même forme. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 5 

1" déclinaison : partio, partie; venguio, venue; fenio, finie. 

2* — crouvet, brounchet, soulet, moulet. 

3 e — àucè, coûté, chava, gênera. 

4 e — peru, achou, courpa, vese. 

5 e — quintau, reinard, perlus, arpei. 

Il faut noter qu'à cette position l'accent n'a pas une tona- 
lité fortement assise. 

B. — L'accent tonique_se place sur la pénultième : 1° Dans 
tous les noms de la première et deuxième déclinaison, moins 
les exceptions mentionnées plus haut ; 2° à tous les noms de 
la cinquième déclinaison en i et ou atones. Exemple : 

1" déclinaison : roso, pouarto, fivèlo, canisso. 
2* — àubre, roure, nouse, derbese. 

5* — èli, càrcii tâstou, jàfi. 

C. — L'accent est sur l'antépénultième dans un certain 
nombre de mots de la première déclinaison à forme diminu- 
tive, tels que rèboulo, gerboula, fourchino } oumbrino. 

D. — Enfin l'accent a une tendance à se faire sentir sur la 
quatrième syllabe des formes allongées, comme sauvagino, 
àucelino, passerilho, bretobouno. 

2. — L'accent tonique, dans les mots composés, est sou- 
mis à des règles particulières qui peuvent se formuler ainsi : 

A. — Dans les noms composés, chaque élément conserve 
sa tonique, mais il y en a une qui est plus accentuée que 
l'autre. 

B. — L'accent principal est presque toujours celui du mot 
le plus long. 

Exemple : Palus ferri, pôu-ferre ; galli lignum, ja-ligner ; 
caprœ folium, chabro-fé ; média nocte, meya-neu ; rotat digi- 
turrij roudo-det ; arbor directa, ôubre-dret. 

C. — Dans les composés de deux syllabes, l'accent princi- 
pal est sur la première : Pretium factum, prèfa ; grande fac- 
tum. granfa; médium crementum, mei-crei. 



6 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

D. — 11 se trouve sur le dernier mot si celui-ci est de la 
cinquième déclinaison : Piso-sau, mita-part, viro-vou, ficho- 
sàu, escato-bàri, crèbo-chàssi. 

E. — Enfin dans les verbes composés (nom -f- verbe), l'ac- 
cent principal porte sur le verbe : Pellem mutare, peu miar ; 
fimum urgere, foum ourjar; manu tenere, man tene. 

§ 2. — DÉPLACEMENTS DE L'ACCENT 

1. — L'accent tonique a reculé : 

A. — Dans les noms latins en t'a : patriyo (patria), Italiyo 
(Italia), agouniyo (agonia) ; mais il y a de nombreuses ex- 
ceptions. 

B. — L'accent a reculé sur les finales diminutives et, ou : 
fenestrou (fenestra), achou (asciaj, sublet (sibilum), moullet 
(mollis). 

2. — La tonique s'est projetée en avant : 

A. — Dans les adjectifs verbaux : Couffle (conflatus), efle 
(inflatusj, levé (levatus), couarbe (curvatus), preste (prœsta- 
tus). 

B. — Dans les mots qui ont en latin ionem et iosus à la 
flexion, i prend l'accent et de bref devient long : escourpiou 
fscorpionem), naciou (nationem) , curious (curiosus), furious 
ffuriosusj. Dans le Diois, l'accent persiste sur Vo, mais il en- 
traine la diphthongaison de cette voyelle, en sorte que iou 
devient iàu (= ioou). Du reste, notre diphthongue iou, 'pro- 
vençal iéu, se rend toujours à Die par iou : miou, miéu, miôu, 
riou, riéu, riàu. 

§ 3. — INFLUENCE DE L'ACCENT 

1. — Voyelle sous l'accent. — Dans cette position, il est 
de règle qu'elle se renforce, et cela peut se faire de deux ma- 
nières, soit par allongement, soit par diphthongaison. Ainsi, 
les brèves deviennent longues dans bàri (paries) rnbi (ra- 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 7 

tries), mission (missionem), Diou (Deus) ; brèves et longues 
peuvent se diphthonguer : bouan (bonus), Hoc (locus), pouarto 
(porta), eigre (acrem), peiro (petra), estialo (stella), veire 
(vitrum). 

2. — Voyelle avant l'accent. — Sa chute est fré- 
quente dans ce cas : bounta (bonitatem), sublet (sibilum), 
acôuta (acubitatus) , espanla (expannulatus). Les diphthon- 
gues elles-mêmes sont soumises à cette loi d'amoindrisse- 
ment. Ai, devient et, et au s'affaiblit en du : meimai, lei-vàu, 
mdufar, pâufèrre. A Die, a prétonique s'affaiblit en o : ognè, 
agneau; odret, adroit; obriâu, avril. 

3. — Voyelle après l'accent. — C'est dans cette position 
surtout que l'action absorbante s'est fait sentir de la part de 
la tonique. 

A. — Perte de la flexion latine : c'est le fait qui domine 
dans la formation des langues romanes. 

B. — Perte de la brève et souvent de la consonne qui lui 
est jointe : fenno (femina), amenlo (amygdala), franlo (fun- 
dula), sduse (salicem), masclhe (masculus), gralho (graeu- 
lus), estoublo (stipula), coublo (copula), pousterlo (poste- 
rula). 

C. — Souvent aussi la destruction a été plus grande et des 
syllabes entières ont disparu : ja (gallus), meui (melius), 
peui (podium), arté (articulus), pelho (pellicula), broua (bro- 
gilus), eu (oculus), o (augustus). 

Cependant, il ne faudrait pas trop se prononcer sur les 
énormes réductions que certains mots paraissent avoir subies 
en passant dans le milieu roman. C'est ainsi que ja, en pro- 
vençal gau, peut fort bien venir en droite ligne non du latin 
gallus, mais du mot autoctone dépourvu de flexion. De même 
le substantif eu, en provençal uèc, se rapproche beaucoup 
plus de l'archaïque occus que du dérivé oculus. L'équivalent 
grec est un monosyllabe (oty) . Pourquoi le celtique n'aurait- 
il pas eu une forme semblable à transmettre à l'idiome nou- 
veau ? Quand on considère dans notre dialecte des formes 

2 



8 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

écourtées comme chi (canis), creis (crescentia), et qu'on les 
compare aux monosyllabes bretons ci et cresk, qui ont le 
même sens, on ne peut s'empêcher de douter de leur prove- 
nance latine. Nous ne voulons rien affirmer en cette matière; 
mais il nous parait bon d'émettre ici un doute au sujet de 
l'anéantissement complet du fonds gaulois dans nos pro- 
vinces méridionales. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 9 



CHAPITRE DEUX 



PHONETIQUE 



Les lettres qui entraient dans la composition des mots la- 
tins et romans, sont loin de s'être conservées intactes dans 
les divers dialectes de la langue d'oc. Les unes se sont per- 
dues totalement ; les autres, tout en s'y maintenant, n'ont 
su garder ni leur valeur ni leur place respective. Prenons 
par exemple le verbe laborare, avec son dérivé dauphinois 
ravourar. A première vue, l'identité de ces deux mots parait 
fort douteuse ; mais après un examen attentif des lois pho- 
nétiques, on s'aperçoit vite que leur différence est le résultat 
de modifications parfaitement régulières. Ainsi la disparition 
de Ye final, le changement de b en v, de o en ou et de l en r, 
révèlent autant de faits rigoureusement conformes aux ten- 
dances qui ont présidé à la formation de nos dialectes méri- 
dionaux. Il est donc trèa-important de connaître les diffé- 
rents procédés suivant lesquels se sont opérées toutes ces 
modifications successives. Dans ce but, nous allons considé- 
rer à tour de rôle les voyelles, les diphthongues et les con- 
sonnes. Pour plus de brièveté, nos rapprochements se feront 
toujours sous la forme d'équation algébrique. 



SECTION PREMIÈRE 



MBem Wayeiie& 



Les voyelles étant l'élément le plus instable des mots, il 
ne faut pas s'étonner des nombreuses perturbations qu'elles 
ont éprouvées. La théorie de leurs changements doit fixer ici 
notre attention. 



10 GRAMMAIRE DAUPHINOI8E 



MUTATION DES VOYELLES 



Les voyelles peuvent se modifier de deux manières : soit 
en permutant entre elles, soit en s'élargissant. Dans le pre- 
mier cas, il y a apophonie, et dans le second, renforcement 
ou diphthongaison. 



Apophonie. — Cette voyelle a persisté : 

A. — Dans les féminins pluriels de la première déclinai- 
son : eigas = (aquas), chabras = (capras), yelas = (Mas); 

B. — Dans les noms en as, atis : bounta =(bonitas), cliarta 
= (claritas); 

C. — Devant les nasales : gran = (granum), fam = (fa- 
més), lano = (lana) ; 

D. — Dans une foule de mots, tels que : pra = (pratum). 
lat = (lactem), gra = (gratum), eichalo = (scala). Ailleurs, 
o permute de la manière suivante : 

1° A = è : Dans les noms : grème = (gramen), abè = (ab- 
bas), mèr = (marc) ; dans les verbes : amès = (amatis), 
chantés = (cantatis), chantèssou = (cantassem). 

2° A = e : resou = (rationem), sesou = (sationem), amem 
= (amamus), fasem = (faciamus), disem = (dicamus). 

3° A = i : chi = (canis), jitar = (jactare), amàvim = 
(amabamus), làuvèrim = (laudaramus), diguèrim = (dixera- 
mus). 

4° A = o. C'est de règle à la flexion des noms et adjectifs 
féminins : roso = (rosa), alo = (ala), tôulo = (tabula), neiro 
= (nigra); à la troisième personne des verbes pouarto = 
(portât), amo = (amat), tertio = (tenebat). A Crest et à Die 
cette mutation est de rigueur pour a prétonique : omem = 
(amamus), chova = (caballus). 

5° A = ou à la première personne singulier de l'imparfait 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 11 

et du plus-que-parfait : èrou = (eram), amàvou = (amabam), 
diguèrou = (dixeram), aguèrou = (habueram). 

Diphthongaison. — A = ei en passant par ai roman : mei- 
sou = (mansio), peire = (pater), meire = (mater), teissou = 
(taxo), eigre = (acer), leissar = (laxar), peisse = (pasceré), 
neisse = (nasci). 



Le plus souvent, cette voyelle se maintient devant deux 
consonnes et dans une foule de cas : tèrro = (terra), agnè = 
(agnellus), festo = (festum), tèlo = (tela), mèu =, (mel), avèr 
= (habere), sèti = (sedes), pèd = (pedem). Les mutations à 
signaler sont : 

Apophonie. — 1° E = a accidentellement : jala = (ge- 
latus), samenar = (seminare) y avanir = (evanesceré). 

2 9 E = i : liçou = (lectionem), missou = (messis), gi- 
nou = (genu) y pitre = (pectoris), pigno == (pectem), ciro = 
(cera), vérin = (venenum), miou = (meus), Diou = (Deus). 
De même au subjonctif : àmim = (amemus), chantis = (can- 
tetis). 

Diphthongaison. — 1* E = ei. Ce renforcement a lieu : 

A. — Au pluriel des noms en e, é, et : orne omeis, tourre 
tourreis, paré pareis, moulet mouleis ; 

B. — Devant un s : treis = (très), deveis = (debes), teneis 
= (fenes), eis = (est). Dans un manuscrit du xni # siècle, ve- 
nant de Die, on trouve la double orthographe desme et dey me, 
esteve et eyteveneta; 

C. — Devant toute autre consonne : peiro = (petra), pei- 
trau = (pectorale), eisemple = (exemplum). Les particules e 
et de subissent cette mutation invariablement ; esbandir, épa- 
nouir ; deifar, défaire ; deicreisse, décroître. 

2* E = ie : bien = (bene), fiebre = (febris), siervou = (ser- 
vit)). Dans sieis (sex), on trouve un exemple de ce double al- 
longement de e. 



12 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

3* E = ia : tialo == (tela), mousticUo = (mustela), estialo 
= (stella), mialar = (melare), urne à miel. 



En principe, i se maintient dans sa position latine : ribo 
= (ripa), pi = (pinus), espio = (sptca), gracio = (gratia), 
bestio = (bestia), ràbi -= (rabies), escriàure = (scribere). 
Voici quelques exceptions : 

àpophonie. — / = e : reje = (rigidus), dé = (digitus), 
peru = (pirum), set = (sitis), fege = (ficatum), fé = (fides) } 
pesé = (pisum\ fem = (fimus), sens = (sine), se = (sinus), 
et dans les verbes : bevou = (bibo), fresissou = (frigesco), etc. 

2° / = u, mutation rare : lumasso = (Umax), cvble = 
(criblum), sublar = (sibilare), comparez le latin sufflare. 

Diphthongaison. — 1* / = ia. Cas fort rares : viaje = 
(vice), fialar = (roman filar), vialo = (villa), arzialo = (ar- 
gilla). Comparez le valaque siate= (sitis), viarde = (viredis). 

2° / = ie : vièrjo = (virgo), insiejei = (insidiœ). 

3° / = ei. Ce changement s'opère surtout pour la particule 
di dans les mots composés : deiluge = (diluvium), deigerir 
= (digerere), deivertir = (devertire), deimunir= (diminuere). 
On le rencontre aussi ailleurs : peissou = (piscis), treipès = 
(tripes). 



Cette voyelle, quoique la plus variable de toutes, persiste 
encore dans un certain nombre de mots : molo = (mola), 
solo = (solea), codou = (cotes), novo = (nova). 

Mais ailleurs elle s'affaiblit ou se renforce presque tou- 
jours. 

Apophonie. — 1* = ou. Il est fort possible que ce ne soit 
pas une mutation ; probablement le son de Vo bref devait se 
rapprocher de ou : noud = (nodus), courouno = (corona), 
ounour = (honor), plourar = (plorare), chantou = (canto), 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 13 

amou = (amo). Cependant la longue est traitée de la même 
manière : flour = (florem), oulo = (olla), pourtau = (porta), 
etc. 

2° = a : nastre = (noster), frarU = (frontem), valou = 
(volo), malou = (mollio). Dans ces cas o s'était d'abord élargi 
en oua; ensuite ou est tombé et a seul est resté. Ces vocables 
appartiennent donc à une seconde génération romane. 

3° O = e : fermise = (formica), prepau = (propositum), 
espelha = (exspoliatus), felho = (folium), peple = (populus). 
Pour ces deux derniers, la forme romane fuèlha et puèble 
fait croire que Vu sera tombé en dauphinois. 

4° O = eu : neu = (noctem), queu = (coctus), eu = (occu- 
lus), peui = (podium), heui = (hodie), leun = (longe). Oi et 
ui sont les mutations correspondantes dans les autres dia- 
lectes. 

5° O = u : durmir = (dormire), sumilhar = (sommeiller), 
juar = (jocare). cubrir = (cooperire), dubrir = (deoperire). 
On trouve aussi o = t par accident : grinlol = (crotalum), 
pipier et pibou = (populus). 

Diphthongaison. = O s'est renforcé de bien des façons re- 
marquables : 

1° O = oua surtout devant n et r : pouant = (pontem), 
fouant = (fontem), bouan = (bonus); mouart = (mortem), 
fouart = (fortis), couar = (cor), souare = (soror), pouare == 
(porrus), pouartou = (porta), defouaro = (de foras). 

2° O = ouei : poueisou = (potionem), foueiro = (foria), 
noueiso = (noœia). 

3° O = uè : cuèr = (corium), uèrje = (hordeum), duèrmou 
= (dormio), cuèbrou = (cooperio), muèrou = (morior). 

4° O = io dans les quatre mots suivants : fioc = (focus), 
Hoc = (locus), biàu = (bovem), iou = (ovum). 

5° O = au : ôudour, ôubeir, éucupar, âufrir. Il en est de 
même à la flexion romane os : nous = (nos), mous, tous, sous, 
eléus, quntous, questôus, etc. 



14 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

On remarque que ces manières de renforcer o sont com- 
munes à tous les idiomes romans. Le français seul s'en 
écarte sensiblement avec ses formes oi, œu y oe, ui. Italien uo, 
valaque oa, espagnol ue. Au Queyras et à Marseille on a pa- 
reillement oue. Le dialecte d'Avignon est tout à fait étranger 
à ces mutations. 

U 

La prononciation normale de cette voyelle était ou. Dans 
tout le domaine néo-latin il n'y a que le français qui ad- 
mette la prononciation allemande. 

1° U= ou : nouse = (nucem) y crous = (crux), pous = (pu- 
teus), goulo = (gula), ploumo = (pluma), rout = (ruptus), 
tourtouro = (turtur), roumese = (rumicem), pouar = (pu- 
tare), etc. 

Le son tudesque a prévalu très-fréquemment, et cela, pa- 
raît-il, en dehors de l'influence française : burre, beurre ; 
pun, poing; mut, muet; purri, pourri; musi, moisi; bulir, 
bouillir; jugne, joindre; adurre = (addueere), mudar = 
(mutare), prurre = (prurire.) 

2° U = i devant les voyelles : 

A. — En position latine : tiou = (tuus), siou = (suus); 

B. — En position romane, après la chute d'un d ou d'un g : 
nio = (nuda), venguio = (vengudo), beguio = (begudo\ 
belho pour belio = (belugo), siour = (sudor). On a aussi par 
accident : imour = (humor), machirar = (maculare), 

3° U = o : bojo = (bulga), rijolo = (régula), gandolo = 
(vadulum de vadum), fourcolo = (furcula de furca). 

Diphtongaison. — U s'est renforcé de plusieurs façons : 

1° U = au : nôuvi = (nuptus), gàunio s'il vient de cuneus, 
plôure = (pluere)) ràumiar = (ruminare), acéutar = (accu- 
bitare), nâurir = (nutrire),subôumar = (sub humareï), Ihàu- 
chou = (lutuosus). 

2 # U = ouei. Cette surcharge s'opère en passant par un o 



GRAMMAIBE DAUPHINOISE 15 

roman : escoueire = (excutere), rom. secotere, noueis = (nu- 
cem), rom. nose, boueis = (buxum), rom. bos. 

3° U = io dans miolo pour mwoto = (mula). U= idu, cour- 
niàulo = (cornula), piôucèle = (puticella). 



Cette voyelle grecque offre peu de particularités. Elle a 
gardé sa valeur primitive dans tumbo = (tu(/.6oç) , tubar = 
(tuçg>) , fumer. Elle est devenue ou dans croutou = (xpuwroç) f 
grotte, et tdansvtrar = (yupw). Les exemples pour ces deux 
derniers cas sont assez nombreux ; mais ils décèlent une in- 
fluence latine. 

REMARQUE SUR LES DIPHTHONGUES ET SUR L'HIATUS 

I. — En parcourant le riche tableau des diphthongues, on 
a dû s'apercevoir que bien peu d'entre elles se rattachaient 
au latin, du moins en apparence. Voici ce que sont devenues 
les formes anciennes œ, œ au, eu. 

JS étant sorti de ai, s'est affaibli en ei, comme de cou- 
tume : Eigito = (JSgyptus), eigau = (œqualis). Dans eime 
(œstimatio), rom. esme, l'i semble être une vocalisation de 
Vs. Partout ailleurs œ composé des deux sons simples a + e 
se résout en l'un de ces éléments. 

1° JS = a. Il y a peu d'exemples de cette résolution : 
aram = (œramen), quatre = (quœrere), afachilhas = (fœ- 
ces), résidu, criblures, barulet = (sphœrula). 

2° JE = e. C'est la mutation la plus fréquente : prestar = 
(prœstar), estiàu = (œstivus), cebo = (cœpa). 

OE à son tour s'est simplifié en e : fé = (fœnum), fenno = 
(fœmina), peno = (pœna) (1). En quelques endroits il est re- 
monté à ié, ciè = (cœlum), siècli = (sœculum). 

Au persiste intact dans pau = (paucus), peu ; mais pres- 

(1) Cementèri (cœmeterium), de fèci (de fœdus), honte. 



16 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

que toujours il s'amincit en du : chduso = (causa), 6uro = 
{aura), péure = (pauper), léuvar = (laudare), jduvir = (gau- 
dere). 

Le latin caïUes a donné càdou ; cauda a produit la double 
forme cuyo et coua ; cependant il pourrait se faire que coua 
fût le dérivé direct du roman coda, après la chute normale 
du d. 

La diphthongue eu se change en u d'après le même dé- 
doublement : Uropo = (Europea), Uzèno = (Eugenius), Ulali- 
= (Eulalia). Le contraire est arrivé dans lègo pour leuca; 
c'est la première voyelle qui s'est maintenue. Une déviation 
assez forte s'est produite pour le mot rheuma ; en passant 
par le roman rauma, nous en avons fait rôuma, rhume, et 
rama, averse. 

II. — Notre dialecte tient de la vieille langue une ten- 
dance marquée à éviter l'hiatus, c'est à dire la rencontre de 
deux voyelles dans deux syllabes distinctes. Trois moyens 
sont employés pour cela : 

1° L'élision. Elle a lieu : 

A. — A la fin de l'article lou et la, les pronoms me, te, se, 
quele, queste, qunte, quàuque, finalement à tous les mots qui 
se terminent par un e ou un o atones. Ex. : l'&ubre, pour lou 
ôubre, quel amo, pour quelo amo. Toutefois l'élision comme 
en français n'a lieu que pour la prononciation. Selon l'usage 
provençal, nous ne retranchons pas les e et les o dans l'écri- 
ture. 

• 

B. — Au commencement des mots : esta, agu, aver, ana, 
anar, un, en. Ex. : Sidu 'sta, vei 'nar, ai } n orne, j'ai un 
homme, vei 'n Prouvenço. L'initiale a peut disparaître aussi 
dans un certain nombre de noms et de verbes ; ainsi l'on 
peut dire un 'apersio ou uno persio, une pêche ; me dusio ou 
m'adusio. 

2° La contraction se fait par l'union de deux voyelles en 
une diphthongue, ou par le rapprochement de deux diph- 
thongues ; lio, il y a; vou ai, je l'ai; vou ei, cela est, oui. 



GTAMMAIAE DAUPHINOISE 17 

Le même résultat se produit à l'intérieur des mots après la 
chute des consonnes. Ex. : Vai = (vadit), chai = (cadit), 
pouar (monosyll.) = (putarë), coueire = (coquere), notaire 
= (nocere), foueire = (fodere), muar = (mutare). 

3* L'insertion s'emploie aussi pour empêcher l'hiatus. 
Les lettres intercalaires sont n, v et y. 

A. — Entre des mots qui se suivent : a-n-ele, à lui; a-n- 
un, à un ; n'ai-v-un, j'en ai un ; aveuro (a-euiro) ; n'ai-y-un, 
j'en ai un; que-y-as, qu'as-tu? 

B. — Dans le corps des mots, la perte d'un d roman amène 
presque toujours la lettre euphonique. Tantôt c'est un v : 
lôuveto = (alauda), ôuvir = (audire), jôuvir = (gaudere), 
lôuvar = (laudare); tantôt c'est un y : fayo = (fada), feyo = 
(feda), cleyo = (cleda), seyo = (seda), chayou = (cado), 
creyou = (credo), veyou = (video), riyou = (rideo), etc. 



SECTION DEUXIÈME 



Permutation de* eoNfomief ettr'eile* 



§ 1". — GUTTURALES 



La valeur primitive de cette consonne était k, et son inté- 
grité parait s'être maintenue jusque vers le vi a ou vn # siècle. 
A partir de cette époque, nous la voyons s'affaiblir de diffé- 
rentes manières. 

1° — C = ch. La chuintante a pris la place de la gutturale 
à la rencontre d'un a : chalendas = (calendœ), chabro = (ca- 
pra), chanebe == (canabis), chanau = (canalis), chôuchar == 
(calcare), chava = (caballus), chala = (callis). 



18 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Très souvent cet a s'altère en français. Mais en dauphi- 
nois il ne présente que de rares déviations, telles que chiero 
= (cathedra), chi=(canis), chivalou = (caballus), chôupre = 
\ (capere). 

La même mutation de c en ch se produit dans les groupes 
et, se : pacho = (pactum), queucho = (coda), lachio = (lac- 
tuca), lâcha = (lactea), ounchuro = (uncturà), facho = 
(facta), dreeho = (directa), estrecho = (stricta), juncho = 
(juncta), moucho = (musca), rucho = (rom. rusca), breicho 
= (rom. bresca), leiçho = (rom, lesca). 

Le son dur s'est conservé dans lukerno = (lucerna), côu- 
kerlo = (coculum). 

2° C = g. La gutturale douce s'est substituée à c dans les 
mots suivants et quelques autres : gouchar = (calcare), dei- 
gussir = (discutere), lègo = (leuca), dengu = (necumus), 
goubè = (cupellum), agulhou = (aculeus), gant = canif. 

Le qu latin subit aussi le même traitement dans eigo = 
(aqua), egau = (œqualis), sègre = (sequere pour sequi). 

Le g doux s'est substitué à c dans fege = (ficatum), pejo 
= (picem). 

fr C = y. La résolution a lieu comme en français dans 
le corps des mots lorsque c est entre deux voyelles : pleyo 
= (plica), miyo = (arnica), fouyasso = (focacia), brayo = 
(bracca), preyar = (precari), louyar = (locare), neyar = (ne- 
care), chareyar = (carricare). Dans ce cas, y représente un 
g en provençal : plego, amigo, pregar, negar, etc. 

4° C = s ou z. Cise = (cicer), sôuse = (salicem), nouse = 
(nucem), fermise = (formica), adusou = (adduco), dïsou = 
(dico), durzir = (durescere), escliarzir = (clarescere). Il faut 
y ajouter : quesar = (tacere ou quiescere), fresir = (friges- 
cere). 

La consonne double x s'est toujours simplifiée : 

A, — En ss : queuisso = (coxa), eissam = (examen), lusse 
= (luxus), fisse = (fixus), Alèssi = (Alexis), Lissandre = 
(Alexandre). 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 19 

B. — En s dans la préposition ex : espelir = (expellere), es- 
tourbar = (exturbare), espirar —.(eocspirare). 

C. — En s doux ou z : eisaminar = (examinare), eisôuçar 
= (exaudire), Xavier = (Xaverius). 

Nos vieux textes font un usage fréquent de z pour c : Mau- 
rizi, aizo, izest, zelo, izo, zo, fazia, dizia, rezeit (recepit), de- 
zembre, sauzea. 



Le g latin est resté dur devant a, o et u : galo = (galla), 
agouniyo = (agonia), gour = (gurges), goulo = (gulà), etc., 
et devant i dans le mot guignar = (gignere). Il s'est denta- 
lisé dans ja = (gallus), jôuvir = (gaudere), lounjo = 
longa (1). Ailleurs g est soumis aux mutations suivantes. 

1° G = y. Ce passage à la semi- voyelle s'observe dans les 
mots playo = (plaga), reyo = (riga), fayar = (fagus), rayar 
= (rigare), niyar = (negare). Le même changement a lieu 
dans les mots provençaux : buya = (bugada), veya = (ve- 
gada), payo = (pago), pouaye = (pouague), ayasso = (agasso), 
enfin rei = (regem). 

2° Ng = gne. Ce son mouillé est de règle lorsque g est 
précédé de la nasale : plagné = (plangere), jugne = (jun- 
gere), tegne = (tingere), fegne = (fingere). Le vieux roman 
écrivait aussi planher, tenher, junher. 

3° Gl = Ih. Ce groupe se prononce à la manière italienne : 
alhand = (glandem), cenlho =(cingulum), relho = (régula), 
ounlho = (ungula), lha = (glacies), calhar = (coagulare). 

Enfin la gutturale latine persiste dans ganacho = (gêna), 
et elle tombe à la sifflante s forte dans sôufio = (gobius), à la 
sifflante douce dans arzialo = (argilla). 

[\] Il faut y ajouter bojo (bulga), sac ; jalhas (ganglia). 



20 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

§ 2. — ' DENTALES. 



Sa tendance est de s'adoucir en sa correspondante faible. 

1 # T = d. Cette déviation est très commune : mudar = 
(mutare), nadar = (natare), eimoudar = (emotare), sonda = 
(sanitatem), cadou = (cautem), cadôulo = (catenula), loquet, 
tende = (lentem), doubli = (tablinum), derbou = (talpo pour 
talpa), darneyassa, prov. tarnagas. 

2° T = c : gracio = (grotia), (malicio), naciou = (natro- 
nem) } aciou = (actionem), liçou = (lectionem). 

3* T — s doux fréquemment dans les mots en Us, tia, tio : 
vise = (vitis), pereso = (pigritia), cramasou = (crematio- 
nem), resou = (rationem), sesou = (sationem), avanisou = 
(evanitionem). Par accident t = g dans vogo = (votum). 



Conserve généralement sa valeur latine. Il s'est durci 
dans sèti = (sedem) et founto = (profunda), repitar = (/re- 
pidare), espetar = (expandere). 

1° Z> = j. Cela peut arriver quand d est suivi d'un i ou 
d'un e : pieje, pied d'un arbre, = (pedem), penjar = (pen- 
dere) (1), rajo = (radicem), ensiejei = (insidiœ), ensiejous, 
teje = (tepidus), douje = (duodecim), se rejimar, s'abstenir = 
(redimere). 

2 D = z dans quelques cas seulement : tarzar = (tar- 
dare), Rose = (Rhodanus), espaso = (rom. espada). 



Cette dentale chuintante s'est maintenue dans la plupart 
des mots tirés du latin : Jun = (Junius), Jôu = (Jovis), ju- 

(1) Penjar vient plutôt de la forme réelle ou hypothétique pendi- 
care. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 21 

gne = (jungere), jeire = (jaceré), jitar = (jactare), jiscliar 
= (jaculare). 

Elle est remontée à la forte dans tunar = (jejunare), par 
suite sans doute de la rencontre et la contraction des deux 
;. Elle s'est vocalisée dans bayoular = (bajulare). 



Dans le corps des mots, la sifflante s'est conservée, alors 
que le français moderne Ta perdue : pastre, pâtre ; festo, 
fête ; testo, tête ; bestio, bête ; goustar, goûter ; gastar, gâter ; 
prestar, prêter. Entre deux voyelles, s = z, et nos manus- 
crits dauphinois emploient indifféremment ces deux lettres 
à cette place gleiza = (ecclesia), gleisa, cosi= (cozi), preza= 
presa, etc. 

A la fin des mots, il n'est pas rare non plus de trouver un 
z à la place d'un s ou d'un x français : filz, fils; dedinz, de- 
dans; desoutz, dessous; elz, eux ; celz, ceux. C'était aussi la 
marque du cas sujet : ospitalz, cortilz, conatz, maritz, Rai- 
monz, Clemenz, Bernartz, Arbertz. 

Aujourd'hui, à la finale s ne se fait jamais sentir, si ce 
n'est quelquefois en liaison ; mais il y demeure encore à 
l'état latent, avec la propriété d'allonger la voyelle qui pré- 
cède, et c'est pour ce motif que nous l'avons maintenu 
comme signe orthographique à la déclinaison et ailleurs. 

§ 3. — LABIALES 



Cette consonne est sujette à descendre et à s'affaiblir, sui- 
vant la règle des langues romanes. 

1° P = 6. C'est la première dégradation : pebre = (piper), 
rabo = (râpa), cebo = (cœpa), sabou = (saponem), estoublo = 
(stipula), coublo = (copula), chabro = (capra), abrtou = 
(aprilis), ribo = (ripa), nebou = (nepotem), bobo = (upupa), 
cubrir = (cooperlre), sabourar = (saporare). 



22 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

2 9 P = f. L'aspirée labiale remplace rarement un p : cofo 
= {cupa), coufelho = (cupella), eichiffo = (stipa), furnar = 
(? allemand spureri). 

3° P = v. Les cas de cette mutation sont plus nombreux : 
nôuvi = (nuptus), savou = (sapio), councevre = (concipere), 
arivar = (ad ripare). Et encore le v a pu n'arriver qu'après 
un 6 roman : councebre, aribar. 

4° P = ou. Cette vocalisation est accidentelle dans ma- 
lôute = (maie aptus), et provient d'un b intermédiaire dans 
léoure = provençal lèbre = (leporem), péoure = pebre = 
(piper), jarwueire = genibre = (juniperus). 



En initiale, b reste intact. Il ne permute qu'à l'intérieur, 
pour s'adoucir et se vocaliser. 

!• B = v : rouvi = (rubus ou rubigo), rouille ; tavan = 
(tabanus), fivèlo = (fibula), tarvèlo = (tarabellum). 

2° B = ou : trau = (trabem), féourier = (februarius), 
Ihiôure = (liber), Ihiôuro = (libra), déure = (debere), es- 
criôure = (scribere), siôular = (sibilare), béure et biôure = 
(bibere). 

B s'est gutturalisé en g dans aguèrou = (habueram), sangu 
= (sambucus). 

V, PH 

L'aspirée labiale n'a point de mutation bien préférée. Elle 
s'élève au b en deux ou trois cas : rabanèlo = (raphanus), 
italien rabano ; rebroundar, lat. frondem, tailler. 

Elle s'est changée en ch dans chalayo = (filicem), suivant 
la tendance espagnole, qui, pour le mot hélice et bien d'au- 
tres, passe d'une aspirée à une autre. Enfin ph s'est dédoublé 
en p dans siôupre = provençal solpre = (sulphur). 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 23 



La position de cette labiale intermédiaire explique son 
peu de stabilité. Tantôt elle monte et tantôt elle descend 
dans l'échelle des sons articulés. 

1* K= b : barou = (veru), barbeno = (verbena), b&umica 
= (nux vomica), bôumir = (wmere), couarbe = (curvus). 

2° Y = f : fescliar = (vasc*Uum) y cafourno = (caverna). 

3° V = g. Exemples rares comme en français : ga = (va- 
dum), eau se trouve dans gafar et gaboulhar, gastar = (vas- 
tare), gasilhar = (vacitlare), anglais wag, remuer. 

4° F= ou. Entre deux voyelles, v se résout en u, qui se 
prononce ou : viav = (vivus), riou = (rivus), cliou = (cli- 
vas), cliau = (clavis), nôu = (novem et novus), nèu = (m- 
vem), lèu = (levis), àucè = (avicella), oulagno = (avellana), 
espourir = (expavescere). 

§ 4. — LIQUIDES 



Cette consonne garde bien sa valeur. Dans le corps des 
mots nous ne connaissons que quelques mutations : r = n 
dans rownani = (vos marinus) ;r = u dans àubre = (ar- 
bor) (1), touteyo = (tortella), tartine. A la finale des mots, r 
est traité comme s, c'est à dire qu'il ne compte que par l'in- 
fluence qu'il exerce sur la voyelle précédente. Sa prononcia- 
tion normale à cette position apparaît seulement aux mono- 
syllabes per, car, etc. 



La persistance de cette liquide admet de nombreuses ex- 
ceptions. 

1* L = r au commencement des mots : regremiou = (la- 

(1) Oubre vieot plutôt du provençal albre. 

3 



24 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

certa mus), ravourar = (laborare), roussignàu = (luscinia), 
rmar = (luctare). Même fait se produit en médiale : derbou 
= (talpa), eicharassou = (scala), peralho = (pellicula), our- 
touralho = (hortilia), arilhou = (ala). On dit aussi sourelhar 
= soleiller, carcular, revorto, recorto, coucourucho, escar- 
çoun, perpelho = (palpebra ou palpecula), charvilho = (ca- 
villa), en passant par calvila, maehirar = (maculare). 

2° L = u. Quand / se rencontre avec une consonne sui- 
vante, il se résout d'ordinaire en u pour former un seul son 
avec la voyelle précédente : oubo = (alba), naut = (in altus), 
espéuto = (spelta), maure = (molere), chouchar = (calcare), 
sàuvar = (salvare). 

La vocalisation s'opéra aussi à la désinence : sau = (sal), 
pau = (palus), mèu = (met), fèu = (fel), abriou, flou, ciou. 

3° L = Ih. Initiale suivie de i ou e : Ihiéure = (liber), 
Ihiam = (ligamen), Ihioum = (legumen), Lhiôurou = (Livroh). 
On a vu plus haut, article des sons mouillés, ce qu'il y a à 
dire du groupe cl. 



Il y a peu de chose à signaler au sujet de cette consonne. 

1° M = b accidentellement dans bdumetto = (malva); 
peut-être ce n'est qu'une inversion de môuvetto. En règle, m 
rapproché de Ir, par la chute d'une voyelle brève, se change 
en b : chambre = (cammarus), trimblar = (tremulare) et les 
autres exemples comme en français. 

2* M = n. Cela arrive dans le corps des mots : femno = 
(femina), damnar = (damnare); à la désinence fam = (fa- 
més), levam = (levamen), fem = (fimus). 

Par raison d'étymologie et pour suivre l'orthographe tradi- 
tionnelle, nous avons maintenu m à la flexion de la 1" per- 
sonne du pluriel : amem, avem, fàsim, àuvim. 

N 
Cette nasale ne subit point d'autre altération que son 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 25 

changement en gn : aragna, chastagno, ligno, vigno et gigno, 
engignous = (ingéniosité), cougnar = (? cuneare), bagnar = 
(balneare), gnar, nicher, gnafro = (? allemand nabo), cor- 
donnier, gnier = (niger). 



SECTION TROISIÈME 



ârt#jtjtr#MioM *e* Mettre* 



1* C médial est tombé très souvent : fio = (ficus), proven- 
çal figo, espio (spica), provençal espigo, persio = (persica), 
provençal persegue, pertio = (pertica), verio '== (verruca), 
feire = (facere), adurre = (adducere), lurre = (lucere). De- 
vant t la chute est de règle : tàti = (tactus), aie = (actus), à 
moins qu'un ch ne soit produit. 

C initial a disparu dans les mots rimar = (cremare), 
rampo = (krampf). 

2* G s'oblitère à l'intérieur, lorsqu'il est joint à une 
voyelle brève : teule = (tegulum), gnier = (niger), pereso = 
(pigritia), saï = (sagina), fau = (fagus), sannar = (sangui- 
nare). 

3° T initial est tombé dans repitar = (trepidare). Au mi- 
lieu, il se perd également en passant par un d provençal : 
vio = provençal vido = (vita), rouo = provençal rodo = 
(rota), muar = provençal mudar = (mutare), pouar = pro- 
vençal poudar = (putare), maUr = provençal madur = (ma- 
turus). 

D'habitude aussi, t se supprime dans le groupe tr : areire 
= (aratrum), peire = (patrem), peiro = (petra), reire = 
(rétro), etc. 

D. Sa chute est fréquente en position médiale : meita 



£6 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

= (medietas), meulo == (medulla), mouanle = (modulus), 
cheire = (cadere), croire = (cratere), tœtré = (videre), pia = 
(jrada). 

P a été éliminé devant 5 et t : cosso = (capsa) y achatir = 
(captivare), croto = (cripta), rout = (ruptus), nèco = (nepo- 
tissa), sètanto = (septuaginta). 

R se perd dans cuble = (cribrum), prope = (proprius), et 
à Tinfinitif des verbes romans en er : creisse, partisse, cou- 
neiese, couse, mouse, etc. 

L a disparu de èli = (lilium), poupo = (pulpa), mouse = 
(mulgere), bagnar = (balneare). A la finale du singulier, / 
part également : gênera, agnè, apè = (pellem), ciè, oucè, eu- 
bercé, chava; mais cette lettre se résout en u au pluriel. 

Le Ih a subi la même oblitération à la fin des mots : mira 
= miralh, trava = trebalh, broua = bruelh, soulé = solelh, 
arté = arteUi, paré = parelh, ginou = ginolh, mé = milh. 

N. Cette nasale s'efface surtout devant f : efant = (infan- 
tem), efle = (inflatus), coufle = (conflatus), coufi = (confec- 
tus), traficho = (transfigere), trident. Elle tombe aussi ail- 
leurs : vilhou = (vinculum), rôumiar = (ruminare), tusèlo 
= (? tonsilla), couscrit, estrument, atier (andier), chenet. 

Dans les flexions où entre une des consonnances nasales 
en, in, on, un, le n est sujet à un double traitement. 

A. — Il persiste dans bren, mlhent et tous les adjectifs et 
participes verbaux, crin, marin, sermoun, lioun, jun. Il en 
est de même pour tous les mots nouveaux et de provenance 
française : trin, vagoun, baloun, furgoun. 

B. — N final disparaît généralement, comme un effet de 
tendance archaïque : plé, plein, fé, foin, lè 3 tiens, vi, vin, 
doubli = (tablinum), li, lin, sapi, sapin, fi, fin, saï, saindoux, 
peiri, parrain, passiou, passion, naciou, nation, ment ou, ta- 
tou, bastou, bol bon, interjection, u, un, dengu = (necunus), 
ckascu, chacun, dilu = (dies hmœ) ; mais dans ce dernier 
mot u s'est allongé en compensation de la chute du n ou de 
IV, qui se trouve quelque part en provençal dilur. Il faut 



CfcUMMAfRÉ DAUMmbtëÈ 3f 

oMfàtVêt qti'ârec lifi & le n désiste, et que daité les même* 
positions m ne tombe jamais : pan, pain, man, main, fam, 
faim, /em = (/îrow), prim, Ihoum = (legumen), fum = (fu- 
mas). 

REMARQUES 

!• Quelquefois l'apocope emporte la première syllabe tout 
entière, quand elle est brève ou prétonique. Ex. : bero, 
rivière, bobo = (upupa), chunlar = (ululare), tunar = (je- 
junare). 

Cette suppression de l'initiale est familière dans les noms 
propres : Lissandre, Alexandre, Touane, Antoine, Dréwt, 
André, Pouchouli, Apostoli. 



SECTION QUATRIÈME 



iftftftlfloM tte lettre* 



§ 1. —ADDITION DES VOYELLES 

A. — Cette voyelle se place au commencement de certains 
mots formant dans notre dialecte une catégorie à part : apè 
= (pellem), achau = (calx), alhand = (glandem), aglun, glu, 
agriouta, griotte, amourier, mûrier. Il faut y ajouter apersio, 
pèche, apruno, prune, asserpent, serpent. D'après Diez, cet a 
initial ne serait pas autre chose que l'article arabe al, dont 
l'espagnol conserve les traces. Ce qui semble confirmer cette 
opinion, c'est que cet a devient du (al = au) dans ôubru- 
gnoun, brugnon, et àuberjo, sorte de pêche. 

Comparez le grec o vop.a, o ^ooç, o çpoç. 

E s'ajoute aux mots qui ont se, sp, st à leur initiale : esca- 
lar = (scala), escandàli = (scandalum), espiàuno = (spina), 



28 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

espio = (spica), estoublo*= (stipula), estable = (stabulum). 
La liste est nombreuse. 

s'intercale dans les noms de nombres composés, de 
dix-sept à vingt et de vingt à trente : diso-sèt, diso-vuit, diso- 
nou, vinto-un> vinto-dous> etc. 

F, comme v, fait fonction de lettre euphonique et s'adjoint 
à la voyelle initiale ou médiale pour écarter l'hiatus. Voir 
plus loin. 

§ 2. — ADDITION DES CONSONNES 

L s'est introduit par abus dans ratopleno, provençal rato- 
penado, emplourar, provençal empurar, riblar, river, jusclio, 
jusquiame. Il a perdu sa fonction d'article en certains mots 
tels que luba, landier, loutrier, Làuriou, etc., dont il fait au- 
jourd'hui partie intégrante. 

N s'est incorporé dans lambrucho = (labrusca), cementèri 
= (cœmeterium), ringar, avoir la diarrhée = (rigare), 
aranchar = (eradicare), chunlar = (ululare), genlar, crier 
= (allemand gellen). 

R s'est glissé dans franlo = (fundula), fresteyar = (fnsti- 
gare), parpalhou, papillon. 

F euphonique se juxtapose dans vou = (hoc, aut), vount = 
(undè), mit = (octo), vounze = (undecim). A l'intérieur il 
empêche l'hiatus, ainsi que nous l'avons établi plus haut : 
lôuveto, alouette, louvangeis, louanges, louvidor, louis d'or, 
eibalùuvi, ébloui. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 29 

SECTION CINQUIÈME 



A. — Voyelles. — Quand deux voyelles sont rapprochées, 
elles tendent souvent à s'assimiler, et c'est ordinairement 
la plus ouverte qui entraîne l'autre. 

1° A s'assimile e : cramasou = (crematio), jalar = (ge- 
lare), badar = (patere), avanir = (evanescere), aranchar = 
(eradicare), aram = (ceramen), gara = (vervactum). 

A s'assimile t : parpalhou, papillon, rayar=(rigaré), ara- 
par = (arripere), fialar = (? filare); mais dans ce dernier 
cas l'effet n'est pas complet. Dans escalagno = (ascalonia), o 
monte, altéré par a. 

2° E s'assimile souvent i : cese = (cicer), tegne = (tingere), 
sereno = (sirena), eimerar = (emigrare), pesé = (pisum), 
feje = (ficcUum). Il y a eu changement simultané dans pe- 
reso = (pigritia) et reje = (rigidus). E s'est approprié o dans 
espelha = (exspoliatus), et de cette façon o est retourné à son 
e d'origine : pelle. E fournit la preuve de la faible entraînant 
la forte : perpelho = (palpebra ou palpecula), gendermo, 
gendarme. 

B. — Consonnes. — C dur s'est assimilé t : coucouei = 
(bas latin cottula), cancarido = (cantharida), cancabièlo, cul- 
bute = (? xaTaêo>.7i) • 

Un autre genre d'assimilation se produit dans les mots à 
redoublement, tels que cuco = (upupa), caca, noix, chicha, 
gâteau, chouchou, cochon, teté, mamelle, et beaucoup d'au- 
tres du langage enfantin. 

Enfin, il faut attribuer à la même cause les dégradations 
parallèles des consonnes p, b, /*, d } t, c, g dans des mots tels 
que garga pour carcan = (carocanis), chaîne de chair, terme 
injurieux, derbou = (talpa), badar = {patere), barimbara- 
Iho = (par-imparilis), jeu de pair impair. 



$0 GHÀM^lftE DAtTPHmÔtëE 

Il nous reste à dire tfii mot des càS de transposition et 
d'assimilation qui se sont produits dans tous ces phénomènes 
phonétiques. 

I. — TRANSPOSITION 

Très mobiles de leur nature, / et r sont les deux lettres qui 
subissent le plus souvent la métathèse. 

L s'est projeté en avant dans clame, calme, blouco = (buc- 
cula), flascou = (vasculnm). 

R s'est avancé dans troun = (tonitru), tru = (torcular), 
estripar = (exstirpare), triboular = (turbulare), trempar = 
(temperare), racar = (scercare), trèvo = fantôme (Tapêoç) , 

groumet, gourme. 

Il a rétrogradé dans permenar = (prominare), courto, pé- 
nis = (scrotum), charpalho = (crapula). 

Exemples de transposition de syllabes : vorme, morve, 
comparez gourme, bôumetto pour mduvetto. 



GRAMMAIRE DAWHINOIgÉ $1 



CHAPITRE TROIS 



DU GENRE ET DU NOHBHE 



A. GENRE 

Si, dans la dérivation des noms, notre dialecte a modifié 
considérablement les formes flexionnelles, il n'a pas res- 
pecté davantage les prescriptions de la langue-mère en ce 
qui concerne le genre. Une première cause de déviation se 
trouve dans la perte du neutre. Les noms de ce genre con- 
servés du latin ont dû être répartis entre le masculin et le 
féminin. L'influence des flexions nouvelles est venue encore 
accroître les divergences. Enfin le caprice du langage vul- 
gaire n'a pas moins contribué à multiplier les écarts. Il y a 
plusieurs cas à considérer. 

1° Neutre devenu masculin. — Ce transfert est la règle 
générale : oleum = uili y horologium = reloge, armarium = 
aririàriy cœmeterium = cementèri, hordeum = verge, cochlea- 
riwn = culher, debitum = dete, pectus = pitre, pirum = 
peru, œramen = aram, ligamen = lham, legumen = Ihoum, 
lumen = lume, stabulum = estable. 

En français, le neutre généralement s'est réfugié dans le 
féminin, comme on peut le voir par les mots horloge, huile, 
armoire, orge, poire, dette, etc. 

2° Neutre devenu féminin. — Ce phénomène s'est produit 
par les pluriels en a, par suite de leur ressemblance avec la 
terminaison féminine : ferramenta = fermento, grana = 
grano, plana = piano, impedita = empacho, dolia = doûlio, 
opéra = obro, tempora = tempouro (quatre-temps), vota = 
vogo, tractilia = tralho, sabula = sablo, tarabella = tarvèlo, 
cengula = cenlho, puerilia = brialho. 

Il est des féminins qui semblent repousser cette dériva- 
tion : liço = (licium). 



32 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

3° Masculin devenu féminin. — Leporem = leure, fructus 
= frucho, ramus = ramo, turtur = toutouro, sal = sau. 

4* Féminin devenu masculin. — Décima (pars) = deime, 
causa = chôme dans le sens de personne, rubigo = rouvi, 
revindicta = revenche. 

Contrairement au français, nous avons laissé féminins : 
ungula = ounlho, spica = espio, dies dominica = dimincho, 
quadragesima = careimo, serpens = serpen, platanus = pla- 
tano y et tous les noms d'arbres à fruit dont le nom se termine 
en eiro : fieiro, liguier, pruneiro, prunier, sourbeiro, sorbier, 
agriôuteiro, griotier. 

B. DU NOMBRE 

Relativement au nombre, un seul fait est à signaler : c'est 
que cerrains noms ne sont employés qu'au pluriel, dans 
quelques-unes de leurs acceptions, sinon dans toutes. En 
voici des exemples. 

Les uns sont tirés tels quels du latin classique : insidiœ 
= ensiejeis, calendœ = chalendas, tenebrœ = tenèbras, aquœ 
= eigas (eaux thermales), bracœ = brayas. 

D'autres ne remontent qu'à la période romane : cendreis, 
cendres, garilhas, scrofules, suas, suies, dès, glas, cubertas, 
semailles, escoussalhas, temps de la bataison, ferrnalhas, 
fiançailles, tricouasas, tenailles, chanas, pellicules blanches 
du vin, teuleis, toits, tentas, tendons du cou. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 33 



CHAPITRE QUATRE 



DES PARTIES DU D1SCOUBS 



SECTION PREMIÈRE 



I¥o*n e$ fteeltoalfOM* 



Le dialecte dauphinois a gardé peu de chose des anciennes 
flexions casuelles. La déclinaison romane elle-même, si 
simple avec ses deux cas, n'y a laissé aucune trace, et depuis 
longtemps on n'y distingue plus le nominatif de l'accusatif 
par les formes de la désinence. Tout se réduit actuellement 
à la distinction des nombres au moyen de deux flexions, une 
pour le singulier et une pour le pluriel. 

A Crest, Die et Loriol, on compte quatre déclinaisons qui 
embrassent le nom, l'article, l'adjectif et le pronom. Leur 
existence n'est point l'effet d'une théorie de convention et 
purement artificielle; non : chacune d'elles a son caractère 
propre, basé sur des différences sensibles. Les trois premières 
sont dotées d'une double forme pour spécifier le nombre. La 
quatrième est remarquable, en ce qu'elle flexionne son plu- 
riel par l'allongement de la dernière syllabe. En dehors de 
ces classifications, il reste encore bon nombre de noms indé- 
clinables, voués à l'immobilité et formant un groupe ana- 
logue à celui des verbes de la troisième conjugaison. 

§ !•'. — 1- DÉCLINAISON 



SING. 


PLUR. 





as 


roso 


rosas 



3* GAAMMAIlW ÛATJ*HmOI8E 

Cette déclinaison correspond exactement à la première des 
Latins. L'affaiblissement de Ta du singulier en o appartient 
au vocalisme provençal; mais Va primitif, latin et roman, se 
retrouve encore dans plusieurs localités du département au 
nord et au midi, et chez nous, à l'intérieur de quelques 
mots composés : quùuquaren, bouanament, cliarament, etc. 
L'a reparait au pluriel avec un son modérément ouvert, et 
accompagné du s classique. 

Comparée à la déclinaison romane, celle-ci peut paraître 
inférieure et corrompue. En réalité, la divergence des 
voyelles, dans les deux nombres, constitue un avantage pré- 
cieux pour la grammaire et une note de plus pour l'har- 
monie de la phrase. Le limousin, avec lequel notre dialecte 
a des ressemblances frappantes, décline absolument de la 
même manière, moins le s du pluriel. Nous avons dû con- 
server cette lettre parce qu'elle se fait sentir souvent en 
liaison, surtout par l'article, l'adjectif et le pronom, et 
aussi parce que, suivant la tradition classique, elle fait 
fonction d'accent. Pour les mêmes motifs, nous la retrouve- 
rons également aux autres déclinaisons. 

La nomenclature de cette déclinaison appartient presque 
en entier aux substantifs féminins. Elle renferme : 1* tous 
les nomj de la première des Latins, que notre dialecte a 
conservés ; 2° tous les noms féminins en e muet empruntés à 
la langue française ; 3* un certain nombre de noms mascu- 
lins créés par notre dialecte ou tirée d'ailleurs, tels que 
piaf o 9 gnafro, nabo f rambalko, jandarmo, gardo, camarado, 
papôy UzènOy Dorfo, etc. ; 4* quelques mots latins tirés de la 
troisième déclinaison : rajo = (radicem), pejo = (picem), 
tourtouro = (turturem). 

Tous ces substantifs sont paraxytons, c'est a dire ont l'ac- 
cent tonique sur l'avant-dernière. Il faut excepter de cette 
règle la plupart des noms en io provenant des formes fran- 
çaises te, ue; romanes ido, udo ; latines ta, ua, etc. : sourtio, 
partiOy vério, verrue, coumedio, lachio, laitue, venguio, venue, 
tenguio, tenue, tourtio, tortue, vilagno pour vilanio, jandar- 
mario, jalousio. Les autres noms de cette provenance ont 
éprouvé un double traitement : les uns font iù atone, mais 



GJUMMAUUÏ DÀUPHIN018B 35 

Us sont rares : chàusfio, chardon, provençal caussido, séufio 
= (gobius), loufio, vesse, tàpio, cabane, Laurio, nom pro- 
pre, Fôurio, non de lieu, tdupio, vertige de mouton; les se- 
conds intercalent y entre ï et o : Mariyo, agouniyo, purisiyo, 
pleurésie, tisiyo, phthisie, patriyo, Itaiiyo, maniyo, fouliyo, 
miyo, amie. 

Les noms masculins de cette déclinaison, au pluriel, gar- 
dent Vo du singulier : l&us papos, lôus jandarmo; camarado 
varie suivant le sexe : sdus camarados, sas camarados. En- 
tin, au pluriel, l'accent tonique ne change pas de place. 

Les vieilles chartes dauphinoises ont toutes a pour le sin- 
gulier et as pour le pluriel : la gleyza, la vinha, dimeya 
pœza, de las vinhçts (Manuscrit de Die de 1224). L'affaiblisse- 
ment en o de Va bref du singulier doit remonter au moins 
jusqu'au XV° siècle. Il en fut ainsi pour le limousin et au- 
tres dialectes (Chabaneau, Grammaire limousine, p. 140). 

Cet o bref et atone a toujours eu une sonorité vague et in- 
décise. Aujourd'hui, il se rapproche beaucoup plus d'un o 
sourd que de Ve muet français. On rencontre cette dernière 
voyelle tant an masculin qu'au singulier dans un manuscrit 
du XVI? siècle : Recepteper las vives. Les noëls de Taulignan, 
de la môme époque, sont identiques : aqueste fede, aquelle 
clede, n'ausirés que timbales. 

Au pluriel as, Vs est nulle pour la prononciation, mais sa 
chute a été compensée par l'élargissement de l'a. La même 
compensation a eu lieu à Dieulefit et à Marsanne, pour le 
pluriel féminin es : la perte de Vs a amené la diphthongaison 
de e en eis : las roseis ou bien leis roseis. 

§ 2. — 2- DÉCLINAISON 



SING. 

e, atone. 

e, accentué (é, et). 


PLUR. 

eis, atone. 
eis, accentué. 


âubre. 
arté. 


ôubreis. 
arteis. 



À 



36 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

La deuxième déclinaison est par excellence la déclinaison 
masculine. Néanmoins, par exception, elle contient un petit 
nombre de noms féminins : vise, nouse, leure, fiebre, tourre, 
meire, coumeire, souare, derbese. Sous le rapport de la pro- 
venance, elle renferme : 1° des noms de la deuxième des 
Latins, tels que cerclie, liàure, peple, faute (faber), cuble, 
burre,uèrje; 

2° De la troisième des Latins : orne, sôuse, siôupre = (sul- 
phur), roure ; 

3° Des noms anciennement terminés en Ih et c ; soulé, so- 
leil, arté, orteil, paré, pareil, se, sec ; 

4° Des noms diminutifs en et : loubet, sublet, juet, pour- 
chet, mourlhet, grillon, vourtoulet ; 

5° Des noms verbaux ou d'agent, en eire, provençal aire, 
français eur, latin ator : ch&nteire, parleire, manjeire, na- 
deire. Leur création est pour ainsi dire facultative avec les 
verbes de la première conjugaison ; jueire, joueur, a con- 
servé sa forme archaïque dans jougadou (Jocator). 

Remarque. — La diphthongaison de e en ei ne parait pas 
très ancienne. Un manuscrit dauphinois du commencement 
du XVIP siècle n'en offre aucun vestige. On lit dans les For- 
mules de conjurations : « Aver las mans et tous pesés et lous 
hues. y> Cette persistance de Ye sans t laisse croire que le s du 
pluriel se faisait encore sentir à cette époque. Il n'en fut 
pas de même dans d'autres dialectes. En limousin, par 
exemple, le diphthongue fut en usage de bonne heure : 
autreys (1394), autreys, arneys (1416), usageys, homeys, preb- 
Jret/$(1508)(Chabaneau, Grammaire limousine, p. 148). 

§3.-3* DÉCLINAISON. 

SING. PLUR. 

a. aus. 

è. eus. 

gênera. gêner aus. 

ôucè. ouchts. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 37 

Les noms de cette déclinaison proviennent des similaires 
romans en al, el, qui ont laissé tomber / au singulier et qui 
Pont vocalisé au pluriel, procédé ingénieux qui assure la 
distinction des nombres : trava, travaus, noua, cerneau 
(nucalis), nouaus, rastè, rastèus, troupe, troupèus, agnè., 
agnèus. En général, les monosyllabes de cette catégorie 
ignorent la chute de / : mau,pau, mèu, fèu; excepté ja (gai- 
lus) et vè (vitellus), qui font au pluriel jaus et vèus. 

§4.-4* DÉCLINAISON 

8ING. PLUR. 

bref. long. 

» » 

passera. passeras. 

Cette déclinaison n'a aucune désinence spéciale et sa 
théorie est des plus simples. Tout se borne à faire longue 
au pluriel la finale brève du singulier. Elle comprend trois 
espèces de noms : 

1° Les noms à terminaison brève ; 
2° Les noms à terminaison nasale ; 
3° Les noms qui ont perdu la nasale. 

A. — TERMINAISONS BIÎÈVES 

Ce sont les voyelles étymologiquement suivies d'une des 
consonnes explosives 6, c, d, p, t. 

1* — A : bra (brachium), sa (saccus), journa, provençal 
journado, toula, provençal taulado, dra, drap, pra (pratum). 
Excepté lât (latus), â ouvert, provençal latz. 

2° — È : pè (pedem), respè, secrè, souè. 

3° — : flo (floccus), tro (truncus), cop, coup, escliop, 
grinlot. Excepté linot, qui a o long. 

4° — / : pi, pic, catouli, ni, escri, confia confit, espri, 
couscri. 



38 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

5° — U : malastru, brud, banaru, tru, bournelu. 
7" — Ou : loup, noud, nebou, brou, rebrou. 

B. — TERMINAISONS NASALES 

1° — Am, an : liam, fam, levam, souam, pan, man, pouan, 
fouan, fran, efanl, avan, cran,tian, etc. 

2° — Em, en : gen, sen (sanctus), argen, den, serpen. Ex- 
ceptions très nombreuses. 

3* — Im, in : rasin, prirn, reprim, vérin, ôutin, outil, ma- 
rin, coufin. Série considérable. 

4* — Oum, oun : noum, soum (summum), soun, toun, 
égout, tunnel, capoun, et tous les similaires tirés du français 
patroun, vagoun, viàuloun. 

h* — Um, un : fum (fumus), jun, juin, pun, poing, et toute 
une classe de noms abstraits, amarun, eigrun, asprun, frei- 
chun, rassun, revoulun, couvun. 

G. - TERMINAISONS QUI ONT PERDU LA NASALE 

Les substantifs qui ont laissé tomber la nasale sont en 
nombre considérable et appartiennent en propre à notre 
dialecte. Les voyelles t et ou sont les seules régulièrement 
affectées de cette perte. Les autres la subissent beaucoup 
plus rarement, comme on Ta constaté plus haut, lorsque 
nous avons traité de la suppression des consonnes et du n 
final en particulier. 

Remarque. — Ce pluriel par allongement consiste à donner 
à la brève une durée double et une ouverture plus large ; 
ainsi bra, bras, deviendra brâ, brâd ; de même tro fera au 
pluriel, trô, trôô. Mais pour les consonnances nasales, il 
nous est impossible de donner la valeur graphique de ral- 
longement que produit la pluralité. C'est un son qui se pro- 
longe délicatement, assez perceptible pour les oreilles habi- 
tuées et qui révèle la présence de Vs à l'état latent. 



GRAMMAIBE DÀTJttHNOISE 39 

Il faut *en convenir, cette manière de former le pluriel a 
quelque chose de très rationnel et de très savant. Le s placé 
à la fin du mot joue le rôle de l'exposant algébrique, et la 
pluralité trouve son expression logique dans l'amplitude et 
la durée de l'intonation finale. 



SECTION DEUXIÈME 



Les substantifs qui n'appartiennent à aucune des quatre 
déclinaisons prennent un s comme signe scriptural du 
pluriel. Ils peuvent se diviser eïi deux classes : ceux qui ont 
une désinence longue et ceux qui ont une désinence atone. 

DÉSINENCES LONGUES 

1° — Mots terminés par r : m'ar, couar, souar, èr, gouvèr, 
infèr, voulhèr,pouvèr y souspir,flour, chalour,machier,perier, 
persier. 

2" — Mots terminés par s : nos, pastras, eigras, francès, 
proucès, brès, pais, paradis, cros, fosse, pous, crous, pertus. 

3* — Mots terminés par une diphthongue : balai, cacai, 
arpei, coumpei, repau, prepau, quintau, peu, bèu, nèu, cour- 
tiàu, escourpiàu, pourtâu, mouchôu, malhàu. 

DÉSINENCES ATONES 

/ : bàri, pàti, jàfi, tàti, sèti, cementèri, mistèri, èli. 
Ou : màchou, flàchou, moustàchou, ploumàchou, tèichou, 
caràcou, màurou. 



40 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

TABLEAU RÉSUMÉ DES DÉCLINAISONS 

SINGULIER PLURIEL 

1" DÉCLINAISON 

atone. as atone 

2- DÉCLINAISON 

e atone. eis atone. 

é, et. eis acccentué. 

3* DÉCLINAISON 

a ans. 

è eus. 

4- DÉCLINAISON 

a \ / b ■ \ 

e I bref l c J allongement 

1 \ suivi | d 1 de la voyelle brève 

i d'un ) n l marqué par*, 

ou j f p J 

u \ t I 



SECTION TROISIÈME 



iVom* et adjectif* w%t*n%éra**x> 



§ i« _ NOMBRES CARDINAUX 

Ces nombres sont : un, dous, treis, quatre, cinq, sieis t 
seuis à Crest, sèt, mit, nàu, dès, vounze, douje, treje, quatorze, 
quinze, seje, diso-sèt, diso-vuit, diso-nàu, vint, vinto-un, 
vinto-dous..., trento, quaranto, cinquanto, souassanto, se- 
tanto, vuitanto ou quatre-vint, nouananto, cent, milo ; et le 
reste comme en français. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 41 

Il faut noter, pour le nombre deux, une double forme con- 
servée presque partout dans le domaine roman : dous pour 
le masculin et douas pour le féminin. I/o intercalaire que 
contiennent diso-sèt, vinto-wn, est, d'après Diez, une altéra- 
tion de la préposition ad. On le retrouve également en ita- 
lien : dicia sette, dici a nove; en portugais : deza sete, deza 
nove, et en provençal dèso-sèt, dèso-nâu. 

* 

§ 2. — NOMBRES ORDINAUX 

Ils se rapprochent beaucoup de ceux du français. Ce sont : 
proumier, segound, trouasième, quatrième, cinquième, siei- 
siéme, sètiéme, vuitième, neuvième, dèsiéme, vounzième; et 
pour les autres en ajoutant la terminaison ième au nombre 
cardinal et en supprimant Yo final s'il y en a un, sètan- 
tième. La variante proumier, au lieu de primier (primus) 
existait déjà à l'époque classique, et nous la possédons dans 
nos vieux textes dauphinois. La forme trouasiéme s'écarte 
assez de la dérivation normale tresième, par Pinfluence du 
français, mais peut-être aussi pour ne pas confondre tre- 
sième (3°) avec trejiéme (13*). Tous ces numéraux ordinaux se 
déclinent comme les adjectifs et sont eux-mêmes de vérita- 
bles adjectifs. 

Il existe encore deux autres ordinaux dignes d'être signa- 
lés comme des formes toutes locales : proumeiroje, tiré de 
proumier, et dareiroje, dérivé de darier. Tous deux sont em- 
ployés en agriculture pour signifier précoce et tardif. La 
flexion oje apparaît aussi dans ivernoje, d'hiver, et estivoje, 
d'été. Est-ce une altération de cevus, telle qu'on la trouve 
dans le latin primœvus et grandœvus ? Le français âge 
(cevitas) semble confirmer cette hypothèse. 

Les collectifs : coublo, treicho (latin triplex, celtique 
treidhe), quatreno, cinqueno, sieiseno, etc., n'offrent rien de 
particulier. A Loriol, le quart de la livre ou le quart de 
cent (25) s'appelle carteirou. Beaucoup de choses s'y vendent 
à la douzaine et on y entend compter par sieis-vint (120), 
set- vint (140), vuil-vint (160). 



GTAMMÀIRE DAUPHINOISE 43 



CHAPITRE CINQ 





ARTICLE 






MASCULIN 






SING. 


PLUR. 


Nom. 


bu, V, le T, 


làus, les. 


Gén. 


de V, dâu, de 1', du, 


dâus, des. 


Dat. 


a V, du, à T, au, 

FÉMININ 


6us, aux. 


Nom. 


la, la, 


las } les. 


Gén. 


de la, de la, 


de las, des. 


Dat. 


a la, à la, 


a las, aux. 



Remarques. — 1* — Les formes ddu, eu, dàus, àus, sont 
des contractions fort anciennes. Le féminin ne l'admet pas. 
Devant les mots commençant par une voyelle, lou et la se 
réduisent à f et la contraction n J a lieu ni au génitif, ni au 
datif singulier. C'est du reste la règle française. 

2* — L'usage de l'article présente quelques particularités : 

A. — 11 se retranche généralement devant les noms de 
rivières et de montagnes : Droumo, Gervano, Glandas, Briant. 
Le nom du Rhône a trois formes à Loriol : Rouei, qui exclue 
Particle ; Rose, qui le prend ad libitum, et Rone, qui le prend 
toujours. Rouei parait être l'expression locale et archaïque; 
Rose vient de la Provence, et Rone, terme moderne, n'est 
pas autre chose que le mot français. 

B. — L'article partitif du et des n'a point de similaire dans 
notre dialecte, et c'est la préposition de qui, à elle seule, se 
charge du rôle partitif. En voici des exemples : valou de pan, 
je veux du pain ; riïanjou d'alhet, je mange de l'ail ; bevou 
d } aigo, je bois de l'èaù ; d'omeis sount vengus, des hommes 



i 



44 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



sont venus ; de rasins, des raisins ; d'amas, des âmes. Ces 
tournures, on le voit, restreignent passablement l'usage de 
l'article dans notre dialecte. La cause sans doute d'un fait si 
remarquable se trouve dans les flexions bien accusées, qui 
ne laissent pas de place à l'équivoque. 

C. — Nous donnons ici les formes variées de l'article, 
d'après nos manuscrits dauphinois : 









MASCULIN 






SING. 






PLUR. 


Nom. 


lo, le, 


/\ 




los, li, le. 


Gén. 


dal, del, de V, 


dau, 


dais, dans, del, deus 


Dat. 


61, 






als, aus, auz. 


Ace. 


lo, /', 


SING. 


FÉMININ 


los, li. 

PLUR. 




Nom. 


la, li, 




las, li. 




Gén. 


de la, 




de las. 




Dat. 


à la, 


■ 


a las. 




Ace. 


la, li. 




las. 



ARTICLE INDÉFINI 

Cet article un, uno, n'est pas usité au pluriel, comme 
dans l'ancienne langue et dans quelques dialectes modernes. 
On dit : un orne, uno fenno ; ou bien avec l'aphérèse de Vu : 
'n orne, 'no fenno. Pour rendre la pluralité, on a recours à la 
préposition de, employée dans le sens partitif : d'omeis, de 
fennas. 

Les composés de un, quàucun, chascun, degun, perdent 
facilement le n final au masculin, et Ton dit d'habitude 
quéucu, chascu, dengu. Uni à l'article lou et la, il se décline 
tout à fait comme l'adjectif numéral. 

SING. PLUR. 

Masc. l'un, tous uns ou lôus us. 

Fém. Vuno, las unas. 

On a pareillement quôuqueis us, quôuquas unas. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 45 

La chute de la nasale ici, aussi bien qu'ailleurs, se ren- 
contre fréquemment dans les vieilles chartes du Dauphiné. 
Nous lisons dans un texte diois : las très partz du st. danona, 
le tiers d'un sétier de légumes. 

L'indéfini on, l'on, est presque inusité à Loriol et à Crest. 
On y supplée par la tournure latine, en mettant le verbe à 
la 3* personne du pluriel. Ëx. : aman, on aime; chantàvan, 
on chantait ; faran, on fera. On se sert aussi de la forme 
passive ou réfléchie avec le singulier : se dit (dicitur), se 
chanto (cantatur), se veiro (videbitur). Le Diois ne connaît 
pas ces tournures si concises. Aussi l'usage qu'il fait de on, 
Von, est-il des plus fastidieux. (Boissier, Siège de Saillans, 
passim.) 

Nos chartes dauphinoises emploient fréquemment hom, 
ont, on, hum, um, un, placés très souveijt devant le verbe en 
manière d'enclitique : om passa, on a passé, o mena, on 
mène. Une pancarte de 1426 se sert aussi de en : el porc 
qu'en mené vendre. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 47 



CHAPITRE SIX 



ADJECTIF 



SECTION PREMIÈRE 



JfttofltMteott de* aOJeetifm 



Pour le genre et le nombre, les adjectifs suivent la même 
règle que les noms ; ils peuvent tous rentrer dans Tune des 
quatre déclinaisons données plus haut. Le féminin suit in- 
variablement la première et le masculin la seconde. Voici 
les modèles les plus usuels de la déclinaison des adjectifs. 

1. — ADJECTIFS EN E ATONE 

MASC. FÉM. 

Sing. sdje, sajo. 

Plur. sajeis, sajas. 

Le féminin se forme en changeant e en o, et toujours l'ac- 
cent tonique demeure sur Tavant-dernière syllabe : brave, 
bravo, malôute, malôuto, ounesle, ounesto, efle, eflo. 

2. — ADJECTIFS TERMINÉS PAR UNE CONSONNE 

MASC. FÉM. 

Sing. amar, amaro. 

Plur. amars, amaras. 

Ici le féminin se contente d'ajouter un o à la finale du 
masculin. Exceptions : 1° i se déplace dans les adjectifs en 
ter : proumier, proumetro, nier, neiro, darier, dareiro; i 
tombe dans espeis, espesso, prêts, preso ; 2° s se double quand 



y 



48 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



il est double dans le mot primitif : las, lasso, tout comme 
en français. 



3. — ADJECTIFS TERMINÉS PAR UNE VOYELLE 

OU UNE DIPHTHONGUE 

Il peut se rencontrer deux cas : 

1" Cas. — Les adjectifs en i et en u font leur féminin en 
ajoutant un o à la voyelle finale du singulier. Ex. : jàuli, 
jàulio ; mari, mario ; pouli, poulio; banaru, banaruo; poun- 
chu, pounchuo ; boudoundu, boudounduo; et tous les partici- 
pes passés en u : reçoupu, reçoupuo, rendu, renduo ; seule- 
ment il faut observer que cette diphthongue uo tend à se 
changer en io, comme nous l'avons dit à la 1 re déclinaison. 

2* Cas. — Les adjectifs qui se terminent par une voyelle 
ou par une diphthongue non compris dans les deux classes 
précédentes, reprennent au féminin la consonne primitive. 
Ex. : 



PU, 


lat. plenus, 


pleno. 


Se, 


rom. sech, 


sécho. 


Estré, 


rom. estrech, 


estrecho. 


Dré, 


rom. drech, , 


drecho. 


Paré, 


rom. parelh, 


parelho. 


Bè, 


rom. bel, 


bèlo. 


Blanchinè, 


rom. blanchinel, 


blanchinelo. 


Tau, 


rom. tal, 


talo. 


Egàu, 


rom. égal. 


egalo. 


Viou, 


lat. vivus, 


vivo. 


Ndu, 


lat. noms, 


novo. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 49 



SECTION DEUXIÈME 



MBegré* dm* adjectif* 



A. — COMPARATIF 

A part les formes melhour, pire, mendre,..majour, plu- 
siours, il ne reste rien des flexions comparatives anciennes. 
Ici, comme dans tout le domaine roman, on y supplée au 
moyen de l'adverbe : mai pour la supériorité, mens pour 
l'infériorité et aussi, autant, pour l'égalité. 

Ex. : es mai, mens sa je que ti, il est plus, moins sage que 
toi. 

Plus, à cause de son sens négatif, s'emploie moins sou- 
vent que mai. Ainsi eis plus saje est une phrase équivo- 
que, puisqu'elle signifie tout à la fois : il n'est plus sage et 
il est plus sage. Melhour sert aux deux genres, comme me- 
lior, et meuiSy mieux, fait fonction de neutre. Mendre se 
décline au masculin et au féminin. Sa signification compa- 
rative s'efface parfois dans des tournures telles que celle-ci : 
quele efant eis mendre, cet enfant est chétif. La forme dimi- 
nutive mingoulet (minusculus, grec (/.txxo^oç) a aussi le sens 

de petit, délicat, maladif. Pire possède les deux genres et 
les deux nombres, comme tous les adjectifs en e atone; mais 
sa valeur péjorative s'oublie quelque peu quand on dit par 
exemple : la rouo viro pire que davant, la roue tourne plus 
fort qu'auparavant. Le neutre pejus n'a pas laissé de forme 
équivalente. 

B. — SUPERLATIF 

Le superlatif de relation s'exprime par une périphrase à 
l'aide de l'article et de l'adverbe : lou mai jôuli, lou plus 
leide, la mai nôuto, lôus mens fouarts, las mens bêlas. 



50 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Le superlatif absolu se rend de plusieurs manières : 

1* En joignant au positif un des adverbes très bien, quou- 
noussai, extrémament : c'est le procédé français. 

2* En répétant l'adjectif ample avec un que intercalaire 
sur le type de l'adverbe, mai que mai, tant et plus. Ex. : du- 
bre naut que naut, arbre tfts haut; in bouan que bouan, vin 
extrêmement bon. Mais l'usage de ces locutions superlatives 
est restreint aux seuls monosyllabes, et par suite ne sert ja- 
mais au féminin. 



SECTION TROISIÈME 



Cfraifaftoft nominale 



Par l'adjonction d'une ou de plusieurs syllabes, le radical 
du substantif acquiert la faculté d'exprimer certaines idées 
de grandeur et de petitesse très familières au langage du 
peuple. Notre dialecte est riche en augmentatifs et diminu- 
tifs. 

§ f. — AUGMENTATIFS 
FLEXION as, asso 

Cette désinence donne au nom auquel elle s'ajoute une 
expression de grandeur démesurée, de mépris; de grotesque 
et même de quelque chose de méchant : 

masc fém. 

Pastras, gros pâtre. Testasso, grosse tête. 

Omelas, gros oiseau. Lmasso, grosse- lune. 

Toumlas, gros tonneau. Pourasâo, grosse peur. 

Courpatns) gros* corbeau. Fenwasso, femmaese. 

Garçounas, gros garçon. Chinasso, grosse chienne. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 51 

Certains de ces augmentatifs ont le double genre : pastras, 
pastrasso ; bestias, bestiasso, comme de vrais adjectifs. Cette 
flexion as et asso est en parenté incontestable avec l'italien 
accio, qui sert au même objet avec les superlatifs latins en 
ssimus et aussi avec les comparatifs celtiques ac, ach y acha. 

flexion alho 

Elle caractérise les collectifs désagréables et abjects 
comme en français : peissoxmalho, cayounalho, viandalho, 
brialho, populace, chàrp&lho, les jeux et beaucoup d'autres 
de la langue verte. 

DIMINUTIFS 

flexion ou et ouno 

Outre Tidée de diminution, cette désinence comporte avec 
elle Pidée de gentillesse et quelquefois de compassion. 

MASC. FÉM. 

Chavalou, petit cheval. Chatouno, petite chate. 

Aucelou, petit oiseau. Filhouno, petite fille. 

Chierou, petite chaise. Pourtouno, petite porte. 

Camarou, petit sac. Feyouno, petite brebis. 

Chichou, petit chien. Chichouno, petite chienne. 

Penou, petit pied. Courbeilhuno, petitecorbeille. 

flexion et, etto 

Cette désinence accentue davantage l'idée de quelque 
chose de petit, d'agréable et de charmant. 

MASC. FÉM. 

Poutounet, petit baiser. Auretto, petit vent. 

Goustelet, petit goûter. Manetto, petite main. 

Moutounet, petit mouton. Ouretto, petite heure. 

flexion ilho et ilou 

FÉM. MASC. 

Peirilho, petite pierre. Pesilhou, petit pois. 



52 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Branchilho, petite branche. Arilhou, petite aile. 
NousilhOj petite noix. Nasilhou, petit nez. 

Les adjectifs, eux-mêmes, aussi bien que les noms, sont 
susceptibles de modifier leur terminaison et de prendre la 
forme des diminutifs et des augmentatifs. Ainsi Ton a : 

Chaud, chàoud, chàudet, chàudeto, chdudinas, ch&udinàsso. 

Bon, bouan, bouniquet, bouniquet o, bounias, bouniàsso. 

Mou, moulet, mouleto, mouligas, mouligasso. 

Gras, grasset, grasseto, grassounet, grassouneto, grassou, 
grassouno. 

Blanc, blanchou, blanehouno, blanquet, blanqueto, blanchinel, 
blanchinelo, blanchinas, blanchinasso. 

Nous devons dire que l'usage seul doit servir de règle 
dans l'emploi des diminutifs et des augmentatifs. Or en pa- 
tois comme en italien, cet emploi est très variable. 

§ 3. — NOMS ENFANTINS 

Il convient de ranger dans la classe des diminutifs les 
noms propres altérés par le langage familier et enfantin. Ce 
mode de dérivation présente certains phénomènes très di- 
gnes de remarque. 

1° Les flexions masculines oun et et peuvent servir aux 
noms de femmes : Marie, Mioun, Miounet; Louise, Luisoun; 
Marguerite, Goutoun ; Jeanne, Janetoun. 

2° Très souvent la première et même la deuxième syllabe 
du nom est supprimée ; Antoine, Touane, Touanou ; Etienne, 
Tient, Tienou; Alexandre, Sandrou; Baptiste, Tistou; Eloi, 
Loisou; Louis, Issou ; Joséphine, Fino. 

3° Parfois la dernière syllabe du nom se redouble pour 
former des composés tels que Jôusè = Jijè, Gustou = Toutou, 
Ferdinan = Ninan, Eilisabè = Babè. Nous en parlerons plus 
au long lorsque viendra la question des mots composés. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



53 



CHAPITRE SEPT 



PROUTOIH 



SECTION PREMIÈRE 



Jf»r«mom# jt^rfomielf 



A. — i" PERSONNE, mi. 
SINGULIER 



Nom. mi, je, moi. 

Gén. de mû 

Dat. a mi, me avec un verbe. 

Ace. me, m\ 



des deux genres. 



PLURIEL 



MASC. 

Nom. nous autreis, 

Gén. de nous autreis, 

Dat. a nous autreis, 

Ace. nous des deux genres. 



FÉM. 

nous autras. 
de nous autras. 
a nous autras. 



Nom. 
Gén. 
Dat. 
Àcc. 



B. — 2* PERSONNE, ti. 



SINGULIER 



ti, tu, toi, 
de ti. 
a ti. 
te, f. 



des deux genres. 



54 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 





MA8G. 


FÉM. 


Nom. 


vous autreis, 


vous autras. 


Gén. 


de vous autrets, 


de vous autras. 


Dat. 


a vous autreis, 


a vous autras. 


Âcc. 


vous des deux genres. 





C. — 3« PERSONNE, H (réfléchi) 

SINGULIER ET PLURIEL 

Nom. si, soi. 

Gén. de si. 

Dat. a si. 

âcc se y s . 

3- PERSONNE, ele (démonstratif) 
SINGULIER 

MASG. . FÉM. 

Nom. ele y iele, elou, elo, ielo. 

Gén. d'ele, de iele, d'elo, de ielo. 

Dat. a-n-ele, a iele, li avec un verbe. a-n-elo, a ielo, li. 

Acc. lou, V, la, lo 9 V. 

Neutre acc. ou, vou. 

PLURIEL 

MASC. FÉM. 

Nom. elôus, iel&us, elas, ielas. 

Gén. d'elûus, de ielùus, d'elas, de ielas. 

Dat. a-n-elôus, a ielôus, tours, ar-n-elas, a ielas, louas. 

Acc. lôus, las. 

REMARQUES 

1° A la l r * personne, notre dialecte n'emploie ni le je 
français, ni le iéu provençal ; il se sert invariablement de 
mi au cas sujet. Cependant à Die, d'aprè3 Boissier, l'usage 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 55 

de yàu et de mi s'est maintenu parallèlement. Sur la ques- 
tion d'origine, on peut dire que mi, cas oblique, a pris la 
place du cas nominatif, à l'inverse de ce qui est arrivé en 
provençal. On sait en effet que les félibres d'Avignon disent 
par abus a iéu, per iéu. 

Dans le haut italien, on a des exemples de mi suppléant 
de io. On lit dans Bocace : Anz mi dico il vero. Il en est de 
même chez nos troubadours : Mon escudier e me (Bern. de 
Ventad.) ; Mi et mos chans et mas tors (Bertrand de Born). 
Dans le limousin moderne, la même substitution a lieu dans 
des locutions comme celles-ci : Qu'ei me que z'ai dit, c'est 
moi qui l'ai dit; Jean e me nous anèrem, Jean et moi nous 
allâmes. 

Quoi qu'il en soit, il est bon de rappeler que ce mi, qui 
fait rire les Provençaux, a l'honneur de se trouver dans 
plusieurs rameaux des langues celtiques, et remonte comme 
suffixe verbal jusqu'à la plus haute antiquité : sanscr. dadami ; 
gr. $i$ci)[M ; slav. esmi; gael, is mi. 

2° Par analogie, le ti complément aurait supplanté le tu 
sujet, qui a tout à fait disparu. Rapprochez ce pronom des 
parfaits latins amavis-ti, monuis-ti, legis-ti. Du reste, les 
trois formes mi, ti, si se retrouvent dans les datifs mihi, 
tibi, sibi : la plupart des anciens textes d'oc et d'otY les pos- 
sédaient et s'en servaient aussi bien que de me, te, se. (Diez, 
Qram, rom., 89.) 

3° Les datifs ti et lours sont employés avec un verbe (1) : 
li disou, je lui dis ; li ai fa, je lui ai fait. Quand li est suivi 
d'une voyelle, il prend le son mouillé et ne forme qu'une 
seule syllabe avec elle. Le pluriel lours tend à perdre son r 
et à se confondre avec l'ace, làus. Ainsi làus fàu signifie « il 
leur* faut » et « il les faut. » Mais c'est un abus. 

4° Le féminin lo est enclitique après un verbe à l'impé- 
ratif : vé-lo, vois-la; dias-lo, dis-la ; chanto-lo, chante-la. 

(1) Charte de Die, xni* siècle. Lor pour li, au singulier comme en 
vieux français. 
« Ke Deûs lor dons lo sabbat delicious. » (St Bernard.) 

5 



56 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

4° Les variantes fournies par nos chartes locales sont : el, 
eu, il, lui; el avia, il avait ; il e lor mare, lui et leur mère- 
Le datif li est très ancien : Eu ili donei mïamour. (Comtesse 
de Die.) 

5° Dans le nord du département, ele se change en ol de- 
vant les voyelles et ou devant les consonnes : ol e qui, il 
est là; ol aima, il aime. On trouve aussi iol : plout-iol, 
pleut-il ; faut-iol, faut-il. (Bellon, Patois de Charpey. Bull, 
drch., 1867.) 

6° Le v de vous s'élide dans la formule de politesse siàu- 
plè, s'il vous plaît ; en roman, sius platz. 



SECTION DEUXIÈME 



ProMoiMf et adjectif 9 ^ammemmifm 



1° — Moun, toun, soun. 

SING. PLUR. 

Masc. moun, toun, soun, mous, tàus, sous. 

Fém. ma, ta, sa, mas, tas, sas. 

2° — Miou, tiou, siou. 

SING. PLUR. 

Masc. miou, Hou, siou, mious, tious, sious. 

Fém. mio, tio, sio, mias, tias, sias. 

3° — Miôune, tiàune, siôune. 

SING. PLUR. 

Masc. miôune, tiàune, siôune, miôuneis, tiôuneis, siôuneis. 
Fém. miôuno, tiéuno, siôuno, miôunas, tiôunas, siôunas. 

4° — Nastre, vastre. 

SING. PLUR. 

Masc. nastre, vastre, nastreis, vastreis. 

Fém. nastro, vastro, nastras, vastras. 



(iRAMMAIRE DAUPHINOISE 57 

REMARQUES SUR LES POSSESSIFS 

1° — Les formes anciennes étaient : Singulier : sujet, 
mos, tos, sos, ma, ta, sa ; régime, mon, mo, ton, to, son, so. 
Pluriel : sujet, mos, tos, sos, mas, tas, sas On avait aussi 
nostre, vostre, nostra, vostra. La Charte de Die (1323) donne 
aussi mou pour mos : fa sebelis mou cozis. Le Cartulaire de 
Romans (33) contient : kr frare, leur frère (35); sei nevo, 
set effant. Au pluriel, mos est déjà diphthongué en mous, 
dans les Formules de Conjurations (ms. dauphinois de 1601). 

2' — Miou, Hou, siou sont une dérivation régulière des 
personnels mi, ti> si. Ils répondent au roman méu, téu, séu ; 
au provençal moderne miéu, tiéu, siéu, et au français mien, 
tien, sien. L'emploi en est très fréquent. Au datif, au lieu de 
dire, par exemple : Quàu pan eis a mi, on dit : Quôu pan eis 
miou. 

3° — Il existe aussi un autre possessif employé dans le sens 
neutre, uni au démonstratif co, cela : co miôu, co tiou, co 
siàu, co Ihour. Il en est de même en limousin et en proven- 
çal. Le grec avait to (xov, le mien, mon bien, ma propriété. 
D'après M. Chabaneau, aquo seu et aquo lor se trouvent déjà 
en usage dans des textes périgourdins du XIV siècle (Gramm. 
lim., p. 197). 

4° — Dans les prénoms nastre, vastre, a est le résultat de 
o = oa= a. Exemple : volo = valou. 





SECTION TROISIÈME 

• 




J*t*ottOitt# aé**%ow*&traitif& 




§ 1-. — A. — AQUELE, 


celui-là. 


SING. 

Masc. aquele, aquéu, acdu, 
Fém. aquelo, 
Neutre, aco. 


PLUR. 

aquelôus 
aquélas. 



58 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

B. — AQUESTE, celui-ci. 

SING. PLUR. 

Masc. aqueste, aquestôus et aquesteis. 

Fém. aquesto, aquestas. 



Neutre, eiço. 



REMARQUES 



1* — Les latins disaient dans le langage familier : eccil- 
lum hominem, cet homme que voilà, et eccistum hominem, 
cet homme que voici. Eccillum donne en langue d'oc aicel et 
aquel. Eccistum à son tour produisit les formes icest, iquest, 
aquest. 

2° — On retranche l'a initial et Ton obtient quele et queste, 
dont la similitude est parfaite avec l'italien quello et questo. 
Pour accentuer encore davantage l'idée démonstrative, on 
peut faire suivre ces pronoms des adverbes eici et aqui : 
quéu d'eci, celui-ci ; quello d'aqui, celle-là. 

3° — Aquéu est une forme vocalisée très ancienne et qui 
s'est altérée en aquôu, acôu, par le changement de eu en ou. 
C'est ainsi que péumiar est devenu pôumiar fpellem mutarej. 

4° — Il est probable que eiço, qui s'écrit aussi aisso, pro- 
vient du neutre ipsurn. Quoiqu'il en soit, on trouve dans 
l'ancien osque un pronom eiso qui a le même sens que le 
nôtre. (Bopp, Gr. comp., vol. 3, 348). 

5° — L'e final dans quele e queste est une lettre paragogi- 
que comme dans ele et qunte (1); il s'élide devant une 
voyelle, ainsi que Vo du féminin : aqueïome, quesVan, 
aquest'ouro. Au pluriel, aquelôus, aquestôus, les finales ôus 
sont atones et sont dérivées du roman os. A Die, le singulier 
masculin est aquelou, aquestou, avec ou atone. 

6° — Voici les formes correspondantes trouvées dans les 
vieux textes dauphinois (Cartul. de St-Paul-lès-Romans) : 

(1) On rencontre cet e final dans la 35 e charte du Cartul. de St- 
Paul-lh- Romans : iqueste boe, ce bois. La carte du péage de Valence 
(1412) change e en ou. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 59 

A. — Aquel, quel, cel, quelut, zel, iquel. 

B. — Aquest, iquest, aquist, izest, zest, icest, cest. . 

C. — Aico, aizo, aiso, iczo, izo, co, czo, zo, so. 

La 52 e charte contient la forme esta fistaj qui ne reparait 
plus nulle part. 

§ 2. — PRONOM OU, VOU 

Le pronom latin hoc s'est maintenu dans le roman pro- 
vençal, et nos manuscrits nous le montrent réduit à o au 
XIII e siècle. Plus tard, nous le retrouvons sous la forme ac- 
tuelle doté d'un v euphonique fvouj. Aujourd'hui, il s'em- 
ploie comme sujet, mais plus souvent comme régime, et 
partout où le français se sert de le avec le sens de cela. Ce 
petit mot, avec sa propriété éminemment agglutinative, mé- 
rite la plus sérieuse attention. Nous allons donc essayer 
d'en bien préciser le rôle. 

1° — Combiné avec les pronoms me, te, se, H, il donne 
lieu aux groupes suivants : 

M'ôu digue, il me le dit. 
Vôu douanou, je te le donne. 
S'ôu pensé, il se l'imagina. 
Li ou fau, il le lui faut. 

Notons que li ou est un monosyllabe qui se prononce 
Ihàu. 

2° — Séparé de ces pronoms, il prend un v euphonique 
et perd son accenf. De plus, il s'incorpore au verbe suivant, 
quand celui-ci commence par une voyelle : 

Vou pouarto, il le porte, il porte cela. 
Vouai (monosyl.), je l'ai, j'ai cela. 
Vouamou (dissyl.), je l'aime, j'aime cela. 
Vouadusou (trissyl.), je l'apporte, j'apporte cela. 

Dans la 56 e charte du Cartul. de St-Paul, nous lisons : 
ohant, ils Font ; o tegna, il le tenait. 



60 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

3° — Après les verbes, il fait fonction d'enclitique, si la 
phrase est impérative : 

Ve-vou y vois-le, vois cela. 
Manjo-vou, mange-le, mange cela. 
Pren-vou, prends-le, prends cela. 

4° — Lorsque les composés m'ôu, t'ôu, s'ôu, li ou sont 
suivis d'un verbe commençant par une voyelle, on intercale 
un s pour empêcher l'hiatus : 

M 9 ôvr-s-o dit, il me la dit. 
T'6u-s-adusou, je te l'apporte. 

REMARQUES 

I e — On pourrait aussi voir dans ce neutre une ^altération 
normale de el = eu = au = o. Cette dernière variante se trouve 
dans un texte de 1641 (Vie de Ste Valérie). Le limousin mo- 
derne, avec notre eu, possède encore au et yau. Et s'il était 
permis de parler de celtique, nous signalerions dans le gal- 
lois les pronoms o et vo, identiques pour le sens et pour la 
forme. (M. Edward, Recherches sur les langues celtiques, p 
34.) 

2° — La particule affirmative de notre dialecte est voué, 
vouei. Certainement, il s'agit d'un composé dans lequel le 
pronom vou s'est uni à la 3 e pers. du prés, de l'ind. du verbe 
èsse : vou-ei, cela est, c'est cela. Comparez cette particule 
avec son équivalente en limousin, co-es, faisant même fonc- 
tion. 

§ 3. — NEN, EN ET 1, Y 

On sait que le pronom en est tiré de l'adverbe inde, dont il 
partage les fonctions en qualité de particule. Il est suscep- 
tible de prendre trois formes différentes suivant les positions, 
nen, en, n y , et ces trois variantes sont exactement les mêmes 
dans les vieux textes. La dernière y est fréquemment em- 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 01 

ployée avec le verbe avèr : n'ot, il en a; n'avia, il en avait. 
Nous disons aujourd'hui : n'i o, n'i avio (1). 

En est toujours combiné avec les pronoms me, te, se, li : 
douano-me n'en ou douano m'en; mais li en, peu usité, est 
remplacé par n'i en (pron. gnen), dans lequel le pronom t 
datif parait s'être intercalé : n'i en parlarei, je lui en par- 
lerai. N'i n'est point une altération de li, car l'expression n'i 
adusou signifie je lui en apporte et non pas je lui apporte. 

La facilité avec laquelle ces trois pronoms (ou, n, i) 
réduits à une forme si simple, peuvent* s'unir ensemble, 
est vraiment remarquable. Il y a là quelque chose qui 
rappelle les procédés des langues agglutinatives telles que le 
basque. Le provençal est étranger aux combinaisons de ce 
genre, extrêmement favorables à la concision. 



SECTION QUATRIÈME 



J*roMottt# relatif* 

QUE ET QUI 

1° — Que. — C'est le seul que possède notre dialecte, 
pour les deux genres et les deux nombres, pour le sujet et 
le régime direct. Exemple : 

L'estiou que vent, Pété qui approche. 

La ployo que chai, la pluie qui tombe, 

Lôus tems que passan, les temps qui passent. 

Lou pan que couayou, le pain que je cuis. 

(1) On trouve dans les Sermons et préceptes moraux du XII* siè- 
cle us, en, i, a, il y en a (quelques-) uns {Lmg. rom. t 1880, p. 125) ; 
ce gui prouve que rii est pour en t. Du reste la forme abrégée n'i a 
se ht trois lignes plus bas. 



62 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Devant une voyelle, l'e.s'élide toujours : la flour qu'eu 
bandi, la flour qui épanouit. 

2° — Dont français n'a point d'équivalent chez nous, et 
c'est encore que qui en tient lieu. Ainsi l'on dit : lou fes- 
sou que te serveis, la pioche dont tu te sers. Lorsqu'il s'agit 
des personnes, on emploie les expressions de qui et a qui, 
absolument comme en français : L'ome de qui et a qui par- 
lou. 

3° — Dès le XIV siècle, d'après nos chartes locales, et les 
Lois d'amours y que fonctionnait indifféremment pour le mas- 
culin et le féminin. L'élision de Ve final est aussi très an- 
cienne, car nos textes dauphinois en font un fréquent usage : 
queSj qui est ; quera, laquelle était ; quoura fquœ hora). 



SECTION CINQUIEME 



J^rottom* interrogatifm 



1° — QUI ET QUE 

Pour interroger, on se sert de qui pour les personnes et de 
que pour les choses. Exemple : 

Qui m'ôuvirô ? Qui m'entendra ? 

Quelio? Qu'ya-t-il? 

Qu'avem ? Qu'avons-nous ? 

Pour rendre les expressions de quoi, à quoi, on dit de que, 
a que. Exemple : 

De que s'entervo ? De quoi s'informe-t-il ? 

A que broujo ? A quoi pense-t-il ? 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 63 

L'usage a consacré les tournures suivantes, dans lesquelles 
la préposition de est purement explétive : 

De que valeis ? Que veux-tu ? 

De que diseis ? Que dis-tu ? 

Un autre interrogatif, très usité dans le langage familier, 
c'est que, similaire du quoi français. Il est remarquable par 
sa prononciation très allongée et répond à qu'est-ce : ce qui 
me porte à croire que c'est une contraction de que avec es. 
Une forme plus explicite c'est qu'eis aco? que tout le monde 
connaît. Après une interrogation, on ne répond que qu'aux 
personnes que Ton tutoie ; la formule polie et respectueuse 
estpfèrt, avec ellipse du pronom gîte, que vous plaît-il? 

2o _ QUNTE, QUEL 

Lorsque l'interrogatif est suivi d'un nom, on se sert 
d'un pronom particulier qui se décline de la manière sui- 
vante : 

SING. PLUR. 

Masc. Qunte, qunt, quel. Qunteis, quntôus, quels. 

Fém. Qunto, quelle. Quntas, quelles. 

Ce pronom supplée aux formes multiples du latin quis } 
quisnam, quantus, quotus et même qualis. Exemple : 

Qunto meire! (Quœnam mater!) 

Qunteis ôubreis! (Quantœ arbores !) 

Qunto ouro eis ? (Quota hora est ?) 

Qunte que sié. (Qualiscunque. ) 

Probablement qunte se lie de près au latin quantus. La 
langue romane avait conservé quelque chose de ce genre, et 
l'on peut lire dans un vieil auteur français du moyen-âge : 

Quans pays robez et pillez, 
Qualités villes quantes citez 
destruites. 



64 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Nous disons encore, d'après l'Académie : Toutes et quantes 
fois (voyez Pierquin de Gemblous, Hist. des Patois, p. 90). 
Nos textes dauphinois n'offrent rien de semblable, mais le 
provençal possède quente et le valaque eut et cute (Diez, Gr. 
rom., tome 2, 104). A Grenoble, on fait usage de cto et queto, 
qui ne sont qu'une variante des formes sus-mentionnées. 

Sans interrogation, ce pronom ainsi que le précédent se 
combinent avec le subjonctif du verbe esse, pour signifier 
quicunque, qualiscunque, quantuscunque. 

Qui que sièche, qui que ce soit. 

Qunte que sié, quel que ce soit. 

Qimtas que sièchant, quelles qu'elles soient. 

Que que sié, quoi que Ce soit. 

Joint à l'article, on a les formes : lou qunte ou bien lou 
qunt, sans e paragogique ; la qunto, las quntas, lôus qunteis, 
répondant à l'interrogatif français lequel, laquelle, tombés 
en dessuétude. 

Le même quantus a laissé un survivant dans notre quant, 
adverbe signifiant combien : quant sount? combien sont-ils? 
quant eis d'ouras, quelle heure est-il ? mot à mot combien 
d'heures est-il ? Pour l'usage, il répond mieux au latin quot, 
indéclinable comme lui. ' 



SECTION SIXIÈME 



1° — QUOUQUE 

SING. PLUR. 

Masc. qu&uque, quôuqueis. 

Fém. quôuquo, quàuquas. 

Neut. quaucaren, quelque chose. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 65 

Combiné avec un, on a qu&ucu, quôucuno, quôuqueis-us, 
quôuquas-unas. 

. 2° — CHASQUE 

SING. PLUR. 

Masc. chasque, chasqueis. 

Fém. chasquo, chasquas. 

Combiné avec un, on a le pronom chascu ou chascun, 
chascuno, inusité au pluriel. A Crest et à Die, 1'* tombe 
comme d'habitude et l'on a châcu, châcuno. A Romans, l'a 
s'affaiblit en é, ce qui donne chécun, chêcune. Le même 
quisque latin parait avoir donné aussi à notre dialecte l'in- 
déclinable thas } qui s'emploie avec le sens de singultim, 
dans des phrases comme celles-ci : a chas un, un à un ; a 
chas sôu, sou par sou; a chas pau, peu à peu ; chasfeis, chas- 
viage, parfois. Cette particule se trouve dans un texte diois 
du xiV siècle, où on lit : liurazo du d. achaqs cler, et liurem a 
chaqz cler. Noue reviendrons là-dessus plus loin. 

Quelques-unes des locutions ci-dessus s^accommodent 
mal avec le sens primitif de quisqm et de chasque. Il serait 
donc possible que ce chas ou plutôt châ, car le s est insensi- 
ble même en liaison, fût une altération du vieux mot ro- 
man cada y qui, par les changements de règle, a fait d'abord 
chada, puis chaa, enfin châ. Le provençal a conservé cadum, 
chacun, et le limousin, chadan, chaque année. 

Sur l'origine de cada, du grec xocra, il est bon de lire la 
démonstration de M. Meyer dans Romania, n, p. 80. Notons 
encore que, fortuitement sans doute, en sanscrit c'est une 
particule, s'as, venant de kas, qui joue le rôle de notre chas, 
satakas, par centaines ; ekas'as, un à un; alpas'as, peu à peu. 
(Bopp, Gramm. comp., § 324.) 





3° - 


- TAU 






SING. " 




PLUR. 


Masc. 


tau, 




taus. 


Fém. 


tcdo, 




talas. 



66 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 





4° — QUAU 




Masc. 
Fém. 


SING. 

quau, 
qualo, 


PLTJR. 

quaus. 
qualas. 




50 _ TOUT 


• 


Masc. 
Fém. 


SING. 

tout, 
touto, 

6- — NUL 


PLUR. 

touteis, tous, 
ioutas. 


Masc. 
Fém. 


SING. 

nul, 
nulo, 

70 _ SOUL 


PLUR. 

nuleis, nuls, 
nulas. 


Masc. 
Fém. 


SING. 

soul, soulet, 
soulo, souleto, 

8° — OUTRE 


PLUR. 

souleis. 
soûlas, souletas 


Masc. 
Fém. 
Neut. 


SING. 

outre, 
ôutro, 
dure. 

OBSERVATIONS 


PLUR. 

ôutreis. 
outras. 



1° Devant une voyelle, tau devient tal : tal orne, tal iver. 
Quau a beaucoup perdu de son domaine au profit du qunte. 
Il ne sert plus aujourd'hui que dans des locutions comme 
celles-ci : tau quau, tel quel; talo qualo, telle quelle, etc. 

2° Le pluriel touteis tend à vieillir et à céder la place au 
français tous. La perte de cette forme flexionnelle serait re- 
grettable. Tout prend l'allure d'un neutre dans certains cas, 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 67 

en compagnie de l'article : N'ois pas lou tout, ce n'est pas 
tout. 

3° Nul est assez négligé au masculin. Il se rattache à trois 
particules négatives, du plus haut intérêt, dont nous parle- 
rons à l'article des adverbes. Ce sont gis, nul, pas un, point ; 
dengu, pas un, personne ; denlio, nulle part. 

4° Soûl a été supplanté par son diminutif soulet pour le 
masculin. Au féminin, les deux formes sont en usage. L'ad- 
jectif mol offre les mêmes anomalies. 

5° Le neutre dure (alterum) est une précieuse épave du 
latin étrangère à beaucoup de dialectes néo-romans. On dit 
par exemple : parlent d'ôure, parlons d'autre chose; un 
pau d'àure, un peu d'autre chose; ren ôure, pas autre 
chose; quauquaren ôure, quelqu'autre chose. Toutes ces ex- 
pressions sont très familières. 

Pour le pronom indéfini on, Ion, voyez ci-dessus à l'article 
indéfini, un. 



SECTION SEPTIÈME 

TA BM, JE A 97 

ae Ma BéeMinaison pronominale 



SING. PLTJR. 

Masc. ou, e, ôus, eis. 

Fém. a, o, as. 

On voit par ce tableau que les pronoms suivent en général 
la déclinaison des deux grandes catégories de noms, en e 
pour le masculin, en o pour le féminin. Les formes ou et 
dus sont de provenance romane. Celles en e et eis sont d'ori- 



68 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

gine postérieure. Les premiers appartiennent en propre au 
dialecte local, tandis que les autres nous viennent du Midi. 
Plusieurs pronoms, tels que qunte, quele, oscillent entre les 
deux formes. A Die, on a quele et quelou masculin singulier. 
A Loriol, on dit qunteis et quntôus au pluriel. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 159 



CHAPITRE HUIT 



CONJUGAISON 



Notions générales et ctatsifleation 



Ce qui distingue à première vue l'économie du verbe dau- 
phinois comparé au français, c'est l'absence rigoureuse des 
.pronoms personnels dans toute l'étendue de la conjugaison. 
S'ils y apparaissent, ce n'est que rarement et par pléonasme 
comme en latin. Dès lors, la flexion devient le signe unique 
de la personne du temps et du nombre, et cette flexion est si 
variée, si distincte, qu'elle suffit à donner à la racine verbale 
toutes les formes nécessaires pour exprimer sans équivo- 
que les nombreuses situations du sujet. 

Le paradigme de nos conjugaisons est incontestablement 
la partie la plus scientifique de notre grammaire. Dans la 
déclinaison, les cas du latin se sont perdus, et ces pertes 
n'ont été que très imparfaitement réparées; mais dans l'or- 
ganisme du verbe, il n'en fut pas ainsi ; c'est là, dit M. Gha- 
baneau, que les langues romanes se sont montrées le plus 
heureusement créatrices. Le lecteur constatera que la part 
de l'héritage roman dévolu à notre dialecte n'est pas une 
des moins considérables. Voici un aperçu sommaire des re- 
maniements essentiels que le verbe a subis sur le sol dau- 
phinois. 



70 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

§ 1". — VOIX ACTIVE 

Tous les verbes actifs, à l'exception des irréguliers, se 
conjuguent à l'aide de onze temps primitifs. Ce sont : le 
présent, l'imparfait et le parfait de l'indicatif, le futur, le 
conditionnel, l'impératif, le présent et l'imparfait du sub- 
jonctif, l'infinitif présent, le participe présent et le participe 
passé. Sur ce nombre, neuf sont d'origine latine et deux de 
création romane. Le premier groupe comprend : 

1° L'indicatif présent, canto = chantou. 

2° L'imparfait, cantabam = chantavou. 

3° Le parfait, tiré du plus-que-parfait pour la première 
conjugaison, cantaveram = ckantèron. 

4° Le subjonctif présent, cantem = chante. 

5° L'impératif, • canto = chanto. 

6° L'imparfait du subjonctif, formé du plus-que-parfait 
latin, cantavissem = chanté ssou. 

7° L'infinitif présent, cantate = chantar. 

8° Le participe présent, cantantem = chantant. 

9° Le participe passé, cantatus = chanta. 

Le deuxième groupe renferme : 

1° Le futur, formé par l'adjonction de l'infinitif avec le 
présent du verbe avoir, cantar ai (roman) = chantarei. 

2° Le conditionnel présent, composé de l'infinitif avec 
l'imparfait du verbe avoir, cantar avia, cantaria = chanta- 
riou. 

Il faut ajouter aussi le parfait de l'indicatif pour la 2 e et 
3 e conjugaisons. Nous en traiterons ailleurs. 

Les autres temps appelés secondaires ne sont que des cir- 
conlocutions ou tournures périphrastiques, par lesquelles 
l'action est exprimée au moyen d'un participe et d'un verbe 
auxiliaire. Cet auxiliaire est aver, avoir, pour l'actif, et èsse, 
être, pour le passif, et la plupart des verbes neutres. En 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 71 

cela, rien de particulier à notre dialecte ; c'est la règle suivie 
par toutes les langues romanes, sauf de rares exceptions. 

2* — VOIX PASSIVE 

Le paradigme latin pour le passif s'est totalement perdu 
dans le domaine roman. Le système adapté par le latin à la 
construction de certains temps, tels que amatus sum, amatus 
eram, etc., a été appliqué à la conjugaison tout entière. Ainsi 
amor est rendu par siou ama, amabar = èrou ama, amabor 
= sarei ama, et le reste comme en français, avec cette diffé- 
rence que la périphrase peut s'allonger davantage pour ren- 
dre certaines nuances du temps passé ; par exemple, on dit 
à Loriol : siou y gu esta ama, pour signifier : J'ai été aimé il 
y a longtemps. 

CLASSIFICATION 

Les verbes romans peuvent et doivent se partager en deux 
catégories bien distinctes, suivant la lumineuse classifica- 
tion de M. Chabaneau. D'une part, les conjugaisons vivantes, 
et de l'autre les conjugaisons archaïques. Les premières sont 
appelées vivantes, parce que leur organisme devient obliga- 
toire dans la formation des verbes nouveaux que la langue 
crée. Les secondes archaïques, parce qu'elles sont immobi- 
lisées, condamnées à l'impuissance et incapables de commu- 
niquer leurs formes à aucune idée verbale nouvelle. 

La première classe contient les verbes en ar = latin are 
et les verbes en ir de forme inchoative. 

La deuxième classe se compose des verbes en ir non in- 
choatifs, et des verbes qui ont l'infinitif en e atone (re, se, 
dre). 

Contrairement aux habitudes classiques, nous réduisons à 
trois le nombre des conjugaisons, à savoir ar, ir (inchoatif) 
et e atone. Quant aux verbes en ir, comme dubrir, mûrir..., 
qui n'intercalent pas ss devant la terminaison à l'indicatif 
présent, ils sont peu nombreux, et leur conjugaison hésite 
parfois entre les deux formes. Quelques-uns même se servent 
de l'une et de l'autre. Pour cette raison, il est pemis de les 
placer au rang des exceptionset de les traiter en conséquence. 

6 



72 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



SECTION PREMIÈRE 



AtëniMiaire* 



§ I". — AUXILIAIRE ESSE, ÊTRE 



TEMPS SIMPLES 



TEMPS COMPOSAS 



INDICATIF PRÉSENT. 


PASSÉ DÉFINI. 


Siou, je suis 


Siôu 'sta, j'ai été 


Sias, tu es 


Sias J sta, tu as été 


Eis 


Eis 'sta 


Siem 


Siem y sta 


Siès 


Sies 'sta 


Soun. 


Soun 'sta. 


IMPARFAIT. 


PLUS QUE PARFAIT. 


Èrou, j'étais 


Èrou 'sta, j'avais été 


Èreis 


Èreis 'sta 


Èro 


Èro 'sta 


Èrim 


Èrim 'sta 


Èris 


Èris 'sta 


Èran. 


Èran 'sta. 



PARFAIT INDÉFINI. 



PASSE ANTERIEUR. 



Fuguer ou, je fus 

Fuguèreis 

Fugue 

Fuguèrim 

Fuguèris 

Fuguer an. 



Fuguèrou 'sta, j'eus été 
Fuguèreis 'sta 
Fugue 'sta 
Fuguèrim 'sta 
Fuguèris 'sta 
Fugueran 'sta 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



73 



TEMPS SIMPLE» 


TEMPS COMPOSAS 


FUTUR PRÉSENT 


FUTUR PASSÉ. 


Sarei, je serai 


Sarei 'sta, j'eusse été 


Saras 


Saras 'ta 


Saro 


Saro ^sta 


Sarem 


Sarem 'sta 


Sarès 


Sarès 'sta 


Saran. 


Saran 'sta. 


CONDITIONNEL PRÉSENT. 


CONDITIONNEL PASSÉ 


Sariou, je serais 


Sariou 'sta, j'aurais été 


Sarias 


Sarias 'sta 


Sario 


Sario 'sta 


Sariem 


Sariem 'sta 


Sariès 


Sariès 'sta 


Sarian. 


Sarian J sta. 

m 


SUBJONCTIF PRÉSENT. 


PASSÉ. 


Que sièchou, que je sois 


Que sièchou 'sta, que j'aie été 


Siècheis 


Siècheis 'sta 


Sièche ou sié 


Sièche 'sta 


Sièchim 


Sièchim 'sta 


Sièchis 


Sièchis 'sta 


Sièchan. 


Sièchan 'sta. 


IMPARFAIT. 


PLUS QUE PARFAIT. 



Que fùguèssou, que je fusse Que fuguèssou'sta, que j'eusse été 
Fuguèsseis Fuguèsseis 'sta 

Fuguèsse Fuguèsse 'sta 

Fuguèssim Fuguèssim 'sta 

Fuguèssis Fuguessis 'sta 

Fuguhsan. Fuguèssan 'sta. 



INFINITIF PRÉSENT. 

Esse ou estre, être. 

PARTICIPE PRÉSENT. 

Estant, étant. 



PARFAIT. 

Èsse 'sta, avoir été. 

PARTICIPE PASSÉ 

Esta et 'sta, été 



74 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

REMARQUES 

1* L'auxiliaire èsse se conjugue avec lui-même dans les 
passés primaires, comme siou 'sta, fuguèrou 'sta, sarei 'sta ; 
mais dan? les passés secondaires, tels que siou 'gu 'sta, sariou 
'gu 'sta, il a régulièrement recours au participe du verbe 
avèr : agu, dont le rôle est d'exprimer un temps très éloigné. 
L'introduction de ce nouvel élément augmente d'un tiers le 
nombre des temps, dont la somme totale s'élève à vingt- 
quatre. 

2° Ce verbe est fort irrégulier dans toutes ses parties. Dif- 
férents types ont contribué à sa formation. Outre les formes 
provenant des thèmes verbaux ess et fu, il y a celles em- 
pruntées au verbe roman estar. L'infinitif estre et les parti- 
cipes estant, esta, lui doivent leur prigine. La variante èsse 
n'est autre chose que le roman esser après la perte de IV, 
qui est de règle, coser = couse, moljer = mouse, junher = 
jugne. 

3° L'indicatif présent est plein d'anomalies très difficiles à 
expliquer. La première personne siou, avec i long ad libi- 
tum, se rapproche beaucoup du provençal moderne siéu. Le 
rapport est le même qu'entre miou et miéu, Diou et Dieu, 
riou et riéu. Cette forme est presque introuvable dans les 
anciens textes de langue d'oc. Peut-être est-il permis de la 
reconnaître dans le vers 3,362 de Flamenca (Gram. lim., 
p. 372) : 

Quar s'ieu am e non siu amatz. 

Est-ce une inversion du roman sui (= limousin soui) ? c'est 
possible. Est-ce un équivalent de l'espagnol seo? cela pour- 
rait être encore. Plus probablement, à mon avis, siou est ap- 
parenté à l'italien par la forme archaïque so, avec insertion 
d'un i, comme dans siamo, siate, dont nous avons fait siem, 
siès ; ce qui revient à dire que siou (= siu) provient du latin 
sum. Le m ayant disparu, la pesanteur de l'accent a amené 
l'introduction de cet i (1). Sias s'écarte énormément du latin 

(1J Comparez le portugais sou, je suis. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 75 

es et du romand, iest, ses. Quelle que soit sa provenance, on 
le trouve employé couramment dans un manuscrit du Nou- 
veau-Testament (Gram. lim., p. 372). Eis dérive réguliè- 
rement du roman es (1). Le s final n'est sensible qu'en liai- 
son. Stem et siès diffèrent peu des vieilles formes sem et ses, 
et encore moins du provençal moderne siam, sias. Quant à 
la troisième personne soun, elle a peu varié. 

4° Imparfait. — Ici les formes romanes se sont mainte- 
nues, et les désinences personnelles sont communes aux 
imparfaits de la première conjugaison. Èrim et èris sont un 
amincissement du provençal erium, erias, avec projection de 
l'accent sur la première. Le verbe français avait aussi 
erium, eriez (2). La troisième personne du pluriel èran fait 
èroun à Crest. C'est de règle à tous les temps que an = oun, 
sauf au futur. 

5° Parfait. — La présence de la gutturale sera expliquée 
plus loin, quand nous traiterons des désinences temporelles. 
Nos vieux textes dauphinois donnent fo, fos et for on. Cette 
forme classique s'est conservée dans la haute vallée, où l'on 
dit furou, furets, fu y furim, furis, furoun; mais à Loriol, elle 
tombe en désuétude. En Limousin, on trouve aussi cette 
double forme usitée en certains lieux. 

6° Subjonctif présent. — Ce temps est remarquable par 
la chuintante qui s'y est intercalée. Comparez sièchou avec 
le provençal moderne siègue, avec le portugais seja et le ro- 
man seja. Plus tard, le j se vocalise en y et les Formules de 
Conjurations (1601) nous donnent sieye = siègue. Le français 
en fait autant : soyons, soyez. A la troisième personne du 
singulier, nous avons gardé la forme sié, que nous retrou- 
vons même dans les classiques du moyen-âge à côté du ré- 
gulier sia. 

7° L'Imparfait du subjonctif est doté d'une gutturale 

(1) Nous lisons et a saver, dans le Cartulaire de Romans, ch. 44 e 

(2) Le diois se rapproche du verbe français par ses formes èrouns 
et èrez. 



76 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



comme le parfait. Les textes anciens ne portent pas trace de 
ce g dur. On dit aussi fussent, fusseis, fusse, fussirn, fussis, 
fussan, en se rapprochant beaucoup plus du primitif et du 
français. Le limousin jouit également de ces deux impar- 
faits. 

A Die, dans les temps composés, on n'emploie rien que 
aver : ai ista, aguèrou ista, ôurei ista, au lieu de siou 
'sta, etc. 



SECTION DEUXIEME 



§ 2. — AUXILIAIRE A VER = HABERE 



TEMPS SIMPLES 



TEMPS COMPOSÉS 



INDICATIF PRESENT. 

Ai, j'ai 

As 



Avem 

Avès 

An. 



PASSÉ DÉFINI. 

Ai 'gu, j'ai eu 
As 'gu 
O'gu 
Avem 'gu 
Avès 'gu 
An 'gu. 



IMPARFAIT. 

Aviou, javais 

Avias 

Avio 

Aviem 

Aviès 

Avian. 



PLUS QUE PARFAIT. 

Aviou 'gu, j'avais eu 
Avias 'gu 
Avio 'gu • 
Aviem 'gu 
Aviès 'gu 
Avian 'gu. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



77 



TEMPS «1MPI.ES 



VBMPS COMPOSA» 



PARFAIT. 

Aguèrou, j'eus 

Aguèreis 

Aguè 

Aguèrim 

Aguèris 

Aguèran. 



PASSÉ ANTÉRIEUR. 

Aguèrou 'gu, j'eus eu 
Aguèreis 'gu 
Aguè 'gu 
Aguèrim 'gu 
Aguèris 'gu 
Aguèran 'gu. 



FUTUR PRÉSENT. 

Ourei, j'aurai 

Ouras 

Ouro 

Ourem 

Ourès 

Ouran . 



FUTUR PASSE. 

Ourei 'gu, j 'aurai eu 

Ouras 'gu 

Ouro 'gu 

Ourem 'gu 

Ourès 'gu 

Ouran 'gu. 



CONDITIONNEL PRESENT. 

Ouriou, j'aurais 

Ourias 

Ourio 

Ouriem 

Ouriès 

Ourian. 



CONDITIONNEL PASSÉ. 

Ouriou 'gu, j'aurais eu 

Ourias 'gu 

Ourio 'gu 

Ouriem 'gu 

Ouriès 'gu 

Ourian 'gu. 



SUBJONCTIF PRESENT. 

Qu'avou, que j'aie 
Aveis 
Ave 
Avim 
Avis 
Avan. 



PARFAIT DU SUBJONCTIF. 

Qu'avou 'gu, que j'aie eu 
Aveis 'gu 
Ave 'gu 
Avim 'gu 
Avis 'gu 
Ar>an 'gu. 



78 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



TBMP» SIMPLE» 



TEMPS COMPOSÉS 



IMPARFAIT DU SUBJONCTIF. PLUS QUE PARFAIT DU SUBJONCTIF 



Qu'aguèssou, que j'eusse 
Aguèsseis 
Aguèsse 
Aguèssim 
Aguèssis 
Aguèssan. 



Qu'aguèssou 'gu, que j'eusse eu 
Aguèsseis 'gu 
Aguèsse 'gu 
Aguèssim 'gu 
Aguèssis 'gu 
Aguèssan 'gu. 



INFINITIF PRESENT. 



Avèr, avoir. 



PARFAIT DE L INFINITIF. 



Avèr 'gu, avoir eu . 



PARTICIPE PRESENT. 



Ayant, ayant. 



PARTICIPE PASSÉ. 

Agu et 'gu, eu. 



OBSERVATIONS 

1° L'a initial de ce verbe est sujet à plusieurs modifica- 
tions. Avant l'accent, il s'assourdit en o, à Grest et à Die : 
ovem, oviou, ogu ; à Loriol, la diphthongue au s'afiàiblit en 
ou : ôurei, ouriou. L'aphérèse de cette voyelle a lieu pour 
éviter l'hiatus au participe passé et à l'infinitif. Exemple : 
ai 'gu, fou 'ver. Parfois, dans les anciennes chartes, on re- 
trouve Vh étymologique ; ainsi le Gartulaire de Romans dit 
hant loa, hant dona. =habet se voit déjà au xn e siècle, sous 
la forme de ot. 

2° L'imparfait aviou est du pur roman, moins la flexion 
personnelle. La mutation de ia en iou, provençal ieu, est de 
règle à tous les conditionnels sans exception, et aux impar- 
faits des deux dernières conjugaisons. Les exposants person- 
nels de notre dialecte sont tous les six différents, et ceci est 
une perfection supérieure au roman et à tous les autres dia- 
lectes congénères. 

3° Le parfait aguèrou s'estrgutturalisé de la même manière 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 79 

que le parfait de esse. La question d'origine sera étudiée 
tout au long après les paradigmes, en traitant la théorie des 
parfaits en guèrou. La 41* charte du Gartulaire de Romans 
nous offre orunt, qui diffère assez du roman agron, donné 
par les bons manuscrits. La troisième personne du singulier 
ac (habuit) s'y voit aussi passim exclusivement employée. 

4° Le subjonctif présent possède trois formes remarqua- 
bles. Outre àvou, que nous avons déjà donnée, il y a àgou et 
àyou, dont la dérivation est un fait constaté dans notre pho- 
nétique. Le#au subjonctif accuse une influence provençale : 
tengue, vengue, digue, sont des formes régulières dans le 
Midi; mais notre verbe aver n'aime pas se servir de qu'àgou, 
à cause de l'équivoque mal sonnante qui en résulte. Ayou se 
rattache évidemment au type normal aia. Que faut-il pen- 
ser de avou, introuvable dans les textes manuscrits ? Si le 
v provient du b primitif, comme dans aver, ce sera une va- 
riante du plus haut intérêt, représentant le latin habeam. 

5° Au futur et au conditionnel, av s'est diphthongué en 
ou, avec affaiblissement de au. On sait d'une façon certaine 
que ôurei est pour aver ai, ouras pour aver as ; nous n'avons 
pas besoin de le démontrer. Mais le conditionnel ôuriou (ro- 
man auria), d'où vient-il ? d'où sort-il ? On croit générale- 
ment qu'il s'est formé sur le modèle du futur par l'adjonc- 
tion de l'infinitif aver avec l'imparfait aviou (== avia). En 
effet, le Gartulaire de St-Paul-lès -Romans contient Incondi- 
tionnel : avian aver donat ; seulement il y a interversion. 
Par la suite, les deux termes se sont rapprochés en chan- 
geant de position, de sorte que aver avia s'est syncopé en 
auria. 



80 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



SECTION DEUXIÈME 



Taoiean générai ae Ma Conjugaison 



l w 


2 e 


2 e bis. 


3* 




INDICATIF PRÉSENT 




Ghant-ou. 


Legi-ss-ou. 


Sent-ou. 


Vend-ou. 


Chant-eis. 


Legi-ss-eis. 


Sent-eis. 


Vend-eis. 


Chant- o. 


Legi. 


Sent. 


Vend. 


Chant-em. 


Legi-ss-em. 


Sent-em. 


Vend-em. 


Chant-ès. 


Legi-ss-ès. 


Sent-ès. 


Vend-ès. 


Chant-an. 


Legi-ss-an. 


Sent-an. 


Vend-an. 




IMPARFAIT 




Chant-àvou. 


Legi-ss-iou. 


Sent-iou. 


Vend-iou. 


Chant-àveis. 


Legi-ss-ias. 


Sent-ias. 


Vend-ias. 


Chant- à vo. 


Legi-ss-io. 


Sent-io. 


Vend-io. 


Chant-àvim. 


Legi-ss-iem. 


Sent-iem. 


Vend-iem. 


Chant-àvis. 


Legi-ss-iès. 


Sent-iès. 


Vend-ies. 


Chant-àvan. 


Legi-ss-ian. 


Sent-ian. 


Vend-ian. 




PARFAIT 




Chant-èrou. 


Legi-guèrou. 


Senti -guèrou. 


Vend-èrou. 


Chant-èreis. 


Legi-guèreis. 


Senti-guèreis. 


Vend-èreis. 


Chant-è. 


Legi-guè. 


Senli-guè. 


Vend-è. 


Chant-èrim. 


Legi-guèrim. 


Senti-guèrim. 


Vend-èrim. 


Chant-èris. 


Legi-guèris. 


Senti -guéris. 


Vend-èris. 


Chant-èran. 


Legi-guèran. 


Senti-guèran. 


Vend-èran. 




FUTUR 




Chantar-ei. 


Legir-ei. 


Sentir-ei. 


Vendr-ei. 


Cantar-as. 


Legir-as. 


Sentir-as. 


Vendr-as. 


Chantar-o. 


Legir-o. 


Sentir-o. 


Vendr-o. 


Chantar-em. 


Legir-em. 


Sentir-em. 


• 

Vendr-em. 


Chantar-ès. 


Legir-ès. 


Sentir-ès. 


Vendr-ès. 


Chantar-an. 


Legir-an. 


Sentir-an. 


Vendr-an. 






GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



81 



1" 



2 e 



2 e bis 



3* 



CONDITIONNEL 



Chantar-iou. 


Legir-iou. 


Sentir-iou. 


Vendr-iou. 


Chantar-ias. 


Legir-ias. 


Sentir-ias. 


Vendr-ias. 


Chantar-io. 


Legir-io. 


Sentir-io. 


Vendr-io. 


Chantar-iem. 


Legir-iem. 


Sentir-iem. 


Vendr-iem. 


Chantar-iès. 


Legir-ièa. 


Sentir-iès. 


Vendr-iès. 


Chantar-ian. 


Legir-ian. 


Sentir-ian. 


Vendri-an. 




SUBJONCTIF PRÉSENT 




Chant-ou. 


Legi-ss-ou. 


Sent-»ou. 


Vend-ou. 


Chant-eis. 


Legi-ss-eis. 


Sent-eis. 


Vend-eis. 


Chant-e. 


Legi-ss-e. 


Sent-e. 


Vend-e. 


Chant-im. 


Legi-ss-im. 


Sent-im. 


Vend-im. 


Chant-is. 


Legi-ss-is. 


Sent-is. 


Vend-is. 


Chant-an. 


Legi-ss-an. 


Sent-an. 


Vend-an: 




IMPARFAIT 




Chant-èssou. 


Legi-guèssou. 


Senli-guèssou. 


Vend-èssou. 


Chant-èsseis. 


Legi-guèsseis. 


Senli-guèsseis. 


Vend-èsseis. 


Chant-èsse. 


Legi-guèsse. 


Senti-guèsse. 


Vend-esse. 


Chant-èssim. 


Legi-guèssim. 


Senli-guèssim. 


Vend-èssim. 


Chant-èssis. 


Legi-guèssis. 


Senti-guèssis. 


Vend-èssis. 


Ghant-èssan. 


Legi-guèssan. 


Senti-guèssan. 


Vend-èssan. 




• 

IMPÉRATIF 


• 


Chant-o. 


Legi. 


Sent. 


Vend. 


Chant-em. 


Legi-ss-em. 


Sent-em. 


Vend-em. 


Chant-ès. 


Legi-ss-ès. 


Sent-ès. 


Vend-ès. 




INFINI1TF 




Chant-ar. 


Leg-ir. . 


Sent-ir. 


Vend-re. 




PARTICIPE PRÉSENT 




Ghant-ant. 


Legi-ss-ant. 


Sent-an t. 


Vend-an t. 




PARTICIPE PASSÉ 




Chant-a. 


Ligi-io. 


Senti-io. 


Vendu-uo, io. 



82 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

§ i«. _ i" CONJUGAISON 

Les quatre cinquièmes de nos verbes dauphinois appar- 
tiennent à cette conjugaison. Sa nomenclature comprend : 
1' Les verbes latins de la première conjugaison maintenus 
dans notre dialecte, tels que : mudar (mutare), lôuvar (lau- 
dare), siôular (sibilare), rimar (cremare), civar (cibare), na- 
dar (natare), maiirar (maturare), sannar (sanguinare), cre- 
bar (prépare). 2° Presque tous les verbes créés pendant la 
période romane et après. 3° Enfin un nombre considérable de 
verbes empruntés à la première conjugaison française. 

Deux verbes irréguliers, anar et far sont compris dans la 
première conjugaison. Indicatif présent, vôu, vas, vai, anem, 
anès, van ; imparfait, anàvou, etc. ; parfait, anèrou ; futur, 
anarei ; conditionnel, anariou ; impératif, vai, anem, anè ; 
subjonctif présent, anou; imparfait, anèssou ; infinitif, anar; 
participe présent, anant ; participe passé, ana. Au futur et 
au conditionnel, on dit aussi anirei et 'nirei, aniriou et 'ni- 
riou. L'aphérèse a lieu au participe passé, 'na pour ana, et 
à l'infinitif, 'nar = anar. 

Far tient à la première conjugaison : à l'infinitif , far; au 
futur, farei ; au coûditionnel, fariou. Pour les autres temps, 
il entre dans la troisième : indicatif présent, f&u, fas, fax, 
fasem, fasès, fan; imparfait, fasiou; parfait, faguèrou ou 
feirou. Impératif, fai, fasèm, fasès; subjonctif, fasou ou fas- 
sou; imparfait, faguèssou ou feissou; participe présent, f osant; 
participe passé, fa, facho. Il existe une autre forme pour 
Tinfinitif : c'est feire (1). 

Plusieurs verbes de cette conjugaison sont d'origine ger- 
manique : bramar = (breman), pifrar = (bifrezan), escaras- 
sar = (skerran), lôufiar = (luftjan), roubar = (raubjan), 
escafar = (schrapen). 

§2.-2- CONJUGAISON, FORME INGHOATIVE 

Les verbes compris dans le domaine de cette conjugaison 
sont : 

(1) Voici les formes trouvées dans le Cartulaire de St-Paul : fao % 
indicatif présent ; fazian, imparfait ; fei, parfait : fezessoun, impar- 
fait du subjonctif. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 83 

A. — Les verbes identiques en latin, tels que : flacesco, 
humesco, frigesco, tepesco, rigesco, putresco, (in)gemisco, 
langesco, lucesco, etc. 

B. — Des verbes latins appartenant aux trois conjugaisons 
ère, ère et ire et devenus inchoatifs par analogie : gaudere, 
jauvissou; légère, legissou; colligere, culissou; digerere, dei- 
gerissou ; finire, finissou ; discutere, deigussissou. 

C. — Des verbes pris dans le français, tels que grandir, 
ternir, blêmir, rougir, blanchir, affermir, assombrir, réussir, 
conquérir, vernir, etc. 

D. — Enfin des verbes empruntés aux langues germani- 
ques, mais en petit nombre, tels que : eicharnir (skernon), 
chousir (kaustjan), garir (warjan), blesir (bleichen). 

On remarque que ss ne s'intercale qu'au présent de l'in- 
dicatif, à l'imparfait, au subjonctif, à l'impératif et au par- 
ticipe présent. 

§ 3. — 2- CONJUGAISON, NON INGHOATIVE 

La nomenclature de ces verbes est très restreinte et tend 
chaque jour à diminuer. Voici les épates qui restent en- 
core : auvir = audire, bulir = bullire, durmir = dormire, 
partir = partire, sentir = sentire, tussir = tussire, servir = 
servire, sourtir = sortire, venir = venire, dubrir = deope- 
rire, cubrir = cooperire. Deux sont tirés de veabes en ère : 
repentir = pœnitere, sufrir = sufferre. Deux de verbes dépo- 
nents : mûrir = mori, mentir = mentiri. Peut-être faut-il 
ajouter à cette liste blussir, pincer, qui a un deuxième infi- 
nitif, blusse. Dans tous les cas, elle est menacée de plusieurs 
défections : culir et tussir emploient déjà la forme inchoa- 
tive concurramment avec l'autre. 

§4.-3* CONJUGAISON 

Le fonds de la conjugaison archaïque, comme nous Pa- 
vons dit, est un amas confus de verbes momifiés et de pro- 
venance multiple. La diversité de ses infinitifs en est d'à- 



84 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

bord la preuve : er, dre, re, se, e, etc. Une telle bigarrure se 
comprend sans peine, lorsqu'on songe aux divergences peu 
sensibles des trois dernières conjugaisons latine». Jamais 
le peuple ne dut parfaitement saisir et observer des règles 
qui ne reposaient que sur des nuances légères. Dans son 
embarras, il eut recours aux formes plus accentuées des 
verbes en ar et en ir inchoatif, et il les choisit pour type de 
ses créations nouvelles. 

Dans l'impossibilité où nous sommes de trouver une divi- 
sion logique à ces verbes si disparates, nous allons essayer 
de les classer méthodiquement, d'après les formes de l'infi- 
nitif. Un œil plus exercé parviendra à découvrir peut-être le 
lien qui nous échappe. 

A. — INFINITIF EN ÈR 

1° Avèr = habere. Ce verbe auxiliaire a été conjugué tout 
au long; c'est au lecteur de consulter le paradigme ci- 
dessus. 

2° Foulhèr = fallere. Verbe unipersonnel. Indicatif pré- 
sent, fôu; imparfait, foulhio; parfait, fàuguè ; futur, fàudro ; 
subjonctif, falhe ; participe passé, fôugu. 

3° Valher = vakre : indicatif présent, vàlou, eis, vôu, va- 
lent, è, an; parfait, vôuguèrou; futur, vôudro; subjonctif, 
vaihou ; participe passé, vàugu. 

4° Voulhèr = velle, roman volher. Ce verbe se confond la 
plupart du temps avec valhèr. Il n'en diffère qu'au présent 
de l'indicatif : valou, pour voualo, valeis, vôu, voulem, voulè, 
valan. Ce dernier a des brèves là où Pautre a des longues. 

5° Pouvèr = posse, roman poder. C'est un des verbes les 
plus irréguliers de notre dialecte : il porte des traces de 
toutes les époques. Dans son ensemble, il se présente sous la 
forme d'un thème verbal, pou fpotensj, uni au verbe avoir : 
indicatif présent, pouei, pouas, pouo, pouvem, pouvè, pouan; 
imparfait, pouviou = pou aviou ; parfait, poueiguèrou =pou, 
aguèrou; futur, poueirei = pouvèr ei ; subjonctif, pouayou 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 85 

et pouachou; participe passé, pougu etpoueigu. Il existe pour 
l'infinitif deux autres formes qui sont poueire et pouache. 
Cette dernière, avec le subjonctif pouachou, rappellent les 
primitifs latins possim et posse. 

6° Savèr a une autre forme : sàupre = sapere. Indicatif 
présent, savou, saveis, so, pour saup (provençal), savem, 
savè, savan ; imparfait, saviou ; parfait, sôuguèrou, sôupi- 
guèrou; futur, souprei ; conditionnel, sôupriou; subjonctif, 
sachou; participe présent, sachan; participe passé, sôupu et 
sachu (1). 

7° Soulhèr = solere, vieux français souloir, verbe défec- 
tueux qui n'a que le susdit infinitif et l'imparfait soulhiou, 
soulhias, soulhio, etc. 

B. - INFINITIF EN DRE ET TRE 

Cette catégorie comprend : rendre = reddere, attendre = 
attendere, vendre = vendere, défendre = defendere, dessendre 
= descendere, escoundre = abscondere, foundre = fundere, 
toundre = tondere y apoundre = apponere, respouandre = res- 
pondere y mouardre = mordere, touardre. Ces trois derniers 
subissent certaines modifications au ratjjcal, dont il sera 
question en son lieu. 

L'infinitif en tre appartient à batre = batuere, foutre = 
futuere, mètre = mettere. Celui-ci n'est usité que dans ses 
composés; boutar lui a pris une partie de son domaine. Avec 
le double participe passé mei, messo, metu, metio, on est 
convenu d'appeler participe fort celui qui a l'accent tonique 
sur le radical, comme mei, et participe faible celui qui a sa 
tonique sur la flexion, comme metu; sègre = sequi et roum- 
'' pre = rumpere font partie de cette classe (2). Tous ces ver- 

(1) Les chartes de St-Paul donnent saber et saver et le participe 
saupu, dans la formule initiale des actes : saupua sia [notum sit), et 
dans l'adverbe so es a saver (silicet). 

(2) Il faut y ajouter courre (curreré), roman corir; parfait, cou- 
riguèrou. 



86 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



\ 



bes en re précédés de d, t, p, c, rejettent la gutturale au 
parfait et au participe passé. 

C. — INFINITIF EN SSE ET SE, RE 

La forme romane de ces infinitifs était èr durant la pé- 
riode classique. Plus tard IV est tombé et l'accent s'est re- 
porté sur la pénultième : pareisse = pareisser, couneisse = 
coneisser, neisse = naisser, esse = esser, creisse = creisser, 
teisse = teisser, couse = cozer, mouse = molzer (mulgere). 

Cette classe de verbes est apparentée à la deuxième non 
inchoative, par son parfait en iguèrou, son futur en irei et 
son conditionnel en iriou : creissiguèrou, creissirei, creissi- 
riou. Et par le fait anciennement quelques-uns de ces verbes 
ont l'infinitif ir, tel que cozir, coudre; mais toujours le 
participe passé se termine en su : teissu, cousu, mousu. 

D. — INFINITIF EN EIRE 

1° Creire = credere, roman ùrezer : indicatif présent, 
creyou, creyeis, cré.. ; imparfait, creyiou ; parfait, creiguèrou ; 
participe passé, creigu. 

2° Coueire = Roquer e, roman cotre : indicatif présent, 
couayo, couayeis, couei; parfait, coueiguèrou; participe pré- 
sent, couyan ; participe passé, queu (fort) et coueigu (faible). 

3° Escoueire = escutere et secoueire = succutere se conju- 
guent absolument comme le précédent. 

4° Entreire = (in)trdhere s'emploie surtout à la troisième 
personne : entrei, entreiguè, entreiro, etc., avec le sens d'être 
commode, aller bien : aquéu chape m'entrei, ce chapeau me 
va bien. 

5° Foueire = fodere, fouir, suit la conjugaison de coueire. 

4° Pleire = placere, roman plazer. Ce verbe possède un 
double présent, playou et pleisou, dont la troisième personne 
est plaiy plei et plè (si ou ptt). Le même dualisme apparaît à 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 87 

l'imparfait, pleisiou et playou, au parfait pleiguèrou et pleisi- 
guèrou, au subjonctif et aux deux participes. On dit aussi 
pleise à l'infinitif . 

7° Jeire n'est plus employé qu'à l'infinitif et dans un sens 
ironique : vei-fen jeire, va te coucher. La forme romane 
était jazer == jacere. 

8° Veire se conjugue en tout comme creire, sauf qu'au 
parfait et au participe passé il retranche Yi devant la guttu- 
rale forte : véguèrou, vegu. Il ne reste rien du roman vezer. 
L'impératif vé ne sert qu'avec les pronoms placés en incliti- 
que : vê-lou, vé-las, vé-vou, vé-me; ailleurs on emploie aviso 
= regarde. 

9° Cheire = cadere : indicatif présent, chayou ; parfait, 
cheiguè; participe fort, cheui, cheuito ; participe faible, 
cheigu. 

E. — INFINITIF EN EURE ET EN OURE 

1° Béure ou beuire = bibere : indicatif présent, bevou; 
parfait, beguèrou ; participe présent, bevan; passé, begu. 

2° Déure ou deuire = debere : indicatif présent, devou; 
troisième personne, déu, comme béu ; parfait, déuguè et dôu- 
piguè ; participe passé, dôupu. On se sert encore du roman 
devèr comme infinitif et nom. 

Réçôupre, recevre = recipere se conjugue de même, à 
l'exception du futur et du conditionnel : reçéuprei, reçôu- 
priou. 

3° Escriôure = scribere : indicatif présent, escrivou; par- 
fait, escriôuguèrou ; participe fort, escri, escricho ; participe 
faible, escriôugu. Cette double forme remonte aux temps 
classiques. On dit aussi escrire en se rapprochant du fran- 
çais. 

4° Viàure = vivere : indicatif présent, vivou; troisième 
personne, viou ; parfait, viôuguèrou et viàupiguèrou ; parti- 
cipe passé, viôugu et viôupu. 

7 



86 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

5° Maure = molere, n'est guère usité qu'à l'infinitif et au 
participe passé, lequel est doté de la double forme : meut, 
môuto, môugu. 

4» 

6° Pldure = pluere ; verbe unipersonuel : indicatif pré- 
sent, plou; imparfait, plouvio; parfait, plôuguè; futur, 
plàuro ; conditionnel, plôurio ; subjonctif, ployé ; participe 
présent, plouyan; participe passé, plôugu. 

F. — INFINITIF GNE 

Tous les verbes qui ont cette forme dérivent de primitifs 
latins terminés en ngere, roman nher, excepté cragne, qui 
vient de tremere, devenu cremere par la suite. Les futurs et 
les conditionnels sont irez et iriou. 

1° Plagne = plangere : parfait, planguè etplaniguè; par- 
ticipe passé, plan et planigu. 

2° Cragne : parfait, craniguèrou ; participe passé, cran. Ce 
verbe ne s'emploie guère qu'à l'infinitif et au présent de 
l'indicatif. 

3° Jugne = jungere : parfait, jugniguè; participe passé, 
jun, juncho. Ce dernier devenu substantif féminin signifie 
demi journée de labour. Les bœufs restent sous le joug de- 
puis le matin jusqu'à midi. 

4° Les autres verbes, tels que cegne = cingere, tegne = t tn- 
gere, pegne = pingere, restregne = restringere, ategne = 
atlingere, fegne = fingere, tombent en désuétude et sont 
remplacés par d'autres de création moderne. 

G. — INFINITIF URRE ET IRE 

1° Adurre = adducere : indicatif présent, adusou ; parfait, 
aduguèrou; participe présent, adusant; participe passé, adu, 
aducho. Le simple durre est moins employé. Conjuguez de 
môme redurre, coundure, proudurre. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 89 

2* Deçtrurre = despry&re. Vieilli beaucoup et finit par em- 
prujiter les {ormes françaises, comme counstrure et ensirure. 

3° Furre = fugere : indicatif présent, fuyou ; parfait, fui- 
guèrou. Tend aussi à s'assimiler les formes du français dans 
les autres temps. 

4° Prurre =yprurire. C'est surtout aux 3*' personnes que 
ce verbe a cours dans notre dialecte. On dit par exemple : 
Moun nos me pru, le nez me démange. Lurre = lucere n'a 
que cette forme de la S* conjugaison ; le reste du verbe se 
construit d'après l'infinitif lusir. 

5° Dire = dicere : indicatif présent, disou y diseis, di, disent, 
dises y disan ; imparfait, disiou; parfait, diguèrou; futur, 
direi; conditionnel, diriou; impératif, di et dia; subjonctif, 
disou; participe présent, disant; passé, di, dicho; à l'impé- 
ratif dia est le représentant du roman digas, provençal digo. 
Ce dernier, très connu à Loriol à cause du refrain : Digo, 
JaneUo, le vos-tu lougar. Se me souviens d'avoir entendu 
employer le parfait dissei par des vieillards. 

6° litre = rjdere : indicatif présent, riyou; parfait, riguè- 
rou; participe passé, ri. Rigu est abusif. 

H. — INFINITIFS DIVERS 

1° Prendre = prehendere ne conserve son d qu'au futur et 
au conditionnel comme en français. On dit aussi prene à 
l'infinitif; le parfait est prenguèrou et le participe fort preis, 
preso. 

2° Tene pour tenir = tenere : indicatif présent, tenon; 
parfait, tenguèrou; impératif, ten et tè; participe faible, 
tèngu. Les futur et conditionnel sont tendrei et tendriou. 

3° Venir = venir appartient à la 3 # conjugaison pour tous 
ses autres temps et se forme comme tenir. 

4° Chàupre = capere n'est guère usité qu'à Finfinitif , au 
futur et aux conditionnels. 



90 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

5° Quatre = quœrere est aussi défectif que le précédent. 
On dit aussi à Grest et à Die quèrre, qui se trouve dans le 
Gartulaire de St-Paul- lès-Romans. 



SECTION TROISIÈME 



Théorie &e* flemio*** 



Dans les observations qui précèdent, nous avons laissé de 
côté les modifications caractéristiques du temps et de la 
personne pour en faire un examen à part. Les paradigmes 
que nous avons donnés ont démontré la richesse de notre 
dialecte sur ce point, et il a été facile de constater que les 
formes à double emploi étaient fort rares. Il nous reste à 
mettre en lumière les principes de dérivation qui ont pré- 
sidé à tous ces faits grammaticaux. Ce travail comprendra 
deux paragraphes distincts : un pour les flexions person- 
nelles et l'autre pour, les flexions temporelles. Nous com- 
mençons par en offrir le tableau général. (Voir ci-contre). 

§ 1" — FLEXIONS PERSONNELLES 

SING. PLUR. 

1" pers. ou, iou, ei em, iem, im. 

2* pers. eis, ias, as. è, iè, i. 

3* pers. o, io, e. an, ian. 

§ !•■; — SINGULIER 

A. — 1- PERSONNE 
!• Ou répond aux trois flexions latines o, am, em ; canto 



\ 



TABLEAU DES 



! 




3. 



r 



JhàuatiJ^ ptiàcnL . 



1^ 



Singulier. 



païenne, 



ÛU 
(Ù4j ÛU 
ÛU 



Ttpa&nn**. 

eùf 

(iââ) eiâ 
ciâ 



3f 



ptzwntw. 





m 

t 



<Zturùf. 



^s 



Y^ptttonnt. 



cm, 
Cirv 



7*ptt*etuu. 

ià 

(1*6) èà 



Sïpe&onne. 



an 

(Î64) an 

arv 



S. 
3. 



3\npat§axK' 



<nr 



♦ 

avoit 
(iâà) iou 
iouà 



SUyuR^ 



<v 



païenne 

àvtiâ 

fiJj) iaJ 
iaà 



Sfpctx» tu. 

cLvo 

[lâé) io 
io 



i&urUe. 



ifpetsontu. 



aVUTLs 



(ùà) lenv/ 
iemS 



V: petâonnc. 
Opi6 

(ùà) ità 

Uà 



5fp*C6« 



1UU 



avan/ 
(£6à) ion. 

ions 



*fax(ailù. 



A. 
3. 



Siiujufier. 



VPpi&ennt^ 



[ 



igutrou 
erxnis 

auJtrous 
iquïroiv 



ttpetâennts! 

ereià 
ùjutrtiâ 
( treis 
gutrtis { atu 
igutrtis I ùj*** 



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GRAMMAIRE DAUPHINOISE 91 

= chantou, cantabam = chantàvou, eram, = èrou, canton = 
chantou, cantavissem = chantèssou. 

Ou = o à l'indicatif présent de tous les verbes, excepté 
avèr. Très probablement c'est l'amincissement de Vo latin 
placé après l'accent (1). Les lois phonétiques nous en ont 
fourni de nombreux exemples. Le roman avait deux formes 
à cette l w personne du présent, l'une sans flexion et l'autre 
avec t ou e; mais l'italien, l'espagnol et le portugais ont con- 
servé la flexion primitive o. Du reste, nous avons d'autres 
exemples (Tou atone correspondant à un o italien : quello = 
quelou, questo = questou, tedesco = teichou, moro = mouron. 

Ou = a à l'imparfait et au plus-que-parfait : amabam = 
roman amava. Suivant la règle, o s'est assourdi en o frosa = 
roso). Enfin, par analogie avec la 1 M personne du présent, o 
est devenu ou. D'ailleurs, il fallait pouvoir distinguer la 1" 
personne de la 3 e , qui restait terminée en o. Le limousin, 
pour n'avoir pas fait cette mutation, confond amàvo, j'ai- 
mais, avec amàvo, il aimait. 

Ou = ek l'imparfait du subjonctif : cantassem = chantès- 
sou. Les chartes romanes admettent la flexion essa parallè- 
lement à es, et le limousin moderne possède esso, flexion peu 
différente de la nôtre. 

2° Iou est le suffixe de tous les conditionnels et aussi des 
imparfaits de la 2* et 3 # conjugaisons. Ici encore le roman a 
suivi le même mode de dérivation. D'abord a s'est assourdi 
en o, puis il s'est infléchi en ou : cantaria, chantario, chan- 
tariou. A l'imparfait, les formes romanes avia, sentia, rendia, 
se sont également transformées en avion, sentiou, rendiou. 
Mais comme l'accent se trouvait sur la désinence ebarn, notre 
dialecte l'a maintenu rur iou, qui le représente aujourd'hui. 
Cette diphtongue est susceptible d'une double prononciation, 
suivant qu'on appuie sur i ou sur ou. Dans le premier cas, on 
a la prononciation archaïque voisine du provençal iéu : 
amariéu, voudriéu. Toutefois Brueys, qui écrivait vers 1600, 



(1) Le dialecte sarde de Campîdano fait u =z ou au présent 
Pindicattf amu, cantu, timu. (Diez, Gram. rom., p. 152.) 



de 



92 GBAMMAIRE DAUPHINOISE 

fait son imparfait marseillais comme le nôtre et dit preniou 
(Diez, Gram. rom., 2 # vol., p. 203). Observons que les anciens 
textes ne donnent qu'une seule forme ta pour la 1" et la 3 # 
personne. Le dauphinois comme toujours a rejeté la forme 
à double emploi et a doté d'une nouvelle flexion l'imparfait 
et le conditionnel. 

3° Ei, flexion du futur, n'est pas autre chose que l'atté- 
nuation de ai y provenant de la 1" personne du verbe avèr à 
l'indicatif présent. 

B. — 2* PERSONNE 

1* Eis est l'exposant de la 2' personne au présent de l'in- 
dicatif, à l'imparfait, au parfait, à l'impératif, au subjonctif 
et à l'imparfait du même mode. Les trois formes latines as, 
es, tSj s'étaient réduites à deux en roman : as pour la 1* 
conjugaison et es pour les deux autres : amas, finisses, rendes. 
En provençal, es a prévalu, même à la 1 M conjugaison, et 
notre dialecte en l'adoptant lui a fait subir la modification 
normale de es en eis. Nous avons conservé 1'* final comme 
dans les déclinaisons, parce qu'il se fait sentir quelquefois 
en liaison devant une voyelle. Remarquez la similitude 
flexionnelle avec le grec Xeyciç, tytiç, Tpe^eiç. Quel hasard! 
En limousin, a est resté à la 1" conjugaison, et aux deux 
autres Ves s'est élargi en ei comme chez nous. 

2° As et ias sont tels qu'ils étaient dans la vieille langue 
au futur et au conditionnel ; amaras, amarias. 

A l'impératif, la flexion est o : amo, chanta pour la l r# con- 
jugaison et i pour la 2*. Ailleurs il ya le radical seul quel- 
quefois suivi d'un e : rend, muere, àuve, courre : cette 2* 
personne est toujours semblable à la 3' personne du présent 
de l'indicatif. 

C. — 3* PERSONNE 

1° O est la flexion de la 1™ personne au présent et à l'im- 
parfait de l'indicatif pour la l" conjugaison et au futur pour 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 93 

les deux autres : chanto, chantavo, chantaro. Dans ces trois 
cas, o représente un a primitif. Il n'est pas rare dans nos 
vieilles chartes de trouver un a à la même place : lauve (lau~ 
dat),jure (jurât), toche (tangit, rom. toca). Mais la règle est 
le plus souvent observée. 

2° E caractérise le présent et l'imparfait du subjonctif de 
tous les verbes : chante, chantèsse. Il se montre également à 
l'indicatif présent de quelques irréguliers de la 2* et 3* con- 
jugaisons, tels que éuve (audit), courre (currit), mouse (mul- 
get), couse (consuit), teisse (texit). Plusieurs hésitent entre o 
et e : cuèbro, cuèbre; duèbro, duèbre; suèfro, suèfre. Mais la 
règle générale c'est qu'aux deux dernières conjugaisons, 
cette 3 - personne de l'indicatif présent rejette toute flexion, 
et alors le thème verbal peut subir certaines modifications 
importantes. 

A. — Si la flexion suit immédiatement la voyelle du 
thème de l'infinitif, la 3 e personne est identique à ce thème 
verbal. Exemple : pleire, plei; faire, fai; pldure, plôu; 
maure, môu; dire, di; béure, béu; déure, déu; excepté veire, 
vé; creire, cré. 

B. — Si la flexion n'est précédée que d'une consonne, 
cette consonne tombe avec la flexion : batre, ba ; adurre, 
adu; creisse, crei; pareisse, parei; sôupre, so pour sâu; bulir, 
bu ; sègre, se. Si la consonne était un v ou un /, il y aurait 
vocalisation : recevre, recéu ; valèr, vau. 

C. — Si la flexion est précédée d'une nasale seule ou ac- 
compagnée d'une autre consonne, la nasale reste : venir, 
ven; tenir, ten; rendre, ren; apoundre, apoun; escoundre, 
escoun ; jugne, jun ; plagne, plan ; roumpre, roum. 

D. — Si la flexion est précédée de deux consonnes et que 
la l r * soit un r, le r persiste et l'autre consonne s'en va avec 
la flexion. Exemple : partir, par; perdre, pèr; mouardre, 
mouar ; touarse, touar. 

Dans les verbes inchoatifs, à cette 3 e personne les deux 
s disparaissent avec la flexion et l'î s'allonge par compensa- 
tion : flourissou, flourî ; purissou, purî ; abarissou, abari. 



94 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

3° Io est la désinence personnelle : 1° à l'imparfait de la 
1" et 2 e conjugaisons; 2° au conditionnel des trois conjugai- 
sons, io représente t'a du roman avia, avio; ténia, tenio; 
amaria, amario ; io a cessé complètement d'être dissyllabi- 
que, et cette contraction remonte bien haut, car dans nos 
chartes romanes du Dauphiné nous trouvons tegna pour té- 
nia, preuve évidente que ce mot n'exigeait que deux émis- 
sions de voix. 

Cette flexion, comme celle du futur, porte l'accent toni- 
que. Il en est de même dans tous les dialectes modernes de 
langue d'oc. 

§ 2. — PLURIEL 

A. — 1- PERSONNE 

Em, iem et im. 

1° Em est la forme flexionnelle du présent et du futur de 
tous les verbes : amem, fasern, direm, vendrem. Elle a sup- 
planté Yam étymologique de la 1" conjugaison dès le com- 
mencement du xiv siècle. Une charte de Die (1330) nous 
donne des formes comme corriprem, liurem : nous y trouvons 
même donemos, mais il faut croire que c'est le parfait cor- 
respondant au français donnâmes, ou bien l'équivalent de la 
flexion vieux français ornes, somes, diromes, lairomes. (Diez r 
Qram, rom., vol. n, p. 207). 

2° lem est sorti du latin ebam, iebam, en passant par le 
roman iam. 11 caractérise l'imparfait de la 2' et 3 - conjugai- 
sons ; le conditionnel de tous les verbes s'en sert aussi : flour- 
rissiem, amariem. La flexion équivalente à Die est ions : 
avions, savions, amarions, qui est toute française et fait dou- 
ble emploi à la 1" personne et à la 2* du pluriel. 

3° Im est encore un survivant du am primitif, mais plus 
altéré que em. C'est la flexion de l'imparfait (Vèsse, èrim, et 
de tous les verbes de la 1" conjugaison : chantàvim. Il ter- 
mine également tous les parfaits et tous les présents et im- 



ORAMMAIRE DAUPHINOISE 95 

parfaits du subjonctif : chantèrim, fuguèrim, tenguèssim. Au 
subjonctif de la 1" conjugaison, il correspond à em : chan- 
tent, chantim. Cet amincissement est l'effet de l'accent toni- 
que placé sur la syllabe précédente. Dans quelques contrées 
de la Corrèze, la l re et la 2 e personne du pluriel sont em, es, 
im, is, selon les conjugaisons. Du reste, le roman classique 
usait de cette forme au parfait des verbes non inchoatifs de 
la 2 e conjugaison : partira, sentim. 

D'après Boissier, la forme dioise correspondante est ouns : 
aguèrouns, fugutrouns, amàvouns. 

B. — 2 e PERSONNE 

Es, tes, is 

1° Es est l'équivalent du primitif atz et etz et accompagne 
partout la l re personne em. Nous avons maintenu Y s étymo- 
logique, comme à la 2* du singulier, parce qu'il peut se 
faire sentir en liaison. Le marseillais connaît cette forme, 
mais plus longue : chantés, avès. Le limousin se rapproche 
de la nôtre et rejette Ys : avè, parte, flourissè. La variante 
avec é fermé (es) est très répandue pour le futur. La forme 
romane s'est conservée à Crest pour la l ro conjugaison : 
chantas, amas. 

2° lès est le corrélatif de ièm à l'imparfait et au condition- 
nel. Le provençal et le gascon ont de même abiès, aviès, 
amariès. 

3° Is. Cette forme se rencontre fort rarement : l'ancienne 
langue ne l'avait qu'au parfait de la conjugaison en ir : 
ausitz, pastitz, sentiz. Son emploi dans notre dialecte est su- 
bordonné à celui de la flexion im. Voyez plus haut. S'il fal- 
lait au subjonctif lui donner une généalogie, nous dirions 
que etz roman s'est tout simplement aminci en etz = itz = 
is. 



96 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

C. — 3' PERSONNE 
An, oun 

1° An. C'est le type unique à tous les temps et à toutes les 
conjugaisons. Il n'y a d'exception que pour la 3* personne 
singulière du présent de l'indicatif dresse : sount = fsuntj. 
La langue classique l'avait gardé du latin et l'employait gé- 
néralement. Aujourd'hui de toutes les dialectes celui qui 
donne à cette flexion une plus large part dans ses paradig- 
mes, c'est le limousin. (Trésor duFélibrige; Mistral, au verbe 
ama.) A Grest, an ne s'est maintenu qu'au futur et au con- 
ditionnel. A Die, il existe une 3* forme en au futur, au pré- 
sent et à l'imparfait du subjonctif : amaren, amen, amèssen. 

Les chartes de St-Paul attestent qu'au xn e siècle, la 1 M 
conjugaison gardait a : 1° au présent de l'indicatif : donant 
(55), comprant (94) ; 2° à l'imparfait : contrariavant (36), par- 
tiant (40), amant (48); 3° à l'imparfait du subjonctif : aguès- 
sant (36), quesessant (79), demandessant (91). Cependant il y 
a déjà hésitation entre ces deux formes, puisque Ton trouve 
aussi avion (52) et noisesson (54). Le t final est très variable 
aussi. 

2° Oun. Cette flexion est préférée dans tout le haut Diois. 
Le Donat provençal l'autorise comme la précédente aux trois 
conjugaisons, et nous la possédons dans nos vieux textes 
du Dauphiné, comme on l'a vu plus haut : devon, tenon, loe- 
runt, donerunt, comprerunt. Dans le Valentinois, on dit aussi 
avec la prononciation française amon, amavon, amèron; 
mais nulle part en nos contrées la nasale ne s'est perdue. 

. En terminant cet examen des flexions personnelles, il nous 
sera permis de faire constater au lecteur l'heureuse variété 
et la belle coordination de toutes ces formes assignées à cha- 
que personne suivant le temps et le nombre. Avec une telle 
ressource, on le comprend, notre dialecte pouvait se passer 
de particules pronominales, sans craindre la moindre am- 
phibologie. Aussi, nous ne voyons pas la nécessité qu'il y 
avait d'ajouter les pronoms ol et il à la 3* personne dans le 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 07 

ûàtâ du département, à Chabéuil par exemple, où Ton con- 
jugue amou, âmes, ol amo, àmem, amès, il amon. (Bellon, 
Patois de Charpey.) C'est une superfétation inutile. 

§ 2- — FLEXIONS TEMPORELLES 

Outre les suffixes de la personne, chaque temps possède 
une ou plusieurs lettres qui se placent entre ces suffixes et 
le thème verbal pour en préciser le temps. Seuls le présent 
de l'indicatif et le subjonctif sont privés de cet avantage, et 
encore trouve-t-on plusieurs verbes irréguliers dotés d'une 
flexion temporelle au subjonctif : ainsi sièchou, ayou, poua- 
chou, fmsou, valhou ont une forme spéciale. On peut dire 
même que ce temps n'en a pas besoin, puisqu'il est toujours 
précédé de la conjonction que. 

A. — IMPARFAIT AVOU, IOU 

1° l r * conjugaison. Nous rencontrons le v substitué au 6 
primitif dans nos plus anciens textes, mais seulement pour 
la conjugaison en ar. Tous nos dialectes modernes du midi 
ont fidèlement gardé cette flexion ava, si sonore et si expres- 
sive. En français, seules quelques vieilles chartes offrent des 
tracés de celte formé (Diez, Gram. rom., vol. 2, p. 209; Rey- 
riouàfd, Choix de Poésies, p. 245). Dans le provençal mo- 
derne, la tonique est reculée sur les finales à la l w et 2 e per- 
sonnes du pluriel : avian, avias, comme le veut l'étymologie ; 
mais notre dialecte dauphinois l'a maintenu à la place 
qu'elle occupe au singulier, et dès lors, la flexion person- 
nelle iam, ias étant devenue atone, s'est amincie en im et is. 

2° Aux autres conjugaisons, du latin ebam et iebam sont 
sorties, par la chute du b, eam et team, que le roman a ré- 
duites au type unique t'a, provençal iéu, dauphinois iou. Les 
formes ténia, dizian, fc&îan, rendian, données par nos an- 
ciens textes, remontent à la période classique. En dehors de 
ces deux flexions àvou et iou, il n'y a que l'imparfait èrou à 
signaler. Les 1™ et 2* personnes pluriel èrim, èris, compa- 



98 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

rées au provençal moderne erian, erias, offrent le même 
phénomène de rétrécissement et de projection d'accent, que 
nous avons mentionnés plus haut pour amàvim et amàvis. 

B. — PARFAIT 

1" Conjugaison en ar. Notre parfait moderne est en èrou : 
amèrou, chantèrou, beilèrou. Il flexionne d'après l'imparfait 
èrou du verbe esse, excepté à la 3* du singulier, qui fait è 
pour èro, et qui par conséquent a une syllabe de moins : 
amèrou, amèreis, amè. Ce mode de flexionnement avec r se 
trouve aussi dans le marseillais et le languedocien. Le gas- 
con et le béarnais l'ignorent complètement. Le limousin a 
conservé le parfait fort à la 1" personne singulière : eimei; 
mais aux autres personnes, il suit l'exemple de ses congé- 
nères de Provence (Mistral, Trésor du Félibrige, p. 76). 
Quant à notre diois, d'après Boissier, il paraîtrait que le r, 
comme en français et en latin, n'y existe qu'à la 3 e du plu- 
riel. Les autres personnes auraient emprunté les flexions de 
l'imparfait àvou. Ce fait aurait besoin d'être vérifié. Trois 
opinions différentes ont été émises sur l'origine de ce parfait 
avec r. 

A. — Diez pense que ce temps s'est formé par analogie sur 
le modèle de la 3 e personne plurielle runt = ront, amave- 
runt = amàrunt (Gram. rom., vol. 2, p. 204). La chose est 
possible assurément, mais le procédé étant tout mécanique, 
il nous paraît fort extraordinaire. 

B. — D'après M. Chabaneau, le parfait actuel aurait em- 
prunté sa forme soit au plus-que-parfait en eram, soit au 
parfait du subjonctif en erim. Ces deux dernières hypothèses 
sont appuyées sur d'excellentes raisons qu'il serait trop long 
d'énumérer ici. Disons tout de suite que notre parfait dau- 
phinois offre tous les caractères du plus-que-parfait de l'in- 
dicatif : amaram = amara = amèrou. Nous avons déjà vu 
amabam = amava = amàvou. Du reste, des formes évidem- 
ment tirées du plus-que-parfait latin se trouvent, à l'époque 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 99 

classique, dans Gérard de Rossillon et plus tard dans le 
Ludus Sancti Jacobi. 

Régulièrement, la 3 e personne singulière aurait dû faire 
amèro, comme amabat a donné amàvo; la forme écourtée 
amè est un fait trop général pour qu'il ne soit pas logique- 
ment explicable. Ou bien le r sera .tombé par le frottement, 
comme en espagnol : agon pour agron, remazon pour l'inu- 
sité remazron ; ou bien ces 3 e " personnes étant plus fréquem- 
ment employées, sont exposées davantage à Faction du frot- 
tement et à la corrosion qui en résulte. Enfin, on pourrait 
encore soutenir que la 3 e personne singulière des vieux 
parfaits est entrée de toutes pièces dans la confection des 
parfaits nouveaux. 

2° Conjugaisons ir et e. A part quelques verbes en dre, 
tels que escoundre, respouandre, rendre, perdre, mouardre, 
etc., qui suivent la règle précédente, tous les autres pren- 
nent une gutturale à leur parfait ; venir, venguèrou ; flourir, 
flouriguèrou; dire, diguèrou; faire, faguèrou ; couse, cousi- 
guèrou. Comme la question de ces parfaits offre de sérieuses 
difficultés, nous allons la traiter avec le plus d'attention 
possible dans un article spécial. 

3° Parfaits en guèrou. Le type de ces formes gutturalisées 
se trouve dans les deux verbes auxiliaires èsse et avèr : fu- 
guèrou, je fus, et aguèrou, j'eus. Ils dérivent l'un et l'autre très 
probablement des plus-que-parfaits archaïques : fuveram 
et habveram, par suite des mutations normales de b = v -= g 
fvespa = guespo; sambucus = sangu ; vastare = gastar). En 
effet, les textes anciens font le parfait (Vaver en agui = ha- 
but, agron = habuerunt. Le g dur n'apparaît que fort tard 
au parfait de èsse. On trouve dans Sainte-Valérie (xvn e siècle) 
fugrey pour fuguerey. 

Dans les autres verbes, d'après la théorie de Diez, le g 
provient de la consonnification de Vu atone traité en w alle- 
mand, toutes les fois que le parfait primitif était en ui et vi. 
Ainsi dolui = dolgui, volui = volgui, debui = degui, tenui = 
tinguif pavi = pagui, etc. On avait aussi les formes abrégées 






100 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

à la 3* personne singulière do le, vole, dec, Une] mais au plu- 
riel, le g reparaissait devant IV et Ton avait dolgron, vol- 
gron, degron, tingron. Jusque-là cette théorie nous paraît 
fort admissible, basée qu'elle est sur les principes de la 
phonétique romane. Nous admettons même que certains 
verbes dépourvus de parfaits en ui et vi ont, par abus et par 
analogie, intercalé la gutturale : tels sont : venit = venguè, 
cucurrit = correguè, cecidit = cazeguè. Mais vouloir que -ce 
procédé de formation soit devenu la règle générale de tous 
les parfaits à g dur, lorsqu'on songe que tous les inchoatifs 
et plus des deux tiers de la 3 - conjugaison en sont là, n'est- 
ce pas donner une trop large part à l'hypothèse d'uw opé- 
ration purement mécanique ? 

Ne pourrait-on pas soutenir que les parfaits à g dur, tels 
que faguèrou, poueiguèrou, legiguèrou, ont une formation 
analogue à oelle des futurs fard, poueirei, legirei? Au futur, 
nous voyons le verbe auxiliaire ei (habeo) combiné avec un 
infinitif; dans le parfait aussi on croit reconnaître ce même 
auxiliaire aguerou (habueram) uni à quelque chose qui res- 
semble à un thème verbal ou à un participe passé. D'après 
ce sentiment, faguèrou, diguèrou, durmiguèrou ne sèment 
qu'une inversion de aguèrou fa, aguèrou di, aguèrou dur mi, 
dont le sens s'écarte fort peu des parfaits correspondants. On 
sait que l'a initial de avèr s'oblitère facilement : vèr = avèr, 
gu = agu,guèrou = aguèrou. 

Mais nous avons une preuve péremptoire en faveur de 
notre opinon, et c'est le verbe pouver qui va nous la fournir. 
Etrange coïncidence : c'est ce verbe latin posse qui fit décou- 
vrir à l'illustre Bopp la présence de l'auxiliaire fui dans les 
parfaits en ui; c'est le même aussi, avec sa forme romane 
pouvèr, qui nous révèle la composition des parfaits guttura- 
lisés. 

En effet, il existe un parallélisme évident entre la corfju- 
gaison du latin posse et celle de son substitut roman pouvèr. 
De part et d'autre, nous trouvons un radical pot, po, pou 
(potens) exprimant la puissance combiné, là avec l'auxi- 
liaire esse, et ici avec l'auxiliaire avèr. Ainsi l'on a les formes 
correspondantes : 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 101 

Possum (pot sum) = pouei (pou ai). 
Poteram (pot eram) = pouviou (pou aviouj. 
Potui (pot fui) == poueiguèrou (pouèi aguerou). 
Potuero (pot fuero) = poueirei (poueire ai). 
Possim (pot sim) = pouayou (pou ayou). 
Posse (pot esse) = pouvèr (pou avèr). 

Impossible d'en douter, la composition du parfait poueiguè- 
rou est bien celle que nous avons affirmée plus haut. La dé- 
sinence guèrou n'est autre chose que le parfait aguèrou, mo- 
difié légèrement par l'aphérèse de a. 

Partant de ce principe, la logique la plus rigoureuse 
exige que nous admettions la présence du même élément 
dans les autres parfaits à gutturale, tels que finiguèrou, ven- 
guèrou, tussiguèrou, prenguèrou, etc. 

A Die, quelques verbes seulement, comme dans l'an- 
cienne langue, ont pris ce g intercalaire; les autres réguliè- 
rement forment leur parfait en èrou : dissèrou, finissèrou, 
dubrèrou, 

G. — FUTUR REI 

Sous une apparence de forme simple, notre futur est un 
composé dans lequel l'infinitif se combine avec l'indicatif 
présent du verbe avèr : chantar ei, legir ei, escoundr ei. C'est 
la méthode suivie par tous les congénères néo-latins dès la 
période même de leur formation. Voici les cas particuliers 
qui s'écartent des règles générales. 

1° L't des verbes en ir ne s'élide plus à aucun futur de 
notre dialecte. Nous disons murirei, aquerirei, courirei. 

Cependant les verbes en nir laissent tomber Yi, et nr 
se change en dr : tendrei, vendrei, comme en français. 

2° Les verbes avec infinitifs en gne et se, primitivement 
terminés en er, se comportent comme ceux en ir : plagne, 
plagnirei; cragne, cragnirei; couse, cousirei; creisse, creissi- 
rei; pareisse, pareissirei ; touarse, toursirei. 

3° Lorsque l'infinitif a un ou élargi en oa, oua, cet a dis- 
paraît au futur, parce qu'alors l'accent tonique passe sur la 



102 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

flexion : respouandre, respoundrei; mouardre, mourdrei; 
pouarge, pourgirei; touarse, toursirei. 

D. — CONDITIONNEL RIOU 

Bien qu'un peu moins reconnaissable, la combinaison qui 
a produit le conditionnel est identique à celle du futur : ro- 
man cantaria, pour cantar avia; dauphinois, cantariou, pour 
cantar aviou. C'est encore l'infinitif joint à la flexion de l'im- 
parfait du verbe avèr. Ce fait est incontestable. (Diez, Gram. 
rom., p. 109.) Au commencement du xvn* siècle, ia fléchis- 
sait déjà en iou. Nous avons cité en preuve un texte de 
Brueys; en voici un autre peu différent de la Vie de Sainte 
Enimie (Bartsch, 266, 21-22; : 

E que as dit? que ja tenrieu * 
Per fantauma si ho auzieu. 

Régulièrement iéu provençal répond à notre iou, et un ma- 
nuscrit de 1601 (Formules de Conjurations] nous présente 
cette dernière forme dans le conditionnel pourriou, je pour- 
rais. 

Les observations que nous avons données pour le futur 
s'appliquent en tout au conditionnel. 

En parlant du conditionnel ôuriou, j'aurais, nous avons 
dit qu'il se composait lui aussi des deux éléments consti- 
tutifs avèr et aviou, syncopés en aver iou et finalement ôu- 
riou. M. Chabaneau {Gram. lim., p. 217) affirme qu'il ne 
connaît pas d'exemple de la séparation de ces deux éléments 
en langue d'oc. Nous en avons trouvé un dans le Cartulaire 
de Roiais, où nous lisons : avian aver donat, avec le sens de 
ils auraient donné. 

E. — IMPÉRATIF 

Ce temps est incomplet, comme dans tous les autres dia- 
lectes romans. Il ne possède que la 2 e personne du singulier 
et les 1 M et 2* du pluriel. On supplée au? autres au moyen 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 103 

du subjonctif. La 2 e du singulier, dépourvue de toute flexion, 
ressemble à la 3 e du singulier du présent de l'indicatif : 
anto, adu, flouri, âuve. La brièveté de cette forme tient au 
tempérament de toutes les langues et à la nature elle-même, 
qui veut que, lorsqu'on commande, on se serve de paroles 
vives et courtes. 

Un certain nombre de verbes sont dotés d'une double 2* 
personne : ainsi tenir a ten et tè, cette dernière avec le sens 
d'interjection ; dire possède di et dias, latin dicas, provençal 
digo; dubrir et cubrir oscillent entre un e et un o final : 
duèbro, duèbre\ cuèbro, cuèbre. Dans les verbes réfléchis, ou 
bien quand la phrase est prohibitive, la 2 e personne du sin- 
gulier et du pluriel se tire du subjonctif : duermeis pas, ne 
dors pas; leis anis pas, n'y allez pas; te queseis, tais-toi; te 
gareis, ôte-toi ; te leveis, lève-toi. 

SUBJONCTIF 

La flexion temporelle n'existe au subjonctif que pour un 
petit nombre de verbes irréguliers, tels que èsse, sièchou; 
avèr, ayou; poueire, pouachou etpouayou; anar, anou; séu- 
pre, sachou ; valher, valhou. Il ne reste rien des anciennes 
formes provençales, tengue, prengue, digue, fague, etc., et 
nos textes dauphinois n'en présentent que peu de traces. Ce- 
pendant nous y trouvons une fois vingue (veniatj, et tout 
donne à croire que la règle classique était observée alors. 

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF ESSE 

Les deux imparfaits du subjonctif fuguéssou et aguèssou 
sont les dérivations normales des plus-que-parfaits fuissent 
et habuissem. Pareillement, dans la l re conjugaison, les for- 
mes amèssou, chantèssou, sont dérivées en droite ligne de 
amassent, contassent. 

Quant à la genèse des imparfaits à g dur, elle nous paraît 
analogue à celle des parfaits en guèrou. C'est encore l'auxi- 
liaire avèr qui en fournit l'élément final, en lui donnant la 

8 



104 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

flexion temporelle guèssou pour aguèssou. Il en est ainsi dans 
poueiguèssou; rien ne permet d'affirmer qu'il en soit autre- 
ment ailleurs. 

Dès lors, finiguèssou est pour aguèssou fini, et cousiguèssou 
pour aguèssou cousu : ce dernier avec changement de u en 
i, comme au participe : cousio = cousuo. 

L'imparfait du subjonctif ésse est très fréquemment em- 
ployé dans nos vieux textes : 1" conjugaison demandessan, 
quesessan; 2* conjugaison tenessah, et avec la gutturale ten- 
guèssan ; 3 - conjugaison fezesson, rendesson, noisesson, etc. 



SECTION QUATRIÈME 



J»artfoij»e# 



§ 1. — PARTICIPE PRÉSENT . 

Tous les verbes de la 1" et- 2* conjugaisons se flexionnent 
en ant pour le masculin et anto pour le féminin. A la 3*, il 
y a quelques exceptions, mais très rares, et encore faut-il y 
voir des adjectifs verbaux, plutôt que des participes : va- 
illent, moùfasent, recouneissent. Les deux formes ant et ent 
sont amplement représentées dans nos chartes locales. On 
y rencontre aussi anz et enz : compranz, vendenz, à côté de 
comprant, vendent. Suivant la règle classique, il n'y avait pas 
de flexion féminine. 

L'accent tonique porte sur la flexion, et la prononciation 
actuelle indique par son allongement que le souvenir de 
l'ancien s final n'est pas tout à fait perdu. 

§ 2. — PARTICIPE PASSÉ 

Le participe passé a trois terminaisons régulières corres- 
pondant aux trois conjugaisons. La 1" fait le sien in varia- 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 105 

blement en a, venant du latin atus et du roman at : ama, 
pourta, chanta. La chute du t remonte à une époque très 
ancienne dans notre dialecte de la Drôme. Les plus vieux 
cartulaires disent a dona, haut loa, a jura, avem compra, 
tandis qu'à la môme époque (xn* siècle), les chartes de 
Roiais, au midi du Dauphiné, écrivent donat, paguat, léguât. 
Aujourd'hui ce participe esj invariable : un orne ama, uno 
fenno ama, d'oubreis planta; mais il n'y a pas plus de deux 
siècles que ce changement fâcheux s'est opéré ; car les For- 
mules de conjuration se servent encore, en 1601, des for- 
mes classiques : benahurade, boutade, destrempade. On re- 
marquera Ve final, qui remplace partout dans ce manuscrit 
l'a roman et Yo atone moderne. 

En remontant la vallée, à Crest et à Die, le participe fémi- 
nin est long et ouvert à sa désinence. Il en est de même dans 
les noms féminins tirés de ces participes : terro samenâ, 
terre ensemencée; bouano journâ. La flexion ada, après 
chute du d, devenait aa, qui se voit dans les chartes de St- 
Vallier et de Montélier : corvaa pour corvada, maisonaa pour 
maisonada, chavaugaa, chavaugada. Pins tard, ces deux a se 
sont contractés en un seul fortement ouvert. 

La mutation normale de cette flexion ada devrait être ao, 
ou mieux ayo, comme fada nous a donné fayo. Elle a dû 
exister dans. le temps et même nous croyons qu'elle sub- 
siste encore dans le haut Diois, où l'on prononce Menayo le 
nom du village de Menée fmaisonadj. 

2° La seconde conjugaison inchoative fait toujours i à 
son participe : flouri, eibœudi, abari, jàuvi, legi. Pas d'excep- 
tion connue. Les verbes non inchoatifs n'adoptent pas tous 
cette forme. Ainsi cubrir fait cubert, mûrir fait mouart, su- 
frir fait sufert. Le participe des verbes en ir est susceptible 
de prendre l'exposant du féminin : un liôure legi, uno liçou 
legio, la roso eibandio, las rosas flourias. La flexion io est le 
résultat de la contraction de ido après la suppression du d 
intercalaire. C'est ainsi que, pour les noms de cette espèce, 
tels que partido, vido, crido, nous avons fait partio, vio, crio. 
Un registre de cens, daté de 1320, prouve que déjà cette mo- 



106 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

dilication était en usags à Die. Nous y lisons en effet : Ma 
molles fo sebelia. 

3* La désinence de la 3* conjugaison est u pour le mascu- 
lin et uo pour le féminin. Le provençal a conservé la forme 
romane udo, mais notre vieux dauphinois Ta dénaturée de- 
puis très longtemps. En tête jde beaucoup de nos chartes, 
nous lisons la formule familière aux scribes du moyen âge : 
causa sapua sia, dans laquelle on voit que sapua a perdu 
son d flexionnel. 

Plusieurs verbes ont conservé leur participe fort; mais 
toujours à côté de celui-là, ils en ont créé un faible, quel- 
quefois même deux. Voici ceux que nous connaissons : 



Queu, 


coueigu, 


cuit. 


ROUty 


roumpu, igu, 


rompu. 


Cheuit, 


cheigu, 


tombé. 


Escri, 


escriougu y 


écrit. 


MOUt y 


môugUy 


moulu. 


SÔUpUy 


sachu, soupigou, 


su. 


Vi&upu, 


viôupigu, 


vécu. 



Par l'usage qui en est fait, les premiers ont le sens passif 
et sont employés adjectivement ; les seconds, au contraire, 
servent dans la conjugaison active et accompagnent de pré- 
férence le verbe aver. Ainsi on dira bien moun pan eis queu, 
tandis qu'il faudra dire ai coueigu moun pan. C'est dé règle 
que les verbes qui ont la gutturale au parfait Pont aussi au 
participe passé. Il n'y a d'excepté que les inchoatif s : venguè- 
rou, vengu; beguèrou, begu; veguèrou, vegu. Cependant fa- 
guèrou, diguèrou, riguèrou, etc., ont des participes forts sans 
g dur. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 107 



SECTION CINQUIÈME 



Verbe* aériré* 



L'action marquée par le radical du verbe peut être consi- 
dérée sous plusieurs rapports. Les idées de cause et de ren- 
forcement sont exprimées par les verbes causatifs et intensi- 
tifs. L'action qui commence ou qui se répète se rend à son 
tour par les verbes de forme inchoative ou fréquentative. 
Tous ces verbes se forment en ajoutant une ou plusieurs 
lettres à la racine verbale. A part les incboatifs, ils sont tous 
de la 1" conjugaison. 

§ i« _ VERBES CAUSATIFS 

La caractéristique de cette série est le suffixe eyar, qui ré- 
pond au latin icare, italien eggiare, espagnol ejar, ear, pro- 
vençal egar, eiar. 

A. — Actifs. — Barbeyar, faire la barbe ; foumeyar, passer 
au four ; paleyar, remuer avec la pelle ; breyar, faire bran- 
ler ; poutouneyar, faire des baisers. 

B. — Neutres. — Baneyar, faire les cornes; br&uleyar, 
faire les breuils, l'école ïmissonnière ; sesouneyar, varier 
avec les saisons ; tavaneyar, faire le taon, bourdonner ; fla- 
meyar, flamboyer, etc. 

C. — Neutres-passifs. — Gambeyar, être boiteux; breton- 
neyar, être bègue ; malôuteyar, être malade ; bousseyar, être 
bosselé. 

§ 2. — VERBES INCHOATIFS 

Ces verbes dérivés appartiennent à deux groupes distincts. 
L'un suit la l w conjugaison et semble se confondre avec les 



108 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

causatifs, dont il partage la désinence eyar ; l'autre forme à 
lui seul toute la 2* conjugaison en ir. 

A. — Neireyar fnigricarej, verdeyar fviridicarej , roubeyar, 
rougir, blancheyar 9 jôuneyar, pouncheyar, montrer la pointe, 
rousseyar. 

B. — Pallesco = palisssou, rubesco = roujissou, duresco 
= durzissou, putresco =purissou 9 gemisco = gemissou, lucis- 
co = lusissou, sont tirés du bas latin. Tous les autres doi- 
vent leur origine à la prépondérance de l'analogie. Il faut 
remarquer que durzir, escliarzir et quelques autres ont re- 
doublé se à l'indicatif : durzissou = duresesco, escliarzissou 
est pour claresesco. La même anomalie se manifeste aussi en 
français. 

§ 2. — VERBES FRÉQUENTATIFS 

La répétition du même acte s'exprime assez souvent par 
l'insertion du son mouillé Ih entre le radical et la désinence : 
tels sont les verbes mangilhar, bevilhar, touchilhar, tussilhar, 
espeirilhar, ôter les pierres d'un champ, sôucilhar, trempo- 
ter. Il en est qui n'ont pas de primitifs connus, comme gazi- 
Ihar (vacillare), remuer, chôutrilhar, toucher souvent l'eau, 
s'enerequenilhar, s'enchevêtrer. 

Une autre classe de verbes suit le même mode de forma- 
tion : ce sont les diminutifs, très nombreux dans notre dia- 
lecte. Ils se rapprochent beaucoup des précédents par la 
signification, qui implique toujours l'idée de fréquence. 
Tels sont gratilhar, gratter légèrement; boufilhar, souffler un 
peu ; gambilhar, boiter un peu ; fanjilhar, être un peu fan- 
geux; sumilhar, sommeiller; rasquilhar, glisser légèrement ; 
mouchilhar, se moucher un peu et souvent; crachilhar. 

VERBES INTENSITIFS 

L'intensité de l'action verbale trouve quelquefois son ex- 
pression dans le redoublement de la syllabe du radical ; 
exemple : fourfoulhar, fureter ; gargoulhar, faire glou glou ; 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 109 

vounvounar, bourdonner ; cascalhar, rire aux éclats ; pipiôn- 
nar, pincer : tranlralhar, balancer, etc. 

Ce procédé de formation rappelle très bien les superlatifs 
par rôduplication des adjectifs monosyllabes : naut-naut, 
très-haut ; bouan-bouan, très bon. 

D'autres intensitifs introduisent Ys à la désinence : treinar, 
treinassar, treinoussar; tirar, tirassar, tirgoussar; matar, 
matrassar; branlar, brcmlussar; bràuleyar, brôulussar; 
gratar, gratusar ; reivar ? rabusar. 

Dans cette étude des verbes dérivés, nous ne parlons pas 
de ceux qui se forment immédiatement sans rien insérer 
entre le radical et la terminaison. Cependant ils sont très 
nombreux, et la fécondité de notre dialecte égale celle du 
provençal. En voici quelques exemples : 

A. — Dérivation d'un nom. — Gran, granar; lume, lumar; 
plan y planar ; ploumo, ploumar; frucho, fruchar ; tru (torcu- 
lumjy troulhar ; pan (pannus), panar; rasso, rassar; eissam, 
eissamar; pous, pousar; espio (spicaj, espiar. 

B. — Dérivation d'un adjectif. — Naut, nautar; restret, res- 
trechir ; bouan, bounar; maûr, maUrar; reje, rejir; plat (a)- 
platar ; sannous (sanguinosus), sannousar ; jueine, jueinir ; 
mendre, (a)mendrir;flac, flachir;founs(profundus), f'ounsar; 
chaudet, chaudetir ; prim, (en)primar; galavard, paresseux, 
galavardar ; confie, couflar; cru, crussir; mut, mutar; sourd, 
(en)sourdar ; fouart, (a)fourtir; dru, drujo, fenjdrujar. 



i 



110 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



SECTION SIXIÈME 



Renforcement «ftf radicai des verbes 



L'élargissement de certaines voyelles à la fin du radical, 
sous l'influence de l'accent tonique, est un des traits caracté- 
ristiques des langues néo-latines. Nous l'avons signalé déjà 
en traitant de la mutation des voyelles. Il est nécessaire d'é- 
tudier le même phénomène dans l'organisme de la conju- 
gaison. 

L'accent tombe sur la dernière syllabe du radical toutes 
les fois qu'elle est immédiatement suivie d'une flexion atone. 
Ce qui arrive : 

1° Au présent de l'indicatif , excepté à la l' e et à la 2 e per- 
sonne du pluriel; 2° à l'impératif, 2 e personne du singulier 
seulement; 3° au présent du subjonctif tout entier; 4° enfin 
à l'infinitif des verbes de la 3° conjugaison terminés en e 
atone. Voici, d'ailleurs, le tableau des flexions atones. 

OU, EIS, 0, IM, /S, AN 

Toutes les voyelles ne subissent pas de la même manière 
l'influence de la tonique : a et i se contentent d'un simple 
allongement : amar, àmou; aparra, apàrou; suspiràr, suspl- 
rou; jitar, jltou. Même devant les nasales, l'accentuation 
est encore très sensible. Quant aux autres voyelles, elles mé- 
ritent une attention toute spéciale (1). 

E 

1° L'e fermé devient ouvert : s'assetar, m'assètou; trevar, 
trèvou; crebar, crèbou; s'enneblar, s'ennèblo; mais il y a de 
nombreuses exceptions. 

(1) A Crest, l'effet contraire se fait sentir pour Va aux flexions 
fortes : amou, omem; chantou, chontem; c'est l'assourdissement 
de l'a prétonique. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 111 

2° Dans le verbe servir, e s'est diphthongué en ie : servir, 
siervou. Il faut peut-être y ajouter l'impératif tiè pour tè 
(tene). 

El 

1° Cette diphthongué se change en ay lorsqu'elle provient 
d'un a primitif : cheire (cadere), chayou; pleire (placere), 
playou ; entreire (intrahere), entrayou. 

2° Si ei est précédé de ou, la mutation est la même : 
coueire, couayou; escoueire, escouayou; secoueire, secouayou; 
foueire, fouayou ; poueire, archaïque, pouayou. L'a disparaît 
devant les flexions accentuées, et Ton dit couyem, fouyem. 

3° Lorsque ei remonte à un e étymologique, il s'infléchit 
en ey fé-yj : veire, veyou; creire, creyou; roman creser, 
veser; mais cette mutation persiste en dehors de l'accent 
tonique. 

4° Ei se résout quelquefois en e aux flexions fortes : dei- 
gnou, degnem; reignou, régnera. 

U 

Cette voyelle n'admet que rarement la diphthongaison en 
uè. Elle est limitée aux verbes sufrir, suèfrou; mûrir, muè- 
rou; dubrir, duèbrou ; cubrir, cuèbrou; durmir, duèrmou; 
culir (non inchoatif), cuèlhou. On voit qu'à part sufrir, tous 
ces radicaux avaient un(? en latin. Du reste, l'ancienne lan- 
gue connaissait ce mode de renforcement. (Ghabaneau, 
Gramm. lim., p. 290.) Dans les autres verbes, u s'allonge 
juste ce qui est nécessaire au poids de l'accent. 

OU 

De toutes les voyelles, celle-ci est la plus impressionnable 
à l'action de la tonique ; son aggravation régulière en oua 
dépend généralement de l'étymologie. 

1° Ou venant d'un u primitif ne change que très rarement : 
gustare, goustou; pulsare, poussou; mulgere, mousou; cur- 



112 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

rere, courou; auscultare, escoutou ; ructare, routou; superare, 
soubrou; cuneare, cougnou. Cependant nous avons distur- 
bare, destouarbou (1), et de sur dus nous avons fait le verbe 
ensourdar, qui élargit son radical comme s'il contenait un o. 
Si trouvar descend de turbare, c'est encore une exception à 
ajouter aux deux autres, car nous disons : Trouavou, trova- 
veis, trouavo, trouvent, trouvés, trouavan. 

2° Lorsque ou remonte à un o latin, il se renforce générale- 
ment en oua avec les flexions atones, et cet effet se produit 
de préférence devant n et r. 

A. — Voici les verbes qui ont une nasale : donare, doua- 
nou; sonare, souanou; computare, couantou; somniare, souan- 
jou; respondere, respouandou; roman montar, mouantou. 
Ajoutons-y sougnar, souagnou, ainsi que les deux suivants, 
qui ont perdu la nasale monstrare, mouastrou; constare, 
couastou. 

B. — Les verbes qui ont une r sont en grand nombre : 
portare, pouartou; mordere, mouardou; torquere, touarsou; 
absorbere, assouarbou. 

Il faut ajouter à cette série latine beaucoup de verbes ro- 
mans : forsar, fouarsou; sortir, souartou; tornar, touarnou; 
cornar, couarnou; escortejar, escouarchou; bordar, bouardou; 
infornar, enfouarnou ; borlar, bouarlou ; emborlhar, embouar- 
Ihou; acordar, acouardou; demorar, demouarou. 

Mentionnons encore en dehors de ces groupes : Colpar, 
couper, couapou; botar, bouatou ; tocare, touachou. 

Vouler, vouloir, a laissé tomber ou et a conservé a : valou, 
valeis, vôu, voulem, voulès, valar\. 

Nous croyons avoir donné la liste à peu près entière des 
verbes susceptibles de modifications à la dernière voyelle de 
leur radical. Afin de mieux saisir la théorie de ces change- 
ments, il est bon de mettre sous les yeux du lecteur le ta- 

(1) Curvare, couarbou. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



113 



bleau de quelques verbes dont le radical contient une 
voyelle renforçable. Dounar et durmir serviront de modèle 
à tous les autres : 



OU-OUA 

INDICATIF PRÉSENT. 

Dou-a-nou 

Dou-a-neis 

Dou-a-no 

Dou-nem 

Dou-nès 

Dou-a-nan. 

IMPÉRATIF 

.Dou-a-no 
Dou-nem 
Dou-nès. 



U-UE 

INDICATIF PRÉSENT 

Du-è-rmou 

Du-è-rmeis 

Du-è-r 

Du-rmem 

Du-rmès 

Du-è-rman. 

IMPÉRATIF 

Dur-è-r 

Du-rmem 

Du-rmès. 



SUBJONCTIF 

Dou-ar-nou 

Dou-a-neis 

Dou-a-ne 

Dou-a-nim 

DoiA-a-nis 

Doura-nan. 



SUBJONCTIF 

Du-è-rmou 

Du-è-rmeis 

Du-è-rme 

Du-è-rmim 

Du-è-rmis 

Dvr-è-rman. 



En terminant cet article, il faut rappeler qu'à Die le poids 
de la tonique se fait sentir sur l'a qui précède et l'assourdit 
en o. Ainsi pour l'indicatif présent on a : amou, ameis, amo, 
omem, omès, amoun; de même chantou, chanteis, chanto, 
chontem, chontès, chantoun. 



REMARQUES 

1* En dehors du groupe néo-latin, nous trouvons des mu- 
tations radicales du même genre. Seulement la forme forte 



114 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

est pour les trois personnes du singulier et la forme faible 
pour les trois personnes du pluriel. Et toujours en sens in- 
verse du degré des flexions. Sans, remonter au grec et au 
sanscrit, nous rencontrons le phénomène dont il s'agit dans 
le gothique et dans l'allemand : 

Gothique vait, vidi, vaist, vait, vitum, vituth, vitum ; 

Allemand weis, weist, weis, wissem, wist, wissen. 
Quant au latin, il n'avait rien de semblable, au moins à 
notre connaissance. Aussi parait-il probable que cette pro- 
priété de nos dialectes romans implique des relations de pa- 
renté autres que celles qui l'unissent au latin. 

2° Parmi les dialectes romans, l'aggravation du radical 
s'est développée plus ou moins, suivant le génie de chaque 
zone linguistique. 

A. — Entre les Alpes et le Rhône, le sous-dialecte d'Avi- 
gnon est le seul qui rejette les mutations de cette espèce. Le 
brianconnais et le marseillais renforcent ou en ouè. Le limou- 
sin change ou en ô long et u en eu. 

B. — L'espagnol, l'italien et le valaque ne sont pas étran- 
gers à ces procédés de renforcement. Ce dernier surtout le 
pratique largement avec la voyelle o, qui se diphthongue en 
oa. Ainsi dolet fait doare; potest,poate. En français, quelques 
verbes présentent des modifications analogues : je dois, tu 
dois, il doit, nous devons, vous devez, ils doivent; de même 
aussi je tiens...., nous tenons. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 115 



CHAPTRE NEUF 



MOTS INVARIABLES 



Notre dialecte dauphinois possède un riche fonds de parti- 
cules et de mots invariables, de provenance et de formation 
très variées. Dans le passage du latin au roman et du roman 
à notre dialecte moderne, la plupart des particules latines 
sont restées en chemin ; mais on peut dire que ces pertes ont 
été surabondamment compensées par des compositions nou- 
velles qui s'écartent peu du type provençal. 

Nous allons étudier successivement les particules qu'on 
est convenu d'appeler adverbe, préposition, conjonction et 
interjection. A la suite de chaque article, nous examinerons 
les périphrases ou combinaisons de mots auxquelles on ré- 
serve le nom de particules. 

ADVERBES 

La fonction de PadVerbe est de préciser l'état ou l'action 
marqués par le verbe, quant à la manière, au temps, au lieu 
et à la quantité. 



SECTION PREMIÈRE 



Adverbes fie ênanière 



Cette classe d'adverbes se divise en deux catégories : la 
première comprend les vieux adverbes latins conservés et les 



116 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

adjectifs pris adverbialement ; la deuxième renferme les ad- 
verbes formés avec le suffixe men. 



§ 1". 

1° Nous avons gardé du latin : 

Ben (bene). Par l'influence du français, sans doute, on 
emploie bien dans une foule de cas. Il se réduit à be dans 
belèu, peut-être, et dans benaro, bien maintenant, et qu'on 
prononce bè naro, et aussi dans beniou, également (1). 

Plan (plané) signifie doucement, comme l'italien piano. 
Le superlatif par réduplication plan plan est doué d'une 
forme diminutive plan planeto. On dit : anar plan, aller 
doucement; parlar plan, parler à voix basse. 

Ferme (firme), avec force, avec bruit : sarar ferme, fermer 
la porte avec bruit ; parlar ferme, parler à haute voix. Dur 
(duré), vïou (vividè), fouart (fortiter) sont usités comme en 
français. Rede et reje (rigide) expriment les idées de promp- 
titude et de soudaineté. 

Dré (directe), en roman drech, dreit : anar dré, marcher 
droit; dré. mi, en face de moi. 

Mau (malè), mal devant une voyelle et mdu dans les com- 
posés, avant la tonique : môucourar, môufasent. 

Mari (maligné), mauvais : sentir mari, sentir mauvais; 
fei mari, il fait mauvais temps. En tant qu'adjectif, son 
usage est très familier. 

Les autres adjectifs employés adverbialement sont naut, 
bas, cliar, espeis, faus, juste, leide, jôuli, etc. Il reste à men- 
tionner coumo (quomodo), dont les formes archaïques sont 
coma et com : coumo vai? comment va-t-il ? Savou coumo me 
virar, je sais comment me tourner. 

(1) Le superlatif s'obtient par le redoublement* mais alors on 
prend, l'adjectif ; ainsi Ton dit bouan ben vous /ose, grand bien 
cela vous fasse. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 117 

ADVERBES TERMINÉS EN MEN 

Tous ont conservé la marque du féminin, telle qu'elle se 
trouve dans le roman et comme l'exigeait l'accord de l'ad- 
jectif avec le substantif féminin mens, employé comme suf- 
fixe. C'est le seul cas, avec quauquaren, où l'a flexionnel a 
été religieusement respecté; exemple : puramen, cliaramen, 
soulamen, duramen, adrechamen, bouanamen, lounjamen, 
grandamen, fouartamen, etc. A Crest et à Die, suivant l'usage, 
a s'est infléchi en o : puromen, bouanomen; mais ceci ne 
prouve pas que dans ces localités on ait encore conscience 
de la composition de ces adverbes ; l'affaiblissement de Vo 
provient sans doute de sa position entre deux accents toni- 
ques. 

Les participes présents ou adjectifs verbaux ont suivi ri- 
goureusement la même règle en devenant adverbes. Ainsi 
l'on dit : Courantamen, patientamen, diferentamen, inoucen- 
tamen,etc, sans rien modifier l'adjectif. Les formes françaises 
présentement, lentement rappellent aussi le même procédé. 

Outre les adjectifs qualificatifs et les participes., notre dau- 
phinois, comme les autres dialectes d'oc, a mis à contribu- 
tion les pronominaux et même les particules; exemple : 
mèmamen, talamen, ôutramen, souquelamen; provençal sou- 
quamen, quasimen et peut-être aussi souventamen. 

LOCUTIONS ADVERBIALES 

En général, ces périphrases sont de formation très irrégu- 
lière. Ce sont des substantifs qui s'unissent à l'une ou à plu- 
sieurs des prépositions de, à, en et per, sans prendre aucune 
flexion particulière. Cependant quelquefois ces substantifs 
possèdent un suffixe pluriel qui a l'apparence flexionnelle ; 
telles sont les locutions en ous et en as. 

A. — Ous : d'escoundous, en cachette; da clugnous, en 
fermant les yeux ; d'abouchous, la face contre terre ; de re- 
qui&ulous, à reculon : d'aginous, pour d'aginoulhous, de ren- 
versons, a taslou (ou atone), a cavalou, à califourchon. Ces 



118 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

formes servent à exprimer la manière de se tenir ou de faire 
agir ses membres; elles sont communes au provençal, à 
l'italien et au français ; le limousin n'en offre presque pas 
de traces. 

B. — As : a meyas, à moitié ; de touarnas, derechef ; a par 
las 9 à pelletées ; a pugnas, à poignées ; a fondas, à pleins ta- 
bliers ; a courdelhas, à pleines corbeilles. 

Voici maintenant les autres, rangées suivant leur préposi- 
tion initiale. 

A. A prèfa, a mouart, a fouarço, a pargue, au parc, au 
diable. Avec l'article : a l'oumbro, a l'abri (in apricoj ; a la 
nado, en nageant ; a l'ufo, au sourcil ; particule négative, a 
la rigoulado, a Veime> en bloc, à vue d'œil, roman esma, es- 
time ; avec adjectif : a terro cata, à jonchée; a man juncho, 
à mains jointes; avec verbe : a choucho moulou, en tas 
pressé ; a estranlho goulu. 

DE. 1° Avec un nom : de queire, en biais ; de bisqueire, 
obliquement ; de testo, de mémoire ; de filo, de biso 9 de vent, 
depè, de bèlo, termes de jeu. . 

2° Avec un adjectif : de bigouard, en travers; dàu bouan, 
pour tout de bon ; daré, tout droit. 

3° Avec un participe passé : d'asseta, de coueija y de leva, 
d'acôuta. Il y a une grande analogie entre ces locutions et 
celles en ous signalées plus haut. Elle? sont fort intéressantes 
en ce qu'elles remplacent avantageusement les gérondifs 
sedendo, cubando, étant assis, étant couché, etc. 

4° Avec plusieurs noms : de fi de façou, de telle façon ; de 
fiou en coureyo, de fil en aiguille. 

EN. En renjo, en rangée; en pantaro } en désordre, par 
terre, venant peut-être de pênes terram ou de per in terram; 
en rafo se dit de la coiffure qui se renverse, se ravale. Ajîm- 
tons-y les emprunts faits au français : en crous, en faço, en 
counsienço, en gênera. 

PER. Cette préposition sert beaucoup plus aux questions 
de temps et de lieu qu'aux locutions exprimant la manière : 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 119 

per bouneù, per maleù, per sur, per cop d'asar, etc., âentent 
la provenance française. 

Complétons cette liste par les formes diverses : tout bouarle, 
confusément, mot à mot tout mêlé; barimbarousto, à bâtons 
rompus. 



SECTION DEUXIÈME 



Adverbes été Mieu 



1° Aqui, contraction de eccum hic, à Crest, oqui, signifie ici, 
mais plus particulièrement là, à peu de distance. Les textes 
locaux donnent iqui et aqui. Les composés sont vaqui et ve- 
taqui, formés de l'impératif ve ou vede. Par aphérèse on a 
aussi qui, qui joue le rôle d'enclitique : co-qui, ceci ; quàu- 
qui, celui-ci ; quele orne qui ou d'aqui, cet homme-là : d'aqui, 
de là, per aqui, par là, à peu près, sont des formes très usitées, 
On intercale quelquefois le pronom dans le composé vaqui : 
ve lou qui, le voilà ; ve lo qui, la voilà ; mais la chose n'a pas 
lieu pour nous et vous. 

2° Eici fecce hic), ici. Formes anciennes aici, isi, eysy. Ses 
composés sont veici = ve eici, veteici = vede eici. Il y a 
aussi d'eici, d'ici, et pereici, par ici. L'aphérèse n'a jamais 
lieu et le pronom ne s'intercale jamais. L'opposé de eici n'est 
point aqui, mais eilai. 

3° Eiçai et çai fecce hoc), ici, de ce côté-ci. Formes an- 
ciennes sai, say, sa. On le trouve fréquemment uni à enrere, 
en arrière, pour former le composé saienrere, naguères. Il a 
parfois le sens d'environs : eiçai per Pasquas, vers les Pâques. 
Placé devant le verbe, çai s'affaiblit en cei, suivant la règle 

9 



120 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

des voyelles prétoniques : cet venou, je viens ici; eci restou, 
je reste ici; mais après le verbe, il conserve toute sa lar- 
geur : demourès çai. Les composés sont d'eiçai, per eiçai, qui 
ne font que renforcer l'expression de l'adverbe simple : ga- 
reiçai contient l'élément tudesque garo, beaucoup (allemand 
gar, gothique garo, provençal gaire, français moderne 
guères). On le retrouve à toutes les combinaisons à 9 eiçai et 
iïeilai comme per. 

Uni à intus, roman intz 9 on obtient eiçaïns, çaïns, français 
céans, limousin cen, haut-dauphinois çayens. La signification 
(Veiçaïns est ici dedans, ici en bas. 

On a également les composés quaternaires eiçamoun fecce 
hac ad montem), ici en haut, et eiçava, provençal eiçavau 
(ecce hac ad vallemj, ici en bas; et tous les deux sont sus- 
ceptibles d'aphérèse et de renforcement : çamoun, çava, pe- 
reiçamoun, gareiçamoun. 

4° Eilai fillacj, français là, plus loin, de l'autre côté; 
formes anciennes : 1138 les, 1500 ley, 1600 eilay. Il subit 
toutes les modifications de l'adverbe eilai par l'aphérèse, 
l'affaiblissement et la composition : lai, lei, eilaïn, eilamoun, 
eilava, pereiçai, gareilamoun, etc. 

Le vieux français avait lais et sais, formes que nous avons 
atténuées en leis et ceis, et qui font sentir leur s devant une 
'voyelle : leis eis, il est là; ceis èro, il était ici. La forme ar- 
chaïque ilèc est encore en usage dans le nord du départe- 
ment, mais le c final est tombé. - 

5° / fibi) ne parait que dans les composés n'i o, il y en a ; 
n'i avio, il y en avait. Il s'agglutine de même en faisant l'of- 
fice de pronom, avec nen, n et le verbe suivant lorsque ce- 
lui-ci commence par a ou o; exemple : n'i adusou, prononcez 
gnadusou; nH ôufrou. Nos chartes en faisaient un usage fré- 
quent sous les formes de hi, i et y. 

6° Li (illic) jouit de la même propriété agglutinative que 
i et répond au pronom datif Mi (voyez au chapitre des pro- 
noms). En qualité d'adverbe, li est enclitique et proclitique 
par rapport à la forme verbale : il est d'une concision re- 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 121 

marquable : li eis, prononcez Iheis, il y est ; touarno-li, re- 
tournes-y ; pouarto li ou, prononcez Ihàu, portes-y cela. Dans 
la phrase, il se place devant le complément direct : li las 
pourtarei, je les y porterai; pourtès li las, portez-les-y. Avec 
me et te, la locution est inverse et suit la règle française. 

7° En (inde), en, de là, possède encore des variantes nen 
et n 9 devant une voyelle : m'en somrtou, je m'en tire; vène- 
t'en, reviens t'en; nen venou, j'en viens; garès-vous nen, 
ôtez-vous-en ; n y an deissouslerra un, on en a exhumé un ; 
n'eis partio, elle en est partie. En se trouve tel quel dans les 
textes dauphinois; nous y trouvons en après, près de là. 

8° Vounte, vount funde) s'est emparé par abus de tout le 
domaine de ubi. Le v qui le précède est euphonique comme 
celui de vou (hoc) et de vounze. Il répond à toutes les accep- 
tions du où français : vount sias, où es-tu ? vount eis 'na, où 
est-il allé? savou pas vount, je ne sais pas où. 

L'équivalent du latin undè est dount , tiré de de vount = 
de unde, lequel se comporte absolument comme notre fran- 
çais d'où. La forme isolée a existé autrefois : on la trouve al- 
térée en on. Vont se présente pour la première fois en pro- 
vençal dans la légende de l'enfance du Christ (Bartsch, 279). 
Voici des exemples de son emploi : Dount souarteis, d'où 
sors-tu ? ou mieux dount eis que souarteis . Il est à remarquer 
que dount répugne à la signification pronominale, nous l'a- 
vons constaté en son lieu. 

9° Dessus (de susum = de sursumj, dessous (de subtus), an- 
cien ; desotz, suivent en tout l'usage du français. 

10° Dedins, dedans, est formé de de intus et parait dans 
les vieux textes sous la forme dedintz. Les composés sont en 
dedins, per dedins et le redondant de dedins. Defouaro, dehors 
(de foras), italien di fuori, espagnol de fuera. Pas de traces 
dans nos chartes locales. 

11° Davant (de abante), devant. Ses composés : de davant, 
per davant. Le simple avant a formé en avant et garena- 
vant. Darier (de rétro) ; de reire, français derrière, forme 



122 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

ses composés aussi avec de, en et per. Le primitif reire se 
trouve dans dareirebous, à rebours. 

12° Alheûr (aliorsum), leûn (longé), couantro fcontrà) ne 
présentent aucune particularité. Près (pressum) a perdu son 
compagnon prop : àprop Vuctava, après l'octave (charte de 
Die) ; ensems fin simul) a conservé toute sa vigueur. 

13° Signalons aussi les compositions diverses : pertout, 
partout ; en quàuqua lio, quelque part ; en den lio (roman 
en degun Hoc), nulle part ; a rôu (ad rasumj, avec s = u, 
comme tost a fait tôu, et signifient à la surface de l'eau ; 
a rando, au bord ; est-ce Va rando cité par Diez comme une 
forme provençale? (Gramm. rom., 431) ; est-ce une altération 
du participe enrantens, adhérent, adjacent (charte de Die)? 
Nous l'ignorons (1). 

Plusieurs adverbes de lieu, conservés dans le roman, ne 
sont pas arrivés jusqu'à nous. Ainsi nous avons perdu sobre 
et de sobre, josta et de josta et de jota, ôltra et outra. 

Le tudesque a fourni l'hybride entremitan, dont le syno- 
nyme est entremeui (intermedium) , signifiant, l'un et l'autre, 
au milieu. 



SECTION TROISIÈME 



AcÊverbe* de Metnjp* 



1° Quand (quandoj, ancien quant, can, a cédé une partie 
de son domaine à couro (que ora). Celui-ci, d'origine romane, 
s'emploie : 1° Avec interrogation : couro vendro, quand vien- 
dra-t-il? 2° après un verbe : savoupas couro, je ne sais pas 

(1) Comparez l'italien rasente, l'allemand rand, bord. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 123 

quand; 3° pour exprimer quandocunque : couro quesié qu'ar- 
rive, quelque jour qu'il arrive". C'est un de nos plus jolis 
vocables. 

2° Eui (hodièj, ancien hoy, oi et uèc. Il ne s'emploie guère 
que précédé de la préposition de : Van ren vegu d'eux, on ne 
l'a rien vu d'aujourd'hui. Son composé enqueui fin hoc 
hodiè) le remplace presque partout sous la forme altérée un- 
queui. Ici il y a réduplication du pronom hoc, comme en 
français répétition du mot jour (aujourd'hui), vieux italien 
ancoi, provençal encuei, vieux français encui. 

3° Aro (ad horamJ 9 maintenant, possède de nombreuses 
variantes dans chaque localité : yaro, ayaro, euiro, yeuiro, 
ayeuiro. Ses composés sont : 1° D'aro, d'aujourd'hui, d'à 
présent; 2° d'arennavant, dorénavant; 3° per aro, pour le 
moment ; 4° encaro, encore y 5° per encaro, jusqu'à présent ; 
6° pancaro et pancaretto, pas encore. Il y a aussi d'ouro, de 
bonne heure, qui paraît être une contraction du contracte 
daboura, et le vieux français asteuiro (ad istam horam). 

Les formes anciennes ora et or ont donné lieu à dabor (de 
ab ora), bientôt, dès maintenant ; alor, en plus que le fran- 
çais, a le rôle d'interjection marquant la surprise. 

4° Yèr (herij s'adjoint l'a prépositif : ayèr, et se compose 
avec de : dayer. Avant-hier se dit avans-ièr ou mieux davan- 

tièr. Le vieux français Vautrier nous est resté. Davasantan 

* 

(de ab ante annum) veut dire avant antan, il y a deux ans. 
Dareiramen = dernièrement. 

5° Encaneu (in hac noctej, vieux français enque nuit, à 
nuit ; provençal anuè ; haut-dauphinois, encanot. A minuit 
se dit à meyaneu (média nocte) ; à midi, meijour ; ce matin, 
de mati ; ce soir, queste vèpre, a soûl intra (à soleil couché). 

6° Deman, demain (de manè) s'emploie et se combine 
comme en français. A Crest on dit démon. Composés : Après 
deman, lou lendeman, lou surlendeman. Les tournures telles 
que lundi, la semaine, le mois, Tan prochains, se rendent 
par dilu que vent, la semano que vent, lou meis que vent, Van 
que vent. 



124 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

7° Adoun (ad tune) conserve la signification latine du 
simple tune, alors; mais il vieillit ; exemple : fasio béu tems 
adoun, il faisait beau temps alors. Donc français gagne du 
terrain. 

8° Déjà (de jam), à Grest dejo, remplace la forme simple. 
Jamai etjamè s'emploient sans négation. 

9° Souque et souquelamen, provençal souquamen, veulent 
dire il n'y a qu'un instant, et sont composés de sub ac mente 
ou du roman sotz quelament. Dans souque, il y aurait ellipse 
de ment (sotz que) ; a moins que ce ne soit une inversion de 
secus avec momentum sous-entendu. 

10° Tout rend le mox latin, et correspond au provençal 
lèu. Combiné avec bien, il fait bientàut; avec aro, il donne 
t&ut aro ; avec aussi, aussitôut. Tar est l'opposé de tout, et 
tante quant son synonyme. 

11° Un co, un viage, uno feis, sont les substituts d'a/t- 
quandô. Ces tournures, au pluriel, font l'office de olim. 
Quauquas feis, quauqueis viageis, de cos, de viageis, perfeis, 
de cos que li o, sont d'un usage courant. A Crest on dit viège, 
qui se rapproche de l'espagnol veze (vice). Cependant viage 
étant du masculin, semble mieux se rattacher à via et au 
bas latin viagium, qui ont servi en italien et en vieux fran- 
çais à former les mêmes locutions. On se sert encore de la 
préposition châ, roman coda, pour remplacer de et per. 

12° Souven (sub inde) a le sens de sœpè; on dit aussi sou- 
ventas feis (archaïque). Semper a. totalement disparu, son 
successeur est toujour. Quotidie se traduit par tous l&us jours. 
L'expression française de deux jours Vun se rend par un jour 
couro autre (non). Primum a trouvé un équivalent dans a 
Vemproumier et demum = alafi,a Vendarier, pas mens. 

13° Peui (post), peuisso, peuissas (posteà) correspondent 
aux formes romanes poi et poissas, provençal pieis, pieisso. 
Le français ensuite n'est pas représenté dans notre dialecte. 
Dempeui est un composé ternaire venant de de in post ; on 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 125 

dit aussi dumpeui. Au sud du département, on a conservé 
intérim, que nous avons remplacé par dôu tems et anatandis 
(in ad tandiuj. 

14° Lountems fait regretter diu, que le roman perdit de 
bonne heure. L'action qui se continue s'exprime par la répé- 
tition du verbe; exemple : chanto que chantaras, viro que 
viraras. Ce provençalisme nous est très familier. C'est l'équi- 
valent du français : et de chanter, et de tourner. 



SECTION QUATRIÈME 



A&verhe% ae quaniHé 



1° Quant (quantum), combien, a un rôle très étendu. Il 
répond à quanto, quanti, quot, quotus ; exemple : quant f'ôa 
de tems? quant couasto? quant eis d'ouras? quant soun? 
quant dôu meis ? 

2° Tant (tantumj forme les composés sitant, autant, bentant, 
tantben, outretant (roman altretant), tantsoulamen (solumodô). 

3° Plus (plus) sert surtout à renforcer les adjectifs et les 
adverbes, de concert avec mai, qui lui fait une rude concur- 
rence. Dans les phrases négatives, il a le sens de désormais 
avec le futur : lei niro plus, et de depuis lors, avec le passé : 
n'ai plus ren di. 

4° Mens (minus) forme les composés aumens, dôumens, 
per lou mens, pamens (néanmoins). Combiné à plus, il 
donne en pu ni mens, ni plus ni moins ; uni à mai, il forme 
avec la disjonctive mai vou mens. Dans la supputation des 
nombres, on se sert de manco, comme en italien : eis douas 
ouras manco un quart, il est deux heures moins un quart. 



126 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

5° Mai (magis) est une des plus riches particules de 
nos dialectes méridionaux. Elle s'emploie : 1° Avec un nom : 
mai de burre que de pan; 2° avec un adjectif : mai vailhent de 
touteis; 3° avec un verbe il signifie encore : que diseis mai, 
que dis-tu encore ? c'est à dire de plus. Il signifie plus et 
davantage : parleis paè mai; 4° avec les adverbes, il forme 
des comparatifs : mai plan, maisouven, encaro mai; 5° avec 
lui-même, il a le sens de encore, davantage : me couasto 
treis sôus meimai. 

Les locutions tam magis, tam minus, se rendent par tant 
mai, tant mens, danmai, danmens, et aussi par dounmai, 
dounmens. Comme en provençal et en limousin, de s'unit à 
mai après le verbe poueire : nen pouei pas de mai, je n'en 
puis mais. Il entre également dans certaines tournures assez 
singulières, telles que : mei te ploure ? mei vous chante ? très 
difficiles à traduire en français. Ce subjonctif à la 3 e personne 
singulière ne peut s'expliquer que par une ellipse : mei vous 
duerme? vous dormez encore? (qui est-ce qui dort plus 
que vous, ou si ce n'est vous?) 

Mentionnons aussi les compositions mai que mai, ou sim- 
plement que mai, tant et plus ; mai et tournamai rendent 
l'idée exprimée par iterum; on emploie aussi tournar, tout 
seul : ven tournar, il vient de nouveau, il revient. 

6° Assès, ses (satis), forme ancienne assatz, partage ses 
fonctions avec prou, vieux français prout, prod, preu : n'ai 
assès ou n'ai prou, j'en ai assez ; li o prou de mounde, il y a 
assez du monde; pas prou tout, pas assez tôt; pau ou prou, 
peu ou prou. 

7° Tro, trop, tout, presque, même, très, beuicop, bien, ont 
les mêmes acceptions et suivent les mêmes règles que leurs 
correspondants français. 

8° Touteichar est un composé de tout et de eichar, roman 
escars, chiche; sa signification est : à peine : s'ôuve touteichar, 
on l'entend à peine ; synonyme italien scarso, anglais scar- 
cely. C'est à tort que certains auteurs provençaux écrivent 
avec un p final toutescap, l'étymologie s'y oppose. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 127 



SECTION CINQUIÈME 



JRarticwtes <M' affirmation, été négation 

et été étawte 

1° L'affirmation s'exprime : 

A. — Par voui, voué, vouei, qui signifie c'est cela; vou, 
cela ; ei, est. On disait encore, il n'y a pas longtemps, aï, 
qui se retrouve aussi dans le dialecte de Côme. 

B. — Si affirme, surtout après une négation interroga- 
tive, veneis pas? Si. Ne viens-tu pas? Si. Avec ben et fait, 
il forme les doublets : si ben et si fè; avec mè (mais), il 
donne lieu à un composé mèssi, que l'italien possède égale- 
ment fmaisij, et qui se réduit parfois à son premier terme : 
Pensou que vendras. Mè, je pense que tu viendras. Mais 
oui (1). 

C. — D'assura, assurément, parfetamen, certenamen, etc., 
ne sont que des imitations du français. 

Une affirmation dauphinoise est le joli composé beniou 
(bene illudj, rappelant le limousin tout parié et le français 
tout de même (2). Il se renforce quelquefois en beniou ben et 
beniou voui. D'autres fois, il a le sens de aussi : beniou mi, 
moi aussi. L'idée contraire se traduit par paniou. 

2° L'assertion négative se rend par non sans verbe et par 
n\.. pas, n',... ren, n\... gis, avec un verbe commençant par 
une voyelle. Si le verbe commence par une consonne, pas, 
ren et gis remplissent le rôle de négation absolue; exemple : 
valeis venir? veux-tu venir? non; n'amo pas, il n'aime pas; 
manjo ren, il ne mange rien ; vôu gis de pan, il ne veut pas 
de pain. 

(1) En limousin, on trouve la combinaison ternaire ma siei, 
mais si (cela), est. 

(2) Autre étymologie : bene œquè (ben egau) K 



128 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Non s'élargit en nan et se redouble en nani, mais ce der- 
nier nous vient de la Provence ; il se réduit à nou dans que- 
noussai et anou (annon), ainsi que dans les tournures fran- 
çaises, que ne signifiant nisi : li vôu pas que nou m'escrive, je 
n'y vais pas à moins qu'il ne m'écrive. Devant une voyelle, 
que nou fquinj se contracte en quoun, par la chute du n ini- 
tial : fou ren quoun arrive, je ne fais rien avant qu'il n'arrive. 

Relativement à gis, qu'on le fasse dériver de gens avec 
Diez, ou de genus avec M. Chabaneau, il est très possible que la 
science n'ait pas encore dit son dernier mot. Le sens qu'il a 
ici, c'est pas un, point, en allemand kein {ni-heiri), dialecte 
norrois ein-gi, latin nullus {ne ullus). 

Dengu (necunus), forme ancienne negun, nengu, degun, 
correspond au latin nemo et au français personne. 

Denlio s'emploie avec la préposition en et veut dire nulle 
part, en aucun lieu {de in {nullo) loco); on peut y voir aussi 
une abréviation du provençal degunlio, qui a le même sens. 

Ni, usité comme en français, s'unit à mai : nimai, podr 
signifier non plus. Parfois il perd le sens négatif et devient 
l'équivalent de amai, aussi. A Grest on dit également animai. 

Niaco est le signe du refus et provient sans doute de ne 
aco, pas cela ; comparez-lui l'italien niego, refus, et l'irlan- 
dais neach, nullus. 

Pas a formé les composés pancaro, pour pas encaro, avec 
son diminutif pancareteo; paniou, corrélatif de beniou, pour- 
rait dériver de pas nou (non pas), ou bien, comme pour be- 
niou, de pas n'il (non illudj. Le vieux français avait nennil, 
qui contient le même pronom (1) ; pâmai, pas plus, pamens, 
ont été signalés aux adverbes de quantité ; pas mau, pas mal, 
non au contraire ; pas de risquo, il s'en faut. Enfin les ex- 
pressions pas ren, pas gis prouvent bien qu'à l'origine ren 
et gis étaient dépourvus de l'idée négative. 

(1) En dialecte vaudois, on trouve pagnum, pas un (Diez, Gr. 
rom., vol. 3, p. 397). 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 129 

3° Le doute s'exprime par belèu, peut-être, comme en 
provençal et en limousin. Il y a longtemps qu'on a remarqué 
la ressemblance de sens, de son et de composition que l'ad- 
verbe allemand wielleicht possède avec notre belèu. On dit 
encore belèu ben, qui so, qui sait? mèssi, qui sait si? 

4* L'interrogation se fait surtout dans l'intonation; elle 
se sert aussi de esque, est-ce que ? et de anou> n'est-ce pas ? 
vendras? esque vendras? viendras-tu? Quelquefois anou se 
réduit à nou : anou, nou que partiras, n'est-ce pas que tu 
partiras? Le vieux français possédait enne, l'équivalent de 
notre forme, toute dauphinoise aujourd'hui. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 131 



CHAPITRE DIX 



PRÉPOSITION 



Nous n'avons pas à revenir sur les particules qui sont tout 
à la fois adverbes et prépositions, telles que arando, dedins, 
defouaro, etc. Voici celles qui n'ont pas encore été étudiées. 

1° A. Cette préposition est le signe du datif et tient, comme 
en français, tantôt la place de ad, tantôt celle de in. Devant 
une voyelle, elle prend parfois un n euphonique : tout-a-n- 
un-copy tout d'un coup : a-n-un' ouro, à une heure. 

2° Enda. Moins usitée que la précédente, cette préposition 
n'en est qu'une forme variée et redoublée avec insertion 
d'une nasale : adad = andad = enda. "Le limousin dit ond 
un ôme, à un homme. En Languedoc, on possède enta et ta 
par abréviation, avec le sens de ad et apud. 

On rencontre fréquemment cette particule dans les textes 
anciens : entât rey {Guerre de Navarre, v. 1382); enta nos, en- 
vers nous (charte languedocienne, 1226). 

Il est possible aussi que enda soit une contraction de inde 
ad. 

3° Vas. Deux étymologies également probables peuvent 
être données au sujet de cette préposition. Suivant la pre- 
mière, vas serait l'ancien provençal as, az, avec un v eupho- 
nique et dérivé du latin ad. Suivant la deuxième, il faudrait 
voir dans vas une forme mutilée du latin versus, vers, ves. 

Quoi qu'il en soit, vas est d'un usage très répandu dans 
tout le Midi et jusque dans le Forez. Meyer, dans ses Rap- 
ports, p. 62-64, en cite deux exemples : vas un Jusiôu, chez 
un Juif; vas Jérusalem, à Jérusalem; et Diez donne aussi 
vas lui et vas mi (Gramm. rom., vol. 3, p. 169). 



V 



132 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Aujourd'hui encore cette préposition sert pour les per- 
sonnes et pour les lieux peu éloignés ; ainsi l'on dit : vas 
ele, chez lui; vas Valenço, à Valence; vas Droumo, à la 
Drôme. 

11 existe deux composés : devas et par syncope das, qu'on 
retrouve dans les vieux textes sous les formes deves, d'avas 
et dans, et se rapportant toutes à la question unde ; exemple : 
venou de vas Dio, je viens de Die; devas moun peiri, de chez 
mon parrain; de vas ou das maJèrro, de mon champ. Enfin 
das équivaut à dès : das lou començament, dès le commence- 
ment. 

4° Dins. Par réduplication on a aussi dedins, qui est éga- 
lement adverbe : dins ou dedins la meisou, dedans la maison. 
Les gens peu instruits ajoutent souvent un c euphonique 
après dins : o cheui dins c'un pertus, il est tombé dans un 
trou. 

5° De. Le rôle de cette préposition est prépondérant dans 
notre dialecte. Elle est chargée de suppléer au génitif et à 
l'ablatif latin, ainsi qu'aux prépositions ex et ab. Tous les 
dialectes romans l'ont employée dans une foule de mots 
composés et de locutions adverbiales. 

6° Entre. Ce dérivé de inter nous a donné entremiian et 
entremeui, qui figurent dans la liste des adverbes avec le 
sens de au milieu. Cependant ce dernier semble conserver 
de préférence la signification du simple inter. Les vieux do- 
cuments dauphinois contiennent la forme antre, classique 
comme l'autre. 

7° Per. Cette particule a une triple fonction : 1° Elle est 
préfixe intensitive dans pereilai, pereiçai (latin perdulcis) ; 
2° elle entre dans la composition d'un certain nombre de 
locutions adverbiales et conjonctives ; 3° enfin elle fait office 
de préposition et tient lieu tout à la fois du latin per et pro 
et du français par et pour. 

1° Per : per f estas, pendant les fêtes; per vendeimas, pen- 
dant les vendanges. 



I 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 133 

2° Pro : preyès per mi, priez pour moi ; n'en vaqui per un 
sàu, en voilà pour un sou. 

3° Par : siou vengu per Avignoun, je suis venu par Avi- 
gnon; eii esta manja per lou loup, il a été mangé par le 
loup. 

Dans peraco, il a la valeur de ob on propter, à cause de 
cela. 

11 y a trois expressions pour rendre ce propter latin : c'est 
d'abord gramaci, syncope de grand merci : gramaci moun 
bastou, grâce à mon bâton. On a également dioumarci, Dieu 
merci, ayant la même valeur ; et enfin à cause a pour équi- 
valent per Vamour de, qui peut se raccourcir en amour de et 
mour de. Une locution familière c'est amour d'aco, à cause 
de cela. 

8° Oube, embe, avec, est une dérivation du latin apud. Les 
variantes romanes étaient ap, ab, op, amb (Hayn., Gramm. 
rom., 346). On se sert aussi du composé daube, mais rare- 
ment. Quant à là forme embe, elle est provençale et peu usi- 
tée dans l'arrondissement de Die. Les chartes de 1300 con- 
tiennent ab ; embe se trouve en usage au xv e siècle. 

9° Couantro (contra) tient lieu des prépositions juxta et 
adversus. Le classique josta, de jasta a entièrement disparu, 
ainsi que aprop. Ultra, ancien oltra, outra, est remplacé par 
deilai; exemple : deilai Droumo, de l'autre côté de la Drôme. 

10° Sofe, excepté, parait venir du français sauf et se charge 
de rendre l'idée de prœter. On se sert aussi de mens (minus) 
et a mens (ad minus) ; H èran touteis a mens lou garçou, 
tous y étaient excepté le fils. Le roman estiers se trouve une 
fois dans une charte de Crest. 

1 1° Sens (sine), roman sensa, provençal senso, vieux d u- 
phinois senz, possède toutes les acceptions du français sans. 
Dans les locutions si èrou sens que yele, sens que ti, sens que 
vous, sens que semble signifier loco, à la place, ou bien simul- 
que, ensemble. Dans ce cas, on traduirait sens que yele, par 
à sa place ; sièrou sens que vous, par si j'étais vous, comme 
vous. 



134 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

12° Châ, roman coda, est une préposition d'un usage très 
fréquent. De même que cadere a fait chaire, de même cada 
a fait chaa, châ. On lui prépose ordinairement a dans les 
cas suivants : a châ sou, sou par sou ; a châ pau, peu à peu ; 
a châ un, un à un; a châ dès, dix par dix. Diez et Paul 
Meyer inclinent à voir dans cada la préposition grecque 
xocToc. En effet, cada un, chacun, est représenté en grec par 
xaO'evoç et xaT'oXiyov par notre a châ pau (coda paùc). Cepen- 
dant il pourrait se faire que l'adjectif quisque fût l'origine 
de châ, car nous disons à châ moumen, pour signifier à cha- 
que instant, et un texte dauphinois du xiv* siècle nous donne 
ce mot monosyllabique, chaqz, avec le sens de chaque : à 
chaqz cler. (Voyez ce que nous avons dit à l'article des pro- 
noms.) 

13° Jusquo (de usque) se conforme en tout à son similaire 
français, et de plus il admet le composé enjusquo, identique 
par le sens. Per lui vient en aide dans l'adverbe perencaro, 
jusqu'à présent. 

14° Pendent n'est pas très usité pour rendre le français 
pendant. On préfère se servir de dins, de per et de dôu tems 
de : dins lou jour, pendant le jour; per chalendas, pendant 
les fêtes de Noël. Durant jouit de plus de faveur. 

15° Aras correspond au vieux français rez de. On dit aussi 
ras, italien rasente, provençal rasen et ras. (Voyez rando et 
couantro.) 



I 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 135 



CHAPITRE ONZE 



CONJONCTION 



A part quelques particules simples conservées du latin, 
la série des conjonctions se compose d'adverbes, de préposi- 
tions ou de noms groupés ensemble sans autre règle que le 
caprice du langage. De là deux classes de conjonctions, les 
simples et les périphr astiques. 



SECTION PREMIERE 



CeMtlettcfiofft* miwn&Mes 



1° E (et). La période classique avait généralement laissé 
tomber le t final,, et cette orthographe est restée dans la plu- 
part des dialectes modernes. Le que conjonctif du latin per- 
siste après une énumération devant le mot tout : lou pan, 
lou vi que tout, le pain, le vin et tout. On le trouve même en 
d'autres cas; ainsi Ton dit coueijo que tôulo, rèn li mancavo, 
lit et table, rien ne lui manquait. 

Comme en Provence et en Languedoc, mai peut remplacer 
et dans notre dialecte, comme il y remplace avec, et aussi, 
et même; exemple : lou chi mei lou chat. Amei et animei 
remplissent les mêmes fonctions depuis fort longtemps. 
(Voyez les exemples qu'en donne M. Chabaneau, Gramm. 
lim. y p. 339.) 

2° Vou (aut). La vieille forme est o, qui s'est bientôt affai- 

10 



136 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

bli en ou. Nous y avons juxtaposé un v euphonique. Vouben, 
ou bien, est un composé qui s'emploie concurremment avec 
le simple et avec la forme française. 

3° Si (si). C'est le signe du conditionnel. Nous le retrou- 
vons dans les formules si D\ou plai (si Deo placet), siôuplet 
(si hoc placet). On sait que du signifie hoc. 

Les composés de si sont aussi (etiam), aussi mai, mais 
aussi. 

4° Mè. Cette conjonction remplace sed et verum ; forme 
ancienne mais, mai, ma. Quelquefois aussi on se sert de 
mei : d'acier de vas Crei, de ferre mei-n'ei. Vero semble per- 
sister dans veire après un impératif : manjo veire, mais 
mange donc. Peut-être n'est-ce que l'infinitif videre em- 
ployé explétivement, comme dans le mauvais français 
voyons voir. 

5° Que, du latin quod, ancien roman qued, ques, italien 
che. Il a toutes les significations du français et de plus celle 
de parce que (quia) : vène, que valou te veire, viens, parce 
que je veux te voir; A diseis ren, qu'o pas touar, ne lui dis 
rien, parce qu'il n'a pas tort. 

Le ne que français se réduit souvent à que tout seul : 
exemple : lio qu'uno semano, il n'y a qu'une semaine. Ré- 
duction semblable d'un que dans la tournure de phrase 
qu'est-ce que cela? que nous rendons par la locution très 
familière qu'eis aco? On dit pourtant par pléonasme qu'eis 
qu'aco, mot à mot qu'est-ce que c'est ça? 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 137 



SECTION DEUXIÈME 



Cottfottcflott* cemj»o*ee* 



Dré que signifie dès que, aussitôt que, et paraît venir de 
entre que provençal, au moment où. 

Couro que, en quelque temps que, à quelle heure que : 
couro que sie que vene, à quel moment que ce soit qu'il 
vienne. 

Dabo que. Deux significations : sitôt que, puisque; c'est 
le : dès l'instant que, du français; exemple : dabo qu'aguè 
parti, sitôt qu'il fut parti. 

Deici que. C'est l'équivalent de notre jusqu'à ce que. On dit 
aussi jusquo que, jusqu'à tant que ; ou bien encore enjusquo 
que, etc. 

Perque. Il correspond en tout au français pourquoi ; vaqui 
perque, voilà pourquoi : perque chanteis ? pourquoi chantes- 
tu? 

Il a aussi le sens de parce que, dans des phrases comme 
celle-ci : M'en vôu, perque me fas la fougno, je m'en vais, 
parce que tu me boudes. 

On dit également pesque. 

Meique traduit notre bien que, quoique, malgré que : es 
fouart, meique sièche jueine, il est fort bien qu'il soit jeune. 

Adoun que, tandis que, pendant que, alors que : Touane 
plouro, adounque Jousè rit. Intérim a pour équivalent le 
composé dôu tems que, du temps que. 

Rien de particulier à dire sur les conjonctions avant que, 
après que, dumpeui que, seloun que, plutàu que, persuivant 
que, animei que, de tant que, eis que, beniou que, sempacho 



138 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

pas que. Signalons encore lamben, aussi, et pamens, cepen- 
dant, néanmoins. 

OuVaeo. C'est l'ancien roman ab tôt $o. On dit encore : 
ôube tout aco y aube tout eisso ; et, en remplaçant aube par en : 
en tout aco, dins tout aeo. Le français a la locution vulgaire : 
avec tout ça, qui signifie cependant, comme les précédentes. 

Coum'aeo. Cette conjonction composée aie sens de en sorte 
que, ainsi donc, au commencement d'une phrase : Coum'aeo, 
cei resteis, ainsi donc tu restes ici. 

Peraeo. Outre la signification de pour cela, à cause de 
cela (ideo), nous avons aussi celle de pourtant ; ho! peraeo! 
oh ! pourtant I On disait anciennement pero, et aujourd'hui, 
dans le Bas-Dauphiné, on dit peréu. Le vieux provençal de- 
bada a perdu son sens de frustra ; il ne signifie plus que 
aussi, c'est pourquoi : eis riche, debado fei ren, il est riche, 
aussi ne fait-il rien. Ce mot a fait comme nimai, il exprime 
maintenant l'idée contraire. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 139 



CHAPITRE DOUZE 



INTERJECTION 



Notre dialecte, comme toutes les langues populaires, est 
extrêmement riche en interjections. La forme est très variée. 
Ce sont, en général, soit des sons naturels, soit des expres- 
sions complexes ou quelquefois des mots mutilés. Nous les 
rangeons en quatre classes. 

1° INTERJECTIONS QUI EXPRIMENT LE COMMANDEMENT 

Zou, allons, bon courage (scr. su). 

Zang, en avant (allemand gang). 

U, va. 

Urôu, cri pour faire aller les chevaux à droite. 

Dia, za, cri pour faire aller les chevaux à gauche. 

Ardi, en avant, hardiment. 

Anem, allons, bien. 

Hop, en haut, saute (anglais hop !) 

Hopelanlèro, même sens. 

Vio, dehors le chien (italien via !) 

Touclou, touche-le, mords-le. 

Châ, gare le chat (limousin acha). 

Chou, gare le cochon. 

Boudou, pour appeler les chèvres. 

2° INTERJECTIONS QUI EXPRIMENT LES MOUVEMENTS DE L'AME 

La pitié, pecheire (provençal pecaire). 

L'étonnement, hoi, tè, boudiou, bon Dieu. 

La frayeur, pouro (provençal pauro). 

Le désespoir, pouro deDiou (provençal pauro de iéu). 

La menace, vai, bouto (latin (vœ). 



140 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

La douleur, aï, sebo, miséricorde; ailas, hélas. 
L'horreur, hou, bè, (peuh). 
Le contentement, bo, bon. 
La satisfaction, ho lala. 
L'impatience, emè, finissez, et ahimè. 

11 y a encore hôu, comment; hem, pour appeler, hola, i, 
isso, arrière, bôu et patafllôu, patatra. 

3° SOUHAITS 

Adiou, adieu (au singulier). 

Adioussia, adeissia, adieu (au pluriel). 

Lôuva se Diou, Dieu soit loué. 

Si Diou plai, s'il plaît à Dieu. 

Plèt à Diou, plût à Dieu. 

Siôuplè, s'il vous plaît. 

Plèti, que vous plalt-il ? 

Que, quoi I forme peu polie. 

Bouanjour, bonjour. 

Bounsouar, bonsoir. 

Bouan vèpre, bonsoir. 

Bouanoneu, bonne nuit. 

Bouan ben, grand bien vous fasse. 

4° JURONS ET IMPRÉCATIONS 

1° Pardi, pardié, pardieu, parbleu. 
Badi, par Dieu. 
Sacre, exécrable, maudit. 
Foutre, comme en français. 
Foutringua, euphémisme du précédent. 
Boujaroun, sabristi, bico, bicho, Jan foutre, Jan sucre, dia- 
ble, diassi, diastre, bougre, ma fè, macarè. 

2° Troun de l'èr, tonnerre du ciel (t'écrase); 

Troun de milo, mille tonnerres (t'écrasent) ; 

Lou fio de Diou, le feu de Dieu (te dévore); 

Diable t'enlève, le diable t'emporte; 

Ou diassi, au diable ; 

Cré petar, sacrée bombe ; 

Cré noun de sor, cré noun de milo. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 141 

Nous ne parlerons ni des termes obscènes, ni des blas- 
phèmes. 

Sacre dans les jurements a toujours l'accent sur Va et 
très souvent se réduit à cré. L'expression ou diable te chante 
signifie va-t-en chanter au diable. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 143 



CHAPITRE TREIZE 



COMPOSITION DES MOTS 



Après avoir étudié les modifications internes et flexion- 
nelles des mots simples, il importe d'examiner les règles 
synthétiques qui ont présidé, dans notre dialecte, à la for- 
mation des mots composés. Dans le vocable pris isolément, 
les coefficients de l'idée sont les lettres et les syllabes; dans 
l'expression complexe, le sens est la résultante de plusieurs 
vocables groupés ensemble dans un rapport déterminé. C'est 
la théorie de ces rapports que nous appelons composition. 
Celle-ci est nominale ou verbale, suivant que le total est un 
nom ou un verbe. 



SECTION PREMIÈRE 



Comj»o*t#iott ttomittafe 



Plusieurs cas sont à considérer, selon la nature, le nombre 
et la position des composants. 

1 ° Nom et nom. Dans ce cas l'un des deux noms fait fonc- 
tion de génitif et l'autre détermine le sens, et la position est 
indifférente. 

A, — Nom et génitif : Eigosau (aqua salis), pouf erre (palus 
ferri), rabisoulé (rabies solis), chava fus (caballus fustis), 
couasto damo (costa dominœ), dilu (dies lunœ), dimar (dies 
martis). 



144 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

B. — Génitif et nom. : Solàuro (solis aura), jaligner (galli 
lignun\), chabrofe (caprœ folium). Parfois il n'y a qu'une 
simple juxtaposition, comme dans legremiou, lézard rat, 
chou flour, chi loubet, peru marti, baie d'aubépine. 

2° Noms reliés par une préposition : Sàulé de couar, nau- 
sée ; flour de san, flux de sang; testo d'ase, têtard ; marte à 
man, cisè à fret; Testavi, nom d'homme; pèlo-ôu-cùou, 
congé, etc. 

3° N6m et adjectif : Pitre rouge, rouge-gorge ; cona-rousso, 
queue rouge; ratopleno, provençal ratopenado, chauve- 
souris; eigarden, eau-de-vie; prèfa, prix fait, tâche; cano- 
major, tambour-major; argen viou, vif argent. Dans la posi- 
tion inverse, les exemples ne sont pas moins nombreux : 
meyaneu, minuit; meijour, midi; meicrei, mi-fruit ; gramaci, 
grand merci; granfa, grande affaire; bèlo fouto, italien bella 
volta; primo aubo, première aube; prim four, première 
fournée; courto bucho, courte paille; meichant mau, épi- 
lepsie. 

4° Verbe et nom. Dans ce genre de composés, le nom 
est ordinairement régime direct et le verbe placé en tête 
prend la forme de l'impératif. Presque tous ces verbes sont 
delà 1" conjugaison : pano-man, essuie-main; curo-biasso, 
vide-besace; chasso^rouo, chasse-roue, borne; escalo-bàri, 
grimpe-rempart; escouarcho-rosso, équarrisseur; esquicho- 
sôu, presse-sou, harpagon; pilo-sau, pile-sel; licho-fanjo, 
lèche-fange, surnom de la bise ; boufo-fio, souffle-feu, cen- 
drillon; roudo-det, tourne-doigt, panaris; sarro-pata, serre- 
liard, avare. 

Le nom est régime indirect dans : cacho-den, amende qui 
se casse avec les dents; viro-soulé, tournesol, qui tourne 
avec le soleil; pisso-coueijo, pissenlit. Le nom peut prendre 
l'article ; exemple : fulobro, paresseux (fuge operam) ; béu- 
Veigo (bibe aquam). Le nom se trouve le premier dans coua- 
. lève, queue en l'air. 

5° Verbe et adjectif ; Gousto-soulet, misanthrope qui goûte 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 145 

seul; Dino-tard> nom de lieu; tapo-dur, homme à poigne; 
estranlho-goulu, espèce de jeu ; avalo-tout, mangeur. 

6° Verbe et verbe : viro-passo, culbute ; garo-douano, ôte 
et donne, donateur inconstant; chanto-plouro, français 
chante-pleure ; tiro-pousso, coulisse. 

7° Verbe et adverbe : marco-mau, homme d'allure sus- 
pecte; passo-davan, passe-avant; sublo-pertout, siffleur; 
parlo-gaire, taciturne ; treino-darier, traînard. 

Il s'en faut de beaucoup que nous ayons épuisé la liste 
des noms composés. Le dialecte populaire en invente chaque 
jour de nouveaux. Tous, il est vrai, n'ont pas leurs élé- 
ments étroitement liés, mais il en est plusieurs, tels que 
prèfa, rabisoulè, dilu, dimar, eigarden, etc., dont l'unifica- 
tion est consommée. Aujourd'hui, pour ces mots, le peuple 
n'a plus conscience des éléments qui ont concouru à leur 
formation. 



SECTION DEUXIÈME 



Composition verhale 



§ 1". — NOM ET VERBE. 

Peutirar (péllem trahere), trôupisar fterram pisare), fou- 
mourjar (humum urgere), fougoueirar ffocum gubernare), 
pôumiar (pellem mutare), gafoulhar (vadum fodiculare), 
chambriôular fcampos perotularej. 

Dans ces composés, le nom est régime direct ; en voici 
d'autres où il serait à l'ablatif avec ou sans préposition : 

Choupignar (calce pisare), mantenir (manu tenere), chapou- 
tar (ascia put are). 



146 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



§ 2. — COMPOSITION AVEC DES PARTICULES 

Ad. — 1. Composés anciens : Adurre (adducere), aparar 
(apparerej, aïrar (adirascij, ajugne (adjungere), arapar 
(arripere), assetar (assidere). 

2. Composés nouveaux. Noms : aïranço, avanisou, aci- 
veire, arestôu, abeurôu. 

Verbes : acoublar (ad copularej, acatar (ad captare), ama- 
teure (ad mactarej, apounchar (ad punctum), adôurar (ad au- 
rum) y asseimar (ad saginem), achabar (ad caput), amoulou- 
nar (ad molem), acôutar (ad cubitum), atoular (ad tabulam), 
acoutar (ad coturri), agoutar (ad guttam), avisar (ad visum); 
et une grande quantité d'autres tirés du fonds roman : acur- 
char, abôusar, abayar } abarir, abenar, atuvar, atupir, asser- 
mar, afachar, afourtir, achatir, acissar, agourar. 

In. — 1. Verbes anciens : Intrar, ensègre, enviiar, ym- 
bouyar (imbuere), empleyar, emplourar, empachar (impedi- 
care), enscriôure, enstrurre, empôusar, entreire (in traheré). 

2. Verbes nouveaux : Embarnar, embastardir, embourliar, 
embestiar, embournar, emboussar, emmaliciar, embrujar, em- 
pastiferar, empejar, empatar, empountiar, empevtiar, encha- 
plar, encoulougnar , endrujar, enfreidar, engambiar, engave- 
lar, engerminar, engranar, engrôugnar, engranar, enrôumar, 
enverinar, ensourdar. 

Per. — 1. Verbes anciens : Perdounar, perdre, percevre, 
percourre, pervenir, persecutar, persègre. 

2. Verbes nouveaux : Permenar, pertusar, perfumar, per- 
sègre. Per est devenu br dans brousir (perurere) ; il s'est ré- 
duit en un simple 6 dans buscliar (perustulare). 

Inter. — 1. Verbes anciens : Entervar (interrogare), en- 
(revenir, entercedar, interdire. 

Verbes nouveaux : Entrefoueire, entreveire, entrepachar, 



GRAMMAIRE dauphinoise 147 

s'entramar, s'entretuar, entreprene, entredubrir, entrelusir, 
entrebadar, entredurmir, entrecoupar, entrechoupre. 

Cum. — Ce préfixe a subi de nombreuses altérations : eu- 
brir (cooperire), culir (colligere), couse (consuere), cougnar 
(cogère), couflar (conflare), coufir (çonficere), coustar (cons- 
tare), coumtar (computare), coumpareisse, counvoucar, coun- 
fiar, couneisse, coundure. 

On le trouve aussi dans les noms : coumpeis, contre-poids, 
counsè, counduro (conditura), coumba, gounfla (conflatus), 
coumeire, coumpeire, cousi, couscri. 

De est resté intact dans demandât, demourar, devourir, dé- 
fendre, defèci (defecùus). 

Très souvent il devient dei et des et semble se confondre 
avec les particules inséparables dis et di. Alors il exprime 
une séparation, la cessation d'une activité ou la négation 
d'une idée : deidurre, deidire, deifar, deigoular, deibastar, 
deinouar, deigussir (discutere), deiperir, deigensar, deibalar, 
deibarnar, deibrayar, deicessar, deicrestar, deifruchar, dei- 
grouvelhar, deigerir, deijassar, deijugne (disjungere), dei- 
jueinar, deimandar, décommander, deimunir (diminuere), 
deirapar (dirripere), deirejer, deirouvilhar, deivirar, dei- 
voueidar, deibanar, décorner. 

Devant c, p et t, on se sert de des : descatar, descoucounar, 
descubrir, descouse, descliarar, descoutar, décaler, descapitar, 
descriar, descoudar, despachar, hâter, despendoular, despen- 
sar, despiôucelar, despounchar, despleyar, desparlar, despu- 
tar, destingar, destriar (distrahere), destourbar, destrincar, 
destrempar. 

Di s'est maintenu dans diferar, divisar, difamar, dimei. 

Ex, è varient suivant les consonnes qui les accompagnent. 
Devant c, p et /, ex = es : escartar, escarnar, escampar, 
escampelar, escliarzir, escliapar, escoutelar, escoufiar, escra- 
sar. Il me semble môme qu'il existe un préfixe élargi en 
esca dans les mots escahirar, escafijar, escafoueirar, écraser ; 
escarabounsar, escavartar, escafa/r ; — espôurir, espanlar, 
(expanulare), espelhar, espelir, espirar, esperilhar, espetar ; 



148 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

— estripar (exstirpare), estounar, estapounar, estachar, esten- 
dre, estirar. 

Devant les autres consonnes, ex et e deviennent ex : eiban- 
dir (expandere), eibeure, eibranelhar, eibravajar, eichampar, 
eimoudar (emotare), eimeirar (emigrare), eissayar, eissôu- 
rar, eilevar. A Grest et à Die, cette dernière forme prévaut 
généralement sur la précédente, par suite de la vocalisation 
régulière de Vs en i après un e. 

Re se réduit parfois à r. Verbes anciens : reçôupre, re- 
durre, reculir, recitar, recouneisse, retene, refresir, rebelar, 
rejugne. 

Verbes nouveaux : rechassar, remassar, refreichar, rebâtir, 
recatar, recubrir, redeure, ressègre, recourre, refar, regimar, 
regounflar, regoular, regàudinar, ravauder; regougnar, re- 
mettre, reguinar, regimber; reviôure, revirar, rabusar, ra- 
doter ; ramenar, rajueinir. 

Noms : rebrou, reprim, restouble. 

Inde se transforme en en et joue le rôle de proclitique, 
mais dans des cas assez restreints : enmandar, renvoyer ; 
s'ennanar, s'en aller ; s'ensauvar, s'encourre, s'envoular, s'en- 
furre, s'ensègre, s'ensourtir. 

Sub et subtus. Sub est resté dans subàumar (sub humarej, 
subir, etc. ; il s'est réduit à su dans sufrir, supliyar, supôu- 
sar, sutirar, sutilhar. Ailleurs, il fléchit en se : secourre, se- 
coueire, sejournar; mais le plus ordinairement il garde la 
forme sou : soustar, abriter; souspirar, souscriàure, sou- 
louyar, souventar; subtus, ancien sotz, apparaît danssows- 
tene, sousterrar, soustirar. Quelquefois, après la chute de 1'*, 
ou se renforce en au : sôupesar, sôulevar, sôupicar. 

Super et susum : soubrar, soubrodent, soubeiran, surfar, 
surnôutar, surélever; surcreisse, surviôure, susprene. 

La forme tudesque uf se montre dans ufo (sur œil), sour- 
cil, et dans le provençal ufanous, sourcilieux. 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 149 

Trans est devenu tra, très et tre. Exemple : traficho, tra- 
mountano, trabuchar, tradurre. On possède même tran dans 
tranlaquar (translaxare) , baguenauder; trantralhar, hésiter, 
temporiser (trans, trahere), trespôusar, trespirar, trepassar, 
surpasser ; tressàutar, trelusir, trefaciar, avoir le visage dé- 
composé; trecoular, franchir les collines en parlant du so- 
leil. 

Pro s'est atténué en prou : proulounjar, proumetlre, prou- 
nounciar, proudurre, proufit, prougrès, prouvan (provin). 
Dans prépau et prepôusar, c'est prœ qui a pris la place. Une 
altération plus importante a eu lieu pour providere, d'où 
semble tiré notre broujar, penser, méditer, peut-être aussi 
pour brouleyar, qui viendrait de prolungo ou de prolixare. 

Prœ a fourni peu de composés : prevalhèr, preveire, pre- 
ferar : il a le sens d'auparavant dans prédira 

Ob s'est vocalisé en ou : dutenir, ôufrir, ôupdusar, ôupen 
(ob pendensj. 

Rétro, ancien reire, s'est conservé dans reirebous, rebours ; 
reiregrand, arrière-grand-père; reiregardo, rèboulo, repas 
final fepulumj. 

Para avec le sens du grec : parar, paravando, parapet ; 
paromoucho, parosouU, paroployo, parofanjo. 

Bene : benurous, benfasent, benvalhent, benei (benedictus) , 
benesse, bien-être. 

Maie : môufar, môuvoulhèr, môuvalhèr, môutratar, màu- 
courar, maudire, môumenar, màulavar, môussan. Devant une 
voyelle, le l persiste : malôute (maleaptusj, malastru, malu- 
rous. 

Minus se syncope en mes et en mei; il correspond littéra- 
lement à l'allemand mis : mesprisar, deimescuchar, déparer; 
deimescourar, désoler; meidire, meicouneisse, meifiar, met- 
chant, meicountent. 



150 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Bis signifie de travers, mal et mauvais : bisqueire, biscar, \ 

bistoudo, bâtardeau. Le s est tombé dans bigouard, oblique ; 
bigorno, biai, biasso, bigarro, main gauche ; signalons aussi I 

belho, provençal belugo ; bartavelar, parler de travers ; baru- 
lar, rouler ; bessou, bassaco, italien bissacio. 



Très, trei, ira, tri : trenar, tresser ; treipès, trépied ; trapa- 
dou, treicho, triple. 

Plusieurs particules peuvent se grouper ensemble et for- 
mer un seul préfixe. Ce cas est fréquent. Exemple : a-cou- 
mensar, dei-sous-terrar, dei-re-velhar, deis-a-talar, dei- 
mes-cuchar, re-de-se-parar, séparer une seconde fois ; re-dei- 
sous-terrar, exhumer de nouveau. 

Dans cette liste que nous venons de parcourir, toutes les 
particules ne sont pas sur le môme pied d'égalité. Il y en a 
beaucoup dont notre dialecte n'a plus conscience et qui ne 
servent à aucune composition nouvelle. Leur force est 
épuisée. Les autres, au contraire, telles que ad, de, dis, ex, 
in, jouissent encore de toute leur vitalité; et peuvent contri- 
buer à la formation de nouveaux composés. 

§ 3. — COMPOSÉ PAR REDOUBLEMENT 

Il nous reste à noter, en finissant, une série de termes en- 
fantins composés par redoublement avec signification dimi- 
nutive. Ces mots, toujours réduits à deux syllabes, se sont 
formés de plusieurs manières : 

1° Réduplication d'un mot entier : souamsomm, sommeil ; 
bouanbouan, bonbon ; bobo, beau. 

2° Réduplication de la dernière syllabe : rasin, jinjin; 
Gustou, Auguste, Toutou; Marti, Titi; Sophie, Fifi. 

3° Réduplication de la dernière consonne : soupo, poupo ; 
Mariano, Nano ; Lhoudino, Claudine, Nino ; Ferdinan, Ni- 
nan; Françouas, Chichouas. 

4° Réduplication d'un monosyllabe dépourvu de sens : 



i 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



151 



»! 
*i 



li 



i 

t 
i 



tlono, sommeil; nene, couchette; chouchou, cochon; caca, 
noix ; ruri, espèce de jeu de paume ; pipi, petit besoin ; 
boumboun, boire ; marna, mère ; trutru, appeau de caille. 

5° Quelquefois, dans les cas précédents, la voyelle change ; 
mais toujours de façon que la première soit la plus brève : 
mamau, mal ; babau, petite bête ; Jijè, Joseph ; Ninan, Fer- 
dinand ; cacai, ordure ; cicha, gâteau ; jija, cheval ; chichou, 
petit chien. 



11 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 153 

SPECIMEN 

du dialecte parlé dans la vallée de la Drôme 

(Orthographe des Félibres) 



LOU ROURE 



Sus la ribo d'un riou, au mitan d'uno coumbo, 
Un viaje, un tros d'alhan s'embloudè dins lou sou, 
Coumo un cadabre mouar puriguè sous sa toumbo; 
Mè coumo un gran de bla se deissousterè tout. 



N'èro sus Pemproumié qu'uno marrio verzèlo, 
Un rabuja de ren. Mai quand aguè creissu, 
Soun pieje s'estirè; sa testo foulharèlo 
Trépassant lôus pibou, anautàvo soun su. 



Disan que passa-tems ei qui que s'assoustàvan 
Lôus Drudei de la Gaulo en adôurant lhour Diou 
Sous lou roure sacra ; disan que li charchàvan 
Lou vestigue maûr, dins de richei foueidiou. 



De Drudei n'i o plus gis ; lou roure viou encaro ; 
Ramu sus soun peirou, escampa de tout las, 
Sièr d'escoundôu la neu a l'ôucè que s'aparo 
Amei de calabèr au pastre quand ei las. 



154 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Mè pechaire ! eiçains, dret-que souano vastro ouro, 
Fau mûri; eis escri. Paure dins soun pertu, 
Rei que gafo dins Por e qu'au pleisi s'amouro, 
La dalho de la mouar déu respeta dengu. 



L'aubre li petarô ; cheirô coumo uno tourre. 
Vinto-cinq rabeirôu arrapan lou fessou 
Lou pau-fèrre e Testerpo, entamenan lou roure 
D'aqui, d'eilai, de dret, de bigouar, per dessout. 



Picho que picharas. Zang ! Tachou. Zou ! la rasso. 
Velou que se branlusso e crasino e se touar. 
Ardi mai, travalhôu I Encaro un cop de masso, 
Baus ! lou vaqui per tèrro, estendu coumo un mouar. 



! qunte abôusament ! Tè, ourgoulhous, aviso 
Dins soun cros mourtuè lou rei descourouna ! 
Vaqui vount toumbaras embe l'or que te griso, 
Quand Diou te gararô lou ben que t'o douna. 



Aro qu'ei de ranvèr, sannouso e repitanto, 
La vitimo chas pau s'eigabèlo à l'achou. 
L'aubre crasino mai ; lou cougnet se li planto, 
E lou plounti mata s'escliapo d'empertout. 



E quand sarô chaba, lou prèfa que coumenço, '. 
Que faran d'aquéu trau e de tant d'estelou, 
De pouassei mei de plo? D'aquelo preso immenso, 
Qui se capitarô de n'avèr lôus moulou ? 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 155 

Ei Taigo de la mer qu'aurô lou meste cheine 
Per n'aplacha beniou la quilho d'un veissè. 
Roure benaiira, lèvo-te ! Toun doumeine 
S'esten, s'esten que-mai e ven universè. 



N'as jita jusqu'eici que d'alhan en abounde, 
Asteuîro vas pourta d'omei, d'or e de pan. 
Saras lou cnar marin de las naciou dôu mounde 
Que gramaci en ti se béilaran la man. 



E si co n'ei pas prou, auras quaucarenaure : 
Te veiran anauta sus lôuschastèu dôus rei. 
Fourcolo vou bigoun pèr la tapio dôu paure, 
T'apoundras a la peiro en mai de milo endrei, 



Ounour a ti tamben, si l'orne que ravouro 
De l'araire courbu te pren per aramoun. 
Que-noun-sai benurous, si la crous que s'arbouro 
Goumo un lume emblaujant sus lou serre eilamount, 



Si la crous dôu chami vou ben dôu cementèri 
Te pren toun bouas sinous. Sièchei taulo d'autè, 
Estatu d'angeloun, sèti dôu sant mistèri. 
Sacra per man de Diou, saras Taubre immourtè. 



L. MOUTIER. 



(Parler de Loriol.) 



156 GHAMMÀIBE DAUPHINOISE 

Lou Loup & lou r\EiNA*\ 



« Ero dôu tems de moun reire grand, quand las bestia 
soulhan parla; un viage, dins 'no coumbo, lou Loup ran- 
countrè lou Reinar e li digue : « Vount ei que vas d'aquesto 
ouro ? Sias belèu malaute ? 

« — M'en parlei pas, fai lou Reinar ; n'ai rèn dins lou 
pitre dempeui trei jour. Tout-eichar si ai poueigu agrafa 
un tros de toumo dins 'no chaseiro. E ti, qu'ei que brôu- 
leyei pereiçai? 

« — Juem dôu malur, mou coumpeire; mi, tamben, 
crèbou de fam e savou plus dount me vira. Quelôus couqui 
de pastrei embe lhour chi an jura de me feire mûri a petit 
fiô. Si co duro farei pas de vieus ou. 

« — Anem garo te co de la testo. Li o 'nca de jour 
darrié lou serre e toun sang n'ei pas d'aigo de coucourdo. 
Que n'en disei, mestre Loup ? siem d'iage a viôure ounesta- 
men en travalhant e sario tems de quita quelo vio de fulo- 
bro que menem. Tè, si valei, pas plus tard que deman, lou 
lichet sus l'espaulo nirem prendre un prèfa? » 

« Tant-fa, tant-ba; lou lendeman a la pouncho dôu 
jour venguèran tous dous pèr vira valat dins l'estoublo d'un 
Moussu. Lou Reinar aviô dins sa cosso un marri tros de pi- 
côudou e lou Loup aviô dus 'no bicho de mèu. Mè, lou ga- 
lhofo, l'avio escoundio dins la cliôusuro pèr se n'en pifra 
tout soulet. 

« Eran qui a chapla lou grème e a trissa las mouta; la 
suour rayavo de lhours ufa, quand tout en un cop, din 
dan dan, la campano de Tendre se bouté a trincalha. 

« — Qu'ei qu'auvan eilamount, digue coumpeire lou 
Loup en se panant lou mourre ? 

« — Souanan de batisa, faguè lou Reinar d'un èr de flou- 
gnardiso. Se devino pa-ti que lei siou envita per èsse lou 
peiri? Fou que m'enanou. Dins 'no ouretto cei sarei tourna. » 
E lando lou manjo-poulo, tout dret a la cliôusuro. Plan plan 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 157 

garo la cubercèllo e zou tasto lou jus de la breicho. « Qu'aco 
ei bouan, » se disiô en se lichant las babina ! 

a Quand fugue revengu au prèfa, lou Loup li demandé 
lou noum de soun filhôu. « Li disan Resto-prou, » faguè 
lou Reinar. 

« Dins rèn de tems, din dan dan, vaqui mai lou cler- 
jou que barounto a soun cluchié. « Hoï ! fai lou Reinar,,se 
capito que siou mai de batisa. M'an counvia, fou que leis 
anou assoulumen. » E qui dessus, tourno prendre lou viôu- 
let que meno au bichou de mèu. Queste cop n'en manjè la 
mita. 

« E déa tems, meste Loup s'estripàvo la ratèllo a licheta 
en fasant peta quauquei boujaroun couantro lou courretié. 

« — Dis, galavar, n'as pas vergougno de me leissa 
trima tout soulet lou sens clame dôu jour..."E qunte noum 
an douna au marri que venan de batija ? 

« — S'apèllo Resto-pau, respouand lou Reinar sens 
frounci la perpelho. » E moun prefachié arrapo soun lichet 
e se rebouato à l'obro coumo si de rèn èro. 

« N'aviô pas belèu leva dès palad, que pan ! veici enca 
la clocho que branlusso per un batème. 

a — Parei qu'enqueui eis un jour de benuranço, dis 
lou Reinar. Toutaro batisavan moun cousi german, ieuro me 
ven de broulha un nebou. Escuso-me, coumpeire, si te 
quittou tourna, mè lou devèr eis aqui; m'espèran. Vai, t'a- 
durrei quauquaren de bouan.. » 

« Broujès si aquesto fei lou paure mèu aguè chau. N'en 
resté pas 'no briso au found de la bicheiro. Mè lou Loup, en 
guinchant de bigouar, aviô tout vegu darrié lou boueissou. 
Pamens esquicho soun aïranço e ven coumo aco au Reinar : 
« Sauprias me dire lou noum de toun nebou ? — Moun ne- 
bou, fai aqueste, se noumo Re$to~gis. 

a — Ah I voui, garga, nen resto gis de moun mèu. N'as 
coufla ta bolho, anou mangeire I Vai I me la payaras ; ren 
me ten que te tuou. 

« — Siouplè, coumpeire Loup, me tuei panca. Te me- 
narei a-h-un grafiounié de grafiou durant. Nen savou un 



158 GRAMMAMUS DAUPHINOISE 

i 

qu'ei gaire leun. Fasen la pèi e vène aube mi. » E lei van 
perensems. 

« Lou Reinar, lest coumo un jàrri, li escolo dessus en 
pourtant un saquetou de peira. De grafiou, l'aubre n'ero 
clafi e nen manjàvo a chas pugna. Paure Loup, ele, n'aviô 
que las cuya e lôus calhaud que li chayan sua lou su. 

« Quante n'aguè près sa pitra, lou Reinar, joumbrissant 
de pou, devalè. « Gusar que sias, li fai lou Loup, me nen 
faras tout-jour; queste cop te tuou. 

« — Sebo I sebol me tuei pas, te menarei de noça. Dôu- 
tems que saran à la messo, intrarem dedins la meisou et la 
fricoutalho saro nostro. Que? toucho la man e partem. » 

« E vaqui mous dous mandrin que se quilhan dins 
l'oustau dôus nôuvi per un fenestrou de la feneiro. La taulo 
èro cuberto de touto meno de manjalho e la dindo viravo a 
l'aste. 01 mous ami quntei cop de dent! qunto deijala de 
tian e de rousti ! 

« Embe aco, lou Reinar, sens fa semblant de ren, 
coumo pèr eichampa d'aigo, anàvo de tems en tems au tra- 
pou de la feneiro per veire si li pouviô passa enca. Las ouro 
landan vite a bouano taulo. Juste se voueidavan un chiquet 
de breseime, quand brau I veici la noço qu'arrivo. Sauvo la 
greisso ! 

« Lou Reinar, fi coumo la moustiolo, s'encourre, s'es- 
tiro prim e sauto dôu fenestrou ; mè lou Loup riound e re- 
gounfle pouo plus li passa. Pamens, à fouarço de s'esquicha, 
lou foutrau li parvengué. Souquelamen, sa cuyo li resté. 

« — Vail plourei pas, li dis lou sanno-jalhar, t'en 
trouvarei uno. Savou la coulougno d'uno vielho; aube la 
risto n'en trenarei 'no cuyo e te l'apoundrei au darrié. » Feti- 
vamen, n'èro panca vèpre que déjà lou Loup fasiô lou farot 
embe soun flouquet de chambe en pendoulino au cùou. 

« — Aro que siem 'sta de noça, fai lou Reinar, dansem 
'no boureyo vou 'n rigaudoun. Atuvem 'no chabineiro e sau- 
tarem lou fiô. Vai t'en quarre lôus gavèu, mi me charjou 
de las ferbelha. » 

« Dret-que lou fiô flameyè, vaqui moun Reinar que li 
burdi dessus. Li passo e li trepasso de tous las, sens se rima 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 159 

lou mendre peu de sa blodo. Mestre Loup vôu nen feire au- 
tant, me patafiôu I se li chai au bouan mitan e se li busclio 
la cuyo amei sa bourro. Tout brôusi, quasimen mouart, lou 
bedigas anè se feire sougna vas maire la Loubo. 

« Per bounur lou Reinar s'èro gara de davant, e m'eis 
sta di que dempeui quéu jour lôus dous coumpairei trevè- 
ran plus ensems. » 



160 GRAMMAIRE dauphinoise 



SIEGE DE SOLLIENS 



(Extrait du 1 er Chant.) 



Yôu qu'ai dejo sus moun païs 
Fa quauquei ver bouos ou maris, 
Ou bien mountra que soun istouaro 
gu perfei sous jour de glouaro ; 
Enquei si Glio m'aido un pau, 
La besougno n'irèc pas mau, 
Car devou chanta las alarma, 
La coulèro, lou bru, las arma, 
E la famino que dins Dio 
Rende tout se coumo de tio. 



Anem, vielho ninfo, courage ! 
S'ogis eici de fa tapage ; 
Quento ei la fenno qu'amo pas 
Un pau de trin, un pau de borjas ? 
N'ei pas tout, per être tranquille 
Envouquem enca moun Virgile. 
Poulitou, ti que lou prumié 
A si bien chanta lou bergié, 
Sarias moun diôu, sarias ma rito, 
Si m'enspiravei de l'Eigito ; 
N'auriôu pas besoun coumo oco 
D'envouca la muso Clio, 
Ni d'ona mounta embe peno 
A la sourco de TYpoucreno, 
Oquello aigo qu'ei tont vonta 
Siôu sur que n'ei pas la meita 
Si bouono, si freicho e si neto, 
Qu'oquelo de Chanaleto, 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 161 



t 



! pauro yôu ! si soulomen 
Pouviôu m'abuôura un moumen 
A soun bournè, qunte courage 
Poueirio douna un tau breuvage ! 
Si nen beviôu, veiriè de vers 
Que sorion pas pica dôus vers. 
Mes, ailas ! dins la capitalo 
L'aigo que lou Diouas avalo 
N'ei pas trop bien coundiciôuna ; 
Aussi saré pas eitouna 
Si dins tout ce que vau vous dire 
On pouo li trouva o redire; 
Que que n'en sié fau coumença 
Ce qu'ai proumei de retroça 

A. BOISSIER. 
(Parler de Die.) 



162 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 



REIVARIO 



Plus de flour dins lous champ, l'ivèr o tout brôusi 
E dirian qu'a regret lou soulé nous aviso, 
A travèr un ciel gri que rembruni la biso, 
Que plouro tant o frei de larma de gresi. 

! quouro lou bèu temps chassaro la freiduro ; 
Quouro lou foulharè que souflo de Sent-Miar 
Auro fâ reverdi sous grand bouas de fayar, 
Et fa foundre la nèu que blanchi sôun aussuro ! 

Amou tant lous bèu jour : olor que la viôuletto 
Flouri près dôus droiou ; ou ben quand lou quinsou 
Dessus lou grand nouié eissàio sa chansou 
E que dins lou ciel bleu s'eigàio l'alauvetto ! 

Fai bouan quand veiem loue proumié jour d'estiou, 
Quand dôu gai mei de mai lou bèu soulé dardalho ; 
Dirian que de bouneur tout ri, tout s'escarcalho, 
Que d'un coumun acor tout béni lou bouan Diou. 

Olor per lou festa tout so trouva d'accens, 
Lou pibou qu'ei si nau dovant elou s'enclino, 
Lous blâ courboun lours froun en vago que chamino 
Que courre tant que pouo li pourtâ lour encens. 

Ouvè de tout cousta un eissam de prieira, 
La calho a soun ounour chanto soun quincalha, 
E me semble d'entendre un grand alléluia 
Dedins lou bru counfu que souar de las couleira. 

R. GRIVEL. 
(Parler de Crest.) 



TABLE 



Pages. 

AVANT-PROPOS 1 

CHAPITRE 1 er . — Vocalisme 1 

Section l re . Alphabet 1 

§ l eT . Voyelles 1 

2 e . Diphthongues 2 

3 e . Consonnes 2 

Section /2 e . Accent tonique. 4 

§ 1 er . Place de Paccent 4 

2 e . Déplacements de Paccent 6 

3 e . Influence de Paccent 6 

CHAPITRE 2 e . — Phonétique 9 

Section 1™. Mutation des voyelles et des diphthongues... 10 

Section 2 e . Mutation des consonnes 17 

§ 1 er . Gutturales 17 

2 e . Dentales 20 

3 e . Labiales 21 

4 e . Liquides 23 

Section 3 e . Suppression de lettres 25 

Section 4 e . Addition de lettres 27 

§ 1 er . Voyelles 27 

2 e . Consonnes 28 

Section 5 e . Assimilation et transposition 29 

CHAPITRE 3 e . — Du Genre et du Nombre 31 

CHAPITRE 4 e . — Des Parties du discours. Nom 33 

Section i re . Déclinaisons 33 

§ 1 er . 1* déclinaison 33 

2 e . 2 e déclinaison , . 35 

3\ 3» déclinaison 36 

4 e . 4 e déclinaison 37 



164 GRAMMAIRE DAUPHINOISE 

Pages. 

Section 2 e . Indéclinables 39 

Tableau des déclinaisons 40 

Section 3 e . Noms et adjectifs numéraux 40 

§ 1 er . Nombres cardinaux 40 

2 e . Nombres ordinaux 41 

CHAPITRE 5«. — Article 43 

CHAPITRE 6 e . — Adjectif 47 

Section 1™. Déclinaison des adjectifs 47 

Section 2 e . Degrés des adjectifs 49 

Section 3 e . Gradation nominale 50 

§ l eP . Augmentatifs 50 

2 e . Diminutifs 51 

3°. Noms enfantins 52 

CHAPITRE 7 e . — Pronom 53 

Section î™. Pronoms personnels 53 

Section 2 e . Pronoms et adjectifs possessifs 56 

Section 2 e . Pronoms démonstratifs 57 

§ 1 er . Aquele, aqueste 57, 58 

2 e . Pronom ou, vou 59 

3 e . Pronoms nen, en, i, y 60 

Section 4 e . Pronoms relatifs 61 

Section 5 e . Pronoms interrogatifs 62 

Section 6 e . Pronoms divers 64 

Section 7 e . Tableau de la déclinaison pronominale 67 

CHAPITRE 8 e . — Verbe : Notions générales 69 

§ 1 er . Voix active 70 

2 e . Voix passive 71 

3 e . Classification 71 

Section i re . Auxiliaires 72 

§ 1 er . Verbe esse 72 

2 e . Verbe aoèr 76 

Section 2 e . Tableau général de la conjugaison 80 

§ 1 er . l re conjugaison en ar 82 

2 e . 2 e conjugaison en ir inchoative 82 

3 e . 2° conjugaison en ir non inchoative 83 

4 e . 3 e conjugaison en er, dr, re, fie, etc 83 



GRAMMAIRE DAUPHINOISE 165 

Pages. 

Section «3 e . Théorie des flexions verbales 90 

§ 1 er . Flexions personnelles 90 

2 e . Flexions temporelles 97 

Section 4 e . Participe 104 

Section 5 e . Verbes dérivés 107 

§ 1 er . Verbes causatifs 107 

2 e . Verbes inchoatifs 107 

3 e . Verbes fréquentatifs 108 

4 e . Verbes intensitifs 108 

Section 6 e . Renforcement du radical des verbes 110 

CHAPITRE 9 e . — Mots invariables, Adverbe 115 

Section î™. Adverbes de manière, locutions adverbiales.. 115 

Section 2 e . Adverbes de lieu 119 

Section 5 e . Adverbes de temps 122 

Section 4 e . Adverbes de quantité 125 

Section 5 e . Particules d'affirmation et de négation 127 

CHAPITRE 10°. — Préposition. 131 

CHAPITRE 11 e — Conjonction 135 

Section i TO . Conjonctions simples 135 

Section 2 e . Conjonctions composées 137 

CHAPITRE 12 e . — Interjection 139 

CHAPITRE 13 e . — Appendice sur la composition des 

mots _. 143 

Section 1™. Composition nominale 143 

Section 2 e . Composition verbale 145 

§ 1 er . Composé nom et verbe '. 145 

2 e . Composé particule et verbe 146 

3 e . Composé avec redoublement 150 

Spécimen du dialecte parlé dans la vallée de la Drôme 153 

Table des matières 163 



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