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Full text of "Grammaire des grammaires : ou, Analyse raisonée des meilleurs traités sur la langue française ..."

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/ 



f. if- J 




GRAMMAIRE 



DES GRAMMAIRES 



liteur regardera comme contrefaçon tout exemplaire qui ne sera 

pas revêtu de sa signature. 







»e« 



JnapriiDerie de Gustave GHATIOT, (4, rue de la Monnaie. 



GRAMMAIRE 

DES GRAMMAIRES 

OU ANALYSE RAISONNES OES MEILLEURS TRAITÉS 

SUR LA LANGUE FRANÇAISE 



MIS PAR l'université AU NOMBRE DES LIVRES A DONNER EN PRIX DANS LES COLLÈGES 

PAR CH.-P. 6IRAULTDUVIV1ER 

TREIZIÈME ÉDITION 

ENTIÈREMENT REVUE ET CORRIGÉE 

B'APHSS UB irOUTEAV BIOTXOmrAIHZ BZ VAQADÈMIM 

Augmentée d'un Aperçu critique sur ce Dictionnaire et de nombreuses expGcations 

CONCERNANT 

l'orthographe DES MOTS d'ORIGINE ÉTRANGÈRE» LES SUBSTANTIFS COMPOSÉS, LE RÉGIME 

DES ADJECTIFS, LES PRONOMS DÉMONSTRATIFS, LA NOUVELLE 

ORTHOGRAPHE DE l' ACADÉMIE, 

Et les hardiesses du style poétique et du style oratoirfu;.-' 

Avec une solution explicite pour toutes les difficultés 

Par P.-Adguste [.EMÂIRE 

PROPESSEUR nE RHÉTORIQDfi AU COLLÉGR LOUIS-LE-CRAND. 



TOME PREMIER. 



PARIS 



A. COTELLE, LIBRAIBË-ËDITEUB 

RUE SAINT-HOKORÉ, 137. 

1848 



»HiUHHiHHfH i !iliiilllHHiUiHiiiimiiiHH 



avant-propos; 



Malgré la réputation justement méritée de la Grammaire 
des Grammaires, ou plutôt à cause de cette réputation 
même, il nous a semblé qu'une révision complète de Fou- 
vrage était devenue indispensable après la publication du 
nouveau Dictionnaire de V Académie française. Depuis long- 
temps en effet une révolution grammaticale, préparée par 
Voltaire, s'était successivement opérée dans Pusage, et avait 
changé les anciennes règles de Torthographe ^; mais la ré- 
sistance de TAcadémié s'était prolongée : l'innovation , pai^ 
degrés victorieuse, n'avait pas encore obtenu la sanction 
de son suffrage; et M. Girault-Duvivier^ d'accord en cela 
avec les grammairiens les plus recommandables, était resté 
fidèle à la tradition et à l'autorité. 

Enfin, en >I855, la réforme a définitivement triomphé 
dans le nouveau Dictionnaire. La question est désormais 
tranchée d'une manière irrévocable : la règle existe ; et l'on 
ne peut plus hésiter à s'y soumettre. Voilà un premier chan« 
gement, devenu nécessaire^ qui signalera cette nouvelle 
édition. 

D'autres encore étaient également indispensables. L'Aca- 
démie venait de constater l'état de notre langue, d'en mar- 
quer les progrès ou les vicissitudes, de décider ce que l'u- 
sage présent admet ou rejette. Elle s'était prononcée sur un 
grand nombre de questions jusque alors contestées ou in- 

* De la 10* édition. — * Voyez ixm^ Ur ^ac^ oafL 



1| AVANT-PROPOS. 

décises ; elle avait dans son œuvre rempli des lacunes, ré- 
paré des omissions, corrigé quelques erreurs peut-être. Et 
ce travail plus complet, plus approfondi, échappait de toutes 
parts aux observations judicieuses faites auparavant par 
M. Girault-Duvivier : ses critiques, qui n^avaient pas été 
inutiles sans doute, perdaient ainsi toute justesse et tout à- 
propos. Il fallait donc modifier la forme, en conservant le 
fond des choses ; il fallait répandre aussi sur tout Tensemble 
les lumières de TAcadémie. 

Alors il devenait plus facile de donner une solution for- 
melle à certaines difficultés que , par une défiance trop 
modeste, l'auteur de la Grammaire des Grammaires n^avait 
pas osé trancher de lui-même. Sans doute dans quelques 
questions épineuses où les avis sont partagés, où les raisons 
se balancent, on ne doit se prononcer qu^avec la plus grande 
réserve. Mais enfin les grammaires ne sont pas faites seu- 
lement pour les esprits éclairés ; elles sont faites surtout 
pour ceux qui veulent s^instruire et qui ne peuvent 
tout d^abord se décider par leurs propres lumières. Or, 
comme dans toute question il est rare qu'il ne se trouve pas, 
pour Thomme exercé, des raisons plus frappantes d^uu 
côté que de Tautre, qui donc jugera, si ce n^est le gram- 
mairien? que peuvent faire les élèves, si leur guide reste in- 
décis ? Et les maîtres eux-mêmes , qui n'ont pas toujours 
le loisir d'approfondir chaque difficulté, sont bien aises de 
rencontrer un jugement arrêté et mûrement réfléchi. 

Nous avons donc, dans tous les cas, énoncé une opinion 
motivée ; mais comme à des raisons plausibles on peut sou- 
vent opposer des raisons à peu près également plausibles, 
nous nous sommes presque toujours appuyé sur l'autorité 
de l'Académie, le seul tribunal, après tout, qui puisse i»''^ 

noncer valablement dans ces matières. 

Ainsi donc, aix.f|Aa^jLi,.i« ^Uvniion «de l'Académie est 



AVANT-PROPOS. III 



pour nous comme Tarrét défioitif sur toute difCcuité. Nous 
savons bieû que l'Académie elle-même n'est pas infaillible : 
une ou deux fois peut-être nous avons cru devoir nous 
séparer d'elle et combattre son opinion. Mais, à tout prendre, 
c'est encore l'autorité la plus sûre et la mieux établie. 
Dans les choses d'usage, par exemple, qui mieux qu'elle a 
le droit de décider? L'assertion d'un grammairien peut 
toujours être balancée par l'assertion d'un autre : l'Acadé- 
mie seule peut affirmer, parce qu'elle est un centré de lu- 
mières et qu'elle a mission pour juger. La logique , dira- 
t*on; est au dessus de l'Académie. Oui^ sans doute ; mais 
la grammaire est avant toutune science d'interprétation et 
d'habitude. Que de points de vue divers elle présente I que 
d'exceptions 1 que d'anomalies I Et quelle influence n^exerce 
pas l'usage , cet arbitre si puissant de notre langue 1 

Nous sommes d'autant plus disposé à reconnaître l'au- 
torité de TAcadémie qu'elle-même ne pose pas de règles , 
n'établit pas de lois. Elle ne veut et ne peut rien changer à 
la Grammaire ; tous ses efforts tendent à faire arec scru- 
pule et discernement l'inventaire de la langue , en un mot, 
à bien constater pour chaque époque ce qu'admet un usage 
constant et légitime. 

Notre langue en effet, comme toute langue parlée , ne 
peu^ rester stationnaire. Certes elle a son génie bien fixé, 
sa marche arrêtée, ses formes constantes. Mais dans tout 
idiome il se trouve une partie, pour ainsi dire , vivante , 
animée, progressive ; il y a certaines locutions qui naissent 
et qui meurent tour à tour ; verhorum vêtus xnierit œtas 
(Horace). Sans cesse les hommes et les nations changent, les 
idées s'ouvrent de nouvelles yoies. Il faut bien que le lan- 
g<^v interprète de ces besoins nouveaux, réponde à toutes 
les impressions de l'âme, à tous les mouvements des sens, 
et subisse toutes les trant-famm ii o na J^ l a- pen^e humaine, 

a. 



IV AVANT PROPOS. 



si mobile et si variée. Que d^idées et, par suite, que de mots 
ne crée pas chaque jour le progrès de l'industrie et de la 
science ! Combien dans notre âge même la langue oratoire 
n^a-t-eile pas ressenti Tinfluence des révolutions ! 

Les Dictionnaires, à leur tour, et la Grammaire elle- 
même ne peuvent done être immuables. Mais la science 
grammaticale doit avoir ses temps d^arrêt. L'Académie par, 
ses décisions la fixe pour une époque, jusqu'à ce que la" 
marche des choses ait établi de nouveaux rapports et de 
nouvelles expressions. De là vient que, malgré cette mobilité 
continuelle, les règles de la Grammaire cependant ne sont 
jamais incertaines. On voit bien, d'ailleurs, que nous ne 
parfons ici que des formes variables, de la surface en quel- 
que sorte, et non du fond de la langue qui, une fois fixée, 
doit rester immuable sous peine de décadence et de cor- 
ruption. 

Mais l'usage, en français, agit de deux manières distinctes 
et positives. Si dans la forme extérieure il marque les âges 
et les vicissitudes de notre idiome, il en constitue égale- 
ment au fond la physionomie et le caractère. Le français 
n'est pas un langage primitif et né de lui-même. Il est sorti 
des ruines du latin mêlé à d'autres idiomes, apportés ou 
confondus par la conquête. Ainsi quand, d'un côté, l'instinct 
du bon sens général , l'esprit .vif et lucide de la nation, 
donnaient à notre langue une marche ferme^ précise et ré- 
gulière; d^un autre côté, le mélange de langages divers, les 
formes conservées ou introduites , le développement des 
idées nouvelles, tout ce travail enfin a dû laisser des traces 
confuses et donner naissance à mille irrégularités qu^on 
ne peut expliquer aujourd'hui que par l'usage. De là tant 
d'exceptions dont la raison nous échi^ppe*, tant d'idiotisme» 
qu'il faut admettre en aveugle, parce qu'il serait Ir^F diffi- 
cile et trop hocardenY d'fln vouloir rendre COmptc; Cufin 



AVàNT-PROPOS. ▼ 

tant de tournures empruntées au latin et qu^il faut néces- 
sairement expliquer par la Grammaire de cette langue. 

Nous n'allons pasjusqu^à prétendre que pour bien savoir 
le français, notre langue maternelle, il soit indispensable 
de connaître à fond le latin ^ langue étrangère, langue 
morte. Mais pourtant si Ton ne veut pas toujours se con- 
tenter d4mputer au caprice de Tusage tant de tournures 
exceptionnelles, tant de variations dans Torlhographe % il 
faudra bien remonter aux sources, et chercher des lumières 
dans une connaissance plus approfondie des origines de 
notre langue. Aussi n'avons-nous point hésité, dans quelques 
cas, à recourir au latin pour rendre raison de certaines 
règles de notre syntaxe. Par exemple, on sait que nous 
n'avons en français que deux genres, le masculin et le fé- 
minin, et cela parce que nous n'avons pas , comme les La- 
tins, de terminaisons variées. Et pourtant notre grammairç 
est remplie de tournures copiées dans la langue latine et 
transportées dans la nôtre avec Femploi formel et carac- 
térisé du genre neutre ^, qu'elle ne reconnaît pas. Faut-il 
donc nier les lois qui régissent ces sortes de phrases, parce 
qu^elles ne s'expliquent point par notre syntaxe ordinaire ? 

Cette seule considération doit suffire pour démontrer 
que le secours du latin est du moins très utile pour étu- 
dier à fond et pour bien comprendre le français. N'est-ce 
pas , d'ailleurs , à cette source principale qu'ont puisé nos 
grands écrivains pour fbrmer leur style ? Et malgré la dif- 
férence profonde des deux idiomes , ne reconnait-on pas 

* Pourquoi, avec une orononciation uniforme, écrÎTons-nous prudence , abon' 
dance, différent, errant, mander, tenter, etc. ? C'est que ces mots Tienneot-du 
latio, où la pronoudatioD change comme l'orthographe. 

' Veki quelques unes de ces locutions : « il est doux de vivre, dulce est vivere ; 
c'est agréable, kœ est jucundum ; qui plus est, qui pis est, quod majus, qttod 
ptjus est;}e le veux, iliud volo ; il en tient, Aoc habet^ etc, > Ajoutez encore les 
adjectifs pris comme adverbes, sentir bon, parler haut, marcher droit, etc., etc. 



..T-' 



VI ÀYANT-PROPOS. 

à chaque instant une afûnité bien marquée dans leurs for- 
mes et leur développement? 

Si donc la Grammaire ne doit pas s^arréter h la lettre 
morte, au mécanisme matériel de la phrase, si, pour rem- 
plir toute sa mission , elle doit vivifier la science du langage , 
il faut bien alors qu^elle en consulte les origines , qu^elle 
en étudie les variations, qu'elle en connaisse le génie, 
pour rendre en tout temps les arrêts d'une critique sûre et 
éclairée. Appelée à juger les rapports des mots, c'est elle 
en effet qui décide du style , qui en applique les règles , en 
interprète les lois. Chargée du soin de maintenir et de con-^ 
Nfirver la pureté du langage, elle a , dans ce cas , le droit 
de prononcer sur les créations du génie. 

Quand une littérature est en progrès, les esprits su- 
périeurs découvrent dans les choses des rapports ignorés 
du vulgaire , et trouvent en même temps l'expression la 
plus juste pour les rendre. Ils s'emparent de la langue, cet 
instrument souvent rebelle , ils en assouplissent les ressorts , 
et lui enseignent à reproduire tous les mouvements de l'ima- 
gination , toutes les délicatesses du sentiment, tous les élans 
de l'inspiration la plus sublime. Alors les mots sont fé- 
condés par le travail de la pensée , le style s'enrichit de 
tours nouveaux , d'alliances heureuses, d^ex pressions frap- 
pées au coin de la raison. La langue brille de son plus 
grand éclat, et elle se pare de toutes les richesses de 
l'esprit humain. 

Mais toutes ces créations ne peuvent vivre et durer qu'au- 
tant que le bon sens public les adopte et les consacre. Or , 
les interprèles de ce jugement suprême , ce sont les gram- 
mairiens. Ils observent, ils recueillent, ils pèsent. Et comme 
il est en tout des règles posées éternellement par l'intel 
ligence et le bon goût , ils ont toujours un point d'appui 
pour arrêter les écarts et redresser les erreurs de l'ima- 



ginatioB. Esi^^ à dire qu'ils peuvent imposer des lois au 
génie? Non certes ; le génie commande à la Grammaire ; il 
peut franchir les bornes qu'elle a marquées, mais ses ef- 
forts ne peuvent cependant aller au delà des limites de la 
raison mème« 

Il nous semble alors que la Grammaire ne peut pas 
marcher toute seule , et qu'elle devra presque toujours 
s'allier à la Rhétorique; c^est-à-dire que la science des 
mots ne doit pas être complètement séparée de la science 
des idées. Comment en effet juger de la valeur d'une ex» 
pression , si l'on ne saisit d'abord toute la valeur de la 
pensée? Comment prononcer sur l'alliance des mots sans 
avoir approfondi ce qu'ils doivent dire? Toutes ces ex- 
pressions hardies y brillantes y sublimes , trouvées par nos 
grands écrivains, ne sont-elles pas frappantes de raison, 
de vérité^ quoique souvent en dehors des règles communes? 
Et ces beautés inimitables faut-il les condamner parce quon 
ne peut les arracher de leur place pour les mettre à la 
portée -du vuljgaire? 

Voilà ce qu'une sévérité timorée a bien souvent voidu 
faire. On n'a pas vu qu'une expression hardie et qui sort 
des règles ordinaires devait être examinée à sa place et 
pesée avec l'idée qu'elle représente. Et voilà comme la Gram- 
maire a condamné quelquefois ce que la Rhétorique ad-* 
mirait ^ De là pour les jeunes esprits, partagés entre ces 
deux autorités , une source d'incertitude et de faux juge- 
ments : inconvénient grave , que nous avons tâché d'éviter 
en défendant certaines hardiesses de style que beaucoup de 
grammairiens rejettent; mais aussi en expliquant par quel 

* Croitait-on que cet admirable vers de Racine, 

Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait, fidèle .' 
n'a pas trouvé grÀce devant Marmontel lui-mémeT Vojez t. H, p. 1010, et tant 
d'autres exemples semblables qu'on trouvera dans le cours de cet ouvrage. 



VllI AVANt-^PROPOS. 

travail de Tesprit elles ont été conçues ; quelle combinaison 
de Tart les motive et les autorise ; enfin jusqu'à quel point et 
à quelles conditions on peut les imiter. 

Au temps où nous vivons la spbère des études gramma- 
ticales s'est agrandie. La parole, qui dans tous les temps est 
une arme puissante , est aujourd'hui pour tous une arme 
indispensable ; non seulement la correction et la pureté , 
mais encore la vigueur d'expression et la fermeté du style 
sont devenues un besoin général ; car tout homme est ap- 
pelé à défendre ses intérêts , à discuter ceux des autres , à 
manier au nom de tous la parole ou la plume. La Gram- 
maire peut donc moins que jamais séparer l'étude des mots 
de l'étude des idées. 

Outre ces vues générales qui ont présidé à l'ensemble de 
notre travail^ nous avons encore cherché à introduire dans 
les détails un grand nombre d'améliorations' partielles. 
Mais comme chacun doit être responsable de ses opinions, 
nous avons signé do nos initiales ( A. L. ) toutes les additions 
qui nous appartiennent. Nous indiquerons entre autres : 

Une exposition détaillée du système suivi par l'Académie 
pour les substantifs composés; 

Une dissertation sur l'orthographe des mots d'origine 
ébrangère y qui conservent encore plus ou moins leur ca- 
ractère exceptionnel ; 

Un développement entièrement refonda sur le régime 
des adjectifs ; 

Enfin des remarques détaillées sur quelques pronoms, etc. 

Nous pouvons donc affirmer que la réunion de ces diffé- 
rents travaux, sans avoir changé dans l'ensemble l'œuvre 
de M. Girault-Duvivier, en fait cependant une œuvre nou- 
velle, plus complète et plus en harmonie avec les progrès 
de la science grammaticale. 

A. Lehatre. 



«fKIHH«iHI««f*HfH4*««t*iîîîH«iU«4»t« 



PREFACE 



DE M. CH.-P. GIRAULT-DUVIVIER 



En composant cet ouvrage, je n'ai pas eu la présomption d'éta- 
blir des principes nouveaux, ni de vouloir confirmer de mon autorité 
ceux qui ont été posés, soit par les anciens Grammairiens, soit par 
les nombreux philologues modernes qui ont enfanté et enfantent tous 
les jours de nouvelles méthodes, de nouveaux systèmes ; je me suis 
renfermé dans un rôle plus modeste : j'ai cherché à réunir en un 
seul corps d'ouvrage tout ce qui a été dit par les meilleurs Gram 
maîriens et par l'Académie sur les questions le^ plus délicates de la 
langue française. 

Je me suis rarement permis d'émettre mon avis; j'ai dû me con- 
tenter de rapporter, ou textuellement, ou par extrait, celui des grands 
maîtres, et j'ai pris dans les meilleurs écrivains dés deux derniers 
siècles et de nos jours les exemples qui consacrent leurs opinions. ' 

J'ai indiqué avec une scrupuleuse exactitude les sources où j'ai 
puisé; j'ai mis en parallèle les opinions des différents auteurs, mais 
j'ai laissé aux lecteurs le droit de se ranger à tel ou tel avis, lorsque 
la question restait indécise, ou que la solution n'en était ni indiquée 
par l'analogie, ni donnée par l'usage le plus généralement adopté*. 

L'écrivain embarrassé sur l'emploi de certaines locutions, sur cer- 
taines règles qu'il n'a pas présentes à la mémoire ou qu'il n'a pas 
approfondies, cherche souvent un guide qui l'éclairé; il ignore quel 
est le Grammairien qu'il pourra consulter avec confiance; souvent 
même, dans son incertitude, et craignant de tomber dans une faute, 
il adopte une tournure qui ne rend pas complètement son idée ou 
qui la dénature. 

Je lui offre le fil d'Ariane, je lui indique la sortie du labyrinthe; et 

' Voyez nos réflexions sur ce sujets plus haut, page u. A. L. 



X • PRÉFACE. 

c'est éclairé par les lumières des plus célèbres Grammairiens et des 
plus grands écrivains qu'il reconnaîtra la route à suivre ainsi que 
les mauvais pas à éviter. 

Le professeur trouvera sans peine et sans recherches les autorités 
dont il aura besoin pour appuyer ses préceptes ; il pourra consulter 
les originaux, les comparer, les indiquer à ses élèves, et, en remon- 
tant à la source des principes, donner à ses leçons le caractère d'au- 
thenticité qui seul peut les rendre solides et ineffaçables. 

Depuis longtemps les Grammairiens et tous ceux qui s occupent 
particulièrement de la langue ont dû désirer qu'il existât un ou- 
vrage dans lequel fût réuni tout ce qu'ont écrit les anciens et les mo- 
dernes sur les difficultés qu'elle présente , un ouvrage où Ton ren- 
contrât en corps de doctrine les décisions éparses de TÂcadémîe. 

Les obstacles sans nombre qui m'ont arrêté moi-môme, lorsque 
j'ai voulu m'éclairer sur quelques doutes ou approfondir quelques 
questions épineuses de la grammaire, m'ont fait sentir l'avantage 
qui résulterait d'un livre où seraient classées toutes les règles qui 
se trouvent dans nos plus habiles Grammairiens, où Ton réunirait 
ces remarques sur notre langue, ces observations fines et délicates 
qui sont disséminées dans Vaugelas, Bouhours, Voltaire, La Harpe, 
Marmontel, etc. , et où l'on s'abstiendrait de décider ce qui est en- 
core indécis, et de mettre des règles positives là où il ne reste que de 
l'incertitude •*. 

Le but principal que je me suis proposé est de déterminer d'une 
manière fixe le point auquel est parvenue de nos jours la langue 
française; et c'est pour y arriver que j'ai fait, si j'ose le dire, sous 
la dictée des Grammairiens et des écrivains, le procès-verbal de tou- 
tes les discussions dont notre langue a été l'objet. 

Une langue vivante est sans cesse entraînée vers des accroisse- 
ments, des changements, des modifications qui dSeviennent , par la 
suite, la source de sa perfection ou de sa décadence. Les grands écri- 
vains la fixent, il est vrai, pour longtemps ; leurs écrits servent long- 
temps de modèle et de règle, mais insensiblement la pureté des prin- 
cipes s'altère, l'emploi ou l'abus de certains mots s'introduit, la 
langue se dénature ; les Grammairiens modernes,' séduits quelquefois 

^ Maintenant que TAcadémie s^st prononcée sur un grand nombre de questions, 
il en res*e peu de douteuses, et dans ce cas même nous avons toujours indûnié la so- 
lution qui nous a paru la meilleure. A. L. 



PRÉFACE. XI 

eux-mêmes par l'exemple, partagent et sanctionnent des errenrs 
dangereuses; ils contribuent peut-être, sans le touloir, à rendre 
plus rapide un torrent dont ils étaient appelés à restreindre ou à 
arrêter le cours. 

On se plaint de la pauvreté de notre langue, et c'est souyent parce 
qu'on en ignore les ressources, ou parce qu'on n'a pas le génie qui 
sait la rendre docile : de là ces mots nouveaux que l'on s'empresse 
d'adopter avant qu'une longue réflexion, un usage constant et Tap- 
probation des bons écrivains les aient consacrés; de là cette exten- 
sion, si fautive et si dangereuse, donnée au sens de quelques termes, 
extension plus contraire encore à la pureté du langage que l'intro- 
duction de mots nouveaux. 

Peut-on accuser de faiblesse ou de pauvreté la langue dans laquelle 
ont écrit Bossuet, Fénelon, Pascal, Boileau, Racine, les deux (Cor- 
neille, Voltaire, Rousseau, Buflfon, Delille, etc.? 

Une langue qui, sous leur plume, a su prendre tous les tons, se 
pliera toutes les formes, peindre toutes les affections, rendre toutes 
les pensées, animer tous les tableaux, toutes les descriptions; une 
langue enfin qui a prêté son harmonie à Fénelon, son élégance, sa 
pureté à Racine,, et ses foudres à Bossuet, est assez riche de son prcH 
pre fonds; elle n'a pas besoin d'acquisitions nouvelles; il ne fout 
plus que la fixer, au moins pour nous, au point auquel ces grands 
écrivains l'ont élevée. 

Consultons sur le n^logisme Voltaire, dans ses QuesiiOM iur , 
rEncyelopédie, au mot Langue française, nous verrons avec quelle 
vigueur il s'oppose à cette manie d'innover sans cesse ; et certes, 
Voltaire n'était l'esclave ni de la ro itine ni des vieux usages; mais il 
a senti qu'une langue illustrée par les productions des écrivains du 
siècle de Louis XIV devait s'arrêter, dans la crainte^ comme il le dit 
lui-même, que laktngue française, si polie^ ne redevînt barbare^ et que 
Von n'entendît plus les immartels ouvrages de ces grands écrivains. 

Cette opinion remarquable d'un des plus beaux génies du dernier 
siècle m'a donc fait penser que le moyen le plus sûr de fixer le langage 
était d'offrir, si j'ose m'exprimer ainsi, la collection de toutes les lois 
qui ont été portées par les Grammairiens et les auteurs classiques 
sur cette importante matière; ce code, dont je n'ai prétendu être que 
l'éditeur, est la seule digue qui puisse arrêter les efforts toujours 
renouvelés et les envahissements successifs de l'esprit d'innovation. 

Depuis quelques années, les grammaires françaises se sont extrê- 
mement multipliées; plusieurs sont le fruit des méditations et du 



XII PRÉFACE. 

travail d'hommes aussi recommandables par leur savoir que par 
leurs talents; mais beaucoup renferment des systèmes qui, en se 
rattachant par quelques points aux anciens principes^ portent l'em- 
. preinte de la nouveauté. Ce qui est encore plus déplorable, c'est que 
oes grammaires sont souvent opposées les unes aux autres ; c'est 
qu'elles n'abordent qu'en tremblant ou ne font qu'effleurer les difft- 
cultés, de sorte qu'après les avoir consultées on s'aperçoit qu'au 
lieu de la lumière et de la vérité qu'on espérait y rencontrer, on ne 
recueille d'autre fruit de ses recherches que de l'incertitude et des 
doutes. 

Mais dans l'ouvrage que j'offre au public, Vaugelas, Th. Corneille, 
Amauld, Lancelot, d'Olivet, Dumarais, Beauzéé, Girard, plusieurs 
Grammairiens modernes, l'Académie française elle-même vous dic- 
teront leurs arrêts. A leur voix, les doutes disparaissent et cèdent 
la place à la conviction. 

Cette Grammaire offre d'ailleurs un nouveau degré d'utilité. Bien 
convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essen- 
tielles de l'éducation; que les règles les plus abstraites sont mieux 
entendues lorsqu'elles sont développées par des exemples, et qu'à leur 
tour les exemples se gravent mieux dans la mémoire lorsqu'ils pré- 
sentent une pensée saillante , un trait d'esprit ou de sentiment, un 
axiome de morale ou une sentence de religion, je me suis attaché à 
choisir de préférence ceux qui offrent cet avantage. J'ai en outre 
multiplié ces exemples autant que je l'ai pu* et je les ai puisés dans 
les auteurs les plus purs, les plus corrects, de sorte que, si 
dans certains cas nos maîtres en grammaire sont partagés d'opi- 
nion, si certaines difficultés se trouvent résolues par quelques uns 
d'eux d'une façon différente et qu'on soit embarrassé sur le choix 
que l'on doit faire, sur l'avis que l'on doit suivre, on éprouvera du 
moins une satisfaction, c'est qu'on aura pour se déterminer l'autorité 
d'un grand nom, car, comme l'a dit un auteur, // n'y a de Gram- 
mairiens par excellence que les grands écrivains. 

Tels sont les motifs qui m'ont fait entreprendre cet ouvrage. Je 
vais maintenant rendre compte en peu de mots du plan que je me 
suis tracé : 

J'ai cru devoir adopter la marche suivie par les anciens Grammai- 
riens, soit pour les grandes divisions de la grammaire et de la syn- 
taxe, soit pour les dénominations données aux différentes parties du 
discours, aux différents temps des verbes. Je n'aî point voulu créer, 
je n'ai point eu l'intention d'être auteur, j'ai donc dû me servir des 



PRÉFACE. XIII 

termes les plus généralement employés et les plus usités. J'ai laissé 
aux idéologues et aux métaphysiciens le soin de démontrer ce qu'ils 
trouvent de vicieux ou de faux dans les anciens termes et la gloire 
d'en proposer de nouveaux; j'ai suivi les sentiers battus par les 
anciens maitres, bien sûr de ne pas m'égarer et de n'égarer personne 
' avec moi sur leurs traces. 

La partie didactique de Touvrage est donc distribuée à peu près 
comme le sont toutes les grammaires ; mais cette partie formant un 
corps de doctrine peut être lue de suite et elle a dû être divisée mé- 
thodiquement. 

Lx)rsque j'ai traité individuellement des mots qui, dans certaines 
circonstances» offrent des difficultés relatives, soit à leur emploi, soit 
à la place qu'ils doivent occuper dans les phrases, soit enfin à l'in- 
fluence qu'ils exercent sur les autres mots qui les suivent et qui en 
dépendent, j'ai cru devoir les xanger par oi^re alphabétique, mais 
toujours dans la classe dont ils font partie. 

Ainsi donc, aux articles des Prépositions ^ des Adverbes , des Con- 
jonctions y on trouvera, suivant leur ordre alphabétique, ceux de ces 
mots qui suivent des règles particulières ou qui donnent lieu à des 
remarques et à des explications. 

Pour la partie de l'ouvrage que j'ai désignée sous le nom de Re- 
marques détachéeSy j'ai adopté le même ordre comme le seul qui pût, 
en facilitant les recherches , rendre plus utile cette partie de mon 
travail dans laquelle on trouvera la solution d'un grand nombre de 
difficultés et surtout l'indication de ces locutions vicieuses qui n'ap- 
partiennent qu'à la classe du peuple et dont quelques unes, moins 
grossières en apparence, mais tout aussi contraires au bon goût, à la 
pureté et à l'élégance, se sont introduites parmi les personnes que 
leur éducation et leurs habitudes auraient dû garantir de cette con^ 
tagion. 

J'ai fait, au surplus, tous mes efforts pour remplir la tâche que je 
m'étais imposée; mais peut-être n'ai-je pas encore atteint le degré 
de perfection auquel j'aspirais. C'est surtout au moment où je vais 
paraître devant des juges éclairés que le sentiment de ma faiblesse 
me fait redouter leur arrêt. 

S'il m'est contraire, loin de me décourager, loin de repousser avec 
dépit les critiques et les observations, je les recevrai toujours avec 
une satisfaction d'autant plus grande que je tâcherai de les faire 
tourner à mon avantage. 

S'il m'est favorable, je me féliciterai de ne m'étre trompé, ni sur 



XIV PRÉFACE. 

Tutilité de mon travail, ni sur les moyens que j'ai employés pour 
le terminer, et je me trouverai heureux d'obtenir une place à la suite 
de CCS écrivains laborieux chez lesquels la patience et le zèle ont 
tenu lieu des talents qui créent, et dont les utiles ouvrages leur 
ont acquis l'estime des hommes instruits et la reconnaissance de 
leurs concitoyens. 



TABLE 

DES AUTEURS ET DES ÉDITIONS A CONSULTER 

fOUl TI^RIFIER LES CITATIOIIS RENFERMÉES DANS CET OUVRAGE. 



{Déeisioni de V), recueillies par M. L. T. — Paris, 1698. 

(SentifMffUi de VJ, sur le Cid. — Paris, 1701 . 

{Obiervations de i') sur les Remarques de Vaugelas. — 
Paris, 1704. 

{Opuscules sur la langue française par divers Académi- 
AcADÉaic ruAHÇAisE ( ciens, cl Journal de 1). — Paris, 1754. 

{Dictionnaire de V). — Paris, 1762; et Smits, an 6 et 

an 7 ou 1798. 

— Enfln l'édition de 1835, qui consacrant certaines réfor- 
mes de la langue et de l'orthographe, donne un tris 
grand nombre de décisions nouvelles. 
AivDRT DE BoisKBGARD. — RéflcxioM ffMroies 9ur Vétai présent de la langue 

française, 2* édition 1692 à 1693. 
AuGCR. — Commentaire sur JHolière. — Paris, 1819. 
Beauzée. — Grammaire générale, — Paris, 1767. 

Bebtraud. -^ Raison de la syni, des partidp. dans la langue /V*..'— Paris, 1809. 
Bescser. — Théorie nouv. et raisonnée des particip. franc. — - Paris, 1810. 
BoniviLLiERS. — Grammaire raisonnée, — Paris, 1801. 
BoMif ace. — Manuel des amateurs de la langue fr. — Paris, 1815 et 1814. 
BouHovBs (Le P.). — Remarquée sur la langue française, — Paris, 1680. 
BouiLLETTi. — Traité des sons de la langue française, — - Paris, 1788. 
BouBsoN . — Le participe français, — Brest, 1 707 . 
Bother (Le P.). — Grammaire française sur un plan nouveau, — 1753. 
BuTET. — Cours théorique d^instrtKtion élémentaire. — Paris, 1818. 
Ghapsai.. ^ Nouveau Dictionnaire grammatieai, — Paris, 1808. 
Golun-Dahblt. — De Vusage des expressions négatives dans la langue frtxn» 

çaise. — Paris, 1808. 
CoRDiLLAc. — Œuvres choisies ; sa Grammaire. — Paris, 1796. 
Dargeau. — Essais de Grammaire. — Paris, 1754. 
Daru (Pierre). — Dissertation sur les Participes (à la suite de la traduction des 

oeuvres d'Horace). — Paris, 1804. 
Dehandre. — Diet, de Vélocut, franc., revu par Fontenay. — Paris, 1802. 
DoHAjRoif . — Principes généraux de beUes4ettres. — Paris, 3« édit , 1817. 

1 Grammaire française simplifiée. — Paris, 1791 . 
Solutions grammaticales. — > Paris, 1808. 
JoumeA de la langue française. — Lyon, 1er septembre 1784 à 1790. 
Manuel des étrangers, — Paris, 1806. 



XVI TABLE DES AUTEURS A CONSULTER. 

DUV4RSAIS. — Principes de Grammair e.^Vàris, 1793. 

Erctclopédib véthodique. — Grammaire et littérature. Les articles de gram- 
maire sont rédigés par Beaazée et par Domarsais. — Paris, 1782. 

EsTARAG. — Grammaire générale» — Paris, 1811. 

Fabre. — Syntaxe franc. ^ ou Nouvelle Gramm, simplifiée: — Paris, 1805. 

Féraud. — Dictionnaire critique de la langue française. — Marseille, 1787. 

Gattbl. — Dictionn, univ. portât, de la langue française. — Paris, 1813. 

Girard. — Vrais principes de la langue française. — Paris^ 1747. 

OcERouLT. — Grammaire française. — Paris, 1809. 

GoYOT. — Grand Vocabulaire frûkçais. — Paris, 50 vol. in-4o. 

Harris. — Hermès, ou Recherches philosophiques sur la grammaire universelle; 
traduit par Thurot. — Paris, 1794. 

Jacquemard. — Abrégé de Grammaire française. — Paris» 1811. 

Laveaux. — Dict. rais, des diffic. gramm. et litt, de la lang, fr» — Paris, 1818. 

Levare. — Cours théorique et pratique de la langue française. — Paris, !>-« et 
2e éditions, 1807 et 1819. 

Lévizag. — Grammaire philosophique et littéraire, — Paris, 1801 . 

Marmontel. — Leçons d'un père à ses enfants sur la langue française. — Œu- 
vres posthumes. 

ItfAUGARD. — Cours dc la langue française. — Paris, 1812. 

Méhage. — Observations sur la langue française, — Paris, 1672. 

MoREL. — Essai sur les voix de la langue française, et Traité de la concordance 
du participe, — Paris, 1804. 

e Remarques sur Racine, — \ 

D'Olivet, < Essais de Grammaire. — \ Paris, 1785. 
( Traité de la prosodie. — ) 

Perreau. — Grammaire raisonnée. — Paris, 1800. , 

PoRT-RoTAL. — (Arnauldet Lanceiot). Gramm. génér. et raisonnée; avec les 

Remarques de Duçlos, et le Supplément de Fromant. — Paris, 1774. 
Régnier-Desmarais. — Grammaire française. — Paris, 1706. 
Restaut. -^Principes genér. et raisonnes de la langue franc. — Paris, 1774. 
Righelet. — Dictionn. de la langue franc, ancienne et mcd. — Lyon, 1728. 
RoLUN. — Manière d'enseign. ^t d'étud. les belles-lettres. — Paris, 1787. 
Roussel de Bertille. — Essai sur les convenances gramm, — Lyon, 1784. 
Sauger. — Connaissance de la langue fr. — 3® édit., 1 vol. in-12. — Paris, 1820. 
SiCARD. — Éléments de la Grammaire générale. -- Paris, 1801. 
Sylvestre de Sagy. — Principes de Gramm. génér. — 2« édit. Paris, 1803. 
Trévoux. — Dictionnaire universel français et latin. — Paris, 1752. 
Yallant. — Lettres académiques sur la langue française, — Paris, 1812. 
Yaugelas. — Remarques sur la langue française, avec des notes de Patru et de 

Th. Corneille. — Paris, 1758. 
Voltaire. — Notes et commentaires sur Corneille, — Paris, 1785. 
Waillt. — Principes généraux sur la langue française, — Paris, 786. 



^•a»< 



xvij 



iPERÇU CfilTIQUE 

SUR 

LE DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE. 

Malgré tout le soin apporté par rAcadémie dans la dernière édition de son 
I^tionnaire, malgré le mérite incontestable de cette grande œuvre, il est 
cependant encore plus d'une question omise, ou résolue d'une façon qui nous 
paraît inexacte* Qu'il nous soit permis de donner ici un aperçu rapide des 
points les plus importants signalés par notre critique* 

tHOHOiratATIOir* 

La prononciation dépend de l'usage, et TAcadémie peut seule en constater 
les règles. Le Dictionnaire devrait donc énoncer au moins les différences 
principales, et dire, par exemple, si Ton prononce instinct, comme distinct^ 
succinct; si Ton prononce respect, aspect, comme direct, abject^ etc* 
(Voyez plus loin, p. 39.) 

n semble que l'infinitif en er, sonnant sur une voyelle suivante, ait la 
même valeur que s'il était suivi d'un e muet. Or, dans ce cas, toutes les 
terminaisons semblables prennent l'é ouvert, père, éphémère, espère; c'est 
le génie de notre langue. Le Dictionnaire (lettre R) accentue aîlé-r-au com- 
bat. Ne serait^l donc pas plus régulier de prononcer avec Yaugelas atlèr-au 
conUxUf (Yoyes p. 65.) 

1* tl règne encore une grande incertitude sur la manière d'écrire au plu* 
riel les mots d'origine étrangère adoptés par notre langue. H serait utile au 
moins de diminuer les exceptions. Ainsi> d'après l'Académie, tous les mots 



xviij 

latins en um^ devenus français, prennent un s au pluriel : des factumSy des 
factotums, des pensums, etc. Mais pourquoi d'autres mots latins, devenus 
également français, ne prennent-ils pas ce signe? pourquoi faut-il écrire, sans 
8, des duplicata^ des errata? l'un serait-il plus barbare que l'autre? Et si 
l'on donne pour raison que duplicata est déjà un pluriel en latin, couiment 
peut-on admettre au singulier un duplicata? — Par suite, devrons-nous écrire 
des agendas ou des agenda? L'Académie se tait. -^ Enfin, puisqu'on admet 
des duos, des trios^ pour quel motif faut-il écrire, sans s, plitëieurs solo ? 
Dès que cette expression désigne plusieurs choses semblables, ne doil-elle 
pas prendre le signe du pluriel, comme les mots analogues uns, seuls? clc. 
(Voyez p. 157 et suivantes.) 

2^ L'Académie, dans les mots composés, formés d'un verbe et d'un sub- 
stantif, semble suivre partout une marche uniforme. Elle admet le signe du 
pluriel pour tous les mots qui le comportent : des coupe- jarrets , des 
cure^dents, des casse-noisettes^ des gagne-deniers, des hausse-cols, des 
passe-ports, des tire-balles, etc. Mais sur quel motif s'appuie l'eiception 
adoptée pour les mots composés oii se trouve le verbe porter ? Pourquoi 
devons-nous écrire sans s des porte-aiguille, des porte-bougie, etc.? n'y 
a-t-il pas là une contradiction ? (Voyez p. 184.) 

3° Fallait-il céder à Tabus pour le mot érésipèle qui s'éloigne ainsi de son 
ëlymologie, au lieu de maintenir érysipèle ? 

4^ Si le mot /eu est synonyme de défunt, pourquoi n'aurait-il pas un plu- 
riel ? Et s'il signifie seulement le dernier mort, ne pourrait-on pas écrire 
encore dans ce sens : « les feus rois de Prusse et d'Angleterre? » (Voyez 
p. 268.) 

BTMTAZB. 

1<» Faut-il dire : c*cs^ USE de mes délices? — c'est une des plus belles 
orgues qu'on puisse voir? — cet orgue est un des plus beaux de Paris ? etc. 
L'Académie se tait. (Voyez p. 101 et 1206.) 

2*^ Le Dictionnaire, à l'art, du pronom relatif que, dit qu'il s'emploie pour 
de qui, à qui, dans les phrases : c'est de vous, c*est à vous, que je parle. 
A notre avis, le seul régime du verbe je parle existe dans les mots de vous, 
à vous, et comme il n'y a qu'un rapport à exprimer, on ne peut donner un 



XIX 

second complëraent au verbe ; c'est pour cela même qu'on ne dit pas : c'est 
de vous de qui^ c'est à vous à qui je parle. Mais ne serait-ce pas la même 
faute, si que était un pronom employé dans le même sens ? Ce mot ne peut 
donc être ici qu'une expression conjonctive. Et si, par hasard, on voulait y 
voir un pronom, il faudrait nécessairement analyser ainsi la phrase : ce que 
je parle (expression alors peut-être imitée du latin hoc quod loquor) est^ 
s'adresse, à vous. Ainsi, même dans cette hypothèse, le mot que ne peut être 
employé là pour de qui^ à qui. (Voyez p. 356.) 

3° Quelques grammairiens hésitent sur l'accord de l'adjeclif tel, suivi de 
que, employé dans le premier membre d'une comparaison, et répété dans le 
second. L'Académie ne donne point d'exemple qui tranche la question. 11 
nous semble, du reste, qu'il ne peut y avoir aucun doute : la répétition même 
de l'adjectif indique un double rapport. C'est une locution calquée sur le 
latin (i). On devra donc écrire: « Telle que la foudre fait voler en éclats 
tout ce qui s'oppose à son cours, tel César marquait son passage par des 
ruines. » — « Tels que des loups ravisseurs s'élancent dans l'ombre, telle 
s'avançait notre troupe. » U est à remarquer que la répétition de l'adjectif 
tel, indiquant une double idée, exige alors un verbe dans l'un et l'autre mem- 
bre de phrase. Mais sans la répétition et avec un seul verbe, Taccord est tout 
différent. Nous écrirons : « César, tel que la foudre, marque son passage par 
des ruines. » 

4<> Madame de Sévigné a écrit : « Tespère que Pauline se porte bien. » 
Le Dictionnaire ne donne aucun exemple du mot espérer dans ce sens. Ne 
serait-il pas bien rigoureux de condamner cette tournure expressive qui nous 
vient du latin, et qui s'explique facilement par une ellipse, j'espère apprendre 
que, etc. (Voyez p. 1139.) 



(1) Un exemple suffira. Virgile, Enéide, VI, 205 : 

Quale solet silvis brumali frigore viscum. . . , '. 
Talis erat species auri frondentis opaca 
llice ; sic leni crepitabat bractea veiito. 

« Telle que la feuille noxrreWe du gui verdit durant l'hyver fel rayonnait 

le rameau d'or, telles murmuraient ses lames frémissantes au souffle du zéphyr.» 

Dans les phrases de ce genre, l'adjectif latin gtiah'x est représenté par la locu- 
tion entière tel que, et non pas seulement par la conjonction quez car alors il ne 
faudrait qu'un seul verbe, sans la répétition du mot tel. 



XX 

h" Ne doit-on pas mettre une différence entre : « cet homme est ptre, » et 
« cet homme est pis que son frère? » ^~ Dans quel cas faut-il employer pis 
ou plus mal ? (Voyez p. 1 2 1 7 .J 

6® L'Académie donne à Tadjectif propre un complément avec la prépo- 
sition de. J'ose penser que c'est une erreur , et les exemples cités par le Die* 
tionnaire me suffiront pour le prouver. Pourrait-on dire : « Le sable est un 
terrain léger : je le crois propre de cette plante. » — « Le midi est une ex- 
position favorable aux arbres ; mais il est surtout propre de cet arbuste. » 
Ainsi donCf il faut le reconnaître, dans les phrases oii la préposition de est 
placée après l'adjectif propre^ elle n'en dépend pas; mais elle indique le 
régime du substantif qui précède : Le pic et la houe sont la culture propre 
de ce sol. » (Voyez p. 1234.) 

Telles sont les principales questions oii l'on regrette de ne pas trouver une 
solution satisfaisante. Mais nous n'en persistons pas moins à nous soumettre, 
en général, aux décisions de l'Académie. En effet, si les opinions particu- 
lières des grammairiens doivent l'emporter quand elles sont fondées sur la 
raison et l'expérience ^ elles reçoivent cependant leur véritable sanction du 
corps savant, qui seul peut faire loi dans ces matières. En grammaire, comme 
en tout, sous peine d'anarchie, il faut une autorité régulatrice et souveraine. 



A. L. 



«Hf «m««iimi*H*«f «*Him««HW«î4«« 



GRAMMAIRE 



DES GRAMMAIRES 



I^ Grammaire est un art qui enseigne à parler et à écrire correc- 
tement. 

Cet art, composé de différentes parties, a pour objet la parole, qui 
sert à énoncer la pensée. Laparolee^i ou prononcée ou écrite. Ces deux 
points de vue peuvent être considérés comme les deux points de réu- 
nion auxquels on rapporte toutes les observations grammaticales ; 
ainsi toute la Grammaire se divise en deux parties générales : la pre- 
mière, qui traite de la parole^ et la seconde, qui traite de récriture. 

La Grammaire admet deux sortes de principes : les uns sont d'une 
vérité immuable et d'un usage universel ; ils tiennent à la nature de 
la pensée même, ils en suivent l'analyse, ils n'en sont que le résultat; 
les autres n'ont qu'une vérité hypothétique et dépendante de con- 
ventions libres et variables, et ne sont d'usage que chez les peuples 
qui les ont adoptés librement, sans perdre le droit de les changer ou 
de les abandonner, quand il plaira à l'usage de les modifier ou de les 
proscrire. Les premiers constituent la Grammaire générale; les autres 
sont l'objet des diverses Grammaires particulières. 

Ainsi, la Grammaire générale est la science raisonnée des principes 
immuables et généraux de la parole prononcée ou écrite dans toutes 
les langues; 

Et la Grammaire particulière, l'art de faire concorder les principes 
immuables et généraux de la parole prononcée ou écrite, avec les in- 
stitutions arbitraires et usuelles d'une langue particulière. 

La Grammaire générale est une science, parce qu'elle n'a pour objet 
I. 1 



£ DES SYLLABES, DES LETTRES. 

que la spéculation raisonnée des principes immuables et généraux de 
la parole^ une Grammaire particulière est un art, parce qu'elle envi- 
sage Tapplication pratique des principes généraux de la parole aux 
institutions arbitraires et usuelles d'une langue particulière. 

(Beauzée et Douchet, KncycL mélh.) 

I/expression la plus simple dont on se serve pour exprimer ses 
pensées par le secours de la voix, s'appelle mots. 

Pour avoir une idée juste des mots, on doit les considérer et comme 
sons y et comme signes de nos pensées. 

Considérés comme sonsy les mots sont composés de lettres qui, 
seules ou réunies entre elles, forment des syllabes. 

Considérés comme signes de nos pensées, les mots servent à expri- 
mer les objets qui s'offrent à nos yeux ou à notre esprit, ou bien les 
différentes vues sous lesquelles nous les avons conçus. 

Quand la prononciation des lettres dont se compose une syllabe est 
formée par une seule émission de voix, et sans articulation, ces lettres 
sont appelées lettres voyelles^ ou simplement voyelles. Si la pronon- 
ciation des lettres se forme par le son de voix modifié, ou par les lè- 
vres, ou par la langue, ou par le palais, ou par le gosier, ou par le nez, 
alors ces lettres sont dites sonnantes avec d'autres, consonnantes ou 
consonnes; parce que, pour former un son, elles ont besoin d'être réu- 
nies à des voyelles. 

Les mots se composent donc de deux sortes de lettres, de voyelles et 
de consonnes. 

Le recueil qu'on a fait des signes ou lettres qui représentent les 
sons particuliers dont se composent les mots d'une langue s'appelle 

Alphabet. (Dumarsais, Encycl. mélh., au mol Alphabet,) 

Pour nous, nous n'avons pas d'alphabet qui nous soit propre; nous 
avons adopté celui des Romains. (Le même.) 

En voie! les signes, dans l'ordre d'énonciation généralement adopté : 
A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, X, Y, Z. 
On y ajoute encore un signe & qui remplace et. — Cet ordre , tout arbitraire, 
mais consacré par l'usage, nous semble devoir être nécessairement conservé, parce 
qu'il est la clef de tous les dictionnaires et de tant d'autres livres où il sert à faciliter 
les recherches. A. L. 

Or cet alphabet n'a proprement que vingt lettres : a, b, c, rf, e, /, 
g, h, t, j. /, m^ n, o, p, r, «, t^ w, z. En effet, le a; et le & ne sont que 
des abréviations : 

L« X est pour gz: exemple se prononce egzemple-, —x est aussi pour 



DES SYLLABES^ DES LETTRES. S 

es : axiome se prononce acsiomei — on fait encore servir le x pour deux 
M, Auxerre^ Bruxelles. 

Le ft est une lettre grecque qui ne se trouve en latin qu'en certains 
mots dérivés du grec; c'est notre c dur : ca^ co^cu. 

Le q n'est aussi que le c dur : ainsi ces trois lettres c, ft, g, ne doi- 
vent être comptées que pour une môme lettre; c'est le même son re- 
présenté par trois caractères différents. C'est ainsi que les lettres c % 
font si ; s i, encore si, et t i font aussi quelquefois si, (DumarsaHs.) 

Le V représente l'articulation semi-labiale faible, dont la forte est /*, 
et de là vient qu'elles se prennent aisément l'une pour l'autre. Neufj 
devant un nom qui commence par une voyelle, se prononce neuv • 

neu Vhomtnes, (Bcauzée, Encyclop. méth., lelire V.^ 

Cependant, ceUe leUre n'étant pas enliërement la même qoe f, puisque la pro- 
nondation diffère da fort au faible, doit èlre considérée comme un signe particu- 
lier. A. L. 

Enfin l'y est une lettre grecque qui s'emploie pour un i ou pour 
deux i : pour un t, dans les mots tirés du grec; et pour deux », dans 
les mots purement français. 

De sorte qu'on peut dire que l'alphabet français renferme présente- 
ment vingt-cinq lettres, savoir : cinq voyelles, qui sont o, e, t, o, u; 
et vingt consonnes, qui sont b, c, d, f, g, h, j, k, 1, m, n, p, q, r, s, t, 
V, X, y, z. 

On pourrait encore ajouter les signes composés œ, w, Bi; nous en parierons 
plus loin. Mais ce qu'il nous est impossible d'admettre, c'est Vy rangé parmi les 
consonnes, puisque cette lettre ne peut jamais avoir que le son d'une voyelle simple 
ou double. Quelques grammairiens, il est vrai, ont imaginé de prendre l'y pour une 
pure consonne dans certains mots où, séparé de la voyelle qui le précède, il s'ap- 
puie totalement sur celle qui smi: pa-yen, Ba-yonney na-yadej mais c'est une 
erreur; la seconde syllabe de ces mots forme une diphtbongue {voy. p. 27), et par 
conséquent Vy tient simplement la nlace de fa voyelle t ; donc il ne peut être con- 
sonne. Cela est si vrai qu'aujourd'hui l'Académie écnipaien, ncCiade. Ainsi nous 
reconnaissons dans l'alpbabet six voyelles et dix-^euf consonnes, A. L. 

Ces voyelles ne sont pas les seules que nous ayons dans notre lan- 
gue ; car, outre que chacune d'elles peut être brève ou longue, ce qui 
cause une variété assez considérable dans le son, il semble qu'à consi- 
dérer la différence des sons simples, selon les diverses ouvertures de 
la bouche, on eût pu en ajouter encore d'autres. Mais les anciens 
Grammairiens ne distinguant pas les sons d'avec les lettres qui les 

représentent, et donnant, et aux lettres et aux sons, les mêmes noms 

1. 



4 DES SYLLABES, DES LETTRES. 

(voyelles et consonnes J^ cela a occasionné beaucoup de confusion et a 
fait tomber ces Grammairiens mêmes dans plusieurs erreurs. Par 
exemple, ils ont pris pour plusieurs sons, certains assemblages de 
lettres qui ne représentent qu'un seul son; ensuite ils ont cru que, 
dans la langue française, il n'y avait que cinq voyelles, parce qu'ils ne 
trouvaient que cinq lettres voyelles dans notre alphabet. 

Alors ces Grammairiens se sont contentés de donner plusieurs sons 
à un même caractère, ou encore de joindre d'autres lettres aux cinq 
voyelles ordinaires. Mais d'autres, plus habiles, se sont déterminés à 
ne donner aux deux différentes sortes de sons, que les noms de sons 
simples et à* articulation, pour réserver les noms de voyelles et de 
consonnes aux lettres qui représentent c s sons; cependant, comme 
on n'est point encore accoutumé à ce nouveau langage, nous conti- 
nuerons de donner, soit aux sons, soit aux lettres, les noms de voyelles 
et de consonnes, en prenant toutes les précautions nécessaires pour 
empêcher la confusion dans les esprits : nous continuerons d'appeler 
voyelles les sons simples; consonnes, les sons articulants; et nous don- 
nerons les mêmes noms aux lettres, parce qu'elles servent à représen- 
ter ces deux sortes de sons; mais, afin de répandre sur cette matière 
toute la clarté, et en même temps toute la simplicité nécessaire, nous 
traiterons : 1° des voyelles pures et simples; 2° des voyelles représen- 
tées par plusieurs lettres; 3° des diphthongues; 4° des consonnes; 
5® des syllabes. ÇTratte d&s sons^ p. s.) 



DES TOTELLES PURES ET SIMPLES. 



PREMIERE PARTIE. 

DES MOTS CONSIDÉRÉS COMME SONS- 



CHAPITRE PREMIER. 



ARTICLE PREMIER 

DES VOYELLES PURES ET SIMPLES. 

Ramus avait distingué dix voyelles pures et simples; mais il don- 
nait un son différent à ati et à o. MM. de Port-Royal, en admettant ce 
nombre de voyelles, substituèrent à Yau un autre son simple. L'abbé 
Dangeau en porta le nombre à quinze; et, depuis lui, les Grammai- 
riens en ont reconnu plus ou moins, parce que, dit Duclos, les Gram- 
mairiens reconnaissent plus ou moins de sons dans une langue, selon 
qu'ils sont plus ou moins capables de s'affranchir du préjugé. 

Les voyelles diffèrent en plusieurs manières des sons articulants, 
que nous nommons consonnes: V lorsqu'on les prononce, la voix sort 
librement, sans trouver d'obstacle à son passage, au lieu qu'elle en a à 
vaincre lorsqu'elle produit des consonnes; 2° elles peuvent se pronon- 
cer seules, au lieu que les consonnes ne peuvent se prononcer que par 
le secours d'une voyelle; 3** elles sont plus ou moins brèves, et plus ou 
moins longues, selon que l'on doit mettre plus ou moins de temps à 
les prononcer. 

Poar indiquer ces didiérences de prononciaUon on a inventé les accents, aiii- 
quels uo paragraphe particulier eat consacié au chapitre de rOrthugtaphe. 



6 DES VOYELLES PURES ET SIMPLES. 

Les consonnes, au contraire, ne sont que comme des éclats de voix 
qui passent dans Tinstant, et qui n'affectent que le commeùcement du 
son des voyelles auxquelles elles sont jointes. 

Enfin le son des voyelles peut être aigu ou grave, tandis que le son 
des consonnes n'est pas susceptible de ces modifications. 

Le son ai^ est un son faible et délié, qui n'est produit que par un 
filet d'air ou de voix, et qui n'exige qu'une petite ouverture de bouche. 
J^s sons graves sont plus forts, plus gros et plus remplis, parce qu'ils 
sont formés par une plus grande abondance d'air qu'on pousse de la 

poitrine. (Tralié des sons, p. 9.) 

De celle définilion, qui nous semble juste^ ne fauUl pas conclure, en Ihése géné- 
rale, qa'un son largement accentué , c'est-à-dire, que les yoyelles marquées d'un 
accent circonflexe, deviennent nécessairement graves, quoique toutes ne le soient 
pas au même degré ? On verra par les réflexions suivantes que l'auteur n'admet pas 
généralement cette conséquence, qui pourtant nous parait fort plausible. Mais d'a- 
bord que faut-il entendre par celte dénomination ? Selon ItfarmonteT, on aurait tort 
de croire que les voyelles graves ont un son plus bas que les voyelles claires; ce 
n'est pas l'abaissement, mais le volume, la quantité du son qui fait la difl^érence : 
il est plus renflé, plus sourd , mais Vintonation est la même. Nous remarquerons 
d'abord que dans ce cas les graves et les longues tendraient à se confondre. Mais ou 
notre oreille nous trompe, ou la décision de Marmontel est erronée. Certes nous ne 
prétendons pas qu'on doive élever également la voix sur tous les tons aigus, et la 
baisser également sur tous les tons graves, de manière à faire de la prononciation 
un chant insupportable. Mais nous demanderons comment un son peut cire plus 
sourd qu'un autre, si Vintonation est la même. Selon nous, les voyelles graves, 
dans la prononciation régulièrement accentuée, exigent que l'on baisse le ton^ c'esl- 
à dire, que la noie de ces syllabes soit au dessous d&Ia note des syllabes aiguës qui 
les accompagnent dans la phrase. Et, cependant, cela n'empêche pas que ce son, 
plus grave que les autres ne reste encore très élevé au besoin : c'est surtout un 
rapport de position qui marque la diCTérence. Ainsi dans cet hémistiche: « Abime 
tout plutôt! » les voyelles a et u, prononcées rapidement, doivent êlre dilcs avec 
une intonation plus élevée que ( et d, quoique celles-ci aient une accentuation 
plus large et plus marquée. Il suffit, pour s'en convaincre, d'essayer le mauvais 
effet des intonations contraires. L'observation de ces nuances est indisipcnsable, 
non seulement dans le débit oratoire, mais encore dans la conversation où la jus- 
tesse des intonations n'est pas moins nécessaire. A. L. 

Les sons graves des voyelles d, ê exigent une grande ouverture de 
bouche; c'est ce qui les fait nommer sons ouverts. Il n'en est pas de 
même des sons graves des voyelles eu et ô : pour les prononcer, les 
lèvres s'allongent en dehors et ne laissent de passage à la voix que par 
leur milieu ; l'air, qui vient en plus grande abondance de la poitrine, 
s'entonne dans la bouche et en sort en rendant lïn son gros et sourd 

{Traité des tons, même page.) 



DES VOYELLES PURES ET SIMPLES. 7 

Ne faat-il pas mettre au même rang que ces derniers sons les voyelles û et où, 
qui se prononcent évidemment par le même mécanisme » et se trouvent dans des 
conditions tout i fait semblables P D'où nous concluons que les quatre sons graves 
indiqués ici ne sont pas les seuls. A. L. 

Il est bon d'observer qu'entre le son le plus aigu et le plus grave il 
y a plusieurs degrés, et, pour ainsi dire, plusieurs nuances de sons 
plus ou moins aigus, ou plus ou moins graves, dont la diilërence est 
plus sensible, lorsqu'on saute un degré pour comparer le premier avec 
le troisième^ ou le second avec le quatrième, Ve ouvert est la voyelle 
qui offre le plus de degrés de ces sons aigus ou graves, comme dans les 
mots suivants : musette^ messe ^ père y sujet, thèse, objet, presse^ fête. 

{Traité des sons, page lO.) 

Les autres voyelles n'ont point d'autre son que le son aigu; ou, fei 
elles acquièrent quelque gravité, elle n'est presque pas sensible, la 
seule différence qu'on y peut sentir ne vient que de leur brièveté ou de 
leur longueur, qui ne change rien à leur son, comme on peut le voir 
dans les exemples suivants : donné, donnée ; ami^ amie. 

(Idem, même page.) 

D'après ces exemples, on voit qu'il s'agit ici de voyelles non marquées d'un ac- 
cent circonflexe; et cela semble confirmer notre observation. Remarquons, en pas- 
sant , que Taecent appelé grave n'indique nullement un son grave, mais bien un 
son ouvert. Ce signe, au contraire, se rencontre même sur les voyelles les plus ai- 
guës, à, là"ha$, où-, et quand il est placé sur une syllabe longue^ 11 ne fait pas encore 
un son grave pour cela, procès, succès. A. L. 

Ainsi, les quatre voyelles qui sont susceptibles de devenir réelle- 
ment graves, sont a, e, eu, o; exemple : mâle^ tempête jeûne, côte. 

D'après nos observations précédentes, nous persistons à croire qu'il y a encore 
d'autres voyelles graves, mais à des degrés dilTérenls ; flûte, Joute, (ibime, etc. Du 
reste, il est bien entendu que le son grave n'est pas tant pour nous un son absolu 
qu'un rapport de position, une note moins élevée que les notes aigués qui l'entou- 
rent. A. L. 

Dans la langue française, les voyelles brèves sont toujours aigûes, 
et les graves sont toujours longues. 

Mais les longues ne sont* pas toujours graves, puisque, pour avoir cette dernièrt 
qualité, même en admettant l'extension que nous venons de proposer, il faut que la 
voyelle soit prononcée avec l'accent circonflexe. A. L. 

Mais, que les voyelles soient longues ou brèves, graves ou aiguës, 
cela n'en change point la nature, puisque leurs sons, quelque grandes 
que puissent être leurs variétés, sont toujours produits par la même 
disposition des organes, et que la différence qui se trouve entre les 
sons graves et les sons aigus ne vient que de la quantité d'air qu'on 



8 OBSERVATIONS 

fait sortir de la poitrine, et de la force plus ou moins grande avec la- 
quelle on pousse la voix. (Traité des sons, page il.) 

Aussi plusieurs Grammairiens ont-ils cru inutile de multiplier les 
voyelles, comme font ceux qui comptent pour autant de voyelles celles 
qui sont aiguës et celles qui sont graves, et en ont-ils borné le nombre 
à treize ; 

TABLE DES VOYELLES 

considérées seulement par rapport d leurs sons. 

a la patte. eu il est jeune. 

e ouvert iltette. ou coucou. 

e fermé vérité. an ange. 

e muet une table. in ingrat. 

t ici, finit. un chacun. 

o une cotte. on bon. 

w usure, 

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR QUELQUES-UNES 

DE CES VOYELLES. 

§1. — iSur/'E. 

Noire langue n*a proprement que trois sortes d'E : Te ouvert, Te 
fermé. Te muet. On les trouve tous trois dans les mots : sévère, évê- 

quCy etc. (Dumarsais, Principet de Grammaire, page 8iO.) 

Le premier e de sévère est fermé, c'est pourquoi il est marqué d'un 
accent aigu ; la seconde syllabe vè a un accent grave, c'est le signe de 
Ve ouvert; re n'a point d'accent, parce que l'e y est muet, etc. 

Ces trois sortes d'e sont encore susceptibles de plus ou de moins ; 
par exemple : 

L'e ouvert est de trois sortes : 1"* L'e ouvert commun, autrement 
dit aigu; 2° L'e plus ouvert, autrement dit grave; 3* L'e très ouvert. 

1. L'e ouvert commun est I'e de presque toutes les langues ; c'est 
I'e que nous prononçons dans les premières syllabes dépare, mère^ 
et dans il appelle, nièce, et encore dans tous les mots où I'e est suivi 
d'une consonne avec laquelle il forme la même syllabe, à moins que 
celte consonne ne soit le s ou le ^ qui marque le pluriel, ou le nt de 



SUR QUELQUES-UNES DE NOS VOYELLES. 9 

la troisième personne du pluriel des verbes; ainsi, on dit chêf^ bref, 
mortel j mutuel , etc. , et non pas chef, bref, etc. (Le môme, m«me page.) 

2. L*E plus ouvert, ou ouvert grave, est celui qui se prononce par 
une ouverture de bouche plus grande que celle qu'il faut pour pro- 
noncer Ve ouvert commun, comme dans nèjle. 

3. L'e très ouvert est celui qui demande une ouverture de bouche 
encore plus grande, comme dans procès^ accès. (Le môme, page 312./ 

Ne peut-on pas reconnaître encore une quatrième nuance de Tb ouvert dans le son 
gravée, fêle, tempête, ou bien faut-il le confondre a?ec celui de nèfle? D'ailleurs 
cette lettre, dans la prononciation^ varie À riuûnf , et il serait impossible d*en classer 
toutes les nuances d'une façon précise. Aussi pensons-nous qu'il faut s'en tenir 
simplement i la classification générale indiquée la première. A. L. 

L*E ouvert commun au singulier devient ouvert long au pluriel : 
le chef, les chefs^ un autels des autels. (oumarsais, page 312.) 

Cette remarque, qui pourrait au premier abord paraître subtile est fondée surtout 
sur une règle de prosodie {voy, plus loin chap. m, art. 2.) dont on comprendra la 
justesse en comparant les phrases suivantes : un chef intrépide , des chefs intrépi^ 
des ; un autel élevé, des autels élevés, A. L. 

L*E fermé est celui que Ton prononce en ouvrant moins la bouche 
qu'on ne l'ouvre lorsqu'on prononce un e ouvert commun; tel est 
Ye de la dernière syllabe de bonté, (oumarsais, page 315.) 

L'fi fermé est appelé masculin, parce que, lorsqu'il se trouve à la fin d'un adjec- 
tif ou d'un participe, il indique le genre masculin : aisé, aimé, habille', etc. 

(Le même.) 

n est encore une sorte d'^ fermé qui des langues étrangères a passé dans la nôtre, 
et qui prend une prononciation un peu allongée, sans que pour cela il soit surmonté 
d'aucun accent, comme dans mezzo-termine ( on prononce À peu près terminée)^ 
de profundis, in extremis, te Deum, eic. Mais il se prononce comme e ouvert 
dans ad patres, ad honores A. L. 

L'e muet est une pure émission de voix qui se fait à peine enten- 
dre; il ne peut jamais commencer une syllabe, et, dans quelque 
endroit qu'il se trouve, il n'a jamais le son distinct des voyelles 
proprement dites; il ne peut môme se rencontrer devant aucune de 
celles-ei sans être tout à fait élidé. 

Il y a une différence bien sensible entre Ve muet dans le corps d'un 
mot, à la fin d'un mot, et dans les monosyllabes. 

Dans le corps d'un mot, I'e muet est presque nul; par exemple, 



10. OBSERVATIONS 

dans demander on fait entendre le d et le m, comme si Ton écrivait 
dmander; le son faible, qui se fait à peine sentir, entre le d et le m de 
ce mot, est précisément Ve muet : c'est une suite de Tair sonore 
qui a été modifié par les organes de la parole pour faire entendre 
ces consonnes. 

On peut comparer Ve muet au son faible que Ton entend après le 
son fort produit par un marteau qui frappe un corps solide. 

(Dumarsais, page S16) 
L'B roaet est appelé féminin, parce qu'il sert i former le féminin des adjecUfs ; 
par exemple : saint, sainiK-, pur, purE ; bon, bonnE ; ou parce qu'il forme, en vers, 
les rimes féminines. 

A la fin d'un mot, on ne saurait soutenir la voix sur Ye muet, 
puisque, si on la soutenait, Ve ne serait plus muet : il faut donc que 
Ton appuie sur la syllabe qui le précède, et que cette syllabe, si c'est un 
e qui la termine, soit un e ouvert commun, afin de servir de point 
d'appui à la voix pour rendre Ve muet qui termine le mot : fidèle^ 
mère, discrète^ etc. 

C'est d'après ce principe que l'on écrit et que l'on prononce • je 
mène, quoique dans mener le premier e soit muet. 

Ployez ce qui est dit plus loin, Ile partie, cbap. v , art. 11, § 5, dans les remar- 
ques sur le verbe appeler. A. L. 

Voilà pourquoi les Grammairiens disent qu'il ne peut y avoir deux 
e muets de suites mais il faut ajouter à la fin d'un mot, car dès que 
la voix passe, dans le môme mot, à une syllabe soutenue, cette syl- 
labe peut être précédée de deux e muets : recevoir, devenir; et il 
peut même y en avoir davantage, si l'on fait usage de monosyllabes : 
de ce que je redemande ce qui m* est dû. Voilà six e muets de suite. 

(Le môme.) 

L'e est muet long dans les dernières syllabes des troisièmes per- 
sonnes du pluriel des verbes, quoique cet e soit suivi de nt qu'on 
prononçait autrefois. Il y a peu de personnes qui ne sentent pas la 
différence qu'il y a, dans la prononciation, entre il aime et ils 

aiment. (Le même, page Si 8.) 

Oui, devant une voyelle, parce qu'on appuie un peu sur l'e pour faire sonner les 
consonnes ni; mais autrement nous ne croyons pas qu'il soit régulier de marquer 
la différence et de prononcer la dernière syllabe de ils aiment , comme le pronom 
me. F'oy, pag. 22 une observaUon qui confirme notre remarque. A. L. 

Dans les monosyllabes, comme je, me, te, se, etc., Ve muet est un 
peu plus marqué que l'e muet de mener; mais il ne faut pas en faire 



SUR QUELQUES-UNES DE NOS VOYELLES. 11 

un e ouvert, comme font ceux qui disent amene-lè : Ve prend plutôt 
alors le son de Veu faible (1). (Dumarsaiso 

L'e est muet dans degré^ denier^ dangereux^ dangereusement, re- 
ligion^ secrétaire^ ainsi que dans aboiement, paiement, tutoieme7ity 
reniement; 

Au futur et au présent du conditionnel des verbes terminés enter, 
en ayerei en oyer : je prierai, je balaierai, y essaierai, iapaieraiy 
je nettoierai, y emploierai, etc. 

Dans les temps des verbes dont Tavant-dernière syllabe est oi, on 
ne prononce point Ve de la dernière, lorsqu'elle est ou un e muet, 
ou es ou enty comme dans, que je croie, que tu croies, qu'ils croient^ 
qu'ils soient, etc. 

Aux troisièmes personnes du plariel de l'imparfail et du condilionnd, ils imi- 
taient ils viendraient. ▲. L. 

Dans le chant, à la fin des mots, tels que gloire, fidèle, triomphe, 
Ve muet est moins faible que Ve muet commun et approche davan- 
tage de Veu faible; 

Et les vers qui finissent par un e muet ont une syllabe de plus que 
les autres, par la raison que la dernière syllabe étant muette on ap- 
puie sur la pénultième. Alors Toreille est satisfaite, par rapport au 
complément du rhythme et du nombre des syllabes; et, comme la 



(f) Dumarsais est, comme on le voit, d*avis qu'on doit prononcer Ye du pronom 
/e placé après ilmpéralif d'un verbe. Beaucoup de personnes, en effet, observent 
cette prononciation; mais aussi d'autres soulicnnenl qu'on doit ie prononcer avec 
élision; que dans ce cas I*& est muet, et qu'tiinsi on doit dire gardez-V, lais» 
sez-l\ etc. 

D'Olivel, et MM.Dubroca et Boniface (deux collaborateurs du Manuel des ama- 
teurs de la Langue française) sont les seuls Grammairiens qui aient abordé celle 
difficulté. 

M. Dubroca, avant de donner son opinion, rappelle ce principe reconnu en gram- 
maire^ que rarement nous prononçons deux syllabes muettes de suite; et que, 
quand cela arrive, nous donnons à 1 une d'elles une insistance qui dispense eii quel- 
que sorte d'une pulsation sur l'autre. De là il tire la conséquence, ou plutôt la règle 
que voici : 

« Lorsque la finale de l'impératif qui précède le monosyllabe /eesl mueltc, comme 
dans celte pbrase : faites-le savoir à vos amis; alors, par la raison que deux 
syllabes muettes de suite ne se prononcent pas, sans qu'il y en ait une qui reçoive 
une insistance sensible, on prononcera Ve du pronom le comme Ve guttural. Dans 



12 OBSERVATIONS 

dernière tombe faiblement, et qu'elle n'a pas un son plein, elle n'est 
point comptée, et la mesure est remplie à la pénultième. 

Jeune et vaillant héros, dont la haute sages-se. 

L'oreille est satisfaite à la pénultième s^e*, qui est le point d'appui 
après lequel on entend Ye muet de la dernière syllabe se, 

CLe même, page 3170 

C'est là ce qu'on appelle la rime féminine. 

§ n. — Sur ri et /'Y. 

De toutes les voyelles, l'i est celle dont le son est le plus délié et 
le plus aigu. Lorsque, dans une syllabe, elle se joint à la consonne 
qui la suit, sans être précédée d'une autre voyelle, elle conserve sa 
prononciation naturelle, à moins que la consonne avec laquelle elle 
se trouve jointe ne soit un m ou un n; car alors le son aigu et délié 



le cas contraire , c'est-à-dire, si la dernière syllabe d*un verbe est masculine, 
comme dans ces phrases : promette z-LE-moi ; instruisez-LE de ce qui t'est passé, 
on le prononcera avec Ye muet, et l'on dira : promettez-V moi ; instruisez-h* de ce 
qui s* est passé, » 

D'après cette règle, M. Dubroca est d'avis que Ton doit prononcer ainsi ces vers 
de Racine : 

.... i4t;ouez-r, madame, 
L'amour n'est point un feu qu'on renferme en une âme. (Andromaque, acl. Il, se. 2^ 

Du Troyen ou de moi faites'te décider. (Mdme pièce, même acte.) 

M. Boniface pense qu'il est choquant d'entendre prononcer voile, mêle, perle, 
gardel , voyelle , etc., les expressions, vois-le, mets-le, perds-le, gardex-le, 
voyez-le, etc., ainsi qu'on le fait assez généralement au Théâtre-Français; cepen* 
dant, comme il y a des vers où, pour la mesure, il faut absolument éiider Ve, tels 
que ceux-ci : 

Ne m'ôlez pas la douceur de le voir ; 
hendez-le â mon amour, à mon vain désespoir. (Voltaire, ttérope, acU IV, se. 2.) 

Retournez vers le peuple, instruisez-le en mon nom. (Mahomet, act. II, se. S.) 

Le terrain qu'a perdu cette côte appauvrie. 

Reprenez-le aux vallons, etc. (Delille, CHomme des champs, chant II.) 

alors il est d'avis que dans ce cas seulement l'élision doit se faire; dans tout autre 



SUR QUELQUES-UNES DE NOS YOTELLES. 13 

de Vi se change en un autre son nasal qui tient de Ye et de Ti, ou de 
Va et de Ti, c'est-à-dire que imprimer, imprudent, printemps, 6rtn, 
lin, fin, etc., se prononcent, eimprimer, eimprudent, ou aimprimer, 
aimpriident, etc. Nous en parlerons tout à l'heure, page 20. 

Toutefois la lettre i retient le son qui lui est propre : 1"* dans 
les noms propres tirés des langues étrangères, comme Sélim, 
Éphraïm, etc., qu'on prononce comme si la consonne m était suivie 
d'un e muet; 2° dans tous les mots où in est suivi d'une voyelle, 
parce qu'alors Yi est pur, dit Duclos, et que le n modifie la voyelle 
suivante, comme i-^animéy i-nodore, etc.; 3° au commencement des 
mots en imm et inn, soit qu'on prononce les deux consonnes, ce qui 
arrive toujours dans ceux en imm, comme dans immanquable^ soit 
qu'on n'en prononce qu'une, ce qui n'a lieu que dans innocent et ses 
dérivés, qu'on prononce t-nocen^, i-nocence, etc.; et dans innombror- 
ble et innombrablement. 

(Lôvizac, p. 60, 1. 1. Gaitel, l'Académie, â chacun de ces mots.) 

Enfin, i ne se prononce point dans Montaigne (nom d'homme), 
dans moignony oignon, poignant^ poignée, poignard. 

(Man. des Amat,t ^ aonée.) 
De tous ces motSi rAcadémie n*en indique qu*un seul, oignon, où l't* ne se pro- 
nonce pas. Pour les antres elle se tait. Observons néanmoins qu'elle tolère l'ortho- 



cas, dans la prose surtout, et même en yers, si la mesure ne Veiige pas, il ne croit 
pas que Télision puisse se supporter. 

Quant à d'OIivet, il pense également que Télision de Ve muet doit avoir lieu en 
poésie (lorsque la mesure l'eiige); mais il fait obsenrer que le mauvais effet qu'elle 
produit sur roreille est pire qu'une faute de versification Aussi est-il d'avis que ce 
que peut faire de mieux un poêle, c'est d'employer une tournure différente; et| a 
cette occasion, il remarque que ce vers de Racine : 

CondanmeZ'le à Tamende, ou, s'il le casse, au fouet. (Les Plaideurs, act. II. se. i3.} 

est le seul exemple qui reste, dans cet écrivain si correct, d'un le, pronom relatif, mis 
après son verbe et avant un mot qui commence par une voyelle; encore fait-il ob- 
server que cela ne se trouve que dans une comédie, et que dans les premières édi- 
tions de sa Thébaide et de son Alexandre, il y avait cinq ou six autres exemples 
de cette imperfection qu'il a tous réformés dans les éditions suivantes ; ce qui prouve 
que ce grand écrivain a senU que le, placé ainsi^ blesse l'oreiile. 

— Un seul mol nous semble devoir trancher la question : en prononçant avotitf;^- 
f, madame, on rend évidemment le vers faux ; c'est donc une faute de prosodie, 
comme si Ton disait l' père, V fils, A. L. 



H OBSERVATIONS 

graphe ognon, comme aassi encognure pour encoignure, et cela i cause de la pro- 
Dondation, tandis qu'elle De permettrait certainement pas mognon, pognard. C'est 
donc une raison de croire qu'elle prononce la diplittiongue oi dans les mots de ce 
genre. M. N. Landais, qui semble ici pousser un peu loin la susceplibililé, trouve 
cette prononciation non seulement peu harmonieuse, mais «même de mauvais goût: » 
et il va Jusqu'à vouloir n'admettre que le son o dans poitrine, poitrail. Mais alors 
il sera donc aussi de mauvais goût de prononcer poirée, poirier, poisson. Sans 
doute il serait ridicule de faire sonner la première syllabe de poignard comme l'in- 
teijection pouah, ou même d'appuyer sur la prononciation figurée par M. Landais, 
poè. Mais nous croyons qu'il faut admettre la diphlhongue , en donnant à la se- 
conde panie un son naturellement bref et faible, qui peut bien disparaître quelque- 
fois dans le laisser-aller de la conversation. C'est ce qui arrive même pour le mot 
menuisier, où pourtant la diphlhongue ui doit toujours se faire entendre, tandis 
qu'elle s'est perdue dans l'ancien mot chaircuitier (vendeur de chair cuite) qu'on 
écrit jiujoard'fiul charcutier, A. L. 

Yy. -— La lettre y a le son de Vi simple, quand elle fait seule un 
mot, ou qu'elle est à la tête de la syllabe, immédiatement avant une 
autre voyelle : il y a, yeux , yacht; 

(Wailly, page 445. Restaut, page 492. Domergue, page 143.) 

Voyez, SUT cette lettre placée au commencement d'un mot, la remarque faite 
l'article de l'aspiration, page 32. A. L. 

Elle a le môme son entre deux consonnes : acolyte, mystère, syn-- 
taxe, style, physique, etc. 

Mais, placée entre deux voyelles, elle a le son de deux t, comme 
dans : essayer, abbaye, payer, employer, etc. 

Le mot wiskey, boisson, se prononce ouiski. (Académie.) 

Remarque. Une foule de gens se trompent sur l'emploi de Vi grec 
et écrivent Hyppolyte, Hyppocrate, Voici une règle pour les personnes 
qui ne savent ni le Min ni le grec : toutes les fois que le mot de- 
mande deux ^, il ne faut pas les faire précéder d'un i grec ; au con- 
traire, il en faut un quand le mot n'a qu'un p,- ainsi on écrit : 
Hippolyte, Hippocrale, ffippias, etc. , etc. , et hypothèse, hyperbole, 
hypothèque, etc. , etc. (m. Boissonade.) 

LISTE DES MOTS LES PLUS USITÉS POUR LESQUELS ON FAIT USAGE 

D'UN r, AYANT LE SON D'UN / : 

Abyme, acolyte, améthyste, amphictyons, amygdales, analyse, 
androgyne, ankylose, anonyme, aphye (poisson), apocalypse, apo- 



SUR QUra^UES-UNES DE NOS VOYELLES. 15 

cryphc, azyme, Babylone, borborygme, cacochyme, chrysalide, 
chrysocolle, chyle, Chypre, clepsydre, clystère, coryphée, corybante, 
cyclope, cycle, cygne, cylindre, cymaise, cymbale, cynique, cynisme, 
cyprès, Cythère, dactyle, dey, dithyrambe, dryade, dynastie, dys- 
senterie, Elysée, emphytéotique [bail), empyrée, encyclopédie, éry- 
sipèle, étymologie, enthymême, Euphrosyne, Egypte, gymnase, 
gymnique, homonyme, hyacinthe, hydraulique, hydre, hydrophobie, 
hydropisie, hyène, hymen, hymne, hysope, hygromètre, hyades, hy- 
dromel, hydrographie^ hypocrite, hystérique, hydrogène, idylle, 
Lyon (vilU)y labyrinthe, larynx, lymphe, lycée, lyre, lynx, un mar- 
tyr, le martyre (*), métaphysique, myopie, myriagramme, myria- 
mètre, myrte, mystère, mystérieux, mystificateur, mystique, mytho- 
logie, myrrhe , Mnémosyne, métempsycose , métonymie, néophyte, 
nymphe, Odyssée, olympe, olympiade, onyx, oxymel, oxyde, oxy- 
gène, panégyrique, paradygme, paralysie, physionomie, physique, 
polygamie, polype, polysyllabe, polyglotte, polygone, polynôme, po- 
lytechnique ('^co/c^, polythéisme, presbytère, prytanée, porphyre, 
péristyle, pygmée, pylore, pyramide, pyrrhonisme, physicien, pytho- 
nisse, prototype, psyché (meuble), pythie, Pyrénées, prosélyte, 
pseudonyme, rhythme, satyre, style, stylet, Styx, stéréotype, syco- 
more, sycophante, syllabe, syllepse, syllogisme, sylphe, Sylvain, 
symbole, symétrie, sympathie, symphonie, symptôme, synagogue, 
synecdoque, syndic, synallagmatique, syncope, synode, synonyme, 
synoptique, syntaxe, synthèse, Sibylle (prophétesse), système, thym, 
tympanon, type, tympan, typographie, tyran, zoophyte, zéphyr (vent 
doux) y y (adverbe etpron.),yea\y yacht, yeuse. 

Ajoutez à cette liste tous les dérivés et les mots hypothèse, hypo- 
ihèque, etc. , etc. , dont il est parlé dans la remarque ci-à-côté, et qui 
s'écrivent avec un seul p. 

Il y aarait A faire sur Vo quelques remarques, mais elles se trouvent plus loin dans 
les Yoyellea combinées page 20, et à Tart. de l'aspiration, page 31. A. L. 

^m,— Sur ru. 

U conserve le son qui lui est propre dans le mot un employé au 
féminin. On dit une femme, et non pas eune femme. Lévizac pense 
que Ton doit prononcer de même un suivi d'une voyelle : u-nim- 
bècile, u-nhérétique ^ mais Fauteur du Traité des sons croit qu'il vaut 

* Voyez les Remarques détachées, lettre M, volume II. 



16 OBSERVATIONS SUR QUELQUES-UNES DE NOS VOYELLES. 

mieux prononcer un-^imbécile , un-nhérétique'; parce que, de cette 
manière, on voit tout de suite que c'est d'un homme que l'on parle, 
tandis que, dans la prononciation indiquée par Lévizac, on doit pen- 
ser qu'il est question d'une femme. ( Foy, p. 22. ) 

U fait diphthongue avec l't qui suit, comme dans luit y cuit, 
muidy etc. {Foy. p. 30.) 

O prend le son o dans rumb (rombe), rhum (rom), factum, factotum, pensum, 
timd/e (omble), etc. A. L. 

Quelquefois nous employons u sans le prononcer après la con- 
sonne g y quand nous voulons lui donner une valeur gutturale, 
comme da,ns prodigue, qui se prononce bien autrement qae prodige, 
par la seule raison de l'w, qui du reste est absolument muet. 

Enfin u a diverses prononciations après la lettre q; nous les indi- 
querons lorsque nous parlerons de la prononciation de cette con- 
sonne. 

Vu final se change en / dans certains mots, soit pour raison d'eu- 
phonie, soit parce que l'usage l'a voulu ainsi. Par exemple, cou s'é- 
crit et se prononce col, dans col d'une montagne, col de la vessie, 
COL de chemise, un hausse-coL, et dans cette phrase du style fami- 
lier, COL tors, COL court, (Il se dit encore d'un passage étroit entre 

deux montagnes, col de Tende.) (L'Académie ci Féraud.) 

Il serait plus exact de dire que dans certains cas l'ancienne orthographe s'est con- 
servée et que les mots sont restés fidèles à leur origine; ainsi du latin coUum est 
Tenu d'abord col, puis ensuite cou; dé mollis , on a fait mol, puis mou, etc.; dans 
quelques cas seulement le changement ne s'est pas opéré. A. L. 

Fou se prononce et s'écrit fol, lorsqu'il est employé adjectivement, 
et immédiatement suivi d'un substantif masculin commençant par 

une voyelle : fol appel, fol amour, fol espoir. (L'Académie et Féraud.) 

Mou : on écrivait autrefois : un homme mol et efféminé. L'Acadé- 
mie écrit : un homme mou et efféminé; mais dans son édition 
de 1835 elle dit qu'on emploie quelquefois mol au masculin, en 
poésie et dans le style soutenu, quand le mot qui suit commence par 
une voyelle : un mol abandon ; le marcher mol et doux de la pelouse. 
On lit dans Buffbn : les Chinois sont des peuples mols; et dans 
M. Clément : 

Sur le mol édredon dormez-vous plus tranquille? 

Au lieu de beau, on écrit et l'on prononce bel avant un substantif 
singulier qui commence par une voyelle ou par un h non aspiré : 



DES VOYELLES COMBINÉES. 17 

M espriij bel âge, bel oiseau^ bel homme. Et par une extension à 
cette règle, on dit aussi bel et bon^ mais c*est une exception, car on 
dit beau à voir, et non pas bel à voir. (L'Académie et Féraud.) 

n en est de même de nouveau : un nouvel hommage, un nouvel ami. Ces dl- 
lers exemples confirment ce que nous avons dit an sujet de l'étymologie du mot 
eou. Et la preuve qu'ici l est primilif , c'est le féminin de chacun de ces mots, 
molle^ belle, nouvelle. Ils ont également leur type dans la langue latine. Aussi, l'on 
a conservé la vieille forme dans les noms de nos anciens rois : Philippe-le-Bel, 
Charleê'le-Bel. Â. L. 

ARTICLE II. 

DES VOYELLES £U, OU, Al, AU, 

représentées par plusieurs lettres, et qui toutes répondent à quelques- 

uns des sons précédents» 

Un grand nombre d'anciens Grammairiens ont pris les voyelles eu 
et ou pour des diphthonguesy s'étant laissé tromper par la vue de 
deux lettres dont on se sert pour les représenter, faute de caractères 
simples. Cependant ou et eu sont des sons très simples, aussi Lien 
que o et e, qu'on représente souvent par aw, ai, comme dans le mot 
fauraij qui se prononce yoré. Ensuite une diphthongue, comme 
nous le ferons voir à l'article suivant, est la réunion de deux sons 
simples, qu'on prononce par une seule émission de voix, et dont 
chacun des sons se fait entendre. Or, dans ew, ou, il n'y a qu'un 
seul son simple, bien différent des sons e, o et u, qu'on n'y entend 
pas du tout. D'autres Grammairiens nomment ces voyelles fausses 
diphthongues; mais cette dénomination n'a aucune justesse et est 
même ridicule, car c'est comme si l'on disait une diphthongue qui 
fCesipoini une diphthongue* Ensuite cette dénomination ne présente 
en aucune manière l'idée des voyelles simples, telles^que eu^ ou, etc., 
qui en ont véritablement le son. 

D'autres encore les appellent, aussi bien que ai, et, au, eau, eaient, 
etc., des voyelles composées. Cette dénomination n'est pas meilleure 
que la précédente ; en effet, si l'on n'entend par le mot voyelles 
que des sons simples, on sent bientôt combien cette dénomination 
est fausse et trompeuse, puisqu'un son simple ne peut être composé. 
D'ailleurs, si ce n'est qu'aux lettres qui représentent les sons sim- 
ples qu'on donne le nom de voyelles, quoique cette dénomination 

!• 2 



18 DES VOYELLES COMBINÉES. 

semble avoir quelque air de vérité, il est aisé de voir qu'elle n'est guère 
plus juste, et qu'elle n'est propre qu'à induire en erreur. Car, comme 
on attache aux lettres l'idée des sons qu'elles représentent, et que 
les lettres a, i, o, u, présentent l'idée des sons a, i, o, u ; en nommant 
AI, AU, ou, voyelles composées^ on donne presque nécessairement à 
entendre que ces voyelles, qui ne sont que des sons simples, sont un 
mélange de deux sons, quoique les sons a et i, a et u, o et u, n'sû^l 
aucun rapport avec les sons ai ou ^, au ou o, et le son ou ; c'est 
pourquoi il nous semble qu'on doive aussi rejeter cette dénomina- 
tion de voyelles composéeSy comme impropre et trompeuse. 

(Traité des sons de la languie franc., page 27.) 

Gela bien entendu, examinons la prononciation de ces voyelles : 



Av; Ve ne se prononce pas dans Caen (ville). 

!L'o est nul, dans paon, paone, faon, Laon (ville). 
Va ne se fait pas entendre, dans Saône , aoriête, août, aoûteron, taon 
(Insecte) ; ni dans saoul, saouler. 



Remarque. — Va se fait entendre dans aoûiéy participe passé de 
aoûter^ qui ne s'emploie qu'à ce temps. 

lA; l'office de Ve est anictuement d'adoucir le g devant Va ; mangea, songea, etc. 

■ muet, dans faisant, 
fermé, dans je chantai, y ai, je lirai, etc. 




Ai aie son de 1 i ^ ^ « • j. _ *^ 

ouvert, dans maître, tnatson, etc. 

dans douairière. 

Remarque, — • Il n'est pas douteux que la combinaison ai n'ait le 
son de Ve muet dans faisant^ faisaity et dans tous les verbes cem^ 
posés de celui--ci : quant aux substantifs et aux adjectifs qui en dé* 
rivent, l'Académie en fixe la prononciation : on pronwice, dit-elle, 
bienfesanae. hienfesant, dans le discours ordinaire ; mais au théâtre 
et dans le discours soutenu, on prononce btenfèdoneej bienfêsemt. 

Quant au mot douairière, l'Académie n'indique pas cette anomalie de pronon- 
ciation^ justement attaquée par M. N. Landais, dont nous partageons l'opinion. Ge 
motdoit con^rver le même son que douaire, A. L* 

fies imparfaits et les conditionnels des verbes , je ditois, je 
dirois, 
Foibleei ses dérivés; roide (2), monnoie et leurs dérivés'; 
harnois, etc. 



(7) Rom. aegnier vent que l'on prononce roade -, Riclielet et WaiHy sont 



DES VOYELLES COMBINÉES. 19 

0«' a de plas le son de Vè très oaTert dans les verbes en ottre qui ont plus de 
deux syllabes ; tels que paraître, disparoiire^ ele. 

Sur quoi nous observerons que Voltaire et beaucoup d'écrivains 
modernes ont adopté le changement de oi en ai dans tous ces mots, 
quoique l'Académie et un grand nombre de Grammairiens s'y soient 
constamment opposés. — Les personnes curieuses de savoir quels 
ont été leurs motifs, les trouveront énoncés au chapitre de Tortho- 
graphe, art. 2, t. II. 

L'Académie 8*est enfin rangée à cette opinion qui avait triomphé dans l'usage. 
Nous noos contentons ici de constater le fait, sans entrer dans la discussion des 
motifs qoi seront exposés ailleurs. Ainsi, maintenant on écrit par ai tous les im- 
parfaits et les conditionnels; on écrit connattre, paraître, (et non plus connottre, 
paraître) monrmie, faible, faiblesse. Cependant l'Académie écrit encore rot(2«, 
mais c'est évidemment parce qu'elle conserve dans le discours soutenu la pronon- 
ciation raède; elle tolère, du reste, l'orthographe raide, raidir. Enfin elle admet 
également harnais et harnais, comme deux mots synonymes, mais distincts, et 
chacun avec sa prononciation particulière; de telle sorte que harnais se dit plutôt 
de l'équipage d'un cheval, et harnais d'une armure ancienne; cette dernière forme 
ne s'emploie pour l'autre que dans le style soutenu. A. L. 



AU, 



ont le son de fé ouvert dans kaie^ ayant, bey, seigneur, déman^ 
n / geaisan. 



lAI 



9 



' ' ?- ont le son de o : bateau, peau, geôlier, Gearges, 
B a le son de i : Je prie, je prierais, etc. 



lAU 
10 



Remarque. — - Quelques personnes suppriment Ve muet du futur 
et du oonditiotmel présent des verbes en ier : je prtraiy je prtrais ; 
mais c'est une fhute, du moins en prose. 

au a le son de su ouvert : mœurs, sœur, œuf, 

HT a le son de u, dans les temps feus, nous eûmes, y eusse, etc. 

Quoiqu'elle garde encor des airs sur la vertu , 
De grands mots sur le cœur, qui n'a-t-elle pas eu? 

CGresset, le Méchant, act. IV, se. 9.) 



d'avis de prononcer rède, rèdeur, rèdir L'Académie dit que, dans la conversa* 
tton, il but prononcer rède, rèdeur, rèdir; dans le discours soutenu, rède, rèdeur, 
rèdir, ou roède^ roèdeur, roèdir-, et Féraud se range k cette opinion. 

2. 



5U) DES VOYELLES NASALES. 

De même les mots gageure, mangeure, se prononcent gajûre, manjûre, Bt 
YoUaire rime ainsi, au commencement du huitième chant de la Henriade: 

Prés des bords de l*Uon, et des rives de l'Eure 
Est un champ fortuné, l'amour de la nature. 

Cette rime toutefois nous paraît forcée, et nous ne croyons pas que Jamais Eure 
puisse se prononcer ure. Â. L. 

Remarque. — On écrit Europe, Eucharistie^ heureux, Eurydice, 
Saint Eustache; cependant on ne prononce pas urope, ucharis- 

tie^ etc. (Restaut, Wailly et Lémac.) 

— n est encore quelques autres combinaisons de voyelles qui sont entrées dans 
notre langue, à l'aide de certains mots étrangers dont nous avons conservé l'ortho- 
graphe et la prononciation, sans qu'il nous soit possible d'en rendre compte gram- 
maticalement. Ainsi a prend le son è, ea le son i dans Shakespear, que l'on pro- 
nonce Chèkspir; oo se contracte en ou dans Cook, Cooper, et en d dans Vanloo; 
Friedland se prononce Fridlande. Mais ce sont là des noms propres, qui ont 
bien pu conserver leur physionomie; voici des noms communs dans le môme cas 
exceptionnel : oa, qui se prononce ordinairement en deux sons, comme dans boOp 
ocuiSjSt contracte en o dans io<ut, (toste), toaster (toster): oè, distinct dans aloiSf 
change de son dans kakatoès (l'Académie écrit kakatoës) , prononcez kakatoua ; 
quelques-uns par corruption disent Aaro^otia.-oo, dissyllabe dans kanguroo, zoolo^ 
gie, est simple dans looch (prononcez lok), et se contracte en ou dans sloop que 
l'Académie permet aussi d'écrire sloupe. Enfin , ouate, ouater se prononcent 
otiète, oiiéter, A. L. 

ARTICLE m. 

DES VOYELLES NASALES. 

Les combinaisons des voyelles a, e, i, o, u, avec les lettres m et n 
finales, forment ce qu'on appelle les voix ou voyelles nasales an, en 
in, on, un, dont voici les diverses représentations : am, an, ean, em, 
en, im, aim, ein, on, eon, um, un, eun; mais ces combinaisons ne 
forment des voyelles nasales qu'autant qu'elles sont suivies de quel- 
que autre consonne, ou qu'elles terminent le mot ; encore faut-il , 
dans le premier cas, que la consonne qui les suit soit autre que m 
ou n, car deux m , ou deux n de suite, font presque toujours dispa- 
raître la nasalité. Ainsi, ambassade, chrétienté (3), sang, paysan. 



(3) Beaucoup de personnes prononcent chré-tiè-ne-té ; mais, d'après ce qu'on 
vient de lire, on voit combien cette prononciation est mauvaise. 



DES VOYELLES NASALES. 21 

etc., prennent le son nasal ; mais dans ammontaquey Emmanuel^ 

homme y paysanne , chrétienne^ païenne ^ personne ^ etc., les voyelles 

a, e, o, reprennent le son qui leur est propre, et m et n n'y servent 

qu'à articuler celle qui les suit. 

Od Yoit par rette explication quelle nuance sépare la voyelle a du son an, qui 
est, lui aussi, un son simple et indivisible, tandis que dans anne on retrouve d'abord 
la voyelle a. C'est pour cela que les Grammairiens ont distingué des voyelles nasa- 
les. Plusieurs cependant n'y ont vu qu'une combinaison particulière de la voyelle 
avec la lettre nasale, et en font, par conséquent, une syllabe. Du reste, le système 
est de peu d'importance, puisque, comme le remarque d'Olivet, la prononciation est 
fixe, et réglée par l'usage le pins certain et le plus constant. A. L. 

U y a quelques exceptions à ces règles : r Les mots pris des lan- 
gues étrangères, comme amen^ Jérusalem, hymen, abdomen, Eden, 
etc., ne prennent point le son nasal, quoique en ou em y termine le 
mot, et cela parce que les langues étrangères n'admettent point ces 
sons ; il faut donc prononcer comme s'il y avait amène, Jérusalème, 

hymène (4), ahdomène, Edène, etc. (Féraud,rAcadémie, Galtel, Wailly.) 

2® En dans ennui, et em dans emmener gardent le son nasal, 
quoique la consonne y soit redoublée. 

Noos ajouterons encore une exception pour les mots enivrer, enorgwillir, qui 
se proDoncent comme s'il y avait deux n, la première nasale, la seconde arUculée. 



(4) Hymen. Les avis sont partagés sur la prononciation de ce mot. Quelques per- 
sonnes iroudraient qu'on le prononçât avec le son nasal. Delille, par exemple, le 
fait limer avec main: 

Sa docile pudeur m'abandonnant sa main, 

Je la prends, je la mène au berce de Vhymen, {Paradis perdu A- 8*) 

D'autres, et c'est le plus grand nombre, le prononcent hymène, parce que, comme 
nous l'avons dit plus baut, les langues étrangères n'admettent point le son nasal. 

Le moi examen, quoique d'origine latine, se prononce à la française, c'est-à- 
dire, avec le son nasal, il est vrai qu'au barreau on fait sentir le n final, mais 
cette prononciaUon n'est pas assez en usage pour qu'on doive l'imiter. 

~ L'Académie exige qu'on fasse sentir le n final dans hymen, tandis qu'elle 
veut qu'on prononce examen comme chemin. Cela nous parait fort Juste, car 
hymen est, pour ainsi dire, resté latin ; tandis que examen est devenu français 
en formant des dérivés examiner, examinateur. Il est vrai que abiomsn fait 
abdominal; mais l'adjectif n'est ici qu'une sorte de représenUtion du substantif; 
dans l'autre cas, au contraire, les dérivés sont des mots distincts, et présentent 
l'Idée sous un autre point de vue. A. L. 



22 DES VOYELLES NASALES. 

Gela yient évidemment de ce que ces deui mots sont composés de la préposition en 
{in des latins), qai conserve ici le son primitif; et voilà poarqaoi nous croyons 
beaucoup moins régulière la prononciation de quelques personnes qui disent s*énor-' 
gwillir, quoique l'Académie le tolère. C'est sans doute pour la même raison que 
non seulement emmener, mais tous les verbes commençant par emm^ ainsi que 
leurs dérivés, conservent la nasalité, emmagasiner, emmaillotter, emmancher^ 
emménager, emmieller. A. L. 

Les trois lettres ent, à la fin de la troisième personne plurielle des 
verbes, ne forment jamais un son nasal, mais seulement un e muet; 
et môme, si elles sont précédées d'un t, elles ne donnent aucun son 
et ne font que rendre un peu plus ouvert et plus long le son qui les 
précède; ainsi ils aiment, ils aimèrent^ etc., se prononcent comme 
ils aime, ils aimère^ et ils prient se prononce comme ils pri, 

n faut aussi observer que, dans plusieurs mots terminés par la 
lettre n comme signe nasal, il arrive souvent que cette consonne 
est sonore, sans que cependant la nasalité cesse d'avoir lieu; c'est-à- 
dire que l'on fait entendre par euphonie un n intercalaire qui s'unit 
avec la voyelle suivante, comme dans bon ami^ que l'on prononce 
hon-nami. 

Les règles que nous allons donner, pour le cas où cette lettre est 
muette ou sonore à la fin de la syllabe, sont d'autant plus nécessaires 
à connaître qu'au théâtre même, où l'on doit prononcer plus correc- 
tement qu'ailleurs, on parait souvent les ignorer. 

Principe général. — On ne doit faire sonner la finale nasale que 
quand le mot où elle se trouve, et le mot qui le suit, sont immédia" 
tement, nécessairement, et inséparablement unis; ou, comme dit Do- 
mergue, que quand lé sens ne permet pas une petite pause après Ut 
finale nasale. 

D'OIivct (dans sa Prosodie française, pag. 60) ; Dangeau (dans ses Essais de 
Grammaire, pag. 30) ; Beauzée {Encyclop. méth,, lettre iV) ; Dumarsais, 
(même ouvrage, au mot Bâillement) ; Th. Gomeilie, Restant, V^ailly» Lévizac, e( 
plusieurs autres Grammairiens modernes. 

On fera donc sonner la consonne n finale, dans tous les adjectifs 
suivis immédiatement d'un nom qui commence par une voyelle ou 
par un h non aspiré : ainsi dans ancien ami, ancien auteur, vilain 
homme, en plein air (6), tout en conservant la nasalité des syllabes 



(5) Dans tous les cas indiqués dans cet article, c'est-à-dire, quand le mot où se 
trouve la finale nasale, et le mot qui la suit, sont immédiatement, nécessairement 
et inséparablement unis, Dangeau, Beauzée, Dumarsais, Th. Gorneille, d'Oiivet, 



im VOYELLES NASALES. 23 

en m, on liera la consonne finale n avec la voyelle ou le h non aspiré 
qui suit ; de sorte qu'on prononcera comme s'il y avait aneien-namiy 
eUai$înahomÊney etc. 

On la fera également sonner dans les adjectifs possessifs mon^ Ion, 
soHj s'ils ne sont séparés du substantif que par des adjectifs qui y 
ont rapport; àans mon intime et fidèle ami, son entière et totale dé- 
faite, on fera entendre le n de mon, et de son. 

Mais on ne fera point sonner le n final dans tous les substantifs, 
sans exception, suivis ou non suivis, soit d'un adjectif, soit d'une 
conjonction, préposition ou adverbe commençant par une voyelle ou 
un h non aspiré; ainsi, dans passion aveugle^ bon à monter^ bon à 
descendre, un faon encore jeune, cela est certain et indubitable, on 
ne fera point entendre le n de passion, bon, faon, certain. 

Le n final du mot un ne se fait pas non plus sentir dans, il y en 
eut un assez hardi; Vun et Vautre; Fun aime le vin et Vautre le jeu, 
parce que, dans ces trois phrases, un ou Vun n'est ni nécessaire- 
ment, ni inséparablement lié avec l'adverbe assez, avec la conjonc- 



Restaut, BoulIleUe, Regnier-Desmarais, Wailly, Lévizac, et quelques Grammairiens 
modernes, sont d*avis que Ton doit, pour éviter un hiatus désagréable, mettre un 
n euphonique entre le premier et le second mot, et prononcer, par exemple, vain- 
ïïespoir, on-nest ici bien^nheureuWt etc., etc. 

Ce soin, dit Dangeau^ que l'on a pris pour éviter la rencontre des finales an^ «n, 
in, on, un, etc , autrement dites voyelles nasales, avec d'autres voyelles, a pour 
objet de rendre la prononciation plus coulante et plus harmonieuse ; c'est ainsi que, 
comme on le verra dans le cours de cet ouvrage, pour éviter la rencontre de quel- 
ques-unes de nos voyelles ordinaires, on met entre elles tantôt un t, tantôt un s, ou 
tantôt un / ; aime-i-on, donne^s^en, si-Uon, etc. 

M. Dubroca, Tun des collaborateurs daAfanuel des amateurs de la langue fran^ 
paise, ne partage pas l'opinion des Grammairiens que nous venons de citer. Il veut 
qu'on prononce : vain espoir, on est ici bien heureux, comme s'il y avait vai-- 
nespoir, o-nest ici bie-nheureux, 

m Cette manière, dit M. Dubroca, de lier les voyelles sauve les principes, et ne 
jette pas dans l'insoutenable contradiction du double emploi de ce son, qui est sim- 
ple et indivisible par essence. Le caractère grammatical de ces sons est renversé, à 
la vérité, dans leur liaison ; mais c'est pour en faire résulter un ordre naturel de 
prononciation, un ordre qui est tellement dans le génie de notre langue, que nous 
l'exécutons dans un très grand nombre de mots, par un principe de prononciation 
universel et reconnu. En effet , ajoute-t-il , que l'on observe notre manière 
de prononcer les mots inattentif, inabordable, inhumain, etc., quelqu'un 
s'avise-t-il de dire in-nattentif , in^nabordable , in'-nhumain ? Non sans 



24 DES VOYELLES NASALES. 

tion et^ avec le verbe aimer. Mais on prononcera le n final dans un 
arbrcy un ameublement, à cause des substantifs arbre^ ameublement 
auxquels est nécessairement lié le mot adjectif un. On prononcera de 
même le n final dans un autre homme^ un assez grand nombre de 
personnes^ parce que, dans ces phrases, il y a une faible inversion 
qui ne rompt pas la liaison de l'adjectif wn avec le substantif ^mmf, 
ou avec le substantif nombre,- et, en effet, c'est comme s'il y avait un 
homme autre que celui dont on vient de parler^ un nombre assez 
grand. 

Il nous semble qae dans la locution l'un et l'autre les mots sont tellement liés 
ensemble qu'il serait déplacé de faire la moindre pause après le premier ; 0U| pour 
mieui dire, cela ne fait qu'un seul mot. Ainsi, dans ce vers de Racine : 

L'un et l'autre, en mourant, je les veux regarder. 

nous croyons qu'il est nécessaire de faire sonner le n, sans quoi la prononciation 
serait dure et désagréable. Et peut-être en faut-il faire autant de l'un ou l'autref 
quand on prononce ces mots d'un seul jet. Ainsi, dans c tte phrase, débitée d'un 
ton Indiflérent^ l'un ou Vautre, qu'importe ! il nous semble qu'on peut très bien 
faire sonner le n, tandis que si l'on veut imposer un choix, on dira avec une petite 
pause et en séparant les mots, l'un-ou l'autre, A. L. 



doute; el cependant qui ignore que ces mots sont composés de la particule in, qui 
répond â la préposition latine non, particule que l'on rend toujours nasale dans les 
roots où elle est suivie d'une consonne, comme dans in-décent, in-tempérant. Que 
fait-OD donc dans le premier cas? On prononce l't pur, dont on forme la première syl- 
labe du mot, tand's que le n, qui lui appartient naturellement, va se réunir, comme 
une pure consonne, à la voyelle suivante, et l'on dit i-nattentif, i-nabordable, 
i-nhumain. C'est diaprés ce même principe que nous prononçons encore bo-nheur, 
formé de bon et de heur; no-nobstant^ qui résulte de non et de obstant; vinai^ 
gre, évidemment formé des mois vin el aigre, etc. » 

Nous n'examinerons pas jusqu'à quel point l'opinion de M. Dubroca est fondée: 
cette discussion n'entre pas dans le plan que nous nous sommes proposé. Seule- 
ment nous dirons que la prononciation que ce Grammairien veut faire admettre a 
contre elle l'usage universel, et que ce motif seul suffit pour faire donner la préfé- 
rence au sentiment de Beauzée, de Dumarsais, de Dangeau, de d'Olivet, etc , etc. 

— La première loi pour la prononciation, c'est l'usage : on a vu d'ailleurs, page 15, 
A l'art. Uf la raison qui, dans certains cas, pourrait faire préférer le son nasal 
avec le n euphonique, pour éviter toute équivoque. A notre avis, cette manière do 
dire défigure moins les mots que l'autre. Mais ici, comme partout, il faut prendre 
garde à l'affectation, et peut-être n'est- on pas loin de s'entendre, car les deux sys- 
tèmes admettent nécessairement une prononciation adoucie^ où la nasale se fait 
sentir avec une intention un peu plus ou un peu moins marquée : c'est là toute la 
différence. A. L. 



DES DIPHTHONGUES. 26 

On avant le verbe, dans les propositions positives, fera entendre 
rarticulation n : on honorera, on aime, on a dit; mais dans les for- 
mes interrogatives, on, étant après le verbe ou après Tauxiliaire, sera 
purement nasal, c'est-à-dire, ne sonnera pas, quoique suivi d'une 
voyelle, a-l-ON eu soin? arrive-t-oy aujourd'hui? est-o^ ici pour 
longtemps ? 

La consonne n sonnera encore dans le mot en, soit préposition, soit 
pronom, quand il aura à sa suite un mot auquel il a un rapport né- 
cessaire, et que ce mot commencera par une voyelle ou par un h 
muet, comme dans en Italie, en un moment, je n'en ai point; mais 
on dira sans liaison, por/ez-EN au ministre, allez-vous-Efi au jar- 
din, donnez-m'EN un peu, parce que le mot en n'a point un rapport 
nécessaire avec le mot qui le suit; ou, si l'on veut, parce que l'on 
peut faire une petite pause après en. 

On fera également entendre l'articulation n dans les mots bien et 
rien, lorsqu'ils seront suivis immédiatement de l'adjectif ou de l'ad- 
verbe, ou du verbe qu'ils modifient, et que cet adjectif, cet adverbe 
ou ce verbe commencera par une voyelle ou par un h muet; ainsi, n 
se fera entendre dans bien honorable, bien utilement, bien écrire, 
RIEN à dire, et dans ce vers de Voltaire : 

Guise, da sein des morts, n'a plus rien à prétendre. {Uenr,, ch. VI.} 

Mais si les mots bien et rien sont suivis de tout autre mot que de 
l'adjectif, de l'adverbe ou du verbe, la consonne n, quoique placée 
devant une voyelle, n'aura plus qu'un son nasal; ainsi, elle ne son- 
nera pas dans il parlait bien et à propos; il ne voyait rien et n'en- 
tendait pas un mot. 

n en sera de même si bien et rien sont substantifs. Ce bien est d 
mai; ce rien a des attraits pour moi; le bien et le mal^ se pronon- 
ceront sans faire entendre le n de bien et de rien. 

ARTICLE IV. 

DES DIPHTHONGUES. 

La Diphihongue est une syllabe qui fait entendre le son de deux 
voyelles, ou, ce qui est la môme chose, qui fait entendre deux sons 
distincts, prononcés en une seule émission de voix, modifiée par le 
concours des mouvements simultanés des organes de la parole. 

(Dumarsaig, page 318 de sa Griutim., ei Encycf, mélh.f au mot Dipfuk,) 



26 DES DIPHTHONGTJES« 

L'essence de la diphthongue consiste donc en deux points : l*" qu'il 
n'y ait pas, du moins sensiblement, deux mouyements successiâ 
dans les organes de la parole; 

2** Que l'oreille sente distinctement les deux voyelles par la même 
émission de voix : dans Dieu, j'entends Yi et la voyelle eu, et ces 
deux sons se trouvent réunis en une seule syllabe, et énoncés en un 
seul temps. Ainsi, ieu forme une diphthongue. (Même autorité.) 

L'oreille seule est juge de la diphthongue ; on a beau écrire deux, 
ou trois, ou quatre voyelles de suite, si l'oreille n'entend qu'un son, 
il n'y a point de diphthongue; par exemple : ati, ai, aten^ prononcés 
à la française, d, è, ê^ ne sont point des diphthongues, puisque au 
se prononce comme un 6 long : au-mône, au^ne se prononcent d- 
môney âne, — Ji, aient^ se prononcent comme un e qui le plus sou- 
vent est ouvert : palais, avaient se prononcent comme dans succès. 

(Même autorité.) 

C'est la combinaison d'une voyelle simple avec une voyelle simple, 
ou d'une voyelle simple avec une voyelle représentée par plusieurs 
lettres, comme au, cw, ouy etc. , ou d'une voyelle simple avec une 
voyelle nasale, en une seule syllabe, en un seul temps, qui fait la 
diphthongue. 

Le premier son de la diphthongue se prononce toujours rapide- 
ment; on ne peut faire une tenue que sur le second, parce que la si- 
tuation des organes qui forme ce second son a succédé subitement à 
celle qui avait fait entendre le premier son. (Même autorité.) 

Les Grammairiens ne sont pas d'accord sur le nombre de nos diph- 
thongues. Les uns en admettent plus; les autres, moins. Voici la ta- 
ble qui nous a paru la plus exacte : 



{ 



AI 81e! mail. 

lA diacre. 

iB moitié. 

lÈ lumière. 

lAi biais. 

/ 01 loi. 

y Boi villageois. 

( ouAi .... ouais. 

r oiM soin. 

[OUI M . . . . baragouin. 

lo pioche. 

iiAN viande. 

iBN. . . . patient. 



ixN rien. 

lEu Dieu. 

ION nous aimions. 

lou chiourme 

OE moelle. 

ouAN louange. 

ouAetuA. . . équateur. 

ou EN Rouen. 

ouB. • . . . . ouest, fouet» 

OUI Louis, oui. 

UK écuelle. 

ui lui, étui. 

uiN juin. 



DES DIPHTHONGUES. 27 



Observations, 



Ai, MM. de Port-Royal, Dumarsais, et Girard regardent ay dans 
ayan/, comme appartenant à cette dîphthongue. Mais, ditDuclos, il n'y 
a point de dîphthongue dans ce mot. I^ première syllahe est, quant 
au son, un a dans l'ancienne prononciation, qui était a-ïant^ et un e 
dans l'usage actuel, qui se prononce ai-ïant Sa dernière syllabe est 
la nasale ant^ modifiée par le mouillé faible t. Mais cette nasale et ce ^ 
mouillé faible ne sont-ils pas une vraie dîphthongue? 

Oui, BêDà doole; mais la dipbthongue est iant^ et non pas aï, et c'est cela même 
(pie DockM a prélenda. Ce double son se rencontre dans plusieurs mots de notre 
langue, et Ton peut se trouver embarrassé sur la valeur des syllabes. Nous citerons 
aieulf baïonnette, bayadère, biscaHen, camoLveu, faïence, gaïac, naïade, païen, 
raïa, taïaut. Dans tous ces mois» Vi se prononce entre deux voyelles, et il ne forme 
pas une syllabe séparée; Il se joint certainement à l'une des deux pour former une 
diphtbongue; mais à laquelle? 11 nous parait è peu près évident que partout Vi doit 
s'imlr À la voyelle suivante, et que Va reste isolé, comme dans haïr, laïque, naïf. 
Ainsi, pour nous du moins, la dipbtbongue àï n'existe pas dans les mots de ce genre ; 
mais nous la reconnaissons dans ceux-ci : bail, travail, bataille, etc. On a contesté 
cette solution, > parce que, a-t-on dit, le son mouillé qui produirait la dîphthongue 
ne vient que de /, qui termine ces syllabes. * Cependant, si l'on entend distincte- 
ment les deux voyelles a et t , exprimées par une seule émission de voix, c'est-â - 
dire, avec le caractère spécial de la dîphthongue, peut-on valablement contester ce 
résultat, sous prétexte que le signe / est toujours nécessaire pour amener ce double 
son ? N'aurait-on pas la même raison de contester les dipbthongues, ian, ien, uin? 
On peut d'ailleurs citer comme exemples : aïe ! haïe ! et Biscaye, que généralement 
on prononce comme biscaïen, Â. L. 

la est dîphthongue dans fiacre, dans dia (Molière, Dépit amour., IV, 2, 76), 
diable (Boilcau, Art poét,, III, 206), et quelques autres; mais il est presque tou- 
jours de deux syllabes en vers, diadème, Iliade Diane, mariage, impérial, 
tiare, il publia, etc. A. L. 

^* ) Cette diphtbongue est une de celles qui sont les plus com- 
1^ ) munes dans notre langue. 

Elle admet beaucoup d'exceptions pour la poésie. Ainsi ié, qui ne forme qu'une 
syllabe, dans amitié,pitié,pied, premier, acier, vous chantiez, etc., en forme deux, 
dit Lévizac, « dans hier; dans les verbes en ter, balbutier, et dans ceux qui, n'étant 
pas en i^r, ont dans leurs temps t> précédé des consonnes 6r,lr,(fr,vr, comme votit 
mettriez, voudriez, Hc; dans le vcrbp rire, et son composé «ourtre : vous rie z,voiâs 
souriez, etc. ; et dans tousles noms où ie est suivi d'un I, comme impiété. » M. N. Lan- 
dais généralise l'exception pour tous les mots ou les deux voyelles sont i la suite d'un r 
ou d'un /, précédé d'une autre consonne, sanglier, meurtrier, ce qui s'applique 
aussi aux autres diphlhongues cria, priant, publions. Celte obset^ation nous parait 




28 DES DIPHTHONGUES. 

Juste pour certains cas non compris dans la règle de Lévizac; ainsi, nous croyons 
qu'il y a deux syllabes et non une diphthongue dans vous enfliez, vous trembliez, 
vous consacriez, vous déchiffriez i la dureté même de ces mots exige que la Toix 
8'arréte et accentue fortement. Il faut conclure de là que La Fontaine a manqué à la 
prosodie en faisant le mot sanglier de deux syllabes au lieu de trois. Néanmoins, 
l'exception n'a plus lieu quand les lettres / ou r sont seulement redoublées ou réunies: 
un courrier, vous alliez, vous parliez, forment dipblhongue. — Pour iè, il est 
généralement monosyllabe, même en poésie, lièvre (Racine, les Plaideurs, III, 
3, 33), fièvre, carrière, lumière, altière, excepté au féminin de certains roots 
indiqués tout-à -l'heure, meurtrière, chambrière. Au contraire, iai est diphthon- 
gue en prose plutôt qu'en vers; ainsi biais (Racine, les Plaideurs,!, 7, 63), el 
tous les imparfaits des verbes en ter, font deux syllabes en vers. Peut-être fauU>il 
excepter quelques mots comme bréviaire, stagiaire; mais nous n'oserions Taffir- 
iner. A. L* 

Toutes les diphthongues, dont la première syllabe est o, se 
prononcent, dit Duclos, comme si c'était un ou, — Voyez 
ce qui sera dit à la page suivante. 

Nous avons vu (p. 18) les cas où la combinaison oi (aujourd'hui 
ai), se prononce en voyelle : voici ceux où elle se prononce en diph- 
thongue. Elle se prononce ainsi : r dans les monosyllabes et dans les 
verbes en oire et en oUre de deux syllabes, comme moi^ froide croire^ 
croître, etc. 

Et dans les composés de ces verbes, comme accroire, décroître. Du reste, les 
autres maintenant s'écrivent par ai, connaître, etc., comme les verbes de deux syl- 
labes, naître, paître, etc. A. L. 

2* Dans les polysyllabes en oi, oie^ otr, oire, eoire, owe, oisse^ 
comme emploi, courroie, vouloir, observatoire ^ nageoire, framboise j 
angoisse. 11 en est de môme dans les dérivés. 

3"* Dans les mots où oi et oy sont suivis d'une voyelle, comme on^ 
doiement, royal, royauté, 

4* Au milieu des mots, comme |)otson, courtoisie. 

6* Dans plusieurs noms de peuples, comme Danois, Suédois, Chi- 
nois, Iroquois, Jngoumois, François (nom d'homme) , qui se pro- 
noncent en diphthongue. Sur quoi nous ferons observer que cette 
combinaison oi. dans les noms qui désignent les habitants d'une pro- 
vince, se prononce plus souvent en diphthongue qu'en voyelle, parce 
qu'on a peu d'occasions d'employer ces mots : aussi dit-on Albigeois j 
Champenois , Fran c- Corn tais. 

Aujourd'hui, plus de doule, avec la nouvelle orthographe. Mais quels sont ceux qui 
prennent l'a ? Il nous semble qu'il n'y a pas de règle bien certaine : si les plus usités ont 
une prononciation adoucie. Français, Anglais, Polonais^ Hollandais, Ecossais, 
Irlandais, est- il bien constant que celle raison soit valable pcur/aponat*, JViver- 



r 



DES DIPHTHONGUES. 29 

nais, Rouennais, Charolai», tandis qa'on dit Cretois, Bavarois , Hongrois^ 
Champenois? L'usage nous parait ici ie seul guide. A. L. 

Cette diphthongue n'a pas toujours le même son. I^ son le plus 
naturel est celui que Ton suit en grec, où Ton fait entendre Vo et Tt, 
comme dans voi-ielle^ roi-^ume. Mais elle a encore d'autres sons 
qu'il est difficile de représenter par écrit, et qu'on doit apprendre 
d'un maître habile. Ce sont à peu près, 1** celui de l'oué, où Vè a un 
son ouvert a : loi^ foi; 2** celui de l'oua : mois^ pois; Vou, dans ces 
deux cas, est prononcé très rapidement; et 3* enfin, c^lui de l'oua 
prononcé moins rapidement et plus fort : bois, — • On prononce louè^ 
fimé, moua^ poua, boua. 

Cette prononciation nous semble laisser prise k la critique : il est Trai que Yo 
eiige un certain son plein et arrondi, mais il n'est pas nécessaire de le prononcer 
ou; ainsi l'on doit dire loè, foè, ou peut-être mieux (car cette prononciaUon est 
difficile à figurer), loà, foà, et en appuyant un peu plus moà, boà. l\ en sera de 
même pour les mots suivants soi et soie, et aussi pour le mot soin, que nous 
croyons devoir prononcer comme Dumarsais. Ici encore la nuance est fort délicate, 
si Ton ne met d'affectation ni d'un côté ni de l'autre. A. L. 

Dans les mots où oi est suivi d'un e muet final, il parait rendre un 
son un peu plus ouvert que quand il n'en est pas suivi. La pronon- 
ciation de soie^ voie, n'est pas la môme que celle de soi, toi; mais 
cette nuance de son ne peut pas être aisément fixée. 

0^"^^ I Dumarsais veut qu'on prononce plutôt une sorte d'e nasal 
dans la combinaison otn après l'o , que de prononcer otim. Ainsi, 
selon lui, il faut prononcer soein plutôt que souin; mais Duclos lui 
reproche de n'avoir pas bien perdu l'accent provençal. 

lo parait faire généralement deux syllabes, comme le prouvent ces hémistiches 
de Racine et de Boileau: violent, mais sincère; finir sa période; oâ Brioché pré" 
side; du médiocre au pire, etc. A. L. 

Jen est presque totûours diphthongue; on excepte quelques mots : lien, historien , 

aérien, 

/an ne fait qu'une syllabe dans diantre (Racine, les Plaideurs, II, 3, 19), dans 
les mots où y précède la terminaison : payant, bruyant, effrayant, etc. ; mais il 
en fait deux dans riant et dans les verbes en ter, dans alliance, confiance, triant 
gle^ei dans un grand nombre d'autres. Comme aussi à peu prés dans tous les mots 
en ien, audience (Racine, les Plaid,, III, 4. 1), impatience, orient, etc. A. L. 

ieu, monosyllabe dans lieu, adieu, essieu, aieux, joyeux; dissyllabe dans tous 
les ai^ectifs en ieux, pieux, injurieux^ etc. A. L. 

Ion dans les verbes suit les mêmes règles que ié : partout ailleurs il est de 
deux syllabes en vers, action, ambition, légion, A. L. 

lou, forme peu commune ; on cite Alpiou, Montesquiou. 



30 DES DIPHTHONGUES. 

Oéf. L'Académie fait observer que, dans les mots poëme, poëie et 
leurs dérivés, o et ë forment deux syllabes en vers et dans le discours 
soutenu. Cependant la diphthongue n'a lieu que dans la liberté de la 
conversation; encore môme bien des personnes ne l'admettent-^lles 
ni dans ces mots ni dans les dérivés, où un usage général a substitué 
l'accent aigu sur l'e au tréma qu'on y mettait autrefois. 

Yoy. à ce sajet, les Rem. dét., au mot Poëte, 

Celte diphthongae n'existe donc réellement que dans moelle et ses dérivés ; on 
peut y joindre l'ancien mot foerre (paille de blé), et poêle; mais U en faut séparer 
irotfne, A. L. 



ouan, ) On trouvera dans le chap. suiv. , lettre q, les mots où qua se 
oua, j se prononce coua. 

Rouan (chefal) fait une diphthongue ; mais louange fait deux syllabes en vers 
(Voy. Boileau, Épit. YI , 78 , 103) ; il en est de même de tous les participes des 
verbes en ouer^ jouant ^ secouant^ etc. , et encore de Rouen fBoiieau, SaU X, 576). 
Oua peut aussi très rarement faire une diphthongue : bivouac, gouache^ douane, 
11 y a là deux sons trop pleins pour qu'on les puisse prononcer vite et d'une seule 
émission de voix; aussi sont -ils plus souvent séparés, louable, rouage, ouate 
(qu'on prononce otiéto), il dénoua, il échoua, etc. Ainsi la diphthongue de ce son 
existe plut(H dans les mots écrits par qua. A. L. 

Oué^ par les raisons que nous venons d'indiquer, est également presque toujours 
de deux syllabes, enjoué, dévoué, renouer, jouet, alouette ; cependant il nous 
semble que pirouette doit prendre la diphlhongue, comme fouetter (Gilbert, mon 
Apologie, v. 88), et peut-être quelques autres. A. L. 

Oui est rarement diphthongue ; il faut excepter la particule affirmative oui, et 
quelques mots rares, comme ouistiti (singe), whig, whist, wiski, qui se pronon- 
cent oui.,. Mais les poètes font deux syllabes de Louis, évanoui, etc. A. L. 

Uè ou ué fait à peu près partout deux syllabes : tuer, saluer, cruel, mutuel, 
bluet; néanmoins quelques poètes ont mis la diphtongue dans duel, duègne i mais 
c'est uoe licence. A. L. 

C^f est partout diphthongue: appui, fruit, aiguiser, huissier, s'enfuir, séduire; 
on excepte ruine et peut-être bruire et bruiner. A. L. 

Nota. Quelques-unes des dîpfaihongues que nous venons d'indiquer 
ne sont diphthongues qu'en prose; car en vers elles sont ordinairement 
de deux syllabes. Nous disons ordinairement , parce qu'on trouve 
quelques exemples où les poètes du dernier siècle se sont permis d'eur 
freindre cette règle ; cette licence ne passerait pas aujourd'hui. 

(Léyizac, p. 67, t. I.) 

Il n'y a pas de triphthongues dans notre langue, parce qu'une tri- 
phthongue serait une syllabe qui ferait entendre trois sons, trois voix; 



DES DtPHTHONGUES. 31 

or^ il n'y a dans la langue française aucun assemblage de voyelles, qui, 
se prononçant en une seule syllabe, fesse entendre un triple son (6) : 
Ketiâ?, Dieu ne sont (pie des diphthongues, parce que, quoiqu'il y ait 
trois voyelles dans chacun de ces mots, on n'y entend cependant que 
deux sons simples, qui sont » et eu; le premier, exprimé par une 
voyelle simple; et l'autre, par deux voyelles combinées. Il en est de 
même des autres assemblages lai, tau, iou, oue^ oui^ qui ne frap- 
pent l'oreille que de deux sons, et qui alors ne sont que des dipb- 

tbongues. (Dunmnais, EncycL méth,, au mot Triphthongtw, et Reitaut, page 21.) 

DE l'aspiration DE QUELQUES VOYELLES. 

Il ne s'agit point id da signe parUcalier h, qui sert à marqaer l'aspiraUon dam 
noire langue ; il en sera parlé pins loin dans le chapitre des consonnes. Mais nous 
ayons quelques mots commençant par une voyelle, et devant lesquels néanmoins 
rén^on et la liaison n'ont pas lieu. C'est pour ces exceptions que nous allons fiire un 
article à parl^ au lieu de les confondre avec les remarques sur le k aspiré. A. L. 

OxNZK, ONZIÈME. Quoique ces mots commencent par une voyelle , la première 
syllabe eo est ordinairement aspirée : De vingt il n'en est resté que onze» On 
dit aussi dans la conversation familièref il n*en est resté qu'onze. Quand onze est 
précédé d'une consonne finale on ne la prononce pas plus que s'il y avait une as- 
piration : vers les onze heures, CL'Aoadétnie.) 

NOTA. Dumarsais croit que si l'on écrit et l'on prononce le onze y 
c'est pour ne pas confondre Y onze avec Y once; que si Ye ne s'élide pas 
devant oui^ c'est pour éviter l'équivoque de l'ouie et de Louis^ et aussi 
pour mettre une symétrie entre le non et le oui, 

Vo n'est pas toujours aspiré dans onzième; on dit le onzième et 
ronzième, L'Académie, Féraud, Gattel, Wailly, Rolland, et les Écri- 
vains ont formellement admis les deux prononciations. 

Fléchier écrit toujours Y onzième; 

« n sortit de la ville en colère, Yonzième de juin. » 



(6) Cependant il nous semble que certains mots présentent cette réunion de trois 
sons prononcés ensemble. Le mot fouailler, par exemple, qui ne doit faire que 
deux syllabes, comme fouetter, ne donne-t-ll pas, dans la première, trois sons 
réunis, ou, a, <, c'est-à-dire une triphtkongue ? l\ en serait de même du mot fa- 
milier goaiUer^ ou plutôt gouailler, que l'Académie ne reconnaît pas, mais admis 
pourtant dans quelques dicUonnaires. Peut-être même dans la conversation le mot 
waille ne donne-t-il lieu qu'à une seule émission de voix. A . L. 



32 DES DIPHTHONGUES. 

Corneille Ta écrit aussi dans Cinna (act. ii, se. 1 ). 

Le P. Bouhours, dans ses Doutes, se range à Tavis de Vaugelas, 
qui condamne le onzième^ mais, dans ses Remarques , il cède à la 
force de l'usage, et tolère l'aspiration. 

Aujourd'hui on dit plus souTcnt le onzième que Vonzième. 

(M. Boissonade.) 

Ce n'est pas comme le disent l'Académie, Féraud, et la plupart des 
Grammairiens modernes, parce qu'on regarde Yu de une comme as- 
piré, que l'on prononce vers les une heure, et non pas vers les zune 
heure; c'est parce que le mot les qui marque un pluriel, loin d'appe- 
ler grammaticalement le mot une, le repousse au contraire, et ne peut 
souffrir aucune liaison grammaticale ayec ce mot; c'est parce que 
dans cette phrase du discours familier, le substantif pluriel qui ap- 
pelle les est sous-entendu par ellipse, et que c'est comme s'il y avait : 
vers les moments qui précèdent ou qui suivent une heure. On laisse 
subsister l'article pluriel, quoique le substantif qu'il appelle ne soit 
pas exprimé. 

Oui. L'Académie dit que ce mot s'emploie qaelqaefois sabstantiTement , et 
qu'alors il se prononce comme s'il était aspiré : le oui et le non. Il a dit ce oui à 
regret. Noas croyons que ce n'est pas le seul cas où l'aspiration existe et qu'elle se 
retrouve dans les diverses acceptions de ce mot. Ainsi, Racine a dit dans Anâxo» 
moque (11, 3| 1) : «Oui, oui, tous me suiyrez. » A. L. 

Nous signalerons encore quelques mots d'origine étrangère, admis dans notre 
langue ayec l'aspiration, et reconnus par l'Académie. Tels sont uhlan , un corps 
deuhlans; tacht, les yachts sont communs en Angleterre; yatagan^ un coup 
de yatagan ; tolb, sa yole fut stUnnergée : tugca, le yucca du Mexique. Ce sont 
là, si nous ne nous trompons, tontes les excepUons de ce genre qui se trouvent dans 
notre langue. A. L. 



DES CONSONNES. 13 



CHAPITRE IL 



DES CONSONNES. 



Les Consonnes n'ont pas de son par elles-mêmes, elles ne se font 
entendre qu'avec l'air qui fait la voix ou voyelle; c'est en quoi leur 
son diffère de celui des voyelles, qui n'est formé que par une seule 
émission de voix et sans articulation. Ce son des consonnes diffère 
encore du son des voyelles, en ce que le son de celles-ci est permanent, 
c'est-à-dire qu'on peut faire un port de voix sur toutes les voyelles, 
au lieu que le son propre des consonnes ne peut se faire entendre que 
dans un seul instant, c'est-à-dire qu'il est impossible de faire un port 
de voix sur aucune consonne. 

De tout cela il résulte que la voyelle est le son qui provient 
de la situation où les organes de la parole se trouvent dans le 
temps que l'air de la voix sort de la trachée--artère, et que la 
consonne est l'effet de la modification passagère que cet air re- 
çoit de l'action momentanée de quelque organe particulier de la 
parole. 

C'est relativement à chacun de ces organes que, dans toutes les lan- 
gues, on divise les lettres en certaines classes, où elles sont nommées 
du nom de l'organe particulier qui parait ccmtribuer le plus à leur 
formation. Ainsi, on appelle labiales celles à la formation desquelles 
les lèvres sont principalement employées; comme p, b, f, v, dans 
pérc, bon, feu^ vite; 

Linguales, celles à la formation desquelles la langue contribue 
principalement; comme d, t, n, r, l, dans de, iu, noire, rivage, 
livre ,• 

Palatales, celles dont le son s'exécute dans l'intérieur de la bouche, 
à peu près au milieu de la langue et du palais vers lequel elle s'élève 
un peu à cet effet, comme 6, J, k, q, et les sons mouillés, il, ille, 
AIL, ailles, dans gingembre, guenon, jésuite, kermès, quotité, péril, 
file, travail, broussailles; 

Dentahs ou sifflantes^ celles dont le son s'exécute vers la pointe de 
I. • 3 



34 D£IS CONSONNES. 

la langue appuyée cootre les lèvres, comme s, c doux, z, gh^ dans se, 
c», zizanie, cheval - 

Nasales, celles qui se prononcent un peu du nez, comme m, n, gn, 
dans main, nain, règne. 

Enfin, celles qui sont prononcées arec une aspiration forte, et par 
un mouvement du fond de la gorge, sont appelées gutturales. Nous 
n'avons de son guttural que la lettre h quand elle est aspirée; comme 
dans les mots le héros^ la hauteur. 

Remarque, — 11 y a des Grammairiens qui mettent la lettre h au 
rang des consonnes ; d'autres> au contraire, soutiennent que ce signe, 
. ne marquant aucun son particulier analogue au son des autres con- 
sonnes, ne doit être considéré que comme un signe d*aspiràtion ; 
mais, comme dit Dumarsais, puisque les uns et les autres de ces 
Grammairiens conviennent de la valeur de ce signe, ils peuv^t se 
p^mettre réciproquement de l'appeler ou consonne ou signe d'ctôpî- 
ralÀon, selon le point de vue qui les affecte le plus. 

Avant de parler du nombre de nos consonnes, faisons unô obser- 
vation sur la manière de les nommer. 

C'est un principe généralement avoué que les consonties n'ont 
point de son par elles-mêmes : pour qu'elles soient entendues^ il faut 
qu'dles soient accompagnées d'une voyelle. 

Autrefois on faisait sonner les consonnes à l'aide de voyelles sôùom 
res, c'est-à-dire que ft, €, d, fj g, A, k, l, m, n^ p, q, r, s, t^ t?, x, Mj 
se prononçaient &é, ce, dé, effe^ gé, ache^ ka, elle, emme, enne,pé, ^^ 
erre, eêse, té^ vé, icse^ zède-, mais les inconvénients de cette méthode 
engagèrent MM. de Port-Royal à en proposer une nouvelle plus sim-' 
pie, et applicable à toutes les langues. M est certain, disent des célè- 
bres et profonds Grammairiens ( r* p. , ch. 6) , que ce n'est pas une 
grande peine à ceux qui commencent à lire, que de connaître simple^ 
ment les lettres, mais que la plus grande est de les assembler. Or ce 
qui rend maintenant cela plus difficile, c'est que chaque lettre ayant 
son nom, on la prononce seule autrement qu'en l'assemblant avec 
d'autres. Il semble donc que la voie la plus naturelle, comme quelques 
gens d'esprit l'ont déjà remarqué, serait que ceux qui montrent à lire 
n'apprissent d'abord aux enfants à connaître leurs lettres que par le 
noin de leur prononciation, et qu'on ne leur nommât les consonnes que 
par le son propre qu'elles ont dans les syllabes où elles se trouvent, 
en ajoutant seulement à ce son propre celui de Ve muet, qui est l'ef- 
fet de l'impulsion de l'air nécessaire pour faire entendre la consonne; 



DES CONSONNES 35 

par exemple, qu'on appelât be la lettre 6, comme on la prononce dans 
la dernière syllabe de tombe, ou dans la première de besoin ; de, la 
lettre d, comme on l'entend dans la dernière syllabe de ronde ^ ou dans 
demande; fé, la lettre f; ne, la lettre n ,* me, la lettre m, et ainsi des 
autres qui n'ont qu'un seul son ; 

Que, pour les lettres qui en ont plusieurs, comme e, g, /, e, 
on les appelât par le son le plus naturel et le plus ordinaire, 
qui est au c le son de que, au g le son de gue, au t le son de 
la dernière syllabe de forie^ et, à l's, celui de la dernière syllabe de 
bourse; 

Ensuite, qu'on leur apprit à prononcer à part, et sans épe- 
1er, les syllaJ)es ce, et, gre, gi^ tia, tie, tiiy etc., et qu'on leur fît 
entendre que le s, entre deux voyelles, sonne, à quelques excep- 
tions près, comme un z : misère se prononce de même que s'il y 
avait mizère. 

L'Aeadémie adoptant cette rérorme nomme toutes les consonnes avec le secoars 
de Ve maet; eUe prononce e, ce; g, ge ; k, ke; g, que; x, xe; mais pour h, elle 
nlndiqoe pas de dénomination et dit seulement qu'on prononce eeUe lettre comme 
une simple aspiration, telle qu'elle est dans la première syllabe de héroe, A. L. 

Quoique cette nouvelle méthode ait de grands avantages sur l'an- 
cienne; quoiqu'elle habitue à une bonne prononciation, en faisaiit 
donner à chaque syllabe son vrai son et sa juste valeur; quoiqu'elle 
Hsisse disparaître tout accent vicieux, et qu'elle diminue les difficul- 
tés de l'appellation ; cependant elle resta longtemps dans l'oubli, par 
cela seul qu'elle était contraire à la pratique générale; mais enfin 
l'empire du préjugé commence à s'affaiblir, et dans peu elle sera, 
selon toute probabilité, la seule en usage (7). 

iSuivaût cette nouvelle appellation, toutes les lettres de l'alphabet 
sont masculines; suivant l'ancienne, il y en a qui sont/emmtne^, 
et d'autres qui sont masculines. Celles qu'on ne prononce qu'avec le 
secouf à d'autres lettres dont on les fait précéder sont féminines : ce 
sont fj h, /, ih, n, r, s, que l'on prononce e/fe, ache^ elle, emme, enne^ 
erre, esse (on n'excepte, comme on voit, que la lettres, qui est mas- 
culine, quoique pour la prononcer on la fasse précéder des lettres 



CI) Si je fais épeler à un enfant ces deux syllabes : fri, pro, je dois trouver, 
idon l'ancienne méthode, que effe, erre, i font effèrri, et que pé, erre, o font 
pêerro; an lieu qu'il n'y a pas cet inconyénient dans l'autre méthode, puisque fe, 
re, i font firi; pe, re, o font pro. 

3. 



d& DES CONSONNES. 

ic). Quant aux lettres que Ton prononce sans les faire précéder d'au- 
tres lettres, elles sont masculines : ce sont a, 5, c, d, e, g^ », ;, fc, o^p, 

Chaque consonne ne devrait avoir qu'un son désigné par un seul 
caractère, et ce seul caractère devrait être incommunicable à tout 
autre son. Mais, comme dans la langue française il arrive que le 
même caractère représente plusieurs sons, ou que plusieurs carac- 
tères ne représentent que le même son, nous distinguerons dans les 
consonnes deux sons : le son propre ei le son accidentel.Nous appel- 
lerons son propre, le son que la consonne a habituellement; et son 
accidentel, le son qu'elle reçoit par sa position. 

TABLE DES CONSONNES^ 

selon leur son propre ou leur son accidentel, soit au commencement, 

soit au milieu^ soit à la fin des mots, 

B b — n'a que le son propre be : Babylone, bomhe, boule. 

De quelque lettre que le b soit suivi, il conserve toujours la pro- 
nonciation qui lui est propre, soit au commencement, soit au milieu 
du mot. 

Le 3 final ne se prononce pas dans plomb, à plomb; mais il se 
prononce dans les noms propres Joab, Moab, Job, Jacob, Aureng- 
Zeb'j et dans radxmb et rumb (de vent). (waiUy et le met. de eAcadem») 

L'Académie n'indiqae pas la prononciation da mot nabab; le b final doit être 
articulé , comme aussi dans rob ; mais il ne sonne pas dans Doubê» A. L. 

En cas de redoublement, ce qui n'a lieu que dans sabbat, rabbin, 
aibbé et ses dérivés, et quelques noms de ville, on n'en prononce 

qu'un. (Mêmes autorités.) , 

Remarque. Les mots abréger, aboyer et leurs dérivés s'écrivaient 
autrefois avec deux 6; mais, en faveur de la prononciation, et mal- 
gré l'étymologie, on les écrit maintenant avec un seul 6. 

C c. — Son propre, que : cabane, cadre, cou, cupide. 

ic V • cec% 
GUK : second et ses dérivés. 

Quoique nous ayons un caractère pour le c, et un autre pour le g, 
cependant lorsque la prononciation du c a été changée en celle du g, 
par exemple, dans le mot second et ses dérivés, nous y avons con- 
servé le c, parce que les yeux s'étaient accoutumés à l'y voir; ainsi. 



DES CONSONNES. 37 

nous écrivons toujours second^ seconâementt seconder /quoique nous 
prononcions, segondy segondement, tegondety surtout dans la conver- 
sation. (Dnmanais, Eneycl. méth.y lettre G, et le Dlctionm. de tàcadeim.) 

L'usage est partagé pour les mots secret^ secrétaire. Dangeau, Res- 
tauty Domergue et Sicard pensent qu'on doit prononcer segretj segré^ 
taire; mais Dumarsaîs préfère prononcer seqreti seqrétaire; etTAca- 
demie, n'indiquant dans son dictionnaire le changement du c en g, 
que pour les mots second et dérivés, parsdt vouloir que lec, dans les 
mots secretj secrétaire^ conserve le son qui lui est propre, c'est-à^ire^ 
teson^tie. 

Cette dernière opinion a aojoard'hui entièrement prévalu. A. L. 

Dumarsais, Restant, Domergue et Sicard voudraient que Claude 
se prononçât Glaude; mais Wailly,M. Leduc (ATan. des amaL de la 
langue fir,) eilA. Boissonade (Journal des Débats du 23 ou 24 sep- 
tembre 1810) pensent qu'il vaut mieux dire Klaude; en effet, c'est 
présentement la seule manière de prononcer ce nom patronal, et si 
l'on dit Glaude, ce n'est que dans cette phrase : Prune de reine 
glaude. 

L'AcadéBiie n'indiqae même pas i'exception de ce dernier cas, et noos croyons 
que c'est ayec raison; il faot autoriser le moins possible les corraptions de langage 
introduites dans la conTersation. A. L. 

Cigogne s'écrivait autrefois cicogne (du latin oconta), et le e se 
prononçait comme un g. 

Cinltial, ou dans le corps d'un mot, conserve le son qui lui est 
propre avant a, o, u, /, n, r, /,- néanmoins avant u il rend un son 
moins dur : ainsi, on prononce, avec le son propre, cabaret^ colonne j 
euvcy digne-musetiey Cnéius^ crédulitéj sanctifier ^ acteur. 

(Le nuu de PAcadem,^ lettre C) 

11 prend le son accidentel se avant e, t : ceinture^ dguë. U en est 
de même avant a, o, u, quand on met une cédille dessous, comme 
dans ces mots : façade^ garçon^ reçu. 

(Le Diet. de FAcadem. et Restaut, page 24.) 

C prend le son de ch dans violoncelle^ vermicelle^ que Ton pro- 
nonce violonchelUy vermichelU* (Tréfoox, catiei, watuj, etc.) 

Voyez les Rem. dét., lettre f^. 

Cette prononciaUon, conforme i Torigine italienne da mot, parait abandon- 
née aajourd'hai , car TAçadémie ne la menUonne pas ; il faut donc suivre la 
règle des mots français. l\ en est de même da mot coneetti. Et pourtant l'Aca- 
démie en admettant le mot iUlien fantoccini lui laisse sa prononciation primitive 
fantoichini, A. L. 



38 DES CONSONNES. 

C ne se prononce pas au milieu des mots, quand il est suivi d'un g, 
ou de cr, cl, ca, co, eu : acquérir, accréditer , acclamation,, accabler, 
accomplir^ accuser se fTononceni aquérir, acréditer, aclamatian, q\c. 

(Waillf, page 4i7. Lévizac, page 74, 1. 1.) 

Dans le redoublement, les deux c ne se prononcent qu'avec e et t; 
le premier c prend le son propre que, et le second, le son accidentel 
se : ainsi accessit, accepter, accident, accès, se prononcent aqsessii^ 
aqsepter, aqsident, aqsês. (waiUy, page 417.) 

C, à la fin des mots, se prononce ordinairement : hec, échec (perte), 
estoc, aqueduc, agaric, syndic, trictrac, avec, cotignac (8), de bric et 
de broc, etc. 

Mais il ne se prononce point daus estomac, broc, croc, accroc, marc, 
échecs (jeu), tabac, jonc, lacs (filets), flanc, caoutchouc, escroc, tronc, 
clerc, cric, porc, arsenic, etc. 

(Le Dieu de PAcadém. Wailly, page 416; DçmaDdre et, Gatlel. 

Nous i:etraDchons de ceUe derniëre calégorie le mot arsenic, où le c doit soimçr 
comme dans la plus grande partie des filiales, bac, bissac, ressac, êumac^ talc, parc, 
rebecy aspic, zinc, fisc, troc, froc, bloc, houe, stuc, caduc, suc, turc, etc.; aux- 
quels il faut joindre cric-crac et croc-en-jambe. Dans tous ces mots la pro- 
nonciation ne change pas au pluriel : ainsi on prononce des bloks, des boukt, des 
raisins seks. ployez notre remarque suivante. A. L. 

On ne fait point sonner le c final muet sur la voyelle initiale du 
mot suivant, si ce n'est dans quelques occasions assez rares, où on 
lui donne le son propre; comme dans franc-étourdi, du blanc au 
noir, clerc'à-maître, porc-épic, que l'on prononce, franqétourdi, 
du blanqau-noir^ cler-qà-maître, etc. 

Mais, dans la poésie, il devient souvent nécessaire de prononcer de cette façoni^ 
soit pour la rime, soit pour éviter Thiatus. Ainsi l'Académie autorise la prononcia- 
tion de c dans broc opposé à froc, et Boileau fait rimer estomac avec Sidrac. Il 
faudra dire aussi le tabac-q-est divin, et même I* Académie fait sonner porc de- 
vant une voyelle ; de là porc-épic (voyez l'orthographe de ce mot aux substantifs 
composés); et encore croc dans croc-q-en-jambe. Mais comment doil-on pronon- 



(8) Cotignac» L'Académie dit que le c final ne se fait point entendre dans ce 
mot. Mais il nous semble que l'usage est contraire à cette opinion ; et Féraud. 
Gattei, Boiste, CaUneau et M. Laveaux sont d'avî* qu'on doit le prononcer. — 
Ce mot n'étant pas très usité, 11 n'est pas étonnant que la prononciation en soit in- 
certaine : l'usage, pour ainsi dire, n'existe pas. Si l'analogie devait nous guider, 
nous serions assez porté à prendre pour type Cognac; mais 11 vaut mieux se 
soumettre à l'Académie. A. L. 



W& GONSONMSS. 30 

cer ces deas der^ieiy moto au pluriel ? Fant-ll lenlrer dans la règle et ne plas pro- 
noncer le e? ce serait rationnel. Et pourtant Toreille serait déroulée par ce change^ 
ment qai défigure en quelque sorte le mot. Il nous semble donc qu'il serait mieux 
de prononcer des pork-x-épicê , des crok-z-en-jambe j ou plutôt, malgré l'ortho- 
graphe, de conserver au pluriel le son même du singulier; car si, pour ces mots, 
les Grammairiens et l'Académie se taisent, il est maintenant généralement reçu de 
prononcer des orkenciels, que Voù écrit arcf'-en'CieL A. L. 

Le c de donc ne se prononce que lorsque la phrase commence par 
donc : votre ami est dans le besoin; donc vous devez V aider. Je 
pense, donc je suis ; ou lorsque cette conjonction est suivie d'une 
voyeHe : votre frère est donc arrivé; ou bien encore, d'après Do- 
mergue, dans les phrases que dicte un mouvement de l'âme, 
soit passionné, soit d'indignation, soit de colère, etc., comme 
dans cet exemple : jusqu'à quand prétendez-vous donc me dicter 
des lois ? 

Dans tout autre cas, le c de la conjonction donc ne se prononce 
point; ainsi l'on dit, allfms dom nous promener. 

L'Académie sur ce mot garde le silence; c'est une preuve qu'elle prononce tou- 
jours le c, au moins dans le style soutenu, et que celle omission est simplement une 
négligence permise dans la conversation. — H reste encore quelques difficultés k 
résoudre pour les mots terminés par et. Partout où le I sonne fortement, le c se 
prononce de même, intact, exaet^ tact, contact, abjtct, direct, infect, strict, 
distinct, suocincU Mais l'usage veut que le f soW muet dans respect, cireonspect, 
aspset, et qu'on prononce le c ; ainsi Molière (les Femmes Sav., III , v, 1 2 et 1 3) 
fait rimor grec avec respect. Cependant nous croyons que le c ne doit pas sonner 
devant une consonne, et qu'on dit respè profond, même dans la déclamation; 
tandis que devant une voyelle il faut dire aspek agréable, respek affecté. Au plu- 
ridy le son est toujours adouci, et l'on prononce des respès affectés; des hommes 
cireonspès et prudents. Le mot suspect laisse quelques doutes ; nous croyons 
péanmoins qu'il faut prononcer le c et le t ; sauf un seul cas peut-être, car noua 
avons plusleors fois entendu des personnes instruites dire la loi des suspès, inS" 
tinct, au singulier comme au pluriel, se prononce avec le son nasal instin. Voilà 
ce que nous croyons être l'usage : il est i regretter que l'Académie ne se soit pas 
expliquée sur toutes ces différences. A. L. 

y oyez page 53, la prononciation du cA. 

D d^—- Son propre d : DiantSy duché, douleur. 

Son accidentel t : second abrégéy grand acteur. 

D initial, et dans le corps du mot avant une consonne, conserve 
le son qui lui est propre : dame, admirable, admission. 

(Wailly, page 420; Sicard, page 448, t. U.) 

Il conserve également le son qui lui est propre, devant uçe voyelle, adoraèU, 



40 DES CONSONNES. 

identique, odalisque. A la fin des moU, ordinairement U ne se prononce pas, 
froid f bord, pied, nid, grand, profond. A. L. 

D final sonne dans les noms propres Obedy David y Joad^ 
Sud (vent), etc. 

(Demandre, Dictionnaire de Péloeution, au mol Consonne, el Wailly, page 429.) 

Zend ou Zend-Avesta se prononce Zainde. (Académie.) 

n sonne encore, ou plutôt il prend le son accidentel /, si le mot qui 
finit par un d est un adjectif suivi immédiatement de son substan- 
tif, et que celui-ci commence par une voyelle, ou un h non aspiré; 
ainsi, grand hommCy profond abîmey se prononcent gran-thommey 

profon-tabîme. (Demandre.) 

Il prend le même son, et dans le môme cas, s'il est, à la fin d'un 
verbe, suivi de l'un des pronoms t7, elky on : entend-il? coud-elle 
bien? répond'On ainsi? se prononcent enten-til? cou-telle bien? ré- 

pon-ion ainsi ? (Dumanais, Féraud, Bouillette et Demandre.) 

Celte liaison n*a pas lien seulement avec les pronoms, mais encore avec d'an- 
tres mots, surtout dans le style soutenu; ainsi Ton fera sonner, il apprend 
assez bien; il répond à tout; on vous rend enfin justice; il prend intérêt, etc. 
Et ainsi avec toutes les troisièmes personnes du présent de Tindicalif dans les 
verbes. A. L. 

Dans le cas où Y adjectif ne serait pas immédiatement suivi de son 
substantif, Bouillette, Demandre, Sicard, M. Laveaux et M. Dubroca 
sont d'avis qu'alors le d final ne devrait pas se faire sentir, même 
avant une voyelle; ainsi, dans cette phrase, le chaud aujourd'hui 
n'est pas grand au prix d'hier y on ne ferait entendre en aucune 
sorte ni le d de chaudy ni celui de grand. 

Us sont également d'avis que, quant aux substantifs suivis ou non 
suivis immédiatement de leurs adjectifs, on n'est pas dans l'usage, 
surtout dans la conversation, de faire sonner le d final de ces sub- 
stantifs, même avant une voyelle; et alors ils pensent que dans firoid 
extrême, chaud épouvantabhy bord escarpéy le froid et le chaudy ces 
mots se prononcent comme s'il n'y avait pas de d aux mots firoidy 
chaudy bord. 

Remarquez que, d'après cette règle, ce vers de Boileau n'est point 
régulier : 

De ce nid à l'instant sortirent tons les vices (Ep. III) ; 

car le d ne se prononçant pas dans le mot nid, la rencontre de Vi et 
de Ta forme un hiatus, ce qui est contraire aux principes que ce grand 
poète a consacrés lui-même. 



DES CONSONNES. 4l 

Cette remarque est jaste, et leyers de Boileau présente ane irrégalarité. Mais, 
enfin, comment faot-il le prononcer? Il est évident qae le poëte a voulu faire 
sonner le d, et nous pensons qu'il faut lire ainsi, pour éviter la faute plus grave 
de rhlatus. Il n'en serait pas de même pour bord escarpéf accord unanime^ 
bond immense, parce que l'omission du d ne fait qu'adoucir la prononciation 
sans choquer l'oreille. A. L. 

Au surplus c'est l'oreille que Ton doit surtout consulter; elle en 
apprendra plus que toutes les règles, et, par exemple, elle dira qu'on 
est dans l'usage de faire sentir le d dans ces expressions : de fond-enr- 
combley depied-à-houle, de pied-en-cap, et de ne pas le faire sentir 
dans pied-à'pied (9). 

Les seuls mots où les deux d se prononcent sont: addition^ addi- 
iionnely reddiiiony adducteur; ailleurs on n'en prononce qu'un seul, 
mais la syllabe est brève dans l'un et dans l'autre cas. 

(Le Met. de PAcad., Wailly, Sicard, M. Chapsal ) 
I90US n'avons pas présent k la mémoire un seul mot écrit par deux d qui se pro- 
noncent comme un seul; ainsi donc la régie générale serait de prononcer les deux d 
partout où ils se trouvent. Les mots cités viennent du latin et ils ont conservé leur 
prononciation ; cela était nécessaire, car nous avons addition et adition; les Latins 
avaient en outre redditio et reditio (retour). Ainsi nous ferons sonner la lettre re- 
doublée dans additionner, adduction, Edda, quiddité, A. L. 

F f. — Son propre fe : fini, forêt, funeste. 

Son accidentel ve : neu-vans, neu-vhommes. 

Cette lettre conserve toujours le son qui lui est propre au commen- 
cement et au milieu des mots. 

Finale^ elle se fait sentir au singulier comme au pluriel, aussi bien 
avant les mots qui commencent par une consonne qu'avant ceux qui 
commencent par une voyelle : ainsi t?*/ désir; soif brûlante; pièce de 
b(Buf "tremblante; se prononcent comme vif amour; soif ardente; 
bœuf à-la-mode; en faisant entendre le F final de vif, de soif^ de 

bcsuf. (Le Bictionn, d£ Vàcad,) 

fl y a cependant quelques mots exceptés de cette règle. De ce nom- 
bre sont les mots clef, dont le F ne se prononce ni au singulier ni au 



(9) Gattel voudrait que l'on ne fit point sentir le d dans pied-à-terre, et que l'on 
prononçât pté-d-fffrre; mais nous pensons que Tusage est contraire à sa décision; 
et Domcrgue, pag. 468 du Man, des étr., Wailly, dans la dernière édition de son 
Dict., Lemare, 7« ex. de Prononc., et Vandelaincourt, font prononcer pié-t-à^ 
terre. — L'Académie se lait. 



*^ DES CONSONNES. 

pluriel; éteuf (petite balle de paume), dont le F ne se prononce qu*en 
poésie; œuf frais, œuf dur , cerf-volani, cerf^Hx-eorSy chef-d'œuvre, 
hœuf-grasy hœufsalé^ dont le F ne se prononce ni en prose ni en poé- 
sie. Cela est fondé sur ce que, si Ton faisait sentir la lettre F des pre- 
miers mots œuf, cerf^ chef, bœuf, la prononciation serait lente, lors- 
qu'au contraire elle doit être prompte, chacun de ces mots étant 
intimement lié avec frais, dur, volant, dix-cors^ œuvre, gras, salé^ 
qui les accompagnent (Létizac.) 

Dans nerf-de-bœuf y on ne fait entendre d'autre f que celui du mot 

^^'^A (L'Académie, Lérizac, GaUel^WaUly,) 

L'exception a également lieu, selon le P. Buffier, Wailly, Domer- 
gue, Gattel, Sicard et M. Laveaux, pour les mots, au pluriel, nerfs, 
bœufs (10), œufs. 

L^Âcadémie a réglé la prononciation de ces mots ; ainsi on fait entendre le ^aq sin- 
galierdes mots 6œu/'(excepté pour le bœuf'gras)tnerf {encepié nerf-de-bœuf) ^n^f, 
partout ; mais au pluriel, il ne sonne pas, et l'on dit des bœu, des œu, des nère. 
Cela est simple et clair, et c'est évidemment la seule règle à suivre. Nous repoussons 
donc l'opinion de quelques Grammairiens qui veulent, quand ces substantifs ne sont 
pas déterminés par un complément, établir la différence suivante dans la pronon* 
ciatlon : une douzaine d'oBUFs; des oeus à la coque; une attaque de NEaFS; 
des NERs endurcis; et au singulier devant une voyelle ou une consonne, du boeuf 
en daubet du boeu salé : un oeuf à la coque^ un oeu dur, etc. Puis ces mêmes 
Grammairiens prononcent f dans bœuf sauvage. C'est multiplier inutilement les 
dif6cuUés. — Au mot ««r/^ l'Académie indique Tarticulation de f, et elle ne dit rien 
au mot cerf; mais à cerf-volant elle veut qu'on prononce cer : d'où l'on conclut que 
pour établir une distinction complète, il faut prononcer cer et serf, au »ingi|lier 
comme au pluriel. Nous adoptons volontiers cette décision. A. L. 

L'exception a lieu aussi dans l'adjectif numéral neuf; mais c'est 
quand il est suivi immédiatement d'un mot qui commence par une 
consonne : neu-cavaliers, neu-chevaux, neu-cents; car,, quand cet 
adjectif est suivi d'un substantif qui commence par une voyelle, 
l'usage ordinaire est d'en prononcer le F comme un v : neu-vècusj 
neur^ans, neu-^enfants, neu-vhommes. 



(lO; Boileau (sat. VI) a dit: 

Et pour surcroît de maux, un sort malencontreux 
Conduit eo cet endroit un grand troupeau de bœufs» 
Et Racine {les Plaideurs, I, 5) : 

Et si dans la province 
Il se donnait en tout vingt coups de nerr de bœuf 
Mon père pour sa part en emboursait dAi-neuf» 



DES CONSONNES. 43 

Il ^ est de même, d'après la décision de l'Académie» quand nau^ est suivi d'un 
adjectif. Ainsi l'on prononcera neu-v-^imable» conviveM, neu~v-élêgantei per» 
sonnes. Nous croyons néanmoins qu'il ne faut pas appuyer sur le v, mais plutôt 
adoucir le son du f. A. L. 

Et si neuf n'était suivi d'aucun mot, ou s'il n'était suivi ni d'un 
adjectif numéral ou autre, ni d'un substantif, on en prononcerait le 
/avec le son propre : « De cent qu'ils étaient, ils ne restèrent que 
« neufy — neuf ei demi, — ils étaient neuf en tout, — les ncw/'arri- 

« Vèrent à la fois. » (U DIcl de eicad.^ au mot Seuf ) 

Remarque. Ces règles sur la prononciation du mot neti/', adjectif 
numéral, ne sont point applicables à Tadjectif neu/* signifiant nou- 
veaUy fait depuis peu y et, en effet, le silence de l'Académie sur la 
prononciation de ce mot, dans cette signification, indique qu'au sin- 
gulier conmie au pluriel, avant une voyelle comme avant une eon 
sonne, le F doit se faire entendre. 

Lorsque F est redoublé, on n'en prononce qu'un. 
Le PB se prononce conmie un r. Nous en parlerons à la lettre P. 

G g. — Son propre, gue : guider, guérir, guide, guttural 

Son accidentel \ "" ' *^*°' "; » •' ^f^^'' »*^'^' »*'"''**• . 

( K£ * rang élevé, long accès. 

Le G initial, ou dans le corps d'un mot, a le son qui lui est propre 
avant les voyelles a, o, w, et avant les consonnes l, r: galan^ gosier, 
guttural, glaire, agréable. 

n a encore le son naturel devant d'autres consonnes ; par exemple, dans Bagdad, 
hoghei, Ghelma ou Guelma, Ghèbres ou GuèbreSt G Ataotir qu'on écrit encore 
avec le son adouci Gt'aotir, dogme, stigmatiser, zigxag, etc. 11 sonne for* 
tement dans bourgmestre (prononcez bourgueméstte) ; mais on ne le fait pas 
sentir dans doigter, vingtaine, vingtième, parce qu'il est muet dans doigt, 
vingt, A. L. 

Avant les ^^ voyelles e, t, il a le son accidentel je : gêne ^ gen- 
til, gingembre, pigeonneau^ se prononcent comme s'il y avait 
jêne, jentil, etc. Gessner se prononce avec le son dur Gués-- 
ner. 

On insère un e absolument muet après la consonne G, quand on 
veut lui ôter le son qui lui est propre devant a, o, u, pour lui donner 
le son de /, qu'elle a devant e, t , ainsi l'on a écrit forgeons, pour le 
faire prononcer comme s'il y avait forjons. 

Pour donner au contraire à la lettre G le son qui lui est propre 



•14 DBS CONSONNES. 

avant c, t, et lui ôlcr celui que Tusage y a attaché dans ces circon- 
stances, on met après cette consonne un u que Ton peut appeler 
muet, comme dans guérir, guide, guider, à ma guise, où l'on n'en- 
tend aucunement la voyelle u. (Oouchet et Seauzée, EncycL mé(h., lettre G.) 

Il y a cependant quelques mots, comme aiguille, aiguillon, aigui- 
ser (11), arguer, inextinguible, et les noms propres d'Aiguillon, le 
Guide, de Guise, dans lesquels Vu se fait entendre. 

(Daogeau, Essai de Gramm. — Wailly, page *n.) 

Dans le mot gangrène, le G initial prend le son accidentel k : kan- 

grène. (L'Académie, page 355 de ses Observ.^ et son Diciionn.) 

G final sonne gde, dans les mots étrangers Doëg, Agag. 

(WaiHy.) 
L'Académie donee le mot orang-outang sans indiquer la prononciation. Or, il 
faudrait savoir si le premier g sonne sur la voyelle, ou bien s'il est muet, comme le 
second. Beaucoup de personnes prononcent oran-outan, et peut-être est>ce la façon 
la plus accréditée. Cependant la liaison existe dans tous nos mots composés ; c'est le 
génie de la langue: franc-alleu, porc-épic, pied-à-terre, poteau- feu, el^.Vsnàio- 
gie voudrait alors qu'on prononçât oran-g-outan, et ce serait notre avis. Le pluriel 
fait orangs-outangs qui se prononce oran-x-outan. A. L. 

A l'égard de joug, l'Académie dit que l'on fait sentir un peu la let- 
tre finale, même devant une consonne. 

G final a le son accidentel k, dans bourg, et dans les mots qui 
sont suivis d'une voyelle, comme : suer sang et eau, un long accès, 
rang honorable. 

Mais il est muet dans les mots faubourg, legs, doigt, vingt, étang, 
poing, coing (12), hareng, seing. (waiiiy, page 423.) 

On ne prononce qu'un g dans les mots où cette lettre est re- 
doublée, excepté avant gé, et alors le premier a le son de gue : 
suggérer. 



(11) Féraud et Galtel sont d'avis qu'il faut prononcer éghiz^; mais Beau- 
zée, Restant, Wailly, Domergue, pag. 468 de son Man,, et 439 de ses Solut. 
gramm., M. Lemare, pag. 278, 1er volume, Rolland, M. Laveaux, et l'Aca- 
démie veulent que Ton dise ai-gui-ser: ui est prononcé rapidement, mais 
Vu se fait entendre. 

(12) L'Académie et le plus grand nombre des lexicographes écrivent plutôt coin 
que coing • cependant cette dernière orthographe est la meilleure, parce que par là 
on distingue ce mot du mot coin qui signifie angle, et que d'ailleurs le mot cognas- 
sier, qui est le nom de l'arbre qui produit le fruit appelé coing, amène par analogie 
le mot coing écrit par un g, — L'Académie, en 1836, n'écrit plus que coing. 



DES CONSONNES. 45 

Gy suivi de la consonne n, forme différents sons : le son propre de 
GN fornie deux articulations, gue et ncy le son accidentel ou mouillé 
de^^n est gne. 

Au commencement des mots, gn conserve le son qui lui est pro- 
pre: gnome, Gnide, gnostique^ gnomon, se prononcent guenomcj 
guenidcy guenostique, guenomon. (L'Académie.) 

Le son mouillé de gn n'a lieu qu'au milieu des mots; on prononce 
magnanime, barguigner, cognassier, cognée, digne, cigogne, gui^ 
gnon, incognito, magnétisme, Sévigné (nom propre), de même que 
agneau, règne, gagner, compagnie. 

Il faut en excepter les mots agnat, diagnostic, stagnation, cognât, 
cognation, régnicole, inexpugnable^ igné, t^mYton, jProgrnc, et quel- 
ques dérivés , que Ton prononce avec le son propre, c'est-à-dire que le 
gr et le n sont entendus séparément. C^'Académie.) 

Dans les noms propres Clugny, Regnaud, Regnard (auteur comi- 
que), la lettre n a sa prononciation naturelle, et le g est entièrement 
muet. On prononce de même le mot signet, mais signer, assigner, 
assignation, se prononcent avec le son mouillé. 

(Beauzée, Encycl, tnéth-^ lettre N. — Domergue, page 126, et le 
Man. des amat,^ 2* année, page 271) 

Le son mouillé a également lieu dans agnus; mais le ^ et le n se 
prononcent séparément, c'est-à-dire, avec le son propre dans agnus^ 
castus, nom d'arbuste. a'Académie.) 

L'Académie ne parle point de la prononciation des deux mots tm- 
prégner, imprégnation^ mais Wailly, Gattel, MM. Rolland, Le Tellier 
et Laveaux disent que imprégnation se prononce impregue-nation^ 
et qu*imprégner se prononce avec le son mouillé. 

L'Académie ne reconnaît pas le mot imprégnation. Mais nons ne voyons pas 
de raison pour changer la prononciation d'an mot à l'autre, et nous nous rangeons à 
l'avis de M. N. Landais qui veut qu'on mouille gn dans imprégnation. C'est un 
moty au reste, dont on peut se passer. A. L. 

Observez qu'il ne faut jamais mettre d't après gn pour faire le son mouillé. 

Cette règle est générale; cependant, afin de distinguer dans les verbes terminés en 
gnant, au participe présent, la première et la seconde personne plurielle de l'impar- 
fait de llndicatif, de la première et de la seconde personne plurielle du présent de 
l'indicatif, on écrit avec un i ; nous craignions, vous craigniez ; nous accompa- 
gnions, vous accompagniez. 

Le présent du subjonctif est sujet à la même exception. (M. Sauger.) 

Gu dans tous les mots français se prononce avec le son accentué, comme dans 
glisser, église; mais nous avons emprunté aux Italiens quelques mots où gli garde 
le son de deax II mouillés, ainsi imbroglio se prononce, selon l'Académie, imbroiUo 



46 DES CONSONNES. 

A ritallenné, oa inibroiUe A la Trançaise, sans faire sentir Vi. Prononce! de même 
Outiglione, Broglie. Voyez A Tart. des // mouillés. A. L. 

H h— ^Se prononce he : hameau^ hibouy héros. 

Cette lettre est aspirée (13) ou muette, lorsque dans la même syllabe 
elle est seule ayant une voyelle. 

1^ Si elle est aspirée, comme dans héros, hameau^ elle donne au 
son de lia voyelle suivante une articulation gutturale, et alors elle a 
les mêmes effets que les autres consonnes : au commencement du 
mot, elle empêche Télision de la voyelle finale du mot précédent, ou 
elle en rend muette la consonne finale. Ainsi, au lieu de dire, avee 
élision, funesfhasard en quatre syllabes, comme funesfardeur, on 
dit funes-te-hasard en cinq syllabes; une haine, se prononce u-ne 
haine; f aurais honte se prononce faurè honte. 

(Beauzée, EncycU mélh.^ lettre H.) 

2^ Si la lettre h est muette, comme dans hommes harmonie, elle 
n'indique aucune articulation pour le son de la voyelle suivante, qui 
reste dans l'état actuel de simple émission de la voix; et, dans ce cas, 
elle n'a pas plus d'influence sur la prononciation, que si elle n'était 
point écrite; ce n'est alors qu'une lettre purement étymologique, que 
l'on conserve comme une trace du mot radical où elle se trouvait, plutôt 
que comme le signe d'un élément réel du mot où elle est employée ; et, 
si elle commence le mot, la lettre finale du mot précédent, soit 
voyelle, soit consonne, est réputée immédiatement suivie d'une^ 
Voyelle. Ainsi, au lieu de dire sans élision ti-tre honorable, comme 
en dit ti-ire favorable, il faut dire, avec élision, titr^ honorable, comme 

on dit titf onéreux. (Beauzée, EnajcL mêlh., lettre H.) 

Il serait à souhaiter que l'on eût quelques règles générales pour 

S r — : : • '■ : : — • : — — ^- : '-^ 

(13) On a dit d^abord aspérée, du latin àsper, d'où asperatio, action de rendre 
âpre, dur, rude. Les mots aspiré» et aspiration donnent une Idée Tansse de la na- 
ture de la lettre A.— Celte remarque ingénieuse de M. Bonirace a déjà été approuvée 
par quelques Grammairiens. Hais nous ne voyons pas la nécessité dé changer un 
mot qui nous semble très juste. En effet, pour prononcer le h rude, ne faut-il paà 
s'arrêter un instant et reprendre pour ainsi dire haleine, afin de donner plus de 
force à l'émission de la voix ? Eh bien ! c'est ce mouvement d*aspiration ou 
de respiration qui caractérise avant tout la manière dont celte lettre est pro- 
noncée : on a donc raison de dire qu'on la prononce avec aspiration^ qu'elle 
est aspirée. A. L. 



DU H ASPIRÉ. 47 

distinguer les mots où Ton aspire la lettre h de ceux où elle est 
muette. 

Vaugelas et Restaut pensent que, dans tous les mots qui commen- 
cent par un h, et qui sont dérivés du grec ou du latin, le h ne s'as- 
pire point, et que c'est précisément le contraire dans tous les mots 
dont l'origine est barl^are; mais, comme cette règle n'est rien moins 
qu'infaillible et générale (14); comme d'ailleurs il doit paraître sin- 
gulier qu'il faille étudier à fond le grec ou le latin, pour savoii* com- 
ment il faut prononcer un mot de notre langue, il sera plus cgurt et 
plus sûr de donner une liste exacte des mots où l'on aspire la lettre H; 

LISTE DE TOUS LES NOMS OU LA LETTRE H EST ASPIRÉE. 
Noos marquerons d'an * les mots que TAcadémie n'a pas reconnus. 



HAlInterj. 

Hablei et ses dérivés» parler beau- 
coup et avec ostentation. 

HaCBI, fiAGHSK, HACHKTTK. 

Hachis, hachoir. 

Hachubb (t. de grav. ; t. de blason) 

(15). 
Hagaid. 
Haha, oavertore. 



Ha! ha 

Hahé (t., de chasse). 

Haie, clôture. 

HaIe, cri des charretlei^. 

Haillon. 

Haine (16) et ses dérivés. 

Uaire, chemisette de crin on de poil de 

chèvre. 
*Haiibux, temps froid, handde. 



(14) HAftAiD est dérivé du mot grec ôf^ptoç, sauvage : Rac. À'ypoç, ager, terre; — 
Halbbah (canard saovage) est dérivé de àXtgptv6o;: Rac. *AXc, ôéxb;, lA mer, et 
ppévdoç, certain ofsean ; — Halb, de aXio;, ^elon les Doriens, pour 'fiXto;, soleil, oa 
dedbcto;, chaud, ardent : Rac. ÀXéa, chaleur, et proprement celle qui vient du soleil; 
— Halle, de AX«;, area^ aire à battre le grain ; — Hameau, de âfp.a, simul, en- 
semble; — Hanche, du vieux mot à-^^s, dont est encore demeuré à-pxî^ ulna, os ; 
— Haidi, dexop^ia, lecŒur; — Harnois, de àpvaxlc, peau d*agneau : Rac. Apç, 
àpvoç, agneau; — Héios, de ftpcû;, etc., etc. 

Halstbi est dérivé du mot latin halitus; hennir, deAfnnîre;HENNissB&iBNT, de 
hinnitus; hardi, dehardeo, ou du grec xap^îa, cœur, en changeant k en A; heb- 
niE, de hernia ; hallebarde, de hasta; harpon, de harpagoi harpie, de harpyia$ 
HÉRISSON, de hères f etc., etc. 

Et malgré cette origine grecque on latine, le h de tous ces mots est aspiré* 

(15) Haghubbs. Ce mot se dit non seulement an pluriel, mais encore au singu- 
lier, dans te blason, pour désigner les traits ou points qui marquent la différence 
des conteurs et des métaux : la hachure en pal, la hachure en fasce. 

(16) Hainb. Le h 8*aspire dans tous les temps du verbe hair. 



48 



DU H ASPIRÉ. 



BkLAGE, aclion de tirer an baleau. 
HiLBRAN , jeune canard sauvage. 
*Halbrener, chasser aui ha1braQ8(l 7). 
Hale et ses dérivés 
Halener (18). 
HALER(t. demarine). 
Haletant, haleter. 
Hallage, droit de halle. 
Hallali (19). 
Halle. 

Hallebarde, pique garnie. 
Hallebreda (t. de mépris et popul.). 
Hallibr, buisson épais ; celui qui garde 

une halle. 
Halo (t. d'astronomie). 
Haloir, lieu où Ton sèche te, chanvre. 
Halot, trou dans une garenne. 
Halotschnie, partie de la chimie qui 

a pour objet les sels ; et halurgie. 
Halte, halter. 



Hamac, espèce de Ut suspendu* 

Hameau. 

Hampe, bois d*une hallebarde. 

Han, sorte de caravansérail. 

Hamap, grand vase à boire. 

Hanche. 

Hangar (20), remise pour des char* 

rettes. 
Hanneton. 
Hanscrit ou SANSCRIT, languc savante 

des Indiens. 
Hanse, société de commerce formée 

entre plusieurs villes du nord de 

TAllemagne. 
Hansêatiqus (21). 
Hansiêrr (t. de marine). 
Hanter et hantise ( t. Tam. et popuU). 
Happe, espèce de crampon. 
*Happechair. 
Happelourde, pierre fausse (22). 



(17) Halbrenbr. I/Académie n*a point admis ce mot; elle indique seulement 
halbrené, pour désigner un oiseau de proie qui a quelques plumes rompues ; et au 
figuré, un homme eA mauvais équipage. A. Ti. 

(18) Halener. L'Académie, Trévoux, Gattel, Wailly et Boîste disent que 
le h s*aspire dans ce mot; mais Féraud est d*avis qu'il est muet, et M. La- 
veaux pense que Féraud a raison, parce que halener est un composé d'Ao- 
leine, où le h n*est point aspiré ; néanmoins Tusage ne s'est pas prononcé en 
faveur de ce motif, quoiqu'il paraisse fondé. Halener au surplus s'emploie bien 
rarement. 

(19) Hallali. Ce mot nous parait ne pas recevoir l'aspiration, et, en effet, l'A- 
cadémie ne l'indique pas. A. L. 

(20) Hangar. D'après Ducange, Furetiére, Richelet, Restaut et Domergue^ ce 
mot vient du latin angariuniy lieu où l'on gardait les chevaux de louage, appelés 
equi angariales» Hérodote nous apprend que le mot angarium, en ce sens, vient 
originairement de la langue persane. On appelle encore en Flandre angra, un 
Heu couvert qui n'est point fermé et où l'on entre de tous côtés : d'après cela. 
Trévoux et Domergue trouvent qu'il est étonnant que l'Académie écrive ce mot 
avec un A. 

(21) Hanséatique. L'Académie ne dit point que le A de ce mot soit aspiré, et ce- 
pendant elle le dit du mot hanse^ d'où hanséatique est formé. Gattel et M. Laveaux 
sont plus conséquents; ils indiquent l'aspiration. Au surplus beaucoup de personnes 
écrivent hanséatique sans A. 

(22) Happelourde. Suivant l'Académie, ce mot se dit figurément des personnes 



DU H ASPIRÉ. 



49 



Happer (t. popul.)* 

Haqusnée, cheval ou cavale de laille 
médiocre. 

Haquet, espèce de charrette à voiturer 
des marchandises; haquetier. 

Haiangus et ses dérivés. 

Haras, lieu destiné à loger des éta- 
lons. 

Harassbr. 

Harceler. 

*Hard (t. de gantier). 

HARDEy troupe de bêtes fauves. 

Harder ( t. de chasse ), attacher les 
chiens ensemble. 

Haidks. 

Hardi et ses dérivée. 

*Habdillirrs (t. de marine). 

Harem (23), lieu où sont renfermées 
les femmes chez les Mahométans. 

Hareng et ses dérivés. 

Marengère, harengerie. 

Hargneux, se hargner. 

Har:cot, plante ; graine ; ragoût. 

Haridelle. 

Harnacher, 'harnacheury harnache- 
ment. 

HARNOIS et HARNAIS. 

Haro (t. de coutume). 

* Harpagon, avare. 

Haipaillsr (se) (t. fam.) n*est d'u- 
sage qu'en parlant de deux person- 
nes qui se querellent. 

Harpe, hartists. 

*Harpeau (t. de marine). 

Harpxr (t. fam.) , prendre et serrer 
fortement avec les mains. 



Harpie. 

*Harpin, croc de batelier. 

Harpon, espèce de dard. 

Harponner, harponneur. 

Hart, espèce de lien. 

Hasard et ses dérivés 

Hase, femelle du lièvre et du lapin de 

garenne. 
Haste, longue lance. 
Hastb (t. de botanique). 
Hâte et ses dérivés. 
*Haterbau (t. de traiteur), tranche de 

foie. 
Hatisr, sorte de chenet de cuisine. 
* H ATiLLE, morceau de porc frais. 
Hatiyeau, fruit précoce. 
*Hadbaner (t. de maçon). 
Haubans (t. de marine). 
Haubert, sorte de cuirasse; hauber- 

GEON. 

•Haubitz, pièce d'artillerie. 

Hausse et ses dérivés. 

Hausse -COL. 

Haut et ses dérivés. 

Haut-a-haût (t. de chasse). 

Hautbois. 

Haut- BORD, nom que Ton donne aux 

grands vaisseaux. 
Haut-de-chausses. 
Haute-contre (i. de musique). 
Haute-cour, tribunal suprême. 
Haute-futaie. 
Haute-lige et ses dérivés ; fabrique de 

tapisserie. 
Haute-lutte. 
Haute-marée (t. de marine). 



qui ont une bonne apparence, un bel extérieur, et qui n'ont point d'esprit. II a vieilli. 
— Trévoux pense que, dans ce sens, il ne se dit qu'en riant, et M. Laveaux doute 
fort qu'on doive jamais s'en servir. 

(23) Harem. Féraud et Trévoux ne parient point de ce niot, et Wailly, qui en 
fait mention, le met au nombre des mots dont le h ne s'aspire point; Gattel, qui est 
d'un avis contraire, peut citer en sa faveur l'usage et l'auloriié de plusieurs écri- 
vains estimés, et surtout l'Académie. 

I. 4 



50 



DU H ASPIRÉ. 



Hautk-paye. 

Haut-fond. 

Haut-lb-corps, forte conyalsion d'es- 
tomac. 

Haut-le-pird, exclamation^ oà terme 
de mépris* 

Haut-mal, mal caduc. 

Hautbsse. 

Hauturikr (I. de marine). 

Haye, pâle et défiguré. 

Hayir, y. act., dessécher. 

Hayrb, port de mer. 

Hayre-sac. 

Hé ! sorte d'interjection. 

Heaume, casque. 

Hblbr (t. de marine). 

Hem ! interjection. 

Hennir (on prononce hanir), l'Acad. 
et tous les leilcogr. (24). 

Hennissement (on prononce hafiisse- 
ment). 

Henri (25). 

Henriade. 

Héraut , officier chargé des messages. 

HÈRE (t. de mépris). 

HÉRISSER. 
HÉRISSON. 

*HÉRissoNNE, femme fâcheuse. 



* HÉRissoNNBE (t. dc maçoD, recrépir}. 

Hernie» descente de boyaux. 

Herniaire, chirurgien. 

Hernutes; sectaires chrétiens. 

HÉRON et ses dérivés. 

Héros (26). 

Herse et ses dérivés (27). 

HÊTRE, grand arhre. 

Heurt, choc, coup, et ses dériYéfl. 

Heurtoir. 

Hibou. 

Hic, principale difficulté d*une affaire. 

Hideux, moBussMENT. 

Hiérarchie et ses dérivés. 

HiB, sorte d'instrument dont on se sert 

pour enfoncer les pavés. 
HiLB (t. de botanique). 
Hisser (verbe act.). 
Ho! exclamation. 
Hobereau, oiseau de proie. 
Hoc, jeu de cartes. 
HoGA, sorte de jeu. 
HocHBi entaillure. 
Hochement et ses dérivés. 
Hochepot, espèce de ragoût. 
Hochequeue, oiseau qui remue sans 

cesse la queue* 
Hocher, secouer, branler. 



(24) Cependant il faut observer qUe, malgré toutes ces Autorités, nombre de 
personnes prononcent hénir, et il fhut convenir que cette prononciation est à la 
fois étymologique et euphonique (M. Nodier). 

(25) Henri. On aspire le h de ce mot dans le discoure soutenu, mais 6b ne l'as- 
pire jamais dans la conversatiob (d'Olivet et Demandre). — Le A de Henriette 
ne s'aspire dans aucun cas. 

(26) Héros. Les dérivés de ce mot, tels que hèrcHnë, KSfdî'sVà'd, liiêrvCtqaSf 
hércfiquement, héro'ide, se prononcent tous sans aspiration. 

(27) Après ce mot vient hésiter, dont le h était autrefois aspiré . P. Corneille a dit dans 
sa comédie du Menteur (act.HI, se. 4) : JYe hésiter jamais ^ et rougir encor moins. 

Et Bouhours : Cest une erreur de hésiter à prendre parti du càté où il y a Te 
plus d'évidence.. 

Mais ne hésiter^ de hésiter ont paru trop durs à Toreille, et Ton he fait t>1as de 
difûcultéde dire aujoord'hui/Aé^tïe, je n'hésite plus. 

(Yoltaire, Rem, sur CorneHUe, e^Fèràiid, Dict^ eni^^vê.) 



DU H ASPIRÉ. 



51 



Hochet. 

HoGNiRf'gronder^ se plaindre. 

HOLLARDSB , HOLLANDE , HOLLAN- 
DAIS (28;. 

HOHO ! inlerjectioD. 

HOLAi 
HOM; 

Homard, grosse écrevisse de mer . 

HONCHETS. 

Hongre, cheval cb&tré ; honorer. 

HONGROTEUR. 

Honnir, bafouer. 
HoNTB et ses dérivés 
Hoquet. 

HoQUETON, archer. 
HoRDE^ peuplade errante. 
Horion (vieux mot) \ coup rude dé- 
chargé sur la tête ou sur les épaules. 

HOBS 

Hors-d'obvvre. 
Hotte. 

HOTTEEy HOTTEUR. 

*HoTTENTOT (29), habit, de T Afri- 
que. 



Houblon et ses dérivés . 
Houe, instrum. pour remuer la terre. 
* HouHou, vieille femme difforme. 
Houille et ses dérivés. 

HOULAN (30). 

Houle, vague après la tempête. 

Houleux (t. de marine). 

Houlette, 

HoupER appeler. 

Houppe, HOUPPER. 

Houppelande. 

HouRAiLLER (t. dc chassc). 

Hourkt, petit chien. 

*HouRGE, corde qui lient Id vergue. 

HouRDAGE, maçonnage grossier. 

Hourder (verbe). 

HOURI. 

Hourqub, navire hollandais. 
Hourra (31). 

HouRVARi (t. de chasse) (32). 
house, houseau. 
Houspiller. 

HousSAiE; lieu où croit quantité de 
houx. 



(28) Voyez page 52 une observation faite par M . Nodier. 
(29} L'Académie ne fait pas mention de ce mot : mais Wallly, Féraud et Boiste 
en aspirent le A. 

(30) Houlan. On écrit aussi huîan et uhlan, et dans ce dernier Vu est aspiré, 
diaprés l'Académie (voyez pag. 32). Boiste ne cite pas ce mot. A. L. 

(31) Hourra. L'Académie dit que plusieurs écrivent houra, n cri de joie des ma- 
rins anglais; — attaque de troupes légères. » Boiste ne donne que Aot<ra, comme cri 
de guerre des Russes. Ce mot est évidemment le même que huzza (prononcez 
houzxa) cité dans le Dictionnaire comique de Leroux comme un emprunt fait 
à la langue anglaise, et dont on a fait ensuite hourra. A. L. 

(32) HouRVARl. Ce mot vient, selon Ménage, du bas allemand herwaard, qui 
signifie en-deçà, ou impérativement retourne, qui est le cri dont les chasseurs se 
serrent pour faire revenir les chiens sur leurs premières voies quand ils sont tom- 
bés en défaut. D'après cette origine, on ne devine pas pourquoi l'Académie écrit 
hourvari avec on A, et ourvari sans A. Ce mot écrit sans k est bien certainement 
contraire à son étymologie, et, comme le dit M. Laveaux, il n'est pas français. 

Hourvari se dit aussi, figurément et familièrement, d'un contre temps que 
PoD essaie dans une affaire; ou encore, d'un grand bruit» d'un grand tumulte. 
Nombre de gens écor^Mnt ce mot. 

4. 



52 DU H ASPIRÉ. 



HOUSSARD, HUSSARD. 

HoussB et ses dérivés. 

HOUSSINE, HOUSSINER. 
HOUSSOIR. 

Houx, arbre ; housson. 
HoYAu^ sorte de houe. 
HuARD, oiseau. 
Hublot (t. de marine) . 
Huche, grand cofTrc. 
HucHET, cornet avec lequel on appelle 
de loin. 



Hue, huhau, hurhau (33). 

Huée et ses dérivés. 

HuETTE, HULOT, sortc de hibou. 

* Huguenot, calviniste. 

Huit et ses dérivés (34). 

Humer. 

Hune, hunier. 

Huppe, huppé. 

Hure. 

Hurlement, hurler. 

Hutte, se hutter. 



Observation, l** Le h conserve l'aspiration dans tous les mots 
qui sont composés des précédents, tels que déhamacher^ enhardiy et 
ses dérivés, enharnacher, aheurtement, etc. Cette lettre fait alors l'ef- 
fet du tréma, et sert à annoncer que la voyelle qui la suit ne s'unit pas 
en diphthongue à la voyelle qui la précède. On en excepte exhausser^ 
exhaussement, qui sont sans aspiration, quoique formés de liausser^ 

haussement^ où le h est aspiré. (L'Académie, Resiaul, Wailly, Domergue.) 

2° La lettre h est ordinairement aspirée lorsqu'elle se trouve au mi- 
lieu d*un mot entre deux voyelles, comme dans cohue, aheurter, 

dhan. (Le Diciionn, de PAcadém,) 

3° Elle est presque toujours aspirée dans les noms de pays et 
de villes : le Hainaut, la Hongrie, la Hollande^ Hambourg^ etc. — 
Cependant le h n'est point aspiré dans ces phrases : toile d'Hollande, 
fromage d'Hollande, eau de la reine d'Hongrie, où un usage fréquent 

a effacé l'aspiration. (Restaul, VVallly, Chapsal, Cattel et Calineau.) 

Toutefois, comme le dit M. Nodier, cet usage est celui des blanchis- 
seuses et de Tofûce, et il ne devrait pas faire loi au salon. 



(33) Hue. Cri des charretiers pour faire avancer les chevaux, et particulièrement 
pour les faire tirer à droite. L'Académie donne huhau et hurhau dans le même 
sens. M. Nodier ,.dans le Dictionnaire des Onomotapées ^ écrit huro, hurau,ei hu- 
rault ; Boiste hurhaut, et c'est ainsi qu'il est écrit dans la plupart des éditions de 
Molière, Dépit amoureux, IV, 2, 75. L'Académie ici doit faire loi. A. t. 

(34) Huit. Quelques Grammairiens ne veulent pas qu'il y ait d'aspiration dans 
huit ; mais c'est sans fondement, puisqu'on écrit et qu'on prononce sans élision, oi 
liaison: le huit^ les huit volumes, la huitaine, le ou la huitième. 

— Il est évident que huit est aspiré, et l'Académie ledit formellement ; cependant 
elle fait sonner le x de dix sur huit dans dix-huit, soixante^dix-huit, etc. De 
même dans vingt'huit on prononce vin-thuit, et l'on dit avec aspiration quatre^ 
vingt-huit. L'usage seul peut rendre raison de ces anomalies. A. L. 



DES CONSONNES. 63 

Les consonnes après lesquelles on emploie la lettre h en français 
sont c, /, p, r, t. — Voyons d'abord quelle est sa fonction après la 
lettre c; et ensuite, à chacune des autres lettres /, p- r, t, nous trai- 
terons de celle que la lettre h remplit lorsqu'elle en est accompagnée. 

Ces consonnes ne sont pas les seules qui soient suivies de h; on en voit des 
eiemples dans beaucoup de mots étrangers que nous avons adoptés, shako, sheling, 
Mhérif (y ojez plus loin à la lettre s), Bergheim, Stockholm , whig, whist, sans 
compter les mots français abhorrer, adhérent, inhérent, exhausser, etc. A . L. 

Après la consonne c, la lettre h est purement auxiliaire, quand, 
avec cette consonne, elle devient le type de l'articulation forte dont 
nous représentons la faible par ;, et qu'elle n'indique aucune aspira- 
tion dans le mot radical : telle est la valeur de h dans les mots pure- 
ment français, ou qui viennent du latin ; comme chapeau^ cheval^ 

chosey Chute^ etc. (Beauzée, Encycl. méih. et le Dict, de VAcad.) 

Après c, la lettre h est purement étymologique dans plusieurs mots 
qui viennent du grec, ou de quelque langue orientale, parce qu'elle ne 
sert alors qu'à indiquer que les mots radicaux avaient une aspira- 
tion, et que dans le mot dérivé elle laisse au c la prononciation natu- 
turelle du &; comme dans : AchéloUs^ Achmet, archétype^ anachro- 
nisme j archonte j archange, Chalcédoine^ Chaldéen, catéchumène^ 
chaos, Chéronée^ Chersonese, chœur, choriste^ chorus^ chorographiCy 
chrétien, chromatique, chronique, chronologie, chrysalide, Melchisé- 
deCy chorégraphie^ chorévêque, choléra-morbus. (Beauzée^ et L'Académie.) 

BaCChuSy Chloris, Melchior, (Wailly, Demandre.) 

Ajoutez encore archéologie et ses dérivés, Bucharest, Batrachomyomachie (le 
premier ch se prononce k, le second est adouci), poëme attribué à Homère, dont le 
titre signifie : combat du rat et de la grenouille ; chalcographie, Charybde, chi- 
ragre, chiromancie, chlamyde, chlore, chrême, chrysocale. Voyez aussi â la lettre 
s la prononciation des mots commençant par sch, A. L. 

Plusieurs mots de cette classe, étant devenus plus communs que 
les autres parmi le peuple, se sont insensiblement éloignés de leur 
prononciation originelle, pour prendre celle du ch français; tels sont : 
archevêque, archidiacre^ archwrêtre. architecte, archiduc, chimie, 
chirurgien j chérubin^ tachygrapfiie, Achille, Machiavel (d'où mo- 
chiavélisme, machiavélique), Ézéchias, (BeauzéeeirAcadémie.) 

Remarques, — On prononce à la française : archevêque, patriar- 
che, Michel^ et, avec le son du k, archiépiscopal, patriarchal, Michel- 
Ange. 



54 DES CONSONNES. 

L'Académie, Restaut, Demandre, Gattel, Féraud, Boniface, etc., 
sont d'avis qu'on doit prononcer le ch du mot chirographaire avec 
le son du k; Wailly indique dans sa Grammaire qu'il faut le pronon- 
cer à la française; mais, dans son Dictionnaire , il s'est rangé à l'avis 
de l'Académie. 

Les mêmes autorités sont toutes réunies pour que l'on prononce 
le ch du mot Achéron à la française. Le Théâtre Français a adopté 
cette prononciation ; l'Opéra seul tient encore pour Akèron, 

Le ch de Joachim se prononce à la française, et im prend un son 
nasal et obtus, comme in dans le mot injuste. 

Quelques personnes cependant donnent à ce mot une prononciation étrangère, 
et disent Joakime; c'est à tort quand 11 s*agit d'un nom français. A. L. 

Dans almanach, le ch n'a aucun son. On prononce almana. — 
Looch se prononce lok, et yachty iaque. (L'Académie.) 

J j — se prononce toujours je : jalousie^ jésuite^ joli, jeune, 
jeter. 

Il ne se double point, et ne se trouve jamais ni avant une consonne, 
ni à la fin d'un mot, ni avant la voyelle i, excepté par élision , 
comme dans j'ignore, j'irai; et alors ;' remplace le pronom je. 

Ne confondez pas le j consonne avec Vi voyelle, et n'oubliez pas 
que cette consonne a pour identique la lettre g, 

K k — se prononce que : Kyrielle. 

Cette lettre, inutile en latin, ne sert pas davantage en français ; 
elle ne s'est conservée que pour le mot kyrielle, formé abusivement 
de kyrie eleison ; pour quantité de mots bretons, et pour quelques 
mots qui nous viennent des langues du nord ou de l'orient, tels que 
kan, Kahach, kahin, kermès, kermesse, kilomètre, kiosque, kirsch- 
icasser, knout, kyste, kynancie, Stockholm, etc. 

(Regoier-Desmarais, au mot Prononciation. — Wailly, page 43 1, elle 

Dict, de VAcadimie.) 

L 1 — se prononce le au commencement, au milieu ou à la fin 
des mots, comme dans laurier, livre, leçon, filer, modèle, appeler, 
aïeul, èpagneul, filleul, linceul (34 bis), tilleul, seul, recul. 



^34 bis) Voyez les remarques détachées pour Torthographe et la prononciation du 
mol linceul. 



pm CONSONI^ES. $5 

]Ud L final ne som^e pas dans barils chenil, couUl, culj fournil (lieu 
où est ]^ four), fu^l^ nombril^ oulil^ persil, soûl, sourcil ; mais il 
sonne d^s tous les loutres mots. 

Nota. La prononciation des mots pluriels en ils varient confor- 
mément à celle du singulier ; par exemple, on dit des fusi-zenlevés, 
des outi-zexcellents, parce que ces mots se prononcent au singulier 
sans Tarticulation du /,- mais on dit des profil^zexacts, de siubtil-zar- 
guments, parce que dans ces cas on fait sonner la consonne / au sin- 
gulier; enfin des pèril-zaffreuXy en mouillant, parce quepén7se 
mouille au singulier 

Gattel, Domergue, et M. Laveaux pensent que Ton fait entendre le / 
final de gentil (idolâtre); l'Académie se tait sur la prononciation de 
ce mot; mais elle dit positivement que le / final de gentil dans la si- 
gnification de joli, agréable, ne se fait entendre que lorsqu'il est avant 
une voyelle, et encore prend-il le son mouillé ; c'est-à-dire que gentil 
enfant ^Q prononce comme s'il y avait gentillenfant^ mais au pluriel 
le / reste muet. 

Voyez, pag. 16, ce que nous avons dil, sur le changement de Vu final en / dans 
certains mots. 

La voyelle t, placée avant la consonne /, donne à cette lettre un son 
mouillé qui est très commun dans notre langue : ce son devrait avoir 
un caractère particulier; mais, comme il nous manque, il n'y a pas 
uniformité dans la manière de le désigner. 

1** Nous indiquons ce son mouillé par la seule lettre l, quand elle 
est finale et précédée d'un t, soit prononcé, soit muet, comme dans 
avrils babil, cil, gril, mil (sorte de grain fort petit) , péril, bail, écueily 
orgueil, travail, sommeil, soleil, fenil (lieu où l'on serre les foins) , etc. 
— Il faut seulement en excepter fil, Nil, mil (adjectif numérique) , 
les adjectifs en il, le mot fils, et tous ceux que nous avons indiqués 
plus haut, où le / ne se prononce pas. 

2"* Nous représentons le son mouillé par //, dans les mots où il y a, 
avant //, un t prononcé, comme dans ///e, anguille^ paillage, cotil- 
lon, etc. — Il faut cependant en excepter Gilles, ville, mille, etc., etc., 
et tous les mots commençant par ill, tels que illégitime, illustre, il- 
lusion, etc. , etc. 

Ajoutez-y le mot Sully, qui ne doit pas prendre le son mouillé, malgré Topinfon 
contraire de quelques Grammairiens. Notez que ce son ne se trouve jamais au com- 
mencement d'un mot de noire langue. Cependant l'Académie au mot lama (qua- 
dropède) admet aussi llatna avec le son mouillé. Ce mot s'écrit, encore glama ; 
mais alors H doit se prononcer avec le son rude. Pour ^/t, voyez p. 46. A. L. 



56 DES CONSONNES. 

3* Nous représentons le même son par illy de manière que Vi est 
réputé muet, lorsque la voyelle prononcée avant le son est autre que 
t ou w, comme danspai/Zasse, oreille^ feuille^ etc. Mais c'est mal ren- 
dre le son mouillé que de prononcer mélieur, comme s'il y avait un % 
après le /, ou comme s'il y avait un t grec, meyeur. 

4"" Enfin nous employons quelquefois Ih pour la même fin, comme 

dans Milhaud^ PardailhaC, (Beauzée, EncycL méth , lelue L.) 

On ne prononce guère les deux /que dans alléger y allegone, auu- 
sion^ helligéranL collaborateur, colloque, constellation^ ellébore^ fol- 
liculaire, gallican, gallicisme, hellénisme, intelligent, interpeller ^ 
libeller, oscillation, palladium, pallier, pulluler, pusillanime, rébel- 
lion, solliciter, syllogisme, tabellion, velléité^ et quelques dérivés de 
ces mots. 

On prononce un seul l dans collège, collation , collationner; mais 
on en prononce deux dans collégial et dans collation , collationner, 
ayant un autre sens que celui de repas« 

(Wailly, page 433, et Lévlzac, page 82, tome I.) 

Mm- — se prononce me ; muse, médisant, midi. 

Cette lettre ne reçoit aucune altération au commencement des mots. 

Mais, à la fin d'une syllabe, m a le son nasal, ou, si l'on veut, rem- 
place le n, quand il est suivi de l'une des trois lettres m, b,p. Emme- 
ner, combler, comparer, etc. , etc. , se prononcent enmener, conbler, 
conparer. 

On en excepte les mots qui commencent par imm : immodeste, im- 
médiatement, immense, immanquable se prononcent im-modeste, im- 
médiatement, etc. 

On prononce aussi l'articulation m dans les mots où elle est suivie 
de n, comme amnistie, Agamemnon. Il faut en excepter damner, con- 
damner et leurs dérivés, où m ne se prononce pas. - — Automne se 
prononce autonne^ mais m est articulé dans automnal. 

(Beauzée, EncycL mélh,y lelire M, et le Dici, de CAcad.) 

Dans le mot indemne, Ye se prononce moyen, et l'on conserve à la 
lettre m son articulation naturelle; on dit ein-dém-ne; mais, dans 
les mots indemnité, indemniser, l'e se change en a, et l'on y fait en- 
tendre la lettre m : einr-dame-niser, ein-dame-nité. (m. Boniface.) 

M a encore l'articulation nasale dans comte, venu de comilis ; dans 
compte, venu de computum; ians prompt, venu de prowptus^ et dans 
leurs dérivés 



DES CONSONNES. 57 

La lettre m finale est un simple signe de la nasalité de la voyelle 
précédente, comme dans nom, pronom, faim, parfum, dam, etc. ; il 
feut en excepter l'interjection hem, quelques mots latins, tels que 
item, et la plupart des noms propres étrangers, où la lettre m conserve 
sa prononciation naturelle, comme dans Sem, Cham, Priam, Stoc- 
kholm, Postdam, Amsterdam, Rotterdam, JVagram, Wirtemherg, etc. 
— ' Adam, Absalom se prononcent cependant' avec le son nasal; et 
c'est de l'usage qu'il faut apprendre ces différences, car c'est l'usage 
seul qui les établit, sans aucun égard pour l'analogie. 

(Beauzée, Encych méth., lettre M.) 
II Doos semble que le mot H^urtembetg se prononce généralement aujourd'hui 
avec le son nasal. Les mots empruntés à la langue latine^^ \ conserTé le son natu- 
rel dans la finale; ainsi um se prononce omey factum, facxotum, ad libitum, pen- 
iurrif Labarum, etc. Il en est de même de rhum. Mais quidam, malgré son ori' 
gine latine, se prononce kidan. A. L. 

Lorsque m est redoublé, on n'en prononce ordinairement qu'un, 
comme dans commode, commis, commissaire, dilemme, etc. , etc. ; on 
excepte les mots Ammon, Emmanuel, ammoniac, commensurable, 
commémoration, committimus, commotion, commuer ei ses dérivés; 
et tous ceux où m redoublé est précédé de i : immanquable, im- 
mense, etc. 

(Regnier-Desmaraig. — Wailly, pages 4i3 et 433. — M. Sicard,page 451, tome II.— 

Caltel, et le Dlct. de l'Acud.) 

Grammaire, grammairien, fréquemment usités, ont subi le sort de 
tous les mots qui passent dans la langue usuelle, et ils ont pris une 
prononciation adoucie ; tandis que dans les mots, grammatical, gramr- 
matiste, moins usités, on a continué de faire entendre le double m. 

N n. — Cette consonne n'a que le son propre ne; nager, novice, 
nonagénaire. 

Lorsqu'elle est suivie d'une voyelle, elle conserve le son qui lui est 
propre, au commencement et au milieu des mots; comme dans nour- 
rice, anodin, cabane, etc. ; on en excepte le mot enivrer et ses dérivés, 
etleverbecnorjfwetV/tr, qui se prononcent comme s'il y avait deux N, 
le premier nasal et le second articulé : an-nivrer, an-norgueillir (35). 

(Le Dict. de f /icacf., Wailly, Galtel, Boisie, Catineau, Rolland, etc., etc.) 

Suivi d'une consonne (autre que la lettre n) , n perd le son qui lui 



(36) Domergae prononce o-nt'-vrer, a-nor-gueillir. — F oyez ce qui a été dit 
pag. 21. 



58 DES CONSONNES. 

est propre pour prendre le son nasal, comme dans awore, engraver, 
ingrédient. 

N final sonne dans abdomen^ amen^ Eden, grameny hymen, le 
Tarn; dans examen (que l'usage permet de prononcer aussi avec le 
son nasal) , et dans tous les mots où il est immédiatement, nécessai- 
rement et inséparablement uni avec le mot qui le suit, soit que ce 
mot commence par une voyelle, soit qu'il commence par un h aspiré. 

Béam se prononce Béar, — Monsieur se prononce Modeu. 

(Le Dict. de VAcaiiém. — D'OlÎTet, Prosodie ftanç,^ pages 63 et 81. — 
Beauzée^ Encyci méth., lettre N. — Wailly,page 4S4.) 

Voyez aux voyelles nasales, pag. 21 , ce que nous avons dit sur la prononcialion 
de la lettre n finale. 

Quand n est rédoublé, il ne donne jamais à la voyelle précédente 
le son nasal, si ce n'est dans ennobli et dans ennui et leurs dérivés; 
ainsi, deux n ne servent qu'à rendre la syllabe précédente brève, et 
anneau/ année , innocence, innombrable^ etc., etc., se prononcent 
a-neau, a-née, i-nocence, i-nombrable ; mais annale, annexes, an^ 
nuler, connivence, cannibale, inné, innocuité, innové, innomé, et les 
noms propres : Cincinnatus, Linnée, Porsenna^ Apennins^ se pro- 
noncent en faisant entendre les deux n. 

(RegDier-Desmarais, au mol Pronom. Gattel, Wailly, page 434, 

et le Dict, de FAcadém.) 

Solennely hennir, hennissement se prononcent solanel, hanir, fca- 

nissement. (L'Académie.) 

Sur la prononcialion de gn, voyez ce qui a été dit page 45. 

P p — se prononce pe : péril, pigeon, pommade. 

Le p initial conserve toujours le son qui lui est propre, soit avant 
une voyelle, soit avant une consonne, comme dans peuple , psaume. 

Cependant, avant h, le p initial a, comme nous allons le voir tout- 
à-l'heure, une prononciation qui lui est particulière. 

Dans le corps d'un mot, p conserve également le son qui lui est 
propre. 11 sonne dans ineptie, inepte, adoption, captieux, reptilCy ac- 
cepté, septuagésime, rédempteur, rédemption, septuagénaire, etc. 

(L'Académie et Waiily, page 435.) 

Mais il ne sonne pasdans Baptiste, cheptel, indomptable, dompter (36), 



(36) Irdomptasls, domptbr. Galtel, Féraud, Waiily voudraient que le p se Ht 
sentir dans la prononcialion soutenue. L'usage s*y oppose. 



DES CONSONNES. 59 

frompi et ses dérivés, iculpteur^ et en général dans presque tous les 
mots où il se trouve entre deux consonnes. 

(Le Dlct, de PAcadémie^ Rolland, Catioeau, Boiste, et M. Laveaax.) 

Cette régie n'est peut-être pas bien sûre, oa du moins il y a plusieurs exceptions 
k noter : outre rédempteur, rédemption, il faut excepter encore tous les mots qui 
ont la même étyraologie ; exemption, péremption , péremptoire, puis symptôme, 
iymptatnatique, contempteur, impromptu, A. L. 

Dans baptismal^ baptême, baptiser, baptistaire (37), baptistère, lep 
ne se prononce point. Dans septembre, septénaire, le p se prononce; 
et dans sept et ses dérivés il ne se prononce point. Dans exemption, 
le p se prononce; dans exempt, il ne se prononce point, ni dans compte 

et ses dérivés. (Le met, de V Académie.) 

Le p final se prononce dans beaucoup et trop, lorsqu'ils sont sui- 
vis de mots qui commencent par une voyelle : il a beaucoup étudié, il est 
trop entêté. Il se prononce aussi dans Alep, jalap, cap, Gap; mais il ne 
se prononce point dans les mots camp, champ, drap, sirop, cep, ha- 
nap, galop, sparadrap, etc., quoique suivis d'autres mots qui com- 
mencent par une voyelle. On ne le fait pas non plus entendre à la fin 
de certains mots, où il n'est conservé que pour Tétymologie; comme 
dans loup, corps, sept, temps, qu'on prononce lou, cor, set, tems. 

(L'Acadérnie.) 

Dans le discours soutenu, coup inattendu, coup extraordinaire, se 
prononcent cou-pinattenduj cou-pextraordinaire. 

(Wallly, page 43% et le Dict. de C Académie.) 

Nous avons quelquefois entendu des personnes instruites prononcer le p dans 
cep, et c'est aussi Tavis de M. N. Landais ; mais l'Académie ne reconnaît pas cette 
prononciation : ainsi , l'on doit dire ce au singulier comme au pluriel. Il en sera 
de mêmede«a/«p, d'après la décision de l'Académie ; mais nous avouons que cette 
prononciation nous choque, parce que ce mot d'origine étrangère semble devoir 



(37) L'Académie, dans son Dictionnaire, édXWom et 1798 et de 1835, Wailly, 
Gattel, Le Tellier, etc., avertissent que baptistaire, ainsi écrite se dit du registre 
où sont inscrits les noms de ceux que l'on baptise, ou bien encore de l'extrait qu'on 
tire de ce registre ; et Féraud cite deux phrases, l'une de Bossuel, l'autre de ma- 
dame de Sévigné, dans lesquelles ce mot est ainsi orthographié. Ces mêmes auto- 
rités nous apprennent en outre que baptistère, écrit avec un è, s'entend d'une pe- 
Ute église qui était près d'une cathédrale, et où Ton administrait le baptême. 

Toutefois il parait que, dans ces diverses acceptions, ce mot ne s'écrivait autre- 
fois que d'une seule manière; en effet, l'Académie, dans l'édition de 1762, Trévoux 
et Féraud n'indiquent que baptistère écrit avec un é. 



60 DES CONSONNES. 

sonner comme alep, Julep^ où Ton fait sentir le p. Il se prononce également dant 
croup et à la fin de quelques mots où il est suivi de s, lap», relap», biceps, seps, 
forceps, A. L. 

Quand le p est redoublé, on n'en prononce qu'un. Apprendre^ 
frapper, opposer, etc., se prononcent aprendre, fraper, oposer. 

P, suivi de h, a pour nous le son propre de F : phare, philtre, 
phosphore, philosophe, phrase, physionomie, phalange, philanthr&pe^ 
s6 prononcent fare, filtre, filosofe, etc. 

Le PH français est le f que les Grecs prononçaient avec aspiration, 
et que les Latins ont conservé dans leur langue; mais alors ils le 
prononçaient à la grecque, et l'écrivaient avec le signe de l'aspiration. 
Pour nous, qui prononçons sans aspiration le f qui se trouve dans 
les mots latins ou dans les mots français, on ne devine pas pour- 
quoi nous écrivons avec ph les mots dont nous venons de parler, 
par la raison qu'ils viennent de l'hébreu ou du grec, lorsque nous 
écrivons avec /*, fée, quoiqu'il vienne de yàw; front, quoiqu'il vienne 
de fpovrU; fanal, quoiqu'il vienne de (poLivo^; flegme, quoiqu'il vienne 
de fléy^iK ; enfin près de quarante autres mots qui viennent égale- 
ment du grec. (Beauzee, Encyel, méth., lettre H.) 

Q q. ■ — Cette consonne n'a que le son propre que • quotidien, quinze, 
quolibet 

Le génie de la langue française a refusé à la lettre q le pouvoir de 
représenter l'articulation sans le secours de Vu; c'est-À-dire qu'elle 
l'a toujours à sa suite, si ce n'est dans quelques mots où elle est 
finale. 

Q initial, ou dans le corps du mot, conserve toujours le son qui 
lui est propre : qualité, quolibet, quenouille^ acquérir, quitter, liqui- 
dation* (Wailly, page 436. — Lévizac, page 86, t. T.; 

Q final sonne dans coq et dans cmq avec le son dur. On en excepte, 
pour le premier, le mot coq d'Inde, où la lettre Q ne se prononce pas; 
et pour le second, le cas où il est suivi immédiatement de son sub- 
stantif, commençant par une consonne : cinq cavaliers, cinq gar- 
çons se prononcent cein cavaliers, cein garçons. Dans tous les au- 
tres cas, et, par exemple, dans coq de bruyère^ — coQ-à-râne, — espace 
de CINQ ans, — trois et deux font cinq, — ils étaient cinq, tous bu- 
vant et mangeant, — cinq pour cent, le q se prononce 

Quelques personnes voudraient qu'il y eût une difTérence pour la prononciation 
entre le singulier et le pluriel du mot coq, et qu'on dit des côs; nous pensons que 
c'est une erreur. A. L. 



DES CONSONNES. 61 

Q n'est jamais redoublé. (Le Oict. de e Académie, Wailly et Lôv«ac.) 

11 y a quelques mots où Vu qui se trouve à la suite du q initial, 
forme avec la voyelle suivante une diphthongue propre; alors Vu a 
deux sons particuliers : ou et u. Ainsi, qu a le son de cou dans aquor- 
rellCj aquatiîe (38)^ aquatique, équateur, équation^ quadragénaire, 
quadragésime, quadrupède, quaker, que Ton prononce acouatique, 
écouaieur, couadragésime, etc. 

11 a aussi le son de cou, dans quadrature (terme de géométrie), 
quanquam{i. de collège, emprunté du latin), quadrige (t. d'anti- 
quité), quadruple, in-quarto, quatuor. (L'Académie.) 

Le mot quaterne, indiqué par Boiste dans cette catégorie, doit se prononcer 
kateme, d'après ia nouvelle édition de l'Académie. Cependant, quaternaire prend 
le son coua, de même que liquation. Liquéfaction fait sentir Vu, et liquéfier se 
prononce îikéfier. C'est là, sans doute, une grande bizarrerie, et l'analogie eiige né- 
cessairement que l'on prononce likéfaction. Mais l'usage s'y oppose ; pourra-t-on 
te changer? A. L. 

Qu a le son de eu dans équestre, équilatéral, quintuple, quinquen- 

nium, questure, uhiquiste, équitation, à quia, Quinte-Curce, Quin- 

tilien (39), et dans quinquagésime , que Ton prononce cuincoua- 

gésirhe. 

On prononce encore de la même manière quibuSy quiet, quiétisme (nous croyons 
pooYoir àîouter quiétude, par analogie, quoique l'Académie se taise et que plusieurs 
Grammairiens soient d'un avis contraire ) , quinquennal , quintidi, quintetto, 
quintuple, quitus (et non pas kitus, comme beaucoup de personnes le disent, con- 
trairement à la décision de l'Académie ). Remarquons, d'après ces eiempies, que 
te son cou a lieu devant un a ; le son eu devant un t, ou un e ; et c'est précisément 
de cette façon que nous prononçons les mots laUns : qua, qui, quœ. Par suite, qu a 
tODjoors le son dur devant o, parce qu'en latin il sonne de même pour nous, quod. 
Ainsi, dans cette dernière syllabe la prononciaUon est uniforme , tandis que dans 
les antres elle varie selon que les mots prennent rarticnlatfon latine ou française. 
Dans ce cas, l'usage est le seul guide : il veut qu'on prononce d'une manière difTé- 



(38) Ce mot, que l'Académie a oublié, n'en est pas moins usité. Une plante aqua- 
tHe est une plante submergée entièrement, ou flottante à la surface de l'eau, une 
planle qui ne peut vivre hors de l'eau, comme la nymphéa, la lentille d'eau, etc. 
Une plante aquatique est celle qui se plait dans les terrains marécageux ou cons- 
tamment hamides, comme \e saule, Vaune le roseau. — L'Académie ne reconnaît 
pas ce mot, en 1835 ; Boiste l'a adopté. 

(39) Domergue et M. Bonlface seraient d'avis que l'on prononçât Kinte-Curce, 
Kintilien; mais tf. Lemare, les professeurs, et l'usage môme (du moins nous le 
croyons) ne sont pas favorables à celte opinion. 



62 DES GOM SONNES. 

rente Quintilien {Cuintilien), Quinte- Cur ce {Cuinte et non paB Kinie, encore 
moins Kint-Curce); et Sixte-Quint (Kint), Charles-Quint, A. L. 

Enfin les deux lettres qu se prononcent avec le son propre du q, 
et ne forment point diphthongue avec la voyelle suivante, dans guo* 
lification, quolibet, quiproquo^ quidam^ quinconce, quasimodo^ qui^ 
gnon, liquéfier, quadrature (t. d'horlogerie), qtmnquan (cancan, t. 
corrompu du latin), quadrille, quatrain, quartaut (la quatrième 

partie du muid ) . (Gattel, Péraud, Wailly, Noël, etc.) 

R r^ — n'a que le son propre re : ragoût, règle, rivage, rouge. 

R initial, et dans le corps du mot, se prononce toujours sans va- 
riation de son dans le discours soutenu; mais dans la conversation, la 
prononciation de cette lettre est très adoucie dans notre, votre, avant 
une consonne, excepté dans JSotre Dame (la Sainte-Vierge) : cependant 
il repfend sa prononciation ordinaire, si ces deux mots sont suivis 
d'une voyelle, ou précédés de l'article. Dans votre ami est le. nôtre, r 
a le son qui lui est propre. 

(Th Corneille, sur la 4i2« Remarque de Vaugelas, et Lévizac, page 88.) 

Remarque. — Autrefois on prononçait mécredi; mais actuellement 
il est mieux de prononcer mercredi. 
R final se fait entendre, 1* dans les monosyllabes fer, mer, cher, 

or^ mur, sieur, ver, eiC. (Restaul, page 460, et Slcard, page 457, t. H.^ 

ifemargwe.— Wailly est d'avis que le r final du mot monsieur doit 
se faire entendre; mais l'Académie dit positivement qu'il doit être 
muei. 

La prononciation a quelquefois subi les influences de la mode. Il fut un temps on 
il était de bon ton de retrancher le r dans les mots et surtout dans les finales ea 
ftir. Ainsi, Ton disait un piqueu, un porteu d'eau. Ce ridicule a laissé quelques 
traces dans le langage vulgaire. A. L. 

2° Le R se fait entendre dans la terminaison er, dans amer, bel- 
véder, cancer, cuiller, enfer, éther, fier, frater, gaster, hier, hiver^ 
mâchefer, outre-mer, pater, magister. 

3^ Dans les noms propres ou dans les noms de ville, Mger (39 bis), 
Esther, Gesner, Glocester, Jupiter, Lucifer, Munster, iVecfter. 
Niger, Quimper, Saint- Orner, Scaliger, stathouder, Wint^eHer^ 
Worcester. 

Nous ferons remarquer que dans certains noms, anglais ou allemands, plusieurs 



l30 bis) Alger. Voyez les remarques détachées, lettre A. 



BfiS CONSONNES. 69 

parsonnefl adoodisent beanconp la terminaison er, qoi sonne alors comme un a 
maet, prononcé seul d'abord, et sniyi immédiatement da son r, tel qti'il se pré* 
sente dans ces mots le r-etour. Mais cet e maet disparaît facilement, et rartlcolatlon 
de t éqaifant alors poar la prononciation à la transposition des deui lettres. Ainsi 
IQ mot qwiker r Académie indique le son couakre. On dira donc de même Nèkre 
poor Necker; et ainsi de quelques auti^, comme gtathouder, Glocester, Mars 
nous creyona, néanmoins, qu'on peut très bien faire sonner en français la terminai- 
son de ces mots étrangers ; et c'est même quelquefois une nécessité dans les poètes, 
par exemple, dans Voltaire, Henriade, ch. I, v. 313. A. L. 

4® Dans les mots en ir : plaisir, loisir^ repentir, ^ 

(Lévizac el il^ Laveaux.) 

Mais il ne se prononce pas^ P à la un des noms polysyllabes en 
ier, que Ton prononce par ««, comme officier^ sommelier, teintu^ 
rier^ etc.; il en est de même pour les adjectifs polysyllabes en ter, 
comme entier, particulier, singulier, etc. (40). (heàuzée,EneycLméth.) 

y R est encore une lettre muette à la fin des noms polysyllabes 
en er (pourvu qu'ils ne soient pas immédiatement précédés de f, m 
ou t?), comme dans les mots danger, berger, etc. (Bcanzée.) 



(40) Aliter, La prononciation de ce mot paraîtrait n*étre pas encore bien fiiée, 
caries sentiments sont partagés. L'Académie (dans son Dtcl., édit. de 1762), lo 
grand F'ocabulaire françaiSf Restant^ Trévoux et Tabbé Girard sont d'avis de 
prononcer le a; et, suivant d'autres lexicographes et quelques Grammairiens, le a 
ne doit |)as se faire entendre 

Les écrivains ne sont pas plus d'accord entre eux. 

Bolleau, dans VArt poétique, ch. UI, fait rimer altier avec fier t 

La colère est superbe, et veut des mots ailiers; 
L'abattement s'explique eu des termes moins fiers* 

et dans le Lutrin avec quartier f 

Ge perruquier superbe est reffroi du quartier^ 
Et son courage est peint sur son visage ahier. 

Voltaire (dans tes Deux Sièôles) le fait rimer avec métier t 

Taisez-vous, lui répond un philosophe altier^ 
Et ne vous vantez plus de votre obscur métier^ 

Et La Harpe (dans Coriolan, I, 3), avec guerrier 

Vous suivez d'Apphis les principes ailiers. 
Et vous dédaignez trop un peuple de guerriers» 

Léger. Sa prononciation paraîtrait présenter la même incertitude. L'Académie, 
dans son Diction,, édition de 1762, recommande de prononcer le a; d'OlIvet est 
d'avis que er, dans léger, est ouvert et long ; Kicbelet se contente de dire que les 



64 DES CONSONNES. 

Dans ce cas, la syllabe sonne comme r^ fermé des participes ; dites dangé, berge f 
etc. ; mais il y a des nuances de prononciation difficiles à indiquer^ et qui sont 
pourtant sensibles : ainsi qaelqucs-uns de ces mots ont le son ferméde llnGnitif , pour- 
parler, blanc-manger ^ etc. Remarquez que l'eiception pour les finales précédées 
de V ne s'applique pas au mot le lever , parce que c'est un infinitif devenu substan- 
tif, et quMl conserve comme les autres sa prononciation primitive. Â. L. 

3° R est, dans la conversation, une lettre muette à la fin des in- 
finitifs en er, même quand ils sont suivis d'une voyelle, et Ton dit : 
aimer à boircy folâtrer et rire^ comme s'il y avait aimé à boire, fo- 
lâtré et rire. 

(Beauzée, EncycL méth,, lettre R. — Wailly, page 468. — Restaut, page 561. — Lévizac, 
page 90, 1. 1. — Féraud, lettre R. — Et les Opuscules sur la langue française, p. SS7.) 

On ne doit pas, dit d'Olivet, craindre ces hiatus; la prose les souf- 
fre, pourvu qu'ils ne soient ni trop rudes ni trop fréquents; ils con- 
tribuent même à donner au discours un certain air naturel. 

Dans la lecture, dans le discours soutenu et dans les vers, r final 
des infinitifs en cr, précédant une consonne ou un h aspiré, est nul, 
et donne le son de Ye fermé à l'e qui précède (41); mais, suivi d'une 



uns prononcent fortement le r, et les autres non -, et Féraud, que, plus communé- 
ment, on ne fait pas trop sentir le r. 

Voltaire et Gresset font rimer léger avec air , 

Et Rousseau avec cher et avec déroger. 

Malgré celte diversité d'opinions, il nous semble que l'usage, du moins dans la 
conversation, est de prononcer les mots allier et léger sans faire sentir le a, & 
moins toutefois qu'ils ne soient suivis d'un mot commençant par une voyelle ou par 
un h muet; et nous nous croyons d'autant plus fondé à penser ainsi, que l'Acadé- 
mie (dans son édit. de 1798) n'avertit plus de prononcer le r du mot allier ^ et que 
pour le mot léger elle se borne à dire qu'autrefois on s'est permis d'en faire senUr 
le R, dans la poésie surtout, pour rimer. — Laveaux est également de cet avis. 

— Aujourd'hui, plus de doute; l'usage et l'Académie s'accordent pour ne pas faire 
sonner le r de ces deux mots. Nous pensons même qu'il doit rarement se faire sen- 
tir devant une voyelle, et qu'il ne se prononce pas, par exemple, dans une phrase 
comme celle-ci : Un caractère léger ou allier est un défaut, A. L. 

(41) L'e des infinitifs terminés en er est fermé, tant que le R ne se prononce 
point; et comme il ne se prononce, soit en vers, soit en prose, que dans le cas ou 
le mot qui suit commence par une voyelle, alors quand Vé doit être fermé, il ne 
peut pas rimer avec 1'^ ouvert : ainsi madame Deshouiiéres a péché contre l'exacti- 
tude lorsqu'elle a dit : 

Dans votre-sein il cherche à s'abîmer 
Vous et lui jusques à la mer 
Vous n'êtes qu'une même chose. (Idylle du Ruisseau.) 



DES CONSONNES. 65 

voyelle ou d'un h muet, il se fait entendre, et on donne à Ve qui le 
précède le son de Ye ouvert : aimer à jouer, folâtrer et rire, doivent 
se prononcer aimè-rapuer^ folatrè-rérire. C'est ainsi que s'expri- 
ment Vaugelas (dans sa 413* remarque), Dumarsais (Encyclop, mélh. , 
lettre E), et Lévizac (p. 90, 1. 1 de sa Gramm.), Cependant le P. Buf- 
fier, Féraud, Domerguc et Sicard, sont d'avis que, dans le cas où la 
lettre R doit se lier avec la voyelle, Ve qui précède se prononce aigu 
et non pas ouvert : aimé-rajouer, folatrè-rèrire , et cette dernière 
prononciation est conforme à l'usage généralement établi aujour- 
d'hui. 

L'Académie, dans son article sur la lettre r, paraît confirmer cette dernière asser- 
tion, car elle acoentae allé-r^au combat. Et pourtant il nous semble qu'une telle 
prononciation a quelque chose de Ticleux et de contraire au génie de la langue. 
En effet, lorsque nous faisons sonner l'infinitif, il est évident que nous lui donnons 
la même valeur que s'il était suivi d'un e muet : or, il n'existe pas, que nous sa* 
chioDS, dans notre langue. une seule terminaison semblable qui ne prenne l'é ouvert. 
L'analogie exige donc que l'on dise aimère-àj comme mère , colère, etc. A. L. 

Lorsque la lettre r est redoublée, on n'en prononce ordinairement 
qu une, comme dans parrain^ marraine^ carrosse, barre, barreau^ 
barricade, barrière, barrique. Seulement ces deux r rendent la voyelle 
précédente plus longue; et, si c'est la voyelle e, on la prononce plus 
ouverte comme dans guerre, tonnerre, etc. (waiiiy.) 

Exceptions, — Les deux r se prononcent dans aberration, erre- 
ments , erreur, errer ^ erroné, abhorrer, concurrent, interrègne, 
narrtUion^ terreur, torrent; — dans tous les mots qui commen- 
cent par »r, comme irrégulier, irraisonnable, irréligieux, irritation, 
irrévocable, irréfragable, etc.; — -dans les futurs et les conditionnels 
des verbes mourir, acquérir, courir; je mourrai, [acquerrais, etc. 
— Je pourrai se prononce je pourai. (waiiiy et sicard.^ 

La lettre h placée après r est purement étymologique; elle n'a au- 
cune influence sur la prononciation de la consonne précédente, et 
elle indique seulement que le mot est tiré d'un mot grec ou hébreu, 
où cette consonne était accompagnée de l'esprit rude de l'aspiration: 
ainsi rhéteur, rhume, rhythme, arrhes, etc., se prononcent comme 
s'il y avait réteur, rame, rytme, ares. (Beaoïée, Encyctop, méth., lettre h.) 

S s. — 'Son propre se : sage, s^our, solitaire, siure. 
Son accidentel ze : user, résumé, risible. 

Cette lettre conserve, au commencement des mots, le son qui lui 
est propre, même lorsqu'elle est suivie d'une autre consonne, comme 

I. 5 



QQ DES CONSON^KS. 

dans ÈC&rpioHf statue, scandale, scorsariêre^ seuhac^ sHeAieiiêe, s(fu^ 
lette, stomacal. Mais, dans la prononciation de ces mois, on ptôse si 
rapidement sur Vé muet du son propre se, qu'on ne Tentend pres- 
que point. (Le met de VAeadeÉAe, Stéard, page 488, t. H.) 

Si, après le t qui ôiiit le s, îl se trouve un e ou un i, ou un h, 
comme dans sceau, icel, scélérat, scène, sdé, schisme, etc., le ^ ne se 
fait point sentir, et ces mots se prononcent comme s'il y aVait cèlerai, 

ceau, cel, etc. (Le Olct. de FAcademU, Wanly, page 44o, et Sicarâ.) 

Shakespear se prononce Chèkspir. 

Ud certain nombre de mots étrangers sont entrés dans notre langue en conser- 
▼ant lear orthographe et leur prononciation naturelle. D*où il résulte que nous 
avons maintenant en français le signe 9h, se prononçant comme s'il y avait $eh ou 
eh, car TAcadémie a adopté les diverses manières d'écrire. Ainsi elle admet êhaào 
ei schako; shall, êchallon châle; êheling et êchelling {ehelin), shérif, schérif 
ou chérif. Mais elle écrit seulement schah ; schlague ; scheik ou cheik ; schnapmn 
ou chenapan. Dans tous ces mots on conserve la prononciation du eh françaia; 
mais elle devient rude dans schène (skène), scholaire, scholie et leurs dérivés. 
Schlich se prononce chetik, e( stockfisch prend te soii adouci stokfiche, A. L. 

Dans le corps du mot^ s conserve le son qui lui est propre, quand 
il est précédé ou suivi d'une autre consonne, comme dans absolu, 
converser, conseil, bastonnade, disque,transe, lorsque, puisque, etc.: 
et même quand <1 est redoublé, comme isLas passer, essai, missel, 
bossu, mousse. (Voyez p. 69.) 

Dans Duguesclin, le s ne se fait point sentir. 

n faut pourtant excepter de cette règle, !"•"* les mots transiger, 
transaction, transition ^ transit, transitif, transitoire, intransitif, 
transalpin, dans lesquels la lettre s prend le son du z, quoique pré- 
cédée d'une consonne; et cette exception est fondée sur ce que ces 
mots étant composés de la préposition latine trans (qui signifie au- 
delà), la lettre s y est considérée comme finale, et se prononce en 
conséquence avec le son accidentel : toutefois, l'exception n'a pas lieu 
pour les mots transir, transissement, Tranéytvanie; 

^^^\ les mots Alsace, Msatien, balsamine, balsamique, balsa^- 
mite, ainsi que les mots où la lettre s est suivie d'un 5 ou d'un d, 
dans lesquels cette lettre se prononce aussi comme un ;; : presbytère, 

Asdrubal, etc. (Beauzée, EncyeL méth.^ et le Dict, de F Académie.) 

Dans le corps d'un mol, s, seul entre deux voyelles, se prononce 
avec le son du z, comme dans rase, hésiter, rhisànihrope, misère, 
rose, vésicatoire, etc. 



DE9 GOKSOCfNB». 67 

GfpeaâanA ày qnoU^a» seul eotre deux voyelles, se prononce avec 
le soa propre se^ dans les mots désuétude, monosyllabe^ monosylla^ 
hique^ parasol, girasoly polysyllabe, polysynodie, préséance, présup^ 
poser, présupposiêion, traisemblance ; et cette prononciation est fon- 
dée sur ce que ces mots sont composés de particules privatives ou 
ampliatives, tellement qu'il serait plus raisonnable, pour marquer 
leur racine, de les couper par un tiret, et d'écrire : para-sol^ pré- 
supposer, mono-syllabe, etc., parce qu'alors on verrait tout de suite 
que le s doit se prononcer comme le s initial. (Même autorité.) 

S se prononce de même avec le son propre se, dans nous gisons, 
ils gisent, il gisait, gisant, temps encore en usage du verbe gésir, 
— Quelques personnes môme doublent le s. 

Finale, la lettre s est muette dans les mots trépas^ remords, di- 
vers, tamis, avis, os, alors, etc., si toutefois ils ne sont pas suivis 
d'un mot qui conmience par une voyelle ou un h non aspiré; mais 
dile se ftdt entendre dans les mots anus, aloês, as, atlas, blocus, car- 
lus, fœtus, iris, maïs, mœurs, quitus, prospectus, lapis, laps (de 
temps), en sus, locatis (cheval de louage), vis, vasistas; et dans les 
mots purement étrangers , tels que bibus, chorus, gratis, hiatus, 
oremus, rébus, sinus, Bacchus, Crésus, Délos, Pallas, Rubens, etc. 
Cependant dans Afalftios, Thomas, Judas, s ne se prononce pas. 

(Wailly, page 429. — Demandre, et le Diet, de 1^ Académie.) 
Qadqaes personnes font sonner s dans alon, dans le singulier da mot ours, et 
neme dv mot o$; F Académie n'admet pas cette prononciation. Mais jelle décide que 
obus doit se prononcer oJbmx»^ comme s'U y avait un %. Quant à la liaison avec hi 
Toyelle Initiale du mot suivant, elle est générale dans le style soutenu; mais on 
fomel quelquefois, au singulier seulement, quand le s muet est précédé d'une autre 
copsonne, diver^et varié; le remor -importun ; parce que le sens est plus dis- 
tinct, et quil n'y a point d'iiiatus. Dans le cas de la liMson;, « final prend le son do 
M, avi'Z'-ûu lecteur, A. L. 

On dit, en faisant entendre le s final : mon fils (42), un teint de 



(42) Fils. Les sentiments sont partagés sur la prononciation de ce mot. On dit 
mon fi, et mon fis. Cette dernière prononciation, plus marquée, me parait convenir 
inleax à l'intérêt que ce mot réveille. (Oomergue, Manuel des étrangère, page 458.) 

Dans le discours soutenu il est mieux, tant en vers qu'en prose, de faire sonner 

le < el de prononcer /l#/mème devant une consonne i mais à la fin du vers, ce mot 

Hme également bien avec Lais, Paris , gratis, où le s est sonore ; et avec coloris, 

Uunbru, avis, où cette lettre est muette : alors seulement le goût prescrit quand il 

fîiiit prononcer fi sans faire sentir le s final. 

S. 



68 ^^ CONSONNES 

lis^ Tempire des lis (43), plus^que-parfaity plus-pétiHùn, ioui pris 
substantivement (tous pensent), je dis plus, il y a plus; mais on le 
laisse muet dans Jésus, Jésus-Christ, le sens commun, fleur de 
lis (44) (partie des armoiries de la France), pltis (exprimant un 
comparatif ou un superlatif), et dans tous pris adjectirement (tous 
•es hommes) (45). 

Domergue, page 130 de sa G^Mmmaire, et page 168 de son JownaL) 

Généralement parlant, le s final des verbes ne se prononce point 
dans la conversation, même devant une voyelle , ou devant un h 
muet : ainsi, tu aimes à rire, tu joues avec prudence, se prononcent 
tu aime^ rire, tu joue-avec prudence. 

(Th. Corneille, sur la 197« Remarque de VaugeUu» ^ L'Académie, page iio de 

tes Décisions^ et D'OHvet.) 

Cette règle n'est point absolue, et môme dans la conyersation la pins familière on 
peut faire cette liaison, et dire, par exemple : je vai-s-à ta campagne, tout aossi 
bien que je vè à, etc. Bien plus, devant les particules y et en, non seulement on 
fait sonner le « d'un impératif, mais encore, quand il n*eiiste pas, on rajoute néces- 
sairement pour l'euphonie, mange-e-en, toneke-s-y. Notre avis est qu'on ne ferait 
pas mal, même dans la conversation, de prononcer tuaime^e-à rire, j* en connaûs^ 
un, etc. A. L. 

A regard des mots qui prennent le 8 à leur pluriel, et de ceux qui 
s'écrivent avec un s final au singulier comme au pluriel, il y a cette 
différence à faire, que si Yadjectif est mis avant son substantif, et 
que ce substantif commence par une voyelle ou un h muet, alors le 
s de Tadjectif se prononce toujours : on dit les grandes actions, le$ 
bonnes œuvres, les grands hommes, en prononçant le s de grandes, 
de bonnes, de grands. 

Mais, si le substantif est mis avant l'adjectif, la prononciation du 
s qui est à la fin du substantif devient en quelque sorte arbitraire, 
suivant qu'il s'agit d'une conversation plus ou moins libre ou fami- 
lière. — Ceci est applicable aux substantifs pour lesquels nous avons 
dit que la lettre s finale est muette. 



(43) Us. 

Là sur un trône d'or Charlemagne et Clovis 

Veillent du haut des cieux sur l'empire des Us, (Voltaire, ïïenriade, chant VIL) 

(44) Henri dans ce moment voit sur des fleurs de lis 

Deux mortels orgueilleux auprès du trône assis. (Le même, même chant > 

(45) En général le s se fait entendre dans sens, tous, plus, lorsqu'apres eux on 
peut faire une pause; mais il devient nul si la pause est impossible, c'esl-À-dire, si 
l'on est forcé de prononcer le mot suivant sans prendre haleine. 



DBS GONSOMNES. 69 

Ijorsqae la lettre $ est double, on n'en prononce qu'une, mais on 
la prononce fortement; ainsi, hissextily desservir^ dyssenteriCf dessê-- 
ché, essieuy messéanty etc., dont les deux s sont entre deux voyelles, 
se prononcent avec le son propre du s : bi-sextil^ dé-serviry etc. 

(Th. CorneiUe, sar la 120« et la lOTe Remarqtœ de VaugeUu; Restaut, page 160, 

et Demandre, au mot Prortondation.) 

On observera que dans les mots où la lettre s se trouve doublée, 
soit parce que ces mots sont composés d'une particule et de quelques 
autres mots, comme dans desserrer, desservir, dessouder, dessécher, 
messéani, etc., soit parce que ces deux s entrent eux-mêmes dans la 
formation du mot, conmiedans essence, bécasse, coulisse, pelisse, etc., 
cette lettre doublée se prononce un peu moins fortement dans les 
mots où elle a été ajoutée que dans ceux où elle se trouvait primi- 
tivem^t. 

Qcut à la prononciaUon de Ve qai précède deux ss, il serait difficile d'élablir 
ime régie. Ainsi, tantôt il reste maet : de$$us, dessous, prononcez déçus, depaus • 
comme anssi dans la plupart des mots composés avec la particule re, resserrer, 
rewmbler, ressort, etc. Tantôt il est fermé : dessouder, pression, essuyer, rea- 
suseiur, etc. Tantôt il prend on son plus ouvert : abbesse, lesse, etc. La gram- 
maire ici nous parait impuissante; Tusage seul enseignera ces diUérences. ▲• L. 

T t. — Son propre te : table, ténues, topique. 

Son accidentel ce : abbatial, patient, captieux. 

Cette lettre conserve toujours le son qui lui est propre au.com- 
menoement des mots, quoiqu'elle soit suivie de deux voyelles : titxre^ 
tiédeur, le tiers, le tien. (Lévizac, page o4.? 

Au milieu d'un mot, le t ne s'articule pas toujours de même; il y 
prend l'articulation accidentelle dans beaucoup d'occasions, et sou- 
vent aussi il y garde celle qui lui est propre. 

La fréquentation des personnes qui parlent purement leur langue, 
et un grand usage sont presque indispensables pour en faire la dis- 
ânction : néanmoins voici quelques règles : ti se prononce ti, lors- 
qu'il n'est pas suivi d'une voyelle dans le même mot; mais, lorsqu'il 
est suivi d'une voyelle, il se prononce tantôt ti et tantôt et. 

n conserve sa prononciation propre ti devant une voyelle; 1* dans 
tous les mots où il est précédé d'un s ou d'un x, exemples : bastion, 
bestial, mixtion, etc. 

2* Dans tous les noms terminés en tié ou en t%er, exemples : ami- 
tié, moitié, pitié, entier, chantier, layetier, etc. 



70 MB €01I80MI98* 

JjQB mots qui se iennineiit^cin d&r s'ëcrivent {Nurme cfu panins: 
foncier, eaurnery etc. 

8* Dans tes mots tw*minés en Ue, c(mimê : pMiie, afnniMej àf- 
nastiBy garantie, hostie, modestie, repartie, «ocn'^tic, etc., àl'^ecep- 
tion de ceux dont nous allons parler. 

4*" Dans les mots terminés en tien et tienne, tels que : soutien, 
mainiien, antienne, tienne, abstienne, etc. Nous parlerons 'tout à 
Fhenre d'autres mots qui se prononcent cien, ôienne. 

6"* Enfin dans le verbe châtier, et toutes ses par!!ies4 et dans les 

autres parties des verbes terminés en tiens : nous portions, nous 

mettions, nous intentions, etc. 

Ainsi la prononciation en général est rade dans tods ees tMnps éi!È TtiÀes et éHe 
s*adoocit dans les substantifs. De là cette différence éingUliftre 'darts^Ms mdtsléie»- 
tiqaes : nous portions des portions (porcions)i nota intentions avec jdet infeti- 
tùms {intentions), etc. A. L. 

Mais ti devant une voyelle se prononce ei : 

1® Dans le mot patient et ses dérivés ; dans tous tes mots -terminés 
en tial, tiel, tion, et tous ceux qui en dérivent; exemples : par^itf^ 
essentiel, perfection, ration, rationnel, H faut cependant excepter les 
mots terminés en stion, dans lesquels, comme nous l'avons dit, ti 
conserve le son propre ït : gestion^ miœtion; 

2* Dans les noms propres terminés en tien, comme Gràtien, Dio- 
clétien^ et dans ceux qui désignent de quel pays on est, comme w- 
nitien, vénUienne, Dans tous les autres mots terminés en tien,ti 
conserve le son propre ti; 

3* Dans quelques mots terminés en tie, tels que ineptie, inertie, 
minutie, prophétie, et ceux qui sont terminés en atie, comme jwima- 
tie, démocratie, 

4* Dans les mots satiété, insatiable, et dans les deux verbes ini- 
tier, balbutier. ^^Ton& les autres verbes qui se terminent en cier 
s'écrivent par un c; exemples : apprécier, négocier, etc. 

Le T final ne se fait point entendre; cepepdant il y a quelques ex- 
ceptions. Le T se prononce toujours dans abject, euicessit, brut, chut, 
contact, correct, dot, direct, déficit, est, ouest, fat, granit, exact, 
échec et mat, exeat, incorrect, indirect, infect, induit, knout, lest, 
luth, net, prétérit, rapt, rit, subit, suspect, strict, tacet, tact, toast, 
transeat, transit, vivat, whist, zénith, zist et zest, 

(Domergue, page 466 du Manuel des étrangers, ) 

Masson, Catîneau, Gattel, Rolland et I^aveaux sont d'avis qu'il 



DES C0II801WE8. 71 

fiuit Jure sQDQ^le t dans deftel; cependant, Tusage parait contraire, 
surtout daps.le commerce; et rAcadémie confirme Tusage. 
Dans respect, aspect, circonspect, le c seul se fiait entendre. 

y oyez ce qoi a été dit plu haat, pag. 39. 

Le T de vingt ne sonne pas à la fin d'une phrase : nous étions vingt , 
il ne sonne pas non plus quand il est suivi d'une consonne : vingt sol- 
dats, de même que dans la série de quatre^ingts à cent. Mais il sonne 
dans toute la séhe .de vingt à trente, et quand il est suivi d'une 
voyelle : vingt abricots. (Rettaut, page $«to 

AiDsf Ton pronoDoera en faisant sonner le (, vingt et un, vingt-deux; cent vingt 
ans; et sans le faire sonner, quatre-vingt-un , quatre-vingt-onze ; un Quinze- 
Vingt en/rhumi. La' lettre (doit sonner an plonlel dans tons les mots où elle sonne 
ta singolier: um éot, 4/is d$ts; un luth, des luiht. l\ y a nne exception pour le 
mot «ol; vQyeE aux Memarquee détachées. Enfin ( est nmet dans Metz, Retz, 
comme dans les finales des yerbeSi je promets, tu combats, etc. A L. 

' Ikm'&sept , le T ne sonne pas avant une consonne ni avant un & 
aspiré (46) : sept chemises, sept houppelandes ; mais il sonne quand 
il est seul : ils étaient sept; ou lorsqu'il est suivi d'une voyelle, ou 
d'un h non aspiré : sept écus, sept hommes; ou encore lorsqu'il est 
pris substAntivement : le sept de cœur. (Le okeudee Académie.) 

Huit suit les mêmes règles; ainsi le t ne sonne pas dans huit car 
valiersg huit hameaux; mais il spnne àsxiA ils restèrent huit, huit 
abricots, ,huit, hommes, le huit du mois^ un huildepiquCy vingtr-huitj 
trente-huit, quarante-huit, cinqtuinÉ^huit, soixante-huity soixante" 
dùc'hmit, etc. çutm autorité.) 



(4B^ Boileaa;falt rimer 40pi avec cornet . 
Un jouear, 

.Aitendantaon destin d'un qiiatorze ou d'un sept 
Voit sa Tie ou sa mort sortir de son cornet. (Satire IV.) 

Et avec secret, 

Et souTent tel y rient qui sait, pour tout secret. 

Cinq et quatre font neuf, Otex deux, reste sept. (Satire vni.) 

Voltaire Ta fait rimer avec objet t 

. I^le arait une fille ; un dix ayec un sen. 
Composait l'âge heureux de ce difin objet. (Conte de Gerirude.) 

— Ces exemples sont une licence permi» ;cu la rime, et qai ue change rien é la 
.proponclallon. A. L. 



•^2 DES CONSONNES. 

La combinaison ent, qui caractérise la troisième personne plurieUo 
dans les verbes, comme ils craignent^ ils veulent, ils obtienneniy se 
prononce, devant une consonne, avec le son muet, de même que s'il 

n'y avait ni N ni Ta la fin. (L'Académie, Wailly, Restaut, page S61, Deroandre.) 

T sonne encore dans le mot Christ, employé seul ; mais il ne se 
fait pas entendre dans Jésus-Christ, ÇLemct, de rAcadetnie,, 

Il sonne aussi quand il est suivi d'une voyelle ou d'un h non aspiré, 
auquel il doit s'unir. Un savant homme, je suis tout à vous, s'il vient 
d partir, se prononcent un savan-thomme, je suis toyr4à vous, etc. 

(Même autorité.) 

Dans avant-hier il se fait sentir. 

Cependant il y a des substantifs, même suivis de leurs adjectifs, 
commençant par une voyelle, où il serait mal de le prononcer; 
comme un goût horrible, un tort incroyable, un instinct heureux. 

Dans le style soutenu, il serait nécessaire de prononcer le I du mot goût, parce 
qu'avant tout on cherche à éviter l'hiatus; mais pour les mots terminés par debx 
ou trois consonnes, il arrive qu'on ne fait pas toujours sonner la dernière (voyez ce 
qui a déjà été dit, pages 39 et 67). Ainsi la lettre r , par exemple, sonnera de préfé- 
rence dans les terminaisons rt, tor-incroyable^ dépaV'imprévUf eic, A. L. 

De même pour les verbes qui ont im r avant le t final; ainsi 
dans : il part aujourd'hui, il court à bride abattue, il s'endort à Nom- 
bre, l'usage le plus commun est de ne point prononcer le t. 

Lorsque le t est doublé, on n'en prononce qu'un, excepté dans atti- 
cisme, atiique^ battologie, guttural^ pittoresque^ où l'on fait entendre 

les deux t, (Le met. de r Académie, Restaut, page 560, et M. Laveaux.) 

Th n'a pas d'autre articulation que celle du t simple : absinthe, 
acanthe^ thériaque, thon, Thalie, Mithridate^ luth, se prononcent ah- 
sinte, acante^ etc.^ — La lettre h, dit Beauzée, n'est ici qu'une lettre 
étymologique qui indique seulement que le mot est tiré d'un mot 
grec ou hébreu. 

Mais (h ne se prononce pas dans cuthme, asthmatique ; dites azmef azmaiique. 

Lorsque le temps d'un verbe terminé par une voyelle est immédiatement suivi 
des pronoms «7, elle, on, on met par euphonie, et pour éviter Thiatus, ^n t entre le 
verbe et le pronom. Dira-t-on^ fera-t-il, joue-t-elle? (L'Académie.) 

V V — Se prononce ve : valeur, vide, vélin. 

Le son de cette consonne, qu'il ne faut pas confondre avec u 
voyelle, ne varie jamais; et l'on ne connaît en français que quatre 
mots, ou plutôt il n'y a que quatre mots francisés où cette lettre soit 
redoublée: Whigh, Waux-ha\l, qui se prononcent comme s'ils étaient 



DES CONSONNES. 73 

écrits avec un simple v; et fThist (47), fFhiski^ qui se prononcent 
auisi^ ouiski. 

L'Académie^ en 1835, écrit 10 At^ et prononce ouigue; eile reconnaît tassi wiskey 
(iMisson) qu'elle prononce ouiski. Puis elle donne bowl, mais comme root anglaisi 
dont nous ayons fait bol. Enfin, au mot kircks-wasser elle ne s'eiplique pas. 
Nous croyons qu'assez généralement on d\i vacer en donnant à la dernière syllabe 
le son adouci dont nous ayons parlé page 62 et suiy. Il eiiste encore en français 
le nom de yille Longwi qui se prononce Lon-oui. A. L. 

Ce n'est pas des étrangers qu'il faut apprendre comment on pro- 
nonce les noms qu'ils écrivent avec un double v (w) ; Fusage seul 
doit nous servir de guide, et il nous dira qu'en français, Newton, 
fFarwik, Washington, Law, se prononcent Neuton, rarviky For- 
zington^ Lasse (quelques-uns disent Là) ; et que Westphalie^ Walr- 
6on, fFallone^ fFagram^ Wasa, se prononcent Festphalie^ Falbon, 
Faloney etc. 

X X . — Cette lettre a, dans notre orthographe, différentes val eurs : 
Cs : Alexandre, extrême. 
Gz : Xavier, exercice. 
Ss : Bruxelles, Auxerre. 
C : Excepter j excellent. 
Z : Deuxième y sixième. 

Premièrement. — X ne se trouve au commencement que d'un très 
petit nombre de noms propres, empruntés des langues étrangères, ♦ 
et il faut l'y prononcer avec sa valeur primitive es, excepté quelques- 
uns devenus plus communs, et adoucis par l'usage, comme Xavier, 
que Ton prononce gzavier; Xénophon, que l'on prononce gzénophon^ 
XiMÉNÈs, gziménès ou chiménès; le Xante, le gzanle; Xantippe, 
gzanUppCy et enfin Xerxès, que l'on prononce gzercèsse. 

(Beaazée, EncyéL méth., lettre XO 
Cette lettre se trouye aussi au commencement de quelques mots empruntés à la 
langue grecque , et alors elle se prononce avec le son c«, comme dans Xiphias, 
xiphcfide, xyste. Le mot Xerxès a paru trop dur à prononcer, on Ta adouci ; quel- 
ques-uns même écrivent Xercès, mais à tort. 4. L. 



(47) L'Académie (édit. de t793), Gatlel, Calineau, M. Laveaux, n'indiquent que le 
mot Wisk; mais ce jeu qui nous vient des Anglais est dans leur Dictionnaire sous 
le nom de Whist, interjection qui, dans la langue anglaise, signitie chut, bouche 
cousue l En elTet ce jeu eiige beaucoup de silence et d'atlenliou ; si donc on veut 
conserver le mot Wisk, il faut dire que ce mot s'écrit ainsi par corruption. — La 
nouvelle édition du Dictionnaire de r Académie donne Whist. 



74 JOBS COMSONKBS. 

ûeuxièmement. -^\S>la lettre x>6Sitau flobitieu d'un mot, «lie a. 
fërentes râleurs, selon ses direrses positions. 

V Elle tient lieu de es lorsqu'elle est entre deux (voyelles, et qi]fê la 

tettre initiale n'est pas un «,* comme dans axe, maxime^ luxe, sexe, 

Alexandre. 

l\ ttsX entendre cette exception, non pas de tons les mots où 1*9 précède leâ?, 
comme dans $exe, êexagénaire, lexique, mais sealemept des mots composés gai 
commencent par la préposition latine ex, comme exiger, exempter, exhumer, et 
antres semblables dont il va être parlé. A. L. 

11 faut en excepter soixante et ses dérivés, Bruxelles^ Auxonne, 
Auxerre, Auxerrois^ où la lettre x est employée pour deux s, et que 
l'on prononce soissante, Brusselles, Aussonne, Ausserre, etc., à la 
manière des Italiens, qui n'ont point de x dans leur alphabet, et qui 
emploient les deux ss à la place de cette lettre, comme dans Alessan- 
drOy Atessw. 

Eemarquez^ cependant que le son.adoneia'existepas^queâ? sonne comme es 
dans Saint-Germain-l'Auxerrois. A. L. 

n faut encore en excepter sixain^ sixième y dixième, deuj^iéme, que 
l'on prononce sizain, sizième, dizième, etc. 

Nota. Dizain^ dizaine ^ s'écrivaient autrrfois psH* un x : dixain^ 
dixaine. 

:i^ lia lettre X tient encore lieu j(le.cs,:lorsqu'elle{i;apfès«lle une 
guttural suivi d'une des trois ^oyelles,a, o, u, ou lorsqu'elle est suivie 
d'une :consonne autre que ;b. leXiTe h.comxpG ea^eamiUm, i^xms/s^ 
excommunié, expédient, inexpugnable, etc. rMème. autorité.) 

3* .'Elle tient lieu ûegz^ lorsqu'elle est entre deux voyelles^^t que 
«lalettre initiale est une, et dans ce cas, la lettre h qui précédeciùt la 
seconde voyelle serait réputée nulle : examen, exhèrédalÀony'eQiMber^ 
exécré^ exorbitant, *etc. (48) ; 

Ou bien lorsqu'elle est entre deux voyelles, et que le mot commence 
par IN : inexact^ inexécutahUy inexorable (49). 

n est évident que cette s pa rtie de là règle n'est qu'un complément de If 



(48) Observez que Ton n'écrit pas exhorbitant avec un h. Exorbitant vient de 
ex orbità, hors du cercle. 

(49) Un Grammairien, dont le nom nous échappe, pense que, si l'on voulait 
s'eiprimer avec plus d'énergie, il faudrait prononcer inexorable avec le son du et, 
inecsorable-, mais Féraud, Gattel, Rolland, et l'usage, comme le fait très bien ob- 
server M. Boniface, n'ont pas approuvé celte distinction. 



DSS'flQMSONNBS. 75 

piemlèw; car, il aes'êgU id 4|iie dM /mots qui admettent «» dans la«ompo0ition 
primitive, eti|o*OD« fait précéder de la négati?e in s exael, inexact; exigible^ 
inexigible, etc. Ainsi^ da mot oxydable §i l'on formait inoxydable ^ il. ne ren- 
trerait pas dans le cas du présent article, et se prononcerait par a : h plus forte 
raison» les mots comme inflexible, etc. On «oit donc, ainsi que nous l'avons déjà 
expliqué plus liant, dans quel sens il faut comprendre ces eiceptions, énoncées d'une 
manière peo précise. A.Ii. 

4" Elle tient lieu du c guttural quand elle est suivie d'un c sifflant, 
à cause de la voyelle suivante, e ou t,* comme dans excès/ exciter j 
exception, qui se prononcent eccés, ecciter^ ecception, 

lYoisifmement. — Lorsque la lettre x est à la fin d'un mot, elle y 
a, selon l'occurrence, différentes valeurs : V elle vaut autant que es, 
à la fin des. noms propres Pollux^ AjaXy Palafox^ Fairfax, Gex, 
Jix-^la-Chapéïley Styx (excepté Aix en Provence, où x se prononce 
toujours avec le son de <); à la fin des noms appellatifs : boraXydndeXy 
tynxy fpkinXf et de l'adjectif jpri^^. 

— Ajoutez : phéniXy larynx^ styrax^ thorax^ onyx. 

2** Lorsque les deux adjectifs numéraux six y diXy ne sont pas sui- 
vis du nom de l'espèce nombrée, on y prononce x comme un sifQe» 
ment fort, ou comme s :j'en ai dix^ prenez-en six. 

5* BeuXy Mx, dta:^> étant suivis du nom de l'espèce nombrée , si ce 
nom commence par une consonne ou par un h aspiré, on ne prononce 
point IL '. deux héros, sixpistoles^ dix volumes^ se prononcent deu- 
héros^éi^stolesy dir^olumes. Si le nom commence par une voyelle 
outpar un '^ muet, ou bien si dix n'est qu'une partie élémentaire 
d'un mot numéral composé, et se trouve suivi d'un autre mot élé- 
mentaire quelconque de même nature, alors on prononce x comme 
un sifflement faible, ou comme un ;; : deux'hommesy six ans, dix 
awies, dix-huit, dix-neuf, se prononcent deu-zhommes, si-zans, etc. 

4*" Â la fin de tout autre mot, x ne se prononce pas : paix, choix, 
prix; ou se prononce comme un z: baux annuels, généreux amis. 

Voici les occasions où l'on prononce x à la fin des mots, le mot 
suivant commençant par une voyelle ou par un h muet. — 1* A la fin 
de au^, comme aux hommes, aux amis; — 2"^ A la fin d'un nom suivi 
de son adjectif: chevaux alertes, cheveux épars, travaux inutiles ; 
—"S* A la fin d'un adjectif immédiatement suivi du nom avec lequel 
il'è'accorde : heureux amant, faux accord, affreux état, séditieux 
insulaires ,• — 4° Après veux et peux, comme je veux y aller, tu peux 

écrire, tu en V^eUX une. (Beauzée, Encycl mélh.) 

La lettre x n'est jamais doublée. 



76 DES CONSONNES. 

Nota. Notre orthographe actaelle tend à sapprimer cette lettre dans plmlenn 
moti ; et déjà cette suppression a lieu poar le pluriel des mots roi, loij fou, etc., 
que Ton écrit roif, /o<«, foui. 

Z z — 'iSe prononce ze : Zachariey Zéphire, zizanie, zone. 

Cette lettre consenre toujours le son qui lui est propre, au milieu 
et au commencement des mots. 

Finale, elle prend le son propre de s, même ayant une consonne, 
dans Metz, Rodez , Retz, Suez, Alvarez, Cortez, etc., et autres noms 
étrangers. ♦ 

A la fin des secondes personnes plurielles des verbes, quand la 
lettre z est suivie d'une voyelle et dans le discours soutenu, elle prend 
la prononciation qui lui est propre; suivie d'une consonne, elle ne se 
fait point entendre. iLévizac) 

Alors Ve qui précède z se prononce comme un e fermé ; mais il n'a pas par- 
tout la même valeur. Ainsi le son devra toujours être moins fermé dans les termi- 
naisons en ez du présent de l'indicatif, du futur ou de Timpératif, vous avez, voui 
aurez, ayez, que dans les terminaisons en iez de l'imparfait, du conditionnel ou 
des temps du subjonctif, vous aviez, votis auriez, que votu ayez, etc. Il y aura 
donc une différence marquée pour la prononciaUon entre votu déniez et vous 
meniez ; entre vous alliez au mérite une grande modestie, et hier vous alliez 
au balf etc. A. L. 

Dans la conversation, cette lettre finale peut ne pas se faire enten- 
dre, même avant une voyelle; ainsi : aimez avec respect, et servez avec 
amour votre père et votre mère^ pourra très bien se prononcer aimé 
avec respect, et serve avec amour votre père et votre mère» 

(Wailly, page 446. -^ Demandre, Léyizac et D'Olivet.) 
Voy., p. 89, ce que nous disons sur la prononciation de la lecture. 
Nous rappellerons ici une remarque que nous avons déjà faite, page 68 : c'est qne 

la liaison se fait nécessairement devant les pronoms y et en, allez-y, prenez-en. 

Et même nous pensons qu'il serait mieux dans la conversation de dire soyé-z^heu" 

reux que soyé- heureux. En tout cas, ce peut être une négligence permise , mais 

rien n'empêche de suivre la règle. A. L. 

MOTS DANS l'orthographe DESQUELS IL ENTRE UN Z, 

Alezan, alèze, alizé, amazone, apozème, assez, azur, bazar, bézoart, 
bizarre, bonze, bouze, bronze, chez, colza, Czar, diapazon, dizain , 
dizaine, donzelle, épizootie, gaz, gaze, gazelle, gazette, gazon, gazouil- 
ler, horizon, lazaret, lazariste, lazzi, lézard, lézarde, luzerne, Mazar 
riu, mazette, mezzo, nez, ozène {ulcère), onze, douze, treize, quatorze, 



DES CONSONNES. 77 

quinze, seize, rez-de-chaussée, oizain {espèce de chardonneret) y suze- 
rain, syzygie (nouv. ou pleine lune)^ topaze, trapèze, trézeau (t. de , 
moissonneur), zagaie, zèbre, zébu, Zélandais, zèle, zénith, Zéphire (50;, 
zéphyr, zéro, zest, zeste, zibeline, zigzag, zinc, zizanie, zodiaque, 
zoîle, zone, zoographie, zoophyte. 

Ajoutez aztmutft, azote , azyme y zoologie, etc., la Lozère, la Cor- 
rèzcy BézierSy Mézières, quelques noms propres, tous les dérivés, et 
la seconde personne plurielle des verbes : vous lisez, vous chan- 
tez, etc. 

Le z n'est doablé qae dans quelques mots empruntés à la langue italienne, 
mexzo-termine, mexxo^iinto, une mezzanine, lazzi, Abruzze. De li quelques 
personnes font entendre dans la prononciation de ces mots une sorte d'aspiration 
faiblement articulée comme s'il y arait me-dzo, la-tzi. Mais l'Académie n'indique 
pas cette exception : il faut donc prononcer A la française meZ'Zo, laz-zi» A. L. 

Ce qu'on vient de lire sur la prononciation des lettres, soit voyelles, 
soit consonnes, est tout ce qu'il faut savoir pour n'être pas trompé 
dans la prononciation par l'orthographe; mais ces règles ne suffisent 
pas pour bien lire, et surtout pour bien déclamer : il faut encore 
connaître la prosodie. 

(O'Oiivet, Prosodie française; Dooehet et Beauzèe, Encycl. méth,) 



(50) Zéphyr, Zéphire, Le premier mot se dit de toutes sortes de vents doux et 

agréables; le second, dont on ne fait usage qu'en poésie, se dit en parlant de cet 

yents comme d'une di?inilé de la fable. Dans cette dernière acception il n'a 

point de pluriel et se met sans article : Zéphire est donc le zéphyr personnifié, il 

est le chef des zéphyrs -, il est aux zéphyrs ce que l'Amour est k l'essaim des petits 

amours. 

L'Amour, par lei zéphyrs, s'est fait prompte justice. 

(Corneille, Psyché, acte V, se. 2.) 

allez, partez, Z^Mre; 

Psyché le reut, je ne puis l'en dédire. 

(Le même, Psyché, acte III, se. 30 



i 



78 im hk. Pft06oms. 



CHAPITRE III. 

DE LA PROSODIE. 

La Prosodie est l'art de donner à chaque son ou syllabe le ton qui 
lui est propre. Elle comprend non-seulement tout ce qui concerne: le 
matériel des accents et de la quantité, mais encore oriui des mesure» 
que les différents repos de la TOix dolyent marquer, et, ce qui est IA&% 
plus précieux, l'usage qu'il faut en feire, selon l'occurrence, pour 
établir une juste harmonie entre les signes et les choses signifiées. 

fBeauzée, EncifêL méth^ aa mot Àceetu.) 

Ces derniers objets n'étant pas du ressort de la Grammaire, et 
appartenant particulièrement à la poésie et à Tart oratoire, noiui 
nous bornerons à parler de Yaceeni et de la quantiié, 

ARTICLE PREMIËll. 

DE l'accent. 

On entend par cuicent les différentes inflexions de voix et les di- 
yerses modulations dont on peut se servir pour prononcer comme i! 
convient les mots d'une langue. Chaque province, chaque ville 
même, chaque nation, chaque peuple diffère d'un autre dans le lan- 
gage, non-seulement parce qu'on se sert de mots différents, mais 
encore par la manière d'articuler et de prononcer les mots. Cette 
espèce de modulation dans le discours, particulière à chaque pays, 
est ce que l'abbé d'Olivet appelle accent national. 

Pour bien parler une langue vivante, il faut avoir le même accent* 
la même inflexion de voix que les personnes de la capitale qui ont 
vécu dans le grand monde; ainsi, quand on dit que, pour bien par- 
ler français, il ne faut point avoir d'accent, on veut dire qu'il ne faut 
avoir ni l'accent italien, ni l'accen^ picard, ni un autre accent qui 

n'est pas l'accent national. |<Dumarsais, SncycL mélhod.^m moi Accenu) 

Selon le mécanisme des organes de la parole, les inflexions de voix 
doivent varier suivant la «nature des syllabes. Dans toutes les 
langues, il y a des syllabes sur lesquelles il faut élever le ton, 
d'autres sur lesquelles il faut l'abaisser, et d'autres enfin sur les- 



DÉ LA OfCANtlTÉ. '^9 

^iMied it tmi féfever fébôti et kf rabaisse»* ensaite sur la même 

syllabe. (Même autorité.) 

Le ion éleré esl ce qu'on apfrelait accent aigu chez les anciens : on 
récrîTait ainsi (') de droite à ^uche; le ton baissé se nommait ac- 
cent gratve, ofi fécrivaft de gauche à droite, en cette manière ( ' ); le 
ton étevé et baissé se nommait accent circonflexe; c'était la réunion 
de l'aigu et du graie en cette forme C). Mais nous ne sommes pas 
daâd l'usage de marquer, pes des signes ou accents, cet élèvement et 
eel abaîssemeM de la Yoix; et, comme notre pnononciation est eu 
généra moins soutenue et moins chantante que la prononciation des 
aacîeûd, nos ancêtres ont négligé ce soin, ou peut-être même l'ont- 
ils cru inutikfy de sorte que ces trois signes prosodiques ont perdu 
paraii nou^ leur ancienne destination ; ce ne sont plus à notre égard 
qtM de puf s signes orthographiques. En effet, toutes les fois qu'une 
syllabe grecque est marquée d'un accent prosodique, par exemple, 
d'an accent aigu, cela nous apprend que cette syllabe, relativement 
à celles qui la précèdent et qui la suivent, doit être élevée : toutes 
les fois, au contraire, qu'une syllabe française est marquée d'un ac- 
cent imprimé, par exemple, d'un accent aigu, comme dans bonté, 
cela ne nous apprend rien autre chose, si ce n'est que Vé qui se 
trouve dans cette syllabe est fermé, et doit se prononcer autrement 
que si C'était un e ouvert, ou un e muet. CMdme autorité.) 

Cette variété de tons, tantôt graves, tantôt aigus, tantôt circon- 
flexes, fait que le discours est une espèce de chant, selon la remar- 
que de Cicéron, et c'est là ce qu'on appelle accent grammatical. Il ne 
faut pas confondre avec Y accent oratoire, qui doit varier les tons à 
Tinfini, selon qu'on exprime le pathétique, l'ironie, l'admiration, la 
colère ou toute autre passion. Mais l'accent oratoire, outre qu'il n'est 
pas du ressort de la Grammaire, ne peut pas être l'objet de nos ob- 
servations dans cet endroit, où il n'est question que de l'accent des 

mots isolés. (m. Estarac, nos 236 et 337.) 

ARTICLE U. 

DE LÀ QUANTITÉ. 

La quantité exprime une émission de voix plus longueou plus brève. 
On ne doit pas la confondre avec l'accent, car l'accent marque l'élé- 
vation ou l'abaissement de la voix, dans la prononciation d'une syl- 
labe; au lieu que la quantité marque le plus ou moins de temps qui 
l'emploie à la prononcer, ce qui constitue l'exactitude et la mélodie 



4 

80 DE LÀ QUANTITÉ. 

de la prononciation, et sert à éviter des contre- sens et des quiproquo 

souvent ridicules. (D'OUtoI, ProsodU françai»e) 

Nous avons, en effet, plusieurs mots qui ont des significations 
tout à fait différentes, selon que Tune de leurs voyelles est longue 
ou brève; et celui qui prononcerait ces voyelles au hasard, sans soin, 
sans discernement, ferait entendre autre chose que ce qu'il aurait 
voulu dire, et tomberait dans des méprises fréquentes. 

Par exemple, une tâche à remplir n'est pas une tache y souillure; 
tâcher de faire son devoir, ne se prononce pas comme tacher son 
habit, n y a de la différence dans le sens comme dans la prononcia- 
tion, entre màlcy animal, et malUy badiut; entre mâtin, chien, et 
matitty partie du jour; entre j)écfccr et pécher ^ etc., etc. Si Ton ne 
met pas, dans la prononciation de ces mots et de tous ceux qui 
sont dans le môme cas, la différence qu'exige leur quantité respec- 
tive, ce désordre dans la prononciation entraînera nécessairement le 
désordre et la confusion dans l'expression des idées. 

(M. Estarac, page 891.) 

Une brève se prononce dans le moins de temps possible. Quand 
nous disons â Strasbourg, il est clair que la première syllabe, qui 
n'est composée que d'une seule voyelle, nous prendra moins de 
temps que l'une des deux suivantes, qui, outre la voyelle, renferme 
plusieurs consonnes; mais les deux dernières, quoiqu'elles prennent 
chacune plus de temps que la première syllabe à, n'en sont pas moins 
essentiellement brèves; pourquoi? parce qu'elles se prononcent dans 
le moins de temps possible. 

Il y a donc des brèves moins brèves les unes que les autres; et, 
par la môme raison, il y a aussi des longues plus ou moins longues^ 
sans cependant que la moins brève puisse jamais ôtre comptée parmi 
les longues, ni la moins longue parmi les brèves. 

La syllabe féminine, celle où entre Ve muet, est plus brève que la 
plus brève des masculines; et quoiqu'on appelle cet e muet, il arrive 
presque toujours qu'il se fait entendre. (D'oiiyet, page 66.) 

Une chose à ne pas oublier, c'est qu'on mesure les syllabes, non 
pas relativement à la lenteur ou à la vitesse accidentelle de la pro- 
nonciation, mais relativement aux proportions immuables qui les 
rendent ou longues ou brèves. Ainsi, ces deux médecins de Molière, 
l'un qui allonge excessivement ses mots, et l'autre qui bredouille, 
ne laissent pas d'observer également la quantité ; car, quoique le 
bredouilleur ait plus vite prononcé une longue que son camarade une 
brève, tous les deux ne laissent pas de faire exactement brèves celles 



DE LA QUANTITÉ. 81 

foi sont brèves, el longues, celles qui sont longues, avec cette diffé- 
rence seulement qu'il faut à Tun sept ou huit fois plus de temps 
qu'à l'autre pour articuler. (D'oiivet, pago 68 ) 

Tâchons présentement de faire connaître nos brèves et nos longues. 
Pour exécuter ce dessein, peut-être serait-il nécessaire de donner 
une table de nos différentes terminaisons ; mais ce détail, très utile 
d'ailleurs, nous mènerait trop loin, et nous avons pensé qu'il suffi- 
rait au plus grand nombre de nos lecteurs de trouver ici des règles 
générales. C'est dans l'excellent traité de d'Olivet sur la prosodie 
que nous les puiserons; mais on ne perdra pas de vue que leur appli- 
cation ne doit se faire que dans la prononciation soutenue, sans 
avoir égard aux licences de la conversation. 

RÈGLES GÉNÉRALES. 

V Toute syllabe dont la dernière voyelle est suivie d'une consonne 
finale qui n'est ni s ni z est brève : sàc^ nectar ^ sW, /ï/, pdt, tdfy etc. 

2* Toute syllabe masculine, brève ou non au singulier, est tou- 
jours longue au pluriel . des sacs^ des sels, des pots^ etc. 

n faut excepter de cette règle les substantifs qui n'ont ni » ni j? au 
pluriel : dans numéro, teDeum, kirschwasser^ etc., la dernière syllabe 
n'est pas plus longue au pluriel qu'au singulier; c'est le » ou le z qui 
r^d la syllabe longue.— «L'Académie admet aujourd'hui numéros, 

3* Tout singulier masculin, dont la finale est l'une des caracté- 
ristiques du pluriel, est long : le temps, le nèz, etc. 

4** Quand un mot finit par un l mouillé, la syllabe est brève : 
étentàil, avrïl^ verm^ilj quenduille, fauteuil. 

5* Quand les voyelles nasales sont suivies d'une consonne qui 
n'est pas la leur propre, c'est-à-dire, qui n'est ni m ni n, et qui 
commence une autre syllabe, elles rendent longue la syllabe où elles 
se trouvent : jambe, jambon^ cminteytrëmbler^ peindre^ joindre, tom- 
bff, humble j etc. 

6* Quand les consonnes m ou n, qui servent à former les voyelles 
nasales, se redoublent, cela rend brève la syllabe à laquelle appar- 
tient la première des consonnes redoublées, qui demeure alors muette 
etn'estplusnasale: épigràmme^consdnne^persdnne, qu'il prenne, etc. 

7* Toute syllabe qui finit par r, et qui est suivie d'une syllabe 
commençant par toute autre consonne, est brève : barbe, barque, 
berceau^ infirme, drdre, etc. 

8** Quelle que soit la voyelle qui précède deux r, quand ces deux 

I. 6 



82 DE LÀ QUÀI^TITÉ. 

lettres ne forment qu'an son indivisible, la syllabe est toujôuff 
longue : arrêt, barre, bizarre^ tonnerre, etc. 

9** Entre deux voyelles, dont la dernière est muette, les lettres s 
et z allongent la syllabe pénultième : base, extase, diocëse, bitlse, 
franchise, rOse, épouse, etc. 

Mais, si la syllabe, qui commence par une de ces lettres est longue 
de sa nature, elle conserve sa quantité, et souvent Fantépénultième 
devient brève : il s'extasie, p^sée, époiisée, etc. 

10* Un r, ou un s prononcé qui suit une voyelle et précède une 
autre consonne, rend toujours la syllabe brève : jaspe, masque, ttsire, 
burlesque, funeste, barbe, berceau, etc. 

11** Tous les mots qui finissent par un e muet, immédiatement 
précédé d'une voyelle, ont leur pénultième longue : pensée, armëe^ 
joïe^ fenvoïe, je loUe, il joUe, la rUe, la nue, etc. 

Mais, si dans tous ces mêmes mots Ve mu«t se change en e fermé, 
alors la pénultième, de longue qu'elle était, devient brève : loiter^ 
miier, etc. 

12** Quand une voyelle finit la syllabe, et qu'elle est suivie d'une 
autre voyelle qui n'est pas Ye muet, la syllabe est brève; crUé, 0al; 
action, hàir d&Ué, titer, etc. 

Demandre a donné un travail complet sur la quantité des mots dans notro Unw 
gue^ mais nous ne croyons pas nécessaire d'aborder toutes ces questions, par une 
raison qu'il indique lui-même : c'est que, dans certains cas, les syllabes longues 
doivent ou peuvent être ptonoacées brèves, et que les brèves quelquefois ëussi 
deviennent longues. Ainsi l'on dit à' étemelles amours ^ et des amours étemëlteê; 
des caresses perfides, et de perfides caresses ; de stériles attentais, et dei at" 
tentais stériles. Mais le changement des brèves en longues a lieu surtout à la fin 
des phrases. « La raison en est simple, dit-il, c'est que devant un repos, quelque 
« léger qu'U soit , la voix a besoin de soulien, et que ce soutien se prend ordinai- 
« rement sur la pénultième, dans la prononciation de laquelle la voix, se préparant 
« k tomber totalement, tratne pius ou moins sensiblement, selon la qualité du 
« repos et le ton de la prononciation. 9 On conçoit, d'après cela, que l'usage et le 
goût doivent avant tout suggérer les préceptes. Un exemple nous sufiSra. On donné 
comme règle générale que la terminaison able est brève dans tous les adjectifs. 
Nous admettons que cela puisse être vrai dans aimable enfant ; mais dans ces 
deux vers de Racine {Athalie, II, se. 5«) . 

Je le plains de tomber dans ses mains redoutables, 
Ala Qlie. En achevant ces mots épouvaiitables. 
Son ombre, etc. 

ne serait-ce pas faire un contre-sens d'harmonie que de ne pas rendre longues et très 
longues ces deux finales choisies de préférence par le poëteP Voyez égalemeot 
dans Phèdre, act. V, sr» G», vs. 23, 24, et tant d'autres exemples. A. L. 



TABLE D'HOMOmrMES, ET DE LEtR PRONONCIATION. 83 

L'observation des règles générales qu'envient de lire sur la quan- 
tité est si importante, que d'elle seule dépend souvent le sens que 
l'on doit donner aux mots ; et pour finir sur ce qui regarde cette 
propriété de la prosodie, nous allons présenter une lable des homo- 
nymes* qui sont les plus usités. 

TABLE d'homonymes 

gui ont une signification différente, selon gu'ils soni 
prononcés longs ou brefs. 



SO!fS L0II6S. 

Âere, piqttant. 

Aient, outil de cordonnier ^ 

AYâDt, préposition. 

Binier, respirer en ouvrant la bouche 
involontairement. 

Bât, selle pour des bêtes de somme. 

Bête, animal irraisonnable, 

htàû\é, juste proportion des parties 
du corps f régularité et perfection 
dM traits, — belle femme. 

Boîte, ustensile à couvercle. 

Bôndy«atil. 

Cbâir, substance molle et sanguine. 

Clair» adjectif 

Gôipf , substance étendue» 

Côte, os plat et courbé qui s'étend du 
. dos à la poitrine. 
Cours, lieu de promenade. 

Craint (U), du verbe craindre. 

Goîre, verbe. 

Dégoûte (U), il ôte le goût, l'appétit. 

Dont, pronom relatif. 

Faîte, sommet. 

Fête, jour consacré à Dieu, 






\ 



60NS BàEF8. 

Acre, mesure de terre. 

Ualelne, air attiré et repoussé par 

les poumons. 
Avént , les quatre semaines avant 

JYoël. 
Bâiller, donner. 

Bit (il), du verbe battre. 
Bëlte, plante potagère. 
Bdtté, quia des bottes. 



Boite (il), du verbe botter. 

B5n, adjectif. 

Cher, adjectif. 

Clerc, celui qui travaille chex un 

notaire, un avoué. 
C5r, durillon aux pieds , — instnh 

ment. 
C^te, marque numérale. 
CâUe, habillement. 
Cour, espace découvert enfermé de 

murs. 
Crin, poil long et rude. 
Calr, peau d'un animal. 
•Dégotitte (il), «7 tombe goutte d 

goutté» 
B»5n, présent. 
Faite , participe féminin du verbe 

faire. 



* Ce mot signifie des choses différentes eiprimées par un même nom, et, plus 
ordinairement, des mots pareils qui eipriment des choses différentes. Aead. 

6. 



84 



TÀBLfi d'homonymes^ ET DE LEUR PRONONCIATION. 



SONS LOMGSr 

Faîi, fardeau. . 

Fais ((a), du verbe faire. 

Forêt , grande étendue de terrain 

couvert de bois. 
Fûmes (nous), du verbe être. 
Goûte (il), du verbe goûter. 
Grave, adjectif. 
Hâle, air chaud et sec qui flétrit le 

teint, les herbes. 
Hôte, qui tient une hôtellerie, etc. 
Jaîs, substance d'un noir luisant. 
Jeûne, abstinence. 

Legs, don fait par un lesiateur. 

Laîs, Jeune bciliveau de réserve. 
Laisse (Je), du verbe laisser. 

Maître, substantif. 

Mâtin» chien. 

Mois, 12« partie de l'année. 

Mont, montagne i t, de poés. 

Mûr, adjectif. 

Mâle, qui est du sexe masculin. 

Nâit (il), du verbe naître. 

Pâte, farine détrempée et pétrie. 

Paume, jeu, — dedans de la main. 

Pêcher, prendre du poisson. 

Pêne, morceau de fer qui ferme une 

serrure. 
Plaîne, plate campagne. 
Kôgne (je)',j0 retranche. 
Rôt, mets, 

Sâs, tissu de crin qui sert à passer 

de la farine^ etc. 
Saut, action de sauter. 

Saîntf pur, souverainement parfait. 

Scène, lieu où se passe une action. 
Cène , dernier souper de Jésus- 

Christ. 
Saîue, féminin de V adjectif %tàsi. 



[ 



SONS BREFS. 

FaYt (il), du verbe faire. 

F*rét, petit instrument pour pereêTm 

Fume (je), du verbe fumer. 
Goutte, petite partie d'un liquide» 
Gràre (il), du verbe graver. 
Halle, lieu qui sert de marché. 

Hotte, panier que Von porte sur le doSm 

Jet, action de jeter. 

Jeûne, peu avancé en âge. 

LaYd, adjectif, 

LaYt, liqueur blanche que donnent 

les mamelles de certains ani' 

maux. 
Lai, laique, frire lai. 
Laisse, ou lèsse, cordon pour mener 

les chiens de chasse. 
Mettre, verbe. 

Mâtin, premières heures du Jour. 
Moi, pronom personnel. 
Wvk, pronom possessif. 
Mûr, muraille, 
Mâlle, espèce de coffre. 
Net, adjectif. 

Pâlte, pied des animaux, etc. 
Pomme, fruit. 

Pêcher, transgresser la loi divine. 
Peine, affliction souffrance. 

Pleine, féminin de V adjectif plein. 

Rogne, maladie. 

Rôt, vent qui sort de V estomac et a'4- 

chappe avec bruit de la gorge. 
Ça, adverbe. 
Sa, adjectif possessif. 
Sôt, stupide, grossier. 
Ceint, participe du verbe ceindre. 
Sein, partie du corps humain. 
Seing, signature, 

Seine (la), rivière. 
Senne ou seine, filet. 



TABLE d'homonymes^ ET DE LEUR PRONONCIATION 85 

SONS LONGS. SONS BREFS. 



Tête, partie de ranimai, siège des 

organes des sens. 
Tâche, ouvrage donné à faire dans 

%in temps limité. 

Très, adverbe. 

Vaine, féminin de Vadjectify&ln, 

Vêr, insecte long et rampant, 

VîTres, substantif, 

Voîx, son qui sort de la bouche de 

Vhomme, 
Vêler, dérober. 



Tëtte (II), il tire le lait de la ma- 
melle, 
T&che, souillure. 

Trait, dardy — ligne au crayon, ete. 

Veine, vaisseau qui contient le sang, 

Vërl, la couleur verte. 

Vivre, verbe. 

Volt (il), du verbe voir. 



Voler, se mouvoir en l'air, 

(D'Olivet, Traité de la Prosodie française, page 95, art. 4. — Lévizac, 
page 143, t I. » Sicard, page 477, t. II.) 

Puisque la prosodie^ dit Fabbé d'Olivet^ nous enseigne la juste 
mesure des syllabes^ elle est donc utile, elle est donc indispensable 
pour bien parler. Mais ce serait parler très mal que d'en observer 
les règles avec une exactitude qui laisserait apercevoir de raffectation 
et de la contrainte : le naturel, nous ne saurions trop le dire, tant au 
physique qu'au moral, seul nous plaît, nous intéresse et nous cap- 
tive. C'est donc à tort qu'on voit tant d'étrangers donner si peu de 
soin à la prosodie. Cependant il ne faut pas accabler leur mémoire 
d'une infinité de règles minutieuses; mais, en les faisant lire, ou en 
conversant avec eux, il faut leur faire remarquer les syllabes longues 
et les syllabes brèves, leur faire contracter l'habitude d'appuyer sur 
les premières, et de glisser sur les secondes : il faut accoutumer, dès 
le principe, leur oreille à placer l'accent prosodique sur la syllabe 
qui doit l'avoir, et l'accent oratoire sur le mot de la phrase qui en est 
susceptible; par ce moyen, on les habituera à saisir les nuances 
prosodiques, d'où résulte l'harmonie que l'orateur ou le poète a 
eue en vue. 

Ensuite tout étranger doit savoir que, comme le caractère du 
Français est d'être vif, doux, ceux qui formèrent peu à peu no- 
tre langue se proposèrent évidemment de retracer ce caractère 
dans son langage. Pour la rendre vive, ou ils ont abrégé les mots 
empruntés du latin, ou, lorsqu'ils n'ont pu diminuer le nombre 
des syllabes, du moins ils en ont diminué la valeur, en faisant 
brèves la plupart de celles qui étaient longues. Pour la rendre 
douce, ils ont multiplié Ve muet, qui rend nos élisions coulan- 
tes; et, comme les articles et les pronoms reviennent souvent. 



86 REMARQUES SUR LÀ PRONONCIATION. 

ils en ont banni (51) Thiatus; jugeant une cacophonie pire qu^ane 
irrégularité. 

H est nécessaire encore que tout étranger sache que, quoique nous 
ne puissions pas faire dans nos vers le même usage que les anciens 
faisaient des longues et des brèves, elles y servent cependant, par la 
manière dont elles y sont placées et entremêlées, à peindre les divers 
objets. Il est certain que le vers devient plus lent ou plus vif, selon 
qu'on y multiplie des pieds où dominent les longues, ou ceux où 
dominent les brèves. L'utilité réelle de la prosodie bien observée est 
donc de pouvoir donner au style poétique ou de la vivacité, ou de la 
len leur, selon l'occasion et le besoin . 

On pourrait citer un grand nombre d'exemples de l'effet que pro- 
duisent, dans les vers de nos bons poètes, le mélange heureux des lon- 
gues et des brèves et l'emploi judicieux qu'ils ont fait de ces deux 
parties de la quantité prosodique. L'abbé d'Olivet a choisi avec rai- 
son l'exemple qu'offrent les quatre derniers vers du chant l\ du 
Lutrin, 

Boileau a voulu peindre la Mollesse qui se plaint du tort que lui 
ont fait les conquêtes de Louis XIV et son amour pour la gloire. Elle 
ne peut achever son discours • 

Là Mollesse oppressée» 

Dans sa bouche, a ce mël^ sent sa langue glacée ; 

Et, lâssë de parler^ succombant soûs VèOàn, 

Soûpîre, ëtënd lès bras, ferme l'œïl ël s'ëndôrt. 

Nous n'avons rien dans notre langue, dit d'Olivet, de plus beau que 
ces vers; le dernier surtout est admirable; et dans le second on voit 
effectivement la langue glacée de la Mollesse; on la voit glacée par 
l'embarras que cause la rencontre de ces monosyllabes sa, ce, sent, 
sa^ qui augmente encore par ces deux mots, où gue, gla font presque 
au lecteur l'effet que Boileau dépeint. 

Enfin, il faut faire observer à un étranger qu'il y a différentes es- 
pèces de prononciation : car, comme le dit encore l'abbé d'Olivet. 
plus la prononciation est lente, plus la prosodie doit être marquée 
dans la lecture, et bien plus encore au barreau, dans la chaire, sur 
le théâtre. Il y a donc trois espèces de prononciation : celle de la con- 
versation, celle de la lecture^ et celle de la déclamation. 

« La prononciation de la déclamation^ dit l'abbé Batteux, est une 

(51) Vépée pour la épée; mon amitié pour ma amitié, de» 



REMARQUES SUR LÀ PRONONCIATION. 87 

c espèce de chant : chaque son y est prononcé avec une sorte de mo- 
c dulation; les syllabes longues y sont plus ressenties; les brèyes y 
« sont articulées avec un soin qui leur donne plus de corps et de con- 
« sistance; ce qui rend l'accent oratoire plus aisé à observer. » 

Elle est une espèce de chant , parce qu'elle admet des intonations 
plus élevées ou plus basses^ plus fortes ou plus faibles ; des tenues 
sur des longues; des accélérations ou des ralentissements , selon les 
figures qu'on emploie; enfin, des inflexions destinées à préparer la 
chute ou les différents repos. C'est ce que le même auteur prouve 
par cet exemple, tiré de Fléchier (Oraison funèbre de Turenne): 
« Déjà firémissait dans son camp | l'ennemi confus et déconcerté ; 
déjà I prenait l'essor, ] pour se sauver dans les montagnes, 
cet aigle, j dont le vol hardi | avait d'abord eflFrayé nos pro- 
«vinces. ] Hélas! ( nous savions ce que nous devions espérer, [ 

< et nous ne pensions pas [ à ce que nous devions craindre, j 
« Dieu terrible, | mais juste en vos conseils | sur les enfants 

< des hommes ! [ vous immolez | à votre souveraine grandeur 

< de grandes victimes, ] et vous frappez, | quand il vous plait, 

< ces têtes illustres [ que vous avez tant de fois couronnées. » 
Nous avons marqué avec soin dans ce passage les différents repos 

de l'oreille, de l'esprit et de la respiration, afin qu'on puisse placer 
l'accent oratoire sur le mot qui doit l'avoir. Il y en a deux dans la 
première phrase, parce qu'il y a un demi-repos après camp^ et un 
repos final après déconcerté. Le premier accent, conformément aux 
règles que nous avons établies, porte sur son^ et le second sur l'avant- 
demière de déconcerté. Il y a six repos dans la seconde phrase : le 
premier après d^à^ le second après essor; le troisième après mon- 
tagnes; le quatrième après aigle; le cinquième après hardi; et le 
sixième après provinces^ etc. Ce n'est pas qu'on doive précisément 
s'arrêter après chaque repos que nous avons marqué; mais on le 
peut, et cela suffit, parce qu'on ne s'arrêtera qu'après un de ces mots, 
selon la manière dont on sera affecté dans le moment de l'action. 
Voilà quant à l'accent oratoire. 

Relativement aux intonations, aux tenues, aux accélérations et 
aux ralentissements, voici comment l'abbé Batteux s'explique à l'é- 
gard de la dernière phrase, ô Dieu. etc. : « L'intonation du premier 
« membre, ô Dieu terrible 1 sera plus élevée, dit-il; celle du second, 
« mais justCj plus basse. L'orateur appuiera sur la première de ter-- 
« rible^ et fera sonner fortement les deux r; il appuiera de même sur 
« la première àejmte^ en faisant un peu siffler la consonne j. 11 pré- 



88 REMARQUES SUR LÀ PROI^ONGlÀTIOlf . 

« cipilera un peu rarticulation du reste de la période, sur les enfants 
« des hommeSj parce qu'il y a un peu trop de sons pour Tidée. Il 
« appuiera de même sur immolez^ sur grandeur y sur frappez; il dé- 
« veloppera la première de tètes , et rayant-dernière à* illustres; enfin 
« il allongera, tant qu'il le pourra, la dernière de couronnées. » 

Sur quoi notre hsJDile professeur remarque « que les intonations, 
« sensibles surtout au commencement des membres de périodes, et 
« après le repos et les expressions appuyées, se placent sur les con- 
« sonnes et non sur les voyelles; qu'elles sont entièrement séparées 
« de l'accent, et ne sont que la syllabe accentuée, prononcée avec plus 
« de force et d'étendue. » 

Il ne faut pas néanmoins croire que ces intonations, ces tenues et 
ces accents soient si fixes de leur nature , qu'ils ne varient jamais ; 
ils dépendent au contraire, presque toujours, des figures que Ton 
emploie, parce qu'ils doivent être adaptés aux mouvements qu'on 
veut exciter dans l'esprit des auditeurs : ceci mérite quelque déve- 
loppement. 

Dans l'antithèse, il doit y avoir le même contraste dans Fintonation 
que dans les idées. Ainsi, dans cette phrase : « Nous savions ce que 
« nous devions espérer, et nous ne pensions pas à ce que nous devions 
« craindre; » l'intonation sera plus haute dans le premier membre, 
et plus basse dans le second. Mais cette variété d'intonation ne chan- 
gera rien à l'accent, parce qu'elle n'empêche pas que le repos ne soit 
toujours le même. 

Dans la répétition, il y aura une intonation plus forte et plus d'ap- 
pui sur le mot répété, parce que ce mot ne l'est que pour donner plu» 
d'énergie ou plus de grâce au discours : « Mes enfants, approchez. 
« approchez, je suis sourd. » Si l'on y fait attention, on verra que le 
second approchez se prononce d'une voix plus élevée, et que le son se 
prolonge sur la dernière syllabe. 

Dans la gradation, l'intonation doit toujours aller en croissant à 
chaque degré : « D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis 
« bien; puis enfin il n'y manqua rien. » 

Dans l'interrogation, l'intonation sera élevée, et il y aura de la vi- 
vacité dans le récit : « Ma mignonne, dites-moi, vous campez-vous 
« jamais sur la tête d'un roi, d'un empereur, ou d'une belle? » Les 
demi-repos seront peu marqués, afin de parvenir promptement au 
repos final ; mais l'accent ne portera que sur l'avant-dernière de belle, 
parce que l'effet de l'interrogation est d'y élever ordinairement la 
voix. Mais si la réponse suit, l'intonation de la demande sera plus 



REMARQUES SUR LÀ PRONONCIATION. 89 

élevée, et celle de la réponse plus basse, afin de marquer le contraste; 
et même l'accent portera quelquefois sur la dernière syllabe, parce 
que, comme l'observe l'abbé Batteux, l'interrogation, attirant la ré- 
ponse, en prend pour appui les premières syllabes. En voici un exem- 
ple : « Est-ce assez ? Nenni. M'y voici donc ? Point du tout. » 

Dans l'apostrophe, l'intonation s'élève tout à coup avec une espèce 
de transport : « Amour, tu perdis Troie ! » Mais la voix baisse aus- 
sitôt pour tendre au repos. 

Nous ne pousserons pas ce détail plus loin, parce que ce qui vient 
d'être dit suffit pour donner aux étrangers une idée de l'art si difficile 
de bien déclamer, et par conséquent leur montre la nécessité de se 
former de bonne heure à une exacte prosodie, à la connaissance de 
l'accent, et à l'intonation qui convient à chaque mouvement oratoire 
C'est aux guides qu'ils choisiront à leur faire appliquer à toutes les 
figures les principes que nous venons d'établir; car chacune a son 
mionation, ses tenues, ses inflexions, ses précipitations, ses ralen- 
ussements, ses accents; en un mot, un caractère qui lui est propre. 

La seule attention qu'on doive avoir, en se livrant aux différents 
sentiments que l'on éprouve, c'est de ne pas confondre l'accent ora- 
toire avec l'accent prosodique. 

€ Uaccent oratoire^ dit Duclos, influe moins sur cnaque syllabe 
d'un mot par rapport aux autres syllabes, que sur la phrase entière 
par rapport au sens et au sentiment : il modifie la substance même 
du discours, sans altérer sensiblement l'accent prosodique. La pro- 
sodie particulière des mots d'une phrase interrogative ne difiFère pas 
de la prosodie d'une phrase affirmative, quoique l'accent oratoire 
soit très différent dans l'une et dans l'autre. Nous marquons dans 
l'écriture l'interrogation et la surprise; mais combien avons-nous 
de mouvements de l'âme, et par conséquent d'inflexions oratoires, qui 
n'ont point de signes écrits, et que l'intelligence et le sentiment 
peuvent seuls faire saisir ! Telles sont les inflexions qui marquent la 
colère, le mépris, l'ironie, etc. L'accent oratoire est le principe et la 
base de la déclamation. » 

La prononciation de la lecture doit être bien moins marquée; mais 
elle doit l'être d'une manière sensible, parce que cette prononciation, 
étant lente, donne le temps à la réflexion d'apercevoir les fautes qu'on 
pourrait faire. On ne lit bien qu'en donnant à chaque syllabe sa vé- 
ritable valeur, à chaque sentiment sa juste intonation. Quoique tout 
ce que nous avons dit sur la déclamation doive s'observer dans la 
lecture, il ne s'ensuit pas qu'on doive lire comme on déclame. Dan» 



9P REMARQUES SUR LA PRONONCIATION. 

la déclamation on est hors de soi; on est tout au mouvement qu'on 
éprouve, et qu'on veut faire passer dans l'âme des autres. Mais en 
lisant, on est de sang froid, et, quoiqu'on éprouve des émotions, ces 
émotions ne vont pas jusqu'à nous le faire perdre. Déclamer en li- 
sant, c'est donc mal lire, même en lisant une scène tragique. On doit 
se rappeler qu'on ne la joue pas, mais qu'on la lit. Un homme qui,, 
en lisant les fureurs d'Oreste, paraîtrait agité par les Furies, n'ex- 
citerait que le rire ou la pitié des auditeurs : il n'est, ni ne doit être 
Oreste. I^ décomposition dans les traits, et les contorsions dans les 
membres, seraient aussi hors de saison que ridicules. Le ton de la 
lecture, en général, doit être soutenu. Il ne doit avoir d'autre varia- 
tion que celle que nécessite l'intonation propre à chaque figure, n 
d'autre inflexion que celle que produit l'accent oratoire. 11 faut que 
le passage du grave à l'aigu, ou de l'aigu au grave, ne soit marqué 
que par des demi-tons, et très souvent même par des quarts de ton 
Rien ne choque comme d'entendre parcourir trois ou quatre tons de 
l'octave dans une même phrase, et c'est néanmoins ce qui est très 
ordinaire, surtout dans les pays étrangers. Bien lire en français et 
bien lire en anglais sont deux manières entièrement opposées; et 
cette opposition tient à la difiFérence de la nature de l'accent proso- 
dique dans les deux langues. 

La prononciation de la conversation difière des deux autres en œ 
que la plupart des syllabes y paraissent brèves; mais, si l'on y feît 
attention, il est aisé de s'apercevoir que la quantité est observée par 
les personnes qui parlent bien. Cette nrononciation n'a d'autre règle 
que le bon usage. On ne la saisira jamais, dans les pays étrangers, 
que par l'habitude de vivre avec des personnes bien élevées, ou par 
les soins d'un maître qui a vécu dans la bonne compagnie, et qui a 
cultivé son esprit et son langage. Mais, comme nous l'avons déjà dit, 
il faut éviter toute espèce d'affectation et de gêne, parce que, dit 
d'Olivet (Traité de Prosodie^ page 65^, la prononciation de la con- 
versation souffre une infinité d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas 
trop rudes; ils contribuent à donner au discours un air naturel; aussi 
la conversation des personnes qui ont vécu dans le grand monde est- 
elle remplie d'hiatus volontaires qui sont tellement autorisés par 
l'usage, que si l'on parlait autrement, cela serait d'un pédant. Parmi 
ces personnes, folâtrer et rire^ aimer à jouer, se prononcent, dans la 
conversation, folâtré et rire^ aimé avouer. (Foy. p. 64.) 



DES MOTS CONSIDÉRÉS COMME SIGNES DE NOS PENSÉR8. 91 

m. 

SECONDE PARTIE. 

DES MOTS 

œNSFDÉRÉS COMME MOYENS DE RENDRE NOS PENSÉES 

DANS LA LANGUE PARLÉE ET DANS LA LANGUE ÉCRITE. 



nn ^ 



On peut définir les mots, des sons articulés, ou simples, ou com- 
posés que les hommes ont représentés par des signes d'une ou de 
plusieurs syllabes, pour rendre leurs pensées 

Dès lors on ne peut Lien comprendre les diverses significations 
que renferment les mots, qu'on n'ait bien compris auparavant ce qui 
se passe dans l'esprit. 

Or, il y a trois opérations de l'esprit : concevoir, juger^ rai- 
sonner. 

Concevoir n'est autre chose qu'un simple regard de l'esprit, soit 
sur des objets intellectuels, comme Y être y la durée^ la pensée. Dieu; 
soit sur des objets matériels, comme un cheval^ un chien. 

Juger, c'est affirmer qu'une chose que nous concevons est telle, ou 
n'est pas telle; comme lorsqu'après* avoir conçu l'idée de la ierre^ et 
l'idée de la rondeur, j'affirme de la terre qu'elle est ronde. 

Raisonner, c'est se servir de deux jugements pour en former un 
troisième; comme, lorsqu'après avoir jugé que toute vertu est loua- 
hle, et que la patience est une vertu, j'en conclus que la patience est 
louable. 

D'où l'on voit que la troisième opération de l'esprit (le raisonne- 
ment) n'est qu'une suite nécessaire de la conception et du jugement^ 
ainsi, il suffira, pour notre sujet, de considérer les deux premières 
opérations, ou l'influence de la première sur la seconde; car les hom- 
mes, tout en exprimant ce qu'ils conçoivent, expriment presque tou- 
jours le jugement qu'ils portent de l'objet dont ils parlent. 

Les deux choses les plus importantes pour le Grammairien, dans 



92 DES MOTS CONSIDÉRÉS GOMME SIGNES DE NOS PENSÉES. 

les opérations de Tesprît, sont donc l'objet de la pensée, et Timpres- 
sion que cet objet laisse, puisque c'est de là que naît l'affirmation 

De ce principe lumineux, vrai fondement de la métaphysique du 
langage, et du besoin qu'ont éprouvé les hommes de créer des signes 
qui exprimassent tout ce qui se passe dans leur esprit, il résulte que 
la manière la plus naturelle de distinguer les mots, c'est de les divi- 
ser en deux classes; savoir : les mots qui désignent les objets de nos 
pensées, et les mots qui peignent les différentes vues sous lesquelles 
nous les considérons. 

La première espèce comprend donc les mots qu'on est convenu 
d'appeler substantifs et pronoms ; et la seconde, Y article, Y adjectifs 
le verbe avec ses inflexions, l^Lpréposition^ Yadverbe^ la conjoncOan 
et Vinterjection. Tous ces mots sont la suite nécessaire de la manière 
dont nous exprimons nos pensées, et servent à faire connaître Yeor 
chainement des rapports qui existent entre elles. 

(MM. de Port-Royal, 2« partie, page 60 et snivantes.) 

Cette division est sans doute la plus philosophique; mais, comme 
les mots qui expriment l'objet de nos pensées, et ceux qui en expri- 
ment la forme et la manière, se trouvent entremêlés dans nos disr- 
cours, nous donnerons aux mots l'ordre que tous les Grammairiens 
ont adopté; et en conséquence nous parlerons, 1** du Substantif; 2® de 
Y Article; 3** de Y Adjectif; 4** du Pronom; 5° du Ferbe; 6** de la Pré- 
position; T de Y Adverbe; 8* de la Conjonction; 9** de Y Interjection. 



BU GENRE DES SUBSTANTIFS 03 



CHAPITRE PREMIER. 

DU SUBSTANTIF. 

Le substantif est un mot qui, sans avoir besoin d'aucun autre 
mot, subsiste par lui-même dans le discours, et signifie quelque 
être ou réel, comme le soleil^ la terre, ou réalisé en quelque sorte 
par ridée que nous nous en formons, comme Yabondance, la 6ton- 

cheur. (lyoïivet, EssoU de Grammaire, page 1 27 ) 

On divise les substantifs en noms propres et en noms communs, 
autrement dits appellatifSy à cause de Tappellation commune aux 
individus de toute une espèce. 

Le nom propre est le nom qui distingue un homme des autres 
hommes, une ville des autres villes, enfin celui qui exprime une 
idée qui ne convient qu'à un seul être ou à un seul objet : Corneille, 

Peariê. (te met, de tâcadémie,) 

Le nom commun ou appellatif est celui qui convient à tout un 
genre, à toute une espèce; ainsi le mot arbre est un nom appellatif, 
parce qu'il comprend la classe des végétaux pourvus de qualités 
semblables qui les ont fait ranger sous cette dénomination. 

Le nom appellatif, commun à plusieurs individus, est opposé au 
nom propre, qui ne convient qu'à un seul. (Damanats, Eneyci. méth.) 

Parmi les noms communs ou appellatifs, on doit distinguer les 
noms collectifs, à cause des lois narticulières que quelques-uns 
d'entre eux suivent dans le discours. 

Les Grammairiens les ont nommés substantifs collectifs^ parce 
que, quoique au singulier, ils présentent à l'esprit l'idée de plusieurs 
personnes ou de plusieurs choses formant une collection ; on en 
distingue deux sortes : les collectifs partitifs et les collectifs gêné- 
raux. 

Les noms collectifs partitifs, composés de plusieurs mots, mar- 
quent une partie des choses ou des personnes dont on parle; ils ex- 
priment une quantité vague et indéterminée, et sont ordinairement 
précédés de un^ ou de une, comme dans ces phrases * une foule de 
soldais, une qv^ntité de volumes. 



.^ %* ; "J 



94 DU (2ÉI9RÉ DÉS SUBStÂliTIFS. 

Les noms collectifs généraux marquent la totalité des personnes 
ou des choses dont on parle^ ou bien un nombre déterminé de ces 
mêmes choses ou personnes; ces sortes de collectifs sont toujours 
précédés d'un des déterminatifs le^ la, ce, cette j moUy ton, notre, vos : 
le nombre des victoires^ la totalité des FrançaiSy ta moitié des arbres^ 
cette sorte de poires, la foule des soldats. (Foy. leur système à l'acr- 
cord du verbe avec le sujet.) 

Il y a deux choses à considérer dans les substantifs : le genre et 
le nombre. 

Enfin un substantif commun^ composé de plusieurs mots équiva- 
lant à un seul, tels que arrière-pensée, chef-d'œuvrej sonae-cretLr, 
se nomme substantif composé. 

ARTICLE PREMIER. 

DU GENRE. 

Les hommes ayant remarqué dans l'espèce humaine une difiërence 
sensible, qui est celle des deux sexes, ont jugé à propos d'admettre 
deux genres dans les noms substantifs, le masculin et le féminin : 
le masculin appartient aux hommes et aux animaux mâles, et le fé- 
minin aux femmes et aux animaux femelles. 

Quelquefois ils ont donné des noms dififérents aux mâles et aux 
femelles, comme : l'homme et la femme ; le bélier et la brebis ; le saiH 
glier et la laie; le bouc et la chèvre; le taureau et la vache; le lièvre 
et la hase; le cerf et la biche; le jars et l'oie, etc. 

D'autres fois ils se sont contentés de les distinguer en leur donr 
nant une terminaison différente, comme tigre, tigresse; ours, ourse; 
loup, louve; lapin, lapine; canard, cane; renard, renarde; daim^ 
daine (62); chevreuil, chevrelle ou chevrette; paon, paone; faisan, 
faisanne. 

Souvent aussi ils se sont servis du même mot, soit masculin^ 
soit féminin, pour exprimer le mâle et la femelle, comme : le corbeau; 
le crabe; le crapaud; l'écureuil; le perroquet; le renne; le requin; 
le sarigue; le rhinocéros; le taon. 

La baleine; la bécassine; la corneille; la hyène; la fouine; la gre- 
nouille; la perruche. 

Par imitation, quelquefois à cause de rétymo.ogie, ou bien encore 



(52} Les chasseurs prononcenf dine, /^çad* 



ou GEmlË DES âUBSTÀNTiPS. ^ 

sans motif réel, ils ont donné le genre masculin ou le genre féminin 
aux autres substantifs, quoiqu'ils n'aient aucun rapport avec l'un 
ou l'autre sexe : acrostiche, amadou, centime, éclair, épiderme^ 
entracte, épisode^ légume^ monticule, ont été mis au rang des noms 
masculins; eianagramme^ antichambre, épée, fibre, onglée, ouïCj au 
rang de ceux qui sont féminins. (te dicl de cjuadémie,) 

Le caprice a souvent fait aussi que le genre de plusieurs substan- 
tifs a changé selon les temps; en voici quelques exemples : 

Affaire, actuellement féminin, était autrefois masculin. Marot, 
dans sa lettre au roi pour qu'il le fit sortir de prison, et dans 
sa complainte sur la Mort de Florimond Robertet, l'a fait de ce 
genre. 

ÂGE, que nous faisons aujourd'hui masculin, était féminin du 
temps de P. Corneille. 

Outre Vâge en tous deax un peu trop refroidie. 
Gela sentirait trop sa fin de comédie. 

[La Galerie du Palais, acte V.) 

Art, du masculin, était féminin du temps de Montaigne, d'Âmyot, 
et antres auteurs anciens. 

Comté était autrefois féminin; Marot, sur la Mort de FI. Robertet, 
l'a fait de ce genre. Il a été ensuite masculin et féminin. Présente- 
ment il est toujours masculin, si ce n'est quand on parle de la 
Franche-Comté. 

Date. On disait anciennement le date et la date. Le date Aq datum, 
et la date de data, en sous-entendant epistola. Aujourd'hui on ne 
dit plus que la date; de fraîche date; de vieille date. 

ÉTÊGHÉ. Ronsard, dans sa réponse au ministre Hontdiea, a fait 
ce mot féminin; il est présentement masculin. 

n en est de même du mot archevêché. . 

Insulte, qui ne peut aujourd'hui être employé qu'au féminin, 
était autrefois masculin. L'Académie, au commencement du dernier 
siècle, le faisait de ce genre, en avertissant que plusieurs s'en ser- 
vaient au féminin. 

Bouhours, Fléchier lui ont aussi donné le genre masculin, et 
Boileau a dit dans le Lutrin^ chant Y : 

Evrard seul, en on coin prudemment retiré, 
Se croyait â couvert de rtnsulte sacré. 

Et chant VI ; 

A mes sacrés autels font un profane insulte, 
Remplissent tout d'efflroi, de trouble et de tumulte* 



96 DU GENRE DBS SUBSTANTIFS. 

Navire, n parait, dit Ménage, que ce mot était autrefois féminin; 
et il pensait que, dans la haute poésie, la navire valait mieux que 
le navire. Hais aujourd'hui le féminin ne s'est conservé qu'en par- 
lant du vaisseau des argonautes : La navire Argo. 

(Richelet, Trévoux, Port-Royal, Boiste, Carpenlier, Gallet et l'Académie.) 
Noos croyons que même dans ce dernier sens, pas plus que ponr la constellallon, 
le féminin ne peut être employé aajoard'hui; et qu'il faut dans tons les cas dire le 
navire Argo. L'Académie ne signale aucune exception. A. L. 

Poison. Du temps de Malherbe, et avant ce temps, ce mot était 
presque toujours employé au féminin. Crétin (dans son Chant royal) ^ 
Ronsard (dans une de ses élégies), Belleau (dans la Première journée 
de sa Bergerie), Desportes (dans sa seconde élégie), en ont fait usage 
en ce genre : en efiet, dit Ménage, c'est de ce genre qu'il devrait être 
selon son étymôlogie latine potio^ qui est féminin. Mais, malgré 
cela et malgré l'autorité des anciens écrivains, le mot poison est pré- 
sentement masculin. 

Rencontre, toujours féminin en quelque sens qu'on l'emploie, 
était autrefois masculin. Voiture, Arnauld d'Andilly, Pasquier, et, 
plus récemment, La Bruyère, Pavillon, Mascaron, J.-B. Rousseau 
ont dit ce rencontre, et les premières éditions du Dictionnaire de 
f Académie les y autorisaient. 

De cette variation d'usage il est résulté souvent qu'un môme mot, 
avec la même signification, est demeuré des deux genres. 

SUBSTANTIFS DE DIFFÉRENTS GENRES AYANT LA MÊME 

SIGNIFICATION. 

Aigle. Voyez les Remarques détachées, lettre A . 

Amour^ désignant une vive affection, est masculin au singulier : 
amour divin, amour paternel, amour filiaL 

« Le cœur, dit Chrysostôme, est le symbole de V amour conjugal', il 
« meurt par la moindre division de ses parties. » 

(Vangelas, 37l« Remarque, ~~ Wailly, page 32. — Lemare, page 84S, 
note 129, et le Dict, de PAcadimie.) 

n est également masculin au singulier, lorsqu'il exprime la pas- 
sion d'un sexe pour l'autre t « Vous êtes mon premier amour. » (La- 
motte.) — « Il n'y a point de déguisement qui puisse cacher V amour 
« où t7 est, pour le feindre où il n'est pas. » (La Rochefoucauld.) 

(Hdmes aatorités.) 

Au pluriel, ce mot ne s'emploie guère qu'au féminin ; et alors il ne 
se dit que du sentiment particulier qui attache l'une à l'autre 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 97 

deux personnes de sexe différent : « 11 n'y a point de belles prisons 
€ ni de laides amours, » (L'Académie.) 

« Adrien déshonora son règne par des amours monstrueuses. » 

(B088Uet.) 

Poor parvenir aa but de ses noires amours, 
L'insolent de la force empruntait le secours. (Racine, Phèdre, iv, i.) 
Cette Esther, l'innocence et la sagesse même , 
Que je croyais du ciel les plus chères amours. * {Esther, m, se. 4.) 
Mais, hélas ! il n'est point d'étemelles amours. (Boil., les Héros de rom.) 
Le passé n'a point vu d*éterfielles amours. 
Et les siècles futurs n'en doivent point attendre. (Saiot-Évremont/ 
(Th. Corneille, sur la 371 « Remarque de FaugeZtu; l'Académie, page 386 de 
ses Observations, ion Dictionnaire; et les Grammairiens modernes.) 

Mais, lorsque ce substantif désigne ces espèces de petits génies 
qui, selon la mythologie des Grecs, servaient de cortège à la beauté, il 
est généralement employé au pluriel et au masculin : « Tous ces petits 
« amours sont bien groupés, » — « Les amours riants et légers 

« sont des tyrans dangereux. » (Girard, Wailly, Lévizac et m. Lemare.) 

Et vous^ petits amours, et vous, jeunes zéphirs, 
Qui pour armes n'avez que de tendres soupirs. 

(Corneille, Psyché, acte lil, se. 4.) 

Première remarque, « — Si Ton consulte les anciens auteurs, tels 
que le cardinal du Perron, Coeffeteau, Berthaut, Villon, Marot, et 
même le P. Bouhours (dans Ses entretiens^ p. 419 de la 2® édition), il 
paraît que le mot amour y désignant la passion d'un sexe pour Tautre, 
était autrefois féminin au singulier; aussi l'Académie fait-elle ob- 
server qu'en poésie on le fait quelquefois de ce genre. En effet, on en 
trouve un grand nombre d'exemples dans Raidne (Bérénice, V, 7; 
IphigéniCy acte V, se. 3; Mithridate, 1, 1 ; Phèdre^ V, 1; Mhalie, I, 4); 

DansJ.-B. Rousseau; 

Dans Regnard (le Distrait, I, 4 ; Satire contre les maris) ; 

Dans Molière (les Femmes savantes, IV, 2) ; 

Et dans Voltaire (Zo/ire; Oreste, IV, se. 1"; Adélaïde Bagues- 
c/tn, U, 3). 

Toutefois, on n'a jamais fait usage que du masculin, lorsque ce 
mot est employé pour l'amour que l'on porte à Dieu, auteur de tous 
les biens. 

Seconde remarque. — Les poêles se sont crus également autorisés 
à employer au masculin le mot amour au pluriel : nous en avons 
trouvé des exemples dans Molière (les Femmes savantes, IV, 2) ; 

Dans Voltaire (OBdipe, II; son Apologie de la Fable; la Henriade, 
ch. IV ; Nanine, ï, 2 ; le Conte des Trois Manières) ; 

I. î 



98 BU GENRE DES SUBSTAKTIFS. 

Dans Laharpe (Cours de Litiér.y trad. des Adieux âlAleeêfe éxaa 
Euripide^ t. 2) ; 

Et dans Delille, (poème de Ylmag.^ et le Paradis perdu^ l^ 9). 

Quoi qu'il en soit, si Ton veut écrire purement en prose, il faut, 
de même que les bons écrivains, faire toujours le mot amouTy mas- 
culin au singulier, et féminin au pluriel. Mais quelle est la raison 
de cette exception pour le pluriel? Elle vient sans doute, comme le 
dit M. Laveaux, de la nécessité de distinguer ces petits dieux, ces 
amours personnifiés^ que la mythologie nous peint si jolis, du sen- 
timent, de la passion de Tamour. 

Cette raison nous parait peu plausible, car il y a aussi au singulier le dieu 
Amour. Et d'ailleurs nos bons auteurs, même en prose, ont employé le masculin 
au pluriel. Il faut donc reconnaître que cet emploi est arbitraire, c'est-à-Hiire livré 
au goût, au tact, à la sensibilité de l'écrivain qui , selon les circonstances et Tlns-^ 
piraUon du talent, préférera l'un ou l'autre genre. A. L. 

Automne est masculin, quand Tadjectif précède : un bel aur- 

iomne. (l'Acwlémie.) 

Et toi, riani Automne, accorde i nos désirs 
Ce qu'on attend de toi, des biens et des plaisirs. 

(Saint-Lambert, les Saitons, S« et •« vers») 

Ou quai^d sur les coteaux le vigouretix Automne 

Étalait ses raisins dont Baccbus se couronne. (Perrault) 

Mais, quand Tadjectif suit immédiatement, automne est féminin : 
une automne froide et pluvieuse. 

(L'Académie, Féraud, au mot automne et au mot pluvieux,^ 
Wailly, Lévizac, Boiste, Caminade et Galtel.) 

Une santé, dès lors florissante, éternelle. 
Vous ferait recueillir d'une automne nouvelle 

Les nombreuses moissons. (j.-b. Rousseau, Odo 5, 1. 3.) 

« Je me représente cette automne délicieuse y et puis j'en regarde 
« la fin avec une horreur qui me fait suer les grosses gouttes. » 

(Madame de Sérigné.) 
La terre, aussi riche que belle f 
Unissait, dans ces heureux temps , 
Les fruits d'une automne éternelle. 
Aux fleurs d'un éternel printemps. 

(Gresset, le Siècle pastorat, idjïie,) 

Si cependant il se trouvait entre aw/omnc et Tadjectif, soit un 
adverbe, soit un verbe, alors on ferait usage du masculin : « Un 
« automne fort sec. » (l'Académie.) — «L'automne a été trop sec, » 
(J. J. Rousseau.) — « L'automne a été universellement beau et 

« sec. » (LlNGUET.; 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 99 

Hemarque. ■ — Domergue n*est point d'avis de faire ces distinc- 
tionSy et il préfère ne se servir, avec automne^ que du masculin, par 
analogie avec les autres saisons, qui sont de ce genre : un bel été, 
un printemps froid^ un hiver sec. Déjà cette opinion commence à 
prévaloir; on lit dans Delille : 

Dirai-]e A qaels désastres , 
De raatomne ora^tfiMB nous exposent les astres? 

(Les Géorgiqueê, iÏYre I.) 

Aussi, voyez comment l'automne nébuletix , 
Tous les ans, poar gémlr^ nous amène en ces lieux.. 

(Poëme de ï* Imagination, chant VII.) 

L'Académie dte les exemples indiqués plus haut ; mais elle n'établit pas de 
dlftérence ; ce qui donne à penser qu'elle admet indistinctement le masculin et le 
féminin. Nous pensons que, dans ce cas encore^ il faut laisser le choix au goût de 
récrividn, selon la nuance de sa pensée. A . L. 

Chose. Voy. les Remarq. détachées, au mot Quelque chose. 
Couleur, employé comme mot générique, et alors signifiant Tim- 
|)ression que fait sur Tœil la lumière réfléchie par la surface des 
corps, est féminin : « Les couleurs primitives sont le violet, Tindigo, 
« le bleu, le vert, ïe jaune, l'orangé et le rouge. » 

(Le Dict. de r Académie et tous lei^xicographes.) 

Mais on dit : UN beau couleur de feu. Le couleur d'eau y de chair ^ 
de citron, sont mes couleurs favorites. Cette étoffe est rf'uN couleur 
de rose charmant ; et ce n'est pas parce que le mot couleur est pris 
alors au masculin, ou parce qu'il y a quelque substantif masculin 
sous-entendu, tels que ruban, habit, etc. ; c'est parce que, comme 
tous les noms simples qui désignent des couleurs sont masculins, et 
que l'on dit le violet, V indigo, etc. ; alors les mots composés couleur 
de fsu, couleur de chair, couleur de rose, ont quitté leur genre propre 
pour prendre la catégorie des noms à laquelle ils appartiennent. 

(M. Auger, Commentaire stir Molière, Impr. de Vers,, se. V, et l'Académie.^ 

Couple est masculin, quand on parle d'un homme et d'une femme 
unis par l'amour ou par le mariage, ou seulement envisagés comme 
pouvant former cette union: «Un couple d'amants, un couple 
« d'époux ». 

< Ce fut un heureux couple, un couple bien assorti. » 

(Girard et M. Lemare, page 369, note 132.) 

n est encore masculin quand il se dit d'un mâle et d'une femelle 
îue l'on a appareillés ensemble : « Un couple de pigeons. » 

(Ménage, chapitre 73 de ses Observations, — Beauzée, Encycl, mélh.y au mot 
couple. — Sicard, page 84, 1. 1, et M. Laveaux, son Dict. des Difficultés.) 

L'Académie admet encore le mascalin pour désigner deux êtres animés unis 

7. 



100 BU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

par la volonté oa par toute autre cause qui les rend propres é agir de concert : tin 
couple d'amis f un couple de fripons y un beau couple de chiens. Uais Delillea 
fait une faute dans la traduction du y» livre de VÉnéide en écrivant : 

De cestes meoaçants un couple épouvaotable. 
Il fallait dire une paire f comme nous allons le voir. A. L. 

Le mot couple est féminin, quand il est employé pour signifier deux 
choses quelconques d'une même espèce, qui ne Yont pas ensemble 
nécessairement, et qui ne sont unies qu'accidentellement. 

« 11 a avalé une couple d'œufs. » 

« Nous avons tué une couple de perdrix. » (Mêmes autorités.) 

Remarque, — Quand deux choses vont ensemble par une nécessité 
d'usage, on se sert du mot paire : Une paire de gants, de bas, de 
souliers, de jarretières, de bottes, de sabots, de boucles d'oreille, de 
pistolets, etc. 

On s'en sert encore, en parlant d'une seule chose nécessairement 
composée de parties qui font le même service : une paire de ciseaux, 
de lunettes, de pincettes. 

Enfin une couple et unepat're peuvent se dire des animaux; mais 
M couple ne marque que le nombre ; et la paire y ajoute l'idée d'une 
association nécessaire. Ainsi un boucher dira qu'il achètera une cot*- 
ple de bœufs, palRe qu'il en veut deux ; mais un laboureur doit dire 
qu'il en achètera une paire^ parce qu'il veut les atteler à la même 
charrue. 

DÉLICE. Ménage (dans ses Observations sur la langue française, 
143" ch) et Vaugelas (en sa 2iV Hem,) pensent que ce mot ne doit 
pas s'employer au singulier. 

L'Académie (sur cette Remarque, p. 272 de ses Observ,, et dans 
son Dictionnaire) y Richelet, Trévoux, Wailly, Domergue, Lévizac, 
M. Lemare, et plusieurs écrivains estimés sont au contraire d'avis 
que l'on peut très bien dire : « C'est wn délice de faire des heureux. » 
— « La contemplation est le délice d'un esprit élevé et extraor- 
« dinaire. » 

Employéau pluriel, ce mot est toujours féminin: « Il fait toutes ses 
« délices de l'étude. » (l'Académie.) — « Les délicesdu cœur sont plus 
« touchantes que celles deVe^prii,)) (Saint-Évremont.)— «Dans les 
« champs Élysées, dans cet heureux séjour de paix et de bonheur, 
« les rois foulent à leurs pieds les molles délices et les vaines gran- 
it deurs de leur condition mortelle. » (Fénéion.) 

Craignez que de sa voix les trompeuses délices, etc. 

(J.-B. Rousseau, ode sur la Flânerie,) 

Mais pourquoi le mot délice esMl masculin au singulier et fémi- 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 101 

nîn au pluriel? — Nous devons cette bizarrerie à la langue latine. On 
dit au singulier delicium^ de/tcn, neutre : et au pluriel, deliciœ^ de- 
Kctarum^ féminin. 

MM. Bescherelle pensent qae le masculin augmente en quelque sorte l'énergie de 
la pensée et supplée au manque d'expression ; tandis que délicei, féminin au plu- 
riel, offre ridée de sensations douces, heureuses, constantes. Cependant, un 
exemple de Fénélon, cité par eux-mêmes, ne répond point A cette explication : 
« La cruauté cherche chaque jour de nouvelles délices parmi les larmes des malheu- 
reux ». Le singulier nous parait devoir s'appliquer presque toujours à un plaisir 
moral ; mais nous remarquons que parmi les exemples cités, il ne se trouve guère 
que des phrases composées par les Grammairiens pour le besoin du moment. Néan- 
moins, Chateaubriand a dit : « Bientôt son cœur s'attendrit pour elle, naguère sa 
vie et son seul délice, > Les auteurs de la Grammaire Nationale^ après avoir cilé 
deux phrases de J.-J. Boosseau, qui écrit une de mes délices et un de mes plus 
grands délices, se prononcent pour le masculin dans ces locutions . Nous parta- 
geons cet avis, parce que l'adjectif tin rappelant tout d'abord ridée du singulier, 
prend naturellement le genre du mot délice au singulier, puisque la phrase complète 
serait un délice parmi mes délices. Et alors par attraction le masculin se porte 
môme sur le pluriel. L'Académie n'a pas résolu cette question. Yoy. Orgue blux 
Rem, déU ▲. L. 

Exemple. — Ce mot est masculin : « Les hons exemples conduisent 
« plus efficacement à la vertu que les bons préceptes. » (L'Académie.) 

« Les hommes croient plus leurs yeux que leurs oreilles, et par 
« conséquent le chemin des bons préceptes est plus long que celui 
« des hons exemples, » (mm. de Port-Royai.) 

(L'Académie,'sur la 345« remarque de Vaitgelas, page 3oo. Son Diction. — 
Ménage, eh. 73. — Domergue, page 42, et Sicard, page 86, 1. 1.) 

Exception, — En fait d'écriture, on fait le mot exemple féminin, 
et alors il signifie le modèle d'après lequel Técolier forme ses carac- 
tères : Son maître à écrire lui donne tous les jours de nouvelles 
exemples. 

Telle est l'opinion émise par Vaugelas, par Régnier et l'Académie 
(p. 300 de ses Observations^ et dans son Dictionnaire y édition de 
1762). 

Toutefois, dans l'édition de 1798 et dans celle de 1835, l'Académie 
est d',nvis qu'en ce sens ce mot aussi est masculin : Un bel exemple de 
lettres italiennes, de lettres bâtardes; et M. Lemare, p. 370, note 136, 
croit qu'il est de ce genre dans toutes ses acceptions. Mais M. Boni- 
fisM» lui répond que ce mot est de deux genres, suivant l'analogie et 
suivant l'usage. On dit une garde^ une aide, une enseigne ,- et un 
garde, un aide, un enseigne, pour un homme de garde, un homme 
qui sert d*aide, un homme qui porte V enseigne. Par analogie, on dit 



1C2 DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

de même un loutre y un remise^ un vigogne; et une fefidfde^ uvue 
office^ une exemple^ pour un chapeau de loutre^ un carrosse àe remise^ 
un chapeau de vigogne, une horloge à pendule, une pièce conteAant 
ce qui est nécessaire au service, à Voffice, une page servant d'carem- 
ple, M. Boniface en conclut que le mot exemple est essentiellement 
masculin, dans le sens que nous avons indiqué, de même que pmr 
duky ofj^ce ,• mais que, par ellipse, on remploie comme substantif fé- 
minin. Laveauxestaussidecetavis.L'Académieadoptelesdeuxgenres. 
Foudre. Ce substantif, employé au propre, dans le discours ordi- 
naire et dans le langage des physiciens, est féminin. « Les prières 
ferventes apaisent Dieu, et lui arrachent la /budre des mains, i» 

(L'Académie.) 
La foudre est dans ses yeux, la mort est dans ses mains. 

(Voltaire, la Henriade^ ch. IV.) 

La foudre, éclairant seule une nuit si profonde, 
A sillons redoublés couvre le ciel et l'onde. 

(Crébiltou, £^c<. II, 1.) 

Toutefois TAcadémie a mis au nombre des exemples : Être frappé 
DE LA FOUDRE, et être frappé du foudre : mais il est vraisemblable 
que, quand elle a dit être frappé du foudre^ elle a voulu parler du fou- 
dre vengeur y de cette espèce d'attribut de Jupiter^ et quand elle a dit 
être frappé de la foudre , elle a entendu parler du tonnerre qui éclate 
et qui frappe. 

Au figuré, foudre est toujours masculin : Le foudre vengeur. 

(L'Académie.) 
On m'y verra braver tout ce que vous craignez^ 
Ces foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez. 

(Corneille, Polyeucte, acte V, se. 5.) 

Mais du jour importun ses regards éblouis 

Ne distinguèrent point, au fort de la tempête , 

Les foudres menaçants qui grondaient sur sa tête. 

(Voltaire, Henriaie, ch. UI.) 

Foudre^ au figuré, ne s'emploie que dans le style élevé. 
En parlant d'un capitaine brave et diligent, on dit un foudre de 
guerre, et d'un grand orateur, un foudre d'éloquence. (L'Académie.) 
« Quand le sublime vient à éclater où il faut, il renverse tout 

« comme un foudns. » (Bolleau, Traité du SubUme, ch. L) 

Mânes des grands Bourbons^ brillants foudres de guerre. 

(Corneille, Victoire du roi en 1667.) 

GENS,plurieldeMhaÏD(fecommesigned'individusoudeparticuliers, 
est essentiellemènitrtaisculin. Onditdes </ens fins ^ des gens fort dange- 
reux (L'AcADÉMiBÎjy tnaîsde mot conserve accidentellement féminine la 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 103 

toTiùe des adjectifs qui le précèdent immédiatement, et qui ne font avec 
loi qu'une seule et même expression : dangereuses gens, vieilles genSy 
mainies soUes gens, certaines fines gens, qtielles excellentes gens. Ce- 
pendant, si l'adjectif précédant immédiatement le mot gens n*avait 
qu'une même terminaison pour les deux genres, et qu'il se trouvât 
accompagné ou de l'adjectif pronominal tout, ou de l'adjectif de 
nombre un, ou enfin d'un autre adjectif qui servirait plutôt à déter- 
miner le substantif gens qu'à le qualifier, alors tout, un, et cet adjec- 
tif resteraient masculins : Tous les honnêtes gens^ fnaints imbéciles 
gens, certains hxmnêtes gens, un de ces braves gens. 

Mais remarquez bien que tout et un prendraient la forme féminine, 
si l'adjectif placé avant le mot gens n'avait pas la même terminaison 
pour les deux genres : Toutes ces bonnes gens^ toutes ces méchantes 
gens, une de ces vieilles gens. 

Remarquez aussi que le mot gens étant essentiellement masculin, 
il faut écrire : 

« Beaucoup de gens étudient toute leur vie; à la mort, ils ont tout 
« appris, excepté à penser. » 
< Instruits par l'expérience, les vieilles gens sont soupçonneux. » 
Ce contraste bizarre de deux adjectifs de différent genre se rap- 
portant au même mot a besoin d'être justifié. Voici les motifs don- 
nés par Domergue, dons son Manuel des étrangers, p. 44. 

Gens, qui réveille l'idée du mot hommes, est masculin dans le fait, 
et ce n'est que la crainte de l'équivoque qui est la source de cette 
construction que désavouent tous les principes de syntaxe. Plus 
ami de la décence que de la grammaire, on a mieux aimé dire : ce 
sont de belles gens, que ce sont de beaux gens, ce sont de bons gens, 
où les plaisants ne manqueraient pas d'ajouter une des épithètes que 
le mot Jean, homonyme de gens, traîne à sa suite. Ce qui nous con- 
firme dans cette opinion , c'est que le mot gens reprend ses droits 
dès qu'il n'y a plus à craindre d'équivoque. Ainsi, après avoir dit, 
pour la décence, les vieilles gens, on ajoute, pour l'exactitude, sont 
êoupçonneiue. Car enfin le changement de place de l'adjectif ne sau- 
rait être, pour les bons esprits, une raison suffisante de changement 
de genre. Mais plaçons devant gens un adjectif qui écarte toute équi- 
voque, l'usage exigera le masculin : on dit : tous les honnêtes gens, 
tous les gens de bien, etc. Ce n'est donc point parce que l'adjectif 
précède gens, que l'usage l'a voulu ordinairement féminin, mais 
seulement parce qu'assez souvent dans cetta circonstance le masculin 
prêterait à la plaisanterie. 



Î04 DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

Mais si de peur des mauvais plaisants od n'a pas osé dire totu ces vieitx gens, 
pourquoi dire alors maints imbéciles gens, tous les habiles gens? Est-ce que la 
mauvaise plaisanterie reculera plutôt dans un cas que dan^ l'autre? c'est là, comme 
on voit, une raison bien Tutile. Avouons donc franchement notre impuissance 
d'eipliquer certaines bizarreries consacrées par l'usage. Mais s'il fallait ici trouver 
nécessairement une explication, ne vaudrait-il pas mieux s'en prendre aux exigen- 
ces de l'oreille^ qui, toutes les fois que le mot gens suit inmiédiatement un adjecur, 
serait choquée si le son rude de ce mot n'était précédé d'an e muet pour l'adoucir? 
Voyez en effet combien seraient dures toutes ces locutions : de dangereux getfs, 
maints sots gens, certains fins gens, etc. De là vient qu'on écrit de telles gens, 
quelles gens étes-vous , et tels sont, quels sont ces gens-là. N'est-ce pas par la 
même raison que nous disons mon épée, son amitié, au lieu du féminin ma, sa ? 
L'oreille, comme on le voit, a de singulières exigences dans notre langue. A. L. 

Observez que le mot gms ne se dit point d'un nombre déter- 
miné, à moins qu'il ne soit accompagné de certains ^jcc- 
tifs; ainsi on ne dit pas deux gens, mais on dit deux jeunes 
gens, deux braves gens, etc. On dit mille gens Vont vu; et cela 
confirme cette règle au lieu de la détruire, puisque mille, dans 
cette phrase, est pour un nombre indéterminé. C'est le seœcenti 
des Latins. 

(M. Âuger, Commentaire sur Uolière^ Impromptu de Versailles, se. S ) 

Orge, sorte de grain du nombre de ceux qu'on appelle menus 
grains, est féminin lorsqu'on parle de l'orge qui est sur pied : De 
l'orge bien levée, voilà de belles orges; mais lorsqu'on parle de 
l'orge en grains, il est masculin, et c'est dans ce cas seulement : De 
Vorge mondé , deVorgeperiè, 

L'orge mondé se dit des grains qu'on a bien nettoyés et préparés, et Vorge perlé 
dit de l'orge réduit en petits grains dépouillés de leur son. 

(Le Dict. de C Académie, Wailly, Gallel, Féraud, etc., etc.) 

Domergue, se fondant sur l'étymologie de ce mot (hordeum)y veut 
que orge soit toujours masculin. — Cette raison ne peut rien contre 
l'usage et le génie de la langue. 

Orgue, le plus grand et le plus harmonieux des fastruments de 
musique, est masculin au singulier, et féminin au pluriel : « L'orgue 
« d'une telle église est excellent. » — « 11 y a de bonnes orgues en 
« tel endroit. » 

(Ménage, 73« chapitre de ses Remarques, — Wailly, page 33, Sicard, 
page 86, 1. 1, et le Dict, de t Académie.) 

Remarque, — L'auteur des procès-verbaux de l'Académie gramm. 
pense qu'il vaut mieux employer le singulier quand on parle de cet 
instrument, sans avoir égard à la diversité de ses jeux • un grand et 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 105 

BEL ORGUE ; et le pluriel quand ses divers jeux fixent notre attention : 
des orgues bien harmonieuses. 

Nota. Voyez, aux Remarques détachées, une question de syntaxe assez curieuse 
sur l'emploi de ce mot. 

Aux pronoms indéfinis y on trouvera des observations sur l'emploi 
des deux mots Personne et On. 

Cette variation de genres a fait encore qu'on a donné les deux gen- 
res à deux mots pareils, mais d'une acception différente. 

SUBSTANTIFS DE DIFFÉRENT GENRE, 

d'une même consonnance, mais ayant différentes significations. 



MASCULIN. 

Aide, celai qui aide à an autre: 
Aide-de-camp, aide des cérémonies. 

Aigle. Voyez les Memarques déta- 
chées, 

ANGE, créature spirituelle; figuré- 
ment, personne d'une piété extraordi- 
naire, personne d'une grande douceur. 

Aune (53), arbre de bois blanc qui 
croit dans les lieux humides. 

Barbe, cheval de la côte d'Afrique 
qu'on appelle Barbarie. 



Barde, poète chez les anciens Celtes. 

Berce, petit oiseau qui vit dans les 
bois. 

Câpre, vaisseau armé en course. (On 
dit plus souvent armateur,) 

Cartouche, ornement de sculpture^ 
de peinture ou de gravure. 

Cloaque, lieu destiné à recevoir des 
immondices. — Endroit sale et infect. 
—Figurément et familièrement , réu- 



FÉMIMIN. 

Aide, secours, assistance qu'on 
donne ou que l'on reçoit : Aide assu" 
rée, prompte. 

Aigle. Voyez les Remarques déta- 
chées, 

Ange, poisson de mer qui Uent le 
milieu entre les chiens de mer et les 
raies. — Petit moucheron qui nait du 
vin et du vinaigre. 

' Aune, mesure; se dit aussi de la 
chose mesurée. 

Barbe, poil du menton et des joues. 
— Bande de toile ou de dentelle. — Fa- 
nons de la baleine ; petits filets qui sor- 
tenl de l'épi, etc. 

Barde, tranche de lard fort mince. 

Berce, plante dont il y a beaucoup 
d'espèces. 

Câpre, fruit du câprier. (On le dit 
plus souvent au pluriel.) 

Cartouche, la charge entière d'une 
arme à feu.-— Congé donné à un mili- 
taire. 

Cloaque, conduit fait de pierre et 
voûté, par où on fait couler les eaux et 
les immondices d'une ville. — En ce 



(53) On écrivait autrefois aulne, arbre, à cause de l'étymologie, alnus, — Aune^ 
féminin, vient de ulna, V avant-bras» et par extension le bras. 



106 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS 



Masculin. 

nion de Yices, en parlant des person- 
nes: cloaque dMmparetés, de toutes 
sortes de Tices, etc. 
CocHB^ voiture d'eau ou de terre. 

CoBNSTTB» nom que Ton donne à un 
officier de cavalerie ou de dragons 
chargé de porter l'étendard. 

Cbayate, cheval de Croatie en Alle- 
magne. (On dit présentement croate,) 
— Autrefois soldat de certains régi- 
ments de cavalerie légère. 

CflêpB (54), sorte d^étoffe un peu 
frisée et fort claire, qu'on porte en 8i-> 
gne de deuil. 

DoL, ruse» tromperie. Terme de 
palais. 

Écho, son réfléchi et répété par un 
ou plusieurs corps solides disposés de 
manière que Tangle de réfleiion est 
égal A l'angle d'incidence. — liçu 
où se fait l'écho. 



Féminin. 
sens, il ne se dit guère que im oor 
vrages des anciens. 

Coche, entaille faite en un corps so- 
nde. — ^Trule vieiHe et grasse. 

CoKiJim, sorte de coillfe defémme. 
—Autrefois, étesdard de cavalerie^ 

Cbayate, linge qui se met autour da 
cou, et qui se noue par devant. 



CbSpe^ pâte fort mince qu'on fait 
cuire en l'étendaot dans la poète. 

Dole, ville de France dans le dé- 
partement d'Ille-et-Vilalne. 

Écho (55;» nom d'une nyjnpbe fille 
del'air et delà terre. 



(54) GeSpe. L'Académie dit, dans sa nouvelle édition, que ce mot s'emploie G- 
gurémenti 

En effet, Boileau {Lutrin, ch. I), Voltaire, Laharpe et Delille {Enéide, liv. Ili), 
en ont fait usage, comme synonyme de voile. 

Dés que roiqbre tranquille 

Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville. 

Delille, en parlant de la nuit : 

Déjà du haut des cieux jetaut ses crêpes sombres. 

Et 4an^ VÉnéide, liv. III : 

La nuit de son trône d'ébène 
Jette son crêpe obscur sur les monis, sur les flots. 

(55) Lorsque ce mot se dit de la nymphe qui porte ce nom, on peut l'onplpyer 
sans article. 

Echojï'esi plus un son qui dans l'air retentisse; 
C'est, une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse. 

(Boileau, Art poétique, chant l\\^) 

Mais on peut aussi (et c'est la règle générale pour les noms propres) le faire 
précéder d'un article , pourvu qu'un adjectif les sépare : 

Un berger chantera ses déplaisirs secrets 
Sans que la triste Echo répète ses regrets. 

« (P. Corneille, Défense des fables dans la poésie,) 



Dl) Q^S^ DfS 

Masculin. 

Ehsiighi, officier qui piprte le dri^- 
peaa. 



Espace, étendue comprise entre 
denx points. — Étendue de temps. 

Eyakgile, voy. les R&m. dét, 

FoR£T, outil d'acier pointu en forme 
de vis, dont on se sert pour percer un 
tonneau, etc. 

Fourbe (hl), trompeur, qui trompe 
aTec adresse. 

Gabds (59), homme armé, destiné 
pour garder quelqu'un ou quelque chose. 



GaiFFE, lieu public où Ton délivre 
des expéditions des actes de juridiction 
que Ton y garde en dépôt. 

GiTBE, espèce de gelée blanche qui 
s'attache aux arbres, aui buissons, etc. 



Féminin. 

■ , 

Emsbighi C56), marque, indice, ser- 
yant A faire reconnaître quelque chose. 
Tableau que l'on met A la porte d'un 
marchand, etc. 

Espace, ce qui sert dans Timprime- 
rie A espacer les mots et A Justifier les 
lignes. 

Foret, grande étendue de terrain 
couvert d'arbres. 

Fourbe (58), troniperie. 

Garde, guet , action de garder. — 
Collectivement, gens de guerre qui font 
la garde. — Femme qui sert les malades 
et les femmes en couches. 

Greffe , petite branche tendre que 
l'on coupe d'un arbre qui est en sève, et 
que Ton ente sur un autre arbre. 

GiYRB, en terme d'armoiries, grosse 
couleuvre ou serpent A la queue ondée* 



(56) Enseigne^ s'emploie également dans ces phrases : Je ne me fier^ à lui 
qu*à bonnes enseignes, avec connaissance et sur de bonnes preuves ; on dit ausM : 
à telles etiseignes que, pour dire : cela est si vrai que, 

(57) Fourbe, signifiant trompeur, ne s'emploie qu'au masculin ; on ne dit point 
c'est une fimrbe insigne. Telle est l'opinion de Féraud, de Gattel, de Boiste, de 
'WailVy et de Noël ; et les exemples cités dans Trévoux et dans l'Académie, édition 
de 1762, sembleraient la confirmer. On lit cependant dans l'édition de 1798, une 
insigne fourbe, mtûs cet exemple n'est pas dans celle de 1762, la dernière que 
TAcadémie ait reconnue. — L'Académie, en 1835, reproduit cet exemple. Boiste 
indique le mot comme adjectif et substantif des deux genres. Nous pensons qu'on 
peut remployer toutes les fois qu'il ne pourra se confondre avec fourbe, tromperie ; 
d'autant plus que cette dernière expression semble vieillir, et qu'on en fait peu 
d'usage aujourd'hui. A. L. 

(58) Féraud croit que le mot Fourbe, dans le sens de tromperie, est moins com- 
mnn que fourberie ; aussi lui paralt-il avoir plus de noblesse : la fourbe, dit Rou- 
baud, est le vice, l'action propre du fourbe ; et la fourberie en exprime l'habitude, 
le trait, le tour, Vactioà particulière : la fourbe dit plus que la fourberie, puisque 
celle- ci n'est que l'action simple, le résultat de la fourbe, 

(59) Garde. Voyez plus bas comment il s'écrit au pluriel, lorsqu'il entre dans la 
composition d'un autre mot. 



108 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS.' 



Masculin* 

GuiDK, tout ce qui, en général, sert 
à nous conduire dans une route qui 
nous est inconnue ; se dit au propre et 
au figuré. 

HÉLIOTROPE, plante dont le suc est, 
dit-on, propre à faire tomber les yer- 
rues. 

Hymne. Voyez les Remarques déta- 
chées. 

Interligne (61), espace blanc qui 
reste entre deux lignes écrites ou im- 
primées. 

Laque, beau vernis de la Chine, ou 
noir ou rouge. (M. Laveaux écrit Zac- 
que.) 

lis, plante, fleur. 

Livre. Manuscrit ou imprimé. — 
Registre. —Journal. — Ouvrage d'es- 
prit. 

Loutre , chapeau ou manchon de 
poil de loutre. 

Manche, partie d'un instrument^ 
d'un outil , par où on le prend pour 
s'en servir. 

Manœuvre, ouvrier subalterne qui 
sert ceux qui font l'ouvrage. On le dit 
surtout d'un aide maçon , d'un aide 
couvreur. 



MÉMOIRE, écrit fait, soit pour don- 
ner quelques instruclions sur uneaf- 



Fémininm 

Guide (60) longe de cuir attacliée & 
la bride d'un cheval; et qui sert à le 
conduire. 

HÉLIOTROPE, pierre précieuse verte, 
espèce de jaspe. 

Hymne. Voyez les Remarques déta- 
chées. 

Interligne (61), t. d'imprimerie. 
Lame de fonte mince qu'on place entre 
les lignes afin de les espacer. 

Laque, sorte de gomme qui vient 
des Indes orientales, et qui entre dans 
la composition de la cire d'Espagne. 

Lys, rivière de la Belgique. 

Livre, poids contenant 16 onces.— 
Monnaie de compte. 

Loutre, animal amphibie. — ^L' Aca- 
démie n'admet que ce seul sens. 

Manche, partie d'un vêtement où on 
met les bras. — Bras de mer entre la 
France et l'Angleterre. 

Manoeuvre, tous les cordages desti- 
nés au service d'un vaisseau. L'usage 
et la manière de se servir de ces cor- 
dages. Mouvements que l'on fait faire à 
des troupes. — Fig. Conduite dans les 
affaires du monde. 

MÉMOIRE, faculté par laquelle l'âme 
conserve le souvenir des choses. — Im- 



(60) Guide, en ce sens, s'emploie le plus ordinairement au pluriel : Guides est du 
style simple, rênes est de tous les styles. 

(61; Interligne. Ligne étant féminin, il semble, dit Féraud, que interligne, dans 
ses deux acceptions, devrait l'être aussi; Trévoux et Richelet lui donnent ce genre; 
mais l'Académie, Gattel. Wailly, Domergue, etc., le marquent au masculin. En 
effet, fait observer M. Laveaux, il n'en est pas du mot interligne comme du mot 
antichambre. Cette dernière expression est du féminin, parce qu'elle signifie une 
pièce ou chambre qui est avant la chambre proprement dite; et interligne ne signi6e 
pas ligne, mais espace qui est entre deux lignes : le genre doit donc tomber sur 
espace, vi non pas sur ligne. 



BD GENRE DES SUBSTANTIFS. 



109 



Masculin, 

faire, soit poar faire ressouvenir de 
quelque chose. 

Mode ; en philosophie , manière 
d'être; en musique^ ton dans leqael 
une pièce est composée, déterminée 
ordinairement par la note finale; en 
grammaire, manière d'exprimer raffir- 
mation. 

MÔLE, Jetée de grosses pierres que 
l'on fait à l'entrée d'un port en forme 
de digue, pour mettre les vaisseaux 
plus en sûreté. 

Moufle, assemblage de plusieurs 
poulies par le moyen desquelles on élève 
en pende temps des poids énormes (62). 

Moule^ matière creusée de manière 
A donner une forme précise à la cire, 
an plomb, au bronze, etc., que l'on y. 
verse tout fondus ou liquides. 

Mousse, jeune matelot qui sert les 
gens de l'équipage. 



OIuYRE , recueil de tous les ouvra- 
ges d'un musicien : le i^^.le 2» œuvre 
de Grétry ; de toutes les estampes d'un 
même graveur : ceci est un œuvre de 
Calot, de Durer, — La pierre philoso- 
phai; mais, en ce sens , il ne se dit 
qu'avec le mot ^^rand : le grand œuvre. 
— ^Dans le style soulenuei seulement au 
sing. : un œuvre de génie, un saint œu- 
vre, « Sans cela toute fable est un œu- 
vre imparfait, > (La Font., f. 2, 1. 12.) 



Féminin. 

pression favorable ou défavorable qui 
reste d'une personne après sa mort. 
— ; Action , effet de la mémoire, souve- 
nir. 

Mode, usage régnant et passager in- 
troduit par le goût, la fantaisie, le ca- 
price. 



MÔLE, aulremeiit dit faux germe, 
masse de chair informe H inanimée 
dont les femmes accouchent quelque- 
fois au lieu d'un enfant. 

Moufle, sorte de gants fourrés. Ce 
mot est vieux. On dit aujourd'hui mi- 
taine au singulier. 

Moule, petit poisson enfermé dans 
une coquille de forme oblongue : de 
bonnes moules. 

Mousse, espèce d'herbe qui s'engen- 
dre sur les terres sablonneuses, sur les 
toits, sur les murs, sur les arbres, etc., 
etc.— Certaine écume qui se forme sur 
l'eau et sur quelques liqueurs. 

OEUVRE, ce qui est fait, ce qui est 
produit par quelque agent : Vœuvre 
de la rédemption fut accomplie sur 
la croix. — Lieu et banc des mar- 
guillers : Vœuvre de cette paroisse est 
fort BELLE. — Action morale et chré- 
tienne: faire une bonne œuvre, Cha^ 
cun sera jugé selon ses bonnes ou ses 
MAUVAISES œuvres, — Productions de 
l'esprit; et, en ce sens, il n'est usité 
qu'au pluriel ; on a fait une très belle 



(62) M. Laveaux, contre l'opinion de tous les lexicographes, fait le mot moufle 
(iminin en ce sens. L'Académie, en 1 835 s'est rangée à cet avis, et elle dit mainte- 
nant lever un fardeau avec une moufle. En cela elle semble constater l'usage plu- 
tôt que donner une décision ; soumettons-nous donc à son autorité. Mais citons 
comme masculin, moufle, signifiant un vaisseau de terre dont on se sert en chi- 
mie pour exposer des corps au feu sans que la flamme y touche. A . L . 



110 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Masculin, 

m ^nnons à ce grand œuvre une heure 
d'abstinence. *(fioï\&iQ,\e Lutrin, cb.4.) 

Office, deyoir, chose, qae là Terlo 
et la droite raison engagent à faire. — 
Assistance, protection, secours. — Le 
service divin. — Bréviaire. — Charge 
avec permanence. 

OwiRs (63 ), jeu. — Poisson de ri- 
vière semblable A la truite. 



Pags, Jeune gentilhomme au ser- 
vice d'un roi, d'un prince. 

Palbib , mesure ancienne ; mësui'é 
d'ItaUe. 

Paque, ou plus ordinairement Pâ- 
ques ; fête que l'Ëglise solennisé tous 
les ans en mémoire de la résurrection 
de J.-G. : Paquet est haut cette an^ 
nie : Pâques est passé. 

Paball^le, comparaison d'une chose 
ou d'une personne avec une autre : 
faire le parallèle d'Alexandre avec 
César, d'Alexandre et de César. — 
Dans la sphère, cercle parallèle A l'é- 
quateur. Tous ceux qui sont sous le 
même parallèle ont les jours et les 
nuits de la même longueur, 

Patee, l'oraison dominicale. — Les 
gros grains d'un chapelet sur lesquels 
on dit le Pater. 



Perche, ancienne province de France , 



Féminin. 

collection in-folio de tovtes les œt/h' 
vres de nos grands écrivains . 

OFncE, Heu où Ton prépare tout ce 
qu'on sert sur la table pour le dessert ; 
l'art de le faire^ de le préparer — 
Classe de domestiques qui y mangent. 

OMintE, obscurité causée par l'inter- 
position d'un corps opaque au devant 
d'un corps lumineux. — Fig, protec- 
tion, faveur, appui. —En peinture, lei 
eddroits les plus bruns et lés plus obs- 
curs d'un tableau, qui servent à donner 
du relief aux objets éclairés. 

Page, côté d'un feuillet de papier ott 
de parchemin. L'écriture cooténàe 
dans la page même. 

Palme, branche de palmier; vlc^ 
(oire. 

Paque , fête que les Juifs cévU 
braient tous les ans, en mémoire de 
leur sortie d'Egypte : laPâque de no- 
tre Seigneur. Au pluriel, dévotions : 
faire de bonnes Pâques. Pâques 
fleuries, le dimanche des Rameaux. 

Parallèle, ligne également dis- 
tante d'une antre dans toute son éten- 
due. — En terme de guerre, communi- 
cation d'une tranchée à une autre : 
tirer une parallèle. 



Patèrb, t. d'antiquaire, vase ttèà 
ouvert dont les anciens se servaiéùt 
pour les sacrifices. — Ornement éd 
forme de patère pour soutenir les dra- 
peries. 

Perche, poisson de rivière. — Pois- 



(63) On écrit plus souvent homère, jeu ; et ombre, poisson. Le Dictionnaire de 
l'Académie nomme ce poisson umble et prononce omble. Qumni à nous, nous lui 
donnons préférablement la dénomination d^ombr^, parce que c'est celle que lui 
donnent Yalmont de Bomare et les pécheurs du lac de Genève. 



DU GKRRE DES SUBSTAlSTIFS. 



lil 



Masculin. 

aujourd'hui comprise dans les départe- 
moits de rOrne et d'Eure-et-Loir* 

Pbn DULK. Voyez le» Rem, déU 
PÉRIODE. Voyez les Jiem, déu 
Peisorne, pronom indéfini. 
Voyez pour remploi de ce mot dans 
les deux acceptions, l'art. Pronom. 

Peste , ^tit peste , méchant petit 
garçoM, — L'Académie ne reconnaît 
paa ce mot. 

PnroniB, petit oiseaa,. nommé aussi 
ftottvrem'/. 

Plane, arbre qu'on appelle pins or- 
dinairement platane. 

Pofor, drap mortuaire. — Autrefois 
dab.— Voile qu'on tient sur la tête des 
mariés, durant la bénédiction nup- 
tiale (64). 

Porte, terme de Jeu. 

Poste, lieu où l'on a placé des trou- 
pes, ou qui est propre à en placer. — 
soldats qui sont dans un poste.— Em- 
ploi, fonction. 

PouKPEE, sorte de maladie maligne. 
— ^ouge foncé qui tire sur le violet.— 
Petit poisson. 

QoADiuLLE, espèce de jeu de cartes qui 
se joue à' quatre personnes ; groupe de 
quatre danseurs et de quatre danseuses. 

Relâche, repos, intermission dans 
quelque état douloureui. — Cessation 
dequeique travail, étude ou exercice. 

REMisBk carrosse qui se loue au jour 
ou au mois. 



Féminin. 

son de mer. — Ancienne mesure de 18, 
de 20 et de 22 pieds de roi ( il y en 
avait cent dans un arpent), etc. — Fig. 
femme dont la taille eèt grande et toute 
d'une venue. 

PsssoRRE, substantif* 



Peste, maladie épldémique et con- 
tagieuse. — Fig. personne dont la fré- 
quentation est pernicieuse. 

PivoiRE, plante viTace A fleur rosa- 
cée. 

Plare, outil tranchant à deux poi- 
gnées, pour unir, polir, égaliser. 

PofiLE, ustensile dé cuisine qui sert 
pour frire, pour fricasser* 



Porte, action de pondre. --Son 
temps, son produit. 

Poste, relais établis pour voyager 
diligemment. — Maison où sont ces re. 
lais. — Courrier qui porte les lettres.— 
Bureau de distribution ou de réception 
des lettres. 

PouBPRB , teinture précieuse qui se 
fait aujourd'hui avec la cochenille. — 
Au figuré: dignité royale, dignité des 
cardinaux . 

Quadrfllb, troupe de cheyaliers 
d'un même parti dans un carrousel, 
un tournois, et d'autres fêtes galantes. 

Relâche , lieu propre aux vaisseaux 
pour y relâcher ; une bonne relâche, 
une relâche passagère. 

Remiss, lieu pour mettre une voi- 
ture à couvert. — Taillis qui sert de 
traite au gibier. Délai, etc., etc. 



(64) Poêle ou poilet se dit aussi, au masculin, d'un fourneau pour échauffer 
kl appartements; et de la chambre où il se trouve. A. L. 



112 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Mascufin. 

Satyre, demi-dieu du paganisme, 
moitié homme et moitié boue. Les 
poëtes confondent souvent les saty- 
BBs, les Silènes, les Sylvains, les 
Faunes^ les Pans. 

ScoLiE ou scHOLiE , terme de géo- 
métrie. Remarque qui a rapport à une 
proposition précédente. 

Serpentaire, constellation de Thé- 
misplière boréal. 

Sextk, 6e livre des décrétâtes, ré- 
digé par ordre de Boniface VI II. 

Solde, compiément d'un paiement: 
solde de compte; c'est la différence 
entre le débit et le crédit, lorsque le 
compte est arrêté. 

Somme, repos causé par l'assoupis- 
sement naturel de tous les sens. 

Rendez-moi mes chansons et mon sommes 

dit le savetier au financier, dans la fa- 
ble de La Fontaine. 



Féminin. 

Satire C65). En général, peinture 
du vice et du ridicule en discours et eo 
action, en vers ou en prose. 



ScoLK ou SCHOLIE, nolc de gram- 
maire ou de critique, pour servir àVio- 
telligence des auteurs classiques. 

Serpentaire, plante vulnéraire. 

Sexte, une des heures canoniales, 
appelées petites heures. 

Solde (66), paye que l'on donne aux 
gens de guerre. 



Somme, charge, fardeau. — Quantité 
d'argent. — Rivière de Picardie. — En t. 
de théologie, abrégé de toutes les par- 
ties d'une science, d'une doctrine . 



(65) Satyre, Satire. Trévoux écrit toujours ces deux mots avec uni grec; 
et peut-être est-ce parce que l'un et l'autre s'écrivent ainsi en latin, d'où ils sont 
dérivés. Satyre^ demi-dieu, se dit en latin satyrus; et satire, écrit ou discours 
piquant, se dit satyra. Quoi qu'il en soit, l'Académie et tes lexicographes écrivent 
le premier mot par un i grec, et le second par un t* voyelle : d'après cela , nous ne 
voyons pas pourquoi on n'adopterait pas cette orthographe, puisque ces deux mots 
ont d'ailleurs des significations aussi différentes. — Les savants semblent s'accor- 
der aujourd'hui à écrire, même en latin, satira, venant de satura, plat composé 
d'un mélange de fruits et de légumes; une macédoine. Ainsi donc la véritable, 
la seule orthographe serait satire pour exprimer un ouvrage de censure ; et satyre 
pour exprimer une de ces pastorales grecques, pleines d'un esprit mordant et caui- 
lique, et dont les Satyres étaient les principaux personnages. On conçoit, du reste, 
que ces deux étymologies aient bien pu se confondre. A. L. 

(G6) Solde. Féraud fait observer que quelques-uns disent le solde pour le com- 
plément d'un paiement ; mais il est d'avis que c'est un solécisme. A la vérité, l'Aca- 
démie, dans son Dictionnaire (édition de 1762), dit que ce mot est du féminin 
dans toutes ses acceptions. Trévoux, Wailly pensent de même.Aujourd'hui, comme 
dans l'édition de 1798, l'Académie marque solde ^ complément d'un compte, du 
masculin; Gattel, Rolland et M. Laveaux l'indiquent de même; et, dans le com- 
merce, ce genre est généralement adopté,. 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



113 



Masculin, 

Souris, action de sourire, ris mo- 
deste et de courte darée. 

Tour (67). Mouvement circulaire. 
-— Circonférence d*un lieu ou d'un 
eorps. — Trait d'habileté, de ruse, de 
finesse. — Macliine de tourneur, etc. 

Triomphe, honneur accordé chez les 
Romains A un général vainqueur. — 
Tictoire^ grand succès militaire. 

Trompette, celui dont la fonction 
est de sonner de la trompette. 

A peine il acheyait ces mots. 
Que lui-même il sonna la charge. 
Put /c trompette et le héros. 

(La Fontaine, livre II, f. ft.) 

Vague, le milieu de Tair. Il ne 
s'emploie guère qu'en poésie : le va- 
gue de Vair; ou comme subst. abs- 
trait : Dès qu'on se jette dans le ta 
eus, on déclame tant que l'on veut. 
(Charron.) 

Vase, sorte d'ustensile fait pour 
contenir des liqueurs, des fleurs, des 
parfums, ou qui sert pour l'ornement. 

Yigogue, chapeau fait de laine de 
vigogne : tin bon vigogne, 

YoiLE, pièce de toile ou d'étoffe des- 
tfaiée à touvrir quelque chose. Fig., 
prétexte, apparence : un voile affreux. 
(Crébfllon^. Electre, acte II, se. 6.) — 
Sous le voile de l'allégorie^ de Vano- 
nyme, etc. 

(Les Dietionn(rire8 de l'Académie, de 



Féminin, 

Souris, petit quadrupède rongeur, du 
genre du rat. 

Tour, bâtiment fort élevé, de figure 
ronde, carrée ou à pan, dont on flan- 
quait autrefois les murailles des villes. 
—Pièce du jeu d'échecs. 

Triomphe, sorte de Jeu de cartes. — 
Couleur dont il retourne. 

Trompette, instrument dont on se 
sert principalement à la guerre. 

Partout en même temps, la trompette 
a sonné. 

(Racine, Athalie, act V, se. 6.) 

Fig., homme qui a coutume de pu- 
blier tout ce qu'il sait. 

Vagui, l'eau agitée et élevée au-des- 
sus de son niveau par la tempête, par 
les vents : les vagues émues, (Voltaire, 
JUenriade. ) 



Vase, bourbe qui est au fond de la 
mer, des fleuves, des étangs, des ma- 
rais. 

Vigogne, animal qui tient du mou- 
ton et de la chèvre, et qu'on ne trouve 
qu'au Pérou. — Sa laUie. 

Voile, plusieurs lés de toile forte 
cousus ensemble, et qu'on attache aux 
vergues pour recevoir le vent qui doit 
pousser un vaisseau : la voile est pré' 
parée, (Racine. Phèdre, act. If, 
se. 6. ) 

Trévoux, de Wailly, de Féraud, de Gattel, etc.) 



L'usage a aussi voulu que des substantifs, ayant la même inflexion 
elle même genre, servissent à désigner les deux sexes; tels sont : 



(67) Tour; ce mot entre dans quelques expressions adverbiales. 

Entends donc et permets que je prêche à mon tour. (Boileau, Satire X.) 

En faisant des heureux, un roi l'est à son loto*. 

(Voltaire, If oriomne, acte III, se. l.) 
I. 8 



114 DU GENRE BES SUBSTANTIFS. 

auteur^ docteur, général, géomètre, graveur, médecin, orateur, phi" 
losophe, poëte, sculpteur, soldat, témoin j traducteur, 

Vai8-j€ épouser ici quelque apprentie (68) auteur? 

(Boileau, Satire X.) 

« Unfi de'mes chances était d'avoir toujours dans mes liaisons des 

« femmes auteurs. » (j..j. Rouneau, Confetstons, Hyto IX.) 

Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs; 
Elles veulent écrire et devenir autbubs. 

(Molière, Femmes Savantes, II, 7.) 

Et les FBBiBiES j>ocTEURS nc sont point de mon goût. 

(Même pièce, i, 3 ) 

« Marguerite d'Anjou, femme de Henri IV, roi d'Angleterre, fut 

« active et intrépide, 9^néra^ e^o/da^ » (Xhomas, Essais sw tes femmes.) 

« Mademoiselle de Schurman, née à Cologne en 1606, était pcm- 
« tre, musicienne, graveur, sculpteur, philosophe^ géomètre, théolo- 
« gienne même; elle avait encore le mérite d'entendre et de parler 

« neuf langues différentes. » (Le Dictionnaire de Biographie.) 

On pourrait dire également : « Madame Deshoulières, poëte (69) ai- 
« mable, joignait à une beauté peu commune cette mélancolie douce 
« que respirent quelques-uns de ses ouvrages. » 

On lit dans une épitre de Voltaire à madame du Ghâtelet, mise en 
tête de la tragédie à'Alzire : « Nous sommes au temps où une femme 
« peut être hardiment philosophe, » 

Dans madame de Puisieux : 

« Une femme auteur n'a rien à espérer que la haine de son sexe et 
« la crainte de l'autre. » 

Le Dictionnaire de l'Académie donne aussi des exemples ; « CettQ 
jfemme est poëte, y>^(i Madame Deshoulières était un poëte aimable. » 
— «Une femme philosophe. » Dans ce cas, le mot philosophe est ad- 
jectif. 

« Elle est témoin de ce qui s'est passé; elle en est un bon témoin. 

Et Marmontel {le Philosophe soi-disant, conte moral) : « Venez, 
f mesdames, être témoins du triomphe de la philosophie. » 



(68; Voyez le mot apprenti, aux Remarques détachées. 

(69) Observez qu'on ne dirait paâ avec l'arUcle la poSte Deshoulières, ni la 
poëte Sapho. L'Académie pense que ce serait le cas de dire, la poétesse; mais elle 
lyoute avec raison qu'il faut éviter ce root. — Cependant, en 1835, elle donne en- 
core des exemples de ce mot qu'elle dit peu usité. « L'Italie moderne compte plu- 
sieurs poétesses célèbres. » 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 115 

Enfin on s'exprimerait très bien si l'on disait . « Madame Dacier 
€ est un des plus fidèles traducteurs d'Homère. » 

(Le Dictionnaire de Trévoux, aux mots témoin, auteur. — Andry de B, page 288 
de ses Réflexions. — Le Dictionnaire de Vélocution, au root adjectif, et celui 
de rAcadémie, aux mots po4Me, témoin.) 

C'est encore l'usage qui a voulu que les substantifs, enfant, esclave, 
dépositaire, etc., servissent également à désigner les deux sexes; mais 
on a l'attention, si le substantif représente une personne du sexe fé- 
minin, que l'article et les adjectifs qui les accompagnent soient mis 
au féminin. 

« Le mari eut assez de crédit pour faire enlever cette enfant, qu'il 
f ne voulait pas reconnaître. » 

(La Harpe, parlant de mademoiselle de l'Espinasse. Correspondance Utlér.., 
lettre XLVIII, premier volume.) 

% Excusez ma tendresse pour une enfant dont je n'ai jamais eu au- 

« CUn sujet de plainte. » (Racine, Lettre à sa tenlc) 

De mon rang descendae, à mille aatres égale, 
Où la première eselave enfin de ma rivale. 

(Racine, Bajazet, acte V, se. 4.) 

La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir. 

(Boileau, Art poétique, chant I«r.) 

Elle est de mes serments seale dépositaire, 

(Racine, îphigénie, IV, 6.) 

« L'Académie, dépositaire des bienséances et de la pureté du 

f goût. » (Bfassillon.) 

Cette distribution de genres, faite sans motifs, sans plan et sans 
système, s'oppose à ce que l'on donne des règles générales et précises 
par le moyen desquelles on puisse, dans toute occasion, distinguer, 
au seul aspect d'un substantif, de quel genre il est. Cependant plu- 
sieurs Grammairiens ont donné des traités de genre; mais, comme 
le fait observer M. Lemare, ces traités sont extrêmement incomplets, 
quelques-unes de leurs règles sont vagues, et surtout sujettes à beau- 
coup d'exceptions; et véritablement la connaissance parfaite du genre 
des substantifs ne peut être que l'ouvrage du temps. C'est en lisant 
avec attention, et en recourant, dans le doute, aux dictionnaires , 
qu'on prendra insensiblement l'habitude de ne pas s'y tromper. Néan , 
moins, comme cette Grammaire est rédigée autant pour les étrangers 
que pour les Français, nous allons extraire de ces différents traités 
les règles qui nous ont paru devoir éclairer nos lecteurs sur une dif- 
ficulté qui présente tant d'incertitude. Celui qu'a publié M. Lemare est 
clair et satisfaisant; cependant, afin de laisser peu de choseà désirer, 

8. 



116 DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

nous nous servirons aussi du travail de Tabbé Girard, de celui de 
l'abbé Cheucle, et de celui de M. Thibierge, auteur d'un traité figuratif 
sur le genre de nos substantifs, et le collaborateur de M. Lemare, dans 
cette partie. 

SUBSTANTIFS DONT LA TERMINAISON SERT A EN FAIRE 

CONNAITRE LE GENRE. 

Les noms communs terminés par a, as, at : Brouhaha, ananas, 
bai, etc., etc., sont tous du genre masculin. 

Les noms en É, dont le plus grand nombre est terminé par té; tels 
que : Aparté, bénédicité, comité, comté, député, côté, été, pâté, pré- 
cipité, traité^ sont masculins; les autres noms en té, au nombre de 
plus de quatre cents, sont tous du genre féminin. 

Quelques noms féminins ont I'e muet après té : Assiettée, battée 
(terme de relieur), charretée, dentée (coup de défense d'un sanglier), 
futée (sorte de mastic), hottée,jattée, jetée, montée, nuitée (t. popul.), 
pâtée, pelletée, portée, potée, ripopée (70). 

On compte une centaine de mots où la terminaison masculine É, 
et plus de cent quatre-vingts où la terminaison féminine ée se trou- 
vent précédées d'une articulation différente; savoir: Abrégé, avé, 
blé, café, canapé, clergé, duché, gré, gué, jubé, jubilé, lé, marché, 
orangé (couleur d'orange), pré, récépissé, raisiné, scellé, thé, toisé, 
noms masculins. 

Aiguillée, année, becquée, centaurée, coudée, destinée, enjambée, 
fée, girofflée, huée, mêlée, ondée, panacée, ripopée, risée, saignée^ 
noms féminins. 

Quoique la terminaison ée paraisse mieux convenir aux noms 
féminins, cela n'empêche pas qu'elle ne soit la terminaison de plu- 
sieurs noms masculins ^ tels sont les noms communs : Apogée, cUhée, 
caducée, camée, empyrée, lycée, mausolée, périgée, périnée (t. de 
médec), pygmée, scarabée, spondée, trochée (t. de poés.), trophée, 
et les noms propres : Alcée, Androgée, Asmodée, Borée, Basilée, Ca-- 
panée, Egée, Elysée, Énée, Épiméthée, Hyménée, Machabée, Mélibée, 
Morphée, Orphée, Pelée, Persée, Phanée, Pompée, Prométhée, Pro- 
tée, Sichée, Thésée, Zachée. 

Par une espèce de compensation, la terminaison masculine É est 



(70) Le Dictionnaire de l'Académie, édillon de 1762, écrit ce mol aa mascu- 
lin : da ripopé. Mais, en 1835, il dit : de la ripopée. 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 117 

celle de quelques noms propres féminins ; savoir : ^glaé^ Arachné, 
A$iarbè, Chhèy Circè, Danaé, Daphné, Glaucé^ Hibé, Leucothoé, 
Niohé, Psyché^ Silénéy Sèmèlé, Thisbé. 

Tous les noms communs où la terminaison er se prononce É 
fermé, comme dans bûcher, clocher, danger, oranger^ sont masculins. 

Piedy et plusieurs centaines de mots où la diphthongue finale ter 
se prononce te, sont tous masculins. 

On ne compte que trois noms féminins terminés par la diphthon- 
gue lÉ; savoir : Amiiiéy moUié, pitié, — Ajoutez tmmtïid. 

11 y a plus de deux cent quarante noms dont le son final fait enten- 
dre E ouvert représenté par ai, aïs, ait, aix, es, et, et. 

Tout ces noms sont masculins, à l'exception de deux; forêt, paix, 
qui sont du genre féminin. 

En mettant un e muet â la suite de ai, on aura les noms féminins : 
Baie, braie, claie, craie, futaie, haie, ivraie, laie, orfraie, paie, plaie, 
raie (ligne), raie (poisson), saie (vêtement militaire), taie. 

Plusieurs noms dont on se sert pour désigner les lieux plantés 
d'arbres de la même espèce, comme aunaie (lieu planté d'jtunes), 
boulaie (lieu planté de bouleaux) , cerisaie (lieu planté de cerisiers) , 
châtaigneraie (lieu planté de châtaigniers) , chênaie (lieu planté de 
chênes), sont terminés par aie, et sont féminins. 

I, is, it, ix sont la terminaison de plus de cent noms masculins. 
Cendant fourmi, merci (miséricorde , discrétion) , brebis, souris 
(petit quadrupède), vis (sorte d'écrou cannelé) , perdrte, sont fémi- 
nins. 

U y a six noms communs masculins qui ont la terminaison fémi- 
nine lE : Aphélie, périhélie, génie, incendie, parapluie, scoUe (terme 
de géométrie). 

Quelques noms propres : Élie, le Messie, Zacharie, ont aussi la 
même terminaison . 

0, oc, op, os, ôt, ot, au, eau, aud, aut, aux, terminent plus de 
trois cents noms dont la dernière syllabe ne donne à entendre que le 
son bref ou long. 

Ces noms sont masculins, à l'exception d'un très petit nombre : 
eau, peau, surpeau (épiderme), chaux, faux (subst.), qui sont fé- 
minins. 

Les noms terminés par u, us, ut sont masculins, à l'exception de 
.trois : glu, tribu (une des parties dont un peuple est composé) , vertu. 

Les autres, qui ont la terminaison féminine, tels que, avenue, bef- 



118 DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

lue^ bévue, bienvenure, charrue, ciguë, crue^ étendue, reimuej îrevue, 
rue, sangsue, statue, tortue, verrue, vue, sont féminins. 

Les noms terminés par la voyelle combinée eu sont tous masculins. 

La terminaison féminine n'a que les trois noms féminins : ban^ 
lieue, lieue, queue. 

Les noms coup, Ump, pouls, et ceux en ou, out, wx sont mascu- 
lins, à Texception, parmi ces derniers, de toux, quoique ce mot n'ait 
point la terminaison des noms féminins bajoue, boue, gadoue, houe 
. (instrument de labourage), jowe, moue, proue, roue, toue (synon. de 
bateau). 

Le mot syllabe est le seul nom en abe qui soit du genre féminin; 
tous les autres noms sont masculins, même ceux dans la composition 
desquels entre le féminin syllabe. 

De tous les noms en ade, il n'y a guère que les mots grade, jade 
(synonyme de pierre) , et stade qui soient du genre masculin ; tous 
les noms en ade, au nombre de plus de cent vingt, sont du genre 
féminin. 

Prélude est le seul nom masculin de la terminaison en ude; les 
autres 'de cette terminaison, au nombre de vingt-huit, sont féminins. 

Entre un grand nombre de noms qui sont terminés par F, il n'y a 
que nef, soif, qui soient du genre féminin; les autres, dont la plupart 
sont en if, sont du genre masculin. 

r^s noms en âge sont presque tous masculins. Parmi plus de deux 
cents noms, on n'en compte que cinq du genre féminin : cage, image^ 
page, plage, rage. 

Les noms en ége sont masculins, et il n'y a de féminin que les 
substantifs neige et allège. 

Parmi les noms en ige, il n'y a que tige et voltige qui soient du 
genre féminin. 

Les noms en uge sont tous masculins. 

L'orthographe des noms féminins terminés par l mouillé diffère 
des noms masculins en ce qu'au féminin L final se double et est 
suivi d'un e muet. 

Noms masculins : détail, éveil, péril, deuil, fenouil. 

Noms féminins 2 maille^ taille, treille, bille, feuille, rouille» 

Exceptions. — Cédille (terme de jeu) , drille et quadrille sont mas- 
culins, quoiqu'ils aient la terminaison féminine. 

Il ne faut connaître que l'orthographe ou le genre de la plupart des 
noms terminés par l mouillé, pour en connaître réciproquement ou 
le genre ou l'orthographe. 



DU GENRE DES SUBSTAKTIFS. 119 

Exemple. — Si je connais l'orthographe du nom écaille, la termi- 
naison aille m'indique que le nom est féminin. Si je sais que le mut 
vermeil doit être employé comme adjectif féminin, et alors, si je con- 
nais son genre, je sais qull faut écrire vermeille. 

11 n'y a de noms féminins en euille que jeuille et son composé 
quinte-feuille (sorte de plante). 

Chèvrefeuille et portefeuille, autres composés de feuille, sont mas 
câlins. 

Les autres mots où la voyelle eu est suivie de l mouillé final sont 
masculins. On met au nombre de ces noms : accueil, ceraieU, écueil, 
mil, orgueil, recueil, où la terminaison eil et oeiL se prononce 
ocHnme euil. 

Fenouil est le seul nom masculin où la voyelle ou est suivie de L 
mouillé final. 

Quatorze autres noms terminés par ouille sont féminins. 

Les noms dont la terminaison fait entendre le son ar, représenté 
par AB, ARC, ARD, ART, sout masculius, à Vexception de hari et de 
part. 

n y a des noms où l'articulation b est suivie d'un e muet. Quel- 
ques-ans sont masculins : les suivants scmt du genre féminin : Ar- 
rhes, bagarre, barre, carre (t. de métier) , fanfare, gabarre, guitare, 
jarre, mare, sim^rre, tare, tiare. 

Les noms en ir, yr sont masculins. Quant aux noms en ire, tre, 
les uns sont masculins, les autres sont féminins. Cire, Hégire (ère 
des Mahométans), ire, lyre, mire, myrrhe, satire, tirelire, sont fé- 
minins. 

Les nom^ dont la terminaison fait entendre le son or, représenté 
par OR, ORD, ORS, ORT, sont du genre masculin. Alort est le seul qui 
soit du genre féminin. Quant aux noms où l'articulation r est suivie 
d'unE muet, quelques-uns sont masculins. Les suivants : amphore, 
mandore (espèce de luth) , mandragore, métaphore, pécore, pléthore, 
(terme de médecine) , sont du genre féminin. 

Les trois noms masculins : azur, futur, mur, sont les seuls qui 
aient la terminaison masculine en ur. 

Deux cent soixante-quinze noms environ, terminés par urë, sont 
tous féminins, à l'exception des noms Arcture, augure, colure, mer- 
cure, murmure, parjure, qui sont masculins. 

La plupart des noms en oi sont masculins. On ne compte que trois 
noms féminins : foi, loi, paroi. Ce dernier nom est peu usité au sin- 
gulier; on dit les parois de l'estomac . d'un vase* 



ISO DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

Poids, et les noms en oid, ois, otï, sont tous masculins. 

Sur cinq noms en oix, choix est le seul qui soit masculin ; les 
quatre autres, croix y noix, poix, voix^ sont féminins . 

Les noms en a«e, aze, sont féminins, àTexception des noms mas- 
culins gymnase , vase ( ustensile propre à contenir quelque li- 
queur). 

Les noms en aise^ èse, sont féminins, à l'exception des noms mas- 
culins dièse, diocèse j diapidèze (terme de médecine), malaise j mé^ 
saise. 

Le substantif trapèze est aussi masculin. 

Les noms en ise sont presque tous féminins. Il n'y a guère que le 
nom remise, lorsque ce mot signifie carrosse de remise, qui soit du 
genre masculin. 

Les noms en ose, use, euse, oise, ouse, sont du genre féminin. 
Il faut compter au nombre de ces féminins les noms cause, clause, ' 
pause, où Vo long est représenté par au. 

Les noms terminés par a nasal, représenté par am, an, ant, ent, 
sont masculins, à l'exception de dent, surdeni, jument, gent (singulier 
de gens). 

Le substantif enfant est ordinairement masculin. On le fait 
quelquefois féminin en parlant d'une fille fort jeune, la jolie 
enfant 

Les noms terminés par ance, anse, ense sont tous féminins. Parmi 
ceux qui le sont par ence, silence est le seul qui soit du genre mas- 
culin. 

Un très grand nombre de noms de choses terminés par e na- 
sal, représenté par aim, ain, ein, ien, in, ym, yn, sont presque 
tous masculins, à, l'exception • des trois noms féminins : faim, 
main, fin. 

Tous les noms dont la dernière syllabe fait entendre o nasal pré- 
cédé de l'une des articulations suivantes :'b, c dur, ch, d, f, g dur,' 
G doux, L, L mouillé, m, n, gn mouillé, p, R, T, v, sont masculins. 

Savon est le seul nom où Vo nasal est précédé de l'articula- 
tion V. 

Enfin il y a plusieurs noms de choses en sion, xion, ction, et tùm 
(dont le / se prononce comme c doux) , et ces noms sont tous du genre 
féminin. 

Un moyen bien moins douteux de déterminer le genre des substan- 
tifs, sans consulter le dictionnaire, et sans avoir égard à la terminai- 
son, c'est de recourir au sens. 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS 121 

RÈGLES DES GENRES. 

Sont masculins d'après le sens : 

1"* Les noms qui désignent des objets mâles, comme Alexandre^ 
Eippolyte, cheval^ éléphant. 

2° Les noms désignant les objets qu'on a coutume de se figurer 
comme mâles; tels que : ange^ génie^ centaure. 

3° Les noms des jours , des mois et des saisons : dimanche , jan- 
vier^ printemps (71). 

Voyez plus bas. qaand on joint le diminatif mi à un nom de mois. 

4^ Les noms de la nomenclature décimale : centime j décime, 
gramme^ stère, etc. 

5** Les noms des métaux et demi-métaux : cuivré, étain, platine j 
manganèse (72) , etc. , etc. 

6** Les noms d'arbres , d'arbustes et d'arbrisseaux : aune, 
chêne, frêne (73). 

7° Les noms des vents : est, sud, ouest, nord, etc. 

Bise, tramontane, sont féminips. 

8° Les noms des montagnes : Chimboraço, Cenis, Liban, Saint- 
Goûiard, Etna, etc. 

Alpes, Pyrénées, Cordilières, Vosges, les Cévennes, font exception. 

9° Tous les noms de ville en général; s'il y en a de féminins, c'est 
en petit nombre, et quelques-uns font même très distinctement con- 
naître leur genre, étant composés de l'article comme d'une partie 



(71) automne est des deux genres, voyez page 98. 

(72) Platine ; ce métal, récemment découvert, est, dans Boiste, Gatlel, Ph. de 
la M., I^emare, Butet, et dans tous les ouvrages de chimie, employé au masculin; 
l'Académie s'est prononcée dans le même sens, quoique la désinence ine n'offire 
aucun nom masculin. Cependant, comme tous les noms de métaux sont masculins, 
l'analogie a dû engager à faire le mot platine aussi masculin. De même, 11 faut em- 
ployer au masculin les noms de tous les corps dits élémefitaires, Voxigène, Vhydro- 
gène, etc.; et des composés binaires^ comme les sulfates et les sulfites, les nitrates 
et les nitriteSf etc. 

Manganèse. Quelques minéralogistes et, à leur exemple, Boiste, ont fait le mot 
fnanganèse féminin ; mais il est présentement reçu de le faire, comme les noms de 
métaux , du genre masculin. — L'Académie confirme cet usage. 

(73) Aubépine, épine, ronce, yeuse, bourdaine^ hièble, vigne, sont féminins, 
et ainsi font exception i cette règle. 



122 DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 

propre et inséparable du nom; tels que La Rochelle y La Fillette^ et 
autres semblables. 

Au surplus, lorsque leur genre n*est pas certain, on doit faire pré- 
céder le nom du mot vilhy et ceci doit s'observer surtout pour les 
noms qui sont accompagnés de Tarticle pluriel les. 

Néanmoins, quand on personnifie une ville, on en met ordinaire- 
ment le nom au féminin; c*est ainsi que Fénelona dit: « Malheu- 
« reuse Tyr ! dans quelles mains es-tu tombée! » Dans ce cas, il y a 
ellipse du moi ville (74). 



(74) En général, les noms de villes sont féminins en français «lorsqu'ils dérivent 
d*ttn féminin latin. Rome vient du féminin Roma ; Mantoue^ du féminin Mantua^ 
Toulouse^ du féminin Tolosa ; Marseille, du féminin Massilia : c'est pourquoi 
on dit Rome la sainte; Mantoue fut malheureuse; la savante Toulouse; la /fo- 
rissante Marseille. 

Les noms de villes sont masculins en français, lorsqu'ils dérivent d'un nom latin, 
masculin ou neutre. Rouen vient du masculin latin Rothomagus; Toulon^ du 
masculin Telo; Lyon^ du neutre Lugdunum; Amsterdam, du neaire AmsteUh' 
damum; ainsi. Ton dit .- Rouen est renommé par ses toiles, et Toulon par son 
port et sa corderie ; Lyon est fameux par ses étoffes de soie ; Amsterdam n'est 
commerçant que pendant la paii. 

Lutèce et Paris sont la même ville ; et cependant Lutèce est féminin à cause du 
féminin Lutetia^ et Paris est masculin, à cause du masculin pluriel Parisii. 

Ce que l'on dit ici du genre des noms de villes dérivés du latin est applicable au 
genre des noms de villes dérivés de toute autre langue. 

Cette règle a cepeudant quelques exceplions. 

Toutefois, pour ceux qui ue conuaisseut pas la langue latine, on peut donner 
pour règle, que tout nom de ville qui se termine par une syllabe féminine est en 
général féminin ; dans tout autre cas, il est masculin. On excepte Jérusalem, Sionj 
llion, Albion, 
(DoDiergue, et le Manuel des Amateurs de la langue française, 2« année, pages 216 et 2i7.) 

— Ces règles sont peu certaines, et les Dictionnaires n'indiquent pas le genre de 
ces sortes de mots; de là nait souvent un grand embarras. Quelquefois même les 
écrivains ne sont point d'accord, et l'usage est douteux. Ainsi, Orléans (en latin 
Aurelianum) est généralement masculin : Orléans fut délivré par Jeanne 
d'Arc. Cependant M. G. Delavigne a dit dans sa quatrième Messènienne : 

Chante, heureuse Orléans, les vengeurs de la France l 

Et cela s'explique par lapersonniQcation ; mais on dit aussi la Nouvelle- Orléans. 
On met au féminin Moscou la sainte, et l'on dit Londres est plus grand que 
Paris. Nous ne croyons pas qu'il soit possible d'établir ici des règles positives. 
Ainsi, dans le doute, le mieux est de s'en tirer par le moyen indiqué, en disant : 
la ville de Bruxelles, de Lisbonne, etc. A. L. 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 193 

10° Les noms d'états, d'empires, de royaumes, de provmcea, 
pounu que leur terminaison ne soit pas un e muet; ainsi : Dane- 
marcky Piémont^ Portugal^ Brandebourg, etc., sont du genre mas- 
culin; mais : France, Espagne, Hollande, Italie, Allemagne ^ 
Prusse, etc., qui finissent par un e muet, sont du genre féminin. 

Les exceptions auxquelles cette règle donne lieu ne sauraient em- 
barrasser ; car, lorsque ces noms ont un genre différent de celui qu'in- 
dique leur terminaison, ils sont alors, comme les noms des villes, 
précédés de l'article qui indique le genre qu'on doit leur donner. 

11° Les infinitifs, adjectifs, prépositions, etc., pris substantive- 
ment, ainsi que toutes les phrases substantifiées par accident ; 
comme : manger, boire, juste, vrai, jaune, rouge, car, si, etc., que 
Ton fait toujours précéder d'un article ou d'un équivalent de l'ar- 
ticle. 

12° IjCS mots désignant un langage, un idiome : le basque, Viro- 
quois. 

Sont féminins, d'après le sens : 

V Les noms qui expriment des objets femelles : Junon, Vé- 
nus, etc. 

2° Les noms de vertus et de qualités : 

Courage, mérite sont masculins. 

1" Remarque — • Les mots composés de plusieurs mots réunis par 
des tirets sont masculins ou féminins, selon que le mot principal, 
exprimé ou sous-entendu, est masculin ou féminin; par exemple: 
un avant-coureur est un courrier qui court devant quelqu'un, et qui 
en marque, par avance, l'arrivée; et une perce^neige est une plante 
qui croit en hiver, et dont la tige perce, pour ainsi dire, la neige ,- 
ainsi avant-coureur est masculin, eiperce-^eige est féminin. 

2* Remarque, — Les diminutifs suivent le genre des noms dont 
ils dérivent : une maisonnette est féminin, parce qu'il dérive de 
maison, qui est féminin; gf/o6u/c, masculin, parce qu'il dérive de 
gkbe; monticule, masculin, parce qu'il dérive de mont y pellicule, 
féminin, parce qu'il dérive de peau, etc. 

Cependant il y a quelques exceptions, mais elles sont rares. 

3° et dernière remarque. — Nous n'avons pas compris dans le nom- 
bre des exceptions les substantifs qui ont les deux genres, puisque 
leur conformité ou leur dérogation à la règle dépend uniquement de 
l'acception dans laquelle on les prend. 

Toutes ces règles particulières faciliteront certainement la connais- 



1S4 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



sance du genre des substantifs; maîs^ comme nous pensons qu'une 
liste de substantifs sur le genre desquels on pourrait être incertain 
sera également d'une grande utilité, en ce qu'elle remédiera à l'in- 
convénient des exceptions, qui sont inséparables des règles, nous 
croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs celle qui suit. 

LISTE DES SUBSTANTIFS SUR LE GENRE DESQUELS ON POURRAIT 

AVOIR QUELQUE INCERTITUDE. 



Substantifs du 

Abrégé, précis sommaire. 

AbImb, trou, précipice ; l'enfer. 

Acabit, ployez les Rem, dit. 

Accessoire. 

Accotoir. 

Acier. 

Acrostiche , petite pièce de poésie 
dont chaque vers commence par une 
lettre du nom de la personne ou de la 
chose qui en fait le sujet. 

Acte. 

Adage, maxime, proverbe. 

Adepte, initié. 

Affinage, action par laquelle on 
purifie les métaux, le sucre, etc. 

Age. ployez page 95 et les Remar- 
ques détachées. 

Aigle. Voyez les Rem. déU 

Ail. 

Ais, établi de boucher, planche de 
bois. 

Alambic I vaisseau qui sert à dis- 
tiller. 

Albâtre^ pierre qui a quelque res- 
semblance avec le marbre. 

Alvéole, cellule des abeilles et des 
guêpes. — Cavités de Tos de la ma- 



genre masculin. 

choire dans lesquelles sont implantées 
les dents. 

Amadis, sorte de manches de ehe* 
mise ou d'autres vêlements. 

Amadou. 

Amalgame (75) , combinaison des 
métaux avec le mercure ou vif-argent. 
— Union de choses différentes. 

Ambre, substance résineuse et In- 
flammable. 

Amidon. 

Amphigouri, discours obscur» sans 
ordre. 

Anatheme, excommunication. Re- 
tranchement de la communion de 
rÉglise. 

Ancile, bouclier sacré. 

Anéyrisms. 

Angar. y oyez la note 20, p. 48. 

Animalcule , peUt insecte qu'on 
ne voit qu'à Taide d'un microscope. 

Anniversaire. 

Antidote^ contre-poison. 

Antre. 

Apologue, fable morale. 

Appareil. 

Aqueduc (76), canal pour conduire 



(75) Amalgame. On veul, dans \& Dictionnaire des sciences médicales, ii^ 
ce ihot soit féminin ; mais tous les lexicographes que nous avons consultés s'accor- 
dent à le faire masculin, et il ne peut y avoir de doute. 

(7C) Aqueduc. L'Académie de 17G2 tmi aqueduc; celle de 1798 écrit acçué- 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



125 



Substantift mcisculins. 

les eaux d'un lien à nn autre , malgré 
Ilnégalilé du terrain. 

Arc. 

ARMISTICE, ployez les Rem. dét. au 
mot AmnUtie. 

Arrosoir. 

Article. 

Artifice. 

As. 

Asile. 

Aspic. 

Assassin (77). 

Astérisque , signe qui est ordinai- 
rement en forme d'étoile , pour indi- 
qaer un renvoi. 

Asthme. 



Substantifs masculins. 

Atome, corpuscule invariable^ petite 
poussière. 
Atrb. 
Attelage. 
Auditoire (78). 
Augure. 

AUNAGE. 

Autel. 

Automate. 

Bouge. 

Carrosse. 

Centime (79), centième partie du 
franc. 

Calque, trait léger d'un dessin qui 
a été calqué. 

Cigare (80) , tabac À fumer. 



duc, et cela est d'autant plus étonnant que ce mot est formé du latin aquœductus 
(aqua, eau, et ducere, conduire,) 

— C'était là évidemment une inadvertance. L'Académie reconnaît aujourd'hui 
aqueduc et elle tolère aqueduc, A. L. 

{77) Assassin. Corneille a fait de ce mot un substantif féminin dans ce vers de 

yicomède : 

Et vous en avez moins à me croire assassine. 

Je ne sais, dit Voltaire, si le mot assassine, pris comme substantif féminin, se 
peut dire; il est certain du moins qu'il n'est pas d'usage. (Remarques sur Corneille,) 
Quant à l'adjectif assassine, il est très bon ; mais, quoique Brébeuf ait dit : 

Il faut que les efTorts de puissantes machines 
Élancent contre lui des roches assassines, 

Et DelUIe (trad. de V Enéide) : 

Pour punir les rorfaits de sa main assassine , 
Et que l'emploi de cet adjectif au féminin ne soit pas, quoi qu'en dise Féraad, an 
barbarisme ; il est vrai de dire que le mot assassine est beaucoup mieux placé dans 
le style burlesque ou satirique que dans le style élevé. 

Que dit-elle de moi cette gente assassine ? (Molière.) 

On observera que gente ne se dit que comme adjectif, et il ne s'emploie aujourd'hui 
qa'eo imitant le style de nos vieux poètes . 

(78) Auditoire. Le peuple fait ce mot féminin ; l'Académie l'avait d'abord dit 
de ce genre, pour signifier le lieu où Ton plaide. Dans sa dernière édition, elle le 
marque du masculin, et tous les lexicographes l'indiquent de même. 

(79J Centime. C'est à tort que beaucoup de personnes le font féminin. 

(80) Cigare. Ce mot est emprunté de l'espagnol cigarro, et c'est sûrement par 
eette raison que les lexicographes qui en ont parlé le font masculin. 

— D'après l'étymologie il faudrait écrire cigarre, et c'est ainsi que W. N. Lan- 



]2t5 DU GENRE DES 

Snhstantifn masculins. 

Concombre. 

Crade (8f), poisson de mer du 
genre des crustacés. 
DÉciMR, dixième partie du franc. 

DÉCOMBRES. 

DÉLICE, ployez page 100. 
Dialecte (82). 
Echange. 
Échantillon. 

ECHAUDÉ. 

Échec. 

Éclair/ 

Édredon. Voyez les' Rem. dét, 

_0 

Elixir, liqueur spiritueuse. 
Ellébore, racine purgatiye, sterna- 
tatoire. 



SUBSTANTIFS. 

Substantifs masculins 

Embargo, défense faite aux vais- 
seaux marchands de sortir des ports. 
Emblème (83). 
Émétique, vomitif. 
Emplâtre (84). 
Empois. 
Encensoir. 

Encombre^ embarras, obstacle. 
Encrter. 
Enthousiasme. 
Entonnoir. 
Èntr'acte. 
Entre-côtb 
Entre-sol (85). 
Épi. 
Éphémérides (86). 



dais donne ce mot ; mais TAcadémie ne met qu*nn r, sans doute pour constater 
l'usage établi, plutôt que pour décider la question. A. L. 

(81) Crabe. Trévoux et Tabbé Prévost (dans son Dict. portatifs font ce mot 
féminin ; mais TAcadémie, les autres lexicographes et tous les naturalistes ne loi 
donnent que le genre masculin. 

(82) Dialecte. Le genre de ce mot n'est point incertain, c'est le masculin. Huet, 
Scaliger , Le Vayer, Régnier, Ménage, Dumarsais, Trévoux, l'Académie française 
et tous les lexicographes le lui ont donné : c'en est plus qu'il ne faut pour l'empor- 
ter sur l'autorité de Danet, de Richelet et de quelques autres qui font ce mot da 
genre féminin. 

Cependant nous nous permettroiis de dire que le mot Dialecte étant purement 
grec, et n'étant en usage que parmi les gens de lettres, et seulement quand il s'agit 
de grec, on aurait dû, à l'exemple des latins, lui donner le genre féminin qu'il a en 
grec. 

— II est bien vrai que ce mot est féminin en grec et en latin ; mais ce n'est pas I« 
seul exemple de ce changement de genre dans notre langue ; voyez les noms d'ar- 
bres, pm, chêne, etc. Dialecte se dit non seulement de la langue grecque, maia 
de tout idiome dérivé de la langue générale d'une nation. A. L. 

(83) Emblème. Plusieurs écrivains ont fait ce mot féminin. Richelet lui donne lei 
deux genres; mais l'Académie, Trévoux, l'abbé Prévost, Gattel, etc., etc., n'indi- 
quent que le masculin , et ce genre a prévalu. 

(84) EMPLATRE (Emplâtre), Trévoux et plusieurs bons auteurs font ce mot tb' 
mibin ; mais l'Académie, les médecins et les lexicographes le foDt masculin. 

(85) Entre-sol. Autrefois on le faisait féminin, et l'on écrivait entres^; 
mais l'Académie a adopté le masculin. 

C86) Éphémérides. L'Académie (éditions de 1762 et de 1798), Trévoux, WaUiy« 
Letellier font ce mot mascolhi ; mais Féraud (son Supplément), Gattel, Boiste, 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



127 



Substantifs masculins. 

Épidbrmk 

Épisoos (87). 

ÉpiTHALAME , poëmc à Tocoasion 
d'ua mariage. 

ÉriTOME, abrégé d'uD livre^ d'une 
histoire. 

Équilibre. 

Équinoxe, temps de Tannée où les 
jours sont égaux aux nuits. 

Erbotage. Foyex les Rem. dét. 

Eaysipèlb. 

Escompte, remise que fait au sou- 
scripteur d'un effet celui qui Teut en 
toucher le montant avant l'échéance. 

Esclandre (88). 

Essaim. Ployez les Rem. dét. 

Estaminet. 

Étal, table de boucher. Lien où on 
Tend la viande. 

£te. 

« 

Eteignoib. 

fivAHGiLK. Ployez les Rem, dét. 
lÉvicHÉ. ployez page 95. 
Eybhtail. 
Stentairb. 

Exemple, ployez p. 101. 
ExERQCE, l'action de s'exercer. Fig. 
peioe, fatigue, embarras. 



Substantifs masculins. 

EXfL. 

ExoRDB, première partie d'un dis- 
cours oratoire. 

Flair, odorat du chien. 

Girofle, fleur aromatique qui croit 
aux lies Moluqucs sur un arbre que l'on 
nomme giroflier. 

Guet: Foy, les Refn. dét 

Hameçon. 

Hanneton. 

Hectare, nouvelle mesure : prés de 
deux grands arpents. 

HÉMisPHKRE, moitié du globe ter- 
restre, 

HÉMisTrcHE, moitié du vers alexan-^ 
drin, après lequel il y a un repos. 

HÉRITAGE. 

Hiéroglyphe, certaines images ou 
certaines figures dont les anciens, et 
particulièrement les Égyptiens, se sont 
servis pour exprimer leurs pensées y 
avant la découverte des caractères al- 
phabétiques. 

Holocauste, sorte de sacrifice par- 
mi les Juifs et les païens. 

Hôpital. 

Horizon, grand cercle qui coupe la 
sphère en deux parties égales, etc. 



Philîppon de la M., Rolland, Catineau, Morin, M. Laveaux et M. Noël lui donnent 
le féminin; et ce genre, que les liatios lui ont conservé, est celui qu'il a en grec, 
d'où il tire son origine. — i/Académie, en 1835, s'est rangée à cet avis II faut donc 
retrancher ce mot de la liste. 

(87) Episode. Ce mot, du temps de Th. Corneille, n'avait point de genre fixe. 
L'abbé Prévost le fait féminin; Trévoux dit qu'il est masculin ou féminin, mais plus 
souvent masculin. Aujourd'hui il n'y a plus de doute sur son genre. L'Académie, 
ainsi que tous les lexicographes modernes, ne le marquent que masculin. 

> (88) Esclandre. L'Académie, Trévoux, Gattel, Wailly, Laveaux, M. Boni- 
face, etc., etc., indiquent ce mot du masculin; cependant Boiste et Catineau le font 
féminin. Nous ignorons sur quoi ils se fondent, puisque la véritable étymologle de 
(ie mot est le substantif scandale^ qui est masculin. 
— il parait que Boiste a reconnu son erreur ;. dans la 8» édition U indiquait encore 

' 1« féminin ; mais il donne maintenant le masculin. A L. 



128 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Substantifs masculins. 

Horoscope (89), prédiction de la 
destinée deqaelqu'any d'aprè:» l'inspec- 
tion, la situation des astres, lors de sa 
naissance. 

EfoSPICB. 
HÔTEL. 

HooTRYABi, grand bruit, grand ta- 
ntuite. F'oy, page 61. 

HrMNE. p^oy, les Rem. dét. 

Incendie. 

Inceste. 

Indice. 

Insecte. 

Intermède, divertissement entre les 
actes d'une pièce de théâtre. 

Interstice, interyalle de temps. — 
En physique, intervalles que laissent 



Substantifs masculins. 

entre elles les molécules des corps : ce 
sont ces interstices qu'on appelle pore«. 

Intervalle. 

Intentaire. 

Isthme, langue de terre resserrée 
entre deux mers ou deux golfes. 

Itoire (90). 

Légume, plante potagère. 

Leurre. 

Mânes, masc. plur., divinités domes- 
tiques des anciens patens. 

Ministre (91). 

Minuit (92). 

Monosyllabe. 

Monticule. 

Narcisse, plante. 

Obélisque, espèce de pyramide qaa- 



(89) Horoscope. Anciennement on n'était pas d'accord sur le genre de ce mot. 
Ménage voulait qu'il ne fAt que masculin ; Richelet dit qu'il est masculin et fémi- 
nin, mais plus souvent masculin. Dorât le fait féminin; c'est le genre quelid don- 
nait l'Académie, dans les premières éditions de son Dictionnaire ; mais, dans sa 
dernière édition, elle le marque du genre masculin, et aujourd'hui on lui donne 
généralement ce genre. 

(90) Ivoire. Yaugelas et Th. Corneille pensent que ce mot est féminin. Bolleaa 
et Delille le font masculin, et ce dernier genre a prévalu : 

Vivoire trop hâié deux fois rompt sur sa tête. (Boileau, Luirin, chanl T.) 

Lé, sur un tapis vert, un essaim étourdi 

Pousse contre l'ivoire un ivoire cmondi; 

La blouse le reçoit... (Delille, l'Homme des Champs, chant l.) 

(91) Ministre. Ce mot est toujours masculin, même lorsqu'il modifie un nom 
du genre féminin. On a donc eu raison de reprocher à Racine ces vers des Frères 
ennemis : 

DoiS'je prendre pour juge une troupe insolente. 
D'un fier usurpateur ministre violente? 

Il faut dire ministre violent , quoiqu'il se rapporte à troupe. 

Au surplus, on se rappellera que Racine était fort jeune quand il fit cette piëee. 

Ministre est beau au figuré et appliqué aux choses inanimées : 

« Les foudres, les pestes, les désolations sont les minisires de la vengeance de 

Dieu. » 

Uii^stre cependant de nos derniers supplices, 

La mortj sous un ciel pur, semble nous respecter. (L. Racine.) 

(92) Minuit. Ce mot, fait observer Ménage, a été quelquefois des deax genres ) 
présentement! 1 n'est plus que du masculin. 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



129 



Stibitantifs maseuiins, 

drangolaire, longae et étroite, ordi- 
nairement monolithe. 

Obsxrtatoire, édifice destiné aux 
obsenrations astronomiques. 

Obstacle. 

OuiG, vieille graisse de porc fondue, 
dont on se sert pour graisser les roaes 
des Yoitiires. 

Oltbipx, le ciel. 

OUBKAGB. 

Omnibus. F'oy, les Rem, dit, 

Ohglk. 

Ongukiit. 

Opiom, suc de têtes de pavots dont 
la vertu est narcotique, soporifique. 

Oppiobbb. 

Opusculk» petit ouvrage de science 
ou de littérature. 

Obagx. 

Obatoibb, petite pièce qui^ dans une 
maison, est destinée pour y prier Dieu. 

Obchkstbe. f^oy. les Rem, dit, 

Obgahi, partie du corps servant 
aux sensations, aux opérations de l'a- 
nimal. 

Obgus. Foy, les Rem. dit, 

Obaubil. 

Obificb , goulot , entrée étroite d'un 
vase, d'an tnyau^ d'une artère, etc. 

OtTKIL. 

Otaci» personne livrée pour garan- 
de l'exécution d'un traité. 
Oubli. 

OUTBAGI. 
OUYBAGB. 
OVALK (93). 

Pampbk, branche de vigne avec w& 
feuilles. 
Paiallsle, comparaison de deux 



Substantifs masculins, 

personnes ou de deux choses entre 
elles. 

Parafe ou paxaphe. 

PÉCULE, bien que celui qui est en 
puissance d'autrui a acquis par l'in- 
dustrie, le travail, et dont il peut dis- 
poser. 

Pendule. F'oy, les Rem. dit, 

PÉTALE, feuilles d'une fleur qui en- 
veloppent le pistil et les étamlnes. 

Pleurs, m. pi. : voy, les Rem, dit, 

Prépabatifs, masc. plur. 

Prestiges, masc. plur. 

Quadrige^ terme d'antiquité • char 
en coquille monté sur deux roues, et 
attelé de quatre chevaux de fh)nt. 

Aeniie, mammifère ruminant du 
genre des cerfs. 

Risque. 

Salamalec, révérence profonde. T. 
familier qui nous vient de l'arabe. 

Sarigue. 

SniPLE, nom général des herbes et 
plantes médicinales. (Usité surtout au 
plur.) 

Squelette. 

Stade, mesure de 135 pas géomé- 
triques (environ 184 mètres) en usage 
chez les Grecs. 

Tertre, petite émlnence dans une 
plaine. 

Tubercule, excroissance qui sur- 
vient à une feuille, i une racine, i une 
plante. 

Ulcère. 

Ultimatubs, dernière et Irrévocable 
condition qu'on met i un traité. 
Uniforme. 



(93) Otalb. Trévoux marque ce mot masculin et féminin ; mais l'Académie, 
Wainy, Gattel, etc., ne lui donnent que le genre masculin. 

I. 9 



130 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Subitantifè nuuctUins, 

Us, masc. pi. Terme de palais : usa- 
ges d'un pays. 

UsTEBsiLK (94), toute sorte de petits 
meubles, principalemeut à Tusage de 
U cuisine. 

Yahpiu, mort, cadaTre, qui, dans 



Substantif i mtueuiiM. 

l'opinion du peuple, suce le sang des 
Tirants. 

Vivais, masc. pi. 

yitsnoi, empreinte des pieds, figu- 
res, traces, restes informes d'anciens 
édifices. 



Substantifs du genre féminin. 



Absihthi (95). 

âccoladb. 

ÂCRK, mesure de terre usitée autre- 
fois en certaines provinces de France* 

Agbafb. 

Au», place pour battre le grain,etc., 
En géométrie, surface plane, 

Alaimb. 

Alcoye. 

axgarade. 

Amiustib. Yoy. les Rem. dit. 

Amobge. 

Anagraio», transposition des lettres 
d'un mot, de teUe sorte qu'elles font 
un ou plusieurs autres mots ayant oa 
autre sens. 

Amaltsi. 

Ancbe. 

Abgoissb. 

AmCBOCHE. 



Anktlosb, privation de moa?ement 
dans les articulations ou Jointures» 

Antichambbe (96). 

Apothéose, action de piaoer mi 
homme parmi les dieux. Gérémoide 
autrefois en usage chez les Grecs et les 
Romains. 

Apbès-dimée. Voy, les Rem, déU 

Afbbs-midi. yoy. Ibld. 

Apbâs-soupbb. yoy. ibid. 

Ababesqubs, fém. plur. 

Abgile (97). 

Abmoibb. 

Abbhbs, fém. pi. Voy, les il. âéi. 

Abtbbe, canal membraneux destiné 
à recevoir le sang du cœur, pour le dis- 
tribuer dans le poumon et danslMiles 
les autres parties du corps. 

Astuce. 

Atmospuèbe (98). 



(94) Ustbhsilb. Richelet dit que ce mot est masculin et féminin; Fonteneltoel 
d'autres écrivains lui ont donné le genre féminins mais, suivant l'Académie, Fft* 
raud, l'abbé Prévost, Gattd, etc., etc., il est toujours masculin. 

(95) Absiuthe. Ce mot était autrefois masculin. Aujourd'hui on ne le fait plus 
que féminin. 

(96) Antichabibbb. Quelques personnes font ce mot masculin, mais c'est A tort ; 
il doit, ditDumarsais, avoir le même genre que ehambret et l'Académie ainsi qoe 
tous les leiicographes ont sanctionné cette décision. 

(97) Abgile. Voltaire, dans sa tragédie d*Agaihocle, représentée ainréssa mor » 
a fait ce mot masculin ; c'est un solécisme. 

(98) Atmosphbbb, m. Bailly, ou son imprimeur, fait ce mot masculin, et Ungiiet 
lui a aussi donné ce genre ; mais l'Académie ainsi que les lexicographes rindiqosnl 
du féminin, et ce genre est celui que l'usage iid a reconnu. 



DU 6BNRE DES SUBSTANTIFS. 



191 



SmMoÊUift féminins, 
Attachi. 

AUBADI. 

Atalahchb, masse énorme de neiges 
détachées des montagnes. 

ÂYALOIRK. 
ÂYANT-SCÀHB (99). 
ÂVAllE. 
COUBIOÏK. 

Dkligis. Fof^ p. 100. 
ËsiiiB. F^oy. les Rem. déu 

ECAILATK. 
ÉCHAPPATOU 
icHAPPil. 
ÉCHAIMB. 

ÉcaOy nympbe. /^oy. p. 106. 

icilTOlRB. 

écuMons. 

Smou. 

ioLoouE, poésie pastorale. 

Kmbuscadb. 



SubitanUfs féminins. 

Emclumb. 

Ehdossb (T. famil.) 

Enquête. 

Emtiaybs. 

Épbe. 

ÉPHBMiBiDBs. f^oyex p. 126. 

Épidémib. 

Épigbamiie, pièce de vers fortcoorte, 
terminée par une pensée vive, ingé- 
nieuse^ par on trait piquant, mordant, 
critique. 

ÉpiGBAPHB» courte sentence mise an 
fh>ntispioe d'un liyre. 

Épitaphb (100). 

ÉPlTHiTE (101). 

Équbiib. 

Équiyoqub (102). 

Èbb, point fixe d'où l'on commence 
à compter les années chei les diflérents 
peuples. 



(99) AvANT^ciiiB. Wailly, Gattel, Boiste, LaTeaux, Catineau, Noél.etc, font 
ce mot ftmlnln; mais l'Académie, qui ne parle de ce mot que dans l'édition de 1798, 
rindlqae du masculin. — Il est vrai que cette édition n'est pas avouée par toute 
fAcadémie ; cependant nous devions en faire mention. 

— Ai^ourd'hùi point de doute; l'Académie, comme tous les lexicographes, adopte 
le féminin. 

(100) Epitapbe. Yaugelas, Ménage et Th. Gomeine pensaient que ce mot est des 
deux genres, mais plutôt féminin que masculin. Richelet le disait aussi masculin et 
fémhiin, mais le plus souvent masculin ; Ronsard (dans la dédicace de ses épigram- 
mês), Cassandre (dans sa traduction de la Rhétorique d'Aristote, Paris, 1675), 
GomcOle (dans leJUeniewr) et Bussy-Rabutin (parlant de l'épitaphe faite pour Mo- 
1ère) lui ont donné ce genre. 

Aqjonrdlinl épiiaphe n'est plus que féminin. 

(101) Épithxtb. Les anciens écrivains, tels que Du Bellay, Balzac et Yaugelas, 
ont toi^oors fait ce mot masculin ; Ménage croyait qu'on pouvait le faire indiflé- 
remment mascuitai et féminin ; l'Académie et les lexicographes ne lui donnent que 
lefSminln. 

(102) Équiyoqub. Ce mot était autrefois des deux genres; témoin ce vers de la 
JT//* Satire de Bolteau : 

De quel genre te faire, équivoque maudite^ 
Ou moadi/, ele. 

Aujourd'hui^ et depuis longtemps, le féminin Ta emporté. 

9. 



132 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Substantifs féminins. 

Erreur. 

EsPAci. P^oy, pag. 107. 

Esquisse. 

Estampille, sorte de timbre qui se 
met sur des brevets, etc.^ avec la si- 
gDatare même oa quelque cbose qui la 
remplace. — LMostrament qui sert à 
imprimer cette marque. 

Estompe, rouleau de peau coupé en 
pointe , qui sert à étendre les traits 
d'un dessin fait au crayon. 

Stable. 

Etape, lieu où on décharge les mar- 
chandises et les denrées qu'on apporte 
de dehors. — Distribution de vivres, 
de fourrages que l*on fait aux troupes 
qui sont en route. 

Etude. 

Extase, ravissement d'esprit; sus- 



Substantifs féminins, 

pension des sens causée par une forte 
contemplation. 

Fibre (103). 

Finale, f^oy. les Rem. dét. 

Horloge. 

Hortensia, fleur. 

Huile. F'oy. les Rem, dét. 

Htdre (104), serpent fabuleux ; au 
fig,, mal qui augmeqte à proportion 
des efforts que l'on fait pour le dé- 
truire. 

Htperbate, fig. de grammaire. 

Hyperbole, t. de rhétorique. 

Hypothèque, droit acquis par un 
créancier sur les immeubles que son 
débiteur lui a affectés. 

Idole. 

Idylle (105), petit poëme qui tient 
de l'églogue. 



(103) Fibre. Plusieurs auteurs et quelques dictionnaires ont fait ce mot mas- 
culin ; mais le féminin a tellement prévalu, qu'on peut regarder comme une faute 
de ne pas lui donner ce genre. 

Ce substantif s'emploie très rarement au singulier. L'Acadénde, Trévoux et en 
général les dictionnaires n'en donnent aucun exemple. 

— L'Académie donne aujourd'hui plusieurs exemples, tant au propre, ht fibre 
charnue, musculaire, nerveuse, qu'au figuré^ il a la fibre délicate, sensible, 
chatouilleuse. Dans ce dernier cas, il ne s'emploie qu'au singulier. A. L. 
' (104) Hydre. Plusieurs écrivains ont fait ce mot masculin. Yoltahre, entre autres, 

a dit : 

De VHydre affreux les lètes menaçantes, 
Tombant à terre et toujours renaissantes, 
N'effrayaient point le fils de Jupiter. 

Voici comment s'exprime Domergue ( p. 351 de ses Solut. gramm. ) sur cette 
infraction de l'usage, et des décisions de l'Académie, et de tous les lexicographes, 
qui font ce mot féminin. 

C'est évidemment le féminin latin hydra qui nous a donné le féminin hydre» 
Pourquoi le masculin latin hydrus ne nous donnerait-il pas hydre masculin? Les 
poètes auraient plus de latitude, et les deux genres auraient chacun en leur faveur 
une raison anal9gue. 

Sans doute Voltaire et les autres écrivains qui ont donné le genre mascultai A 
hydre ne pensaient point à hydra, mais k hydrus. 

Quoi qu'il en soit, l'usage s'est déclaré positivement pour le genre féminin. 

(105) Idylle. Il y a des auteurs qui font ce mot masculin, et d'autres qui le fonl 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 133 

Suàitantifs féminins. 

lUAQE (106). 

Impasse, cal-de-sae. — T. de Jea. 
iMPsmALi, dessus d'un carrosse ou 
d'an lit. — Sorte de jeu de cartes. 



Insulte (107). 

Issue. 

Jujube. 

Laioebon. p^oy. les Rem, dét, 

Ll MITES. 

Losange, terme de géométrie : figu- 
re A quatre côtés égaux, et qui a deux 



Substantifs féminins, 
angles aigus et deux autres obtus. 

MÉSANGE (103). 

Nacre, coquillage au-dedans duquel 
se trouvent les perles. 

Obsèques , fém. plur. Funérailles 
faites avec pompe. 

OcRE^ terre ferrugineuse dont on 
fait une couleur jaune. 

Ode, poëme divisé en strophes. 

Offre (109). 

Oie. 



féminin ; F Académie, dans les premières éditions de son Dictionnaire, Tindlquait 
maseulin ; mais elle ajoutait, sans faire aucune réflexion, que quelques-uns s'en 
servaient au féminin. Boileao a dit : i les idylles les plus courts, » et « une élégante 
« idylle. » Cependant TÂcadémie dans liu dernières éditions et l'usage actuel ne lui 
donnent plus que le féminin. 

(106) Image est constamment du féminin, quoique Ronsard (Ode 12, 1. 5) l'ait 
fait dn masculin. 

(107) Insulte. Ce mot, dont on ne doit ai^ourd'hui faire usage qu au féminin, 
était antrefois masculin. Bouhours, Flécbler lui ont donné ce genre, et rÂcadémie, 
an commencement du siècle dernier, le faisait masculin, en avertissant que plusieurs 
l'employaSait au féminin. 

Bollean a dit dans le Lutrin : 

Avrard seul, en un coin prudemment retiré. 

Se croyait à l'abri de VinsutU sacré, ;Chant V.) 

Deux puissants ennemis..... 

A mes sacrés autels font un profane insuiUe. (diant VI.) 

(108) MÉSANGE. Trévoux marque ce mot masculin et féminin ; mais l'Académie, 
Férand, Wailly, etc., etc., se sont décidés pour le féminin. 

(109) Offre. Ce mot était autrefois masculin. Richelet fait observer que M. de 
Sacy lui a donné ce genre dans sa traduction de la Bible; et Racine a dit (dans 
Bajaxet, acU III, se. 8) : 

Ah ! si d'une autre chaîne il n'était point lié, 
Voffire de mon hymen Teûl-i/ Umt effrayé. 
L'eût-il refusé même aux dépens de sa vie ? 

Gqiendant, dit Geoffroi, il était si aisé à Racine d'en faire usage an féminin qu'on 
ne peat douter de son intention, et alors peut-être la volonté expresse de ce grand 
écrivain serà-t-eUe de quelque poids pour un grand nombre de nos lecteurs. 

Quant i nous, nous ne partageons pas l'opinion de ce critique éclairé ; et quelque 
ImpoMiite que soit l'autorité de Racine, nous ne pensons pas qu'elle puisse l'em- 
porter, dans l'esprit des lecteurs, sor l'usage établi et généralement suivi aujour- 
dirai. 

— - Lft Harpe pense qu'alors le genre du mot offYe n'était pas encore fixé -, et cette 



134 



DU GENRE DES SUBSTANTIFS. 



Substantifs féminins. 

Omoplate , os plat et large de Té- 
paale. 

Ongles. 

Opale, pierre précieuse de diverses 
couleurs très tîtcs, très variées. 

Ophthalmis, maladie des yeux. 

Optique, science qui traite de la lu- 
mière et des lois de la vision en géné- 
ral. — Apparence des objets vus dans 
réloignement. 

Orfraie, oiseau de nuit, grand aigle 
de mer. 

Orgie, débauche de table. 

Oriflamme , étendard que faisaient 
porter les anciens rois de France quand 
ils allaient à la guerre. 

Ouate, espèce de coton fin et lustré. 

Ouïe. 

Outarde, gros oiseau, bon à man- 
ger. 

Outre, peau de bouc cousue et pré- 
parée de manière i pouvoir contenir 
des Hqueurs. 



Substantifs ftminim. 

Paroi, cloison maçonnét. 

Parois, membranes. 

PÉcuNE, argent. Vieux mot. 

PÉDALE, mécanique qui, pour la 
harpe, sert à faire des dièses et des 
bémols, et, pour le piano , à modifier 
le son. 

Prémices. 

Primevère (110). 

RÉGLISSE. P'oyesl&s Rem. dit. 

Salamandre, reptile du genre des 
lézards. 

Sandaraque (lll). 

Sentinelle, ^oy. les Kan. dit. 

Spirale. 

Stalle (112). 

Tare, t. de commerce ; déchet qiM se 
rencontre sur le poids, la quautité ou 
la qualité des marct^andises. 

TÉNÈBRES. 

Thsruqui. f^oy. les R^m. dit. 

Tige. 

Toussaint (113). 



raison nous parait plus plausible que celle de Geofllroi, qui veut voir dans ce dms- 

culin une intention du poète. I^ mesure du vers est sans doute la seule cause qui a 

empêché de mettre Veut-elle tant efprayé. A. L. 

(110) Primevère. Saint-Lambert, dans son poëme des Saisons, a fait ce mot 

masculin : 

L'odorant primeyère élève sur la plaine 

Ses grappes d'an or pâle et sa tige incerlaine. (Le Printemps.) 

Mais l'Académie et tons les lexicographes le marquent féminin. 

^-L'Académie cependant indique le vieux mot fn-imevère au masculin dans le 
sens de printemps ; et alors il faudrait le tirer de l'expression latine primo vers. 
Mais Rabelais a dit (f , 4) en la prime vere; et alors on le tire du féminin italien 
primavera. Ainsi, dans tous les cas, primevère devra être féminin. A. L. 

(1 1 1') Sandaraque. Richelet fait ce mot masculin ; mais l'Académie, Trévoux, 
Wailiy, Gattel, M. de Buffon et l'usage actuel ne lui donnent que le féminin. 

(112) Stalle. On faisait autrefois ce mot masculin au singulier et au pluriel ; on 
l'a fait ensuite féminin, et quelques-uns ont continué de le faire masculin an plortal. 
l)e là, quelques Grammairiens timides ou minutieux ont donné les deux genres i 
ce nombre, et ont converti la faute en règle. Stalle est féminin au singulier et an 
pluriel. 

(113) On dit ta Toussaint, et c'est manifestement Tellipse qui autorise le genre 



m nansKÈ des substantifs. 135 

SuManHft fknininâ. 

TUILEBiSS* 

UiBAmTB, poMeife que donne Fn- 
MgedamoDde, 

UiNK, yase aBtkfiie. 

UsuiE, tout établissement dans le- 
quel où emploie des machines pour allé- 



Subitantifê féminins. 

ger la fatigae des trayaillears, et pour 
diminuer la main-d'œuvre. 

UsuBE; intérêt illégai de l'argent. — 
Dépérissement qui arrive aux bardes, 
aux meubles par le long nsage. 

YiPÈas. 



ARTICLE lî. 

DU nOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

Les noms communs qui conviennent à chaque individu, à chaque 
chose d'une même espèce, peuvent être pris en diverses façons. 

On peut les appliquer à un des individus, à une des choses aux- 
quelles ils conviennent; 

Ou bien les appliquer à plusieurs individus ou à plusieurs choses. 

Pour distinguer ces deux sortes de manières de signifier, on a in- 
venté les deux nombres : le singulier et le pluriel. 

Le nom propre, n'étant qu'un nom de famille, un nom qui dis- 
tingue un homme des autres hommes, une chose des autres choses, 
ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité. 

Si l'on trouve des exemples où le nom propre soit mis comme le 
nom appellatif avec le a, lettre caractéristique du pluriel, c'est, ou 
parce que ce nom n'est plus le nom propre d'un individu, mais le 
nom propre d'une classe d'individus; ou bien, parce que ce nom est 
un nom propre employé par Antonomase (114), c'est-à-dire, pour un 
nom commun ou appellatif, à l'effet de désigner des individus sem- 
blables à ceux dont on emploie le nom propre. 

Dans le premier cas, si on dit les Henris^ les BcmrbonSy les StuarUy 
les douze Césanj c'est par la même raison que celle qui Sait dire les 



féminin ; l'esprit la remplit ainsi : la fête de tous les saints, de TousêainU C'est 
done A eause du mot ftu que le substantif prend l'article féminin. On dit de même 
la JYoil, la Saint-Jean, quoique JYoSl et SainUJean soient du masculin. Mais 
fout -il dire : la Toussaint est posté on passée ; Je vous paierai A la Salnt-Jeau pro- 
chain on prochaine? Regnard dit : à la Saint- Jean prochain» Cependant pro^ 
cAalnne modifiant pas Saint- Jean, mais la fête, on doit dire : Je vous paierai à 
la Sainl-Jean prochainei et par conséquent : la Toussaint est passée. Dans, tous les 
exemples de cette nature, c'est la fête que l'esprit considère; c'est donc au mot fête 
que doivent se rapporter tous les modiflcatlfs. (Domergoe, p. 83 de son Manuel,) 
(114} L'Antonomase est une figure de rbétorique par laquelle on emploie ur 



136 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

Français, les Allemands y les Champenois, les BourgjAignons; chacun 
des noms Henri, Bourbon, Stuart, César n'est plus le nom propre 
d'un individu, il est devenu le nom propre d'une classe d'individus : 
ce sont des classes dont tous les individus ont un nom commun. 
Les Romains disaient au pluriel Julii, AnUmii, Scipiones, tout 
comme ils disaient au pluriel Romani, Afri, Arcades, Ce sont des 
noms propres de collections que nous rendons aussi en français par 
le pluriel quand nous les traduisons. 

Dans le second cas, si Beauzée a dit et écrit : Les Corneilles sont 
rares; 

Massillon (sermon du dimanche des Rameaux) : 

« Donnez-moi des Davids et des Pharaons, amis du peuple de 
« Dieu, et ils pourront avoir des Nathans et des Josephs pour leurs 
« ministres; » 

Boileau (Discours au roi) : 

Gai, je sais qa*entre ceax qui t'adressent leurs veilles , 
Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles! 

Le même {Éptùre au rot) : 

Un Auguste aisément peut faire des Virgiles; 

L. Racine (Poème de la religion, chant YI) : 

C'est par eux (les chrétiens) qu'on apprend à respecter les rois, 
Et que même aux Néronson doit Tobéissance; 



nom commun ou appellatif à la place d'un nom propre ; ou bien un nom propre 
à la place d'un nom commun ou appellatif. 

Exemple d'un nom commun pour un nom propre : 

Les mots philosophe, orateur , poëie, pire sont des noms communs ; l'Antono- 
mase en fait des noms particuliers qui équivalent à des noms propres. 

Ainsi, les Latins disaient le Philosophe, pour Aristote ; V Orateur, pour Gcé- 
roD , le Poëte, pour Virgile ; le Carthaginois, pour Aonibal. 

La Ligue disait le Béarnais, pour Henri IV. 

Et nousi nous disons le Pire de la tragédie française, pour Corneille ; le Fa- 
buliste français, pour La Fontaine ; le Cygne de Cambrai, pour Fénelon ; l'ili- 
gle de Meaux, pour Bossuet. 

Exemple d'un nom propre pour un nom commun : 

Néron, Mécène, Gaton, Zolle, Arlstarque sont des noms propres ; l'Antonomase 
en fait des noms communs. 

C'est ainsi qu'on appelle un prince cruel, tin Néron ; un homme puissant qui 
protège les lettres, un Mécène; un homme sage et vertueux, un Caton ; un criti- 
que passionné et jaloux, un ZoS/e; le modèle des critiques, un Aristarque. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 1 37 

Le même (chant YI) : 

L'exemple des Catons est trop facile à soifre; 
LAche qai yeat mourir, eoarageax qui peut yi^re; 

Voltaire (ÉpOre à Boileau) • 

Aux siècles des Midas on ne voit point &* Orphies; 

Le même (Préface d^ Œdipe) : 

« Je placerai nos Despréaux et nos Racines à côté de Virgile pour 
« le mérite de la versification; » 

Le même (Variantes sur les événements de 17 A4) : 
Louis fit des Boileaux, Auguste des Virgiles; 

Le môme (Discours sur la tragédie de D. Pédre^ édition de Kehl) : 

« Ceux qui ont écrit Thistoire en France et en Espagne n'étaient 
« pas des Tacites; » 

Delille (Épître à M. Laurent) : 

Louis de ses regards récompensait leurs veilles : 
Un coupd'œil de Louis enfantait des Corneilles *, 

Dorât f poème de la Déclamation, chant II) : 

Qu'un Molière s'élève, il naîtra des Barons; 

C'est parce que tous ces noms propres sont employés figurément : 
les Corneilles pour de grands poètes; les Davids^ les Pharaons pour 
de grands rois; les NathanSy les Josephs pour des ministres intègres, 
éclairés; les Pelletiers pour de mauvais poètes, etc. , etc. , et qu'alors 
ces noms propres, ainsi employés pour des dénominations communes 
ou appellatives qui sont susceptibles d'êtres mises au pluriel, ont dû 
en prendre la marque caractéristique. 

Ainsi, à l'exception de ces deux cas, de ces deux motifs, tant qu'un 
nom reste nom propre, il ne peut, comme nous l'avons déjà dit, pren- 
dre la marque du pluriel, quand bien même il désignerait plusieurs 
personnes portant le même nom. 

Mais s'il n'est pas permis de donner au nom propre la marque du 
pluriel, l'usage est de la donner à tout ce qui y a rapport. On écrira 
donc : 

« Les deux Corneille se sont distingués dans la république des 
« lettres; les deux Cicéron (115) ne se sont pas également illustrés. » 

Cette phrase, qui est de Beauzée, se trouve ainsi ortliographiée dans YEncyclopé' 



(115) M. Lemare (pag. 17 de son Cours théor,, eic.) voudrait que Ton écrivît, 
avec la lettre caractéristique du pluriel, les deux Tarquins, les deua Catons, les 



] 38 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

die méthodique: et MSf. Boinvilliers, Maagard, Gaminade, Ghapsal, Jaapumafd, 
Laveaax, Roassel de BerYilIe, Domairoo iDt d'antres Grammairieiu modernes l'ont 
citée à Tappai de leur opinion sar la manière d'écrire les noms propres ta ploriel. 

« Vous avez pour vous les vœux des trois Guillaume. » 

(L. de G. Budée A Érasme, rapportée dans VHUtoke ie François I«r.) 

« M. Tabbé Le Bœuf a distingué deux AlaiUy l'un évèque d'Auxerre; 
« l'autre religieux de Citeaux. » 

(Gaillard, Histoire de François I«r, t V, page 20.) 

Qnatre Mathusalem boat à boat ne pourraient 
Mettre à fta ce qu'un seul désire. 

(La Fontaine, Fable des deux Chiem etl'/inemort.) 

< les voyages me mirent à portée de faire quelques connaissances; 

« celle des deux Barillotj etc. » (j.-|. Rousseau, confessions, livre V.) 

« L'Espagne s'honore d'avoir produit les deux Sénègue^ Lucain^ 
« Pomponius, Columelle, Martial, Silius Italiens, Hygin, etc. » 

(M. Raynouard, Origine et formation de la langue romane,) 

« Jamais les deux Caion n'ont autrement voyagé, ni seuls ni avec 
« leurs armées. » 

(J.-J. Rousseau, lettre é d'Alémbert sur son article Genève^ page iS2, édition 

de Didot, 1817.) 



deux Racines, les deux Corneilles, les» deux Montmorencis; parce que, selon 
lui, les mots Tarquins, Calons, etc., quoique d'une même famille, quoique du 
même nom, servent i désigner plusieurs individus dont le nom doit^ pai^ cela seul, 
être pluralisé. 

Mais il nous semble que cette opinion n'est pas fondée ; dans ces phrases, le 
nom ne doit pas prendre le a, marque caractéristique du pluriel, parce que ce nom 
n'y est employé ni par emphase ni figurément; et alors il ne cesse pas d'être nom 
propre. C'est un nom de famille qu'on ne peut pas défigurer. Tarquin et Tar- 
quins, Caton et Calons ne sont pas les noms d'une même famille ; conséqoem- 
ment, quoiqu'on parle de plusieurs Tarquin, de plusieurs Caton, on doit écrire : 
les deux Tarquin, les deux Caton, etc., sans le signe du pluriel. 

Ajoutons i ces motifs ceux que donne Laveaux. Ces noms propres sont appliqués 
à plusieurs Individus, mais chaque nom représenle par lui-même chaque homme 
auquel on ne l'applique que comme un seul individu. Quand on dit lés deux CoT" 
neille, les deux Scipion, il y a ellipse; c'est comme si l'on disait les deux hom- 
mes, les deux individus qui portent chacun le nom propre de Corneille, dé Sd» 
pion; et alors le pluriel tombe sur le mot homme ou sur le mot individu, et 
nullement sur le mot Corneille ou sur le mot Scipion, qui, par conséquent, ne doi- 
vent point prendre le signe caractéristique du pluriel. 

Cette opinion est d'autant plus fondée qu'elle se trouve entièrement conforme à 
celle de Beauzée, de V^Tailly, de M. Jacquemard, de M. Boniface, de plusieurs au- 
tres Grammairiens, et, comme on l'a vu, à celle de Voltaire, de M. Raynouard, de 
J.-J. Rousseau, de Bfarmontel, etc. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 139 

€ Rodr. Orgognès conseilla à Almagro de faire mourir les deux 
€ Pizarre qull avait entre les mains. » 

(Suard, Histoire â^ Amérique, I. VI, p8geS9i.) 

Hélas! c'est poar Juger de quelques nouveaux airs, 

Ou des deux Poinsinet lequel fait mieui les vers. (Rulhiéres.) 

Des deux Richelieu sur la terre 

Les exploits seront admirés. (Voltaire, Ep, au duc de Richelieu,) 

« Les Fiscontiy ducs de Milan, portaient une givre dans leurs ar- 

« mes. » (L'Académie, au mol Givre.) 

Parce qu'aucun des noms propres n'est, dans ces phrases, employé 
figurément ; que chacun d'eux rappelle l'idée de plusieurs personnes, 
mais de plusieurs personnes portant le même nom, et qu'enfin, cha^ 
cun de ces noms restant nom propre, on n'a pas dû en changer la 
forme. 

U arrive quelquefois que les poètes et les orateurs font précéder de 
l'article les les noms propres qui ne désignent qu'un seul individu. 
C'est une irrégularité ou du moins une licence qui a besoin, pour 
être tolérée, d'un mouvement oratoire, où le génie de l'écrivain, pour 
ainsi dire hors de lui-même, croit s'exprimer avec plus de force, en 
employant le signe du pluriel, lors même qu'il ne s'agit que d'une 
seule personne, comme dans cette phrase de Voltaire aux auteurs des 
Neuvaines du Parnasse : 

« Il manque à Campistron, d'ailleurs judicieux et tendre, cesbeau- 
« tés de détail, ces expressions iieureuses qui font l'âme de la poésie 
« et le mérite des Homèrey des Virgile^ des Tasse^ des Milion^ des 
« Pope^ des Corneille^ des Racine^ des Boileau. » 

Une licence qui fait naître une beauté se pardonne aisément. 

l/abbé Colin a pu dire aussi, en parlant des oraisons funèbres de 
Fléchicr : 

« l brillent d'un éclat immortel les vertus politiques , morales et 
« chrétiennes des Le Tcllicr, des I^moignonetdesMontausier; » 

l^rce qu'éprouvant celte émotion qui rend le style* figuré, sa ma- 
nière de s'exprimer est en harmonie avec sa pensée. 

Mais dans celte phrase : « Nous n'avons point parmi nos auteurs 
« modernes de plus beaux génies que les Racine et les Boileau, » 
comme il n'y a ici ni mouvement oratoire ni élégance, il est certain 
qu'il eût été plus correct de dire : « Nous n'avons point parmi nos 
« auteurs modernes de plus beau génie que Racine et Boileau. » 

Il ne nous semble pas bien nécessaire, pour expliquer cette tournure de phrase, 
d'en faire an mouvement oratoire ; G*est, selon nous, une simple ellipse, une forme 



liO DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

de langage usitée dans les énamérations : Us La Fontaine, lei Molière, les Boi^ 
hau vivaient entre eux, c*est-i'dire, les hommes Illustres connus sous le nom de, etc. 
Les Platon, les Pythagore ne se trouvent plus ; c'est-i-dlre^ les grands philoso- 
phes comme, ete. Dans toutes les phrases de ce genre, il y a quelque chose de 
moins déterminé, de moins restreint que dans l'emploi du nom propre tout seul. 
Ainsi, quand Bernardin de Saint-Pierre dit : « Les plus savants des' hommes, les 
Soeraie, les Platon, les Newton ont été aussi les plus rellgleui, • il cite ceux-là 
entre autres, mais non pas d'une manière exclusive. La nuance de la pensée ne 
serait donc pas la mèine si l'on écrivait : « Soerate, Platon , Newton, les plus 
savants des hommes , ont été aussi les plus religieux. » Puisque le sens est diffé- 
rent, les deux tournures peuvent donc être admises, dans tous les cas, selon la pen- 
sée de Técrlvaln. A. L. 

A l'égard des noms substantifs qui sont communs ou appellatib^ 
ou bien qui sont mis dans cette classe , il semblerait que par leur na- 
ture ils dussent tous être employés aux deux nombres; il en est 
cependant plusieurs qui ne s'emploient qu'au singulier, et d'autres 
dont on ne se sert qu'au pluriel. 

Cette assertion, comme on ie verra par les notes qui vont suivre, doit être en- 
tendue dans un sens fort restreint, puisque la plupart des mots rangés dans ceUe 
catégorie admettent de nombreuses exceptions. A. L. 

Subsianiifs qui n'ont pas deplurieL 

V Lesnomsdemétauxconsidéréseneux-mèmes: or,ar9eti/,pIom6t 
étatny fer, cuivre^ vif-argent^ bismuth, zinCj antimoine, etc. (116). 



(116; Obsshvation. Si les noms de métaux et d'aromates ne s'emploient point 
au pluriel, c'est parce qu'ils signifient, chacun, une seule substance composée de 
plusieurs parties ; ou, si l'on veut, parce qu'ils désignent comme individuelle la 
masse de chacun de ces métaux et de ces aromates ; leur nom est, à la vérité, le 
nom d'une espèce, mais d'une espèce considérée individuellement, et qui ne ren 
ferme point d'individus distincts. 

En eflTet, quand «n les considère comme mis en œuvre, divisés en plusieurs par- 
Ues, et qu'on y disUngue des qualités qui permettent de les ranger dans différentes 
classes, alors Ils prennent un pluriel, et le nom devient un nom commun ou appeh 
lalif : des ors, des tuivres de différentes couleurs^ des fers aigres, les plombs 
d*un bdtimetit. 

En aucune langue, dit Voltaire, les métaux, les aromates n'ont Jamau de plorlel. 
Ainsi, chez toutes les nations, on offre de Y or, de V encens, de la myrrhe, et non 
des ors, des encens, des myrrhes, {Comment, sur Pompée, de Corneille, acte I*'f 
vers 127). 

— On voit par ce qui précède qu'on pourrait dire : des encens de plusieurs qua- 
Utés. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 141 

2' Les aromates : le baume^la myrrhe ^ le siarax, FencenSj Toft- 
stnAey le genièvre, etc. 

3* Les noms de vertus et de vices, et quelques noms relatifs à 
rhomme physique et à Thomme moral : V adolescence y V amer- 
tume (117), Vardeur (118), labassesse (119), labile, la beauté (120) 



(117) ÂBUBTUMB. Ce mot t cependant on pluriel^ mais c'est sealement au fi- 
giir6 ; et alors il signifie sentiments pénibles et doolooreux : c Dieu nous détache des 
trompeuses douceurs du monde par les salutaires amertumes qu'il y mêle. • 

(L'Académie^ Féraud, Galtel, Layeauz, etc.) 
(11 S) Abdbuh. L'Académie dit : les grandes ardeurs de la canicule, et Tré- 
Toox : les ardeurs du soleil sous la ligne sont tempérées par les vents ferais de 
la nuit. — Ce sont les seuls cas où l'on puisse, dans le sens propre, employer le 
mot ardeur au pluriel. 

Les poètes qvà se servent de ce mot au singulier et au pluriel pour amour con- 
sultent principalement les besoins de la mesure ou de la rime; 

11 n'est plus temps : il sait mes ardeurs insensées. (Racine, Phèd^j acte III, se. t.) 

Penses-tu que, sensible A l'honneur de Thésée, 

Il lui cache Fardeur dont Je suis embrasée. (Le même, se. S.) 

Je ne prétends point bl&mer ce grand écrivain, mais je crois qu'on ne doit pas 
rimiter en ceci dans la prose, où la même gène n'existe pas. A. L. 

— Cependant r Académie, en 1836» donne pour exemple en ce sens : iln*avait 
plus pour elle ces ardeurs insensées. Ce mot peut donc être employé. 

(119) Bassesse. Quand ce mot signifie sentiment bas, état bas, il ne se dit point 
an pluriel : 

Le maître qui prit soin d'instruire ma Jeunesse 

Ne m'a jamais appris é faire une beusesse» (Corneille.) 

Quand il se dit des actions qui sont l'effet de ce sentiment, on peut l'y employer : 
£eff hommes eorromptu sont toujours prêts à faire de telles bassesses» (Flécb.) 

— La distinction ne nous parait pas assez bien établie dans cette note. Quand le 
mot bassesse indique le vice qui porte à des actions indignes d'un honnête homme. 
Il n'a pas de pluriel; comme aussi lorsqu'il désigne le plus humble degré delà 
naissance : la bassesse de leur dme, la bassesse de leur origine. Mais quand il 
signifie sentiments bas, dispositions vicieuses, il nous semble qu'on peut dire avec 
Boileau, j^rt Poétique, IV, 1 1 : 

Le vers se sent toujours des bassesses do cœur. 
Car si Von dit bassesses pour actions basses, on doit aussi pouvoir, surtout en 
poésie, étendre ce m^t Jusqu'aux sentiments, principe et mobile de ces mêmes ac- 
tions. Et nous avons pour preuve l'autorité de Boileau. Quant au vers cité de Cor- 
neille, il porte i faux, puisqu'il admettrait aussi bien le pluriel. A. L. 

(120) Beauté. Autrefois on employait indifféremment le mot beauté au pluriel et 
au singulier» lorsqu'on voulait parler des qualités ou de la réunion des qualités d'une 



142 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

la bonté (121), la bienséance (122)9 ^ bonheur (123) , la eaipor 



personne qui excite en nous de radmiration et du plaisir; mais aqjoord'liiii on ne le 
met plus en ce sens qn'aa singulier. 

Voniant parler des détails qai concourent A former la beauté d'an içut, on des 
parties d'une chose qui sont belles, quoique les antres ne le soient pas, le mot 
beauté se met au pluriel : t II est bien difficile de décrire toutes les heaiaés qu'il 7 
« a dans cette ville. » (L'Académie.) 

Cependant, quoiqu'on dise les beautés d'un ouvrage, on ne peut le dire d*an au- 
teur. On dira Us beautés de F Enéide imtài on ne dira point les beautés de 
Virgile. 

—Et pourquoi non? Si l'on peut dire il n'y a pctsunepensie fausse dans tout 
ViB6n.s, c'est-à-dire, dans loi» ses ouvrages; si l'on dit les défauts de FirgUe, 
c'est-A-dire, de ses œuvres, il doit être permis aussi de dire les beautés de Vir^ 
gile-, nous ne voyons aucune raison qui s'y oppose, lorsque le nom de Tauteiir sert 
seulement A désigner le livre. A. L. 

Beauté se dit aussi quelquefois au pluriel, dans un sens Indéfini s « Il y a des 
« beautés de tous les temps et de tontes les nations. » 

Ses onyrages, tout pleins d'aflFreases vérités, 

ÉtincelteDi pourtant de sublimes beautés. (Bofiean, Art poétique^ chant IL) 

Ciell quel nombreux essaim d'innocentes beautés ! (Raeine, Ssthert i, l.) 

C'est aux gens mal tournés, c'est aux amants vulgaires, 

A brûler constamment pour des beautés sévères. (Molière.) 

(121) BoNTB. On l'emploie quelquefois au pluriel, mais alors il ne signifie ptai 
simplement la qualité appelée bontés mais ses effets, ses témoignages. 

(Le Dictionnaire critique de FériiML} 
Choisissez des sujets dignes de vos bontés. (Corneille.) 

Où sont. Dieu de Jacob, tes antiques bontés? (Racine, Athaliej act. IV, se. 5.) 

(122) -BisifssAiici. Quand on veut parler d'une chose que l'on tionre flfile 
et commode, d'une chose dont on s'arrangerait, le moi bienséance n'a pas de fk^ 
riel. 

Lorsqu'il est question de la convenance, du rapport de ce qui se dit, de ee qd 
se fait, avec ce qui est dû aux personnes, à l'Age, au sexe, et avec ce qui con- 
vient aux usages reçus et aux mœurs publiques, ce mot s'emploie au singulier : «Os 
« peut rire des erreurs de Isibienséance, » (Pascal.) 

... La scène demande une exacte raison ; 

L'étroite bienséance y veut être gardée. (Boileau, Art poétiquct dbsmi IL) 

Souvent aussi il se dit au pluriel : c Les bienséances sont d'une étendue infinie; 
et le sexe, l'AgCi le caractère imposent des devoirs différents. » (Bellegarde.) 

« Le Tasse ne garde pas aussi exactement que Virgile toutes les bienséances à» 
« mœurs, mais 11 ne s'égare pas comme l'Arioste. » (Bouhours.) 

Les devoirs du christianisme entrent dans les bienséances du monde polL > 

(Bfassillon.) 

(123) BoRHiuR. L'Académie (pag. 526 de ses Observ,) décide que ce mot s'^ 



NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 14S 

eUé (12afrts), le chagrin, (124), ta chasteté, la charité (125), la eo- 
lire (126), la captivité (127), la clarté (12S) , la conduite (129), la 



ploie ordinairement an singulier : cela est vrai; nMis elle aaralt dû ajouter qae, 
quand il se dit da mal qu'on érite, du bien qui arrive, il prend très bien le plurieL 
On lit dans Karifanx : «De combien de petits bonheurs l'homme da monde n'est- 
fl pas entouré 1 » Et l'Académie Cdans son Dictionnaire^ édition de 1798 et de 
183S}, Th. Gomeine et Trévoux disent positivement qu'en ce sens le mot bonheur 
a an pluriel. 

(133 bis), GApAcmB s'emploie quelquefois au pluriel : les titres et capacités 
d'un eeelisiastique. (Académie.) 

(124) GEAGira. Dans le sens d'humeur, dépit, colère, ce mot n'a pas de plu- 
iM ; Il ne le prend que dans le sens de peine, affliction, déplaisir : 

a L»€lk^lfin9 montent sur le trône, et vont s'asseoir A côté du souverain. > 

(SfassUlon.) 
M, Lamoigiioi, Je fois les chagrins de la ville. (Boileau, Épltre VI.) 

— De même que le mot humeur prend un plurielf il nous semble que le mot cha- 
grin, son synonyme, pourrait en Cijire autant. Si l'on dit vos VMuioaises humeurs 
{ÈLCsA.), ne pourra-t-on pas dire t)os chagrins fantasques? 

Dans vos brusques chagrins Je ne pois vous comprendre^ 

a dit Koll^y au commencement du Jlîiscmthrope, et cet exemple doit faire 
autorité. A. L. 

(125) Chabitk. Lorsque ce mot signifie l'amour que nous avons pour Dle«, ou 
ponir notre prochain en vue de Dieu, U n'a point de pluriel : « La fin de la religion^ 
l'âme des vertus^ et Tabrégé de la loi, c'est la charité (Bossuet);» mais pour expri- 
mer l'effet d'une commisération, soit chrétienne, soit morale, par laquelle nous se- 
eoarons notre prochain de notre bien, de nos conselis, etc., on dit faire la charité, 
de grandes charités.^-' On dit aussi prêter des charités A quelqu'un, pour dire le 
calonmler. c Lorsque le père Lachaise eut cessé de parler , je lui dis que j'étais 
étonné 4iu'on m'eût prêté des charités auprès de lui. » (Boileau, Lett. à Racine.) 

(126) GoiiBB. Corneille et Molière ont employé ce mot au pluriel. 

Pressé de toutes parts des coUres célestes. (Pompée, I, i.) 

... On m aecable, et les astres sévères 

Ont contre mon amour redoublé leurs colères. {Les Fâcheux, III, i.) 

Cotera an phirid est un latinisme. Virgile a dit : attollentem ircu, et tantœna 
anêmiê eœlestièus iirml En français^ colèrent s'emploie qu'au singulier; on ne dit 
pas ph» ÙM colères que des courroux. 

On dit pouiCant quelquefois, dans le langage familier, je l'ai vu dans ws colères^ 
dans des colères aflDreuses : c'est qu'ici colère est pour accès de colère. 
--L'Académie se tait, mais elle donne rages dans ce sens. A. L. 

(127) CAPxmii. Bossuet a employé ce mot au pluriel i < S'tiever an-dessiia des 



144 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

connaissance (130) , la considération (131)^ le contentement (132) ^ 



captivités où Diea permet que noas foyons i l'eitérieur ; » cela n'est pas da goût 
d'aujourd'hui. (Féraud et M. Layeaux.) 

— Remarquons cependant la yaleur de cette expression de Bossuet : Il vent nous 
désigner toutes ces sujétions, tous ces liens extérieurs qui nous enchaînent ; il ne s'agit 
pas de l'état de captivité, mais de toutes les sortes de captivités où nous sommes. Si 
donc cette expression rend la pensée de Bossuet mieux qu'aucune autre, si le 
singuUer ne peut répondre à cette pensée, interdirons-nous i l'orateur le droit de 
créer son langage dans les limites des règles et du goût P Ne dlrâit-on pas bien aussi 
les captivités du peuple juif? A. L. 

Cl 28) Glabtb. On se sert quelquefois de ce mot au pluriel dans le sens de lu- 
mières ; mais ce n'est guère qu'en poésie : 

Ëtrange ayeuglemenu... étemelles clartés ! (Gomeille, PolyeuctCt aele IV, se. S.) 

C'est à noos de chanter, nons à qui tu rérèles 

Tes clartés immmortelles. Otadne, AihaUê^ acte II, se. 9.) 

• • • . Ce Des Barreaux qu'on ootrage, 

S^U n'eut pas les clartés du sage, 

Bn eut le cœur et la yertn. (Voltaire, ode sur le Paradis,) 

Mais, sans tes clartés sacrées. 

Qui peut connaître. Seigneur, 

Les faiblesses égarées 

Bans les replis de son cœur ? (J.-B. Rousseau, ode II, livre t.) 

m 

« n méconnut les saintes clartés du christianisme. > CAcadémie.) 

(129) GoNDUiTB. Ce mot n'a de pluriel qu'en termes d'hydraulique; alors U se 
dit des tuyaux qui conduisent les eaux d'un endroit à mi autre. 

— L'Académie, en 1835, se tait sur ce pluriel ; mais 11 parait admissible. 

(180) GomfAissARCB. Ce mot n'a un pluriel que quand il se dit des relations de 
société que l'on forme on que l'on a formées avec quelqu'un; ou bien encore 
quand on parle des lumières de l'esprit : 

On prend pour des amis de simples connaissances; 

Mais que de repentirs suivent ces imprudences I (Gresset, le Méchant^ IV, 4.) 

« Les vieilles connaissances valent mieux que les nouveaux amis. ^ 

(Mad. du DelTant.) 
, « Dans le monde on a beaucoup de connaissances et peu d'amis. » 

(Blad. de Puisieux.) 
« Démosthènes se remplit l'esprit de toutes les connaissances qui pouvaient 
l'embeUir. . (Le P. Rapin.) 

(131) GoifsiDÉRATioii. Dans le sens de raisons, de motifs qui engagent A prendre 
tel ou tel parti, i faire telle ou telle chose, on peut employer ce mot au pluriel ; dans 
toute autre signification, il ne se dU qu'au singulier. 

« Il y a été obligé par de grandes considérations, par des considérations 
d'honneur et de probité. » (L'Académie.) 

(132) CoiiTBHTBMBiiT. On dit A plusieurs personnes, ou de plusieurs : votre con- 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 145 

le coucher j le lever (133), le courage (134), la contrainte (135), la 
curiosité (136), la douceur (137), la décence^ le désespoir (138), 



têKtement, leur eonientemeni, et non pas vos contentements, leurs contentements, 
eomme le dit Racine : 

Cherchez 

Tem ce que pour jouir de leurs contentements, etc. 

L'Académie en blâme l'usage dans Corneille : 

Et que tout se dispose à leurs contentements. 

— Cependant en 1835 elle admet le plariel : ses enfants lui donnent toutes 
sortes de contentements, A. L. 

(133) Couches. Lever. Les astronomes distinguent trois couchers et trois levers 
des étoiles : le cosmique, Vachroniqtte et Vhéliaque, Ainsi^ dans ce cas^ coucher 
et lever ont nn plariel. 

(134) CouBAGR. On peut remployer au pluriel en poésie, et dans le discours 
élevé, quand on lui donne le sens de cctur, à^àmc, ou bien encore quand on le 
personnifie, pour lui faire signifier les hommes courageux. 

c Ce grand prince calma les courages émus. > 

(Bossuet, Or, fun, du prince de Condé,) 
Homère aux grands exploits anima les courages, (Boileau, Art poét., chant IV.) 
Souroetlez-lui les fiers courages 
Des plus nobles peuples du Nord. (Gresset, ode au roi Stanislas.) 

m Les grands courages ne se laissent point abattre par Tadversité.» (L'Âi^d.) 

(135) Contrainte. Ce mot n'a de pluriel qu'en terme de jurisprudence; cepen- 
dant Bossuet a dit : « Par ses soins, le mariage deviendra si libre, qu'il n'y aura 
c pins à se plabidre de ses contraintes et de ses incommodités. » -^ Contraintes 
est pris id pour diverses sortes de gènes, et nous sommes d'avis qu'il fait un bel 

(136) CimostTs ne se dit an pluriel que lorsqu'il signifie choses rares, extraor- 
ifinaires, parmi les productions de la nature ou des arts; en ce sens même, mais 
fort rarement, on le dit aussi an singulier : «Cet homme donne dans la curiosité, n 
ee qni Tent dire, dans la recherche des curiosités. 

(137) Douceur ne se dit au pluriel que dans le sens figuré, on bien encore dans 
te sens de paroles galantes : dire, conter des douceurs à une femme. 

Ce sont les douceurs de la vie 

Qui font les horreurs du trépas. (Quinanlt.) 

« La vie privée a ses douceurs. » 

(138) Désespoir. On n'emploie plus aujourd'hui ce mot an pluriel, il fait pourtant 
«0 tris bel eflTBt. 

Et tu verras mes feux, changés en juste horreur, 

Armer mes desespoirs et hâter ma Tureur. (Corneille, Andromède, V, t.) 

L 10 



146 DC NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

Penfance (139), P espoir (140), Pexpérience (141), resprit (142), 



Et par les désespoirs d'une chaste amitié 

Noos aurions des deux caraps tiré quelque pitié. (Le même, Horace, III, 2.) 

Mes déplaisirs, mes craintes, mes douleurs, mes ennuis disent plus que mon 
déplaisir, ma crainte, etc. Pourquoi ne pourrait-on pas dire mes désespoirs, 
comme on d\i mes espérances ? y e peut- on pas désespérer de plusieurs choses j 
comme on peut en espérer plusieurs ? (Voltaire, Rem. sur Corneille.) 

(139) Enfance. Ce n'est qu'au figuré et dans le sens de puérilité, action d'enfant, 
qu'il peut se dire au pluriel : faire des enfances, 

(140; Espoir. Ce mot ne s'emploie qu'au singulier; cependant Voitue a diti 
« Alors Je revis en moi-même les doux espoirs, les bizarres pensers ; » etSeudéry 2 
« On ne peut trouver que des cliarmes chimériques à soupirer, et i être sans cesse 
« agité de milje espoirs trompeurs ; » mais ces écrivains sont bien anciens poor 
faire autorité. 

Observez que le sens propre de ce mot ne regarde que les choses qui sont i venir; 
Racine l'a appliqué à des choses présentes : 

.... Me chercbiez-vou?, madame ? 

Un esjwir si charmant me serait- il permis ? (Androm., I, 4.) 

Pour mieux comprendre le défaut de propriété dans l'emploi de ce mot, il n'y a 
qu'à mettre la phrase en prose : Madame, me serait-il permis d'espérer que vous 
me cherchiez? (D'Ollvct, Rem. sur Racine,) 

Cette observation est la même que celle que nous faisons aux Rem, détachées sur 
l'emploi du mot espérer. 

•»I1 est bien rare de trouver dans Racine un mot impropre, surtout quand 11 s'agit 
d'exprimer un sentiment. Or, le mot espoir répond à la pensée du personnage, et 
doit avoir toute sa valeur grammaticale ; il suffit pour cela de remplir l'ellipse, oette 
figure si flréquento dans le style de Racine : l'espoir d'apprendre que tous m$ 
eherchiex. Il nous semble que l'eipresslon de Scudéry devrait être conservée puis- 
que rien ne la remplace. Si l'on espère plusieurs choses à la fois, le pluriel seul peut 
exprimer cette pensée; mille espoirs trompeurs indique le sentiment et n'est pis 
remplacé par mille espérances. Gardons avec soin toutes les richesses da lan- 
gage. A. L. 

(141) ExpsRiBNCB. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en physique, en mathématlqoe 
et en médecine. « La physique et la médecine ont besoin d'êtres aidées par les 
« expériences que le hasard seul fait souvent naître. » (Fonlenelle.) 

(142) EsPBiT. Ce mot employé pour sens, sentiment, se dit au pluriel, surtout 
en poésie : Les esprits étaient émus, agités, timides, glacés, égarés, éperdus. 

Il se dit également au pluriel quand on veut désigner la personne, par rapport au 
caractère : c*est un de nos meilleurs esprits. 

On dit aussi de ceux qui se distinguent par l'agrément de leurs discours ou de 
leurs ouvrages, que ce sont de beaux esprits. 

On appelle esprits forts les personnes qui veulent so mettre au-dessus des opi- 
nions et des maximes reçues 



DU NOIttBKE CES SUBSTANTIFS. 147 

la félicité (143) , la fierté (144) , la flamme (145) , la fureur (146) , la 



Enfin, esprit s'emploie au plariel en parlant des génies, lutins, spectres, rêve- 
nants. Des esprits célestes, des esprits immondes ; 

Et lonqa*on vent désigner ces petits corps légers, subtils et invisibles qui portent 
la Yleet le sentiment dans les parties de ranimai, et que I*on appelle esprits vitaux, 
esprits animaux; et par extension, reprendre ses esprits. 

Dans toute autre signification» le mol esprit ne se dit qu'au singulier, 

(143) FÉLICITÉ. Ce mot ne se dit guère en prose au pluriel, par la raison que 
c'est un état de Tftme, comme tranquillité, sagesse^ repos. Cependant l'usage et 
PAcadémie ont consacré celte phrase : Les félicités de ce monde sont peu du- 
rables. '^Vi^it la poésie, qui s'élève au-dessus de la prose, permet le pluriel. 

Jouissez des félicités 
Qu'ont mérité (*) pour vous^es bontés secourables. (Rousseau, ode XIV, liy. I.) 

Que vos félicités, s'il se peut, soient parfaites. (Voltaire, Zaïre, acte I, 8C. i.) 

Allons apprendre au roi pour qui voas combattez, 

Mon crime, mes remords et mes félicités, (Le même.) 

(144) FiEBTÉ ne s'emploie pas au pluriel ; on dit de plusieurs personnes : leur 
fierté, et non pas leurs fiertés. — Cependant lorsqu'il s'agit, non plus du caractère, 
mais de ses actes, de ses eflTets, nous pensons, malgré le silence de l'Académie, qu'on 
peut dire avec Molière les fiertés d'une femme, comme on dit les imprudences, les 
méchancetés, etc. A. L. 

(145) Flamme. Ce mot, pris pour la passion de l'amour, était autrefois employé 
par les poêles au pluriel, mais à présent il ne se met qu'au singulier ; cependant, dit 
Voltaire» à Toccasion de ce vers de Pierre Corneille : 

• . • L'ardeur de Clarice est égale à vos flammes. {Le Menteur, m, 2.) 

pourquoi ne dirait-on pas cl vos flammes, aussi bien qu'd vos feux, à vos 
amours? 

(146) FURKUB. L'Académie (1762, 1798) ne donne pas un seul exemple où oe 
mol êtAi onployé au pluriel^ ce qui semblerait indiquer qu'il ne doit l'être qu'as 
iingnfier ; néanmoins comme de très bons écrivains en ont fait usage : 

Pourquoi demandez-vous que ma bouciie raconte 
« Des princes de mon sang les fureurs et la honte ? (Voltaire, la Henriade, ch. I.) 

Vous voyant exposée aux fureurs d'une femme. (Corneille.) 

. . . Défendez-moi des fureurs de Pharnace. (Racine, Uithr., I, 7.) 

», , K vos fureurs Oreste s'abandonne. (Le mêjne, Andromaque, v, s.) 

11 n'eût point eu le nom d'Auguste 

Sans cet empire heureux et juste 

Qui fil oublier ses fureurs. (J -B. Rousseau.) 

et que d'ailleun l'acception de ce terme au pluriel change un peu, puisqu'il marque 



(*) Les entraves de la versification ont forcé Rousseau é violer la Grammaire, qui deman- 

^merUées. 

10. 



14S ^^ NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

gloire (147), le ^00^(148), la haine (149), rhaîeine (150), le ha-- 
sard (151), la honte (152), Vhymen (153), V honneur (154), Vinclé- 



plutôt les errcts de la passion que ses degrés, il nous semble que son emploi à ce 
nombre est bon et même nécessaire. 

— L'Académie, en 1835, emploie le pluriel : sauvez-vous de tes fUreurs ; les 
fureurs du désespoir. 

(147). Gloire. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en terme de peinture, poardei 
ouvrages représentant un ciel ouvert et lumineux, des anges, des bienheureai, etc. 

(148) GouT. Lorsque ce substantif est employé pour signifier rappllcation i 
quelque objet particulier de la faculté do distinguer les saveurs ou de celle de Juger 
des objets, il peut alors être mis au pluriel : Tous tes goûts ne se rapportent peu, 

peinture, il y a autant de gouts que d'écolês. 

Goût prend aussi le pluriel, lorsqu'il signifie la prédilection de l'âme pour tels ou 
tels objets : « La nature nous a donné des goûts qu'il est aussi dangereux d'étein- 
dre que d*épuiser. » 

Hors de là, le mot goût ne se dit qu'au singulier. 

(149) IlAiNB n'a point de pluriel quand 11 signifie la passion en général ; mais 
il en a un quand il signifie les sentiments de haine qui ont quelque objet particu- 
lier en vue : « Une parole mal Interprétée, un rapport douteux, un soupçon mal 
fondé, allument tous les jours des haines irréconciliables. t(Fléchler.) — nLe$ haines 
particulières cédaient à la haine générale.» (Voltaire.) 

Combien je vais sur moi faire éclater de haines! (Racine, Andromaque, III, T.) 

(160) Haleine. Ce mot ne se dit des vents que lorsqu'ils sont personnifiés; alon 
c'est une expression prise par analogie de l'haleine de l'homme, et elle s'emploie 
aussi bien au singulier qu'au pluriel : « Les vents se turent, les pins doux zéphyrs 
même semblèrent retenir leurs haleines,* (Fénelon.) — « Déjà les vents retiennent 
leur haleine, tout est calme dans la nature. » (Barthélémy.) 

... Des zéphirs nouveaux les fécondes haleines 

Feront verdir nos bois et refleurir nos plaines. (Regnard, satire contre les Maris.) 

Seulement au printemps, quand Flore dans les plaines 

Faisait taire des vents les bruyantes haleines, (Boileau, le lutrin, chant U.) 

— Il ne nous est pas bien prouvé que ce mot, même au propre, ne puisse admettre 
le pluriel. Par exemple, dans cette phrase : c II y avait beaucoup de monde, et les 
« haleines échauffaient la salle , » il serait moins juste, avec l'expression absolue, 
de mettre le singulier, l'haleine échauffait, L'Académie se tait sur le pluriel de ce 
mot, même au figuré. A. L. 

(151) Hasard. Les poètes disent ce mot au pluriel en parlant des hasards delà 
guerre. Dans tout autre cas, hasard ne s'emploie qu'au singulier. — Bravsf k» 
hasards d'une expédition lointaine, (Académie.) 

(152) HoHTB. Corneille a dit, dans Pompée (act. V, se. 8} : 
Pour réserver sa téie aux hontes d'un mpplice. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 149 

mefice(155), F indécence (156), rindignité (157), r indiscrétion (158), 



Et daDS Rodogune (acte IV, se. 3) : 

• • . Vous avez dû garder le souvenir 

Des hontes que pour tous j'ayais su prévenir. 

Sur ce dernier vers, Voltaire fait celle remarque : « Le mot honte n'a point de 
pluriel, da moins dans le style noble ; » ce qui fuit voir qu'il ne le condamne pas 
dans le langage ordinaire. En efTet, Féraud lui-même trouve bonne celle pbrase de 
La Bruyère : c La plus brillante fortune ne mérite ni le tourment que je me donne, 
id les humiliations, ni les hontes que j'essuie. » — L'Académie se tait. 

(153) Htmbii. Ce mot est souvent employé en vers pour signifier le mariage, et 
on lai donne même quelquefois ce sens en prose. Vivre sous les lois de 
Vhymen, 

Quand on parle du dieu qui présidait au mariage, il ne se dit qu'au singulier; 
quand II se dit du mariage même, il peut se mettre au pluriel. 

J'ai vu beaucoup d^hymens, aucuns d'eux ne me tentent. 

(La Fonuine, livre VII, fable 2.) 

(154) Horusur. Signifiant le sentiment de l'estime de nous-mêmes, et le droit 
que nous ayons à celle de nos semblables, fondé sur notre vertu, notre probité; ou 
bien encore, signifiant la bonne opinion qu'ils ont de notre droiture, de notre cou- 
rage, de notre intrépidité, Aonneur ne s'emploie qu'au singulier. 

Mais se disant des démonstrations de respect, des marques de civilité, de poli- 
tctfe, des dignités, des décorations, des bonneurs funèbres, il se met au pluriel. 
« Ne sacrifiez pas votre honneur pour arriver aui honneurs, » (De Bugny.) 
« Ambitionnez r Aonntfur et non les Aonnatir^. » (Guichardin.) 

« rraccordez Jamais les honneurs à ceui qui n'ont point d'honneur, » 

(La Beaumelle.) 

(155) iHCLÉBiENcs. MoUèrc, dans les Précieuses ridicules, a employé ce mot 
au pluriel, mais c'est en plaisantant. cVoudriez-vous, faquins, que j 'exposasse l'em- 
« bonpoint de mes plum s aux inclémences de la saison P » 

(156) INDÉCKNCB. Ce mot ne se dit en général qu'au singulier; cependant on le 
dit au pluriel, pour signifier des choses indécentes. 

« Les derniers ouvrages de Voltaire sont si remplis d'indécences et de blasphë- 
€ mes, qu'en déshonorant ses talents et sa vieillesse, il ne mérite, malgré sa haute 
« répatation littéraire, que l'indignation des gens sensés. » 

(Le philosophe du Valais.) 

(157) Indighité. Ce n'est que dans le sens d'outrage, d'alTiront, que l'on dit ce 
mot au pluriel. 

(158) iRDiscRÉTioif. Quand on parle du vice de l'indiscrétion, on met toujours ce 
mot au singulier ; on dit de plusieurs personnes, ou à plusieurs : leur indiscrétion, 
toira indiscrétion, 

« Appréhendez tout de l'indiscrétion des amants heureux. » 

On ne le met au pluriel que quand on parle des effets de ce vice, des actions, des 



150 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

rignorance (159), rignominie (160), l'injustice (161), rimpuis-- 
sance (162) , Vimpudence (163) , Vimprudence (l64) , Vimpudeur (165) , 



paroles indiscrètes : c Oo n'a vu que trop de ces malheureuses entretenir l'audience 

c des indiscrétions de leurs vies. » (Patru.) 

(159] iGMORAncB. Dans le sens de défaut de connaissance, de manqtie desavoir, 

ce mot ne se dit point au pluriel : 

Vignorance yaut mleox qu'an sayoir affeclô. (Boiletu, Épttre IX.) 

Pour éire sage, une heureuse ignorance 

Yaut souvent mieux qu'une faible vertu. (Deshoullères.) 

Quand il se prend pour fautes commises par ignorance» oli peut s'ieiln se^lr. 
Bossuet a dit en parlant d'un écrit t c On y trouve autant d'ignorances que de 
m mots, » 

Boileau : € Dieu a permis qu'il soit tombé dans des ignofaneeM si gronfèrcs, 
« qu'elles lui ont attiré la risée des gens de lettres. » 

Et l'Académie : « Ce livre est plein d'ignorances grossières. » 

(160) Ignominie. Comme le mot indignité^ dans le sens d'outrage, d'injure, 
ignominie a un pluriel: ainsi on ne pourra pas en faire usage dans cette phrase : 
m Le temps ne saurait effacer Vignominie d'une lâche action ; » mais on poui^a 
s'en servir dans celle-ci : « Jésus-Christ a souffert toutes les ignominies dont les 
c Juifs ont pu s'aviser. » 

(161) Injustice. Ce mot ne se dit au pluriel que quand on parle des effets de 
Pinjustice, et alors il a un sens passif : « J'ai enduré de sa part de grandes tnjta- 
« tices. » — Quand on veut parler du seuliment opposé à la justice, à la droiture, 
on doit se servir du singulier, et alors ce mot a un sens actif : t La prospérité, qui 
« devrait être le privilège de la vertu, est ordinairement le partage de VinJusUee. » 

(F^léchier.; 
La contrainte de la rime a fait dire à Voltaire : 

Le peuple, pour ses rois toujours plein dHnjustices, 

Hardi dans ses discours, aveugle en ses caprices. 

Publiait hautement. . . . {Mariamne, acie l, se. i.) 

Le sens demandait pUin d'injustice au singulier. 

(162) Impuissance. Ce mot ne se dit jamais qu'au singulier. On observera que 
l'Académie et le plus grand nombre des écrivains ne l'attribuent qu'aux per- 
sonnes : 

« Les grands se croient dans V impuissance d*être charitables, parce qu'ils se 
« sont imposé la nécessité d'être ambitieux ou d'être superbes. » (Fiéchicr.) 

t( Chacun cherche à excuser sa paresse dans la pratique de la vertu par un pré- 
« leiiQ d'impuissance, • (Fléchier.) 

Cependant Racine a dit dans Jphigénie (act. I, se. 5) : 

Seigneur, de mes efforts je connais YlmpiAssance, 

Et Voltaire : « Le drame né de Ximpuissance d'être tragique ou comique, m 
EiVAsqus. On lit dans le Dictionnaire de l'Académie que le mot impiUs» 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 151 

Fmnocenee (166), Vivresse (167), la jeunesse, le mépris (168), h 



sance se dit plus particalièrement de rincapacité d'avoir des enfants, causée ou 
par Yice de conformation, ou par quelque accident ; et, dans ce sens, ce mot ne se 
dit que des hommes ; mais en parlant d'une femme qui est incapable d'avoir des 
enfants, on dit qu'elle est stérile. 

(1 63) Impudence. Quand ce mot désigne le vice, on le met toujours au singulier ; 
on dit de plusieurs personnes, leur impudence^ et non pas leurs impudences. 

Mais, quand on parle des actions, des effets de ce vice, on peut se servir du 
pluriel : a II mérite d'être châtié pour ses impudences, > 

(164) La même observation s'applique au mot imprudence et au mot mé- 
ehanceié, 

(165) Impudeub. Domergue se plaint avec raison de ce que l'on confond souvent 
le mot impudence avec le mot impudeur. 

Vimpudeur doit signifier la non- pudeur, le contraire de la pudeur, qui est une 
certaine honte, un mouvement excité par ce qui blesse l'honnêteté et la modestie ; 

Et Vimpudence est un attentat contre la pudeur. 

—Sans doute une impudence est un acte contre la retenue, la modestie ; mais le 
tice (|a'on nomme impudence n'est point défini id, et c'est justement celui-là que 
Von confond avec Vimpudeur, Quelle différence faut-il donc faire entre ces deux 
expressions qui évidenmient se rapportent au même vice ? L'Académie nou»^ dit : 
« impudeur, manque de pudeur. Impudence , effronterie, ce qui est contraire à 
• la padeur. » Ainsi le premier de ces mots indique la manière d'être habituelle, 
l'état intérieur de l'âme, l'absence complète de la vertu qu'on nomme pudeur ; et 
le second indique le penchant à révéler, à manifester au dehors cette plaie hon- 
teuse. Vimpudeur pourrait donc demeurer cachée, c'est le sentiment le plus in- 
time ; mais en se montrant elle devient Vimpudence, A. L. 

(166) Innocence. Ce mot se dit toujours au singulier : « Vinnocence de la vie 
« 6te la frayeur de la mort. » (Saint-Evremond.) 

Dans l9s temps bienheureux du monde en son enfance. 

Chacun mettait sa gloire en sa seule innoctnce. (Boileau, Satire V, sur la Noblesse.) 

Un auteur moderne a dit : leurs innocences ; c'est une faute, ainsi que le re- 
marque Féraud. 

(167) IvBEssE. Ce mot peut se dire au pluriel en parlant des passions, et c'e£t 
dans ce sens figuré que J.-B. Rousseau a dit : 

Le réveil suit de près vos trompeuses ivresses. 
Et toutes vos richesses 
S'écoulent de vos mains. (Ode XVI.> 

— L'Académie n'indique pas ce pluriel; nous pensons qu'(A peut l'admettre. 

(168J MÉPRIS. Quand on parle du sentiment, on met toujours mépris au singu- 
lier : le pluriel ne s'emploie que quand on parle des paroles ou des actions qui 
marquent le mépris : « Je ne suis pas fait pour souffrir vos mépris. • 

(L'Académie.) 



152 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

martyre (169), la méchanceté (170), la misère (171), la miséricorde^ 
la morale, la mollesse^ lanohlesse, l'obéissance, Vodorat, l'ouïe (172), 
la paresse, la pauvreté (173) , le penchant (174), la rage (175), la 



(169) Martyre, employé figurément pour exprimer les peines du corps et de l'ei- 
prit n'a pas ordinairement de pluriei ; et quoiqu'on parle de plusieurs saints, on dit 
2tfur MARTYRS, et uou pas leurs martyres; cependant, fait observer Féraud, le 
pluriel va Fort bien dans cette phrase de Bossuel : « Ils (les hérétiques) trouvèrent 
« bientôt le moyen de se mettre à couvert des martyres, » c'est-à-dire, des occa- 
sions de souffHr le martyre. 

Voyez aux Remarques détachées une observation sur ce mot. 

(170) Voyez la Remarque 163 pour l'emploi du mot méchanceté. 

(17j; Misère. Voltaire, dans ses remarques sur les Horaces, fait observer qu'en 
poésie ce mot est an terme noble, qui signifie calamité, et non pas indigence ; 
ce n'est qu'en ce premier sens que misère se dit aussi bien au pluriel qu'aa 
singulier. 

J*ai tantôt, sans respect, affligé sa mi«ére. CHacine, Iphigénie, IV, 3.) 

Mon cœur dés ce moment partagea vos misères. (Voltaire, il/ztre, 11, il.) 

.... Heureuse en mes misères. 

Lui seul il me rendra mon époux et ses frères. (Le même, Mèrope, acte IV, se. 2.) 

(172) Ouïes. Au pluriel, ce mot ne se dit qu'en parlant des poissons, et dans un 
autre sens qu'ouïE au singulier ; il signifie certaines parties de la tète qui leur ser- 
vent pour la respiration. '- C'est aussi un terme de luthier pour désigner les ou- 
vertures de certains instruments. 

(173) Pauvreté. Le mot pauvreté a un pluriel lorsqu'on veut parler de cer- 
taines choses basses, méprisables, sottes et ridicules, que l'on entend dire ou que 
l'on voit faire : 

l'ai lu la satire des femmes. 

Juste ciel que de pauvretés! (Sénecé.) 

fl74) Penchant. Au figuré, ce mot peut se dire au pluriel, quand il est employé 
absolument et sans régime. « Plus on se livre h ses penchants, plus on en devient 
« le jouet et l'esclave.» (Massillon.) 

Dans tout autre cas, il se met toujours au singulier. 

Qu'aisément l'amitié jusqu'à l'amour nous mène ; 
C'est un penchant si doux qu'on y tombe sans peine. 

((Corneille, HùracLy acte III, se. 4.) 
Hélas i de son penchant personne n'est le maître. (Uadame Deshouiières.) 

M. Marsolier, qui a dit . « Il y a des personnes qui onl de grands penchante k la 
« vanité, » a donc fait une faute ; en effet, ainsi que le fait observer Féraud, pour- 
quoi plusieurs penchants k une seule passion P 

(175) Rage. Ce mot ne se dit plus aujourd'hui qu'au singulier; cependant YoK- 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 153 

reconnaissance (176) y la renommée (177), la pudeur, le repos (178), 
la santé (179), le silence (180), le super/lu, la tendresse (181), le 
toucher^ la vue (182); 



taire regrette le pluriel, qui fait, dit-il, an très bel effet dans ce vers de Corneille 
(Polyeucte, act. I, se 2) : 

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages. 
Il est aussi plus énergique dans l'ode de Boileau sur la prise de Namur : 

Déployez toutes vos rages^ 
Princes, veots, peuples, ftimas. 

— Le pluriel se dirait encore auJourd*hui dans la phrase de Boileau ; car la ra^tf des 
yents et la rage des peuples font deux idées disUncles ; et Ton ne pourrait guère 
dire avec le singulier la rage des vents et des peuples. Il y a là deux sortes de 
rages. Ce mot prend encore le pluriel quand il signifie des accès de rage. L'Aca* 
demie donne pour exemple : cet homme est toujours furieux; ce sont des rages 
cofitxnuelles. A. L. 

(176) Reconhâissânce. Ce mot n'est bon au pluriel qu*en terme de guerre : « Ce 
• général a déjà fait plusieurs reconnaissances; » ou bien encore en terme de 
théâtre : « Il y a dans celle pièce plusieurs reconnaissances. » ( L'Acad. et Féraud.) 

Quoiqu'on dise reconnaître (avouer; ses fautes, on ne dit poinl faire la record 
naissance de ses fautes. 
Cette remarque de Féraud est approuvée de M. Laveaux. 

(177) R£NOMMÉK. Ce mot ne se dit au pluriel qu'en terme de peinture, et lors- 
qu'on parle des figures de la Renommée : voilà des Renommées excellentes. 

(178) Rspos. En terme d'archileclure, ce mot se dit du palier d'un escalier; en 
ce sens il a un pluriel ; « les repos de cet escalier ne sont pas assez grands. » — 
n s'emploie aussi au pluriel, en terme de peinture, et lorsqu'il s'agit des ouvrages 
d'esprit : « Dans les ouvrages comme dans les tableaux^ il faut ménager les repos 
« et les ombres ; tout ne doit pas être également saillant et brillant.» 

(179) Santé. On dit boire des santés, pour exprimer qu'on boit h la santé de 
plusieurs personnes ; le mot santé n'a de pluriel que dans ce sens, et lorsqu'il est 
en quelque sorte personnifié : c Pour les santés délicates, elles méritent qu'on y 
« prenne confiance.» (Sévigné.)— «S'il y a un bonheur que la raison produise, il 
< ressemble k ces santés qui ne se soutiennent qu'à force de remèdes. » (Vontenelle.) 

(180) Silence. Ce mot n'a point de pluriel, si ce n'est en musique, où l'on dit, 
observer des silences; et alors il s'entend des signes qui répondent en durée aux 
diverses valeurs des notes, et qui, mis à la place de ces notes, indiquent que tout 
te temps de leur valeur doit être passé en silence, 

(181) Tendresse. Trévoux, et en général les lexicographes, ne donnent d'exem- 
ples de ce mot qu'au singulier; en effet, il n'a point de pluriel quand il signifie la sen< 
sibilité ou la passion de l'amour ; mais, quand il se dit des marques de tendresse, 
des témoignages de tendresse, on l'emploie fort bien au pluriel : 

L'innocence succombe aux tendresses des grands t 

El les plus dangereux ne sont pas les tyrans. (Voltaire.) 



154 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

4*" Les adjectifs pris substantivement , comme le beau, le prai, 
futile^ etc. , etc. 

5* Les mots employés accidentellement comme substantifs, et pour 
représenter une chose ou une idée unique; tels sont les on dit, les 
^''en diror-t'On, les un, les quatre^ les ctng, les car^ les «t, lespotir- 

9^1^ etc. (M. Leraare et M. Laveauz.) 

« Trois un de suite, 111, font cent onze en chiffres arabes. » 

(Le Mci, de VAcaxUmie ) 
On D'écoata ni les si ni les maU^ 
Sar l'éUqoetle on me fit mon procès. (Le P. du Cerceau.) 

« Les 51, les pourquoi sont bien vigoureux ; on pourra y joindre 
« les que^ les oui^ les noHy parce qu'ils sont plaisants. » 

(VoKaire à D'Alembert.) 

« Deux a, deux 6, quatre t/, deux ^, deux moi^ plusieurs |>cu, deux 
« monneuTy deux madamcy deux soU deux mi y etc. (183). » 

(M. Lemare et M. Laveaux, aa mot nombre.) 

Les si, les car, les pourquoi sont la porte 

Par où la noise entra dans l'univers. (La Fontaine.) 



Médicis en pleurant me reçut dans ses bras, 

Me prodigua longtemps d^s tendresses do mère. (Voltaire, Henriade, chant IL) 

Tu sais combien de fois ses Jalouses tendresses 

Ont pris soin d'assurer la mort de ses maltresses. (Racine, Mithridate, J, i.) 

Défiez-vous de toutes ses tendresses. (L'Académie.) 

(182) Vus. Quand ce mot signifie, en général, la faculté de voir, sans applici- 
tion i un sujet particulier, U ne prend point de pluriel. — 1\ en prend dans toos^ les 
autres sens. 

l'« Observation^ — Si les noms des vertus et des vices ne prennent point la 
marque du pluriel, c'est parce que notre langue a considéré comme individuelles 
toutes les choses que l'esprit ne peut pas diviser en plusieurs individus distincts» et 
que ces noms, que les laUns avaient divisés, sont devenus dans notre langue des 
espèces de noms propres. (Laveaux, son Diet. des diffic, au mot nombre.^ 

2« Observation. — Si les écrivains, poëtes et même prosateurs, ont dans le genre 
noble quelquefois employé des pluriels pour des singuliers, c'est afin de rendre aux 
mots, par ce changement de nombre, quelque chose de la force que l'usage ordioain 
leur avait fait perdre avec le temps. (M. Auger, Commentaire de Molière), 

(183) Molière, qui a dit (Femmes sav. , il, 6) : 

VeuK-tu toute ta vie offenser la grammaire ? 

— Qui parie d'offenser grand -mère ni grand-père ? 

— ciel ! grammaire est prise è contre-sens par toi ! 

a fait une faute, car le mot grammaire est là matériellement employé, et alors II ne 
peut pas plus être du genre féminin qu'il n'est du nombre pluriel ; c'est-&*dire que 
ce grand comique aurait dû mettre pris, au lieu de prfse. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 155 

ÎM lettres de Talphabet, les chiflnres, les notes de musique^ et tous les mots é$ li 
langue considérés malériellement^ ne prennent point la terminaison caraelérlstiqiie 
da pluriel^ parce qu'ils n'eipriment point plusieurs choses distinctes réunies sous le 
même nom ^ mais plusieurs choses de la même espèce considérées individuellement, 
enfin des mots pris pour des si^rs vides d'idées^ de purs assemblages de lettres; 
ensuite, comme le fait observer judicieusement ^. Lemare, si Ton écHvaitdes Hs,étÈ 
pourquois, des ouis, des nons, tic, ce ne serait plus le ntot qu'on voudrait peindre. 

6° Tous les mots qui ont passé des langues mortes ou étrangères 
dans notre langue^ sans être naturalisés dans la nôtre par un usage 
fréquent; on en excepte cependant (d'après le Dictionnaire de FAca^ 
demie) débets écho, factum (184) , placety quolibet et récépissé y qui 
prennent la marque caractéristique du pluriel. — Et plusieurs autres 
dont nous allons parler, a. l. 

D'après le même Dictionnaire^ il faut écrire au pluriel, sans cette 
marque caractéristique, les mots alibi, aparté, avé, avé-maria, con^ 
cetliy déficit, duo, trio, pater^ in-folio ^ quatuor, etc., duplicata, er- 
rata (185), exeaty ex-^oto, impromptu (186), lazzi, quiproquo, noël, 

(184) On prononçait autrefois facton. (Gattcl, Féraud^ PhiUppon de la Mad.) 

Par arrêt ta muse est bannie 
pour certains couplets de chanson 

Et pour un mauvais faciinH 
Que te dicta ia calomnie. (Voltaire, le Temple du GotU.) 

Aujourd'hui l'Académie prononce factome, 

(185) Erbatâ. Ce mot est purement laUn, et signifle les fautes, les méprises; 
mais on Ta francisé, et du pluriel latin on en a fait en notre langue un singulier. On 
appelle errata un tableau, un état des Taules écliappées dans l'impression d'un ou- 
vrage, soit que ce tableau, cet état indique plusieurs fautes, soit qu'il n*en indique 
qu'une, parce que la pluralité de ce mot ne prul pas tomber sur les fautes indiquées^ 
mais sur la quantité des tableaux ou des états qui les indiquent. Cependant depuis 
rapparition du Dictionnaire de V Académie de 1798, beaucoup de personnes pré- 
tendent, sur la foi de ce Dictionnaire, qui, comme nous l'avons dit bien souvent, 
n'est pas reconnu par l'Académie, que, lorsqu'il s'agit de plusieurs fautes k relever, 
il faut dire tin errata ; mais que lorsqu'il n'est question que d'une seule faute, on 
doit dire tin erratum. De sorte que ce mot français ou francisé se trouve avec deux 
Singuliers, et alors voilà les déclinaisons latines introduites dans la langue française 
par l'Académie de 1 7 98 . 

Si donc ceUe étrange Innovation allait être adoptée, dans peu on dirait un dupH- 
eatum quand il n'y en aurait qu'un, et un duplicata quand il y en aurait plusieurs ; 
et par le même motif, un agendum et tin agenda, un opus et tin opéra; et d'In- 
nevation en innovation un frater des fratres ; un pater et des paires, un te Deum 
etdestTos Deog, 

— En 1835 l'Académie dit encore que quelques personnes se servent du mot 
trratum pour indiquer une seule faute à relever. Voyex sur ce mot, p. IttO. A. L. 

(186) IimoMPTU. C'est ainsi que l'Académie et le plus grand nombre des leiico- 



166 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

solo, zéro. Dans rédition de 1798 et dans celle de 1835, les mots alir- 
nia (186 bis) et te Deum sont également écrits sans s au pluriel. 

Girard y Demandre, Féraud, Laveaux, Gattel écrivent aussi sans 
«les mots alléluia (187) , in-douze, in-seize, in-quarto, in-octavo, 
bravo, numéro, benedicite, confiteor. 

Wailly n*est pas non plus d'avis de mettre le s au pluriel des mots 
alléluia, auto-da-fé (188), imbroglio ^pensum (189). 

A regard du mot opéra^ l'Académie (dans son Dictionnaire, édi- 
tions de 1798 et de 1835) et Trévoux sont d'avis qu'il doit prendre 
un s au pluriel; mais Ménage (168® chapitre) , Th. Corneille (sur la 
438® remarque de Faugelas), Douchet (page 95), le P. Bouhours 
(page 1 73 de ses Remarques) , Andry de Boisregard, Domairon, Wailly, 



graphes écrivent ce mot. Cependant Trévoux et quelques auteurs écrivent toujours 
in-promptu, et nous avouerons que cette orthographe a l'avantage d'être conforme 
i l'étymologie. Le mot dont il s'agit appartient à la langue latine, et puisque dans 
cette langue il s'écrit in^promptu, pourquoi ne pas l'écrire de même dans la nôtre, 
ainsi que nous avons fait à l'égard des mots errata, alibi, in-quarto, et de tant 
d'autres que nous avons empruntés au latin ? 

Au surplus^ celle observation ne tire pas i conséquence ; en fait de langage, 
l'usage l'emporte sur la raison, et d'après cela, nous pensons que impromptu doit 
avoir la préférence sur l'orthographe de Trévoux* 

. Le P. Bouhours met un « au pluriel de ce mot, et plusieurs poètes le mettent ou 
le retranchent, selon la mesure du vers ; mais l'Académie et le plus grand nombre 
des Grammairiens suivent pour ce mot la règle générale, qui veut que les substantifs 
tirés des langues étrangères ne prennent point au pluriel la marque de ce nombre, 
. moins que Fusage ne les ail francisés. — Ployez notre observ., p. 1 59. 

(186 bis) Alinéa, dit M. Laveaux, est un mol qui ne prend point de s au pluriel, 
parce que c'est le nom d'un signe individuel qui peut être répété, mais qui dans le 
fond est toujours le même. D'ailleurs, ajoute le même Grammairien, ce nom et ceux 
qui le précèdent dans cette liste sont devenus des espèces de noms propres, qui alors 
ne prennent point de pluriel. — Voyez p. 159. 

(187; Restant et Gattel pensent que l'on doit prononcer al-lé^lu-ia ; Trévoux, 
Wailly et Gatineau, al-lMui-ia. — Laveaux pense qu'il n'y a pas grand inconvé- 
nient dans l'une ou dans l'autre prononciation. — L'Académie indique alléluya. 

(188) Auto-da-fé; trois mots espagnols qui signifient acte, décret, sentence de 
la foi.— Voyez p. 158. 

((89) Pensum, L'Académie, éditions de 1762 et de 1798; Trévoux, Féraod, 
Wailly, Galtel, Bolste et M. Laveaux sont tous d'avis de prononcer painson ou pin^ 
son. Cependant nous ferons observer qu'au mot album, également dérivé du latin, 
l'Académie dit que l'on prononce albome, 

— El maintenant elle prononce de cette façon tous les mots en um, sans excepUon* 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 157 

Lévizac, Richelet, Demandre, Féraud, et enfin rAcadémie (édition 
de 1762) écrivent des opéra sans cette lettre caractéristique. 

Si on consulte les écrivains, on voit parmi eux une plus grande 
diversité d'opinions que parmi les Grammairiens : La Bruyère, Scu- 
déry, Saint-Evremond, Racine, d'Alembert, J.-B. Rousseau et La 
Harpe écrivaient toujours des opéras avec un «,• maisBoileau, Arnauld, 
Fontenelle, Voltaire, J.-J. Rousseau, Marmontel, Regnard et Condil- 
lac récrivaient sans cette lettre au pluriel. 

Quelques liltérateurs écrivent avec un 8 des bravos, des concertos, à!t% pianos, 
des duos. — M. Boinvilliers va plus loin, il voudrait que Ton écrivît avec celte 
marque caractéristique le pluriel de tous les mots qu'on a francisés ; comme des 
zéros, des quiproquos, âes accessits, des duos, des trios, etc., et il fonde sûrement 
son opinion sur ce que disent les éditeurs des Œuvres de f^oltaire (dans les ad- 
ditions et corrections pour le tome Lxiv) , que les Romains ne manquaient pas de 
latiniser tous les mots qu'ils empruntaient des autres langues, même les noms pro- 
pres et les noms de lieu ; et qu'ainsi le mot étranger opéra et autres semblables, tels 
qae factum, imbroglio, concetti, etc. , reçus par adoption dans notre langue, de- 
vraient, k leur eiempie , en prendre la forme et les usages. 

Hais, dit M. Laveaux, au mot nombre, si l>eaucoup de noms étrangers introduits 
dans notre langue ne prennent point la marque caractéristique du pluriel, c'est parce 
que leur terminaison propre ne se prêle pas à celle variation ; que plusieurs d'entre 
eux portent le caractère du pluriel dans la langue d'où ils ont été tirés, tels que du- 
pHcata, errata, opéra, lazxi, etc. , et que d'autres, qui sont au singulier dans ces 
langues, ne pourraient, sans quelque apparence de barbarie, prendre le signe de 
pluralité de la nôtre, comme quatuor, concerto, te Deum, quiproquo, etc. D'ail- 
leurs la plupart de ces mots, étant peu usités parmi nous, ne sont pas encore natu- 
lallsés dans notre langue, et ne peuvent, pour celle raison, être soumis i son ortho- 
graphe. 

OBSERVATIONS. 

Si l'Académie s'était prononcée sur tous les mots de ce genre, il suffirait d'en 
dresser le tableau, et l'on aurait du moins une solution positive de chaque difficulté. 
Hais loin de là, l'Académie garde le silence dans im très grand nombre de cas, et 
souvent encore, en constatant l'usage, elle admet pour certains mots l'orthographe 
firancaise, et la rejette pour d'autres dans des conditions tout à fait semblables. 
Ainsi l'on ne peut guère déduire de ses décisions une règle générale qui serve de 
point de départ pour le raisonnement et l'analogie. Nous trouvons dans la Gram^ 
maire Nationale un essai remarquable sur la difficulté qui nous occupe ; mais il 
est rédigé dans un esprit de système qui ne tient compte ni de l'usage ni des excep- 
tions moUvées. Nous allons i notre tour essayer de rassembler la plupart des mots 
qui peuvent faire question, et, sans nous écarter de l'Académie, dont nous recon- 
naissons l'autorité, nous tâcherons de poser quelques règles, et d'indiquer les rec- 
tifications que la logique nous semble réclamer encore. 



1&8 



PU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 



I. U0\s é^angen I en 4'oae physionomie étrangère, qui paraissent n'avoir pobit 
d'emploi au pluriel. 



Incognito, 

Iota (pas un). 

Laudanum, 

Loto, 

Mailmum, 

Bledium, 

Minimum, 

Palladium, 

Si quelques-ans de ces mots étaient susceptibles de prendre le pluriel, on verra 
tout i l'heure les règles qu'ils devraient suivre. 

II. Ne prennent pas la marque du pluriel, tous les mots des langues anciennes 
qui sont une sorte de citation, de réclame pour indiquer les prières de l'Église. 



Agio, 


Embargo, 


Brouillamini, 


Ergo-glu, 


Catimini, 


Far niente, 


Choiera, 


Forum, 


Critérium, 


Franco, 


Dietamen, 


Gaster, 


Bictum^ 


Haro, 


Dito, 


Hourvari, 



Primo, 

Prorata, 

Quantum, 

Quia (à). 

Recta, 

Rectum, 

Rhum, 

Tacet. 



Alléluia, 

Amen, 

Angélus, 

Ave, 

Benedicite, 



Confiteor, 

Credo, 

Gloria, 

Kyrie, 

Lavabo, 



Libéra, 

Magnificat, 

Miserere, 

Oremus, 

Pater, 



Peccavi, 
Requiem, 
Stabat, 
Te Deum. 



Et les termes analogues de philosophie, de palais, etc. 

Argumentabor, Exequatur, Quanquam, • 

Ergo, Pareatis, Retentum, 

III. Suivent la même règle, toutes les locutions composées de deux ou plusleain 
mots étrangers. 



Veto, 
Vidimus, etc. 



Ab intestat. 


De commodo, 


Ab irato. 


De visu, 


Ab ovo. 


Ecce homo. 


Ad libitum. 


Et estera, 


Ad rem. 


Ex abrupto, 


A laterc, 


Ex professo. 


]' Aqua-tinta, 


Ex voto, 


' Assafoetida, 


Fac-similé, 


Auto-da-fé, 


In-folio, 


Bella dona, 


In globo. 



In-octavo ( et par Nota bene ( et par 
suite t\n^douiB extension nota), 
in-dix-huit,etc.}, Palma Ghristi, 



In pace. 
In petto. 
In-quarto. 
In reatu. 
Ipso facto, 
Mezzo termine. 



Post-scriptum, 
Sine quâ non, 
Sperma ceti. 
Statu quo, 
Vade-mecum, 
Veni-mecum, 
Vice versa. 



Nec plus ultra. 

Il en serait de même des locutions ad honores, ad patres, in extremis, in nu^ 
nus, in naturalihus, inpartibus, etc. 

Cependant quelques-uns voudraient, i cause de l'étymologie, et parce que la langue 
espagnole admet le s au pluriel, qu'on écrivit des autos-da-fé; mais l'Académie se 
prononce pour des auto-da-fé; il faudra donc écrire également des san-benito sans 
s, et cela parce qu'il y a deux mots ; car nous verrons plus loin que les mots isolés, 
tirés de la même langue, aviso, hidalgo, prennent la marque du pluriel. Nous trou- 
verons la même différence entre in-folio et folios. 

L'Académie admet forte-piano, piano-forte, et par abréviation piano, pour dé- 



mi NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 159 

figner on instrument de musique ; mais elle n'indique pas le pluriel, et pourtant il est 
d'un emploi continuel. Noire avis serait d'appliquer encore ici la même règle : det 
forte-piano; les deux mots resteraient italiens ; comme aussi des opéra buffa, des 
opéra séria ; et nous écririons en français des pianos, comme on écrit des opéras. 
IV. Mais quand les mots réunis et confondus n'en font plus qu'un seul passé i 
l'état de simple substantif dans notre langue, 11 nous semble alors indispensable de 
soumettre ce mot aux règles de la grammaire flrançaise. Ainsi^ lorsque des mots à 
Ventour on a fait un substantif, on a dû écrire les alentours : or, l'Académie 
donne en un seul mot : 

Alinéa, au Heu de a^linea. 
Aparté, — a-parte. 
Factotum, — fac-totum. 
Impromptu, — in^romptu. 
Quiproquo, •— quù^o^quo. 

Et pourtant elle veut qu'on écrive, au pluriel, alinéa, aparté, quiproquo sans s; 
elle tolère impromptus , et elle exige factotums. Nous croyons fermement qu'on 
peut en appeler ici de la décision de l'Académie à l'Académie elle-même, et qua^i 
l'on doit écrire factotums, la logique demande au pluriel les autres mots devenus 
tout aussi français : alinéas, apartés, impromptus, quiproquos. 

Observons que le mot impromptu a deux sens, et qu'il reste invariable quasd fl 
fait l'ofGce d'adverbe (et non pas d'adjectif, ce nous semble, comme le dit l^Aca- 
démie) ; des vers impromptu, une fête impromptu. Mais nous écrirons 4v«c 
Boilcau {Art poétique. II, à la fin} : 

n met tous les matins six impromptus au net. 
Y. Ce qui confirme encore notre opinion, c'est que si le mot post-scriptum, 
d'après l'Académie elle-même, est invariable, ce doit être uniquement parce que les 
deux parties n'en sont pas réunies comme factotum. En eCTet, tous les mots d'ori^ 
gine latine terminés en um, quoique ayant conservé leur forme primitive sans 
aucune altération, prennent un pluriel. L'Académie ne signale pas d'exception, et 
eUe admet positivement ceux que nous désignons en lettres italiques ; on écrira 
dose au pluriel: 

Albums, Factums, Palliums, 

Compendiums, Géraniums^ Pensums^ 

Factotums, Muséums, Ultimatums. 

n en serait de même pour critérium, dictum, médium, palladium, etc., si par 
hasard il se trouvait un cas où l'on dût indiquer le pluriel. 

Nous avons encore emprunté du latin quelques mots terminés par m. Ainsi, qui- 
dam fait des quidams. Néanmoins, il semble que tous les adverbes latins doivent 
rester invariables en français : ibidem, idem, item, interim.On écrira donc (f«« intC' 
rim. Ici l'Académie nous laisse sans guide^ elle se tait ; mais d'après sa décision, 
alibi, qttasi ne prennent pas la marque du pluriel ; et ces mots rentrent dans la 
règle de ceux qui ne sont substantifs qu'accidentellement (voy. p. 154). 

YI. Nous venons de voir des noms, tout latins, devenir français par l'usage : 
comment se fait-U que d'autres noms analogues et tout aussi u$ités ne le soient pas 



160 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 



deyenas ? Pourquoi faut-il écrire, d'après la décision de l'Académie, des duplicata, 
des errata? Si l'on se reporte au latin dans ce dernier cas, pourquoi ne l'avoir pas fait 
dans le premier? Certes, il n'est pas plus barbare d'ajouter nnsk duplicata qu'à 
factum; et si Ton prétend que duplicata est déjà un pluriel, pourquoi permettre 
qu'on dise avec le singulier tin duplicata. Il y a plus ; l'Académie, qui note les 
autres exceptions, se tait sur le pluriel &agendat comme sur celui de tibia ; alors 
il faut suivre la Grammaire et dire des agendas, comme des tibias. Or, il y a 
contradiction flagrante entre agendas et duplicata, qui sont également en latin des 
participes au pluriel neutre. Il nous parait donc très logique de prétendre qu'on 
devrait écrire des erratas, des duplicatas ; mais l'usage et l'autorité sont encore 
contre cette opinion ; Il faut se soumettre, en attendant. 

Néanmoins! la règle générale est que les mots d'origine étrangère, terminés en 
Gf prennent s au pluriel. 

Ceux que nous marquons en italique sont donnés formellement par l'Académie; 
et comme elle n'indique pas d'exception pour les autres, elle les admet Implici- 
tement. 



Acacias, 


Falbalas, 


Panoramas, 


Sophas, 


Agendas, 


Harmonicas, 


Paras, 


Tibias, 


Boas, 


Hortensias, 


Parias, 


Trémas, 


Gamarillas, 


Hourras, 


Peccalas, 


Villas. 


Gochlearias, 


Opéras, 


Ratafias^ 




Dahlias, 


Pachas, 


Rémoras, 





L'orthographe du pluriel panoramas indique celle des dioramas, géoramXu, 
nioramas, etc. 

Il reste pour l'exception, d'après l'Académie, des ana, des brouhaha, des du- 
plicata, des errata. Quant au mot visa, l'emploi du singulier est seul indiqué. Il 
est probable que l'Académie n'admettrait pas le s au pluriel. 



YII. Les mots en t reçoivent la marque du pluriel, excepté quand ils sont pure- 
ment italiens. L'on écrira donc avec un s des alcalis, amphigouris, bengalis, 
eadis, charivaris, colibris, jurys, osmanlis,parolis, sofis (on sophis), tilburys, 
\orys, wiskis ; et sans s, des concetti, dilettanti, fantoccini, lazzi, quintetti, 
zani. 

Nous avons expliqué à la fin du § Y pourquoi l'on écrit des alibi, des quasi^ 
contrats, gua«i-délits, etc. 

VIII. L'Académie indique le signe du pluriel pour certains mots d'origine étran- 
gère terminés en o ; mais elle se tait pour le plus grand nombre, et les Grammai- 
riens sont en désaccord complet. Nous allons donc procéder par induction et par 
analogie. Si l'Académie met au pluriel altos, imbroglios, dominos, ne fant-il pas 
suivre la même règle pour conc^^oi, oratorios, sopranos, pianos? Si l'on écrit ver' 
tigos, on devra écrire des lumbagos, viragos ; et folios amènera rectos, versos* 
Quant à mémento et lavabo, ils viennent d'un verbe latin ; mais placets, récipés, 
récépissés, tirés également d'un verbe latin, peuvent très bien motiver le signe du 



BU MOMBRE DES SUBSTANTIFS. 



161 



plariel. Nous écrirons donc par induction^ d*après TÂcadémie, dont les exemples 
sont marqués en lettres italiques^ des 



Altos, 


Echos, 


Lumbagos, 


Sopranos, 


Avisos, 


Fabagos, 


Mémentos, 


Trios, 


Boléros, 


Fandangos, 


Numéros, 


P^ertigos, 


Bravos, 


Folios, 


Pianos, 


Versos, 


Cocos, 


Imbroglios, 


Populos, 


Viragos, 


Cacaos, 


Indigos, 


Oratorios, 


Zéros. 


Concertos, 


Halos, 


Rectos, 




Dominos, 


hidalgos. 


Schakos 




Duos, 


Layabos, 


Silos, 





La seule exception marquée par TÂcadémle est pour solo ; elle écrit : plusieurs 
solo. Mais pour quelle raison P Sans doute parce que ce mot réveille l'idée d'une 
seule chose, d'un singulier. Cependant, dès que cette expression peut désigner 
plusieurs choses ensemble^ ne doit-elle pas prendre le pluriel, comme en français 
uns, seuls ? Il y a inconséquence^ ce nous semble, à ne pas écrire des solos. Mais 
on doit dire des caractères cicéro^ parce que c'est une sorte de nom propre. Le mot 
quintetto, par exception, fait au pluriel quintetti. 

IX. Les termes italiens employés dans la musique pour en indiquer la marche, le 
ton, les nuances, doivent rester invariables : les crescendo^ les dolce, les largo, les 
piano, les pizzicato, etc. Alais quand ils deviennent substantifs pour désigner 
certaines parties d'une œuvre, quelle règle devront-ils suivre? L'Académie n'en dit 
rien. Nous pensons que la signification étant toujours la même^ ils seront également 
invariables : plusieurs allegro, plusieurs adagio, etc. L'Académie reconnuît 
qu'on peut dire andante avec un e muet ; ce mot alors devient tout français^ et l'on 
écrira les andantes, comme les finales, 

X. Enfin, un certain nombre de mots qui ne sont pas compris dans les catégories 
précédentes suivent des règles particulières. Voici l'orthographe de l'Académie ; 
mais souvent elle n'indique que le smgulier : 



Des accessit (elle tolère accessits), 

bécharus, 

cancers (il faut sans doute écrire de 

même des fraters, desmagisters), 
Le débet (s'il a un pluriel, il doit être 

comme placets). 
Plusieurs déficit. 
Des exeat, 
Des fémurs. 



Un hurluberlu (le pluriel sans doute 

comme bécharus), 
Des placets. 
Des quatuor, 

quolibets, 

récépissés, 

ténors, 

zébus, 

zigzags. 



On admet la marque du pluriel pour tous les mots anglais reçus par l'Académie : 
des biftecks, bills, budgets, whigs, excepté pow sterling, qui reste invariable. 

Au reste, dans l'écriture comme dans Timpression, il est convenable de marquer 
en soulignant, ou par des lettres italiques, tous les termes qui font exception à U 
Grammaire et à la langue. Aug. Lemairb. 

I. u 



162 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

Substantifs qui n'ont pas de singulier. 

Voici les principaux : accordailles, acquêts (190), affres, aguets, 
alentours, ancêtres (191 ), annales, appas (192) , armoiries, arrérages, 
assistants (192 Us) y assises (193), atours (194), besicles, bestiaux, 



(190) Acquêts. Ce mot, dans la signification d'an immeuble acquis i litre oné- 
reux ou lucratif par une personne ayant le maHage ^ ne se dit qu'au pluriel et en 
terme de droit ; mais on l'emploie au singulier^ en pariant d'une chose acquise ou 
d'un bien acquis par donation ou autrement : « Il a fait un bel acquit, — Il n'y 
« a si bel acquêt que le don.» 

(191) ANcâTRss. Ce mot^ dit Th. Corneille^ n'a point de singulier; il ne faut pas 
dire : un tel est mon ancêtre, mais un tel est un de mes ancêtres. Ronsard et 
Malherbe avaient dit mon ancêtre, leur ancêtre ; Ménage les condamne ; Trévoux, 
Féraud approuvent cette décision, et, dans les exemples donnés par l'Académie, cç 
mot n'est employé qu^au pluriel. Quelque imposantes que soient ces autorités, nous 
pensons cependant qu'on ne saurait blâmer ce mot sur M***, qui avait an air si 
antique, qu'il ressemblait à un ancêtre, 

Voy: aux Rem, détach, le mot a^eul, 

(192) Appas Clés charmes de la beauté) : 
La Umide pudeur relève les appas, 

Marivaux a dit au singulier : « L'appas que l'or a pour ceux qui le possèdent. » 
C'est une faute, car le mot appas employé soit au propre, soit au figuré^ ne se dit 
jamais qu'au pluriel. 

J.-B. Rousseau en a fait une d'un genre différent; il a dit dans sa 5« cantate : 

Tous les amants savent feindre ; 
Nymphes, craignez leurs appa^ 

Il n'est point ici question de la beauté des amants, mais de leurs moyens de séduc- 
tion : ainsi appâts était le mot propre. 

Boileau s'est encore plus écarté de la véritable acception du mot appels, lorsque 
dans sa 6« épttre, il dit : aux appas d*un hameçon perfide, car ici point d'équi- 
voque ; il n'y a ni charmes, ni beauté dans un hameçon, il n'y a que des moyens de 
séduction, des choses qui attirent, et cela s'appelle appdl; il se dit au singulier comme 
au pluriel, au propre comme au figuré. 

—Aussi les meilleures éditions de Boileau portent à Vappât, Il est probable que 
l'auteur a reconnu la faute et l'a corrigée. 

(192 bis) Assistants. On dit un des assistants, et non pas un assistant» 

(193} Assise. Ce mot se dit, au singulier et au pluriel, d'un rang de pierres de 
taille de même hauteur que l'on pose horizontalement pour construire unemar«ille: 
mais assises, signifiant les séances extraordinaires que tiennent des magistral» dans 
divers départements de la France pour rendre la justice, ne se dit qu'au i^urieK 

(1 94) Atours. Féraud fait observer que ce mot, qui se dit toujours au pluriel, en 
parlant de la parure des femmes, s'emploie au singulier avec le mot dmme t Ui 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 163 

bornes (196), broussailles (196), broutilles, catacombes, charmes 
(attraits f appas) y ciseaux (197), confins, décombres, dépens, do- 
léances, entours, entraves (198), entrailles, épousailles, fiançailles, 



dames d'ATOUB de la reine. En effet, tous les leiicographes et l'Académie sont de 
cet avis . 

(1 96) Bornes. Ce D*est que lorsque ce mot se dit de ce qui sert à séparer un état, 
UD pays, une contrée, d'un autre état^ d'un autre pays, d'une autre contrée ; ou bien 
encore lorsqu'il est employé figurément^ et qu'il signifie les limites d'une chose, 
qu'il n'a pas de singulier : c L'Espagne a pour bornes les deux mers et les Pyrénées. 
— La France a pour bornes la mer, le Rhin, les Alpes, les Pyrénées. » 
« Il n'y a que la religion qui nous puisse consoler des bornes étroites de la vie.» 

(Nicole). 
« Aujourd'hui le luxe et la vanité n'ont plus de bornes. • (Fléchier.) 

« Les vertus ont leurs bornes, et ne vont point dans l'excès. » (D'Abla|pcourt.) 
M Le désordre et les fantaisies n'ont point de bornes, et font plus de pauvres que 
c les vrais besoins. » (J.-J. Rousseau.) 

« Son ambition n'a point de bornes, est sans bornes, ne connaît point de bornes. » 

(L'Académie.) 
« Lafranchiseases bornes, au delà desquelles elle devient bêtise, étourderie. » 

(Oxenstiern.) 
Quelques écrivains estimés ont cependant, dans le sens figuré , fait usage de ce 
mot au singulier; par exemple, Corneille a dit (dans Ctnna, acte II, se. t] : 
Cette grandeur sans borne el cet illustre rang. 

Racine (dans Esiher, acte II, se. 9) : 

Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse. 

Et Boileau (dans sa lO^ Satire) : 

Dsaê ses prétentions une femme est sans borne. 
Mais il faut attribuer cet emploi à la gêne de la mesure ou de la rime. 

(196) Broussailles. Marmontel a dit : « Les sots sont la broussaille du genre 
« bamain. > Cette expression employée au singulier et dans un sens figuré est bien 
liardie, mais elle n'étonne pas dans un écrivain qui regrettait tant de mots que 
'usage actuel a proscrits de la langue française. 

(V. les Rem. dét. pour l'emploi du mot charme au singulier et au pluriel). 

(197) Ciseau se dit quelquefois au singulier : « On n'a pas encore mis le ciseau 
« dans cette étoffé. — Le chirurgien a donné trois coups de ciseau dans cette plaie.» 
— On dit aussi poétiquement, le ciseau de la Parque. 

(Le Dict. de V Académie, et les autres Dictionn.) 
(498) Dans le sens propre et littéral, eutrayes ne se dit qu'au pluriel; mab, dans 
te sens figuré et métaphorique, il se dit au singulier et au pluriel : « La jeunesse est 
BAtoreUement emportée, elle a besoin de quelque entrave qui la retienne. » 

{Le Dict. de l'Académie.) 

11. 



164 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

fonts, frais (199) , funérailles, hardes, immondices (199 bis) , instan- 
ces (200) , jours (le temps pendant lequel on vit), limites (201) , mâ- 
nes (202), matériaux, matines, mécontents (203), mœurs, mouchet- 
tes, nationaux (204) , nippes, nones (206), obsèques, pincettes (206), 



(199) Frais. Dans le sens d« dépentes, avances, dépens, ce mot n*a Jamais de 
singulier. 

Faisons l'amour, faisons la guerre, 

Ces deux méliers sont pleins d'attraits , 

La guerre au monde est un peu chère. 

L'amour en rembourse les frais, (BouRlers, le Don Avis.) 

Moi je tiens qu'ici-bas, sans Taire tant d'apprfits, 

La vertu se contente et vit à peu de frais. (Boileau, Épttre V.) 

Âa contraire, dans le sens de fraîcheur, qui temple la grande chaleur, il n'a 
jamais de pluriel : • Le frais est dangereux aux gens sujets aux fluxions. » 

\ peine à la faveur du frais et du silence, 

Souffraii-il du sommeil la douce violence. (Perrault.) 

(199 bis) Immondicb se dit au singulier en terme d'écriture sainte ; immondice lé" 
gale, impureté légale dans laquelle les Juifs tombaient lorsqu'il leur était arrivé de 
toucher quelque chose d'immonde. 

(200) Irstancss. Ce mot, dans le sens de sollicitation pressante et réitérée, ne 
s'emploie point au singulier. Tel est l'avis de Féraud, de Gattel et de Boiste ; et 
l'auteur du Dict, néol. condamne un po^te qui a dit : 

Thélis à ses genoux redouble son instance. 

Il a évitée fait-Il observer , une fausse rime aux dépens de l'exacUtude. L'Acadé- 
mie dit, il est vrai, faire instance^ je l'ai fait à son instance, et quelques auteurs 
l'ont dit aussi ; mais, comme le fait observer Féraud, à son instance n'est pai de 
l'usage actuel ; on dit à sa prière, à sa sollicitation ; et , si l'on veut dire quelque 
chose de plus fort, à son instante prière, 

— L'Académie, en 1835, ne dit plus à son instance; mais elle admet toi^onn 
le singulier, /aire instance^ avec instance, 

(201) LiKUTs se dit quelquefois au singulier : « Cette rivière est la limite de sa 
ce puissance. » {Le Dict, de l'académie,) 

Et l'on appelle en astronomie la limite septentrionale et méridionale, les points de 
l'excentrique de la lune les plus éloignés de l'écliptique. 

(202) Manbs se dit toujours au pluriel, même quand il s'agit d'un seul : «Polyxèoe 
« fut sacrifiée aux mânes d'Achille. » (L'Académie et tous les lexicographes.) 

(203) MÉcoNTBNTs. Ce n'est que comme substanUf, et lorsqu'on veut désigner 
ceux qui se plaignent du gouvernement et de l'administration des affaires, que ce 
mot ne se dit qu'au pluriel : « La fermeté d'un roi et l'amour de ses sujets apaisent 
« les mécontents, ou du moins les compriment. » — On se sert aussi du singoUer : 
e*est un mécontent, ^L'Académie.) 

(204) Nationaux. Ce substantif se dit des habitants d'un même pays ; ii est i'op» 
|KMié i^étrangers, a Cet établissement n*est peut-être pas assez connu des étrangers, 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 165 

pleurs (207), prémices (208), proches (209), ténèbres, vêpres (210), 
vergette8(211), vitraux, vivres, etc., etc. 

S'il y a dans noire langue des noms qui n'ont point de singulier^ c'est parce qu'ils 
eipriment plusieurs choses distinctes réunies sons la même dénomination. 



et même des nationaux, > (l'abbé Grosier.) — c Elle rappelle Jean de Hainaut et 
« quelque cavalerie^ dont la discipline et les armes étaient préférables  celles des 
• nationatix. » (Histoire d'Angleterre.) 

Dans le Dictionnaire gramm,, on critique un auteur moderne, qui emploie na- 
tional substantivement ; un national, les nationaux. Il est vrai que le singulier ne 
se dit point ; mais depuis quelque temps on emploie le pluriel. (Féraud.) 

(205) NoNS se dit au singulier pour celle des sept heures canoniales qui se récite 
ou se chante après Sexte. Au pluriel, il se dit pour le 5« jour de certains mois chez 
les Romains, le 7e dans d'autres, et toujours le 8» jour avant les Ides. 

{Le Dict, de V Académie,) 

(206) PiMCKTTB se dit quelquefois au singulier dans la même acception qu'au 
pluriel : donnez-moi la pince ttb. — M. Laveaux, dans son Dict. des Difficul- 
tés, etc. , criUque cette décision donnée par l'Académie ; mais^ dans son nouveau 
Dictionnaire, il parait l'approuver. 

(207) Plbubs : voyez les Remarques détachées, 

(208] Pbsmicbs. L'Académie dit que ce mot désigne les premiers fruits de la terre 
ou du bétail , et par extension les premières productions de l'esprit ; mais prémices 
a ane signification beaucoup plus étendue. — L'Académie le reconnaît maintenant. 
Toojours la tyranoie a d'heureuses prémices, 

a dU Racine dans Britannicus (act. I^ se. 1). 

Et l'abbé d'Olivet avait critiqué ce vers. L'abbé Desfontalnes répondit qu'avoir 
^* heureuses prémices est une fiçon de parler poétique et élégante/ qu'on peut em* 
ployer même en prose, dans le style noble. Racine le fils trouvait que l'abbé Des- 
fontaines avait raison ; quant à Féraud, il pense que cette expression va fort bien 
dans ce vers de Racine, mais que dans un grand nombre de phrases elle irait fort 
mal. C'est une de ces expressions délicates qui ont besoin d'être placées à propos, et 
dont l'emploi n'est pas indififérent. 

On lit encore dans Racine {Bérénice, acL î, se 5] : 

Cependant Rome entière, en ce même moment, 
Fait des vœux pour Titus, et, par des sacrifices. 
De son régne naissant célèbre les ftrémices. 

Et Féraud, i l'occasion de ce vers , est d'avis que, puisqu'on dit les prémices de 
mon travail, on peut dire aussi les prémices d'un régne, c'est-à-dire, ses com- 
mencements. Cette remarque de Féraud est d'autant meilleure , que Racine a dit 
dans Britannicus (act. V, se. 5) : 

Ma main de cette coupe épanche les prémices. 
Dans Iphigénie (act. V, se 6) : 

Déjà coulait le sang, prémices du carnage. 



166 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 

DE LA FORMATION DU PLURIEL DES SUBSTANTIFS. 

Quoique le pluriel ne se forme pas de la même manière dans tous 
les substantifs, on peut cependant partir d'un point fixe. 

RÈGLE GÉNÉRALE. — PouF former le pluriel des substantifs, de 
quelque terminaison qu'ils soient, masculins ou féminins, on ajoute 
un s à la fin du mot : cette lettre est, dans le génie de la langue fran- 
çaise, le vrai caractère du pluriel : le roi, les rois; le prince y les prin- 
ces; la loi, les lois. 

Première exception. — l,es nofiis qui se terminent au singulier par 
«, par a?, ou par z, ne subissent aucun changement au pluriel : le lis 
les îis^ le lambris, les lambris; le panaris^ les panaris; le remords j 
les remords (212); la croix, les croix; leneZy les nez; le sonnez^ les 
sonnez, etc. 

^Beauzée, Encycl. wé/ h. — Girard, page 272. — Le Dict. de P Académie et les Gramm. mod.) 



Et Voltaire, dans Oreste (act. III, se. 8) : 

De la vengeance au moins j'ai goût6 les prémieet. 

Dans la Henriade (chant II) : 

La mort de Coligny, prémiees des horretirs, 
N'était qu'un faible essai de toutes leurs fureurs. 

El dans V Enfant prodigue (act. I, se. 3) : 

. . . D'Euphémon qui, malgré tous ses vices. 
De votre cœur eut les tendres prémices, 

(209) Proches. Vaugelas ne pouvait souffrir qu'on se servit de proches àa lieu de 
parents, et il cite Coëffeleau, qui était de son senliment. « Cependant, dirent Th. 
« Corneille et Chapelain, cette phrase : je suis abandonné de tous mes proches, 
« est dans la bouche de tout le monde ; > et rÂcadém> Patru> MM* de PorMloyal^ 
et nombre d'auteurs^ tant anciens que modernes, fournissent des exenptes de l'enn 
ploi de ce mot en cette signification. — Comme adjectif, proche se dit aussi au sin- 
gulier : c'est mon proche parent, 

(210) VÊPRES se disait autrefois au singulier pour le soir , \à fin du Jour i Je 
vous souhaite le bon tepre. Le peuple le dit encore en quelques provinces ; mais il 
est vieux, et ne se dit qu'en plaisantant. (L'Académie.) 

(211) Vergettes. Ce n'est que dans Trévoux et dans l'édition de 1798 du Die- 
tionnaire de l'académie que l'on trouve que ce mot s'emploie au singulier, dans 
le même sens qu'au pluriel. M. Laveaux disait dans son Dictionnaire des Difficultés 
que ce mot ne devait point avoir de singulier ; mais dans son nouveau Diction^ 
nuire il pense que l'on dit aussi bien une vergette que des vergettes. — L'Acadé- 
mie en 1835 admet également le singulier. 

(212) Remords. Crébillon, Delille et Yoltaire ont cru deyoir 6ter à ce mot la lettre 
s, qu'il prend même au singulier : 

Qu'importe i mes affronts ce faible et tafn remQrdf (Le Trîumviratt acte 11^ se. ij 



DU NOMBRE DEC SUBSTANTIFS. 167 

Deuxième exception. — Les noms terminés par eau et par au (213) 
prennent un x au lieu d'un s pour former leur pluriel : le lapereau^ 
les lapereaux^ le perdreau, les perdreaux'^ le chevreau, les che- 
vreaux^ le gluau, les gluaux, Vétau, les étaux. (Même» autorités.) 

TYoisiên^ exception, — Ceux qui sont terminés par eu ou par ou 
prennent également un x au lieu d'un «; le milieu, les milieux^ V en- 
jeu, les enjeux^ Vaveu, les aveux, etc., etc.; le genou, les genoux; 
le chou, les choux, etc. , etc. 

jBleu, bambou, clou, coucou, cou, écrou, filou, fou, joujou, matou, 
sou, toutou, bijou, trou et verrou suivent la règle générale, c'est-à- 
dire, prennent un s au pluriel. (Le Dlctionn. de Trévoux et l'Académie). 

Quatrième exception, — La plupart des noms terminés au singu- 
lier par al ou par ail ont leur pluriel en aux, comme arsenal , arse- 
naux; canal, canaux; local (214), locaux; cordial, cordiaux; 
corail, coraux; émail, émaux; fanal, fanaux; travail, travaux; 
ail, aulx (21ô); étal,étaux, etc., etc. 



Tous â leur inrortune ajoutant le remord. 

Séparés par l'effroi, sont rejoints par la mort. CPo€me de la PUié^ chant III.) 

.... Et laisser, à ma mort. 
Dans ton cœnr qui m'aima, le poignard du remord. {Tancréde, IV, 7.) 

Celte licence peut se pardonner en poésie, mais en prose elle ne serait pas excu- 
sable. — Voy. aux Rem, dét, diverses acceptions de ce mot. 

(213) 01>servez que nous n'avons que quinze mots terminés par au; ce sont les 
mots : aloyau, bacaliau (morue sédie) , boyau, cornuau (poisson) , étau, gluau, 
gruau, hoyau (instrument de vigneron), huyau (coucou), joyau, noyau ^ pilau (ris 
eait avec du beurre ou de la graisse) , sarrau (souquenille) , tuyau, unau (espèce 
de mammifère) ; et que nous en avons à peu près 250 terminés par eau, 

(214) Local. Aucun des DicUonoaires que nous avons consultés ne parle du plu- 
riel de ce substantif ; mais comme tous indiquent celui de l'adjectif, et qu'ils disent 
des usages locaux, il nous semble que l'on pourrait très bien dire aussi locaux, 
employé comme substantif. Un grand nombre de personnes en font usage dans la 
conversation. 

(215) ÂiL. 

Tu peux choisir ou de manger trente aulx. 
J'entends sans boire et sans prendre repos, etc. 

(U Fonl^ine, le Paysan qui avait effensé son Seigneur.) 

Cependant ce pluriel est peu usité ; et quand on veut l'exprimer il est mieux de 
dire des gousses d'ail, 

— L'ÂcadémiC; dans son Dictionnaire, en 1835, donne pour exemple lilya des 
aulx cultivés et des aulx sauvages. Puis elle ajoute : « Les botanistes disent éga- 
« lemenl ails au pluriel : il cultive des aile de plusieurs espèces. • 



168 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. . 

Il n'y a que les mots qui se terminent en eau aa singulier qui prennent IV au 
pluriel ; ainsi ne faites pas la faute grossière d'écrire, par exemple, an pluriel orten^ 
teaux, coreauXj journeaux, traveaux, etc. , etc. 

Observez encore que travail fait au pluriel travails , lorsqu'il signifie une ma- 
chine de bois à quatre piliers entre lesquels les maréchaui attachent les chevaux 
fougueux pour les ferrer ; ou bien lorsqu'il s'agit du compte qu'un ministre ou un 
autre administrateur rend des affaires de son département, ou du rapport que le 
commis fait au ministre ou au chef d'une administration de celles qui leur ont été 
renvoyées. (Le Dict. de l'Académie.) 

Les noms suivants : hal (215 his) , camail, carnaval^ détail^ épou- 
vaniaiL éventail^ gouvernail^ tnaiU pal, portail, régal, sérail^ etc. , 
suivent la règle générale, c'est-à-dire que leur finale prend un s au 

pluriel . (Le Diciionn, de Càcadém.) 

Remarques. — Bercail n'a pas de pluriel. Le Dictionnaire de V Aca- 
démie n'en indique pas non plus aux mots bétail (216), hocal-^ ce- 
pendant Caminade, Catineau^ Freville et Boiste (Dictionnaire des 
Rimes) sont d'avis que l'on doit dire hocals au pluriel; mais Ber- 
nardin de Saint-Pierre (Études de la Nature, étude VI, liv. I") , 
M. Boinvilliers , M. Laveaux et l'Académie préfèrent bocaux. En 
effet , pourquoi augmenter sans nécessité le nombre des exceptions? 

Ciel et œil font deux et yeux au pluriel; cependant on dit quel- 
quefois ciels et œils :par exemple, on dira des ciels de lit, de carrière; 
les CIELS de ce tableau sont admirables. L^ Italie est sous un des plus 
beaux ciels de V Europe. 

(L'Académie et le plus grand nombre des lexicographes.) 

On dira aussi des œils de bœuf (terme d'architecture) ; de chat, de 
serpent (terme de lapidaire) ; de perdrix (terme de broderie). 

(Mêmes autorités.) 

M. Chapsal (dans un article du Manuel des amateurs de la langue 
française) voudrait que l'on dit les œils de la soupe, du fromage; 
mais l'Académie (dans son Dictionnaire, au mot œil), Trévoux, 



(216 bis) Bal. Voltaire a employé ce mot au figuré : 

Ce monde est un grand bal où des fous déguisés 
Scus les risibles noms d'éminence et d'altesse 
Pensent enfler leur être et hausser leur bassesse. 

(Ducomi sur l'inégalité des condHions.) 
(216) Bestiaux. L'Académie fait observer que ce mot est un substantif qui a la 
même signification que le mot bétail ; de sorte qu'elle semble dire que bestiaux 
n*est pas le pluriel de bétail; mais Trévoux, Féraud, Gattel, Wailly, etc. , sont d'un 
avis contraire. — Laveaui croit que bétail se dit de l'espèce : le gros bétail, le 
petit bétail, et bestiaux des individus, allez soigner les bestiaux. 



DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS. 169 

Boiste et M. Laveaux sont d*avis qu'on doit dire les yeux du fromage, 
ainsi que les yeux du pain, de la soupe. 

Péniientiely rituel de la pénitence, îdXi pénitentieh au pluriel; pi^ 
nitentiaux est un adjectif masculin qui n*a point de singulier et qui 
ne se dit guère que de certains psaumes. 

(L'Académie, page 358 àews Observations, et son Dictionnabre.) 

. Universel (217), substantif, fait au pluriel masculin universaux : 
On distingue cinq unïversaux . le genre, la différence, l'espèce^ le 
propre et V accident. (te met. de CAcadèm.) 

JNoTA. Voyez, pour le mot aïeul, les Remarques détachées. 

Observation. — La plupart des écrivains modernes forment le 
pluriel des substantifs qui sont terminés au singulier par ant ou par 
ent en ajoutant un «, et en supprimant le t final dans les polysyl- 
labes; mais ils le conservent dans les monosyllabes (*). Quoi de plus 
inconséquent? Pourquoi, puisqu'ils écrivent les dents ^ les p/ants, les 
ventSy s'obstinent-ils à écrire les méchans^ les contrevensP Pour- 
quoi terminer de la même manière au pluriel des mots qui ont des 
terminaisons différentes au singulier, tels que musulman, protestant, 
dont les féminins sont musulmane, protestante, et dont on veut que 
les pluriels masculins soient musulmans^ proiestans ? Cependant, 
si Ton ne supprimait pas la lettre t dans ces sortes de mots , on s'é- 
pargnerait une règle particulière, et par conséquent une peine; puis- 
qu'alors, pour former le pluriel de ces substantifs, il y a deux opé- 
rations à faire au lieu d'une : retrancher le t, ensuite ajouter s. En 
outre, on conserverait Vétymologie et V analogie entre les primitifs et 
les dérivés ; l'étymologie, puisqu'avec aimant on fait aimanter., avec 
instrument^ instrumenter; l'analogie, puisque l'on écrit l'art, et au 
pluriel les arts; le vent, les vents; la dent, les dents. Enfin, cette let- 
tre serait un secours pour distinguer la différente valeur de certains 
substantifs, comme de plans dessinés, eiûe plants plantés. 

Toutefois cette suppression n'est pas généralement adoptée; et en 
effet, Régnier Desmarais, MM. de Port-Royal, Reauzée, d'Olivet, 
Douchet, Restant, Condillac; beaucoup de Grammairiens modernes. 



(21 7) Ce mol, en lerme de logique, se dit de ce qu'il y a de commun dans les indi- 
vidus d'un même genre, d'une m6me espèce. 

(♦) Nous disons des écrivains modernes j car Racine, Boileau et Fénélon, dont 
nous avons consulté les manuscrils ou les premières éditions, ne retranchent point 
le t, Voy. ce que nous disons encore sur cette suppression, cb. III, art. i, § 2 à la fin. 



170 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

tels que Domergue, Lcmare, Destutt de Tracy, Lévizac, Haugard, 
Gueroult , etc. ; et un grand nombre d'imprimeurs que Ton peut citer 
comme autorités : MM. Didot, Crapelet, Michaud, Tilliard, Herhan, 
conservent le i final dans le pluriel des substantifs terminés par ont 
ou par ent; mais, puisque l'Académie (en 1798) a adopté cette sup- 
pression, nous ne pouvions nous dispenser d'en faire la remarque. — 
Dans la dernière édition de son Dictionnaire , l'Académie conserve 
partout le t^ et c'est aujourd'hui la règle générale. 

DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

On appelle substantifs composés certains termes dans la composi- 
tion desquels il entre plusieurs.mots, dont la réunion forme un sens 
équivalant à un substantif, comme Hôtel-Dieu, qui équivaut à h^itùd; 
petit-maître, à fat; garde-manger, à buffet; contre-coup, à répereuê- 
sion; arc-en-ciel, à /m, etc. 

Dans les substantifs composés il entre : 
Premièrement y un substantif accompagné ou d'un | chef-lieu; 

autre substantif. j garde-bais 

""-•-» »^j««'- ÎX^: 

ou d'un mot qui ne s'emploie plus isolément. . . loup-garou 

ou d'un adverbe quasi^délit 

ou d'une partie initiale inséparable vie9'f>résid$tUi 

ou d'un mot altéré ; c'est-à-dire, dont la forme est 

changée. contre-dansê. 

Nota. Le substantif composé peut renfermer aussi un nom propre comme dans : 
Jean^le-Blanc, Mettire-Jean^ Bon-Henri^ Reine-Claude , etc., etc. 

Dans les substantifs composés il entre : 

Deuxièmementy un verbe accompagné ou d'un sub- 
stantif. passe-temps; ^ 

ou d'un adjectif. passe-diœ; 

ou d'un second verbe passe-passe; 

ou d'une préposition passe-avant; 

ou d'un adverbe passe-partout; 

Troisièmement, une préposition accompagnée ou d'un 

substantif. après-dinée; 



{*) Voyez la note 221, page 180. 



DBS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 171 

eu d'un adjectif. hauie-conire; 

ou d'un adverbe après-demain^ 

arc-enrdel; 

ÙuattièmemenL plus de deux mots )eaur4e-v%e; 

^ at€-à4ête; 

boute-en-irain; 

po8t-8criptum ; 

Cinquièmement y plusieurs mots étrangers. . . ^^»weif«o-rcrmtne; 

auto-da-fè; 
forte-piano. 

L'usagé varie beaucoup sur la formation du pluriel de ces sub- 
stantifs composés : les uns, les regardant comme de véritables sub- 
stantifs qui, en résultat, ne réveillent plus qu'une seule idée, ne 
mettent le signe du pluriel qu'à la fin, quels que soient les mots dont 
ils sont composés; ils écrivent des ptie-âieuXy des ûrc-en-^els^ deâ 
eaup-d'ùsilSy etc. 

Mais, comme le fait observer M. Boniface, puisque ces Grammai- 
riens regardent ces expressions comme un seul mot, pourquoi em- 
ploient-ils le trait d'union? et, s'ils ôtent ce trait d'union, comment, 
pour se conformer à la prononciation, écriront-ils des arc-cn-cteZ, 
qui, sans trait d'union, ferait arcenciel-, croc-en-jambey qui ferait 
crocenjamhey à moins que d'en changer l'orthographe, et d'écrire des 
arquenciehj des crocquenjambes P Ils seraient de même obligés d'é- 
crire des blanbecSy comme ils écrivent des béj aunes ; àesportaiguilleSy 
comme ils écrivent des portors. 

D'autres^ tels que Wailly et Lévizac, mettent au pluriel chaque 
substantif et chaque adjectif qui se trouve dans une expression com- 
posée employée au pluriel, à moins qu'une préposition ne les sépare, 
et, dans ce cas, le second seul reste invariable : ainsi ils écrivent des 
abat-vents y des contre-jours y des rouges-gorges y des eaux-de-vie, 
des chefs-d'œuvre. 

Cependant Lévizac ajoute que la marque du pluriel ne se met pas 
dans les mots composés qui, par leur nature, ne changent pas de 
terminaison; comme des crève-cœur y des rabat^ôie, des passe- 
partouty etc. 

L'adverbe partout est invariable de sa nature ; mais cœur et joie ne 
se mettent-ils pas, selon le sens, au singulier et au pluriel? c'est donc 
le sens, et non leur nature, qui s'oppose ici à ce qu'ils prennent le s: 
en effet des crève-cœur, sont des déplaisirs qui crèvent le cœur. 



1 72 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

Wailly, de son côté, dit que, par exception, il faut écrire sans t 
des coq-ùr-tàne. N'y a-t-il que cette exception à sa règle, et pourquoi 
a-t-elle lieu? c'est, aurait-il répondu, parce que le sens s'oppose au 
pluriel, comme dans des prie-dieu^ que l'Académie écrit ainsi. Eh 
bien, d'après cette réponse môme, Wailly aurait donc écrit desptcd«- 
dr^erre^ des têtes-^iête y des hôtels-dieux ^ des gardes-manger ^ ce 
qui prouve d'une manière évidente que, pour l'orthographe de ces 
sortes d'expressions, ce n'est point le matériel des mots partiels qu'on 
doit consulter, mais bien le sens qu'ils présentent. 

Au surplus, Wailly et Lévizac n'ont pas prévu tous les cas; beau- 
coup de substantifs composés n'entrent dans aucune de leurs règles, 
qui cependant ont été copiées, sans examen, par la plupart de nos 
Grammairiens modernes. 

MM. Boinvilliers, Wicard et Grépel sont les seuls qui aient plus 
ou moins rectifié la règle donnée par Lévizac et Wailly; et MM. de 
Port-Royal, Dumarsais, Condillac, Marmontel, Beauzée et Fabre 
n'ont point traité cette question, qui présente cependant beaucoup 
d'intérêt. 

D'autres Grammairiens, et particulièrement MM. Lemare et Fre- 
ville, ne consultent que la nature et le sens des mots partiels pour 
l'orthographe des substantifs composés. Au singulier, ils écrivent 
un serre-papiers^ parce que la décomposition amène un arrière-ea- 
binet ou une tablette pour serrer des papiers et non du papier; et, 
d'après la môme analogie, un t?a-wu-pîeds , un couvre-pieds y un 
gobe-mouches; ei à* aLUires substantifs composés dont nous donne- 
rons la décomposition. Au pluriel, ils écrivent des serre-tête^ parce 
que la décomposition amène des rubans, des bonnets qui serrent la 
tête et non les têtes; et, d'après la môme analogie, des ahaUjour^ 
des boute-feu^ des arcs-en-citly des hauts-de-chausses, des tête-â- ^ 
têtCy etc. 

Enfin pour cette question d'orthograpjie, le Dictionnaire de V Aca- 
démie ne peut faire autorité, parce qu'il est souvent en contradiction 
ave« lui-môme. 
On y trouve : 

Un chasse-mouche, ... et un gobe-mouches. 

Un couvre-pied et un va-nu-pieds. 

Des pot-aur-fcu et des arcs-en-ciel . 

Une mille-feuille et des mille- fleurs. 

Un essuie-main et un serre-papiers. 

Nous prendrons ecjc^d uU rAc.idémie pour guide, parce que, après loul, dans les 



DBS SUBSTAIfTIFS COMPOSÉS. 173 

diffiealkés d'interprétation on d'asage, c'est encore la meilleare autorité, et qae, 
saaf quelques rares contradictions, ses décisions nous semblent empreintes de jus- 
tesse et de vérité. Ceui qui la repoussent, d'ailleurs, ne sont pas eux-mêmes i 
l'abri de toute conlradiclion. Et cet inconvénient est presque inévitable dans un 
SBjet où l'on procède sans règle positive, et où les incertitudes de Tinterprétalion 
ne laissent jamais au travail une marche assurée et invariable. A. L. 

La plupart des auteurs ne sont pas plus d'accord entre eux, ni 
avec eux-mêmes. 

Buffon écrit : des chauves-souris, des porcs-épics^ des pie-^è- 
ches. 

Marmontel : des iête-à-tête, et des têles-à-iêtes. 

J -J. Rousseau : des potrau-feuXy et des tête-â-iête. 

De tout cela il résulte que, pour l'orthographe des substantifs 
composés, les règles qu'ont données plusieurs Grammairiens sont 
erronées, insufiQsantes même; et qu'en outre il règne une grande 
diversité d'opinions parmi eux. Ainsi c'est rendre un grand service 
à nos lecteurs que de les faire jouir du travail que M. Boniface, édi- 
teur du Manuel des amateurs de la langue française, et l'un de ses 
plus zélés collaborateurs, a consigné dans le 1" et le 2* numéro de 
ce Manuel^ mais, afin de donner à cet article tout le développement 
que demande une question aussi délicate, nous y ajouterons des ré- 
flexions que nous avons puisées dans le Traité d'orthographe de 
M. Lemare : ces réflexions sont d'autant plus précieuses pour nos 
lecteurs, que M. Lemare est un de nos meilleurs Grammairiens, et 
que c'est lui qui a posé Iç principe qui sert de base à la règle que 
M. Boniface énonce en ces termes : 

€ Tout substantif composé qui n'est point encore passé à l'état de 
€ mot O doit s'écrire au singulier et au pluriel, suivant que la nature 
€ et le sens des mots partiels exigent l'un ou l'autre nombre; c'est la 
€ décomposition de l'expression qui fait donner aux parties compo- 
« santés le nombre que le sens indique. » 

Observations préliminaires. 
V Dans les substantifs composés, les seuls mots essentiellement 



(*) C'est par la suppression du trait d'union, et, si la prononciation l'exige^ par 
quelques changements dans l'orthographe, qu'un subslantir composé passe à l'état 
de mot, comme on peut le voir dans adieu, auvent, justaucorps, portefeuille, 
contrevent, etc. 



174 DE8 SUBSTANTIFS COMPOSÉS: 

mva&iables sont le verhe^ la préposition et Yadverbe, comme : des 
casse-noiseUes, des avant-coureurs, des quasi-délits. 

T Le substantif et l'adjectif se mettent au singulier ou au pluriel, 
selon le sens et selon les règles de notre orthographe; comme dans: 
des contre^vent, des contre-amiraux^ des cure-dents, des terre- 
pleins, des demi-heures^ des quinze-vingts. 

3* Si, comme dans piq-griéche^ franc-alleu, il entre un mot qu'on 
n'emploie plus isolément, ce mot prend la marque du pluriel, parce 
qu'alors il joue le rôle d'un adjectif ou d'un substantif pris adjective- 
ment; comme dans: des nerfs-férures , des gommes-guttes, des pies- 
grièches , des loups-garous , des loups-cerviers , des arcs-boutants , 
des arcs-doubleaux, des épines-minettes. 

4** La locution latine vice, qui signifie à la place de, et les mots 
initiais, mi, demi^ semt, car, tn, tragiy archi, placés avant un sub- 
stantif, restent toujours invariables, comme dans : des vice-rois, 
des miaoût, des demi-dieux, des semi-tons, des ex-généraux, des in- 
douze, des tragi-comédies, des archi-chanceliers. 

5* Lorsque l'expression est composée de plusieurs mots étrangers, 
l'usage général est de ne point employer la marque du pluriel ; comme 
dans : des te-Deum, des post-scriptum, des auto-da-fé, des mezzo- 
termine, des forte-piano. (Voy. plus haut, p. 158.) 

Développements de la régie précédente, ou application de cette règle 
à chacun des substantifs composés dont l'analyse pourrait présen- 
ter quelques difficultés. 

Abat-jour, plur. des abat-jour: des fenêtres qui ^battent le jour; 
ou, comme le dit l'Académie, des fenêtres construites de manière que 
le jour qui vient d'en haut se communique plus facilement dans le 
lieu où elles sont pratiquées. 

Abat-vei>it, plur. des abattent : des charpentes qui abattent b 
venty qui en garantissent. 

AiGUE-MARiNE, plur. des aigues-marines : des pierres précieuses, 
couleur de vert de mer. uiigue vient du latin aqua, eau; ainsi ai- 
gue-marine signifie eau^marine, ou de mer. 

Appui-main, plur. des appui-main (218) : des baguettes servant 
d'appui à la main qui tient le pinceau. 

Quand on emploie le pluriel^ c'est apparemment poar désigner plusieurs de ces 



(218) La décomposition d'un substantif composé peut amener un singulier aussi 



DES SUBSTAIÏTIFS COMPOSÉS. 175 

appuis qui peaTent senrir i plosienrs mains, Or^ Il semble logique d'écrire des 
appuis-mains. Et comme, ayant tout. Il nous parait nécessaire d'éviter celte 
eiception bizarre d*un mot au pluriel sans les signes caractéristiques de ce nombre, 
nous établissons ce principe : toutes les fois qu'un mot peut raisonnablement se 
décomposer de manière i admettre la distinction du singulier et du pluriel, nous le 
ferons rentrer dans la règle ordinaire des substantifs. Cette raison, fort plausible, 
semble avoir guidé l'Académie dans beaucoup de cas ; nous Tadoptons donc avec 
confinée, parce qu'elle ferme la porte au caprice, et qu'elle va noua %uMW d\me 
manière sûre et uniforme dans toutes les difficultés de notre su^et. A. L, 

Arc-boutant, plur. des arcs-iouiants : des arcs, ou des parties 
d'arc, qui appuieutet soutiennent we muraille; comme on en voit 
aux côtés des grandes églises. Dans cette expression, boutant eèi un 
adjectif verbal qui vient de Tancien verbe 5ou(6r, pousser. 

Bain-marie, plur. des batns-mam : des bains de la prophétesse 
Marie, qui, dit-on, en est Tinventrice. 

L'Académie n'indique pas le plurial ; nous le croyons inusité. Â. L. 

BEJL.LE-DE-NU1T, plur. dcs belUs-de^uit; des fleurs belles la nuit. 

Blanc-seing, plur. des blanc-seings : des seings en blanc, des pa- 
piers signés en blanc, sur du blanc. 

L'Académie ne s'explique pas ; mais elle constate que dans ce sens on dit quel-r 
quefoto un blanc^signé, et elle range les deux locutions dans l'article Blanc, espace 
réservé pour être rempli plus tard. Il nous semble qu'alors on pourrait écrire des 
blanes-^nés. Ce serait toujours une exception de moins. A. L. 

Bon-chrétien, bon-henri, plur. des b(ynrchrèiien^ des bon-henri. 
Ce sont, dit M. Laveaux, des poires d'une espèce à laquelle on a 
donné le nom de bon-chrétien^ le nom de bonr-henri. 

On dit abusivement au singulier, dans quelques cas seulement, 
du bon-çhrétien, du bon-henri, c'est-à-dire, des poires de Tespèce 
dite bon-chrétien, bon-henri; mais il faut dire au pluriel des poires 
de bonr-chrétien^ des poires de bon-henri» C'est l'espèce qui a donné 
le nom de bon-chrétien, de bon-henri, et non pas les individus. 

Nous ferons remarquer d'abord que l'Académie désigne le bon-henri comme 
nne plante, et non comme un fruit. Nous dirons ensuite à notre tour qu'il y a con- 
tradiction complète à ne pas mettre ici le signe du pluriel, lorsqu'on écrit plus loin 
des messireS'jeans, etc. (voy. Pont-Neuf,. L'Académie, il est vrai, écrit des 
reines-Claude, et elle se tait sur les autres. Mais nous oserons, contre son avis, 
soutenir qu'il faut employer le signe du pluriel, parce que ces noms caractéristiques 



bien qu'un pluriel ; mais alors c'est toujours la raison qui doit décider de l'emploi 
de run des deux nombres : en conséquence, quoique Ton puisse dire, par exemple, 
que des appuis-mains sont des appuis de mains, il nous semble qu'il est encore 
mieux de dire que ee sont des baguettes servant d'appui à la main. 



176 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

sont devenus par l'usage des noms communs, comme on dit des tartufes, des calé» 
pins, des àlaudes ; et d'ailleurs^ pourquoi le moireines au pluriel, s'il doit se rappor- 
ter à un nom propre ? Il est impossible aujourd'hui que l'esprit se reporte à i'étymo- 
logie. Le root reine-cîaude ne rappelle i personne autre chose que l'idée d'une 
prune ; messire^jean que l'idée d'une poire. Écrivons donc au pluriel des bonS' 
chrétiens^ des bons-henris, des messires^jeans, des reines-Glandes, comme des 
reines^niar guérites, Â. L. 

BouTE-EN-TR AIN, plu^. des houte-erv-train : des hommes qui boutent^ 
qui mettent les autres en train, qui les animent soit au plaisir, soit 
au {ravaîl : suivant la définition de TAcadémie. 

Boute-feu, au propre, incendiaire; plur. des boute-feu : des hom- 
mes qui, de dessein formé, boutent on mettent le feu à un édifice, ou 
à une ville (peu usité en ce sens). 

BouTE-TOUT-cuïRE, plur. des boute-tout-cuire : des hommes qui 
boutent, qui mettent tout cuire, qui mangent, qui dissipent tout ce 
qu'ils ont. 

Brise-cou, brise-vent, plur. des brise-cou^ des brise-vent: des 
escaliers où Ton risque de tomber, de se briser le cou, si Ton n'y 
prend pas garde; des clôtures qui servent à briser le vent. ^ — D'après 
la môme analogie, on écrira des brise-glace^ des brise-raison^ des 
brise-scellés, etc. 

Casse-cou, plur. des casse-cou : des endroits où l'on risque de se 
casser le cou. 

Le nom de toutes les parUes du corps tiui dans un môme individu n'admettent 
pas le pluriel, doit nécessairement ne pas l'admettre dans le substantif composé. 
Ainsi donc nous écrirons au pluriel des casse-cou, des casse-tête, des coupe-gorge, 
des couvre^chefy des crève-cœur , des serre-tête; mais dès que le pluriel peuts'em* 
ployer, on rentre dans la règle. Il faudra donc écrire des coupe-jarrets, des crocs- 
en-jambes, des cure-dents, des essuie-mains, des perce-oreilles. Voilà la mar- 
che qui semble adoptée par l'Académie ; elle nous servira de règle. A. L. 

Ployez, page 187, s'il faut écrire, même au singulier, casse^noisettes, casse- 
mottes avec un s, 

Chasse-marée, plur. des chasse-marée : des voituriers qui chas- 
sent devant eux la marée, qui apportent la marée. 

Un chasse-marée^ dit l'Académie, est un voiturier qui apporte la 
marée ^ il faut donc se garder d'écrire : les huîtres que les chasse- 
marées apportent! Qu'importe le nombre des voituriers? C'est tou- 
jours de la marée qu'ils apportent. 

Voyez, page 187, s'il faut écrire, an singulier, cent-suisses ti chasse-mou» 
ches avec un s. 

Chauve-souris, plur. des cAaui?c«-»owm ; des oiseaux qui rcssem- 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 1 77 

Ment à une souris qui est chauve, c'est-à-dire qui a des ailes chath 
ves^ des ailes sans plumes. 

Chef-d'œuvre, plur. des chefs-d'œuvre (219) : des chefs, des piè- 
ces principales d'exécution; au figuré, des ouvrages parfaits en leur 
genre. Les Italiens disent : i capi d'opéra^ et ne pluralisent jamais le 
dernier mot. 

Chou-fleur, plur. des choux-fleurs : des choux qui sont fleurs. 

CoLiN-MAiLLARD, plur. des coHn-maillard : des jeux où Colin 
cherche, poursuit Maillard, 

L'Académie appelle aussi colin-maillard le joueur qui a les yeux bandés et cher- 
che les autres. Touterols, en admettant même l'étymologie qu'on donne ici, si l'on 
indique plusieurs jeux, il Taudra entendre que plusieurs Colins poursuivent pla- 
Aenn Maillards, Or, dans tons les cas, le nom propre ici est employé au figuré, et 
prend la marque du pluriel (voy. p. 136). Nous devons donc écrire des colins^ 
fnaillmrds. A. L. 

CONTRE-DANSE, plur. des contre-danse : on croit que ce mot est 
une altération de l'anglais country-dance ( danse de la contrée, de la 
campagne). 

L'Académie ne met plus de séparation, et fait un mot simple : des contredan' 
ses. A. L« 

CoNTRE-JOUR, plur. des contre-^our : des endroits qui^ comme le- 
dit l'Académie, sont contre le jour^ opposés au jour. 

Contre-poison, plur. des contre-poison. Remède, dit TAcadémie, 
qui empêche l'effet du poison; alors on doit, ainsi que le fait obser- 
ver M. Lemare, écrire contre-poison au pluriel comme au singulier, 
car le même antidote peut servir égadement contre un ou plusieurs 
poisons. 

Cependant, lorsqu'on parle des remèdes contre les poisons en générai, il nous 
semble nécessaire d'écrire des contre-poisons. L'exception n'est donc pas encore 
nécessaire ici. l\ serait même à désirer que ce mot perdit le signe de substantif 
composé, et s'écrivit comme le mot simple des contrevents, A. L. 

Contre-vérité, plur. des contre-vérités. La contre-vérité à beau- 
coup de rapport avec l'ironie. Amende honorable, par exemple, est 



(219) Chef-d'osuvrb. Ce mot, quand il est joint par la préposition de a un autre 
substantif, peut se prendre en bonne ou en mauvaise part : un ekef'^*œuwre d'ha- 
bileté, tm chêf-d'asuvre de bêtise. (Gatlel, Féraud et Laveaux.) 

a On n'a guère vu jusqu'à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage 
« de plusieurs.» (La Bruyère.) 

« Celle harangue était un chef-d*€Buvre d'imperlinonce, et en la lisant j'ai déses- 
« péré du salut de son esprit, n (Balzac.) 

I. î> 



!<; g DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

une contre-vérité^ une vérité prise dans un sens opposé à celui de 
son énonciation; car, au lieu d'être honorable, elle est infiamante, 
déshonorante. 

Pour être conséquent ayec le système d'interprétation admis dans eetle table, ne 
devrait-on pas dite qu'il s*agit ici de propositions énoncées contrairement à ia 
vérité de la pensée ? Et alors le signe du pluriel ne serait pas motivé. 1IIiâs,aa 
contraire, d'après le principe suivi par rAcadémie, on peut voir dans ce mot : des 
assertions contraires atix vérités qu'on veut exprimer, et alors la règle est applica- 
ble : des contre-vérités. A. L. 

Coq-a-l'ane, plur. des coq-à-ïàne : des discours qui n'ont point 
de suite, de liaison, qui ne s'accordent point arec le sujet dont on 
parle. Faire un coq-à-Vàney c'est passer d'une chose à une autre tout 
opposée, comme d'un coq à un âne. 

Coupe-gorge (220), plur. des coupe-gorge : des lieux écartés, se- 
crets, obscurs, déserts, où Ton court risque d'avoir la gorge coupée. 
( ^oy. plus haut, casse-cou. ) 

CouRTE-POiNTE, plur. des courtes-pointes : ce subatantif composé 
est une altération de contre-points, espèce de couverture où les poin- 
tes ou points sont piqués les uns contre les autres ; couverture contre- 
pointée. La préposition contre étant changée en l'adjectif courte^ les 
deux mots qui forment le substantif composé doivent prendre alors 
le s au pluriel. 

Couvre-chef, plur. des couvre-chef: des coiffures propres à cou- 
vrir le chef on la télé. (Foy. plus haut, casse cou.) 

Couvre-feu, plur. des couvre-feu : des ustensiles qui servit à 
couvrir le feu. — -L'Académie se tait sur ce pluriel. 

Voyez, page 188, s'il faut écrire au singulier, couvre-pieds avec un t. 

Crève-cœur, plur. des créve-cœur : des déplaisirs qui crèvent, qui 
fendent le cœur. 

Une grande quantité de crève-cœur, on plutôt ce mot dans toute son étendue, peut 
ne s'appliquer qu'à la même personne. Il n'entraîne donc pas l'idée de pluralité; il 
ne demande pas d'être écrit par un s. Voyez d'ailleurs au mot caste-cou. A. L. 

Criograg, plur. des cric-crac: c'est, dit M. Lemare, une onoma- 



(220; Coups-GOBGSt on écrit de même des coupe- jarret, des coupe-pâte. VÂi» 
demie écrit néanmoins des coupe-jarrets. MsAs jarret est Ici employé dans un seiis 
vague, indéfini, dans un sens général ; et certainement, quand on dit coupe-jarrei, 
Il ne s'agit pas du nombre des jarrets ; autrement, un seul quelquefois ferait, en oe 
genre, plus d'ouvrage que quatre. 

— Voyez ce que nous avons dit au mot casse-cou. A. L. 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 179 

topée, c'esM-dire un mot dont le son est imitatif de la chose qu'il 
signifie. Trictrac est ainsi formé, mais trie et trac étant sans tiret, 
on écrit, au pluriel, des trictracs. ■ — Môme raison pour flicflacs et 
pour flonflonSy crincrins j etc. 

Croc-en-jambes, plur. des crocs-en-jambes : plusieurs crocs que 
Ton forme en mettant son pied entre les jambes de quelqu'un pour 
le fedre tomber. 

Ge mot prenant an t, même au singulier^ ne devrait pas être placé dans celle 
liste, mais dans la suivante. Touterois est-il bien nécessaire pour le sens de ce mot 
que les deux jambes soient attaquées, et ne fail-on pas tomber un bomme en 
faisant brusquement fléchir une de ses jambes ? Nous pourrons donc écrire avec 
l'Académie un eroc-en- jambe : et quand plusieurs crocs attaquent plusieurs jam^ 
hee, nous écrirons des crocs-en^jambee. Voyez pour la prononciation ce que nou« 
ayons dit de ce mot^ p. 38 et 39 ; et noire observation p. 190. A. L. 

CuL-DE-JATTE, plur. des culsHie-jatie. Ici la partie est prise pour 
le tout : ce sont des hommes nommés culs-de-jalte, à cause de la 
jatte sur laquelle ils se traînent. 

Voyez, p. 188, s'il faut écrire au singulier^ cure-dents, cure^oreilles avec un s. 

Dame-jeanne , plur. des dames-jeannes.' — No^ez Pont-neuf. 

Eau-de-vie, plur. des eaux-de-vie. On dit diverses eauût-de-vie. 

Voyez, p. 188, s'il faut écrire au singulier, entr'actes^ entre-côtes, et essuie- 
mains avec un s, 

Fesse-Mathieu, plur. des fesse-mathieu. Ce substantif composé 
est une altération de il fait saint Mathieu^ c'est-à-dire, il fait comme 
saint Mathieu, qui, dit-on, avant sa conversion, était usurier. C'est 
par analogie avec cette eupression qu'on appelle des fesse-cahiers ^ 
des copistes qui font bien vite, et le plus au large qu'ils peuvent, les 
cahiers, les rôles dont on les a chargés. 

L'Académie écrit au pluriel des fesse-mathieux. Quant à l'élymologie du mot, 
ceOe qu'on donne ici nous parait au moins très hasardée. A. L. 

FiER-A-BRAS, plur. dcs fier-à-bras. Ce mot composé est une alté- 
ration de fiert-à-braSy c'est-à-dire, qui frappe à tour de bras. — Ici 
fier vient du latin ferit^ il frappe. Nous avons retenu, dans la locu- 
tion sans-coup- férir^ l'infinitif de ce verbe. 

Mi^s, en ce sens, il faudrait écrire fiert, comme dans ce vieux proverbe tel fiert 
(fr^)pe) qui ne tue pas. D'ailleurs, un fier^-bras n'est pas on bomme qui frappe, 
mais on fanfaron, plus menaçant que brave, et qui fait le fier à cause de la force de 
son bras. Les latins se servent souvent du mot ferox dans ce sens : f>rox lingud, 
ferox viribus ; comme si l'on disait /S.er-(i-/ati^ti«!, fier-à-bras. Cette étymologie 
plos simple nous parait la meilleure. Mais alors il faudra écrire des fiers-à^broâ. 
Voyez aussi notre observation, p. 190. L'Académie garde le silence. A. L. 

12. 



180 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

FouïLLE-AU-POT, pi. dcs fouille-aur-pot : des hommes, des marmi* 
tons dont la fonction est de fouiller, de visiter le pot. 

Gagne-denier, plur. des gagne-denier: tous ceux qui gagnent 
leur vie par le travail de leur corps, sans savoir de métier. Il n'y a pas 
plus de raison, dit M. I^mare, pour écrire un gagne-denier que des 
gagne-denier : car s'il s'agissait du nombre plutôt que de l'espèce, 
un seul homme pourrait être appelé gagne-denier ou gagne-deniers* 
Ainsi, quelque opinion que l'on adopte, le singulier et le pluriel doi- 
vent avoir la môme orthographe. 

Pourquoi donc ne pas faire ane distinction ; pourquoi ne pas suivre la Gram- 
maire quand la raison ie permet ? Si chacun gagne un denier, ne peat-on pas, en 
énonçant la réunion des individus, énoncer aussi celle des deniers? Nous écrivoDS 
avec l'Académie des gagne-deniers . A. L. 

Gagne-pain, plur. des gagne-pain : des outils avec lesquels on 
gagne son pain. 

Gagne-petit, plur. des gagne-petii : des remouleurs qui gagnent 
peu, qui se contentent d'un petit gain. 

Garde-côte (221), plur. des gardes-côtes : des gardiens des côtes. 

Garde-feu, plur. des garde- feu : des grilles qui gardent, qui ga- 
rantissent du feu. 

Yoyez^ pag. 189, si l'on doit écrire au singulier, garde^fous avec an t. 

Garde-note, plur. des garde-note : des personnes qui gardent note» 
On dit prendre note^ tenir note; de môme on doit dire garder note^ 
d'où garde-note. 

Cette conclusion n'est pas d'accord avec la règle posée tout à l'heure an naot 
garde-côte : il s'agit ici également d'un gardien, et non pas d'un meuble où Ton 
garde des notes. L'Académie a donc raison d'écrire des gardes-notes. Ainsi, pohit 
de doute, il faudra toujours un s au pluriel de garde dans ie sens de gardien. Mais 
quelle règle suivra-t-on pour la seconde partie de ces mots composés? Il faut, dit- 
on, recourir au sens : comme si les mots n'étaient pas susceptibles de plusieurs In- 
terprétations, comme si ce n'était pas livrer l'orthographe à l'arbitraire et aa ha 
sard ! Si Ton parle d'un magasin gardé par deux personnes, le sens exigera que Ton 
écrive des gardes-magasin-, si deux magasins n'ont qu'un seul gardien, le sens 



(221) Observation — Si garde, en composition, se dit d*une personne, alors U 
a le sens de gardien, substantif qui doit prendre le s au pluriel : des gardes-cham» 
pétres, des gardes-marines, des gardes-magasins, des gardes-manteaux, etc.; 
mais si garde se dit d'une chose, ou se rapporte à une chose, alors il est verbe, et 
par conséquent invariable : des garde-vue, des garde-manger, des garde^rO" 
bes, etc. 

— Voyez ce qui est dit au mot garde^note* 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 181 

eiSgera un garde-magasins el ninsi des nulrrs. Les Grammairiens veulent qu'on 
éaiTe une garde-malades, une Temme qui garde les malades; mais comme on ne 
garde ordinairement qu'un malade à la Tois, l'Académie a raison aussi d'écrire 
garde-malade. Qui décidera du vrai sens? Pourquoi un garde-chasse serait-il 
plotôl un gardien de la chasse que des chasses , puisqu'on dit un capitaine des 
chasses ? Concluons que celte règle, Urée du sens des mots, sera souvent un guide 
Infidèle. L'Académie, comme nous l'avons dit, part d'un autre principe ; elle écrit : 
mk garde-côte^ des gardes-côtes; une garde-malade, des gardes-malades; un 
garde^note, des gardes-notes. Ainsi les deux mots, n'étant pas joints par une par« 
tieale, mais rapprochés et liés par une étroite cohérence, paraissent deToir subir 
les mêmes lois : le sec(.)nd Tait en quelque sorte les fondions d'adjectif; il explique. 
Il qualifie le premier ; el certes l'analogie est grande entre garde-bois et garde" 
forestier. De là, nous tirerons celle règle générale : que le second mot devra tou- 
jours s'accorder avec le premier et varier comme lui, excepté dans le cas où ce se- 
cond mot serait lui-même invariable. Nous écrivons donc au pluriel avec deux «, 
gardes-chasses, gardes-marteaux, gardes-rôles^ gardes-ventes ^ etc. Mais nous 
écrivons : des gardes-vaisselle, des gardes -marine, parce que les mots vaisselle 
et marine ne prennent pas le pluriel. Quelques-uns cependant entendent gardes- 
marines comme gardes françaises; ce n'est pas l'opinion de l'Académie. Enfin 
fXittexii un garde-sacs, par exception, à cause du sens; plur. des gardes-sacs. De 
cette manière nous aurons une marcbe plus sûre, et nous éviterons les contradi- 
tions qoi se rencontrent entre la liste donnée p. 191 et celle qui se trouve ici. A. L. 

Gâte-Métier, plur. des gâte-métier : des hommes qui gâtent le 
métier y en donnant leur marchandise ou leur peine à trop bon 
marché. 

Toyez, pag. 189, pourquoi Ton doit écrire, au singulier, gobe -mouches avec un #. 

Grippe-sou, plur. des grippe-sou : des gens d'affaires qui, moyen- 
nant le sou pour livre^ c'est-à-dire, une très légère remise, reçoivent 
les rentes. C'est dans le même sens que l'on écrira des pince-maille. 
Maille y dit l'Académie, était une monnaie au-dessous du denier : 
TYoiê sous y deux deniers et maille. Il n'a ni sou ni maille, — Des 
pince-maille sont des personnes qui pincent, qui ne négligent pas 
nnemaUle, Ainsi les pince-maille sont de deux ou trois degrés plus 
ladres, plus avides que les grippe-sou. 

Par les mêmes raisons que pour ^a^ne-d^nter, il faut écrire au pluriel des grippe' 
ious, des pince-mailles. Â. L. 

Hausse-col , plur. des hausse-col : des plaques que les officiers 
d'infanterie portent au-dessous du cou, ainsi que le dit l'Académie, 
et non pas au-dessous des cous. 

Hais quand il y en a plusieurs, ils haussent plusieurs cols, et non pas un seul • 
le sens peut donc n'être pas restreint comme dans casse-cou, crève-cœur. Ajoutez 
encore que le met col peut avoir une autre signification : Les militaires portent 
des cols noirs, (Acai.) EcriTons avec l'Académie des hausse-cols, A. L. 



182 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

Haut-le-corps, plur. des hauts-le-corps : les sauts, les premiers 
mouvements d'un homme à qui Ton fait des propositions qui le ré-^ 
voltent. 

L'Académie écrit des hautle-corps, et avec raison ; car haut ne peut être ici 
synonyme de saut, et d'ailleurs, dans ce cas, il faudrait haut-de^eorps. Il s'agit 
donc d'indiquer qu'on a le corps haut, qu'on se dresse. Il en sera de même dans 
la locution haut-le-pied, A. L. 

Haute-contre, plur. des hautes-contre : des parties de musique, 
des voix qui sont opposées, qui sont contre une autre sorte de voix. 

Haute-futaie, plur. des hautes-futaies : des bois, des futaies éle- 
vées, hautes. 

Havre-sac, plur. des havre-sacs : ce mot, dit Ménage, est entière- 
ment allemand. Hahersack signifie littéralement dans cette langue 
sac à avoine, du mot sak, sac, et haher, avoine. Sac est donc le seul 
mot qui doive prendre le pluriel. 

HoRS-D'fflEUVRE, plur. dcs hors-d' œuvre : certains petits plats qu'on 
sert avec les potages et avant les entrées ; avant que les convives se 
mettent à Tœuvre. On le dit aussi des parties d'un livre, d'un ou- 
vrage de l'art, qui ne tiennent pas* immédiatement au sujet traité. 

MouiLLE-BOUCHE, plur. des mouille-bouche y des poires qui mouil- 
lent la bouche. — L'Académie se tait sur ce pluriel. 

Passe-droit, plur. des passe-droit: des grâces qui passent le droit, 

des grâces qu'on accorde à quelqu'un contre le droit. 

Quand on énonce le pluriel, il est évident qu'il y a plus d'un droit méconna, plus 
d'un intérêt blessé. C'est pour cela que TAcadémie écrit des passe^roUs, et par 
suite des passe-ports^ des passe-poils. Ce qui conûrme encore le principe quA 
nous avons émis plus haut sur la disUnction des nombres. A. L. 

Passe-parole, plur. de& passe-paroles : des commandements, des 
paroles que l'on donne à la tête d'une armée, et qui, de bouche en 
bouche, passent aux derniers rangs.— «L'Académie écrit de même 
un passe-volant^ des passe-volants. 

Passe-partout, plur. des passe-partout : des clefs qui passent 
partout, qui ouvrent toutes les portés. 

On doit écrire de même des passe-debout. A. L. 

Passe-passe, tour d'adresse, plur. des passe-passe. Voyez le Biot 
Pique-nique. 

L'Académie n'admet que la seyile locution tours de passe-pa^se* 

Passe-port, plur. des passe-port : qu'il y ait un ou plusieurs 
passe-porty dit M. Lemare, ce sont toujours des papiers pour passtf 
lepor^, ou son chemin. — Voyez Passe-droit: 



BBS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 183 

Perce-neige, perce-pierre, plur. des perce-^ieige : de petites 
plantes qui percent la neige^ la pierre, qui croissent à travers la 
neige, la pierre. — L'Académie se tait sur ce pluriel. 

Pied-a-terre, plur. des pied-à-terre : des lieux, des logements 
où Ton met seulement le pied à terre ^ où Ton ne vient qu'en 
passant. 

Pied-plat, plur. des pieds-plats : on appelle, dit l'Académie, un 
pied-plat, un homme qui, par son état et par sa conduite, ne mérite 
que le mépris. Il paraît, selon M. Boniface, que cette locution s'est 
introduite dans le temps que les hommes de basse naissance por- 
taient des souliers plats, et que les talons hauts étaient la marque 
distinctive de la noblesse. 

L'étymologie de ee mot pourrait remonter fort loin ; car les Romains désignaient 
par planipes ou plat-pied, les tiistrions de bas étage qai ne portaient pas Je 
brodequin comique, ou même ceux qui n'ayant pas de tréteaux, jouaient de plain 
pied dans la rue. C'était dès lors un terme de mépris. A. L. 

Pique-nique, plur. des pique-nique : des repas où ceux qui/>t- 
quent, qui mangenty font signe de la tête qu'ils paieront. 

Les Allemands, dit M. Lemare, ont aussi leur picknicky qui a le 

même sens que le nôtre. Picken signifie piquer, becqueter, et nicken 

signifie faire signe de la tête, — Pique-^ique est donc, comme pas^e- 

passe, un composé de deux verbes; il est dans l'analogie de cette 

phrase, qui touche mouille. 

L'analogie n'est pas complète, car passe-passe ne peut être composé que d'un 
seul verbe, c'est un mot redoublé; et dans qui touche mouille, le relatif joint 
les deux verbes. Nous ne prétendons pas contester l'élymologie allemande de ce 
mot ; mais l'orthograpbe en doit être française. Or, nous avons en français und 
Yieille locution, faire la nique, qui indique un signe de tête, une marque de défi 
ou de moquerie. Ce mot a bien pu servir de règle dans la composition de pique» 
nique. Aussi TÂcadémie écrit-elle des pique niques, et nous devons nous sou- 
mettre i cette autorité. Â. L. 

Plain-chant, plur. des plains-chants : des chants plains, unis, 
simples, ordinaires de l'église. 

Pont-neuf, plur. des ponte-net*/"* : un pont-neuf e&i un nom que 
l'on donne à de mauvaises chansons, telles que celles qui se chan- 
taient sur le Pont-Neuf à Paris. On écrit des ponts-neufÈ, d'après 
une figure de mots par laquelle on prend la partie pour le tout. Le 
fondement de cette figure est un rapport de connexion; l'idée d'une 
partie saillante d'un tout réveille facilement celle de ce tout. Dans le 
substantif composé pont^euf, employé par métonymie, Fidée de 
dianson prédomine toujours, et c'e?t pour cela qu'on a dît un poni- 



184 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

neuf y et au pluriel des ponts-neufs^ parce que le substantif composa. 
pont-neuf y remplaçant le mot chansony est susceptible, comme lui, 
de prendre la marque du pluriel. 

C'est par la môme figure que Ton dit cent voiles, pour cent vais- 
seaux; cent feux^ pour cent ménages; voilà de beaux loutres^ peur 
signifier de beaux chapeaux faits avec le poil de la loutre^ des rou- 
ges-gorges^ pour des oiseaux qui ont la gorge rouge ^ des blancs-becs , 
pour des jeunes gens sans expérience, sans barbe, qui, pour ainsi 
dire, ont le bec blanc. 

C'est encore par la môme figure, qui prend la cause pour l'efifel, 
l'inventeur pour la chose inventée, le possesseur pour la chose pos- 
sédée, que Ton dit, un Raphaël y un calepin y une dame^eanncy un 
messire-jeany une reine-claudCy etc., et au pluriel, de&RaphaëlSy des 
calepinsy des dames-jeanneSy des messires-jeanSy des reines-claades 

Porte-aiguille, plur. des porte-aiguille : des instruments qui 
portent ou allongent une aiguille : ils n'en portent, ils n'en allongent 
qu'une à la fois. Il ne s'agit point, dans ces mots et les semblables, 
du nombre des choses, mais de l'espèce de la chose portée. C'est ainsi 
que l'on dit de plusieurs : Ils portent la haire, ils portent VépèCy ils 
portent perruque, etc. — Par analogie on écrira : ie& porte-arquebuse, 
des porte-dieUy des porte-drapeau y etc. 

Telle est aussi la déchioii de l'Académie Mais nous avouons qu'il nous esl difà- 
elle d'en comprendre la raison ; car, si Ton doil écrire des porte-aiguille sans s, 
parce qu'ils n'en portent qu'une à la fois, de même 11 faudra écrire sans « des tire- 
botte, parce qu'ils n'en tirent qu'une A la fois, et, par la même raison encore, det 
casse noisette : ce qui serait contraire, pour ces derniers mois, à la décision de 
l'Académie et de tous les Grammairiens. Allons plus loin : chaque régiment a sou 
drapeau; on dit des soldats qu'ils sont sous les drapeaux. Or, si nous ne mettons 
pas de s pour indiquer plusieurs porte-drapeau^ ne semblons-nous pas indiquer 
qu'ils portent tous le même, comme lorsqu'on dit des porte-dieu ? C'est donc. Il 
faut l'avouer, sans en comprendre Ias moiifs que nous subissons le jugement de 
l'Académie. Voici, du reste, tous les mots qu'elle indique comme ne prenant point 
lie signe du pluriel : porte-aiguille ^ polie-arquebuse^ porte-baguette ^ porte-bov^ 
$ie, porte-crosse t porte-dieu, porte-drapeau , porte-enseigne, porte-épée, parte» 
étefidard, porte- fer, porte-hache, porte-malheur, porte-montre (petit coussin), 
jtorte-mousqueton, porte-page, porte-pierre, porte-respect, porte-tapisseri»y 
porte-vent, porte-verge. Elle écrit en nn mot simple des portecollets, des por» 
neerayons, des portefeuilles, des portemanteaux. Elle n'indique pas l'exception 
pfmv porte-trait ; est-ce ane omission, on faut-il écrire des por/6-{rat7«? Enfin, 
elle admet au singulier un porte-clefs, un porte-montres (armoire d'Iiorloger), un 
porte-mouehettee; et comme sabstanUfs pluriels, des porte-barres, porte^trters, 
porte-itrivières. Nom avons fait le relevé de (ous ces mots , parce que nous D'à- 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 1 85 

TODS pas VQ ici de principe fixe qui pût servir de règle. Notre avh personnel serait 
de ramener cet article aux règles posées plus haut, d'après la marche même géné- 
ralement adoptée par TAcadémie. (Voy. appui-main^ casse-cou, passe-droit, serre- 
fUe, tire^balle, et surtout garde-note.) Ainsi nous voudrions qu'on admit le signe 
da pluriel pour tous les mots qui le peuvent recevoir ; et que Texceptlon fût réser- 
vée seulement pour ceux dont le sens la réclame, des porte-dieu, des porte-mal- 
heur, des porte-respect. Mais Tautorité est contre nous. A. L. 

Voyez, pag. 189, pourquoi Ton doit écrire, même au singulier, porte-mouchet' 
tet, avec un s. 

Pot-au-feu. L*Académie écrit au pluriel, des pot-au-feu, parce que ce mot ne 
désigne pas des pots, mais des morceaux de viande qu'on met dans le pot. Elle 
écrit séparément pot à Veau, au lait, à beurre, etc. A. L. 

PoT-DB-viN, plur. des pots-de-vin, c'est-à-dire, ce qui se donne par 
manière de présent, au delà du prix qui a été arrêté entre deux per- 
sonnes pour plusieurs marchés conclus, et pour tenir lieu des pots 
de vin qu'on a coutume de payer en pareilles circonstances. 

C'est ici le signe pour la chose signifiée. 

Keine-glaude, plur. desreines-claudes. On prétend que cette sorte 
de prunes doit son nom à la reine Claude, Alors c'est la cause pour 
l'effet, comme lorsqu'on dit, desponts-neufs. — Voy. Bon-chréHen* 

RÉVEILLE-MATIN, plur. dcs réveille-matin : horloges ou montres 
qui réveillent le matin. 

Sage-femme, plur. des sages-femmes : des femmes qui, par leur 
profession, doivent être prudentes, sages; c'est la cause pour l'effet. 

Sauf-conduit, plur. des saufs-conduits : des papiers qui assurent 
que quelqu'un ou quelque chose est conduit sain et sauf On a pris 
l'objet sauf-conduit pour le papier; c'est la chose signifiée pour le 
signe, ou c'est l'effet pour la cause. 

L'Académie, sans doute, décompose autrement ce mot. Elle semble entendre : 
des papiers qui conduisent en sûreté ; qui sont les conduits ou les conducteurs d'un 
lionome sauf. Ainsi elle écrit des sauf-conduits, A. L. 

Serre-file, plur. des serre-file : un serre-file est le dernier de la 
file; par conséquent, des serre- file sont les derniers de chaque file y 
et non les derniers de toutes les files. 

n est yrai ; mais il y a des derniers dans toutes les files, dans tons les pelotons ; 
il y a donc des serre-files, et l'Académie a raison d'écrire ainsi au pluriel. A. L. 

Voyez, page 1 90, pourquoi il faut écrire, même au singulier, serre-papiers et 
sous-ordres avec un s, 

Serre-Tête, plur. des serre-tête : des rubans ou bonnets de nuit 
avec lesquels on serre la tète. — Voyez Casse-cou, 



186 DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 

TÉTE-A-TÉTE, plur. dcs tête-àr-lête : des conversations ou entre- 
vues qui se font tête-à-tête, ou seul à seul. 

Terre-plein, plur. des terre-pleins : des endroits pleins de terre^; 
et présentant une surftice unie. 

Tire-balle, plur. des tire-balle : des instruments qui, d'après la 
définition de TAcadémie, servit à extirper la balle de plomb du 
corps de ceux qui sont blessés d'un coup de fusil ou de pistolet. 
Comme ces armes à feu ne sont ordinairement chargées que d'une 
seule balle, ce mot se prend au singulier dans l'expression dont il 
fait partie. Par analogie, on écrira : des tire-iouchony des êire-bourre^ 
des tire-moelle, parce que ce sont des instruments pour tirer h htm- 
eh&n^ la bourre, la moelle. 

Voyez, page 190, si l'on doit écrire nécesiairemeDl au singulier» tire-Mtee avee 
ums, 

L'Académie écrit au pluriel des tire-balles^ des Hre^tètes. D'après le même 
principe, nous écrirons des tire-bottes, des tire-bouchons, des tire-bourres» des 
tire-boutons, des tire-fonds, des tire-pieds : mais nous écrirons des tire-moelle, 
naree t|ae ce second mot ne prend pas le pluriel. A. L. 

Tire-lire, plur. des tire-lires : ce mot composé est une altératloBl 
de tire-liard, ainsi appelé parce que cette espèce de tronc sert à en- 
î&cmev de la menue monnaie. M. Boniface, rAcadémie et plusieurs 
Lexicographes écrivent tirelire en un seul mot, et alors ils écrivent 
au pluriel tirelires. 

Voyez, page 190» si l'on doit écrire, même au singulier, le mot vide-boute4thê 
avec un s, 

Trouble-fête, plur. des trouble-fête : des importuns, des indis^ 
erets qui viennent interrompre la joie d'une assemblée publique ott 
particulière. L'idée du nombre tombe sur le mot personne, qui est 
sous-entendu; et qu'il y ait un ou plusieurs trouble-fête, c'est tou- 
jours une ou plusieurs personnes qui troublent la joie d'une as^ 
semblée. 

Il est vrai que Voltaire a dit dans V Enfant prodigue (acte !•', 
scène ô ) : « Nos deux troubles^fêtes; » mais c'est apparemment 
parce qu'il avait besoin d'un s pour la rime. 

VOLE-AU-VENT, plur. dcs vole-au-veut : des pâtisseries si légères 
qu'elles voleraient au moindre vent. 

L'Académie écrit vol-au-vent, et n'admet pas le signe du pluriel. A. L. 

Observation. —- » Il nous semble que cet article serait incomplet si 
nous négligions de le faire suivre de la liste des substantifs eompo- 



DBS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 187 

ses dont le second mot doit prendre la marque du pluriel, quoique 
le substantif composé soit employé au singulier. 

On écrira, au singulier, comn^ au pluriel, avec la lettre s au se- 
cond mot : 

Un BRàcfifi-DENTS, parce qu'un brèefae-dents est un homme qui a 
nne brèche ou un vide aux dents antérieures; soit que Ton parle 
d'une seule personne ou de plusieurs, ce n'est toujours que Tidée 
d'un vide qu'on veut faire entendre, et ce vide est aux dents. 

L* Académie écrit hrèche-dent au singulier ; ii faat donc expliquer : homme A qui 
mie dent fait brèche dans la bouche. Vais l'Académie ne donne pas le pluriel. l\ 
nous semble qu'on peut suiTre ici la règle des deux substantiCs (Yoyez garde-note, 
p. 180) , et écrire des brèchee-defits. A. L. 

Un GASSE-NOiSETTES, uu casse-^ottes ; parce que, comme le dit 
TAcadémie, l'un et l'autre sont des instruments avec lesquels on 
casse des noisettes, des mottes. 

L'Académie écrit un casse-noisette, (voyez ce que nous avons dit A l'art, porter 
aiguille, p. 184) au pluriel, des casse-noisettes. l\ semblerait que par suite on dût 
écrire des casse-têtes ; toutefois l'Académie retranche le s. Il nous est diflBcile de 
saisir la raison de cette exception, quand il s'agit des sauvages qui portent ees instru- 
ments propres à casser les têtes; mais nous comprenons bien cette orthographe 
pour désigner des travaux fatigants et qui cassent la tête. Dans ce dernier cas, Il ne 
faadrait pas de s (voyez casse-cou) , et c'est sans doute pour cela que le mot n'en 
prend dans aucun cas.Nolre avis est d'admettre les deux manières, selon le sens. A. L. 

Chasse-ghiens, parce que ce substantif composé se dit de celui qui 
chasse les chiens d'un lieu quelconque. 

L'Académie ne reconnaît pas ce mot : mais nous mettrons au singulier chasse" 
chien, comme un chasse-mouche, A. L. 

Un CHASSE-MOUCHES, parcc que (d'après l'Académie elle-^nôme) 
c'est un petit balai avec lequel on chasse les mouches.-^ Voyez gobe- 
mouches, p. 189. 

Un CENT-suissES, parce que ce substantif composé se dit (suivant 
la définition de l'Académie) d'un des cent-suisses de la garde du roi. 

L'Académie écrit un cent- suisse ^ c'est-à-dire, un suisse des cent qui gardent le 
roi ; ou plutôt cent-suisse est une sorte de substantif simple, qui fait une locution 
moins étrange encore que un garde-française, où nous voyons un adjectif fémi- 
nin entrer dans la composition d'un nom masculin. Ici Tosagea plein pouvoir. A. L. 

A l'égard du mot chevau-léger, M. Lemare \oudrait qu'on écrivit 
au singulier comme au pluriel, chevaux-légers avec un x h chevaux; 
parce que, selon lui, on dit : mille chevaux, pour mille cavaliers, et 
que d'après la môme ana'ogie, on dit êlre dans les chevaux-légers^ 
et, par une abréviation plus grande, un chevaux-légers. 



1 88 DES SUBSTANTIFS COBIPOSÉS. 

Quoi qu'il en soit, l'usage est d'écrire chevau-léger au singulier, et 
chevaur-légers au pluriel; c'est, comme le fait observer M. Boniface, 
une expression consacrée, de même que franc-maçonnerie^ substan- 
tif féminin formé sur franc-maçon -^ et hautè-liceur^ substantif mas- 
culin formé sur haute-lice^ où les deux dérivés, franc et haute^ sont 
invariables. 

Un CHÈVRE-PIEDS, parcc que ce substantif signifie (d'après le Z>tc- 
Uonnaire de V Académie) un satyre qui a des pieds de chèvre. 

L'Académie ne met an $ qu'au pluriel : un ehèvre-pUd^ des chèvre-pieds* 

Un CLAQUE-OREILLES, parce q«e c'est un chapeau dont les bords 
sont pendants et se soutiennent peu ; ainsi daque^oreilles est un 
chapeau dont les bords pendants claquent les oreilles. — L'Académie 
ne donne pas ce mot. 

Un COUVRE-PIEDS, parce que (d'après la définition de l'Académie) 
c'est une sorte de petite couverture d'étoffe qui sert à couvrir les 
pieds. 

C'est ici surtout que se montre dans le Dictionnaire de r Académie l'application 
du principe que nous avons indiqué pour maintenir la distinction entre le singulier 
et le pluriel (voy. p. 174). Ce mot et les suivants ne prennent un s qu'au plurid. 
Nous ne nous arrêterons pas sur les explications, mais nous écrirons au singulier, 
avec l'Académie : un couvre-pied, un cure-dent, un cure-oreille, un entr'acte, 
on entre-côte, un eseuie-main, un garde- fou, une garde-robe, II en sera de même 
de un entre-ligne, un entre-nœud, un entre-sourcil , etc. Toutefois, nous n'ad- 
mettrons pas la marque du pluriel pour le mot entre-sol , parce que ce mot, selon 
nous, signiGe un logement entre le sol et le premier étage, et par extension tout 
logement pris dans la hauteur d'un étage, c'est-à-dire, entre le sol d'un étage et sa 
partie supérieure. Nous n'admettons donc pas, comme M. N. Landais, entresols, joa 
logements pratiqués entre deux sols. L'Académie se lait sur ce pluriel. A. L. 

Un CURE-DENTS, parce que (d'après la définition de l'Académie) 
c'est un petit instrument dont on se cure les dents; (—un cure-dent.) 

Un CURE-OREILLES, parcc que (d'après la définition de l'Académie) 
c'estunpetitinstrumentpropreàcurer lesoreilles; ( — un cure-oreille.) 

Un entr'actes, parce que (selon la définition de l'Académie) c'est 
un espace, un intervalle qui est entre deux actes, entre deux nœuds 
d'une pièce de théâtre; ( — un entr'acte.) 

Un ENTRE-CÔTES, parce que (d'après la définition de l'Académie) 
c'est un morceau de viande coupé entre deux côtes de bœuf; par la 
même raison, on écrira un entre-lignes^ un entre-nœuds, un enire^ 
sourcils. (Voyez couvre^ieds.) 

Un ESSUIE-MAINS, parce que (d'après la définition de l'Académie) 
c'est un linge qui sert à essuyer les mains ; ( — un essuie-main.) 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 189 

9 

Un LAVfi-MÀiNSy parce que ce mot signifie un ustensile de cuisine, 
de salle à manger où on se lave les mains; ( — mol rqeté par VAcadèm,) 

Un GARDE-FOUS, parce que, dit M. Lemare, un garde-fous est une 
barrière que Ton met au bord des quais, des terrasses, pour empê- 
cher que les fous ou les étourdis ne tombent; ( — un garde-fou,) 

Une GARDE-ROBES^ parce que (selon l'Académie) c'est une chambre 
destinée à renfermer les robes, les habits ; ( — une garde-robe.) 

Un GOBE-MOUGHES, parce que ce mot signifie une espèce de petit 
lézard fort adroit à gober les mouches. Figurément on a donné ce 
nom à l'homme qui n'a pas d'avis à lui. 

On reproche A i'Académie une contradicUon pour avoir doaaé un chasse-mouche 
et on gobe-mouches. Nous pensons, nous, que cette différence a été admise à des- 
sein. En effets une mouche suffit pour qu'on en soit importuné et qu'on ait besoin 
de la chasser, témoin la fable, le Lion et le Moucheron. Un gobe-mouches, au con- 
traire, ne prendrait pas ce nom s'il n'en aTalalt qu'une ; c'est ici une habitude, une 
manière d'être continuelle. La dIsUnction est donc juste. A. L. 

Un HAUT-DE-CHAUSSES, parcc que cette expression s'entend de la 
partie du vêtement de l'homme qui le couvre jusqu'au haut des 
chausses, actuellement appelé bas, culotte, pantalon. ^^ Chausser 
vient du latin calceare (de calceus, talon). Au pluriel on écrit hauts^ 
de-chausses. 

Conforme i la décision de l'Académie, qui admet aussi au singulier hauUde^ 
chausse. A. L. 

Un PÈSE-LIQUEURS, parce que (d'après la définition de l'Académie) 
c'est un instrument par le moyen duquel on découvre la pesanteur 
des liqueurs. — L'Académie : nn pèse-liqueur. 

Un PORG-ÉPiGS, parce que (d'après la définition de l'Académie) un 
porc-épics est un animal dont le corps est couvert de beaucoup d'épics 
ou de piquants. — Le mot épies, dit M. Bonifacc, n'est point une 
altération, c'est l'ancienne orthographe; on disait épie pour^/>t, 
piquant. €e mot vient du latin spica; 

On peut dire aussi que c'est un porc qui se distingue par Vépic; il y a là deux 
substantifs réunis sans préposition ; ils doivent s'accorder. Voyez le mot garde-note 
p. 180. Peut-être même est-ce un adjectif, porcus spicatus. Aussi l'Académie 
écrit un porc-épic. Nous avons déjà parlé de ce mot^ p. 38. Voyez aussi 
p. 190. A. L. 

Un PORTE-MOUGHETTES, parco que ce mot signifie un plateau de 
métal où l'on met des mouchettes.— Par analogie on écrira un porte-- 
lettres, et un porte-manteaux (autrement dit porte-habits) etc. , etc. 

L'Académie écrit un portemanteau. Voyez plus tiaut porte-aiguille. 

Un QUINZE-VINGTS, parce qu'un quinze-vingts est un des aveugles 



190 B8B sifii97Ai^l^& eoam^sÉs. 

pladés daas l'hôpital des Quinze-Vingts ou trois Geftt« aveugle». — 
L'Académie écrit l'hôpital des Quinze-Vingts avec un *, et un qutnxe" 
vingi sans 9; mais M. Lemare et M. Bonifoce font observer avec rai- 
wa que qumze-^ingts désigne dans les deux cas, au singulier et au 
pluriel, quinziHvingiainegy ou trois cents. 
Yoyei plus iMat eent-^uisse» 

Un SERRE-PAPIERS, parcc qu'un serre^apiers est une sorte de 
tablette où l'on serre des papiers. 

Un sous-ORDRES, parce que (dit l'Académie) ce substantif signifie 
celui qui est soumis aux ordres d'un autre. 

On dit ; être en souê'ordre. Or, un âous-ordre peut aussi bien indiquer un 
liomme qui est dans on ordre, un rang Inférieur. C'est pour cela que nous écrirons 
avec rAcadémie un sous-ordre et des soue-ordres, A. L. 

Un TIRE-BOTTES, parce que c'est un instrument propre à tirer les 
bottes. 

Gomme on peut très bien ne tirer qu'une botte arec cet instrument, rAjCadénie 
ne met point de s au singulier. Voyez tire-balle, p. 186. A. L. 

Un viDE-BOUTEiLLES, parcc qu'il n'est pas probable que cette dé* 
nomination familière ait été affectée au lieu où l'on ne boit qu'une 
bouteille, mais à celui où l'on en vide plusieurs. 

Cependant comme on peut aussi n*en vider qu'une, il est raisonnable d'écrire, avec 
l'Académie, un vide-bouteille. Nous concluons donc d'après tous ces enempies: que 
les substantifs composés doivent garder, le plus possible, la physionomie et les 
règles des noms primitifs. A. L. 

Les détails dans lesquels nous venons^ d'entrer lèvent toutes les 
difficultés sur la manière d'écrire au singulier et au pluriel tous les 
substantifs composés; cependant, pour ne rien laisser à désirer, nous 
allons donner la liste des substantifs le plus en usage, rangés par 
ordre alphabétique^ et tels qu'il faut les écrire au pluriel. Quant à 
leur orthographe au singulier, nous ne la donnerons point, afin 
d'abréger, et parce qu'elle ne peut pas présenter d'incertitude, puis- 
que tous les mots qui ont dans cette liste la marque du pluriel ne la 

» 

prennent (sauf les cas indiqués par l'expression au singulier un ou 
une) que quand on les emploie au pluriel. 

Observation, — Nous avons déjà remarqué^ p. 39, que l'Académie, écrivant 
au pluriel arcs-en^cielf prononce néanmoins arkenciel. Ce doit être la règle géné- 
rale de ce genre de roots composés. Prononçons : des ero-ken-Jambes, des p^r- 
képicSt des fié-rà-bras^ des gité-tapens. De là quelques personnes concluent, Mseï 
logiquement, que tous ces mots devraient être invariables» comme le sont vol-4nh 
vent, pot-au-feUy pct-en-Vair, coq-à-l'àne, pied-à-terre, etc. A. L. 



DBS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 



191 



LISTE DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS LE PLUS EN USAGE, 

orthographiés ainsi qu'ils doivent Fêtre au pluriel. 

[Nous mettrons en petits caractères^ entre deux crochets , les rectifications qui 
nous paraîtront devoir être adoptées. A. L.} 

JVota, Il y a des substantifs composés qui ne peuvent s'employer qu'au singulier; 
ils ne sont pas compris dans cette liste. 



Des 

Abat-faim (grosies pièces 

de viande), 
Abat-joar. P^eyeMp, 174. 
Abat-tent. Ibid, 
Abat-Toix. 

Aiguës - marines. Voye* 
p. 174. 

Appui-main. ^. p. 174. 
[Appais-maiDS.] 

Après-demain. 

Aprèa-dinées, après-diner. 

Après-midi. 

Après-soupées. 

Arcs-boutants. /^. p. 175. 

Arc»-doableanx. 

Arcs-en-ciel. 

Arrière-bouliqaes. 

Arriére-coi^. 

Arrière -gardes. 

Arrière- goâttb 

Arrière-nevetty. 

Arrière-pensées. 

ARffère^petlts^fils. 

Arrière-petiles-fiUes. 

Arrière-pointiu 

Arrière-saisons, 

Arrière-vassaux. 

AT«Dt-becs 

(terme d'arcbitect,). 
Avant-bras. 
Avant-cours. 
Avant-coureurs. 
Avant-derniers. 
Avant-faire-droit 

{terme de palais). 
Avant-fosses. 
Avant-goûts. 
Avant-gardes. 
Avant-main. 
Avant-murs. 



t>es 

Avant-pieux. 

Avant-propos. 

Avant-scène. 

Avant-postes. 

Avant- toits. 

Avant-trains. 

Avant-veilles. 

Ayant-cause. 

Ayant-droit. 

Bains-Marie. ^. p. 175. 

Barbes-de-bouc 

(salsifis sauva ffss). 

Barbes-de-chèvre 
{sorte de plantes), 

Barbes-de-Jupiler 
{sorte de plantes). 

Bas-fonds (un ou des) 
{terrains bas), 

[Un bas-fond.j 

Bas-reliefs (des). 

Bas- ventres. 

Basses-contre. 

Basses-cours. 

Basses.fosses 

(cachettes obscures et 
profondes). 

Basses-lices 

(terme de marine). 

Basses-tailles. 

Basses-voiles. 

Beaux-esprits. 

Beaux-flls. 

Beaux-frères. 

Beaux-pères. 

Bec-figues 
{oiseaux qui becquet- 
tent les figues), 

[Un becfigue.] 

Becs-d'âne 
I {sorte d^outils). 



Des 

Becs- de-canne. 

Becs-de-corbin. 

Becs-de-grues. 

BeUes-dames. 

(sorte de plantes), 

Belles-de-Jour. 

Belles-de-nuit. ^. p. 175. 

Belles-filies. 

Belles-mères. 

Belles-sœurs. 

Bien-aimés. 

Bien-être. 

Biens-fonds. 

Blancs-becs, f^, p. 1^4. 
(jeunes gens sans- ex- 
périence) : la poptie 
prise potur le tout» 

Blanc-manger. 

Blancs-de-baleine. 

Blancs-manteaux 
(religieux en manteaux 
blancs) : l'habit pour 
la personne). 

Blanc-seings. A^. p. 175t. 

BlancHBignés. 

[Peut-être biancs-fligoés.] 

Bon-chrétien. F", p. 175. 

[BoDS-chrétiens.] 

Bon-Henri. A^. p. 175. 

[BoDS-Henris.] 

Bon-mots (clea). 
[Bons mou.} 
Bouche-trous 

(terme de théâtre : rem» 
plaçants) . 

Boute-en-train. F'.p, 176. 
Boute-bors. 
Boute-tout-cuire. f^offex 

p. 176. 
Boute-feu. roysM p. 170» 



IIKS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 



Dt» 



Bonti-d'alle*. 
DouU-rliDtt. 

Branche* arainn [planM). 



(w. 



a dit) 



BreetM-denU. F. p. 
tVn brtebs-ileal.l 
(du) 
Bin«-eou. r. p. 118. 
Brite-glaca, f . p, 176. 
BrlH-moHn. 



[tfn 



Bri»-plene. 

ntlM-raiion 
(AomnMf ^i parlent 

«on* raffon, «an* tutte). 

Brlio-aeellè (voleur*). 

iDn brtM-ieellé*.] 

BrlH-«enl. F. p. 176. 

Brûle-toat, 

£>ille-lAll fplanlei). 
. Calllolt-roiaii 

{tortede pairti). 

Carïme-prcnant Jtommei 
matquéi aux jourt 
^a$, quand lecarime 

Cïins-rou. P'oyeip. 176, 

CuiC-croAte*. 

Ch)6-(CI«. 

{»u eaue-itU*. Foy. p- lll]- 

Cuic-col 

(tM on du). 
Cuie-molUi. f. p. 1 BT. 



I. A'. p. 187. 



[On 



Ccrf-volanlg (dej) 
{Intietei A quatre atlei) . 



Cbuie-cbleos. fi', p. ig?. 



lUai 



n.] 



ChasaS'Coquii 
Chaise-oiusin {det), 

lDd> ehs«B-couiiui.) 
ChiBie- marée, f, p. 176. 

(un ou du) 
ChtiM-moucbe*. fvyex 
o. I8T 



Dei 

'Cn ehuwHnauclM.] 

Cbaii-huaiiu. 

ChautTe-dre 

(offieieri qui chauffent 

la cire). 
ChtalTe-IIL 
Cbauiie-plcd. 

^ma^c!auM <Ie cuir pro- 

prei à chantier un *ou- 

Jï«r). 
Cbausiïi-lrlpea. 
(piigee). 
CbaavM-fODili. To^t 

p. I7S. 
ChEfi - d'oeuvre . f^oyet 

p. 117. 
Clign«i-Terli 
( ehlna , auirrmciit dit 

yeusit) 
ChfMu.l^Ker!. f. p. I8T, 
Cbcvre^rcullles. 
(fiu tbéTrchDilrM.] 
(un on de$) 
Cb<TTe-pie4i. f . p. IBS, 
[On cbèire-pie'-] 
l^aunM, eatyret). 
(dM) 
Chianl9.litg 
foll pottUi mil.). 

[«•Chie-en-lli.Ataii-I 

CUiibN>-facM 

{hommei qui tmtuM face 

Chiens- loupi. 

Chiens- marins. 

Cboui'flcun. ^. p. 17T. 

Choux-navets. 

Choai-rtves. 

Cleli-de-lil 

(datUenginire^. 
Cleli-de-iabicau 
[de tableau en général). 
Cloirei-TDie*. 

(imond..) 
Claque-oreilIPB /', p, 188, 
(cAopfiiitr qui claquent 

Itt OTlillcM). 

Cft-«lali 



Det 



CollTei-jaDncs 

(Oiteaux quipoTttnt une 
eoifft jaune : ta partie 
priée pour le tout). 

Colln-uiaillard. f p. 1,1 

[Ml -callna-mailltrdi.l 

Conlre-alltei. 

Contrc-amlraui. 

'Conlrv-Gpjiel] 

■Goiilre-ba»»ei, 

Conlre-biileilFi ■ 

Conlie-charges. 

Contre-cbevrooi. 

Coatre-cbeb. 

Contre-cisarf. 

Cuntre.«onp«. 

Conire-ilaiiiet. F. p. ITT* 

Contra- échanget. 

Contre-épicuvea. 

Conire-espallera. 

CuDlre-ttJiËIrei- 

CO[ilre-f«ntei. 

CoDlrn-âneiiei 

-Coatre-ragaci. 

Canlre-jour. V.f, 171. 

Cunlrc-lellres. 

Contre-mal trei. 

Contrc-maicbM. 

Contre-marée. 

lots conlre-oiaréet.] 

Conlre-marquef. 

CODtn-onlrej. 

Conlrt-polaoB. f. p. ITT. 



>.-J 



Conlre-rlivolulion». 

Contre-rondu. 

Conlre-rusu. 

Conlre-ïWtéa. V.p. iTT. 

Co-proptiétaires. 

Coq-4-line. *'. p. l'S. 

Coidona-biEua 

(ttpéce d'oieeaua). 
Corps -lie -garde . 
Corpa-de-logis- 
Conpfl.cul. 

Coupe-gorge, f^- p- 1 78 
Coupe-jarret. V. [>■ HB. 



i,up,..Jari 



Coupc-iiâle 

['« qu'tmphieni lee boi*- 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 



193 



De9 
langer* pour couper la 
paie). 
Courtes-bottes 
(petits hommes : c'est la 

partie pour le tout) . 
Gourtes-pailles. 
Goaites-pointes. F', p. 178. 
Goos-de-pieds (222). 
Couvre-chef. /^. p. 178. 
Couvre-feu. f^ p. 178. 

(un ou des) 
Couvre-pieds. Voyez pag. 

188. 
[Un coDvre-pied.] 
(des) 
Grève-cœur. y. pag. 178. 
Cric-crae. Voy. pag. 178. 

rt«fi) 
Croe-en-jambes. 
(Croc-eo-j ambe.] 
{des) 
Crocs-en-jambes. Voyex 

pag. 178. 
Croii-de-par-Dieu. 
(tfffi ou des) 
Croque-4iotes 
(musiciens de peu de ta^ 

lent). 
[Vn croque-oote, et un cro- 
que-mort.] 

(des) 
Culs-de-jatte. Voyex p^%. 

179. 
Cnis-de-basse-fosse 

(cachot). 
Culs-de-lampe. 
Guls-de-sac 
(rues qui imitent un sac), 

{un ou des) 
Cure-oreilles. V, p. 188. 
[Un cure-oreille.] 
Cure-dents. Voy, p. 188. 
{JJn cure-dent] 



Des 

Dames-jeannes 
(grosses bouteilles). 
Voyez pag. 179. 
Demi-bains. 
Demi-dieux (223). 
Demi-heures, etc. 
Demi-lunes. 
Deml-métaui. 
Demi-savants. 
Doit-et-avoir 

(t. de finance). 
Doubles-feuilles. 
Doubles-fleurs. 
Eaux-de-vie. V, p. 179. 
Eaux-fortes. 
Ecoute-sMl-pleut 
(moulins qui vont par des 
écluses), 

(un ou des) 
Entr'actes. V. pag. 188. 
[On entr'acte.] 
Entre-colonnes. 
[On entre-coloDue.] 

(un ou des) 
Entre-côtes. V. p. 188. 
[On enlre-côle.] 
Entre-lignes. V, p. 188. 
[On entre-ligne.] 
Entre-nœuds. V» p. 188. 
[On entre- nœud.] 
Entre-sourcils. V, p. 188. 
[On entre- sourcil.] 

(des) 
Entre-deux. 
Entre-sol. 
Épines-vinettes. 

{un ou des) 
Essuie-mains. V. p. 188. 
[On essuie-main.] 
(des) 
Ex-généraux. 
Fausses-braies 
(t, de fortification). 



Des 

Faux-germes. 

Fausses-couches. 

Fausses-fenêtres. 

Fausses-portes. 

Fausses-clefs. 

Faux-fuyants. 

Fiiux-lncidents. 

Faux- semblants. 

(un ou des) 
Fesse-cahiers 
(gui gagne sa vie à faire 

des cahiers , des rôles 

d'écriture), 
iOn fesse-cahier.] 
J Fesse-Matbieu. V, p. 179. 
[Des fesse-maihieuz. Acad.] 

(des) 
Fêtes-Dieu. 

Fier-à-bras. V.p, 179. 
[Des fiers-Â-bras.] 

Fins-de-non-recevoir 
(t, de palais), 

FoUes-enchéres. 

Fort-vêtus 

(Regnard, le Distrait, 

act. I, se. i;. 
Fouille - au - pot. Voyex 

pag. 180. 
Fourmis-lions. 
Francs-alleux 

{biens francs), 
Francs-réals 

(espèces de poires). 
Francs-salés. 
Francs-maçons. 
Fripe-sauce 

(goinfres, I. bas). 
[De« fripe- sauces.] 
Gagne-denier. F. p. 180. 
[Des gagne-deniers.] 

(des) 
Gagne-petit. V. p. 180. 



(222) Voyez les Remarques détachées pour savoir pourquoi il faut écrire 
cou^e-pied, et non coude-pied. 

(223) Au pluriel, le mot qui suit demi prend toujours la marque caractéristique 
de ce nombre; et demi ainsi placé ne varie jamais. Voyez le J où il est question de 
l'accord des adjectifs. 

1. 13 



SES Ajbstàhtifs compo^. 



Gape-pala. J'i p. 180. 
Garde-bourgeoise 

(t. depalaiÉ). 



-- t'iten 






seroiiplutôi gardcs- 
geoim.] 

Garde-boutique 

(marehanditu qui lonl 
depuis long(tmpt dam 
lalHivtiqve, lanj pou- 
voir êtrt vendtKtJ. 

Gardes -champètreB {121). 

Gardas-«tiflssfl.^oy. pour 
et mol et le* cinq tui- 
vantt, pag. isu. 

Jpes gardes-chïBBes-l 
Gardes-cÛtES. 
Gardes-rareelierg. 
Gariles-mngBBias. 
tiardes-marloeg. 
ICarilis-inarine,] 
Gard es- marteau. 
[Cardes- mirienui ] 

(des) 
Garde-noble 

(LdepataU). 



[M 






pour garde-l)o»rgesl<c.J 
fin nies -Dotf. J^', p. 180. 
[Gardcs-Doles.] 
Garde-Tue. 
Garde-manger. 

l'un ou dti) 
Cardc-fou5. f. p. i89. 
IVa garde-Iou.] 

{une ou dti) 
Garde-rabe». P'.p. 1H9. 
IBiie itarde-rnbe.] 
Guàe-tea.F", p. 180. 

(un ou dei) 
(iarde-mcubled. 



Vnt 
Garde-maladei. 
[Carde-malade.] 

(dot) 
Gardes-maladea.r.p.lSl 
Glle-méUer. F. p. 181, 
Gâle-plle. 



{m. 



adei) 



Gubc-moucbes. F. p. 189, 

Corames-goUM. 
Commes-réfiLnes 
(qui tiennent de la tui- 
ture de ta gomme tt de 
la rétine). 
Gorgea -chaudes. 
G auiies- crampes 
( eonvuUiont toudaintt 
du nerf de ta jambe). 
Grandf-juaîlres. 
Grand s- pères. 

lajatiaaipoi frophe, 
l toujourt le tort de 
. .tubiiantif. 
Grand'-iDéres(!aa.) 
(GsaNo' esl lo'ijour» in- 
Me). 

Grands- onclea. 

Gras-daubles. 

Gratte-col. 

Grippe-sou. Toy. p. JSI. 

'- B"PP J 

G os-beu 
G os-b ancg 



Go l I 



) 



[Dm hiuua-coli.] 

Haut-â-bas. 

(poTtes-baliei). 
Hauls-bords. 

(UT.) 

Haut-de-Khausecs. Vojn 

p. 181t. 

{de») 
Tlniits-du-thausses. f'oy. 

p. 18». 

Haaies-cooire. fr, p, ig2, 

Haaiei-coun. 

Hautes-ltces 

{fab, de tapiiserie). 
Hauie»-tutaiM f. 
Haules-pares. 
Haules-iailleB. 
HauiE-le-corpi. F. 
IW» haul-lB-corp«.) 
[Dm baula-rondi.] 
Havre-BflKi. /-■. p. 18î. 
Honnl'ffiuvre. ^. p. 182. 
HAiels-IHeu. 

i-huit,Ja-dauze, efa). 
[u» ou. dtt) 
Lave-mains, f^. p. iss. 
[nu laire-dHun.] 

(daX 
Loups-cerïiers. 
Loups-garous 

lain-levée. 

[L'Académie écrit tu n 
leut mot niMDl6Tie, bméi- 



IE2. 



'81. 



[Cl 



Guela apens. 
Guide -Aoe. 



MBltre-^g.4rtB. 

(dM) 

Malirei-ii-arls. 
Hal-aise 

{l'Aeadimie itqtprimalt 
trait d'union}. 



(224) Voïei, page 180, it rtgle anr l'emploi, an pluriel, do mot ffarrfs, en m 
posliîon avec un autre mot. 



Vm SU»STAIfTlf$ €<NtiP0SÉ3. 



t^& 



Dm 

[Des malaises.] 
Mal-entendu. 
[Des malentendus.] 

Mal-être. 
[Ce mot ne semble pas pou- 
V0ir prendre le plurieL] 

Messires-Jeans. ^.p. 176 

et 184. 
MeoTt-de-faim. 
Mezzo-termine. ^. p. 158 
(parti moyen^ ewpidient 

qttê l'on prend pour 

terminer une affaire) . 
Mezzo-tlnto (estampes en 

manière noire). 
Mi-août. 
(on ne pluralisc jamais 

les noms de mois). 
Mi-carêmes (226) 

(onpluralise carême) . 
[un 00 des) 
Mine-pleds. 

{famille d'insectes). 

{une on des) 

Mille-feoilles. 
[Vne mille-feuille.] 

Mitle-fleiirs. 

[Ce mot est toujours un 
plurtel,] 

{des) 

Mortes-saisons. 

Mottille-boiicbe. F.p. 182. 

Nerf9<-rérare8 

(I. de maréchalerie). 

Non- paiements. 

Non-valeurs. 



Des 

Opéra-comiques. 

[Des opéras-comiques.] 

Orties-griëches 

{espèce partie, d'orties) . 

Oui-dire 

{ce qu'on ne sait que sur 

le dire d' autrui). 
Outre-passes 

{terme d'admin, for est,). 
Pains-de-coucou 

{sorte déplantes). 
Pains-de-pourceau 

{sorte déplantes), 
Passe-debout 

(I. de finance). 
Passe-droit. /^. p. 182. 
[Des passe-droits.] 

Passe-paroles, ibid. 
Passe-parlout. Ibid, 
Passe-passe. Ibid. 
Passe-pied. 
[Des passe-pieds.] 

Passe-poil. 

[Des passe-poils.] 

Passe-port. ^. p. 182. 

[Des passe-ports.] 

Passe- temps. 

Passe-velours. 

Perce-neige. /^. p. 18S. 
{espèce de plantes). 

Perce-oreille 

{petits insectes qui s'in- 
troduisent dans, l'o- 
reille). 

[Des perce - oreilles. Voye^ 
p. 176.] 



Des 

Perce-pierre, ou Passe - 

pierre 

{espèce de plantes) . 
{un ou des) 
Pèse-liqueurs. V. p. 189. 
[Un pése-liqueur.] 

(des) 
Petits-deuils {mésange du 

Cap; poisson). 
PetiU-maltres. 
Petits-neveux. 
Petits-textes 

{t. d'imprimerie). 
Petites-nièces. 
Pieds -d'alouette 

{plante). 
Pieds-de-biche 
{instrum. de dentiste). 
Pieds-de-bœuf. 
Pieds-de-cbat 

{sorte de plantes). 
Pieds-de-veau. 
Pieds-droits 

t. d'architecture). 
Pieds- forts 

{pièces de monnaie). 
Pied-à-terre. F", p. 183. 
Pieds-plats. Ibid. 
Pieds-bots. 
Pies-griéches 
{espèce d'oiseaux dont la 

voix est très aigre). 
Pince-maille. F. p.181. 
(personnes qui ne négli» 

gent pa^ une maille. 



(226) Mi. Mot invariable qui ne s'emploie jamais seul, qui £e joint à plusieurs 
autres mots, et qui sert à marquer, soit le partage d'une chose en deux portions 
égales, soit Tendroit où la chose peut être partagée de la sorte. Mi-parti, mi- 
parité ; et au pluriel, les avis mi-partis; les opinions mi-parties. Mi-chemin^ 
mi-côtCf mi-jambe f mi-corps, dans ce cas on ne l'emploie qu'adverbialement avec 
la préposition à sans article: A mi-côte ^ à mi-corps, jusqu'à mi-jambes. (Dict. 
de l'Académie.) On avait reproché A l'Académie d'avoir écrit sans s la locution à 
mi-jambci Et dans son nouveau Dictionnaire, elle dit : t7 n'y a de l'eau qu'à mi- 
jambes. Sans doute, en thèse générale, c'est ainsi qu'il faut écrire ; mais non. par 
exemple, dans celle phrase: à peine eut^il mis un pied dans Veau, qu'il en etU 
jusqu^à mi-jambe. Il faut donc coMuIter leseoa. A. L. 

13. 



196 



DES SUBSTANTIFS COMPOSÉ». 



Des 

monnaie de très-peu de 

valeur). 
[Des pince -maines.] 
Pinee-sans-rire {hommes 

malins et sournois). 
Pique-niqae. V. p. 183. 
[Des pique-niques.] 
Plains-chants, f^. p. 183. 
Plats -bords 
{garde-fous qui régnent 

autour du pont d*un 

vaisseau). 
Plates-bandes. 
Plates-formes. 
Plats-pieds ou pleds-plats . 
{hommes méprisables) . 
Pleare-misère. 
Ponts-neufs. ^. p. 183. 
Ponts-levis. 

(tin; 
Porc-épics. F. p. 189. 
[Un porc-épic] 
Porcs-éplcs {des). 
Porte-aiguille, r. p. 184. 
Porte-arquebuse. Ibid. 
Porte-bougie. Ibid. 
Porte-broche. Ibid. 
Porte-crayon. Ibid. 
[Des portecrayoDS.] 
Porte-croix. Ibid. 
Porte-dieu. Ibid. 
Porte-drapeau. Ibid. 
Porte-enseigne. Ibid. 
Porle-élendard. Ibid. 
Porte-fais. Ibid. 
Porte-huilier. Ibid. 
{un ou des) 
Porte-clefs 
(guichetiers qui portent 

les clefs) . 
Porte-lettres. ^. p. 189. 



Des 

Porte-lumière. I^.p. 184. 

Porte-malheur. Ibid. 

Porte-manteau. Ibid. 

{officiers qui portent le 
manteau devant le roi, 
devant les princes), 
(un ou des) 

Porte-manteaux. F. p. 184. 

{morceaux de bois qui 
servent à suspendre 
les manteaux ou les 
habiU). 

[Un portemanteau.] 

Porte-montres, ^.p^ 184. 

[On dit dans un autre sens : 
un porte-montre. Votfcz 
p. 184.] 

Porte-mouchettes. Voyez 
p. 189. 

(des) 
Porte-mousqueton. Voyez 
p. 184. 

(tin ou des) 

Porte-rames. F. p. 189, 

(f. demanuf.). 

{des) 
Porte-respect. V. p. 184. 
Porte-vent. Ibid. 
{terme d'organiste) . 

Porte- verge. Ibid . 
{bedeaux) . 

Porte-voix. Ibid. 

Post-scriptum. V. p. 158. 

Pots-au-feu(227). 

[Des pot-au-reu. V. p. 185.] 

Pots-de-vin 

{présents au-delà du 

prix convenu). 
Pots-pourris 
{t. de littér.y de mus.). 



Des 
Pour* boire (228). 
[Des pourboires.] 
Pousse-cul 

{archers de la pousse), 
[Des poQSse-cuIs. Acai^} 

(un ou des) 
Pousse-pieds 
{espèce de coquilles), 
{des) 
Prête-nom. 
[D6« prête-noms. Acad.] 
Quasi-contrats. 
Quasi-délits. 
Quartiers-maîtres 

{officiers milit.). 
Quartiers-mestres 

{maréchaux de logis). 
Qu'en-dira-t-on. 

(tin ou des) 
Quinze - vingts. Voyez 

p. 189. 
[Un quinze-vingt.] 

(des) 
Qui-va-là. 
Rabat-joie. 
Reines - claudes. Voyez 

p. 185. 
Relève-moustache 

{pinces d'émailleur). 
Remue-ménage 
(troubles t désordres). 
Réveille - matin. Voye» 

pag. 185. 
Revenants-bon 

(profits éventuels). 
[Revenants-bons. Acad.] 
Rose-croix 

{secte d'empiriques). 

Rouges - gorges. Voyez 
p. 184. 



(227) Observez que pour exprimer que Von a mis au feu des pots pour toute 
autre chose que pour faire du bouillon et du bouilli, on écrit sans traits d'union clef 
pois au feu ; alors il n'y a plus à craindre d'équivoque avec le mol composé pot- 
au-feu. 

(228) L'Académie, Boisle, Gatlel , et beaucoup d'écrivains écrivent potir6oCf» 

CD un seul mot, et alors ils lui donnent au pluriel la lettre s (pourboires) . 



DBS SUBSTAirriFS COMPOSÉS. 



Sous-rrrmps. 

I Sous-liculenanlg. 

[ Soaa-localairei. 
, Sona-maltres. 
•I (un ou dei) 



Sagea-remme». ^oy* 

p. iSâ. 
Saiols-AugusUns 
((. d'imprim., plutimtrt 
forte* de earaelira 
auxquels on donne le iSoai-orilKs. f p. 190. 
nom de Saint- Atigai- ["" sous-ordre ] 
Hn ! la couM pour , Sous-ptéreis {dei). 
l'effet). 
Sainla-Bubu Sar-nrbitrea. 

( où un met la poudre Tai Iles-doutes. 

jlan» un taiweou). '■'*'« *'" <n'trumen,, 
pour tirer le vHi). 
Taupes- grllIoQS. 
Terre-filïina. f p. ISS 

{t. de forUfiealion). 
Téle-à-lÉle. ^ p. 186. 
TéLts 

(torle de plantes). 
Tire-balle- y. p. 186. 
IDei tlre-talles.] 

(un ou dei) 
Tire-bollBS. V p. 190), 
[Dn Ure-boUe.] 
Wm) 
boucbon J^. p> I3S. 

[DW li 

Tire- bourre. Ibid. 
iDea lirc-bourrci.] 

Tlre-foDd. Jiid. 

[Des lirfl-ropds.] 
Tlre-lIres. Ibid. 
Tlre-raoeile. Ibid. 



■e de planta). 
IDei ïaDg-de-drsgon,] 

Sauts condulls. Ployez 

p. 8&. 
(Su saur-coDdulu. iead.] 
Savoir^itre. 
Snolr-Tivte. 
Scmt-pcDsIoiu. 
Semi-loDï. 
SéMloi-coiUDllei. 
(un on du] 
Serre-dKiai. 

(det) 
Sem-6le. f. p. IBG. 
[Ah KiTe*Ble>.] 

(un ou dat) 
S<tT&-papiert. V. p. 190, 

(des) 
atm-Uu. V. p. 18& 
Serre-polDl. 
[«» aerre-poinls.] 
SoDge-creui (Aammci ri- 
ueuri, m^lancoliquei). 
SODse-malice 
{pertonriet malignes). 
Sot-l'T-laisBe {desitu du 
croupion d'une vataille). 
Souffre-douleur. 



Sout-wbriMesui- 

Soat-barbe 
(I. d«maHeAato'f«). 



Tire-pied. 
{Den lire-pie Js.] 
Tûulc-bonnes 

{iorte de plante*). 
Toule-Biinei 

tplantes totalement bon- 
nes et saines), 
Toule-épice 
(loris de plantes qui ont 

le goût de l'épiée), 
Tou-tou 

(petit* chien*). 
Toul-ou-rien 

{terme d'horlogerie). 
Tragédlei-opira. 



Des 

[Des irtgMlei-opérM.] 
Treole-^I-UD 

(espèce de jut), 
Trippes-madame 

le d'kerbes). 
Trouble-fÈle. r p. 188. 
Trous-madame. 

(un ou des) 
Vl-DU-pieds 

(hommes obscur*). 
(des) 

' Vl-tDol 

I (terme de jeu). 

! Vadc-mecum. f^.p. l^8 

(choses qu'on porte avee 
I toi). 

I Veot-tnccuin. f. p. I&3 
|(«ûrie de liiires çu'on 
I parle avee soi et com- 
modes par leur peti- 
tesse). 
■ Ven-coquiD) 
I (ehenille* de vigne), 

Ven-luiianU. 
' Ve»-è-n>te. 

Verts-iJe-gria. 

Ttce-amlrBui 

(offleier* de marine aprit 
I l'amiral). 

i Vlce-balUi. 

Vic6-coDsals. 

Vlee-^eranti. 

Vict-légau. 

Vice-prâsidenU. 

TIce-roia, 

Vice-relDei. 

(un ou des) 
; Vide-tHHteillPB.r. p. 190 

(petit bâiim. ; lieu de 
\ plaUir). 

[Cn Tide^bouleflle.] 
I (dw) 

: Vls-i-vii 

I (sorte de voiture*), 
I Vole-au-venl. V. p. 188 
I [pdtUseTie). 

, [vol-ip-Teni.J 



1 98 DU NOMBRE DES SUBSTÀMTIV8 

Quand deux noms sont unis par de, dans quel cas le setond doit'il 

être au singulier ou au pluriel? 

Nous ne connaissons que trois Grammairiens qui se soient occupés 
de cette question : M. Lemare, M. Fréville et M. Ballin (un des rédac- 
teurs du Manuel des amateurs de la langue française). C'est princi- 
palement Topinion de ce dernier Grammairien qui va ser\îr de base 
à la solution de cette difficulté. 

Il ne paraîtra sûrement pas inutile de faire remarquer d'abord que 
le Dictionnaire de V Académie^ qui est en général la source la plus 
certaine du bon usage, ne peut être ici d'aucune autorité, puisqu'il 
emploie le singulier et le pluriel dans les mêmes circonstances; par 
exempk on trouve : ' 

Aux mots : 

Amamds . . Pâte d'AMANDE, hu.ile d'AMANDS douce^ gâteau dV.MANOBs. 

Pâte. . . . Pâte d' amandes. 

Huile . . . Huile d'OLiVE^hvUBd'AMANDEsdouce». 

Couverture. Couverture de mulet, couverture de chevaux. 

Gelée. . . . Gelée de fomme, de groseille. 

Coing. . . . Gelée de coings. 

MARMELADE. . Marmelade de pommes, de prunes. 

Œillet. . . Ub pied d'oRiLLETs. 

Pied Un pied d'oEiLLET, trois ou quatre pieds de basilic, de guroflbe, 

deux cents piedft d'itRBREs. 

Les éditions de 1798 et de 1835 sont absolument conformés aux 
précédentes, excep1;é que le mot amande y est toujours au pfluriél 
dans pâte d'amandes «t huile d'amandes. 

Les auteurs du Dictionnaire dit de Trévoux n'ont pas suivi tiïie 
marche plus sûre ; on lit dans ce Dictionnaire : 

« Le chagrin se fait de peaux ^'âne et de mulet j les parcheniuasâe 
« peaux de mouton et de chèvres, » 

Ces citations, qu'il eût été facile djs rendre plus nombreuses, sont 
suffisantes pour prouver l'incertitude qui règne sur ce point de mam- 
maire, et par conséquent l'intérêt que présente la question à ré* 
soudre. 

Pour en donner la solution, il faut principalement s'attacher à 
distinguer dans quelle acception est employé le nom qui suit de. 

1® Si le second nom ne sert qu'à spécifier la nature du premier 
nom, ou, ce qui est la même chose, s'il n'est employé que dans un 



ITNIS PAR UNE PRÉPOSITION. 199 

sens généraly indéterminé» ce second nom ne prend point le $, qui 
est le signe du pluriel. 

S'il est employé dans un sens particulier, un sens déterminé, il 
prend ce signe, c'est-à-dire qull se met au pluriel. 

On écrira donc . 

Des caprices de femmb. Une pension de fimmss. 

Des taSf des touffes d'HBRBC. Un tas d'HESBEs médicinales 

Des coups de poinG| de pied . Un coup d'oiiGLSs. — L'Académie écrit un 

coup d'ongle, parce qu'on peut frapper 

avec un seul. 
Des vaisseaux chargés de toile. Un vaisseau chargé de morues. 

Des pots de basilic, des pots de Unpof de fleurs, un po< à fleurs (229), 

BIUBBB. un pot d'OBlLLBTS. 

Des marcKands de plume (pour lit). Un marchand de plumes (â écrire). 
Des marchands de faille, de foin, Un marchand d'ARBREs, d'ABRicoTS^ de 

de CIDRE. RAISINS. 

Des marchands de drap, de linge, de Un marchand de draps de Louviers et 
TOILE, de PAPIER^ de soie. d'Elbeuf, de toiles blanches, de toiles 

grises. 
Des marchands de musique. Un marchand de «rayures , dTES^ 

TAMPES. 

Des marchands de vin, de beurre, Un marchand de vins fins, de beurres 
de POISSON, de morue, de fleur salés et fondus, de harengs, de car- 

d'orange. PES , d'ANGUlLLES , d'fiCREVlSSES , dO 

FLEURS. 

Parce que, dans tous les exemples de la première colonne, le second 
nom est pris dans un sens général, indéterminé, tandis que, dans 
ceux de la seconde colonne, il est pris dans un sens particulier, dans 
un sens déterminé. 

En effet, des caprices de femme sont des caprices que Ton attribue 
au sexe en général; donc le mot femme est pris là dans un sens 
général, indéterminé. • — Une pension de femmes est composée d'in- 
dividus : alors le mot femme est pris dans un sens particulier, dé^ 
rarminé. 



(399) Vn pdt de fleurs est un pot où il y a des fleurs^ et un pot â fleurs est un pot 
pTOfNne à mettre des fleurs. On dit de même : un pot de confitures et un pot d con- 
fitures ; un pot de beurre et un pot à iMurre. 

Observez que l'on dit un pot à l'eau, un pot propre à mettre de l'eau ; et non pas 
pot à eauy qui est un gasoonisme. 

On dit aussi un pot au lait, et non un pot à lait. 

(L'Académie, Féraud, Galtel, Trévout \ 



200 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS 

Des marchandé de plume sont des marchands qaî vendent en masse 
de la plume pour faire des lits, des oreillers; là le sens est général, 
indéfini, indéterminé ; mais un marchand de plumes est un marchand 
qui vend des plumes à écrire : ici le sens est individuel , déterminé. 

Des marchands de paille^ de foin^ de cidre^ sont des marchands 
qui ne vendent pas individuellement une paille, deux pailles, etc. ; 
mais qui vendent en masse des parties tirées deVespèce; donc le sens 
est général, indéterminé, et un marchand d'arftm, é.* abricots^ de rat- 
sinsy vend toutes ces choses par individus, c'est-à-dire que le sens 
est déterminé, individuel. 

Des marchands de vin : on n*entend pas dire qu'ils vendent des 
vins, quoiqu'ils en aient de plusieurs espèces, on veut dire, en géné- 
ral, que ce sont des marchands qui vendent du vin, du cidre^ du 
hoisj du drap^ ou toute autre marchandise : ces mots du vin sont 
purement spécificatifs, ils forment un tout, une masse de même es- 
pèce, enfin un sens général, indéterminé; mais un marchand de vins 
fins s'entend d'un marchand qui tient différentes sortes de vins : là 
le sens est individuel, déterminé. 

Enfin des marchands de poisson sont des marchands qui vendent 
le poisson, le plus souvent, par morceaux, par tranches, comme la 
morue, le saumon, qui le vendent en masse, et toujours ce sont des 
parties de l'espèce en général; au lieu qu'un marchand de harengs^ 
de carpes^ d^ anguilles y vend par individus, c'est-à-dire* que ce sont 
des espèces particulières ou individuelles de ce que l'on appelle 
poisson. 

Quelquefois aussi il s'agit d'extraction ou de composition. — ^Voyons 
dans ce cas ce que l'on doit faire : 

Il faut examiner s'il est question de choses tirées ou extraites d'une 
certaine espèce, d'une certaine classe d'êtres, comme des têtes de coq, 
des queues de mouton, des coulis de chapon; ou s'il est question de 
choses faites^ composées d'individus de certaines espèces, de certaines 
choses, comme gelée de groseilles^ marmelade d^ abricots j coulis 
d^écrevisses. 

Dans le premier cas, le second mot ne prend jamais la marque du 
pluriel, parce qu'il a un sens indéterminé, et qu'il indique une espèce, 
une classe, une sorte. Dans le second cas, il prend le s, parce qu'il a 
un sens déterminé, et qu'il signifie des individus d'une espèce, d'une 
classe, d'une sorte qui entrent dans la composition de la chose. 

On écrira donc : des queues de cheval^ des crins de cheval; de 
l'huile d'olive; du suc de pomme: des gigots de mouton; de Teau de 



UNIS PAR UNE PRÉPOSITION. 201 

poulet; du sirop de groseille; de la gelée de viande ^ ie poisson ; de la 
conserve de mauve j de violette; de la fécule Ae pomme de terre; des 
morceaux de brique; parce que les queues, les crins sont tirés de Tes- 
pèce d'animal nommé cheval; les olives n'entrent pas individuelle- 
ment dans la composition de l'huile, mais Y huile en est tirée, extraite ; 
le suc est extrait de l'espèce de fruit nommé pomme; les gigots sont 
tirés, sont séparés d'un animal de l'espèce des moutons; Veau est * 
tirée de l'espèce d'animal que l'on nomme poulet ; le sirop est tiré, ' 
est extrait de la groseille, et ce fruit n'entre pas individuellement 
dans sa composition; la viande y le poisson n'entrent pas comme 
individus dans la composition de cette gelée ; la conserve est tirée, 
est extraite de l'espèce appelée mauve, violette; la fécule de pomme 
de terre est tirée, est extraite de la pomme de terre, qui y entre comme 
espèce et non comme individu ; enfin la brique est tirée de l'espèce de 
pierre factice que l'on nomme brique. 

Dans le second cas, on écrira : une troupe de chevaux; un baril 
d'olives^ une assiétée à*olives; une marmelade de pommes; un trou- 
peau de moutons; une fricassée de poulets; de la gelée de groseilles; 
de la conserve de pistaches , de citrons, de roses ; un ragoût de pommes 
de terre; une muraille de briques; parce qu'une troupe de chevaux 
est composée de plusieurs individus de cette espèce ; V assiettée^ le baril 
déclives sont composés d'un nombre d'individus de l'espèce de fruit 
nommé olive; les pommes entrent individuellement dans la compo- 
sition de la marmelade; le troupeau de moutons est composé de plu- 
sieurs individus de cette espèce; la fricassée de poulets est composée 
de plusieurs individus qui portent ce nom; les groseilles entrent 
individuellement dans la composition de cette espèce de confiture 
appelée gelée; la conserve de pistaches y de citrons ^ de roses, est com- 
posée d'un nombre d'individus, de choses appelées pistaches, citrons, 
roses; enfin un ragoût de pommes de terre est fait avec un nombre 
d'individus que l'on appelle pomme de terre; et une muraille de bri- 
ques est faite avec un nombre de pierres appelées briques. 

Présentement il ne sera pas inutile d'ajouter quelques observations 
sur le nombre que l'on doit employer après la préposition de, quand 
elle n'est pas précédée d'un nom substantif. Les exemples suivants 
feront voir que la moindre attention suffit pour reconnaître s'il faut 
le singulier ou le pluriel : 

Un enfant plein de bonne volonté. 
Un homme plein de défauts. 



202 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS 

Un peintre rempli àe talent.. 

Une jeune personne remplie de talents. 

Bonne volonté est au singulier , parce qu'on ne dit pas ûesbofifui$ 
volontés; défauts est au pluriel, parce qu'on ne dirait pas qu'un 
homme est plein de défauts s'il n'en avait qu'un. Tàlmt est au sin- 
gulier dans le premier cas, parce qu'il n'est question que d'un seul 
talent, celui de la peinture porté à un haut degré ; dans le second, 
on veut dire que la jeune personne possède les divers talents que donne 
une bonne éducation. 

« Je me nourris de beaucoup de lait et de fruits. » 

On ne dit pas des laits; mais, quand on se nourrit de fruits, on en 
mange nécessairement plusieurs. 

« La grêle a fait beaucoup de tor^dans ce canton. » 

« Cet homme a eu beaucoup de torts envers moi. » 

Beaucoup est suivi d'un singulier quand il marque Vextension, et 
d'un pluriel quand il marque la quantité; dans le premier exemple, 
il est question d'un tort étendu, grand, considérable; dans le second, 
on veut désigner plusieurs torts. 

Enfin, pour compléter cet article, nous allons examiner quand le 
nom, précédé des propositions d, en ou sans, doit s'employer au sin- 
gulier ou au pluriel. Ce sera M. Ballin qui résoudra cette question; 
nous ajouterons seulement des exemples à ceux qu'il a donnés. 

Le nombre est toujours indiqué par le sens; ainsi il n'y a aucune 
difficulté à cet égard. Quelques exemples en donneront la preuve : 
j'écrirai avec le singulier être sur pied, être en pied, faire pied sur 
quelqu*un, aller àpied^ parce que pied est spécificatif, employé d'une 
manière vague, indéfinie (230) ; mais j'écrirai sauter à pieds joints, 
parce que le mot joints réveille nécessairement l'idée de deux pieds. 

J'écrirai : ils courent de province en province. (D'une province à 
l'autre). — Vair est en feu, parce que feu, considéré comme un des 
quatre éléments, n'est pas susceptible de plusieurs unités. 

Elle a mis ses enfants en nourrice, parce que en nourrice est pris 
métaphysiquement et généralement comme le mot nourrissasi^, qui 



(230) L'asage, dit M. Lemare^ a^ dans toates ces phrases, consacré le singulier, 
parce qu'on prend le pied pour signifier la marche, la base. Habiller de pied en 
cap, c'est-Â-dire, depuis la base, etc.; des valets de pied, c'est-à-dire, des valets 
de marche, qui marchent et ne vont pas & cheval ; aller à pied, c'est aller en mar- 
chant, et non pas en voiture. 



UNIS PAR UNE PRÉPOSITION. 203 

signifie le soin et la manière de nourrir et d'élever les bestiaux ; mais 
j'écrirai, en &isant usage du pluriel, c'est une femme en couches, 
parce qu'on dit les couches d'une femms ; sa mère a assisté à ses cou- 
ches^ et que dans ce sens jamais le mot couthes n'est au singulier. 
L'Académie cependant écrit des femmes en couche, le second mot au 
singulier, et Féraud approuve cette orthographe ; mais M. Lemare, 
qui est un bon juge en grammaire, se range à l'avis de M. Ballin. 

Mais il ne s'agit pas ici de grammaire; il s'agit de l'usage; et rAcadémie constate 
qu'on dit la couche d'une femme aussi bien que tes coucfuiê. Par conséquent on 
peut écrire, sans faire une faute, une femme en couche, qui fait une couche. A. L. 

J'écrirai , elle avait F éventail en main , parce qu'il ne faut qu'une 
main pour tenir l'éventail, et, elle avait le van en mains, parce qu'on 
vanne avec les deux mains. 

Je suis sans pain, sans argent, parce quepatn et argent sont ici 
pris dans un sens vague, indéfini, et qu'ils n'ont point de pluriel 
dans ce sens ; mais j['écrirai avec le pluriel, je suis sans souliers^ 
parce que l'on pense nécessairement à deux souliers. 

J'écrirai avec le pluriel : cette mer célèbre en naufrages (231) : 

Tu vas donc, égaré sur l'océan du monde» 
Affronter cette mer en naufrages féconde. 
(Delille, Épitre sur VUtil, delà retr. pour les gens de lettres.) 

parce que une mer ne serait pas féconde pour un seul nauft*age (232). 

En «voilà assez pour mettre le lecteur en état de reconnaître li}i- 

■ •■>■' ' ■■■■->_■ 

(231) Boiteau atait dit dans la première édition de ses œuvres {Epitre au roi) : 

Regagne le rivage; 
Celte mer où lu cours est célèbre en naufrage. ^ 

Mais ses amis lui conseillèrent de mettre au pluriel célèbre en naufrages, et re- 
guffnê les rivages . Cependant, comme les rivages au pluriel n'est pas une eipres- 
fiioa tout & fait Juste, il changea entièremenKle premier vers, et écrivit : 

Sais-to dam quels périls avec moi tu t'engages ? 
Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages. 

Obsarves^ aussi qu'avec les adjectifs abondant, célèbre, fécond, formidsible, 
fertile, fameux, stérile, accompagnés d'un régime, le substanUf qui suit ce régime 
doit toi^ours être mis au pluriel. On verra l'application de ceci lorsqu'U sera ques- 
tion du régime dont chacun de ces adjectifs doit être suivi. 

(232) J'écrirai encore ^ 

De voleur à voleur on parle probité : 
L'injustice en appelle à ses droits légitimes ; 

Mais elle invoque Féquité 

Pour elle et non pour ses victimes. (M. Fr. de Neufeh., f. 7, 1. I.) 

De larrons à larrons il est bien des degrés ; 

Les petits sont pendus, et les grands sont tilrés. (Le méme« f. 7, 1. S.) 



i04 DU NOMBRE DES SUBSTANTIFS UNIS PAR UNE PRÉPOSITION. 

même quel est le nombre qui convient à un nom précédé d'une pré- 
position ; et il a dû remarquer qu'en général c'est le singulier qu'il 
doit employer, et qu'il ne doit faire usagé du pluriel que quand le 
sens réveille une idée précise de nombre, de quantité. 

Il faut reconnaître pourtant que dans certains cas les bons écrivains emploient & 
peu près indisUnctemement le pluriel pour le singulier; et l'on pourrait opposer aux 
exemples cités dans la note bon nombre de phrases analogues formant une autorité 
contraire. 
Ainsi Racine a dit dans Britannieus : 

Tandis que des soldats, de moments en moments, 
Vont arracher pour lui les applaudissements. 
Et Voltaire : 

De déserts en déserts errant, persécuté, 
J'ai langui dans l'opprobre et dans l'obscurité. 
Userait facile démultiplier les citations. Les auteurs de la Grammaire Nationale 
ont pris ce soin. Nous concluons avec eux qu'il n'y a point ici de règle absolue, et 
que le goût de Técrivain sera toujours son meilleur guide. A. L. 

Parce que , pour parler de probité entre voleurs , il suffit du voleur qui porte la 
parole, et du voleur qui écoute. 

Mais, pour établir bien des degrés entre les larrons, il faut comparer des larrons 
avec d'autres larrons. (M. Lemare, p. 542.; 

Enfin j'écrirai : 
« Un lac de cette étendue avait été fait de main d*homme, sous un seul prince. » 

(Bossuet, tiist. univ. , 3« partie.) 
« Jusqu'ici j'ai vu beaucoup de masques; quand verrai-je des vissées d'AonuiM?» 

(J.-J. Rousseau, Noun* Bel,) 
« C'est même une des raisons qm m a fait aller bride en main, puisque , etc. » 

(Racine, lettr, 39« à son fils.) 
Règne ; de crime en crime enfin te voilà roi. (Corneille, BodoçfWie, V, 4.) 
Il vous faudra, seigneur^ courir de crime en crime. 

(Racine, Briioamicus, act. IV, se. 2.) 
« Quant à moi, j'étais conduit de bâillement en bâillement dans un sommeil 
« léthargique, qui finit tous mes plaisirs. » (Montesquieu, 40^ let, pers.) 

« Le spectateur est comme la confidente, il apprend de moment en moment des 
« choses dont il attend la suite.» (Voltaire^ Comment, sur Rodog. , act. II, se. 2.) 
« Quittez-moi la règle et le pinceau; prenez un fiacre et courez de porte en porte; 
« c'est ainsi qu'on acquiert de la célébrité.» (J.-J. Rousseau, Emile ^ chap. III.; 
Ainsi de piège en piège, et d'oMme en abhne. 

Corrompant de vos cœurs l'aimable pureté. {Athalief act. IV, se 3.) 

Un lit de plume à grands frais amassée. (Boileau, le iMirin, ch. I.) 

Elle prépare des peaux d* agneau . 

On me craint dans les cours (la Vérité;, 
On me chasse de ville en ville. (Fn de Neurch. f. 1 1.) 

Principe qu'il importe de ne pas oublier. Pour ne point errer dans le choix du 
nombre, il faut se bien pénétrer de la pensée que Ton a Intention d'exprimer, on 
tout au moins recourir aux signes qui l'analysent. 



DEL ARTICLE. 205 



CHAPITRE IL 

' ARTICLE PREMIER. 

DE l'article. 

Le mot article^ dérivé du latin articulus^ qui signifie membre , se 
dit, dans le sens propre, des jointures des os du corps des animaux, 
unies de différentes manières, et selon les divers mouvements qui leur 
sont particuliers; de là, par métaphore, on a donné divers sens à ce 
mot. 

Les Grammairiens, par exemple, ont appelé article un petit mot 
qui, sans rien énoncer par lui-môme, sert exclusivement à détermi- 
ner le sens plus ou moins restreint sous lequel on veut faire considé- 
rer le substantif commun, ou le substantif abstrait avant lequel on 
le place. 

On divise l'article en article simple et en article composé. L'arti- 
cle simple est /«, to, les ; l'article composé : au^ aux^ du^ des (233) 

Comme notre langue a beaucoup emprunté du latin, il y a lieu de 
penser que nous avons formé notre /e et notre la du pronom t7/e, illa^ 
illud. De la dernière syllabe du mot masculin ille^ nous avons fait le; 
et de la dernière du mot féminin illa, nous avons fait la; c'est ainsi 
que de la première syllabe de cet adjectif, nous avons pareillement fait 
notre pronom il, dont nous faisons usage avec les verbes, comme du 
féminin t//a, nous avons fait elle. 

Nous nous servons de le avant les noms masculins au singulier ; 



(233; Cependant on peat regarder comme articles, on plutôt comme équivalents 
de l'article .• ce, cet, cette, ces; mon, ton, son; notre, votre, qttelquef nul, aucun, 
Umij dans le sens de chaqtte ; et un, deux, trois, etc. , parce qu'en effet ils font 
eux-mêmes la fonction de rarllcle, en donnant un sens restreint au substantif qu'ils 
précèdent ; mais ces équivalents n'en conservent pas moins leur nature d'adjectifs, 
car^ outre qu'ils déterminent la signification du substantif, ils le modifient en y 
ajoutant une idée de possession, de nombre, etc. , etc.; seulement on ne met point 
l'article avant les noms qui en sont précédés. C'est au surplus ce que nous verrons 
pins bas. (Article VU.) 



206 DE L'ARTICI^E. 

le roi, le jour^ nous employons la ayant les noms féminins aussi au 
singulier : la reine, la nuii^ et, comme la lettre 5, selon l'analogie * 
de la langue y marque le pluriel quand elle est ajoutée au singulier, 
nous avons formé les du singulier le. Les sert également pour les 
deux genres : les rois^ les reines. C'est en contractant avec la prépo- 
sition d et la préposition de les trois articles simples : le, la, les^ 
que nous avons formé les quatre articles composé?;: au, aiAx, du, des. 

Au est composé de la préposition il et de l'article le^ en sorte que 
au est autant que d le. Nos pères ne formaient qu'un seul mot de cet 
article composé d /e, en supprimant l'e, et di&iient al : al temps In- 
nocent II!, c'est-à-dire, au temps d'Innocent III . •— L'apoibtole 
MANDA AL PRODOME, le pape envoya au prud'homme. — ^Mainte l^ARUS 
I FU PLORÉE DE PITIÉ AL DEPARTIR, maintes larmes furent, plorées 4 
leur portement et au prendre congé. 

Toutefois ce changement de Tarticle composé al en au n'a pas lieu 
avant les noms qui commencent par une voyelle ou un h muet; et, 
pour éviter l'hiatus qui aurait lieu si l'on disait au esprit, au an%r 
mal, au homme, on a continué de se servir de la préposition é jointe 
à. l'article le, en élidant Ve muet de le avant la voyelle. Ainsi, quoi- 
qu'on dise au chapeau, au hois, on dit à l'esprit, à l'animai, 4 
rhomme. Mais si le nom est féminin, comme il n'y a point i*e nmet 
dians l'article la, on ne peut plus en faire au^ alors on conserve la 
préposition et l'article : à la raison, d V amitié, d la vertu. 

Aux sert au pluriel pour les deux genres; c'est une contraction de 
d les : aux hommes^ aux femmes, aux rois, aux reines, pour d tes 
hommes, d les femmes, d les rois, d les reines. 

4)u est une contraction de de le, et, tandis qu'on disait al pour d 
le, on disait aussi del en un seul mot, pour de le, afiu d'éviter te son 
obscur de deux e muets de suite : l^arrêt del conseil, pour l'arrêt djn 
conseil, Gervaise del chastel, pour Gervaise du oa«(e/. L'article ccm- 
tracté du se place avant tous les noms masculins qui commencent 
par une consonne; mais la préposition de, jointe à l'article {«eu te» 
selon le genre du nom, a été conservée avant tous ceux qui commen- 
cent par une voyelle : ainsi on dit de V esprit, de l'homme, de h^iVWt^ 
Par-là on évite l'hiatus ; c'est la même raison qu'on a donnée pmir mk. 

Enfin DES sert pour les deux genres au pluriel : des rois, des re^ 
nés, pour de les rois, de les reines* 

Cette notion de l'article est nette, simple et conforme au génie dé 
notre langue. Ainsi nous exprimons avec des prépositions, et surtout 
avec de et d, les rapports que les Grecs et les Romains exprimaient 



DE l'article. 207 

par les diverses terminaisons de leurs noms. Donc il n'y a pas de 
cas dans notre langue, et les Grammairiens qui en ont admis ont 
manqué d'exactitude (234). 



(234) Examen de l'opinion des Grammairiens qui veulent qu'il y ait dans la 
langue française des cas et des articles défiris et indéfinis. 

Des Grammairiens regardent les prépositions de et à comme des particules, comme 
des CAS^ qui servent, disent-ils, & décliner nos noms : l'une, dans cette supposition, 
est la marque du génitif, et l'autre, celle du datif. Mais n'est-il pas mieux de dis- 
tinguer entre les langues dont les noms changent de terminaisons, et celles où les 
termlaaAsons sont invariables, et de dire que les premières seules ont des cas et des 
AicLDiAisoifs^ et que les autres les suppléent par des prépositions ? Ce sont des 
meiens dilTérents, dont l'office est également d*énoncer les différentes vues de l'es- 
prit. Ainsi, dans notre langue, les prépositions tiennent lieu de la désinence des 
noms ; et nous n'avons en réalité ni cas, ni déclinaisons ; d'où il faut conclure que 
les prépositions de et d sont semblables à toutes les autres prépositions, par leur 
ssage et par leur effets et qu'elles ne servent qu'à faire connaître les rapports que 
nous avons & marquer. 

Et^ en effet, pourquoi les Grammairiens dont nous parlons veulent-ils former des 
eas et des déclinaisons avec les prépositiopd dj et à, plutôt qu'avec toute autre pré- 
po8lllon> eomme sans, avec, pour, dans, etc.? Quand je dis Vamour de la patrie^ 
la préposition de fait-elle une autre fonction que la préposition pour ? Lorsque je 
dis des vœux pour la patrie, n'est-ce pas, dans l'un et dans l'autre c^, une pré- 
position qui exprime un rapport ou une relation entre deux termes ? N'est-ce pa« la 
même manière d'énoncer des vues différentes ? La similitude est parfaite autan» 
qu'Ole est sensible. Hais, pour se tirer d'embarras, dans une distinction si peu mo- 
tivée que celle qu'ils ont imaginée, les partisans d'une erreur si palpable n'ont autre 
chose à dire, sinon que, comme les Latins n'ont que six cas dans leurs déclinaisons, 
nous ne devons de même en avoir que six : étrange raison pour attribuer une fonc- 
' tkHi particulière et privilégiée aux prépositions à et de, et pour les faire servir exclu- 
sivement à l'ofiSce imaginaire des déclinaisons. Encore une fois, les cas et les dé- 
clinaisons sont étrangers à la langue française : les noms qui se déclinent en latin, 
puroe qu'ils changent leur dernière syllabe dans le passage d'un cas à un autre, et 
qu'il en résulte un changement de voix et de son dans la prononciation, demeurent 
invMiables dans notre langue ; et c'est abuser des termes que d'induire les cas et les 
déclinaisons de l'identité des vues ou des rapports, quand les mots sont privés des 
terminaisons et des désinences qui constituent, à proprement parler, les cas et les 
déclinaisons. Que nous apprend-on quand on nous dit que notre accusatif tsi 
semblable au nominatif? ce ne sont là que des mots vides de sens ; l'esprit ne con- 
çoit rien dans cette assertion, sinon que run se met avant le verbe, et l'autre après ; 
c'est la place seule qui les distingue ; et^ dans l'une et dans l*autre occasion, le nom 
n'est qu'une simple dénomination. 

Par exemple, si je veux rendre raison de cette phrase : la lecture orne V esprit ; . 
je ne dirai pas que la lecture est au nominatif, ni que Tesprit est à Vaccusatif; je 



208 DE L*ÀRTICLE. 

ARTICLE II. 

DE l'accord de l'article 

L'article, modifiant le nom auquel on le joint, en indiquant une 



ne vois dans l'an et dans Tautre mot qu'aoe simple dénomination, la leetwê f l'es^ 
prit; maiSj comme par l'analogie et la syntaie de notre langue, la simple position 
de ces mots me fait connaître lears rapports et les difTérentes mes de Tesprit de 
celai qui a parlé, je dis : 

lo Que la lecture, paraissant le premier, est le sujet de la proposition , qu'il en 
est ragent, que c'est la chose qui a la faculté d'orner ; 2o que Vesprit elant énoncé 
après le verbe, il estTobjet (le régime) de orne; je veux dire que orne tout seul ne 
ferait pas un sens suffisant, qu'il ne serait pas complet : il orne, hé quoi? Vesprit; 
ces deux mots^ orne Vesprit, font un sens indivisible dans la proposition ; Vesprit 
est l'objet de la faculté d'orner, c'est le patient ; or , ces rapports sont indiqués en 
firançais par le sens de la phrase, ou par la place ou la position des mots, et ce même 
ordre l'est en latin par les terminaisons. 

On nous dit encore que le génitif est toujours semblable & Vablatif, et que le 
datif est marqué par le prétendu article à. Mais à chacune de ces deux prépositions 
de et à substituez toute autre préposition, et le mode ne différera pas du premier, 
parce que, dans l'une et dans l'autre occasion, il ne s'agit également que de marquer 
des rapports quelconques par le même moyen, c'est-à-dire par l'usage d'une prépo- 
sition, qui peut bien changer lo rapport, mais qui n'altère le mode en aucune mar 
nière. 

S'il faut pousser plus loin cet éclaircissement, nous ferons observer que les deax 
prépositions dont l'examen nous occupe viennent, l'une de la préposition latine de, 
et l'autre de ad ou ded. 

Les Latins ont fait de leur préposilion de le même usage que doqs faisons de 
notre de : or, si en latin de est toiyours préposition, le de français doit l'être éga- 
lement. 

lo Le premier usage de cette préposition est de marquer l'extraction, c'est-à-dire, 
d'où une chose est tirée, d'où elle vient. En ce sens nous disons un temple db 
marbre, un pont de pierre, un homme du peuple, 

2o Et, par extension, cette préposition sert à marquer la propriété : le livre be 
Pierre, c'est-i-dire le livre tiré d'entre les choses qui appartiennent à Pierre. 

En voilà assez pour détruire le préjugé répandu dans quelques-unes de nos gran»- 
maires, qpe notre de est la marque du génitif; car, pourquoi ce complément, qd 
est toujours à l'ablatif en latin^ se trouverait-il au génitif en français? Encore une 
fois, ce n'est qu'une préposition semblable à toutes les autres usitées dans notre 
langue, par l'office qu'elle fait de marquer les rapports qu'elle sert à nous indiquer. 

A l'égard de d, il vient le plus souvent de la préposition latine ad; mais, dans 
cette langue, cette préposition n'indiquait point le datif. 

D'après cette observation et celle que nous avons faite sur le mot de, on ne volt 



DE l'article. 209 

vue particulière de Tesprit, doit, de môme que l'adjectif, dont il sera 



donc pas pourquoi à quelqu*un pourrait être un datif en français ; nous devons 
regarder de et à comme de simples prépositions, aussi bien que par, pour, avec, 
etc. Les unes et les autres servent à faire connaître en français les rapports particu- 
liers que Tusage les a chargées de marquer, sauf à la langue latine à exprimer au- 
trement ces mêmes rapports. 

Il serait superflu de s'étendre davantage pour détruire un préjugé victorieuse- 
ment combattu par Dumarsais, de qui nous avons extrait en partie ce qu'on vient 
de lire; par Duclos, Fromant, Beauzée, Dangeau, Douchet, Hardouin , Batteux, 
Girard> d'Olivet ; par un grand nombre de Grammairiens modernes, tels queWailly, 
Lévizac, Marmontel, Sicard , M. Laveaux, etc., et enfin un préjugé contre lequel 
8'est prononcée d'une manière non équivoque l'Académie, qui a dit (dans son DiC" 
tUmnaire, au mot cas) : « Il n'y a point de cas proprement dits dans la langue 
« firançaise, quoiqu'il y ait des désinences différentes dans les pronoms. » 

Présentement , examinons si la division de l'article en défini et en indéfini est 
fondée. 

Quelques Grammairiens français, A la tête desquels il faut mettre les auteurs de la 
Grafumaire générale (partie II, chap. VII), ont distingué deux sortes d'articles , 
Ton défini, comme le, la ; et l'autre indéfini, comme un, une. 

Non content de cette première distinction, Latouche, qui vint après Arnauld et 
Lancelot, fut d'avis de reconnaître trois articles indéfinis. « Les deux premiers, dit- 
n, servent pour les noms de choses qui se prennent par parties dans un sens indé- 
fini ; le premier est pour les substantifs^ et le second pour les adjectifs : je les appelle 
articles indéfinis; le troisième article indéfini sert à marquer le nombre des 
cbofes, et c'est pour cela que je le nomme numéral, » (L'Art de bien parler fran- 
çais^ liv. 2, chap. I.) 

Le P. Buffier et Restant ont adopté^ & quelques différences prés, le même 
système. 

Mais Duclos (Rem. sur le chap. VII de la 2« partie de la Grammaire générale) 
et Beauzée (Encycl, méth,, au mot indéfini ) ont pensé que ces divisions d'arti- 
cles, défini et indéfini, n'avaient servi qu'à jeter de la confusion sur la nature de 
rarticle. 

Jn mot, dit Duclos, peut, sans aucun doute, être mis dans un sens indéfini, 
Cest-à-dire, dans sa signification vague et générale ; mais, loin qu'il y ait un article 
pour la marquer, il faut alors le supprimer. On dit, par exemple, qu'un homme a 
été traité avec honneur; mais, comme il ne s'agit pas de spécifier V honneur par-- 
ticulier qu'on lui a rendu, on n'y met point d'article; honneur est pris indéfini- 
ment, parce qu'il est employé, en cette occurrence, dans son acception primitive , 
selon laquelle, comme tout autre nom appellatif , il ne présente à l'esprit que l'idée 
générale d'une nature commune à plusieurs individus ou à plusieufs espèces , mais 
abstraction faite des espèces et des individus. Ainsi il est raisonnable de dire qu'il 
n'y a qu'une seule espèce d'article, qui est le pour le masculin, dont on fait la pour 
le féminin, et les pour le pluriel des deux genres. 

T. 14 



210 DEL ARTICLE. 

question bientôt, s'accorder toujours en genre et en nombre avec le 
substantif qu'il accompagne : « La beauté la plus rare est fragile et 
« mortelle. » 

<{ Il ne faut jamais, devant les femmes, rien dire qui blesse les 
« oreilles chastes. » 

« Tout le monde convient à présent que l'astrologie est la science 
« la plus vaine et la plus incertaine; mais du temps de la reine Ca- 



-M- 



Beaazée (sar le même sujet) ajoute & ces observations de Duclos ce qui suit : 

Dès qu'il est arrêté que nos noms ne subissent dans leurs terminaisons aucun 
changement qui puisse être regardé comme cas ; que les sens accessoires^ représentés 
par les cas en grec^ en latin, en allemand, et dans toute autre langue qu'on voudra, 
sont suppléés en français, et dans tous les idiomes qui ont & cet égard le même 
génie^ par la place même des noms dans la phrase^ ou par les prépositions qui lés 
précédent ; enfin, que la destination de l'article est de faire prendre le nom dans an 
sens précis et déterminé ; il est certain, ou qu'il ne peut y avoir qu'un article, oa 
que, s'il y en a plusieurs, ce seront différentes espèces du même genre, distinguées 
entre elles par les différentes idées accessoires ajoutées & l'Idée commone da 
genre. 

Dans la première hypothèse, où Ton ne reconnaîtrait pour articles que le, la, lêi, 
la conséquence est toute simple. SI l'on veut déterminer un nom, soit en l'appliquant 
& toute l'espèce dont il exprime la nature, soit en l'appliquant à un seul IndltMa 
déterminé de l'espèce, il faut employer l'article ; c'est pour cela qu'il est IntltBlé t 
V homme est mortel, détermination spécifique; l'homme dont je vot*s parle, Ste», 
déterminaUon individuelle. Si Ton veut employer le nom dans son acception erl* 
ginelle, qui est essentiellement indéfinie, il faut l'employer seul, rintention elC 
remplie : Parler en homme, c'est-à-dire conformément à la nature humaH^tf 
sens indéfini, où il n'est question ni d'aucun Individu particulier, ni de la totaKté 
des individus. Ainsi, l'introduction de l'article indéfini serait au moins une fiiillt-» 
lité, si ce n'était même une absurdité et une contradiction. 

Dans la seconde hypothèse, ou l'on admettrait diverses espèces d'articles, Y\Aée 
commune du genre devrait encore se retrouver dans chaque espèce, mais aveo 
quelque autre idée accessoire, qui serait le caractère dislinctif de l'espèce. Tèlssoftt 
les mots tout, chaque, nul, quelque, certain, ce; mon, ton, »on ; un, deux, 
trois, et tous les autres nombres cardinaux ; car tous ces mots servent à faire 
prendre dans un sens précis et déterminé les noms avec lesquels l'usage de BOtri 
langue les place ; mais ils le font de diverses manières qui pourraient leur faiie 
donner diverses dénominations : tout, chaque, nul, articles collectifs, dlstiogoés 
encore entre eux par des nuances délicates ; quelque, certain, articles partitifs ; im, 
deux, trois, etc., articles numériques, etc. Ici, il faut toujours raisonner de ménM : 
vous déterminerez le sens d'un nom par tel article qu'il vous plaira, ou que te 
besoin exigera : car ils sont tous destinés & cette fin ; mais dès que vous voodfei 
que le nom soit pris dans un sens indéfini, n'employez aucun article; le nom 1 00 
sens par lui-même. 



DE l'article. 211 

« therîne de Médicis, elle était si fort en TOgue, qu'on ne faisait rien 
« sans consulter les astrologues. » (Wauiy,page iso.) 

ARTICLE ni. 

DE LA RÉPÉTITION DE L'ARTICLE. 

L'article servant à déterminer la signification du substantif doit 
oonséquemment être répété avant chaque substantif : 

Le cœur, l'esprit, les mœurs, tout gagne i la culture. 

D'après cela, il est donc incorrect de dire : « Les préfet et maires 
€ de Paris ont présenté leur hommage au roi. — Les père et mère de 
€ cet enfant. — Les lettres, paquets et argent doivent être affran- 
c chis. » La grammaire exige : « Le préfet et les maires; le père et 
t la mère de cet enfont; les paquets, les lettres et l'argent doivent 
c être affiranchis. » 

Nota. Cette règle «^applique i tous les mots qui tiennent Heu de Fartlde. Il faut 
donc dire : son père et sa mète, et non ses père et mère. 

— Sans vouloir nier la règle qui nous paraît Juste, nous croyons cependant qu'il est 
certains cas où Feiception semble consacrée par l'usage. Remarquons d'abord que 
dans les phrases citées comme incorrectes l'article n'est pas omis, mais que seule- 
mait> pour domier an discours plus de rapidité, on a réuni plusieurs articles en un 
seni qirf retonbe sur les mots suivants. De même qu'un adjectif peut qualifier deux 
subslantib : père et mère intrépides, pourquoi rartlcle, qui est aussi une sorte 
d'adjectif j ne pourrait-Il pas servir i déterminer deux noms dans quelques cas par- 
UcnKen, surtout quand la forme du langage indique qu'il se rapporte nécessaire- 
ment à (608 les deux : les père et mère? La logique ne s'y oppose pas, et l'usage l'a 
déddé. Mais cela ne peut avoir lieu que devant certains mots habituellement réunis 
«t Héi étA)itement par le sens, comme les lettres et paquets, les us et coutu- 
misê (4ead.), Dictionnaire des arts et métiers (Âcad.), les prix et récompenses^ 
Us ministres et grands officiers , etc. Les grammaires les plus récentes adoptent 
cette excepllony et nous nous rangeons i leur avis. À. L. 

Quand les adjectifs unis par et modifient un seul et même sub- 
stantif, de manière qu'on ne puisse pas en sous--entendre un autre, 
Farticle ne doit pas être répété; ainsi on dira avec les Grammairiens 
modernes : « Le sage et pieux Fénelon a des droits bien acquis à 
« l'estime générale; » avec Boileau : 

A ces mots il lui tend le doux et tendre ouvrage. (Le Lutrin, ch. Y.) 

parce que, dans l'une et dans l'autre phrase, le substantif déterminé 
est unique; que c'est la même personne qui est sage et pieuse, et le 
même ouvrage qui est doux et tendre. 
Mais, lorsqu'il y a deux adjectifs unis par la conjonction et, et dont 

U. 



£12 DE L'ARTICLE- 

le motif est, pour Tun , un substantif exprimé, pour l'autre, un 
substantif sous-entendu, Tarticle doit se répéter. 

Vhisioire ancienne et la moderne. 

Les philosophes anciens et les modernes. 

Le premier et le second étage. 

11 y a deux histoires, deux étages, des philosophes anciens et dea 
modernes; l'un exprimé, et l'autre, à la vérité, sous-entendu, mais 
indiqué par un qualificatif qui lui est propre exclusivement; donc il 

faut répéter l'article. (Domergue, solutions gramm., page 443 ) 

Nota. Cette règle sur la répétition, oa la non répétition de Tarticle, s'applique 
aux adjectifs pronominaux mon, ma, mes, et aux pronoms démonstratifs ce, cet, 
cette. 

Voici comment Wailly établit cette règle : « L'article se répète avant 
« les adjectifs, surtout lorsqu'ils expriment des qualités opposées. » 

Cette règle, copiée par le plus grand nombre des Grammairiens, 
est, comme le fait observer Domergue, absolument fausse. 

1** L'article peut ne pas se répéter avant les adjectifs, et personne 
ne blâmera ces phrases : « L'élégant et fidèle traducteur de Corné- 
< lius-Népos, l'abbé Paul. — -Le traducteur élégant £t fidèle de Cor- 
€ nélius-Népos, l'abbé Paul. » 

2** L'article peut ne pas se répéter, quoique les adjectifs expriment 
des qualités opposées; on dit fort bien : « Le simple et sublime Fé- 
« nelon, le naïf et spirituel La Fontaine. » 

3* Enfin l'article doit se répéter, quoique les qualités qu'expriment 
les adjectifs ne soient pas opposées : Le second et le troisième 
étage^ 

La règle de Wailly manque donc de vérité et d'étendue, et celle de 
Domergue doit lui être substituée, comme étant très propre à guider 
la plume souvent incertaine de nos écrivains. 

Voyez plus loin, ch. III, art. 2, § I, Accord des adjectifê, une dlffienlté résolue 
qui a beaucoup de rapport ayec celle-ci. 

Voyez aussi, anx pronoms possessifs, ce que nous disons sur la répéUiion de ces 
pronoms. 

— Ainsi donc, Tarticle doit être répété toutes les fois que les adjectifs unis par «f, 
ou même par une conjonction, se rapportent à une personne ou à un objet difttreot 
En effet, le sens ne sera pas le même dans ces deux phrases : te style simple et 
sublime ; le style simple et le sublime. La première phrase ne désigne qu'une seate 
sorte de style; la seconde phrase en désigne deux. Il en sera de même de en 
autres locutions, l'homme vertueux autant que sage; l'homme vertueux aussi 
bien que le sage; l'enfant faible ou timide; l'enfant calme ou le turbuleni, eic 
Celte règle, comme on le voit; doit être absolue puisqu'elle est nécessaire à lacUrtè 



DE l'article. 213 

da langage, puisque Tomission de l'article change entièrement le sens de la phrase. 
Cependant nos bons écrivains ont quelquefois manqué à cette règle ; mais c'est 
qu'alors leur phrase ne pouvait laisser le moindre doute. Ainsi quand Montesquieu 
a dit : les historiens anciens et modernes ; Voltaire : les caractères vei'tueux ou 
méchants ; et Buffon : les oiseaux domestiques et sauvages y personne n'a pu se 
tromper sur le sens de ces locutions. Toutefois c'est une négligence qu'il faut éviter, 
car la précision et la clarté sont l'essence de notre langue. A. L. 

ARTICLE IV. 

DE LA PLAGE DE L'ARTIGLE. 

La place de l'article est toujours avant les substantifs, de façon 
que si ces substantifs sont précédés d'un adjectif, même modifié par 
un adverbe, l'article doit être mis avant eux, mais néanmoins après 
les prépositions, s'il s'en trouve : 

« La nature ne demande que le nécessaire; la raison veut l'utile; 
« Tamour-propre recherche l'agréable ; la passion exige le su- 
€ perfiu. » 

D'un pinceau délicat l'artifice agréable 
Du plus affreux objet fait on objet aimable. 

(Boileau, Art poét», cb. IIL) 
(Girard, Principes de la langue française, p. 212, t. 1. Wailly, p. 129.) 

n n'y a que l'adjectif tout et les expressions de monsieur, ma- 
dame^ monseigneur y par la raison qu'elles sont composées d'un ad- 
jectif possessif et d'un substantif, qui font changer cette marche de 
rarticle; ils le renvoient après eux; on dit : Tout le monde^ toutes 
les années, monsieur le président, madame la comtesse, monseigneur 

Vévéque» (Le p. Buffier, no 6ï7, et Girard ) 

ARTICLE V. 

DE l'emploi de l'article. 

U n'y a point de difficultés sur les règles précédentes; mais il n'est 
pas aussi aisé de connaître d'une manière précise les cas où l'on doit 
fidre usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en servir. Néan- 
moins voici un principe qui sera d'un grand secours pour les dis- 
tinguer, puisque toutes les règles particulières que nous allons don- 
ner n'en sont que des conséquences. 

Principe général. — On doit employer l'article avant tous les noms 
communs pris déterminément, à moins qu'un autre mot n'en fasse 



214 DE l'article. 

la fonction ; mais on ne doit jamais en faire usage avant ceux qu'on 
prend indéterminément. 

Un nom est pris détermînément, lorsqu'il est employé pour dési- 
gner tout un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. Quand 
je dis : Les femmes ont la sensibilité en partage^ le mot femmes est 
genre, parce qu'il se prend dans toute son étendue, que c'est la tota- 
lité des femmes que l'on caractérise; mais si je dis : Les hommes à 
prétention sont insupportables^ le moi hommes est espèce, parce qu'il 
est restreint à une certaine classe, ou à un certain nombre d'indi- 
vidus. Enfin, dans celte phrase : Le roi est bon et juste, le mot roi est 
employé individuellement. 

Un nom est pris indéterminément, lorsqu'on s'en sert uniquement 
pour réveiller l'idée qu'on y attache; que, ne voulant pi restreindre 
cette idée, ni la considérer comme genre, on ne détermine rien sur 
l'étendue dont elle est susceptible. C'est ce qu'on voit dans cet exem- 
ple : Il est moins qu'homme; car, ^ors, je ne veux pas donner à la 
signification du mot homme une étendue déterminée; je n'entends 
parler ni de tous les hommes en général, ni de telle classe particu- 
lière, ni de tel individu, je yeux seulement réveiller, d'une manière 
vague, l'idée dont ce mot est le signe. 

Un coup d'œil sur ces exemples sufllra pour faire connaître la na- 
ture de l'article : 1* Dans les femmes ou dans la femme, on voit qu'il 
oblige ce substantif à être pris dans toute sa généralité. La différence 
d'un nombre à l'autre fait seulement qu'au pluriel l'idée générale, 
les /emmes, se prend collectivement, c'est-à-dire, pour toutes les tBfOr 
mes à la fois; et qu'au singulier, l'idée générale, la femme, se preQ4 
distributivement, c'est-à-dire, pour toutes les femmes considérée» 
une à une; 2^ dans les hommes à prétention, l'article contribue avec 
les mots à prétention à déterminer hommes à une certaine classe; 
3** dans le roi est bon et juste, l'article concourt avec ton e/ju<?te à res- 
treindre le nom roi à un seul individu. 

Remarque. — Ce que l'on dit ici des noms appellatifs qui indiquent 
des objets réels ou physiques est applicable aux noms abstraits qai 
représentent des objets métaphysiques. En efiet les noms atoteits 
désignent une qualité ou une action d'une manière générale, aiais 
indépendante des diverses nuances dont elle est susceptible, et qui 
en font, en quelque sorte, différents individus. Par exemple, le mot 
paresse renferme également la paresse du corps et celle de l'esprit, la 
lenteur à sortir du lit et celle qui empêche de s'acquitter de ses de- 



DE L*ARTICLE. 215 

Toirs; le moi vertu renferme également la prudence, la tempérance, 
la docilité, etc. 

Ainsi on peut également considérer les noms abstraits dans un 
sens vague et indéterminé, et les considérer dans un sens général et 
déterminé. L'article employé avec ces noms indiquera ces nuances 
difiérentes. 

ARTICLE VI. 

CAS ot) l'on doit faire usage de l'article. 

RÈGLE GÉNÉRALE. — L'article, comme nous l'avons déjà dit, accom- 
pagne essentiellement les substantifs, lorsqu'ils désignent toute une 
espèce, tout un genre ou un individu particulier. 

Si, par exemple, en parlant des devoirs de l'homme, je veux en 
déterminer l'étendue à l'égard de l'espèce humaine, je ne dirai point 
les devoirs d'homme à hommcy idée vague et qui ne met confusé- 
ment en relation que deux individus; je dirai les devoirs de 
f homme envers V homme, et l'article alors désignera l'espèce 
entière. 

Ce que l'on dit du général peut se dire du particulier. 

Si je dis : < Les hommes à imagination sont exposés à faire bien 
« des fautes : presque toujours hors d'eux-mêmes, ils ne voient 
< rien sous son vrai point de vue, ce qui fait qu'ils prennent sou- 
€ vent des chimères pour des réalités. » Dans cette phrase les hom- 
mes d tmaginatUm désigne une collection qui forme une espèce, une 
classe distincte parmi les hommes. Enfin, si je dis : « La nature est 
« le trône extérieur de la magnificence divine; Y homme qui la con- 
« temple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône extérieur de la 
« toute-puissance. » Dans cette phrase, Vhomme ne désigne qu'un 
individu, par la restriction de la phrase incidente, qui la contemple. 
La nature forme aussi un sens individuel, et le trône est une chose 
déterminée, puisque c'est celui de la magnificence divine. 

De cette théorie de l'article, il résulte : 

Premièrement^ que la destination de l'article étant de donner une 
signification déterminée au mot qu'il accompagne, alors, toutes les 
fois qu'il entrera dans les vues de l'esprit de donner aux adjectifs, 
aux infinitifs de quelques verbes, aux prépositions, aux adverbes ou 
aux conjonctions, la fonction des substantifs, on les fera précéder de 
l'article, puisqu'ils auront une signification déterminée -. 

€ V honnête est inséparable du juste. (Uarmontei > 



216 DE l'article. 

« Dans tous les temps, dans tous les pays et dans tous les genres, 
« le mauvais fourmille et le hon est rare. » (voUaire.) 

Laissez dire les sols, le savoir a son prix. (La Fontaine, F. 161.) 

« Le mourir est commun à la nature; mais le tien mourir est 
« propre aux gens de bien. » (Mot d'AgésUas.) 

« Un bon esprit ne soutient jamais le pour et le contre, » 
« Il n'y a pas moyen de contenter ceux qui veulent savoir le pour- 
« quoi iu pourquoi, » (Leibniiz) 

Qu'en savantes leçons votre mase ferUle 

Partout joigne au plaisant le solide et Vutile, (Boil. , Art poét., ch. I.) 

Deuxièmement^ que l'on fait usage de l'article avant les substan- 
tifs pris dans un sens partitif, c'est-à-dire, qui désignent une partie 
de la chose dont on parle; parce que, dans ce cas, il y a toujours 
quelque mot sous-entendu, qui indique que les substantifs sont 
réellement employés dans toute leur étendue, et conséquemment 
dans un sens déterminé. En effet, cette phrase tirée de Fénelon : 
« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans aperce- 
« voir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement 
< situées, des terres qui se couvraient tous les ans d'une moisson 
« dorée, des prairies pleines de troupeaux, etc., » équivaut à celle-ci: 
« Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans aperce- 
« voir une portion ou quelques-unes de toutes les villes opulentes, 
« de toutes les maisons de campagnes, de toutes les terres qui se cou- 
« vraient tous les ans d'une moisson dorée, etc., etc., » où l'on voit 
que : des villes opulentes^ des maisons de campagne, des terres qui, 
etc., exprimant tout un genre, sont par conséquent dans un sens 
déterminé, et qu'ils ne sont considérés comme employés dans un 
sens partitif, que parce que l'esprit, frappé de l'idée partitive ren- 
fermée dans les mots une portion, quelques-unes, sous-entendus, 
rattache cette idée aux substantifs villes^ maisons, terres^ etc. : il y 
a là une sorte de syllepse (*). 

Cette règle est sujette cependant à une exception, c'est lorsque le 
substantif pris dans un sens partitif est précédé d'un adjectif, car 
alors on fait simplement usage de la préposition de, comme dans cet 
autre exemple tiré de Fénelon : « Celui qui n'a point vu cette lumière 
« pure est aveugle comme un aveugle-né. 11 croit tout voir, et il ne voit 
« rien; il meurt n'ayant rien vu; tout au plus il aperçoit de sombres 



(*) Voyez remploi de la syllepse, ch. XII, $ 8. 



DE l'article. 217 

« et fausses lueurs, de vaines ombres^ qui n'ont rien de réel. » Ici 
les substantifs lueurs et ombres ne sont pas précédés de l'article, 
parce que les adjectifs sombres et fausses se trouvent avant lueurs 
et l'adjectif vaines avant ombres ; ces substantifs n'ont pas besoin 
d'une marque de détermination, jpuisqu'ils sont déterminés par les 
adjectifs qui les précèdent. 

Mais il faut alors prendre garde de confondre le sens partitif ave« • 
le sens général, car ce n'est que dans le sens général que l'on fait 
usage de l'article devant le substantif précédé d'un adjectif. Ainsi on 
dira: « La suite des grandes passions est l'aveuglement de l'esprit et 
« la corruption du cœur. » — « Le propre des belles actions est d'at- 
€ tirer le respect et l'estime ; » parce que ces expressions des grandes 
passions^ des belles actions, ne désignent pas une partie, mais une 
universalité. 

On observera cependant que cette distinction du sens partitif avec 
le sens général n'aura pas lieu pour le cas où le substantif em- 
ployé dans un sens partitif serait lié par le sens d'une manière indi- 
visible avec un adjectif, de sorte qu'ils équivaudraient tous les deux à 
un seul nom, car alors ce nom aurait besoin d'être déterminé, c'est-à- 
dire, d'être précédé de l'article ; en conséquence on dirait : « Des 
« petits maîtres et des petites maîtresses sont des êtres insupporta- 
« blés dans la société, » et non pas « de petits maîtres, de petites 
« maltresses. » 

Heureux 1 si, de son temps (d'Alexandre), pour cent bonnes raisons, 
La Macédoine eût en des Petites-Maisons. (Eoil., Sat, FUI,) 
Ici Petites-Maisons signifient hôpital où on met les fous. 

Remarque. 11 y a des Grammairiens qui soutiennent qu'au singih 
lier on doit mettre l'article devant les noms pris dans un sens parti- 
tif, quoique ces noms soient précédés de l'adjectif, afin d'éviter 
l'équivoque dans le nombre du nom et de l'adjectif. Si l'on entend 
prononcer, disent-ils, de bon pain et de bonne viande, on ne saura 
si bon pain et bonne viande sont au singulier ou au pluriel, incon- 
vénient que l'on éviterait en disant du bon pain et de la bonne viande. 
Mais nous leur répondrons que, quand même cette équivoque ne 
serait pas presque toujours levée par ce qui précède ou par ce qui 
suit, ce ne serait pas une raison pour chercher à l'éviter par une 
faute réelle, puisque dans ce cas on doit prendre un autre tour. 
Quant à ceux qui s'appuieraient sur le témoignage de l'Académie, 
parce qu'on trouve dans l'édition de 1762 de son Dictionnaire : du 
grand papier et du petit papier, nous leur ferions observer que cette 



218 DE l'article. 

faute, qui apparemment était une faute d'impression, a été corrigée 
dans rédition de 1798 et dans celle de 1835. 

C'est donc avec raison qu'on écrira sans l'article, pour indiquer un 
sens partitif, un sens pris indéterminément. On n'a employé que db 
bon papier à cet ouvrage. — Foilà de bon papier, et non pas du ton 
papier, — Ck>de de commerce et non pas Code du commerce. 

Mais, voulant marquer un sens individuel, général, déterminé, on 
écrira : Je me suis servi du grand,papier qui était au magasin^ c'est- 
à-dire, de TOUT le grand papier que je savais être au magasin. Chemin 
bre DU commerce, et non pas chambre de commerce. 

Observez bien que si l'on ôte de cette phrase la proposition inci- 
dente, on ne pourra plus alors ejnployer que la préposition de, c'est- 
à-dire qu'il faudra supprimer l'article : Je me suis servi de grand 
papier; dans ce cas, le sens est toujours partitif. 

Il est néanmoinf des cas où celle proposilion incidente ne sera point exprimée et 
où il faudra malgré cela faire usage de l*arUcle parce qae le sens sera déterminé : 
ainsi l'on fera la différence du bon et du mauvais pain . S'il y a plosiears sortfli 
de papiers, on se servira du grand papier, du petit papier^ du bon papier. On 
dira les chambres de commerce en général, et le Code du commerce si on le com- 
pare au code d'une autre parlie. En un mol, la régie générale a encore ici tooie 
son application. A. L. 

Troisièmement. — Si un substantif est sous-entendu • l'ad^eçtif 
qui le représente reçoit pour lui l'article. 

« Les beaux vers me ravissent, les mauvais me rebutent. » 

Quatrièmement. — Les noms propres désignent les êtres d'une 
manière déterminée, en sorte qu'ils n'ont besoin d'aucun autre signe 
pour faire connaître les individus auxquels ils s'appliquent. C'est 
un principe que nous établirons dans un instant. 

Mais l'usage parait, au premier coup-d'œil, bien bizarre, lorsqu'il 
s'agit des noms de villes, de provinces, de royaumes, etc. ; çaf , ai 
l'on ne donne pas l'article aux noms de villes, parce qu'ils sont des 
noms propres, pourquoi le donne-t-on quelquefois aux noms de pro- 
vinces et de royaumes? Et, si on le donne à ces derniers, pourquoi ne 
le leur doime-t-on pas toujours? Est-ce caprice? est-ce raison? Nous 
aurions tort de condamner l'usage, si, dans cette variété où il parait 
se contredire, il y avait plus d'analogie que nous n'en voyons d'abord. 
Essayons donc de chercher cette analogie. 

Il y a des noms qui, sans être noms propres, ont cependant une 
signification fort étendue, parce qu'ils représentent un tout qui em- 
brasse un grand nombre de parties : tels sont les noms de métaux. 



DB L*AaTIGLE. 219 

Qr, on peut prendre oes noms dans toute l'étendue de leur significa- 
tion, et alors on les feit précéder de l'article; on dit l'or, l'argent, 
c'est-à-dire, tout ce qui est or, tout ce qui est argent^ mais si on ne les 
mploie que pour réveiller indéterminément l'idée du métal, on omet 
l'article : Une tabatière d'or. 

Si l'on dit^ je vous paierai avec de Vor, et non pas avec Sot, c'est 
qufl ce mot est alors déterminé, car il est employé par exclusion à 
argent. On ne s'arrête plus à la seule idée du métal, on se repré- 
fiente l'idée générale de la monnaie dont l'or et l'argent sont deux 
espèces, et ils demandent par conséquent l'article. Cependant on dit^ 
je vous paierai en or, parce que la préposition en porte toujours 
ayecelle une idée vague, qu'elle communique au nom qu'elle précède. 
Vous le démontrerons quand nous traiterons de cette préposition. 

Les hommes jugent toujours par comparaison, et, en conséquence, 
ils ont regardé une ville comme un point par rapport à une pro- 
vince, à un royaume. Dès lors, le nom de ville n'est pas susceptible 
de plus ou de moins d'étendue, et il se trouve naturellement parmi 
ceux qui ne doivent pas prendre d'article. Le Catelet et d'autres sem- 
blables ne font pas exception, car le Catelet e^^X employé, par corrup- 
tion, pour le petit château. 

Mais les provinces et les royaumes ont, comme les métaux, cette 
aignification étendue qui embrasse plusieurs choses. Ils peuvent 
donc être pris déterminément et indéterminément, et être employés 
avec l'article ou sans article. 

Dans ces occasions, il faut considérer si le discours appelle l'at- 
tention sur toute l'étendue du pays, ou seulement sur le pays, 
abstraction faite de l'idée d'étendue. On dit : je viens d'Espagne y de 
France, sans l'article, parce qu'alors il suffit de regarder V Espagne 
ou la France comme un terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de 
penser à l'étendue de ces royaumes. Mais, parce que les mots /tmt- 
les et homes font penser à cette étendue, on dit : les limites de la 
France et les bornes de VEspagne, 

Pourquoi dit-on, sans l'article, la noblesse de France, et avec l'ar- 
ticle, la noblesse de la France ? C'est que, par la noblesse de France, 
on entend la collection des gentilshommes français, et que, pour les 
distinguer de ceux des autres royaumes, il suffit d'ajouter à no5/««8e 
les mots de France, sans rien déterminer davantage. Mais, par la 
noblesse de la France, on entend les prérogatives, les avantages, 
l'illustration dont elle jouit : or, ces choses s'étendent sur toute la 



220 DE l'article. 

FrancCy el exigent que ce nom soit précédé de Tarticle pour indiquer 
toute rétendue de sa signification. 

L'usage, remarque Tabbé Régnier Desmarais, permet qu'on dise, 
presque également bien, les peuples de l'Asie, les villes de l'Asie, 
et les peuples d'Asie, les villes d'Asie ; les tnlles de France, les peu- 
ples DE France, les villes de la France, les peuples de la Frange. 
Ce Grammairien aurait pu remarquer qu'on dit également bien, 
et non pas presque également. 

En effet, l'usage autorise ces manières de s'exprimer ; mai s il ne per- 
met pas qu'on les emploie indifféremment l'une pour l'autre, parce que, 
lorsqu'on dit les peuples d' Mie, le&xues de l'esprit ne sont pas absolu- 
ment les mômes que lorsqu'on dit les villes de VAsie, Si l'on ne veut 
comparer que peuples à peuples, villes à villes, on dit : Zespcup/cse^^cs 
villes d'Europe ne ressemblent pas aux peuples ni aux villes d^Asie. 
Alors il suffit de déterminer les peuples et les villes d'Asie par opposition 
aux peuples et aux villes d'Europe, et, pour les déterminer ainsi, 
il n'est pas nécessaire de mettre l'article avant Asie ni avant Europe. 
C'est une règle générale, qu'un nom substantif ne prend point 
l'article, quand il n'est employé que pour en déterminer un autre : 
les jeux de société, les talents d'agrément. 

Mais on dit avec l'article : Les peuples de F Asie ont toujours été 
faciles à subjuguer, parce que l'on a moins dessein de considérer ces 
peuples par opposition à d'autres, que par rapport à l'étendue du 
pays qu'ils habitent. On dira de même avec l'article : Les villes de 
l'Asie ont connu le luxe de bonne heure; et sans l'article : Les villes 
d'Asie ne sont point bâties comme celles d'Europe. 

D'après les règles que nous avons données, on devrait dire : il vient 
d'Asie, d'Afrique, d'Amérique, comme on dit : il vient d'Espagne, 
d'Angleterre; car, dans l'un et dans l'autre cas, il suffirait de consi- 
dérer ces pays comme le terme d'où l'on est parti. Cependant il me 
semble qu'on dit plus communément il vient de l'Asie, de l* Afrique, 
de V Amérique, C'est peut-être parce que, supposant qu'on n'y a été 
que pour y voyager, on les considère moins comme un terme d'où 
l'on part, que comme des pays qu'on quitte après les avoir parcou- 
rus. Il me parait donc que, suivant les différentes vues de l'esprit, 
on pourrait dire également il vient d'Asie et il vient de l'Asie. Par 
exemple, je ne crois pas qu'on puisse blâmer cette phrase : il part 
d'Europe pour aller en Afrique. • 

Cependant il y a des noms de royaumes qui veulent absolument 
l'article, et l'on dit toujours : les rois de la Chine, du Pérou, du) Ja- 



DE L ARTICLE. 22] 

pan. Voilà donc des exemples où Tanalogie parait nous échapper. 
Voyons s'il serait possible de la saisir encore, car enfin nous avons 
de la peine à croire que l'usage soit aussi bizarre qu'on le suppose. 

Pourquoi disons-nous avec l'article, les limites de la France? 
C'est, comme nous l'avons remarqué, parce que le mot limites nous 
force à déterminer le mot France par rapport à l'étendue de tout le 
royaume. Il fendra donc toujours joindre l'article aux noms Chine^ 
Pérou, Japon, si, quelques circonstances nous ayant habitués à 
considérer ces pays comme fort grands, nous ne savons plus faire 
abstraction de l'idée de grandeur avec laquelle ils s'offrent à notre 
esprit. Or, voilà précisément ce qui est arrivé. Le vulgaire, qui fait 
l'usage, rempli des vastes idées qu'on lui a données de ces pays, et 
n'en jugeant que par les richesses que le commerce en a transportées 
dans nos climats, leur a attaché une idée de grandeur qu'il ne leur 
6te plus. 

La Terre, le Soleil, la Lune, V Univers, prennent l'article, et cela 
est fondé sur l'analogie; mais on ne le donne pas à Mercure, Fénus, 
Mars^ Jupiter et Saturne, parce que, dans l'origine, c'étaient des 
noms propres. 

Ces règles sont, pour les noms de rivières, de fleuves et de mer, 
les mêmes que pour les noms de royaumes. Je dirai sans l'article, 
je bois de Veau de Seine^ parce que, pour faire connaître l'espèce 
d'eau que je bois, il me suffit d'employer indéterminément le mot 
Seine, Mais je dirai avec l'article, l'eau de la Seine est bourbeuse, 
parce que je considère la Seine dans son cours, et que j'en détermine 
le mom à toute l'étendue de sa signification. 

On dit le poisson de mer, lorsqu'on ne veut que distinguer ce pois- 
son de celui de rivière; mais on dit le poisson de la mer des Indes, et 
l'article est nécessaire pour contribuer à déterminer ce nom à une 
certaine partie de la mer. 

Selon l'abbé Régnier, il faut toujours dire avec Tarticle, l'eau de 
la mer. Cependant il me semble qu'on ne pourrait guère être repris 
pour avoir dit : l'eau de rivière est douce et feau de mer est salée. 
Hais j'avoue que l'usage paraît favorable à la décision de ce Gram- 
mairien. Pourquoi donc ne dit-on pas de l'eau de mer, comme on 
dit le poisson de mer? 

En. parlant de l'eau de la mer, on n'a pas besoin de varier les tours, 
comme en parlant du poisson qui s'y trouve, parce que cette eau est 
supposée à peu près la même partout, et que \e poisson est différent, 
suivant les parties où il est péché. Il fallait non seulement distinguer 



222 DE fc'ARTieLE. 

le paissim de mer de celui de riviêrcy il fallait encore le distingaer 
suivant la différence des lieux, et c'est ce qui a introduit ces façonà 
de s'exprimer : poisson de mer^ poisson de la mer Méditerranée. Mais, 
comme reau ne demande pas ces mêmes distinctions, l'esprit s'est 
foit une habitude de considérer alors la mer dans toute l'étendue 
qu'il lui donne naturellement, et nous avons en conséquence conservé 
l'article dans cette phrase : Peau de la mer. 

ARTICLE VIL 
CAS ou l'on ne doit pas faire usage de l'article. 

RÈGLE GÉNÉRALE. — On ne met point l'article devant les noms 
communs, quand, en les employant, on ne veut désigner ni un 
genre^ ni une espèce^ ni un individu, ni une partie quelconque d'un 
genre ou d'une espèce, c'est-à-dire, quand on ne veut rien déterminer 
sur l'étendue de leur signification 

Le mal vient k cheval et s'en retourne â pied. 
C'est pea d'être équitable, il faut rendre service. (Voltaire.) 
Un bienfait reproché tient toujours lieu d'offense. (Racine.) 

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. (Gomeîlte.) 

. vaisseaitœ, armes, soldats, 

Ma foi lui promit tout et rien é Ménélas. (Racine. ) 

Pour bien entendre cette règle, on doit distinguer deux choses 
dans les noms communs : la signification et l'étendue de cette signi-^ 
flcation. La signification est ordinairement fixe, car ce n'est que par 
accident qu'on change quelquefois l'acception du mot; mais reten- 
due de cette signification varie, selon que les noms expriment des 
idées générales^ particulières ou singulières, et, dans ces trois cas, 
elle est déterminée. Ainsi donc, comme le disent MM. de Port-Royal, 
un nom est indéterminé toutes les fois qu'il n'y a dans le discours 
rien qui marque qu'on doive le prendre généralement, particulière- 
ment ou singulièrement ; et c'est pour cela que, dans les exemples 
que nous avons rapportés, les mots cheval, pied, service, offense, 
péril, etc., ne sont pas précédés de l'article. 

Remarque. — > Les noms communs sont souvent de purs qualifi- 
catifs; mais alors il faut distinguer le qualificatif d'espèce ou de 
sorte, du qualificatif individuel. Dans ces phrases : une table de 
MARBRE est belle; une tabatière d'or est précieuse; ces substantifs, de 
marbre et d'or, sont des qualificatifs d'espèce ou de sorte, parce que, 
à l'aide de la préposition de, ih ne servent qu'à désigner qu'un tel in- 



DE l'article. 223 

dividUy savoir: une table ^ une tabatière^ est d'une telle espèce; on 
n*a donc pas besoin de rarticle. Mais dans ces phrases : Une table 
DU MARBRE qu*on tire de Carrare e$t belle; une tabatière de l'or 
qui vient d'Espagne ^ ces mots du marbre^ de Vor^ sont des qualifi- 
catifs individuels, puisqu'ils sont réduits à l'individu par les propo- 
sitions incidentes, ce qui fait qu'ils sont précédés de l'article. 

Du principe établi ci-dessus, il résulte que les noms communs 
3ont sans article: 

1* Quand ils sont placés en forme de titre ou d'adresse; comme z 
OBSERVATIONS SUT Vétat de V Europe-, réflexions ^en^a^s; pré- 
face; il demeure rue Piccadillt/y quartier Saint-James, à I/mn 
dres ; 

2^ Quand ils sont sous le régime de la préposition en, comme : 
êiri en ville, regarder en pitié, raisonner en homme sensé ; 

Gfld ne doit point être pris comme règle générale, mais seulement comme excep- 
tion ; car rarticle sera nécessaire également ici dès que le sens devra être déler- 
nûné. Nous n'en voulons pour preuve que ce passage de Bossnet, Oraiê, fan» de la 
duchesse d'Orléans : « Ce que J.-G. est venu chercher du ciel en la terre» n'est- 
ce qu'un rien P. . . Ainsi tout est vain en /'homme si nous regardons ce qu'il donne 
au monde. > A. L. 

3* Quand ils s'unissent aux verbes avoir, faire, et quelques au- 
tres, pour n'exprimer avec eux qu'une seule idée : avoir envie, faire 
peur, entendre raison, rendre hommage, prendre conseil ; 

Ou lorsqu'ils sont avant tout et chacun : « Hommes, femmes, en- 
« fents, tous y accourent. — Centurion et soldats, chacun murmu- 
€ rait contre les ordres du général. » (venoi.) 

Avec m : « Chacun de ces deux ordres ne pouvait soufiffir ni ma- 
€ gistrats ni autorité dans le parti contraire. » (Le même.) 

\vec soit redoublé : « Soit inspiration de Dieu, soit erreur de 
« l'homme, qui se fait un dieu de son désir. » 

(Traductioa de la Jérusalem délivrée') 

Avec jamais : « Jamais, peut-être, historien n'a été plus atta- 
« chant. » 

Après tout : « Tout alors pouvait être embûche, et tout en effet était 
« trahison. » 

Toutes ces exceptions ne sont point absolues; elles doivent s'appliquer seulement 
au cas où le sens de la phrase est indéterminé , et c'est ce qui arrive le plus souvent 
avec ces formes du langage. Cependant il est des cas où le sens particulier exige 
rapplicaUon de la règle : 

« />peupleetrarmée, totit était consterné. > (Académie). 

« Le roi, /a reine, monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout 
« est désespéié. » (Bossuet, Orais. fun.) 



224 DE l'article. 

m fardeur dont ta sais que Je l'ai recherchée. 

Ni déjà sar son Dront ma couronne attachée, 

m cet asile môme où Je la fais garder. 

Ni mon Jusle courroux n'ont pu t'inlimider. (Racine, Mitktidate^ 111, i.) 

c Soit Tun, soit Tautre. » (Académie.) 

Jamais la France n'a élé plus puissante. 

Quant À la dernière exception, il faut remarquer qu'elle n'a lieu que pour les 

noms mis après tout dans le sens d'un substantif, parce qu'alors ce nom indique 

seulement une idée indéterminée. Et encore,' avec cette tournure de phrase, on 

a dit : 

Tout n'était qu'une mer, une mer sans rivages. 

L'adjectif indéfini tout tient lui-même quelquefois lieu de l'article, tout homme. 
Mais ailleurs ces deux mots se mettent ensemble : tout le mande, tout l'empire. 
C'est là tout l'homme. A. L. 

4** Quand le substantif est à la suite d'un verbe accompagné d'une 
négation, comme dans ces phrases : il n'a pas j>'esprit; elle n'a pas 
prêté D'argent ; parce qu'alors le substantif est pris dans un sens 
indéterminé. 

Remarque. — On ferait cependant usage de l'article, si le sub- 
stantif était suivi d'un adjectif ou d'une phrase incidente qui le mo- 
difiât. 

Je ne vous ferai point des reproches frivoles. (Racine, Bajaz. , V, 4.) 
Madame, Je n'ai point dissentiments si bas. (Le même, Phèd. II, 5.) 
N'affectez point ici des soins si généreux. (Volt., JHérope, l, 3.) 

« Ne donnez jamais des conseils qu'il soit dangereux de suivre. » 
On emploierait également l'article après un verbe accompagné 
d'une négation, si ce verbe était interrogatif , parce qu'alors le sub- 
stantif serait pris dans un sens partitif ; exemples : N'a-t-elle pas 
DE l'esprit? JS^a-t elle pas de l'argent? 

On voit dans ces dernières phrases que l'emploi de l'article dépend nécessaire- 
ment du sens de la pensée. En effet, le sens changeraiti si l'on disait je n'ai point 
de sentiments si bas; cela indiquerait l'absence de pareils sentiments; tandis 
qu'avec l'autre tournure, on a£Qrme qu'on a des sentiments plus élevés. Est'Ce que 
vous n* avez pas d'ar^enf? exprime le doute. Est-ce que vous n'avez pas de 
l'argent? exprime une affirmation du fait. La différence est bien marquée. A,L. 

5** On ne fait pas usage de l'article quand le substantif est pris 
adjectivement : 
« Le mensonge est bassesse. • — La sévérité dans les lois est huma" 

€ nité pour le peuple. » (Vauvenargues.) 

6* Quand un des équivalents de Tarticle (235), placé avant le nom, 



(335) Voyez, page 205, note 23.% ce que c'est que les équivalents de l'article. 



DB L ÀHTIGLE. 225 

le rend individuel, comme lorsqu'on dit ce temps, un temps, quel- 
que temps; et de même, quand un adverbe de quantité précède le 
nom, l'article n'a plus lieu; tout et nul Técartent de môme : tout 
HOMME est misérable lorsqu'il est délaissé; aucun, nul homme 
n'est infaillible. Mais comme tout, au pluriel, n'exprime qu'une 
totalité susceptible de restriction, il demande l'article : tous les 
HOMMES sont dominés par quelque passion qui décide leur car- 
ractère. 

Cette différence se fait sentir, en ce que l'on peut dire les hommes 
sont foui, comme on dit, tous les hommes sont; au lieu qu^ tout 
homme est ne peut pas se renverser de même : l'homme est tout^ di- 
rait autre chose. 

On dit tout Vhomme^ pour dire tout dans Fhomme, totalité indi- 
viduelle, quoique sous le nom de l'espèce : tout Vhomme n'est pas 
matière^ tout Vhomme ne meurt pas, pour dire : tout dans Vhomme 
iC est pas matière j tout ne meurt pas dans Vhomme^ tout dans Vhomme 
n'est pas mortel* 

T Quand les noms sont en apostrophe. 

Fleurs charmantes ! par vous la nature est pliu belle. 

(Delille, les Jardins, ch. III.) 

« Homme, qui que tu sois, si l'orgueil te tente, souviens-toi que 
c ton existence a été un jeu de la nature, que ta vie est un jeu de 
« la fortune, et que tu vas bientôt être le jouet de la mort. » 

(Marmootel.) 

8* Quand ils sont sous le régime des mots sorte, genre^ espèce^ et 
semblables : « Le méchant se laisse entraîner dans toute 8or(e d'excès, 
« par l'habitude de ne jamais résister à ses passions. » 

c De cette caverne sortait, de temps en temps, une fumée noire et 
« épaisse, qui faisoit une espèce de nuit au milieu du jour. » 

(Féoelon.) 

9** Pour donner au discours plus de rapidité et d'énergie, ce qui a 
lieu dans les expressions proverbiales et dans les sentences. 

Gemtrop heureax font toujours quelque faute (La Font., 1. 1, p. 29.) 

Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre. 

(Le même, le Loup devenu berger,) 

Le repenUr est vertu du pécheur. ^Voltaire.) 

Je préfère 
Laideur aCTable à beauté rude et fiëre. (Le même.) 

« Les arts sont enfants des richesses et de la douceur du gou- 

'• Vernement. » (Fontenelle, Éloge de Pierre l».) 

I. 15 



226 DE li'AEfriCLE 

« Pauvreté n'çst pas vice. — Qmkntemmi pî^ôse rîcbeqse. '— 
« Plus fait douceur que t7to/ence. » 

Je ne saurais tenir contre femme qui crie. (La Font., /0 MansignoL) 

Il faudrait qu*on sentit nnème ardeur, même flamme. 

(Th. Corneitie, Ariane, II, ^*) 

Souvent aussi, lorsqu'on fait une énuméralion : 
« Citoyens, étrangers, ennemis, peuples, rois, empereurs le •plai'- 
« gnent et le révèrent. » (Fiéciiier;) 

Je ne trouve partout que lAche flaHerie, 

Qu'injustice, intérêt, trahiem, fburbenie. (Alolière, JCiiotitA., I| l*} 

« Ce que les hommes appellent grandeur, gloire, pui9sancey pro- 
« fonde politique , ne parait à ces suprêmes divinités que misère ti 

« faiblesse. » (Fénelon.) 

« Que la royauté est trompeuse! quand on la regarde de loin, on 
« ne voit que grandeur, éclat et délices; mais de près, tout est épî- 

« neux. » (Le même.) 

10* Les noms propres de divinités, d'animaux, de villes et de 
Meux particuliers se mettent aussi sans l'article, parce que, comme 
nous l'avons déjà dit, le sens de ces noms est tellement déterminé par 
lui-même, qu'on ne peut pas se méprendre sur sa détermination. 
Ainsi l'on dit : 

Au milieu des clartés d'un feu pur et durable 

Dieu mit avant le temps son trône inébranlable. (Voltaire.) 

Minerve est la prudence, et yénus la beauté. 

(Boileau, Artpoét., ch. IVU) 

Mais si, après avoir généralisé ces noms, on veut les déterminer, 
on ne les regarde plus alors comme noms propres; on les considère 
comme des noms communs, que l'on restreint à un seul individu; 
voilà pourquoi l'on dit : « Bien des personnes regardent le Tasse 
« comme V Homère de l'Italie. » 

Voilà aussi pourquoi l'on dit : « Les Racines et les MolUres seront 
« toujours rares. » 

Voyez ce que nous disions à ce s^iet, au chapitre des Sabstantirs, page 135. 

Cependant on ne doit pas regarder comme une exception l'usage 
où nous sommes de joindre l'article aux noms des poètes et des pein- 
tres italiens; nous ne le faisons que parce qu'il y a ellipse dans cet 
emploi ; car ce n'est pas à ces noms que nous les joignons, c'est à un 
substantif sous-entendu. Nous imitons ce tour de l'italien, où la Ma* 
laspina, il Tasso, signifient /a confessa Malaspina, ilpoeta Tasso- 



DE L*ARTIGLB. 227 

n y a paiement ellipse dans le tour de phrase que nous employons, 
quand notre dessein est de placer la personne dont nous parlons 
dans une classe pour laquelle on a assez ordinairement peu d'égards : 
« La, Lemaure soutenait par la beauté de sa voix les plus mauvais 

« opéras La G n'était pas moins étonnante par sa légè- 

« reté que par sa grâce C'est un tour de la Gaussin. » 

Toutefois, l'urbanité française a depuis longtemps proscrit de la 
bonne compagnie ce tour de phrase, où on le regarderait comme un 
signe apparent et probable de mauvaise éducation^ — ou tout au 
moins comme une affectation d'assez mauvais goût. 

Tout ce chapitre est l'analyse de ce qu'ont dit sur cette importante 
matière Dqmarsais, d'Olivet, Condillac, Marmontel, Lévizac^ MM. Sil- 
vestre de Sacy et Maugard. 



^m^m 



16. 



228 DU GENRE DES ADJECTIFS. 



CHAPITRE IIL 

DE L'ADJECTIF. 

Vadjectif {*) ne désigne ni un être physique, ni un être métaphy- 
srque; il exprime seulement la qualité ou la manière d^être du stùh- 
stantif. 

Quand Tadjectif est seul, il ne présente rien de fixe à Tesprit, il 
ne lui offre que l'idée vague d'une qualité. Si l'on dit bon, grand, 
justCy l'esprit a une perception vague de honte, de grandeur, de jus-- 
tice; mais, si l'on joint ces mots à des substantifs, il saisit un rap- 
port réel, et voit ces qualités subsistantes dans un sujet, comme bon 
père , grand arbre ; ainsi un mot est adjectif quand il présente l'idée 
vague d'une qualité, sans spécifier l'objet auquel on l'attribue. 

(Dumarsais et Lévizac, page 243, t.1.) 

La nature des adjectifs n'est pas tellement fixe et déterminée qu'ils 
ne puissent devenir quelquefois de véritables substantifs; c'est lors- 
que, cessant de les considérer sous leur rapport de qualification, nous 
en faisons les objets de nos pensées, comme le bon est préférable au 
beau^ le vrai doit être le but de nos recherches -^dauïs ces exemples, le 
BON , c'est-à-dire ce qui est bon; le vrai , c'est-à-dire ce qui est vrai, 
ne sont pas de purs adjectifs ; ce sont des adjectifs pris substantive- 
ment et qui désignent un sujet quelconque, en tant qu'il est ton ou 
vrai. 

Souvent aussi le nom qu'on nomme substantif devient adjectif, et 
cela arrive lorsque ce nom est employé pour qualifier; ainsi quand 
je dis : « Henri IV fut vainqueur et roi comme Alexandre; » vain- 
queur et roi, substantifs, deviennent des adjectifs, puisqu'ils quali- 
fient le mot Henri IV. (Dumanais, au mot àé^tiif^ et Lévizac, u I, page S4t.) 



(*) Le mot adjectif y dit Domergae, signifie platôt qui ajoute d, que ajouU 4« 
La terminaison i/ exprime, en général, un sens acUr: Destructif b» signifie pas 
détruit, mais qui porte la destruction. Corrosif ne signifie pas rongé, mais qui 
ronge. Cette opinion a pour elle l*anaiogie> elle a de plus la raison : Ajouté à n'ei- 
primerait que le matériel de Tadjectif ; qui ajoute à en exprime la fonctioDjen ellH, 
le nom adjectif ajoute toujours au sens du substantif exprimé ou sous-entendu. 



DU GENRE DES ADJECTIFS. 229 

Mais si je dis Comeilh est un poëte, le moi poëte est substantif, 
parce qu'il est évident que je veux mettre Corneille dans une certaine 
classe d'écrivains. Poèfc, au contraire, est adjectif quand je dis Cor- 
neille estpoëte\ car alors je ne veux qu'indiquer la qualité que j'at- 
tribue à Corneille. (Condniac, page m, chap. XI, i" panie.) 

Il y a autant de sortes d'adjectifs qu'il y a de sortes de rapports ou 
qualités sous lesquelles on peut considérer les substantifs. Qu'un 
homme paraisse 6eau, laid, ridicule^ spirituel ^ etc., on a besoin d'un 
mot pour exprimer chacune de ces qualités, et ce mot est un adjectif. 

n suit de laque les mots un, tout, nul, quelque y aucun, chaque, 
tel, quel, ce, cet, mon, ton, son, vos, votre, notre, sont de véritsLbles 
adjeetife, puisqu'ils modifient des substantifs, en les faisant consi- 
dérer sous des points de vue particuliers. 

(M6me autorité, page 215, chap. XU, partie i.) 

Les Grammairiens qui ont rangé les adjectifs dans la classe des 
noms, et n'ont fait des uns et des autres qu'une même partie du dis- 
cours, se sont donc grandement mépris. Cela doit d'autant plus éton- 
ner, que la dissemblance entre les noms substantifs et les adjectifs 
n'est pas plus équivoque qu'entre les noms et les verbes , ou même 
entre la cause et l'effet. 

ARTICLE PREMIER. 

VARIATION ACCIDENTELLE DES ADJECTIFS. 

La fonction des adjectifs est, ainsi que nous l'avons dit, d'expri- 
mer la qualité ou la manière d'être des substantifs; et c'est ce qu'ils 
font en s'identifiant, pour ainsi dire, avec eux. Comme l'adjectif n'est 
réellement que le substantif même^ considéré avec la qualification 
que l'adjectif énonce, il en résuite qu'ils doivent avoir l'un et l'autre 
les mêmes signes des vues particulières sous lesquelles l'esprit con- 
sidère la chose qualifiée. Parle-t-on d'un objet singulier, l'adjectif 
doit avoir la terminaison destinée à marquer le singulier. Le sub- 
stantif est-il de la classe des noms qu'on appelle masculins, l'adjec* 
tif doit avoir le signe destiné à marquer les noms de cette classe. En- 
fin, l'adjectif doit être au masculin ou au féminin, au singulier ou 
au pluriel, selon la forme du substantif qu'il qualifie; mais en ex- 
primant 1^ qualités des objets auxquels l'adjectif est ainsi identifié, 
il peut les exprimer avec plus ou moins d'étendue : c'est ce que les 
Grammairiens nomment degrés de signification ou de qualification. 

(Dumarsais, EneycL m^fA., au mol A^eetif.) 



SaO DU GERRB DES ADJECTIFS. 

n y a donc trois choses à considérer dans les adjeetift : le gmue^ 
le nombre^ et les degrés de signification ou de qualification. 

DU GENRE DES ADJECTIFS. 

Le substantif n'est , & Texception d'un petit nombre de mots, que 
d'un seul genre. L'adjectif, au contraire, exprimant la manière d'être 
du substantif y doit être susceptible des deux genres : le masculin et 
le féminin ; il faut donc qu'il en revête la forme. 

I'* RÈGLE. Les adjectife terminés par un e muet ne changent pas 
de terminaison au féminin. On ne connaît alors dans quel genre ils 
sont employés que par celui des substantife qu'ifs accompagnent; 
tels sont volage^ fidèle^ aimable^ prude, etc. 

Cependant maître^ traître, diable, font au féminin mattre$$e, trat- 
tresse, diablesse; mais peut-être est-ce parce qu'on emploie souvent 
ces adjectifs substantivement. 

2'' RÈGLE. Les adjectifs terminés par une consonne, ou par une 
voyelle autre que Ye muet , servent pour le genre masculin : sain, 
pur, sensé, poli, etc., et leur féminin se forme par l'addition d'un e 
muet : saine, pure, sensée, polie, etc. 

Sont exceptés : 

1* Les adjectifs où l'usage a voulu qu'on doublât la consonne flr 
nale, en y ajoutant un e muet : sujet, sujette (236) ; partisan, partir 
tanne (237), etc., etc. Cependant on écrii sultane, anglicane, océane, 

tnahamétane^ persane, porte ottomane, etc. 

Voyez le doublement des Consonnes au ehapitre de l'Orthographe. 

2'' Malin, bénin, qui font au féminin maligne, bénigne. 

S"* Les adjectifs en eur formés d'un participe présent par le chao- 
gement de ant en eur, et qui font euse au féminin : 

Quêtant, quêteur, quêteuse; 

Polissant, polisseur, polisseuse ; 

Connaissant, connaisseur, connaisseuse ; 

Chantant, chanteur, chanteuse (238). 



(236) « Le duc dTork avait fait demander une de ses sujettes pour femme. 

(PâiMon.) 

(237) « EHe vous rendait bien Jostico, vous n'avet pas de fiorlitaiwie plus sin- 
• eère. > (Voltaire, Lettre 29« à d'Atembart,) 

L'Académie n'admet pas le Témlnln de cet adjectif. 

(238) CkanteuH désigne simplement celle qui chante. Quand on veut parltf 



DU GEimE DË8 ADJECTIFS. 231 

OBSiiTATiotf . Ces fortes de mots sont essentiellement adjectifs : un homme quê- 
teur, connaisseur, polisseur; mais la plupart sont employés substantivement, soit 
par ellipse, comme un flatteur; soit par analogie» comme un polisseur. 

Nous avons près de cent mots qui suivent cette règle. 

// faut en excepter : 

Bailleur (de fonds), qui Mi bailleresse; 

Demandeur (qui forme une demande en justice), demanderesse ^ 

Défendeur (qui se défend contre le demandeur), défenderesse; 

Pécheur Cquî commet des péchés), pécheresse. 

Je crois que dans ces mots, pour éviter l'équivoque, on a enfireint 
la règle, et qu'on a suivi une autre analogie, celle de pauvre, pau- 
vresse, drôte^ drôlesse (239), parce que l'on aura craint de confondre 
le féminin de ces substantifs avec celui de bâilleur (qui bâille), de- 
mandeur (qui importune par ses demandes), pêcheur (qui prend du 
pc^son), quoique bàiUeur et pêcheur ne s'emploient pas ordinaire- 
ment auH^inin. 

Défenderesse s'est dit par analogie avec demanderesse. 

H faut encore-en excepter : 

Inventeur, inventrice; 

Inspecteur, inspectrice. 

Ceux-ci n'ont pas adopté la terminaison en euse, soit par raison 
d'euphonie, car inspecteuse, inventeuse, etc., ne flattent pas agréa- 
m&al l'oreille; soit parce que ces mots appartiennent plutôt au style 
noble qu'à la langue usuelle. C'est un fait remarqué par plusieurs 
Grammairiens, que pour rendre l'expression plus énergique on s'é- 
loigne souvent de la route ordinaire. 

A l'égard des adjectif en teur, non dérivés d'im verbe au participe 
par le changement de an4 en eur, ils changent teur en triée , pour le 
fËminin : 

Dispensateur, dispensa^nee; 

Conducteur, coninctrice; 



d'wie personne qui a une grande réputation dans l'art du chant, on emploie le mot 
cantatrice f qui n'est point une forme particulière de Tadjeclif chanteur, employé 
au ffimiiiin ; eanùttriee est le féminin d'un aiJQectirinusné au masculin. 

(7Z9) Pauvre, borgne ei drôle sont communément du masculin et du féminin ; 
maSf les eipràsions populaires données à une femme ont une inflexion particu- 
lière : tfest «na- méchante borgnene, c'est une pauvresse ^ c'est une drôlesse, 

'Domergue.) 



232 DU GENRE DBS ADJECTIFS. 

Accusateur^ accusatrice; 
Instituteur, institu/rîce. 
Plus de cinquante substantifs suivent cette règle qui vient du latin. 

On n*a pas d'exempte da mot imposteur employé aa Téminin, soit comme sab- 
ttantif, soit comme adjectif. 

Ceux des adjectifs en eur qui éveillent une idée d'opposition ou de 
comparaison prennent un e muet au féminin. 

Antérieur, antérieure; Meilleur, meilleure - 

CiTÉRiEUR, citérieure; Mineur, mineure; 

Extérieur, extérieure; PosTÉRiEUR,po«(érîeMrtf,- 

Inférieur, inférieure; Supérieur, supérieure; 

Intérieur, intérieure; Ultérieur, ultérieure. 
Majeur, majeure; 

Ambassadeur, gouverneur, serviteur, font au féminin amboi- 
Modrice, gouvernante, servante. Ces deux derniers sont formés sur 
les participes gouvernant, servant. 

Les personnes qui savent ie latin verront que la plupart des sabstantift en teur 
et en trice dérivent des mots en tor et en trix : aecusatoff aectuatrix, etc. 

Chasseur fait chasseuse^ dans le style ordinaire : Cette femme est 
une grande chasseuse , (L'Académie.) 

Et CHASSERESSE, dans le style poétique : les nymphes chasseresses. 

(Même autorité.) 
Nota. On peut voir ici que la finale eute éveille ordinairement l'idée &ha- 
biiude. 

Les mots qui exprimentdes ^tofo^desac^ion^convenablesàrtiomme 
seul, ou qui sont censés ne convenir qu'à lui^ n'ont point de fé- 
minin ; tels sont : censeur, assesseur y appariteur y docteur, imprimeur; 
et même, quoiqu'il y ait des femmes qui professent, qui composent 
de la musique, qui ^odtff^m^, etc., l'usage n'admet point encore 
compositrice, traductrice, et l'oreille rejette professeuse. 

Observation. — J.-J. Rousseau a employé le féminin amatrice : 
« A Paris, le riche sait tout, il n'y a d'ignorant que le pauvre; cette 
« capitale est pleine d'amateurs et surtout d'amatrices, qui font leurs 
« ouvrages comme M. Guillaume faisait ses couleurs. » 

Ce mot, dit M. Bonifàce^ est approuvé par les règles de la néologie. 

Linguet, Domergue et d'autres savants l'ont également employé, 
et en ont pris la défense. Cependant le Dictionnaire de F Académie, 
éditions de 1798 et de 1802, fait remarquer qu'il est encore nou- 
veau; ety en effet, il est si rarement employé qu'on peut dire que les 



DU GElfRE DES ADJECTIFS. 233 

éorivainSy et surtout les Grammairiens , doivent être extrêmement 
circonspects lorsqu'ils eu font usage. 

L'Académie en 1 835 ne l'admet pas. 

On dit buveuse^ empailleuse, émailleusey colporteuse, décroteuse : 

Un certain homme avait trois filles , 

Toutes trois de contraire humeur : 

Vue buveuse, une coquette, 

La troisième, avare parfaite. (La Fontaine, Fable 45.) 

Et Domergue approuve l'emploi de ces mots, quoique l'Académie 
ne les ait point admis dans son Dictionnaire. 

En 1835, l'Académie admet empailleuse et buveiue, mais seulement dans cette 
locaUon buveuse d*eau. 

Au surplus l'Académie n'est pas la seule autorité qui n'indique 
pas ces féminins; nous avons consulté beaucoup de Grammaires ei 
de Dictionnaires, et nous ne les y avons pas trouvés, de sorte qu'il 
&ut avouer qu'ils ne sont pas généralement adoptés. 

Les féminins des mots appréciateur^ consolateur^ créateur, dénonr 
dateur y destructeur , inventeur, scrutateur, imitateur, législateur, 
adulateur, producteur, triomphateur, et quelques autres , peuvent 
être employés avec succès. 

£n voici des exemples : 

« Heureux qui possède cette pDilosophie appréciatrice de toutes 

« choses! » (Mercier.) 

« Quand l'imagination créatrice eut élevé ces premiers monu- 
« mcnts, qu'est-il arrivé? le sentiment général fut d'abord sans doute 

« celui de l'admiration. » (La Harpe, tntrod au Cours de LUI.) 

« C'était une nation bien destructrice que celle des Goths. » 

(Montesquieu.) 

M. Moreau et M. l'abbé Royou ont aussi employé ce mot ; et Ri- 
cbelet l'indique comme le féminin de destructeur. 

« La nature est l'inventrice et la législatrice de tous les arts. » 

(Vauvenargues.) 

« Tel est le morceau qui a allumé la bile dénonciatrice de M . de. ... » 

(Linguet, Journal polit, et litt., t. IX, page 227.) 

« Là une industrie créatrice de jouissances appelait les richesses 
c de tous les climats. » (voiney.) 

« L'histoire , ainsi que les nations déprédatrices et conquérantes, 
t semble avoir pris pour règle d'équité le mot de Brennus: rœvictis! 

(Marmontel, Élém, de litt , tome IV, livre 2.) 

« Rome , cette nouvelle Babylone imitatrice de l'ancienne , commo 
« elle enflée de ses victoires triomphante de ses richesses, souillée 



334 D6 CramS des AIUSGTtFg. 

c de ses idtd&tries , et penécHirke do peuple de Dieu y tombe aussi 

< comme elle d'une grande chute. » 

(BoMuet, Diécows sur PhUtote uHtwrtêUêf l« partie, psff» 8M.> 

« Vos ennemis ne seront parvenus qu'à faire graver sur vos mé- 
« dailles, triomphatrice de l'empire ottoman Qi pacificatrice de la Po- 

< logne. » (Volulra. lettre à Catherine U.) 

Da cœur hamain sombres dominatrices. 
C'est TOUS sartoat» Toagoeuses passionSi 
Dont les folles émotions 
Ùes plus chers entretiens nous gAtent les délices. 

(Delille, te Conversation.) 

« Fûttdra-t-il toujours que l'imagination adulatrice ajoute & la 

« majesté d'un débris antique? » (u narpe. Éloge de voltaire.) 

L'insatiable et honteuse avarice. 

Do genre humain pâle dominatrice. (J.-B. Roosseaa.) 

De mes douleurs noble consolatrice, 

(Gampenon, V Enfant prodigué, chant lY.) 

O toi l' Vinepiraîriee et l'objet de mes chants. 

(Demie, la Pitié, chant I.> 

« Nous pouvons l'appeler la restauratrice de la règle de S. Be- 

« noit. » (Bossoet.^ 

« La vérité mène à sa suite le doute philosophique, l'analyse acni- 

< tatriccy la raison aux cent yeux. » (Domergne.) 

« Combien je suis éloigné de ces philosophes modernes qui nient 
c une suprême intelligence, productrice de tous les moûdes ! y 

(Voltaire.) 

Enfin, qui craindrait de dire la peste désolatricey une nation apo- 
Katrice; et, en parlant d'une femme, c'est une habile spécukUricef 
calculatrice; elle ne sera jamais délatrice de personne. 

Ces mots et plusieurs autres seraient certainement très bom dttis 
nos écrivains, dans nos dictionnaires. 

Tout ce que l'on vient de lire sur le féminin des adjectifs en air est en partie 
extrait du Manuel des amateurs de ta langue française, par M. Bonlface, à qui 
nous dévoils beaucoup d'autres remarques également uttles sur les dUDMtés^de 
notre langue. 

— Il faut reconnaître que la plupart de ces mots sont très dnrb et désagrèaUes i 
l'oreille. Us peuvent être réguliers, mais iU ne sont pas harmonieux, et foUà pour- 
quoi nos bons écrivains les emploient fort peu. Parmi ceux qui viennent d'être dtès, 
r Académie n'admet pas le féminin de appréciateur, calculateur, désolatêur, 
destructeur, déprédateur, pacificateur, spéculateur, triomphateur. A. L. 

4*" Sont exceptés , les adjectifs en eux qui font euse du féminin : 
neureux. heureuse; vertueux ^ vertueuse, etc. 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. SS5 

5* Lesadjectîfeén/, qui changent cette consonne en ve; bref, 
bréve^ neuf, neuve, etc. 

6"* 1^8 adjectifs ci-après qui font leur féminin de la manière sui- 
vante: 



AMOUt(o<MBpMétetMiiogiiM.) abtouie» 

BiAU àeUâ. 

Dlahc .... blanche. 

Caduc caduque. 

Doux douce. 

Epoux épouse. 

Faux. . . ftxuese. 

Fatom favorite. 

Fou folle. 

Fiais* • •• fraîche» 

FiAHC franche» 

GiBC .... grecque. 



Jaloux jahuee. 

JouTXNGXAU jouvencelle. 

Long. longue. 

Mou. . • molle. 

NouTSAU nouvelle. 

Public «• . . • publique. 

Roux • • rouese. 

Sic sèche. 

TiXRS tierce. 

Turc turque. 

Vieux vieille. 



1^ Remarque. — Les adjectifs fou y mou y beau y nouveau, vieux^ 
peuvent être considérés comme ne donnant pas lieu à l'exception^ 
parce que leur féminin mollcy folle, belle, nouvelle^ vieille, se forme 
du masculin fol, mol, bel , nouvel y vieil , dont on fait usage avant un 
mot qui commence par une voyelle ou par un h muet. 

(Dumarsais et le DicL de C Académie.) 

^^ Remarque. — Fat, châtain y dtspoSy résous, n'ont pas de fé- 
minin. 

3* Remarque. —On écrivait autrefois, au masculin comme au fé- 
minin, les adjectifs momentanée, instantanée, éthérée, ignée, simul- 
tanée, spontanée; on les trouve même indiqués ainsi dans le Die- 
Honnaire de l'Académie (édit. de 1762) : mais l'usage a fait raison de 
cette exception, et ces adjectifs suivent aujourd'hui la règle générale, 
c'est-à-dire qu'ils ne prennent deux e qu'au féminin. L'Académie, 
dans l'édition de 1798, a adopté ce changement, excepté pour le mot 
êimuUanée, auquel elle conserve, dans tous les cas, la terminaison 
ffiminine, et en cela elle est en opposition avec la majorité des bons 
écrivains. 

En 1835 cette difléreuce a dispani , et l'Académie écrit également cétacé, cru' 
staeé, testacié 

§ w. 

DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 

RÈGLE GÉNÉRALE. Tous les adjectifs, de quelque terminaison qu'ils 
soient, forment leur pluriel par la simple addition d'un s, soit à la 



236 DU NOMBRE DES ADJECTIFS 

forme masculine, soit à la forme féminine, grand ^ grands ; petit, 
petits ; grande f grandes ; mou^ mous (240). 

(Dumarsais, EncycL méth., et letGrammairieDS moderaet.) 

Cette règle est sujette à trois exceptions. 

1" Exception. — Les adjectifs terminés au singulier par t ou par 
X ne changent point de forme au pluriel ; tels sont gras , gros , heu-- 
reux , etc.; ils ressemblent en cela aux substantifs chasselas, car^ 
quoiSy croix, sens, etc. (Mêmes autorités.) 

2® Exception. — Les adjectifs terminés en eau au singulier for- 
ment leur pluriel au masculin, en ajoutant un x : ainsi beau, jur 
meaus nouveaUj îoni beaux^ jumeaux^ nouveatAX. (L^DieLderÀead.) 

3° Exception. — Les adjectifs terminés en al forment leur pluriel 
au masculin en changeant cette terminaison en aux; ainsi Ton 
dira avec F Académie : des droits abbatiaux y des biens allodiaux, 
des verbes anomaux^ des esprits arsenicaux, des fonts baptismaux, 
des nerfs brachiaux, des édits bursai^, des péchés capitaux , des 
points cardinaux, des lieux claustraux, des héritiers collatéraux, 
des ofiBiciers commensaux , des effets commerciaux , des remèdes 
cordiaux, des droits curiaux, des prix décennatix, des biens doma-" 
niaux, des deniers dotaux, des poids égaux, des ornements épisco- 
paux, des droits féodaux, des points fondamentaux, des principes 
généraux, des juges infernaux, des points lacrymaux, des sinus 
latéraux, des moyens légaux, des princes libéraux, des usages lo- 
eaux, des remèdes, des jeu^ martiaux, des peuples méridionaux, 
des préceptes moraux, des juges municipaux, des conciles natio- 
naux, des habits nuptiaux, des ^S9.ixmespénitentiaux, des nombres 
ordinaux, des peuples orientaux, occidentaux, des biens patri-- 
moniaux, des ornements pontificaux, des juges présidiaux, des cas 
prévotaux, des articles principaux, des verbes pronominaux, des 
jeux quinquennaux, des notaires royaux (241), des biens ruraux. 



(240) L'Académie indique le pluriel masculin de cet adjectif; il fait moia avec 
un $ et non pas un x, comme Ta écrit Rollin ou son imprimeur. 

(Féraud, Gattel, M. Laveaui.) 

(241 ) L'adjectif royal précédé des substantifs lettres, ordonnancée, fait TùyaMO 
et non royales .* les lettres royaux sont les lettres qui s'expédient en chancellerie» 
au nom du roi. 

Ménage (chapitre 26 de ses Observations) est d'avis que ce pluriel féminin 
royaux vient de ce qu'autrefois on remployait^ en toute occasion, pour le féminin 
comme pour le masculin. 

Toutefois, dit Fabre, p. 195 de sa. Grammaire, si l'usage autorise ces locatloDS 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 237 

des ornements îocerioiauXy des mots saeratneniaux^ des droits sev- 
çnewiiaux^ des pays septerUrionauœy des vases sépulcraux, des pou- 
TOirs ipédauœ, des ressorts spiraux^ des règlements synodaux, des 
trésoriers triennaux , des arcs triomphaux, des ofiQces vënauâ?^ des 
cercles verticaux^ des esprits vitaux. 

L'Académie ne s'est pas expliquée sur beaucoup d'autres adjectifs 
qui ont, au singulier , leur terminaison en al; cependant comme 
nous pensons avec Domergue que la plupart , pour ne pas dire tous, 
du moins si l'on en excepte ceux dont on ne fait usage qu'avec des 
substantifs féminins, peuvent s'employer au pluriel, alors c'est à l'a- 
nalogie de décider s'ils doivent se terminer en als ou en aux , puis- 
que ces deux terminaisons sont également grammaticales. Toutefois, 
pour la satisfaction de nos lecteurs, nous allons présenter des ob-* 
servations sur chacun de ces adjectifs. 

Amical : le pluriel de cet adjectif n'est indiqué nulle part; mais 
puisque l'on dit un conseil amical, pourquoi ne serait-il pas permis 
d'exprimer cette idée au pluriel? et pourquoi blàmerait-on celui qui 
dirait : j'ai des conseils amicals à vous donner? 

Boifte doone amicaux, L'Académie ne reconnaît pas ce plarieh 

Annal : Féraud et Trévoux disent des arrêts annaux. 

Archiépiscopal : le pluriel n'est pas indiqué; mais, puisque 
l'Académie dit épiscopaux, il n'est pas douteux qu'on peut dire ar- 
chiépiscopaux. 

Austral : Féraud est d'avis qu'il ne faut dire ni australs ni aus- 
traux; et il se fonde sur ce que l'on n'emploie cet adjectif qu*avec le 
mot fàninin terre et avec le mot pôle : pôle austral ou méridional, 
qui ne saurait se dire au pluriel; cependant dans le Dictionnaire de 
P Académie (édit. de 1798 seulement) et dans celui de M. Laveaux, 
on trouve les signes austraux. 

Automnal : le même Grammairien (Féraud) ne croit pas que l'on 
puisse dire les trois mois automnaux, mais bien les trois mois d^au- 
(omme. L'Académie et plusieurs lexicographes disent positivement 



icbeOef à la loi de l'aceord, il ne faut pas oublier qu'elles ne sont asUées qu'au 
pluriel; eC> excepté ces termes de formule, on dit au féminin royales : « Il y avait 
« autrefois en France plusieurs abbayes royales, » (L'Académie.) — « La clémence 
« et la libérattlé sont des vertus royales, » 

(Le DicL critique de Féraud et le Dict, de Trévoux.) 
Nota. Aujourd'hui, en parlant des ordonnances nouvelles qui émanent de l'au- 
torité royale, on dit des ordonnances royales. 



238 DV «OMBKE PES ADJECTIFS. 

que ce mot n'a point cle pluriel masculin; 4»penâant, comme le fidt 
observer M. Chapsal, n'est-ce pas être bien scrupuleux que de ne pas 
vouloir qu'on dise les trois mois automnaux? Lorsqu'une expression 
est réclamée par la pensée, et qu'elle a pour elle l'analogie et la rai- 
son^ pourquoi ne pas l'employer? Le JMdionnaire de M. Laveaux met 
des firuits automnaux. 

Banal : Trévoux et M. Laveaux disent des fours banatuc, et l'usage 
parait avoir adopté cette expression. 

L'Académie l'admet. 

* BÉNÉFiGiAL : cc mot, ne s'employant qu'avec les substantifs fé- 
minins matière y pratique y ne doit point être en usage au pluriel 
masculin (242). 

Biennal : puisque l'on dit, d'après l'Académie y des oiBders êrien-- 
nauXj pourquoi ne dirait-on pas des officiers biennaux^ des emplois 

biennaux. 
L'Académie l'admet aujourd'hui. 

* Bqhéal : cet adjectif ne s'employant qu'avec les mots féminins 
terre, régions, contrées, aurore, etc., et avec le mot masculin pôle^ et 
n'y ayant qxx'xm pôle boréal (côté du nord), on ne saurait lui donner 
un pluriel masculin. 

* Brumal, ne s'employant qu'avec les mots féminins plantes et 
fitesy ne peut pas non plus avoir de pluriel au masculin. 

Brutal : Bossuet a dit (dans son Disc, sur rhist. univ., page 480) 
des conquérants 6rtctoua;,* Yaugelas, des esprits brutaux; Molière , 
dans les Femmes savantes, des sentiments brutaux; et Buffpn , des 
habitants brutaux. 

L'Académie confirme. 

* Canonial, ne se disant qu'avec les mots féminins heure, maùm^ 
ne doit point avoir de pluriel au masculin. 

Cérémonial : Trévoux et Gattel emploient ce mot comme adjectif : 
préceptes cérémoniaux. 
L'Académie ne reeomialt pas cet adjectif. 

Collégial : l'Académie observe que ce mot n'est guère ea usage 
qu'au féminin et dans cette phrase : église collégiale ; joais .FéranA 
pense qu'on le dit aussi de ce qui sent le collège ipoHe eollégialypror 
dùciion collégiale; dansGresset, on trouve un exemple de ce mot 



(242) Nota. Nous ferons précéder d'un astérisque tous les mots dont on ne fait 
point usage au pluriel masculin. 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 239 

emplc^é au pluriel masculin : despoéf^e^ collégiaux; et Trévoux parle 
de chapelains collégiatix, qui formaient les six collèges de la cathé- 
drale de Rouen. 

Colossal : l'Académie, dans son Dictionnaire ^ n'emploie cet adjec- 
tif qu'avec les mots féminins figure ^ statue; aussi dit-elle que colos- 
sal n'a de pluriel qu'au féminin. Cependant on dît monument y édifice 
colossal^ et même pouvoir colossal; d'après cela, qui empêcherait de 
faire usage de ces mots au pluriel masculin , et conséquemment de 
dire, avec M. Daunou, des monuments^ des édifices colossals ou colos^ 
saux? 

L'Académie^ en 1835, dit empire colossal; mais elle ne reconnaît pas le pluriel. 

Conjugal : les Grammairiens et les lexicographes n'indiquent pas 
de pluriel à ce mot, mais il nous semble que l'on pourrait très bien 
dire des liens, des devoirs conjugaux. 

Crural : les meilleurs anatomistes disent des nerfs cruraux, cé- 
rébraux, rénaux^ et il n'y a pas un seul adjectif que les chirurgiens, 
comme terme de leur art, aient feit terminer autrement que par aux. 

DÉCEMViRAL : on uc trouve nulle part décemviraux au pluriel ; 
mais, si l'on avait besoin de ce terme, je ne vois pas pourquoi on ne 
l'emploierait pas. 

DÉCIMAL : cet adjectif n'étant d'usage que dans ces phrases : frac- 
tion dédmalCy calcul décimaly paraîtrait ne devoir point avoir de plu- 
riel au masculin ; cependant nombre d'écrivains ont dit les calculs 
décimaux. 

DÉLOYAL : voyez plus bas loyal. 

Diagonal : cet adjectif, disent les lexicographes, n'étant d- usage 
qu'avec le mot ligne, ne saurait avoir de pluriel au masculin; cepen- 
dant, puisque l'on dit un plan horizontal ^ pourquoi ne dirait-on pas 
un plan diagonal, et dès-lors des plans diagonaux? 

* Diamétral : cet adjectif, ne s'employant qu'avec le mot féminin 
ligne, n'a pas de pluriel au masculin. 

Doctrinal : Trévoux et M. Laveaux disent des jugement doctri- 
naux. 

CftsK flosil VfLyiB de TAcMiémie. 

ÉLECTORAL : quoique les lexicographes n'indiquent pas le pluriel 
de cet adjectif, il est certain cependant que l'usage lui en désigne un, 
comme dans cette phrase : collèges électoraux. 

L'Académie le reconnaît. 

ÉQUiLATÉRAL : TAcadémic et d'autres autorités disent des sinus 



240 DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 

latéraux; il nous semble que des irianglei équilaUraux ne sonne- 
raient pas plus mal. 

ÉQumoxiAL : l'Académie, Trévoux, Féraud, etc., n'indiquent ni le 
pluriel masculin, ni le pluriel féminin de ce mot,* cependant les géo- 
graphes et les astronomes appellent points équinoxiaux les deux 
points de la sphère où Téquateur et l'écliptique se coupent l'un l'au- 
tre ; et Gattel indique ce pluriel dans son Dictionnaire. 

L'Académie l'a admis. 

* Expérimental, ne s'employant qu'avec les mots féminins pAt/o- 
sopftte, physique, preuve^ etc., n'a point de pluriel au masculin. 
Fatal : Saint-Lambert a dit : 

Fuyez, Tolez, instants fatals à mes désirs i 

9 

cependant Trévoux et Féraud ne veulent pas que ce mot ait un plu- 
riel au masculin. 

L'Académie dit qu'il est peu usité. 

FÉAL : ce vieux mot, dit l'Académie, qui signifie fidèle, était, il y 
a peu de temps, encore en usage dans les ordonnances royales : à nos 
amés et féaux conseillers. 

Final : Féraud dit positivement que cet adjectif n'a point de plu- 
riel au masculin ; cependant plusieurs Grammairiens, parmi lesquels 
il faut citer Beauzée et Dumarsais, ont dit des sons finals. 

Fiscal : le pluriel de cet adjectif n'est point indiqué; cependant 
on dit des avocats y des procureurs fiscaux. 
L'Académie l'a décidé. 

Frugal : Féraud est d'avis qu'on ne dît point des hommes frugals 
ni frugaux; mais il nous semble que des repas frugals ne serait 
point incorrect. 

L'Académie rejette le pluriel. 

Glacial : l'Académie, Gattel, Féraud et d'autres lexicographes sont 
d'avis que ce mot n'a point de pluriel au masculin. Cependant Bailly 
l'astronome a dit des vents glacials , et assurément l'oreille n'en est 
pas blessée. 

Grammatical : Beauzée a dit des accidents grammaticaux; et 
M. Raynouard {Éléments de la Grammaire de la langue romoiM), 
des rapports grammaticaux. 

L'Académie approuve. 

Horizontal : des plans horizontaux ne nous semble pas être un» 
expression incorrecte. 
Idéal : Féraud et Gattel pensent qu'on ne dit point des trésors 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. ' 241 

idéaux^ mais bien des trésors en idée; Buffon a dit cependant des 
éêres idéatiXj et on ne peut que Tapprouver. 

Illégal : le pluriel n'est point indiqué; mais de même que Ton 
dit des moyens légaux^ ne pourrait-on pas dire des moyens illégauûcP 

L'Académie Ta admis. A. L. 

Immoral : cet adjectif est trop nouveau pour que nous en puis- 
sions citer des exemples au masculin pluriel; mais puisqu'on dit 
des préceptes moraux, on peut très bien dire des principes immoraux. 

Impartial : Trévoux a dit de^ historiens impartiaux^ et La Harpe 
{Cours de littératurCy tom. YIII, p. 66) : des juges impartiaux; ce 
pluriel a même passé dans la conversation. 

L'Académie ne le mentionne pas. A. L. 

Impérial y Inégal : aucun Grammairien, si ce n'est M. Laveaux, 
n'indique de pluriel à ces deux adjectifs; mais s'exprimerait-on in- 
correctement si l'on disait des ornements impériaux , des mouvements 

inégaux? 
L'Académie admet l'on et l'aulre. A. L. 

Initial : les lexicographes ne donnent d'exemple de cet adjectif 
q[a'avec un mot féminin; cependant , puisqu'on dit des sons finals ^ 
l'analogie n'autorise-t-elle pas à dire, comme Beauzée et Dumarsais^ 
des sons initiais, 

"^ Labial y Lingual : comme on ne fait usage de ces adjectifs que 
dans : offres labiales^ consonnes j lettres labiales, linguales, l'un et 
Tautre ne sauraient avoir de pluriel au masculin. 

Littéral : Féraud veut que cet adjectif n'ait pas de pluriel au mas- 
culin; cependant le P. Berruyer a dit des commentaires littéraux; 
Fabre d'Olivet, des caractères littéraux; et Trévoux cite le P. La- 
gny, qui a dit des membres littéraux, 

L'Académie se tait sur ce pluriel. A. L. 

LOMBRiGAL : WaiUy, Trévoux, Féraud, Boiste et Roland appellent 
muscles lomhricaux les quatre muscles qui font mouvoir les doigts 
de la main. 

Ce mot n'est pas dans le Dictionnaire de V Académie» A. L. 

LOTAL : on ne donne pas ordinairement de pluriel à cet adjectif; 
cependant, dans le style de chancellerie, on dit : Mes bons et loyaux 
sujets; et d'après l'Académie : les frais et loyaux coûts (terme de 
pratique) ; alors des procès loyaux trouveront peut-être grâce aux 
yeux de nos lecteurs. — Par la même raison, il doit être permis de 
dire : Mes déloyaux sujets, des procédés déloyaux. 

L'Académie admet de ban$ et loyaux services. A. L. 

L 16 



242 DU nOMBRE DÈS ADJECTIFS. 

* LUSTRAL tcemot, d'après rAcadémieetFéraud, n'est d'usage qu en 
cette phrase : eau lustrale; cependant les Romains appelaient jour 
lustral le jour où les enfants nouveau-nés recevaient leur nom, et 
où se faisait la cérémonie de leur lustratîon ou purification; alors, 
pourquoi ne dirait-on pas les jours lustraux? 

Machinal : Buffon a dit des mouvemenis machinaux. 

Ce pluriel est peu asile, dit VAcadémie. A. L. 

Martial : cet adjectif n'a point de pluriel au masculin; néanmc^s 
on dit, en pharmacie, des remèdes martiaux, et Gattel parle de jeux 
qu'on appelle jeux martiaux. 

L'Académie adopte remèdes martiaux, et sabstantiTctaieiit, les maHkmx. A. L. 

Matrimonial : l'Académie et Féraud étant d'avis que cet adjectif 
n'est d'usage qu'avec les mots question, cause, convention, on pour- 
rait croire d'après cela que matrimonial n*3, pas de pluriel au mas- 
culin; cependant, puisque l'on dit biens patrimoniaux, petttnètreque 
biens matrimoniaux ne paraîtra pas incorrect. 

VkeSidénAt&dBMi droits matrimoniaux. A. L, 

MÉDiAL : Beauzée et Dumarsais, qui ont dit des sons finah, initiais, 
labials, ont dit également des sons médiats. 
Cet adjectif n'est pas reconnu par rAcadémie. A. L. 

* MÉDICAL : cet adjectif ne saurait avoir de masculin au pluriel, 
parce qu'on n'en fait usage qu'avec le suhstantif féminin matière. 

H. N. Landais veut qu'on dise des ouvrages médicaux : conclusiôii juste, piÊ^ 
que F Académie admet au singulier ouvrage médical. A. L. 

MÉDICINAL : les lexicographes sont d'avis que cet adjectif ne doit 
point avoir de masculin au pluriel, parce que, disent-ils, on n'en fidt 
usage qu'avec les mots féminins herbe , plante, potion; mais it nous 
semble que l'on ne s'exprimerait pas incorrectement si Ton disait <Ai 
remède médicinal, et alors des remèdes médicinaux. 

* Mental : la même raison est applicable à cet adjectif, puisqu'on 
ne s'en sert qu'avec les mots féminins oraison, restriction^ etc., etc. 

Nasal : Beauzée dit des sons nasals. 
Mais l'Académie dit des os nasaux, A. L. 

Natal : d'après l'Académie (1835), Féraud et Gattel , on ne dit nt na- 
tals ni nataux; toutefois Trévoux parle Aejeuxnataux, queToncAé- 
brait tous les ans au jour natal des grands hommes; et, d'apfès' la 
même autorité, on nomme les quatre grandes fêtes de Tannée (Noêt, 
Pâques, la Pentecôte et la Toussaint) les quatre nataux. Autrelbis, 
pour jouir du droit de bourgeoisie dans une ville, il fallait y avoir 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 243 

maison et s'y trouver aux quatre nataux , ce dont on prenait attes- 
tation. On lit dans le Dictionnaire de M. Layeaux que ce mot fait au 
pluriel natals. 

Naval : la plupart des lexicographes et TAcadémie elle-même (en 
1835) sont d'avis que ce mot n'a point de pluriel au masculin; mais 
les rédacteurs du Dict. de Trévoux sont assez disposés à lui en donner 
un : ils sont seulement incertains s'ils diront navals ou navaux; 
cependant ils aimeraient mieux encore que l'on dit des combats sur 
mer. Laveaux ne voit pas pourquoi on ne dirait pas des combats nar- 
vals^ puisqu'on dit un combat naval. 

Numéral : Beauzée et le plus grand nombre des Grammairiens 

disent des adjectifs numéraux. 

L'Académie approuve. A. L. 

Original : le pluriel au masculin de cet adjectif n'est point indi- 
qué; mais nous croyons que titres originaux^ esprits originaux, sont 
des expressions très correctes. Condillac a dit des écrit^ams originaux. 

Adopté par l'Académie. A. L. 

Paradoxal : si l'on dit esprit paradoxal, qui empêche de dire au 
pluriel esprits paradoxaux? 

^Paroissial : cet adjectif, ne se disant qu'avec les mots féminins 
messe paroissiale, église paroissiale , ne saurait avoir de pluriel au 
masculin. 

Partial : si Trévoux et La Harpe ont dit avec raison des histo- 
riens imparHauXj ne pourrait-on pas dire des historiens partiaux P 
Dacier, (Plutarque, Fie d'-^ra^ws), Bernardin de Saint-Pierre (Études 
de la nature j étude 1"), Suard (Hist, de Charles-Quinf) , ont fait 
usage de ce pluriel. 

L'Académie déclare le plariel inasilé. A. L. 

Pascal : ce mot, dit Féraud, n'a pas ordinairement de pluriel au 

masculin; cependant Trévoux, Gattel, Boniface et Laveaux sont 

d'avis qu'on peut très bien dire des cierges pascals, 
L'Académie dit pcucaux ; mais elle le signale comme inusité. A . L. 

Pastoral : le pluriel de ce mot n'est indiqué dans aucun diction- 
naire; mais il nous semble que des chants pastoraux ^nihien se Aire. 
L'Académie repousse le pluriel, comme n'étant pas usité. A. L. 

Patriarcal : Trévoux dit des juges patriarcaux. 

* Patronal ne se dit qu'avec un mot féminipi : fête patronale, et 
dès lors il. ne saurait avoir de pluriel au masculin. 

Pectoral : muscles pectoraux est indiqué par M. Laveaux, et re- 
mèdes pectoraux ne nous parait pas incorrect. 

L'Académie adopte. A. L. 

i6. 



244 DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 

Primordial s'emploie dans cette phrase : titre primordial y qui est 
le titre premier, originel. Cependant, s'il y avait plusieurs titres de 
cette nature, ne pourrait-on pas employer cet adjectif au pluriel et 
dire, avec M. Laveaux, des titres primordiaux? 

Proverbial : les dictionnaires et les écrivains n'employant cet 
adjectif qu'avec les mots féminins conversation, locution, façon de 
parler, il ne devrait pas avoir de pluriel au masculin; mais il nous 
semble que l'on pourrait fort bien direwn mot, un dicton proverbial, 
et dès lors des mots, des dictons proverbiaux. 

Provincial : Trévoux a dit des juges provinciaux. 

1/ Académie admet. A. L. 

Pyramidal : cet adjectif, ne s'employant communément qu'avec 
les mots féminins forme, figure^ ne devrait donc point avoir de plu- 
riel au masculin ; cependant, en termes d'anatomie,ondit de^ muselés 
pyramidaux, des mamelons pyramidaux , et Gattel est d'avis qu'on 
peut très bien dire des nombres pyramidaux, 

L'Académie dit des corps pyramidaux, A. L. 

QuATRiENNAL : l' Académie étant d'avis qu'on peut dire des offi- 
ciers triennaux, ne parait-elle pas autoriser à dire aussi des officiers 

quatriennaux P 
Elle le dit formellement en 1835. A. L. 

Radical : Trévoux et Wailly ont dit des nombres radicaux. 

L'Académie admet. A. L. 

^Sentimental : cet adjectif, ne se disant qu'avec les mots féminins 
expression, tirade, n'a point de pluriel au masculin. 

SocuL. L'Académie reconnaît^ en 1 835, le pluriel de ce mot ; elle dit des rap- 
ports sociaux, désengagements sociaux, A. L. 

Théâtral : l'Académie, Trévoux et Féraud ne donnent d'exemple 
de cet adjectif qu'avec des mots féminins ; Gattel et Bonifoce sont 
cependant d'avis que l'on peut dire au pluriel théâtrals; et La Harpe, 
érivain correct, en a fait usage. 

L'Académie dit au singulier, quelque chose de théâtral : rien sur le pluriel. A. L. 

Total. Les lexicographes semblent n'admeUre cet adjectif qu'avec le îéaàiàÊ, 
somme totale, ruine totale, L'Académie reconnaît le masculin nombre total, et 
admet le pluriel^ mais seulement quand cet adjectif est pris substantivement. A L. 

Transversal : l'Académie est d'avis que cet adjectif ne se dît guère 
que dans cette phrase : ligne transversale, section transversale ^ néan- 
moins Buffon a dit des muscles transversaux. 

Trivial : J.-J. Rousseau et l'abbé Desfontaines ont dit des com- 
pliments triviaux. — Féraud fait observer cependant que cet adjectif 
n'a point de pluriel au masculin; mais l'Académie, dans son Difi' 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 245 

Hùnnaire de 1798, et M. Laveaux disent positivement qu'on peut 
très bien dire des détails triviaux. 
L'Académie, en 1S35, reconnaît le pluriel, mais le dit peu usité. A. L. 

Verbal : Beauzée et plusieurs autres Grammairiens ont dit des 
adjectifs verbaux. 
L'Académie admet. A. L. 

* Virginal, Zodiacal : ces adjectifs, selon les lexicographes, ne 
&*empIoyant qu'avec des mots féminins, ne peuvent pas avoir de mas- 
culin au pluriel : /?udeur, modestie virginale: lumière zodiacale, des 
étoiles zodiacales ; mais ne dit-on pas un teint, un air virginal; et 
alors des teints , des airs virginals? 

* Vocal : cet adjectif n'étant en usage qu'avec les mots prière^ 
oraison, musique, ne saurait avoir de pluriel au masculin. 

L'Académie dit organe vocal; mais elle se tait sur le pluriel. A. L. 

A l'égard des adjectifs adverbial, clérical, central^ conjectural, 
diagonal, ducal, doctoral, filial^ immémorial, instrumental, jovial, 
lustral, magistral, marital, monacal, musical, pénal, préceptoral, 
primatial, proverbial, quadragésimal, virginal, etc., etc., l'Aca- 
démie, Trévoux, Féraud, Wailly, Gattel, etc., ne leur assi- 
gnent pas de pluriel au masculin, et même plusieurs d'entre eux 
vont jusqu'à dire qu'on ne doit pas leur en donner : cependant, pour- 
quoi cette exception? et, puisqu'on emploie ces adjectifs avec des 
substantifs masculins, et que l'on dit : mot adverbial; point central ; 
art conjectural; titre clérical; plan diagonal; banc doctoral; usage 
immémorial; jour lustral; manteau ducal; sentiment filial; homme 
jovial; ton magistral; concert instrumental; pouvoir martial: habit 
monacal; code pénal; conseil préceptoral; siège primatial; mot prover- 
bial; jeûne quadragésimal; teint, air virginal, pourquoi ne suivrait- 
on pas l'analogie à l'égard de tous ces adjectifs, sauf à voir, d'après le 
jfoAlel/'orei'We, si ces adjectifs doivent se tourner en als ou en avx 

Alors il ne resterait plus que les mots bénéficiai, boréal, brumal, 
canonial, diamétral, labial, lingual, médical, mental, paroissial, pa^ 
trônai, total (243), expérimental, sentimental, vocal et zodiacal (tous 
ad'ecti& marqués d'un astérisque dans les observations précédentes), 
que l'on ne pourrait effectivement pas employer au pluriel masculin, 
puisque l'on n'en fait usage qu'avec des substantifs féminins. 

ffona ne croyons même pas celle exception moUvée, et, selon nous, tous ces mots 
peufent admettre le masculia, le cas échéant i ne peut-on pas dire muscle labial; 
nerf lingual; ouvrage médical; office paroissial; ton, air sentimental: 

€■11^——^»- III ■ I I I .» ■ ■ ■ 

(243) On dit la somme des totaux, mais totaux est là un substantif. 



246 DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION. 

nombre total; organe vocal ; etc. Mais le pluriel mascolin de la plupart de ces 
a4jecUfs est incertain et désagréable. Il faut donc Téfiter. A. L. 

Observation. — Beaucoup d'écrlYains modernes suppriment le t 
au pluriel dos adjectifs qui se terminent au singulier par le son 
nasal ant^ ent; mais les objections faites par MM. de Port-Royal, 
Régnier-Desmarais , Beauzée, d'Olivet, et plusieurs Grammairiens 
modernes, contre la suppression du t à l'égard des substantifs ter- 
minés, au singulier, par ant, entj sont également d'un grand poids 
pour les adjectifs; et, en eJBfet, cette suppression a bien des incon- 
vénients ; car, si l'on écrit au masculin pluriel alezans, et bienfai- 
sans sans t final, les étrangers n'en concluront-ils pas que le plu- 
riel féminin est le même pour ces deux mots, et, par conséquent, 
ou que l'on doit dire au féminin alezantes parce qu'on dit bienfai- 
santes, ou que l'on doit dire bienfaisanes, parce qu'on dit alezanes? 
S'ils ne portent pas leur attention sur le singulier, l'analogie doit 
les conduire à l'une où à l'autre de ces conséquences. — Voyez 
p. 169 ce que nous avons déjà dit contre cette suppression. 

§m. 

DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUAUFICATION 

DANS LES ADJECTIFS. 

Les adjectifs peuvent qualifier les objets, ou absolument, c*ê8t-à- 
dire sans aucun rapport à d'autres objets; ou relativement, c*est-jh 
dire avec rapport à d'autres objets, ce qui établit différents degrés 
de qualification, que Ton a réduits à trois ; savoir : le positifs le com- 
paratif et le superlatif. (Lôtixac, page »s.) 

Le positif est l'adjectif dans sa simple signification ; c'est Fad- 
jectif sans aucun rapport de comparaison. Ce premier degré est 
appelé po^t/t/*^ parce que, comme le dit M. Ghapsal, il exprime la 
qualité d'une manière positive : Un enfant sage et laborieux est 

aimé de tout le monde. (Oumarsais, page iSS, 1. 1 de sa Gramm., et LArlzae.) 

Le comparatif, ou second degré de qualification^ est l'adjectif ex- 
primant une comparaison, en plus ou en moins, entre deux oa 
plusieurs objets. Alors il y a entre les objets que l'on compare, oq 
un rapport de supériorité, ou un rapport ^'infériorité, ou un rap- 
port ^* égalité : de là trois sortes de rapports ou de comparaisons. 

Le rapport ou la comparaison de supériorité énonce une qualité à 
un degré plus élevé dans un objet que dans un autre : cette eoiki' 
paraison se forme en mettant plus, mieux, avant l'adjectif ou k 
participe, et la conjonction que après : 



WS DEGRÉS DE SieNIFIGATION OU DE QUALIFICATION. 247 

« Les remèdes sont plus leuts que les maux. » {peméedeTacue.) 
< Le bien est ;>/u5 ancien dans le monde que le mal. » (lyAgAetteui.) 
« C'est bien fait de prier, mais c'est miev^ fait d'assister les 

€ pauvres. » (MassiMon.) 

Le rapport ou la comparaison d'infériorité énonce une qualité à 
un degré moins élevé dans un objet que dans un autre; elle se 
forme en mettant mains avant Tadjectif, et la conjonction que après; 
exemple: 

« Le naufrage et la mort sont nwins funestes que les plaisirs qui 

€ attaquent la vertu. » (Féoelon, TéUmaqm, Ut. I ) 

Le rapport ou la comparaison à! égalité énonce une qualité à un 
même degré dans les objets comparés; elle se forme en mettant 
aussi avant Tadjectif ou le participe, autant avant le substantif et le 
Ttfbe, et la conjonction que après; exemples : 

« n est aussi dangereux pour un tyran de descendre du trône 
« que d'en tomber. » (Barthélémy.) 

« Le mauvais exemple nuit autant à la santé de l'âme, que l'air 
« contagieux à la santé du corps. » (Marmontei.) 

Nous n'avons que trois adjectifs qui expriment seuls une corn-* 
paraison : meilleur, moindre^ pire. 

Meilleur est le comparatif de bon : ceci est bon, mais cela est 
MEILLEUR. Ce comparatif est pour plus bon^ qui ne se dit pas, si ce 
n'est dans cette phrase : // n* est plus bon d rien^ qui veut dire U 
ne vaut plus rien. Mais alors plus cesse d'être adverbe de compa- 
raison. De mtoie, au lieu de plus bien on dit mieux ^ cependant on 
dit mains bon^ aussi bon, moins bien^ aussi bien. 

Afotndre est le comparatif de petit : Cette colonne est moindre que 
tamtre. Son mal n'est pas moindre que le vôtre. (L'Académie.) 

Moindre est aussi le comparatif de bon en ce sens : Ce rm-/d est 

■OINDRE q^e l'autre. (Même autorité.) 

(Regnier-Desmaraifl, p. 181. — Girard, p. 382. — Fabre, p. S7. — Léyizac.) 

Pire est le comparatif de mauvais, méchant, nuisible i 11 y a de 
mauvais exemples qui sont pires que les crimes. 

(Montesquieu, Qrandew et décadence des Romahu, ch. Vlir.) 

f* Remarque. '— Ordinairement parlant, il faut qu'il y ait un 
certain rapport de construction entre les deux termes de comparai- 
mm, et U est nécessaire de suivre, après la conjonction que, qui est 
le lien de ces deux membres, le même ordre de phrase qu'on a suivi 
auparavant : H y a plus de sots non imprimés qu'imprimés. 

Dites : qu'iL n'y en a ^'imprimés. 



i48 DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION. 

On voit plus de personnes être victimes d'un excès de joie que de 
ùisiesse. 

Il fallait dire que d'un excès de tristesse. 

En effet, la comparaison n'est pas entre la tristesse et la joie, maià 
elle est entre l'excès de Tune et l'excès de l'autre. 

(Féraud, au mot Comparaison.) 

2* /?cmargtte. — L'adjectif, ou, suivant l'expression de Domergue, 
l'attribution qui fait le fond du caractère, celle qui est plus connue, 
doit se placer après la conjonction que; et l'attribution qu'on veut 
égaler à la première, et qui n'est pas connue ou l'est moins, se placer 
après Tadverbe de comparaison ; on dira donc : Socrate était aussi 
vaillant que sage, plutôt que aussi sage que vaillant. — Turenne 
était aussi sage que vaillant, plutôt que aussi vaillant que sage. 

En effet, ce qui frappe le plus, ce qui est le plus connu dans 
Socrate, c'est la sagesse; dans Turenne, c'est la vaillance. 

Lorsque le bourgeois gentilhomme de Molière veut prouver la dou- 
ceur dejeanneton : 

Je croyais Jeanneton 

Aussi douce que belle; 

Je croyais Jeanneton 

Plus douce qu'un mouton, (Act. I^ se. 2.) 

douce est placé avant belle, parce que le point connu de M. Jourdain, 
c'est la beauté, et c'est à ce point qu'il compare la douceur; de même 
rien n'est plus connu que la douceur d'un mouton, et c'est à ce point 
que notre bourgeois gentilhomme veut comparer celle de Jeanneton 

(Le Dict. crit. de Féraud. — Urb. Domergue, page 118 de sa Grammaire 
et page loa de son Jouroal. — M. Lemare^ pag<3 2|u.) 

Le superlatif, ou troisième degré de qualification, est l'adjectif 
exprimant la qualité portée au suprême degré, soit en plus, soit en 
moins. En français on en distingue de deux sortes : le superlatif re- 
latif et le superlatif absolu. 

Le superlatif relatif exprime une qualité à un degré plus élevé ou 
moins élevé dans un objet que dans un autre; mais il exprime cette 
qualité avec rapport ou comparaison à une autre chose. 

Ce superlatif ne doit pas être confondu avec le simple compa- 
ratif, ou simple degré de qualification ; en effet, le superlatif reUUif 
exprime une comparaison ; mais cette comparaison est générale^ au 
lieu que le comparatif simple n'exprime qu'une comparaison partir 
culière. 

On forme le superlatif relatif, en plaçant le^la, les^ du, de Ai, 



iNBS DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION . 249 

ée$, (244), mon ton, son^ notre, votre, leur (245), avant les mots plus, 
pircj meilleur (246), moindre, mieux et moins. Exemples : « La plus 
« douce consolation de l'homme afiQigé, c'est la pensée de son Inuo- 

« Cence. » (Bos8uet, sermon du jeudi de la Passion.) 

« La confession est le plus grand frein de la méchanceté hu- 

« maine. » (VoUaire, siècle de Louis XIV, t. III, p. 60, édit. in-i2, Mort de Madame.) 

« La prospérité est la plus forte épreuve de la sagesse. » 

(La Harpe, Cours de litiéraiure, tome III, 2» partie.) 



(244) Quand on veut eiprimer le superlatif relatif, l*article, comme nous le 
disons, est nécessaire. Oo lit dans Malherbe {Ode au roi Louis XIII) : 

Et c'est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges 
Fout plus d'impiétés. 

On dirait aujourd'hui, fait observer Uénage, font le plus d'impiétés. 

Cependant, pour se décider à mettre plus ou le plus avant l'adjectif^ il faut re- 
marquer quel est l'article qui affecte le nom du substantif. Leibnitz a dit : « La 
« Providence s'en est servie comme du moyen plus propre à garantir la purei;é de 
« la religion. » \\ devait dire : comme d*un moyen plus propre, ou b'en, comme 
du moyen le plus propre, etc. Ainsi, plus se met après la préposition de, et le plus 
après l'article composé du ou de le. 

Si le superlatif relatif précède son substantif, un seul article suffit pour l'un et 
pour l'autre : « Le plus célèbre orateur qu'aient eu les Romains est Cicéron* » 

Mais si c'est le substantif qui précède le superlatif^ il faut mettre un article À Tun 
H h l'autre : « Le triomphe le plus pur est celui de la vertu. > 

Racine et Molière, par une licence poétique, n'ont pas observé cette règle : 

Chargeant de mon débris les reliques plus chères. (Bajazei, act. 111, se. 2.) 
Mais je veux employer mes efTorts plus puissants. (VÈtourdi, acU V, se. 12.) 

L'exactitude demandait les reliques les plus chères; — mes efforts les plus 
puissants. • 

Enfin si les mots plus, moins, mieux, modifiant les adjectifs^ doivent être pré- 
cédés de Tarticle, Il faut répéter l'article autant de fois que ces mots : n C'est la plus 
« Ineicusable et la plus grande de ses fautes. » — « Les plus habiles gens font 
« quelquefois les fautes les plus grossières. » 

(Beauzée^ Encycl. méth, au mot Répétition, et Wailly, page 130.) 

Cependant Vaugelas voudrait que quand les adjectifs sont synonymes ou appro- 
chants^ on ne répétât ni l'article ni le terme comparatif^ et il serait d'avis que l'on 
dit : // pratique les plus hautes et hércfiques vertus. 

Hais, suivant les autorités que nous venons de citer, il pratique les plus hautes 
et les plus hériÂques vertus est la construction la plus correcte. 

(246) Les adjectifs pronominaux: man, ton, son, notre, votre, leur, placés avant 
les adverbes comparatifs, font la fonction d'articles ; ces phrases, c'est mon meil- 
leur ami, c'est leur pliis grande jouissance, équivalent à celles-ci, c'est le meil^ 
leur de mes amis, c'est la plus grande de leurs jouissances. 

(246) Ainsi, le superlatif de meilleur est le meilleur, et non pas le plus bon. 



ââO DES DEGRÉS DE SIGNIFICATIOM OU DE QUÂUFICàTIOM* 

« La guerre la plus heureuse est le plus grand fléau des peuples, 
« et une guerre injuste est le plus grand crime des rois, y 

(Féoeloo, TéUmaque ) 

« La pire des bêtes est le tyran, parmi les animaux sauvages; et 
« parmi les animaux domestiques, c'est le flatteur. » 

(Marmontel, le Trépied â^Hélène.) 

^ Le plus absolu des monarques est celui qui est le plus aimé. » 

(Marmonlel, BéUsokrB,) 

Comme dans le superlatif relatif il y a excès et comparaison avec 
d'autres objets (personnes ou choses)^ ce superlatif est en quelque 
sorte le degré appelé comparatif; aussi l'article, qui correspond dtiii 
substantif eccpriméy ouàun substantifnon exprimé, mais sous-entendu^ 
prend-il les inflexions du substantif énoncé auparavant. On dira donc : 
« Quoique cette femme montre plus de fermeté que les autres, elle 
« n'est pas pour cela la moins affligée. » (Beauée.) 

Elle n'est pas la femme moins afQigée que les autres femmes. 

« Les bons esprits sont les plus susceptibles de l'illusion des 
« systèmes. » (u Harpe./ 

Sont les esprits plus susceptibles que les autres esprits. 

La hoQte suit toujours le parU des rebelles : 
Leurs graodes actions sont les plus criminelles. 

(Racine, les Frères ennemis, acte I, se. 5.) 

Sont les actions plus criminelles que les autres actions. 

« Les Chaldéens, les Indiens, les Chinois me paraissent être les 
« nations ic5p/us anciennement policées. » (voiiaire.) 

Me paraissent être les nations plus anciennement policées que les 
autres nations. 

Le superlatif absolu exprime, de même que le superlatif relatif, 
une qualité à un degré plus ou moins élevé; mais il exprime cette qua- 
lité d'une manière absolue, sans aucune relation, sans aucune com- 
paraison avec d'autres objets de même espèce (personnes ou choses). 

On le forme en plaçant avant l'adjectif un de ces mots, fort, très, 
bien, infiniment^ extrêmement, le plus, le moins, le mieux; exemples : 
« Le style de Fénelon est très riche, fort coulant, et infiniment doux, 
« mais il est quelquefois prolixe; celui de Bossuet est extrêmement 
« élevé, mais il est quelquefois dur et rude. » 

« La superstition est à la religion ce que l'astrologie est à l'astrono- 
« mie, la fille très folle d'une mère très sage. » 

(Voltaire^ Politique et législation. Œuvres, t 43.) 
(Wailly, page 153. — Lévizac, page 25 <, tome L ~ Fabre, pages 56 et 58. ' 

Sicard, pages iô3 et 200, tome IL) 

Dans le superlatif absolu, il y a excès, c'estrÀ-dire que œ super- 



0fiS DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUÀLIFIGATIOBT. 35l 

latif exprime, de même que le superlatif relatifs une qualité à un 
degré plus ou moins élevé ; mais, comme il exprime cette qualité 
d'une manière absolue, sans aucune relation, sans aucun rapport à 
un autre objet (personne ou chose) ; comme enfin il y a exclusion de 
comparaison avec d'autres objets de la même espèce, l'article qui 
précède les mots plus, mains est pris adverbialement, et par con- 
séquent n'est susceptible d'aucune distinction de genre ni de nombre : 
il ne correspond pas au substantif, mais seulement à l'adjectif. On 
doit donc dire : 

« Cette scène est une de celles qui furent le plus applaudies. » 
« Ceux que j'ai toujours vus le plus frappés de la lecture des écrits 
< d'H<Mnère, de Virgile, d'Horace, de Cicéron, sont des esprits du 

t premier ordre. » (Boileau, lettre à m PenatUt.) 

« Le premier inventeur des arts est le besoin ; le plus ingénieux 
« âe tous les maîtres est celui dont les leçons sont le plus écoutées. » 

(Le Batteux.) 

« Il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont le moins rapides. » 

(M. Lemare.) 

« C'était de tous mes enfants celle que j'ai toujours le plus 

« aimée. » (Racine, lettre à sa sœur») 

A ces mots^ dans les airs le Irait se fait entendre : 
A l'endroit où le monstre a la peau le plus tendre. 
Il en reçoit le coup, se sent ouvrir les flancs. 

(La Fontaine, Adonis, poërae.) 

« C'est dans le temps que les plus grands hommes sont le plus 
« communs , dit Tacite, que l'on rend aussi le plus de justice à 

< leur gloire. » (rhomas, Essai sur les éloges.) 

« Les objets qui lui étaient le plus agréables étaient ceux dont la 
« forme était unie et la figure régulière. » (Buiron.) 

« La manière de nous vêtir qui demande le plus de temps, est 
€ celle qui me paraît être le moins assortie à la nature. » (Le même.) 

Mais qu'on me nomme enfin, dans l'histoire sacrée. 
Le roi dont la mémoire est le plus révérée. 

(Voltaire, ÉpUre au prince royal de Prusse, 1736.) 

« Il n'est guère possible de rendre un vers par un vers, lorsque 
« cette précision est le plus nécessaire, comme dans une inscription. » 

(La Harpe.) 

Parce que, dans chacune de ces phrases, il y a excès sans aucune rela- 
iioDy sans aucun rapport à un autre objet (personne ou chose); enfin 
sans comparaison à d'autres objets de la même espèce; et, en efiet, 
c'est comme si l'on disait : Celle scène est une de celles qui furent ap- 



252 DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION. 

plaudies le plus y dans le plus haut degré, — Ceux que j'ai toujours 
vus frappés le plus, dans le plus haut degré^ etc., etc. I^ mot qui 
exprime le superlatif tombe donc sur l'adjectif et non sur le substan- 
tif ; dès lors il a dû rester invariable. (Mômes autorités.) 

C'est également le super/a^t/' absolu qu'il faut employer; ou, ce 
çui est la même chose, le est également invariable, lorsque les ad- 
verbes de comparaison, plus^ moinSf mieux, ne sont suivis ni d*un 
participe, ni d'un adjectif; on dira donc, en parlant d'une femme : 
« C'est elle qui me plaît le plus, ou le mieux, ou le moins. » — « De 
« toutes ces musiciennes, voilà celle qui chante le mieux. » 

(Mêmes autorités.) 

Comme cette règle sur la déclinabilité ou l'indéclinabilité de l'ar- 
ticle présente quelques difficultés, nous croyons devoir nous y arrêter 
encore un moment. 

C'est Marmontel qui va parler (Leçons d'un pire à son fUs, 
page 118). 

Dira-t-on : les opinions les plus ou le plus généralement suivies? 
les mieux ou le mieux établies, les sentiments les plus ou le plus 
approuvés? les opérations les plus ou le plus sagement combinées? 
Ceux qui étaient les plus ou le plus favorables? 

La réponse dépend de l'intention de celui qui parle et de ce qu'il 
veut faire entendre. 

Des opinions, considérées en elles-mêmes et sans comparaison, 
peuvent être mal établies, bien établies, mieux ou plus mal établies, 
PLUS ou MOINS généralement suivies. Si c'est là ce que vous enten- 
dez, le, relatif au participe qui suit, doit rester indéclinable, et fe 
plus, le mieux, signifiera le plus, le mieux qu'il est possible. 

Si vous avez en vue d'autres opinions moins bien établies, moins 
suivies que celles-là, et que vous vouliez indiquer cette comparaison, 
c'est au nom que doit se rapporter l'article, et vous direz les plus, hs 
mieux. 

De même, si vous n'avez égard qu'au degré d'approbation que tels 
sentiments ont pu obtenir, vous direz le plus approuvés. Si vous 
comparez cette estime à celle que d'autres sentiments obtiennent, 
vous direz les plus approuvés. 

De môme encore vous direz les opérations le plus sagement com^^ 
binées, s'il ne s'agit que de faire entendre qu'on a mis à les combiner 
toute la sagesse possible; et les plus sagement combinées, si Ton 
veut leur attribuer cet avantage sur d'autres opérations. Cela est si 
vrai, que si un objet de comparaison est indiqué, et que Ton dise 



DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION. 253 

par exemple . ks opérations le mieux combinées de la campagne, 
on parlera mal ; c'est les qu'on devra dire. 

il en est de même de tout superlatif dont le rapport est déterminé : 
Les arbres les plus hauts de la forêt. -— Les arbres les plus hauts 
sont les plus eocposés aux coups de la tempête; mais si le rapport 
n'est pas déterminé : Les arbres le plus profondément enracinés. — 
Les arbres le plus endurcis par le temps. — Les arbres le plus 
chargés de fruits. 

En parlant d'une femme, on dit : Dans une fête^ à un spectacle, 
elle était toujours Lx plus belle; maison devrait dire: C'est dans son 
négligé qu'elle était le plus belle; mais cela répugne à l'oreille; que 
faut-il iairealors? Un solécisme, en disant la plus belle? Non, ilfûut 
prendre une autre tournure et dire, qu'elle avait le plus de beauté. 
Si l'adjectif est le môme pour les deux genres, leplus, au féminin, 
n'a plus rien de sauvage : C'est dans le tête-à-tête qu'elle est lb plus 
aimable. C est quand son mari gronde qu'elle est le plus tranquille. 
Remarque. — M. Boniface, qui (dans son Manuel des amat. de 
la langue firanç., n° 2) a traité la question qui nous occupe en ce 
moment, fait observer qu'on trouve des exemples où le précède un 
adjectif à inflexion féminine. Voici les deux qu'il cite : « Je ne vois 
« dans toute la conduite de Rosalie que de ces inégalités auxquelles 
« les femmes les mieux nées sont le plus sujettes. » (diderot.) a Je 
« n'en indiquerai que deux, parce que ce sont ceux dont la vérité est- 
« le plus frappante. » (Lévizac.^ 

Ensuite, pour justifier les principes énoncés par Marmontel, et 
dont nous venons de rendre compte, ce même professeur a enrichi 
son journal de nombreux exemples recueillis dans les meilleurs 
écrivains. Nous ne les présenterons pas tous à nos lecteurs; mais, 
pour ne laisser rien à désirer sur cette importante question, nous 
avons fait choix de ceux-ci : 

< Les grands esprits sont les plus susceptibles de l'illusion des 
« systèmes. » (La Harpe.) — « La distinction la moins exposée est 
f celle qui vient d'une longue suite d'ancêtres. » (Féneion, Tmmaque, 
« Ceux mêmes qui s'y étaient le plus divertis ont eu peur de n'a- 
« voir pas ri dans les règles. » (Racine.) — « Remarquez que ces 
« gens à qui l'on ne peut rien apprendre ne sont pas ceux qui savent 
« le plus. » (La Harpe.) — « Ceux qui seraient /e mieux organisés ne 
« feraient-ils pas leurs nids, leurs cellules ou leurs coques d'une 
« manière plus solide? » (Buffon.) 
« L'homme est le même dans tous les états : si cela est, les états 



254 DES DEGRÉS DE SIGNIFICATION OU DE QUALIFICATION. 

« le$ plus nombreux méritent le plus de respect. » (J.-J. Rousseau.) 
— « Les mœurs sont aussi une des parties les plus importantes de 
< l'épopée, et ce n'est pas celle sur laquelle les critiques aient été le 
€ moins injustes envers Homère. » (La Harpe.) 

« Hélie ne put condamner ses enfants, qui étaient les plus cou- 
« pables des Hébreux. » 

< Hélie ne put reprendre ses enfants, lors même qu'ils étaient le 
« plus coupables. » 

« La lune n'est pas la planète la plus éloignée de la terre. » 

« La lune n'est pas aussi éloignée de la terre que le soleil, lors 
« môme qu'elle en est le plus éloignée. » 

« Le sanglier est un des animaux qui ont la peau la plus dure. » 

« C'est sur le dos que le sanglier a la peau le plus dure. » 

« Il y aura un prix pour les leçons les mieux apprises dans l'an- 
« née. » 

« C'est aujourd'hui que nos leçons ont été le mieux apprises. » 

CiCS huit derniers exemples sont de M. Lemare. 

Parmi les adjectifs, il en est qui, lorsqu'ils sont employés au 
propre, ne sont pas susceptibles de comparaison, soit en plus, soit 
en moins; ou, si l'on veut, qui ne sont susceptibles ni d'extension, 
ni de restriction, et qu'on ne peut employer alors ni au comparatif, 
ni au superlatif, c'est-à-dire avec les mois plus, extrêmement^ infi- 
niment, moins j aussi^ autant^ si, combien, ou avec tout autre mot 
équivalent. Ces adjectifs sont ceux qui expriment une qualité qui ré- 
sulte de la figure des corps, comme circulaire, carré, conique, etc., 
parce que si un million de corps ont la même figure, il faut qu'ils 
l'aient tous au même degré. Dire que ^ et ^ sont deux carrés, mais 
que ^ l'est plus que By c'est une absurdité. 

n en est de même des adjectifs qui expriment des quantités finies, 
continues, discrètes, comme deux^ vingt, triple, quadruple , etc.; car B 
n'y a pas de comparaison, dans un degré plus grand ou moindre, et 
les quantités finies, continues ne sont pas susceptibles de cette espèce 
de différence. Il en est encore de même, par les mêmes motifs, des 
adjectifs qui expriment une qualité absolue, comme divin, étemel, 
excellent^ extrême (247), mortel, immortel, immense, impuni, 



(347) ExTREMR. T/ Académie dit les maux les plus extrêmes, et cette manière de 
s'exprimer est conforme à l'usage généralement suivi. Aussi Féraud ne la blâme-t-il 
pas» mais il fait observer qu'en général extrême, ayant la force d'un superlatif, «*«* 



DES DEGRÉS DE SIGNIFlGÂTlOIf OU DE QUALIFICATION. 255 

infime , parfait , unique , universel , suprême ( 248 ) , etc., etc. 
il n'y a donc que les qualités, relatives qui admettent le plus et le 
moins. On dit la neige est plus blanche que le lait, Vor est plus 
ducHle que l'argent, parce qu'il y a différents degrés dans la blan- 
dieur, dans la ductilité; mais conçoit-on un degré au delà ou en 
deçà de Xsl perfection^ de Yimmortalité , de Yuniversalité ^ de là divi- 
nité y etc., etc.? La perfection est le plus haut degré; ce qui est 
au delà ou en deçà n'est plus la perfection. Vuniversalité embrasse 
tout; dira-t-on qu'il y a quelque chose au delà de l'universalité ri- 
goureuse et absolue ? 

(Domergne, Selut. gramm.y page 172 ; M. Boniface et le plus grand nombre 
des Grammairiens; J. Harris (fferméf, livre I, ch. li), et Voltaire^ dans 
son Comm. sur Corneille^ au sujet du mot tmique, que ce grand tragique 
a employé avec le mot plus dans les H or aces, acte l, se. 3.) 

Noos reconnaissons, sans doote, qull n'y a rien au delà de ces qualités absolues 
qui expriment le suprême degré ou le dernier terme des choses. Mais comme les 
jugements de notre esprit portent sur des objets finis et déterminés, qui, tout en 
paraissant posséder ces qualités absolues, laissent place cependant a des rapports de 
rapprochement ou de différence : il arrive qu'on emploie souvent les degrés de com- 
paraison avec ces mêmes adjectifs qui semblent les repousser. Ainsi deux œuvres 
sont parfaites dans leur genre ; mais Tune nous plaît encore plus que l'autre, et 
noos disons qu'elle est plu$ parfaite, c'est-à-dire qu'elle touche de plus près encore 
à la perfection absolue. C'est ainsi qu'on trouve dans nos bons écrivains, plus 
excellent, plus universel, plus divin, plus impossible, moins infini, etc. : toutes 
locutions qui ne peuvent point s'employer au hasard, mais qui, choisies et bien 



pas susceptible de degrés de comparaison^ et qu'ainsi ce serait une faute de dire 
nne douleur si extrême, plus extrême, etc. 

M. Laveaux ne pense pas ainsi ; il soutient que Vextrémité a des degrés, puis- 
qu'on dit : être réduit aux dernières extrémités. Mais M. Laveaux n'a pas pris 
garde que le moi extrémité, dans cette dernière phrase, a quitté sa véritable signi- 
fication pour en prendre une suscepUble de degrés, et qu'on dit les dernières 
emtrémités comme on dirait les derniers malheurs, les dernières misères, etc. 
Dans sa signification propre^ qui est celie qu'il a presque toujours, le mot extré- 
mité a une signification absolue, et certes personne ne s'aviserait de dire les 
dernières extrémités d'une ligne; autrement il faudrait avouer qu'une ligne a plus 
de deux extrémités. 

(248) Diyiif, PARFAIT. Beaucoup d'écrivains ont dit plus divin, plus parfait; 
mais, quoique plusieurs d'entre eux soient du nombre des autorités que nous invo- 
quons avec le plus de confiance, ce n'est pas un motif pour les Imiter, puisque la 
saine raison et les principes, fondés sur l'acception que leur ont donnée l'Âcadémie 
et les lexicographes^ ne veulent pas que ces adjectifs soient susceptibles de compa- 
raison. 



256 OE l'accord de l'adjectif. 

placées par un écrivain de tact et de goftt, peayent donner A /a pensée plus de 
grandeur ou d'énergie. A. L. 

Excepté le mot généralissime^ qui est tout français, et que le car- 
dinal de Richelieu fit de son autorité privée, en allant commander 
les armées de France en Italie, la langue française n'a point de ces 
termes qu'on appelle superlatifs. Ceux dont nous faisons usage nous 
viennent de la lange italienne; nous leur avons seulement donné une 
terminaison française ; tels sont grandissime, nohilissime^ illusiris-^ 
sime , révérendissime , excellentissime^ éminentissime, sérénissime: 
ces deux derniers sont des qualificatifs qui accompagnent toujours le 
mot altesse; mais, en général, ces superlatifs ne sortent guère de la 
conversation; on les souffre tout au plus dans une lettre, pourvu 
qu'elle ne soit pas trop sérieuse. Au surplus, il y a dans la langue 
A*ançaise plus de précision et de justesse que dans quelques langues 
étrangères, puisqu'avec son secours on peut exprimer les deux 
sortes d'excellences, V absolus et la relative ,* comme dans cette phrase : 
« On peut être un très grand seigneur en Angleterre, sans en être 
« le plus grand seigneur. » 

(Le P. Bouhours, page 312 de ses Rem. nouv.; Tabbé Le Balteox ; Regnier-Dei- 
marais, page 185; Balzac, Doutes sur la langue française; Marmontel, page 119;) 

ARTICLE IL 

DES ADJECTIFS CONSIDÉRÉS DANS LEURS RAPPORTS 

AVEC LES SUBSTANTIFS. 

§ I^ 
ACCORD DES ADJECTIFS. 

RÈGLE GÉNÉRALE. — L'adjectif, exprimant les qualités du sub- 
stantif, et ne formant qu'un avec lui, doit énoncer les mêmes rap- 
ports, c'est-à-dire que l'adjectif doit être du même genre et du 
même nombre que le substantif auquel il se rapporte : « Une vie 
« sobre, modérée^ exempte d'inquiétudes et de passions, réglée et 
« laborieuse, retient dans les membres d'un homme sage la vive 
« jeunesse, qui, sans ces précautions, est toujours prête à s'envoler 

« sur les ailes du temps. » (Télémague, livre IX.) 

Que votre Ame et vos mœurs, peintes dans vos oa?rages, 
N'oflreDt jamais de vous que de nobles images. 

(Boileau, Art poétique, chant IV.) 

Peu importe que l'adjectif soit séparé de son substantif, du mo- 
ment que les deux mots se correspondeut, rien ne dispense de les 



DB L ACCORD DE L'ADJEGTIF. 257 

taire accorder en genre et en nombre : « Il y a rfe* hommes qu'il ne 
€ faut jamais voir petits. » (voltaire.) 

SeloD qae notre idée est plus ou moîDs obscure. 
L'expression la suit ou moins nette ou plus pure. 

(Boileau, Art poétique, chant I.) 
(Restant^ pages 60 et 64 ; Wailly, page 131 ; Condillac, page 184, 
5e chapitre, et les Grammairiens modernes.) 

1" Remarque. — Lorsque les adjectifs demi, nu, sont placés 
avant le substantif, et quand Fadjectif feu n'est ni précédé de Tar- 
ticle, ni d'un adjectif pronominal, Tun et l'autre ne prennent ni 
genre ni nombre, parce qu'alors ils rentrent en quelque sorte dans 
la classe des mots composés, grantTtante , grand'mère, qui sont si 
étroitement unis, qu'ils ne forment plus qu'un seul mot ; ainsi on 
écrira : une hEm-lieue^ des demi-A^os, ^v-pieds, ^u-jambes, feu 
la reine y feu mes oncles, feu ma nièce: 

(Th. Corneille^ sur la so et la 328« Retnarque^de Vaugelas, — L'Académie, 
page èi de ses OOserv.; son Dici. aux mots demi, nu et feu ; et le plus 
grand nombre des Grammairiens modernes.) 

« J'ai OUÏ dire à feu ma sœur que sa fille et moi naquîmes la même 

C année. » (Montesquieu, 5i« lettre pers.) 

« Vous étiez, madame, aussi bien que feu madame la princesse 
« de Conti, à la tête de ceux qui se flattaient de cette espérance. » 

(Voltaire, Épitre adressée à madame la duchesse du Maine, et mise en 
tête de sa tragédie A*0re8te.) 

« Si nul d'eux n'avait su marcher nu-pieds, qui sait si Genève 
t n'eût point été prise? » 

(J.-J. Rousseau, Emile, livre II, page S2i de l'édition de Didot le jeune.) 

« Saint Louis porta la couronne d'épines nu-pieds, nu-tête, depuis 
« le bois de Vincennes jusqu'à Notre-Dame. » (waiiiy.) 

Près du temple sacré les Grâces dfemt-nues. 

(Voltaire, la Henriade, chant IX.) 

« Je n'aime ni les demi-vengeances ni les demt-fripons. » 

(Le même, variantes de VEcossoUse.) 
Un homme issu d'un sang fécond en demt-dieux. 

(Boileau, Ve Satire.) 

— Nous hésitons à regarder le mot nu, dans nu-bras, nu-jambes comme un 
adjectif proprement dit : c'est pfutot une locution adverbiale, et qui ne s'emploie 
qu'avec certahis mots désignant les parties du corps ordinairement couvertes, et 
par circonstance mises à nu. Sans cela l'adjectif, devant un substantif, devrait pren- 
dre l'accord ; ainsi Ton dit la nue propriété. Ne dirait-on pas de même la nue 
superficie, la ntie jouissance? Remarquez que l'article ici précède l'adjectif e{ 
détermine le rapport ; dans l'autre cas, au contraire, il ne s'emploie jamais, et le 
rapport n'exîste pas : il n'y a donc là qu'une sorte d'adverbe. A. L. 

1. n 



258 DK If'ACGORP DE L'ADIECTIF. 

Haià cette expression n'a lieu que dans ce cas ; car si demi et nu 
sont placés après le substantif, et feu après l'article ou l'adjectif 
possessif, ils rentrent alors dans la classe des autres adjectifs, c'est- 
à-dire qu'ils cessent d'être 'invariables, et l'on écrit une livre et 
demie, les pieds nus^ les jambes nues^ la feue reine^ ma feue 

nièce. (Mêmes autorités.) 

Observez, !<> que Tadjectir demi, placé après le sabstanUf^ ne prend jamais la 
marque da pluriel ; en efTet^ l'accord n'a pas lieu avec le substantif qui précède, mais 
avec on substantif suivant, qui est sous-entendu, et qui est toujours du nombre 
singulier. Cette phrase : Il a étudié deux ans et demi, équivaut à celle-ci : Il a 
étudié deux ans et un demi an, 

2o Qae l'adjectif feu n'a point de plur^et et que ce serait mal s'exprimer que de 
dire la feue reine dans un pays où U n'y aurait pas une reine vivante ; il faudrait 
dire alors feu la rein e. 

— D'après cela, on ne peut pas dire mon feu père, ma feue mère; mais on devra 
dire toujours feu mon père, feu votre mère, etc. On dira feu ma sœur, quand on 
ne pense qu'A elle seule ; et ma feue scBur, si l'esprit se. reporte sur celles qui peu- 
vent exister encore. Pourquoi donc alors ne pourrait-on pas dire au pluriel mes 
feues sœurs, vos feus enfants? Rien ne s'y oppose, et M. Boniface a raison^ de 
défendre ce pluriel. Cependant l'Académie le condamne sans aucune explication. 
Cela tient sans doute à ce que l'Académie explique le mot feu précédé de Partide, 
dans le sens de : le dernier mort ; ainsi le feu roi s'entend toujours du dernier 
mort; et alors il semble que le pluriel n'ait point d'emploi. Nous persistons néan- 
moins à croire que même dans ce sens on pourrait dire, en pariant de deux princes 
derniers morts : « les feus rois de Prusse et d'Angleterre. » A.. L. 

2" Remarque. — Excepté^ supposé, placés avant des substantifs, 
deviennent de vraies prépositions, espèce de mots toujours inva- 
riables, et dès lors font encore exception à la règle de l'accord. 

Voyez aux Remarques détachées , lettre C (compris), des obsiervations, sitf oet 
deux mots et sur les participes compris/joint, inclus. 

Il en est de même des adjectifs qui sont pris adverbialement, 
c'est-à-dire qui ne figurent dans la phrase que pour içodlûçr te 
verbe auquel ils sont adjoints, ou pour en exprimer une circon- 
stance. On dit : « Ces dames parlent bas; » ( L'Académie.) — « Ces 
« fleurs sentent bon; » (L'Académie.) — • « Il a vendu cher sa vie; » 
(L'Académie.) — ^ « Je vous prends tous à témoin (249); » (L'Aca- 
démie.) — « Ces dames se font fort de faire signer leur mari; » 



(249) u y a une grande différence entre Je vous prends à témoin, et y# vofiS 
prends pour témoin ; la première locution signifie, j'invoque votre témoignage, 
et la seconde, j'accepte ou je présente votre témoignage : c Qn peut prendre à U^ 



DE L'ACCORD DE L'aDJECTIF. 259 

(L-Âeadémie.) — « Il prit ses mesures si juste; voilà du blé clmr 
« seméy de Tavoine clair semée, des orges clair semées. » — « La 
pluie tombait dru et menu. » 

(Les Décisions de t Académie, ree. par Tailemant.) 

G*e8t an ordre des dieui qui jan^ais ne se rompt, 

De nous vendre bien cAerles grands biens qu'ils nous font. 

(Corneille, Cinna, acte II, se. 1.) 

Vous m'avez vendu cher vos secours inhumains. 

(Racine, Bajazet, acte V, se. 1.) 

Et moi, pour trancher court toute cette dispute. 

(Molière, les Femmes savantes, acte V| se. 3.) 

Légère et court vêtue, elle allait à grands pas. 

' (La Fontaine, la Laitière et le pot au lait.) 

D*an regard étonné, j*ai vu sur les remparts 
Ces géants court vêtus, automates de Mars. 

(Voltaire, t. XII, Voyage à Berlin, poème.) 

Parce que les mots bas, bon, cher^ témoin^ fort, juste, court, ne 
servent pas dans ces phrases à qualifier les substantifs ni les pro- 
noms qui les précèdent; ils servent seulement à modifier les vebres 
parler, senHr^ vendre, prendre, etc., ou à exprimer une circon- 
stance ; ce sont par conséquent de véritables adverbes, qui, comme 
tds, ne doivent prendre ni genre ni nombre. 

(Vaugelas, 542* Rem.; l'Académie, sur cette Rem.y page 5S3 ; Dumarsals, EncycL 
méih.j au net Adjectif; Marmoniel, page 93, et les Grammairiens modernes.) 

Jtemarque. Nouveau s'emploie aussi quelquefois adverbialement; 
il signifie alors nouvellement, et est invariable : du beurre nouveau 
baUu. Des vins nouveau percés. Des enfants NOUVEAU-n^s. Mais 
dans ces phrases : ce sont de nouveaux venus, de nouveaux dé- 
barques, le mot nouveau n'est plus employé adverbialement ; il mo- 
' 4ifi6 1^ pav'ticipes venus, débarqués, qui sont employés substanti- 
vement, et qiji, en cette qualité, font la loi à leur adjectif. 

n faut observer que le mot nouveau ne s'emploie pas dans un 
sens adverbial avec un substantif féminin, et qu'on ne dit pas par 

conséquent : une fille nouveau-nèe. 

L'Aeadémie admet la prohibition pour tous les mots féminins , excepté seulement 
poqr la locution une fille nouveau-née , qu'elle adopte. A. L. 

« moin les grands^ les princes, les rois, Dieu même; mais on ne les prend pas pour 
« témoim, » 

Observez que dans le second membre de cette phrase témoin s'écrit avec un s* 
marque caractéristique du pluriel, et que dans le premier membre il s'écrit sans s. 

Voyez les Rumarques détachées, au mot témoin. 

n. 



260 DE L*AGGORD DE L'AOJECTIF. 

Outre la règle générale sur Taccord de Tadjectif avec le substan- 
tif qu'il qualifie, il y a des règles particulières qu'il est indispen- 
sable de connaître, parce qu'elles servent à expliquer la règle 
générale 

V L'adjectif se rapportant à deux ou plusieurs substantifs dis- 
tincts (250) et du nombre singulier, se met au pluriel et prend le 
genre masculin si les substantifs sont du genre masculin, le fé- 
minin si les substantifs sont du genre féminin, et le genre masculin 
si les substantifs sont de genres différents. 

« Ce qui est de plus charmant en elle, c'est une douceur et une 

« égalité d'esprit merveilleuses, (Raeine.) 

Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage, 

Sujets à même loi, subissent même sort. (J.-B. Rousseau, Ode Ilf.) 

« La clémence et la majesté peintes sur le front de cet auguste 
« enfant nous annoncent la félicité des peuples. » (MassiUoo.) 

« Quoique tout le monde reconnût dans l'armée que cette aes- 
« cente était téméraire et funeste pour les Cretois, chacun travaillait 
« à la faire réussir, comme s'il avait sa vie et son bonheur attachés 

«. au succès. » (FéDOlon, TéUmaque,\ii. XUI.) 

Remarque, Lorsque l'adjectif n'a pas la même terminaison pour 
les deux genres, et que les substantifs sont de genres difiérents, l'o- 
reille exige que l'on énonce le substantif masculin le dernier; ainsi 
il est mieux de dire : la bouche et les yeux ouverts, que les yeux 
et la bouche ouverts. — Cet acteur joue avec une noblesse^ et un 
goût PARFAITS, que avec un goût et une noblesse parfaits. 

2"" L'adjectif, placé après deux ou plusieurs substantifs qui sont 
synonymes, s'accorde avec le dernier : 

« Auguste gouverna Rome avec un tempérament, une douceur 
« soutenue^ à laquelle il dut le pardon de ses anciennes cruautés. » 

(Domergue.) 

« n honore les lettres de cet attachement, de cette protection ca- 
« pable de les faire fleurir. » (Mâme autorité.) 

« Toute sa vie n'a été qu'un travail, qu'une occupation cm- 

« tinuelle. » (Massillon.) 

Remarque. — Quand les substanUfs sont synonymes, il n'y a réellement qu'une': 
seule idée d'exprimée ; et, comme Tunité ne permet pas l'addition, l'additionnel t% 



(250) On appelle substantifs distincts ceux qui ne sont pas synonymes, et sub- 
stantifs synonymes ceux qui ont presque la même signification : ambiguité et équi- 
voque sont deux substantifs synonymes. 



DE l'accord de l'adjectif. 261 

ne saurait être admis dans ces plirases; ainsi, dans ce1Ie-<;i, un tempérament et 
une douceur soutenue, etc , etc., il y a une faute que rinatlention fait souvent 
commettre. 

3* Lorsque dans plusieurs substantifs l'esprit ne considère que 
le dernier, soit parce qu'il explique ceux qui précèdent, soit parce 
qu'il est plus énergique, soit parce qu'il est d'un tel intérêt qu'il 
fait oublier les autres, l'adjectif placé après ces substantifs s'ac- 
corde avec le dernier : 

Le fer, le bandeau^ la flamme est toute prête, 

(Racine, Iphigénie, acte III, se. 5.) 

Le fer, le bandeau , peuvent fixer un instant l'attention , mais ils 
s'effacent devant l'idée de la flamme qui doit dévorer une victime in- 
nocente et chère ; le mot flamme reste seul pour faire la loi à l'ad- 
jectif pr^fe. — On conçoit que dans cette phrase et dans celles qui 
sont semblables la conjonction et formerait un contre-sens, puis- 
qu'il n'y a ici qu'un seul mot à modifier. 

(Domergue, Solutioru gramm,, page 457. 
Toyez, à l'accord du verbe avec son sujet, la solution d'une difficulté qui a 
beaucoup de rapport avec celle-ci. 

Yoid une autre difficulté sur laquelle les écrivains ne sont pas d'ac- 
cord; il s'agit de savoir si deux ou plusieurs adjectifs peuvent forcer 
un substantif à prendre le nombre pluriel. Les uns, dans ce cas, font 
usage du pluriel, et les adjectifs restent au singulier; les autres, au 
contraire, mettent au singulier le substantif, ainsi que les adjectifs 
qui l'accompagnent. 

Première construction. — Les cotes personnelle^ mobiliaire et 
somptuaire. — Les premier et second volumes. 

Seconde construction. — La cote personnelle^ la mobiliaire et la 
swnptuaire, — \je, premier et le second volume , ou la cote person- 
nellCy mobiliaire et somptuaire; le premier et second volume. 

Pour savoir laquelle de ces deux constructions il faut adopter, il 
suffit de se rappeler que le substantif impose ses accidents, sa forme 
à tous les adjectifs qui le qualifient; mais que ce droit n'est pas ré- 
ciproque, c^r tous les adjectifs réunis ne sauraient forcer un sub- 
stantif à l'accord. Or, si l'on admettait la première construction, 
c'est-à-dire si , dans le cas où un nom substantif se trouve suivi de 
plusieurs adjectifs servant à le qualifier, on admettait que ce sub- 
stantif dût être mis au pluriel, lorsque chacun des adjectifs resterait 
au singulier, ce serait alors ces adjectifs qui régleraient l'accord, ce 
qui ne peut être toléré en grammaire. 



2e% DE l'accord de l'adjectif. 

La seconde construction est donc la seule que l'on doive admettre, 
c'est-à-dire que. pour s'exprimer correctement, il fiiut dire : La cote 
personnelle , la mohiliaire et la somptuairCy etc. , etc. ; de cette ma- 
nière, les lois de la syntaxe ne sont pas violées, et Ton peut rendre 
raison de ces phrases au moyen de l'ellipse; en effet, c'est comme 
s'il y avait : La cote personnelle^ la cote mobiliaire, la cote somp- 
tuaire, 

Vaugelas (466« Remarque), — Th. Corneille (sur cette Rein.), — L'Académie (page 485 de 
ses Observ.), — Beauzée {EncycL mêih,, au mot Possesêif)^ — Urb. Domergue (page 58 
de sa Gramm., et page 732 de son Joum.^ i«r nov. 1787;, — Sicard (page 190, tome II), ~ 
Lévizac (page 263, tome I), ~ M. Bescher (page 50i du Journal Gramn,\ et M. Lemare 
(pages 41 et 74) ont émis leur opinioD en faveur' de ces principes. 

On peut mettre aussi au nombre de ces autorités Fromant, qui, 
(dans son Supplément à la Grammaire de Port-Boyal) y après avoir 
repris Restant d'avoir dit les langues grecque et latine ^ a donné cet 
exemple : « Si ce sont deux sœurs que la langue italienne et Vespor- 
« gnoUy celle-ci est la prude, et l'autre la coquette; » 

D'Olivet, qui (à la page 147 de ses Essais de grdifiMM,ire) a &it 
usage de la même phrase; 

M. Boniface, qui ( dans son Manuel^ n^ 3 et n^ 4) a dit : « 2)6 pre- 
« mier et le second acte, la première et la quatrième classe ; » 

Thomas (dans son Éloge de Descartes) : « Il est très sùr'qtië fe 
« seizième et le dix-septième siècle furent marqués par de gtàiids 
« changements et de grandes découvertes; » 

Voltaire (dans la préface de ses Remarques sur le Menteur) : « Cîdï^ 
« nèiile a réformé la scène tragique et là scène comique par d'heu- 
re reuses imitations ; » 

(Dans une de ses lettres à Thiriot) : « Milord Bolingbroke aime la 
« poésie anglaise, la française et /'italienne; mais il les aime diffé- 
« remment, parce qu'il sait discerner parfaitement les genres; » 

La Harpe ( parlant de la traduction de V Enéide par Delille, 1. 1) : 
« Le deuxième, le quatrième et le sixième livre de TÉnéide sont trois 
« grands morceaux regardés universellement comme les plus finis, 
« les plus complètement beaux que l'épopée ait produits chez au- 
« cune nation ; » 

Montesquieu ( Grand, et Décad. des Romains^ II) : « Les nouveaux 
« citoyens et les anciens ne se regardent plus comme les membres 
« d'une môme république ; » 

Dans ses Mélanges littéraires, t. II, conseils à un journaliste : t Je 
€ crois que les lecteurs seraient charmés de voir sous leurs yeux la 



ImVktàbnï) DB L'ABJÈCTir. â63 

« comt)arà!8lni de <{tielqaes scènes de la Phèdre grecque, de ta lèiiûe, 
€ delà française et de Tanglaîse ; » 

Le chevalier de Jaticourt (Encyclop., au mot Comédie) : « Les^co- 
« miêdies saintes étaient des espèces de farces sur des sujets de piété ^ 
k qu^n re{)résentait publiquement dans le quinzième et le sei- 
« sdéihe siècle ; » 

Ces Vers y rapportés par M. Lemare (dans son Cours théorique , 
pag. 41): 

La langue anglaise^ Tespagnole, 
Cèdent à la française en doucear, en beauté; 
Depuis Deucalion, de l'un à l'autre pôle, 

Toutes lui cèdent en clarté. 

Enfin, on peut ajouter ce que nous avons dît, pag. 211, sur la ré- 
pétition de l'article. 

Observez bien que dans tous les exemples que nous venons de dtef , et 4irt ten- 
dent à prouver que la seconde conslrucUon est la seule correcte, le substanUf ne 
M met pas au pluriel : le premier et le second volume, la première et la se- 
conde classe, etc., etc , parce que, comme nous l'avons déjà dit^ il y a ellipse 
dans ces phrases ; c'est comme s'il y avait le prefnier volume et te second volume, 
la première classe et la seconde elaése, 

— Par les raisons que nous avons apportées, p. 21 1, pour ptouver que l'on pent 
mettre l'arUcle au pluriel devant deux noms singuliers, nous croyons aussi qu'un 
tnbstanUf pluriel peut précéder deux adjectirs singuliers, et qu'au lien de dire le 
volume premier et le volume second, on peut dire par une forme abrégée les 
volumes premier et second. Et remarquez bien que nous ne sommés pas en contra- 
diction avec laitfi gnimmaUcale qui défend aux adjectifs dérégler l'accord; nous 
suivons tout simplement le sens commun^ qui permet de mettre le pluriel quand 
OD vent désigner par un même mot plusieurs choses semblables. Si je dis les 
langues grecque, latine et française, c'est que dans ma pensée j'ai réuni d'a- 
bord tes choses de même nature, les langues, avant d'en marquer les différences 
grecque, latine et française, M. Boniface a défendu ce principe, et après lui les 
auteurs de la Grammaire JVaiiohale. Nous croyons qu'ils sont dans le vrai. Et 
voyez combien ia phrase gagne en vivacité sans être moins claire. A. L. 

n fkut toujours que Tadjectif ajoute quelque idée accessoire à Tidée 
principale exprimée par le substantif, et que cette idée accessoire 
convienne au substantif. 

« 

Ainsi, c'est mal s'exprimer que de dire ils furent surpris tout à 
coup par une tempête orageuse, parce que l'adjectif n'ajoute rien au 

sens du substantif tempête. (OUmarsais, page 352 de ses Principes de Gramm.) 

Quand Voltaire dit (dans Adélaïde du Ôuesclin) : 

Uù\k on craint trop ici Yaijeugle renommée. ( Act. I, se. 3.} 

râdjeètîf aveugle est déplacé; car on ne peut regarder comme aveu- 



264 DE l'accord de l'adjectif. 

gle ce qui est représenté avec tant d'yeux. La Renommée est trom- 
peuse^ incertaine, infidèle, maïs non pas aveugle. 

(La Harpe, Cours de littérature^ tome VIII, page 309.) 

Les adjectifs, ainsi que nous l'avons déjà dit au chapitre où il est 
question de l'article, s'emploient comme noms substantifs, et en font 
toutes les fonctions lorsqu'on les fait précéder de l'article. Employés 
ainsi, dit M. Maugard (p. 274 de sa Grammaire)^ ils se rapportent à 
un nom générique sous-entendu : 

Le sage, ep^ses desseins, 

Se sert det foui pour aller à ses fins. 

(Voltaire, la Prwie, act. IV, se. 1.) 

Vhomme sage se sert des hommes fous. 
« Si les vivants vous intimident,, qu'avez-vous à craindre des 

« morts? (MarmonleK) 

les hommes vivants, *-- des hommes morts. 

N'espérons des humains rien que par leur faiblesse. (Yoltaire.) 

des êtres humains. 

Une coupable aimée est bientôt innocente. 

(Molière, le Misanthrope, act. lY, se. 2.) 

une femme coupable. 

Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois. 

(Corneille, le Menteur, act. IV, se. 7.) 

les hommes menteurs. 

Les adjectifs pris substantivement et joints au verbe être sont beau- 
coup plus expressifs que les substantifs; par exemple : c'est un 
fourbey c'est un méchant, c'est un menteur, est une manière plus ex- 
pressive de s'énoncer que si l'on disait il a fait une fourberie y une 
méchanceté y un mensonge. La raison est que l'adjectif dénote une 
habitude, et le substantif marque seulement un acte. 

Cette observation, juste dans la conclusion , nous parait présentée d'une ma- 
nière peu nette, puisqu'il s'agit ici de la tournure, du sens général de la phrase, 
plutôt que du rapport entre le substantif et l'adjectif pris substantivement. En 
effet, comparez : c'est un protecteur pour votts, ou c'est une protection ; c'est 
un gardien sûr, ou c'est une garde sûre ; voilà un ami, ou voilà une amitié ! 
vous trouverez une grande ressemblance; autrement il fallait dire qu'il y a plus 
d'extension dans l'adjectif pris substantivement pour indiquer un caractère, une 
manière d'être continuelle , que dans le nom générique indiquant un seul fait, one 
seule action Ce qui est par trop évident pour qu'on s'y arrête. A. L. . 

Cependant le substantif, suivi du mot même, est souvent plus fort 
et plus significatif que l'adjectif pris substantivement : Ce n'est pas 



DB LA PLAGE DE L'àDJEGTIF. S85 

êeukment un fourbe, xfest ta fourberie même ; c'est-À-dire, c*est un 
fourbe achevé; ici on personnifie en quelque sorte le substantif, et il 
a bien plus d'énergie que Tadjectif. (waiiiy, page 174, eiie met. de TréYou.) 

§11. 

DE LA PLACE DES ADJECTIFS. 

11 n'est pas indifférent en Avançais d'énoncer le substantif avant 
l'adjectif, ou l'adjectif avant le substantif. 11 est vrai que pour faire 
entendre le sens il est égal de dire bonnet blanc, ou blanc bonnet; 
mais , par rapport à l'élocution et à la syntaxe d'usage , on ne doit 
dire que bonnet blanc. Nous n'avons sur ce point d'autre guide que 
l'oreille ; cependant voici des exemples qui pourront servir de règle 
dans les occasions analogues : on dit habit rouge y ainsi dites habit 
bleu, habit gris y et non bleu habita gris habit; on dit mon livre, ainsi 
dites ton livre, son livre, leur livre; on dit Zone torride, ainsi dites 
par analogie Zone tempérée. Zone glaciale, et ainsi des autres. 

On peut aussi établir en principe que l'adjectif se place avant ou 
après le substantif, selon l'acception que l'on veut donner à ce suIh 
stantif; 

Que, placé avant le substantif, l'adjectif lui est intimement uni, et 
-dit plus que quand il est placé après (251) ; 

Que néanmoins il ne faut pas perdre de vue que pour la construc- 
tion des adjectifs on doit consulter le goût et l'oreille; alors on n'ou- 
bliera pas : 

Qu'avant les substantifs monosyllabes les adjectifs de plusieurs 
syllabes font rarement bien, comme : les champêtres airs, les imagi- 
naires Uns, les terrestres soins, etc. ; 

Que les adjectifs masculins par leur terminaison sont encore moins 
supportables avant les substantifs monosyllabes, comme : les sacrés 
os, ces affreuxtemps, etc., etc. On dit pourtant de jolis airs, mais c'est 
une exception, et s'il y en a d'autres, elles sont en petit nombre; 



(251 ; Les Allemands sont si sensibles à cette différence, qoe V Adjectif ajouté 
an nom et placé après le verbe ne prend pas de concordance. Ils disent : dièse 
scnoBNE Frau^ cette belle femme; et diète Frau ist schoen, cette femme est beau. 

Dans, un grand homme, un brave homms, un honnête homme, les adjectifs 
grand, brave f honnête soni plus étroitement unis au nom; ils disent plus que 
dans un homme grand, un homme brave^ un homme honnête. C'est ce que nous 
verrons plus bas. 



a06 DE LA PLà€E de L'ADJEGTIF. 

Qae les adjectifs pluriels s'unissent ordinairement mieux avee les 
substantifs commençant par une voyelle, parce que le s qui terminât 
les premiers se lie très bien avec les voyelles par où lès autres coih* 
mencent : brillants atours^ qu'il en est de môme des adjectifs qui, 
' quoiqu'au singulier, sont terminés par un x que Ton prononce comme 
8 : courageux ami, heureux artifice, etc., etc. ; 

Que les adjectifs masculins , modifiant un substantif de terminai- 
son féminine, font mieux après qu'avant : astres brillants, et non 
^as brillants astres; mais que les adjectifs de terminaison féminine 
précèdent élégamment : brillante lumiérey vaste champ. 

On peut encore établir en principe que les adjectifs qui peuvent 
s'employer seuls se- placent après le Substantif; alors on dira i ûh 
homme bossu, une femme boiteuse, un enfant aveugle, puisqu'on peut 
ûireVaveugle, le boiteux^ le bossu. 

Que les nombres ordinaux {premier (252), second, troisième, etCi) 
et les nombres cardinaux, employés comme ordinaux, se plaMÉit 
après le substantif quand ils sont employés en citation, éans -«r^ 
ticle, ou avec un nom propre : livre second, chant trois , S^snri 
quatre, etc. ; 

Que les articles le, la, les, et les adjectifs pronominaux te, cet, 
ces, quelque^ tout, etc, son, sa, Èes, notre, votte, leur, etC;, précè- 
dent toujours le substantif : Yhomme, la femme, mon père^ ta Att- 
rangue, cette circonstance^ ce personnage, etc., etc. (253); 

Que tous les adjectifs formés du participe passé se placent tou- 



(252) Si le sobstanUf est etnployé avec l'article , tes adljectifs de tioinfaté m 

placent avant : 

Le pi'emiei' moment de la vie . 

Est le ptemier pas vers la mort. (J.-B. Roùs^èata, (tà^ JtS, Ût. n.) 

• Virgfle est le T^émier po^e dés Latins ; Cicéron est ke'pi^^ier At teUh'Mf* 
• teurs. %' — «On compte diàb-huit siècles depuis là nalisséiiCe de J.-'C., 'et Is 
« diœ^euvihlMi sera nn des plus remarit|uabies. » 

Nota. Les poètes cependant mettent Tadjectif premier après le substantif, qooi- 
que celai-ci soit accompagné de l'arUcle on d'an équivalent: 

Mais enfin rappelant son audace première, (Boileaù^ le ùàriàf tltiÉai IL) 

Il était les amours et la gloire première 

Des bois et des hameaux. (Gresiet, Églogne V«) 

La plus pure lumière 
Va rendre à sa vertu sa dignité première, (Le même, Edouard lit, aeie IT, && &) 

(253) L'adjectif pronominal quelconque ée place toujours aprèft le sîilMtiMf : 
obstacle quelconque, raison quelconque. 



fiE LA PLAGE DE L'ADJECTIP. $67 

jolies kptèè le substantif : pensée embrouillée, Hùfhme imtf^it, 
fijfùteahrmdie, etc., etc. (254); 

ToatfeiB ces règles^ en général, sont justes ; mais cependant elles scaff^rent quel- 
qaes exceptions. Nous remarquerons id, par eiei|iple, qn*on dit cependant un 
maudit métier, un damné coquin, A. L. 

Que dans les exclamations l'adjectif se plaît à marcher avant : 
Charmant auteur! Quelle étrange démarche! etc.; mais cette règle 
est loin d*être sans exception; 

Qu'une règle assez générale, c'est qu'un adjectif qui a un régime, 
ou qui est modifié par un adverbe, doit toujours être placé après 
le substantif : malheur commun à tous, fief dépendant de ce duchéy 
homme extrêmement aimable-, qu'au contraire, quand c'est le sub- 
stantif qui a un régime, il faut, autant que l'usage peut le per- 
mettre, que l'adjectif précède, afin que ce régime suive le nom qui 
le régit : I'ingomparable auteur de Vert-vert -, I'élégant traducteur 
DES Géorgiques; ou du moins qu'on doit placer l'adjectif après le 
régime, et non pas après le substantif: Une natte de jonc gros- 
sière lui servait de lit. — Une nattp grossière de jonc formerait 
une mauvaise construction; 

Que dans le style élevé l'adjectif peut quelquefois se placer 
après le verbe et loin du substantif: « les bergers^ loin de secourir 
c le troupeau, fuient tremblants ^ pour se dérober à la fureur du 

« lion, etc. » {TéUmaque,) 

« Bans la langueur qui Vaccabley ce héros hésite et balance in- 
« certain. » (Trad. de la Jèrus. déliv.) — « Les rênes de l'empire 
« ne flottent plus incertaines au gré de mille passions contraires 

€ qui se croisent ; » (Royou, de VÊtat mmarch.) 

Que dans le style sérieux, quand l'adjectif est régi par le verbe 
ê^e^ il doit toujours être placé après : il est aimable, elle est douce 
et modeste; mais que dans le style burlesque et marotique il pré- 
cède même le pronom personnel. Ainsi, Voltaire (dans son conte 
du Pauvre Diable) a bien plus péché contre le goût, ou contre i'é- 
^qoité et la vérité, que contre la grammaire, quand il dit des Can- 
tiques sacrés de Le Franc de Pompignan: 

Sacrés ils sont, car personne n'y touche ; 

(254) C'est pour cela qa*on doit dire : Les ennemis de la religion les plus dé- 
clarés, et non pas les plus déclarés ennemis, — Cest le ministre le plus oc» 
eupi, et non pas le plus occupé ministre. — Manguchi était une des villes les 
pius peuplées, et par conséquent les plus débordées du Japon, et non pas des 
plus peuplées, et des plus débordées villes, etc., etc. 



268 



DE LA PLAGE DE L'ADJEGTIF. 



Que la règle la plus générale, et que le bon sens seul nous diète, 
c'est que dans la construction de la phrase il faut placer Vadjectif 
de manière qu'on voie sans peine à quel nom il se rapporte, afin 
qu'il n'y ait point d'équivoque dans le sens ; 

Enfin que la place d'un grand nombre d'adjectife avant ou après 
le substantif tient tellement au génie de la langue, que de cette 
place, avant ou après, dépend souvent le sens du substantif; et 
l'usage dicte si impérieusement la loi qu'on ne serait plus entendu 
si l'on se permettait de l'enfreindre. 

Dans la quatrième édition de cet ouvrage, j'avais donné la liste 
des adjectifs qui se placent habituellement après leur substantif; 
celle des adjectifs qui précèdent le plus souvent leur substantif; 
celle des adjectifs dont l'oreille et le goût déterminent la place; 
celle des adjectifs qui, dans le style simple, se mettent après leur 
substantif, et qui, en vers et dans le style oratoire et poétique, se 
plaisent à le précéder; enfin la place des adjectifs qui donnent aux 
substantifs une acception différente, selon qu'ils sont placés avant 
ou après. Mais comme toutes ce? règles sont sujettes à une infinité 
d'exceptions, et que d'ailleurs nombre de personnes éclairées, et qui 
s'intéressent à l'amélioration de cet ouvrage, m'ont convaincu que 
cette matière est plutôt du ressort d'un dictionnaire, je me suis d^ 
cidé à supprimer cet article, me bornant à donner la liste suivante: 



Un BON homme signifie le plus sou- 
vent un homme simple , crédule^ qui 
se laisse dominer, tromper. 

Un BRAVE homme ( 255) est un 
homme de bien, de probité; dont le 
commerce est sûr. 

Gertaiii mal est un mal que Ton 
voit, que Ton distingue de tous les 
autres^ que l'on pourrait décrire, que 
Ton pourrait nommer. 



Un homme bon se dit d'un homme 
plein de candeur, d'afTection; d'an 
homme charitable^ compaUssant. 

Un homme brave est un homne 
intrépide^ qui aflhronte le danger sans 
crainte. 

Un mal certain est on mai qufi 
Ton voit comme assuré, indubitable. 



(255) BravE; substantifié, s'emploie le p!us souvent au pluriel, et alors 11 se proie 
presque toujours en mauvaise part : 

11 est de faux dévots, ainsi que de faux braves. 

(Molière, Tartufe, acte I, se. 6.) 
Je crains peu, direz-vous, les braves du Parnasse. (Boileau, Satire IX.) 

« Faisons tant que nous voudrons les braves, la mort est la fin qui attend la plm 



belle vie du monde. 



(Pascal.) 



— Ce mot s'emploie très bien au singulier ; et il se prend aussi en bonne pflii» 
c^est un brave ; se battre en brave, etc. A. L. 



DE LA PLACE DE L ADJECTIF. 



269 



Un9 GOMMUHi voix est la réunion 
de tons les suffrages prononcés unani- 
mement. ^ 

Un CBUKL homme est un homme en^' 
nuyeuxi importun, etc.^ etc. 

Une FAUSSE corde est une corde 
d'instrument qui n'est pas montée sur 
on ton juste, sur le ton qu'il faut. 

Un FAUX accord est un accord qui 
choque Toreille^ parce que les sons, 
quoique justes, ne forment pas un tout, 
un ensemble harmonique. 

Un tableau est dans un faux jour 
quand il est éclairé du sens contraire à 
celui que le peintre a chobi dans son 
sujet. 

Une FAUssi clef est une clef que 
Ton garde, le plus souvent à dessein, 
pour en faire un usage illicite. 

Une fausse porte est une issue mé- 
nagée à l'ellét de se dérober aux im- 
portons sans être tu. 

Fuuxux, avant le substantif, slgnlIBe 
prodigieux, excessif, extraordinaire 
dans son genre : Un furieux menteur', 
une Funsuss entorse. 

Un GALANT homme est un homme 
'À nobles procédés, qui a des talents, 
des mœurs, et dont le commerce est sûr 
et agréable. Il tient de Thonnête 
homme. 

On be dit pas une galante femme. 



Là oBiniBRE année est la dernière 
des années dans une période dont on 
parle : la dernière année de son rè- 
gne. 

Un GRAND homme' {2bB) est un 
homme d'un grand mérite moral. 



Une voix eomiUNH est une voix or- 
dinaire, qui n'a rien de plus remar- 
quable qu'une autre. 

Un homme cruil est un homme 
inhumain, insensible,, qui aime a faire 
souffrir ou à voir souffrir les autres. 

Une corde fausse est celle qui ne 
peut jamais s'accorder avec une autre. 

Un accord faux est celui dont les 
intonations ne sont pas justes, dont les 
intonations ne gardent pas entre elles 
la justesse des intervalles. 

11 y a un jour faux dans un tableau 
quand une partie y est éclairée contre 
nature, la disposition générale du tout 
exigeant, par exemple, que cette partie 
soit dans l'ombre. 

Une clef fausse est une clef qui 
n'est pas propre k la serrure pour la- 
quelle on veut s'en servir. 

Une porte fausse est un simple si- 
mulacre de porte, en pierre, en marbre, 
en menuiserie ou en peinture. 

Furieux, après le substantif, signifie 
transporté de fureur, en furie: Fou 

FURIEUX. Lion FURIEUX. 

Un homme galant est un homme 
qui cherche à plaire aux femmes , qui 
leur rend de petits soins. Il se rappro- 
che du petit-maitre , de l'homme à 
bonnes fortunes. 

Une femme galante est une femme 
qui a des intrigues, et dont la conduite 
est déréglée. 

L'année dernière est l'année qui 
précède immédiatement celle où l'on 
parle: y 'ai beaucoup voyagé l'année 
dernière. 

Un homme grand (257) est un 
homme d'une grande taille. 



(256) Le P. Bouhours, le Dictionnaire de Trévoux, Féraud et l'Académie (édi- 
'tionde 1798) sont d'avis que l'adjectif grand, qualifiant le mot femme, ne doit 



^70 



DE LA PLACB DE L' ADJECTIF. 



Le GBAMD ait se dit d*un homme 
qai a les manières d'an grand person- 
nage. 

Une GBOSSB femme est nne femme 
qui a beaucoup d'embonpoint. 

Lé HAUT Um est une manière de 
parler audacieuse, arrogante. 

Un HONNÊTB homme (258) est un 
homme qui a des mœurs, de la probi- 
té, qui jouit de Testime publique, etc. 



L*air grand se dit d'un homme dont 
la physionomie noble annonce une 
^&me douée de grandes qualités. 

Une femme gsosss est une femme 
enceinte. 

Le ton HAUT est un degré supéneur 
d'élévation d'une voix chantante ou 
du son d'un instrument. 

Un homme honnête est un homme 
qui observe toutes les bienséances et 
tous les usages de la société. 



pas s'employer pour désigner une femme d'un grand mérite, et qu'ainsi en parlant 
^e Catherine II et d'Elisabeth, on ne dirait pas que ce furent de grande* femmes ; 
mais on dirait, par exemple, Catherine H fut une grande impératrice et Eliea^ 
heth une grande reine. 
Voltaire [Uenriade chant III) fait dire & Henri lY, parlante la reine d'Angleterre : 

. . . L'Europe vous compte au rang des plus grands hommes. 

Il s'est bien gardé de dire des plus grandes femmes ; je n'en connais pas un 
seul exemple. D'après cela, je pense que Bf . Laveaux est dans l'erreur quan4 il 
soutient qu'on peut dire une grande femme, comme on dit un grand homme, 

— ^L'Académie, en 1 835, dit grande femme dans le même sens que homme grand; 
et dans l'autre sens seulement grande reine, grande princesse. A. L. 

(257) Si après un grand homme on ajoute un autre adjectif qui énonce une qua- 
lité du corps, comme un grand homme sec, un grand homme brun, le mot 
grand ne s'applique alors qu'à la taille; demême^ si après homme grand on 
ajoute quelque modiGcalif qui ait rapport au moral, comme un homme grand dçs^s 
ses projets, le mot grand cesse d'avoir rapport à la taille. 

(258) Honnête homme ne s'emploie pas au pluriel : on dit honnêtes gen^i 
et non pas honnêtes hommes : JVe confondons pas les honnêtes gens avec tel 
gens de bien. (Marmontel.) 

Voltaire, dans une de ses épttres, a dit en parlant d'une femme : 

Une femme sensible et que rameur engage. 

Quand elle est komiéte homme, à mes yeux est un sage. 

Ce qui veut dire quand elle a les qualités d*un honnête hommes ce que 
n'aurait pas signiGé l'expression honnête femme. (Laveaux.) 

Puisque nous parlons de cette expression honnête homme, nous ne croyons 
pas inutile d'entretenir nos lecteurs d'une locution qui est dans la bouche de tout 
e monde, c'est celle de parfait honnête homme é Beaucoup de Grammairiens spot 
d'avis qu'elle n'est pas bonne, parce que, disent-ils, deux adjectifs ne doivent pis 
être joints à un nom sans conjonction, et que parfait et honnête, qui préeèdent 
le nom homme, ont cette Incorrection. 

Mais il nous semble que ce principe n'est pas applicable au cas où Tuq des ad- 
jectifo est tellement nécessaire au substantif auquel il est immédiatem^ joint* 
qu'on ne peut l'ôter sans changer le sens de ce substantif, ou sans lui donner OP 



LE LA PLAGE DE L'ADJEGTIF. 



271 



Une ktmnête femme est une femme d*ane conduite irrëproehable, qoelqiies ilé- 
Crats qu'elle paisse aToIr d'ailleurs. 



Z>'ooiiii£tks gens sont ceux qui ont 
une réputation intégre, une naissance 
bonnéte et des mœurs douces. 

Un MALHONMâTE homme est un 
homme qui n'a ni probité ni sentiment 
d'Iionneur. 

Jeuhb, voy. \ànoie (259.) 

Mauvais air est un extérieur igno- 
ble, un maintien gauclie. 

Cet air tient aux manières. 

Cléon^ lorsque vous nous bravez, 



Des gens honnêtes sont des per- 
sonnes polies qui reçoivent bien ceux 
qui les visitent. 

Un homme MALnoNNfiTE est un 
homme qui fait des ctioses contraires 
à la civilité, à la bienséance. 

L'air mauvais est un extérieur re- 
doutable. 
Celui-ci tient au caractère. 



En démontant vo(re figure. 
Vous n'avez pas Voir mauvais, je vous jure: 
C'est mauvais air que vous ayez. (Le comte de Choiseul. ) 



Mfi!fihfin4 komm/Q. a rapport aux aç^ 
lions. 

Ufne MÉCHANTS épigramme est une 
é|j|^r9Qifi)e ^ans sel, sans esprit. 

Du MOBT bois est du bois de peu 
i» valelvr qqi n'est, propre à aucun ou- 



Bimme mâchant a rapport aux pep- 
sées et aux diç^urs. 

Une, épigrammfi méchante est une 
épigramme qui oflflre un trait maUa et 
piquant. 

Du bois MORT est du bois séché sur 
pied. 



'FT 



sens vague et indéterminé. Or, dans la phrase précitée, honnête est tellement lié 
à homme, il est tellement inséparable, que si on i'ôlait on donnerait à ce nom 
on seoB indéterminé, et l'on ne rendrait pas sa pensée : honnête homme, dans le 
MU qu'on veut lui donner, renferme deux mots aussi inséparables que les mots 
grand homme, jeune homme, sage-- femme, etc. ; et, de même que Voltaire a 
m (dans YÉducation d'un prince) ce pauvre honnête homme, et (dans le 
Triumvirat, Uîfic. !'•) infortuné grand homme! La Rochefoucanlt (Maxim.) : 
ie vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien; Colardeau (dans les 
Perfidies à la mode, I, 8], ce sévère honnête homme ; 

De même on doit pouvoir dire parfait honnête homme, 

A ces motifs, à ces citations^ nous ajouterons cet exemple d'un des plus correcta, 
Qomme des plus élégants écrivains du siècle de Louis XIV : 

« Je veux me flatter que, faisant votre pc^ssible pour devenir wk parfait hon- 
« nite homsne, vous concevrez qu'on n^ p^ l'être sana rendre à Dieu ee qu'on 
« loi doit. » (Racine, lettre 34« à son fils,) 

(369) Jeune : Quand l'a'ijectif jeune est précédé del'article, il a des sens différents, 
selon qu'il est placé avant ou après le nom : le jeune Scipion signifie que Scipion 
c'était pas âgé; et Scipion le jeune se dit pour le distinguer de Scipion l'anden. 

Placé après le nom propre, le jeune se dit aussi pour le cadet, afin de le distinguer 
desoik lâné. 



272 



DE LÀ PLAGE DE L'ADJEGTIF. 



HoBTK eau se dit des marées quand 
flUef sont extrêmement basses. 

Le NOUVEAU vin est le vin nouvel- 
lement mis en perce, ou du vin diffé- 
rent de celui que l'on buvait. 

De NOUVEAUX livres, ce sont d'au- 
tres livres, des livres autres que ceux 
que l'on a, ou que Von n'a plus. 

Un NOUVEL habit est un habit 
différent de celui que l'on vient de 
quitter. 

Un PAUTBB homme est un homme 
de peu de mérite, qui est incapable de 
faire ce qu'on désire de lui. 

Une PAUVRE langue est celle qui, 
outre la disette des termes, n'a ni dou- 
ceur, ni énergie, ni beauté. 

Un PLAISANT homme est un homme 
bizarre, ridicule, singulier. 



Un PLAISANT personnage est un 
impertinent digne de mépris. 



Un PLAISANT conte est un récit sans 
vérité et sans vraisemblance. 

Un PETIT homme est un homme 
d'une petite stature. 

Les PROPBES termes sont les mêmes 
mots sans y rien clianger : la confiance 
dans les citations dépend de la /{- 
délité à rapporter les propres termes 
des livres ou des actes qu'on allègue. 



Eau morte, c'est l'eau qui ne. coole 
pas, comme l'eau des étangs, des ma- 
res, etc. 

Le vin nouveau, c'est le vin nouvel- 
lement fait. 

Des livres nouveaux, ce sont des 
livres imprimés depuis peu. 

Un habit nouveau est un habit de 
nouvelle mode. 

Un habit neuf est un habit qui n'a 
point ou qui a peu servi. 

Un homme pauvre est un homme 
sans biens. 

Une langue pauvbe est celle qui n'a 
pas tout ce qui est nécessaire à l'expres- 
pression des pensées. 

Un homme plaisant est an homme 
qui se distingue des autres par des ma- 
nières enjouées, folâtres et qui font 
rire. 

Un personnage plaisant est celui 
dont le rôle est rempli de traits div^- 
tissants, de saillies fines , de reparties 
ingénieuses. 

Un conte plaisant est un récit agréa- 
ble et amusant. 

Un homme petit est un homme mé- 
prisable, qui fait des hoses au-d««- 
sous de son rang, de sa dignité 

Des termes propres sont des mots 
qui expriment bien, et selon l'usage de 
la langue, ce que l'on veut dire : Ut jus- 
tesse dans le langage exige que Von 
choisisse scrupuleusement les termes 
propres. 

Nota. Propre, employé par énergie, et par une sorte de redondance, doit précé- 
der le substantif : « Ses propres amis le blâment, il néglige ses propres intérêts.» U 
sens est : « Ses amis le blâment, il néglige Jusqu'à ses intérêts. » (260.) 



(260; Quelques auteurs ont mal placé l'adjectif propre : 
f^otre expérience propbe. (Mascaron.) Le voilà convaincu de son aveu pbopbi* 
(Bossuet.) L'Académie elle-même a dit autrefois dans ses Sentiments sur ie Cédt 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 



273 



Un «But mof ; twyfiles Item, dtf- 
tackiti, lettre S. 

Un smPLB hcmme (^61) est un 
homme seul, unique : Cette personne 
n'a qu*un simple homme, un simple 
valet à son service. 

De SIMPLES airs sont des airs qui 
ne sont pas accompagnés de paroles. 

Uriqus tableau , seul en nombre. 

Un viLAm homme, une tilaimb 
femme, c'est un homme ou une femme 
désagréable par la figure, par la mal- 
propreté, ou méprisable par les ma- 
nières et par les vices. 



Un mot aiuL : w>ye% les item, dé- 
tachées, lettre S, 

Un homme simple est un homme 
qui a de la simplicité : Les gens sim^ 
pies sont crédules, sans déguisement, 
sans malice. 

Des airs simples sont des airs nalu- 
relSf sans ornements. 

Tableau unique^ seul en son genre, 
incomparable. 

Un homme vilain, ou plutôt un 
homme fort vilain (262), signifie un 
homme qui vit très mesquinement et 
qui épargne d*une manière sordide. 



DU RÉGIME OU COMPLÉMENT DES ADJECTIFS. 

Le régime ou coinplémcnt des adjcclirs est un subslanlif ou un 
verbe précédé de l'une des propositions à, de, dans^ en, .sur, etc. 

On appelle proprement régime de I*adjectif un mot (nom, verbe, pronom, ou ad- 
jectif pris substantivement) qui dans la construction de la phrase, au moyen d*une 
préposition, dépend nécessairement et immédiatement de i*adjeclif dont il complète 
on détermine le sens ; comme : coupable d'ingratitude, prêt à mourir, digne 
éÊ vous, ami du vrai, etc. Or il peut eiister à la fois plusieurs rapports de ce genre, 
et par conséquent l'adjecUf peut recevoir plusieurs compléments. Ainsi i*unen trouve 



« n n'y avait pas d'apparence de sMmaginer que Cbimène se résolût i faire cette 
« vengeance avec ses mains propres » L'équivoque de ses mains propres (nettes) 
rend cette dernière transposition presque ridicule. — Il faut de ses propres mains , 
de son propre avhi; il faut aussi votre propre expérience. 
Corneille, dans deux vers qui se suivent, le met une fois après d une fois avant : 

U veut de sa inaiD propre enfler sa renommée, 
'Voir à» ces propres yeux l'état de son armée. 

On serait plus sévère «ijourdhul. (Le Dict. crit. de téraud,) 

(26i; Simple. L'auteur de V Éloge de M. de yendôme a fait une Taule lorsqu'il 
a dit : yendôme réunissait les plus simples mœurs avec ce naturel heureux qui 
parie atuc belles actions; c'était les manirs les plus simples qu'il devait dire. 

Et La Bruyère en a commis une semblable, lorsqu'il a dit des apôtres que ce- 
taient de simples gens ; il fallait c*étaient des gens simples. 

(262) YiLÂiN. Il faut pourtant observer qu'on ne dit pas absolument un homme 
YaAiii, une femme vilaine, car on ne veut marquer ici que la situation de l'adjeciif 
après le nom; mais on dirait voilà un homme bien viLAi^ii on m'a adressé à 
une femme excessivement vilaine. 

I. 18 



S74 ^^ RÉGI HB DBS AIMEGff IFft^ 

trois daM cette phrase : « Coupable d'ingratitude eiiver#^ vous pê» son edlene 
eoDdaite. » Toatefois il n'est pas nécessaire d'établir ici des distinetlOBS eeuRie- 
avec les terbes, et Ton range teos ces régimes sons la même déoominatlMb ¥o|ez 
ce qoi est dit plos loin dans la> note sur le régime des adjectifs, p. 376. àk. L% 

Qudques adjectifs ne régissent rien; ce sont ceux qui, par eut- 
mômes, ont une qualification déterminée , tels que intrépide^ intio- 
Jûble, vertueuXy etc. : 

« Un général d'armée doit avoir une âme intrépide j être froid et 
< tranquille dans un jour de bataille. » (Fénelon.) — « Les droits 
« sacrés de Tamitié sont inviolables. » (Bossuet. ) — « La fortune se 
« range difficilement du parti des hommes vertueuse. » (Colardeaù, 
trad. de la LeUre d^Békïse à Aheilard. ) 

Quelques autres doivent nécessairement avoir un complémenf, ôoit 
un nom, soit un verbe; ce sont ceux qui, ayant un sens vague, ont 
besoin d'être restreints pour avoir une signification déterminée, 
comme capable^ préty comparable^ etc., etc. : 

« L'exercice et la tempérance sont copa&fes de conserver aux vieil- 
€ lards quelque chose de leur première vigueur. » 

(D'Olivet, Pensées de Ciciron.) 
L'ignoranoe toajonrs est prête à s-adrairer. (Boileau, Artpoét., eiik I.)' 

< Turenne était un homme comparable à tous les grands capi- 
« taines de Tantiquité. » 

Enfin, il y a des adjectifs qui n'ont point de régime quand on 1m 
emploie dans une signification générale, et qui en eut ub quand oâ^ 
veut les appliquer à quelque chose de particulier : « Il n'est pas même 
,« au pouvoir des dieux de rendre l'homme content, » (scudéri.) 

Qiftieureux est le mortel qai, da monde ignoré, 

Vit content de soi-même en un coin retiré! (Bolleao, Ép. VI.) 

« Le plus heureux en bien des choses est celui qui «lit se fiiire une 
« agréable imagination. » (s.-Évremond.) 

1" Remarque. — Il ne faut pas donner de complément ou régime 
à un adjectif qui n'est pas susceptible d'en recevoir. 

C'est d'après ce principe (reconnu dans \e?^ opuscule^ sur la lan- 
gue française^ pag. 302; dans Wailly, pag. 173; et dans presque 
toutes les Grammaires ) que Voltaire blâme P. Corneille d'avoir dit : 

Je cherche à l'arrêter parce qu'il m*est unique. 

{Le Menteur, act. II, se. l.) 

« Il M'est UNIQUE ne se dit pas, puisque l'adjectif wm^tw s'em{itoie 
« sans régime. » 

Ia p. Bouhours ( page 191 de ses Remarqua) a conclu aussi de» 



DU RÉGIME DES ADifiCTlFS. 975 

prinelpe qiie d'Ablftneourt s*cst exprimé incorrectement lorsqu'il a 
dit : « Cuillaume^ prince d^Orange, était doux^ aifiiUe, populaire et 
« amhiiieux d'BLiiioriié; » parce que, suivant lui, radjeetifomiih'ett^ 
ne doit pas avoir de régime, (f^oy. p. 280.) 

Toutefois Ménage et La Touche ne sont pas de cet avis; en eiïet, 
plusieurs écrivains lui ont donné un régime. Koileau a dit : ambi- 
tieux DE gloire; et L. Racine a dit des saints ( la Religion^ chant 111 ) : 
Ih sont ambitieux cl0 plus nobles richesses; 

et des enfants de Mars (chant V) : 

Ambitieux de vaincre, et non de discourir (263)* 
Yofez, MX Remarques détachées, ce que nous disons sur l*adjcctif impatient. 

^ Bemarque. — Il ne faut pas donner à un adjectif un autre ré- 
gime que celui qui lui est assigné par Tusage; ainsi, on ne serait 
pas correct si Ton disait : cela m'est aimable y comme on dit cela 
m'est agréable; pourquoi cela? parce que agréable vient d'agréer ^ 
oela m'agrée; mais il n'en est pas ainsi d'aimer; on dit j'atme cette 
pièce y et non cette pièce aime âmai; donc on ne peut pas dire cela 

ffl est.OMMtble. (Voltaire, Comment» sur te Menteur de P. Corneille, actu 11, te. i.) 

L'application de ces deux règles est très embarrassante pour les 
étrangers, parce qu'elles dépendent principalement de l'usage, qu'ils 
ne peuvent connaître qu'à la longue, et qui môme est souvent con- 
tdraire à celui de leur propre langue (264). 

3' Remarque. — - 11 y a encore une difficulté bien grande à surmon- 
ter pour les étrangers, c'est de bien connaître la nature des adjectifs, 
car il en est qui ne conviennent qu'aux personnes, et d'autres qui ne 
peuvait qualifier que les choses. 

Pour savoir si un adjectif peut se dire des personnes, il faut exa- 
miner, lorsqu'il dérive d'un verbe, si le verbe dont il dérive peut 



(208) Aujourd'hui on dit une phrase ambitieuse, une expression ambitieuse .' 
mal», ooinme le remarque M. Laveanx. il y a irop loin de i'ambiiion à une épitbéte 
on à une toomorede phrase, pour qu'on puisse qualifler l'une ou rautre de l'adjec- 
tlf ambitieux. 

— Mais on est convenu d'appliquer au style les qualité^ ou les défauts de l'homme, 
parce que le style est rhomtne mémey comme dit BufTon. l\ n'y a pas plus loin de 
l'amblUon à une épilhéte, que de \dinoblesse, de la prétention , de la simplicité, etc. 
Or on dit très bien un style noble, prétentieux , simple , etc. Pourquoi donc 
blâmer cette autre locuUon adoptée par l'usage^ quand elle est expressive et juste? 
L'Académie d'ailleurs Fa complètement adoptée. A. L. 

(2G4) Nous rejetons à la an de cet arUcle (p. 276) une longue note dans laquelle 
on trouvera l'explication des principales difficultés sur le régime des adjectifs. 

!8. 



276 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

avoir les personnes pour régime direct; par exemple, on dira bien : 
Cette personne est admirable y est excusable, parce qu'on peut dire ad- 
mirer quelqu'un , excuser quelqu'un; mais, comme on ne dit pas 
pardonner quelq^^un, contester quelqu'un, les adjectifs partfonnafr/e, 
contestable et incontestable ne peuvent convenir aux personnes, et 
dès lors on ne peut pas dire : Cet homme est pardonnable, contestable, 
incontestable, 

(L'Académie, sw la 343» Remarque de Vaugelas, page 5K4 ; Wailly, page 171. et 

d'Olivet, 35« Remarque sur Racine,) 
Voyez les Remarques détachées, au mot excuse, 

La même faute a lieu lorsqu'on applique aux choses des adjectifs 
qui ne conviennent qu'aux personnes. Balzac a dit : « Je trouve en 
« lui une admiration si intelligente de votre vertu, etc. » Celui qui 
admire peut être intelligent, mais l'admiration ne peut être intelli- 
gente. 'On lit dans la vie de S. Barthélémy des martyrs : « Tous les 
« pauvres le pleuraient avec des larmes inconsolables. » Celui qui 
pleure peut être inconsolable; mais comment des larmes seront-elles 

inconsolables? (TH. corneille, 143« Remarque, et Lévizac, page 383 de sa Grammaire.) 

N'oublions pas cependant que la poésie et l'éloquence animent les objets, et que 
cette transposition d'idées se rencontre dans tous les bons écrivains. C'est ainsi que 
Ton dit une action criminelle, un projet audacieux, un esprit entreprenant, etc. 
L'expression de Balzac nous semble irréprochable. A. L. 

4® Remarque. — Un substantif peut être régi par deux adjectifs, 
pourvu que les rapports qui les lient soient exprimés par la même 
préposition, ou , ce qui est la même chose, pourvu que ces adjectifs 
demandent le même régime : Ce père est utile et cher à sa famille 
est une phrase correcte, parce que les adjectifs utile et cher régissent 
la même préposition; on dit utile à, cher à. 

Mais on ne pourrait pas dire : Cet homme est utile et chéri de sa 
famille,, parce que utile et chéri ne veulent pas après eux la même 
préposition ; dans ce cas, il faut appliquer à chaque adjectif le réginx; 
qui lui convient : Cet homme est utile à sa famille et en est chér%. 

(L'Académie, sur la ss* Remarque de Vaugelas, page 84. — Le P- Buffier» no* 6T2 
et 673. — Kesiaul, page '289, et Wailly, page 31 i.) 

' ■ -^ !■ ■■ >■!■ IIP m. Il I I II ■■ ■ !■ !■ ■ ■ ■!■ I ■■■■.» .^ ■- « I ■ I ■ I ■ ■ ■ ■ ^ IM ■ — ^M^^^^M^^^^W— ^ 

NOTE 

SUR LE RÉGIME DES ADJECTIFS. 

Ou vient de voir que le régime d'un adjectif est toujours marqué par une 
préposition ; mais il ne s'ensuit pas que tout adjectif accompajyné d'une pré- 
posxLou ait uécessairement un régime. Si je dis, par exemple : inoùesle dans 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 277 

la vie pnvëe ; criminel par hasard ; vertueux sans dessein ; jaloux en se- 
cret; coupable à vos yeux , etc., tous ces mots qualificatifs n*en seront pas 
moins employés d'une manière absolue. J'explique , il est vrai , une circons- 
tance du fait ; mais je ne dis rien qui tende à modifier, à déterminer la quali- 
fication contenue dans Tadjectif ; en un mot, je n'y ajoute pas un complément. 
Cette distinction , nécessaire pour l'analyse d'une phrase , a donc son impor- 
tance grammaticale. 

Nous avons dans notre langue certaines tournures de phrases, certains 
idiotismes dont l'analyse peut présenter quelques difficultés et laisser des 
doutes dans l'esprit : nous voulons parler de l'infinitif placé à la suite d'un 
adjectif avec les prépositions de et d. Attachons-nous d'abord à bien marquer 
les rapports el les nuances de ces diverses locutions. 

Quelques Grammairiens ont cru trouver un régime de l'adjectif dans les 
phrases suivantes : « Il est doux de jouir dans la solitude des plaisirs inno- 
« cents que rien ne peut ôter au sage. » (Fénelon.) — « Il est très facile de 
« tromper l'homme en matière de religion, et très difficile de le détromper. » 
(Bayle.) 

II est beau de mourir maître de Tunivers. (Corneille.) 

Mais évidemment c'est là un gallicisme dans lequel la préposition de 
semble n'être, comme le dit l'Académie, « qu'une particule destinée à lier 
« le verbe avec ce qui précède. » En effet, dans cette proposition , il est 
honteux de mentir^ le véritable sujet est l'infinitif mentir; et l'on ne pour- 
rait traduire cette phrase en latin qu'en changeant ainsi la tournure : mentir 
est honteux; turpe est mentiri. Si donc nous voulons nous rendre un compte 
exact de cet idiotisme, voici comment nous pourrons résoudre la difficulté : il 
répond à illud des Latins ; c'est le neutre désignant vaguement une chose. 
Or ce mot n'est ici que le sujet apparent de la proposition, sujet vague, indé- 
terminé , qui ne peut exister sans un complément que nous trouvons dans le 
mot mehtir. Le sujet complet de la proposition est donc : (t7} la chose de 
mentir» H en est de même de toutes les phrases analogues. (Voyez plus 
loin art. IV, § 1, au pronom ce.) Pour mieux sentir la différence, il suffit de 
rapprocher cette autre phrase : je suis honteux de mentir; où l'infinitif est 
un véritable complément de l'adjectif. 

Faut-il conclure de là que si le sujet de la proposition n'est plus le mot vague 
ily mais un mot distinct et déterminé, l'infinitif, en ce cas, deviendra néces- 
sairement un régime? Et, par conséquent, faut-il ranger dans cette classe les 
phrases telles que celles-ci : « Cet homme est fou de parler ainsi.» — «Vous 
êtes bien bon de le croire. » — « Que je suis maladroit (favoir échoué ! » 

Sans doute il existe ici un rapport de dépendance que l'on pourrait regarder 
comme un régime. Cependant, à notre avis, ces locutions ne présentent pas 
le caractère d'un véritable complément de l'adjectif; c'est plutôt une sorte de 
proposition subordonnée qui se rattache à la proposition principale par le mot 
de y faisant les fonctions d'une particule conjonctive. En effet, pour traduire 
cettetoumure de phrase en latin , il serait nécessaire d'employer un relatif ♦ 



S78 DU RÉGIME DES ADIECTIFS. 

et l'analyse , en français, nous conduit à peu près au même résultat : Il est 
fou en Cê qvû'û parle ainsi ; vous êtes bon pwce que vous le croyez ; je suis 
maladroit puisque j*ai échoué, mot qui ai échoué, etc. Ce n'est donc pas là 
précisément ce qu'on peut appeler régime de l'adjectif. 

La préposition à devant un infinitif s'emploie quelquefois dans un sens ana- 
logue, et alcNTs aussi elle n*est qu'une liaison conjonctive qui rattaclie à la 
pnrase une expression subordonnée. L'analyse nous donnera le moyen de 
saisir les différences : il est fou à (ce point qu'on doit le) lier; elle est gen- 
tille à (ce point qu'on veut la) croquer, etc. Par suite de l'ellipse, le verl>e 
prend ici une signification passive, comme si l'on disait : fou à être lié» Mais 
cela n'a pas toujours lieu, et la signification peut également rester active : laid 
à (ce point qu'il doit) faire peur; bête à — manger étu foin; belle à — 
ravir, etc. Ainsi donc à n'exprime pas un complément de l'adjectif toutes 
les fois qu'il doit se résoudre par une explication semblable à celles que nous 
venons d'indiquer. 

Mais au contraire le régime existe toutes les fois que l'infinitif semble 
n'avoir dans la phrase d'autre valeur que celle d'un substantif précédé d'une 
préposition. Ainsi agréable à lire , étonnant à voir, triste à penser^ long 
à croùre, aisé à vivre, auront pour explication : à ou par la lecture, la vue, 
la pensée, la croissance^ etc. C'est alors une locution imitée du supin en u 
des Latins, qui , lui-même , n'est qu'une sorte de substantif à l'ablatif , lectu, 
visu, cogitaiu, etc. On voit que nous ne citons ici que des phrases où l'infi- 
nitif a le sens passif ou neutre , à l'imkation d'une tournure latine. L'emploi 
du sens actif ne peut jamais faire doute ; c'«st le régime ordinaire : ardent à 
travailler; enclin à mal faire ; exact à payer. 

Notre langue toutefois demande ici quelque attention , puisqu'une mêm^ 
expression peut tour à tour changer de valeur. Ainsi nous disons également : 
habile à séduire (les autres) , facile à séduire (être séduit). Mais avant les 
verbes pronominaux on ne peut jamais employer que les adjectifs avec signi- 
fication active, comme prompt à se tromper; lent à se repentir; sujet à 
s*enivrer. C'est donc une faute de dire pamphlets faciles à se procurer; 
maison commode à se loger; espoir aisé à s*^anoufr. 

Ces principes, une fois établis, nous serviront à résoudre quelques-unes 
des difficultés qui vont suivre. A. L. 



Gernins adjeellfs, lonqu'OB ne les emploie pas absolament, ce qui arrive sou- 
vent, ont pour régime, soit la préposition à, soit ta préposition de : 

1. Adjectifs qui ont pour régime la préposition à, c'est-à^ire qui -mst um 

complément construit avec cette préposition^ 

Agcbssiblb : 

U se reod oeeessibie û tom les Janissiires, (Racine, Uajazet, wen^U ww 1.) 



m RÉGIME DBS ADJECTIFS. ^ 279 

AccouTUMs : 

lioiirri ^qs Faboadance, au hue êecùmum^ (YfUdrci, U ffenriflde^ ch. X.) 

ADHERENT : Un arbre est adhérent au tronc. — Une satae est adhérente à son 
piédestal. (L'Aeadémte.) 

Agirabli: « Cnjtt QD homme qai doit être agréable aux dieax, puisqu'il 
« souffre pour la Tertu. » (Montesquieu.) 

Antsbibur : L'ouvrage dont je i^ous parle est antérieur à celai dont vous 
parlez. 

Mn^ : Voj^ p. 284« dans quel cas cet adjectif jMrend à, dans quel cas llprend de. 

AXDWT : 

TantOjt fnommp U|9e i^i\i^ffr4eHte4 sop ouvrage. 

(Boileau, Art poétique, chant II.) 

... Ce Parthe, seigneur, ardent d nous défendre. 

(Racine, Miihridate^ acte III, se. i.) 

Assidu : Voyez, page 284^ quand il prend à, quand il prend auprès. 
Attentif: 

Le fidèle, auentif au» règles de sa loi. (BoUeau, le Lutrin^ chant VI.) 
Cksb: 

Cette grandeur sans borne, d ses désiis si chère. 

(Voltaire, la flefiriàde, chant MI.) 
CoNFOBME : Une fille qui 

S'est fait une vertu conformé a son «neHMiir. 

{Racine, arifomletcs, acte fl, se. S.) 

CONTBAIBE: 

Mon cœur, toujours rebelle, et eentraire à Ira-mème, 

Fait le mal qu-H déteste, et IMt-ie bien quHl aime. 

•ÇL. Racine, la Onêee, ahait L) 
Enclin : Censeur 

Plus enciitt d blâmer, que savant à bien faire. (BoUeau, àrtpç4ldque^ çbsnt III.) 

Exact : Cet iiMMiie jtsl laborieiMi, at emenet à remplir ses devoirs. 
Favobable : 

De David d ses yeux le nom est favoroNf . (Racine, àthaUie, aete m, ae. 6.) 

— Il y a une erreur dans Texemple cité, car à ses yeux^ pris comme régime, 
fignlfierait favorable à Vorgane de la vue. Il nous paç^lt d'ailleurs que la locu- 
tion aux yeuXi qu^nd elle signifie en présence^ à la vue, à Végard de, ne 
peut jamais être régime. Elle est absolue et indépendante. Du reste, nous pouvons 
dtw de Gomeille : 

«I letson ^BMfoMe d-sen taebe attentat. 
Et de Racine : 

^ijaqaais à .mes ^piix vous {^\» fflffùmble. 
L'on voit par .aas 4MIS. exemples i9He ,/a«ar«l»(a 4 i^.ptend dais te Jtnsjtetif , 
ftii favorise, et non pas comme dans le vers d'Athalle> qui inspiùre la fa- 
veuT^ A. L. 
Fobmcdable : Voyez, page 291, si eet adjectif deH-prendre ta préposKion A. 
Funeste : H n'y a rien de sf funeste à la piété que le commerce dp mw^* 

Imfbnstbabiii ; Voy^ page 293, si cet «lUectir prend toqjoars la préposition à. 



"IhU DU RÉGIME DES ÀDIECTIPS. 

Importun, incommode: 

Importun à tout autre, à soi-mdme incommode» (Boileau, satVIIL) 

IRACCKSSIBLE : 

Toujours inaccessible aux vains attraits du monde. 

(Voltaire, la Henriade, chant V.) 
Insshsiblk : 

Insensible d la vie, insensible à la mort. 

Il ne sait quand il ?eille, il ne sait quand il dort 

(L. Racine, la Religion, chant fi.) 

Intkspioe : J.-J. Rousseau, Emile, H y. I^ a donné A ce mot un régime : « Atec 
« une gradation lente et ménagée on rend l'homme et l'enfant intrépides à tout. » 
Ce complément n*est point indiqué par l'Académie, et nous n'osons pas l'ap- 
prouver. A. L. 

Invisible : Dieu 

Invisible à tes yeux... (Voltaire, la Henriade, chant VU.) 

Nuisible : Sa conduite est nuisible à sa santé. 
Odieux : Cet Achille 

De qui jusques au nom tout doit m'étre odieux. 

(Racine, iphigéniet acte II, se. l.) 

Préférable : La vertu est préférable à tons les biens. 
Propice : 

11 est dans ce saint temple un sénat vénérable. 

Propice à l'innocence, au crime redoutable. (Voltaire, Henriade, chant IV.) 
Rebelle : 

Cette reine elle seule d mes bontés rebelle. 

(Racine, Alexandre le Grande acte V, se. S.) 
Redoutable : « Saint Louis était redoutable aux vices par son équité. » (Fléchier.} 

Sensible : 

Aux larmes de sa mère il a paru sensible. 

(Racine, les Frères ennemis, acte II, se. 3.) 
Semblable : 

Du titre de clément rendez-le ambitieux ; 

Cest par là que les rois sont semblables aux dieux. (La Fontaine.) 

Sujet : 

Et ce roi, très souvent sujet au repentir. 

Regrettait le héros qu'il avait faii partir. (Voltaire, Henrtade, chant IV.) 



II. Adjectifs qui ont pour régime la préposition de, e'esP^^ire qui ont un 

complément construit avec cette préposition» 

Ambitieux : « Il est plus ambitieux de faveur que de gloire. » — « fl est plus 
« ambitieux de servir son prince que de lui plaire. « (Académie. ) 
Amoureux : 

Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles 

Sont d'un dédamateur amoureux de paroles. 

(Boilean, Art poétigue^ chant III.) 
Capable : 

De quel erime on enfant peut-il être capable? 

(Radne, AthaUe, acte II, se. s.) 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. :28l 

GOWLICI: 

Ainsi ta Caii les dieux complices de U haine. (La Harpe.) 

Content: 

Qui vit content de rien possède toute ctiose. (Boileau, Épttre V.) 

Désireux : 

Et désireux de gloire. 
Son char rase les champs et yole à U victoire. (Delille, traduction de TAi^ide.) 

DiFFKBENT : 

Elle le voit d'un œil bien différent du vôtre. (ComdUe.) 

DlGHEl 

Digne de notre encens et digne de nos vers. (Boileau, stt. VII.) 

Voyez les Remarques détachées. 

Envieux : 

J'ai rendu mille amants envieux de mon sort. (Boileau, Énigme,) 

ESCLAYE : 

L'impie esclave 
De la foi, de Hionneur, de la yertu qu'il brave. ^ 

(L. Racine, la HeHgUm, chant I.) 
Exempt: 

O vous dont les grands noms sont exempts dé la mort ! 

(U Racine, la BeUgion, chant II.) 
Fiée: 

. . . Tout /!ef (fun sang que vous déshonorei. (Boileau, Satire V.) 

Fou: 

Un avare idolâtre et fou de son argent. (Boileau, Satire IV.) 

Globieux: 

II n'est pas de Romain 
Qui ne soit glorieux de vous donner sa main. (Corneille, Horace^ IV, 3.) 

Honteux : « 

J'ai cru honteux (f aimer quand on n'est plus aimable. 

(Corneille, Sertorius, IV, 2.) 

Insigne: 

Joyeuse^ né d'un sang chei les Français insigne. 
D'une faveur si haute était le moins intUgne. 

(Voluire, la Henriade^ chant III.) 

Incapable : 

IneaptUfk à la (ois de crainte et de tireur. 

(Voltaire, la Henriade^ chant VI.) 

lYBE : 

Toujours ivre de sang et toujours altéré. (L. Racine, la ReUgion, chant 1.) 

Las : Le ciel 

. . . Lent à punir, mais las (f être outragé. (L. Racine, la Religion, chant ni.) 

Mécontent : 

Hais un esprit sublime. .... 

Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire. (Boileau, Satire II.) 

PtlIR: 

BIte est doiB un palais tout pfeto de ses aïeux. (Racine, BrilaiifiiCKf, i» >•} 



282 DU KiQim DJBS iBJl^TIFS. 

SowilEUX : 

Il offre à ma colère 

Un ri?al dés longtemps soigneux de me déplaire. (Racine, MHhrIâatef II, |.) 
SÛB: 

Il attendait Bourbon, sûr de yaincre avec lui. cVoltaire, la HenHade^ cbànt IV.) 

TUBUTAIRE : 

ReQdez de mon pouvoir Athènes trlbutflhe, (Baci|ie« phêiine^ II, s.) 

VicnMB: 

^ îriste jouet des vents, victime de leur rage, 

' L pilote effrayé. . . (L. Racine, la fieffflrfofi, chant il.) 

Vide : 

Lénine, tJkMe^ sang, le cœur reste glacé. 
Son ame s'évapore, et tout l'homme est passé. 

(L. Racine, la ReO^oit, chant II.) 



Noos remarquerons ici qu'an grand nombre d'adjectifs, qui s'emploient or^nai- 
rement seuls parce quMls ont un sens général déterminé, prennent soaYent aussi on 
complément avec la préposition de, quand on v^p^jiréclser o« madi^ ^fiuini^e 
dont la qualjQcAioQ doit être enUtndiie, Nous citerons, par exemple : 

jlgréahle de figure ; affamé de gloire ; 

Beau de gloire et d'araonr (DeUlIe); belle de ses vertus ; brUUmteéB toilette ; 

Doux de earaetère ; du^ «ToreHIe (Acad.) ; 

Éclatant de lumière ; 

Faible de santé (voy. p. 289) ; fanfaron de verto ; fkmant de carnage ; 

Gueux de vingt procès gagnés (Boileau) ; 

Humble de cœur y humide de rosée ; 

Large de six pieds ; lourd de corps et d'esprit; ^ 

Malbâii de sa personne ; muet de terreur ; 

Pâle de colère ; perclus de tous ses membres ; 

Ravissante de grâce ; robuste de corps ; 

Sanglants du meurtre de leur général (Fléchler] ; sourd de naissance ; 

Terrible de visage ; tremblant d'efl^oi. 

On Yoit par ces exemples^ dont il est inutile de grossir la liste, que ce gNife de 
complément peut s'appliquer à nn très grand nombre cf adjectifs, qilf semlilent aa 
premier abord n'en pas comporter. Ces régimes^ qui ne sont pas tous de même na- 
ture, et dont quelques-uns sont contestables peut-être, ont été créés fyp ^pil^M 
sorte pour le besoin de la pensée, et s'en^plaieiiit seulement daiisqpeli^w^^ par- 
ticuliers : ils ne soiU doiw:^ à yfài dke, que des régimes accidentels. A. L. 

III. D'autres adjectifs enfin ont un régime dî^r^D^^ f9lon qu'om lê$. emploie 
avant un nom ou avant un verbe, ou bien encore selon qu'on Içsaii^o^jqiir 
les jfiersQnnes w* pour les choses. 

Absent se dit sans régime : 

Présente, je vous fois ; absente, je vous trouve. 

(Racine, PAédre, acte II, se. ft.) 
€ Le sentiment de la fausseté des plaisirs présents et l'ignorance des fliMif 
« a6safi(# causent rincoastAnce. » f Pensée <tei^ial>) 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. SSS 

Se (Ht aussi avec ud régime et la prépositioi de: 
]o En pariant des lieux et des choses. 

Absente de la cour, Je D*ai pas dû penser. 
Seigneur, qu'eu Tart de feindre il fallût m'exercer. 

(Racine, Britannieug, acte 11^ se. S.) 

De ce même rivage absent depuis un mois. 

(Le même, Iphigéniey acte II, se. 7.) 
2o En parlant des personnes. 

ulbtent de vous, Je vous vois, tous entends. (Fontenelle, X, 468.) 

« Quand J'ai été absent de Camille, Je veux lui rendre compte de ce que J*al pu 
« voir ou entendre » (Montesquieu, le Temple de Gnide, ch.Y.) 

J'étais absent de vous^ inquiet, désolé. (Campislron.) 

Ces exemples confirmeraient l'emploi de cet adjectif suivi de la préposition de, re- 
jeté par l'Académie. 

— L'Académie admet le premier cas, absent de la cour; cela ne peut faire doute. 
Mais absent de vous nous parait une locution forcée que l'Académie a bien fait de 
ne point reconnaître. A. L. 

Absubde se dit le plus souvent sans régime : 

CoBséqaencc absurde , conduite <ibsurde , proposition a^^urde, raisonnement 
absîsrde^ 

m Imaginez ce que vous pourrez de plus monstrueux , de plus absurde, vous le 
« trouverez dans Shakspeare » (Voltaire.) 

Cependant il paraîtrait qu'on peut aussi le construire avec la préposition à : 

Il mentait à son cœur en voulant expliquer 

Ce dogme absurde à croire, absurde 4 pratiquer. 

C^ottaire, Discours sur la tHrerté moralej^ 

Voyez aux Remarques détachées si cet adjectif peut se dire des personnes. 

—Voyez sur ce dernier exemple nos observations , p. 278. A. L. 

AnoRR : Avec les personnes, cet adjectif régit de : 

« Dieu veut être adoré de ses créatures. » (Massillon. ) 

Ou bien il se dît sans régime : 

« Diane adorée dans toute l'Asie. » (Bossuet.) 

Avecles choses, adoré s'emploie sans régime : 

L'audace est triomphante, et le crime adoré. (Brébeof.) 

•—Cependant au figuré, par une personnification fort usitée dans le style noble, il 
■OUI «enbte qu'on peut dire : la vertu adorée des dme* pures; kt bienfiiisanee 
adorée du malheur, A. L. 

AoioiT régit la préposition à : 

c Adroit à manier les esprits. » (L'Académie.) 

Le merveilleux Protee, adroit à nous surprendre. (L. Racine.) 

Affablk se dit, ou tout seul : 

Lui, parmi ces transports, affable et sans orgueil, 
A l'un tendait la main, flattait l'autire de l'œil. 

(Racine, Athalie, t/eto V, ic. i.) 
oa avec lespréposilions à, envers : 
« Affable à tpnt le monde ou envers tout le monde. » (L'Académie et Féraud.) 



284 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

« Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns sans fâcher les antres.» 

(Bossaet.) 
Alarmant. Cet acUectif régit quelquefois la préposition pour: 
« Dans ta plupart des romans, ce ne sont que conversations tendres , qne sentl- 
• ments passionnés, que peintures séduisantes, que situations alarmantes pour la 
« pudeur. » (I/abbé Reyre.) 

Aprr. Dans le sens &avidey cet adjectif prend à : 

« Peut-être la réputation quMl a d'être âpre au gain contribue-t-elle à cette coo- 
« pable honte. » (J.>J. Rousseau.) 

Par extension , et signifiant ce qui est difficile et dont on ne peut venir à bout 
qu'avec beaucoup de peine, il prend de: 

« Quelques grandes difficultés qu*il y ait à se placer à la cour, il est encore plus 
« difficile et plus âpre de se rendre digne d'y être placé. • (La Bruyère ) 

— Voyez sur ce régime notre observation, p. 277. A. L. 

Assidu. Avant les personnes, il régit auprès : 

Assidu auprès du prince. 

Avant des noms de choses et des verbes, il régit d .* 

« Assidu à rélude; assidu à son devoir. » (L'Académie.) 

A prier avec vous jour et nuit assidus. (Racine, Esther, acte I, se. 3.) 

D'écoliers libertins une troupe indocile. 

Loin des yeux d'un préfet au travail assidu, 

Ya tenir quelquefois un brelan défendu. (Roileau, le LuMn, chant IIL) 

Aucun régit la préposition de devant les noms ou les pronoms. 

Aucun d'eux (les plaisirs) n'assouvit la soif qui me dévore. 

(L. Racine^ la Religion, chant II.) 

« Aucun de vous ne peut se plaindre de moi. » 

. . . Aucun de nous ne serait téméraire 
Jusqu'à s'imaginer qu'il eût l'heur de vous plaire. 

(Corneille, Rodog., acte IV;, se. i.) 

Fénelon l'emploie dans le sens de rien^ et lui fait régir la préposition de deraot les 
adjectifs: 

(t II n'a eu dans toute sa vie aucun moment d'assuré ; » 
de même que l'on dit r « Il n'y a rien de prêt. » 

Féraad ne croit pas devoir condamner de dans cette phrase, mais ii ne pense pas 
qu'on doive toujours mettre cette préposition dans des cas semblables. De fait 
fort bien, ajoute-t-il, quand le pronom en est joint à aucun; ainsi, en pariant de 
livres, de tableaux, on dira : 

« 11 n'y en a aucun de relié. — Il n'y en a aucun d'encadré. » 
Hais, hors de là^ il ne faut pas, généralement parlant, mettre ce de avant l'adjectif, 
et alors il faut dire : 

« Il n'a aucun livre relié. — Il n'a aucun de ses tableaux encadré. » 

AvsuGLB se dit au propre sans régime : 

« Le hasard, aveugle et farouche divinité, préside au cercle des joaenrs. 

( 1^ B r uyère. des Biens de fortune . ) 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 285 

c Celui qui n'a jamais va la lomiëre pure est aveugle comme on aTeugle-né. » 

(Fénelon.) 
Au figuré, il se dit aussi sans régime : 
« Rien n'était plus aveugle que le paganisme. » 
c La fortune ne parait jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne fait pas de bien. » 

(La Rochefoucauld.) 
ou bien avec les prépositions surj dans ou en. 
« On est aveugle sur ses défauts, clairvoyant sur ceux des autres. 

(La Rochefoucauld.) 
« La haine est aveugle dans sa propre cause. » (L'Académie. ) 

. . . Dieu Teut qu'on espère eo sou soin paternel. 

Il ne recherche point, aveugle en sa colère, 

Sur le fils qui le craint rimpiété du père. (Racine, Athalie, acte I, se. 2.) 

— Il nous semble que ces deux derniers exemples ne peuvent guère être regardés 
comme des régimes. Cependant si Ton veut que aveugle en sa colère soit l'équl- 
Tileot de aveuglé par sa colère, on pourra à la rigueur y trouver un complément , 
tandis que aveugle dans sa propre cause n'en présente même pas. Cet adjectif se 
construit aussi avec d'autres prépositions qui se rapprochent tout autant d'un véri- 
table régime. Ainsi l'on dit aveugle de naissance, aveugle par accident. Mais si 
Ton ne veut voir là que des compléments accidentels, ou improprement dits. Il faudra 
du moUis reconnaître les signes d'un vrai complément dans cette expression figurée 
aveugle de fureur et d'amour, A. L. 

Avide, au propre, se dit sans régime ; ainsi l'on ne dit point : avide de pain , 
avide de viande, comme on dit au figuré : avide du biend'autrui, avide de gloire, 
desavoir, de louanges, avide de sang. 

Ils s'étonnent comment leurs mains, de sang avides. 
Volaient, sans y penser, à tant de parricides. 

(Corneille, Horace, acte I, se. 4.) 

Tu n'en fis pas assez, reine de sang avide; 
11 faHaii joindre encore l'inceste au parricide ! 

(Crébillon, SéndranAs, acte V^ se. i.; 

GsLSBRK^ suivi d'un régime^ demande la préposition par et la préposition pour. 
m Célèbre par ses vertus, célèbre par ses crimes. » (L'Académie.) 

« Célèbre par tout l'Orient pour sa doctrine et pour sa piété. » (Bossuet.) 
Cependant Bolleau a dit : 

Sais-tu dans quels périls aujourd'hui tu t'engages ? 

Cette mer où lu cours est célèbre en naufrages. (Épttre au Roi.) 

Mais nous croyons que ce régime est un peu hasardé. 

— Pourquoi donc? Et comment pourrait-on mieux dire? On va voir d'ailleurs que 
l'usage et l'Académie permettent de dire fameux en naufrages. L'analogie est cofai- 
plète. A. L. 

Voir, page 203^ une observation sur l'emploi de l'adjectif célèbre. 

Civil. On dit ordinairement civil envers et civil à l'égard de tout le monde. 

Fléchicr avait dit : « cfcil à ceux à qui II ne pouvait être que favorable,» et l'A- 
cadémie avait adopté ce régime dans son édition de 1762 ; mais elle ne l'a pas mis 
dans celles de 1798 et de 1835. En cela, elle a profité de la remarque de Féraud. 



296 DU RÉGIME DBS ADJECTIFS. 

CoMiiuM s'emploie saDS régime : 

« Le soleil, l'air, les éléments sont communs, » (L'Académie.) 

et quelquefois avec un régime et les prépositions d, avec : 

« Le nom d'animal est commun à l'homme et à la bête. > (L'Académie.) 

c Le Diea des Hébreux n'a rien de eommiun avec les divinité» pleines d'imper- 
« fections. • 

c Le sentiment de l'immortalité leur est commun à tous. » (MassHIon.) 

c L'amour a cela de commun avec les scrupules, qu'il s'aigrit par les réflerions.» 

(La Bruyère.) 

On remarquera que l'adjectif commun n'a pas toujours le même sens employé 
sans régime ou employé avec un régime : 

Des disgrâces communes sont des disgrâces ordinaires et peu eonsiêirabletî 
mais des disgrâces communes à tous les hommes sont des disgrâces auxquelles 
tous les taomndes peuvent être sujets, et qui peuvent être des disgrâces eaêraordi^ 
noires et considérables. 

De cette distinction, il faut coDclure avec Féraud que le P. Rapin a pailépea exac- 
tement lorsqu'il a dit : 

« La fia delà tragédie est d'apprendre aux hommes à ne pas craindre trop faiMe^ 

> ment Us disgrâces communes* 

Assurément tes disgrâces représentées sur la scène ne sont pas ordfBalremeiit é»s 
disgrâces communes et légères ; alors il devait dire : ...â ne pas craindre avee trop 
de faiblesse des disgrâces qui leur sont communes envee les grands , emec les 
héros. 

CoMPAiABLR régit la préposition à : 

« Turenne est comparable aux plus grands capitaines de l'antiquité» » 

< Les biens de ce monde ne sont pas comparables à ceux de l'éternité»» 

(Férand.) 
Los efforts des Titans D'ont rien de comparable 

Au moindre effet de sa fureur. (J.-B. Rousseau, Cantate sur rhiver.) 

Cet adjectif régit aussi la préposition avec, lorsqu'il s'agit de choses qui sont d'une 
nature absolument difiéreate , el alors il ne se dit qu'avec la négative : L'esprit 
n'est peu comparable avec la matière. (Lanwnou) 

GoMPATiBLB. Au Singulier cet adjectif régit la préposition avec : 
« 11 ne creit pas l'exactitude des régies de l'Évangile compatible avec tel nMiimes 

> du gouvernement et avec l'intérêt de l'état. » (Maasilton.) 
au pluriel il se met sans régime : 

c Celui dont la postérité a fait on dieu a vécu méprisé et méprisable; deia choses 
n compatibles. » (Voltaire.) 

, Voltaire parle ici d'Homère. Le mot méprisable n'est certainement pas jusie. 

•^ Certes rien n'empêclie de dire avec l'Académie : Ces maximes ne sont pêS 
compatibles avec celles de V Evangile. Ainsi donc, au pluriel, ce mot peut s'eas-' 
ployer avec ou sans régime. A . L. 

Voyez pins bas la note sur le mot incompatible, p. 293. 

Complaisant. En prose, on ne donne point de régime à cet adjectif. Racine et 
Molière lui en ont donné un en vers : 

Les Oieux à vos désirs toujours si complaitants. (Iphigénie, acte I, se. ).; 



M fiÉGfHE DES ÂD3EGTIFS. 287 

» • ... Je bais tous les hommes ; 
Les uns parce qaMIs sont méchants et mainoiisants. 
Et les autres» pour être aux méchants eomplauants, 

{Ijb Misanihtope^ «ote I, so. h) 

GORFIDSIIT. 

Prêta faire sur voua éclater la vengeaBe» 

D'un geste confident de notre intelligence. (Raoioe, Miannitm^ aete M; se; 7.) 

GoNifu. Voyez plus bas le root inconnu, p. 294. 

Consolant régit pour : 

« LeftyronUBssaa de la reKgioa sont bien consolantes povr les lUAlbetifCUï. » 

(L'Académie.) 

« Voilà ane Yéilié bien eonêolonte pont tous. > (Massillon.) 

0L.de (Vof. p. 211): 

• C'est ane chose bien consolante dans ses malheurs^ de ne pas se les être attfrés 
par sa faute. » (L'Académie.) 

CcoiaTAiiT régit dans oaen: 
. » ConMmnt en anour. Conetcmt dans son amotir. • (L'Académie.> 

c Le peuple romain a été le plus constant dans ses maximes. • (Bossuet.) 

Coupable. Cet adjectif, qui ne se dit au propre que des personnes, et au figuré , 
des choses, s'emploie quelquefois absolument. 

D^ne tige coupable il craint un rejeton. (Racine, Phèdre^ acte 1^ se. i,} 

.Qockpiefois il régit la préposition de : 

Hélas! de vos malheurs innocente ou coupable, (Racine.) 

Coupable de la mort qu'ici tu me prépares. (Voltaire.) 

fnl^yefoit la préposition detxmt: 

m Ils sont eoupaàles devant Dieu des désordres publics. » (Massillon.) 

tt fnelquefois la préposition envers : 

Pour un fils téméraire et coupable envers vous, 

(Voltaire, Sémiramis, acte m, se. 5 } 

— ^naM rexemtile cité de Massillon, la préposition devant ne peut pas indiquer un 
régime: il faudrait pour cela qu'elle exprimât un rapport direct, comme envers; tan- 
dis qnlal cette locution signifie aux yeux de Dieu, phrase incidente conmie nous 
l^afwanfi dit, page 27'9. H eh sera de même de ces locutions : Coupable devant la loi, 
-4M WépKfiH- U âode, -^ sur tous les points, — au premier chef, etc. A. L. 
CausL se met quelquefois avec la préposition à : 
■ tf IMérlen ne tuA cruét qu^aux chrétiens. > (Bosaoet,) 

Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds. 

(Racine, iphigénie, acte JU, so» 2.) 
Cest cette vertu même à nos désirs cruelle 
Que vous loulfez encore en blasphémant eontre elle. 

(Corneille, Polyeucte, acte II, se. 3.) 

On dit aussi cruel envers quelqu'un. 
CuBiEUx se construit avec en devant les noms : 

€ Cette femme est fort curieuse en linge, en habits. > (L'Académie.) 

— Il prend aussi la préposition de, L'Académie donne pouf exemple : Cet homme 
curieux de tableaux, de médailles, A. L. 



288 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

DàscnBux. Avec le verbe être employé impenonnellemeiit, et suivi d'un infi- 
nitif, cet adjectif régit la préposition de : 
« Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes. » (Pascal.) 
— Voyez notre observation p. 277. A. L. 
Devant les noms, dangereux se met avec la préposition peur : 
« De tendres entretiens sont dangereux pour l'innocence. » 
« Tons les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne. > 

(Pascal.) 
Quelques écrivains ont fait usage de la préposition à : 
c Aman trouva la puissance et la religion des Juifs dangereuses à l'empire.» 

(Massillon.) 
Dangereux d lui-même, à ses voIsîds terrible. (VolUire, la Henriade, eb. I.) 

liais Féraud est d'avis que ce régime est un anglicisme. To the religion and /l- 
berty. 
Enfin, dangereux suivi d'un infinitif régit à (Voy. p. 278) : 
« Cet ouvrage n'est ni mauvais ni dangereux à publier. • (Pascal.) 

Dédaigneux. Quand on donne an régime à cet adjectif, on se sert de la préposi- 
tion de : 

Tout monarque indolent, dédaigneux de s'instruire. 
Est le jouet honteux de qui veut le séduire. 

(Voltaire, Éptire au prince royal de Prusse, 173S.) 
Difficile, avec le verbe être, régit à ou de, suivant que ce verbe est employé oq 
non comme impersonnel, et cela lui est commun avec un grand nombre d'adjeetifo. 
On dit : il est difficile à conduire, et il est difficile de le conduire. Hais, dans le 
second exemple, le verbe être est employé impersonnellement. (Voyez p. 277.) 

« Les fautes des sots sont quelquefois si lourdes et .si difficiles à prévoir, qu'elles 
« mettent souvent le sage en défaut.» (La Bruyère, de l'Bomme,) 

m La raison n'en est pas difficile à trouver. > fMassinoB.) 

« Qu'il pst difficile d'être victorieux et bumble tout ensemble ! » 
Docile est quelquefois suivi d'un régime ; alors il prend la préposition à : 
« Docile aux leçons de son maître. • (L'Académie.) 

Il fallut qu'au travail son corps rendu docile 

Forçât la terre ayare à devenir fertile. (Boileaa, Épttre ilL) ■ 

Cet adjectif ne se met point avant les noms de personnes ; ainsi l'on ne dit pas : 
Les enfants doivent être dociles à leurs pères, mais bien... dociles auxvohiUés 
de leurs pères. 

iHooGiLB se met avec la même préposition, et ne se dit pas non plus avecles noms 
de personnes. 

Dur et fach,eux joints à être, régissent de, quand ce verl)e est employé imper- 
sonnellement : 

« Il est dur, il est fâcheux de se voir préférer un sot.» {Le Dict. de Trévoux.) 

< Il est plus dur d'apprébender la mort que de la souffrir. » 

(La Bruyère, de l'Homme.) 

On dit aussi, dans le sens de rude, inbumain : dur à soi-même, dur à la peine, 
dur au travail, dur à ses débiteurs. 

- Voyez notre observation, page 277 : et un exemple du régime de avec on subs- 
tantif, page v 82. A. L. 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 2S9 

Efpbotablr. Cet adjectif s'emploie ordinairement sans régime, surtout en 
prose : 

« Il faisait des serments effroyables, » (L'Académie.) 

Ce songe et ce rapport, toat me semble effroyable, 

(Racine, Àthalîe, acte If, se. S.) 

Cependant, en vers, on peut le faire suivre de la préposition à : 

Un Hérode, un Tibère effroyable à nommer. (Boileau, sat. XI.) 

*e le vois comme un monstre effroyable à mes yeux. 

(Racine, Phèdre, acte III, se. 3*) 

Endubcf. On dit endurci aux coups de la fortune, aux louanges, contre l'ad- 
versité, dans le crime, au crime. (L'Académie.) 

Ses yeux indifférenls ont déjà la constance 
D'un tyran dans le crime endurci dés Fenfance. 

(Racine, Britannicus» acte V, se. 7.) 

rirais par ma constance, aux affronts endurci, 

Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussi. (Boileau, sat. VIIL) 

Etbanorr demande différents régimes, selon ses diverses acceptions. 

« Il est étranger en médecine. » 

« Il est Oranger dans ce pays. » 

c II a des habitudes étrangères à toute espèec d'intrigue. • (L'Académie.) 

V 

ExpEBT régit quelquefois la préposition en : 

« Cet homme est expert en chirurgie. » (L'Académie.) 

— Il nous semble avoir lu quelque part un autre régime dont l'emploi peut-être 
serait supportable avec les verbes : cet homme est expert à mentir, L'Académie ne 
l'iiuUqae pas ; mais elle admet aussi : il est expert dans cet art. A. L. 
Fâcheux. Voyez Dur. 
Facilb : 

Ces promesses stériles 

iharmaient ces malheureux, à tromper trop faciles. 

(Voltaire, la Henriade, cb. X.) 

Employé impersonnellement, facile demande la préposition de s 
Il n'est pas si facile qu'oq pense 
D'être fort honnête homme, et de jouer gros jeu. 

(Madame Deshoulières, réflexion XV.) 
Voyez' notre observation, p. 278. A. L. 

Faible. On trouve dans Corneille un exemple de faible de suivi d'un infinitif. 
Faible d*avoir déjà combattu l'amitié. 
Vaincrait-elle à la fois l'amour et la pitié ? 

Comme Voltaire, dans ses remarques, ne blâme point celte construction, il pa- 
raîtrait permis de l'employer, quoiqu'on en trouve peu d'exemples. 

— Ce mot, splon l'Académie, s'emploie souvent avec la préposition de et un sub- 
stantif pour caractériser le genre de faiblesse : ouvrage faible de strjle ; tableau 
faible de couleur. Voyez notre observation p. 282, sur ce régime. Il est encore un 
autre régime de faible, indiqué par l'Académie : armée faible en nombre, en 
cavalerie. Enfin Molière a dit dans Tartufe : 

Voijs êtes donc bien faible d la tentation. 
I 19 



290 DU RÉGIME DES ADJECTGPS. 

Mais cette dernière toiirnare de phrase est peu eommune. A. L, 

Fameux. Cet adjectif, qui se dit des personnes et des choses, régit la préposition 
par devant les noms : 

« Le cardinal^ fameux par la force de son génie. » (Fléchîer.) 

Ce brillant escadron, fameux par cent batailles. (Voltaire, Fontenoi.) 

la préposition dans : 

Faut-il peindre un fripon fameux dans celte ville ? (Boilcau, sat. VII.) 

... Ce roi si fameux dans la paix, dans la guerre. (Le Diéme.) 

et quelquefois en : mais alors le nom doit être mis au pluriel : 

« Cette mer fameuse en naufrages. • (L'Académie et M. Laveaux.) 

— Il n'y a pas de régime quand on dit fameux dans celle ville , parce qu'aucun 
rapport n'existe nécessairement entre les termes d(p cette phrase. La préposition 
ici indique bien un rapport entre les choses, mais non une liaison dans les mots : 
on ne peut donc^ selon nous^ y^voir un complément. Nous croyons qu'il en est de 
même pour les locutions : calme, ferme, intrépide dans le danger î grand dans 
le malheur; insolent dans la prospérilé, etc. Mais au contraire il y a- régime 
quand le sens de radjeclif est déterminé ou expliqué par ce qui suit> fumenx dans 
fart de la guerre. Il n'est pas juste aussi de dire qu'après en il faille toujours le 
phirf cl : ne pourrait-on pas dire fameux en peinture, en poésie ? A. L. 

FÉCOND. Cet adjectif, que l'on emploie fréquemment au figure, se met, soit ab- 
solumentj comme quand on dit : un esprit fécond, une verve, une veine féconde, 
on sujet fécond, une matière féconde ; soit avec un régime amené par la pré- 
position en * 

Chaque siècle est fécond en heureux téméraires. (Boileau, épttre 1.) 

Digne fruit d'urie race en héros si féconde, (J.-B. Rouss^u, ode, 4 liv. IV.) 

. . . Féconde en agréments divers, 
La riche fiction est le charme des vers. (L. Racine, la Religion, ch. IV.) 

On s'en sert le plus ordinairement en parlant des choses; cependant on peut le 
dire des personnes. Féraud, Boiste^ M. Laveaux ont dit: auteur fécond, écrivain 

fécond ; et ce vers de Boileau : 

Qu'en nobles sentiments il soit toujours fécond. (Art poétique^ eïL IlL) 

semble les justifier. 

Fertile régit la préposition en, au propre comme au figuré. 

« Son esprit est fertile en expédients, en inventions. (L'Académie.) 

Ainsi qu'en sots auteurs. 

Notre siècle est fertile en sots admirateurs. (Boileau, Art poétique, chant UI.) 

La satire, en leçons, en nouveautés fertile. 

Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile. (Le même, satire IX.) 

L'hypocrite, en fraudes fertile, 

Dés l'enrance est pétri de fard. (J.-B. Rousseau, ode 4, Itv. 1.) 

Fidèle demande la préposition à et la préposition en ou dans : 

« Fidèle à Dieu et au Roi. » — « Fidèle en ses promesses, a (Bossuet.) 

« Fidèle à ses promesses. • -> « Dans ses promesses. » (Fléchier.) 



DIT RÉGIME DES ADJECTIFS. 291 

Qaandon délibère si Ton restera fidèle à sod prince, en est déjà ciinirel. » 

(Ténelon, Télémaque») 
SoyoDs-nous donc au moins fidèlei Pim à Tautre. 

(Racine, hliihridatet aete I, se. s.) 

Et Dieu trou\é fidèle en toutes ses menaces. (Le même, Àthalie, I, i.) 

... Ah I mon fils! qu*il est partout des traîtres! 

Qu'il est peu de sujets fidèles A leurs maîtres ! (Corneille, Nicomède, V, se. 8.) 

Formidable se construit avec les prépositions à et par : 

m Formidable par la rapidité de ses conquêtes. » (L'Académie.) 

Harlai, le grand Harlai, dont rinirépide zèle 

Fut toujours formidable à ce peuple infidèle. (Voltaire, la Henriade^ chant V.) 
Aux portes de Trézéne 

Est un temple sacré, formidable aux parjures* (Racine, Plièdre, acte V, se. i.) 

Fort, dans le sens & habile, expérimenté, se construit avec la préposition sur et 
la préposition à : 

c Fort sur l'histoire; fort sur le droit canon ; fort à tous les jeux. » 

(L'Académie.) 

Mais pour indiquer la cause qui rend fort , qui produit la force^ on fait usage de 
la préposition de, au propre et au figuré : 

« Seoiblables à ces enfants /br(« d'un bon lait qu'ils ont sucé. » (La Bruyère.) 

Je m'attachais sans crainte à servir la princesse. 
Fier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse. 

(Corneille, Pulchérie, acte II, se. i.) 
Valois, plein d'espérance, et fort d'un tel appui. 

(Voltaire, la Henriade, chant IV.) 

Furieux, dans le sens de transporté de colère, d'amour, demande la prépo- 
sition de : 

« Dans les premiers temps de la république romaine, on était furieux de liberté 
« et de bien publip; l'amour de la patrie ne laissait rien aux mouvements de la na- 
« tore. M (Saint-Évremond.) 

U dit,' et furieux de colère et d'amour. 

(De Saintange, trad, des Métamorphoses d'Ovide, liv. VI.) 

« Astarbé le vît, Taima, et en devint furieuse, » (Fénelon, Télémaque,) 

On dit, ainsi que le fait observer Féraud, en devint folle; mais l'auteur de Té- 
lémaque a regardé cette expression comme trop familière, et en a employé une 
moins usitée, mais plus noble et plus énergique. 

Gros, employé au figuré^ se dit familièrement, et même dans le style noble, avec 
la préposition de, devant les noms et devant an infinitif : 
« Le temps présent est gros de l'avenir. > (Leibnltz.) 

« Les yeux gros de larmes. » (L'Académie.) 

. -. . Par un long soupir, trop sincère interprète. 
Son cœur, gros de chagrins, avouait sa défaite. 

(Delille, Us trois Règnes de la Nature, chant III.) 

Le cœur gros de soupirs, et frémissant d'horreur. 

(Corneille, Rodogune, acte II, se. 4.) 

Le cœur gros de soupirs est une expression familière, mais le second hémis* 

19. 



292 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

tiche relève le premier : il n*est pas donné à loas les poètes d'employer avec di- 
gnité les expressions les pWs communes, ni d'allier le naturel à la noblesse. 

— On dit dans le langage familier avoir le cœur gros / mais l'expression le cœur 
gros de soupirs n'a jamais été familière; et Racine l'a admirablement placée dans 
Phèdre, acte Itl, se. 3. A. L. 

Delille a fait plus ; il s'est servi de cette expression (d'après Virgile) en parlant 
du cheval de Troie. 

Quand ce colosse altier, apportant le trépas. 
Entrait gros de malheurs, d'armes et de soldats. 

(Traduction de VÊnéUle, livre IV.) 

Habile. Ce mot régit les prépositions à, dans et en, et la première n'est pas 
bornée à la jurisprudence. On dit : habile dans un art ; habile à manier le ciseau; 
habile en mathématiques. 
Boileau a dit : 

Car tu ne seras point de ces jaloux aflnreux, 

Habiles à se rendre inquiets, malheureux. (Satire X.) 

J.-B. Ronssean (Ode contre les Hypocrites ) : 
Habile seulement à noircir les vertus. 

Heurbdx, dans son sens le plus naturel^ régit à, en, dans avant les noms^ et 
de avant les noms et les verbes : heureux à la guerre ; heureux au jeu. Heuf 
reux du bonheur des autres ; heureux d'être dans une honnête Indigence. 

« Le plus heureux en bien des choses est celui qui sait se faire la plus agréabie 
• imagination. » (Saint-Évremond.) 

Heureux dans mes malheurs d'en avoir pu sans crime 
Conter toute l'histoire à ceux qui les ont faits. 

(Racine, Bérénise, acte I, se. 4.) 

Dans un sens qui lui est un peu étranger, et qui signifie le talent naturel, 
l'habileté, heureux régit la préposition d devant un infinitif: 

« Un esprit prompt à concevoir les matières les plus élevées, et heureux à les 
« exprimer quand il les avait une fois conçues. > (Fléchier.) 

looLATBS, an figuré, se dit absolument et avec la préposition de : 

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre. (Racine, Bérénice, acte II, se. 3.) 
Périsse le cœur dur, de soi-même idolâtre, (Voltaire, Mérope, acte I, se. i.) 

Ignorant régit en et sur: 

« Il est fort ignorant en géographie. — - Il est ignorant sur ces matières. » 

(L'Académie.) 
On donne quelquefois à cet adjectif la préposition de pour régime : 
c O vanité ! ô mortels ignorants de leurs destinées! > (Bossuet.^ * 

Mais, sans cesse ignorants de nos propre besoins, 

Nous demandons au Ciel ce qu'il nous faut le moins. (Boileau, épttre V.) 

« C'était un jeune métaphysicien fort ignorant des choses de ce monde. • 

(Voltaire.) 
L'Académie ne dit ignorant que des personnes. Cependant de bons eutenrs 
l'ont dit des choses : 

« Leurs ignorantes et iniques décisions» » (Itossuet.) 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 293 

« Choqué de Vignorante audace avec laquelle, etc. ^ilean.) 

. . « Un ignorant usage 
Ne l'est pas moins qu'un ignorant suffrage. (J -B. Rousseau.) 

Et puisque Ton dit : Une savatite décision, une savante interprétation, pour- 
^oi ne dirait-on pas : Une ignorante décision, une ignorante interprétation ? 
l'une signifie une décision, une interprétation qui montre, qui annonce de la 
science^ de Vinstruction ; l'autre signifierait une décision, une interprétation 
qui décèle de Vignorance. Il est probable que TAcadémie a oublié d'indiquer cette 
acception dans son Dictionnaire. 

Impatient, jp^oyex les Remarques détachées, 

iBfPÉNÉTRABLB. Cct adjectif s'cmploîe le plus souvent sans régime. Lorsqu'il en 
prend un, c'est la préposition à : 

m Cette cuirasse est impénétrable aux coups du mousquet. » (L'Académie.) 

c Les mystères de la Foi, les décrets de la ProYidence sont impénétrables à 
• l'esprit humain. » 

« Je rencontrais de temps en temps des touffes obscures impénétrables aux 
c rayons du soleil. > (J.- J. Rousseau.) 

Ihabordablb, Inaccessible. Voyez Inconcevable. 

Incbbtain. Féraud pense que cet adjectif prend pour régime la préposition de ; 
mais il est d'avis que ce n'est qu'avec le pronon ce : Je sois incertain de ce qui 
arrivera. Il ne croit pas qu'on puisse dire : Incertain de son amitié^ de sa pro- 
tection. 

Cependant Delille a dit dans son poërae de la Pitié (cbant II) : 

... A leur naissance^ incertains d'un berceau, 
D'une goutte de lait, d'un abri, d'un tombeau. 

et Racine a fait plus encore -, il s'est servi d'un tour latin, bardi, mais beureux, 
dans Bajaxet (act. II, se. 2) : 

Infortuné, proscrit, incertain de régner. 

Dois -je irriter les cœurs au lieu de les gagner ? 

De forte que, quoique l'Académie n'ait point donné d'eiemple de ce régime, et 
ualgré l'opinion de Féraud, il semble qu'on pourrait se le permettre. 

— L'Académie, au mot certain, donne pour exemple ; je suis certain de réussir» 
Or, l'analogie est parfaite entre cette phrase et celle de Racine : incertain de ré" 
gner. Le même écrivain a dit dans Phèdre, act. H, ac. 2 : 

Du choix d'un successeur Athènes incertaine. 

On peut donc en toute sûreté employer ce régime A. L. 

Incompatible et Inconciliable, ayant un sens relatif, ne doivent pas s'employer 
an singulier absolument et sans la préposition avec : 
« La pitié n'est pohit incompatible avec les armes. » (Fléctaier.) 

Sans cesse elle présente à mon âme étonnée 

L'empire incompatible avec votre h j menée. (Racine, Bérénice^ acte V, se. 6.) 

c Cet abus était inconciliable avec toute espèce de constitution. 
Féraud, qui émet cette opinion, a pour lui le véritable sens de ces deux expressions, 
dont l'une sigùifie qui ne peut s*accorder avec, et l'autre, qui ne peut se conct- 



2S4 . DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

lier avec : d'où il suit qa'on doit exprimer les deux termes de la relation^ les deux 
choses qui ne peuvent pas compatir^ qui ne peuvent pas se concilier ensemble. ' 

D'après cela, on ne comprend pas comment TAcadémie a donné les exemples 
suivants : 

« C'est un esprit incompatible, — Un homme incompatible, — C'est une chose 
« inconciliable, » 

Avec qui ? avec quoi ? 

— L'Académie, en 1835, n'indique plus ces mots sans régime au singulier. A. L. 

Incoiscevablb, Inabordable et Inaccessible se construisent ordinairement sans 
régime : 

c La grande étendue de l'univers et la petitesse des atomes sont des choses 
« inconcevables. — Depuis qu'il est en place, il est inaccessible, inabordable.^ 

(L'Académie.) 

Ces adjectifs peuvent pourtant régir la préposition à : 
doux amusement. ' charme inconeevable 
A ceux que du grand monde éblouit le chaos ! (J.-B. Rousseau, dde 7, Uv. III.) 

« Toute la côte de la pêcherie est inabordable aux vaisseaux de l'Europe. • 
« On trouve peu de cœurs inaccessibles à la flatterie. > (Beliegarde.) 

. . . Une proronde obscurité 
Aux regards des humains le rend inaccessible, 

(J.-B. Rousseau, parlant de Dieu.) 

Inconciliable. Voyez Incompatible. 

Inconnu et Connu. Inconnu régit la préposition à : 

« L'ennui, qui dévore les autres hommes, est inconnu à ceux qui savent s'oc- 
« cnper. » (Fénelon, Télémaque.) 

Connu régit la préposition de : 

« Quand on cherche de nouveaux amis, c'est qu'on est trop bien connu des 
« anciens. > 
Delille fait régir à inconnu la préposition de : 

L'hymen est inconnu de la pudique abeille. (Traduct. des Géorgiques, chaut IV.) 

mais ce régime n'est pas autorisé, puisqu'avec le verbe être et les pronoms per* 
sonnels connu se construit toujours avec la préposition à. 

— L'Académie, à la vérité, donne pour exemple : ce nom m'est connu ; mais dohS 
ne comprenons pas bien comment cela prouve que l'expression de DeliUe est in* 
correcte. La différence doit venir de ce que connu est tantôt un participe passif 
avec le régime de, comme aimé^ tantôt un adjectif prenant le régime à, quand il 
est joint aux pronoms. Le mot inconnu au contraire est un simple adjectif, ré' 
gissant seulement la préposition à , et l'on ne peut lui donner le régime du parti- 
cipe connu, sous prétexte d'une analogie qui n'existe pas. A. L. 

Inconsolable. Cet adjectif régit de: 

« Toute l'Egypte parut inconsolable de cette perte, a (Fénelon, Télémaque,) 
L'Académie, édition de 1702, lui a donné pour régime la préposition sur: 
« Il est inconsolable sur cette mort. >» 
mais ce régime ne nous semble pas être reçu . — L'Académie l'a rejeté depuis. 
Ihcukablb n'a point de régime ni au propre ni au figuré : mal incure^h , ci- 



DU RÉ6I1IE DES ADJECTIFS. 295 

raetère incurable, passion incurable. Ce mot, dit Voltaire (Dict, phiL, tom. 3), 
n'a encore été enchâssé dans un vers que par l'industrieux Racine : 

D'un incurable amour remèdes impuissants. (Phèdre, acte I, se. S.) 

et incurable, qui n*est pas toujours très noble dans notre langue, devient élégant et 
très poétique. 

IifDociLS. Voyez Docile. 

Indulgent. Les écrivains lui ont fait régir la prépositon à et la préposition pour : 

« Il est trop indulgent à ses enfants, pour ses enfants. > 

(L'Académie et Féraud.; 

Mais chacun potir soi-même est toujours indulgent. (Boileau, sat IV.) 

Rome lui sera-t-elle indulgente ou sévère ? (Racine, Bérénice^ acte 11^ se. 2.) 

€ Henri IV était indulgent à ses amis, à ses serviteurs, à ses maîtresses. > 

(Voltaire, Histoire du Parlement.) 

Quoi qu'il en soit de ces importantes autorités, nous pensons qu*en prose sur- 
tout la préposition envers est préférable avec indulgent. 

— Cependant 1* Académie n'en donne point d'exemple, et elle indique les deux pré- 
positions à et pour. Il vaut donc mieux se fler à son autorité. A. L. 

INÉBBANLABLE. On dit dans le Dictionnaire néologique que cet adjectif se met 
sans régime, et l'on critique un auteur d'avoir dit : « Il demeure inébranlable à 
m toutes les secousses de la fortune, o Cependant il y a plusieurs exemples de ce 
mot employé avec un régime : 

« Ce rocher est inébranlable à l'impétuosité des vents. » — « Il demeure iné- 
branlable contre la violence des vagues. » (L'Académie.) 

Mon coeur, inébranlable aux plus cruels tourments. (Corneille.) 

c Inébranlable dans ses amitiés, n 

• Inébranlable dans ses résolutions. » (L* Académie.] 

INEXOBABLB régit la préposition à : 

« Saint Louis se rendit inexorable aux larmes et au repentir du blaspbéma- 
« tcur. » (Fléchler.) — « Dur au travail et à la peine, un homme inexorable à 
« soi-même n'est indulgent aux autres que par excès de raison. » 

(La Bruyère, chap. IV.) 
Est-ce m'aimer, cruel, autant que je vous aime, 
aœ d'étiré inexorable d mes tristes soupirs. 

(Racine, les Frères ennemis, acte If, se. s.) 

Cet «djeetif se dit aussi des choses : < I^ rigide et inexorable ministère de la 
« justice. » (Bossuet.) 

Ma gloire inexorable à toute heure me suit. (Racine, Bérénice, V, se. 6.) 
Jéhu n'a point un cœur faroudie, inexorable, 

(Le même, àtIuUie, acte lil, se. 6.) 

Voy. le mot Exorable aux Rem. dét. 

Inexplicable se construit quelquefois avec la préposiliond : 

« Ils sont une énigme inexplicable à eux-mêmes. » (Masslllon.) 

Cet illustre orateur applique cet adjectif aux personnes ; mais, comme le fait très 

bien observer Féraud, on dit d'un homme qu'il est indéfinissable, et l'on ne peut 

pas dire qu'il eii inexplicable, \ 



296 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

, Celte observation, que la plupart des lexicographes ont sanctionnée, n'a pas em-; 
péché madame de Staël de dire : 

« Ge^ femmes sont pour l*ordinaire inexplicables, > 

— Il y a sans doute inadvertance dans le reproche fait à Massiilon, car sa phrase 
est irréprochable de tous points. Quant à l'observalion crîlique, l'Académie semble 
la Gonûrmer en donnant seulement pour exemple : « L'homme est une énigme 
« inexplicable à lui-même. • Cependant, si l'on peut dire que l'homme est une 
énigme, ne peut-on pas aussi, par une synthèse naturelle, dire qu'il est inexplicable. 
Vous n'osons pas condamner une expression juste et claire, que du reste le mot 
indéfinissable ne saurait remplacer. A. L. 

Infatigable, hossuet et le traducteur de Hume ont fait régir à cet Adjectif la 
préposition à et l'infinitif : 

tt Infatigable à instruire, à reprendre, à consoler, etc. 

« Il était infatigable à expédier promptement les causes. » 

Ce régime parait fort bon à Féraud — L'Académie n'en donne pas d'exemple. 

Inférieur régit à pour les personnes et en pour les choses. 

H Nous les regardons comme d'un ordre inférieur à nous. » (Bossuet.) 

« Les ennemis nous sont inférieurs en forces, en nombre, en infanterie. • 

(L'Académie.) 
Infidèle. Cet adjectif, appliqué aux choses, se dit, ou sans régime : 
« La société des hommes est une mer infidèle, et plus orageuse que la mer 

«même.» (L'abbé Esprit.) 

ou avec un régime accompagné de la préposition à : 

Infidèle à sa secie et superstitieuse. (Voltaire, la Henriade, chant II.) 

Ingénieux régit pour devant les noms et à devant les verbes : 
« Les esprits délicats, si ingénieux pour les plaisirs des autres , ont trop de goût 
• pour eux-mêmes. » (Saint-Évremond.) 

« Le vice est ingénieux à se déguiser. » (Féraud.) 

« Les.hommes sont ingénieux à se tendre des |»iéges les uns aux autres. » 

(L'abbé Esprit.) 
Incbat s'emploie avec la préposition envers quand le régime est un nom d(e per- 
sonne : Ingrat envers Dieu ; ingrat envers sou bienfaiteur ; et avec la préposi- 
tion à quand le régime est un nom de chose. 
n Une terre ingrate à la culture ; un esprit ingrat aux leçons. » (Roaoaad ) 

. . . Ces mêmes dignités 
Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. (Racine, Bérénice, acte I, se. 3.) 

Hais voyant que ce prince ingrat à ses mérites. 

(Corneille, Pompée, acte H, se. 2.) 
Ingrat à tes bontés, ingrat à ton amour. 

(Voltaire, Mort de César, acte I, se 3.) 

Malheur au citoyen ingrat à sa patrie 

Qui vend a l'étranger son avare industrie. (Delille, la Pitié.) 

biiHiiTABLB. Voyez aux Remarques détachées une observation sur remploi 

de cet adjectif. 

Injurieux se construit avec la préposition à et la préposition pour 



DU RÉiSIME DES ADJECTIFS. S97 

« Ce mémoire est injurietuo aux magistrats ; cela est infurieux pour lui, pour 
sa maison, pour ses amis. » (L'AcadémieO 

Inquiet a une signification ditTérente suivant quMl demande de ou sur. Être in- 
quiet de exprime la cause de l'inquiétude : Je suis inquiet de ne pas recevoir de 
de vos nouvelles ; je suis inquiet de ce triste événement. 

Etre inquiet sur exprime l'objet de l'inquiétude : Je suis inquiet sur son sort ; 
je suis inquiet sur ce qui résultera de cet événement. 

Observez encore que l'adjeclif inquiet n'exprime qu'une situation de l'âme sans 
avoir égard à la cause qui la produit. Il diffère en cela du participe passé inquiété, 
qui renferme et l'idée de cette situation et l'idée d'une cause étrangère d'où elle 
Tient; ainsi inquiet peut s'employer absolument; inquiété veut toujours un ré- 
gime. C'est donc à tort que Raciiie a dit dans u4ndromaque^ act. I, se. 2 : 

La Grèce en ma faveur est trop ingidétée, 
et dans Alexandre le Grand, act. II, se. t : 

. . , Mon âme inquiétée^ 
D'une crainte si juste est sans cesse agitée. 

(D'Olivet, Remarques sur Racine .) 

— Malgré l'autorité de D'Olivet, il nous semble qu'il n'y arien à reprendre dans cette 
expression, car le participe s'emploie sans complément, aussi bien que l'adjectif, 
quand il porte son explication en lui-même : on dit triste ou attristé, faible ou 
affaibli, calme ou calmé sans aucun régime ; pourquoi ne dirait-on pas inquiet 
ou inquiété ? La nuance est différente ; mais la syntaxe est la même. Voyez encore 
ce qui sera dit plus loin ch. XII, art. 2, § l«r. A. L. 

Insatiable. Le père Bouhours est d'avis que cet adjectif doit s'employer abso- 
lument, et il condamne : Insatiable de biens, insatiable de voir. 

Cependant l'Académie donne des exemples du régime des noms : Insatiable de 
gloire, d'honneurs, de richesses, de louanges ; et ce régime est usité aujourd'hui ; 
mais celui des verbes est très douteux. 

Insépabablb. Quand cet adjectif se dit des personnes , il s'emploie toujours sans 
régime : « Ces deux amis sont inséparables. • (L'Académie.) 

qaand il se dit des choses, on peut l'employer sans régime : La chaleur et le feu 
sont inséparables. 
Mais le plus souvent il se construit avec la préposition de : 

La reconnaissance est une des qualités les plus inséparables des âmes bien 
nées. » (Pensée de Louis XIV.) 

« Le remords est inséparable du crime. • (L'Académie.) 

« L'orgueil est presque inséparable de la faveur. » (Fléchier.) 

Insolent peut être accompagné d'une des prépositions dans, en, avec .* 
« Les âmes basses sont insolentes dans la bonne fortune et consternées dans lai 
« mauvaise. » 

— Voyez notre observation au mot fameux, p. 290. A. L. 

« Ce valet est insolent en paroles. — Combien de gens sont insolents avec les 
« femmes! n (L'Académie.) 

Un écrivain a fait régir à l'adjectif insolent la préposition de : . 



« 

c 



298 ht RÉGIME DES ADJECTIFS 

« Ils devinrent insolents de lean forces, et poossèrent plas loin leon préten- 
« lions. » 

Ce régime, fait observer Féraad, n'est pas assez autorisé; cependant il n'ose le 
condamner. On dit : Il est orgtteUiettx de ses succès. Pourquoi ne dirait-on pas : 
Insolent de ses succès, de sa force, de sa puissance? 

iNViHaBLR. RoUin fait régir à cet adjectif la préposition à : 

« Peuples invincibles au fer et aux armes. » 

Et Féraod pense que ce régime , quoique peu usité , doit être autorisé. Noos 
sommes d'autant plus de cet avis, que Boileau et Racine, deux des meilleurs modèles 
dans l'art d'écrire, s'en sont servis : 

Mais qui peut t'assurer qu*invincible aux plaisirs. (Boileau, saU X.) 

Bajazet, à vos soins tôt ou tard plus sensible. 

Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible. (Racine, Bajazet, acte V, se. 6.) 

Iif VULNÉRABLE régit la préposition à ; 

« Il est invulnérable aux traits de la médisance. • (l.'Âcadémie.] 

« Socrate était aussi invulnérable aux présents qu'Achille Tétait à la guerre.» 

(Scudéri.) 
Jaloux prend ordinairement de pour régime : 
« Une femme doit être ja/ou«0 de son bonneur jusqu'au scrupole. » 

(L'Académie.) 
« On est plus jaloux de conserver son rang avec ses égaux qu'avec ses infériemv. » 

(L'abbé Esprit.) 
. . . Peu jaloux de ma gloire, 
DoiS'je au superbe Achille accorder la victoire ? 

(Racine, Iphigénie, acte IV, se. 8.) 

Cependant, quand ja/ot<^ est employé dans le sens de délicat, on le fait alors 
quelquefois suivre de la préposition sur : 

« Les hommes sont aussi jaloux sur le chapitre de l'esprit que les femmes sur 
• celui de la beauté. > 

— L'Académie ne reconnaît pas ce dernier régime. A. L. 

Jaloux, emplop; comme substantif, se met toujours sans régime. On ne dit pas : 
hts jaloux de sa gloire. 

Insultant. Voyez les Remarques détachées, lettre 7. 

Lent se construit avec dans devant les noms, et avec à devant les verbes t 

« Il faut être lerU dans le choix de ses amis. » 

« L'homme juste est lent à punir, prompt à récompenser. » 

... Le bras de sa justice. 
Quoique lent à frapper, se Uent toujours levé. (J.-B. Rousseau, ode 12, liv. I.) 
LiBBE régit de, dans le sens de délivré, exempt : 

€ Libre de soins ; libre de soucis, » (L'Académie.) 

Voici, voici le temps où libres de contrainte. 

(J.-B. Rousseau, Ode sur la Mort du prince de Conti») 
Mon cœur exempt de soins, libre de passion, 
Sait donner une borne à son ambition. [(BoUeau, sat. II.) 

libre (f ambition, de soin débarrassé. 

Je me plais dans le rang où le ciel m'a placé. (L. Racine, la Heligion, chant IV.) 



DU RÉGIME DES ADJEGTIFS. 29> 

Montesquieu lu! fait régir également la préposition de, dans le sens de peu aittuM 
à, peu scrupuleux sur : 

• Les Étoliens étaient hardis, téméraires, toujours libres de leurs paroles. » 

Gomeiiie lui donne un régime précédé de la préposition à t 

Car enfla je suis libre à disposer de moi. (D. Sanche d Aragon, acte I, se. 3.) 

C'est une faute, et il n'y a pas de doute que, sans la mesure, il eût dit t je suis 
libre de disposer. 

— Ce mot s'emploie encore avec d'autres régimes, reconnus par l'Académie, libre\ 
avec les femmes, libre dans ses paroles, A. L. 

MÉNAGER. Cet adjectif fait bien au figuré, et alors il prend pour régime la prépo-» 
silion de : 

Le sage est ménager du temps et des paroles. (La Fontaine, liv. VI, fable 8.)' 

Miséricordieux. On dit sans régime : une providence miséricordieuse; 
Dieu miséricordieux, le Sauveur miséricordieux. (Bossuet . ) 

Mais on ne dit pas : Un homme miséricordiei^, une femme miséricordieuse. 
Il faut dire : Un homme miséricordieux envers les pauvres, une femme miséri^ 
cordieuse envers les malheureux. Et avec Bossuet : Jésus-Christ a été miséribor- 
dieux envers les pécheurs. 

— Nous ne voyons aucune raison qui empêche de dire sans régime un homme 
miséricordieux L'Académie dit même substantivement : bienheureux les miséri- 
cordieux ! A. L. 

MoufiAiiT. Delilte a fait usage de cet adjectif avec la préposition de : 

Et sur un lit pompeux la portent loin du «jour 

Mourante de douleur, et de rage et d'amour. (Traduction de VÊnéide, liv. IV.) 

Rien n'empêche de l'imiter. 

Nécessaire s'emploie tantôt ajïsolument : 

c Cette austère sobriété dont on fait honneur aux anciens Romains était une vertu 
« que l'indigence rendait néc^Matre. > (Saint-Évremond.) 

Tantôt avec la préposition à : 

« La doctrine d'une vie à venir, des récompenses et des châtiments après la mort, 
« est nécessaire à toute société civile. » - (Voltaire.) 

Et quelquefois avec la préposition pour devant un nom : 

« La foi est absolument nécessaire pour le salut. » (Académie.) 

Suivi d'un infinitif, l'adjectif nécessaire prend également la préposition pour .- 

« L'ardeur et la patience sont nécessaires pour avancer dans le monde. » 

Offiqeux. Fléchier fait régir à cet adjectif la préposition à : 

« 11 est facile, officieux à ceux qui sont au-dessous de lui, commode à ses égaux. » 

mais envers vaudrait mieux. — L'Académie n'indique que ce dernier régime. A. L. 

Orgueilleux. Cet adjectif régit quelquefois de devant les noms et devant les 
verbes : « Rome, tout orgueilleuse encore de la gloire de son empereur. » 

(L'abbé Cambacérës.) 

D'Atlli, tout orgueilleux de trente ans de combats. 

(Voluire, la Henriade, chant VIII.) 
Orgueilleux de leur pompe, et fiers d'un camp nombreux. 
Sans ordre, ils s'avançaient d'un pas impétueux. (Le même, ibid., chant III.) 



300 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

Dans le Dictionnaire grammatical^ on cite cette pbrase : orgueilleux éCun 
commaDdement universel. C'est^ comme le fait observer Féraud, un latinisme admis 
par l'ulage. « 

Paresseux. On dit paresseux à lorsque l'action est un but qu'il s'agit d'atteindre: 
Il est paresseux à remplir ses devoirs. 

On emploie de lorsqu'il s'agit d'une détermination intérieure. 

« Je sais que vous êtes on peu paresseux d'écrire, mais vous ne Têtes ni de penser, 
« ni de rendre service. » (Voltaire.) 

Vos Troids raisonnements ne feront qu'attiédir 
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir. 

(Boileau. Art poétique, chant III.) 

— Ainsi le sens du mot change selon le régime : paresseux de signifie : qui se dé- 
cide lentement, difficilement ; et paresseux à : qui agit avec nonchalance, avec pa- 
resse. Mais ne pourrait-on donner à cet adjectif un substantif pour complément? Il 
nous semble qu'on pourrait dire : Il est paresseux pour tous ses devoirs, A. L. 

Plausible. Bossuet a dit : 

« Ils tournent l'écriture en mille manières plausibles au genre humain. » 

I/usage n'admet pas ce régime , et cet adjectif n'en demande pas. (Férand.) 

Pénible. Quelques auteurs ont fait régir à cet adjectif la préposition à devant un 
infinitif : « Ce bois esi pénible à travailler. » 

Un trône est plus pénible à quitter que la vie. 

(Racine, les Frères ennemis^ acte. III, se. 4.) 

Tout doit tendre au bon sens, mais pour y parvenir 
Le chemin est glissant et pénible à tenir. 

(Boileau, Art poétlquey chant I.) 

Mais Racine le fils n'approuve pas ce régime. En effet , l'Académie n'en donne 
pas d'exemple; mais Boileau et Racine sont des écrivains d'un si grand poids , que 
nous n'osons pas décider contre eux. 

— Cette locution est parfaitement conforme aux règles de notre langue ; le verbe 
alors prend le sens passif, comme nous l'avons déjà remarqué dans d'autres cas : 
voyez page 278. 1/ Académie d'ailleurs, en 1835, admet ces expressions : chose pé- 
nible à voir^ aveu pénible à faire, intrigue pénible à suivre. A. L. 

Avec le verbe être employé impersonnellement , pénible régit très bien la pré- 
position de (Voy. p. 277) : 

Ingrats, un Dieu si bon ne p^t-il vous charmer? 
Esl'il donc A vos cœurs, esi-il si di£Bcile 

El si pénible de Taimer? (Racine, Athalie, acte I, se. 4.) 

Précieux se met avec la préposition à devant les noms : 

« Cet enfant est fort précieux à son père et à sa mère. » (L'Académie.) 

Cet objet à mon cœur jadis si précieux. (Voltaire, Mariamue, acte IV, se. 2.) 

Le mérite pourtant m'est toujours précieux, (Boileau, sat. vu.) 

Pbélibunairx. Le P. Paulian fait régir à cet adjectif la préposition à : 

• Cette seconde lettre lui présentera les connaissances préliminaires à la révéla- 
« tion surnaturelle. > {Préface du Dict, phil.-tkéol,) 

Ce régime, dit Féraud, est utile, mais il est peu usité. 



DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 301 

P10DI6UK s'emploie soayent sans régime : 

« Les personnes prodiguée vivent comme si elles avaient peu de temps k vivre, 
et les personnes avares comme si elles ne devaient pjs mourir. • (Sarrasin.) 
Quelquefois on lui donne la préposition en : 

Vers ce temple fameux, si cher à tes désirs. 

Où le ciel fut pour toi si prodigue en miracles. (Boileau, Lutrin, chant VI.) 

et plus souvent la préposition de : 

« Ceux qui sont avides de louanges sont prodigues d'argent. (Maxime lat.) 

Un menteur est toujours prodigue de serments. 

(Corneille, le Menteur, acte 111, se. 5.) 

Pro^gue de tes biens, un père plein d'amour 
S'empresse d'enrichir ceux qu'il a mis au jour. 

(L. Racine, la Religion chant XII.) 

. . • Les cœurs remplis d'ambition 
Sont sans foi, sans honneur et sans affection. 
Prodigues de serments (Grébillon, le Triumvirat, acte IV, «c. 4.) 

OU encore avec la préposition envers : 

Et, prodigue envers lui de ses trésors divins. 

Il ouvrit à ses yeux le livre des desUns. (VolUire, la Henriade, chant î.) 

Pbompt, suivi d'un infinitif, veut la préposition à : 

« La jeunesse est prompte à s'enflammer. > (Fénelon.) 

Un jeune homme, toujours bouillant dans ses caprices. 

Est prompt à recevoir l'impression des vices. (Boileau, Art poétique, chant III. j 

« L'tiomme prompt à se venger n'attend que le moment de faire du mal. » 

(Bacon.) 

— Il nous semble qu'il en doit être de même devant on substantif,, et qu'on dira 
très bien : prompt à la réplique, prompt à la riposte, prompt à l'attaque. À. L. 

Féraud ne lui donne ce régime qu'en parlant des personnes. Voici plusieurs 
exemples qui prouvent qu'il a eu tort : 

Aussitôt ton esprit, prompt à se révolter, (Boileau, épltre IX.) 

Cet orageux torrent, prompt à se déborder. 

Dans son choc ténébreux allait tout inonder. (Voltaire, la Henriade, chant IV.) 

Iphigénie en vain s'offre à me protéger, 

Et me tend une main prompte à me soulager, 

(Racine, iphigétUe, acte II, se 1.) 
Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner. 
Devait mieux vous connaître et mieux s'examiner. 

(Le môme, Andromaque, acte IV, se. 5). 
Mes homicides mains, promptes à me venger. 
Dans le sang innocent brûlent de se plonger. (Le même, Phèdre^ acte IV, se. e.) 

Profrz. Voyez les Remarques détachées, 

BscoififAissAHT, En parlant des personnes, il régit la préposition envers, et en par- 
lant des choses la préposition de : 

« On ne saurait trop être reconnaissant envers ses parents de la bonne éducation 
« qu'ils vous ont donnée. » (Féraud.) 

KsDsvABLB. Cet adjectif demande la préposition à devant un nom de personnes 
et de choses personnifiées, et la préposition de devant un nom de choses : 



302 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

•Les botnnies croyaient être redevables à ces dieax de la sérénité de Pair, (Tune 
« heareuse navigation ; aux autres, de la fertilité des saisons. » (Massillon.) 

Jamab à son sujet un roi n'est redevable (^Gomeilie, Le Cid, acte II, se. i.) 

• Tout citoyen est redevable à sa patrie de ses talents et de la manière de les em- 
ployer. » (D'Alembert.) 

Hais redevable attx soins de mes U'istes amis. 

(Racine, Bajaze/, acte V, se. il.) 

Redoutable régit la préposition dans, et quelquefois la préposition à : 

c Dés sa première campagne, Te duc d'Enghien passa pour un capitaine également 

« redoutable dans les sièges et dans les batailles. » (Bossuet.) 

« Saint Louis était cher a son peuple par sa bontés redoutable au vice par s<m 

« équité. > (Fléchier.; 

Condé même, Condé, ce héros formidable, ^, 

Et non moins qu'auo; Flamands, attx flatteurs redoutable. 

(Boileau, éplire IX.) 

— La pbrase deFlécbier/citéepour exemple, indique un autre régime qu'il ne fallait 
pas omettre : redoutable par; c'est bien là un complément de l'adjectif. De même 
la préposition dan# marque ici un rapport direct; redoutable dans les sièges res- 
treint la qualification ; il y a donc un régime. Voyez toutefois ce que nous avons 
dit au mot fameux, page 290. A. L. 

Respectable se met avec la préposition par, ou la préposition à : 

• Ce vieillard est respectable par son âge et par ses vertus. » (L'Académie.) 

Et crois que votre front prê.e à mon diadème 
Un éclat qui le rend respectable aux dieux même. 

(Racine, Esther, acte II, se. 7.) 

Responsable régit la préposition de et la préposition à ou envers : 

« Vous serez responsables à Dieu (ou envers Dieu) des mauvais efifets qui 

« pourront naître de vos opinions inhumaines. » 
« Il (Henri de Bourbon) s'estimait responsable à Dieu, aux hommes et à soi- 

« même delà grâce qu'il avait reçue en quittant le parti de l'erreur. » (Bourdaloue.) 

De^ froideurs de Titus je serai responsable ? 

Je me verrai puni parce qu'il est coupable ? (Racine, Bérénice, acte III, se. 4.) 

...Non, il n'est rien dont je ne sois capable; 
Vous YQilà de mes jours maintenant re^on^aMe. 

(Le même, ibid., acte V, se. 6.; 

Riche demande ordinairement la préposition en et la préposition de : 
« Les patriarches n'étaient riches qu'en bestiaux. Ce pays est riche en blés, en 
« vins, en sel, etc. • (L'Académie.) 

Riche de ses forêts, de ses prés, de ses eaux. (Delille, les Jardins, chant F.) 

«Tu r(sle , je siis cn<ii bons mémoires. » 

(Uacine, lettre à Boileau.) 
n est riche en vertu, cela vaut des trésors. 

^Molière, Femmes sovinlcs, acte II, se. 4.) 
Moins riche de ce qu'il possède, 
Que pauvre de ce qu'il n'a pas. (j.-B. Rousseau.) 



^U RÉGIME DES ADJECTIFS. 303 

La Bruyère met par et de dans )a même phrase ; de powr les noms ^1 expriment 
les biens; par pour ceui qui expriment les moyens de les acquérir : 

« Nos ancêtres en avaient moins que nous, et ils en avaient assez; pfns riches 
m par leur économie et par leur modestie, que de leurs rerenus et de leurs do- 
« raaines. » 

Ces deux régimes différents peuvent Taire on bon eflët dans des phrases sem- 
blables. 

SÉvÈRS demande pour, envers, à l'égard : 

« Un magistrat doit être êévére et impitoyable pour les perfeorbateurs du repos 
« public. * 

« Ce père n'est pas assez sévère envers ses enfants ; à Végofrd de ses enfants. » 

Quelques auteurs lui ont donné la préposition à: 

. . . QuefauUil que Bérénice espère? 

Rome lui sera-t-elle indulgenie ou sévère? (Raeine, Bérénice, aele II, te. 2.) 

Promettez sur ce livre 

Que, sévère aux méchants et des bons le refuge, 
Eotre le pauvre et vous vous prendrez Dieu pour juge. 

(Le même, MhaUe, acte IV, se. 3.) 

• Coriokin était sévère aux autres comme A lui-même. » 

SouBD, employé au figuré, régit la préposition à .* 

« La colère est sourde aux remontrances de ]a raison. (L'abbé Esprit. ) 

Il (le ciel) devrait être sourd aux aveugles souhaits. 

(La Fontaine, la Téie et la Queue du Serpent,) 

Exemples pris dans Racine: Sourde à la pitié. {Thébaide, act. II, se. 3.) ^ 
Sourd à la voix d'une mère. {Iphigénie, act. IV, se. 6.) 

Et dans Voltaire : Sourd aux cris. {La enriade, chant III.) 
Observez que l'on dit sourd à la voix, aux cris, aux menaces, parce que l'on 
peut être sourd à toutes les choses qui peuvent s'entendre ; mais quand Racine a dit 
dans Iphigénie (act. V, se. 2) : En vain «otird à Calchas, pour dire sourd à la voix 
de Calchas, c'est par une ellipse hardie, qui est autorisée dans la poésie, parce que 
cette sorte de figure contribue à l'animer. 

Supportable, dans le sens de tolérable, se met sans régime ou avec un régime et 
la préposition à .* L'égoïsme n'est pas supportable, 

« Employez vos richesses à rendre la vie plus supportable à des Infortunés que 
« l'excès de la misère a peut-être réduits mille fois à désirer la mort. * (Massillon.) 

Quelques auteurs lui ont fait aussi régir la préposition à dans le sens d'excti- 
sable, 

« Les offenses sont supportables à un homme sage. » (Mallebranche.) 

Mais , comme le fait observer Laveaux, ce régime n'est pas celui qui lui convient ; il 
faut dire : Les offenses sont supportables dans un homme sage. — Cette expression 
n'est pas supportable dans une tragédie. 

— Quand ce mot signifie excusable, l'Académie admet les deux régimes \ Cela 
n'est poj supportable à un homme, dans un homme de son âge. Pour le premier 
sens {tolérable), elle n'indique pas de régime; mais il doit en prendre un comme <n- 
supportable. Â. L. 

ViCTOMEux s'emploie, ou sans régime : 



t. 



304 DU RÉGIME DES ADJECTIFS. 

« Un conquérant raine presque autant sa nation victorieuse que les nations yaio- 

< GOtti. » ' (Fénelon, Télémaque, IIy. IV.) 

onayec la préposition de : 

Vietorieuseê des années. 

Nymphes, dont les inventions, etc. (Racan.) 

. . . : . Victorieux de cent peuples ailiers. (Boileau, épllre IV,) 

Vos illustres travaux des ans victorieux. (Madame DeshouHères.) 

Radne a dit dans le prologue d'Eslher : 

Et sur l'impiété la foi victorieuse' 
Vif. Bossuet, dans V Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans, fait régir à cet 
adjectif et la préposition à et rinfinitif : 

« Elle aimait àprévenir les injures par la douceur ; vive à les sentir, facile i les 
• pardonner.» 

Voisin. Quand cet adjectif prend un régime, c'est la préposition de que l'on em- 
ploie : 
« Ces terres sont trop voisines du grand chemin. » (L'Académie.) 

Fusses-tu par delà les colonnes d'Alcide, 

Je me croirais encor trop voisin d'un perfide* (Racine, Phèdre, acte IV, se. S.) 

Cependant La Fontaine a dit : 

H déracine 

Celui de qui la têie au ciel était voisine. 

(Fable du Chêne et le Roseau,) 

Mais le datif, dans le latin proxima cœlo, a pu tromper le poète. 



ARTICLE m. 

DES ADJECTIFS DE NOMBRE. 



Les adjectifô de nombre servent à exprimer la quantité , ou Tordre 
et le rang des personnes et des choses. 

On en distingue de deux sortes : les adjectifs de nombre cardi- 
naux et les adjectifs de nombre ordinaux. 

Les adjectifs de nombre cardinaux (265) servent à marquer la 



(265) Cardinal se dit de ce qui est le principal, le premier, le plus considérable, 
le foodemenrde quelque chose. C'est ainsi que Ton appelle la Prudence^ la Justice, 
la Force, la Tempérance, les quatre vertus cardinales^ parce qu'elles servent de 
fondement à toutes les autres. De même que l'on appelle ï Orient, Y Occident, le 
Midi et le Septentrion, les quatre points cardinaux. 

Cardinal vient de cardo^ mot latin qui signifie un gond ; en efTet, ii semble 
que ce ^oit sur ces points cardinaux que roulent toutes les aulres choses de même 
nature. 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS 305 

quantité des personnes et des choses, et répondent à cette question: 
combien y en a-t-il? On les a ainsi nommés, parce qu'ils sont le 
principe des autres nombres, et qu'ils servent à les former ; ce sont 
un, deuXy trois^ quatre^ vingts soixante^ soixante et onze (266), etc. 

Les adjectifs de nombre ordinaux marquent Tordre et le rang que 
les personnes et les choses occupent entre elles : tels 9>(m\. premier y 
second^ troisième, quatrième, et ainsi de suite. 

Excepté premier et second, on forme tous les nombres ordinaux des 
nombres cardinaux, en terminant en vième ceux qui finissent en f; 
en changeant en ième Ye muet de ceux qui ont cette terminaison ; 
enfin, en ajoutant ième à ceux qui finissent par une consonne : le 
nombre cinq exige en outre u avant ième ; ainsi de neuf, de quatre, 
de trois, de cinq, on Mi neuvième, quatrième^ troisième, cinquième. 

(Lévlzac, page 289.) 

Unième ne s'emploie qu'à la suite d'autres nombres : la vingt et 
unième, le trente et unième, etc., etc. 

Parmi les mots qui expriment une idée de nombre, il y en a qui 
sont de véritables substantifs ; ceux-^i sont de trois sortes. 

Les uns expriment une certaine quantité ou collection de choses, 
comme une dizaine, une douzaine, une vingtaine, une centaine, un 
millier, un million; on les appelle noms de nombre collectifs. 

Les autres marquent les difiTérentes parties d'un tout, comme un 
demi, un quart, un tiers, un centième. 

D'autres enfin désignent l'augmentation progressive du nombre 
des choses; ce sont le double, le triple, le quadruple, le centuple. 

On emploie les adjectifs de nombre cardinaux au lieu des adjectifs 
de nombre ordinaux, V en parlant des heures et des années cou- 
rantes , comme il est six heures. — • Nous sommes en mil huit cent 

dix-neuf. (Wailly, page 175. — LéTÎzac, page 790.) 

2® En parlant du jour du mois : le deux mars, le quatre mai (267) ; 
mais on dit toujours avec le nombre ordinal le premier mai , le pre- 
mier juin, et non pas le un mai, le ui%juin. 



(266) Quelques personnes écrivent unze , par u initial , et non pas par o, sous 
prétexte qu'en finance l'o peut favoriser la fraude : cette orthographe est eitrême- 
ment vicieuse, et le motif que l'on donne n'est pas suffisant pour l'autoriser. 

— Ce motif n'a même rien de raisonnable. La véritable raison, c'est que ce mot 
vient du latin undecim, qui dans le vieux langage a d'abord faittinze. A. L. 

Voyez, pnge 31, s'il est permis d'écrire Tofustéme. 

(2()7) Voltaire disait le deux de mars, le quatre de mai, et Racine le deux mars, 

I. 20 



306 DU I^OMBRE DES ADJECTIFS. 

3** On les emploie encore en parlant des souverains et des princes, 
comme Louis douze , Henri quatre j Louis quatorze^ mais on ne dit 
pas Henri wn, François un , pour Henri premier, François premier'. 
On dit assez indifféremment Henri deux et Henri second. On dit 
aussi Charles cinq, Philippe cinq, etc. ; mais on dit Charles^ Quint, 
empereur contemporain de François premier; Sixte- Quini, pape 
contemporain de Henri quatre. 

(Palm et Th. Corneille, sur la i^T Remarque de Vaugelas. — Lé P. Baffier, no S69. 
-~ Le P. Boubouiv, page 585. — Waillj, page iTS.) 

Les adjectifs de nombre cardinaux s'emploient quelquefois sub- 
stantivementy comme : le huit, le dix de cœur; jouer au trente et qtMn 
rante; nous partîmes le douze, et nous ne revînmes que le trente i On 
m'a livré un cent, deux cents de paille. (L'Académie.) 

n en est de même des adjectifs de nombre ordinaux : « Socrate est 
« le premier qui se soit occupé de la morale; » le substantif est sous^ 
entendu ; c'est comme si l'on disait : Socrate est le premier pkih-* 
sophe, etc. 

De tous les adjectifs de nombre cardinaux, il n'y a ^ue vingt et 
cent qui , précédés d'un autre adjectif de nombre par lequel ils sont 
multipliés, prennent un s au pluriel : quatre-ymoTS chevaux , cent 
quatre-M^GTS pistoles; deux cents chevaux, cinq cents francs. 

(L'Académie, Féraud, Gattel, Wailly, M. Lemare, etc.) 

Deux cen{« auteurs extraits m'ont prêté leurs lumières. 

(6oileau,£pitreXn.; 

« De l'autre part se sont trouvés quatre-t?»n</to docteurs séculiers... 
« qui ont condamné les propositions de M. Arnauld. » 

(Pascal, if lettre provinc) 

. ^ _ 

le quatre mai. Sons le rapport de ta correction grammaticale, la première constrac* 
tion est certainement préférable, puisque deuxei quatre sont là pour deuxième, 
qtuUrième , et que Ton dit toujours a?ec la préposition de le deuxième jour de 
mai, le quatrième jour de juin. Ensuite les Latins disaient avec le génitif: primut 
februarii, secundus aprilis. 

Ainsi, la grammaire et l'analogie sont pour le deux de mars, le quatre ns mai; 
mars si on consulte Tusage, qui, en fait de langage, est la règle de l'opinion, ondira 
le deux mars, le quatre mai. C'est ainsi que s'expriment presque toujours nos bons 
auteurs et les personnes qui se piquent de parler purement, et qui évitent toute es* 
pèce d'afiTectation. 

— Le besoin d'abréger a créé ces locutions, qui sont elliptiques : l'essentiel est 
d'être compris ; et l'usage a consacré le sens de ces mots : le deux mai, le trois 
juin. Les Romains avaient aussi des locutions abrégées dans ce sens, ns n'ont peut- 
être jamais dit , avec ellipse du substantif : primus februarii ; mais ils disaient, 
avec ellipse de la préposition : pridie Katendas, postridie ludos, etc. A. L. 



DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 307 

« Sait-il bien ce que c'est que cinq eenU écus? — Oui, monsieur, 
« il sait que c'est mille cinq cents livres. » 

(Molière, les Fourberies de Seapin, acte II, se. il.) 

« On assure que les porte-faix ou crocheteurs de Gonstantinople 
« portent des fardeaux de neuf cents livres pesant. » 

(BuflTon, Hist. nat, de tBomme.) 
Observez que dans qttaire-vingts docteurs , dans cinq cents ans, et autres 
phrases semblables, vingt et cent sont regardés coname des substanlifs ; Tun pris 
pôar vingtaine, l'antre pris pour centaine. 

—Cela nous parait impossible, car alors il faudrait dire cinq cents d*ans, comino 
nous avons tu tout à l'heure un cent, deux cents de paille. Pourquoi donc aussi 
cette raison ne subsisterait-elle plus qu'à demi pour deux cent quatre-vingts , et 
pourqaoi cesserait-elle entièrement pour deux cent quatre-vingt-dix? Conlen- 
tons-nous de constater l'usage. A. L. 

ta même chose a lieu , lorsqu'on sous-entend le substantif après 
vingt et cent précédés d'un adjectif numéral. Ainsi l'on écrira avec 
la marque du pluriel quatre-vingts , six vingts (268) , deux cents. 

(L'Académie.) , 

« La Suède et la Finlande composent un royaume large d'environ 
« deux cents de nos lieues, et long de trois cents. » 

(Voluire, Histoire de Charles Xlh) 
Nous partîmes c^q cents; mais par un prompt renfort, 
Nous nons vifises trois mÏHe en arrivant au port. 

iLe Cid, act. IV, se. 3.) 
Maudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve. 
Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve; 
Et, de son lourd marteau martelant le bon sens, 
A fait de méchants vers douze fols douze cents, 

(Boileau, vers en style de Chapelain.) 



(268) Six vingts vieillit ; on dit plus ordinairement cent vingt ; on disait encore 
dans le siècle passé sept vingts ans, huit vingts ans: Depuis six ou sept vingts ans 
que V église calvinienne a commencé. (Bossuet.) — Des femmes enceintes au 
nombre de huit vingts et plus. — L'Académie ne condamnait pas autrefois cette 
manière de s'exprimer, et en permettait l'usage jusqu'à dix-neuf vingts, en ex- 
daant seulement deux vingts, trois vingts, cinq vingts et dix vingts . Dans l'é- 
dition de 1762 et dans celle de 1798 (au mot quatre et au mot vingt), elle approuve 
encore six vingts et même sept vingts, huit vingts. 

Il y a plus, c'est que plusieurs écrivains modernes ont fait usage de quelques-uns 
de ces termes. Voltaire, dans sa XI« remarque sur Cinna, a dit : « Remarquez que 
« dans cette scène il n'y a presque que deux mots à reprendre^ et que la pièce esi 
« faite depuis six vingts sns, «Fénelon (dans le Télémaque, liv.VIII) : • On y voit 
« des vieillards de cent et de six vingts ans qui ont encore de la gaieté et de la vi- 
« gueur. * Cependant cet exemple n'est plus suivi aujourd'hui. 

20. 



308 DU NOMBRE DES ADJECTIFS. 

« Le Français de vingt-quatre ans Ta emporté, en plus d'un en- 
« droit, sur le Grec de quatre-vingts. » (Ronsseau.) 

(LeDict. de FAcad, et le plus grand nombre des Grammairiens tant 

anciens que modernes.) 

Exception. — Fingi et cent s'écrivent sans s , quoique précédés 
d'un nombre, lorsqu'un autre nombre est à la suite , c'est-à-dire que 
l'on doit écrire quatre-vingtndeux ; — quatre-vingtniix ; — detix cent 
vingt-quatre chevaux; telle est l'opinion émise par Wailly, Lévizac, 
Domergue, Féraud, Gattel, et par MM. Lehodey, Lemare et Ghapsal. 

L'Académie, néanmoins, a écrit dans son Dictionnaire^ édition de 
1762 et de 1798, neuf cents mille avec un s hcent., mais l'usage est 
contraire à cette orthographe,— et l'édition de 1836 ne l'admet plus. 

S'il était question de dater les années, alors on écrirait, sans la 
marque du pluriel , Van mil sept cent , Van mil sept cent quatre- 
vingt , quoique cent et vingt fussent précédés d'un autre adjectif de 
nombre, parce que ces nombres seraient employés pour des nombres 
ordinaux, et qu'il ne s'agirait que d'une année, comme s'il y avait 
Van mil sept centième^ l'an mil sept cent quatre-vingtième. 

(Mêmes autorités.) 
L'Académie remarque dans la dernière édition de son Diclionnaire qu'au lieu de 
dire mille cenU mille deux cents ^ etc., on dit plus souvent onze cents, douze cents, 
ti']mqvL*èidiX'neuf cents; mais pour les dates, elle donne l'an mil sept cent, A. L. 

Quant au genre, il n'y a de tous les nombres cardinaux que un 
dont la terminaison varie, selon qu'elle doit être masculine ou fémi- 
nine : un tableau june bouteille^vingt et une personnes. (D'oiivei, p. 132.) 

N'oubliez pas de lire, aux Remarques détachées, quelques observations sur un, 
vingt et mille. 

Ou dit vingt et un y trente et un ^ quarante et un y etc., jusqu'à 
soixante et dix inclusivement; mais on dit, sans la conjonction, 
vingt-deux y vingirtrois ^ trente-deux y trente-trois^ etc., soixante^ 
deux^ etc, 

(Le Diciionn. de FAcad, aiix mou dix, vingts trente^ quarante^ cinquante et soixanU') 

La Fontaine, qui avait besoin d'une syllabe de plus, a dit : 

EnGn quoique ignorante à vingt et trois karats, 

Elle passait pour un oracle. /Table 139«, les Devineresses,) 

Dans une édition de Boileau (Genève, 1724), on lit aussi en plu- 
sieurs endroits vingt et trois , vingt et quatre ; mais cette faute a été 
corrigée dans les éditions subséquentes. 

Ënûn on dit, sans la conjonction c/, quatre-vingt-un , quatre- 
vingt-onze, cent un, comme quatre-vingt-deux j quatre-vingt- 
trois, etc. (Féraud.) 



DU NOUBRE DES ADJECTIFS. 309 

On a donc en tort, de nos joars, de mettre en tête d'an livre : les CenUet-un. 

Quand le substantif auquel se rapporte l'adjectif de nombre car- 
dinal est représenté par le pronom en , placé avant le verbe précé- 
dent, ou bien encore quand le substantif est sous-entendu, Tadjectif 
ou le participe qui suit le nombre cardinal doit être précédé de la 
préposition de ; « Sur mille habitants, il n'y en a pas un de riche. 
« — Sur cent mille combattants , il y en eut mille de tués , et cinq 
« cents de blessés. — Sur mille, il y en eut cent de tués. » 

(Th. Corneille, «ur la tBi* Remarque de Vaugelcut. — L'Académie, page 196 de st'S 
Observations. — Wailly, page 179. — Marmonlel, page 4 19. — Laveaux, au mo 
nombre,) 

Mais l'emploi de la préposition de ne doit pas avoir lieu avant l'ad- 
jectif ou le participe, lorsque l'adjectif numéral cardinal est suivi du 
substantif avec lequel il est en rapport : Sur mille combattants^ il y 
eut cent hommes tués, ou il y en eut cent qui furent tués. Cent hommes 

DE tués serait une faute. (L'Académie, page 196 de ses Observ. sur Vaugelas,) 

On met au singulier le substantif qui est avant un nombre cardi- 
nal employé pour un nombre ordinal, et l'on dit : l'an dix-huit cent 
dix: les mots dix-huit cent dix sont ici pour dix-huit cent dixième. 

Pour ce qui est des adjectifs de nombre ordinaux, et de ces sub- 
stantifs qui expriment une idée de nombre, ils prennent, dans tous 
les cas, la marque du pluriel : les premiers y les seconds^ les doih- 
zièmeSj les vingtièmes^ les deux douzaines^ les trois quarts^ les trois 
centièmes (269), trois millions^ quatre milliards. 

(Le Dict. de V Académie et les autorités ci-dessus.) 



(269) On ne doit pas confondre le trois centième avec les trois centièmes, car 
le trois centième s'écrirait en chiffres 1/300, et les trois centièmes s'écriraient 
3/100. Le trois centième de cent est on tiers, puisque la trois centième partie de 
cent est la même chose que la troisième partie de un. Les trois centièmes de cent 
âont trois, puisque la cenUème partie de cent est un. (M. Gollin-d'Ambly, p. 60.) 



310 DES PRONOMS PROPREMENT DITS. 

CHAPITRE IV. 

DES PRONOMS PROPREMENT DITS, 

ET DES ADJECTIFS PRONOMINAUX. 

A en juger par Tétymologie, le pronom proprement dit est un mot 
qui n'a par lui-même aucune signification^ et qu'on met à la place 
d'un nom précédemment énoncé pour le remplacer , et en éviter la 
répétition. 

Dès que le pronom tient la place d'un nom^ c'est une conséquence 
qu'il en réveille l'idée telle qu'elle est, telle que le nom la réveillerait 
lui-même, c'est-à-dire sans y rien ajouter et sans y rien retrancher. 
Un mot employé au figuré peut être substitué à un mot pris dans le 
sens propre : voilcy par exemple, à vaisseau. Dans ce cas on substitue 
d'autres idées, et voile est employé pour une toute autre raison que 
pour tenir la place de vaisseau; voile n'est donc pas un pronom. 

Mais , lorsqu'après avoir parlé d'Alexandre et de son passage en 
Asiepour combattre les Perses, on dit qu'f7 les subjugua, etqu't/ 
renversa leur empire; les mots il et les , mis à la place des noms 
Alexandre^ Perses^ ont chacun la même signification que les 
noms dont ils rappellent l'idée : ce sont des pronoms. Quelquefois 
encore le pronom tient lieu d'une phrase entière; par exemple, si l'on 
me dit : Avez-^ous vu la belle maison de campagne que M. le e&mk 
a achetée? et que je réponde que /e L'ai vue, le pronom V ne tient 
pas la place du seul mot maison, mais de ce mot accompagné de 
toutes ses modifications, de la belle maison de campagne que M. k 
comte a achetée. 

Le sens exigé encore que dans quelques cas le pronom tienne 
lieu d'une phrase construite difieremment de celle dont il prend la 
place : Foulez-i}ous que faille vous voir? Je le veux, c'est-à-dire, jtf 
veux que vous veniez me voir. (conduiac, page 197.) 

Les pronoms sont d'un grand avantage dans les langues : ils 
épargnent des répétitions qui seraient insupportables; ils répandent 
sur tout le discours plus de clarté, de variété et de grâce; mais on 
ferait une faute si on les employait pour réveiller une idée autre que 



DES PRONOyS PROPREMENT DITS. 31 1 

celle du nom dont ils prennent la place; et c'est avec raison que l'on 
a critiqué ce vers de Aaciqe : 

Nulle paix pour l'impie , il la cherche, elle fuit. 

(Esther^ acl. II, se. 9.) 

En effet, la et elle ne rappellent pas nulle paix , ils rappellent 
seulement /a /)atj:, c'est-à-dire une idée toute contraire. Cependant 
il faut convenir qu'il y a dans ce vers une vivacité et une précision 
qui doivent d'autant plus faire pardonner cette licence au poëte, 
qu'avant d'apercevoir la faute l'esprit a suppléé à ce qui manque t 

l'expression. (Même autorité.) 

' Remarquons ici comment il se fait que le vers de Racine ne laisse aucun doute 
dans Tesprit, et par conséquent peut être excusé. Le moipaix n'est pas un nom col- 
lent; m9Î8 au contraire il présente une idée distincte, unique, absolue. En disant 
nulle paiœ^ l'auteur nous fait entendre que la paix n'existe pas ; il réveille en nous 
ridée du substantif, du nom particulier et déterminé la paix ; et Yoilà comment la 
logique, à défaut de la grammaire, a conduit cet habile écrivain A faire emploi du 
pronom, La faute, au contraire, serait complète , inexcusable, dans une phrase 
comme celle-ci : IVul homme n'est parfait; vous le cherchez en vain. A. L. 

On divise ordinairement les pronoms en cinq classes, savoir : en 
pronoms personnels, en pronoms possessifs, en pronoms démons- 
tratifs, en pronoms relatifs et en pronoms indéfinis. Nous adopte- 
rons cette division comme étant reçue par la presque totalité des 
Grammairiens; mais, parmi les pronoms possessifs, démonstratifs 
et indéfinis, il en est auxquels plusieurs Grammairiens refusent, avec 
raison, le nom de pronom. Tels sont, par exemple, mon y ma^ ton, 
ttty son, sa, nul, aucun, etc., etc. En effet, si le pronom est destiné 
à remplacer le nom, il est clair que les mots dont il s'agit, ne tenant 
la place d'aucun nom , mais étant au contraire toujours joints à un 
nom qu'ils qualifient en le déterminant, ne sauraient être considérés 
comme pronoms; ce sont de véritables adjectifs , car ils en ont l'es- 
sence jet en subissent les lois; c'est pourquoi nous les considérerons 
comme adjectifs, et nous les appellerons adjectifs pronominaux, à 
cause de l'espèce d'affinité qu'ils ont avec les pronoms, ou du moins 
à cause de l'usage où l'on est souvent de les classer parmi les pro- 
noms. Nous ferons pour chacune de ces sortes d'adjectifs un article 
séparé, qui viendra immédiatement après le pronom avec lequel ils 
ont rapport. Ainsi , après le pronom possessif, nous parlerons de 
f adjectif pronominal possessif; et il en sera de même à l'égard des 
a^ectifs pronominaux démonstratifs et indéfinis. 



31S DES PRONOMS PERSONNELS. 

DES PRONOMS PERSONNELS- 

• 

La fonction des pronoms personnels est de désigner les pier* 
sonnes. 

Le mot personne, dérivé du latin persona, personnage^ rôle^ dé- 
signe, en Grammaire, le personnage, le rôle que joue dans le dis- 
coui*s le nom ou le pronom. Il y a trois personnes : la première 
est celle qui parle, la seconde est celle à qui Ton parle, et la 
troisième celle de qui Ton parle. 

Les pronoms personnels de la première personne sont : ;e, tnot, 
me (pour moi ou à moi) et nous. 

Ceux de la seconde sont : tu^ toi, te (pour toi ou à toi) et vous. 

Ceux de la troisième sont : t7, /ut, elle^ ils, elles, soi, se (pour 
soi ou à soi), leur (pour d eux, à elles). ' 

§1. 

J£. 

Je, pronom de la première personne, dont nous est le pluriel, est 
des deux genres; masculin, si c'est un homme qui parle; féminin, 
si c'est une femme. Il est toujours sujet de la proposition, et se 
met ordinairement avant le verbe : je vais, je cours. Quand le 
verbe commence par une voyelle, on élide Ve, et Ton dit : j'ordonne, 
j'entends. 

Je^ cependant, se met après le verbe, soit dans les phrases 
interrogatives ou admiratives, comme :gue deviendrai-je? que fer 
rai-je? 

Soit quand le verbe se trouve enfermé dans une parenthèse, 
comme (lui répondis-je)-^ 

Soit quand on l'emploie par manière de souhait : puissé-je ! ou par 
manière de doute : en croirai-je mes yeux? 

Soit enfin quand il est précédé de la conjonction aussi, ou de quel- 
qu'un des adverbes peut-être^ à peine^ etc. : aussi puisse vous as- 
surer; AUSSI pensai'je mourir d'effroi; inutilement voudrais^j» 
me persuader; peut-être irai-je; a peine fus-je arrivé. 

(Wailly, page 313. — Restant, page 303, et les Grammairiens modernei.) 
Il faut remarquer, dans ce dernier cas, que l'inversion n'est pas obligée; et qn'iNi 
dit également : aussi je vous assure, à peine Je fus arrivé, etc. Le goût de récri- 
vain et l'harmonie de la phrase décideront de la forme qu'il faut employer. 

A. L. 



DES PRONOMS PERSONNELS. 3l 3 

On observera que si le sens de la phrase demande l'emploi du 
présent de l'indicatif, et que ce temps appartienne à un verbe qui 
se termine par un e muet, il faudra, dans les phrases interrogatives, 
changer cette finale en é fermé; ainsi, j'aime se changera en atm^- 
JBy et non pas, comme le font quelques écrivainç, en aimè^e, avec un 
ê ouvert. 

Feillé'je? puis-je croire un semblable dessein? 

(Racine, JP^éd., act. II, se. 2.) 

Si le sens de la phrase demande l'emploi du présent du subjonc- 
tif ou de l'imparfait du même mode, comme je dusse, je jHaife, 
on écrira dussé-je, puissé-je (270) : 

Dussé'je, après dix ans, voir mon palais en cendre (271) ! 

(Racine, ^ndromaque, àci. ly se. 4.) 

On lit dans la première épltre de Boileau (édition de Saint-Marc 
et de Brossette) : 

Mais où cherchai-je ailleurs ce qu'on trouve chez nous ? 



(270) Quand la dernière syllabe d'un moi est muette , la pénultième ne saurait 
être muette^ parce que deux syllabes de cette nature ne peuvent se trouver de suite 
A la fin dd même mot ; dans ce cas, la pénultième se prononce avec le son ouvert, et 
prend un accent grave : père, sincère. Il n'y a d'excepUon à cela que pour les mots 
CD ége, comme piège, manège, etc., dans lesquels l'usage a voulu que la pénultième 
fût prononcée avec le son de Vè fermé, et prit un accent aigu. Gela s'applique aussi 
aux verbes de la première conjugaison, lorsque ces verbes sont suivis du pronom je ; 
ils semblent alors ne former avec ce pronom, du moins pour l'oreille, qu'un seul et 
même mot. 

(271) En cendre au singulier est une inexactitude. On dit réduire, ou mettre en 
cendres au pluriel, et non pas en cendre au singulier ; c'est ainsi que pense Féraud^ 
et TÂcadémie donne deux exemples qui confirment cette opinion. 

Cendre se dit quelquefois pour mort, et dans cette acception il peut très bien se 

dire an singulier : 

J'ai donné comme toi des larmes à sa cendre, (Voltaire, ilsire, acte I, se. 4.) 

Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères. 
Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères. 

(J.-B. Rousseau, Ode 3, livre I.) 
Si, dans la nuit du tombeau, 
La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre, (Racine, Athalie, acte IV, se. 6.) 

Les Thébains de Laïus n'ont point vengé la cendre. (Voltaire, OEdipe, acte I, se 3.) 
—L'Académie écrit, il est vrai, réduire en cendres ; mais elle admet la cendre 
ou les cendres d'une ville détruite. Pourquoi donc proscrire une expression défendue 
par Racine et par l'analogie? Pourquoi ne réduirait-on pas en cendré, comme en 
réduit en poudre, en poussière? Nous ne croyons pas qu'on puisse avec raison 
bl&mer, au singulier, cette locution figurée. A. L. 



314 DES PR0N091S f^ERSOSilSELS. 

Cette faute, triés commune alors, ne serait point pardonnable à 
présent. 

(Vaugel^s, 203» Bemarque,^ VActAémle^ p^e 923 de ses Observ. sur cette Bem.— 
St>n Dictionnaire, — MM. de Port-Royal, page 211. — Ménage, ST* chap. — D'OU* 
vet, Girard et tous les Gramm. modernes sont d'accord sur cette orthographe.) 

Les mêmes Grammairiens pensent que dans le cas où je, mis 
après le verbe, serait susceptible de produire un son dur et désa- 
gréable, ce qui n'a lieu que pour les verbes composés d'une seule 
syllabe au présent de l'indicatif, il faudrait alors prendre un autre 
four et dire, au lieu de dbrs-jeP ments-jeP sens je? etc., est-ce que 
je dors? est-ce que je ments? est-ce que je sens P 

M. Dessiaox remarque que ces deux formes ne sont pas identiques, et que la pre- 
mière {sens'je) exprime plus positivement le doute. Gela est vrai ; mais quand on 
^e^ut,en faire usage, il faut rendre autrement sa pensée. La protiibition, du reste, 
ne s'arrête point aux monosyllabes ; on retend à presque tous les verbes dont la 
première personne se termine par deux consonnes : ainsi l'oreille serait choquée 
d'entendre m'endors-je, répands-je, interromps-je. Cependant nos bons auteurs 
n'ont pas craint d'employer quelques-unes de ces tournures. Ainsi tous admettent 
qu'entends-je! n'entends- je pas ? 

Ne tiens'je pas une lanterne en main ? (Molière.) 

Faux-je cela, disait en soi la belle. (La Fontaine.) 

« X^mmept $en*'je sf bien ce que je ne puis t'exprimer. * (Montesquieu.) 
On voit d'après cela que l'oreille seule est juge de la convenance de c;es expres- 
sions. A. L. 
Voyez, À ja fin de ce chapitre, quand on doit répéter le pronom je. 

MOi. 

Moiy pronom de la première personne, dont nous est le pluriel, 
est des deux genres ; il ne se dit que des personnes ou des choses 
persqnnifiées. On voit, par cette dernière définition, que moi est 
un synonyme réel de me et de je; mais ce n'est pas un sjrjionyme 
grammatical, puisqu'il s'emploie différemment, et que dans aucun 
cas il ne peut être remplacé ni par je ni par me. C'est ce qui sera 
éclairci par ce qui suit. 

JWbt se joint à je, par apposition et réduplication, pour donner 
plus d'énergie à la phrase, soit qu'il vienne après le verbe, comme 
dans ces phrases : Je dis moi ^ je prétends moi; soit qu'il précède je 
et le verbe : moi, je dis; moi, je prétends ;uoi, dont il déchire la ré- 
putation^ JE ne lui ai jamais ref^jdu que de bons offices ; moi, à qui 



IffiS PRONOMS PERSONNELS. 315 

il fait tant de mal, je cherche touks les occasions de te servir i moi, 
ne songeant à rien^ f allai bonnement lui dire 

Moif que j'ose opprimer et noircir l'innocence ! 

(Racine, Phèdre, act. III, se. 3) 

« 

— ta plupart des Grammairiens voient dans cette locution an pléonasme; Beauiée 
et quelques autres y trouvent une ellipse et Texpliquent par pour mot, quant â 
moif etc. Il nous parait difficile de décider cette question d'une manière génér^ale, 
tant cette tournure admet de nuances variées. Ainsi^ dans ce vers de Racine : 

Moi, des bienfaits de Dieu, je perdrais la mémoire ! 

le mot mot n'est pas surabondant; îl ajoute à la pensée, il signifie étcml moi, étant 
ce que je suis; il porte en lui seul la raison de toutelapbrasc. Au contraire dans ce 
vers du même écrivain : 

Et moi qui l'amenai, triomphante, adoréie. 
Je m'en retournerai seule et désespérée. 

le motmoi, nécessaire grammaticalement, est inutile pour la pensée. Dans le premier 
cas, il nous semble impossible qu'on voie un pléonasme ; dans le secondi il est bien 
difficile d'admettre une ellipse, car les mots qu'on voudrait suppléer seront de plus 
en plus inutiles pour le sens. Dans notre langue, amie de la clarté, le qui relatif doit 
toujours être précédé de son sujet ; d'un autre côté, le verbe â la première per- 
sonne ne peut avoir pour sujet que le pronom je dont il est Inséparable ; ce sont lA 
des règles absolues. Le génie de notre langue exige ainsi nécessairement tes mots 
mot et je dans le second exemple. C'est donc là un idiotisme clairement raisonné : 
i)?y cherchons point autre chose. Â. L. 

Quelquefois je ne parait point, mais il est sous-entendu : moi^ 
trahir le meilleur de mes amisl faire une lâcheté^ moi! phrase el- 
liptique, où il est aisé de suppléer, je voudrais! je pourrais! 

Moi se met de même par apposition avant ou après me : vou- 
driez-vous me perdre^ moi votre allié ! moi, vous me soupçonneriez 
de 

11 se met aussi par apposition avec nous et vous, lorsqu'il est ao- 
compagné d'un autre nom ou pronom. Vous et moi nous sommes 
contents de notre soft. Nous irons à la campagne lui ety^oi. Il 
est venu nous voir, mon frère et moi. Dans ces phrases, moi 
et le nom ou pronom qui lui est joint sont tous ensemble l'ap- 
position et l'explication de nous; et il faut observer que moi, étant 
joint à un autre nom ou pronom, ne doit paraître qu'en second : 
vous et moi; un tel et moi ; à moins que le nom auquel il est joint 
ne soit celui d'une personne très inférieure. Ainsi, un père dira: 
tnoi et mon fils; im maître : moi el mon laquais. 

Moi est encore une sorte d'apposition qui détermine les pro|KM»s 
indéfinis ce et il : Cest moi qui vous réponds. Qui fut bien aise ? ce 



316 DBS PRONOMS PERSONNELS. 

fut MOI. // n'y eut que lui et moi d'un tel avis. Que vous reste-t- 

ilP MOI. 

Après une préposition, il n'y a que le prpnom moi qui puisse 
exprimer la première personne. Fous servirez-vous de moi? Pense- 
Iron à MOI ? Us auront affaire de moi. Ils auront affaire à moi. Cela 
vient de moi. Cela est à moi. Cela est pour moi. Je prends cela pour 
moi. Selon moi, vous avez raison. Fous serez remboursé par moi. 
Cela roulera sur moi. Tout est contre moi. 

4 

Il en est de même après une conjonction ; Mon frère et moi. Mon 
frère ou moi. Mon frère aussi bien que moi. Ni mon frère ni moi. 
Personne que moi. Nul autre que moi. 

Quand Iç verbe est à Timpératif, et que le pronom qu'il régit 

n'est pas suivi du pronom relatif en, c'est moi qu'il faut employer 

après le verbe, soit comme régime simple : Louez-Wiiy rècom- 

pensez-uoi ; soit comme régime composé : Bendez-uoi compte y dites- 

MOI la vérité*^ et alors mot se joint au verbe par un tiret; mais on 

dirait : Donnez-^^evf, à cause du pronom en. 

Il faat remarquer alors qae me, régime indirect, se place après le verbe^ contraire- 
ment à la règle générale que nous verrons établie tout à l'heure. C'est que me est 
id par euphonie substituée à moi, dont il garde la place. Si même l'on voulait atti- 
rer davantage Tatteotion sur la personnel oa pourrait dire donnez-en à moi , ce qui 
est la forme explicite de ce régime indirect , comme on le voit dans les vers sui- 
vants : 

Avez-Yous oublié que vous parlez à moi ! (Corneille.) 

Messala, songez-Yous que yous parlez à moi ! (Voltaire.) 

Ainsi ce complément indirect peut, selon les cas^ prendre les trois formes : me, 
moi, à moi. Nous ferons encore observer que si le verbe à l'impératif est accom- 
pagné d'une négative, le pronom régime n'est plus mot, mais bien me, qu'on place 
avant le verbe : ne me fatigue pas, ne me parle jamais. Quelquefois aussi quand 
deux impératifs sont Joints par une conjonction, le pronom peut indisUnctement 
suivre ou précéder le second; et l'on emploie, selon l'occurrence, mot ou me : 

Soldats, suivez leurs pas et me répondez d'eux. (Voltaire.) 

Cette manière de s'exprimer est peut-être un peu moins commune que l'autre ; aussi 
les poètes semblent-ils la préférer. A. L. 

Quelquefois, mais dans le discours familier seulement, moi se 
met par redondance, et pour donner plus de force à ce que Ton dit : 
Faites~MOi taire ces gens-là; donnez-leur-VLOi sur les oreilles. 

Dans le même cas, le pronom 'mot se met après l'adverbe de lieu 
y, soit comme régime simple du verbe, soit comme régime composé : 
7^ vas à V Opéra y mène-s-y-VLOi; tu vas en voiture, donne-s-y-uoi 
une place. Au contraire, l'adverbe y, dans le même cas, se met après 
le pronom nous : menez-NOUS-y,- donne^^-wous-y une place. 



DES PRONOMS PERSONNELS. 317 

Lorsque le verbe est au singulier, et que la seconde personne de 
l'impératif finit par un e muet, on ajoute, ainsi qu'on a pu le voir 
dans les deux exemples qui précèdent, un s au verbe (272) : mène-s- 
y-moi; donne-s-^-moi une place. 

Voyez pins bas (au pronom qui, § 1)^ et à Taccord du verbe avec son sujet 
(5« remarque), comment on doit s'exprimer : 1 o lorsque moi est employé comme sujet, 
et si Ton doit dire moi qui ai parlé, ou moi qui a parlé i si c'était moi qui pro- 
posasse, ou si c'était moi qui proposât ; c'est moi qui vCiniéresset ou c'est moi 
qui s'intéresse-f 2" lorsque moi est joint à un autre pronom personnel ou a un subs- 
tantif pour former le sujet d'un verbe^ si l'on doit dire : C'est mon père ou moi 
qui AVONS dit cela, ou c*est mon père ou moi qui a dit cela . 

§111. 
ME. 

Me, pronom personnel qui signifie la même chose que je et que 
moi, n'est jamais employé comme sujet; il est des deux genres, et 
est tantôt régime direct et tantôt régime indirect : il me chéril, 
pour t7 chérit moi; il me plaît, pour il plaît à moi. 

Me s'allie à je et à mot. 

Moif je m'arrêterais à de vaines menaces ! 

(Racine, Iphigénie^ act. l, se. 2.; 

' Me, régime direct ou indirect, se place toujours avant le verbe. 

Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse. 

(Racine, Bajazet ^ act. I, se. 1 .) 
Venez ; les malheureux me sont toujours sacrés. 

(Voltaire, Oreste, act. II, se. 2.) 
(Wailly, page 318. — Le Dict, de l'Académie, au mot me.) 
— ^Voyez cependant une exception dans le paragraphe précédent. Â. L. 

Quand plusieurs pronoms régimes accompagnent un verbe, me 
(ainsi que te^ se, nous, vous) doit être placé le premier : 

(Wailly, page 3i9. — Lévizac^ tome I, page 32S.) 



(272) Cette lettre, qu'on appelle euphonique, est mise pour éviter la rencontre 
de deux voyelles qui se choqueraient désagréablement pour l'oreille; quelques per- 
sonnes la placent entre deux traits d'union; d'autres, et cette orthographe est celle 
que Ton doit préférer, la placent h la suite du verbe, pour annoncer qu'elle doit être 
nnle d'une manière intime à la syllabe qui précède et à celle qui suit. Il y en a aussi 
qui mettent entre la lettre euphonique un trait d'union et une apostrophe, mène-s'y; 
mais c'est une faute, puisque l'apostrophe ne s'emploie jamais qu'à la place d'une 
voyelle que l'on supprime. 

— Nous préférons les deux traits d'union ; sans cela il faudrait, par analogie, 
écrire donnet-il, laissot-il, au Heu de âonrtc-t il, laissa- t-il. \. l>. 



818 BE8 PRONOMS PERSONNELS. 

c Àccordez-moi votre amitié; si vous me la rejfbseiy J'^ serai 
€ vivement afiècté. » 

Dans les phrases où il y a deux verbes, ou place ordinaii^menf le 
pronom me près du verbe qui le régit : On ne saurait UÈ reprocher 
dC aimer la table. 

Cependant ce ne serait pas une faute de dire : Onne me saurait 
reprocher. C'est l'oreille que Ton doit consulter alors. 

Mais on remarquera que ce dérangement n'est pas autorisé, quand 
le premier verbe est à un temps composé; et, en effet, il serait dé- 
placé de dire : Je n'aurais voulu procurer ce plaisir y au lieu de f au- 
rais voulu ME procurer ce plaisir. 

(L'Académie, sur ta ZiT Rem. de Vaugelas, page 372 de ses Observ. — 

Wailly, page 320. 

— Cette inversion n*est nullement défendue^ en thèse générale; mais il faut consulter 
le goût et l'oreille. Nous croyons que Ton peut dire, même en prose ^ il m'a su 
tromper, il m*a voulu séduire. Racine a dit : 

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser. 

Apprenne de quel nom il OMit abuser ! {Iphigénie, acte lU, se. 6.) 

Mais souvent cette tournure peut devenir dure et incorrecte ; le tact de Técrivain loi 
servira de règfe. Cette remarque s'applique également aui autres pronoms : t7 Ta 
regardé battre, il les a vu enlever , ils se sont laissé prendre. On voit par ces 
derniers exemples qu'il est des cas où le pronom doit nécessairement précéder le 
premier verbe, même quand il serait à un temps composé. A. L. 

Le pronom me doit toujours se répéter avant chaque verbe em- 
ployé à un temps simple : // me flatte et me loue. Lorsque les verbes 
sont à des temps composés, il est permis de sous-entendre le second 
pronom me avec l'auxiliaire du verbe qu'il précède, pourvu que les 
deux verbes demandent le même régime; on dira donc également 
bien : // M'a loué et récompensé généreusenient, et il M'a loué et M'a 
récompensé généreusement^ mais il faudrait dire : // M'a plu et M'a 
enchanté y attendu qu'on dit vlaire à quelqu'un et enchanier quel- 
qu'un. 

Cette règle sur l'emploi de me s'applique aux pronoms mms^ vous, 
te et se. 

(L'AeadémIe, sur la 327^ et la467<> Rem, de Vaugelas, pages 53o et 4M de M 
Observ. — Le P. BufBer, n« lOiT. ~ Harmonlel, page 202.) 

§ IV. 
xYOUS. 

Nous, pronom pluriel de la première personne, est des deux 
genres, et se dit des personnes et des choses personnifiées ; il peut 



DES PRONOMS PERSONNELS. 3l9 

être OU sujet, ou régime direct , oii régime indirect : « Naui avons 
« dit, et nous allons prouver qu'il n*y a pas de bonheur sans la 
« vertu. » (Beauzée.) — « Les grandes prospérités nous aveuglent^ 
< nous transportent, nous égarent. » 

(Bossuet, Oraison funèbre de la reine tf Angleterre,) 
Toat ce qui nous ressemble est parfait à nos yeux. 

(L'abbé Aubert, fable 6, Uv. IV.) 

Dans la première phrase^ nous est sujet; dans la seconde, il est 
régime direct ; et dans la troisième, il est régime indirect. 

(Wailly, page i82. — Lévizac, tome 1, page 3io.) 

Lorsque nous , employé comme sujet ou comme régime , est joint 
à un autre nom ou pronom qui concourt, avec nous, à former le 
sujet ou le régime, il faut d'abord mettre nous avant le verbe, puis 
le répéter après ce verbe sans préposition , s'il est &ujet ou régime 
direct : Nous partirons demain, eUx et nous; il nous a bien ac- 
cueilliSy nous et nos amis. Et avec une préposition, sMl est régime in- 
direct, afin de le lier avec le nom qui concourt à former le sujet ou 
le régime : // nous doit cette somme à nous et à nos associés. 

(Mêmes autorités.) 

Quant à la place que ce pronom doit occuper dans le discours, ce 
que nous venons de dire pour le pronom me et pour le pronom moi 
lui est applicable. 

Voyez^ au pronom vous, ce que nous disons sur l*emploi du pronom jxovs, dont 
tm fait quelquefois usage au lieu de je, 

§V. 
TU. 

Ta, pronom personnel de la seconde personne, est des deux genres^ 
mais seulement du nombre singulier; il ne se dit que des personnes 
et des choses personnifiées. 
' Tu, ainsi que le pronom ;e, ne peut jamais être que le sujet de la 
proposition. Exemples : « Si tu as un ami véritable, tâche de le con- 
« server. » — • « Aimes-^u la paix, ne parle jamais des absents que 
« pour en dire du bien. » 

Le pronom tu s'emploie dans bien des cas. 

1"^ On peut tutoyer ses inférieurs, s'ils sont beaucoup au dessous 
de soi; un maître peut donc fort bien tutoyer son laquais. 

2® On peut aussi tutoyer ceux que l'on méprise ou que l'on in- 
sulte; quelle que soit alors leur condition, on se met bien au dessus 



820 DES PRONOMS PERSONNELS. 

d'eux. C'est ainsi que le grand-prêtre Joad, n'ayant plus besoin de 
dissimuler^ dit à la reine Athalie (act. Y, se. 5) : 

....Inséras satisfaite. 
Je te les vais montrer l'un et l'autre à la fois. 



Gonnai8-<u l'héritier da plus saint des monarques, 
Reine?...... 

3° On tutoie ceux avec qui Ton est très familier. 

Cependant le favori même d'un prince ne pourrait décemment le 
tu loyer. 

4^ Dans le style élevé, on tutoie tout, même ce qu'il y a de plus 
grandy de plus vénéré. 

O Dieti de vérité, quand lu parles, je crois ; 
De ma fière raison, j'arrête Tinsolence. 

(L. Racine, la Grâce, ch. IV.) 
(M. Lemare, page 100 de son Cours théor, et prat,) 

Le tutoiement, qui rend, dit Voltaire, le discours plus serré, plus 
vif, a de la noblesse et de la force dans la tragédie; mais il doit être 
t)anni de la comédie, qui est la peinture de nos mœurs. 

§ VI. 

Te, pronom singulier de la première personne et des deux genres, 
ne peut jamais, ainsi que le pronom me , être que le régime direct 
ou le régime indirect du verbe , et il s'élide avant une voyelle : « Je 
« te promets de grandes jouissances, si tu as le goût du travail. » — 
« Je ^'en conjure » — ^ « Je ^en remercie. » 

Te se place toujours avant le verbe dont il est le régime : « Je veux 
* te convaincre. » — « Comment a-t-elle pu te faire consentir à cela? » 

CiCpendant on pourrait dire : Je te veux cont?atncre. —Mais, com- 
ment t' a-t-elle pu faire consentir à cela? ne serait pas correct, parce 
que le premier verbe est à un temps composé. 

(L'Académie, sur la 357* Rem. de Vaugelas, page 372. — Wailly, pages 118 et S30.) 
Voyez notre observation, page 318. 

Quoiqu'on dise transportez-vous-y , l'usage ne permet pas que 
l'on se serve au singulier du pronom te avant cet adverbe , et que 
l'on dise transporte-T*y; il faut dire transporte-s-y-toi; ou, ce qui 
est encore mieux, il faut éviter avec soin cette manière de s'expri- 
mer, parce que, quoique régulière, elle choque l'oreille. 

(Vaugelas, io&« Rem. ; l'Académie, sur cette Rem.^ page iio de ses Obaerv., cl 

les Grammairiens modernes,) 



MS PRONOMS PERSONNELS. 3S1 

§ VU. 

TOI. 

Toi y pronom singulier de la seconde personne, est des deux 
genres, et ne se dit que des personnes et des choses person- 
nifiées : On ûura soin de toi, on pensera à toi, on fera cela 
pour TOI. 

Quelquefois oû l'emploie par opposition avec tu et fe, pour donner 
plus d'énergie à l'expression : « Toi qui fais tantlebraye, tu oserais ; 
« on t'a chassé, foi; on t'a traité ainsi, loi qui étais l'âme de ses 
« conseils. » 

Enfin, toi indique la seconde personne du verbe; ainsi, que ce 
pronom soit exprimé ou sous-entendu, il faut écrire : 

O toi qui vois la honte où Je suis descendue. 
Implacable Vénus, suis-Je assez confondue 1 

(Racine, Phèdre, acl. !ll, se. 2.) 

Approche, heureux appui du trdne de ton maître, 
Ame de mes conseils, et qui seul tant de fois 
Du sccfitre dans ma main as soulagé le poids. 

(Racine, Esther, act. II, se. 5.} 

Si le pronom toi est joint à un autre pronom personnel de la troi'-» 
sième personne, ou à un substantif, pour former le sujet d'un verbe, 
on les fait suivre du pronom personnel vouSy qui devient le sujet de 
la proposition : Toi et lui vous êtes de mes amis^ ton frère et toi 
vous IREZ à la campagne. 

Dans les phrases impératives, loi est régime direct ou régime in- 
direct : Regarde-toi dans ce miroir ^ régime direct; donnk-toi la 
peine de m' écouter ^ régime indirect. 

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étiocelants, 
Entrant à la lueur de nos palais brûlants. 

(Racine, Andromaque, act. III, se. S.) 

A ta faible raison garde-toi de te rendre ; 

Dieu Ta fait pour l'aimer, et non pour le comprendre. 

(Voltaire, la Henriade, ch. YII.} 

Aide- toi, le ciel t'aidera. 

(La Fontaine^ te Charretier embourbé.) 

(Restaut, page94.— Wailty, page 182. — Lévizac, page 311, t. II, et 
M. Laveaux.) 



3^2 DES PftOx^OMS PEllSO^lKËLS. 

S VUL 
VOUS. 

Vous y pronom de la seconde personne et des deux genres, se dit 
des personnes et des choses personnifiées ; il peut être , comme le 
pronom nous^ ou sujet, ou régime direct, ou régime indirect ; exem- 
ples : Vous êtes riche y je vous en félicite; cherchez présentement à 
vous faire des amis* Le premier vous est sujet; le second ^ régime 
direct, et le troisième, régime indirect. 

Si le pronom vous n'est pas seul employé comme sujet ou comme 
régime du verbe, et qu'il soit uni à un autre pronom personnel, ou 
à un substantif, on répète le pronom personnel vous, qui alors, 
comme sujet de la phrase, veut que le verbe soit à la seconde per- 
sonne : 

« Je vous récompenserai vous et votre frère. » — « Vous et celui 

« qai^m^mèsaef vous périrez. » (Tc/Éfm, Hvrei.) 

Le ro!, vam et les diem> votis êtes tous complices. 

(Th. Gorneille, Ariane, act. V^ se. 4.; 

(Vrailly, page 1S2. -« Lévizae, page 810, t I.) 

^oti5 suit, pour la place qu'il doit occuper dans la phrase, le^ 
mêmes règles quele pranom me; et, quand il est accompagne d'une 
préposition, il suit celles qui sont indiquées pour le pronom mot. 

Fous est singulier , quand on n'adresse la parole qu'à une seule 
personne, et il est pluriel, quand on adresse la parole à plusieurs; 
mais remarquez que quand , par politesse, on emploie le pronom 
pluriel vous au lieu du pronom tu, le participe prend bien la termi- 
naison féminine lorsqu'il est question d'une femme, mais il ne prend 
pas le s qui est la marque du pluriel, et l'on dit : Madame., votis êtes 
ESTIMÉE, et non pas estimées^ parce qu'alors on emploie le participe 
par rapport à la personne à laquelle on parle, et non par rapport au 
pronom vous y ni au verbe auxiliaire pluriel dont on se sert. 

(Daogeau, pago t84. — Girard, page &5, tome 11^ et les Grammairiens moderBcs.) 

« De quoi vous êtes-vous avisée de charger les enfers d'une si 

« dangereuse créature? » (Boileau, les Hôtos de roman.) 

« Le dieu n'est entouré que des monuments de nos fureurs; et 
€ vous êtes étonné que ses prêtres aient accepté l'hommage d'une 

« courtisane. » {voyage (VAmcharsia, cbap. XXII.) 

La syntaxe est la même pour les adjectifs et pour les pronoms, et 
Ton dit, quand on n'adresse la parole qu'à une seule personne ; 



DES t^UONOMS PERSONNELS. 32>3 

n Vous pourrez peut-être cacher aux autres des actions rèpréhen- 
« sibles, mais jamais à vous-même. » (pensée disocrate, 1. 1, page 25.) 
« Vous en allez juger vous-même tout à l'heure. » 

(Boileau» les Héros de roman.) 

avocat, 

De voire ton vous-même adoucissez Téclat. 

(Racine, les Plaideurs, act. HT, se. 3.) 
(Restant, page 205, et Girard.) 

Quelquefois aussi on fait usage du pronom nous au lieu du pro- 
nom je^ et dans ce cas le principe invoqué pour le pronom vous^ au 
lieu du pronom tu, est également applicable; c'est-à-dire que Ton 
doit écrire avec le nombre singulier le participe mis en rapport avec le 
pronom nous , et alors dire : Persuadé comme nous le sommes^ parce 
que cette phrase n'est qu'une syllepse, c'est-à-dire une figure par 
laquelle lo discours répond plutôt à la pensée qu'aux règles de la 
grammaire^ 

Quelle pensée réveille en moi cette phrase, persuadé comme nous 
le sommes? aucune autre que celle-ci : persuadé comme je le suis. Le 
je a paru trop tranchant, et par modestie on s'est servi de nous au 
lieu de je; si donc on considère qu*en elfet nous n'exprime qu'un 
seul individu, on doit laisser au singulier l'adjectif qui suit> puisque 
dans notre esprit nous n'avons d'autre intention que de modifier te 
pronom je. 

Ce vers de Molière [SganarelU ou te Mari trompe , se. 16) : 

Sans respect ni demi nous a déshonoré^ 

dans lequel déshonoré est mis au singulier, quoique précédé d^un 
régime direct au pluriel , qui est nous employé pour moi y vient for- 
tifier ce principe; et l'opinion de son judicieux commentateur (M. Au- 
ger), qui approuve ce singulier, achèvera sûrement de convaincre 
nos lecteurs. 

On verra^ lorsque nous parlerons de remploi du mot appelé impératif (ait. XYII, 
J 3, vol. 3), que très souvent une personne^ se parlant & elle-même, fait usage de la 
première personne ÙMpluriel dè^l'impéraiif ; et qu*en pareil cas on ne met pas Tad- 
fectif au pluriel : soyons dig.ne,,de noire naissance; soyons sage: certainement 
si l'on employait le pluriel dans ce cas, ce serait ôter toat le charme, tout le piquant 
de cette façon de parler, ce serait faire même un contre*-sens. 

(M. Yanier, l'un des rédact. du Manuel dés amat. de la lanyue française.) , 

Nous avons fait observer (page 3l9) que le pronom tu peut ex- 
primer dans le discours deux sentiments de l'âme absolument oj)- 

posés, Vamilié ou la hame. En effet, lorsque nous parlons ou écri- 

21. 



324 I>E$ PtlONOMS PËIISONNËLS^ 

Yons à (les personnes que nous aimons, ou contre lesquelles nous 
sommes fort en colère^ nous nous servons du pronom tu ; de même 
le pronom vous , qui fut de tout temps employé , en parlant à une 
seule personne, comme une marque d*égard, de respect ou d'indiffé- 
rence , n'est plus dans quelques circonstances que l'expression de la 
douleur. Nous n'en citerons qu'un exemple, mais il suffira pour faire 
sentir combien le pfonom vous mis à la place du pronom tu change 
le sens d'une phrase. 

Un père est prévenu que son flls, abandonné à la débauche, se 
propose de forcer son secrétaire pour y prendre de l'argent : il ouvre 
lui-même son secrétaire, et y met en évidence une somme d'argent , 
avec ce billet foudroyant adressé à son flls : 

Puisqu'on lien falal a pour vous Uni d'appas 
Qu'il wms fait renoncer i volrei propre esUmé, 

Je veui da moins votis épargner on crime : 

Acceptez ne dérobez pas. 

(M* Pieyre, l'École des Pires, tiCi. IV, se. 14.) 

Tous nos lecteurs sentiront que ce fils, accoutumé à entendre dô 
la bouche de son père le mot tUy expression de sa tendresse, aura été 
abîmé à la lecture de ces vous, qui sont le langage d'un père péni- 
blement affecté; ils sentiront aussi que ce reproche paternel n'aurait 
pas été si touchant, et n'aurait pas produit l'effet que ce père se pro- 
posait, s'il avait parlé ainsi : a Puisqu'un lien fatal a pour toi tant 
« d'appas, qu'il te fait renoncer à (a propre estime, je veux du moins 
« ^'épargner un crime : accepte. .. ne dérobe pas. » 

Fous, tu y toi, peuvent se dire des animaux, et même des choses 
inanimées, mais uniquement en apostrophe; un berger dirait très 
bien : « Mes chères brebis , vous êtes l'unique objet de mes soins; » 
et un Israélite indigné pourrait tenir ce langage : « Et toi, sainte 
« montagne de Sion, tu t'es vue profanée par des impies. » 

(Girard, page 32&, lome I.) 

Il est quelquefois permis de mettre à la seconde personne ce qu'on 
exprime ordinairement par la troisième : « 11 y a des gens si corn- 
« plaisants que vous ne sauriez vous empêcher de rechercher leur 
« société, » — pour qu'on ne saurait s'empêcher ^ etc. 

« C'est quelque chose de bien terrible qu'une tempête ; il est bien 
« difficile de ne pas craindre, lorsque vous voyez les flots soulevés 
« qui viennent fondre sur vous, votre pilote gui se trouble, etc. » 

Ce tour de phrase éveille l'attention de ceux à qui l'on parle; il 
lea intéresse, ils croient voir ce qu'on leur dit. 



DES PRONOMS PERSONNELS. 325 

Mais ce serait en abuser que de dire à quelqu'un : « Quand vous 
« volez sur les grands chemins, et que vous êtes pris, on vous juge, 
« et l'on vous pend en vingt-quatre heures. » (Waiiiy.page i:».) 

§ IX. 
IL. 

Il, pronom singulier masculin de la troisième personne, se dit des 
personnes et des choses, et est toujours sujet de la proposition : 

Un dévot aux yeax creux, et d*ab8linence blême, 
4$"t7 n'a point le cceur juste, est aflnreux devant Dieu ; 
L'Evangile au chrélien ne dit en aucun lieu : 
« Sois dévol. » // nous dit : « Sois doux, simple, équitable. > 

(Boileau, sat, XI.) 

Le premier il se rapporte à dévoty et le second à évangile. 

Il , dans les verbes unipersonnels ou pris unipersonnellement , 
s'emploie sans rapport à un nom déjà exprimé; il se rapporte à ce 
qui suit , et sert à l'indiquer. Quand je dis : Il s'est passé bien des 
choses depuis que nous ne nous sommes vus ; il est mis pour bien 
des choses j et ces mots sont le sujet, et non pas le régime du verbe 
s'est passé. C'est comme s'il y avait, bien des choses se sont passées. 

(Restaut^ page 308. — Wailly, page 2iO.) 

Cette explication nous parait peu saUsralsante, car II n'est pas justede dire que il soit 
mi» pour bien des choses, puisque ces mots eux-mêmes sont exprimés; le pro- 
nom il ne peut donc pas les remplacer. Dans il faut se hâter ^ dira-t-on que le pro- 
nom se rapporte à ce qui suit, c*cst-À-dire, à se hâter. Ce serait une erreur, selon 
nous. Le verbe comprend deux choses^ Tidée et la forme : falloir me présente l'idée 
de nécessité; mais si je veux indiquer par ce verbe que la nécessité existe mainte- 
nant, ou qu'elle a existé, je mets en usage la forme et je dis il faut, il a fallu. Or« 
cet t7, mut vague signifiant ceci, celte chose, (voyez p. 277 )> indique nécessairement 
le nom de l'idée contenue d;ins le verbe, cl appelle notre aUcntionsur la chose même 
que ce verbe exprime; t7 faut équivaut à le falloir existe. Dans ces mois il s'est 
passé bien des choses t nous voyons un idiotisme qui tend à séparer d*abord, à dis- 
tinguer du sujet de la phrase l'action même du verbe. En effet, l'esprit saisit une dif- 
férence entre ces deux locutions, bien des choses se sont passées, et il s' est passé 
bien des choses. Dans le premier cas^ on semble remarquer davantage la quantité 
de choses arrivées ; dans le second, c'est l'événement surtout qui frappe^ c'est l'acte 
rxprimé par le verbe. Voilà pourquoi le verbe s'isole d'abord, et reste, dans la forme 
grammaticale, indépendant du véritable sujet de la phrase auquel il se raUacbe en 
réalité. Voyez ce qui est dit plus loin, art. V^ § 5, au verbe impersonnel. A. L. 

Le pronom t7, et en général les pronoms doivent rappeler l'idée de 
la personne ou de la chose, ou du nom de la personne ou de la chose 



326 DES PRONOMS PERSONNELS. 

dont ils tiennent la place , et être au même nombre et au même 
genre : 

Voilà rhomrnc en efTel ; U va du blanc aa noir : 
Il condamne au malin ses sentiments du soir. 
Importun à tout autre. & soi-même incommode, 
// change à tous moments d'esprit comme de mode : 
// tourne au moindre vent^ t7 tombe au moindre choc ; 
Aujourd'hui dans un casque^ et demain dans un froc. 

(Boileau, SaU VIIL) 

Dans cet exemple, t7, qui se rapporte à homme, en réveille Tidée, 
Cl est le seul pronom qui convienne; aussi prend-il la forme mascu- 
line et singulière, parce que homme est de ce genre et de ce nombre. 

(Le Dlct, crU. de Féraud, au mol i/. — Lévizac, page 306, tome I.) 

Lorsque le sujet du verbe vient d'être énoncé, le pronom il ne doit 
pas précéder ce verbe; ainsi cette phrase de Fontenelle n'est pas 
correcte : « Licinius étant venu à Antioche, et se doutant de Tim- 
« posture, U fit mettre à la torture le prophète de ce nouveau Ju- 
« piter; » on doit supprimer le pronom t7, puisque Licinius est le 

« sujet du verbe. (Le O/cr. cru, de Féraud, au mol 1/) 

Cette phrase a été défendue par les auteurs de la Grammaire nationale^ qui y 
trouvent une ellipse. Selon eux, c'est comme s'il y avait : » Pour ce qui est de Lici' 
nittSf je dis de lui qa*étant venu à Antioche, il fit, etc. » Et cela pour prouver qu'il 
n'y a point de pléonasme ! autant vaut cependant admettre un pléonasme que de se fa- 
tiguer à inventer de pareilles ellipses. N'oublions pas que la langue française vient du 
latin : or^cette tournure est imitée dtV ablatif absolu des Lailns; Licinius étant venu, 
c'est-à-dire quand Licinius fut venu. Et remarquez que celte locu ion exige néces- 
sairement un participe présent, ou bien les auxiliaires étante ayant avec an participe 
passé ; de sorte que c'est là une phrase absolue qu'il faut expliquer par un autre mode 
précédé d'une conjonction, lorsque, commet etc., et alors le sujel est pour ainsi dire 
absorbé par celle tournure , qui permet encore devant le verbe piincipal remploi du 
pronom. Ainsi Moiilesquieu a pu régulièrement érrire : « Les Romains se destinant 
à la guerre et la regardant comme le seul art, ils avaient mis tout leur esprit et toutes 
leurs pensées à la perfectionner. > — « Le peuple voyant sans peine dépouiller toules 
]es glandes familles, il jouissait des fruits de la tyrannie. » Racine a dit de même: 

Que dis-je? Le succès animant leur Tureur, 

Jusque sur notre autel votre injuste marâtre 

Veut offrir à Baal un encens idolâtre. (Aihalie, T, 2.) 

Nous voyons égalemeirt là deux sujets, dont le premier est absolu avec le parti- 
cipe présent. Mais c'est le seul cas où cette tournure soit autorisée; il serait in- 
correct d'écrire, les Romains destinés à la guerre, ils avaient, etc. A. L. 

Abordons une autre question. Dans les phrases interrogalivcs , le pronom est 
presque toujours exprimé en même temps que le substantif, et il peut l'être dans cer- 
taines autres tournures de phrase. (Voyez, sur le pronom placé après le verbe^ p. 312.) 
Diea laissa-t-i/ jamais ses enfants au besoin ? (Racine.) 



DES PBONOMS PERSONNELS 327 

« Combien nn amcat bien payé par atance^ troave-M/ ploijastêla cause dont 
« il est cliargé I » (Pascal.; 

La plupart des Grammairiens voient un double sujet du verbe dans ces locutions, 
où le pronom forme, selon eux, un pléonasme, nécessaire dans le premier cas , utile 
dans le second. Mais les auteurs de la Grammaire nationale affirment qu'avec 
une pareille réponse l'ignorance est fort à Taise ; et à leur tour ils veulent trouver 
là une ellipse. Ils citent celte pbrase de Bernardin de Saint-Pierre: « Ob ! pourquoi 
la fortune vous nA-elh refusé un peu de terre ! > et ils pensent que l'écrivain , 
préoccupé de son idée, allait supprimer le mot fortune^ mais que, pour être compris 
du lecteur, il le jette en avant ; de sorte que le mot fortune n'est là que l'explicateur 
du pronom elle, sujet du verbe. Mais cela prouve-t-il le moins du monde la nécessité 
du pronom ? Et si l'on admet pour cette phrase l'analyse proposée , pourquoi vout 
a-t-elie (je veux dire) la fortune, refusé, etc. on pourra de la même manière jus- 
ttGer ce solécisme : La fortune elle vous refuse. Autre exemple : « A peine une 
« résolution éXnM-elle prise dans le conseil, que les Dauniens faisaient ce qui était 
« nécessaire pour en empêcher lesuccës. > (Fénelon). Ecoutons les auteurs de la Gram» 
maire nationale : « Fénelon, en exprimant le mot résolution, ne le fait que par 
« apposition. C'est encore comme s'il y avait à V égard d'une résolution, à peine 
« était-elle prise dans le conseil. Voilà l'ordre logique ; voilà l'analyse d'après la- 
• quelle il n'y a qu'un sc^et, qui est elle. • Nous demanderons alors comment on 
pourrait avec ce principe condamner la phrase ainsi construite : A peine une ré' 
solution elle était prise. Concluons. Nous n'avons guère dans notre langue qu'une 
seule forme pour indiquer l'interrogation et souvent l'exclamation ; c'est de placer le 
pronom après le verbe : Paient- il ? Se peut-il! Mais en même temps on peut avoir 
besoin d'énoncer l'objet de la pensée : F'otre père vient-il ? Ce crime se peut-il ! 
Alors évidemment le substantif est le sujet du verbe, et le pronom perd sa valeur 
propre pour devenir seulement signe de l'interrogation ou de l'exclamation ; ce n'es; 
plus qu'une particule, une sorte d'enclitique nécessaire au mouvement de la phrase. 
Dans l'autre cas exceptionnel, l'emploi du pronom devient à peu près facultatif : A 
peine le jour nous éclaire; à peine le jour luit-il. Alors ce n'est plus qu'une élé- 
gance euphonique ou une nuance du goût laissée au choix de l'écrivain. Or^ si le 
pronom dans ce cas était le véritable sujet, si c'était un mot principal, pourrait-o* 
l'admettre ou le retrancher à volonté .^ A . L. « 

Dans l'emploi du pronom t7, ce qu'il faut surtout éviter, ce sont 
les équivoques; par exemple, quand on dit: Molière a surpassé 
Plante dans tout ce qu'ih a fait de meilleur ; on ne sait d'abord si 
Molière^ dans tout ce qu'il a fait de meilleur, a surpassé Plaute, ou 
si, Plante, dans tout ce qu'il a fait de meilleur, a été surpassé par. 
Molière, Voilà ce qui ne doit pas rester en doute. 

(Wailly, page 3i9. — Le Dict» de Féraud. — Lévizac^ page 317, tome L) 

§ X. 
ILS, 

Us est le pluriel de t/, et tout ce qu'on vient de lire sur ce pro* 



328 DES PRONOMS PERSONNELS. 

Dom lui est applicable. — Excepté dans ce qui regarde les verbes 
impersonnels. 

§XL 

LUI. 

Lui est un pronom de la troisième personne, et du nombre sin- 
gulier. 

Sa fonction ordinaire est de servir de complément à une prépo- 
sition exprimée ou sous-entendue • f allai à lui. Je tombai sur lui. 
Fous irez avec lui. 

Une grenouille vit un bœiiT 
Qui lui sembla de belle taille 

Dans ce dernier exemple, la préposition est sous-entendue ; c'es* 
comme si Ton disait, qui sembla à elle de belle taille. 

(Féraud et rAcadéniie ; 

Ce n'est que dans ce dernier cas que le pronom lui est commun 
aux deux genres. 

Hors de là, il n'appartient qu'au genre masculin : C'est lui qui 
me Va doftné ; c'est de lui que je le tiens ; vous pensez ainsi^ mais 
lui pense autrement. (L'Académie.) 

Lui s'emploie quelquefois comme mot explétif, et quand on veut 
donner plus de force au discours : « Il est impossible qu'un homme 
« de mauvais naturel aime le bien public; car comment pourrait-il 
« aimer un million d'hommes, lui qui n'a jamais aimé personne.» 
(Fréron.) — « Je le verrai lui-même. » Il s'emploie encore quand on 
veut marquer la part que différentes personnes ont eue ou auront à 
un fait ou à une action : « Mes frères et mon cousin m'ont secouru; 
« eux m'ont relevé, et lui m'a pansé. » , 

(Wailly, page I8i. — Lévizac, page 310, tome I.) 

Lui se place après le verbe, 1° quand ce pronom est précédé d'une 
préposition : « Comme on conseillait à Philippe, père d'Alexandre, 
« de chasser de ses élats un homme qui avait mal parlé de /wt, je 
« m'en garderais bien, dit-il, il irait partout médire de moi. » 

(VVailly, page 3i8.) 

2** Lorsque le verbe est à l'impératif: « Dites-/Mt ce qui en est. » 

(Le même.) 
Dans ce cas, il faut que le verbe ne soit pas accompagné d'une négation ; autre- 
ment le pronom reprend sa place ordinaire, avnnt le verbe, comme complément in- 
direct i iy« lui faites point cet affront, ne lui donnez rien. Quelquefois même, sans 



DES PRONOMS PERSONNELS. 3V9 

la négation, quand il se rapporte & un second verbe qui se Joint par une conjonction à 
un premier impératir, il garde encore sa place ordinaire : 

Vous attendez le roi. Parlez et lui montrez 

Contre le fils d'Hector tous les Grecs conjurés, (Racine.) 

Nous avons déjà signalé ces variations du pronom régime^ page 31 G. A. L. 

Nota. Ce que nous avons dit au pronom me, sur la place des pronoms en régime, 
est applicable au pronom /t<t. 

Et l'observation que nous faisons au pronom se^ page 335, sur rinconv(^nient qu'il 
peut y avoir à placer ce pronom près du premier verbe, dans les phrases où il y a 
deux verbes, s'applique également au pronom lui, 

Zit^t, jointà un nom ou à un pronom, soit par la conjonction g/, soit 
par la conjonction ni, veut toujours que le verbe qui est aupara- 
vant soit précédé d'un pronom de môme nature que le pronom ou 
les pronoms qui suivent. Exemples : « Je Ten félicite, lui çt ses 
« amis. » — « Je ne Testime ni lui ni son frère^ » — « On ne nous ac- 
« cueillit ni lui ni moi. » 

Bossuet n'a donc pu dire correctement : « Il semble que Valdo ait 
« eu un bon dessein, et que la gloire de la pauvreté (évangélique) ait 
« séduit lui et ses partisans. » — Il fallait Tait séduit, lui et ses 
partisans, — Féndon n'a pu dire non plus : « Pénélope, ne voyant 
« revenir ni lui ni moi, n'aura pu résister à tant de prétendants; » 
il fallait ne nous voyant revenir ni lui ni moi, 

(Le Dict. crit, de Féraud, au root eux.) 
Les auteurs de la Grammaire nationale dérendent ces deui phrases, qu'ils trou- 
vent très correctes. La répétition du pronom n'a lieu, selon eui , que pour donner 
plus d'énergie à la phrase el à la pensée, mais ce n'est point une régie rigoureuse. 
Il nous semble qu'il faudrait ici faire une diiïérence. Dans la phrjse de Rossuet , ait 
séduit lui est un assemblage de mots qui choque notre oreille ; il faut donc suivre 
nécessairement pour celte première expression la règle ordinaire du pronom : l*ait 
séduit; et alors pour marquer le rapprochement, lui, répété par apposition, devient 
nécessaire. Mais si Vauteur eût exprimé tout d'abord son second régime; il eût pu 
dire très correctement ait séduit ses partisans et lui. Dans la phrase de Fénelon , 
au contraire^ la disjoncUve m^ isolant tout de suite le verbe pour faire aUendfe les 
deux régimes, sauve la dissonnance et fait une conslrucUon de phrase qui nous p i- 
ralt fort régulière. Observez encore que nous, ajouté à cette phrase, ne rendrait pas 
exactement la pensée de l'écrivain ; ce mot réunirait en quelque sorte les deux por- 
sonnages, comme s'ils revenaient ensemble, et l'aUernaUve serait moins vivement 
marquée. Il faut donc, dans ces locutions aussi, consulter l'oreille et le goût. A. L. 

Une grande différence, et la plus remarquable qu'il y ait, entre 
le pronoms de la troisième personne et ceux des deux premières, 
c'est que ceux-ci {;>, moi, nous, ta y toi, vous) ne peuvent jamais 
désigner que des personnes ou des choses personnifiées; et que 



830 DES PRONOMS PERSONNELS. 

ceux-là (ily ilSy elle, elles) servent à désigner les personnes auSôi 
bien que les choses. 

Mais il faut observer que lui (*) ne se dit point des choses, 
quand il est régime indirect, c'est-à-dire quand il est précédé d'une 
préposition; alors on le supplée par les pronoms le, la, les, ou 
par les pronoms en et y; ainsi, au lieu de dire en parlant d'une 
maison : Je lui ajouterai un pavillon, vous direz : j'y ajouterai un 
pavillon^ d'une affaire ou de plusieurs, jc lui ou je leur donnerai 
mes soins, vous direz : j'y donnerai mes soins. 

Vous pourrez dire d'un poëte: Que pense-t-on de lui? Mais de 
ses ouvrages, il faudra dire : qu'E^ pense-t-onP 

On ne dira pas non plus d'un arbre ; JSe montez pas sur lui pour 
EN cueillir les fruits, vous tomberiez; mais on dira : n'Y montez 
pas pour EN cueillir LES fruits, vous tomberiez. 

(Le P. Buffier, n© 699. — Th. Corneille, sur la 104» Remarque de Vaugela* — 
HVI. de Port-Royal, page iio. — Condiilac, ch. YUI, page 90t. ^ D'Olivet, 
page 165. — Reslaul, page 99. — El Wailly, page 184.) 

Enfin à ces questions : 

EsUce-là votre demeare? \ i ce ne l'est p^s. 

Sont-ce-là vos apparte-i jcctosoDl. 

menls ** l / 

Sont-ce-là vos robes P / ^^"® répondrez : ^ ^^ ^^ ^^^ ^^^^ ^^ 



Que peut-on faire de cet 
enclos ? 



on n'en peut rien faire. 



(Le P. Buffier, n» 68. — D'Olivet, p. 165.— Wailly, page 184.) 

Cepeniant l'usage autorise à se servir des pronoms lai, eux, elles^ 
en régime direct ou en régime indirect, quand on parle de choses 
personnifiées, ou auxquelles on attribue ce qu'on a coutume d'at- 
tribuer aux personnes : faime lu vérité au point que je sacrifie- 
rais tout pour ELLE. 

V innocence vaut bien que l'on parle pour elle, 

'Racine^ les Frères ennemis ^ act. II!, se. 6.) 
Fromanl, page 1 35 de son Supplém. à la Gramm. de Port-Royal, —Le P. Buf- 
fier, no 790. —Wailly, page 185.) 



(') Remarquez que cette règle, ainsi qu'on va le voir, s'applique aax pronoms 
elle et enx, — L'Académie n'indique pas d'exccpUon ; cependant on ne peut guère 
regarder comme fautive cette phrase de Voltaire : >■ Un homme qui veut faire passer 
son avis ne lui donne pas de si abominables couleurs. » Encore moins celie-d : 
« Aujourd'hui la critique est moins nécessaire, et l'esprit philosophique lui a suc- 
cédé. » Il ne faut donc pas perdre de vue la restriction qui termine ce paragraphe. A. L. 



DES PRONOMS PERSONNELS. 331 

Condlllac (pag. 202 de sa Gramm.) pense que si dans ces sortes 
de phrases les pronoms lui et elle se disent des choses aussi bien 
que des personnes, c'est seulement parce qu'il n'y a pas d'autres 
manières de s'exprimer, et qu'il importe peu que la vérité soit per- 
sonnifiée ou ne le soit pas. 

§ XII. 

ELLE, 

Elle, pronom de la troisième personne du féminin singulier, fait 
elles au pluriel. Il est tantôt le féminin de t7, et tantôt le féminin de 
lui; dans le premier cas, il est toujours le sujet du verbe, le précède 
toujours, excepté dans les interrogations, et ne peut en être séparé 
que par un autre pronom personnel ou une négative. — Elle danse^ 
ELLE lui a donné sa grâce. ^-^ F^cn^ELLE? Danse-t-ELLE^ 

ElUy sujet d'une proposition, se dit également des personnes et 
des choses. 

Quand elle est le féminin de lui, il ne se dit pas toujours des 
choses. — • On ne dit pas d'une science ou d'une profession, il s'est 
adonnéà elle, il faut dire, il s'y est adonné; ni d'une jument, jewc 
me suis pas encore servi c^'elle, mais je ne m'en suis pas encore 
servi. 

Il semble qu'avec les prépositions de et à, les pronoms elle, lui, 
eux, ne se disent pas indifféremment des choses et des personnes. 
—Cependant, lorsqu'ils sont précédés des prépositions avec ou après, 
ils peuvent se dire des choses. « Cette rivière, dans ses déborde- 
« ments, entraîne avec elle tout ce qu'c//e rencontre, elle ne laisse 
« rien après elle. » 

Elle ne peut pas servir de régime indirect à un verbe actif; on y 
substitue /m, qui alors est féminin. — En parlant d'une femme, on 
dit : « Donnez-lui ce qu'elle demande; elle demande ses gages, don- 
« nez-les-ÎMt. » — Cependant, s'il était question de savoir à qui, de 
plusieurs femmes, on doit donner quelque chose, on dirait fort bien, 
ces femmes ne méritent pas ce présent^ faites-le à elle, en désignant 
celle que l'on entend indiquer par le pronom. C'est par la même rai- 
son qu'on Ut dans Télémaque : « 11 croyait ne pas parler à elle, ne 
« sachant plus où il était. » Dans cette phrase, elle est considéré, 
non comme une personne à qui l'on dit quelque chose, mais comme 
une personne à qui l'on adresse la parole. — // veut lui parler si- 



332 DES PRONOMS PERSONNELS. 

gnifie : il veut lui dire quelque chose, lui communiquer quelque chose 
par le moyen de la parole. 

// veut parler à elle signifie c'est à elle qu'il veut adresser la 
parole y et dans ce tour il y a toujours une sorte d'opposition ; ce 
n'est pas à lui que je veux parier, cest à elle. 

Après les verbes neutres et pronominaux qui régissent la prépo- 
sition à, on dit elle et elles, —Il faut s'adresser à elle ou à elles, 
il faut revenir à elle ou à elles. — Quand on y ajoute même, on 
peut dire à elle avec les verbes actifs, en faisant précéder lui: don- 
nez-les-hm à ELLE-même. 

Quand le pronom la est le régime direct d'un verbe, et qu'il y a 
après ce verbe un nom qui concourt avec le pronom à former ce ré- 
gime direct, on le répète après le verbe, par le moyen d'elle : Le lion 
la dévora, elle et ses enfants; de même au pluriel : On les con- 
damna, ELLES et leurs complices. 

Lorsque le pronom elle est le sujet d'une proposition, et qu'on veut 
le joindre à un nom qui concourt avec lui à former ce sujet, on laisse 
le verbe après le pronom , parce qu'il ne peut en être séparé; mais 
après le verbe, on répète elle, pour le joindre au nom qui concourt 
avec ce pronom à former le sujet : Elle mourut, elle et les siens. 

Le pronom elle, comme plusieurs autres pronoms, s'emploie aussi 
pour rappeler des phrases entières. — Qui a commis ce crime aho- 
minable? Elle '^ c'est-à-dire elle a commis ce crime abominable, — 

Voyez lui, p. 329. 

Voltaire a dit dans Oreste (act. V, se. 7) : 

Fers, tombez de ses mains ; le sceptre est fait pour elUs. 

Observez, dit à ce sujet La Harpe ( Cours de littér. ), qu'il n'est ni 
dans le génie de notre langue, ni dans l'usage des bons écrivains, de 
placer le pronom elle autrement que comme sujet, quand il se rapr 
porte aux choses; on ne l'emploie comme régime que quand il se 
rapporte aux personnes où aux choses personnifiées : la violation de 
cette règle jette de la langueur dans le style; c'est une sorte d'inélé- 
gance. La même faute est dans ces vers de Tancrède (act. 1, se. 4) : 

Mais qui peut altérer vos bontés paternelles ? 
Vous seule, vous, ma fille, en abusant trop d^elles. 

Il n'y a personne qui ne sente combien ce pronom elles qui finît 
la phrase et le vers produit un mauvais eflet; et cet effet se trouvera 
dans toutes les phrases du môme genre, en prose comme en vers. 
*— // se souvient de vos bontés , il en est pénétré. Si l'on disait il est 



DES PRONOMS PEHSONNËLâ. 3^3 

pénétré d'EhhES y cela paraîtrait ridicule. C'est que notre langue y a 

pourvu moyennant le pronom m, qui, se plaçant avant le verbe, 

réunit la précision et la rapidité* Il est vrai qu'il y a des occasions 

où Ton ne saurait se servir du mot en; mais alors il faut éviter ce 

pronom et chercher une autre tournure. (m Laveaui.) 

Toutes ces rétleiions sont fort justes ; mais nous croyons que pour le vers d'O* 
reste on peut le défendre ; car il n'y a que cette manière d'exprimer la pensée. A. L. 

§ XIII. 

Eux y pronom de la troisième personne, masculin pluriel. C'est le 
pluriel de lui; mais il ne s'emploie pas comme son singulier, en ré- 
gime indirect , sans le secours d'une préposition exprimée; on y 
supplée par le pronom leur^ qui se dit au masculin et au féminin. 
— Voyez Zcwr, p. 334. 

Eux se met toujours après le verbe; souvent il est précédé d'une 
préposition, et alors il est le terme du rapport. S'il n'en est pas pré- 
cédé, il est le sujet d'une proposition; dans le dernier cas, il ne se 
met jamais seul, et est suivi ou d'un autre substantif, ou de l'ad- 
jectif môme : Ils souffrent beaucoup, eux et leurs enfants , c'est-à- 
dire eux et leurs enfants souffrent beaucoup; ils le disent eux- 

mêmes. 

Il est cependant certaines phrases où le pronom eux n'est pas placé nécessaire'* 
ment après le verbe; témoin ce vers de La Fontaine : 

Eux seuls seront exempts de la commune loi 1 
Mais il u^y a peut-être que ce seul cas. A. L. 

Après un substantif suivi de la préposition de, on n'emploie guère 
eux; mais, au lieu de ce pronom, on met l'adjectif possessif leur 
avant le substantif. On ne dit pas c'est le livre d'EUX, mais c'est leur 
livre. Cependant on dit fai besoin d'EUX, fai soin d'EUX; parce 
q\i*avoir besoin, avoir soin sont des verbes, et qu'il ne s'agit pas ici 
d'un sens possessif. 

Eux s'emploie aussi pour rappeler au masculin l'idée du pro- 
nom les mis en régime direct, et lier ce pronom avec une proposi- 
tion incidente : « Vous les blâmez, eux qui n'ont suivi que vos 
« conseils. » 

Eux rappelle aussi ce même pronom au masculin, lorsque ce 
pronom partage la fonction de régime avec un ou plusieurs substan- 
tifs placés après le verbe, et sert à le lier avec ces substantifs. Je les 
ai vus, EUX et leurs enfants; je les ai vas, eux, leurs femmes et leurs 



334 i>£S PRONOMS PERSONNELS. 

enfants. Eux sert aussi, dans un cas semblable, à rappeler l'idée du 
pronom leur, employé comme régime indirect : Je leur ai parlé, à 
EUX et à leurs adhérents. — ■ On peut dire, je veux leur parler ^ ou je 
veux parler à eux; mais avec la même différence de sens que nous 
avons appliquée au mot Lui. — Voyez Zut, Leur* 

§ XIV. 
LEUR. 

Leur. Il ne faut pas confondre ce pronom pluriel de la troisième 
personne avec Tadjectif pronominal possessif /mr, dont nous par-* 
lerons un peu plus loin* 

Leur y pronom personnel , est des deux genres ; il signifie à e%ix , 
à elles , et 11 se dit principalement des personnes : « Les femmes 
« doivent être attentives, car une simple apparence leur fiiit quel- 
« quefois plus de tort qu'une faute réelle. » (Girard.) 

« Il faut compter sur Tingratitude des hommes^ et ne laisser pas 
« de leur faire du bien. » {TéUm.^ Mm xxiv.) 

Quelquefois on s'en sert en parlant des animaux, des plantes, et 
même des choses inanimées : « Quand je vois les nids des oiseaux 
« formés avec tant d'art > je demande quel maître leur a appris les 
« mathématiques et l'architecture. » ^ — « Ces orangers vont périr si 
« on ne leur donne de l'eau. » — « Ces murs sont mal faits, on ne 
« leur a pas donné assez de talus. » 

(Le DlcL de FAcad, et les Grammairiens modernes/. 

Mais en général l'emploi du pronom personnel leur est restreint 
aux personnes^ et ce serait s'exprimer incorrectement que de dire: 
Ces projets parurent sages^ et Henri leur donna son approbation, au 
!ieu de t Henri y donna son approbation. 

Outre que la signification de leur^ pronom personnel, est diffé- 
riante de celle de leur y adjectif possessif, c'est qu'encore celui qui est 
pronom personnel se joint toujours à un verbe, et désigne un nom 
pluriel qu'il remplace sans jamais prendre de s final, au lieu que 
celui qui est adjectif précède toujours un substantif qu'il modifie, 
et avec lequel il s'accorde : « Le pardon des ennemis ne consiste pas 
« seulement à ne leur nuire ni dans leur réputation ni dans leurs 
« biens; il faut encore les aimer véritablement, et leur faire plaisir 
« si l'occasion s'en présente. » (Girard.; 

VO/ dh'leur qu'à ce prix je leur permets de vivre. 

(Racine, Alhalie, aci V, se. 2.) 



t)ËS PRONOMS PKRSONNËLâ SSâ 

Quant «à la place que /«ur occupe à l'égard du verl:»e, il suit la 
règle du pronom lui, non précédé d'une préposition. 

(Les Grammairiens anciens et les modernes.) 

§xv. 

SE. 

Se y pronom do la troisième personne, des deux nombres et des 
deux genres, s'emploie pour les personnes et pour les choses, et ac- 
compagne toujours un verbe : « Cette femme se promène; ces hommes 
« se querellent; cette fleur se flétrit; ces arbres se meurent. » 

Les yeux de Tamilié se trompent rarement* 

(Voltaire, Oresle, acte IV, se. 1.) 

îl sert à la conjugaison des verbes pronominaux : il ou elle Se re- 
peut de sa faute. 

Se est tantôt régime direct des verbes actifs : Se rétracter, se 
perdre, rétracter «oî, perdi'e soi; tantôt régime indirect : Se faire une 
loi, SB prescrire un devoir; faire une loi à ^oi>' prescrire un devoir 

à soi. (Le Dict. de F Académie,) 

Observez que quand deux verbes sont à des temps composés se 
peut servir pour l'un et pour l'autre, sans qu'il soit besoin de le ré- 
péter, s*il est régime direct ou régime indirect des deux verbes ; 
comme dans cette phrase ; « 11 s'est instruit et rendu recommandable 
« par ses lumières. » 

Mais on ne saurait se dispenser de répéter ce pronom, s*il est ré- 
gime dii*ect d'un verbe, et régime indirect d'un autre. On ne dira 
donc pas : Il s'est instruit et acquis beaucoup d'estime par ses lu- 
mièreSy mais bien il s'est instruit et s'est acquis, etc. 

(Marmonlel et M. Laveaux.) 

Le pronom se précède toujours le verbe dont il est le régime; mais 
dans les phrases où il y a deux verbes, sa place n'est pas aussi cer- 
taine. Autrefois on plaçait plus volontiers ce pronom avant le verbe 
^régissant auquel il n'appartenait pas, qu'avant le verbe régi auquel 
il appartenait; on disait : Il se peut faire, plutôt que il peut se faire; 
ils se peuvent entf aider, plutôt que ils peuvent s^entr^aider. 

« Votre idée se sait toujours faire place, » a dit madame de Sé- 
vigné. 

Racine, dans Bajazet: 

Viens, suis*moi ; la sultane en ce lieu se doit rendre. 

(Àct. I , se. 1 .) 



336 DES PRONOMS PERSONNELS. 

Et La Fontaine ( dans sa fable de VAne et le Chien) : 
Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature. 

L'abbé d'Olivet trouvait que ces deux manières de s'exprimer 
étaient également bonnes. Lamothe-Levayer pensait qu'il était 
beaucoup mieux de placer le pronom avant l'infinitif qui le régit; 
effectivement, fait observer Féraud, cela est plus analogue au génie 
de la langue, qui est de rapprocher , autant qu'elle peut, les mots 
qui ont relation entre eux. Ce dernier avis a prévalu ; mais , si ha- 
bituellement on doit le suivre, on peut, pour la variété ou pour la 
mélodie, s'en écarter quelquefois. 

Voyez ce que nous disons plus loin au pronom le, et aussi page 318. 

§XVI. 
SOI. 

Soif pronom singulier de la troisième personne et des deux 
genres, se dit des personnes et des choses. (Le met, de Ficadému.) 

Quand soi se dit des personnes, on en fait usage dans les propo^ 
sitions générales ou indéterminées; et, dans ce cas, ce pronom est 
toujours accompagné ou d'un nom collectif, ou d'un pronom in- 
défini, tels que chacun] on^ quiconque , aucun ^ celui qui, heureux 
qui, personne, tout homme, etc., etc. ; ou bien encore d'un verbe 
employé, soit unipersonnellement, soit à l'infinitif: 

« Quiconque n'aime que sot est indigne de vivre. » 

Aucun n'est prophète chez soi. 

(Ltk Fontaine, f. de Défnoerite») 
On a souvent besoin d'un plus petit que soi, 

(Le même, r. 2, liy. II.) 

Des passions la plus triste en la vie 
C'est de n'aimer que soi dans l'univers. 

(Florian, la Poule de Caux.) 

Heureux qui vit chez soi, 
; De régler ses désirs faisant tout son emploi ! 

(La Fontaine^ V homme qui court après la Fortuné,) 

€ Il dépend toujours de soi d'agir honorablement. » 

« Être trop mécontent de sot est une faiblesse; en être trop coii- 

« tent est une sottise. » (Madame de Sablô.) 

(Le p. Buffier, n© 704. — D'Olivel, page 166 de sa Grammaire^ et 20« Rem, 90 
Racine. — Girard, page 345, tome I. ^ Wailly, page 185.) 

Si l'on veut appliquer individuellement à quelque sujet chacune 
de ces mêmes propositions générales, ou, ce qui est la même chose, 



DES PRONOMS PERSONNELS. 337 

8Î la proposition est individuelle et déterminée, d'Olivet est d'avis 
que ce n'est plus du pronom personnel soi que Ton doit alors se 
servir, mais du pronom défini lui ou elle, suivant le genre; qu'en 
conséquence on doit dire : « Cet homme a pour lui un œil de com- 
« plaisance. » — « Il rapporte tout à lui, il ne parle que de lui, » — 
« Cette personne est contente à*elle, lorsqu'elle a fait une bonne ao- 
« tion. » — « Elle vit retirée chez elle» » (Mêmes auioriiés.) 

Wailly, Lévizac, Caminade et plusieurs autres Grammairiens se 
sont rangés à cet avis; mais M. Lemare, M. Boinvilliers, et, après 
eux, M. Boniface pensent que soi^ se rapportant à des personnes, 
peut très bien s'employer dans les propositions qui présentent un 
sens déterminé. Ce pronom, disent-ils, est indispensable lorsque 
l'emploi de lui ou eux pourrait donner lieu à une équivoque , 
comme dans cette phrase : « Ce jeune homme, en remplissant les 
« volontés de son père, travaille pour soi ; » car si l'on disait Ira- 
vaille pour lui, on ne saurait si le jeune homme dont il est ques- 
tion travaille pour ses intérêt, ou pour ceux de son père. 

Soi indique une action qui tombe sur le sujet de la proposition, 
au lieu que lui annonce que l'action passe au delà du sujet; de sorte 
que l'on doit dire : « Paul pense d soi, » si l'on veut faire entendre 
que Paul est l'objet de ses propres pensées; et, si l'on veut exprimer 
qu'il pense à Luc, on dira : « il pense à lui. » Cette nuance se trouve 
parfaitement exprimée dans les vers suivants : 

On mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui, 
Pour l'élever à soi, descendrait jusqu'à lui. 

(Voltaire, ZcCire, acl. I, se. 1 ) 

A ces motifs, ces Grammairiens ajoutent beaucoup d'exemples 
choisis dans de bons écrivains, tant anciens que modernes. 

« Un homme peut parler avantageusement de soi lorsqu'il est ca- 

« lomnié. » (Vollaîre.) 

Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi. 

(Racine, Phèdre.) 

« 11 faut laisser Mélinde parler de soi, de ses vapeurs, de son in- 
« somnie. » (La Bruyère.) — « L'avare qui a un fils prodigue 
« n'amasse ni pour soi ni pour lui. » 

Ensuite ils invoquent l'autorité de Marmontel, qui a fait observer 
que plusieurs écrivains n'ont eu aucun égard à la règle donnée par 
d'Olivet; enfin ils citent Domergue, qui, dans son journal, dit que 
soi écarte tout rapport d'ambiguité, qu'il nous vient d'une langue 
ancienne à laquelle nous devons également une infinité d'autres 

I. 22 



338 DES PRONOMS PERSONNELS. 

mots (273) ; que tous nos poètes remploient comme étant plus go« 
nore, et alors que la raison, Tharmonie et Tusage sont bien des titres 
pour forcer les Grammairiens au silence. 

11 est difficile, d'après ces raisons et ces exemples, de maintenir U régie potée par 
d'OIivet ; mais peut-on dans tous les cas s'y soustraire et se servir du pronom soi in- 
distinctement? Nous pensons que le goût ici doit servir de guide; mais que générale- 
ment on fera bien avec un sujet déterminé, quand il s'agit des personnes, de faire usage 
da pronom lui, surtout lorsqu'il ne peut y avoir d'équivoque. Ce senUment d'ailleurs 
parait être celui de l'Académie, qui ne cite pas même un exemple contraire. A. L. 

Quand soi se rapporte à des choses^ tous les Grammairiens sont 
d*avis qu'on pedt l'employer non seulement avec rindéflnî, mais 
encore avec le défini ; qu'il convient aux deux genres, et se met avec 
une préposition : « De soi le vice est odieux. » — « l.a vertu est ai- 
« mable en soi. » (L'Académie.) — «La franchise est bonne de 5ot, 
« mais elle a ses excès. » (Makmontel.) — « Le crime Iraînc tou- 
« jours après sot certaine bassesse dont on est bien aise de dérober 
« le spectacle au public. » (MassillOiN, Mysl, serm, de la risitat.) 
— « Le chat parait ne sentir que pour soi.» (Blffon.) — « La poésie 
« porte son excuse avec soî. » (I^oileau.) 

5ot, rapporté au singulier, ne renferme aucune dimcullé qui ne 
se trouve résolue par ce qui vient d'être dit : car soi est un sin- 
gulier. Mais SOI peut-il se rapporter î\ un pluriel? 

Tout le monde, dit d'OIivet (80* Jlem, sur Racine) y convient que 
non : s'il s'agit de personnes, on ne dit qu'eux ou elles*, mais à l'é- 
gard des choses, les avis sont partagés. Vaugelas (17® Bem,) pro- 
pose trois manières de l'employer : « Ces choses sont indifférentes 
« de soii ces choses de soi sont indifférentes ; de soi ces choses sont 
« indifférentes. » Il ne condamne que la première de ces trois 
phrases, n'approuvant pas que l'on mette soi après l'adjectif. 
Mais Th. Corneille et l'Académie (dans leurs Observations sur celle 
Remarque) n'admettent que la dernière de ces trois phrases, et re- 
jettent les deux autres. Pour moi, continue d'Olivet, si je n'étais 
retenu par le respect que je dois à l'Académie, je n'en recevrais 
aucune des trois, étant bien persuadé que sot, qui est un singu- 
lier, ne peut régulièrement se construire avec un pluriel. 

Condillac, page 204 ; Wailly, page 186 ; Domairon, page 108, tome I ; Lévizac, page SOI» 
tome I ; et Gueroull, page 19^ 2^ partie, sont entièrement de l'avis de d'Olivet. 



(373) Les Latins^ à qui nous devons nos pronoms, disent quisque sibitimêt 
(eimean craint pour soi) ; et, avarus opes sibi confferit (l'avare amasse pour soi). 



DES PRONOMS POSSESSIFS r 330 

•^ Quant i TAcadémie, elle dit positivement, dans la dernière édition de son Die-- 
tiofinairet que «otest un pronom de la troisième personne, seulement du nombre 
singulier» Cette décision est contredite par les auteurs de la Grammaire natio^ 
na^e,quicitent pour autorité l'Académie elle-même: de soi-disant docteurs. Mais ce 
mot composé ne peut plus faire foi pour l'emploi du pronom On elle aussi : c Tant de 
profanations que les guerres traînent après soi, * (Massillon.) — « Les nouveaux 
enrichis se ruinent à se faire moquer de soi, * (La Bruyère. ) — « Tous les animaux 
ont en «o< an instinct qui ne les trompe jamais.» (BufTon.) Ces phrases néanmoins 
ont pour notre oreille quelque chose d'étrange : et malgré l'autorité des grands noms 
cités à Tappui^ nous pensons qu'il n'est pas correct d'employer celte tournure, et 
qu'il faut avec le Dictionnaire de V Académie rejeter ce pluriel. A. L. 

Soiy joint à même par un Irait d'union, ne signifie rien ae plus 
que soi employé sans suite,* seulement il a plus de force et n'a pas 
toujours besoin d'être accompagné d'une préposition : « Celui qui 
« aime le travail a assez de soi-même, » (La Bruyère.) — « Pour 
« avoir le véritable repos, il faut être en paix avec Dieu, avec les 
« autres et avec soi-même, » (Bouhours.) — « Un ami est un autre 
« soi-même. » (Trévoux.)— « On est si partial et si aveugle pour 
« soi-même que l'on blâme avec emportement dans les autres des 
« choses que l'on pratique journellement. » (Saint-Évremond.) 

Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime 
Forme tous ses héros semblables à soi-même, 

(Boileau, Art poétique, ch. III.] 

Soi-même s'applique aux personnes, et ne se dit jamais des 
choses. 

Cette décision est beaucoup trop absolue, et l'Académie, dans son Dictionnaire^ 
cite pour exemple : cela parle de soi-même. Cependant cet emploi est rare. A. L. 

ARTICLE IL 

DES PRONOMS POSSESSIFS. 

Les pronoms possessifs marquent la possession des personnes ou 
des choses qu'ils représentent. 

Ces pronoms sont le mien, le tien, le sien^ le nôtre^ le vôtre^ le 
leur. Tous sont susceptibles de varier dans leur forme, selon le 
genre et le nombre du substantif auquel ils ont rapport. 

Quand ces pronoms le mien, le tien, le sien n'ont rapport qu'à 
une seule personne, ils font, à la première personne, le mien, 
masculin, et la mienne^ féminin ; et au pluriel, les mtens, masculin, 
et les miennes^ féminin. A la seconde personne du singulier, le^ten, 
masculin, et la tienney féminin; et au pluriel, les tiens, masculin, et 
les tiennes, féminin. A la troisième personne, le sien, singulier mas- 

22. 



340 DES PRONOMS POSSESSli^S. 

culin, la sienne, singulier féminin; et au pluriel, les siens, masculin,^ 
et les siennes y féminin. 

Quand ils ont rapport à plusieurs personnes, c'est à la première 
personne, le nôtre, la nôtre, leâ nôtres^ à la seconde, le vôtre, la 
vôtre, les vôtres^ à la troisième, le leur, la leur, les leurs. 

(D'Olivet, page 172.) 

Ces pronoms doivent toujours se rapporter à un nom exprimé 
auparavant. 

Remarque. — On manque souvent à cette règle dans la corres- 
pondance entre négociants. Rien de plus ordinaire que de leur voir 
commencer la réponse à une lettre par celte phrase barbare . fax 
reçu la vôtre en date de, etc. ; il faut dire : fai reçu votre lettre 
en date de. etc. (Lévizac, page 336, 1. 1.) 

Quand le mien, le tien, le sien, le nôtre, le vôtre, le leur tiennent 
lieu de la personne, ils ne peuvent pas se rapporter à des substantifs 
de choses, tels que âme, esprit, plume, épée, elc. On dit, en par- 
lant d*un excellent écrivain : // n'y a pas de meilleure plume que 
LUI, et non pas que la sienne, ce qui ferait un aulrc sens. 

On dit encore, en parlant d*un homme qui excelle à faire des 
armes : // n'y a pas de meilleure épée que lui ; si Ton disait : // n'y 
a pas de meilleure épée que la sienne, que celle de monsieur, cela si- 
gnifierait que son épée est de la meilleure Irempe. 

(Le r. IJouhours, page 5t«». — Wailly, page 180.) 
Pour les mots âme, esprit, nous croyons que la pruhibilion est peu nécessaire. 
Je ne connais pas déplus belle âme que lui ou que la sienne \ d'esprit pluà 
élevé que lui ou que le sien ; ces phrases indiquent le même sens, el par consé- 
quent elles peuvent s*emp!oycr également. A . L. 

Mais toutes les fois que ces pronoms possessifs peuvent se rap- 
porter à un nom pris dans une signification définie; ou, ce qui 
est la même chose, toutes les fois qu'un nom est employé avec l'ar- 
ticle ou avec quelque équivalent, on doit faire usage des pronoms 
possessifs, préférablement au pronom personnel correspondant. On 
doit donc dire : C'est le sentiment de mon frère et le mien, jjlutôt 
que c'est le sentiment de mon frère et de moi. (Lévizac, page 337, 1. 1.) 

Quoique le pronom possessirnese mette jamais sans TarUde, et ne se joigne point 
à un subistantir, il arrive cependant que dans le style Tamilier on remploie quelque 
fois devant un substantif avec le mot un, comme «n mien frère, un mien paren* , 
un sien ami. Quelquefois encore sans l'article et sans le mot un, on le place après 
le substantif : Cette découverte est mienne; ces biens-là peuvent devenir tiens. 
Mais ce sont là des excepUons rares. AL. 

U n'y a nulle difficulté sur IVmploi des quatre pronoms posses- 



DES PRONOMS POSSESSIFS. 341 

sîfs qui servent aux deux premières personnes ; car le mien^ le tien, 
le nôtre^ le vôtre, avec leur féminin et leur pluriel, se disent des 
personnes et des choses; comme : Fotrepère c/le mien étaient amis; 
la maison ^i touche à la mienne; c'est votre avantage et le 
NÔTRE; je soumets mon opinion à L4 vôtre. 

Le sien et le leur, avec leur féminin et leur pluriel, se disent éga- 
lement de tout ce qui appartient aux personnes : « Ce n'est pas 
« votre avis, c'est le sien. » — « Ce n'est pas mon affaire, c'est la 
« sienne. » — « C'est votre avantage et le leur. » 

« En tâchant d'usurper vos avantages, elles abandonnent les 

« leurs, » (j.-j. Rousseau, Emi'e, liv. III, ch. I9.) 

Mais à l'égard des animaux et des choses, les pronoms possessifs 
le sien et la sienne ne peuvent s'employer que dans les mêmes oc- 
casions où l'on emploie les adjectifs pronominaux son et sa. Alors 
on dira fort bien de deux fleuves que l'un a sa source dans les Al- 
pes, et l'autre a la sienne dans les Pyrénées ; que Fun a son em- 
bouchure dans la mer JSoire, et Vautre a la sienne dans V Océan; 
parce qu'en parlant d'une rivière, d'un fleuve, on dira sa source, 
son embouchure. Par la même raison, on dira également de deux 
chevaux que Vun a déjà mangé son avoine^ et que Vautre n'a pas 
mangé la sienne. 

Mais après avoir parlé de la bonté des fruits d'un arbre , on ne dira 
pas que les siens sont meilleurs que ceux d'un autre; parce qu'on 
ne dit pas d'un arbre que ses fruits sont excellents , mais que les 
fruits en sont excellents. 

Comme cette règle de syntaxe sera suffisamment établie au pro- 
nom en, on y renvoie le lecteur. (Regnier-Desmarais, p. 26I. — Wailly, p. 187.) 

Ce qu'il y a de plus à remarquer relativement à ces pronoms pos- 
sessifs, c'est qu'ils font les fonctions de substantifs en deux occa- 
sions difiTérentes, où, à proprement parler, ils cessent d'être pronoms, 
puisqu'ils ont par eux-mêmes un sens qui leur est propre. La pre- 
mière est quand on dit le mien, le tien, le sien, pour signifier ce qui 
appartient à chacun : « Le tien et le mien sont la source de toutes 
« les divisions et de toutes les querelles. » 

Et le mien et le iien\ deoi Trëres poinUUeui, 
Par son ordre amenant les procès et la guerre. 

(Boileau, Sat. XI.) 

Cependant l'usage de cette signification est tellement renfermé 
dans ces mots mien, tien, sien, qu'elle ne passe ni à leur féminin ni 

à leur pluriel. (Mêmes auiomes.; 



642 DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS. 

L'autre occasion où les pronoms possessifs sont employés suIh 

stanlivement les embrasse tous, à la vérité, mais seulement au 

masculin et au pluriel; les miens, les tiens, les siens, les nôtres, les 

vôtres, les leurs, qui se disent des personnes à qui Ton est attaché 

par le sang, par l'amitié ou par quelque sorte de dépendance. Alors 

on dit : MOi et les miens, toi et les tiens, lui et les siens, nous et les 

nôtres, vous et les vôtres, eux et les leurs; pour dire les parents, les 

amis , les adhérents des uns et des autres ; et ce n'est que de cette 

manière qu'on peut employer, en ce sens, les tiens, les miens, etc., 

le pronom personnel devant toujours précéder le pronom possessif, 

qui, sans cela, n'aurait plus la même signification. (Mêmes autorités.) 

Cette assertion est trop exclusive, et*quand le sens ne peut être douteux, il n'est 
pas indispensable que le pronom personnel précède ou même accompagne le pronom 
possessif. A l'appui de cette opinion, la Grammaire nationale apporte plasieura 
exemples. Un seul peut suffire : t Le dieu lui répondit : les tiens cesseront de ré- 
gner quand un étranger entrera dans ton lie. » (Fénelon.; L'Académie n'exige pas 
non plus le rapprochement ; elle dit : voilà un des tiens, A. L. 

Nôtre, vôtre, précédés d'un article , prennent un accent circon- 
flexe ; alors Vo est long. (Le dul de FAeaiem,) 

Parce qu'un fort grand bien s'est venu joindre au vôtre 
A peine à nos discours répondez-vous un mot : 

Quand on est plus riche qu'un autre, 

A-t-on droit d'en être plus sot? (Voltaire, le Dimanche.) 

Je dis du bien de loi, 

Tu dis du mal de moi ; 
Damon, quel malheur est le nôtre! 
Ou ne nous croit ni l'un ni l'autre. 

Nous devons nous prêter aux faiblesses des autres (274), 
Leur passer leurs défauts, comme ils passent les nôtres. 

(Regnard^ les Ménechmes, act. I, se. 2.) 

« En plaignant les autres, nous nous consolons nous-mêmes : en 
« partageant leurs malheurs, nous sentons moins les nôtres. » 

(Le Tourneur^ trad. d'Kou'iâf, !'• nuit) 

ARTICLE III. 
DES adjectifs pp.onominaux possessifs. 
On appelle ainsi certains mots qui qualifient, ou, pour parler plus 



(274) Voyez, plus bas, ce que nous disons sur l'emploi du pronom OKlrf. 



DBS ADJECTIFS PROlfOlHIlf AUK POSSESSIFS. 343 

exactement y qui déterminent le nom auquel ils sont joints, eii y 
^*outant une idée de possession. 
Ces adjectifs pronominaux sont : 

M. s. F. s. Plariel des deux genre!. 

Mon ma mes. 

Ton ta tes 

Son sa ses 

Notre notre nos 

Votre votre vos. 

Leur leur leurs. 

Ces adjectifs donnent lieu à plusieurs observations importantes. 

§ I. 

MON, Mué, MES. 

Mon est pour le masculin singulier ; ma pour le féminin singu- 
lier; et mes pour le pluriel des deux genres. 

Lorsqu'un nom féminin, soit substantif, soit adjectif, commence 
par une voyelle ou par un h non aspiré, et qu'il suit immédiatement ce 
pronom, on met mon au lieu de wa, afin d'éviter l'hiatus qui ré- 
sulterait de la rencontre des deux voyelles : on dit mon dmc, mon 
épée, mon aimable amie^ et non pas ma âme, ma épée , ma aimable 
amie; et avant un h aspiré, ma au féminin, ma hache^ma harangue. 

(Th. Corneille, sur ta 320« Rem, de Vaugetas, — L'Académie, page 344 de ses Observ. 

et son Viet,) 

On met l'article, et non pas l'adjectif pronominal possessif, avant 
un nom en régime, quand un des pronoms personnels, sujet ou ré- 
gime, comme ;ô, /u, t7, me, fe, se, nous^ vous, y supplée suffisam- 
ment, ou que les circonstances ôtent toute équivoque. Ainsi, au lieu 
de dire : fai mal à ma tète , il a reçu un coup de feu à son bras; on 
dit : fai mal à la iête^ il a reçu un coup de feu au bras. 

Dans ces phrases» les pronoms personnels je, il indiquent d'une 
manière claire le sens qu'on a en vue; alors il n'y a pas d'équivoque 
à craindre. 

Mais si le pronom personnel n'ôtepas l'équivoque, on doit joindr 
alors l'adjectif pronominal possessif au nom , comme : Je vois qu 
MA jambe s'enfle. Et si l'on s'exprime ainsi, c'est parce qu'on peu. 
voir s'enfler la jambe d'un autre aussi bien que la sienne. C'est en- 
core pour cette raison que l'on dit : Elle lui donna sa main à baiser; 
— il a donné hardiment son bras au chirurgien; — il perd tout son 
sang; car dans ces phrases il n'y a que les adjectifs possessifs qui 



d44 DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS. 

indiquent d'une manière positive qu'on parle de sa mùn, de son 
bras, de son sang; et non de la main, du bras et du sang d*un 

autre. (Le p. Buffier, no 705. — Regnier-Desmarais^ page 260. — Wailly, page 189.) 

Les verbes qui se conjuguent avec deux pronoms de la même per- 
sonne ôtent communément toute équivoque; et quand je dis : Je me 
suis blessé a la main, il est évident que je parle de ma main ; alors 
l'emploi de l'adjectif possessif serait une faute. 

(LéYizac, page 330, tome I. — Wailly, page 189.) 

Cependant l'usage autorise à dire : Je me suis tenu toute la jour- 
née SUR mes JAMBES; — jc l'ai vu DE MES PROPRES YEUX; — je l'ai 
entendu de mes propres oreilles. 

(Les Décisions de l'Académie, page 38, et son Dirlionn. — Damarsais, pnge 93, 

tome r, et Wailly, page 3^3 ) 
Voyez ce que nous disons sur les pléonasmes. 

Les adjectifs pronominaux possessifs se remplacent par l'article 
avant les noms qui doivent être suivis de qui^ que^ dont, et d'un 
pronom de la même personne que ces adjectifs possessifs. Ainsi, au 
lieu de dire : fai reçu votre lettre que vous m'avez écrite; — tenez 
yo& promesses que vous m'avez faites ; il faut dire : fai reçu la lettre 
QUE vous m'avez écrite; tenez les promesses que vous m'avez faites. 

(WaMly, page 187- l-évizac, page 331, tome L) 

Les adjectifs pronominaux possessifs se répètent : V avant chaque 
substantif; on doit dire : Mon père et ma mère sont venus; MONjîère, 
MA mère, mes frères et mes sœurs ont été en butte à la plus affreuse 
calomnie; et non pas, mes père et mère sont venus; mes père et mère, 
mes frères et sœurs ont été en buttCy etc. 

(Vaugelas, 5i3« Remarque, -^ Le P. Ruflier, no 1027. — Wailly, page I89,et 

Lévizac^ page 333, tome I.) 

2^* Ils se répètent avant les adjectifs qui ne qualifient pas un senl 
et même substantif ; « Je lui ai montré mes beaux et mes vilains 

« habits. » (Mômes aulorilés.) 

Cette phrase équivaut à celle-ci : Je lui ai montré mes beaux ha- 
bits et MES vilains habits. Or, puisqu'il y a un substantif sous-en- 
tendu , il faut bien l'indiquer et le déterminer; cela ne peut se faire 
qu'en répétant le déterminatif mes. 

Cependant l'Académie elle-même semble permettre de déroger à cette règle quand 
elle dit : a Chacun sera jugé selon ses bonnes ou mauvaises œuvres, • Il est bien 
rrai que le sens ne laisse point de doute ici ; néanmoins nous croyons que la répé- 
tition est beaucoup plus correcte. A. L. 

3** Mais les adjectifs possessifs ne se répètent pas, quand les ad- 
jectifs qui les accompagnent qualifient le même substantif : Mes 



DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIF. 345 

beaux et riches habits. En effet, les mêmes habits peuvent être tout 
à la fois beaux et riches. 

Jiemarque. — Lamolhe-Levayer pense que Ton a tort de bannir 
cette phrase, mes père et mère y et que c'est une propriété de notre 
langue qu'il faut conserver. La raison qu'il en donne est qu'elle 
s'emploie où l'on dirait autrement mes parents y et où l'on veut unir 
les deux auteurs de notre être, sans les considérer séparément, ce 
qu'il trouve significatif et élégant; comme : // a maltraité mes père 
et mère, mes père et mère sont morts. 

Chapelain et Th. Corneille ne sont pas de cet avis; ils trouvent 
mes père et mère une phrase de palais, un style de pratique extrê- 
mement incorrect. — Enfin, quoique cette manière de s'exprimer soit 
dans la bouche de beaucoup de monde, bien certainement elle est 
contraire aux principes de la langue et condamnée, comme on vient 
de le voir, par le P. Buffier, par Vaugelas, par Wailly, par les Gram- 
mairiens modernes, et enfin par l'Académie. 

Voyez, page 21 1 et suivantes, ce que nous disons sur la répéUUon de Varticle. 

§ n. 

TOIV, TA, TES. 

. La syntaxe de ces adjectifs pronominaux est celle des adjectifs pro- 
nominaux mony ma, mes. 

§ m. 

SON, SA, SES. 

Ces adjectifs pronominaux possessifs, comme ceux que nous 
venons de voir, se mettent toujours avant le substantif. Le premier 
est du genre masculin au singulier, son père y son honneur; le se- 
cond est du genre féminin au singulier, sa sœur y sa hardiesse; le 
troisième est de tout genre au pluriel, ses biens, ses honneurs. 

Quoique l'adjectif pronominal son soit de sa nature masculin , il 
tient lieu du féminin , lorsque le mot qui suit commence par une 
voyelle ou par un h non aspiré, comme son amitié, son habitude. 

(Th. Corneille, sur la 22» Remarque de Vaugelas. — Marmonlel, page 207. — Le 

Dict. de l'Acadévve.) ^ 

Les adjectifs possessifs son, sa, ses ont rapport à des personnes 
ou à des choses personnifiées , ou ils ont simplement rapport à des 
choses. 

S'ils ont rapport à des personnes ou à des choses personnifiées, 
nulle difficulté, il faut les employer; mais s'ils ont rapport à des 



346 DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS. 

choses non personnifiées, Tusage varie, et c'est au pronom m, dont 
nous parlerons dans un instant, qu'on trouvera la règle qu'il faut 

suivre. (Le p. Bouhours, page 1S7, de ses Rem. now.) 

Il en est des adjectifs pronominaux possessifs son, sa^ ses^ comme 
des adjectifs possessifs mon, ma^ mes^ ils suivent la même loi, quant 
à leur répétition; ainsi il faut dire : Son père ei sa mère sont esêtr 
mables. — Je connais ses grands et ses petits appartements; SES 
beaux et ses vilains habits. — // faut honorer SON père et sa mire. 

Mais aussi Ton dira : Je ne saurais m' empêcher de parler de ses 

grandes et mémorables actions, et non pas de ses grandes et de ses 

mémorables actions. 

Voyez ce qae nous disons sur la répétition de V article ^ page 21 1 , et sur Tenlplot 
du pronom en, 

§ IV. 
NOTRE, FOTRE, NOS, rOS. 

Notre, votre ^ adjectifs pronominaux possessifs des deux genres, 
font au pluriel nos^ vos^ et ils sont toujours joints à un substantif, 
comme : notre frère, notre sœur, votre oncle, votre tante, nos frères^ 
nos sœurs; vos oncles, vos tanles. 

Quand, par politesse^ on emploie vous au lieu de tu, quoiqu'on 
ne parle qu'à une seule personne, on fait usage alors de l'adjectif 
possessif correspondant votre, et non pas de l'adjectif tort; on dira 
donc : « Vous êtes trop occupé de votre fortune, et vous ne l'êtes pas 

« assez de votre salut. » (Lôvizac, page 828, tome I, et le Dictiom. de VAcadém.) 

Notre , votre, joints à un substantif, ne prennent point l'accent 
circonflexe, et l'o est bref: notre livre, votre livre. 
« La certitude de l'existence de Dieu est notre premier besoin. » 

(Voltaire, lettre A M. Kœnig, 7« to). des OEavres, page 463.) 

(mêmes autorités.) 

§ V. 
LEUR. 

Leur , adjectif pronominal possessif des deux genres , s'écrit au 
singulier leur et au pluriel leurs. Cet adjectif signifie A'eux, d'elles, 
et est ordinairement relatif aux personnes : Les enfants doivent le 
respect à leurs maîtres. 

... Il est bien dur pour un cœur magnanime 
D'attendre des secours de ceux qu'on mésestime : 
Leurs refus sont affreux, leurs bienfaits font rougir. 

(Voltaire, Zaïre, ad. II, se. 1.) 



DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS 347 

11 se dit aussi quelquefois des animaux et des plantes , môme des 
choses inanimées : « Les bêtes avec leur seul instinct sont quelquefois 
« plus sages que Thomme avec sa raison. » — « Mes orangers ont 
« perdu toutes leurs feuilles. » — « La fonte des neiges a fait sortir 
« les rivières de leurs lits. » 

(Girard, page 293, lome I. — D'Olivet^ page 164. — Restaut, Wailly, elc.) 

Leur^ pronom personnel, se joint, comme nous l'avons dit 
page 334 , toujours à un verbe , et ne prend, à cause de la forme 
particulière qu'il a au pluriel , jamais le s final, signe ordinaire de 
ce nombre; au lieu que leur, adjectif pronominal possessif, ^st tou- 
jours joint à un substantif qu'il modifie, et avec lequel il s'accorde. 

Qaaot à l'emploi de cet adjectif possessif; quant à sa suppression avant les noms 
qui doivent être suivis de qui, que, et d'un pronom de la même personne que l'ad- 
jectif ieur; enfin, quant à sa répéUtion, la syntaxe des adjectifs possesifs mon, ma, 
mes, son, sa, ses lui est applicable. 

Avant de passer à un autre pronom , nous croyons devoir parler 
d'une locution qui se présente très fréquemment , et sur laquelle on 
pourrait avoir quelque incertitude ; doit-on dire : Tous les maris 
étaient au bal avec leurs femmes, ou avec leur femme? Examinons : 
chaque mari en particulier n'avait que sa femme, il est vrai; 
mais tous les maris considérés ensemble comme formant un seul 
tout étaient au bal avec plusieurs femmes; or, dans la proposition 
précitée, on les envisage tous à la fois , pour leur donner une attri- 
bution commune. 

L'adjectif possessif leur doit donc être orthographié de manière à 
attester son rapport avec plusieurs pris collectivement , et non pas 
avec des unités prises distributivement, puisque la proposition offre 
un sens collectif, mais non distributif. En conséquence on doit dire : 
« Tous les maris étaient au bal avec leurs femmes. » — «Ces dames 
« attendent leurs voitures. » — « Je vous ai dit un mot sur Aristide 
« et sur Epaminondas , mais je vous ferai connaître leurs vies. » 

Si l'on disait : Tous les maris étaient au bal avec leur femme , 
on croirait que les maris n'avaient qu'une femme pour eux tous. 

Ces dames attendent leur voiture, on croirait qu'elles attendent 
une voiture pour plusieurs; et ainsi des autres phrases. 

Cette solution , donnée par M.Boinvilliers, se trouve confirmée par 
l'exemple de nombre d'écrivains. 

Racine a dit : 

Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés 
ITosent lever kurs fronts à la terre attachés. 

{Esther, act. II » le. i«) 



348 



DES ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS. 



Hegnard, dans Démocriie (act. I, se. 1 ) : 

£t Je suis convaincQ que nombre de maris 
Voudraieut de leurs moitiés se voir loin à ce prix. 

Marmontel, dans le conte de la Veillée : « Ma fille, votre modestie, 
« les tendres soins que vous rendez à vos parents font souhaiter à 
« toutes les mères de vous donner pour épouse à leurs fils. » 

Fénelon, dans Télémaque^ parlant de deux pigeons : « Leurs cœurs 
« étaient tendres, le plumage de leurs cous était changeant. » 

La Harpe (Cours de liltér., t. lï, p. 135) : « Voyons dans quelles 
« circohstances l'un et Tautre peignirent les mœurs, et ce qui con- 
« stitue la dififérence de /cwrs caractères. » 

J.-J. Rousseau : « L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font 
« qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés de leurs ma- 
« ris. » 

M. de Chateaubriand : « Les mots de morale et d'humanité sont 
< sans cesse dans leurs bouches. » 

Cette môme solution se trouve ensuite appuyée de l'autorité de 
M. Lemare , dont l'opinion sur la question qui nous occupe est si 
clairement exprimée , que nous croyons ne pas devoir en priver nos 
lecteurs. 

Leur, leurs, dit ce Grammairien (page 42 de son Cours analn- 
tique) , est un adjectif qui , ainsi que tous les autres, reçoit la loi et 
jamais ne la fait. On doit dire : 



Ces messieurs ont présenté leur of- 
frande (c'était une pendule aclietée en 
commun). 

Ces deux enfants (ils sont frères) ont 
perdu leur père. 

Ces deux hommes ont perdu leur 
lionneur. 

Ces deux charrettes perdront leur 
maître (elles n'en ont qu'un). 

J'ai envoyé ces deux lettres à leur 
adresse (à M. Lucas). 

Dans la première colonne, offrande, père, honneur^ malire, 
adresse, et l'adjectif possessif leur sont au singulier, parce qu'en 
efifet il n'y a qu'une offrande , qu'un père, etc. ; dans la seconde, of- 
frandes, pères, femmes, chapeaux, essieux, adresses, et l'ad- 
jectif possessif leurs sont au pluriel, parce qu'il y a plusieurs of" 
fraudes, plusieurs pères^ etc., quoiqu'en effet chaque monsieur n'ait 



Ces messieurs ont présenté leuriot" 
frandes (l'un des vers , un autre des 
roses). 

Ces deux enfants (ils sont cousIob) 
ont perdu leurs pères. 

Ces deux hommes ont perdu leurs 
femmes, leurs chapeaux. 

Ces deux charrettes perdront leurs 
essieux. 

J'ai envoyé ces lettres à leurs adres- 
ses (à Lyon^ à Nantesj. 



DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 349 

fait qu'uiî« offrande; que chaque cousin n*ait qu'un père ; que chaque 
homme n'ait qu'une femme, qu'un chapeau ; chaque charrette qu'un 
essieu; chaque lettre qu'une adresse. 

Au surplus, comme le fait fort bien ooserver M. Boinvilliers, si 
l'on craint l'équivoque dans ces sortes de locutions, on peut avoir 
recours au sens distributif, et employer le pronom indéfini chacun y 
et dire par exemple : Tous les maris étaient au bal, chacun avec sa 
femme. — Voyez, plus bas, ce que nous disons sur le pronom chacun. 

Remarque. — L'adjcclif possessif leur peut ôtre employé au sin- 
gulier, comme notre cl votre^ quand il csl joint k un de ces substan- 
tifs abslrails qui n'ont pas de pluriel, exemples : « iXous devons ap- 
« prouver leur conduite. » — « Messieurs, il faut prendre votre par- 
« ti. » — « Mes Icllrcs sont arrivées h leur destination. » — « Je ne 
« puis qu'admirer leur bravoure ol gémir sur leur destinée, » 

AiniCI.KIV. 

DES l»«0N0>IS DÉMONSTRATIFS 

Ces pronoms servent à démontrer, à indiquer les personnes ou les 
choses qu'ils roprésentonl 

iv sont : 

(c, ccluit celle,, celui ci, celle ci, celui-là^ celle-là^ ceci, cela, ceux,, 
celles, ceux-ci^ celles-ci. ceux-là, celles-là. 

I. 

Ce, pronom dcnion^lralif, se distingue de CK, adjectif pronominal 
démonstratif, dont nous parlerons bientôt, en ce que lorsqu'il est 
pronom démonstratif, il est toujours joint au verbe être, ou suivi de 
flttî ou de CMC relatif , et alors il est sujet ou régime; au lieu que 
quand il est adjectif pronominal démonstratif, il accompagne tou- 
jours un substantif dont il détermine la signification. Ainsi dans 
CCS phrases : « Ce qui me plaît, c'cs( sa modestie; » (Lévizac.) « Cest 
• un poids bien pesant qu'un grand nom à soutenir; » (Montes- 
quieu, ^r«acec^ /«mente, p. 21.), CE est pronom démonstratif; et 
il est adjectif pronominal démonstratif dans cette autre : Ce discours 
est éloquent. 

L'Académie reconnaît cette différence entre le pronom démonstratif et l'adjectif 
pronominal. Mais les auteurs de ]a Grammaire nationale s'emportent contre cette 
doctrine qaUls appellent absurde, ne voulant pas qu'un mot puisse être tour à tour 



350 DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

adjectif, lorsqu'il etl soivi de son substantif, et f^ronom, quand il eit employé seol s 
« Gomme si un mot, disent-ils, pouvait changer de nature en changeant d'emploi!» 
Cependant ils ont eux-mèm<^s reconnu^ par exemple, que tout est adjectif dans : 
tout le monde, et adverbe dans : tout aussi dangereuses ^ et autres variations sem- 
blables. Rien ne s'oppose donc à ce qu*on adopte cette juste distinction. Mais nous 
ferons observer que le pronom démonstratif n'est pas indispensablement joint au 
verbe être ou soivi d'un relatif. Ainsi l'on dit : ee me semble; pour ce faire; et ce, 
pour vous dire; quand ee vint à payer; sur ce, etc. On l'emploie familièrement 
aussi avec le verbe dire : ce dit-il, ce dit-on, ce dis-tu. L'emploi de ce pronom est 
dans notre langue la locution la plus rapprochée du genre neutre que nos Grammai- 
riens ne reconnaissent pas. En effet, elle est presque partout calquée sur le neutre 
des langues anciennes : lo mihi videtur, ck me semble; hoc ut faciam, pour cb 
faire; xai raurà «d;, et es pour, etc., etc. N'oublions pas ce rapport qui peut 
servir à expliquer quelques particularités de ce mot. A. L. 

Lorsque ce n*est pas joint à un nom, il répond aux deux nombres 
et aux deux genres : « De toutes les vertus celle qui se fait le plus ad- 
« mirer, c'est la force de Tàme; le plus respecter , c'est la justice; le 
« plus chérir, c'est l'humanité. » 

Ce n'est pas un portrait, une image semblable, 
Cest un amant, un fils, un père véritable. 

(Roilean, Art poétique, ehant III.) 

Celui que vous voyez, vainqueur de Polyphonie, 
C'est le fils de vos rois, c'est le sang de Gresphonte; 
Cest le mien, c*est\e seul qui reste à ma douleur. 

(Voltaire, Mérope, act. V, se. 7.) 

Ce sont les rois qui font les destins des mortels. 

« Ce furent les Phéniciens qui , les premiers, inventèrent Técri- 
« ture. » (Bossuet. 

« Ce furent les Français qui assiégèrent la place. » 

(L'Académie. — Lévizac, page 302.) 
Ce que nous venons de dire sur la valeur de ce pronom^ imité du genre neutre, 
nous amène à penser qu'il a sa puissance propre, sa significaUon spéciale , et qall 
n'est pas juste de lui donner les deux genres elles deux nombres; nous en verroni la 
preuve tout à l'heure. Pour nous, il signifie toujours : la chose en question, l'objet in- 
diqué, l'idée affirmée. C'est donc toujours un singulier, et quoi qu'on en dise , oo 
singulier neutre ; mais le neutre en français se confond avec le masculin. Ainsi 
dans ceUe phrase : Ce furent les Phéniciens qui, etc., nous regardons ce comme 
un attribut , et l'analyse nous donne : les Phéniciens furent ce (que j'affirme, 
c'est-à-dire ceux j qui inventèrent récriture. Ou bien , et cela revient toujours an 
même , on peut construire ainsi la phrase : Les Phéniciens qui inventèretU W- 
eriture furent récWemeni ce que j'énonce; c'est-à-dire inventeurs de l'écriture. De 
toute façon, le pronom ici n'a qu'un genre (le neutre, ou, si l'on veut, le mascolin) 
et qu'un nombre (le singulier] . A. L. 



DES PRONOMS DËMOMSTRÀTIFS. 351 

Ce est souvent relatif à ce qui précède dans le discours, et alors i) 
tient lieu de il ou de elle^ et indique une personne dont on a déjà parlé; 
quand on dit : « Les enfants sont des liens qui retiennent les maris et le? 
« femmesdansleur devoir, ce sont les fruits et les gages de leur ten- 
« dresse, c'est un intérêt commun qui les lie;»— «Les astronomes, 
« qui prétendent connaître la nature des étoiles fixes, assurent que ce 
« sont autant de soleils ; » ce, dans la première phrase, se rapporte à 
enfants, et dans la seconde, à étoiles fixes» (Restaut, p. 1 1?.— waîiiy, p. 210.) 

Voilà le seul cas où ce puisse paraître un pluriel ; mais nous allons immédiatement 
troQverla preuve du contraire; 11 faut donc chercher ici une autre explication. I/ap- 
position et Tellipse rendront sans doute raison de celte tournure : Ce (que j'affirme, 
on bien, ce dont il s'agit, les enfants) sont les fruits^ etc. Nous aimons cependant 
mieux encore ne rien ajouter, et ne voir là qu'une inversion, un gallicisme, propre à 
faire plus vivement ressortir le rapport des deux idées : Les fruits de leur ten- 
dresse sont en effet ce dont je parle, l'objet en question. l\ en sera de même avec 
le sens partitif : Ce sont des orateurs très éloquents. Construisez (quelques-uns) 
des orateurs très éloquents sont précisément ce, l'objet dont je parle. N'oublions 
pas, du reste, qu'il est très difficile de rendre raison d'un idioUsme sans que Texpll- 
caUoD altère ou détourne le sens. A. L. 

Quelques (.rammairiens pensent que ce ne serait pas une faute 
que d'employer il ou elle dans ces phrases ; mais la plupart sont 
d'avis que cet emploi serait moins élégant, moins conformée l'usage, 
et moins dans le génie de notre langue. 

Cependant si le verbe être n'était suivi que d'un adjectif ou d'un 
substantif pris adjectivement, il faudrait faire usage du pronom per- 
sonnel il ou elle-j comme : « Lisez Démosthène et Cicéron, ils sont 
« très éloquents. » — « J'ai vu le Louvre, il est magnifique, et digne 
« d'une grande nation. » 

(Wailiy, page 210. — Demandre, au mot Pronom^ et le Dict, crlt, de Féraud.) 
Cette exception est, à nos yeux, une preuve évidente que ce ne remplace jamais 
</oo elle. En efTet, s'il avait la valeur de ils dans ce sont les fruits, on devrait alors 
pouvoir dire ce sont très éloquents, puisque ce aurait la valeur d'un pronom pluriel. 
S'il avait les deux genres, il faudrait dire aussi, en pariant d'une femme, c'est belle, 
comme on dit : on est jolie. Mais au contraire, dans notre système, ce, n'étant ja- 
mais qu'un singulier neutre, ne peut pas remplacer un nom de personne^ et nes'ac- 
eorde qu'avec un adjectif singulier. Il faut donc qu'il soit jointe comme attribut, à 
on substantif exprimé: ce sont des orateurs très éloquents; ou bien, pour l'em- 
ployer comme sujet, il faut que le premier membre de phrase contienne un nom de 
cbose^ les discours, les harangues, et alors on pourra dire : c*est très éloquent 
n y a donc ici une grande différence grammaticale entre ccj deux tournures, il est 
magnifique, et c'est magnifique, quoique dans l'exemple cité on puisse employer 
Tune et l'autre. A. L. 

Ce, n'étant pas joint à un nom, peut être relatif à ce qui suit dans 



352 DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

le discours, et alors il indique une personne ou une chose dont on 
va parler, comme quand on dit : « Cest acheter cher un repentir que 
« de se ruiner pour satisfaire une fantaisie » (l'Académie); on voit 
que ce se rapporte à ces mots, de se ruiner^ etc. (Rcsiauiotwaiiiy.) 

« (fest être en mauvaise compagnie que de se trouver livré à soi- 
« même, quand on ne sait ni s'occuper ni s'amuser de lectures. » 

(Madame du DefTant.) 

Dans plusieurs occasions où ce est relatif à ce qui suit dans le dis- 
cours, il n'y est souvent employé que par élégance, et pour donner 
plus de force, de variété et de grâce à l'expression ; quand je dis : ce 
fut r envie qui occasionna le premier meurtre dans le monde; c'est 
au fond comme si je disais : V envie occasionna le premier meurtre 
dans le monde. Cependant il y a dans la première phrase une cer- 
taine énergie d'affirmation qui ne se trouve pas dans l'autre. 

De même si je dis : « Ce qui me révolte le plus, c'est de voir les 
« hommes puissants abuser de leur autorité; » ou : « Ce dont je suis 
« fâché, c'est que les hommes oublient trop leur première condi- 
« tion; » la répétition du pronom ce, dans ces sortes de phrases , 
rend certainement l'expression plus énergique. 

(Th. Corneille, suf laU6f Remarque de Vaugelas. — M. BoinvUliers, page I5i, 

cl les autorités ci-dessus citées.) 

Ce forme aussi divers gallicismes propres à réveiller l'attention, 
par le piquant qu'ils répandent dans le discours; comme : « C'est 
« obliger tout le monde que de rendre service à un honnête homme. » 

(Pensée de Publ. Syrus.) 
C'est créer les talents que de les mettre en place. (Voltaire.) 

..... C'est Imiter les dleux^ 
Que de remplir son cœur du soin des malheureux. 

(Crébillon, ^trée et Thyeste, act.IV, se. 1.) 

Observez que l'omission du de dans ces phrases serait une faute; 
on doit le considérer comme une particule explétive commandée par 
l'euphonie, et que l'usage exige. 

(Le P. Bufficr, nos 366 et 321. ^ Vaugelas, pnge 461 de ses Bem, nouV', tome U.— 

Féraud, Dict, crit. — Marmontel, page 309.) 

An lieu de voir dans le mot de une particule explétive et euphonique, on doit y 
voir au contraire un terme de rapport qui lie étroitement la proposition subordonnée 
à la proposition principale ; en effets ce mot ainsi placé devant rinfinitif semble in- 
diquer un complément. (Voyez ce que nous avons déjà dit page 277.) Voilà pourquoi 
on ne peut jamais romelire, tandis que romission du que est alors permise formel- 
lement par l'Âcadémie. Elle dit : c'est se moquer d'en user ainsi. C'est une belle 
chose de garder le secret. Néanmoins que redevient nécessaire quand de 
disparaît, c'est-à-dire, avec les substantifs : « Ce sont des qualités nécessaires oour 



DES PnOT^OMS DÉMONSTRATIFS. S53 

if gn«r 9116 la doucear et la fermeté. » Ainsi donc, dans ces phrases, ijue n*a qu'ana 
valeur expiicalive ; c*e8l une sorte de conjonction équivalente à la locution c'e«l-cl- 
dire. Delà, nous arrivons à celte analyse: « C'est un défaut que la médisance; • ce 
(ta chose en question; est un défaut, c'est-à-dire, la médisance. Toutefois on peut 
encore ici chercher l'analyse dans les mots mêmes de la phrase sans y rien changer. 
Ci Ton trouve : ce (que j'affirme) est que la médisance est un défaut. Et alors le 
\erbe est n'est exprimé qu'une fois par suite de la tournure qui ne demande qu'un 
seul rapport. Nous sommes prêts A reconnaître pourtant que toutes ces explications 
ont quelque chose dMncertain ; mais nous exposons ce que nous ayons trouvé de 
nieai. Voici comment les auteurs de la Grammaire nationale présentent l'analyse 
4c ce vers de BoUeau : 

Cest on méchant métier que cehil de médire ; 

« Ce (métier) que (je vais désigner, c'est-à-dire) celui de médire, est un méchant 
fnêtier. > Il nous parait impossible de regarder dans ces phrases le mot que comme 
«s relatif régi par an verbe inconnu^ et d'accoupler les mots de cette étrange façon, 
ee que celui de médire. Nous suivons du moins une marche plus simple : ce (la 
chose en question) est un méchant métier, c'est-à-dire, celui de médire; ou bien : 
la chose en question est que le métier de médire est un méchant métier. Voilà notre 
conjecture; de plus savants jugeront. A. L. 

Enfin y quelquefois ce est mis pour le mot général chose ^ dont la 
signification est restreinte et déterminée parles mots qui le suivent; 
comme dans cet exemple : On ne doit s'appliquer qu'à ce qui peut 
êire utile f c'est-à-dire , à la chose ou aux choses qui peuvent être 
uUlôSy etc. 

(Th. CorDe^tle, sur la 28I« Remarque de Vauqelas, -^ Reslaut, pages 117 et 268. 

Wailly, page 306.) 

Le pronom ce avant le verbe être , étant susceptible de beaucoup 
de règles, demande un examen particulier. 

Première règle. — Le verbe être précédé immédiatement du 
pronom ce, et uni à un pluriel par une préposition, se met toujours 
au singulier. 

Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez. 

(Racine^ Iphigénie, act. IV, se. 4 . ] 

« Cest des contraires que résulte l'harmonie du monde. » 

(Bernardin de Sainl-Pierre.) 

Le motif de cette règle est que dans ces deux phrases et dans 
celles qui sont analogues il y a inversion; de telle sorte que la pré- 
position et le substantif pluriel mis à la suite du verbe être appar- 
tiennent à un verbe qui est après : dans la première phrase, c'est sor^ 
crifiez^ et dans la seconde, c*est résulte. En effet, la décomposition 
donne : sacrifiez à ces dieux y — f harmonie résulte des contraires. Ce 
se rapporte à la préposition qui suit le verbe être^ il est par consé- 

I. 23 



364 DES PRONOMS DEMONSTRATIFS. 

quentdu nombre singulier, et oblige le verbe être à prendre ce 
nombre. (m. chapsai.) 

Celte explication nous paraît peu nette; et nous ne comprenons pas comment ce 
peut avoir rapport à une préposition. Notre mélliode d analyse a du moins ici le mé- 
tite de la simplicité : ce (que j*affirme] est que voue sacrifiez à ces dieux. Yoilà 
pour la liaison grammaticale ; mais l'inversion c*est à ces dieux présente plus vive^ 
ment l'idée, la met en relief et en marque tout de suite le rapport. A . L. 

Seconde règle. — Ce devant le verbe être demande que ce verbe 
soit au singulier, excepté quand il est suivi de la troisième personne 
du pluriel. Ainsi Ton dira avec le verbe ^^reau singulier : « Cest le 
« nombre du peuple et l'abondance des aliments qui font la force 
« et la vraie richesse d'un royaume. » (Féneion, Téfémaque, Hv. xxii.) 

« Dans les ouvrages de l'art, c'csde travail et l'achèvement que 
« l'on considère, au lieu que dans les ouvrages de la nature e^e^t le 

« sublime et le prodigieux. » (BoUeau, Traité du Sublme, chap. XXX.) 

Ce n'est plus le jouet d'une Oamme servile; 
C'est Pyrrhus, c'est le fils et le rival d'Achille. 

(Bacine, Àndromaque^ act. II,8C. 5.) 

« Ce sera nous tous qui nous ressentirons de sa bonté. » — « d'est 
« vous tous qui faites des vœux pour lui. » — ^ Cest vous qui êtes 
« chéris. » — « Cétaii nous qui étions malheureux. » 

Mais on dira, en mettant le verbe au pluriel : « Ce sont les ingrats, 
« les menteurs, les flatteurs qui ont loué le vice. » (Fénelon, Télém., 
liv. XVllï.)— « Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger. » 

(Vaurenargoes.) 

<f Ce ne sont ni les arts ni les métiers qui peuvent dégrader 

« l'homme, ce sont les vices. » (Bernardin de Saint-Pierre.) 

« Ce sont eux qui lui montreront de quoi il peut s'applaudir. » — 
« Cf étaient eux qui ordonnaient la cérémonie. » (L'Ac»démie.) 

Parce que, dans tous ces exemples, le verbe ^<re est suivi d'une 
troisième personne du pluriel. 

Néanmoins d'excellents auteurs font indifféremment rapporter le 
verbe être soit au substantif qui le suit, soit au pronom ce; Racine 
dit dans Andromaque : 

Ce n^est pas les Troyens, c'est Heetor qu'on poursuit. 

(Act. I, se. 2.) 
Ce n'était plus ces Jenx, ces festins et ces fêtes. 

Où de myrte et de rose ils couronnaient leurs têtes. 

(Voltaire, la Henriade, chant X.) 

Boileau (les Héros de roman) j « Volontiers. Regardez-bien. Ne les 
€ sont-ce pas là (vos tablettes)? » — « C^ les sont là elles-mêmes. » 



DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 355 

Racine {les Frères ennemis, act. II, se. 3. Polyniee parlant du 
peapte) : 

Sa haine, ou son amour, sonUce les premiers droits 
Qui font monter au trône ou descendre les rois ? 

Chamfort {Éloge de Molière) : « Ce sont les résultats qui consti- 
« tuent la bonté des mœurs théâtrales, et la ^éme pièqe pourrait 
« présenter des mœurs odieuses et être d'une excellente moralité. » 

D'Olivet : « Dites moi , sovUrce là des signes d'opulence ou d'indi- 
« gence? » 

Enfin l'Académie écrit elle-même dans $on JDictiormaire : » jEAt" 
< ce les Anglais que vous aimez? » rr- ,« Quand ee ser^i les R^tuains 
«( qui auraient fait cela. » 

Dans ces phrases, dit Condillac, le sujet du verbe est une idée 
vague que montre le mot ce, et que la suite dii discours détermine. 
Si l'esprit se porte sur cette idée, nous disons au singulier, c,e8i 
eux; et nous disons au pluriel, ce sont eux^ si l'esprit se porte sur 
le nom qui suit le verbe. Cependant il est vrai de dire que la majo- 
rité des écrivains emploient le pluriel. 

De tons ces exemptes il résulte que ce peut dans toutes ces toamares de phrases 
^tre employé comme sujet du verbe ; mais qu'ayec un nom amenant la troisième 
penonne plurielle» il est plus souvent mis, en aUc|but. Nous retrouvions donc partout 
MXk pronom la valeur propre que nous lui avons assignée. A> X^- 

Mais une chose sur laquelle les Grammairiens et les écrivains sont 
bien d'accord, c'est que jamais ce sont ne peut régir le singulier. 

Buffon, qui a dit (dans son Hist. nat, de Vhomme) : « Les nègres 
« Uanes sont des nègres dégénéréis de leur race; ce ne sont pas une 
« espèce d'hommes particulière et constante, » devait donc dire : cç- 
i«'est pas une espèce d'hommes particulière et constante^ etc. 

Nouvelle preuve que ce ne remplace jamais Us, pas plus devant un substanlif que 
devant un adjectif (voy. p. 351); car on peut très bien dire ils sont nne espèce^ 
Mais ici le pronom n'est plus sujet, il devient attribut , et le verbe a pour sujet 
le nom qui suit; il doit donc s'accorder avec lui. Cela est si vrof que i'eipressioa 
ce sont pourrait être suivie d'un singulier^ pourvu que ce fût un nom collectif per*- 
mettant de mettre te verbe au pluriel $ par exemple : ce sont la plupart de vos amis 
qui te disent; ce sont une infinité ûq gem qui accourent; ce furent beaucoup 
de grands bommes qui pensèrent ainsi . Sur ce point il y a pour nous évidence. A . L. 

Remarque. — Quand la phrase est inlerrogative, et que le verbe 
Hre employé au pluriel fait très mal, comme quand on dit : /u- 
rent-ce les Romains qui vainquirent? c'est à l'écrivain de prendre 
un autre tour qui concilie ce qu'on doit à la grammaire avec ce 
qu'exigent l'oreille et l'usage» 

C Î3. 



356 I>BS PRONOMS DÉMONSTRÀTTf^ 

Troisième règle. — Après un nom ou un pronom précédé d'ane 
préposition, et de c'est, c'était, etc., on doit faire usage de la con- 
jonction que : « C'est à vous que je parle. » 

C'est à Rome, mes fils, que je prétends marcher. 

(Radne, Mitkr., act. III, ic. 1.) 
Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aajourd*taui. 

(La Fontaine, liv. Y^ fab. 1 .) 
(Regnier-^DesmaraiSy page 377 «-« Domergue, page 62.) 

Si l'on disait, par exemple, c*est à vous à qui je parle, la même 

préposition se trouverait deux fois dans la môme phrase, quoiqu'il 

n'y ait qu'un seul rapport à indiquer. En effet, supprimez e'est^ 

qui ne sert qu'à marquer d'une manière plus sensible la chose dont 

il s'agit, la phrase sera réduite à ces termes. Je parle à vous, à qui,,, 

La préposition à marque le rapport de parier avec vous; mais à qui 

n'est précédé d'aucun mot dont il puisse marquer le rapport; le 

sens est suspendu et la phrase incorrecte. Il Haut donc que, et 

non à qui, puisqu'il ne s'agit que de lier une proposition avec 

itoe autre. 

.^ Voyez ce qoe nous disons encore sor ce sujet au régime nom, article XV, § 3. 

^' leU'Académie nous paraît avoir commis ane erreur. Elle range ce que dans l'ar* 
•*fl($le du pronom relatif, et dit qu'il s'emploie pour de qui, à qui. Mais évidemment 
le Tert>ej> fKirle ason régime dans les mots à vous, il ne peut en avoir un second, 
et c'est pour cela qu'on ne peut pas mettre à qui. On ne peut donc pas davantage 
mettre que dans le même sens, puisque ce serait la même faute. Il ne faut plus 
alors qu'une liaison entre les df ux verbes, et que remplit cette fonction ; mais seu- 
lement le régime du second verbe est rapproché du premier pour marquer un rapport 
plus direct : Analysez ce (la chose que j'affirme) est que je parle à vous, A. L. 

Remarque. — Au lieu de la conjonction que, on pourrait em- 
ployer un pronom relatif précédé d'une préposition, si c'est, c^étail 
étaient suivis d'un suhstantif ou d'un pronom non précédé d'une 
préposition. 

« C'est vous^ mon cher Narbal, pour qui mon cœur s'attendrit. » 
{Télémaque, liv. III.) — « Vous avez fait de grandes choses, mais, 
« avouez la vérité, ce n'est guère vous par qui elles ont été faites. » 
{Télémaque^ liv. XXIl.) Ces tours de phrases seraient aussi corrects 
que ceux-ci : « C'est pour vous que mon cœur s'attendrit. » < — « Ce 
« n'est guère par vous qu'elles ont été faites. » (camioade, page iso.) 

En changeant la construction de la phrase, on change le régime. A. L. 

Quatrième règle. — (Rejoint à un des pronoms relatifs qui, que, 
dont^ etc., et à la tête d'une phrase, forme avec le pronom relatif et 
le verbe suivant le sujet d'une autre phrase dont le verbe est près- 



DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. ^57 

que toujours être ; or être peut être suivi ou d'un verbe, ou d'un 
adjectif, ou d*un substantif. 

V Quand le verbe ê&e est suivi d'un verbe, on répète le pronom 
ce : Ce que je crains, c*est d'être surpris, (Le p. Buffler, n» 465.) 

L'emploi du pronom ce, dans le second membre de la phrase, de- 
vant un verbe est également nécessaire, lors même qu'il ne se trouve 
pas dans le premier membre. On dira donc avt?c Voltaire : 

« Le véritable éloge d*un poëte, c*esi qu'on retienne ses vers. » 

« Le seul moyen d'obliger les hommes à dire du bien de nous, 

« &€St d'en faire. » {Bist.de Charles JTil, dise, prél.) 

(I^ \K Buflicr, no 463. — L'Académie, page 28S d« bo» OUsen'atiou$,) 
— Cependant, devant un infînilif Je pronom ce n'est fioint indispensable. M>L 
Bescherelle client de nombreux exemples. Un seul nous suffira: 

Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie, 

Fst d'oublier la loi pour sauver la pairie. (Voltaire.) 

Cette tournure dépend donc du goût deTécrivain. À. L. 

2^ Suivi d'un adjectif, ce ne se répète pas : « Ce qu'on loue est 

« souvent blâmable. » — «Ce qui réussit esl rarement condamné. » 

— « Ce qui est vrai e«(beau. » 
Nous meUons ici les participes au rang des adjectifs. 

(Le P. Buffier, n» 463. — Demandrc, au mot pronom.) 

3® 0"and le verbe être est suivi d'un substantif du nombre «iii- 
gulier^ on a la liberté de répéter ou de ne pas répéter le pronom ce, 
selon que l'oreille et le goût en décident: « Répandre des grâces esi^ 
« ou c'est le plus bel apanage de la souveraineté. » 

(VùlUire, Essai sur le Coût.) 

« La première qualité d'un roi est^ ou c'est la fermeté. » 

(Louis XIV.) 

« L'enfer des femmes est, ou c'est la vieillesse.» (u Rochefoucauit.) 

(Le P. Buffler, no 463. — Demandre et Lévizac.) 
Ces deux locutions cependant ont une valeur difl^rente. Dans la seconde, on sus- 
pend en quelque sorte le sens de la phrase, et le moi ce, qui résume l'idée^ rend 
l'aflSnnatlon plus vive et plus énergique. l\ semble donc que la première partie de la 
phrase soit absolue et indépendante ; et nous adoptons volontiers l'analyse donnée 
par la Grammaire nationale qui dans cette phrase : c Son unique désir, c'est de 
charmer, » supplée d'abord quant à son unique désir, etc. CeUe tournure pourraU 
s'appeler en grec ou en laUn un nominaUf absolu. Seulement nous ne voulons pas, 
comme les auteurs de la Grofnmaire nationale, admirer toutes les beautés conte- 
nues dans le mot ce : pour nous, ce petit mot n'en dit guère plu* qu*il n* est gros,. 

A. L. 

Mais la répétition du pronom ce est indispensable dans le cas 
où le verbe être esl suivi d'un substantif du nombre pluriel ou 
d'un pronom personnel : « Ce qui nrallacbeleplusà la vie, ce sont 



358 DKS PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

« mes enfants et ma femme. » (Marmontel.) — ^ Ce qui m*arrache 
«au sentiment qui m'accable, c'est vous, i» (Deux^hke.) — «Ce 
« qu'on souffre avec le moins de patience, ce sont les perfidies, 
« les trahisons, les noirceurs. » (Th. Corneille.) 

Remarquez dans tous ces eiemples le pronom ce suivi d'un rclatir, en têlc de la 
phrase; el c'est* d'après cela qu'il faut enicndrcla règle. Lh Grammaire nationale 
critique donc à tort M. Girault-Du vivier, c» citant des exemples qui n'ont point de 
rapport à la question ainsi entendue. 

Pour terminer ce paragraplie, nous citerons encore une locution où te pronom ce 
ési évidemment empïoyé Comme le neutre des Latins. Si les Latins ont dit hue 
illud fuisse, nous disons vùilà donc ce que c'était; et rcxciamntion familière, 
c'est cela! vous vouïex me tromper, répond mot |K)ur mot â ce vers de Virgile 

(ÉnéidêJV): 

Hoc illud^ germattâ, fuit; me fraàtté pctcbas. 

Celte tournure latine nous donne l*etp1ication positive dé la tournure française. 
JBoc ou ce indique la chose la plus proche , illud ou cela, la chose la plus cluigncc. 
Le sens de notre locution c'est cela est donc ; ce (que je vois maintenant) est cela 
(la chose que vous vouliez me cacher). A. L. 

5 H. 
CELUi. 

Celui fait ceux ^^i pluriel; le féitiinin celle forme son pluriel 
piaf la seule^ addilîon d'un s; et les deux autres, celui-ci, celui-là, 
suivent entièrement la même règle : les adverbes ci et là n'ud- 
j^ttent aucune variation . 

Lés pronoms celui, ceUcy appliqués aux personnes et aux choses, 
ont toujours rapport à un nom énoncé auparavant. 

« Je ne connais d'avarice permise que celle du temps. » 

(Le roi Slanistas.) 

« Les défauts de Henri IV étaient ceuxd'un homme aimable, et ses 
« vertus, celles d'un grand homme. » 

. (Kote de Voltaire sur un ouvrage de M. de Rori, Vol. XIV de se^ OEûVres.) 

; « Les seules louanges que le cœur donne sont celles que la bonté 

« s'attire. » (Rfassillon, Orats, fmèhr.) 

La phrase suivante, par laquelle beaucoup de négociants cl de 

Étafchands sont dans l'usage de commencer leurs lettres d'affaires, 

n'est donc pas correcte : fai celui de vous annoncer, etc.; puisque 

y le pronom celui ne s'y trouve précédé d'aucun nom. Il faut dire : foi 

l honneur y fai le plaisir, etc. 

. 11 faut remarquer cependant que ces pronoms font quelquefois 
exception à cette règle, c'est-^-dire qu'il s'emploient, dans quelques 
CKUf, s$yi^auçjQm rapporta un nom qui précède; ^ ce sens, ils se 



BES PROMOMS DÉMONSTRATIFS. 359 

disent seulement des personnes, et sont suivis d'un pronom; tel 
que : de qui, que, dont, duquel^ ciy là, etc., nécessaire pour res- 
treindre l'idée générale de ce mot à une idée particulière comme 
dans les exemples suivants : 

Ceux qui fonl des heureui sont les vrais conquérants. 

(VolUire^ UUre à Christian VU, roi de Danemarek.) 

Céiui qui fait toul vivre, et qui fait tout mouvoir, 
S'il donne Tétre k tout, ra-t-il pa recevoir ? 

(L. Racine, poème de la Religion, ch. I.) 

« Aimer ceux qui vous haïssent, ceux qui vous persécutent, et 
« les aimer lors même qu'ils travaillent avec le plus d'ardeur à 
« vous opprimer, c'est la charité du chrétien, c'est l'esprit de la re- 

« lîgion. » (Bourdaloue, sermon pour U Mte de saint Ittkmne.) 

« Celui qui rend un service doit l'oublier, celui qui le reçoit, s'en 

^ souvenir. » (pensée de Dénoslhène : Voyage d'Anachapsit.) 

(Le Dictionnaire deiFéraud. — Mamontel, page 'zn, ei les Gramm. mod ) . 

Souvent, pour donner plus de force et d'élégance à l'expression, 
on sup})rime le pronom; ainsi Racine, au lie\i de dire : « Yo^'ez si 
« mes regards sont ceux d'un juge sévère, » a dit : 

Voyez si mes regards sont d'un juge sévère. 

(Andromaque , act. III, se. 6.) 
(Le P. Buflier, n» 468. — Demandre et Lévizac.; 

Cette dfipse est vive, elle a quelque chose dé Kardi, mais qûdqUe- 
fois elle peut rendre la phrase obscure. 

Les pronoms celui^ eeuXy celky celles ne peuvent pas être suivis 
immédiatement d'un adjectif ou d'un participe, comme celle reçvie^ 
ceux aimables ; ils ont besoin, pour être modifiés par un adjectif bu 
un participe, d'avoir après eux un pronom relatif : celle qui est 
reçue, ceux qui sont aimables. 

Mais pourquoi celui ou celle ne peut-il pas être immédiatement 
suivi d'un attribut particulier (adjectif ou participe)? parce qu'il ex- 
prime une idée indicative avec restriction, équivalente à cet homme ^ 
cet objelj cette femme, cette chose, E^ effet^ on ne dit pas celui ab- 
solument, il doit nécessairement être accompagné de quelque chose 
qui en circonscrive, qui en restreigne la signification. Celui homme, 
telui beau, sont des locutions que rejette notre langue. . 

(Domergue, page 'i^K de' ses Èolut, Gramm.) 
M. Lemare (page 600], Féraud et les Grammairiens qui ont abot^ cette difficulté 
ont approuvé celte solution. 

' —Les raisons avancées par Domergoenous sembleniici portera faiii. Lorsqu'on 
difc la gloire 4e Philippe et eeUe d* A lexandre, \^ pronom celle. é^nWt^^iOn^l^. 



360 DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

ment à la gloire, et non pu à cette gloire. D'un autre c6lé, si Ton joint au pronooi 
un adjectif ou un participe, on en restreint alors, on en circonscrit la significalion. 
La phrase ceux aimables ne répugne donc en rien à la règle posée pour la com- 
iMittre. Aussi les auteurs de la Grammaire nationale, d*après la décision mêoMs 
delà Société grammaticale, approuvent-ils ces sortes de phrases. Mais nous pensons» 
à notre tour, que le génie de notre langue les repousse. En effet , nulle pari on ne 
joint immédiatement au pronom un adjectif ou un participe; Ton ne dit pas moi 
satisfait, vous heureux; on dit cela est beau ,- mais non, cela beau me plait ; et 
par la même raUon, on ne dit pas celui 6eau, celle aimable. Remarquez d'ailleurs 
que dans ce dernier cas il faudrait plutôt employer rariicle (voye^ page 212), quoi- 
qu'il ne fasse pas toujours un très bon effet : • Les chevreuils bruns ont la chair 
plus fine que les roux • (Buffon) ; et non que ceux roux. Nous n*hésitons donc 
pai A condamner comme fautive celte dernière forme. Toutefois avec le participe 
n femble que la problbitlon soit moins rigoureuse. Racine a dit : • Je joins a ma 
lettre celle écrite par le prinee ; • Montesquieu : • i4i blessure faiic a une bêle et 
€9Uê faite à un esdave. » Comme dans ce cas on ne peut plus faire usage de l'ar- 
tide, peut-être faut-il tolérer le pronom à cause de la vivacité de la phrase. Nous 
pensons néanmoins qu*il est mieus de révller. A. !.. 

Pr&entemcnl il s'agil de savoir si l'usage permet de faire rap- 
porter les pronoms ce/ui, celle à un subslanlif pluriel» el les pro- 
noms ceux, celles à un subslanlif singulier. 

Quelques exemples, pris dans nos écrivains les plus eslimcs» prou- 
veront que Tusage admet ce rapport : 

« L'amour est celui de tous les dieux qui sail le mieux le chemin 

« du Parnasse. » (iucmi% îcuro V, a m. U Vasseur.) 

« J'ai tout réduit à trois stances, et j'ai ôlé celle de rambilion, qui 
« me servira pcul-èlre ailleurs. » (Le méoïc, leur© x\ix,è m. u vittcur.) 
€ Cette phrase el celles qui la suivent deviennenl claires. » 

(VoUairo.) 

« L'influence du luxe se répand sur toutes les classes de rétal, 
c même sur celle du laboureur. » (Marrooiuei.) 

€ Vous serez seul de votre parti, peut-ôlre; mais vous porlcre/, 
« en vous-même un témoignage qui vous dispensera de ceux des 

« hommes. » (j.-j. Rousseau.) 

« La satire de Boîleau sur THoniime est une de celles oii il y a le 
« plus de mouvement et de variété. » (u iiarpe.) 

« On répétait avec admiration le nom des Solon et des Lycurgue 
« avec ceux des Miltiade et des Léonidas. » (Thomas.) 

« Cette logiqt^e ne. ressemble à aucune de celles ou'on a faites jus- 
€ qu'à présent. » 

G^te construction , dit M. Boniface ( dans son Manuel des amat. de 
la lang. flranç.^p. 167), contraire en effet aux lois de la grammaire, 



DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS^ 301 

qai veulent que le pronom prenne le genre et le nombre du nom 
qu'il représente, peut être justifiée par la syllepse (275), figure dont 
les écrivains se servent fréquemment. 

Il est vrai qu'on peut éviter cette construction en répétant le sub- 
stantif, et quesouventmêmecette répétition e§t élégante; par exemple, 
Marmontel aurait pu dire : « L'influence du luxe se répand sui toutes 
« les cUisses de Véini y même sur /a c/asse du laboureur; » mais ce 
n'est pas là un motif pour proscrire ces sortes de phrases. 11 y a plus, 
si le pronom était accompagné de quelque chose qui en déterminât 
le nombre, de même que si la répétition du substantif produisait un 
effet désagréable, il ne faudrait pas craindre d'employer le pronom. 

Ce qui a été dit sur la répéliUon de rarlicle (page 213; peul s'appliquer au pronom. 
Il ne fera donc pas nécessaire de l'employer dans des phrases comme celle-ci : • Les 
ponUfes d*A.thène8 et de Rome étaient juges des pièces tragiques. » (Voltaire.) Quel- 
ques Grammairiens veulent voir une faute là où le style gagne en vivacité par l'el« 
Hpse sans rien perdre de sa clarlé. A. L. 

§ Ml. 
CELUI-CI, CELUI-LA. 

Le pronom celui^ ainsi qu'on vienl Je :e voir, n'a de lui-môme 
qirtiiic signification vague; aussi exigc-t-il toujours après lui un qai 
relatif qui en détermine le sens. Mais celui-ci et ce/m-Zà, ayant une 
sigiiiPication fixe par le moyen de ci et de là y qui en sont insépa- 
rables, n'exigent ni 7111 ni gue. 

Celui-ci, gToticui d*une charge si belle, 

N*ctJt voulu pour beaucoup en être soulagé. (La Fontaine, Fab. l, 4.) 

(!c serait donc mal parler qued*en iijouter un immédiatement, et 
de dire : Celui-là qui voudra être heureux, etc. 
Autrefois cependant on en ihisaît usage : 

Mai^ qu*il soit une amour si forte 

Que cette-la que je vous porte> 

Cela ne se peut nullement. (Malherbe ) 

Le feu qui brûla Gomorrhe 

Ne fut jamais si véhément 

Que celui-là qui me déTore. ■ (Voiture.) 



mm 



C^b) La syllepse, comme on le verra à la construction /igufée\ a lieu lorsque 
les mots sont employés selon la pensée, plutôt que selon l'usage de la construction 
grammaticale. Par cette figure, on met souvent au singulier ce qui devrait être au 
pluriel, et au pluriel ce qui a rapport au singulier ; nos meilleurs Grammairiens voient 
de rélégance dans ce tour, où d*aufres ne volpnt qu'une ftiute. 



362 DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

A présent on ne le tolère pas; cependant lorsqu'il y a quelque 
chose entre ces pronoms et le pronom qui, on permet l'emploi de ce 
relatif. 

« Celui-là est deux fois grand, qui, ayant toutes les perfections > 
« n'a pas de langue pour en parler. » rpeosée de craeian.) 

Celui-ci peut aussi être suivi du qui relatif dans une seule cir- 
constance , c'est lorsque qui est le sujet d'une proposition incidente 
explicative, c'est-à-dire qu'on peut retrancher, sans altérer le sens 
de la proposition qui a pour sujet celui-ci ou celui-là : « Celui-ci, 
« qui est déjà usé, vaut mieux que celui-là, qui tout est aeuf. » 

Celuir^i, celui-là s'emploient quand il s'agit de personnes ou de 
choses présentes , mais avec cette différence que crf«t-et sert à dé- 
signer un objet ( personne ou chose ) près de celui ^ùî parte ; et ce- 
lui'lày un objet moins près. Supposons qu'il soit question de deux 
livres placés sur une table, mais l'un à l'extrémité de la table, et 
l'autre presque sous ma main ; je dirai, en parlant du dernier, don- 
nez-moi celui-ci (le plus près ); et en parlant de l'autre, donnez-moi 
celui-là (le moins près). 

I^ même règle s'observe quand les personnes ou les choses dont 
en parle ne sont pas présentes, c'est-à-dire que celm-d se rapporte 
à ce qui a été dit en dernier lieu, comme étant plus près^ et cdui-lé 
à ce qui a été dit auparavant , comme étant ^m éloigné. Exemples t 

La FoKe et rAmour jouaient on jour ensemble ; 

Celui^i n'était pas encor privé des yeux. ' . ; 

(La Fontaine, VAmour et la.^olie.) 
Tel est l'avantage ordinaire 

' <}o*ont sur la beauté les talents ; 

■ €ettxr^iifi9\ieai dAni tous les temps, 

Celle-là n'a qu'un ten^ pour plaire. (V#tM^.) 

« Un magistrat intègre et un braye oQicier sont également esti- 
« mables ; celui-là fait la guerre aux e^nemis domestiqua, celui-ci 
« nous protège contre les ennemis extérieurs. » 

.. :(ftfl^er, page 270. ~ Reslaul, page 1 19. — WaiUy, -* Le DIcL 4e FAeadém.) 
Quelquefois encore dans les énuméraUona on ae sert de ces deux pronoms sans 
qu'ils aient rapport i un substantif exprimé : « Celui-ci meurt dao» ies prospérités 
« et duns les richesses ; celui-là dans la misère et 4mi l'amertume de son âme. • 
(Flécbicr.) Mais quand le pronom n'a rapport qu'à un seul substantif exprimé» 
peut-on bidifféremment mettre l'un pour l'autre? La (Grammaire tMUiçna/e se pro- 
nonce pour l'afârmative à propos de celle phrase de Pascal : t Si j'avais écrit les 
Provinciales d'un, style dogmatique, il n'y aurait eu que les savants qui [es auraiot 
lues» et ceux-là n'en avaient pas besoin- ji l\ nous semble cependant que ceux-ci 
ne rendrait pas la pensée.flp.jpascai ; il veut opposer /e« sapanU à une autre classe 

a 



DES PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 363 

détecteurs; ii y a donc dans sa pensée deux termes de rapport, l'un exprimé^ Vautre 
sous-entendu, et c'est ce qu'il fait parfaitement comprendre par le pronom ceux-là, 
*|tti est l'indice d'un second terme. L'un de ces mots ne peut donc pas remplacer 
l'autre sans changer la nuance de l'idée. A. L. 

§ IV. 
C/:C/, c/':la. 

Les pronoms démonslralîfs ceci', cela dîiïofent des pronoms dont 
011 \icnl de parler, LMi ce ciifiis ne se dîseul proprement que des 
choses, etfjulls n'ont point de pluriel. 

Ceciy cela s'emploient (luelquefois dans la même phrase, et en op- 
position; aloi*s ceci désigne Tobjelqui est plus prùs de nous, et cela^ 
Kubjel qui en est plus élof^né; comme : Jen*aimepas ceci, donnez- 
moi de cela, (L'Académie.) 

Quand' le prdnom cela est seul, cl sans opposition au pronom ceci , 
Il se dil, de même que ceci , d'une chose que Ton lient et que Pon 
Tiîonlr<? : Que dites-vous de cela, cela est fort beau (L'Académie.) 

Dans It^ style tout k fail familier, surlout dans Id conyersdtion, on 
dil ça au lieu de cela. 

Le soir Alain fit un beau songe ; 
Cest toujours ça, 

Quciquefois ceia se dit aussi des personnes; par exemple, l'usage 
permcl de dire, en parlant d'tm enfant, mais dans le style familier : 
Cela est heureux; cela ne fmt que /ouff. 

CLc Ulci,, (te VAcadCmie^ au mot cela,) 
Les auteurs de la Grammaire nationale établissent ici une distinction impor- 
tante él «fufieuse sut retnpifol de ces |)fonoms dans Ic^ formes ^ntérrogaflveis. Selon 
éilx, tl faut al6r)i &èpaféfiés particules ei et là du mot «ré", et écrire : qu^eêùce ci? 
yfée'éiààt& eiheé fàt' <fuêt maraud est-ce ci? quels amants sorit-ce là? Nous 
croyT^ns cétte'règlé fort Juste, {knirvu toutefois quelle ne soit pas exdûslTe. Selon 
nous, les deui locuUons existent dans notre langue, et le sens doit déterminer l'or- 
thograpbe. Nous écrirons donc:^u"eête$eî? ^u'^'t cela? (c'est-à-dire, quelle est 
cette chose?; quand nous voudrons désigner un objet et y fixer l'attention. Mais quand 
il s'agira d'indiquer un mouYement de la pensée, une exclamation de surprise, de 
colère, etc., alors il faudra écrire qu'est-ce ci? qu'est-ce là? c'est-à-dire, qu'y a- 
i4i ici? que vois je là ? De là vient qu'on peut dire $em loi parUcalea i • qu'est*ce ? 
qM'avez-vous ! » Le pronom reparaît quand rinterrogation est suivie de qlie, et l'on 
dit qu*est'Oe que ceci ? n'est-ce que cela ? Ces disUnclionSi du reste, ne sont pas 
toujours observées dans nos livres. 
Voyez encore ce qui va être dit immédiatementsorradlèciif pronominal ce, À. L. 



364 DES ADJECTIFS PRONOMINAUX DÉMONSTRATIFS. 

ARTICLE V. 

DES ADJECTIFS PRONOMINAUX DÉMONSTRATIFS. 

Les adjectifs pronominaux démonstratifs sont ce, cet, cette y ces; ils 
sont toujours joints à un nom, dont ils restreignent la signideation, 
et qu'ils modifient, en y ajoutant une idée d'indication. 

f)c celle nuit, Phéiiicc, as-lu vu la splendeur? 
Tes yeui ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur? 
Ces llambeaux, ce bûcher, celle nuit enflammée, 
Ces aigles, ce^faisceaui, ce peuple, cette armée. 
Celle fouie de rois, ces consuls, ce sénat. 
Qui tuus de mon amant empruntaient leur éclat , 
Cette pourpre, cei ur, que rehaussait sa gloire 
. Et ces lauriers encor témoins de sa victoire. 

(Itacine, Bérénice, act. I, se. 6.) 

L'adjectif pronominal servant à dcUM'ininer la signification du 
substantif, il est évident que ce est adjectif pi^onominal démonstra- 
tif, lorsqu'il pr^èdc un nom, soit seul, soit accompagné de son ad- 
jectif, comme dans ce château, ce superbe monument. 

L'adjectif pronominal démonstratif, ainsi qu'on a pu le remar- 
quer dans les vers qui viennent d'être cités, se i*épéte avant ch:ique 
substantif; on le répète aussi lorsqu'un nom est accompagné de 
deux adjectifs qui ne qualifient pas le même substantif; comme dans 
cette phrase : Ces beaux et ces vilains appartements.-^ Odile règle 
ayant été expliquée, page 212 et page 344, nous ne pensons i^is 
qu'il soit nécessaire d'en parler davantage. 

. Quelquefois ces adjectifs amcncnl à leur suite les, parUcules ci, là, qui serveat à en 
déterminer la valeur démonsiraUve d'une manière plus précise encore : Cet Aomme. 
ci, ce monde-ci, ce temps-là, ce bonheur^là. C'est par l'ellipse du substantif in- 
termédiaire que semble s'ébre formé le pronom démpnstraUf ceci, cela. A. L* 

ARTICLE Vf. 

DES PRONOMS RELATIFS. 

La fonction des pronoms relatifs est de rappeler dans le discours 
ridée des personnes ou des choses dont on a déjà parlé, afin de d6- 
tcrniiner l'étendue du sens qu'on leur donne. On les appelle relatifs 
à cauftc de la relation ou du rapport qu'ils ont avec les noms ou \m 
pronoms qui les prccédi>nt, et aui expriment les personnos ou les 



DES PROHOMS RBLATIVS. 865 

choses dont ils rappellent Tidée. Quand je dis : « Il y a bien des per- 

< sonnes qui aiment les livres comme des meubles; » qui a rapport 
à personnes y et c'est comme si je disais : Ily a des personnes , les- 
quelles personnes aiment les livres , etc. De même, quand je dis : 
L^ar QUE nous recherchons tant y est, etc. , que se rapporte à or^ et 
c'est comme si je disais : L^or^ lequel or, — et ainsi des autres pro- 

tioms relatifs. (Reslaul, pages I2t el 122.) 

Ce nom ou pronom qui précède le relatif est ce que l'on appelle 
antécédent. Cet antécédent n'est pas toujours exprimé; dans bien des 
phrases y il est sous-entendu; mais Tesprit le supplée aisément, et 
le place près du relatif qui s'y rapporte; dans cette phrase : « 11 est 
« étonnant que Henri IV ait péri sous le fer d'un assassin, lui qui 
« n'était occupé que du bonheur de ses peuples; » lui, aQtécédent de 
qui, tient la place de Henri IV, exprimé auparavant. Mais dans cette 
autre phrase : « Qui veut être heureux doit dompter ses passions, » 
le nom substantif est sous-entendu ; c'est comme s'il y avait : L'homme 
qui veut être heureux, etc. (Lévizac, page 339, 1. 1.) 

Nota. Dans an instant nous diront ce que c'est qa*un pronom explicatif et un 
pronom inditêmUnaUf. 

Les pronoms relatifs ont encore la propriété de faire l'office de 
conjonction, en unissant deux membres de phrase; quand on dit: 
« Les biens de la fortune , que nous recherchons avec un si grand 

< empressement, peuvent se perdre facilement; » le relatif gue réunit 
en une seifle phrase ces deux membres : Les biens de la fortune peu- 
vent se perdre facilement ;^^ Nous recherchons avec empressement les 
biens de la fortune; et il a de plus l'avantage de déterminer, avec le 
membre qui le suit, l'étendue du sens que Ton donne aux mots, les 
biens de la fortune. (Même autorité.) 

Nota. Qoelqaes Grammairiens^ et entre autres i'ablié de Condillac, donnent à ces 
pronoms le nom de pronoms eonjonetifs. 

Les pronoms relatifs sont qui, que, quoi, lequel, dont^ otl, le, la, 
les, en, y. 

§1. 
QUI. 

Qui est pronom absolu ou pronom relatif 

Il est pronom absolu, quand il n'a pas d'antécédent exprimé, et 
qu'il n'offre à l'esprit qu'une idée vague et indéterminée; il signifie 
alors quiconque, celui qui, celle qui. Exemples : 



^66 PSS PROlfOMS RELATIFS 

Qui 86 lasse d*iin roi peat se lasser d'an père. 
Mille exemples sanglants nous peuvent l'enseigner. 

(P. Corneille^ jyicomède, act. Il, 9Ç. 1.) 

Qui veut parler sur tout souvent parle au hasard ; 
On'se croit orateur^ on n'est que babillard . 

(M. Andrieux, Mém. de VInst. , vol. IV, page 443. ) 

Qui né fait des heureux n'est pas digne de l'être . (Des Boalmien.) 

LAche qui veut mourir, courageux qui peut vivre. 

(Racine le fils, la Religion, ch.TI^ vers 168.) 

Qui absolu peut être sujet ou régime. Il est sujet dans les exemples 
qui précèdent; il est régime dans qui aimez-vous P de qui parlez- 

vous ? (Regnier-Desmarais, page 29S. — Wailly, page 201. — Restaut, page isi.) 

Qui est relatif, quand il a un antécédent exprimé, nom où pronom ; 
en ce sens 11 signifie lequel^ laquelle^ lesquels, lesquelles. Exemples : 

Le premier qui fut roi fut un père adoré. 

(L'abbé Aubert, Prologue, liv. V de ses fables.) 
L'amour avidement croit tout ce qui le flatte. 

(Racine, Mithr., act. Ilf, se. 4.) 

« Le premier qui yersa des larmes fut un père malheareux. » 
Qui absolu, n'offrant à l'esprit qu'une idée vague et indéterminée, 
ne s'emploie ordinairement qu'au masculin et au singolier, c'est- 
à-dire que les adjectifs qui peuvent s'y rapporter sont mis aa mas* 
colin et au singulier. 

Qui ne sait compatir aux maux qu'on t soufferts I 

(Voltaire, Zaln, aeL It, se. 2 ) 
Il est cependant quelquefois suivi de noms qui marquent un 
féminin et un pluriel, comme quand on dit à ime femme :Qi}i 
choisissez-^ous pour compagnes? et à un bomme : qui choisissez^ 

vous pour COMPAGNONS? (Re8lau^ page 1 50. - Waffly, page toi.) 

Le qui absolu ne s'emploie qu'en parlant des personnes ou des 
choses personnifiées, comme dans ces exemples : 
' « Qui est celui qui vient le premier de tous^ nonchalamment ap- 

« puyé sur son écuyer ? » (Bolleao, Ut Héros de Bûmm.) 

« Dites-moi, je vous prie, lui demanda Clorinde, qui sont ces 

« jeunes gens? d (j..j. Rousseau, OlHide et Sophronie.) 

; ^ On dit bien : « Il y avait hier chez vous beaucoup de personnes; 
< qui sont-«lles? » mais on ne dira pas : « Vous avez plusieurs rai- 
« sons à alléguer contre ce que je dis, qui sont-elles? » parce que le 
pronom absolu qui ne s'emploie pas pour les choses; il fout dire : 
QUELLES sont-ellesP ou prendre un autre tour. 

(Th. Corneille^ sur la ïTt» Hem» de Vaugelas, — Wallly, p. 800. — Mannoolel, p. tSS.) 



DES PRONOMS RELATIFS. 367 

Qui pronom relatif est tantôt sujet et tantôt régime indireet ; il 
est sujet dans ces phrases : « L*Àme du souverain est un moule qui 
« donne la forme à tous les autres. » (Montesquieu, Lettres pers., 
lettre 99".) — n est régime indirect, toutes les fois qu'il est précédé 
d'une préposition : 

L'enfant à qui tout cède est le plos malbeareax. (Vlilefré.) 

Lorsque qui est sujet, il se dit des personnes et des choses, et doit 
être préféré à lequelle, laquelle : « L'hoçjmae qui vit content de ce 
« qu'il possède est vraiment heureux. » 

« L'amitié est une âme qui habite deux corps, un cœur gui habite 

«t deux âmes. » (pensée d'Arisloie.) 

« La manie de conquérir est une espèce d'avarice qui ne s'assouvit 

€ jamais. » (Mannontel, BéUsaire^ ch. VIU.) 

(Le P. Biiffier, n» 443. — D'Oliyet, page 180. — Th. Corneille, sw la 122* Bemarque 
de Vaugelas. ^ Restaut, page 139. ^ Wailly, page 190.) 

n ne serait pas permis de substituer dans ce cas le pronom lequel 
au pronom qui. 

Cependant, comme lequel est susceptible de genre et de nombre, 
il y a bien des écrivains qui l'emploient volontiers pour prévenir 
les équivoques ; mais il faut, autant qu'il est possible, choisir un 

autre tour. (Condillac, chap. XII, page 3i6 ) 

Lorsque le relatif qui est régime indirect, il ne se dit que des per- 
sonnes ou des choses personnifiées : « Il y a du plaisir à rencontrer 
< les yeux de celui & qui Ton vient de donner. » 

(La Bruyère, chap. IV, page 246 ) 

Le bonheur appartient A qui fait des heureux. 

(Delille, poème de la Pitié, cb. IL) 
Rochers à crut je ne plains, 
Bois à gtii' je conte mes peines. (Narmonlel ) 

« T^ gloire d qui je me suis dévouée. » (vaugeias ) 

(Th. Corneille, 4vr Sa 64* Rem, de Vaugelas. — L'Académie, page 67 de ses Observ.^ 
et 8OD Dfct, au mot qui. — D'Olivet^ page 18O. — Gondillac, page 31 S. ^ Les 
Grammairiens modernes.) 

Remarque. — Quand le relatif qui ne se dit ni des personnes njL 
des choses personnifiées, on ne doit point le faire précéder d'une 

préposition. (Le p. BulBer, n^ AU. — GondiUac, p. 219.) 

Il semble qu'en poésie et dans le style élevé il soit permis de dé^ 

roger à ce principe. On lit dans Corneille : 

Soalicndrez'Vous un fait sous qui Rome succombe? 

{Pompée, acte l, se. 1.) 



368 DES pnoNOMS relatifs. 

Dans Racine (Phèdre^ act. III, se. 3 et se. 6) : 

Votre vie est pour moi d'un prii à qui tout cède. 
J'ai su tromper les yeux par qui j'étais gardé. 

Dans j.-B. Rousseau (Ode XVI) : 

Du haut de la montagne où sa grandeur réside. 
Il a brisé la lance et l'épée homicide 
Sur qui l'impiété fondait son ferme appui. 

Dans iToltaire {Alzire^ act. V, se. 4) : 

Je pardonne i la main par qui Dieu m*a frappé. 

Cette inexactitude est excusable en poésie, où Ton met plus de 
force dans l'expression, et où Ton sait d'ailleurs que tout s'anime, 
et que l'on y personnifie souvent les objets. (HAmes autorités) 

Voyez plus bas ce que nous disons sur remploi du pronom lequel. 

Le pronom qui n'a point par lui-même de nombre ni de personne, il 
prend le nombre et la personne de son antécédent, ou, si l'on veut, 
du nom ou du pronom auquel il se rapporte, et les communique au 
verbe dont il est sujet; conséquemment on dira : 1° Moi qui ai 
parlé, toi qui h&pariè, lui ou elle qui à parlé, nous qui kyojis parlé, 
vous qui AVEZ parlé, eux ou elles qui ont parlé. 

Parce que qui représente la première personne dans moi qui ai 
parlé^ nous qui avons parlé^ les pronoms moi et nous étant de la 
première personne; il indique la seconde personne dans toi qui as 
parlé, vous qui avez parlé, les pronoms toi et vous étant de la se- 
conde personne; enfin, gm désigne la troisième personne dans /mou 
elle qui a parlé, eux ou elles qui ont parlé, les pronoms lui, elle, 
eux et elles étant de la troisième personne. 

(MM. de Port->Royal, page f 32.— Tb. Comeille, tur la 9S* Rem- de VaugeUu^ ptge 273. 
— L'Académie, page 103 de ses Observ, •— Restaut, elc, etc.) 

2* D'après le même principe, on dira : 

Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne, 
} Qui crois rame immortelle, et que c'est Dieu qui tonne. 

(Boilean, Sat, I.) 

et non pas qui croit. 

Si c'était moi qui voulusse, si e^ était vous qui voulussiez^ si c'é- 
tait lui qui voulût, et non pas si c'était moi qui voulût, etc. 

(Même autorité.) 

Toutefois, Racine (dans Britannicus, act. n, se. 3) a fait usage 

du pronom qui à la troisième personne, quoique se rapportant à 

moi: 

Britannicns est seul : quelque ennui qui le presse^ 

n ne voit dans son sort que mot qui s'intéresse. 



DBS PRONOm relatifs; 369 

Geoffiroi, nn de ses commentateurs^ n'a fait aucune reinarqbe sur 
l'emploi de cette troisième personne, ce qui donne lieu de penser 
qu'il l'approuve; il dit seulement que à stm sort serait plus correct 
que dans son sorL ' ' 

Et Marmontel (p. 49 de sa Grammaire) dil^ sur ce vers, que Raçinç 
s'est exprimé comme il le devait en pareil cas. 

Sedaine, s'il est permis de citer Sedaine dans un ouvrage suT: la 
langue, a, de même que Racine, dit dans son opéra de Richgari 
Cosur-'de-lion : 

O Richard I ô mon roi I 

L'univerB rtbandoDne; 
Sur la terre il n'est donc que ami 
Qui B^intéretse à ta personne l 

et MoUère a dit aussi (dans Sganarelle ou le Mari trompé, se. 2} • * 
• Ce ne serait pas moi qui se ferait prier. 

Mais Domergue (p. 306 de ses Solut, gram.) n'approuve ni Racine, 
pi Sedaine, ni Molière, et il pense que ces écrivains ont fait une 
faute que rien ne saurait excuser; voici ses motifs : 

Dans les verbes pronominaux, tels que se repentir^ #'tnférei'5«r, etc., 
l'usage seul indique assez qu'il faut me à la première personne, ée k 
la seconde, se à la troisième, et que l'on dit: ;> m'intéresse, infini-- 
resses, il s'intéresse. Qui équivaut à lequel : IJ homme qui est venu; 
Phomme, lequel homme estvenu.~Il n'est que moi qvx m'intéresse, 
c'est-À-dire, il n'est que moi, lequel mot m'intéresse; il n'est que tik 
QUI t intéresses y c'est-à-dire, il n'est que toi, lequel toi f intéres- 
ses, etc. L'application à tous les cas est facile, de sorte que, ^lïr 
connaître de quelle personne est le sujet quii il ne fôut pas considè^ 
rer qui tout seul, ce pronom n'étant pas plus doué de personnalité 
que ce, grand , beau, et autres mots de cette espèce ; mais il fautfhiî^ 
attention au pronom sous-entendu, qui a seul le droit de communi- 
quer les accidents de la personne et ceux du nombre. 

M. Boniface, H. Serreaa et M. Aoger (dam son Commentaire nur MoHêre, le bépil am^ 
•de 111, se. V, ei le Mededn maigre M, aeie 1, 8& 6) se raogent à l'avis de Domergaft 

— Cette règle ne peut pas faire doute; et ce serait une faute grossière qœ d'y man- 
qner. Aussi dans i'eicmple de Racine, Imité par Sedaine, laut-il bien se garder de 
faire rapporter qui au pronom moi. Le poëte, pour la vivacité de la plirase, omet 
nne expression qu'il est facile de suppléer, il ne voit personne, ou nul autre que^moi, 
qui s'intéresse» H s'agit donc de rétablir une simple ellipse, et la phrase est très 
régulière. Molière, en se servant d'une locution populaire, s'est conformé au carac- 
tère du personnage qu'il met en scèHe : en pareil cas, la grammaire perd ses droits. 
Mais encore id il faut voir une ellipse, ee ne serait pas moi celle qui se fêtait 
I. 24 



3701 tas PRONOMS rrlatits. 

]»r^, La mime Ogore de slyle se ntroaTe dans eet autre Ten do Raeiiie t 

Je Dç> Toif pliM que »ou$ gui ki puit$e défendre. (ipAi^rdnie, III, s, Tarianie.) 
A l'appui de oelte forine, uous cUeroas la diffireoee signalée par M. Dessiaai euUe 
ces deui plirases : Il n*ya que vous qui aimie% votre épouse, c'est-i-dire, eUe n'est 
aimée <iae de TOtts ; çt il n'y a qw w)us, qui aime son 4poute, c'est-à-dire, xoos 
êtesie seul homme qui aime sou épouse. Hais daQ3 toutes ces phrases^ Tellipse ne 
peut porter que sur un root habituellement employé, et Jamais on ne frit usage que 
4a singulier personne. C'est donc à tort que la Grammaire nationale aouttent le 
pluriel dans ce vers de Molière : 

Et ne yerrons que nous qui sachent bien écrire. 
car on ne dit pas ordinairement nous ne vemms d'antrea personnes que nous qui 
tachent, mais bien personne autre qui aacAa, etc. Ne pardons pas de vue non plus 
que cette tournure est une exception. A . L. 

3* On dira : Fous parlez comme un homme qui entend la matière, 
et non pas qui entendez la matière. (Dqmergue). — Fou^parUx 
en hommeSy ou comme des hommes qui s'y connàisi^nt^ et nqa pas 
en hommes, ou comme des hommes qui vous y connaissez. (Lemare.) 
'-- Cène sont pas des gens comme vous, messieurs^ qui se permet- 
tent d'affirmer y et non pas qui vous permettez. (Le même.) -^ 
Paris est fort bon pour un homme comme vous, monsieur, qui porte 
iif^ grand nom et qui le sotUient^^t non pas qui pqrtez et qui le 
SOUTENEZ. (Voltaire, lett. 470); parce gue, dans chaeunede cea pt^ra- 
seSy le relatif qui ne représente pas le pronom , il représente le sub^ 
stantif qui le précède immédiatement et que Ton peut sous^atendre 
f^près lui; et, en effet, c'est comme si l'on disait : Fousparlex comme 
un hommCf lequel homme entend la matière. — Fous parlez en 
hommes, lesquels hommes s'y connaissent, •— Pa^ris est fort bon 
pour un homme, lequel homme, etc. , etc. 

Ce substantif que Ton est censé répéter après lequel dans ces 
phrases en est donc réellement le sujet; et alors c'est lui quia seul 
le droit de communiquer au verbe la personne et le nombre. 

L'exemple des meilleurs écrivains vient fortifier cette règle. Boi- 
leau a dit (dans une de ses lettres à M. le duc de Vivonne) : < Ête^ 
« vous encore ce même grand seigneur qui venait souper cbez un 
« misérable poète? » ~ Rousseau {Nouvelle Hèloise, p. 259, 1. 1) : 
« Je suis sûr que de nous quatre tu es le seul qui puisse lui svppo- 
€ ser du goût pour moi. » 

Rotrou {Iphig, , act. IV, se. 3) : 

S'il Toas convient pouft^nltquc Je suis la premUre, 
Qui TOUS ait appelle de ce doux nom de père. 

Montesquieu (LeU. pers.): « Tu étais le seul qui ^^ûlmodé- 



DES PRONOMS RELATIFS. 371 

« dommager de l'absence de Rica.» — Voltaire ((ett. àM. Caperonnier, 
juin 1762) : « Je suis l'homme qui accoucha d*un œuf. » Le même 
(lett. à M. Walpole) : « Ma destinée a encore voulu que je fusse le pre- 
« mier qui ait expliqué à mes concitoyens les découvertes du grand 
« Newton. » Le môme : < Je pense que vous et moi nous avons éta 
« les seuls qui aient prévu que la destruction des jésuites les rendrait 
« trop puissants. » — Fénelon (Dial. de Pithias et de Denis) : « Sou-, 
« viens-toi que je suis le seul qui fa déplu. » 
Mais Racine a dû dire (dans Iphigénie^ act. IV, ^. 4} : . 

Filte (PAganieinnon, c'est moi qai la première. 
Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père. 

(Dans BritannieuSy act. III, se. 3) : 

Poar moi, qai le premier secondai vos desseins* 

Et Voltaire (dans sa correspondance sur Shakspearey p. 417): 
« C'est moi qui le premier montrai aux Français quelques perles 
« que j'avais trouvées dans son énorme fumier. » 

£t daas sa tragédie de Brutus (act. I, se. 1) : 

Cest veu$ qut \t premier avez rompa nos fers. 

, ^ effet, le qui suivant immédiatement le mot moi, c'est à ce nom 
qu'il doit se rapporter. Le sens est c'est moi quiy c'est-^-dire, lequel 
moi vous appelai, etc. , et la preuve que le pronom qui ne se rap- 
{lorte pas au mot le premier^ c'est qu'on peut déplacer celui-ci et le 
inettre, par exemple, après le verbe. On peut dire : « C'est moi qui 
« vous appelai lapremière; c'est vous qui avez rompu le premier, etc. 
4® Lorsque le relatif qui est précédé d'un adjectif de nombre car- 
dinal ou simplement d'un adjectif, c'est au pronom placé auparavant 
que se rapporte le relatif, et non pas à l'adjectif, qui, n'ayant par 
lui-même ni genre ni nombre, ne peut communiquer l'accord^ en 
conséquence, il faut dire avec Corneille : 

N'aecnse polot mon sort, c'est loi seul qui l'as fait. 

(CinnOyàcU III» se. 4.) 

Avec Massillon (rices et vertus des grands) : « C'est vous seuls 
« (les riches et les puissants) qui donnez à la terre des poètes lascifs, 
« des auteurs pernicieux, desécrivains profanes. » — ^Avecl>acier('/^te 
t^nnibal) :, « Nous sommes ici plusieurs qui nous souvenons des 
m grands succès que nous eûmes dans la dernière guerre. » — Avec 
I.-J. Rousseau (la Nouv. fféMse, lett. I, pag. 7) : « C'est vous seuls 
« qui vous chargez par cet éclat de publier et de confirmer tous les 
« propos de milord Edouard. » 

24 



37S DES PRONOMS RELATIF». 

Avec Collin d'Harleville : 

Je ne Yois que nous deux qui soyons raisonnables. 

Avec M. Jacquemard : « Nous étions dmx qui étions du même 
« avis. » — Avec Marmontel (dans Lausus et [Afdie) : « C'est moi seul 
« qui suis coupable. » Parce que dans ces exemples ce sont les pro- 
noms tot, vous et nous^ antécédents de qui, qui communiquent la 
personne et le nombre au pronom relatif, et conséquemment au 
verbe. 

Observez que Ton dirait : Nous étions deux juges qui étaient du 
même avis, et non pas qui étions du même avis, à cause du substan- 
tif jw^fcj, qui est l'antécédent du pronom relatif qui. 

Il y a erreur dans ceUe observation. Le moi juges sert simplement A qaalifier le 
pronom nousyW Tait donc ici les fonctions d'adjectif, et par conséquent il ne peut 
communiquer raccord. Il faut de taule nécessité dire qui itiom» Mais au contraire 
avec rariicle le mot juges reprendrait toute sa valeur^ et Ton dirait alors : « Noos 
étions les deux juges qui étaient du même avis. > Celte difTérence se remarqoe 
dans tous les exemples précédents ; c'est par celte raison qu'on dit : « Je sais le seul 
qui Va déplu ; • et « si mot seul qui t'ai dépln. » Quelquefois cependant ces 
mots le seul, le premier ont dans la pensée de récrivain plutôt le sens d'une quali- 
fication que celui d'un substantif» et alors le pronom reprend ses droits. « Voas êtes 
le seul qui paraissiez me conduire à la félicité. » (J.-J. Rousseau.) — « Vous fûtes 
les premiers qui élevâtes de grands théâtres. • (Voltaire.) C'est done surtout le sens 
qu'il faut consulter pour déterminer l'accord. AL. 

Quand c'est un nom propre qui précède le relatif gfut,îl n>8t pas 
aisé de déterminer à quelle personne doit se mettre lé verbe dont le 
qui relatif est le sujet. 

Comme aucun Grammairien n'a encore abordé cette queMion, c'est 
mon opinion que je suis obligé de donner; peu confiant dans mes 
propres lumières, je crains de m égarer : j appuierai du moins ce 
que je vais dire d'exemples choisis dans les meilleurs écrivains. 

Ou le nom propre indique la personne qui parle, et alors 11 tient 
ia place de moi, pronom de la première personne; ou le nom propre 
indique la personne à qui l'on parle, et alors il tient la place de 
vouSj pronom de la seconde personne; ou enfin le nom propre in- 
dique la personne de qui l'on parle, et alors il tient la place de lui 
ou d'elle, pronom de la troisième personne. 

Dans le premier cas, qui est de la première personne; dans le 
second cas, de la seconde personne; et dans le troisième cas, de la 
troisième personne. Je dirai donc : « Je suis Samson qui ai fait 
« écrouler les voûtes du temple; » car c'est moi Samson qui parle, 
c'est de moi-même que je parle, et je me nomme; mon nom tient 



DES PRONOMS RELATIFS. S/fi 

évid^nment la place du pronom je et s'identifie avec ce mot; il en 
prend toutes les formes, il devient avec lui Tantécédent de qui, et, 
comme cet antécédent est de la première personne, je suis obligé de 
dire qui ai fait écrouler, etc. 

Fénelon vient à Tappui de cette opinion, lorsqu'il fait dire à Dio- 
mède (dans Télém.y liv. XXI) : « Je suisDiomède, roi d'Étoiie, qui 
« blessai Vénus au siège de Troie. » Dans cette phrase, il n'y a évi- 
demment qu'un seul individu , qui est Diomède, et Diomède parle, 
et parle de lui ; son nom tient donc lieu du pronom moi : aussi Fé- 
nelon a.-t-il mis le verbe à la première personne. 

Mais je dirai : « Vous êtes Samson qui avez fait écrouler les voûtes 
< du temple, » parce qu'ici il est évident que c'est à Samson que je 
parle, et qu'alors le nom propre Samson tient la place du pronom 
vous$ conséquemment j'ai été correct, lorsque j'ai mis le verbe à la 
seconde personne. 

Fénelon vient encore à l'appui de cette opinion, lorsqu'il fait dire 
à Tim(m dans son dialogue avec Socrate : « Je suis tenté de crdire 
€ que vous êtes Minerve, qui êtes venue, sous une figure d'homme, 
« ijDUitruire sa ville. » 

Enfin jç dirai : « Si vous étiez fort comme Samson, qui a fait A 
€ lui seul écrouler les voûtes du temple, vous... » parce que dins 
cette phrase. ce n'est pas Samson qui partes ce n'est pas nfonplus 
à lui. que je parle, mais c'est de Samson que je parle, et j'en parfé 
ici seulement pour, le comparer avec la personne à qui j'adresse là 
parole,: ce n'était donc ni à la première personne ni à la seconde 
personne que je devajs mettre le verbe qui exprime l-uction; mais 
c'était à la troisième personne, puisque, comme on vient de le Ybir; 
c'est d'uçe troisième personne que je parle. - 

Remarque;; bien que ^i dans chacun des cas dont il vient d'être 
parlé.nousay ions fait précéder le nom propre du détierminatif oe;' 
ou de tput autre déterminatif, et que nous eussions, dit, par exem- 
ple : Je suis C0 Samson; vousé^s ce San^09^, etc., etc., alors, au 
moyen de ce déterminatif, ifd, ce vérit^e.adjee^tify te mot Sams&ii* 
resterait dans la classe des noms substantifs, et deviendrait l'antécé^ 
dent de qui$ et comme tout nom est de la troisième personne, il 
obligerait le j^ronoix^ qui et le verbe:à prendre.la troisième personne.' 
Conséquemment, au lieu de dire, comme on vient de le voir : 4 Je suis' 
« Samson qui ai fait écrouler; vous êtes Samson qui at?ejr fait éçrou- 
« 1er; » on dirait : « Je suis ce Samson qui a fkit écrouler ; vous êtes 
c ce