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GRAMMAIRE 



DES LANGUES ROMANES 



..-^^ 



GRAMMAIRE 



DES 



LANGUES ROMANES 

PAR yU.'. t'/ 

FRÉDÉRIC DIEZ 

TROISIÈME ÉDITION REFONDUE ET AUGMENTÉE 



TOME PREMIER 



TRADUIT PAR .^ (• ^ 



Auguste BRAGHET e^^ . Gaston TARIS 




PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU 

187A 



I 'I 




k 






PREFACE. 



La phonétique a éprouvé dans cette troisième édition le 
même sort que dans la deuxième : elle a dû être soumise 
à un remaniement nouveau, bien que moins complet. Il est 
clair qu'il devait se produire pour une grammaire histo- 
rique des langues romanes bien des faits nouveaux dans 
une période d'à peu près douze années. D'une part 
ces langues possèdent un nombre considérable d' œuvres 
manuscrites dont la publication vient d'année en année 
enrichir leur littérature, et c'est une condition qui se 
reproduit dans d'autres domaines linguistiques ; d'autre 
part elles sont l'objet d'une étude très-active de la part 
non-seulement des savants nationaux, mais des étrangers, 
et cet intérêt qu'on leur accorde dans presque toute 
l'Europe est un avantage qui fait défaut à d'autres domaines 
ou ne leur est concédé du moins que dans une plus faible 
mesure. Pour ce qui concerne particulièrement les travaux 
des savants nationaux, on ne saurait estimer assez haut 
l'activité croissante de la nouvelle école du pays auquel 
appartient Raynouard , le fondateur de la philologie 
romane. 



— VI — 

On comprend facilement que ces efforts progressifs des 
dernières années ne pouvaient rester sans influence sur 
cette nouvelle édition. Limité par le temps, je regrette 
seulement de n'avoir pas pu prêter à toutes les recherches 
qui ont été faites l'attention qu'elles méritaient, et d'avoir 
été obligé de n'effleurer qu'en passant ou même de laisser 
tout à fait de côté mainte observation précieuse et maint 
trésor rendu au jour \ 

L'arrangement du livre est resté le même que dans la 
deuxième édition ; seulement j'ai donné cette fois au valaque 
dans la série des langues la même place que celle qui lui 
avait été assignée dans le deuxième et le troisième volume 
de la dernière édition. 

Dans l'introduction j'ai cette fois encore dépassé un peu 
les limites de la grammaire en y introduisant beaucoup de 
choses qui appartiennent proprement au domaine de l'his- 
toire des langues. Je mets dans ce nombre les brèves indi- 
cations littéraires sur les plus anciens textes : j'ai tenu à 
attirer dès le commencement du livre l'attention du lecteur 
sur ces monuments, parce que nous possédons en eux les 
sources les plus pures de la langue et les autorités vrai- 
ment décisives. A ce propos j'ai aussi cru devoir donner 
une notice des plus anciens travaux grammaticaux, en me 
restreignant toutefois, autant que possible, aux écrits que 
je connais pour les avoir moi-même pratiqués. 

F. D. 
Bonn, septembre 1869. 



1. C'est ce qui est arrivé notamment pour l'important ouvrage de 
Schuchardt sur le vocalisme du latin vulgaire;, que je n'ai été que peu 
en état d'utiliser. Je me sens d'autant plus tenu de renvoyer directe- 
ment le lecteur à ce livre comme un complément au mien. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Introduction. Éléments et domaines des langues romanes. 

1. Éléments p. ^-66. Latins 4-50, grecs 54-55, allemands 55-56. 
IL Domaines 67-430. 

\ . Domaine italien 68-83. 

2. Domaine espagnol 83-90. 

3. Domaine portugais 90-93. 

4. Domaine provençal 93- i 05. 

5. Domaine français 405-424. 
Dialectes roumanches 424-424. 

6. Domaine valaque 424-430. 

LIVEE I : PHONÉTIQUE. 

Première section : Lettres des langues mères 434-308. 

Lettres latines 434-283. Voyelles 4 35-4 87. Accentuées : a, e, i, o, 
w, y, x, œ, au^ eu^ ui. Atones 4) en dehors des cas d'hiatus; 
2) formant hiatus. Remarques. — Consonnes 4 87-283 : / [Ir, tl^ cl, 
glj pl^ bl^ fl]^ m [ml^ mn^ mr, mn^ mt^ md^ mph), n [nl^ nm^ nr^ 
ns^ ng)^ r {ri, rs^ Ir, nr)^ t [tr^ st)^ d {dr^ dj^ dv^ nd) z, s (sr, st, se, 
sp), c {et, es, le, ne, rc, te, de, se), ç, g [gu, gm, gn, gd, ng), j, 
h, p {pn, pt , pd, ps), b [bl , br, bt, bs, bj, bv, mb), f, v. 
Remarques. 

Lettres allemandes 283-304. 

Lettres arabes 304-308. 

Deuxième section : Lettres romanes 309. 

Lettres italiennes 340-330. Voyelles : a, e, i, o, u, au, ie, uo. 
Consonnes : l (gl), m, n [gn], r, t, d, z-, s (se), c [ch), q, g (gh), j, 
h, p, b, f, V. 



— Vlll — 

Lettres espagnoles 330-35 ^. Voyelles : a, e, i (y), o, u, au, ie, 
ue. Consonnes : / (//), m, n (/z), r> t, d, s (se), s, c, ç, chy Xy g (gn), 

j, y, ^, Py ày fy V. 

Lettres portugaises 35i-360. Voyelles : «, e, i, o, ^^, a?, ei, oi, uiy 
ou. Consonnes : / (Ih), m, n [nh)y r, t, d, s, z, c, ç, c^, a?, g [gn), 

jy hy P, by (y V. 

Lettres provençales 360-386. Voyelles : a, e, i (y), o, 2/, ai, ei 
[ici), oi [uei, uoi), uiy au [ao), eu (ieu), iu [ieu], ou, le, ue, [uei), 
uo. Consonnes : / (//i), m, n [nh), r, t, dy s, z (tz), c, q, ch, Xy g,jy 
hy p, h, f, V. 

Lettres françaises 386-433. Voyelles : a, e, i (y), o, u, ai, eiy oi, 
ui, au, eu, ou, ie. Consonnes : / [ill, il), m, n {gn), r, t, d, s, z, c, 
q, ch,x, g,j, h,p, h.f, v. 

Lettres valaques 433-450. Voyelles : a, e, i, o, u, ç, u, au, ie, ea, 
oa. Consonnes : /, m, n, r, t, d, tz, s p, U), z, c [ch), g [gh), z, j, 
h, p, b, f, V. 

Troisième section : Prosodie 45^-476. 

\. Quantité 454-464. 

2. Accent 464-475. 

Notation prosodique 475-476. 



ABRÉVIATIONS. 



alb. albanais, 
angl.sax. anglo-saxon, 
arch. archaïque, 
b.all. bas-allemand, 
b.lat. bas-latin, 
bourg, bourguignon, 
bret. breton, 
cat. catalan, 
comp. composé, 
compos. composition, 
contr. contracté, 
esp. espagnol, 
fm. final, 
franc, français, 
fris, frison. 

h.allem. haut-allemand, 
h.all.mod. haut -allemand mo- 
derne, 
init. initial, 
it. ital. italien, 
lomb. lombard. 

m.h.all. moyen haut-allemand, 
mil. milanais. 

m.néerl. moyen néerlandais, 
nap. napolitain. 



n. de l. nom de lieu. 

néerl. néerlandais. 

norm. normand. 

n. pr. nom propre. 

occ. occit. occitanien (du Lan- 
guedoc) . 

pic. picard. 

piém. piémontais. 

port, portugais. 

pr. prov. provençal. 

prim. primitif. 

rou. rouchi. 

roum. roumanche. 

sic. sicilien. 

suf. suffixe. 

val. valaque. 

vaud. vaudois. 

vén. vénitien. 

v.h.all. vieux haut-allemand . 

v.nor. vieux-norois. 

v.sax. vieux-saxon. 

wal. wallon. 

* désigne des formes ou des mots 
hypothétiques, explicatifs. 



•^^ 



PREMIERE PARTIE. 



ÉLÉMENTS DES LANGUES ROMANES. 



I 

ÉLÉMENT LATIN. 

Six langues romanes attirent notre attention, soit par leur 
originalité grammaticale, soit par leur importance littéraire : 
deux à Test, l'italien et le valaque ; deux au sud-ouest, l'espagnol 
et le portugais; deux au nord-ouest, le provençal et le français. 
Toutes ont dans le latin leur première et principale source ; mais 
ce n'est pas du latin classique employé par les auteurs qu'elles 
sont sorties, c'est, comme on l'a déjà dit souvent et avec raison, 
du dialecte populaire des Romains, qui était usité à côté du latin 
classique, et bien entendu, de la forme qu'avait prise ce dialecte 
dans les derniers temps de l'Empire. On a pris soin de prouver 
l'existence de ce dialecte populaire par les témoignages des an- 
ciens eux-mêmes ; mais son existence est un fait qui a si peu be- 
soin de preuves qu'on aurait plutôt le droit d'en demander pour 
démontrer le contraire, car ce serait une exception à la règle. 
Seulement il faut se garder d'entendre par langue populaire autre 
chose que ce qu'on entend toujours par là, l'usage dans les basses 
classes de la langue commune, usage dont les caractères sont 
une prononciation plus négligée, la tendance à s'affranchir des 
règles grammaticales, l'emploi de nombreuses expressions évitées 
par les écrivains , certaines phrases , certaines constructions 
particulières. Voilà les seules conséquences que permettent de 
tirer les témoignages et les exemples qu'on trouve dans les au- 
teurs anciens ; on peut tout au plus admettre que l'opposition 
entre la langue populaire et la langue écrite se marqua avec une 
énergie peu commune lors de la complète pétrification de cette 

DIEZ. i 



2 INTRODUCTION. 

dernière, peu de temps avant la chute de l'empire d'Occident. 
Une fois l'existence d'une langue populaire admise comme un fait 
démontré par des raisons d'une valeur universelle, il faut en re- 
connaître un second non moins inattaquable , c'est la naissance 
des langues romanes de cette langue populaire. En effet, la 
langue écrite, qui s'appuyait sur le passé et qui n'était cultivée 
que parles hautes classes et les écrivains, ne se prêtait pas par 
sa nature même à une production nouvelle, tandis que l'idiome 
populaire, beaucoup plus souple, portait en lui le germe et la 
susceptibilité d'un développement exigé par le temps et les besoins 
nouveaux. Aussi, quand l'invasion germanique eut détruit avec 
les hautes classes toute la vieille civilisation, le latin aristocra- 
tique s'éteignit de lui-même ; le latin populaire , surtout dans les 
provinces, poursuivit son cours d'autant plus rapidement, 
et finit par différer à un très-haut point de la source dont il était 
sorti ^ 

On a pris la peine de recueillir les vestiges de la langue popu- 
laire comme preuves à l'appui de l'origine du roman, et de feuil- 
leter à cette fin les écrits des auteurs classiques. Ce travail n'est 
pas inutile, à condition de ne pas s'éloigner du vrai point de vue: 
car il ne peut être indifférent de savoir si l'existence de formes, 
de mots ou de significations romanes, est démontrée seulement 
depuis l'invasion germanique , comme l'ont soutenu plusieurs 
écrivains, ou bien avant ce grand événement; en d'autres termes, 
si l'on doit les considérer comme le résultat d'un fait externe, ou 
d'un développement interne et normal. Quelques expressions po- 
pulaires se trouvent déjà dans les écrivains romains archaïques, 
comme Ennius et Plante ; parmi ceux de la bonne époque, le plus 
riche est Yitruve ; mais ce n'est que dans les derniers siècles de 
l'empire , quand disparut l'esprit exclusivement patricien de 
l'école classique, que commencèrent à s'introduire dans la langue 
littéraire de nombreux idiotismes dont le nombre ne fit plus dès 

1. L'origine des langues romanes a été déjà dans les siècles précédents 
l'objet de beaucoup de recherches, parfois savantes et ingénieuses, mais 
souvent aussi ennuyeuses et stériles. Ce n'est pas ici le lieu de m'éten- 
dre encore une fois sur cette matière. Je suis même contraint dans ce 
livre, dont le sujet est proprement l'étude des lettres, des formes et des 
constructions, de laisser de côté tout ce qu'ont dit là-dessus de vrai et 
d'instructif, depuis Raynouard qui fait époque : en France, Ampère, 
Fauriel, du Méril, Ghevallet; en Allemagne Blanc, Fuchs, Delius, Ebert 
{Jahrb. VI, 249), Schuchardt; en Angleterre, Lewis; en Italie, Perticari, 
Galvani; en Espagne, Pidal, Amador de les Rios; et d'autres philologues 
encore. 



ÉLÉMENT LATIN. 3 

lors que s'accroître rapidement. L'égalité civique accordée aux 
sujets romains eut en ce point de grandes conséquences ; ils mé- 
connurent la suprématie littéraire du Latium comme sa supré- 
matie politique, et ne craignirent plus d'étaler leur provincia- 
lisme ^ Isidore de Séville dit fort bien {Orig., II, 31) : « TJna- 
quaeque gens facta Romanorum cum suis opibus vitia 
quoque et verhorum et morum Romam transmisit. » Pen- 
dant que les écrivains de la décadence ouvraient les portes de la 
littérature à l'expression vulgaire, les grammairiens en faisaient 
le sujet de leurs leçons, en l'envisageant surtout au point de vue 
pratique et pour en purifier la langue. Ainsi Aulu-Gelle, dans le 
dernier chapitre de ses Nuits aitiques, nous a conservé le nom 
d'un livre de Titus Lavinius, De verbis sordidis, dont la perte 
est regrettable à plus d'un titre ^. Une très-riche collection de 
mots obscurs, vieillis et populaires, est cependant venue jusqu'à 
nous, c'est le livre de Festus, De significatione verhorum, qui 
a pour base celui de Yerrius Flaccus. Bien que nous n'en possé- 
dions la majeure partie que dans un extrait dû à un contempo- 
rain de Charlemagne, Paul Diacre, et corrompu en plusieurs 
lieux, ce livre n'en est pas moins une mine féconde pour la lexi- 
cologie latine et aussi pour celle des langues romanes. Parmi les 
autres grammairiens il faut citer Nonius Marcellus pour son ou- 
vrage De compendiosa doctrina, et Fabius Planciades Ful- 
gentius, auteur d'une Expositio sermonmn antiquorum. 
Nous n'avons conservé aucun monument proprement dit de 
l'idiome vulgaire, tel qu'on peut croire qu'étaient les Mimes et 
les Atellanes ; on peut regarder comme quelque chose d'appro- 
chant les discours que met Pétrone dans la bouche de gens du 
commun^. D'ailleurs, tout en favorisant l'expression populaire, 
la littérature de la décadence se conservait encore pure des 



1. Voyez là-dessus spécialement Bernhardy, Geschichie der r'ômîschm 
Liiteratur 2° éd., p. 290 et suiv., 295 et suiv. Auguste Fuchs, dans son 
consciencieux ouvrage : Die romanischen Sprachen in ihrem Verhdltnisse 
ziim Lateinischen, donne une Esquisse de l'histoire de la langue populaire 
latine, p. 35-50. Dans son Vokalismus des Vulgàrlateins (I, 40), Schuchardt 
discute la valeur des différents travaux consacrés à l'étude de l'ancien 
dialecte populaire romain. 

2. Sordidus veut dire ici commun, populaire; cf. Noct. ait. I. IX, c. 13. 

3. Sur répoque de Pétrone, voyez le Muséum fur Philologie, nouvelle 
suite, t. Il, p. 50 et suiv. L'auteur range au nombre des expressions po- 
pulaires lacté (pour lac), striga {^out strix), sanguen, nutricare, violesfare^ 
nesapius, Jovis (pour Jupiter), pauperorum , adjutare alicui, persuadere ali- 
queni, maledicere aliquem. 



/i INTRODUCTION. 

flexions mutilées ou contraires à la grammaire : c'est dans les 
inscriptions qu'il faut les chercher, surtout dans les inscriptions 
des derniers temps de l'Empire, dont l'étude toute récente a déjà 
porté des fruits si abondants. 

Une grammaire historique des langues romanes se priverait 
d'une partie importante de ses bases si elle ne voulait avoir aucun 
égard aux idiotismes populaires du latin, puisqu'on les retrouve 
pour la plupart en roman et faisant partie de la langue générale. 
Aussi, tandis que les différences de forme qui séparent le latin com- 
mun du latin classique seront traitées à leur lieu dans la suite de 
cet ouvrage, un choix de mots et de significations qui peuvent 
être admis comme populaires, choix emprunté aux lexiques 
latins, trouve naturellement sa place ici. Ils ne sont pas cités 
pour prouver ce fait, certain par lui-même, que le roman doit 
son existence au latin populaire , mais pour rendre ce fait sen- 
sible. Cette liste comprend deux classes d'expressions : celles 
que les anciens nous désignent expressément comme basses ou 
inusitées [rocabula rustica, tulgaria, ^orc^ec?^, etc.), et celles 
que, même sans témoignage, on peut regarder comme telles. Les 
dernières se composent partie de mots très-rarement employés à 
diverses époques, qui expriment des choses d'usage quotidien et 
se rencontrent surtout dans des auteurs peu soucieux de l'élé- 
gance du style ; partie de mots qui apparaissent aux derniers 
siècles, quand l'art de la parole est en pleine décadence. Beau- 
coup de ces mots ont déjà été étudiés dans le Dictionnaire 
étymologique ^ 



Abbreviare (Végèce, De re militari): it. ahhreviare, etc. 

« Abe^nito significat demito \e\auferto » (Festus p. 4, éd. 
Millier). Le fr. aveindre, d'où le pr. mod. avêdrCy suppose, 
quand on compare geindre de gemere, preindre de premere, 
un lat. ahemere. Les autres langues romanes n'ont ni abemere, 
ni adimere, d'où aveindre pourrait aussi venir. 

Acredo (Palladius) : it. acredi7ie. 

Acrorj formé d'après amaror (Fulgentius) : v.-esp. cat. 
pr. agror, fr. aigreur. 

Acucula, pour acicula, dans certains mss. du Code Théodo- 



1. Cf. la dissertation de Galvani: Délia utilità, che si pu6 ricavare del 
latino arcaico e popolare per l'istoria degli odierni volgari d'Iialia dans VAr- 
chivio stor. Ual. XIV, 340, sqq. (1849). 



( 



ELEMENT LATIN. 5 

sien : it. agocchia, aguglia, esp. aguja, pr. agulha, fr. 
aiguille. 

Aditare, de adiré (Ennius) , racine hypothétique d'un des 
verbes romans les plus importants : it. andare, esp. aiidar, 
pr. ana7% fr. aller. Voy. le Dict. étymol. 

Adjutare, arch. etnéol. (Térence, Pacuvius, Lucrèce, Var- 
ron, Aulu-Gelle, Pétrone) : it. ajutare, esp. ayudar, pr. aju- 
dar, fr, aider.. Le primitif adjuvare s'est perdu en roman; 
son simple y wi;are n'est resté que dans l'it. giovare. 

Adpertinere (dans les arpenteurs) : it. appartenere, pr. 
apertener, fr. appartenir, v.-esp. apertenecer. 

Adpretiare y taxer (Tertullien) : it. apprezzare , esp. pr. 
apreeiar, fr. apprécier. 

Aeramina, utensilia ampliora (Festus), aeramen dans des 
auteurs postérieurs, comme le Gode Théodosien, Priscien : it, 
rame, val. arame, esp. aramhre, alamlyre, fr. airain, etc. 

Aeternalis pour aeternus (Tertullien): it. eternale, esp. pr. 
eternal, fr. éternel. 

Aliorsum, à un autre endroit, avec mouvement : « aliorsum 
dixit Cato » (Festus p. 27), et en outre dans Plaute, Aulu- 
Gelle, Apulée. De là l'adverbe de lieu de même sens : pr. alhors 
{se virar alhors, se tourner d'autre côté), fr. ailleurs {rois de 
Secile et d'aillors, Rutebeufl, 428), v.-pg. allur. Il ne faut 
pas songer à alia hora, d'abord parce ^alius fut de très-bonne 
heure remplacé par aller, ensuite parce ({Vi ailleurs ne contient 
aucune idée de temps, enfin parce qvi'alia hora paraît en pro- 
vençal sous la forme alhor, alhora. 

Allaudare ou adlaudare dans le sens de laudare (une 
seule fois dans Plaute) : pr. alauzar, esp. et pg. alabar par 
suppression du d. 

Amarescere (Palladius) : pr. amarzir, rendre amer. 

Amicabilis {Code Justiyiien, Julius Firmicus) : esp. cat. pr. 
amigable, fr. amiable. 

Amplay^e pour amplificare (Pacuvius ap. Noniitm) : it. 
ampiare (il peut venir aussi à'ampliare), pr. am2jlar. 

« Apiaria vulgus dicit loca in quibus siti sint alvei apum, sed 
neminem eorum ferme qui incorrupte locuti sunt aut scripsisse 
memini aut dixisse. » (Gell. Noct. att. II, 20). Au reste, apia- 
rium se trouve dans Golumelle, qui sans doute, suivant la 
remarque de Freund, l'introduisit le premier dans la langue 
écrite. G est un mot bien roman : it. apiario, pr. apiari, fr. 
achier. 



6 INTRODUCTION. 

Appropriare (Caelins Aurelius) : it. appropriare, appro- 
piare, esp. apropriay\ fr. approprier. 

« Aquagium, quasi aquae agium, i. e. aquae ductus » 
(Festus p. 2, Pandectes) : esp. aguage , pg. agoagem, 
courant. 

« Arhoreta ignobilius verbum est , arhusta celebratius » 
(Gell. Noct. att, XVII, 2); arboretum ne se trouve que là : 
it. arboreto et arbusfo, esp. arboleda eiarbusto, arbusta, 

« Artitus, bonis instructis artibus. » (Festus p. 20, Plante 
var,). Ce mot est évidemment la racine première de ceux-ci : 
pr. artisia, métier, artisier (Gir, de Ross. v. 1517), it. arti- 
giano, esp. artesano, fr. artisan, c.-à-d. artitia, artitiarius, 
artitianus. 

Asty^uTfi dans le sens d'astre du sort, de sort : « quem adoles- 
centem vides malo astro natus est » (Pétrone, cité dans Gal- 
vani, Osservazioni p. 402) : pr. sim don Dieu bon asti^e 
(Choix III, 405, et pass.). De là it. disastro, esp. desastro, 
fr. désastre, etc. 

Astula pour assula (dans les mss.); de là prov. ascla, éclat 
de bois, pour astla, comme le b. lat. sicla pour sitla. 

Attegia, cabane (Juvénal) : de là, comme le remarque Gal- 
vani, l'it. patois teggia m. s.; de là aussi roum. tegia thea, ca- 
bane, chalet. 

Aiigmentare (seulement dans Firmicus Maternus) : it. au- 
mentare, esp. aumentar, etc. 

Avicella, aucella, pour ameuta (Apulée, Apicius), mot inu- 
sité d'après Varron VllI, 79 : « minima (les diminutifs enetta) 
in quibusdam non sunt, ut avis, avicula, avicella » : esp. ave- 
cilla, it. (masc.) uccello, pr. aucel, fr. oiseau. 

Badius, brun (Varron dans Nonius, qui le range parmi les 
honestiset nove veterum dictis; Gratins, Palladius): it. bajo, 
esp. bayo, pr. bai, fr. bai. De là sans doute aussi fr. baillet, 
rouge pâle, comme si l'on eût dit badiolettus ; toutefois ce mot 
peut aussi venir de balius (baliolus dans Plante; en albanais 
baljôs signifie blond ou rouge de cheveux). 

« Bambalio, quidam qui propter haesitantiam linguae stupo- 
remque cordis cognomen ex contumelia traxerit » (Cicéron 
Philipp. III, 6). Le mot lui-même, qui se rattache au grec 
gaijiaÀcç (bègue), n'est pas roman ; son radical l'est seul : it. 
bàmbolo, enfant ; bambo, puéril, niais, etc. 

Bassus , employé seulement en latin comme surnom de 



ELEMENT LATIN. 7 

familles romaines, est presque certainement l'adjectif roman 
bassOy haxo y bas, qui apparaît dans le plus ancien bas- 
latin. 

« Batiialia, quae vulgo hattalia dicuntur, exercitationes mi- 
litum vel gladiatorum significant » (Adamantins Martyrius dans 
Cassiodore ; cf. Vossius, s. v. hatuo, et Schneider I, 405) : it. 
battaglia, etc. 

Batuere, mot de l'usage commun, autant qu'on peut le sup- 
poser (Plante, Naevius et les écrivains des derniers temps) : it. 
battere, etc. Le mot hattalia prouve que dans batuere aussi 
Vu était tombé de très-bonne heure : c'est un procédé essentiel- 
lement roman. 

Beber pour fiber ne se retrouve que dans l'adj. bebrinus 
{Schol. ad Juvenal.) : it. bévero, esp. bïbaro, fr. bièvre. 

BelarCy forme rare pour halare, employée par Yarron : it. 
belarey fr. bêler, 

Bellatulùs pour bellulus (Plante) suppose un primitif bella- 
tus, v.-fr. belle; comparatif bellatior, v.-fr. bellezour, Voy. 
Bict. étymol. IL c. 

Bellax (Lucain) : de là l'expression purement poétique pg. 
bellacissimo (Camoens Lusiad. II, 46). 

Berbex y forme vulgaire pour vervex d'après Schneider 
I, 227 (Pétrone) : it. berbice, val. berbeace, pr. berbitZy fr. 
brebis. 

Berula pour cardamum (Marcellus Empiricus). Le même 
sens se trouve dans l'esp. berro , qui rappelle aussi, il est 
vrai, le gr. lo-q^iq employé par Pline pour désigner la même 
plante. 

BibOy onis (Firmicus) : it. bevone, 

Bisaccium (Pétrone) : it. bisaccia, esp. bisazay fr. besaeey 
du plur. bisaccia. 

Bis acutus(S. Augustin, S. Jérôme) : it. bicciacuto m. s.; 
V. fr. besaigué'y hache à deux tranchants. 

BliteuSy niais, inepte (Plante, Laberius dans Nonius) : ce mot 
se retrouve peut-être dans l'it. bizzocconey dont le sens s'en 
rapproche. Les lettres permettent d'admettre cette étymologie : 
bli devait donner bi ette z. 

Blitum, gr. pXiTcv (Plante, Varron, Festus) : esp. bledo, pg. 
bredo, cat. bred. 

Boatus (Apulée), tiré du verbe beaucoup plus usité boare : 
it. esp. pg. boato. 

« Bojae, i. e. genus vinculorum, tam ligneae quam ferreae 



8 INTRODUCTION. 

dicuntur » (Festus p. 35); « boja, i. e. torques damnatorum » 
(Isidore de Séville) : v.-it. hoja, pr. boia, v.-fr. huie. 

Botulus (Martial). Aulu-Gelle, XVII, 7, le range parmi les 
« verba obsoleta et maculantia ex sordidiore vulgi usu ». Dimi- 
nutif : hotellus. De ce dernier mot sont venus, en prenant un 
sens particulier : it. budello, v.-esp. pr. budel, fr. boyau. 

Brisa, gr. xà ppuTia, marc de raisin (Columelle) : arag. cat. 
brisa m. s. 

Bruchiis, gr. Ppou/^o;, sauterelle sans ailes (Prudence). Ce 
mot est devenu roman avec divers sens : li.bruco, chenille; esp. 
brugOy altise, puce de terre; val. vriih, hanneton. 

Bua, onomatopée des enfants pour demander à boire : « quum 
cibum et potionem biias ac papas vocent parvuli » (Yarron 

dans Nonius); — « imbutura est unde infantibus an velint 

bibere dicentes bu syllaba contenti sumus » (Festus p. 109); 
comp. le composé vini-bua. Cette expression s'est perpétuée dans 
le génois bu-bù, le comasq. bo-bo, boisson, aussi dans la langue 
des enfants. 

Bucca, dans le sens débouche ou de gueule, expression triviale 
dans ce sens, ne garde plus que celui-là dansl'it. bocca, esp. pr. 
boca, fr. bouche, 

Buccea, employé par Auguste : « duas bucceas manducavi » 
(Suétone Aug. 76); signif. bouchée, de bucca. On peut regarder 
l'esp. bozal, muselière, comme un dérivé de buccea, bucceale, 

Buda : « Ulvam dicunt rem quam vulgus budam vocat » 
(Servius sur le 2° livre de l'Enéide); dans les Glossaires buda=. 
storea. Le patois sicil. possède buda, remphssage, remblai, et 
aussi burda; cf. Du Cange. 

BurdOy mulet (Ulpien) : de là probablement l'it. bordone, 
esp. pr. bordon, fr. bourdon, appui, bâton. Voyez le Dict. 
ètymol. I. 

« Burgus : castellum parvum, quem burgu77i vocant » 
(Végèce Be art. 7nilit.) ; mot peu usité d'après ce passage, ap- 
pelé vulgaire par Isidore IX, 4; il se trouve aussi dans Orose : 
it. b or go y esp. burgo, fr. bourg. Sur ses rapports avec l'ail. 
burg, voy. Bict, étymol. 

Burrae, dans Ausone, où il doit signifier bagatelles, niaiseries: 
« illepidum, rudem libellum, burras, quisquilias ineptiasque ». 
M. s. it. borre (plur.), esp. borras; du dim. bury^ula, it. esp. 
burla, plaisanterie, farce. 

Burricus, buricus, petit cheval, bidet (Végèce De reveter.; 
S. Paulin de Noie); mot de la vie commune : « mannus, quem 



ELEMENT LATIN. 9 

vulgo buricum vocant » (Isidor. XII, 1, 55). De là le fr. 
bourrique dans le double sens de mauvais petit cheval de 
somme et d'âne, esp. borrico, it. bricco dans le dernier sens 
seulement. 

« Burrum dicebant antiqui quod nunc dicimus rufum, unde 
rustici bur7'am appellant buculam quae rostrum habet rufum ; 
pari modo rubens cibo et potione ex prandio bwrrus appella- 
tur » (Festus, p. 51). L'éditeur remarque : « Glossaria Labb. 
burrum = ?av9ov, wjppév, gloss. Isid. birrus = ru fus; prima- 
rius testis Ennius est, Annal. VI, 5, ap. Merulam. » De là 
semble venir l'it. bujo (burrius), esp. buriel, pr. burel, de 
couleur sombre, etc.; Yossius y rattache aussi l'esp. borracho, 
ivre, rubens potione ; mais ce mot vient de borracha, outre à 
vin; il y rapporte encore l'esp. burro, âne, à cause de sa cou- 
leur roussâtre, mais ce mot peut très-bien avoir une autre racine 
(voy. le Dict. étymoL). De la forme birrus semble dériver l'it. 
bey^rettay esp. birreta, fr. barrette, béret, à cause de la cou- 
leur; cf. le b.-lat. birrus, vêtement de dessus. 

Caballus, dans la période archaïque et classique seulement 
chez les poëtes, plus tard aussi en prose (Freund). Ce mot (it. 
cavallo, etc., val. cal) a détrôné en roman le masc. equus, 
tandis que le féminin s'est maintenu çà et là. Sur sa valeur en 
latin voy. le Dict, étymol. — Caballarius, xéXYjç îtutusuç {Gloss, 
lat.gr. )\ tTTTCoy.ciîo;, caballarius {Gloss. vet. ):it. cavalière, etc. 

Caesius, mot rare dans les bons écrivains. Le prov. sais, qui 
a les cheveux gris, n'a guère d'autre origine admissible. 

Cambiare : « emendo vendendoque aut cambiando mutuan- 
doque» (SiculusFlaccus, LoiSalique): it. cambiare cangiare, 
esp. cambiar, fr. changer. La forme cambire (Apulée, Cha- 
risius) n'est pas romane. 

Camisia, pour la première fois dans S. Jérôme: « Soient mili- 
tantes habere lineas, quas camisias vocant »; très-fréquent en 
b. lat. De là it. camicia, esp. pr. camisa, fr. chemise, val. 
cemase. L'origine et l'âge de cette expression des soldats ro- 
mains, certainement très-répandue, sont douteux. 

Campaneus, campanius, pour campestris dans les arpen- 
teurs ; on trouve même déjà chez eux le subst. campania : « ni- 
griores terras invenies, si in campaniis fuerit, fines rotundos 
habentes; si autem montuosum, etc. » (Lachmann p. 332); plus 
tard on dit sans scrupule ca^npania, plaine (Grég. de Tours) : 
it. campagna, esp. campaha, etc. 



40 INTRODUCTION. 

Campsare : campsare Leucatem (Ennius) ; campsat = 
flectit (Gloss. Isid.) : it. c ans are y esquiver. La même permuta- 
tion de lettres a lieu dans le lat. sampsa, marc d'olives, devenu 
sansa, it. sansa. 

Capitiuniy vêtement de femme (Varron, Labérius, Pandec- 
tes), mot qu'Aulu-Gelle désigne comme peu ordinaire : it. ca- 
pe zz-ale, mouchoir de cou. 

Ca23tiva7'e (S. Augustin, Vulgate) : it. cattivare, esp. cau- 
tivar, pr. captivar, v. fr. eschaitwer{BQi\o\i, Chron.,ly2b9)y 
fr. ca2)tiver. 

Carricare, (S. Jérôme d'après Du Gange) : it. caricare, 
car car e; esp. pr. cargar, fr. charger. 

Cas aie, limite d'une métairie dans les arpenteurs (voy. Ru- 
dorffp. 235), plus tard usité dans le sens de hameau, village : 
it. casale, petit village ; esp. pr. casai, v.-fr. casel, métairie, 
maison de campagne. 

Cascus pour antiquus (Ennius, Aulu-Gelle, Ausone) : it. 
casco, vieux, caduc. 

Catus pour felis, postérieur à la bonne époque (Palladius, 
Ani^/io^.):it.^ai^^o,esp.^a^o,pr.ca^,fr.e/m^;manqueenvalaque. 

Cavà pour caverna, dans les arpenteurs : it. esp. pg. pr. 
cavq, fr. cave. 

Cludere, assez usité "^om: claudere : it. chiudere, pr. dure, 
à côté de claure. 

Cocio, entremetteur (Plaute(?) et Labérius, auquel Aulu-Gelle 
le reproche comme un mot trivial, N. ait. XYI, 7), fréquent en 
bas-latin sous la forme cocio, coccio : it. cozzone, v. fr. cos- 
son, maquignon; pr. eusse , employé comme injure. Sur cette 
dernière forme cf. Festus, p. 51 : « Apud antiques prima syl- 
laba per u litteram scribebatur. » 

Co7nMnare (S. Augustin, Sid. Apollinaire); le mot est le 
même en roman. 

Compas sio (Tertullien et autres écrivains chrétiens) : it. 
co77ipassione, etc. 

Coinpûtus (Firmicus); computum, compotum, dans un ar- 
penteur : it. conto, esp. cuento, fr. compte. 

Confort are (Lactance, S. Cyprien) : it. confortare, esp. 
conhortar, pr. conortar, fr. conforter. 

Congaudere (Tertullien, S. Cyprien) : pr. congauzir, fr. 
conjouïr. 

Conventare (Solin) : seulement val. cuvuntà, parler à quel- 
qu'un, convenir e aliquem. 



ÉLÉMENT LATIN. -H 

Cooperimentum (Bassus dans Aulu-Gelle) : it. coprimento, 
val. coperemunt, v. esp. cobrimiento, pr. cubrimen. 

Coopertorium (Végèce De re veter,\ Pandectes) : it. co- 
pertojo, esp. pr. cobertor, fr. couvertoir. 

Coquina pour culina dans le latin des derniers temps (Ar- 
nobe, Palladius, Isidore) : it. cucina, esp. cocina, fr. cuisine, 
val. cuhnie. Coquinare : it. cocinare, etc. 

Cordatus (Ennius, Lactance; cordate dans Plante) : abrégé 
en roman : esp. cuerdo, pg. cor do dans le même sens. 

Cordoliiim (Plante, Apulée) : it. cordoglio, esp. cordojo, 
pr. cordolh. 

CoxOy boiteux : « Catax dicitur quem nunc coœonem vo- 
cant » (Nonius) : esp. coœo, pg. coœo^ cat. cox; dans le glossaire 
d'Isidore coxus. 

Crena (Pline Hist. nat. XI, 37, 68). On donne à ce mot le 
sens d'entaille, coche : de là sans doute lomb. crena, fr. cran 
créneau, 

Cunulae (Prudence) : it. culla, 

Dejectare pour dejicere (Mattius dans Aulu-GeUe) : fr. dé- 
jeter , pg. deitar. 

Bernent are, être en délire (Lactance) : it. dementare, esp. 
dementar, rendre fou; v.-fr. dementer, sedementer, se con- 
duire en insensé. 

Deoperire (Celse), ouvrir : piém. durvi, n.-pr.. durbir, 
"wall. drovi m. s. 

Deputare, dans le sens de destiner à un but, chez quelques 
auteurs des derniers temps , comme Palladius, Sulpice Sévère, 
Macrobe : it. deputare, esp. diputar, pr. deputar, fr. dé- 
puter, 

Devetare, comme vetare (Quintilien ?) : it. divietare, v.-esp. 
pr. devedar, v.-fr. dévéer, 

Deviare (Macrobe et autres) : it. deviare, v.-esp. pr. de- 
viar, fr. dévoyer, 

JDirectura pour directio (Vitr'uve) : it. dirittura, drittura; 
esp. derechura, pr. dreitura, fr. droiture. 

Discursus, dans le sens de sermo (Cod. Théod.) : it. dis- 
corso, etc. 

Disseparare pour separare (Nazaire) : it. discevrare, pr. 
dessehrar^ v.-fr. dessevrer, 

Disunire (Arnobe) : it. disunire, esp. disunir, fr. dé- 
sunir. 



i2 INTRODUCTION. 

« DiurnarOy inusitate pro diu vivere » (Aulu-Gelle XVII, 
2); Nonius, qui cite ce mot d'après le même auteur qu Aulu- 
Gelle, l'appelle honestiim verbum. Le roman n'en offre que 
des composés, comme it. soggiornare, aggiornare , etc. 

Dogay gr. Bo//,, vase ou mesure pour les liquides (Vopiscus) : 
it. pr. doga, val. doag, fr. douve, avec un sens assez altéré; 
voy. le Dict, étymol. 

Dromo. Voy. à la liste des mots grecs. 

Luccre se, se rendre en un lieu, fréquent dans Plante : «Duc 
te Qih aedibus »; « duœit se foras » (Térence, Asin. PoUion); 
« ducat se » (S. Jérôme) : val. se duce m. s., it. seulement 
condursi, esp. conducirse. 

Luellum, forme de hélium archaïque, bien qu'on l'employât 
encore au temps d'Auguste. Dans les langues romanes, ce mot 
signifie combat singulier, sens qu'avait autrefois hattaglia ; 
aussi duel est sans doute un mot introduit plus tard. 

Bulcire (Lucrèce) : pr. doucir, it. seulement addolcire, 
esp. adulcir, fr. adoucir. 

Duplare pour duplicare (Festus p. 67), archaïsme repris 
par les juristes : it. doppiare, esp. pr. dohlar, fr. doubler. 

Ebriâcus pour ebrius (Plante et Labérius dans Nonius) : it. 
ebbridco, v. esp. embriâgo, pr. ebriac, fr. (pat.) ebriat. 

Efferescere ou efferascere (Amm. Marcellin): pr. s'esfere- 
zir, s'esferzir, se courroucer. 

Eœagium, pesage (Théodose et Valentinien Novell. 25; 
Inscr. dans Gruter, 647); l^i-^iz^ = pensatio (Gloss. gr. lat.)\ 
it. saggio, esp. ensayo, pr. essay, fr. essai. 

^^ca/c? ar(? (Vulcatius Gallicanus, Apicius, Marcellus Em- 
piricus) : it. scaldare , val. sceldâ , esp. escaldar, fr. 
échauder. 

Excolare ^ouv percolare (Palladius, Vulgate): it. scolare, 
v.-esp. escolar, fr. écouler. 

Exradicare, eradicare (Plaute, Térence, Varron) : it. 
sradicare y esp. eradicar, pr. eradicar, esraigar; v.-fr. 
esracher, fr. arracher. 

Eœtraneare (Apulée?) : it. straniare, val. streinà, esp. 
estrahar, pr. estranhar, v.-fr. estrangier, éloigner, ex- 
patrier. 

Falco (Servius sur le livre X, v. 146, de l'Enéide); Festus 
le cite dans un autre sens : « falcones dicuntur quorum digiti 



ÉLÉMENT LATIN. >I3 

pollices in pedibus intro sunt curvati, a similitudine falcis » 
(p. 88) : it. falcone, etc., nom de l'oiseau. 

Falsare{Pandectes, S. Jérôme): it. falsare, esp. pr. fal- 
sar, fr. fausser. 

« Famicosam terram palustrem vocabant » (Festus p. 87). 
La forme et le sens rapprochent de ce mot Fit. esp. fangoso, pr. 
fangos; mais le siibst. prov. fanha et même le fr. fangeux 
portent plutôt à tirer le mot roman du got. fani, gén. 
fanjis. 

Far nus pour fraxinus (Vitruve) ; voy. le Bict. ètymoL s. 
V. Far nia, II a. 

Fata ^ovly parca {Inscriptions ; sur une monnaie de Dioclé- 
tien) : it. fata, esp. hada, pr. fada, fr. fée. Le Glossaire de 
Paris (éd. Hildebrand) a au contraire fata=iparcae, par con- 
séquent sing. fatum; mais l'admission en roman du nom. sing. 
fata ne fait pas doute. 

Fictus pour fixus (Lucrèce, Yarron) : it. fitto, pg. fito, esp. 
hito, "val. fîpt, fixé, lié; b.-lat. fictum, contribution (ce qui est 
établi), p. ex. « (icto, quod est census » (Hist. patriae Mon. 
n. 121, s. a. 963). 

Filiaster i^oiir privignus {Inscriptions) : it. figliastro, esp. 
hijastro, pr. filhastre, v.-fr. fillastre. 

Fissiculare (Apulée, Martianus Capella) : de ce mot vient le 
V. fr. f ester, fr. fêler, comme mêler de misculare. 

Fluvidus pour fluidus (Lucrèce) ; l'it. fluvido présente la 
même intercalation du v. 

Follicare, haleter comme un soufflet , seulement au participe 
follicans (Apulée, Tertullien, S. Jérôme) : pg. folgar, esp. 
holgar, se reposer, proprement souffler après une fatigue. 

Fracidus, flétri, fané; olea fracida (Caton De re rustica) : 
it. fracido, m. s. 

Frigidare (Cael. Aurelius) : it. freddare. Les autres lan- 
gues n'ont que des composés. 

« Gahalum crucem dici veteres volunt » (Yarron dans No- 
nius) : cf. fr. gable, faîte d'une maison, qui rappelle aussi, il est 
vrai, l'aU. gabel. Yoy. le Dict. étymol. 

Gahàta (Martial) : esp. gàhata, n.-pr. gaoudo, fr. jatte, 
it. gavetta, écuelle de bois. Ce mot a développé un autre sens 
dans pr. gauta, it. gota, îr.joue. Yoy. le Lict. étymol. 

Galgulus, nom d'un oiseau (Pline Hist. nat. var.) : esp. 
gàlgulo, merle doré; it. rigôgolo, loriot, = aurigalgulus. 



lu INTRODUCTION. 

Gaudebundus, gaudihiindus (Apulée) ; pr. gauzion, jau- 
zion, fém. gauzionda. 

Gavia, nom d'un oiseau (Pline Ilist. nat.) : esp. gavia^ pg. 
gawota, mouette. 

Gonucidiim \)ouv goticidum, d' aigres leYerhecongeyiuclare 
(Caelius dans Nonius); genuculum (L. Salique): ginocchio, 
esp. hinojo, v.-fr. genouil, fr. genou. Voy. la dissertation 
de Pott, Plattlatein, p. 316. 

Gluto, comme gulosus (Festus p. 112, Isidore) : it. ghiot- 
tone, esp. pr. gloton, fr. glouton. 

Grandire (Plante , Pacuvius et autres) : it. grandire, fr. 
grandir. 

Grossus {Vulgate, Sulpice Sévère); grossitudo (Solin) : it. 
grosso, esp. grueso, pr. fr. val. gros. 

Grundire pour grunnire, archaïsme cité par les grammai- 
riens, se retrouve dans le pr. grondir, v.-fr. grondir, gron- 
dre ; cf. fr. gronder. 

Gubernuni pour guhernaculum (Lucrèce, Lucilius) : it. 
governo, pr. govern, m. s.; esp. gobierno, v.-fr. gouverne, 
au sens figuré. Labérius a dit gubernius pour gubernator ; le 
même suffixe se retrouve dans l'esp. governio pour timon 
{Apolonio p. 273). 

Gumia, gourmand (Lucilius, Apulée) : esp. gomia, glouton, 
et épouvantail, comme lelat. manducus. 

Gyrare (Pline, Yégèce) : it. girare, esp. girar, pr. girar, 
v.-fr. gyrer. 

Halitare (Ennius) : it. alitare, fr. haleter. 

Hapsus, touffe de laine (Celse) : pr. mod. ans, toison. 

lier edit are, pour la première fois dans Salvien, avec le sens 
de mettre en possession : it. ère dit are, eredare, redare; esp. 
heredar, pg. herdar, pr. heretar, fr. hériter. 

« Hetta, res minimi pretii quum dicimus : Non hettae 

te facio » (Festus p. 99); certainement conservé dans l'it. ette, 
bagatelles, dans les patois eta, etta, etti^ et. 

Inipedicare (Amm. Marcellin), embarrasser, enlacer : it. 
impedicare^ m. s., mais peu usité; pr. empedegar, v.-fr. em- 
pegier. 

Jjnpostor (S. Jérôme, Pandectes)^ verbum rusticum d'après 
Grégoire le Grand (v. Du Gange) : it. impostore, etc. 

Improperare (Pétrone), improperium ( Vulgate) : it. im- 



ÉLÉMENT LATIN. >I5 

proverare^ rimproverare; esp. improperaT^ it. esp. impro- 
perio, v.-fr. impropèrer. 

Incapahilis (S. Augustin) : fr. incapable. 

Inceptare (Plaute, Térence, Aulu-Geile) : pg. enceitar, 
esp. encentar, couper quelque chose pour le manger. 

Incrassare (Tertullien): it. ingrassare, esp. engrasar^ fr. 
engraisser, 

Inhortari (Apulée) : seulement v.-fr. enorter. 

Intimare, dans plusieurs auteurs des derniers temps : it. in- 
timare, esp. pr. intimar, fr. intimer. 

Jejunare (Tertullien) : giunarey val. azunà, esp. ayunar, 
fr. jeûner. 

Jentare (Varron dans Nonius, qui le traite de mot peu usité; 
Martial, Suétone), déjeuner : esp. yantar, pg. jantar, roum. 
ientar. D'anciens glossaires donnent aussi ^an^are. 

Judilare, mot usité à la campagne d'après Festus : « JuM- 
lare est rustica voce inclamare»; cf. Yarron, De lingualatina, 
V, 6, 68: «Ut quiritare urbanorum, ^ic juhilare V[x^iiQ,ov\xm.» 
Les écrivains chrétiens ne l'emploient que pour signifier être 
joyeux : de là it. giubilare, esj). jubilar. Le mot des citadins, 
quiritare, s'est aussi conservé en roman, comme l'avaient déjà 
pensé Scaliger et Yossius : it. gridare, esp. gritar, fr. crier. 
Yoy. le Bict. étymol. 

Jucundare (S. Augustin, Lactance) : it. giocondare. Gré- 
goire de Tours l'emploie très-souvent. 

Jm^amentwn {Pandectes, Ammien Marcellin, Sulpice Sé- 
vère) : it. giuramentOy val. zuremunt, esp. juramento, fr. 
jurement. 

Justificare (Tertullien, Prudence) : it. giustificare, etc. 

Lacté et lactem, à l'accusatif, pour lac (Plaute, Aulu-Gelle, 
Apulée et autres): it. latte, esp. lèche, fr. lait, mots qui d'après 
les lois de formation romane viennent plutôt de cette forme que 
de lac. 

Lanceare (Tertullien) : it. lanziare , esp. lanzar, fr. 
lancer. 

Levisticum pour ligusticum, nom de plante (Yégèce De 
arte vet.) : it. levistico, fr. livèche. Freund n'a pas admis 
cette forme barbare. 

Licinium, sindon , charpie (Yégèce De arte vet.) : esp. 
lechino, pg. lichino. 



Hi INTRODUCTION. 

Ligatio (Scribonius Largus) : pr. liazd (Gloss. Occit.), fr. 
liaison. 

Liquiritia, mot corrompu de Y>.ux6^piî;a (Theodorus Priscia- 
nus, De diaeta; Végèce) : legorizia, esp. regaliz , fr. ré- 
glisse. 

Loha, tuyau du blé d'Inde (Pline) : mil. loeuva, épi du sar- 
razin, panicule du maïs (Biondelli). 

Longano, longabo, boyau, saucisse (Varron, Caelius Aure- 
lius, Végèce, Apicius) : esp. longaniza dans le dernier sens. 

Maccus, niais, imbécile (Apulée) : sard. maccu, m. s. 

Macror, variante pour macies (Pacuvius) : fr. maigreur. 

« Magisterare pro regere et temperare dicebant antiqui » 
(Festus p. 152 153, Spartien) : it. maestrare, v.-esp. 
maestrar, pr. maiestrar, v.-fr. maistrer, enseigner, or- 
donner. 

Malitas (var. des Pandectes) : esp. maldad. 

Mamma pour ouater, mot d'enfant (Varron dans Nonius) : 
it. ma^nma, esp. marna, fr. maman ^ val. mame ou mume; 
en valaque, c'est le mot propre pour mère. 

Mammare pour lactare (S. Augustin) : esp. mamar. 

Manducare^ souvent employé pour edere dans les derniers 
temps : it. mangiare, v.-pg. pr. manjar^ fr. manger. 

Masticare , gr. (j.acTaS^£iv, pour mandere, postérieur à la 
bonne époque (Apulée, Theod. Priscianus, Macer) : it. masti- 
care, esp. 7nascar, pr. mastegar, fr. mâcher. 

Mattus pour eàrius (Pétrone) : de là peut-être l'it. matto, 
fou. 

Medietas, mot que Cicéron hésitait à écrire et n'employait 
que pour traduire le gr. ]).z'z6'zriq : « bina média, vix enim audeo 
dicere ^nedietates » (cf. Freund) : it. medietà, esp. mitad, 
pr. meytaf, fr. moitié. Fréquent dans le plus ancien bas-latin 
et dans les arpenteurs. 

Mejare, pour mejere, est cité par Diomède sans exemple 
(v. Forcellini) : à ce mot répondent le pg. mijar et l'esp. 
mear, qui du reste pourraient venir directement de mejere. 

Melicus pour medicus, de Médie, prononciation vulgaire 
blâmée par Varron : esp. mielga, de melica pour medica^ 
luzerne. 

Meliorare {Cod. Justin., Pandectes): it. migliorare, esp. 
mejorar, pr. melhurar, fr. a-méliorer. 

Mensurare (Végèce De re milit.) : it. misurare, etc. 



ÉLÉMENT LATIN. 47 

Minaciae pour minae (seulement dans Plante): it. mmaccm, 
esp. a-menaza, pr. menassa, fr. menace. 

Minàre, faire avancer le bétail par des menaces (Apulée ; cf. 
Festus dans Paul Diacre), pris dans le sens de ducere : it. me- 
nare, pr. menar, fr. mener. De même prominare (Apulée) : 
fr. promener. 

Minorare (TertuUien, Pandectes) : it. minorare, esp. me- 
norar. 

Minutalis pour minutus (Apulée, TertuUien, S. Jérôme et 
autres) : minutaglia (du pi. minutalia), bagatelle, futilité. 

Modernus (pour la première fois dans Priscien, Gassiodore), 
de l'adv. modo : it. esp. moderno, fr. moderne. 

Molestare (Pétrone, Apulée et autres) : it. molestare. 

Molina pour mola (Ammien Marcellin) : pr. molina; maso, 
it. molinOy esp. molino, fr. moulin. 

Morsicare, se mordre les lèvres (Apulée) : it. morsicare, 
saisir avec les dents. 

Murcidus, paresseux (seulement Pomponius dans S. Au- 
gustin) : pg. murchoy mou, flétri. 

Naufragare (Pétrone, Sid. Apollinaire) : it. naufragare, 
esp. naufragar, fr. nauf rager. 

Nervium, gr. veupiov, pour nervus (Yarron dans Nonius, 
Pétrone) : esp. nervio, pr. nervi. 

Nitidare (Ennius , Palladius , Golumelle) : it. nettare, fr. 
nettoyer. 

Obsequiae pour eœsequiae dans les Inscriptions (voy. du 
Gange) : v.-esp. pr. obsequias, fr. obsèques. 

Obviare, mot postérieur aux bons siècles : it. ovviare, esp. 
obviar (plus anciennement oviar et autres formes), fr. obvier. 

Octuaginta pour octoginta (seulement dans Vitruve), très- 
fréquent dans les chartes du moyen âge (cf. par exemple Hist. 
patriae monumenta, n** 90, 98). L'it. ottanta est à cet octua- 
ginta comme settanta à septuaginta : les deux premiers de ces 
mots peuvent devoir leur formes aux deux derniers. Ou bien 
octuaginta a-t-il une raison d'exister? 

Olor pour odor (Varron, Apulée) : it. olore, esp. pr. olor, 
v.-fr. olor. 

Orbus pour caecus : « orba est quae patrem aut filios quasi 
lumen amisit » (Festus dans Paul Diacre, p. 183, et autres ; cf. 
le Bict. étymol.) : it. orbo^ val. pr. v.-fr. orb, m. s. 

DI£Z. 2 



\S INTRODUCTION. 

Ossum pour os, ossis, archaïsme (Pacuvius, Varron et 
autres) : it. osso, esp. hueso; ces mots se rattachent mieux à 
ossum qu'à os. 

Pala pour scapula (Caelius Aurel.) : sard. pala, m. s. 

Pâlit ari, fréquent, de palari (Plante) : de là p.- ê. it. pal- 
tone (iponr pâlit one, comme faltare pour fallitare), vagabond, 
mendiant. 

Panucula pour panicula (Festus, p. 220 : « panus facit 
deminutivum panucula ») : it. pannocchia, esp. panoja, 
m. s. 

Papa, mot enfantin pour père : fr. papa, etc. Voy. le Dict, 
étymol. 

Papilio, dans le sens de tente (Lampridius et autres posté- 
rieurs) : it. padiglione, esp. pahellon, fr. pavillon, 

Paraveredus, de Tuapà et veredus, cheval de volée, cheval 
léger (Cod. Théod., Cod, Justin.), b.-l. parafredus (Loi 
Bav.) : it. palafreno, esp. palafren, fr. palefroi. 

Pauper, a, um (Plante dans Servius, Caelius Aurelius) : 
it. povero, jamais ^overe; esp. pobre, mais pr. pauhre pau- 
hra, paubramen. 

Pausare (Caehus Aurelius; Végèce, De re vet.) : it. pau- 
sare, esp. pausar, fr. pauser; et dans un autre sens it. po- 
sare, esp. posar, fr. poser. 

Peduculus pour pediculus (Pelagonius) ; peduculus = 
çôeip (Gloss. Philox.) : pidocchio, esp. piojo, v.-fr. péouil, 
fr. pow. 

Pejorare (Julius Paulus, Caelius Aurelius) : it. peggiorare, 
v.-esp. peorar, pr. peyorar, fr. empirer. 

Petiolus, petit pied, queue de fruit (Afranius dans Nonius, 
Celse, Columelle) : it. picciulo dans le dernier sens, val. picior, 
pied. 

Pétrie osus : « Res petricosa est, Cotile, hellus homo » 
(Martial III, 63). Telle est la leçon des premières éditions; 
d'autres ont pertricosa ou prœtricosa, Petricosus signifierait 
pierreux, difficile, ce qui rappellerait scrupulosus, de scrupu- 
lus, dim. de scrupus, rocher. Cabrera (I, 12) y voit Fesp. 
pedregoso, pierreux, qu'on rencontre dès 972 sous la forme 
pedregosus. Honnorat donne le pr. mod. peiregous. Petrico- 
sus ne peut, il est vrai, se tirer immédiatement de petra : il 
manque un anneau intermédiaire, comme le montre la formation 
de bell'ic-osus. Mais il semble que cet anneau, dont nous ne 



ÉLÉMENT LATIN. -19 

trouvons pas de trace en latin, ait été transmis aux langues 
romanes, car on le retrouve dans d'autres mots : esp. pedr-eg- 
al, champ pierreux; pr. peir~eg-ada, tempête de grêle; et elles 
n'emploient le suffixe icus pour la formation de mots nouveaux 
que dans des cas excessivement rares. 

Pilare pour eœpillare (Ammien Marcellin) : pigliare, esp. 
pr. pillar, fr. piller. Yoy. le Dict. étymol. 

Pipio, petit oiseau, petite colombe (Lampridius) : it. pippione 
piccione, esp. pichon, fr. pigeon. 

Pisare pour pinsere (Varron) : de là esp. pisar, fr. piser, 
val. pisà. De même pistare (Yégèce, De re vet. Apulée) : it. 
pesiare, es-p. pistar, pr. pestar, 

Plagare pour plagam ferre (S. Augustin) : it. piagare, 
esp. plagar llagar, pg. chagar, pr. plagar, v.-fr. plaier. 

^Plancae dicebantur tabulae p/anae » (Festus, p. 230; Pal- 
ladius) : piém. pianca^ pr. planca, fr. planche. 

PlotuSy qui a les pieds plats (Festus) : de là sans doute it. 
piota, semelle. Voy. le Dict. étymol. 

PossiMlis, déjà dans Quintilien, qui le traite de dur^a appel" 
latio; fréquent dans les auteurs postérieurs, ainsi que possibi- 
lit as : it. possihile, etc. 

Potestativus (Tertullien) : pr. potestatiu, y.-îv. poesteïf. 

Praestus, de l'adv. praesto (Gruter Corp. Inscr. p. 669, 
n** 4; Z. Sal.) : it. esp. presto, pr. prest, fr. prêt. 

Proba (Ammien Marcellin, Cod. Just.) : it. prova, etc. 

Pronare, de pronus (Sid. Apollinaire), adpronare (Apulée): 
deprunar por el val, descendre dans la vallée (Poema del Cid, 
V. 1501). Subst. prunada, m. s. que caida ou des gracia 
(Sanchez). 

Propaginare (Tertullien) : propagginare, pr. probainar 
(Gl. Occit. ) y fr, provigner. 

Propiare pour prope accéder e (S. Paulin de Noie) : it. 
approcciare, pr. apropchar, fr. approcher. 

Pullare ^owv pullulay^e (Galpurnius, ecl. Y) : l'it. pollare 
se rapproche plus de ce mot que àepullulare; cf. pillola, ou 
bien urlare de ululare. 

Pullicenus i^ovivpullus gallinaceus (Lampridius): ^v.pouzi, 
fr. poucin on poussin. 

Putus ipouv puer, mot populaire : it. putto, esp. ^g.puto. 

PutilluSf dimin. (Plante) : it. putello. V. le Dict. étymol. 

Quiritare. Voy. i^hishsiuijubilare. 



20 INTRODUCTION. 

Rallus, probablement dans le sens de mince ; vestis ralla 
(Plante): esp. pg. ralo, fr. (pat.) raie, alban. raie, m. s. 

Rancor^ rancune (S. Jérôme): it. rancor^, v. -esp. pr. ran- 
cor, v.-fr. rancœur. 

Refrigerium (Tertullien, Orose) : it. refrigerio, etc. 

Reicere pour rejicere, employé au temps de Servius (cf. 
Schneider, I, 581): it. rècere, cracher, avec une contraction 
encore plus forte. 

Rememorare (Tertullien) : it. rimembrare, v.-esp. pr. 
rememhrar, fr. remembrer. 

Repatriare (Solin) : it. ripatriare, esp. repatriar, pr. 
repairar, v.-fr. repairer. 

Retractio, action de retirer, d'amoindrir : pr. retraissà, re- 
montrance, reproche. 

Rostrwn pour os, oris (Plante, Lucilius, Varron, Pétrone, 
Pandectes) : esp. rostro, pg. rosto, visage; val. rost, bouche. 

Ruidus, raboteux (Pline) : it. rumdo, m. s. (Voy. le Lict. 
étymol.)\ p.-ê. aussi esp. rudo. 

« Rumare dicebant quod nunc ruminare » (Festus, p. 270, 
271). A cette forme se rapporte Fit. rumare, qui pourrait cepen- 
dant venir de ruminare, comme nomare de nominare. 

Rumigare pour ruminare (Apulée) : esp. rumiar. 

Rumpus, vrille de la vigne qu'on fait courir d'un arbre à 
l'autre (seulement dans Varron) : tessin. romp, m. s. 

Ruspariy ruspare, fouiller, scruter (Accius dans Nonius, 
Apulée, Tertullien; cf. Festus); d'après Vossius le sens primitif 
était gratter : l'it. ruspare confirmerait cette opinion. 

/S^a^a(Ennius), plus souvent sagum: it. saja, esp. pr. saya, 
fr. saie. 

Sanguisuga : « hirudine, quam sanguisugam vulgo coepisse 
appellari adverto » (Pline VIII, 10) : it. pg. sanguisuga, 
esp. sanguija (pour sanjuga) sanguijuela, pr. sancsuya, fr. 
sangsue. 

Sapius pour sapiens, d'après le composé nesapius (Pétrone, 
Terentius Scaurus) : it. saggio, esp. sabio, pr. sabi satge; fr. 
sage. Cf. Dict. étymol. 

« Sarpere antiqui pro putare dicebant » (Festus, p. 322) : 
de là v.-fr. sarpe, fr. serpe. 

Scalpturire. Voy. le Dict. étymol. s. v. Scalterire, II a. 

Scamillus, dans Priscien scamellum, dimin. de scamnum : 
esp. escamel, pr. escaimel, v.-fr. eschameL 



ÉLÉMENT LATIN. 2f 

SenectuSy comme adjectif, rare et archaïque (Freund) , em- 
ployé par Lucrèce, Plaute, Salluste. Le mot esp., rare aussi, 
senecho {muy senechas las quiœadas, les joues vieilles, c.-à-d. 
flétries, Cancionero de Baena, p. 106) ne peut régulièrement 
venir que de senectus. 

« Sermonari rusticius videtur, sed rectius; sermocinari 
crebrius est, sed corruptius » (Aulu-Gelle XVII, 2) : it. sermo- 
nare, pr. sermonar, fr. sermonner, 

Sifilare pour sihilare, forme vieillie d'après Nonius, s'est 
conservé dans le fr. siffler. 

Singillus, qui se déduit de singillarius pour singularius 
(Tertullien) : pg. singélo. 

Solitaneus pour solitarius (Theodorus Priscianus) : v.-fr. 
soltain : les voies soltaines et gastes {Brut II, 291), m.-h.- 
all. S oit âne, le désert. 

Soynnolentus^oMV somniculosus (Apulée, Solin) : it. sonno- 
lentOy esp. sonoliento, pr. somnolent. Somnolentia (Sid. 
Apollinaire) : it. sonnolenza, etc. 

Sortus : « surregit et sortus ponebant antiqui pro surreœit 
et ejus participio, quasi sit surrectus « (Festus, p. 297) : it. 
sortOy de sur gère, 

Spatha, gr. ctcûcOy], instrument long et élargi pour remuer, 
spatule, puis épée large, et sans doute dans ce dernier sens voca- 
bulum castrense, déjà dans Tacite {Annal. XII, 35) : « gladiis 
ac pilis legionariorum..., spathis et hastis auxiliarium »; dans 
Végèce {De re militari, IL 15) : « gladios majores, quos spa- 
thas vocant », et autres. En roman le dernier sens s'est conservé 
seul : it. spada, val. spate, esp. pr. espada, fr. épée. 

Spathula, ordinairement spatula, dimin. du précédent, dé- 
signe, comme aussi le gr. cTuàB-^, l'omoplate ou les grandes côtes 
des animaux. Apicius dit spatula porcina: delà it. spalla, esp. 
espalda, pg. espàdoa, pr. espatla, fr. épaule. 

Species, dans le sens d'épice (Macrobe, Palladius, etc.) : it. 
spezie spezj, esp. especia, fr. épice. 

Stagnum pour stannum, d'après les dérivés stagnatus , 
stagneus : it. stagno, esp. estano, pr. estanh, fr. étain. 

Stloppus, sclopuSt bruit, détonation (Perse) : it. stioppo 
schioppOy m. s. De là aussi le b.-lat. sclupare {L. Sal.). 

Striga, avec le double sens d'oiseau de nuit et de sorcière, 
dans Pétrone et Apulée, a conservé le dernier en roman : it. 
strega, pg. estria, v.-fr. estrie, val. strigôe. 



22 INTRODUCTION. 

Struppus, lien, courroie (Gracchus dans Aulu-Gelle) : it. 
strbppolOy fr. étrope, esp. estrovo, corde, bouée. 

Subsanna7^e, insulter, honnir (Tertullien, Némésien, S. Jé- 
rôme) : v.-esp. sosanar, m. s., p.-ê. aussi pr. soanar, v.-fr. 
sooner. 

Suis pour sus (Prudence) : de là esp. soeZy sale? 

Tata, mot enfantin ^ouv pater (Varron dans Nonius, Martial, 
Inscr.) : it. (pat.) tata» val. tate, esp. tait a. 

.« Tauras vaccas stériles appellari ait Verrius, quae non ma- 
gis pariant quam tauri » (Festus, p. 352, 353) : pg. toura, pr. 
toriga, m. s. Le fr. taure a une autre signification. 

Taxare, originairement avec le sens de tâter : « taxare pres- 
sius crebriusque est quam tangere, unde procul dubio id incli- 
natum est » (Aulu-Gelle, II, 6; cf. Festus). Ce sens, qui d'ailleurs 
est constaté, mais n'est employé par aucun auteur, a persisté 
dans l'itér. roman tastare = taxitare, 

Termen pour terminus (Y arro, Le ling. lat.). L'it. termine 
ne peut venir de terminus , ni même rigoureusement de termen; 
il suppose un ace. masc. terminem; cf. terminibus qui distant ^ 
dans les arpenteurs. Le plur. de termen, terminia, a produit 
en b.-lat. d'un côté le sing. ter^ninium, pr. termini; de l'autre 
le fém. terminia (voy. Pott, Zeitschrift fur Altertkumswis- 
senschaft, XI, 486). 

Testa, dans le sens de la boîte du crâne (Prudence, Ausone, 
Caelius) : it. esp. pr. testa, fr. tête. 

Tina, vase pour le vin (Yarron dans Nonius) : it. esp. pr. 
tina, fr. tine, alban. tine, mot populaire. 

Tinnitarey comme tinniy^e (Philomela) : fr. tinter. 

Tragula pour traha, herse (Varron) : c'est tout à fait, comme 
forme, le fr. tr aille, pont-volant. 

Tribulare, tourmenter, vexer (Tertullien) : it. tribolare, 
pr. tribolar, v.-fr. triboiller. 

Trie y débiteur en retard, chicaneur (Lucilius) : comasq. 
trignon, m. s. 

Trusare, fréq. de trudere (Catulle) : lomb. trusà, pr. tru- 
sar, heurter. 

Turio, pousse, rejeton (Columelle) : cat. toria, marcotte, 
provin. 

Unio : P union, assemblage (Tertullien, S. Jérôme) : it. 
unione, etc.; 2° oignon (Columelle) : pr. uignon, fr. oignon. 



ÉLÉMENT LATIN. 23 

Vacivus (Plaute, Térence) : esp. vacio. 

Valentia (Maevius, Titinnius, Macrobe) : it. valenza, etc. 

ValluSf dimin. de vannus (Varron) : it. vaglio, 

Vanare, tromper par de belles paroles (Accius dans Nonius) : 
it. vanare, radoter, ordinairement vaneggiare; esp. seulement 
vanear, pr. vanar, hâbler. 

Vanitare, itératif du précédent (S. Augustin, Oper. t. I, p. 
437, 761) : it. vantare, etc. 

Vasca-tibia ( Solin ) semble désigner une flûte traversière 
(Freund); p.-ê. est-ce un pur hasard que la ressemblance de 
ce mot avec le pr. bascunc (p. bascuenc? Gl. (9m^., Honnorat), 
qui est traduit par de travers. 

Vasum pour vas (Plante, Caton, Pétrone, etc.) : it. esp. pg. 
vaso, jamais î?a5e. 

Veruina^ de veru (Plaute, cf. Fulgence) : it. verrina, foret. 
Vu est tombé, comme cela arrive souvent. 

Victualis (Apulée, Cod. Just.), victualia, subst. (Cassiodore): 
it. vettovaglia^ esp. vitualla, pr. vitoalha vitalha, v.-fr. 
vit aille ; de même dans les For m. Bignôn, n"" 13, vitalia 
sans u. 

ViduluSy coffre, malle (Plaute) : de là p.-ê. it. valigia, fr. 
valise. Voy. le Dict. étymol. 

Vilescere (Avienus) : v.-esp. vilecer, pr. vilzir. 

Viscidus, gluant, pâteux (Theodorus Priscianus) : de là pro- 
bablement it. vincido, mou. 

Vitularif montrer de la joie, proprement sauter comme un 
veau, de vituhis, si toutefois il ne faut pas prononcer vitulari 
(Plaute, Ennius, Naevius et autres) : pr. viular, violar, jouer 
du violon; subst. vmla viola; it. esp. viola, fr. vielle, b.-lat. 
vitidus, m. s. Yoy. le Liât, étymol. 

Volentia (Apulée, Solin), mot rare d'après Nonius : it. vo- 
glienza, vouloir, inclination. 

Vorsare pour versare: v.-esp. bosar ou vosar, dans le sens 
de l'it. vey^sare, fr. verser. 



Cette liste contient certainement plus d'un mot qui n'a pas le 
droit d'être proprement appelé populaire. Mais comment éviter 
toute erreur en pareille matière? Pour prouver quelque chose, il 
fallait accumuler les exemples : on peut en supprimer quelques- 
uns sans que l'ensemble perde sensiblement de son effet. On peut 



24 INTRODUCTION. 

croire aussi que les langues romanes ont créé de leur propre fonds 
plusieurs des verbes composés qui figurent plus haut , comme 
ahbreviare, disseparare, incrassare, rememorare, ou des 
dérivés tels que dulcire (cf. fr. aigrir^ b7^unir, rougir) , cap- 
tivare, frigidare, molestare^ tinnitare, vanitare, amares- 
cere, vilescere, macror, malitas, solitaneus : car ces procé- 
dés leur sont extrêmement familiers. Mais pourquoi deux créa- 
tions successives d'un seul et même mot? Au reste les auteurs de 
la décadence offrent bien des mots qui manquent à la littérature 
antérieure et qu'il est impossible de regarder comme d'un usage 
vulgaire ; ils semblent au contraire être en grande partie de libres 
créations des écrivains, surtout des ecclésiastiques \ et n'avoir 
pénétré dans les langues nouvelles que par une voie purement lit- 
téraire. Les mots les plus importants, dans la liste qui précède, 
sont ces mots simples et usuels dont la littérature offre seulement 
la mention ou de rares exemples, et dont plusieurs ont pris sur le 
sol roman une importance et ont trouvé une diffusion considérable. 
Tels sont, par exemple, bassus , boja, brisa, buda, burra, 
campsare, crena, grossus, hapsus, hetta, maccus , olor, 
planca, plotus, putus, rallus, ruspari, sarpere^ stloppus, 
struppus, tina. — Encore une question : N'y a-t-il pas des 
primitifs qu'on ne trouve pas dans la littérature ancienne et qui 
ont maintenu dans les langues néo-latines l'existence qu'ils avaient 
dans le latin populaire, sans que nous en ayons eu la preuve? La 
possibilité de ce cas est incontestable; mais il ne faut pas s'attendre 
à ce qu'il se soit souvent produit ; car si la langue latine possé- 
dait le primitif, elle avait autant de commodité et de penchant à 
s*en servir que du dérivé. Cependant on rencontre quelques exem- 
ples de cet accident, par exemple l'it. gracco , en lat. seulement 
gracculus, geai; pg. fraga, sol raboteux, lat. seulement fra- 
gosust âpre, inégal (voy. le Dict, étymol. II, 6); v.-it. marco, 
maillet, lat. 7narculus; it. mazza, esp. maza^ pr. massa, fr. 
masse, lat. matéola, fléau, qui suppose leprim. matea'=-mazza; 
it. mozzo, moyeu, lat. modiolus, de modius, inusité dans ce 
sens; v.-fr. sap, lat. sappinus; val. vite,hœuî{si[h. vits, veau), 
lat. vitulus. Il y a quelques simples dans le même cas, comme 
esp. pr. cobrar, v.-fr. coubrer, lat. seulement recuperare; 
it. turare, esp. turar, boucher, lat. seulement obturare. Mais 
ici la particule a pu si facilement tomber, qu'il faut être très-cir- 

1. Voy. Funccius, De végéta latinae linguae seneciute, cap. XI, p. 10 et 
suiv. 



ÉLÉMENT LATIN. 25 

conspect ^ — Les expressions techniques rares ont été à peu 
près complètement exclues de la liste, parce que la rareté de leur 
apparition ne tient pas à leur caractère populaire, mais bien à la 
nature même de la chose qu'elles expriment. Mais c'est là un cas 
où la philologie latine peut apprendre quelque chose des langues 
romanes. Il y a, par exemple , dans les auteurs anciens un assez 
grand nombre d'expressions d'histoire naturelle dont on ne peut 
préciser le sens propre ; quand elles ont été transmises aux lan- 
gues nouvelles, on risque rarement de se tromper en y cherchant 
leur sens. C'est le cas, par exemple, pour les mots avis tarda, 
(esp. avutarda, fr. outarde), caecilia (it. cicigna), carduelis 
(it. cardellino), dasypus (esp. gazapo), farnus (it. farnia), 
galgulus (esp. galgulo), gallicus canis (esp. galgo), gavia 
(esp. gavia gaviota), melis (b.-lat. melo, onis, napol. mo- 
log7ia)y nepeta (esp. nebedà), opulus (it. oppio), secale (it. 
segola, fr. seigle), tinca (it. tinca, fr. tanche). 

Il est à peine besoin de remarquer qu'il y a aussi bien des mots 
qui sont cités par les anciens comme populaires et dont la lexico- 
logie romane ne présente pas de traces. 



1. C'est certainement un des plus intéressants problèmes de la philo- 
logie romane que de reconstruire les primitifs latins par le moyen des 
mots romans, et de rendre ainsi à la mère ce que ses filles ont reçu 
d'elle; aussi les tentatives n'ont-elles point manqué dans cette direction; 
nous en trouvons une preuve nouvelle dans les ingénieuses Observations 
sur un procédé de dérivation dans la langue française, par E. Egger {Acad. 
des Inscript. XXIV. Paris, 1864). Malheureusementl'auteur ne s'est jamais 
élevé au dessus de l'horizon français, et sans l'application de la méthode 
comparative on ne peut arriver à des résultats satisfaisants. « Siège, 
par exemple, doit répondre à une forme perdue sedica, co?)ime piège répond 
à pedica. » Cela pourrait être, s'il n'existait l'italien sedia, qui est à siège 
comme assediare est à assiéger: or, on ne peut pas invoquer pour sedia 
un type sedica, le c latin n'étant point élidé en italien. — Épier vien- 
drait, selon M. Egger, d'un latin spicare; nous accordons facilement 
qu'un verbe de ce genre ait pu exister, mais non qu'il survive dans 
épier. Épier se rapporte à l'ital. spiare (vieil haut-ail. spehôn), comme le 
v.-fr. espie répond à l'ital. spia (vieil haut-ail. speha). — De même le mot 
vaisseau ne prouve point l'existence d'une forme perdue vas-illum. le 
type régulier étant vas-cellum, qu'on rencontre d'ailleurs dans une ins- 
cription. Déduire nettoyer d'un nitigare disparu, c'est méconnaître la 
spontanéité et la force plastique des langues romanes. Les langues ne 
cessent jamais de créer. 



26 INTRODUCTION. 

Les exemples d'archaïsmes ou d'idiotismes transmis aux lan- 
gues romanes par le latin populaire que nous avons cités jusqu'à 
présent sont tous antérieurs au moyen-âge. Mais les éléments la- 
tins de ces langues se divisent en deux séries, ceux qui nous sont 
connus par les écrivains classiques, et ceux qui ont été empruntés 
à la basse latinité. Ces derniers ne consistent parfois qu'en des 
altérations de forme, comme cattare pour captare, colpus pour 
colaphuSy cosinus pour consohrinus; ou bien ce sont des for- 
mations nouvelles, comme auca, cappa, companium, furo, 
plagia^ poledrus; pour d'autres l'origine latine ne s'établit que 
par hypothèse. Sans aucun doute, il y a une partie de ces mots 
qui ne date pas du moyen-âge, qui remonte jusqu'à l'antiquité. 
On ne peut admettre , par exemple, que des mots comme auca, 
furo, plagia, qui vers l'an 600 sont constatés dans l'usage 
commun et reconnus pour latins, qui plus tard se retrouvent dans 
presque toutes les langues romanes, soient nés dans les provinces 
pendant l'intervalle de cent cinquante ans qui sépare cette époque 
de la chute de l'Empire, et aient trouvé aussitôt un accueil dans 
la langue littéraire du temps. En outre, auca pour avica est 
évidemment une formation bien plus latine que romane, car les 
langues nouvelles ne font presque jamais usage du suffixe ica; et 
furo a conservé en italien le sens qu'il a certainement eu à l'ori- 
gine, celui de maître filou, de voleur. Il y a même des mots ro- 
mans dont on ne retrouve pas le type en bas latin, et dont la forme 
accuse une origine latine. Ainsi l'it. ripido, escarpé, indique un 
modèle latin ripidus, car le roman n'emploie jamais le suffixe 
idus à de nouvelles formations; on a dit ripidus de ripa, comme 
viscidus de viscus. Vouloir fixer l'âge d'un mot d'après la date 
de son apparition dans un monument est un procédé, il est vrai, 
diplomatiquement sûr; mais précisément pour cela, c'est un pro- 
cédé superficiel, qui violente à chaque instant l'histoire de la 
langue. Plus d'un mot contenu dans la liste qui précède aurait été 
dévolu à la basse latinité, s'il ne s'était conservé par hasard dans 
un écrivain isolé; plus d'un mot roman d'origine latine, si le 
même hasard ne lui avait pas donné son acte de provenance, au- 
rait été cherché, et peut-être trouvé, dans des langues étrangères. 
C'est ce qui serait sans doute arrivé, par exemple, au mot it. 
cansare , si Priscien ne nous avait conservé campsare 
dans un fragment d'Ennius. Pour apprécier les mots romans et 
bas-latins , il ne faut jamais oublier un point essentiel : c'est que 
nous ne possédons du vocabulaire latin qu'un grand fragment, et 
que l'état de civilisation où étaient parvenus les Romains , leurs 



ÉLÉMENT LATIN. 27 

arts, leur industrie et leurs mœurs supposent une provision de 
mots bien supérieure à celle qui nous a été transmise. Beaucoup 
de ces mots, surtout des expressions techniques, doivent être 
devenus d'usage commun dans la basse latinité ; jusque-là une 
grande partie était certes enfouie dans les glossaires ^ . 

Parmi les ouvrages des bas siècles qui offrent la plus riche 
moisson de vieux mots romans, les lexiques sont les premiers. 
En tête mérite d'être placé le livre du fécond et érudit évêque de 
Séville, Isidore (mort en 635 ou 636), les Origines ou Etymolo- 
giae, surtout à cause des onze derniers livres. L'auteur n'avait 
autre chose en vue que d'expliquer des mots appartenant à la 
bonne latinité ; mais d'un côté il lui en échappe un assez grand 
nombre de non latins, et de l'autre il désigne comme vulgaires ou 
même déjà espagnoles plusieurs expressions qui se retrouvent en 
effet pour la plupart dans la langue romane de l'Espagne. Le 
grand avantage de ce livre sur les anciens glossaires, encore en 
partie inédits, est moins la richesse que Tauthenticité et la cor- 
rection. Parmi les autres, l'un des plus purs et des plus anciens 
(Vr siècle) est celui de Placidus ; mais il est peu productif pour 
notre usage. Le glossaire attribué à l'auteur des Origines^ Isi- 
dore, est d'une bien plus grande importance, quoiqu'il soit étran- 
gement altéré. L'auteur puisait encore, aussi bien que Placidus, 
dans l'ouvrage complet de Festus; mais il ne manque pas de mots 
qui portent le cachet des bas temps : badare, ballatio, borda, 
cmnpio, cocistro, pilasca, pilottelus, etc.; il en a même déjà 
quelques-uns d'allemands, comme lecator, frea (ce dernier 
d'après la Lex Longobardorum). Les glossaires grecs-latins 
sont moins féconds ; mais les glossaires latins-allemands offrent 
un riche butin. A leur tête il faut placer les Glosses de Cassel, 
dont le manuscrit semble être du VIIP siècle (publié par Wilhelm 
Grimm, avec un fac-similé complet, Berlin, 1848). Il faut nom- 



1. Pott, dans son travail sur le bas latin et le roman {Plattlateinisch und 
Romanisch, dans le Journal de Kuhn et Aufrecht, I. p. 309), a traité cette 
question récemment avec beaucoup de soin. Ruhnken avait déjà sou- 
haité la publication des plus anciens glossaires : « Ut qui (juniorum 
litteratorum) linguam latinam, de cujus inopia vêtus querela est, aliquot 
mille vocabulis ac formis nondum cognitis locupletet. v Voy. Bernhardy, 
Geschichte der rômischen Litieratur, 2"= édit., p. 302. Ruhnken parle ici des 
mss. de Leyde. Récemment M. Hildebrand {Gloss. lat. saec. IX, praef.) a 
rappelé l'attention sur ces manuscrits; ce sont des glossaires où, comme 
dans les glosses de Reichenau, des mots latins rares sont expliqués par 
des mots d'usage courant. 



28 INTRODUCTION. 

mer ensuite le Vocabulaire de Saint- Gall, qu'on place au 
VIP siècle (publié dans Wackerna gel, Le5c&wcÂ, 1, 27; dans 
les Denkmàler de Hattemer, I, 11). Il y a encore d'autre tra- 
vaux de ce genre, quelques-uns bien plus étendus que les précé- 
dents, qui nous fournissent avec de très-mauvais mots latins des 
matériaux utiles pour l'étude historique des langues romanes : 
tels sont les Glosses de Paris (publiées par Graff, Diutiska^ I, 
128), celles de Sélestadt (publiées par Wackernagel , Haupt's 
Zeitschrift, V, 318), le Vocabularius optimus (p. p. Wac- 
kernagel, Bâle, 1847), les Glosses latines anglo-saxonnes d'Er- 
furt (p. p. Œhler, Jahrbûcher der Philologie de Jahn et Kloiz, 
Supplément, XIII, p. 257 et suiv.), enfin quelques Dialogues 
allemands-latins du IX^ siècle (p.p. "Wilhelm Grimm, Berlin, 
1851). Ces monuments lexicographiques sont pourtant surpas- 
sés par un texte de droit qui remonte aux premiers temps du 
moyen-âge, et où l'expression romane se fait jour sans scrupule, 
la Loi Salique (voy. l'important travail de Pott sur le côté phi- 
lologique de cette célèbre loi, dans Ho fer, Zeitschrift, III, 13; 
Aufrecht et Kuhn, Zeitschrift, I, 331). ^ Les autres lois germa- 
niques, en particulier la loi des Lombards que Pott a également 
étudiée au point de vue philologique, les formules de droit, parmi 
lesquelles celles de Marculf, qui datent en partie du VIP siècle, 
enfin les plus anciennes chartes appartiennent aux sources de la 
lexicographie romane. Il faut ajouter à ces monuments du mo- 
yen-âge les écrits les plus récents ou interpolés des arpenteurs 
romains, spécialement les Casae litterarum, texte à moitié bar- 
bare, « le morceau de toute la collection le plus singulier et le 
plus fortement corrompu par un long usage scolaire » (Rudorfi", 
p. 406-409) ; cf. Galvani, dans VArchivio storico, XIV, 369 ; 
Pott, dans la Zeitschrift fur Alterthumswissenschaft , 
XII, 219. 

La liste ci-dessous ofire un choix de formes et de mots bas- 
latins qui se retrouvent en roman, et aussi , comme exemple, 
divers mots classiques pris dans un nouveau sens. Elle se res- 
treint en général aux temps antérieurs à Charlemagne. On peut 
dans cette période admettre une plus grande pureté de formes 

1. Ce n'est point faire une hypothèse par trop téméraire que de sup- 
poser qu'on réunit (pour la première rédaction écrite de la loi) un cer- 
tain nombre de Gallo-Romains plus ou moins lettrés. En tout cas, la 
naissance et le développement de la loi salique remontent certaine- 
ment à cette période pendant laquelle la forme romane se dégagea du 
latin sur le sol de la Gaule. 



ÉLÉMENT LATIN. 29 

que dans les siècles suivants où la langue viQgaire, arrivée plus 
loin dans son rapide développement, enrichit le bas latin d un 
plus grand nombre déformes altérées ou mal comprises.^ L'inap- 
préciable Glossaire de Du Gange est la grande source où a été 
puisée cette liste; on a surtout voulu ajouter au terme bas-latin 
les formes romanes les plus nécessaires, et, quand elle est tant 
soit peu sûre, l'origine du mot lui-même. 



Accega, bécasse [Gloss. Erford.): it. acceggia, esp. arcea, 
fr. (pat.) acée. On dérive ce mot à'acies. 

Acia= ala (Gloss. Isid.). Ce mot serait vraisemblablement 
la racine du pg. aza, aile, s'il ne fallait plutôt lire aœilla = ala 
(cf. Graevius). 

Aciarhwt, acciarium = aTO(jLW[;.a {Gloss. lat. gr.): it. ac- 
ciajo, esp. acero, fr. acier. D'actes. 

Adplanare {Gloss. Isid.): it. applanarey pr. aplanar. 

Ala : « mula quam rustici alam vocant » (Isidore, XVII, 
11) : esp. pg. ala, it. ella, année, plante. 

Amaricare^oviV amarumredde're {Class. auct. VI, 506): 
it. amaricare^ esp. pr. amargar. 

Amhactia, amhaxia, commission {L. SaL), goth. andbahti, 
it. amhasciata. 

Amma : haec avis {strix) vulgo dicitur amma ab amando 
parvulos, unde et lac praebere fertur nascentibus » (Isid. XII, 
7) : esp. pg. a7na, seulement dans le sens de nourrice, bonne 
d'enfant ; dans Hesychius à\).\)A^ ail. A'^nme. 

Ascilla, ascella, métathèse essentiellement romane de aœilla 
(Isidore, Grég. de Tours et beaucoup d'autres) : it. ascella, pr. 
aissela, fr. aisselle. 

« Astrosus, quasi malo sidère natus » (Isidore, X, 13) : esp. 
pr. astroso, malheureux. 

Astrus, astrum, foyer, dér. astricus {Gloss. sangall.) : fr. 
âtre, lomb. astrac, ail. estrich. 

Aiica pour anser: «accipiter c^iaucam movàei {L. Alam.) »\ 
« aucas tantas, fasianos tantos » {Form. Marculf.); mot très- 
usité : pr. auca, esp. auca oca, it. oca, fr. oie. 



1. Un connaisseur a dit avec une grande justesse : Il faut bien distin- 
guer deux basses latinités : celle de laquelle le roman a été fait, et celle qui a 
été faite sur le roman (Littré, Hist. de la langue française, II, 380. Paris, 
1863). 



80 INTRODUCTION. 

Bahurrus, stultus (Isid. 10, 31) : cf. it. hahhaccio hab- 
beo babbuino, lourdaud, rustre; esp. babia, bêtise; lat. ba- 
bulus pour fatuus dans Apulée. 

Baia : « hune (portum) veteres a bajulandis mercibus voca- 
bant baias » (Isid. XIV, 8) : it. baja, esp. bahia, fr. baie. 

Ballare, d'après le subst. ballatio : « choreis et ballationi- 
bus » (Gloss. Isid.): it. ballare, esp. bailar, v.-fr. baler.Vvo- 
bablement d'origine germanique. 

Balma, grotte, se trouve, comme nom géographique, dans de 
très-anciennes chartes : pr. balma, v.-fr balme baume. Ori- 
gine incertaine. 

« Barbanus, quod est patruus » {L. Longob.): it. barbàno. 
De barba. 

Baro, barus, homme, homme libre {L. Sal. L. Rip. L. 
Alam.y et souvent) : it. barone, fr. baron^ esp. varon. Sur 
l'origine de ce mot important, voy. le Dici. étymol. 

Basca, sorte de vase: «cum casa et furno et basca» (v. Maf- 
fei, Storia diplomatica, n** 272, s. a. 650) : d'après Muratori, 
it. vasca. De vas. 

Baselus : « phaselus est navigium quem nos corrupte base- 
luni dicimus » (Isid., XIX, 1) : l'esp. baœel vaœely qu'Isidore 
avait en vue, répond à l'it. vascello, fr. vaisseau ^ et vient du 
lat. vas, vasculum (cf. vascellus dans leslnscr.), car le^Aau 
commencement du mot ne devient guère b en espagnol. 

« Bostar, locus ubi stant boves » (Gloss. Isid.): esp. bostar, 
pg. bostal, étable à bœuf. 

Branca, griffe, dans les composés branca lupi, brancaursi, 
dans un arpenteur (Lachmann, p. 309), branca leonis, assez 
fréquent en b.-lat. noms de plantes : it. v.-esp. pr. branca, 
fr. branche, val. brence. 

Caballicare : « si quis caballum sine permissu domini sui 
ascenderit et eum caballicaverit » [L. Sal.), assez fréquent en 
b.-lat.: it. cavalcare, esp. cabalgar, fr. chevaucher. 

Caecula, sorte de serpent (Isidore, XII, 4): cf. it. ciecolina, 
très-petite anguille. 

Cai ou kai = cancellœ, c.-à-d. cancelli (Gloss. Isid.) : 
esp. cayos (plur. ) , pg. caes , fr. quai. Cf. kymr. cae , 
enceinte. 

Caldaria (Grég. de Tours) : it. caldaja, esp. caldera, fr. 
chaudière. 

Cama : « in camis, i. e. in stratis », dit déjà Isidore (XIX, 



ÉLÉMENT LATIN. 3-1 

22), et dans un autre endroit : « cama est brevis et circa ter- 
ram, Graeci enim xa[jLai brève dicunt» (XX, 11); seulement esp. 
port, cama.lii, tapis, natte; acamar^ étendre par terre. L'éty- 
mologie d'Isidore paraît la bonne. 

Cambuta, càbuta, bâton tortu, dans une charte de l'an 533 
(Bréquigny, n*' 15; cf. Pertz, Monum. germ. II, p. 14) : esp. 
gambote, bois tortu. Ce mot se rapporte à gamba. 

Caminatay chambre à feu, dans le plus ancien b.-lat. : it. 
camminata^ salle; fr. cheminée. 

Caminus pour via : « quomodo currit in camino S. Pétri », 
dit une charte du roi Wamba : it. cammino, esp. camino , fr. 
chemin. Cf. kymr. ca^n, pas. 

Campana, cloche, parce que les cloches viennent de Campa- 
nie, expliqué dans Isidore (XVI, 24) par statera uniiis lancis, 
balance romaine: it. esp. pr. campana. 

Campiones = gladiatores, pugnatores {Gloss. Isid.): it. 
campione, esp. campeon, fr. champion. De campus. 

Canava = camea {caméra?) post caenaculum, Gl. Isid.: 
it. cànova^ chambre aux provisions. 

Canna, vase à boire : « cochleares, cultelas, cannas, po- 
tum » (Fortunat, cf. du Cange); v.-fr. quenne, fr. canette^ ail. 
kanne. Du lat. canna, roseau. 

Capa, manteau, d'après Isidore (XIX, 31) : « quia quasi to- 
tum capiat hominem » : it. cappa, esp. capa, fr. chape. 

Capanna, hutte : « hanc rustici capannam vocant, quod 
unum tantum capiat » (Isid. XY, 12) : it. capanna, esp. ca- 
bana, fr. cabane. 

Capere pris intrans. dans le sens de pénétrer, prendre , 
déjà dans la Vulgate : « sermo meus non capit in vobis » : de 
même it. capére, esp. pr. caber. 

Capitanus, capitaneus, dans le plus ancien b.-lat. : it. ca- 
pitano, esp. capitan, pr. capitani, v.-fr. chévetaine, fr. ca- 
pitaine. 

Capritus pour capellus, hoedus : « si quis capritum sive 
capram furatus fuerit » (Z. S al.) : esp. cab7nto, pr. cabrit, fr. 
cabri, it, capretto ; n.-pr. cabridà, chevroter. 

Caprio (Gloss. cass.) : esp. pr. cabrion, fr. chevron, m. s. 
De caper. 

Capulare: « si quis pedem alterius capulaverit » {L. Sal.): 
pr. chaplar, v.-fr. chapler, m. s. De capulus, garde d'épée, 
épée. 

« Capulumy funis : a capiendo, quod eo indomita jumenta 



32 INTRODUCTION. 

comprehendantur » (Isid. XX, 16); it. cappio, nœud; esp. 
cablOf fr. câble^ m.-gr. xaTuXbv. 

Car a, car abus. Yoy. à la liste des mots grecs. 

Carpa (Gassiodore et autres postérieurs) : esp. carpa, fr. 
carpe, val. crap, it. carpione. 

Casa pour domus dans le plus ancien b.-lat. bien que dans 
Isidore casa soit encore traduit par « agreste habitaculum palis, 
arundinibus et virgultis contextum » : it. esp. pr. casa, 
val. case. 

Casniis pour quercus, casnetum pour quercetum, ce der- 
nier déjà dans une charte de l'an 508 : « nemus quod dicitur Mo- 
rini Casneti » : v.-fr. caisne quesne chesne, fr. chêne, et de 
casnetum j chênaie. C'est une corruption de quercinus. 

« Casula, vestis cucuUata, quasi minor casa » (Isid. XIX, 
24) : esp. casulla, chasuble. 

Cattare : cattus, quod cattat (var. catat, captât), i. e. vi- 
det : v.-esp. catar, m. s.; h.-it. roum. catar, trouver; val. 
ceutà, regarder, trouver, surveiller. De cap tare (cf. Vossius 
Etymol. s. V. Felis). 

Causa pour res, dans le plus ancien b.-lat. et la Loi Salique: 
it. esp. cosa, pr. causa, fr. chose. 

Cecinus i^our cygnus (L. Sal.) : it. cécino, cécero, esp. v.- 
fr. cisne. De cicer, it. cece, pois chiche, tumeur que le cygne a 
sur le cou. 

Ciconia: « hoc instrumentum (telon) Hispani ciconiam 
vocant» (Isidore, XX, 15) : esp. cigûeha, piston de pompe. 

Circare: circat = circunivenit {Gloss . Isid.); circat mon- 
tem (Casae litterarum, Lachmann, p. 326) : m. s. esp. pg. 
cercar ; mais v.-pg. pr. cercar, it. cercare, val. cercà et 
cercetà {circitare), fr. chercher dans le sens de quaerere, pro- 
prement tourner autour d'une chose. 

Clida pour crates (L. Baiw.) : pr. cleda, fr. claie. Cf. irl. 
cliath, etc. 

Coltina pour collis {Casae litterarum, Lachmann, p. 214): 
it. collina, esp. colina, fr. colline. 

Colomellus : « hos (dentés caninos) vulgus pro longitudine 
colomellos Y ocsiïit» (Isidore XI, 1) : esp. colmillo, pg. col- 
milho. De columella. 

Colpus [Leg. barb.) : it. colpo, esp. golpe, pr. colp, fr. 
coup. C'est une altération de colaphus; aussi dans la Loi Sa- 
lique trouve-^on colaphus pour colpus, et concurremment avec 
ce dernier. 



ele'ment latin. 33 

Comha, vallée profonde; cf. le nom géographique Cumha 
dans une charte de 631 (Bréquigny, p. 136): it. (pat.) combat 
gomba\ esp. pr. comha, fr. conibe. De concava. 

Comhrus, amas de branchages (Gest. reg. Francorum) : 
pg. comhro, tas de terre; it. ingomhro, fr. encombre, obsta- 
cle. De cumulus. 

Companium, composé de cum et partis, société, amitié (L. 
S al.) : de là Fit. compagnia, etc. 

Condemnare aliquem, comme damnum, ad f ère alicui {L. 
Sal.) : v.-fr. condemner, m. s. (voy. Zwei altromanische 
Gedichte, p. 50). 

Contrariare (S. Prosper) : it. contrariare contradiare; 
esp. pr. contrariar, fr. contrarier, 

« Cortinae sunt aulaea » (Isidore, XIX, 26) : it. esp. cor- 
tina, val. cortine, fr. courtine. De chors, proprement quelque 
chose qui entoure, qui protège. 

Cosinus, abréviation de consobrinus, fém. cosina (Gloss. 
sangall.) : it. cugino, pr. cosin, fr. cousin. 

Costuma pour consuetudo dans une charte de 705; coustuma 
(Garpentier) : it. costuma, etc. 

Crema pour cremor (Fortunat): it. esp. pr. crema, fr. crème. 

Cucus pour cuculus (Isid., XYII, 7) : vénit. pg. cuco. 

Cusire, altération de consuere [Gl. Isid.) : it. cucire, val. 
cose, esp. cusir coser, pr. caser, fr. coudre. 

Dativa ^o\ir donativa (Gloss. Isid.) : esp. dddivas. 

Detentare (Fortunat et autres) : esp. detentar. 

Diffacere {Capitula ad Le g. Sal. L. Longob. ):it. dis f are, 
esp. deshacer, fr. défaire. 

Lirectum ^omt jus (Form. Marculf.): it. diritto, esp. dere- 
cho, fr. droit. 

Biscapillare , dépouiller quelqu'un de ses cheveux (L. Burg. 
L. Alam.) : it. s'capigliare , esp. descabellar, fr. décheveler. 

Drappus i^our pannus (L. Alam. Form. MsiYc.y.it.drappo, 
pr. drap, fr. drap, esp. trapo. 

Esca, dans le sens d'amadou : « unde et esca vulgo dicitur 
(fungus), quod sit fomes ignis » (Isidore, XYII, 10) : it. esca, 
val. easce, esp. yesca. 

Exartum, lieu défriché, novale [L. Burg. L. Long.), d'où 
exartare : pr. eissart, v.-fr. essart essarter. De ex et sar- 
ritum. 

DIEZ. 3 



34 V INTRODUCTION. 

Exclusa [L. Sal. Grég. de Tours, Fortimat) : esp. esclusa, 
fr. écluse. 

Excorticare, enlever la peau {L. Sal.) : it. scorticare, esp. 
escorclmr, pr. escorgar, fr. écorcher. De cortex. 

« Falcastrum, ferramentum curvum » (Isid. XX, 14; Grég. 
le Grand) : it. falcastro, faux. 

« Ficatmn, quod Graeci guxwtov vocant » (Gloss. Isid.), foie 
d'un animal engraissé avec des figues : de là par généralisation 
it. fégato, val. ficctt, esp. higado, pr. fetge, fr. foie. 

Fiasco, vase (Grég. le Grand); flasca (Isid. XX, 6) : it. 
fiasco, fiasca; esp. fiasco, v.-fr. fiasche, fr. fiacon. Devascu- 
lum par transposition de 17. 

Focacius, gâteau cuit sous la cendre : « cinere coctus et rever- 
satus ipse est et focacius » (Isidore, XX, 2) ; it. focaccia, esp. 
ho gaza, fr. fouace. 

Focus pour ignis {L. Alam. etc.) ; it. fuoco, val. foc, esp. 
fuego, pg. fogo, pr. fuec, fr. /ew. 

Fontana pour /bn^ {Casae litterarum,L. Long.)\ originai- 
rement aquafontana (Golumelle); mais l'adjectif finit, comme 
souvent en roman, par avoir seul le sens de la locution entière : 
it. esp. pr. fontana, fr. fontaine, val. funtune. Les deux der- 
nières langues ne possèdent pas le primitif. 

Forestis, bois soumis aux privilèges de la chasse, laie, sous 
cette forme et d'autres dans le plus ancien b.-lat., par ex. dans 
la loi des Lombards : it. foresta, esp. floresta, fr. forêt. De fo- 
ris, proprement ce qui est en dehors du droit commun, ce qui est 
interdit. 

Forisfacio = offendo, noceo (Gloss. Isid.): y. -il. for fare, 
pr. fr. for faire. 

Fortia, forcia, dans le sens de vis [L. barb.): it. forza, esp. 
fuerza, pr. forza, fr. force. 

Fundibulum pour infundibulum (Gl. Philox.): esp. fonil, 
pg. funil. 

« Furo a furvo dictus, unde et fur, tenebrosos enim et oc- 
cultes cuniculos effodit » (Isid. XII, 2) : esp. huron, pg. furào, 
v.-£r. fuiron, it. furetto, fr. furet. lie fur; cf. it. furone, ar- 
chi-voleur. 

Gamba {Gloss. cassel. et autres) : it. esp. gamba, pg. gam- 
bia, fr. jambe, de même v.-esp. camba, rum. comba. Originai- 
rement sans doute genouillère, du radical latin qui se trouve 
dans cam-urus, cf. gr. xai^Tuifi. 



ÉLÉMENT LATIN. 35 

Gannai == x>vsuaC3i (Gloss. lai.-gr.), gannum [Gesta reg. 
Franc) : it. inganno, esp. engano, pr. engan, tromperie; 
verbe it. ingannare, val. ingena. Probablement d'origine alle- 
mande. 

Glenare : « si quis in messem alienam glenaverit » (Capit. 
pacto L, S al. add.) : fr. glaner. 

Granica ^oxxvhorreum (L. Baiw.) : v.-fr. granche. Le fr. 
grange peut venir de granea. 

Gubia, et aussi guvia, gulhia, gulvia (Isid. XIX, 19) : esp. 
gubia, pr. goiva, fr. gouge, ciseau de menuisier. Probablement 
d'origine ibérique. 

Gunna, vêtement (S. Boniface) : it. gonna, v.-esp. pr. go- 
na, V. fr. gonne. 

Hostis pour eœercitus {Leg.harh.^ Grég.le Grand): it. oste, 
esp. hueste, pr. v.-fr. ost, val. oaste. 

Incensmn pour thus (Isidore, IV, 12) : it. incenso, esp. 
incienso, pr. essès, fr. encens. 

« Incincta, praegnans, eo quod est sine cinctu » (Isid., X, 
151) ; it. incinta, pr. encencha, fr. enceinte. 

Inculpare pour culpare{L. Sal.): it. incolpare, pr. encol- 
par, fr. inculp^er; le lat. inculpatus signifie le contraire. 

In fans, pris généralement pour puer, puella, p. ex. : « duos 
infantes y unum qui habuit IX annos, alium qui habuit XI » (L. 
Rip.) : it. esp. infante, pr. en fan, fr. enfant, m. s.; ii.fante, 
soldat à pied. 

Insubulum (Isidore) ; it. subbio, esp. enxullo , fr. en- 
souple. 

Iterare pour iterfacere (S. Golumban, Fortunat et autres): 
pr. edrar, v.-fr. errer. 

« Labina, eo quod ambulantibus lapsum inférât » (Isidore, 
XYI, 1); cf. lavina, chute, ruine, dans S. Jérôme d'après du 
Gange : roum. laioina, y .-h.-dll. lewina, v.-fr. lavenge, ava- 
lanche. 

Lat us, employé comme préposition : latus curte {L. Sal.), 
latus se (Casae litterarum), fréquent dans le b. lat. : pr. latz, 
v.-fr. lez. 

Lorandrum : « rhododendron , quod corrupte vulgo loran- 
druYïh (var. lorandeum) vocatur » (Isid. XYII, 7) : c'est Fit. 
esp. oleandro, fr. olèandre. 



36 INTRODUCTION. 

« Mantum Hispani vocant, quod manus tegat tantum » (Isi- 
dore, XIX, 24); mantum majorem (Charte de 542, Brêquigny, 
n° 23) : it. esp. manto^ fr. triante. Du lat. 7nantelum. 

Marcus, maliens major (Isidore, XIX, 7), dans les classi- 
ques seulement marculus ; v.-it. marco. 

Mare pour stagnwn, lacus : « omnis congregatio aquarum 
abusive maria nuncupantur » (Isidore, XIII, 14) : fr. mare. 

Masca : « striga, quod est masca » (L. Longob.) ; 7nascus 
=z grima (Gloss . anglos.). Le mot est roman dans les deux 
sens; p. ex. : piém. masca, sorcière; fr. masque, it. maschera 
= larva, 

Matrina, matrinia, dans un double sens : l'' noverca 
{L. Long oh. )\ 2** marraine {Cap. Caroli Magni) : it. ma- 
trigna madrina, esp. madrina, fr. marraine. 

Mm^ceSy dans le sens de compasvsion, pitié, dans Grégoire le 
Grand et beaucoup d'écrivains postérieurs : it. mercè, esp. mer^ 
ced, fr. merci. 

Milimindrus ou milimindrum, jusquiame : « hanc (herbam) 
Yulgus 7nilimindru7n dicit (Isid., XVII, 9) : esp. milmandro, 
pg. 7neimendro. Origine inconnue. 

Monitare pour monere (Fortunat) : de là pr. m^onestar, 
esp. amonestar^ fr. ad^nonèter? 

Montanea pour montana, scil. loca , aussi montania , 
d'après l'adj. montaniosus [Casae litterarum) ^ l'opposé de 
campania (voy. la l''^ liste) : it. montagna, etc. 

Mucare, muccare, comme emungere [E . Rip,) : fr. mou- 
cher, 7nouchoir. De 77%ucus. 

Mustio : « Bibiones sunt qui in vino nascuntur, quos vulgo 
77iustiones a musto appellant (Isidore, XII, 8) : it. 7noscione, 
petit insecte ailé. 

Muttum =. ^{pù (Gloss. M.- ç'r.), c'est-à-dire grognement, 
murmure, pris plus tard dans le sens de verhum : it. motto, 
esp. 7note, pr. fr. mot. Le classique muttire ne se retrouve 
que dans le pr. v.-fr. motir. 

Nario = suhsannans (Gloss. Isid.) : v.-h.-all. narro, co- 
masq. nar. 

Natica, dérivé de natis, et employé dans le m. s. ttuy'/; = 7%a- 
tica (Gloss. gr.-lat.); nates = natices (1. 7%aticae, Gloss. 
Paris, éd. Hildebrand) : it. natica, esp. nalga, v.-fr. 7iache. 

Natta pour matta : « illud quod intextis junci virgulis fîeri 
solet, quas vulgo nattas vocant » (Grég. de Tours) : fr. natte. 



ÉLÉMENT LATIN. 37 

Necare, ne gare pour aqua necare (L. Burg. Alam. etc.) : 
it. annegare, esp. pr. negay\ fr. noyer. 

Olca, olcha : « campus tellure foecundus ; taies enim incolae 
(Gampani) olcas vocant » (Grég. de Tours) : v.-fr. ouche 
osche. Cf. gr. wXxa. 

Padulis ^owY paludis dans le plus ancien b.-lat. : li.padule, 
pg. paûlj esp. paul-ar. 

Pagensis, déjà dans Grég. de Tours, dans la Loi lombarde^ 
et avec le double sens de campagnard et de compatriote : v.-esp. 
pages, pr. pages, m. s. 

Pantanum, comme palus, udis, mot répandu partout, bien 
qu'il apparaisse pour la première fois dans une charte de Ghar- 
lemagne : it. esp. pg. pantano, rum. pantan. 

Parcus, parricus, lieu entouré de haies [L. Rip. L, AngL), 
parc (L. Baiw.) : it. parco, esp. parque, fr. parc. Sans doute 
du la t. parcere, épargner (protéger). 

Pariculus pour par : « hoc sunt pariculas causas, charta 
paricla» {Form. Marc); it. parecchio, esp. parejo, fr. pareil. 

Pecora pour pecus, oris (Gloss. sangall.) : it. pecora, fr. 
pécore. 

Petium et autres formes, pour dire morceau déterre, champ : 
it. pezzo pezza; esp. pieza, fr. 2^iàce. 

Pirarius "^oxyr pirus {L. S al. Capit. de villis) : ])i\ pei- 
rier, fr. poirier. 

Placitum, assemblée délibérante, dans le plus ancien b.-lat. : 
it. piato, esp. pleito, v.-fr. plaid. 

Plagia pour littus (Grég. le Grand): it. piaggia, esp. plaga, 
fr. plage. Vie plaga. 

Praegnus au lieu de praegnans : praegnum jumentum 
{L. Alam.) : de là l'it. pregno, a, tandis que le pg. prenhe, 
^v.prenh (sous la forme fém. prenha) , viennent àe praegnans 
ou praegnas. 

Praestare pour mutuo dare (Salvien, Fortunat, L. Sal.) : 
it. pr est are, esip.prestar, fr. prêter. 

Pretiare pour pretium ponere (L. Alam., éd. Herold, 
Gassiodore; cf. Funccius, Le inerti ling. lat. aetate, p. 708) : 
it. prezzare, esp. preciar, fr. priser, aussi v.-h.-all. pynseh. 

Prostrare pour prosterner e, formé d'après le part, prostra- 
tus (cf. Funccius, l. c, p. 714) : ii. pr ostrar e , ipr. prostrar, 
esp. postrar. 



38 INTRODUCTION. 

Pulletrus, poledrus pour pullus oqiimus (L. Sal. L. 
Alam.) lii.polédro pulèdro , es^. potro, v.-fr. poutre. De 
pullus; cf. le fr. poulain. 

Rasilis, sorte d'étoffe : « ralla, quae vulgo rasilis dicitur » 
(Isidore, XIX, 22) : esp. rasilla, espèce de serge. 

« Redulus = strues lignorum ardentium » (Gloss. Isid.) : 
v.-fr. ré red, m. s., de rete, réseau, grillage, puis bûcher 
arrangé en grillage. 

Regnare, dans le sens de se conduire , vivre : « bonum tibi 
est luscum in vita regnare » (Matth. XVIII, 9, dans Tatien) : 
pr. renliar, v.-fr. régner^ m. s. 

« Retortae, quibus sepes continentur» {L. Sal.)\\\,. ritorta, 
pr-. redorta, v.-fr. riorte, hart, lien d'osier. 

Ruga:=.platea, àr{uioL (Gloss. vett») : v.-it. ruga, esp. rua, 
fr. rue. Proprement sillon, d'où ligne, file. 

S aima. Voy. coYiJLa dans la liste des mots grecs. 

Sarna : « banc (impetiginem) vulgus sarnar/i appellant » 
(Isidore, IV, 8) : esp. pg. sarna, m.-s. Vraisemblablement 
ibérique. 

Sarralia : « lactuca agrestis est, quam sarraliam nomina- 
mus » (Isid. XVII, 10) : esp. sarraja, pg. serralha. 

S émus pour mutilus, simare pour mutilare [Form. de Pi- 
thou, Cap. ad leg. Alam. L. Long.) : it. scemo scemare , 
pr. sem semar, v.-fr. semer. Du lat. semis. 

* Singularis = epur (aper, Gloss. Sangall.), mot trés-fré- 
quent : it. cinghiale, pr. senglar, fr. sanglier. 

Soca, soga, corde, courroie (Charte du VF siècle, L. Long.): 
it. (pat.) esp. pg. soga. 

Solatiari, solaciare (Grég. le Grand, L. Long) : it. solaz- 
zare, esp. solazar, pr. solassar, v.-fr. solacier. 

Sparcus, spacus, ficelle (v. Graff, V, 239) : it. spago, 
hongrois sparga. 

« Taratrum quasi teratrum » (Isid. XIX, 19) ; taradros 
= napugêrà, vrille (Gloss. Cass.) : esp. taladro pour taradro, 
pr. t araire, fr. tarière, rum. terdder. Du gr. Tlpexpov. 

Testi?noniare (Cap. ad Leg. Sal. Form. Marc. I, 37; 
Diploma Theodorici III, Bréquigny, n° 195, et fréquemment 
plus tard) : it. testimoniare, fr. témoigner, etc. 

Thius. Voy. Gstoç dans la hste des mots grecs. 



ÉLÉMENT LATIN. 39 

Tornare dans le sens de verfÀ {Edict. Rotharis, etc.) : it. 
tornare, esp. prov. toïmm^ fr. tourner. 

Troja = su, sus {Gloss. Cass., etc.): it. troja, v.-esp. 
troya, pr. trueia, fr. truie. Du nom de la ville de Troie. Voy. 
le IHct. étymol. 

Tî'oppus pour greœ, turha : « m troppo de jumentis » (L. 
Alam.) : esp. tropa, fr. troupe ;it. troppo,îv. trop. Sans doute 
de turha. 

Tructa : « quos (pisces) v aigus tructas (var. hruccas) 
vocat » (Isid. XII, 6) : it. ^ro/a, esp. trucha, fr. truite. Du 
gr. Tpa)XTr^ç? 

Turhiscus, sorte d'arbrisseau (Isidore) : esp. torvisco, pg. 

« Tordela (var. turdella), quasi minor turdus » (Isid. XII, 
7) : it. esp. t or délia, grive. Ce mot rappelle le fém. ^m^o?a dans 
Perse ; le lat. n'a que turdillus, 

Varicat = amhulat [Gloss, Isid.) : it. varcare, parcourir, 
de varicare, écarter les pieds l'un de l'autre. 

Yassus, serviteur (Le g. Barhar.) : it. vassallo, esp. va- 
sallo, fr. vassal, kymr. gvoàs. 

YermiculuSy adj . de vermis, avec le sens de coccineus, fré- 
quent dans le plus ancien b.-lat.: it. vermiglio, esp. hermejo, 
fr. vermeil. 

Viaticum, dans le sens de voyage : « deducit dulcem per 
amara viatica natam » (Fortunat) : it. viaggio, etc. 

Virare, même sens que gyrare [L. Alam.)'. esp. pr. virar, 
v.-fr. virer. Cf. le lat. viria, bracelet, c'est-à-dire rond de bras, 
ornement arrondi. 

Virtus dans le sens de r\%iracle, déjà dans la Yulgate : « et 
non poterat ibi virtutem ullam facere » (Marc, YI, 5), fréquent 
plus tard : pr. vertut. 



L'accord fréquent de tous les dialectes romans dans l'emploi 
des mots, des formes ou des sens rapportés dans ces deux listes, 
est, avec leur construction grammaticale, la plus certaine preuve 
de leur unité originaire; cette unité ne peut se supposer que 
dans l'idiome populaire des Romains, d'autant plus que la langue 
valaque, séparée de très-bonne heure des autres, ne peut leur 
avoir emprunté ces éléments, qui lui sont communs avec elles, 



40 INTRODrCTION. 

et ne peut les posséder, de même que ses sœurs, que comme un 
patrimoine transmis par la langue-mère. 

Au reste, il serait bien surprenant qu'il n'y eût pas aussi 
entre les divers idiomes des divergences fréquentes pour l'expres- 
sion d'une même idée. Ces divergences ont pu être amenées par 
plusieurs causes dont nous ne voulons pas faire mention ici. Nous 
donnons seulement quelques exemples pris dans les substantifs : 

Vir : it. uomo, fr. homme, esp. varon, val. herbat. 

Puer : it. fanciullo, ragazzo; esp. muchacho, rapaz, 
nino; pr. tos; fr. enfant, garçon; val. fet, copil. 

Frater : fr. frère, val. fratre, it. fratello, esp. hermano. 

Patruus, avunculus : fr. oncle, val. unchiu; esp. tio, it. 
zio; roum. aug. 

Patruelis, consobrinus: it. cugino, fr. cousin; e^^. primo; 
pr. quart; val. ver. 

Vitricus : val. vitré g, it. patrigno , esi^. padiastro , fr. 
par astre, beau-^ère. 

Ovis : val. oae, esp. ovej a; it. pecora; pr. feda;îv. brebis; 
roum. nurssa. 

Arles : it. montone, esp. morueco, fr. bélier, val. ber- 
beace, roum. botsch. 

Canis : it. cane, val. cune, fr. chien, esp. perro, cat. pr. 
gos. 

Vulpes: it. volpe, val. vulpe, esp. vulpeja, raposa, zorra; 
fr. renard. 

Mus:vo\xm. mieur; it. ^ojoO:, sorcio; val. soarece, fr. 50w- 
m, esp. raton. 

Quercus : it. quercio, fr. chêne, esp. carvallo, carrasca; 
roum. ruver, val. stezarin. 

Malus : it. melo, val. mer, esp. manzano, fr. pommier. 

Caryophyllum : \i. garofano, esp. clavel, fr. œillet, roum. 
negla. 

Bomus : it. esp. ca^a, val. ca^e, fr. maison. 

Via, plalea: it. strada, esp. c<x^/e, fr. rwe; roum. gassa, 
val. ulitze. 



ÉLÉMENT LATIN. 4-1 

Si les langues nouvelles ont conservé et fait fleurir beaucoup 
de mots oubliés ou peu usités de la langue du Latium, d'un autre 
côté elles ont perdu une masse bien plus considérable des mots 
latins les plus usuels. Avant de rechercher, autant qu'il nous le 
sera possible, les causes de cette perte, il est bon de mettre sous 
les yeux du lecteur une partie de ces mots perdus par le roman, 
rangés en séries analytiques. Il ne s'agit, bien entendu, que de 
l'élément populaire des langues romanes. Il y a beaucoup de 
mots latins qu'elles ne possèdent que comme expressions poéti- 
ques, et de ceux-là les uns leur sont parvenus par une voie 
purement littéraire ; les autres ont été, pendant un temps, réelle- 
ment usuels, et ont vieilli ensuite ; les derniers seuls doivent être 
regardés comme romans ^ On doit écarter aussi des éléments 
constitutifs des langues romanes un grand nombre d'expressions 
techniques qui sont empruntées au latin et sont désignées comme 
latines par les dictionnaires. Il y a d'autres mots qui, sans être 
aussi décidément étrangers à la formation originaire, sont évi- 
tés dans -l'usage et remplacés par des synonymes : la liste ci- 
dessous les notera, en indiquant la langue qui les tolère. Nous 
ferons, pour cette fois, abstraction complète du valaque et des 
patois. 

' I. SUBSTANTIFS. 

Monde, terre, éléments. — Sidus, orbis. Tellus, humus, 
rus, pagus, plâga, arvum, clivus, tumulus, rupes, cautes, 
specus , antrum, scrohs (it.), latehra (it.), lucus, nemus. 
Trames. Uligo, coenum, limus (à peine roman). Aequor, fre- 
timiy amnis, imher, ros (pr. très-rare). Aether, procella. 



l. Les mots de la première classe trahissent souvent à la première 
vue leur origine savante; tels sont, pour rester dans le domaine italien, 
les adj. alUsonanie, almo, divo, etereo, fervido, fulgido, igneo^ imbelle, imo, 
inclito, inerme, labile, longevo, pavido, perenne, presago, prisco, superno, 
ktrtareo, tremendo, turgido. D'autres sont au moins suspects d'une intro- 
duction de fraîche date dans la langue poétique, par le seul fait qu'on 
ne les rencontre pas dans le provençal et l'ancien français; tels sont 
ndunco, angue, antro, ara, atro, aula, cacume, dumo, face, fasto, fausto, 
gelidoy irco, labe, Ubare, nume, parco, prece, proie, speco, sperne, suggère, 
telo, vate. Dante tirait déjà beaucoup de mots immédiatement du latin. 
On peut admettre dans la dernière classe, bien qu'en certains cas isolés 
on s'expose à se tromper, les mots de cette nature qui existent dans les 
anciennes langues de la France. Tels sont ancella, calere, cherere, crine, 
egro (v. fr. heingre), fido, folgore, frangere, germe, gladio, ira, licere, mes^ 
cere, piaga, plorare, propaggine, quadrello. 



42 INTRODUCTION. 

IgniSi fulmen (it.), pruna, torris, nitor (it.), jubar, oestus. 

Temps. — Aevum. Ver (pr. v. fr.), hiems. Hehdoma^. 
Diluculu7n, aurora, meridies, vesper (rom. dans un autre 
sens). 

Animaux. — Bellua (it. helva, poét.). Equus (rom. au 
fém.), mannus, hinnus, caper {rom. B.uîèm.),hoedus,hircus, 
ibeœ, ovis, aper, sus, mêles, hystriœ, ères, felis, nitela, 
mustela, mus. Volucres, alités, inilvus, nisus, tinunculus, 
noctua (seulement it. nottola), ulula (à peine rom.), psitiacus, 
alcedo, monèdula, fringilla (it. fringuelld), motacilla, 
ficedula, (esp.), 7^egulus (it.), parus, apus, ardea, hutio 
larus (esp.), anser, olor, merops, vipio. Testudo (seulement 
it. testuggine), saurus, anguis (fr. anguille), hoa. Squalus, 
lupus, platessa, mustela, sparus, làbrus, glanis, silurus, 
fario, mugil, clupea (it. chieppa?), halex (it. alice, sar- 
dine), cyprinus, alhurnus, esox, et autres noms de poissons. 
CAcindela, nepa, culeœ, asilus, volvooo. Hyrudo, mya, spon- 
dylus, mweœ, teredo. 

Corps humain. — Sinciput, occiput, mala, gêna, os (oris), 
rostrum (esp.), guttur (fr. goitre), jugulum, f rumen, 
rumen, uber, abdomen, alvus, tergum, anus, natis, clunis, 
artus, armus, lacertus (it. rare), scapula, ulna, vola-, fémur 
(it.), crus, genu, poples, sur a, talus, unguis, vertibulum. 
Cutis, scortum, cœsaries, vellus, juba. Hepar, jecur, 
splen, lien, ilia, adeps (it.), arvina, bilis, cruor. Lues. 
Vibeœ, naevus (it.), vulnus, funus. 

VÉGÉTAUX. — Les noms des arbres, des arbrisseaux, et même 
des petites plantes, sont restés, pour la plupart, dans les langues 
romanes. On ne retrouve pas : siler, tibulus, tinus, crataegus, 
arbutus (fr. arbousier) , paliurus (it.), lappa, gramen, àdor, 
alica (v.-esp.), sandalum, arundo. Sentis, dumus, vêpres, 
surculus, tenues, palmes, etc. 

Minéraux. — Les mots de cette classe, assez peu nombreux, 
par exemple les noms de métaux et de pierres précieuses, se 
sont aussi conservés pour la plupart. Manquent : lapis, scrupus, 
calculus, schistus, aes, chalybs, magnes, etc. 

Hommes. — Vir, mas, lïberi, nothus, puer, puella, pusus, 
adolescens, anus. Avus (it. v.-fr.), patruus, matertera, 
vitricus, novei^ca, jyt'ivignus, levir, glos, conjuœ, uxor (v.- 
fr.). Herus, civis, verna, praes, vas. Socius (à peine rom.), 
sodalis. Qualifications morales : nebulo, teneb7Ho, verbero, 
fur, leno, pelle x, scortum et autres. 



ÉLÉMENT LATIN. 43 

Agriculture. — Praedium, ager, lira, seges, merges, 
messis. Simila (v.-fr.), pollex, pabulum. Ligo (esp.), pasti- 
' nurrij rallum, volgiolus. Horreum-, hara. Agricola (à peine 
rom.), vinitoTy vilHcus, opilio, suhulcus, agaso. 

Guerre, armes. — Bellum, proelium, certamen, clades 
(it.). Acies, agmen, cohors, castra. Thorax, ancile, cly- 
peus, parma, pelta, umbo, cassis (idis), g aléa, ensis, eus- 
pis, pugio, sica, jaculum, pilus, venahulmn, veru, telum, 
veœillum. Miles, tiro, eques, pedes, vêles, liœa, calo. 

Navigation. — Linter, cyrrîba, celox, f as élus, lihurnus, 
ratis. Malus, carhasus, tonsa, rudens, statumem, tonsilla. 
C las sis, Nauta, remex. 

MÉTIERS. — Aerarius, caementarius, caupo, cerdo, far- 
ter, fidicen, figidus, histrio (à peine rom.), infector, institor, 
lanius, mango , molitor, olitor, pellio, pincerna, pistor, 
restio, scriba, sutor (fr. Lesueur, nom propre), tihicen, 
tonsor, tornator (fr.), vespillo, metor ; auriga. 

Maison. — Aedes, domus (rom. dans un sens spécial). 
Atrium, hypocaustum , thalamus (à peine rom.), aula, 
culina, popina. Lacunar, laquear, fornix, janua, foris, 
posticum, valva (it.), cardo, repagulum, pessulus, obex, 
limen. Tignum, vibia, later, plut eus. TJrbs, oppidum, arx, 
moenia, minae; angiportv.s (it.), fundula. Fanum, ara (inu- 
sité) . 

Vases. — Acerra, cacabus, cadus, calathus, cantharus, 
clibanus, corbis (v.-esp.), crumena^ fidelio, hama, hamula, 
hydria, lagena, lebes, marsupium, matula, patena (à peine 
rom.), pelvis, pera (ii.) ^poculum, qualum, scutra, scyphus, 
séria, sinum. 

Nourriture, boisson. — Offa, victus (it.), edulium, daps, 
obsonium, assum, farcimen, hilla, cibum, laganum., pla- 
centa^ collyra. Penus. Potus, merum, mulsum{ii.), vappa. 
Convivium (à peine rom.), epulae, jentaculum. 

Toilette. — Aîïiictus, péplum, trabea, laena, chlaniys, 
penula, palla, supparum., subucula, interula, indusium, 
rica, lacerna, lacinia. Pileus. Ocrea, pero, caliga, cre- 
pida. Taenia, redimiculum, torques, limula, inauris, spin- 
ther, fucus. 

Instruments divers. — Currus (it.), plaustrum, carpen- 
tum, rheda. cisium, essedum, sarracum. Cunae, lodia, cer- 
mcal, pulvinus, stragulum, teges. Fides, lituus, thitinna- 
bulum. Aléa, pila{esi^.), crepundia (it.). Acus{\i.), calcar, 



44 INTRODUCTION. 

mriculuniy dolahra. Asser, rudis , sudes, trudis, scipio, 
vacerra, vectis, trua^ uncus ; strues, rogus. Amentum (v.- 
esp.), lorum (pg.)» funis (it.), hahena, scutica, verber; 
cassis, verriculwn. Trutina. 

Mots COLLECTIFS. — Caterva, coetus , condo (à peinerom.), 
congeries. 

Mots abstraits. — Al g or, angor, aerumna, luctus, metus 
(esp.), formido, spes, cupido,fastus, voluptas, optio,preces, 
astus, dolus (it.), versutia, nequitia, insania, vecordia, desi- 
dia, ignavia, inertia. Mos (fr.), usus, y/oimus, vis, robur, 
decus, lepor. Jus, fas, nefas, jussus, venia, conatus, ultio, 
facinus, probrum^ flagitium, mendacimn, jurgium, con- 
flictus, ictus, alapa, nugae, ludus, suavium, osculum (au 
sens lat.), foedus, conjugium, connubium, auxilium, ops, 
divitiae, ubertas, defectus (it.), egestas, inopia, penuria. 
Motus (it.), iter (v.-fr.), initium, eventus, obitus, letum, 
nex, eœitium. Omen, fascinium. — Ces mots, et d'autres 
abstraits, peu usités dans la vie ordinaire, trouvent pour la plu- 
part une fréquente application dans le style poétique. 

n. adjectifs. 

Aequus, almus , ater, canus, celer, claudus, creber, 
diveSy eœiguus, exilis, faustus, flavus, fulvus, galbus,gil- 
vus, glaber, glutus, inanis, ingens, laevus, limus, luœus, 
maestus, magnus (à peine roman), mitis, 7iavus, 'necesse, 
nequam, parvus (à peine esp.), paullus, perperus, pinguis 
(esp. prengue?), potior, priscus, privus, probus, proce- 
rus, pronus, puber, pulcher (it.), pullus, pidus, ymvus, 
saevus, satur, saucius, scaevus, segnis, senex (pr.), serus, 
squalus, strabus , ter es (esp.), trux, tutus, udus, va fer, 
vulgus, vatius, vêtus, vetustus, vigil. 

m. VERBES. 

l*"^ Conjugaison. — Dicare, flagitare, flare, hiare, hor- 
tari, inchoare (pr.), lurcari, manare, meare, migrare, 
morari (seul. esp. morar), nare, patrare, placarde, potare, 
properare, solari, spectare, venari, viare. 

2" Conjugaison. — Algere, arcere , augere , carere , 
cavere , censere , decere , docere , egere , f avère, flere , 
fovere, frigere, haerere, horrere, invidere, jubere, latere, 
libet, lugere, madère, mederi, moerere, nere, nitere, opor- 
tere, patere, pavere, pigere, pollere, polliceri, praebere 



ELEMENT LATIN. 45 

(pr. plevir), pudere, rancere (tr.), reri, rigere, silere, 
spondere, stitdere (v.-fr. estovoir?) , suadere, tahere, taedere, 
tepere, terrere, torquere, tueri, tumere, turgere, urgere, 
vegere, vereri, vigere, vovere, 

2>^ Conjugaison. — Alere, amittere, caedere, canere, 
cogère, colère (à peine pr.). considère, contemnere, defi- 
cere, degere, demere, deligere, edere, emere, fidere, fieri, 
fluere, frendere, frui (à peine rom.), fimgi, fur ère, gerere, 
gignere, jacere, induere, interficere, labi, linere, linguere, 
loqui, ludére, luere , mander e, mer gère (it.), metuere, 
nectere, ningere, niti, noscere, nubere, oblivisci, pangere, 
parère, pellere, pergere, petere {q^^.), pinsere, plaudere, 
2)lectere, poscere, prodere, proficisci, queri, repère, ruere 
(à peine rom.), scabere, scalpere, scandere, scindere, serere, 
sinere, spernere, spuere, sternere , strepere, sugere (it.), 
suere, sumere, turgere, terrere, trudere, ulcisci, urere, 
uti, vehere, ver gère, verrere, vesci, viscère. 

4^ Conjugaison. — Farcir e, haiirire, invenir e, metiri, 
moliri, oriri, nequire, sarcire, sarrire, scire, vincire. 

Verbes irréguliers. — Ferre, nolle, malle; coepisse, 
meminisse, novisse, odisse; aio, inquam. 

Nous ne nous occuperons pas pour le moment du sort des 
pronoms et des particules. 



Si l'on embrasse maintenant d'un coup d'œil les mots conte- 
nus dans cette liste , mots dont les uns sont des primitifs et 
dont les autres représentent les notions les plus usuelles et les 
plus importantes , on reconnaîtra que la perte n'est pas très- 
considérable dans les substantifs et les adjectifs, mais qu'elle 
est énorme dans les verbes radicaux, bien que tous ceux qui 
ont disparu ne soient pas, à beaucoup près, énumérés ici; or 
ces verbes constituent proprement la richesse de la langue. 
Mais la disparition de tant de mots essentiels n'entraîne pas 
nécessairement celle de leurs racines. La plupart se sont per- 
pétuées dans les langues nouvelles par des dérivations ou des 
compositions dont les unes existaient déjà en latin , et dont les 
autres ont été créées de première main par les idiomes romans. 
En effet, ces idiomes ont développé avec la plus grande énergie 
la faculté de formation et d'assimilation, et les mots que l'em- 
ploi de cette faculté leur a donnés dépassent de beaucoup en 



46 INTRODUCTION. 

nombre ceux que leur avait légués la langue mère. La perte 
d'éléments anciens, l'introduction d'éléments nouveaux, la bifur- 
cation fréquente d'un mot en deux \ la création des formes les 
plus variées, offrent le champ le plus riche aux réflexions de 
celui qui voudrait rechercher les causes de ces divers phéno- 
mènes. Mais nous nous bornerons ici à signaler, parmi les 
causes qui ont fait s'effacer tant d'éléments latins, celles qui 
sont le plus faciles à constater et qui ont aussi la plus grande 
influence. 1" Les mots trop courts ou même trop peu sonores 
devaient naturellement être évités par une langue qui, rejetant 
systématiquement certaines consonnes finales, par exemple m 
ou s y rétrécissait encore leur forme. Que pouvait faire le roman 
de mots comme rem, spem, vim (nous prenons ici l'accusatif 
pour type), comme fas, vas, aes, os, jus, rus? ou bien de mots 
disyllabiques sans consonne au milieu, comme reum, diem^ 
grue77i , luem, striœm, suem? Quelques-uns d'entre eux se 
sont cependant maintenus, rem en v.-esp. et en fr., spem en 
it., vas partout en revêtant la forme vasum, reus en it., die77i 
dans presque toutes les langues, gruem dans toutes. Deus ne 
pouvait pas être remplacé, bien que sa permutation n'ait pas eu 
lieu partout régulièrement. Il y avait encore beaucoup de disyl- 
labes, de trisyllabes même, avec une consonne au milieu, qui 
ne donnaient pas des formes sonores remplissant bien l'oreille, 
et cela n'a pas été sans influence, au moins pour les mots de 
l'usage quotidien. Mais ici il faut distinguer d'après la nature 
des diverses langues : celles du nord-ouest avec leur tendance 
plus analytique devaient plus que les autres éviter ces formes ; 
celles du sud supprimaient souvent la consonne médiale, sans 
changer autrement le mot (le fr. a tiré de radicem le dérivé 
radicina, racine, tandis que l'esp. dit raiz). On peut donner 
comme exemples : ile ou ilia, hiemem, genu, agnum, ignem, 
aurem, narem, erem, herum, rorem, aurem, murem, et 
aussi apem, ovem. — Ces mots, qui n'avaient pas assez de 
corps, furent souvent supplantés par d'autres : res par causa, 
vis par fortia, fas et jus par directum, os par hucca , rus 
par campania, sus par troja, ignis par focus, herus par 
patronus ou magister, crus par gamba, mus par s or ex ou 
talpa. Ou bien on mit à leur place des dérivés de la même 
racine : sperantia pour spes, aeramen pour aes, diurnus 
pour die s, iliare pour ile, hibernum pour hiems, genuculum 

1. Lat. pensare, rom. pensare et pesare dans deux sens différents. 



ÉLÉMENT LATIN. 47 

pour geyiu , agnellus pour agnus , auricula pour auris , 
narix (it. narice) pournarw, ericius pour er(?5, roscidum et 
autres pour ro5, avicella pour a-yz^, ovicula pour om^. Au 
reste, l'extension des formes, surtout par des diminutifs, comme 
dans tout.es les langues populaires, est un des principes du roman, 
et s'exerce même sur des mots où le primitif ne péchait pas par 
trop de brièveté ; les dérivés fournis par le latin ou créés par 
le roman remplacent le primitif et le font la plupart du temps 
disparaître : c'est ainsi que de vulpes, sciurus, luscinia, rana, 
apis, lappa^ corbis, colus, on a conservé les diminutifs vul- 
pecula, sciurulus, cornicula, lusciniola, ranicula, apicula, 
lappula, cornicula, coliiculus ; de melis, milvus, culex, 
quercus, natis, limes, on a formé les dérivés mo^o^na(napol.) 
milvanus, culicinus (fr. cousin), querçea, natica, limi- 
tare. 

2"" La nouvelle langue ne pouvait plus admettre aussi aisément 
que l'ancienne des mots homonymes ou ayant une grande res- 
semblance, car elle avait perdu deux puissants moyens de les 
distinguer : d'abord la prononciation nette et distincte des 
consonnes, altérées par l'assimilation et d'autres causes (actus 
et aptus deviennent en it. atto) ; puis la quantité, très-impar- 
faitement remplacée par la diphthongaison des brèves accentuées. 
Beaucoup des mots de cette classe, surtout s'ils étaient du même 
genre, devaient donc être sacrifiés à la clarté. Le subst. vi7% 
par exemple, au grand détriment de la langue, a cédé à verus, 
parce que tous deux auraient donné en it. vero; l'esp. le rem- 
plaça par -yaron^ le val. par berbat {barbatus). La même con- 
currence avec verus aurait aussi fait disparaître le nom du prin- 
temps, ver, s'il ne s'était conservé par le moyen de la dérivation 
ou de la composition (esp. verano, it. primavera). Un syno- 
nyme de vir, mas, maris fut sans doute abandonné à cause de 
mare. Bellum céda évidemment à l'adj. bellus et on accueillit 
à sa place F ail. werra. On peut encore admettre que aequus 
s'est efiacé devant equus (ou plutôt equa qui a persisté), ager 
devant acer (it. agro), fidis devant fides, habena devant 
avena, liber devant liber, mala devant l'adj. màla, matula 
(levant macula, melis devant mel, palla devant pala, plàga 
devant plàga, puer dexsuiipurus, vëru devant vérus. Or a ne 
put persister en it. devant hora, il lui fallut se réfugier dans la 
formule diminutive orlo, tandis que le prov. distingua les deux 
mots par le genre : or, ora; de même sol ne pouvait coexister 
en fr. avec solum, de là la forme soleil. Il y eut aussi beaucoup 



48 INTRODUCTION. 

d'homonymes qu'on put sauver au moyen d'une altération dans 
leur forme : ainsi mâlus persista à côté de malus, dans Fit. 
melo, pôpulus à côté depopulus dans pioppo. C'est dans la 
conjugaison que l'influence de l'homonymie a causé la perte la 
plus importante : le futur classique, qui coïncidait plus ou moins 
en partie avec l'imparfait de l'indicatif, en partie aveclesubj. 
prés, fut abandonné par toutes les langues romanes, et recons- 
truit sur d'autres bases. — L'influence de l'homonymie fut encore 
active, même après l'achèvement des langues nouvelles. 

3° Ce qui était arrivé pour les homonymes eut lieu aussi pour 
les synonymes; beaucoup d'entre eux disparurent de la langue, 
parce qu'on ne comprenait plus les nuances délicates des sens ou 
qu'on n'attachait aucun prix à leur distinction. Les exemples 
abondent : abdomen parut faire double emploi avec pantex. 
aedes avec casa, aevum avec aetas, amnis avec fluvius et 
flumen, anguis avec serpens , anus avec culus , arx avec 
castellmn, clivus avec collis ou le dérivé roman collina, cae- 
nwn avec lutum, culina avec coquina, daps avec cïbus, 
ensis avec gladius, equus avec caballus, bilis avec fel, for- 
mido avec pavor, gêna avec palpehra, gramen avec herha, 
jugulum avec gula, hirudo avec sanguisuga, imher avec 
pluvia, jaculum axec lancea, j anua divec porta et ostium, 
lapis avec petra, lira avec sulcus, lorum avec corrigia, 
mala avec maxilla, moenia avec mourus, offa avec frustum, 
orhis avec circulus, osculum ou suaviumsivec hasium, rupes 
avec saxum, sidus avec astrum, specus ou antrum avec 
spelunca, tellus avec terra, trames ayec semita, tumulus 
avec cumulus, ulna avec cubitus, urbs ou oppidum avec 
civitas, vulnus ou ictus ayecplaga. 

Pour plusieurs de ces mots on peut, il est vrai, se demander si 
ce n'est pas aussi bien la faiblesse de leur forme qui les a fait 
tomber que leur synonymie : c'est le cas, par exemple, pour 
aedes, aevum, amnis, anguis, ensis, gêna, urbs (qui en 
outre aurait donné le même mot qviorbis). Pour les adjectifs, 
c'est la synonymie qui paraît avoir été la cause dominante des 
pertes considérables qu'ils ont subies : ainsi disparurent des 
mots comme magnus, mitis, pulcher, saevus, devant gran- 
dis, suavis, bellus, ferox. Mais comment se fait-il que parvus 
ait été supplanté par le barbare i^iccolo, pequeno, petit? 

Cette crainte des synonymes n'a pas d'ailleurs empêché les 
langues nouvelles de former ou d'emprunter à d'autres idiomes 
un assez grand nombre d'expressions dont le sens était déjà 



ÉLÉMENT LATIN. 49 

suffisamment représenté. — On conçoit facilement que des rela- 
tions, des mœurs et des idées nouvelles aient rendu inutile plus 
d'un ancien mot ou l'aient fait échanger pour un autre. Ne par- 
lons ici que de ceux qui ont été échangés. Le cas le plus impor- 
portant est celui de l'expression qui désigne le mot même, ver- 
hum, que son emploi spécial dans l'Eglise a soustrait à l'usage 
commun, où il a été remplacé par 'parahola (Schlegel, Litt. 
prov. not. 33). Bomus ne signifie en français et en italien que 
la maison du Seigneur : casa a pris sa place. Vesper prit 
aussi un sens liturgique, et son sens primitif fut représenté 
par les adjectifs serus ou tardus. Un grand nombre d'objets 
naturels furent désignés par des noms sortis d'une nouvelle 
manière d'envisager leurs propriétés et leurs caractères, et per- 
dirent leur ancienne appellation : ainsi on nomma le sangher 
singularis, celui qui vit seul; le mouton mutilus (le mutilé), et 
le cygne cecinus, c'est-à-dire l'oiseau qui a au bec une tumeur 
(cicer) ; la bergeronnette caudi-tr émula, comme en gr. asiao- 
TTUY'ç. Pour les plantes, on trouve une masse de ces noms tirés de 
leur nature. Les expressions de ce genre appartiennent aux plus 
frappants caractères des langues romanes; elles peignent bien 
leur origine et leurs rapports avec le latin; l'élément popu- 
laire s'y montre sans réserve; on remarquera entre autres 
ces désignations rustiques des parties du corps humain : testa 
(pot) ou concha (coquille) pour caput; gurges (gouffre) 
i^our guttur; spatula (bêche) ^^omv scapula; perna (jambon) 
pour crus ^ ; pulpa (viande, morceau de chair) pour sur a; fica- 
tum (foie d'oie) pour Aepar ; hotellus (boudin) pour m^^^^mum ; 
pellis (fourrure, peau d'animal) pour cutis; — casa (cabane, 
baraque) pour domus est aussi un mot de cette classe. 

S*" Enfin la perte de beaucoup de mots latins eut pour cause 
l'introduction de termes empruntés à des langues étrangères, fait 
sur lequel nous reviendrons plus bas. Les Romans ne voulaient 
ni ne pouvaient s'interdire ces emprunts, que leur suggérait le 
contact journalier avec différents peuples: souvent, en effet, le 
mot étranger exprimait des objets ou des idées pour lesquels la 
langue latine n'avait pas d'expression satisfaisante ou au moins 
caractéristique ; souvent encore il se recommandait par une forme 
plus pleine et plus sonore. Ça et là on saisit aussi la trace de 
causes spéciales : par exemple les langues du nord-ouest ont 
abandonné trois expressions latines désignant le mâle de la 

1. Cependant ;)enia a déjà le sens roman dans Ennius. 

DI£Z. A 



50 INTRODUCTION. 

clièvre, caper, hircus et haedus, pour l'ail, hoc, parce qu'on 
voulait, pour cet animal comme pour d'autres animaux domes- 
tiques, désigner la différence des sexes par la diversité des radi- 
caux. La même raison a fait remplacer gallusi^ar le mot étran- 
ger coc. Mais la victoire du mot étranger sur le mot latin ne fut 
souvent qu'une affaire de hasard ^ . 

Nous avons encore un coup-d'œil à jeter sur les verbes. 
Leur perte a eu les mêmes causes que celle des substantifs, par 
exemple la brièveté de la forme pour flare, nare, flere, nere, 
reri (tandis que dare et ire se sont conservés, bien qu'incom- 
plètement, et seulement dans quelques pays); l'homonymie a 
fait disparaître peu de verbes, par exemple moerere à cause de 
merere, caedere à cause de cedere, parère à cause de parère y 
queri à cause de quaerere; la synonymie a eu plus d'influence, 
mais il y a eu des causes spéciales. La langue nouvelle a laissé 
tomber presque tous ces beaux verbes si nombreux dans la 
2" conjugaison qui expriment un état, parce qu'elle pouvait faci- 
lement les rendre par une circonlocution , et qu'elle affec- 
tionne en général les circonlocutions : au lieu de alhere , 
frigere, nigrere, on pouvait dire album esse, frigidwtn esse, 
nigrum esse. Les pertes considérables que subit la 3^ conju- 
gaison ont sans doute pour cause la grande variété de ses 
flexions. Les verbes se conservèrent mieux en composition, 
parce que là les formes étaient plus étendues et les significations 
plus individuelles : ainsi inflare, inhortari (v.-fr.), demorari, 
consolari, adhaerere, ahhorrere, respondere, persuadere, 
occidere, comedere (esp. corner), influer e,relinquere, con- 
suere, consumere, admncere (it. avvincere), re ferre et 
autres. On trouve aussi beaucoup de primitifs éteints qui revi- 
vent dans des formes fréquentatives ou itératives ^, ou bien 
dans des verbes tirés de leur radical par l'intermédiaire de sub- 
stantifs, comme invidiare, odiare, studiare. 



1. Je m'abstiens ici de parler des déplacements du sens, parce que ce 
travail a été fait par d'autres d'une manière satisfaisante, par exemple 
récemment par Fuchs [Langues romanes, p. 191 et suiv.) et du Méril {Forma- 
tion de la langue française, p. 318-340). D'ailleurs on en a vu plusieurs 
exemples dans ce que j'ai dit ci-dessus. 

1. Voy. le chapitre de la Formation des mots. 



ÉLÉMENT GREC. o\ 



II. 



ELEMENT GREC. 

En dehors du latin, il n'y a que deux langues où tous les 
idiomes romans aient puisé, dans des proportions diverses : c'est 
le grec et l'allemand. 

Si on déduit les éléments grecs que contenait le latin quand il 
donna naissance aux nouvelles langues, on en trouvera assez 
peu dans le roman ; l'on ne compte pas, bien entendu, les expres- 
sions introduites par la science à une époque récente. Les Byzan- 
tins restèrent, il est vrai, les maîtres dans l'Italie méridionale, 
en Sicile et dans une partie du sud de TEspagne, longtemps après 
l'invasion germanique ; mais il n'y eut pas là de mélange de 
races sur une grande échelle; ce que les Massiliotes avaient 
pu apporter à la langue gauloise disparut avec cette langue elle- 
même. Enfin une partie des mots gréco-romans doivent leur 
existence, non pas à l'influence d'une langue sur l'autre, mais 
au commerce habituel des peuples entre eux, qui amène toujours 
quelques emprunts mutuels. Les fables patriotiques qu'ont sou- 
tenues Joachim Périon, Henri Estienne et d'autres savants fran- 
çais, sur l'affinité de leur langue avec le grec, n'ont aucun fon- 
dement; ils auraient eux-mêmes renoncé à les défendre s'ils 
avaient mieux connu les lois phoniques du roman ^ et s'ils 
avaient pu embrasser plus sûrement l'ensemble de ses sources. 
La même observation s'applique aux érudits italiens et espa- 
gnols qui ont fait du grec une mine féconde pour tous les élé- 
ments non latins de leurs idiomes. Il faut reconnaître, du reste, 
que la ressemblance fortuite de beaucoup de mots grecs et 
romans ne rendait que trop séduisant ce système, opposé à tous 
les faits historiques : pour ne citer que des exemples français, 
comment le vieux mot airure (champ semé) ne ferait-il pas son- 
ger à àpQupa, coite à t-oity], dîner à oôitcvsTv, blesser à TrXYjaaetv, 
moelle k \f:jzk6q^ paresse à xàpsaiç, tétink^i'z^% ^roK^r à Tpuetv ? 
Aucun de ces mots ne peut cependant revendiquer cette origine 
qui s'ofire si naturellement. 

Voici une liste de mots grecs admis sans intermédiaires dans 
les langues romanes (plusieurs sont douteux) : elle mettra 
en lumière les proportions et la nature de l'élément hellénique 
qu'elles contiennent. 



52 INTRODUCTION. 

"Ayxoç, courbure : pg. anco, m. s. 

'Avwvtav, se tourmenter, désirer : it. agognare, demander 
vivement. 

'A((7ioç, heureux, convenable, serait, d'après une étymologie 
douteuse, l'origine du pr. ais, fr. aise, it. agio. 

ATg/cç, laideur, honte : esp. pg. asco, dégoût. Mais le goth. 
aiviski, honte, est préférable. 

\%r^icL^ insouciance: it. accidia, etc.,b.-lat. acediaaccidia. 

'Atoixo;, atome : it. attimo, moment, clin d'œil. 

BaXXi^s'.v, sauter : it. halzare, m. s. 

Ba(7Tit;:iv, supporter, porter : de ce radical, sinon du mot direc- 
tement, viennent l'it. hastone, appui, canne; hastire, cons- 
truire ; fr. bâton bâtir, etc. 

BauxaXiov, vase, b.-lat. baucalis, it. boccale, esp. fr. bocal. 

BéXeiJLVov, trait : it. baleno, éclair. 

B60poç, creux, caverne : it. botro et borro, fossé creusé par 
les torrents. 

Bfpéopoç, boue : fr. bourbe, m. s. (douteux). 

Bo'jTiç, (^uTtç, flacon : it. botte, val. bote^, esp. pr. bota, fi\ 
bote boute, avec des sens voisins; mais ce mot se retrouve 
dans d'autres langues où le roman a puisé. . • 

Bpiav, être fort, rappelle l'it. esp. brio, force, violence; pr. 
briu; mais ces mots appartiennent peut-être à une ancienne 
langue indigène. Voy. le Dictionnaire Etymologique. 

BpovTY], tonnerre : it. brontolare, gronder, murmurer. 

Bupca, cuir : b.-lat. byrsa, it. borsa, esp. pg. boisa, fr. 
bourse. 

rdaTpa, vase : it. grasta, pot de fleurs. 

revsa, génération : it. g enta, engence, race. 

réjjLçoç, cheville, pivot : b.-lat. gomphus, pr. gofon, gond de 
porte. 

ru|xvTf;Tr<ç, soldat armé à la légère : esp. ginete, chevau-léger. 

Ap^iJLwv, coureur, dans le latin des derniers temps dromo, 
sorte de bateau rapide : v.-fr. dromon, m. s. 

AuGxcAoç, maussade : it. esp. discolo, m. s. 

'EvOïjy.r^, chargement, fret : it. éndica, accaparement de mar- 
chandises. 

"EpYî[;.o;, solitaire : it. ermo, val. erm, esp. yermo, pr. v.-fr. 
erme. 

Za)[jiç, sauce : delà esp. zurao,]}!^. 

*H[A'.y,pav(a, mal de tête : it. magrana, esp. migrana, fr. 
migraine. 



ÉLÉMENT GREC. 53 

Osîoç, oncle; Oeia, cousine: b.-lat. thius thia, it. zio zia, 
esp. tio tia, pr. sia. 

BùXay.oç, sac, bourse : esp. valega, pr. valeca? 

Kapa, tête : b.-lat. car a (dans Gorippus, vf siècle), esp. pg. 
cara^ fr. chère, it. ciera, visage. 

Kapa6oç, écrevisse de mer, sorte de vaisseau : b.-lat. carahus, 
bateau, it. caravella, esp. carahela. 

KoLTOiSoXii^ action de renverser : v.-fr. caahle, machine de 
guerre; pr. calabre. 

KaDpia, incendie, chaleur : esp. pg. calma, partie chaude du 
jour. Voy. le Dict. étymol. 

K66aXoç, espiègle : de là le fr. gohelin, lutin? 

KoXXa : it. colla, esp. cola, fr. colle, m. s. 

KoXto;, baie, havre : it. golfo, etc. 

KovB'j, vase à boire : it. gonda gondola, petite embarcation. 

Koppioç, souche, pièce de bois; esp. corraa, entrave en bois? 

Aà7:a8ov, fosse : pg. la'pa, m. s. (douteux). 

AaTCT^, XaiJLTUY), peau mince sur le lait et autres liquides : esp. 
lapa, m. s. 

AoTOç, cosse : it. loppa, paille. Voy. le Dict. étymol. II. a. 

May^avov, fronde : it. màngano manganello , pr. manga- 
nel, v.-fr. mangoneau, baliste, arbalète. 

Maîtapioç, heureux : it. macari, plût à Dieu! 

MuŒTaÇ, barbe de la lèvre: it. mustaccio, fr. moustache^ etc. 

Mo)x,av, railler. Cf. fr. moquer. 

N^ixa, fil : esp. nema, cachet, parce qu'on l'apposait autrefois 
sur un fil qui entourait la lettre. 

'OÎGo; : fr. osier, m. s. 

'OjiXioç, aigrelet : fr. oseille. Cf. cependant Dict. étymol. 
II, c. 

Oaji,Y;, odeur : esp. husmo, m. s., sans doute aussi it. orma, 
val. urme, trace, piste, proprement émanation. 

riaiBiov, garçon, serviteur : it. paggio, etc. 

IlaXafeiv, combattre, faire des armes : esp. pelear. Voy. le 
Dict. étymol. II. b. 

IlapaSoXYi, comparaison : b. lat. parahola, dans le sens de 
discours, mot; it. parola, fr. parole, esp. palabra. Voy. ci- 
dessus, p. 49. 

IlaTaaffsiv, claquer : de là it. hatassare, secouer? 

néxaXov, cime : fr. poêle, dais. 

nXaTuç : it. piatto, fr. plat, esp. chato, m. s. 

ÏIpaGià, plate-bande : it. prace, espace entre deux sillons. 



54 INTEODUCTION. 

IItwxoç, mendiant : it. pitocco, m. s. 

2a6avov, linge, dans le lat. des derniers temps sahanum, sava- 
num: esp. sàhana, pr. savena. 

Sayiia, bât, et aussi le fardeau qu'on met dessus, lat. sagma 
dans Végèce, De re veter.; dans Isidore, XX, 16 (sagma, quae 
corrupte vulgo salma dicitur) : it. esp. salma, pr. sauma, 
fr. somyne, it. v.-esp. aussi soma. 

Seipav, tirer avec une corde : de là esp. sirgar, remorquer? 

SetpYjv, proprement sirène, puis nom d'un petit oiseau : fr. 
serin. 

2%ai6ç, à gauche : pr. escai, m. s. 

SxaTCxeiv, creuser : it. zappare, esp. sapar, fr. saper, 

Ij^-upiç, c7[A(ptç : it. smeriglio, esp. esrneynl, fr. émeiH, m. s. 

2TriOa;j.Yj, empan : it. spitamo, esp. espita. 

2t6Xoç, expédition, flotte : it. stuolo, v.-esp. estol, bande, 
troupe, pr. estol, val. stol, flotte. 

^iTpaTiwTr^ç, soldat : it. stradiotto, esp. estradiote, v.-fr. 
estradiot, 

Y^ylliQ^^ éclat de bois, bûche, lat. schidia seulement dans 
Yitruve : it. scheggia. 

TàXavTov, poids, lat. ialentmn : esp. talante, avec l'a grec au 
milieu ; pr. talan, mais aussi talento, talen. 

TaTTsivéç, petit, bas : it. tapino, vil, de peu de prix. 

TépcTpov. Yoy. Teretrum dans la 2*" liste ci-dessus. 

TpaYYj|j.aTa, dessert : it. treggéa. esp. dragéa, fr. dragée. 

TpauXéç, bègue : it, troglio, m. s. 

TpwxTYjç. Yoy. Tructa dans la 2° liste ci-dessus. 

Tuçoc, fumée : it. esp. tufo; cf. fr. étouffer. 

<I>av6ç, lanterne : it. f anale, fr. fanal. 

<I>apcç, phare : piém. /aro, peut-être it. fald, s'il ne vient pas 
du précédent. 

<î>paTT£iv, entourer d'une haie : it. fratta, haie. 

*î>a)ï?, oiseau aquatique : de là esp. foxa, sorte de canard? 

Xaîoç, houlette : esp. cayado, m. s. 

XaXâv, lâcher, larguer, lat. chalare, dans Yitruve : it. calare, 
esp. calar, fr. caler, baisser les voiles. 

XoTpoç, goret : it. ciro, porc. 

Cette liste comprend, on le voit, des mots revêtus des signifi- 
cations les plus diverses, dont beaucoup de termes de marine, intro- 
duits à différentes époques, pour une partie certainement après les 
croisades. Les dialectes italiens ont encore un assez grand 



ÉLÉMENT GERMANIQDE. 55 

nombre de mots grecs ; mais la langue la plus riche sous ce rap- 
port est le valaque, que sa position géographique prédestinait 
plus que les autres à l'admission d'éléments grecs. Nous en 
reparlerons plus loin. 



m. 

ÉLÉMENT GERMANIQUE. 

L'introduction immédiate de mots grecs dans le roman se 
réduit à quelques mots isolés; il n'en est pas de même des 
emprunts faits à l'allemand : c'est la seule langue où aient puisé, 
et dans des proportions considérables, tous les dialectes romans ; 
aussi l'étude de ces dialectes est-elle une source intarissable 
pour l'histoire de l'allemand. 

Les faits historiques n'ont besoin que d'un coup-d'œil. L'inva- 
sion et la conquête des provinces romaines par les peuples ger- 
mains eurent lieu, comme on sait, dans le courant du v*" siècle, 
et encore dans le vf ; la Dacie seule, patrie du dialecte valaque, 
avait longtemps auparavant été occupée par les Goths. Ces inva- 
sions guerrières eurent lieu très-diversement. Il y eut des pays 
où les peuples vinrent s'établir les uns après les autres ; il y en 
eut où ils se fixèrent les uns à côté des autres. L'Italie vit 
d'abord, au milieu du v*' siècle, la domination passagère des 
Hérules, puis celle des Ostro goths, qui dura soixante-six ans, 
et enfin celle des Lombarâs^ qui se prolongea pendant deux 
siècles. Le sud-ouest de la Gaule fut occupé par les Goths dès le 
commencement du v^ siècle ; les Burgondes s'emparèrent ensuite 
d'une grande partie du sud-est, tandis que les Francs se soumi- 
rent le nord. L'Espagne fut de même traversée par diverses 
races. Au commencement de ce même siècle, la Galice, les Astu- 
ries, le royaume de Léon, une partie du Portugal, étaient occu- 
pés par les Suèves ; une 'autre partie du Portugal et la pro- 
vince de Garthagène appartenaient aux Alains ; une partie du 
sud aux Vandales, qui ne tardèrent pas à passer en Afrique ; le 
nord-est était possédé par les Yisigoths, et ceux-ci s'étendirent 
de plus en plus dans le siècle suivant, jusqu'à ce que, dans ses 
dernières années, ils eussent réduit sous leur domination toute 
la péninsule pyrénéenne. Plus d'une race, au milieu de ces bou- 



36 INTRODUCTION. 

leversements, fut exterminée en partie ou complètement : en 
Italie, par exemple, il ne demeura sans doute qu'un bien petit 
nombre d'Ostrogoths. Mais le plus ordinairement les peuples 
établis en premier conservèrent, même après leur soumission par 
d'autres Germains, leur résidence et leur constitution. 

Chacun de ces peuples divers devait aussi exercer sur la 
ro'tnana rustica une influence diverse ; cependant il ne faut 
pas exagérer la portée de cette diversité, et il serait complètement 
faux d'en faire la cause des différentes langues romanes comme 
l'ont fait souvent des érudits même romans. A l'époque de l'in- 
vasion, les dialectes germaniques étaient encore assez voisins les 
uns des autres pour que ces différentes peuplades n'eussent cer- 
tainement pas entre elles besoin d'interprètes. Le gothique nous 
dévoile les caractères phoniques de l'allemand dans leur état le 
plus primitif, bien qu'il ne soit pas sans une certaine nuance dia- 
lectale; toutes les autres langues de la famille germanique doi- 
vent être ramenées à ce type commun. Le lombard, à en juger 
par les mots qui nous en ont été conservés, se rapproche, pour 
les consonnes, du système du vieux haut allemand : il met la 
ténue pour la moyenne, et z pour t, mais sans régularité abso- 
lue. Le bourguignon se rapprochait plus du gothique que du 
haut allemand (voy. Grimm, Geschichte der deutschen Spra- 
che, p. 707) ^. Le francique n'était qu'à moitié semblable au 
gothique dans le vocalisme; il l'était plus dans son consonan- 
tisme, où il tenait beaucoup du vieux saxon; mais depuis l'épo- 
que carolingienne, il se rapprocha du haut allemand. Comme 
nous ne possédons de documents ni du lombard, ni du bourgui- 
gnon, ni du suève, et à peine du vieux francique, nous nous 
appuyons surtout, pour la recherche des éléments germani- 
ques entrés dans les langues romanes à l'époque des invasions, 
sur le système phonique du dialecte gothique, que nous permet 
déjuger suffisamment un document très-ancien et très-précieux. 

L'établissement violent des Germains sur le territoire de l'em- 
pire, dont les habitants ne furent ni exterminés ni chassés, ne 
pouvait avoir lieu sans le plus grand bouleversement politique. 
Sur le même sol vivaient maintenant deux peuples, l'un domina- 
teur, et l'autre, sinon partout et complètement opprimé, cepen- 
dant subalterne et moins estimé : le premier était la classe belli- 
queuse, le second la classe laborieuse de la nation. On trouve dans 



1. W. Wackernagel conteste cette parenté plus étroite du bourguignon 
et du gothique. Voy. son étude Sur la langue des Burgundes. 



,.;^, 



ÉLÉMENT GERMANIQUE. 57 

les langues romanes elles-mêmes quelques traces de cet état de 
choses. Au nom de peuple francus, qui avait pris comme adjec- 
tif le sens à'ingenuus, se rattachait encore en italien et en fran- 
çais le sens de noble, courageux, et le v. fr. norois signifie nor- 
végien et aussi fier. Cependant les habitants de l'empire nom- 
maient, d'après le vieil usage, leurs conquérants harhari, et 
étaient eux-mêmes désignés par le nom, tout aussi général, de 
Romani; de même les langues des deux races s'appelaient : 
l'une lingua harbara (theotisca, germanica), l'autre lingua 
romana. Fortunat fait bien nettement sentir cette distinction : 

Hinc cui Barbaries, illinc Romania plaudit; 
Diversis linguis laus sonat una viri. 

Mais les rapports des deux nations ne s'étendaient pas aux 
deux langues. La langue allemande n'était pas la dominante: 
toutes deux reconnaissaient la suprématie du latin , qui conser- 
vait ses anciens privilèges de langue officielle et de langue ecclé- 
siastique ; les lois allemandes même étaient rédigées en latin. La 
nation conquérante s'habitua donc elle-même à la manière de 
voir reçue parmi les habitants culti\'^s des provinces, qui consi- 
déraient comme des patois, et plaçaient sur une seule et même 
hgne, bien loin au-dessous du latin, Tallemand aussi bien que le 
roman, dont la valeur était cependant fort inégale. Toutefois il 
ne faut pas attribuer à cette médiocre estime que les vainqueurs 
faisaient de leur propre langue sa disparition sur le sol conquis ; 
elle eut pour cause principale le mélange final des deux peuples, 
mélange dans lequel l'emporta naturellement la grande supério- 
rité numérique de rélém.ent romain (les Franks n'étaient guère au 
nombre de plus de 12000). Seuls, les Anglo-Saxons, qui ne se 
trouvaient pas en contact avec une population indigène aussi 
nombreuse, réussirent à sauver leur langue : leurs savants (non 
pas les Bretons, qui avaient en horreur tout ce qui était allemand, 
mais les Saxons) la cultivèrent avec amour. Sur le continent 
même, il fallut d'ailleurs plusieurs siècles pour que les nouveaux 
venus abandonnassent leur lingua barbara ; leurs armées, qui 
les retenaient ensemble, en favorisaient singulièrement la per- 
sistance, et en outre il devait en coûter à leur sentiment national 
d'adopter l'idiome des classes inférieures ; mais le commerce per- 
pétuel, la pénétration des deux peuples l'un par l'autre , finirent 
par ne plus pouvoir admettre une différence de langage. Nous 
manquons de renseignements précis sur la mort des langues ger- 
maniques dans les provinces romaines. Pour ce qui concerne la 



58 IINTRODCCTION. 

France, on sait que Charleinagne était encore fortement attaché 
à la langue allemande et lui témoignait un intérêt efficace, et que 
son fils Louis, au lit de mort, pour chasser le malin esprit, criait 
en allemand huz , huz! quod significat foras , foras! ^ Ce 
n'est pas être trop hardi que d'admettre que l'usage de l'allemand 
a persisté environ jusqu'au partage de l'empire carolingien, et 
même, si l'on peut citer en témoignage le chant francique com- 
posé sur la victoire de Louis III à Saucourt (881), jusqu'à la fin 
du ix*" siècle : sa durée en Gaule aurait donc été de quatre ou cinq 
siècles. En Italie, le lombard florissait encore au temps de Paul 
Diacre (mort vers 800), qui en parle souvent comme d'une langue 
vivante; il s'éteignit sans doute aussi bientôt après le partage 
de Verdun ^. Tant que les Yisigoths restèrent ariens, leur lan- 
gue eut un avantage assez grand sur le francique et le lombard ; 
eUe régnait dans la vie pubhque et même dans l'Eghse. Mais 
après qu'en 587 le roi Ricarède se fut converti au catholicisme, 
et eut octroyé à tous ses sujets, sans distinction d'origine, un 
droit uniforme, la fusion des Germains et des Romans, favorisée 
par lui et ses successeurs, marcha, au détriment de la langue go- 
thique, plus rapidement en Espagne que partout ailleurs. 

L'admission de mots allemands commença, sans aucun doute, 
peu de temps après les invasions des Germains, et ne prit fin que 
quand leur langue périt ^. On reconnaît, en effet, deux classes 
chronologiquement distinctes de ces mots empruntés : les uns 
trahissent, même après leur assimilation, une forme archaïque et 
se rapprochant du gothique; les autres, une forme postérieure. 
Les marques caractéristiques des premiers sont les voyelles a 
et i pour les voyelles postérieures e et ë (fermé et ouvert), 

1. A propos de ce témoignage qui n'est pas sans importance, ou tout 
au moins sans intérêt, c'est ici le lieu de remarquer que J. Grimm 
{Gramm. ail. 111, 779) met en doute le germanisme du mot et est disposé 
à rapporter huz au roman ; il cite à ce propos le fr. hucher et huis : ce- 
pendant Franz Pfeiffer (Mémoires de l'Acad. de Vienne, 1866) a rencon- 
tré le mot dans une poésie en vieil allemand. 

2. « Au temps de la conquête de Charlemagne, la fusion intime des 
Lombards et des Italiens était ou déjà accomplie, ou complètement pré- 
parée, » dit Lœbell (Grég. de Tours, p. 531). 

3. D'après V Histoire littéraire de la France, t. XVII, p. 412, Sidoine Apol- 
linaire (fin du y siècle) se plaint qu'à Lyon on ne parle qu'allemand, 
mais la citation manque. Le même écrivain {Episi. V, 2) admire la faci- 
lité avec laquelle Syagrius avait appris l'allemand (voy. le Grégoire de 
Tours de Lœbell, p. 104). Loup de Ferrières (v. 850) allait encore en Alle- 
magne pour apprendre la langue, dont la connaissance est, dit-il, indis- 
pensable {Epist. 70). 



ÉLÉMENT GERMANIQUE. 59 

la diphthongue ai pour ei, et les consonnes p, t et d, pour 
f, z et t; celles des secondes sont précisément les lettres ci-dessus 
désignées ^ . Or le changement des consonnes, le déplacement propre 
au haut allemand, et qui forme un trait spécifique de ce dialecte, 
est un fait philologique qui a dû se produire vers le Yf siècle : il 
en résulte donc que les mots germaniques de la 2" classe n'ont 
été introduits que postérieurement à cette époque ; pour la France 
même, où le bas allemand se maintint longtemps encore contre 
le haut allemand , ils ne doivent remonter qu'aux siècles posté- 
rieurs. Il en résulte en outre que les mots de la l''^ classe, sur- 
tout quand aux consonnes primitives ils joignent un système de 
voyelles un peu archaïque, doivent s'être introduits au V siècle, 
ou au commencement du vi®, principalement en Italie. C'est vers 
cette époque justement que ces mots empruntés apparaissent dans 
le bas latin, ou (ce qui prouve encore mieux leur extension) sont 
désignés par les écrivains comme des expressions de la vie com- 
mune. Isidore, par exemple, cite les mots armilausa (pièce 
d'armure) = vieux norois ermalausi (XIX, 22), francisca 
(hache franque) = peut-être v.-nor. frakka (XVIII, 9), comme 
populaires; il y a d'autres mots, medus (hydromel) == ang.- 
sax. medo (XX, 3), scala (coupe) = v.-h.-all. scâla, et au- 
tres, qu'il donne simplement pour latins, ce qui prouve qu'il les 
tenait de la bouche des provinciaux, et non de celle des Goths. 
— Pour la France, il faut noter une 3^ classe de mots. Au 
x^ siècle, une nouvelle population germanique, les Normands, 
vint s'établir au nord-ouest de ce pays. Ils oublièrent, il est vrai, 
leur langue, appelée par les écrivains de cette époque dacisca 
(danoise), avec tant de facilité, que déjà sous le second duc, 
Guillaume P% on ne la parlait plus que sur les côtes (voyez 
Raynouard, dans le Journal des Savants^ 1820, p. 395 et 
suiv.); cependant elle a laissé en français des traces qui ne sont 
pas tout à fait insignifiantes, et parmi lesquelles on doit compter 
beaucoup de termes de marine. 

La masse des éléments germaniques, en prenant toutes les lan- 
gues romanes, est considérable. Le Dictionnaire étymologique 
donne environ 930 mots de cette classe, dont les uns sont vieillis 
et les autres vivent encore. Tous, il est vrai, ne sont pas exempts 
d'incertitude, et, en outre, si on les ramène aux radicaux, ils 
donnent un nombre un peu plus faible; mais, en revanche, les 
nombreux dérivés et composés n'y sont pas comptés , non plus 



1. Voy. ci-dessoue, livre I, chap. I, des exemples de mots des deux 
classes. 



60 INTRODUCTION. 

que les noms propres. La langue la plus riche sous ce rapport est 
incontestablement la langue française. La Gaule, dont la fron- 
tière étendue offrait aux envahisseurs les points de contact les 
plus nombreux, fut aussi le pays qu'ils pénétrèrent le plus. La 
partie méridionale du pays fut un peu moins fortement germa- 
nisée : aussi manque-t-il là beaucoup des mots du nord , princi- 
palement de ceux qui viennent des Normands ; mais il ne faut pas 
oublier, au moins pour les anciens temps, que nous ne possédons 
pas pour le sud un vocabulaire aussi complet que pour le nord. 
Sur le nombre donné plus haut, il y a environ 450 mots qui ap- 
partiennent à la Gaule exclusivement ou au moins originairement. 
Après le français, c'est l'italien qui est le plus riche; il peut 
revendiquer environ 140 mots à lui propres. Les langues du sud- 
ouest sont déjà bien plus pauvres ; elles n'ont guère qu'une cin- 
quantaine de mots de ce genre. La plus pauvre est le valaque : 
aucune des provinces romanes ne fut cependant plus tôt que celle 
où se parle cette langue occupée par les Germains ; dès le 
iii^ siècle (272) l'empereur Aurélien fut obligé de céder aux Goths 
la Dacie ; mais leur domination fut trop courte pour exercer sur 
la langue une grande influence. Cent ans plus tard, on admit 
aussi des Goths dans la Mésie et la Thrace ; mais le grand mou- 
vement des peuples teutoniques entraîna avec lui les peuplades 
allemandes de ces pays, et les Germains qui y restèrent ne purent 
maintenir longtemps leur nationalité au milieu des invasions et 
des retraites perpétuelles des peuples les plus divers. — Il y a 
environ 300 mots allemands communs aux divers dialectes. Ce 
noyau considérable s'explique en partie par les mœurs et les 
institutions germaniques qui obligèrent les Romains d'admettre 
beaucoup de termes qui s'y rapportaient, en partie par le com- 
merce des deux races ; mais il ne laisse pas de surprendre. 

Les catégories d'idées les plus diverses ont part à l'élément 
germanique des langues romanes. Cependant la guerre tient le 
premier rang. Les Germains conservèrent l'important privilège de 
former la classe guerrière : il n'y a donc rien d'étonnant à ce que 
les provinciaux aient pris l'habitude de nommer les objets et les 
rapports qui touchaient aux armées , et qui souvent d'ailleurs 
étaient nouveaux pour eux, comme ils les entendaient nommer 
tous les jours, et à ce qu'enfin la plupart des expressions latines 
qui rentraient dans ce cercle d'idées aient disparu pour faire 
place à d'autres. En voici des exemples dont quelques-uns sont 
d'une époque relativement moderne ^ : 

1. Le mot roman mis entre parenthèses renvoie au Dictionnaire étymo- 



ÉLÉMENT GERMANIQUE. 64 

y. 11. ail. werra (guerra), strit {estrit, estrifîr.), sturm 
(stormo), reisa {i^aise fr.), hait {halte fr.), woldan {gual- 
dana), schaarwacht [eschargaite , échauguette fr.), mat- 
sken (verbe) néerl. {^nassacy^e fr.), raub {roha), bûten (bot- 
tino), gilde [gelda, geldra) , scara (schiera), heriban 
(arban fr.), heriberga [albergd), bîwacht {bivacîv.), berg- 
frid {battifredo), bolwerk {boulevard fr.), hornwerk {hor- 
nabeque esp.), brème néerl. {benne fr.), letze {liccia), brehha 
{brèche^îv .) . — Skirm {schermo, à'ovi s car amuccia), hrunja 
{broigneî\\),halsberc {usbergo), hehn {elmo), zarga {targa), 
blaese ang.-sax. {blasone), brand [brando), flamberg {flam- 
ber g e fr.), bredda nor. (brette, fr.), stock {stocco), helza 
{elsa), handhaba {hampe fr.), handseax ang.-sax. {hansacs 
fr.), dolekîn néerl. {dolequin fr.), asc {azcona esp.), helm- 
barte {alabarta), vigr v.-nor. {wigre fr.), vifer ang.-sax. 
{guivrefr.), azgêr {algier fr.), spiz {spito), spioz {espiet fr.), 
sper {spiedo?), daradh 8Lng-s3iX. {da^^do), strâla {strale), 
flitz {f recela), kohhar {couire fr.), haakbus néerl. {arco- 
biigio), gundfano {gonfalone). — Habersack {havresac fr.), 
knappsack {canajjsaîv.). — Scarjo {sgherro?), landsknecht 
{lanzichenecco), stuilrinc {esturlenc fr.). — Bardi v.-nor. 
{barda), sporo {sperone), staph {staff a), brittil {brida, bri- 
glia), gahlaiifan, verbe {galopparé). 

Parmi les mots qui se rapportent aux institutions politiques et 
judiciaires, nous citerons ceux-ci : 

Mahal {mail-public fr.), ordâl ang.-sax. {ordalie), ban 
{bando), fehde {faide fr.). — Sago {sayon esp.), skepenno 
V. "sax. {scabino), barigildus b. lat. (bargello), gastaldius 
b. lat. {castaldo), muntwalt {mwtdualdo), muntboro {main- 
bour fr.), gruo, adj. {gruyer fr.), herold {araldo), petit 
(bidello), manogalt {manigoldd), querca {carcan fr.), skalh 
{scalco), siniskalh {siniscalco) , marahscalh {mariscalco), 
adaling {adelenc fr.), faeddrY. nor. {fé fr.?), sclave {schiavo). 
— Alôd {allodio), fihu {fio, feudum), wetti {gaggio), nmi 
V. nor. {nans fr.), w;az/aiigl. {gaifiv.), werandY. fris, {gua- 
rento). — Gafol angl.-sax. {gabella), shilling {scellino), 
vierling {ferlino), et autres noms de monnaies. 

logique, où on en trouve l'explication détaillée. Les mots italiens ou 
communs aux divers dialectes romans ne sont pas spécialement mar- 
qués, non plus que les verbes, dont la terminaison suffît pour indiquer 
à quelle langue ils appartiennent. Les mots germaniques dont le dia- 
lecte n'est pas signalé sont du haut-allemand. 



62 INTRODUCTION. 

Les termes de marine et de navigation, puisés presque tous 
dans le norois et le néerlandais, tiennent aussi une grande place, 
par exemple : 

Skif (schifo), bât angl.-sax. (batto), flyboat angl. 
(flibote i\\)y sloop néerl. {chaloupe fr.), sneckia v.-nor. 
(esnèque fr.), bootje néerl. (botequin fr.), bak néerl. 
{bac fr.), vleet néerl. {flete fr.), kaper néerl. {câpre fr.), kiol 
{chiglia), vrànger suéd. {var alignes fr.), mast {masto), hûn 
v.-nor. {Jiunek.), staede néerl. {étai fr.), schoot nèerl. {escota 
esp.), h'ôfndbendur v.-nor. {haubans fr.), kajuit néerl. 
{cahute fr.), hangmak néerl. {amaca), stebrbord angl.-sax. 
{stribord" fr.), thilia v.-nor. {tillac îv.), lurz, adj. {orza), 
loofsiT\g\. {lof fr.), vracht nèevl. {ft^et fr.). — Bootsmann 
{bosseman fr.), steuermann {estur^nan fr.). — Hafen {havre 
fr.), wrack angl. {varech fr.). — A cette série se rapportent 
aussi les noms des points cardinaux : fr. nord, est, sud, ouest. 
— Les verbes qui s'y rapportent sont : arrisan {arriser), 
bogen néerl. {bojar), afhalen néerl. {affaler), fiskon {fis- 
gar), hala v.-nor. {halar), hissen {issare), kaaken néerl. 
{caquer), tow angl. {touer), trekken néerl. {atracar), etc. 

Le règne animal ne nous offrira pas moins d'exemples : 

Reineo {guaragno), hack angl. {haca esp.), gelding 
angl. {guUledin fr.), hobby angl. {hobin fr.), kracke {cri- 
quet fr.), zebar {toivre fr.), ram {ran fr.), belhamel 
néerl. {bélier fr.), ^m (^a^e fr.), ;^^■(?^^■ (ticchio), stein- 
bock {stambecco), gamz {camozza?), elenthier {élan 
fr.), big néerl. {biga), frisking {fresange fr.), merisuîn 
(^narsouinfr.), dahs {tasso), braccho {bracco), bicce angl.- 
sax. {biche fr.), reinhart {renard fr.), haso {hase fr.), fehe 
{faina),7nul nèerl. {mulot fr.), zisimûs {cisemusfv.). — Sper- 
wœre {sparaviere) , huivo {gufo), chouh {chouette fr.), agal- 
stra {gazza, agace), tâha {taccola), fincho {fènco), meseke 
néerl. {mésange fr.), trohscela {tr aie fr.), speh {épeichefr.), 
sprehe {esprohon îr.),snepfa {sgneppa),môwe {^nouettefr.), 
heigro {aghironé), hagastalt {hétaudeau fr.), gante néerl. 
{ganta), kahn {cane fr.), halbente {halbran fr.). — Sturjo 
{stoyHone), kabeljaw nèerl. {cabeliau fr.), brachsme {brème 
fr.), spierling {éperlan fr.), haring {aringa). — Creep, 
verbe angl. {crapaud fr.), bizan, verbe {biscia). — Krebîz 
(écr evis s e fr.), humme {homard fr.), krabbe {crevette fr.), 
veolc angl.-sax. {welke fr.), mîza {mite fr.). 

Corps humain. — Wanka {guancia), lippe {lippe fr.). 



ÉLÉMENT GERMANIQUE. 63 

nifïiéerl. {niffa), drozza {strozza), halsadara (haterelfv.), 
nocke néerl. [nuca), zitze (tetta), haldrich {barriga esp.?), 
skina (schiena), ancha (anca), tappe néerl. (zampa), poot 
néerl. (poe fr.), skinho (stinco), knoche (nocca). — Schopf 
(ciuffo), gran (grena esp.), zata {zazza). — Mago {magone), 
milz {milza), rateneevl. [rateîv.). 

RÈGNE VÉGÉTAL. — Salaha {saule iv., ainsi que les- suivants), 
iwa {if), hulis {houx), krausheere {groseille), hraamhezie 
néerl. {framboise), bezie néerl. {besi). Mette {gleton), 
henbane ângl. {hanebane), weit {guado it.), weld {gualda), 
spelz {spelta), raus {raus prov.), lisca {lisca), mos {mousse 
fr.). 

Terre, éléments. — Melm {melma), molta {malt a?), 
land {landa), laer néerl. {larris fr.), waso {gazon fr.), scolla 
{zolla), mott {motta), busch {bosco), walt {gaultîr. ainsi que 
les suivants), rain {rain), haugr v.-nor. {hoge), bluyster 
néerl. {blostre), thurm {tormo esp.), scorro{écoreÎY.), lahha 
{lacca). — Wâc {vague îv.), bed angl.-sax. {biedïw), wat 
{guado), hrim v.-nor. {frimas fr.), wasal [walaie, guilée 
fr.). — Glister angl. {esclistre fr.). 

Pour l'habillement et les ustensiles de divers genres on trouve 
aussi une masse de mots allemands, par exemple : gant, it. 
guanto (pg. lua), et même des mots comme it. aspo, spuola, 
rocca {haspel, spuhle, rocken), pour désigner le dévidoir, la 
navette et la quenouille, des ustensiles de la vie domestique la 
plus paisible; il est vrai que ces mots manquent en latin, à 
l'exception de colus. 

Les mots abstraits sont en plus petit nombre ; on trouve, par 
exemple : eiver, dià].{afre fr.), geilî{gala), grimmida{grinta) , 
hast {hâte fr.), haz {hé, haine fr.), heit v.-nor. {hait, sou- 
hait fr.), hizza {izza), honida {onta), lob {lobe fr.), sin {senno), 
skern {scherno), slahta {schiatta), smâhi {smacco), ûfjo 
goth. {uffo), urguoli {orgoglio), mie angl.-sax. {guile fr.), 
toîsa {guisa), etc. On remarque encore quelques mots qui se 
rapportent à des superstitions : hellekîn néerl. {hellequin fr. 
comme les suivants), werwolf {garou, loup-garou), mar 
{cauchemar), grima y. -nor. {grimoire fr.?), trblla, verbe v.-. 
nor. {truiller). * 

Mais rien ne démontre mieux l'énergie avec laquelle la langue 
germanique pénétra le roman que le grand nombre d'adjectifs et 
le nombre encore plus grand de. verbes qu'il a admis. Il est vrai 
que parfois le latin, comme il devait arriver naturellement, ne 



64 INTRODUCTION. 

fournissait pas d'expression propre pour rendre le sens du mot 
étranger. Souvent aussi la forme latine pouvait déplaire; mais 
la plupart du temps il ne faut chercher à la naturalisation du mot 
germain d'autre raison que le caprice de la langue et un certain 
amour pour les sons qui lui étaient étrangers. Voici des adjec- 
tifs : bald (baldo), blanh (bianco), blao (biavo), bloz (biotto), 
brun (bruno), brutiisc (brusco) , dwerch (guercio), falo 
{falbo), flau (flou fr.), frank {franco), frise {fresco),gagol 
angl.-sax. (gagliardo), gâhi (gajo), gelo (giallo), grani 
(gramo), gnm (grim fr.), gris (grigio), heswe (hâve fr.), 
jol, subst. v.-nor. (giulivo), karg (gargo), lam (lam pr.), 
leid (laido), lîstig (lesto), los (lozano esp.), lunzet (lonzo), 
minnisto (mince fr.), morn? (morne fr.), mutz (mozzo), 
resche (rêche fr.), solo (salavo) , sleth (schietto) , slhnb 
(sghembo), snel (snello), stolz (estout fr.), strac (estrac fr.), 
strûhhal (sdrucciolo), swank (sguancio), tarni (terne fr.?), 
trût (drudo), welk (gauche fr.), zâhi (taccagno). — Voici 
des exemples de verbes : blendan (blinder), bleizen (blesser), 
brestan (briser), brittian (briiar), danson (danzare), dihan 
(tecchire), drescan (trescaré), frum^jan (fornire, fromir), 
furban (forbire), glitsen (glisser), grînan (griyiar), hart- 
jan (ardire), hazjan (agazzare), hazon (hair), honjan 
(onire), hr eins a y. -nor. (rincer), jehan (gecchire), kausjan 
{choisir), klappen néerl. (glapir), krassaY.-uov. (écraser), 
krazon (grattaré), krimman (gremire), lappen (lappare), 
lecchon (leccare), leistan (lastar), magan (smagare), marr- 
jan (marriré), raffen et rappen (raffare, rapparé), rak- 
jan (recaré), rîdan (riddare), rôstjan (rostire), ga-salhan 
(agasalhar), skenkan (escanciar), skerran (eschirer, déchi- 
rer), scherzen (scherzare), skiuhan (schifare), scutilon 
(scotolare), stampfon (sta7npare), fomjanY.-sa.x. (tomar), 
trechen (treccare), wahtên (guatare), wandjan (gandir), 
wayikjan (ganchir), walzjan (gualcire), wamon (guamire), 
warjan (guarire), waron (gare^^), wartên (guardare), wei- 
don (guéder), loerfan (guerpir), windan (ghindare), witan 
goth. (guidare), wogen (vogare), zaskon (tascar), zergen 
(tarier), zeran (tirare), zilên (attillare), zuccon (toccare). 
On s'aperçoit au premier abord que les langues romanes con- 
tiennent beaucoup de mots qui se sont perdus dans les idiomes 
germaniques actuellement existants. On en trouve même qui 
sont rares dans les anciens dialectes, ou même qui n'y apparais- 
sent qu'une fois : tels sont les mots gothiques aibr (pr. aib), 



ÉLÉMENT GERMANIQUE. 65 

manvjan {amanoïr), galauhs (galauhia), treihan [trigar 
port.), le lomb. gaida (^ièm. gajda), l'angl.-sax. lœva (esp. 
a-leve), le v.-h.-all. sabo (esp. sagon), stullan (it. trastullare), 
eiver (fr. afre). Pour d'autres, comme le prov. alac (b.-lat. allô- . 
dimn) et l'it^ hargello (b.-lat. barigildus)^ le mot allemand fait 
défaut. Beaucoup de ces mots ont conservé en roman leur forme 
antique plus pure que dans l'allemand moderne : tels sont les 
mots it. bar a, palco, lisca, scranna, snello, et le pr. raus, 
qui est tout à fait le mot gothique raus (ail. mod. rohr). D'un 
autre côté, une grande partie de ces mots germaniques disparu- 
rent peu à peu de la langue, parce qu'elle pouvait s'en passer; 
il leur arriva ce qui était arrivé à tant de mots latins, qui furent 
détruits par la synonymie ou par toute autre cause. 

Nous devons encore mentionner ici un détail remarquable en 
ce qu'il nous fait voir clairement l'usage germanique excitant 
les Romans à l'imitation. Ce sont ces locutions, pour la plupart 
interjectives, formées de deux ou trois parties où se suivent les 
voyelles i, a, u, ou ordinairement les deux premières seules 
{bifbafbuf, kling klang, sing sang, wirr warr), locutions 
qui ont trouvé de l'écho en roman, principalement dans les patois 
(le roman connaît du reste d'autres formules du même genre, 
mais moins usitées). Exemples : it. tric-trac, ninna-nanna ; 
esp. ziz-zas, 7nfi-rafe; cat. flist-flast, farrigo-farrago ; 
pr. mod. drin-dran, blisco-blasco ; fr. pif'-paf, mic-mac, 
zig-zag, bredi-breda. L'échelle complète, z, a, u, se trouve 
dans le milanais flich-flach-flucch, qui veut dire baragouin, 
langage inintelligible ^ . 

La famille romane, en s'appropriant des éléments germaniques, 
ne souffrit aucun dérangement essentiel dans son organisme ; car 
elle surmonta à peu près complètement l'influence de la gram- 
maire allemande. On ne peut nier qu'il n'y ait dans la formation 
de ses mots quelques dérivations et compositions germaniques, 
on trouve aussi dans la syntaxe des traces de l'allemand ; mais 
ces détails se perdent dans l'ensemble de la langue^. 

Si le roman, tout en conservant pour unique base la langue 
populaire des Romains, a subi, outre un mélange à peine appré- 



1. La Zeitschrift.fiir die Wissenschaft der Sprache de Hœfer (III, 397) a 
donné une collection de ces cas d'apophonie romane. 

2. M. du Méril a tenté récemment de démontrer l'influence de la syn- 
taxe de l'allemand sur celle du français (Formation de la langue française, 
p. 235 et suiv.) 

DIËZ 5 



66 INTRODUCTION. 

ciable de grec, un mélange considérable d'allemand, il a en outre 
fait dans ses provinces des emprunts h différents autres idiomes. 
Ces idiomes sont ou les langues primitives des pays conquis par 
les Romains, ou des langues introduites postérieurement ; nous 
reparlerons ci-dessous de ces deux classes. C'est d'après ces 
influences qu'il faut apprécier le degré de pureté de chacune des 
langues romanes, car la proportion de grec et d'allemand est 
presque partout la même. Ce n'est pas tant la masse des mots 
étrangers que la masse des langues étrangères et leur organisa- 
tion, qui en rend plusieurs beaucoup plus rebelles que l'allemand 
ou le grec à l'assimilation romane, qu'on doit peser pour établir 
cette appréciation. 



DEUXIEME PARTIE 



DOMAINES DES LANGUES ROMANES 



Nous passons maintenant au deuxième objet de cette intro- 
duction, les provinces ou domaines respectifs de chacune des 
langues qui composent la famille romane. 

Dans chaque domaine, nous aurons d'abord à énumérer les 
peuples qui l'habitaient originairement ou qui sont venus s'y. 
établir, puis à examiner brièvement les éléments spéciaux, au- 
tant qu'il est possible de les distinguer; les limites ^ le nom, le 
premier emploi constaté, les premiers échantillons et monuments 
de la langue, et les commencements de sa réglementation gram- 
maticale. Il nous faudra aussi donner quelque attention aux 
dialectes les plus importants; mais nous nous restreindrons 
absolument à leurs caractères phoniques. 

Comme nous donnerons ci-dessous les divers noms qu'a portés 
chaque dialecte, nous ne devons pas négliger le nom de la langue 
générale. Les Romains nommaient leur langue latina ; romana 
ne se trouve qu'une fois dans des vers cités par Pline [Hist. na- 
tur. XXXI, 2), et est rare aussi au moyen-âge (voy. A. W. 
Schlegel, Observ. not. 24). L'expression de « langues ro- 
manes » n'a été consacrée comme désignation générale de tous 
les idiomes sortis du latin que dans ces derniers temps et en 
Allemagne. Anciennement, chacune de ces langues s'attribuait 
cette dénomination ; le vieux troubadour Jaufre Rudel dit, par 



1. Pour les détails et la délimitation précise, voy. Fuchs, les Langues 
romanes. 



68 INTRODUCTION. 

exemple, du provençal (Bartsch, Chrestomathie provençale, 

Senes breu de pargamina 
Tramet lo vers que chantam 
Plan et en lenga romana. 

et Berceo, de l'espagnol (p. 1): « Quiero fer una prosa en 
roman paladino. » Mais pour signifier fe^wa romana, le subst. 
pr. v.-fr. romans, esp. romance, it. romanzo, formé de l'adv. 
romanice (bien qu'on ne dît pas lingua romanica), latinisé 
romancium, verbe pr. romanzar, parler ou écrire en roman, 
était bien plus usitée 

Raynouard, qui n'entendait par langue romane que le pro- 
vençal, se servait pour désigner l'ensemble des langues, de la 
pesante circonlocution langue de l'Europe latine; plus tard, 
du composé néolatines, qui a trouvé plus de faveur (it. lingue 
neolatine, rarement lingue romanze). Ces langues eurent 
aussi toujours des prétentions à s'appeler latines, surtout l'ita- 
lien (voy. ci-dessous), et l'une d'elles porte même encore ce nom 
(ladin). C'est pour cela que dans le Poema del Cid, v. 2676, 
un Maure versé dans la langue espagnole est appelé un Moro 
latinado. Ces langues étaient aussi désignées en masse comme 
populaires, vulgares. En ancien allemand, on traduisait roman 
par wdlsch, sans doute de Gallus (voy. Jacob Grimm, dans 
Schmidt, Zeitschrift fur Geschichte, III, 257). 



1. DOMAINE ITALIEN. 

Les anciens idiomes de l'Italie étaient, en partant du nord, le 
gaulois sur les deux rives du Pô ; au sud-ouest l'étrusque ; puis 
les trois dialectes parents, au sud-est l'ombrien, au centre le sa- 
bellien avec le volsque, au sud l'osque; la langue grecque, intro- 
duite depuis un temps immémorial, s'étendait dans la Lucanie, 
l'Apulie et la Calabre, où la langue messapienne s'éteignit gra- 
duellement. « Le dialecte sabellien allait jusqu'à Rome; son 

1. L'it. romanzo s'emploie aussi adjectivement, et il en est de même 
en v.-fr.; mais cet emploi est rare {lainge romance dans un psautier du 
xiv^ siècle, Livre des Rois, p. xlii). On fit facilement un adjectif de l'ad- 
verbe. Ou bien faut-il admettre un dérivé en icius (romanicius), qui paraît 
inusité pour les noms de peuples et suppose en outre un déplacement 
de l'accent? L'étymologie donnée ci-dessus est certainement la plus 
simple et la plus naturelle. 



DOMAINE ITALIEN. 69 

influence sur un dialecte qui n'appartenait pas à la même famille, 
mais qui avait avec elle de nombreuses affinités, a probablement 
donné naissance au dialecte romain tel que nous le connaissons 
(Mommsen, TJnteritalische Dialekt, p. 364). » 

Parmi les populations qui parlaient ces diverses langues, les 
Sabins, investis du droit de cité dès l'an 486 de Rome, furent les 
premiers qui adoptèrent le latin. La langue osque, parvenue à un 
degré de culture plus avancé, se maintint plus longtemps ; elle 
vivait encore au temps de Yarron, mais elle avait disparu au 
temps de Strabon. Dans la guerre sociale et à l'époque de Sylla 
« périt aussi la vieille nation étrusque avec sa science et sa litté- 
rature ; les nobles qui avaient dirigé le mouvement tombèrent 
sous le glaive ; les grandes villes reçurent des colonies militaires ; 
la langue latine devint seule dominante, et la majorité de la na- 
tion, dépouillée de toute propriété foncière languit dans la misère 
sous des maîtres étrangers, dont l'oppression éteignit tous les 
souvenirs nationaux dans le cœur du peuple avili et n'y laissa 
d'autre désir que celui de devenir Romains tout à fait (Niebuhr).» 
Ainsi la langue latine, après qu elle se fut soumis la Gaule cisal- 
pine et la Grande Grèce, devint la seule de la Péninsule. — Les 
peuples étrangers qui s'établirent en nombre considérable, après 
la chute de l'empire romain, en Italie et dans les îles, furent des 
Germains, dans le sud et en Sicile des Byzantins et des Arabes 
(ces derniers depuis 827) . Paul Diacre (II, 26) parle aussi de Bul- 
gares, deSarmates et d'autres populations qu'Alboin amena dans 
la presqu'île italienne. 

Passons aux éléments de la langue italienne ^ Il faut d'abord 
constater qu'elle ne contient pas trace des restes de vieilles lan- 
gues indigènes que nous ont conservés les tables de pierre ou 
d'airain, les vases et les monnaies ; la même observation paraît 
devoir s'appliquer aux patois. Quelques-uns seulement des mots 
cités par les anciens, et usités par conséquent dans le peuple par- 
lant latin, se rencontrent encore ; ainsi nous retrouvons le mot 
maccus, connu par les Atellanes, mais qui n'était pas même osque 
(gr. ixa7.y.oav), dans le sârde maccu; le sabin cumba pour lectica 
peut s'être conservé dans catacomba, le sabin veia pour plans- 
trum dans veggia (bien que vehes convienne un peu mieux 
pour le sens), Y orûhvien plautus dsiïispiota. Les influences hy- 
pothétiques des lois phoniques des vieux idiomes italiens sur 

4. On trouve une critique des éléments orientaux dans Monti, Corre- 
zioni al Vocabolario délia Crusca, II, 1, p. 306. 



70 INTRODUCTION. 

celles de la langue actuelle ont été pesées dans l'introduction du 
Dictionnaire étymologique (p. XII). — L'italien est la langue 
romane qui possède le plus de mots grecs après le valaque et le 
plus de mots allemands après le français ^ . — Les mots arabes 
qu'elle s'est appropriés, comme alcova, ammiragliOjarsenale, 
assassino, hasacane, catrame, cremisi, feluca, fondaco, 
gelsomino, magazzino, meschinOy ^nugavero, ricamo, ta- 
hallo^ et beaucoup d'autres, lui sont venus en grande partie de 
l'espagnol; ceux qui lui sont propres, comme zecca (d'où l'esp. 
zeca^ seca) et zirho, sont très-rares. — Elle en a moins tiré du 
slave que le voisinage ne le ferait supposer : il faut ranger dans 
cette classe hrena, indarno et quelques autres. — Il est remar- 
quable que quelques mots, comme lazzo et loja^ indiquent une 
origine basque (latza et logoi). — On ne peut guère citer rien 
de gaulois ou de breton qui ne se retrouve dans les autres lan- 
gues. — Ce qu'apportèrent à l'italien le français, par les Nor- 
mands romanisés en Sicile et à Naples, le catalan en Sardaigne, 
dans le nord le provençaP, doit à peine être regardé comme élé- 
ment étranger. — Si on soumet le vocabulaire italien à une ana- 
lyse minutieuse, après l'abstraction des éléments ci-dessus énu- 
mérés, il reste encore un certain dépôt d'éléments étrangers et 
de provenance inconnue. Comme il faut bien que ces éléments 
aient une source, la logique nous amène à les considérer partie 
comme des mots appartenant à des langues lointaines et trans- 
plantés là par le hasard, partie comme des vestiges des anciens 
idiomes, que la pauvreté de nos ressources philologiques ne nous 
permet pas de ramener à leur origine. Le toscan, par exemple, 
dura jusqu'à l'époque impériale ; il semble même qu'Aulu-Gelle 
en parle comme d'une langue vivante. — Malgré tous les mé- 



1. Il existe encore en Italie comme des îlots de langue grecque et de 
langue allemande, dont nous ne connaissons point clairement l'histoire. 
C'est ainsi que se conserve aujourd'hui dans plusieurs parties de la 
Basse-Italie, notamment dans la région d'Otrante et de Reggio, un reje- 
ton de la langue grecque, rejeton qui porte le cachet non du grec ancien, 
mais du grec du moyen-âge ou du grec moderne. Comparetti en a publié 
des spécimens dans son travail Bei Dialeiti greci delV Ilalia, Pisa, 1866. La 
plupart des poésies sont dans la forme des stances siciliennes. 

Les îlots de langue allemande sont formés, comme on sait, dans le 
Vénitien, par les Sept-Communes et les Treize-Communes. Dans quel- 
ques cantons de l'Apulie, on parle aussi l'albanais, qui a été apporté par 
des Arnautes émigrés. 

2. Voy. le catalogue de Nannucci, Voci iialiane derivaie dalla lingua 
provenzale. Firenze, 1846. 



DOMAINE ITALIEN. T'I 

langes qu'il a subis, ritalien est le plus pur des idiomes romans; 
de toutes les filles de la langue latine, c'est celle qui ressemble le 
plus à sa mère. D'après une appréciation d'ensemble, il n'y a 
peut-être pas un dixième de ses mots qui ne soient pas latins. 

La langue italienne s'étend aussi hors de l'Italie, y compris 
naturellement la Corse, dans le canton suisse du Tessin et dans 
une partie du Tyrol et de l'Illyrie. Elle fut d'abord appelée sim- 
plement lingua vulgaris, par Dante vulgare latinum, latium 
vulgare, ou simplement vulgare, par Boccace latino volgare. 
Plus tard, quand Florence fut maîtresse dans l'art de la parole, 
on nomma la langue toscane, lingua toscana; mais le nom 
à' italienne fut usité de tout temps, et Isidore la nomme déjà lin- 
gua italica (XII, 7, 57). Les étrangers l'appelaient aussi lom- 
barde, par exemple : pr. lengatge lo77ibard ÇLejs d'Amors, IL 
388), v.-fr. {Gaufreij p. 279) : 

Mes je soi bien parler francheis et alemant, 
Lombart et espaignol, poitevin et normant. 

Son usage dans la classe cultivée est constaté à partir du 
X" siècle, bien qu'après comme avant cette période, le latin ait 
été employé non-seulement comme langue savante, mais encore, 
dans la poésie politique ^ . On a fréquemment cité le témoignage 
d'un savant italien qui vivait vers 960, Gonzo : « Falso putavit 
» S. Galli monachus me remotum a scientia grammaticse artis, 
» licet aliquando retarder usu nostrse vulgaris linguse, quse lati- 
» nitati vicina est » (Raynouard, Choix, I, p. xiv). D'après le 
témoignage dé Witichind, Othon P"" savait la parler, car il ne 
peut s'agir que d'elle à propos d'un roi d'Italie : « Romana lin- 
» gua sclavonicaque loqui sciebat, sed rarum est, quod earum 
» uti dignaretur » (Meibomius, I, p. 650). Citons encore le pas- 
sage bien connu de Tépitaphe du pape Grégoire V, d'origine 
franque, mort à la fin du x'^ siècle : 

Usus francisca, vulgari et voce latina, 
Instituit populos eloquio triplici. 



1. On range ordinairement parmi les poésies populaires ces chansons 
politiques, telles que les complaintes sur Aquilée, sur la mort de Ghar- 
lemagne, sur l'emprisonnement de Louis II. On ne trouve pas de trace de 
l'influence cléricale, au moins dans la chanson sur la défense de Modène. 
On a prêché en latin jusqu'à François d'Assise et à Antoine de Padoue, 
qui employèrent l'italien. Parmi les écrivains modernes qui ont traité 
cette question, voy. Ozanam, Documents inédils pour servir à l'histoire lit- 
téraire de Vltalie. Paris, 1850, p. 75. 



72 INTRODUCTION. 

Au reste, il n'y a pas besoin de témoignage pour prouver que 
les prêtres et les princes parlaient au peuple dans sa langue. Pour 
quelques formes lexicographiques de la langue, on peut remon- 
ter jusqu'au v'' siècle ^ On trouve des chartes du xii'' siècle mê- 
lées de latin et d'italien, par exemple une de 1122, qui est fort 
curieuse (Muratori, Antiquit. itaL II, col. 1047). Quant aux 
textes proprement dits, on place d'ordinaire les premiers dans le 
même siècle. lisse composent d'une inscription de l'an 1135, qui 
existait jadis dans la cathédrale de Ferrare, mais dont Tirabos- 
chi {Letterat. italiana, Firenze, 1805, III, 365) suspecte l'au- 
thenticité : Il mile cento trenta cenque nato Fo questo tem- 
plo a S. Gogio donato Da Glelmo ciptadin per so amore 
Et ne a fo l'opra Nicolao scolptore; puis d'une inscription 
sur une table de pierre, également disparue, qui appartenait à la 
famille Ubaldini, à Florence, de l'an 1184; elle contenait six 
vers latins suivis de trente vers italiens; mais Tiraboschi et 
d'autres critiques en combattent l'authenticité par de bonnes 
raisons^. Cependant on a découvert et publié récemment des 
poésies lyriques auxquelles on assigne pour date le milieu du 
xif siècle. Yoy. Di Gherardo da Firenze e di Aldohrando da 
Siena, poeti del secolo xii, mem. di Carlo Baudi diVesme, 
dans les Mem. delV Accad. délie scienze di Torino, vol. 
XXIII, ser. 11, 1866 (avec fac-similé et avec glossaire) . 

Ce n'est que le siècle suivant qui vit se développer rapidement 
toute une littérature, soit dans la langue écrite, soit dans les 
dialectes. Il faut chercher le berceau de la langue écrite au 
centre de l'Italie, en Toscane plutôt qu'à Rome ; elle est tellement 
supérieure aux patois que le nom de langue de convention lui 
revient à plus juste titre encore qu'au haut allemand littéraire. 
Il y a donc du vrai dans l'assertion de Foscolo : « L'italiana è 
lingua letteraria, fu scritta sempre e non mai parlata; » car les 
gens cultivés eux-mêmes, partout où l'usage n'exige pas l'emploi 
de la lingua letteraria, se servent de leurs patois. — On ne 
peut parler d'un vieil italien dans le sens du vieux français; 
la langue du xiii® siècle ne se distingue de la langue moderne que 
par quelques formes ou expressions surtout populaires, aucune- 

1. Voy. Lanzi, Saggio di lingua etrusca, I, 423 et suiv.; Muratori, De ori- 
gine linguae italicae dans les Antiq. ital. t. II; Ciampi, De usu linguae ita- 
licae saltem a saeculo V. 

2. De nos jours, Fauriel s'est déclaré pour l'authenticité de ces deux 
documents. Voy. son ouvrage, Dante et les origines de la langue et de la 
littérature italienne. Paris, 1854, II, 396. 



DOMAINE ITALIEN. 73 

ment par sa construction grammaticale. — Les éditions des plus 
anciens écrivains ne manquent pas. Une collection moderne (et 
rien moins que correcte) des poètes lyriques du xiii^ siècle est : 
Poeti del primo secolo délia lingua italiana, Firenze, 1816, 
2 vol. (p. Yaleriani); une autre, Raccolta di rime antiche 
toscane, Palermo, 1817, 4 vol. (par Villarosa), comprend aussi 
le XIV® siècle; une troisième est: Poésie inédite raccolte da 
Fr. Trucchi Prato, 1846, 1847, ivvol., avec une introduc- 
tion dénuée de critique. 

Les Italiens se sont mis de bonne heure à réfléchir et à écrire 
sur leur langue. Dante commença dans son traité, écrit en latin 
et malheureusement inachevé, De vulgari eloquentia, dans le 
premier livre duquel il parle de la langue itahenne (vulgare 
illustre), qu'il faut étudier, dit-il, non dans telle ou telle ville ou 
province, mais dans les livres des grands écrivains ^ On peut 
regarder cette œuvre (dans laquelle des intuitions sublimes alter- 
nent avec les idées les plus naïves) comme le portique de la 
philologie italienne. Mais celui qui le premier, sous la forme, 
chère à son époque, de dialogues,' traita la grammaire ita- 
lienne, fut Pietro Bembo, dont l'ouvrage, terminé longtemps 
auparavant, parut en 1525 sous le titre de Prose; Gastel- 
vetro l'a accompagné d'un commentaire critique. Avant les 
Prose de Bembo avait paru un livre composé postérieurement 
au sien, les Regole grammaticali délia volgar lingua, 
de Fortunio (un Esclavonien), qui de l'an 1516 à l'an 1552 
n'eurent pas moins de quinze éditions. Malgré les nom- 
breuses productions grammaticales de ce siècle et des deux sui- 
vants, la première grammaire vraiment systématique, celle de 
Corticelli, ne parut qu'en 1745 (voy. Blanc, Grammaire, 
p. 23-34). — La littérature lexicographique commence par des 
glossaires sur des écrivains célèbres. Le premier est celui de 
Lucillo Viterbi sur Boccace (1535). L'année d'après parut un 
travail analogue de Fabricio Luna sur Arioste, Pétrarque, Boc- 
cace et Dante ; puis un Dictionnaire général, d'Accarisio, en 
1543, et la même année un Glossaire de Boccace, par Alunno, 
qui eut plusieurs éditions. Après diverses autres tentatives en ce 
genre parut enfin en 1612 le célèbre Dictionnaire de la Crusca, 
qui jusqu'à présent est définitif. Le premier dictionnaire étymolo- 



1. Dans sa caractéristique de cet écrit (Halle, 1867), Bœhmer a montré 
que le plan primitif de cet ouvrage comportait cinq livres, dont le second 
n'a pas même été achevé. 



74 INTEODUCTION. 

gique fiit dû à un étranger, Ménage : Le origini délia lingua 
italiana, Parigi, 1669; bientôt il fut suivi de celui de Ferrari : 
Origines linguae italicae, Patavii, 1676; puis parut une 
seconde édition du livre de Ménage (Ginevra, 1685). 

Dialectes. — L'Italie était destinée par sa forme, par sa 
longue extension au sud-est depuis les Alpes, qui donne lieu à des 
influences climatologiques très-diverses, et par ses grandes îles, 
à voir se développer des dialectes fortement caractérisés : il est 
clair que les organes ne sauraient être les mêmes au bord du lac 
de Côme, et du Phare de Messine. Dante, dans l'ouvrage men- 
tionné plus haut, a déjà essayé de les déterminer, et les rensei- 
gnements qu'il donne sont encore dignes d'attention, ainsi que le 
jugement qu'il porte. Il divise l'Italie (1. I, c. 10) sous ce rapport 
en deux moitiés, une orientale et une occidentale, à droite et à 
gauche de l'Apennin, et admet quatorze dialectes : ceux de 
Sicile, d'Apulie, de Rome, de Spolète, de Toscane, de Gênes, de 
Sardaigne, de Galabre, d'Ancône, de Romagne, de Lombardie, 
de Trévise, de Venise et d'Aquilée; Salviati {0pp. Milan. II, 
359) s'en tient à cette division. De nos jours on a tracé les 
limites, avec plus de raison, dans le sens de la largeur de la Pé- 
ninsule, et on l'a divisée en trois grandes régions, chacune avec 
ses districts : une du nord, une du centre et une du sud ^ A celle 
du sud appartiennent les dialectes napolitain, calabrais et sici- 
lien, ainsi que ceux de l'île de Sardaigne. Dans la région du 
centre on comprend les dialectes toscans, par exemple ceux de 
Florence, Sienne, Pistoie, Pise, Lucques, Arezzo et celui de 
Rome ; on y rattache aussi la Corse et une partie de l'île de Sar- 
daigne. La région du nord comprend, d'après l'étude attentive 
d'un grammairien italien ^ les quatre districts suivants : celui de 
Gênes, celui de la Gaule Cisalpine, celui de Venise et celui du 
Frioul. Le dialecte gallo-italien embrasse trois groupes : le 
groupe lombard (Milan, Côme, Tessin, Bergame, Créma, Bres- 
cia. Crémone, etc.), le groupe émilien (Bologne, la Romagne, 
Modène, Reggio, Ferrare, Mantoue, Parme, Plaisance, Pavie, 
etc.), et le groupe piémontais (Turin, Ivrée, Alexandrie). Il ne 
faut pas attendre de ces dialectes une parfaite régularité dans les 
lois phoniques, parce qu'ils n'ont pas toujours pu se soustraire à 
la pénétration des dialectes voisins et à l'influence de la langue 



1. Il faut renvoyer aux remarquables travaux qu'ont publiés sur cette 
matière Fernow, Fuchs, Blanc etLemcke (Herrig's Archiv. VI, VJl, IX). 

2. Saggio sui dialetti gallo-italici di B. Biondelli, Milano, 1853. 



DOMAINE ITALIEN. 75 

littéraire. De là vient qu on rencontre jusqu'à trois ou quatre 
représentations du même son italien ou latin; mais parfois aussi 
cette diversité est due à un développement intérieur. Nous ne 
tiendrons pas compte, dans les remarques qui vont suivre, des 
traits que les dialectes ont en commun avec la langue écrite, 
comme la permutation de l et r, de b et ^, ou le redoublement 
des consonnes, à moins que ces traits ne soient accusés d'une 
manière exceptionnelle; nous ne signalerons que ceux où le 
caractère des dialectes se marque le plus clairement, surtout 
l'emploi des diphthongues ie et uo, des finales non accentuées e 
et 0, de la composition gli, des syllabes chi, pi, fi, quand elles 
ont la valeur de chj, pj, fj, des palatales c (à côté de se), g, 
et de la lettre z. Les dialectes du centre sont ceux qui se rappro- 
chent le plus de la langue écrite ; nous pouvons les mettre de côté 
après y avoir jeté un rapide coup d'œil : il suffit de remarquer que 
le romain (que Dante, soit dit en passant, maltraite fort), comme 
les dialectes du nord-ouest, fait disparaître Yr final [amà, temè, 
dormi), et, comme ceux du sud, affaiblit nd ennn. La diffé- 
rence des dialectes du sud et de ceux du nord est facile à saisir : 
ceux-là effacent les consonnes, ceux-ci les voyelles atones ; ceux-là 
ont le caractère de la mollesse, ceux-ci celui de la dureté ; mais 
ce trait n'est pas absolu : ceux-là conservent, par exemple, la 
tenue, tandis que ceux-ci ont une tendance à l'adoucir. Mais il 
n'y a pas de marques distinctives précises et infaillibles comme 
entre le haut et le bas allemand, à moins qu'on ne place à ce rang 
le son sci, qui dans le sud garde sa valeur et dans le nord devient 
presque régulièrement ss. 

Les dialectes du sud doivent passer les premiers, parce qu'ils 
déploient mieux le caractère italien, la plénitude des formes; 
nous commencerons donc par eux. Le napolitain conserve les 
voyelles latines ë eio {dece, bono), mais admet les diphthongues 
ie et uo devant deux consonnes {diente, puorcoy. Dans la même 
position, il maintient généralement i et u contre l'it. e et o 
(stritto, curto). Les voyelles finales non accentuées sont trai- 
tées comme dans la langue écrite. Quant aux consonnes, gli 
reste à sa place. Mais pi est assimilé à l'it. chi, et même bi à 
ghi (più devient chiû; biondo, ghiunno), tandis que fi donne 
sei {fiam?na = sciamma). Les palatales comme en italien, si 



l. 11 n'est pas sans intérêt de remarquer qu'une inscription napoli- 
taine antique présente déjà la forme henemerienti inconnue à la langue 
écrite. Cf. Corssen, 1, 297, 298, 1" édit. 



76 INTRODUCTION. 

ce n'est que g s'adoucit ordinairement en / {piace, scena, 
gente.jentile, loge = legge). Z se comporte aussi comme en 
italien. D'autres particularités sont : l'aphérèse de Vi devant n 
Çngiuria), la solution de ^ en o devant les dentales (balzano 
= baozano, caldo = cavodo)\ le changement de s en z, sur- 
tout après /• {verso = vierzo, possa= 2^ozza)\ celui de (i en r 
dito = ritOy dire = ricere, dodici = rurece) ; le passage 
assez fréquent de la moyenne à la ténue ; l'échange très-ordinaire 
du b et du v\ l'assimilation des consonnances mb et nd en mm 
et nn (piombo = chimmno, 7nondo=:munno); la forte accen- 
tuation des consonnes initiales et le fréquent redoublement des 
consonnes médiales ; l'intercalation d'un j entre deux voyelles 
(uffizio = uffizejo)^. 

Le dialecte sicilien met aussi e ei o pour ie et uo (miei = 
mei, cuore =■ cori). Il change en i et wles voyelles e ei o, non- 
seulement quand elles sont finales et privées d'accent, mais sou- 
vent encore quand elles sont accentuées dans le corps du mot 
{ver de = virdi, giuso = jusu, arena = rina, vapore = 
vapuri). Il durcit gli en gghi {folio = fogghiu). Pi devient 
chi, fi devient sci {pianto = chiantu, fiore = sciuri). Les sif- 
flantes et le z se comportent comme dans la langue écrite. Parmi 
les autres traits nous remarquons, comme dans le napolitain, la 
solution de l en une voyelle {altro = autru), l'assimilation de 
mb en nd {gamba = gamma, fundo = funno) et l'intercala- 
tion du j {spion = spijimi). Comme traits particuliers, nous 
noterons l'échange de II et de dd, qui a la valeur du th an- 
glais {cavallo = cavaddu) , et la chute fréquente du v au com- 
mencement des mots (volgere = urgiri, volpe = urpi). 

Entre les deux dialectes ci-dessus, le calabrais occupe à peu 
près le juste milieu. Comme le sicilien il dit i et u {onde=undi, 
questo = chistu), et ggh pour gl (figlio = figghiu) ; comme 
le napolitain, il supprime i devant n Çnfernu). Un trait à lui 
propre est que fi y devient J, ou d'après une autre orthographe 
hh {fiume =jume, hhume), et que II est traité de même {nullo 
= nujo) . 

La Sardaigne se divise, sous le rapport linguistique, en trois 
provinces. Dans celle du nord domine le dialecte de Gallura, que 



1. Nous devons une très-bonne étude de ce dialecte à F. Wentrup: 
Beilrœge zur Kenntniss der neapolitanischen Mundart. Wittemberg, 1855. Le 
même auteur a aussi publié une monographie du dialecte sicilien dans 
\Archiv filr nmere Sprachen, p. xxv. 



DOMAINE ITALIEN. 77 

l'on désigne comme étranger, introduit dans les temps modernes 
et n'étant que de l'italien corrompu ; au centre celui de Logudoro, 
qui porte évidemment le cachet le plus original et le plus 
archaïque, et qu'on appelle proprement dialecte sarde ; au midi le 
dialecte de Campidamo (auquel se rattache aussi Cagliari), qui 
penche vers les dialectes du nord de l'Italie ^ . Nous nous restrei- 
gnons à celui de Logudoro. F et o remplacent te et uo (vieni = 
béni, giuoco = jogu) ; la finale e persiste, mais o est souvent 
remplacé par u (septe, fogliu). Gl et gn tantôt persistent et 
tantôt deviennent z et nz (scoglio = iscogliu, aglio = azu, 
segno = signu, vigna = hinza, tegno = tenzd). Chi initial 
se change en y ou g palatal {chiavo =jan) ; pi, fi, se compor- 
tent en général comme en italien (dans le dialecte de Campidano 
planta, planu onpianu, flamma) . Comme en sicilien II devient 
le plus souyeni dd (molle = modde, pelle -=. podde , mais 
hellà), S initial suivi d'une consonne appelle un i [istella, ispe- 
dire)\ c'est un des traits distinctifs de cet idiome. Au c palatal 
répond tantôt z fort, tantôt une gutturale [certo = zertu, 
hraccio z=hrazzii, cera:= cher a, luce==lughe)', Siug palatal 
tantôt g, tantôt z doux, tantôt la gutturale douce, tantôt enfin J, 
quand ^ représente cette lettre (génère, girare, zente, anghelu, 
maju = maggio). Z dans certaines terminaisons devient ss 
(vizio^= vissiu, spazio = ispassiu). Dans qu Vu s'éteint par- 
fois, dans gu régulièrement (quale=cale, guerra = gherra). 
Dans les consonnances latines et et pt, le c eilep ne sont point 
assimilés, mais prononcés d'une manière à peine distincte (factu, 
inscriptu). V initial devient très-souvent b, et cette dernière 
lettre se place même quelquefois devant une voyelle initiale 
(escire = bessire, uccidere = bocchire). Au commencement 
des mots la prononciation douce ou dure de la plupart des con- 
sonnes dépend de la lettre qui les précède, soit voyelle, soit con- 
sonne. La ténue s'amollit à peu près comme dans le nord de 
ritahe. Mais il y a un point où la Sardaigne se sépare de toute 
l'Italie : elle conserve à la fin des mots Y s et le t latin (long as, 
virtudes, duos, corpus, finit, finiant). Nous parlerons ci- 
dessous (dans les Remarques sur les consonnes latines, § 3) de cer- 
tains cas de permutation entre les consonnes initiales. 

Le dialecte génois sert d'intermédiaire entre les dialectes du 
nord de l'Italie et ceux du sud, notamment ceux de la Sardaigne. 



1. Giovanni Spano a joint à son Ortographia sarda nazionale (Cagliari, 
1840) une carte linguistique de l'île. 



78 INTRODUCTION. 

Nous trouvons encore ici les finales pleines f^ et o (l'Oî^de, bravo, 
sotto, mais giardin et autres). Fi devient quelquefois sci {fiore 
= sciù, sicil. sciuyi). C palatal devient ç ou œ, qui a la valeur 
dujfrançris (certo = çorto, viceno = veœin, mais cep'^o = 
seppo et autres) . (7 palatal est représenté de diverses manières 
(giorno, lunœi, Zena pour Genova). Mais chi etghi deviennent 
déjà à la manière lombarde ci et gi [chiappare = ciappà, 
ghianda = gianda). Pour z on trouve généralement ç oxx s 
(paçiença, bellessa, mezo), R est souvent supprimé [bruciare 
= bruœà, scrivere z=. scrive, cucire = cuxi, onore = onôy 
opère = opee) ; ew et t* se prononcent déjà à la française, ae 
équivaut au fr. ai; on trouve aussi l'n nasal. Gli se prononce gi 
(figlio = figgio), ce qui a lieu aussi sur la côte de l'Adriatique, 
à Venise ^ 

Des autres dialectes de la Haute-Italie nous ne mentionnerons 
ici que trois des plus importants, le piémontais, le milanais et le 
vénitien. Le piémontais met souvent ei pour e, eu ou ou (équi- 
valant au français eu, ou) pour o {stella = steila, piovere = 
= pieuve, sudore = sudour)'\ ie devient le plus souvent e, uo 
devient eu (pié = pé, uomo = om, vuole = veul, cuore = 
cœur) ; u a.le même son qu'en français : les finales non accen- 
tuées e et disparaissent, excepté Ve qui indique le féminin 
pluriel. Gli devient ^ ou disparaît (paglia =paja, pigliare = 
piè), Chiei ^/iz deviennent des palatales (chiesa = cesa, un- 
ghia = ongia), tandis quepiei fi restent. Ci, ce, hésitent entre 
c palatal et s {certo == cert, facile = facil, città = sità, pia- 
cere = piasi); cci, sci deviennent s {lucio = lus, faccia = 
fassa). Gi, ge, hésitent entre g palatal et s, mais ggi reste pala- 
tal (^en^e :=! gent, ragione = rason, pertugio = pertus, 
oggi = ogi, raggio = rag). Z devient également s, consonne 
qui joue, comme on le voit, un grand rôle dans ce dialecte, que 
sa prononciation soit forte ou douce {garzone = garsoun, 
piazza = plassa). La ténue au milieu des mots devient volon- 



1. Par cette apocope, des consonnes palatales se trouvent même à la 
fin des mots, et les éditeurs les écrivent comme si les voyelles finales 
existaient encore, noce, lusc, legg, qui se prononcent comme dans nocc-e, 
lusc-îo, legg-e, seulement sans faire sentir la voyelle finale. Pour mar- 
quer les sons gutturaux, on ajoute un h, comme dans cuch, loeugh. Bion- 
delli a adopté pour les palatales les signes slaves c, g, s (fr. ch), z (îr.j). 
Cette orthographe était excellente dans un traité spécial sur ces dia- 
lectes; mais les cas d'appUcation sont trop rares dans un ouvrage 
comme celui-ci pour que nous ayons pu l'adopter. 



DOMAINE ITALIEN. 79 

tiers une moyenne ou disparaît ; r en fait autant dans la même 
position (comprare == cwnprè, spendere = spende, danaro 

= danè) ^ . 

Le dialecte milanais traite les voyelles à peu près comme le 
piémontais. A la diphtliongue italienne ie répond le simple e, à 
Vuo le simple o ou oeu, et ce dernier son (prononcez eu) rem- 
place souvent aussi Yo {fiera = fera, huono = honn, cuore 
= cœur, piovere = pioeur, gobbo = goeubb); u se prononce 
comme en français ; les voyelles finales e et o tombent (en bolo- 
nais il en est même ainsi de Va : malati pour malattia). Gli 
est traité comme en piémontais [canaglia = canaja, briglia 
= brio), ainsi que chi, ghi, pi, fi [chiave— eiav, ghiazzo = 
giazz). Ci tantôt reste palatal, tantôt devient xT ou 5 et même soi 
(cento = cent, cena = zenna, cigno = zign, dolce=. dolz, 
ceschio = sesch, vicino =vesin, ceppo=:scepp)\ cci devient 
zz et sci {bymccio = brazz, feccia z=^ fescia, luccio = lusc)\ 
sci devient ss (cuscino = cossin, crescere = cress). Gi 
comme en piémontais, tandis que ggi est souvent remplacé par 
une sifflante {ruggine = rusgen, legge = lesg). Z reste ou 
devient sci [grazzia, mezz, zampa = sciampa, cantazzare 
= cantascià) . La ténue dans le corps du mot peut s'affaiblir en 
moyenne, et la moyenne disparaître (catenna = cadenna, 
prato = praa, giucare = giugà, capra = cavra, codaccia 
=: coascia). i? à la dernière syllabe disparaît souvent {cantà, 
intend, fini, lavô pour lavoro), iV à la fin des mots se nasalise. 
Gomme traits particuliers, nous remarquons que / disparaît sou- 
vent comme r (figliuolo :=:fioeu, fagiuolo = fasoeu) , que tt 
(remplaçant le latin et) prend le son palatal dur {latte = lace, 
et même freddo = frecc; cf. le bergamasque gacc pour gatti, 
nucc pour nudo), V se place souvent devant une voyelle initiale 
comme b dans le dialecte sarde {essere = vess , or a = vora, 
Otto = vott, uno = vun) . 

Le dialecte vénitien se distingue du milanais par des points 
importants, et en général par plus de douceur. Les diphthongues 
ie et uo sont généralement ramenées à Ye et à Yo simples {sero, 
bono, core); les finales ne tombent pas ; w a le son de ou, et non 
celui de Yu français. Gli prend le son du g palatal, dont lej est 
aussi susceptible (aglio = agio, boja = bogia, mais figliuolo 
= fioï). Chi, ghi, se prononcent souvent comme en milanais 

1. Sur un n nasal propre à ce dialecte, voy. la Grammaire, livre I, cha- 
pitre 2. 



80 INTRODUCTION. 

(chiodo = ciodo, ghianda= gianda). Ci initial persiste, ci 
médial devient s ou z, et de même cci devient zz, et sci ss {cima, 
cimice = cimese, hacio = baso, hruciare = brus are, brac- 
cio = brazzo, biscia = bissa) . G palatal se prononce comme 
z, ce qui est le vrai signe distinctif de ce dialecte {gente—zente, 
giorno = zorno, niaggiore = mazore). Z initial devient sou- 
vent c palatal {zecca = ceca, mais flnezza = ragazzo). L'adou- 
cissement ou la chute des consonnes sont des faits très-fréquents 
(rete = rede, nipote = nevodo, ferito = ferio, sudare = 
suar, fiioco = fogo, lupo = lovo, sapore = saore, signore 
= sior). Mais r se maintient comme dans la langue écrite. 
Notons encore que v est assez sujet à l'aphérèse, comme en sici- 
lien {voce = ose, volatica = oladega) . 

Les éléments des dialectes de l'italien, comme de ceux des 
autres langues, ne sont pas exactement les mêmes que ceux de 
la langue écrite : celle-ci favorisa les radicaux latins et leur 
abandonna une foule de mots étrangers d'origine inconnue. Il n'y 
en a qu'un petit nombre qui se retrouvent dans d'autres langues. 
En napolitain par exemple, on peut admettre plus d'éléments 
grecs que dans l'italien littéraire, Galiani tire de cette source, 
entre autres : apolo, mou (àxaXoç); cria, atome (^^pt); crisuom- 
molo, abricot (xpuaéç et poXo;, mieux xp'j<i6[xriXov);jenimma, race 
{^{i'^rriixoL); sarchiopio, morœSiM de chair (capxiov); zimmaro, bouc 
(xqxapoç). Il en cite aussi quelques-uns d'arabes, et beaucoup d'es- 
pagnols, comme alcanzare.tonto, tosino, zafio, zote [azote). 
— Le vocabulaire sicilien semble déjà contenir plus de mots 
étrangers; il ne manque pas non plus d'éléments grecs, par 
exemple, d'après Pasqualino : caloma, câble (xaXwç) ; ganga- 
mu, filet (^aYYajjLov) ; nichiari, agacer, irriter (v£'.y,£Ïv) ; spanu,' 
rare (aTravoç) ; spi7inari, désirer (Tcstvav) . 

La domination des Normands a aussi laissé à ce dialecte plus 
d'un mot français, par exemple : acchetta (baquet), fumeri 
(fumier) , giai (geai) , pirciari (percer) , preggiu (pleige) , 
spanga (empan) . Avec quel zèle ces conquérants s'efforçaient 
d'implanter leur langue en Italie, c'est ce que témoigne Guillaume 
de Fouille (voy. Ystoire de li Normant, p. p. Champollion, 
p. xciij). — Le vocabulaire sarde est remarquable et mériterait 
une étude attentive ; c'est un des plus difficiles à expliquer, et il 
en faut sans doute chercher les éléments dans des langues très- 
diverses. On sait que les anciens habitants de l'île étaient en 
partie d'origine ibérique; qu'antérieurement à la domination 
romaine qui s'y fonda auiii'^ siècle avant J. -G., des Phéniciens et 



DOMAINE ITALIEN. 84 

des Carthaginois s'y étaient établis ; qu'après les Romains, les 
Vandales, les Grecs et les Arabes y séjournèrent, et qu'elle passa 
enfin sous la puissance de F Aragon. Il est probable que là comme 
sur le continent les langues antérieures aux Romains ont été 
assez radicalement détruites ; du moins Guillaume de Humboldt 
(Spaniens Urhewohner, p. 168) n'a-t-il pu rien découvrir 
d'ibérique, c'est-à-dire de basque, dans le dialecte sarde actuel. 
On peut retrouver quelques vestiges d'arabe ; on rencontre fré- 
quemment de l'espagnol et du catalan. Cet idiome, isolé par sa 
position géographique, n'a pas suivi rigoureusement les autres 
langues romanes; il suffit de citer les deux verbes sciri{[dX. 
scire), et nai, prés, naru (lat. narraré), qui remplacent en 
sarde les verbes sapere et dicere. — Le mélange paraît plus fort 
encore dans les dialectes de la Haute-Italie que dans celui de la 
Sardaigne, et surtout entre le Pô et les Alpes. Il est aisé de recon- 
naître les éléments germaniques qui s'y trouvent. Tels sont ces 
mots: baita, cabane, demeure (v.-h.-all. haiton, angl. abode)\ 
hoga, lien [boga, bracelet) ; hron, puits (brunno) ; biova ou 
sbiojà, cuire (brûejen); bul, querelleur, fanfaron {puhle); 
caragnà, se plaindre {liarôn, cf. sparagnare de sparon); fesa, 
pelure {fesa, écosse); fiap, flétri (flapp); fos , avide, désireux 
{fitns, prêt à, disposé à); frid {friede)\ gabeurr, homme gros- 
sier [gabûro, ^ayssin); gami7îa, complot (^<2;;?eim, association); 
gast, objet d'amour, bien-aimé (gast); gheine, faim {geinon, 
ouvrir la bouche) ; gherb, acide {herb) ; grà, vieillard {grâ, 
chenu); grezà, exciter (ga-reizen?); grinta, mine sombre 
{grimmida) ; grit, mécontent (grit, avidité) ; gudazz, parrain 
(gotti); litta, limon (letto, argile); 7nagone, gésier (mago) ; 
meisasc, érysipèle (meisa, petite-vérole) ; molta, boue (molta, 
terre, poussière?); pio, charrue {pflug, plug)\ piolett, petite 
hache {ptiaï) ; j9zor^ , seau (piral , urne) ; rmiipf, spasme 
{rm7ipf)\ sciovera (zuber)\ scocà (scàaukeln); scoss 
(schooss); slippà, glisser {slip fen); S7nessoy^, couteau (me^^er); 
stip, chemin escarpé (cf. angl.-sax. steap, angl. steep, escarpé); 
storà, troubler (storan); stosà, frapper du pied (stozan); tort or 
(trihtari) ; trucca, coffre {trucha, trute); tuôn, pigeon (tuba); 
zartig [zart) ; zata [tatze) ; zigra, sorte de fromage {ziger) ; 
zin, cochon [swîn)\ zingà {siaingan), et une foule d'autres. 
Biondelli a dressé (p. 57-87, 246-294, 558-577) trois listes de 
mots importants de la-Haute-Italie, la plupart d'origine obscure, 
avec des indications étymologiques. 

Les patois n'ont dans aucun pays d'Europe une littérature 

DIEZ (i 



82 INTRODUCTION. 

aussi riche qu'en Italie, ce qui s'explique, il est vrai, par ce que 
nous avons remarqué ci-dessus sur leur usage. Cette littérature 
consiste non-seulement en une masse d'œuvres d'imagination en 
prose ou en vers, mais encore en travaux philologiques, surtout 
en dictionnaires, et les lacunes qui existent encore seront sûre- 
ment comblées d'ici à peu. Les textes remontent généralement 
au xvi° siècle ; mais quelques dialectes peuvent offrir des monu- 
ments plus anciens et plus précieux pour la langue. Ainsi dans le 
patois napolitain, qui a la littérature la plus considérable (voy. 
Galiani, Del dialetto napolitano, p. 49-193), on possède, outre 
un poème de GiuUo d'Alcamo mentionné déjà par Dante, attri- 
bué par Tiraboschi à la fin du xii° siècle, par des critiques mo- 
dernes au second quart du xin'^S des fragments du journal de 
Matteo Spinello, vers 1250 (voy. Muratori, Scriptores, VII, p. 
1064 et suiv.) Une chronique rimée d'Antonio de Boezio, d'A- 
quila, se place dans la seconde moitié du xiv® siècle (Muratori, 
Antiquit. YI, 711). On a imprimé des chartes sardes qui re- 
montent aux années 1153, 1170 et 1182 (Muratori, An^^g^^^Y. 
II, p. 1054, 1051, 1059; cf. aussi Spano, Ortographia s arda, 
II, 85 et suiv.) Le plus ancien monument authentique du dia- 
lecte sarde, ce sont les Statuts de Sassari, au temps de Dante 
(dans les Hist. patriae monum. t. X. Turin, 186P). On a des 
poèmes historiques en génois qui datent de la fin du xiif ou du 
commencement du xiv"^ siècle [Archivio storico italiano, appen- 
dice, no 18) ; il y a une canzone, moitié en provençal, moitié en 
génois, deRambaut de Yaqueiras {Parnasse occitanien, p. 75), 
qui est bien plus ancienne encore ; elle remonte peut-être à la fin 
du xif siècle; un poème berga masque, il Becalogo, remonte 
au milieu du xiii^ siècle (Biondelli, p. 673). Un beau monument 
milanais, contemporain de Dante, et empreint d'une couleur 
toute particulière, ce sont les Vulgaria de Bonvesin dalla Riva 
(éd. Bekker, Berlin, 1850-58, voy. sur ce sujet Mussafia, Bei- 
trdge zur Geschichte der romanischen Sprachen, 1862), 
ainsi qu'une poésie de son contemporain Pietro Da Bescapé (dans 
Biondelli, Poésie lombarde del sec. XIII, Milan, 1856'^). Duxiif 

1. Voy. Il sirventese di Ciulo d^Alcamo, del dottore Grion (Padova, 1858). 

2. Voy. sur ce point : Délius, Der Sardinische JDialect des dreizehnten 
Jahrhunderts. Bonn, 1868. La grammaire de ce dialecte (de Logodoro 
s'écarte en plus d'un point important du dialecte moderne; pour ne citer 
que la phonétique, H n'y sont point encore devenus dd. Mais on y ren- 
contre déjà Vi prothétique devant 5 initial suivi d'une consonne. 

3. Mussafia a fait une étude spéciale de l'ancien milanais d'après Bon- 



DOMAINE ITALIEN. 83 

siècle aussi date une pièce de vers en vénitien (Regrets d'une 
dame dont l'époux est à la croisade), qui présente déjà complète- 
ment les caractères de ce dialecte (voy. Raccolta di poésie 
veneziane, 1845, p. 1). On trouve le dialecte véronais employé 
dans deux longues poésies spirituelles de Fra Giacomino (dans 
Ozanâm, Documents inédits, Paris 1850; et Mussafia, Mo- 
num. ant. Vienne, 1864, qui place le ms. vers le milieu du 
XIV® siècle). Pendant les deux premiers siècles de la littérature 
italienne, il exista, dans le nord de la péninsule, à côté de la 
langue italienne du centre, une espèce d'idiome littéraire qui, 
avec des variétés dialectales, offrait un grand nombre de traits 
identiques, et qui, si les circonstances politiques et littéraires 
lui eussent été favorables, eût pu devenir une nouvelle langue 
romane littéraire. Heureusement pour Tunité linguistique de 
l'Italie, que ces conditions de développement firent défaut. Il 
existe dans la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, de volumi- 
neuses poésies dans une langue mixte, dont le français forme la 
base, mais qui est très-pénétrée de formes ou de mots qui se rat- 
tachent au dialecte vénitien, ou particulièrement à cette sorte de 
langue écrite (voy. Mussafia Macaire, p. v, et Mémoires de 
VAcad. de Vienne, XLII, 277). 

Les dictionnaires se montrent' de bonne heure ; ainsi nous en 
avons un milanais de l'an 1489 (Biondelli, p. 91); un sicilien, 
inédit, de l'an 1519 (d'après Pasqualino) ; un bergamasque de 
l'an 1565 (Biondelli, p. xxxvi), un bolonais de l'an 1479 et 
même un dictionnaire vénitien-allemand ( Nurembergeois ) de 
l'année 1424 (voy. Schmeller, Dict. Bavarois, III, 484). Grâce 
à ces sources anciennes, on peut déterminer avec précision la 
marche et le degré de développement de chaque dialecte. C'est à 
ce point de vue que Galiani dit du Journal de Spinello : « Sono 
» in napoletano purissimo, ed è mirabile che in tanti secoli abbia 
» in dialetto nostro sofFerta cosi poca mutazione che è quasi im- 
» percettibile. » 

2. DOMAINE ESPAGNOL. 

Les premiers habitants de l'Espagne furent les Ibères, qui 
étaient peut-être une race celtique, mais s'étaient séparés de 



vesin (Mém. de l'Acad. de Vienne. LIX, 1868). Remarquons seulement 
sur l'écriture, que x est employé pour s doux et dur, se pour ss, ç pour 
:> dur et doux. 



84 INTRODUCTION. 

bonne heure de la souche commune ; ils n'étaient purs de mélange 
que vers les Pyrénées et sur la côte sud de la péninsule. Le mé- 
lange des Ibères avec les Celtes proprement dits, ceux que nous 
connaissons par les Grecs et les Romains, donna naissance au 
peuple des Celtibères ; en outre, les Ibères occupaient au nord 
une partie de l'Aquitaine et des côtes de la Méditerranée ; au sud, 
ils étaient établis de temps immémorial dans les trois grandes îles 
de cette mer (Y. Guillaume de Humboldt, Recherches sur les 
habitants primitifs de l'Espagne, 1831). Les Phéniciens fon- 
dèrent des colonies sur les côtes, et les Carthaginois étendirent 
fort avant dans la contrée leur domination, à laquelle les Romains 
mirent fin: ceux-ci possédèrent l'Espagne, d'abord avec une 
résistance violente de la part des habitants, puis en paix, pen- 
dant six cents ans, et y fondèrent une nouvelle patrie pour leur 
langue et leur littérature. La latinisation de ce pays s'opéra sans 
doute, au moins en partie, très-promptement. Strabon rapporte 
des Turditans, l'une des populations du sud, qu'ils avaient aban- 
donné leurs mœurs pour celles des Romains et oublié leur ancienne 
langue : « Of [xév toi ToupBiTavol xsXiwç dq xbv 'Pa)[j.a(a)v [xz'zcLÎi- 
6XY;vTai xpi^ov, oùBk ir^q BiaXéxxou ty^ç açcTépaç lii [ji<£[xvy;;j(.svoi » (éd. 
Siebenkees, I, 404). 

Les provincialismes cités par Columelle, qui ne sont que des 
dérivés populaires de radicaux latins, comme focaneus de faux 
et beaucoup d'autres, montrent combien le latin avait, au temps 
où il écrivait, pénétré profondément dans la population. Cepen- 
dant Cicéron parle de la langue espagnole comme d'une langue 
encore vivante : « Similes enim sunt dii, si ea nobis objiciunt, 
» quorum neque scientiam neque explanationem habeamus, tan- 
» quam si Pœni aut Hispani in senatu nostro sine interprète 
» loquerentur. » {De divinatione, II, 64.) 

Tacite parle aussi d'un homme de la tribu des Termestini 
qui, mis à la torture, parlait dans la langue de ses ancêtres : 
« Voce magna, sermone patrio, frustra se interrogari clami- 
» tavit. » [Annal. lY, 45.) On peut voir là-dessus le savant 
livre d'Aldrete, Del origen de la lengua castellana, fol. 22 b, 
30 &, 39 ^, 23 &. Cette langue primitive de l'Espagne vit encore 
dans le basque, comme l'a constaté Humboldt. Avec le v® siècle 
commencent les invasions des peuples germaniques ; au vf et au 
vif, les Byzantins dominèrent dans le sud; au commencement du 
viii^, les Arabes conquirent presque toute la péninsule, et ne 
furent complètement vaincus qu'au xv^. 

La domination ou l'établissement de tant de peuples dans un 



DOMAINE ESPAGNOL. 85 

seul et même pays ne pouvait guère avoir lieu sans qu'il en 
résultat une langue fortement mélangée. L'espagnol n'a pas 
échappé à cette conséquence : c'est la cause de sa richesse en 
même temps que des difficultés étymologiques qu'il présente *. 
Mais le système phonique et le vocabulaire s'en sont seuls res- 
sentis ; la formation des mots et la grammaire sont restées pure- 
ment romanes dans ce dialecte sonore, et plus voisines même du 
latin que dans l'italien. L'apport de chaque langue est, ici comme 
ailleurs, très-inégal. On peut admettre de prime abord qu'il reste 
peu de traces des idiomes antérieurs à la conquête romaine. Quel- 
ques expressions ibériques, adoptées ou citées par les Romains, 
se retrouvent dans les dictionnaires espagnols, mais toutes ne 
sont certainement pas dans la bouche du peuple. De celles-là 
seules qui sont populaires, on peut affirmer qu'elles sont arrivées 
de l'ibérique à la langue actuelle par l'intermédiaire de la roma- 
na rustica espagnole, où le latin les avait aussi puisées ; les 
autres ont été postérieurement empruntées aux écrivains romains. 
Il faut noter par exemple bàllux ou halluca, sable mêlé d'or, 
maintenant haluz, petite pépite d'or (V. Voss. Etymologicum)\ 
c<2n//^i^5, cercle d'une roue, gr.y.av66ç, d'après Quintilien espagnol 
ou africain (Schneider, l, 211), cf. esp. canto, bout ou bord de 
quelque chose; celia, bière de froment, esp. même mot ; cetra, 
bouclier de cuir, esp. même mot ; cicsculium, graine de kermès, 
esp. coscojo; dur et a, étuve, baignoire, esp. même mot; 
gurdus, bête, sot d'après QuintiUen et Labérius (V. Voss. 
Etym.), esp. g or do dans le sens de gros (cf. it. grosso, gros, 
bête ; gr. Tca/uç, gras, bête) ; lancea, mot espagnol d'après Aulu- 
Gelle, allemand ou gaulois suivant d'autres, esp. lanzai'pala- 
cra, palacrana, lingot d'or, esp. même mot. En outre, on peut 
expliquer avec assez de certitude par le basque un certain nom- 
bre de mots espagnols ; V. par exemple, dans le Bict. étymol. 
les articles dlabe, ardite, halsa,burga, chamarasca, estachd, 
ganzua, garabito, garbanzo, gazuza, guijo, gur^^umina, 
hervero, izaga, lelo, mandria, modorra, morcon, moron, 
nava, oqueruela, sarracina, socarrar, vericueio, zahurda^ 

l. D'après le compte de Sarmiento {Obras postumtzs, p. 107), six dixiè- 
mes des mots espagnols sont latins, un dixième liturgique et grec, un 
dixième norois (germanique), un dixième oriental, un dixième améri- 
cain, allemand moderne, français ou italien. Ce calcul peut bien être à 
peu près juste, si l'on entend par mots les radicaux. Mais il ne faut pas 
oublier que les diverses parties constitutives d'une langue ont une 
valeur très-inégale. 



86 INTEODCCTION. 

zalea, zamarro, zanahoria, zaque, zaragûelles, zarria, 
zato, zirigana. Pour d'autres, tels ({M'ademan, amapola, 
jorgina, zaga, etc., cette origine est plus douteuse; au reste la 
langue espagnole semble avoir à peine conservé quelques traits 
du système phonique des Ibères (V. le Dict. étymol. p. xi). — 
Nous avons apprécié plus haut les éléments grecs et germaniques; 
nous ajouterons seulement qu'on se servit en Espagne de l'alpha- 
bet gothique jusqu'en l'an 1091, où il fut aboli par le concile de 
Léon. — On a souvent fait remarquer l'influence qu'ont exercée les 
Arabes sur les mœurs et la langue des Espagnols ^ L'élément 
arabe a été étudié dès le xvf siècle dans des écrits devenus à peu 
près introuvables ; plus tard, Sousa (il s'occupait proprement du 
portugais, mais cela fait à peine une différence) dans sonlivre Ves- 
tigios da lingua arabica em Portugal (Lisboa, 1789; nouv. 
édit. 1830), puis Marina, dans les Me^norias de la Academia 
real de la historia, tomo IV, et Hammer dans les Mémoires de 
l'Académie de Vienne (classe philosophique, t. XIV), ont extrait 
rélément arabe contenu dans l'espagnol; mais c'est Engelmann 
(dans son Glossaire des mots espagnols et poï^tugais tirés de 
l'arabe, Leyde, 1861), qui a rempli le premier cette tâche d'une 
manière satisfaisante, c'est-à-dire scientifique, par le moyen du 
dialecte arabe vulgaire (tout-à-fait négligé par ses prédéces- 
seurs) tel qu'il se trouve dans le Vocabulista aravigo, de Pedro 
d'Alcala (Granada, 1505), et dans les écrivains arabes de l'Es- 
pagne. Le glossaire d'Engelmann renferme environ 650 articles. 
Presque tous ces mots étrangers (facilement reconnaissables), 
désignent des objets sensibles ou des idées scientifiques se rap- 
portant spécialement aux règnes de la nature, à la médecine, aux 
mathématiques, à l'astronomie, à la musique ; plusieurs touchent 
les institutions politiques, spécialement les emplois et les dignités ; 
d'autres, les poids et les mesures ; quelques-uns aussi ont trait à 
la guerre. Il n y en a pas un seul qui soit emprunté à la sphère 
des sentiments, comme si le commerce entre chrétiens et maho- 
métans s'était restreint aux relations extérieures, et n'eût permis 
aucun de ces rapprochements amicaux qui existaient entre les 
Goths et les Romains. Parmi les mots arabes, on remarque aussi 
un pronom, fulano pour quidam, et deux particules, fat a pour 
tenus, oxald pour utinam. — On a admis dans les dictionnaires 
l'argot des voleurs, appelé germania, parce que plusieurs écri- 



1. Voy. Hammer. Véber die Lwnderverwaltung unter dem Ghalifate. Berlin, 
1835. 



DOMAINE ESPAGNOL. 87 

vains n'ont pas dédaigné de s'en servir ; mais il n'appartient pas 
à la langue. C'est, comme l'a démontré Mayans (Orig. de la 
leng. esp. I, 116), une langue de pure convention, qui com- 
prend, il est vrai, des mots espagnols vieillis ou des termes arabes 
qu'on n'emploie plus, mais aussi des mots étrangers apportés par 
les vagabonds, et plusieurs mots de bon espagnol, dont les lettres 
sont interverties {pecho = chepo, bot a = toba) ou le sens 
modifié. 

L'espagnol ne s'étend pas, comme langue populaire, dans tout 
le royaume : le nord-ouest appartient au rameau portugais, l'est 
au rameau provençal, et on parle basque en Biscaye, Guipuscoa, 
Alava, et dans une partie de la Navarre ^ En revanche, il a fait 
de grandes conquêtes dans le Nouveau-Monde. Comme le nom 
d'Espagne comprend toute la péninsule, on a nommé la langue, 
d'après la province où elle se parle le plus purement, castillane 
lengua castellana ^ ; et l'Académie a maintenu cette dénomina- 
tion dans sa grammaire et son dictionnaire. Mais depuis long- 
temps on emploie aussi habituellement le terme de lengua espa- 
nola^\ le vieux fr. dit aussi espaignol. Yoy. ci-dessus, p. 71. 

Les plus-anciennes traces de l'espagnol se trouvent dans Isidore 
de Séville. D'après la liste d'anciens mots romans, donnée plus 
haut (p. 39 et suiv.), beaucoup de mots soit exlusivement espa- 

1. Sarmiento, p. 94, nomme comme la patrie de l'espagnol les pro- 
vinces de Gastille, Léon, Estremadoure, Andalousie, Aragon, Navarre, 
Rioja, et exclut l'Asturie. La Murcie doit encore être ajoutée à ces pro- 
vinces (voy. Mayans, II, 31). Quant au dialecte des Asturies, il est encore 
aujourd'hui plus voisin du portugais que de l'espagnol. Ainsi le J est une 
sifflante en asturien, non une aspirée. Il y répond au portugais Ih, à 
l'espagnol 7, exemple: migaja, migalha, migaya. Voy. sur ce point Varn- 
liagen, sur les Trovas^ p. XXX. La Coleccion de poesias en dialecto astu- 
riano, 1839 (où a-t-elle paru?) contient une étude sur ce dialecte, accom- 
pagnée de spécimens suffisants. 

2. D'après Mayans, I, 8, c'est la vieille Gastille qui a l'avantage en ce 
point, et dans cette province Burgos passe pour la ville où on a la 
meilleure prononciation. 

3. Gomment les Espagnols ont-ils formé le mot Espan-ol avec un suf- 
fixe originairement diminutif qu'ils n'appliquent jamais aux noms de 
peuples? Si l'on voulait désigner les descendants des anciens Espagnols 
Hispaniscus (pr. Espanesc, Ghoix, II, 144; v.-fr. Espanois) convenait mieux 
qn'Hispaniolus. Une forme plus belle est Espan-on (comme Borgoh-orij 
Fris-on, Bret-on) dans Fern. Gonz. 10 : est-ce la dissimilation qui a 
modifié ce mot en Espaîiol? Le basque dit avec un autre suffixe Esj)a- 
narra, et l'angl. Spaniard. Les Arabes d'Espagne appelaient les chrétiens 
de la péninsule Riimies (Romains) ou Kuties (Goths), et leur langue 
aljamia (la barbare). 



88 INTRODUCTION. 

gnols, soit communs aux autres langues, se retrouvent dans son 
livre; tels sont : ala, ani^na, astrosus, baselus, cama, cayn- 
pana, capa, copannay capulum, caravela, casula, cattare, 
ciconia, colomellus , cortina, esca. flasca, focacius, fiiro, 
gubia, incensum, msiibulum, lorandrum, mantum, mili- 
mindrus, rasilis, salma, sarna, sarralia^ taratrwn, truciay 
turbiscuSy tiirdela. D'autres mots, désignés par Isidore comme 
vulgaires ou expressément comme espagnols, se sont perdus avec 
le temps; tels sont : aeranis, sorte de cheval (XII, 1); agna, 
mesure de terrain {actuni provinciœ bœticœ rustici agnam 
vocanty XV, 15); agrestes pour ar gestes (XIII, 11); brancia 
pour fauces (IV, 7); capitilavium, dimanche des rameaux 
(VI, 18); celio pour cœlum, ciseau (XX^ 4) ; francisca^ hache 
franque {quas [secures] et Hispani ab usu Francorum per 
derivationem franciscas vocant, XVIII, 9) ; gauranis pour 
equus cervinus (XII, 1) ; mustio, it. moscione (V. plus haut 
à la liste); pusia, sorte d'olives (XVII, 7); sinespacio pour 
se^nispatium, demi-épée (XVIII, 6) ; tusilta, altération de ton- 
silla (XI, 1). Beaucoup d'autres qu'il donne pour des mots 
latins, mais qui étaient certainement de la langue populaire, ont 
également disparu. — Les textes proprement dits remontent 
jusqu'au xf siècle : du moins c'est à ce siècle, qu'Amador de los 
Rios {Hist. critic. III, 19), rapporte le Poema de los reyes 
magos découvert et publié par lui. On avait admis jusqu'ici, sur 
la foi de critiques sérieux l'authenticité de la charte de commune 
d'Aviles en Asturie, de l'an 1155 ; ce qui faisait de cette pièce la 
plus ancienne charte espagnole, mais la fausseté de ce document 
a été prouvée récemment (voy. le Jahrbuch fur Roman. Lit t. 
VII, 290). 

Le poëme épique du Cid paraît aussi appartenir au même siècle 
(il est du milieu ou de la fin d'après Sanchez), mais la Cronica 
rimada del Cid publiée par Francisque Michel (Vienne, 1847), 
semble être au plus tôt du commencement du xiif siècle. 
Dans ce siècle, on trouve des monuments plus nombreux : les 
Poésies spirituelles de Berceo, le roman d'Alexandre le Grand 
de Juan Lorenzo Segura , celui d'Apollonius de Tyr , et 
plusieurs petites pièces de vers (V. Sanchez, Coleccion 
de poesias castellanas , Madrid, 1779-1790, IV vol.; 
nouvelle édition par Achoa , Paris , 1843 , avec de nom- 
breuses additions de Pidal ; — avec de nouvelles additions et une 
restitution intelligente de l'ancienne orthographe par Janer, 
Madrid, 1864); le code visigoth traduit en espagnol, ou Fuero 



DOMAINE ESPAGNOL. 89 

juzgo ; les Siete imrtidas du roi Alphonse X, tous deux publiés 
plusieurs fois; la Conquista de UlU^amar, Madrid, 1858, édité 
par l'orientaliste Gayangos. Il faut rappeler ici les efforts du roi 
que nous venons de nommer, qui, par ses propres travaux ou les 
traductions qu'il fît faire du latin en espagnol, chercha k faire 
avancer la littérature nationale. Les chartes commencent aussi 
à être plus fréquentes. Du xiv^ siècle sont encore le Conde Lu- 
canor de l'infant don Manuel (Madrid, 1575; Stuttgart, 1839), 
les poésies satiriques de l'archiprêtre Juan Ruiz ; le poëme sur 
Fernan Gonzalez, et les poésies de Rabbi Santo, tous dans les 
collections indiquées plus haut. Citons enfin une nouvelle collec- 
tion de prosateurs de l'ancienne langue, celle de Gayangos : 
Escritores en prosa anteriores al siglo xv, Madrid, 1860, 
en tête de laquelle se trouve le livre d'origine orientale Çalila 
é Dymna. Ces ouvrages, et quelques autres des trois premiers 
siècles de la littérature espagnole, forment la grande source où 
l'on doit puiser la connaissance de l'ancienne langue, aussi impor- 
tante par son vocabulaire que par ses caractères grammaticaux, 
car elle a subi plus de changements que la langue italienne. 

On commença au xv® siècle à travailler sur la langue nationale ; 
mais ce n'est qu'à la fin de ce siècle que parut le premier diction- 
naire, celui d'Alonso de Palencia ; encore n'était-il que latin- 
espagnol : El universal vocabulario en latin y romance, 
1490 ; il fut suivi de près par le dictionnaire, souvent cité, du 
célèbre humaniste Antonio de Lebrija: Antonii Nehrissen- 
sis Leœicon latino - hispanicum et hispanico-latinum , 
Salamancse, 1492; et le même donna, la même année, son 
Tratado de grammatica sobre la lengua castellana. Dans la 
première moitié du xviif siècle parut la première édition du Dic- 
tionnaire académique : Diccionario de la lengua castellana 
por la real Academia espanola, Madrid, 1726-1739, VI vol.; 
la grammaire ne fut publiée que beaucoup plus tard : Gramatica 
de la Academia espanola, Madrid, 1771 . Un petit dictionnaire 
étymologique du philologue Sanchez de las Brozas est resté 
manuscrit (Mayans^ Vita Francisci Sanctii, § 227) ; Covar- 
ruvias s'en est servi pour son Tesoro de la lengua castellana, 
Madrid, 1674. 

Dialectes. — Les historiens de la langue espagnole ont 
donné peu d'attention à ses dialectes. Mayans (I, 58 ; II, 31) 
constate seulement leur existence, et restreint leur différence à la 
prononciation et à un certain nombre de mots provinciaux. Nous 
signalerons dans la grammaire les quelques faits intéressants qu'ils 



90 INTRODUCTION. 

présentent. Le dialecte de Léon est encore celui qu'on peut le 
mieux étudier, grâce à quelques textes étendus où il est employé, 
comme le Poema de Aleœandro (cf. Sanchez, III, 20), et le 
Fuero Juzgo (dans certains mss.). Si on retranche de ce 
dialecte ce qui se rapproche de son voisin le galicien, il lui reste 
en propre bien peu de chose qu'on ne puisse retrouver dans 
d'autres ouvrages en vieux castillan, comme le Poema del 
Cid ^ . On sent des traces de mélange dialectal dans d'autres 
auteurs de ce temps , par exemple dans Berceo ; et comme 
cet écrivain était de Rioja, sa langue trahit déjà l'influence 
provençale. 

3. DOMAINE PORTUGAIS. 

La langue portugaise, qui est très-voisine de l'espagnol, mais 
qui n'en est pas un dialecte, qui maintient au contraire son ori- 
ginalité par d'importants caractères grammaticaux, a les mêmes 
sources, et par conséquent à peu près les mêmes éléments^. Il 
faut remarquer cependant que le portugais contient beaucoup 
moins de mots basques que l'espagnol, soit que les Ibères lussent 
moins nombreux en Lusitanie, soit que, venus du pays bas que, ces 
mots aient atteint la Castille sans pénétrer jusqu'en Portugal ^. 
On doit relever aussi la proportion plus forte des mots français, 
qu'on attribue, non sans vraisemblance, aux nombreux compa- 
gnons qui suivirent le comte Henri de Bourgogne. Le commerce 
avec l'Angleterre introduisit en outre en portugais plusieurs mots 
inconnus en Castille : par exemple, britar, rompre (angl.-sax. 



1. Gessner a publié à BerUn, en 1868, une étude approfondie de l'ancien 
dialecte de Léon. Il regarde le castillan comme formant la base de ce 
dialecte qui a subi une influence très-prononcée du portugais, en sorte 
qu'on peut considérer l'idiome de Léon, comme le chaînon intermé- 
diaire de ces deux dialectes. Citons quelques traits caractéristiques : e 
pour l'esp. ie; o et aussi oi et ou pour ue {coyro, ousar), j ou i pour II 
Çmaravijay bataia), Il i[)Ouy j (consello, fillo). Mais la phonétique de ce 
dialecte est en somme assez peu stable. Il est à remarquer qu'on y 
trouve l pour le latin h dans coldo (cubitus, v.-esp. cobdo), delda (débita, 
esp. deuda), et de même pour le latin d ou t dans jwZg'ar (judicare, esp. 
juzgar) vilva (vidua), selmana (septimana). 

2. Delius {Romanische Sprachfamilie, p. 31) fait la remarque digne 
d'attention que le portugais dans son ensemble s'est conservé avec une 
forme plus archaïque que l'espagnol. 

3. Voy. le Dict. étymologique, p. xviii. 



DOMAINE PORTUGAIS. 9^ 

brittian) ; doudo, insensé (angl. dold); pino, épingle (angl. 
pin). 

La langue a pour domaine le Portugal et, en outre, la Galice. 
Il a déjà été question de l'asturien ; le portugais et le galicien 
(galUziano, gallego)sont une seule et même langue, comme des 
savants indigènes eux-mêmes l'ont reconnu et démontré avec des 
chartes rédigées dans les deux pays (cf. Dieze, sur Velazquez, 
p. 96). En effet si on examine les rares monuments d'une date 
reculée qu'on peut nommer avec certitude galiciens, c'est-à-dire 
les chartes de cette province, ainsi que les cantigas du castillan 
Alphonse X, et les chansons moins anciennes de Macias, on 
trouvera bien peu de formes ayant quelque importance qu'on 
ne rencontre aussi dans les anciens textes portugais ; mais 
l'idiome de cette province, politiquement unie à l'Espagne, s'est 
peu à peu éloigné de son ancienne forme. 

Pour désigner cette langue, le nom de portugaise, lingua 
portugueza, est seul demeuré en usage, et n'a jamais été 
sérieusement compromis par ceux de hespanhola ou lusitana ^. 

Si l'on écarte quelques rajeunissements d'anciennes chansons, 
et quelques pastiches donnés pour authentiques, et attribués au 
xif siècle et même aux temps antérieurs (V. Bellerman, die Lie- 
derhûcher der Portugiesen, Berlin, 1840; Ferd. Wolf, Stu- 
dien zur Gesch. der Span. u. Port. Nationalliteratur, 
p. 690) c'est alors encore ici la littérature diplomatique qui 
ouvre la marche. La plus ancienne charte en portugais pur est 
datée era 1230, c'est-à-dire 1192 (voy. Ribeiro, Ohservaçôes 
para servireyn de meïnorias ao systema da diplomatica 
portugueza, Lisboa, 1798, 1, p. 91, où l'on trouve une liste des 
anciennes chartes) ^. 

Les premiers monuments de la littérature proprement dite 
sont trois grands recueils de chansons : 

l'' Le Cancioneiro galicien du roi Alphonse X de Gastille 
(1252-1281), contenant plus de 400 cantigas en l'honneur de la 



1. Portuguez est syncopé de portugalez, comme esqueniar d'excalentare. 
Les langues voisines conservèrent quelque temps la forme pleine : v.- 
esp. portogales {Poema del Cid, v. 2989), de même en provençal ; fr. por- 
tugalois dans Montaigne, b.-lat. portugalensis (par exemple dans Yepes, IV, 
10, année 911). 

2. Parmi les chartes latines, celle d'Alboacem de l'an 734, à laquelle 
on a attaché une grande importance linguistique (voy. Hervas, Catalo- 
go délie lingue, p. 195; Raynouard, Choix, I, p. xi; A. W. Schlegel, Obser- 
vations), est supposée. Voy. Lembke, Geschichie von Spanien, 1, 314. 



92 INTRODUCTION. 

sainte Vierge, inédites pour la plupart, et dont il existe trois 
manuscrits : deux à l'Escurial, un à Tolède. 

2'' Une collection comprenant les œuvres d'un grand nombre 
de chansonniers, et dont le manuscrit unique (original ou copie) 
fort incorrect existe à la bibliothèque du Vatican : de ce 
recueil, on a publié à part les chansons du roi Denis (1279-1325), 
qui fit pour la littérature de son pays ce qu'avait fait pour celle 
du sien Alplionse de Castille : Cancioneiro d'El Rei D. Diniz, 
por Caetano Lopes de Moura, Paris, 1847. 

3** Un ms. incomplet de la Bibliothèque d'Ajuda, imprimé sous 
le titre de : Fymgmentos de hum cancioneiro inedito na livra- 
ria do collegio dos nobres de Lishoa, Paris, 1823. Une meil- 
leure édition est : Trovas e cantares do xiv seculo (éd. F. A. 
de Varnhagen), Madrid, 1849 ^ 

Le Cancioneiro gérai de Resende (Stuttgart, 1846 et ss., 
3 vol.), comprend principalement des poésies, du xv® siècle. Les 
ouvrages en prose deviennent de plus en plus abordables, grâce 
aux travaux de l'académie de Lisbonne ; déjà la Colecçao de 
livros ineditos de historia portugueza contient d'importantes 
chroniques et un recueil de coutumes locales (foros), dont la 
rédaction portugaise remonte au xiii® ou xiv^ siècle ^. 

Les principaux travaux auxquels le portugais a donné lieu 
sont des dictionnaires. Les plus intéressants sont : Vocabolario 
portuguez e latino por D. .Rafaël Bluteau, Lisb. 1712- 
1721, 8 vol. in-fol. (reformado por Moraes Silva, Lisb. 
1789, 2 vol. in-4°); Diccionario da lingoa portugueza, puhl. 
pela Academia etc. Lisb. 1793, in-fol.; mais il n'a paru de 
ce dernier ouvrage que la lettre A. C'est un vrai trésor national 
que le dictionnaire de l'ancienne langue publié par Santa-Rosa, 



1. L'éditeur de ces poésies les avait attribuées au comte Pierre de 
Barcelone, fils naturel de Denys. Dans un appendice récemment publié 
(Vienne, 1868), il donne des éclaircissements décisifs sur le rapport des 
deux manuscrits cités en dernier lieu, desquels il résulte que la collec- 
tion ms. de Lisbonne se compose de chansons qui se retrouvent pour 
la plupart dans le manuscrit de la Vaticane, et que cette collection est 
l'œuvre non d'un seul poète, mais d'un grand nombre. Suivent d'excel- 
lentes remarques sur les textes imprimés. Pour ce qui est de l'attribution 
d'auteur à Don Pedro, Griizmacher {Jahrbuch, VI, 351), l'avait déjà 
soumise à un examen minutieux, dont le résultat était qu'on ne devait 
point attribuer ces poésies au comte seul, mais aussi à son entourage. 

2. Dans les Foros de Gravao {Colecç. t. V, p. 367-397) on trouve cette 

remarque Eu Jhoô ffernandiz Tabellion dalcaçar., trasladei este foro en 

eia 1305 (c'est-à-dire 1267). 



DOMAINE PROVENÇAL. 93 

Elucidario das palavras, termos e frases, que em Portu- 
gal antiguamentè se usdrào, Lisb. 1798-99, 2 vol. in-fol. Il 
y a joint une histoire de la langue portugaise. 



4. DOMAINE PROVENÇAL. 

Les deux dialectes romans de la Gaule, le provençal et le 
français, se sont constitués, à peu de chose près, avec les mêmes 
éléments ; ce que le premier a de particulier ou de commun avec 
l'italien ou l'espagnol n'est pas de nature à l'éloigner sensible- 
ment du second, avec lequel il a une parenté intime. Il est vrai- 
semblable, sous certaines restrictions, qu'une seule et même 
langue romane régna originairement dans la Gaule entière. Cette 
langue s'est conservée plus pure dans le provençal que dans le 
français, qui, a partir du ix® siècle environ, s'en détacha en 
développant une tendance marquée à l'aplatissement des formes. 
On a cru posséder un échantillon de cette langue commune de la 
France dans les serments de l'an 842 ; mais dans ce monument 
la prédominance du français est décisive , comme suffirait à 
le montrer la forme cosa pour causa, qui n'a jamais été pro- 
vençale K 

La patrie spéciale du provençal est le sud de la France. La 
ligne de démarcation des deux idiomes passe, d'après Sauvage 
{Dict. languedocien, 1^^ édit. p. 217) par le Dauphiné, le 
Lyonnais, l'Auvergne, le Limousin, le Périgord et la Saintonge ; 
d'autres la fixent un peu autrement. Le Poitou, qui est la patrie 
des plus anciens troubadours, n'appartient cependant pas à ce 
domaine ^. En dehors de la France, le provençal s'étead sur l'est 
de l'Espagne, particulièrement en Catalogne, dans la province 
de Valence et des îles Baléares (Bastero, Crusca prov. p. 20). 
La conscience de cette communauté de langage était si énergique, 
qu'un troubadour {Choix, IV, 38) divise les peuples de la France 
en Catalans et Français, et compte parmi les premiers les habi- 
tants de la Gascogne, de la Provence, du Limousin, de l'Au- 
vergne et du Viennois. Dante, qui ne connaissait pas encore le 
castillan, place même en Espagne le siège principal de la langue 



1. Voy. Diez, Poésie des troubadours, p. 322. 

2. C'est pour cela que Pierre Cardinal dit {Choix, V, 304): 

Mas ieu non ai lengua friza ni breta, 
Ni non parli norman ni peitavi. 



94 INTRODUCTION. 

d'oc : « Alii oc, alii oïl, alii si affirynando loquuntur, ut 
puta Hispani, Franci et ItalL » {Le vulg. eloq. I, 8.) On a 
même dit que FAragon avait appartenu quelque temps à cette 
langue et ne s'en était détaché que plus tard. Mayans dit par 
exemple des chartes de ce pays : « Los instrumentos quanto 
mas antiguos, mas lemosinos son (I, 54). » 

Mais Amador de los Rios contredit formellement cette opi- 
nion dans son Hist. crit. de la litt. esp. (II, 584); s'appuyant, 
lui aussi, sur les chartes aragonaises, il démontre que, malgré 
les goûts provençaux des rois, l'idiome populaire de l' Aragon 
n'a jamais été essentiellement différent du castillan. 

Les preuves ne sont pas moins convaincantes pour la Navarre; 
là aussi la langue a toujours été analogue au castillan, et elle n'a 
jamais été ni française, ni provençale. 

Enfin, il faut encore rattacher à ce domaine la Savoie et une 
partie de la Suisse (Genève, Lausanne et le sud du Valais) . — Il 
était difficile de trouver un nom caractéristique pour cette langue 
placée entre les domaines français, italien et espagnol, car il n'y 
avait pas de désignation géographique qui emhrassàt son terri- 
toire : il fallait l'emprunter à une des provinces qui le compo- 
saient. 

On l'appela donc, quand on s'écarta du nom dominant romana, 
la lenga proensal (Choix, V, 147), lo proenzal (Lex. rom. 
I, 573), ou bien lo proensalès (L. rom. 1. c), lo vulgar 
proensal {Gramm. romanes p. p. Guessard, p. 2). Toutes ces 
citations sont d'une époque peu ancienne. D'après la langue qu'ils 
parlaient, les peuples se distinguaient en Provinciales ou Fran- 
ci genae (Diez, Poésie des troubadours, p. 7); on nommait 
encore les Français Franchimans (forme allemande) au temps 
de Sauvage. Dante et le roi portugais Denis, qui sont contempo- 
rains, parlent tous deux de la langue et de la poésie provençale. 
On emprunta à une autre province, mais assez tard aussi, le nom 
de langue limousine, lemosi ; on le trouve pour la première fois 
dans le grammairien Ramon Vidal , ensuite dans les Leys 
d'amors, qui attribuent à la langue du Limousin une pureté parti- 
culière : « Enayssi parlo cil que han bona et adreyta par- 
ladura e bon lengatge coma en Lemozi et en la major par- 
tida d'Alvernhe » (II, 212); on déclinait et on conjuguait sur- 
tout là mieux que partout ailleurs, d'après cet ouvrage (II, 402). 
Ce nom, qu'emploie déjà aussi J. Febrer [en bon llemosi est, 
151), désigna plus tard en Espagne non-seulement la langue pro- 
vençale, mais encore et surtout celle de la Catalogne et de Valence. 



DOMAINE PROVENÇAL. 95 

Une grande partie de la France méridionale s'appelait en vieux 
français, à cause de l'affirmation de sa langue (oc) la Langue- 
doc, dans Ramon Muntaner la Llenguadoch, en b.-lat. Occi- 
tania, d'où l'adj. fr. occitanien, que plusieurs modernes ont em- 
ployé pour désigner l'ensemble de la langue provençale ; il vaut 
mieux le restreindre au dialecte du Languedoc K 

On place, sans aucune exagération, le premier monument de 
cette langue au milieu du x*^ siècle^ ; c'est un poème sur Boèce, 
fragment de 257 vers de dix syllabes, publié par Raynouard 
[Choix, II, p. 4-39)3, conservé dans un manuscrit du xi^ siècle, 
et que Paul Meyer, par l'examen de la langue et de l'écriture, 
croit avoir été composé en Limousin ou en Auvergne. Puis vien- 
nent quelques poésies du x® et du xi® siècles, en un dialecte semi- 
provençal, et dont nous reparlerons ci-dessous, en décrivant le 
domaine français. Quelques poésies religieuses, éditées par Paul 
Meyer [Bib. de l'Ecole des chartes, 5"" série, 1, 1860), remontent 
aussi au xi^ siècle. Puis, deux sermons publiés par le même savant 
dans le Jahrhuch, VIII, 81 . Un monument en prose, beaucoup 
plus important, est la traduction provençale du sermon du Christ 
au lavement des pieds, édité pour la première fois par Conrad 
Hofmann (dans les Anzeigen der bairischen Akademie, 1868), 
d'après un ms. de la fin du xi^ siècle ou du commencement 
du xii^. 

Mais les plus riches matériaux pour l'étude de la langue sont 
fournis par la littérature principalement poétique des xii"^ et xiii^ 
siècles, qui à été en grande partie mise au jour. 

Parmi les œuvres épiques de cette période, citons surtout, à 
cause de ses formes grammaticales toutes spéciales, le poème de 
Girart de Rossilho (édité pour la première fois par Conrad 
Hoffmann, Berlin, 1855-1857). — On trouve dans Raynouard 
{Choix, II, 40), des chartes latines (de 860 à 1080), semées de 
phrases provençales : Bartsch a admis dans sa Chrestomathie 
quelques chartes de 1025 (ou environ), de 1122, de 1129, qui 
sont complètement ou presque complètement provençales. 

Aucune langue romane n'a eu de grammairiens d'aussi bonne 
heure que le provençal. Leurs travaux étaient surtout destinés à 

1. Le nom de langue d'oc pour désigner le pays, ne devint usuel qu'a- 
près la conquête du midi par les Français sous le comte de Montfort. 
Voy. Petrus de Marca, Hist. de Béarn, p. 684. 

2. Une épitaphe d'un comte Bernard en six vers de huit syllabes (Ami 
j'ailo comte Bernard, etc..) est apocryphe (Cf. Choix, II. cxxv). 

3. Avec un fac-similé de 10 vers. 



96 INTRODUCTION. 

prévenir la négligence des poètes et à arrêter la décadence de la 
langue, qui commençait à se manifester. Ils contiennent plus 
d'une remarque encore précieuse pour nous. L'un de cesouvrages, 
la Lreita maniera de trohar (la vraie manière de composer 
poétiquement) par Ramon Vidal, est moins une grammaire qu'une 
dissertation grammaticale. Son auteur est, sans aucun doute, 
Raimon Vidal de Bezaudun connu par ses nouvelles rimées, car 
c'est le nom que donnent les Leys d'amors à l'auteur de la 
grammaire, dont elles citent un passage : « Segon que ditz En 
Ramon Vidal de Bezaudu, le lengatges de Lemosi es mays 
aptes e covenahles a trohar (II, 402). » Il paraît avoir vécu 
vers le milieu du xiii® siècle. Cette date s'appuie, il est vrai^ sur 
sa manière et son style, plutôt que sur des données positives ^. 
Bastero s'en est déjà servi dans sa Crusca provenzale. — La 
seconde de ces grammaires, nommée Donatus provincialis, par 
Uc Faidit, existe en deux rédactions : l'une provençale, et 
l'autre latine; c'est la première qu'il faut tenir pour l'original. 
Ces deux grammaires ont été publiées par Guessard, Gram- 
maires romanes inédites (Paris, 1840), d'après des manu- 
scrits qui remontent encore au temps des Troubadours. 
Guessard a publié, en 1858, une nouvelle édition de ces Gram- 
maires suivie d'un important dictionnaire de rimes. — Il existe 
aussi quelques glossaires manuscrits, notamment le Floretus 
(Voy. Hist. litt. XXII, 27), qui est à la Bibl. nat. de Paris, et 
qu'a mis à profit Rochegude. — On trouve une grammaire et une 
poétique complètes dans les Leys d'amors (les lois d'amours, 
c'est-à-dire les lois de la poésie amoureuse, données à Toulouse 
par l'académie del Gay Saher)\ une partie de ce volumineux 
ouvrage, terminée dès 1356, Las flors del gay saber, a été 
imprimée : Las Leys d*amor, p.p. Gatien Arnoult (Paris et 
Toulouse, 1841, 3 vol.). L'auteur est GuiU. Molinier, le chance- 
lier de la Société. 

Dialectes. — On ne s'attend pas plus à trouver une langue 
écrite, dans le sens rigoureux du mot, chez les Provençaux que 
chez les autres peuples du moyen-âge, dont les poètes n'avaient 

1. Bartsch, Monuments de la littérature provençale, p. xix), le fait vivre, en 
s'appuyant sur des arguments positifs, depuis le commencement du 
xin* siècle jusqu'après le milieu du même siècle. Quant à lidentité de 
ce grammairien avec le troubadour Raimond Vidal de Bezaudun, Gues- 
sard l'a démontrée dans sa nouvelle édition, à l'aide de ce même pas- 
sage des Leys d'Amors, que j'avais déjà cité dans la 2^ édition de ma 
grammaire. 



DOMAINE PROVENÇAL. 97 

pas de centre fixe pour leur activité, mais passaient et repas- 
saient sans cesse d une cour à l'autre dans les différentes pro- 
vinces ou à l'étranger. Dès avant les premiers troubadours, on 
s'est certainement efforcé d'employer une langue plus pure, 
mieux réglée, et cherchant plus à se rapprocher du latin que les 
patois populaires : à eux échut le rôle de pousser plus loin son 
développement, de séparer le noble du bas, l'étranger du national, 
mais en même temps d'emprunter aux patois ce qui donnait à 
l'expression de la légèreté et de la variété, aux formes gramma- 
ticales de la richesse. Ainsi se développa ce qu'on appela lo dreg 
proensal, la dreita parladura, langue de choix, qui n'était 
liée à aucune province, mais n'excluait pas les nuances provin- 
ciales. C'était principalement l'idiome des poëtes lyriques, des 
troubadours proprement dits, tandis que les poëtes épiques ou 
didactiques laissaient déjà pénétrer dans leurs vers plus d'expres- 
sions dialectales, dont on devine dans la plupart des cas la patrie 
plutôt qu'on ne peut la déterminer sûrement. Pour donner des 
exemples de ces nuances provinciales, de ces formes multiples, 
nous citerons fer et fier y deu et dieu, estiu et estieu, loc luoc 
et luec, lor et lur, tal et tau^ ren et re^ conselh et cosselh, 
chant et chan, cascun et chascun, engan et enjan, fait et 
fach, et quelques autres : les meilleurs manuscrits donnent ces 
formes concurremment ^ Mais des formes comme laychar pour 
laissar, car g ah pour cargat, amis pour amies, rnarcé pour 
7nercéj ou même graiça pour gracia, pleina pour plena, 
dépassent les limites de la langue cultivée, et ne se rencontrent, 
avant la fin du xiif siècle, que dans des écrivains isolés. 

Les patois actuels du sud de la France ont développé, il est 
vrai, plusieurs traits particuliers qu'on cherche en vain dans 
l'ancienne langue du pays ; mais ils sont loin d'offrir entre eux 

1, « Paraulas ia don hompotfar doas rimas aisi con leal, talen, vilan, 
CHANSON, FIN Et pot hoïii heii dir, qui si vol, liau, talan, vila, chanso. fi 
(R. Vidal, p. 85). » La partie dialectale d'une poésie lyrique n'était pas 
fixe; chaque écrivain ou lecteur pouvait lui donner la forme d'un autre 
dialecte. Aussi les poètes distinguent-ils, pour la rime, cette partie 
variable et la partie fixe de la langue; ils ne se permettent guère 
d'employer pour les rimes différentes les formes dialectales de mots 
qui donneraient les mêmes rimes dans la langue écrite; dans quatre 
vers, par exemple, où le premier et le quatrième, le deuxième et le 
troisième, devraient rimer ensemble, ils ne diront pas : tal, vau, chivau, 
ostal, parce qu'on pourrait lire val, chival. Il en est un peu autrement 
quand une forme variable s'appuyait sur une forme fixée par la rime, 
vau, par exemple, sur suau. 

DIEZ 7 



98 INTRODUCTION. 

des contrastes aussi frappants que ceux de l'Italie. Nous reparle- 
rons de ces particularités dans la deuxième section. Comme traits 
généraux, à peine susceptibles d'exceptions, nous signalerons ceux- 
ci : Yo ou Vou final atone remplace le prov. a (caro,bonou); ou 
(équivalant d'ordinaire au fr. ou) ou eu remplacent Vo (hon- 
nour) ; Vu se prononce comme Vu français; les lettres s, t, p, 
souvent r, et d'autres consonnes encore, ne se prononcent pas, 
et souvent ne s'écrivent pas toujour, veritd, par(t), tro{p), 
ahndy veni, vesé, pour le v.-pr. vezer). En général on se sert, 
autant que possible, de l'orthographe française. 

Le provençal moderne diffère peu, dans son système pho- 
nique, du provençal ancien, excepté sur les points mentionnés 
ci-dessus : plusieurs mots mascuhns changent Ve final atone 
en i (agi, couragi; capitani était déjà v.-prov.); les 
diphthongues se conservent généralement ; pourtant, à Avignon, 
a^ devient volontiers ei [eimable, eisso). Aw se prononce sou- 
vent oow (vauc-=. voou^parooule, choousi). Z7e est resté usité 
à Marseille (bouen, jouec, louée) ; k Avignon, on le trouve 
remplacé par io et oua (ce dernier aussi à Toulon : fio = fuec, 
couar = cuer, nouastre). L se résout en u (gaou = gai, 
niaou, roussignooUf aoutre); Ih à Avignon devient y (mouye 
= molher , payou = palha, ouriou = aurelha). N est toléré 
à la fin du mot (ren, matin, moutoun). C devant a est tantôt 
guttural, tantôt palatal [camin, toucd, chacun^ chassa); ch 
représente le latin et comme en v.-prov. {fach, nuech, mais 
lié pour le v.-pr. lieit, à Avignon). / palatal devient^* (miejou 
= lat. média), 

Les dialectes languedociens s'accordent assez bien avec ceux 
de la Provence. Si là ei remplace ai, en Languedoc on le met 
souvent pour oi (neyt, peys = noit, pois) ; à Montpellier, on 
dit comme à Avignon, io pour ue ou uo {fioc = fuec, fuoc), et 
de même on prépose dans plusieurs endroits un i aux voyelles ou 
diphthongues {uelh = iuél, luenh = liuen, coissa = kiueisso, 
bou = biou). Le changement de ^ en ?^ n'est pas régulier : on 
trouve mal, chival, capel, mais aussi maw, lensou, aubre, 
caouquo (fr. quelque). N final n'est pas traité moins diverse- 
ment : à Montpellier cette lettre persiste {bon, vin, courdoun), 
à Toulouse elle tombe [be, fi, fayssou). Outre le cas de l'infini- 
tif, r final tombe encore quelquefois {flor =: flou, calor = calou) . 
Ca est rarement remplacé par cha (carni, cercd, fachd = fr. 
fâcher). Le lat. et et di se rendent à Montpelher et à Toulouse 
par ch (fach, gaouch = gaudium ; à Narbonne et devient it 



DOMAINE PROVENÇAL. 99 

{fait, leit). A Alby, g palatal ou j s'exprime par dz ou ds 
(gentilha = dzantio, jorn = dsoun). Dans une grande partie 
de cette province, par exemple à Toulouse et à Montpellier, v se 
durcit en b {vida = bido, vos = bous), ainsi que dans le patois 
du Quercy, qui diffère peu du languedocien. 

Le dialecte limousin ne mérite pas les éloges qu'on lui prodi- 
guait autrefois. On distingue un liaut-limousin et un bas-limou- 
sin. Ce dernier a pris la mauvaise liabitude de changer a 
atone en o, ce que les autres dialectes ne font au moins qu'à 
la fin du mot (amor = omour, parlar = porld) . Ai devient 
ei, comme dans d'autres dialectes {eimd, eital). Jeu devient 
ioou. L persiste ou s'efface {montel, ^nourcel, à côté de pas- 
ioureou, quaouque) ; il en est de même de n {bien, visin, mais 
gorssou = garson). Le trait le plus important est que ca repré- 
sente parfois le ch français ; mais il se prononce non ch, mais ts 
{charmer = tsarmd, sachez = sotsas) ; de même à g palatal 
(ou j) répond dz {gage = gadze,jour = dzour). Le lat. et 
subit l'assimilation {dit, escrits). Le haut-limousin a pour prin- 
cipal caractère de laisser kch eik g palatal leur prononciation 
ordinaire ^ . 

Les dialectes de l'Auvergne offrent beaucoup de particularités. 
Celui de la Basse-Auvergne change ai en oue {maire=:mouere , 
apaisar = apoueser) ; oi en eu (noit=neu, pois = peu, 
coissa=queusse) ; eu, iu, en iau {leu = liaou, riu=zriaov). 
Les hquides l et n s'effacent à la fin du mot (nouvé, gardi, 
razôu) . Les sifflantes s, ç et z, deviennent des palatales (chi, 
chirot, moucheu = fr. si, sera, monsieur ; ichi, cheux, sou- 
chi = ici, deux, souci; cregeas, rigeant = pr. crezatz, 
rizen). Le ch est tout à fait comme en français {chambro, 
champ, etc.). Gomme en limousin, le lat. et est rendu par t, et 
non par le ch ordinaire (fait, par f et). Au contraire de la langue 
écrite, le t s'est introduit dans plus d'un mot à la place du c final 
(foc = fiot, vauc = vaut). — Le haut auvergnat, entre autres 
caractères, change volontiers Z en r (bel:=ber, aquil=zaquer, 
ostal = oustahr, talmen = tahrament). Ch devient tz ou tg 



1. Sur Fancien dialecte limousin et son orthographe (telle qu'elle 
existe dans le célèbre ms. de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges) voy. 
Paul Meyer dans le Jahrbuch, VII, 74. Ce savant, qui ne croit pas que 
les textes qu'on y trouve soient antérieurs au xii« siècle, reconnaît 
cependant dans Bocce, les traits distinctifs de ce dialecte ou du dialecte 
auvergnat. 



^00 INTRODUCTION. 

(tzaml, ritge = fr. chemin, riche) ; g palatal ou j devient dz, 
dg (dzudze, mariadge = iv.juge, mariage). 

Le dialecte dauphinois (il s'agit surtout de Grenoble) a 
un tout autre cachet. L'a atone persiste à la fin des mots, 
excepté après un i étymologique (roha, pucella; glaci, espe- 
ranci, egleysi). JS' à la même place devient o (agio =: fr. âge, 
damageo, miraclo, chano =±: chêne, et mhïi^mcio =it. vizio). 
Les diphthongues sont très-altérées (cf. jamey, voey, ney, het, 
fio, avec le prov. jamay, vauc, neu, beu, fuec ; mais aiga, 
rey, mieu, ont conservé l'ancienne forme). L final se résout 
(biau, lincieu), mais n se maintient en règle {ben, fin, bacon, 
mais savôu). R est diversement traité (chalôu ^ fr. chaleur, 
parla, habiller^ sortir). Ca et c A sont déjà tout-à-fait comme 
dans le français, dont l'influence sur ce dialecte est évidente : de 
là des particules comme oûé (oui), avey {avec), chieuœ 
(chez). 

A la frontière orientale du Dauphiné, sur le territoire jadis 
jDiémontais, aujourd'hui français, est un petit peuple remarquable 
par sa confession religieuse, les Vaudois ; ils possèdent d'anciens 
textes dans leur langue, qui appartient incontestablement au 
domaine provençal (Fragments dans Raynouard, Choix, II ; 
Hahn, Histoire des Vaudois, 1847 ; Herzog, les Vaudois 
Romans, 1853, et autres). Ils roulent généralement sur des 
sujets religieux; La nobla leyczon, le plus remarquable de leurs 
écrits poétiques, était attribuée autrefois à la fin du xii^ siècle ; il 
est maintenant établi qu'elle est plus jeune de trois siècles, et il 
en est ainsi sans doute du reste de cette littérature ^ . Ses carac- 



1. Voy. les recherches de Herzog, p. 25-46, et l'examen critique par 
Paul Meyer, des recherches sur les monuments vaudois dans la Revue 
critique d'Histoire et de Littérature, I, 36, et, sur La nobla leyczon, spécia- 
lement Dieckhoff, les Vaudois au moyen âge, p. 114 et suiv. Grûzmacher 
a donné une étude consciencieuse de la langue [Archiv de Herrig, 
XVI) à laquelle il faut joindre une étude du même auteur (tout aussi 
féconde en résultats) sur la Bible des Vaudois qu'a partiellement éditée 
Gilly à Londres, en 1848 (voy. Jahrbuch fiir roman. Lit. IV). — La patrie 
originaire de ce dialecte doit être le Lyonnais, où vécut Pierre Valdo : 
le dialecte ne devint proprement le vaudois que par l'émigration des 
partisans de Valdo dans le Piémont, dont le dialecte influa sur leur 
langue, c'est-à-dire sur le provençal. Aussi cette traduction de la 
Bible (comprenant le nouveau Testament et une partie de l'ancien) ne 
remonte en aucune façon à la fin du xir siècle, quoique Pierre Valdo 
semble bien avoir composé une traduction analogue vers cette époque. 
La dégradation de la langue nous oblige à croire que cette traduction 



DOMAINE PROVENÇAL. \0\ 

tères phoniques offrent avec ceux du provençal quelques diffé- 
rences qui méritent attention. Ces différences sont moins sen- 
sibles pour les voyelles : le vaudois dit, par exemple, ei pour ai 
{eital), eo et io pour eu et iu {breo, vioj. Les deux liquides l et 
n à la fin des syllabes n'ont rien de particulier (hostal, hanta, 
austra ; fin, certan), mais Ym de flexion devient n {sert, veyen 
= sem, vezem); r final demeure intact. T s'apocope (voluntd, 
fo7^md, manjé, entende = pr. entendetz). D est sujet à la 
'syncope {veer, poer). Ca est tantôt guttural, tantôt palatal 
{catwa,peccar eipechar, chaminy chascun, archa). Le lat. 
et n'est jamais rendu par eh, mais par t, comme en dauphinois 
(dit, oit, ensuyt = eissuch). S initial suivi d'une autre con- 
sonne ne prend pas de voyelle prothétique (stela, scampd, spe-- 
rit). — Le vaudois moderne s'éloigne encore bien plus du pro- 
vençal, comme on le voit au premier coupd'œil, pour se rapprocher 
de l'italien : aussi sa provenance de l'ancienne langue est-elle 
sujette à de grands doutes ^ A ei i atones se maintiennent 
à la fin des mots (filla, servissi, principi)', de même la dipli- 
thongue ai (fait, paire)', mais a devient souvent aussi e {erca, 
entic) et o devient tantôt ou, tantôt eu (mount, aloura, peuple, 
heureux)', oi devient eui, oui {neuit, peui, connouisse). 
Quant aux consonnes, l ne se dissout pas en u (mourtal), 
mais bien, après une consonne, en i, à la manière itaUenne 
(ghiesia, kiar, piassa = it. chiesa, chiaro, piazza), et se 
change quelquefois en r à la fin d'une syllabe {ar = al, 
sarvd = salvar). M final devient n, comme dans l'ancienne 
langue {poen = podem). S s'apocope souvent {nou, vou, 
apreu = fr. après). La est généralement guttural; ch est 
rare (camind, cap, chauzï). La tendance vers l'italien se 
marque surtout dans la déclinaison, qui n'admet pas 1'^ deflexion. 
La particule affirmative est si. 

Si nous passons de l'orient du domaine provençal à l'extrême 
occident, nous remarquons un dialecte, le gascon, qui ne peut 
renier sa communauté primitive avec le provençal, mais qui porte 
tant de caractères étrangers, que les Leys d'amors ne le regar- 
dent déjà pas comme limousin : « Apelam lengatge estranh 
» coma frances, engles, espanhol, gascô, lombard (II, 388). » 

fut écrite bien postérieurement à l'âge d'or de la langue provençale, et 
à une date aussi proche que possible de la composition des traités vau- 
dois. 
1. Biondelli, Haggio p. 481, le rattache sans hésiter au piémontais. 



-102 INTRODUCTION. 

A ses particularités appartiennent (nous nous restreignons à 
la partie sud de la province, c'est-à-dire à la Navarre et au 
Béarn) Va préposé à IV (ren = arrei, riu = arriou), comme 
en basque; Il initial pour l comme en catalan (levar=.llehd, 
leit = llit)\ r médial pour l {galina = garie)\ ch pour s ou ss 
{senes = chens, laissar = lachd, conois = ccninech); ca 
guttural, jamais palatal (causi et non chausi); qua prononcé 
en faisant entendre Vu (can = couan, de même gaitar = 
gouaitd); y mis pour J, comme en basque (jutjar = yutyd, 
joya = yoye, satge = sage); h mis toujours pour v, comme 
en basque (volia = boulé, sermci = serbici); /zpour f, comme 
en espagnol (fagot = hagot, far ha, femma = hemne^. 

La langue catalane (car on peut désigner ainsi, d'après la 
province la plus proche, la langue qui s'étend sur l'est de l'Es- 
pagne, les îles et le Roussillon) n'est pas exactement avec le pro- 
vençal dans le rapport d'un dialecte ; c'est plutôt un idiome 
original allié de près à celui-là. Dans le pays où elle se parle, 
malgré les nombreux poëtes qui ont employé le provençal, on ne 
l'a jamais admis comme langue littéraire. Sans doute le catalan 
ne pouvait point se soustraire à l'influence du provençal : au plus 
tard, vers le milieu du xiv^ siècle, des formes et des expressions 



1. On connaît un Descort de Rambaut de Vaqueiras en cinq strophes, 
chacune dans une langue différente; la quatrième, comme l'avait déjà 
admis Grescimbeni, est en gascon. Raynouard (Choix, II, 227) la donne 

ainsi : 

Dauna, yo me rent à bos, 
Quar eras m'es bon' e bera. 
Ancse es guallard' e pros 
Ab que nom fossetz tan fera. 
Moût abetz beras faissos 
Ab coror fresqu' e novera. 
Ros m'abetz e s'ieubs aguos, 
Nom sofranhera fiera. 

Et deux vers dans l'envoi : 

Ma dauna, fe que dey bos. 
Ni peu cap sanhta Quitera. 

Rochegude lit un peu autrement. Dauna est dona, encore usité à 
Rayonne; yo est yoii, mais plus bas iew, bos = vos; bera = bêla, on dit 
encore bera à Agen; abetz = avetz; coror = color; novera := novela; s'ieubs 
= s'ieu vos; aguos = agues (Rochegude lit sibs ag vos): peu zszpel, aujour- 
d'hui j^ott; sanhta Quiteria est une sainte honorée en Gascogne (22 mai). 
Ce poète, on le voit, regarde aussi le gascon comme étranger au pro- 
vençal. 



DOMAINE PROVENÇAL. -(03 

provençales pénètrent dans la littérature ^ 11 ne manque pas de 
monuments qui témoignent de cet emploi précoce de la langue 
indigène comme langue écrite. Selon Milà, Trovad. 466, on 
trouve wnplanctus sanctae Mariae vh^ginis, dans un manus- 
crit antérieur au xiif siècle ^. Dans un autre manuscrit du xiif 
siècle, se trouve une épître farcie, Plant, de Sent Estéve (voy. 
Milà, 1. 1. qui mentionne encore d'autres poésies spirituelles). 
Puis, il faut citer d'importants monuments historiques, tels que 
les ouvrages suivants qui sont bien connus : Cronica del rey En 
Pere^ etc.. per Bernât d'Esclot (vers la fin du xiii^ siècle); 
Chroniques étrangères, p.p. Buchon (Paris, 1840. Voy. Amat, 
Memorias, ^. 201; et Cronica, etc.. per Ramon Munta- 
ner (1325), édité par Lanz, Stuttgard, 1844. Mais c'est au xv"" 
siècle qu'a lieu l'âge d'or de la poésie catalane, alors que déjà le 
XIV® siècle avait vu naître une poésie de cour. 

Une poétique, c'est-à-dire un dictionnaire de rimes {Libre de 
concordances, par Jacme March), parut en 1371 ; et on avait 
traduit en catalan les Leys d'amor de l'académie toulousaine, 
peu de temps après leur apparition. Bartsch a signalé {Jahrbuch 
11, 280), un Cançoner d'amor, manuscrit qui contient plus de 
300 chansons. Antonio de Lebrija, l'auteur d'un dictionnaire 
espagnol, pubha le premier Leœicon catalano-latinum (Bar- 
celone, 1507) ; même après que le catalan dut s'effacer devant le 
castillan tout-puissant, il parut jusqu'à nos jours bien des dic- 
tionnaires et des grammaires de ses différents dialectes. 

Pour exposer le système phonique, on peut se restreindre à la 
forme catalane, le valencien étant presque identique, et ne se 
distinguant, d'après Mayans (II, 58), que par un peu plus de 
mollesse^. 



1. Milà cite par exemple eu pour jo, aycel pour aquel, ley pour ella, 
dieu pour deu, mayre i[)Our mare, Peyre pour Père, mi dons pour ma doua, 
razo pour raho, crotz pour creu, seser pour seure (lat. sedere), layre pour 
ladre, amech pour amà, em pour som (sumus). Voy. Jarhbuch, V, 145, 
note. Milà analyse en détail ce qui distingue le catalan du provençal. 
{Trov. 453, 481). 

2. Cette complainte débute ainsi: 

Augats, seyôs, qui credets Deu lo paire, 
Augats, si us plan, de Ihu lo salvayre. 
Per nos près mort, et no lo preset gayre, 
Sus en la creu, on lo preyget lo layre 
E l'aclî mercé axi com o det fayre. 

Oy bels fils cars, 
Molt m'eslojorndoloros e amars. 

3. Mes sources pour le valencien, toutes les fois que je parle de ce 



404 INTRODUCTION. 

En ce qui concerne les voyelles, on trouve a pour e atone, 
manuts^ conaxença, arrar (1. errare). E Qi o ne se diph- 
thonguent pas (hé y cel, primer, foch, lloch)\ e se change quel- 
quefois en /, en w (durmint, mils = pr. melJis\ llur, ulh, 
vulh, engruœar = engrossar). Les voyelles de flexion espa- 
gnole e et se trouvent en catalan, aussi peu qu'en provençal 
(vert y fill)y excepté dans quelques mots empruntés à l'espagnol 
(Moro, Ehro, feudo), mais dont le nombre a beaucoup aug- 
menté avec le temps, surtout à Valence (cervo dans A. March, 
brinco, motœo = esp. mocho, etc.). Le catalan favorise moins 
les diphthongues que le provençal, ce qui lui donne à côté de 
celui-ci une certaine sécheresse ; cependant quelques diphthongues 
se développent d'une manière particulière. Le prov. ai persiste 
ou se condense en e {aygua, aycell, faray\ fer, mes, nexer 
= naisser, fret), probablement après avoir passé par ei, comme 
dans le v.-cat. feyt, cat.-mod. fet. On trouve aussi le prov. ei, 
mais il devient le plus souvent e (rey, peyra\ dret, fret). Déjà, 
dans des chartes latines (de quelle époque?) on remarque, d'après 
Milà, vedaré pour vedarai, fer pour far ou faire. Père pour 
Peyre, etc.. On trouve oi et ui, ce dernier fréquemment 
(boira, coissô] cuidar, fruyt, nuyt, tuit). Au devient o dans 
les cas les plus importants (or, pobre, poch, posar, trésor); 
dans d'autres mots, il s'est formé en remplaçant, par u, à la 
manière provençale, v (blau, brau) ou z (voy. ci-dessous). Eu, 
iu, ou, se comportent comme en provençal (^neu, deus, greu ; 
catiu, ciutat, lliurar, scriure; plou, ploure). Sur leur pro- 
duction par des consonnes, voy. ci-dessous. le et ue ne sont pas 
des sons catalans ; quand on les rencontre dans la langue 
moderne (fleresa, pues), c'est qu'ils ont été introduits par les 
Castillans. Les triphthongues iei, ieu, etc., font également 
défaut. 

Parmi les consonnes, / initial s'adoucit en II {llibre, lloch, 
llum)\ Il médial est souvent représenté, surtout dans la langue 
moderne, par tl [vetlar, dans Muntaner=pr. velhar; batlle=. 
esp. baile, amellla = pr. mella); l ne se résout pas habituel- 



dialecte, sont principalement le poème héraldique de Jaum Febrer, et 
le recueil de chansons d'Ausias March. {Ohres, Barcelone, 1560). Le 
premier de ces documents dont l'authenticité a été combattue notam- 
ment par Sanchez {Collecc. I, 81 et suiv.) est d'après Fuster {Bihi. valenc. 
I, p. 3), authentique, mais un peu rajeuni pour en facihter la lecture; 
il remonte jusqu'en 1276. On trouve des remarques sur la prononcia- 
tion dans l'édition d'A. March par Joan de Resa (1555); depuis ce temps 
on l'a plusieurs fois décrite. 



DOMAINE PROVENÇâL. \ 05 

lement en u (altre, escoltar). iV final, fondé sur un n latin sim- 
ple, tombe comme dans les dialectes provençaux (bar 6, catald, 
mais barons, catalans au plur.) ; n adouci s'écrit ny {anys, 
seny = pr. ans, senh). Pour L mouillé, on trouve, mais rare- 
ment, cette notation par y, comme dans ceyl (pr. celh), nuyl 
(pr. nulh), fiyla (filha), vullyen (vulhan). Les sifflantes pro- 
vençales sont sujettes à tomber ; alors h empêche ordinairement 
l'hiatus (plaheTj p7^ear, rahô, vihi, dehembre = plazer, pre- 
sar, razô^ vesi, décembre )\ mais tz final est remplacé par u 
{pau, palau, creu, feu, preu, diu = patz, palatz, crotz, 
fetz, pretz, ditz). G, j et x sont des palatales ; leur emploi, 
surtout à la fin des mots, est très-indécis, car on ècvii puiœ, 
puitx, putœ, puig, piiitg, et on prononce exactement' ou à peu 
près comme le castillan pw^c^ [Diccion. Catalan. Reus, 1836, 
p. xi; cf. Ros, Diccion. valenc. sub litt, g et ']) \ cepen- 
dant g ou j entre des voyelles doivent avoir une prononciation 
plus adoucie. Muntaner emploie œ pour l'esp. ch (Sanœo) et pour 
rit. c palatal (Proœida)] et le Catalan Bastero remarque : « Le 
« nostre sillabe xa, xe, etc., si profFeriscono come le toscane 
» cia, ce. » Le prov. ss se rend en règle par x (puix, conexer, 
pareix, dix, axi,mateix, baixar =z pois , conoisser, pareis, 
dis, aissi, meteis, baissar). Le lat. d se rend par u, comme tz 
(caiire, peu = cadere, pedetn); dans d'autres cas on le sup- 
prime, comme en provençal, ou on le change en s (possehir, 
presich, espasa)\ dans la combinaison ne? il tombe souvent, même 
dans le corps du mot [nianar, prenia, responre) . Mais la com- 
binaison nt se maintient, même à la fin du mot, après une voyelle 
accentuée {infant, quant). C guttural s'écrit, à la fin du mot, 
ch (poch, amicli), sans qu'il y ait aucune bonne raison pour 
cela. C sifflant a le son doux de 1'^ (Ros, sub litt. c, et non du c 
espagnol. Ct se dissout en it, et Vi disparaît parfois {lluytar, 
nuyt, dret pour dreit). Qua et gua font sonner Vu. — La 
langue moderne n'a fait que peu de changements à ce , système, 
qui est celui de l'ancien catalan, bien qu elle ait accordé davan- 
tage à l'influence castillane ; elle a même, sous cette influence, 
échangé le signe de sa parenté avec le provençal, l'affirmation 
hoch pour l'espagnol si. 

5. DOMAINE FRANÇAIS. 

César trouva en Gaule trois peuples distincts de langue, de 
mœurs et de luis : les Belges au nord-est, les Aquitains au sud- 



-106 INTRODUCTION. 

ouest, et entre deux les Gaulois proprement dits ou Celtes. De ces 
peuples, les Celtes et les Belges, comme nous l'apprennent d'au- 
tres sources, étaient de même race ; les Aquitains semblent avoir 
eu en partie une origine ibérique. Sur la côte méridionale, Mas- 
silio avait répandu la langue et la civilisation grecques. — La 
conquête romaine détruisit autant que possible dans toute l'éten- 
due de la Gaule les langues indigènes. Nous possédons toutefois 
sur leur persistance quelques renseignements historiques. Au 
commencement du m^ siècle," un passage connu d'Ulpien cite le 
gaulois comme une langue encore vivante: « Fidei commissa 
» quocunque sermone relinqui possunt, non solum latina vel 
» graeca, sed etiam punica vel gallicana. » A la fin duiv^ siècle, 
S. Jérôme, qui connaissait la Gaule pour y être allé, rappelle la 
communauté de langage des Galates et des Trévires: « Galatas 
» propriam linguam, eamdem psene habere quam Treviros 
{Prœf. ad librum II in epist. ad Gai.). Yers le même~ temps, 
Sulpice Sévère parle du celtique ou gaulois comme d'une langue 
existante encore à côté du latin : « Yel celtice, aut, si mavis, 
» gallice loquere {Opéra, Lugd. Batav. p. 543) »; et Marcellus 
Empiricus donne une foule de noms de plantes gaulois usités dans 
son pays (Voy. le travail de Jacob Grimm sur cet auteur, Berlin, 
1849). 

Dans la seconde moitié du v® siècle, Sidoine Apollinaire blâme 
la noblesse d'Auvergne de conserver encore dans son langage 
« celtici sermonis squamma, » ce qui peut, il est vrai, s'appli- 
quer aussi à un usage provincial ou rustique du latin. Cepen- 
dant dans la seconde moitié du vi^ siècle, la vieille langue n'avait 
pas encore tout à fait péri en Auvergne, car Grégoire de Tours 
en tire l'étymologie d'un nom propre : « Brachio, quod eorum 
« (ArA'ernorum) lingua interpretatur ursi c^iwlxx^ {Vitœ patrum, 
» cap. 12). » Mais, malgré cela, en considérant l'énorme pré- 
pondérance de la langue des Romains, on ne peut admettre qu'à 
une époque aussi avancée, le celtique ait vécu encore autrement 
que sur quelques points isolés, et à coup sûr fortement mélangé 
de latin. Une province fait exception jusqu'à ce jour ; c'est l'Ar- 
morique, ou l'élément celtique fut ravivé après la chute de l'Em- 
pire romain par une immigration kymrique ^ . Des établissements 



1. Mone {Messes grecques et latines du ir au vi^ siècle, Francfort, 1850), 
croit avoir découvert la riugfwa /•ws^ic« gauloise, autrement dit le latin 
populaire de la Gaule. Mais ce n'est point autre chose que le latin habi- 
tuel avec une coloration et une orthographe provinciales, que nous con- 



DOMAINE FRANÇAIS. 407 

fixes furent fondés en Gaule par des peuples germaniques à partir 
du commencement du v° siècle ; elle fut occupée par les Bur- 
gondes, les Goths et les Francs, qui^ à la fin de ce siècle, mirent 
fin à la domination romaine. Beaucoup plus tard eut lieu ime 
seconde immigration germanique, celle des Normands, qui s'em- 
parèrent, aux*^ siècle, des côtes septentrionales. 

Si l'on embrasse l'ensemble de la langue française, on s'aper- 
çoit bien vite que l'élément latin y est moins fort, et l'élément 
germanique bien plus considérable que dans l'espagnol et l'ita- 
lien. La proportion est encore plus défavorable au latin, si l'on 
veut tenir compte des patois, ou, ce qui revient presque au même, 
de l'ancienne langue, bien que les patois et le vieux français ne 
manquent pas non plus de mots latins inusités dans la langue 
actuelle. L'origine du résidu non latin, quand il n'est pas germa- 
nique, n'est pas plus facile à assigner ici que dans le domaine 
italien. Il est surprenant que, des mots gaulois transmis par les 
anciens et désignés par eux comme tels, on retrouve presque la 
moitié en français, en provençal, ou dans d'autres dialectes 
anciens, et à l'état de mots populaires, ce qu'ils n'étaient pas en 
latin. Tels sont les mots suivants : alauda (Plinej, pr. alauza, 
v.-fr. aloe^ fr. alouette ; arepennis^ mesure agraire (Golu- 
melle), pr. arpen, fr. arpent \ aringa, sorte de céréale (Pline), 
de là, d'après l'opinion commune, le mot patois ri guet, seigle ; 
beccus (Suétone), fr. pr. hec\ benna, sorte de véhicule (Festus), 
v.-fr. benne, fr. banne ; betula (Pline), pat. boule, fr. bouleau ; 
braccœ, gpay-a'- (Diodore de Sicile et autres), fr. braies \ brace 
(sorte de grain qui servait à faire du malt pour la bière) v.-fr. 
bras, d'où brasser, brasseur; bulga, bourse de cuir (Lucilius), 
v.-fr. bouge, bougette ; cervisia, boisson (Pline), fr. cervoise; 
circius, cefcius, vent du nord-ouest (Vitruve; la nationalité de ce 
mot n'est pas certaine), pr. cers \ leuca (Ammien Marcellin, 
Isidore), pr. légua, fr. lieue \ marga (terre argileuse) v.-fr. 
marie (margula), fr. marne \ matara, mataris, materis, 
sorte d'arme (César et autres), v.-fr. matras ; sagum, manteau 
militaire (gaulois, d'après Yarron et Polybe), v.-fr. saie ; ver- 
tragus, race de chien (Martial, Elien et autres), v.-fr. viautre; 
vettonica, nom de plante (Pline), fr. bétoine. D'autres man- 
quent : a}ïibactus (à moins qu'il ne se retrouve dans le v.-fr. 



naissions déjà par les ch'artes mérovingiennes, par exemple : praece 
(prece), selva, habit (liabct), volonias, lurica, mis (nos), Accus, absolu ver- 
tenlem te faciem. 



-108 INTRODUCTION. 

abait, ^Y.'abah, v. Diction. Etymol. II, c), hardus, cateia, 
covinus (belge ou breton), emarcum, essedum, gœsum (le fr. 
gèse est un mot récent), galba, petorritum, ploxinum, reno, 
rhcda^soldurius, taxea, tôles, iirus, v argus (Sidoine Ap. y. \]ne 
autre source, mais moins claire, se trouve dans les dialectes cel- 
tiques, le breton, le kymri, l'irlandais et le gaélique; moins claire, 
parce que ces dialectes eux-mêmes ont été fortement mélangés de 
latin, d'anglais et de français, en sorte qu'il n'est pas toujours fcicile 
de discerner ce qui leur est propre de ce qu'ils ont emprunté. 11 
était cependant bien difficile qu'il ne passât pas dans l'anglo-nor- 
mand, qui les propageait à son tour, quelques mots venus du 
kymri. De même les emprunts au breton étaient naturels. 

Le domaine de la langue française comprend, abstraction faite 
de la région provençale, la plus grande moitié de la France 
romane, avec les îles normandes et une partie de la Belgique et 
de la Suisse. Mais en dehors de ces limites, elle a trouvé, comme 
langue internationale de l'Europe, une extension sans exemple 
dans les temps modernes. — Son plus ancien nom paraît bien 
être lingua gallica. Jean le Diacre, par exemple, vers 874, dit : 
« Ille more gallico sanctum senem increpitans follem (fr. fol, 
» fow, voy. du Gange, s. v. Follis). » Le moine de Saint-Gall 
(vers 885) remarque : « Ganiculas quas gallica lingua veltres 
» (v.-fr. viautres) nuncupant (Du Gange, s. v. Canis). » 
Witichind (vers l'an 1000) dit : « Ex nostris etiam fuere, qui 
» gallica lingua ex parte loqui sciebant (ap. Meibomium, I, 
» 646). » Gette dénomination s'est perpétuée en breton: gallek 
signifie la langue française, comme Gall veut dire Français. 
Francisca ou francica n'était originairement que le nom de la 
langue franke(voy. Ermoldus Nigellus, Eginliard, Otfried, etc.), 
et ce n'est qu'après l'extinction de cette langue en Gaule que la 
romane du nord hérita de son nom, et fut appelée langue fran- 
çaise : jamais un Provençal n'aurait donné ce nom à son idiome. 
Gomme au moyen-âge on entendait surtout par Français les 
habitants de l'Ile-de-France (voy. du Méril, Dict. normand, 
p. XI), le nom de français aurait pu être aussi restreint au 
dialecte de cette province ; mais on retendait souvent, dans un 
sens général, à toute la langue du nord de la France : ço espelt 
en franceis, lit-on, par exemple, dans les Livres des Rois, qui 
sont normands (de même dans le roman de Rou et ailleurs) . Mais 

1. On en trouve encore d'autres dans du Méril, Formation de la langue 
française, p. 119. Cf. aussi Chevallet, Orig^ 1, 219 et suiv. 



DOMAINE FRANÇàlS. >I09 

déjà, dans l'ancien temps, le langage de l'Ile-de-France ou de 
Paris passait pour le français le plus pur ; et ce fait est prouvé 
par des témoignages souvent cités. Une autre expression dont se 
servent volontiers les modernes, est celle de langue (Voïl, en 
opposition à la langue d'oc. — L'usage public de cette langue 
d'oïl, surtout, comme il est naturel, dans la chaire, est attesté de 
bonne heure. S. Mummolin (vii^ siècle) fut appelé à Noyon, 
« quia prsevalebat non tantum in teutonica, sedetiam in romana 
» lingua (Reiffenberg, dans son édition de Phil. Mousket, I, 
» p. G). » Paschasius Ratbert, disciple d'Adalhard, Franc de 
naissance et abbé de Gorbie (né vers 750) , dit de lui : « quem si 
» vulgo audisses; dulcifluus emanabat ; » et un biographe posté- 
rieur d'Adalhard rend plus clairement la même idée : « qui si vul- 
» gari, id est romana, loqueretur (Choix, I, p. 15). » On con- 
naît la décision du concile de Tours (813) : « Ut easdem homihas 
» quisque aperte transferre studeat in rusticam romanam 
» linguam aut theotiscam. » On raconte du synode de Mousson 
(995) : « Episcopus Viridunensis, eo quod gallicam linguam 
» norat, causam synodi prolaturus surrexit(i/'arG?. Concil.Yl, 
» 1, 729). » Nous voyons le français employé comme langue 
des négociations politiques après le partage de Verdun dans les 
Sennejits de Strasbourg (842) et de Goblentz (860). Enfin, en 
1539, François P^ ordonna d'écrire tous les actes en langue fran- 
çaise (Auguste Brachet, Graynmaire historique de la langue 
française, p. 27). 

De toutes les langues romanes, le français est celle qui peut se 
glorifier de posséder les plus anciens monuments ; bien qu'ici, 
comme partout ailleurs, on ne puisse fixer qu'approximative- 
ment la date de leur composition. Au ix® siècle, appartiennent 
les suivants : 1° les serments dont il est parlé ci-dessus, prêtés 
par Louis le Germanique et par l'armée de Gharles le Ghauve à 
Strasbourg, que nous a transmis Nithard (mort en 853), dans son 
Histoire (III, 5) ; le manuscrit du ix^ au x*" siècle, est à Rome 
(fac-similé dans le glossaire de Roquefort et dans Ghevallet). La 
langue ne s'est point encore tout-à-fait dégagée de l'influence 
latine. (Nous ne connaissons que parla traduction latine, Capi- 
tularia reg. Franc. II, 144, le traité de Goblentz également 
conclu entre ces deux rois) ; 2° la Cantilène ou la légende de 
sainte Eulalie , écrite par le moine bénédictin bien connu 
Hucbald, vers la fin du ix« siècle (publiée par Willems dans les 
Elnonensia, Gand, 1837, 1845 ; fac-similé complet dans 
Ghevallet); 3° le Fragment de Valenciennes, débris d'une 



iiù INTRODUCTION. 

homélie mêlée de latin sur le prophète Jonas, écrits partiellement 
en notes tironiennes; et qui, d'après son premier éditeur 
Bethmann, Voyage historique, Paris, 1849, est au moins aussi 
ancien que YEulalie (fac-similé reproduisant les notes tiro- 
niennes dans Betlimann ; avec leur explication dans Génin, 
Chans. de Roland, Paris, 1850 ^). Au x*' siècle, appartiennent 
deux poèmes assez étendus^: la Passion de Jésus-Christ, 
poème originairement déjà très-pénétré de formes provençales, 
et qui subit plus tard une autre influence provençale plus forte 
encore (voy. Jahrhuch, VII, 379), édité d'après un ms. du 
x*" siècle de Glermont-Ferrand, parChampollion-Figeac(i)ocwm. 
hist. Paris, 1848, t. lY), avec un fac-similé. La légende de 
saint Léger, également écrite dans une langue très-mélangée, 
contenue dans le même ms., mais écrite d'une autre main, éditée 
aussi par Ghampollion-Figeac (loc. cit.), avec fac-similé. Du 
Méril {Formation, 414) a édité de nouveau, d'après le ms., les 
strophes 1-18. Au xf et au xii^ siècle, nous remarquons princi- 
palement les monuments suivants : le poème d'Alexis, publié 
d'après un ms. d'Hildesheim, provenant de l'abbaye de Lambs- 
pring, par W. Millier {Journal de Baupt, V, 229), -— par 
Gessner {Archiv de Herrig. XYII, 189), d'après une nouvelle 
collation du ms., — par K. Hoffmann (Munich, 1868), dans un 
texte critique fondé sur la comparaison d'un ms. de Paris; 
le fragment d'Alexandre, dans une langue mixte, mais un peu 
plus française que provençale ^, édité par Paul Heyse, d'après un 
ms. de la Laurentienne, que ce savant place au xif siècle {Roma- 
nische Ined. Berlin, 1856); la Chanson de Roland, dans les 
éditions de Th. Millier, Gœttingue, 1863, et de Conrad Hoff- 
mann, Munich, 1869; les Lois de Guillaume le Conquérant 
(publiées plusieurs fois d'après les anciens manuscrits perdus ; le 

1. La petite dissertation de Boucherie {Fragment de Valenciennes, etc., 
Mézières, 1867) est une habile tentative pour retrouver la cause de ce 
mélange de formes latines et de formes romanes, de notes tironiennes 
et d'écriture ordinaire. S'appuyant sur l'époque où les notes tironiennes 
furent en usage, l'auteur en conclut que le fragment de Valenciennes 
est même antérieur aux Serments. 

2. L'épitaphe de l'annaliste Flodoard (mort en 976, dans Ducange, éd. 
Bénéd. v. Alha), est fausse et c'est aussi l'opinion de Paul Meyer. En 
voici le début: Si tu veu de Rein savoir ly eveque; ly comme accusatif est 
une lourde bévue de l'auteur. 

3. C'est aussi l'avis deBartsch {Germania de Pfeiffer, 11, 460). Paul Meyer 
regarde le texte comme français mais écrit par un provençal {Ecole des 
chartes, 5' série, V, 53). 



DOMAmE FRANÇAIS. i\4 

seul conservé est assez moderne et incomplet (Voy. Schmid, 
Lois des Anglo-Saxons, Leipzig, 1832, 1858); une traduction 
des Psaumes, Libri psalmorum versio antiqua gallica, éd. 
Fr. Michel, Oxon. 1860); les Livres des Rois (publiés par 
Leroux de Lincy, avec des moralités sur le livre de Job et un 
choix de sermons de S. Bernard : Les quatre livres des Rois, 
Paris, 1841). Puis viennent diverses poésies religieuses, telles 
que VÉpître farcie de S. Etienne, des premières années 
du xii^ siècle, publiée par Gaston Paris {Jahrhuch, IV, 311) ; 
un fragment d'une poésie religieuse publié par le même 
(Jahrhuch, VI, 362 ^) est à peu près du même temps. Aux xii® 
et xiii^ siècles, se développe une grandiose littérature poétique. 
Jusque dans le siècle suivant, la langue conserve son caractère 
grammatical primitif. Nous nommons cette première période, au 
sens philologique^ le vieux français. On pourrait appeler 
période du rïioy en- français, l'espace de temps qui s'écoule 
depuis le xiv*' siècle (où s'opère dans les formes grammaticales 
et dans la prononciation un changement important) jusqu'à 
la première moitié du xvi^ siècle, où on se débarrassa des 
derniers restes de l'antiquité, et qui commence la période 
du français moderne. 

La littérature grammaticale commence au xvi^ siècle. C'est 
un Anglais, John Palsgrave, né en 1480, qui donna le pre- 
mier essai en ce genre : TJ esclarcissement de la langue 
françoyse (1530), écrit en anglais (nouvelle éd. par Génin, 
Paris, 1852), travail assez complet et important pour la lin- 
guistique. L'auteur s'appuie déjà sur des grammairiens plus 
anciens. Quelques années après parut : An introductorie for to 
lerne french trewly (London, s. d.), par Gilles du Wez ou du 
Guez (réédité par Génin à la suite de Palsgrave) . Presque en 
même temps, le savant médecin Silvius (Jacques Dubois) publia 
son In linguam gallicam Isagtiige{Fsiris, 1531). Citons encore : 



1. Quelle est la plus ancienne charte en langue vulgaire? Fallot (p. 
361) désigne comme le plus ancien texte français le fragment d'un 
acte de 1135 dans Le Garpentier (il ne faut point oublier qu'à cette 
époque on regardait les Serments comme provençaux et que les monu- 
ments que nous venons de citer, étaient encore inconnus) mais la 
pénétrante critique de Paul Meyer (voy. VEcole des chartes) a montré 
que cette charte et plusieurs autres étaient en partie fausses, en partie 
suspectes.Boucherie a publié (Niort,1867) une très-courte et fort ancienne 
charte de l'Angoumois, qui porte les caractères du provençal et du 
français, mais qui n'est malheureusement pas datée. 



^^2 INTRODUCTION. 

le Tretté de la gramère françoeze, par Louis Meigret (Paris, 
1550) ; le Traicté de la grammaire française, par Robert 
Estienne, l'auteur du dictionnaire latin (Genève, 1557), traduit 
en latin : Gallicœ grammaticœ libeUus (Paris, 1560) ; la Gra- 
mère de Pierre Ramus (Paris, 1562), qui fut plus tard refondue 
(1572), et traduite par Thévenin : Pétri Rami Gra^nmatica 
francica {Franco furt. 1583); la Grammatica gallica d'An- 
toine Caucius (^a^zY. 1570); la Gallicœ linguœ institutio de 
Johannes Pilotus (Lugduni, 1586). Malheureusement les gram- 
mairiens de cette époque se croyaient appelés à procéder en 
réformateurs de la langue, et spécialement à faire dans l'ortho- 
graphe une révolution qui fut souvent ridicule ou niaise. Mais il 
y eut aussi des écrivains plus intelligents qui consacrèrent à la 
langue nationale une partie de leurs études : tels furent les phi- 
lologues Budée, Bouille, Joachim Périon, Henri Estienne, Joseph 
Scahger, Casaubon. De Bouille, par exemple, nous citerons: 
Liber de differentia vulgarium linguarum et gallici ser- 
monis varietate (Paris, 1533) ; de Périon : Dialogi de linguœ 
gallicœ origiyie ejusque cum grœca cognatione (Paris, 1555, 
traduits par lui-même en français); de H. Estienne: Traicté de 
la conformité du langage français avec le grec (Paris, 
1569, rééd. en 1853) ; Delaprécellence du langage français 
(Paris, 1579, réimpr. en 1850); Hypomneses de gallica lingua, 
1582. Scaliger et Casaubon, ainsi que plus tard Saumaise, tou- 
chèrent souvent dans leurs notes critiques à des étymologies 
françaises. — Des dictionnaires parurent dès le xv'' siècle, par 
exemple : Dictionnaire latin- français, p. p. Garbin (Genève, 
1487); Dictionnaire français-latin, (Paris, Rob. Estienne, 
1539); Dictionnaire fr. lat. augmenté, recueilli des obser- 
vations de plusieurs hommes doctes, entre autres de M. Nicat, 
Par. 1573, qui n'est, à vrai dire, qu'une nouvelle édition du 
précédent. (Livet, p. 480). ha i^remière édition du. Dictionnaire 
de V Académie, où les mots sont groupés étymologiquement, 
parut en 1694. Le travail étymologique le plus important avant 
ce siècle, est celui de Ménage : Dictionnaire étymologique de 
la langue française (Paris, 1650, 1694, 1750). 

Mais avant tous ces dictionnaires imprimés, il faut citer les 
nombreux glossaires manuscrits, rangés soit par ordre de ma- 
tières, soit par ordre alphabétique , ou accompagnant un texte 
particulier. On peut y rattacher ces gloses de Cassel en latin et 
en haut allemand (dont nous avons déjà parlé ci-dessus), dont 
la partie latine incline si fort vers la forme romane qu'on y 



DOMAINE FRANÇAIS. ^^3 

trouve souvent des mots tout à fait romans, c'est-à-dire vieux 
français. Dans d'autres glossaires, les vocables latins sont expli- 
qués par des mots latins, mais qui appartiennent à la langue popu- 
laire: ainsi callidus = vitiosus (qui est le v.-fr. voiseus), fémur 
=coœa (qui est le fr. cuisse). Quant aux glossaires latins-français 
proprement dits, ils ne datent que du xiv^ siècle et du xv^ mais 
sont encore importants pour la langue. Littré en a éiiuméré plu- 
sieurs (Hist. littér. XXII, 1-38). Yoici la liste de ceux qui ont 
été imprimés : Glossaire ronian-lat. du xv^ siècle, p. p. 
Gachet, Bruxelles, 1846 ; par Schéler, Anvers, 1865 ; Voca- 
bulaire latin- français du XI V^ siècle, publié par Escalier 
(Douai, 1856); Vocabulaire latin- français du XII I^ siècle, 
p.p. Chassant, Paris, 1857); Glossaire du ms. 7692 de Paris 
(Extraits), par Conrad Hofmann, Munich, 1868. 

Dialectes. — Ils jouent en français un rôle bien plus impor- 
tant qu'en italien. En eâet, dans l'ancienne littérature, ils avaient 
pleine valeur, et aucun d'entre eux n'était proprement accepté 
comme langue écrite. Les anciens désignaient déjà ces dialectes 
par des noms empruntés naturellement aux provinces et généra- 
lement adoptés. Dans le Reinardus Vulpes, par exemple 
(xii® siècle), le renard parle bourguignon (lY, 449) : 

Haec ubi burgundo vulpes expresserat ore, 

après qu'on a désigné plus haut son langage (lY, 380) en géné- 
ral comme franc, c'est-à-dire français. Le roman provençal de 
Flamenca (v. 1916) mentionne le bourguignon comme langue 
indépendante à côté du français : 

E saup ben parlar bergono, 
Frances e ties e breto. 

Dans un Psautier lorrain de la fin du xiv^ siècle (L. des Rois, 
p. XLi) on lit : « Yez ci lou psaultier dou latin trait et transla- 
» teit en romans, en laingue lorenne (lorraine). » Un trouba- 
dour, dans un passage déjà cité, mentionne le normand et le 
poitevin. Le poëte Quenes de Béthune se plaint qu'à la cour, à 
Paris, on ait blâmé son langage d'Artois, c'est-à-dire picard 
(Romancero françois, p. 83) : 

Ne cil ne sont bien appris ne cortois, 
Qui m'ont repris, se j'ai dit mot d'Artois. 

Mais il y a trois dialectes (car les grammairiens français ont 
raison de ne pas les appeler des patois) auxquels on peut rame- 
ner les particularités linguistiques de chaque province : le bour- 

DIEZ 8 



M 4 INTRODUCTION. 

guignon, le picard et le normand. Roger Bacon désignait déjà 
ces idiomes comme les plus importants de France : « Nam et 
» idiomata ejusdem linguae variantur apud diversos, sicut patet 
» de lingua gallicana, quae apud Gallicos et Normannos et Picar- 
» dos et Burgundos multiplici variatur idiomate. » (DuMéril, 
Dictionn. normand, p. xx). Les grammairiens postérieurs au 
moyen-âge prennent encore parfois les dialectes principaux en 
considération. Périon, par exemple, connaît, en dehors de son 
bourguignon, qui pour lui est la langue écrite, le picard et le 
normand, qui s'en éloignent. On sait qu'un philologue moderne, 
Fallot, a étudié ce sujet avec le soin qu'il demandait dans un 
ouvrage spécial : Recherches sur les forraes grammati- 
cales, etc. Paris, 1839 ; malheureusement son travail est resté 
à l'état de fragment ou de projet. Il admet aussi, en déterminant 
leur domaine respectif au xiif siècle, trois grands dialectes : le 
normand en Normandie, Bretagne, Maine, Perche, Anjou, 
Poitou, Saintonge; le "picard en Picardie, Artois, Flandres, 
Hainaut, Bas-Maine, Thiérache, Rethelois ; le bourguignon en 
Bourgogne, Nivernais, Berry, Orléanais, Touraine, Bourbon- 
nais, Ile-de-France, Champagne, Lorraine, Franche-Comté. 
Le dialecte de l'Ile de France, le français proprement dit 
(qui appartenait originairement au rameau bourguignon), prit 
si bien le dessus qu'il devint la langue écrite. Ce fut un événe- 
ment politique qui donna à l'idiome français cette suprématie : 
l'usurpation de Hugues Capet, qui fixa la tête du système féodal 
à Paris. — A mesure que l'unité du royaume se fortifia, 
les différences provinciales s'effacèrent, et peu à peu le dia- 
lecte de l'Ile de France devint dominant, et s'éleva enfin au 
rang de langue commune, mais non sans recevoir des dia- 
lectes circonvoisins de nombreuses formes qui étaient pro- 
prement étrangères à son essence (Littré, Hist. de la langue 
française, II, 101). Nous allons examiner, mais en nous restrei- 
gnant à très-peu de sources choisies, les dialectes les plus 
importants, non sans jeter un coup-d'œil sur leur forme posté- 
rieure ou actuelle. Nous ne pouvons nous proposer d'épuiser 
toutes les variations ou exceptions. Il est à peine besoin de 
rappeler que -les caractères phoniques ne reposent jamais dans 
les manuscrits sur une orthographe fixe, et que par conséquent 
on ne peut pas toujours déterminer avec précision la valeur des 
lettres. Comme les scribes lisaient sans aucun doute des livres 
écrits dans les dialectes les plus différents, il était inévitable 
qu'ils admissent des formes orthographiques étrangères à leur 



DOMAINE FRANÇAIS. 445 

dialecte, sans vouloir leur faire exprimer pour cela la pronon- 
ciation étrangère, et cette liberté se justifiait d'autant mieux 
que les ouvrages qu'ils transcrivaient étaient destinés non- 
seulement au cercle restreint de leur propre dialecte, mais à 
toute l'étendue du domaine de la langue française. 

Dans le dialecte bourguignon, qu'on peut étudier dans les 
Dialogues de S. Grégoire (du Méril, Formation, p. 428) et 
dans Gérard deViane, le caractère distinctif est la modification 
des voyelles par l'adjonction d'un i. Ainsi le fr. a devient ici ai 
(jai, brais, mesaige, chaingier, hairon, pour ja, bras, 
etc.). E, fermé ou ouvert, est remplacé par ei : penseir, penseiz 
au part, ou à la 2^ pers. plur., aleie = allée, veriteit, meir = 
mer, neif'=- nef, freire, peire), — mais aussi par ie, surtout 
après g ou ch (plaidier, laissier, jugier, mangier, chief, 
aimer y donner). E et i se remplacent aussi par oi (moiner = 
mener ; manoier, noier, proier, proisier = manier, nier, 
prier, prisier); cette diphthongue ici très-favorisée subsiste 
toujours quand elle se trouve en français, et représente aussi 
Vai français (moderne) dans les mots où le provençal n'a pas 
ai (fois, rois, devoir; françois, roit, perdoie, plaisoit, 
laroie = français, raide , perdais, plaisait, laisserais; 
toutefois on trouve aussi alait, aurait). Eau, eaux, sont 
rendus ici par iau, iaz, iax {hiaume, biau, biaz, cou:tiax); 
eu tantôt par ou, tantôt par o [soûl, gloriouz, flor, dolor, 
volt = veut). Pour ou l'ancien o est resté prédominant (vos, 
jor, amor, secors, sofre, tôt; mais aussi vjdus, bouton). 
Parmi les consonnes, l résiste encore souvent à la résolution en 
u, au moins orthographiquement (oisel, altre, hait, chevalz^ 
mais aussi haut, vasaus). Dans le patois bourguignon moderne, 
tel qu'on le trouve, par exemple, dans La Monnoye (né à Dijon 
en 1641), on remarque la même tendance à combiner certaines 
voyelles avec i, à mettre, par exemple, ai pour a [lai, glaice, 
laivai = laver) et même pour e (ronflai, boutai, trompaite), 
ainsi que ei pour a ou é (jei, teiche = jà, tache ; peire, mys- 
teire) ; u se prononce souvent eu (jeuste, leugne = lune, 
seur, treufe). La prédilection pour oi, qui se condense souvent 
encore en o, persiste aussi (françois, moigre, moison, f roche, 
chanta, pone, f oindre =^ français, maigy^e, maison, fraîche, 
chantais, peine, feindre). Eau sonne ea (bea, morcea); 
est maintenu pour ou (jor, aimor, cor = court, vo = 
vous) . le devant r est interverti en ei (pousseire, premeire, 
premei pour pre7neir ; l'ancien bourguignon disait déjà secu- 



-ne INTRODUCTION. 

leirs). L finale s'éteint volontiers (autai, noei = autel, noè'ï). 
iVmédiale s'adoucit engn (breugne, épeigne = brune, épine). 
La chute de IV devant une consonne et à la fin des mots est une 
négligence fréquente dans le parler populaire (vatu, po, savoi 
= vertu, pour, savoir). 

Le dialecte lorrain, voisin du bourguignon, s'en distingue 
peu; voy. dans le Psautier lorrain, cité plus haut, des exemples 
comme jai pour jà, langaige, doneir, asseiz, prie (et non 
proie), savoir, françois, soûl = seul, perillouse, errour. 
Mais au français moderne ou correspond toujours ici cette 
même diphthongue, et non o. Un trait particulier est le w 
pour le w allemand (warder = garder); une charte de 
Verdun (L. des Rois, p. lxxiv) écrit de même waren- 
tise, et les Sermons de S. Bernard, qui rappellent d'ail- 
leurs ce dialecte, disent aussi werpil, es warder, etc. Les 
patois lorrains modernes conservent plusieurs particularités 
bourguignonnes , mais ils sont en somme fort dégénérés ; ils 
offrent, par exemple, des diphthongues tout à fait inconnues 
à l'ancienne langue : on dit à Nancy aimouer, foueive, pour 
amer, fève; à Metz, petiat, pieux, i^our petit, peu. 

Le dialecte français, kenjuger d'après Rutebeuf (sous S. Louis) , 
ne se séparait au XIIP siècle qu'en peu de points du bourgui- 
gnon. La diphthongaison n'atteint pas a (voiage , jamais 
voiaige), mais bien e, qui est exprimé par ei, moins géné- 
ralement toutefois (parleir, doneiz, povretei; mais venez, 
volentè, mer et non 7neir), ou par ie {chiere, chiés = chez, 
brisier, laissier). Oi est aussi très-favorisé {loier, proier; 
favoie, estoit, voudroit, savoir). L'emploi de iau est plus 
restreint (biau; oisel, ostel). Eu devient rarement o (cuer = 
cœur, seul; dolor), ou se montre déjà un peu plus souvent 
à côté de o (nous, goûte, jouer, moustrer; jor, retor, cop, 
molt). 

Le dialecte picard, pour l'étude duquel nous emploierons 
Gérard de Nevers et la légende en prose de S. Brandan, a 
beaucoup d'analogie avec le bourguignon dans son vocalisme. 
L'(? français, par exemple, qui correspond au latin e, i, a est 
volontiers diphthongue en ie (biel, nouviel, adies, chief, 
chiere, prisier, mangier); ou, oi, et mw, se comportent de 
même (jor; cortois, avoir, estoit, oseroie; biaus, oisiaus, 
vaissiaus; biais, chastiel). Pour ieu on trouve iu (lin). Pour 
les consonnes, on remarque cette difierence capitale, que le 
français ç (ou ss quand l'orthographe lui fait traduire le latin 



DOMAINE FRANÇAIS. >|>|7 

ci, ti,) est habituellement rendu par ch, et ch au contraire par k 
(Franche, merchi, fâche = fasse, cacher = chasser, 
canter, pékié = péché) ; mais, même dans les monuments les 
mieux caractérisés de ce dialecte, l'usage picard est souvent en 
concurrence avec Tusage français (voy. par exemple les chartes 
picardes, L. des Rois, p. lxx-lxxiii); on trouve ce à côté de 
che, chose à côté de cose. Remarquons encore dans les con- 
sonnes : ga pour ja {gayant, sergans = géant, sergent), et 
le w allemand [warder, werpir). Le patois picard moderne 
(d'après Gorblet) change, comme l'ancien, e en ie (biel, trai- 
tier) ; ai en oi (même dans moison, moit, poyer = maison, 
maître, payer); eau en iau, mais aussi en ieu (biau, coutiau; 
bieu, vieu = veau); ieu en iu (diu, liu. Hue). Après oi, qui 
se prononce oé'ou oué, il favorise surtout eu, qui peut se mettre 
pour u, ou et au [leune, beue, keusses = lune, boue, 
chausses), tandis que Y eu français est remplacé par u ou o 
(fu, malhur; plorer, jonesse). Les consonnes n'ont pas 
beaucoup varié; il faut remarquer peut-être que 1'/ et Yr 
tombent dans les terminaisons (regue, aimape = règle, 
aimable; chêne, soufe = cendre, soufre); que le fr. ch, 
rendu d'ordinaire par k, est quelquefois aussi remplacé par g 
(guevau, guille = cheval, cheville), mais surtout que les 
consonnes finales sont prononcées dures. — Le dialecte fla- 
ynand offre peu de traits particuliers. Des chartes de Tournai 
du XIIF siècle (Phil. Mousk. II, 309 et suiv.) écrivent, à la 
manière bourguignonne, heretaige, pasturaige, ou bien es- 
taule pour estable, paysieule pour paisible. — ' Dans le 
Hainaut il y a aussi quelques petites divergences : des chartes 
de Valenciennes (Reiffenberg, Monmnents de Namur, I, 454) 
écrivent, par exemple, voloniei, veriteit, wardeir. Dans la 
forme actuelle de cet idiome, il faut noter o pour oi (fo, valen- 
chen6s-=. fois, valenciennois) ^ 

Le dialecte normand, pour la caractéristique duquel nous 
emploierons les Lois de Guillaume le Conquérant et le poëme de 
Charlemagne, aimé à changer a en au devant n (auns = ans, 
maunder). Ve français ne devient pas ou ne devient que rare- 
ment ie ou ei {chef, mer; chier, crieve = cher, crevé (L 



1. Un ancien poëme épique mentionne déjà le dialecte du Hainaut; 
un député du roi Marsile comprend « normant, breton, hainuier et tiois » 
(voy. VEraclius de Massmann, p. 552). Son nom moderne est rouchi, 
qu'on a eu tort de tirer de rusticum. 



us INTRODUCTION. 

Guill.); aveiz = avez (Cliarl.); d'autres textes donnent ie 
assez souvent). Z7 aussi bien que o, ou et eu, se représentent le 
plus habituellement par u, ce qui est l'un des signes distinctifs 
de ce dialecte {vertuz\ unt, hunte, hume, reisun; jur, pur, 
vus, iruver, duble; ure = heure, hufs, colur, doloruse) ; 
il y a à cette règle plusieurs exceptions de différentes natures 
qui ne peuvent être énumérées ni expliquées ici. Ai est souvent 
remplacé par ei {feit, mets, meint, seint, franceis, aveit, 
avereit', avérai, fait, etc.). Cet ei est le représentant propre 
et spécialement normand de oi (fei, lei, rei, seit, saveir et 
saver, meité = moitié). le devient simplement e (ben, cet, 
ped, vent, dener, chevaler, amisted = amitié; beaucoup 
de textes donnent ie). L'attraction de 1'^ qui produit souvent 
en français des diphtliongues, est évitée (pecunie, testimonie, 
glorie, miserié). C et ch, dans les textes que nous avons cités 
plus haut, se comportent comme en français ; mais dans d'autres 
on trouve aussi l'usage picard. Transplanté en Angleterre, ce 
dialecte y a développé plusieurs particularités d'orthographe et 
de prononciation qui ont fini par lui donner un cachet anglais. 
Dans le patois normand moderne (du Méril, Decorde) on cherche 
en vain les traits sévères de l'ancien dialecte. Est-ce l'influence 
du picard? La domination de Vu, par exemple, est très-res- 
treinte : car on dit bacon, au lieu du v.-norm. bacun, leur ou 
leu pour lur, tout pour tut. Mais ei pour oi a laissé beaucoup 
de traces, représenté qu'il est tantôt par e, tantôt par ai (mei, 
bet, dret, nerchir, aver = moi, boit, droit, 7ioircir, avoir; 
fais, vaie, vaiœ = fois, voie, voix). F au, dans la vieille 
langue el, est diphthongué (batiau, avias = oiseau) ; ie reste 
aussi diphthongué {bien, rien, batiêre). La représentation de ç 
(ss) par ch et de ch par k est plus fréquente que dans l'ancien 
langage (cha, capuchin, nourichon = ça, capucin, nour- 
risson; cat, acater, quien = chat, acheter, chien; chère, 
chèvre, comme en français). F pour gu est très-usité (t^are^^ 
vaule, vey = guéret, gaule, gué). 

Nous avons constaté plus haut que les troubadours ne regar- 
daient pas \e poitevin comme un dialecte provençal. Dans les 
anciens poëmes poitevins qui nous sont parvenus, on reconnaît 
en effet un mélange de français et de provençal, où le premier 
paraît être prépondérant ^ Mais, depuis que le Poitou appar- 

1. On trouve oà et là de ces poésies dans les manuscrits, et on en a 
imprimé quelques-unes (voy. Livre des Rois, p. lxiii et suiv. ; Wackerna- 



DOMAINE FRANÇAIS. U9 

tint à la France (1206), la langue d'oïl, venant surtout de 
Normandie, s'y répandit de plus en plus, et l'idiome de cette 
province, malgré plus d'un trait provençal, doit être adjugé 
sans hésitation au domaine français. 

Le bourguignon et le picard se ressemblent dans leur manière 
de traiter les voyelles; le premier est un peu plus riche en 
diphthongues. En opposition à tous deux se présente le nor- 
mand, qui, mettant des voyelles simples à la place des diph- 
thongues, doit le leur céder pour la variété des sons vocaux. 
Dans les consonnes, les divers dialectes n'ont qu'un trait d'une 
importance capitale qui les distingue entre eux et de la langue 
moderne, c'est leur diverse manière de traiter le c latin. 

A l'extrême frontière nord-est de la langue d'oïl, touchant 
d'un côté au domaine picard, de l'autre au domaine bourguignon 
(lorrain), se trouve l'idiome ivallon, qui, développant une origi- 
nalité bien marquée, se distingue par des caractères phoniques 
tout particuliers, et par quelques traits qui indiquent une haute 
antiquité ^ . Il a moins de ressemblance avec le picard que ne 
le ferait supposer leur voisinage. « Il faut bien se garder, dit 
» Hécart, de confondre le rouchi (c'est-à-dire le picard qui se 
» parle en Hainaut) avec le wallon qui n'y ressemble guère. » 
Il est encore moins voisin du lorrain. On distingue les sous- 
dialectes de Liège et de Namur. Yoici des exemples de son 
système phonique. — A s'affaiblit souvent en e(cAe55,_pZe55, chet, 
greter, séchai). Il y a un e fermé et un e ouvert; mais, de 
même que dans d'autres patois, leur application n'est pas toujours 
la même qu'en français : père, par exemple, se dit père, et 
cognée, congneie. Devant plusieurs consonnes e se diphthongue 

gel, p. 32; Gérard de Nevers, p. 20); cf. Aubery le Bourgoing, p. 50 : 
Violer font un cortois jougleor, 
Sons poitevins lor chante cil d'amor. 
Une charte du Bas-Poitou de 1238 {Bibl. de l'Ecole des Chartes, ^^ série, 
t. V, p. 87) est presque en pur français. 

1. Les Wallons reçurent ce nom des Allemands leurs voisins, ou 
plutôt le nom générique de Walah pour Gaulois leur resta à eux seuls, 
et ils l'adoptèrent eux-mêmes, à la différence des Valaques et des 
Welches. On le trouve employé à côté de roman pour désigner la 
langue dès le xu« siècle. Rudolph, abbé de Saint-Trond, écrivait en 1136: 

« Adelardus nativam linguam non habuit teutonicam, sed quam 

» corrupte nominant romanam, teutonice wallonicam (voy. Grandga- 
» gnage, De l'origine des Wallons, Liège, 1852).» Nous attendons toujours 
de ce maître une analyse scientifique de l'idiome wallon, qui sera d'un 
grand secours à la philologie romane. 



420 INTRODUCTION. 

volontiers en ie {Mess, viersé = hête, verser) ; de même o en 
oi, quand la première consonne est r (coirhà = corbeau). Ou 
est très-fréquent sous son ancienne forme o (to = tout, trové). 
U se représente souvent soit par o, soit par eu (nou, houg = 
= nw, huche \ conieunn, 77ieur=: commune, mur). Oi corres- 
pond d'ordinaire à Vai français. Oi et m donnent le plus souvent 
les sons simples eu et u (neur, poleur =: noir, pouvoir; boi 
= hois ; cûr = cuir) . Au devient a (aw) ou o (fà, cawsion 
= faut, caution ; cho = chaud). Eau donne ai, très-rare- 
ment ia {bai, chestai, coûtai, coutia = beau, château, cou- 
teau), le est remplacé par i {bin, fîr, pî =pied, clavi = 
clavier). Quant aux consonnes, la chute de 17 ou de IV est 
fréquente, comme dans le picard moderne {cop, fib ^ couple, 
fibre). Ll et gn peuvent tomber {barbion, coy = barbillon, 
cueillir-, champion = champignon). S médial devient à 
Liège une h fortement aspirée {mohone = maison) ; à Namur 
un j {maujone). Ch (= lat. se) devient aussi h à Liège {haie, 
marihâ = échelle, maréchal), mais reste ch à Namur {chaule, 
marechau), v. Grandgagnage, Mémoire sur les anciens noms 
de lieux, Bruxelles, 1855. p. 102. S initial suivi d'une consonne 
se passe généralement de Ve prothétique {staf, skrir, spal =: 
étable, écrire, épaule) ; st final se réduit à ss {es s, aouss = 
être, août). Ç reste à sa place {cîr, et non chir = pic. chiel, 
fr. ciel). Ch reste aussi le plus souvent; cependant à la fin 
d'une syllabe il devient souvent g, et quelquefois ailleurs ^ à la 
manière picarde {chein, atechi = chien, attacher; egté, cheg 
= acheter, charge; cangi, bok = changer, bouché). Dans 
qu. Vu se fait entendre {kouatt = quatre). G dur s'écrit sou- 
vant w, comme en picard et en lorrain {wazon, waym = 
gazon, gain; aweie ^ aiguille). 

De même que pour les dialectes italiens, dans les dialectes 
français les proportions des éléments constitutifs ne sont pas 
tout à fait les mêmes que dans la langue écrite. Le lorrain, par 
exemple, a jusqu'aux temps modernes admis une masse de mots 
allemands, le picard en a pris au fiamand. Dans le normand on 
trouve des mots bretons, mais un bien plus grand nombre de 
francs, d'anglo-saxons et de norois que la langue écrite ne re- 
connaît pas. Exemples : aingue pour aingle, hameçon (v.-h.- 
aW.angul); bédière, lit {y.-nov.bed); bur, demeure (v.-h.-all. 
bûr); c^ancAe, loquet (ail. Tilinke); colin, cabane (v.-nor. kot); 
cranche, malade (ail. krank); date, vallée (v.-nor. dal); 
drugir, courir çà et là (v.-nor. draugaz, more larvarum 



DIALECTES ROUMANCHES. 424 

circumerrare?) ; esprangner, briser (v.-h.-all. sprengan, 
nor. sprengia); finer, trouver (v.-nor. finna)\ flo, troupeau 
{Y.-Ti.ov.flockr)\ grimer, grsitieY (m. -h. -ail. krimmen); haule, 
fosse (v.-h.-all. hol); heri, lièvre (v.-nor. hêri)] hogue, colline 
(haugr)', hut, bonnet (v.-h.-all. huot); lague, manière (angl.- 
sax. lag, loi); lider, glisser (angl.-sax. glîdan) \ napin, en- 
fant (v.-nor. knappi); naqueter, claquer des dents (v.-nor. 
gnacka)\ guenettes, dents (v.-nor. kinn, mâchoire); vatre^ 
mare (angl. water), etc. Voy. du Méril, Dict. normand, 
LXXXYI. 



Dans une partie de l'ancienne Rhétie, actuellement le canton 
des Grisons, vit encore une langue romane qui, tout en se 
rapprochant par certains points soit de l'italien, soit du provençal 
ou du français, porte dans toute sa structure un cachet particulier. 
Cette partie de la Rhétie était appelée par les Allemands au moyen- 
âge Ghure-Wala, d'où le nom allemand Churwelsch pour désigner 
ce dialecte. Ce nom est plus limitatif et plus modeste que celui de 
rhétoroman, composé qui n'est usité nulle part ; dans le pays 
même la langue s'appelle roumanche =prov. romans. Nous ne 
pouvons, malgré toutes les réclamations contraires, la mettre à 
côté des six langues romanes littéraires comme une sœur égale 
en droits, d'abord parce que, troublée par des influences étran- 
gères, elle n'a pu arriver aune complète originalité ^; ensuite 
et surtout parce que sur son sol il ne s'est pas développé de 
langue littéraire, car on n'écrit et on ne parle que dans les 
dialectes et d'après une orthographe arbitraire. Il n'y a pas ici 
un idiome cultivé et poli, qui n'était pas nécessaire, il est vrai, 
à un petit peuple alpestre ; ce qui est regardé comme la langue 
écrite va de pair avec les dialectes et change avec eux. Le plus 
ancien monument de cette langue est une traduction du Nouveau- 
Testament de F an 1560, réimpriméeenl607(voy. des citations dans 
Carisch, Formenlehre, p. 175-184). Les dialectes principaux sont 
au nombre de deux : celui du pays d' en-haut aux sources du 
Rhin; et aux sources de l'Inn, le dialecte d'Engadin, qui 
s'appelle aussi ladin, latin. Mais ceux-ci se divisent à leur 



1. C'est ce que remarque Aug. Fuchs, qui en a très-soigneusement 
analysé la structure. 



-122 INTRODUCTION. 

tour en dialectes secondaires, par exemple le ladin en haut et 
bas ladin (voy. Carisch, Dictionnaire, p. xxv et suiv. ; 
Formenlehre, p. 118 et suiv.; Bœttiger, Rhdtoromanska 
spràkets dialekter, Upsala, 1853; Mitterrutzner, Die Rhd- 
toladinischen Dialecte in Tyrol. Brixen, 1856). — ' Andeer 
a traité dans son livre {De l'origine et de l'Histoire de la 
langue rhéto-romane , Ghur, 1862) toutes les questions les 
plus importantes qui se rattachent à ce domaine. Il y a donné 
une liste bibliographique de 176 ouvrages écrits en cette 
langue. — Nous ne parlerons ici que des lois de mutation, 
qui, tout en n'étant pas régulièrement observées, ont cependant 
pénétré un peu profondément dans la langue ^ . A devant l ou 
n devient souvent au (lat. calidus, roum. cauld, angélus = 
aungel), et dans d'autres cas o {anima = olma, clamo = 
clomm) ; dans le ladin il peut s'affaiblir en a {faha, fdv, 
vanitas = vanitdt, laudare = loddr) . E se diphthongue en 
ie ou ia dans le haut roum. {ferrum = fier, terra = tiara). 
A, e et i, dans le même dialecte, deviennent aussi ai, en ladin 
ei {honorabilis = hundraivel, hundreivel; plenus =zplain, 
plein; piper = paiver, peiver). 0, quand il ne persiste pas, 
devient en haut roum. soit u {bonus = bun, pons =pu7it, 
corona = corunna), soit ie, ou en ladin o {oleum = ieli, 
ôïi; nobilis = niebel, nô'bel). U long (rarement u bref) donne 
en ladin u prononcé à la française, qui s'atténue en i dans le 
haut roum. {durus =z dur, dirr; justus =just, gist). ei 
u se diphthonguent souvent en ladin en uo {forma = fuorma, 
curtus = cuort). Au donne en haut roum. au, en ladin o 
{fraudem =. fraud, frôd). Les voyelles finales sont traitées 
comme en provençal ou en haut italien {casa, facil, amar, 
aynig). L'incertitude des voyelles atones à la première 
syllabe dépasse toute mesure et n'est égalée dans aucun autre 
dialecte roman : pavo =: pivmi, papyrus =pupir, tenere = 
taner, peccatum = puceau, servitium = survetsch, timere 
tumer, in fans = uffont, portare = purtar , junix = 
gianitscha, laudare =^ ludar. Il faut noter la prédilection mar- 
quée pour Yu. — Pour ce qui regarde les consonnes, al se résout, 
en haut roum anche, en au, en ladin en o {alter= auter, oter). 
L ein mouillées se produisent de la même manière que dans les 
autres langues et se rendent par Ig, ng, ou bien gl, gn. S ini- 

1. Les autres caractères de cet idiome seront, étudiés dans la Gram- 
maire. 



DIALECTES ROUMANCHES. 423 

tiale devant une consonne se prononce ch. Ti se partage entre 
plusieurs formes {palatium = palaz, credenza = cardiens- 
cha, rationem = raschun, radschun). C devant a, o, u, se 
comporte en haut roum. à peu près comme en italien ; cependant 
il y prend quelquefois, et toujours en ladin, un son écrasé qu'on 
exprime par ch, chi, et souvent aussi par tg (lat. calor, cabal- 
lus, peccatum, caput, canis, corpus, corium, cuna; h. 
roum. calur, cavaigl, puceau, cheau, chiaun, chierp, chir, 
chiuna ; lad. chalur, chavaigl, percha, cheu, chaun, chierp, 
chà'r, chunna). Devant e et i, c se prononce à peu près comme tz, 
surtout en ladin (celehrar ,faciï) ; ou comme ^c/^, auquel cas il s'écrit 
tsch {coelum = tschiel, fades = fatscha) ; ou encore coriime 
ch (sch), son qui rend aussi le latin sce, sci {tacere = tascher, 
decem = diesch, nasci = nascher). Ct en haut roum. donne 
g, écrit aussi ig ou tg (lectus= lêg, noctem = noig), en ladin 
tt {lett, nott). Il y a deux g, le g guttural des autres langues, 
et un g plus doux, exprimé ordinairement par gi et souvent 
par tg à la fin des mots. Devant a, o,u, il conserve d'habitude 
le son guttural en haut roum. {gallina = gaglina, mais ligare 
= ligiar) ; en ladin il prend le son doux au moins devant a 
(giallina, etc.); devant e et i il conserve souvent aussi la pro- 
nonciation gutturale (aungel, fugir) ; mais il y a beaucoup de 
mots où on le rend sifflant {gêner = schiender, ingeninm = 
inschin, pungere == punscher). J est généralement remplacé 
par gi Q'ejunus = giginn ; jentare = giantar) . Les muettes 
n'offrent rien de remarquable. 

Le côté étymologique de cette langue est très-digne d'atten- 
tion. Les Rhétiens étaient de race étrusque. Sous Auguste leur 
pays fut conquis par les Romains et soumis à la langue latine. 
Peu de siècles après, les Alamans occupèrent la partie occidentale, 
les Bavarois la partie orientale du territoire. A l'ouest la langue ro- 
mane s' est maintenue; dans l'est {Vorarlberg, Tyrol allemand) 
elle a péri. Des vestiges étrusques se sont conservés dans des noms 
de lieux, comme l'a récemment montré un philologue (Steub, TJe- 
herdie Urhewohner Rhdtiens, 1843; Zur Rhdtischen Ethno- 
logie, 1854) ; quelques substantife roumanches permettent d'en 
conjecturer d'autres ^ . 

1. Steub donne des exemples de ces mots {Ethnologie, '^, 46-49). Bien 
qu'ils soient choisis avec beaucoup de précaution, il s'en est glissé 
dans le nombre quelques-uns que des langues connues peuvent reven- 
diquer. Tarna, par exemple, ver, est l'it. tarma = lat. tarmes; tegia, 
cabane, est altegia; chamaula, teigne, semble un composé de maula, 



-124 INTRODUCTION. 

L'élément romain s'est beaucoup obscurci, principalement par 
l'emploi fréquent de la métathèse, ce qui n'ajoute pas peu aux 
difficultés de l'étymologie : caula, par exemple, représente 
aquila ; damchiar , imaginare ; dieynber = numerus ; 
diever = opéra ; iamma = hehdo^nas ; sdrelar =: disgelare 
(voyez Steub, Ethnologie, p. 43 et suiv.). L'élément germa- 
nique est assez considérable, mais ne s'est introduit en grande 
partie, comme l'indiquent les formes, qu'à une époque tardive. 



6. DOMAINE VALAQUE. 

Au sud-est de l'Europe, sur les deux rives du bas Danube, une 
nombreuse population parle une langue dont la construction 
grammaticale aussi bien que la composition lexicologique indique 
une origine latine ^ Quelque mêlée et altérée que semble cette 
langue, le valaque, nous ne pouvons lui refuser une place parmi 
les langues romanes, en considération de son rang extérieur 
(puisqu'elle est la langue officielle, liturgique et littéraire de la 
contrée où elle se parle) et aussi des traits archaïques qu'elle a 
conservés. 

Le nom de Valaque est étranger (serbe Wla, hongrois Oldh), 
et très-probablement d'origine germanique, signifiant la même 
chose que velche (wàlsch^) : les Valaques eux-mêmes se nom- 
ment Romains, Romuni, et leur langue, romaine, romunie. Le 
domaine actuel de cette langue comprend la Yalachie et la Mol- 
davie, une grande partie de la Transylvanie, et quelques par- 
celles de la Hongrie et de la Bessarabie ; mais on l'entend aussi 



chenille, qui rappelle le goth. malô. Ce serait un travail utile de trier 
avec soin tout ce qui est allemand ou latin, pour arriver à bien toucher 
le pur noyau rhétique. 

1. Adelung, dans le second volume du Mithridates, donne encore au 
valaque une place à part sous la rubrique de langue romano -slave. Vater, 
dans le quatrième volume, le rattache aux langues romanes, ce qui 
est aussi l'opinion de Raynouard {Choix, VI, 68). Rapp {Grammaire, 11, 157) 
cherche au contraire à le détacher de la famille romane. Mais quel est 
son motif? « Nous ne comprenons sous le nom de langues romanes, dit- 
il, que celles qui offrent un mélange d'éléments romains et germani- 
ques. » Qu'on retire de l'espagnol, par exemple, l'élément germanique, 
ce n'en sera pas moins une langue romane. 

2. Voy. Schmeller, Baier. Wb. IV, 70; J. Grimm, dans la Zeitschrift fur 
Geschichte (111, 257) de Schmidt; Pott, Allgem. Monatschrift fur Litter. 1852, 
p. 943; mais aussi Diefenbach, Zeitschrift fur vergleich. Sprachf XI, 283. 



DOMAINE VALiQUE. 425 

dans une vaste étendue sur la rive droite du Danube, dans les 
anciennes provinces de Thrace et de Macédoine, jusqu'en Thes- 
salie^ Le tout se divise en deux grands dialectes, celui du nord 
et celui du sud, autrement appelés daco-roman et macédo-roman. 
Le premier passe pour être moins mélangé, et est littérairement 
plus développé ; le second a reçu plus d'éléments étrangers, par- 
ticulièrement albanais, et surtout beaucoup plus de grecs, mais 
moins de slaves, et est resté à l'état de patois^. Nous ne com- 
prendrons que le premier sous le nom de valaque. Là, comme en 
italien, l'étymologie rencontre de grandes difficultés ; des langues 
appartenant aux familles les plus diverses, connues ou inconnues, 
se sont trouvées réunies ou se sont succédé dans les provinces 
moldo-valaque ; et cependant, à en juger par le dictionnaire que 
nous possédons, l'idiome daco-roman est resté pauvre. 

La plus ancienne population de la Dacie était d'origine 
thrace, et parlait, d'après l'opinion généralement admise, une 
langue voisine de l'ancien illyrien; les habitants de la Dacie 
orientale étaient les Gètes, ceux de la partie occidentale les 
Daces proprement dits. Après la conquête de l'Illyrie (219 
av. J.-G.) et de la Mésie (30 av. J.-G.) par les Romains, l'em- 
pereur Trajan réduisit aussi, en l'an 107 de notre ère, la Dacie 
en province romaine. « Trajanus, victa Dacia, ex toto orbe ro- 
» mano infînitas eo copias hominum transtulerat ad agros et 
» urbes colendas » (Eutrope, VIII, 3). Mais déjà auparavant la 
population thrace presque entière avait été obligée de reculer 
devant l'invasion des Jazyges, population sarmate qui venait de 
l'Orient (voy. Niebuhr, Kleine S chriften, 1, 376, 393). Les 
colonies qu'on transporta depuis la conquête contribuèrent puis- 
samment à en romaniser les anciens habitants^; mais elles ne 
purent cependant les pénétrer aussi profondément que les contrées 
de l'Europe occidentale : car, déjà cent cinquante ans environ 
après la réunion de la Dacie, l'empereur Aurélien fut contraint 
de céder cette province aux Goths (27.2). A cette époque on 
transporta en Mésie une partie des habitants. Vers la fin du 

1. En outre, il existe au nord-est de l'Istrie, dans la vallée de l'Arsa, 
une peuplade de race valaque, qui se réclame de son origine.— Miklosich 
a étudié l'histoire et la langue de cette peuplade dans un appendice à 
son livre sur les Éléments slaves du valaque. 

2. Sur les causes de ce fait, voy. Albert Schott, Wal. Msehrchen, p. 48. 

3. Le séjour des armées romaines a laissé en valaque quelques traces 
curieuses; ainsi Vï^^q ù.q vieux a été rendue par veteranus {betrun); 
compagnon se dit fartât, qui vient, à ce que je crois, de foederatus. 



V2i^ INTRODUCTION. 

v'' siècle (489), les Bulgares, peuple tartare, assimilé plus tard 
aux Slaves, commencent leurs incursions en Thrace et en Mésie, 
ils y trouvent déjà des colonies slaves; quatre-vingts ans plus 
tard, il y a en Macédoine une province slave, la Slavinie, et le 
domaine valaque finit par être entouré ou occupé par des peuples 
de cette race. Ces renseignements historiques sont essentiellement 
tirés d'un article de Kopitar dans les TRener /a/^r^. n'' 46. Cf. 
aussi l'introduction qu'a mise Albert Schott en tête des Contes 
V al aques qu il diipuhliès avec Arthur Schott (Stuttgard et Tubin- 
gue, 1845). — Miklosich(Die S lavischen Elemente im Rumu- 
nischen, Nierme, 1861) expose les faits de la manière suivante : 
Les colons romains, qui n'étaient point de purs Romains, mais qui 
venaient de tous les coins du monde, se fondirent avec les Daces de 
la rive droite du Danube, et avec les Gètes (en Mésie). Les Romuni 
des IV* et v*' siècles ne doivent donc être considérés que comme 
des Daces et des Gètes romanisés. A ce mélange de l'élément 
autoclithone et de l'élément romain, s'adjoignit, vers le vi^ siècle, 
l'élément slave, notamment le Slovène. Il est vraisemblable que 
les Romuni de la rive droite du Danube furent poussés par les 
Slovènes vers le nord, où ils sont encore aujourd'hui. C'est alors 
aussi, sans doute, qu'ils s'établirent dans le sud (Macédoine). A 
quelle famille appartenait cet idiome gète ou dace qui s'est com- 
biné à l'idiome romain? Nous l'ignorons, faute de monuments. 
Cependant on peut inférer, de certains caractères propres au 
valaque, que cet idiome était essentiellement identique avec la 
langue des Albanais, descendants des Illyriens anciens, qu'on 
peut considérer comme les parents des Thraces ^ . 

Cet immense mélange de peuples se reflète à merveille dans 
la plus orientale des branches sorties de la lingua rustica. 
C'est à peine si la moitié de ses éléments est restée latine. On 
pourrait croire trouver dans cette langue, qui n'a eu presque 
aucun contact avec ses sœurs et s'est développée sans leur 
influence, un certain nombre de mots latins qui leur sont incon- 
nus ; mais on se tromperait : le nombre de ces mots est relative- 
ment minime : adauge (adaugeré), cade (cadus, gr. v.dooq, et 
aussi slav. hongr, kad), giane (gêna), hanu(fanum), linge 



1. Dans un récent et profond travail sur ce point si délicat, R. Rœsler 
{Dacier und Romœnen, Vienne, 1866) révoque en doute la parenté des Illy- 
riens et des Thraces, et par suite aussi celle des Daces et des Albanais; 
il explique l'identité de certaines particularités linguistiques par des 
emprunts d'un peuple à l'autre. 



DOMAINE VALAQUE. ^27 

(lingere), ninge (ningere), nunte {nuptus), rude subst. 
(rudis, illyr. rud), sau {seii), ud (udus), vitrég (vitricus), 
vorhe (verbum), et quelques autres. Au contraire, on y cherche 
en vahi beaucoup des mots les plus usités, des substantifs comme 
pater, mater, cor,pes, mta, vox; des adjectifs comme ôrevz^, 
durus, dignuSy firmus, levis, paucus, solus, verus ; des 
verbes comme amare, dehere, mittere (seulement dans des 
composés), solere, sperare^ etc. Les radicaux de la moitié non 
latine doivent se rattacher au slave, à l'albanais, au grec, au 
turc, au hongrois, à l'allemand, et à d'autres langues encore ^ 
La lettre B du Dictionnaire d'Oien ne compte pas plus de qua- 
rante-deux mots latins contre cent cinq étrangers : mais la 
disproportion n'est pas si forte dans les autres lettres. Un 
examen attentif des éléments étrangers prouve que, malgré les 
prétentions des grammairiens valaques à la pureté de l'origine 
de leur langue, l'élément slave est celui qui domine. Déduction 
faite de quelques noms propres, de plusieurs mots qui ne sont 
évidemment pas d'origine slave, ou qui sont douteux, il ne 
reste pas (dans cette lettre B), d'après Miklosich, moins de 
cinquante mots qui se retrouvent en slave. De ce nombre sont : 
bahe, mère (serbe Mhà) ; haie, salive {haie) ; hdlege, fumier 
{hàlega)\ hasne, fable (slov. hasn); hasta, père (bulg. m. m.); 
hesca, spécialement (serbe hàska) ; hesne, obscurité (russe 
hezdna, abîme) ; hlasne, gâchis, ouvrage mal fait (serbe hlè- 
san, imbécile); hlid, écuelle (v.-slov. hljodd)\ hoale, maladie 
(serbe hol, douleur); hoarte, arbre creux (russ. hort'), hoh, fève 
(serbe hoh)\ hojariu, gentilhomme {holjâr, de hdlji, meilleur); 
hogdt, riche (hôgat); hrasde, sillon (serbe hrazda); hrod, gué 
(hrod); hujac, impétueux (hvrjan, orageux). En albanais on 
retrouve: halte, bourbier (haljte); heleà, calamité (ôe(; a, acci- 
dent; cf. serbe hèlâj m. s.); hecan, épicier (alb. turc serbe ha- 
kal) ; hizui, confier (hessôig, croire) ; hrad, sapin (hreth); 
hriciui rasoir (hrisk, serbe hrîjâé); hroasce, crapaud (ère^'^^, 
tortue); hucurà, se réjouir {hukurôig, embellir) ; huze, lèvre 
(alb. même mot). Les mots suivants se retrouvent en hongrois : 
hdlmos, gâteau de farine (hdlmos) ; harahoju, corbeille 
(haraholj)\ heance, cailloux {heka ko); henni, regretter (han- 
ni)\ hetég, malade (m. m.); hicdo, fer à cheval (W hèk6)\ hiréu, 
juge {hirô)\ hiruî, vaincre, posséder (hirni); hohoane, sor- 



1. Pour l'élément slave, voir le livre précité de Miklosich; Rosier a 
réuni (Vienne, 1865) les éléments grecs et turcs. 



^128 INTRODUCTION. 

cellerie {baho nasag); boi, combat {haj)\ boncei, rugir (bogni); 
bôrzos, hérissé {borzas)\ bucni, pousser (bokni)\ bunda, peau 
de bête {bunda, originairement allemand); burujdne, gueule-de- 
lion [buridn, mauvaise herbe) ; busdugdn, massue, casse-tête 
(buzogany). Mais avec une langue aussi singulièrement mélan- 
gée on ne peut affirmer qu'ils en viennent ; plus d'un peut aussi 
se rattacher au slave. L'élément grec est plus fortement repré- 
senté que dans les autres langues, même l'italien; nous pre- 
nons des exemples dans toutes les lettres : afïirisi, excommu- 
nier (à9cpiJ;£iv, séparer); argdt, valet (àp^àTr^ç, sevhe ar g atin); 
ateUy impie (aOeoç); dzim, sans levain (aCu(jio;) ; beteleu, homme 
efféminé (PiiaXoc); biôs, riche (tcXougioc? grec moderne); 
bosconi, ensorceler (Paa%aiv£iv); camete, intérêts (7.a[j.aToç, tra- 
vail); celûger, moine (xaXcç yépwv, beau, c'est-à-dire cher 
vieillard, aU). calojér); ceremide, tuile (x£pa[jiç); chivot, 
armoire (xi6wt5ç) ; colibe, cabane (xa au 6*/;); crin, lis (/.pivov); dds- 
cal, maître (âtâdcxaXo;) ; dece, colère (SiV/;?); drom, chemin 
(âpéjxoç) ; eftin, à bon marché (£ut£Ay]ç) ; fdrmece, enchante- 
ment (çapij^axov) ; fleure, bavard (çXuapoç); haine, vêtement 
(/Xaivr^?); haleu, filet, Lex. Bud. (àXu6£'.v, pêcher); herezi, 
donner, faire cadeau (xapi^EcOai); icoane, image (eixwv) ; 
lipse, manque (X£T(}^i(;); mac, pavot (îj^yj^wv); merturisi, té- 
moigner (iJ.apTup£Ïv) ; miel, brebis (dont la rencontre avec l'ho- 
mérique jjLr^Aov doit cependant plutôt être fortuite) ; plas me, 
créature (-TuXàaiJLa) ; procopsî, faire des progrès (xpo^éxTEiv) ; 
prônie, prévoyance (xpcvota) ; scafe, vase à boire, plateau de 
balance (axa^y;); seatre, tente (è^éSpa); trufie, orgueil (xpucpY]); 
zeame, sauce (^é|xa); zugrdv, peintre (C^Tpaçoç). Il est vrai 
qu'une partie de ces mots existent aussi dans des dialectes 
slaves. — L'élément germanique est insignifiant, malgré le contact 
des Goths ; une partie des mots qui le composent a même été 
introduite médiatement, par les Hongrois et les Slaves des pays 
voisins ; une autre ne l'a été que dans les temps modernes, par 
la Transylvanie et l'Autriche. Il est vrai qu'en pareil cas, ce 
qui est décisif, c'est le fait de la possession, et non la manière 
dont on l'a acquise. Voici à peu près les exemples les plus 
importants : bande, troupe (s'accorde, il est vrai, avec l'ail, bande, 
mais aussi avec le hongr. banda) ; gard, haie (avec le goth. 
gards, ail. garten, mais aussi avec l'alb. garde)', groape, 
fosse, pourrait être le goth. grôba, mais ressemble plus à l'alb. 
grope-, lade, coffre, ail. lade, est aussi illyr. slav. hongr.; lec 
médecine, lecuî, guérir, goth. lêkinôn, slovène Ijekovatisz : c'est 



I 



DOMAINE VALAQIIE. 429 

un mot auquel le germanique et le slave ont une part égale ; sticle, 
verre comme matière, slovène styklo m. s., gothique stikls 
coupe, qu'on ne sait auquel rapporter du slave ou de l'allemand : 
sterc, strece, cigogne, bulg. siruk : selon Miklosich il est 
très-improbable que ce mot vienne de l'allemand ; vardeati, 
garder, goth. vardjan, v. -h. -allemand warten, slovène mod. 
vardetiy hvi\^. vardi\ d'origine allemande, d'après Miklosich. 
La ressemblance de^ac?, lit, avec le goth. Z^at^i est frappante; mais 
on doit aussi rapprocher le hongrois pad, banc : de même 
pilde, modèle, rappelle le v. -h. -allemand pildi, mais aussi le 
hongr. illyr. pelda. Barde, hache (v. -h. -ail. harta)\ bordeaiu 
cabane (ail. hord)\ dost, nom d'une plante (v.-h.-all. dosto, 
ail. mod. dost, origan); latz (ail. latte); steange, perche (ail. 
stange, perche); toane, tonne (ail. tonne), paraissent libres 
de tous rapports avec d'autres langues que l'allemand. Plusieurs 
autres, comme bregle,hv\àe\ darde, ûèche ; isbendi, venger; 
nastur (nœuds); sale, salle, viennent sans doute immédiate- 
ment de l'italien briglia, dardo, sbandire, nastro, sala. 
D'autres encore, comme bruncrûtz, ciuber, dantz, drot, 
grof, hdhele, harfe, niulde, obéit, plef, sine, sonce, sure, 
surtze , troace , semblent avoir pour source l'allemand 
moderne ( souvent prononcé à l'autrichienne ) : brunnen- 
kresse, cresson; zuber, cuveau; tanz, danse; draht, fil; graf, 
comte; hechel, séran ; harfe, harpe; mulde, jatte; abschied, 
congé; blech, plaque; schiene, hande; sehinken (schunken), 
jambon; scheuer, grange; schiïrze, tablier; trog, huche. — 
Dans des circonstances favorables, une langue peut quelquefois 
subir le mélange le plus fort sans y perdre son caractère ; mais 
le valaque n'était pas bien arrivé encore pour ainsi parler à la 
pleine possession et à la conscience de lui-même, quand il 
commença d'être pénétré par les éléments étrangers. Les prin- 
cipes de l'assimilation lui faisaient encore défaut : l'admission 
trop littérale des mots étrangers en est la preuve ; des sons 
purement slaves, des groupes même de lettres comme ml ei mr 
initiaux, furent accueillis sans changement. 

La littérature daco-romane commence à la fin du xv° siècle. 
Du moins il a paru à Jassy en 1856 un long Fragment istorik in 
vechea limbe romene, din 1495, réimprimé dans la Revista 
romana, vol. I, Bucharest, 1861, p. 547, 574. Un autre docu- 
ment de l'année 1436, également publié, est regardé comme faux 
dans ce dernier ouvrage. Jusqu'alors, on avait placé la naissance 
de la littérature (qui n'était guère qu'ecclésiastique) à l'année 

D1£Z 9 



-130 INTRODUCTION. 

1580. Le prince de Transilvaine Rakoczy ordonna le pre- 
mier (1643) aux Valaques de prêcher la parole de Dieu dans 
leur langue. Dans ces derniers temps, il a paru des ouvrages 
scientifiques et poétiques en valaque. Plusieurs écrivains se sont 
occupés de 'leur langue; cependant il manque encore un bon 
dictionnaire dont le valaque serait l'objet principal et le point de 
départ. Le Lexicon valachicolatino-hungarico-gerî/ianicum 
{Budae, 1825), œuvre de plusieurs mains, est, jusqu'à présent, 
le plus complet, sinon le plus exact. Si on possédait des chartes 
(slaves, bien entendu) écrites en Yalachie au moyen âge, elles 
permettraient, ne fût-ce qu'au moyen des noms propres, de 
pousser plus liaut l'histoire de la langue et d'éclairer bien des 
faits inexpliqués. La science ressent vivement cette lacune. 



LIVRE I 



PHONÉTIQUE 



LIVRE I. 

PHONÉTIQUE 



Nous divisons ce premier livre en trois sections. La première , 
partant des langues mères, étudie le sort de leurs lettres dans les 
langues dérivées : la seconde, remontant de ces langues déri- 
vées (considérées comme organismes complets) à leur origine, 
expose le rapport étymologique de leurs sons. A vrai dire il n'y 
a qu'une langue base et source de toutes les langues romanes : c'est 
le latin. Mais, comme nous l'avons vu, il y a encore, dans le 
domaine roman, un élément étranger qui n'est pas sans impor- 
tance, et qui a subi en roman une transformation propre : aussi 
est-il nécessaire, après avoir étudié les lettres latines, de 
passer en revue les lettres étrangères. La seule langue étrangère 
qui ait exercé par son vocabulaire une influence notable sur le 
roman est celle des Germains dans ses différents dialectes. 
Aussi peut-on dresser un tableau complet des lois qui ont présidé 
à cette action, comme nous le verrons ci-dessous. L'influence de 
l'arabe (sans importance pour le domaine roman envisagé dans 
son ensemble) est considérable dans les langues du sud-ouest de 
l'Europe, et ici encore on peut décrire avec exactitude les règles 
de transformation. Quant à ce qui concerne les autres langues dont 
l'influence ne s'exerce que sur une province isolée de ce vaste 
domaine, l'assimilation de l'élément slave par le valaque pourrait 
aussi se ramener à des lois définies ; mais cette dernière langue 
inspire jusqu'à présent moins d'intérêt que ses sœurs, et il serait 
peu utile de traiter ce sujet en détail : il suffira d'en noter les faits 
importants dans le chapitre consacré à l'étude des lettres 
valaques. Quant aux éléments celtiques et ibériques, trop clair- 
semés pour donner lieu à une étude systématique, nous nous 
bornerons à des observations isolées. L'élément grec, presque 
insignifiant, comme on l'a vu ci-dessus, peut être joint au latin. 
— Ces deux premières sections, qui se complètent et se déter- 
minent mutuellement, sont suivies d'une troisième section 
consacrée à l'étude de la prosodie. 



SECTION I. 



LETTRES DES LANGUES MERES. 



LETTRES LATINES. 

Avant d'aborder l'étude des questions que soulève le rapport 
des lettres latines aux lettres des langues dérivées, il faut insis- 
ter sur une division importante déterminée par le temps, et qui 
sépare l'élément latin en deux classes. La première , de 
beaucoup la plus importante, comprend tous les mots que le 
peuple a formés de la langue originaire, d'après des lois 
d'autant plus sûres qu'elles étaient inconscientes. La deuxième 
classe se compose de tous les mots introduits plusieurs 
siècles après, et de nos jours encore, par les lettrés avec 
une exactitude littérale, et sans aucun souci de ces lois fonda- 
mentales. On peut comparer les mots de la première classe aux 
créations de la nature, les mots de la seconde aux créations 
de l'art. Nous insisterons souvent encore dans le cours 
de cette grammaire sur cette division caractéristique. On peut 
citer comme exemples de la première classe Tit. cagione, 
cosa, dottare, Ves^. caudal, palabra, vela7\ le fr. ache- 
ter, façon, frêle, employer-, comme exemples de la 
seconde l'ital. occasione, causa, dubitare, Fesp. capital, pa- 
rdbola, vigilar, le franc, accepter, faction, fragile, impli- 
quer. Ce procédé devait nécessairement amener l'existence de 
beaucoup de mots latins sous une double forme dans les langues 
dérivées ; et les exemples que nous venons de citer ont été 
choisis dans cette catégorie ^ . 



1. Il serait à désirer que nous eussions pour chaque langue romane 
une liste aussi complète de ces mots à double forme que celle que 
nous possédons pour le français dans le Dictionnaire des Doublets ou 
doubles formes de la langue française, par Auguste Brachet. Paris, 1868. 
Cette excellente monographie peut apprendre combien un tel sujet est 
fécond pour l'étymologie et pour la grammaire. Il [est vrai que le 
français était plus propre que toute autre langue romane à fournir de 
pareils résultats. 



LETTRES LATINES. 4 35 

Cette division des mots en deux classes, d'après leur origine, 
est particulièrement importante pour le français : d'une part en 
effet cette langue est celle qui a perdu le plus grand nombre de 
mots latins qu'elle a été obligée de remplacer ensuite en recourant 
de nouveau à la source commune ; d'autre part c'est celle où 
la différence de forme entre les mots anciens et les mots nouveaux 
est le plus tranchée et appelle le plus une explication. Aussi les 
grammairiens français de nos jours insistent-ils avec raison sur 
cette division des deux couches de mots. Ils nomment les mots 
de la première classe mots populaires , ceux de la seconde 
mots savants ^ . Ils reconnaissent les premiers à trois caractères 
distinctifs : l'observation exacte de l'accentuation latine, la sup- 
pression de la voyelle brève atone, la chute de la consonne 
médiane. Voyez spécialement Brachet, Grammaire historique 
de la langue française, p. 71 et suivantes. De ces trois règles 
de formation, la première sera étudiée dans notre troisième section; 
nous parlerons de la seconde, à propos des voyelles atones, dans 
la présente section ; la troisième règle trouvera son application à 
chacune des consonnes. Tous les mots qui n'observent pas ces 
trois règles se caractérisent par cela même comme rentrant 
dans rélément savant. 



VOYELLES. 



Leur importance en roman dépend principalement de l'accent : 
la voyelle sur laquelle il repose forme le centre, l'âme du 
mot; le génie de la langue s'est imposé ici, dans ses créations, 
une règle précise, tandis qu'il se permet des changements 
beaucoup plus arbitraires avec les voyelles non accentuées (ou 
atones) . Ces deux catégories ont eu pour lui la valeur de deux 
éléments spécifiquement distincts. Aussi est-il nécessaire de les 
étudier séparément. 



1. A. w. Schlegel avait déjà employé, au moins pour les doubles 
formes, l'expression de mots populaires et de mots savants. Les Espagnols 
distinguent aussi les voces populares des voces eruditas. Je les ai moi- 
même caractérisées autrefois par le nom d'élément ancien ou populaire , 
et par celui d'élément moderne. 



436 VOYELLES LATfNES. TONIQUES. À. 



I. VOYELLES ACCENTUEES. 

Les voyelles accentuées exigent, étant de beaucoup les plus 
importantes, une étude très-minutieuse. Il faut y établir une 
seconde division fondée sur la quantité, et qui les distingue en 
longues et en brèves ; une catégorie à part doit être ouverte 
pour celles qui sont longues par position. Il n'y a que Va 
auquel ne s'applique point cette division. 

Les dérogations aux règles générales du roman sont si fortes 
en français, qu'il eût été plus commode d'étudier cette langue h 
part. Cependant comme cette grammaire est une grammaire 
comparée, et qu'en plusieurs points importants la langue 
française donne la main à ses sœurs, il est plus sage de ne 
point opérer cette séparation. 



Cette voyelle s'est maintenue intacte en italien, en espagnol, 
en portugais et en provençal. Cependant on ne peut nier qu'il 
existe quelques exemples d'affaiblissement en ai ou e. L'it. melo 
du substantif mâ7w5 semble être une forme différentiative amenée 
par malo de l'adjectif malus (que la prosodie ne distinguait plus 
de mâlus), et n'a sans doute aucun rapport avec le grec (j-^aov. 
Le suffixe italien évole s'est de même formé du lat. ahilis 
par la conversion au suffixe ehilis ou ihilis, lodevole = fie- 
voie. Treggia de trahea est un autre exemple. iVo^are présente 
un exemple du changement de a en o (voy. le Dictionnaire 
éty œnologique). — On peut citer pour l'espagnol alerce de 
larix\ pour le portugais fome de famés \ pour le provençal 
menjar à côté de manjar\ aigua, aiga tandis qu'on ne 
rencontre point agua (de aqua) doit étonner. Quant aux autres 
exemples provençaux, ils ne se rencontrent que dans des syllabes 
atones: aigrament, aimansa, aiguillefa, escaimel^maigreza. 
Cf. au de o dans la même position {aulen de olens). Grève, de 
gravis, forme générale en roman, est peut-être né, par une sorte 
d'analogie, sous l'influence du pendant levé, La forme, géné- 
rale aussi en roman, gettare vient plutôt de ejectare que de 
jactare. Ct*. Dictionn. Etymolog. I. — Le cas le plus fréquent 
et le plus important est celui ou a (par l'influence d'un e ou d'un 
i qui s'attache à lui) devient, suivant les langues, tantôt ai. 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. A. 437 

tantôt ei, tantôt e et ie : pr. air, esp. aire de aer; pr. primai" 
ran (mais seulement primer, primier), pg. primeiro, esp. 
^rz'mero, it. primiero de primarius ; pr. esclairar à côté de ^5- 
clariar\ pr. ôaw, pg. heijo, pr. &^50, esp. basium; pr. /azY, 
pg. /'e^^o, esp. /î^c/io de factus; par la résolution du c en ^■. Il 
est douteux que dans allegro de alacer, Ye de la dernière syllabe 
ait agi de même sur la forme de la tonique. Dans it. ciriegia, 
esp. cereza, pr. serisia, de cerasum, ceraseum, la forme 
provençale s'oppose à Thypothèse d'une semblable influence. 

La déviation de la voyelle pure est un peu plus forte en 
valaque. D'ordinaire elle reste intacte, aussi bien devant les 
consonnes simples que devant les consonnes composées, par 
exemple : acu, amar {amarus), ape [aqua), arame, {aéra- 
men), asin, hratz {hrachium), cad (cado), cap (caput), case, 
chiar {clarus), fac {facio), fag (fagus)j lat {latus adj.), 
mare, nas, pace (paœ), plac (placeo), rad (rado), ramure 
(ramus), rar, s are {s al), scare (scala), trag {traho), trame 
(trama), vace (vacca); ambi, arbore, ard (ardeo), arme 
{arma), aspru, barbe, cale {calco), cald, carne, carte, 
gras {grassus), lampe {lampas), lapte (lac), larg, larve, 
las {laœo), margine, nasc {nascor), palme, parte, salce 
{salix) et beaucoup d'autres. Les exceptions sont par exemple 
innot {nato, -as), lotru {latro, -onis Lex. bud.), pehde 
{palatium, hongrois palota), la plupart devant m comme 
chem {clamo), defeim {diffamo), foame {famés), cump 
{campus), umblà {ambulare). Devant n, c'est une règle que 
Va se change en u sourd : que Vn soit suivie d'une voyelle ou 
d'une consonne, ou qu'elle soit eUe-même finale^ cela ne change 
absolument rien. Exemples : cuine (canis), cunepe (cannabis), 
lune (lana), '^nunece (manica\ romun (romanus) ; blund 
(blandus), frung (frango), munc (manduco), puntece (pan- 
teoc), sunge (sanguis); on en trouvera dans la deuxième section 
des exemples plus nombreux. A persiste dans un petit nombre 
de mots comme an (annus), lance (lancea), plante, sant 
sanctus); il se change en d'autres voyelles dans : greu (gra- 
num), strein (extraneus), ghinde (glans), inime (anima), 
alune (avellana), unghiu (angulus). 

C'est en français que cette voyelle a le plus souffert ; le son 
pur de Va s'est très-fréquemment assourdi en ai, e, ieK On doit 

1. Nous pourrions (remarque Delius, Jahrbuch, I, 354), rétablir plus 
exactement la série de permutation, en disant que a est d'abord 



488 VOYELLES LATINES. TONIQUES. A. 

avant tout mettre à part le changement général en roman, chan- 
gement dont nous venons de dire un mot, et qui consiste dans 
l'assourdissement de Va par l'influence d'un i subséquent comme 
dans air, premier j baiser, fait. Les transformations de Va sont 
multiples; on peut cependant y saisir quelques règles : i) a reste 
intact en position latine, et en position romane, même quand 
elle n'existe plus dans la forme présente : a) cas de position 
latine : cheval, val, pâle (pallidus), haut (altus), flamme, 
lampe, change (cambio), an, pan (pannus), van, plante, 
grand, mange (raanduco), lance, balance, sang, chanvre, 
char, charme [carmen), art, part, lard, charge {car rico), 
large, barbe, arbre, casse (quasso), gras, las, pas, pâques 
(pascha), âpre, louvat (it. lupatto), natte (matta), bats 
(battuo), quatre (quattuor), sac, vache, lâche (laœus) , 
larme (lacri^na), nappe (mappa), achat (adcaptare). — b)cas 
de position romane : chambre, âme (anima an' ma), manche 
(inan'ca), ancre (anch'ra), charme (carp'nus), diacre (diac- 
nus), âne, plane {piaf nus), vo'i/age {viat'cum) et d'autres 
semblables , fat {fatuus fatvus) , miracle, gouvernail , 
image {imag'nem), page {pag'na), sade {sap'dus), admi- 
rable et toutes les finales en able; de plus, tous les mots avec 
un i palatal comme mail {malleus maljus), paille, bataille, 
Espagne, grâce, cuirasse {coriacea), bras, place, ache 
(apium apjum), sage {sapjus), rage {rabjes), cage {cavja). 
Il n'y a sans doute pas d'autre exception que chair (pr. carn), 
très, qu'a précédé d'ailleurs un type roman très-ancien tras, 
aspergé {asparagus). En résumé, la position protège la 
voyelle a, comme elle protège aussi Ve et Vo. — 2) Devant m 
et n, lorsqu'ils ne sont pas suivis d'une consonne, a dégénère 
en ai : aime, ain {hamus), clain v.-fr. {cla^nare), daim 
{dama), faim, rain v.-fr. [ramus), -ain dans airain {aera- 
ramen), essaim, {examen), levain {Hevamen), demain, 
{mane), grain, laine, main, nain, pain, plaine, raine vieilli 
{rana), sain, semaine {septimana), vain, -ain dans romain, 
chapelain. Grâce à une légère altération, le suffixe ien pour 
iain dans chrétien, égyptien, indien, italien, païen, etc. se 
dérobe à cette règle, ainsi que lien pour liain (ligamen). 
Artisan, paysan sont une exception réelle. Chien pour chain 



devenu e, et que dans certains cas (par exemple devant m, n, et même 
devant r), cet e s'est alourdi dans la diplithongue ai, — ou aussi bien, que 
cette voyelle s'est étayée d'un i bref, et s'est diphtlionguée avec lui. 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. E. ^ 39 

est une forme qui étonne, quand on en rapproche pain de partis 
et autres semblables. — 3) Devant les autres consonnes simples 
(si l'on considère les mots dans leur forme la plus primitive), 
et aussi quand ces consonnes sont suivies de la semi-voyelle r, 
a se change habituellement en e ouvert (parfois transcrit ai), 
— ou en e fermé quand il est final ou devant une consonne 
muette, comme dans quel, sel, tel, échelle, pelle (pala), -el 
dans mortel et autres semblables, autel {altare), amer, cher, 
chère (gr. )tapa), mer, chanter, chantèrent, écolier, régu- 
lier, chez (casa), nez, gréipour gret, lé [latum) , pré , vérité, 
chanté, chef{caput), achève {esip. acabo), sève (sapa), chèvre, 
fève, lèvre, orfèvre, trefVvè\n^(t.rahs), clef, nef, soefYieux 
(suavis); aile, clair, pair, vulgaire, aigre, maigre. Mais 
il ne manque pas de mots qui devant les consonnes les plus 
diverses gardent fidèlement la voyelle originaire. Ce sont les 
suivants : mal, animal, canal, -al dans bestial, égal, loijal, 
royal, et d'autres adjectifs ainsi terminés, avare, car (quare), 
rare, cas, rase (radere, rasus), vase, avocat, état, cigale, 
(cicada), lac, estoynac, rave (râpa), entrave (trabs), cave, 
grave, lave, cadavre. Plusieurs de ces mots portent à la vérité 
l'empreinte moderne, comme canal (v.-fr. chenel), avocat (à 
cbië avoué)', d'autres ne pouvaient abandonner Va qui servait 
à empêcher l'homonymie, comme cas à côté de chez, état à côté 
de été, rave à côté de rêve, lave à côté de lève; mais pour la 
plupart des mots, cette excuse n'est pas admissible, 

E. 

I. 1. Quand il est long, ou quand il est devenu long parla 
chute d'une consonne (m^n5^5 mm^), e s'est maintenu ordi- 
nairement intact. Dans un petit nombre de cas seulement il se 
diphthongue, par suite d'une confusion avec e bref. Ital. alena 
(anhèlare), rena (aréna), avena, blasfemia, cedo, celo, 
cera, credo, creta, devo (dëbeo), femmina, fievole (flêbi- 
lis), erede (herédem), meco (mëcum), inese , peggio 
(péjus), peso (pensum pësum), pieno (plénus), cheto (quië- 
tus), remo, rete, sede, semé, sera, seta, sevo (sëbum), 
spero, tela, teso (tensus), tre (trës), vélo, vena, veneno, 
prima-vera (vër), vero; querela, avère, canneto, et les 
autres dérivations en -ëla, -ëre, -ëtum. Les cas de diphthon- 
gaison en ie sont bieta [bëta), fiera (fëria, s'il n'y a pas 
attraction de Vi), Siena (Sëna). — Esp. avena, cera, creo. 



-140 VOYELLES LATINES. TONIQUES. E. 

debo, lleno (plënus), mesa (mensa), mes, quieto, remo, 
redy semen, sebo, espero, tela, très, vélo, vena, veneno ; 
querella, haber, arboleda (arborëtum). le dans tieso (ten- 
sus tësus). — En portugais, quand e est suivi d'une seconde 
voyelle, il peut s'allonger en ei : freo freio [frénum), cheo 
cheio (plënus). — Pr. aie, avena, ces (census), cera, cre, crei 
(credo), peitz (pëjus), pie, quet, le (lënis), ser, seré (serë- 
nus), esper, très, veré (venënum), ver, aver. — Le français 
s'écarte beaucoup de cette règle générale en roman. A la vérité, 
e se maintient encore intact dans beaucoup de mots, notam- 
ment devant l, comme dans : bette (bëta), blasphème, cautèle, 
carême (quady^agësima) , cède, chandelle, coynplet, cruelle 
(crudélis), femme, fidèle, pèse, querelle, règle, rets, sème 
(sëmino), espère, étrenne (strëna) ; devant n on écrit géné- 
ralement ei : frein, haleine, plein, veine. Mais la forme 
ordinaire est oi : avoine, crois (credo), dois (dëbeo)» moi 
(më), mois, poids (it. peso), soir, soie, espoir, toile, trois, 
voile, avoir, courtois i^cortensis), hoir vieux (hëres), coi 
(quietus), voir (vërus). Dans d'autres mots, la langue s'est 
décidée pour la forme ai, comme dans : craie (crëta), cannaie 
(cannëtum), taie (thëca). — Val. otzet (acëtum), trei (trës)^ 
pomet(po7nëtum, dans ^iQvcidXi pomet) . ^adans ceare (cëra), 
seare (sera), teace (thëca), aveà (habëre), etc. 

2. La permutation de ë en i, bien que commune au roman, 
est rare en dehors du français. L'italien, par exemple, dit : Cor- 
niglia (Cornëlia), Messina (Messëne, ou du grec Msaa'/iVY), yj 
étant prononcé comme i), sarracino (saracënus). — Esp. con- 
sigo (sëcum), venino vieux (venënum) ; pg. siso (sensus 
sësus). — Pr. berbitz (vervëcem), pouzi (pullicënus), razim 
(racëmus), sarraci. — Fr. brebis, cire (cëra), 7narquis 
(ynarchensis) , mey^ci (mer cëdem), pris (prensus) , poussin , 
raisin, tapis (tapëtum), venin, v.-fr. pa}is (pagense, aujour- 
d'hui j^ai/^), seine (sagëna), seri (serënus). On retrouve cette 
propension au changement de e en i dans le vha. fîra (fëriae), 
pîna (it. pend), spîsa (spesa). 

IL 1. E hveî, devant les consonnes simples, passe régu- 
lièrement à la diphthongue ie, et aussi à ed en valaque. Le 
portugais seul garde la voyelle intacte : dans les autres langues, 
de nombreux exemples prouvent cette loi de la diphthongaison ^ 

1. Je conserve cette expression que les grammairiens romans eux- 
mêmes, et déjà dans les Leys d'Amors, emploient pour désigner le 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. E. \Âi 

Ital. brieve (brëvis), dieci (dëcem), diede [dëdit), fiele (fël), 
fiero {férus), gielo {g élu), ieri (hëri), lieve (lëvis), mietere 
(mëtere) , mestiero {ministërium) , niego (nëgo) , piede 
(pëdem) , prie go (prëcor) , riedo (rëdeo) , siede (sèdet) , 
sieguo {sëquor), siero (sërum), éien& (tënet), viene (vënit), 
vieto (veto), Orvieto (urbs vêtus). — Esp. bien (bëne), diez, 
yegua (equa), flebre (fëbris), hiere (fërit), fiero, yerno 
{gêner), hiedra {hëdera), ayer {hëri), liebre (lèpus), miel, 
miedo {mëtus), niebla {nëbula), niego, pié, siego {sëco), 
tiene, viene, viedo (ancienne forme pour vedo, lat. veto), 
vie7'nes {Vëneris), viejo {vëtulus). — Pr. brieu, dieu, ieu 
{ego), fier {fërit), hier {hëri), lieu {lëvis), mielhs {mëlius), 
mier [mëret), ^nestier, mieu {meus), siec {sëquor), vielh.. — 
Fr. bien, brief, dieu, hièble {ëbulum), fièvre, fiel, fier, 
fierté {fëretrum), lierre {hëdera), hier, lièvre, relief {relë- 
vare), liège {lëvis), miel, mieux {mëlius), métier, pied, 
piège {pëdica), sied, tient, tiède (tëpidus), vient, vieux; 
de plus, citons les formes du vieux-français, telles que : ieque 
{ëqua), fiert {fërit), miege {mëdicus), mier {mërus), espiègle 
{spëculum), criembre {trëmere)-, i consonniiîé dansée {^90) 
de ieu, de même que dans les patois jèble de hièble, jeuse de 
yeuse {ilex, dans lequel ie vient de i), voy. Furetière et 
comparez Gerable de Hyemulus {Voc.hag.). — Val. eape 
{ëqua), feare et fiere {fël), meare miere {mël), mierle 
mëî^ula) , miez {mëdius) , peadece {pëdica), peatre {pë- 
tra) . 

2. La plupart des langues offrent des exemples de e au lieu de ie. 
En italien, on trouve souvent le même mot sous les deux formes, 
brève, fêle, fero, gelo, etc. Mais e demeure intact surtout 
quand il est proparoxyton, ou qu'il l'était en latin, ainsi dans : 
edera {hëdera), génère, grerabo {grëmium), imperio, inge- 
gno {ingënium), lepido, lèpre {lëporem), medico, merito, 
merla {mërula), nebbia {nëbula), pëdica {h coté de piedica), 
specchio {spëcidum), tenerOy tepido (à côté de tiepido), 
vecchio {vëtulus) : dans plus d'un cas {imperio, ingegno, 
nebbia, specchio, vecchio) ce fut l'euphonie qui décida de la 
forme à adopter, parce que la voyelle suivante contenait déjà 



rapport en question : ce mot me paraît d'autant plus approprié à la 
chose, qu'il se borne à exprimer le phénomène, et qu'il ne contient 
pas en même temps une explication, comme les mots allemands 
Steigerung ou Brechung. 



-142 VOYELLES LATINES. TONIQUES. E. 

un i palatal. Voici d'autres exemples : hene, crëma (crènior), 
fehbre, gemere, gregge {gregem), legge (lègit), pre^nere. 
Dans les syllabes ouvertes, e se change volontiers en i. Cf. cria 
(crëat), dio (dèus), io (ego), mio (meus), rio [rëus). L'ita- 
lien n'a point adopté pour le pluriel les formes si peu harmo- 
nieuses dii, mii, rû', mais dei, miei, rei. D'ailleurs le vieil 
italien dit aussi deo, eo, meo^. — L'espagnol observe plus 
sévèrement la loi de la diphthongaison; cependant la voyelle 
simple persiste parfois dans les proparoxytons, comme dans 
adulterio , madera (matëria) , menester (ministëriwn) , 
genero, lepido, medico (mais v.-esp. miege), merito. Le 
portugais présente quelques cas de la diphthongue intervertie 
ei,. par ex. ideia (idëa), queimo (crëmo). — En provençal, 
la voyelle la plus usuelle est e, qu'on peut retrouver dans tous 
les exemples cités au § 1 : hreu, deu, eu y fer, her, leii, melhs, 
mer, mester, 7neu, sec, velh. Il est à remarquer que cette 
langue ne souffre jamais la diphthongue à la fin des mots, et 
conserve toujours à cette place la voyelle simple : c'est ainsi 
qu'elle dit pe côté de l'it. esp. pié, fr. pied\ elle dit de même 
he (bene), re (rem), te (tenet), ve (venit), et jamais joze, bié, 
rié, tié, vie. N final ne compte pour rien : on ne prononce et 
on n'écrit jamais bien rien tien vien, en dépit du français 
bien rien tient vient. De même l final ne peut supporter la 
diphthongue : fel, gel, mel sont les formes ordinaires du pro- 
vençal, et non point fiel, giel, miel. Nous remarquerons, en 
traitant de la lettre o (II, 2), une loi correspondante. — Les 
exemples français de e pour ie sont : crème, genre, lève 
(lëvo), merle, tendre ; i dans dix et dîme (decimus). 

III. E en position reste intact, sauf dans l'espagnol et le 
valaque, qui, ici aussi, emploient volontiers la diphthongue. 
Il est inutile de citer des exemples italiens. — Esp. ciento, 
ciervo, finiestra vieux, hierro (ferrum) , confieso, fiesta, 
miembro, piel (pellis), pienso , pierdo, siempre, siento, 
siete (septem), tiempo, tierra, habiendo et d'autres géron- 
difs; mais ceso (cesso), lento, mente, senso, etc.. devant 
les mêmes consonnes. Dans les syllabes antépénultièmes, e se 
maintient de préférence : bestia, ferreo, mespero (mespi- 



1. Dius pour deus (d'où me dius fidius), mius pour meus, existent 
dans le latin archaïque (Schneider, I, 15), mais les mots italiens dio et 
mio peuvent aussi bien venir de deus, meus: cette langue favorise i à 
cette place, et ne le change jamais en e; cf. ci-dessous, p. 143. 



VOYELLES LATINES. TONIQUES, l. -143 

lum), persigo, pertigay tempora, termino, vertehra. Dans 
quelques autres mots, on rencontre i où l'ancien espagnol (dans 
les dialectes) mettait encore ie, par exemple silla^ nispera, 
vispera; v.-esp. siella, niespera, viespera. — La langue fran- 
çaise s'abstient ici de toute diphthongue : cependant on trouve 
fréquemment ie pour e dans l'ancienne langue, comme particu- 
larité dialectale, ainsi : hiel (bellus), bieste, ciert, ciey^ve, 
confiesse, iestre (esse), tierrne (terminus), viespre ^. Le 
même phénomène se produit encore aujourd'hui dans le wallon 
qui prononce sierpain (serpent), hiess (bestia). Il a lieu aussi 
dans le roumanche du pays haut, qui allonge d'ordinaire ie en 
ia : fier (fe^^rum), unfiern (infernwn), Mal {bellus), fiasta 
(festa),^ siarp (serpens), tiara (terra), viarm (vermis) , 
schliatt (allem. schlecht). — Le val. diphthongue e en ea, ie : 
easce (esca), fereastre (fenestra), fier fer (ferrum), earbe 
(herba), earne (hibernum), peale pelé (pellis), peane (pen- 
na), piei^d (perdo), seapte (septem), sease (seœ), tzeare 
tziere (terra), vearme verme (viermis). Mais ici ea est sou- 
vent prononcé et écrit a (voy. la deuxième section). 

L 

L 1 . En principe Hong reste intact. De nombreux exemples 
mettront ce fait en évidence. It. càstigo, chino (clïno), cribro, 
crine, dico, fibbia (fïbula), fico, fîdo (fidus), figgere (fï- 
gère), filo, figlio (fllius), fine, friggere (frigere), frivolo, 
giro (gyrus), imo, ira, isola (insulaïsula), libero (liber), 
libbra (lïbra), liccio (llcium), giglio (lllium), lima, lino, 
mica, miro, nido, uccido (occldo), pica, piglio (vïlo), pino, 
Pisa, primo, ripa, scynvo (scrïbo), scrigno (scrïnium), sibi- 
lo, si (sic), scimia (simia) simo, spica, spina, spirito, su- 
blime, vile (vllis), vino, viso,vite, invito (invïto Yerhe, invïtus) 
vivere, les suffixes -ice, -ico, -ile, -ino, -ivo : felice, ami- 
co, gentile, sottile (subtïlis), ovile, sentina, cattivo (capiï- 
vus). — Esp. convido (invïto), cribro, crin, digo, higo 
ficus), hilo (fllum), hijo (fllius), fin, frido (frigidus), fri- 
volo, giro, isla, libra, lizo (lïcium), lirio (lllium), lima, 
lino, miga, nido, pia (plca), pillo, pino, riba, escribo, 
escrino, sibilo, simia, espiga, espina, vil, \nno, viso; feliz, 



l. Oi dans étoile de Stella est une grave dérogation à cette règle; peut- 
être a-t-on d'abord prononcé atela, cf. pr. estela (jamais estella estelha), 
piem. steila. 



444 VOYELLES LATINES. TONIQUES. I. 

amigo, gentil^ ruina, cautivo. — Les exemples portugais 
sont pour la plupart homophones des exemples espagnols. — Pr. 
convit, die, figa, fllh^ fi {finis), gir, lima, miga, mi^ia 
{hemtna), mir (mïror), niu .(nïdus), pin, riba, escriu, si 
(sic), simi, espiga, espina, vil, vin, vis; razitz {radicem), 
aynic, gentil, caitiu. — Fr. châtie, incline, convie, crime, 
crin, figue, fil, fils, frire, île, livre (lïber, Itbra), lice, lis 
(lilium), lime, ligne, mari ( may^tus), mie, mine, admire, 
oubli (oblïtum), nid, péril, pie, pille, pin, prime, rive, 
écris, écrin, si, siffle, singe, épi (spïca), épine, sublime, 
tige{tïbia), vil, vin, avis, vis (vïtis), vivre; impératrice, treil- 
lis (trilïcem), ami, fourmi, gentil, subtil, pruine, chétif. 
Sur la nasalisation du fr. i, voy. à la deuxième Section. — Val. zic 
(dïco), fige, frig (frïgus), frige, Unie, mie (mica), mir 
(miror), ueid, scriu (scrïbo), simie, spice, spin, suspin 
(suspiro), vin, vitze (vitis), viu (vlvus); cerbice {cervlcem), 
ferice (fellcem), besice (vesïca), leftice (lectïca), amie, 
ruine, ferine [farina). 

2. Il n'y a presque pas d'exceptions à cette règle générale. Les 
mots italiens freddo (frïgidus frig' dus) et elce {ïlicem H'cem) 
se justifient parce que Ve s'est trouvé en position de très-bonne 
heure (on rencontre au moins frig dus)', la forme secondaire élice 
au lieu à'ilice peut avoir été suscitée ^sœ elce). Dans les dialectes, 
il est vrai, on trouve fréquemment e pour i, par exemple en 
romagnol spena, sublem, ven (vïnum). En espagnol il y aurait 
peut-être à remarquer esteva (stïva), pega à côté de pia. En 
provençal, on doit noter frevol, ainsi que freit (frig' dus) pour 
friit, qu'il eût été impossible de prononcer, ce qui a causé aussi le 
fr. froid. Notons en français : loir (glïrem), auquel la diph- 
thongue est venue donner plus de corps (il n'y a point de mono- 
syllabes en ir, à l'exception de tir, substantif verbal) ; poïs 
(pïsum) qui a pris cette forme pour se différencier de pis 
(pejus). Le valaque ofire botez -(baptïzo), repe (ripa), rus 
rïsus), ruu (rïvus). Un cas commun à toutes les langues ro- 
manes est l'it. esp. caréna, pg. crena, fr. carène, val. carène 
au lieu de carina que V Elucidarius provençal est seul à 
employer. 

IL 1. /bref devant une consonne simple passe au son voisin 
e : it. bevere (bïbere), cenere (cïnis), ricevere (recïpere), 
cetto (cïto), fede (fïdes)," frego (frico), lece (lïcet), le go 
(ligo), meno (mïno, minus), nero (nïger), netto (nïtidus), 
neve (nîvem), pece (pïcem), pelo (pïlus), pevere (pïper). 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. I. 445 

"pero (pïrus), piego (plïco), semhro {sîmilo), son arch. (sîne), 
seno (sinus) f sete (sïtis), secchia (sïtula), stelo {stïlus), 
stï^egghia (strïgilis), strega [strïga), Tevere(Tïberis), temo 
(tmieo)y vece (vïcem), vedo {video) y vedova (vïdua), ver de 
vïridis), vetro {vïtrum). — Esp. hebo, cebo (cïbus), con- 
çebo (concïpio), cedo {cïto), dedo (dïgitus), hebra (fîbra), 
fe [fïdes), frego, ynenos, negro^ neto, pez, pella {pila), 
pelo, pebre, pera, pie go, recio {rïgidus), seno, sed, temo, 
vez, veo {video). Diphthongue dans nieve ^ouv neve, plie go 
à côté deplego {plïco), riego pour rego {rïgo). — Pg. bevo, 
cevo, cedo, etc. — Pr. beu, cenre, det {dïgitus), frec, fe, fem 
{fïmus), enveia {invïdia), letz {lïcet), men {mïno), mens 
{minus), m^eravelha {mirabïlia), ner {nïger), neu {nïvem), 
pez, pebre, plec, rege {rïgidus), senes {sïne), sen {sïnus), 
tem, vetz, vei {vïdeo), veuza {vïdua), veire {vïtrum), ver- 
melh {vermïculus). — Cet e, commun au roman, ne se produit 
en français que dans la position romane, assimilée à la position 
latine, c'est-à-dire dans une syllabe originairement antépénul- 
tième. Exemples : oreille {aurïcula), cendre {cïnerem), con- 
seil {consïlium), justesse {justïtia), merveille, neige 
(nïveus), net, possède {possïdeo), semble {sïmulo), seille 
{sïtula), teille verbe {tïlia?), trèfle {trïfolium), vesce {vïcia), 
vermeil, veuve {vïdua), vert', on le trouve en outre isolément 
dans les mots m^ène {mïno), sein {sïnus), verre {vïtrum). La 
seconde forme de Yï en français est, comme celle de é, la diph- 
thongue oi, où ^^ provient souvent d'une gutturale adoucie, comme 
le montre la forme primitive ei : par exemple : nigr, negr, neir, 
noir. Yoiciles exemples les plus importants : boire (anciennement 
boyvre), doigt, foi {fïdes), froie {frïco), Loire {Lïger), 
moins {mïnus), noir {nïger), poil {pïlus), poivre, poire 
{pïrus), déploie {plïco), roide {rïgidus), soif {sïtis), voie 
{vïa), vois {vïdeo). — Yal. beu {bïbo), curechiu {caidïcu- 
lus), frec, leg, negru, plec, precep {praecïpio), sete, tem, 
ved. Les autres formes sont e dansper {pïlus), veduve {vidua); 
ea dans peare {pïrum), teame (de tïmeris, it. tema), valaque 
du sud siate {sïtis), viarde {vïridis); u dans mun {mïno), 
Sun {sïnus). Les dérogations à la règle sont donc nombreuses. 

2. Dans beaucoup de cas i a résisté à cette transformation : 
en italien principalement à T antépénultième originaire, où Ton 
rencontre parfois à côté de i la forme plus romane e : arbitrio, 
ciglio {cïlium), discipolo discepolo, dito {dïgitus), invidia, 
liquido, miglio {mïlium), minime menomo, nitido, rigido, 
DIEZ , <10 



^146 VOYELLES LATINES. TONIQUES. I. 

simile, tigna {tînea^), titolo, mzio,vezzo; faiticcio {factï- 
cius), fiiticciOy cavicchio (clamcula), vermiglio, famiglia, 
maraviglia [mirabïlio), possibile, terrihile, legittimo, 
marittwio, sanguigno (sanguïneus), avarizia avarezza, 
giustizia giustezza, servizio. Il faut y joindre quelques paro- 
xytons, comme cibo, fimo, libro {lïber), sito, tigre, surtout 
quand i se trouve dans une syllabe ouverte : dia di (dïes), fia 
(fïet), pio, pria {pymis), stria, via. — L'espagnol maintient Yi 
à peu près dans les mêmes cas que l'italien : arbitrio, discipii- 
lo, envidia, liquida, mjo {mîlium), minimo, nitido, rigidoei 
recio, simil, tina, titulo, viuda (vîdua), vizio vezo; hechi- 
zo (factïcius), ficticio, familia, maravilla, posible, terrible, 
marithno, juslicia, servicio; libro, ligo, lio, estriga (strî- 
ga), tigre, dia, pio, estria, ma; on trouve cependant sin 
{sïne^). Fr. sourcil, disciple, envie, mil, prodige, titre, 
vide, vigile, vice; maléfice, famille, flexible, légitime, 
avarice; chiche (cïcer), livre, lie (lïgo), plie ploie (plïco), 
tigre. 

III. 1. /en position est traité comme i bref; d'où l'it. ceppo 
(cippus), crespo, cresta, degno, fendere, fermo, lembo, 
lettera {littera, non lïtera), mettere, pesce, secco, selva, 
se^nplice, spesso, verga, vesco, etc. — Esp. cepo, crespo, 
cresta, letra, lengua, pez, seco, espeso, verga; en portugais 
à peu près de même, — Pr. cep, denh, fendre, ferm, lengua, 
letra, mètre, peis, sec, selva, espes, verga. — Fr. baptême 
(baptisma), cep, crêpe, crête, chevêtre (capistrum), évêque 
(episcopus), fendre, ferme, herse (irpex), lettre, mettre, 
pêche (piscor), sec, étroit de estreit (strictus), verge. Devant 
ng, gn, ne originaire, i devient tantôt ci, tantôt ai, tantôt a : 
ceindre (cingere), feindre (fingere), enfreindre (in fr in- 
gère), peindre (pingere), enseigne (insignis); daigne {dig- 
nor), vaincre (vincere); langue (lingua), sangle (cingu- 
lum). Vierge (virgo) a subi la diplithongaison pour éviter 
l'homonymie de verge (virga). — Val. se7n7i {signum), peste 
(piscis), etc., mais on trouve aussi e, i, ea et a : sec (siccus), 
intru (intro), sealbe (silva), varge (virga). 

1. Sédulius prononçait tlnea : Non mordax aenigo vorat, non tinea 
sulcat (Voss. Arist. 2, 39). 

2. On trouve, il est vrai, avec la voyelle longue, le lat. seine = sine, 
mais (selon Ritschl) la leçon est douteuse. L'espagnol, en général, 
affectionne un peu plus la voyelle i, cf. ni avec le pg. nem, it. ne, si 
avec le pg. it. se. 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. F. 447 

2. Il y a ici beaucoup plus d'exceptions que pour Ye bref 
devant une consonne simple. En italien, i persiste le plus 
souvent devant II, n et s, comme dans brillare {beryllus), 
mille, pillola, s cilla, squilla, stilla, villa; cinque, cinto, 
finto, lingua, principe, propinquo, quint o, stinguo, strin- 
go, tinca, vinco; acquisto, arista, assista, cista, epistola, 
fisco, fisso (fiœus), fistola, ispido, ministro, misto (miœtus), 
tristo. — En espagnol, les exceptions se produisent presque 
dans les mêmes cas qa'en italien : arcilla (argilla), bril- 
lar, mil, pildora, villa, cinco , cincho , finjo, quint o , 
extinguo, astrinjo, arista, assista, conquisto, epistola, 
fisco, fistola, ministro, miœto, triste; néanmoins Vi reste 
dans beaucoup de cas où l'it. met e comme : dicho, digno, firme, 
ohispo (episcopus), silva, virgen. — Yal. chinge (cingu- 
luYti), cincï (quinque), fistule, limbe {lingua), litere {lit- 
tera), mie (mille), ninge, simplu, stinge, trist et beaucoup 
d'autres. — L'i s'est conservé rarement en provençal et en 
français. — Mille, quinque, quintus, tristis, villa conservent 
leur i dans toutes les langues romanes : parmi ces mots, mille 
avait en latin la voyelle longue, ce qui justifie Vi roman. 

E pour i bref n'est point un romanisme spécifique, mais au 
contraire un trait tout à fait archaïque de la langue latine 
(semol, mereto, soledas, posedet dans les inscriptions), trait 
qui disparaît dès l'année 620 avant J.-C, et dont on ne trouve 
plus dans les monuments postérieurs que de rares exemples, voy. 
Ritschl, de epigr. Sorano, p. 15; de Aletrinatiumtit., p. xiii, 
XIV. 11 faut sans doute admettre une connexité historique entre cet 
e latin et Ve roman : Ye, qui dans la langue populaire a pu 
continuer d'exister parallèlement à Yi latin littéraire, semble 
avoir été transmis par elle aux dialectes postérieurs. Toutefois 
l'accord n'est point parfait : car si d'une part correspondent à 
senu (OreU. 4583) le roman seno, à mag ester dans Quintilien 
le roman maestro magestre, à senester (Fr. Arv.) sinestro 
senestre, à félïcem dont Flavius Gaper blâme l'emploi pour 
filicem (Putsch, p. 2246) le roman felce, — on rencontre d'autre 
part vea pour via, vella pour villa (relevés tous deux par 
Varron dans la langue des paysans), ou fescmn pour fiscum 
dans une inscription (Grut. 1056, 1), ou leber pour liber dans 
Quintilien, ou même speca pour spica (noté aussi par Yarron 
comme rustique), tandis que tous ces mots possèdent un i dans 
leur forme romane. Les chartes du vu® siècle et du viii*^ dont 
les copistes étaient négligents laissent percer assez fréquem- 



' ViS VOYELLES LATINES. TONIQUES. O. 

ment la forme romane ; on trouve fedem, inenime, vecem, 
decto {dictus), esto (iste), fermare, prometto, provencia, 
selva, vendicety vertute et autres semblables. — A l'excep- 
tion d'un certain nombre de mots (qui pour la plupart ne sont 
point anciens dans les langues romanes), on peut dire que 
cette règle de la différenciation de ë eiàe ë devant une consonne 
simple s'applique avec une rigueur assez générale : Fïdus et 
fides, vlvere et bibere, pïlum eipïlus, se différencient de la 
manière la plus distincte dans les formes ital. fido et fede, vivere 
et bevere, pilo eipelo. 

0. 

I. 1. long reste intact en italien : conobbi (cognovi)^ 
co7'ona, cote [côte^n), dono, flore {flôrem), onore (honôrem), 
ora (hôra), leone, moto, nobile, nodo, nome, no {non), 
nono, noi (nos), persona, porno, ponere, pioppo {pôpulus), 
corne {quômodo), scro fa, sole {sol), solo {sôlus), voce, voi 
{vos), voto, -oso : glorioso. — Esp. corona, don, flor, ho- 
nor, leo, no, nono, nos, persona, porno, coyno, sol, solo, 
voz, vos, voto, glorioso ; il y a plus d'un exemple de diphthon- 
gaison, comme ciguena {cicônia) , cuelo {côlo) , consuelo 
{consôlor), mueble {môbilis). Pg. corona, dom, etc.. — 
Pg. corona, cot, don, flor, honor, hora, leon, not {nôdus), 
nom, non, nos, persona, pom, sol {sôlus), tôt, votz, vos, 
vot, glorios. — En français Ô est traité comme Ô : la voyelle 
simple ne se maintient d'ordinaire que devant m, n; la forme 
dominante est eu, œu. Ex : couronne, donne, nom, non, 
personne, pomme, pondre {pônere), comme {quômodo), 
Rome, lion, patron, raison {ratiônem) et les autres substan- 
tifs en -0 -ônis, en outre console, or {hôra), dos {dôsum 
pour dorsum), noble, octobre, sobre {sôbrius). En revanche 
heure, meuble {môbilis), mœurs {ynôres), neveu {nepôtem), 
nœud {nôdus), œuf {ôvum), pleure {plôro), seul (sôlus), 
vœu {vôtum), honneur, glorieux et tous les autres mots en 
-or -ôris et -ôsus. Une troisième variante, dans cette langue, 
est ou, comme le témoignent les exemples suivants : avoue 
{vôto), doue {dôto), noue (nôdo), nous et de m. vous, pour 
{prô), proue {prôra), roure (rôbur), époux {spôsus pour 
sponsus), Toulouse {Tolôs a), tout (tôtus). Au lieu de o^ on 
trouve ui dans buie (bôia), truie {trôia). — En valaque, ô est 
rendu tantôt par o, tantôt par oa, preuve que cette langue le 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. 0. -149 

confond aYec o : corone, onore, natzion, nome, noi, pom, 
rod (rôdo), tot{tôtus), voi, ghibos (gibbôsus); noatin {annô- 
tinus), coade {coda), coroane, floare, oare (hô7^a), perso- 
ane, poame, scroafe, soarece (sôricera), sudoare (sudô- 
rem). — Remarquons ici la diphthongaison, presque générale 
en roman, du mot ôvum : it. uovo, esp. huevo {ovo Alx. str. 
130), pr. uou, fr. œuf; le valaque seul dit ou, c'est-à-dire 

OX). 

2. De même que e long devient i, o long devient u. En italien, 
les exemples sont rares : giuso (deorsum deôsum, chez Dante 
encore gioso), cruna (corôna), tutio (tôtus) . — Esp. ^/w^o 
(= it. giuso), nudo (nôdus; nuedo Cane, de B.), octubre 
(octôber). Pg. almunha vieux (alimônia), outubro, teste- 
munho {testimônium), tudo. — En français, on trouve surtout 
cet u dans l'ancien dialecte normand. Ex. : amur, barun, tut, 
vud (vôtum), ure (hôra), etc. Voyez la deuxième section. — 
Le roumanche favorise aussi cette voyelle : amur, dun (dô- 
num), flur, liun, num, nus, sut, glorius ; sans parler ici des 
variétés dialectales. — Val. cepun (capônem) Leœ. bud., 
eerbune ( carbônem ) , conciune ( conciônem ) , cunune 
{corôna), mure {môrmn), nu {non), pune {ponere). 

II. 1. bref se diphthongue devant une consonne simple, et 
donne en it. iiô, en val. 6a, en esp. ué, en pr. né uô, en fr. 
eu {œu, ue, oe). Ici encore, comme pour Ve, le portugais 
rejette la diphthongue, et le provençal ne l'emploie que rarement. 
It. buono {bonus), buoi {boves), cuopre {cÔÔperit), cuoce 
{coquit), cuore {cor), cuojo {côrium), gruoco {crôcmn), 
duole {dôlet), duomo {domus) , . fuoco (fôcus), fuori {fôris), 
uo?no {homo), giuoco {jocus), luogo {locus), muore {mori- 
tur), muove {movei), nuoce {nôcet), nuovo {novus), uopo 
{ôpus), pruova {prôba), puote {potest), ruota {rota), scuola 
{schôla) , suocero {sôcer) , suolo {sôlum) , suole {sôlet) , 
suono {sônus), suora {sôror), stuolo (aTcXcc), tuono {tonus), 
tuorlo {torulus), vuole {vult de volo), -uolo : capriuolo 
{capreôlus), figliuolo {filiôlus). — Esp. bueno, buey {bo- 
vem) , cuece {coquit) , duendo {domitus) , duele, fuego , 
fuero {forum), fuera {foras}, juego {jôcus), jueves {Jovis), 
luego , muele (môlit), mueve {môvet) , nueve (nôvem) , 
nuevo, huele {Ôlet), huebra {opéra), pueblo (pôpulus), 
ruega (rôgat), rueda, escuela, suegro, suelo, suele, sueno, 
tuero {torus), vuela {volât), hijuelo {fitiolus). Le vieil espa- 
gnol a encore d'autres exemples : cuemo pour com>o, cuer 



^50 VOYELLES LATINES. TONIQUES. 0. 

{cÔ7') PCidy nuece {nôcet Aloo.), huehos (opus) ; toutefois il 
est en général moins favorable à la diplithongue. Les formes en 
o comme bo7to Bc. Alx. FJuzg., jogo Alœ., abolo (*avolus) 
FJuzg. sont fréquentes, et dans le Poema del Cid l'assonance 
oblige assez souvent à prononcer ue comme o, pueden v. 2931, 
par exemple, comme poden, cf. Sanchez, I, 224. — Le pr. 
emploie ue : bueu {bovem) , fuec, fuelha (fôlium), fuer 
{f6ru7n)y lueCy muer (moritur), mueu (movet), nueu (no- 
vus), suegre, suer (soror). Un second dialecte met ue pour 
uo; voy. la section IL — Fr. bœuf, chœur (chorus),' queuœ 
(coquus), cœur, deuil (do Hum dans cordolium), feu, feuille , 
huem V. fr. (homo), jeu, lieu, meule (mola), demeure 
(demôratur), Meuse (Môsa), meut, neuf (novem, novus), 
œil (Ôcidus), aveugle (*aboculusJ, œuvre, peuple, preuve, 
écueil (scôpidus), seuil (solium.), sœur, veut (= it. vuole), 
chevreuil, filleul. — Dans le dialecte roumanche du pays 
haut, il faut remarquer la diphthongaison de o en ie, alors que 
cette diphthongue dans les autres langues est toujours le produit 
d'un e : diever ipouv iever (opéra) , ieli (Ôleum), niev (novus), 
pievel (populus). C'est un ûe affaibli, qui apparait même 
quelquefois dans cette forme, et qui correspond au provençal ue. 
Devant^, il se prononce ^ew : fieug (focus), gieug (jôcus), 
lieug (lôcus) . Mais d'ordinaire o se soustrait tout à fait à la diph- 
thongaison : bun, bov, cor, mover, or (foris), prova, roda, 
scola, sora (soror), tun (tonus), um (homo). — Val. coace, 
doare (dôlet), oameni (hômines), poate (pôtest), roage 
(rogat), scoale (schola), vioare viorea (viola). 

2. En italien, o antépénultième et en position romane résiste 
ordinairement à la diphthongaison : cattolico, cofano (cÔphi- 
nus), collera (choiera), doglio, donno (dôminus), lemosina 
(elee^nosyna), foglio (fôlium), oggi (hôdie), moggio (mo- 
dius), occhio (ôculus), oglio (ôlemn), opéra, poggio (po- 
dium), popolo,proprio, soglio (sôleo, sôlium), soldo, solido, 
stolido, stomaco, en outre dans bove (bovem), coro (chorus), 
dimoro (demôror), modo, nota, nove (novem), rodo, rosa, 
tomo. — Habituellement, o antépénultième se maintient en 
espagnol: catolico, coflno, colera, etc., en outre dans dolo 
(dôlo ieàole), modo, nota, rosa, tomo, tono (tonus), U dans 
cubro (côôperio), pg. furo (fôro je fore). — En provençal, o 
conserve ses droits à côté de we, uo : pgr exemple bou, bueu, 
buou. Pas plus que pour ie, la diphthongue ne se produit à la fin 
des mots ou devant n, l finaux; ainsi bo, so, bon, son, doL 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. 0. ^5^ 

sol, estoh rossinhol, non buon, duol. — La voyelle simple 
persiste assez souvent aussi en français, principalement devant 
m et 71 : coffre, girofle (caryophyllum), hors [foras), globe, 
mode, proche (propius), rose, école, sole (solea), viole, 
v.-fr. voche (voco), vol (de volare); bon (v.-fr. boen boin), 
concombre (cucumis), dôme, on (homo), Rhône [Rhôdanus) , 
son, ton, trône. Ou dans couvre, prouve (probo), roue 
(î'ota), dépouille [spôlium)', devant i il y a u, non o, dans : 
hui (hodie), pui (podium). — Yal. bou (bovem), domn, foc, 
nou (novus), ochiu, op (opus), rog, socru, probe (prôba), 
voiu (volo), etc. Outre oa et o, le valaque emploie encore u : 
bun (bonus), ruse (rôsa), spuze (spodium), sun (sonus), tune 
(tonat). — Parmi les mots en o, quatre sont communs à toutes 
les langues romanes, rosa, 7nodus, nota, tomus. Le premier 
doit avoir pris de très-bonne heure un o long, en sorte que sa 
prononciation se confondit avec celle du participe rôsa, car cette 
quantité se retrouve aussi dans le vieil allemand, voy. le Dict. 
étymol. Il existe des formes diphthonguées de modus dans le 
vieil esp. muedo (Bc. Rz.) et dans le fr. mœuf. Nota et tomus 
n'ont certainement jamais été populaires en roman. L'ital. 
nove est une forme différenciée de nuove (novae) . 

IIL 1. La voyelle simple reste intacte en position; seuls, le 
valaque et l'espagnol permettent la diphthongaison (comme pour 
e). Val. coaste (costa), coapse (coxa), doarme, foale (fol- 
lis), foarte, oaste (hostis), moale (mollis), noapte (noctem), 
poarte, soarte. — L'espagnol diphthongue volontiers devant 
/, m, n, r, s ; exemples : cuelgo (colloco), cuello, fuelle (fol- 
lis), muelle, suelto (de soltar), vuelvo, dueno (domnus), 
sueno (somnus), ciiento (computo), luengo, fuente, puente, 
encuentro (de contra), cuerda (chorda), muerte, puerta, 
suerte , fuerte, huerto, tuerto, duermo, cuerno, cuerpo, 
cuervo, huerco (orcus), huerfano (orphanus), huesa (fossa), 
hueste, nuestro, hueso (ossum), pues (post). Mais cet usage 
n'a rien d'absolu ; à côté àe puente, cuerno, on trouve monte, 
torno. Souvent, pour arriver à une prononciation plus facile, 
Yu est élidé même devant une consonne simple : estera (storea), 
fleco à côté de flueco (fioccus), f rente à côté de l'ancienne 
forme f ruent e Alx. FJuzg. (frontem), lengos pour luengos 
(longos) Cane, de B.^, lerdo (it. lordo), pest (post) dans 

1. Le même document écrit aussi avelo pour abuelo, vestro pour 
vuesiro : mais on doit prononcer a-u(do, uestro. 



-132 VOYELLES LATINES. TONIQUES. U. 

pestoreja, serba (sorhum). — Les cas de diphthongaison en 
provençal sont : luenh (longus), muelh (mollio), nueg (nox), 
vuelf (volvo) à côté de lonh, niolh, noch, volf. — En fran- 
çais, ou se produit encore parfois à côté de l'ancien o, comme 
didiXiS> cour (chors) , tourne (torno) . — La diphthongaison est 
fréquente dans les dialectes : ainsi le wallon met ai devant r : 
hoir (fr. horde), coid (chordà). Le roumanche met de même ie 
(voy. ci-dessus, II, 1) : briec (it. brocca), chiern {cornu), chierp 
(corpus), diess (dorsum), ierfan (orphanus), iess (ossum), 
niess (noster), jnerch (porcus), sien {soninus), tiert (tor- 
êum, fr. tort). Le dialecte del'Engadirie offre ici uo (o dans le 
pays haut) : cuolp, duonna, fuorma, etc. 

2. Z7 pour se rencontre dans quelques langues; il est rare 
en italien : lungo (longus), uscio {ostium). Il est plus fré- 
quent en espagnol : cumplo (compleo), curto (contero), 
nusco {nobiscum), pregunto (percontor), tundo (tondeo), 
uzo {ostium PC), pr. uz. — En français, cet u se diphthongue 
en ui : huis {ostium), huître {ostrea), puis {post). — Fréquent 
en valaque : curte{chortem), cust{consto), cumpet {computo), 
culc {colloco), frunie {frontem), frunze {frondem), use {os- 
tium). — Ostium a pris dans toutes les langues romanes u pour 
o ; cet u provient probablement ^'une ancienne forme ustium, 
car on trouve déjà ustiarius dans une charte napolitaine de 551 
(Marini, p. 180). 

U. 

\. i. U long persiste partout et presque sans exception. Ital. 
acuto, bruco {brûchus), bruma, bruto, bufalo {bûbalus), 
bure {bûra), crudo, culla {cûnula) , culo , cura, ducere, 
dumo, duro, fiume {flûmen), fui {fui Schneider I, 100), 
fumo, fune, furo {fur), fuso, confus o , umido (hûm.) , 
giudice {jûdeœ), giubbilo {jûbilum), luglio {jûlius), giu- 
gno {jûnius), giuro {jûro), luccio {lûcius), luce, lume, 
luna, maturo , mucido, mugghio (de y/oûgire), mulo, 
muro, musica, 7nuto {mûto, mûtus), nube, nuvolo {nûbi- 
lum) , nudo , nutro , oscuro {obs.), pertugio {pertûsus), 
Perugia {Perûsia), pimna {pluma), più {plus), pruno, 
puro,puto {pûteo), ruga, ruta, scudo, sicuro, spuma, suco, 
sudo, conswno, suso {sursum,, sûsum), uno, uso, utile, 
uva, -ume, -ura, -ute, -uto : légume, natura, salute, yni- 
nuto. — Esp. agudo, brugo, bymma, bi^uto; bubalo, buho 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. U. ^ 53 

{hûho), crudo, cuyo (cûjus), culo, cuba (cûpa), cura, 
duzgo (dûco), duro, humo (fumus), huso {fûsus), confuso, 
humedo, julio, junio, lucio, luz, lumbre {lumen), 7nuro, 
musica, mudo, nube, nudo, nutro, escuro (obs.), pluma, 
pruna, puro, ruga, escudo, seguro, espuma, sugo (sûcus), 
sudo, consumo, uno, uso, util, uva ; futuro, natura, vir- 
tud; v.-esp. flumen Bc, mur (mûrem) Alx. — En portugais 
comme en espagnol. — Pr. agut, cru, cul, cuba, cura, duc 
(dûco), flum, fum, fur (fur or), fus (fûsus), juli, juni, lus 
(lûcius), lum, luna, mul, mur, musica, nuble, nul (nûdus), 
oscur, pertus , pluma, plus, rua (rûga) , ruda, escut, 
segur, espuma, suc, un, us, natura, vertut. — Fr. aigu, 
brume, brut, bu fie, buse (bûteo), caduc, conduire (con- 
dûcere), confus, exclus, cru, cul, cuve, cure, flun arch. 
(flûmen), fus (fui), par fum,, glu (gluten), enclume (incû- 
dem), jeûne, (jejûnium), juge, juin, jure, jus (jûs), luit 
(lucet), lune, mûr (matûrus), mule, mur (mûrus), mue 
(mûto), nue (nûbes), nu (nûdus), obscur, pertuis, plume, 
plus, prune, puce (pûlex), pur, pue (pûteo), rue (ruga, 
rut a), écu (scûtum), suc, sûr (secûrus), sue (sûdo), con- 
sume, sus (sûsura), un, use, utle arch. (ûtilis) ; légume, 
nature, vertu, menu (minûtus), Autun (Augustodûnum) 
et de même Embrun (Fburodûnum) , Melun (Melod.), 
Verdun (Virod.), etc. — Val. crud, cur (cûlus), cupe 
(cûpa), cure, duc (dûco), fum, fune, fus, fur, umed, zude, 
Julie, junie, lumine, lune, 7nuc, mut, prun, pur, put, rute, 
spume, asud (sudo), sug, uger (ûber), ud (ûdus), légume, 
rupture, vertute, minute. 

2. Cette règle souffre quelques exceptions peu importantes. 
?7 devient o : it. coppa (cûpa), ghiotto (glûtus), lordo (lûri- 
dus), otre (ûter) ; esp. copa, odre, pr. copa, glot, lort, oire; 
fr. ou : coupe, lourd, outre. Mais il faut remarquer que 
dans lordo la confusion de la position romane avec la posi- 
tion latine a pu avoir lieu, qu'à côté de cûpa on trouve 
aussi cuppa (Schneider I, 426), et que gluitrre permet 
de supposer une forme gluttus pour glûtus ; reste donc 
comme seule exception le mot ûter ; mais la quantité de ce mot, 
telle que la donnent habituellement les lexiques, n'est rien 
moins que démontrée, car le mot se présente rarement au nomi- 
natif, et, d'autre part, sa communauté d'origine, à peu près 
irrécusable, avec utérus, indiquerait plutôt ûter. Le soso et le 
l07ne de Dante (Inf. 10, 45, 69) sont occasionnés par la rime ; 



^54 VOYELLES LATINES. TONIQUES. U. 

ce ne sont point cependant des créations forcées, car quelques 
dialectes emploient certainement o pourw; cf. romagnol fom 
(fumus), fort (funis), furtona (fortuna), lom [lumen), lona 
(luna), spoyna (s^m^na), comasq. flom (flumen), etc. Le 
picard moderne change u en eu : leume {lumen), leune, 
pleume. Remarquons aussi que dans plusieurs noms de ville, 
le français emploie on pour un comme dans Laon {Laudûniim), 
Lyon {Lugdûnum, dans les mss. delà Not. dign. Lugdonensis). 

IL i. U bref devant les consonnes simples devient o. Les 
exemples de ce cas ne sont point nombreux. Ital. Canosa 
(Canûsium), croce (crûcem), covo (cûbo), gomito {cubitus), 
conio {ct/neus), dotta (de dûbitare), folaga {fàlica), gola 
{gûla), omey^o {humérus), giogo {jûgmn), gio'oa {jûvat), 
giovane {jmenis), lova {lûpa), loto {lûtum), moglie {mû- 
lier), Modena {Mutina), noce {nûcem), pioggia {plûvia), 
pozzo{pûteus), poto {puto),rogo{rubus),rozzo{rûdis), sopra 
{supra), ove {ûbi), Venosa {Venûsia). — Esp. cobdo, cobre 
(cûjorum), gola, joven {jûvenis), logro{lucror), lobo {lupus), 
lodo {lûtum), pozo, podo, sobro {sûpero), toba {tuba). Le 
portugais ressemble ici à l'espagnol. — Pr. crotz, coa {ci/^bat), 
code {cubitus), conh {cuneus), cobe {cupidus), secodre 
{succûtere), gola,jo {jûgum), jove, logri, lop, lot, molher, 
notz, nora {nûrus), ploia, potz, sobre {super). — En fran- 
çais, Vo roman ne se maintient que devant les nasales (car la 
langue ne tolère pas le son oun), ou quand il se lie à un i, ex. : 
son {suum), ton {tuum), nombre {nûmerus), ponce {pûmi- 
cem), coin {cuneus), croix {crûcem), noioo {nûcem). La 
voyelle dominante est ou, à côté de laquelle se maintient encore 
dans l'ancien français: couve {cûbo), coude {cubitus), doute 
{dûbito),joug, loup, où {ûbi). — Val. cot {cubitus), nore 
{nûrus) ; les exemples tombent pour la plupart sous la règle 
exposée au § 2. 

2. A l'antépénultième, u italien échappe d'ordinaire au 
changement en o, du moins dans cumulo, cupido, diluvio, 
dubito, -fluvio, umile {hûmilis), numéro et dans beaucoup 
d'autres mots pareils ; en dehors de ce cas il y a peu d'exemples, 
comme fuga (Dante P«y, 12, 50 foga pour la rime), fuggo 
{fûgio), gru {grûem), lupo {lupus, mais lova meretrix), luto 
à côté de loto ^ rude {rûdis). — En espagnol u se présente 

1. L'africain Corippus (vi" siècle), grammairien et poète, prononce 
lûtum = ital. lulo, voy. Voss. Arisi. 1, 39. 



VOYELLES LATINES. TONIQUES. U. -155 

aussi souvent que o ; il n'est pas seulement employé dans la 
syllabe antépénultième ou originairement antépénultième, mais 
encore dans d'autres cas : cumulo, dubio, fluido, numey^o, 
lluvia (pluvia), cuno (cûneus), dudo (dûbito), huyo {fûgio), 
rujo {rûgio), cruz, gida à côté de gola, yugo, ruhro, rudo. 
Le portugais se comporte ici comme l'espagnol. — Fr. déluge, 
humUe (hûmilis), fuis (fùgio), grue, pluie (plûvia), puits 
(pûteus), rude, sur {saper), tube (tûbus)^. — En val. u est la 
forme dominante : cruce, fug {fûgio), gure (gûla), zune 
(juvenis), lut (lûtum), nuce, numer, putz (pûteus), rug 
(rûbus). 

3. Quelquefois la diphthongue apparaît comme le produit 
d'un secondaire (roman) = lat. û. Nuora {nûrus), scuotere 
(eœcûtere) en italien supposent un degré intermédiaire nora 
scotere. On trouve en espagnol cueva (cûbare; déjà dans une 
charte de Tan 1075, Esp. sagr. xxvi, 460), nuez [nûcem), 
nuera (nurus) et culebra pour culuebra, cf. page 151. Port. 
cova, noZy nora, cobra. Franc, couleuvre (colûber, colû- 
bra), gueule (giïla). Val. ploae (plûvia), scoate, etc. 

III. 1. En position, c'est o qui d'ordinaire représente u. Ital. 
ascolto (ausculto), bolla, colmo (culmen), dolce, fôlgore, 
gotta, lombo, losco, pionibo (plumbum), rosso, zolfo {sut- 
phur), sordOy torre, onde (unde), etc. — Esp. bola, colmo, 
hondo {fundus), gota, lomo (lumbus), plo77io (plumbum),' 
roxo, torre, donde. — Prov. escout [ausculto) , dous 
(dulcis), folzer {fulgur), gota, losc, plom, ros, sort, tor, 
on {unde). — En français, Yo général en roman ne se main- 
tient que comme son nasal, ou en liaison avec /, p. ex. dans 
lombe, plomb, monde, dont {de unde), ongle {ungula); 
joindre {jungere), poing {pugnus); en outre dans quelques 
mots isolés : flot (fluctus), mot (b.-l. m^uttum), noces {nup- 
tiae), vergogne {verecundia). Dans les autres cas, où 
il représente aussi le groupe ul, il devient ou : boule, double 
{duplex), four {furnus), goutte, louche, ours {ursus), 
roux, souffre {suffero), sourd, sous {subtus), tour; doux, 
écoute, foudre {fulgur), soufre {sulphur). 

2. ?7 persiste aussi en italien, surtout quand il est antépénul- 
tième : cuspide, iiunzio, rustico, turbine, particulièrement 
devant gn, ng, ne : grugno {grunnio), pugno, pungo, ungo, 

1. Vu est-il long ou bref dans luira? D'après l'ital. lûuira et le franc. 
loutre il est bref; d'après l'esp. luira il est long. 



\d6 voyelles latines, toniques, u. 

giungo (jungo), adunco, unghia (ungula) ; en outre dans 
curvo, frutto (friictus), fusto, gusto, giusto (justus), nullo, 
purgo, tumulto, turho etc. L'espagnol le favorise beaucoup, et 
non-seulement quand il est antépénultième, comme dans (?M5^^«?e, 
rustico, turhido, mais encore quand il est pénultième devant 
les consonnes les plus variées, particulièrement devant ch, ng, 
n : escucho (ausculta) , cumbre (culmen) , culpa, culto, 
curso, dulce, duplo, fruto, gruno (grunnio), gusto, justo, 
lucho (luctor), mucho (multus)^ mundo, nulo, puno (pu- 
gnus), punjo {pungd), purgo, turho, sulco, azufre (sul- 
phur), unjo, una (ungula). Le portugais conserve parfois u 
contrairement à l'espagnol, comme dans funda, chumbo, sur do, 
urso (esp. honda, plomo. sordo, oso), mais à l'inverse doce, 
enxofre (esp. dulce, azufre). — Le provençal maintient u : 
bulla, flux, frucha (fructus), fulvi, furt, fuse, fust, just, 
lucha (luctus), musc, nulh, punher, purga, ruste (-icus) 
et quelques autres. — Les exemples français sont : buis (buœus), 
fruit, fût (fustis), jusque (usque), juste, lutte, nul, purge, 
urne. — En valaque u est la forme principale : ascult, dulçe, 
fûlger, gust, mult, must, rumpe, surd, tunde, unde, unge, 
urs, vulpe. 

La remarque faite ci-dessus sur le rapport historique de Ye 
à Yi bref s'applique aussi au rapport de o à ^, devant lequel il a 
dû finalement céder en latin classique, avec la réserve que cet o 
a persisté dans les inscriptions un peu plus longtemps que e, 
voy. Ritschl Le. Les exemples tirés des plus anciens monuments 
sont poplicus (publ.), nontiare, sont, consoler e ; comme 
syllabes atones dedro, dedrot (dederunt), consentiont, 
Hercolei, popolus, tabola, vincola ; formes de la Columna 
rostrata: poplom, exfociont (effugiunt), primos (-us), 
navebos , diebos, des inscriptions tumulaires des Scipions : 
Cornelio (-us), Luciom, filios (-us). Des inscriptions plus 
récentes ont jogo, mondo, tomolo Orell. n. 4858, dolcis- 
sima. Mûr. 1413, 6. Jusque vers la fin du vii*^ siècle de 
Rome, s'emploie à l'exclusion de u, après u ou v, ex. 
arduom et non arduum, vivont et non vivunt, et aussi dans 
la langue littéraire volnus, volpes, volt, à côté de vulnus, 
vulpe s , vult. Quelques écrivains se servent en outre de formes 
comme fornus, solcus, moltus, sordus ; les grammairiens du 
Vf siècle ap. J.-C. remarquent polchrum, colpani (Schneider 
I, 30). Les plus anciens diplômes, qui écrivent habituellement 
croces, somus, incorrat , onde , polsatur, fondamentis. 



VOYELLES LATINES. Y. — DIPHTHONGUES. JE. OE. 'IST 

singoli, titolum, attestent par là l'antiquité de l'usage roman qui 
est essentiellement d'accord avec celui du latin archaïque, mais 
qui cependant, nous l'avons vu, n'a pas complètement banni Yu 
classique. 

Y. 

La forme romane de cette voyelle grecque, correspondant à l'w 
allemand, qui ne se trouve que dans quelques mots populaires, est : 
1) 2, forme qu'elle avait déjà souvent prise en latin (Schneider 
I, 43), par ex. : it. abisso, cochiglio {conchylium, xoy/jjXiov) 
lira, mirra, etc. Le passage de cet i à e, comme en italien 
gheppio {^^), sesto (?u(jt6v), trépano (ipuTcavov), n'est pas 
précisément fréquent. Nous n'avons pas ici à considérer les 
expressions techniques prises au grec. — 2) o, principalement 
dans les mots que les Romains reçurent directement de la bouche 
des Grecs ; il perçut û comme û et le traita comme tel : cette 
représentation du son û est attestée par le bas-latin. Ital. borsa 
(pupa-^, b. lat. bursa), grotta (crypta, b. lat. crupta), lonza 
[lynx), tomba (i-Vgoç), torso (thyrsiis), serpollo {serpyllum), 
dans une syllabe atone cotogna (/.ucwviov), mostaccio ([j-6aTaÇ) ; 
esp. boisa (= borsa), çôdeso (y,uTiaoç), grota arch. (mainte- 
nant gruta), onza (= lonza), trozo, mostacho, tomillo {thy- 
mum) ; franc, boîte (7uu;(§a), bourse, grotte, once, tombe, 
tros arch., coing, moustache. Dans quelques cas u demeure 
intact : it. tuffo, esp. tufo (tùçoç); val. giur (y^P^ç); esp. pg. 
murta (|;.6pToç), comme déjà en latin ; pr. Suria (Supia) ; franc. 
jujube (lli^u^ov). 

DIPHTHONGUES. 

Le latin n'a transmis que peu de diphthongues aux langues 
romanes. Dès les temps les plus anciens, la plupart d'entre elles 
commençaient à se résoudre en sons simples; d'autres, comme ai, 
oi, ei étaient déjà tombées en désuétude vers le temps où com- 
mencèrent les guerres civiles. Ae et oe, issues de aiei oi, ont 
persisté, au moins dans les classes cultivées, jusque dans les iii^ 
et iv^ siècles. Nous verrons dans la suite que les langues-filles 
sont cependant riches en diphthongues dont elles n'ont point 
hérité, mais qu'elles ont acquises. 

M. Œ. 
Dans de on entendait les deux voyelles distinctement, en 



-138 DIPHTHONGUES LATINES. TONIQUES. AU 

sorte que ae se rapprochait fort de di également employé. La 
(liphthongue, dans le parler familier, correspondait probablement 
à Va long allemand, puisqu'on la trouve confondue avec e 
(Schneider, I, 50, 52). L'italien rend ce son ae^ tantôt par le, 
tantôt par e ouvert : lesi {Aesis), cieco (caecus coecus), cielo 
(caelu77i coehim), fieno [faenum foenum), Fiesole (Faesu- 
la), lieto {laetus), chiere chère (quaerit), siepe {saepes sepes); 
egro (aeger), emulo, Cesare (Caesar), greco, ebreo, nevo 
{naevum), presto, giudeo (jud,),preda, secolo, spera {sphae- 
ra), tedio. — Esp. ie, e, quelquefois i : cielo, ciego, cieno 
(caenum coenum), griego, quiere (quaerit )\ heces (faeces), 
heno (faenum), ledo, preda, tea (taeda), tedio; Galicia 
[Gallaecia), judio, siglo (v.-esp. sieglo). Le Portugais a 
seulement e, — Pr. ie, plus souvent e : juzieu juzeu (jud.), 
quier quer, etc. — Français ie, e, oi : ciel, siècle, anc. fr. 
cieuc (caecus), lié (laetus), quiei^t; grec, défèque (defaeco)\ 
Mois arch. (hlaesus), foin (faenum), proie (praeda). — 
Val. e : ceriu (caehmi), ed (haedus), et aussi ied. — Le grec 
ai, qui ne représentait plus pour le roman une diphthongue, est 
rendu par a et non par e. Ilaioiov donne l'italien paggio : qu'au- 
rait-on fait de peggio? De même al'crtov donne l'italien agio, 
pr. ais, mais l'étymologie est douteuse. Hxaiéç reçut dans le 
prov. escai la même diphthongue que scarahaeus dans esca- 
ravai qui fait supposer la prononciation scarabajus (cf. l'ital. 
scarafaggio) . 

2. Œ, là où il ne se confond pas avec œ, est rendu par e, 
non par ie : ital. cena, femmina, mesto (moestus et aussi 
maestus), pena; esp. cena, hembra, pena et non ciena, 
piena, ce qui montre avec quelle précision beaucoup de nuances 
phonétiques du latin ont été traitées. 

AU. 

1 . A côté de la diphthongue au on trouve aussi en latin sa forme 
condensée o; ainsi à côté de auricula, cauda, caulis, caupo, 
claudere, taurus, — orienta, coda, colis, copo, clodere, torus 
(ce dernier dansYarron L. L. 5, 95, ed. M.) étaient plus ou moins 
en usage. Festus dit que dans beaucoup de mots o ne s'em- 
ployait que dans les campagnes ; Tosque ne connaissait que o. 
On peut s'attendre à ce que le même phénomène se reproduise 
en roman. Les deux sons, diphthongue et voyelle, se sont ici 
conservés; l'un a dominé dans un domaine, l'autre dans l'autre; 



DIPHTHONGUES LATINES. TONIQUES. AU. 459 

d'où nous pouvons conclure que la Tojelle simple ne fut pas, à 
l'exclusion de la diphthongue, transportée du Latium dans les 
provinces, c'est-à-dire que celle-ci comme celle-là était usitée 
couramment dans la langue populaire. La forme dominante 
italienne est certainement o : lodola {alauda), odo (audio), 
ora {aura), oro {aurum), oso fausus), o (aut), coda, cosa, 
foce, frode, godo (gaudeo), gioja (gaudiwn), Iode, alloro 
(laurus), nolo (naulum), poco, povero, poso, roco, ristoro, 
toro, tesoro, aussi Niccolô (Nicolaus). Mais au persiste aussi, 
tantôt comme forme auxiliaire dans le style élevé, tantôt comme 
forme unique, tantôt enfin comme forme distinctive dans bon 
nombre de mots : aura, auro, esaudire, esausto, fauci, 
fraude, gaudio, laude, lauro, naulo et navolo, rauco, 
restauro, tesauro\ austro, cavolo pour caulo (caulis), cauto, 
nausa (nausea), Paolo pour Paulo; causa cause {cosa 
chose), pausare s'arrêter (posare reposer), tauro (taureau, 
signe du zodiaque; toro taureau). Z/dans cuso (causor). Dans 
Metaro (Metaurus) et Pesaro (Pisaurum) au se réduit à a, 
— L'o s'est encore mieux établi en espagnol qu'en italien ; du 
moins les formes en au y sont-elles plus rares : aloeta arch., 
oigo {audio), oro, oso, o, cola (cauda), col, cosa, coto {cau- 
tum), hoz (faux; déjà foz dans une charte de l'an 804 Fsp. 
sagr. XXVI, 442), joy a {gaudiwn), loo {laudo), poco, pohre, 
poso, ronco {raucus), toro, tesoro ', aura, austro, causa, 
claust'ro, finaude, lauro laurel, pauso, r est auro. — Le 
portugais met ou ei aussi (9^ pour 6?i^ : ouço {audio), ouro, 
ouso, ou, couve {caulis), cousa, couto, chouvo {claudo), 
gouvo{goMdeo), louvo {laudo), louro,pouco, pouso, rouco, 
touro, tes ouro. Au dans quelques mots comme o,ura, austro, 
fraude, pauso. dans cola, foz, pohre. — Le provençal a 
conservé la diphthongue pure comme le valaque : alauza, aug, 
aura, aur, aus, ausiri, caul, causa, clau {claudo), frau, 
gaug,lauzi {laudo), laur, nausa, pauc, Paul, paubre,paus, 
vauc, restaur, taur, thezaur. Les seules exceptiotis sont peut- 
être {aut) au lieu de au qui eût été trop large, et joy qui 
semble venir du français. Coa paraît se rapporter à coda, qui 
fut préféré parce que cauda aurait donné cava. — La forme 
française est o, qui aime à s'unir à i : aboie {^adhauho), ois 
{audio), or, ose, chose, clore {claudere), cloître {claustrum) , 
joie, oter {*haustare), noise, pose, Savoie {Sabaudia), 
trésor. Dans d'autres mots comme cause, fraude, pauvre, res- 
taurer, taure, on écrit au> Une troisième forme est ou 



-160 VOYELLES LATINES. ATONES. 

dérivé de o dans alouette, ou, chou, loue (lauclo), enroue 
(raucus). De paucus vient l'ancien français pau et po, de ce 
dernier le français moderne ^ew; de coda, queue. — Le valaque 
ne connaît que au à la place duquel il écrit aussi ao : auz 
(audio), adaug adaog (adaugeo), aur, austru, au (aut), 
cause, laude, laur, repaos {*repauso), taur. Coade vient 
de la forme latine coda et non de cauda. 

2. La tendance à faire disparaître la diphthongue par la conson- 
nification de u en l se montre dans les formes florentines, admises 
dans le dictionnaire italien, aldace, esaldire, fralde, galdere, 
laide, par ex., pour audace, esaudire, fraude, gaudere, 
laude et aussi dans le nom de ville Alfidena (Aufîdena); esp. 
galtera {proY. gauta); catal. altreiar (prov. autreiar); it. 
esp. calma (y.ao[xa). La consonnification de Vu en b ou même enp 
n'est pas sans exemple dans les langues du sud-ouest : esp. ala- 
bar (allaudare allauar), Pablo {Paulus), anciennement 
abdencia pour audiencia, abze pour auze, cabsar pour cau- 
sar, aptuno pour autuno; v.-port. absteridade, captela 
pour austeridade, cautela SRos. 

Parmi les autres diphthongues, on ne retrouve dans les langues 
filles que les diphthongues eu et ui. Eu, qui persista comme 
diphthongue au temps de l'empire, reste dans les expressions 
géographiques et dans les mots savants : Europa, neutro. 
Rheuma est en ital. renia, en esp. roma (dans roma- 
dizo)y en prov. rauma, en franc, rhume; au pr. rauma compar. 
le nom propre Daudes {Deus-dedit , au venant à' eu), laupart 
de leopardus. Leuca, it. lega, par transposition esp. prov. 
légua, fr. lieue. Ui se conserve exactement dans l'ital. cui, 
fui, etc. 

II. VOYELLES A.T0NES. 

Si les voyelles toniques persistent ou se modifient d'après des 
lois fixes, les voyelles atones sont bien plus sujettes à l'empire du 
hasard. Elles n'ont guère dans les langues romanes qu'une valeur 
numérique : la nature de la lettre importe peu ; c'est surtout son 
existence même qui est prise en considération ; aussi sont-elles 
susceptibles des métamorphoses les plus diverses. Les suivre 
ici serait faire un dénombrement stérile de faits particu- 
liers sans lien entre eux; toutefois quelques phénomènes 
nécessiteront une mention spéciale, d'autres, plus importants, 
une analyse détaillée. — La voyelle atone peut ou bien être 



VOYELLES LATINES. ATONES. 46-1 

simplement voisine d'une consonne, ou bien former un hiatus avec 
une autre voyelle; comme ces différentes positions agissent 
différemment sur elle, il convient de traiter chacune d'elles 
séparément. 

1. VOYELLES ATONES EN DEHORS DES CAS d'hIATUS. 

Il faut les distinguer ici, suivant qu'elles sont placées avant 
ou après la syllabe tonique. 

1. Avant la syllabe tonique. A cette place, Tatone subit, 
dans tout le domaine roman, des transformations nombreuses, 
assez arbitraires, et dans lesquelles la quantité n'est d'au- 
cune importance. On remarque surtout cette confusion dans la 
syllabe initiale du mot. L'italien servira d'exemple. A se 
change en e : gennaro (jânuayHus)^ sermento [sann.), sme- 
raldo {smàragdus); a — o : soddisfare {sàtisfacere)\ a — u: 
lucertola (làcerta). E — a : asciugare (eœsucare *), star- 
nutare (stem.); e — i : ciriegio [cëraseus'^), dicemhre (dec.) 
finestra (fen.), midollo (fuëdulla), migliore {mëliorem), 
riverenza (rëverentia) , signore (sëniorem) ; e — o : dovere 
(dêb.), popone {pë]3one7n)\ e — u : uhbriaco [ëbrius) , 
rubello [rèbellis). I — a : anguinaglia (inguinalia) ; ^ — e : 
lenzuolo (linteolum) ; i — o : dovizia (dwitiae) ; i — u : 
suggello {sïgillum). — a : maniglia [monile) \o — u : bu- 
dello (botellus), cucchiajo (cochlearimn), fucile (de focus), 
mulino (molina), ruggiada (de rôs), ubbidire [ôbedire), 
uccidere {occ), ufflcio {off.),ulivo (oliva), ulire (olere); 
u — i : ginepro (jûniperus) ; u — o : coniglio (cûniculus) , 
governare (gûb.), ortica (urt.) Ae — u : uguale (aequalis). 
Au — a : agosto (augustus), ascoltare (auscultare), déjà 
dans le latin de la décadence Agustus et ascultare, ajoutez 
encore sciagurato (eœauguratus) ; au — o : orpimento {au- 
ripigm.); au — u : uccello (aucella), udire {audire)\ au 
persiste : aurora^ australe, autunno (autumnusj. Les autres 
langues romanes fournissent aussi des exemples ; elles ont en 
commun une préférence marquée pour Va dans la première 
syllabe atone, et le substituent souvent à cette place k e oui : 
en effet, la voyelle a n'a pas la couleur décidée des autres, ce qui 
fait qu'elle est naturellement suggérée aux organes vocaux 
avant l'effort décisif que nécessite la syllabe tonique. Nous 
citerons (outre les exemples donnés ci-dessus): ital. danaro {de- 
narius), maraviglia (mirabilia), salvaggio (silvaticus); esp. 

DIEZ \ \ 



'I(>2 VOYELLES LAThNES. ATONES. 

ayuno (jejunium), balanza (bilanx), galardon (v.h.all. 
widarlôn) , sargento {se^^viens) ; franc, chacun (quisque 
unus), farouche (ferox)^ jaloux (zelosus), marché {merca- 
tus^), paresse {vigritia). Voy. Dict. étymoL, l, xx. Le faible 
poids de l'atone explique aussi pourquoi elle tombe souvent à 
la première syllabe, ce qui lui arrive même quand elle est longue. 
Le groupe oriental et le provençal en offrent surtout des exemples 
fréquents. It. bottega {apotheca), Girgenti (Agrigentum) , 
lodola {alauda), lena [anhelare], Lecce (Aletiwyi), ragna 
(aranea), rena (arena), resta (arista) , Rhnini (Arimi- 
nuni), vocolo (pour avocolo); chiesa (ecclesia), ruggine 
(aerugo),vangelo (evangelium)^ vescovo (episcopus) ; nello 
{in illo), netnico [inimicus), rondine [hirundo), verno 
(hibernum); cagione {occasio), rezzo (pour orezzo): licorno 
[unicornis). Il faut signaler en italien la chute très-fréquente de 
l'atone à l'initiale devant s impure. Ex. sbattere (prov. esbat- 
tre, ital. aussi disbattere), scaldare (exe-), smendare (exm- 
pour em-^y snudare {exn- pour en-), Spagna {Hispania), 
spandere à côté de espandere , sparago [asparagus, aussi 
sparaguSj voy. Voss. h. v.), sporre à cbi^àeesporre, sterpare 
(exstirpare), storia (hi-). On a d'anciens exemples en latin : 
storias {hi-), strumentum {in-), et surtout 'sti, 'storum, 
etc. {isti, istorum), dansdebonsms., voy. Lachmannm Lucret. 
197, 232, ital. stesso pour istesso. Dans un glossaire stimavit 
{aest-,commeemi.),I)iutiska,l,502. — Yal.noatin{annotinus), 
prier {aprilis), sparge (it. sparago) ; lictariu {electuarium) ; 
naît {in-altus), nelbi {inalbare), sbate, sceldà, sparge, — 
Esp. bispe (it. vescovo), Merida {Emerita)\ Lerida {Ilerda); 
relox (horologiuYïi) . — Port, no (it. nello), namorar {ina- 
morare *) ; Lisboa {Olisipo). — Pr. Guiana {Aquitania), 
lauzeta {alauda), lena (comme en ital.), ranha (comme en 
ital.), bispe (comme en esp.), gleisa (ital. chiesa), mina 
{he7nina)\ randola {hirundo). — Fr. mine {hem.), vesque 
arch. (prov. bispe), et un petit nombre d'autres. 

Remarquons encore quelques traits délicats^ tels que ceux qui 
permettent d'attribuer à une lettre une certaine influence sur 
l'atone qui la précède. 

En italien la labiale v semble appeler la voyelle voisine o, 



1. Déjà dans les chartes mérovingiennes marcadus Bréq. num. 271 
cinq fois, marcado Mabill. Dipl. p. 496. Balfinus pour Delphinus (Dau- 
phin) dans la première charte et num. 272. 



VOYELLES LATINES. ATONES. 463 

pour remplacer un i ou e originaire. Ainsi : dovere (mais à la 
tonique dévo), dovidere, indovinare, dovizia, daddovero, 
piovdno(msiisiomquepiéî^e,hAsii.plebs,plebanus),rovesciare 
(reversare), rovistare {t^evisitare) . La labiale m paraît aussi 
avoir cette tbrce plastique, cf. domandare, domani (toutefois 
dimestico et domestico), somigliare {similiare *) ; de même b 
dans ubbriaco (ebr.), rubello (rebellis) ; dans ce mot u a été 
préféré, comme aussi dans umiliaca[armeniacum). Ajoutons les 
exemples provençaux dans lesquels la labiale qui agit est surtout 
m, et la voyelle introduite u , comme dans iimplir {implere), 
lumdar {limitaris), prumier (à côté de premier) , -o dans 
romaner; il faut sans doute apprécier de même le nom de ville 
Bornas pour Damas (Bamascus) Flam. v. 214. Enfin le fran- 
çais alumelle (v.fr. alemelle), fumier (lat. fimus), jumeau 
[gemellus), Jumillac (Gemiliacum), chalumeau (calamus, 
u venant de a), dans les patois fumelle {femella). Y.fr. f ru- 
mail (fermaiï) ^ 

En espagnol existe, à n'en pas douter, la tendance à échanger 
contre un e Xi latin atone ou devenu atone, toutes les fois que 
la syllabe qui suit contient un second i tonique : c'est par une 
raison euphonique, afin de ne pas entendre deux i immédiatement 
prononcés : Cecilia arch. {Sicilia), ceniza {cinis), cenir 
{cingere), cetrino (citreus), colegir (colligere), concebir 
(concipere), constrenir (constringere), corregir (corrigere), 
decir {dicere), envidia (plus usité que invidia), encina (ili- 
cina'^), eneraigo {inimicus), Felipe (Philippus), freir (frï- 
géré), hebilla {fibella *), henchir {ûnplere), henir (fingere), 
mestizo (iniœticius*), reir [rider e), refdr (ringi), sencillo 
(simplicellus *), tenir (tingere), vecino (vicinus). Il est vrai 
que i persiste souvent, surtout dans les mots peu populaires : 
afligir, astringir, dirigir, escribir (anc. escrebir), extin- 
guir, fingir (anc. fengir), imprimir, recibir (en opposition 



1. La tendance à changer i en u (et non en o) devant ces labiales, se 
trouve aussi en latin, mais sur une plus grande échelle ; cet u latin 
s'explique par l'existence antérieure d'un son intermédiaire entre u et 
t. Voici des exemples, tirés en partie des inscriptions: maxumus, lacru- 
mas, monumentum, aucupium, recuperare (pour recip.), lubido, aurufex 
pontufex. Voy. Gorssen, 1, 331-340, 2* édit. On ne peut établir de lieii 
historique entre les exemples latins et romans. On voit du reste que u 
peut aussi en latin être tonique : dans les langues romanes la tonique 
est trop solidement établie pour se laisser si facilement détourner de 
sa voie. 



>I64 VOYELLES LATINES. ATONES. 

avec concebir)^ redimir (à côté deredemir), vivir (anc. aussi 
vevir). A l'inverse, e originaire, quand la syllabe suivante 
contient ie, est remplacé par i : cimiento (caemenium), 
hiniestra {fenestra), simiente (sementis), iinieblas {tené- 
hraé) , surtout dans la conjugaison comme dans mintiera^ sintiese. 
— Le provençal obéit souvent aussi à 1^ première de ces lois d'eu- 
phonie constatées dans l'espagnol, quand il dit desig {dissi- 
dium), enemic, enic (iniquus), enrequir (rie, allem. rîch), 
esperit, fenir, fregir, gengiva, gequir (Prés, gic), omelia 
(6[jiiX(a), tesic {2)hthisicus), vesin [vicinus). Il faut sans doute 
aussi assigner une cause euphonique aux formes italiennes 
S ânes e pour Seyiese, Modanese pour Modenese. Remarquons 
en passant dans l'ancien français e pour o lorsque la syllabe 
qui suit contient déjà cette dernière voyelle, comme dans corre- 
cious pour corrocious, déjà dans le fragment de YaL, 
costeïr pour costoïr (custodire) ChRoL, felenie pour félonie. 
— Mais l'ancien milanais donne un exemple frappant de l'empire 
que l'atone peut exercer même sur la tonique, ^tonique, quand la 
syllabe qui suit contient un i, devient également ^, par ex. : sing. 
parese (ital. palese), plur. parisi; dans la conjug. havesse à la 
l''^ pers. (ital. avessi) mais à la 2'^pers. havissi] feva (faceva), 
mais fivi{facevi). Y oy. Mussafîa, Beitràgeip. 19, Macaireip.Yii. 
2. Après la tonique, dans les proparoxytons, il faut noter 
un phénomène fréquent et intéressant, que présente tout 
le domaine roman : c'est la chute de la voyelle suivante, habi- 
tuellement i ouu. Ex. : ital. caldo (calidus), opra {opéra), 
posto (positus), occhio pour oclo (oeulus) ; esp. caldo, 
obra, puesto, ojo ; fr. chaud, œuvre, cercle (circulus) et 
des centaines d'autres. Il n'y a là rien d'étonnant, puisque la 
langue-mère, dans sa période ancienne, emploie régulièrement 
ces formes plus dures et privées de la voyelle de dérivation, ainsi 
qu'il résulte des inscriptions très-anciennes où on lit dedro (dede- 
runt)y Lebro (Libero), vicesma, et même fe et {fecit), etc.; 
les formes adoucies n'apparaissent que plus tard (Ritschl, De 
Aletr. Ut. p. IX sqq.). La prose classique en offre encore 
des exemples, bien qu'en petite quantité, comme caldus,hercle, 
lamna, valde, vinclum; le style poétique en fournit davantage, 
comme ardus (arid.), cante (canite, d'après Varron in 
saliari versu), circlus, opra, periclum, poclur^i, porgo, 
postus, saeclwn, spectaclum. Plus tard ces formes deviennent 
fréquentes. VApp. ad Prob. critique speclum,masclus,veclus 
(vetulus), baclus, calda, frigda, oclus, tabla, formes qui 



VOTELLES LATINES. HIATUS. >I65 

toutes sont romanes. « On peut en conclure justement que dans 
la vie ordinaire bien des mots se prononçaient en syncopant la 
voyelle sans toutefois être écrits de même par les gens cultivés. » 
(Schneider, I, 172.) Notre haut-allemand a suivi la même voie 
en contractant par ex. farawa en farhe, kirihha en kirche, 
'patina enpfanne, syllaha en silbe, asparagus en spargel, sans 
toutefois s'enchaîner à la tonique : cf. fenchel de foeniculum, 
fenster de fenéstra et beaucoup d'autres. 

Les voyelles atones finales, même celles qui ne le sont deve- 
nues que par la chute d'une consonne {decem-deQe, amat-ama, 
filius-filia) sont assez diversement traitées dans les différentes 
langues . mais les cas les plus intéressants seront étudiés à 
propos de la fiexion. En ital. a, e,i,o persistent habituellement : 
casa, forte, jeri, ivi, uomo, amo, mais u se change en o : ca- 
vallo. En outre e devient souvent i : altrimenti [altéra mente), 
avanti [ab ante), dieci (decem), domani (de mane), indi 
(inde), lungi [longe), oggi [hodie), quinci [hincce), tardi 
[tarde), Chieti [Teate), Rieti [Reate). Dans d'autres noms de 
ville ae est rendu aussi par i : ainsi dans Acqui [Aquae), Alift 
[Allifae), Capri [Capreae), Veletri [ Velitrae) , Vercelli [ Ver- 
cellae), Veroli [Veymlae), par e dans Firenze [Florentiae). 
— L'espagnol agit à peu près comme l'italien, avec cette diffé- 
rence que les voyelles finales sont moins fréquentes, la chute de 
Ye étant assez normale : casa, fuerte, fdcil, ôrden, amo, 
bueno. — En prov. a seul persiste, les autres voyelles dispa- 
raissent régulièrement quand l'euphonie ne les maintient pas : 
casa, fort, paire [patrem), er [heri), y [ibi), testimoni 
[-ium), Virgili, caval, autre pour autr; o est supplanté par 
e ovii; laire [latro), ami [amo), etc. En français la chute est 
aussi absolue, mais les voyelles qui ne tombent pas sont rempla- 
cées par e : âme, fort, bonnement, hier, témoin, Virgile, 
aime [amo), cheval. — En valaque a se modifie en e, e persiste, 
les autres voyelles tombent d'ordinaire quand la consonne qui 
précède n'exige pas leur maintien : ape[aqua), laude[laudat), 
bine [bene), er [heri), om [homo), aur [aurum), patru (it. 
quattro), socru [socer). 

2. VOYELLES ATONES FORMANT HIATUS. 

Partout ici domine la disposition à éviter, autant que possible, 
la rencontre de deux voyelles dans deux syllabes distinctes d'un 
mot (hiatus). Ce résultat est atteint tantôt par élision, tantôt 



466 VOYELLES LATINES. HIATUS. 

par attraction de la première voyelle, tantôt par contraction, 
tantôt enfin par l'introduction d'une consonne. L'existence de 
riiiatus est parfois indiquée par un h placé entre les vojelles : 
esp. ahi, ahina, ahullm\ mhuela\ portug. cahir, sahir, 
ancienn. poher, tavoha, tehudo, vehuva; pr. ahur, atahi- 
nar^ rehusos\ fr. envahir, trahison, v.fr. Loherain, pahis, 
pehu, trehu, vehoir\ b.lat. controversihis , Danihel. 

Les trois cas d'hiatus les plus importants sont les suivants : 
ou l'hiatus se présente déjà dans les mots simples latins, — ou 
bien il résulte d'une composition latine ou romane, — ou bien 
encore ile^t amené par la chute romane d'une consonne. 

L Hiatus originaire dans les mots simples. — 1. Si 
l'accent porte sur la première voyelle, la destruction de l'hiatus 
est plus difficile à opérer, et n'a pas lieu dans toutes les langues. 
On l'obtient cependant quelquefois : a) par l'immixtion d'une 
consonne, comme par ex. de ^ après i^ ou o : lat. fu-v-it, flu- 
v-ius, plu-v-ia, vidu-v-ium; it. fluvido {fluvidus page 13); 
piovere, esp. llover, îr. pleuvoir (pluere) \ii. gruva et gruga 
(grus gruis) . Un phénomène analogue se trouve parfois en an- 
cien français dans des mss. qui àonneni seuwe,veuwe,trauwé, 
euwissent pour seue (fr. mod. sue), veue {vue), traué {troué), 
euissent {eussent) et autres semblables. L'hiatus se détruit aussi 
par l'intercalation du j, tel que le roman le prononce : ital. 
veggia {vehes, c'est-à-dire ve-es) ; struggere {destruere) ; 
tragge, val. v.port. trage, v.esp. traye A^o\, {trahit)', it. 
scarafaggio, esp. escarabajo {scarabaeus), qui ont dû se 
prononcer à l'origine veja, strujere, traje, scarafajo, j = 
i cons. Cet effacement ou amoindrissement de l'hiatus au moyen 
d'un y résonnant après la première voyelle, est, comme l'on sait, 
particulièrement fréquent dans les dialectes du sud de l'Italie, 
par ex. napolit. affîzejo (it. ufflcio), ajero {aère), et aussi 
pajese {paese, pagensis) , sicil. spijuni {spione), trijaca 
{triaca), et se trouve aussi quelquefois en allemand {lilije, 
spijon, moy.h.all. meije, hoije); La production de Yi con- 
sonne par la voyelle i qui le précède, en ancien français écrit 
ii, souvent aussi iy, est un fait analogue ; par ex. en prov. 
amiia, diia M. num. 873, en v.fr. anciien, crestiien, paiien, 
criier, criyer {crier), proiier {prier). Ne faut-il pas ranger 
sous cette loi le français moderne y dans la plupart des cas? 
Rapprochons encore l'esp. suyo, tuyo, arguyo^, G estplus usité 

l. « En sanscrit y (c'est-à-dire 7) est inséré quelquefois comme liaison 



VOYELLES LATINES. HIATUS. ^67 

que j dans le latin du moyen-âge, cf. vegere pour vehere dans 
beaucoup de chartes, retragendum Brun. p. 417 (de Tan 
684), subtragendum p. 421 (700), struges pour strues. 
Exemple de Tinter calation d'un d dans Tit. Iddico [laicus). — 
h) Par élision : it. dî, val. zî (dies) ; fr. tandis (tam diu) ; 
it. trarre {traheré)\ val. fire (fieri); it. abete (abietem), pa- 
rete, esp. pared (parietem) ; it. Carsoli (Carseoli); esp. dos 
(duos) etc. — c) Par déplacement de l'accent pour former 
unediphthongueiit. figliuôlo {filiolus),piéta(pietas);es^. diôs 
(deus), mais port. déos. Les langues de TEst et du Sud-Ouest 
supportent très-bien cette espèce d'hiatus ; celles du Nord-Ouest 
cherchent par tous les moyens à le détruire là où elles le trouvent. 

2. Si Taccent ne porte pas sur la première des voyelles, et si 
celle-ci est i, e ou u (diurnus, debeo, coniinuus), la destruc- 
tion deThiatus est plus facile et s'opère fréquemment. 

A. Parlons d'abord des combinaisons qui commencent par ieie, 
car les deux voyelles sont ici équivalentes ou plus exactement e 
a la valeur de i. Les Romains eux-mêmes les confondaient sou- 
vent, à cette place, dans les désinences eus, ius : leurs gram- 
mairiens rejettent alleum , doleum, valleum , sobreus em- 
ployés pour allium, etc. (Schneider, I, 16). UAppendiœ ad 
Probum avertit de dire .* Cavea, non cavia ; brattea, non 
brattia; cochlea, non cochlia; lancea, non lancia; solea, 
non solia; balteus, non baltius. L'auteur de cei appendice 
aurait tout aussi bien pu crier à l'auteur d'une charte de la Haute- 
Italie de l'an 726 HP Mon. n. 8 : antea, non antia; habeat, non 
abiat; valeat, non valiat; moveant, nonmoviant; debeant, 
non debiant; beaucoup d'autres scribes cherchaient de même 
à rendre la prononciation par l'écriture. Ainsi on voit dans les 
inscriptions c?o/e<2 pour dolia OreU. II, 381, filea pour filia 
ib. num. 2497, et réciproquement abias pour habeas n. 2566, 
vinia ipour vine a 3261. Vossius cite tinia pour tinea d'après un 
ms., Arist. 1, 43. Dans les cas où la voyelle i (il faut donc y com- 
prendre aussi Vé) se modifie par synérèse en i consonne, c'est- 
à-dire en J, nous l'appelons, pour abréger, i palatal. La con- 
traction des groupes disyllabiques z a, ze, io, ea, eo en une syllabe 
était déjà usitée chez les poètes romains (de nombreux exemples 
entre autres dans Lachmannm Lucret. p. 72, 82, 115, 122, 193), 

euphonique entre deux voyelles, sans que pourtant ce fait se produise 
dans tous les cas qui pourraient y donner lieu. En zend on trouve 
presque toujours un y inséré entre un u ounnû et un é final. » Bopp, 
Gr. comp. tr, Bréal, I, g 43. 



>f68 VOYELLES LATINES. HIATUS. 

et on a même exprimé la prononciation trisyllabique de abiete, 
ariete, fluvioriim par l'orthographe : abjete, arjete, fluvjo- 
}'U77i (Schneider, 1,90, 286). Le roman donne à ce procédé ou 
plutôt à cette disposition à effacer l'hiatus une bien plus grande 
extension ; seul, le valaque le laisse presque partout subsister. 
La prononciation de Yi palatal dépend d'ailleurs de la nature de la 
consonne précédente, bien qu'ici toutes les langues romanes ne 
soient pas d'accord ; le passage aux gutturales ^ ou c se présente 
aussi. Dans le haut-allemand quelque chose d'analogue s'est pro- 
duit : là aussi un ./ (et finalement un g ou ch) est né du lat. i 
ou ^, cf. cavea, v.h.all. kefja, ail. kàfig; electuarium, 
laiwerge ; apium, eppich; lolium, lolch; minium, memiig. 
Dans le grec populaire moderne, les mots du grec ancien loLxpoq, 
hi, wXaTeta deviennent ^a-rpoç, h^i, TiXaT^a, dans lesquels y est 
prononcé comme notre j . 

a. Liquides avec i palatal. — /après L et iVa la propriété de 
7nouiller ces consonnes (comme on dit en français). Le motif en 
est dans la facilité que possède j de se combiner avec ces sons 
également formés dans le palais. Les exceptions ne sont cepen- 
dant pas sans importance; en esp. par exemple, j après l 
prend la prononciation romane, il joue le rôle d'aspirée [fijo au 
lieu de fîllo de filius), ce qui amène la chute de L En valaque, 
comme en espagnol, / tombe de même que n. Après n, j peut 
aussi, par exception, prendre sa prononciation romane chuintante 
ou aspirée. 

Après L : it. aglio (allium), consiglio, famiglia, figlio, 
foglia, giglio (lilimn), maraviglia (mirabilia), moglie (mu- 
lier), oglio (oleum), paglia {palea), tagliare {talea). Ren- 
forcement en g : valga (valeam). Chute dans vangelo {evan- 
gelium). — Esp. batalla, maraviUa. La forme dominante est 
ici j aspiré : ageno (alienus), ajo, ceja [cilium), consejo, 
hijo {filius), majar (malleare), mijo {milimn), m^uger, paja, 
tajar , dialectal. Aussi chez les anciens écrivains batoja Alx. 
FJuzg. , meravija Alx. Renforcement dans les cas de conjugaison 
saïga (saliam), valga. — Port, alhéo (alienus), alho, filho, 
palha, talhar, valha. — Pr. alh, batalhay conselh, eissilh 
(eooilium), familla, filh, palha, talhar, valha. — Fr. ail, 
bataille, conseil, famille, fille, etc. Attraction dans huile 
(oleum). L'adoucissement fait défaut dans exil, fils, lis {lilium) 
et là où u remplace l comme dans mieux (pr. 7nelhs). — Val. 
aju, coju (coleus), foaje, mujere, tejà (=it. tagliare), mais 
fiu, Qi non fiju. 



VOYELLES LATOES. HUTUS. ] 69 

Après N: it. bagno (balneum), calcagno {-aneum), calo- 
gna, plus habituellement calunnia (calumnia), Campagna 
{-ania) , ingegno {ingenium), vergogna (verecundia avec 
suppression du d), mgna (vinea). Renforcement de^" en g dans la 
conjugaison: rimango (y^emaneo), tengo (teneo). Chute de la 
voyelle dans ^^/«na (i^tçavia), strano (extraneus), et aussi 
avec i palatal strangio. — Esp. bano, calona à côté dé calu- 
mnia, campana, cuno, engeno arch., Espana, vina. Avec 
aspiration: extrangero {eœtraneus), granja (granea). — 
Port, banho, campanha, Minho (Minius), vinha; chuintante 
dans granja, v.port. grancha. — Pr. banh, castanha (-nea), 
estranh, engenh, vinha. Ici aussi immixtion de la chuintante : 
calonja, dangier [damnarium *), songe (somnium). Ren- 
forcement dans remanc, etc. — Fr. Champagne, oignon 
(unio), vigne, mais à côté danger, donjon (b.lat. domnio), 
étrange, grange, lange (laneus), linge (lineus), songe, 
v.fr. chalonge. Attraction dans bain, coin (cuneus),juin, 
témoin (testimonium). — Val. baje, celcuju, cuju (cuneus) , 
vie (vinea). 

Après M i reste voyelle, en français seulement il devient 
chuintante douce dans Baussenge (Balsemius), congé (com- 
meatus), Nigeon nom de lieu (b.lat. Nimio), Offange 
{Euphemia), singe (simia), Poange (Potamius) Y oc. hagioL, 
vendange (vindemia), v.fr. blastenge (blasphemia) . Il y a 
aussi en pr. co7vjat; l'it. congedo Yient du îrânçsiis congé. L'at- 
traction est visible dans le vaudois soyme [somnium) Chx. 
II, 111. 

Lorsque R précède les atones ius, ia, ium, d'où naissent les 
groupes ari, eri, ori, uri [us), ou bien i est attiré par la tonique 
et forme avec elle une diphthongue, mode commun à presque 
toutes les langues romanes, ou bien i est consonnifié, ou bien 
enfin il est éliminé. Le groupe ari subit les traitements les plus 
divers : ari devient air, eir, er, ier. Le valaque s'abstient de 
toutes ces formations. — Ari en italien donne lieu à une diph- 
thongue : ar g entier e{-tarius), cavalier e,primiero. On a encore 
j pour i après la chute de r, forme propre à cette langue, ana- 
logue à l'espagnol j pour Ig : argentajo, carbonajo, pajo 
(pareo), vajo (varius). En outre élision d'z dans carbonaro, 
varo, etc. Pour ce qui est des autres groupes, on ne trouve 
que l'élision ou la diphthongaison : imper o (-^ium), mo- 
nastero, Luco'a (LuceîHa) , Nocera (Nuceria); muojo 
[morior), pensatojo {pensât or ius), seccatoja, foja{furia). 



no VOYELLES LATINES. HIATUS. 

moja (muria) ; cependant on pourrait voir une attraction dans 
fiera {fëria^ prov. feira). — En espagnol le groupe ari est 
rarement, rendu par air comme dans donaire (donarium), 
. habituellement par er, c.-à-d. que la diphthongue ai, que la 
comparaison avec le portugais permet de supposer, se simplifie 
en e comme dans d'autres cas : cahallero, carcelero {-cera- 
rius)y enero (januarius), primera . Le groupe eri a la même 
forme : madera (materia). Le groupe ori subit une diphthon- 
gaison dans cuero (corium), asmaduero (aestimatorius) Bc. 
Le groupe uri donne uer : entre uri et uer il faut admettre uir 
comme intermédiaire né par attraction : aguè'ro (augurium), 
Duero (Durius), huero (oupioç), salmuera (muria). Apocope 
dans vivar (-ium), lavador (-torium). — En portugais l'attrac- 
tion s'exerce très-fortement. Le groupe ari devient dans le v.pg. 
air, cf. adversaire FTorr. 616, avessayro FGuard. 437, con- 
trayro FSant. 574, notairo FTorr. 614, salayro FGuard. 437, 
vigairo (vie.) FMart. 603, SRos. Il, 298, et dans le port. mod. 
ei : cavalleiro, Janeiro, primeiro, eira (area). Groupe eri : 
cativeiro (captiverium *), feira (feria), madeira. Groupe 
orif ancien portugais oir : adjudoiro, adohoiro, aradoiro 
SRos., co?/ro {corium) FTorr. 636, en port. mod. habituellement 
our, aussi pour uri : hebedouro (hibitorium"^), couro, etc.; 
agouro, Douro, sal-^aoura. — Pr. cavalier, primier, fa- 
vieira (fabaria), Daire {Darius), vaire\ feira, madeira \ 
mangadoira, moira {moriatur). Apocope dans albir {arbi- 
trium), agur {augwHum), etc. — Fr. chevalier, premier, 
rivière {riparia), aire {area), contraire', matière, foire ^owv 
feire {feria) ; Grégoire, gloire, histoire, mangeoire, cuir 
{corium). E ou i devient p dans cierge {cereus), v.fr. serorge 
{sororius), auquel il faut ajouter Tïberge {Tiberius) Voc. hag. 

b. Sifflantes avec z palatal. — Après S, T, C, z tombe ou devient 
muet, et la consonne conserve sa prononciation habituelle {ti égale 
ici z) ; à cette règle il y a, toutefois, d'importantes exceptions. 

Après S : \i. chiesa {ecclesia), tosone {tonsio), Canosa 
(Canusium), Venosa {Venusimn). On trouve plus souvent ^, 
venu d'un J devant lequel s a disparu: Anastagio {-asius), Bia- 
gio {Blasius), cagione {occasio), cervigia {-isia), Dionigio 
(-ysius), fagiano {phasianus), fagiuolo {phaseolus), Parigi 
{Parisii), Perugia {Perusia), pigione {pensio), ragia {ra- 
sea*), rugiada{ros, franc, rosée), Trivigi {Tarvisium). 
Exceptions bacio bascio {basiuyn), cacio cascio {caseus), 
Norcia {Nursia), — Esp. Blas, fasol. Attraction dans beso 



VOYELLES LATINES. HIATUS. 4 7\ 

pour baiso (basium), queso pour caiso {caseus), faisan^ 
mayson (du prov. ?) — Port, habituellement j au lieu de s ou 
de z : beijo, cerveja, fajào faisào, feijao (es^. fasol), igreja 
(ecclesia), queijo, cf. esp. eclegia PCid. — En prov. et en 
franc. Fattraction seule semble s'exercer partout : pr. bais 
{basium), faisol (phaseolus), foiso (fusio) Fer. 3309, gleisa 
(ecclesia), maiso (mansio), ocaiso, preiso (prehensio), voy. 
hVS; fr. Ambroise, baiser, faisan, foison, toison (tonsio), 
et aussi église pour egleise, v.fr. Aise (Asia), Ron. IV, 106. 

Après T : it. Arezzo (Arretium), giustezza (justitia), 
Isonzo (Sontius), lenzuolo (linteolum), marzo [martius), 
palazzo(palatium),piazza (pldtea), pozzo (puteus), tizzone 
(titio), Vicenza (Vicentia); dans les chRries justiza HP Mon. 
n. 19, année 827, pozolum (puteolus) ibid. n. 127, année 966. 
Dans beaucoup de cas g pour z ou tous les deux parallèle- 
ment, ainsi dans cupidigia (cupiditia, 10^ siècle), indugio 
(indutiae), palagio, pregio (pretium), presentagione, ra- 
gione {ratio), Vinegia (Venetia). Après c originaire ou p, c 
apparaît d'habitude comme dans succiare cacciare pour suctia- 
re captiare, voy. au T. — Esp. avestruz {avis struthio), 
dureza {duritia), lenzuelo, marzo, plaza, pozo, razon, 
tizon; j dans aœenjo {absinthium). — Port, (tantôt avec 
z, tantôt avec ç) abestruz, dureza, lençol, março, pra- 
ça, poço, raçào, tiçào, differença, presença. Le vieux mot 
chrischào (christianus) est singulier. — Pr. chanso (can- 
tio) , dureza , Marsal {Martialis) , obediensa, planissa 
(planitia), plassa, potz , razo , roazo {rogatio). Attrac- 
tion dans palais, poiso (potio). — Fr. chanson, façon 
{factio), Ignace {Ig'natius) , justesse {-itia), convoitise 
{cupiditia), mars (martius), place. Attraction dans conjugai- 
son, liaison {ligatio), palais, nièce {neptia"^), tiers, tierce 
{tertius, ia), poison, puits {puteus) et beaucoup d'autres. — 
Val. piatze, putz. Avec c minciune {mentitio"^), neciune 
{natio), teciune (titio). 

Après C (ch, qu) : It. braccio (brachium), calcio {cal- 
cius), faccia (fades), ghiaccia (glacies), laccio (laqueus), 
minaccia (minaciae) , piaccia (placeat) . Avec z : calzo à côté 
de calcio, Burazzo (Dyrrhachium), sozzo (sucius pour sud- 
dus), terrazzo (terraceus*). Esp. brazo, calza, haz (faciès), 
hechizo (facticius), menaza Alx. FJ. — Port, braço, calça, 
faço (fado), fdtiço, juiço (judicium). — Pr. bratz, 
calsamenta, menassa, vinassa (vinacea). Attraction dans 



472 VOYELLES LATINES. HIATUS. 

faissa (fascia), sospeisso (suspicio). — Fr. bras, face, 
menace, renoncer {renunciare), soupçon, terrasse. Attrac- 
tion daQSjD/ae5^ (placeat). — Val. avec tz : atze (acia), hratz, 
ce.ltzun, ghiatze, latz. 

G. Après les douces et après v, j prend d'habitude la pro- 
nonciation romane qui lui est particulière, et il s'assimile la 
consonne qui précède. L'espagnol préfère le prononcer comme y 
et sjncoper la consonne; le portugais a des cas analogues. 

Après D : it. giorno (diurnum), giuso (deorsum), gire 
(de-ire?), Chiasteggio (Clastidium), oggi (hodie), i^iveggia 
(invidia) Purg. 6, 20, merigge (?neridies), poggio [po- 
dium), raggio [radius), scheggia (schidia), asseggio [asse- 
dium *) et beaucoup d'autres. Z pour g (mezzo) ; voyez au i). 
Renforcement du j en g dans la conjugaison : se g go (sedeo), 
veggo {video). — Esp.yornac^a ; d'ailleurs avec y : poyo, 
rayo etc. — Port, hoje (hodie), orge arch. (hordeum). — Pr. 
jorn,jos, auja (audiat), rag; SNQcyenveha, poyar. Renfor- 
cement en g dans arga (ardeat, etc. — Fr. jour, jusque (de 
usque), Jubleins nom de lieu (Biablintes) , orge, assiéger et 
siège, Angeac (Andiacum), Antége (Antidius) Yoc. hagioL; 
appuyer, envie. Attraction dans muid (modius). — Josum 
jusum se présente de bonne heure dans le latin du moyen-âge, 
jornus, jornalis dans les chartes carolingiennes. Leroumanche 
adopte ce traitement roman du dj dans giavel (diabolus), giû 
(deorsum), car ici le gi guttural est analogue ru gi palatal 
italien. Il est vrai que ce g se produit aussi devant i tonique 
comme dans gi (dies), gig (diu), gir (dicere). 

Après G : it. faggio (fageus), litigio (-ium), regione, 
Reggio (Rhegium), saggio (exagium). Renforcement dans 
fuggo (fugio). — Esp. ensayo (it. saggio), haya (fagea). — 
Fr. éloge, litige, prodige; essai. 

Après B : it. cangiare (cambiare), deggio (debeo), aggia 
(habeam), roggio (rubeus), saggio (sabius pour sapius). — 
Esp. sage arch. (it. saggio). Renforcement du J en p dans la 
conjugaison : oygo (audio). — Port, haja (habeam), sage 
FGrav. Attraction dans raiva (rabies), ruivo (rubeus). — 
Pr. camjar, ratge (rabies), satge. — Fr. changer, rage, 
rouge, sage, tige (tibia). Attraction dans l'anc. franc, saive 
pour 5ape. — En val. attraction dans roibe (rubia), cf. coif 
(cofia). 

Après V : it. gaggia (cavea), leggiero (leviarius *), 
pioggia(pluvia,ploja, chez Dante), sergente (servie7îs). — 



VOYELLES LATINES. HIATUS. 4 73 

Esp. greuge (gravium*, h. lat. greugia), ligero, sargento. 

— Port, fojo {fovea), ligeiro etc. — Pr. greuge, leugier. 

— Fr. abréger (abbreviare), auge (alveus), cage, Dijon 
[Divio au 6^ siècle), déluge (diluvium), sauge (salvia), ser- 
gent. Attraction dans le v.fr. caive = cage, et dans le fr. mod. 
fleuve (fluvius fluious). Chute de Vi commune à la famille 
romane dans liœivia, it. lisciva, esp. leœia, franc, lessive, 
b. lat. lexiva (9^ siècle) Graff, II, 152. 

d. Après la forte P, la palatale douce devient forte, c.-à.-d. 
l'ital. g devient c et d'une façon correspondante le iv, j devient 
ch, It. piccione (pipio), approcciare {appropiare *), saccio 
(sapio), — Esp. pichon, reprochar ; attraction en port, dans 
aipo [apiwn), caibo (capio). — Pr. ache{apium), apropchar, 
repropchar (repropiare *), sapcha (sapiat), avec la forte 
négligée par les autres dialectes^. — Fr. ache, achier, v.fr. 
(apiarium), approcher, reprocher, sache, sèche (sepia), 
Clichy (b. lat. Clipiacum), Gamaches (Gamapium), pigeon, 
avec la palatale faible, est inorganique. 

On peut s'attendre à ce que la règle de formation développée 
jusqu'ici ne s'applique pas à tous les mots ; beaucoup d'entre eux, 
surtout ceux qui sont peu populaires ou modernes, conservent 
au contraire leur forme latine. Il n'est pas même nécessaire de 
donner des exemples. Dans ce fait, que la règle romane n'a pas 
été générale, gît la principale raison de l'existence des doubles 
formes et doubles mots que le roman contient en si grand nombre; 
à côté de la forme nationale il en existe une autre plus latine ou 
savante (voyez plus haut, p. 135). Donnons quelques exem- 
ples de ce dernier cas : it. esiglio esilio, luglio Giulio, 
veglia vigilia, strangio strano stranio, grembo gremio, 
foja furia, vajo varo vario, volentiero volontario, cagione 
occasione, avarezza avarizia, inveggia invidia, aggia, 
abbia, gaggia gabbia, saccia sappia, saggio, savio. — 
Esp. ancien et moderne igreya iglesia, angoœa angustia, 
canzon cancion, razonracion, servizo servicio, rayo radio, 
sage sabio. — Pr. velha vigilia, gleisa glesia , avaricia 
avareza, razon ration, camjar cambiar, satge savi. Comme 
les noms de la deuxième déclinaison dépouillent dans cette langue 

1. Ebel s'exprime autrement sur ce point : le pr. sapcha, l'ital. saccia 
supposent un type antérieur sap-tya de sap-dia à quoi l'on peut com- 
parer Vit. (jiacerede. diacere=jacere. Voyez le travail d'Ebel, intéressant 
aussi pour la famille romane : Zur Lautgeschichte (Ztschr. fur vergleich. 
Sprachf. XIII. XIV). 



47 A VOYELLES LATINES. HIATUS. 

leur terminaison us (um)y la voyelle qui se présentait la pre- 
mière, délivrée de l'hiatus, pouvait d'autant mieux se conserver. 
Ces terminaisons sont nombreuses : capitoli, concili, evangeli, 
Virgili, lani (laneus). Uni (lincus), Antoni, simi (simius), 
aure (aureus), ciri (cereus), sagitari, espaci (spatium), vici 
(vitium), cilici, coUegi, ordi {hordeum), fluvi, grafl (gra- 
phium) et bien d'autres. — Fr. veille vigile, gloire glorie 
arch., foison fusion, façon faction^ raison ration. La finale 
provençale i s'applatit ici déjà en e. 

B. Lorsque u atone occupe la position étudiée ci-dessus [ua, 
lie, ui, lio, uu), il éprouve le même sort que i\ seulement les 
exemples sont rares. La transformation de Vu en v qui corres- 
pond à celle de Yi en j ne se présente peut-être que dans 
rit. belva (bellua), parvi {parui) ; cf. aussi Tarch. dolvi 
(dolui), et le franc, janvier ainsi que l'ancien franc, eve (aqua 
aqva), ive(equa), tenve [tennis] FCont. IL 68; des poètes 
romains ont prononcé genva, tenvis, tenvior [genua, tennis, 
tenuior) voy. Lachmann, Comment, in Lueret. p. 115. 182. 
On a des exemples de transposition ou d'attraction dans l'esp. 
viûda (v.esp. plus exactement -y it^c^a, cf. vibda PC. FJ., Bc); 
pr. vèuza (vidua) ; v.fr. vuid, d'où le franc, moderne vide 
(viduus) ; pr. téuna {tennis) ; pr. sanp (sapni); c'est certai- 
nement le même procédé qni a donné naissance aux mots espa- 
gnols sopo snpo, hoho hnbo [hahnit hanbit). 

L'élision se rencontre partout, cf. esp. atrevo (attribuo) ; it. 
batto,es^. bato(-no)\ it. cucio, esp. coso (consno); port, cnspo 
(conspno); esp. contino (-nus); it. Adda (Addua) ; it. morto 
{-nus), esp. mnerto, etc. ; it. febbrajo (februarins), etc. 
Mortus se trouve dans un ms. de Cicéron i)e re pnbl. 2, 18 
(33), et febrarins est noté par YApp. ad Prob. comme vicieux 
et par conséquent usité. D'autres cas, par ex. supervacum, 
sont mentionnés par Lachmann l. c. 306. — En italien Xu pro- 
duit un V qui annule l'hiatus dans bon nombre de cas, comme dans 
continovo, Genova, lattovaro (electnarium) , manovale (ma- 
nuale), Manovello (Emanuel), rovina (ruina), vedova (vi- 
dua, aussi val. veduve), vettovaglia (victualia). 

IL Hiatus provenant de la composition. — Pour le détruire, 
on emploie l'élision, que la composition soit latine ou romane. It. 
coprire(cooperire), dorare(deaurare) , donde(dennde),dove 
(de ubi), ravvisare (re-avv.), melarancia (melo ar.\,verdaz- 
zuro (verde azz.) Esp. antojo (anfe ocidum), cnbrir, dende 
(de inde), dorar, ralentar (re-al.), telarana (fêla araneae). 



VOYELLES LATINES. HIATUS. >!75 

Pr. antan (ante annum), contranar {contra anar), en- 
truhert (entre uh.), sohraltiu {sobre altiu). Franc, devant 
{de ab ante). raviser, malaventure {maie av.). Val. intr'un 
{intruun), dînante {de in ante). Là où la composition n'est 
plus sensible, comme dans deorsum, la synérè^e peut se produire: 
it. giuso. Dans les mots plus récents l'hiatus est plus facile- 
ment toléré : ainsi en it. coetaneo, controurtare, preesistere, 
reintegrare\ esp. entreabrir, entreoir, maniobrar,preeœis- 
tir, puntiagudo, reanimar; fr. coopérer. 

Notons encore un procédé propre au français dans les mots 
dérivés. Quand, par suite de la dérivation, deux voyelles se 
rencontrent, l'hiatus se comble d'ordinaire par un t, c.-à-d. par 
une lettre qui ailleurs s'élide entre voyelles. Les consonnes 
muettes finales ne comptent pour rien. Exemples : abri abriter, 
bijou bijoutier, café cafetier, caillou cailloutage, clou 
cloutier, filou filouter, jus juteux, numéro numéroter, 
tabac tabatière; après une syllabe nasale le même fait peut se 
produire : fer-blanc ferblantier, rein éreinter. Ce t eupho- 
nique aura dû (probablement) son origine au t flexionnel du 
verbe ; l'oreille en effet s'était faite à la variation il est et est-il, 
il y a ei y a-t-il, et ce t fut transporté dans le domaine de la 
dérivation. Dans les langues qui ne conjuguent pas avec t on 
cherche en vain ce phénomène. C'est aussi de la même façon que 
tante naquit du groupe ma-^-an^e. D'autres intercalations seront 
étudiées ailleurs. 

III. Hiatus par chute de la consonne. — Comme certaines 
consonnes quand elles se trouvent entre des voyelles sont souvent 
syncopées, descas nouveaux d'hiatus se produisent alors; ces hiatus 
qu'elle a créés elle-même, la langue ne les tolère pourtant pas 
toujours, et les annule, comme d'habitude, tantôt par contraction, 
tantôt par intercalation de consonnes. Ex. de contraction : it. 
mastro de maestro, bere de bevere beere, desti de dedisti 
deesti ; esp. mastro comme en ital., ver de veer etc.; fr. âge, 
gêne, rançon, reine, rôle, rond, sûr, veau de cage aage, 
geene, raançon, reine, roïne, roole, roond reond, seûr, ve- 
au. On a des exemples d'intercalation de consonnes, dans lesquels 
V (esp. b) est introduit après u, o, souvent aussi après a (p. 166) ; 
quelques langues introduisent d (prov. z) et aussi la gutturale p', 
c.-à.-d. les sons les plus doux de chaque organe : it. biava 
dialect. {biada bia-a) , Rovigo {Rhodigium Rho-igium) , 
chiovo chiodo {clavus clau-us clo-us), brado {bravo bra-o), 
padiglione {papiliopa-ilio), f rigolo {frivolus fri-olus, b. lat. 



476 VOYELLES LATINES. 

frigolus Mab. Dipl. p. 506 année 803), pagone (pavone 
pa-one), ragu7iare (radunare ra-unare), sego (sevo se-o)^ 
sughero (suvero su-ero). Esp. cobarde (it. codardo, pr. 
co-art), v.esp. juvicio (ju-icio)^; port, couve (caulis 
cau-is), chouvir [claudere clau-er), louvar [laiidare lau-ar), 
ouvir (audire au-ir); v.cat. pregon (pr. pre-on). Pr. 
Savornin [Saturninus Sa-urn) Yoc. hag., avultre (adul- 
ter a-ultre) , glavi (gladius gla-ius), azondar (a-ondar) 
LOcc, pazimen (pavimentum pa-im.) LAlb. 3118, Pro- 
zenzals (Proven. Pro-en.) B. 51, 4, rogar (rotare-roar) 
L. Rom. Fr. emblaver (b.lat. imbladare imbla-ar), glaive 
(comme en pr.), gravir {gradir gra-ir), parvis {paradis 
para-is), pouvoir (pr. poder po-er), rouver arch. [rogare 
ro-ar)y avec fk la finale v.fr. bief, bleifiplatum bla-um). 

REMARQUES SUR LES VOYELLES. 

1 . Il est important de remarquer ici avec quelle précision les 
filles du latin, pour la plupart, distinguent à l'origine les voyelles 
longues et les brèves quand elles sont accentuées. Voici la 
règle : les longues restent ce qu'elles sont, les brèves sont 
tantôt remplacées par des voyelles de même nature, tantôt 
diplitlionguées ; a comme étant la plus pure est celle qui résiste 
le plus. Les longues sont donc par leur quantité protégées aussi 
dans leur qualité, ce sont réellement des lettres doubles ; elles 
ont la consistance de ces dernières. Quant aux brèves, si l'on 
considère la langue italienne (car c'est celle qui présente 
le nouveau système phonique dans sa plus grande pureté) 
on verra que le lat. e était prononcé comme e ouvert et 
clair, et que le lat. i l'était comme e fermé : fèro {férus) et 
féde {fîdes) ont maintenu les deux voyelles originaires e et i 
suffisamment distinctes, en sorte qu'il n'y avait aucun besoin 
grammatical de modifier Ve ouvert en ie : fiêro. Cet e se distin- 
guait aussi de Ye long latin qui se prononçait ouvert. — Il en 

1. L'espagnol n'emploie pas le d pour annuler l'hiatus, aussi est-il 
douteux que l'antique forme JDidacus (par ex. Esp. sagr. XXVL 444, 
ann. 804), à laquelle correspond le moderne Diago, Diego (disyllab.), soit 
venue de Yago = lâcobus, en faisant de Sant-Yago San Diago, puis de 
Diago le latin Didacus. Schmeller (Abh. der bair. Akad.) conjecture une 
composition gothique Thiud-dag; mais ce mot donnerait en has latin 
Tidagus ou Tudagus et non pas Didacus, car au goth. th correspond un 
t roman et non pas un d. 



VOYELLES LATINES. 477 

est de même de Vo bref et de Vu dans leur représentation 
italienne. Comment la langue en vint-elle donc aux diphthon- 
gues? A-t-elle satisfait parla à un besoin d'euphonie que nous 
ne comprenons plus? D'autres langues aussi aiment à diphthon- 
guer en préposant un i : on a remarqué ce fait même dans 
un des anciens dialectes italiques, qui employait i de cette 
manière presque devant toutes les voyelles. Dans les deux 
cas il est évident que les langues ont pris plaisir à la diph- 
thongue ; mais en italien l'adjonction de Yi est systématique : 
elle se borne-à Ve ouvert, et devant o ouvert, c'est u qui remplit 
ce rôle. Il semble donc que la langue se soit surtout préoccupée 
d'accuser plus fortement encore l'écart entre e originaire et ï, 
et à, non-seulement qualitativement, mais aussi quantitative- 
ment. Les formes italiennes, comme nous l'avons déjà vu, ne 
dominent point partout. L'espagnol a, il est vrai, conservé ie, 
mais dit ue pour uo probablement par immixtion de te. Le 
provençal connaît les deux formes italiennes; cependant chez lui 
comme en espagnol uo devient dialectalement ue, que le français 
intervertit en eu. L'écart le plus considérable se trouve dans le 
valaque, qui obtient la diphthongaison en plaçant a après la voyelle 
originaire {ea oa) ; toutefois il est difficile d'y voir une forme 
primaire : c'est plutôt une dégénérescence de ie et uo, les 
seules formes qui présentent l'avantage d'un développement 
immédiat et logique. le, qui persiste encore à côté de ea et qui 
se rattache au reste de la famille romane, pouvait facilement aboutir 
à ia, qui est moins ouvert {ea ne se prononce pas à proprement 
parler autrement) : même chose est arrivée dans Ta.fr. et le 
roumanche : Mal de UeL Ce ia ou ea devait être suivi de très- 
près par ua ou oa, ainsi que cela se présente dans d'autres 
dialectes (prov. mod. couar de cor). — Notre haut-allemand 
moderne a cette grande ressemblance avec le roman qu'il allonge 
les brèves originaires ; mais cet allongement n a pas eu pour 
conséquence la diphthongaison, qui a été au contraire appliquée 
à des longues originaires, au moins pour z et ô : pour celles-ci 
on introduisit, afin de distinguer les anciennes longues des 
nouvelles, au et ei, bien que cette introduction donnât lieu à une 
collision avec les anciennes diphthongues ei et au (ou). Le grec 
moderne, dans sa manière de traiter les voyelles du grec ancien, 
ne montre pas plus que l'allemand de ressemblance avec le 
néo-latin. Ces voyelles, brèves ou longues, se sont conservées 
quant à leur qualité : seulement e long (y)) et u sont deve- 
nus phonétiquement ^; la diphthongaison n'a pas eu lieu, et 

DIEZ 42 



i 78 VOYELLES LATINES. 

même les diplithongues se sont réduites à des voyelles simples. 

2. Les mots romans qui ont l'antépénultième accentuée con- 
servent habituellement intacte leur voyelle latine, parce qu'ils 
sont entrés pour la plupart dans la langue après que l'ancienne 
loi de formation eut perdu sa force plastique, ou parce qu'ils 
n'étaient jamais arrivés à une complète popularité. Les pro- 
paroxytons vraiment populaires obéissent en grande partie à la 
règle générale, comme on le voit par Fit. piedica, vedova, ver- 
gine, uomini,goniito,giovane. Quand la voyelle de la pénultième 
est élidée, l'italien (puisqu'ici il se produit véritablement position 
romane) ne permet pas la diphthongaison (vecchiOy donna). Au 
contraire, l'espagnol, et surtout le français, qui annulent cette 
position par l'amollissement de la consonne ou par d'autres 
moyens, admettent la diphthongue {viejo, duena; tiède, œil.) 

3. C'est à l'italien, le dialecte qui serre de plus près le latin, 
qu'en ce qui concerne les voyelles on doit reconnaître l'organi- 
sation la plus primitive, parce qu'elle est la plus simple et la plus 
régulière. Les exceptions sont rares, en sorte qu'avec assez de 
sûreté on peut conclure de la persistance ou du changement des 
toniques latines (sauf à) à leur quantité : celles qui persistent se 
manifesteront comme voyelles longues, celles qui changent comme 
voyelles brèves. — L'espagnol admet pour les voyelles plus de 
changements que l'italien, mais suit néanmoins une règle fixe 
autant que possible. Il respecte les longues i, u, mais touche 
parfois aux longues e et o. La diphthongue est particulièrement 
favorisée chez lui, en quoi il ressemble souvent au valaque. Il 
maintient particulièrement aux atones i et u leur valeur primitive. 
— Le portugais a ceci de propre qu'il n'admet aucune diphthongue; 
pour le reste, il ressemble à l'espagnol. — En provençal les 
voyelles longues persistent; la diphthongue, pour les brèves, 
n'est pas admise ou recherchée devant toutes les consonnes. — 
Nous avons vu déjà que le français s'écarte d'une manière no- 
table de l'usage commun au reste des langues romanes. A s'y 
affaiblit fréquemment, mais non pas tout à fait irrégulièrement, 
en m ou e. Pour les autres voyelles, la séparation systématique 
entre les longues et les brèves disparaît en grande partie. Parmi 
les longues, e et o dégénèrent , d'habitude, en diphthongues et 
sons mixtes ; ese confond presque avec i bref, ô avec o bref ; quant 
k i etu ils se maintiennent intacts, c.-à-d. qu'aucune autre 
lettre ne prend leur place, bien que u ait perdu son ancienne 
prononciation. Parmi les brèves e suit la règle générale, les 
autres prennent les nuances et éprouvent les vicissitudes les plus 



VOYELLES LATINES. i 79 

variées. En position, e suit aussi bien que i la régie commune ; 
et u présentent dans leur développement quelques particula- 
rités qui les éloignent de la règle. — L'absence de règle carac- 
térise ici le valaque. Pour quelques voyelles (ë, ë, ô, o) on ne 
peut même admettre aucune forme dominante ; les brèves dans leur 
ensemble se modifient de la façon la plus diverse ; e et o longs 
sont même traités comme s'ils étaient brefs ; seuls a, i et u longs 
maintiennent à peu près complètement leur intégrité. 

4. Voici le tableau des voyelles, pour lesquelles les formes 
principales sont seules relevées : 





ITAL. 


ESP. 


PORT. 


PROV. 


FRANC. 


A 


a 


a 


a 


a 


a, ai, e 


E long 


e 


e 


e 


e 


oi, e 


bref 


ie 


ie 


e 


e, ie 


'ie 


posit. 


e 


e, ie 


e 


e 


e 


I long 


i 


i 


i 


i 


i 


bref 


e 


e 


e 


e 


e, oi 


posit. 


e 


e,i 


e, i 


e 


e 


long 














eu, 


bref 


uo 


ue 





o,ue,uo 


eUy 


posit. 





0, ue 











U long 


u 


u 


u 


u 


u 


bref 





Oy U 


0, u 





0, ou 


posit. 





0, U 


0, u 





0, ou 


Ae 


ie, e 


e, ie 


e 


e 


ie, e 


Oe 


e 


e 


e 


e 


e 


Au 








ou 


au 






VALAQ. 

a, u 
e, ea 
ea, ie 
e, ea 
i 
e 

e, i 

o,oa,u 
oa, OyU 
Oy oay u 
u 
u 
u 
e 
e 
au 



5. A l'occasion des nombreuses modifications auxquelles est 
soumise la tonique spécialement en français, il y a lieu de poser 
la question suivante : la diphthongaison a-t-elle eu le caractère de 
VUmlaut de la grammaire allemande, d'après laquelle ce phé- 
nomène consiste dans le trouble apporté aux voyelles a, Oy u par 
l'influence de Vi ou de Vu de la syllabe suivante? Ainsi défini, on 
ne peut le constater. C'est un autre phénomène analogue qui le 
remplace ici : V attraction, qui s'étend à i {e) et à w et qui est 
évidemment favorisée par certaines consonnes {ly n, r, s)-, ces 
voyelles i {e)y u sont attirées par la tonique et se fondent avec 
elles en un. son, pourvu toutefois que l'atone forme un hiatus 
avec la voyelle qui la suit. En français, cette condition n'est, il 



i 80 VOYELLES LATINES. 

est vrai, pas nécessaire pour que a devienne e : premier rappro- 
ché de jprimari ne doit pas être jugé comme 7ner rapproché de 
mare^ ni surtout comme le haut-allemand moderne meer rappro- 
ché de mari : dans premier c'est l'attraction qui a agi, dans 
mer c'est la préférence pour e^ dans m^eer c'est un phénomène 
purement germanique. Dans la même langue, il faut aussi tenir 
compte du cas où une gutturale s'est affaiblie en i : joindre 
(pr. jônher, c.-à-d. jônier), poin (pr. pun/i) se sont for- 
més exactement comme témoin (testimonium) où il y a un i 
originaire. 

6. On ne peut pas non plus admettre dans ce domaine Vapo- 
2ohonie allemande si Ton entend par ce mot un changement delà 
voyelle radicale fondé sur certains principes et employé comme 
procédé de flexion. Les cas existants déjà en latin sont naturelle- 
ment exclus. Les changements de la voyelle radicale sont dans 
les langues filles chose ordinaire : leurraison d'être n'est pas dans 
certaines lois de flexion (à l'existence desquelles on ne devait 
pas s'attendre ici), elle réside ou dans les variations de la 
quantité et de l'accent ou dans le besoin de clarté. Ainsi, 
tandis que dans le latin tenet, tenemus Ve de la racine demeure 
intact, le français tient, tenons montre au contraire une variation 
frappante dans le son; mais si l'on en cherche la raison, on 
trouve bientôt que la diphthongue ie dans tient doit son exis- 
tence à la brièveté de e dans tenet, et que la voyelle e dans 
tenons est de son côté restée intacte, parce qu'elle est atone 
dans tenemus. Le phénomène s'explique donc par le mode 
roman de la représentation des sons latins, qui s'appuie sur 
les lois prosodiques*. Si au contraire au parfait tint le radical 



1. Bopp n'aurait pas dû appliquer son importante remarque sur l'in- 
fluence de la terminaison sur la voyelle radicale (Jahrb. fur wiss. 
Kritik, 1827, p. 260) à la conjugaison romane, ni expliquer l'absence 
de diphthongue dans tenons, tenez par la pesanteur de la finale; car que 
dira-t-on de l'esp. sientan, dont la terminaison, malgré la perte du / de 
sentiant, est assez lourde, aussi lourde au moins que celle de StSofiev, et 
qui garde cependant une syllabe radicale longue? Le futur tiendrai con- 
tredit sa théorie aussi bien que la nôtre. Toutefois cette contradiction 
qui ne se présente qu'en français s'explique facilement : tendrai aurait 
donné la prononciation tandrai, ce que la langue devait éviter si elle ne 
voulait pas accumuler les formes outre mesure. (Plus tard Mussafia, 
Beitrœge zur Gesch. der rom. Spr., p. 1, s'est rangé à mon opinion. La 
proposition qu'il soutient et démontre est celle-ci : toutes les formes du 
présent ont leur unique raison d'être dans les lois phoniques générales.) 
— J. Grimm, Gramm. P, 119, compare à la loi du brisement de l'ancien 



VOYELLES LATINES. \S\ 

e apparaît changé en i, le motif visible en est dans la distinction 
entre la forme de ce temps et celle du présent. De plus, la voyelle 
radicale est aussi sous l'influence de lois ou de considérations 
euphoniques. La grammaire espagnole peut en fournir un 
exemple. Dans siento, sentimos, sintiô, du latin sentio, sen- 
timus, sentiit, e est remplacé une fois par ie, une autre fois 
par i : i est la voyelle fondamentale choisie par la langue pour ce 
verbe, e s'explique par l'euphonie, parce qu'un i tonique suit 
(voy. p. 163); la diphthongue tombe sous la loi générale. Ces chan- 
gements de la tonique, s'ils ne sont pas une conséquence des prin- 
cipes de l'apophonie, supposent cependant, surtout quand ils 
viennent aider la flexion, un moyen de formation analogue, et 
qu'on aurait peut-être le droit de désigner par le mot apophonie. 
7. L'influence de l'accent sur la voyelle radicale est l'un des 
traits caractéristiques des langues néo-latines. Cette influence 
peut être considérée comme heureuse, car elle engendre des 
formes variées sans confusion. La tonique de la langue-mère se 
modifie, comme nous l'avons vu, d'après des lois générales, 
l'atone reste intacte. C'est surtout dans la conjugaison que cet 
échange de sons est important, et dans la formation des mots il 
a aussi une grande valeur. Quelques exemples le mettront en 
lumière : It. brieve brevità, nieno minore, pelo piloso, 
pruovo provare, suora sorella, moglie muliebre. Esp. fîero 
feroz, liebre lebrato, cebo cïbera, hebra fîbroso, bueno 
bondady pruëbo probar, gola guloso. Fr. prix précieux, 
lièvre lévrier, relief relever, foi féal, moins menu, poil 
peluche, œuf oval, feu fouace, jeu jouer, bœuf bouvier, 
deuil douleur, loup lupin. Val. peatre petrariu, doare 
doresc, barbe berbat. Que les voyelles e et o, qui à la tonique 
remplaçaient i et u, aient souvent été transportées aussi à l'atone, 
cela se comprend ; il devait même arriver qu'on en fît autant pour 



haut-allemand dans piru, piris, pirit, peram, perai, perant, le changement 
roman de la voyelle dans niego, nieghi, niega, neghiamo, negate, niegano, 
et trouve surprenant que ce changement n'ait lieu qu'au présent dans 
les langues romanes. Les deux phénomènes peuvent, si l'on veut, être 
rapprochés l'un de l'autre, pourvu qu'on se^garde d'établir entre eux 
un rapport historique de quelque nature qu'il soit ; c'est la tonicité 
de la voyelle radicale qui introduisit la diphthongue, et mit sur le 
même pied la 3« pers. plur. d'un côté, la V' et la 2" de l'autre, s'écartant 
en cela de l'allemand. C'est encore la tonicité qui a restreint le chan- 
gement- de la voyelle au présent. 

1. Une autre explication de ce changement de voyelle est donnée par 
Delius dans le Jahrb. I, 355. 



482 VOYELLES LATINES. 

les diphthongues. Cf. en it. (où ce fait est d'ailleurs rare) fler-o 
fierez za (pour ferezza), siepe assiepare Inf. 30, 123, nuota 
nuotare, luogo luoghetto ; esp. ciervo ciervatico (à côté de 
cervatico), 7niel mieloso {mieux 77ieloso), cuerdo cuerdero, 
huehra huebrada, 

8. Nous avons souvent remarqué combien la forme de la 
voyelle dépend de la consonne qui la suit. L'intensité de cette 
dernière, c'est-à-dire si elle est simple ou double, .a aussi une 
grande importance. De plus, les liquides exercent une action 
spécifique sur les voyelles immédiatement précédentes, qui 
s'explique en partie par leur nature de semi-voyelles. En italien 
par exemple, i et u^ devant ng, comme nous l'avons vu précé- 
demment, conservent leur forme pure. — En esp. o en position 
devient habituellement diphthongue devant les liquides : cuelgo, 
sueno, puente, cuerpo. — En prov. la même voyelle devant 
l simple, m, n, répugne à la diphthongaison : filhol, hom, son. 
— En franc, a devant m et n se change en ai: aime,pain\ mais 
devant les mêmes lettres o échappe à la diphthongaison : Rome, 
couronne, et o = lat. u au changement habituel en ou : 
comble, ongle. Il est à peine besoin de rappeler la nasalisation 
des voyelles et les modifications qui en résultent. Si on consulte 
l'usage des dialectes populaires, on trouve beaucoup d'exemples 
remarquables de la puissance des consonnes. Ainsi, dans le 
dialecte de Rutebeuf, o persiste devant r, tandis qu'habituelle- 
ment il devient ou : amor, jor, por, tor, retor, secor, cor âge. 
En bourguignon moderne (dans La Monnoye) e fr. devant r se 
change en a, pourvu que r soit suivie d'une autre consonne, qui 
peut plus tard même être tombée : harbe (herbe), marci, marie, 
valu pour vartu (vertu), garre (guerre), tarre, anfar (enfer), 
couvar (couvert), dezar (désert), var (verd). En wallon, 
e devant r dans les mêmes cas (et même quand Yr n'existe 
plus), quelquefois devant ss = st, se diphthongue en ie : 
piel (perle), vier (ver, verrais), stierni (éternuer), 
vierni (vernis), vierné (gouverner), sierpain (serpent), 
siervi (servir), vier se (verser), pietri (perdrix), piett 
(perte), biergi (berger), nierr (nerf), biess (bête), fiess 
(fête), tiess (tête) ; de même o en oi : doirmi, coinn (corne), 
coir (corps), foisse (force), hoirsi (écorcher), moirt, poirté, 
foir (fort), boir (bord), stoid (anc. franc, estordre), coirbâ, 
(corbeau) . Qui ne se rappellera à ce propos l'action que cette 
même liquide exerce en gothique sur i ou u précédent ? — Enfin 
en valaque a bref devant m et n s'assourdit souvent en ^f : umblu 
(ambulo), prunz (prandium), etc. 



VOYELLES LATINES. 4 83 

9. La syncope de Tatone a joué dans la formation des 
langues romanes un rôle capital , puisqu'elle a donné nais- 
sance à des groupes de consonnes très-divers et souvent pres- 
que intolérables, si bien que la langue a dû trouver de nou- 
veaux moyens pour les adoucir à leur tour. C'est dans les 
langues du nord-ouest qu'elle a le plus d'action : les voj^elles 
de flexion ne sont même plus respectées, en sorte que des mots 
polysyllabiques se réduisent finalement à la syllabe tonique, cf. 
dominus, pr. dons ; hominem, pr. hom, plus exactement 
omne orne; rotundus, fr. rond. On peut indiquer cette 
abréviation systématique après la syllabe tonique comme la loi 
principale de formation de ces langues, et comme le signe qui 
les distingue de leurs sœurs. Celles-ci usent avec beaucoup plus 
de retenue de ce moyen d'assimilation. C'est surtout la voyelle 
de dérivation i qui est sujette à tomber, ainsi que le prouve le 
traitement des désinences ïcus, ïdus, ïlis, ïnus. Quelquefois 
aussi la voyelle s'élide après la consonne initiale, ce qui peut 
rendre l'origine du mot singulièrement obscure, cf. it. hril- 
lare^ fr. briller (heryllus) ; port, crena [carina) ; it. crollare, 
fr. crouler (cor otul are); it. crucciare (pour co7''rucciare) ; 
cruna (corona); fr. Fréjus [Forum Jul.) ; frette (pour fer- 
rette); v.fr. gline (gallina) Ren. lY, 24; it. gridare, fr. crier 
{quiritare) ; it. palafreno, fr. palefroi (paraveredus) ; it. 
pretto (i^our puretto) \ scure (securis); staccio {setaceum^)\ 
it. esp. triaca, fr. triacleur {theriaca)\ ital. trivello [tere- 
hellum^)\ fr. vrai (veracus*) ^ 

10. Par la contraction, l'atone se fond dans la tonique ; nous 
avons ici de nombreux exemples. L'it, Napoliip, ex. vient de Nea- 
polis, trarre de traere, de' de deve dee, denno de devono 
deono, col de co il, Susa de Segusium, Seusium; esp. ver 
de veer (encore àsiïis provecr), Jorge de Ijeorgius, sentis de 
se7ititis sentiis; port, vir de viir, vontade de voo7itade\ fr. 
abhesse de abhèesse, voir de véoir, mûr de meûr. Il a été 
déjà question de ce fait à l'étude de l'hiatus (p. 175). Souvent, 
et surtout en français, les deux voyelles engendrent ensemble 
un troisième son qui n'était point contenu dans la tonique. En 
italien, ce fait ne se produit presque jamais : Vo tiré de au 

t. Auguste Brachet a récemment publié une étude très-soigneuse 
{lahrbuch, VU, 301 suiv.) sur le rôle que jouent les voyelles latines 
atones dans la formation des langues romanes. Ce travail est tout-à-fait 
de nature à cdmi)lôter dans tous les sens l'esquisse rapidement tracée 
ci-dessus. 



-1 84 VOYELLES LATINES. 

appartient déjà au latin; en esp. aire de ae7^ (Reines. Inscr. 
ind, gramm. aire pro aère), airado de dirado cf. Rz. 173, 
lego de Idigo, véinte de viginti veinte, sois de sodés soes ; fr. 
chaîne de chaîne, Laon de Laudunum Loon^ seine de seine, 
empereur de empereor, roi de ree. 

11. La destruction de l'hiatus constitue, à n'en pas douter, 
dans le développement du roman, un facteur d'une importance 
telle qu'on ne le retrouve au même degré dans aucun autre 
domaine. Les conséquences les plus remarquables sont la conso- 
nification de Vi, à laquelle se rattachent le mouillement de 17 et 
de Vn et l'envahissement des sons palataux et aspirés, et aussi la 
naissance de nombreuses diphthongues. L'émission de l'hiatus 
exige un certain effort des organes, puisqu'il s'agit de maintenir 
séparés deux sons vocaliques immédiatement voisins ; comme la 
conscience de la valeur des éléments linguistiques s'était insensi- 
blement émoussée, on n'attacha plus à la persistance de voyelles 
incommodes qu'une importance secondaire. On ne prit plus 
garde à Yi radical dans diurnum, aux e, i, u de flexion 
dans haheam , fugio , dolui , aux dérivatifs e et i dans 
palea^primarius, varius : on dit en itaL aggia, fuggo, dolvi, 
paglia, primerio, varo. Cependant l'élision des consonnes 
introduisit dans la langue une foule de nouveaux cas d'hiatus, 
toutes les fois que l'euphonie gagnait plus à l'éhsion qu'elle ne 
perdait à l'hiatus. 

12. Tandis que la langue latine a une antipathie marquée 
pour les diphthongues , et partout où elles se rencontrent cher- 
che à s'en débarrasser par la contraction ou la résolution en 
voyelles distinctes, ses filles, chacune à sa manière, les ont déve- 
loppées avec abondance. Mais ici se place une remarque. Bien 
que la nature fluide des voyelles rende toute liaison entre elles 
possible, toutefois les unes se prêtent moins bien que les autres 
à créer une unité phonique. / atone et u s'unissent, par exemple, 
très-facilement aux autres, mais elles peuvent, grâce à leur 
parenté avec les consonnes j et v, perdre leur nature de 
voyelles. En particulier, elles ont un caractère indécis quand 
elles précèdent les autres voyelles (m, ié, iô, iû; ud, 
ué, ui, u6) ; elles acquièrent facilement alors un son inter- 
médiaire entre i etj, u et v, et forment ainsi une diphthongue 
impropre : aussi les Italiens écrivent-ils ieri eijeri; dans aglio 
de alliiim Vi est complètement consonnifié. D'après les règles de 
l'assonance espagnole, i atone et i«, dans une diphthongue, ne 
comptent point pour une voyelle : par exemple on fait rimer 



VOYELLES LATINES. >l 85 

necio feo, memoria reforma, aire madré, rahie maten, 
lengua cesa. Ces voyelles conservent mieux leur nature quand 
elles suivent les autres (ai, éi, oi, ûi, du, éi, iu, ou); cependant 
Tassonance espagnole ne les compte pas non plus dans ces cas : 
vengais hahlar, trayga dulzaina alta, aire alfange, hazeis 
vouer, deleite deben, reyno m^enos, herôico famoso ; rauda 
œaula causa aima, deuda ella. Le roman favorise ces diph- 
thongues composées de i et u atones et d'une autre voyelle 
autant qu'il évite celles qui se composent d'z et u toniques et de 
l'une des trois autres {ia, ie, io, ûa, ûe, ûo\ aï, ei, oi, au, 
eu, ou). Pour les éviter il a été jusqu'à déplacer Taccent et à 
prononcer iôlus (it. figliuôlo) au lieu de iolus, ainsi qu il a 
été déjà dit. 

13. D'après leur origine, on peut diviser les diphthongues en 
cinq classes. La première comprend le petit nombre de celles 
{au, eu, ui) qui ont été transplantées du latin. — La deuxième 
comprend les diphthongues nées de l'élargissement d'une voyelle 
simple, comme ie de e, uo etc. de o ; mais ici il faut encore 
signaler une autre formation de diphthongues qui est plus rare et 
qui se présente dans certains mots monosyllabiques. Quand un de 
ces mots se termine par une voyelle, pour assurer au mot une 
plus grande étendue (car une voyelle simple en finale devient 
facilement brève), on ajoute une deuxième voyelle, en sorte 
qu'il se produit une diphthongue : ital. noi pour no (nos), 
voi (vos), poi {post pos), crai (aras). Esp. doy (lat. do), 
estoy (sto), soy (so de su7n), voy (vado), encore en v.esp. 
do, esté, so, vo. Port, hei = esp. hé, sei = se, dou = 
doy, estou = estoy, sou = soy, et aussi foi = v.esp. 
fo, diphthongue postérieurement en fué, cf. à la médiale ideia 
à côté de idêa, freio à côté de frêo ; ce fait ne semble se pro- 
duire que dans les syllabes ouvertes. Le provençal prononce 
les noms de lettres pe et te comme pei et teiBoèce v. 205, 207, 
et parfois aussi rey pour re (lat. rem), tey pour te (tenet), 
jassey^oviTJassè Chœ. III, 376. IV, 143, aussi sui pour su 
(sum). Ancien franc, mei, tei, sei, quei (= pr. que), sui, fr. 
mod. moi, toi, soi, quoi, suis. — A la troisième classe 
appartiennent celles qui sont nées par suite de la résolution 
d'une consonne en une voyelle ; celle-ci, à cause de son origine, 
ne reçoit jamais l'accent. Elles sont nombreuses et se confondent 
par leur forme avec quelques-unes de celles de la classe précédente. 
L'étude des consonnes donnera beaucoup d'exemples ; quelques-uns 
peuvent se placer ici. Diphthongue par résolution d'une gutturale : 



^86 VOYELLES LATINES. 

esp. auto (actus), rejjno [r^egnum), grey {grege^n) ; v.port. 
contraiito (contractits) , pg. mod. leite {lactem), noite 
(nocteni), outubro {october) ; pr. flairar (fragaré), leial 
{legalis), bois (buœus) ; fr. payer (pacare), étroit {strie- 
tus), cuisse (coœa). D'une labiale : esp. ausente (absens), 
cautivo (captivus), deud a (débita), ciudad (eivitas) ; prov. 
caissa (capsa), caitiu, trau {trabs), beu {bibit), eis (ipse). 
D'un / : v.ital. autro, pr. autre, fr. autre, pg. outro (alter) ; 
après des consonnes ital. chiaro (clarus), etc. En latin, ce 
procédé est plus rare, ex. : nauta de navita, yieu de neve, 
au fer de abfero. Dans les langues germaniques il naît sou- 
vent des diphthongues par suite de la chute de consonnes, plus 
rarement par suite de leur résolution en voyelles : m. h. ail. 
Mt de quidit, meit de maget, eise de egese, gît de gibit 
m.néerl. seilen de segelen , reinen de regenen ; v.fris. 
heidehag; angl. hail de Tangl.-sax. hàgel, fair de fdger, 
day de ddg, way de veg, eye de edge, grey de graeg, key de 
caege ; ici d'ailleurs, comme dans le français ai et ei, aucune 
diphthongue ne se fait plus sentir ; ancien haut-allemand blâo 
de blâw, sêo de sêw ; néerl. goud de gold, woud de wald. 
Parmi les langues celtiques, le kymrique développe ai et ei de 
c ei p : laith llaeth (lat. lac lactis). Sais (Saxo), seith 
(septem) ; au et iu de av et iv : Litau {Letavia), lissiu {liœi" 
viuriiy prov. aussi lissiu) ; le breton ao de av : cao (lat. 
cavus), etc. — La quatrième classe embrasse celles qui sont 
nées par suite d'attraction et dont le chapitre de l'hiatus nous a 
fourni des exemples. Parmi les exemples les plus palpables, 
citons le provençal te-u-ne de ten-u-is, v.esp. hobe d'abord de 
ha-u-be de hab-uA, prov. sa-u-p de sap-u-i, esp. vi-u-da 
de vid-u-a, prov. va-i-re de var-i-us, portug. fe-i-ra de 
fer-i-a, fr. ju-i-n de jun-i-us. — La cinquième comprend 
celles que produit la chute d'une consonne ou plus généralement 
la réunion de deux syllabes, comme : esp. amais [amatis), 
teneis (tenetis), sois [y.osi^.' sodés); prov. paire [pater), 
cadeira {cathedra), huei {hodie), traire {trahere) ; paorucz 
en très sillabas o paurucz en doas, Leys \, 46 ^ 

1. Dans la formation des diphthongues il faut encore constater un 
phénomène qui n'est pas sans importance pour la caractéristique des 
langues modernes, bien qu'il ne les pénètre pas profondément : il est 
évident d'ailleurs qu'il ne repose pas surdos principes bien clairs, mais 
plutôt sur des tendances particulières. 11 s'agit de la collision des deux 
voyelles i et u. Quand elles forment une diphthongue avec la voyelle 



CONSONNES LATINES. 487 

14. Outre les véritables diphthongues, il en est d'autres encore 
nées par synérèse, mais qui n'ont point toujours une existence 
bien assurée, car elles sont sujettes, suivant les différents styles, 
à des déterminations variables : ainsi le style poétique les sépare 
volontiers, tandis que le langage familier trouve plus commode 
de les réunir. On a des exemples italiens dans 5i^&zY«n^o, Italia, 
ardui, franc, dans diacre, essentiel, union. Cette réunion de 
deux voyelles séparées syllabiquement, surtout lorsque la pre- 
mière était un i ou un u, ne pouvait manquer de se faire ; 
aussi les poètes latins, surtout les comiques, qui se servent vo- 
lontiers du langage familier, en fournissent-ils de nombreux exem- 
ples : ea, eo, eu, ia, ie, io, iu, ue se fondent facilement chez 
eux en une syllabe; p. ex. dans beatus, deorsum (ital. gioso), 
deus (également monosyllabe dans le provençal deus), via, 
quietus (ital. cheto), prior, diu (prov. diu monosyllab.), 
puella. 

CONSONNES. 

La phonétique distingue les consonnes en simples, doubles, et 
combinées ou multiples. Est considérée comme simple, au moins 
à l'initiale, une consonne que suit la semi-voyelle r, bien qu'il 
y ait des cas où ce groupe doit être rangé parmi les consonnes 
multiples. Dans ces dernières il faut compter non-seulement ces 
combinaisons de deux ou plusieurs consonnes qui déjà existent 
en latin, mais encore celles qui sont nées en roman delà chute des 
voyelles. Quand il y a deux consonnes (inégales) la règle est que 
la première disparaisse. On trouvera plus loin des exemples. Si, 
par la chute d'une voyelle, trois sont en présence et que celle du 
milieu soit une muette ou un f, ces dernières lettres tombent, ne 
pouvant persister qu'entre deux liquides; c'est ce qui arrive p. 
ex. pour ctl, ducflis , v.fr. doille ; ctn, pecVnare, esp. pei- 

radicale précédente, il peut arriver qu'on les échange l'une pour l'autre; 
môme cette anomalie ne se présente pas seulement entre plusieurs 
langues, mais encore au sein de la même langue. Les ex. de la pre- 
mière espèce sont : esp. cautivo, mais en prov. caitiu (capt.); esp. autan, 
prov. aitan (al-tantus)-, prov. moût, port, muito, esp. muy {multum)\ prov. 
traire, franc, traire, plaire, cat. traure, plaure {trahere, placere); esp. 
Jayme, cat. Jaunie (Jacobus). Exemples de la deuxième espèce : prov. 
neus à côté de neis {ne ipsum)\ v.fr. fleume à côté de fleime ou flieme 
{phlegnia); prov. deime â côté de deume (decimus) : prov. roure à côté 
de roire {rohur); prov. autre à côté de la forme plus rare aitre [aller)', 
portug. oylubro (arch.) à côté de outubro (oct.). 



\ 88 CONSONNES LATINES. L. 

nar; sic, masVcare, v.fr. 7nascher\ stl, usflare, 
v.esp. uslar ; sUn, aest'mare^ v.fr. esmer ; ptm, sepVma- 
na, franc, semaine-, rtc, pert'ca, franc, perche \ ndc, 
mand'care, ital. mangiare, franc, manger ; nc^, sanctus, 
ital. sanctOi etc. ; 5(?/, mise' lare, ital. mischiare , prov. 
mesclar\ mpt, comp'tarey ital. contare, etc.; rpn, carp'nus, 
franc, charme ; 5p^, hospHem, ital. 05^(?, etc. ; 5Ô^, presh'ter, 
v.fr. prestre\ rbc, herb'carius, franc, berger \ dfc, 
nid'fcare, franc, nicher ; 5/m, blaspKmare, ital. &m5- 
mare, etc. ; à côté, il est vrai, ard're, franc. arc?re ; ancKra, 
franc, ancre, R et s entre deux consonnes persistent aussi et 
forcent la consonne précédente à disparaître ou bien à s'affai- 
blir : fabr'care, prov. fargar ; proœ'mus, v.fr. proisme. 
Outre cette distinction, la phonétique en observe encore une 
autre étymologiquement importante, celle qui concerne la place 
de la consonne dans le mot, suivant qu'elle est initiale, médiale 
ou finale. 

Nous étudierons d'abord les liquides auxquelles, suivant l'usage 
reçu, nous associons la nasale labiale m et la nasale dentale 72, 
puis les muettes. Pour ces dernières nous renversons l'ordre 
indiqué par l'alphabet grec, (3, 7, B, parce que les dentales sont 
plus voisines des liquides l, n, r. Nous distribuons les spirantes 
entre les divers organes. L'ordre est donc : l,m, n,r ; t {th), d, 
z,s\ c {ch), g, gj, h ; p, &, f{ph), v. 



1 . Les permutations de l en lettres de même nature sont fré- 
quentes. 1) En r; initiale: it. rosignuolo(luscinia) commun sm 
roman, de même ital. rovistico {ligusticum). Médiale : ital., 
dattero (dactylus), veruno (vel unus), insembre (simul). 
Esp. caramillo {calamus), coronel (fr. col.), lirio (lilium), 
mespero (mespilus) ; fréquent en basque. Prov. caramida 
[calaynus), volateria (-tilia), Basire {Basilius) G Ross. 
Franc. Orne {Olna) ; après des consonnes que la chute d'une 
voyelle a mises en contact avec l, apôtre, chapitre, chartre 
(chartula, très-fréquent en b.lat.); épître, esclandre {scan- 
dalum); v.fr. concire (concilium), estoire (cTéXiov), 
idre (idolum), yniir (mulus) Gar. I, 111, mure (mida) 
NFCont. /, 2, navirie (pour navilie), Wandre (Vandalus). 
Ainsi lat. caeluleus caeruleus , palilia parilia. Val. 
burete (boletus), coraste (colostra) , dor (de dolere), fericit 



CONSONNES LATINES. L. i 89 

{feliœ), gure'(gula), moare (mola), per (pilus), sare (sal), 
soare {sol), turhurà (turhulare*), etc. Assez fréquemment 
devant les consonnes : it. C07^care pour colcare (coUocare), 
rimurchiare (remulcum); esp. escarpelo (scalpellum) y 
surco (sulcus), pardo i^our paldo (pallidus); fr. orme [ul- 
mus), remorquer, v.fr. corpe (culpa), werpill (vulpecula). 
— 2) En n, à l'initiale : esp. Niebla (Ilipla), nutria {lutra, 
âv'jBpiç); prov. namela Fer. {lamella)\ fr. niveau {libella), 
nomble {lumbulus). A la médiale : it. conocchia {colus), 
filomena (voy. Grimm, Mlat. G éd., p. 322), melanconico, 
môdano {modulus), muggine {mugil), mungere {mulgere) ; 
esp. encina {ilidna^), fylomena Cane, de B., mortan- 
dad {mortaldad) Alœ.\ fr. marne {marga, margula), 
poterne {posterula), quenouille {colus), v.fr. dongié 
{delicatus) ; val. funingine {fuligo) , asemenà {assimi- 
lare). — 3) \D se trouve dans un mot commun au roman : 
it. pg. àmido, fr. amidon, esp. almidon {amylum). L'it. 
sedano (céXivov), le pr. udolar {ululare), Tesp. monipodio 
{-opoL) sont des cas particuliers. Dans les mots ital. giglio 
{lilium) et gioglio, prov. juolh, esp. joyo {lolium) l'initiale 
permute par dissimilation avec g. 

2. La chute de l en initiale s'est souvent produite, sans aucun 
doute parce qu'on a confondu cette lettre avec l'article : it. 
arbintro {labyrinthus), avello {labellum), orbacca {lauri 
baccà), ottone (esp. laton), usignuolo {luscinia), et aussi 
azzurro (persan lazvard), orzo (allem. lurz, voy. mon Bict. 
étymol.) ; esp. onza (fr. once), azul, or sa ; fr. avel arch. 
{lapillus), once {lyncem, ital. lonza), azur. D'un autre genre 
est l'aphérèse valaque de Yl dans épure {lepus), ertà {liber- 
tare*), eau {levo), in {linum), itz {licium). Dans les trois 
premiers exemples on écrit aussi iepure, iertà, ieau Lex. 
bud., et par conséquent nous avons ici le même phénomène 
qu'amène la chute de- 17 médiale : iepure est pour liepure 
(valaque du sud), comme aju est pour aliu {allium)', on retrouve 
cette aphérèse dans Jw^z du serbe Ijubiti, jute de Ijût. Le quatri- 
ème exemple in est sans doute pour Ijin qui existe en albanais ; 
itz a peut-être aussi été précédé par un affaiblissement de l 
initiale. — De même que 17 a disparu, parce qu'on la prenait 
pour l'article, elle a été, par la même méprise, ajoutée et incorporée 
à des voyelles initiales : ainsi en it. lero {ervum)^ lella à côté de 
ella {inula), lunicorno {unicornis); pr. lendana {loendema), 
lustra {ostrea)\ fr. lendemain, lendit {indictum),. Lers nom 



-190 CONSONNES LATINES. L. 

de fleuve (prov. Ertz GAlh. 1750), lierre [hedera), Launay 
nom de lieu {Alnetum), Lille (Insula)^ loriot [aurum), 
luette (uva)y cf. Ampère, Form., p. 215, 285, 365. — 
Les dialectes montrent bien plus fréquemment encore cet usage. 
Pour les adjectifs, qui tiennent moins étroitement à l'article, ce 
phénomène est douteux. Voy. Dict. Etym. II, a. lazzo. 

3. Les langues du sud-ouest ne présentent pas l'aphérèse de 
Yl. Mais la syncope est très-usitée en portugais comme dans 
aguia (aquila), candêa {-delà), cor (color), débeis {débiles), 
dôr {dolor) , mdgoa {macicla) , pêgo {pelagus), saûde 
{salus), saudaçao {salutatio), sahir {satire), taboa {tabula), 
taes {taies), vêo {vélum), voar {volare), arch. besta{balista), 
moyer {^nulier) SRos, Par contraction, cette chute peut 
sembler atteindre même la finale : avo {avolus*), cabido 
{capitulum), diabo {diabolus), do (ital. duolo), ma {mala), 
mo {mola), mû {mulus), pà {pala), povo {populus), sa 
{solus), qui sont pour les archaïques ou hypothétiques avdo, 
cabidoo, diaboo, dào, mda, môa, mûo, pda, pôvoo, sôo. 
Sur la manière dont l en espagnol et en valaque se comporte 
devant i =j, voy. plus haut, p. 168. 

4. Cette lettre, aussi bien que r, est fort sujette à la trans- 
position, et c'est d'ordinaire la consonne initiale qui l'attire à 
elle : ainsi en ital. chiocciola pour clocciola (coclea), fiaba 
pour flaba {fabula), pioppo pour ploppo {pôpulus), sin- 
ghiottire pour singlottire {singultire) ; val. plop, plemun 
{pulmo); esp. blago {baculus), bloca {buccula), esclepio 
{spéculum) Cane, de B. ; portug. choupo pour ploupo. 
Ou bien l change de place avec une autre consonne : ital. 
alenare {anhelare), padule pour palude ; particulièrement 
en esp. : olmdar {oblitare^), siïbar {sibilaré), rolde {roiu- 
lus), espalda {spatula), veldo pour vedlo Cane, de B., 
7noludoso i^our moduloso id., milagro {miraculum), pala- 
bra {parabola), peligro {periculum, dans Mar. Egipc. 
570'' periglo) ; portug. bulrar, wielro, palrar à côté de 
burlar, merlo, parlar, de même espalda, milagre, palavra, 
anc. port, pulvigo {publicus), esmola {eleemosyna). 

5. Le mouillement de l simple médiale est général, mais 
il est rare : ital. Cagliari {Calaris) ; esp. camello {camelus), 
muette {moles), pella {pïla), querella-, fr. saillir {satire) , 
ital. pigtiare, esp. prov. pillar, franc, piller {pïlare). 
Le dialecte catalan présente cette particularité que (excepté, 
dans les mots moins usités ou venus de l'espagnol) 17 initiale se 



CONSONNES LATINES. L. ^9^ 

mouille partout, ainsi llansa, llengua, llibre, llog, llmn. On 
ne trouve en espagnol qu un petit nombre de formes de ce genre ; 
elles sont archaïques et dialectales, comme llegar Alx. (ligare), 
llodo id. (lutumy. Prov. par ex.: lhia{ir. lie), Ihissar, Ihivrar, 
Ihuna, etc. ; particulièrement dans GRoss. et GAlb.\ rou- 
manche glimma {lima), glinna (luna), glîsch (luœ), etc. 

6. Quand l se rencontre avec une consonne suivante en fran- 
çais, elle se résout d'ordinaire en un u qui s'unit pour former un 
seul son avec la voyelle précédente : aube (alba), auge {alveus), 
chaud {cal' dus), jaune (gaWnus), faux (falsus), Meaux 
(Meldae), vieux {veflus vetls vels), yeuse {iVcem), coup (bas- 
latin colpus), soufre {sulpKr), château (v.fr. castels), 
cou {cols), dans lesquelles cinq cas al, el, il, ol, ul sont repré- 
sentés 2. Dans chommer (ital. calmare) et somache {salma- 
cidus) Dict. de Trév., au se cache derrière o K En vieux fran- 
çais cette forme, comme on peut s'y attendre , n'était pas encore 
arrivée à dominer complètement : on écrivait anel, beals, col, 
colchier, salvage, et encore maintenant l se maintient dans che- 
val, métal, val, bel à côté de beau, scél à côté de sceau, fol k 
côté de fou ; elle persiste encore dans les mots étrangers ou mo- 
dernes, comme altesse, balcon, belge, calfater, calme, falbala, 
palme. La langue, dans sa période ancienne, faisait encore en- 
tendre l là où plus tard il y eut z* ; ce qui le montre, c'est par 
exemple, dans la combinaison ancienne Idr, l'introduction de d 
comme lien euphonique entrée et r, — voyez ci-dessous LR. Sou- 
vent Il ou l ont été éUdés : puce {pulicem), pucelle {pulli- 
cella*), ficelle {fiVcellum), grésillon {i^ourgrel-cillon degryl- 
lus), pupitre {pulpitum). — En prov. cette métamorphose de 



1. Doit-on aussi y ranger llevar (lat. levarë)"i Ou le prés, ^^eyo est-il une 
manière vicieuse d'écrire pour Zfevo, qu'on transporta ensuite aux autres 
formes du verbe accentuées sur la terminaison ? Un pareil procédé 
serait contre toutes les règles; les verbes où il semble se présenter 
l'ont emprunté à leur racine espagnole, adiestrar au lieu de adesirar, 
cf. adj. diestro. Mais l'extrême rareté de l'initiale II pour l en espagnol 
assure à la dernière hypothèse quelque supériorité sur la première. 

2. J'ai volontiers rectifié ma première manière d'exposer cette règle 
sur une objection de Delius, Jahrbuch, I, 356. 

3. Il y a un mot dans lequel l devant une seconde l se résout en u, 
tandis que l'autre persiste, GawZe de Gallia, tandis qu'on devait s'attendre 
à GaUle. Ajoutez encore les mots étrangers gaule de valus (goth.) et 
saule de salaha, pron. vallus, sallaha. En bourguignon on trouve souvent 
aul venant de ail ou de al (avec a bref), cf. aulemain {allemand), aulegresse 
{ail.), vaulô {valet), évaulai {avaler de vallis), maulaidroi {maladroit). 



492 CONSONNES LATINES. L. 

17 est dialectale et rare. Ainsi on trouve chivau, vau, mau, 
reiau, tau (encore maintenant dans le Sud du domaine : ani- 
mau, fiu, lensou, etc., devant t et s seulement elle est fort 
usitée à côté de la forme primitive : aut, caut, autre^ heutat, 
viutat, onouty avoutre {adulte^''), caussar {calciare), saus 
(salvus), dons à côté de ait, calt. Il y a encore ailleurs des 
traces de cette résolution. L'ital. topo est né de taupa talpa, 
Ausa (nom de fleuve) de Alsa ; les anciens poètes ont autezza, 
autro, auzare\ auna pour alna se trouve aussi, et pour plu- 
sieurs dialectes la résolution de 17 en t* est la règle (p. 76). Les 
exemples espagnols (o de ou) sont : coz (calœ), escoplo {scal- 
prum), hoz (falœ), otero (altarium), otro (alter), popar 
(palparé)y soto {saltus), topo (comme en ital.); au dans 
autan arch. (aliud tantum), sauce (saliœ), sautus, dans des 
chartes, pour saltus, anciennement avec consonnification de 
Vu en b ou p abteza Bc, apteza Alx. ^o\kv auteza. Port. 
outro, fouce {faix), poupar, souto soto, escopro, toupeira. 
Dans le groupe LT, précédé d'un u, le portugais préfère i h u, 
c'est-à-dire qu'il met ui au lieu de ou : huitre (vultur), escuitar 
escutar (auscultare), muito (multus), cuytelo [cultellus). 
L'espagnol a aussi huitre, muy, toutefois dans escuchar, 
cuchillo, mucho, puche (pultem), cet it devient ch; cf. 
ci-dessous k et; un exemple provençal de cette espèce est dans 
Boèce, V. 10 aitre pour autre. Dans le pg. doce (dulcis) et 
ensosso (insulsus, esp. soso) l (comme r devant les sifflantes) 
paraît avoir disparu puisqu'il n'y a pas douce, ensousso. — 
La résolution de cette liquide en u (tout à l'heure nous en cons- 
taterons de même une autre en i) n'est pas inconnue dans de 
pareilles conditions à d'autres domaines linguistiques. Cretois 
aôyelv, eùOetv, ^su^sGOat = grec àX^siv, iAOôîv, ^éX^saÔai. Néerl. 
oud, hout = haut-allem. ait, holz. Northumb. awmaist, awd 
= angl. allmost, old. ^evhe pisao pour pisal. Slov. moderne 
dal, jolsa, prononcé dau, jousa. La fréquence de ce phéno- 
mène oblige à admettre un rapport intime entre l et u, rapport 
qui ne se manifeste presque que dans le cas où la liquide cherche 
à éviter la rencontre avec une consonne qui suit. 

LL. La gémination est sujette au 7nouillement beaucoup 

1. Plus précisément l (même à l'état pur) contient un accessoire ana- 
logue à u, comme dans vinclum pour muculum. En français cet élé- 
ment vocalique a tellement pris le dessus sur la consonne primitive, 
que le son tout entier s'est réduit à u. Cf. Schuchardt II, 492, Corssen, P, 
220. 



CONSONNES LATINES. L. >I93 

plus souvent que le son simple. Même chose se présente dans 
nn (voy. ci-dessous). Nous avons vu au chapitre de l'hiatus la 
tendance de Yi à s'agglutiner avec ces linguales palatales quand 
il les suit immédiatement {figlio ingegno). Cette tendance devait 
facilement amener, pour fondre la dureté de la double consonne, 
l'insertion d'un i non étymologique. A côté du mouillement, 
se produit la simpHfication de la consonne double et même sa 
chute. Rarement en italien : argiglia, togliere^ svegliere 
[ex-velleré^)^ vaglio (vallus). Plus souvent ce gl est appelé 
par un i final; il tombe aussi quelquefois, comme dans capegli 
capei (capilli) . — En espagnol le mouillement est la règle, la 
simplification l'exception : arcilla,bello, bullir, caballo, cuello 
(collum) , ella, estrella {stella) , fallecer, gallina, grillo^ 
meollo (medulla), muelle {mollis) , polio (pullus), centella 
[scintilla), silla {sella), tôlier, valle^ vassallo, villa^ -illo 
dans castillo, etc., anguila, capelo (it. capello)^ nulo, piel 
{pellis), dans PCid. 1980 pielle. — En portug. c'est au con- 
traire la simpHfication (phonétique, non graphique) qui est la 
règle, le mouillement l'exception ; la syncope est usitée aussi 
quelquefois : argilla, cavallo, collo, estrella, grillo, molle, 
pelle, valle, villa; galhinha, polha arch., centelha, tolher\ 
anguia, astea, gemeo, — En prov. Ih et l coexistent, mais 
plusieurs mots, tels que anguila^ argila, col {collum), estela, 
gai, pel, pola, vila paraissent ne posséder que Yl simple. — 
En français le mouillement est rare : anguille, bouillir, briller^ 
faillir. — Yal. purcel, vetzel {vitellus) ; syncope fréquente, 
comme dans cetzea {catella), cristaiu {crystallum), geine 
{gallina). 

LR, dans quelques langues, insère un d euphonique (cf. ci- 
dessous NR); esp. valdré pour valeré; pr. aldres pour aires ^ 
foldre pour fol're (fulgur), toldre pour toVre, Amaldric 
pour Amalric ; fr. faudra pour faVra ; foudre comme le prov. 
foldre, moudre pour moVre, poudre pour pol're polv're, 
etc., même coudre pour col're {corylus, colrus). Notre bal- 
drian de valerianus et le hollandais helder pour heller sont 
des produits tout à fait analogues. L'italien préfère l'assimilation : 
corruccio, carra, vorrô pour colruccio, calrà, voira. 

LC, voy. (7. — ML, voy. M. — NL, voy. N, — RL, 
voy. R. 

TL, CL, GL, PL, BL, FL. 1. Ces groupes sont d'une impor- 
tance particulière, car ils sont soumis sinon partout, du moins 
dans les mots les plus populaires, à un traitement particulier 

DIEZ \ 3 



19 5 CONSONNES LATINES. L. 

qui tantôt modifie fortement le son originaire, tantôt l'efface 
complètement. Voyons chaque langue séparément. 

En italien les groupes ci-dessus, à l'initiale, résolvent d'ordi- 
naire leur l eni =j : chiaro (cl.), ghiaccio {glacies), piuma, 
hiasimare (hlasphemare) , fiamma. Quand l est déjà suivie 
d'un i en latin, l'un des deux i disparaît en italien, p. ex. ghiro 
(glire7n), chinare {dinar e), non g hiiro, chiinare; on ne dit pas 
acciaji, maisacc^a^^ Ddinscavicchio {clavicula)l, dans Firenze 
(pour Fiorenza) o a été élidé. Il est remarquable que les Romains 
donnaient dans ce cas à Yl, ailleurs prononcée mollement, toute sa 
plénitude de son : plénum hahet sonum, dit Priscien, quando 
habet ante se in eadem syllaba aliquam consonantem, ut 
flavus, clarus. Il semble que l'italien a cherché à adoucir ces com- 
binaisons, non pas en résolvant immédiatement l en i, mais en 
ajoutant à l cette voyelle : de fiamma on a tiré d'abord fliamma 
ou fljamma, puis le mot plus commode fiamma. Cet écrasement 
de la liquide en a amené finalement l'exclusion, que l'on retrouve, 
dans quelques dialectes, même là où cette liquide était précédée 
d'une voyelle (familla, familja, famija) ; voy. le groupe ital. 
gli dans la deuxième section^. Le premier degré du développe- 
ment de ce son en italien (fliamma) est encore observable, comme 
nous le verrons tout à l'heure, dans quelques dialectes. A la 
médiate les formes sont de deux espèces. Ou bien on a la pre- 
mière manière, déjà signalée, et qui consiste dans le redouble- 
ment de la consonne : orecchia (auricula auricla), 2^ecchia 
(apicula), finocchio (foeniculum) ^ nocchio (nucleus), streg- 
ghia (strigilis), tegghia (tegula), coppia (copula), doppio 
(duplus), fibbia (fibula), bibbia (biblia), soffice (siipplicem), 
inaffiare (in-afflare)\ de tl se forme d'abord cl, puis chi : 
crocchiare (crotalumcroclum), fischiare (fistulare), nicchio 



1. Cf. l'usage serbe de réunir en un seul deux o contigus dont le 
second est né de l. 

2. Pott, Jahrh. f. wiss. Krit. 1837, II, 86, 87, et Delius, Rom. Sprûchfam., 
p. 25, ont de bonne heure reconnu ce procédé qu'on peut maintenant 
établir par la comparaison des dialectes. Hœfer, au contraire, dans sa 
Lauilehre, p. 407, appelle l'attention sur la possibilité de tirer fiamma de 
filamma \)0\ir fiamma; il reconnaît dans Vi le son vocalique adhérent 
à la liquide, qui aurait pris corps jusqu'à s'en détacher. Avec un tel 
moyen terme entre fiamma et fiamma, la disparition de l ne s'explique- 
rait aucunement. 11 est remarquable que l'italien, partout où il veut 
séparer l de l'initiale, comme dans calappio {klappe), ne se sert jamais de 
i mais de « ; ce phénomène ne se remarque d'ailleurs que dans des 
mots allemands. Vi pouvait sembler trop faible. 



CONSOISNES LATINES. L. ^95 

(mituhis), secchia (situla), teschio (iestula), vecchio (vetu- 
lus) , mais spalla (spatula), sollo (soUulus*) ; les formes 
siclus ou sida et veclus remontent haut, cf. sida DC, sicda 
Gl. cass.\ vedus App. ad Prob., curte veda Tirab. //, 17^ 
(a. 752), 33^ ^ Ou bien la liquide adoucie persiste, et la consonne 
qui précède disparaît, procédé qui se présente souveni? à côté du 
premier dans le corps d'un même mot, mais qui ne s'exerce que 
sur les groupes tl, d, gl, pi : veglio à côté de vecchio, oreglia 
orecchia, caviglio cavicchio, spiraglio {spiraculum), ca- 
gliare (coagularé), streglia stregghia, vegliare vegghiare 
(vigilare), scoglio (scopulus); un exemple de bl est le nap. 
neglia {nebula). — Plusieurs dialectes s'écartent nettement de la 
langue écrite. Ils suppriment également la consonne, même ini- 
tiale, devant l, mais transforment Yi en une palatale dont la forme 
propre (dure ou molle) est déterminée par la nature de la consonne : 
Ci = it. chi : milan, ciar (chiaro), cepp (cliieppa), s'cenna 
(schiena); piém. cerich (chierico), ociale (pcchialé), sarde 
becciu {vecchio). Gi=^ghi: mil. géra {ghiaja)\ ^ièm. giaira 
et aussi ongia [unghia). Chi =pi : nap. chiagnere, cocchia 
(coppia), anchiy^e (empiere), analogue ghi pour bi (ghiunnu 
pour biondo) ; sic. chiaga, chianu, chiantu. Le dialecte valaque 
du sud emploie aussi ce chi ^omv pi : chiale i^ouv piale (pellis), 
chiatre (petra), chiaptine (pecten). Sd = /? : sic. sciamma 
(fiamma), scimne {fiume), asciari (lat. afftare)\ nap. as- 
ciare et acchiare. 

La forme normale espagnole pour l'initiale (d, pi, fl, à peine 
gl) est II, c.-à-d. l mouillée après la chute delà muette : lla^nar 
{damare), llave (davis), llande {glans, Sanchez Gloss. de 
Berceo), llaga (pi.), lleno (pi.), llano (pi.), llorar (pi.), 
llover (pluere), llama (flamma). C'est seulement dans les dia- 
lectes (léonais) qu'on trouvera j et aussi le ch portugais : jamar, 
jaga, jano, jeno', chabasca (clava), chamar F Juz g., chan- 
ger (plangere) Alx., chanela (planus), chato (tzIoltùç, platt), 
chopo (ploppiis^oViY pôpulus) , choza (pluteum'?), chus arch. 
(plus). Chute de la muette devant l dure dans latir (fr. gla- 
tir), lande (glans), liron (glirem), Idcio (flaccidus), etc. La 

1. Le provençal aussi dit ascla au lieu de l'incommode astla, usclar 
pour usilar, et (ce qui se rapporte encore mieux au fait signalé) le 
roumanche dit inclegier pour intiegier {intelligere), clavau pour tlavau 
{tahulatum). Voy. Steub, Rhxt. Ethnologie, p. 42. Cf. aussi grec àvTXû, 
lat. anclo. Cl est en général favorisé ; ainsi de Flavius est née la forme 
populaire Clavié (Voc. hag.). 



496 CONSONNES LATINES. L. 

forme dominante de la médiale {tly cl, gh pi) est ,/, à peine 
toléré à l'initiale : almeja (mytilus), viejo (vetulus), abeja 
(apicula) , corneja {cornicula), grajo (graculus), hinojo 
(foenieulum), lenteja (lenticula) , ojo (oculus), o^^eja (auri- 
cula), piojo {pediculus)f reja (reticulum), cuajar [coagu- 
lare), ieja (tegula), manojo {manipulus), ancien esp. enjir 
(impleré), 'ajar {afflaré) ; plus rarement 17^ correspondant à 
l'ital. gli : viello EJuzg., ahella, cabillon {clavicula), 
malla {macula), sellar- (sigillare^), una pour l'impronon- 
çable unlla (ungula), escollo (scopulus), enxulla {insubu- 
lum), chillar (sibilare) , trillar (tribulare), sollar arch. 
[sufflay^e), c'est-à-dire pour bl et fl. — Dans beaucoup de cas 
aussi ch : cachorra (cahtlus), cuchara (cochlear), espiche 
(spiculum), hacha (facula), mancha (macula), nauchel 
(yiauclerus), sacho [sarculum), ancho (amplus), henchir 
{implere), inchar {inflare) . 

La forme portugaise normale pour l'initiale est ch, c.-à-d. un 
j plus fort : chamar, chave, chaga, chào (planus), chato, 
cheio (plenus), chorar, choupo (= esp. chopo), chover 
chumaço (pluma), chus arch. (plus), chama {fl.)-, Chamoa 
(Flammula) SRos., Chaves (Aquae Flaviaé), cheirar (fla- 
grare pour fragrare). J dans jamar pour chamar SRos.; 
Ih dans l'usuel Ihano à côté de chào. A la médiale, à l'espagnol j 
correspond ici Ih : selha (situla), velho, abelha, cavilha, 
colher (cochlear) , gralho , joelho (geniculum), lentilha, 
malha (macula), olho, orelha, piolho, relha, coalhar, telha, 
unha pour unlha, manolho, escolho. Ch aussi a trouvé accès, 
d'ordinaire quand n précède, comme dans /ac/^a (facula), funcho 
(foeniculum) , mancha, ancho, encher, inchar, achar (af- 
flaré). 

En provençal l'initiale n'éprouve aucune modification. Remar- 
quons toutefois pus pour plus. A la médiale (dans tl, cl, gl, 
pi) le mouillement seul a lieu : selha, vielh, aurelha, 
falha,' gralha, malha, olh, velhar, escolh (scopulus). Le 
français se comporte comme le provençal, cf. seille, vieil, 
oreille, graille, maille, œil, treille (trichila) , veiller , 
écueil ; chute de la muette dans loir (glirem), Lèzer (Glyce- 
rius Yoc. hagioL). Cependant nous devons enregistrer dans ce 
domaine une particularité remarquable. Un dialecte franc, (celui 
de Nancy) traite ce groupe, au moins initial, absolument comme 
l'italien, par exemple : kié (fr. clef), kiou (clou), kinei (in- 
cliner), piomb (plomb), biei (blé), flamme, flo (fleur). 



CONSONNES LATINES. L. 497 

on fié [enfler), cf. aussi Oberlin, Essai p. 98 *. Dans d'autres 
dialectes l n'est pas résolue, mais mouillée comme dans le valaque 
méridional (vov. ci-dessous), c.-à-d. unie à i =y. Ainsi dans le 
dial. de Metz, où l'on dit : glioure {gloire), pliaiji [plaisir), 
plien [plein), plionje [plonge), blianc, hliè. Ainsi en nor- 
mand : cliocher [clocher), encliume [enclume), gliand, 
hliond, fleu [flieur), etc. 

Le valaque emploie seulement celle des résolutions de 1'/ qui 
laisse intactes les consonnes précédentes; il y joint quelque- 
fois l'élision de ^^. Ex : chiae [clavis), chiar [clarus), in- 
chinà [incL), chiemà chemà [clamare), ghem [glomus), 
ghiatze [glacies), ghinde [glans), ghiocel [glaucion Lex. 
hud,), vechiu, curechiu [cauliculus), genunche [genicu- 
lum), ochiu, renunchiu [ranunculus), urachie [auricula), 
junghià [jugulare Lex. bud.), privegheà [pervigilare), 
unghie [ungula). Le dialecte du sud a cela de particulier, qu'il 
n'efface pas l devant i et dit en conséquence : clide, cliamà 
(valaque du nova chiemà), glietzu [ghiatze), gljinde, glie- 
mu, vecliu, genucliu, ocliu, ureclie, unglie. 

2. Une autre modification du groupe en question est l'échange 
de l et de r. Les exemples italiens sont : cristero, scramare 
[excL), sprendido, obriganza, fragello (déjà dans App. ad 
Prob. flagellumy non fragellum, cf. grec çpaYéXXiov), affrig- 
gere, à côté de clistero, etc. — Espagn. ecripsado [ecL) Cane, 
de B,, engrudo (gluten, dans Apol. est. 20 englut), praser 
Rz., prazo Alx., preyto id., emprear Cane, de B. Plus 
fréquent en port., comme cremencia, igreja [ecclesia), regra, 
praga, pranto, emprir SRos., brando, nobre , fraco, 
frouxo [fluxus). — En français plus rarement : cf. les ex. 
déjà donnés plus haut, chapitre, épitre et autres semblables. 

3. Ici comme ailleurs, il arrive assez souvent que la forme 
latine résiste à toute modification, par exemple dans l'ital. 
clamore, clémente, gleba, plèbe, blando, flagello, miracolo, 
Ascoli [Asculum), Cingoli [Cingulum), plus fréquemment 
dans les dialectes; esp. claro, clavo, placer, floxo, flor, non 
Haro, etc., arch. clamar, plorar, etc.; port, clamar [cramar 
Gil Vie), claro, planta, pleito, flavo, flor. 

BL médial ; voyez sous B. 



1. Lb lorrain diaice pour franc, glace, diore pour gloire est plus remar- 
quable encore. Cf. it. diaccio pour ghiaccio. Par analogie U pour d, par 
ex. Uô pour clou, tiore pour clore. 



498 CONSONNES LATINES. M. 

M. 

1. Cette lettre se transforme accidentellement : 1) en sa 
voisine n, A l'initiale (d'ordinaire, quand la syllabe suivante 
contient aussi une labiale) : ital. nespolo {mespilu7n), nicchio 
(mitulus) ; esp. naguela arch. (magalia), nispero, v.esp. 
7ie7nbro, nemhrar (memorare) Alx. FJ. ; v.port. de même 
nembro, nemhrar SRos., Cane. inecL, maintenant lem- 
brar\ fr. nappe {mappa), natte {matta), nèfle (mesp.); val. 
7îalbe (malva). Nespilmn{ô! ouïe y. h. ail. ne spil) est une forme 
générale en roman, c'est-à-dire qu elle appartient à la vieille 
langue populaire. Cette transformation n'atteint pas Vm 
médiale en italien ; au contraire Vm est même souvent redou- 
blée : commedia, dramma, femmina, fummo (fumus), 
scimmia (simia), a^nammo, iidimmo, fummo (fuimus), etc. 
Franc, daine (dama), d'où ital. daino. Yal. furnice [for- 
mica). Ce changement de Y m est plus fréquent dans les combi- 
naisons mt, md, mph, voy. ci-dessous. — 2) Au changement 
de r^ en la muette voisine d correspond celui de l'wi en b : 
(lat. scamellum scabellum, d'après Schneider, I, 229) lequel 
b est à son tour transformé en v par le roman : ital. novero 
(nwnerus), sv embrayée {membrufn) ; v.esp. bierven (ver- 
mis)\ franc, duvet (pour dumet). Le breton nous montre le 
même phénomène dans nivera [numerare), gevel (geniellus), 
palv {palma). En latin, le passage de Y m au v entre voyelles 
n'a pas lieu. 

2. La finale demande une attention spéciale. Quand m a déjà 
cette position en latin , elle devient également n dans certains 
monosyllabes : ital. con(cum), sono (sum), spene (spem?); 
esp. quien (que^n), tan (tam), v.esp. ren {rem) ; prov. 
ren, son (suum), quan-diu ; franc, rien, tan-dis ; dans les 
inscriptions romaines con, quen, tan. Jam a partout perdu son 
7n, ital. già, etc. Mais dans les syllabes finales atones m n'est 
pas tolérée; elle est rejetée : on dit en ital. sette,nove, dieci, 
unqua et de même dans les autres langues. Cela devait 
d'autant plus facilement arriver que dans ce cas, déjà chez les 
Romains, m avait un son sourd ou étouffé : m obscurum in 
exire^nitate dictionum sonat, ut templum, apertum in 
p7'incipio, ut magnus, médiocre in mediis, ut umbra (Pris- 
cien 555) ^ Sur la chute complète, YApp. ad Prob., entre 

1. D'après l'édition de Putsch, ici comme ailleurs. 



CONSONNES LATINES. M. ^99 

autres témoignages, remarque qu'on doit dire passhn et non 
pas si, nunquam et non numqua, et ainsi de prideyn, ohm. 
Dans les anciennes chartes on trouve nove, dece et d'autres 
semblables ^ Nous reviendrons sur l'm de flexion dans l'étude 
de la flexion. Enfin quand m devient finale par la chute des 
syllabes subséquentes, ce qui se présente seulement dans le 
nord-ouest, elle conserve sa forme ou est remplacée par n : prov. 
hom, com con {qiwmodo), flum, colom colon {columbus), nom 
7ion {nomen)\ franc, on, comme. — L'espagnol écrit dans les 
noms bibliques n pour m : Adan, Abrahan, Belen, Jerusalen. 
ML, MN, ME, groupes nés par la chute d'une voyelle, inter- 
calent d'ordinaire unb comme élément euphonique. Le cas se ren- 
contre surtout dans les langues occidentales. 1) ML, qui, en outre, 
change souvent l enr, donne en it. mbr : ingombrare (cumu- 
lare), sembrare {simulare)\ esp. semblar, temblar {tremu- 
lare^), ancien nimbla pour ni me la PCid. ; port, com- 
bro et cômoro {cumulus), semblante sembrante-, prov. 
semblar, tremblar ; franc, encombre, humble (humilis), 
sembler, Gemble {Hyemulus), Momble (Mumiuulus), 
Romble {Romulus) Voc. hag. — 2) MN. En ital. la vojelle 
n'est pas syncopée ; on dit femina, lamina, et non femna, 
lamna. Dans les substantifs terminés en n, cette lettre dispa- 
raît d'après la règle, comme dans allume, fiume, lume, 
nome, se7ne, strame, vime à côté devimine. Quelques formes 
secondaires présentent, il est vrai, la chute de l'n, ainsi dans 
allumare, nomare, sur lesquels, du reste, les noms lume et nome 
peuvent avoir réagi ; un cas décisif est lama pour lamina. 

1. Corssen, I, 271, 2^ édit., résume comme il suit l'iiistoire de ce son : 
« De la recherche qui précède, il résulte que m initiale avait, à l'origine, 
un son si étouffé et si sourd qu'on hésitait à le désigner encore par une 
lettre, mais que depuis l'époque des guerres macédoniennes et syriennes, 
c'est-à-dire depuis les rapports suivis avec la Grèce, Ym, dans la bouche 
des gens instruits, reprit un peu de vigueur. Toutefois, dans la langue 
populaire, de Gicéron à Titus, c'est-à-dire même à la belle époque de la 
littérature romaine, m n'était qu'un son bien effacé, qui se faisait à 
peine entendre après la voyelle, comme le montrent les inscriptions 
murales griffonnées ou barbouillées à la hâte où se répandait l'es- 
prit du peuple de Pompéi. L'm finale de l'accusatif manque souvent 
dans ces inscriptions : ainsi dans muliu, aliu, lucru, puella, sainte, etc. 
Depuis la fin du nr siècle après J. G. se montre fréquemment dans les 
inscriptions la chute de \m finale dans les formes nominales, parce 
que, dans la langue populaire de cette époque, m n'était plus ni enten- 
due ni prononcée. « Ainsi dans habituru, vinu, annu, sexto, ineo, olla, 
vestra, uxore, Tebere, pane, fronte, arcu, etc. 



200 CONSONNES LATINES. M. 

Esp. avec changement de n en r : ar ambre (aeramen), 
cmnbre [culmen)^ hemhra (femina), hombre (hominem)^ 
lumbre (lumen), nombre (nomen), sembrar (seminare), 
mimbre {vimen), aussi hambre (famés), comme s'il y avait 
un gén. faminis\ v.esp. habituellement lumne, nomne, 
semnar, famne. Port, arame, lume, nome, nomear, presque 
comme en ital. Prov. dombre et damri (dominus) Boèc. v. 
143, sembrar (seminare); à côté aussi, il est vrai, domna et 
dona, omne et orne (homines), nomnar et nomar, semnar. 
On trouve en v.fr. la forme lambre (lamina), d'où lambris. En 
Ir. mod. m'n devient m ou mm, et aussi n à la finale: allumer, 
entamer (intaminare*), nommer, semer, charmer (carmen), 
dame, femme, homme, lame (lambina), airain, essaim (exa- 
men), étrein (stramen), nom. Dans Gemblouœ (Geminiacum), 
mn est devenu d'abord 7nl, puis mbl. — S"* MR. It. membrare 
(memorare), même quand la vo^^elle persiste entre m et r 
comme dans bombero (vo7ner), gmabero (cammarus). Esp. 
cambra, cogombro (cucumerem), hombro (humérus), mem- 
brar, gambaro, anccombré pour comeré, par ex. PC.\ port. 
hombro,lembrar. Vv. cambra, membrar, nombre (numerus). 
De même en franc. Cambrai (Camaracum), chambre, con- 
combre, nombre, et, avec changement de m en une n qui, 
alors, demande d au lieu de b, craindre (tremere), épreindre 
(eœprimere), geindre (gemere). Dans marbre (marmor) et 
aussi dans l'esp. marbol, Apol. 96, m a été absorbée par b. — 
Ce traitement euphonique de ml -et mr est d'ailleurs un phéno- 
mène connu; rappelons seulement ici le grec \)Â\L^Xe':oi.i pour 
(X£[jiX£Tai, jAsaspiPpia pour {JL£aY][jL£p(a. 

MN, quand il existe comme groupe originaire, reste intact 
ou éprouve l'assimilation habituelle de l'm à Vn, comme en lat. 
solemnis solennis, Garumna Garunna (Schneider I, 504, 
Bocking dans Notit. Occ, p. 281), alumnus alonnus Murât. 
Inscr. 1439, 7, b.lat. domnus donnus Bréq. n. 287, allem. 
nemnan nennen , rarement de n à m comme dans co lumne II a 
columella, scamnellum 5c<2me/^T^m; il ne subit jamais l'interca- 
lation d'un &. D'après Priscien, n avait dans la liaison mn un son 
faible, ce que semble contredire l'assimilation nn. Ital. alunno, 
autunno, colonna, danno, donno (domnus déjà lat.), inno 
(Jiymn.), ranno (rhamn.), sonno ; exception ogni (omnis), 
id. baleno pour balenno (PéX£[j.vov). Esp. oiono, dano, dona, 
sueno (n =. lidX. nn), columna coluna; port, otono, dano, 
dona, somno (pron. sono). Prov. automne autoin, colo7n237ia 



CONSONNES LATINES. N. 20j 

colonna, dampnar, domna, plus tard dona, sont somelh 
sonelh. Franc, automne (pron. autonné)^ colonne, condam- 
ner, Garonne \ m dans dommage (damn.), somme, dame, 
Yal. toamne {aut.), doamne, somnu, mais coloane. 

MT, MB sont liabituellement exprimés par nt, nd. Ital. 
conte (comitem), contare (computare), sentier o {seynita- 
rius), circondare, ezian-dio (etiam deus). Esp. andas (ami- 
tes), condCj contar, duendo [domitus), senda {semita), 
lindar (limitare), lindo (limpidus), circundar. Prov. avec 
m ou n : comte, comtar, semdier, lindar. Franc, comte, 
compte {computum), conter compter, dompter (domitare, 
l'intercalation du p est un reste de la vieille orthographe), 
sentier, tante (amita). Si un r précède, m peut disparaître : 
dortoir { dormit orimn), Ferté {firmitas), cf. aussi v.fr. 
char r oie pour charmroie. 

MB, voyez au B. 

MPH (grec) échange presque généralement m avec n : ital. 
anfibio, anfdeatro, linfa, ninfa, sinfonia-, l'esp. comme l'it.; 
le portug. hésite, ninfa et nympha, etc. ; val. anfihie, ninfe, 
sinfonie. 

NM, voyez à \'N. — GM, voyez au 6^. 

N. 

1. La transformation de Vn en une autre liquide, particu- 
lièrement en une linguale, est fréquente. 1) En /, à l'initiale : 
esp. Lebrija (Nebrissa); v. portug. lomear (nominare), 
Lormanos (Normanni) ; franc. Licorne (unicoymis), v. 
franc, lommer (= portug. lomear) G. d'Angl. A la médiale : 
ital. Bologna (Bononia), Girolamo {Hier ony mus), meliaca 
{armeniaca), Palermo {Panormus), tèmolo {thy minus), 
veleno {venenum) ; esp. Antolin (Antoninus), Barcelona 
(Barcinon), calonge (canonicus), timalo, et quand la con- 
sonne a été rapprochée del'n : comulgar (communicare), engle 
{inguen); v. portug. Beliz (JDionysius), icolimo (oecono- 
mus); franc. Châteaulandon (Cast. Nantonis) Voc. hagioL, 
orphelin (orphanus), velin arch. (ital. veleno). — 2) En r : 
ital. amasser (amassent) ; port, sarar (sanare) ; prov. 
casser (quercinus*), fraisser (fraœinus) GRos., Rozer 
(Rhodanus), veré.{ven.); yrI. fereastre fenestra. Plus 
fréquemment quand une consonne en a été rapprochée, comme 
l'esp. sangre (sanguinem) ; prov. cofre (cophinus), margue 



202 CONSONNES LATINES. N. 

(manica), morgue {monachus); franc, coffre, diacre 
(diaconus), Chartres (Carnotis Charntes Chartnes), Lan- 
grès (Lingones), Londres (Lo7îdon), ordre {ordinem), 
pampre [pampinus), thythre (tympanum). Voyez d'autres 
exemples à MN et à NM. — 3) En m : esp. mas tuer zo 
(nasturthim) , mueso (pour nuestro), cf. 7narfil{SiVdih. nabfil)\ 
franc, venimeux (pour venineux), charme (carpinus), 
étamer (de stannum). Principalement devant p qï b, comme 
en latin, mais aussi devant v qui, alors, se renforce en b : v. 
esp. ambidos (invitus); prov. amb an (pour anvan), emblar 
(involare), v.fr. embler. 

2. iV est souvent exposée à tomber, surtout en portugais, où 
d'ordinaire, entre voyelles, elle éprouve ce sort aussi bien dans les ra- 
dicaux que dans les suffixes, par ex. a//îe(9(a^2^nw5),area(<^rena), 
boa (bona), cadêa (catena), cêa {cœna), çoelho (cuniculus), 
gérai [gêner alis), lua (luna ; Lus. 9, 48 luma : nenhmna), 
miudo {^ninutus), moeda (moneta), pessoa (persona), par 
(ponere), saar (sanare), semear (seminare), soar (sonare), 
ter (tenere), vaidade (vanitas), vêa (vena), vir (venire). 
Santa Rosa signale encore deostar, diffir, dieiro, estraijo, fdr, 
meior, mohnento, pea pour dehonestar, diffinir, dinheiro, 
estranho , finir, menor, ^nonumento , pena. Ce trait du por- 
tugais lui est commun avec le basque avec lequel il offre, d'ail- 
leurs, moins d'analogies que l'espagnol. Exemples du dialecte 
de Labour : khoroa (corona), ohorea (honor), lihoa (linum), 
pergamioa (esp. pergamino), camioa [camino) . N persiste 
dans abominar, feno (foenum), fortuna, honor, menos, 
minim.0, mina, pagina, etc., humano, lusitano, roynano\ 
régulièrement dans le suffixe inus : divino, matinas, pere- 
grino, rapina, résina, ruina, souvent avec une h destinée à 
renforcer n pour empêcher son élision : adevinho, caminho, 
farinha, rainha {reg.), sobrinho, bainha (vag.), visinho 
{vie), anc. portug. Cristinha, Martinho, determinhar 
FTorr., ordinhar FMart., encore à présent ordenhar; esp. 
munir [monere), ordenar, rapina. — Le valaque emploie la 
syncope devant i palatal (voy. ci-dessus p. 168). Devant les 
consonnes elle est partout usuelle, surtout devant s (voy. ci-des- 
sous NS), mais aussi devant d'autres, par ex. v.esp. portug. 
comezar pour comenzar (com-initiare) ; prov. fiiacip [man- 
cipium) ; franc, esçarboucle (carbunculus) ; itai. cochiglia, 
franc, coquille, esp. coquina {conchylium) \ val. cetre 
{contra). Devant les labiales : prov. efan {inf.), efern {inf.), 



CONSONNES LATINES. N. 203 

evers (inv.), coven {convenh(.s), franc, couvent. — Quand n 
latine devient finale par le rejet d'une terminaison, le dialecte 
provençal maintient indifféremment ou laisse tomber cette n : 
asne ase {asin-us), ben be (ben-e), chanson chanso {cantion- 
em),jovenjove (juven-is),man ma{man-us), ten te (ten-et). 
Le catalan laisse toujours tomber Vn, ex. : cansô, jove et non en 
mêmeiem])s cans on, jov en. Même chose se produit dans les patois 
du nord de l'Italie, dans lesquels, p. ex., Fit. paragone, lontano 
s'abrège en paragù, luntà. Voyez Biondelli, Saggio, 6, 195. 
En franc, n finale tombe, mais seulement après r : ainsi dans 
chair {carn-em), jour (diurn-um), four {furn-us) = prov. 
carn, jorn, forn\ dans Bèarn n est muette ^ L'n finale latine 
tombe dans les mots vraiment romans ou doit prendre une autre 
forme : ital. nome, lume, esp. nombre, lumbre, cependant 
anc. esp. nomne, lumne. Le monosyllabe in garde sa consonne 
partout ; il n'en est pas de même de non. 

3. Un autre phénomène bien plus important est celui par 
lequel cette liquide disparaît comme son articulé, mais non sans 
communiquer quelque chose de sa nature à la voyelle précédente 
pour la rendre nasale. On le trouve au sud et au nord-ouest, 
aussi bien que dans l'est, mais partout partiellement : en Por- 
tugal et non en Espagne, en France et non en Provence, dans 
une partie de la Haute-Italie et non dans les autres contrées 
ni en Valachie. Il n'y a pas à chercher la cause de ce phénomène. 
Il n'était pas préparé par la prononciation latine de Tn, même pas 
par celle de l'autre nasale m, puisque dans les cas où cette der- 
nière était prononcée sourdement, c'est-à-dire à la finale, elle 
est presque toujours tombée en roman. On retrouve le même 
développement de sons dans certains patois allemands, qui 
prononcent la préposition an presque comme le substantif fran- 
çais an, lohn presque comme le français long. Le breton fait 
de même, non-seulement dans les mots français, mais encore 
dans les siens propres. Nous traiterons ce sujet à propos de 
chaque langue, dans la section IL Pour ce qui est du français, 
la chute (observée ci-dessus § 2) de l'n finale dans la combinaison 
i?iV est due à ce que la nasalité n'était pas applicable ici; la 
persistance de cette n en provençal est la plus forte preuve que 
cette langue conservait à Yn finale son pur son lingual. 

iViVpeut s'affaibhr en nj, comme II en Ij. En italien beaucoup 



1. C'est un trait de la langue sarde de perdre aussi Vn dans m même 
au milieu des mots : corm {cornu), furru {furnus). 



204 CONSONNES LATINES. N. 

plus rarement que pour II, dans grugnire {gruyiniré). Plus 
fréquemment en esp.: ano, cana^ canamo {cannabis), ganir 
{gannire)^ grunir, pano, pena (pinna). Portug. canhamo, 
grwihir, penha^ à côté de cana, panno, penna, Unir, Prov. 
anhir (hinnire), gronhir. En français il n'y a peut-être pas 
d'exemples, car grogner se rapporte à grunniare^ jngnon 
à pi7i7iio. — Il est remarquable que cet affaiblissement s'étend 
parfois aussi à l'initiale : ainsi en ital. gnacchera (esp. nacar), 
gnocco ignocco, gnudo ignudo, milan, gnerv, gnucca, vénit. 
gnove (nove), gnissun [nissuno)^ etc.; esp. noclo {nucleus?)j 
nublo {nubilum), nudo (nodus). 

NL est sujet à l'assimilation comme en latin : manluviuyn 
malluvium, unulus ullus, vinulum villum. Ital. cuUa 
(cunula cun*la)i ella (enula), lulla (lunula), mallevare 
(manlevare*), pialla (planula*), sinllo {spinula)\ esp. ala 
(ital. ella) ; prov. malevar manlevar, Mallios (Manlius) 
Boèce; franc, épingle (spinula)^ g intercalé. 

NM. Dans ce groupe, n devient tantôt l ou r ; tantôt aussi 
eUe disparaît. Ex.: ital. esp. portug. alma^ prov. arma, franc. 
âme (anima); val. mormint [monumentum) \ esp. prov. 
mermar [7ninimare*) ; anc. franc, almaille (animalia, 
m^miendoûiaumailles), franc, mod. Jérôme {Hieronymus) . 

NR. De même que b s'insère entre m et une liquide, t entre 
s et r, de même d s'insère entre n et r, ^ et r (voy. LR), 
mais non dans toutes les langues romanes. Ainsi dans l'italien 
spécialement l'assimilation est seule admise, comme dans 
maritto (pour manritto) , porre (ponere), terrô (pour 
tenerô), et seulement dans des cas isolés. Un exemple de nr 
est la forme archaïque, bien connue par Dante, onranza, dans 
beaucoup d'éditions orranza. — L'espagnol intercale un d au 
futur de certains verbes : pondre, tendre, vendre au lieu de 
ponré, etc.; ondra, ondrar (honorare) PCid. Alx. est archaï- 
que pour la forme usitée honra, honrar. L'espagnol emploie aussi 
l'interversion : yerno (gêner), tierno (tener) et les formes 
secondaires jf9 orne, terne, verné; donc trois formes, nr, m, 
ndr. Le portugais les connaît aussi toutes les trois : genro, 
honrar, tenro et terno, mais anc. hondrar, pindra (pigno- 
ra). — En provençal nr et ndr sont des formes du même mot, 
aussi trouve-t-on cenre cendre (cinerem), honrar hondrar, 
etc., même sendre (cingere). — Le français emploie le plus 
souvent l'intercalation : cf. cendre, gendre, Indre (m.lat. 
Anger), ^noindre (minor), pondre, semondre (summonere), 



CONSONNES LATINES. N. 205 

tendre, vendredi, 'tiendrai, viendrai, dans les serments 
sendra (senior) d'où sire, comme térin tarin de tendre ; 
avec expulsion du g : ceindre [oing ère), feindre, enfreindre, 
peindre, plaindre, poindre, astreindre, oindre. L'ancienne 
langue employait aussi l'assimilation : ainsi dans dorroit pour 
donner oit, merra pour mènera. Nr persiste par ex. dans 
genre (genus), denrée, tinrent, vinrent. — En valaque la 
forme latine persiste : ginere [gêner], onorà , punere. — 
Nous savons, du reste, que l'intercalation est familière à d'autres 
langues, • par ex. grec àvBp6; pour àv£pcç, aivop6ç pour aivapoç, 
allem. fdhndrich, Hendrich, néerland. schoonder pour 
schooner. 

ND, voyez au D. 

NS [nç, nz) admet la syncope de Yn : c'est la continuation de 
l'usage romain qui se présente à nous dans niesa (Varron, L. L. 
5, 118), consposos (dans Festus), iscitia (ins.) dans Flav. Caper 
(Putsch 2246), cosol, cosolere, cesor, mesis, impesa, Eho- 
resi, Viennesis dans des inscriptions de dates différentes, 
Schiieider 1,458. Ex.: ital. Cosenza (Consentia, déjà Cosentia 
in Pollano titulo, plus tard aussi dans Jornandes), Costantino 
(Const.), costare (HP Mon. n. 102), isola, me se, mestiero 
(ministeriiim), mostrare, pigione (pensio), speso (eœpen- 
sus), sposo, trasporre (transponere), Genovese et autres 
ethniques. — Esp. asa(ansa), costar, dehesa (defensa, Yep. 
I, num. 8 defesa), esposo, isla, mesa (Yep. V, n. 22 de 
l'an 978), mes, mostrar, seso, tieso (tensus), tras (Esp. sagr. 
XXXI V , 446 de l'an 91 7) , ^i^5z7Za ( ^on^/Z/a) mentionné par Isidore, 
mais qui ne se trouve plus, Vicente (Vincens, Vincentius), 
Genoves, etc. ; port, defesa, ilha, mesa, etc. — Prov. bos 
(bonus bons), ces (census), coselh, coser (consuere), costar, 
defes, despes (dispensus), espos, isla, maiso (mansio), mes, 
mestier, mostrar, ses (sens, lat. sine), tras, Genoes, etc. — 
Franc, coudre, coûter, époux, isle, maison, mois, métier, 
Génois. — Yal. cuscru (consocrus), des (densus), mase 
(mensa). — D'autres langues aussi admettent cette syncope, 
par ex. goth. mes (lat. mensaVj, Kustanteinus (Const.); 
angl.-sax. gos (gans, oie);V.sax. fus (funs), etc. — Le roman 
n'admet pas l'assimilation, comme dans le latin passus pour 
pansus, messor pour mensor (Orell.). 

NC, voyez au C. 

NG. Sin est suivie de a, o, u, devant la gutturale^, elle reste 
aussi gutturale, c'est Vn adulterinum : ital. lingua, lungo, 



206 CONSONNES LATINES. R. 

piango, etc. Suivie de e ou e, comme alors Iqq s'affaiblit en j ou 
prend sa prononciation romane, n devient linguale : voy. NG 
sous G. 

MNy voyez M. — GN, voyez G. — PN, voyez P. 

R. 

1. Nous verrons ci-dessous, dans la deuxième section, que 
cette lettre, dans quelques langues romanes , a reçu deux pronon- 
ciations. Les grammairiens romains ne nous disent rien de pareil 
sur IV en latin. 

2. On constate, dans des changements communs à toutes les 
langues romanes, la permutation entre les sons linguaux liquides 
ly n, r,qui se présente partout dans le domaine indo-européen (Bopp, 
Vergleich. Gramm. P, 35, trad. Bréal, I, p. 58). 1) ii? devient 
l. Initiale : it. lacchetta (pour racchetta). Médiale : it. alhero 
(arbor), alido (ar.), Catalina, celebro {cerebrd), cilié go (ce- 
rasus), mercoledî (Mercurii dies), pellegrino, prevalicare, 
remolare, salpare (^o\xv sarpare), scilinga {syrinoo), Tivoli 
(Tîbur), svaliare {pour svariare) , veltro (vertragus). Esp. 
alambre {aermnen), almario (arm.), ancla (anchora), Cata- 
lina, celébro, miercoles, plegdria (precaria), roble {7^obur), 
silo (sirus), taladro (Tépsxpov), templar (temperaré), tinie- 
blas [tenebrae). V.portug. alvidro (arbiter), aplés (pour 
après) ^ semple (semper). Prov. albirç {arbitrium), albre 
(arbor), Alvernhe [Arvernia), citola (çithara), flairar 
(fragrare), veltre. Franc. Auvergne, flairer arch., Floberde 
(Frodoberta) Voc. hag. Val. alcam [arcanum), tvmple 
{tempora). VApp. ad Prob. marque que l'on doit prononcer 
terebra non telebra\ cf. Xeîptov et lilium. A la finale, l'espagnol 
aime à employer / pour r, ex. cdrcel, mdrmol, papel [papy- 
rus), ver gel (viridarium). Un exemple français est autel 
(altare). — 2) On trouve rarement le passage d'r en n comme 
dans l'ital. argine {agger), centinare [cincturaré^), Sinno 
nom de fleuve (Sirus) ; en esp. arcen (agger) ; en valaque 
cunune (corona), suspinà (suspirare). — 3) L'ital. échange 
assez facilement r avec d : armadio, Bieda (Blera), chie- 
dere (quaerere), contradiare (pour contrariare), fledere 
(ferire), intridere (interere), pôrfido (porphyrus), proda, 
rado. La dissimilation doit avoir joué ici son rôle, puisque 
presque tous les primitifs contiennent deux r; la substitution 
du d est particulière à cette langue et paraît se présenter, dit-on. 



CONSONNES LATINES. R. 207 

aussi dans l'osque. Sur une s française tirée de r, yoy. à la 
lettre S,%3. 

3. i? est de toutes les consonnes la plus mobile, en quoi elle 
se peut comparer aisément aux voyelles. Les consonnes 
initiales, surtout t et /", aiment à l'attirer à elles, non-seulement 
quand elle se trouve dans la même syllabe, mais encore quand elle 
a sa place dans l'une des suivantes. Cette attraction peut aussi 
être exercée par une consonne médiale. Ital. drento (pour den- 
tro), frugare (furca), granchio {cancer), strupo (stuprum), 
Trieste {Ter geste), Trivigi {Tarvisium) ; leggiadro (pour 
leggiay^do), vipistrello {vespertilio) . Esp. cralo {clarus), 
estrupo {stupr.), fraguar {fabricare), ogro {or eus), pre- 
guntar {percontari), trujal {torcular), yerno {gêner). Port. 
fragoa (fahrica), fremoso arch. {form.), f resta {fenestrà). 
Prov. cranc {cancer), presega {persica), trempar {tempe- 
rare), trolh {torculum). Franc. Brancas {Pancratius) Voc. 
hag., brebis {verveœ), breuvage (prov. beuratge), Fréjus 
{Forum JuL), freinage (pour formage), tremper, treuil, 
troubler {turbulare*), v. franc, bregier {berger), estreper 
{eœstirpare), fremer, hebr egier. Y SLlaque crap {h. lât. carpa), 
freinent à {ferm.), frimMe {fimbria), frumôs {form.) — 
Mais parfois, au contraire, IV s'écarte de l'initiale : ital. cocco- 
drillo (b.lat. cocodrillus Vocab. opt., p. 45), farnetico 
{phren.), formento {frum), Palestrina (pour Pralestina? 
lat. Praeneste) ; esp. cocodrilo, corchete (franc, crochet), 
escudrinar {scrutinium), pesebre {praesepe), quebrar 
{crepare), v.esp. estorinento {instrum.) Cane, de B.\ port. 
costra {crusta), v.port. desperçar {dispretiare"^) ; prov. 
Burensa {Bruentia) . Dans les dialectes la transposition de Yr, 
qui est un phénomène connu dans d'autres langues, comme le 
grec, le latin et l'allemand, est extrêmement habituelle. En parti- 
culier, le cas le plus fréquent est le changement de place de r 
initiale avec la voyelle suivante ou réciproquement de la voyelle 
initiale avecr, p. ex. bologn. arsolver {ris.), arsponder (risp.), 
piém. arcapitè {ricapitare), arport {rapp.); mais aussi dans 
l'it. écrit arcigno (fr. réchin), arnione {roignon), Orlando 
{Roland) comme en b.lat. Ortrudis pour Rotrudis Voc. hag. y 
orliqua {reliquia), ramolaccio {armoracia), rubiglia {ervi- 
lia). De même en picard ercanger [rechanger), erfiker [re fi- 
cher), ernir {revenir)^. 

1. Il ne faut pas négliger la riche collection de semblables cas de 



208 CONSONNES LATINES. R. 

4. La chute de cette liquide entre des voyelles s'est à peine 
produite. Il semble qu'on en ait des exemples dans l'it. dietro pour 
direiro, eipriia i^our prora ; mais ici r a disparu par euphonie ; 
drietro surtout aurait été insupportable. On remarque en outre 
cette chute dans quelques désinences qui paraissent avoir été modi- 
fiées par analogie avec d'autres : hattisteo Par, 15, 134, roineOy 
scaleo scalea pour scaleroscalera Pur g. 15,36,12104. Dans 
aja (area). foja {furia), Pistoja (Pistoria) ou le val. intuiu 
(anterius), coaie (corium) r ne disparaît pas entre voyelles, 
mais devant y. En espagnol même chose se produit quelquefois 
devant y et devant ch : sobejo [superculus'*) ^ macho (marcu- 
lus), sacho (sarculum). La chute assez fréquente après une 
forte est générale en roman : italien arato (aratrum) , 
cugino (consohrinus consrin), deretano {rétro), Piperno 
(Privernum), propio {proprius)\ e^p. canasta (canistrum), 
quemar {cremare), temblar (tremulare*) ; i^ort. rosto, etc.; 
prov. ganré {= gran re)\ valaq. coraste (colostra), rost 
(rostrum), tunet [tonitru). Mais il arrive aussi souvent, et 
même plus fréquemment, que Vr est attirée par une forte, voy. 
la ir section. L'apocope n'est pas non plus sans exemple. Ital. 
cece (cicer), frate, mate Dante De vulg. eloq. 2, 7, pâte, 
moglie (mulier), pepe (piper), preste (presbyter), sarto 
(sartor), suora [s or or), Esp./ra^, maese (magister), nueso 
(noster); port, frai, mai, pai, goto (guttur). Prov. senh 
(senior), d'où le cat. mosen = franc, monsieur, de même 
prov. Pey pour Peyr d'après Leys d'am. II, 188. Franc. 
chiche (cicer), Oise(Isàra), Trêves (Treviri), toutefois àansle 
dernier ex. r paraît être tomhèedeYant s (Treviris ou Treviros, 
Trevirs) ; dans le langage vulgaire mette pour mettre, rende 
pour rendre et semblables. Val. frate, sore. Dans quelques cas 
la chute de Yr entraîne aussi un t précédent. Ce sont surtout les 
expressions désignant la plus proche parenté qui sont soumises 
à ces abréviations. 

Dans RL la première liquide s'assimile à la deuxième dans 
quelques cas d'enclise : en it. costallo pour costar lo, pel pour 
per il, esp. hazello i^our hazer /o,port. amallo pour amar lo. 
Rapprochez-en le v.fr. Challon, mellan, palier à côté de 
Charlon, merlan, parler, franc, moderne chambellan-, cf. 



métathèse et d'hyperthèse de IV dans Ritschl, Opuscula, II, 529-541, qui 
est tout aussi bien venue pour la philologie romane qu'elle l'est pour 
la philologie latine et grecque. 



CONSONNES LATINES. T. 209 

lâi. pçllucidus de perlucidus. Mais Challon renvoie directe- 
ment à l'ancien norois Kall de Karl. 

ES comme iViS éprouve souvent la syncope de la liquide. C'est 
encore simplement la continuation d'une habitude linguistique du 
latin, qui s' exprime p. ex. dsinshaesi,haKsi, dans les composés avec 
vorsus, comme prosa, retrosum, susum (Schneider, I, 471), 
introsus {OveW. 4034), rusus pour rursus Class. auct. VII, 
578, et avec assimilation dans dossum {sic et dossumperduo s 
quam per r dorsum quidmn ut levius enuntiaverunt Vel. 
Long. Putsch 2237) , dossuarius dans Varron , Sassina 
pour Sarsina. Ex.: ital. dosso, ritrosOy suso comme en latin, 
muso (morsus), pesca (persica). — Esp. avieso (aversus), 
traves {transversum, travessas Yep. IV, n. 29, année 791), 
viesOy arch. (versus) Bc. ApoL, suso, mais dorso, non doso; 
ajoutez coso (cursus), mueso (morsus), oso (ursus); port. 
avesso, travesso, pecego (it. pesca), pessôa (persona. — 
Prov. dos et dors, ves (versus prép.). — Franc, dos, dessus, 
pêche, aussi chêne pour chersne (quercinus*). — Val. dos. 

RC voyez sous C. 

LR et NR intercalent un d pour adoucir la prononciation, 
comme nous l'avons vu en parlant de L et N. Le groupe RR 
résultant d'une syncope emploie le même procédé, comme dans le 
pr. aerdre (adhaerëre pour -ëre), franc, sourdre (sur gère 
sour're), tordre (torquëre tor're pour -ère), qui rappellent le 
néerl. meerder de meerer ou. le cimhriqnejar dar de jarar 
(jahre). 

MR voy. M. — NR voy. N. — TR voy. T. — DR voy. i). 
SR voy. S. — BR voy. B. 

T. TH. 

Dans th, comme dans ch et ph, l'aspiration disparaît ; d'où il 
suit que th équivaut à la forte même dans les mots que les 
langues néo-latines ont immédiatement tirés du grec : it. tallo 
(thallus), torso (thyrsus) , spitamo (a7îiÔa;rri) ; mais avec 
d Adige (Athesis), endica (IWr^T:^), — Initial, i persiste 
partout. A la médiate il est diversement traité. En ital. la forte est 
de règle : ahbate, acuto, state (aestatem), amato, carota, 
fato, frate, lieto, loto (lutum), mutare, nepote, salute, 
sentito, vita, voto. Elle est redoublée dans bottega (apotheca), 
haltère, lettola (hetula), hrutto, cattedra, cattolico, cetto 
(cito), legittimo, putto, tutto. Par exception on trouve aussi 

D1£Z 44 



2^(0 CONSONNES LATINES. T. 

la douce, parfois à côté de la forte : ainsi dans badia {àbbatia), 
hudello ipotellus)^ contado (comitatus) en contradiction 
avec ducato, et dans contrada, imperadore, lido (litus), 
madré, paladino, padella, padre, spada, strada. La douce 
est beaucoup plus usitée dans les dialectes. EUe se redouble dans 
soddisfare {satisfacere) , ce dont il n'y a pas un second exemple ^ . 
— L'espagnol préfère décidément la douce : agudo, mû^ado, 
condadOy dedo (digitus); emperador, lodo, madré, miedo, 
mudar, padilla, padre, rueda, saludar, sentido, espada, 
estrada, todo, vida. Dans différents mots, la plupart d'origine 
récente, t persiste aussi : abeto {abietem), absintio, agitar, 
aparato, apetito, astuto, betun, bruto, cariota, cicuta 
(anc. ceguda), grato, gritar (quiritare), habitar, incitar, 
infinito, irritar, lite à côté de lid, margarita, meritar, 
meta, nepote, notar, planeta, poeta, quieto à côté de quedo, 
recitar, refutar, secreto, seta à côté de seda, visitar, voto. 
Remarquons un ex. de syncope, trigo (triticum). Le port, 
comme l'espagnol. — Le provençal, lui aussi, préfère de beaucoup 
la douce: aguda, amada, budel, cadena, cridar, leda, mar- 
garida, menuda (minuta), mudar, padela, poder, pudir 
(mdere), sadol [satullus), saludar, seda, sentida, vedel 
(vitellus), vodar (votare *). La chute de ce d, comme dans 
puor i^our pud or, tuaripour tudar, via pour vida, est rare et 
dialectale. Mais quelquefois, et même dans des mots tout à fait 
populaires, ici encore la forte a remporté la victoire sur la 
douce^ cf. beta, betun ipitumen), citar, dotar, fatigar, litigi, 
lutos, matin (certainement de matutinus mat'tinus), matro- 
na, métal, meitat (medietas), natura, nota, pot estât, titol, 
tota, tutela, util, vital à côté de vidai. — En français le d 
commun à la branche romane occidentale, et que l'on retrouve 
dans les anciens monuments, disparaît : on dit par ex. aimée, 
finie, soucier (sollicitare) , roue [rota), vouer, arguë, 
menue, puer, saluer, pouvoir (anc. pooir), veau (veel), 
Bourges (Bituriges Boorges), C hâtons (Catalauni Chaal.), 
chaîne (catena caena), aurone {abrotanum, avec chute de la 
syllabe ta), plane (platanus, de même). Dans plusieurs cas, il 
faut admettre l'insertion d'un i euphonique après la chute de t, 
cf. ci-dessous TR : boyau (botellus boellus boiel), craie 
{creta créa creia), délayer (dilatare dilaer). Un très-petit 

1. Pour ce qui regarde les consonnes, un exemple correspondant est 
cohbola de copuïa, deux douces pour une forte. 



CONSONNES LATINES. T. 2\ \ 

nombre seulement de mots vraiment français, comme aider 
{adjutaré), coude {cubitus), plaider {placitare) tolèrent la 
douce. Brigade, cascade, estrade, parade, salade, bastide 
et d'autres noms tirés de verbes sont étrangers. La persistance 
de la forte est bien plus fréquente, et elle a lieu, non pas seule- 
ment dans les mots (savants) soustraits aux lois phonétiques, 
mais encore dans d'anciens mots populaires. Yoici des exemples 
de différentes sortes, quelques-uns avec redoublement du t : 
battre, bette, blette iplitum), boutique {lidl. botte ga), brutal, 
carotte, citer, coutume, dette (débita), diète, disputer, 
éviter, fuite, imiter, ingrate, interprète, jatte {gabata), 
mériter, minute, motif, nette (nitida), noter, quitte {quie- 
tus, v.fr. coi), planète, poé'te, réfuter, suite (b.lat. sequita), 
toute, visiter, voter à côté de vouer. Il est vrai que dans 
plusieurs d'entre eux, comme beta, blitum, noter, <^6>^a les formes 
seraient devenues trop courtes. — Le valaque garde la forte : 
frate, inperat, leudate, muta, sete (sitis), spate; d dans 
s ad (satus). — On trouve de très-bonne heure quelques 
exemples de l'affaiblissement de t en d. Ainsi dans des inscrip- 
tions : timides pour limites, Badaus pour Batavus (Schneider 
I, 255), iradam pour iratam (142 ap. J.-C.) Orell. nu7n. 2541. 
Fréquent dans les chartes surtout franques, par ex. mercado, 
strada, quarrada Bréq. n. 69, podibat Mar. p, 100 (de l'an 
657), terridoriam HPMon. n. 15 (de l'an 816), etc.; lidus 
pour litus dans les mss. de la Z. S al. 

La finale latine dans les mots et, aut, caput n'est conservée 
nulle part : ital. e, o(devant les voyelles ed, od), capo, etc. 
Dans la conjugaison, les langues du nord-ouest seules la con- 
servent, et encore avec des restrictions ; voy. ci-dessous au 
chap. de la flexion. Le t devenu final par apocope comme dans 
beltat, virtut, amat, vestit est supprimé par la langue italienne 
quand elle ne conserve pas la voyelle suivante : beltà, virtù, 
amato, vestit o. L'espagnol échange la forte avec la douce 
comme à la médiale : abad {abbatem), ciudad (civitatem), 
lid, red, sed {sitis), salud, virtud, amad {amate) ; les anciens 
écrivaient encore abat, beltat, cidat. Le portugais ne supporte 
jamais ce t, il dit : abade, cidade, lide, rede. En provençal la 
forte reste intacte : abat, beltat, salut, amat, vestit ; seul le 
vaudois la rejette habituellement comme dans salvd, trinitd, 
offendû. Sur c pour t au parfait {mordet, mordec) voy. la 
Flexion. Le franc, n'aime pas le t final et le rend généralement 
muet là où il l'écrit. Il ne l'écrit du reste que dans un petit 



2-12 CONSONNES LATINES. T. 

nombre de mots anciennement usités comme dot, esprit, fat, 
lit, tout ; fréquemment dans des mots récents ou étrangers comme 
ingrat, délicat (ancienn.(ieZ^V), légat, soldat, mandat, appé- 
tit, crédit, débit, dévot, brut, institut. Mais dans les désinences 
at, it, ut, la forte disparaît complètement : ainsi dans duché, 
gré, aimé, abbé, cité, parti, vertu (mais cependant salut), 
écu, aigu, menu, glu. Dans soif (sitis) t semble avoir subi un 
changement singulier en f. Yoy. sur ce point Dict. Etymol. II. 
3"^® édit. Le valaque supporte ^ à la finale : cuntat, vindut, auzit. 
2. Devant i ou e atone suivi dans la même syllabe d'une 
autre voyelle, t devient z =: ts, qui prend une différente forme 
d'après le caractère de chacune des langues. C'est dans la nature 
de ^^ palatal, qui se rapproche àuj, qu'il faut chercher la raison 
de ce changement en une sifflante. Ital. grazia, avarizia, 
palazzo', ce de t, ct,pt : Lecce (Aletium), docciare (duc- 
tiare*), succiare{suctiare'^), cacciare (captiare *), conciare 
{comptiare *), et aussi zZy comme dans frizzare (frictiare *), 
nozze (nuptiae). Esp. gracia, nacion, palacio, dureza, 
cazar. Prov. gracia, razo, chanso, cassar. Franc, grâce, 
nation, justesse, sucer, chasser. Voyez ci-dessus au chapitre 
de l'hiatus, où sont indiquées d'autres formes qu'a prises ce 
groupe. Ce développement phonique de ti ou tj s'observe déjà 
dans les vieilles langues italiennes, qui présentent pour la dési- 
nence tio aussi bien sio que so avec disparition de Vi. La langue 
populaire latine des bas temps en fournit de nombreux exemples. 
D'après un grammairien du V^ siècle on prononçait etiam comme 
eziam (li. eziandio). Isidore dit ; cwm justitia z litterae sonum 
exprimât, tamen, quia latinum est, per t scribendum est 
sicut militia. Dans une charte gothique de Ravenne, probable- 
ment du commencement du VP siècle, donc bien antérieure à 
Isidore, kavtsjon = lat. cautionem présente ts pour t ; pour 
Ulfilas, au contraire, lectio sonnait encore laiktjo, et non 
laiktsjâ. Dans des chartes des VP et YIF siècles, également de 
Ravenne, il y a des exemples comme Bova^iov£{jL, covaxl^iovsç, ay.T^io 
pour le latin donationem, donationes, actio. UApp. ad 
Prob. défend de prononcer TheophHus comme Izophilus, 
c.-à-d. teo comme zo, ce qui se faisait donc. Aussi ce t est- 
il de bonne heure rendu par s : alterchassiones HLang. I, 99 
(de l'an 852), concrecasione 124 (873), nepsia pour neptia 
Ughell. 777, 35 (898). — En roman, t devant i tonique, suivi 
d'une voyelle, du moins dans les mots grecs, subit la même 
règle de prononciation : it. profezia, esp. democracia^ franc. 



CONSONNES LATINES. T. 243 

aristocratie \ ii. Milziade, esp. Milciades, îrsinç, Miltiade. 
On peut ranger en outre dans le même cas : it. zio (thiuSy 3£Îoç), 
val. inperetzie, esp. Macias (Mathias), fr. populaire Mâcé 
(Matthaeus) Voc. hag. Mais l'assibilation se produit aussi 
sans que la présence d'une deuxième voyelle soit nécessaire. 
Ital. ahete, dbezzo (s'il ne vient pas plutôt de abietus *), roto- 
lare ruzzolarey Forenza {Forentum). Esp. gonce, port. 
gonzo (contus?), particulièrement dans le suffixe azgo = 
aticus, à côté de adgo : consulazgo consuladgo, etc. Prov. 
Bezers (Biterrae, Bit er ris), espaza (spatha), mezeis (me- 
tipse), lampreza {lampreta'^), palazi (palatinus). Franc, 
seulement Tarch. palasin. En val. très-souvent tz même à 
l'initiale : tzineà (tenere), tzare {terra), tzest (testu), tzie 
(tibi), intzeles (intellectus). 

Le groupe TT ne donne pas de douce. Ital. gatto {cattus 
catus), ghiotto {gluttus, cf. gluttire), gotta (gutta), matta, 
mettere, quattro, saetta. Esp. gato, gloton, gota, ^neter, 
qiiatro, saeta. De même prov. catal., etc., franc, chat, glou- 
ton, goutte, goitre (guttur), mettre, quatre. Même règle 
dans les composés comme attendere, attestare. 

TL voy. sous L. 

TR médial. Uitalien dans ce groupe incline un peu plus vers la 
douce, cf. padre, madré (mais frate, et non fradre), adro 
Pur g. 30, 54, cedro (citrus), ladrone, nudrire. Le prov. 
va plus loin que d'habitude ; il syncope t et comble la lacune par 
un ^ euphonique d'où naissent des diphthongues : on doit suppo- 
ser ici l'intermédiaire dr {fradre, etc.). On pourrait poser 
comme degré intermédiaire la vieille iormepaer (que l'on trouve 
dans certains textes) , où la diphthoDgue ai n'apparaît pas 
encore achevée; on en rapprocherait alors traire de traer. 
Il est difficile d'admettre que \i provienne de t \: ces deux 
sons sont trop étrangers l'un à l'autre; les grammairiens qui 
s'appuient sur l'expérience résisteront toujours à cette théorie ^ 
Ex. paire, maire, fraire, laire {latro), lairar {latr.), 
emperaire, meire {metere), peira {petra), reire {rétro), 
veire {vitrum), oire {uter), noirir {nutr.), poirir {putrere), 
huire {hûtyrwn) ; albire {arbitrium) sans diphthongue. En 
franc, père s'explique facilement par le prov. paire', aussi 
pierre et arrière sont à peira et reire comme entière enteira 



1. Voyez sur ce point, qui n'est pas sans importance, DeUus, Jahr- 
buch, 1, 356. 



2U CONSONNES LATINES. D. 

a intégra. Autrement t est plus volontiers syncopé d'après la 
règle générale : Lure nom de lieu {Luthra, Quicherat, 20), 
Marne (Matrona) , nourrir , pourrir, verre , merrain 
(materiamen) y v.fr. erre et errer (iter , iterare*); 
L'immixtion de Vi aurait ici donné les formes Mairne, noirir, 
poirir, voire. Un ancien exemple portugais est 7nare (mat'?') 
SRos., mais à côté de ce mot on ne trouve pas /rare, par^ ; 
portug. moderne, mai, pai. 

TC, voy. sous C. — MT, voy. sous M. 

ST (çt) au milieu des mots se transforme souvent : ital. en soi, 
esp. et portug. en œ, z, prov. et franc, en ss, A la finale, t est 
simplement expulsé : pos pour post se trouve déjà chez les arpen- 
teurs romains {pos legem,pos te); un ancien grammairien men- 
tionne posquam, voy. Schneider, I, 479, eimon Dict. Etym. I, s. 
V. poi. Ital. angoscia (angustia), arbuscello (arbustellum*), 
bescio (bestia), coscino {culcitinum*yCÛlçt.),moscione(mus- 
tio), uscio {ostium), poscia (postea); avec z inzigare (insti- 
gare); klaiûnsiie è (est), poi {post). —Est^, angoœaarch., Arbu- 
œuela nom de lien (arbustum?) PCid v. 1551, dexar (de- 
sitar e *), queœar (questare *), uœier (ostiarius) ; Baza 
(Basta), escarzar (excarstare pour eœcastrare), gozo (gus- 
tus), mozo (mustus), rezoT (récit are), uzo arch. (ostium), 
Zaragoza (Caesar Augusta); avec c acipado (stipatus), 
Ecija (Astigis) ; à la finale es (est), pues (post) ; à l'initiale x 
dans Xeres (Asta regia), z dans Zuniga pour Stuniga, voy. 
Sanchez, II, 527. — Portug. congoxa, deixar, queixar; avec 
zamizade (amicitas^, esp. amistad). — Prov. engoissa, coissi 
(ital. cuscino), us, pues. — Franc, angoisse, coussin, tesson 
(testa) ; huis, puis. — Les exemples valaques manquent. — 
Notre Cassel est né de même de Castellum, le goth. vissa de 
vista, le v.nor. sess de sest, le h.all. tassen de tasten; voy. 
Aufrecht, Ztschr. fur vergl. Sprachf. IV, 29. 

ST init., voy. S. — CT, voy. C. — PT, voy. P. — BT, 
voy. B. 

D. 

1. D initial reste intact. Médial, entre deux voyelles, il ne 
persiste que dans les langues de l'est, tandis que celles de l'ouest 
le laissent fréquemment tomber. Ital. cadére, credere, crudo, 
fedele, giudice (Judex), godere, grado, lodare, midolla, 
nido, nudo, odio, odore, radiée, rodere, udire (audire). 
La chute est rare, par exemple en composition avec ad : aoc- 



CONSONNES LATINES. D. 245 

chiare, aombrare, aoprare, de même dans gioja (gau- 
dimn), appojaï^e (podium), Po {Padus), vo {vado), dans 
les mots poétiques creo [credo), gloire (gaudere), rai (radii), 
veo [video), dans le mot populaire monna pour madonna, 
etc. — Val. crede , laudà , etc. — Esp. adorar, céder, 
crudo, estudio, grado, medio, modo, nido, nudo, odio, 
odor, persuadir. Syncope par exemple dans aojar (ital. 
aocchiare), hayo (padius), caer, créer, hastio [fastidium), 
feo [foedus), fiel, hoy [hodie), juez , loar , meollOy oir, 
porfia [pèrfidia), poseer [possidere), poyo [podiwn), raiz, 
roer [rodere), tea [taeda). Cette chute est moins constante 
dans la vieille littérature, où l'on écrit encore cader, cre- 
der, lodor, roder Bc, odredes pour oireis PC.,porfidia 
FJ., mais aussi cruo pour crudo, suor ^o\xy sudorBevceo. 
Le ms. à'Apolonio, au contraire, comble d'habitude l'hiatus 
avec y : cayer, creyer, peyon, riya [rideat), seyer, veyer. 

— Le portugais presque comme l'espagnol; en intercalant v 
chouvir, louvar, ouvir, voy. p. 176. — En prov., à côté du 
passage au z (§2), la syncope est très-usitée : àïrar [adirare"^), 
aorar, aultèri, caer, Caer ci (Cadurcinus), claure, creire, 
cruel, desirar [desiderare), fiel, envàir [invaderé), enveia, 
racola, reembre [redimefe), roer [rod.), suar [sud.), bai 
[badius), glai [gladius), liuei [hodie), miei [médius), pui 
[podium), rai [radius). La persistance de la douce est beau- 
coup plus rare : adorar, adulteri, credensa, cruda, nuda, 
obedien, odi, odor, predicar, raditz, roder, rudeza, teda. 

— En français la domination de la syncope est encore plus 
entière ; en cela, le français est à Titalien ce que le hollandais 
est au haut-allemand ; cf. choir [cader e), clore, désirer, 
envahir, envie y fiancer [fides), glaïeul [gladiolus), juif 
[judaeus), Melun [Melodunum), moelle, nue, ouir, Quercy 
(prov. Caerci), rançon [redemtio), Rhône, seoir, suer, voir, 
bai, hui, pui et beaucoup d'autres. En somme, cette consonne 
ne se maintient que dans des mots postérieurs mal assimilés, 
spécialement dans les suffixes idus et udo comme avide, 
cupide, humide, insipide, solide, aptitude, habitude et 
dans quelques autres de cette création, comme céder, code, 
commode, étude, fidèle (mais v.fr. féel, pi. féaux), fraude, 
grade, mode, nudité, persuader, odeur, remède, rude, et 
aussi dans les mots d'origine ancienne comme rozc^^ [rig'dus), sade 
[sapdus), tiède [tep'dus), souder [sol' dare),émeraude [sma- 
ragdus), dans lesquels une consonne en précédant le d l'a protégé. 



246 CONSONNES LATINES. D. 

Pour ce qui concerne le d final, il persiste seulement dans Tit. 
et le prov. ad, dans l'it. et le v.fr. ched {quid), mais seulement 
devant les voyelles initiales, et dans l'ancien français od (apud). 
Le d devenu final par suite d'abréviation est traité en italien 
comme t : fé, mercè, piè à côté de fede, etc. Le valaque le 
supporte: aud (audio), hed (/b(?c^w5). L'espagnol l'admet moins 
aisément et dit, il est vrai, red {rete), mais fe et non fed 
(fides), et de même pie, mais merced; en général, il aime, 
dans ces mots, à garder la voyelle finale, comme dans fraude, 
sede {se des). Le dialecte portugais ne supporte pas plus ici d 
que t : cf. fe, mercé, se (esp. sed), de même cru {cru- 
dus), no (nodus), nu (nudus). En provençal d, lorsqu'il ne 
disparaît pas, devient fort: nut (nudus), pe, etc. En fran- 
çais il se maintient comme lettre muette ou disparaît complète- 
ment : muid (modius), nœud, nid, pied ; cru, demi, foi, 
degré ^ 

2. De même que t devant i palatal devient z zzr^ts, àe même d 
devient ;2 = 6^5 [z doux). L'apparition de cette sifflante produite par 
di se constate déjà dans le latin de la décadence, car on prononçait 
le grec 2ia Siai za ze, zaholus pour diaholus, zaconus pour 
diaconus, zametrus pour diametrus, zêta pour diaeta, cf. 
éolien /.ap^a pour xapBia. D'après Servius, cette manière de pro- 
noncer atteignait plutôt les mots latins que les grecs ; il remarque 
en effet à l'occasion du nom de pays Media: di sine sïbilo 
proferenda est, graecum enim nomen est (Schneider, I, 
387); la sifflante se faisait donc entendre dans le latin média. 
C'est à cela que correspond, dans une charte itahenne de 793, 
me ci a pour média HP Mon. n. 14 ; l'ital. mezza a supprimé 
ici Yi. D'autres exemples latins sont zebus pour diehus Mur. 
Inscr. 1571, 1 ; dans une charte de Bergame Yau^iouGo pour 
gaudioso Mar. p. 169; un glossaire du vu® au viii® siècle 
traduit l'allemand speicha par razus, ital. razzo. Mais ce 
développement phonique rappelle aussi l'osque zicolo correspon- 
dant au latin dieculus (Kirchhoff, Stadtrecht v. Bantia). Au 
temps d'Isidore, les Italiens disaient déjà ozie pour hodie 



1. En catalan, le d, tombé dans une syllabe atone, est représenté par 
u. Ainsi dans caure (cadere), hereu {heredem), occlure (occideré), riure 
(r'idere pour ridérë), seure (sedere), veure (videre) ; plus fréquemment à la 
finale, où Vu correspond au prov. i : alou (alodium), eau (cadit), hereu, 
niu {nidus), peu (pedem), seu {sedet, subst. sedes), veu (videt). Cet u doit 
sans doute être apprécié comme dans le cas où il remplace une sifflante, 
voy, sous la lettre C, II, § 4. 



CONSONNES LATINES. D. 2^ 

(roumanche oz), aussi dérive-t-il mozica de modicus : mozica 
quasi modica. . . z pro d, sicut soient Itali die ère ozie pro hodie 
(20, 9) . Une autre ressemblance de di avec j sera indiquée sous 
cette dernière lettre. On a un exemple complet des trois formes 
dans Biabolenus Zaholenus Jabolenus comme dans Jadera 
DiadoraZara, cf.Buttmann, Leœicologus, 1,220] de même à la 
médiale dans Eporeia Eporedia Eporizium, voj. Bocking In- 
dex ad Not. dign. Les exemples romans sont : ital. orzo{hor- 
deum)y mezzo (médius), 7nozzo (modius),pranzo(prandium), 
razzo (radius), rozzo (rudiusi^ouv rudis), schizzo (axéotoç), 
berza (viridia); on trouve ce^ à l'initiale dans le dialecte véni- 
tien : zago (diaconus), zô (deorsum), zorno (diurnum). Val. 
orz, miez, prunz, raze, spuz (spodium). Esp. hazo (badius), 
mezana 7nesana (mediana), orzuelo (hordeum), vergûenza 
(verecundia). Les exemples provençaux et français manquent; 
esquisse vient de l'ital. schizzo. — Cependant, ici aussi, comme 
pour le t, la sifflante s'est produite sans le secours d'un i palatal 
comme dans l'ex. ci-dessus mozica ; cette sifflante est la forme 
vraiment indigène en valaque et en provençal. Val. zece (dece^n), 
zieu (deus),zi (dies),zic (dico),frunze (frondem),prezi(prae- 
dae) ; particulièrement dans la conjugaison : crezi, crezund, 
crezut. Prov. azesmar (adaestimare *), azorar (adorare), 
azulteri, auzir, benezir, cazer, cruzel,fizel, glazi(gladius), 
lampaza, lauzar, obezir, orreza (horrida), prezicar, 
pruzer (it. pruderé), tarzar, vezer (videre), veuza (vidua); 
encore prov. mod. ^ ou 5 : auzi, veuzo, susd (sudare). Dans 
quelques mots Comme auzir, cazer, z domine exclusivement, 
dans d'autres, il y a syncope (§1); certains mss., celui du Boèce 
au moins, n'emploient pas du tout z (cadegut , laudar , 
veder). Les exemples sont rares dans les autres langues. Ital. 
arzente, penzolo, verzura ^onr ardente, etc., cf. verzaria de 
l'an 752 Mur. Ant. V, 1011; esi^. juzgar (judicare), v.port. 
avec ç. ou s arcer (arderé), asunada SRos.; v.fr. tar- 
zer pour tarder Chr, Ben. (si ce n'est pas pour targer), 
champ, rizelle pour ridelle, v.fr. Mazalaine pour Magd., 
voy. Ruteb. II, 488; Bouille aussi, Be vulg. ling. 38, 
remarque Mazelàine, de même Vezelay pour Vedelay. Du 
prov. azesmar est né le v. franc, acesmer, ital. accismare, 
esp. acemar. — Parmi les langues voisines, le breton connaît 
(peut-être depuis le xi® siècle, Zeuss, I, 164) la dégénérescence 
du d médiat et final en z (s doux ) ; mais ici il y a eu 
comme intermédiaire une aspirée que les dialectes apparentés 



248 CONSONNES LATINES. D. 

montrent encore. Ex. clezeff {gladius, prov. glazi), feiz 
(fides), Juzeth (Judith), krîz (crudus), preiz (praeda), 
prezec {praedicare), urz {or do). 

3. Le changement en l, n, r était facile : 1) En l: ital. caluco 
(cad.)y cicala, ellera {hed.), tralce (traduœ). Esp. cola 
(cauda), esquela (scheda), homecillo (homicidium), Madri- 
leno {]}owx Madrid-), melecina, mielga {medica), cf. ^ de ^ 
dans nalga (natica)', à la finale Gil (Aegidius); voy. ci-dessus, 
p. 90, des exemples du dialecte de Léon ; prov. cigala, élra, Gili. 
Ce rapport entre d et l est déjà connu du latin: à Finit, dacrima 
lacrima, devir (3aY]p) levir, dingua lingua ; à la méd. cada- 
mitas calamitas, dedicata delicata, Medica Melica, 'Oouc- 
asuç Ulysses. On le retrouve aussi dans des langues étrangères à 
l'Europe, comme le prouve Bopp, Vergleich.Gramm. 1, 29, ^'^éd., 
trad. Bréal, I, 51. — 2)Enn: ital. lampana {-da),palafreno 
(paraveredus) , pernice; esp. palafren. — 3) En r : 
ital. mirolla {medulla), nap. rurece (duodecim); esp. Ia7n- 
para {-da)\ val. armesariu (admiss.); demêmeenlat. meridies 
{med-). L'échange avec t se produit aussi (voy. ci-dessous nd), 
d'où ital. Tertona {Dertona) , Trapani (Drepanum). Plus 
remarquable est l'échange avec la douce de la série gutturale 
d3iiis gazapo pour dasapo (dasypus), golfin à côté de dolfin 
(delphinus), gragea à côté de dragea (Tpa^'/ii^a). 

DR partage dans le nord-ouest le sort du tr : la muette 
tombe et est remplacée par un i quand il n'y en a pas déjà un. 
Prov. caire (quadrum), raire {radere), cadeira (cathedra), 
creire (cred.), aucir (occid.), rire (rider e pour -ëre), foire 
(fod.), conduire (conclud.). Franc, equerre (quadrum), 
raire, croire, clore pour clorre, etc. Il est vrai que le phéno- 
mène n'est assuré que dans caire et cadeira ; dans les autres 
cas, on peut penser à la chute simple du d : radere raere 
raire comme trahere traire. Eulalie a creidre, qui montre 
l'attraction de \e (credere creedre creidre). Dans l'ital. Car- 
rara rr, d'après Pott, Personennamen, p. 437^ provient de c^r, 
c'est quadraria, nom emprunté aux carrières de marbre. 

DC, voy. sous C. 

DJ, i)F se comportent comme hj, hv : ital. aggiustare 
(adjuxtare *), au contraire ajutare (adj.) et non aggiutare, 
et en outre avvenire (adv.) ; esp. ayudar, avenir, etc. 

MB, voy. sous M. 

NB. Dans ce groupe, d disparaît dans beaucoup de mots ou 
s'assimile, et alors 7i se redouble, comme par ex. en v.nor. ou 



CONSONNES LATINES. Z. 2-19 

suéd. (annar, finna, ^oi\i. anthar, finthan), ou aussi dans des 
dialectes populaires allemands {finne pour finden, kinner pour 
kinder). Les cas de cette espèce sont : ital. canido (cand.)y 
manucare (mand.). Très-fréquent dans les dialectes de la basse 
Italie, par ex. sicil. abbunnari (abundare) , accenniri 
(accendere) ^ Esp. Blanes nom de lieu {Blanda d'après 
Cabrera), escana (pour escanda), fonil (fundibulum). Catal. 
anar (esp. andar), fonament (fundmn.), Gerona (b.lat. 
Gerunda),manar(piandaré)y segona {secundo) ; ici très-usité. 
En provençal d tombe toujours quand il est final, ainsi que t : 
en (inde), on {unde)^ preon (profundus)^ joven (juventus). 
Franc, espanir arch. (eœpandere), prenons {ipour prendons)^ 
responent arch. (pour respondent) . Devant i palatal : ital. 
vergogna (verecundia), franc. Bourgogne (Burgundia), 
Compiegne (Compendiwn). Cî. lai. grunnire de grundire, 
dans Plante dispennere pour dispandere, qui coïncide d'une 
manière frappante avec le V. franc, cité espanir, si l'origine de 
ce dernier mot est exacte. — La douce est remplacée par la forte 
dans l'ital. sovente, franc, souvent (subinde), peut-être par 
assimilation à repente. Et aussi dans quelques autres mots 
comme : ital. pentola (pendula), esp. culantro (coriandrum), 
franc, pente (dependere). 

GD, voy. sous G. -^ PD, voy. sous P. 

Z. 

Ce son composé {ds avec s douce) n'affecte pas partout la même 
valeur dans les langues nouvelles ; en portug. et en franc, par 
exemple, il est devenu un son simple, à peu près comme l'ancien 
l dans le grec moderne. Dans le prov. fr. ladre (Lazarus), z, 
à cause de IV qui suit, a été remplacé par 6^ ; on a des exemples 
semblables dans l'ital. sidro, esp. sidra, franc, cidre (sicera) ; 
franc, madré (allemand maser). Dans quelques autres cas, 
il a dû céder au g palatal : ital.- geloso, prov. gelos, franc. 
jaloux {zelosuSy esp. zeloso) ; ital. gengiovo, esp. gengibre, 

1. Dans le premier de ses travaux mentionnés p. 76, Wentrup 
ramène cette assimilation familière aussi au napolitain à l'osque opsan- 
nam = lat. operandam, ce qui mérite d'autant plus qu'on s'y arrête 
que dans ce dialecte l'assimilation est une loi, et que dans les autres ce 
n'est guère qu'un accident. En ombrien, même chose se présente, et 
de là vient qu'on la trouve dans Plaute; voy. Aufrecht dans la Zeitschrift 
de Kuhn et Schleicher, I, 104. 



220 CONSONNES LATINES. S. 

franc, gingembre {zingiberi) ; ital. giuggiolay franc, jujube 
(zizT/phum); à quoi se peut comparer dans les mss. le passage 
dezhdi: o(ipu^ov obridia, glycyrrhiza glycyridia^ garga- 
rizay^e gargaridiare (Schneider, I, 386). Nous avons vu sous 
la lettre d la production inverse du z de j ou dj. Le suffixe 
verbal izare échange , en français , z avec s : baptizare 
baptiser. 

S 

était, en latin, prononcée dure à l'initiale aussi bien qu'à la médiale 
et après les consonnes (excepté après n), douce entre les voyelles, 
sourde et mate à la finale spécialement dans la langue populaire 
ancienne et récente, où elle finit par s'effacer complètement 
(Corssen, 2« édit., I, 277 ss.). Dans les langues filles aussi, 
s sonnait généralement plus ou moins forte, voy. la 2^ section. 
Il faut en outre faire les observations suivantes : 

1. Elle dégénère rarement en d'autres sons, et quand cela lui 
arrive, elle prend le plus souvent la prononciation de la chuin- 
tante large s (ital. sci^ port, œ) : ce son devint une aspirée en 
espagnol, mais ne pouvait se traduire en provençal et en français 
que par ss ou iss. Exemples à l'initiale : ital. scialiva {sal.), 
sciapido (in-sapidus), scimia, scempio [simplus)^ sciringa 
(syrinx).^^^. en-œabido (ital. sciapido)^ xabon {sapo),œùlma 
enxalma {sagma), Xalon nom de fleuve (Salo)y xay^cia (ital. 
sartie), Xativa (Setabis), xenabe (sinapis), Xenil nom de 
fleuve (Singilis), xerga {serica), xeringa, Castro-xeriz 
(Castrum Sirici), xibia {s épia), Xi g onz a (Segontia), ximia, 
xugo{sucus), enxullo (insubulum). En pg. quelquefois avec la 
syllabe en préposée : en-xabido , xarcia en-xarcia, xastre 
(esp. s astre), en-xergar (esp. en-sercar), xeringa, en-xofre 
(sulphur), — Exemples à la médiale : ital. asciogliere (assol- 
vere),vescica\ esp. baxo (bassus), Carixa (Caris sa), cejar 
(cessare), Lebrija (Nebrissa), mexias (messias), paxaro 
(passer), vexiga ; portug. paixdo (passio), etc. ; prov. bais- 
sar (de bassus), franc, baisser. — Dans les exemples que nous 
venons de citer, s éprouve, comme on voit, le même sort que x. 
Le franc, baisser aussi se conforme à laisser (laxare). Mais 
on est peu porté à supposer pour cela des formes antérieures 
ximia, xirinx, vexica, baxare ; d'ailleurs le bas-latin n'en 
fournit pas d'exemples. Une remarque facile à faire, c'est que 
cette prononciation n'atteint que l's romane dure (médiale ss), 
jamais 1'^ douce. On n'imagine pas un ital. roscia pour rosa : et 



CONSONNES LATINES. S. 224 

pour ce qui est de vescica, on doit croire que la forme (qui se 
rencontre) vessica = franc, vessie aura précédé. La langue 
semble donc avoir cherché ici un adoucissement de T^-dure, car s 
a plus de douceur que ss. Seulement, il ne faut pas expliquer cet 
adoucissement, comme, pour l et n, par l'immixtion d'un j, 
car là où sj existe réellement, il est représenté tout autrement 
dans les langues romanes (p. 170). — Nous parlerons du valaque 
s dans la seconde section. 

2. S s'échange aussi avec z, ç, ou esp. ch. Ital. za^oorra 
i^saburra), zambuco , zafflro , zezzo (secius), Zannone 
(Sinnonia), zinfonia (symph.), zoccolo, zolfo (sidphur), 
zufolare [sufflaré) ; surtout après n ou r, comme dans a^i^ar^, 
anzi, canzare, manzo, scarzo pour ansare, etc., Conza 
(Compsa). C àansbacio, cacio, voy. p. 170, Cicilia (Sic), 
cinghiale {singularis) , cpncistorio, cucire (consuere). G 
dans Adige (Athesis). — Esp. zafir, zandalo, zueco zocalo 
choclo (soccus), zucio {sucidus), azufre [sulph,), zurdo, 
almuerzo (morsus), Iviza [Ebusus), rozar {rosus)\ cedazo 
(setaceum"^), cendal (sindon?)^ Cerdena [Sardinia), cer- 
rar {sera), Cervantes (Servandus d'après Cabrera ), ac?ro 
{sicera), acechar (assectari), decir (desidere) PC, Corcega 
(Corsica), rucio (russeus) ; chiflar (sif.),^ chinfonia arch., 
chuflar {suffi.), et aussi prov. chiflar, chuflar, — Franc. 
céleri, cendal arch., cidre. — Val. zar {sera), zer {sérum). 

3. L'histoire des langues nous fait connaître le changement 
fréquent de Y s en r (Bopp, Vergl. Gramm.^, l, 42, trad. Bréal, 
I, 64). Le domaine roman en connaît plusieurs cas, auxquels 
on doit ajouter aussi ceux où r provient de ç. Ital. ciurma 
(îtéX£ua[Aa, esp. chusma), orma (oc7[jly]). En espagnol pas 
d'exemple, à moins qu'on n'admette llardrado pour laz- 
drado, Apol., 63; portug. churma , cime pour cisne. 
Cat. fantarma {phantasma), llirimaquia {lysimachia), 
Prov. almorna {eleemosyna), azermar pour azesmar, 
Ermenda pour Esmenda Chx, lY, 70, gleira pour gleisa 
{ecclesia), gleisargue {ecclesiasticus), varvassor pour vas- 
vassor. Franc, orfraie {ossifraga), v.fr. almor7îe comme en 
prov., marie pour mascle Barl., p. 182, 32 (encore en picard 
merle), merler pour mesler, varlet pour vaslet. A l'inverse, 
on trouve, dans le français moderne, quelques s venues de r : 
besicle, chaise, poussière de bericle, chaire, pourrière. 
Nous verrons dans la section II le passage, dans un dialecte, de 
5 à h. 



222 CONSONNES LATINES. S. 

4. La syncope de s entre voyelles est à peu près inconnue dans 
le domaine roman. En provençal on remarque des formes comme 
hayar pour baysar (hasiaré) LRom. I, 577'', Chx. III, 59; 
dans Flamenca 2605 haia rime avec aia {habeat)\ maio est 
pour maiso GRos. souvent, LRom., I, 575^, M. 662, 7; ocaio 
pour ocaisOj id.; raeopour raizo Flain. 5416, gleisa (ecclesia) 
rime avec eia, etc. ibid. v. 2310, on comprend qu'il faut ici lire 
gleia; preio i^our preiso est dsiiis Chx., IV, 628^ Devant les con- 
sonnes la syncope est déjà plus fréquente. En ital. , elle est à peine 
usitée : prête pour prestre (presbyter) et poltro au lieu du 
ôiXkv polstro (allem. polsier). En provençal Vs tombe dialec- 
talement devant les liquides : isla ilha, meisme meime, 
pruesme proime, almosna alnioina, masnada mainada, 
preisseron preiron. La chute de cette lettre devant les autres 
consonnes, en français, est assez connue et n'a besoin d'aucun 
exemple pour être établie, voy. ci-dessous ST, SC, SP. — 
L'apocope en italien est de règle, et la place de la consonne 
chassée est quelquefois remplie par i euphonique ou e, comme 
dans crai (cras), piue (plus), voy. p. 185. En provençal, 
il faut peut-être noter mai à côté de mais, bai à côté de bais. 
Dans les autres langues s persiste, si ce n'est qu'en français elle 
est souvent représentée par ^ ou ^ : chez (casa), nez (nasus), 
deux (duos). Sa chute dans les flexions appartient au livre II. 

S S devant x, voy. ci-dessus § 1 . 

SR (çr, xr). Ce groupe n'est pas, il est vrai, proscrit, surtout 
en composition (l'italien l'admet même à l'initiale) : sradicare, 
esp. desrota, prov. esraigar, v.fr. mezre (misera) Alex.; le 
français, comme le latin (dans estrix, tonstrix), pour facihter 
la prononciation, intercale un t devant lequel s a fini par 
disparaître. Ex. : v.franç. ancestre, franc, mod. ancêtre 
(antecess'r), conoistre connaître, croistre croître, estre 
être, naistre naître, paistre paître, paroistre paraître 

1. On pourrait tout aussi bien que glieia lire glieja; voy. Delius, 
Jahrbuch, l, 357 : j serait alors né de .si. Cette leçon a été déjà choisie 
par Dom Vaissette (par exemple dans gleja, majo, III, 219, etc.), mais le 
gleia, tiré de Flamenca, est décisif pour la voyelle i, car on ne pronon- 
çait sûrement pas edja l'interjection eia, qui rime avec gleia; les Leys 
n'écrivent aussi que eya. Le véritable état des choses semble se retrou- 
ver en provençal moderne, où gleja et gleya, haigear et bayar sont égale- 
ment admis. Dans une partie du Nord de la France, aussi, on remarque 
j pour si. Bouille, Devulg. ling., p. 37 : dicunt Morini {et Bolonii), littera s 
in i (c'est-à-dire^) labente, maion, ouion (=fr. oison), priion {prison), toiion 
{toison). 



CONSONNES LATINES. S. 223 

{pav'escere *), tistre [teœere) ; parfaits assistrent, duistrent 
{dux.), occistrent, pristrent , quistrent. Dans cousdre 
coudre (consueré) d s'introduit, cf. fisdra SLég. 21, près- 
dra, 15. Prov. istra de issir, mesdren (miserunt) Boèc., 27; 
roumanclie cusdrin (consobrinus) ; esp. Esdras (Esra), 
V. esp. conostria Cane, de B., istria de eœir Bc,, lazdrado 
{lacer atus). De même en allem. castrol pour casser olle : 
pareille intercalation a lieu aussi dans les langues slaves. 

ST, se, SP. Cette liaison de s avec une forte, que le latin 
admet dans une large mesure, parut aux Romans, du moins aux 
Romans de l'ouest, trop dure à l'initiale; ils séparèrent donc 
cette syllabe compliquée en lui préposant un e, de sorte qu'ils 
prononcèrent, par ex., sta comme esta, ce qui ajouta au mot 
une syllabe entière. Esp. estar, escribo, espero\ port, estavel, 
escandalo, especie; i^roY. estable, escala, espada. SM eut 
le même sort dans les mots venus du grec, esp. esmeralda, 
prov. esmerauda fajAàpaYooç), esp. esmeril (apiupiç). Le français, 
ici aussi, se comportait autrefois comme le provençal : on écri- 
vait et on prononçait 1'^, estable, eschelle, espée ; peu à peu 
la sifflante s'assourdit, et enfin ne fut même plus écrite, tandis 
que la voyelle qui lui devait l'existence fut assez heureuse pour 
se maintenir : étable, échelle, épée. Pourtant l'une et l'autre 
persistent accidentellement dans quelques vieux mots comme 
esthner , estomac, esclandre, espace, espèce, espérer, 
esprit', d'autres tels que estacade (vieux estachette), esta- 
filade, estrade, estrapade, escabeau, escalade, escalier, 
espalier, trahissent une origine étrangère. Partout d'ailleurs 
les mots savants maintiennent leur initiale originaire; seul, 
l'espagnol introduit ici aussi Ye prothétique : estatica, esclero- 
tica, esperma. Mais d'anciens monuments négligent parfois 
la prothèse, même dans les mots populaires, par ex. : esp. 
spidios' PCid V. 226, spidies' 1261, sperando 2249; port. 
spadoa, stado SRos; ^^voy, ferma speransa, liscudier-, vaud. 
scriptura, spirit à côté de escriptura, esperit ; en français 
dans Sainte Eulalie on lit une spede, et plus tard encore ce cas 
n'est pas sans exemple, toutes les fois qu'une voyelle finale précé- 
dente se chargeait du rôle de la prothèse. L'ancien catalan offre 
un phénomène singuher : Ye s'y prononce quelquefois sans être 
écrit, et compte pour une syllabe dans les vers (comme le re- 
marque Mila, Jahrbuch V, 176). Toutefois, dans un des 
dialectes occidentaux, en wallon, la prothèse ne s'est pas pleine- 
ment développée. Voyez ci-dessus, p. 120. — Si nous tournons 



224 CONSONNES LATINES. S. 

maintenant nos regards vers l'est du domaine roman, nous trou- 
vons en italien l'initiale originaire intacte, et souvent même 
l'it. fait naître ce groupe (s plus une consonne) par l'aphérèse 
d'une voyelle : stimay^e pour estimare (cf. stimaverimt HP 
Mon,, n. 111, année 959), stesso i^omt istesso \ toutefois l'italr 
n'est pas demeuré complètement étranger à l'habitude de l'ouest, 
du domaine roman, car lorsque non, in, con, per précèdent, 
il a l'habitude d'éviter la dureté de ces groupes en leur préposant 
un i: non isperate, in istate, con isdegno,per istare. Mais la 
voyelle ainsi préposée n'est essentielle, c.-à-d. inséparable dans 
aucun mot. Parmi ces patois, il y en a un, celui de Logudoro, qui 
ne peut s'en passer : voy. ci-dessus, p. 77. Le valaque maintient 
partout le groupe initial sans l'affaiblir. — On peut suivre l'usage 
roman jusque dans le plus ancien b.-lat. et même plus haut. La 
plus ancienne forme de la voyelle est i au lieu d'^, qui est plus 
grossier, comme on le voit en italien et parfois même en pro- 
vençal (istable, istar, isquern, cf. inspieth pour isjneth 
SLég.) : i devait en effet se glisser devant s initiale d'autant 
plus facilement que, ainsi que nos grammairiens nous l'ap- 
prennent, l'élément vocalique précédant l'émission de cette 
consonne correspond déjà lui-même à un léger i. C'est pour cela 
qu'aucune des voyelles plus lourdes a, o, u n'a été employée 
à cet usage. Au lY^ siècle on trouve istatuam, ispirito. Dans 
un ms. de Gains du VF siècle, Istichum est pour Stichum. 
Lachmann, Comm. in Lucretium, p. 231, a réuni de nombreux 
exemples mss. de i, hi, ou in placés en tête du mot {histoïcis, 
instoici). Des inscriptions chrétiennes d'âge différent ont Isma- 
ragduSy Istefanu (cf. esp. Santistehan avec i au lieu de e), 
Ispeti pour Spei, voy. Reines. Inscr. p. 973. Dans les chartes 
mérovingiennes cela se présente fréquemment : ainsi istabilis 
Bréq. num. 139, estodiant (studeant) 232, esperare 287, 
estahelis 290, estodium ib., especiem 316, istibulatione 
Mab. Bipl. p. 497, escapinios 501 ; quelquefois même dans 
des chartes italiennes iscrivere, ist avilis, iscimus, ainsi par 
ex. Mur. Ant. III, 569, 1009, Brun. 465, 608, escavino de l'an 
827 HPMon. n. 19. Dans sa dissertation Plattlateinisch, p. 333, 
Pott a rassemblé des exemples (tirés des mss. de la L. Sal. et de la 
Lex Rip.) où œ est mis pour s. Les exemples espagnols sont : 
escriptura. Espérant a de l'an 775 Esp. sagr. XVI II, 302, 
eœspontanea de l'an 855 Marc, p. 788 ^ Des langues qui ne sont 

1. Corssen a donné depuis un riche recueil d'exemples de ce genre. 



CONSONNES LATINES. G. 225 

pas romanes emploient aussi cette prothèse. Le basque ne sup- 
porte pas Vs impure, il dit esteinua (stannum), ezpalda 
{spathula), ezquila (schelle), ou avecz izpiuna, izpiritua, 
izquila. Le kymrique prépose ?/, i, e : yspeit (spatium), ysta- 
byl {stabulum), yscawl (scala). Mais cet usage, que ne connaît 
même pas le breton, est postérieur (Zeuss L 141), et ne peut avoir 
eu aucune influence sur la constitution du mot roman. Parmi les 
langues plus éloignées, citons le hongrois qui change l'allemand 
storch, strenge, stab en eszterdg, esztrenga, istdp. 

Un autre moyen d'adoucir la rudesse de l'initiale se présen- 
tait encore à la langue, c'était de faire disparaître 1'^ elle-même. 
Mais comme ce procédé avait pour conséquence de rendre les 
radicaux obscurs, on en fît rarement usage : esp. pasmar, 
^voy.plasmar, fr. pâmer {spasmus)\ prov. maragde {sma- 
ragdus); franc, tain {stannum). 

A la médiale, après une consonne, s impure n'exige aucune 
voyelle adoucissante, par ex. esp. ahstraer, constrenir, 
inspirar. Le français non plus ne prépose pas d'e, mais il 
élide 1'^ après une voyelle : apôtre, bétail, évêque, nèfle, même 
aussi dans contraindre (constringere), montrer. Même chose 
dans les groupes SL, SM, SN : mêler, témoin, âne, v.fr. 
mesler etc. 

La confusion entre st, se et sp apparaît parfois à Test : ital. 
stiantare, mistio, rastiare,^ abrostino pour schiantare, mis- 
chio, raschiare, abroschino', fisehiare ^omv fistulare\ scoglia, 
squillo pour spoglia, spillo ; val. stimb, stiop pour schimb, 
schiop-, peste pour pesée (voy. SC sous €)', v.portug. 
estoitp)ro pour escopro', prov. ascla pour astla (voyez p. 195 
note). Cette confusion entre les divers organes est facile et 
naturelle, comme le montrent aussi des exemples allemands : 
voyez Wackernagel dans la Zeitsehrift de Haupt, VII, 130. 

&T médiat voy. sous T, — SC méd. voy. C. — NS 
voy. N, — RS voy. R, — CS voy. C. — PS voy. P. — 
BS voy. B. 

G. CH. 

L'aspirée a la même valeur que la forte. En valaque seule- 
ment on entend encore Taspiration, qui est ici exprimée par h. 

(7 a eu une destinée toute particulière ; il se divise en deux 
sons déterminés par la lettre suivante : tantôt il demeure guttu- 
ral, tantôt il devient palatal ou sifflant. 

I. 1. Devant a, o, u, devant une consonne ou à la finale, c 

DIEZ \o 



226 CONSONNES LATINES. C. 

demeure guttural sans persister constamment comme forte. 
A l'initiale, c persiste d'ordinaire ; cependant on trouve quelques 
exemples de douce, analogues au lat. gohius (xœgicç), grabatus 
(xpagatoç), gummi (x6[A[j,i). Une r ou ^ suivante ne fait point ici 
de différence. Ital. Gaeta (Cajeta), gaynbero {camniarus), 
gastigare, gatto (catus), gabhia (cavea), gohbola (copula), 
gonfiare (conflare), gomito {cubitus), graticula, grotta 
(crypta; grupta Ughell. //, 747 de l'an 887). Esp. gam- 
baro, gamella (cmnella), garbillo {cribellum), gato, gavia, 
graso {crassus), greda (cretà). Prov. gat et cat, gabia, gleira 
(ecclesia), gras, gruec [crocus). Franc, gobelin (-/.ô^oLXoq?), 
go7ifler, gobelet (cupella), glas (classicum), gras. 

A la médiale (après une voyelle) c a éprouvé à peu près le même 
sort que t ; il devait fréquemment descendre à la douce, comme 
cela est arrivé déjà dans le lat. negotium (nec otium), ou dans 
Saguntus (Zdxuvôoç) et assez souvent dans le plus ancien b.L; 
par ex. matrigolarius Bréq. n. 139, vindegare 220, vogator 
(vocatur) 239, sagrata 253, evindegatas 267, vagas (vacuas) 
Mab. Dipl. p. 506, abogadus (advocatus) 513, vigarius 
dans les formules juridiques. En ital. c persiste dans la plupart 
des cas, comme acro, amico, briaco [ebriacus), bruco {bru- 
chus), cieco, dico, fico, fuoco, giuoco {jocus),meco {mecum), 
medico, mica, pecora, pedica, pica, poco, roco {raucus), 
sacro, secolo, secondo, sicuro, specchio {speculmn), sto- 
ynaco, verruca, vescica {vesica). Cependant on trouve parfois 
la douce dans les mêmes mots à côté de la forte, cf. ago, agro 
{acer), dragone, lago, lagrima, laguna, lattuga, luogo, 
magro, ^niga, annegare, pagare, pregare, sagro, segare, 
segola {secale), segreto, spiga. Plus souvent encore dans 
les dialectes. — En espagnol, la douce a décidément pris le 
dessus : agrio, amigo, embriago, brugo, ciego, digo, dragon, 
higo {ficus), fuego, lago, lagrima, laguna, latuga, luego, 
Lugo nom de lieu {Lucus), magro, Malaga {-ca) , migo 
(m^ecum), miga, Miguel {Michael), milagro {miraculum), 
anegar , pagar , pega {pica), sagrado, segar, siglo, segundo, 
seguro, espiga, estomago, trigo {triticmn), verruga, veœiga. 
Dans un petit nombre seulement de mots populaires comme sauco 
{sambucus), secreto {segredo Bc), et le mot important _poco, 
souvent aussi dans les désinences ico, ica, icar : medico, 
rustico, musica, aplicar, i^nplicar, indicar, justificar et 
dans quelques autres comme cac?wc(9, opaco, cloaca, pastinaca, 
la forte a résisté. On ne trouve guère la syncope que dans cette 



CONSONNES LATINES. C. 227 

désinence icar (emplear = implicare) , que ic soit radical ou 
dérivatif. De même en portugais . — En prov . la douce a pris la même 
importance que dans le sud-ouest ; mais ici, à condition que a, 
e, i précède, elle admet très-souvent la résolution en y, et alors 
iy se simplifie en i. Ex. agre, agut, drago, lagrema, magre, 
hraga braya {braca), pagarpayar, sagramen^cega, negar 
neyar, plegar pleyar (plicare), pregar preyar, segle, se- 
gun, segur, amiga amia (pour amiya), diga dia, figa fia, 
miga mia, vesiga, fogal {focus), jogar, logal, verruga. 
Après eiu cette résolutionne paraît pas usitée: foial, verruia, 
etc. ne se trouvent nulle part. La forte persiste d'ordinaire dans 
les mêmes cas qu'en espagnol. — En franc, la résolution et la 
chute de la douce (secondaire) font de grands progrès. La résolu- 
tion en y ou i se trouve dans doyen {decanus), foyer {foca- 
rimn, noyer [necare), noyer {nucarius), voyelle [vocalis), 
essuyer {exsucare""), payer (pacare), braie (braca). Chute 
dans amie, délié (delicatus), épier (spica), mie {mica), pie 
(pica), plier {plicare), prier (precari), vessie (vesica), 
mortifier (-ficare), lieue (leuca), verrue (verruca), sûr 
(securus), prone (praeconium), Saône (Sauconna), larme 
(lacrima), serment (sacram.), Yonne nom de fleuve (Icauna 
Quicherat 81). Mais dans plier et pîHer i représente la diph- 
thongue ei (pr. pleyar, peyar), dans laquelle c est contenu 
(voy. 7 franc, dans la 2" partie); à côté de larme on trouve 
anciennement terme pour lairme , dont Vi provient de la 
résolution du c ; serment est abrégé de sairement, en sorte 
que dans ces exemples et dans d'autres semblables la gutturale 
n'a pas totalement disparu. Cette résolution de c en i après 
transformation visible ou cachée en g est difficilement contes- 
table. Dans (Quelques cas provençaux, comme ammpour amiya, 
on pourrait, il est vrai, admettre aussi la chute de la gutturale, 
mais dans verai de veracus, ibriai de ebridcus, Cambrai de 
Camaracum (voy. ci-dessous à la finale), la résolution 
apparaît fort nettement. Elle n'est pas moins visible dans les 
cas où la rudesse d'une combinaison comme es ou et forçait à la 
vocalisation de la première de ces consonnes, puisque l'assimi- 
lation répugnait au caractère des langues du nord-ouest ; des 
mots comme seis de sex ou fait de fact peuvent rendre clair ce 
phénomène; voy. ci-dessous CS et CT. La douce demeura 
seulement là où l'on ne crut pas pouvoir s'en passer, par ex. 
dans aigre, aigu, dragon, figue, 7naigre, seigle, etc.; la 
forte presque exclusivement dans les mots d'origine récente ou 



228 CONSONNES LATINES. C. 

moins populaires : baraque, casaque, opaque, bibliothèque, 
bourrique, angèlique, chronique, logique, musique, rus- 
tique, tunique, époque, caduque, provoquer, suffoquer, 
déféquer-, diacre, secret, second (mais qui cependant est 
prononcé se gond), siècle. — En valaque partout la forte seule- 
ment : acru, amie, zic (dico), foc, etc. 

C final, en tant qu'il existe déjà en latin comme dans die, 
fac, hoc, nec, sic, tune n'est jamais toléré, sauf en prov. oc 
(hoc), et le composé franc, avec, et aussi dans donc (tune), et 
l'ancien franc, illoc, illuec (illoc) ; ital. avec une voyelle ajoutée 
hitrocque Inf, 20, 130 (inter '*Iioc), dunque. Autrement le c 
est apocope d'ordinaire : di', fa, ne, si, perd (pro hoc), esp. 
dï, ni, si, péro, etc. Mais en esp. ancien ce c final, dans 
les particules, est encore représenté par n : nin, sin, aun 
(adhuc), allin (illic) GVic, et ainsi en portug. ne7n, sim. Il 
paraît aussi être contenu à la médiale dans ansi (aeque sic) , 
peat-être même dans l'adjectif enteco (hecticus), ou dans le 
subst. portug. pentem (pecten). A ansi (ansin) correspond 
aussi l'ancien franc, ainsinc, franc, mod. ainsi, de même que 
le prov. aissin LRom. I, 571 ^, encore maintenant à Marseille 
e7isin ^ — Le provençal respecte partout le c que l'apocope a 
rendu final: amie, foc, Aurilhac (Aureliacum), Figeac, Sais- 
sac, etc. Le français ne le conserve pas partout : ami, feu, lieu, 
estomac, lac. D'autres mots de cette langue échangent c pour t : 
artichaut (it. articiocco), abricot (it. albercocco), palletot 
(pour palletoc), ancien franc, gerfault {pour g erf aie). Par 
suite les noms de ville gaulois en acum prennent habituelle- 
ment ay comme veracus devient vrai, ceux en iacum 
prennent y : Bavay (Bagacum), Cambray (Camaracum), 
Ally (Alliacum), Fleury (Floriacum), etc.; cf. Mone, Gall. 
Sprache, p. 33, Pott, Personennamen 255, 456, Zeuss, 
Gramm. celt. II, 772^. 



1. Que renaisse duc, c'est là un procédé tout à fait inusité. Peut-être 
pourrait-on expliquer les formes ci-dessus par Fintercalation d'une n 
devant c et la chute (postérieure) de la gutturale : nec nenc nen. Dans 
ninguno {nec unus) Fintercalation nasale saute aux yeux ; ici la gutturale 
est restée parce qu'une voyelle suivait. De même dans enxambi'e et 
autres exemples^ si l'on admet la série intermédiaire ecsameti, encsamen, 
enxamen. 

2. Une étude très-solide, parue postérieurement, de ces noms de lieu 
(Quicherat, Formation franc, des anciens noms de lieu, Paris, 1867, p. 34 
suiv.) cite encore d'autres représentations de ce suffixe celtique : par ex. 



CONSONNES LATINES. C. 229 

2. Le groupe originaire ca (cca) s'écarte sensiblement en 
français de l'usage commun : le c y dépouille sa nature 
de gutturale et devient chuintant sous la forme ch\ le lat. 
a peut se transformer en toute autre voyeM, sans perdre son 
influence sur le c précédent, c.-à-d. que ce passage du c au ch 
est antérieur au passage de Va à d'autres voyelles. Ex. de l'init.: 
cheval, chance (cadentia"^) , chommer (it. calmaré), chan- 
ger, chambre, chef{caput), chien, cheveu, chartre [carcer), 
charme (carmen), château, chignon (catena), chat, chou 
(caulis, non colis), chose. De la médiale : bouche (bucca), 
coucher {collocare), manche {manica) , miche {mica), perche 
(pertica), sécher (siccare). Peu de mots échappent à cette loi, 
en ce sens qu'ils conservent la forte (nous avons parlé au § I. 
des cas où elle est adoucie ou supprimée): p. ex. cadet (decaput), 
campagne (ancien Champagne), câble {capulwn*), caisse à 
côté de châsse (capsa), cage {cavea), manquer {mancare'^). 
Le plus grand nombre de ces mots est d'origine récente ou étran- 
gère, latine, italienne, espagnole : cadence, caler, caleçon^ 
calme, camarade, camp, canal, canaille, cap, cape, cap- 
tif, capitaine, caprice, cardinal, carotte, carrosse, carte, 
cas, cascade, cause, cautèle, cavale, cavalcade, cf. les mots 
vraiment français chance, chausse, chambre, champ, chenel, 
chien, chef, chèvre, chardonaus arch., char, charte, chose, 
cheval. Devant les voyelles provenant du latin o, u, la 'gutturale 
persiste intacte : cacher {coactaré), cailler {coagulare), 
carole arch. {chorus), cour {cors), cou, colère, coffre, 
couver {cubare), coude, coin {cuneus), cuve, cuivre, coûtre 
{custos), ècuelle {scutella). Quand la flexion amène un change- 
ment de voyelle, ch peut se maintenir : prés, sèche {sicco) de 
l'inf. sécher ; il en est autrement de l'adj. sec, qui conformément 
à la règle est né de siccus : le fém. sèche est venu régulièrement 
aussi de sicca. Ca n'est pas partout devenu cha dans ce domaine, 
puisque le dialecte picard a conservé fidèlement la forme primi- 
tive (voy. ci-dessus, p. 116). Dans quelques mots ch s'échange 
avec / {g) : jambe {camba"^), j amble arch. {cammarus), 
jante {cames* camitis?), geôle {caveola), gercer jarcer 
{carptiare*) , germandrée {chamaedrys) . Le provençal aussi 
emploie ch pour c, mais seulement dialectalement à côté de c. 
L'italien rend le franc, ch par c dans ciambra, ciamberlano, 
ciapperone, etc. L'espagnol emploie aussi ch : champion, 

ac donne aussi a, as, al, et iac donne ec, e, ey, eu, eux. L'auteur expli- 
que la désinence franc, y par i tonique dans îacum. 



230 CONSONNES LATINES. C. 

chantre, chanzoneta, chaperon, chapitel, bachiller {bache- 
lier) ; aspirée dans xamborlier (chamhrier), œefe {chef), etc. 
Port, chapéo {chapeau)^ charneira {charnière), charma, 
micha et beaucoup d'autres. — Mais comment expliquer 
maintenant la transformation deçà en c/i.? N'aurait-elle pas, 
peut-être, pu se produire sous l'influence du k aspiré des dialectes 
de l'a. h. ail. qui se sont parlés en France et sur les frontières, et 
qui prononçaient : chamara (lat. caméra), chappo {capo), 
chafsa {capsa)^ charchari (carcer) ? L'aspirée devait deve- 
nir en français une chuintante, de même que l'esp. Don Quixote 
se prononce encore aujourd'hui Bon Quichotte, La forte du 
picard trouverait donc son explication dans le voisinage de ce 
dialecte avec le dialecte néerlandais, qui a de même conservé 
la forte. Si les groupes ce, ci ne sont point entrés dans ce 
mouvement, c'est qu'ils avaient déjà abandonné leur son guttu- 
ral. Même le signe ch en français indique l'existence primitive 
d'une aspirée. Le roumanche présente un trait tout à fait 
analogue, surtout dans le dialecte d'Engadine. Ici le groupe ca est 
devenu presque sans exception ch ou chj aspiré : chdbgia {cavea), 
chadaina {catena), chalur, charn, chasa, chaussa, chonf 
{cannabis), chiamin {caminus), chiau {caput). Avec le 
groupe eu, ce changement est rare, avec le groupe co il se 
présente à peine : chor {corium), chûl {culus), chûnna {cuna), 
chûra {cura) ; on pourrait ici aussi soupçonner une influence 
alemannique. Mais il y a une difficulté, c'est la persistance 
devant o eiu (alors même que les mots sont d'origine allemande) 
de la forte en français, tandis qu'en ancien allemand c est égale- 
ment devenu aspiré, comme dans chophenna {cophinus), chorp 
{corbis), chupfar {cuprum). Pourquoi l'aspiration s'attachait- 
elle seulement à ca et non pas aussi à co eu? Et pourquoi g 
obéit-il à la même loi (voy. ci-dessous), tandis que le v.h.all. 
ne paraît pas avoir connu gM Ne doit-on pas d'après cela 
attribuer à la voyelle a la propriété de faire naître dans une 
forte ou douce gutturale qui la précède une aspiration qui 
devint ensuite une chuintante? Aussi ua dialecte pouvait y être 
plus disposé qu'un autre. A est guttural et proche parent de h, 
remarque Pott, Forsch., Il, 23; cette remarque peut nous 
expliquer le phénomène sans qu'il soit besoin de recourir à l'in- 
fluence de l'allemand ^ . 

IL 1. Devant e, i, ae, oe, le c latin a perdu, dans le 



1. Delius a domié de ce phénomène dans le Jahrbuch, I, 357, une autre 
explication digne d'attention. 



CONSONNES LATINES. C. 284 

domaine roman presque entier et même ailleurs, son ancienne 
prononciation gutturale. Dans les quatre langues occidentales il 
apparaît comme sifflante ç (assibilation), dans les deux de l'est 
comme palatale dure c. Même lorsqu'une consonne précède, le 
son guttural ne peut se maintenir. En finale, c est représenté 
par des consonnes analogues, esp. par ;2: : cerviz, diez; i^voy. 
par /^ ou 5 : ce^^vitz, crotz [crucem), detz, notz [nucem), 
patz, votz, balans {hilancem) ; franc, par s ovi œ : brebis, 
croix, dix, fois {vicem), noix, paix, poix (picem), voix. 
Des exemples français il résulte que la sifflante forte ç, de même 
que sç (voy. ci-dessous), a la propriété de faire naître une 
diphthongue, au moyen d'un i euphonique développé sous son 
influence: cruc-em cruiç croix. Il va de soi qu'ici aussi c/^ suit 
d'habitude l'exemple du c : brachium donne braccio, brazo, 
bras\ archidux, it. arciduca\ àpxfaTpoc; d'abord sans doute ar- 
ciater (d'où v.h.all. arzât, h. ail. mod. arzt). 

L'histoirederassibilationn' est pasexempted'incertitude. Remar- 
quons tout d'abord que l'ombrien présente ce développement pho- 
nique; ainsi dans les mots çesna = cena, pase = pace 
{pake). Quant à ce qui regarde le domaine latin, les points 
de repère les plus importants sont les suivants. 1) On peut 
admettre comme démontré que pendant la durée de l'empire 
romain d'Occident c devant toutes les voyelles = % grec. — 2) On 
ne peut exactement indiquer combien de temps cette pronon- 
ciation survécut à l'empire d'Occident ; on peut aflîrmer cepen- 
dant qu'elle ne disparut pas tout d'un coup, si on considère ceux 
des mots latins passés en allemand dans lesquels, comme dans 
keller (cellarium), kerbel (cerefolium), kerker (carcer), 
kicher {cicer), kirsche (cerasus), kiste (cista), ce ci se 
prononçait ke M, puisque ces mots n'ont pu passer en 
allemand que depuis la grande immigration allemande sur le sol 
romain, et non pas lors des premiers rapports entre Romains et 
Germains : leur nombre est trop considérable pour cela. — 3) Dans 
les chartes de Ravenne et autres des vf et vif siècles les groupes 
latins sont souvent écrits avec des lettres grecques, et c devante 
et i est rendu par y.. Exemples : §£)tci pour decem (Mar. p. 172), 
çET-iT, o£y.i[;. pour fecit, decem (Mafïei, Istor. dipl. p. 167, 
Mar. p. 186), Tra/ôiçaoç, usvBsTpaai, (p£iy.a£po[x pour paci ficus, 
venditrice, fecerunt (Maff.166, Mar. 188, de Fan 591), §o)vaTpiy,t, 
y.pouy.cç, çt7,£T, |iiy,£$o)[j,£vov pour donatrice, crucis, fecit, vice- 
dominum (MafF. 145, Mar. 145). Ces chartes sont du vi^ 
siècle, dans d'autres peut-être un peu postérieures on lit de 
même çi^s'c (Mar. p. 140) , y.t^iTaT£ pour civitate (id. p. 142) . Dans 



232 CONSONNES LATINES. C. 

une charte latine, également de l'exarchat et de l'an 650 {Maffei 
p. 171), quaimento est pour caemento, c.-à-d. qu pour c, La 
question est donc celle-ci : la lettre grecque x représente-t-elle 
simplement le signe latin c ou exprime- t-elle le son guttural ? 
Comme les scribes s'appliquaient visiblement à indiquer partout 
la prononciation vivante et écrivaient par exemple «woij^epaiouç, 
GOŒxp^l^i, Xî/iTop sans s'occuper de l'orthographe latine, la pre- 
mière alternative est difficilement admissible. De même les Grecs 
écrivirent postérieurement T'Cspia, ivT^epxoç = certa, incerlos 
(dans les Basiliques. — 4) Encore à la fin du vf siècle les prêtres 
romains en Bretagne rendaient la forte gutturale anglo-saxonne 
sans exception par c : cène audax, cild infans, cyning rex, et 
ce mode de transcription se trouve dans les premiers monuments 
du haut-allemand. — 5) Ilfautmentionner à part le c devant i quand 
il est de plus suivi d'une autre voyelle ; l'assibilation doit s'être pro- 
duite de bonne heure ici, puisque dans les plus anciennes chartes 
c se confond souvent avec t. Les inscriptions, jusque dans les 
premiers temps de l'époque impériale, faisaient au contraire 
encore une soigneuse différence entre ci et ti\ c.-à-d. que pour 
ci on n'employait pas en même temps ti et réciproquement. Ti 
se montre seul par ex. dans nuntius, ci dans condicio (Corssen). 
Mais dans les chartes on écrivait solacio, perdicio, racio, 
eciam, precium à côté de solatio, etc., et en même temps ce c 
ou t était rendu par le grec ^ ou x^ ou aussi par z lat. (onzias 
pour uncias Mur. Ant. II, 23, de l'an 715 ?) ; à côté de ce ^, t est 
encore employé : Tupeiio, TCpsaivxta, et pour cia on a xia, etc. : 
Y£V£%iavi, poaTi7,£iava, ouvxaiapov pour geneciani^ i^usticiana, un- 
ciarum, et même izpzy.z\(ù est une fois (Maff. 166) pour pretio, 
c.-à-d. X pour t, cf. dans une charte gothique d'Arezzo, proba- 
blement du commencement du vf siècle, unkja = uncia. 
D'après les derniers exemples, on doit admettre ou bien une 
incertitude ou bien une diversité provinciale dans la pro- 
nonciation du ci ou ti devant les voyelles. Cette hésitation 
est certainement admissible, quand on songe que les sons ne se 
transforment qu'insensiblement. — 6) Depuis le viif siècle c est 
enfin admis devant e et ^, dans l'alphabet allemand, au lieu de z 
{cit, crûci) alors même qu'aucune autre voyelle ne suit; la 
nouvelle manière de prononcer le son guttural c doit avoir été 
déjà très-répandue alors sur le sol roman et être née probable- 
ment au vii« siècle ^ . A l'origine le c semble avoir eu la valeur 



1. Contre cette chronologie on peut objecter ceci : comment se fait-il 
que si c a commencé à s'assibiler au vir siècle, les éléments allemands 



CONSONNES LATINES. C. 233 

d'un z dur, comme encore dans des dialectes italiens et portugais 
et en valaque du sud , non-seulement parce que les scribes 
allemands le traitaient comme le z allemand, mais aussi parce que 
dans les groupes ci-dessus cia, cio, il remplaçait le ^ = ^ 
(etiam, eciam). En italien et valaque du nord ce ts s'épaissit en 
à; dans les langues de l'ouest il se détermina comme un simple 
son sifflant, qui cependant en espagnol, grâce à un choc parti- 
culier de la langue, rappelle, ce semble, le son indiqué plus 
hauti. 

On sait par l'histoire des langues que les sons gutturaux, 
devant les voyelles pleines a, o, u, conservent leur nature (il y 
a cependant des exceptions, comme nous l'avons vu plus 
haut), et que devant les voyelles plus grêles i et e, ils 
deviennent facilement des sons sifflants et palataux. Ce phéno- 
mène s'est produit sur une grande échelle dans la famille 
romane, en ce qui touche l'élément latin. Le roman a ici la plus 
grande ressemblance avec les langues slaves : ainsi dans 
l'ancien slovène les gutturales k, g, ch devant les voyelles grêles 
ne s'emploient pas, mais k devient tantôt à, tantôt tz, et g 
tantôt z, tantôt z, le ch manquant au roman devient s et s. Le 



dans le roman n'aient pas été modifiés aussi dans ce sens, eux qui du 
moins en majeure partie étaient certainement incorporés à cette 
époque? car on dit par ex. it. chiglia, de Mel, non ciglia. Ne s'ensuit-il 
pas évidemment que ce mémorable changement de son, qui a fait dégé- 
nérer A'ffcero Qn Zizero, est antérieur à l'invasion germanique? Mais 
cette objection a peu de force. On a pu ne pas soumettre la lettre 
allemande aux mêmes lois que la lettre latine, parce que, précisément 
grâce au mélange des peuples, la prononciation allemande était toujours 
présente à l'oreille des Romans. Par la même raison, l'/i allemande dans 
le français, le fe arabe dans l'espagnol, le k grec dans le valaque n'éprou- 
vèrent pas le sort des lettres latines correspondantes. 

1. Gorssen, Lai. Ausp. 2" éd. I, 48, termine ainsi son étude de cet impor- 
tant chapitre de l'histoire des sons, basée sur de nombreux témoi- 
gnages authentiques: « Il résulte de ce qui a été dit jusqu'à présent 
que c devant e et * jusqu'au vi'' et mi" siècle, jusqu'à l'époque qui a 
suivi l'invasion des Lombards en Italie, a eu le son de k. Il est vrai 
qu'il ne faut pas en conclure que c ait conservé aussi longtemps ce 
son partout et dans tous les mots... Jamais dans les chartes de Ravenne 
(du VI" et VU'' siècle) c devant e et i n'est rendu par z, tz, a ou a^. D'où 
il suit donc que jusqu'au vir siècle après J.-G. l'assibilation de ce son 
ne peut avoir pénétré qu'isolément dans la langue populaire ou les 
dialectes provinciaux, et qu'en conséquence les Romains cultivés, 
encore au temps de l'exarchat et des Lombards prononçaient les noms 
de leurs glorieux ancêtres Kaesar, Kikero. » Une note, p. 49, discute l'opi- 
nion de Schuchardt (1, 164) sur ce point. 



234 CONSONNES LATINES. C. 

lithuanien k se change très-souvent aussi en lette devant i et e 
en 2: =• Is (Pott, Forsch. l*'^ édit. I, 77). En grec moderne 
ce phénomène n'est pas arrivé k son plein développement ; 
cependant k , dialectalement , devant le son i se prononce 
comme c (ib. II, 11). C'est à peu près de même que dans les dial. 
albanais kj devient c (v. Hahn Studien II, 20). Pour ce qui est 
du domaine germanique, de l'anglo-sax. ci ce = ki ke naît 
l'angl. ch =6'; on constate presque la même chose en ancien 
frison (Rask, Frisisk sproglaere, 10. 18), et d'après une opinion 
particulière (Rask, Angels. sprogl. 8) aussi en suédois. En 
h. ail. on peut rappeler la parenté qui existe entre qu et zu 
(Grimm, I^, 196). 

2. Quelquefois la gutturale originaire est représentée par 
d'autres sifflantes ou palatales. L'italien admet z dans quelques 
cas : ainsi zimbello (cymbalum), dolze, donzella {domi- 
nicilla*), dozzi (duodecim), lonza (lyncem), sezzo {secius)\ 
ailleurs z est dialectique. Quand une vo^^elle tombe entre c et t, 
le son palatal ne se maintient pas et devient s : amistà (amici- 
tas*), destare (de-eœcitare), fastello (pour fascettello). Par- 
fois on trouve la palatale douce : gelso (celsus), abbragiare 
(pour abbracciare), augello (aucella), congegnare {concin- 
nare?), damigella, doge (ducem), dugento {ducenti, cf. lat. 
quingenti), piagente (placens), vagellare (vacillare). En 
esp. z est rare : zarzillo (circellus) ; plus fréquemment ch : 
chicharo (cicer), chico [ciccufn), chinche (cimicem), cor- 
cho {corticem), lechino {licinium), marchito (marcidus), 
pancho {panticem), picho (picem). Port, murcho {murci- 
dus); s dans visinho (vicinus). — En provençal, z, qui corres- 
pond ici à une s douce, est très-usité : auzel, jazer, Lemozi 
(Lemovices), plazer, vezi; ss correspond phonétiquement à c 
et est une autre manière de l'écrire, comme dans vensser (vin- 
cere), taisser {tacere). — En français aussi s ou ss s'emploie 
souvent, cf. sangle (cingulum), siller [cilium), dîme pour 
disme (dechnus), génisse [junicem), pance [pa^iticem), 
poussin [pullicenus) ^ Comme en espagnol, ch a aussi pénétré 
en français : chiche {cicer), farouche {ferocem), mordache 

1. Remarquons dans une charte sisterna pour cisterna, déjà à l'année 
528, Bréq. num. 13. Mais l'exemple est trop isolé pour en induire pour 
la France un développement plus ancien du phénomène. Scitam pour 
siiam, où c ne pouvait être guttural, se voit pour la première fois à 
l'année 587, ib. n. 46. Requiiset pour rèiuiescil beaucoup plus tard, année 
658, id. num. 140. Voy. dans Gorssen, 2" éd. 1, 59, d'autres ex. de si pour ti. 



CONSONNES LàTINES. C. 235 

(mordacem), moustache {mystacem), ranche {ramicem). 
— Les exemples valaques avec tz sont tzenterimu (coemete- 
rium) Leœ. bud., otzét {acetum, ce mot est aussi anc. slave) ; 
avec g ager (acer), vinge {vincere). 

La gutturale ne se serait-elle pas conservée dans quelques 
cas ? C'est à peine admissible : la tendance de la langue était 
trop nettement indiquée. Il est vrai qu'à l'encontre des autres 
langues, le valaque présente encore la forte gutturale, mais ici 
Tinfluence grecque est visible , non- seulement dans les mots 
d'origine grecque, comme chedru (yi^poç), chime {yS)]j.cl), mais 
encore dans beaucoup d'autres, comme chelariu, dechemvrie 
qui avaient leur type dans le grec xsXXapyjç, BexépL^pioç. Dans 
d'autres comme cerchea (circulus), cucute (cicuta), tacund 
{tacendd), scimtée (scintilla), val. du sud pentecu {pantex), 
pescu (piscis), la voyelle décisive s'est modifiée après c. Nous 
verrons tout à l'heure ce qu'il faut penser des formes comme 
nuce (nucem), salce (salicem); chinge (cingulum) paraît 
être un exemple assuré, mais le changement en clingum et fina- 
lement la chute du t étaient très-possibles. Il y a cependant un 
dialecte qui a résisté à la modification de la gutturale forte, 
c'est celui de Logudoro. A l'initiale la forte persiste dans la 
plupart des mots, cf. chelu {caelum), chena (coena), chentu 
(centum), cher a {cera), chervija (cervioc), chiza (cilium) ; 
dans d'autres comme zegu (caecus), zertu,^zihu. Le zétacisme 
a déjà pénétré : en médiale, entre voyelles la forte passe à la 
douce : hoghe (vocem), dughentos (ducenti), faghere [facere), 
mais il y a ischire (scire), pis china (piscina). Dans ce dia- 
lecte nous rencontrons donc encore l'écho de la prononciation 
romaine, qui n'a pu se conserver que dans le profond isole- 
ment d'une contrée montagneuse. Il est difficile d'attribuer une 
influence au grec, qui n'a exercé nulle part en Italie une 
action analogue. Les autres langues ne présentent aucun 
exemple. Le français lucarne [lucerna) renvoie à un latin 
lucayma, qui se retrouve aussi dans le gothique lukarn ; de 
même une forme lat. lacartus paraît avoir précédé le portug. 
lagarta, esp. lagarto (lacertus). Dans quelques substantifs 
comme en ital. rddica [radicem), sorgo [soricem, Inf. 22, 
58 sorco), esp. pulga (pulicem), les nominatifs radic-s, 
sorec-s, pulec-s peuvent avoir influé sur la prononciation du <?, 
ce qui serait vrai aussi pour le val. nuce et salce et pour le 
napol. jureche (judicem) ; cependant le transport direct de 
quelques-uns de ces mots de la troisième déclinaison à la pre- 



236 CONSONNES LATINES. C. 

mière ou la deuxième est un phénomène encore plus vraisem- 
blable, car il se présente souvent : on a pu dire radica à côté 
de radiœ^ de même que dans le latin classique on disait fulica 
à côté de fulix. Sur duca (dux), giuschiamo {hyoscyamus), 
scojattolo (sciurus), voy. mon Dict. étym. IK 

4. Nous avons déjà remarqué la chute particulière au fran- 
çais du c devant a, o, u.Le c sera-t-il tombé aussi devant e, i, 
bien que déjà en b.lat. il fut devenu sifflant devant ces voyelles? 
C sonnait alors comme ts : or nous savons que s (du moins devant 
les voyelles) résiste absolument à la syncope, et il n'y a pas de 
raison pour que l'union avec un t précédent ait diminué en rien 
la ténacité de la sifflante. Pourtant facere a donné en fr. faire 
avec chute du c\ on a de placere (accentué pldcere) plaire, 
de nôcere nuire, de dicere dire, de coquere (coeere) cuire, 
àe placitum plaid (ix^ siècle), etc. A côté sont des formes 
où une s correspond au ç latin, comme àdiii^ faisons (facimus), 
fisdrent (fécerunt), disons (dicimus), plaisir, nuisir. Peut- 
on admettre que les mots et les formes où le e a disparu provenaient 
d'une époque où cette lettre était encore gutturale, par suite 
exposée à tomber, et que les mots et formes en s provenaient 
d'une époque où le latin s'était fait déjà à l'assibilation ? Les 
recherches sur cette question donneraient difficilement un 
résultat satisfaisant. Les deux époques, l'ancienne et la moderne, 
la latine et la romane, se sont donné la main vers le vii^ siècle ; 
on peut supposer quelques exceptions à la règle devenue géné- 
rale, et c'est surtout dans la conjugaison qu'elles semblent se faire 
jour. Doit-on maintenant, en ce qui concerne le cas présent, 
admettre la série fakere faëre faire, ou fakere fakre faire 
(k résolu en i), ou fakere fazere fazre faire'^ 



1. Un exemple sûr semble être fourni par le verbe français vaincre de 
vinkere, et pourtant il y a doute sur ce point. En effet, d'après Delius, 
Jahrbuch I, 358, k est seulement intercalé pour soutenir la nasale n. 
D'après cela, il devrait y avoir eu un temps où, en France, on disait 
vin're jusqu'à ce qu'on ait comblé la lacune avec un c euphonique = k. 
C'est admissible, surtout si on compare fingere fin're fein-d-re, dans 
lequel d rend le même service; il est toutefois surprenant qu'on ait 
repris un k déjà laissé de côté. Ne serait-il pas préférable de donner à ce 
k une signification étymologique, puisqu'il apparaît plusieurs fois dans le 
provençal qui ne connaît que l'infinitif yencer dans le cours de la conju- 
gaison? Il est vrai que le très-ancien franc, veintre paraît confirmer 
l'intercalation d'un son de liaison, mais le t qui se présente ici ne se 
trouve qu'à l'infinitif, c.-à-d. devant r, et en dehors de l'infinitif est 
resté sans influence : il est à k dans le rapport où fau-t-re est à falcrum. 



CONSONNES LATINES. C. 237 

5. Le traitement du lat. ç dans un des plus importants dia- 
lectes, le calalan, est digne de remarque. Il tombe comme en 
franc, etenprov., et on ne doit pas s'en étonner : ainsi dans 
dir, fer, etc., et aussi dans deya (trisyllab. dicebat), feya 
{faciehat), dehembre {décembre) , rebre {recipere) , vehi 
(vicinus). La sifflante t (=: esp. z) peut éprouver le même sort : 
prehar (pretiaré^), rahô {ratio). Mais ce qui étonne, c'est 
que le c disparu est remplacé par u, rarement au milieu du 
mot, mais tout à fait régulièrement à la fin du mot, et cet u forme 
alors une diphthongue avec la voyelle précédente : jaure {ja- 
cere), plaure {placere), creu {crucem), diu {dicit), feu 
{fecit), nou {nucem), pau {pacem), veu {vocem). Comment 
expliquer ceci? Plam^e est-il né de plaire et plaire de placre 
comme Jaume de Jac^ne? Mais cet u tient aussi la place de z, 
comme àdiii^ palau {palatium), preu {pretium), et remplace 
même la désinence verbale ts comme dans haveu {habetis), qui, 
dans les plus anciens se montre déjà çà et là à côté de ha\')ets. 
Gomme u ne peut provenir ni de ç, ni de z, ni de ts, on doit 
présumer que ce dialecte, grâce à sa position particulière, a 
préféré la voyelle u là où le prov. ou le franc, auraient mis z, 
ce qu'il a fait par ex. aussi dans traure = prov. traire, cf. 
ci-dessus, p. 186, note. C'est précisément ainsi que le portug. 
met ou pour oi sans se soucier de Tétymologie , par ex. mouro 
T^our Y/ioiro {morior). De amats {amatis), par ex., a pu être 
formé d'abord amaus =. esp. amais, puis amau, de nucem 
d'abord nous, puis nou. 

Le ch latin devant les voyelles douces n'est traité comme c 
par les langues romanes que dans les mots anciens : ital. 
celidonia {cheL), cirugiano {chirurgus), Acere^iza {Ache- 
rontia), arcivescovo {archiep.), .braccio {brachium), Du- 
razzo {Dyrrhachium) , macina {mach.) , Procida {Pro- 
chyta) ; esp. celidonia, cirujano, arzobispo, brazo ; prov. 
celidoni, ciragra {chir.), arcivesque, etc. ; anc. franc, seor- 
gien {chir.). Au contraire, ital. chimera, chimico, chirurgo, 
architetto, lisimdchia ; esp. quimera et suiv. ; fr. chimère, 
archevêque , etc. Déjà dans les inscriptions romaines on lit 
bracium (Schneider, I, 397), dans les chartes senodocium 
Bréq. n. 122 (de l'an 648), sinedocio Mur. Ant. III, 569 (de 
l'an 757), monaci et arcipresbiter, ibid. V, 367. 

ce. Ital. bacca, becco, bocca, ecco, fiacco, fiocco {floc- 
cus), moccolo {muccus), peccare, sacco, secco, socco, succo, 
vacca. Esp. baca, boca, chico {ciccum), flaco, flueco, moco. 



238 CONSONNES LATFNES. C. 

pecar, saco, seco, suco, vaca. Franc, bec, floc, sac, sec, 
soc, suc ; ch pour ce, v. ci-dessus p. 229. L'adoucissement n'a 
pas lieu: le prov. haga, franc, baie, se rapporte à la forme latine 
baca dont on a des exemples ; esp., portug., prov. braga, 
franc, braie à braca, non pas à bracca qui n'a pas eu de 
correspondant en roman ; ital., esp. sugo se rapporte à sucus. 
— Devant e et i la double consonne éprouve le sort de la simple, 
de là l'ital. accento, accidente, successo; esp. acelerar, 
aceptar, suceso. Cependant, quand dans cette dernière langue 
les deux c persistent, la première de ces lettres conserve en même 
temps le son guttural, par ex. ac-cento à côté de acento, ac- 
cesion, ac-cidente (arcli. acidente). En français cela arrive 
toujours, ac-cent, ac-cident, suc-ces. 

CL, voy. à L. 

CT, Cette importante combinaison éprouve tantôt une assimi- 
lation, ce qui est le procédé commun au roman, tantôt une réso- 
lution de la gutturale en i avec formation de diphthongue, 
comme dans les langues de l'ouest, tantôt enfin, différant en cela 
de la forme de la combinaison es, une résolution des deux lettres 
en un son palatal après avoir (à ce qu'il semble) passé par it, 
et persiste fréquemment, surtout dans les mots d'origine récente. 
Dans la voie de l'assimilation ou de la syncope du c devant les 
consonnes, le latin avait, comme l'on sait, précédé ses rejetons : 
gluttio est pour gluctio de glocire, 7nattea pour mactea, 
natta pour nacta, sitis pour sictis de siccus, artus pour 
arctus, fultus pour fulctus. Dans le latin provincial ou posté- 
rieur on rencontre Vitoria pour Victoria, santo pour sancto, 
defunto ; dès le commencement du iv^ siècle apr. J.-C. lattuca, 
Otto, qui sont complètement italiens, voy. Corssen, 2° édit., 
I, 37, 39, 43. Dans les chartes postérieures on lit maleditus 
Bréq.n.64 (de l'an 627), c^zYi^oBrun.p. 625(deran772). Parmi 
les domaines voisins, celui du celtique présente spécialement de 
nombreux exemples d'adoucissement, par ex. kymr. laith Uaith 
(lat. lactem), reith {rectum), traeth (tractus), voy. Zeuss, I, 
172. En italien, l'assimilation seule existe : atto {actus), cotto, 
detto (dict.), diritto (direct.), fatto, frutto, letto, notte, 
petto, tetto, giunto {junctus), santo. La résolution en une 
palatale (prononcer ce comme l'esp. ch) se rencontre dans les 
dialectes : milan, lace (lactem), lecc, noce, pecc, peceen 
(pecten), tinc (tinctus), dans Bonvesin digio (dictus), 
dregiura (directura), fagio (f actus). — L'espagnol emploie 
l'assimilation moins souvent que la forme pleine et. Exemples : 



CONSONNES LATfNES. C. 239 

ahstracto, acto, actlvo, direct o, docto, doctor dotor, efecto 
(arch. efetd), friito^ matar {mactare), octuhy^e (arcli. otu- 
hré), olfato (olfatum dans une charte du ix'' s. Esjp. sagr. XI, 
264),ju7ito, llanto {planctus), santo, afliccion (arch. afli- 
clon), faccion (arch. facion). La résolution du c en i et u 
se voit dans pleito (de plecteré), auto {actus), populaire 
carauter [character), voy. Monlau, 39. Dans les mots les 
plus importants ch est la forme usuelle pour et : dereeho, 
dicho, estreeho (strietus), lecho, noehe, oeho, peeho, teeho, 
eineho (einetus), anc.esp. frueho Bc. FJuzg ^ Ici Ve (= 
port, ei, prov. ai) indique quelquefois un c affaibli en i : heeho 
ifaetus), lecho (laetem), pecho (paetum), treeho {traetus), 
voy. ci-dessus p. 137. — Portug. aeto, dito {dietus), frueto, 
juneto junto^ luto (luetus), 7natar. La forme dominante est 
le c affaibli en i, à côté duquel on trouve aussi Vu : direito, 
estreitOy feito {faet.), leito, noite, oito; auto, outubro, 
doutor [doetor)\ altpg., eoito {eoetus), eondoito (eonduetus) 
SRos., oytubro FTorr. p. 614, auçom (actio), autivo {aeti- 
vus), contrauto {eontractus) SRos. La résolution en eh 
comme dans eolcha et tre'eho est beaucoup plus rare. Le pro- 
vençal supporte et dans aetual, afflietioUy eontraet, dietar, 
doetrina^ leetor, oetohre, etc. Mais la forme véritablement 
indigène, ici comme en portugais, est la résolution du e en ^, p. ex. 
eoitar (eoetare*), duit (duetus), destruit, dreit, estreit, fait, 
frait, noit, peitz, {peetus), trait. Cet i peut se fondre dans un 
i précédent, comme dit (dietus). Dans le groupe net il est attiré 
par la voyelle radicale : oint (unetus), peint {pinetus de pie- 
tus), saint {sanetus), théoriquement pour onht, penht, sanht. 
Un autre dialecte présente eh comme en espagnol : eoehar, dreeh 
dreieh, faeh, fraeh, estreeh , dieha, poneha (puneta), 
saneh (sanetus, voy. Leys d'am. II, 208), à la place duquel 
g est aussi employé en finale : dreg, fag, etc. — En français aussi 
les formes sont multiples. Les nombreux mots tout latins, comme 
aetion, ahstraet, direet, doeteur, oetobre, se comprennent 
d'eux-mêmes et n'ont pour l'histoire de la langue aucune impor- 

1. Le nom propre Sancho = lat. Sandus, qui se trouve par ex. dans 
Tacite Hist. 4, 62. Dans la basse latinité il semble qu'on en ait formé par 
humilité Sanctius, it. Sanzio. Encore plus ancien est un mot semblable 
Sancius; par ex. voy. une inscription lusitanienne d'av. J.-G. TL 
CLADIVS SÂNCIVS, voy. SRos. //, 175, et déjà dans Tacite Ann. Q, 18 
Sancia, cf. Pott, Personennamen p. 563. Astarloa, p. 262, tient Sancho pour 
un mot basque et lui donne la signification de nerbudito. 



240 CONSONNES LATINES. C. 

tance. Exemple d'assimilation : contrat, effet, jeter, lutrin 
(b.lat. lectrmn), lutter, pratique, roter (ructare), façon 
(factio). Surtout adoucissement : conduit, droit, étroit, fait, 
nuit, joint, peint, saint. Quelques exemples présentent aussi 
la résolution en ch propre à l'espagnol et au provençal : ainsi 
cacher (coactare), fléchir (flectere), empêcher (impac- 
tare*). — En val. l'assimilation est rare, peut-être dans aretà 
(de reclus), fluturà (fluctus), unt (unctum), val. du sud 
frultu. Cl persiste rarement, comme (\^ii^octomvrie{octoher). 
seacte (secta). Les formes nationales pour ce groupe sont p^ 
et ft, par ex. ajeptà (adjectare*), asteptà {eœspectaré), 
copt {coctus), fipt (fictus pour fixus), fepture (fact.), fript 
(f rictus), lapte, luptà (luctari), noapte (noctem), pept, 
peptene, supt (suctus); doftor (doctor), ôftice (hectica), 
le f lice {le et.). 

es, c'est-à-dire œ. Pour briser la dureté de ce groupe 
l'assimilation était indiquée ; il y en a déjà des exemples 
en latin , comme cossim , assis , lassus , trissago pour 
coxim , axis, trixago, dans les inscriptions confiississet 
Grut. Ind. ss pro x, obstrinserit Orell., aessorcista 
(exorc.)M\xv. Inscr. p. 1841, sistus {sextus) Reines., dans 
les manuscrits frassinus, tossicum (Schneider, I). La langue 
moderne se sert aussi de ce moyen avant et après les consonnes 
et entre voyelles. Elle emploie de même la résolution du c en i, 
d'où naissent des diphthongues, et aussi le changement du 
groupe entier en une aspirée ou une sifflante. En italien sci est 
traité à la fois et par l'assimilation et par le changement. L'assi- 
milation en ss s'opère quand es est placé entre deux voyelles : 
Alessandro, bosso (buxus), frassino, flusso, lasso, lusso, 
matassa, rissa, tasso, tessere, visse (vixit); ansio (anxius), 
esperienza, esplorare, tosco (toxicum); une 5 simple suffit 
cependant à la particule ex et à quelques autres mots : esame, 
esemplo, eseguire, Bresello {Brixellum), fiso {fixus). Les 
exemples avec sci sont : Brescia {Brixia), coscia {coxa), 
lasciare {laxare), lisciva {lixivia), sciante {examen), scia- 
lare {exh.), sciagurato {exaug.), scegliere {ex-eligere), 
scempio {exemplum), escire {exire), sciocco {exsuccus). 
— De même val. : Alesandru, esemplu, estre {extra), frdsin 
(frax.), lasà, metase, Sas {Saxo), tzeseture {textura) ; est, 
lisie. Quelquefois x : Xavérie, toxice Lex. bud. En espagnol 
la variété est encore plus grande. Le son latin es persiste 
souvent, comme dans examen, exequias, eximir, luxo, sexo, 



CONSONNES LATINES. C. 244 

7naœimo , même devant des consonnes , comme dans excepto , 
eœtremo, sexto, texto. L'assimilation se présente dans plu- 
sieurs mots aussi bien devant les consonnes que devant les 
voyelles, par ex. fresno (fraxinus), tasar (taxare), tosigo 
(toxicum), ansio. D'autres mots préfèrent l'aspirée x (j) ana- 
logue à l'italien s ci : Alexandro, huxo, coxo (de coxa), dixe 
(dixi), exemplo, texer, xaguar (exaquaré^), xamete (b.gr. 
sÇai^tTcç ^a;j.r<Toç), xaurado (exauguratus). Quand un a 
précède cette aspirée, il se change en un e, correspondant au 
portugais ei (cf. beso, heijo) : exe {axis), lexos (laxus), 
madexa (metaxa), mexilla, texo (taxus). A la première syl- 
labe du mot, on prépose parfois encore n à Taspirée x : enxambre^ 
enxeynplo arch., enxundia (axungia), enxugar [exsuccare); 
sur Torigine de cette n, voy . p. 228, n. 1 . Seis (sex) nous présente 
un exemple de la résolution de c devant s. — Le signe x se main- 
tient ordinairement intact en portugais comme en espagnol, 
mais il possède ici aussi des valeurs phoniques diverses (cf. 
dans la section II). X = es dans fluxo, nexo, sexo, etc.; œ = 
is dans experto, extremo, exemplo; x = ital. sci dans coxa, 
enxame, enxugar, enxundia. Nous avons des exemples de réso- 
lution de c en i ou en u dans seis (= esp . seis) dont on peut rappro- 
cher l'analogue eis (ecce), et dans l'arch. tousar (taxare) SRos. 
Fixo (axis), leixar arch., madeixa, seixo {saxum), frouxo 
{fluxus) nous offrent des exemples de résolution de c en i ou en ii, 
dans lesquels l'écriture conserve x, comme en esp. On rencontre 
aussi s Qiç: tasar, ansio, tecer. — On peut admettre l'assimila- 
tion pour quelques cas dans les langues du nord-ouest, comme pour 
le prov. essai {exagium), esclairar, essugar, josta {juxta) ; 
franc, essai, éclairer, essuyer, jouter. En outre, x persiste 
dans les noms propres et dans la plupart des mots savants, par 
exemple pr. Alixandre, exemple, exercir ; fr. exact, exa- 
men, exploit, luxe, maxime, sexe, préfixe. Mais la forme 
dominante est la résolution en iss : prov. aissela (axilla), bois 
(buxus), eissart {exsdrritu77i*), eissil {exilium), eis (exit), 
fraisse (fraxinus), laissar, maissella, proisme, teisser 
(tex.) , oissor (uxor); fr. ais (axis), aisselle, Aisne 
(AxÔna), buis, cuisse (coxa), frêne (de fraisne), laisser, 
paisseau (paxillus), et aussi en v.fr. buisine (buccina équi- 
valant à bucsina). 

La chuintante ou l'aspirée née de es semble reposer sur la fusion 
intime avec s d'un i provenant de la résolution d'un c, par un 
procédé d'abord général, et encore usité dans le nord-ouest. Ainsi 

DIËZ 46 



242 CONSONNES LATINES. C. 

de coxa est d'abord venu cojsa, puis cosja, et de là en ital. coscia 
etenesp., avec une tendance à l'aspiration, coœo. On a des 
exemples qui appuient cette explication, au moins dans l'ital. 
bascio de basiuni hasjum, cascio de cas eus cas jus ^ et dans le 
portug. puxar de puis are puisar. 

Un fait caractéristique pour le mode de formation des langues 
romanes est l'inversion immédiate du es en se = sk, qui s'est 
produite dans beaucoup de mots. Ainsi laœus est devenu en 
ital. lasco, en prov. lasc, lasch, en franc, lâche, comme de 
laœare vient l'esp. lascar, le prov. lascar, laschar, le franc. 
lâcher \ c'est donc un exemple général en roman. Du b.lat. taxa 
est venu le prov. tasca, tascha, le franc, tâche, l'angl. task. 
De traxit est venu le catal. trasch, de vixit le v.esp. visco, 
le prov. vis quel. De fracassare, contract, fraxare, le prov. 
frascar. De flaccidus (cci = xi) le fr. flasque. Dans les 
mots français mèche (myxa) et échemer arch. (exar/iinare), 
ch correspond de même à Vx latin, c'est-à-dire à un se inter- 
médiaire, aussi ce dernier mot se trouve-t-il dans un poète 
espagnol sous la forme escaminar, voy. Cane, de B. Le 
valaque présente aussi une trace de cette inversion, si l'on 
accepte la dérivation vescà (remuer, secouer) de vexare. Sur 
la même transformation dans d'autres mots romans et même 
celtiques/ voy. mon Dict. Etym. I, lasciare\ on pourrait aussi 
rappeler des exemples grecs, tels que Çévoç cr^évoç, çtfoç cxtçoç. 

Le, NC, RC, TC, DC. Il faut remarquer dans ces combinai- 
sons le passage fréquent de la forte gutturale à la palatale douce 
(et en esp. à Taspirée). Mais souvent aussi le c suit la règle 
générale, c'est-à-dire qu'il persiste, ou se change en douce, et 
en franc, en ch. Ce changement anomal ne peut s'expliquer que 
par le voisinage avec le c des sons linguaux et dentaux. Les 
exemples existants sont : 1) De LC seulement le v. franc. 
delgié, deugé (delicatus) ; esp. delgado et non pas deljado. 
— 2) de NC (provenant souvent de la syncope de ndc) : ital. 
mangiare (manducare man'eare), vengiare {vindicare)\ 
esp. canonge arch. (canonicus), manjar, monja {monacha), 
portug. monja', prov. manjar, monje, penjar[pendicare*), 
venjar ; franc, manger, venger, Saintonge (Santonicus 
pagus), V. franc, canongé (canonicatus), escomenger (ex- 
communicare), mais à côté le franc, mod. pencher (= prov. 
penjar), revancher. — 3) De RC : en ital. seulement avec c 
carcare caricare; en esp. avec g cargar, sir go (sericus) ; 
prov. hergier (vervecarius ver'carius*)^ farjar {fabri- 



CONSONNES LATINES. Q. 243 

care) ; franc, berge?-, charger (carricare), clergé (cleri- 
catus), forger, serge (serica), y. îranç. enferger (ïnferri- 
care*), furgier Ren, I, 21 (de furca). — A' De TC : ital. 
selvaggio (silvaticus), viaggio (viaticum); esp. herege, 
{hereticus), salmge, viage ; portug. herege, etc.; pr. eretge, 
gramatge (grammaticus), porge [porticus), salvatge, 
viatge; franc, sauvage, voyage, v.fr. herege, ombrage 
(umbraticus) FC. II, 316, nage {natica'*, yoj. ci-dessus 
p. 36) Bert. 96, franc. mod. avec ch Avenche (Aventicum), 
nache, comme aussi perc/ie (pertica) et aussi esp. pg. percha. 
— 5° De JDC : ital. giuggiare (judicare) Purg. 20, 48 ; 
v.esp. miege (medicus), avec la douce g esp. mod. juzgar; 
portug. pejo {pedica) ; prov. jutjar, metge ; franc, juger, 
piège, mais prêcher [praedicare). 

se médial devant e et i suit presque identiquement la règle 
du es. En ital. se reste mais n'exprime plus qu'un son simple : 
conoscere, fascia, pesée; s pour se dans rusignuolo ; c dans 
fiôcina (fuscina) ; g dans vagello (vascellum*). — Esp. oc : 
deœenxo arch. (descensus), faxa, faxo [fascis), pexe ; mais 
la forme habituelle est c o\x z : conocer, crecer, haz [fascis), 
pacer, pez, à côté de ruisenor. — Portug. faixa, feixe, 
mexer, peixe, rouxinol; conhecer, crescer, pascer. — 
Prov. aissa, conoisser, creisser, deissendre, fais, faissa, 
iraisser, meisser, paisser, peis, peisson, soissebre {susci- 
pere), Rossilho (Ruscinion). — Franc, faix, faisceau, pois- 
son ; avec intercalation d'un t : connaître, etc. Pour SR, voy. 
sous S. — Yal. fesie; mais d'ordinaire se s'échange avec st 
suivant le procédé slovène, cf. cunoaste , creste , muste 
(muscae), paste, peste. — Cf. la forme épigraphique cresseret 
pour crescer et, Orell. 4040. — C guttural, à la fin des mots, 
disparaît après s, en franc.: connais (cognosco), de même dans 
frais (v.h.allem. frisk). 



se initial, voy. S. 



Q. 



I. Le son guttural persiste aussi ici devant a, o, u ; Vu est 
tantôt sonore, tantôt muet. On trouve déjà des traces de ce dernier 
cas en latin, comme cocus, cotidie; dans les inscriptions plus 
récentes et les chartes elles sont nombreuses, comme cod, con- 
dam, alico, anticus, oblicus, ou à l'inverse quoepiscopus . Mais 
à côté de la forte, la douce s'est établie surtout dans les langues de 



244 CONSONNES LATINES. Q. 

l'ouest. En ital. q persiste presque toujours avec u sonore : 
il ne devient guère muet que dans les syllabes finales 
brèves : quale, quando^ quarto, quotidiano, et avec redouble- 
ment de la forte acqua (cf. « aqua, non acqua » App. ad 
Prob.), iniquo, obliqiio; antico, cuoco, corne. On trouve 
la douce dans eguale, guascotio (quasi-coctus) , seguo. — Esp. 
avec u sonore : qual^ quanto, quatro, cinqûenta (v.esp. 
cinquanta)\ avec u muet, au contraire, qualidad, quan- 
tidad, quatorce, de même nunca, escama (squama), como. 
La douce est fréquente : agua, alguandre arch. (aliquantmn, 
aliquantulum), yegua (equa), antiguo, igual; avec suppres- 
sion de Vu dans algo {aliquod), sigo (sequor), — Prov. quai 
cal, quan can, quar car, aprobencar (appropinquare), 
com, antic, enic {iniquus) ; aigua ai g a , engual engal 
{aequalis), segre (sequi). — En français on ne trouve q avec 
u sonore que dans les mots savants, comme quadrupède ; mais 
Vu est muet dans quel, qualité, quatre, quotidien, cadre 
{quadrum), car (quare), casser (quassare), comme. On 
trouve la douce dans égal, gant arcli. {quantum), gascru {quasi 
crudus). Le q disparaît dans Seine {Sequana), et de même, 
avec Vu consonnifié, dans le v. franc, antive {antiqua antiua), 
ewal {aequalis) SBern. Sur eau {aqua), voy. Dici. étym. 
IL c. Devant a, qu, se prononçant comme c, devrait aussi pro- 
duire ch ; et comme cela n'arrive pas, il est probable que u dans 
le groupe qua n'était pas encore muet à l'époque où ca est 
devenu ch. Cependant on trouve Tanc.fr. onches {unquam) 
et même les formes picardes auchun et cachun, cf. Fallot, 359. 
— En valaque, on trouve la forte avec chute de Vu : cund 
{quando), care {qualis), cum {quo7nodo). Mais parallèlement 
il s'est produit un remarquable changement en jo : ape {aqua), 
eape {equa), patru {quatuor), peredsimi {quadragesima), 
qui rappelle la parenté et la rencontre bien connue de ces deux 
lettres dans d'autres langues ^ 

IL Devant e et i, dans différents mots où Vu a dû devenir 
muet de bonne heure, qu se prononce comme le c roman devant 
les mêmes voyelles. Le latin emploie ci, ce pour qui que, dans 

1. Le phénomène par lequel qu et gu deviennent h, comme dans le 
dialecte sarde de Logudoro, est quelque chose de différent : batlor 
{quatuor), abba {aqua), ebba (equa), quimbe {quinque), limba (Ungua), sâm- 
bene {sanguis). B est né ou bien 6,q u = v, et la gutturale est tombée, 
ou encore de la gutturale elle-même, ce qui n'est pas rare dans ce 
dialecte. 



CONSONNES LATINES. G. 245 

secius pour sequius, dans cocere pour coquere, Schneider, 
I, 336; une inscription romaine du iii^ ou iv*' siècle a cinque pour 
quinque, voy. Murât. Ant. II, 1008; plus tard, on trouve 
fréquemment dans les chartes cinquanta pour quinquaginta. 
Les exemples italiens avec qu sont : querela, quercio, quiète, 
quint ; avec ch : cher ère {quaerere), chi (quis), cheto {quie- 
tus) ; avec c : cinque, cuocere, laccio, torcere ; chute du q 
dans le nom de fleuve Livenza (Liquentia), cf. ci-dessous 
prosevere. — En espagnol, Vu s'entend dans les mots modernes 
comme question, conseqiiencia ; autrement il est muet comme 
dans querer, quitar. C' ou ^ dans aceho {aquifolium), cerceta 
(querquedula) , cinco, cocer, torcer, lazo, etc. — De même 
le français ne fait aussi entendre Vu que dans les mots d'origine 
récente. C' ou 5 se trouvent dans cercelle (== esp. cerceta), 
cinq, lacet, cuisine (coquina), etc. ; es dans lacs (laqueus) ; 
ch dans le chi des textes les plus anciens (lat. qui) et dans 
chaque {quisque, voy. Bict. étym.), chêne (quercinus*). 
On trouve la douce dans Guienne = prov. Guiana [Aquitanià] 
et dans aigle = prov. aigla (aquila), oùl'zaenmême temps subi 
une attraction. Chute du q dans cuire (coquere), suivre (sequi, 
déjà prosevere dans les Form. andeg.), l' Yveline, nom d'une 
contrée (Aquilina) Voc. hag. — En valaque on ne trouve que 
6* ou ^ : ce {qui, quid), nicï (neque), cincï, coace, stoarce 
[extorqueré], latz\ et jamais qu {cestigà ne vient pas de 
quaestus, mais de castigare). 

On peut comparer à l'assourdissement de u après q le même 
phénomène en allemand : v.h.allem. chena de quena, moy.h. 
allem. kal de quai, kil de quil, kit de quit, angl.sax. com de 
qvom, angl. kill de qveljan, 

G. 

La douce a eu le sort de la forte : c'est la lettre suivante qui 
fixe sa valeur. 

I. 1. Devant les voyelles a, a, u et devant les consonnes, 
tantôt g persiste comme gutturale douce, tantôt il s'affaiblit ou 
disparaît comme les autres douces. Sur g initial, il n'y a 
rien à dire. Médiat, il persiste le plus souvent en italien. 
Exemples : castigare, fragrante, fuga, giogo (jugum), 
légale, le gare [ligare), légume, ne g are, pagano, pelago, 
piaga (pL), y^egale, regola, rogare, ruga, vago. Syncope 
à^n^ Aosta {Augusta), auzzino à côté de aguzzino (arab.). 



246 CONSONNES LATINES. G. 

intero (integrum), nero {nigrum), leale = légale, reale = 
regale, sciaurato sciagurato (eœaug.), Susa (Segusiuni). 

— Esp. castigar, fatigar, fuga, yugo, legar{legare), negro, 
llaga, etc. Ici aussi la syncope n'a que peu d'empire, par ex. 
dans Calahorra et Loharre (Calagurris), frido {frigidus, 
cf. fons fridusYe^. II, n. 13, de Tan 646), leal à côté de légal, 
liar (ligare), lidiar (litigare, elidiare Form. Marculf. 
app. 3), Mahon (Mago), entero, pereza {pigritia, v.esp. 
pegricia Alœ.). — Le portugais à peu près comme l'espagnol. 
Résolution en i dans cheirar (fragrare) , inteiro (integrum) . 

— En provençal, la douce originaire se comporte comme la 
douce provenant d'une forte, en ce sens qu'après a, e, ^, elle 
peut se résoudre en i (?/), par ex. flair ar {fragr.), jagan 
jayan (gigantem), pagan payan, plaga playa, entegre 
enteir, legum Hum, leial, negar neyar, nègre neir, fatigar 
fadiar, ligar liar, pigreza. Mais cette douce primaire se diffé- 
rencie de la douce secondaire (née de c), en ce qu'elle est sujette 
de plus à la chute complète : agost aost (august.us), agur aûr 
{auguriuyn), rogazo roazo (rogatio), ymga rua\ non pas 
ayoÈt, ayur, royazo, ruya. — En français, la résolution, et 
finalement la chute (double phénomène que nous avons déjà 
étudié à l'histoire du c) dominent, et sont même devenues les 
formes nationales. On trouve la résolution par exemple dans 
flairer, païen, plaie, Loire (Liger), noir. La chute a lieu 
dans bonheur (a.fr. bonaUr), août, géant, paresse (pour 
péresse, pigritià), pèlerin, lier, nier, châtier , rue (ruga); 
i dans nier, etc. semble, ici comme pour le c (voy. p. 227), 
remplacer un ei antérieur. Dans les mots récents, g persiste 
comme c : fatiguer, légal (vraie forme française loyal), 
léguer, légume (vieux leûm), règle (vieux 7nule ride), tigre, 
vague et maints autres. — Yal. fuge, légal, legà, légume, 
negru, pegun, régal. 

Lorsque le g guttural devient final par apocope romane, il 
reste intact envalaque : fag, plung (plang-o), larg. De même 
en français : joug, long. En provençal, la douce se durcit 
suivant une règle générale en forte : castic (castig-o), lonc, 
lare. G final peut naturellement se résoudre en i : par ex. le prov. 
lei vient de leg-em. Mais il peut aussi devenir u : prov. fau 
(fag-us, ou peut-être de fa[g]us'^), crau (kymr. crag), esclau 
(v.h.allem. 5/a^). Même devant une consonne, ce changement 
de la gutturale douce a lieu : v. franc, fleume {phlegma), prov. 
sauma (sagma), esmerauda (smaragdus), mais dans les deux 



CONSONNES LATINES. G. 247 

derniers exemples on rencontre aussi l pour u\ voy. ci-dessous 
à GM, GD '. 

2. Au changement du c en ch correspond le changement de 
^ en/ devant a latin, fréquent en français et dialectal en pro- 
vençal. Exemples à l'initiale : jatte {g abat a), jaune {galhi- 
nus)y Javoux {Gabali), geline {gallina), joie (gaudium), 
jouir (gaudere); prov. joy, jauzi?\ Médiale : franc. Anjou 
(Andegavi), asperge {asparaga pour asparagus), large, al- 
longer; pr. Anjau, larja, lonja. L'on trouve aussi dans les 
langues du sud des traces de cette permutation, peut-être sous 
l'influence française : ital. gioire, gioja, '^^. jalne jalde- (fr. 
jaune),jouver,joya\ e^"^. jalde, joya. Dans le dialecte rou- 
manche de l'Engadine ga s'adoucit en gia : g^iallina, giada 
(prov. vegada), giast (allem. gast). 

3. Dans quelques mots, la douce a été élevée à la forte (cf. 
d) : ital. esp. cangrena, franc, cangrène (gangraena), esp. 
Cadiz (Gades), Cinça, nom de fleuve {Cinga, d'après Cabrera), 
ital. faticare, franc, marcotte (mer gus), parchemin ■=: par- 
carain (pergamenum). 

IL 1. Devant e et i, g dépouille sa qualité de gutturale douce 
et devient une palatale ou chuintante douce, qui en espagnol se 
transforme en aspirée. A la fin du mot^ quand il a fait tomber 
devant lui les voyelles décisives e ou i, g finit lui-même par tomber 
ou bien se fait représenter par un i, car, d'ordinaire, aucune 
palatale n'est tolérée à cette place : ital. re (reg-em), es^. ley 
{leg-em), rey, prov. lei, rei, de même hrui (lat. moy. hrug-it), 
fui (fug-it), fr. loi, roi, fuit. Rien n'indique que le g latin ait 
eu une valeur analogue ; il faut donc se demander jusqu'où 
remonte cette innovation et quelle en est la cause ? La supposi- 
tion la plus naturelle est que la douce, placée devant les 
voyelles grêles, a perdu sa valeur originaire en même temps que 
la forte. On voit que g, du moins avant le vif siècle, ne se 
prononçait pas à l'italienne, par ce fait que, lorsqu'à la fin du 
vf siècle les Anglo-Saxons échangèrent leur alphabet national 
contre l'alphabet latin, ils donnèrent à g, devant toutes les 
voyelles, le rôle de la gutturale douce. Mais quel est le son que g 

1. Schuchardt, II, 499, cite aussi des exemples b.lat., pemna (uyjytxa) et 
framnentis [fragm.), ce dernier exemple du vii« siècle. Mais d'après 
Corssen, I, 95, u ne serait pas une dégénérescence de ^ ; ce serait bien 
plutôt au qui serait une mauvaise transcription pour a. Toutefois, les 
exemples romans cités ci-dessus démontrent que les diphthongues au 
et eu se sont souvent formées des syllabes ag et eg. 



248 CONSONNES LATINES. G. 

a pris d'abord devant c et z? Si l'on pouvait affirmer que les lan- 
gues, dans leur développement phonique, ont partout observé 
la conséquence la plus sévère, on devrait admettre pour la 
douce le son du z doux {ds) comme étant l'analogue du z dur 
provenant de la forte ; on devrait admettre en outre que ce z doux 
aurait insensiblement glissé au son palatal, et cette hypothèse 
trouve quelque appui dans l'existence du g roman [zelosus, 
gcloso) venu de C grec. Mais le fait que le j latin a pris en 
roman, sinon exclusivement, du moins généralement, la même 
prononciation que le g devant e et i, conduit irrésistiblement 
à l'hypothèse qu'ici g s'est changé d'abord en j ou, plus exacte- 
ment, en dj, puis est devenu chuintant ou aspiré, ainsi que le 
montrent les exemples ital. giorno, franc, jour, esp. Jor- 
nada de diurnum, c'est-à-dire djurnu7n, eien h.lat., pour 
ce qui concerne le j\ l'orthographe madius = madjus pour 
ma jus *. L'adoucissement de la forte semble aussi avoir eu tj 
pour degré intermédiaire. Entre le traitement de celle-ci et celui de 
la douce, il n'y aurait que cette différence peu importante que c 
(du moins dans l'ouest) s'est avancé par l'intermédiaire de tj 
jusqu'à tz, tandis que g est resté à dj ouj. Mais cette pronon- 
ciation antérieure du g n'a-t-elle pas laissé de traces? Dans 
l'italien fignere et dans d'autres mots semblables, le g se 
prononce, il est vrai, comme y, mais c'est peut-être par un adou- 
cissement amené par la rencontre de n et de ^. Toutefois, on trouve 
quelques traces réelles de cette prononciation, voy . ci-dessous § 3. 
Des chartes des viii® et ix'' siècles écrivent Jem^05 pour genitos 
Fumag. p. 2 (de l'an 721), jenere pour génère Tirab. II, 50 ^ 
(de l'an 837); d'autres mettent g au heu dej, comme dans adgae- 
cenciasBrèq. n. 140 (de l'an 658), ageciencias2ii (690),mensis 
magii Mur. Ant. II, 23 (de Tan 71 5 ou 730). On trouve à la fois 
trahere trajere tragere\ quelquefois dg : adgentes pour 
agentes Bréq. p. 476. Yoy. encore Anciens Glossaires romans, 
tr. Bauer, p. 61 ^ Du reste, un affaiblissement analogue du g 



1. De même Gorssen, Lat. Ausspr. I, 91 : « Dans le latin vulgaire des 
bas temps, le g doux devant i et e est devenu j palatal fricatif avant de 
dégénérer dans les langues romanes en sifflante palatale ; ce qui se 
déduit de la manière d'écrire employée par les inscriptions et les 
manuscrits qui mettent 7 pour g et réciproquement. » 

2. On peut ajouter aussi que, d'après un passage connu d'un manus- 
crit de Vienne du ix^-x'' siècle sur l'orthographe gothique, le g gothique 
(prononc. j) = g latin dans genuit, c'est-à-dire devant e : ubi dicitur 
gemiU, G ponitur, ubi Gabriel, T ponunt. Cf. Massmann dans Haupt 



CONSONNES LATINES. G. 249 

devant les mêmes voyelles se retrouve dans d'autres langues, 
en grec moderne, en frison (jeva, c'est-à-dire gehen) et en sué- 
dois {gerna. gift): en moj.néerl. et en anc.h.allem. g^ devant 
e et i, s'aspire et s'exprime par gh (gheven, ghehan). 

2. Un changement fréquent est celui du ^ en z ou en un son 
voisin. La parenté de ces lettres s'exprime aussi clairement dans 
la représentation du J fr. par le z allemand {joye, moy.h.allem. 
zoie). Dans le dialecte vénitien g est habituellement rendu par 
z, arzento = argento ; en sicilien souvent par c, dncilu = 
angelo, et dans la langue écrite higoncia [bicongius'^). En 
esp. par ç après n et r : arcen (ital. argine, lat. aggerem), 
arcilla {argilla), encia (gingiva), ercer (erigeré), récio 
{rigidus), uncir (jungere). — Enprov. par;2:, s, seulement aussi 
après n et r: borzes (burgensis*), d'où s. d. Fa. esp. burzes, par 
ex. Apol. 80, puis ceinzer (cingere), sorzer [sur géré), terser 
(ter géré), à la finale Jortz (Georgius) Chœ. IV, 277; cf. v.fr. 
eslonziet {éloigné) SBern. 546°, atarzié, id. 547 *'. On peut 
citer en franc. mod. gencive (gingiva) né de la dissimilation. 
Le Vocabularius S. Galli connaît déjà arcilla pour argilla, 
et c'est peut-être de là qu'est issu aussi le nom de lieu Arzilias 
dans une charte franque de l'année 664 (Bréq. n. 159), cf. wallon 
arzèie pour le franc, argile. 

3. La gutturale romaine persiste encore dans quelques cas 
isolés. Ital. ganascia {gêna), avec ou après altération, il est 
vrai, de la voyelle décisive. ^SLvde {Lognd.) anghelu, pianghere, 
isparghere. Val. ghips {gypsum), lingund {lingendo) ; mais 
le premier peut avoir été formé d'après le grec yu^j^oç, sarde 
ghisciu, nap. ghisso ; le second a altéré la voyelle. Un autre 
exemple est le valaque du sud ghinte {gens) = alb. ghint. On 
a un exemple espagnol dans regalar {regelare), également 
avec changement de la voyelle. On en a un autre dans erguir 
{erigere), sur la forme duquel la gutturale pure du présent 
(erigo, erigam) paraît avoir influé. Un mot commun au roman 
est Fit. gobbo, roum. gob, franc, gobin, val. ghib (gibbus), 
écrit souvent en b.lat. gybbus, dans lequel y paraît être la hase 
de Vo roman. On peut tirer du basque des exemples plus probants : 
ainsi erreguina ( regina) , maguina {vagina),biguiria{vigilià) . 



Ztschr. 1, 298, Lœbe-Gabelentz, Goth. Gramm. p. 15, Kirchhoff, Goth. 
Alphabet, p. 12 (Berlin, 1851). D'après Wackernagel, Litt. Gesch. p. 22, 
note, les Romains auraient déjà, au temps d'Ulfilas, prononcé g devant 
e comme J, cf. au contraire Zacher, Goth. Âlphah. p. 55. 



230 CONSONNES LATINES. G. 

— Des dialectes italiens connaissent encore l'adoucissement enj, 
que nous avons regardé ci-dessus comme le premier pas du g en 
avant, par ex. en sicil. jelu (gelu), jenestra (genista), lejiri 
{légère) ; nap. jentile, jelare, conjognere. Dans la langue 
écrite, il faut remarquer ariento^ qui correspond par hasard au 
kymr. ariant. En espagnol on rencontre des cas comme yelo 
(gelu), yema {gemma), yerno {gêner), yeso {gypsum), 
leyenda {legenda), mais dans les mots où 2/ <? est initial, il est 
possible qu'il provienne de la diphthongaison de ^, et que g ait 
disparu ou se soit assimilé, car l'esp. ne supporte pas p à l'initiale 
avec ye, et quant à leyenda de leer, y peut y avoir été introduit 
pour annuler l'hiatus, comme dans creyendo de créer. On écrit 
aussi hielo, hiema, hierno, hieso. Dans quelques mots, g dispa- 
raît complètement ou est remplacé par h muette, dans encia 
{gingiva), Elvira (dans les chartes Geluira Geloira), her- 
mano, hinojo {geniculmn). Le portugais prononce irmào (S. 
Rosa a germaho) et geolho. 

4. Les exemples de syncope du g devant e et i abondent. Ital. 
cogliere {colligere), coitare {cog.), dito {digitus), fraile 
fraie {fragilis), freddo {frigidus), mai {magis), maestro 
(magister), niello {nigellum), paese {pagense), reina, rione 
{regio), saetta, saime {sagina), trenta {triginta), venti 
{viginti). — Esp. cuidar, dedo, ensayo {exagium), espurrir 
{exporrigere), frio, huir {fugere), leer {leg.), Léon {Legio), 
7nas, maestro, niel, pais, reina, saeta, sain, trenta, veinte\ 
port, cuidar, dedo, etc., presque comme en espagnol. — Prov. 
colher, cuidar, det, essai, freit, frire {frigère), lire {légè- 
re), mais, mdistre, pais, reïna, reio, saeta, trenta, vint. — 
Franc, cueillir, doigt pour doit, essai, faîne {fagina), frêle 
{fragilis), froid, frire, lire, Loire {Liger), mais, maître, 
nielle, reine, roide {rigidus), trente. Dans Loire et roide on 
pourrait aussi expliquer Vi par le ^. — Val. cureà {corrigia), 
mai, meestru. — On trouve aussi beaucoup d'exemples dans le 
b.lat. Ainsi recolliendo Tirab. 50^ de l'an 837, treinta HP M., 
n. 131 de Tan 967, trentas Mur. Ant., lll, 1004 de l'an 730, 
vei7îte esp. Yep. Y, n. 22 de l'an 978, niellatas Bréq. p. 508^^. 
Comme exemples d'une haute antiquité, on peut encore citer 
l'ombrien mestru (= ital. maestro), et t'm^z (= ital. venti, 
sicil. vinti) dans une inscription de la Villa Campana à Rome. 

GU. Cette combinaison qui est à g comme qii est à c con- 
serve partout en ital. son u : arguire, stinguere {eœt-), 
inguine, languire, lingua, pingue, sangue, unguento. En 



CONSONNES LATINES. G. 251 

valaque, tantôt u disparaît : lunced (languidus), sunge {saU" 
guis), wige (unguis) , tantôt gu s'échange avec b : limbe 
{lingua), ce qui correspond à ape formé de aqua. Dans les 
autres langues, u disparaît très-souvent, il est vrai, mais g 
reste guttural : esp. argi/Âr, extinguir, languir, lengua, 
sans u engle, sangre; franc, arguer, languir, langue, sang, 
ame (pour eine, egne, lat. inguen). 

GL, voy. ci-dessus à L, où il est aussi parlé de la chute du g 
(esp. lande de glans, liron = fr. loir de glis, fr. Lézer de 
Glycerius Voc. hagioL; cf. lat. liquiritia de YXuy,6ppiCa). 

GM. Des mots latins tels que examen pour exagmen (exi- 
gère), flamma pour flagma (flagrare), jumentum pour 
jugmentum (jungere), laissent tomber la muette; d'autres 
comme figmentmn, ^<?^men la maintiennent. La première forme 
se retrouve en italien : aumentare {augynentare), domma 
(dognia), enimma (aenig^na), flemma {phlegma), fram- 
mento (fragm.), orpiment o (auripigm.); toutefois on écrit 
aussi dogma, enigma. La seconde s'est maintenue en valaque : 
dogme, flegme, fragment. Les autres langues admettent 
indifféremment Tune ou l'autre : esp. aumentar, dogma, enigma, 
flema, fragmento, pimiento ; prov. augmentar, flemma, 
fragment, piment', franc, augmenter, piment, etc., ancien- 
nement flieme et fleume. Dans aaY|j.a p a été supplanté par /, 
d'où la forme salma attestée par d'anciens textes (voj. p. 54), 
et qui a engendré soma, som^ne. 

GN peut prendre des formes diverses. 1) Transposition phoné- 
tique avec adoucissement du g en j : ital. cognato, degno, 
magno, pugna {punga Inf. 9, 7), pugno, regno, segno, 
(signum) ; esp. denar, ta'ïnano {tam magnus), puno, sena ; 
portug. cunhado, desdenhar, manho (Lus. 4, 32, aujourd'hui 
magno)', prov. conhat, denhar, manh, ponh, ponhar 
{pugnare), renh, senh ; franc, digne, magne, règne, signe, 
enseigner (insignare). — 2) Adoucissement sans métathèse : 
esp. reyno (regnum) ; prov. reinar, coinde [cognitus)', franc. 
accointer [accognitare'^), poing fouv poin (pugnus). Sans 
adoucissement : esp. pg. digno, signo. En valaque, n maintient 
également sa place, mais g cède ordinairement la sienne à la nasale 
m : cumnat (cognatus), tzemn [cygnus) Lex bud., indemnà 
(indignari?), lemn (lignum), pumn {pugnus), semn 
{signum) . — La chute du g ne se produit presque que dans les 
syllabes atones et à la finale : ital. conoscere, insino prépos. 
{in signum)', esp. coiiocer, desden {dignus); pg. ensimar. 



252 CONSONNES LATINES. G. 

sinaly dino archaïque et employé seulement en poésie, indino, 
sina; franc, bénin, malin, dédain; val. cunoaste. 

Dans GJDy g se rapproche du d en se changeant en Z ou en n : 
ital. Baldacco {Bagdad), smeraldo (smaragdus), mdndola 
(amygpala); val. mdndule Leœ. hud. (ailleurs migddle), esp. 
esmeralda (esmeracde Alx.), almendra; port, esmeralda, 
améndoa (pour -dola) ; prov. avec u pour l Baudds, ma- 
raude maracde ; franc, émeraude, amande. Magdalena est 
devenu en ital. esp. Madalena, franc. Madelaine. 

NG. Quand ce groupe est suivi de a, o, u, il ne donne lieu à 
aucune observation. Suivi de e ou z, ^ est diversement traité. 1) Il 
reste palatal ou aspiré suivant la tendance propre de chaque langue, 
par ex.: ital. angelo, fingere, giungere (j.), piangere (pL), 
lungi; esp. cingir, fingir; pg. cingir, fingir, frangir, pun- 
gir, esponja (spongia), anomal enœundia (aooungia) ; prov. 
angel, franger, planger, esponja; fr. ange, éponge; val. 
ingeresc (angelicus), ninge. — 2) Il s'adoucit phonétiquement 
en j, par exemple : ital. agnolo, cogno (congius), fignere, 
giugnere, piagnere, spegnere {expiyigere) ; esp. cenir arch. 
(cing.), planir, renir (ringi), unir arch. (jungere); en 
portug. rarement, comme dans renhir ; prov. penher {ping.), 
planher, unher {ung.), et aussi à la finale dans lonh {longe). 
En français, ce groupe adouci nj se transpose en in : ceindre, 
feindre, joindre, loin, peindre, plaindre, oindre. — Par 
interversion du son, les groupes gn et ng peuvent coïncider, 
comme nous l'avons vu : comp. Fit. regno aYec spegnere^ Tesp. 
denar avec cenir, le franc, poing avec loing. 



Dans les langues filles, ce son qui flotte entre la consonne et 
la voyelle a tantôt gardé sa valeur ancienne, tantôt en a pris 
une nouvelle, sans que la voyelle suivante ait exercé sur lui 
aucune influence ^ 

1 . Le J originaire se retrouve comme semi-voyelle (à la façon 
du y allemand) dans la plupart des langues romanes, bien qu'il 
ne revête pas partout la même forme. Ital. Jdcopo, jugo, 
ajutare, majo, presque tous existant aussi sous la deuxième forme 
(§ 2). Le y a conservé un domaine plus étendu dans les dialectes 

1. Le signe j, pour exprimer ^^ consonne des mots latins, est plus 
commode pour la grammaire romane que ïi qui est redevenu habituel. 
C'est pourquoi je l'écris de préférence. 



CONSONNES LATINES. G. 253 

du sud: sicil. jettari, jucari,judici, dijunu\ nap. jennaro, 
jodecare, v. sarde iettare à côté de gettare. — Val. janua- 
rie, Julie, junie, majer {major), maju. — Esp. avec y : 
Yago (Jdcobus), y a (jam) , yugo , ayudar, ayunar 
(jejunare), ayuntar {adjunctare*) , cuyo, mayo , raya 
(raja), v.esp. yoglar {joculator) Alx., deyecto (dejectus). 
C'est aussi là la prononciation du dialecte basque du Labortan, 
par exemple : yokhoa (jocus), yudua (judaeus), yustua 
(justus), yuyea (judeoc) et aussi yendea (gens), yelosia, 
yarroa (esp. jarro). Le dialecte de Guipuscoa emploie le j 
qu'il a pris de l'espagnol. Cet y mis pour j et g domine aussi 
en Gascogne, par exemple yutyd (judicare), yen (gens). — 
En portugais seulement à la médiale : maio, maior, ancienne- 
ment aussi y a pourra FGuard. 442, Yago SRos. — En prov. 
j devant les consonnes et à la finale se résout en i comme v enu: 
aidar (adj.), hailar (hajulare), peitz (pejus), maire 
(major), — Franc, aider, maire, raie (raja), mai; avec un 
j phonétiquement transposé bailler et non hailer. 

2. Lej originaire s'est uni à d qui lui est voisin pour former 
dj, et a glissé ainsi vers un son doux, palatal ou chuintant, fait qui 
nous est connu déjà par giorno ou jour de djurnum. Quelques 
formes secondaires mettent encore ce dj en évidence : ainsi ital. 
diacere de jacere, diacinto de jacinthus pour hyacinthus, 
b.lat. madius pour majus, pediorare pour pejorare. Ital. 
à l'initiale già (jam), Giacomo (Jacobus), gennajo(j anuarius\ 
genuarius HP Mon. n. 55 de l'an 899 et ailleurs), Girolamo 
(Hieronymus Jeron.), Gerusalemme (Jer.), giuco (jocus), 
giudice (judeœ), giogo (jugum),giugnere, giugno (junius), 
giovane (juvenis), giurare ; à la médiale maggio (majus), 
peggio (pejus). — Val. zoc, zude, zug, zunc (juvencus 
Leœ bud.), zune (juvenis), dur à, azunà (jejunare), azunge 
(adj.), azutà (adj.). — Port, jamais, jazer, jogo, cujo 
(cujus). — Prov. ja, joc, jutge, etc. ; à la médiale mager 
(major); franc, déjà, jeu, juge. — En esp. cette palatale 
romane se présente comme aspirée gutturale : jamas, Gero- 
nimo, juego, juez, julio, junio, jôven ; voyez le j espagnol 
(section II). 

3. Remarquons encore quelques formes de ^ : 1) Le dj 
venu (d'après ce qui a été dit plus haut) de j s'affina comme le 
dj originaire (médius mezzo) qhz^. Les seuls exemples sont en 

1. On peut, soit dit en passant, comparer le rapport du X, grec à l'y 



254 CONSONNES LATINES. H. 

valaque zeaceà (jacêre, ital. diacere) et en ital. zinepro, 
esp. zinebro (juniperus) , Les inscriptions donnent ZouXia 
pour Jidia, Mur. tab. 879, Zoj'Kiolw, pour Juliana, ibid. 1925 
(cf. Celso Cittadini, Tratt., p. 44b), Zesu pour Jesu dans Reines. 
Inscr.^ idus mazas pour majas madias, /.o'CouYe pour conjuge 
(Nouv. traité de dipl. II, tab. 29). Quant au rapport inverse, 
j {g) venant de z, nous l'avons vu p. 220. — 2) L employé pour 
j dans luglio ital. (julius) et Lillebonne franc. (Juliobona) 
doit étonner. 

4. Un son aussi faible devait facilement tomber. Ainsi en ital. 
Gaeta (Cojeta), maestà ; en esp. aullar (ejulare), à l'initiale 
acer [j acéré) Alx., echar (jactare ou ejectare), enebro à 
cbie àe zinebro, enero (jan.), uncir (jungere); en portug. 
7nor pour moor (major), etc. 

BJ, voy. au B. — BJ, voy. au B. 

H. 

Le latin aspirait encore fortement cette lettre : profundo 
spintu, anhelis faucibus, exploso ore fundetur, dit Marins 
Victorinus. Toutefois, déjà à l'époque classique, on hésitait sur la 
manière de l'employer. C'est surtout l'écriture lapidaire qui 
montre une grande incertitude, car h y est souvent omise ou écrite 
contre la règle: ic, oc, ujus, aduc, eredes, oris, onestus, oyno\ 
hac au lieu de ac, hobitus, hornamentmn (Grut. ind, gramni.: 
Il super fluum, omissum). Des chartes d'Italie et de France, 
dans lesquelles l'arbitraire dans l'emploi de h va toujours en 
augmentant, nous confirment que presque immédiatement après 
la chute de Rome Y h était devenue un signe sans valeur ^ . En roman, 
r/z est à peu près complètement éteinte, bien que plusieurs langues 
l'aient conservée dans l'écriture. Le spiritus asper est aussi en 
grec moderne un signe muet. Les langues qui font encore entendre 



sanscrit et au j latin, comme dans ^uyo;, yug, jungere (Bopp, Vergleich. 
Gramm. I, 31, 2« édit., trad. Bréal, 1, 43). 

1. « Ce qui est sûr, c'est que déjà au temps d'Auguste et môme avant, 
h était un son très-peu saisissable que tantôt on émettait et entendait, et 
qui tantôt passait inaperçu, et pour l'orthographe duquel les plus 
habiles grammairiens de l'époque d'Auguste, comme Verrius Flaccus, 
Varron et Nigidius, ne trouvaient plus, dans cette hésitation, de règle 
fixe. » Gorssen, 2« édit., I, 107. Cette incertitude se transmit aux gram- 
mairiens postérieurs et aux copistes des manuscrits, depuis la fin du iv^ 
siècle après J.-C, ainsi qu'on le voit par les exemples qu'a réunis Gorssen. 



CONSONNES LATINES. P. 255 

parfois Vh sont le valaqae et le français. Le valaque la prononce 
dans les noms propres comme Hetruria, Hispania, dans hostie, 
et , d'après le Dict . d' Ofen , aussi dans hebét {hebes) , heredie {hères), 
hirundineà (hirundo), de même que dans les mots grecs comme 
hagiu, pèlerin (a^ioç), haleu, filet (de àXuuo)). On la trouve 
en français dans haleter (halitare), hennir (hinnire), héros, 
herse [hirpeœ] et dans quelques autres mots. Dans /^a^e^er, l'aspi- 
ration est destinée à peindre l'effort. Cette lettre a si peu de vitalité 
que c'est à peine si elle présente quelques exemples de transfor- 
mation phonique. Dans l'orthographe de la basse latinité michi 
pour mihi, nichil pour nihil, Vachalis Vacalis pour Vahalis 
(Siddnius), de même que dans l'ital. nichilo, annichilare, esp. 
aniquilar, h s'est sans doute changée en ch pour ne point 
être annulée. Le f du sicilien fînniri (hinnire) provient de 
Vh aspirée du français hennir, phénomène que nous observerons 
aussi ci-dessous à propos de Vh allemande. Remarquons encore 
que dans des inscriptions postérieures, spécialement de la Gaule, 
h est souvent intercalée entre deux voyelles pour séparer les 
syllabes, comme dans Romanehis, Bohetyhus (Corssen^ I, 
111), fait que nous avons déjà rencontré en français (cf. 
ci-dessus p. 166). 

P. 

1. P initial ne s'adoucit que fort rarement. Ital. hatassare 
(7uaTàc7C7£iv ?), holso (pulsus), brugna à côté de prugna (pru- 
num), dans les chartes bergamina {pergamena) HP Mon. 
n. 55, 85 et très-fréquemment; dans befania (epiph,), 
bottega (apotheca), brobbrio (opprob.), bacio (opacus), 
bûbbola (upupula *), vescovo (episc), le b provient d'un p 
qui était originairement médial. On trouve encore çà et là, dans 
les autres langues, quelques exemples isolés : en esp. le p est 
devenu v dans verdolaga (portulaca) ; portug. bostela (pus- 
tula) ; prov. bostia, fr. boîte (pyœis). Cf. le lai. burgus, 
buxus, carbasus avec le grec r^i^ç^-^oq^ xù^oç, /.apTuaaoç. 

P médial ne persiste à vrai dire que dans les langues de Test ; 
dans les autres, il descend au b et même en français au v. Ital. 
ape {apis), capace, capello {capillus), capestro, capo, 
cipolla {caepulla), coperto, cupido, lèpre {lepus), lupo, 
opéra, papa, pepe {piper), popolo, râpa, rapire {rapere), 
ripa, sapa, sapere, sapore, sopra, superbo, vapore. Mais 
V n'est point inconnu à l'italien : cavriolo { capreolus ) , 
Tvrea {Eporedia Eporeia), ricevere {recip.), ricove- 



25€ CONSONNES LATINES. P. 

rare (recup.), coi^orto, pevere {piper), povero, riva, savio 
(sapins*), savore. Il n'y a qu'un très-petit nombre de cas 
avec by par exemple ginehro (juniperus), lehhra (lepra), 
ainsi devant r, phénomène que nous avons déjà vu fréquemment 
à l'initiale. Redoublement dans a^ipo (apud), cappa (de ca- 
père), cappone (capo), doppio (duplus), piopjio (pôpulus), 
seppellire, etc., cf. notre doppelt, pappel. — Yal. seulement 
p : ceape (caepa), cupte , j épure (lepus), papa, piper, 
sepun {sapo). Esp. h, avec la prononciation douce : aheja 
[apicula), cabestro, cabo, cabra, cebolla, receber, cubrir, 
cuba, obispo (episcopus), lebrel (leporarius), lobo (lupus ^), 
obra , pebre, pueblo , raba, riba, saber, sabio , sàbor, 
œenabe (sinapis), soberbio, sobre. La forte persiste dans les 
mots d'origine récente ou empruntés à l'ital. : capital à côté de 
caudal (capitalis), copia, discrepar, disipar, lepido, par- 
ticipar, estupido, estupro, vapor, capitan, caporal', de 
même aussi dans apio, copia, manopla, papa, pipa, propio. 
— Le portugais se comporte à peu près comme l'espagnol, 
cependant il a f dans j9 0^0 (populus), savdo (sapo), escova 
(scopa), etc. — Prov. b : abelha, cabelh, cabestre, ceba, 
recebre, cobrir, doble, lebre, loba, obra, obs (opus), pan- 
bre, pebre, poble, riba, saber, sabo, sobre, — Franc, che- 
veu, chevêtre , chèvre (capra), recevoir, cuve, évêque, 
lièvre, poivre, œuvre, pauvre, rave, ravir, rive, savoir, 
savon, sève (sapa). B dans abeille (apicula), double, Gre- 
noble (Gratiayiopolis) ; p dans les mots d'origine récente ou 
italienne : capital, dissiper, lèpre, occuper, stupide, vapeur, 
capitaine (v. franc, chevetaine, etc.); de même dans couple 
(copula), pape, pipe, peuple, peuplier, propre, triple. On 
trouve la chute du p dans le nom de fleuve Loue (rendu en latin 
par Lupa, voy. Quicherat p. 81), dans sur (prov. sobre), et 
dans le v. franc, oes (prov. obs.). — Nous avons remarqué à 
propos de ^ etde c que, dans le plus ancien bas-latin, la douce 
se montre déjà fréquemment pour la forte au milieu des mots. C'est 
aussi le cas pour jo, par exemple noncobantis (nuncup.) Bréq. 
n. 217, suber, subra, Mab. Dipl. p. 506 et beaucoup d'autres 
analogues. 



1. Dans le nom propre Lope (pg. Loho), la forte s'est maintenue. Il est 
vrai qu'Astarloa {Apologia, p. 259, 262) tire ce mot du basque et lui donne 
le sens de gros, épais : mais au moins le dérivé Lupatus, Lopatus (louve- 
teau, Vul/ila) conduit à lupus. 



CONSONNES LATINES. P. 257 

A la finale la forte persiste : prov. cap, lop ; franc, loup, 
champ ; val. cap (caput), episcôp, lup ; cf. § 2. 

2. P s'est rarement changé en /". On en a quelques exemples 
communs à toutes les langues romanes comme: ital. esp. port. 
golfOy franc, gouffre (/.cXtcoç); ital. esp. trofeo, franc. 
trophée, angl. trophy {tropaeum); en outre dans l'ital. 50/*- 
fice (suppleœ), dans le nom propre I si file (Hypsi2)yle) ; en 
français, quelquefois à l'initiale, à la médiale et à la finale : f re- 
saie (praesaga), nèfle {mespilmn), chef (cap-ut), v. franc. 
apruef, Trist. II, 78, 79= prov. aprop, seif [sep-es) Voc. 
d\Em\ p. 32. 

PP. Ital. cappero (capparis), ceppo, coppa {cuppa forme 
secondaire de cupa), lappa, lippo, mappa, poppa (puppis), 
schioppo {stloppus), stoppa (stuppa forme préférable à stupa, 
Schneider, I, 427), stroppolo (struppus), supplicare, Filippo. 
Esp. cepo, copa, lampazo {lappaceus), mapa, popa, 
estopa, estropo, suplicar, Filipo. Franc, câpre, cep, coupe, 
nappe, poupe, poupée {puppa à côté de pupa), sapin [sap- 
pinus), étoupe, estrope arch.,' supplier, Philippe. On ne 
trouve nuUe part la douce ou le v, excepté dans l'esp. estrovo, 
mais on rencontre dans les manuscrits une forme stropus. 

PL, voy. sous L. 

Les groupes initiaux PN, PT, PS perdent d'ordinaire la 
première lettre. Y. franc, neume, b.lat. neuma, v.h.allem. 
niumo {pneuma, -KvsDjj.a); ital. esp. tisana, franc, tisane 
(ptisana); ital. Toloynmeo, esp. Tolomeo, franc. Ptolémée 
[Ptolemaeus), déjà dans le latin populaire des bas temps Tolo- 
maid, Tolomea. Ital. esp. portug. salmo, franc, psaume, 
v.h.allem. salm (psalmus). 

Pî^médial et final. Cette combinaison est sujette aussi soit à 
l'assimilation du p (comme scrittus ou scritus pour scriptus que 
l'on rencontre souvent dans les chartes), soit, dans l'ouest, à la 
résolution de ce même_p en un u qui, parfois, se change même en i, 
cf. ci-dessous PiS'. Ital. atto, cattivo, grotta(crypta),nozze (nup- 
tiae), ratto, rotto [ruptus), scritto, sette\ pt est ici impossible. 
— Esp. atar (aptare), catar (captare), gruta, malato [maie 
aptus) et même malacho (moy.h.allem. malâtsch malêtsch), 
nieta (nepta depuis le viip siècle pour neptis), escrito, siete, 
seto {septum). D'autres mots présentent l'affaiblissement du p 
en h et la résolution àw h qh u : hautizar, cabdal caudal 
[capitalis), cahdillo caudillo (copzYe^^wm avec un changement 
de sens), cautivo (capt.), Ceuta (Septa), reutar t^ovlv reptar 

DIEZ <I7 



258 CONSONNES LATINES. P. 

Poem. de José el patr. p. 402. Mais 2)t n'est point contraire 
aux habitudes de ï'esp., cf. aptar, captar, optimo, rapto, 
ruptura. — Portug. ata7\ cativo, neta^ sete\ caudal\ ancien- 
nement aussi adoutaTy boutizar, SRos. ; avec i, receiiar pour 
receutar (receptare) que l'on trouve encore en v.esp. — Prov. 
acatar {accaptare"^), rot [ruptus), escrit escrich, set, etc. 
Résolution en w et ^ : azaut (adaptus*), malaut, rautar 
(raptare), caitiu (esp. cautivo). P persiste par exemple dans 
acaptar, capdolh (capitoliiim) ; pour Tnalautz, le manuscrit 
du Boêce, v. 127, donne malaptes, pour corota la N. Leyc- 
zon, V. 80, donne coropta. — Franc, acheter, chétif, grotte, 
nièce (neptia*), noces (nuptiae), route (rupta se. via), 
écrit ; sur malade, voy. mon Bict. Etym. On écrit le p dans 
baptiser, captif, compter, sept, etc., voy. section IL — Yal. 
botezà {baptizare), etc., mais captiv, sapte (septem), avec 
n nunte (nuptus). Il faut noter la présence de ch dans lesp. 
prov. malacho, escrich, oùpt est traité comme s'il y avait et. 

PD est soumis à la syncope du p : ainsi dans stordire, ital. 
esp. aturdir, franc, étourdir [eoctorpidire"^) de même en 
esp. codicia ancienn. cobdicia (cupiditia"^), en v. franc, sade 
(sapidus), en franc. mod. tiède (tepidus). 

PS médial et final subit tantôt l'assimilation du p, tantôt, et 
surtout dans l'ouest, la résolution de cette consonne en u et 
même en i. La première de ces voyelles s'explique simplement 
par un affaiblissement antérieur àup en b (qu'on doit admettre 
malgré le manque d'exemples) et ensuite en v ; Vi provient d'une 
prédilection particulière pour les diphthongues ei ou ai. Ital. 
cassa [capsa], esso (ipse), gesso {gypsum), scrissi (scripsi). 
Val. case, etc.; mais ghips, lipse (XsT'^iç). Esp. caxa, ese, 
yeso ; port, caixa, esse, gesso. Prov. aus (hapsus p. 14), 
meçeus (metipse) Geistl. Lieder p. 8^, neus {ne ipsum); 
caissa, eis (ancienn. eps), mezeis, geis. Fr. châsse et caisse. 
On peut rapprocher, pour l'assimilation, le latin cassis pour 
capsis (?) et aussi Fombrien iso pour ipso, auquel répond dans 
les chartes issa pour ipsa Esp. sagr. XI, 102 (ix« siècle), ou 
même scrisi pour scripsi Brun. p. 567 (de l'an 759). Quant 
aux mots scientifiques, comme ellipsis, on comprend que p5 y soit 
toléré (esp. elipse, franc, ellipse). 

SP, voy. à VS. 

B 

initial persiste. Il n'y a que des dialectes du sud de 



CONSONNES LATINES. B. 259 

ritalie qui le confondent fréquemment ayec v, comme le 
nap. vaso (ital. hacio), vascio (basso) ; sicil. vagnu (bagno), 
varva {barba), vrazzu {braccio) et aussi l'ital. viglietto 
(franc, billet). Médial, il ne conserve pas cette solidité: il s'adou- 
cit la plupart du temps en v, et, dans ce cas, sa disparition 
subséquente n'est point un fait rare. Cet adoucissement en v, qui 
a gagné toutes les langues de la famille néo-latine, s'est produit 
de bonne heure ; on lit dans les monuments anciens devitum, 
acervus, incomparavilis (Schneider, I, 227) ; dans les chartes 
du vf siècle deviti Marin, p. 175, deliverationem, ib. 180 ; 
du vif siècle movilebus Bréq. n. 67, diveatis pour debeatis 
Mur. Ant. V, 367 ; du viii^ siècle havitare, movile, havere, 
l, 207 ; du ix'' siècle conavit Esp. sagr., XI, 264, etc. En ita- 
lien les deux formes se balancent à peu près. Exemples : 
abito, abominabile, cibo, débile, gleba, globo, liberare^ 
libra, librare, libro, plèbe, sibilare, stabilire\ redoublé dans 
ebbrio, fabbro {faber), febbrajo {februarius), febbre 
(febris), abbia {habeat), fabbro, libbra, obbligo, pubblico^ 
rabbia {rabies), ubbidire\ bèvere, cavallo, covare (cub.), 
devere, fava, avère, ivi, lavorare, maraviglia (mirabilia)., 
provare, scrivere, tavola, Tevere, ove (ubi). La syncope est 
rare, par exemple bere pour bevere, lira pour libra. — L'esp. 
offre partout le b prononcé doux : beber, caballo, etc., v dans 
maravilla. Syncope dans codo (cubitus), hediondo {foeti- 
bundus"^), neula (nebula) Alx. 1879. — Portug. beber, 
cerebro, debil, globo, habito, plèbe, sibilar; mais v domine : 
cavallo, cevo {cibus), dever, duvidar, Evora (Ebra), fava, 
haver, livro, livrar, maravilha, provar, escrever. — La 
douce persiste plus rarement encore en provençal ; la plupart du 
temps, en effet,, elle se change en v ou s'éteint complètement : 
abac {-eus), abet {abies), ebriac , fabre, nibla {nebula), 
rabia ; caval, dever, fava, aver, provar ; aondar {abund.), 
laorar {labor.), prenda {praebenda), proar, saûc {sabuc), 
traût {tributum). De même aussi en franc. : ex. célèbre, habit, 
libre-, cheval, devoir, fève, etc.; nuage {nubes), taon {taba- 
nus), viorne {viburnum). — Le val. comme l'ital. : bibol 
{bubalus), debelàûèiviT {debilis?), probe {proba), probozî 
{probrum) ; bevut {bibitus), chimval {cymb.), diavol, 
favrice, chivernisî {gubernare), aveà, evreu {hebr.). Syn- 
cope dans beà {bibere), cal {caballus), glie {gleba), earne 
(hibernum), iertà {libertare""), leudam {laudabam), seu 
{sébum), soc {sabucus). — Devant les consonnes ce i? devient 
finalement une voyelle, voy. BL, BR, BS, BT, 



260 CONSONNES LATINES. B. 

B final en provençal ou bien se change en u ou bien se ren- 
force en p, surtout après une consonne, par ex. beu {bib-it)y 
deu (deb-et), escriu (scrib-it), traii trap (trab-em), orp 
(orb-us), trop (infinitif trobar). Le français le supporte comme 
lettre muette dans j^^omô, etc., ou ill'aspire : tref==. pr. trap, 
anc. franc, proeb {probe adv.). 

2. Changement du b en d'autres labiales : 1) Enp rarement : 
ital. canapa, val. cimepe , alb. canep (cannabis), franc. 
ensouple (insubulum). — 2) En/": ital. bifolco {bubulcus), 
scarafaggio {scarabaeus), tafdno [tabaniis) ; esp. befre 
(bebrus), escofina (scobina)\ v.franç. fondèfle {fundiba- 
lum); val. corfe (corbis), bolfos (bulbosus); lat. bubalus 
bufalus, rubeus ru fus, sibilare sifilare. — 3) En m : ital. 
gomito (cubitus, cf. cuniitus Voc. S. Gall., v.rtal. govito, 
Biiti Inf. 10), Gidcomo (Jdcobus), Norma (Norba), tremen- 
tina (terebinthinus) , vermena (ve^^bena) ; esp. canamo 
(cannabis), Jayme (Jacobus)\ prov. Bramanzo ^o\xv Bra- 
banzo, Jacrae ; franc, samedi (sabbati dies) comme l'allemand 
samstag. Cf. aussi le v.lat. dubenus (dans Festus), plus tard 
dominus. 

BL et BR subissent souvent la résolution du & en w, cf. grec 
vapXa vauXa, Ital. fola (fabula fab'la faula), parola (para- 
bola). Esp. faular arch. (fabulari), paraula Alx. Apoll. 
par interversion palabra. Prov. faula, paraula parola, 
taula [tabula), faur, aurai (pour habrai), freul (flebilis), 
heure (bibere), deuria (pour debria), siular (sibilare), 
escriure (scribere), liurar {liber are), roure roire (robur) ; 
catal. saulô (pour sablé). Franc, forger (fabricare faur car), 
parole, tôle (tabula), aurone (abrotanum), aurai. Val. 
faur (faber). — Il n'y a que très-peu de ces exemples que l'on 
puisse expliquer par la sjncope (fabula fa-ula) . 

^r presque comme p/. Ital. detta(debitmn), dottare (dubi- 
tare), sottile (subt.), sotto (subtus). Esp. sota en composit., 
soterrar, sutil ; dudar; béudo béodo arch. (bibitus), deuda', 
cf. le traitement de bd dans raudo (ymbidus). Prov. très-varié : 
sotil, sotz; code coide; deute (débit.), gauta (gdbata); 
devant une forte la douce passe à la forte dans depte = deute, 
doptar, sapte (sabbatum), sopte (subitus), suptil. Franc. 
dette, jatte (gabata), doute, coude, subtil. Yal. cot (cubi- 
tus), datoriu (debitor); subt, subtzire. 

BS s'assimile et se résout en us, comme ps. Ital. ascondere 
(absc), assolvere (abs.), astenere (abstin.), osceno (obscoe- 
nus), oscuro (obsc), ostare (obs.), sostanza (subst.). Esp. 



CONSONNES LATINES. F. Pfl. 2(*\ 

esconder, escuro^ aussi absconder^ obscuro et absolver, 
abstenido, obsceno, obstar, substancia ; résolution dans 
ausente (absens), v.pg. austinente{abst.),austinado (obst.). 
Prov. escondre, escur, obstinar, etc. \ deus {debes). En franc. 
bs persiste. Val. ascunde, osteni {abstinere). — L'assimi- 
lation s'exerçait déjà dans le latin jussi ipouv jubsi, et nous 
trouvons dans les chartes des vi® et vu® siècles des formes telles 
que suscribturi, suscripsiynus, aouay,pt^i. 

BJ, ^Font une tendance marquée vers l'assimilation; des 
grammairiens romains écrivaient déjà oiwertit, ovvius. Ital. 
oggetto obbietto {objectum), suggetto subbietto, ovviare 
(pbv.)\ esp. sujeto, mais obviar (ancienn. uviar,YOj.mon 
Dict. Etym. II, b.) ; prov. sojeit, sovenir ; franc, sujet, sou- 
venir, mais objet. 

MB est souvent atteint par la chute de la deuxième consonne. 
Ital. amendue {ambo duo), t omare (= esip. tombar) •Jvèqueiiie 
en sic. : cummattiri {combattere) , gamma {gamba), limmu 
(limbo), etc. Esp. lamer {lambere), lomo {lumbus), paloma 
(palumba), plomo (plumbum), Xarama {Saramba, d'après 
Cabrera), V. esp. amos {a^nbo), atamor ^owy atambor, camear 
pour cambiar PC. ; portug. comme l'esp.: amos, plomo SRos. 
Prov. colom (columba), plom {plumbu7n). Franc. Amiens 
(Ambiani). B.lat. concaniium pour concambium, par ex., 
Form. Bign. n. 14. Allem. kummer, schlummer de kumber, 
slumber. 

F. PH. 

La différence phonétique qui règne en latin entre f et ph 
disparaît tout à fait en roman : ph prend la prononciation de 
f, et est souvent écrit de même^ 

1 . Le plus important des accidents qui atteignent /* est son 
passage à h devant des voyelles, au commencement du mot, 
rarement au milieu. Dans ce cas, f perd l'élément labial qu'il 
possède pour s'éteindre dans une simple aspiration, qui, le 
plus souvent, n'est même plus sensible : les grammairiens 

1. Suivant Delius {Jahrb. I, 358) la distinction entre ph et /' n'aurait 
point aussi complètement disparu en roman : « L'esp. Cristoval, Este- 
ban, l'ital. Giuseppe, le prov. solpre, et les dérivés en p de colaphiis 
communs à tout le domaine roman, prouvent clairement que Josephus, 
Siepkanus, sulphur, colaphus ne sonnaient pas tout à fait comme Stcfanus, 
etc., mais qu'on faisait encore entendre distinctement le ;> à côté de 
Vh. » 



262 CONSONNES LATINES. F. PH. 

romains attribuaient déjà à cette lettre une forte aspiration. — 
Toutefois, ce changement n'est pas général dans les langues 
romanes ; il ne règne qu'en espagnol, et ne se présente 
guère qu'isolément dans les autres domaines. Donnons d'abord 
des exemples espagnols : haha^ hahlar (fabulari)^ hacer, 
hambre {famés) ^ harto (fartus), haz {faciès)^ hender 
(fîndere), herir, hierro (ferrum), hijo {fdius), kilo y hoja 
{foliuni), hondo, horca (furca), horma, horno (furnus), 
hostigar (fust.), huir (fugeré), humo, hurto, huso. Au milieu 
du mot , le changement de /* en /i est limité aux composés : 
dehesa {de-fensa), sahmnar [suf-fumare^), Sahagun nom 
de lieu {Sant-Fagunt PC. = S. Facundus); on ne trouve jamais 
ruho (ru fus) y cuehano (cophinus). Cette A était inconnue au 
plus ancien espagnol, comme elle l'est encore aujourd'hui au por- 
tugais ; on écrivait faba, fablar, fazer, etc., et l'espagnol 
moderne rejette encore cette h dans beaucoup de mots : fdcil, 
falso, faltar, fama, familia, favor, faxa, fè, feliz, feo, 
fiero, fiesta, fiel, fin, firme, fixar, fuè (dans Juan de la 
Encina/îw), fuego (vsœemeni huego), fuente, fuera, fuerte 
(dans Encinsi huer te), fuga, fumar, furia, etc. Dans quelques 
cas, la brièveté du mot a pu empêcher l'affaiblissement de Vf, 
comme peut-être dans feo, fin, fué pour heo, hin, hué; dans 
d'autres, c'est le besoin de distinguer les sens : fe, fiero, 
fiel auraient pu être confondus avec he {habeo), hiero (ferio), 
hiel (fel). Dans d'autres cas, la langue admet des formes doubles, 
précisément pour créer une distinction des sens: falcon halcon, 
falda halda, faz haz, ferro hierro, fibra hebra, filo hilo. 
On sait que le basque a une répulsion particulière pour Yf, que 
l'on ne trouve jamais dans ses mots racines ;/* persiste il est 
vrai en partie dans les mots étrangers (faborea ==■ esp. favor), 
mais il se change souvent en une h qui, toutefois, est muette dans 
la partie espagnole du pays (hunila = esp. foniï), ou en p 
{portzatu = forzar), et quelquefois en b{breza = frezd) . L'es- 
pagnol ne connaît à l'initiale que le premier de ces procédés ; mais 
on ne peut nullement le regarder comme un trait fondamental de 
cette langue, car il l'aurait pénétrée plus complètement : c'est 
une permutation dont l'origine et les progrès peuvent être suivis 
historiquement, et qui s'est produite, à ce qu'il semble, sous une 
influence qui venait des Pyrénées, et qui n'a plus atteint le Portugal. 
Dans le dialecte gascon qui confine au basque, cette h, même 
devant r, a trouvé aussi accès et y est devenue très-usuelle : hada 
(pr. fada), hagot [fagot), hemna {femna). Uaquest muda- 



CONSONNES LATINES. F. PH. 263 

men uso fort li Gasco (disent déjà les Leys d'amors, II, 194), 
quar pauzo haspiratio, so es h en loc de f , coma hranca 
per franca, rahe per rafe, hilha_per filha. La langue française 
écrite a seulement hors pour foris (qui a conservé en esp. son 
f, mais qui l'a également perdu dans le roumanche or); hahler 
vient de Tesp. hahlar\ des exemples anciens sont harouce pour 
farouche et aussi hausart Parton. II, 4, pour fausart. En 
outre, quelques exemples se présentent aussi en wallon : horè 
{forare?), horhi (franc, fourbir), A Test du domaine roman, 
en valaque, cet affaiblissement de Vf s'est également produit, 
cf. han {fanmn, Leœ bud.), hebleî {fabulari), heniisi (de 
famés), hud (foedus, adj.); plus souvent et plus nettement 
dans le dialecte du sud : heru (ferrum), hiavre {febris), 
hicatu {ficatum, esp. higado), hiliu (filius). — Qui ne songe 
en présence de ce procédé roman à l'échange de f et de h dans 
les vieilles langues italiques ? Et de fait, les grammaires latines 
ont, depuis longtemps, renvoyé à l'espagnol. Mais si le trait 
phonétique des vieilles langues italiques n est dans aucun rapport 
causal avec la formation romane, — quelque parfaite que soit la 
coïncidence de l'esp. haba et hilo avec l'anc.lat. haba ethilum, 
— il peut au moins nous confirmer la parenté qui existe entre 
feih. 

2. Le passage de Vf à d'autres labiales se produit rarement : 
1) Il se change en b, à l'initiale seulement dans l'italien bioccolo 
[floccus), bonté (fons), busto {fustis, douteux); à la médiale, 
peut-être dans l'ital. forbice {forfex, forpex) ; esp. dbrego 
(africus), Cristôval (Christoph.), cuebano (cophinus), 
Estéban {Stephanus, cf. Stevanus dans une charte de l'an 
915, Yepes III n. 8), rdbano {raph.), Santovenia nom de 
lieu {S. Euphemia, voy. Cabrera), toba {tophus), trébol 
(trifolium) et aussi acebo (aquif); portug. abrego, Estevao, 
trevo, etc. — 2) En p à la médiale : ital. colpo (colaphus), 
Giuseppe {Josephus, Josep HPMon. n. 42), Jepte {Jephta), 
zampogna {symphonia)\ esp. diptongo, golpe, orespe (pour 
orifice), soplar, zampona\ portug. napta\ prov. colp, dip- 
tonge, solpre. Cf. àçu*/] apua, r^op^^ùpoL purpura ^ . 

3. La syncope est ici également rare : ital. sione [sipho. 



1. L's pour /* dans le catal. sinigrec {foenum graec.) et sivella [flbula) 
est singulière. Pour le premier exemple, qui est aussi français (seïie<7re), 
on pourrait penser à une immixtion de siliqua; pour le second, on ne 
peut s'aider d'aucune explication de ce genre. 



264 CONSONNES LATINES. V. 

Gtçwv); esp. desollar pour deshollar desfollar, prov. conortar 
(conf.)\ grihol {gryphus), preon {profundus), rehusar pour 
refusar ; franc, antienne (antiphona), écrouelle [scrofula), 
Etienne (Steph.). 

FF. Cette double consonne, qui n'existe presque que dans des 
composés, résiste à toute dégénérescence en un son plus faible, 
d'où esp. diferir^ ofender, sufocar et non diherir, etc. Aho- 
gar {ad-focare) n'est pas latin et est conséquemment de nouvelle 
création ; il en est de même de sahumar pour sufumar, qui ne 
vient pas de sujfumicare. 

FL^ voy. sous L, 

V. 

1. A l'initiale, v a moins de stabilité que les muettes, car sou- 
vent il se change en un son plus fort (§ 2, 3, 4). Dans le valaque 
du sud J peut même prendre sa place (voy. à la section II). 
L'aphérèse ne semble pas se produire dans les langues écrites ; 
on en rencontre quelques cas dans les dialectes italiens, comme 
sicil. urgiri (ital. vol g ère), urpi {volpe), sarde espi {ves- 
pà), idi {vite)y piém. issola (visciola), vénit. ose (voce). — 
Médiat, il persiste dans beaucoup de mots très-usités : ital. 
brieve, cava, chiave, favilla, favo, favore, /rivolo, gin- 
giva, grave, lavare, levare, lisciva, nativo, nave, nuovo, 
pavone, pavore, privare, rivo, saliva, et de même aussi d'or- 
dinaire dans les autres langues. C'est surtout quand v se trouve 
entre deux voyelles qu'il est atteint par la syncope, qui n'avait 
pas épargné même le son plus résistant du b. Ital. Bojano 
(Bovianum), bue (bovem), città (civitas; citate, Brun. p. 
625, de V an 712), F aenza(Faventia), neo [naevus), paone 
pour pav., paura [pavor), rio pour rivo, Saône (Savo). 
Esp. esiragar (extravagare), hoya [fovea), friolero [frivo- 
lus), paon Alx., paor id., vianda (du franc.). Vyoy. estra- 
gar, gingia, paor, Proensa, vianda. Franc, jeune (arch. 
joene), paoyi (pao Gloss. Cass.), peur, viande et autres 
exemples analogues. — En valaque, la syncope est très-fré- 
quente : alune [avellana), chiae (clavis), gingie (gingiva), 
zune (juvenis, v.slov. zun), là {lavare), luà (levare), lesie 
(lixivia), noe (novein), pemunt (pavimentum), oae (ovis). 
Parfois la syncope du v se produit même après une consonne 
(après la résolution préalable du v enu'?) : ital. fujo {furvus 
furvius), lero (ervum); esp. Gonsalo (-alvus),polilla (depitl- 
vis), pg. fulo (fulvus); franc, guéret (vervactum). Les ex. lat. 



CONSONNES LATINES. V. 265 

tels que movitus motus, uvidus udus, si vultis sultis, sont 
connus. Chez les comiques latins novis novus ont une valeur 
monosyllabique, et l'on trouve dans les inscriptions de la déca- 
dence noembr. (val. noembrie), Faonius, probai (it. provai). 
L'App. ad Prob. dit : avis, non ans \ rivus, non rius, cf. 
no Bréq. n. 73. — Grâce à sa mollesse, cette lettre n'est guère 
plus en état de jouer le rôle de finale que son analogue j : 
c'est pourquoi ou bien elle se transforme en une labiale plus 
forte, ou bien elle se résout en u (lat. neve neu, sive seu) ; 
elle subit donc ici le même traitement que sa douce b. Toutefois, 
dans les patois italiens, v final est écrit et prononcé réellement, 
piém. serv (ital. cervo), milan, ciav {chiave). Nous avons un 
exemple de ce cas dans Fesp. buey (bov-em), où y est sans 
doute purement paragogique (portug. boi), et dans le v.esp. 
nuef [novem). Le prov. met u pour v après une voyelle, 
par exemple : bou, breu, estiu (aestiv-us), leu {lev-is), mou 
(mov-et), suau {suav-is), viu (viv-it), de même Anjau 
{Andegav-i), Peitau {Pictav-i), devant s vius (vivus), nous 
(non vos, no vos). Après / et r, v devient plus d'une fois/*: 
vuelf (volv-it), serf (serv-it); mais plus ordinairement^ dans 
ce cas, V disparaît : cal (calv-um), sal [salv-uni), cer-s 
(cef^v-us), sers (serv-us). On r emar que p dans corp (cor v- 
us, curv-us), mais ici ce p renvoie à un è médial, cf. § 2. 
Le français met partout f et dit bœuf, bref, chétif cerf, 
grief, nef, nerf, œuf, sauf, serf, soefarch. (suav-is), suif 
(sevu-m, transp. suev) ; Anjou et Poitou viennent du pro- 
vençal. Le valaque met b après une consonne, u après une 
voyelle : cerb (cerv-us), corb (corv-us), bou (bov-em), greu 
(grav-is), nou (nov-us), ou (ov-um). 

2. On connaît par le latin la confusion du v avec b, surtout 
depuis le commencement du iv^ siècle. Adamantins Martyrius fit 
une dissertation spéciale sur le juste emploi des deux lettres, 
mais il commet lui-même des erreurs en recommandant par 
exemple besica, manuviae, lavor, voy. Schneider, I, 228. 
UApp. ad Probum recommande de dire alveus et non albeus. 
De même on lit dans des inscriptions (surtout napolitaines) ben- 
didit, berna, berum, bixit, jubenis, serbus, vibus, boces, 
atabisque, curbati; dans les chartes des vi« et vii« siècles sil- 
bam, pribati Mar. 172, conserbandis ib. 147, très-souvent 
Berona pour Verona (par ex. dans une charte lomb. Arch. 
stor. app. IL 115); au viif siècle, en Espagne, ribulum, 
silbarias, Esp. sagr. XVIII, 301, et plus anciennement 



286 CONSONNES LATINES. V. 

encore Isidore écrivait baselus pour vascellumK Cet ancien 
échange de lettres règne aussi dans les dialectes néo-latins. 
Ainsi à l'initiale, l'italien dit herbice (verveœ), bertovello 
(vertebra), Bettona (Vetona), boce {voœ), Bolsena [Vol- 
sinii), boto {votwn qui s'écrit aussi botum). En esp. on écrit 
barrer (verrerc), Basco {Vasco), etc. En portug. beœiga 
(vesica)j bodo iwdo (votiim). Les ex. prov. sont : Bandés 
( Valdensis), berbena (verb.), berbitz. En franc, on a Besan- 
çon (Vesontio), brebis. En val. besice (vesica), betrun (vete- 
ranus), biet (vietus Lex bud.), boite (ital. voltà), sburà 
{exvolare*). — A la médiale : ital. corbo (corvus), Elba 
(Ilva), nerbo, serbare\ avec redoublement du b : conobbi 
(cognovi), crebbi (crevi), gabbia (cavea), Gubbio [Iguvium), 
trebbio {trwium)\ p pour b dans Piperno {Privernum). 
Prov. corbar (curvare), emblar (involare) ; franc, corbeau, 
courber, arch. embler. Val. albine, abeille (de alvus), cer- 
bice, ferbe (fervere), serbà, serbi, sealbe. Ce durcissement du 
V en b est surtout familier aux langues de l'est ; mais certains 
dialectes du domaine italien et provençal font de ce changement 
un emploi encore plus fréquent, notamment le napolitain, l'occi- 
tanien, le languedocien, le gascon, dans lesquels ce procédé 
(comme en basque) est même devenu une règle (voy. ci-dessus, 
p. 102). 

3. La dégénérescence de v en f est plus rare. Un exemple 
commun au roman est palafreno (voy. p. 17). Un autre est 
l'ital. fiasco, esp. portug. frasco, v. franc, flasche {vasculum 
vlasc). Citons en outre : ital. fia adv. [via), biffera {bivira), 
profenda (providenda); esp. hampa ipoiir far/ ipa (ital. vam- 
pa?), he pour /<? {vidé), hemencia pour/em. (vehementia conii\ 
en vementia), hisca pour fisca (viscus), pg. trasfegar, voy. 
Dict. Etym., referentia {rêver entia); voy. pour d'autres ex. 
de latin espagnol Esp. sagr. XI, 325; fr. fois {vice?n)\ voy. § 1 
des exemples d'/*pour v final. Cette prononciation date de loin dans 
le haut-allemand, car les Glosses de Cassel écrivent ferrât, 
fidelli, f orner as pour verrat, etc., et c'est de là que sont nées 
les formes telles que fiedel, vesper, vogt, veilchen. Mais la 
prononciation allemande est restée sans influence sur la pronon- 

1. « On ne doit pas cependant perdre de vue que l'ancienne et exacte 
orthographe du 'y et du & domine toujours dans les inscriptions latines 
des bas temps, et qu'elle se conserve aussi, à très-peu d'exceptions près, 
dans les documents publics qui se rédigeaient à Rome même. » Corssen, 
2« édit, 1, 133. 



CONSONNES LATINES. V. 267 

dation romane, car, dans le domaine roman, le changement de 

V en /'n'est qu une rare exception. 

4. On a quelques exemples du durcissement du v en g guttural, 
occasionné par une confusion avec le v.allem. w. A l'init. dans Fit. 
guaina(vagina) , Guasconia ( Vase), guastare {v.),golpe{vul- 
pes),gomiero (vomer), gomire {v orner e), gui zzo vizzo (vietus) , 
Esi^. gastar, golpe Alœ., gulpeja (vulpecula) Rz., gomito 
{v.). Prov. gabor (vapor), Gap {Vappincensium civ.), garah 
(vervadum), gastar, guia modus {via). Franc, gaine, gâter, 
guèret (prov. garah), gui (viscum), goupillon (b.lat. vul- 
pilio), gomir dans Bouille, Biff. vulg. ling. ; v. franc, avec w 
wange (vanga), werpilh (vulpecula), etc. Plus rarement à la 
médiale: ital. aguinchi pour avvinchi, PPSec. I, 101, pargo- 
letto pour parvoletto ; mais dans f rigolo , nugola ( pour 
nuvola), ugola (pour uvola), il faut plutôt considérer le g 
comme le produit d'une intercalation , surtout parce qu'il 
n'existe pas pour ces mots de formes avec gu (voy. ci-dessous, 
p. 175). Un exemple douteux est le val. fagur (favus?). Esp. 
Alagon, nom de lieu {Alavona, d'après Cabrera) ; dans le v.pg. 
agué'lo {avulus"") gue remplace le groupe aspiré vue, de même 
qu'il se substitue aussi à hue. De même valui, volui donnent en 
prov. valgui, volgui. — Nous verrons plus tard comment le 

V est aussi devenu ^ en valaque. 

5. Devant les consonnes, v se résout régulièrement en sa 
voyelle u : ital. ottarda pour autarda {avis tarda) ; esp. 
aulana {avellana) Alœ., ciudad, leudar {levitare) ; prov. 
ciutat, mais aussi ciptat; franc, autruche {avis struthio) ; 
val. greutate {gravitas) ; de même en lat. aucella, faut or, 
lautus. 

DV, voy. sous D. — BV, voy. sous B. 

REMARQUES SUR LES CONSONNES. 

1. Les consonnes sont sujettes, comme les voyelles, à des 
changements variés, mais qui atteignent dans une mesure très- 
diverse les différentes classes d'articulations. Les liquides offrent 
une résistance passable; elles s'échangent, il est vrai, fréquemment 
entre elles {m toutefois seulement avec n), mais elles n'aban- 
donnent pas facilement leur domaine. Mais l subit, à un haut 
degré, la résolution vocalique ou la chute en suite de la produc- 
tion d'une voyelle. De toutes les spirantes, c'est s qui présente 
la plus grande constance, excepté toutefois dans la seule langue 



268 CONSONNES LATINES. 

française ; vetj sont inconstants ; h (dans les langues écrites) est 
un simple signe qui n'a plus de son. Les spirantes ne s'échan- 
gent point entre elles, du moins dans l'ensemble du roman ; et le 
développement de f en ^, de h en /', et même de î? en j sont des 
pliénomènes isolés. Pour ce qui est des muettes, k l'initiale elles 
persistent, chacune à son degré, avec une grande fermeté. Au 
milieu du mot, il est à remarquer que la forte descend à la douce, 
que la douce se résout parfois en une voyelle : le t devient d, 
le c g, le p b, — le c? se dissout, le g se perd dans la voyelle i, 
le b dans la semi-voyelle v. Cette dégradation des muettes (qui 
est toutefois moins générale dans les langues de Test) constitue 
la substitution des consomies romane, avec laquelle la Laut- 
verschiebung germanique (qui toutefois atteint aussi l'initiale) 
fait le plus complet contraste : celle-ci, en effet, consiste à 
élever la douce originaire à la forte et à avancer de la forte à 
l'aspirée et de l'aspirée à la douce , de façon à parcourir le 
cercle entier ; phénomène qui plus tard s'est répété, encore une 
fois, dans le haut-allemand par rapport aux autres dialectes. 
Dans les vieilles langues celtiques, la substitution des consonnes 
n'a atteint que la douce qui s'est transformée (comme dans la 
langue allemande) en aspirée. Mais les dialectes celtiques 
modernes (bien que leur consonantisme soit en réalité très-diffé- 
rent du consonantisme roman) présentent, sous ce rapport, un 
développement analogue. En irlandais, la forte dans les groupes 
rp, sp, st, se, devient douce, ce qui est inconnu au roman ; 
mais la même dégradation apparaît aussi en dehors de ces 
quatre groupes, spécialement dans les trois dialectes étroite- 
ment apparentés, kymrique, comique et breton. Ici aussi la 
douce ne se maintient qu'à l'initiale ; à la médiale et à la finale 
b et d peuvent subir l'aspiration, mais b peut aussi éprouver la 
résolution en u ou v. Comme ces divers traits n'apparaissent 
qu'à une période linguistique postérieure, ce serait faire une 
hypothèse malheureuse que d'attribuer à l'influence celtique 
l'affaiblissement des consonnes fortes dans le domaine roman, 
affaiblissement qui remonte aux premiers siècles du moyen âge. 
On trouve des traits analogues dans des langues encore plus 
lointaines. 

On a déjà souvent remarqué l'étonnante coïncidence du 
système roman avec celui des dialectes prâcrits, par rapport à 
leur source, le sanscrit. En prâcrit, t, t, p descendent à d, d, b 
(mais k ne descend point kg). La syncope atteint égale- 
ment, entre les voyelles, t, k, p, d, g, b, v, j, mais en outre 



CONSONNES LATINES. 269 

aussi les sifflantes. La tendance romane se retrouve presque 
identiquement, mais d'une manière plus systématique encore, 
dans une des langues germaniques : en danois, la forte orga- 
nique persiste toujours à l'initiale ; à la médiate et à la finale elle 
ne se maintient qu après des consonnes, tandis qu'elle descend 
à la douce après des voyelles, p. ex. : gribe (suéd. gripa), fyge 
(fjuka), vide {vit a). Mais le point par lequel le danois se 
rapproche le plus du français , c'est qu'il peut résoudre les 
douces en un son plus faible ou les supprimer complètement : 
h entre deux voyelles arrive à être prononcé comme v, et g 
s'adoucit en^ : eje, eye (suéd. dga), vej (wàg), cf. fr. loyal, 
loi, — ou ^ disparaît : stie {stege), cf. fr. lier\ d subit égale- 
ment la syncope : hroer, moer (pour broder, moder), comme 
le fr. ouïr, envie. La seule différence qui sépare le procédé fran- 
çais du procédé danois, c'est que dans le premier la forte peut 
descendre deux degrés [capra , cabra , chèvre ; — nucalis, 
nogalh, noyaii\ — amata, amada, aim,ée), tandis que dans 
le second elle ne peut généralement en descendre qu'un ; car la 
douce qui se dégrade est ici une consonne primaire: ce n'est 
pas une douce secondaire née d'une forte. Le grec moderne n'a 
point suivi ce chemin. Les fortes y gardent leur rang; les douces, 
il est vrai, s'y affaibhssent {b devient v, g gh, d dh), mais ce 
procédé diffère du roman en ce qu'il agit quelle que soit la place 
de la consonne dans le mot. La grammaire historique n'a point 
à rechercher les causes d'une disposition si opposée des organes 
vocaux, qui tantôt tendent à prononcer un p originaire comme 
un ^ ou uni;, tantôt un b originaire comme unp ; le grammai- 
rien a pour seule tâche de suivre le fait jusqu'à ses origines et 
dans toute son étendue K 



1. Donnons encore place ici à une petite remarque étymologique. 
Il est souvent difficile de distinguer en roman dans quels cas a eu lieu 
la chute, et dans quels cas la résolution d'une consonne latine. Prenons 
seulement trois exemples de ce genre. Dans le prov. fau (venu du lat. 
fagus), on peut douter si Vu de ce mot représente le g du radical 
(comme cela a lieu dans d'autres mots ; voy. p. 246) ou bien s'il repré- 
sente Vu de flexion (proprement de dérivation), comme dans niu de 
nidus ?— Dans frigidus, le ^ a pu tomber pour donner le prov. freid, 
par l'intermédiaire de friid, euphoniquement devenu freid, et d'autre 
part, Vi atone a pu aussi tomber, ce qui aurait donné frigd, d'où aussi 
freid par résolution du g en i; mais l'existence du b.lat. frigdus assure 
cette dernière dérivation. Ordinairement, il est vrai, on ne peut déter- 
miner les degrés intermédiaires de ces transformations, parce qu'il peut 
arriver que la langue ait réuni, dans un mouvement rapide, deux 



270 



CONSONNES LATINES. 



Un échange d'un autre genre, celui qui a lieu entre les 
divers ordres de consonnes (grec <pYjp ^Y)p, ôà ^yj, b^ekôç èSeXéç, 
pXIçapov Y^éçacov, izéiz tzôv.ol), est très-rare en roman pour les 
consonnes simples. Nous avons traité comme des cas tout à fait 
isolés la production en valaque d'un p oub venu de qu ou gu, 
en espagnol d'un g venu de d initial, et quelques autres. Les 
patois eux-mêmes n'en fournissent que de très-rares exemples. 
Ce sont ordinairement des mots où une muette précède un i 
palatal, ce qui donne naissance à une espèce de consonnance mul- 
tiple qui facilite ces transformations. Les dialectes italiens, p. ex., 
échangent pj avec chj, bj avec gj, voy. ci-dessus, p. 75. 
Le valaque du Sud dit de même chiaptine {pecten), chiale 
(pellis), chiatre {petra), mais aussi cheptu (pectus), chinu 
(pinus). Dans le patois parisien, amitié sonne comme amikié, 
dieu comme ghieu. C'est en sarde que se produit l'échange le 
plus complet des muettes entre elles, mais nous ne pouvons 
l'étudier ici. Un autre développement, commun au roman, est 
d'une grande importance. Sous l'influence d'une des voyelles 
molles {i, e), les gutturales ont donné des chuintantes et des 
palatales. La nouvelle langue a pris par là un caractère phoné- 
tique très-différent de l'ancienne. 

2. Le tableau suivant donne un aperçu des consonnes médiales, 
et, en outre, à la seconde ligne, des consonnes finales (quand 
cela est nécessaire). Ca représente également co et eu; — ei 
de même ee ; de même pour qua, qui (qui comprennent l'initiale 
et la médiale) et pour ga, gi. Le mot nasale, ajouté à m, n, doit 
être pris au sens français; f désigne la syncope. 



L 
M 

N 

R 



ITAL. 


ESP. 


PORT. 


PROV. 


FRANC. 


l(r) 


l (II, r) 


+ , n l 


h u {r) 


l, U {r) 


m (mm) 


m 


m 


m 


m 


n,f 


«, t 


nasale 


m, n, t 


nasale 


n(l) 


n(l) 


n, nh, t 


n 


n{r) 


— 




nasale 


t, ^ 


nasale 


r (l, d) 


r(l) 


r(l) 


r{l) 


r(l) 



VALAQ. 

l(r) 

m 

m, f 

n 

n 

r(l) 



phases de son évolution. — Un troisième exemple, cogitare, admet 
encore plus d'explications. Le provençal avait à sa disposition trois 
procédés : il pouvait ou résoudre le g en i, ou sacrifier le g ou le t, ou 
même tous les deux ensemble, ce qui donnait coidar ou coiar ; en fait 
on trouve cuidar et cuiar {cujar). 



CONSONNES LATINES. 



27^ 



ITAL. 


ESP. 


PORT. 


PROV. 


FRANC. 


t,d{tt) 


d{t) 


d(i) 


d 


t 


— 


d 





t 


tW 


d 


d,i 


d,-\- 


z,d\ 


+{d) 


— 


— 


t 


t 


df 


s (sci) 


s{x) 


5, X 


s 


s 


c, g {ce) 


9(0) 


^(c) 


g, i, ch 


g, i, ch 


— 





— 


c, t 


+, c 


c 


ç 


Ç 


Ç 


Ç 


— 


z 


z 


tz 


s, X 


qu 


qu,g 


qu,g 


qu, c, g 


qu, c (g) 


qu, chy c 


Ç. q 


ç.q 


Çy q 


Ç, q 


^,t 


9 A 


9 A 


9^ h h t 


g, h i, t 


— 


y 


i 


i 


i 


g A 


9 A 


> 
9 


ff,f 


g,f 


g^3 


j^y 


j 


j 


j 


p(pp) 


h 


b 


b 


V 


v{b,bb) 


h 


v(b) 


V, t 


», t 


f 


f> b, V 


f> b, V 


r 


f 


V {h, t) 


v,f 


^. t 


v,f 


v,f 


— 




— 


u,r 


f 



VALAQ. 


t. 


tz 


t 




d, 


z 


d 
5, 


) 

s 


c 




c 
c 




c, 


p 


c 




9> 


t 


9 


/ 


V 


b 


f 

u, 


b 



T 

D 

S 
Ga 

Ci 

Qua 
Qui 
Ga 

Gi 

J 

P 

B 

F 

V 



3. Il s'est établi entre les médiales et finales un échange de 
consonnes qui nous offre exactement l'inverse de la Lautver- 
schiebung romane, c'est-à-dire Tascension de la médiale douce 
à la finale forte, la douce n'étant point ordinairement tolérée à 
cette dernière place. Quelques autres consonnes encore ont 
participé à cet échange. Les Romains eux-mêmes prononçaient 
forte la finale douce : haud comme haut, sed comme set (Schnei- 
der, I, 251) ; et l'on retrouve le même fait dans d'autres langues. 
Comme cette habitude dans son développement complet et systé- 
matique se restreint au provençal, nous en réservons l'expli- 
cation pour la deuxième section. Cette altération des consonnes, 
que nous trouvons ici à la finale, se présente pour certaines 
lettres à l'initiale dans le dialecte sarde de Logudoro, quand les 
consonnes se trouvent en contact immédiat avec la voyelle finale 
d'un mot précédent, ce qui en fait en quelque façon des médiales. 
Dans ce cas, les fortes s'adoucissent, la douce d reçoit une 
prononciation plus molle (il n'y a point à parler de g), b se 
dissout complètement, /'devient ^, i; se dissout comme b ou se 
transforme en une faible aspiration : r ei s reçoivent une pro- 
nonciation plus douce : g devient J, par exemple sas cosas, una 



272 CONSONNES LATINES. 

gosa\ — bellos hoes^ hellu oe\ — duos fîzos (filii), unit 
vizu; — SOS giaos, unu jau. Toutefois, cet échange de 
consonnes n'atteint que la prononciation, non récriture. 

4. Il y a des changements de lettres que l'on ne peut guère 
ramener à des lois ou à des règles, et pour lesquelles il faut s'en 
rapporter au sentiment (voy. mon Lict. étym. p. xix-xxii). 
Il arrive par exemple que par une sorte dJ assimilation deux 
consonnes de même famille , qui commencent chacune une syl- 
labe, s'accommodent de telle façon, que la première se convertit 
en la seconde, comme dans l'italien Ciciglia pour Siciglia. 
A l'inverse par dissi7nilation, lorsqu'une consonne se présente 
plus d'une fois (séparément) dans un mot, elle est remplacée 
par une autre consonne du même ordre ou disparaît, comme 
dans l'italien pelle grino pour peregrino, et dans le français 
foïble pour floihle. C'est principalement sur cette tendance 
euphonique qu'est fondé le fréquent échange des liquides entre 
elles. Mais la dissimilation s'exerce aussi sur les muettes, 
comme dans l'italien Chieti (Theate), Otricoli (Ocriculum) ^ . 
— Un autre procédé est V analogie, par lequel on amène un mot 
à une certaine correspondance de forme avec un autre mot qui 
lui est parent par le sens : c'est ainsi que le b.lat. seneœter 
a visiblement été formé d'après dexter, et octember d'après 
septemher. Par le mélange des radicaux, un mot nouveau peut 
aussi naître de deux autres : franc, selon de secundum et de 
longum. Les formes distinctives , dont nous avons déjà parlé 
p. 46, sont aussi d'une grande importance ; ce procédé consiste 
à différencier par la forme plusieurs significations d'un seul et 
même mot latin, ou plusieurs mots qui ont un son pareil ou 
très-voisin : on a un exemple du premier cas dans l'ital. pensare 
(penser) et pesare (peser) dérivés l'un et l'autre de pensare; 
on a un exemple du second cas dans popolo (peuple) et pioppo 
(peuplier), V un et Vautre de populus. — Enfin l'étymologie 
populaire, par laquelle on introduit un radical roman dans un 
mot étranger incompréhensible, est un procédé fréquent et connu 
de toutes les langues. 

5. La chute des consonnes (à l'exception de h) n'atteint 
presque jamais l'initiale, qui est d'une grande solidité; la pre- 
mière syllabe disparaît fréquemment tout entière, mais seule- 



1. Pott {Forsch. l'" édit. II, 65-112, cf. Jahrb. f. iviss. Critik, 1837, II, 
90) a complètement étudié ce procédé linguistique dans toutes ses 
ramifications. 



CONSONNES LATINES. 273 

ment lorsqu'elle est atone. Ainsi en ital. haco (pour domhaco), 
bilico {umhiliciis) , cesso (secessus), cimento (specimentum), 
ciulla {fanciulla), faute [infans), folto (infultus), gogna 
{verecundia), lezia {delicia), scipido (insipidus), sdegno 
{disdegno) , stro7nento {instrumentum), testeso (anVisVip^ 
sum), tondo (rotundus); esp. cobrar [recuperaré), mellizo 
{gemellicius *), saîïa (insania?), soso {insulsus) ; portug. 
beira [ribeira), doma arch. [hebdômadem) ; prov. bot (ne- 
potem), cobrar [o^ommQ en e^^.)\ franc, (rare) cenelle (cocci- 
nella'^), violer (involare). Ici comme dans d'autres domaines, 
c'est surtout sur les noms de baptême que s'exerce l'aphérèse. 
En outre, la première syllabe est quelquefois expulsée quand 
elle a l'apparence d'un redoublement : ital. zirlare [zinzilu- 
lare) ; franc, coule {cucullus), yoy. mon Dict. étym. I, xx. 
— La syncope se restreint généralement à la douce, pourtant en 
français elle s'étend même à la forte, et en portugais aux 
liquides / et n. — L'apocope aussi est souvent appliquée, surtout 
en provençal et en français. Mais à la fin du mot, ce ne sont pas 
seulement des consonnes isolées qui disparaissent : ce sont des 
syllabes entières ou des suffixes. C'est le cas, par exemple, dans 
l'ital. chiasso, prov. clas, v.fr. glas [classicum) \ prov. rust 
(rusticus), gramadi {grammaticus)\ roum. miedi (medicus), 
silvadi (silvaticus) ; franc, datte (dactylus), ange [angélus) \ 
prov. tebe [tepidus) et autres mots de ce genre ; esp. cuerdo 
[cordatus) ; ital. esp. manso [mansuetus) ; ital. esp. fine, 
franc, fin [finitus) ; ital. serpe, esp. sierpe, prov. serp [ser- 
pens)\ ital. insieme; prov. ensems [insimul); franc. Aristote; 
esp. acebo [aquifoliu7n) ; esp. maese [magiste?^) ; voy. p. 195. 
C'est en français que cet accourcissement est le plus fort : cf. 
prince, évêque, encre [encaustum), clavecin [clavicymba- 
lum), avec lesquels cependant l'anglais ink (= franc, encre), 
l'allemand sarg [sarcophagus), fliete [phebotomus) peuvent 
rivaliser. 

6. De toutes les consonnes, ce sont les liquides / et r qui sont 
le plus sujettes à la métathèse, et la transposition consiste d'or- 
dinaire en ce qu'une muette précédente les attire à elles ; on 
peut ici comparer la mobilité de ces liquides à celle des voyelles 
i et u : de même que i et u s'accolent à chaque voyelle avec 
facilité, l et r s'accolent de même à toutes les consonnes muettes. 
Comme exemples de métathèse des autres lettres, on peut citer : 
ital. fradicio, sudicio pour fracido, sucido , cf. lat. lapidi- 
cina pour lapicidina ; esp. cortandos, amasdo pour cortad- 

DlËZ \ 8 



274 CONSONNES LATINES. 

nos, asmado PC ici. Il est remarquable qu'on trouve dans le 
même poème la métathèse du mouillement dans lano, leno 
pour llano, lleno, analogue à la métathèse de l'aspiration en 
grec dans xtOtibv, /.uOp-^ pour xit(Î)v, /uipa. Il est rare que la méta- 
thèse déplace l'initiale pour l'introduire dans le corps du mot, 
comme dans l'ital. cofaccia de focaccia, gaveggiare de vagheg- 
giare\ esp. golfinde folguin Cane, de B.yjasar de sajar, 
facerir de zaferir, gavasa de hagasa, garzo de zarco , 
amahaca de hamaca, hatahola à côté de tabaola ; portug. 
cerqiiinho de quercinho. 

7. Si la consonne simple est sujette à bien des changements, la 
consonne géminée, en vertu de sa plus grande intensité, persiste 
intacte et solide : on peut, sous ce rapport, la comparer à la 
tonique longue, de même que l'on peut comparer la consonne 
simple à la voyelle brève. Cette comparaison est surtout admis- 
sible pour les muettes. Si la lettre double est diminuée quantita- 
tivement, elle n'est jamais atteinte qualitativement, c.-à-d. que 
ce, pp, tt peuvent, il est vrai, se réduire à la simple, mais ils ne 
peuvent, comme e, p, t, descendre à la douce ou éprouver 
d'autres altérations. Ll, nn, ss se laissent, il est vrai, amollir, 
mais elles ne perdent alors qu'une partie de leur substance. Les 
cas où II peut disparaître constituent une exception de peu d'im- 
portance ^ . 

8. La consonne double n'est point partout traitée de même. 
L'italien, qui redouble même les consonnes simples, la respecte 
assez fidèlement ; il se permet toutefois quelques cas de simplifi- 
cation : par ex. m pour mm dans eomandare, eomadre, 
comiato, eomune\ n pourn^dans anello qui peut, il est vrai, 



1. Édelestand du Méril {Formation de la langue française, p. 298) cite 
cette remarque d'après ma première édition, et il ajoute : « Malheureu- 
sement cette règle est loin d'avoir la généralité qu'il lui attribue»; et il donne 
alors comme preuves église de ecclesia, orfraie de ossifraga, varlet de 
vassaletius, havet de happa, inaçon de mezzo. De ces exemples, le seul 
qu'on puisse admettre est église, et encore on ne peut l'admettre qu'à 
moitié, ce mot étant grec et postérieurement introduit dans la langue. 
Ossifraga et vassallettus, la consonne double ne pouvant empêcher Ja 
chute d'une voyelle suivante, devinrent ossfraga et vasslettus, ce qui est 
phonétiquement équivalent à osfraga et à vaslettus, en sorte que r est 
bien née ici d'une s simple. Havet et maçon ne prouvent rien, car il n'était 
question que du sort des lettres latines. Je répète ici ma proposition 
que les muettes latines redoublées se maintiennent intactes en roman 
dans leur qualité, sans aucune exception, du moins lorsqu'elles sont 
placées entre deux voyelles, position où elles sonnent le plus fortement. 



CONSONNES LATINES. 275 

se justifier par une forme latine anellus ; s pour ss dans glosa, 
chiosa, Narciso, Parnaso. Le valaque, au contraire, la rejette 
constamment : par conséquent il dit buce et non hucce. Sauf 
quelques restrictions, l'espagnol procède de même : Il dans 
hello ne forme pas un son double, mais un son complexe. En 
portugais, Tabsence de règles orthographiques permet d'écrire, 
dans beaucoup de cas, la consonne double aussi bien que la 
consonne simple : bocca à côté de boca. Les mss. provençaux 
préfèrent, en général, la consonne simple, mais ils mettent la 
double, spécialement ss pour s dure (aussor), même après les 
diphthongues. En français, Torthographe se règle sur l'ortho- 
graphe latine, mais le plus souvent la gémination est purement 
graphique. On trouve des exemples de simplification dans : 
estrope (struppus), souple (suppleoc), pale (palla), secouer 
(succutere), secourir (succurrere), semondre [summo- 
nere). 

9. Consonnance multiple. — On sait que le latin, au moins 
au commencement et au miheu des mots, éprouve de la répu- 
gnance pour plusieurs groupes de consonnes que le grec supporte 
sans difficulté (voy. Benary, Zeitschr. f. vergl. Sprachf,, 
I, 51). C'est ainsi qu'à l'initiale manquent en latin : mn, sm, 
tm, dn, dr, cm, en (excepté Cneus), es (oo), et, bd, pm, pn, 
ps, pt. A la médiale, si l'on excepte les mots composés avec des 
particules, sont exclus par exemple les groupes : si, sn, sg, 
tl, tm, tn, dm, dn, dr {seluî quadrans et les mots apparentés), 
en, pn ; sont très-rares : Id (ealdus), cl, gl, bl. Dans quel 
rapport, sur ce point important , les langues romanes sont-elles 
à la langue mère ? On peut prévoir qu'ici encore elles n'auront 
point suivi toutes un seul et même chemin, et il suffit même 
d'un coup d'œil rapide sur leur structure pour voir que l'admis- 
sion ou la suppression des consonnances multiples constitue 
précisément l'un de leurs principaux modes de différenciation. 

Nous étudierons dans la section II les combinaisons les plus 
importantes. Nous n'avons à faire ici qu'une remarque : c'est 
que la nouvelle langue, bien éloignée de revenir aux groupes 
que le latin évitait (sauf dans quelques cas isolés), ne tolère même 
pas (comme nous l'avons vu plus d'une fois dans la présente 
section) tous ceux que le latin admettait. Les dialectes nouveaux, 
il est vrai, possèdent tous des groupes composés des muettes 
initiales avec r ou /, c'est-à-dire tr, cr, gr, pr, br, cl, gl, pi, 
bl, ce qui n'a rien de remarquable, mais ils n'ont gardé ni en, 
ni gn dans les mots populaires, i^r et fl sont partout également 



276 CONSONNES LATINES. 

conservés. Le groupe de s plus une forte, à laquelle peut encore 
se joindre r ou ^, est très-usuel, au moins en italien et en 
valaque, et même dans ces deux langues, contrairement au système 
phonique latin, s peut être suivie de presque toutes les consonnes, 
de sorte qu'en réalité les combinaisons grecques comme a[j. et ag 
revivent dans ce domaine. Le valaque et le français vr, et le 
valaque vl sont aussi des groupes phoniques inconnus au latin 
que Ton rencontre à l'initiale. Mais les langues filles se montrent 
plus délicates au milieu des mots. Elles limitent dans ce cas 
aux combinaisons avec r et ^ les groupes formés d'une muette 
et d'une liquide ; tl est trop dur pour la plupart des langues 
romanes ; d'autres groupes comme tn, dl, dn (à moins qu'on ne 
prétende donner comme exemples les enclises espagnoles dadle, 
dadnos) et aussi bm, hn manquent complètement: le latin 
tolère tous ces groupes, au moins dans les composés [at-nepos, 
etc.) ; même gm et gn manquent à l'italien (au moins dans la 
prononciation réelle). Le provençal peut, il est vrai, exhiber 
des consonnances telles que tl, cm, pm, mais il est presque 
tout à fait isolé. Les groupes composés d'une muette avec une 
spirante, spécialement ts (etsi), ds, es, ps, hs, dj, hj, dv, bv 
(la plupart, il est vrai, dans les composés) ne se rencontrent pas 
non plus, ou ne sont employés partiellement que par quelques 
langues, comme l'espagnol et le français. La plus grande aver- 
sion du roman s'adresse à la combinaison de deux muettes, 
admise par le latin au moins dans la composition et en outre 
dans les groupes et et pt : on en trouve plusieurs exemples dans 
les langues de l'ouest, mais dans des mots d'origine un peu 
bâtarde. La spirante avec une autre consonne se comporte à 
peu près comme à l'initiale ; sauf qu'ici s (non-seulement dans 
les langues de l'est, mais encore dans celles de l'ouest) peut 
former un groupe avec toutes les consonnes, ce qui n'était point 
le cas en latin, excepté dans certains composés {trans-). Le 
roman admet partout, comme le latin, le rapprochement d'une 
liquide et d'une muette, quand la première se présente à la fin d'une 
syllabe, sauf quand deux muettes suivent ( sculptura, promp- 
tus, sanetus, funetio, arctus), du moins dans les mots propre- 
ment romans. Quant aux groupes de deux liquides, ils ont 
presque acquis en roman une plus grande importance que dans 
la langue latine. Lm, In, rm, m ont persisté; mn pas partout; 
ri, qui ne se présente que dans les composés (comme joer-^t^ere), 
existe souvent en roman dans les simples, ainsi que le groupe non 
latin nr qui est partout admis ; il y a des exemples de Ir, mr 



CONSONNES LATINES. 277 

(prov. damri), ni (franc, ébranler où cependant n n'existe 
plus en tant que consonne), nm (esp. inmenso, prov. anma). 
Les chuintantes, sons encore ignorés des Romains, tolèrent 
avant elles le contact immédiat des liquides l, m^ n, r dans 
presque toutes les langues, d'm en valaque et en provençal 
(cimser, camjar) et çà et là aussi des muettes (val. hatzocurà, 
prov. sapcha, franc, suggérer, objet). Mais elles ne souffrent 
après elles, sauf en valaque, le contact immédiat d'aucune 
consonne. 

10. Les combinaisons ci -dessus mentionnées sont donc 
reconnues, soit de toutes les langues romanes, soit de quelques- 
unes. Mais il est d'autres groupes (comme nous l'avons déjà 
remarqué) qui déplaisent au roman et qui, ainsi que les groupes 
nouveaux résulta Qt principalement de la chute d'une consonne, 
sont détruits par divers procédés. Ces procédés sont l'assimilation, 
la syncope, la résolution d'une consonne en voyelle, la trans- 
position, enfin la préposition ou Tinsertion d'un élément étranger. 
Nous avons déjà parlé (p. 186) de la résolution ; en traitant 
des consonnes, nous avons cité les quelques cas fort rares de 
transposition. Nous n'avons donc qu'à jeter un coup d'œil sur 
les autres procédés. 

11. Uassiinilation a profondément pénétré dans la structure 
de la langue latine, et a contribué essentiellement à son 
euphonie. C'est grâce à l'assimilation que ml s'est transformé 
en II [com-locare coll.), mn en 7in {Garumna Garuyina), 
mr en rr (co7n-ripere corr.), ms en ss {prer/isi pressi), 
ni en II (unulus ullus), nm en mm {in-mitis wim.), nr en 
rr (in-ritare irr.), ns en ss (pansum passum), ri en II 
(perlucidus pelL), rs en ss {dorsum dossum), tr en rr 
(patricida parr.), ts en ss {quatsi quassi), dl en II (pedilu- 
viae pelL), dn en nji {ad-nuntiare ann.), dr en rr (adro- 
gare arr.), ds en s s (cedsi ces si), dt en tt {cedite cette), de 
en ce {id-circo icc), dg en g g (ad-gerere agg.), dp en pp 
{quid-piam qiiipp.), df en ff {ad- ferre aff.), et en tt 
(Actius Attius), gn en nn (stagnum stannum) , pmenmm 
{supimus summiis), bm en mm (sub-monere summ.), br 
en rr (sub-ripere surr.), bs en ss (jubsi jussi), bc en ce 
(sub-cumbere suce.), bg en gg {subgerere sugg.), bp en pp 
(sub-ponere supp.), bf en ff (sub-fundere suff.). De deux 
consonnes dissemblables naît donc une consonne double. 
Examinons maintenant jusqu'à quel point les langues modernes 
sont restées fidèles à ce caractère ; nous choisirons principalement 



278 CONSONNKS LATINE8. 

pour cela la langue italienne, qui, seule, exprime pleinement la 
double consonne. Si, comme il est naturel, on exclut les com- 
posés modernes formés à Faide de particules, qui, d'après le 
génie de la langue italienne, ont dû déposer leur consonne finale, 
comme a^^, ou sub qui est tombé en désuétude (car on peut 
très-bien se représenter annodare, assetare, attaccare^ acco^n- 
pagnare^ agghiacciare, appagare, affaticare, socchia- 
mare, soggrottare, soppannare^ soffriggere, comme formés 
de a nodare, so chiamare, etc.), et si l'on écarte com, qui 
sonne maintenant con, voici celles de ces assimilations qui 
sont en activité : mn-nn (domna donna), m(p)s-ns {campsare 
cansare), nl-ll [lunula lulla, conliquare coll.), mn-mm 
(inmelare imm.), nr-rr (ponere porre, con-redare corr.), 
rl-ll (per-il pel), tr-rr {bûtyrum hurro), dl-ll (stridulus 
strillo), dr-rr {quadrare, franc, carrer), cs-ss [taœus tasso), 
ct-tt (factus fatto), gn-nn {cognoscere, franc, connaître), 
bs-ss (absolvere assolvere). Ainsi sont éteints ns-ss, rs-ss 
(car dosso est déjà latin), ts-ss, pm-mm, toutes assimilations 
d'un emploi rare, dont les deux dernières remontent au premier 
âge de la langue des Quirites. Au contraire, un grand nombre 
d'assimilations nouvelles sont devenues plus ou moins usitées : 
ainsi br-rr (dolerà dorrà), tl-ll (spatula spalla), tm-mm 
(maritima maremma), dm-mm (admirari amm., à peine 
latin), cr-rr (ducere durre), gm-mm {dogma domma), gd- 
dd {frigidus freddo), ps-ss (capsa cassa), pt-tt {aptus 
atto), bt-tt [subtus sotto), vt-tt [civitas città). Il est rare que 
ce soit la seconde consonne qu'on assimile à la première, et dans 
ce cas il faut qu'elle soit moins forte qu'elle, comme dans netto 
[nitidus), putto (putidus), franc, angoisse (angustia). Ces 
faits nous prouvent que, dans l'emploi de l'assimilation, la 
langue nouvelle va plus loin encore que l'ancienne : il est vrai 
que cela s'applique avant tout, comme nous l'avons dit, à 
l'idiome italien qui adoucit par ce procédé toute combinaison de 
consonnes différentes qui offre la moindre dureté. Mais les dia- 
lectes même qui n'emploient pas dans ces cas la gémination 
contredisent par là non point le principe de l'assimilation, mais 
simplement, au moins dans leur état actuel, son expression 
graphique ; car s et t dans Tesp. ese {ipse), matar {mactare), 
escrito [scriptus) peuvent tout aussi bien représenter ss et tt 
que dans asentir et atender, et de fait t, c, et p ^quand ils 
correspondent à une assimilation italienne) représentent bien 
une consonne double, comme le prouve leur nature même, 



CONSONNES LATINES. 279 

qui les a empêchés de descendre k d, g, b. Nous verrons, dans 
la section II, que le valaque supporte les combinaisons les plus 
dures sans recourir au procédé de l'assimilation. 

12. A côté de l'égalisation complète des consonnances mul- 
tiples, il faut encore, dans les langues romanes, en observer 
une autre approximative, qui ramène au même degré les con- 
sonnes de degrés différents, en sorte que, comme en grec ou en 
serbe, la forte s'accommode à la forte, la douce à la douce. Mais 
comme ce procédé exige déjà une oreille plus délicate, il n'a pas 
été mis partout en pratique dans l'orthographe, et, même quand 
il a été employé, il ne l'a pas toujours été rigoureusement ^ C'est 
cette règle que suit l'ancienne orthographe espagnole, par 
exemple dans cabdal {capitalis) , recahdo , debdo [debi- 
tum), cobdo (cubitus), cibdad (civitas), mais en contradiction 
avec cette règle on trouve cautwo (captivus) au lieu de 
caudivo (qui est exactement dans le rapport de caudal à 
cabdal) ; cependant le fait que le groupe pt existait déjà en 
latin semble ici justifier la présence d'un t espagnol. Les Pro- 
vençaux écrivent conformément à la règle : doptar (dubitare), 
qui correspond au latin scriptus, au m.h.allem. lept et à l'alle- 
mand moderne haupt] de même aussi correctement sopte en 
même temps que sobde (l'un et l'autre de subitus) ; capdolh 
{capitolimn), maracde sont des formes incorrectes ou mal 
choisies, puisque l'on devait attendre cabdolh, maragde ou 
captolh, maracte. En général, devant s ou z, le provençal 
admet aussi la forte et f, comme dans traps (trabs), lares, 
loncs, notz (nodus), nutz (nudus), serfs (servus). Si l'on 
remarque que la palatale molle correspond à la douce, la 
palatale dure à la forte, on peut expliquer, dès lors, diverses 
transformations phonétiques : ainsi Yi palatal tantôt est élevé à 
la palatale dure par la présence d'une forte qui le précède, comme 
dans apropchar, sapcha [apropjare, sapjat), franc, appro- 
cher, sache, ital. approcciare, saccia, et de même dans cacciare 
{captiare *), docciare (ductiare *) ; tantôt il fait descendre 
la forte à la douce, comme cela paraît être le cas dans l'ital. 
palagio (palatium) pour palacio, et si l'on veut assimiler 



1. Il n'était pas d'ailleurs régulièrement observé non plus en latin; 
aussi Quintilien remarque (I, 7) : quaeri solel in scribendo praeposiiiones 
sonum quem juiiciae e/ficiunt an quem separatae observare conveniat, ut 
cum dico obtinuit, secundam enim b literam ratio poscit, aures magis 
audiunt p. 



280 CONSONNES LATINES. 

S h une forte, aussi dans cagione^ {occasio). — L'égalisation 
de deux consonnes, au point de vue de l'organe vocal, n'est pas 
non plus étrangère à ce domaine. Ceci concerne principalement 
les liquides. Mt^ par exemple, devient habituellement nt ou nd 
(co77iite77i, ital. conte ^ esp. conde), np-mp (ital. in-picarre 
imp.), nb-ynh {Gian-Battista Giamb.), nv-mb {invUuSy 
v.esp. a7nbidos)y gd-ld [Bagdad, ital. Baldacco), etc. A cette 
règle contredisent le changement de mph en nf commun au 
roman (nipnpha ninfa) et l'esp. nm pour mm (immensus 
inmenso) . 

13. La syncop)e, dans les consonnances multiples, a été d'une 
grande importance en latin. Elle atteint surtout la muette devant 
une liquide. Les gutturales, par exemple, sont tombées dans 
aerumna (deaeger), ala (axilla), flamma [fragrare), hodie 
{hocdié), luna (lucere), vanus (vacare), tormentum (tor- 
quere) ; les labiales dans glunia (glubere), somnus (sopire 
uTuvo;) ; les dentales dans arsus (ardere), manare [madère), 
filum {findey^ey. Si sopnus avait semblé dur aux Romains, 
somnus parut encore trop dur aux Romans, qui lui préférèrent 
sonnus. Les Romans font à leur tour de la syncope l'emploi 
le plus fréquent : elle est générale, par exemple, pour n ou r 
devant s ; elle est partielle dans un grand nombre de cas ; il 
suffit de rappeler : portug. doce (dulcis), franc, pucelle {pul- 
licella *), prov. efan {in fans), franc, âme [anima), prov. 
anar (pour andar), ital. conoscere (cogn.). 

14. Le roman adoucit ou facilite souvent une rencontre de 
consonnes qui lui déplaît, soit par la préposition d'une 
voyelle auxihaire, comme nous en avons déjà remarqué sous S 
un cas très-important, soit encore par l'insertion d'une troisième 
consonne, procédé que nous avons également étudié plus haut. Dans 
le dernier cas (par ex. Ir, mr, nr, sr, ml, mn), l'insertion 
d'une voyelle n'était point admissible , puisque ces groupes 
provenaient précisément de la chute d'une voyelle antérieure. 
Mais lorsque les groupes de consonnes sont originaires, 
l'insertion vocalique peut avoir lieu. On la trouve au milieu 
du mot dans l'italien entre s et m : crésima, cristianèsimo, 



1. Sur l'influence d'une labiale précédente (p ou h), sur la forme de 
j palatal dans des langues étrangères au domaine roman, par exemple 
en tibétain, voy. Pott, Forsch. Il, 10, 11. 

2. On en trouvera de nombreuses preuves dans l'étude approfondie 
de Schwenck, Deutsches Wœrierbuch, p. xv ss. 



CONSONNES LATINES. 284 

bidsimo, fantdsima, spdsimo pour cresma, crisma, etc., 
et aussi tout à fait accidentellement dans d'autres mots, tels que 
aliga {alga), aster o (astrum), maghero (macrum); plus 
souvent dans les dialectes, p. ex. en romagnol sélum (= ital. 
salmo), zéruv (cervo). Esp. calavera [calvaria), engarrafar 
(engarfar), escarapelar (ital. scarpellaré). Mais l'initiale 
complexe a plus souvent encore éprouvé cette insertion, même 
dans des cas qui n'offraient aucune dureté réelle. En voici des 
exemples, parmi lesquels il est des mots d'origine allemande : 
ital. pitocco (pour _p^occo de 7:to)x6ç qui eût été dur), calabrone 
(clabro pour crahro), calappio [klappa], cale ff are {kldf- 
fe7i), scaraffare {schrapfen) ; esp. calamhre (klammer), 
galayo {glayo^) Canc.deB.,taragona{draco), farapo (ital. 
frappa, fllibote (franc, flihot), coronica {chronica), curii- 
ûcia {"^OM-Y cruœia) Cane, de B., gurupa [gruppa, it. groppa)\ 
portug. caranquejo (pour cranquejo, prov. cranc), baraça 
(pour braça), coroça (pour croça), gurumete (grumete), 
gurupa garupa (esp. grupa) ; prov. esbalauzir (pour blau- 
zir) ; franc, semaque (néerl. smak), canif {kneif), hanap 
henap arch. {hnapf), varech (ivrack)\ val. fereme (frag- 
men)y sicriu (scrinium), sinôr (schnur), sumaltz {schmalz), 
B Aa.i. sinaida (snaida) L, Long., varanio (y.rU. wrênjo); 
lat. 7nina (pa), Timolus (T[j.w).o;), cinifes (ay.vt7:£ç) ^. 
Il est remarquable que les langues du sud-ouest emploient chaque 
fois, comme voyelle d'insertion, la voyelle de la syllabe con- 
tiguë. Nous retrouvons cette tendance aussi bien dans le basque 
qui en est géographiquement voisin (voyez des exemples dans 
mon Dict. étym. p. xiii, et cf. Mommsen dans la Zeitschrift de 
Hofer, II, 372) que dans une langue bien éloignée du domaine 
roman, le hongrois, où, par exemple, l'illyr. zsleb revêt la forme 
selep ou silip. L'osque comme le v.h.all. (d'après la remarque de 
KirchhofF, Ztschrft. f. vergl. Sprachf I, 36) peut employer 
pour l'insertion la voyelle de la syllabe radicale précédente : 
ainsi, par exemple, l'osque aragetud (lat. argento), terem- 
niss {terminus), uruvo (urvus que l'on déduit de urvare) . 

15. Le tableau suivant offre un aperçu comparatif des combi- 
naisons les plus importantes. Presque toutes appartiennent à la 
médiale, sauf la muette avec l qui appartient en même temps à 
l'initiale. 

1. Sur les voyelles préposées ou insérées par euphonie, il faut encore 
ici voir avant tout Pott, II, l. c. 84, 170, 224. 



282 




CONSONNES LATINES. 








ITAL. 


ESP. 


PORT. 


PROV. 


l'RANÇ. 


VALAQ. 


L et COUS. 


l 


l 


l 


l, u 


u 


l 


LR 


TV 


Idr 





Idr 


udr 





TL 


chi 


j{ll,ch) 


Ih 


Ih 


il 


chi 


CL init. 


chi 


ll(j,ch) 


eh 


cl 


cl 


chi 


méd. 


cchi^ gli 


jjl.ch 


Ih, eh 


Ih 


il 


chi 


GL init. 


ghi 


gl (II) 


gl 


gl 


gl 


ghi 


méd. 


gghi 


j.ll 


ih 


ih 


il 


ghi 


PL init. 


pi 


ll(j\ch) 


ch (Ih) 


pi 


pi 


pi 


méd. 


VPh gli 


J\ II. ch 


Ih, eh 


ih 


il 


pi 


BL init. 


M 


M 


bl 


bl 


bl 


bl 


méd. 


hhi 


II 


ch 


bl 


bl 


bl 


FL init. 


n 


II 


eh 


fl 


fl 


fl 


méd. 


fi 


Il (eh) 


ch 


fl 


fl 


fl ^ 


ML 


mhr 


mbl 


mbl y mbr 


mbl 


rabl 




MN 


— 


mbr 


m 


mn, mhr 


m, mm 





MR 


mbr 


mbr 


mbr 


mbr 


mbr 


__ 


MT 


nt 


nd 


nd 


mt, nd 


mt, nt 





NR 


rr 


ndr, m 


— 


ndr 


ndr (nr) 


— 


NS, RS 


s 


s 


s 


s 


s 


s 


SR 


— 


(str) 


-- 


(str) 


str, tr 


— 


ST 


se 


X, z 


X, z 


ss 


ss 


st 


TR, DR 


tr, dr 


dr 


dr 


ir 


ir 


tr, dr 


es 


ss, se 


X, s, j 


X, s 


iss, ss 


iss,ss,x 


s, s 


CT 


tt 


eh, et, t 


it, et, t 


it, ch 


it, t, et 


t,pt,f 


NG 


ng 


nj 


nj 


nj 


ng, ch 


— 


RG 


rc 


rg 


rg 


rj 


rg 


— 


TG, DG 


99 


J 


J 


tg 


g, ch 


— 


SGe, i 


se 


ç, z, X 


X, sç 


ss, s 


se, ss 


et 


GN 


gn 


n, in 


nh, in 


nh, in 


gn, in 


mn 


NGe, i 


ng, gn 


ng, n 


ng (nh) 


ng (nh) 


ng, in 


ng 


PS 


ss 


s 


ss 


iss 


iss 


s 


PT 


tt 


t, ut 


t, ut 


t, ut 


t 


t 


BS 


ss 


s, bs 


s, bs 


s 


s, bs 


s 


BT 


tt 


ud 


ud 


t,pt 


d, t 


t 



16. Souvent aussi, même là où il ne s'agit pas d'adoucir une 
consonnance multiple (§ 14), on insère des consonnes, procédé 
qui a sa cause en partie dans un certain sentiment de l'euphonie, 
en partie dans un pur hasard. Nous étudierons ces cas dans la 
section IL Mais il est nécessaire de donner déjà place ici à un 
trait qui, dans ce procédé, est commun à toutes les langues 



LETTRES ALLEMANDES. 283 

romanes : c'est la préférence accordée pour l'insertion aux liquides 
sur toute autre lettre. Zest souvent apposée à une consonne initiale, 
par exemple : ital. fîaccola = flaccola (lat. facula), esp. 
espliego (spica), prov. plasmar {spasmus), franc, enclume 
(incus). M est préposée à une autre labiale : ital. strambo 
(strabus), portug. tre^npe {tripus), prov. sembeli (sabel- 
linus), franc. E?nbrun (Eburodunum),Yal. octomvrie {octo- 
ber). On trouve encore dans d'autres langues, spécialement en 
latin , d'assez fréquents exemples de ces formes rhinistiques 
(cumbo, sambucus, limpidus, etc.). N s'insère devant les 
dentales et les gutturales : ital. lontra [lutra), fangotto {fag.) ; 
esp. ponzona (potio), ninguno (nec uniis) ; -proY . penchenar 
(pectinare), engual {aequalis); frânç. Jongleur (joculator), 
etc.; val. nierunt (minutus); lat. centum, fmdo, linquo, 
frango. Reddere, dans les formes romanes rendere, rendir, 
rendre, prend partout une n. La postposition d'une r à une 
muette (cf. ci-dessus, p. 207) est très-fréquente : ainsi dans 
l'ital. brettonica, esp. estrella, portug. fralda, prov. brostia 
{boîte), franc, fronde, cf. lat. culcitra à côté de culcita, etc. 
(Schneider, I, 474). Trompa {tuba) semble bien devoir sa 
forme à une double insertion. Le renforcement de l'initiale par 
une s est un procédé commun au roman, mais surtout recherché 
par la langue italienne : p. ex. ital. smergo, portug. estragdo, 
prov. escarpa, franc, escarboucle, val. sturz {turdus). 



LETTRES ALLEMANDES. 

D'après ce qui a été dit dans Y Introduction, nous devons 
nous adresser, pour l'appréciation de l'élément allemand ou 
germanique, à la plus pure et à la plus ancienne forme linguis- 
tique, le gothique. Nous sommes obligés, il est vrai, de puiser 
surtout nos matériaux dans l'ancien haut-allemand, qui est 
une source infiniment plus abondante, et parfois aussi dans 
l'anglo-saxon, le frison, le néerlandais, le norois, mais il faut 
alors se reporter toujours en esprit à la forme gothique *. 

1. Pour abréger, j'ai omis d'ordinaire la signification aussi bien des 
mots romans que des mots allemands ; on les trouvera d'ailleurs, avec 
d'amples détails, dans mon Dict. étijm. J'ai aussi négligé de marquer 
les signes prosodiques des désinences de l'ancien haut-allemand : car 



284 VOYELLES ALLEMANDES. A. 

VOYELLES. 

A. — Le gothique ê, qui correspond au v. h. ail. â, n'a pas pénétré : 
on a en ital. bara (v.h.all. bârà)^ franc, vague (v.h.all. wâc, 
le goth. était vêgs) et autres mots analogues. L'ital. Tancredo, 
qui est en contradiction avec Corrado, est venu de la France. 
Le nom de personne esp. Suero, dans les chartes Suerius, 
nous ramène immédiatement au gothique svêrs £vti|xoç ; car on 
ne pourrait songer au latin suarius. On trouve aussi fréquem- 
ment que Suerius la forme Suarius, dont le type répond au 
v.h.allem. suâri = gravis, et cette forme doit avoir été la 
forme primitive du mot, car Suerius a bien pu venir de 
Suarius, mais non ce dernier du premier : cf. primera de 
primarius. Il n'y a donc point à chercher dans Suero un e 
gothique. L'a originaire persiste ordinairement en roman, 
même dans les cas où par la loi de périphonie {Umlaut), cet a 
a déjà dégénéré en e dans les textes de l'a.h.allem. : par ex. 
en ital. albergo etc. (heriberga, goth. harjis), aringa etc. 
(harinc, herinc), franc, falaise (f élis a), ital. fan go etc. 
(goth. fani, v.h.allem. fenni), gaggio [vadi, wetti), guarire 
(varjan, werjan), al-lazzare {latjan, lezjan), smarrire 
(marzjan, may^rjan, merran), prov. gasalha, port, aga- 
salhar {saljan, gaseljan), ital. smaltire {smelzan) ; esp. 
escansiar {skenkan), prov. escharir (scarjan, skerjan), 
ital. straccare (strecchan). Le français traite Va allemand 
autrement que Va latin : il n'applique pas la règle d'après laquelle 
a se change en e devant une consonne simple, et conserve 
plus fréquemment Va pur, par ex. dans braguer (v. norois 
braka), cane {kahn), écran (schragen), élan \elaho), estra- 
per (strapen), flan {flado), flatter (v. norois flat), garer 
(waron), hase (haso), nans (v. norois nâm), raguer (v. norois 
rakd), rame (ram), salle [sal). — Les noms de l'ancien haut- 
allemand composés avec hari, comme Gundahari, Walthari, 
Werinhari, changent leur a en ie : ital. Gontiero, Gualtiero, 
Guarniero, franc. Gonthier, Gaultier, Garnier, non point 
par une dérivation immédiate du moyen-haut-allemand Gun- 
thêr, Walthêr, Wernhêr, mais en vertu du même procédé qui 



les étrangers confondent facilement ces signes avec ceux de l'accent 
tonique. Les exemples cités sans qu'il soit fait mention de la langue 
appartiennent au haut-allemand. 



VOYELLES ALLEMANDES. E. I. 285 

transforme argentarius en argentiere, voy. ci-dessus p. 169. 
Sparwari (nisus) suit la même voie dans sparviere, et peut- 
être faut-il juger de même schiera, en admettant pour ce mot 
un v.h.allem. scarja pour scara. Il en est de même du franc. 
bière, prov. bera pour beira (cf. primera primeirà), qu'ap- 
puierait l'existence d'un v.h.allem. barja (néerl. berrie). 

E. — L'e latin devient, comme nous l'avons vu, la diph- 
thongue ie. Cette diphthongue pouvait à peine se produire dans 
les mots empruntés à l'allemand, qui n'offrait certainement aux 
Romans qu'un petit nombre d'é, la plupart de ceux qu'il possède 
ayant remplacé des i plus anciens : toutefois, on peut citer au 
nombre des ë l'ital. spiedo (sper), esp. yelmo [helm), franc. 
fief {vehu) : les formes spir, hilm, vihu auraient difficilement 
engendré cet ie ; l'esp. fieltro renvoie de même à une forme 
propre felz qu'il faut supposer comme forme secondaire de filz. 

1, — 1. Les Romans ont rendu Vï allemand (qu'Ulfîlas 
exprime par le groupe ei) avec la même exactitude que 1'^ latin ; 
aussi ne cède-t-il la place à aucune autre voyelle, comme 
on le voit par de nombreux exemples ; en voici quelques-uns : 
ital. giga {gîge, digrignare (grînan), grigio (gris), giiisa 
{wîsa), lista (lîsta)^ riddare {ga-rîdan), riga (rîga), ricco 
(rîhhi), stia {stîga); esp. giga, gris, guisa, iva (îwa), lista, 
mita (ags. mite), rico ; franc, canif (v. norois knîfr), gigue, 
gripper (v. norois gripa), gris, guise, if, liste, mite, rider, 
riche, ar-riser (rîsan), v.fr. guile (ags. vîle), esclier {slî- 
zan), eslider (ags. slîdan), guiper (goth. veipan). 

2. Sous ï, il faut ranger aussi bien le goth. et le v.h.a. t 
que le goth. ai et le v.h.all. è'. La représentation de ce son la 
plus habituelle en roman est e, comme celle de Vï latin. Ainsi 
dans l'ital. feltro {filz), fresco {frise), elmo (goth. hilms), 
lesto (goth. listeigs), senno {sin) et dans beaucoup d'autres 
exemples, tant dans cette langue que dans les langues sœurs. 
Mais il y a aussi des cas, qui sont loin d'être rares, où cet i 
conserve sa forme, alors même qu'en v.h.allem. il s'est déjà 
en partie affaibli en e : ital. fio {vihu, vehu), camarlingo, 
siniscalco {sini-scalh, mais franc, sénéchal), schifo {skif), 
spiare {spehon), tir are {zeran, goth. tairan) ; esp. esgrimir 
{skirman, mais ital. schermire), eslinga {slinka), espiar, 
tirar, triscar (goth. thriskan, v.h.allem. dreskan, ital. tres- 
care), portug. britar (ags. brittian); franc, blinder (goth. 
ga-blindjan), eschirer arch. {skerran), flin {vlins), frique 
arch. (goth. frik-s, v.h.allem. vreh), grincer {gremizon), 



286 VOYELLES ALLEMANDES. 0. U. AI. 

nique (hnicchan), esquif et équiper [skif, skip), sigler arch. 
(v.iior. sigla, v.h.allem. segalen). 

0. — Le roman reste généralement fidèle à la forme de cette 
voyelle. On ne peut citer qu'un petit nombre de diphtliongaisons, 
qui s'appuient aussi bien sur l'o goth. (v.h.allem. o, uo) que sur 
Yô v.h.allem. (goth. w, au). Ital. spuola à côté de spola 
(spuolo, s2)6lo), palchi-stuolo (stuol, stol), truogo (trog), 
uosa (hosa); esp. espuela ancienn. espuera (sporo), huesa, 
rueca (rocco) ; franc, fauteuil {valt-stuol), feurre (vuotar, 
goth. fodr), heuse, ineurtre {mord, goth. maûrthr). Dans 
quelques-uns de ces exemples, le uo italien renvoie à un ô 
allemand, tandis que dans les mots latins ô n'engendre pas ûo. 
Aussi doit-on croire que c'est la diphthongue allemande uo qui 
est ici directement reproduite. Signalons encore le provençal 
raustir {rostjan), voy. mon Dict. étymologique. 

U. — 1 . Quand u est long, il persiste intact, comme en latin. 
Les cas sont à peu près les suivants : ital. bruno {brun), buco 
(bûh), drudo (drûd)^ 9'^fo (hûvo), schiuma (scûm), sdruc- 
ciolo {strûhhaï) ; esp. bruno, buco buque, escuma, adrunar 
arch. [rûnen) ; franc, bru {brut), brun, dru, écume, écurie 
(scûra), hune (v.nor. hÛ7î), sur acidus (sûr), v. franc, bue 
(bûh), bur (bûr), busse (v.nor. bûssa), cusc cd^siu^ {kûsc), 
huvet mitra (hûba), runer susurrare {rûnen), sur columna 
JRen. IV (sûl). 

2. Pour ù, la forme dominante est o (franc, ou), par ex. en 
ital. forbire {vurban), stormo (sturm) ; esp. 7nofar {mup- 
fen), Alfonso {-funs); franc, fourbir, moufle (b.l. mufftda). 
Il ne manque pas d'exemples où Vu originaire s'est maintenu, 
comme en ital. cuffia (kuppha), ruspo {ruspan), stucco 
(stuck), stufa {stupa), trastullo {stulla), trucco {druck), 
zuffa {zupfen)\ esp. almussa {mûtze), cundir (goth. kunds), 
estufa, tuinbar {y. nor. tumba) ; franc, hutte {hutta), étuve 
et analogues. 

AT. — A cette diphthongue gothique correspond d'ordinaire le v . 
h. ail. ei ou e, qui en est la condensation : mais beaucoup de monu- 
ments conservent ai, qui est aussi très-fréquent dans les chartes 
franques du vf au viif siècle, comme dans Aigatheo, Chaideruna, 
Bagalaiphus, Gairebaldus, Garelaicus, Wulfolaecus. Le 
domaine roman, comme l'anglo-saxon, ne fait ordinairement 
entendre dans ai que la voyelle accentuée : mais cependant la 
diphthongue pleine ne lui est ponit étrangère. Si les Allemands 
avaient fourni aux Romans la forme déjà affaiblie ei, elle aurait 



VOYELLES ALLEMANDES. AU. 287 

sans doute donné en ital. esp. e, en prov. port. ei. Il vaut la 
peine de réunir ici tous les exemples que nous connaissons, 
même ceux où Y ai allemand est devenu atone. Ital. aghirone 
[heigrd), gala (geil), gana [geinon?), guadagnare {weida- 
non), guado {weiti^dXi^), guaragno {hreinno), razza [reiza), 
stambecco (steinàock), zana (zeina), Arrigo {Heinrîh) ; ai 
dans guai (gotli. vai), laido (leid). Esp. gala, gana, guada- 
nar arch., g aranon, lastar (leistan), raza; ai dans airon, 
guay, laido arch. Prov. bana {hein?), gazanhar, garanhon, 
raza, Rostan {Hruodstein, dans les chartes Rustanus, 
Rostagnus) ; mais la diphthongue est ici plus usitée : aigron, 
faidir (b.lat. faida), fraiditz (vreidic), lait, Azalais 
(Adalheit), Baivier {Beigar), Raimbaut, Rainart, Raynier, 
Raimon {Reimbald de Regimbald, etc.). Franc, afre (eivar), 
avachir (weichjan), gale arch., gagner, hameau (heim), 
havir (heien), race ; ai et e dans laid, souhaiter (goth. hai- 
tan), rain margo {rain), Adélaïde, guêde (ital. guado), 
guéder {weidon), héron, hêtre (néerl. heister), v. franc. 
faide, gaif res derelicta (b.lat. wayvium), g aide, hairon, 
raise (reisa), tai (néerl. taai, h.allem. zdhe). Le vieux norois 
ei (prononcez ej) devient a dans hanter (heimta) , i dans rincer 
(hreinsa) . 

AU. — La diphthongue gothique au, en v. h.allem. o, ou 
(rarement au^), v.nor. au, anglo-saxon ed, a été dans son 
traitement à peu près assimilée au latin au. Ital. biotto (m. h. ail. 
bloz, v.nor. blaut-r, ags. bledt), di-bottare (m. h.allem. 
bozen, v.nor. bauta, ags. beat an), galoppare (goth. hlau- 
pan), loggia [louba), lotto (goth. hlaut-s), onire (haunjan, 
honjan), onta (honida), roba (roub). Dans plusieurs mots, au 
s'est abrégé en u parce qu'il était atone, comme dans udire du 
lat. audire : ainsi bugiare (prov. bauzar), buttare à côté 
de bottare, rubare {roubon), ar-ruffare (néerl. raufen), 
tuffare {toufan). Au persiste dans Austria {ostar, néerl. 
austr), comme il a persisté aussi dans le lat. australe ; de même 
dans sauro {sauren). Esp. botar, galopar, lonja (ital. 
loggia), lote, lozano (goth. laus, v. h.allem. lôs), robar, sopa 
(v.nor. saup). Froyla {Frauila) ; au dans bauzador (prov. 
bauzaire). Portug. ou seulement dans louçdo, roubar, v.port. 
cousimento (prov. causimen), dans les autres o. Prov. blos 

1. En francique également, la diphthongue domine, depuis le temps 
d'Ammien Marcellin jusqu'à Irminon (Dietricli^ Goth. Ausspr. G8). 



288 CONSONNES ALLEMANDES. L. 

(= ital. biotto), hotar, lotja, sopa\ la forme nationale est au^ 
comme dans les mots latins : bauzar {bosi?), blau {blâo), es- 
balauzir (v. mon Dict. étym.)^ cauana (chouh?), caupir (goth. 
kaupôn), causir (goth. kausjan), galaubia (goth. ga-laub-s), 
galaupar galopar^ aunir, anta (pour aunta), mauca 
(mauck), raicba, raubar, raus (goth. raus), saur, Auda- 
frei GRos. (Autfrit Otfrit), Audoart (Audwart Otw.), Aus- 
torica (Ostarrîhi), Gausbert (Gozberht), Gaucelm {Goz- 
helm) et analogues. Franc, o, oi, ou : galoper, honnir, loge, 
robe dé-rober, choisir, bouter, houe (houwa) ; au dans 
saurer. 

lUesi rare et sa représentation est incertaine : ital. schivare, 
esp. prov. esquivar (skiuhan), où u paraît consonnifié en v ; 
ital. esp. tregua, prov. treva, franc, trêve {triuwa triwa), 
ital. chiglia, esp. quitta, franc, quille {kiot). Dans le nom 
propre esp. Gustios (b.lat. Gudestheus Godesieo Gusteus), 
qui renvoie à un goth. guths thius (serviteur de Dieu), les deux 
voyelles se sont maintenues. Le Poema del Cid accentue 
Gustios, les romances Gustios, 

CONSONNES. 

L. — La seule remarque que suggère cette lettre, c'est 
qu'elle peut quelquefois être remplacée, comme 17 latine, en ita- 
lien par ^, en français par u : bianco {blank), heaume (helm)^. 
Une muette suivie de l donne parfois une l mouillée (comme dans 
les mots latins) : ital. briglia {brittil britl) ; franc, haillon 
(m.h.allem. hadel) ; ital. quaglia, franc, caille (néerl. qua- 
kele);irainç. quille (kegil); ital. gagliardo, franc, gaillard 
(ags. gagol?) ; ital. tovagtia {duahila) ; v.fr. esteil {stihhil?); 
fr. grouiller (grubilon). 

M. — M finale s'échange avec n dans les langues du nord- 
ouest : prov. esh^n, mais v. franc, estor ; franc, ran bélier, 
dans les patois (v.h.all. ram). De même dans les noms propres : 
prov. Bertran (Berti^am), îranç. Gauteran pour Galtran 
(Walram). 

N. — La langue française a une tendance à ajouter vmdk Vn 



1. Le v.franç. hiahne offre une ressemblance frappante avec le v.noroîs 
hiâlmr, mais on peut tout aussi bien le rapporter au h.allem. helm 
que le v.franç. Mal à bellus ; il en est de même aussi de GuUlalme, 
V. norois Vilhialmr. 



CONSONNES ALLEMANDES. R. T. 289 

finale, même quand elle provient de m. Ainsi dans allemand 
(alaman), normand (nord^nan), fém. allemande, normande, 
de même aussi dans Bertrand {Bert7^arii), Baudrand {Bal- 
tram) ; V. franc, t : Guinemant (Winiman), etc. Dans d'autres 
mots, comme étrain (strand), d disparaît après n. 

R. — Après une consonne initiale, r s'échange assez souvent 
avec l : ainsi dans les chartes italiennes Flodoinus, par exemple 
HP Mon, n. 92, pour l'usuel Frodoinus {Frodwin); esp. esplin- 
que (springa sprinka), hlandon (brand), flete (fracht), dans 
les chartes Flavila {Frauila); franc. Flobert pour Frohert 
(Frodbert) Voc. hag., floberge ^owt froberge, voy. mon Dict. 
étym. II. c. s. V. flamber ge. Quelques autres cas isolés 
sont : it. albergo (heriberga), maliscalco {marscalc), esp. 
Bernaldo (Bernhard), Beltran {Bertram). La meta thèse si 
connue de cette liquide se présente aussi plus d'une fois, comme 
dans l'it. ghermire à côté de gremire (krimman), scrima à 
côté de scherma (skirman). 

T. — 1 . La forte de l'ordre des dentales se maintient dans la 
plupart des cas, p. ex. à l'init. it. taccagno (néerl. taai, 
v.h.allem. zâhi), tasca (allem. mod zesche), tirare (goth. 
tairan), toccare {zucchon), truogo (ags. v.h.allem. trog) ; 
esp. tacano, tapon (bas-allem. tap, v.h.allem. zapfo), tascar 
(zaskon), tirar, tocar\ franc, taquin, tape, tas (néerl. tas), 
tirer, toucher. Médial : it. batto et battello (ags. bât), biotto, 
buttare (voy. sous au), fetta (fizza), greto {grioz),scotto (fris. 
skott, allem. mod. schosz), spito (spiz); esp. batel, botar, 
brote {broz), hato [fazza, vaz, pg. fato), guita (wita = lat. 
vita), escote, espeto ; et en français aussi à la finale : bateau, 
beter arch. (ags. bœtan, m. h. allem. beizen), bouter, bout, 
brout, mite (mîza), écot, espieut arch. (spioz). — L'abais- 
sement de la forte à la douce paraît à peine se produire pour le 
t allemand. On en reconnaît un exemple dans l'ital. guidare, 
prov. guidar, franc, guider (goth. vitan), dans le v. franc. 
hadir (hatan), ainsi que dans le fr.mod. amadouer (v.nord. 
mata) . Le français ne présente aussi que fort rarement l'expul- 
sion du t : gruau (ags. grut), hdir (v. franc, hadir), poe 
(néerl. pool), rayon de miel (m. néerl. rate), rouir (néerl. 
roten), Maheut (Maht-hild). Cf. également esp. prov. guiar 
= franc, guider. 

2. En revanche, l'élévation haut-allemande du ^ au ^ a déjà 
profondément pénétré, et il est à peine besoin de rappeler que les 
mots qui contiennent ce z trahissent ainsi ou une admission 

DIEZ i 9 



290 CONSONNES ALLEMANDES. ST. D. 

postérieure dans la langue ou tout au moins une transformation 
par analogie. Si l'on compare le t allemand au t latin, qui, sauf 
devant Yi palatal, n'est presque jamais rendu par z, on com- 
prend que ce z n'est dû qu'à l'influence de la forme haut-alle- 
mande; car ici il peut remplacer le t devant toutes les voyelles. 
L'italien l'exprime directement par z ; les autres langues 
emploient z, ç, s et ss. Ital. à l'init. zalJb {zapfo), zaino {zain), 
zana (zaina), zazza (zata), zecca (zecke), zuffa (ge-zupfe), 
zuppa (zupfen). Les autres langues en présentent à peine un 
cas assuré; l'esp. zaina, par exemple, paraît avoir été emprunté 
à l'italien. Mais les exemples à la médiate sont extrêmement 
nombreux : ital. hazza (m.h.allem. bazze), hozza (butze), 
cazza (chezi), chiazza{kletz), elsa {helza), a-gazzare {haz- 
jan), izza {hiza), a-izzare {hetzen), lonzo (lunz), al-lazzare 
{lezjan), milza (milzi)^ mozzo (mutz), orza (lurz), pizzi- 
care {pfetzen), scherzare (scherzen), spruzzare (sprut- 
zen), stronzare (strunzen), strozzare {drozza), Ezzilo 
(Etzel). Esp. cazo, melsa pour melza, orza, pinza {pfetzen). 
ProY. bossa, etc., Gaucelm (Gozkelm), Gausseran (Gozram). 
Franc, blesser {blet zen), bosse, clisse (kliozan ou klitz), 
écrevisse (krebiz), a-gacer, gri^icer (gremizon), mousse, 
pincer, saisir (sazjan), v. franc, casse (ital. cazza), groncer 
(grunzen), hesser (ital. aizzare), etc. — Il n'est pas rare de 
voir la sifflante dépossédée par une palatale, comme dans l'ital. 
biscia (biz), boccia à côté de bozza, freccia {flitz), gualcire 
(walzjan), liccia (m.h.allem. letze?), solcio (sulze); esp. 
bocha, flécha, wiocho, pincha ; franc, flèche. 

ST médiat, dans les mots latins, se simplifie (comme nous 
l'avons déjà dit p. 214) en ital. en sci ou en z, en esp. en œ ou 
z, et en franc, en ss o\x s. Le même phénomène se produit aussi 
pour divers mots allemands. Le v.h.allem. brestan donne le 
prov. brisar, franc, briser; le v.h.allem. burst ou brusta 
donne l'esp. broza, prov. brossa, franc, brosse; v.h.allem. 
hulst, franc, housse; goth. kriustan, ital. crosciare, esp. 
cruûcir, prov. crussir ; v.h.allem. lîsta, franc, lisière ; v.h. 
allem. minnisto, franc, mince pour minse. C'est aussi de cette 
manière que sont nés gazza, agace, voj. Dict. ètym. L 

D. — 1. La douce de l'ordre des dentales (devenue en v.h.all. 
t) est exactement traitée comme le d latin : elle se maintient 
ordinairement ; dans l'ouest seulement, soit après une voyelle, 
soit entre deux voyelles, elle est d'habitude élidée. Init. ital. 
esp. dardo (ags. daradh), franc, drague (v.nord. dregg) et 



CONSONNES ALLEMANDES. TH. ' 291 

analogues. — Méd. ital. ardito {goth. hardus), banda (goth. 
handï), hidello (v.h.allem. bitil), hordello (goth. haûrd), 
predello (ags. hrideï), fodero (goth. fôdr), guadare (ags. 
vadan), guado (vàd), guardare (veardian), mondualdo 
{vealdan). Esp. banda, hedel, bordel, brida, guardar, etc. 
Prov. ardit, banda, etc., bradon by^aon (v.h.allem. bràto), 
fuerre, Loarenc (Lodharing), loire (m.h.allem. luoder). 
La prononciation du z attribuée au d latin a été aussi appliquée 
au d allemand (et au tK), brazon à côté de bradon, flauzon 
(v.h.allem. flado), guazar, guazanhar, guazardon pour 
guadar, etc., Azalais, transposé en Alazais (Adalheit), Azal- 
bert, Azimar {Hadumai^) , Ezelgarda Chx. Y, 334 {Adal- 
garta), Lozoïc, Ozil (Uodil) ^ V. franc, et franc. mod. hardi, 
bande, bedeau, bride, guède, godine (wald), eslider (ags. 
slidan); brayon, estriver pour estrier (nor. strîda), four- 
reau, guéer, layette (moy.h.allem. lade), leurre, Loërain 
Lorrain, tiois (goth. thiudisk). On voit qu'en français le d 
allemand s'est un peu mieux conservé que le d latin. 

2. — La transformation du d goth. primitif en t h.allem. 
n'est pas restée non plus sans influence : on la trouve même en 
roman dans des cas où le h.allem. accordait la préférence au d. 
Pourtant il faut admettre que c'est le h.allem. là aussi qui 
a dû donner Texemple. Init. ital. taccola (v.h.allem. tâha), 
trincare, sans doute mot postérieur (trinken), troscia et 
s-troscio (goth. ga-drausjan, allem.mod. dreuschen), tufjare 
{taufen)', franc, tan {tanna), ternir (tarnjan), trinquer. — 
Méd. ital. brettine ipritil), scotolare {scutilon), slitta {slito); 
fr. brette (nor. breddà), enter (impiton), gleton arch, (klette). 

TH. L'aspirée (que possédaient tous les anciens dialectes de 
la famille germanique, et que seul le v.h.allem. a modifiée ou 
restreinte au profit de la douce) n'a pu atteindre en roman une 
représentation aussi précise que le 3- grec (après son passage 
par le th latin) parce qu'elle s'est croisée avec le d qui la rem- 
plaçait en h.allem. Dans les cas où l'aspirée fut transmise au 
roman, il rendit ce son étranger par la forte, comme on le voit 
très-fi'équemment dans les chartes latines^. A l'origine, ce t paraît 

1. Il faut noter le franc, biez, b.lat. Mezium = anglo-saxon bed; v. franc. 
miez, b.lat. mezium = anglo-saxon medo, angl. mcad. 

2. Dans les temps postérieurs^ il est même rendu par z; ainsi l'angl. 
tk dans zon = thorn R. de Rou II, 105, Aj^zurs = Arthur, voy. Wolf, Lais 
p. 327. Même en anglo-saxon, dh est déjà également rendu pars, et l'on 
trouve bœzere écrit pour bsedhere (Grimm P 253). 



292 CONSONNES ALLEMANDES. S. 

avoir été l'unique mode de transcription ; ainsi thiudisk donna 
l'ital. tedesco, esp. tudesco, prov. ties, v. franc, tiois, non 
detesco, etc., comme le h.allem. diulisc. A l'initiale, la trans- 
cription romane est appliquée avec toute la rigueur qu'on 
peut attendre en pareille matière. Exemples : v. h.allem. 
thamfh côté de ta7nf, allem.mod. dampf, ital. tanfo; v.h. 
allem. dahs^ probablement pour thahs, ital. tasso, prov. tais, 
esp. texon, franc, taisson ; v.h. allem. tharrjan, cf. goth. 
thairsan, prov. franc, tarir; goth. ^^e^/^an, v.h. allem. dihan, 
ital. tecchire, v. franc. tehir\ v.nor. thilia, franc. tillac\ 
néerl. drie-stal (pour thrie-), franc, tréteau ; goth. thriskan, 
ital. trescare^ esp. triscar, v. franc. trescher\ ags. throsle, 
franc. ^r«^e ; ags. thryccan, ital. trucco, esp. truco, prov. 
/rwc ; goth. thvahl, iidl. tovaglia, esp. toalla, franc. touaille\ 
v.h. allem. Dankràt, ital. Tancredo, dans les chartes franques 
Tancradus ; Thiudburg, prov. Tihorc ; Diothalt, prov. 
V. franc. Tihaut et autres noms propres. Il faut citer comme 
exception l'ital. danzare, etc., du v.h. allem. danson (= goth. 
thinsan) ; franc. <^rz7/(? s'il dérive du v.h. allem. drigil = 
norois thrdll. — A l'initiale, où toutes les consonnes ont plus 
de solidité, on trouve à peine une exception à cette régie, mais 
à la médiale 6^ l'emporte de beaucoup, en partie, comme on 
peut le penser, sous l'influence du d h.allem. T persiste, il 
est vrai, dans le franc, meurtre (goth. mdurthr), honte 
{hdunitha *), dans l'ital. grinta {grimmitha *), mais on trouve 
partout ailleurs la douce, qui, en français, éprouve l'affaiblis- 
sement en i ou la syncope : ags. hroth, v.h. allem. hrod, ital. 
hrodo, franc. hrouet\ goth. hruth, v.h. allem. hrût^ v. franc. 
hruy, franc. mod. ljru\ ags. fœhthe, v. franc. faide\ ags. 
fedher, nor. fidr, v.h. allem. fedara, ital. federa\ goth. 
guth, ags. god, v. franc, goi ; v.nor. leith-r, ags. lâdh, v.h. 
allem. leid, ital. laido ; ags. vœthan, v.h. allem. weiden, fr. 
guéder; goth. vithra, ags. vidher, v.h. allem. wider, ital. 
guider-done; goth. Frithareiks, v.h. allem. Fridurîhy ital. 
Federigo, franc. Frédéric ; goth. Guthafriths, prov. Goda- 
frei GRos. GAlb. 8381, où la voyelle de composition a a eu la 
chance de se maintenir, v. franc. G ode f roi. 

S. — Peu de mots trahissent l'affaiblissement de 5 en r : ainsi 
en prov. v. franc. i7^nel pour isnel (snel) et sans doute aussi le 
nom propre ital. Sirmondo pour Sismondo ? Ce sont de beUes 
formes que les mots prov. raus, franc, roseau {raus, ror), qui 
montrent encore une s gothique en face de Vr haut-allemande : de 



CO]NSONNES ALLEMANDES. K. 293 

même le mot besi (goth. basi, néerl. hesie, ail. heere) que l'on 
trouve dans les patois français, ne s'est point laissé enlever 
son s. 

SL, S M, SN. Le roman n'a point rejeté ces groupes, inconnus 
au latin à Tinitiale ; seulement il va de soi que Touest leur 
préposa partout un e, comme il avait déjà fait pour st, se, sp : 
ital. slitta (slito), smacco {smâhi), s^nalto {smelz), snello 
(snel); esp. eslinga (slinga), esmalte; franc, élingue, émail. 
Toutefois, si est rarement reproduit dans son intégrité : d'ordi- 
naire le roman intercale c entre les deux lettres, comme déjà 
le fait l'ancien-haut-allemand (slahan sclahan), et par imitation 
sans doute du procédé allemand. Ex. ital. schiatta pour sclatta 
(slahta), schiaffo (schlappe), schiavo {sclave pour slai^e), 
schietto {sleht), schippire pour sclippire {slip f en), sghemho 
(slimb); esp. esclavo; prov. esclau (slâ), esclet\ franc. 
esclave, v. franc, esclenque (slinc), esolier (slîzan). Dans le 
franc, salope pour si ope , semaque (néerl. smak), senau 
(néerl. snauw), ainsi que dans chaloupe (néerl. sloep), che- 
napan (schnapphahn), l'initiale complexe a été scindée par 
l'insertion d'une voyelle. On a un exemple du groupe sn, avec 
l'insertion d'une consonne, dans l'ital. sgneppa (sneppa, 
schnepfe) . 

K. — 1. La forte gutturale, devenue au milieu et à la fin des 
mots une aspirée dans l'ancien-haut-allemand, n'a point été traitée 
par le roman de la même manière que la lettre latine correspon- 
dante. Tandis que \ec latin perd sa valeur devant e et z,la lettre 
allemande, même devant ces voyelles, persiste comme gutturale. 
Tandis que l'italien rend par exemple le latin cilium (kilium) 
par ciglio, il rend l'allem. kiel par chiglia ; de même le lat. 
sçena (skena) est rendu par scena, l'allem. skina par schiena. 
Enfin une autre différence, c'est que le passage de la forte guttu- 
rale à la douce est une règle pour les mots latins (au moins à la 
médiale), tandis que pour les mots allemands c'est une exception. 
Tableau : 

Lat. g — rom. ca, co, eu {ga, go, gu), ce, ci. 
Allem. k — rom. ca, co, eu che, chi. 

Mais sur ce point la langue française s'écarte tellement de la 
règle commune au roman, que nous devons traiter cet idiome 
séparément. Exemples à l'appui du tableau ci-dessus : init. et 
méd. it. camarlingo, scalco, cuffia, schiuma (scûm), lacca 
{lahha), stecco (steccho)', chiglia, schiena, schermo {schir77i), 
stinco pour schinco, squilla {skella), ticchio (zicki); douce 



294 CONSONNES ALLEMANDES. K. 

dans g ar go (kar g), brago (nor. brâk), Federigo, plus fré- 
quemment à l'init. kr : graffio, grampa, grappa, grattare 
(ki^azon), gremire^ greppia (kripfà), groppo {kropf?). 
En esp. devant e ou e : quilla^ esquena, esquila, escalin 
(skUlmg)y Fadriquez ; douce par exemple dans hrigola 
(m.li.allem. hy^echel), Rodrigo \ de même à Finit, pour kr\ 
garfio pour graflo, grapa^ gratar, grupo. Le portugais et le 
provençal offrent des exemples analogues. 

2. En français, k ne reste guttural que devant o, u ou une 
consonne, et à la finale : devant a, <?, ^, il se change d'habitude 
en ch : dans les mots latins, ce son ch se restreint au groupe 
ca, parce que, quand ch s'est formé, ce et ci n'avaient déjà 
plus la même valeur que ca\ enfin dans les groupes co, eu, la 
forte a été respectée aussi bien en allemand qu'en latin. 
Tableau : 

Lat. c — franc, cha, ce^ ci, co, eu. 

Allem. k — franc, cha, che, chi, co, eu. 
Exemples d'abord de co, cit {sko, sku) : cuire arch. {kohhar 
koker)y bacon {bacho), écope (suéd. skopd), èeore (ags. 
score), écot (fris, skot), écume (skûm); de même à la finale 
blanc, franc etc. De ka, ke, ki : init. Charles (Karal), 
chouette (kauch), choisir (goth. kausjan), échanson {skenko 
pour skanko), échevin (scabinus), eschernir arch. (skernen), 
eschiele arch. (skella), échine (skina), déchirer (skerran) etc. 
Méd. anche (ancha), Archambaud {Erchanbald), blanche 
(blancha), brèche {brehha), clinche {klinke), fraîche (fris- 
ca), franche (frankà), hache {haché), laîche {lisca), lécher 
(lecchon), marche {marcha), poche (ags. pocca), riche 
{rîhhi), Richard {Richart), toucher {zuchon), tricher (néerl. 
trekken). Mais il ne manque pas d'exceptions dans le français 
ancien ou moderne : écale {skal), quille {kiol), esquif {skif) ; 
buquer (néerl. beuken), bouquer (nor. bucka), braquer (nor. 
bràka), caquer (néerl. kaaken), esclenque {slinc), esprequer 
(néerl. prikken), esquiver {skiuhan), flaque (dialect. vlacke), 
frique (goth. frik-s), nique {nick en), plaque (néerl. plack). 
L'exception atteint principalement les mots d'origine postérieure 
(c'est-à-dire introduits après la période franque), norois aussi 
bien que néerlandais, parmi lesquels il faut placer aussi les 
mots composés avec -quin, comme bouquin, mannequin. 
Dans d'autres cas, le français a accordé la préférence à la douce, 
qui, finalement, se résout aussi en i ou s'évanouit : braguer 
arch., raguer, rogue, brai (v.nor. braka, raka, hrokr, 



CONSONNES ALLEMANDES. G. 295 

brâk), hagard (v.angl. hauke), Alary (Alaricus), Auhery 
(Albericus, Alprîh), Emery (Emerîh), Ferry {Friderîh), 
Gonthery {Gundrîh), Henri (Heimrîh), Olery (Uodalrîh), 
Thierry {Thiotrîh) et* autres prénoms et noms de famille, 
cf. Pott, p. 256. A l'initiale^ ce fait se produit comme dans les 
langues sœurs, mais un peu plus rarement; devant r dans : 
grappin, gratter etc. ; devant / dans glapir {klaffen), glou- 
teron {Mette), devant une voyelle dans guingois (v.nor. 
kingr). — Remarquons encore que k final disparaît dans 
maréchal, sénéchal. Il est probable qu'il se produisit aussi une 
vieille forme franc, seneschalt senechault d'où le moy.h.allem. 
seneschalt, de même v. franc, gerfault (à'ou esi^. girifalte) 
pour gerfalc. On retrouve également cette conversion de la 
gutturale sous l'influence d'une liquide précédente dans haubert 
[halsberc), v. franc, herbert Bert. p. 52 {pour herberc, her- 
berge), Éstrabort (Strâzburc), Lucenbort (Luœemburc), 
tous mots dans lesquels le c avait remplacé un ^ final. 

KN. Ce son initial, que le roman ne tolère jamais, et que le 
latin lui-même connaît à peine, a été dissous par l'insertion 
d'une voyelle : ainsi dans lands-knecht , ital. lanzichenecco, 
esp. lasquenete, franc, lansquenet; kneif, franc, canif, 
ganivet, v.esp. ganivete ; kneipe, franc, guenipe ; knap- 
psack, franc, canapsa. L'insertion n'était pas inusitée, même 
en v.h.allem., comme dans cheneht pour chneht, chenistet 
pour chnistety chenet pour chnet. 

se H. Ce son du haut-allemand moderne est rendu en roman 
par le même son ou par un son analogue, par exemple : ital. 
ciocco (schock); esp. chorlo (schorl); franc, chelme (schelm) , 
chopper (schupfen). 

G. — 1. La douce gothique, qui, en v.h.allem. s'est élevée 
au kj a été très-diversement rendue par les langues romanes et 
spécialement parle français; car tantôt g garde le son guttural, 
soit comme en latin devant a, o, u, soit même, comme le k alle- 
mand, devant e, i ; tantôt il se change en une palatale ou une 
autre gutturale. En italien, g reste guttural devant a, o, u: 
gabella (ags. g a fui), Goffredo (Gotfrid), gonfalone {gund- 
fano) . Devant e et iy il reste tantôt guttural comme dans ghiera 
(gêr), gherone et garone {gère, fris, gare), aghirone {hei- 
giro), Gherardo {Gerhard), Inghilfredo {Engilfrid)\ tantôt 
il devient palatal comme dans geldra {gilde), bargello {pari- 
gildus), giga (gîge), Gerardo, Gerberto, Gertruda, Gis- 
7nondo {Sigismund), Engelfredo à côté de Inghilfredo. 



296 CONSONNES ALLEMANDES. J. 

Devant a dans giardino (garten), peut-être aussi dans Giof- 
fredo =. prov. Jaufy^é? Esp. gabela, alhergue\ giga, giron 
(\idi\. g herone), jardin, tarja (franc. targe)\ affaiblissement 
du g dans desmayar (magan). Prov. gabela, gon fanon ; 
Gueraut, Guerart\ giga, giron, Germonda (Gêrmund), 
Giraud, Girart\ jardin et gardin, tayja, Jausbert et 
Josbert {Gauzbert, Gozbert), Jaufré [Gauzfrid, Gozfrit), 
Jauri (Gozrîh) ; affaiblissement dans esmayar ; chute dans 
Ray7nbautiv\%yl\di\i. (Raginbald). En français et devant toutes 
les voyelles, la palatale douce est la forme dominante ; d'ailleurs 
l'aspirée francique ghe, ghi ne se laissait guère rendre autre- 
ment que par ce son. Ex. jardin, jaser (nor. gassï), geai 
{gâhi, voy. mon Dict. étijyn.), gerbe {garba), Geoffroi {Gau- 
fredus), Jaubert (Gauzbert), v. franc, geude à côté de 
gueude, gigue, giron, Gérard, Giraud (Gêrold), Gerbert, 
Jombert à côté de Goynbert (Gundobert) ; médial auberge, 
hoge arch. (b.lat. ho g a), renge arch. (hringa), targe {zar- 
ga) ; la douce persiste rarement comme dans gabelle ou dans 
vague (v.h.allem. wâg) ; elle se mouille dans haie (hag), v.fr. 
esmayer, tarier (néerl. targen). Nous avons étudié sous C le 
groupe final RG. — NG final dans le suffixe ing perd en français 
la gutturale, et Yi est diversement représenté, cf. escalin (shil- 
ling), guilledin (angl. gelding), lorrain [lotharing), brelan 
(bretling), éperlan (spierling); avec addition d'un d flamand 
(flaming). V. franc, lorrenc, brelenc, flamenc. 

2. On remarque des traces de la forte du haut-allemand dans 
quelques mots comme l'ital. diffalcare, esp. desfalcar, franc. 
défalquer (falhan pour falgan)', ital. castaldo, b.lat. castal- 
dus (goth. gastaldan) ; esp. confalon, pr. v. franc, confanon 
{gundfanon) ; ital. bica (biga) ; dialect. luchina (lugina) ; 
esp. esplinque (springa). 

J. — /prend à Tinitiale la prononciation romane connue: 
f rsinç. jangler (b.allem. jangelen), v. franc, gehir (Jehan), 
ital. g iulivo, îranç. joli (y. nor. jol). Dans Tintérieur du mot, 
Vi ou lej qui appartient au sufifixe est exactement traité comme 
Vi latin palatal, et se montre encore vivant dans des cas où le 
v.h.allem. l'a effacé. Remarquons, en outre, que le j roman a 
parfois sa raison d'être dans Vi final du nominatif ou dans un j 
contenu dans le génitif. 1) Après /, m, n, j (i) persiste : ital. 
scaglia, franc, écaille (goth. skalja) ; prov. gasalha, portug. 
agasalhar, esp. agasajar (v.h.allem. gasaljo): la forme espa- 
gnole est ici à l'allemand dans le rapport où hijo esikfilius ; prov. 



CONSONNES ALLEMANDES. H. 297 

gualiar (ags. dvelian) ; franc, hargner (v.h.all. harmjan) ; 
prov. bronhay v. franc, brunie (goth. brunjo) ; esp. grena, 
prov. grinhon (v.h.allem. grani plur.) ; ital. di-grignare 
{grînjan *) ; ital. guadagnare etc. {weidanjan *, cf. mon 
Dict. étym.)\ ital. guaragno, esp. guaranon \hreind)\ franc. 
mignon (minnia) ; ital. sogna, prov. 5on/i, franc. 5om (b.lat. 
sunnis, sunnia) \ prov. a-tilhar (v.sax. tilian). Le prov. 
fanha (goth. /anz, génit. fanjis) offre dans le franc, /anp'e et 
l'ital. fango deux représentations différentes. 2) Après les 
autres consonnes, la représentation du j est moins régulière. 
Ital. boriare {burjan), d'où aussi franc, bourgeon ; ital. sto- 
rione, esp. esturion, franc, étourgeon (sturjo). Ital. liscio, 
franc, ^me (/wi?) ; ital. bragia, esp. brasa, franc, braise 
(ags. brdsian) ; ital. strosciare (goth. ga-drausjan, cf. cascio 
de caseus); crosciare (goth. kriustan). Esp. sitiar (v.sax. 
sittian'^) ; ital. guardia (goth. vardja)\ ital. gaggio, franc, 
^a^e (goth. ^?ac?^, génit. vadjis). Ital. guancia {wankja pour 
wanka'^)\ schiacciare (Mackjan)\ sguancio (swank), Ital. 
loggia, franc, ^ope (laubja)', franc, drageon (goth. draibjan). 
Ital. greppia, franc, crèche {krippea, c'est-à-dire kripja, cf. 
appio, ache de apium); ital. graffio, esp. garfio {krapfjo, 
pour lequel on trouve seulement krapfo). Esp. ataviar (goth. 
ga-têvjan ou taujan). 

H. — Le roman n'ayant pas admis l'aspirée latine, on ne 
peut a priori admettre qu'il ait accordé à l'aspirée allemande une 
influence considérable. Cette présomption est en général confirmée, 
mais dans la reproduction des mots allemands il ne pouvait 
repousser complètement un son qu'à la vérité il avait déjà 
abandonné, mais qui maintenant s'offrait de nouveau et énergi- 
quement à son oreille. Tous les dialectes romans ne pouvaient, 
il est vrai, l'employer dans sa vraie forme ; la plupart ont 
même cherché (quand ils ne l'ont pas laissé périr) à le remplacer 
par une autre gutturale, procédé qui rappelle en quelque mesure 
celui du latin dans galbanum = grec y^cCk^irt]^ orca = up/;^. 
H est inconnue en italien, mais on trouve à l'initiale g ouc dans 
garbo dialectal {herb), gufo [hûvo), médiat dans agazzare 
{anhetzen), aggecchire (prov. gequir), bagorddre (v. franc. 
behorder), smacco {smâhi), taccola (taha), tecchire (v. franc. 
tehir), taccagno (zâhi). En espagnol, h s'efface également, 
bien qu'on l'écrive d'après l'exemple du français : hacha, halar, 
heraldo. Mais dans le vieil espagnol l'aspirée allemande a 
été parfois représentée par f (comme le h ou le ch arabe), 



298 CONSONNES ALLEMANDES. H. 

renversement du procédé en ^ertu duquel f se résout en une 
aspirée. C'est que derrière cet f on ne trouve pas une h alle- 
mande, mais bien une h française, car les cas se limitent exclusi- 
vement à des mots d'origine française : faca (haque), faraute 
{héraut), fardido {hardi), fonta {honte), portug. fâcha 
{haché), farpa {harpe), méd. esp. hofordar ipahorder). On 
trouve la douce ou la forte dans tacano, portug. trigar (goth. 
threihan), de même prov. bagordar, degun (dihein), gequir 
(Jehan). Le français a gardé l'aspiration, conséquence de 
l'influence dominante qu'exerça sur cet idiome la langue alle- 
mande. A l'initiale, on trouve cette h sans aucune exception (voy . 
pour les exemples mon Dict. étym.); alâ médiale seulement dans 
les vieux moisbehorder (de hûrde), gehir {jehan), tehir {dîhan) ; 
la douce ou la forte dans : agacer (ital. agazzare), taquin^. 

HL, HN, HR initiaux, par exemple, dans hlaupan, hnei- 
van, hrains, v.h.allem. hloufan, hnîgan, hreini. Que devin- 
rent ces combinaisons dans les langues romanes ? Puisqu'à cette 
place l'aspirée commençait déjà à s'évanouir dans l'ancien-haut- 
allemand, on peut aisément prévoir quel sort l'attendait dans un 
domaine linguistique qui répugne à l'aspiration. Le roman lui 
fait subir les traitements suivants : tantôt, et c'est le cas le plus 
habituel, il la supprime sans compensation ; tantôt il la trans- 
forme en l'aspirée labiale/"; tantôt enfin, il sépare le groupe 
par l'insertion d'une voyelle, et dans ce cas h disparaît, sauf 
dans le domaine français où elle reste debout : la voyelle d'inser- 
tion est ici Y a qui est parente de h, et qui s'amincit aussi en e. 
Nous ne pouvons mieux faire cette fois que de citer comme 
exemples les formes françaises qui sont les plus fidèles. 1) HL : 
v.h.allem. hlancha, franc, -flanc, ital. fianco etc. (voy. toute- 
fois une objection à cette étymologie dans mon Dict.) ; goth. 
hlautSy v.h.allem. hlôz, franc, lot, ital. lotto, esp. lote ; v.h. 
allem. Hludowîc, franc. Louis, d'où l'ital. Luigi, esp. Luis; 
Hludovicia, franc. Héloïse, à ce que suppose Jault. Le goth. 
hlaupan aussi a trouvé accès en roman, toutefois galop- 
pare se rapporte vraisemblablement au composé ga-hlaupan^ . 

1. Dans les noms propres^ le ch francique est naturellement traité 
comme le x grec, Chilperic est prononcé comme Schilperic; on trouve 
déjà dans Saint Léger Chielperic (mais à côté Baldequi = Balthild), et Von 
connaît la forme populaire Chivert (Childebertus) Voc. hag. 

2. Dans une charte de Pavie de l'année 840 (Ughell. Il, p. 151) on 
trouve deux fois Alotharius ; cet a n'aurait-il point sa raison d'être dans 
le h allemand de Hlothar ? 



CONSONNES ALLEMANDES. P. 299 

— 2) HN : v.h.allem. hnapf, v. franc, hanap henap, et avec 
expulsion de h prov. enap, ital. anappo nappo. Grandgagnage 
cite une dérivation analogue : le wallon hanète (cervix) du v.h. 
ail. hnack. Dans le franc, nique de hnicchan, h s est évanouie. 

— 3) On trouve pour HR plus de cas où l'aspiration est 
exprimée : v.h.allem. hring, franc, harangue, ital. seulement 
encore aringa, esp. arenga\ ags. hriopan, v. franc, herupé 
LRs. 345, NFC, I, 17, étranger aux autres langues : v.nor. 
hros, norm. harousse. Dans les autres cas, h s'évanouit devant 
r : par exemple b.lat. ad-hramire ad-chramire , pr. v.franç. 
a-ramir ; v.nor. hreinsa, franc, rincer. Si le v.h.allem. 
hreinno répond à l'ital. guaragno, c'estque^t^ ne renvoie point 
à h mais à w, dans la forme plus ancienne warannio de la Loi 
Salique (c'est-à-dire wrainjo). L'anglais wrack a sabi le même 
traitement, c'est-à-dire l'insertion d'une voyelle, dans le franc. 
varech. Mais il faut encore mentionner ici une autre particula- 
rité. Dans les mots empruntés au norois (c'est-à-dire posté- 
rieurement introduits dans la langue), le groupe hr est souvent 
rendu par fr, ce qu'on ne pourrait pas démontrer pour le haut- 
allemand hr, à moins d'alléguer le- b.lat. adframire pour 
ahramire qui n'a point légué au français de forme aframir. 
Les exemples sont les suivants : frapper (v.nor. hrappa^, 
freux {hrok-r, cf. queux de cocus), frimas (hrîm), friper 
(hripa) . 

HT, groupe médial et final, se change en t, parfois en it et en pro- 
vençal aussi bien en ch : il correspond donc tout à fait au latine^. 
Mais on trouve dans les anciennes chartes depuis le vi^ siècle bert 
pour herhty heraht, qui prouve déjà une syncope allemande, comme 
dans Bertoaldus et autres du même genre. Exemples romans : 
ital. otta {uohta), schiatta (slahta), schietto (sleht), guatare 
guaitare (wahten), Bertoldo, Matilde (Mahthilt), et plusieurs 
noms propres, ici comme dans les autres dialectes ; de même en 
es^. aguaitar, et à côté gaita; prov. esclata, esclet, gaita 
gâcha ; franc, fret (v.h.allem. frêth), guetter, mazette (ma- 
zicht). 

P. — 1. A l'initiale, la labiale forte (v.h.allem. p, ph, pf), 
sauf dans les mots étrangers, est peu employée par les langues 
germaniques : sa présence à cette place ne peut donc être que 
rare dans les langues romanes : prov. pauta, v.franç. poe 
{pfote) ; ital. pizzicare, esp. pizcar, franc, pincer (pfetzen); 
franc, plaque (néerl. plak) ; poche (ags. pocca) ; potasse 
(pott-asche), mot récent; esp. polea, franc, poulier (angl. 



300 CONSONNES ALLEMANDES. B. 

pull). Le p médial et final reste d'ordinaire intact. Ex. : ital. 
chiappare {klappen), lappare [lappen), rappa (dial. rappe), 
arrappare (b.allem. rappen), stampare (stampfen), tram- 
polo (ge-trampel), zeppa (m.h.allem. zepfe). Esp. arapar, 
estampar, lapo (lappa), trepar {trap, treppe). Prov. guerpir 
(goth. vairpan), lepar, arapar, topin (topf), trampol. 
Franc, clamp (v.nor. klampi), guerpir arch., guiper arch. 
(goth. veipan), laper, lippe, nippe (néerl. nijpen verbe), 
échoppe (schoppen schuppen), ètamper, escraper arch. 
(schrapen). 

2. Le f haut-allemand a laissé en roman des traces nombreuses 
qui sont particulièrement visibles en italien, comme on pouvait 
s'y attendre : cale jf are {klàffen), ciuffb (schopf), ag-graf- 
fare {krapfo krafo), ag-guefj'are {wifan), ar-raffare 
(raff'en), lomb. ramfo, crampe, spasme (m.h.allem. ramf), 
ar-riffare (bav. riffen), ar-ruffare {raufen), scafjalè (m. h. 
allem. schafe), scaraffare [schrapfen), schifo {skif), staff a 
{stapf), tanfo {dampf), tuffare {tau f en), zuffa {ge-zupfe) 
et autres mots analogues. Il y en a moins d'exemples en esp. : 
a-garrafar (ital. aggraff'are), mofar {mupfen), ri far, arru- 
far se y esquif e. Franc, afre {eivar eipar), a-grafe, griffer 
{grîfan), rafler, ri ff'er arch., esquif, tiffer Sivch. (néerl. tip- 
pen; h.allem. zipfen^), touffe (ital. zuffa) K 

B. — 1. La douce gothique, que le haut-allemand, dialecte 
plus dur, a élevée à la forte, et que les langues septentrionales 
ont le plus souvent remplacée par Faspirée au miheu et à la fin 
des mots, reste habituellement intacte dans les emprunts faits 
par les langues romanes : toutefois le b gothique s'adoucit 
aussi en v au milieu des mots, comme le b latin : ital. addob- 
bare (ags. dubban), forbire (vurban), rubare, innaverare 
(nabagêr), Everardo (Eberhard)', franc, adouber arch., 
fourbir, lobe {lob), dé-rober, ècrevisse {krebiz), ètuve 
(stuba, nor. stofa), graver (graban), havresac (allem. mod. 
habersack). 

2. Comme dans Tancien-haut-allemand, on trouve dans plu- 
sieurs mots romans la forte pour la douce à l'initiale. Les Francs 
en étant restés à la douce gothique b, le français n'offre aucun 



1. En outre, quelques exemples de /"romans paraissent reposer sur la 
prononciation haut-allemande d'un j) latin : lat. cupa, v.h.all. kuppha, 
ital. cuffia; lat caput, italcaffo] ital. cato-^^aico, par l'influence allemande 
cata-falco ? 



CONSONNES ALLEMANDES. F. V. W. 30^ 

exemple de la forte; les Longobards au contraire favorisant \ep, 
l'italien nous présente, la plupart du temps, le changement de la 
douce en forte : palla à côté de balla (id. en v.h.allem.), palco 
balco (même forme en ^,]\.2i\iem.), pazziare (barzjan), péc- 
chero \pehhar) , poltrone boldrone [polstar bolstar). 11 faut 
rapporter ici les exemples valaques tels que pai lectus (v.h.all. 
petti), pehaTy pilde [piladi), plef{blech) qui ne sont point, il 
est vrai, tout à fait sûrs. 

F se comporte en espagnol comme Yf latin, et comme lui 
se résout en une aspiration qui n'est plus perceptible aujourd'hui : 
init. halda [falta), hato (faza), Hernando à côté de Fernando 
{Fridnand)^ ; médiat moho à côté de mofo (muffen), cf. aussi 
cadahalso (ital. catafalco). F final dans le groupe LF lombQ 
habituellement en français : ainsi dans garol garou [werwolf), 
Arnoul {Arnolf), Marcou (Markolf), Raoul (Radulphus), 
Rou (v.nor. Hrolfr), Thiou {Theodulphus) Voc. hag. 

V, W. — 1. Le signe gothique était un 'y simple (gr. i>), le 
signe de l'ancien-haut-allemand un v ou un u redoublés, et sa 
valeur était celle du w anglais : wa, par exemple, se prononçait 
ud ou peut-être uwd avec une labiale fondante. L'organe vocal 
des Romans n'était guère propre à rendre cette prononciation, 
quoique les langues romanes possèdent, même à l'initiale, quel- 
ques exemples des combinaisons ud, ué, ui, uô (franc, ouate, 
esp. huebra, franc, huître, ital. uomo). Les Romans auraient 
pu introduire là leur v comme ils l'ont fait aussi dans certains 
cas ; mais l'instinct qui les poussait à altérer le moins possible le 
son étranger les amena à trouver une autre représentation qui 
parût en conserver plus fidèlement l'essence. C'est la combinai- 
son gu (avec un u sonore et parfois avec un u devenu muet), 
dans laquelle la gutturale condense et incorpore, pour ainsi dire, 
l'aspiration flottante du w allemand. Toutefois, cette transfor- 
mation ne fut régulièrement appliquée qu'à l'initiale, place où 
l'articulation étrangère ressortait avec le plus d'énergie. Au 
VIII® siècle, cette transcription est usuelle dans les chartes des 
pays romans ; on lit à toutes les pages Gualtarius, Gualber- 
tus, Guichingo, Guido. On rencontre également ce gu pour w 
dans l'ancienne langue allemande. Paul Diacre (I, 9) rapporte 



1. Des formes anciennes sont Fredenandiz (gén.) de l'an 922 Esp. sagr. 
XIV, 384, Fernandus de l'an 937 id. XVI, 438, Fredenandus de l'an 975 
XIV, 413, Ferdinandus de l'an 1000. Fœrstemann regarde comme plus 
simple la dérivation de fart (iter), mais elle suppose Vumlaut accompli. 



302 CONSONNES ALLEMANDE?. W. 

que les Lombards auraient prononcé Gwodan le mot Wodan ; on 
trouve aussi dans leurs chartes guald pour wald, peut-être par 
une influence romane, ce qui est admissible puisqu'ils vivaient 
au milieu des Romans (voy. Grimm, Gesch, d. d. Sprache692, 
cf. 295). On a remarqué aussi cette représentation du w dans 
d'anciens monuments d'un autre dialecte' situé sur les frontières 
romanes, le dialecte du Bas-Rhin (v. Grimm, Altd. Gespràche, 
p. 16-17) ^ La chronique d'Isidore a Gui filas pour Vul filas. Mais 
la présence d'un gu dans des cas différents, et spécialement pour 
remplacer un ua, ue, ui non allemand, suffit pour prouver que 
cette manière d'exprimer le w s'appuie sur une disposition 
romane : pour huanaco, man-ual, men-uar, av-uelo Tespa- 
gnol prononce en préposant un g guanaco, man-gual, men- 
guar, a-gûelo, de même pour huehra qui est dans les dialectes 
guebra, et autres semblables. Le provençal fait de dol-uissem 
dol-gues, de ten-uissem ten-gues, le napolitain exprime le 
fr. oui par gui^. Il est vrai que gu, correspondant au v latin, 
est également indigène dans le domaine celtique : v.kymr. guin 
= vinum ; kymr.mod. gw auquel l'anglais w lui-même a dû se 
soumettre : warrant gioarant, wicket gwiced. L'analogie est 
frappante, mais les langues romanes n'appliquent point (ou très- 
rarement) leur procédé au v simple comme fait le kymrique. 
Il y a beaucoup d'exemples avec gu : ainsi en ital. Gualando 
(Wielant), guariî^e (warjan), guerra (werra)^ Guido 
(Wito), guisa (wîsa) ; avec chute de Vu ghindare (winden), 
ghirlanda (wiara), l'un et l'autre venus sans doute du français, 
mais aussi ^ora {wuor)\ avec chute del'z Guglielmo ( Wilhelm). 
De même en esp. dans guarir, guerra, guisa, avec u muet 
dans les groupes gue et gui. Fr. garnir (w amen) , guerre etc., 
toujours avec u muet. L'ital. esp. portug. tregua, tregoa {triwa) 
constitue l'unique exemple du changement de w en gu au milieu 
du mot. Remarquons encore dans les langues du nord-ouest 
quelques traits dialectaux. C'est ainsi que g s'est substitué à gu 
dans le prov. gila pour guila (ags. mie), gimpla i^onr guimpla 
(wimpel), et de même dans le v. franc, gerpir pour guerpir 
(werfen), gile pour guile, franc. mod. givre pour guivre 
(wipera), dans le Berry gêpe pour guêpe. C'est le produit de 

1. On en trouve un autre exemple dans une charte du Haut-Rhin 
(726) : m loco, qui diciiur GwillesteU (Willstœdt) Bréq. n. 323. 

2. Ailleurs gu est à l'inverse résolu en w : wallon lanwî (fr. languir), 
aweie {aiguillé), v. franc, ewal (ital. egualé), b.lat. anwilla (anguilla) Polypt. 
Irm. p. 76. 



CONSONNES ALLEMANDES. W. 303 

la confusion du g secondaire (né de w) avec le g primaire ; de 
même qu'on prononça Guérard et Gérard, on prononça aussi 
guile et gile. En outre, plusieurs dialectes conservent le w 
originaire : par exemple le picard, où wa, we, wi, wo sont 
prononcés comme le franc, oua, oué, oui, ouo, ainsi dans 
warde {garde), waide {guède), wère (guères) ; il en est de 
même en wallon. Mais cette permutation n'est pas étrangère 
aux dialectes anciens de la Normandie et de la Bourgogne. Il faut 
citer comme exemples d'une haute antiquité les formes wanz 
(franc, gants) dans le Glossaire de Cassel, wardevet (gardait) 
dans le Fragment de Valenciennes , 

2. Les dialectes de la Haute-Italie emploient le v simple, mais 
seulement dans des cas isolés, par exemple : piém. vaire, vaitè 
pour guari, guatare; comasque et mil. vaidà, vardà, vindel ; 
vénit. vadagno, vardare. C'est ce qui a généralement lieu en 
Lorraine, où l'on prononce vèpe, veyen, vrantir pour guêpe, 
re-gain, garantir. D'anciens manuscrits français mettent aussi 
V pour w : ce n'est souvent qu'une négligence des copistes. Mais 
la langue écrite échange par euphonie gu initial avec v dans 
vacarme, vague, voguer, pour empêcher deux syllabes succes- 
sives de commencer par une gutturale. Dans les mots d'origine 
récente, v était seul applicable. Mais au milieu des mots, toutes 
les langues romanes rendent w par v; g h cette place eût été 
trop dur. Ainsi dans le vénit. biavo, v.esp. blavo, prov. fémin. 
blava, masc. blau, franc, bleu (v.h.allem. blâw-) ; ital. falbo 
pour falvo, franc, fauve {falw-) ; ital. garbare, esp. garbar 
(garawan); vén. garbo (harw-, allem.mod. herbe)] franc. 
hâve (ags. hasva) ; esp. iva, franc, if (îwa) ; ital. saldvo 
(salaw-); ital. sparviere etc. (sparwari); franc, trêve; franc. 
a-vachir (er-weichen) ^ 

3. La résolution du w en ou ou en o, dont on a des exemples 
de toute antiquité (grec OùavoaXoç pour Wandalus, de même 
que Ouoiriaitoç pour Vopiscus) a laissé quelques traces en fran- 



1. L'esp. Gonsalvo, ital. Consalvo, prov. Guossalbo Choc. IV 300, dans les 
chartes Gonsalvus Esp. sagr. XXVI, 447 (de l'an 844), Gondesalvius HLang. 
I, 99 (de l'an 852) rentre dans ce cas. Mais que signifie ici salvus? Fœrs- 
temann y reconnaît le v.h.allem. salaw (noir), mais le sens paraît 
convenir bien peu à ce composé {gund signifie combat). Gundsalvus 
serait-il pour Gundsarvus qui aurait alors le sens d'armement guerrier, 
d'armé en guerre i il existe un anglo-saxon gûdh-searo, Sarvus a pu faci- 
lement être rapproché du nom propre Salvus, Salvius : ce genre d'éty- 
mologie populaire est fréquent dans les mots allemands romanisès. 



304 LETTRES ARABES. 

çais. A l'initiale dans ouest et dans le v. franc, ouaiter (pour 
gaiter guetter); méd. dans les noms propres, comme Baudouin 
(Baltwin), Goudoin {Gotwin), Hardouin (Hariwin), Gri~ 
moart (Grimwart), v. franc. Noroec (Norvegr)\ w est autre- 
ment traité dans Bertould (Bertwalt), Regnault (Reginwalt). 
Dans les autres langues aussi, la résolution du w se limite pres- 
que aux noms propres : ital. mondualdo {mundualdus , 
7nuntwalt), Adaloaldo (Adalwalt), Baldovino pour Bal- 
doino, Grimoaldo, Ardoino^ Lodovico, sans o Grimaldo, 
Bertaldo à côté de Bertoldo, Rinaldo ; esp. Noruega^ Bal- 
dovinos, Arnaldos, Reynaldos\ mais ici Wallia (angl. 
Wales) sonne Uhalia, de même que Ton trouve dans des chartes 
wisigothiques des formes telles que TJhadila^ Uhaldefredus. 
En roumanche, la résolution paraît être régulière et tout-à-fait 
indigène : à côté de guault, guerra, guisa, guont on prononce 
aussi uault, uerra, uisa, uonn, mais g peut avoir disparu, 
fait que mettent en lumière les mots latins tels que ual à côté de 
agual (aquale), uila à côté de guila (franc, aiguille). 

SW est diversement traité. Dans les noms de pays, ital. 
Svevia, Svezia^ Svizzeri, esp. Suahia, Suezia, Suiza, fianç. 
Souabe, Suède, Suisse il est rendu à peu près uniformément. 
Il n'en est pas de même dans d'autres : u = w persiste par ex. 
dans l'esp. Suero et Suarez (goth. svêrs, v.h.allem. suâri, 
allem.mod. schwer, voy. ci-dessus p. 284); de même dans le 
franc, suinter (suizan), marsouin (meri-suîn) ; w disparaît 
comme dans le néerl. zuster, àngl. sister (goth. svistar), dans 
le prov. Erniessen (v.h.allem. Irminsuind), Brunessen 
Brunjasuind?), aussi Arsen Chx. V, 116 (dans des chartes 
Arsinde), Garcen (Garsindis Gersindis Garcendis et autres 
mots analogues. 



LETTRES ARABES. 

La représentation des lettres arabes en roman présente bien 
des analogies avec celle des lettres allemandes, seulement on ne 
peut méconnaître que le roman s'est approprié plus fidèlement 
encore l'élément arabe, et que, par suite, il se l'est plus imparfai- 
tement assimilé, que Télément allemand; ce qui, d'ailleurs, s'ex- 
plique facilement par la longue persistance de cette langue dans 
la péninsule ibérique. Dans les remarques qui vont suivre, nous 
nous bornerons à donner (autant que cela est permis à quelqu'un 



LETTRES ARABES. 305 

qui est étranger en ce domaine) les changements les plus impor- 
tants des sons arabes en roman. Le petit nombre de mots persans 
que les Romans ont admis leur est presqu' entièrement arrivé 
par l'intermédiaire de l'arabe. 

L, M, N, R. — Nous retrouvons ici des faits connus. R, par 
exemple, devient l dans l'esp. alquile {alkera), anafll (anna- 
fir) (où nn se mouille également en ri), ainsi que dans œaloque, 
ital. scilocco (schoruq) ; il devient d dans l'esp. alarido 
(alarir, mais voj. aussi mon Dict. éhjm, IL b.). iV initiale 
devient m dans Fesp. franc, marfil {nabfiï). On trouve l'inter- 
calation du 1) au milieu du groupe mr dans l'esp. Alhamhra 
(Alhamra), zambra {zamr). 

T, D. — La représentation des différents sons dentaux est uni- 
forme : t (c^), ( (w^) et 't (i) sont rendus par t de même que 
d (3), (l (3), 'd (j^) sont rendus par d\ les Romans n'avaient 
point ï'oreille assez délicate pour saisir ces nuances, ou ils ne 
possédaient aucun moyen d'en marquer la différence. Exemples : 
ital. esp. tamarindo, franc, tamarin {tamar hendî), esp. 
arrate, portug. arratel (ratl), portug. fata Çhatta), esp. 
rétama {rata7n)\ tabique Çtabîq), ital. talismano, esp. talis- 
man {'telsam), ital. esp. ^ara, franc, tare {Harah), ital. cotone, 
îrsLnç.coton (qo'ton),iidl. matracca, esp. niatraca {ma'traqah) ; 
esp. data, franc, dalle (dalàlah)\ esp. alarde {aVar'd) etc., 
adarve{addarb), almud{almod). Alamédiale, l'espagnol offre 
cependant quelques exemples d'une prononciation plus douce : 
algodon (= ital. cotone), almadraque (alma'tra'h, prov. 
almatrac), maravedi [marâbe'tin, prov. marabotin). 

S, SCÈ, Z. — Pour 5 (^) les diverses sifflantes sont assez 
indifféremment employées : cf. ital. esp. se7ta, franc, séné 
(sanâ), ital. zecca, esp. zeca (sekkah), ital. som?nacOy esp. 
zumaque (sommâq), ital. zucchero, esp. azûcar {sokkar), 
esp. arancel {arasel), portug. niacio (masî'h), esp. azafate 
(assafa'te), azote (assau't), azucena {assûsan), it. tazza, esp. 
taza, franc, tasse Çtassah). Pour ç (j^), z est au contraire 
la représentation habituelle, p. ex.: ital. esp. fr. ze^'o (çi'hron), 
esp. zurron [çorrah), alcàzar, ital. cassera (qaçr), esp. 
azôfar {aççofr), alcance {alqanaç). Sch (^) est ordinaire- 
ment exprimé en esp. et en portug. par œ, en ital. par soi : ital. 
scirocco, esp. œaloque, portug. xaroco, franc, sir oc {scho- 
ruq), esp. œaqueca (schaqîqah), xarifo [scharîf), ital. sci- 
roppo, esp. xarope, franc, sirope [scharàb), esp. oxald 
{enschd allah). Voyez sur ce point le J espagnol dans la 

DIEZ 20 



306 LETTRKS ARABES. 

section II. On trouve aussi ch comme dans l'esp. achoque, port. 
achaque {aschaki), portug. Alcochete nom de lieu (Alqa- 
schete) ; et même les sifflantes pures c on s : esp. albricia 
(alhaschàrah), portug. Alcobaça nom de lieu {Alkohascha), 
ital. sorbetto^ esp. sorbete (schorb). La palatale douce g (^) 
a été exprimée en ital. par g, en port, et en esp. par j ; voyez 
également sur ce point le chapitre du / espagnol. Exemples : 
esp. jaez, portug. jaez {gahaz), ital. gim^a, esp. jarra, franc. 
jarre (garrah), ital. algebra etc. (algebr), esp. alforja, 
portug. al forge [alchorg). Esp. ch dans elçhe {elg). Z {j), 
sauf de rares exceptions, est également exprimé en roman par z : 
ital. zafjerano, esp. azafran^ franc, safran [zâfarân), esp. 
zaranda (zarandah), zarco (zaraq), ital. zibibbo (zibîb), 
esp. azoque (azzaibaq), ital. carmesino, esp. carmesi, franc. 
cramoisi {qermazî). On trouve même un exemple de la permu- 
tation rare du ^ en ^ : ital. giraffa etc. {zarrâfah). 

K, G. — Entre k (s^lS) et q (i^), le roman ne fait, comme on 
le pense bien, aucune différence : il les exprime l'un et l'autre 
par le c guttural. Ce qu'il y a de plus important, c'est que k, q 
et g devant les voyelles douces restent toujours gutturaux : 
ital. meschino etc. {meskîn), esp. Guadalquivir {Vadal- 
kebir), portug. Quel f es nom de lieu (Kelfes), Saquiat id. 
(Saqial), regueifa {regeifa). La gutturale douce ain {^, 
que l'on compare au piémontais n, paraît à peine avoir laissé 
quelque trace : on prononce, par exemple, esp. alarde {aVar'd 
ou alnar'd), arroba (arrob'a). Ou bien ce son serait-il contenu 
dans Y g de atalaya {'taVaah) ? — On voit par l'ital. gesmino, 
Q^^. jasmin (jâsamûn) quel est le traitement du 7. 

CH, H. — On attribue d'ordinaire au ch {'^ ) la valeur de 
l'esp. j. L'espagnol aurait donc pu aisément s'approprier la 
lettre arabe; cependant il ne remplace jamais le ch arabe par 
y, mais le rend principalement par le son labial f, qui s'est 
changé ensuite en h comme Vf latin, et environ à la même 
époque. La prononciation du ch arabe et du j espagnol n'était 
donc point la même. En fait, cette contradiction s'explique 
complètement par la remarque récemment faite que l'aspirée 
gutturale espagnole avait à l'origine la valeur d'une palatale, et 
par suite ne pouvait convenablement exprimer la gutturale 
arabe. De même le portugais exprime le ch arabe par f mais 
ici cette lettre n'a point cédé sa place à Vh. Ex. : port, albafor 
(albachûr), al face (alchaseh), esp. al fange (alchangar), 
portug. almofada, esp. almohada {almechaddah), v.esp. 



LETTRES ARABES. 307 

y^afez, plus tard rahez {racMç), portug. safra (çach^^ah), 
portug. tahefe {'tahiche). V'h (^), qui vaut un ch doux, est 
assujettie au même traitement, de même que h (»), et ici il faut 
rappeler ly venu de r/i française aspirée : port, fata {'hatta), 
portug. forro, esp. horro ('horr), portug. Albufeira nom de 
lieu (Albo'heirah), esp. alholha {aVholhah), portug. almo- 
faça, esp. almohaza {alme'hassah), v.esp. almofallaiplma- 
'hallah), portug. bafari, esp. hahari (baliri), portug. sdfaro, 
esp. zahareno [ça'hrâ) ; esp. aljôfar {algaûhar), portug. 
refevn, esp. rehen [rehân) et beaucoup d'autres. Le nom du 
prophète sonne en v.esp. Mafomat, plus tard Mahoma,Y.i^ort. 
Mafamede, ital. Maotnetto, v. franc. Mahom, mais prov. 
Bafomet, dont le /* a été emprunté à l'espagnol, et dont 
le h est peut-être le produit d'une interprétation populaire 
railleuse, qui a confondu ce nom avec hafa (grossier men- 
songe). Mais on trouve dans café (qahuah) un /"commun 
à toutes les langues romanes. D'ailleurs l'aspirée arabe se 
laisse parfois aussi supplanter par la forte ou par la douce : 
ainsi dans l'esp. alcachofa {alcharschufa), ital. carroho, 
franc, caroube, esp. garrobo {charrûb), esp. fasquia {fas'- 
chia), ital. magazzino, esip. 7nagacen, franc, magasin (mach- 
san). Elle s'évanouit dans Tesp. alazan [alhaçan), ital. 
assassina etc. ['haschisch), zéro (çi'hron), portug. ata pour 
fata. 

B. F, V. — Sur le b arabe, il n'y a rien à remarquer si ce 
n'est qu'il passe à la forte dans plusieurs mots : esp. julepe, 
îvanç. julep (golab), ital. giuppa, frsmç. jupe (gubbah), ital. 
siroppo etc. (scharab). — Pour f, le seul point qui mérite 
d'être relevé, c'est qu'il se maintient en espagnol aussi bien 
qu'ailleurs, c'est-à-dire qu'il n'est pas affaibli en h : cf. faluca 
(folk), farda (far'd), faro {fârah), fustan {fostat), al ferez 
[al f ares) ^ anafîl, azafate, azafran, azufaifa (azzofaizaf), 
cafre [kâfir), calafatear {qalafa), canfora [kâfûr), cène fa 
(sanifah), cifra [çifr), garrafa, girafa, marfil, xarifo ; 
alhôndiga {alfondoq) est une exception isolée. La raison 
est facile à découvrir. Quand l'affaiblissement d'/* en h se pro- 
duisit, l'arabe florissait encore en Espagne (voy. ci-dessous aux 
Lettres espagnoles), et la prononciation vivante empêcha 
l'altération; quand la langue arabe eut disparu, la tendance 
qui poussait à échanger /* avec h avait depuis longtemps perdu 
sa force, en sorte que la labiale resta intacte. Il n'y a pas de 
contradiction dans le passage à Y h de \'f espagnol né de la 



308 LETTRES ARABES. 

gutturale aspirée arabe, puisque ce n'était pas un son arabe. — 
La semi-Yoyelle v, comme le w allemand, est rendue régulière- 
ment par gîi, mais aussi par v à l'initiale : esp. alguacil alvacil 
(vazîr), Guadiana {Vadiana, c'est-à-dire fleuve Ana), Gua- 
dalaviar (Vadelahiar), Guadelupe (Vadelûb), ital. muga- 
t?r'ro,esp. almogavare [almo gaver). Dans un ancien manuscrit 
espagnol écrit en lettres arabes (vo}-. de Sacy, ddiiisla. Bibliothek 
/wr bibl. Litt. de Eichhorn YIII, 1), le groupe espagnol gii est 
à l'inverse rendu par v (agua par ava). 



SECTION n. 



LETTRES ROMANES. 



On se propose dans cette section d'étudier, dans chacune des 
langues romanes, la prononciation, l'histoire (autant qu'il est 
nécessaire) et la condition étymologique de chaque lettre (au 
moins dans ses traits importants). Pour les voyelles, ici encore, 
il s'agit principalement des toniques, mais les atones appelleront 
souvent aussi notre attention. L'occasion s'offrira souvent de 
faire entrer en hgne de compte les patois à côté des langues 
écrites, quand ils contribueront à donner au sujet de l'intérêt ou 
de la clarté. 

Nous conservons en gros Tordre des consonnes adopté dans la 
première section. Quant à la classification qui voudrait distinguer 
sévèrement les spirantes, les aspirées ou les palatales de chaque 
organe, elle n'aurait que l'apparence d'une méthode scienti- 
fique, et ne serait que d'une bien faible valeur pratique, puisque 
nous n'avons devant nous que des idiomes modernes, dontTorga- 
nisme troublé n'a pu revenir à une complète harmonie. Dans la 
partie espagnole, par exemple, on placerait sous la rubrique des 
palatales le son unique ch qui correspond exactement, pour le 
son, au c italien, mais qui n'a avec lui aucun rapport étymo- 
logique. Cette classification ne donnerait donc lieu qu'à des 
malentendus. Il est d'ailleurs dangereux de séparer le son du 
signe qui lui appartient par tradition, le c palatal, par exemple, 
du c guttural. Il suffira donc de fixer exactement, dans les 
remarques préHminaires à l'étude des consonnes de chaque 
langue, le rapport de ces sons aux sons latins, et particulièrement 
de noter les développements nouveaux. 



340 LETTRES ITALIENNES. 

LETTRES ITALIENNES. 

En Italie, une langue nationale s'était formée de bonne heure 
sous l'action de grands écrivains, et en même temps les traits 
fondamentaux de l'orthographe s'étaient suffisamment fixés pour 
ne recevoir plus tard aucune modification importante. Cette 
sûreté et cette constance de l'orthographe italienne, jointes à la 
clarté et k la transparence de la langue, facilitent singulièrement 
l'étude des lettres italiennes. Sans doute quelques lettres admet- 
tent différentes prononciations, mais les causes de cette différence 
sont alors si prochaines qu'il n'est pas besoin de recherches 
pénibles pour les étabhr. 

VOYELLES SIMPLES. 

Ce sont a, e, i, 0, u\ y est remplacé par i. Il n'y a de 
remarques importantes à faire que sur deux d'entre elles, e et o. 



a un son clair et pur, qu'il possède d'ailleurs également dans les 
autres langues romanes. Il provient partout d'un a originaire ; 
d'un seulement dans saldo (solidus) et dama {domina, franc. 
dame) ; de i ou de e dans sanza arch., sargia (serica), 
cornacchia (cornicula), volpacchio {vulpecula); de au par 
exemiple dans Pesaro (Pisaurum), de Y ai (ei) allemand dans 
plusieurs mots comme zana (zeina). — A a été maintes fois 
préposé, et peut-être ce procédé a-t-il été suggéré à la langue par 
des formes doubles, comme arena et 7'ena, alena et lena, 
provenant de la chute d'un a étymologique : alloro (laurus), 
ammanto (manielum), anari (nares), aneghittoso {neglec- 
tus), avoltojo (vulturius), à côté de lauro, manto, nari, 
neghittoso. 

E 

a une valeur double: 1) E ouvert, eaperta, larga, ainsi nommé 
parce qu'il faut ouvrir largement la bouche pour le faire entendre, 
comme dans Y dWemaiidwe g en, leben. — 2) ^ fermé, e chiusa, 
stretta, qui se prononce en ouvrant moins la bouche, comme notre 
legen, heben. Cette distinction ne concerne que les voyelles accen- 
tuées, car les e atones sont toujours des e fermés. Depuis long- 
temps les grammairiens italiens se sont efforcés de trouver des 



VOYELLES ITALIENNES. S\i 

règles précises pour distinguer Ye ouvert de Ve fermé : on 
sentit même le besoin de venir en aide à l'insuffisance de l'al- 
phabet en créant, pour exprimer cette distinction, une lettre 
nouvelle. Le célèbre poète et grammairien Trissino proposa 
d'employer Ve grec pour exprimer Ve ouvert, correspondant 
à l'o) grec, par lequel il voulait rendre Vo ouvert; mais cette 
proposition fut repoussée par Firenzuola et par d'autres qui 
regardaient, à bon droit, comme une chose inadmissible l'intro- 
duction de lettres grecques dans l'alphabet latin. D'ailleurs cette 
distinction des deux e n'a jamais paru assez essentielle pour 
qu'on rétendît à la rime, comme dans le moyen-haut-allemand : 
on n'est même pas d'accord sur tous les cas. C'est l'étymologie 
qui fournit la meilleure base pour la distinction. Nous distingue- 
rons ces deux séries d'e, comme en français, à l'aide de l'accent 
grave et de l'accent aigu. 

1. Ve ouvert provient : 1) d'un e latin bref: dèa, hène, brève, 
cerèhro, crèma (crèmor), desidèrio, fèbhre, gèmito, gèlo, 
génère j grègge, impêrio, lèpre, lèvo, mèdico, mèglio, 
mêle, mèrla, mèro, mèzzo (médius), prèmere, ripètere, 
tènero, spècchio , vècchio. Il y a ici quelques exceptions; 
telles sont par exemple éllera [hëdera), grémbo (grèmium), 
ingégno, mérito, nëbbia. — 2) V)e e en position, comme dans 
ècco, bèllo, pelle, fèrro, terra, cessa, pressa, tempo, cènto, 
dente, gènte , sèrvo, bèstia, lètto, dilètto, aspètto; et en 
outre dans les suffixes ello et enza : anèllo, asinèllo, castèllo, 
cervèllo, coltèllo, fratèllo, sorèlla, ucèllo (parfois éllo, car 
le latin présente aussi le suffixe illus : agnéllo, capéllo); 
assènza, clemènza, semènza. Il y a ici un plus grand nombre 
d'exceptions : on prononce, par exemple, sella, stélla, pénna 
(peut-être d'après la forme pinna?), régno, bélva {belluà), 
témpio, témpra, préndere, véndere, mente, ménto {men- 
tum, 7nentior), seménte, péntola, ésca, créscere, les suffixes 
raente, mento : chiaraménte, reggiménto. On voit que e, 
devant une n complexe, tend à prendre la prononciation obscure. 
— 3) De ae : Enèa, Ebrèo, Galilèo (et aussi dans Maffèi 
et dans d'autres noms propres terminés de même, ainsi que dans 
Pelèo, Teseo et autres semblables), en outre dans Cèsare, cèsio, 
cèspite, cher ère, ègro, èmulo, grèco, lèi, colèi, costèi, 
nèvo, prèda, prèdica, presto, prèvio, sècolo, spèra, tèdio. 
La diphthongue ie, née d'un a avec attraction d'un ^, a pris 
également cette prononciation : rivièra (ripaî'ia), ciriègio 
(ceraseus), schièra (v.h.allem. scarja). 



3^2 VOYELLES ITALIENNES. E. 

2. Ve fermé provient: 1) De i latin bref, exemples : bévere, 
cénerey élce (ileœ), lègo, méno, néro, nètto, néve, pélo, 
pie go (plîco), sécchia (sïtula), séte, témo, véde, vérde, 
vétro. On retrouve aussi cette prononciation dans les suffixes 
eccio, eggio verbe {ïco), ezza (ïtia) : venderéccio, vene- 
récciOf laû'péggia, rosséggia, certézza, tristézza. Il faut en 
excepter, par exemple, cHera (cïthara), ginèpro (juniperus). 
— 2) De ^ en position, comme dans sécco, quéllo, cènno (b.lat. 
cinnus), sénno (allem. sinn), céppo, gréppia (allem. krippe), 
mésso, sptésso (et suivant d'autres spèsso), ésso (ipse), égli, 
élmo (goth. hilms), émpio^déntro, fèrmo, schérmo (schirm), 
2)ésce, frèsco (frisk), césta, quésto, mézzo {mïtis), orécchio 
(aurïcula), ainsi que frèddo {frigidus frigdus). Il en est 
de même des suffixes esco^ essa, etto, par exemple : pittorèsco, 
tedésco, duchéssa, principéssa, animalétto, parolétta. Mais 
cette règle ne manque pas non plus d'exceptions : vèllo {villus), 
fèndere, assènzio (absinthhim), mèscere, dèsco, resta 
{arista) et beaucoup d'autres. — 3) De e long : aléna, arèna, 
avéna, céra, chéto (quietus), débole, détta {débitum), 
fèmina, légge (lëgem), méco, 7nése, peso, rémo, réte, sème, 
sera, vêla, venéno, véro ; les suffixes ère, ese (ensis, êsis), 
eto : avère, vedère, cortèse, palèse, francèse, genovèse, 
arborèto, cerrèto. Quelques-uns de ces mots ont un e ouvert : 
blasfèmo, céder e , estrèmo, glèba, monastèro, pèggio, 
règola, sède, spèro, querèla, tutèla (mais cependant can- 
dêla)', dans pièno (plenus), fièvole {flebilis), quièto la diph- 
thongue ie a donné naissance à un e ouvert. — A Ve fermé 
italien correspond en Piémont la diphthongue ei : beive {bé- 
vere), peil (pèlo), peis {peso), steila {stèlla). 

D'ordinaire on donne a Ye final une prononciation fermée sans 
avoir égard à l'étymologie, ainsi dans è {et), chè, ne (lat. inde), 
lé, mé, tè, se, ce, vè, trè, fè, ré, mercé, poté, vende ; mais IV 
final est ouvert dans è {est), ne {nec), me' {meglio), tè' {tient) 
et même dans oimè. La prononciation des flexions verbales 
ayant pu subir encore d'autres influences que les influences 
étymologiques, nous donnons séparément ces syllabes de flexion : 
été, éva, éi, ètti, émmo, èssi, rèi, èndo, ente, comme dans cre- 
déte, credéva, credèoi, credéi, credé (et de même aussi dans 
Ve radical du parfait, comme dans tènne, prèse etc.), credètti, 
credèttero , credémmo, godérono, credéssi, credéssimo, 
crederèi, crederèsti, crederèbbe, crederèmmo, credèndo, 
dorment e. 



VOYELLES ITALIENNES. I. 0. 3^3 

Souvent, et alors presque toujours d'accord avec Téty- 
mologie, la langue italienne varie la prononciation de la voj^elle 
pour différencier les homonymes, par exemple : hèi {jbelli) 
et hèi {bibis), cèra (franc, chère) et céra (1. cera), dèssi 
{débet se) et dèssi (dedissem), èsca (eœeat) et èsca (esca), 
lègge {legit) et légge (legem), lètto (lectus de légère) et lètto 
(subst. lectus), mèzzo {médius) et mèzzo {mitis), pèsca 
{persica) ei pèsca {piscatur), tèma {thema) et tèma subst. 
(timere), vèna {avena) et vèna (vena), vènti {venti) et vènti 
{viginti), mèndo (réparation) et mèndo (défaut), Tun et Tautre 
de mendum. 

La double nature de Ye en italien a-t-elle déjà une base dans 
la prononciation latine ancienne ? Il est bien dangereux d'émettre 
sur ce point même une simple hypothèse. On peut dire seule- 
ment que dans la prononciation de Ye ouvert, au moins lorsque 
cet e a remplacé le latin ae, on reconnaît encore cette diph- 
thongue antique qui doit avoir graduellement dégénéré en à. 
Il est vrai que l'italien a donné à Yë latin une prononciation 
fermée, et si l'on considère que les Latins échangeaient fréquem- 
ment ë avec ae {fënus faenus , glëba glaeba, sëta saeta, 
tëda taeda) et que cet échange permet de conclure à l'identité 
ou du moins à la parenté tout à fait étroite des deux sons, il 
semble qu'il y ait une contradiction dans cette prononciation. 
On ne pouvait, il est vrai, maintenir dans leur intégrité les sons 
latins après avoir abandonné la prosodie antique : on a suppléé 
à la différenciation résultant de la quantité en diversifiant les 
sons. 

Dans quelques cas, e provient aussi d'autres voyelles, par 
exemple de a dans melo {malum), p. 136, de o dans sottecco 
{ipour s ottocchio), de u dans chieppa {clupea). 

I 

provient : 1) De / long, fréquemment aussi, surtout à l'anté- 
pénultième, de i bref : fine, viso, liquida, ver^niglio. — 

2) Rarement de e long ou bref, comme dans sarracino, mio. — 

3) De l mouillée : fiamma, pieno, flore, fiume, orecchio, 
doppio. Dans ce groupe, les patois transforment i = j en un 
son chuintant, voy. p. 195. — Sur le remplacement à la fin des 
mots de i par 7, voy. à cette dernière lettre. 

0. 

Cette voyelle partage le sort de Ye ; comme lui, elle est sus- 



3U VOYELLES ITALIENNES. 0. 

ceptible d'une double prononciation, résultant, ici aussi, du plus 
ou moins d'ouverture de la bouche. On distingue Yo en : 1) o 
ouvert, aperto, largo ; 2) o fermé, chiuso, stretto, qui se rap- 
proche beaucoup de Yu. Tout o atone est un o fermé. A la 
rime, l'italien ne fait, ici non plus, aucune distinction entre ces 
deux séries d'o. 

1. Vo ouvert a son origine : 1) Dansl'o bref, comme bôve, 
cattàlico, chiôma {coma), cofano^ collera, cdro, doglia^ 
fôglio, lemosina, modo, nôve, odio, oggi, opéra, pôpolo, 
rôsa, sôglio {sôlium), stômaco\ suffixe olo dans fehhric- 
ciôla etc. Il faut en excepter conte (comitem), dimôro 
{demoror, mais ce dernier cas n'est point une vraie exception, 
puisqu'ici il y a en même temps déplacement de l'accent). — 
2) Dans Yo en position, comme fiàcco, stôcco, folle, molle, 
côgliere, fôssa, grosso, donna, pondo, tôndere, ôrho, 
corda, forte, ôrto, sorte, àrzo, dotto ; suffixe otto : cappotto, 
casotta, galeàtto. Les exceptions, qui sont loin d'être rares, se 
produisent particulièrement devant une n complexe : colle, 
sôgno, sônno (et non sôgno, sonno), ôgni, cômpro, fonte, 
fronda, nascôndere, frônte, monte, ponte, cônto, prônto, 
ôrca, ôrdine, forma (mais nôrm,a), orno, tôrno, for se, 
conôsco etc. — 3) Dans la diphthongue au, exemples : o (aut), 
chiôstro, côsa, face, frôde, giôja (gaudium). Iode, ôro, 
pdco, posa, pôvero, tesôro, toro, oca (prov. aucà), gâta 
(gauta), fôla (faula fabula), sôma {sauma), chiôdo chiôvo 
(clau clavus), Pô (Padus Pa'us), loggia (ail. laube), sôro 
(v.h.all. saur en verbe). 

2. Vo fermé provient : 1) de t^ bref : côva (cubare), croce, 
dôge (dûcem), giôgo, giôvane, gala, g omit o, lova, môglie, 
noce, ômero, pôzzo, rôgo (rûbus), rozzo, sôpra. Il y a 
plusieurs exceptions, comme dôtta (de dûbitare), fôlaga 
{falica), piôggia {pluma). — 2) Y)eu ouy en position : bôcca, 
tôcco (v.h.all. zucchan), bôlla, pôllo, barra, côrro, rôsso, 
ghiôtto, dôlce, zôlfo, fôlgore, côlmo, côlpa, vôlpe, môlto, 
pôlta, pôlvere, tomba, lômbo, piômbo, ambra, rômpo, 
trônco, spelônca, ônda, onde, fôndo, tôndo, giocôndo, 
lônza, ôrcio, sordo, tôrdo, bôrgo, giorno, tôrno, orso, 
tôrso (thyrsus), bôrsa, lôsco, môsca, sôtto. Au contraire, 
est ouvert dans : fôlla (de fullo), trôppo (b.lat. truppus), 
gôtto, sôffice, crôsta, fiôtto, lôtta, gratta {crypta), nôzze 
et beaucoup d'autres. — 3) De même que e fermé vient de 
e long, de même o fermé devrait venir de o long ; c'est le cas, 



VOYELLES ITALIENNES. U. 3< 5 

en effet, dans les suffixes importants one, ore, ojo {ôrius), 
oso, par exemple cagiône, ragiône , rettbre, flore, onôre, 
pensatbjo, lavatbjo, rasbjo, gloribso, et dans beaucoup de 
mots isolés, comme corànay dbno, mbstro [monstrare môs- 
trare), nbbile, nbn, pbmo, pbnere, Rbma, vbce , vbto. 
Toutefois, nous avons autant d'exemples dans lesquels la voyelle 
prend le son ouvert, même dans le suffixe orio identique avec 
ojo, par exemple : hravatôrio, purgatàrio, glôria, vittària, 
de même dans décor o, sonôro, atroce, hàja, Bolôgna, cote y 
dosso {dorsum dôsum), dote, môro, nôdo, nome, nôno, ôra, 
orlo {ôrula *), pidppo [pôpulus), prono, solo, sole, trôja, 
— Le passage de Yo fermé à u est fréquent en ancien italien, 
ainsi dans c^mttra, nascuso, persuna, voy. Blanc p. 51, et 
maintenant encore dans les dialectes : sicilien amuri. 

A la finale, Yo se prononce ouvert, contrairement hYe dans la 
même position : mô {modo), no, ciô, hà, do, fà, sa, stô, vôy 
vo' {voglio)y ta' (togli), cà' (cogli), cô {capo), prà {prode) ; 
dans la flexion verbale : cantô, canterà. 

Ici aussi nous rencontrons de nombreux homonymes que 
distingue la prononciation, par exemple : càlto (collectus) et 
côlto (cultus), côppa (kopf) et cbppa (cuppa), corso rue 
et corso course (tous les deux de cursus), foro {forum) et 
fbro verbe {fôro), fosse (fossae) et fosse {fuisset), loto 
{lotus) et Ibto {lûtum), noce {nocet) et noce {nûcem), or a 
{aura) et ôra {hôra), rôcca (franc, roche) et rôcca (v.h.allem. 
rocco), sort a {sors) et sdrta {surrecta), tôrre {tollere) et 
tôrre {turris), vôlto {volutus) et vélto {vultus). 

U 

correspond : 1) dans la plupart des cas à u long, et aussi à u 
bref à l'antépénultième : duro, lunie, bruno (v.h..allem. brun), 
cupido, umile, rustico. — 2) rarement à o, soit long soit 
bref, comme dans tutto, lungo. — Dans les dialectes de la 
Haute-Italie, w a le son de û, par exemple : cura, lûnna 
{luna), bûff, budell, curt ; beaucoup de ces dialectes, comme 
le milanais, par exemple, dans lesquels Yu ne s'est point reformé 
par l'altération d'autres voyelles, ont perdu complètement ce son. 

DIPHTHONGUES. 

Il n'est pas plus aisé en italien que dans les autres langues 
romanes de déterminer nettement les diphthongues au milieu des 
combinaisons de voyelles ; c'est ce qui explique qu'on soit si peu 



3^6 voyellesitaliennes.au. 

d'accord sur leur nombre : Giambullari, par exemple, admet seu- 
lement cinq diphthongues, L. Dolce sept, et Salviati n'en veut pas 
moins de quarante-neuf. Il y a bon nombre de grammairiens 
qui ne reconnaissent point les combinaisons initiales avec i ou u 
comme des diphthongues, parce que ces lettres sont pour eux des 
consonnes et non pas des voyelles : bianco est selon eux = 
bjanco, guarda = gvarda. Il est vrai que dans ces combinai- 
sons, Yi, appuyé à une consonne, se rapproche assez du J, Yu du 
V, de sorte qu'il ne se produit que des diphthongues imparfaites, 
aussi une double consonne peut-elle les suivre. comme dans 
dienno, fiamma, quello, guerra. Pour ce qui est de f, on 
peut l'admettre sans réserves, et ieri s'écrit aussi bien jeri ; 
quant à uo provenant de o, il fait entendre une vraie diph- 
thongue : uomo, buono, luogo n*ont pas le même son que 
vomo, bvomo, Ivogo. D'autres grammairiens ne voient pas non 
plus de diphthongue dans lei, sei (seœ), poi^ cui, lui, qui pro- 
viennent de diphthongues ou de voyelles simples latines, parce 
que, à la fin du vers, les poètes les emploient comme disyllabes. 
Beaucoup de combinaisons ne sont comptées comme monosyllabi- 
ques que par synérèse : ai dans rai, amai, ea dans beato, et 
dans direi, tartarei, eo dans idoneo, ta dans viaggio, cris- 
tiano , gloria, ie dans grazie, io dans viola y passione, 
nazione, glorioso, premio, uo dans virtuoso, continuo. Il 
faut particulièrement se garder de voir dans soave et mansueto 
des diphthongues ; chez les poètes, le premier compte toujours 
pour trois, le second pour quatre syllabes. 

Les grammairiens italiens divisent les diphthongues en éten- 
dues {distesi) et contractées (raccolti) ; dans celles-là la voix 
appuie sur la première, dans celles-ci sur la seconde voyelle. 
Voici (avec quelques exemples ajoutés entre parenthèses) le 
tableau dressé par Buommattei (p. 68, éd. di Ver. 1744), dont 
le système ne va trop loin dans aucun sens : AE, AI, AO, AU; 
ÉE, ÉI, ÉO, EU; ÔI, ÛI;EÀ; /i, lÉ, l6, lÛ; UÂ, UÉ, 
UI, UO. Exemples : aère, traere, ai pour alli, maisî {crai, 
laido), Paolo, aurora; veemente (mais deux voyelles sem- 
blables ne font jamais une véritable diphthongue), e^, mei (mieux 
leiy sei de seœ), Eolo, Europa, feudo {neutro, remua); 
oimè (noi, voi, poi, poichè), altrui, colui {lui, cui) ; Borea ; 
ftato, piano, pie go {quieto,pieno),piovere, schiuyna; guasto, 
guado, quando, quesito, guerra, guisa {qui), tuo7io {quo- 
tidiano). On peut toutefois en ajouter d'autres encore, comme 
Buommattei l'accorde lui-même. — Quelques-unes d'entre ces 
combinaisons appellent ici quelques remarques. 



VOYELLES ITALIENNES. !E. UO. 347 

AU, 

qui n'est point tout à fait Vau allemand, mais qui se prononce 
en appuyant un peu sur u, vient: 1 ) de la même diphthongue 
latine et n'est souvent usité que dans des formes doubles réservées 
au style élevé. — 2) de al dans les écrivains anciens (p. 192) et 
encore à présent dans les dialectes, comme en sicilien autii {alto), 
cauciu (calcio), addauru (alloro) ', napol. haozano (balzano). 
Il est curieux qu'une intercalation sépare quelquefois les deux 
éléments de cette combinaison : à Rome on dit, par ex., Ldvura 
pour Laura, Pàvolo pour Paolo (Fernow, § 36) ; à Naples, 
cdvodo pour caodo (caldo), dvotra pour aotra (altra), et 
même la langue écrite a dilaté caulis en cdvolo, comme naulum 
en ndvolo. 

lE. 

Cette diphthongue si usitée provient: 1) du latin i-e, par 
synérèse, comme dans pietày medietà, O^^iente, paziente, quo- 
ziente. — 2) Elle est l'expression propre de Ye bref latin : fiero, 
piè etc. — 3) Elle répond kVae ou a-i : cielo, lieto, primiero 
(-arius, -air). Rarement à Ve long. — La seconde voyelle de 
cette diphthongue se prononce ouverte, excepté dans pié, où elle 
se prononce fermée. — Tous les dialectes n'aiment pas cette 
diphthongue, beaucoup préfèrent la voyelle simple ; le napolitain, 
au contraire, l'emploie même pour Ve en position, comme l'espa- 
gnol, par ex. dans capiello, castiello^ pierde, vient o. 

UO, 

qu'on doit prononcer avec o ouvert, est le produit de la diph- 
thongaison de Yo bref latin : buono, miovo ; il provient rare- 
ment de Yu bref. — Les dialectes préfèrent ici la voyelle simple 
(o), tandis que le napolitain emploie uo pour Yo en position, 
comme l'esp. ue : puorco, puojo (poggio), tuosto. Remar- 
quons encore que les dialectes de la Haute-Italie remplacent 
Yuo et Yo italiens par une syllabe qui rappelle Yeu français : 
milan, foeura {fuora), coeur {cuore), scoeud (scuotere), 
pioeuv (piovere), goeubh {gobbo) ; piém. feu (/'uoco), pieuve 
(piovere). 

Quant aux triphthongues, les uns admettent leur existence, 
les autres la contestent. Buommattei en voit dans vuoi, miei, 
et même dans l'interjection eia. Mais il est peu admissible que 
dans les deux premiers exemples la voyelle de flexion i se perde 
dans une diphthongue ; quant à eia, il est évidemment disyl- 
labique. De même mariuolo se divise ainsi : mari-uolo. Sur ce 



3^8 CONSONNES ITALIENNES. 

point, voyez, avec plus de détails précis, Fernow § 41, Blanc 
p. 77. 

CONSONNES. 

L'italien possède toutes les consonnes latines, à l'exception de 
Vx ; ch aussi lui est resté, mais comme forte ; rh est représenté 
par r, th par t, ph par /* : Reno, teologia^ filosopa ; gh est 
nouveau. Il y a trois sifflantes : se, c et g. Les dialectes seuls 
présentent une aspirée dentale et gutturale. 

Un trait important du système phonétique de cette langue, 
c'est qu'aucune consonne n'est tolérée à la finale : ou bien elle 
disparaît {ama de amat), ou bien une voyelle vient s'y ajouter 
(aman-o de amant). Sont seules exceptées de cette règle les 
liquides /, n, r dans il, con, non, per, qui peuvent aussi affecter 
les formes lo, co, no, pe. C'est ainsi que se comportent les mots 
en tant qu'individus isolés ; nous verrons à la fin de la syntaxe à 
quelles conditions la voyelle finale peut s'élider dans le discours 
suivi. Les noms propres classiques sont traités comme des noms 
communs. Les noms bibliques conservent quelquefois leur con- 
sonne finale [David Bavidde , Judit Giuditta). Les noms 
modernes de personnes, quand ils ne sont point connus sous une 
forme latinisée (Cartesius, d'où Cartesio, et aussi Eulero, 
Keplero, Leihnizio, Wolfio) restent d'habitude intacts {d'Alem- 
hert, Schiller, Smith, Walter Scott). — Nous avons déjà vu 
dans l'introduction que les dialectes de la Haute-Italie n'ont pas, 
comme la langue écrite, cette aversion pour les consonnes finales. 

L'italien aime tout particulièrement la gèmiyiation, même en 
dehors des cas d'assimilation. D'après les préceptes des anciens 
grammairiens romains, elle n'est permise qu'après les voyelles 
brèves, parce qu'après les longues on ne peut pas la faire 
entendre. Ici aussi, la gémination indique la brièveté de la 
voyelle, car fatto a l'a plus bref que fato, et ce fait peut se 
présenter tantôt dans des mots simples comme dubhio, tantôt 
dans des enclitiques comme dammi, tantôt dans des composés, 
comme giammai, ddbbene. Nous renvoyons les cas d'enclise 
à l'étude de la flexion , et les cas de composition à l'étude 
de la formation des mots. Nous nous occupons de la gémi- 
nation seulement dans les mots simples, et nous passerons 
encore ici sous silence, du moins en général, son rôle dans la 
conjugaison, rôle qui est considérable [voile, tenne, vedde, 
seppe, ehbe, hevve etc.). L'italien aime surtout à redoubler les 
labiales m, p et h, par ex. femmina, appo, fabbro, voy. dans 



COIVSONNES ITALIENNES. 3^9 

la première section. Avec f, ce redoublement est plus rare parce 
que cette lettre se présente plus rarement à la médiale : on dit 
par exemple ^/frzm, zeffiro, zafferano. Le redoublement du 
V est habituellement bb : conobbi, crebbi. Parmi les autres 
lettres, /, t, d, c se redoublent également dans quelques cas : 
allegro , collera , sceller ato , tutto , cattedra , legittimo , 
cattolico, Soddoma, macchina, i7npiccare (pix), acca- 
demico ; n, r, s jamais. Très-souvent on redouble la consonne 
devant i atone suivi d'une voyelle , ce qui donne à i la valeur 
de J ; il en résulte que la voyelle de la syllabe qui précède, se 
trouvant pour ainsi dire en position, prend une prononciation 
plus forte. Ici encore les exemples sont surtout nombreux après 
m, p et b : bestemmia, lammia^ mummia, scimmia, ven- 
demmia, appio, sappia, abbia, bibbia, dubbio, labbia, 
rabbia, rubbio, scabbia, gabbia {cavea), Gubbio (Iguvium). 
Toutefois on dit avec une consonne simple infamia, nimio, 
premio , copia, propio, tibia. Quand i est décidément 
consonnifié, les consonnes originaires c, g, t (s'il devient z), 
d, p, b sont géminées, comme dans ghiaccio, liccio, luccio, 
veccia {vicia), faggio, piaggia, pozzfi, prezzo, raggio, 
inveggia, piccione, approcciare, aggia, deggio, gaggia, 
pioggia ; il en est de même de J quand il devient palatale douce, 
comme dans maggio, maggiore, peggio, raggia (rajay. 
Quelques mots isolés, comme Grecia, crociare, beneficio, 
litigio, échappent à cette règle. Il n'y a pas de redoublement 
lorsque gi ou ci proviennent de ti ou si comme dans palagio, 
pregio, stagione, Ambrogio, fagiuolo, bacio, cacio. Lorsque 
i représente l, le redoublement a lieu sans exception, parce 
qu'une position décidée (oculus oclus) a précédé : on dit alors 
occhio, stregghia, doppio, nebbia. Il en est de même de g 
provenant de te, de, comme dans selvaggio, giuggiare. Jamais 
g ne se redouble dans les combinaisons gl, gn ; j non plus. Dans 

1. De même dans l'anc.h.allem., suivant la remarque de Grimm, la 
consonne suivie d'un i dérivatif se redouble et Vi tombe, p. ex. : sippa de 
sibja, brunna de brunja, sellan de saljan, wetii de vadi, wrehho de vrakja, 
Gramm. \, 123, 148, 167, 192. Mais ici la brièveté de la voyelle, qui amène 
le redoublement, est originaire et n'est pas occasionnée par Vi. L'ancien 
saxon se rapproche ici davantage de l'italien, en ce qu'il conserve d'or- 
dinaire le j dérivé {i, é) -. selljan, frummjan, minnja, merrjan, hebbjan, 
sittjan, settean, biddjan, beddi, cussjan^ wrekkjo, huggjan. Comparez encore 
le redoublement osque devant i suivi d'une voyelle, pour faire ressortir 
la brièveté de la voyelle qui précède, comme dans akudunniad, triba- 
rakkiuf. 



320 CONSONNES ITALIENNES. L. M. N. R. 

les patois, la gémination est encore plus active que dans la 
langue écrite. 

Pour ce qui est des consonnes multiples, on trouve à l'initiale 
une muette avec r ou l, c'est-à-dire les combinaisons TR, DR, 
CRy GR, PR, BR, CL, GL, PL, BL ; GN ei PiY s'écrivent 
{gnocco, pneuma), mais se prononcent de telle manière que g 
exprime seulement le mouillement de n et que p devient muet. 
La muette avec s, PS s'écrit Lien dans quelques mots, comme 
psicologia, mais p ne se prononce pas. On trouve de même une 
muette avec une muette dans PT, BB (ptialismo, bdellio), 
une liquide avec une liquide dans MN {Mnemosine), On trouve 
aussi les groupes FR, FL. Mais la spirante 5 tolère après elle 
toute consonne, simple ou multiple, à l'exception de z et j, et 
même r et g, de là les combinaisons SL, SM, SN, SR, ST, 
SB, se H, Se. SGH, S g, SP, SB, SF. SV, STR, SBR, 
SCR, SGR, SPR, SBR, SFR, SCL, SPL, SFL : slitta, 
smalto, snodare, sradicare, Stella, sdegno, seherro, seim- 
mia, sgannare, sgelare spallo, sbalzo, sfidare, svellere, 
stretto, sdrajare, seredere, sgranare, sprezzare, shranare, 
sfrenare, selamare, splendore, sflagellare ; SGLy SBL 
manquent par hasard. La mêdiale tolère la combinaison de la 
muette avec la liquide, mais seulement dans les cas où l'initiale 
la tolère, cependant GL semble ne se présenter que dans les 
composés {eon-glutinare , bu-glossa). Les combinaisons d'une 
muette avec une aspirée, pas plus que celles d'une muette avec 
une muette, ne sont italiennes. Il en est autrement de s avec une 
consonne, quelle qu'elle soit, comme à l'initiale. FL, FR et la 
combinaison VR qui n'est pas latine sont tout aussi usitées (voj. au 
V), Une liquide se trouve fréquemment auprès d'une spirante ou 
d'une muette, quand les deux lettres sont syllabiquement séparées; 
il n'y a pas besoin d'en donner d'exemples. On trouve même 
NF (ninfa) et aussi, dans l'enclise, MV (andiamvi), ainsi que 
MT [aspettiam-ti) ; MS, MF, MB, MC {e guttural) manquent. 
On rencontre une liquide avec une liquide dans LM, LN, NR 
{Enrieo, onrato), RL (perla), RM, RN. En enclise ML, 
MN, NL, NM se rencontrent aussi : udiam-lOy prendiam~ne, 
han-lOy fan-mi, LR et MR tombent. 

L. M. N. R. 

Elles s'emploient quelquefois l'une pour l'autre. Par exemple, 
/ naît de n dans Bologna ; de r dans celehro [cerebrum) ; et 
aussi de d dans caliico. N naît de l dans fÙomena ; de m 



CONSONNES ITALIENNES. L. M. N. R. 32^ 

initiale dans nespolo , médiale dans conte , ninfa etc. , 
finale, par exemple, dans con (cum), amian (pour amiamo), 
R vient de l surtout dans les dialectes, par exemple en milan. 
pures {lidl. pulce), fir (filo), romain urtimo {ultimo), sicil. 
curpa (colpa), sarde borta {volta)\ de d dans mirolla 
(medulla), napol. r or ère {roder e), rurece (dodici). M prend 
la place de h dans quelques mots comme gômito. 

L est souvent intercalée, puis remplacée par i, surtout après 
c ou /", comme dans chioma {coma), inchiostro, fiaccola 
{facula), fiavo {favusl), fiocina {fuscina), rifiutare {refu- 
tare), schiuma (anc.h.allem. scûm). M dans Campidoglio 
{Capitolium), imhriaco {ebriacus), lambrusca {labr.), 
strambo {st7^abus) , vampo {vapor). i\^ dans Brentino {Bre- 
tina), lontra {lutra), Ofanto {Aufidum), santoreggia {satu- 
re j a), Vicenza (originairement Vicetia, mais aussi déjà chez 
les anciens Vicentia), randello (allem. rddel), rendere 
{redd.), ansimare {asthma), Sansogna {Saxonia), fangotto 
(au lieu de fagotto), marangone {mergus), inverno {hiber- 
num). R dans brettonica, fronda {fundà), frustagno (pour 
fust.), tronare {tonare), anatra {anatem), balestra {balis- 
ta), celestro {caelestis), feltro (angl.sax. fllt), geldra (b.lat. 
gelda), giostra {juxto), inchiostro, scheletro (ffT-eXsTéç), 
scientre, Spalatro {Spalatum), spranja (allem. spange), 
vetrice {vit ex). Sur la préposition de /, voy. p. 189 ; on trouve 
des exemples de préposition de n dans nabisso, ninferno, naspo 
{Jiaspel, proprement du verbe inaspare). Dans la première sec- 
tion, il a été question de la transposition des deux liquides l et r. 

Mein, dans la langue littéraire, se sont maintenues pures de 
toute infection nasale dans le sens du français. Il n'en est pas 
de même de n dans les dialectes. Ainsi n finale se prononce 
absolument comme en français dans le Milanais et en général 
dans la plus grande partie de la Lombardie jusqu'à Bologne, et 
encore dans une partie de la Romagne : pan, men, vin, bon, 
nissun se prononcent comme le franc, milan, bien etc., voy. 
Cherubini Voc. milan. I, xxxi, Biondelli 199. Au Nord, à 
Bergame, ce son est déjà moins net (Blanc, 645). Le milanais 
a encore une autre n, une n aiguisée qui se prononce comme 
si elle était unie à un 6? muet. Le piémontais a une n médiale et 
finale {n torinese), qui, par exemple dans patruna, se prononce 
presque comme ng allemand en efîaçant à peu près le g. 

LL peut provenir de ni et ri, ainsi dans colla {con la), 
costallo {costarlo). Remarquons, dans quelques dialectes du 

DIEZ 24 



322 CONSONNES ITALIKNNFiS. \.. M. N. II. 

sud, la représentation de ce II par dd qui sonne comme le th 
anglais : sarde (campid.) buddiri {bollire), camhedda [gani- 
bella*), cnsteddu (castello), mais aussi ellu dans bellu etc.; 
sicil. cavaddu, addevu (allievo), beddu, griddu {grillo). — 
NN représente mn dans donna, sonno etc. — RR représente 
Ir et nr dans toy^re pour tolfre, porre ^our ponre. 

Les combinaisons gli, gn sont importantes. 

GLI^, l mouillée (qu'on prononce Iji = esp. Il, prov. Ih, 
franc, il), devant a, e, o, ii, qu'on écrit glia, glie, glio, gliu 
et qu'on prononce Ija, Ije, Ijo, Iju, a ce son (suono schiac- 
ciato, écrasé) partout où il ne provient pas de la combinaison 
immédiate gli, comme dans négligente, geroglifico, Anglia : 
dans ce dernier cas, g conserve sa prononciation gutturale ordi- 
naire. Si on a choisi l'orthographe gl, c'est évidemment par 
analogie avec gn. Ce gli a son origine: 1) Dans l avec i palatal: 
figlio, oglio. — 2) Plus rarement dans un l ou II sans cet i : 
pigliare, togliere. — 3) Dans les combinaisons tl, cl, gl, pi : 
veglio pour vecchio, speglio pour specchio, streglia pour 
stregghia, scoglio {scop'lus). — Dialectalement, il se prononce 
dans les deux premiers cas comme j et tombe même, comme 
dans le parler famiher français et en valaque. Exemples : piém. 
joaja {paglià), pie (pigliare); milan, canaja (canaglia), 
consej (consiglio), bria (briglia) ; bologn. foia (foglia), mei 
(meglio) '\ En sicilien, il se durcit en ggh : famigghia, fog- 
ghiu, bottagghia, megghiu. En vénitien, il devient g : agio 
(aglio), ogio {oglio), et aussi en génois conseggio (consiglio)', 
en sarde, il se change en z doux : azu {aglio). 

GN, n mouillée {suono schiacciato) = esp. n, prov. nh, 
franc, in, qu'il faut prononcer devant toutes les voyelles et aussi 
à l'initiale {gnaffa, gnocco) comme nj, vient: 1) du lat. gn, 
comme dans degno, pugno : de là cette orthographe, étendue 
ensuite à tous les autres cas. — 2) à l'inverse, de ng : cignere, 
fignere etc. — 3) de n avec i palatal : vegjiente, vigna. — 
4) de n initiale ou nn médiale, mais rarement : gnudo {nudus), 
grugnire. — Les dialectes sardes prononcent ^ tantôt comme g, 
tantôt comme z : bingia binza (ital. vigna). 

1. Chez les anciens écrivains italiens anssi lli, Igli {millior, milgliori); 
de même ngn pour gn {ongni, hangnata). 

2. Quelques langues étrangères élident aussi l devant j. Ainsi l'albanais 
dans hije (fille), goje (bouche), femije (famille) à côté de hilj^, goljç^ 
femiljç, voy. Hahn, II. 14. 



CONSONNES ITALIENNES. T. D. Z. 323 

T. D. 

T se maintient comme forte à toute place. Dans l'ancienne 
orthographe, il était employé aussi là où il se prononçait comme 
z {natione, giustitia) : ainsi placé, il a cédé au z vers la fin du 
XVI® siècle (Blanc, p. 71), mais il a conservé encore jusqu'au 
milieu du xvii® siècle beaucoup de partisans (Buommattei, Délia 
ling. tosc. p. 57). 

I) est souvent : 1) un affaiblissement de tj comme dans 
padella, madré. Souvent t persiste à côté de d, cf. cotesto 
codesto , lito lido , hnperatore imperadore , potere verbe , 
podere subst. — 2) il représente r, comme dans rado {rarus). 
— Il est intercalé pour détruire l'hiatus : ladico (laicus), prode 
{pro proe), voy. p. 75. 

TT est : 1) le produit du redoublement de tj comme dans 
battere, tutto. — 2) le résultat de l'assimilation du et et à^pt, 
comme dans fatto, inetto. — DD provient : 1) du redoublement 
de t dans soddisfare. — 2) de l'assimilation du gd dans 
freddOy Maddalena, habituellement Madalena. 

Z. 

Cette lettre, à proprement parler étrangère au latin, est devenue 
très-importante en italien et provient d'éléments fort divers : 
1) Du ;2: grec, haut-allemand et arabe : ainsi dans azzimo, zelo, 
"battezzare , zaffo (v.h.-all. zapfo), zana {zeina), strozza 
{drozza), zafferano, azzuy^ro. — 2) De t, et y pt avec i palatal : 
nazione, pozzo (puteus), azzione, nozze {nuptiae) ; quel- 
quefois même de t avec i tonique, comme dans aristoerazia. — 
3) Aussi de di ; dans ce cas, le z alterne parfois avec gi : 
mezzo, pranzo, razzo raggio\ de même de d simple dans 
arzente (ardens), verziçare (viridicare) . — 4)I)eeice: 
zimbello (eymbalum), sezzo {seeius), donzello, et dans les 
suffixes azzo, izio, ozzo, uzzo'.popolazzo, fittizzio, gigliozzo, 
animaluzzo. Ce z se trouve très-souvent en concurrence avec c: 
giudizio giudieio, speziespeeie, superfizie superfieie, — 5)De 
s : zaffiro, zavorra (saburra), zolfo {sulphur), manzo (pour 
manso), scarzo (pour searso), arzura {arsura), magazzino 
{arabe 7naehs an). — 6) De st dans inzigare {instig.), zam- 
beeeo (allem. stemboek), zaneo (pour staneo). — 7) De sïï : 
zappa (ŒxaTUTîtv?), <2:anca (angl.sax. scanea?), zolla (anc.h.all. 
sholla). — 8) De^ dans zinepro {juniperus). — 9) Du franc. 
eh dans zambra. 



324 CONSONNES ITALIENNES. S. 

Le z, comme Vs, se prononce de deux manières, soit dur, 
comme ts, prononciation que connaît aussi le daco-roman, soit 
doux, comme ds. La double valeur de cette lettre est assez bien 
liée à rétymologie. Ainsi le z est dur quand il vient de c ou de t\ 
cependant beaucoup de mots échappent à cette règle, comme don- 
zellahronzo (brimitius?), romanzo, rezza {retia), lezzo (pour 
olezzo), rezzo à coieàe orezzo.spolverezzo. ATinverse, z est 
doux quand il vient de d, et aussi, comme on peut s'y attendre, 
quand il représente le z grec ou arabe et dans les noms propres 
bibliques, comme Lazaro, Ezechiele, Nazzareno ; excepté 
balzare (de gaXXiJ^siv?). Quand il représente le z allemand, sa 
valeur n'est pas précise ; il est tantôt dur comme dans zecca 
(zecke) ; tantôt doux comme dans orza (lurz). Il est encore 
doux quand il vient de s ; dans senza (prov. senes), il pourrait 
avoir été renforcé par la consonne qui précède (comme peut-être 
àdiXi^ balzare). — Il j a d'autres exceptions dont on ne peut 
tenir compte ici. On doit s'attendre à ce que les dialectes, ici 
encore, ne soient pas tous d'accord avec la langue écrite ; le pié- 
montais aime surtout à rendre le z par s : sam,pa, sagrin (zi- 
grino), pes (pezzo), piassa etc. Le lombard emploie très-bien 
sgioMSci^oviY zz : gasgia {gazza), cantascià (cantazzare). 
Le vénitien fait quelquefois entendre c à la place de z : cito, 
ceca {zecca). 

S 

a le son dur ou fort {s gagliarda) devant les voyelles, à l'ini- 
tiale et à la médiale, devant les muettes fortes et f, et de même 
après une consonne : sole, stella, schiantare, spalla, s f orza, 
volse, verso ; faible ou doux ( srimessa) entre voyelles, devant les 
liquides, les douces et devant v : rosa, tesoro, slanciare, sma- 
nia, snodare, sradicare, sdegno, sguardo, sbarra, svelto. 
Elle est dure aussi dans le suffixe oso : glorioso, virtuoso 
(quand une voyelle précède, dit Fernow, en conséquence il ne 
l'est pas dans ontoso), dans les finales eso, esa, est : acceso, 
difesa, accesi, accesero (Blanc). Dans les composés, l'initiale 
conserve sa prononciation dure : venti-sei, altre-si, co-sî, 
ri-solvere, pro-seguire ; dans dis, mis, d'ordinaire aussi dans 
es, la finale est également dure : dis-inganno, dis-leale, dis- 
nervare, dis-dire, dis-gombrare, mis-avventura, mis-leale, 
mis-gradito , mis-venire, es-eguire, es-ultare. Quelques 
mots font aussi exception : ainsi cosa, riso, roso ont une 
s dure. 



CONSONNES ITALIENNES. C. Q. 325 

S ou ss proviennent quelquefois de c, comme dans desinare 
{decoenare *), pusigno (postcoenium *) ; quelquefois de œ, 
ps, bs, comme dans ansio, esempio, esso, oscuro. ST médial 
provient dans certains cas de et, comme amistà (amidtas *). 

S initiale, suivie d'une consonne, s'appelle s impura. Ce cas 
peut se présenter, comme nous l'avons vu, devant toute consonne, 
sauf y et ^. La langue, habituée à cette initiale, ajoute souvent 
une s inorganique destinée à renforcer le son, comme dans shieco, 
sbulimo, scalabrone, smania, smaniglia, smergo, sninfia, 
spiaggia à côté de bieco, bulimo etc. Dans les dialectes, cette 
prothèse est poussée bien plus loin encore, surtout en milanais". 

se devant i et e, combinaison importante en itahen, devrait 
se prononcer s'c (allem. stsch) ; mais se prononce comme le ch 
français et l'allem. sch. Devant a, o, u, on écrit scia, scio, sein 
(pron. scha, scho, schu). Cette combinaison provient : 1) Du 
latin se dans seena, oseeno etc. — 2) De s avec i palatal : baseio, 
easeio. — 3) De s initiale sans cet i : seialiva, seimia, rarement 
de s médiale, comme dans veseiea. — 4) De st : angoseia, 
useio (ostium). — 5) De ^r : seialare {exhalare), escire. — 
Les dialectes, qui rendent d'habitude c par s, emploient aussi ss 
pour se : piémont. fassa {faseia), riussî ; milan, eossin 
(euseino), eress {ereseere)',Yèmi. assia {ascia), fasso (faseio). 

C. Q. 

1. C guttural (dont le son est désigné par l'expression suono 
7'otondo) se rencontre devant a, o, u, l, r ; devant e et ^, on écrit 
eh, et avec redoublement ceh. A cette place, l'ancien eh avait, 
il est vrai, perdu le son guttural et avait suivi le traitement du 
e, car braehium, maehina s'écrivaient et se prononçaient tout 
aussi bien braeium, macina. Mais on savait historiquement 
que eh représentait le / grec, et comme ce -/, encore dans la 
bouche des Grecs des bas temps (même devant les voyelles 
douces) ne se prononçait pas comme z, mais continuait à être 
guttural, cette lettre sembla propre à rendre mieux que qu le 
son primitif de e. Aussi de très-bonne heure ch est- il déjà 
employé à cet oiRce ; en particulier, le pronom qui s'écrit souvent 
ehi, par exemple dans Lupus p. 559 (de l'an 785), 674 (de Tan 
828). La prononciation est celle du k allemand ; seul, le dialecte 
florentin l'aspire de manière à le faire ressembler à Y h allemande 
(ce que Fernow, Rom. Studien, III, 267, regarde comme un 
écho de la langue étrusque). — Le c guttural renvoie toujours 
à la forte^ même à la forte allemande devant c qH, voy. p. 293. 



326 CONSONNES ITALIENNES. C Q. 

Il renvoie encore : 1 ) à l'aspirée grecque on allemande : calare 
(yjxkaN), collera, }ntocco (TrTw/éç), ricco {rîchi), scherzare 
(scherzen), gecchire (Jehan), cf. annichilare (lat. nihil). — 
2) Au qu : antico, chi (quis) etc. 

Q, redoublé cq (rarement qq, comme dans soqquadro), se 
joint toujours avec un u sensible et reproduit en partie le g latin, 
en partie le c latin, comme dans quale, quagliare{coagulare), 
quello {eccuille), quocere, quojo, et mieux cuocere, cuojo. 

— Les dialectes favorisent la chute de Yu : sarde cale, candu, 
casi pour quale, quando, quasi, napol. chillo, chisto pour 
quello, questo. 

2. C palatal, qu'on prononce comme tsch allemand = franc. 
tch (suono schiacciato), se rencontre devant i et c, devant 
les autres voyelles on écrit ci, où Yi est muet : cialda, cid, 
ciuffo', dans cieco et cielo il est également muet. Dans le 
groupe ce, le premier c est palatal comme le second ; aussi 
accento ne se prononce-t-il pas comme à la manière française 
ac-cento. Ce c provient, comme nous l'avons dit, du latin ce, 
cae, coe, ci ; il provient, en outre : 1) de ch ou qu devant e 
eti'.arcivescovo, cirugiano {chirurgus), cinque, torcere. 

— 2) De 5 : concistorio, bicciacuto, ciufolare (sufflare) \ 
et aussi de z : ciahatta (esp. zapata). — 3) De s, p, et, pt 
avec i palatal : camicia, piccione (pipio), saccio [sapio), 
succiare {suctiare*), cacciare {eaptiare *). 11 provient aussi 
quelquefois du ch italien avec i palatal, comme dans grancio 
pour granchio, morcia pour morchia. — Du français ch : 
ciamhra (chamh^e), ciappey^one {chaperon), accia {hache), 
arciere {archey^), miccia {mèche). — Il s'en faut que cette 
prononciation soit identique dans tous les dialectes. Le milanais, 
par exemple, emploie c, se, z et s : cervell, scener, scepp, 
zeder {cedro), zign {cigno), zij {ciglio), hrazz, dolz, serch 
{cerchio), usell; pour ce habituellement se : fescia, lusc {luc- 
cio). Le vénitien met c, s et (pour ce) zz : cima, sinque, basa 
{bacio), cimese, brazzo, cazzare. Le piémontais c et s, ex. 
cimes, cisi {cece), sener, sign {ciglio), sima, piasî {piacere), 
strassè {stracciare). Parmi les dialectes du sud, le napolitain 
emploie fréquemment z : azzettare, merzè, rezetto ; le sarde 
(campid.) surtout ç (= franc, ç) ou bien encore la chuintante 
douce œ (= franc, j), mais pour ce il emploie aussi zz : çertu, 
çediri, çittaddi, deçimu, doçili, façili, feliçi, axedu {aceto), 
bentiœeddu {venticello), bixinu{vicino), boxe {voce), brazzu, 
canazzu (cagnaccio), mais aussi cappucciu etc. 



CONSONNES ITALIENNES. G. 327 

G. 

G guttural, qu'on prononce comme le haut-allemand g dans 
gahe (suono rotondo), se présente devant a, o, u, l (excepté 
dans la combinaison gli) et devant r ; devant e et i, on écrit 
gh, redoublé ggh, visiblement sur le modèle de ch qui est 
un son parallèle ^ . Dans la combinaison gu suivie d'une voyelle, 
u est toujours sonore. — Dans les cas où g ne reproduit pas la 
douce primitive, il provient : 1) souvent de la forte du même 
organe : gargo (anc.h.all. karg), gastigare, lago, lagrima, 
seguo (sequor) ; aussi se présente-t-il souvent à côté d'elle, 
comme dans acuto aguto, mica miga. — 2) De Yh allemande : 
agazzare (hetzen) etc. — 3) Du j renforcé : rimango pour 
rimanjo (remaneo), se g go (sedeo) et autres verbes. — 
4) Du w allemand, et dans ce cas il est rendu le plus souvent 
par gu : guardare^ guisa, ghindare {winden), tregua 
(triuwa). Rarement du v latin, comme dans guaina (vagina), 
gomire. — G est intercalé dans ragunare pour ra-unare et 
dans quelques autres mots ; il est préposé dans gracimolo à 
côté de radmolo (racemus), graspo à côté de raspo. 

2. G palatal, qu'on ne peut représenter en allemand que par 
dsch = fr. dj {suono schiacciato), se rencontre devant e et i; 
devant a, o, u, il s'écrit gi dans lequel i est muet : già, giovane, 
giudice. Des traces de cette orthographe se rencontrent de très- 
bonne heure, par exemple dans des inscriptions de la décadence 
congiunta, Giove, comme en italien, Corssen, Lat. Ausspr. 
I, 92, dans les chartes Giula et autres noms Ughell. I, 2, 
p. 336, 337 (de l'an 1007), magiorem Tirab. p. 37^ (de Tan 
813), pegiorentur 49^ (de l'an 833), et avec allusion à la pro- 
nonciation pediorentur HPMon. n. 33 (de l'an 875). Les 
deux orthographes coexistent fréquemment dans les chartes 
italiennes, cf. Laucegium. et Laucedium ibid. n. 63, main- 
tenant Lucedio. D'autres scribes ont eu recours au z, dont le 
son est très-voisin (cf. p. 248), comme dans Dazibertus pour 
Dag. HPMon. n. 72 (de l'an 919), per covis zenium pour 

1. Des traces de cette combinaison se trouvent dans les chartes 
italiennes depuis le vi« siècle, toutefois, à ce qu'il semble, seulement 
dans des mots allemands, comme par ex. G/iwenc (Marin, p. 197), Reghin- 
hard (Mur. Ant. III, 1015), plus fréquemment dans les chartes franques. 
Mais il est peu probable que l'italien l'ait tiré de l'allemand, puisque 
le signe allemand représente un son qui n'est point du tout roman, 
voyez ci-dessus, p. 248. 



328 CONSONNES ITALIENNES. J. 

per quovis g. ibid. Dans le redoublement gg, comme dans ce, 
le premier g est aussi palatal : on ne doit donc pas prononcer 
suggerire comme le français sug-gérer. — Ce son provient, 
sans parler du latin ge, gi \ 1) de j : già, Giacomo etc. — 
2) De i palatal : deggio {deheo), pioggia (pluvia), seggio 
(sedeo), giorno, congedo [comme atus), palogio, cagione 
(occasio). — 3) De ga non latin : giardino, giaveletto. — 
4) De ^, de se et de c devant e et i dans quelques mots, comme 
geloso, vagello {vascellum*), dugento. — 5) De (? dansée, de, 
ne : selvaggio, gluggiare, mangiare (manducare). — 6) Il 
prend la place de 17 dans giglio, gioglio. — Il est intercalé au 
lieu de j dans scarafaggio {searahaeus), tragge [trahit), 
strugge. — Les dialectes ne présentent pas tous non plus cette 
chuintante. Le vénitien Taffine en z : zalo [giallo] , zogia [gioja) , 
zorno, finzere, frizzere, volzere, veza (veggia). Le sicilien 
la prononce plus fortement, tantôt comme c, tantôt comme se : 
ancelicu, cineiri[eing.), adasciu, casciuni', ou même comme 
/, ce que fait aussi le napolitain. 

J. 

L'italien est la seule de toutes les langues romanes qui, pour 
^^ consonne, emploie ce signe (dont l'introduction est attribuée 
à Trissino, Blanc p. 65, 82). Mais ce son est moins consonniôé 
que le ■ son correspondant du j allemand, de sorte que, par 
exemple, dsmsjeri, jota, noja, alleluja on croit entendre une 
diphthongue ; aussi actuellement préfère-t-on employer le signe 
de la voyelle. A la fin du mot . où il est pour ii, j est une véritable 
voyelle et ressemble à Yi long : tempj, vecehj, vizj\ glorj. 
On a choisi ici ce signe, soit parce qu'il pouvait sembler exprimer 
pour les yeux rallongement de Vi, soit parce qu'on avait vu 
également un i allongé pour ii dans l'écriture lapidaire : svlpicL 
afranI. — Cette consonne provient : 1) dans quelques cas du 
lat.y, comme dans ajutare, boja. — 2) De Yi atone suivi d'une 
voyelle : jacinto [hyacinthus), jerarchia. Ce fait se rencontre 
souvent, surtout après une r précédente qui alors tombe tou- 
jours : aja pour arja [area), fehhrajo, 7nuojo etc. Cet rj 
est prononcé par le sarde de Campidano comme rg, de même 
qu'il prononce aussi n;' comme ng, ex. telargiu (ital. telajo), 
friargiu [fehhrajo), et par le sarde de Logudoro comme 
rz : corzu [cuojo). — 3) De la diphthongue ^e= lat. e dans 
jeri. Devant i^j disparaît : aceiai pour acciaji, ahhaino pour 
ahhajino» 



CONSONNES ITALIENNES. H. 1». B. F. V. 329 

H. 

Elle est muette et ne s'emploie en dehors des groupes ch et gh 
que dans quatre formes du verbe avère : ho, hai^ ha^ hanno^ 
pour les distinguer, au moins pour les yeux, de o, ai, a, anno, 
et dans quelques interjections comme ah, deh, ohinnè. On sait 
qu'on écrivait anciennement à la manière latine havere, honore ^ 
huomo, sans cependant prononcer ces h. 

P. B. F. 

L'échange entre les labiales est fréquent. P est pour f dans 
Giuseppe {Joseph) etc. B est bien souvent pour p initial, 
comme dans brugna {primwn) ; pour f dans bioccolo {floc- 
cus) ; souvent pour v à l'initiale et à la médiale, comme dans 
herhice, nerbo, serbare, crebbi (crevi). F est pour p dans 
soffice (suppleœ), trofeo, peut-être dans catafalco ; pour b 
dans tafano eic.\ pour -y, par exemple, dans 'biffera {bivira). 

B est préposé dans brusco (ruscum) et aussi sans doute dans 
brezzo (rezzo pour orezzo) et bruire (rugir é). Il est intercalé 
dans rombice (rumeœ) ; entre m et une liquide suivante : sem- 
brare, membrare ; m avec i palatal appelle aussi un b : grembo 
pour grembio, combiato, milan, vendembia pour vindemmia, 
voy. mon Dict. étym. au mot grembo II. a. 

i^est préposé dans frombo (pc[jioç). — FF est le produit de 
l'assimilation de jo/'dans zaffiro {sapphirus), Saffo (Sappho), 
et dans les mots allemands graffio (hrapfen), ruffare [rupfen 
ou raufen), staffa (stapf), stoffa {stopfen), zaffo {zapfen), 
zuffa {zupfen). 



qu'il faut prononcer comme w allemand = v franc., est : 1) Un 
adoucissement du p, comme dans povero, et existe parfois à 
côté de lui : coverto coperto, riva ripa, cavriolo capriolo. 
L'adoucissement a pénétré bien plus profondément dans les dia- 
lectes. Le milanais, par exemple, dit rava, savè, cavra\ le 
vénit. lievore {lèpre), lovo etc. — 2) Un adoucissement du b : 
avère, cavallo, provare. — 3) Parfois, c'est la consonnifîcation 
d'un u, comme dans belva {bellua), parve, doive. — 4) Il rend 
le w allemand dans salavo {salaw-), sparviero. — Il sert à 
détruire l'hiatus àai\\sfluvido,Xjiovere, rovina, vivuola [viola). 
— L'aphérèse de cette consonne ne se rencontre que dans les 
dialectes : sicil. urpi {volpe), sarde espi {vespa), vénit. ose 



330 LETTRES ESPAGNOLES. VOYELLES. 

(voce); en face de cette chute du v, on trouve la prothèse, 
encore phis remarquable : sarde bandu pour vandu (ando), 
occhire pour vocchire (uccidere); milan, vess {essere), vora 
(ora), volzà (osare), vott (otto), vun (uno). 

VR est une combinaison très-usitée en italien, mais limitée 
toutefois à la position de médiale; en voici quelques exemples : 
avrôy covrire, Ivrea, ovra, sovra. 



LETTRES ESPAGNOLES. 

Avant d'étudier chaque lettre séparément, il convient de 
remarquer que les Espagnols ont un système d'orthographe très- 
net, qui, établi après bien des hésitations par l'Académie de Madrid 
en 1815, appuyé et recommandé par le gouvernement, a été 
généralement accepté, voy. Ortografia de la lengua castel- 
lana, compuesta por la real Academia espanola, 8® édit. , 
Madr. 1815 ^ Cependant, comme ce système subordonne le 
principe étymologique au principe phonétique, une grammaire 
qui considère partout les lettres originaires méconnaîtrait son avan- 
tage en voulant échanger partout l'ancien système (tout indécis 
qu'il est) contre le nouveau. Toutefois, pour qu'on soit en état 
de transposer l'ancienne notation en orthographe nouvelle, nous 
indiquerons partout brièvement cette dernière. Déjà au xvf siècle, 
un anonyme s'occupe de la prononciation (Juan Lopez de 
Velasco, voy. Nie. Antonio Bibl. hisp. nova, I, 721) dans un 
livre qui nous montre qu'il y a eu dans cette partie de la langue 
des changements notables : Orthographia y pronunciacion 
castellana, Burgos 1582 2. 

VOYELLES SIMPLES. 

Ce sont a, e, i, y, 0, u. Elles n'offrent aucune difficulté, au 



1. Une esquisse de l'histoire de l'orthographe espagnole se trouve 
dans la grammaire de Franceson, 4" édit. p. 25 et suiv. 

2. Voyez encore sur ce même sujet Pronunciacion de la lengua castel- 
lana, Madr. 1587, de Bened. Ruiz. — Nie. Antonio, l. c. p. 467, nomme 
encore un autre ouvrage de Francisco de Nobles (vers 1572) sans l'avoir 
vu. Un troisième ouvrage plus ancien d'un âge d'homme^ Traciado de 
ortographia y accentos en las ires lenguas principales (grec, latin, castillan), 
Toledo 1531, de Alejo Vanegas, que mentionne aussi Nie. Antonio, L c. 
p. 9, traite sans doute aussi de la prononciation espagnole. 



VOYELLES ESPAGNOLES. A. E. 1. T. 331 

point de vue de leur valeur phonétique aussi bien qu'étymo- 
logique. 

A. 

Sur cette voyelle remarquons seulement que a est souvent 
préposé : 1) par un sentiment euphonitjiie devant y, comme dans 
ayantar (jentare), ayer {heri), ayuncar arch. (esp. mod. 
juncal), ayunque {incus)^ ayuso. — 2) Devant de nombreux 
substantifs, où il rappelle Tarticle arabe, comme dans ababa 
(papaver), abedid {betula), acipres [cypressus), acitron 
(ciirus), alaton (franc, laiton)^ alerce {lariœ), arruga 
(ruga), avispa (vespa), azufre {sulphur). Aussi enano 
{nanus) pour anano = portug. anào? — 3) De même dans des 
verbes, où il n'a pas le sens de la particule ad et où il manque 
aussi dans les autres langues romanes, ex. aconsejar, ame- 
nazar, arrepentirse, atajar. — A est pour e dans regalar 
[regelare), sarga {serica), sarta {sert a), asmar (aestimare), 
yantar (jentare) . Il est venu de ei ou ai allemand dans gala 
(geil?), lastar (leistan), etc. 

E. 

La prononciation de cette voyelle n*a pas développé ici la 
variété de l'italien. E est habituellement fermé, plus ouvert 
devant r, s, z dans la même syllabe : ermita, espia, ezquer- 
deay^ (Chalumeau de Verneuil, Gramm. esp, II, 503). 
Etymologiquement, il se comporte en principe comme Ye itahen. 
Remarquons surtout : 1) sa dérivation de a-^, surtout dans les 
cas où ce groupe devient ie en italien et en français, par ex. 
caballero, enero (januariiis), primero, beso (portug. beijo), 
lego (laïcus), heçho (portug. feito), plegue pour plaigne 
(placeat), quepo (capio), sepa (sapiat), madeœa {mataxa^ 
prov. madaisa, portug. madeiœa). Cet e est déjà fréquent dans 
la langue des vieilles chartes, cf. freznedo (fraxinetum) Yep. 
III, n. 17, de l'an. 780, sendero {semitayHus) , mercatero 
I, n. 30 etc. — 2) Sa dérivation de o ou Uy par l'intermédiaire 
de ue, comme dans fleco (floccus), f rente {frons), culebra 
(colûbra)y à côté de flueco et des formes vieillies fruente, 
ciduebro Fern. Gonz., ou dans nocherniego pour nochor- 
niego {nocturnus). 

I. Y. 

La seconde de ces lettres n'est plus employée comme voyelle 



332 VOYELLES ESPAGNOLES. 0. U. 

propre que dans la particule y et dans les diphthongues. Même 
dans les mots grecs, comme ciclo, Estige (Styœ), lira, elle a 
dû céder la place à 1'^ tandis que les anciens l'employaient 
presque sans règle, au lieu de Vi, surtout à l'initiale : yguar 
(aequare), ynojo (geniculum), ynfierno, yvierno, yr^ aijna, 
syn, f\jnc6. Etymologiquement , Xi espagnol concorde à peu 
près avec \i italien : il provient donc quelquefois aussi de e long 
ou de i bref. — Nous avons parlé, p. 143, d'un ie archaïque (de 
Léon) pour ^, particulièrement usité dans le suffixe illo^ par ex. 
anyello^ castiello, poquiello, surtout dans Y Alexandre et dans 
Apotlonio, mais aussi dans Berceo et dans les Siete partidas ; 
flumenciello = ital. flumicello est dans une charte de Castille 
de l'an 804, Esp. sagr. XXVI, 445. 

0. 

h'o ne connaît pas plus que Ye de diversité de prononciation, 
il se prononce comme en français. Cette voyelle a la même 
origine qu'en italien, mais souvent, comme Yau français, elle 
provient de al : coz (caloc), otro {aller), etc. 

U 

est un peu plus favorisé qu'en italien et en provençal, en ce sens 
qu'il remonte souvent à o bref ouhu, cf. tundir, cruz, escucho 
avec ital. tondere, croce, ascolto. Dans les parfaits comme 
hube (habui, d'où haubi par attraction), plugo (placuit), supe 
(sapui), il s'est condensé de au. Dans les diphthongues, il trahit 
aussi parfois une provenance consonantique. 

DIPHTHONGUES. 

Dans le travail sur l'orthographe qui précède le Dictionnaire 
de r Académie espagnole (1726), on admet les suivantes : 
ÂE, i/, iO, AU; ÉA, EL ÉO, ÉU\ W\ ÔE. 6l, OU 
(propr. portug.); ÛI; EÂ ; /i, lÉ, 10, IÛ\ 0À\ UÀ, UÉ, 
UÔ. Ai, ei, oi finales s'écrivent aujourd'hui avec y, ce qui avait 
lieu jadis aussi à la médiale. Exemples : acaecer, ay, aire, 
alcaide, amais, estay, caos, lavaos (lavad os), pauta ; ea, 
rey, reina, peine, seis, veinte, visteis, azeite, beodo, 
deuda, feudo', liudo', coetaneo, doy, soy , sois, oigo, 
heroico, toison, Moura, Coutino ; muy, buitre, cuidado ; 
beato, beatitud, eterea-, Diago (anc. esp.), graciable, gracia, 
gloria, miedo, diôs, pidio, région, ocioso, viûda ; coagu- 



VOYELLES ESPAGNOLES. AU. lE. UE. 333 

lar\ cuajo, agua, muero, vergûenza, sumtuoso, arduo. 
Sur beaucoup de ces combinaisons on peut, il est vrai, élever les 
mêmes doutes qu'en italien. Sur l'origine des diphthongues, 
voyez divers passages de ce livre, particulièrement p. 184-186. 
Mais quelques-unes méritent encore une attention spéciale. 

AU 

provient de bien des combinaisons : i) De au latin, comme dans 
augmentar, causa, lauro etc. — 2) Des syllabes ac et ag dans 
auto {actus), Jaunie (Jacobus), launa {Idganum). — 3) De 
ap et ab : cautivo (captiviis), raudo (rapidus), ausente 
(absens), paraula slycIi. (parabola). — 4) De al : sauce (sa- 
liœ), autan {aliud tantum). Gaula {Gallia). — 5) ^ est né 
par suite de la chute d'une consonne dans aun (adhuc), paular 
(padular pour paludar) . — 6) Semblent être empruntés au 
français : gaucho (gauche), jaula (jaiole geôle), et aussi 
rauta {route). 

lE 

provient : 1) Du latin i-e : ebriedad, piedad, durmiendo etc. 

— 2) C'est la diphthongue de e bref et de ae, comme dans fiero, 
liebre, miel, viene, cielo ; mais ie est souvent aussi employé 
pour e en position, parfois pour i : ciento, fiesta, tiempo, 
nieve. A la médiale, on écrit et on prononce y pour i : yedra 
(aussi hiedra, lat. hedera), yegua (equa), yelmo {helm), 
yerba (aussi hierba), yermo [eremus), yerro (error), yerto 
(hirtus), yervo (ervum), yesca (esca). Le nom Fontecubierta 
montre cette diphthongue déjà dans une charte de 747 Esp. 
sagr. XL, 361 (si elle est authentique) ; de même flumenciello 
cité à la lettre i, 

UE. 

L'espagnol, pour former ce son : 1) a diphthongue o bref, car 
Yuo provençal et italien correspondant à ô lui est complètement 
étranger : buevo, nuevo, ruego^. Il l'emploie souvent, surtout 
devant certaines consonnes (voy. section I), pour o en position, 
comme dans cuello, luengo, muerte; rarement pour o long. 

— 2) La nature de cette diphthongue est tout autre quand, par 
suite d'attraction, elle provient de u-i ou bien encore de o-i, 

1. Dans le glossaire du Fuero juzgo on trouve une fois nuovo; c'est 
probablement une faute de copiste pour nuevo. 



334 CONSONNES ESPAGNOLES, 

auquel cas elle répond à Vou portugais. Ainsi dans agûero, 
Duero (p. 170), mastuerzo (nasturtium)^ sahueso (segusius), 
Sigûenza {Segontia), vergûenza {oerecundia) , et aussi dans 
cuero (portug. couro), muero (portug. mouro) et autres 
semblables. Dansjwe^ {judeœ,^0Ti\\g. ju-iz), w^ provient d'une 
syncope. Suero de sérum est bizarre, voy. mon Dict. ètym. 
IL b. 

L'existence des triplitliongues en espagnol n'est pas contestée. 
Ainsi lAI, lEI, UAI, TJEÎ, par exemple dans 'preciais, pre- 
cieis, santiguaiSy santigueis, buey, bueytre. 

CONSONNES. 

Tous les caractères latins sont restés en usage. La nouvelle 
orthographe ne bannit que les combinaisons ch, 2)h, th, rh, 
et l'on écrit cristiano, filosofia, teologia, Reno. Le consonan- 
tisme est, pour les chuintantes, moins complet qu'en italien, 
puisque l'espagnol ne présente qu'un son de cette catégorie, ch. 
En revanche, cette dernière langue possède une aspirée guttu- 
rale, diversement écrite {j, gi, œ). 

Les consonnes ne sont pas toutes tolérées à la finale; on 
n'admet pas même la liquide ni ; on ne trouve jamais non plus 
aucune forte ni aucune douce, à l'exception du d ; l'espagnol 
ne tolère pas davantage les spirantes f ou /, à plus forte raison 
le V ni le ch palatal. Il ne reste que l, n, r, s, œ, dy z : 
mal, pan, mayor, mas, relox, ahad, veloz. Les mots étran- 
gers, lorsqu'ils se terminent par une des consonnes antipathiques 
à l'espagnol, reçoivent d'habitude un ^ à la finale : norte (angl. 
north), este {east), duque (anc.esp. duc, franc, duc), estoque 
[stock), Enrique, œefe (franc, chef). Sont exceptés les noms 
bibhques comme Judith, Nemhroth ou Nemhrod, Isac, Abi- 
melec, Abisag, Jacob, Caleb, Josef{^\\xs> souvent José). Les 
anciens, au contraire, laissaient souvent tomber la voyelle à la 
finale, et les consonnes les plus variées pouvaient terminer le mot : 
cum (pour como), art, cort, englut {engrudo), much, cab 
(cabe), quisab (quien sabe), of{hube), nuef (nueve). 

Il est pratiquement important de noter que l'espagnol ne 
supporte aucun redoublement, excepté celui de Vr, de Vn dans 
les composés, du c quand le premier c est guttural et le second 
sifflant. On écrit abad, abreviar, boca, Baco (Bacchus), adi- 
cion, bola, Apolo, Tibulo, sumo, cepo, Filipo, grueso, 
dièse y amasar, disimular, Parnaso , Taso , meter ; mais 



CONSONNES ESPAGNOLES. 335 

carro, hierro, tierra, arrestar^ arriba, correcto ; con- 
nivencia, connubio, ennohlecer, ennoviar, innatOy inno- 
var, innumey^able ; accéder, faccion. Anciennement on écri- 
vait encore ss, en conséquence die s se , dulcissimo, et Velasco 
désigne ce redoublement comme le seul qu'on entende encore. 
L'orthographe moderne a même ramené Ymni latin dans les 
composés avec nm : on écrit conmemorar, conmiliton, con- 
moveVi enmudecer, inmaturo, inmoble, inmortal ; et aussi 
inracional , inrep arable . 

Les groupes multiples de consonnes se comportent à l'initiale 
comme en latin, si ce n'est que DR est plus usité ; GN l'est 
seulement dans les mots grecs ; ST, SC, SP ne se présentent 
pour ainsi dire pas. La médiale tolère des combinaisons plus 
nombreuses et plus dures qu'en italien. Une muette se rencontre 
aussi avec une liquide dans DL et DM, mais seulement dans les 
enclitiques comme dad-le, dad-me, dans DN aussi ailleurs, 
ex. dad-nos, adnado. GL, presque inconnu à l'italien, se pré- 
sente quelquefois en espagnol : cinglar, régla, seglar, siglo. 
On trouve une muette avec une spirante, surtout dans les compo- 
sés, ainsi Z) y, CS, PS, BS : ad-viento, maœimo, capsula, 
ab-surdo, cabsa arch. On trouve une muette et une aspirée dans 
DJ ei BJ, mais seulement en composition comme ad-junto, ab- 
jucar ; avec une forte et avec une douce CT, GD {h peine), PT, 
PD (arch.), ^^(de même), BD (également arch., sauf dans les 
composés) : acto, esmaragda, optimo, capdal, cabtela, cob- 
dicia, abdicar. Parmi les spirantes, s supporte toute consonne, 
quelle qu eUe soit, après elle : SL, SM, SN, SR, SD, SÇ (dans 
les composés), SG, SJ (comme sç), SB, SF etc., aslilla, 
eslabon, asmar, pasmar, asno et ainsi gozne, asre, desrota, 
esdruœulo, descebar, asgo, sesga, desjuntar, esbozo, 
esfuerzo. FT n'est pas espagnol. Pour VL, VR on a BL, BR. 
Les groupes de liquides avec une spirante ou une muette sont les 
mêmes qu'en italien, à l'exception des cas d'enclise. On trouve 
une liquide avec une liquide dans les combinaisons LM, LN, 
LR {alrota, raal-rotar), MN à peine (calumnia etc.), NM 
(in-mortal), NR {Enrique, honra , in-reparable , comme 
nous l'avons vu, 5on-rezr) , RL, RM, RN. — Les modernes 
évitent les consonnes muettes et purement étymologiques ; chez 
les anciens elles ne sont pas rares : Bendicto, par exemple, 
rime avec escripto, ce qui montre que les finales des deux mots 
se prononçaient ito. 



336 CONSONNES ESPAGNOLES. L. M. N. R. 

L. M. N. R. 

Il faut noter pour r deux prononciations, Tune plus forte, plus 
aspirée et l'autre plus douce. La première s'emploie (presque comme 
en italien) à l'initiale, alors même que le mot forme la seconde 
partie d'une composition, à la médiale après l^ n, 5, et partout 
dans le redoublement : rosa^ ab-rogar, mani-^oto, alrota, 
honra, Israël, tierra. Cette prononciation plus forte, que men- 
tionne aussi Yelasco, se rendait souvent anciennement au moyen 
dV redoublée, p. ex. honrra, sonrrisar, Manrrique, desrran- 
char, et même grran {grande). La langue moderne présente 
même plusieurs exemples de redoublement entre voyelles, comme 
dans carrizo (careœ), esparrago {asparagus), marron\mas 
maris), murria {înuria). Dans les autres cas, r se prononce 
plus douce : amor, hora, virtud. L'r basque se comporte 
comme IV espagnole, avec cette différence qu'on fait précéder la 
première d'une voyelle à l'initiale, pour venir en aide à la pro- 
nonciation (comme pour 1'^ impurum), par ex. arrosa, arri- 
hera, errahia, erreguela {régula), ce que fait aussi le béar- 
nais, le plus voisin des dialectes romans : arride {ridere), 
arroda {rota), arrous {ros). 

En espagnol, une liquide naît souvent d'une autre liquide ou 
d'une lettre voisine. Par exemple, l naît de n dans calonge 
(canonicus) ; de r dans celebro {cerebrum), blandir (franc. 
brandir), quilate (arabe qîrât) etc. ; de <^ ou ^ dans cola 
{cauda), Madrileno {Madrid-), Isabel {Elisabeth), almuerzo 
(admorsus). M vient de n initiale dans marfil (arabe nabfil), 
mueso à côté de nueso {noster) et dans quelques autres mots ; 
àe h Qi V dans canamo {cannabis), mimbre {vimen), milano 
à côté de vilano {villus). iV vient de l, par exemple dans enzina 
{ilicina) ; de m initiale dans nespera {mespilum), à la médiale 
dans lindo {limpidus) etc., souvent aussi de m finale. Sur n 
mise aussi k la place de c, voyez ci-dessus p. 228 note. R vient 
de l dans lirio et quelques autres mots (changement très-fréquent 
en basque ainsi qu'en gascon) ; de n dans cofre. 

L repose sur une simple intercalation dans eneldo {anethum), 
espliego {= espique) ; de même m dans embriago {ebriacus), 
lampazo {lappaceus). L'intercalation de Yn est très-fréquente, 
surtout devant les sifflantes et les dentales : cansar {quassare), 
fonsado arch. (pour fosado), ensayo {eœagiwn), mensage 
(franc, message), mancilla (pour macilla), manzana {îua- 
tiana), ponzona {potio), trenza (ital. treccia), alondra 



CONSONNES ESPAGNOLES. L. M. N. R. 337 

(alauda), rendir {redderé), cimenterio (coemeterium), en- 
centar (inceptare), gar ganta (pour gargata), mancha 
(macula). Devant des gutturales : enxundia (axungia)^ menge 
arch. {medicus), lonja (ital. loggia), parangon (composé de 
para con), langosta (locusta), ninguno {nec unus), singlar 
(allem. segeln), fincar (ital. ficcare). R est intercalée dans 
bretonica, bruœula, traste, trueno {tonus), estrella{stella), 
adelantre arch., alguandre {aliquantum , si ce n'est pas 
aliquantulum) PC. y delantre et autres semblables, ristra 
{restis), cf. caial. grondola (ital. gondola). Dans la première 
section nous avons déjà étudié la transposition de 17 et de IV en 
traitant de chacune de ces lettres. 

LL, notation de l mouillée, qu'on doit par conséquent prononcer 
comme l'ital. gl dans gli, est usité aussi à l'initiale, mais non à 
la finale, par ex. llama, liant o, hallar, silla. On voit aisément 
que ce signe a été choisi parce que II latin a pris généralement en 
espagnol la prononciation de / mouillée. Cette manière d'écrire 
est déjà en usage dans les premiers monuments : le Poema del 
Cid, par exemple, écrit fallar, sellar, maravilla. Toutefois, 
les anciens n'écrivaient pas toujours II : on trouve souvent falar, 
legar, leno, lorar pour fallar etc., sans que pour cela on 
puisse admettre que la prononciation fut différente. Lh, comme 
en portugais^ se trouve aussi, par exemple dans le Poema de 
José (Janer, Poet. cast.). Les chartes plus anciennes que ces 
monuments se servent aussi de l suivie de i, cf. Castelium 
(Castillo) Yep. IV, n. 29 (aer. 829), vermelia (bermella), 
Y, n. 1 (aer. 930). — Cet II provient de sources diverses : 1) Du 
lat. Il : bello, caballo, valle. — 2) D'Z simple, mais rarement : 
llosco, camello. — 3) De / avec i palatal : batalla, mara- 
villa. — 4) Des combinaisons cl, gl, pi, bl, fl, à l'initiale et à 
la médiate, comme llave (clavis), llaga (pi.), llama (flamma); 
mail a (macula), sellar (sigillare), escollo (scopulus), trillar 
(tribulare), anc.esp. sollar (sufflare). 

N (n con tilde) est la notation de Vn mouillée = italien gn, 
usitée aussi à l'initiale ; c'est, à proprement parler, l'abrévia- 
tion d'n double ; les anciens l'écrivent aussi nn, quelquefois n 
en omettant le tilde, et enfin ny, en sorte que l'on trouve 
Espanna, Espana et Espanya. Plusieurs manuscrits, comme 
celui d'Apollonio, par exemple, écrivent ny à la manière 
catalane : duenya, senyor, ninya, panyo ;' cependant ils ne 
rendent jamais ^^ par /^. Parfois les chartes fournissent ni, par 
exemple Castaniera Yep. V, n. 14, 15 (x^* siècle), et aussi gn 

DIEZ 22 



388 CONSONNES ESPAGNOLES. T. D. S. 

dagnatione (danacion) Esp. sagr. XXXVII, 277, calugnia 
(caluna) ibid. 276, Siignefredo (de Suniefredo) Marc, 
p. 821, flumine de Luigna Yep. VI, n. 2. — Un provient : 
1) de nn : ano, grunir. — 2) De mn : dano, doua. — 
3) Rarement à'n simple, comme dans ordenar, anc.esp. à l'ini- 
tiale : nublo {nubilum), nudo (nodus). — 4) De n avec 
i palatal : Espana, cuno etc. — 5) De gn : denar, puno, — 
6) A l'inverse de ng, comme dans planir. 

T. D. 

, T a partout le son d'une dentale forte, car lorsqu'il est devenu 
sifflant (comme dans nacion) il est rendu par c. D affecte à la fin 
des mots une prononciation particulière chuchotée, qui (d'après 
Franceson) se rapproche de sd avec une s très-douce ou de z, 
en sorte que Madrid sonne presque comme Madrizd, aussi 
voit-on les anciens (par ex. Berceo) écrire Madriz. Dans le 
langage familier il devient quelquefois muet à cette place ou 
même entre voyelles. 

T représente souvent et eipt, par exemple dans fruto, retar 
{reput are rep'taré) ; néanmoins ces combinaisons, comme nous 
le savons déjà, ne sont pas bannies de l'espagnol. — Z) est à 
l'initiale et à la finale un t adouci : amado, madré, salud etc. 
Souvent aussi il est intercalé, et non-seulement, comme dans les 
langues romanes en général, entre / et r, ^ et r {valdré, ten- 
dre), mais encore après l suivie d'une voyelle : hulda (huila), 
celda (cella), humilde [humilis), rehelde {rehellis), toldo 
(tholus), atildar (anc.sax. tilian), anc.esp. caldifa (çalifa)^\ 
après n dans pendola (pennula) . 



QueUe que soit sa place dans le corps du mot, s est dure ou 
forte comme le sz allemand^. Les anciens écrivaient aussi 55 pour 
s simple, même au commencement du mot : cossa, Alfonsso, 
sse, ssus. Quant à sa provenance, remarquons seulement qu'elle 

1. Dans le Poema de Alex, l est à l'inverse intercalée devant d : duldar 
(dubitare, dudar), embeldar {imUbitare *, emheodar), recaldar {recapitare *, 
recaudar). Cette l remplacerait-elle un u provenant de b ou p, comme 
dans galteras où l est pour m? 

2. D'après Velasco, p. 195, elle devient muette devant r : cortas ramas 
= cortarramas. 



CONSONNES ESPAGNOLES. Z. 339 

représente quelquefois œ, comme dans ansio, tasar, et quelque- 
fois aussi ns et rs, devenus d'abord ss, puis simplifiés en s, comme 
àansmesa, mostrar, oso (ursus). 

se, devant i et e dans sciencia, sceptro, conoscer etc., se 
prononce comme ç et s'écrit aussi c, d'après l'orthographe 
moderne, même dans les noms propres comme Cipion. 

Z. 

Cette lettre (que les anciens remplaçaient souvent par le ç, qu'ils 
mettaient même devant e eii: çagal, Çaragoça, veçino) a pris 
une grande importance et se rencontre, dès le viii^ siècle environ, 
avec la valeur actuelle, par ex. freznedo Yep. III, n. 17 (ann. 
780), dezimo (c.-à-d. diezmd) IV, n. 11, Oza villa n. 28, pozo 
(puteus) n. 38, foz Esp. sagr. XXVI, 445 (an. 804), calzada 
ibid. , plumazosXL, 400 (ann. 934); mais elle est aussi supplantée 
souvent par ci ou ti, comme dans Fernandici, Zaragotia, 
Gometius. Le z se prononce non pas comme le z italien, non pas 
exactement comme ts ou ds, mais presque comme le c espagnol 
devant e et z, si ce n'est qu'on n'appuie pas aussi fortement la 
pointe de la langue contre les dents : arrimada la parte ante- 
rior de la lengua à los dientes, no tan apegada como para 
la ç, sino de manera que quede passo para algun aliento 
espiritu, que adelgazado o con fuerça saïga con alguna 
manera de zumbido, que es en lo que diffiere de la ç, dit 
Velasco. C'est donc quelque chose d'analogue à l'aspirée t/iK 
Dans la bouche de beaucoup d'Espagnols il se rapproche même 
de Vf, du moins à la fin des mots. D'autres, dont l'organe vocal 
résiste à la rudesse du z, le transforment en s (Mayans, II, 86), 
ce qui arrive surtout fréquemment chez les anciens. — Z, avec 
tous ses rapports étymologiques, apparaît déjà dans les monu- 
ments les plus anciens. Mais comme il ne se distinguait pas 
nettement de ç et même de s, puisqu'on écrivait celada et 
zelada, alhrizias et alhricias, Zaragoza et Saragoza, on a 
établi dans l'orthographe moderne cette règle que z ne s'emploie 
que devant a, o, u eik la finale, et c seulement devant e ou 2 ; 
toutefois ze zi est toléré dans les mots non latins. Il en résulte 



1. On a rattaché ce son (que possède aussi le basque) à l'arabe, soit à 
ihse = th anglais (Fuchs, Zeitwœrter, p. 76), soit à zâd (Rapp, Gramm, I, 
22), dont la véritable prononciation n'est même pas certaine. Il faut en 
juger comme du>, voy. p. 345. 



'340 CONSONNES ESPAGNOLES. C. Q. 

que dans la flexion les deux lettres alternent : paz paces, forzar 
forcemoSy cuezo cueces. 

Le z espagnol, comme le z italien, est d'origine multiple. 
Il provient : 1) du ^ basque, grec, allemand et arabe, par ex. 
dans zaga, zaque, azimo, zelo, bautizar, zinco (allem. 
zinck), azafrauy zambra, zorzal. — 2) Dq t ei d avec 
i palatal, par ex. razon, avestruz [avis struthio), cazar 
(captiaî^e *), bazo {badins). — 3) Dans quelques cas simple- 
ment de ^ et 0? : mayorazgo {majoraticus *), juzgo (judico). 
— 4) De ce ci (che chi, que qui) : menaza, zarcillo (circel- 
lus), diezmo (decimus), arzobispo {archiep.), brazo, lazo 
etc. — 5) De 5 : zandalo, azufre, zugar (sucus), quizd {qui 
sabe), Corzo {Corsus), et aussi dans la désinence ez des noms 
patronymiques : G ornez, Velasquez, de même dans Cadiz 
(Gades), soez {suis? voy. mon Dict. étym.), et dans la dési- 
nence verbale zco, comme dans nazco, crezco. — 6) De st : 
gozo {gustus), rezar {récit are). — 7) De se = sk dans zambo 
(scambus). — 8) De J dans zinebro {juniperus). 

G. Q. 

1. C est guttural devant a, o, i* et les consonnes; devant e et 
^, on écrit qu, où u est muet. Le k gothique est obligé aussi de se 
soumettre à cette orthographe {qu), par ex. Quintila Esp. 
sagr. XVIII, 322 (de Tan. 927), Quindulfus ibid. XXXVII, 
318 (ix^ siècle), Franquila (de l'an. 927), Requila et Richila, 
Roderiquiz, Savariquiz. Etymologiquement le c guttural se 
comporte comme en italien. Rarement, comme dans Cadiz 
{Gades), il exprime une douce renforcée. 

Q s'unit tantôt krniu sensible, tantôt a un w muet. Z7est sensible 
devant a, excepté dans qualidad, qualificar, quantia, quan- 
tidad, quasi, quatorce ; muet devant e, iei o, comme dans que, 
quien, quotidiano. Pour qu'il s'entende devant ces voyelles, il 
faut qu'il soit muni d'un tréma : ainsi par exemple dans ques- 
tion, cinqûenla, qûociente, propinquo. D'après l'orthographe 
moderne, devant u sensible on met partout c au lieu de q, et 
devant u muet, suivi de aoxx o, c tient lieu de qu, ainsi cual, 
cuando, cuatro, cuestion, cincuenta, cuociente, cantidad, 
catorce, cotidiano. Ce n'est que devant e et i que Vu muet 
persiste, comme dans querer, quien. Cela est certainement 
commode pour les étrangers ; il faut cependant se garder d'estimer 
trop haut une règle qui sépare la langue écrite espagnole des 



COINSONNES ESPAGNOLES. CH. 341 

autres langues romanes, et qui d'ailleurs ne peut s'appliquer à la 
combinaison parallèle gu. Remarquons encore que les anciens 
écrivent quelquefois qu avec u muet pour c : blanquo, marqua, 
enforquar, quomo (quomodo), cf. ci-dessous au q provençal. 
— Sous le rapport étymologique le q espagnol correspond, comme 
l'italien, tantôt au q latin, tantôt au ca ou au ch latin, par ex. 
dans quepo {capio), queso (caseus), quimera {chimaera). 
Il alterne avec c guttural : delinco, delinquir. 

2. Devant e et i, c a un son analogue à celui du ç français, 
si ce n'est que, pour le former, on doit toucher avec la pointe 
de la langue les gencives immédiatement au-dessus des dents de 
la rangée supérieure, ou bien encore, suivant d'autres, il faut 
porter le bout de la langue entre les dents, ce que dit aussi 
Velasco : el sonido de la ç se forma con la estremidad de 
la lengua casi mordida de los dientes no apretados. Devant 
a, 0, u ei kldi finale, z le remplace. Le ç doit se prononcer 
tout autrement que 1'^ ; prononcer s comme ç s'appelle en espa- 
gnol cecear (chuchoter). Dans ce, ainsi que nous lavons vu 
dans la première partie, le premier c est guttural comme en 
français, ac-cidente ne doit donc pas s'articuler comme aci- 
dente. 

Etymologiquement, ce qui s'applique à z peut à peu près 
s'appliquer aussi à c sifflant ; toutefois notons ce qui suit. Ç pro- 
vient tout d'abord du latin ce, ci, s ce, set (voy. ci-dessus à Y S), 
puis : 1) D'un z étranger, comme dans cedilla (aussi zedilla), 
cefiro, aceite (arabe zait). — 2) De che chi, que qui : ciru- 
jano (chirurgus), iorcer, cinco, ace'b6(aquifoliura). —3) De 
t avec i palatal : nacion. Ponce [Pontius). — 4) De 5 latine : 
cerrar (sera) ; de 5 arabe : cenefa, cifra, acicalar. Le basque 
est aussi enclin à prononcer de la même manière, par ex. cerbitu 
(serviré), cihoa (sevuni). — 5) De st : cerrion (stiria), 
acijjado (stipatus), trance (transitus). — 6) De sch : cedula 
(schedula). — 7) De ge gi : arcilla (argilla), ercer {ériger e) 
et beaucoup d'autres. — 8) De l'ital. g dans celosia (gelosia), 
cenogil (ginocchiello). 

CH 

est, en espagnol comme dans toutes les langues romanes de l'ouest, 
complètement distinct de c, auquel il ressemble, étymologiquement, 
beaucoup moins qu'en italien. Il se prononce presque comme 
l'allem. tsch = fr. tch, pour l'articulation duquel toute la partie 



I 



84î CONSONNES ESPAGNOLES. CH. 

antérieure de la langue vient presser le palais. D'après l'ancienne 
orthographe, il avait dans les mots grecs le son du ch italien, 
qu'un accent circonflexe placé sur la voyelle suivante indiquait 
d'ordinaire, comme dans Eschîlo, Achîles, chîlo, chîmera, 
chîmia, architecto, qu'on écrit maintenant avec qu : Esquilo^ 
Aquiles etc. Les premiers monuments l'emploient aussi dans 
d'autres cas à la place de la forte gutturale ; des chartes écrivent 
Chintila à côté de la forme Quintila ci-dessus mentionnée, le 
Poema del Cid écrit Anrrich, aussi bien que archa (aussi dans 
le Fuero juzgo), marcho (aussi dans Alex,), minchal, à côté 
de arca^ marco, mincal (ital. me ne cale). Mais la chuintante 
romane, que possède aussi le basque, voulait un signe parti- 
culier ; on choisit alors, comme dans le provençal et peut-être 
sous son influence, l'aspirée gutturale latine qui convenait assez 
bien^ 

Etymologiquement, la nature de cette lettre complexe et 
difficile n'est point, tant s'en faut, éclaircie dans tous les sens. Ce 
qui suit n'est qu'une maigre esquisse de ses rapports multiples. 
Ch provient : 1) du latin ce, ci, dont il ne fait alors que 
reproduire, comme en italien, une prononciation plus épaisse : 
chinche (chnicem) etc., cf. en basque chingola (cingulum). 

— 2) De s dans choclo (socculus), chuflar {sufflare)\ de même 
en basque chardina {sardina), chimihoa {simia) etc. — 3) De 
cl, pi, tl, fi, à l'initiale et à la finale : chabasca (clava), cha- 
nela (planus), hacha {facula), cacho (catulus), hinchar {in- 
flare). — 4) De ct\ dicho, lecho etc. — 5) Dept dans malacho 
{maie aptus). : — 6) De It : cuchillo {cultellus), mucho. 

— 7) De l'arabe sch : achaque {schako). — 8) Il répond 
au ch basque, par ex. dans chacona, chaparra, charro. — 
9) De même au ci ou sci italien dans chancha, fâcha, charlar, 
hicha. — 10) Très-souvent il rend le ch français : champion, 
chaza, marchar, merchante\ l'allemand sch dans chamberga 
(Schomberg),chorlo {schorl). — 11) Dans chubarba (joubarbe), 
pichon {pigeon), il répond à la chuintante douce française. — 
12) Souvent il coexiste avec z, cf. chamarra et zamarra, 

1. Ch palatal se trouve déjà au moins au xi« siècle, par ex. Sanchez, 
Sanchiz Yep. I, n. 23 (de l'an. 1022). Il est remarquable qu'à la place de 
ce groupe on emploie aussi g, qui ne peut avoir également que la valeur 
provençale ou catalane : Sangez Yep. I, n. 24 (de l'an. 1077), Sangiz 
n. 25 (1092). On trouve ch, il est vrai, dans des chartes beaucoup plus 
anciennes, par ex. rivolum Chave Yep. IV, n. 29 (de l'an. 791), Chayroga 
ibid., mais la prononciation en est ici moins sûre. 



CONSONNES ESPAGNOLES. X. 343 

chanco et zanco, chiha et ital. zeha ; ainsi le basque horcha 
= esp. forza, marchoa = marzo. Il se trouve aussi dans des 
mots qui sont empruntés aux langues de l'Amérique du Sud. 



se prononce de deux manières. 

1. En tant que son composé, il se prononce comme en latin, 
c'est-à-dire comme es ou, un peu plus faible, comme gs. Cette 
prononciation ne se rencontre qu'au milieu des mots ; c'est la seule 
usitée devant les consonnes et celle que prend presque toujours la 
particule eœ, même devant les voyelles, et aussi extra, par ex. 
sexto, excepta, examen, extrangero, extremo ; elle se retrouve 
dans beaucoup d'autres cas, comme laxo, luxo, maximo, pro- 
ximo employé comme adjectif, flexible, fluxion, sexo ; dans les 
noms propres, comme Praxiteles, Zeuxis. Pour assurer cette 
prononciation, on munissait d'ordinaire la vojelle suivante d'un 
accent circonflexe, ainsi l'on écrivait examen. L'orthographe 
moderne écrit x sans cet accent. 

2. En tant que lettre simple, x sonne comme le j espagnol 
(voy. ci-dessus) et se présente à l'initiale, à la médiale et à la 
finale. Il provient dans ce cas (où il est à peu près parallèle à 
l'ital. se) : i) De Vx latin : Xerxes, Alexandro, dixo, exem- 
plo, exercito, proximo comme substantif, et beaucoup d'au- 
tres. — 2) Quelquefois de se qui cependant donne ordinaire- 
ment z : faxo {fascis), pexe (piscis), Ximena (dans les 
chartes Scemena Escemena Semena). — 3) De ss et d's 
simple : baxo, pdxaro (passer), carcax (ital. carcasso), 
xeringa (syrinx), xmiia, Xelanda (Seeland), qu'on écrit 
aussi Gelanda, xorgina jorgina (basque sorguina) , dans les 
c\i2iViQ^ Xanxon {Samson), Ximon (Simon), Xuarez (Sua- 
rez). — 4) La chuintante arabe sch a également pris cette 
prononciation gutturale, comme dans xaqueca (schaqîqah), 
oxald (enschâ allah). Quelquefois, comme dans xefe (chef), 
le ch français est traité de même, mais d'ordinaire il est repré- 
senté par ch. — L'orthographe moderne n'admet plus l'aspirée 
X, elle la rend tantôt par J, tantôt par g (voy. ci-dessous au /). 

Dans quelques mots, x se trouve aussi à la finale et se 
prononce aspiré : box (buxus), carcax (ital. carcasso), relox 
(horologium), plur. relojes. Les modernes écrivent aussi 
reloj etc. 



r 



344 CONSONNES ESPAGNOLES. G. 

G. 

1. Comme douce, g se trouve devant a, o, u et devant les 
consonnes ; devant e et i il s'écrit gu , par analogie à l'ortho- 
graphe correspondante de la forte qu. Dans cette combinaison, 
u est donc muet ; si on veut le faire entendre on le munit d*un 
tréma : agûero, argûir. Devant a ei o^u se prononce toujours. 
— G provient d'abord de la douce latine et en outre : 1) De la 
forte , rarement à l'initiale , comme dans graso , guitarra 
(xi6apa), où il est très-usité enbasque : ^arixTt^ma (gMao?ra^e5zma) , 
gatua (catus), gauza (causa), gastelua [castellum), gam- 
bar a {caméra) . G provient fréquemment de la forte au milieu du 
mot, suivant l'habitude ordinaire du roman. En outre, l'espa- 
gnol échange souvent se pour sg (ce qui arrive aussi dans quel- 
ques langues germaniques et celtiques), ex. asgo [apiscor), 
fisga (goth. fiskon), rasgar (rasicare), riesgo (ital. risco), 
cf. aussi apesgar, nesga, s es go, iras go (voy. mon Dict. 
étym.). — 2) Des aspirées arabes ou allemandes, comme dans 
garroho [charrûb), degun anc. esp. (dihcin). — 3) De Yi 
palatal de certaines formes du présent : salgo, tengo, 'valgo 
de salio, teneo, valeo. — 4) Du w allemand : guarir [warjan), 
tregua (triwa) etc.; de même du v arabe : Guadalamar 
(Vadelahiar) etc.; rarement du v latin, par ex. gomito à côté 
de vomit 0, cf. aussi le basque legamia (franc, levain), poro- 
ganza (esp. probanza). — La provenance incontestable du g 
d'un d dans quelques mots, comme gazapo (dast/pus?), golfin 
(delphinus), g ragea (franc, dragée), est singulière; cf. mon 
mon Dict. étym. s. v. camozza 1. 

Dans GN, g garde le son guttural qui lui est propre : gno- 
mon, digno, signo ; il est donc bien distinct du gn italien et 
française 

2. Devant e et i, ^ a la valeur du J espagnol, c'est-à-dire 
d'une aspirée. Il est à peu près impossible à l'étranger, dit 
Velasco, d'émettre ce son : formase con el medio de la lengua 
inclinada al principio del paladar, no apegada d el ni 
arrimada d los dientes, que es como los estrangeros la 

1. Mais cette prononciation ne se maintient pas toujours : suivant 
Velasco g ne s'entend pas du tout dans maligno, magnifico, signo, signi- 
flcar, Magdalena, dans digno il s'entend à peine. Mayans dit II, 72 : 
siempre quito la g y digo sinificar y no signiflcar, dino y no digno. A la 
rime aussi, ce g est souvent muet. 



CONSONNES ESPAGNOLES. J. 345 

pronuncian, p. 116, 117. Devant les autres voyelles, ce son est 
rendu dans l'ancienne orthographe par un j ou par un x, dans 
la moderne seulement par J. 

J, 

signe caractéristique de Taspirée gutturale espagnole, que rendent 
aussi, mais dans certains cas seulement, Yx et le ^ : les plus 
anciens monuments de la langue lui donnent déjà cette valeur. 
Il se prononce presque comme le ch allemand dans doch, ach, 
mais il sort du fond du gosier. On a dit que le j espagnol 
(en admettant que sa prononciation remonte à des temps 
reculés, nous reviendrons sur ce point) provient de Tarabe 
ou du gothique; c'est là une légende souvent reproduite, qui est 
contredite par ce fait que l'aspirée gutturale arabe est rendue en 
espagnol par un son d'organe différent (p. 306) et que le 
gothique n'a pas d'aspirées gutturales propres ^ D'ailleurs il 
manque aussi au basque qui ne le connaît que dans des mots 
empruntés au castillan (Larramendi, Dicc. I, xxx) et qui 
l'exprime souvent par ch palatal : hachera = esp. haxel, 
aljporchac = alforja, chucatcea-=- enxugar . Dans l'ancienne 
orthographe, j ne se distingue pas encore rigoureusement de 
^ ou de ^ (on écrit même, par e^.,fixa au lieu et à côté de fija^ 
du latin filia, comme Apol. 193) . Mais il est déjà prédominant dans 
certains cas, où devant e et i il est cependant parfois remplacé 
par ^. Il provient : 1) du J latin : jamas, juego. — 2) De i 
palatal : jornada, ajero (alliuyn), hijo, granja (granea), 
mais ageno, estrangero, c'est-à-dire qu'on met habituelle- 
ment g devant e et /. — 3) De la douce g : jalde (galbinus), 
jardin. — 4) De ne, te, de : manjar, salvaje, miege arch. 
(medicus). — 5) Dec^, gl, tl, pi : ojo, cuajar {coagularé), 
viejo, manojo (manipulus). — 6) Du ^ palatal arabe, par ex. 
jarra (garrah), julepe [golah). Aussi du français ge : jalea 
(gelée), jaula {geôle). — Sur J au lieu de Y II espagnol {jamar 
pour llamar), voy. ci-dessus p. 195. 

L'usage des trois lettres employées à rendre l'aspirée guttu- 



1. Delius montre aussi très-bien {Roman. Sprachfam. p. 29), en ce qui 
concerne les Arabes, combien il est peu probable que les conquérants 
aient pu introduire une telle particularité organique précisément en 
Espagne, et non dans aucun des autres pays où ils s'établirent, par 
exemple en Portugal. 



346 CONSONNES ESPAGNOLES. J. 

raie est réglé par rortliographe moderne (1815) comme il suit : 
1) G reste là où le latin l'a déjà, ainsi dans g ente, gi gante ^ 
7'egir. 2) Il représente souvent l'aspirée x devant e eii : egem- 
plo, egercito, egecutar, Gérges ou Jérjes, Geno fonte, 
3) J reste quand le latin Ta déjà : jamas^ Jésus, justo. 4) Il 
représente 1'^^ guttural devant a, o, w, par ex. Alejandro, 
déjà, Quijote, enjuto ; devant e et i dans plusieurs mots, 
comme je fe (aussi gefe), jeque, tijeras, projimo, Mejico ; 
surtout dans les flexions et les dérivations, lorsque déjà le radical 
a unj : fijar fijè, hajo hajeza, paja pajita. On écrit aussi 
dije (dixi), duje (duœi). 5) X, en tant qu'aspirée, comme dans 
reloœ, est réservé exclusivement à la finale. 

On a récemment fait la remarque intéressante qu'avant le 
XVI® siècle, c'est-à-dire exactement avant 1501, les aspirées 
gutturales espagnoles (j, g ou œ) se prononçaient autrement 
que maintenant : elles étaient palatales, comme en portugais et 
encore de nos jours en Galice, en Asturie et sur les côtes de l'est 
de l'Espagne {j =j français, x = ch français), en sorte que 
cette prononciation était autrefois répandue sur toute la pénin- 
sule. Ce point est traité par le grammairien espagnol Monlau 
dans sa dissertation Del origen y la formacion del romance 
castellano, Madrid 1859. L'auteur regarde ce fait comme suffi- 
samment garanti par d'anciens ouvrages de grammaire ou 
autres, composés tant par des indigènes que par des étrangers. 
Engelmann est du même avis, Glossaire 1861, p. xxi et suiv., 
et s'appuie sur le passage des noms propres arabes en espagnol, 
et aussi sur la mode de transcription ' des appellatifs arabes en 
lettres espagnoles par Pedro de Alcala (1517), auquel j et x 
servent indifféremment à rendre le dsch et le sch arabes. Mila y 
Fontanals, Trov. en Esp, p. 460, semble aussi être de cet avis; 
quant aux anciens grammairiens, comme Aldrete et Govarruvias, 
ils ne touchent pas ce point, Mayans, plus récent, pas davantage. 
Le dictionnaire de l'Académie se contente de dire sur la lettre x : 
ténia en lo antiguo un sonido 6 pronunciacion mas suave, que 
aûn se conserva en Galicia etc. Pour Velasco (1582) la pro- 
nonciation est nettement gutturale, car d'après lui elle est très- 
difficile pour les étrangers, observation qui ne pouvait s'appliquer 
dans sa pensée à la palatale. Un argument contre la valeur 
prétendue de l'ancien j ou x espagnol est fourni par ce fait que 
ce n'est pas j ou x qu'on employa pour rendre les aspirées 
arabes, mais bien /*(voy. ci-dessus p. 306). Il appartiendrait à 
la grammaire de rechercher les causes qui, alors que le carac- 



CONSONNES ESPAGNOLES. T. H. 347 

tère de la langue était déjà nettement formé, ont pu déterminer 
des changements si frappants ^ 

Y 

fait aussi (comme en anglais) l'office d'une consonne et se pro- 
nonce alors comme le j allemand précédé d'un léger i, comme 
dans l'y français, en tant que essayer peut se résoudre en 
essai'ier. A la médiale, y entre voyelles est toujours considéré 
comme consonne, à la finale toujours comme voyelle, en sorte 
qu'au pluriel reyes il est d'une nature autre qu'au singulier 
rey. Il provient : 1) du^* latin : y a (à côté de jamas), mayo, 
Pompeyo. — 2) Il prend la place de p^e à l'initiale dans ^e^o etc., 
voy. ci-dessus p. 250. — 3) Il remplace i lorsque la diphthongue 
ie à l'initiale se rend par ye {yedra, voy. ci-dessus p. 333) ; de 
même entre deux voyelles lorsque la seconde est tonique, comme 
dans cayô, leyeron, royese pour ca-ib, le-ieron, ro-iese. — 
Il s'intercale par euphonie après Vu tonique, suivi d'une seconde 
voyelle, comme dans arguya, contribuye, tuyo pour argua etc. 

H 

est muette, d'où qu'elle vienne. Aussi déjà dans la plus ancienne 
littérature est-elle souvent omise ; on trouve aber à côté de 

1. Ferd. Wolf, Jahrb. V, 107, a extrait le passage relatif à cette ques- 
tion de l'écrit de Monlau (qui m'est inconnu) et a donné encore comme 
preuve, que 1'^ espagnol se rend en basque par la chuintante. Mais 
lorsque Monlau remarque, à cette occasion, que Cervantes prononçait 
le mot Quixote à la française, il admet par là même que la chuintante a 
persisté bien plus longtemps qu'il n'est dit ci-dessus. Et de fait, d'après 
son Diccionario etimologico p. 58, 168, 169, ouvrage un peu antérieur, le son 
palatal aurait persisté jusque vers le règne de Philippe IV (162,1), c'est- 
à-dire jusque dans les vingt premières années du xvii*' siècle, et les 
modifications seraient devenues générales entre 1640-1660; Gaspar 
Scioppius (t 1649), qui a séjourné en Espagne, parlerait de ces modifica- 
tions et les désignerait comme récentes. Comment accorder ces rensei- 
gnements avec ce que dit Velasco? En tout cas, la période de transition 
doit avoir été de très-longue durée. On pourrait demander enfin si le 
son chuintant appartenait aussi au ; qui correspondait à Ih portugais, 
comme dans oreja, fijo, aguja = portug. orelha, fllho, agulha, ou bien 
s'il y avait deux espèces de >? Théoriquement, on doit admettre cette 
seconde solution.— Remarquons encore que Monlau admet aussi un chan- 
gement de son qui se serait produit dans les sifflantes espagnoles vers 
la fin du xvr siècle. D'après lui, le s aurait à cette époque laissé de côté 
sa prononciation répondant au z français pour prendre le son particu- 
lier qu'il possède aujourd'hui; et l's, qui jadis se prononçait douce, 
se serait durcie. 



318 CONSONNES ESPAGNOLES. H. 

haher etc. Son origine est multiple. Elle provient : 1) De Yh 
latine qui est toujours conservée : haher ^ héroe, honor\ de même 
de r^ allemande : halar (halon), heraldo. — 2) De T/" latin 
ou étranger, par ex. haba (faba), hoja (folium), alhondiga 
(arabe alfondoq), halda (anc.li.allem. fait), Hernando {Frid- 
nand). On chercherait en vain cette h dans le Poeraa del Cid; 
dans Berceo on la trouve déjà : on y lit hascas à côté de fascas, 
herropeas à côté de ferropeas ; dans l'Infant Manuel on ne 
trouve guère que f ; dans Ruiz hadeduro à côté de fadeduro, 
hedo pour fedo feo, hela pour fêla, alahé^ouv alafé; dans le 
Fuero juzgo hebrero pour febrero. Dans la première moitié du 
xv^ siècle, par ex. dans Santillana, Juan de Mena, l'/est encore 
prépondérant*. Il est à supposer que cette h, née d'une labiale, 
n'était pas en principe un signe muet, que c'était plutôt une forte 
aspiration. L'examen de l'ancienne métrique espagnole peut 
appuyer cette supposition. Il n'y est jamais permis de traiter 
comme muette cette lettre précédée d'une voyelle, et de la mettre 

1. Il a été admis jusqu'ici avec une certaine assurance quel'/" qui occupe 
en vieil espagnol la place d'une h moderne n'exprime que le son de 
cette dernière lettre. Rien ne parle en faveur de cette hypothèse. Com- 
ment serait-on arrivé à donner à cette lahiale, outre sa valeur propre, 
une seconde signification pour l'expression de laquelle un autre signe 
[h] était si naturellement indiqué? L'étymologie, il est vrai, aurait pu 
y conduire. Mais est-il croyable que cette orthographe ait été appliquée 
avec tant de constance que pas une seule h n'ait échappé au copiste, 
ce qui est le cas pour le Poema del Cid? Pour les Espagnols eux-mêmes, 
la valeur décidée de l'ancien / comme labiale n'a jamais été douteuse. 
On sait que don Quichotte emploie f pour h quand il veut parler dans 
le ton des livres de chevalerie. Villena dit (Mayans II, 338) que les 
anciens mettaient /"pour h, parce que ce dernier son était pour eux trop 
dur; d'après cela ils ne prononçaient pas l'/comme h. Mais au temps de 
Villena cette deuxième prononciation devait déjà avoir prévalu. Si les 
habitants primitifs de l'Espagne avaient de l'aversion pour Vf (voy. 
ci-dessus p. 262), cette répulsion disparut avec la destruction de 
leur langue. Mais elle put, bien qu'à un degré moindre, redescendre 
plus tard des montagnes basques, où persiste l'idiome primitif de l'Es- 
pagne, pour s'étendre encore sur une partie de la péninsule. Pourquoi 
ce fait n'aurait-il pas commencé à se produire au xiii^ siècle? On pour- 
rait encore, par surcroît, invoquer un témoignage étranger. Le trouba- 
dour Rambaut de Vaqueiras a écrit dix vers en espagnol dans lesquels 
il y a deux mots avec / à l'initiale = h espagnol moderne, faulan et 
furtado = hablan et hurtado [Chx. II, 229) ; or il ne pouvait avoir appris 
l'espagnol que par la langue parlée. — « Peut-être (dit Delius, Jahrbuch 
I, 360) doit-on seulement admettre que dans l'ancienne prononciation 
cet /"et cette h se rapprochaient bien plus l'un de l'autre que dans la 
langue moderne, etc. » 



CONSONNES ESPAGNOLES. H. 349 

sur la même ligne que Vh latine initiale, qui n'empêche pas 
l'hiatus. Les poètes du Cancionero gênerai scandent par ex. 
esta I hermosa, de \ hablar, mené \ heyHdo, me \ hizo, 
comme s'il y avait esta fermosa etc. Garcilaso fait encore de 
même au xvf siècle : alta \ haya, no \ hallaba, dulce \ hahla, 
se I hartan. Mais Galderon scande déjà assez constamment sans 
tenir compte de Vh, buena hacienda, solo hallaron, granrato 
hablaron, de telle sorte que les syllabes na ha, lo ha, to ha ne 
comptent métriquement que pour une seule, et les modernes 
font toujours de même. Mais il y a encore d'autres témoi- 
gnages qui établissent qu'originairement Vh se faisait entendre. 
Yelasco remarque, sur cette lettre, que dans beaucoup de mots on 
ne l'entend pas, en otras es tan gruessa la aspiracion, que 
llega a convertirse en g (ce qui désigne ici le j), ainsi dans 
hablar, hazerK D'après un passage de Covarruvias, Tesoro 
II, 46b, r aspiration aurait été encore généralement perceptible 
au temps où il écrivait (l'auteur était né vers 1600), mais 
beaucoup de personnes la négligeaient déjà. Il dit en effet : los 
que son pusilanimes, descuydados y de pecho flaco suelen 
no pronunciar la h en las dicciones aspiradas, como eno 
por heno y umo por humo. On voit par ces exemples qu'il 
s'agit de Vh substituée à Vf. Encore maintenant, comme l'affirme 
entre autres Hervas, Orig. degli idiomi p. Ç>Q, en Andalousie 
(et en Estramadure, comme le remarque le Dicc. de la Aca- 
deinia), Vh s'aspire fortement: de là l'expression œdndalo avec 
aspiration, pour désigner ce trait de la prononciation andalouse. 
11 est probable que là aussi c'est Vh provenant de /"qui reçoit cette 
prononciation. — 3) ^ provient aussi d'aspirées arabes, qui, 
toutefois ont d'abord passé par f; c'est donc un cas tout à fait 
analogue au précédent : horro du vieux mot forro (arabe 
'horr), almohaza, anc.esp. almofaza (arabe alme'hassah), 
rehen ancienn. refen (arabe rahn). Dans les mots allemands 
la même évolution est possible : anc.h.allem. hart, v.esp. 
fardido, esp.mod. hardido, qu'on écrit toutefois seulement 
ardido. — 4) Du 'y latin, avec f pour intermédiaire, voy. 
sous cette dernière lettre. — 5) Souvent h, aussi d'après l'ortho- 
graphe moderne, est préposée aune voyelle : henchir{implere), 
hedrar (iterare), hermita (eremita), hinchar {inflare)^. 



1. 11 remarque aussi que l'aspiration disparaît quand une n précède 
quieren hablar, mandan hazer. 

2. Cette h ainsi préposée se faisait anciennement entendre, puis- 



350 CONSONNES ESPAGNOLES. P. B. F. V. 

Mais ce fait se présente essentiellement : a) quand un p a disparu : 
helar, hermano, hinojo^ voy. ci-dessus p. 250. h) Me alterne 
avec ye dans hiema yema^ hielo yelo, hieso yeso, hiero yero 
(ervum). c) h précède régulièrement la diphthongue ue, pour 
rendre la forte aspiration qui en est inséparable : huebos arch. 
(opus), huehra(opera), huele{plet), huer co (or eus), huerfano 
(orphanus), Huesca [Osca), hueso {os), huevo (ovum)^. Au 
lieu de h, l'espagnol employait encore une autre spirante, v, dans 
vuedia (pour hueydia), vueste (pour hueste) Alœ., comme 
aussi le napolitain vuorco = esp. huerco, vuosso = esp. hueso ; 
cf. encore le catal. vuit avec le fr. huit. Cette aspiration espa- 
gnole s'est renforcée dans les dialectes (dans le royaume de Tolède 
et d'autres pays, dit Yelasco) en g, d'où les formes gûebra, 
gûerto [huerto, lat. hortus), gûeso, gûespet (huesped) ApoL 
141 y pigiiela (pihuela). — Aussi bien dans l'initiale hie, où elle 
s'aspire plus doucement, que dans l'initiale hue où elle exprime 
une forte aspiration, h est toujours une vraie consonne qui a une 
valeur dans le mètre : tardo \ hielo, pobre \ huerfano. 

P. B. F. V. 

P provient de /*dans golpe (colaphus) etc. 

B, du moins entre voyelles, a une prononciation très-molle, 
et a été souvent confondu en conséquence avec v, comme à 
rinverse v avec b, et cela dès l'origine : on écrivait berdat et 
verdad, bolver et volver, bivir et vivir, haber et haver, 
caballo et cavallo ; on rendait même la diphthongue au par ab 
(p. 160) ; aussi Sanchez de las Brozas, par exemple, avertit-il 
dans sa grammaire grecque que PvJTa ne doit pas se prononcer 
comme vit a. On voit que le b mis pour v était plus dur que ce 
dernier, par l'action qu'il exerce sur une n placée devant lui : n 
devient alors m, par ex. ambidos (invitus), embidia, comhoy 
(fr. con«?Oi) etc., encore maintenant embestir (investire). Le 
basque met partout b pour v. D'après les règles de l'orthographe 

qu'elle pouvait être remplacée par f, cf. fenchir pour henchir, finojo 
pour hinojo {gen.). Les anciens faisaient aussi précéder certains petits 
mots d'une h muette, comme le font les Portugais, par ex. ha (pour 
«)> hi {y), ho (o), hir (ir), huno {uno) dans le ms. &' Apollonius. 

1. D'après Yelasco (p. 138) cette h n'est là que pour empêcher qu'on 
prononce l'initiale ue comme ve. En français, on pourrait plutôt 
admettre cette fonction de l'A devant ui, car ïh est ici presque partout 
muette comme dans huile, huis, huître. 



VOYELLES PORTUGAISES. S5i 

moderne on doit prononcer et écrire ces deux lettres suivant 
leur provenance ; quand celle-ci ne se voit pas clairement 
on doit se conformer à l'usage existant. B dans quelques mots 
comme abogado (advocatus), barrer (verrere), bermejo 
(vermis), boda {vota), buitre (vultur), et v dans maravilla 
s'emploient contrairement à l'étymologie. B ou v proviennent 
de f dans cuebano {cophinus), Cristbval {Christ ophorus) 
et quelques autres. De u dans Pablo {Paulus) ; ^ dans quelques 
mots le vieil espagnol l'employait aussi devant les consonnes 
à la place de v : lebdar {levitare, esp.mod. leudar), muebdo 
{movitus pour motus), comme Yelasco le présume, il avait 
aussi un son doux. De m dans bandibula {ma-), vervenzon 
{ver mis) Bc. 

F a beaucoup perdu par son passage fréquent à Vh. En 
revanche, dans quelques cas il provient dep etb : trofeo, golfo 
(/.6X7ÏO;), escofina {scob.)\ aussi de v qui, plus tard, est devenu 
h en passant par f, par ex. lat. viscus, anc.esp. fisca, esp.mod. 
hisca etc. 

P ou ô peuvent s'intercaler après m : compezar arch. = 
comenzar, dombo = domo ; b, surtout entre m et une autre 
liquide, voy. p. 200 ; il faut ajouter aux exemples cités des mots 
arabes comme Alhambra et Z ambra ; sur b ovl v employés 
pour faire disparaître l'hiatus, voy. p. 176. 



LETTRES PORTUGAISES. 

Leur prononciation est tout à fait différente de la prononciation 
espagnole, leur étymologie est à peu près la même, en sorte que 
cette dernière n'a pas besoin d'une exposition particulière. L'or- 
thographe n'est point arrivée à un système fixe. 

VOYELLES SIMPLES. 

Ces voyelles sont a, e, i, o, w, y se présente aussi dans les 
diphthongues et s'emploie en outre continuellement dans les 
mots d'origine étrangère. Quant à la prononciation, qui contient 
beaucoup de nuances délicates, remarquons seulement que a, e, 
atones rendent un son plus sourd, en sorte que a se rapproche 

1. De dans Ybanez, c'est-à-dire loannes, dont Vi se présente ici 
comme voyelle (russe Ivan) et dans Juanez comme consonne. 



352 DIPHTHONGTJES PORTUGAISES. 

de e, que e à la fin des mots sonne comme i dans les dialectes 
et même à Lisbonne, et que o sonne comme u. Mais ce son est 
très-faible, puisque les voyelles finales atones tendent à s'as- 
sourdir presque entièrement ; c'est ainsi que freixo se prononce 
aujourd'hui presque comme frex, dente presque comme dent. 
Les anciens redoublaient fréquemment les voyelles, d'ordinaire 
pour indiquer une syncope : aadem (anatem), fee pour fè 
(fides), heesta (balista), vii (vidi), delfiis (delphini), coor 
(color), pôvoo (populus) ; mais arbitrairement aussi dans 
certains cas, par ex. daa (dat), estaa, daraa, aveer. 

DIPHTHONGUES. 

Elles sont devenues, principalement par suite de l'attraction 
et de la chute de consonnes, nombreuses et d'un usage fréquent. 
L'existence des suivantes ne paraît pas douteuse : AE, AI, AO, 
AU; ÉI, Éq, EU; ÏO, ÏU; ÔE, ÔI, OU; TJE, ÛI; EÂ, EÔ; 
lA ; OÂ; UA. Exemples : taes, pai, amais, pao, auto, pauta ; 
lei [ley), rei {rey), sei, ameis, amdreis, deos, mordeo, eu, 
meu, seu, temeu ; vio, riu ; heroe, doe, boi, foi, pois, oiro, 
ou, ouvir, sou, amou; azues, fui, muito; lactea, lacteo; 
gloria; coalho, agoa; quai, igual, egua^. Quelques autres 
comme UE, UI, UÔ ne se présentent que dans les mots savants : 
quesito, inquirir, equoreo. Grâce à la parenté de Vi atone et 
de Ve, de Vu et de Yo, on trouve les formes ae et ai, ao et au, 
eo et eu, io et iu, ue et ui, ua et oa dans le même mot l'une à 
côté de l'autre, par ex. pae pai, mao mau, pao pau, deo deu, 
deos deus, vio viu, azues azuis, agua agoa, lingua lingoa ; 
parmi lesquelles au, eu, iu passent pour être des formes ortho- 
graphiques moins élégantes. On ne trouve pas en portugais les 
sons communs au roman ie et uo ou ue , que remplacent ici les 
voyelles simples e et o. Faisons encore quelques remarques sur 
les plus importantes diphthongues. 

AI 

naît par attraction, comme dans azpo (apium), caivo (capio), 
gaivota (esp. gaviota), raiba (rabies) ; quelquefois par suite 

l. Nunez de Liâo, Origem da l. pg., en compte seize, parmi lesquelles 
il comprend les voyelles répétées et rendant un son nasal, c'est-à-dire 
àa, àe, ai, âo, au, êe {bées de bem), ei, eu, u {roïis de roim), oa, oi, oe-, 
ôo (sôos de som), oi^ ui, ûu {vaccûus de vaccum). 



I 



VOYELLES PORTUGAISES. El. OT. UI. OU. 353 

de la chute d'une consonne, comme dans vaidade (vanitas), 
cantais (cantatis). Dans aplainar et esfaimar la diphthongue 
paraît due à l'influence française {plain, faim), 

El 

se forme de la même manière que ai, par ex. dans feira [feyHa), 
canteis {cantetis). Elle provient aussi de la résolution d'une 
consonne : direito [directus), inteiro (integrum), receitar 
(receptare). Mais ce qui est particulier c'est sa provenance : 
1) de ai, que conservait encore partiellement Tancienne langue, 
ex. Janeiro (andena. janairo), eira {aéra), frei (esp. fray), 
heijo {àasium), feito {factus), cheirar [fragrare), feixe {fas- 
cis), seiœo {saœmn), leigo (laïcus). — 2) De e long, par 
euphonie : ideia, leio, feio, cheio, freio à côté de idêa, lêo, 
fêo, cliêo (plenus), frêo (frenum). 

01. 

Cette combinaison naît aussi le plus souvent par suite d'une 
attraction ou de la résolution d'une consonne, cf. coiro 
(corium), goiva (esp. gubia), agoiro (augurium), noite 
(noctem), oito [octo). C'est, en outre, une forme secondaire 
et très-usitée de ou : ainsi dans coisa, coito, goivo, loiro, 
oiro, mais on ne trouve pas oi (aut), oiso (ausus), poico etc. 

UI 

est le produit de l'attraction dans ruivo {rubeus). Mais cette 
diphthongue a encore une origine particulière, et qui diffère de 
celle des diphthongues précédentes : elle provient de la combinai- 
son ul dans buitre, escuitar, muito (p. 192). 

OU 

est : 1) la forme nationale de Y au latin, par exemple dans 
cousa, ouro, pouco, roubar (allem. rauben), mais on trouve 
aussi quelquefois oi. — 2) Souvent (dans les parfaits) il provient 
par attraction de a-u : houve (habui), Jouve [jacui) etc., et 
aussi de o-i, u-i, auquel cas ou est pour oi, par ex. couro, mouro 
(morior), Bouro {iJurius), agouro. — 3) Il provient de la réso- 
lution d'une consonne ; dans ce cas, il correspond d'ordinaire à l'es- 
pagnol auou o: ainsi dans : doutor (doctor), frouœo(fluœus), 
boutiçar SiTch. (bapt.), outro, poupar (palpare). — 4) Dans 
quelques mots, comme chouvo {pôpulus), touca (esp. toca), 
grou (lat. grus), poupa {upupa), dans les formes du présent 

DIEZ 23 



354 CONSONNES PORTUGAISES. 

dou^ estoUy soUf c'est un simple allongement euphonique de Vo 
ou de Vu. — Des chartes galiciennes attestent que cette combi- 
naison s'est formée de bonne heure, par ex. escoupos Esp. 
sagr. XL, 375 (ann. 841), Mougani^ Pousata, Ilioure ibid., 
p. 384 et suiv. (ann. 897). 

Il existe aussi quelques vraies triphthongues, comme UAE^ 
UAI, UEI : iguaes, averiguais, averigueis. 

CONSONNES. 

G*est surtout dans les consonnes que s'affirme le mieux la 
difiérence de l'espagnol et du portugais. L'aversion du portu- 
gais pour le système phonique espagnol, son inclination pour 
le système phonique français se montrent dans les points les 
pics importants. A la place des aspirées espagnoles, le portu- 
gais a deux chuintantes, l'une plus forte, l'autre plus faible, toutes 
les deux semblables aux chuintantes françaises. Mais ce qui rap- 
proche le plus le portugais et le français, ce sont les nasales. 
Il est d'ailleurs facile de constater que nous n'avons plus sous les 
yeux les consonnes portugaises dans leur pureté et leur primi- 
tive symétrie. Toutes les palatales, par exemple, ont modifié 
leur prononciation et sont devenues des sons simples ; elles se 
sont, par suite, mêlées aux consonnes simples primitives, ont 
troublé l'organisme de la langue et introduit l'uniformité. — 
D'après une règle d'orthographe ch, ph, th, rh se conservent : 
christâo, philosophia, theologia, rhythmo. — A la finale, les 
consonnes portugaises se comportent presque comme les espa- 
gnoles, cependant n et c? en sont exclus ; m est admise. Les 
noms propres étrangers, Acteon, David ^ Madrid font excep- 
tion. 

Le portugais conserve d'ordinaire le redoublement sans 
le faire entendre ; il écrit gïbboso, àbhade, hocca, accordar, 
addiçào , differir, affiigir, aggravar, allegar, flamma, 
anno, oppressa, terra, crasso, metter, attender, mais aussi 
giboso, boca, acordar, flama, meter, atender et de même 
bola, cepo etc. Dans le cas d'assimilation, le redoublement est plus 
rare : avesso (aversus), esse {ipse), gesso {gyps). La consonne 
multiple s'écrit souvent aussi, même sans qu'elle se prononce : 
par ex. affecto se prononce affegto ou affeto ; optimo, obtimo 
ou otimo. Entre une muette et une liquide quelques personnes 
croient entendre (ce qui est peut-être entendre trop subtilement) 
un hiatus, par ex. brando se prononcerait comme b'rando, 



CONSONNES PORTUGAISES. L. M. N. R. 355 

avec un e intercalé à peine sensible, et de même c'iemente, 
pWesença^ ag'radavel, ag'naçâo. Devant Xs impure, comme 
dans spirito, on croit de même saisir un léger e. Psalmo se 
prononce ordinairement salmo. 

L. M. N. R. 

iV provient dans dano etc. demn, et dans les cas même où 
cette combinaison s'écrit, m d'habitude ne s'entend pas, comme 
dans calumnia, solemne. R se prononce, comme en espagnol, 
tantôt dure, tantôt douce. La prononciation forte était souvent 
indiquée autrefois par un redoublement, même à l'initiale : 
rrecebam, rregnos, rrestidos, genrro, onrra, palrrar. 

L'I et Yn mouillées sont écrites, comme en provençal, Ih et 
nh ; cette orthographe semble avoir été empruntée à cette 
dernière langue, d'autant plus que si l'on en croit le témoignage 
de S. Rosa, elle ne commence qu'au xiif siècle. En effet il est peu 
probable que plusieurs peuples aient inventé séparément ces 
notations ; et les textes prouvent que le provençal les a eues 
avant les autres. Après d'autres consonnes aussi Vh rend chez les 
anciens Yi palatal, ainsi dans sabha, escambhar, vindymha, 
hestha, au lieu de sabia etc. Au lieu de Ih et nh ils emploient 
également II et gn : alleo, rauller, mellor, pegnorar, segnor. 
A l'initiale, le mouillement a lieu seulement dans Ihama (étoffe), 
Ihano, Ihe (pronom), anc.portug, nho (pronom). — Xif corres- 
pond étjmologiquement à Tesp. II. Il est pour II dans belho^ 
grilha ; pour l avec i palatal dans batalha, même dans des 
cas où Tespagnol met y : filho, alhêo\ enfin pour cl^ tl, gl, pi 
dans abelha, selha, telha, escolho. 

NH provient de nn dans canhamo etc. ; souvent de n 
simple : ordenhar, caminho, rainha\ de n avec i palatal 
dans banho, vinha ; rarement de gn ou de ng, comme dans 
desdenhar, renhir. 

M a encore une autre fonction ; à la fin du mot elle rend nasale 
la voyelle qui la précède immédiatement, en même temps qu'elle 
perd sa prononciation de labiale, ce qui, toutefois, ne modifie 
pas, comme en français, l'essence de la voyelle ; <? ne se prononce 
pas comme a, i comme e, u comme à' : tam, bem, ruim, bom, 
algum. N prend part à cette fonction de ^, en ce sens qu'elle en 
fait partout l'office devant s finale, exemples: tem (lat. tenet), 
tens (tenes). Au milieu de beaucoup de mots, à la fin d'une 
syllabe, on entend également ce son nasal, ainsi que devant 
m et devant n, par exemple dans tambem, emplastro , 



356 CONSONNES PORTUGAISES. L. M. N. R. 

emfadoso, ainda, andar, doente, hontem, monte (Constancio 
et autres)^ — Les syllabes finales méritent une attention parti- 
culière en ce qui concerne l'écriture, la prononciation et l'étymo- 
logie. D'après l'écriture moderne, m s'omet dans la plupart des cas 
et la voyelle s'écrit avec un accent circonflexe (ù7 = esp. tilde) ; 
devant s on met d'habitude une n. On sait que ce petit trait, comme 
en espagnol, n'est pas autre chose que le signe d'une n sup- 
primée. Ainsi on lit dans les anciens manuscrits gran et grà, 
tan et ta, quen et que, ben et bë, non et no\ mais aussi avec 
une m, dont la valeur nasale devait être connue par le français, 
bem, nom. L'incertitude dans l'orthographe persiste du reste jus- 
qu'à nos jours. Les uns placent le til sur la première voyelle, les 
autres sur la seconde, quelques modernes (Sousa-Botelho dans son 
édition des Lusiadas, Paris 1819, in-S^) sur les deux voyelles en 
même temps : vdo, vao, vdo. — Etymologiquement, la nasale 
portugaise renvoie toujours à l'n espagnole quelle qu'en soit 
l'origine, par ex. quem = esp. quien (quem), desdem = 
desden (dignus), nem anc.esp. nin (nec). Mais au pronom 
mim ne correspond pas un min espagnol. — Les différentes 
formes sont les suivantes : 1) am, âo dans l'orthographe 
moderne (qu'on doit prononcer comme ao nasal ou au avec a 
assourdi), est etymologiquement identique aux désinences espa- 
gnoles ano, an, on, par ex. irmào (esp. hermano), volcào, 
amào, coraçào, et de même nao, sào, condiçào, acçào. En 
outre àos dans le pluriel irmào s etc. — 2) àa, quelquefois écrit 
an, qu'on doit prononcer de telle sorte que le second a résonne 

1. On a émis l'opinion que cette prononciation avait passé du français 
dans le portugais, comme si une évolution identique ne pouvait avoir 
eu lieu indépendamment dans des endroits différents ; on peut bien 
admettre que la suite d'Henri de Bourgogne se soit permis de pro- 
noncer à la manière française l'n portugaise, en supposant qu'elle 
fût encore pure en portugais; mais il est contre toute vraisemblance 
que la nation entière, jusqu'aux paysans, se soit ralliée à une pronon- 
ciation qui changeait le caractère phonétique de la langue. Le dialecte de 
la Sicile, pays qui reçut une immigration française bien plus considérable, 
ne contient aucune trace de phonétique française. D'autre part, cette 
nasahté ne se présente pas seulement en Portugal, mais aussi dans la 
Galice qui est politiquement séparée de ce dernier pays, en un mot 
dans tout l'ouest de la péninsule. Au reste, les voyelles nasales portu- 
gaises, comme on a l'habitude de les nommer, ne sont pas, à propre- 
ment parler, des voyelles ; elles contiennent un élément consonan- 
tique!; la preuve en est que métriquement elles ne forment pas une 
syllabe avec la voyelle initiale d'un mot suivant. Les poètes scandent 
chegào\as esquadras, et non che\gào as\esq. 



CONSONNES PORTUGAISES. T. D. S. Z. 357 

très-brièvement après le premier dans une seule syllabe : irmàa, 
làa (lanà), vâas (vanas). — 3) aens, et maintenant plus ordi- 
nairement des y que Ton doit prononcer presque comme dis : cdes 
(canes), pdes (panes). — 4) di seulement dans ma^ (mater). 
C'est avec mim le seul exemple de prononciation nasale dans 
lequel ni mai n latines ne sont en jeu. Cependant on trouve 
aussi, à côté de mui et muito, mut et muito (multum); le manus- 
crit de Dom Diniz a muy et mui. — 5) em à côté de ens ou ees : 
homem, bem, vem, fiem\ homens homêes, tens tees. — 
6) im et ins, et non 1, ts : jardim, ruim, ruins. — 7) om et 
ons : bom, plur. bons, com., som (sonus), tom (tonus). — 
Du reste le om organiquement correct et qui répond aussi au 
pluriel oes a été remplacé par am ou do, eile^ former condiçom, 
companhom, tabelliom, colhérom, dissérom, ficdrom (fica- 
rum SRos. I, 165) sont archaïques et n'existent plus que 
dialectalement entre Minho et Douro. Déjà chez les anciens, am 
s'employait fréquemment pour om, par exemple dans Garcia 
de Resende nam, sam,, coraçam., sojeiçam. — 8) oem, plus 
ordinairement de (oi), se trouve dans poe (esp. pon). Ajoutons 
encore oens, des = esp. ones, par ex. coraçôes, limôes, 
leôes, pdes, et le nom Camoes (disyllab.) latinisé Camonius. 
— 9) um ou u, uns ou uus, par ex. hum, plur. huns, fém. 
huma, hua et même hua, de même algum, alguus, alguma 
algua (trisyllab.), lua et lua (luna). 

T. D. 

La douce ne prend pas la prononciation espagnole ; d'ailleurs 
elle ne se présente pas à la finale, excepté dans des mots étran- 
gers (où elle se fait suivre d'un e faible) . L'insertion d'un d entre" 
Z et r, n et r n'est pas usitée ici, mais elle se rencontre après l : 
humilde, rebelde, toldo. 



se prononce dure, seulement entre voyelles elle est plus douce, 
comme le z portugais. A la fin d'une syllabe elle est accom- 
pagnée d'un léger sifflement. Les anciens indiquent souvent la 
prononciation forte par un redoublement, comme dans ssas, 
ssaber, sse, ssem, cansso, conssolar. 



se prononce comme le ^ français, c'est-à-dire comme 1'^ douce, et 
s'emploie pour elle, comme dans cauza ; mais il est plus dur quand 



358 CONSONNES PORTUGAISES. C. Q. CH. 

il termine le mot,. ou quand une syllabe est venue s'ajouter à la 
syllabe finale qu'il terminait, par ex. perdiz, perdizes ; fiz, 
fizeste, fizemos. Le z portugais est d'un emploi plus restreint 
que l'espagnol auquel il ne correspond pas en tout point. Il 
s'emploie, il est vrai, également pour le z grec et étranger, mais 
ne représente que rarement t avec i palatal {dureza, razao, 
abestriiz), car pour l'espagnol marzo, pozo, le portugais écrit 
marçOy poço etc. La plus grande différence consiste en ce que 
souvent il s'emploie pour c, surtout dans les verbes de la deuxième 
et de la troisième conjugaison : adduzir, dizer, fazer, pra- 
zer, luzir; doze {duodedm)^ fazenda^juizo, azedOt vazio 
(vacivus), donzella, animalzinho. 

G. Q. 

1. Le c guttural et le q se comportent comme en espagnol. 

2. C devant e, i, aussi bien que ç devant a, o, tt se pro- 
noncent comme le ç français, c'est-à-dire comme une s dure. 
Mais dans les dialectes cette sifflante a le son de tç, et il faut 
reconnaître ici l'ancienne prononciation. Dans cce, cet le pre- 
mier c est tantôt prononcé guttural, tantôt supprimé, c'est-à-dire 
qu'on dit en portugais tout aussi bien acçâo que açâo, succéder 
que suceder. — Etymologiquement, l'origine du c devant e ou 
i est essentiellement la même que celle du ç espagnol, comme ç 
devant a, o, u correspond au z espagnol. Exemples : cedilha 
(mais zephyro, azeite, non cephyro, aceite), torcer, graça, 
lenço, poço, presença, feitiço, laço, braço, arcipreste, 
cerrar, cifra. Cette langue ne connaît pas le ci espagnol pour 
gi (arcïlloL). — ■ On aperçoit facilement que la distinction étymo- 
logique entre ç et z n'est pas d'une pureté complète : graça 
(gratia) et dureza (duritia), calça (calceus) et juizo {judi- 
cium) se contredisent, mais les autres langues romanes aussi 
confondent les groupes ti et ci. Du reste la distinction que fait 
le portugais entre ^ et ^ se fonde sur l'ancienne langue et 
prouve une ancienne différence dans la prononciation, que ne 
connaît pas l'espagnol. On lit par exemple dans le Cancioneiro 
inedito et dans Dom Diniz dizer, fazer, prazer, coraçon, 
forçar, esperança, faça (faciat) ; il en est de même dans le 
Cancioneiro de Resende. 

GH. 

Il a le son du ch français, mais dans le Tras-os-Montes il a 
celui du ch espagnol, qui est certainement le son primitif. — 



CONSONNES PORTUGAISES. X. G. J. 359 

Quant à son origine, elle est à peu près la même que celle du ch 
espagnol. La différence la plus importante consiste en ce que, 
à l'initiale, il correspond d'habitude à 1'^/ espagnol, lorsque cet 
Il provient de cl, pi, fi : chamar, chorar, chama = llamar, 
llorar, llama. Dans les mots qui ne sont pas latins, comme 
patriarchaj archanjo, chey^ubim, chimica, ch a la pronon- 
ciation du k et se confond pour beaucoup de personnes avec c 
ou q. Dans charo {carus) et charidade il a aussi cette pronon- 
ciation ; il est possible que cette orthographe ait été empruntée 
au français. 

X 
a un son multiple. 

1. Dans les cas où en espagnol il a conservé sa prononciation 
latine, x se prononce en portugais comme s, mais en faisant 
habituellement précéder ce son de celui de Yi : eœplico (comme 
eisplico), eœtremo, exordio ; mais aussi dans exemplo, exer- 
cer, exercito. L'ancien portugais écrit souvent aussi eixete 
(exceptus), eixeçào (exceptio), voy. S. Rosa. Dans d'autres 
mots, comme convexo, fluxo, nexo, praxe, reflexào, sexo, 
on le prononce es, A la fin des mots, on le prononce comme s ou 
z, qui peuvent aussi le remplacer, par ex. calix calis caliz, 

2. Gomme le ch portugais moderne, il a un son chuintant 
presque dans tous les cas où il correspond à 1'^ guttural espa- 
gnol ou SMJ, avec lesquels il coïncide aussi étjmologiquement, 
par ex. coxa, peixe, haixo, oxald, calexe (ca^c^c/^e) . On entend 
même le son chuintant : fluxo, nexo etc. (Constancio). La 
confusion des deux lettres x et ch n'est pas rare : on écrit 
xafariz et chafariz, xamhre chamdre, xarua charua, 
xïbança chibança, xofre chofre, xupar chupar. 

G. J. 

1. G guttural et gu se comportent, au point de vue de la 
prononciation et de l'origine, comme en espagnol. Seulement le 
renforcement du J {i) en g n'est pas usité ici : pour valga on 
prononce valha. A côté de gua on trouve l'anc.portug. goa, 
par ex. goarda pour guarda, ce qui rappelle agoa pour agua. 
Les anciens écrivaient aussi avec un u muet amiguo, diguo, 
loguo , paguar, comme en provençal. — Dans gn, g est 
sensible, par ex. dig-no (mais aussi dino), mag-no (dans 
Camoens manho à la rime), mag-nanimo, 

2. G devant e et ^, etj devant toutes les voyelles, se pro- 
noncent comme les mêmes lettres françaises. En se référant à 



360 LETTRES PROVENÇALES. 

l'histoire du ch on pourrait voir dans dj le son primitif, mais 
nous n'avons pas de preuves à l'appui de cette hypothèse. — 
Etymologiquement, cette cliuintante douce coïncide à peu près 
avec l'aspirée espagnole, par ex. dans /ama^, ligeiro^ granja, 
jardim, jarreta, jalde, selvagem^ jarra, jaula. Mais la 
chuintante portugaise ne sert pas, comme le J espagnol, à expri- 
mer les groupes latins cl, pi, tl. 

'H. 

Elle est muette, mais on l'a conservée pour l'étymologie comme 
en espagnol ; on l'a même préposée à quelques mots tels que he 
(est), hir {ire), hum (unus), afin de leur donner pour l'œil un 
peu plus d'ampleur. 

P. B. P. V. 

Le son du b est resté pur. Après m il se trouve quelquefois inter- 
calé: tambo [thalamus), tarimba (persan 'tarhnah), tbmboro 
(tumulus), V est souvent échangé avec b dans les dialectes, 
entre Minho et Douro : bento pour vento, binho pour vinho. 
Il est intercalé pour annuler l'hiatus dans louvar, louvir, etc. 
(p. 176). On trouve chez les anciens /* redoublé à l'initiale : 
ffago, ffalsas, fflllos, fforo, ce qui semble indiquer une pronon- 
ciation plus dure. Les labiales ne présentent d'ailleurs rien de 
particuher dans la langue lusitanienne. 



LETTRES PROVENÇALES. 

Les moyens qui peuvent nous servir à fixer la prononciation 
provençale, en dehors de ceux que nous offrent l'organisme même 
de la langue et la comparaison avec d'autres dialectes, nous sont 
fournis par les anciens travaux sur la grammaire et par les 
dialectes modernes qui, précisément sur ce point, ont gardé, plus 
fidèlement que dans la syntaxe et dans la flexion, l'héritage de 
l'ancienne langue. Les deux grammaires (citées dans l'introduc- 
tion, p. 96) de Uc Faidit et Raimon Vidal ne traitent pas ce 
sujet; tout au plus dans Raimon est-il question de syllabes 
brèves et longues ; en outre la prononciation provençale est 
comparée une fois à la prononciation française. Mais la poétique 
connue sous le titre de Leys d'amors a souvent égard à la 
valeur des lettres et à leur orthographe. Il est vrai que cet 
ouvrage fut composé quand la décadence de la langue avait 



VOYELLES PROVENÇALES. A. 361 

commencé, vers le milieu du xiv^ siècle, mais jusque là cette 
décadence n'atteignait encore que quelques traits de la grammaire 
et le style, mais non la prononciation. On ne doit pas s'attendre 
à ce que les scribes du xiii® siècle soient arrivés à une ortho- 
graphe fixe^ bien que plusieurs d'entre eux ne manquent réelle- 
ment pas de principes ou de notions orthographiques. Cette 
incertitude dans l'écriture ne présenterait pas de difficulté 
particulière si l'on pouvait tracer partout avec sûreté la limite 
entre l'orthographe et le dialecte. Quar, par exemple (lat. 
quare), est-il seulement graphiquement différent de car, ou 
s'en distingue-t-il phonétiquement comme une forme archaïque 
ou dialectale ? La poésie admettait une grande quantité de 
formes, c'est-à-dire des formes variées du même mot. Un seul et 
même poète emploie à la rime, où l'on ne peut admettre une 
falsification du copiste, fau et fatz, plai platz, faire far^ 
conques conquis, ditz di. Il ne faudrait pas se hâter d'en 
conclure qu'on prononçait, par exemple, quar autrement que 
car, altre autrement que autre ; les premières formes pouvaient 
être une orthographe étymologique ou traditionnelle. On ne 
réussira pas de sitôt à résoudre toutes les difficultés de cette 
espèce; il s'agit d'abord de bien les comprendre et de les 
exposera 

VOYELLES SIMPLES. 



Les cas dans lesquels a provient de voyelles autres que Va 
primitif sont rares. Il provient de o par exemple dans dama, 
emprunté peut-être au français, de même dans ara (hora) ; de 
e dans vas pour ves vers {versus comme préposition) ; de ei 
allemand dans gazanhar etc. — A la finale, a atone se pronon- 
çait sans doute comme en italien. Les dialectes modernes l'échan- 
gent presque tous pour un o, qui, d'après Sauvages, a une pronon- 
ciation intermédiaire entre Yo pur et Ye muet français, ou bien 

1. Parmi les écrivains modernes, Bastero, Crusca provenzale 119 et suiv., 
s'occupe avec assez de détails de la prononciation, mais il se place 
exclusivement au point de vue d'un Catalan, car il faisait naître la poésie 
des troubadours en Catalogne. Rochegude, Gloss. occitanien p. XLVin, se 
débarrasse de la question en quelques lignes. Raynouard l'a complète- 
ment omise. A une question qu'on lui adressait à ce sujet, il répondit 
catégoriquement : « Il n'y a pas de prononciation provençales, et cette 
réponse n'était pas sans quelque vérité. 



362 VOYELLES PROVEINÇALES. E. I. 

équivaut à Vo italien dans fatto : anc.prov. camba, prov.mod. 
cambOy franc, jambe. Ou s'écrit aussi pour o, spécialement 
dans la Provence (dont le nom se prononce maintenant Prou- 
vençou). Ce changement dommageable paraît être encore 
inconnu aux documents du xv® siècle ^ ; au xvf , il est décidé- 
ment accompli. Le poète Lien connu Brueys d'Aix (fin du 
XVI® siècle) écrit déjà causo, gouio. — Remarquons la notation 
adoptée par un manuscrit de Paris (7698), au pour a devant n 
(faun^ venraii7i), qui se présente spécialement dans le Rouergue 
et qui rappelle la forme identique roumanche {aungel, braunca) 
plutôt que Y au anglo-normand. 

E. 

Les deux espèces dV en italien et en français, Ve ouvert et Ve 
fermé, ne se laissent pas discerner dans l'ancienne langue, car les 
rimes ne 'font aucune difîerence. Uc Faidit se sert, il est vrai, en 
parlant de syllabes qui contiennent un e, des expressions larg et 
estreit, mais non pas dans le sens de l'italien la^'go et stretto {yoy. 
ci-des. p . 31 1 , 31 2) : il veut désigner par là les longues et les brèves 
prosodiques, cf. Choc. II, cliii. Les dialectes modernes du Lan- 
guedoc connaissent, comme en français, un e ouvert, un e moins 
ouvert et un e fermé, enfin un e très-fermé (e) qui, s'il est 
tonique, correspond à Ye ouvert, s'il est atone correspond ordi- 
nairement à l'e muet français, cf. boutëlio [bouteille), cabè's- 
trë {chevêtre), bounëto {bonnet), bë {bien), burë {beurre). 
Le catalan distingue un e et un o ouvert et un ^ et un o fermé 
(Fuchs, Zeitw. p. 76). h'e ouvert manque absolument au 
dialecte limousin. 

I. 

Comparé à Yi français, son emploi est plus restreint puisqu'il 
provient rarement d'un e long ou d'une diphthongue. Il est 
souvent et presque arbitrairement remplacé dans l'écriture par 
y : y {ïbi), ylh, cylh, yssir, yvern. Cette notation est très- 
fréquente dans les diphthongues ay, ey, oy, uy et à l'initiale 
devant la voyelle tonique, comme dans y eu (ego), y est {es). 
Plusieurs manuscrits emploient aussi pour y le caractère allongé 
; : suj, clamarajy baissiej etc.^. 

1. Dans des lettres de franchise données à la ville de Saint-AfFrique 
(Gaujal I, 316), on lit, il est vrai, aureilho, mesuro; mais la charte est 
sans doute une copie d'une écriture postérieure. 

2. Remarquons ici en passant que quelques manuscrits devant l 



VOYELLES PROVENÇALES. 0. U. 363 

0. 

Dans l'ancienne langue, cette voyelle restait intacte comme en 
italien; dans la langue moderne elle a suivi généralement la 
même direction que Yo français et est même devenue plus souvent 
ou qu'en français : on prononce ^omco (bouche), counfrountd, 
courtino, flouri [fleurir) , foulid {fouler), fourco (fourché), 
lougis etc., déjà dans une charte de 1378 {HLang. IV, preuv. 
354) amourousa, touts, poudisse. Il y a encore des exemples 
plus anciens, ce qui ne doit pas étonner si l'on songe à l'ancien- 
neté de Y ou en français et au contact des deux langues ^ 

U. 

En provençal moderne il a le même son qu'en français (en 
conséquence, pour rendre le son de Yu pur on écrit comme en 



emploient ia au lieu de Vi généralement usité et aussi ea au lieu de l'e, 
ainsi mial pour mil (lat. mille), fiai pour fil {filum), umial pour umil, peal 
pour pel {pilus); voy. par ex. un^ pièce attribuée à P.Vidal LRom. l, 405, 
ainsi que la partie toulousaine du poème sur la Guerre des Albi- 
geois. Au lieu de ia les Joyas également toulousaines emploient ie . 
miel, umiel, ahriel (ailleurs ahrieu, c'est-à-dire aprilis). On peut com- 
parer la succession des formes françaises bel, hiel, Mal, biau. Ce déve- 
loppement de e ou / en ia se rencontre encore daus d'autres dialectes 
et aussi devant d'autres consonnes. Un dial. auvergnat^ par exemple, 
fait riau de rivus, liau de levis (cf. p. 99); un dial. prov. fait premiar de 
primarius, deniar de denarius (Laplane, Hist. de Sisteron \, 555) ; un dial. 
roumanche fait tiara de terra, fiasta de festa (p. 143), le valaque peane 
de penna, sease de sex (ibid.). 

1. Dans un récent mémoire, Paul Meyer a épuisé complètement 
l'étude de Vo provençal {Phonétique provençale, o). Dans ce travail il a 
eu principalement égard aux patois modernes, qui présentent diverses 
particularités dans le traitement de Vo et de Vu latins et confirment 
de nouveau, par exemple, l'influence de l'accent sur la forme des mots : 
Vo tonique venant de 6 latin (ou de o en position) persiste en ancien 
provençal, même dans les dérivés où l'accent se déplace : jôga jogâr, 
ôli oliva, gros grossét, porc porquét ; en provençal moderne, dans le second 
cas, il devient ou : jôgo jougd, ôli ouUvo, gros groussét, porc pourquét. 
Mais ce qui a un intérêt tout particulier dans ce travail, c'est la remarque 
que, dans le dictionnaire de rimes de Faidit (voy. ci-dessous à la 
troisième section la théorie de la quantité en provençal), Vo lare des 
mots qui y sont enregistrés correspond à Vo provençal ancien et 
moderne, et Vo estreit à Vou provençal* moderne ; cet ou devait donc 
être déjà usité au moyen âge, bien qu'alors les deux sons fussent repré- 
sentés par le même signe (o). Ainsi Vo lare dans jocs, brocs, focs répond 
à Vo pur du prov.mod. joc, broc, foc, mais Vo estreit dans bocs, mocs 
répond au prov.mod. ou dans bouc, moue ou bou, mou. 



364 DIPHTHONGUES PROVENÇALES. AI. 

français ou, et par suite aou, pour au). Les anciens doivent lui 
avoir donné le son pur de Yu méridional, puisqu'il alterne 
souvent avec v : blau blava, estiu estiva. C'est donc le même 
u que dans le catalan, dont le provençal se rapproche plus, pour 
la phonétique, que du française II se confond fréquemment avec 
Vo : mon et mun (mundus), dune donc, duptar doptar. 

DIPHTHONGUES. 

Elles sonnent pleinement et sont d'un emploi fréquent, ce 
qui fait que le vocalisme provençal contraste vivement avec la 
sécheresse du vocalisme français. Leur classification est facile, 
car ici on n'a pas admis les diphthongues du latin classique (ital. 
aereOf portug. equoreo) qui ne font que troubler la symétrie de 
l'organisme de la langue. Les Leys indiquent AI, El y 01, TJI\ 
AUf BU, lUj OU comme diphthongues propres, lA (gloria), 
lE [miels), UE (fuelh) comme diphthongues impropres. Ajou- 
tons-y encore UO. C'est une bonne note pour les dialectes modernes 
d'avoir conservé avec l'ancienne prononciation la plupart de ces 
diphthongues. — Les diphthongues donnent souvent naissance 
à des triphthongues. 

AL 

La langue aime ce son, qu'elle présente surtout dans les 
radicaux (tandis que l'espagnol l'offre plutôt dans les flexions). 
Il provient : 1) d'une synérèse, comme dans gai (gâhi), ehray 
(ebraïcus), lay (laïcus), aire (aër), traire (trahere). — 2) De 
l'adoucissement d'une gutturale, rarement de celui d'une labiale ou 
de la chute d'une dentale : ainsi dans aidar [adjutare ajtar), 
hailar ipajulare), -flair ar (fragrare), verai {peraeus^), fait, 
laissar ; caitiu (captivus), caissa (capsa); caire (quadrum), 
paire, maire, emperaire. Devant ss = sz on le trouve dans 
naisser [nasci), paisser (pasei). — 3) D'une attraction ou 
d'une syncope : vaii^e (varius), cais [quasi), palais, aigla, 
repair ar [repatriare), bai [badius), glai [gladius), chai 
[cadit), vai [vadit) et autres mots analogues. — 4) Dans aigron, 
faida, gaire, lait etc., la diphthongue allemande identique s'est 

1. Rochegude, Glo&s. occ. p. xlix, accorde que Vu provençal avait le 
son de Vou français après une autre voyelle; il lui donne en conséquence, 
dans les autres cas, la valeur de Vu français, sans perdre un mot à 
expliquer cette contradiction. 



DIPHTHONGBES PROVENÇALES. El. 01. 365 

perpétuée. — 5) Assez souvent ai, en sa qualité de son plus 
plein, prend la place de ei\ qu'on considère plais pour 
pleis (pleœum), Saine {Sequana), sais (caesius, voy. mon 
Bict. étym.), Saisso (Suessiones, franc. Soissons), — Des 
chartes du sud de la France montrent déjà très-souvent cet ai, 
comme dans Falgairolas Mab. Dipl. p. 572, Aigua HLang. 
II, n. 7, Aigo à côté de Agio n. 46. 51. Remarquons encore la 
forme ae pour ai, paer ^^ovly paire, maer pour maire {major) 
dans YEv. Joh. éd. Hofm. 

El 

provient : 1) de l'allongement de e (rare) : mei {me), tei (nom de la 
lettre t dans le Boèce), trei {très), veir {verus). — 2) De l'adou- 
cissement ou de la chute d'une consonne, par ex. peitz {pejus), 
leial, reial, freit {frigdus), lei, rei, dreit {directus), estreit 
{strictus) ; eis {ipse) ; mei {médius), creire {credere), meire 
{met ère) ; de là creisser {crescere) et autres semblables. — 
3) Par attraction de e-i, a-i : feira {feria), primeira {pri- 
maria). D'ailleurs on trouve ei remplaçant az dans les dialectes, 
par ex. fei, reizon déjà dans la Passion du Christ, tenrei, 
tornarei dans d'anciennes chartes Chœ. II, 51 et suiv. prov. 
mod. eisso, feizou {fazon), fleird, leyssd^. Lorsqu'e vient à se 
diphthonguer, il donne naissance à la triphthongue lEI, comme 
dans fieira, lieys, miei, manieira, perfieit, premieira. — 
On a des exemples anciens de ei et iei dans Pomeirs = 
Pomiers Mab. Ann. III, n. 333 (ann. 891), Asinieyras 
Mab. Dipl. p. 572. 

01 

provient de même : 1) d'un adoucissement ou d'une chute de 
consonnes: noit, point, coissa, oisor {uœor)\ hoi {hodie), 
foire {fodere), noirir {nutrire); conoisser, escoissendre 
{eœ-conscinderé) . — 2) D'une attraction : moira {moriar), 
foison {fusio), poissas {postea). La diphthongaison de Vo 
engendre ici aussi des triphthongues, tantôt UEI, tantôt UOI, 
comme trueia truoia, huei huoi , pueia puoia, mueira 
muoira, cueissa cuoissa. 

UI 
est : 1) le latin ni dans oui, fui, lui {ilV huic?). — 2) Il est le 

l. Cet ei peut lui-même se condenser en e, cf. Adalez de Adaleîz, 
prendre de prendrei, dSLïïS une charte de Foix (ann. 1034) HLang. Il, n. 171. 



366 DIPHTHONGUES PROVENÇALES. AU. 

résultat, comme dans les précédentes diphthongues, de l'adoucis- 
sement ou de la chute d'une consonne : destruit (-uctus), duis 
{duxii), cuissa (coooa), cuillier {cochlear), cuiar (cogitare) ; 
put (podium), huire {bûtyrum)^ pluia (pluvia). — 3) De 
l'attraction : vuidar (viduare), cuirassa (coriacea). De 
même que o et w se prennent l'un pour l'autre, de même oi et ui, 
car, à côté des formes ci-dessus, on trouve coissa, coirassa, 
ploia, voidar, ainsi que soi à côté de sui (sum)» Devant s, 
i se perd facilement dans Vu, cf. autrus { : us G. Riq. p. 199). 

AU, 

qu'on doit prononcer avec a plenisonan (voy. Leys II, 380, 
où duzi est donné comme exemple) est aussi une diphthongue 
favorite, que le provençal a conservée presque partout et qu'il 
s'est en outre procurée par des moyens propres. Il correspond : 
1) au lat. au, par exemple dans aur, causa, paubre, — 2) à 
Y au allemand dans aunir [haunjan), hlau, causir {kaus- 
jan), raubar et beaucoup d'autres mots. — 3) Il provient de 
Vo atone à la première syllabe du mot : aucir {occidere), 
aulens (olens) Geistl. Lieder p. 13^, auriera (ora), Aurion 
(Orion), raumaria GOcc. [romaria LRom.) ; cela fait penser à 
l'ancital. auccisa PPS. I, 3 ou aulente et au latin ausculari 
dans Festus et Placidus. Cette diphthongue naît aussi de eo ou 
io dans une syllabe non accentuée, comme dans laupart (leo- 
pardus), Launart (Leonhardus), Baunis [Bionysius). — 
Au provient encore : 4) De la réduction d'une labiale dans auca 
(avica), aul (pour avol), aulana (avellana), eau (cavus), 
pau (pavus), pauruc {pavor-), aurai, laurar (laborare), 
paraula, trau (trabs), laudaçisme (labdacismus) Leys 
d'am. III, 50, malaut {maie aptus), saurai. — 5) De la 
résolution d'un g, voy. ci-dessus p. 246. — 6) De la résolution 
d'une l, quand une seconde consonne suit, et parfois aussi à la 
finale, comme dans aut, sautar, baut (anc.h.allem. balt), mau 
(malum), Pau (Palum), — 7) Au naît par attraction dans 
caup (capui pour cepi), saup (sapui). AO pour au semble se 
rencontrer rarement. Laorar, par exemple, est trisyllab., 
laurar disyllab.; ces deux mots sont dans le même rapport que 
paoruc et pauruc, cf. Leys I, 46. Cependant R. Vidal écrit 
paraula à côté de paraola, et le Gloss. occ. mentionne faoda 
pour fauda, nao pour nau ; aonidamens est dans la GAlb. 
8647. — Le dialecte provençal moderne dit souvent oou pour 
aou, par ex. foou (franc, faut), oousi (anc.prov. auzir), 



DIPHTHONGUES PROVENÇALES. EU. lU. 367 

ooulan (autan), oourillo ; mais aussi claou, paou (pauc). 

EU 

ne correspond étymologiquement qu*en quelques points au son 
mixte de la diphth. française eu (que le provençal ne connaît pas 
encore, même aujourd'hui; aussi prononce-t-il monsieur comme 
moussu). Il renvoie, en effet : 1) à un eu originaire dans 
Europa, reuma, deu^ meu, reu, Orpheu, Clodoveu ; à peu 
près aussi dans feu (anc.h.allem. vehu). — 2) Il naît de la 
résolution d'une labiale, par ex. dans neu (nivem), freul [fri- 
volus), heure (bibere), neus (ne ipsum). — 3) De la résolu- 
tion d'une l dans feutat [fidelitas), noveus {novellus), veuzir 
{mlescere) etc. — 4) Par suite de syncope dans teule (tegu- 
lum, cf. villa Teulamen ann. 888 HLang. Il, n. 8), veuva 
{vidua VI uà). — 5) Par attraction dans teune (tenuis), ereup 
(eripui). — On trouve eo pour eu dans les manuscrits vaudois : 
heotdj breo, deorian, greo. La diphthongaison de l'e engendre la 
triphthongue lEU : dieu, mieu, fieu, nieu, Juzieu (Judaeus), 
Mathieu ; mais aussi romieu (ital. romeo), Andrieu (An- 
dréas), Angieus (franc. Angers), Peitieus (Poitiers). Dans 
ces noms de ville la forme française semble plus juste, voy. Qui- 
cherat, Noms de lieu 44. 

lU 

est très-usité et d'origine multiple. Il provient : 1) de Viu latin 
dans quandius, tandîus, piu (pius). — 2) II naît de la réso- 
lution d'une labiale dans viure, escriure etc. — 3) De la réso- 
lution d'une l dans abriu (aprilis), mutât (vilitas). — 4) Par 
suite de la chute d'un d dans niu (nidus). — 5) Par attraction 
dans niu (nubis), niule (nubilum), piuze (pulicem), piu- 
zela (pullicella) ^ . La diphthongue iu s'allonge dans la triph- 

1. Mentionnons ici encore un cas rare. Le grammairien Raimon Vidal 
blâme (d'après un des manuscrits GProv. 86) les formes amiu pour amie, 
chastiu pour chastic, et de fait on trouve dans Guillem Ademar amiu 
à côté de enemiu Ghx. Ili, 192, dans Peire de Valeria chastiu (verbe). 
On ne peut admettre que iu provienne de ic, c'est-à-dire i^ de c : on 
pourrait plutôt voir dans amiu la chute du c et l'attraction de Vu de 
flexion vers le radical^ cf. Gi^ieu de Graecus. Cependant on trouve iu 
pour i simple (ami pour amie est connu) dans d'autres cas où ni e, ni 
peut-être même v, ni aucune autre consonne ne sont enjeu. Çà et là on 
trouve des formes du présent de la première conjugaison telles que 
umiliu de umiliar, aiziu de aiziar ? (franc, aiser, aisiei'), obliu de obliar? 
(au lieu de l'habituel oblidar) ; ehasUu de chasiiar, galiu de galiar, pour 



368 DIPHTHONGUES PROVENÇALES. OU. 

thongue lETJ, qui, comme nous l'avons vu, provient aussi de 
eu : ahrieu Chx, III, 206, cieutat, escrieure, nieu, pieu- 
zela, rieu (rivus); prov.mod. vieoure, escrieoure, pieoucelo. 
On trouve un ancien exemple de cette triphthongue, qui ne se 
rencontre ordinairement que plus tard dans seignorieu HLang . 
m, p. 134 (ann. 1174). 

OU. 

Cette diphtliongue peu usitée, qui se prononce comme Y ou 
portugais ou moven-haut-allemand^ et dans laquelle les deux 
voyelles se font distinctement entendre, provient uniquement de 
l'affaiblissement d'une consonne : jous (Jovis se. dies), nou 
(novus), roure (robur), dous (dulcis), mounier (molina- 
rius*). Seuls, des manuscrits mauvais ou postérieurs diphthon- 
guent çà et là Vo simple en ou^ ex. boula, houtar, fouratge, 
poutz [puteus), voutz; prov.mod. troou (trop), dooumage. 
Ou provençal se distingue de Vou français, bien plus usité, par 
sa prononciation nettement diphthonguée, que le dialecte moderne 
même n'a pas encore échangée pour la prononciation française, 
cf. mooure {molere), ploou (pliiit), soou (solidus). Souvent cet 
oou devient en provençal moderne, par la prothèse d'un i, la 
triphthongue lOOTJ, comme dans Moou {bovem), ioou (ovum), 
— Dans le Béarn on disait au pour ou (dialectalement on 



lesquels on peut imaginer très-bien des verbes comme umilivar, aizi- 
var, ohlivar, chasiivar, galivar, mais on ne les rencontre pas : le sin- 
gulier umiliu se trouve, mais non pas le pluriel umilivam. Cet iu restreint 
à la finale paraît donc être un développement anomal euphonique, 
quelque chose comme Vau catalan correspondant à Vai provençal 
{trahit irai trau). R. Vidal appelle des mots comme amiu, chastiu, 
paraulas biaisas, et pense qu'on ne les trouve point dans le monde 
entier ailleurs que dans le comté de Foix. Le même Ademar dit avec 
une paragoge semblable forfiu et diu pour forfi et di. Cf. Bartsch Jahr- 
buch VII, 190. 

1. Dans la deuxième édition j'avais identifié le son de cet ow provençal 
à celui de Vou néerlandais, ce qui a donné lieu de croire que, suivant 
moi, Vou provençal se prononçait comme notre au haut-allemand, 
puisque ce dernier est identique à Vou néerlandais. Mais les grammai- 
riens néerlandais n'admettent entre ces deux diphthongues qu'une 
analogie. Kramer, par exemple, dit que Vou hollandais a presque le 
son de Vau allemand ou bien celui de o-u. Je ne pensais qu'à o-u, qui 
est certainement la prononciation primitive ; et j'avais fait ce rappro- 
chement parce que la diphthongue provençale et la diphthongue 
néerlandaise présentent quelque analogie dans l'histoire de leur déve- 
loppement : dous de dulcis, goud de guld. 



VOYELLES PROVENÇALES. lE. UE. UO. 369 

trouve à Finverse ou pour au, p. 366) : nau {novem), dijaus 
{dies Jovis), Fanjau (Fanum Jovis), voy. Marca, Hist. de 
Béarn 339, 598. 

lE. 

Contrairement à l'usage italien, le provençal conserve le i-è 
latin dans les adjectifs participiaux et dans beaucoup d'autres 
mots : obedi-en, paci-en, sapi-en, esci-en, Ori-en, obedi- 
ensa etc., eljri-etat, pi-etat, propri-etat. Considéré comme 
diphthongue, ie a la même origine que l'italien ie : fier, quier, 
primier\ il est d'ailleurs, sauf dans les triphthongues, peu 
usité : le dialecte du poëme de Boèce, par exemple, ne le connaît 
pas du tout ; celui de Girart de Ross, aime à le remplacer par i 
surtout devant Ih : Bavirs (Baviers), cluchire v. 228 {clu- 
chier), milhs (mielhs), et aussi brius (brieus), sius (sieus). 
El se rencontre fréquemment à sa place, par ex. feira fiera 
[feria), geit giei (jactus), peitz piegz (pejus). 

UE, 

comme diphthongaison de o bref, correspond tout-à-fait à Vue 
espagnol et représente aussi, bien que moins fréquemment, Yo 
latin en position : fuec, muer, vuelfeic. Le dialecte de Gir. 
de Ross, emploie volontiers u pour ne, de même qu'il 
met i pour ie : fuc (fueç), fulh (fuelh), pusca (puesca). 
Lorsque ue est suivi de i, il donne naissance à la triphthongue 
UEI, comme dans estueira (storea), muei (modius), pueis 
(post), prueime {proœimus), tueissec {toœicum). TJe, écrit 
oue, est encore en usage : occit. joueno, gascon loueng, et 
particulièrement en prov. : bouen, oueil, demouero (anc.prov. 
demora), fouesso (forsa), repouendre , vouestre. Dans 
d'autres patois il s'allonge encore en ioue , ainsi dans iouei 
{hodie), iouel (oculus), kioueisso (coxa). En Provence, ue 
devient même oua, et se rencontre ainsi presque absolument 
avec Yoa valaque {ou ayant ici la même valeur que o) : couar 
(lat. cor), gouarbo (corbis)^ souarbo (sorbum), mouarto, 
poua^^to. 

UO, 

correspondant à Yuo italien, est étymologiquement égal à ue, dont 
il n'est qu'une variante dialectale : fuec et fiuoc, muer et muor, 
j)uesc et puosç. Les Leys ne mentionnent pas cette diphthongue. 
Dans le dialecte de la Provence elle est tout-à-fait habituelle à 

DIEZ 24 



370 CONSONNES PROVENÇALES. 

côté de oué : Claude Brueys, par exemple, écrit couor à côté de 
couer, cuol {collum), consouolo, fouol^ fouort, mouort. 



CONSONNES. 



Le consoiiantisme provençal est situé à peu près à égale 
distance du système italien et du système français moderne. Les 
palatales c/i et y répondent aux c et g italiens; la chuintante 
simple {se) manque ou n'existe que dans les dialectes. S et z se 
comportent comme en français ; toutefois z paraît être de double 
nature. Le 7 guttural manque comme son isolé, mais il existe 
phonétiquement en qualité d'2 palatal, c'est-à-dire appuyé à 
d'autres consonnes, comme dans batalha, campanha. Les 
nasales, telles qu'on les trouve en français, n'existent pas ici. 

Le provençal distingue très-nettement la prononciation des 
consonnes, suivant qu'elles sont médiales ou finales, et a réglé 
son orthographe en conséquence. Yoici la règle : toute consonne 
douce médiale passe à la forte du même ordre à la fin du mot ou 
devant une 5 ou un ^ de flexion : d devient t\ g, c\ b, p: 
Vy f\ Z, tz, par ex. cauda caut caiit-z, gardar g art ; logal 
loc loc-s, segre sec ; loba lop lop-s, trobar trop ; servar 
serf, volver volf\ tezer letz, prezar pretz. En cas d'enclise, 
comme dans oblid'om, cab hom, la douce peut être préservée par 
l'enclise. On remarque aussi, dans les dialectes, un échange entre 
les palatales J et ch, comme dans mieja et miech. Il est vrai que 
cette règle, surtout dans les anciens monuments de la langue, 
ne s'observe pas toujours très-exactement : des formes ortho- 
graphiques comme atend, ard, perd, ag , prezig , tolg, 
amigs, remang, ah (presque partout), sab, volv etc. ne sont 
pas rares, mais la douce possède ici (comme d'ailleurs les Leys le 
rappellent souvent, par ex. I, 156) tout-à-fait la prononciation 
de la fortes Le moyen-haut-allemand obéit exactement à la 



1. Quant à ab, Delius {Jahrbuch, I, 360) suppose pour ce mot une pro- 
nonciation plus douce du b. Le latin ab n'aurait-il pas induit le pro- 
vençal à cette orthographe? L'ancien français commettait la même 
erreur lorsqu'il écrivait cum pour comme, quand ce mot se rapprochait 
par le sens de la conjonction latine. — Les copistes des œuvres poétiques 
s'appliquaient à observer une meilleure orthographe (la rime, il est 
vrai, contribuait à en fixer les règles) que les scribes des chartes 
qui traitaient fort arbitrairement la loi des finales en particulier. 
Les exemples suivants vont du xi" au xiir siècle : Aiarigs, Amuliag, 
Garag, Alarig, Neirag, Oronzag, Ug, recognog, borg, enamigs; deved, coin- 



CONSONNES PROVENÇALES. 37-1 

même loi phonique, à l'exception de ce qui concerne z et tz; 
comparez avec les exemples ci-dessus gibe gap, halges halç, 
hende haut, hoves hof\ en général la douce, à la fin des mots, 
y est tout aussi peu tolérée qu'en provençal. D'autres langues 
germaniques encore connaissent des règles analogues. Dans le 
domaine slave, la langue bulgare nous offre une loi qui ne 
correspond pas moins exactement à celle du provençal et d'après 
laquelle b, g, d, v, s, z se renforcent en p, k, t, f, ss, s. 
Un autre échange, au milieu et à la fin des mots, a heu en 
provençal entre v et la voyelle w, v s'emploie à la médiale, 
tt à la finale, par ex. beves beu, brava brau. Comparez un 
semblable échange de lettres en gothique : kniva kniu, qmvis 
qvius, mais il ne se produit qu après une voyelle brève (Grimm 
I^ 404). Dans les autres langues romanes cette règle provençale 
ne se présente pas ou ne se présente qu'en partie. Le dialecte 
picard renforce cependant toute consonne finale, c'est-à-dire qu'il 
met t pour d, k pour g, p pour b, /pour v, ss pour s, ch pour 
g : mote (franc, mode), lanque (langue), nope (noble), pofe 
(pauvre), rosse (rose), rouche (rouge). 

Le redoublement se produit pour l, m, n, r, s, t, c,p, f, peu ou 
point pour d, g,b, z, j, v. Une s'est pas étabh de règle absolu- 
ment constante sur ce point dans cette littérature manuscrite ; il 
est facile de constater, cependant, que, dans les mots simples, la 
consonne simple (à l'exception de Yr et de 1'^) est de beaucoup 
préférée dans les cas où en latin, en italien et en français se 
rencontre la consonne double ; cette orthographe était sans 
doute conforme à la prononciation. Dans les mots composés, le 
redoublement se trouve plus souvent déjà au commencement du 
second mot, toutefois la consonne simple domine ici encore. 
Il y a lieu de croire que l'orthographe latine n'est point 
restée sur ce point sans influence. Voici quelques exemples 
tirés seulement du lexique de Raynouard, et qui mettront ce fait 
en lumière. L : ampola, appellar (aussi oppe/ar), bala, bola, 
bulla, collegi, estela, molet ; alleviar (l). M : flamma (m), 
gemma (m), somma (m); commandar (m), immoble. N: 
afanar, annal (n), cana, manna (n), penna (n), tona\ 
annunciar (n). R : errar, guerra, ferrenc\ arreire (r), 
arrestar (r), arrïbar (r), S : bassa, cessar, passar; assatz, 



probad, pod, Ermengoud, reguard, medietad, Beliard, Bernard, Monte- 
serrad, Faidid, Montagud, inirad, grad, ciutad, jurads. Les formes latines, 
comme Bernardus, ont pu quelquefois conduire à cette orthographe. 



872 CONSONNES PROVENÇALES. L. M. N. II. 

assemblar (s), assomar {s). T : hatre (tt), cata, cota, crota, 
flatarj gratar, mètre, sageta ; attendre (t). C : bac, hoca, 
lecar, secar, mais peccar, et non pas pecar; accusar, 
acquirir, soccore (c). P : capa, copa, cropa, drapel, esca- 
par, estopa, frapar, lappa, lippos, envelopar {pp) ; appa- 
rer (p), supplir (p). F: afj'an {f), afflamar (f), o(]'endre 
(f)> sofjïar, sufjrir (f) . 

Le provençal traite les consonnes multiples à peu près comme 
l'espagnol, bien qu'ici aussi la langue admette beaucoup de 
groupes plus durs. Les plus remarquables sont à peu près 
TL, TN, TFR, CM, PM, BN, PS, PCH\ TB, CT (fré- 
quent), CD, PT (également fréquent), PD, PC, BT, BI)\ 
SL, SM, SN, SE, SD, SG, SB, SF, SCH, SJ, STS, 
SCS, SPS ; MS, MJ, MT, MPT, MB, MBD, MC, NCT, 
NCTZ, NHD, NHDR, NB, NF ; LR, MN, MPN, MR, 
NM, NR, par ex. crotlar, rotlar, Rotlan, putnais, Matfré, 
Jacme , cap-malh, ab-negar, capse, nupsejar, traps, 
apropchar, sapcha, Rotbert, Titbaut, dictar, maracde, 
doptar, capdada, capdal, cap -casai, subtil, ab-dos, 
bruslar, caslar, isla islha, azesmar, blasmar, asne, cisne, 
es-raigar, cosdurana, dômes gar, bisbe, blas fémur , crus- 
char, es-chazer, domesgier, osts, boscs, cresps, somsir, 
camjar, coioite, semdatz, semdier, amb-dos, com-querir, 
ancta, sanctz, lonhdan, cenhdre, bonba, canba, sanbuc, 
Anfos , valra, domna, dampnatge, damri, prezenmen, 
cenre, onrat. La prononciation pouvait effacer beaucoup de ces 
duretés ; du moins, à côté des formes plus dures, comme sapcha, 
Cristz, on trouve sacha, Critz, qui sont des formes adou- 
cies. On écrivait également bien setgle pour segle, domestgue 
pour domesgue ; mais ni dans l'un ni dans l'autre cas on ne 
devait entendre le t, introduit dans domestgue par l'étymologie, 
dans setgle par Thabitude qu'on avait de le voir uni au g, 

L. M. N. R. 

Sur la prononciation des liquides, il faut faire les remarques 
suivantes : metn conservent, même à la fin des syllabes, leur 
prononciation labiale et linguale. Il n'y aurait aucune vraisem- 
blance à leur attribuer le son nasal français, puisqu'il est inconnu 
même aux patois modernes, voy. par ex. Sauvages p. xviii et 
314 (1'"® édit.), Beronie, Dict. bas-limousin p. 354. Cela 
constitue une différence essentielle entre les systèmes consonan- 
tiques du provençal et du français. — R, d'aprèfj les Leys I, 38, 



CONSONNES PROVENÇALES. L. M. N. R. 373 

se prononce de deux façons. Au commencement des mots elle 
est dure : rmnels, rius ; entre voyelles et à la fin des mots elle 
est douce : amareza, mnar, honor\ pour qu'elle soit dure 
dans cette situation elle doit être redoublée, comme dans terra, 
guerra, ferr, corr. Nous avons déjà rencontré en espagnol, 
en basque et en portugais cette prononciation de IV, déterminée 
par sa position ; elle s'étend donc dans toute la Péninsule 
ibérique et dans le sud de la France; elle se retrouve dans 
d'autres langues encore, par exemple en albanais (Hahn, II, 4). 
Les grammairiens romains ne disent rien d'une double valeur de 
cette lettre ^ . 

L'échange des liquides entre elles se produit à peu près 
comme dans les autres langues romanes. Remarquons que n 
finale, devant des labiales, comme p ou h, peut passer à la 
labiale m : em paradis, em pes, emplorans, som bon paire. 
Sur Vr provenant de 5, ainsi que sur la préposition de l et la 
transposition de l et de r, voy. à la l'"^ section; sur r provenant 
de s, voy. encore Bartsch, Prov. Leseb. 238. L est intercalée 
àdiïi^ plasmar (spasmus); m dans lambrusca, sembelin (b.lat. 
sabellinus), cf. catal. escambell (scabellum) ; n dans engiial 
{aequalis), minga {raica), nengun, penchenar {pectinare), 
vuncella LRom. I, 18, etc.; r dans brostia (franc, boîte), 
brufol {buffle), refreitor (refectorium *), tro {tonus), 
seguentre, soentre {subinde) et autres semblables, Marselha 
(toutefois aussi Masselha, en particulier dans la GAlb.), par- 
palho {papilio). 

Z à la fin des syllabes alterne avec u : val vau {vallis, 
valet), leyal leyau, altre autre. La plupart des manuscrits et 
des chartes admettent à la fois les deux formes ; dans la langue 
moderne, u a plus profondément pénétré. Les Legs II, 208, 
condamnent seulement la désinence au pour al comme étant un 
provincialisme gascon : nos dizem que en rima ni fora rima 
no deu hom dire mas leyals, quar liau es motz gasconils. 



1. On remarque chez les poètes, à la rime, un affaiblissement de IV 
devant s, spécialement dans la désinence ors : ainsi seros (serors) rimant 
avec glorios Chx. \l, 142, traidos (-ors) avec euoios LR. 1, 72 a, pluzors 
(lisez pluzos) avec sazos dans la chanson « Ai s'ieu pogues » (ms. 7698) 
attribuée à B. de Ventadour. On en trouve encore de nombreux 
exemples dans Bartsch, Lessb. 238, qui conclut à une très-faible pronon- 
ciation de IV (bien entendu seulement devant s). Cette absorption de IV 
se rencontrait aussi dans la poésie catalane ; Ausias March faisait rimer 
repos avec flos (c'est-à-dire flors). 



374 CONSONNES PROVENÇALES. L. M. N. H. 

quar leumen H Gasco viro e 7nudo 1, cani es en fi de dictio, 
en u, coma nadau per nadal, vidaii per vidai, hostau per 
hostal e leyauper lejal. Le gascon actuel fait encore de même. 
N finale a une double nature. Tantôt elle est un élément 
nécessaire, inséparable du mot, tantôt un élément accidentel, 
séparable, bien qu'étymologiquement fondé. Elle est inséparable 
lorsque, primitivement, elle était suivie d'une deuxième con- 
sonne, comme dans dan (dan-num pour dam-num), sen 
(sin-n), graii (gran-dem), man {man-do), dan (dan-t), len 
(len-tum), ven (ven-tum). iVest séparable ou, comme s'expri- 
ment les Leys, indifférente (l'n provenant de m est traitée de même), 
lorsque, primitivement, elle était suivie d'une voyelle ou qu'elle 
était à la finale, par ex. gran (gran-um), len (len-em), man 
(man-um), sen {sin-um), ven (ven-it), joven (juven-em), 
quon (quom-odo), en, non, ren {rem), son (sum), mon 
(meum), pour lesquels on écrit également bien gra, le, m.a, 
se, ve, jôve, quo, e, no, re, so, mo, et avec une s de flexion 
grans ou gras. Comme on était habitué à cet échange, on 
ajouta aussi Vn séparable à quelques voyelles finales qui 
n'avaient aucun droit à en être munies, comme dans /bn pour /b 
(fuit), prou pour pro. Si n se rencontre pour nt latin dans 
une désinence verbale atone, elle est régulièrement inséparable, 
ainsi cdntan, cdnten (lat. cantant, cantent), et non pas 
canta, cante, qui auraient confondu le pluriel avec le sin- 
gulier; la seule désinence on, pour laquelle cette confusion 
n'est pas à craindre, permet l'abréviation : ainsi canton cdnto 
[cantant), dgron dgro (habuerunt), ainsi que son et so (sunt). 
Cette n indifférente, chacun pouvait, suivant son dialecte, la 
prononcer ou l'omettre ; elle ne comptait pour rien K C'est à tort 
que les Leys l. c. blâment les formes avec n, et n'admettent Vn 
que devant une voyelle suivante : alqu dizon qu'om pot dire 
en rima vilanjoer vila, canson_^er canso, fmper fî. E nos dizem 
qu'om no deu dir en rima ni fora rima mas vila e canso. 



1. C'est ce qu'on observe clairement dans la métrique. Cette n ne produit 
aucune différence entre les rimes : rêvé, plen, reten, be sont impossibles 
comme rimes croisées. Les finales privées de n ne permettent pas non plus 
l'élision ou la permettent à peine : puesco aver, prendo armas comptent 
pour quatre syllabes, car il fallait laisser le champ libre pour l'inser- 
tion de n ; tandis que puesca aver, prenda armas peuvent être comptés 
pour trois syllabes. Il n'y a que dans les groupes enclitiques que n soit 
exclue : he-m, be-us, quo-us, re-us, foro-l (on trouve aussi foro-ill), pren- 
do-ls, laisso-s, et rarement laissons. 



CONSONNES PROVENÇALES. L. M. N. R. 375 

exceptât fi, que fora de rima pot far fin, majormen seguen 
vocal, segon ques estât dig. Cette remarque s'adresse à 
Raimon Vidal, voy. le passage ci-dessus p. 97, note. La plu- 
part, peut-être la totalité, des manuscrits, et déjà celui du Boèce 
ainsi que le manuscrit 7226 préconisé par Raynouard comme 
le meilleur, présentent les deux formes. On les retrouve dans 
les dialectes modernes : le Languedoc, le Rouergue, TAuvergne, 
par exemple, font de préférence tomber Yn : be, cansou, car- 
hou, sou, cami, efan, efld, mais aussi pavoun, tignoun ; 
en Provence la forme maintient son intégrité : ben, moutoun. 
enfan. Mais quelques anciens manuscrits^ comme YEv. Joh. 
éd. Hofm. n'emploient jamais Vn indifférente ^ — - NT se 
trouve çà et là à la finale au lieu de n qui est bien plus usitée : 
avant, faut pour avan, fan, cf. Leys I, 42, où la première 
forme est mentionnée comme simplement tolérable. 

LH, NH. L et n mouillées s'écrivent de bien des façons, 
comme dans l'ancien français : belh bell beill beil beyl, tanh 
taing tayn, tagna taigna iaingna ^. Dans le Boèce on trouve 
nuallos, filla, mêler, velz, franer, fen, senor ; dans la 
Passion orgolz, aurilia, Ion, ensenna, senior, veggnet, 
veng, seinhe. Les autres manuscrits emploient de préférence 
tantôt l ou II, tantôt Ih, tantôt indifîéremment II et Ih et de même 
gn et nh^. Ceux qui employaient Ih auraient dû également 
aussi employer nh, règle que n'observent cependant pas tous les 
copistes ; on trouve souvent nh à côté de II. La notation la plus 
recommandable paraît être Ih, nh, parce qu'elle est la forme 
la plus précise ; c'est ce que sentirent très-bien les Portugais 
lorsqu'ils empruntèrent cette ortliographe aux Provençaux. Pour 

1. L'étude des chartes datées de temps et de lieu a montré que n se 
perd dans le centre et l'ouest, et persiste dans l'est, surtout en Pro- 
vence. Voy. Paul Meyer, Flamenca p. xxx. 

2. On peut remarquer aussi th, au lieu de ht qui serait plus exact : 
drethz pour drehtz c'est-à-dire dreitz, lieths pour liehts c'est-à-dire lieits, 
junthas \)our junhtas, mantha pour manhta. Voy. d'autres exemples rela- 
tifs à l'emploi de l'/i dans le Douât prov. 44 b., 45 b. 

3. On remarque déjà Ih et nh dans le testament si connu de Raymond 
de Toulouse (ann. 961), où on lit : Analinensis, lisez Ankanensis == Ania- 
nensis, Ginhalio, Grenolhedo ; cf. ce document dans Mab. Dipl. p. 572, 
HLang. II, n. 97. D'autres anciens exemples (outre les exemples ci-dessus 
de la Passion) sont: Ginhago HLang. II, n. 165 (ann. 1029), Guilhermi voy. 
Marca, IIM. de Béarn p. 247 (avant 1032), Wilkerma HLang. U, 268 (1069), 
nufh, castelh, vu(h Chx. II, 67 (1080), GuUhem, filhs (charte de 1201), voy. 
Gaujal, Études historiques sur le Rouergue I, 295, Penhora HLang. III, 216 
(1208). 



376 CONSONNES PROVENÇALES. T. I). S. 

n mouillée la transcription la plus naturelle est, il est vrai, le ny 
catalan (hanya, hany) à côté duquel, au contraire, ly n'est 
point devenu usuel, mais qu'emploie aussi une langue étrangère 
à la famille romane, le hongrois. Mais Vh était devenue un signe 
superflu auquel on pouvait d'autant mieux transporter cette 
fonction qu'il y a une certaine parenté entre le j et elle ; ce sont 
l'une et l'autre des spirantes gutturales. Quelques manuscrits, 
par exemple celui de Gir. de Ross., emploient aussi h comme 
gutturale faible, même en dehors des groupes Ih et nh. Ainsi 
dans lah pour la i, cf. Fer. 4943, loh pour lo i, deh, duh, 
plah, traihs pour dei, dut, plai, trais. De même dans les cas 
où d'autres dialectes emploient ch : dih, dreh, fah, mah, mieh, 
nuhs, tuh, à côté desquels on rencontre pourtant drei, mai, 
miei. Enfin on trouve h pour t final, comme dans crevantah, 
ynolah. Le vieux traducteur français de Job écrit de même 
faihs, rehoihs. — Le rapport étymologique des liquides mouil- 
lées est à peu près le même qu'en italien ; on peut donc renvoyer 
à l'étude de cette langue. La chute de l'élément consonantique 
dans Ih , telle qu'elle a lieu dans le provençal moderne, est 
inconnue au provençal ancien (p. 98) ; cependant au lieu de 
cavallier (= phonétiquement cavalher) on trouve aussi écrit 
cavayer et même cavaer GAlb. 1656. 

T. D. 

T, dans la désinence de la troisième personne du singulier du 
parfait s'échange dialectalement avec c, par ex. parlet parlée, 
bastit bastic. D provient du ^ à peu près dans les mêmes 
circonstances qu'en espagnol ; comme en français, il s'intercale 
entre ^ et r, n et r. 

S. 

Les Leys d'amors I, 40, III, 382, enseignent que s entre 
voyelles a régulièrement le son de ;^, et les meilleurs manuscrits 
emploient z à cette place concurremment avec s, ils écrivent 
causa et cauza, rosa et roza. Pour avoir son véritable son, 
remarque encore la poétique toulousaine , s doit être redoublée, 
comme dans plassa, esser, fossa, cependant cela n'a pas lieu 
dams prose guir, desus, lasus, desay, desobre. Ce son propre 



1. On a tenté de donner de ce fait une autre explication purement 
paléographique, voy. Altportugiesische Kunst- und Ho f poésie p. 36, sur 
laquelle Paul Meyer a émis des doutes. 



CONSONNES PROVENÇALES. S. 377 

(propri so) est certainement le son dur que 1'^ française connaît 
aussi. 

S {s s) provient souvent : 1) De ^ ou c {ch) avec i palatal : 
poiso {potio), dbediensa, erisson {ericius), menassa, brassa 
(brachia) etc. — 2) De ce ci sans l'aide d'une voyelle suivante, 
par ex. singla (cingulum), pansa {panticem), venser. De 
même de sce sci : conoisser, peis (piscis). — 3) De ^ : aissela 
[aœilla), laissar, bois (buœus). C'est ici proprement iss qui 
provient de ^. — 4) De st : engoissa, pois. — Lorsque ss {s) 
provient originairement de n5,les manuscrits emploient encore ns 
concurremment, ^uiû pessar pensar, cosselh conselh, essems 
ensems, ences encens. — aS' est intercalée devant m dans ^aticz^me 
(hcbièdelauzemne), légisme [legitimus), leonisme [leoninus 
leonimus), regisme (regimen). La forme du superlatif (al- 
tisme, santisme) peut avoir ici induit en erreur ; du moins les 
suffixes amen et umen ne prennent-ils jamais cette formel — 
Sur la chute dialectale de cette consonne, voy. ci-dessus p. 222. 

*S' est sujette à bien des variations orthographiques : on ren- 
contre à sa place c, par ex. dans cebellitz (sepultus), cènes 
{sine), cers (servus), cia (sit), cocelh {consilium). Sa forme 
la plus indécise est ss, qu'on emploie pour indiquer la pronon- 
ciation dure, même après des consonnes, du moins après 
n et r, comme dans balanssa, esperanssa, forssa, corssier. 
L'orthographe sh (ssh) pour ss (d'ordinaire quand ss provient 
de ps, X, se, st) est très-remarquable ; on la trouve dans 
plusieurs manuscrits , par exemple dans le manuscrit du poème 
de la Guerre des Albigeois, dans celui des Leys d'amors, 
dans un manuscrit du Breviari d'amor (7227), bien que cette 
forme n'y soit pas constamment observée. Citons comme 
exemples de ce genre : eysh (ipse), meteysh, neysh, ishamen, 
ayshi, laisshar, disk (diocit), eisshir, creisher, desshendre, 
paishon, conoish, faysh, peysh {piscis), pueish {post\}, 
quaysh {quasi). Ce sh devait-il exprimer un son chuintant? 
Les Leys I, 62, disent que h ainsi placée est une consonne, 
parce qu'elle a le son d'une consonne; il est vrai qu'elles en 
permettent aussi l'omission, cf. II, 186. Il est probable qu'on lui 
attribuait la valeur d'une aspiration ou mieux encore d'un 

t. Il ne s'agit pas ici d'une s muette comme dans l'ancien français. 
J. de Mena, Coron, str. 7, emploie, par exemple, le prov. regisme sous la 
forme reismo rimant avec mismo, donc avec une s sonore. Sanchez de las 
Brozas fait à ce propos la remarque suivante : el Troyano reismo son los 
reyes de Troya. Les lexiques n'ont pas ce mot. 



378 CONSONNES PROVENÇALES. Z. 

amollissement, comme dans Ih, nh ; de même que ces derniers 
équivalent à ly, ny, sh pouvait sans doute avoir la même valeur 
que sy^ c'est-à-dire celle d'une s écrasée^ à peu près comme le 
franc, ch. On trouve soit çà et là dans les manuscrits que nous 
venons d'indiquer, soit dans d'autres (par exemple dans celui de 
Fierabras), la notation s h remplacée par ch au milieu des mots : 
aychamens, laichar, dichendre, ichir, creicher, poichas. 
De même le dialecte gascon moderne emploie ch pour x^ st, se 
latins : lachd = laxare, puch = post, counech = cognoscit, 
catal. laixar, puiœ, coneœ. 

Il ne saurait être question d'un assourdissement de 1'^ comme 
celui qui s'est produit en français Au milieu des mots, les patois 
modernes la prononcent même là où en français elle a disparu, 
comme dans busco, crespo, espargno, testa = franc, bûche, 
crêpe, épargne, tête. Du fait que cette s suffisait à constituer des 
rimes spéciales, il résulte qu'elle était sensible aussi à la finale, 
comme dans les entrelacements de rime : amors, onor, dolor, 
folhors, ovLpessamens, len, plazens, longamen. Une autre 
preuve, c'est que les Leys I, 62, 64, admettent la position dans 
des mots comme bels, sans. — Le groupe dur STZ est ordinai- 
rement adouci par la chute d'une s : ainsi dans aquestz aquetz, 
Cristz Critz ( : partit z Chœ. IV, 96), justz jutz Joyas d, g. 
s. 175, estz (lat. estis) etz, fostz (fuistis) fotz, fustz futz 
GRoss. Y. 412 K 

Z. 

Cette lettre, que l'on trouve aussi représentée par ç, ne peut 
se séparer nettement de 5 et de c dental, puisque la plupart du 
temps, d'après les meilleurs manuscrits, ces deux lettres s'écri- 
vent indifféremment l'une pour l'autre ; ainsi on emploie z k la. 
médiate d'ordinaire devant a ou o aussi bien que s ou ss ', on 
écrit par ex. balanza, dureza, vaneza, servizi, razo, poizo, 
roazo, raaizo, aizo, razina. Mais lorsque des consonnes pré- 
cèdent, s est plus usitée, c'est à peine si on trouve canzo, par 



1. Le provençal a eu, dans ce cas, le juste instinct de sacrifier une s 
médiale de préférence à Vs finale de flexion, puisqu'on peut facilement 
suppléer la première, contrairement à notre manière d'écrire, « du muszt » 
au lieu de « inusi ». Mais l'existence de duretés en ces langues n'est pas 
contestable, et il n'y a pas besoin de les accumuler exprès pour en 
faire un épouvantail, comme font les Leys d' Amors I, 64, Philips es bels 
reys hlanx frescz nautz. Ces duretés se présentent parfois d'elles-mêmes, 
comme dans le vers Masmuiz Maurs Goiz è Barbaris Chx. IV, 85. 



CONSONNES PROVENÇALES. Z. 379 

exemple, pour canso. De même, après une voyelle tonique brève, 
comme z ne se redouble pas, on écrit plus volontiers ss : ainsi 
dans plassa, 77ienassa. Enfin ss ne s'échange pas pour z quand 
elle provient de se, x, st ou bien qu'elle représente une forme secon- 
daire de n5, comme dans conoisser, laissar, eissam {examen), 
angoissa, cosselh, et non conoizer etc., on trouve cependant 
par ex. pezarioYi souvent à cbiè àe pessar eipensar . Mais pour 
rendre ce ci originaires on préfère zdi s : ainsi dans auzel (aussi 
avec e), fazenda, jazer (c), lezer, plazer {s) , vezin. Z est exclu- 
sivement employé dans le petit nombre de cas suivants : 1) lors- 
qu'il correspond à un ^ primitif, comme dans zefiy\ zona, azur. 

— 2) Quand il tient lieu de d ou t, comme dans auzir, vezer, 
gazardo (anc.h.allem. widarlon), cazern (b.lat. quaternum), 
palazi et beaucoup d'autres, même (ce qui arrive rarement) 
quand il provient d'une intercalation , voy. ci-dessus p. 176. 
Du moins les bons manuscrits le confondent rarement avec s, 
ce que font d'ordinaire les patois modernes. — 3) Quand il tient 
lieu de la palatale douce, comme dans horzes, leuzer, aleuzar 
à côté de h or g es etc. : dans ce cas s serait contre les lois de la 
langue, comme aussi dans ceinzer (ital. cingere) et autres 
exemples analogues. — Si l'on considère maintenant l'échange 
presque arbitraire du z avec 1'^, il faut admettre que la pronon- 
ciation du ^ a suivi celle de Y s, qu'il y a eu certainement un z 
dur et un z doux, le premier s'employant dans les mots où l'on 
rencontre parallèlement ss ou ç et le second dans ceux où il 
s'échange avec un s simple entre voyelles. Sur cette alternance 
de 5, s s et z, voy. aussi Leys II, 196. 

TZ, qui n'est pour ainsi dire usité qu'à la finale, s'emploie : 
1) pour ^5 primitif, par ex. dans cat-^, fat-z, let-z (laetus), 
mot-z (dans lequel z est ajouté par la flexion), latz (latus), 
sotz (subtus), a7natz (amatis). — 2) Pour ce ci, te ti, comme 
dans votz, fatz {facit), letz {licet), notz [nocet), lutz (lucet), 
potz (puteus), pretz (pretium). — Pour ce qui est de sa 
prononciation on peut voir dans tz, lorsque le z est un z de 
flexion, un son complexe aussi bien que dans es (amies). Or, 
comme les difîerents tz riment entre eux (fat-z platz, 
let-z pretz), il s'ensuit qu'ils se prononcent partout de même. 

— On trouve pour tz plusieurs variantes dont quelques-unes 
très-usitées. Plusieurs manuscrits, en place de ce groupe, 
emploient simplement z ; les plus anciens, comme ceux de Boèce, 
de la Passion du Christ (dans ses éléments provençaux), de 
V Evangile de S^ Jeanne connaissent même que la lettre simple. 



380 CONSONNES PROVENÇALES. C. Q. 

qui suffit aussi aux chartes des x^ et xf siècles et qui ne 
paraît avoir été abandonnée que vers l'an 1100. (Par une 
coïncidence accidentelle cette orthographe se rencontre avec 
l'ancien osque, car l'osque horz correspond tout aussi bien que 
le provençal horz au lat. hortus.) Ts, comme dans tots, faits ^ 
irais ^ est très-ancien aussi et n'a été supplanté par tz qu'au 
XIII*' siècle, comme Bartscli le fait remarquer {Jahrhuch lY, 
143). D'autres copistes écrivent aussi s pour tz, pas ^^ouv patz, 
près pour pretz. Cette s n'équivaut sûrement pas à la combi- 
naison tz, c'est donc une variante dialectale. Sur t au lieu de tz, 
également dans les plus anciens textes, voy. Jahrhuch, 1, 364 ^ 

G. Q. 

1 . La gutturale est rendue comme en espagnol, ainsi égale- 
ment par qu devant e et i. Les manuscrits emploient k 
beaucoup plus rarement qu'en ancien français, l'exemple le 
plus fréquent est kalenda. Etymologiquement, le c guttural 
remonte toujours à la forte, et Yu suivant peut s'effacer : car 
(quare), cassar (quassare). C correspond en outre, comme 
dans les langues sœurs, à l'aspirée grecque et allemande. Sur la 
question de savoir comment, dans certains mots, il dérive du 
cA français, voy. mon Dict. étym. I, miccia. A la finale, outre 
c, il représente également aussi ^^ palatal, comme dans aloc 
(allodi-um), fastic (fastidi-iim), remanc (remane-o), venc 
(veni-o), ou bien n mouillée, comme dans renc (regn-um), 
enfin aussi t (voy. à cette lettre) ^ 

Ici se pose la question suivante : Vu qui suit le q s'efface-t-il 
devant toutes les voyelles, comme en français, ou seulement 
devant e et i, comme habituellement en espagnol? Les Leys, I, 
20, disent que u, ainsi placé, ne se prononce ni comme une 
voyelle ni comme une consonne (c'est-à-dire pas du tout, voy. 
à la lettre G), et elles donnent pour exemples qui, quier, quar. 
Cette doctrine trouve sa confirmation dans ce fait, que les 



1. Stz dans Gir. de Rôss. [Tiherstz, siastz, morstz), ainsi que dans les 
manuscrits du Brev. d'amor {pastz, sostz pour patz, sotz) est une mau- 
vaise accumulation de consonnes qu'il faut rejeter. Il en est de même 
de sz à la médiale [diszen, faszia, gaszanhar). Cf. l'ancien franc, st pour 
z dans le Fragm. de Val. Remarquez encore dz pour z (adzesmar, adzo- 
rar, Adzemars), voy. Paul Meyer sur Guill. de la Barre, 34. 

2. Le provençal ne se résigne guère à la perte du c final. Sur amic-s 
Raimon Vidal dit : et tug aquUl que dizon amis per amies, an falLit, que 
paraula es franzeza. 



CONSONNES PROVENÇALES. CH. SHi 

manuscrits emploient souvent q simple ou c, comme dans q'es 
pour qu'es, c'ades pour quades, cal, can, cant, cart, pour 
quai etc.; et qu'ils intercalent non moins souvent après q mi u 
non fondé surl'étymologie, preuve évidente qu'ils regardaient l'w 
comme une lettre muette à cette place, comme dans Senequa, 
quanorgue Chx. V, 302, quar quazer, pour Seneca, canor- 
gue, car (carus), cazer, ou bien, ainsi qu'on l'écrivait dans les 
chartes latines de France quoactus, quoepiscopus ; elle est 
encore confirmée par ce fait que qu remplace graphiquement 
la gutturale simple k, comme dans_peg^t^ àepecar, fresqueira 
de fresc, riqueza de ric\ et que, enfin, dans les patois encore 
vivants, à l'exception peut-être du gascon (p. 102), Yu ne se 
fait pas entendre. Mais on peut admettre que la voyelle se 
prononçait dans les mots d'origine savante K 

2. C sifflant^ usité devant e et i, se prononce comme ss 
ou, d'après les Leys, encore un peu plus dur {mays sona c que 
Sy I, 34 ; c sona un petit mays fort que s, II, 54), mais 
non point assez pour ne pas pouvoir rimer avec ss, comme dans 
abissi : cilici. De là la confusion avec ss, à laquelle ne s'oppose 
pas la prononciation : dessehre pour decebre, grassia pour 
gracia, vensser pour vencer ; ou bien avec s simple à l'initiale 
comme dans sel pour cel, selar pour celar, sent pour cent, 
silh pour cilh (cilium). Devant a, o, u cette même sifflante 
(l'usage de la cédille n'étant pas admis d'ordinaire) ne peut être 
rendue que par z, ^ ou 55 et à la finale seulement par ^;2: ou s, 

GH 

se prononce aujourd'hui en Provence comme le ch espagnol ou le c 
italien; dans le Bas-Limousin et une partie de l'Auvergne il se pro- 
nonce presque comme ts ou tz. C'est donc dans les deux cas un son 
composé. L'ancienne lettre provençale se prononçait de même. 
On peut déjà le conclure de cette observation générale que les 
sons simples (spécialement les sifflantes et les palatales) devien- 
nent moins facilement des sons complexes que les sons complexes 
ne deviennent des sons simples. Mais on ne manque pas d'indices 
positifs de cette prononciation. En italien ancien le prov. 



1. Ch pour q se trouve dans des chartes : achela Ch. II, 52 (1025) ; ab 
achel ni ah aqueles p. 71 (1158) ; achest p. 69 (1137) ; dans une charte de 
Béarn, Marca p. 607 (vers 1260), che pour que (comme l'ancfranç. chi), 
achel, ainsi que chom pour com, marches, Armagnach. 



382 CONSONNES PROVENÇALES. CH. 

chausir est constamment rendu par ciausire ; dans les manus- 
crits de Pétrarque (Canz. 7) ciant = prov. chant ; Sancho et 
Sanchitz (Chœ. IV, 59) rendent l'esp. Sancho, Sanchez ; 
la présence d'un t résonnant en premier est aussi constatée par 
l'orthographe (assez rare, du reste) propre aux Catalans tx pour 
ch, par ex. dans cotxos = cochos Jfr. 95^. Il faut admettre 
cette même prononciation à la finale comme en provençal 
moderne : fach, destrech, huech, nuech, ou comme dans l'anc. 
esp. much, 7ioch. Ch pour c, que l'on rencontre çà et là, 
comme par ex. dans herichle pour bericle, doit paraître 
d'autant moins surprenant que les chartes latines, qui, d'habi- 
tude, écrivaient Alberichus, Ff^ancho, avaient consacré cet 
emploi du ch. 

Les sources de cette lettre sont beaucoup moins abondantes qu'en 
espagnol ; elle dérive proprement : 1 ) Comme en français de c suivi 
de a. Cependant dans presque tous les manuscrits et souvent 
dans les mêmes mots la forte persiste à côté de ch\ ainsi déjà dans 
Boèce l'on trouve cader à côté de chader, carcer à côté de char- 
cer, dans Gir. de Ross, comme dans Jaufre cavalier à côté de 
chavalier,dans Fierabras cantar à côté de chanso etc. Plusieurs 
manuscrits s'en tiennent, presque sans exception, à l'une de ces 
lettres et restreignent l'autre à certains mots. Mais dans l'en- 
semble, c est certainement prépondérant. Les dialectes modernes 
conservent aussi les deux formes, mais d'une façon bien difîe- 
rente. Le Languedoc, comme la Catalogne qui y confine, donne 
la préférence au c : on dit cahestre, cahro, cadun, caitivous, 
camhro, camind, caneou {franc, chéneau), candelo, cansou, 
cap, capel, car {chair), carhou, caro {chère), caou {chaud)\ 
rarement ch, comme dans chaoumd {chômer), chi {chien), 
chival. Il en est de même déjà dans les Leys d'amors rédigées 
à Toulouse. La Provence a une préférence marquée pour le ch ; 
à côté de cadun, camind, camiso, can {chien), cantd, capeou, 
cargo., casteou, escapd, peccd, sercd {chercher), on y trouve 
avec ch changea, chascun, chassa, riche. En Limousin 
ts se comporte déjà comme le ch français. — 2) Ch provient 
souvent des combinaisons et, pt : drecha, frach, escrich 
{scriptus) ; rarement de ti, comme dans tuch à côté de tuit 
{toti). Les premiers monuments écrits, coravaele Boèce eila 
Passion du Christ, ne connaissent point encore ce mode de 
développement. — 3) Ch provient de i palatal précédé de p 
dans apropchar, sapcha. Sur le remplacement de ss par ch 
dans les dialectes, voy. à VS. 



CONSONNES PROVENÇALES. X. G. T. 383 

X. 

Excepté dans les mots qui ne sont pas populaires ou qui sont mal 
assimilés, comme flux, mixtura^ complexiô, exequias, excep- 
tiô, cette lettre ne se présente que comme l'abréviation de c-s. 
On écrit amix, mendix, doux, afix (de aficar). Mais les 
meilleurs manuscrits font précéder ici Yx d'un c étymologique 
ou renforçant, comme dans aniicx, mendicx, doncx, aficx, 
orthographe propre qu'on retrouve dans des inscriptions 
romaines et dans des chartes latines du moyen âge. Quelquefois 
X remplace une sifflante, comme dans jaxia (jazia) Boèce, 
raixon, malvaix, dans des chartes Gauxhertus HLang. II, 
n. 54, Saixagn. 170. 

G. J. 

1 . G devant a, o, u et devant les consonnes , gu devant e et i 
sont, comme en espagnol, l'expression de la gutturale douce. Très- 
rarement gh s'écrit pour gu, comme cela a lieu en italien, par 
exemple dans Jaufre: volghes, venghes. Par néghgence on trouve 
quelquefois g mis pour gu, par ex. dans des chartes de 1067 
et 1139 dix. II, 64, 69, tengess, tolges. D'après les Leys, I, 
20, u, après g comme après q, est partout muet (aussi Dante 
ècvii-\\ ghida pour guida Pur g. 26), alors même qu'il dérive du 
w allemand : devetz saber que u, cani es ajustada aprop g o 
aprop p et aqui meteysh se sec vocals, adonx no sona coma 
vocalsniconsonans. Mais il est certainement prononcé dans les 
cas où, comme dans erguelh, ue remonte à o. Les formes 
digua, liguar, preguar, qu'on trouve dans les manuscrits à 
côté de diga, ligar, ^îrep'ar, sont dépourvues d'intérêt. — Ce son 
se comporte étymologiquement à peu près comme en itahen et 
identiquement comme en français. Ce qui est particulier au 
provençal c'est de rendre la flexion verbale latine ui ou m* par ^, 
et à la finale par c, comme dans agues et ac {habuisset, habuit), 
conogues et conoc (cognovisset, cognovit), phénomène que 
nous aurons à expliquer au livre de la Flexion. 

2. G devant e et i, etj devant toutes les voyelles se pronon- 
cent doux comme le g palatal italien (giausen pour jauzen est 
dans Dante; engian pour enjan, dans un manuscrit italien, M. 
137) . Les dialectes modernes prononcent de la même façon ; le bas- 
limousin et un patois auvergnat rendent g par dz, comme ils 
rendent e/i par ts (dzaU dzerm, gadze = prov. jal, germ, 
gatge). On écrit en conséquence alonjar alonget, longinc 



384 CONSONNES PROVENÇALES. G. .T. 

lonjor. Plusieurs manuscrits emploient aussi, au lieu du g 
simple, la combinaison tg ou tj, surtout (comme dans viatge, 
metge, asetjar, Rotgier) pour indiquer wn t om d originaire. 
Sur le z employé pour g, voj. au Z ^ — Cette palatale dérive : 
1) àej latin initial et médiat : ja^jove, mager, trueja {troja). 
— 2) De i palatal (mi, nz, di, hi, vï) : comjat, somjar, calonja 
vergonja, enveja, enojar (franc, ennuyer), mieja {média), 
verger, rage, leugier ; et aussi cujar de cuiar (cogitare), 
autrejar de autreiar (auctoricare *). — 3) De te, de : 
viatge, ver j an [viridicans). — 4) De la douce latine ou 
étrangère : jauzir, jai, jardin, jarra à côté de gauzir, gai, 
gardiyi, garra ^. 

6^ à la finale est, d'après une règle connue, remplacé par c. 
Mais il y a encore un autre g final, qui, dans beaucoup de manus- 
crits, s'emploie au lieu et à côté de eh et qui a une nature palatale : 
ainsi cuich cuig (ms. 7614), nuoich nueg, gauch gang (ms. 
7225) ; le ms. 2701 fait rimer fach : maltrag. GRiq. p. 173. 
Les Leys I, 38, écrivent avec un g lag, rag, freg, veg, parce 
qu'on écrit à la médiate laia, raia, freia, veia, c'est-à-dire 



1. On trouve dans Arnaut Vidal la substitution tout à fait inusitée de 
rf à ^ dans les mots ditar pour gitar, denolh pour genolh, mais on ne fa 
rencontre point dans les autres mots commençant par un g initial (voy. 
Guill. de la Barre, notice p. p. Paul Meyer, Paris 1868, p. 34). Le g provençal 
se prononçait dg : et Meyer, s'appuyant sur cet argument, est disposé 
à expliquer ce d singulier par Télision d'un g, second élément formatif 
du groupe dg. 11 est bien rare cependant que des sons composés 
(qui n'ont pour la conscience de la langue que la valeur d'un son 
simple) laissent précisément tomber, en se dissolvant, leur élément le 
plus essentiel. Il est aisé, en ce qui touche difar, de renvoyer au portug. 
deitar, mais cela n'aide en rien à expliquer denolh. 

2. Gomme les manuscrits emploient pour la voyelle et la consonne i 
le môme signe {i), on se demande souvent si on a affaire à un ^ ou à un 
j, si on doit prononcer veia comme veya ou comme veja. Il en est de 
même pour u et pour v. Les éditeurs de ces manuscrits, quand ils s'en 
tiennent à une reproduction diplomatique, écrivent tantôt veia, cambiar, 
greviar, tantôt veja, cambjar, greujar \ les patois connaissent aussi l'une et 
l'autre orthographe. Le provençal écrit par exemple haia (fr. haie), raya, 
apuyd, ennuya, pluio, truio, mais assajd, {essayer), envejo {envie), plaidejâ, 
miejo (lat. média), sujo et sua (franc, suie)^ rajo et rabi (rage); le langue- 
docien écrit de préférence j : rajà, apujd, plejo, truejo, envejo, fadejà, 
miejo, sujo, cujâ (lat. cogitare), earabiâ. Ce point doit être laissé à la 
grammaire spéciale, d'autant plus que Bartsch, pour lequel tout «atone, 
dans les manuscrits, entre deux voyelles est un j (opinionque je nepuis 
jusqu'à présent partager, du moins aussi absolument), a l'intention de 
s'occuper en détail des questions importantes qui se posent ici. 



CONSONNES PROVENÇALES. H. B. P. F. V. 385 

d'après leur prononciation laja, raja, freja, veja, car g et i 
(c.-à-d. /) riment souvent ensemble. Dans ce cas, on pourrait 
(font-elles encore remarquer) employer aussi ch, car ch fait avec 
^ à la fin des mots une bonne rime : c'est pour cela que plag, 
de g, escrig, enveg, tug, cug, rog, eue g sont tout à fait 
corrects. Le catalan, qui ne peut pas employer ch parce qu'il 
le prononce comme k, rend cette finale par ig ou aussi par tj 
ou tœ, comme dans roig rotj rotœ (rubeus), fém. roja, et de 
même gotj y matj, mitj, ratj, ensatj K Mais c/i final semble 
mieux convenir à l'orthographe provençale que g ; en effet 
ch est à j médial comme c guttural final est à g médial ; il 
suppose une prononciation plus dure ^. Encore de nos jours on 
écrit et on prononce en provençal miech à côté de miejou 
(fém.). On trouve donc deux formes importantes, concurremment 
employées dans beaucoup de mots, l'une avec i ou y, l'autre avec 
ch ou même^, d'après une autre orthographe, avec g : miei, 
rai, fait, dreit, noit, tuit à côté de miech, rach, fach, drech, 
nuech, tuich ou mie g, rag, fag, dreg, nue g, tug, Lorque g 
est suivi d'un z {digz, fagz, gaugz), il est probable qu'on 
entendait peu ou point le g\ du moins dans les manuscrits gz 
rime très-bien avec tz. 

H. 

Nous avons vu ci-dessus, à l'occasion des liquides, qu'on a 
transporté à ce signe muet la fonction d'exprimer le mouille- 
ment (cf. aussi kYS). Du reste, on l'écrit ou on l'omet presque 
à volonté. On écrit d'habitude hom, honor, mais aussi avec 
l'article l'om, Vonor, cf. Leys, I, 36. 

P. B. F. V. 

B naît de l'adoucissement d'un_p; v de celui d'un b\ en outre 
b s'emploie fréquemment pour v ; tout cela est commun aux 
difierentes langues romanes. P s'intercale entre m et n dans 
dampnatge, dompna, sompne etc.; de même qu'on lit dans les 



1. Même hésitation en roumanche, où l'on écrit strech stretg streig 
streg {stridus) pour désigner à la vérité un autre son que le son 
provençal. 

2. Bastero dit du g provençal : JDopo délie vocali e, i, u o del t ha doppio 
suono, cioè parte aspro e parte soave, corne goig e gaug, desig desitg, 
ensaig ensatg, le quali parole si pronunziano como se fossero scrilte gotx, 
desitx, ensatx. Le suono soave peut se présenter aussi à la médiale, du 
moins Bastero prescrit de prononcer envetja comme l'italien envegia. 

DiËZ 25 



386 LETTRES FRANÇAISES. 

manuscrits Isitms comptus, con-tempnere ; h s'intercale entre 
m et /, m et n, 7n et r, comme en espagnol. L'ancien provençal 
n'admet pas le VR français à l'initiale : on dit ici verai et non 
pas vrai. 



LETTRES FRANÇAISES. 

L'histoire de ces lettres est une des tAches les plus difficiles 
de la philologie romane, car dans leur valeur comme dans leur 
transformation ce sont les lettres françaises qui s'écartent le 
plus de la langue mère. De plus, le français a développé des 
sons inconnus aux langues sœurs et dont il n'est facile de 
déterminer ni l'origine ni l'ancienneté. Si nous avions pour 
l'ancien français des grammaires comme celles que nous avons 
pour le provençal, nous pourrions lever bien des doutes, nous 
épargner bien des hypothèses. Au lieu de cela, nous ne possé- 
dons, sur l'ancienne prononciation, que quelques indications 
ou renseignements qui, tout rares et peu précis qu'ils sont, 
méritent cependant d'appeler toute notre attention. Ces indica- 
tions consistent en quelques courts préceptes sur l'orthographe 
française, écrits en latin, et que nous présente un document de 
Londres (du xiif siècle) publié par Th. Wright {Altdeutsche 
Bldtter II, 193-195) ^ Lorsqu'enfin, au xvi^ siècle, on étudia 
la langue au point de vue grammatical, on n'oublia pas la pro- 
nonciation, car cette partie était indispensable pour les étrangers ; 
elle fut même l'objet d'écrits spéciaux, comme celui de Théodore 
de Bèze De francicae linguae recta pronuntiatione, Gene- 
vae 1584 {Berolini 1868, édition purgée des nombreuses fautes 
d'impression du texte primitif). Quoique la langue fût alors déjà 
sur le point d'accomplir sa dernière évolution, on peut encore 
tirer bon parti de ces travaux pour étudier l'histoire des sons. 
Quant à l'état antérieur du français, la langue elle-même, par 
les rimes et les assonances, fournit d'importants éclaircissements ; 
Les patois apportent aussi leur contingent, puisque quelques 
sons perdus dans la langue écrite y persistent encore ^ Parmi 



1. On ne peut méconnaître l'accord parfait de ces préceptes avec 
d'autres contenus dans un manuscrit d'Oxford, dont Génin (dans son 
Introduction à Palsgrave) a donné quelques extraits. 

2. Il n'y a rien à tirer pour l'histoire de la prononciation française 
de ce que Hickes (Gramm. anglosax. p. 146) a publié sous le nom de 



LETTRES FRANÇAISES. 387 

les autres langues romanes, la plus voisine, le provençal, est à 
peu près la seule dont on puisse tirer pour le français des consé- 
quences ou des rapprochements. Mais l'étranger aussi peut nous 
fournir des renseignements qui ne sont point à dédaigner. En 
Angleterre, le français avait conquis un nouveau domaine : les 
Anglo-Saxons, aujourd'hui devenus les Anglais, introduisirent 
dans leur langue, par le commerce oral, une masse d'éléments 
romans ; de quelque façon qu'ils s'y prissent pour les accom- 
moder à leurs organes, les sons étrangers durent essentiel- 
lement rester les mêmes ou du moins ne purent être entière- 
ment obscurcis. Une autre langue qui a admis directement des 
éléments français et cela, comme la forme l'indique, à une époque 
ancienne, c'est le breton : il lui était impossible d'échapper 
à rinfluence dominatrice de sa voisine ; mais il est souvent 
difficile de distinguer quels mots latins cette langue celtique 
avait déjà reçus de la bouche des Romains et quels mots ont 
trouvé accès chez elle en passant par le français. Dans le néer- 
landais du moyen âge et dans le moyen-haut-allemand, nous 
trouvons encore un grand nombre de mots français plutôt intro- 
duits par la littérature que par la parole vivante. Ces mots, 
transposés dans l'orthographe néerlandaise ou allemande, méritent 
aussi notre attention. Il faut, il est vrai, traiter avec quelque 
précaution ces témoins empruntés à des langues étrangères , car 
il a pu arriver que les alphabets étrangers ne permissent pas 
l'expression fidèle du son roman, et dans ce cas la notation a été 
reproduite telle quelle (comme le ch dans le néerl. Perchevael, 
picard Percheval) ou a été remplacée par Texpression d'un son 
plus ou moins semblable. Mais qui pourrait douter que l'an- 
glais astonish prouve la sonorité de s dans estoner, et que le 
m. néerl. fr an s ois présuppose une diphthongue dans françois?^ 

Poème grammatical sur V anglo-normand. Rien non plus à apprendre dans 
l'ouvrage du rabbin Salomon Jarchi (f 1170), Commentaire sur le Penta- 
teuque, dans lequel se trouvent beaucoup de mots français transcrits 
avec des lettres hébraïques, puisqu'on ne sait pas quelle était exacte- 
ment la prononciation de l'hébreu en France à cette époque. Il n'y a non 
plus presque rien d'instructif dans un Symbole de la foi chrétienne, écrit 
en langue grecque avec une traduction latine ou romane transcrite en 
caractères grecs, qu'a publié Egger, Acad. des Inscript, tome XXI, 1'« 
p. 1857. En voici des exemples: poex (anc.fr. voet, fr.mod. veut), àêàouvxe 
{avaunt, avant)^ vaïcrxe [nait, né), rî^ioup {jour), àyuXoepa (a gloire), àvxpe {entre 
prép.). Ces mots semblent avoir été recueillis par un Grec de la bouche 
d'un Franc, 
l. 11 en est un peu autrement lorsque des lettres étymologiques sont 



388 VOYELLES FRANÇAISES. A. 

— Il n'est pas possible d'aborder ici l'étude approfondie d'un sujet 
aussi complexe, soumis à tant de règles et d'exceptions, mais il 
n'est pas permis non plus d'en négliger les traits généraux. La 
prononciation française a des nuances plus fines qu'aucune autre, 
mais elle présente aussi beaucoup de caprices, de singularités et 
d'inconstances, dont il serait souvent bien infructueux de vouloir 
poursuivre toutes les causes. 

VOYELLES SIMPLES. 

L'oreille les distingue en sons purs : a, e, /, o, ou, au, 
eau ; et en sons mixtes : ai, ei, eu, oeu, u ; quant aux 
nasales an, in, on, un, nous renvoyons aux consonnes m et 
n, dont elles tirent leur existence, et dont les rapports avec elles 
doivent être étudiés dans leur ensemble. Il ne serait pas sage de 
ranger dans ce travail les groupes de voyelles d'après leur 
valeur phonétique actuelle, comme nous venons de le faire 
jusqu'ici : ils ont leur valeur historique, c'est-à-dire qu'ils peuvent 
avoir été antérieurement de véritables diphthongues ; aussi vaut-il 
mieux les séparer des voyelles simples *. 

A. 

Cette voyelle sonore est ici d'un emploi moins fréquent que 
dans les autres langues romanes, au désavantage du français, 
qui, pour le provençal amada, n'a ({u aimée. Le dialecte 
bourguignon ancien et moderne a porté encore plus de préjudice 
à Y a puisqu'il l'échange dans bien des cas avec ai, par ex. 
ainge, haigue, hrai (bras), caige, daime, dainger, bairon, 
faiçon. A français dérive : 1) D'ordinaire d'un a primitif en 
position latine ou romane, et parfois aussi, mais sans règles 
définies, d'un a qui précède une consonne simple, voy. p. 138. 

— 2) Quelquefois de e ou i, surtout devant n nasale : ouaille 
pour oueille (ovicula, peut-être sous l'influence à'aumaille), 
par (per), sarge (serica), banne (benna), lucarne (lucer- 

intercalées, comme dans advance, advoutry, adjust : cela n'a rien changé 
du reste à la prononciation du v ou du j. 

1. « Sur la prononciation des diphthongues (dit Grimm P, 38), je pose 
en général le principe suivant : chacune des voyelles qui y est contenue 
a été à l'origine prononcée séparément, et c'est toujours postérieure- 
ment que s'est produite la condensation des deux voyelles en un 
seul son. » L'histoire de la prononciation française n'est pas faite pour 
ébranler ce principe. 



VOYELLES FRANÇAISES. E. 389 

na), glaner (b.lat glenare), faner (de foenum), dans {de 
intus), sans (sine), sangle (cingulum), tanche (tincà), tran- 
cher (prov. trinquar), revancher {revindicare *). — 3) Dans 
plusieurs mots, de l'allem. ei^ par exemple hameau (heim), race 
\reiza). — Un cas isolé est dame (domna), ainsi que le v.fr. 
dames che (domesticus) LRois 240. — Cette voyelle est 
muette dans août, prononcez out, anc. franc, prov. aost (disyl- 
labique) : aoust plurimum ac si esset oust a noMs effertur, 
dit déjà Ramus p. 19. De même pour saoul (déjà dans Bèze 
p. 69), qui s'écrit maintenant soûL 

E. 

Il y a trois espèces à'e : 1) Ouvert, e apertum, comme disent 
les grammairiens qui écrivent en latin ; 2) fermé, e clausum ; 
3) muet, e mutura. On distingue proprement trois sortes 
d'e ouvert : Ye ouvert comme dans frère, appelle \ Ve plus 
ouvert comme dans nèfle ; Ve très-ouvert comme dans accès. 
A cause de sa signification grammaticale pour Tadjectif 
(dans aimé etc.) on nomme aussi Ve fermé e masculin, et Ve 
muet e féminin. Déjà le document de Londres cité plus haut 
distingue plusieurs espèces d'e et en donne des exemples, savoir : 
un e stricto ore pronunciatum (bien, trechier), un e acutum 
(creneZj tenez), un e plene pronunciatum (amée) et un e 
semiplene pronunciatum, Ve muet (meynte, boné). — La 
distinction de Ve ouvert et fermé se fait en partie au moyen de 
signes appelés accents. 

1 . Ue ouvert existe : 1) Dans toutes les syllabes accentuées ^ 
devant une consonne sonore et même devant s muette ou t, par 
ex. avec, aspect, direct, chef, autel, réel, sept, fer, enfer, 
amer, ouest, procès, repète, regret, cachet ; aussi dans les 
monosyllabes ces, des, les, mes, ses, tes, es (de être). Ve 
muet à la finale, après la consonne, est un des principaux signes 
qui indique que Ve qui précède est un e ouvert : ainsi dans 
belle, guerre, messe, quelque, presque. Contrairement à ce 
principe, la désinence ége ou iége exige toujours un e fermé : 
cortège, manège, collège, sacrilège, abrège, protège, liège, 
piège, siège. A peine peut-on admettre que les deux premiers 
mots, empruntés à l'ital. cortèggio manéggio, ont influé sur la 

1. Par accent tonique français il faut entendre partout ici l'accentua- 
tion primitive, c'est-à-dire l'accent latin ou roman^ ainsi aimer =» 
a mare, raison = ratiônem. 



390 VOYELLES FRANÇAISES. E. 

prononciation de la désinence française ^ Quand la syllabe perd 
raccent, Ve ouvert devient facilement fermé ou même muet, par 
ex. événement (événement Acad.), préférerai, mènerai, 
bellement, betterave, restera, légèreté, brièveté, fermeté, 
achèvement, allèchement, chènevotte. — 2) Dans les syllabes 
atones devant une consonnance multiple, alors même qu'elle 
n'est pas suivie d'un e muet : serment, perdrez, clergé, cer- 
tain, dernier, contester, querelleur, cession. L'e surmonté 
d'un accent circonflexe doit aussi être considéré comme en posi- 
tion, puisque l'accent indique la chute d'une consonne; on pro- 
nonce àonc prête prêter, tête têtière avec e ouvert. — On doit 
employer l'accent grave quand e (d'après la division ordinaire 
des syllabes) se trouve à la fin d'une syllabe ou devant s finale : 
mè-ne, rè-gne, rè-gle, dès, procès, mais sans accent tery^e, 
appelle, coquette, aspect, secret, fer etc. 

2. E fermé existe : 1) Dans toutes les syllabes finales accen- 
tuées, r ou ^ muets n'empêchent pas l'e d'être considéré comme 
final : bonté, parlé (et diViS^i parlée), pré (et aussi plur.pres), 
chantez, assez, nez, manger, sanglier, de même blé, pied, 
clef — 2) Dans les syllabes atones devant une consonne simple, 
lorsque Ye ne devient pas muet : métier, méteil, précieux, 
séjour, régir, révolution, méridional, impérial, intérêt, 
différent, littérature. Mais on le rencontre encore dans une 
syllabe atone devant des consonnes complexes, excepté rr : 
ainsi dans beffroi, blessure, lexique, belliqueux, testament, 
spectacle, quelconque, effacer, esclave. — 3) ^ initial 
devant une consonne simple ne se prononce jamais que fermé, 
pourvu qu'il n'y ait pas d'e muet dans la syllabe suivante {èbe), 
ainsi élément, époque, ou bien avec h muette héberger, héri- 
tier. — L'accent aigu s'emploie seulement à la fin de la 
syllabe, jamais devant deux consonnes. 

Dans la double nature de Ye accentué itahen s'expriment des 
différences étymologiques ; cette distinction ne s'accuse que 
très-imparfaitement dans la double nature de Ye français. L'e 
ouvert représente ici tantôt e latin, tantôt i, tantôt a ; seul, Ye 
fermé final répond avec plus de précision à l'a latin ou provençal. 
Dans l'ancienne langue on remarque ie pour è et (en bourgui- 
gnon) ei pour e : chief, chier, mier, nief, quiel, piere (père)', 

1. D'après Delius, Jarhh. I, 361, ce fait trouve plutôt son explication 
dans la nature semi-vocalique du g palatal, qui s'unit plus aisément à 
un e fermé qu'à un e ouvert, comparez puissé-je. 



VOYELLES FRANÇAISES. E. Z9\ 

gardeir, chanteiz, doneit {donné), neie (née), preit (pré), 
verUeit, leiz (lat latus), cleif. 

3. L'(? muet ne se présente qu'à la médiale et à la finale, 
jamais à l'initiale. Il est à peine sensible ; en poésie, où il compte 
pour une syllabe, il s'entend quelque peu davantage, mais ce 
n'est ni un e ni une autre voyelle, de sorte que, par exemple, 
pour demander on pourrait tout aussi bien écrire d'^^nander : 
le son foible qui se fait à peine sentir entre le à et le m, 
dit Dumarsais renvoyant à cet exemple, est précisément l'e 
muet. A la fin des mots il sert à faire ressortir la voyelle précé- 
dente ou à déterminer la prononciation de la consonne : rose, 
fidèle, fable j perdre, loge, manche. Dans les monosyllabes, 
comme y^, 7ne, te, se, le, ce, de, ne, que il a un son un peu plus 
distinct, presque celui de eu bref. On ne le trouve pas devant 
une voyelle ; on écrit hoire et non beoire (cependant on écrit 
asseoir) ; il ne se trouve pas non plus devant une consonne 
multiple, excepté dans les mots cresson, besson, dessus, des- 
sous ; de même encore dans la syllabe de flexion ent, dans 
laquelle n s'assourdit aussi (ce que déjà Palsgrave remarque 
p. 4 et 33), en conséquence aiment se prononce aim\ Il peut se 
trouver plus d'une fois dans un mot, par ex. reniement, rede- 
vance. Ce son efîacé, exemple remarquable de la prépondérance 
de la syllabe tonique, est, parmi les langues romanes, exclusive- 
ment propre au français. On trouve quelque chose de semblable 
en anglais à la finale comme à la médiale, mais l'assourdisse- 
ment de Ye qui, dans Chaucer, est encore souvent prononcé, 
paraît avoir été hâté par l'influence française (Matzner, Gram. 
angl. I, 9). Dans les dialectes de la haute Italie Ye médial 
s'assourdit souvent et alors, d'ordinaire, ne s'écrit pas. Mais 
dans ces dialectes d'autres voyelles ont le même sort : c'est 
une véritable syncope qui ne laisse rien subsister de la voyelle. 
Le genre le plus important de Ye muet, c'est-à-dire Ye final, 
manque ici complètement. 

Étymologiquement Ye muet correspond, à la médiale, kYeeth 
Ya provençal, rarement à Yi : recevoir, degré, cheveux, 
commencement, draperie, pureté = receber, degrat, ca- 
belh, comensamen, draparia, puritat. Il correspond encore 
aux mêmes lettres à la finale : frère, chose, aime, Virgile = 
fraire, chauza, ami, Virgili. Mais on ne peut découvrir pour 
l'emploi de ce son, au moins dans le premier cas, un principe 
dirigeant. Entre Ye muet et Ye atone, ce n'est pas la quantité 
primitive qui décide (denier de dénarius, mesure de mesura 



392 VOYELLES FRANÇAISES. E. 

pour mensura)^ ni la syllabe radicale, ni l'euphonie, puisque le 
rapprochement de consonnes qui ne vont pas bien ensemble 
{ptit, r'poSy retenir), spécialement dans le cas d'une consonne 
initiale complexe ou redoublée {br'Ms, bredouiller, fr'don, 
cr'ver, gr'nier; p'pin, t'tin), donne naissance a des duretés 
incontestables. Pourquoi trouve-t-on avec la voyelle muette de 
la première syllabe demander ou recevoir et avec la voyelle 
sonore décevoir ou résoudre? Tous ces quatre mots sont latins 
et anciens en roman, et le préfixe n'exprime point ici de sens 
plus particulièrement saillant. Pourquoi au contraire dans les 
mots refuser et réjouir, qui ne sont latins ni l'un ni Tautre, un 
e différent ? On ne trouve vraiment ici que des règles négatives ; 
le reste est abandonné au sentiment de la langue, qui, en traçant 
de justes limites au consonantisme, n'a dû ni faire tort à la clarté 
ni détruire l'essence du mot. Dans des mots moins usités chez le 
peuple ou dans des mots étrangers {régénération, entérite, 
décédé, miserere, rébus) la voyelle est moins exposée à 
devenir muette ; la plupart du temps les noms propres ont dû 
être traités avec des ménagements particuliers. On comprend 
que les mots étrangers introduits depuis longtemps, par exemple 
des mots allemands comme échevin, écrevisse, assourdissent 
Ye absolument comme les mots populaires d*origine latine. Quel- 
quefois un e muet s'intercale aussi entre consonnes, comme dans 
caleçon (ital. calzone), guenipe (allem. kneipe). — Il est 
difficile de préciser l'époque à laquelle cet assourdissement a 
commencé. Cependant l'orthographe incertaine encore des 
voyelles finales dans les mots des serments fradre fradra, 
Karle Karlo n'indique-t-elle pas déjà une prononciation 
obscure? On peut supposer que l'assourdissement proprement dit 
n'eut lieu que plus tard. Le document de Londres, comme nous 
l'avons vu, appelle encore Ye muet un e demi-plein. Même les 
grammairiens du xvi^ siècle ne connaissent point encore l'assour- 
dissement parfait. Palsgrave, par exemple, dit p. 4 : he {this 
vowell) shall be sounded almoste lyke an o and very moche 
in the noose, pour en exprimer le son obscur. E foemineum 
propter imbecillam et vix sonoram vocem appellant, dit 
Béze p. 13; e foemineo non adeo vehemens aut plenus est 
sonus, sed subobscurus, Pillot p. 30. Le souvenir de la sono- 
rité primitive de Ye muet nous est encore conservé par sa valeur 
métrique^. — Les anciens connaissaient encore un e muet qui 

1. Voyez sur l'c muet chez les anciens surtout Littré, Uist. délai, fr. 1, 197. 



VOYELLES FRANÇAISES. I. 393 

n'avait point cette valeur et qui était destiné à indiquer l'étymo- 
logie ou la prononciation. Ils écrivaient aneme, ordene, angele, 
virgene en trois syllabes, mais ils les prononçaient, ainsi que le 
prouvent les vers, comme si ces mots n'avaient que deux syllabes, 
ainsi an me (ou comme à présent âme), ord'ne (la syllabe den 
comme dans denier), anfle (la syllabe ^e^ comme dans geler), 
aussi angre c'est-à-dire anfre, virfne. Us écrivaient de même 
hauene, jouene, ouere, auerai. Huerez (tous disyllab.), 
deueriens (trisyllab.), afin que l'on reconnût Vu consonne et 
que l'on prononçât /^a y ^e,Jovn^, ovre, avrai, livrez, devriens, 
et non pas haune etc., auquel cas Ye aurait été superflu. Comp. 
Passion du Christ str. 99 {Altrom, Ged.). 

Des poètes du moyen âge allemand font rimer avec raison Ye 
ouvert français avec e allemand : schapel vël\ tassel gè'l\ 
tropel hël ; Lunete hëte ; et aussi Ye fermé avec ê : agrêde 
{gré) bêde ; adê me, voy. Grimm P, 141, 175. 

I 

est un peu plus usité qu'en provençal et en italien. Il provient 
d'^ primitif; en outre : 1) Fréquemment de e, comme dans cire, 
merci. Ce développement se produit surtout lorsque, par suite 
d'attraction ou d'affaiblissement, un i s'unit à e de manière à 
faire naître la diphthongue ei, que le provençal conserve intacte 
dans la plupart des mots. C ortie de Corheia est un exemple de 
i provenant de ei. Voici des exemples d'attraction : engin pour 
engein {ingenium, prov. engenh), matire arch. (materia, 
prov. madeira), mi7'e de m. (mereat, le second e = i, prov. 
meira), église (prov. gleisa), Alise [Alesia), Decise {Becetia) 
Quicherat, Noms de lieu 28, épice {species) , prix (pretium), 
dix (decem); cependant quelques-uns de ces exemples sont 
douteux; ceux-là surtout sont convaincants dans lesquels Yi 
français correspond à Yei provençal. Exemples d'affaiblissement : 
nier (prov. neyar), prier (preyar), scier (segar), tuile pour 
tueile (Idit tegula), pis (peitz, lat. pejus), pis {peitz, pec- 
tus), lit {leit, lectus), dépit (despectus), répit (respeit, res- 
pectus), profit {profeit), parfit arch. (parfeit), eslit etc. 
(esleit), six (seis), tistre arch. {teisser), ive etc. {egua), aussi 
7ni-di (mei-dia), nis arch. {neps neis). Le plus souvent, il est 
vrai, ei reste fidèle à sa nature de diphthongue quand il repose 
sur un affaiblissement. Les chartes mérovingiennes ont une 
prédilection particulière pour i, quelle que soit la position de e : 
misterium, mercidem, dibiant (debeant), plinius, possedire. 



394 VOYELLES FRANÇAISES. 0. 

— 2) Devant gn ou II le v.franç. ai (= a lat.) se simplifie 
quelquefois en ^ ; il en est de même en français moderne : bar-- 
guigner pour bargaigner, provigner pour provaigner, 
chignon pour chaignon, grignon pour graignon, grille pour 
graille. 

y se maintient en français dans les mots grecs, comme hydre, 
style, gymnase, syllabe, Egypte. Il donne encore lieu à quel- 
ques remarques : 1) Comme voyelle simple remplaçant i, il se 
rencontre très-rarement dans les mots populaires (seulement dans 
l'adverbe y et dans les substantifs yeux eiyeuse (= ileœ) . — 2) Il fait 
l'office d'un i redoublé entre deux voyelles sonores. On prononce 
en effet essayer, asseyez, employer, appuyer, comme essai- 
ier, assei-iez, emploi-ier, appui-ier. Si Tappui de la seconde 
voyelle vient à manquer à Yy, il retourne à Vi, d'après une 
règle d'orthographe : essai, emploi, appui, avec e muet essaie, 
emploie, appuie, et aussi payer paie paierai, ayons ait, 
soyons sois, aboyer aboiement, royal roi. — Dans le disyllabe 
pays, y = aussi ii, on prononce àoncpai-is (la première syllabe 
du lat. pag), cf. prov. pa-is, ital. pa-ese. 

0. 

Le sentiment délicat de la langue italienne distingue dans Yo 
deux espèces de sons déterminés par l'étymologie. Le français 
ne connaît rien de pareil : o dans chose (ital. cosd), note 
(nota), fosse (fôssa), et ordre (ôrdine), Roma (Rôma) se 
prononce de même et ne se distingue que quantitativement ; les 
grammairiens anciens ne connaissent non plus qu'un o ; la 
symétrie qui existe en italien entre o ei e n'a donc pas lieu ici. 
L'o roman a perdu ici encore plus que Va, puisqu'il dégénère en 
eu et en ou (au reste les dialectes anciens présentent encore 
Yo en abondance). dérive : 1) Ordinairement de o devant 
m ei n '. pomme, don, raison, bon, école. — 2) Y)e u 
bref ou de y : trop (lat.moy. truppus), flot (fluctus), monde, 
grotte [crypta), tombe (xui^êoç). — 3) De au latin ou roman, 
par ex. or, oser, clore (claudere), forger {fabricare faur- 
car), parole {par abola par aula), tôle {tabula taula); déjà 
dans les serments cosa, dans Eulalie kose, or. — Au lieu 
de a on trouve o pour a dans fiole, prov fiola {phiala) ; 
pour i dans ordonner {ordinare). — Cette voyelle est 
muette dans faon, paon, Laon, qu'il faut prononcer /an, pan, 
Lan, voy. déjà Bèze p. 43. Même chose pour faonner, pron. 
fanner, mais suivant Bèze fa-onner. 



VOYELLES FRANÇAISES. 0. 395 

Parmi les plus anciens monuments de la langue, plusieurs 
confondent souvent o franc, ou ou (= lat. ô, o, û) avec u. Le glos- 
saire de Cassel écrit capriûns {chevrons), auciun {oison), man- 
tun {menton), talauun {talon), scruva (lat. scrofa), furn, 
pulcins, purcelli, putil (ital. budello), tundi (fr. tonds); les 
serments ont amur, dunat, nun, cum (fr. comme), returnar; 
le Fragm. de Val. cum, umbre, sun, dune, u (franc, ou), 
mult; Léger nun {nom), advuat {avoue), curt (lat. currit), 
cumgiet (franc, congé)', Eulalie n'en offre pas d'exemples. 
Le plus ancien bas-latin de la Gaule connaît aussi cet usage, 
par ex. nun Bréq. n. 197 (ann. 681), dinuscetur {dignos- 
cetur) Mar. p. 99 (653), auturetate p. 100 (657) ; nus, 
nubis, meus {meos), cognuvi, funs dans les anciennes messes 
publiées par Mone ; nus, vus Form. andeg. Les anciens monu- 
ments romans emploient u au lieu de u français = lat. û 
{commun, cadhuna etc.). Cet usage prépondérant de Yu s'est 
développé surtout dans l'ancien dialecte normand et appartient 
à son essence. La prononciation de cet u était-elle uniforme ou 
se distinguait-elle suivant son origine? Fallot p. 27 présume 
que Vu norm. = ou franc, ou o se prononçait souvent à peu près 
comme ou, et ce même u :=: eu franc, {glorius = glorieux) 
comme u franc. Ampère p. 385 admet aussi une différence dans 
la prononciation. Mais il faut surtout considérer que it = lat. ô 
n'assone pas avec u = lat. i?., que jamais barun, amur 
n'assonent avec alcun, dur, tandis que u '=^ eu franc, et u 
= ou franc, assonent, parce que tous les deux remplacent ô 
latin, en sorte que honur assone avec espus = franc, époux^. 
Il est surtout difficile d'admettre que deux voyelles, comme ô 
latin et û latin, que le français actuel sépare avec soin, aient été 
autrefois réunies dans un seul et même son. Le glossaire de 
Cassel en particulier, sous peine d'induire ses lecteurs en erreur, 
ne pouvait pas désigner par u, dans les mots romans, un autre 
son que u dans les mots allemands. Il est étonnant, à la vérité, 
mais ce n'est peut-être qu'un hasard, qu'il rende Yô long toujours 
par u dans les mots romans, et dans les mots latins toujours 
par : liones c.-à-d. ligones, mansione, pulmone, mais aussi 
scruva pour scrofa. Comparez encore la manière dont se rend 
Yu normand dans les langues voisines : angl.sax. prisun. 



1. Il faut donc se garder de confondre Vu normand avec Vu français, 
comme le fait Génin, qui prend amure ChRol., qui assone avec ultre, 
pour le franç.mod. armure. Variât, p. 24. 



396 VOYELLES FEANÇAISES. D. 

randun, kjmr. hacwn, hotwyn [bouton), rheswm (raison), 
fiorwr (fourrure), mais a.Yec wy (= anc. m) gallwyn (galon); 
moy.h.all. barûn, capûn, garzûn,^pavilûn, poisûn, amûr, 
Namûr, 

U. 

Le signe de Vu répond seul en français à Vu des langues sœurs, 
le son est celui de Yû allemand, et est inconnu aux autres langues 
romanes littéraires. Cet u dérive : 1) Principalement d'w long, 
quelquefois aussi d'tt bref : cuve, lune, plume, humble, juste. 
Souvent des syllabes a-u, e-u, o-u, produites à la suite d'une 
élision, comme dans mûr (anc. franc, maûr meûr), sûr (seur), 
bu (beû), cru (creû), vu (veû), reçu (receû), mu (meû, prov. 
mogut), pu (peu, pogut) : cf. aussi rhume de rheuma. — 
2) D'un ui antérieur : rut (ruit, rugitus), ru (rui, rivus), 
saumure (muire, muria), fut (anc. franc, fuit). — 3) Il 
remplace i et e dans affubler (fibula), fumier, jumeau, voy. 
ci-dessus p. 163. 

On ne doit pas s'étonner de cet affaiblissement dç Vu latin : il 
est conforme à tout le développement du français, qui a fait subir 
le même sort à d'autres voyelles. Vouloir trouver un rapport 
historique entre Vu français et la prononciation identique attri- 
buée à Vu latin par quelques philologues, serait une vue 
grammaticale bornée. Cette prononciation ne concerne en latin 
que Vu bref, tandis que Vu français est proprement le repré- 
sentant de Vu long. Dans le domaine roman cette même 
prononciation s'est introduite en provençal moderne, dans le 
dialecte roumanche de l'Engadine et dans le lombard. Dans 
le dialecte roumanche du pays haut, û sl pris la pronon- 
ciation de i, comme dans glinna (lûna), plimma (pluma), 
vartid (virtûtem), il en est de même aussi dans un des dia- 
lectes lombards (Biondelli p. 12); c'est un amincissement du son 
û, qui s'est aussi développé dans des dialectes du haut-allemand 
et qui a atteint VU islandais ainsi que Vu grec moderne. C'est, 
il est vrai, d'une autre manière (par la périphonie ou umlaut) 
qu'est né notre û allemand ainsi que Vy norois : mais dans un 
des idiomes norois modernes Vu pur a glissé à Vu sans le secours 
de V umlaut (Grimm P, 443). Dans la prononciation de Vu 
néerlandais il est permis de soupçonner l'influence du français 
(Gesch. d. deutsch. Spr. p. 281). 

On ne peut douter que cette prononciation de Vu français ne 
remonte à une époque fort ancienne. La valeur de cette voyelle 



VOYELLES FRANÇAISES. U. 397 

doit coïncider avec l'introduction de la combinaison ou, pour 
laquelle le signe w ne pouvait plus servir. Si on cherche ce qu'est 
devenue cette voyelle dans les langues étrangères, on trouve 
qu'en moyen-haut-allemand elle est fidèlement rendue par iu, 
par ex. âventiur, covertiur, feitiure {faiture)\ on remarque 
dans l'ancien français quelques traces de l'orthographe inverse : 
fuirur {fureur), vertuit, ave^iuit (avenu), trebuicher, voy. 
SBern. Au moyen-haut-allemand correspond à peu près Yu 
anglais réservé exclusivement aux mots romans, en tant qu'il se 
prononce ju, comme dans dure, plume ; Palsgrave p. 7 
compare l'angl. ew dans mew. Dans le bas-grec u est repré- 
senté par ou, ex. 2ouX% = Sully, O'ù^-^oq = Hugues (Buchon, 
Chron, ètrang.), mais cette langue ne possédait pas de trans- 
cription plus exacte. En breton, où u ne manque pas, il est rem- 
placé quelquefois par le son voisin : kriz [cru, crudus), kîl 
(cul), kilvers (culvert), Mhel (cuvel). 

VOYELLES COMBINÉES. 

Ce sont ou des sons simples ou des diphthongues. De toutes les 
langues romanes, le français est la plus pauvre en diphthongues 
et se comporte sur ce point, vis-à-vis du provençal, comme les 
dialectes bas-allemands vis-à-vis du gothique et du haut-allemand, 
en tant qu'en bas-allemand ai ou ei primitifs se sont condensés 
en ê, au ou ou en â qui correspond aussi à Vou haut-aUemand. 
Le français ne manque pas, d'autre part, de combinaisons 
vocaliques exprimant des sons simples et que nous étudierons 
également ici. Séparons tout d'abord des diphthongues véritables 
les combinaisons accidentelles nées par suite d'une synérèse. 
Parmi ces dernières, citons les suivantes : lA, par ex. diable, 
diacre, fiacre, liard, viande, piailler, familiarité, bestial, 
opiniâtre (poét. opini-âtre), mendiant, négociant (tous deux 
subst., mais part, négoci-ant). lE : piété, essentiel (mais 
offlci-el), négocier, serviette (mais mauvi-ette), ancien, 
même lien à côté de li-en (Mal vin Gazai, Prononc. franc. 
p, 143); voy. sous i^. 10 : piot, pioche, bestiole, légion, 
union, scorpion, champion, lionne etc., ainsi que la flexion 
Y erhsile ions. lAI: biais, liais, niais, bestiaire. TAU: 7niau- 
ler, piauler, bacaliau. OU A : couard, fouace, fouaille, 
ouate, pouacre, bivouac. OUF : couenne, fouette, pirouette, 
ouest. OUI: oui, Louis, fouine, drouine, gouine, babouin, 
baragouin, marsouin. Z7^ dans ecwe^^e. Dans les cas où ot* est issu 



398 VOYELLES FRANÇAISES. Al. 

dew, la diphthongue a sa raison d'être. — Il est presque inutile 
de rappeler que z, lorsqu'il a pour fonction d'indiquer 1'^ mouillée 
(bail y vermeille j fenouil), ne forme pas de combinaison avec 
la voyelle précédente. 

AI 

se prononce comme e ouvert; dans la désinence verbale ai 
comme e fermé {j'ai, je chantai, chanterai) \ de même aussi 
dans quelques syllabes atones (aimer, vaisseau) ; comme e 
muet dans faisant, faisons, faisais, ce que savait déjà, mais 
blâmait Bèze ; comme a dans douairière. Étymologiquement, 
cette combinaison provient : 1) D'un obscurcissement de a : 
aigre, maigre, clair; surtout suivi d'm ou n : aime, main, 
roumain. — 2) D'une synérèse, comme en provençal : air, 
traire, gai. — 3) De la résolution vocalique d'une consonne, 
comme dans aider (qftare), mai, plaie, plaindre (plagnere 
i^our plang .) , haie (anc.h.all. hag), Cambrai (Camaracum), 
payer (pacare), saint, fait, laisser. — 4) D'une attraction : 
contraire, palais, raison, aigle, bain. — 5) De la chute d'une 
consonne : chaîne, bai (badius), glaive (gladius), sais 
(sapio). — 6) Ai représente souvent ei (oi) ou e : ainsi dans 
contraindre à côté de étreindre , daigner, S ar daigne , 
vaincre, aine (inguen), domaine (dominium), taie (theca), 
craie (creta), dais (discus), frais (frisk), épais (spissus), 
effrayer (prov. esfreidar) ; à l'inverse oi représente ai dans 
carquois, émoi, pantois. — 7) Ai correspond à un ai primitif 
seulement dans les mots d'origine étrangère, comme souhaiter, 
laid, lai (cimb. liais). — Ai ne suppose pas toujours l'accen- 
tuation de la première voyelle et l'atonie de la seconde ; le 
contraire peut se présenter, ainsi dans maître (magister, ital. 
maestro), traître (anc. traître, de tradire i^our tradere), train 
(anc. traïn pour trahin), faîne (anc. faîne, faginea), chaîne 
(chaîne, catena), sain-doux (sagina). Une forme usuelle pour 
ai est ei, qu'emploie le dialecte normand du moyen âge, par ex. 
mein, primerein, meinent (lat. manent), seint, eit, pleisir 
LGuilL; il arrive souvent aussi que Ve simple représente la 
combinaison ai. 

Hanc diphthongum, dit Bèze p. 41, majores nostri... 
sic efferebant ut a et i, raptim tamen et uno vocis tractu 
prolatam, quomodo efferimus interjectionem incitantis bai, 

1. Dans Palsgrave p. 13 seulement au futur : deray -= direy. 



VOYELLES FRANÇAISES. El. 399 

hai, non dissyllàbam, ut in participio haï (eœosus), sed ut 
wionosyllaham, sicut Picardi interiores hodie quoque hanc 
vocem Siimer pronuntiant . Il n'est pas douteux que le français 
n'ait eu originairement ai comme diphthongue = prov. ai. La 
prononciation è n'a pas dû sortir brusquement, par exemple, 
de la syllabe ag ; Vi provenant de la résolution du ^ a dû se 
maintenir assez longtemps avant de se perdre dans Va en le 
modifiant. On a rappelé à ce propos Vê sanscrit venant de 
ai : mais la comparaison est plus juste encore avec l'anglo- 
saxon à (ae) du goth. ai, et même avec le lat. ae, dont l'expres- 
sion la plus ancienne est ai et la valeur postérieure a. Mais déjà 
à la meilleure époque de Tancienne littérature française ai doit 
avoir perdu sa puissance, puisque partout dans les manuscrits il 
rime avec e ouvert. C'est pour cela aussi qu'on trouve déjà en 
moyen -haut -allemand l'orthographe vinaeger {vinaigre), 
glaevîn {glaive), salvaesche {salvaige) Grimm P, 173. En 
anglais il est rendu par ai \ air, aid, pay, plus souvent encore 
par ea (qui correspond aussi à l'angl.sax. ae) : eagle, eager, 
clear, ease, grease, peace, plead. Les plus anciens exemples 
français sont dans les Serments : salvarai, prindrai, plaid, 
dans Eulalie faire, laist, dans le Fragment de Yalenciennes 
aiet, faire, fait, haires, maisso. Sur la prononciation des 
Serments il n'y a rien à remarquer. Le chant de Saint- Amand 
écrit ae à côté de ai dans maent et aezo, c'est peut-être déjà 
une manière de rendre le son mixtes Mais il n'est pas possible 
que haires (dans le Fragm. de Val.), qui provient de l'anc. 
h.allem. hâra, fût prononcé avec une diphthongue. E silos = 
aisseau dans les glosses de Gassel, a moins de poids, puisque e 
se trouve dans une syllabe atone. Le nèerl. pais {paix) remonte 
donc à une période plus ancienne, ou bien l'on y peut recon- 
naître, ainsi que dans d'autres mots néerlandais {ghepayt = 
payé Grimm l. c. 293), ce dialecte dont parle Bèze. Dans le 
français moderne la diphthongue ne se trouve plus que dans les 
interjections ai et haie (Malvin-Gazal 95) et dans quelques 
noms propres, comme Bayard, Mayence. 

EL 
Cette combinaison, qui a déjà sa place dans les glosses de 

l. Au moins est-il très-douteux que cet ae û! Eulalie corresponde à la 
diphthongue ae pour ai dans les chartes mérovingiennes, c'est-à-dire 
à une orthographe bien plus ancienne, par ex. Chaeno pour Haino Bréq., 
n. 209 et 223, Vulfolaecus pour Vulfolaicus dans la première de ces deux 
chartes. 



^00 VOYELLES FRANÇAISES. 01. 

Cassel [seia, maneiras), avait une grande importance dans 
l'ancien français. Nous avons vu qu'en bourguignon ei repré- 
sente le franc, e (preit = pré), et qu'en normand ei (tous deux 
avec une prononciation différente) représente Y ai franc, mod. 
(romein = romain). L'anc. franc, ei, qui se rapproche davan- 
tage de la lettre latine, dérive encore : 1) De l'allongement de 
e : mei (lat. me), tei {te), treis {très), plein {plenus), meis 
{mensis mësis), corteis {cortensis *) , franceis {francensis *, 
prov. frances), veile {vélum), aveir {hahere), aveie {habe- 
ba^n). — 2) Dans quelques mots aussi de i : veie {via), heivre 
{biberé), peivre {piper), meindre {7ninor) etc. — 3) Il pro- 
vient de la résolution d'une gutturale, cumme en provençal, par 
ex. leial lei, reial rei, freid, neir {nigr'), seier {secare) 
Rq., dreit (lat.moy. drictum), estreit; devant dedans creistre 
{crescere), pareistre {parescere *) ; aussi dans ceindre in 
ressemble à Ynh provençal = gn. — 4) Rarement il naît d'une 
attraction, comme dans feire {feria). — L'ancienne pronon- 
ciation diphthonguée, presque comme dans le franc. mod. plan- 
chéier, semble s'être conservée dans le breton, qui écrit feiz 
{foi), sei {soie), afreiz {effroi). On écrivait de même en moy. 
h.allem. turnei, eise {aise), kunreiz {kunterfeit, curteise 
rimant avec Tallem. reise; anc.nor. burgeys {bourgeois)', 
moy.néerl. keytîf, souvereyn, vileyn. Mais ce double son, 
surtout là où il représente Ye fermé français, doit s'être simplifié 
déjà au moyen âge, puisqu'on faisait rimer ei avec e sans 
difficulté {greiz aler, doreiz tornez). Au reste on échangeait 
aussi ei avec ai : çainst {cinœit), laigne {lignum), saigner 
{signare). 

Vei du français moderne sonne comme e ouvert^; mais, sauf 
devant l mouillée {oreille), ei n'existe plus que dans un petit 
nombre de mots, car oi a pris sa place. Il provient : 1) Par 
synérèse de e-i dans reine, de a-i dans seine pour saine 
{sagèna). — 2) Deeou i : frein, plein, veine, baleine, seigle 
{secàle d'après l'accentuation romane), seize, treize, sein, 
seing. — 3) De l'affaiblissement d'une gutturale : Seine {Se- 
quàna), peintre {pinctor pour pictor), feindre, peindre etc. 

01. 

Nous rencontrons dans cette combinaison une diphthongue 

1. Il a le son de Ve fermé dans les mêmes cas où e a reçu également 
ce son : troizième, beignet etc., voy. Malvin-Gazal p. 222. 



VOYELLES FRANÇAISES. 01. A0\ 

très-usitée, que le français moderne traite encore comme telle. 
L'ancien français la possédait avec la même fonction, mais les 
dialectes restreignaient son domaine au profit d'autres sons. 
Étymologiquement oi a une double nature. 

1 . Oi, venu de o (au) ou de m, se rencontre déjà dans les chartes 
franques : cf. Goyla nom de femme Bréq., n. 336 (de Gudula?), 
Bonoilo villa Mab. Ann. III, n. 7, cf. Bonogili villa ibid. 
n. 5, Nantoilo nom de lieu, ibid. n. 24, Goilis, nom de lieu 
n. 25, Cristogilum Cristoilum etc. (Quicherat p. 51). On con- 
naît hroilus à côté de hrogilus. Les glosses de Gassel fournis- 
sent l'exemple de moi =: modius. Cet oi provient : 1) De FafFai- 
blissement d'une gutturale : poing {pugnus), oindre {ungere), 
moine (monachus), foyer (focarium), noyer (nucarius^), 
point (punctum). Devant ç et sç on le rencontre dans croix, 
noix, voix, connoitre (maintenant connaître), voy. ci-dessus 
p. 231. — 2) D'une attraction, comme d'ordinaire en provençal, 
par ex. gloire, ivoire [ehorea), ciboire, Antoine, coin 
(cuneus), témoin, angoisse, poison (potio), boîte (prov. 
bostia). — Au lieu de oi les textes normands emploient ui, 
comme dans duinst (franc, donne), juindre ; dans d'autres on 
rencontre oui : crouiz (croix), vouiz (voix) R. du S. Graal, 

2. Oi, venu de é? ou ^ = prov. ei, v. franc, ei, oi. Voyez sous 
ei les différentes formes de cette diphthongue. Les exemples 
sont : 1) Moi, toi, trois, croire, toile, voile, mois, courtois, 
albigeois, proie, avoir, soir. — 2) Voie, convoi, poire, boire, 
poil, poivre, moindre, moins. — 3) Loyal loi, de même royal 
roi, froid, noir, doigt, droit, étroit, toit (tectum), noyer 
(necare), emploi employer. — L' anglo-normand employait 
d'habitude pour cet oi la forme ai : rai, dait, quai Chron. de 
Langtoft, et aussi dans Alexis éd. Millier mai (moi) 93, 96. 

La prononciation de cette diphthongue est d'ordinaire indiquée 
chez les grammairiens français par oua, en appuyant sur la 
dernière voyelle ; mais il faut sûrement regarder cette pronon- 
ciation comme relativement moderne. L'ancienne prononciation 
était littéralement oi, en appuyant sur la première voyelle, 
comme en provençal : de glôria est né d'abord gloire. Ce son 
primitif, qui faisait pleinement entendre les deux voyelles, est 
encore conservé dans la combinaison oy, dans laquelle y = ii 
( foyer = foi-ier) , et a.\xssi dans la combinaison oin (besoin), 
dans laquelle Vi n'a pas été plus maltraité que dans vin, 
mais où l'on n'appuie plus sur Vo. L'accentuation de Vo en 
ancien français est confirmée par l'assonance, comparez dans 
DiËZ 26 



^02 VOYELLES FRANÇAISES. 01. 

Eiilalie tost : coist ; dans Léger str. 20 7nors ; dans Alexis 
str. 101 noise goie tolget ; elle est confirmée par la con- 
densation dialectale en 6 : cro {crois), étô {ètoit), srô (seroit), 
vov. Servent, p. p. Hécart. Pour montrer que cette diph- 
thongue avait sa valeur naturelle, on peut encore citer quelques 
exemples étrangers : en angl. adroit, devoir, noise, voice; 
moy.néerl. proi (proie), tornoi, vernoi (ennoi ennui), boi, 
pointe, fransois etc.; moy.h.allem. sclioye, roys, franzoys, 
poinder, hoie, cf. Grimm P 354, P 197 ; bas-grec p6Y), mais 
aussi poi (franc, roi), Maçpoi Macppo'rj (Mainfroi), AppoYJai (lis. 
'ApTo-^Gi, Artois), voy. Buchon, Chron. étrang. gloss,; prov. 
mod. rdi, espoir. Dans le néerl. talioor Kil. (tailloir) ou 
kantoor [comptoir), dans notre Franzose ou l'ital. Francioso 
Vi s'est perdu tout entier dans la voyelle dominantes. Si on iater- 
roge les grammairiens du xvi° siècle, on trouve un changement 
dans la prononciation. Palsgrave p. 13 donne à oi une double 
valeur, celle de Voy anglais dans boye, c'est-à-dire boy, dans le- 
quel on entend i atone, et celle d'oa dont l'a n'était sûrement pas 
un à (comp. p. 12) ; comme exemple de la première manière de 
prononcer il donne oyndre, moytié, moyen, roy, moy, loy, et 
de la seconde boys, soyt, voyx, OMFrancoys, disoyt, gloyre, 
voille, en accentuant la deuxième voyelle, ce qui ne fait aucune 
différence. Les autres grammairiens indiquent le son oe en 
appuyant sur e. Périon, par exemple, dit p. 53^ : Cum (oi) est 
eœtrema syllaba aut ejus pars, manet illa quidem tôt a, sed 
tamen novum quendam sonum i efficit, qui ad e accedere 
videtur, ut [j-oI moi, aoi toi it a pronunciamus, ut si moè, toé 
esset; de même p. 136 il prononce vouloir comme vouloér et 
écrit droect pour droict. Bèze p. 47 recommande aussi de pro- 
noncer mm, toi, loi comme moai, toai, loai, aiproeaperto; cf. 
P. Ramus p. 19. De là, au xvf siècle, des rimes comme pécheresse 
paroisse (pron. parouesse), damoyselles estoiles (étouéles), 
voy. Génin, Variât, p. 302. A oè se rapporte le breton boest 
(boîte) et Tesp. toésa (toise). Cet oè, ou exactement avec une 
légère modification ouè, est encore maintenant la prononciation 
à peu près générale des provinces ^ ; oua est un développement 



1. Remarque d'Ampère^ Form. de la l. fr. 383. Mais quand il tient oué 
pour la vraie prononciation française ancienne, et s'appuie pour l'affir- 
mer sur des rimes comme adoise; aise; avaines; womes, on peut objecter 
que le poète aurait tout aussi bien pu écrire adaise, avoines. De même 
fouere rimant avec fere ne prouve rien, puisqu'il est trisyllabique et 



VOYELLES FRANÇAISES. 01. 403 

plus avancé, et comme aucune raison physiologique n'explique 
sa présence, on ne peut mieux le faire qu'en l'attribuant au 
goût de la langue, qui trouvait plus commode un a à la finale 
dans cette combinaison. C'est donc le déplacement de l'accent, 
comme nous Tobserverons pour ui, qui a préparé la pronon- 
ciation nouvelle de la diphthongue oi. 

La dégénérescence en oi de Tancien ei organique = prov. ei 
est un phénomène qui a troublé et altéré les rapports phoné- 
tiques de la langue. Dans les deux plus anciens monuments 
français cette transformation n'a pas encore eu lieu : de pois 
(possum) on distingue dans les Serments dreit (directum) ; 
de coist (coœit) dans Eulalie raneiet {reneget), pleier (pli- 
car e), prêter (precari), creidre (credere) ; mais dans le 
Fragment de Val. on trouve déjà noieds, qui correspond néces- 
sairement au franç.mod. noyés, cf. Génin 470. Remarquons que 
la prononciation ei, quoique limitée à un petit nombre de mots 
et de formes, se répandit de la Normandie, à ce qu'on croit, sur 
r Ile-de-France, et fut établie comme classique, grâce à l'influence 
des courtisans italiens, bien qu'autrefois la prononciation picarde 
et bourguignonne oi y eût été dominante. Bèze dit déjà à ce 
propos p. 48 : Hiijus diphthongi pinguiorem et latiorem 
sonum (oai) nonnulli vitantes eœpungunt o, et solam diph- 
thongum ai, id est e apertum, retinuerunt, ut Normanni, 
qui pro foi (fides) scribunt et pronuntiant fai : et vulgus 
Parisiensiu77iipa.Tlei (loquebatur), allet (ibat), venet (venie- 
&a^) pro parloit, alloit, venoit, et Italo-Franci pro Anglois, 
François, Escossois pronuntiant Angles, Frances, Ecosses 
per e apertum, ab Italis nominibus Inglese, Francese, 
Scozzese. Nam ab hac triphthongo sic abhorret Italica 
lingua, ut toi, moi et similia per dialysin producio etiam o 
pronuntient fo-i et mo-i dissyllaba. Il ajoute : Corruptissime 
vero Parisiensium vulgus Dores ^XaTsia^ovTaç imitati pro 
voirre (vitrum) sive, ut alii scribunt, verre, foirre {palea 
farraceà) scribunt et pronuntiant voarre et foarre ; itidem- 
que pro trois {très) troas et tras. Les mots dans lesquels on 
prononce (et depuis l'exemple de Voltaire et de quelques autres 
on écrit) ai pour oi sont françois et d'autres noms de peuples 
semblables, foïble, roide, monnoie, harnois, paroître, con- 
noître et les flexions verbales ois, oit, oient. Boileau fait 



que dès lors il n'est pas identique ayec foire. Seul, dortouer pour dortoir 
mérite qu'on s'y arrête. 



404 VOYELLES FRANÇAISES. Ul. 

encore rimer français avec lois ; mais déjà La Fontaine (7, 7) 
fait rimer connoître avec maître. — Remarquons encore que 
dans quelques mots, comme oignon^ poireau, coignassier, 
ai est prononcé a. 

UI. 

C'est une diphthongue dans laquelle la première voyelle con- 
serve le son ordinaire de Vu français et la seconde a la prépon- 
dérance ; suis rime en conséquence avec débris, conduit avec 
petit, construire avec dire. Chez les anciens on trouve déjà lui 
ami Ignaur. 76, NFC. II, 156, nuit lit I, 358, fuit vit Ren. 
\, 142. Mais il ne manque pas non plus d'exemples d'accentuation 
provençale, cf. à la rime lui plus ChRol. p. 10, fuit vencuz 
p. 41, lûist batud 62, lui ûi (hodie) vertud Charl. p. 28. Il 
n'y a pas jusqu'à la forme de la basse latinité lue qui ne prouve 
bien que l'accent portait sur u (et non sur i, autrement i n'aurait 
pas été remplacé par e) ; voyez-en des exemples dans Marculfe 
Form. app. 51 et ailleurs. Le néerlandais du moyen âge expri- 
mait ui par û : dedût {déduit), pertûs (pertuis) preuve que 
c'était la première voyelle qu'on entendait davantage, cf. Grimm 
P, 288. L'étymologie justifie tantôt une prononciation, tantôt 
l'autre. 

Z7/ provient : 1) De ui latin : ancfranç. fui, fuisse, franç.mod. 
lui, de même circuit, fortuit, gratuit, ruine \ dans d'autres 
mots, au contraire, comme casuiste, assiduité, ui se prononce 
en deux syllabes (Malvin-Cazal, p. 194) ; il provient aussi du ui 
allemand {wi) : suinter (suizan), Suisse; de u-e : détruire. 
— 2) De tfc ou avec addition d'un i euphonique : suis (sum, 
abrégé su), puis (post), puis (possum), et sans doute aussi 
aiguille (acucla *). — 3) De l'afîaiblissement d'une gutturale : 
buie {boja), truie (troja), cuiller (cochlearium), essuyer 
(eœsucare), buis (buœus), cuisse {coœa), huit, fruit, nuit, 
réduire, cuit, cuire. — 4) Il naît par suite de l'attraction de 
u-i, o-i : cuivre (cupreum), aiguiser {acutiare *), pertuiser 
(pertusiare *), puits (puteus), menuisier (minutiarius * ) 
juin, cuir, huile, muid, huître, ancfranç. fluive (fluvius), 
LJob, pluisors {plusiores *), huis {ostium). — 5) Il provient 
de la chute de consonnes dans juif (judius àejudaeus), pluie, 
écuyer (scutarius), fuir, hui, ennui {in odio), pui {po- 
dium), appuyer {appodiare *). — 6) Il y a des cas dans 
lesquels ui ne peut s'expliquer que par la transposition de eu 
ou de iu ; ainsi dans tuile {teula de tegula, cf. v. franc, reule, 



VOYELLES FRANÇAISES. AU. 405 

seule, de régula, saeculum) , ruisseau {riucellus de rivicellus), 
suif (siuv, seuv de sevum) . — Ui Si remplacé souvent oi ; 
il peut y avoir là une raison euphonique ; ui était plus aisé à 
prononcer que oi, surtout si on voit dans u Yu pur originaire 
= ou : dans le prov. oi, accentué sur Yo, cette dégénérescence 
en ui se présente moins souvent. 

AU 

a le son de o et provient : i)Y)e au latin : cause, pauvre, res- 
taure, aurore, automne, auteur, taureau. — 2) Il naît de la 
résolution d'une labiale : autruche {avis struthio), aurone 
(abrotanum), aurai (de habere), saurai (saper e). — 3) De la 
résolution d'une l précédée de a : aube, baume {balsamum), 
émeraude (ital. smeraldo, smaragdus), haut, jaune (galbi- 
nus), aumailles (anc.franç. almailles, animalia), fauve 
(allem. falb) ^ Parfois après un e, c'est-à-dire qu'on a écrit au 
pour eau, ce qui devait arriver quand le suffixe el s'ajoutait à 
des radicaux terminés par une voyelle : glu-au pour glu-eau 
(voy. p. 406) de même Guillaume pour Guilleaume. Mais au 
ne peut naître des combinaisons ol et ul ; aussi chaume ne 
vient-il point de culmus, pas plus que fauve de fulvus ou aune 
immédiatement de ulna. 

Cette combinaison aussi était primitivement diphthonguée, 
comme en provençal, ce qui ressort déjà de ce qu'il a fallu passer 
par au pour venir de al k o, mais il n'est pas facile de dire 
combien de temps a duré cette prononciation. L'antique glos- 
saire de Reichenau écrit déjà ros = prov. raus, soma = 
sauma, sora = saura, Eulalie a or et kose, mais aussi 
auret [habuerat), auuisset (Jiabuisset), diaule (diabolus). 
Léger a auuret str. 2 ; il est probable que cet au était diph- 
thongué de manière à prononcer Yu comme le w anglais; le 
breton dit encore aujourd'hui diaoul. pour au est remar- 
quable dans jholt qu'on trouve deux fois dans le Fragm. 
de Val. {faciebat grant jholt, si vint gran ces jholt) 

1. On sait qu'on écrivait également en ancien français avec une l 
étymologique aultre, hault, Thiebault; et l'on doit avoir souvent pro- 
noncé al vocaliquement, par ex. lorsque chevals rime avec beaus. Sur 
l = u ce que nous apprend le document de Londres est décisif, du 
moins pour le normand : primae aut mediae sillabae habentes 1 post a 
vel e vel o sillabaiani, dum iamen alla consonans post b {leg. post 1) sequitur 
immédiate, ipsa 1 débet quasi u pronunciari^ v. g. altrement, malveis, 
tresmaltalent. Si alire peut assoner avec sage, c'est qu'il se prononçait 
altre ou autre, mais non pas dire. 



406 VOYELLES FRANÇAISES. AU. 

et qui correspond visiblement au français moderne chaud. 
Palsgrave p. 14 ne connaît à' au = o qu'à l'initiale [autre) ; 
autrement il doit se prononcer comme Yaw anglais dans dawe 
(c'est-à-dire daw). Bèze p. 43 attribue du reste au dialecte 
normand la prononciation diphthonguée : Haec quoque diph- 
thongus (au), dit-il, aliter pronuntiatur quant scrihitur : 
sic nimirum ut vel parum vel nihil admodur^i différât ah 
o vocali, w^ aux {allia), paux(pa^z), vaux (valles), quae mœ 
aliter mihividentur sonare quam in os [ossa), vos (vestri), 
propos (propositum) . Nor^nanni vero sic illa sonore pro- 
nuntiant ut di et o audiantur, ut qui dicant autant perinde 
pêne acsi scriptum esset a-o-tant. En wallon il en est de 
même encore aujourd'hui : ainsi dans fraw (franc, fraude), 
clâ ou claû (clou), cawsion {caution). En Bretagne elle 
persiste encore, cependant on dit ao au lieu de aou : faoz 
{faux), raoz {roseau), hrifaod {hrifaud) etc. Les langues 
étrangères reproduisent littéralement la diphthongue : moy. 
néerland. scafaut {échafaud), yraut {héraut), assaut, voy. 
Grimm P 292; moy.h.allem. Laudîne, Mahaute, Libaut', 
bas grec Naïvaux {Éainaut), MTcauTou^ç [Baudouin) , voy. 
Buchon, Chron. étrang. 

Rapprochons de au la combinaison EAU qui a le même son. 
Elle naît de la syllabe el ou il dans les consonnes suivantes : 
beau, peau, sceau, veau, anneau, heaume (anc.h.allem. 
helm), épeautre {spelz). Si une voyelle précède elle absorbe 
Ve : joy-au i^ourjoyeau {gaudiellum *, prov. joi-el), boy-au, 
glu-au, gru-au, hoy-au, tuy-au, anc. franc, joij-el etc. ; 
de même flé-au, pré-au, fé-aux {fidèles) pour fié-eau, pré- 
eau, fé-eaux. L'histoire de cette combinaison peut se faire 
ainsi : de bel, par le phénomène si fréquent de la diphthongaison, 
oii^ibiel, puis bial, biau, forme usitée encore en Picardie; 
de biau est né d'abord beau avec e sonore (monosyllab.) : 
auditur e clauswm, dit Bèze p. 52, cum diphthongo au, 
quasi scribas eo. L' anc. franc, beau assone encore avec grant, 
Charl. p. 11, et on dit encore en Bourgogne ved {veau), morsed 
{morceau), banded {bandeau), voy. Fertiaults.v.no^ea. Got- 
fried de Strasbourg dit bêâ disyllabique. Wolfram de même, mais 
aussi en une syllabe beâ, comme en français. A cette pronon- 
ciation se rattache encore l'ital. Bordeà {Bordeaux), àe même 
qu'à eô correspond l'esp. Burdeôs, Me os {Me aux). Le breton 
rend bourreau par bourreo, le basque par baurreba. Sur le 
mot eau de aqua voy. mon Bict. étym. 



VOYELLES FRANÇAISES. EU. 407 

EU. 

D'après l'organisme général des langues romanes eu est propre- 
ment To" diphthongué; il répond au prov. ue^ uo, à l'esp. ue, à 
l'ital. uo, mais iladépassé cette première destination. Il a le sonde 
l'ail. d\ que connaissent également les dialectes de la haute Italie. 
Eu provient : 1) De eu latin, par ex. neutre, Europe, neume 
{pneuma), hébreu {eus ^ouvaeus), — 2) De o bref ou long, 
ainsi que de au : feu, jeu, meule, neuf, peuple, deuil, 
feuille, cerfeuil, filleul ; fleur, heure, meuble, neveu, 
pleure, seul, couleur, fameux, pieux (disjllab.), peu, 
queue (cauda coda), bleu (blau). Dans tous ces cas l'ancienne 
langue connaît aussi Yo simple. — 3) De la condensation de e-u 
= a-u ou a-o : heur (augurium, prov. aûr), peur (pavor, 
prov. paor), empereur (ancienn. empereôr), eût (ancienn. 
eiist, habuisset). Dans ce dernier mot, comme dans toute la 
conjugaison du verbe avoir, eu se prononce î^ : on a conservé 
Ye devenu muet pour donner plus d'ampleur aux formes écrites, 
ce qu'il ne parut pas nécessaire de faire pour sus (sapui) etc. 
Bâiis jeûne (ancienn. jeûne, jejunium) e est aussi muet. — 3) 
A rinverse, eu dérive de u-e, u-i : ainsi du moins dans jeune 
(juvenis), fleuve (fluvius), beurre {bûtyrum), veuve {vidua 
viua viuva). — 5) De ill, ell dans eux (illos), cheveux 
(capillos), verveux {vertebellum *) etc. 

Ce qui prouve que primitivement la combinaison eu était 
diphthonguée, c'est qu'elle a été capable d'assoner avec e, par 
exemple dans Léger 25 et 31 déu preier et de même aussi 
plus tard. Le document de Londres met sur le même pied la 
diphthongue dans dieu, miéuz et celle qui se trouve dans bien, 
en tant que Tune et l'autre ont un e accentué : Bictio gallice 
dictata, habens sïllabam primam vel mediam in e stricto 
ore pronunciatam, requirit hanc litteram i ante epronu