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Full text of "Grammaire française, cours supérieur [par Auguste] Brachet & [Jean-Jacques] Dussouchet"

BRACHef ef DUS^UCHeT 



GRAfinAIRe 
FRAHfAISe 





coafs sap6fiear 



HACHeire & c^ 



Libraiiie HACHETTE. Paris. 

Majoration tempomire de 40 0/0 

du prix marqui 

REDUITE A 25 % 

Decisioa du Syndicat des Editeur* 
du 1" avrU 192i 



Grammaire Francaise 



COURS SUPi^RIEUR 



DES MfiMES AUTEURS 



ENSEIGNEMENT SECONDAIRE 

{Division A) 

Nouveau cours dt Qrammaire fraiK^aise, r^dige confor- 
mement aux programmes officiels et a rarr6t6 ministdriel du 
25juillet iQiorelatifa la nouvelle nomenclature grammaticale, 
par les mfemes auteurs. Douze volumes in-i6, cartonn^s. 
Cours pr6paratoire. Grammaire et exercices. Un vol. . i fr. . 
Livre du maitre. Un vol 2 fr. . 

Cours 6l6mentaire.. Grammaire et exercices. Un vol. . i fr. 20 

Livre du maitre. Un vol 2 fr. 5o 

Exercices compl6mentaires. Un vol. i fr, » 

Livre du maitre. Un vol 2 fr. » 

Cours moyen. . . . Grammaire. Un vol i fr. 20 

Exercices. Un vol i fr. • 

Livre du maitre. Un vol a fr. 75 

Cours aup6rieur. . . Grammaire. Un vol 2 fr. 5o 

Exercices. Un vol i fr. 5o 

Livre du maitre. Un vol 2 fr. 75 

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE 

{Division B) 

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES 

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE SUPERIEUR 

Cours de Orammaire fran^aise, r6dig6 conform6ment aux 
programmes officiels etkl'arret^ ministeriel du25juillet 1910 
relatif k la nouvelle nomenclature grammaticale, par MM. A. 
Brachet et J. Dussouchet, ancien professeur agr6g6 au Lyc^e 
Henri iV. Cinq volumes in- 16, cartonn^s. 

Orammaire frangaise abr6g6e avec exercices. Un vol. i fr. 3o 
- Livre du maitre. Un vol 3 fr. 

Orammaire frangaise complete. Un vol 2 fr. . 

Exercices sur la grammaire fran(;aise complete. Un vol.. i fr. fio 
Livre du maitre. Un vol 3 fr. » 



Imprinierie ArlibticjUL- « Lux », 131, ijodlcvard St-Michc!, Paris 



BRACKET & DUSSOUCHET 



Grammaire Frangaise 

R6dig6e conformement aux 

PROGRAMMES OFFICIELS DE l'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE 

(Division A) 

ET A L'ARRfeTE MINISTERIEL DU 25 JUILLET IQIO 
RELATIF A LA NOUVELLE NOMENCLATURE GRAMMATICALE 

FC 

COURS SUPERIEUR J2/// 

~^73 



VINGTIEME EDITION 

REFOISDUE CONFORMEMBNT A LA 

NOUVELLE N0M£Nm«4XfiE£6RAMMATICALE 



^^ 




779965 



^ 



LIBRAiRIE HACHETTEETC* 

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS 
1919 



NOMENCLATURE GRAMMATICALE 



Premiere partie : LES FORMES 
'.E NOM. — Divisions des Noms : Noms propres. Noms communs (sim- 
ples ou compos6s). — Nombres des Noms : Singulier. Pluriel. — 
Genres des Noms: Masculin. F6minin. 
L' /mriCLE. — Divisions des Articles : i* Article difini. a* Article ia- 
d6fini. 3* Article partitif. 

LE PRONOM. — Divisions des Pronoms : i' Personnels et r^ftechis. 
a* Possessifs. 3* D6nionstratifs. 4* Relatifs. 5' Interroffatifs. 6* In- 
d6finis. — Personnes et Nombres des PronomS : Sing-ulier. Pluriel. 
— Genres des Pronoms : Masculin. F6minin. Neutre. — Cas des 
Pronoms: Cas sujet. Cas complement. 
N . B. — On entend par Cas les formes que prennent certains pronoms 

selon qu'ils sent sujets ou compl6ments. 

L'ADJECTIF. — Nombres: Singulier. Pluriel. — Genres : Masculin- 
F6minin. Neutre. 

DIVISION DES ADjECTiFS. — I' Adjcctifs Qualificatifs (simples ou com- 
poses): Comparatif d'^g-alite. Comparatifde superiority. Compa- 
ratit d'inf6riorit6. Superlatif relatif. Superlatif absolu. — 2* Ad- 
jedifs numeraux : Ordinaux. Cardinaux. — 3* Adjectifs possessifs. 
. — 4* Adjectifs demons tratifs. — 5* Adjectifs interrogatifs. — 
6* Adjectifs inde finis. 

LE VERBE (Verbes et locutions verbales), — Personnes. Nombres. — 
Elements du verbe : i* Radical. 2* Terminaison. — Verbes auxi- 
liaires : Avoir. Etre. — Formes du verbe: i' Active. 2* Passive. 
3* Pronominale. 

MODES DU VERBE. — Modes persOHuels : i* Indicatif. 2* Conditionnel. 
3* Imperatif. 4* Subjonctif. — Modes impersonnels : i* Infinitif. 
V Participe. 

TBMPs DU VERBE. — Le Prescut. — Le Passe: L'Imparfait. Le Pass4 
simple. Le Pass6 compose. Le Passe anterieur. Le Plus-que- 
parfait. — Le Futur : Le Futur simple. Le Futur ant6rieur. 

Verbes impersonnels . 

LACONJUGAISON. — Les verbes a la forme active sont ranges en 
trois groupes : i* Verbes du type aimer : Present en E. — 2* Ver- 
bes du type piir : Pr6senl; ^n IS. Participe en ISSANT. — 3* Tons 
les autres verbes. 

MOTS INVARIABLES. — i* Adverbes et locutions adverbiales. — 
2* Prepositions et locutions frepositives. — 3* Conjonctions et lo- 
cutions conjonctives. — Conjonctions de coordination. Conjonc- 
tions de subordination. — 4* Interjections. 

Deoxieme partie : LA SYNTAXE 

LA PROPOSITION. — Tertnes de la proposition : Sujet. Verbe. Attri" 
but. Complement. — Empiois du nom : Sujet. Apposition. Attri- 
but. Complement. — Empiois de I'adjectif : Epith6te. Attribut. 

LES COMPLl^MENTS. — Presque tous les mots peuvent avoir des 
complements. II y a : 

I* Des complements du nom. — 2' Des complements de I'adjectif. — 
3* Des complements du verbe : r Complement direct (sans propo- 
sition). 2* Complement indirect (avec preposition). 

DIVISION DES PROPOSITIONS. — i* Propositions independantes. — 
2* Propositions principales. — Z* Propositions subordonnees. 
N.B. — Les propositions principales ou subordonnees peuvent 6tre 

coordonn6es. 
Les propositions peuvent avoir des fonctions analogues aux fonc- 
tions des noms. EUes peuvetit Stre : Proposition sujet. Proposi- 
tion apposition. Proposition attribut. Proposition complement. 



INTRODUCTION 



HISTOIRE DE LA LANGUE FRANQAISE 

i. G^ographie. — La langue frangaise coinprend tout le domainf 
de la France attuelle, a I'exception de la partie occidentale do lu 
Bretagne, oil plus de 1300 000 habitant;] parlent des dialect es 
d'origine celtique connus sous le nom de bas-breton. A cette 
exception importante on pent ajouter quatre groupes : 1° «lans 
le departement du Nord, 175000 habitants qui parlent la langue 
flamande, d'origine allemande; — 2° dans le departement des 
Basses-Pyrenees, 140 000 habitants qui parlent Ic basque, idiome 
fort ancien, dont I'origine est inconnue; — 5" dans le departe- 
ment des Pyrenees-Orientales (ancienne province du Roussillon), 
plus de 200 000 habitants qui parlent la langue catalane. derivee 
du latin; — 4" enfm, dans Tile de Corse, plus de 270 000 habitants 
qui parlent un dialecte italien. 

Si le aomaine de la langue fran^aise no s'etend pas sur tout le 
territoire actuel de la France, en revanche il comprend a I'etranger 
plusieurs territoires importants : une partie de la Belgique, I'Alsace- 
Lorraine dans I'empire d'AlIemagne, la Suisse romande, les vallees 
d'Aoste et de Suse au nord de I'ltalie, enlin les iles Normandes, qui 
appartiennent a I'Angleterre. II taut y ajouter, hors d'Europe, les 
colonies anglaises du Canada et de Tile Maurice et la repubhque 
d'Haiti, qui ont conserve I'usage du francais; sans parler de nos 
propres colonies (Antilles Irancaises, Algerie, Tnnisie, Guyane, 
oenegal, Cochinchine, Madagascar, Congo, etc.). En resume, la 
langue francaise est parlee par plus de 60 000 000 d'liommes. 

COUaS SUPERIEUR. ^ 



2 INTRODUCTION. 

Dans toute I'etendue de notre territoire, tous Jes gens cultiv^s 
parlent le francais; tousles paysans comprennent le francais,mais 
parlent des patois assez differenls les uns des autres el meme du 
francais. Tous ces patois sont les restes des anciens dialectes 
(voy.'§6et7). 

A ce point de vue on pent diyiser la France en deux grandes 
regions, a peu pres limitees par une ligne qui irait de I'embou- 
chure de la Gironde au cours de TAin. Au nord de cette ligne six 
groupes de patois : le normand, le poitevin, le picard, le wallon, 
le lorrain, le bourguignon-champenois. Ce sont \gs patois frangais. 

Au sud de cette ligne, les patois sont plus vivants et plus repan- 
dus ; ce sont : le gascon, le limousin, I'auvergnat, le languedocien 
et le provengal. On a donne k ces patois le nom commun de patois 
provengaux. 

Entre ces deux regions se trouvent aussi quclques patois inlcr- 
u\e(\i'dives franco-provenfQux, Du reste,,ces groupements sont un 
peu factices : on ne pent fixer de limites precises aux patois qui 
varient souvent de village a village. 

2. Introduction du latin en Gaule. - Chacun sait que les pre- 
miers habitants de la Gaule, a notre conuaissance, furent les Gau- 
Jois, (jui parlaient une langue de la famille ceUique, c'est-a-dire 
parente des idiomes que nous entendciis aujourd'hui en France, 
dans la bouche des Bas-Bretons, — et, en 4ngleterre, cla|)s rF^cosse, 
I'iriande et le pays de Galles. 

Dans le premier siecle avant I'ere chretienne, les Romains, sous 
la conduite de Cesar, conquirent la Gaule et la reduisirent en pro- 
vince romaine. Bien superieurs aux Gaulois par la science et la 
civilisation, les Romains, quoique moins nombreux, apprirent aux 
vaincns la langue latine de m^me que nous nous efTorcons d'ap- 
prei)flre peu ^ peu le francais aux Arabps d'Algerie. 

3. Latin virtgaire et latin classique. — Mais cette langue 
IgtiniB qUQ les soldats et les colons rom.ains apporterent en Gaule 
rgssemSlgit aussi peu a la langue latine classique de Ciceron et de 
Vjfgjie que le frangais enseigne aux Arabes par nos soldats et nos 
cpjons algerieps ressemble a la langue de Racine ou de Bossuet. A 
Home, comme en France aujourd'hui, il y avait deux langues en 
presence : celle du peuple et des paysans, le latin vulgaire, en 



HISTOIRE DE LA. UJjfGUE FRANgAISE. S 

iin mot; el cello des savanls, des ^crjv^ins et des l^ttr^s, que Ton 
designe sous le nom de latin classiqu© ou l*lin lUlemire; la pre- 
miere plus libre, la seconde plus raflinee, niais contenue dans son 
developpement par Tinfluence des grammajriens et des litterateurs. 
Toutes deux employaient souvent des mots differents pour exprimer 
la meme idee : tandis que le latin classiqiie, par exemple, disait 
equusy hebdomas, duplicare, pugna, opts, midare, |e latin vulijaire 
disait caballus, sepiimana, duplare, battalia, berbex, cambiare, etc., 
d'oLi nous avons fait le frangais cheval, semaine, doubter, bataille, 
brebis, changer, etc. 

On pourrait encore signaler dans la langue vulgaire une sorte 
de reformation de certains mots : conquserire pour conquircre, 
retenere pour retinere, contenire pour continere, defacere pour defi- 
cere, etc.; la chute de h initial et de m final; etc. De plus les cinq 
declinaisons etaient rpduites a trois; les pluriels neutres etaient 
traites poufirae des feipinins; les formes analytiques rempla^aient 
les formes synthetiques jiians les comparatifs et les superlatifs, et 
dans la conjugaison des verbes; la proposition remplacait les 
formes casuelles, etc. 

€'est naturellement le latin vulgaire que les soldats romains 
apporterent aux Gaulois; et dans les premiers siecles de noire ere, 
ce latin avait supplante le celtique par toute la Gaule, a I'excep- 
tion de I'Armorique et de quelques poipts isqles. Cent ans apres la 
conquete, les femmes et les enfant^ (Jp la Gaule chantaient des 
chansons latinos, et I'usage du l^tip cjeyipt assez exclusif pour 
qu'au temps de Strabon on ne regarda): doja plus les Gaulois comme 
des Barbares. D'ailleurs le grand npmbre des fonctionnaires, des 
marchands, des colons et des solrlats rpmaiiis, la necessite pour 
les gens du peuple de plaider devant les tribu^aux romains, plus 
tard la conversion des Gaulois au christianisme, tput cpntribuait k 
leur faire appi-eudre la langue latine. 

En meme temps que, force par I3 necessjte, le peuple oubliaitle 
celtique pour le latiu vulgaire, les hautps classes gauloises, poussees 
par I'ambition, adpptaiput le latin litteraire et s'exergaient a I'elo- 
quence romaine, afin d'arpiypr aux fpnctipns pplitiques. Dfis Ip temps 
d'Auguste, la Gaule etait pour Rome une pepiniere de rheteurs et 
de grammajriens; les eeplps d'Autiii]? dp ppr.dp^ux pt de jLypn 
etaient celebpes dans tout I'eiupirp. Pljup se vante dans une de ses 
lettres que ses oeuvres sont connues dans toute la Gaule, et Juvenal 



4 INTRODUCTION. 

I'appelle « la nourrice des avocats » {nutricula cansidicorum). Cesar 
ouvrit le senat aux Gaulois; Qaude leur permit de pretendre a 
foutes les charges de I'Etat, sous la seule condition d'approndrc le 
latin; on voit sans peine pourquoi la noblesse gauloise oublia si 
vite le celtique. 

Cehii-ci disparut done de la Gaule en laissant cependani quel- 
ques faibles traces de son passage. On pent citer comme probable- 
raent empruntes au celtique : 



alouette, 

arpent, 

banne, 


bouleau, 

hraie, 

charme. 


dartre, 

dru, 

dune. 


lande, 
lieue, 
quai, 


bee, 
bouCf 


cervoise, 
claie, 


greve, 
jarret, 


Irogne, 
truand, etc. 



C'est un total d'un peu plus de cinquante mots. 

Nous devons aussi au celtique notre ancien mode de numeration 
par iiO (six-vingts, quinze-vingts, quatre-vingts, etc.), et I'emploi 
de a pour marquer la possession : la barque a Caron. 

4. Langue romane. — Le latin vulgaire et le latin litteraire 
poursuivirent done leur marche parallele, I'un dans la classe 
moyenne et le peuple des villes et des campagnes, I'autre dans 
I'aristocratie. — Mais, des le 5^ siecle, la scene a bien cliange : le 
latin litteraire se meurt; le latin vulgaire gagne rapidement du 
terrain. Modifie par la prononciation gaiiloise, ren force par 
une foule de mots germaniques, le latin vulgaire commence a 
apparaitre comme une langue distincto que les savants du lonips 
appellent dedaigneusement lingua romana rustic'a (c'est-a-<liic le 
latin rustique, celui des paysans), d'ou nous avons fait la langue 
romane pour designer ce nouvel idiome. A ce moment d'aillcurs, 
I'invasion des Barbares renversait I'empire remain : dans cette 
tourmente, I'administration, les ecoles, la justice, I'aristocratie, 
les lettres romaines, disparurent, et avec elles perit le latin 
litteraire, qui en etait I'organe et avail ete cree par elles. — Le 
latin litteraire ou classique, incomprehensible pour le peuple, reste 
desormais dans le domaine des savants pour lesquels il a ete jus- 
qu'au 16^ siecle une veritable langue vivante*. 

1. Nous passons le grec sous silenee dans cette ^tude, parce que cette langue 
n'a rien fourni, ou presque rien, au fran^ais, lors de sa formation populaire; il ne 
pouvait en *tre autrement : les Gallo-Romains et les Grecs ne furent jamais en 



* IIISTOIRE DE LA LANGUE FRANgAISE. ^ 

Quant aiix Barbares germains ils abandonnerent le germanique 
pour adopter la langue des Gallo-Romains qu'ils avaient vaincus. 
Bien des motifs expliquent poiirquoi les Franks abandonnerent 
le franciqiie pour le latin : le petit nombre des vainqueurs, la supe- 
lioiile intcllcctuelle des vaincus; enfin la conversion d^s Franks 
au christianisme. iMoins d'un siecle apres I'invasion, I'eveque de 
Poitiers, Fortunat, felicitait Charibert de ses succes dans la pra- 
ti![iie du lalin, taiidis que Gregoire de Tours raillait les mechants 
vers lalius de Chilperic. A Strasbourg, en 842, Louis le Germanique 
prele scrment en frangais devant I'armee de Charles le Chauve, 
prcuvc certaine que les soldats de ce dernier ne comprenaient 
plus ie germanique. Lorsqu'au siecle suivant (912) Rollon, due des 
Normands, jura fidelile a Charles le Simple, il avait a peine com- 
mence la lormule sacramentelle : Bij Got (Au horn de Dieu), dans 
son idiome germanique, que toute I'assemblee des seigneurs eclata 
de rirc; il lallait que Ic germanique fiit bien profondement oublie 
pour paraitre aussi ridicule et aussi barbare. 

Mais si le germanique ne parvint pas a supplanter la langue 
roniane, il la lor^a a adopter un grand nombre de mots. Ces mots 
representcnt les categories d'idees les plus diverses; la guerre, la 
navigation, la chasse y prennent la part la plus considerable, 
comme le prouvent les exemples suivants : 

Termes militaires : banniere, baudrier, beffroi, brandir, breche, 
butin, cotte, crampon, dard, epieu, gant, guerre, guet, hache-, hau- 
bert, heaume, heraut, etc. 

Tilres, institutions politiques et judiciaires : alleu, ban, bedeau, 
chambellan,^ echanson, echevin, fief, franc, gage, marche, marechal, 
senechal, etc. 

Termes de marine : bief, coche, ecume, falaise, flot, haler, havre, 
marais, mfit, mousse, etc. 

JSoms des points cardinaux : nord, ouest, sud. 



contact. I.a seule ville qui aurait pu nous mettre en rapport avec Tidiome grec, 
Marseille, colonic phoceenne, fut de bonne heure absorbee par les Remains, etle 
^grec originaire y ceda vite la place au latin. On cite les mots suivants comme 
:venus du grec et le plus souvent par I'intermediaire du »atHi : adragant, bocal, 
\bonrse, bouteille, boutique, chaland, chimie, chdmer, eglise, emeri, golfe, goiiffre, 
imigraine, osier, parole, plat, jwile, somme, serin, etc. II est bien entendu que 
^ lous parlons ici des mots venus par le peuple, et non des termes scientifiques 
^forges de nos jours par les savants et qui sont etudies au § 148 de notre gram- 
fmaire. 



t iNTtlODUCTlON. 

Regne animal : Mt, caille, ecrevisse, epervier, esLurgeoii, freux, 
hareng, heron, marsdtlin, martre, etc. 
Corps humain : echine, hanche, etc. 

Regne v^gdtal : alise, cressbn, gazon, groseille, if, roseau, etc. 
Habillement : aigrette, coiffe, echarpe, feutre, guimpe, etc. 
Habitation ; boitrg, creche, hartleau, loge, etc. 
Sentiments : effrayer, flatter, hair, ho.inir, orgueil, etc. 
Qiialit^s : bleii, bnin, gris, laid, morii^ riche, sale, etc. 

Mais c'est surtout dans les horns propres de personnes que le 
germanique a laisse le plus de traces : Adalbert, Adhemar, Adolphe, 
liertrand, etc. On en compte plusieurs milliers. 

Nous avons deja vu qu'a partir du 6" siecie le latin des paysans 
(la lingua romana rustica, la langue romane), fortihe par les nou- 
velles recrues faites dans lie vocabulaire des Barbares, s'etait impose 
aux letlres eux-memes et restait maitre de la Gaule. Des lors cetle 
langue ne fera que grandir et s'etendre jusqu'a ce qu'olle devicniie 
le francais.En 659 nous voyons que saint Mummolin liit ('hi (hcqnc 
de Noyon parce qu'il etait familier non sculemcnt avec l'allen)and, 
mais aussi avec la langue romane. Saint Adalhard, abbe de Corbie 
(mort en 826), prechait dans les trois langues, c'est- a-dire en roman, 
en allemand et en latin, avec uhe abondance pleine de douceur. 
Charlemagne, dans ses Capitulaires, ordonne aux prelres de precher 
en roman. Les conciles de Tours (813), de Mayence (847), d'Arles 
(851) recommandent aux eveques d'expliquer les saintes Ecritures 
en langue romane rustique. 

5. Premiers monuments de la langue francaise. — Les pre- 
mieres traces de cette vieille langue se trouvent dans un glossaire 
hilin-roman contenu ddns un manuscnt de Tabbaye de Reichenau, 
(I qui remonte au 8* siecie. On y voit le latin minas (menaces) 
traduit dans le francais d'albrs p^r manatees; csemenlarii (macons) 
par maciones; manipuli (gerbes) par garbx; laterum (tuiles) par 
teularum; caseum (fromage) par /ormaiicwm; singulariter (seulement) 
par soidniente, etc. 

Le glo.smire de Cassel, du 8^ siecie ou du debut du 9% donne en 
roman queiques noms de parties du corps, d'animaux, de v6le- 
nicnts, etc. : mantum (nienton), tdlum (talon), uncla (onglie), ducd 
(oie), cuppa (coupe), etc. 

Mais le premier texte officiel en langue romane est celiii des 
fameux serments de Strasbourg que preterent Louis le Germaniqlie 



IIISTOIRE DE LA LANOtJE FRANQAlSE. , 1 

a sun Irrrc Cluules lo (Ihanve, ct Tarmee de Charles le Ghauve k 
Louis le Germailiqiie, au mois de mars de I'annee 842; Lite void I'un 
et Taiitre tels qti'ils nous ont ete Iralismis : 

I. Serment de Louis le GermanIque. 

Pro Deo simiir el pro chrislifkn poblo et hostro corhmun salva- 
metit, d'ist di en avatlt, in quant Deus savir et podir ine dunat, si 
salvat-ai ed bist ineon fradre Karlo et in adjildha et in cadhutia 
cosa, si cuiii om per dreit son fradra salvar dilt, in o quid il mi 
allresi iaiet, et ab Ludher nul plaid nuriqltam prindrai^ qui, meon 
vol. fist iiieoii fradre Karle in damno sit^ 

II. SERMENt DES SOLDATS DE CiIaRLES LE ClIAtlVE. 

Si Lodhuwigs sagrament, que son fradre Karlo jurat, conserve:?- 
ct Kailus meos seiudra de sue part lo suon franit, si io return^.*' - 
non Tint pois, ne io, ne neiils, cui eo returnar int pois, in nuU^ 
adjudlia contra Lodhuwig nun li iv er^. 

Au 10 sirclc, avoc la CantUene de s&mic Eulaiie, court pbeme de 
trento vers, a|>i)a!ait le premier usage du francais cottilTie laiigUe 
poetique. line lionielie do la meitie epoqiie sur la prbphetiie de 
Jonas, connue soils le nom de Fragment dt Valenciennes; deux 
poemes assez courts sur la Passion de Jesns-Vhrist en francd-prb- 
vencal et sur la Vie de saint Leger en bourguignon, nous montrent 
la lailgue et la pbesiie gi-artdissant dans I'ombre, jieitdAnt qu'ache- 
vait de niourir la rdyaut^ decrepitie'des CaHdvingiens. 

Au 11' siecle la lailgUie francaise est desormais hors de page. Nous 
avons de cetle !ej)0'que la Vie de saint Alexis, petit poeme en vebs 
de dix syllabes^ qublqiies debris des Lois de Guillanme le Conqn^- 
)aid, la chaiisu'n du Pclcrinage de Charlemagne. Puis du il* au 

1. Traduction : Pour ramolir de Dieu et pbUr le saliit du peuple chretiieti et le 
noire, de ce jour en avant, autant que Dieil me donne savoir et pouvoir, je sauverai 
rnon frere Charles et en aide et en chaque chose (ainsi qu'on doit, selon la justice, 
sauver son frere), a condition qu'il en rasse alitartt pbUr hioi, et jfe ne iferli aV^fc 
Lothaire aucun accord qui, par ma volonte, porte prejudice k mon fr^re Charles 
ici present. 

2. Tradlction : Si Louis garde le sermeht qu'il a jure k sori fr^re ChJMhleS, et qti^ 
Charles mon seigneur, de son cot^, rompe le sien, si je ne Ten puis detourner, ni 
moi. ni nul que j'en puis detourner, ne lui serai en aide centre Louis. 



0- INTRODUCTION. 

i5» siecle se developpe uiie litterature originale, une poesie lyrique, 
gracieuse et brillante, une poesie epique grandiose et dont la 
Chanson de Roland reste I'expression la plus parfaite. 

C. Langue d'oc et langue d'oll. — Le latin ne s'etait pas 
repandu seulement en Gaule, mais aussi en Italie, en Espagne, en 
Portugal, sur les bords du Danube et dans le sud-ouest de la Suisse. 
II avait ainsi donne naissance au frangais, au provengal, a I'italien, 
a I'espagnol, au portugais, au roumain et au rh^to-roman, langues 
dont Tensemble forme les langues romanes. Mais dans I'interieur 
meme de ces pays que d'idiomes differents! En France, le romau 
parle au bord de la Somme etait loin de ressembler au roman parle 
sur les bords de I'Aude et differait m^me sensiblement de celui 
qu'on parlait sur les bords de la Seine. Du nord au midi, le fond 
de la langue etait le meme; mais la forme variait presque a I'intini. 
Cependant, en s'appuyant sur un certain nombre de caracteres 
identiqucs dans chaque region, on a pu divisep artificiellement le 
francais en dialectes. On distingue d'abord deux grands groupes 
separcs par une ligne imaginaire qui irait de la Gironde a Lyon et 
a Geneve. Au nord de cette ligne regne la langue d' oil ou francais; 
au sud la langue d'oc ou provencal. Ces noms de langue d'o'il et de 
langue d'oc viennent de ce que oui etait oil (lat. hoc-^illi) au nord, 
oc (lat. hoc) au midi. Dante ecrivait vers la fm du 13* siecle : « Les 
uns affirment en disant oc; les autres (les Italiens), si; d'autres, 
oil )) {De Vulgari Eloquio). 

7. Dialectes de la langue d'oc. — La langue du sud, la langue 
d'oc, comprenait : a I'ouest le gascon, qui se rapproche de I'espa- 
gnol; dans les Pyrenees-Orientales, le Catalan; dans I'Aude et 
I'Herault, le languedocien ; au nord, le limousin, I'auvergnat et le 
rouergat, assez proches du francais; a Test, le provenQal et le 
dauphinois ; enfin le Savoyard qui se rattache aussi aux dialectes 
du sud de la langue d'oil, avec lesquels il forme un groupe inter- 
mediaire que Ton a appele franco-provengal. 

Tons ces dialectes ont ete paries et ecrits jusqu'au 1-4* siecle et 
ont donne naissance a une brillante litterature; mais la sanglante 
guerre des Albigeois ruina la civilisation meridionale. En 1272, 
ie Languedoc passe a la France, et I'introduction du francais suil 
de pres cette annexion. On cesse d'ecrire la langue d'oc; ses dia- 
lectes tombent du rang de langues litteraires a celui de patois. 
Us persistent encore dans les campagnes du Midi, et de nos jours 



HISTOIRE DE LA LAKGUE FRANgAISE. # 

quelques poeles : Jasmin, Aubanel, Roumanille et Mistral ont essaye, 
non sans succes, de leur renare une vie nouvelle. 

Ces dialccles ont d'ailleurs iaisse dans le frangais moderne des 
tennes divers diis aux relations commerciales et politiques IVe- 
quentes des le debut du moyen age. On pent citer : 



abeille, 


cadeau, 


dot, 


madrier. 


aubade, 


cadenas, 


embrun, 


mante, 


badaud, 


calanque, 


escalier, 


mistral, 


badin, 


camail. 


gabelle. 


ortolan, 


ballade, 


carguer, 


gabarit, 


panade, 


barrique, 


carnassier, 


galoubet, 


rcmous, 


b^reU 


charadef 


Jarre, 


sarrasiu, 


cabri, 


cigahi 


luzerne, 


velours, elc. 



8. Dialectes de la langue d'oil. — La langue du nord, la 
langue d'oil, etait a son tour partagee en plusieurs dialectes : a 
I'estje groupe champenois-bourguignon et le lorrain; an nord, le 
wallon ; au nord-ouest, lepicard et, plus au sud, le normand, dont 
s'est detache I'anglo-normand (Angleterre) ; au sud-ouest, le poi- 
tevin et le saintongeais assez proches du provenfal; au centre, It. 
francien ou dialecte de I'lle-de-France*. 

Ces divers dialectes eurent, comme ceux du Midi, un certain 
developpement litteraire au moyen age. Mais des le 12" siecle le 
dialecte de I'lle-de-France commence a prendre une importance 
preponderante. 

Comment ce dialecte de I'lle-de-France, le fran^ais, a-t-il plus 
tard ete adopte comme langue commune plutot que le normand ou 
le bourguignon ? Tant que les rois capetiens, humbles seigneurs de 
rile-de-France et de rOrleanais,restent depourvus de toute influence 
hors de leur domaine royal (c'est-a-dire depuis le 10" siecle jus- 
qu'au 12"), le dialecte francais n'a, hors de ces deux provinces, 
aucune notoriete. Mais des le 12" siecle les petits rois de France 
commencent a s'agrandir aux depens de leurs voisins : ils 
s'annexent successivement le Berry (1101), la Touraine (1205), la 
Normandie (1204), la Champagne (1284), la Picardie (1465), et 
apportent avec eux, dans ces nouvelles provinces, le dialecte de 
rile-de-France, le frangais, qui remplace alors dans chacune d'elles 
les dialectes indigenes, et ne tarde point, etant la langue du roi, a 

1. Nous indiquerons dans notre chapitre n sur la Formation du vocabu/aire 
(Section I, Phonetiqtte) les principaux caracteres de ces dialectes. 



ib INTRODUCTION. 

6tre adbpte comitle tin molele dfc bon ton. Rebelle a cctte invasion. 
le peuple seul, dans chaque province, garde son ancien dialecte ct 
refuse d'£lccepter le frangais. Cessant alors de s'ecrire, les idiomes 
picard, champenois-bourguigndn, normand, etc., tombent rapi- 
deinent du rang de dialecte (c'est-a-dire de langue litteraire ecrile 
et parlee) a I'humble etat de patois (c'est-a-dire d'idiome non 
ecrit et seulement parle). A cette date (le \¥ siecle) ou les dia- 
lectes des provinces tombent a I'etat de patois, tandis que le dia- 
lecte de rile-de-France devient la langue commune du royaume, la 
langue cVo'il est morte, et la langue frangaise hait a Thistoire. EUe 
envahira par la suite meme les pays de langue d'oc. 

Les patois que nous trouvons aujourd'hui dans les <;iiiip;i-n( ^ rl 
dont nous avons parle au debut ne sont done point, comme on le 
croit communement, du frangais litteraire corrompu dans la houche 
des paysans; ce sont les debris des ancicns dialcctes provinciaux 
que les evenements politiques ont fait dcchoir du rang de langiics 
ecrites a celui de patois. 

Ces dialecte^ de la langue d'o'il, surtout le normand et le picard^ 
©nt laisse de nombreuses traces en francais : Benet, bercail, bocage, 
bouquet, broc, caboche, caillou, calumet, camus, canevas, copoan, 
crevetle, ecaille, equiper, escarbiilis eslaminet, etriqiKM*, Cabliau, 
faille, (laqne, Courgon, fieliiqiiol, girolio, gi'isou, houille, pouliche, 
quai, trique, troqiior, vergue, etc. 

9. Resume de I'histoire du francais populaire. — Kn sonmic, 
on voit que le francais u'est iiiiUenienl IbrrtH' des (h'liris dii cri- 
tique, et Ton pent ainsi resumer son iiisloiiv : le lalin vulgairc, 
transporte en Gaule par les soldats de (^csar, < tuiiric protttpteni^nt 
la langue indigene, le cellique, et dt)hne naissance par de leiites 
transformations a un idiome nouVeali, la langue rohiane^ anqiiel 
les envahisseurs ajoutent un certaiii nontbre de mots germains 
relatifs au regime feodal, a la guerre, a la chasse, etc. De cette 
langue romane, assez diverse suivant les regions, Un dialecte, celui 
de rile-de-France, supplante pen a peu tons les aiitres et devient 
au 14" siecle la langue frditgaise. 

10. Mots d'origine etrangere et d'origine savante. — A ce 
fonds ancien de la langue, qu'bn appelle le frangais populaire, 
sont venues s'adjoindre deiix categories de mots nouveaux : mots 
d'origine etrangere, mots (Vorigine savante. 

I. Mots iETt\\?5GERs. — Les mots etrangers ont ete importes par 
diverses circonstances politiques, dont les principales sont : 



hlSTOlRE DE La langue franc-aise, M 

i" Au 13» siecle, les croisades et le collimerce avec I'Onent, 
qui ont introduit chez noiis un petit iioiiibi^^ de mots arabes ou 
orientaux : 



alcali. 


caramel, 


haras. 


nadir. 


alcool, 


chiffre, 


honsse, 


orange. 


algebre, 


cimelerre, 


lilas, 


safrdn. 


ambre, 


cramoisi. 


magasin, 


sultan. 


amiral. 


divan. 


malelas. 


tabouret.^ 


arack. 


dlixir, 


mesquin, 


tamarin, 


azur, 


gazelle, 


moire, 


turban. 


cafe, 


^girafe, 


mosquee, 


zero, etc. 



2° Au 16% nos guerres d'Jtalie et I'influence de la Renaissance, 
qui nous ont apporte plus de cinq cents termes d'origine italienne, 
surlout de guerre et d'arl : 



accorl, 


balcon. 


hourrasque, 


cartouche. 


of fide, 


baldaquin, 


boussoJe, 


charlatan. 


affront, 


baluslre. 


bravache, 


ci'adelle. 


agio, 


bandit. 


bravade, 


colonel, 


olerte, 


banque, 


bravoure. 


cbiirtisdn, 


aquarelle, 


barricade. 


brigand. 


faquin. 


arlequin, 


bastion, 


cabinet, 


fanlassin, 


arquebuse, 


belvedere, 


caporal, 


fresque^ 


arsenal, 


bilan. 


carafe. 


lagune. 


bagatelle. 


bombe, 


caricature. 


lazzi, etfc. 



S-*? Au 17% rinduence de i'Espagne sur la cour de Loiiis Xltl, qui 
nous donna quelques rnbts est)agnols : 



alcove, 

alezan, 

algarade, 

anchois^ 

caban, 

camarade, 



caparagon, 

cape, 

casque, 

chocolat, 

cigare, 

Creole, 



embaroadere, 

epagneul, 

flottilie,. 

guitare, 

indigo, 

jonquille. 



laqunis, 

maiWillle, 

marmclade, 

merinos, 

pamde, 

patache, etc. 



4° Nos guerres avec rAUemagne a differentes epoques, qiii onl 
importe ; 

balle, MocUs, burin, cducheMar, 

bierCf bduievard, cat^he, cibUf 



12 



INTRODUCTION. 



dalle, 

fifre, 

gangue^ 



iialle, 

havresac, 

hulte, 



k^pi, 
obus, 
quartz, 



sabre, 
rosse, 
zinc, et'v 



5° Enfin, dans notre siecle, les relations d'induslrie, de com- 
merce, de societe, qui furent la cause premiere d'une invasicn de 
mots anglais, tels que : 



bol, 

boxer, 

break. 


club, 
coke, 
conforl. 




fashionable, 

grog, 

jury. 


rail, 

redingole^ 

tunnel. 


budget, 
cabine, 
clown. 


cottage, 

dock, 

drainer, 




pamphlet, . 

paquel, 

pcniche, 


verdict, 
wagon, 
ivhisl, etc. 


Ajoutons encore 


que nous 


devone 


5 a I'Asie les mot: 


3 '. 


bambou, 

brahmane, 

cangue. 


casoar, 
comae, 
datura, 




jonque, 
jungle, 
orang-Qutang, 


palanquin, 
pana, 
thd, elc. 


Et a TAmerique 










ananas, 


caoutchouc, 


jaguar, 


sapajou, 


cacao, 
canot, 


colibri, 
condor, 




ouragan, 
pirogue, 


sarigue, 
tapioca, etc, 



II. Mots savants. — A cote du frangais populaire, qui est 
I'oeuvre du peuple, — et des mots strangers importes en France par 
les circonstances politiques, — il faut distinguer une troisieme 
couche de mots, ceux qui ont ete crees par les savants et dont le 
nombre augmente tons les jours. Ce francais des savants se com- 
pose de mots empruntes directement par eux soit au grec (comme 
autopsie, anthropologic, microscope, cosmographie) , soit au latin 
(comme relation, proportion, primMittition, precession, coordination, 
etc.). Cette importation de mots grecs et latins, presque aussi 
ancienne que la langue, et tres considerable du 13* au 15^ siecle 
grace a I'intluence des clercs et au developpement de la.connais- 
sance du latin, a ete surtout excessive au 16' siecle, ou les erudits 
de la Renaissance forgerent ainsi plusieurs milliers de mots nou- 
veaux, parfois mal formes, et dont un grand nombre fut proscrit 
par Malherbe et les grands ecrivains du 1 7* siecle. 



HISTOIRE DE LA LANGUE FRANgAISE. IS 

ii. Mots d'origine historique, onomatop6es. — En dehors de 
{'influence dn latin et des langues etrangeres, le francais a cree 
quelqucs mots empruntes a des souvenirs historiques, ou formes 
par imitation de sons. De la deux classes de mots, peu nombreux 
du reste : les mots cVoriqine historique et les onomatopdes. 

V Les mots d'origine historique designent presque toujours aea 
importations nouvelles; par exemple, des etoffes : marfras, indienne, 
nankin, mousseline, cachemire, calicot, perse, damasy andrinople, 
roiiemierie, gaze, etc., de Madras, hide, Nankin, Mossoul, €acite- 
viire^ Calicut, Perse, Danias, Andrinople, Rouen, Gaza, heux oil ces 
tissus furent fabriques pour la premiere fois; — des vegetaux: 
dahlia, fleur dediee ati botaniste Dahl par Cavanilles, en 1789 ; can- 
taloup, melon re'colt^ a Cantaluppo, villa des papes, aux environs 
de Rome; fuchsia, plante ainsi appelee a cause de Leonard Fuchs, 
botaniste bavarois du 16^ siecle; magnolier, arbre importe en 
France par Pierre Magnol (1715); camelia, plante importee du 
Japon en Europe par le P. Camelli ; nicotine, sue veneneux du tabac 
qu'on appela d'abord nicotiane, a cause de J. Nicot (1530-1600) 
qui introduisit le tabac en France, etc. ; — des inventions : guillo- 
tine, macadam, mansarde, stras, ainsi nommees d'apres leurs inven- 
teurs, le docteur Guillotin, I'ingenieur anglais Mac Adam, I'archi- 
tecte Mansart, le joaillier Stras. 

On pent encore citer : jeremiade, allusion aux lamentations du 
prophete Jeremie; — cognac, curagao, guinee, qui indiquent la 
provenance; — cordonnier (pour cordouanier), proprernent a qui 
travaille le cuir de Cordoue »; etc. Un tartufe, un ampJiitryon 
rappellent deux pieces de Moliere bien connues; les riflards nous 
viennent d'une piece de Picard, la Petite Ville (1801), ou le per- 
sonnage Riflard etait arme d'un enorme parapluie, etc., etc. 

2° Les onomatopees (du grec onomatopoi'ia, action de former un 
nom) sont des mots fo4^ges pour imiter un son; par exemple : les 
cris des animaux, croasser, miauler, japper; — la parole humaine, 
babiller, caqueter, chuchoter, marmotter; — divers bruits naturels, 
clapoter, croquer, crac, drelin, clic-clac, frou-frou, poujfer, cliquetis, 
fanfare, glouglou, flic flac, pan pan, etc. ; — quelques interjections, 
bah, qui donne ebahir; hue, qui donne huer, etc.; — le langage 
des enfants, qui redoublent volontiers la syllabe principale d'un 
mot '. fan fan {&' enfant), papa, maman, etc.*. 

1. Voyez Dictionnaire itymologique de la langue franfaise, par A. Brachet. 



U INTRODUCTION. 

12. Statistique 4e la lap^ue francaise. — En terminant ces 
notions snr I'histoire de notre langue, montrons par qnelques 
chidres dans qnelles proportions ces trois elements — franrais 
populaire, — mots d'origine etrangere, — mots d'origine savante 
ou arti^cielle — se sont reunis pour former la langue francaise. 
Nous prendrons pour base de ce calcul la derniere edition (1878) 
du Dictionnaire de VAcademie franfaise, qui contient environ 
32 000 mots ; sur ces 32 000 mots, 20 000 sorit d'origine sava?il^ ou 
d'origine dtrangere; 12 000 seulemenl composent ce que nous appe- 
lons le francais d'origine populaire. Sur ces 12 000 mots, 8 000 en- 
viron, tels aup pauvre\ie, faibl ir, r^aigr ir, sont crees directement 
par le francais a I'aide des mots simples pauvre, faible, maifjirey 
^Xc. Les mots simples qui sont le vr^i npyau de la langue se re- 
duisent a 4200 environ, dont 3800 sont d'origine latine, et 400 
sont des mots allemands apportes par Ips Germains avec rinyasion 
barbare. 



GRAMMAIRE FRANCAISE 



BUT ET DEFINITION DE LA GRAMMAIRE 



45. Nous parlons a I'aide de propositions, qui sont com- 
posees de mots, et.les mots a leur tour sont composes de 
sons et di articulations que Ton represente par des lettres. 

14. La grammaire francaise eft la reunion des regies 
suivies par la langue francaise pour former les mots, modifier 
leur forme et les reunir en propositions. De la trois parties 
dans la grammaire : 

I. La Lexicologie, ou etude des mots, du vocabulaire; 
11. La Morphologic, ou etude des formes; 
III. La Syntaxe, ou etude des propositions. 

On fait remonter I'origine du mot grammaire au grec gramma, qui 
vcut dire tettre. La grammaire, d'apres I'etymologie, serait done seule- 
ment la connaissance des lettres de I'alphabet ou I'art de lire et d'ecrire. 
Mais cette science des lettres est Lien vite. devenue la science des mots 
et des lois qui les rogissent, soit dans la langue parlee, soit dans la langue 
ecrite. 

Lexicologie renionte au grec lexicos-logos, science des mots ; de memo 
vocabulaire , au latin vocabulum, mot, nom. 

Mor])liologie, au grec morphe-logos, science des formes. 

Syntaxe, au grec sun-taxis, arrangement, groupement. 




LIVRE I 



LEXICOLOGIE OU ETUDE DES MOTS 



CHAPITRE I 

DES SONS ET DE L'ALPHABET 

15. Nous parlons k I'aide de mots qui servent a exprimer 
iios pensees. Ces mots sont formes d'un ou^de plusieurs sons, 
qu'on represente dans I'ecriture par des signes appeles lettres. 

La reunion de toutes les lettres d'une meme langue s'appelle 
alphabet. 

De ineine que nous disons eu frangais I'ABC pour dire I'alphabet (a II 
ne mit pas lire, il faut le mettre a I'ABC))), les Grecs disaieiit TAB pour 
I'aljihabet, c'est-a-dire Valpha et le b^ta, qui designent en grec les deux 
premieres lettres, d'ou les Remains ont tire le mot alphahetum, devenu 
en francais alphabet. — Lettre vient du latin littera. 

16. L'alphabet francais est compose de vingt-six lettres, 
rangees dans cet ordre : a, h, c, c?, e, f, g, h, i, j, ky I, m, n, 
0, p, q, r, s, t, u, V, iv, x, y, z. 

Ces vingt-six lettres n'expriment pas tous les sons de la 
langue franc^aise. II y a encore en frangais d'autres sons simples 
que nous exprimons en reunissant ensemble deux lettres de 

conies SUPERIBCR. Si 



18 DES SONS ET DE L'ALPHABET. 

I'alphabet; ainsi, par exemple, au, om, ch sont des sons simples 
rendus par deux leltres. 

Pourquoi notre alphabet suit-il cet ordre bizarre oii les consonnes et 
les voyelles sont jetees p^p-me'e? Parce que notre alphabet nous vient 
de celui des Latins, qui ^tait d^ja dispose daas le meme ordre. Les Latins 
tenaient leur alphabet des Grecs (sans doute par I'intermediaire des 
colonies grecques du sud de I'ltalie) ; les Grecs avaient recu le leur des 
Pheniciens; quant k I'alphabet ph^nicien, il venait d'Egypte. Cet alphabet 
ne contenait que les consonnes, et ce furent les Grecs qui les premiers 
y inser6rent les voyelles, en transformant pour cet usage certaines con- 
sonnes aspir^es du ph^nicien, dont les Grecs ne se servaient pas. Ainsi 
s'explique le melange actuel, dans notre alphabet francais, des voyelles 
et des consonnes. 

A r^poque romaine il n'y avait que 23 lettres : le j et le v (c*est-a-dire 
i et u consonnes) manquaient. Aussi jusqu'au 46* siecle le francais confon- 
dait dans I'^criture i et j, u et v, bien qu'il les distinguiit dans la pronon- 
ciation; ainsi Ton ecrivait uiurai, auec, ioinct, pour vivrai, avec, joint, 
Gtjl, jnutile,avra, institvtion, pour t7, inutile, aura, institution. C'est le 
grammairien Jacques Sylvius (Jacques Dubois), qui le premier distingua 
\e j de Vi et le v de I'm (1531). Cette distinction, r^clamee aussi plus tard 
par p. Corneille en 1664, ne fut admise que dans la quatrieme edition 
du dictionnaire de I'Academie (1762). 

Le w est une lettre d'importation etrangere et moderne. 

17. Syllabes. — On appelle syllabe une ou plusieurs 
lettres qui se prononcent d'un seul coup. Ainsi bon-te a deux 
syllabes : ton et te; a-po-tre en a trois; re-si-den-ce en a 
auatre. 

Syllabe est tir6 du grec sullahi, reunion « de lettres ». 

On appelle monosyllabe un mot d'une syllabe; dhsyllabe, 
un mot de deux ; trissyllabe, un mot de trois ; polysyllabe^ en 
general, un mot de plusieurs syllabes. 

Tous ces mots sont tires du grec : nwnosullahos (une seule syllabe) ; 
dissullabos (deux syllabes); irissuUabos (trois syWahes) ; poltisullabos (plu- 
sieurs syllabes). 

18. On appelle syllabe muette celle qui est terminee par 
un e mu»^vComme me dans j'aime. 



DES SONS ET DE L ALPHABET, 



19 



II faut remarquer qu'en poesie Ve muet s'elide devant une voyelle ou 
une h muette dans Je corps du vers, et ne compte pas a la fin. Ainsi le 
vers : 

La cigogne au long bee n en put attraper miette. 

ii'a que douze syllabes. (Voy. § 1073.) - 

19. Tous les sons de la langue fran^aise peuvent se repartir 
en doux classes : les voyelles et les consonnes. 

L'ensemble dej'appareil vocal chez I'liomme pent assez bien etre com- 
pare a un jeu d'o'rgue avec sa soufflerie, son anche et ses tuyaux. La souf- 




Cordt^ vccalea 
Glotte 
CEcci^haae 
Tiachee art ere 
Air expire variant des 
poumojw^ 



iienc est representee par les poumons qui emmagasinent de I'air, pui." 
Ic chassent avec plus ou moins de force. 

Le reste de I'appareil vocal est contenu dans le cou et la partie infe- 
ricure de la tete. II se compose : 1° d'un tube vertical ou tracMe-artere, 
termine par une partie plus compliquee, le larynx; 2° d'une serie de 
cavites : arriere-bouchc ou pharynx, bouche, fosses nasales. Ces cavites 
communiquent entre elles et peuvent modifier Icur forme et leurs rap- 
ports sous Taction de la volonte. 

Quand I'air envoye par les poumons penetre dans la trachee-artere, 11 



20 DES SONS Et DE L^ALPHABEl. 

doit, pour arriver dans I'arriere-bouche, passer par le larynx. La partie 
suporieure du larynx presente un retrecissement appele gl&tte, limite par 
deux membranes horizontaies qui peuvent se tendre a volonte et aug- 
mentor ou diminuer rorifice glottique : ee sont les cordes vocales. Quand 
ces cordes sont tendues et qu'un courant d'air les frole, elles entrent en 
vibration comme I'anche d'un luyau d'orgue et produisent un son. Plus le 
courant d'air est fort, plus le son est intense ; plus les cordes sont ten- 
dues, c'est-a-dire raccourcies, plus le son est eleve dans la gamme. 

Apres avoir traverse la glotte le courant d'air arrive dans la cavite 
buccale et fait entrer en vibration I'air qui y est contenu. 

C'ette cavite buccale augmentee ou non de la cavit^ nasale, suivant que 
le voile du palais est abaisse ou releve, joue le role dun simple resonna- 
teur, le role de la caisse d'un violon ou d'une guitare : elle sert a renfor- 
cer le son glottique etSlui donner un timbre particulier. De meme que 
la meme corde placee sur une caisse de violon ou sur une caisse de gui- 
tare ne rend pas le meme son, de meme les cavites sup^rieures, modifiees 
par les deplacements des levres, de la langue, du voile du palais, peuvent 
donner au meme son glottique des timbres differents. 

D'autre part, les diverses parties mobiles de la cavite buccale peuvent 
se rapproclier de facon a constituer comme une seconde glotte que le 
courant d'air expire fait vibrer. Les vibrations se produisent sur trois 
points principaux : 1" entre le voile du palais et la base de la langue; 
2° au point de contact de la pointe de la langue avec I'arcade dentaire 
superieure; 3° a rorifice labial. 

En resume, il y a done dans I'ensemble des organes phonateurs deux 
centres de production de sons : la glotte et la cavite buccale ; plus un 
ensemble de resonnateurs : les cavites superieures. 

Ccci pose, on appelle voyelle le son glottique modifie par les diverses 
resonances des cavites superieures. 

On appelle consonnes les bruits produits avec ou sans vibration des 
cordes vocales, par Taction des diverses parties de la cavite buccale. Les 
consonnes peuvent done etre palatales, dentales ou labiates. 

Le langage articule est la reunion des sons voyelles et des sons con- 
sonnes, dont I'association, la juxtaposition constitue les mots variables a 
I'inlini. 



SECTION I 

V0YELLE3 

20. On appelle voyelle un son qui pent se prononcer sans 
le secours d'aucun autre. II y a six voyelles en frangais : a, e, 
i, 0, u, y. 

Voyelle vient du latin vocalis, a qui ^met une veil ou un son ». 



V0YELLE5. 21 

Si Ton voulait tenir corapte de toutes les nuances de la prononciation, 
le nombre des voyelles serait presque illiraite; mais on peut, en ne s'arre- 
tant qu'aux differences essentielles, distinguer dans le francais moderne : 

l** Quatre voyelles oirvertes : a, e, d, eii, comnie dans ptite, nter, encore, 
heure. 

2^ Sept voyelles fermees : «, e, i, 6, eu, oii, u, comiije dans jy«/<e, tlid. 
Hid, lot, lieu, bijou, lu. 

All total 11 voyelles differentes, que Ton peut grouper aiiisi, en allant 
dans cbaque ordre de la plus ouverte a la plus fermee. 




Nous avons vu que I'alphabet francais ne possede que letlres repre- 
sentant des voyelles a, e, i, o, u, y; encore y ayant le meme son que i, 
le nombre se reduit a 5. L'on a sUpplee a cette insuflisance : 1° au 
moyen d'accents : e, b; 2° au moyen de signes doubles : eu, ou. 

NoTA. — On compte dans le Dictionnaire de I'Academie (1878) : environ 
2400 .mots commencant par A; — 2240 par E, EU, E et E;. — 1450 pari; 
— 700 par et OU ; — 123 par U. 

2 1 . Toutes les voyelles peuvent etre breves ou tongues, selon 
qu'on les prononce vite ou lentement; ainsi a est bref dans 
patte, et il est long dans pate ; e est bref dans jelte, et long 
dans fete, etc. 

11 est assez difficile de dire dans quels cas en francais une 
voyelle est breve ou longue. II y a cependant une regie paur 
toutes les avant-dernieres syllabes : les voyelles y sont ordi- 
nairement breves quand elles sont suivies d'une consonne 
double : patte, hu tte, irom\ie tte, he lie, etc. ; sauf loi'sque cette 
consonne double est rr : terre, serine, verre,ou le premier e 
est long. 

Dans I'ecriturela longueur des voyelles est souvent indiquee par I'accent 
circonflexe ; mais il n'en est pas toujours ainsi ; par exemple : passer, 
arruser, (jrossir. Parfois rn^me I'accent circonflexe est sur une brove : 
Ii6i>ilal. 



22 DES SONS ET DE L'ALPHABET. 

22. La lettre e sert k marquer en tran^ais trois sons tout k 
fait difl'erents : 

1« Un son sourd d'une nature particuliere, que Ton appelle 
e muet, parcequ'il est le plus faible de tons nos sons frangais. 
C'est cet e que Ton entend a peine dans venir, tenir, et qui 
devient tout a fait nul dans appeler, clever, pelerin, charre- 
tier, que nous pronon^ons en realite apler.eVver, pelWin, 
char tier. — Ve miiet ne porte jamais d' accent. 

2^ Un son aigu, que Ton appelle e ferin6, comme dans : 
aim&, hont^. Cet e est ordinairement marque par un accent 
aigu ( ' ). 

L'e est encore ferme dans tons les mots termines en r, lors- 
que r y est muet : verger, rockery aimer et dans les mots : 
assez, et, nez, pied, etc. 

S*' Un son tres ouvert, que Ton entend dans terre, mer, 
enfer, proces, succ^s. On appelle cei eVe ouvert; on le dis- 
tingue ordinairement par un accent grave (^ ). 

On ne met pas d'accent quand Ye ouvert est suivi de deux 
consonnes (comme dans peste, reste) ou qu'il precede IV so- 
nore qui termine un mot, comme dans fer, ver, amer. 

Ge son de e ouvert est aussi rendu tantot par ai, comme 
dans clair, eclair, qui se prononcent reellement clere, eel ere, 
— tantot par ez, comme dans peine, Seine, que Ton prononce 
pene, Sene. 

C'est P. Corneille qui demanda le premier, dans la preface de ses 
ouvrages, qu'on distinguat les trois sortes d'e par I'accentaigu et I'accent 
grave. 

En resume, notre ecriture represente e ouvert de quatre 
manieres differentes : par e dans fer; — ■ par e dans mere; — 
par ai dans faire; — par ei dans Seine. 

Du reste, il s'en faut de beaucoup que la representation des sons par 
I'ecriture corresponde toujours a la veritable prononciation. Ainsi le son 
de a nasal (voy. § 25) s'ecrit an dans ancien; en dans sentier; aon dans 
taon. — Oua se retrouve dans Souabe et dans roi. Etc. 



VOYELLES. 23 

D'autre part les memes signes peuvent represenler des sons differents : 
Ai correspond a e dans satisfaisant ; — a e dans maison. 
En correspond a a nasal dans pente; a e nasal dans paien; etc. (Voy. 

§251. 

25. Y dans le corps d'un mot et precede d'une voyelle se 
prononce comme deux i : pays, moyen, joyeux, qui se pro- 
noncent pai-is, moi-ien, joi-ieux, c'est-a-dire que le premier 
des deux i va se joindrea la voyelle qui precede. — Danstous 
les autres cas, il se prononce comme i : yeux, analyse Jury. 

Dans les mots Bayard, Bayonne, bruyere, Cayenne, La 
Fayette, Mayence, Mayenne, mayonnaise, Vy, quoique precede 
d'une voyelle, se prononce comme i dans aieul. {Ba-iard, 
Ba-ionne, brii-Ure, etc.) 

Tl y a dans le Dictionnaire de I'Acad^mie (1878) environ 940 mots en 
frangais qui ont un y ; cette voyelle vaut deux i dans pr6s de 250 mots 
et un i dans 710. 

24. Diphtongues. — On appelle diphtongue la reunion de 
deux ou trois voyelles qui se prononcent par une seule emis- 
sion de voix, comme ui dans hmleux. Ui, compose des deux 
voyelles u et i, est une diphtongue. 

Diphtongue est emprunte au latin diphlongus, traduction du grec dis- 
phthoggos, qui signifie « deux sons ». On prononce bien en effet ces 
groupes de voyelles par une seule emission de voix, mais en gardantleur 
valeur aux divers elements du troupe. 

L6s principales diphtongues sont ia, i6, io, iou, ieu; u6, 
ui, ueu; oua, ou6, oui. Ex. : piano, pied, pioche, piou- 
piou, pieuvre, ruer, suie,lueur; douane, fouet, oiii,etc, 

Malgre les apparences, les groupes se, ai, au ; ei, eu ; ce, ou, ne sont pas 
des diphtongues et correspondent a des sons simples. (Voy. § 20.) 
Pour I'histoire de la diphtongue oi, voyez § 178. 

25. Voyelles nasales. — Toute voyelle suivie de deux 
eonsonnes dont la premiere est m ou n (comme o dans tom- 
her ou conter) est prononcee en partie par le nez, et estappe- 
lee pour cette raison voyelle nasale (Voy. g 56). 

11 en est de meme quand n ou m terminent le mot, comme 
dans an, en, vin, ton, un, daim, nom, etc. 



24 DES SONS ET DE L ALPHABET. 

Les principales voyelles nasales sont on, en; — in, ain, en, 
ein; — on; — um, nn, eun, que nous retrouvons dans pa», 
enXvev; — \in, ievvain, exam en, kein; — mouto??; — 
parfwm, importwn, (a) jewn. 

Ces diverses repi'esentations du son nasal par 1 ecriture n'offrent eii 
realite a I'oreille que quatre sons diflferents, an, en, on, eun, qui sont 
formes par les sons a, c, o, e. On retrouve la figuration exacte de ces 
quatre sons dans enfant, European, raenton, a ieun. L'experience de- 
montre en elfet que i, on, ii ne peuvent etre nasalises, c'est-a-dire pro- 
nonces en partie par le nez, parce que quand on les prononce, le voile du 
palais se releve et ferme conipletement les fosses nasales. Cette verite a 
ete reconnue par I'abbe de Dangeau des 1694. 

26. De meme que les voyelles, les diphtongues peuvent aussi 
devenir nasales ;«^ainsi ia donne ian (v/owde), ie donne ien 
(chveXien), etc. 

Mais si n ou m sont suivis d'un second n ou d'un second m, 
le son nasal estfortement attenue; c'est ainsi que an s'attenue 
dans flynuioJ; en dans ewnemi, on dans towner, etc. 



SECTION II 

CONSONNES 

Ti . On appelle consonne une articulation du son qui varie 
suivant les mouvements de la langue, des levres, etc. (voy. 
§ 19)- 

Nous avons en francais vingt signes pour les consonnes •. 
b, c, d, f, g, h, j, k, i, m, n, p, q, r, s, t, v, w, x, z. 

Pas plus que pour les voyelles, il n'est possible de noter I'infinie va- 
riety des consonnes prononcees. 

On appelle ces leltres consonnes, du mot latin consona : qui se prononce 
avec, a I'aide de; parce que ces articulations ont besoin pour se faire 
entendre de I'appui d'une voyelle avant ou apres elles. Cependant /, r. s, 
ch, f peuvent se prononcer seules. 

28. It faut ajouter a ces vingt lettres les consonnes com- 
poses ch, ph, th que Ton entend dans otianvre, phzVosophe, 
theme. _ 



CONSONIfES. 25 

29. Le w n'est pas une lettre fran^aise, mais il se rencontre 
Bouvent aujourd'hui, par suite deTinvasion desmots etrangers 
dans noire langue. Dans les mots anglais il se prononce on : 
whz's/, whi.9, tramway (prononcez oxkistey oniy, tramouai). 
Dans les mots allemands il se prononce v : Westphaliey 'Wei- 
mar (prononcez YestphaliCj Yeimar). 

50. Nous avons vu (g 19) que les consonnes peuvent se 
produire en arriere dans le palais ou I'arriere-bouche, contre 
les dents, entre les levres, sur les bords ou a Textremite de la 
langue. De la quatre sortes de consonnes : les palatales, les 
dentales, les labiales, les marginales". 

II y a : 5 palatales : k (c), g, h. 

7 dentales : t, d, s, z, n, 1, r. 
6 labiales : p, b, f, v, m, w {ou). 
7} marginales : ch, j, y (i). 

oi. Parmi les consonnes les unes sont des bruits explosifs, 
instantanes, les autres peuvent etre continuees a volonte, 
d'autres sont sonnantes, c'est-a-dire accompagnees dune sorte 
de murmure laryngien, etc. En tenant compte de ces di verses 
nuances nous trouvons : 

6 explosives ou instantanees :p, b, t, d, k, g. 
6 continues : f, v, s, z, ch, j. 
A sonnantes : m, n, 1, r. 

2 semi-consonnes : y (i) (en hiatus devant une autre voyelle), 
w [ou). 

1 aspiree : h. 

52. Enfin dans chaque ordrede consonnes, explosives-labia- 
les, explosives-dentales, etc., on pent distinguer une consonne 
wnore et une consonne sourde, c'est-a-dire une consonne accom- 
pagnee ou non d'uno vibration des cordes vocales. 

Par exemple A- est, produit par un courant d'air passant dans la glotte 
sans rencontrer aucun obstacle; pour g au contraire, la gloUe se retrecit 
ft les cordes vocales sont mises en vibration par le courant d'air : k est 
une consonne sourde, g une consonne sonore. 



«6 



DES SONS ET 9B L ALPHABET. 



35. Nous avona essaye de resumer ces indications dans le 
tableau suivant : 



CONSONNES 



Explosives. . . 
Continues . . . 

Semi-consonnes 

Sonnantes . . . 
Aspir^e 



DENTALES 

sourdes 




MARGINALES 
sourdes sonores 



CH 



Y{i) 




54. A cette liste il faut ajouter le son N mouille, c'est-a-dire 
prononce avec I'adjonction d'un i semi-consonne, par exemple 
dans campagne. 

55. Le signe X ne repr^sente pas un son particulier, mais 
la reunion d'une palatale et de la dentale s; de sorte qu'il se 
prononce tantot commecs(luxueux), tantdt comme gz (examen). 

11 pent avoir aussi : le son du c simple : excellenty excep- 
tion; — le son de I's : six, diXy Bruxetles, Auxerre; — du k, 
Xeres; — enfin du z : dix-huit, dixieme, etc. 

NoTA. — D'apres I'Academie, x se trouve dans 1100 mots environ, et 
11 seulement commencent par cette lettre. 

56. La consonne h est muette ou aspir6e : l'^ EUe est 
muette lorsqu elle ne se fait pas sentir dans la prononcia- 
tion; exemple : I'h omme, Wiahitude, qu'on prononce comme 
s'il y avail Vomey Vabitude, 



1. On pourrait trouver jusqu'ft trols series de ?• si Ton voulait tenir coinple de 
toutes les nuances de la prononciation : 1<> R palatal, le r de ceux qui grasseyent 
en parlant; le r des Parisiens : un rasoir ; — 2* R dental, le veritable r, la 
littera canina des Latins, r roul6 ; — 3* R labial, le r quon fait entendre avcf 
les levres seules ; par exemple k la chasse pour faire l«v«r \m oiseaux. 



CONSONNES. ^ 27 

2« ETie est aspiree lorsqu'elle emp^che Telision, comme 
dans la haine (ne prononcez pas Yhaine), ou la liaison, comme 
dans' /es lieros (ne prononcez pas les zhe'ros). 

II y a dans le Dictionnaire de I'Academie environ 730 mots coramencant 
par h; 450 ont I'h miiette, 280 I'h aspirde. L'orthographe a ajoute cette 
Jettre aux mots hac/ie, hausser, hauf, heur, hdrisser, herisson, hermyie,, 
hieble, houletle, liniLe, huis, Jmit, huitieme, huUre,huppe, hurler, qui ne 
I'avaient pas en latin, et ne I'a pas retabliedans les mots avoir, encore, Uique 
on, or, orge, dter, oui, quil'avaient originakement (voy. § 71). Des mots dt 
la meme famille ont tantot Vh muette et tantot \'h aspiree, ainsi : hcros 
a Vh aspiree; heroi'que, heroine, heroisme, I'/imuelte, heraut, hanse, 
ont Vh aspiree; heraldique, hanseaiique, Vh muette. Du reste les mots 
commencant par Vh aspiree no sont pas les seuls qui repoussent la liai- 
son et l^lision ; certains mots, comme onze, oui, ouale ont la meme 
l)ropriete. On prononce ordinairement le onze, le oui, la ouate. On dit de 
mCnic le un pour designer le chilfre un dans un nombre. 

Ukmarqub. — 1'' L et R ont ete appeles aussi liquides* j\)'arce 
que ces deux leltres se joignent lacilonient aux autres con- 
sonnes, telles que /;, b, c, g, comine dans plaine, blanche^ 
clameur, (jloire, premier^ bruit, cvoire, gvandir. 

(Pour L nioidlle voy. § 225.) 

2" M et N, qui donnent en certains cas un son nasal a la 
voyelle qui precede, sont souvent appeles pour celte raisoii 
consonnes naudes. 

Comme pour les voyelles, il y a pour les consonnes une grande dilFe- 
reiice entre la prononciation reelle et l'orthographe. Seulement ici il n"y 
a pkis de manque, mais au contraire exces de signes. Ainsi le son : 

T s'ecrit t dans porter, th dans these. 

J s'ecrit .;' dans^Vw, g dans page. 

F s'ecrit f dans feu, ph dans physique. 

S s'ecrit s dans .seau, t dans nation, c dans face, q dans fa^on. 

Z s'ecrit z dans horizon, s dans maison. 

K s'ecrit k dans moka, c dans cabaret, qu dans laque. Etc. 

En revanche, le signe T a le son de t dans table, die s dans ablution. 
Le signe C a le son de k dans caf6, de s dans race, etc. (voy. § 220). 

PiEMARQUE. — C'est uuc regie observes en francais comme en grec, que 

1. Liqiiide a ici le sens etymologique du latin liqtiidus (coulant). 



28 DES SONS ET DE L ALPHABET. 

deux consoimes qui se suivent doivent avoir le meme degr^ d'intensile ; ainsi 
une explosive sourde doit etre suivie d'une explosive ou d'uue continue 
sourde, une explosive sonore d'une explosive ou d'une continue sonore, et 
reciproquement. Ex. : acce;7<er, captif, sept emhre; ca/>sulc. souj^pon; 
— ahdiquer, objet, advevhe-Dc mome pour les nasales : exempt, dent. 
Quand, par une erreur d'orthograplie, deux consonnes qui se suivent 
sont d'intensite difFerente, la prononciation se charge de tout remettre 
en ordre : ainsi obtenir, ou b, une sonore, est place a cote du /, une 
sourde, se prononcera o;:>^enir. De meme pour les mots commaa/>«urde, 
a^side, observer, dis/onction, e ex ema, su^sister, etc., qui se pronouceut 
apsurde, a;wide. o;>6-erver, dis/onction, e</zema, su/->zister. Dangoau, 
en 1694, avait deja fait cette remarque, repetee par Re^nier, en 1705. 



GHAPITRE II 

FORMATION DU VOCABULAIRE 



57. L'histoire de la langue frangaise nous a montre que 
notre vocabulaire ne provenait pas d'une source unique. Nous 
y dislinguons, en effet : I'' des mots apportes en Gaule par les 
Romains et deformes par le peuple ; — 2« des mots empruntes 
par les savants aux langues anciennes et aux langues etran- 
geres ; — 5*' des mots crees par le francais lui-meme et tires 
de son propre fonds. De la, trois grandes classes que nous 
aliens etudier : 



1° Mots d'origine populaire; 

2° Mots dorigine savante ; 

5" Mots de formation frangaise. 



SECTION I 

MOTS d'oRIGINE POPULAIRE — PHONETIQUE 

58. Les regies qui president au passage des mots latins 
dans le francais font Tobjet de la phonetique. 

Phonetigueest emprunte au grec|)Ad«^<iAj^{sous-entendu<ecA»^, science), 
de jihoH^, voix, son. 

En effet, en passant par des changements successifs du latin 
au francais les mots du latin vulgaire (voy. g 3) n'ont pas subi 
(le transformations arbitraires. Si par exemple nous examinons 
CO qu'ont dorine en fran(^ais les mots latins manu{m)^ main, 

1. Les mots francais viennent pour la plupart de I'accusatif latin. Or cet accu 
.'.'ilil avait deja perdu la finale m en latin vulgaire; on disait manu (pour maiinm), 
cave (pour canem), etc. Nous mettrons done cette finale entre parentheses pour 
iudiquer qu'elle ^tait d^jk supprim^e avant le passage du mot en francais. 



30 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

granu{m) grain, vanu{m) vain, nous voyons que dans tous le 
groupe anu a donne ain. G'est que la transformation des mots 
ialins en frangais est soumise a une regie fondamentale de la 
phonetique des mots populaires : le meme son dans les memes 
conditions suhit dans tous les mots la meme transformation. 

o9. En general, les infractions a cette regie ne sont qu'appa- 
rentes et s'expliquent par des differences de conditions : soit 
que les mots qui different aient ete empruntes a des epoques 
differentes ou dans des regions differentes de la France; soit 
qu'ilsjouent crdinairement des roles differents dans la phrase; 
soit qu'un mot, par suite d'un rapport quelconque avec un 
autre mot, ait ete modele sur ce dernier; soit enfm que les 
differences n'existent que dans I'ecriture, non dans la pronon- 
ciation, et s'expliquent par des transcriptions inexactes. 

40. Ainsi : causa{m) a donne ehose et cause; le premier 
etant de formation populaire, le second de formation savante 
et introduit posterieurement dans la langue. 

Alauda(m) a donne dans notre vieille langue aloe, alone 
(d'ou alouette) et alose; mais le premier seul est fran(;,ais; le 
second n'est qu'une transcription du provencal alauza. 

Le pronom meum a donne les deux formes mien et mon ; 
mais dans le premier cas il etait employe Gomme pronom et 
etait fortement accentue dans la prononciation, dans le second 
cas, il etait adjectif et, s'appuyant sur un nom, n'avait (lu'un 
faible accent. 

Nave[m) ayant donne nef, grave(m) aurait du donner gref; 
mais gravem (lourd) s'opposait naturellement a levem (leger) 
et s'est modele sur lui : de Ik grief (de greve{m) pour grave(m) 
comme lief (de leve{m). 

Eniin si a semble avoir donne e dans tale{m), tel, et an 
conlraire ai dans ala(m), aile, c'cst quee et ai ne sont au fond 
que deux transcriptions equivalentes de e ouvert, veritabl 
derive de a latin (voy. § 50). \ 

41. Nous avons dit que le meme son dans les memes condi- 



MOTS d'oRIGINE POPULAIRE, PHOIf^TIQUK. 31 

tions subit dans tons les mots la meme transformation; des 
que les conditions ne sont plus les memes, il va sans dire que 
les transformations different. Ainsi a latin aboutit a e dans 
tel, de tale{m), a ai dans pain, de pane{m), a ie dans chien, de 
cane{m), sans qu'il y ait la aucune irregularite. C'est que, 
pour expliquer les transformations phonetiques, il ne faut pas 
considerer chaque son isole'ment, mais dans ses rapports avec 
Tensemble du mot auquel il appartient et avec les sons qui 
Vavoisinent. 

42. De plus la transformation du latin en francais est influen- 
cee, comme il est naturel,par une certaine tendance a reduire 
les mots, a les rendre moins difficiles a prononcer. 

Ceci pose, examinons comment et sous quelles influences se 
sont transformes les divers elements des mots latins. 

I. VOYELLES 

45. Dans la phonetique des voyelles il faut considerer : la 
qualite\ V accentuation, Yentourage. 

QuALiTE. — Nous avons vu (§ 5) que le latin vulgaire, source 
des mots populaires, differait en plusieurs points du latin clas- 
sique. II avail, en particulier, renonce pour les voyelles aux 
differences de quantite (longues et breves) et les avail rem- 
placees par des differences de qualite fermees et ouvertes: 
les voyelles longues etaient devenues fermees ^ les voyelles 
breves etaient devenues ouvertes ou avaient remonte d'un degre 
dans Techelle des sons. Ainsi I n'etait pas devenu I ouvert, 
mais E ferme*. 

Yoioi la liste des voyelles classiques avec leurs correspon- 
dantes en latin vulgaire : 

Latin classique : i, i e, ^, a a, 6, o u, u. 
Latin vulgaire : i, e, e, a, 6, 6, u (ou)^. 

1. Nous marquerons les voyelles fermees avec I'accent aigu (e), les voyelles 
ouvertes avec Taccent grave (6). 

2. Voycz le tableau du § 20. 

3. L'y des mots grecs 6tait devenu en latin vulgaire u ou t, suivant les ^poques. 



32 J-ORMATIOS DU VOCABULAIRE. 

44. Outre ces sept voyelles le latin vulgaire avail conser^i 
la diphtongue an; — a a? correspondait e, — a ce correspon- 
dait e. 

45. Accentuation. — En latin, comme dans toutes les 
langues, on ne pronongait pas toutes les syllabes d'un mot 
avec la meme intensite. La voix s'elevait et prenait plus de 
force sur une syllabe determinee. On dit de cette syllabe qu elle 
est accentuee ou tonique. 

La place de Y accent tonique est determinee en latin par les 
regies suivantes : 

1" Dans les mots de deux syllabes I'accent est sur la pre- 
miere : porta. 

2« Dans les mots de plus de deux syllabes Taccent est sur 
ravant-derniere, quand elle est longue : amicus-, sur la syl- 
labe qui precede Tavant-derniere, quand Favant-derniere est 
breve : frkxinus. 

40. Independamment de I'accent tonique, il existe sur la 
syllabe initiale de cbaque mot un accent secondaire. 

Les voyelles qui ne sont ni dans la syllabe initiale, ni dans 
la syllabe tonique sont appelees atones. Ainsi le mot sdnila- 
te(\n) a I'accent tonique sur le second a, et un accent secon- 
daire sur le premier a; les deux autres voyelles sont atones. 
En passant au frangais sante ce mot a perdu les deux atones ; 
niais les deux voyelles accentueesrestent representees. De la la 
regie : 

Toute voyelle accentuee (tonique ou initiale) se mainlient 
dans le passage du latin au frangais, sous une forme ou sous 
une autre. — Toute voyelle atone disparait. 

Uemarques. — 1<* Quand cette voyelle atone est un a, elle 
persiste representee par un e muet. Ex. : p6rta{m) = porte, 
mi\h p6nu(m) = port. 

2^ Quand la disparition de la voyelle aton } laisse sub- 
sister un groupe de consonnes trop difficile a prononcer, k 



MOTS d'origine POPULAIRE, PHONETIQUE. S3 

frariQais met a la place de cette voyette atone un e muet, qui 
sert d'appui. Ainsi noUru(m) a donne nostre avec un e muet, 
parce que noslf eut ete impossible a prononcer. 

Sauf ces deux exceptions, toutes les atones disparaissent 
dans les mots populaires*. Ceux ou elles persistent sont 
presque toujours des mots savants. 

47. Entourage. — Les voyelles sont traitees differemment 
suivant qu'elles sont suivies d'une ou de plusieurs consonnes 
dans la meme syllabe. On les appelle, suivant ces deux cas, 
lihres ou entravees; ainsi e est litre dans pede{m) et a donne 
ie (pied); il est entrave dans peTdere et a donne e (perdre). 

48. Les voyelles sont encore traitees differemment suivant 
qu'elles sont ou non suivies d'une nasale; ainsi /'aba(m) a 
donne feve; mais /*ame(m) a donne faim. 

49. II faut encore noter qu'en latin vulgaire, tout i ou e atone 
en hiatus, c'est-a-dire place immediatement devant une voyelle, 
etait devenu une demi-consonne, analogue a y dans ijeux, et 
que Ton nomme jod*. 

D'autre part, en passant au fran^ais, les consonnes pala- 
tales c, g du latin ont souvent degage un jod, soit en per- 
sistant, soit en disparaissant elles-memes. Ce jod a agi sur 
la voyelle precedente ou sur la voyelle suivante, parfois sur 
les deux. Ainsi a cote de faba(m), feve, nous avons braca(m)y 
hraie; cane(m), chien; variu[m), vair; adjutare, ancien fran- 
Qais aidier (moderne aider). 

En tenant compte de ces diverses conditions, nous allons 
etudier les transformations des toniques, puis des initiates, 
suivant leur qualite et les influences auxquelles ellns son! 
soumises. 

1. Comme tonles les voyelles qui suivent la tonique disparaisse... vii ficncais 
on sont remplactos par un e muet, il s'ensuit que les mots francais sont loujouLS 
accentucs sur la d^rniere voyelle sonore : mdixlie, marchons. 

2. Ce nom de jud est celui du j alleraand, que 1 on entend dans Jagd. IS'ous 
nolerons dans la suite ce son par y • 

GOURS SCPERIEUK. 3 



34 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

> 1° Voyelles toniques 
A 

ou. A TONiQCE wpRE* devicnt E : amare, aimer; mare, anc franc, mer 
(riioderne mer*). 

A TONiQUE LIBRE Bpres UHG palatale ou un jod devient IE : negare, nier 
(anc. neiier). 

— — apr^s une palatale et devant une nasale devient I E: 

cnne[m), chien. 

— — dBvant une nasaie et non precede d'une palatale, A I : 

pane[m), pain'. 

— — devant un jod, AI : plaga{m), plaie; badiu{m), bai. 

— -^ devant u, AU, ^»uis : ha[h]uit, anc. franc, ot 

(moderne eul). Voy. § 162. 

A TONrquE ENTRAVE reste A : passu [m), pas; meme devant une nasale : 
«H«tt(m), an; racme devant ou apres u«e palatale : vacca[m], vache, car- 
ru{m)s char. 

Remarqces. — 1° Les dantales ou labiales explosives jointes a un r ne 
font pas entrave; de la capra[m), chievre (moderne chevre] oii a est traite 
comme libre. 

2° Apr^s les consonnes 6, p, t, m, n, c, le jod se confond avec la con- 
Bonne pr^ciddente pour former avec elle une consonne double qui fait 
entrave; de !a rabia{m) (en latin classique rabies), rage, apiu[m), 
ache, facia[m), fasse (anc. franc, face), a cote de radiu[m), rai. 

51. DiALi^xTEs. — JiC traitement dq I'A Ponique libre est un des grands 
principes de division des dralectes. En eifet, dans cette position, A reste 
toujours a en provencal; — reste ordinairement a, mais devient ie apres 
une palatale, en franco-provencal ; — et en francais devient, comme nous 
I'avons vu plus haul, e, et apres une palatale ie. Ainsi : portare devient 
portar en provencal et en franco-provencal, et porter en francais; mais 
taliare devient lallar en provencal, et tailler ea franco-provengal et en 
francais,. 

t ' 

52. £ TONiQUE LIBRE (c'cst-^-dire, E ou .£ du lat. class.) devient IE : 

1. II s'agit ici bien entendu non des voyelles classiques, mais des voyelles du 
latin vulgaire (voy. § 43). 

2. Pour bien faire saisir ces diverses transformations phonetiques, nous serons 
Rouvent obliges de considerer les mots francais sous leur forme ancienne et non 
sous leur forme moderne. L'evolution du francais ancien au francais moderne 
sera etudiee au Chapitre III. 

3. II ne faut pas oublier qu'autrefois une voyelle suivie d'une nasale se pronon- 
9ait s^par^ment ; ainsi pain se pronon^ait/^at-n et non pin. La nasalisation de la 
finale est relativement r^ente. 



PHONETIQUE, VOYELLES, 55 

pede[m], pied; de meme devaiit une nasale : bene, lAcn, on aprcs iiiic 
palatale : ca?/u(m), del. Mais devaiit une ])alatalc on a IE -f 1 •' lal- 
precaf, aiic. fr prieiet. Cette triphtongue, Ires diflicile a prononcer, s'est 
reduite a I : prieiet, prie; de meme dans lego : liei, li (moderne lis). 

■ £ TosiQui: ENTRAVK HO sc dlphtonguc pas et doniKJ E : septe^w], sept; 
de meme devant une nasale : ventu[m), vent; ou apres une palatale; 
cervu[m], cerf. 

Mais sous I'inlluence d'un jod suivant E ionique, devient IE, raalgre 
I'enlrave : <er<itt(m), tiers; neptiam, niece. 

Rkmarques. — 1" fi suivi de LL a d'abord donne regulieremcnt E : 
belln[m], bel ; mais, de tres bonne lieurB, vers la lin du 11" siecle, un a 
s'est dev^loppe devant L : bcals, beau. 

2° A I'epoque ou s'est failc la dipbtongaison de £ non entrave, le c, dans 
un mot conime lcclu{m) lit par exeniple, s'ctait doja reduit a un jod; 
on avait done leit. Des lors I'fi, n'etant plus entraVe, a pu se dipbtonguer 
comme e librc, de la licit, puis regulierement lit. 

53. DiALECTES. — En wallon, dans la Lorraine et la Flandre frahcaise, 
£ se dipblongue en IE |neme devant une entrave : festa, ficste (franc, fete). 

£ 

54. E T0NIQUE1.IBRE (c'cst-a-dire E, "l ou ffi du lat. class.) devient EI qui 
est passe plus tard a 01 : 6c donne sei, puis soi; pilui^m), peil, poil; — 
de meme devant une palatale : lege [in], lei, puis loi. 

JJeyant une nasale E toniquc libre donne EI, qui n'est pas passe a oi : 
plenu[m), plein; pwna[i\i], peine. 

Apres une palatale E toni([ue libre devient I-j-EI qui passe a I: 
7'acemu{m), raisiein (moderne raisin); cera[m), cieire (moderne cire). 

£ TONiQOE ENTRAVE devjent E, qui a partir du 13'= siecle se confond avec 
E venant de £ tonique entrave : C7'esta{m), creste, puis crf-ste (moderne 
C7'ete); vir[i)de{m), \evt. 

Devant une nasale £ tonique entrave devient E : vendere, vendre: 
vindemia{m), vendange. 

Remarque. — T accompagne d'un jod a fait regulierement entrave dans 
le suffixe itia qui est devenu esse : niollitia[Ta), moWesse. 

55. Dialectes. — Le traitement de £ tonique est aussi un element impor- 
tant de distinction dans les dialectes francais. £ estreste e en provencal ; 
1 1 est devenu ei en francais et franco-provencal ; — enfm, dans le francais 
uK'me, tous les pays situes a Test d'une Jigne allant d'Abbeville a Orleans 
out transforme ei en oi, sauf devant une nasaJe. 



36 FORMATION DU VOCABULAIRE. 



56. I TONiQUE (c'est-S-dire I .dulat. class.) est la plus r^sistante de toutes 
les voyelles latines : libre ou entrave, meme devant une nasale, il reste 
toujours I : filu[m), lil, scriptu{m], ecrit, spina{m), epine, crine[m], crin. 
Enfin le jod est sans influence et ne fait que se confondre avec I : mica (m), 
mie; rideal, rie. 



57. 6 TONIQUE LIBRE (c'cst-a-dire du lat. class.) se diphtongue en ETI, 
en passant par uo, ue, oe, oeu, eu : bove{m) a donne buef, puis Oisuf; 
ovu[m) a donne uef, puis aeuf. — Meme traitement devant une nasale : 
Coynes, anc. franc, cuens; le franc, mod. comte vient de com{\]te{m) ou 
Vo est entrave. 

b TONiQOE ENTRAVE meme devant une nasale donne : morfuu{m), mort; 
molle[m), mol; hom[i)7ie[m), homme; contra, contre; — devant un jod 
aboutit a UI par I'intermediaire de UE -f I = troja[m), truie; coctu{m), 
cuit*. 



58. TONIQUE LIBRE (c'est-a-dire 0, t] du lal.* class.)' donne EU en pas- 
sant par OU : hora{m], heure; solu{m), seul; gula{m), gueule. 

6 TONIQUE ENTRAVE Bst Tcst^ au dcgF^ OU : musca{m), mouche; turre{m), 
tour. 

6 TONIQUE LIBRE OU ENTRAVE devant uuc uasale n'a pu se diphtonguer et 
est reste a : /?oma(m), Rome; leo}ie{m), lion; umbra{m), ombre; lon- 
gu{m), long; — devant une palatale a donn6 + I • voce[m), voix, angus- 
tia[m), angoisse; frustiat, froisse; cuneu[in], coin. 



59. U TONIQUE LIBRE OU ENTRAvi^ (c'est-a-dire U du lat. class.) reste U en 
francais, meme devant une nasale : nudu[m), nu; nullu[m), nul; pru- 
;m(m), prune. 

Remarque. — L'U semble se rapprocher de I pour la resistance; mais, 
tandis que le son de \'i francais est identique a celui de Vi latin, I'identite 
pour Yu est purement graphique. L'U latin = OU ; I'U francais = U. Cette 
transformation du son U, tres ancienne en francais,, est peut-etre due a 
une influence celtique; mais la question n'est pas encore resoiue. 

Devant une palatale U tonique libra ou entrave donne U -f- 1 : juniu{Tti\^ 
juin; fructu[m), fruit; 6Mxu(m), buis; conducere, conduire. 



1. Comparez § 52 la reduction de lEX 4 U, puis h K^ 



PHONETIQUE, VOYELLES. 37 

AU 

60. AU TONiQUE (la seule diphtongue classique conservce en latin \ul- 
gaire), i>ibre ou entravk, a abouti en franca:': a : causa (m), chose; 
claud{e]re, clore. — AU devient 01 devant unjod : gaudia{m), ioie; audio, 
j'oi (anc. franc, oi'r, ouir). 

2° Voyelles en syllabe initiale. 

61. La phonetique de ces voyelles est bien plus simple que celle des 
toniques, la presence d'une entrave ou d'une nasale etant le plus sou- 
vent sans influence sur les changements de la voyelle. 

La voyelle initiale se maintient au meme titre que la tonique, sauf de 
tres rares exceptions, qui s'expliquent le plus souvent par la tendance a 
former des groupes de consonnes tres usuels. Dans un mot comma 
directiat par exemple, malgre I'accent secondaire que porte Vi de la 
syllabe initiale, i est tombe pour permettre la formation du groupe 
dr : dresse. 

A 

62. A A l'initiale, libke ou entrave, reste A, niieme devant une nasale : 
aprile, avril, farina{m), iarine ; argentu{m), argent; san{i)tale[m) sante. 

Devant un jod devient AI : rattone[m.), raison; aa:illa{m], aisselle. 

A s'alfaiblit en E quand ilest libre et precede d'un C qui passe en fran- 
cais a ClI (voy. § 81, 1°) : cabaUu[m), clieval, canale{m), chenal. 

fi et fi 

63. £ et £ (c'est-a-dire £, M, I, E, (E, du lat. class.) a l'initiale restent 
E dans tons les cas : debere, devoir; /c/?(o)?-arm(m), levrier; denariu[m), 
denier; sem'lare (lat. classique, simulare), sembler. 

Devant un jocfdonnent EI qui passe ulterieurement a 01 : piscioue{m), 
peisson, poisson; vectura[m), voiture. 



64. I (T du latin classiq^.^) a l'initiale reste I : hibernu[in), hiver; libe- 
rai-e, \i\rer ; finire, finir. 

6 

G5. (c'est-a-dire 6 du lat. class.) libre a l'initiale donne OU : moiere, 
mouvoir; co/ore(m), couleur. 

6 ENTRAVE A l'initiale reste : fortuna[m), fortune. — La nasale a la 
meme influence que I'entrave : sonare, sonner. — La palatale amene la 
formation de la diphtongue 01 : locariu{m), loiier (moderne ioyer) 
iarnnit{m), foiier (moderne foyer); jocale, joyau. 



FORMATION DU VOCABULAIRE. 



66. 6 (c'est-a-dife 0, IJ dii lat. class.) LrcRE on entravk a l'initiale donne 
OU : uodare, noiiQr; nutrire, nourrir. — Dcvant unc nasalc & <*St traits 
comme 6 et donne : donare, Aoancr; cum{u)lare, combler. 

Dkvant UN JOD donne 01 : potione[m), poison; friistiare, fro'isser. 

U 

07. U A i/iNiTiALE passe, comme II loniquc, a U (ii) : durarcy durer; ■— 
ct a Ul, dcvant une palatale : lncenle{in), luisant. 



AU 

08. AU deviant 0, comme h la toni(|iie ; ausare, oser 
line palatale : gaitdumi[m], joieux (moderne, joijeux). 



ct 01 dcvant 



II. CONSONNES 



60. Comme il avail iikluit le nombro des voyelles du latin 
classique, le lalin viilgaire reduisit le nombre des consonnes. 
De la serie P>, G, D, F, G, H, I (j), K, L, M, N, P, Q, R, S, T, 
V, X, Z, il n'a conserve que : 

o Labiales : P, B, F, Y, M. 

C Dentales : T, I), S, % L, R. 

5 Palalales : G, G, I (semi-consonne marginale). 

70. Ges consonnes se groupent de la fa^on suivante : 



CONSONNES 
LATINES 



Kxplosivcs. . . 
Conlinues . . . 



Sonnantes .... 



LAI5IAIJ:S 

soijrdks sonores 



di:ntales 



OUIIDES SONOKES 



N 

L R 



PALATALES 

SOUhDES SONOHI 



phoniStique, CONSONNES. 39 

71. H du latin classique avail disparu en latin vulgaire. Dans les mots 
francais ou il se trouve, il vient : soit d'un H germaniqiie qlil s'est tou- 
jours maintenu : helm, /jeaume; — soit d'un souci d'orthographe etymo- 
logique : herba, en latin populaire erba, anc. francais erbe (moderne 
iierbe) ; — soit d'une fausse etymologie, souvent par analogic avec un 
autre mot : augurium, anc. francais ^tir, devenu heur, d'apr^s heure, 
de hora[m). 

K et Q s'^taient co'nfondus avec C dur [Ki]. 

X ^quivaut dans la prononciation a C + S. 

Z, d'ailleurs inconnu au latin et qui n'apparaissait que danss les mots 

grecs, s'etait confondu avec Dy, c'est-a-dire avec jod (voy. § 77). 

72. Nous allons etudier le traitement des diverses consonnes 
du latin vulgaire dans leur passage au francais. Ce traitement 
est aussi regulier pour les consonnes que pour les voyellos. 
et il est soumis a des influences analogues. La m^me consonne 
peut etre traitee differemment, suivant qu'elle est i initiale ou 
finale du mot; — placee entre deux voyelles, entre une voyelle 
et une consonne, entre une consonne et une voyelle, entr^» 
deux consonnes; — en contact avec un jod (e ou i en hiatus). 
Enfin dans certains cas la nature de la voyelle suivante influe 
sur la consonne. Ainsi : 

75. P initial persiste dans porta(m)y porte; — intervoca- 
lique passe a Y dans njya(m), rive; — final passe a F dans 
capivii), chef; — devant un jod passe a ch : sapia{m), sache. 

B intervocalique passe a V : faba{m), feve; — precede 
dune consonne reste B : herba{m), herbe. Etc. 

74. Nous considererons done les consonnes : 

i« A r initiale ou elles persistent presque toujours sous leur 
forme latine. 

2** A Vinte'rieur des mots : entre deux voyelles; — apr^« 
une consonne; — avant une consonne; — entre deux co*'- 
sonnes. 

5" A la finale. 

4" En contact avec un iod* 



*0 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

75, Remarque. — Comme pour les voyelles, le traitomont 
des consonnes tend a eliminer toutes les articulations dilfi- 
ciies. Les changements de consonnes sont done surtout des 
affaiblissements (passages de la forte a la douce, de la sourde 
a la sonore) ; acre(m) deviendra aigre en remplacant la sourde 
c par la sonore g; — ou des accommodations : debita(m) de- 
vient debte, puis dette; — ou enfin des reductions : cornu 
donne corn, puis cor. 

D'aiitre part la chute de certains sons pent amener un 
groupement de consonnes trop difficile a prononcer; on reme- 
die alors a ce defaut par I'introduction d'une consonne inter- 
mediaire : pulvere(m), reduit a poire par la chute de Ye atone 
et du V, revolt un d intercalaire et de\[eni ^poldre qui est 
notre fran^ais moderne poudre. 

1° Labiales 
B, P, F, V 

76. 1° A l'initiale, les labiales persistent sous leur forme latine • 
barone{m), Mron; ]wnte[m], pont; filia{m), lille; virtuie[m], vertu. 

2° A l'ixterieur du mot, entre deux voyelles P devient V : ripa{m), rive; 
piper, poivre; — B devient V : faba[m), feve; hibernu{m], liivcr; — 
V persiste : levame[n)^ levain; avena[m), avoine. 

B et V^ tombent cependant devant o et m : taboiie[m) (en lat. class. 
iabanu{m), laoa; pavone[m], paon; viburnu[m), viorne. 

F so trouvait rarement en latin entre deux voyelles dans des mots non 
composes^. 11 est tombe dans biface{m), biais. 

Apres une consonne, les labiales persistent sans changement : talpa{m)^ 
taupe; lierba[m], berbe; infernu{m), enfer; conservare, conservcr. 

Devant une consonne : la labiale double (66, pp] se maintienl corame 
simple : abbreviare, abreger. 

> 

1. L'identite de traitement de B et V vient de ce qu'en latin vulgaire deja B et V 
ontre deux voyelles s'^taient confondus; on trouve, par exemple dans les inscrip- 
tions, curabil (forme du futur) pour curavit (forme du parfait), et reciproque- 
ment. 

2. Les mots composes du latin classique avaient subi dans le latin vulf^aire une 
decomposition qui avail rendu leur individualite aux elements composants. Ainsi 
dans capri-folium, chevrefeuilie, F est traits comme initial. 



PHONETIQUE, CONSONNES. 41 

P et B devantR deviennent V : aprile[m), avril; op{e)rariu{m) , ouvricr; 
libra{m), livre; lib[e)rare, livrer. — \ se maintient : viv[e]re, vivrc. 

P devant L devient B : duplu{m), double ; — B se maintient : mob[i)le{m), 
meuble, affib{u]lare, atfubler. 

Devant les autres consonnes la labiale s'assimile et souvent disparait ; 
sc7'ipiu{m), escrit (moderne, ^crit); capsa{m), chasse; subius, sous; 
nav{i)cella{m), nacelle, etc. 

Eiitre deux consonnes, P, B et F se maintiennent devant R ou L : 
mmp{e]re, rompre; umbra{m), ombre; arb{o)re{m), arbre; amplu{m), 
ample; inflare, enfler — et tombent partout ailleurs : hosp[i)te[m), 
hole; pi'esb{\)teru{m), preire, 

V tombe presque toujours : pulv{e)re{m), poire, poldre, poudre; absol- 
v[e)re, absoudre. 

Z" A LA FINALE P, B, V, pr^cedcs d'une voyelle, donnent F : cap{ui), 
chief (moderne, chef); seb[um), suif; nav{em), nef; oi;(um), cEuf. 

Precedes d'une consonne B et P persistent : plumb{um), plomb; 
camp[um), champ. 

A" Devant un jod, la sourde P aboutit a la continue sourde ClI : appro- 
piare, approcher; — les sonores B et V aboutissent a la sonore J (ou GE), 
gobione[m), goujon; abbreviare, abreger. 



2° Dentales 

T, D. S 

77. 1° A L'iNiTrALE, les dentales se maintiennent intactes : tale[m], tcl; 
donu{m), don; sanu{m), sain. 

Quand S initial etait suivi de C, P ou T, pour faciliter la prononcialion, 
le latin vulgaire faisait preceder ces groupes d'un I qu'on trouve dans 
les inscriptions : on disait ispo{n)sa, pour sponsa. Get I eiitrave a donne 
regulieremerit en francais E, c'est-a-dire que tons les mots latins com- 
mencant par SC, SP, ST, ont d'abord commence en francais par ESG, 
ESP, EST : schola{m)i escole (ecole) ; spo7isa[m), espouse (epouse); 
statu{m), estat (etat). 

2" A l'inte'riecr du mot, entre deux voyelles, T et D* tombent : fata, 
fee ; videre, veoir (voir) ; — S se maintient, mais avec le son de Z : 
causa{m), chose; mensura{m), mesure. 

Apres une. consonne, T, D, S se maintiennent : CM/^e/ZM(m), coulteau 
(couteau), tardare, tarder ; versare, verser. 

1. T et D ^talent restes jusqu'au 11* s. avec les sons du th anglais. 



42 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ccpcndant quand la disparition d'une voyelle en francais a ramen^ la 
snurde T en contact avec une sonore, T passe k Ift sonore D : placitare, 

placlare, plaidcr. 

Bevant une consonne : la dcntale double se maintjent comme simple : 
uil[\)du[m], not. 

Devant R et L les dentales T et D s'assimilent et soiivent disparaissent : 
latrone[m), hvron; pati'e[m), pere; cathedra{m), chsiiere [chairs); rot[u)- 
lu{m), role; Bodlanclu{m), Holland (Roland). 

Remarque. — Le groupe TL, dans certains mots ou il s'etait d^j^ form^ 
en latin classique, ^tait devenu CL en latin vulgaire et a ete traits 
comme tel en francais : vet{n)la{m], vetla{m)t rec/fl(m), en fran^is 
vieiille (voy. § 82). * 

Devant toute autre consonne T ct D disparaissent : ret{i)na{m) , r6ne; 
Rhod{a]nu{m), Rhone; format [i)cu[m], fromage. — Cepetldant avec S ils 
forraent une composee : Z (= ts) : amat{i)s, aimez. 

S se maintient d'abord devant toutes les consonnes, puis il commence 
h tomber des le 11" siecle, et la voyelle precedente est en g^n^ral allon- 
gce a la suite de cette chute : as[i)iiu{m), asne, ane; festa{m), feste, ffite; 
spi}ia[m), espine, epine, sans allongoment. 

Remakque. — S se maintient d'abord devant R en intercalant un D ou 
un T pour faciliter la prononciation; puis il tombe : co[i\)s{ue)re, cosdre, 
cousdre, coudre; cresc{e)re, croistre, croitre. 

Entre deux consonnes, T et D persistent devant R : fenestra{m], 
fenestre (fenetre); tund{c)re, tondro; — et tombcnt partout aillcurs : 
pect[i)ne[m], peigne; vend{i)ta{m), vente. 

S ne se trouve entre deux consonnes que dans des groupes tels que 
SS + R, dans ess{c)re, forme du latin vulgaire pour esse («5tre). Alors 
les deux S se r(5duisent a un seul et le cas se ramenc a celui de S entre 
une voyelle et une consonne. 

5° X LA FINALE, T ct D, preccdos d'une voyelle, tombent : nud{nm), nu; 
rtma/(um), aime; — precedes d'une consonne, se maintienncnt comrne 
sourdes : froni[em), front; vir{\)d{em), vert. 

S persiste dans tous les cas : plus, plus; urs{um), ours. 

4° Devant un jod : Ty avait en latin vulgaire pHs la prononciatiou de 
(sy, puis de sy, qui, comme S simple apres une voyelle, a persiste sous 
forme de S mais avec le son Z. Le jod est alors venu se joindre a la 
Toyelle precedente : potione{m), polswne[m), posione{m), poison; pala- 
/iu(m), palais. 



PHONETIQUE, CONSONNES. 43 

Apres une consonne il a garde le son sourd de S (not^ par SS ou CE); 
mais le jod n'a pas subsiste : fortia[m), force, infantia[m)^ enfance. 

Le groiipe ST?/ etait passe a SSi/ (voy. plus bas). 

D*/ en latin vulgaire passa a jod et fut traile comme tel : diurnu[m], 
yunm[m), jour. 

By persiste comme S avec le son du Z ; — SBy persiste avec le son 
de S. bffns ces deux cjft le jod so transpose et yiejit se combiner avec la 
voyelle prec^dente : cer[e)visia{m), cerveise (moderne cei-voise); mes- 
sione[m), moisson; anguslia{m), angussya\m), angoisse. 

78. DiALECTEs. — Le wallon a conserve S devant les explosives gourdes: 
festa[m), fleste (frang. fSte). 

3° Palatales. 

79. De toutes les consonnes, ies palataies sont celles dont le traitcment 
est le plus complique. Cette complication tient h ce que ces consonnes 
doimeht des t-esulfttls differents selon la nature des voyelles qui les 
suivent, et k ce qu'elles ont lii propriete de degager un jod devant ou 
derriere elles ou de se transformer elles-memes en jod. 

80. Nons allons done considerer I'une apres I'autre dans ces diverses 
silualions les trois palatales : C (prononce K), 6 (prononce GUE), et 
I (J). 



81. C DEVANT UNE voYEiLE eprouvB trois traitemcnts differents selon qu'il 
est devant 0, U, devant A, devant E, I. En effet, dans le premier cas il ne 
pent pas degager de jod ; dans le second cas il en degage, tout en persis- 
tant comme palatale ; dans le troisieme, il passe par I'intermediaire de 
Cy a Tj/, a TcA, a Ts, enfln a la continue dentale S ou Z. 

1° A l'initiale, C reste intact devant et U : collu{m), col; cura{m), 
cure; — devient CH devant A : campu{m), champ; cane{m), chien; — 
passe a S (note par C) devant E, I : centu[m), cent; civilale[m), cite. 

2" A l'interiedr du mot, api'^s une voyelle, C tombe devant 0, U : 
Sacunna[m), Saone; securu{in), seiir, silr; — devant A devient jod apres 
A,E,I : braca[in], hraie ; precat , prieiet, prie; mica{in), mie; mais tombe 
apres et U : advocare, avouer; lacluca[m), laitue; — devant E,I 
degage un jod qui se combine avec la voyelle precedente, et persiste 
lui-meme sous forme de S avec le son de Z : vicinulm], voisia. 



41 FORMATIO!? DU VOCABULAIRE. 

Aprts une consonne, C devant 0, U persiste, quand le groupe de con- 
soniies existait dejk en latin : falcone[m], faucon; — il passe k G quand le 
groupement de consonnes est du a la chute d'une voyelle : rer(e)c««- 
dia[m), vergogne. 

C devant A donne CH, quand le groupe existait deja en latin : mer- 
catti{m), marclie; — donne J (note G), en general, quand le groupe s'est 
forme en roinan : berb{e)ca7nu[m), berger; — devant E ou I passe au son 
de Ji(note par C devant E, I), sans degager de jod : porceUu{m), pourcel 
(moderne pourceau). 

Remarque. — Apres S, le C devant E ou I est traits comme s'il etait 
precede d'une voyelle : crescit, creist, croist, croit. 

5° A LA FINALE, Ic traitement de C devpnt et U, E et I est a peu pres 
le nieme qu'a I'interieur du mot, c'est-a-dire que : 

Apj'es une voyelle ou apres S, le G tombe devant et U ; mais il degage 
alors un jod (|ui se combine avec la voyelle prec^dente : pasco, pais ; — 
devient Z (remplace par X dans 1 ecrilure) devant n, l et degage un jod 
aupres de la voyelle precedente : iiuce{m), noiz, noix; pice{m), peiz, poix. 

Aprts une consonne, C devart et U se maintlent quand le groupe 
existait deja en latin : arcM(m), arc; — et passe a G quand le groupe 
s'est forme en roman : format{i)cu{m) , formaige (fromage). 

C devant E et I pasie au son de S (note par C) et, pour permettre I'ar- 
ticulation de ce son, 1 E ou I'l atone se maintient sous forme d'e muet : 
pum[\]ce{m], ponce, ru.n[i)ce[m), ronce. 

Quant a C devant A il ne pent jamais etre final, puisque I'A m6me aton2 
est toujours maintenu en francais, au moins sous la forme de e muet. 

4° Devant un jod, C aboutit dans tous les cas au son de S (note par S, 
C, SS) sans degager de jod : facia (pour fades), face; facia{m), fasse; 
piscione{m), peisson (poisson). 

8.i. II. C devant une consonne. i» A l'initiale, reste intact : crine{m], 
crin; claru{m), clair. 

2° A l'interieur du mot, apres une voyelle, C, devant une consonne, se 
reduit a un jod qui se combine avec la voyelle precedente : nocte{m), 
nuit; lacluca{m), laitue; auric{u)la[m), oreille; -^ apres wie cojisonne 
(c'est-a-dire entre deux consonnes) C tombe toujours, sauf dans le groupe 
^"CL et RCL : misc{u)lare, meler, circ{i)nu{m), cerne; mais avunc[u)lu{m), 
oncle; cooperc[\i)lu{m), couvercle. 

Remarque. — Dans les groupes autres que NCL et RCL, mais commcn- 
cantparN ou S, le C a d(Sgag^, en tombant, un jod qui s'est combine avec 
!a voyoile precedente : punctu{m)t point; pascit, paist (pait). 



PHONETIQUE, CONSONNES. 4j 

Nous avons vu que dans les mots oii il existait deja en latin vul- 
gaire, le groupe TL etait devenu CL. Ce groupe a ete traite dans ce cas 
comme dans tons les autres et est devenu IL (L mouillee) : vet[u)lu[m), 
veclu[m), a donne vieil. 

r 

83. D'autre part, X egalant CS a ^te traite de meme : S s'est maintenu 
et C s'est transforme en jod : axe[vs\], ais; laxat, laisse. 

84. Enfin le groupe QU ab'outit a C simple (note parfois QU par fan- 
laisie etymologique) a Viniliale et dans Vinterieur du mot, apres une 
consonne : quietu{m), coi; quare, car; unquarn, onques. 

A Vinterieur du mot apres une voyelle U se consonnifie en V et le Q 
ou le C place alors entre une voyelle et une consonne se reduit regulie- 
rement a jod : aqua, aive, eve (d'ou le derive evier) ; anliqua, antive 
(antique). 

85. DiALECTES. — C devant A devient CH en francien, en champenois, 
en lorrain; mais reste C en picard et en normand : camera[m], fran- 
cien, etc., chambre; picard, etc., cambrc. — Inversement C devant E et I 
devient CH en picard et en normand, mais reste C (au moins dans I'ecriture) 
en francien ; par exemple ca?/u(m), francien, etc., del; picard, etc., cliicl. 

G 

86. \° A L'iNtTiALE, G se conserve devant 0, U et les consonnes (qui 
ne peuvent etre que L ou R); gula[m), goule; grranw(m), grain; — passe 
a la continue J (notee J ou G), devant A, E, I : gaudia{m), joie; gen[e)ru{m), 
gendre. 

2° A l'intekiecr du mot, entre deux voyelles, G passe a jod, s'il n'est pas 
en contact, soit en avant, soit en arriere, avec un ou un U : paganu[m), 
paien; plaga{m), plaie. Sinon il tombe : i^uga[m), rue; aguriu[m) (pour 
augurium), eiir, heur. 

Apres une consonne, il est traite comme a I'initiale : reste G devant 
et U : Burgundia[v[i), Bourgogne; — devient J (note G) devant A, E, I: 
virga[m), verge; longa[m], longe. 

Remarqde. — Les cas ou G devant A, E, I, a I'initiale, ou apres une 
4;onsonne dans I'interieur du mot, a garde le son de gue, s'expliquent le 
plus souvent par une etymologic germanique : guardare (allem. warten), 
garder. 

Devant une consonne G passe a jod: fragrare, flairer; coag[u)lare, 
caiJler: frig{i)da{m), freide (froide) ; plantag{\)ne{m), plantain. 

Entre deux consonnes, il tombe, sauf dans le groupe NGL : surgit^ 
sourd; mais a»9(u)/u(m), angle. 



46 rORMAtlON DU VOCABULAlKE. 

Remarque. — Dans les groupes autres que ISGL, mais commencant par 
N ou S, le G, comme le C, degage en tombant un jod aupres de la voyelle 
precedeiite : plang{e)re, plaindre; jung[e)re, joindre. 

3° A LA FINALE, G devicHt jod apres une voyelle : lege{m), lei, loi; — 
devient C apres tine consonne : longu[m), lone (moderne long, par retour 
a I'orthographe etymologique).. 

4° Dbvant UN JOD, Gy etait deja passe a jod en latin vulgaire et fut 
traite comme tel. 

I (J)*. 

87. I place devant une voyelle constitue ce que nous avons appele y^/, 
c'est-a-dire une semi-consonne marginale. De plus nous avons vu que 
Dy et par suite le ^ grec s'ctaient en latin vulgaire reduits a jod; de 
meme pour Gy. 

1° A l'initiale, ce jod a donne J : ja[m), ja(qu'on retrouve dans dcja); 
fuvene{m), jeune; diurnu{m), jour; zelosu{m) (en grec ^rjAo?), jalou,x. 

2° A l'interieur du mot : apres une voyelle, le jod se combine avec la 
voyelle precedente : <r<);rt(m), truie; gaudia[m],']o\e, medianu(m) , moyen, 
— Aprds une consonne il subit les divers traitements que nous avons in- 
diqu^s pour chaque consonne en contact avec un jod. 

4° Liquides. 

L, R 

88. Le traitement des liquides L et R serait assez simple, s'il n'etait 
tres souvent traverse par deux plienonienes que nous n'avons pas encore 
rencontr(5s : la m^tathese et la dissimilation. 

89. La we/a</iese 2 consiste dan^ la transposition d'un son d'une place 
a une autre dans le corps d'un mot, transposition destinee a faciliter la 
prononciation. Ainsi du latin populaire bhbice[m), alteration du latin 
classique vervecem, on a tire bevbis, qui est davenu brebis par metathdse. 
La meta these est surtout frequente avec R : turbulare, troubler (pour 
tourbler), biberaticu{m), breuvage (pour beuvrage). Mais elle se rencontre 
aussi avec L : singuUu{m), sanglot (pour sangolt), scandalu{m), esclandre 
(pour escandle). 

90. Lorsque dans un meme mot la meme articulation se trouve repetee 
deux fois, Tune des deux est generalement modifiee : c'est ce que Ton 
apjjelle dissimilation. La dissimilation est surtout frequente pour L. 

1, Les Latins ne distinguaient pas I de J dans I'ecriture, m dans 4a prononciation 
quand 1 etait atone et en hiatus. 

2. MHathese vient du grec meta^k/tsis, d^placement. 



PHON^TlQUE, CONSONNES. 17 

Lorsque deux L se trouvent dans le meme mot, le premier devient R ou 
N : umbiliculu[va), (n)ombril, pour omblil^ ; colucula{m), quenouille, pour 
quelouille. 

91. R se maintient dans tous les cas. 1° A l'initiale : ratione[m], 
raison. 

2" A LiNTERiEDR Du MOT, eutrc deux voyelles : durare, durer; — apres 
une consonne , terra[m.), terre; libru{m), livre; — devant une consonne : 
arma{m), arme. 

3* A LA FINALE J pare{m), pair. 

02. h se maintient de meme partout : 1° A l'initiale : latrone[m], 
larron.' 

2" A l'interieur du mot; entre deux voyelles : a/a(m), aiie; — devant 
une consonne : a/na(ra), alne, aune; — ap7'e$ une consonne : duplu{m), 
double. 

3° A LA FINALE : tal[em], tel. 

Mais des le 12^ s. L devant une consonne se vocalise en U : alba{m] 
aube; cal{i)du{m), chalt, chaud; pa/ma(m), paume. 

Remarqce. — Un certain nombre de mots francais commencant par L 
n'avaient en latin qu'une voyelle a l'initiale. Ce L represente alors I'article 
qui s'est soude au mot : aurcolu{m), oriot (pour oriol], puis I'oriol, eiiiin 
loriot ; [\i)edera[m) , terre, puis I'lerre cienlin licrre. 

4° Devant un jou, les liquides persistent et le jod, se transposant, vient 
se combiner avec la voyelle precedente. Avec R il n'y a pas d'autre niodi- 
tication; corm{m), cuir; paria{m), paire; mnis L se mouille en francais 
etest en general note par LLou ILL : battalia[m), bataille, filia{m), fille. 

Cependant apres R, le jod, provenant de Dy latin, persiste sous forme 
de J (note par G ou GE] sans influencer la voyelle precedente : vir[i)- 
diariu[m), verger. 

93. DiALECTEs. — Les dialectes de Test, lorrain et bourguignon, ne vo- 
calisent pas L entre voyelle et consonne ; ils se contentent d'allonger la 
voyelle precedente : mielx, de melius n'y devient pas mieuz, mais »iic2. 
C'est par cette raison qu'on prononce Be fort et non Belfort. 



\. Nombril offre encore un autre exemple de dissimilation. Ce mot est fonne 
de I'article / soude au nom : I'ombril, puis le lombril. Comme il y avail tncoi e 
deux L dans le mot, le premier est devenu N : le nombril. 



^ FORMATION DU VOCABULAiRE. 

5° Nasales. 

M, N 

94. 1" A l'initiale, les nasales subsistent : manM(m), main; nudu[m),n\\ 

2° A l'interieur dc mot, entre deux voyelles, M et N subsistent ; da- 
mare, clamer, una[m), une; — avant les labiales P et B, la nasale la- 
bialeM subsiste, mais la dentale N passe a M : am^/M(m), ample; in{de]- 
portare, emportei 

Au contraire, devant les dentales et les palatales N subsiste et M passe 
a N : ventu[m), vent; juncu[Ta), jonc; sem[\)ta[m), sente; />Mm[i)ce(m) 
ponce. 

Remarque. — Devant S la nasale N ^tait tomb^e en latin vulgaire : 
sponsa[m), isposa[m), espouse (epouse). On ne trouve done NS corres- 
pondant en francais a NS latin que dans dcs mots composes ou savants. 

Devant les liquides L et R, les nasales M et N se maintiennent, mais 
pour faciliter la prononciation, la premiere intercale un B, la seconde un D : 
in-simul, ensemble; cam(e)ra(m), chambre, sim{u)lare, sembler, ten[e)- 
ru[m), tendre. 

Apres une consonne, M et N restent intacts : lacr{i]ma[m), larme, 
almi{m), aune; — sauf dans le groupe MN qui s'assimile en M ou MM : 
<erm{i)nM(m), terme; hom{i)ne{m), homme. 

Entre deux consonnes M se change en B devant R : marm{o]re, mar- 
bre; — et tombe partout ailleurs : dorm[i)t, dort. 

3" A LA FINALE, M ctait tombe en latin vulgaire : muru, pour murum : 
mur ; excepte dans quelques monosyllabes ou il est represente par N : 
rem, rien ; meum, mon. 

M, devenu final par la chute d'une voyelle, persiste, apres une voyelle, 
avec la valeur de N ; nom(en), nom. — De meme N persiste apres une 
voyelle :plen[\xm), plein. 

Apres une consonne, VL et N persistent d'abord, puis tombent : ver- 
•n(em), verm, ver; furn[\im], fourn, four. 

¥ Devant un jod, M se combine avec jod et aboutit au son N + J (ou 
GE) : vmdemia[m), vendange. — N se mouille (note par N ou NG) et le 
iod, se transposant, va se combiner avec la voyelle precedente : tesli- 
moniare, tesmoignier (temoignejc), testimoniu[m), tesmoin (temoin). 

1\emarqde. — Lorsque les nasales M ou N, a l'interieur du mot ou k la 
finale, terminaient une syllabe, elles ont bientot cesse de se prononcer 
.sftuies; elles se sont combinees avec la voyelle precedente, (ju'elios ou 
nasalise (voy. § 36 et 164)» 



MOTS D ORIGmE SAVANTE, DOUBLET; 

SECTION II 

MOTS D'oRIGINE SAVANTE — DOUBLETS 

95. Si Ton compare deux mots fran^ais tels que sembler et 
simiiler, I'on constate entre eux d'importantes differences, bien 
qu'ils soient derives du meme mot latin simulare. Le pre- 
mier, suivant les lois phonetiques que nous venons d'exposer, 
a subi d'importantes modifications : chute de Vu atone, chan- 
gement de i en e, insertion d'un b. Le second, au contraire, 
si Ton neglige la transformation du suffixe are en er, est le 
caique exact du mot latin. Le premier est un mot d'origine 
populaire, recueilli de la Louche des Romains^ par jios an* 
cetres gallo-romains, avec les particularites de prononciation 
qu'il presentait deja, et deforme par eux de generation en 
generation ; I'autre est un mot d'origine savante, c'est^a-dire 
un mot lu et prononce tel qu'il etait ecrit. 

Le mot simuler n'a ete introduit dans la langue qu'au 
16^ siecle, mais ce procede d'emprunt savant etait deja ancien 
a cette epoque. On pent dire qu'il remonte k Torigine meme 
de la langue; car, tandis que le peuple repetaitce qu'il enten- 
dait, les Icttres lisaient les oeavres latinos et tentaient de faire 
passer dans la langue les mots qu'ils avaient lus, 

96. Les mots savants, ainsi formes des rorigine, subirent 
eux aussi quelques modifications, en passant dans le langage 
courant. Le mot latin miraculu{m), par exemple, a perdu 
I'atone u en passant au fran^ais miracle qui est Un mof 
mi-savant, mi-populaire. L'adjectif derive miraculeux a ete 
tire du latin miraculosus, et est au contraire completement 
savant. 

Les emprunis savants ont ete de plus en plus nomfereux k 
mesure que la litterature latine etait plus connue ; mais c'est 
surtout a partir du \¥ siecle que I'element savant prend una 
importance considerable dans le vocabulaire. 

COimS BVPKRIEUil, ^ 



5i FORMATION DU VOCABUIAIRE. 

97 . Par le fait meme que les mots savants tendent h repro- 
duire le type latin, il n'est guere possible de donner des 
regies de leur passage en fran^ais. 

Us different des mots populaires surtout par le maintien des 
voyelles atones. Mais ils joignent souvent a un radical lalin 
une terminaison fran^aise : nous en avons vu un exemple dans 
miraculeux, oil le suffixe latin osus est modifie suivant les 
regies de la phonetique populaire. Dans primaire, mot savant, 
caique sur le latin primarium, le suffixe avium a subi un 
traitement different (voy. g 155) ; le mot populaire est pre- 
mier- 

98. Nous voyons par ce dernier exemple que le meme 
mot latin a pu donner en fran^ais deux mots differents, I'un 
populaire, I'autre savant. 

On appelle doublets deux ouplusieurs mots fran^ais de- 
rives du meme mot lalin. 

99. Voici des doublets d'origine savante : 

I'' Oil I'atone places apres la tonique a 6t6 conservee : 



LATIN 


JIOTS POPULAIRES 


MOTS SAVANTS 


Blasph(e)mu(m) 


bldme 




blaspheme 


Canc(e)re(m) 


chancre 




cancer 


C6mp(u)tu(m) 


compte 




comput 


Dec(i)ma{m) 


dime 




decime 


Exam(e)n 


essaim 




examen 


M6b(i)le(m) 


meuble 




mobile 


Org(a)nu(m) 


orgue 




organe 


P61(y)pu(m) 


poulpe 




polype 


P6rt(i)cu(m). 


porche 




portique, etc 


Ou I'atone placee avant la tonique a 


ete maintenue ; 


LATIN 


MOTS POPULAIRES 


MOTS SAVANTS 


Ang;{u)latu(m) 


angle 




angul^ 


Blasph(e)mare 


hMmer (v. fr. 


hlasmer) 


blasphemer 


Cap{i)tale(m) 


cheptel 




capital 


Car{i)tate(m) 


cherU 




chariU 



MOTS DORIGmE SAVANTE, DOUBLETS. 



51 



LATIN 


MOTS rorni.ATiiEs 


MOTS ?AVANT3 


'. x{u)lare 


cerclcr 


circvicv 


Com(i)tatu(m) 


coynle 


cvinitc 


Cum(u)lare 


combler 


cunnilrr 


Cart(u)lariu(m) 


charlricr 


car lul aire 


Hosp(i)tale(m) 


hdtel 


hdvitai 


Lib(e)rare 


livrer 


imrer 


Mast(i)care 


mdcher 


mastiqtirr 


]N'av(i)gare 


nager 


navigucr 


Op(e)rare 


ouvrer 


operer 


Pect(o)rale(m) 


poitrail 


pectoral 


Recup(e)rare 


recouvrer 


ricuperer 


Sim(u)lare 


sembler 


siniuler ^ 


Revind(i)care 


revenger 


revendiquer. 



etc. 



5° Oil les consonnes tombees dans les mots populaires out 
ete maintenues : 



LATIN 


HOTS POPULAIRES 


MOTS SAVANTS 


Au(g)ustu(m) 


aoAt 


auguste 


Advo(c)atu(m) 


avou6 


avocat 


Confi(d)entia(m) 


confiance 


confidence 


Credentia{m) . 


creance 


~credence 


I)enu(d)atu(m) 


dinui 


denude 


Do(t)are 


doner 


doter 


Tmpli(c)are 


employer 


impliquer 


Re(g)ale(m) 


royal 


regal 


Rene(g)atu(m) 


rente 


renegat 


Repli(c)are 


replier 


repliquer, etc. 



4" Oil des sons qui auraient persiste meme dans les mots 
populaires ont ete traites de difYerentes manieres : 



LATIN 


MOTS POPULAIRES 


MOTS SAVA 


Acre(m) 


aigre 


dcre 


Assignare 


assener 


assigner 


Auscultare 


ecouter 


ausculter 


Bulla(m) 


boule 


bulle 


Csementum 


ciment 


ciment 


Canale(m) 


chcnal 


canal 


Causa (m) 


chose 


cause 


Charta(m) 


carte 


charte 


Cippu(m) 


cep 


cippe 


Clausa(m) 


close 


clause 



4 



52 



FORMATION DU VOCABULAIRE. 



LATIN 


MOTS POPULAIRES 


M0T3 savant; 


Collecta(m) 


cueillette 


collects 


Concha (m) 


coque 


conque 


Constante(m) 


coHtant 


constant 


Crispare 


cr6per 


crisper 


Crypta(m) 


grotfe 


crypte 


Depretiare 


depriser 


deprecier 


Designare 


dessiner 


designer 


Direclu(m) 


droit 


direct 


Discu(m) 


dais 


disquc 


Districtii(m) 


detroit 


district 


Diurnu(m) 


jour 


diurni 


I)ivinu(m) 


devin 


divin 


Divisare 


deviser 


diviser 


Grave(m) 


grief 


grave 


nyacintliu(m) 


jacinthe 


hyacinthe 


Incrustare 


encrouler 


incruster 


Integru(m) 


en tier 


inlegre 


Inten{lente(m) 


eniendant 


intendant 


Inversu(m) 


envers 


inverse 


Laicu(m) 


lai 


laique 


Miniita(m) 


menue 


minute 


Palma(ni) 


paume 


palme 


Pausa(in) 


pose 


pause 


Pensare 


peser 


penser 


Pietate(m) 


pilie 


piete 


Pigmentii(m) 


p intent 


pigment 


Planu(m) 


plain 


plan 


r.elaxare 


relacher 


relaxer 


Respectu(m) 


repit 


respect 


Rhytlimu{m) 


rime 


rythme 


Ruptura(m) 


roture 


rupture 



5"1[)u les suffixes ont subi des traitements differents : 

i. Les suffixes a<M(m) (fran^ais populaire e''),a/a(m)(franQais 
populaire ee) : 



LATIN 


MOTS POPULAIRES 


MOTS SAVANTS 


^regatu[m] 


agregJ- 


agregat 


mata[m) 


annee 


annate 


'.gatu{m) 


Ugue 


legal 


mdatu[m) 


mande 


mandat 


:>iatu{m] 


rosi 


rosat 



MOTS DORIGINE SAVANTE, BOUBLEtS. 



53 



2. Les suffixes en are(m), arm(m), a(m), w(m) (frangais 
populaire ier, idre) : 



LATIN 


MOTS POPDLAIRES 


MOTS SAVANT'S 


ApothecanM(m) 


boutiquier 


apothicaire 


Centenanw'm) 


centenier 


centenairc 


EpistolariM(m) 


epistolUr 


ep is tola ire 


Mevedit ariu[m) 


heritier 


hereditaire 


Precana(m) 


prUre 


pricaire 


Prim ariu{m) 


premier 


primaire 


Rosarm(m) 


rosier 


rosaire 


Scholare(m) 


ecolier 


SCO la ire 


Singulare(ra) 


tanglier 


iingulier 


3. Les suffixes 


en %one{m) (fran^ais 


populaire on) : 


LATIN 


MOTS POPULAIRES 


/ 

MOTS SAVANTS 


Coct io/fc(m) 


cuisson 


coction 


l'yctio»«(iTi) 


fa^on 


faction 


Frict/o/Jc(m) 


frisson 


friction 


Fus ione{m) 


foison 


fusion 


Inclinat?o>je(m) 


inclinaison 


inclination 


^'utrit^■o«c(m) 


nourrissou 


itutrition 


Vunciio)ie{m) 


poinQon 


ponction 


Volione{m) 


poison 


potion 


Prehensto«e(m) 


prison 


prehension 


Ratio«e(m) 


raison 


ration 



100. Le francais a aussi emprunte soit aux .autres dialectcs 
gallo-romans, soit aux autres langues romanes, des mots issus 
de mots latins qui avaient deja donne des mots francais. De la 
de nouveaux doublets : ainsi les mots provengaux ahelha 
(lat. apiculd), cais^a (lat. capsa) ont donne les mots frangais 
aheille, caisse, qui existaient deja sous les formes de aveille 
(anc. frauQ.) et chdsse. 

Les mots italiens atlitudine (du latin aptitudinem) , hilancio 
(du latin hilancem), dilettante (du latin delec(antem) , ont 
donne les mots francais attitude, bilan, dilettante, que riotre 
langue possedait deja sous les formes aptitude, balance, de- 
lectant. 

De meme pour Tespagnoi : negro (du latin nigrum), duena 



54 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

(du latin domina), hombre (du latin hominem), ont donne. au 
frantjais negre, duegne, hombre, tandis que des memes mots 
latins notre langue avait deja forme noir, dame, homme. 

101. Enfin des mots de Tancien frangais qui etaient passes 
dans des langues etrangeres ont ete repris par le fran^ais, sur- 
touta Tanglais : juree-jury , cabane-cabine, tonneau-tiinnel, etc. 



SECTION III 

MOTS DE FORMATION FRANQAISE — COMPOSITION — DERIVATION 

i02. Les divers elements qui composent les mots sont : la 
racine et les affixes. 

1® On appelle racine I'element primitif d'un mot, la syllabe 
qui represente Tidee originelle. Ainsi, dans mortel, mort est 
la racine. 

On appelle radical le mot simple auquel on ajoute des 
affixes pour en lirer des derives ou des composes. 

11 faut soigneusement distinguer le radical de la racine.* Le radical 

est le mot depourvu de ses desinences temporelles, modales, casuelles, etc. 
Ainsi, dans finir, fin est a la fois la racine et le radical; mais, dans 
definmons, fin est la racine, et definus le radical, auquel on ajoute la 
desinence verbale ons pour marquer la premiere personne du phiriel. 

Hacine vient de radicina (derive latin de radix, « racine ») : — radical 
est un mot savant tire de I'adjectjf latin radicalis. 

2® Les affixes sont les elements qui s'ajoutent au radical, 
pour en modifier le sens et. former des mots nouveaux. 

i03. On les divise en deux classes: les pr6fixes et Ics 
suffixes : 

Les pr6fixes sont les particules qui precedent le radical, 
comme d6 dans d^finir. 

Les suffixes sont les particules qui suivent le radical, 
comme ir dans de'finir. 

A f fixe est un mot savant tire du latin affixus (fixe a) ; — pr^fixe est tire 
de praefixus (fixe devant) ; — suffixe, de suffixus (fixe au-dessous, c'est- 
^-dire apr6s). 



MOTS I)E FORMATION FllANgAISE, COMt>OSl'l'!ON, DERIVATION. 5^ 

104. En s'ajoutant au radical, les prefixes forment des 
mots composes; les suffixes forment des mots d6rives. 

De la deux procedes de formation dans la langue frangaise : 
la composition et la derivation. 

105. Nous allons etudicr successivement ces deux modes de 
formation, qui ont donne naissance a un grand nombre de 
mots francais; mais nous ne considererons d'abord que les 
mots de formation populaire. 



I. — FORMATION POPULAIRE 
1» Composition. 

106. Les mots composes peuvent ^tre formes non seule- 
m^.nt par I'addition d'un pre fixe a un mot simple, comma 
dUier, rew7>r, mais encore par la reunion de plusieurs mots 
simples, comme loup-cervier, contre-coup. 

107. Composition par les mots simples. — Le latin 
possedait deja des mots composes et des mots derives. Les 
derives n'ont pas ete traites autrement que les simples. II n'en 
a pas ete de meme des composes. Partout en effet ou un mot 
compose du latin classique a ete reconnu pour tel, en passant 
au roman, il a ete decompose en ses elements. Le latin repa- 
rare par exemple aurait dii donner (voy. g 50) reverer; Ya 
tonique ou atone passant k e, \e p entre voyelles k v : il a 
cependant donne reparer. G'est que Ton connaissait le simple 
par are qui avait donne regulierement parer; reparare a done 
ete decompose en deux mots distincts re -\- par are qui ont 
abouti a ^e-{-parer. 

108. D'autre part, en se composant, les mots simples latins 
S'i])issaient souvent des changements, qui ont ete effaces dans 
leur passage au roman : retinet redevient re-\-tenet (retient) ; 
inimicus redevient in-\-amicus (ennemi), etc. 

Ce procede de recomposition romane rend compte d'un tres 
grand nombre d'apparentes exceptions phonetiques. 



86 



FORMATION DU VOCAfttJLAlftE. 



109. Mais en dehors de ces recompositions, le frangais a 
emprunle au latin beaucoiip de mots composes qu'il n'a pas 
reconnus pour tels et qu'il a traites comme des mots simples. 
Les mots sont composes : 

l^ De deux noms. Ex : 

FRAPfgAIS LATIN 

flrbalete, (arcM-ballistafm), baliste a (irc]\ 

a?«truche, (aye(m) struthione(m), devenu aus^ructo, oiseau-au- 

true he) ; 

conneiahle, {conestabulu{m), corruption de cofiies stabuli, cointe 

charge de Vdtable) ; 

/)am martin, {Dominu{m) Martlnu(m), seigneur Martin); 

/)am pierre, [Dominu[m] Petru{ni), seigneur Pierre) ; 

jeuAi [Jovis d'\e{m), jour de Jupiter) ; 

jowbarbe, {Jovis barba(m), barbe de Jupiter, plante) ; 

lun di, [lunae die(rn)5 jour de la lune) ; 

mard\, [Martis die{m), jour de Mars)\ 

mercre di, [Mercurii die(m), jour de Mercure); 

orfevre, (at»*t-fabru(m), ouvrier en or); 

ortflamme, (aMn-flarama(m), flamme d'or); 

o?*ipeau, (aMrt-pelle(m), mot a mot : peau d'or); 

satigBUBy {sangui-snga{m) , qui suae le sang); 

seize, [se[x)dec\[in), six -\- dix) ; 

souc\, (5o/-sequiu(m), fleur qui suit le soleil); 

vendre di. {Veneris die(m), jour de Vdnus), etc 



2° D'un nom et d'un adjectif. Ex. : 

FRAN^AIS LATIN 

aubepine, {albi spina(m), blanche epine); 

Chau mont, {calvu{m) monte(m), mon/! cliauve); 

rfimanche, {diaminica{m) , abreviation de dia Dominica, jour du 

Seigneur) ; 

ou tarde, {ave{m) tarda(m), oiseaulent); 

prm temps, {primu{m) tempus, premier temps de I'annee); 

ro marin, (ros-marinu(m), ro see marine); 

sain doux, {sagimen dulce, graisse douce) ; 

Tuucluse, {valle{m) clusa(m), vallSe fermSe),elc 

110. Nous avons beaucoup ajoute a I'heritage latin et large- 
'ment developpe les precedes de composition. 

111. Noms. — Le frangais cree des noms nouveaux a 
I'aide de mots deja existants, en juxtaposant : 



MOtS bJE t'ORMATtON f'RANgAISE POPtLAtRE, COMPOSITION. 57 

1° Soil deux noms sans preposition : horne-fontaine, 
fourmi-Uon, oiseau-mouche, timbre-poste , etc. ; ou avec pre- 
position : gendarme, pot-AXX-feu, croc-en- jambeSf etc. 

2« Soit un nom et un adjectif ou un participe : bas-reliefs 
clair-obscur, Ubre-ecliange, morle-saisoti, etc. 

3° Soit un verbe et son compl6ment : abat-jour , cache- 
nez, cure-denty garde-manger, laissez-passer, oui-dire, etc. ; 

4« Soit un nom et un mot invariable : sous-pr^fet, 
avant-coureur, apres-midi, etc. 

5« Soit un verbe et un adverb e ou un adjeotif employe 
adverbialement ; reveille-matin , passe-partout, gagne-petit, etc.; 

112. Adjectifs. — Le frangais cree des adjectifs nouveaux 
en reunissant : 

1° Soit deux adjectifs : sourd-muet, aigre-doux. 

2" Soit un adjectif et un adverbe ou un adjectif pris ad- 
verbialement : bien-aime, maladroit, clairvoyant. 

3° Soit un verbe et son compl6ment : tout-puissant y fai- 
neant, vermoulu. 

its. Pronoms. — Le frangais cree des pronoms nouveaux 
en juxtaposqnt : un article et un relatif inlerrogatif : lequel, la- 
quelle; — un pronom dernonstratif et un adverbe : celui-ciy 
celle-la ; — un pronom personnel et un adverbe : mo i-meme ; etc > 

114. Verbes. — Le frangais cree des verbes nouveaux en 
reunissant : 

1" Un verbe et son complement; 

boule verser, {ve^^ser en boide) ; 

hour soufler, (radical bond, idee de gonflemeiit, et souffler) ; 

col porter, {porter au con) ; 

wmr'ntenir, (/e«/r avec la main) ; 

ma« ceuvrer, (faire oeuvre de la main); 

sawpoudrer, [poudrer de sel, latin sal) ; 

2« Un verbe et un adjectif attribut : sauvegavder. 

(1) . Pour le trait d'union dans tous ces mots composes, voyez § 247* 



58 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

115. Composition par les prefixes, — Le fraiiQais con- 
nait deux series de composes populaires avec prefixes : 

!» Des composes d^j^ exislant en latin et que nous avons 
etudies : consuere, coudre, yice-domini, vidame, suspmM(m), 
soupir, super/ic/e (m), superficie, etc. 

2" Des composes formes avec des prefixes frangais : avenir, 
contreven^ der anger, enfermer, etc. 

C'est de cette derniere sorte de composes que nous allons 
nous occuper. 

il6. II faut diviser les prefixes en deux classes : i° Les par- 
ticules ou prefixes proprement dits, qui sont ordinairement 
inseparables des mots auxquels ils sont joints, comme e, dis, 
re dans eteindre, Jistraire, refaire ; 

2*^ Les adverbes ou prepositions, qui peuvent etre employes 
isolement ou comme prefixes; par exempl^ a, contre, entre, 
qui sont prefixes dans acompte, cow^redire, entremets, et pre- 
positions dans : // donne a iin pauvre; il parte contre moi; 
it passe entre deux feux. 

Remarque. — Les prepositions, employees dans un mot com- 
pose, ont tantot une valeur d'adverbe, tantot une valeur de 
preposition; par exemple, contre dans contredire et contre- 
poison. 

117. Les principaux prefixes francais populaires sont : a, 
apres, orriere, avant, bien, contre, de (des), e (es), en (em), 
en, enlre, for, mal (mau), me (mes), mi, non, outre, par, 
plus, pour, re (re), sans, sous, sur, tres (tre). 

Quelques-uns de ces prefixes sont unis au mot suivant par 
un trait d'union; ce trait d'union est maintenant facultatif. 
On ecrira done : apres-midi ou apres . midi, arriere-garde ou 
arriere garde, etc. 

118. A (du latin ad) marque le rapprochement, la ten- 
dance : amener, abaisser, acheminer, aborder, adosser, 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, COMPOSITION. 59 

ttcompte, averse, etc. ; — quelquefois avec redoublement de la 
consonne initiale : a/longer, a;;prendre, assieger, etc. 

Aprfes (compose de a et prh) : aj^res-midi, a/)res-diner,etc. 

Arriere (du lat. ad-\-retro) : an-iere-garde, arriere-ne- 
veu, etc. 

Avant [duldii. ab-{-ante^) : aMn^garde, avan^coureur, etc. 

Bien (du lat. bene) : bienhii, bienheureux^y etc. 

Contre (du lat. contra), marque opposition : cow^redire, 
cow^resens ; — ou juxtaposition cow^re-signer *, contre-a^ipel, 
conlrdle (pour contrer6\e). 

D6, Des devant les voyelles (dulat. dis), particule insepa- 
rable qui marque le contraire du mot simple : t/ebarquer, r/e- 
colorer, (^e'payser, (/eraison.f/esaveu, (/esemparer, (/e'shonneur; 
— ou augmentation de Taction : <iessecher. 

t et Es (du lat. ex), particule inseparable qui marque 
extraction : ebarber, edenter, essouffler ; — ou augmentation : 
eclairer, eclaircir. 

En et Em (du lat. in) signifie dans : ewfermer, embarquer, 
ewroler; emplacement, ewcolure ; — raarque aussi la ten- 
dance : ewjoliver, enlaidir, ewrichir. 

En (du lat. inde) marque I'eloignement : s'envoler, s'en- 
fuir. 

Entre (du lat. inter) marque reciprocite : s'en/re-dechirer, 
s*en<r'aider'; signifie aussi a demi : entre\oir, ew^re-bailler', 
—par le milieu : enire-croiser',ew^rdacer, entreiemi^s,entrecHe. 



1. L'ancien franfais avail tir^ de antius, comparatif vulgaire de an^e, le mot 
ains, qui pouvait servir de prefixe; ex. : ains ■+■ n6, aisni, aine. 

2. Or i)eut aussi supprimer I'apostrophe et le trait d'union dans les verbes 
composes. On ecrira done : contre-signer ou contresigner (en un seul mot), 
s'enlr'aider ou s'entraider, entre-bdiller ou entrebdiller, entre^croiser ou 
entrecroiser, etc. 



GO FORMATION DU VOCA.BCLAIRE. 

Fors ou For, quelquefois Hors, ou Hor (du lat. loris), 
sigiiilio hors de : /brbaniiir, forhiro, forcvnc (anc. forsene 
liors du sens), /awbourg (anc. franc, fors bourg), /a?/f}ler(anc. 
franc, /brfiler, coudre, fixer provisoirement avec un fil qui ne 
doit pas resler) ; — /lormis, etc. 

Mai, man (du lat. male) outre le sens de mauvais a aussi 
le sens negatif : ma/gre, ma/honnete, mawssade, etc. 

Male avec e muet sc retrouve dans quelques mots : wirtfebete, male- 
bouclie, male mort, tnale pcsic, etc., mais il represenle alors le femiuin 
du vieil adjectif mal (du latin malu{m), mala{m). 

M6s, me, a un sens diminutif ou pejoratif. On le trouvo 
dans Ics mots : me's intelligence, mes user, wiesaliier, ??ie'compte, 
me content, ?necreant (vieux participe de mecroire), me- 
fait, etc. 

Mm... est le latin minus (qui signifie moins, et aussi pas, point). 
Minus fut employe comme prelixe avec le sens deprcciatif dans la basse 
latinite. On trouve par exemple minus facere (pour signiller wjcfaire, 
wm/faire); minusdicere se reduisait regulierement a misdicere, que Ton 
trouve dans les actes de I'epoque capJovingienne : misdicere devint dans 
I'ancien francais mesdire, puis ynedire. Mes se maintint devant les 
voyelles rme'sallier, mesestimer, etc., mais se reduisit a me devant les 
consonnes : mefier, mdconnaitre, mc prendre, etc. 

Mi (du lat. me(liii(m), a- moitie, demi) a forme les mots: 
mniuit, milieu, mi di. 

Non a forme les mots : nonchalant (de chaloir, etre chaud, 
ardent), nonobstant, nonpareil, nonsens, etc. 

Outre (du lat. ultra) signifie au dela : ow^recuidance, outre- 
mcr. 

Par (du lat. per) marque le superlatif et exprime aussi 
souvent I'idt^e du latin per (au milieu de). On le trouve dans 
lea mots : par achever, ;>>arjurer, jaar faire, par semer, par^ 
courir, par tout, etc. 

Plus (du lat. plus) se trouve dans p/ttpart; p/Ms-value. 



\ 



MOTS DE FORMATION FRANQAISE POPULAIRE, DERIVATION. 61 

Pour (du lat. pro) a forme pour chasser, pouriparler, pour- 
suivre, pour \oir, etc. 

Re, r devant une voyelle (du lat. re, red), particule inse- 
parable qui signifie de nouveau, en arriere : ?'e prendre, re- 
partir, remonter; — ?'abattre, r avoir, raccorder, etc. 

Sans (du lat. sine) : saws-gene, saws-culotte. 

Sous ou sou (du lat. siibtus) : sows traire, sowssign^, sows- 
marin; — 80?dever, sowligner, soMliiettre, sowterrain, souve- 
nir, etc. 

Sur (du lat. super ou supra) a le sens de au-dessus : sur- 
veiller, sM?'saut, swrnom; — ou marque I'exces ; swrabondant, 
s?/raigu, swr charge. 

Tr6s, tr6 (du lat. trans), signifie au deld, trop : ^rebucher, 

^-e'passer. 

119. Nous avons dit, pour abreger, qu'un mot tel que en- 
richir etait compose a I'aide du prefixe en. Mais le mot richir 
n'existe pas en fran^ais : il a done fallu prendre I'adjectif 
riche et y ajouter le prefixe eii marquant la tendance et le 
suffixe verbal ir indiquant Taction. Enrichir signifie done agir 
pour rendre riche (voyez plus loin § 142). 



2° Derivation. 

120. Le francais forme des mots derives en ajoutant des 
suffixes aux mots deja existants. Ainsi de colonne on forme 
co/o?m ade avec le suffixe ade, de laver, lava.Qe avec le suf- 
fixe age. G'est ce qu'on appelle derivation propre. 

121. Mais la derivation peutaussi avoir lieu sans le secours 
des suffixes; ainsi de I'adjectif ^fceaw on peut faire un nom 
abstrait, le beau; du verbe manger on lire le manger; de 



62 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

rcplier, repli; de crier, cri, etc. C'est ce qu'on appelle deri- 
vation impropre. 

122. Parmi les suffixes, les uns s'ajoutont plus particuliere- 
ment aiix rioms, d'autres aux adjectifs, d'autres aux verbes el 
aux participes, d'autres aux adverbes. 

De la deux classes de suffixes : les suffixes nominaux pour 
les noms et les adjectifs, et les suffixes verhaux. 

Nous allons etudier successivement la derivation des noms, 
des adjectifs, des verbes et des adverbes. 

125. Mais il importe de faire auparavant une remarque 
generate sur la derivation en fran^ais : 

Nous avons vu (§ 45) qu'il y a dans chaque mot une syllabe 
accentuee ou tonique. Les autres syllabes du mot sont dites 
inaccentu6es ou atones. Ainsi, dans aima-ble, ma est la 
syllabe accentuee, ai et Me sont inaccentuees, sont atones; 
dans charretier, tier est accentue, char et re sont atones. 

124. Quand un mot simple, tel que chandelle (qui est accen- 
tue sur el), donne un mot derive tel que cJuindeliQT (qui est 
accentue sur ier), la syllabe el, qui etait accentuee dans le mot 
simple, devient naturellement inaccentuee dans le mot derive, 
^t e perd alors dans chandelier le son plein qu'il avait dans 
chandelle. 

Souvent cet affaissement du son de la voyelle a amene le 
cbangement de la voyelle elle-meme : ainsi ai, qui est ac- 
centue dans /"aim, est inaccentue dans les derives famine. 

De meme, pour rendre «onore au present de I'indi^atif Ve 
muet des infinitifs app-e-ler, rej-e-ter, ach-e-ter, p-e-ler, 
m-e-ner, tantot le franQais double la consonne (j'appelle, je 
rejette) et donne ainsi a Ye plus de sonorite; tantdt il place 
un accent grave sur Ve : j'acbete, je pele, je mene (voyez 
§418). 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, DERIVATION. 63 

125. Nous avons vu que le francais avail traite differemment les voyellcs 
toniques et les voyelles atones. Or, quand a un mot simple on ajoulait 
un suffixe, la place de I'accent etait changee. Ainsi a tonique dans jm- 
ne{va) donne ai devantla nasale : pain. Dans panariu{m) derive de panis, 
la voyellc tonique n'est plus le premier mais le second a, qui en syllabc 
initiale restera a et non ai : paiiier. Cette regie influe sur les mots dc 
formation purement francaise : voili pourquoi la diphtongue ie de 
lievre est devenue e dans levraut, et pourquoi Ton dit levrette et non 
lievrette. Cette alternance de la voyelle accentuee et de la voyelle atone 
se retrouve dans un grand nombre de mots : ainsi acquerir, tenir, 
venir, a cote de acquiers, tiens, viens; — m0U7iV, iiiouvoir, pou- 
voir, inonlin, iiouveau, bonvier, a cote de nienrs, mens, pence, 
7nevLle, neuf, ,6(Eu/"; — vilenie, nie?wtce, jjanier, a cote de vilain. 
/nain, ^^ain; etc. 

126. II faut encore noter un precede interessant de la derivation fran- 
caise. Quand, par suite de la derivation, deux voyelles se rencontrent, 
i'hiatus se comble ordinairement par un t : abri, abri/er; bijou, bijou- 
tier; clou, cloudier; coco, coco<ier: ergo, ergo^er; etc. Ce fait est facile 
a expliquer : de mots comme jwtier, laitier, dont le radical est termine 
par un /, on a tire le sufllxe tier, que I'on a applique a des radicaux 
dilTerents. 

127. Quand lo mot est termine par une consonne qui ne se prononce 
l»as, comme c dans tabac, fer-blanc, caoutchouc, cette consonne dis- 
parait : taba^iere, ferblan/ier, caoutchou <er. 



I. DERIVATION DES NOMS 

128. 1*' Derivation par les suffixes. — Les principaux suf- 
fixes populaires qui servent a former des noms sont : 
ade, age, aie, ail, ain (aine), aison [ison), ance, ande (eiide), 
ant (ent), ard, e\ ee, er (ier), erie, esse, eur (isseur), eiise 
(isseuse), ie, ien, is, ise, ment, oir (oire), on, te, ure, auxquels 
il faut ajouter les suffixes diminulifs : aille, as, assey eau (el), 
et (ette), on (illon, eron), ot. 

129. Ges suffixes ajoutent des idees accessoires ausens pri- 
rnitif du mot; ainsi ade ajoute a colonne indique une reunion 
de colonnes, une colonnade; oir ajoute au radical depromener 
marque I'endroit oil I'on se promene, le promenoir, etc. Ges 



64 ?ORMATION DU VOCABULAIRE. 

divers ^l^ments expriment done une foule d'idees qu'on ne 
pourrait faire entendre qua Taide d'une periphrase; c'est 
pour la langue line ressource d'alitaht plus variee que le 
meme sufflxe peut prendre, selon les tnots, des sens tres 
differents : c'est ce qu'on a judicieusement appele les i(lee$ 
latentes du langage ^ 

« Tout le monde connait, dit M. Breal, ce precede grammatical qu'on 
appelle la derivation, et qui consiste a tirer d'un mot, a I'aide dun suf- 
lixe, un mot nouveau qui soit avec le premier dans un certain rapport 
de signification. L'une des syllabes derivatives les plus usitees dans notre 
langue est le suffixe ier, qui repond au latin arius, avium. Non seule- 
ment ce suffixe a passe en francais, grace a un grand nombre de mots 
latins qui en etaient revetus, mais il est encore actuellement vivant, 
c'est-a-dire qu'il a servi et qu'il sert encore tons les jours a former 
des derives nouveaux, qui sont le bien propre de notre idiome. C'est 
ainsi que des mots pomme, figue, amande, hous avons fait ponitnier, 
figuier, amandier. D'apres ces noms nous pourrions croire que le sens 
du suffixe ier, c'est de marquer que le mot derive produit I'objet ex- 
prime par le mot primitif. Mais, d'un autre cote, nous avons des noms, 
comma encrier, huilier, herhier, colomhier, oii le suffixe ler marque, 
non point la production, mais le receptacle. 

On dira peut-etre que I'idee de contenance a conduit a celle d'origine, 
et que ces deux sens, en r^alite, n'en forment qu'un. Mais dans laquelle 
de ces deux categories rangerons-nous, par exemple, le mot prisontiier, 
ou la syllabe ier marque, non pas I'agent qui produit, ni le lieu qui 
contient, mais au contraire I'objet qui est contenu? D'un autre cote, si de 
prison nous avons fait prisonnier, c'est-a-dirc I'homme enforme en pri- 
son, de geMe notre langue a tire, a I'aide du meme suffixe, le mot ged- 
Her, qui a un sens tout difl'erent. 

Ce n'est pas tout : le rapport de signification qui unit le mot chevalier 
a son primitif cheval n'est pas le meme qui unit bouvier a boeuf, ni 
Idvrier a li^vre.... Le mot voiturier d^signe un homme qui conduit une 
voiture, tandis que le mot carrossier est donne a celui qui fabrique des 
carrosses; un cuirassier est un soldat iarme d'une cuirasse; mais un 
armurier est celui qui forge ou qui vend des armures.... 

II serait aise de multiplier ces exemples; mais ils suffisent pour mon- 
Irer que ces derives laissent toUjours quelque cbose a deviner h I'esprit. 
Un bon ecrivain ne dit ni trop, ni trop peu : il laisse k son lecteur le 
plaisir de s'associer a son travail et d'achever sa pensee. Ainsi font nos 
langues a suffixes : elles s'adressent a bon entendeur, et elles omettent 
ce qui va eans dif)3. » 

1. Les idees latentes du langage, MHan§es dephilotogie et de lingw8tiqt*e, par 
M. Br^al. 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, DERIVATION. 65 

Remarque. — H y a de§ derives dont les primitifs n'existent 
pas ou n'existent plus en fran^ais : ainsi goupillon vient de 
goupil, ancien nom du renardy qui n'est plus usite. 

150. Ade. Ce suffixe exprime ordinairement una reunion 
d'objets de meme espece, comme barricade, co/onn ade, 
baliistr dide (reunion de barriques, de colonnes, de balustres); 
— ou Taction et le resultat de Taction, comme ^owrrade, 
poivrdide, pass ade, promena.de, etc. 

Ce suffixe, q.ui ne date que du 16° siecle, represente Titalien ata 
(qui est le participe latin ata) : ainsi des mots italiens cavalc a.t3. (che- 
vauchee), gamb aia. (saut), nous avons form^ cavalcade, gamba.de. 
Quoique etranger et inconnu a la vieille langue francaise, ce suffixe s'est 
rapidement acclimate chez nous, et est devenu aussi usuel que les autres 
suffixes populaircs. 

Le suffixe latin ata ayant dej^ donne ee en frangais (ama<a, aime'e), 
et nous ^tant revenu mille ans apres sous la forme ade par I'interme- 
diaire duprovencal, il en resulte que des formes telles que /trade et ttr6e 
rcpresentent au fond le meme mot et sont des doublets (voy, § 100). 

Age marque ordinairement : soit une collection d'objets de 
meme espece : herbage, feuillage, branch age, plumage 
(collection d'herbes, de feuilles, de branches, de plumes), — 
soit un etal : veuvage, esclav age, apprentissage (etat de 
veuve, d'esclave, d'apprenti), soit enfin simplement Taction 
ou le resultat de Taction, brigandage, pelerinage (resultat 
de Taction du brigand, du pelerin). 

Age vient du suffixe latin aticu[Tn). C'est ainsi que umbraticu[m) (de 
umbra, ombre) a donnd ombrage, et que volaiicu[m) (qui vole) a donne 
loliigQ. Ce suffixe est tres fecond en fran§ais. 

Aie indique ordinairement une collection de vegetaux ou 
d'objets : aunaie, chdtaigner aie, chenale, coudr aie, ceris aie, 
houssaie, oser aie, tremblaie, etc. 

T)u suffixo latin etum, au pluriel eta, mdme sens : salice<M(ra), 
HISS aie, ulm<?/M(m), ormaie. Ce suffixe n'a forra^ qu'un petit Qombre 
1 ' mots. 

C0CR9 SCPERIECR. 5 



66 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ail marque le lieu, rinstrument : soupira.il, e'pouvant diih 
eventdiil, />oWail, etc. 

Le suffixe latin cuius, qui avait un sens diminutif, se presentait d'ordi- 
naire precede d'une voyelle : «culus, eculus, iculus, t< cuius. I)e la ail, 
eil, il, ouil : gubernacM/M(m) , gouverna?/; aptcM/a(m), abeiY/e; pericM- 
lu[m], T^eril, yer uculu{m), anc. francais, yerr ouil. 

Ain [fern, aine) designe : soit des per$onnes : chapel ain 
(qui dessert une chapelle), chdtel ain (qui liabite un chdtel, 
un chateau), — soit des noms de.nombres collectifs : qua- 
train (quatre), huitaine (huit), neuv aine (neuf jours de 
prieres), douz aine, vingt aine, trent aine, cent aine, etc. 

Ain, aine vient du latin anu{m), ana{m) : comme dans romain, de 
ro/nanu(m); Aumain, de humanu[m), germam, de $rermanu{m). 

Le pluriel neutre ana sert aujourd'hui de suffixe a des noms propres 
et leur donne un sens particulier : Menagi ana, Voltairi ana, Ciceroni ana, 
les bons mots ou les belles pensees de Menage, de Voltaire, de Ciciron. 
Separe du radical, il est employe comme nom commun : un ana\ un 
recueil d'anas, c'est-a-dire un recueil de bons mots. 

Aison (ison). Ces suffixes marquentordinairement Taction; 
mais il faut noter que ison s'ajoute surtout aux verbes 
en ir du type finir, et aison aux autres verbes : corn- 
par aison, terminai^on, /iaison, pew(/ aison, — ' garmi^on. 
gueri^on, Tra/t ison, etc- 

Le latin exprimait de m^me par le suffixe tione{m) Taction du verbe : 
^•ow/)a7'a-tionem (action de comparer, de comparare), t'^/mtionem (action 
de chasser, de venari). Cette finale a-\-iionem devenant r^gulierement 
aison en francais : wn aison (t-tfnationem), cow/?ar aison (com/^ar ationem), 
le suffixe aison fut a son tour employe au meme usage. 

Ance est le suffixe que le francais ajoute au radical dJ. 
participe present pour en former un nom : de naissanU 
vengeani, obeiss ant, etc., il tire ?mmance, vengeance, 
obfhasance. De meme croiss ance, surveillance, croy ance, 
alliance, viennent des participes croissant, surveill ant, 
croy ant, alii ant. 



MOTS QE FORMATION FUANgAlSE POPULAIRE, DERIVATION, 67 

Le latin tirait de ig nor nnlc{m), participe du verbe ignorare, le 
lom j^noranlia; de con5<ante(m), constare, le nom co/is^antia. Le 
suffixe antia devenant regulierement ance en frangais {const ance, 
ignorance), notre langue a employe le precede du latin, et forme des 
noras a I'aide du participe par le moyen de cette finale ance. 



Ande et ende sent deux suffixes latins {andu(m)y endu(m) 
qui ajoutent au mot I'idee dedevant etre : multiplic dmde (qui 
doit ^tre multiplie), dividende (quidoit etre divise), o/fr ande 
(qui doit etre offert), leg ende (qui doit etre lu), etc. 

Ant et ent sont deux suffixes du participe present latin ; 
on les retrouve dans : fabric anty i^acant, vigilsmt, adherenXy 
negligent, pati ent y etc. (Voyez g 839.) 

Ard se trouve dans 6i//ard, de bille; brassard, de bras; 
cuissSLVd, de cuisse; canard, de cane; e'pinardy d'e'pine, etc., 
et au feminin dans ?noM^ arde, de moiit (la raoutfirde est faite 
de graine de seneve delayee dans du raout ou du vinaigre), 
pouldiTde, de poule, etc. 

Ce suffixe, d'origine germanique [hart), a penetr^ dans notre langue 
des les premiers temps, a vec des noms propres : Bernard, Guich arrf, etc. 
II a passe de la a des noms communs, auxquels il a donne une signifi- 
cation generalement defavorable : hay ard, pillarrf, \aniard, etc. 

£ se trouve dans comity evech^, parents, doigt^, duch^, etc. 

C'est le suffixe latin alu{m) qui est devcnu regulierement 6 en francais 
populaire, d'ou cotnte, duche, etc., et qui a ete introduit de nouveau en 
francais, vers la fin du moyen age, par les savants et les clercs, sous 
l;i forme moderne a<. 

f 

£e (du lat. ala(m) marque la quantite contcnue dans le 
simple : assiell^ey gorg^e, plal^ey bdtich^e, signifient pro- 
prement : plein Vassictley la gorge, le platy la boucke; — 6e 
sert a marquer aussi diyerses parties de la journee : matinee 
(de matin) y soiree (de soir). 



68 FORMATION DU VOCABULAIRE, 

Ce suffixe 6e a kXk joint aux noms par imitation du suffixe ie ^tu- 
die § 136 et qui forme des noms a I'aide des participes, comme Yarrivde, 
de arriver, la veitlee, de veiller, etc. 

Er, ier sert A former : 1" soit les noms de vegetau^C : poi- 
rier (poire), pommier (pomme), cerisier (cerise), citron- 
nier (citron); — 2° soit les noms de metiers : potieT (qui 
fait des pots), chamelier (de chamel, ancienne forme de cha- 
nieau), huissier (gardien de Vhuis, terme de notre vieille 
langue, qui signifie porte, et qui est reste dans ^'expression 
judiciaire audience a huis clos, audience a portes closes, 
fermees, ou le public n'entre pas); — 3° soit les noms de 
receptacles : encrier, sabliev (ou Ton place Vencre,\c sable). 

11 faut remarquer que dans la langue moderne cette forme 
ier se reduit toujours a er apres une palatale : rochet (roc), 
porcher (pore), vacher (vache), archer (arc), et non pas 
rochier, porchier, etc. : — etranger, orangev, et non etran- 
yier, orang ier, etc. 

La forme feminine de ce suffixe est fere, ifere, qu'on trouve 
dans lingbre, inzibre, ardoisi^re, canonni^re, etc. 

• Ier vient du sufflxe latin ariu[m), comme dans "premier de prima- 
riidm), grenier de granariM(m), pommier do pomar/M(m), etc. C'est 
peut-6tre le plus fecond des suffixes francais. 

Erie marque I'etat, la situation, le local ou s'exercQ une 
Industrie, souvent cette industrie meme. C'est en realite un 
suffixe compose de er (latin ariu{m) et du suffixe ie. On 
pent done rattacher la plupart des mots en erie a des radi- 
caux de noms en er ou a des radicaux de verbes en er. 
Cependant le francais a ajoute par analogic ce suffixe a 
des noms qui n'etaient pas termines en er, comme ebeniste^ 
ebenist erie, lampiste^ lampisl erie, chinoiserie, espie- 
gl erie, fourb erie, drolerie, concierg erie, effronteriey 
lot erie, etc. 

Esse marque la qualite. Mais cette forme unique a reraf- 
place en frangais deux suffixes latins, dont I'un servait a 
former le f6minin des noms : %resse, dnesBe, prmcesse, 



MOTS DE FORMATION FRA^'QAISE POPULAIRE, DERIVATION. 69 

pretresse, negresse, etc., et Taiitre a creer des noms 
abstraits tires des adjectifs : faiblesse, noblesse, hardiesse, 
bas^ esse, etc. 

Le premier suffixe esse vient du suffixe issa, que le latin employait a 
/brmer certains ferninins. De sacerdotem (pretre), jyrophelam (prophete), 
i! tirait sacerrfoiissa (pretresse) , prop^e/ issa (proph^tesse). C'estce suffixe 
issa qui est devenu esse en francais par le changement de i du latin 
classique [e du latin vulgaire) en e, comme dans messe de missa. 

Le second suffixe esse vient du latin itia, qui formait des noms abstraits -. 
Ij'istesse {iv'\%iitid), just^sse (justiVia), moWesse [moWilia). 

En francais comme en latin, les noms abstraits tires d'adjectifs sont 
toujours du genre f^minin, temoin : just'\i\2i (la justice), de Justus (juste); 
Veritas (la verite), jde veims (vrai); gratiXuAo (la reconnaissance), de 
' gratus (reconnaissant), etc. 

Eur (iss eur). Ce suffixe, tres fecond en frangais, marque 
I'agent ou la qualite et s'ajoute surtout au radical du verbe 
pour former des mots nouveaux. Pour les verbe en iV, comma 
finir, finissons, on intercale iss entre le radical et la terminai- 
son : chassevLT, (huisevLT, changenr, diviseur; batissenTy 
blanchissevLT, ejivaiiissenr^ etc. II sert aussi a former des 
mots tir^s des adjectifs ou des noms : douceVLT, fraichevLT, 
grandeur, largenr, amplenr, senatevLV. 

Le latin employait de meme le suflixe tor, sor, pour designer la per- 

r Sonne qui agit : piscator (le pecheur), de piscare (pecher); salvator (le 

^ sauveur), de salvare (sauver), defensor, de rfe/ewrfere (defendre), etc. Ces 

suffixes ayant donne regulierement eiir en francais {pecheur, de pisca- 

«ore(m); sauveur, de salvat ore{m); dd fen seur de de fen sore{m), notre 

langue employa a son tour ce suffixe eur au meme usage. 

Euse (/ss euse). Ce suffixe est le feminin de eurei de eux. 
II faut done pour I'^tude de euse se reporter a ces deux suf- 
: fixes. Cependant nous citerons quelques mots usites seule- 
ment avec cette terminaison ou qui ont au feminin un sens 
different de celui quils avaient au masculin; tels sont : 
hncevise, repassevise, fauchense, /wmeuse, batteuse, 
vwissonnense, balayevLse, ouvreuse, veiUense, etc. 

Ce suffixe euse est assez recent dans I'histoire de la langue et ne re- 
iiionte guere qu'au 14« siecle; a I'origine le veritable feminin des mots 
f;ii cur iiaW. eresse : pecheur, pdch er esse: ve)ig cur, vengcr esse; chasseu^, 



70 FORMATION DU VOCABDLAIRE. 

chass eresse; devin eresse, defend eresse, demand eresse. Plus tard a 
suffixe fut remplac^ par la forme euse; mais il a per^ist^ dans cinq ou 
six mots; et tandis qu'on dit chant eur, chant euse, on a garde la vieille 
forme dans : enchant eur, enchant eresse. 

Le suflixe er-esse est compose de eur, auquel on a ajoute le suffixe 
feminin esse. 

Quant k la forme euse, elle est calquee siir le latin feminin osa, qui en 
francais devient regulierement euse, comme orem devient eur ; epin euse 
(spin osa), o6.\cuse (odi osa), ^\oY\cuse (glori osa). 

Le latin avait en outre pour marquer le feminin une forme en trix, 
tricem, qui a donne trice en francais dans les mots savants : accusain(^ 
(accusatrice(m), ifnp^ratrice {imperatrice(m) ; et sur ce modele notre lan- 
gue a cr^^ bienfaiirice de bienfai icuv, ambassa dr'ice de a/n6assa deur, etc. 

le marque la qualite, le pays : maladies perfidie^ barba- 
?'ie, foiie, Normandie, Arable, Bulgaria, etc. 

Ce suffixe ie (que nous retrouvoiis dans fcaronnie, filonie, de baron, 
fdon) est le latin ia, qui est inaccentue a I'epoque classique (puisque ce 
suffixe disparait dans les mots comme cigogne, de ciconia, etc.), mais 
qui a ete accentue par le latin de la decadence, k I'imitation du suffixe 
grec ia dans democratia, democratic. 

len indique la-profession, la secte. II sert aussi a former 
des noms de peuples, de families, de races : milicien, musi- 
cien, pharmacien, grammairien, paroissien, iVwtien, 
Autrichien, Norve'gien, //a/ien, Pansien, Merovingien, etc. 

len est une autre forme du suffixe ain; tons deux viennent du suffixe 
latin anus : cliristia«M(m), Chretien; pa(g)a«M(m), pa ten. Mais ain nous 
offre le traitement r^gulier de a tonique devant une nasale (paw em, 
pain), et ten le traitement de o tonique apres une palatale (can em, chieii). 

Is. Ce suffixe marque le resultat de Taction exprimee par 
le verbe : hachis est proprement ce quon a hache; de meme 
gdchis de gdcher, cliquetis de cliqueter, com/ is de coultT, 
(pont-) levi^ de levQV, log is de loger, abatia de a dartre, roU" 
/is de rouler, etc. 

Is, en vieux francais cfs, eiz, plus anciennement ediz, vient du suffixe 
latin aticiu{m) : \e\aticiu{m) [levediz, leveiz, leveis), levis. 

Ise est une forme du suffixe esse; il s'ajoute de meme aux 
adjectifs pour marquer Tetat ou la quality : franchise ^ frian- 
</ise, gourmand ise f marchandise^ expertise, betise, sot- 
iise, etc. 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, DERIVATION. 71 

Ment. Ce suffixe, qu'il ne faut pas confondre avec celui 
(les adverbes bonne mew/, sage mew/, etc., marque le resultat 
de Taction exprimee par le verbe et s'ajoute au radical du 
verbe en intercalant un e euphonique : ainsi, de hurler on 
tire hurl-e-ment; d'abattre, abatt-e-ment; de vetir, vet-e- 
ment; de consentirj consent-e-ment. 

II faut excepter les verbes en ir et en re, qui intercalent iss 
entre le radical et la ternninaison. Ainsi rw^ir et accroUre, qui 
font a rimparfait rug-iss-ais, accroi-ss-ais, ont de meme leurs 
derives en iss : ? w^-iss-ement aecroz-ss-ement,, tandis que 
rendre et consentir font je renda'is, consentais et, par suite, 
rend ement, consent ement. 

Ment vient du lalin mentu[m), qui a le meme sens,.comme dans re«<t- 
menfum (v(5tement), forme de I'infinitif veslire (v^tir), etc. 

Oir (oire) indique Tendroit oii se passe Taction exprimefe 
par le verbe : pari oir, trott oir , compt oir (Tendroit ou Ton 
parte, trotte, compte), — ou Tinstrument qui sert a accora- 
plir Taction : ?'rtsoir, baltoir, nageoire, mdc/ioire, e'cumoire 
(ce qui sert a raser, a battre, a nager, a mdcher, a ecumer). 

Pour les verbes en ir comme finir, il faut intercaler iss : 
ro/ir, polirjoni rd/-iss-oire, 7^o/-iss-oir, non ro/ oire, po/ oir, 
parce que ces verbes font a Timparfait rdl-'\ss-ais, pol-iss-ais. 

Le latin employait de meme le suffixe orium, oria : dormit onu(m) 
(I'endroit oii I'ondort, dortoir), purgatoriM(m) (I'endroit ou Ton purge ses 
peclies, le purgatoire). — memorm(m), memotre, histona(m], liisioire. 

On forme des noms a Taide des verbes en er, comme 
brouill on, de brouiller; plongeoHy de plongev, coupon, de 
couper, etc. 

T6. Ce suffixe marque la qualite et s'ajoul>e aux adjectifs : 
acret6, fermet^, legerei^, nettei^, fausset^, dnre\^,honne-' 
/et6, etc. 

T^ vient du latin tate[TCi), qui servait a former aussi en latin des 
noms k I'aide d'adjectifs : veri/<^, de yev\tate[m.); yo\o\\U, de volun- 
tal&[m)\ mortali/^, de mortali^a;e(m). 



72 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ure marque le resultat de Taction exprimee par le verbe : 
bleggnre, do blesser; par vtre, de parer; .serrure, de server; 
ollvLve, de a//er. On ajoute ure au radical du verbe, sauf pour 
les verbes en zV, qui intercalent iss^ ainsi : mois'ir, meurtr ir, 
hrun'w, houffiT, font mois-iss-ure, meMr/r-iss-ure, ^rwn-iss- 
ure, bouff-ks-vLve. 

Ce suffixe s'ajoute aussi aux adjectifs : froidnre, droitUTe, 
doublure, courbnre, verdure, etc. 

Le latin cmployait pour le meme usage le suffixe ura : cult-ura (cul- 
ture), pict-ura (peinture), de cult um, pict um, participes des verbes 
colere (cultiver), pingere (peindre). 

131 . Suffixes diminutifs. — II nous reste a etudier une classe 
particuliere de suffixes, ceux qui marquent ordinairement la 
diminution et que Ton appelle pour cette raison des suffixes 
diminulifs. Tels sont, par exemple, illon dans negr iWon (petit 
negre) ou eau dans c/^ewr eau (petite chevre); i7/on, eau, qui 
diminuent le sens du nom simple, negre, chevre, sont des 
diminutifs. 

Les suffixes diminutifs, ou &implement les diminutifs, 
sont au nombre de six : aille, as, el (eau, elle), et (ette, elet), 
on (illon, eron), ot. y * 

152. Aille diminue le sens du nom simple en y ajoutantune 
id^e de collectivity et de mepris : t;a/e<aille, de valet; mar- 
m aille, de marmo/, etc. 

Aille vient du latin acula[m) qui chez les Remains avail un sens diminutif . 
i4cj</a, contracte reguliferement en acta, a donne aille\ ainsi macula{m) 
donne matlle, comme gubei-n acuiu[m) donne gouver7ia\]. — Ch'ienaillr, 
reunion de chiens, et au figure vile multitude, a ete remplac^ par I'italien 
canaglia, canaille, qui offre le m6me sens. 

As, asse ajoutent au nom simple une idee de depreciation : 
pldtrds, de platre; couteldiS, de coutel, forme ancienne de 
couteau; paper disse, de papier; paillasse, de paille, etc. 

A» vient de ac«M(in), que Ton trouv ^vec le sens depreciatif dans quelqucs 
mots latins. 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, DERIVATION. 7o 

Eau (au feminin elle) : chevreem, de chevre; dindonneSin, 
de dindon; lioncean, de lion; ^a/emeau, de baleine, etc.; et 
au feminin /;rM?i elle, de prune; rowrf elle, de rond; ma?'^elle, 
de marge. 

Ce diminutif eau, autrefois el, vient du latin ellus, qui avait aussi un 
sens diminutif chez les Latins. De agnus (agneau), porcus (pourceau), 
avis (oiseau), les Latins formaient agnellus (petit agneau), iporc ellus 
(petit pourceau), a\ic ellus (petit oiseau, etc.). 

De meme que bel est la forme ancienne de beau, de memo a I'origine 
de la langue cesuffixe eau etait el, d'ou le feminin en elle. Cette vieille 
forme -a persiste dans les mots derives : ainsi chatelain, batelier, 
oiseleur, ont gard^ la forme du vieux francais, chdtel, batel, oisel. De 
meme : 



corbeau, 


pomm eau, 


ruisseau, 


mart eau. 


sceau. 


anneau, 


ciseau. 


veau. 


monceau. 


cr^n eau, 


mus eau. 


cerv eau, 


cord eau, 


tonneau, 


oiseau. 


claveau, 


rondeau, 


bandeau, 


bateau. 


^cheveau, 


agneau, 


appeau, 


chateau, 


niveau. 


chameau, 


chap eau. 


cout eau. 


nouveau 


grumeau, 


carreau, 


manteau, 


jumeau. 


It et^ dans I'ancien francais : 






corbel. 


pommel. 


ruissel. 


mart el. 


seel, 


annel. 


cisel, 


veel, 


moncel. 


crenel. 


mus el, 


cerv el, 


cord el. 


tonnel, 


oisel. 


clavel, 


rondel, 


band el, 


batel. 


^chevel, 


agn el. 


appel, 


chat el. 


nivel, 


cbamel, 


chapel. 


cout el. 


nouvel. 


grumel. 


carrel. 


mantel. 


jumel, 


eilles formes qui 


subsistent encore 


dans les derives : 




encorbellement, 


pommel e, 


ruissel er. 


martel er, 


sceller, 


annel et, 


cisel er, 


vel er, 


amoncel er, 


crenel er. 


musel er, 


cervelet, 


cordel er. 


tonnel ier. 


oiseleur, 


olavelee. 


rondel et, 


bandcl ette 


batelier. 


dchevel er, 


agnelet. 


appel er. 


chatelain, 


nivel er. 


chamelier, 


chapel ier, 


coutelier, 


renouvel er, 


grumel er, 


carrel age, 


mantelet, 


jumelle. 



74 FORMATION DII VOCABULAIRE. 

Souvent meme, le francais intercale, eniro lo mot simple et 
la terminaison eau, un nouveau diminutif, le suffixe et, ce qui 
donne ainsi au nom une double dimimition : par exemple, un 
jeune loup sera non pas un louveeiVi, mais un louv-ei-edLXX. 

Et, ette, marquent la diminution, mais sans y ajouter 
aucune idt^e de depreciation ou de mepris; ainsi : jardinet 
(petit jardin), rouei (petite roue), livrei (petit livre), sachet 
(petit sac), cochet (petit coq), fletiret (epee munie d'un 
bouton qui ressemble a une Heur) ; — de m^me avec le femi- 
nin ette : chamonn ette (chansor). maisonnettQ (maison), 
herb ette (herbe), fleur ette (fleur), etc. 

Quand on veut marquer un degre encore plus faible que 
celui qui est exprime par ei, OB fait preceder ei du diminutif 
*e/, qui est le meme que ie francais moderne eau : ainsi tarte, 
goufte, bande, ont donne, non pas tart-ette,gotitt-ette, band-ette, 
mais /ar/-el-ette, ^ow//-el-ette, ^a??^/-el-ette. 

On, que nous avons vu plus haut, est souvent employ^ 
cornme diminutif : rat on (petit rat), chat on (petit chat), 
anon (petit ane), ourson (petit ours), fleur on (de fleur), 
jamb on (de jambe). 

Mais d'ordinaire on se trouve renforce par un autre dimi- 
nutif, qui est tant6t ill, comme dans cflr;>ill-on (petite carpe), 
barb-\\\-on (barbe), negr-\\\-on (petit negre), crois-iW-on 
(petite croix), post-iW-on (de poste); — tantot er, comme 
dans mouch-ev-on (de mouche), puc-er-on (de puce), chap- 
er-on (de chape), forg-cr-on (de forge), biich-er-on (de 
buche), vign-er-on (de vigne), quart-er~on (de quart). 

Le diminutif on vient du latin one{m), qui chez les Latins n'avait 
point le sens diminutif qu'il a pris en francais. 

Qua«t a ill dans ill-on, \} represente le diminutif latin illus, que nous 
voyons dans codic\\\u{m) (proprement petit cahier, de codicem, cahier), 
angu'\\\a[m), anguille (proprement petit serpent, de anguis, serpent). — 
Quant a e7'-on, il est compose des suffixes on et er, etudies pr^^- 
iemment. 



MOTS DE FORMATION FRANQAISE POPULAIRE, DERIVATION. 75 

Ot se trouve dans : i/ot, de He; angel ot, de ange; haUoX^ 
de halle-y goulot, de gueiile; men otte, de main. 

15o. 2° Derivations sans suffixes. — La derivation des 
noms peul aussi avoir lieu, sans le secours de suffixes^ par 
les adjectifs, par les verbes, par les participes ou par les mots 
invariables. 

154. D6rivation par les adjectifs. — Le frangais emploie 
comme noms quelques adjectifs en pla^ant simplement I'ar- 
ticle devant. Ces mots ainsi formes sonl en general des noms 
abstraits masculins; ainsi : beau, faille, fort, haul, chaud, 
froid, riche, vrai, fin, jusle, etc., donnent : le beau, /efaible, 
le fort, le haut, le chaud, le froid, etc. 

Notre epoque en voit creer tous les jours un nombre considerable. 
Ces noms desrgnent tant6t des personnes : un conservateur, un allid, un 
declasse; tantot des choses : un impermeable (manteau), Vhnp^riale (des 
omnibus), une mitrailleuse, une faucheuse, une bat tense, etc. 

155. D6rivation par les verbes. — A I'aide des verbes 
le francais forme de deux manieres des noms derives : 

1° En employant rinfinitif comme nom : ainsi devoir, souve- 
nir, rire, toucher, vouloir, etre, avoir, etc., deviennent le 
devoir, le souvenir, le rire, etc. 

Souvent, mSme, le verba a cesse d'etre employe dans le francais 
moderne, et ne persiste que par son infmitif devenu nom ; ainsi le loisir, 
le plaisir, I'avenir, sont les seuls restes de I'ancien francais loisir 
(avoir le temps, licere), plaisir (plaire, placere), avenir (advenir, adve- 
nire]. 

2« En retranchant le suffixe verbal er, ir ou re : ainsi 
ouhlier, aider, accorder, rotir, rahattre, etc., donnent oubli, 
aide, accord, rot, rabat, etc. 

Ces noms, dits verbaux, ont ei& tir^s du verbe a I'imitation du latin 
de la decadence, qui tirait, per exemple, proba (preuve) de probare 
(prouver), ou lucia (lutte) de luctari (lutter). En francais ce sont les 
verbes en er qui seuls fournissent ces noms ; les noms venus des autres 



76 . FORMATION DU VOCABULAIRE. 

verbes sont tout a fait rares ; citons ^bal de eballre, combat de combattre,^ 
accueil de accueillir, maintien de maintenir, etc — Repaire (lieu cacli^' 
ou les betes se retirent) est de menie le iioni verbal du vieux verba 
repairer (se retirer) du lat. repatriare. 

136. 'Derivation par les participes. — Le fran^ais forme 
des noms en employant Ic participe present. Ainsi Iran- 
chanty servant, commengant, surveillant, aspirant, igno- 
rant, etc., donnent : le tranchant, le servant, le commen- 
Qant, etc. 

En cela le francais a imite le latin, qui employait aussi comme nom les 
participes, par exemple negligens (un negligent) de negligens (n^gligeant), 
participe present de negligere. — Le vieux verbe francais m^croire (mal 
croire, croire des choses fausses, adorer des idoles) n'a persiste que par 
son participe present mdcr^ant, deveriu nom [un^vil mecreant). 

Le franoais cree des noms nouveaux a I'aide du participe 
pass6 : de regu, du, fait, reduit, sin^sis, participes passes de 
recevoir, devoir, faire, reduire, surseoir, il tire nn regu, un 
du, un fait, un r6duit, un sursis. 

Mais c'est surtout a former des noms f6minins que sert 
cette derivation. Une tranch6e, une vol6e, une entr6e, une 
vue, une battue, une crue, une tenue, une revue, etc., 
viennent du participe passe feminin de trancher, voter, entrer, 
voir, battre, croilre, tenir, revoir, etc., et notre langue pOs- 
sMe plusieurs centaines de noms formes sur ce module. 

Ce precede nous vient du latin, qui creait de meme des noms a I'aide 
des participes passes : de fossa (creus^e), participe de fodtre (creuser), 
il tirait fossa (une fosse). — Souvent le verbe a disparu du frangais 
moderne, et le participe pass6 persiste sous la forme d'un nom : ainsi 
le vieux francais issir (sortir, exire) est rest^ dans issu, d'oii Yissue', 
iistre, inusite maintenant, nous a donne tissu. 

Souvent aussi ces noms sont formes de participes passes aujour- 
d'hui hors d'usage, et tires directement du latin par notre vieille langue : 
tels sont : emplette (de implicita[m), employee), meute (de mota[m), mue), 
pointe (de puncta[vi\), pointe), au sens de poindre, de piqiier; ce mot est 
reste comme participe dans courte-poinle, vieux francais coulte-pointe, 
(du latin culcita-puncta^c^nveviMYe piqu^e), course (de cursa[vn], courue), 
entorsf; (de inforla[m), tordue), route (de rupta[m], rompue), defense 
(de defen8a{m), defendue), tente (de tenta[T[\), tendue), rente (de red- 
dita[m), rendue), pente {^q pendita[va), pendue), vente (de vendita{m). 



MOTS DE FORMATION FRANQAISE POPULAIRE, DERIVATION. 77 

vendue), perte (de perdita{m), perdue), quete (de qu3esita{m), cherchee], 
recette [dei'ecepta{m), recue), dette (de deb<ita{m), due), reponse (de res- 
ponsa[m), repondue), elite («le electa{m), elue) ; etc. 

157. D6rivatioii par les mots invariables. — Le franQais 
emploie aussi comme noms divers mots invariables en les 
faisant simplemcfnt preceder de I'arlicle : le pour, le contre, 
le/j/ws, le mains, le bien, le mieux, le dessus, le dessous, etc. 



II. DERIVATION DES ADJECTIFS 

158. 1<* Derivation par les suffixes. — Le frangais forme 
des adjectifs derives en ajoutant a un radical un des suffixes : 
able, ain, ais (aise), al(el), ard {arde), aire, aud, e, er, et, 
eux, ible, if, in, iqne, ois, ot, u. 

159. Able. Cc siiffixe marque la possibilite, la qualite : 
applicdLble, agveaihle, souhailsibley remarquahle, serviahle, 
peVissable, epouvaniaiblQ. 

Le sufiixe able vient du latin abile[m), qui a le meme sens et qui formait 
des adjectifs latins en s'ajoutant au radical du verbe : ainsi comparahilis 
[comp ar ah\e) , de comparare (connparer). 

Ain. Cc suffixe, deja etudie au g 150, sert a former quel- 
ques adjectifs, qui peuvent aussi etre employes comme 
noms : mond ain, haiitaLin., certain, etc. 

Ais (fem. aise) sert a former surtout des noms de peuples, 
d' habitants : Fmwpais, Ir land ais, Bourbonn ais, Dijonn ais, 
MarseiU ais, Milanais, etc. 

Le suffixe latin ense{ni), devenu dans le latin populairc ese{m], a doniie 
le francais ow, puis ais : Suedois, Anglais, etc. 

Al (ou el). Ce suffixe &ignifie qui tient a la nature de : 
royal, loyal, colonial, oriental, etc. — La seconde forme 
a le mCiine sens : addilio?inel, mortel, originel, per- 
sonnel, etc. 

Du latin ale{m), le franjcais a tire reguli6rement el; mais rinfluenre 
des mots savants en al (voy. § 152). qui sont tres nombreux, a aniene 
una hesrtation entre les deux suffixes. 



78 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ard (fern, arde) a un sens depreciatif : rfc/iard, cnard, 
bavdiTd, vantdiTd, etc. (Voyez g i50.) 

Ce suffixe est d'origine germanique. 

Atre marque depreciation, diminution : 6/anc^atre, rou- 
ge ktve, douce ktTQ, 6/ewatre, etc. 

Le suffixe dire, qui est astre au moyen age, vient du latin de la deca- 
dence aste}', qui se prend de meme en mauvaise part : poet a.iier (un 
mauvais pefJt poete). L'ancien francais astre est devenu dire, corame 
pastre est devenu pdtre. 

Aud marque exageration en mal de telle ou telle qualite et 
s'ajoute surtout aux adjectifs : lourdamd, sowrrf aud, rouge 3L\idy 
noir aud, cowr^ aud, /?naud, etc. 

Le suffixe aud, qui etait primitivement aid, est d'origine germanique. 

i marque la possession et sert a former une trentaine d'ad- 
jectifs, qu'il ne faut pas confondre avec les garticipes passes 
des verbes en er : affair 6, azur^y etoiUy perU^ aiU, dg^y 
tilr^y etc. 

Le suffixe e vient ici du latin atu{m) : a/atu(m) (aile), de ala (aile); 
stell 3ii\i{m) (etoile), de stella (etoile); crist at\i{m) (cr^te), de crista (cr^te). 

Er ou ier (fem. fere). Ce suffixe marque la qualite et s'a- 
joute aux noms et aux adjectifs : ^awc/i er, menageVypassageVy 
mensonger; princieTy journalieTt hospitatier; fourragbre, 
cochbre, routibrey etc. 

Et marque diminution et est souvent renforce par el (elet) : 
doucety rougety follety propret; — aigrelety maigrelety 
rond elely etc. 

Eux (fem. euse). Ce suffixe, un des plus usites de notre 
langue, marque la qualite, la possession : bourbeux, hasar- 
'ieux, couragevLXy hontenXy pierr eviXy poudrenXy mareca- 
genXy etc. (Voyez g 150.) 

Le suffixe eux vient du latin osu{m), qui a le m^me sens et servait 
de meme a creer des adjectifs a I'aide des noms latins : glorio- 



MOTS DE FORMATION FRANQAISE POPULAIRE, DERIVATION. "^^ 

su(m) [glorieux], de gloria [gloire); studiosvL[m) [studieux], de studium 
(etude) . 

Ible. Ce suffixe a le meme sens que le suffixe able, deja 
etudie plus haut; il marque la possibilite, la qualite : admis- 
sible, corrigible, /isible, e^i^ible, /ai7/ ible, ;mis ible, etc. 

If sert a formei' des adjectifs tires des verbes et marquant 
Taction, la faculte d'agir : adoptit, offensity j)ensii, tardiif in- 
ventii, abtisii^ etc. 

Le suffixe if vient du latin ivu{m), qui servait de meme chez les Romaiiis 
a former des adjectifs a I'aide des verbes : laudat i\u{m) (laudatif), de . 
laudare (louer) ; 2mrgat\s\i[m) (purgatif), de pur gave (piirger), etc. 

In marque Torigine, la qualite : salin {sel, en latin sal)y 
cristallin, enfantiHy blondin, etc 

In est lo latin inu[m) : div hm{m) divin, /a/inu(m) latin, etc. 

Ique. Ce suffixe marque I'origine, la qualite, et s'ajoute 
surtout aux mots savants termines en ie, comme academie, 
chiniie, etc. On le trouve dans les mots : ara6 ique, algebri- 
que, sz///a^ique, period iqne, monarch iqae, vo/caw ique, etc. 

Ce suffixe latin icM(m), ica{m), qui se confond avec le grec tkos, suffixe 
Ires fecond dans la langue scientifique, a eu un tres grand developpe- 
ment dans la formation savante (voy. § 155). 

Ois marque le lieu d'habitation, d'origine, et sert a former 
surtout les noms de peuples : Sued ois, Gaulois, village oi^y 
C/i in ois, bourgeois, etc. 

Ce suffixe vient du latin ense{m) qui servait a former des noms de pcu- 
pies : Mheni ensis, Carthaginiensis. 

Ot marque diminution : bell oi, pal ot, vieill oi. 

U marque la possession : barbvi, bossM, chevelvi, feuillM, 
point VL, touffvL, etc. 

I-c suffixe u vient du latin ulu{m), qui marquait de meme la possession : 
coriiutu{m) (cornu, qui a des cornes), derive de cornu (corne), de meme 
can utu(m) (chenu, blanchi), etc 



80 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

140. ^^ DerivatioiN sans suffixes. — Le fran^ais cree des 
adjectifs nouveaux en employanl des noms comme adjec- 
tifs : par exemple, drdle^ espiegle, faineant, ladre, rose, etc. 

On sait que le nom peut, grSce h I'apposition, devenir le qualificatif 
d'un autre nora; ain&i on dira un ruban lilas, un ruban 7'ose; lilas et 
rose etant des noms qui qualifient le nom ruban; puis, suivant renq)Ioi 
plus ou moins frequent de cette coostruction, le nom appose devicnt 
franchement adjectif, comme rose, ou reste a mi-cliemin sur la voie de 
la transformation, comme lilas. 

Quelques mots completement adjectifs aujourd'hui ont commence par 
designer des'objets; tels sont : cramoisi (derive de I'arabe kermiz, ker- 
mes ou cochenille), pourpre (coquillage d'oii Ton tirait cette couleur), 
violet (couleur de violette), vermeil (teinture rouge tiree de la cochenille; 
latin vermiculus, petit ver), etc. ; — ou des personnes comme espiegle, qui 
vient de Eulenspiegel, heros facetieux d'une legende allemande 

141. Le fran^ais cree encore des adjectifs nouveaux avec 
le participe du verbe,^ nous employons de cette maniere 
soit le participe present : charmant (qui charme), de- 
vorant (qui devore), etc., soit le participe pass6 : connu (de 
connaitre), poli (de polir), etc. ^ 

Ces mots, ainsi devenus de veritables adjectifs, suivont 
naturellement pour la formation — soit du feminin, soit du 
pluriel — ks regies ordinaires des adjectifs : charmant, char- 
mante, charniants, — connu, connue, conniis. 

Dans certains cas, le verbe a disparu de la langue raoderne, et n'a 
persiste que par son participe present, devenu adjectif : ainsi le vieux 
verbe b^er (ouvrir la bouche) est reste dans Tadjectif b^nt et 6/e (dans 
bouche bde); I'ancien francais galer (se rejouir) a persiste dans galant; 
de meme le verbe nonchaloir (ne se soucier ^e rien) ne subsiste plus 
que dans nonchalant; vermoulu (moulu, pique par leS vers) n'a pas de 
verbe correspondant. • - 



III. DERIVATION DES VERBES 

142. Le francais forme des verbes derives en ajoutant a des 
noms ou a des adjectifs deja existants les terminaisons ver- 
bales er et ir ou les suffixes iser, oyer. Ainsi de homhe on 
forme ^om^er; de jaiine, jaunir; de j)oete, jH)etiseT; de 
foudre, foiidr oyer. 



MOTS DE FORMATION FRAN^AISE POPULAIRE, DERIVATION. 81 

Ces termiQaisons ire s'ajoutent pas seulement aux mots 
simples, mais aux mots derives ou composes; ainsi bombe 
donne bombarde, d'ou Ton tire bombarder; fou (fol) donne 
foldtre, d'ou Ton tire foldtrer. Le mot simple content donne 
le compose mecontent, qui avec la terminaison verbale fait 
mecontenter; de meme, chemin donne le derive cheminer et 
le compose acheminer, etc. 

Er forme des verbes en s'ajoutant surtout aux noms : 
bomber, safc/er, sabreTy meubleVt ebarber, englober, 
eb rancher, etc. 

Gependant un certain nombre de verbes en er sont aussi 
tires d'adjectifs; tels sont vider, doubter, egaler, affo- 
/er, e'piirer, tripler, jalouser, captiver, patien- 
ter, etc. 

Ir (du lat. ire) en s'ajoutant surtout aux adjectifs forme 
des verbes nouveaux; par exemple, gauche, mince, rond, laid, 
ferme, etc., donnent : ^awc/dr, amincir, arrondir, enlaidir, 
affermir, etc. 

Cette terminaison est renforcee par un c dans ies mots sui- 
vants : dur cir, noir cir, obscur cir, eclair oir, raccourcir. 

Ce suffixe cir a ete forge par imitation des verbes en ir, tires d'ad- 
jectifs dont le radical etait en c : douce, adouc/r; mince, amincir. 

Iser s'ajoute aux noms et aux adjectifs et indique ordinaire- 
ment que la qualite marquee par I'adjectif passe au comple- 
ment : civiliser, favor iser, centraliser, aromatiser, ega- 
/iser, etc. 

La terminaison iser est empruntee au latin izare, issare, qui lui-meme 
a ete emprunt^ au "grec. Ce suffixe, qui chez Ies Latins exprimait d'abord 
Jimitation (grrasc issare, imiter Ies Grecs; attic issare, parler a la maniere 
athenienne), en vint assez vite a marquer simplement Taction {bapt izare, 
action dedonner le bapteme, etc.). 

Oyer. Ce suffixe s'ajoute surtout aux noms et marque 
Vaction du mot primitif ; aiDsi coud oyer, c'est pousser aver 

C0UR3 SUP£lUSUR< 6 



82 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

le coude; guerr oyer, c'est faire la guerre^ etc.. On le trx)uve 
dans : charr oyer, fes/ oyer, foudr oyer, /arm oyer, rudoyer, 
iourn oyer, etc. 

On trouve aussi la forme ayer, eyer, ^ier, dans heg ayer, 
grasseyer, planch 6ier. 

143. Les verbes, comme les noms et les adjectifs, peuvent 
aussi prendre un sens diminutif ou pejoratif en intercalant 
entre le radical et la terminaison verbale les suffixes aille, 
asse, on, ot. 

Aille : cri ailler, /err ailler, tir ailler, ^owrnailler, ri- 
mailler, etc. 

Asse : crei; asser, cwirasser, ret; asser, nm asser, ter~ 
rasser, <rac asser, etc. 

On : c^aw^onner, ^rfsonner, macAonner, /d/onner, ;?e/o- 
/onner, etc. 

Ot : fris otter, tap oter, pic oter, trembloter, clignoter, 
vivoter, etc. 

IV. DERIVATION DES ADVERBES 

144. On forme des adverbes derives en ajoutant aux adjec- 
tifs feminins le suffixe ment. Les adverbes ainsi formes mar- 
quent la manifere. Tels sont : adroitemeut, amerement, agi- 
lement, admirable ment, etc. 

145. Quelques adjectifs terminus par une voyelle sonore, 
comme u dans assidu, cru, du, etc., remplacent Ye du f^minin 
par un accent circonflexe : assidument, crument, dument. 

Cependant on ^crit sans accent circonflexe hardiment, inge- 
nument, resolument. 

Dans certains adjectifs, Ve muet du f^minin devient ^ ferm(5 : 
aveugl^ment, commodement, conform ement, enormement, 
commun^ment, confus^ment, expressement, obscur^ment, 
opinidtr^ment, precis ^ment, profond^ment, uniform tment. 
^- Impuni fait impune'ment; gentil, gentiment. 



MOTS DE FORMATION FRANgAISE POPULAIRE, DERIVATION 85 

Pour creer des adverbes, la langue francaise a adopte I'ablatif mente 
du mot latin mens, qui signifie esprit, mais qui chez les ^crivains de 
la decadence avait pris le sens de manibre, fagon. Ce mot mente, joint 
a un adjectif au feminin, donna I'adverbe francais en ment : bona-mente, 
cara-mente, devot a-mente =: bonn e-ment, chere-ment, devote-ment. 

146. Les adjectifs termines en ent, ant, font leurs adverbes 
en em ment, am ment : ^vudent, prudemynent; — savant, 
sayamment; — excepte lent, present, vehement, qui font : leri- 
fement, presence ment, vehemence ment. 

Les adjectifs qui chez les Latins avaient una terminaison pour le 
masculin et une pour le feminin [bonus, bona) en avaient aussi en fran- 
cais une pour chaque gem*e [bon, bonne) ; ceux qui avaient en latin une 
seule terminaison pour les deux genres n'en avaient aussi qu'une eh 
francais : ainsi grandis, legalis, prudens, regalis, viridis, forlis, abun- 
dans, etc., donnerent en francais les adjectifs grand, loyal, prudent, 
royal, vert, fort, abondant, etc., qui, dans notre emcienne langue, n'avaient 
qu'une forme pour les deux genres. II en resulte, dans le cas particulier 
qui nous occupe, que les adverbes formes avec les adjectifs de la premiere 
categoric (tels que bon, bonne) eurent toujours Ve feminin au radical : 
bonne-ment, ch6re-ment, devote-ment, et que les adverbes formes avec les 
adjectifs de la deuxieme categoric (tels que grand, loyal, abondant, etc.), 
n'eurent jamais d'e au radical : au 11° siecle on disait, conformement a 
I'etymologie, loyal-ment, grand-ment, fort-ment, abondant-ment, etc. Le 
15« siecle, ne comprenant plus Torigine de cette distinction, et ne voyant 
plus pourquoi dans certains adverbes I'adjectif ^tait au feminin, tandis 
(jii'il restait (apparemment) au masculin dans d'autrcs, commenca a {5crire 
Loyalement, vilement, grand e ment, etc. Les adverbes teh que p7-ude7n- 
ment, obligeamment (pour jyrudentment , obligeantment par assimilation 
de ntm en mm), sont un reste de I'ancien usage. — Quelques adverbes, 
tels que nuitamment, scie'mment, traitreusement, sont formes d'adjectifs 
hors d'usage aujourd'hui. 

147. Le francais forme encore des adverbes de maniere en 
omployant dans certains cas : 

1° V adjectif simple, comme dans : chanter juste, voir 
clair, parler has, etc. 

2° Quelques noms, comme pas, point, goutte, force, etc.; 
il ne repond pas, il ne parle point, on n'y voit goutte, il d^bite 
force menaonges. 



84 FORMATION DO VOCABULA.IRE. 



11. — FORMATION SAVANTE 

148. Nous avons vu que les savants et les lettres avaien^ 
des I'origine de la langue, emprunte au latin et plus tard au 
grec un grand nombre de mots qu'ils s'etaient contentes de 
reproduire sous leur forme ecrite, sauf a en franciser la termi- 
naison. Parmi ces mots, certains etaient deja des composes ou 
des derives et furent comme les mots simples transport's 
directement en frangais. 

149. Mais il existe une autre classe de mots savants : 
ce sont ceux qui- ont ete formes par le fran^ais lui-meme avec 
des elements etrangers. Pour les composes, par exemple, le 
latin connait bien le mot extraordinarius, reproduit par le 
frauQais extraordinaire-, mais au frangais extrajudiciaire ne 
correspond pas de mot latin extrajudiciarius. Sur le modele 
de extraordinaire on a refait avec extra et judiciaire (lat. ju- 
diciarius) un mot nouveau, qui est ce que nous appelons un 
compose' savant. De meme pour le mot anthropologie form6 
du grec anthropos et logos (et non d'anthropologia qui n'existe 
pas) sur le modele de astrologia, qui existait deja en grec et 
qui a ete reproduit par le frangais savant, astrologie. 

Meme remarque pour les derives : primaire est latin (pri- 
marium)y mais egalitaire ne Test pas et est forme d'egalite avec 
le suffixe ariu{m) (aire). De m6me pour hronchite qui n'existe 
pas en grec, mais qui en a 6te tire sur le modele de arthrite 
(grec arthritis). 

C'est cette composition et cette derivation savantes dont nous 
allons etudier les elements latins et grecs. 

1« Composition savante avec dl^ments latins. 

150. Composition par les mots simples. — Les lettres 
ont beaucoup augmente la liste des mots composes en emprun- 
tant directement au latin des mots tels que cide^ fuge, vorcj 



MOTS DE FORMATION- SAVANTB, ELEMENTS LATINS. 85 

fier, etc., qui servent a former des noms, des adjectifs ou des 
verbes et qui jouaient deja en latin le meme role. Voici les 
plus usites : 

— cide (du latin cida, derive de csedere, tuer) a forme les 
mots : homicide, regicide , insectiaV/e, etc. 

— cole (latin cola, derive de colere, cultiver) a forme : 
vitico/e, agrico/e, horti co/e, sericico/e, etc. 

— culteur et culture (latin cultor et cultura) ont forme : 
agv\culteur, horiiculteurj aipiculteur, pisci cw/fewr, etc.; <— 
agriculture, horticulture, apiculture, pisciculture, etc, 

— ffere (derive du latin ferre, port-er) a forme : mammi fere, 
calori/ere, somnifere, etc. 

— fique (du latin ficus, derive de facere, faire) a form6 : 
calori^^we, frigori^^Me, honori^^we, sopori^^we, etc. 

— fuge (du latin fuga, derive de fugere, fuir) a forme ; 
\ermifuge, centrifuge, somnifuge. 

— pare (du latin parere, faire naitre) a forme : o\i pare f 
\i\i pare. 

— vore (du latin vorare, manger) a forme : carni i^ore, 
omniwre, insecti i^ore, frugivore, etc. 

— fier (du latin ficare, derive de facere, faire) a le sens 
de rendre et sert a former des verbes tels que : boni /ler, 
momi^er, petri^er, falsi ^er, etc. 

151. Composition par les prefixes. — Un grand nombre 
de prefixes latins ont ete repris sous leur forme latine par les 
savants : * 

Ab (abs) ne se trouve guere que dans des mots tires de 
types deja latins : aberration, abstraction. 

Ad ne se trouve aussi que dans des mots tires de types deja 
lating : adopter ^ adversaire. 



86 FORMATION DU V0CABUL4IRE. 

Ante (ou ant6) signifie avant el ne se trouve que dans 
quelques mots nouveaux : ante dilnyien^ ante nnpiial. 

Bis (et bi) signifie deux fois et a forme tisaieul, biscornuy 
bis sac; tipede, bivalve, etc. 

dircum signifie autour et se trouve dans les mots savants ; 
ci/cwm navigation, circorn polaire, etc. 

Cis signifie en dega et a forme cisalpin, cisrhenan, etc. 

Com signifie avec et se trouve en composition sous les 
formes com, con, col, cor dans de nombreux mots empruntes 
au latin : com battre, consentir, co/legue, corrompre. — Sous 
la forme co, il a forme en francais plusieurs mots : co accuse, 
CO dobiteur, co religionnaire. 

Contra ne se trouvcque dans des mots tires de types deja 
latins : cow/ra vention, con/ra dicteur. Pour exprimer la meme 
idee les savants se servent, soit du francais contrcy soit du 
grec anti. 

Dis ne se trouve aussi que dans des mots tires de types deja 
latins : rfisconvenir, Jis credit. 

Ex, au sens moderne de jadis, est d'un emploi frequent : 
cj;-ministre, cx-professeur, etc. . 

Extra, en dehors de, se trouve dans : c:r/ra-fin, extraiudi- 
ciaire, etc. 

In a tantot le sens de dans : uifiltrer; — tantot le sens 
negatif : ni alienable, zwsuffisant, moccupc, etc. La forme 
populaire est non : non-sens, wow-valeur, etc. 

Inter, qui signifie entre, a forme : intercostal, inter Mier, 
fn/cr poser, etc. 

Post, apres, se trouve dans />osi communion, ;?08idater. 



MOTS DE FORMATION SAVANTE, ELEMENTS LATINS. 87 

Prae (ou pr6), au sens de avanty en avant : />reetabli, pre- 
historique. 

Pro, au sens de en avant : jorojeter. — 

R6, de nouveau, en sens contraire : re'agir, re'habiliter. 

R6tro, en arriere, se trouve dans re'iro actif, re'^ro ceder, 
re'/ro grader, etc. 

Super, au-dessus : sMjoer position. 

Supra, au-dessus : sw/?ra thoracique. 

Trans, d travers : /raws saharien. 

Ultra, au deld, s'emploie pour marquer I'exageration : 
w//ra montain, w//ra royaliste. 

Vice (du latin vice, h la place de) sert k former : vice-roi, 
2;ice-amiral, t^ice-president, etc. 

2° Derivation savante avec suffixes latins. 

152. Les savants ont emprunte au latin ses suffixes comme 
ses prefixes ; mais tandis que ceux-ci sont restes intacts, les 
suffixes ont ete pour la pliipart legerement modifies pour 
piendre une forme plus franc^aise. C'est ainsi que atorium, 
s'est transforme en atoire en fran^ais savant; il aurait donne 
eoivj oir en frangais populaire. 

Les suffixes savants ont d'ailleurs souvent penetr^ dans la langue po- 
pulaire. C'est ainsi que le suffixe savant al a ete de Ires bonne lieure 
(voy. § 1j9) employe au ineme litre que le suffixe populaire el. 

155. Les principaux suffixes savants sont : 

Aire marque I'agent et sert a former des mots comme 
mousque/a^>e, bibliothe caire, molaiVe, etc. 

Le suffixe aire est la forme savante du suffixe ze?*, venu du latin anu(m), 
ainsi primarium a donne primaire et premier. 

Al (lat. ale (m) signifie qui tient a la nature^de : colosea/, 
pyramid a/, etc. 



88 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

At (lat. atu(m) marque la dignite, la profession : marquis a/, 
cardinal at. 
At est la forme savante du suffixe populaire S. 

Ateur (lat. atore{m) a donne eur en frangais populaire) : 
\iher ateuVy commui ateur. 

Ation ou ition (reduits souvent a tion, ion). Ce suffixe 
n'est que le suffixe aison {(son) sous une forme latine {atione{m), 
itione(m). II marque comme lui Taction exprimee par le verbe : 
fond ah'on, aboli^zow, inclin a/iow, tradi7/on, etc. 

Atoire (lat. atoriu{m) a donne eoir, oir en fran^ais popu- 
laire) : attent a^ofre, conserv a/oiVe. 

Ature (lat. atura(m) a donne ure en fran^ais populaire) : 
tabl ature, courb ature. 

Esque (de I'ital. esco, venudu lat. zsc//s) marque la qualite : 
romanes^we, chevaleres^we, soldalesque, molievesque, etc. 

Ique (lat. icus) : cbarivari^we, feeviqiiey orpheon iVywe, etc. 

Ce suffixe tres fecond dans la langue savante a pris aussi une grande 
extension dans la langue populaire (voy. § 139). 

Isme marque une opinion politique, philosophique ou reli- 
gieuse, une tournure propre a telle ou telle langue. On le 
trouve dans : calholicisme, royah'sme, protestantts???^, fata- 
lisms, pedantisms, gallicisms, latin isme, journal /sme, patrio- 
iismej etc. 

Iste. Ce suffixe, d'origine grecque comme le precedent, 
marque I'emploi, la conviction et s'ajoute au radical des noms 
ou des verbes en iser : algehriste, capitalists, monarchists, 
journal iste, organ iste, moral iste, etc. 

Ite(du lat. ita(e{m), qui a donne eteen franca is populaire) : 
mensualiis, facil i/s. 

Tude marque la qualite, I'etat : apti tude, cerli tude, longi- 
tude, pleni^M^s, etc. 

Ce suffixe, d'origine savante, vient du latin tudo, qu'on retrouve-dans 
ervi tudo, hli ludo, etc., et qui a le meme sens. 



MOTS DE FORMATION SAVANTE, ELEMENTS LATINS. 89 

Ule se trouve dans des mots de formation savante : o\ule, 
ghhule, glandw/e, etc.; souvent il est precede d'un c : cor- 
puscw/^, peWicule, animal cw/e, etc. 

Ce suffixe vient du latin ulus, ula, ulum, qui avait le sens diminutif : 
servulus, regulus, litterw^a {petit esclave, petit roi, petite lettre); il 
etait egalement souvent accompagne d'un c : fiosculus, opus cwh^m, mater- 
cula, osculum [petite fleur, petit ouvrage, petite mere, petite bouche ct 
par extension baiser). 

3° Composition et derivation savante? avec elements grecs. 

154. Le grec n'a presque rien fourni a la formation popu- 
laire de notre langue. Par contre, il a beaucoup fourni a la 
formation savante ; car c'est la que nous puisons la plupart des 
mots nouveaux que reclament les besoins scientifiques ou 
industriels de notre temps. 

Parmi les mots empruntes au grec, souvent par I'interme- 
diaire du latin , on pent citer : 



acoustique, 


clilore, 


hippique. 


pleonasme, 


agronome, 


chrome, 


larynx, 


stere, 


archaisme, 


derme. 


pharmacie, 


technique, 


astrologie, 


didactique. 


pharynx. 


theme. 


astronomie, 


gamme, 


phenomene. 


th^orie, 


botanique, 


gastrique, 


physique. 


trapeze, etc. 



155. Les mots empruntes au grec sont tantot formes de 
deux mots simples, cornme migraine, de hemi-cr anion (mot a 
mot demi-crdne) ; tantot d'un mot simple precede d'un pre- 
fixe, ainsi theatrpn (theatre), precede deamphi (autour), nous 
a donne amphitheatre. 

Les mots grecs le plus souvent employes en composition 
sont : 



aer [arr], 
agros [champ], 
algos [douleur], 
anemos [vent], 
anthropos [homme], 



archaios [ancien], 
arche [pouvoir], 
aristos [supdrieur] 
astron iastre], 
'lutos [soi-mSmc], 



90 



FORMATION DU VOCABULAIRE. 



baros [pesanteur], 

biblion [livre)^ 

bios [vie], 

cacos [mauvais), 

cephale [Ute], 

diroHos [tetnps], 

cosmos [monde], 

crateia [force], 

cryptos [cachd], 

demos [peuple], 

Electron [anibre, Uectricite], 

gaster [estomac], 

ge [terre], 

g6nia [angle], 

graphein [decrire], 

hema, hematos [sang], 

hemi [a moiiU], 

heteros [autre], 

hippos [chevat], 

hydor [eau], 

isos [igal], 

lithos [pierre)^ 

logos [science], 

metron [mesure]^ 

micros [petit]. 



misos [hame), 
monos [seul], 
morphe [forme], 
necros [mort], 
neos [nouveau]t 
nomos [lot], 
ortlios [droit], 
palaios [ancien], 
pan, pantos [tout], 
pathos [affection], 
phagein [manger], ~ 
philos [ami], 
phobos [crainte], 
phone [voix], 
phos, photos [lumitrc], 
polys [nombreux], 
protos [premier], 
pseudos [faux], 
scopia [vision], 
techne [art], 
tele [loin], 
theos [dieu], 
thermos [chaleur], 
thesis [action de poser], 
z6on [animal], etc. 



Ces mots ont donne des composes tels que : 



aero lithe, 
anemo niMre, 
anihropo logic, 
archeo logic, 
havometre, 
b'lhViophile, 
biographic, 
caco graphic, 
cephdl algie, 
chrono metre, 



cosmo graphic, 
gastro Jiome, 
geo graphic, 
het^ro elite, 
hippophage, 
hydro graphic, 
hydrophobe, 
icthyophage, 
isotherme, 
litho graphe. 



micrometre, 
monarchic, 
mono lithe, 
necro logic, 
necrophore, 
n6o logic, 
nevr algie, 
orlho graphe, 
paleo graphic, 
pathologic. 



i^hWo technique^ 
])hoio graphic, 
\}o\y syllabe, 
proto type, 
iclc graphe, 
telephone, 
thcologie, 
[hcrmo inttre, 
tr'i gono metrle, 
zoo logic, etc. 



156. Mais, en grec comme en latin, la composition est hien 
plus abondante par les prefixes. Les principaux sont : a, am- 
phi, ana, anli, apo, archi, di, dia, dys, en, epi, eu, hyper, 
hypo, meta, parUt perif pro, $yn. 



MOTS DE FORMATION SAVANTE, ELEMENTS GRECS. 9.1 

A (an) marque privation, negation : a.cephale {sans tete), 
ape'tale {sans pe tale) ^ azote, smesthesiey etc. 

Amphi a une double origine : amphi (autour) et ampho 
(deux); de la deux sens differents : 1° amphi cr/Zirose; — 
2° amphi ^o/e, etc. 

Ana signifie contre, differemment : ana c/irowisme, etc. 

Anti (contre, a Toppose) donne : amtichretien, amtife- 
briky etc. 

Apo marque I'eloignement : a-poge'e, ^■pologue, apocope, etc. 

Archi marque la superiorite, la suprematie : archiducy 
archichancelier, etc. 

Di marque le redoublement : digramme, diptere, dimor- 
phe, etc. 

Dia (a travers, completement) donne : diacoustique, etc. 

Dys {difficile, mat) a donne : dysphagie, dyssym^trie, etc. 

En (en fr. em et en) a donne : enostose, etc. 

Epi signifie vers, sur. Ex. : 6pi c?isca/, ^-gigenie, 6pi 200- 
tie, etc. 

Eu signifie Men, hon. On le trouve-dans : enrythmie, etc. 

Hyper {au-dessus de, a Vexces) a form6 : hyper critique, etc. 

Hypo {au-dessous de) a forme : hypo^ene, hypo ^/osse, etc. 

M6ta signifie apres, au delci, en changeant, Ex.: meta- 
gvamme, m&ia physique, etc. 

Para signifie a cote', au dela. Ex. : parametre, etc. 

P6ri {autour de) se trouve dans : -p^rianthe, p^richondre, 
p^ri fie'lie, etc. 

Pro*(v<?rs, en avant) a donne : progastrique, etc. 

Syn signifie avec, ensemble et a forme les mots : synos- 
lose, syn these etc. 

157. La langue scientifique doit encore au grec deux suf- 
fixes : 086 et ite. 



92 FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ose (grec osis) indique I'ensemble des affections qui peu- 
vent atteindre la partie du corps indiquee par le radical : der- 
matome [maladie de la peau), gastr ose (maladie deTestomac), 
new ose {maladie des nerfs). 

Ite (grec itis) indique une maladie inflammatoire : bron- 
c/iite, hepatitey laryngite, pharyngiXe, meningiie, etc. 

Ite (grec ites) designe des mineraux : anthracitey alunite. 

On voit par ces exemples que la formation des mots grecs a pris et 
prend tous les joints en francais un enorme developpement. Savants, 
ingenieurs, inventeurs, commercants demandent au grec les noms ne- 
cessaires a leurs nouvelles creations; mais ces emprunts ne sont pas 
toujours heureux. Par exemple les mots grecs appliques vers la fin du 
dix-huitieme siecle au nouveau systeme metrique sont presque tous 
irregulierement formes : /wiY/tmetre, centimetre, decimetre, sont moiti^ 
latins et moitie grecs ; dicaniHre est seul forme d'apres les regies de la 
langue grecque. Au lieu d'hectombtre on devrait dire hicatometre, comme 
on dit hicatombe\ myriamHre, qu'on a jete dans le meme moule que 
dicamUre, est un barbarisme pour myrio metre, comme nous disons 
therm o metre. 



SECTION IV 

FAMILLES DE MOTS 

158. Nous Savons maintenant que d'une meme racine la 
derivation et la composition peuvent faire sortir une foule de 
mots nouveaux. 

On appelle famille de mots la reunion de tous les mots 
qui se rattachent a une merae racine. 

Ainsi terre est un mot primitif qui a donne naissance aux 
mots : terrer^ terreaUy terrasse^ deterrevy souterrain, etc. Ces 
mots deriv&s ou composes tir^s d'une racine unique (terre) 
forment ce qu'on appelle une famille de mots. 



FAMILIES DE MOTS. 



Nous prenons comme exemple le mot lever et nous grou- 
pons tous les mots de la meme famille dans le tableau sui- 
vant : , 



MOTS pr 


IIMITIFS 


DERIVES 


COMPOSES 


BACINE 


' RADICAL 






Lev 

(du latin le- 

vare, id^e de 

porter de bas 

en haut). 


. 


lever, lev^, lev^e, 

levier, 
I levis, 
' levain, 
1 levure, 
' levant, levantin, 

leveur, 


elever, eleve, eleveur, 
elevage, ^l^vation, 
^l^vateur. 
enlever, enlevement, 
pr^lever, pr^ldvement, 
relever, releve, rele- 

\6e, reldvement, 
soulever, soulfevement, 
relief. 




,Ua 


l^ger,l^gferet^,l^gfere- 
ment, 


allege, all^ger, all6- 
geance, all<5gement. 




LlEG 


liftge, linger. 





159. Une autre sorte d'exercices sur les families de mots 
consiste ron seulement k enumerer les divers membres d'une 
famille, mais k expliquer les rapports de signification qui 
existent entre les mots de cette famille et la xacine. Nous 
prenons comme exemple le mot battre*. 

Battre, c'est frapper a plusieurs reprises, donner des coups. Celui qui 
bat est un batteur, et celui qui recoit des coups, un battu. Un morceau 
de bois plat servant a battre le linge est un battoir. L'action de battre 
les grains est le battage; une machine a battre est une batteuse. Le 
morceau de fer mobile plac6 k I'interieur d'une cloche est un battant. 
Un morceau de bois servant a battre soit le plStre, soit la terre, est une 
batte ; c'est aussi le nom donne au sabre de bois que porte Arlequin. Une 
reunion de canons est une batterie. L'action de battre les taillis pour en 
faire sortir le gibier est une battne. 

Jeter un objet de tout son long par terre, c'est I'abattre ; il se dit 
des arbres, des animaux. L'action d'abattre est un abatage ; une reu- 
nion d'arlM-es abattus forme un abatis; on appelle aussi abatis les 
pattes, la t6te, le cou et les ailerons d^tach^s d'un« volaille; le lieu ou 



1. Get exemple est emprunt^ k la Lexicologie de MM. Pessonneaux et Gautier, oil 
128 families de mots sont ainsi ^tudi^es et analys^es. 



M FORMATION DU VOCABULAIRE. 

Ton abat les animaux de bouclierie est un abattoir. L'^tat de qiielqu'im 
qui est abattu, au figure, par une douleur physique ou morale, porte lo 
nom d'abattement. Mettre lout a fait a has, abaisser, c'est rabattre 
{re augmentatif). Celui qui met a bas, qui fait tomber la joie est un 
rabat-joie. Un col rabattu s'appelait autrefois un rabat; c'est le nom 
donne aujourd'hui a une pi6ce de toile fine, rabattuc sur le devant de la 
poitrine, que portent les ecclesiastiques, les membres du barreau et de 
I'Universite. 

Se battre avec ou centre quelqu'un, c'est combattre ; celui qui combat 
est un combattant, il livre un combat. 

Lutter pour sortir de, s'est se debattre ; par suite debattre a pris le 
sens de lutfer pour, disputer; Taction s'exprime par le nom d6bat. 
S'agiter pour se distraire, c'est s'6battre ou prendre ses 6bats. Rabattre, 
c'est battre de nouveau, c'est aussi revenir constamment sur la memo 
idee; un conte rehattu est un conte r^p^te a satiete. 

Un combat entre deux armees est une bataille ; livrer bataille se rend 
par batailler, terme un peu vieilli dans cette acception, et qui s'cmploie 
plutot dans le sens de contester. Celui qui aime a se battre est un 
batailleur. Bataille designait autrefois une subdivision de I'armee. 
Ex. : Du Guesclin partagea son armee en trois batailles. 11 a pour dimi- 
nutif bataillon. 



SECTION V 

VARIATIONS DE SENS* 

160. La longue, ^tude qui precede nous a montre com- 
ment s'est constitu^ le vocabulaire fran^ais : par heritage, par 
emprunt direct, par formation nou^elle. Mais ce vocabulaire 
ainsi constitue a subi depuis son origine de nombreuses mo- 
difications non seulement dans sa forme, mais dans sa signi- 
fication. 

Ainsi le m^me mot peut avoir un grand nombre de signi- 
fications plus ou moins 61oignte de son sens primitif. 

On distingue ordinairement le sens propre et le sens 
figure', 

Un mot est pris au sens propre quand il est employ^ dans 
sa signification primitive : Cet homme a une maladie de coeur 

Un mot est pris au sens figure quand on transporte la 

4. Voyez Dictionnaire &iymologique de A. Brachet, introduction ; — La vie da 
mots, A. Darmesteter ; — JB«s«t de s4mantiqu€, M. Ureal. 



VARIATIONS DE SENS. 95 

signification des choses physiques aux choses morales, ou r6- 
ciproquement : Cet homme est plein de cOBur. 

Ici le mot coeur n'a plus le sens physique qu'il avail dans I'exempie 
precedent. 

Nous avons vu qu'on arrive au sens propre des mots en 
etudiant les elements dont ils sent formes, c'est-a-dire la 
racine et les affixes. Mais il ne suffit pas toujours de decom- 
poser un mot et d'en connaitre les divers elements pour en 
bien comprendre le sens : ce sens a varie, parfois meme des 
I'origine. 

En emprimtant la plus grange partie de son vocabulaire au 
latin, notre langue ne s'est pas contentee d'un caique servile, 
d'un simple mot a mot; elle a aussi fait une part a I'imagina- 
tion. Tantot elle n'a pris que le sens figure de I'cxpression 
latine : ainsi villosum, la chose velucy est devenu le velours; 
levium, derive de levis, la chose legere, est devenu le liege; 
testa, le fragment de pot casse, le tesson, a donne la boite 
cranienne, la tete; scrupulus, le petit caillou qui, entr6 dans 
la chaussure, blesse le pied du marcheur, est devenu le scru- 
pule, I'inquietude d'une conscience timoree ; stipulari, qui si- 
gnifiait rompre la paille {stipula), a donne stipuler, arr^ter 
par un contrat, parce qu'on rompait4ine paille quand on faisait 
une convention. 

Parfois le sens s'est tellement detourne de son origine, qu'on 
a peine a renouer la chaine entre le mot primitif et le mot 
derive; ainsi saugrenu (proprement sel grenu) signifia d'abord 
fm, piquant, spirituel : il n'a plus aujourd'hui que le sens 
d'absurde, grossier. Bureau, diminutif de bure, designait au- 
trefois une etoffe grossiere; cette etoffe, qui recouvrait d'or- 
dinaire une table a ecrire, a fini par donner son nom au meublC; 
a la piece meme ou Ton ecrit, enfin aux personnes qui s'y 
reunissent. Cadran, qui designait jadis le plan toujours carre 
(quadrantem), du cadran solaire, continue a designer le plan 
ordinairement rond de nos horloges, Chapelet, qui signifiait 
d'abord un petit chapeau (vx. {v. chapel), a designe ensuite une 
couronne, puis la couronne de roses qu'on met sur la tete de 
la Vierge [rosaire)^ I'objet de devotion qui a la forme d'une 



V^ FORMATION DU VOCABULAIRE. 

couronne tbrm^e de grains enfil(5s, enfin la priere m^me qu'on 
recite sur cette couronne; on dit par analogie un chapelet de 
marrons, un chapelet d'injiires. 

Le sens s'est aussi etendu : a I'origine, biiisson ne designait 
qu'un fourre de buis ; cabriole, le saut de la chevre {capriola) ; 
camelote, une etolTe en poil de chameau ; lange, laniere, une 
etoffe ou une courroie de laine; linge, linceul, une etoffe de 
lin\ acharner, c'etait donner aux chiens ou aux faucons le 
gout de la chair, par suite les exciter; attraper, prendre 
dans une irappe; brandir, agiter une epee (ou brand dans 
notre ancienne langue). Vhuissiereidiit d'abordcelui qui ouvre 
Yhuis (la porte) ; le delure (anc. deleurre) etait le faucon qui 
ne se laissait plus prendre au leurre; le trompeur d(^signait 
le charlatan qui appelle le public a son de trompe ; et la toi-' 
lettCy qui designe aujourd'hui Thabillement, la parure, Taction 
de se nettoyer, de se vetir, enfin le meuble garni de tout ce 
qui sert a la parure, a la proprete, n'oiTrait que I'idee d'une 
petite toile, d'une petite serviette de toile; ce sens primitif 
se retrouve encore dans la toilette des tailleurs, morceau de 
toile qui sert a envelopper leur ouvrage. 

Souvent aussi le sens s'est restreint, retreci : crin s'appli- 
quait ^galement aux cheveux de Thomme et au poil des ani- 
maux; harnais, qui designait I'equipement du cheval et du 
cavalier, ne designe plus que celui du cheval; maquignon 
s'appliquait aux marchands en general, aujourd'hui il est 
reserve aux marchands de chevaux; tout ce qu'on mangeait 
s'appelait viande (du latin vivenda, ce dont on pent vivre), 
maintenant ce mot est restreint au sens de chair \ ramoner, 
c'etait nettoyer avec un balai fait de petites branches ou ramons. 
aujourd'hui c'est seulement nettoyer la cheminee. 

On voit que la comparaison, la metaphore, ont jou6 un grand 
r61e dans ces variations de sens, et il ne faudrait pas croire 
que I'esprit en etait toujours exclu. Ainsi : la feuille d'arbre 
donna son nom a la feuille de papier, grace a la minceur qui 
les caracterise toutes deux; le be'lier, le mouton, qui frappent 
du front, devinrent la machine de guerre qui battait les tours, 
la masse de fer qui sert a enfoncerles pieux; .le cap est main- 



VARIATIONS DE SENS. 97 

tenant la tete {caput) qui s'avance dans la mer; le goupillon, 
qui langait I'eau b6nite, rappela la queue du renard (goupil 
en vieux fr.); le chasseur qui s'embarrassait dans les ronces, 
le raisonneur qui s'embrouillait dans son raisonnement, furent 
compares au cheval qui s'embarrasse dans son licou ou che- 
vetre, et Ton dit ({xx'W^senchevetraient', la limite, le commen- 
cement d'un pays fit penser au front et s'appela la frontiere-y 
la targe, bouclier des Gaulois, reduit a une petite plaqu^ de 
metal munie d'un verrou, est devenue chez les Fran(;ais mo- 
dernes une petite targe, une targette; enfin, un assemblage 
de branches, de rameaux, s'appela d'abord un ramage; puis le 
nom s'^tendit au chant des oiseaux perches sur la ram^e, et de 
la au babil des enfants; le sens primitif a subsiste dans : une 
etoffe a ramagesK 

1. L'existence de plusieum sources d'origine et d'^poques diff^rentes pour le 
vocabulaire, les modifications de la valeur des mots depuis Torigine, ont amen^ 
parfois plusieurs mots k repr^senter le m^me objet et la m^me id^e. Ces mots 
sont ce qu'on appelle des syhonymes, nous les ^tudierons plus loin. Voyez 
Chapitre V. 



Covn svptfpipi/p 



CHAPITRE III 

PRONONCIATION ET ORTHOGRAPHE 



161. Le chapitre precedent nous a montr^ comment s'etait 
forme notre vocabulaire et comment il s'enrichissait tons les 
jours. Nous avons vu aussi que le sens des mots n'etait pas 
immuable, mais susceptible d'extension et de modification. 

Nous montrerons maintenant que,.comme le sens, le son et 
la forme des mots se modifient sans cesse. Soit, par exemple, le 
latin classique regem (roi), represente en latin populaire par 
rege. II se rencontre dans tons les ancienB textes fran^ais sous 
la forme rei; ce qui confirme la regie enoncee g 54, que e toni- 
que libre aboutissait a ei en fran^ais. Mais, des le milieu du 
12<= siecle, rei a ete remplace par roi, prononce roi; au 
15^ siecle, on ne dit plus roi, mais roe, qui devient roue au 
16*^ siecle tout en etant toujours ecrit ?'oi;Enfm, dans le cours 
du 17^ siecle, s'etablit la prononciation roiia qui devait defi- 
nitivement triompher. 

En mesurant lechemin parcouru depuis le rei du 11*" siecle, 
on voit que le son represente par Ye des Latins n'a cesse de 
se modifier d'une maniere insensible mais constante. Le son 
mjoderne oua se modifiera lui-m^me et se modifie peut-^tre 
deja sur nos levres, bien que ces phenom^nes phonetiques 
soient a notre epoque retardes dans leur Evolution par la con- 
naissance de plus en plus repandue de I'ecriture et le desir de 
mettre le langage en harmonic avec I'orthographe usuelle. 
Nous avons vu en effet le latin rege{m) passer en fran^ais de 
I'orthographe rei a I'orthographe roi (roi); parce que pendant 
un certain temps I'orthographe a suivi revolution phonetique; 



— »E LA PftuNONCIATION. 99 

c'esM-dire qu'on a ecrit le motcomme on le pronon(;ait.Mais 
ce developpement parallele n'a pas dure et les changemenls 
importants qu'a subis Torthograplie sont le plus souvent restes 
etrangers a la phonetique. 

Nous allons etudier : i*' les changements phonetiques sur- 
venus du 12« siecle au i6« siecle, et du 16« au 19^ siecle. 

20 Les principales phases de I'histoire de Torthographe. 

SECTION I :.^ \ 

DE LA PRONONCIATION 

I. DU 12* AU 16« SINGLE ^^^^' 

f • 

162. Voyelles. — Quelle que soit leur origine, les voyelles simples a, 
i, u, persistent sans changement : fas (lat. pa«5M(m), p,l (lat. /?/M(m), 
nul (lat. nullu\^]. 

Au contraire : £ provenant de A tonique libre devient E ouvert : mere 
(lat. ?«a<re(m), iphre (lat. ;?a/re(m). 

£ prevenant de E tonique entrave devant L aboutit dans cette periode 
^ EAL, puis EAU par vocalisation de L : bellu(m), hel, beal, beau. 

6 provenant de AU latin ou de entravd devient 6 devant S : causa[m)^ 
chose, chose; hospite{m), hoste, h6(s)te; — et reste 6 partout ailleurs : 
7nortuu{m) mbrt. 

163. Les diphtongues tendant a se reduire a un son simple, AI devient 
E : ptaga{m), plaie (prononce plee). 

Nous avons vu par quels intermMiaires 6 et 6 du latin aboutissent k 
EU (voy.§57 et 58). C'est entre le 11^ et le 14'' s. que s'accomplissent ces 
phenomenes. A cette epoque, la diphtongue EU (prononcee ^-ou) se r^duit 
au son simple qu'elle a aujourd'hui (allemand 6). 

La diphtongue EI provenant de E latin passe a 01 : se, sei, soj. 

164. Les voyelles suivies d'une nasale subissent un important change- 
ment : 

Nous avons vu (§ 50) qu'apres une voyelle N du latin vulgaire s'etait 
maintenu en francais et se prononcait a part sans influer sur la qualite 
de la voyelle precedente. 

Entre le d^but du 11" s. et la fin du 15" s., les trois voyelles A, E, 0, 
dans cette position, se nasaliserent, c'est-i-dire s'accompagn^rent d'une 
resonance nasale, sans que d'ailleurs la nasale suivante cessSt de se 
prononcer a part. On disalt done : an-n\ on-n', en-n'. 



100 PR0N05CUTI0N ET ORTHOGRAPHE. 

Un peu plus tard, I et U se nasaliserent de la mfime fa^on ; raais 
comme les sons de i nasal et de u nasal n'existent pas (voy. §35), ils 
aboutirent respectivement au son de E nasal [in = en-n') et de EU nasal 
{u« = eun-n'). 

' Notons encore que E, suivi d'une nasale et d'une autre consonne, ne 
se nasalise pas en EN, mais en AN [vendre^ prononcez van-n'dre). 

165. 2» Consonnes. — Dans la p^riode que nous Studious s'accom- 
plissgnt quatre changements importants ; 

1° Entre deux voyelles, les dentales et les palatalss (celles-ci devant 
et U) tombent, non sans subsister un certain temps sous leur forme forte. 
A la fin du 12" s., leur chute est un fait accompli : videre, verfeir, 
veoir (moderne voir). 

2° La dentale finale non appuy^e, rest^e elle aussi sous la forme forte 
D, tombe k cette epoque : nudu[m)y nurf, nu. 

3° S entre une voyelle et une consonne cesse de se prononcer d6s 
cette 6poque. Cette chute amene I'allongement de la voyelle pr6cedente, 
quand elle est tonique : asinu[Ta), a«ne, ane. 

4" Apres une voyelle et devant une consonne ou k la fin d'un mot, L se 
vocalise en U : altu[m.), haH, haut. 



II. DU 16* AU 19" SIECLE 

166; A partir de 1530, les grammairiens Palsgrave, Dubois, Meigret, 
Pelletier, Ramus, Vaugelas, Menage, Dangeau, de Wailly, Dumarsais, etc.; 
les imprimeurs Tory et Dolet ; les lexicographes Robert et Henri Estienne, 
Nicot, Tabourot, I^anoue, Cotgrave, Oudin, Monet, Richelet, I'Acaddmie, etc.; 
les poetes Ronsard, Baif, Malherbe, Corneille, Racine, etc. ; enfin tous les 
grands ^crivains du 16% du 17" et du 18* si^cle* nous foumissent des 
renseignements precis sur la manidre dont le francais ^tait parld k Paris 
et dans les provinces. C'est en puisant a ces sources multiples que nous 
allons signaler les changements les plus remarquables survenus dans la 
prononciation, du 16* siecle & nos jours. 

1° Des voyelles 

167. La voyelle A a eprouv6 des fortunes diverses. Remplac5e par e dans 
une foule de mots (ch«rme, esp^^rgne, fcner, camerade, condem- 
nable, etc.), elle ^tait tomb^e en discredit au temps de Vaugelas (1647), 
qui « avoue que Ve est plus doux » ; aussi Menage, tout en d^plorant 

1. Voyez aussi Histoire de la prononciatian frangaise par Ch, Thurot. 



DE LA PR0N05CIATI0N. 101 

qu'on dise chcrette, chcriot, chcrtier (pour charrette, chariot, etc.), 
recommande fmesser (pour fmasser), B^rthelemy, ermoire, etc.; et 
Richelet ecrit erres (p. arrhes), caterre (p. catarrhe), tergette, terin, 
parce que a c'est le plus doux ou le plus siir ». Deja en 1530 Tory se 
moquait des dames de Paris qui disaient avec affectation : « Men mcry 
est a la porte de Peris ou il se fait pcier. » 

Par contre, surtout devant r, A sonnait souvent dans des mots ou nous 
faisons entendre un e. Ainsi Robert Estienne (1549) affirme que le peuple 
de Paris dit Piarre, guarre, j a rbe, place Maub art (pour Pierre, guerre, 
gerbe, etc.), etl'on connait le mot du celebre chirurgien Ambroise Pare : 
« Je le pansay, Dieu le guarist. » Plus tard on trouve encore asparge 
(p. asperge), Catharine, damoiselle, sarge, sarpe, paroquet (p. per- 
roquet),gardian, chrestian, European, etc. (p. gardien, chreticn, etc.). 
Manage (1672) recommande meme amathyste (p. amdthyste); il assure 
qu'on « ne parle point autrement a la cour ». 

168. Ai se faisait entendre dans plusieurs mots oii nous ne mettons 
plus qu'un a simple, satge, languatge, heritaige, dommatge, mon- 
tatgne, compaignon, Bretaigne, Champatgne, aigneau, gaigne (pour 
sage, langage, heritage, etc.). Dans d'autres au contraire ai etait repr6- 
sente par un a simple : fantasie, confrarie, vrament, coral (p. fan- 
tatsie, confrairie, vraiment, corail). Vaugelas pretend que « toute la 
cour dit je va et ne pent soulfrir je vats, qui passe jiour un mot pro- 
vincial ». 

169. Au et Eau, qui prennent d^fmitivement a la fin du 16* siecle la 
valeur de simple, etaient remplaces par iau. On ecrivait et on pronon- 
cait : oysiau, chap tau, moyn tau, pann lau, Biawvais, etc. (p. oiseaw, 
chap eau, moineaw, panneaw, Beawvais). Mais les ^rudits tels que Lan- 
celot, Menage, conseillent de prononcer au comme af dans ama/rose, 
a/'tomate, a/'tographe, au lieu de am aw rose, 'automate, autographe, 
qu'il faut laisser a ceux qui ignorent le grec. 

no. An, am avaient toujours un son nasal; on disait const an mant, 
puissanmant, granmaire, et m^me ardanmant, prudanmant, etc. G'est 
ce qui explique le quiproquo de Martine gourmandee par Belise : 

B^LisE. Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire? 
Martine. Qui parle d'offenser grand'mere ni grand'pere? 

(Moliere, les Femmes savantes, acte II, sc. vi.) 

C'est assez recemment que la voyelle nasale a ^te remplacee dans cette 
position par une voyelle pure. Du reste I'orthographe qui double la nasale 
sans aucune raison aujourd'hui est un vestige de cette pronbnciation : 
bonne, prononc^ aujourd'hui bone, repr^sente un ancien bon-ne. 

171. Enfin A redouble dans Im mots Isaac, Aaron et anciennoment 



lOJ PRONONCIATrON ET ORTHOGRAPHE. 

Chaalons, se prononcait comme un a long : \sdc, Avon, Chalons; ce 
dernier a fmi pai; prendre rorthograjlie de sa prononciation. 

172. E a ^t^ souvent confondu avec I'a, comme nous I'avons vu plus 
haul. De plus il etait remplace par i dans certmonie, carine, cristien 
^pidimie, tnclin, moriginer (p. ceremonie, car^ne, Chretien, etc.). — 
En revanche il a regn^ un moment dans amnestie, femenin, redicule, 
ai»tcmon, mcssel, herondelle, melieu (p. amntstie, fcminin, ridi- 
cule, etc.). « La plupart des dames et des cavaliers, dit Menage, pronon- 
cent presentement : ple'ez-moi ce papier, ple'ez-moi ce linge. » 

Quant a la distinction de Ve ferme et de I'c ouvert, elle n'a jamais el^ 
bien faite, du moins dans I'orthographe, puisque I'accentuation des diffe- 
rentes sortes d'e n'est devenue generale qu'au 18" siecle. L'Academie n6 
I'a adoptee que dans la troisieme edition de son dictionnaire (1740). 

173. Er a la fin des mots se prononcait tantdt ouvert, tanlot ferme. 
Mcr, enfcr, Jupiter, dans plusieurs provinces sonnaient comme 
aimer, triompher, assist er. Mais en poesie, er devait foujours etix) 
ouvert, car les meilleurs poetes font rimer toucher avec cher, se fier et 
fier, abis mer et mer, trouuer et hirer, etc. L'Academie (1740) ecrit par 
un e ferme arte' re, atmosphere, austere, caract<^re, adhere, alt^re, 
espe're, etc, et-^par e ouvert amere, chimere, colere, ephemere, 
foug^re, op^re, revere, etc. : ce qui prouve I'incertitude de la pronon- 
ciation. 

174. E muet a encore au 16« siecle un son distinct a la fm des mots. 
« II Sonne, dit Palsgrave, a peu pres comme o prononce a voix basse et 
fortement du nez. » C'est dans le cours du 17« siecle que cet e devient 
reellement muet. 

175. I permutait avec e, comme nous I'avons deja dit, dans cert- 
monie, cartne, etc. Quand il ^tait combine avec e (ei), c'est tantot le son 
de I'e, tantot le son de V i qui a prevalu. Ainsi on ne dit plus, comme 
au 16* siecle, estreine, vietgne, coustetller, ni javeleyne, vetgne, des- 
seigner, cabeillau, setllon, mais etrenne, vtenne, coutclier, et jave- 
Itne, vtgne, designer, cabillaud, sillon. 

I disparaissait aussi dans bien,rien : « Presque tous les Francais qui 
se piquent dc bien parler, dit Villecomte(1751), prononcent ga va ben,ga 
nevaut ren. » 

176. La voyelle y etait confondue avec i; on I'employait surtout a 
fin des mots, moy, toy, \oy,roy, vray, iray, ennuy, etc., sous pretexet 
qu'elle « avail meilleure grace » que I'l; mais sa prononciation itait la 
mSme. 



DE LA PRONONCIATION. 103 

177. se prononcait OM dans Noe, Moyse, arroser (Noue, Mouyse 
arrow ser), et Ronsard faisait rimer chose avec espouse. II disparaissait' 
d'apres Vaugelas, dans commencer, commode, incommode, que « les 
Parisiens prononcent a tort que mencer, que mode, in ^Me mode ». Mais 
on Tentendait seul dans les mots Te Dewm, factotwm, dictwm, AliborMm, 
toti««, qui se prononcaient TeDeow, factotoi, etc. Les trois derniers, 
dicton, Aliboron et toion, ont seuls conserve cette orthographe et cette 
prononciation. 

nasal sonnait comme ou dans mow, ton, son, bon, etc., qu'on pro- 
noncait moun, toun, soun, etc., comme on le fait dans le patois li- 
mousin. 

se faisait entendre seul dans ambrosie, extrordinaire ,'porreau 
(pour poireauj. 



178. Oi est la diphtongue la plus curieuse de noire langue, celle dont 
la prononciation a le plus vari^. On sait que cette diphtongue a fini par 
etre prononcee et remplacee par at dans quelques noms, comme Fr^- 
cots, Anglois, et dans les finales des verbes, j'aimots, j'aimerots; 
d'autres mots ont, au contraire, garde le son et la forme oi. Mais avant 
qu'on arrival a distinguer nettement oi el ai, la diphtongue oi s'est 
prononcee de bien des manieres, dont plusieurs se retrouvent naturel- 
lemenl dans les dialectes provinciaux : 

Au 16« siecle, oi = oe; on prononce loezir, poere, coeffure, 
poevre (poivre), hoette (boite); — oue : mouchow^r, mirow^r, tiroM^r 
(mouchoir, miroir, etc.); — oa : foarre (foire), poale (po<^le), moas 
(mots), Xoas (fots), troas (trots), etc. 

Au 17« siecle, meme vers la fin du 16% oi=oua : noua (noix), houa 
(hois), \oua (voie) ; mais commence a etre remplac^ par le son ai ou 6 
dans quelques mots : endret, maladret, Nermoutier (pour endrott, 
maladrott, Notrmoutier), veage (p. voyage). D'apres Richelet, « ne'ier 
est le mot d'usage, el il n'y a plus guere que les poetes qui se servent 
de noter, y etant contrainls par la rime ». Cependant le meme auleur 
dit dans son diclionnaire : « ^frai, prononcez efroi ». Vaugelas pense 
« qu'il faut dire avotne avec toute la cour et non pas avetne avec tout 
Paris ». D'un autre cot^, « une infinite de gens diaent je dats (do is), 
lu dats, il datt, ce qui est insupportable ». II admet cependant qu'on 
prononce cratre, accratre, dratt dans la conversation, mais crotre, 
accrotre, drott dans le discours soulenu. On voit que I'usage hesitait 
entre ot et ai. 

Au 18* siecle les grammairiens s'efForcent encore de trouver pour oi 
jtiatre prononciations differentes : 66 dans foi^loi, moi, etc.; — 6 dans 
frotd, rotde, adrotl, etc,; — oa dans mots, pots, notx; — oua dans 
bots. C'est od qui domine dans le discours soutenu, dans la declamation; 



101 PRONOWCIATION ET ORTHOGRAPHE. 

c'est 6 qui est reserve pour la conversation. Cette distinction finit par 
s'effacer, et aujourd'hui c'est la prononciation oua qui I'emporte. 

Quant aux noms de peuples et aux temps des verbes qui ont chang6 
oi en at, tels que Ecossots (ficossats), je veno?'s (je venats), etc., d^s 
le 16' sifecle ils se prononcaient par od dans le peuple et par t k \a 
cour. H. Estienne reproche vivement aux courtisans la prononciation de 
Frances, Angles, Milan ^s, qu'il estime trop a mignarde d, trop eff^- 
minee. De son cote, Pelletier (4S49) s'etonne que « le peuple prononce 
priet, cri^t, etudict, et toutes foes nous ecrivons prioit, crioit, 
etudioit d. Au 17" siecle on dit aussi ordinairemeut je parlats, je 
croyaes, je pensats, etc.; mais dans la chaire et au.barreau le vieil 
usage persiste, et Ton continue de prononcer comme on ecrit : je par- 
lois, je croyois, etc. Lei noms de peuples se prononcent tantdt en ois, 
tant6t en ais, et Ton s'efforce en vain de trouver des motifs plausibles a 
cette distinction. Selon Menage, on dit bien « les Francais, les Anglais, 
les Hollandais, les Irlandais,... et les Danois, les Chinois, les Gaulois, 
les Genois, les Suedois ou les Su^dais, les Polonois ou les Polonais; mais 
personne ne prononce les Albanais, les Finlandais, les Japonais ». On 
sait que le temps n'a pas ratilie la derniere partie de cet arret. 

Malgr^ I'usage g^n^ral de la prononciation en ai, ces mots, noms ou 
verbes, s'^crivaient par oi au 18" siecle et au commencement du 19*. 
Voltaire demanda en vain qu'on mit I'orlhographe d'accord avec la pro- 
nonciation; ce n'est qu'en 1835 que I'Acadcmie a admis rortliographe 
actuelle. Un siecle avant Voltaire, en 1675, un avocat du parlement de 
Rouen, Nicolas Berain, avait dej^ demande cette r(iforme. 

179. Oi nasal (om) a 6i6 regard^ comme I'equivalent de ein pendant 
tout le 16" siecle. On faisait rimer point avec plaint, besom avec scm, 
moindre avec attemdre, joiwdre avec plaindre, moms avec bum am s, 
etc. De la cette enseigne, citee par Tabourot, oii dtaient repr^sentes un 
poing dorS et une main argenUe. Nos p^res, friands d'ailleurs de 
pareils rebus, y trouvaient sans h^siter : Au poing (point) d'or et main 
(moins) d'argent. 

180. U etait remplace par o dans factotum, factum, etc. (qu'on pi'o- 
noncait factoton, facton, voyez plus haut), mais sonnait seul dans 
lumber, tumbeau, tumbereau. U disparaissait dans btsson (pour 
buisson), Urselines (pour Ursu lines), etc. 

181. Ea se reduisait k u dans lieu, feu, jeu, Diew, ceuvre, ccbut, 
qu'on pronon9ait liu, fu, ju, Diu, uvre, cur. De meme au commence- 
mentdes mots, Mustache, f^ug^ne, f^uphrate, £uripe, etc., qu'on prononcait 
f/stache, t/g^ne, ^phrate, f/ripe, etc., et dans les mots valeureux, 
heureux (prononcez valureux, hureux). Cet usage existe encore dans 
plusieurt provinces. 



DE LA PRONONCIATION. 108 

182. Ou se r^duisait k o dans brossailles (pour broMssailles) et, par 
centre, sonnait dans jwin, buis, Suisse, qu'on prononcait jot/in, bouis, 
Souisse. 

Our se prononcait comme ou simple dans toujowrs, velowrs, pour, etc., 
on disait toujow, velow, pow, etc. 

2° Des consonnes 

183. En etudiant les consonnes, on surprend encore plus facilement 
les tatonnements de I'orthographe qui cherche a se plier aux exigences 
de la prononciation. 

Lahiales. 

184. Les labiales (P, B, F, V) sont mises les unes pour les autres; on 
trouve capriole, Jaco/?ins, couple, ra6e, Constantinople, ju6e, gra/»ir, 
suiuer, etc., pour cabriole, Jacoftins, cou/?le, rave, Constantino;? le, 
jupe, gravir, suiter. 

(Nous avons deja parle des nasales m et n 4 propos des voyelles.) 



Dentalet. 

185. La confusion ^tait la meme pour les dentales (t, d, 8, z, 1, r, ill). 
Tantdt elles se supprimaient ; ainsi on disait pu, ajuger, tube, sudit, 
regitre, catapldme. doube, mecredy, aversaire, relraindre, Saint-Michcy 
pampe, pourpcy elc, pour pZus, arfjuger, tab^e, su«dit, regi«tre, cata- 
plasme, doub/e, me?credi, a</versaire, restreindre, Saint-Miche^ pam- 
pre, pourpre, etc. Tantot elles se remplacent I'une par I'autre : su»e»u, 
m^jancholie, plurier, coronel,herbo/iste, mater as, parefrenier, Cathe- 
rine, rhinocero^ etc., pour sureau , me/ancolie, plurie/, co/oneU her- 
boriste, mate/as, paZefrenier, Catherine, rhinocero*, elc. — G. Tory et 
H, Estienne se plaignent que les Parisiens disent courin, sairon, rairon, 
pour cousin, saison, raison, et inversement Ma^ie, Masia, ma*i, pese, 
fie.?e, mese, pour Marie, Maria, mari, pere, frere, mere. 

Tantot elles s'ajoutent ou se transposent : truf/es, g/ason, boutic Ze, 
f/ebcsse, esp/ingue, ca/vacade, ro/ler, temp/e, jardrin, muscart, equi- 
voc/e, etc., pour truffes, gazon, boutique, faiblesse, epiiigle, cavalcade, 
rouler, tempe, jardin, muscat, equivoque. Les exemples de transposition 
de I'r surtout abondent chez les auteurs du 16» et dul7*siecle; on trouve 
herbis, Berton, bertelle, ferdonner, brelue, breline, burnir, border, 
Karbuge, esprevier, etc., pour brebis, Breton, bretelle, fredonner, 
herlue, berline, brunir, broder, grabuge, ^pervier, etc. 

186. L mouille s'est tantdt prononce le, tantftt ill dans Atiguille, apo- 
sti7/€, camomi7/c, Camt7/c, torpt7/e, etc. 



106 PRONONCIATION ET ORTHOGRAPHE. 

187. A la fiijale R se supprime souvent. D'apres I'Academie, ir a la fin 
des mots et places devant une consonne se faisaient entendre comme 
un i seul, repent iV, souvenir, plais/r, loisir, partzr, etc.; on disait done 
le repenti d'un enfant; un souveni penible, etc. 

188. Eur s'adoucissait en eux ou en euz ; on disait yoyageux, rRmoneux, 
portewa:, tailleuar, trompewa;, \euz, etc. Tabourot rapporte qu'il a vu, sur 
une enseigne, des chats qui sciaient du bois, avec cette l^gende : « Aux 
chats scieux », ce qui signifiait clairement pour les contemporains Au 
chas-sieux. Cette prononciation est rest^e dans Monsieur et Messieurs. 



Palatales et Marginales. 

189. Nos peres ont encore plus hesit^ entre les polatales et les margi- 
nales (C, K, Q, G, CH, J, GN). Sous I'influence des dialectes du Nord et 
du Midi, le francais a tour a tour prononce taba^wiere et taba^iere, 
ar^fjutecture, ar^uitrave et architecture, architrave, monar^wie et 
monarch ie, cate^isme et catecMsme, interro^wer et interro«/er, etc. 

190. Le ch a, un moment, remplace le g et le c dur (= c et q) dans 
les mots francAipane, rnhnchc, sandarac/ie, enable, c/iauchemar (pour 
fran^ipane, rubri^'Me, sandara^Me, cSble, cauchemar). II remplacait 
aussi Vs oil le g dans cAylindre, capuchins, c/iiflet, c/i imagree, cAyco- 
more (pour cylindre, capucins, «ifflet, « imagree, «ycomore). Mais il etait 
supplante : par le c dans casuble, carme, catouiller, cercher, cichor^e, 
cornice, cirurgien (pour cAasuble, c/tarme, cAatouiller, c/iercher, c/iico- 
ree, cornicAe, cAirurgien); par I's dans Sme, dessire (pour CAine, de- 
cAire); par le j dans yeval, ^evalier, jevron (pour cAeval, c/ievalier, 
cAevron); enfin par le^ dans sa<7uet, bran^ue, clo^we, brogue, four^we 
(pour sac/jet, brancAe, cloc/te, brocAe, fourcAe). On hesita longtemps 
entre AcAeron et AA-eron; Racine voulait qu'on prononcat AcAeron « a 
la francoise » et Lulli, A/ceron. comme les Grecs. Cette derniere pronon- 
ciation resta a I'Opera ; mais I'Opera fmit par avoir tort, et Ton prononce 
aujourd'hui A cA eron comme Racine. 



191. Le g et le c ont ete employes I'un pour I'autre dans grlapier, 
^anif, yanivet, gfabinet, jyrapaud, be.^ace, segrret, negrromancie, etc. 
(pour clapier, canif, canivet, cabinet, crapaud, b^casse, secret, n^cro- 
mancie, etc.), et dans confle, coulot, cangrene, cargousse, crotesque, 
eclogue, raicraine, vacabond, intrigue, di^we, etc. (pour gronfle, gon- 
lot, gangrene, g^argousse, grrotesque, egrlogue, migrraine, vagabond, 
intrigrue, digfue, etc.). On prononce encore aujourd'hui segrond et reine- 
grlaude, malgre I'orthographe second et reine-Claude; par contre le 
brave Crillon, dans ses lettres a Henri IV ecrivait son nora Grillon. 



DE L ORTHOGRAPHE. i07 

192. Dans gn le g etait muet au 16« siecle; on ecrivait regrnard, 
cygrne, digrne, consigrne, insigrne, si^ne, mais on prononcait renard, 
cyne, dine, constne, imine et sine, d'ou est venu sinet, prononciation de 
signet. Ronsard faisait rimer digne a\ec divine. Au 17" siecle, Mme de Se- 
vigne parle encore de sa resinaiion, et Racine explique a sa soeur, dans 
une lettre, que les armes parlantes de sa famille sont un rat et un cygnt 
(prononcez ra-cine). Le poete avoue d'ailleurs que le rat lui deplaif, et 
qu'il eiit prefere un sanglier, animal plus noble. 

193. Les abr^viations populaires, les contractions violentes qui se pro- 
duisent dans la rapidite de la conversation, se rencontrent aussi dans 
les si^cles precedents. On disait, au grand scandale des Estienne : sa 
vostre honneur, sa vostre grace {sauve votre honneur*, sauve votre grSce) ; 
qu'a-vous? (pour qu'avez-yous?); n'a-vous? (pour n'avez-vous?); «ca-vous? 
(pour savez -yous?), et un siecle apres on disait de meme a-vous fait 
cela?, rfem'aune, i disent (pour avez-\ous fait cela?, demi-aune, ils 
disent), au grand scandale de I'Academie. Vaugelas deplorait les liaisons 
hasardeuses comme on-z-a, on-z-ordonne ; Menage declarait qu'il faut dire 
les quatre elements, je lui ai mille obligations, et non les quatres ele- 
ments, milles obligations, coinme disent « la pluspart des dames et les 
mieux chauss^es ». Enfin Thomas Corneille regrette quele bas peuple de 
Paris prononce toujours abie, mabre et arbe, marbe pour arbre, marbre, 
evu pour eu, il a 6u pour il a eu. De nos jours cela ne se dit plus; 
mais il y a encore des endroits oii cela se chante. 

194. Cependant ces incertitudes de la prononciation ont enrichi la 
langue de quelques mots, parce que les deux termes sont rest^s avec 
des significations diflerentes ; tels sont large et largue, verge et vergue, 
lambruche et lambrusque, conque et conche, imbu et embu, cloche et 
cloque, chaise et chair e, border et broder, dessiner et designer, etc. 

En resume, cette etude, fort succincte, montre que la prononciation de 
chaque lettre, de chaque syllabe a beaucoup varie dans I'espace de Irois 
siecles. Ces variations continuent d'ailleurs sous nos yeux. Consuetudo 
loquendi est in motu, disait Varron, I'usage d'une langue ne cesse de 
changer. 

SECTION II 

DE l'oRTHOGRAPHE 

195. L'orthographe* francaise a une reputation redoutable et en partie 
mcritee. II y a peu de gloire k la connaitre, et beaucoup de honte i 
I'ignorer : la moindre faute discredite son auteur, et ne pas savoir 

1. Honneur ^tait alors du f^minin. 

2. Voy«x Qb$ervaHons sur I'orthographe par Ambroise Firmin Didot, 



108 PRONOMCIATIOIT ET ORTHOGRAPHE. 

I'orthographe est une ignorance et un ridicule. Le temps n'est plus oii 
I'orthographe ^tait consid^ree comme une science mesquine, faile lout 
au plus pour les clercs et les petites gens, oii le due de Saint-Simon 
s'en remettait d^aigneusement k son secretaire du soin de corriger ses 
Merits; oii Louis XIV, Mme de S^vign^ et la plupart des personnages 
fameux du grand siecle orthographiaient moins regulierement que nos 
paysans d'aujourd'hui ; oii un savant historien, Lenain de Tillemont, 
disait dans sa preface : a Comme I'orthographe est une chose qui n'a 
point encore de regie parmi nous, chacun a sa liberty de choisir ce quil 
lui plait » ; oii le marechal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, ^crivait : 
u lis veule me [aire de la Cademie; cela miret comme une bage h un 
chas ». De nos jours on n'orthograplye plus en gentilhomme; tout le 
monde est ou veut paraitre lettr^, et nous ne conseillerions a personne 
d'orthographier aujourd'hui comme Lenain dfe Tillemont, m^me si Ton 
avait gagn6 la bataille de Fontenoy comme le marechal de Saxe. 

196. Orthographe vient du grec orthographiuy qui veut 
dire « 6criture correcte »; c'est I'art d'^crire correctement, 
c est-a-dire sans faire de fautes, tous les mots employes dans 
une langue. On distingue ordinairement deux sortes d'ortho- 
graphe : I'orthographe de regies et I'orthographe d'usage. La 
premiere consiste dans I'application de certains principes de 
grammaire, tels que la formation du pluriel dans les noms, 
du f^minin dans les adjectifs, les regies d'accord des verbes, 
des participes, etc. Toutes ces lois sont du domaine de la 
grammaire proprement dite et, malgre la bonne volonte des 
grammairiens, sont encore pleines d'incoherences et de con- 
tradictions. Quanta I'orthographe d'usage, elle n'ob^it a aucune 
regie generale et s'apprend par la lecture, par la syllabation 
minutieuse des mots, surtout par la pratique du dictionnaire. 

197. Nous ne voulons pas d'ailleurs donner des regies sur 
ce sujet, mais seulement indiquer : 

1« Les changements qu'a subis notre orthographe; 

2® Les singularites qu'a laissees subsister de nos jours le 
desaccord de I'orthographe et de la prononciation ; 

3" Les r6formes qu'on a tente d'y introduire ; 

A^ Les modifications qui nous paraissent les plus desirables 
et les plus acceptables aujourd'hui. 



DC L ORTHOGRAPHK. 109 

198. 1« Ghangements subis par notre orthograpbe.'— Kous savons 
«[ue notre alphabet contient trop peu de signes pour pouvoir traduire 
exactement tons les sons du fran^ais ; mais s'il est admis que I'ortho- 
graphe ne peut etre qu'une traduction approchee de la prononciation, on 
pent du moins essayer de la modeler du mieur possible sur cette pro- 
nonciation. Cast ce que fit le moyen age : le principe 5tait alors d'^crire 
ce que Ton prononcait et de n'eCTire que cela. 

199. Mais deux causes vinrent bient6t troubler cette harmonie. En pre- 
mier lieu, il se cr^a une orthographe traditionnelle qui fit maintenir 
par les lettres I'ancienne forme des mots, m6me quand le son r6el de 
ces mots avait change. L'on avait ecrit vendre, parce que Ton pro- 
noncait ve^u'dre; on continua d'dcrire de meme, alors que Ve s*6tait 
nasalise et se prononcait an. 

200. En second lieu la connaissance de plus en plus profonde du latin 
amena une orthographe etymologique : au 12* siecle on 6crivait comme 
aujourd'hui neveu (de nepotem), recevoir [recipere], ensevelir [insepelire); 
le 16* siecle, pour rapprocher ces mots de leurs originaux latins, ^crivit 
nepveu, recepvoir, ensepvelir, sans se douter que le p latin existait dija 
dans tous ces mots sous la forme du v; c'^tait bien, selon le mot de 
Mezeray, « vouloir garder tout ensemble la piece et la monnaie ». Do 
m^me les formes du 12* siecle devoir [debere], fiivre [febrim], fevrier 
[februarium] sont devenues au 16" siecle debvoir, fiebvre, febvrier. Le 
moyen age, changeant le ct latin eu it, ^crivait lait (bas latin lactem), 
fait [factum), trait [Iractum], nuit [noctetn); le 16* siecle refait ces 
mots en laid, traict, faict, nuict. Pais, venu de pensum, est rattach^ k 
pondus et recoit un d, poids ; savoir, de sapere, prend un c qu'il -n'avait 
jamais eu, et s'ferit sq avoir, k cause de scire. Cette recherche d'ortho- 
graphe savante, qui avait commence d^s le 14* si6cle avec les clercs et 
les premiss traducteurs des livres de I'antiquite, s'accroit d'une maniere 
demesur^e sous la Renaissance, par I'influence que prennent alors les 
imprimeurs ^rudits : Robert et Henri Estienne surchargent les Editions 
sorties de leurs presses d'une foule de lettres parasites emprunt^es k 
I'orthographe des langues anciennes ; et cette invasion de lettres muettes 
jette un tel trouble dans I'orthographe, qu'une reaction en sens inverse 
ne tarde pas a se produire. Mais les reformateurs echouent, comme nous 
le verrons plus loin, et I'orthographe savante persiste, en s'all^geant un 
peu, jusqu'a la fm du 17" siecle. 

301. 2« Singularitds de I'orthographe et de la prononciation. — 

De ces causes diverses viennent toutes les singularit^s de notre ortho- 
graphe moderne, qui consistent, soit k repr^senter par le mfime signe 
des sons diffi^nents ou par des signes diff^rents un son unique, soit a 
maintenir dans I'ecriture des signes qui ne repr^sentent aucun son r^el- 
leraent prononc4. Voici les principales : 



110 PRONOiNCIATION ET ORTHOGRAPHE. 

202. 4° Voyelles. ~ A ne se prononce pas dans aoAt, Sadne, to&st, 
curagaLo. — Au contraire, il se fait entendre seul dans /"aon, pion, 
tdion, Laon, C'a«M. 

tt En paon, faon il y a une lettre superflue, car nous prononcons pan, 
fan », disait Sibilet des 1548. 

205. Ai se prononce ordinairement e dans nous f dii sons, satis fai- 
sant, etc.; et e dans maAtre, faites, etc. 

Aient se prononce at, les lettres 7it etant nulles dans la terminaison 
desverbes k la troisi^me personne du pluriel. 

204. E est nul dans quelques mots, tels que : d^vouement, assBoir, 
rougedtre, beauU, ew, eusse, etc. II se prononce a dans hennir, 
rouennerie, solennel, femme, et dans les adverbes en emment 
[pi-udemment, prononcez pr%idament)\ — an dans enm«, enlever, 
entrer; — hie dans aw en, abdomen, specimen, etc.; — in dans 
appendice, examen, Agen, hymen, Enrop4en, etc. 

205. I est nul dans douairiere, encoignure, oignon; et devant un 
/ mouille il ne se prononce pas avec la voyelle pr^c^dente : ba-ll, 
trava-i\. 

206. ne se prononce pas dans faon, pa on, et»., comme nous 
I'avons vu plus haut. 

Le son de 6 long est exprime en francais a la fois par 6 [le vdtre, 
apdtre) et par au ou eau, comme dans vawtrer, awtel, beawte. 

207. U se prononce ou dans qnadraginaire, qnadrilatkre, qnadru- 
pede, quadruple, in-qnarto, ling n ate, eqnateur, sqnale, etc. 

208. La voyelle Eu est un son simple, represente en francais par 
quatre formes differentes, savoir : eu (comme dans hew re), — oeu (comme 
dans hcBu{, sceur, cewf), — ce (comme dans ail), — et enfin ue (dans 
accu«ille, cueiWe, orgj^eil, etc., qui se prononcent comme s'ils etaient 
Merits : accceuille, ccewille, etc.). 

Eu a le son de e dans jeune, et de eu dans feu, lieu ; mais il se pro- 
nonce comme un u simple dans i'eus, j' eusse et tons les autres temps 
passes du verbe avoir. 

C'est ainsi qu'au 16* et au 17* siecle on prononcait vu, dA, regu, bien 
qu'on ^crivit veu, deu, receu. Grice a cet usage. La Fontaine a pu faire 
rimer ^meute avec dispute dans la fable les Vautours et les Pigeons : 

Mars autrefois mit tout I'air en ^mute. 
Certain sujet fit naitre la dispute 
Chez les oiseaux.... 



DE l'ORTHOGRAPHE. Ill 

209. CE se prononce ^ dans <Bcum&nique,(Rdeme, (Edipe, (Bsophage, etc. 

On a vu au § 57 I'explication de ces diverses notations orthogra- 
pihques. 

210. Y s'emploie, comme nous I'avons deji vu (§23), tantot pour un i 
(analyse), tantot pour deux i [pays). 

211. Les voyelles nasales sont representees tant6t par an, tant6t par 
en, ent : an, enter, sony ent. Ce son an se trouve m^me exprime de vingt 
manieres differentes : 



aen dans 


Caen, 


em 


dans 


empire. 


an — 


an (annee), 


emp 


— 


exempte. 


anc — 


franc, 


emps 


— 


temps. 


and — 


quand, 


empt 


— 


exempt. 


ang — 


rang. 


en 


— 


ennui, 


ans — 


dans. 


end 


— 


rend, 


ant — 


tant. 


ens 


— 


bon sens, 


ants — 


enfants, 


ent 


, — 


dent. 


aon — 


Laon, 


han 


— 


banter, 


ean — 


Jean, 


hen 


— 


Henri. 


Irouve le son in exprime de vingt-deu: 


K manieres : 


cu dans 


rien. 


im 


dans 


limpide. 


ens — 


biens, 


in 


— 


vin, 


ent — 


vient, 


. inct 


— 


instinct, 


ein — 


sein, 


ingt 


— 


vingt. 


eing — 


seing, 


ingts 


— 


vingts, 


eint — 


feint, 


inq 


— 


cinq. 


aim — 


faim. 


ins 


— 


vins, 


ainc — 


vainc. 


int 


— 


prevint. 


ain — 


vain, 


ym 


— 


Olympe, 


aint — 


saint. 


yn 


— 


lynx, 


ains — 


bains, 


aim 


— 


Reims. 



212. Ent ^quivaut a un c muet a la troisieme personne du pluriel des 
verbes, mais il se prononce an dans les noms et les adjectifs. 

Ainsi ent se prononce an dans les noms et adjectifs suivants : 

adherent, Equivalent, divergent, content, 

affluent^ negligent, parent, excellent, 

rcsid ent, prisid ent, coi'ncid ent, cou vent, 

expedient, violent, convergent, evid^iiu. 

el il se prononce e dans ils adhhrenX, ils affluent, etc. 



til PRONONCIATION ET ORTHOGRAPHE. 

213. En (et em) sonne comme an dans les mots composes : ^fLorgu9illir, 
eniiT^r, ennuyer, emmener, etc. 

214. 2° Consonnes. — Parmi les labiales : F est tantot muet a la fin 
des mots : clei, boeuis (au plurieA), cBuis (au pluriel) ; tant6t sonore : ne f, 
boeui (au singulier), oeuf (au singulier). 

Dans les liaisons, f se prononce souvent v : neui ans [neuv ans). 

215. P est muet k la fm des mots apres une syllabe nasale : camp, 
chatn-p, et dans le corps des mots devant une dentale : ba-ptime, compte, 
sept, exempt, prompt, sculp ter, dompter. 

II ne se prononce que dans les liaisons de trop et beaucoup avec le 
mot suivant; fat trop attendii; j'ai beaucoup hisiti. 

Nous avons vu, § 28, que p forme avec h une consonne composee qui 
represente le phi grec et qui se prononce comme f. D'apres le Diction- 
naire de I'Academie, sur 3087 mots commencant par p, 134 commencent 
par ph. 

216. Parmi les dentales : T devant i dans les mots en ion se prononce s : 
imitation, nation, faction, etc.; except^ quand il est pr^^d^ de s ou 
de X : gestion, bastion, mixtion, combustion, question. 

T se prononce encore « dans quelques mots en tie. Ce sont : 

aristocratic, balbutie, impSritie, ph-ipitie, 

autocratie, calvitie, ineptie, primatie, 

d&mocratie, diplomatic, inertie, prophetic, 

thiocratie, facitie, minutie, suprematie. 

Mais les mots suivants se prononcent tie -. 

amnistie, hostie, dynastic, rdtie, 

antipathic, modestie, Epizootic, sacristie, 

apathic, ortie, cucharistie, sortie, 

apprentie, partie, polymathie, chdtie, 

garantie, repartic, Pythie, sympathie. 

Quelques mots en tions se prononcent tant6t sions, tant6t tions, selon 
qu'ils sont noms ou verbes. Ce sont : 

acccptions, desertions, inspections, objections, 

adoptions, (fictions, intentions, options, 

affections, editions, interceptions, persecutions, 

atteiUions, exceptions, inventions, portions, 

contractions, executions, mentions, rations, 

dations, exemptions, notions, relations. 



DE L ORTHOGRAPHE. 113 

En lalin le groupe tionem se prononcait sion; nos noms en Hon 
(prononces sion) sont done pour la plupart des mots latins passes en 
francais sans changement de prononciation. Mais dans les verbes les 
deux personnes du pluriel nous portions, vous portiez, ont naturellement 
conserve au t du radical le raeme son que les autres personnes : je 
porfais, nous portions, vous por^iez, etc. De la cette prononciation bizarre 
de woifs portions des portions^. 

217. T se lie d'ordinaire : il dit un mot, huii hommes; vingi et un 
francs. Cependantla liaison n'a jamais lieu apres quatre-vingls, ni apres 
la conjonction et : quatre-vingt-un, un enfant sage et aimable. 

Pr^c^d6 d'un c ou d'un r, le t devient nul, et la liaison se fait avec le 
c ou le r : respect humain, rempart ^lev€ {prononcez respec humain, 
rempar Hev6], 

Nous avons vu, § 28, que t forme avec h une consonne compos^e repr^- 
sentant le tli^ta grec, qui se prononce comme un t isole. Dans le diction- 
naire de I'Aead^mie, sur 1546 mots commencant par <, 73 seulement 
coramencent par th. 

218. D est nul a la fin des mots : /"ond, gran^, froid, except^ quand 
ces mots sont suivis d'un autre mot commencant par une voyelle ou une 
h muette; il sonne alors comme un t. Ex. : grand ami, grand Jwmvie, 
de fon d en comble. 

Cependant, precede d'un r, il devient nul, et la liaison se fait avec le 
r : sourd et muet, bord escarpd (prononcez sour et muel, bor escarpe). 

219. S est une dentale sifflante qui ne se prononce a la fm des mots 
que dans quelques expressions d'origine etrang^re : blocuSt chorv'^^ 
prospectus, typhus, lapis, gratis, atlas, etc. 

Cette consonne placee entre deux voyelles prend ordinairement le son 
de z : raison, ruse. 

De meme a la fin des mots, quand le mot suirant commence par une 
voyelle : vous Hes, nous avons (prononcez vou-zStes, nou-z-avons). 

Cependant, precede d'un r, il devient nul, comme le d. Ex. : discouvs 
Eloquent, secouvs inutile (prononcez discour Eloquent, secour inutile). 
Mais on dira au pluriel : des discours-z-eloquent^, des secour s-z-ihu- 
tiles, etc. 

On prononce cependant s comme z dans transit, transition, Alsace, 
balsaynique, trans iger, bien qu'ii vienne apres une consonne, — et 
comme g dans monosyllabcj desuetude, entresol, havresac, soubre^ 
Baut, priseance, vraisemblable, parasol, bien qu'il soit precede d'une 
voyelle. 

1. A TAcad^raie, vers 1834, M. Nodier lisait un jour des reraarques sur la langue 

fran^aise. II disait que le t entre deux i a, sauf quelques exceptions, le son de Vs. 

[• Vous vous trompez, Nodier : la rfegle est sans exception, lui cria Emmanuel Du- 

ity. — Mon cher confrere, repliqua le malicieux grammairien, prenez pki^ dft 

ion ignorance et faites-moi Vamicid de me r^p^ter seulement la moicii dc cc que 

^Tous venez de dire. » L'Acad^mie rit et Dupaty reftta convaincu qu'il y avail des 

exceptions. 

C0UR8 SCP^RIECR. 8 



lU PRONONClATrON ET ORTlfOGRAPHE. 

520. Parmi les palatales : C a le son de h devant a, o, »m, om, m . 
lin//0<tu, code, coeur, cmipe, cure; excepl6 quand il est accompagnS 
d'line c^dille, comme dans fagade, fag on, requ. 

A la fm des mots il est tant6t sonore : avtc, bac, bee, bivouac, bloc, 
cognac, ichec, frac, lac, choc, roc, etc., — tant6t nul : accroc, croc, 
elerc, blanc, franc, tronc, jonc, labac, etc. 

On dit cependant en faisant sonner le c : tin cro<i-»n-jambe; un frant 
4tourdi; du tabac d, fumer. 

Dans second, seconde et le* composes, c a le son de g (voy. § 191). 

221. Q est toujours suivi d'un u x qvLara?ite, manque; except^ k la 
lin de quelques mots : coq> cinq. 

On dit en faisant la liaison : cinq enfanls. Mais devant un mot com- 
men^ant par une consonne, q est muet : cinq maitres, cinq domcs- 
tiques. 

222. G a le son doux du ./ devant e ei i : gerbe, gibet. II {)rend I'ar- 
ticulation dure, gue, devant a, o, u, ou : gamelle, gomme, guttural, 
goulet. S^pare de a, o, u, ou par la lettre e, il conserve le son du j : 
geai, gedlier, etc. 

A la fm des mots il est ordinairement muet : sang, long, bourg; 
mais si le mot suivant commence par une voyelle, le g final sonne sou- 
vent comme un A; : sang ichauff^, long espoir (prononcez sanls. dchauffc. 
lonk espoir). 

225. Ch se prononce tantot che, comme dans chevre, chirurgie, 
chose, chute, Chypre, chow: ^tantot A, comme dans Ch aW^en, chaos, 
choUra, Chretien, chrysalid^, etc. 

224. Parmi les sonnantes : L se prononce i la fin des mots : 6a 1, che- 
va\, travail, del, vi\, calcul. 

11 est muet dans coutil, fusil, outil^ soureil, gentil, etc 

225. Iva liquide 1 se mouille dans certains cas, c'est-a-dirc qu'elle est 
alors suivie, dans la prononciation, d'un i tr^s faible, que Ton entend, 
par eiemplc, dans travaille, merveille, etc. 

Dang cc cas 1 est ordinairement redouble (//) : /flic, tillon, ^Mtllc, 
fafnille. 

Cependant ces lettres ne sont pas mouill^s dans les mots trat%quiUe, 
wile, vaciller, etc. 

En fiiit, il y a deux prononcktions : Tune traditionnelle : papil-yon, 
traml-^eur; c'est la bonne, mais elletend a disparaitre; I'autre, vicieuse, 
mais qui prevaut aujourd'hui : papi^yon, trava-yewr. 

280. R se prononce toujours apres toutes les voyoUes. Ex. : car, plai- 
«r, c^atr, nofr, trt*oT, put, malheuv, pour. 



DE l'oRTHOGRAPHE. 115 

Apr^s un e, tant6t il se pronoiice, tant6t il reste muet. Dans le prentier 
cas il doiine a \'e un son ouvert : fier, fer, nier, etc. Dans le second il 
donne a Ve muet le son de ^ ferme : aimer, flatter, berger, danger, 
pommier, etc. 

Enfin nous avons vu, § 35, que X peut avoir le son CS, GZ, K, S, Z, 
et que H est tanlot muette et tant6t aspirie. 

111. 3° Tentatives de reformes. — Ce n'est pas d'aujourd'hui seule- 
ment qu'on a remarque ces bizari^riei et essaye de mettre un peu d'ordre 
et de metliode dans notie vocabulaire. Au moment meme oii Francois I^*", 
par son edit de Villers-Cotterets (1559), rendait oflicielle la langue fran- 
caise en bannissant le latin de tout acte public, quelques grammairiens, 
comme oa le verra plus loin, s'effor^aient deja de regulariser notre ortho- 
graphe. 

En 1660, trente-quatre ane avant I'apparition du premier dietionnaire 
de I'Academie, la celcbre grammaire de Port-Royal essaya de poser les 
bases de I'accord de I'ecriture et de la prononciation. Elle voulait que 
chaque figure ne marquat qu'un son ; qu'un meme son ne fiU pas marque 
par des figures difTerentes. De son c6te, le grand Corneille demandait 
qu'on distinguat i et m de 7 et de v; a cette epoque on ccrivait de la 
meme maniere i et ;, u et v, et il reste encore des traces de cet usage 
dans les inscriptions. Bossuet voulait que les terminaisons des parti- 
cipes fussent en ant, mais celles des noms, des adjectifs et des adverbes 
toujours en ent. Cette mesure, si on I'eut adoptee, nous aurait epargne la 
trop faineuse distinction des participes presents et des adjectifs verbaux. 

228. L'Academie elle-meme a admis de nombreuses corrections dans les 
sept editions successives de son dietionnaire : 

Dans la premiere (1694) et la deuxieme (1718) elle ne fit que le releve 
officiel de tous les mots de notre langue. 

Dans la troisi^rae (1740) elle comprit I'inutilite du c dans nuict, faict, 
sf avoir, etc.; supprima s dans feste, maistre, etc; e dans deu (dii), 
receu (recu) et enleva m^me le t au pluriel de enfant, parent. De nos 
jours, quelques publications conservent encore cette orthogrtphe et ecrivent 
au pluriel en fans, parens. 

Dans la quatrierae (1762) elle accomplit enfin le voeu de Corneille, apres 
cent ans de reflexion, et distingua 1 et u de j et v. 

La ciuqui^me (1795) fut faite en dehors de l'Acad(;mie et ne fit que 
reproduire la quatrieme. 

La sixieme (1855) rendit le t au pluriel de enfants, parents, et consacra 
enliu I'orthographe ais dans Anglais, Francais, j'ainiais, etc. Cette r^forme 
avaft ete longtcmps reclame par Voltaire (voy. § 178). 

La septi^me (1878) a encore corrige quelques anomalies. Elle ecrit avec 
un seul n consonance et resonance, comrae assonance et dissonarice; 
elle ne met plus qu'un t a emmaillo^er pour le mettre d'acc€rd avec 
d^maillofer; elle substitue lacceiit grave a I'accent aigu dans les mots 



H6 fnoNONcuttON £t oryhoghaphe. 

en ege : pi^jfe, co\\ege\ supprime le trait d'union apres trhs; ^rit en un 
seul mot contrebasse, contrefort, contremaitre, clairsemi, entrecdte^ etc.; 
Templace le trema par un accent grave dans pohmcy poHe^ etc. 

229. En dehors de I'Academie et meme avant sa creation, quelques 
esprits aventureux ont voulu d'un seul coup reformer notre ortliographe, 
bien plus, notre alphabet. 

Le premier fut Meygret (4542), qui voulait justeraent supprimer le g 
de cognoistre, ung, besoing, etc., le d de advenir, adviser, le c de 
did, faict, etc., et qui proposait d'ecrire dixion, manifestacion pour 
diction, manifestation. 

Jacques Pelletier, du Mans (1550), supprimait les lettres ^tymologiques 
de provenance grecque et ecrivait tiologie, tbze, filosofie, critien, etc. 

Apres lui. Ramus (1562) voulait supprimer dans les mots toutes Ics 
lettres inutiles. II se passait d'accents et melait les lettres grecques aux 
lettres frangaises. 

Rambaud (1578) changeait toutes les lettres de notre alphabet et en 
renouvelait la forme. 

Robert Poisson (1609) fut un reformateur mod^r^, celebre surtout par 
une grammaire en quatrains. 

Claude Expilly (1618), Somaize, dans le Dictionnaire des Pricieuses 
(1661), Gilles Menage (1673) ont reclame, mais en vain, quelques modi- 
fications et surtout la suppression des lettres doubles. 

L'abbe de Dangeau (1694) voulait rapprocher I'orthographe de la pro- 
nonciation et blamait surtout I'emploi du ph pour f. II raconte a ce 
sujet I'histoire d'une dame de B... qui « s'ecria un jour en bonne com- 
pagnie : « que ces empereurs romains etaient cruels! ils faisaient 
prendre des paysans et leur faisaient arracher la langue pour s'en nour- 
rir. » EUe venait de lire un livre qui disait que I'empereur Heliogabale 
mangeait des pates de langues de ph atsa««, qu'on ecrivait alors par ;?^, 
et, s'imaginant qu'un p se prononcait toujours p, elle avait lu des « lan- 
gues de « paysans » au lieu de « langues de faisans ». 

L'abbe Girard (1716), l'abbe de Saint-Pierre (1730), Dumarsais (1750) 
ont aussi essaye de mettre en lumiere toutes les anomalies de notre 
langue et d'y porter remede. 

De Wailly (1773) a releve toutes les bizarreries de I'orthographe et pro- 
pose d'utiles reformes. II cite comme exemples de la difficulte de notre 
prononciation les phrases suivantes : Un anachordte vint avec un ca\e- 
chumene chercher M. Varchevdque ou son arohidtacre au palais 
arcYii^piscopal. — TranquiWe avec sa biquWlQ, il entra dans laville 
avec sa /"ille, qui per^a une anguille avec son aj^u ille. 

Domergue (1806) inventa un alphabet nouveau compost de 19 voyellcs 
et de 21 consonnes, en tout 40 caracteres, d'un aspect bizarre, proches 
parents des hieroglyphes egyptiens et que I'inventeur fut a peu pres 
seul a connaitre et a apprecier. 

Marie (1827) fut un reformateur ardent. II voulait supprimer toutes 



DE L ORTHOGRAPHE. H7 

les lettres qui ne se prononcent pas et remaniait completement le 
role de nos caracteres. Ainsi il ecrivait suqse (succes) ; qolonel (colonel) ; 
qourie fransb (courrier francais), etc. En paladin du moyen age, il 
envoyait des defis a ses detracteurs et proposait 500 francs a quiconque 
ecrirait sans faute, sous sa dictee, vingt lignes de mots usuels. Ces 
300 francs etaient merae deposes, disait-il, chez M* Bertinot, notaire, 
rue de Richelieu, n° 28. 

250. En resume, ces hardis reformateurs, dont nous n'avons cite que 
les plus connus, voulaient, par des innovations generales et systema- 
tiques, amener violemment notre orthographe a une forme purement 
phonetique, c'est4-dire a une reproduction exacte de la parole par I'ecri- 
ture. 

Rien de plus seduisant au premier aspect que cette regie unique : 
ecrire comme on parle; rien de plus chimerique a un serieux examen. 
En effet, si I'orthographe doit etre absolument phonetique, si Ton doit 
ecrire comme on prononce, comment le Picard et le Gascon, le Pro- 
vencal et le Normand pourront-ils avoir une orthographe commune ? Com- 
ment distinguera-t-on saint, sain, sein, seing, cinq, ceint, qui represen- 
tent le m6me son et qui devront avoir les m^mes lettres? Une foule de 
mots qu'on ne distingue deja plus par la prononciation seront confondus 
par I'ecriture. Notre langue perdra sa marque originelle et ses titres de 
noblesse, et, dans cet amas de mots d'un aspect et d'un sens douteux, le 
francais deviendra illisible, meme pour ceux qui le parlent. « II ne faut 
pas souifrir, dit judicieusement Bossuet, une fausse regie qu'on a voulu 
inlroduire, d'ecrire comme on prononce, parce qu'en voulant instruire 
les ctrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait 
meconnaitre aux Francais raemes.... On ne lit pas lettre k lettre, mais la 
figure du mot fait impression sur I'oeil; de sorte que, quand cette figure 
est changee considerablement tout a coup, les mots ont perdu les traits 
qui les rendent reconnaissables a la vue et les yeux ne sont pas con- 
tents. » 

L'orthographe phonetique est, on le von, condamnee depuis long- 
temps. 

251. II y a encore une autre orthographe, chere aux philologues et 
aux savants : c'est l'orthographe ctymologique. Cette orthographe, fon- 
dee sur I'etymologie, reproduirait les principaux caract6res des mots 
anciens ou etrangers dont notre langue est formee. Malheureusement, 

lie n'est pas plus praticable que l'orthographe phonetique. Le titre 
meme de ce chapitre est un exemple des mauvais tours que I'etymologie 
.' deja joues a notre orthographe. 

On devrait dire orthographic, comme disaient nos perep comme nous 
(lisons geographic, cosmographie, en reservant le non? Je giographe, 
rosmographc a celui qui s'occupe de Tune de ces sciences; mais I'usage 
a prevalu contra la raison. 



118 PRONONCUnON ET ORTHOGRAPHE. 

Nous avons vu que les ^tymologistes du 16* si6cle fiont aussi tom- 
bes dans de frequentes erreurs grammaticales. En admettant que nous 
soyons mieux inspires, rendrons-nous aux mots les lettres qu'ils ont 
p6rdues?Remettrons-nous un s a 6toile [stella), ung a connaitre (co(/»o«- 
cere), un /? a tisane [ptisana]! Une pareille recherche serait puerile. Les 
mots sont comme les pieces de monnaie : k force de passer de main en 
main, les reliefs s'eifacent et les l^gendes disparaissent ; a la longue il 
dcvient bien difficile d'en saisir les principales lignes et d'en reconnaltre 
I'effigie. Depuis tant6t dix si6cles que le francais est parle entre la 
Manche et la Mediterran^e, les mots se sont us6s et s'usent encore tous 
lee jours par le frottement ; il serait souvent difficile, sinon impossible, 
de leur rendre leur ancienne physionomie. 

Du reste, I'usage, ce grand maitre des langues, s'y oppose absolument. 
C'est que I'usage n'est pliis, comme le defmissait M. de Vaugelas : « La 
faQon de parler de la plus same partie de la coiir, conformement a la 
fagon d'ecrire de la plus saine partie des autheurs du temps » ; non, 
c'est la facon de parler de tout le monde, y compris ceux qui ne savent 
nf grec ni latin, et qui n'entendent rien aux etymologies. 

Tous les Francais ne pourraient changer en un jour I'orthographe 
qu'ils ont peniblement apprise et pratiquee d6s I'enfance. 

252. 4°. Modifications k introduire dans I'orthographe. — On ne 

pent pas souhaiter de r^formes soudaines; il faut refaire avec le temps 
ce que le temps a d^fait. Esp^rons seulement que I'Academie s'engagera 
r^solument dans la voie qu'elle n'a fait que tenter jusqu'a present. 

Ainsi pourquoi a gg raver a-t-il deux g et agrandir un seul gl Pour- 
ffuoi nation, septentrion donnent-ils national, septentrional, tandis 
que tous les autres mots en ion doublent la consonne finale? 

Pourquoi met-on un x au pluriel de chou, joiijou, etc., quand on met 
un s au pluriel des autres mots en on'! 

Pourquoi arehatsme, ar change,, chaos, ont-ils conserve le ch, quand 
cairacthe, CO lere, melancolie, mecdinique, etc., I'ont perdu? 

Pourquoi ^crire phare, phaeton, ^hhiombne, etc., avec ph quand on 
lui a deja substitue la lettre francaise /"dans les mots iantdme, ir6n6sie, 
iantaisic, iaisan, etc.? 

Pourquoi ^crire fappelle, je jeiie, quand on ^rit je pb\e, fachbte'f 

Parlerons-nous des noms composes, qui sont tantdt r^unis en un seul 
mot, comme portemanteau, tant6t s^par^s par un trait d'union, comme 
porle-montre. 

Nous passons sous silence leur pluriel, casse-t6te de tous les gram- 
mairiens, et sur lequel tous les dictionnaires se donnent k I'envi des 
dementis. 

Mais voici qui est plus grave : plusieurs mots ont tan^t des derives 
qui doublent la consonne finale du radical, et tant6t des d^riv^B qui ne 
la doublent pas. 



DE L'ORTHOGRAPHfe. 119 

Ainsi abatire donne abatement, aba«oir, aba«eur, avec deux t, et 
aba < age, abatis avec un seul t. 

Bon donne bow ace et debonnaire. 

Canton donne canto nner, canto wnement, canto nnier, avec deux n et 
canto nade, cantonal avec un n. 

Char donne chariot, et charrette, charn-etier, charroi, charron, etc 

Don fait donateur, donation, et downer, do nnee. 

Courir fait cou?-eur et courrier. 

Million fait millionieme et millionnaire. 

Patron fait patronage, patron ai et patronner, patronneas'?* 

7fln fait tan in et tanner, tanneur. 

Enlin, pourquoi met-on deux n a honneur et un seul n a honorer; 
deux p ;"i tra;^/>e et un a atlraj?er; un seul / a imbeci/e et deux I a 
imbecd//ite ? etc., etc. Autant de questions que le grammairien se volt 
force de laisser sans reponse. 

De nos jours, des esprits 6clair^s ont voulu introduire de la r^gularif^ 
dans notre orthographe d'usage ; ils ont 6chou6 devant rAcad6mie, qui 
persiste a n)aintenir le statu quo, et m^me devant ropinion publique, 
qui ne parait pas coinp endre I'importance de la question. 

Les r^forraateurs ont alors tourne leurs efforts vers la syntaxe et ont 
enfin obtenu quelques concessions de TAcademie et du MinistSre de Tin- 
struction publique. Grice a la circulaire du 26 f^vrier 1901, que nous 
nous sommes empressets d'appliquer dans notre Gours de Grammaire 
francaise, nous jouirons d^sormais d'une r^elle inddpendance vis-i-vis de 
certaines regies de la syntaxe. Libre k chacun, dans les cas d^sign^s par 
la circulaire, d'appliquer ou de ne pas appliquer les minutieuses pres- 
criptions d'autrefois. 



CHAPITRE IV 

HOMONYMES — PARONYMES — SYNONYMEfS 

I. HOMONYMES 

255. Les homonymes sont des mots qui se prononcent 4e 
ia m^me maniere, bien qu'ils n'aient pas la m^me significa- 
tion, comme abaisse et abbesse, amande et amende. 

Du grec omonymos, compose de omos, semblable, et de onyma ou 
onoma, nom. 

Par suite des changements de prononciation que nous avons exposes et 
des reductions de plus en plus grandes qu'ont subies les mots francais, 
certains mots tout difT^rents h I'origine sont arrives a avoir le meme son. 
Soit par exemple les mots latins : palre[m), pere; joflre(m), egal; pana, 
choses egales, couple ; perdis, tu perds ; perdas, que tu perdes; perdit, il 
perd. D'apres diverses lois que nous avons exposees (voy. Livre I, chap, n), 
lis ont abouti de nos jours a : pere, pair, paire, perds, perds, perd, qui 
ont tous le m^me son. Ces mots sont des homonymes. 

Bien differents des synonymes, qui n'ont entre eux qu'une 
ressemblance de sens, les homonymes ne se ressemblent que 
par le son. 

II faut distinguer dans les homonymes : 

l'^ Les homographes, c'est-a-dire les mots qui s'^crivent et 
se prononcent de la meme maniere, comme biere (boisson) et 
biere (cercueilj; 

2^ Les homophones, c'est-a-dire les mots qui se prononcent 
de la meme maniere, mais qui n'ont pas lamemeorthographe, 
comme chene (arbre) et chaine (suite d'anneaux). 

Les homographes sont tantdt des mots derives de racines differentes et 
arrives par une serie de transformations a une forme identique, comme 



HOMONYM ES 121 

somme (sommeil), qui vient de somnus, et somme (total), qui vient de 
summa; tant6t des mots de meme racine, qui, par extension de sens, ont 
ete appliques a des objets diiferents, ce qui a fait croire a une difference 
d'origine, comme bas, qui est peu eleve, et bas, ce qui sert a couvrir le 
pied et la jambe; c'est le meme mot, avec I'elKpse d'un complement dans 
le second cas : nos peres disaient un bas-de-chausses, c'est-S-dire la 
partie inferieure des chausses. 

254. Voici quelques exemples d'homonymes : 

1. Abord, n. m., acces, voisinage. — Ahhorre, v. : il ab- 
horre. 

2. Aivy n. m., fluide> vent. — Aii\\\. m., physionomie, 
maniere. — Aire.n. f., surface. — Aire, n. f., nid de I'aigle. 

— £'re, n. f., epoque. — Erre, v. : il erre. — Haire, n. f , 
chemise de crin. — //ere, n. m., pauvre diable. — Erre,n. f., 
train, allure : aller grand' err^e, 

3. Amande, n. f., fruit. — Amende, n. f., peine p^cuniaire 

— Amende, v. : -il s'amende. 

4. Are, n. m., mesure agraire. — Aar, n. f., riviere de 
Suisse. — Art, n. m., talent. — Arrhes, n. f. pL, gages. — 
Hart, n. f., lien, corde. 

5. Au, aux, article. — Aulx, n. m., pluriel d'ail. — Eau^ 
n. f., fluide. — Haul, adj., eleve. — 0, oh, ho, interj. — Os, 
n. m. pi., partie dure et solide du corps des animaux. 

6. Vain, adj., qui n'a pas de consistance. — Vainc, du 
vorbe vaincre. — Vin, n. ra., jus du raisin. — Vtngt, adj. 
numeral. — Vint, du verbe venir. 

7. Van, n. m., instrument d'osier pour vanner le grain. — 
Vend, du verbe vendre. — Vent, n. m., souffle d'air. 

8. Ver, n. m., animal mou et rampant. — Fair, n rt\,, 
fourrure blanche et grise. — Vert, adj., de la coi^leur do 
rherbe. — Verre, n. m., verre h boire, verre k vitre. — 
Vers, n. m., assemblage de jnotfi mesures et cadences selon 
certaines regies. — Vers, proposition. 



12t HOMONYMES, PARONYMES, SYNONYMES. 

9. Vice, n . m. , defaut. — VicBy pr^fixe : vice-roi. — Vis, n. f. , 
qui sert ^ visser. — Visse, du verbe visser ou du verbe voir. 

iO. Voie, n. f., chemin, moyen. — Voie, n. f., ancienne 
mesure. — Voix, n. f., son qui sort de la bouche. — Vols, du 
verbe voir. 



235. Parmi ces homonymes, quelques-uns, comme vice et 
et visscy vain et vin, ayant toujours le nieme son, paraissent 
difficiles a distinguer; cependant la suite de la phrase, I'ad- 
jonction des articles et des adjectifsdiminuent cette difficulte. 
D'autres, tels que van et vent, raieei rets, sont faciles '^ recon- 
naitre devant une voyelle. 

Dans la liste pr^c^dente nous n'avons pas fait entrei' les mots comme 
tdahe et tache, for6t et foret, que quelques auteurs rangent parmi les 
homonymes, quoique ces mots ne puissent avoir le m6me son que pour 
ceux qui prononcent mal. La plupartdes grammairiens, et avec eux I'Aca- 
d^mie dans la septi^me Edition de son Dictionnaire, placent ces mots 
dans une classe a part, celle des paronyme*. 

II. PARONYMES 

256. On appelle paronymes les mots dont la prononcia- 
tion, sans etre identique, est assez voisine pour qu'on soit 
expose a les confondre, tels que goute et goutle, matin et 
matin, etc. On appelle aussi paronymes des mots qui ont une 
ressemblance de son encore plus eloignee, tels que anoblir et 
ennobliry consommer et consumer. 

Du grec pardnumos, compose de para, a c6te, et de onoma ou onyma, 
nom. 

• De la, deux classes de paronymes : les paronymes pro- 
chains et les paronymes eloignes. 

257. Voici des exemples de paronymes prochains : 

1. Bailler, donner a bail. — Bdiller, ouvrir la bouclie. 

2. Bat, du verbe battre. — Bdt, n. m., selle de I'^ne. 

3. Boite, du verbe boiter. — Bolte, n. f., petit coffre. 



PARONTMES. 133 

4. Faite, du verbe faire. — Fatte, n. m.v le sommel. 

5. Pomme, n. f., fruit du pomraier. — Paumey n. f., le 
dedans de la main. 

6. Tacher, faire une tache. — TdcheVy s'efforcer de. 

Comme on le voit par ces exemples, la difference entre deux 
paronymes consiste le plus souvent dans la nature de la pre- 
miere syllabe, qui est longue ou br6ve, ouverte ou ferm^e. 
Aussi plusieurs grammairiens les ajoutent aux homonymes, ne 
regardant comme paronymes que les paronymes eloignes •• 

258. Yoici quelques exemples de paronymes eloignes. 

1. Abstraire, faire abstraction. — Dishmre, d^tourner I'es* 
prit d'une application. 

2. Appareiller^, ordinairement mettre a la voile. — Appa- 
Her, assortir par couple. 

5. Comommery achever, d^truire par I'usage. — Consumer y 
depenser, reduire a rien. 

4. Denier y n. m., ancienne piece de monnaie. — Dernier y 
adj. qui vient aprfes tons les autres. 

5. InfecteTy repandre une mauvaise odeur. — Inf ester y 
piller, ravager. 

6. Pliery mettre en double par plis. — Ployer, courber, etc. 

Ces exempfes suffisent pour noontrer que tous les mots de notre langue 
paurraient entrer dans la liste des paronymes eloignes. Chaque nom, 
chaque verbe n'a-t-il pas un voisin qui lui ressemble, soil par le son, soil 
par le sens? Et quand il n'y a aucune analogie entre deux mots, ceinme 
entre amnistie et armutice, qui sont pourtant cites par la plupart des 
grammairiens, une prononciation vicieuse, des jeux de mots par a peu 
pres, les ont vite rapproches. On en tend dire tous les jours : « Qu'allait- 
il faire dans cette gabaref » (barque), pour bagarre (querelle). — <i Le 
litvre (pour le lierre) meurt oii il s'attache. » — « C'est un domaine 
oomiquent » (pour coMxd&rabk), etc. Ces confusions nees de I'ignorance 
ou de la fantaisie, nuisent k la puret6 de la langue et doivent etre soi- 
gn«Uiiement evit^es. 



134 IIOMONYMES, PARONYMES, SYNONYMES, 



III. SYNONYMES 

259. On appelle synonymes des mots qui ont entre eux dc 
grandes ressemblances de sens. 

Synonyme vient de deux mots grecs, syn, avec, et onyma, nom, c'est- 
a-dire mot qui sert k nommer avec d'autres, qui a la meme signification 
qu'un autre. Le frangais puisant son vocabulaire a des sources diverses 
et modifiant a son gre le sens des mots empruntes, il s'est produit dans 
ce vocabulaire un certain nombre de doubles emplois, c'est-a-dire que 
pour exprimer la mSme idee ou des idees tres voisines, le francais s'est 
trouve avoir deux ou plusieurs mots. Ces mots sont des synonymes. 
D'apres I'etymologie, il semblerait qu'on ne peut qualifier de synonymes 
que les mots qui ont absolument le meme sens ; mals il n'y a de syno- 
nymes parfaits dans aucune langue, et les rapports de signification qui 
les unissent sont souvent plus apparents que reels. 

II ne faut pas confondre les synonymes avec les homonymes. 
Les homonymes, semblables pour le son, different par le sens; 
les synonymes different par la forme, mais ont une grande 
ressemblance de sens. 

On divise ordinairement les synonymes en deux classes : 

1° Ceux qui ont des racines identiques ; 

2" Ceux qui ont des racines differentes. 

240. i^ Les synonymes qui ont des racines identiques ont 
necessairement un fond commun de signification; mais les 
prefixes et les suffixes, ou quelque autre accident gramma- 
tical, etablissent entre eux des nuances qu'il est facile de dis- 
tinguer. Ainsi abuser et mesuser sont synonymes; mais Tun 
veut dire user d'une chose avec exces, I'autre en (aire un mau- 
vais usage ; difference marquee par les prefixes ab et mes. 

Delicieux et delectable sont synonymes ; mais Tun veut dire 
plein de delices, Tautre^wt en peut causer; difference mar- 
quee par les suffixes eux et able. 

Souvent le meme nom > en passant du singulier au pluriel, 



SYNONYMES. m 

prend un sens nouveau : la dignite, les dignite's; la bonte'y les 
bontes; Vhonneur, les honneurs. 

Souvent aussi la place de Tadjectif en modifie la significa- 
tion : un homme brave, un brave homme ; un homme honnetey 
un honnete homme; un grand homme, un homme grand, etc. 

241. 2° Les synonymes qui ont des racines differentes prc- 
sentent naturellement les differences de sens les plus tran- 
chees. Haine, aversion, antipathic, repugnance, sont quatre 
termes qui renferment I'idee^d'un mouvement de Tame contre 
ce qui I'affecte desagreablement. Mais la haine est le terme le 
plus fort; c'est un sentiment qui nous porte non seulement a 
repousser celui qui en est I'objet, mais encore a lui desirer ou 
a lui faii'e du mal ; Vaversion fait qu'on evite les gens, qu on 
s'en detourne (avertere, detourner) ; Yantipathie fait qu'on ne 
les trouve pas aimables ; la repugnance empeche qu'on ne fasse 
les choses de bonne grto. 

Abattre, demolir, renverser, miner, detruire, sont syno- 
nymes; mais, en remontant a leur signification primitive, on 
voit que chacun de ces mots ajoute une idee particuliere a 
I'idce generale de faire tomber. Ainsi abattre, c'est jeter a 
bas ; demolir, c'est jeter a bas une construction ; renverser, 
c'est mettre a Venvers ou sur le c6t6; ruiner, c'est faire tom- 
ber par morceaux; detruire, c'est faire disparaitre ce qui avait 
ete agence, construit. 

On voit par ces courtes remarques qu'il n'y a pas, a vrai dire, de 
synonymes, car il n'y a jamais identit^ de signification entre les mots 
reputes tels. Meme quand il y a unite d'origine, I'usage a vite fait de 
mettre une difference dans la pratique. 



CHAPITRE V 

SIGNES ORTHOGRAPHIQUES 



242. On appelle signes orthographiques certains signes 
employes dans I'ecriture, pour marqucr : 

1® Les changements de valeur d'une meme letlre, comme o 
et d, at et ai, c et p. 

2» La suppression d'une letlre, comme dans repee pour la 

3^ La reunion de deux ou plusieurs mots en un seul, comme 
dans chef-lieu y arc-en-ciel. 

II y a cinq especes de signes vrthographiques : les accents, 
le trdma, la cddille, Tapostrophe et le trait d'union. 

(II y a encore d'autres signes orthographiques : les signes de ponctua- 
Hon. Nous les ^tudions k part dans le chapitre suivant.) 

245. Les accents sont aunorabre de trois : I'accent aigu ( ' ), 
I'aocent grave ( "" ), I'accent circonflexe ( ^ ). 

1" L' accent aigu ne se met que sur le signe e pour lui don- 
ner la valeur de e ferrae : bonte, sante. 

2<> L'accent grave se met sur le signe e pour lui donner la 
vaieur de e ouvert : procbs, succ^s. 

Oq, emploie encore par exception I'accent grave dans les 
mots d» lily oiit d^s, non pour marquer une valeur parficuli^re 



SIGNES ORTHOGRAPHIQUES. 1«7 

des lettres, mais pour emp^cher une confusion lavec a, la, ou, 
des, qui ont une autre signification. 

Get eraploi de I'accent grave sur ii et Id remonte a rimprimeur Etienne 

Dolet (1540). 

3° L'accent circonflexe se met en general sur les voyelles 
longues : cote, gite. 

Cependant dans un mot comme epitre, 1 est bref malgre 
Taccent. 

L'accent circonflexe, form6 de la reunion de raccent aigu et de l'accent 
grave (*), indique ordinairement la suppression d'une lettre. Ainsi le 
latin testa, bestia, festa, donna a I'origine le vieux francais teste, beste, 
feste; cet s fut prononce jusqu'au 13° siecle, puis il disparut, mais en 
allongeant la syllabe qui le precedait, et Ton cut alors la prononciation 
en S : tSte, bUe, f6te. P. Richelet, dans son Dictionnaire frangois, ecri- 
vait ainsi ces mots des 1680. 

Cependant, bien qu'il ne se prononcat plus, cet s persista longtemps 
encore dans I'ecriture; toutes les editions du Dictionnaire de I'Acad^mie 
francaise, jusqu'en 1740, ecrivent encore teste, teste, feste, et Bossuet, 
Racine, Boileau, etc., n'ecrivaient pas autrement. 

L'accent circonflexe indique aij^ssi la disparition dune voyelle : age 
(anciennement aage), bdiller (anc. baailler)^ cdble (anc. caable), sHr (anc. 
seu7'), etc. 

Ces accents, inconnus au vieux francais, nous viennent du grec, auquel 
ils ont ete emprunt^s par les grammairiens francais du 16" siecle. En 
grec ils servaient a marquer non une qualite particuliere de la voyelle, 
mais la place de l'accent tonique. 

244. Le tr^ma ( ** ) se place sur les voyelles, i, w, e 
lorsque, en contact imm^diat avec une autre voyelle, elles 
doivent etre prononcees separement : hair, Sawl, cigue (qui 
sans cela eut ete prononc^ cigue, comme figue, ligue). 

Le trema remonte au 16" siecle, comme les accents orthographiques. 
II a 4t^ employiS pour la premiere fois par I'imprimeur Etienne Dolet 
(1540). Ce mot vient du grec tr4ma (point, proprement trou). II n'y a dans 
le Dictionnaire de I'Acaddmie que 170 mots marques d'un trima. 

245. La c6dille ({>) se place sous le c devant a, o, w, pour 
JKii donner le son de s : fapade, lepon, re^u. 

La ciditte a ^X& emprjjntee par Geoflroy Tory, en 1520, aux impriineurs 
italiens, qui d^signaient par* xediglia un petit crodiet en fo^me fle a que 



188 SIGNES 0RTI10GRA.PHIQUES. 

Ton placait sous le c pour lui donner le son de z et I'emp^cher de prendre 
celui du k. L'italien zediglia vient de zeta (z) et signifie propremem 
« petit z D. line centaine de mots au plus ont une cidille dans le Diction- 
naire de I'Academie (1878). 

246. L'apostrophe (') marque Telision des voyelles a, e, ?, 
a la fin d'un mot et devant un autre mot qui commence par 
une voyelle ou une h muette : /'^pee, /arrive, s'il vient, /'hon- 
neur, pour la epee, je arrive^ si iU le honneur. 

Ce signe a ^t^ employ^ pour la premiere fois par I'imprimeur Geoffroy 
Tory (4529). Son nom a ete emprunt^ au grcc apostrophe (action de de- 
tourner), parce que I'elisioii de la voyelle detourne, empeche le choc de 
deux voyelles et la naissance dun hiatus discordant. 

Les mots qui prennent l'apostrophe en fran^ais sont : 

1« L'article le, la, 

2° Les pronoms je, me, te, le, la, se, ce, que. 

3» Les mots invariables de, ne, si, que, et les composes de 
que : lorsque, quoique, puisque. 

11 faut y ajouter entre dans sVw^r' aider, s'ew^r ouvrir, 
entr'acte, etc.; — jusque dans jusquh — presque dans 
l>resqui\e; — quelque dans quelquun, quelqu autre. 

247. Le trait d'union ( - ) sert a reunir plusieurs mots en 
un seul. Mais il est aujourd'hui devenu facullalif dans la plu- 
part des cas. 

Ainsi Ton ecrira avec ou sans trait d'union : 

1" Les differenles parties d'un mot compose : arc-en-ciel, 
vis-a-vis, chef-lieu, etc., ou arc en del, vis a vis^ chef lieu. 

2° Le pronom personnel et Ic mot meme : moi-meme, toi- 
memej nous-mimes, ou moi meme, toi meme, nous memes, etc. 

3<* Le verbe et son sujet quand il en est suivi : irai-je^ 
viendiez-vous? sera-ce-lui? dit-on?, etc., ou irai je? viendr^i 
Vous ? sera ce lui? dit onl etc. 



SIGNES ORTHOGRAPHIQUES. 129 

¥ Le verbe et son complement direct ou indirect, quand 
ce complement est un pronom : croyez-moij dis-le, donnez- 
en, dites-le-moiy rendez-la-lui, etc., ou croyez moiy dis /e, 
donnez en, dites le moi, rendez la lui, etc. 

Remarque. — II parait cependant difficile de le supprimer 
dans les locutions comme aime-je, puisse-je, eic, qui sont 
en realite des mots de trois syllabes avec I'accent toniqiH sur 
I'avant-derniere (aem6-je, voy. g 382). 

II serait aussi difficile de supprimer le trait d'union avec 
le s ou le t, dits eiyjhoniques, dans chantes-en, aime-t-il? 
a-t-il? car ces deux lettres faisaient autrefois partie du verbe 
(voy. §g 386,392). On ecrira done : Chantes-eriy aime-t il? 
a-t il ? etc. 

On peut egalement ^crire avec ou sans trait d'union : 

1" Le monosyllabe ci dans ci-joint, ci-inclust etc., ou 
ci jointy ciinclnSf etc. 

2« Les adjectifs num^raux comme dix'septy dix-huiU dix- 
neuf, vingt-deuxy quatre-vingtSy quaire-vingt-deuXy etc., ou 
dix septy dix huity dix neuf^ vingt deuXy quatre vingtSyquatre 
vingt deuXy etc. 

Le trait d'union sert encore a indiquer, a la fin d'une ligne, 
(jue le mot n'est pas fini et qu'il continue a la ligiie suivante. 

C'est dans le Dictionnaire de Nicot, en 1573, que ce signe apparait 
pour la premiere fois. 



(JOCRS SITPERIEB> 



CHAPITRE VI 

DE LA PONCTUATION 



248. La ponctuation sert : soit 5 distinguer, au moyen de 
differents signes, les propositions entre elles ou les parties 
d'une proposition; soit a noter la valeur particuliere dune 
proposition. 

On attribue I'invention de la ponctuation k Aristophane de Byzance, 
gramm^irien qui vivait a peu pres deux cents ans avant J.-C. Mais I'usage 
etait loin d'en etre general, et la plupart des manuscrits anciens n'en 
portent aucune trace. Le sens seul divisait le discours. 

Les signes de ponctuation sont : la virgule (,), le point- 
virgule {$), les deux-points ( : ), le point ( . ), le point (V inter- 
rogation (?), le point cC exclamation (!), les points desuspen- 
siori (•••), les parentheses (()), les guillemets (« >» ) et le 
tiret ( ^- ). 

DE LA VIRGULE (9) 

249. La virgule sert k separer les sujets, les attributs, les 
complements, les verbes, les propositions. 

Ex. : Le lion, le ligre, le cheval sont des quadmpedes. 

Le ehien est doux, caressanl, fidele. 

II aimait les hois, les prairies, les ruisseaux. 

Latieiage suait, sou f flail, eiait rendu. 

Vair sifft€, le del qronde^ el ionde au loin mugit, 

Le mot virgule est enopi-iint4 au latin vir§ula {proi^rement petfte verge), 
trait dont se servaient les Remains pour marquer les passages defec- 
tueux. Ce n'est que pkis tard que ee signe a He employe pour marquer 
les repos dans les phrases. 



DE LA J'ONCTIJATION. iSl 

La virgule sert encore a separer les mots mis en apostrophe, 
les appositions, les propositions subordonnees, les intercalees. 

Ex. : Paul, soyez plus doux envers voire mdre. 
Marie, petite fiUe laborieuse, aura beaucoup de prix 
Ces roses, qu'on cultive a Provins, sent admirables. 
La vie, disait Socrate, ne doil elre que la meditation de la 
mort. 

250. On ne met pas de virgule entre deux mots ou deux 
propositions de tres peu d'^tendue, unis par les conjonctions 
et, ni, ou. 

Ex. : Le pere et la mere sont contents. 
Marie est une petite fille laborieuse et attentive* 
Je ne vois ni nentends lorateur. 
Les geraniums sont roses ou rouges. 

On ne met pas de virgule entre la proposition principale 
et une proposition subordonnee, introduite par un pronom 
relatif, quand cette proposition subordonnee est indispen- 
sable au sens de la proposition principale (voy. g 556). 

Ex. : Tous les objets qui avaient frapp6 ma vua ne me 
paraissaient que des points lumineux. 

Remarque. — On met une virgule pour remplacer un verbe 
sous-entendu. Ex. : On a toujours raison; le destin^ toujours 
tort (c'est-a-dire : le destin a toujours tort). 

OU POIHT-ynRGULE (5) 

251. Le point-virgule sert a s6parer des propositions d'une 
certaine etendue, mais liees entre elles par le sens. 

Ex. ; Aristide avail ete juste, avant que Socrate eut dit ce que 
cetait que la justice; Leonidas etait mort pour son pays, avant 
que Socrate eut fait un devoir d' aimer la patrie; Sparte etait 
sobre, avant que Socrate eut hue la sobriete. 



152 DE LA PORCTUATION. 

DES DEUX POINTS (:) 

252. Les deux-points annoncent : \^ Une citation. Ex. i 
Pythagore disdit : « Mon ami est un autre moi-meme » . 

2" Une Enumeration. Ex. : Void les cinq parties du monde : 
VEurope, VAsie, VAfrique, VAmerique et VOceanie. 

5"* Le developpement de I'idee contenue dans la proposition 
precedente. Ex. : 

// faut, autant qu'oh pent, obliger tout le monde : 
On a souvent besoin dun plus petit que soi. 

(La Fontaine.) 

DU POINT (..) 

255. Le point se met a la fm d'une phrase. Ex. : Uoisivete 
est la mere de tous les vices. 



DU POINT O'INTERROGATION (?) 

254. Le point d'interrogation se met a la fin d'une phrase 
qui renferme une demande, une question. Ex. : 

Que vouliez'vous quHl fit centre trois? — Qu'il mourut. 

On ne met pas ce signe aprfes une interrogation indirecte. 
Ex. : Je demande quel est cet homme, 

DU POINT D'EXCLAMATION (!) 

255. Le point d'exclamation se met a la fin d'une 
phrase qui marque la surprise, la terreur, la joie, I'admi- 
ration, etc. Ex. : 

Que le Seigneur est bon ! Que son joug est aimable I 
Heureux qui des Venfance en connait la douceur ! 

(Racine.) 



DE luk P0!fCTUATI05. 155 

On met encore ce signe apr6s les interjections : he'las! 
eh bien! etc., excepte apres 6 : ma patrie! 

Tous les signes de ponctuation qui precedent etaient connus, mais peu 
employes, chez les Latins, qui les avaient empruntes aux Grecs. Les 
Grecs mettaient un point en haut () h peu pres la oii nous mettons le 
point-virgnle et les deux-points, et reservaient le point-virgule pour mar- 
quer I'interrogation (;). Les Latins employerent le point-virgule comme 
nous I'employons aujourd'hui, et, en mettant la virgule au-dessus du 
point (I), cr66rent un nouveau signe, pour marquer I'interrogation, (?). 



OES POINTS DE SUSPENSION (...) 

256. Les points de suspension indiquent une reticence, 
une interruption. Ex. : 

Je devrais sur Vautel ou ta main sacrifie, 

Te.... Mais du prix qu'on m'offre il faut me contenter. 

(Racine.) 

Dans une citation ils indiquent qu'on passe quelques mots 
inutiles. 

DES PARENTHESES (( )) 

257. Les parentheses servent a enfermer les mots qui 
forment au milieu de la phrase un sens distinct et isole. Ex. : 

La peste (puisqu'il faut I'appeler par son nom), 
Capable denrichir en un jour V Acheron j 
Faisait aux animaux la guerre. 

(La Fontaine.) 

II ne faut pas mettre de virgule apr^s la seconde paren- 
thfese, quand le mot qui precede la premiere est logiquement 
116 au reste de la phrase. Ex. : Auguste (o'est le nom que la 
flatterie donna a Octave) retablit Vordre partout, 

Ce mot vient du grec parenthesis, intercalation ; il d^signe a la fois 
les mots intercal^s et les signes (( )) qui s^parent ces mots du reste de 
la phrase. 



!34 MS LA PONCTUATION. 

On dit qu'on ouvre la parenthesey quand on se sert du 
premier signe ((), et qu'on la ferme, quand on se sert du 
second 0). 

DES GUILLEMETS (a ») 

258. Les gnillemets se mettent au commencement et a la 
fin d'une citation et souvent m^me au commencement de 
chaque ligne ou de chaque vers du texte cite. Ex. : 

Quel plaisir de penser et de dire en vous-meme : 
« Partout en ce moment on me h^nit, on m'aime^ 
(( On ne voit point k peuple d, mon nom salarmer; 
« Le ciel dans tons leurs pleurs ne m'entend point nommer! » 

(Racine.) 

Ces signes fur«nt d'abord deux virgules redoubl^es, don les premieres 
^taient retourn^es ; ils doivent leur nom k un certain Gu 'emet qui en 
fut, dit-on, I'inventeur. 

DU TIBET ( — ) 

259. Le tiret sert, dans un dialogue, k indiquer le change- 
ment d'interlocuteur^ et k remplacer les mots : dit-ily repon- 
dit'il. Ex. •. 

« Mon moulin est b, moi, 

Tout aussi bien, au moins, qua la Prusse est au roi. 

— Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde/ 

— Faut-il vousparler clair? — Oui. — Cest queje le garde. » 

(Andrieux). 

MAJUSCULES 

260. On appelle lettres majuscules ou grandes lettres 
certaines lettres plus grandes que les autres, et qui ont une 
figure differente. Les autres lettres s'appellent par opposition 
minuscules. Ainsi A, B sont des maiuscules; a, b sont des 
minuscules. 



IfAJVSOilLES. 135 

261. On met une majuscale : 

fe ; i" Au commencement d'une phrase. 

2<> Apres les points d'interrogation, d'exclamation ou de 
suspension, quand ces points terminent la phrase. 

5'' Au premier mot d'un alinea (que celui-ci commence ou 
non une phrase). 

4" Au premier mot d'un vers, d'une citation offrant un sens 
complet. 

Travaillez, prenez de la peine : 

Cest le fonds qui manque le moms. ^ (La Fontaine.) 

Gardez-vous de dire : A demain les affaires seriemes ! 

5" Au titre d'un ouvrage, d'une fable, d'une ode, etc. : le 
Misanthrope y le Menteur, les Contemplations y le Loup et 
lAgneau ; ou d'une oeuvre d'art : la Descente de Croix de 
Rubens ; le Jour et la Nuit de Michel-Ange ; etc. 

262. On met encore une majuscule au commencemcHt de 
tous les noms propres. 

Sont consideres comme noms propres : 

1® Le nom de Dieu et tous les noms qui ont le meme sens, 
tels que : le Createur, la Providence, le Seigneur, le Tout- 
Puissant, le Tres-Eauty etc. 

2« Les noms de divinites paiennes : Mars, Jupiter, Vulcain, 
les trois Graces, les trois Parques, etc. 

3,^ Les noms de personnes : Alexandre, Auguste, Pierre, etc. ; 
ou de choses personnifiees : La Verite sort de son puits; la 
Fortune est aveugle; le vaisseau le Vengeur, la constellation 
du Belier, etc. 

La git la sombre Envie, a Voeil timide et louche. (Voltaire.) 

4° Les noms de peupjies ; les Grecs, les Romains, les Fran- 
gais. 



136 DE LA PONCTUATIOt*. 

II faut remarquer que ces mSmes mots s'ecrivent par une 
minuscule, lorsqu'ils sont employes comme adjectifs; ainsi 
I'on ecrira : un ^oete grec, un orateur romain, le peuple 
frangais. 

S*' Les noms geographiques : fTitrope, Paris, Russie, Loire, 
Alpes, etc. 

265. On ne met pas de grandes lettres aux noms des 
di verses religions : catholicisme, bouddhisme, judaisme, etc. ; 
des diverses ecoles philosophiques : stoiciens, peripateticiens, 
pythagoriciensj etc. ; — aux noms des divinites paiennes des 
eaux et des bois : 4ryades, naiades, faunes, satyres, etc.; 
— aux noms des mois et des jours : Janvier ^ fevrier, dimanchsj 
lundiy mardi, etc. 



LIVRE II 

MORPHOLOGIE OU ETUDE DBS FORMES 



264. II y a neuf espSces de mots dans la langue fran^aise : 
le nom, I'article, I'adjectif, le pronom, le verbe, I'adverbe, 
la pr6position, la conjonction, rinterjection. 

Ges neuf especes de mots differents s'appellent les parties 
du discours. c'est-a-dire les parties de la langue frangaise. 

Sauf I'article que les Remains ne connaissaient pas (et que nous avons 
tire de leur pronom demonstratif), le francais a regu du latin toutes les 
autres parties du discours. 

Le worn, Varticley Vadjectif, le pronom et le verbe sont des 
mots variables, c'est-a-dire des mots dont la terminaison 
pent changer. 

h'adverhe, la preposition , la conjonction et V interjection 
sont des mots invariables, c'est-Mire des mots dont la termi- 
naison ne pent pas changer. 

Fonctions des mots dans la proposition. — Le nom peut Stre 
sujet, attribut, mis en apostrophe, mis en apposition, complement du 
nom, complement d'objet direct, complement d'objet indirect, complement 
de circonstance. 

II en 'est de meme pour le pronom qui remplace le nom, et pour I'ad- 
jectif, le verbe a I'infinitif, \e participe, etc., quand ils sont emploves 
comme noms. 

L'article se rattache toujours au nom. 

L'adjectif qualificatif peut etre epithhtt. ou attribut. Employ^ comme 
idverbe, il forme -un complement de circonstance. 

Le pronom a les memes fonctions que le flom et de plus il est par- 
/ois employe d'une maniere expletive, c'esl-a-dire surabondante. 

Le verbe rattache au sujet I'attribut et le complement. 

L'adverbe est le plus souvent complement de circonstance. 

La proposition et la conjonction servent de trait d'unipn entre les 
mots ou les propositions. 

L'interjection est un mot isole, une exclamation 



ev^ 



CHAPITRE i 

DU NOM 

265. Le nom est un mot qui sert 'k designer, a nommer 
les personnes, les aniraaux ou les choses. Ei. . Paul, homme, 
chevaly papier. 

Le nom s'appelait chez les grammairiens latins nom substantif (nomen 
substantivum), c'est-a-dire nom qui designe la naturev la matiere, la 
substance d'un objet (par exemple, bois, pierre, etc.), par opposition au 
nom adjectif (nomen adjectivum, nom qui s'ajoute a...), mot qui ajoute 
en effet au nom substantif I'idee d 'une qualite (blanc, noir, etc.). 

En passant en francais les cinq d^tlinaisons latines des noms se r^dui- 
sirent k trois, et les six cas, qui marqiiaient des nuances trop d^licates 
de la pensee pour le langage populaire, se reduisirent a deux dans le 
latin merovingien : le nominatif pour indiquer le siijet ; I'accusatif pour 
indiquer Yobjet. Le francais eut done d'abord trois detclinaisons k deux 



Nominatif 
Accusatif : 



ro«a-rose, 
ro«fl(ra)-rose, 



SINGUUER 

murus-murs, 
w»uru(m)-mur, 



pastor-Tpktre, 
/)a«<or«(m)-pa8teur. 



Nominatif 
Accusatif : 



ro««-rose, 
roscw-roses, 



PLURIEL 

mMri-mur, 
mMro«-murs, 



j9a«<ore«-pa8teur8 , 
pastores'Tpasiexirs. 



Nos p^res pmivaient dire au sujet : la rose est belle, le murs est haut, 
le pastre est venu ; et au regime : j'ai vu la rose, le mur, le pasleur. 

On voit immediatement la consequence de cette distinction des cas; 
du moment que c'est la forme du mot, comme en latin, et non plus sa 
position, comme en francais modeme, qui donne le sens de la phrase, 
les inversions sont possibles. Aussi sont-elles fr^quentes dans I'ancien 
francais : on disait indifferemment li rots conduit le eheval ou le cheval 



DU NOW. 139 

conduit ti ro%9 {ccAaNtim ilium conductt ille rex). Grace & Vs final qui 
est la marqac du sujct rots [rex], il n'y avait point d'ambiguite possible. 

Cette regie, qu'on a appel^e la rAgle de I's, se trouve appliquee dans / 
toute la litt^ature du moyen age jusqu'au ,14» siecle. (Joinville.) \ 

Mais ces trois declinaisons formaient un syst6me encore trop complique 
pour les esprits du 13" siecle; elles furent bientot r6duites a un type ^ 
unique : la deuxieme d^clinaison. 

Or la caracteristique de cette declinaison ^tait un s au cas sujet du 
singulier : murus (murs) ; il en resulta que cet s devint au singulier le 
signe distinctif du sujet, meme pour des mots qui n'avaient jamais eu 
d's en latin, et que Ton dit li pastres, comme on disait li murs. 

Rejetee par le peuple des le 13" si6cle, constamment violee a la meme 
^poque par les lettres, la declinaison^-fran^aise acheve de se decomposer 
au W siecle. Elle disparait, et la distinction d'un cas sujet et d'un cas 
complement est abandonnee. On se borne desormais a n'employer qu'un 
seul cas pour chaque nombre. Mais lequel des deux subsista? Ce fut lecas 
complement ; il 6tait ordinairement plus allong^ et plus consistant que le cas 
sujet et revenait plus frequemment dans le discours. Des lors le cas 
sujet disparut : la forme moderne 6tait cre^e. 

Ainsi le nominatif falco avait donn^ en vieux francais fauc, et I'accu- 
satif falconem avait donn(5 faucon. Ce fut cette derniere forme qui sub- 
sista seule. 

On pent encore relever en francais quelques traces de cette ancienne 
declinaison k deux cas, par exemple : on (homo), homme (homine(m), 
maire (major), majeur {maiore{m) ; pdtre (pastor), pasteur (pastore(m); 
chantre (cantor), chanteur (cantore(m) ; sire (seior), sieur (seiore(m), 
sendre (v. fr.) (senior), seigneur (seniore(m) ; moindre (minor), mineur 
(minore(m). Nos pronoms personnels repr^sentent une declinaison 
presque complete (voyez § 336). 

Quelques mots nous sont parvenus avec la forme du cas sujet : fils 
(filius), peintre (pictor), traitre (traditor), soeur (sorer), ancStre (ante- 
cessor), etc. 

266. II y a deux sortes de noms : le nom commun et le 
nom propre. 

Le nom commun est celui qui convient, qui est commun a 
toutes les personnes, a tous les animaux ou a toutes les choses 
de la meme espece, comme soldat, chien, maison. 

267. Le nom propre est celui qui ne convient, qui n'est 
propre qu'a une personne, a un animal ou a une chose prise 
en particulier, comme Pierre^ MedoVy PariSy le Rhone, 



140 DU NOM. 

Ainsi Pierre peut 6tre le nom de plusieurs hommes, ftials il ne con- 
vient pas a tous les individus de I'espece humaine ; plusieurs villes, 
plusieurs fleuves peuvent se nommer Paris, se nommer Rhdne, inais les 
noms de Rhdne et de Paris ne peuvent pas convenir k tous les fleuves, a 
toutes les villes ; Pierre, Paris, Bhdne sont done des noms propres. En 
resume, le nom propre s'applique aux individus et jamais a I'espece, 
tandis que le nom commun s'applique a I'espfece et jamais aux individus. 
Dans le fermier Louis, par exemple, fermier est un nom commun parce 
qu'il s'applique a toutes les personnes dans la meme situation, et Louis 
un nom propre, parce qu'il designs un fermier pri« en particulier. 



Les noms propres sont ou des noms de personnes, de 
families ou de peuples, comrae Jean, Bourbon, Frangais; ou 
des appellations geographiques, comme Bordeaux, la Loire, 
les Alpes. — lis commencent toujours par une grande lettre. 



Les noms servent a designer tous les etres. Parmi ces 
etres, les uns sont des etres ou des objets qui tombent sous nos 
sens, c'est-a-dire que nous pouvons voir ou toucher; les noms 
quilesdesignentsontdesnomsconcrets ; par exemple : /lomme, 
Paul, fleuve ; les autres sont des idees ou des sentiments et ne 
peuvent etre ni vus ni touches ; les noms qui les designent sont 
des noms abstraits; par exemple : paresse, courage, lenteur. 

269. On appelle noms collectifs ceux qui exprimenT^ un 
assemblage, une collection de personnes, d'animaux ou de 
choses, comme foule, troupe, multitude. 

Un collectif peut etre g6n6ral ou partitif : 

1» General quand il designe la totalite ou une partie deter- 
minee des personnes ou des choses dont on parle ; il est alors 
le plus souvent precede de le, la, ce, cette, mon, ton, son, etc. 
Ex. : La mnltitnde des soldats se porta en avant. 

2** Partitif quand il ne designe qu'une partie, qu'un nombrr 
indetermine des personnes ou des choses dont on parle ; il esl 
alors le plus souvent precede de : un, une, de, des, etc. Ex. • 
Une multitude de soldats se porterent en avant. 

Dans le premier cas, la multitude des soldats signifie la tota- 
lity des soldats; dans le second cas, une multitud'e de soldatt 



DU NOM. 1*1 

signifie simplement un nombre considerable pris dans la tota- 
lite des soldats. 

270. On appelle noms composes des noms formes de plu- 
sieurs mots unis par un trait d'union, mais qui ne designent 
qu'une seule et meme personne ou une seule et meme chose, 
comme sous-pre'fet, chef-d'ceuvre, Chateau-Thierry. 

271. Enfm quelques grammairiens appellent avec raison 
noms indefinis des mots que Ton place d'ordjnaire parmi les 
pronoms indefinis et qui ne designent que des etres vagues, 
indetermines. Tels seraient toujours : ow, rien; et accidentel- 
iement : personne, chose, etc. 

272. II est essentiel de distinguer dans les noms deux qualites: savoir, 
I'etendue et la comprehension. — Le mot Hcndue vient du verbe 
elendre et a le sens general de grandeur, d'espace, de developpemenl. 
Le mot comprehension (du latin cotnprehendere, saisir) indique la faculte 
de comprendre, de concevoir. En grammaire. ces deux mots out un sens 
plus restreint et servent a designer dans les noms I'etendue de la signi- 
fication et la comprehension de I'id^e, 

Par Vitendue de la signification des noms communs ou des noms 
pi'opres, on entend I'ensemble des Stres auxquels ces noms peuvent con- 
venir : le mot animal, par exemple, a plus d'etendue que le mot homme, 
puisque le premier pent s'appliquer a tons les etres animes et que le 
second ne designe qu'un genre du regno animal. Le mot homme, a son 
tour, a plus d'etendue que le nom de Franqais, qui designe des hommes 
d'une nationalite particuli6re, et celui-ci en a plus que celui de Pierre 
et de Paul, qui sont des individus determines. 

Par la comprehension de I'idee on entend la totalite des idees qu'un 
nom generique renferme : a A in si le mot animal a une comprehension plus 
grande que le mot Stre, car on appelle Stre tout ce qui existe ; or un animal est 
un etre puisqu'il existe, et de plus il a un corps capable de se mouvoir 
ct de sentir. Le nom homme, a son tour, a pHus de comprehension que 
celui d'ammal, puisque I'homme possede toutes les qualites qui font 
I'animal, et, de plus, celles qui n'appartiennent qu'^ lui, comme une 
certaine forme exterieure, le langage, la raison, etc. Le nom Frangais 
a plus de comprehension que le mot homme, puisque aux idees que ce 
jnoteveille deja en nous, il jomt celle d'etre n6 ou naturalise en France; 
et Pierje ouPaw/ontla plus grande comprehension possible, puisque aux 
idees gen^riques d'Stre, d'ammal, d'homme et de Francais ils joignent 
encore celles qui les caracterisent individuellement. 

Ainsi I'etendue et la comprehension dans les noms marchent en sens 
inverse : les noms les plus gcin^raux ont I'etendue la plus grande et 



m t)tl KOM. 

la plus petite comprehension; les noio« propres d'individus ont I'etendue 
la plus petite possible, mais en m^me temps la plus grande comprehen- 
sion. » (B. JuUien, Cows sup^rieur de grammaire.) Nous verrons plus 
loin, au chapitre de I'article, de I'adjectif, etc., I'utilite de cette distinc- 
tion. 

275. Dans les noms il faut considerer le genre et le 
nombre. 

SECTION I 

DtJ GENRE DANS LES NOMS 

274. Le genre est la difference, la distinction que Ton fait 
entre les etres males ou femelles. 

II y a en fran^ais deux genres : le mascnlin et le f^minin. 

275. Regle generale. — Les noms d'hommes et d'animaux 
m^les sont du genre masculin, comme LouiSj le pere, le lion. 
Les noms de femmes et d'animaux femelles sont dq, genre 
feminin, comme Louise y la mere, la lionne. 

On a donne, par analogic, le genre masculin ou feminin a 
des noms de choses qui ne sont ni males ni femelles : ainsi le 
chateau^ le pays, le hois sont du genre masculin, tandis que 
la lunCj la cour, la grille sont du genre feminin. 

Pour les etres animes, le genre est facile k reconnaitre; mais 
I'usage ou le dictionnaire peuvent seuls nous apprendre le genre 
des noms de choses. La terminaison meme des noms n'est pas 
un guide s6r h cet egard : orange, berge, douleur sont du 
feminin; lange, cierge, labeur sont du masculin. On pent 
noter cependant que la plupart des noms termines en ance, 
ense, esse, eur, ion, le sont du feminin, tandis que ceux en 
age, aire, ige, ien, isle sont presque tons du masculin, 

Quelques noms nierae ont change de genre avec le temps-: affaire, 
mise, comhte, dent, enigme, ^pithdte, erreiir, ^ude, idole, insulte, offre, 
rencontre ont ete autrefois employes au masculin; abinie, ruqu^, age, 
diocese, doute, ducfi^, empldtre, ^change, ^vangile, mensonge, opuscule, 
ouwa§e, orage, poison, rcproche, sphinx, sort ont ete employes au 'feminin. 

Fouj-mt etait un nom magculin doiit le feminin etait/btovme (en latin foi- 
mic am), nous avoiis conserve la forme masculine, mais avec le genre 
feminm, une fouiHii. Epilaphe a loHftemps flotte entre les deux genres, 



DU GENRE DANS LES NOMS. 



145 



ainsi qne couple, autotnne, aigle, etc. Comti, autrefois du feminin, comme 
dans Franc he-Comte, estdevenu du masculin : le comte d!Avignon. Le poi- 
son a remplace la poison [\a\m potionem); et par contre navire a ete fait 
masculin, tandis que nef est reste feminin. Enfin quelques noms peuveni 
etre du masculin ou du feminin suivant I'id^e qu'on y attache ; d'autres 
sont encore des deux genres dans tons les sens (voyez Syntaxe, § 579). 

276. Les noms de contr^es sont ordinairement du mascu- 
lin quandils ne sont pas termin(^s par un e muet : /e Portugal, 
le Danemark, le Br^sil, etc. ; — .et du feminin quand ils sont 
termines par un e muet : la France, la Prusse, la Russie, etc. 

II faut exceptor le Mexique qui est du masculin. 

Les noms de villes, de fleuves, de montagnes sont les uns 
du mascuUn, les autres du feminin. 

1« Villes : Bordeaux, Lyon, Paris, Trouville sont du mascu- 
lin; — Rome, Venise^ LaRochelle, Jerusalem son iduUminm. 

2° Fleuves : Le Rhin, le Rhone, le Tibre sont du masculin : 
— la Seine, la Loire, la Plata sont du feminin. 

5** Montagnes : Les Apennins, les Balkans, le Caucase sonl 
du masculin ; — les Alpes, les Pyrenees, les Cevennes sont du 
feminin. 

277. II est impossible de donner une regie precise pour 
reconmaitre le genre des noms de choses. Voici cependant 
quelques mots sur le genre desquels on se Irompe souvent; 
nous renvoyons pour les autres au dictionnaire : 





GENRE 


MASCULIN 




aMtre, 


balustre. 


hemisphere, 


ongle, 


alveole, 


centime, 


' hemistiche. 


orifice, 


ambre, 


eclair, 


hymenee, 


organe. 


antipode, 


epiderme. 


incendie. 


parafe, 


antre, 


epilogue, 


indice. 


petale, 


armistice, 


episode, 


intervalle, 


platine, 


asterisque, 


esclandre, 


isthme. 


pleur. 


auspice, 


exemple, 


obelisque. 


ulcere, 


autel, 


exorde, 


obus. 


ustensile. 


automne, 


girofle. 


omnibus, 


vestige. 




GENRE 


FEMININ 




alarme, 


armoire, 


atmosphere, 


ebene, 


amnistie, 


arrhe6, 


avant-sc6ne. 


ecritoire, 


argile, 


artere, 


dmde, 


epigramme 



DU ? 


<0M. 




idole, 

image, 

immondice, 


oasis, 

omoplate, 

once. 


paroi, 

patere, 

reglisse, 


malachite, 
nacre, 


orbite, 
oriflamme. 


sandaraque, 
sentinelle. 



^pigraphe, 
epitaphe, 
equivoque, 
• extase, 
horloge, 

« Des trois genres que possedail la langue latine (le masculin, le fdminin 
\o\ le netitre), le francais n'adopta que le masculin et le feminin pour les 
\noms. I^ous verrons plus loin quels sont les debris du genre neutre qui 
subsistent encore dans notre langue (voy. § 337). Bisons en quelques 
mots comment le neutre latin disparut pour les noms en f'^^nc^i-:, et 
d'ou viennent nos masculins et nos feminins. 

1° Les noms latins masculins sont ordinairement restds mascuhm 
I en frangais ; ainsi mundus, murns>, filivLH ont donne le monde, le mur, 
le lils. II n'y a qu'une seule exception generale : ce sont les noms 
abstraits en or, qui sont presque tous du masculin en latin * (dolor, vapor, 
color, terror) et qui sont tous devenus "du feminin en francais {la dou- 
leur, la vapeur, la couleur, la terreur) ; il n'y a en dehors de cette regie 
que honneur (honor), amour (amor), labeur (labor), qui sont du masculin*. 
Encore honneur etait-il du feminin au raoyen age, de meuie que amour 
(comme le montrent les locutions de belles amours, delernelles amours, 
die.]. Ces noms francais feminins venant de noms masculins en latin 
chagrinerent les latinistcs du seizieme siecle, qui auraient bien voulu 
poUvoir restituer a nos mots franijais le genre du latin; c'est ainsi que 
de labor ils tirerent le labeur, et qu'ils essayerent d'imposer a amour le 
masculin ; cette tentative echoua, mais c'est depuis lors qu'amowr subit 
cette regie bizarre qui lui donne le genre masculin au singulier, et le 
genre feminin au plm-iel. 

2° Les i^oms latins feminins sont egalement restds fiminins en 
francais [rosa, la rose; luna, la lune; filia, la fiUe). II n'y a qu'une seule 
exception generale : ce sont les noms d'arbres, comme pinus, fraxinus, 
cupressus, etc., qui, feminins en latin, sont devenus masculins en francais, 
le pin, le fr^ne, le cypres. 

3." Les noms neutres latins se sont fondus, en frangais, tant6t dans les 
masculins, tantot dans les feminins. — Le peuple romain perdit fort tot 
le sentiment des raisons qui a I'origine avaient doime a tel objet plutot 
le neutre que le masculin, et il commenga de bonne heure a supprimer le 
neutre, en le transformant en masculin. Cette faute, que les grammairiens 
romains signalent comme usuelle sous rEmpire, se rencontre frequem- 
inent dans les inscriptions, ou les graveurs ignorants jnettent templus, 
membrus, brachi us, pour templnm, membr um, brachium. De la les 

1. II y avail en latin sept noms en or qui n'^taient pas du masculin: 1* femi- 
nins : arbor, soror, uxor. — 2" neutres : ador, sequor, cor, marmor. 

2. Les noms concrets ont naturellement conserve e» franfais le genre qu'ils 
avaient en latin : sororem, la soeur ; oratorem, I'orateur j piscatorem, le pi- 
cheur^ etc. 



©U GENRE DANS LES NOMS. i» 

masculins francais, le merfibre, le bras, etc. — Plus tard, a la chute 
de I'Empire, eut lieu, par la force d'analogie^ toujours croissante, una 
erreur plus gi'ossiere encore. On prit le pluriel neutre en a {folia, cor- 
nua, pira, pom a) pour un nominatif singulier de noms feminins de la 
premiere declinaison (comme rosa). Ces mots, ainsi traites comme rosa, 
apparaissent alors dans certains textes du latin m^rovingien avec des 
formes monstrueuses, telles que des accusatifs pluriels en as [pecoras, 
foli as, etc.). De la viennent nos noms feminins, la feuille, la 
poire, la pomme, la corne, tires des neutres folium, pirum, pomum, 
co7'nn. De la aussi, le mot orgue (du neutre latin organum), qui etait 
fominin dans le vieux francais [une belle m-gue, de grandes orgues). Au 
seizieme siecle, les latinistes lui enlevent le genre feminin et disent, 
pour rapprocher le mot du latin, un bel orgue, de beaux orgues. Une 
lutte s'^tablit alors entre I'ancien usage du peuple, qui faisait orgue du 
feminin, et I'usage nouveau des savants, qui donnaient a orgue le genre 
masculin, lutte a laquelle les grammairiens mirent un terme en decr6- 
tant que orgue serait du masculin au singulier et du f&ninin au pluriel, 
comme on le verra a la syntaxe. 

i 

FORMATION DU FEMININ DANS LES NOMS 

278. Le francais forme de trois manieres le feminin def' 
noms d'hommes et d'animaux : 

1" II modifiela terminaison du masculin : lion, lionne; 

2° II se sert d'un mot special pour distinguer la femelle du 
male : cheval, jument; 

3" II ajoute au nom un qualificatif qui en determine le 
genre : Vaigle mAle, Vaigle femelle. 

279. Regle generale. — On forme ordinairement le feminin 
en ajoutant un e muet au masculin : marquis fait marquise; 
ours, ourse\ epoux, e'pouse. 

ho latin formait son feminin en a : du radical lup de lupus (loup) i\ 
tirait lupa (louve). Get a est devenu e en fran9ais, comme dans parte dc 
porta, rose de rosa, etc. 

Les noms en er et en ier prennent en outre un accent grave 
sur I'e penultieme : berger, berg ere ; jardinier, jardiniere. 

La plupart des noms terraines par n ou t redoublent cet n g.\ 
ce t au feminin.: ba^on, baronne; pay san, pafmnne; chat, 
ckaiie; linotJinoWe. 

CO0M 5«PiNUIl»l. 10 



ii6 DU NOM. 

Les noms en ain, in et quelques noms en an font exception 
a cette regie : Romain fait Romain^, orphelin, orpheline; fax- 
sarif faisane; Persan, Persaney etc., sans redoubler Vn. 

280. Une vingtaine de noms forment leur feminin en 
ajoutant esse au masculin : negrCy negr esse; hdtCy hdtesse; 
abbe, abb esse. 

281. Les noms termines en enr forment leur feminin en 
ense, comme chanteuvy chanteuse; buveur, buvewse; ■ — ou 
en ice, comme mediateur, mediatrice; ambassadeuvy ambas- 
sadr ice; — ou en esse, comme : chasseur y chasser esse; pe- 
cheuvy pecker esse. 

Cette finale esse ne s'ajoute qu'a huit ou neuf mots en eur : 
bailleur, chasseury defendeuTy demandeury enchanteury pe'- 
cheury vendeury auxquels il faut ajouter deviUy dont une 
forme peu usit^e, devineury a donne devineresse. 

La syllabe eiir cessant d'etre accentuee (voyez § 125), s'affaiblit en e, et 
la Toix se reporte avec force sur la finale esse, qui devient la syllabe 
accentuee du mot. 

Quelques-uns de ces noms ont egalement un feminin en 
euse : vendeury vendeuse; chasseury chasseuse, etc. 

Cantatrice, imp6ratrice, qui servent aussi de feminins a chanteur, em- 
pereur, sont la reproduction des mots latins cantatricem, imperatricem, 
feminins de cantatorem, imperatorem. Pour les suffixes esse, eur et euse, 
Yoyez § 130. page 00. 

Quant k euse servant de forme feminine a eur (vol cur, yoXeuse; trom- 
pcwr, trompcu«c), elle est le resultat d'une confusion avec la forme eux, 
vise (heurcux, heureu#c). Nous avons vu§188que r final dans la pronon- 
ciahon populaire des noms en eur ne se faisait pas entendre au quin- 
zieme ni au seizi6me si6cle. On disait done volcua;, tromp^war, comme 
heurcux, g6n6reux: de \k le feminin en eu^e. 

282. Leg noms tels que auteury ecrivairiy peintrey profes- 
ieuTy etc., qui d6signent des professions le plus souvent exer- 
©^1 par des hommes, manquent d'une forme distincte pour 
1* ^^lio. Or dit ume femme cmtewTy imr femme pedntre, etc- 



in 



WB CENRE HANS LE5 NOITS. 

285. Enfm les noms suivants offrent cette particularite d'Mre 
plus courts au feminin qu'au masculin : 



MASCULIN 


FEMININ 


MASCULIN^ 


FEMININ 


canard, 
chiffon, 
dindon, 


cane, 

chiffe, 

dinde, 


manteau, 

muletj 

taureau, 


mante, 

mule, 

taure. 



Cette apparente irregularite s'explique par I'histoire de la langue. lous 
les feminins cites avaient, dans le vieux francais, des masculins aujour- 
d'liui perdus. Ainsi on disait au onzieme siecle un mul (du latin mulu{m), 
mulet) et une mule.idu latin mulaim\, mu\e\, et le diminutif mulet [deriv^ 
de mul, coiuine sachet de sac) signiliait seulement un petit mul. Plus 
rard, mid (qui signifiait I'animal que nous appelons maintenant mulet) dis- 
[wrut, et le francais fut oblige, pour retrouver a mule un masculin, de 
prendre le diminutif mulet en lui donnant toute 1 energie qu'il possede 
aujourd'hui et qu'il n'avait point a I'origine de la langue. 

284. Le francais emploie aussi parfois des mots comglete- 
ment differents pour aesi^uei les ueux sexes. 



MASCULIN 


FEMININ 


MASCULIN 


FEMININ 


homme. 


femine. 


cheval, 


jument. 


pere. 


mere. 


coq. 


poule. 


frere, 


soeur. 


taureau, 


vache. 


oncle, 


tante. 


. holier. 


brebis. 


gendre, 


bru. 


bouc. 


cbevre. 


parrain. 


marraine. 


cerf, 


biche. 


sanglier, 


laie. 


jars. 


Die. 


lievre, 


base. 


veau, 


genisse, etc 



285. La plupart des animaux n'ont qu'un seul nom, masculin 
ou feminin, pour designer le male et la femelle. Ainsi Ton 
dit : le rossignol, la grive, le geai, le renne, la girafe, etc. 
— Pour preciser le genre on est oblige d'ajouter le mot male 
ou femelle et de dire : le rossignol male, le rossignol femelle; 
la girafe mdle, la girafe femelle, etc. (Voy. g 579.) 



'/ 



US DU nOM. 



SECTION II 

DU NOMBRE DANS LES N0M8 

286. Le nombre est la difference, la distinction que Ton fait 
entre une chose seule et plusieurs choses reunies. 

II y a en fran^ais deux nombres : le singnlier, qui designe 
une seule personne, un seul animal ou une seule chose, comme 
la ferhme, le livre; — le pluriel, qui designe plusieurs 
personnes, plusieurs animaux ou plusieurs choses, comme les 
femmeSj les livres. 

Quelques noBkt qui n'aTaient point de singulier en latin, tels que 
nuptiae, arma, ont pris en francais les deux nombres : la noce, iai^me; 
les nocesy les armes. Quelques autres, qui possedaient en latin les deux 
nombres, n'ont garde, au contraire, en francais que le pluriel : moeurs, 
de mores; ancHres, de antecessores (cependant Chateaubriand dit encore : 
un ancHre). 

t 287. Regle generale. — Pour former le pluriel des noms, 
on ajoute s au singulier. Ex. : i'homme^ les hommes; le livre^ 
les livres. 

L'adoption du cas complement comme type du nom latin eut une con- 
sequence curieuse pour la formation des nombres. Dans le paradigme : 

SINGULIER PLURIEL 

murus-murs, mnri-mur, 

mwrw (rn)-mur, mwros-murs, 

It cas complement ^tait pour le singulier mur, pour le pluriel murs. Au 
quatorzieme siecle, la nouvelle declinaison prenant le cas complement 
pour type, il en resulle que la du cas complement murs (muros) deve- 
nait pour la langue francaise la marque du pluriel et que I'absence d's 
au cas complement mur (murum) etait d^claree la marque du singulier. 
Si Ton avait au contraire adopts comme typele cas sujet,et abandonn^ 
le cas complement, on aurait eu murs (murus) au singulier, au pluriel 
mur (muri), et Vs, qui est aujourd'hui la marque du pluriel, fut devenu 
des lors la marque du singulier. 

Quand les noms sont terminus au smgulier par s ou par ses 



DU NOMBRE DANS LES NOMS. U9 

equivalents x, 2, ils ne changent pas au pluriel. Ex. : le fils, 
les fils; la voix, les voix; le nez, les nez. 

288. Exception. — Les noms termines au singulier par au 
oupar eu prennentxau pluriel. Ex. : un bateau, des ba^aux; 
un feu, des feux. 

Les sept noms suivants termines en ou : bijou, caillou, chou, 
genou, hibou, joujou, pou, prennent aussi un x au pluriel ; 
des bijoux, des cailloux, etc. 

Les autres noras en ou preruient un s au pluriel : un clou, 
des cl is; un verrou, des verrous. 

289. La plupart des noms termines en al font leur pluriel 
en aux : le cheval, les chevSiVLX, le mal, les maux. 

Bal, carnaval, chacal, pal, regal et quelques autres font au 
pluriel : bals, carnavals, etc. 

Cette singularite a son origine dans une habitude graphique du 
moyen age. Les mots terminus par u prenaient regulierement s comme 
signe du pluriel. Mais on remplacait souvent dans I'ecriture le groupe iis 
par le signe abreviatif x. Le pluriel de cheval fut done chevals, puis par 
vocalisation de Z en m chevaus ou chevax. Mais on cessa de comprendre 
ce que signiliait ce a;; on le considera comme un simple equivalent de s 
et Ton ecrivit chevaux, ou en realite / de cheval est represente deux fois : 
par u et par x. De meme pour les noms en eu et en ou. Le 46* siecle 
introduisit un / par souci etymologique, au pluriel des mots en al, pour 
les rapprocher du primitif latin. On eut alors chevaulx, ou / est trois Ibis 
represent^. 

290. La plupart des noms termines en ail forment gene- 
ralement leur pluriel avec un s : un gouvernail, des gouver- 
nails; un portail, des portails. Mais les sept noms sui- 
vants : baily corail, email, soupirail, travail, vantail, vitrail,. 
font au pluriel : baux, coraux, emaux, soupiraux, travaux, 
vantaux, vitraux, 

B6tail, qui esl une ancienne forme de bestial, a pour plu- 
riel bestiaux. 

Le pluriel en aux des mots en ail s'explique comme celui des mots 
en al. En eftet devant une consonne I cessait d'etre raouillee : ails = als, 
puis aus, ax, aux- Cast ainsi que genou, pou font au pluriel genoui, 



15C DU NGM. 

poux.L'iincien francais disait aii singulier genouil, pouil (du latin genu- 
culu (m), peduculu (m); de 1^ les derives agenouiller, pouilleux. Les 
deux mots genouil et pouil sont devenus au pluriel genouls, pouU, puis 
genoux, poux. 

Telle est I'orlgine de x au pluriel des noms en /" et dfe quelques noms 
en eu et en ou. Mais bien des mots en / ne font pas le pluriel en x et 
d 'autre part plusieurs mots en eu comme jeu (latin jocu{m) n'ont jamais 
eu de / et ont cependant x au pluriel. II y a done la une erreur evidente 
que Ton devrait supprimer en retablissant le pluriel en s dans tons les 
mots en au, en eu et en ou. 

291. Ateul, ciely oeil font au pluriel aieux, cieux, yeux a 
cote de ateuls, dels, ceils. — Ail fait ails ou aulx. 

Remarque. — Le feminin aieule suit la regie generale. 

del est successivement devenu au pluriel dels, cieus, cieux, par un 
double changement que nous avons etudie au § 289- Pour la difference 
entre dels et cieux, ceils et yeux, voyez la Syntaxe (§ 597 et 598).- 



SEGTION III 

ORIGINE DES NOMS 
I. NOMS COMMUNS 

a II n'est point d'objets simples dans la nature, dit M. A. Darmesteter 
dans son remarquable Traiti de la formation des noms composis. Chaque 
chose se presente a nous avec un ensemble de qualites diverses dont 
I'une, plus saillante, est choisie pour d^nommer la chose. Celle-ci est 
ainsi designee par I'une de ses parties dont le nom eveille dans la 
pensee non pas seulement I'image de cette partie, mais I'image totale de 
I'objet. De nos jours, fleuve, neige font revivre a nos yeux, dans toute 
leur etendue, les images sensibles des objets designes par ces noms. 
Primitivement fleuve etait ce qui coule [fluere] ; neige, la chose humide. 
Le mot a done d'abord design^ une qualite que I'esprit jugeait alors 
fondamentale, pour finir, le sens etymologique se perdant, par represen- 
ter I'objet dans sa totalite. Exprimant une qualite, c'est un adjectif : 
designant ensuite un ensemble de qualites, une substance, il est devenu 
nom. » 

292 . Ainsi les noms communs concrets ont commence par etre 
des adjectifs, etl'on pent citer plusieurs mots, qui sont des noms 
en frangais moderne, tels que domestique, sang Her, houcheVf 
grenade, lange, linqey coursier, etc., qui dtaient encore adjectifs 



fiTYMOLOGlE. iM 

dans Tancienne langue, conformement a leur origine latine. 
On disait en vieux frangais : 

Un serviteur domestique, c'est-a-dire im homme attache au 
service de la maison (domus) ; 

Un pore sanglier {porcus singularis)^ c'est-a-dire un pore 
sauvagcy qui vit solitairement ; 

Un ecu bouelier {clypeus buccularius) ^ ce qui veut dire lit- 
toralement un ecu hombe ; 

Une pomme grenade {pomum granatum), c'est-a-dire une 
pomme remplie de pe'pins (grana) ; 

Un vetement lange ou linge (vestimentum laneum, lineum)^ 
c'est-a-dire un habit de laine ou de lin ; 

Un cheval coursieVy c'est-a-dire un cheval reserve a la 
course, etc. 

Dans ces diverses expressions, I'epithete a fini par devenir 
le nom meme de I'objet. G'est alors qu'on a dit : un domestique, 
un sanglier y un lange, un linge, un coursier, etc., cornme nous 
disons aujourd'hui un mort, au lieu d'un homme mort; un 
mortely au lieu d'un etre mortel; un pauvre, un richct un 
grand, un petit, etc. 

II. NOMS PROPRES 

295. Les noms propres sont, comme nous I'avons vu plus 
haut, ou des noms d'hommes ou des appellations geogra- 
phiques. 

Plusieurs ont une origine encore inconnue aujourd'hui ; mais la plupart 
out un sens facile a saisir et qui prouve que tous ont du d'abord 6tre des 
noms communs. 

294. Les noms appliques aux individus sont empruntes : 

1° A une qualite ou a un defaut de Tesprit ou du corps, 
Ex. : Leblanc, Leroux, Lerouge, Legrand, LegroSt Lebegue, 
Lebon, Benoit (beni, saint), LedouXy etc. 

2" A la profession, a la dignite. Ex. : Ancelle (servante), 
Guyon (conducteur, guide), Vachert Bergeron, Sergent, Taver 



18« DU NOM. 

nier, he Tellier (le toilier), Lecomtey Leverrier, Richard, Char- 
pentier, etc. 

S** Au lieu d'habitation : Dufour, Duval, Dumont, Riviere , 
DfischampSy Dupre, Dubois^ Delisle, Defiance. 

4° A la nationalite : Breton^ Lenormand, Germain, Boiir- 
guignon, Picard, etc. 

5<» Au regne animal : Taurel (taureau), Lecat (le chat), 
llerisson, Laisedu, Loisel, etc. 

6° Au regne vegetal : Buisson (de bui«), Laforest, Lafleur, 
Delorme, Lechene, Olivier, etc. 

Les noms geographiques ont ^galement commence par etre 
lioms communs. lis indiquent ordinairement : . 

i'' La configuration ou la nature du sol. Ex. : Roche fort, 
Champagne (plaine), Aigues-Mortes (eaux-mortes), Aumont 
(altus mons), etc. 

2« Les plantes qui y vivent. Ex. : Sauhais, Aulnaye, Chd- 
tenay, Coudray, etc. 

3» La destination que ces lieux avaient recjue. Ex. : Fargiie 
(fabrica), Ozouer (oratorium, oratoire), Marmoutier (majus 
mond.?>iQY'mm., plus grand monaster e). • - . 

¥ Le nom d'un personnage important. Ex. : Saint-Cloud 
(sanctus Glodoaldus), 5flm^-^e7/>r (sanctus Hilarius), Saint- 
Estephe (Stephanus), Saint-Memin (Maximinus), Dampierre 
(dominus Petrus, seigneur Pierre], Orleans (Aurelianus), 
Porl-Vendres (portus Veneris, port de Venus), etc. 



Fonctions du nom dans la proposition. — Le nom peut etre : 

1° Sujet : L'abeille est laborieuse; 

2"> Allribul : L'abeille est un insecte laborieux; 

5« Mis en apostrophe : EnfantS, vous aimez le miel; 

■\" Mis en apposition : L'abeille, insecte laborieux, fait le miel', la 
ville de Narbonne exporte beaucoup de miel ; 

• i)" Complement du nom et de I'adjectii : La ruche de /'abeille est pleine 
de miel; 

(')" Complement d'objet direct : Nous admirons ie travail ie l'abeille', 

7» Complement d'objet indirect : L'abeille fournit aussi la cire aux 
hommes; 

8* Complement de circonstance : Chez les Romains, U miel servait dt 



CHAPITRE II 

DE L'ARTICLE 

21)5. L'article est un mot que Ton met ordinairement de- 
vant le nom pour indiquer s'il est pris dans un sens deter- 
mine ou indetermine. Ex. : Le boeuf est un animal utile; fa^ 
trouve le livre que je cherchais; fai regu une iongm 
lettre. 

L'article prend le genre et le nombre du nom auquel il s( 
rapporte. 

Article vient du latin articidus (jointure, articulation). On verra plus 
loni que le (du latin i7/u(m)e8t 6tymologiqucment un adjectif demonstra- 
tif, et un (du latin unm] un adjectif numeral, l'article est done en reality 
un adjectif qui serf a modifier Vitendue des noiiis, en restreignant 
I'application de ces noms soit a tel cm *el individu, soit a telle ou telle 
categorie d'individus detennin^e, comme nous I'avons vu dans les eiem- 
ples ci-dessus. 

296. II y a trois sortes d'articles : 

i** L'article d6fini, qui se met devant les noms dont le sens est 
deja determine, comme : Le cheval de mon pere est noir. De 
man pere, qui accompagne le mot cheval, sert a le determiner. 

2« L'artide ind6fini, qui se met devant les noms dont le 
sens est encore indetermine, c'est-a-dire vague, peu precis, 
comme un cheval dams cette phrase : Un cheval sest abaitu. 

L'article difini sert k designer des objets connus ou donnes pour tels ; 
Yarticle ind^fini sert h designer un objet dont il n'a pas encore et6 
question ^u un 6tre considdr^ s^par^ent parini ceux de son espbce. 
Ainsi La Fontaine a dit : Un paon muait : un geui prit ton plumage, 
S'il avail eu k reparler de ces animaux, il n'aurait plus dit : un paon, 



JS4 DE L ARTICLE. 

un geai, mais le paon, le geai. On voit que le s'applique aux objets d^ja 
indiqu^s ou definis, et un a ceux qui ne le sont pas encore. 

3<» L'articlepartitifqui se met devant les noms qui desi- 
gnerit une parlie d'un tout, une certaine quantity, un nombre 
indelermiR.A, comme du dans : Je mange du pain. 

Le latin classique p'avait point d'article; veri^ la fin de Tempire roraain, 
le peuple commenca a joindre avbi noms I'adjectif d^monstratif ille 
{ce, eel), pour la clarte du discours, dans les cas oii nous employons 
aujourd'hui le, la, les. Ainsi il disait ilia ecclesia (proprement cetle 
eglise); ille rex [ce roi), ilia corona [cette couronne), pour dire simple- 
ment liglise, le roi, la couronne. Ainsi le patois picard ne dit pas le 
curc,_ le marcchal, mais ch'cure, ch'marichavA (proprement ce cure, ce 
marechal), employant ainsi, comme le latin vulgaire, le pronom de- 
monstratif pour servir d'article. 

Illu{m), lie intimement a un nom, ^tait atone et dans ce cas il a 

. donne le vieux francais lo, qui vers \c ii' siecle s'est adouci en le; dc 

meme illam a donne la; et illos a donne a I'origine le vieux francais 

las, qui au 10* siecle s'est adouci en les, comme lo s'est assourdi in le, 

et jo en je. 

297. Remarqup. — Les noms proprcs de personnes sont les 
seiils qui en francais, etant sufflsamment determines par eux- 
memes, ne prennent pas oidinairement d'article : Pierre^ 
Paul, Louisey etc. Excepte les noms propres comme le Tasse, 
/'Arioste, qui ont conserve en frangais I'article qu'ils avaient 
en italien. 

298. L'article d6finiest : le pour lemasculin : lelivre; — 
la pour le feminin : la rose; — les pour le pluriel des deux 
genres : les livresy les roses. 

299. II y a deux remarques a faire sur l'article defini : 

1" Quand le, la precedent un mot commen^ant par une 
voyelle ou une hmuette, I'arlicle perd sa voyelle, qui estrem- 
placee par une apostrophe. Ex. : L'enfant, I'envie, I'honneur, 
I'humeur. On dit alors que l'article defmi est elide. 

Elider vient du latin elidere, qui veut dire ^eraser : la voyelle elid6e 
est en effet 6a'as6e et remplacee par 1 'apostrophe. 

Cette elision de l'article a amene une erreur curieuse dans la forma- 
tion de notre langue. Au moyen age, le mot lieire, par exemple, s'ecri- 
vait et se prononjait ierre, du latin hedera. >'os peres disaient correcte- 



ARTICLE DEFINI. ARTICLE INDEFINI. 155 

ment Vierre et ce n'est que vers le 15« siecle que I'article se souda au 
noin [lierre). Ce nom ainsi forme dut etre precede a son tour d'un 
nouvel article, le lierre. La meme erreur se retrouve dans plusieurs 
autres mots : nous disons le lendemain, le loriot, lots, etc., tandis que 
nos ancetres disaient I'endemain [en et demain, du latin de mane), I'oriot 
en provencal auriol, du latin aureolus^ Aotq, merle jaune), Vors (derive 
de or, en latin hora). (Voy. § 92.) 

2" Devant un nom masculin singulier commenQant par une 
consonne ou une h aspiree on met au pour a le; ^m pour de 
le. Ex. : Au pere, au heros; du pere, du heros. 

Au pluriel, devant tous les noms, de les se change en des; 
k les se change en aux. Ex. : Des peres, aux peres, des 
meresy avixmeres. On ditalors que I'article definl estcowfrade. 

Contracte se rattache au latin contractum, resserre. 

A le est d'abord devenu al dans le vieux francais, de meme que de 
le est devenu del. Vers le 12» siecle, / se vocalise en u (comme dans awbe 
dQ alba, autre de alter), el, de meme que eta/, \al sont devenus etau 
et yan fdans a vau-Veau, Fawgirard, etc.), Tarticle al est devenu an. 

Del est devenu deu, comme la vieille forme chevel (restee dans che- 
velure) est devenu. c/tcueu. Plus tard deu s'est contracte en du, par le 
changement de eu en u (comme dans les vieilles formes men, bleuet, 
beuvant, aujourd'hui mu, bluet, buvant). 

De meme que a le est devenu successivement al, puis au, le pluriel a 
les donna le vieux francais als, puis aus. Aus devint ensuite ax et enlin 
aux par un changement explique au § 289. 

De les, contracte en dels a I'origine, s'est reduit au 12° siecle a des. 

Nous avions ei^core un article, forme de en et de les, qui s'etaient 
reduits a els et enfin a es. Ce mot n'est plus employe T|ue dans quelques 
expressions consacrees, et toujours devant un nom pluriel : bachelier es 
lettres, Saint-Pierre-e«-liens, etc., c'est-a-dire bachelier dans les lettres, 
Saint-Pierre dans les liens- 

500. L'article indeiini est, au singulier, un pour le mas- 
culin, une pour le feminin; au pluriel, des pour les deux 
genres : un homme, une femme ; des hommes, des femmes. 

Notre article indefmi un, une n'est pas lautre chose que le nom de 
nombre un (lat. unu{m), qui che* les Romaine avait d^ja pris le sens de 



flt tin certain, 

I 



Ibe DE l'ARTICLE. 

D'apres le grammairien Sylvius, au 15« et au 16" si^cle on 6crlvit un 
avec un g [ung] pour empt'cher qu'on ne le confondit dans les manu- 
scrits avec le chilFre remain vn. On sait qu'au commencement des mots 
I'm etait alors represente par un w; ce mot s'eerivait done vn et pouvait 
preter a la confusion. 

Remarque. — II ne faut pas confondre un article indefini 
avec un adjeclif numeral. Le premier n'exprime qu'une indi- 
cation vague, sans aucune idee d'unite ou de pluralite : un 
maitre doit etre patient, c'est-Mire tout maitre doit e/re, etc. 
Le second marque la quanlite : II y en a nn ou deux. 

301. L'article partitif est du, de 1' pour le masculin : du 
pain, de Vargent; — de la pour le feminin : de la viande; 
— des pour lepluriel des deux genres : des livres, 6 e& fruits. 

Remarque. — II rie faut pas confondre du, de l\ de la, article 
partitif, avec du^ del\ de la, article defini. Ex. : Le gout du 
vin, de ValcooU de la hiere (article defmi). — Donnez-moi 
du vin, de Valcool, de la biere (article partitif). 

Des pent etre article defmi, indefini ou partitif. Ei. ; Le 
goiit des fruits (article defini) ; — achetez des fruits (article 
indefini, pluriel de un) ; — achetez des fruits de ma recolte 
(article partitif ; c'est-a-dire de les fruits de ma recolte ou 
parmi ceux de ma recolte). On voit qu6 le sens partitif tie 
des est caracterise par le complement. 

Quant a de qui remplace l'article devant les noms partitifs prec6d6s 
d'un adjectif, comme dans : Je mange de bon pain, 11 faut I'analyser : 
de, proposition, mis pour du, article partitif se rapportant a pain, 
mascu.in singulier. (Voy. § 628..) 



CHAPITRE m 

DE L'ADJECTIF 

302. L'adjectif est un mol qu'on ajoute au nom pour en 
indiquer la qualite ou pour en preciser le sem. 

Ainsi, quand on dit cheval noir, noir fait connaitre comment est le 
cheval : noir est un adjectif. Quand on dit mon cheval, mon precise le 
sens de cheval en indiquant specialement I'animal qui m'appartibnt : 
mon est aussi un adjectif. 

Les adjectifs sont destines a ^tre joints aux noms pour en 
modifier la signification. Or il n'y a que deux choses qui puis- 
sant 6tre modifiees dans cette signification : Vetendue et la 
comprehension (voy. § 272). De 1^, deux grandes classes 
d'adjectifs : les uns destines h modifier la comprehension des 
noms en ajoutant ^ cette comprehension une idee accessoire, 
comme blanc, rouge y carre, doux, etc. ; les autres destines a 
modifier Vetendue des noms en restreignant I'application de 
ces noms a tels ou tels individus determines, comme cCy mon, 
deux, trois, etc. 

Les premiers, qui modifient la comprehension des noms, 
s'appellent adjectifs qualificatifs ; les seconds, qui modifient 
I'^tendue des noms, s'appellent adjectifs num^raux, d^mon- 
Uraiif^y interrogatifs, possessifs et inde/inis. 

Adjectif eat tire du latin adjectivus et signifte « qui ajoute d, ». 



SECTION I 

ADJECTIFS OUALIFICATIFS 

f>0-i. Lcs adjectifsqiiaiificatifs indiquent la qiialite, c'est- 
,! (Iin» 1.1 maniere d'etre. K\. : les qrands hommes ; les enfants 

S3.g8S. 

Ges adjectifs prennent les deux genres et les deux nombres. 
li]x. : grand y ferainin grande; loyal, pluriel loyaux. 

V FORMATION DU Fl^MININ DANS LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS 

304. Regle generale. — Pour former le feminin des adjec- 
tifs, on ajoute un e mnet au iuasculin : mechant, rfiechante; 
petit y petite. 

Quand le latin distinguait le feminin du masculin, il le formait ordi- 
nairement en a : bonus (bon), bona (bonne). A linal donnant toujours <? 
maet en francais [divina, divine; humana, hiimaine, etc.), cet e deviut 
pour notre langue le signe distinctif du leniinin. - 

Quand le masculin est deja termine par e, comme dans 
sage, maigre, large, I'adjectif ne change pas au feminin : 
zage, maigre, large. v 

505. Les adjectifs en el, eil, ol, ul, en, on, et, ot et les 

adjectifs termines par s doublent ^n general au feminin la 
consonne finale, /, n, t, s, avant de prendre Ve muet : 

cruel, 

p&veil, 

ancien, 

bon, 

mo/, 

Cependant de'vot, ras, niais, falot, idiot, manchot font au 
feminin devote, rase, niaise, falote, idiote, manchote, sans 
redoubler la consonne finale. II en est de m^me de Frangais,, 
Anglais, Danois et des autres noms de peuples en ais et en 
ois : Frangaise, Anglaise, Danoise. 

Hihreu, fat et ditpos n'ont pas de f^miniii. 



cmelle. 


muet. 


mu ette. 


pareille. 


sot, 


s otte. 


ancienne. 


gi'a*, 


grasse. 


bonne, 
molle. 


epai*, 
nul, 


epaisse. 
nulle. 



ADJBCTIPS QUALIFICATIFS. 



189 



506. Les adjectifs en ier, er et les six adjectifs complete 
eoncrel, discrel, inquiet, replet, secret ne redoublent pas la 
consonne finale, mais prennent un accent grave sur I'e qui 
precede 1' r ou Ic t ' 



altter, 
Stranger, 
comple/, 
concrei, 



Strang ere. 
compi eie. 
concrete. 



discr^/, 
inquiei, 
iep\et, 
secret, 



discrete. 
inquieie. 
replete. 
secr^/e. 



Le redoublement de la consonne [cruel, cruelle) ou I'emploi de I'accent 
grave (altier, alti^re) ont pour but de renforcer la syllabe tonique 
(voy. §124). 

Quant auxmots complet, replet, etc., du latin completus, repletus, etc., 
ce sont des mots introduits par les savants et qui, pour cette raison, ne 
se sont point plies aux regies du redoublement qu'observe notre langue 
pour les mots d'origine populaire. 

507. Les adjectifs beau, jumeau, nouvean, — fou, mou 
font au feminin belle, jumelle, nouvelle, — foUe, molle. 

On sait que les mots beau, jumeau, nouveau, fou, mou viennenl du 
vieux fran^ais, bel, jumel, nouvel, fol, mol, par un adoucissement de / en 
w, que nous avons explique au§ 289. Or ces mofs bel, nouvel, jumel, etc., 
etant termines en /, doivent former leur feminin en elle [helle, nou- 
\elle, etc.), suivant la regie. 

La meme raison qui a fait conserver belle comme f6minin de beau a 
maintenu aussi vieille comme feminin de vieux. Vieux etait a I'ori- 
gine vieil, dont le feminin est r6gulierement vieille, comme pareil et 
vermeil font pareille et vermeille. 

Quant aux masculins bel, nouvel, fol, mol, ils persistent encore dans 
un cas isole et pour un usage special, lorsqu'ils pr6cMent une voyelle ou 
une h muette : on dit pour I'euphonie un bel homme, le nouvel an, le iol 
Drgueiljle mol 6dredon. 

508. Les adjectifs termines par .r changent x en se au femi- 
nin : heureux, heureuse, — jaloux, jalouse. 

Quelques-uns redoublent meme la consonne : faux, roux, 
font fausse, rousse. 

II faut excepter les deux mots vieux et doux, qui font 
neille et douce. 

Doux, faux, roux s*6crivaient au moyen Sge dous, faus, rows, dont 
^le ffeminiii 6tait fauase. rouase. comme celui de^ras, grot est grasse, 



460 BE LADJECTIP. 

gro sse. Pour empficher le 8 de gras de prendre au f6minin le son du z 
(ce qui fut arrive si Ton avail 6crit grase), on conserva a « sa pronon- 
ciation en le transcrivant soit parw (graa«e, fauase), soit parson Equi- 
valent c doux (de Ik ie f6minin douce, qui 6tait d'ailleurs indiqu6 par ie 
latin dul cem). 

509. Les adjectifs termines par f, comme craintii, hrei, 
neut, forment leur feminin en changeant fen ve : craintiye, 
treve, neuYe. 

Ces adjectifs viennent en g6n^ral de primitifs latins qui avaient un 
V au radical : virum, brew em, novum; la finale sourde um, em 6taut 
tombee, v est devenu f en frangais, aucun mot de notre langue n'6tant 
termine par un v. Mais le v reparait quand on ajoute une voyelle a I'ad- 
jectif : neu/", neuvc; bre/", breve. II en est de meme pour les substan- 
tifs : nerf, nerveux; hceuf, hou vier. 

310. Quelques adjectifs termines par un c sonore, comme 
public, turc, caduc, franc (francais), forment leur feminin 
en changeant c en que : publique, /wrque, caduqae, 
fran que. — Grec conserve le c final et fait grec que. 

Si Ton n'avait ajoutd que Ve a caduc, public, turc, on aurait eu 
caduce, publico, etc., qni auraient perdu le son dur du c; pour le con- 
server, tout en dounant au mot la marque du f6miiiin, il 6tait necessaiie 
de remplacer c dur par son equivalent qu ; c'estpour la m§me raison que 
long fait longue et nou longe. Turc, franc et grec ont suivi la meme 
regie, ma is gree a garde le c pour conserver k Ye un son ouvert. 

Mais le plus souvent les adjectifs termines soit par uu c 
muet (blanc, franc, etc.), soit par un c sonore (comme sec), 
changent c en che au feminin : blanc, blanche, — franCy 
franche, — sec, scche. — Frais fait fraiche. 

Comme nous I'avons vu au § 81 , le latin ca a la fin d'un mot et pre- 
c6d6 d'une consonne {ca dans area, par exemple) devient toujours che 
en francais [sirche de area, perc/te (poisson) de perca, mouche de 
mt« ca, fourc/te de furca); I'adjectif masculin siccus donnant sec, le fe- 
minin sicca devint naturellement seche. 

Les adjectifs blanc, franc et frais, venus (ki batik-aUeBaand, ont ete 
latittis6s au moyen &ge et souHiis a la mAme r^le. 

311 . Les adjectifs termines par un g, comme Ion g, oblon g, 
ajoateRt ue au f^ijiiH : long ue, ouion gue. 



ABJECTIFS QUAT.IFICATIFS. 161 

512. L6s adjectifs en eur forment leur feminin de quatre 
raanieres : 

1« Les uns suivent la regie generale et ajoutent un e au 
masculin : majeur, majeure; anterieur, anterieure; 

2° D'autres, et ce sont les plus nombreux, changent eur en 
euse : voleur, volexkse; trompeur, trompeuse, 

5" D'autres changent eur en eresse : vengeur, vengevesie: 
chasseur, chass eresse; 

¥ D'autres enfin changent teur en trice : conducteur, con- 
r/wc trice. 

Les adjectifs en eur qui forment leur feminin par un e muet sont au 
nombre de onze : anUrieur, citerieur, exUrieur, infirieur, inUrieuVy 
posterieur, sup^rieur, ulterieur, majeur, mineur, nieilleur; ces mots 
viennent tous de comparatifs latins : majeur [majorem, plus grand), mi- 
neur {minorem, plus petit), infSrieur {inferiorem, plus au-dessous), etc. 
Voyez au § 130 I'explication duchangement de eur en eresse dans quelques 
mots, comme vengeuv, veng eresse, ou de teur en trice dans accusaieur, 
accusa trice. 

Pour le changement de eur en euse, voyez § 281. 

515. Les adjectifs termines en gu forment leur feminin en 
gue : aigvL, aigue; amhigvL, ambignej c'est-^-dire qu'on 
place un trema sur Ve muet. 

Ce trema sur Ve indique qu*il faut ici prononcer ue, et ne point con- 
fondre aj^ue, ambigne, etc., avec les mots tels que bague, vague, 
begue, aigue-marine, etc., dans lesquels ue est tout a fait muet. 

514. Les adjectifs beniny malin, — favori, coi, font au femi- 
nin beniqne, mali que, — favorite y coiie. — Tiers fait tierce. 

Benin et malin viennent du latin benignu{in), malignu[m), et le grn latin, 
qui dans ces mots s'etait r^duit a la finale n, redevient gn en francais 
dans benigne, maligne (de benigna., maligna.), parce qu'il est suivi dans 
ce cas d'une voyelle linale. 

Favori vient de I'italien favorito, et coi du latin quietu[m) (tranquillc) : 

de la le t du feminin dans ces deux adjectifs. On ecrivait encore favor li 

au M* siecle. 

Tiers vient de terlius, et tierce de tertia qui a donn^ fierce, comme 

] (ututia, confidentia, infantia, gratia, etc., ont donne astuce, con fiance, 

ii mfance, grdce, etc. 

CQVB8 svriMxov. 11 



16« DB l'aDJECTIP, 

315, Exceptions. — 1» Les adjectifs frangais, comme on 
vient de le voir, ont tous un e muet au feminin. II n'y a dans 
notre langue qu'un seul adjectif qui soit reste invariable : 
c'est grand dans les expressions telles que grand' merey 
grand' route, grand' messe^ grand' peur, grand' peine, 
grand' chose et mere-grand. 

Les mots avec apostrophe peuvent d'ailleurs s'ecrire aussi 
en un seul mot : grandmere, grandroute, grandmesse, 
grandpeur, grandpeine, grandchose. 

Les adjectifs qui chez les Romains avaient une terminaison pour le 
masculin (bonus) et pour le feminin [bona] avaient aussi deux ter- 
minaisons dans notre ancienne lan^e {boti, bonne). Mais ceux qui n'en 
avaient qu'une pour ces deux genres, comme grandis : homo grandis, 
femina gratidis, n'en eurent aussi qu'une en francais a I'origine : on 
disait au onzieme siecle une grand femme, une mere grand, une cou- 
tume cruel (crudele(m), une plaine vert {viride(m), cmployant ainsi la 
forme du masculin pour les deux genres, parce qu'en latin grandis, 
crudelis, viridis, etc., n'avaient qu'une terminaison pour les deux genres. 

Sur I'erbe vert li quens (comte) Rollanz se pasmet. {Ch. de Roland.) 
Au mont (monde) n'a (il n'y a) voir si cruel Iraison. [Couci.) 
En quel mesure en purrai estre fii (certain). {Chanson de Roland.) 
Le treizi^me siecle, ne comprenant plus le motif de cette distinction, 
crut voir une irregularity dans ce fait que ton et grand faisaient leur 
feminin Tun avec c, I'autre sans e; c'est alors qu'il commenca k ad- 
joindre k ces adjectifs Ve au feminin, et qu'il 6crivit grande, cruelle, 
werte, comme il dcrivait bonne, tongue, blanche, etc. L'ancien usage 
persista cependant dans quelques expressions usuelies, telles que grand 
route, grand mire, etc. Les grammairiens du seizifeme si6cle, croyant 
qu'ici grand ^tait une abreviation de grande, introduisirent k tort une 
apostrophe (d'ou Torthographe grand^mbre), pour marquer la suppression 
de cet e, qui, en r6alit6, n'avait jamais exists. On retrouve encore trace 
de cet usage dans les mots : lettrea royaux, fonlt baptismaux (fonts, 
pour fontainet, 6tait autrefois fdminin); dans la locution y« me fait fort, i 
oii fort est invariable, et dans les noms de ville : Rochefort, GranvilleA 
(pour Grande-ville), Grandcombe (pour grande combe ou valine), etc. 

2* Quelques adjectifs ne s'emploient qu'au fSminin; tels 
sont canine, crasse (dans ignorance crasse). D'autres ne 
s'emploient qu'au masculin ; aquilin, dispos, fat, Hebreu, etc. 
Pour le fdminiii de ce dernier on a recours k radie<".lvf i 
hebra'ique; qui est des deux genres : la langue hdbralqne. 



ADJECTirS QUALIPICATrFS. 1^5 



2* FORMATION DU PLURIEL DANS LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS 

316. Regle generale. — On forme le pluriel des adjectifs 
comme celui des noras, c'est-a-dire en ajoutant un s au sin- 
gulier : grand, grands; — saint, saints. 

Quand I'adjectif est deja termine au singulier par un s, 
comme gros, epais, I'adjectif ne change pas au pluriel : des 
homme gros, des murs epais. 

Quand I'adjectif est termine au singulier par un x, comme 
heureux, glorieux, il ne change pas au pluriel : des hommes 
heureuxy des souvenirs glorieux. 

517. Exceptions. — 1° Les adjectifs terminus en al ont le 
pluriel en aux : loydii, loyavix; — legaii, %aux; — 
e^al, e^aux. 

D'apres le Dictionnaire de I'Academie, les adjectifs automnal, colossal, 
fatal, frugal, glacial, jovial, natal, naval, pascal, n'ont pas de pluriel 
masculin. L'Academie garde le silence sur astral, austral, boreal, central, 
dominical, ducal, facial, filial, final, idSal, initial, littiral, magistral, 
matinal, palriarcal, pdnal, pluvial, virginal, etc. 

2« Les adjectifs termines en eau prennent un x au pluriel : 
beau, nouveau, font beaux, nouveaux. 

5« Les adjectifs en en et en ou prennent s au pluriel : 
bleu, bleus; fou, fous; mais hebreu hit hebreux. 

518. Remarque. L'adjectif ^ow^perd le t au phiriel : tous. 



3° COMPARATIF ET SUPERLATIF 

519. L'adjectif est au comparatif quand il exprime la qua- 
lite avec une idee de comparaison. 
Le comparatif se forme en ajoutant : plus a l'adjectif quand 



161 DE T, ADJECTIF. 

on veut marquer la super iorite : Mon cheval est plus noir 
que le voire; moins, quand on veut marquer Vinferiorite : 
Mon cheval est moins noir que le voire ; — aussi, quand on 
veut marquer Vegalite: Mon cheval esf aussi noir que le voire. 
De Icitrois sortes de comparatifs : le comparatif de superio- 
rite\ le cdmparatif Vinferiorite et le comparatif d'egalite. 



Ces degres de comparaison ont ^t6 introdiiits dans la langue franchise 
par imitation de la langue latine. Les Latins formaient le comparatif en 
ajoutant au radical de I'adjectif, ior pour le masculin et le feminin, ins 
pour le neutre : doct nSy savant, doct ior, doctius, plus savanl ; ou bien 
en mettant magis (plus) devant I'adjectif : magis pins) plus pieux, C'esl 
cette seconde maniere que le francais a adoptee. 

Le latin mettait le complement du comparatif a I'ablafif ou bien le 
faisait pr^ceder de quam. Ex. : Paulus doctior es^Petroou quam Petrus. 
Notre langue a conserve ces deux constructions jusqu'au xvi" siecle; on 
disait indifKremment : il est plun grand de moi ou plus grand quemoi. 
La premi6re forme a disparu mais persiste encore avec les noms de 
nombre : La guerre dura plus de trente ans et non plus que trenie ans. 

Nous n'avons en realite que trois comparatifs, qui nous sont venus tout 
formes du latin : bon a pour comparatif meilleur (du latin meliorem), 
mauvais a pour comparatif ptre (du latin pejor\ le neutre pejus a donne 
I'adverbe pis), petit a pour comparatif moindre (du latin minor; le 
neutre minus a donn6 I'adverbe moins). On dit aussi plus mauvais, plus 
petit, mais on ne dit pas plus bon. En outre, le comparatif latin priorem 
(plus en avant, premier) est reste en francais comme nom dans prieur. 
Le cas sujet major (plus grand) a donne maire; le cas complement 
majorem a donne majeur. De fneme le cas sujet senior (plus vieux) a 
donn^ sire (compose Messire) ; le cas complement seniorem a donne 
sieur (compose Monsieur), et seigneur (composes Monseigneur, Messei- 
gneurs, etc.). 

Nous avons encore en frangais quelques comparatifs latins qui (voyez 
§ 312) ont a peu pres perdu chez nous le sens du comparatif, mais qui 
ne peuvent 6tre precedes de plus ; ce sont : majeur, mineur, ant^rieur, 
intirieur, citirieur, infirieur, postirieur, ultivieury extdrieur, supirieur. 



7)20. L'adjectif est au superlatif quand il exprime la qualite 
au plus haut degre : Mon cheval est trfes noir, — Void » 
plus noir de vo» c.h^vauX, 



ADJECTIFS NDMERAUX. 165 

Le premier superlatif (tres noir) est dit superlatif absolu, 
parce qu'il ii'y a pas comparaison avec d'autres chevaux. — 
Le second (le plus noir) est dit superlatif relatif, parce qu'il 
y a comparaison, relation, avec d'autres chevaux. 

On forme le superlatif absolu en ajoutant a I'adjectif : tres^ 
forty bien, extremement, etc. ; et le superlatif relatif en ajou- 
tant : le plusy le moins. 

521. Remarque. — Les comparatifs meiV/ewr, ;)tre, moindrey 
precedes de I'article defini ou d'un adjectif possessif, devien- 
nent des superlatifs : le meilleur homme du monde, mon pire 
ennemi, le moindre defaut. 

Les Latins formaient ordinairement le superlatif en ajoutant issimus 
au radical de I'adjectif : doctvLS, savant, doctissimus^ tres savant ou le 
plus savant. 

Le moyen Sge, continuant la tradition latine, disait : pesme (de pessi- 
miim, tres mauvais), grandisme [de grandissimum, tres grand), «een^t«me 
(de sanctissimum, tres saint), etc. 

La langue moderne a forme de meme en itsime quelques superlatifs : 
seretrissime, richissime, rarissime, illustrissime, etc. Telle est I'origine 
du mot gdneralissime. 

Les superlatifs latins supremus, extremus, inflmus, intimus, minimus, 
nous ont donn^ les superlatifs .supreme, exMme, infime, intime, minime; 
mais, excepte le premier {supreme), le francais les traite comme des 
adjectifs ordinaires et les fait preceder de le plus, trds, etc. 



SECTION II 

ADJECTIFS NUMERAUX, DEMONSTRATIFS, INTERROGATIFS, 
POSSESSIFS ET INDEFINIS 

322. Ces differents adjectifs pre'cisent I'objet designe par le 
nom auquel ils se rapportent. Ex : Ce livre, mon cheval 
^c'est-i-dire le livre que void, le cheval qui at a moi). 



I 



|«6 DE ADJECTIF. 



I. ADJECTIFS NUMERAUX 



323. Les adjectifs num6raux sont ceux qui marquent le 
nombrey Vordre et le rang. 

II y a deux sortes d'adjeclifs numeraux : les adjectifs nu- 
meraux cardinaux et les adjectifs numeraux ordinaux. 

Les adjectifs que nous a\ons etudies jusqu'a present niar- 
quent seulement la qualite des objels, non leur quantity. 
Lorsque nous disons trois chevaux noirs ou le deuxieme livre, 
les adjectifs trois et deuxieme n'indiquent pas la qualite du 
cheval ou du livre, mais le nombre des chevaux ou le rang 
du livre. 

Les grammairiens latins distinguaient ces deux especes d'adjectifs 
numeraux par les termes de numcri cardinales (nombres fondamentaux, 
les nombres cardinaux etant en effet la base de loute numeration), — et 
de numeri ordinales (nombres ordinaux, qui mai*quent I'ordi'c, le 
rang). 

1. Adjectifs numiraux cardinaux. 

324. Les adjectifs numeraux cardinaux sont ceux qui 
expriment le nombre ou la quantite. "comme un, deux, trois, 
quatre, cinq, zero, dix, vingt, que. ante, cent, mille. 

Ex. : Deux hommes; trois soldats; dix chevatix. 

Jusqu'a 10 ils portent les noms suivants, qui sont formes 
d'un seul mot : zero, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, 
huit, neuf, dix. 

Nous avons pris la maniere de compter des Romains et leurs termes 
de numeration : un (unus), deux (duo), irois (tres), quatre (quatuor), 
anq (quinque), six (sex), sept (septem), huit (octx)), neuf (novem), dix 
(decern). Wais des le moyen age nous avons abandonne le systenio 
d'ecriture des Remains, qui figurait les nombres par des lottres majus- 
cules, pour adopter celui des Arabes, qui exprimait les nombres par des 
chiffres. Or les mathematiciens arabes se servaient d'un signe appele z6ro 
qui n'a nulle valeur par lui-meme, mais qui, place a la droite d'un 
chiffre, le multiplie par dix. C'est ce signe que nous avons adopte et 
avec lui son nom arabe z&ro. 

325. De 10 k 20, les adjectifs numeraux sont egalement 



ADJECTIFS MUMERAUX. 167 

formes d'un seul mot {onze, dome, treize, quatorze, quinze, 
teize), sauf les trois derniers (dix-septy dix-huit, dix-neuf, 
ou sans trait d'union : dix sept, dix huit, dix neuf), qui sont 
composes avec dix. 

Dix vient de dece(m), onze de undeci(m), douze de duodeci(m), treizede 
tredeci(m), quatorze de quatuordeci(m), quinze de quindeci(m), seize de 
sexdeci(m). — Le latin exprimait de deux manieres 17, 18 et 19 : tantot 
par un seul mot : septemdecim (17), duodeviginti (18), undeviginti (19); 
tant6t par trois mots distincts : decern et scptem (17), deceni et octo (18), 
decern et novem (19), — et le peuple romain, nous le savons par le gram- 
mairien Priscien, employait volontiers la seconde maniere, qu'il trouvait 
plus claire. Le frangais herita de cette tendance et exprima, a I'origine, 
17, 18 et 19 par les vieilles formes dix et sept, dix et huit, dix et 
neuf, qui, vers le treizierae siecle, s'abr^gSrent en -diz-sept, diz' 
huit, etc. 

526. De 20 k 100, les dizaines s'expriment par un seul mot 
{vingt, trente, quarante^ cinquante, soixante), sauf pour les 
trois dernieres, qui forment un mot compose {soixante-dix, 
quditr Q'-vingts, (laaXre-vingls-dix ou sans trait d'union : 
soixante dix, quatre vingts, quatre vingts dix). 

Les cinq premieres dizaines viennent directement du latin : viginti 
(vingt), triginta (Irente), quadraginta [qxiarante], quinquaginta (cinquante), 
sexaginta (soixante). Pour les dizaines suivantes, nous avons remplace 
septuaginta (70) par le compose frangais soixante-dix ; octoginta (80), 
nonaginta (90), par quatre-vingts et quatre-vingt-dix. 

On disait autrefois, et Ton dit encore dans la Suisse romande et dans 
quelques-unes de nos provinces du Midi, septante pour soixante-dix, 
octante ^owt quatre-vingts, nonanle pour quatre-vingt-dix. Quatre vingts 
signilie quatre fois vingt, et nos peres disaient de meme sept vingts 
pour 140, six vingts pour 120, etc. Cette maniere de compter ipav vingt a 
iaisse des traces dans quelques locutions, telles que : Vhdpital des Quinze- 
Vingts (c'est-a-dire 15 fois 20 ou 300), cette niaison ayant ete fondee 
par saint Louis pour recueillir 300 aveugles. 

527. Depuis 100 et au-dessus on emploie les mots milkf 
million, milliard, etc. 

Cent vient de centum. Mille ne vient pas du latin mille, qui a donn^ 
mil (comme ille a donne il), mais du pluriel miilia. De meme qu'en 
latin mille s'emploie pour un seul millier d'objets, et miilia pour 
plusieurs milliers, le vieux fran^ais disait mil hommes et deux mille 
chevauz ; en fran9ais cette distinction de mil comme singulier et de mille 



168 DE LADJECTIF. 

comme pluriel s'est plus lard eteinte, et mil n'est plus employ^ que dans 
la numeration des annees : mil huit cent soixante, etc. — Aft7/ton, 
milliard, sont des noms derives de mille k I'aide des suffixes on et 
ard. 

2. Adjectifs num4raux ordinaux. 

528. Les adjectifs numeraux ordinaux sont ceux qui mar- 
quent Vordre, le rang, comme premier, second ou deuxieme, 
troisieme, quatrieme, cinquieme, dixieme, centieme, etc. 

Ex. : Le premier homme; le quatrieme ew/ar»t 

Ges adjectifs se forment en ajoutant ieme aux adjectifs car- 

dinaux : ainsi de trois, troisiemej — sixy st^ieme, — sept, 

septieme, — vingt, vingtieme, etc. 

Ce suffixe ieme, en vieux fran^ais iesme, vient du suffixe latin csimus, 
qui servait de meme a former les nombres ordinaux [vicesimus, 
vingtieme; iricesimus, trentieme, etc.). Centesimus, millesimus, con- 
tractes suivant la regie de I'accent latin (voy. § 17), ont donne centes'vie, 
millesme, d'ou centiesme, milliesme, puis centieme, millieme (et en 
francais savant milUsime). Decimus a donne la forme savante ddcimc, 
qui nous a valu centime et millime, tires Par analogic de centum 
et de mille. 

529. Quand I'adjactif cardinal est termine par un e muet 
[quatre, onze, douze), on supprime, on elide cet e muet : 
quatr-ieme, onz-ibme, douz-ieme, etc. — Neui change f en v 
et fait neuv-i^me. — Cinq prend un u avant ieme : cinqu-iemc. 

Le francais adopta a I'origine les adjectifs ordinaux latins. De primu{m) 
(le premier), secundu{m) (deuxieme), tertiu{m) (troisieme), quartu[\n] (qua- 
triomc), quintu(m) (cinquieme), etc., il lira prime, second, tiers, quart, 
quint, etc. Du bas-latin primarius il tira premier. On disait au onzieme 
si^cle : le tiers homme, la quarte lieue, pour le troisieme homme, la 
quatrieme lieue, etc. — Plus tard notre langue adopta un autre systeme : 
au lieu d'employer des adjectifs ordinaux empruntes au latin, elle en tira 
de son propre fonds en ajoutant ieme aux adjectifs cardinaux ; d'ou le 
syst6me actuel {deuxieme, troisieme, quatrieme, etc.), qui vers la fin 
du moyen Sge supplanta I'ancien, sauf pour premier et pour second 
(qui persista parallelement a deuxitme). — Quant a prime, tiers, quart, 
quint, etc., ils ont disparu et ne subsistent aujourd'hui que dans 
quelques rares locutions : le tiers Hat. le tiers parti, Charles-Quint, de 
prime abord, de prime saut, c'est-a-dire le iroisihne etat, le troisieme 



iDJECtlFS NlMERAlJX. 169 

parti, Charles Cinq, du premier abord, du premier saut. La Fontaine a 
dit encore quart (Un quart voleur survint) pour un quatrieme, et nous 
disons de meme: I'indiscretion d'un tiers (pour un^troisieme). 

Les derives saTants sixte [sextu^ , septtme (septimus), octave (octavu<= . 
none (nonus), et le mot populairc dime (decimus), se retrouvent d;i 
la sixte musicale, Septime (nom d'homme), octave (terme de musicjU' 
les priercs de none (c'elles qu'on dit a la neuvieme heure des Latin 
c'ost-a-dire a trois heures de I'apres-midi), la dime de nos biens (la 
dixieme partie de nos biens). 

550. Exceptions. — 1" Le pi^emier nombre ordinal, qui 
dtivrait etre unibmQy est remplace par premier. Toutefois 
unieme est employe en composition avec les dizaines : vingl 
el unieme, trente et unieme, etc. 

^^ Deux ibme est aussi remplace par second y mais seule- 
ment dans le cas ou il n'est question que de deux personnes 
ou de deux choses. Ex. : Vaine des deux freres est hrun; le 
second est blond. 

351. Noms de nombre collectifs et partitifs. — Aux 
adjectifs numeraux il faut rattacher : 

1" Les noms de nombre qui marquent une certaine quantite, 
tels que dizaine, centaine, douzaincy etc.; 

2" Les adjectifs qui servant a multiplier, tels que : double, 
triple, quadruple, quintuple, sextuple, decuple, centuple ; 

Pour tous les autres nombres on se sert du mot fois : sept fois, huit 
fois, mille fois plus grand, etc. 

3« Les mots qui marquent les parties d'un tout : le quart, 
le tiers, la demie, etc. 

Les noms collectifs dizaine, centaine, etc., se ferment en ajoutant aine 
aux adjectifs cardinaux : huit, hmiaine; douze, douiaine, etc. 

Parmi les mots qui servent a multiplier, les premiers sont tires direc- 
tement dcs mots latins : duplum (double), triplum (triple), quadruplum 
(quadruple), centuplum (centuple). 

Les mots partitifs ont et6 empruntes directement au latin : dimidium 
(demi), terlius (tiers), quartus (quart). Nous avons cree les autres a 
i'aide des nombres ordinaux francais et en suivant I'analogie du latin, 
qui tirait de meme quintapars (le cinquieme}, sex la pars (le sixi6me), etc., 
des nombres ordinaux guintus Ccinqui^me), aextus (sixi^me), etc. 



170 DE LADJECTIF. 

On peut ajouter k ces adjectifs le mot quantieme, qui derive du latin 
quantum (combien) etd^signele rang, I'ordre numerique : Lequanlieme 
ites-vous dans voire compagnie ? Aujourd'hui ce mot ne s'eraploie gu^re 
que dans I'expression : le quantidme du mois. 

Manage vouiait, avec raison, qu'on dit : quantieme du mois? et non ; 
quel quantiiiue du. mois? vu que quantieme signifie par lui-raeme quel 
/our? mais I'usage a d^cid^ cpntre lui. 

II. ADJECTIFS DEMONSTRATIFS 

352. Les adjectifs d6monstratifs sont ceux qui servent a 
montrer la personne ou la chose dont on parle : ce chdteau, 
ce her OS. 

Les adjectifs demonstratifs sont : 

Ce, cet pour le masculin : ce livre, cet enfant; 

Cette pour le feminin : cette table; 

Ces pour le pluriel des deux genres : ces livresy ces tatfles. 

Remakque. — On met cet au lieu de ce devant les mots qui 
commencent par une voijelle ou une h muette : cet enfant, 
cet homme. 

Lepronom latin eccistum (celui-la) donna au onzi^me siecle le vieuxfran- 
gais iceH, qui plus tard s'est abrege en cest (corame nous disons ci poui- 
ici), d'oii cet (surlequel on a forme le feminin cette, comme netie de net). 

Cet s'est affaibli en ce devant les mots commencant par une consonne, 
parce que le t etait alors rauet. 

III. ADJECTIFS INTERROGATIFS 

332 bis, — L'adjectif interrogatif sert k marquer une inter- 
rogation. 
Ex : Quel age avez-vous ? Quelles sont-elles ? 
Cet adjectif est quel, qui varie en genre et en nombre : 
Singulier masculin : quel. Pluriel masculin : ^we/s. 
Singulier feminin : quelle. Pluriel feminin : quelles. 
Cet adjectif est parfois exclamatif : QviqI bonhew ! Quelle mubre! 

IV. ADJECTIFS POSSESSIFS 

333. Les adjectifs possessifs sont ceux que Ton met devant 
le nom pour indiquer a qui appartient Tobjet design^ par ce 
nom. Ex. : Mon cheval, ton livre (e'est-i-dire le cheval qui 
est h moit le livre qui est a toi)* 



ADJECTIFS POSSESSIFS. i7l 

Les adjectifs possessifs sont : 

1° Quand Tobjet appartient a une seule personne : 

c,. |. ( Masculin : mon, ton, son. 

Singuher I ^^_^.^ . ma, ta, sa. 

Pluriel (des deux genres) : mes, tes, ses. 

2" Quand robjet appartient a plusieurs personnes en m6me 
temps : 

Singulier {des deux genres) : notre, votre, leur. 

Pluriel [des deux genres) : nos, vos, leurs. 

Mon, ton, son, — ma, ta, sa, — mes, tes, ses viennent respective- 
meiit des accusatifs latins meu77i (le mien), tiium (le tien), suum (le sien), 
non accentues; tandis que les formes accentuees ont servi a former le 
mien, le tien, le sien; la mienne, la tienne, la sienne; les miens, les tiens, 
les siens. 

Ix im nie : notre du latin nostrum (notre), — votre Ae\ostrum, forme 
;n liai(|ue de vestriim (votre), que Ton trouve dans le po6te Ennius. — 
Nos, vos viennent du latin nostras, vostros (pour vestros), par la reduction 
successive de nostros a nostrs, nots, noz et linalement nos, etc. 

Leur, qui dans le vieux francais est lor, vient du latin t7/orM(m)(d'eux) 
|tar la chute de il et par le changement de o en eit, qu'on retrouve dans 
\\()nncur de honorem, laheur de laborem, etc. Leur cJicval signifie 
(loiic etymologiqucinent le cheval d'eux ; aussi dans I'ancien francais ce mot 
i;lait-il invariable; on disait : leur freres, leur amis. 

Remarque. — 1" Mon, ton, son s'emploient au feminin, au 
lieu de ma, ta, .sa, devanl un mot qui comnrence par uue 
'' yelle ou une k ii,ueite : mon cirne, ton epee, son humeui . 

On emploie dans ce cas mon, fan, son pour ^viter le choc que produi- 
. ait la rencontre des deux voyelies si Ton disait ma dincrma 6pie, etc. 
'/ancien francais employait au contrai're mo/i pour le masculin "et ma 
•' mr le feminin, mais traitait ma, ta, sa comme nous traitons la, c'est-a- 
■ iic qn'il elidait Va et digait mdme, t'ipee, s'a7nie (pour ma «me, fa 
'pee, etc.), connne nous disons I'Ame, I'^pee, I'amie (pour la ame, la 
epee, la amiej.C'est vers le quatorzicuie siccle que cet usage de I'^lision 
lijl remplace par I'usage moderne qui substitua man, ton, son a ma, ta, 
sfi. — Mais une trace du vieux francais persiste encore dans I'expression 
ni'nmie (pour 7na amie], (|ui s'est plus tard corrompue en ma mie, d'ou 
t,i mie, sa mie, etc, qu'on retrouve dans nos vieilles chansons. 

2** Votre, vos s'emploient par respect au lieu de ton, ta, 
les. Ainsi I'on dit en s'adressant a une seule personne : votre 
clievai, votre chapeau ; vos cbevaux, vos cliapeaux. 



Hi DE LANECTIF. 



V. ADJECTIFS INDEFimS 



354. Les adjectifs ind6finis sont ceux qui marqutni vjue 
le nom est employe d'une maniere vague et generale. Ex. : 
ancune lettre nest arrivee; quelqne malheur nous menace. 

Ces adjectifs sont : ancnn, autre, certain, chaque, 
maint, meme, nnl, plusieurs, quelconque, quelque, tel, 
tout. 

Remarque. — Certain est adjeciif indefini quand il signific 
U7iy quelque, comme dans certain hommey certain renard 
gascon. — Lorsqu'il signifie sur, assure^ il est adjeciif quali- 
ficatif, comme dans /en suis certain. 



Aucun. Ce mot, qui s ecrivait alcun en ancien irancais, est un compose 
de alque, qui vieiit du latin aliquis (quclque). Alque est done I'equivaleiit 
de quelque, et alqun (alqu'un) lequivalent de quelqu'un. L'liistoire et 
letymologie d'aucun montrent que ce mot a un sens essentiellemenl 
affirmatif : Avet-vous enlendu aucun discours qui vous fit croire..,? — 
Phedre etait si succinct (\\i'aucuns I'en ont blame. (La Fontaine, Fables, 
VI, I.) — Aucun devient negatif quand il est accompagne de ne : i'en 
attendais trois, aucun ne vint. — Mais U ne faut pas perdre de vue qu'en 
lui-m6me et de sa nature awun est aflirmatif et signifie quelqu'un. 

Autre, en yieui fran^ais atfre, du latin alter. De mSme que eel avait 
pour cas complement cellui, nul, nullui, et cet, celtui, — autre avait pour 
cas complement aM^rwt fdu MinaUeri huic), qui veut dire proproment de 
I'autre, et qui par suite s'employait sans article dans notre ancieime 
langue : on disait le cheval autrui ou mieux Vautrui cheval (alterius 
'»quus), pour : le cheval d'un autre. Le Dictionnaire de I'Academie cite 
encore cette vieille formule de chancellerie : Sauf notre droit et tauirui 
(cest-a-dire celui d'autrui). 

Certaui est derive du latin certm (certain) a I'aide du suffixe ain. 

Ghaque a 9i6 tire de chacun par analogie de quelque qui existait a 
c6te de quelqu'un. Chacun vient du has latin cascunwn, alteration de 
quisque-unum, sous I'influence de cat-ununiy expression compos^e de la " 
proposition grecque cata, passOe en has latin. 



A.DJECTIFS IfTDl&FINlS. 17S 

Maint a une origine inconnue. On le rattache a la mSme racine que 
I'allemand manch et I'aiiglais many. 

Meme, anciennement mesme et meesme, est au 11" siecle medesme 
dans la Chanson de Roland, et medisme dans la Vie de saint Alexis, et 
vient comma ritalien medesimo (meme), du la tin melipsimu (m) contrac- 
tion de metipsissimu (m) que Ton retrouve aussi sous la forme ipsissi- 
musmet (dans Plaute), et qui signifie tout ^ fait lui-mime. 

Nul (du latin nullus] avail pour cas regime nullui, comme eel, cet, 
autre avait poui' cas complement cellui ; cettui, autrui. 

Plusieurs vient du latin plusioreg, comparatif barbare tire de plus, 
plures. 

Quelconque vient de gualemcungue. 

Quelque est compose de quel que. 

Tel est le latin tale (m). 

Tout vient de totu.(m). 



Fonctions de Tadjectif dans la proposition. — L'adjectif 
qaalificatif s'appelle ipithete quand il est joint au npm sans 
riiitermediaire d'un verbe; dans le cas contraire il s'appelle 
dllrihut.' Ainsi dans : Le vrai merile est modeste, vrai est une 
epilhete, modeste un attribut. 

Mais I'adjectif qualificatif peut etre employe comme nom et il 
remplit alors lee m^mes fonctions que le nom dans la proposition. 

Ex : Un sot trouve toujoiirs un plus sot qui I'admire {sot, adjectif 
employe comme nom, joue d'abord le role de sujet, puis de comple- 
ment d'objet direct). 

La main du riche doit etre secourable {riche, adjectif employe 
comme nom, est complement du nom. 

L'adjectif qualificatif peut aussi etre employe comme adverbe. • 
Ex. : chanter juste, parler haut, voir clair. U est alors comple- 
ment de circonstance. 

Les adjectifs autres que les adjectifs qualificatifs peuvent, quand 
ils sont employes comme noms, remplir les m^mes fonctions 
que le nom^ c'est-^-dire 6tre sujets, attributs, compl&mentSy etc. 



;x.: 



CHAPITRE IV 

DU PRONOM 

335. Le pronom est un mot qui designe, sans les nommer, 
une personne, un animal ou une chose. Dans cette phrase : 
Paul est espiegle, mais il deviendra r^auonnable, il, qu'or 
met a la place de Paul, est un pronom. 

Pronom vient du latin pronomen (qui se met k la place du nom). 

Le pronom prend le genre et le nombre du nom dont il 
tient la place. Ex. : Les hifondelles partent.; elles vont dans 
les pat/s chauds. 

Elles est du feminin et du pluriel, parce que hirondelles 
est du feminin et du pluriel. 

Voire maison est grande; la mienne est plus petite. 

La mienne est du feminin et du singulier comme le mot 
remplace : maison. 

II y a six sortes de pronoms : les pronoms personnels, 
demonstratifs, possessifs^ relatifs, interrogatifs et indefinis. 

Remarque. — Quand le pronom ne tient la place ni d'un 
nom masculin, ni d'un nom feminin, il est du neutre. 

SECTION I 

PR©N0MS PERSONNELS 

536. Les pronoms personnels sont ceux qui designent 
les personnes, en indiquant le role que ces personnes journi 
dans le discours. 

Dans cette phrase : « Je devine que tu viens de chez lui », 
on distingue trois personnages differenls : je. In et lui, qui 
so.it les trois acteurs de ce petit drame. Ces acteurs ont des 



PRONOMS PERSONNBLS. 17K 

rAles differents, que nous trouYons marques ici par trois mots 
distincts : le premier role [je) est celui de I'acteur qui parle 
de lui-meme; le second (tii), celui de I'acteur a qui Ton parle; 
le troisi^me (/mi) , celui de I'acteur dont on parle. 

Eivtermes de grammaire on appelle ces trois personnages, ou plutot 
ces trois roles, des personnes (du latin />er«on«, personnages dutheati^e) : 
ces trois personnes grammaticales sont representees par les pronoms 
personnels, qui designent les 6tres d'apres le rdle qu'ils jouent dans 
cette courte piece qu'on appelle une phrase. 

Les pronoms personnels sont : 

Singulier : 

1«» personne : Je, me, moi. 

2« — Tu, te, toi. 

3« — II, elle, lui, le, la, soi. 

Pluriel : 

l"* personne : Nous. 
2e _ Vous. 

S** — lis, elles, eux, les, leur. 

Des deux nombres : 

5« persoiine : Se, en, y. 

Tons ces pronoms viennent directemcnt du latin; les deux premieres 
personnes, des personnes correspondantes en laJLin; la troisieme personne 
a 6t6 empruntee aux pronoms demonstratifs latins. 

Je au 12» siecle jo, au 10* lo, au 9* tea et auss! eo dans les fametiv 
Sernients de Strasbourg de 842 (voyez Introduction, § 6), vient du latin 
ego (je). 

Moi, toi, soi viennent du latin me (moi), te (toi), se (soi), accentue. 

Nous, vous viennent des pronoms latins nos (nous), W5 (vous). 

Notre langue a emprunte sa 5" personne au pronom demonstratif latin 
accentue ille (celui-la), ilia (celle-la) : ille pass^ a illi sous Tinfluence de 
qui a donne il\ ilia a donne elle; — le pluriel illi a donn^ le vieiix 
francais il, auquel la langue moderne a ajoute un s, d'ou its; — elles 
vient de illas. 

Eux vient de illos accentu^, comme th^yeux de capt'Wo*. 

Me, te, se, viennent du latin me, te, se atones. 

Le, la, les viennent de illuija), itla[m), illos ou illas atones. 



I7fi I)ll PRONOM. 

Lui vient du datif tV/t, devenu Ului sous I'influence des datifs en wi, 
cui, etc. 
Leur vient de il lorum par la chute dela premiere syllabe non accentu^e. 

II faut remarquer que les pronoms personnels ont conserve trois des 
cas latins. 

Norainatif : je [ego], tu [tu), il [ille], elle [ilia). 

Accusatif : me, moi [me], te, toi [te], le [ilium), la [illam). 

Datif : me, moi [ttiihi), te, toi [tibi), lui (///i). 

Pourquoi me, moi, te, toi repr^sentent-ils egalement raccusatif me, 
te et le datif mihi, tibi? C'est que, d'apres les lois de la phonetique 
(voy. § 54), Ye de me et le premier i de mthi ont donn^ mei, puis moi, 
quand ils etaient accentues ; "mais quand ils etaient proclitiques, c'est-a- 
dire quand ils perdaient leur accent en s'appuyaut sur le mot suivant, 
e et I ont donne e : il me voit. II en est de meme pour te, toi; se, soi. 
Ces pronoms representent done a la fois I'accusatif et le datif latin : me, 
mihi; te, tibi; se, sibi. De la leur double emploi comme compfeiiient 
direct et comme complement indirect, sans le secours daucune prepo- 
sition : il me regarde; elle me j>arle; — regarde-moi, parle-moi. 

557. Remarques. — 1^ Les pronoms il, ils, eux, le, rern- 
placent les noms masculins; elle, elles, la, remplacent les 
noms feminins; les autres servent pour les deux genres. 

2° Nous avonsvu (§ 277) que le genre neulre avail disparu 
dans les noms; nous en retrouvons quelques traces dans 
les pronoms. Ainsi : 

II et le signifiant cela viennent du neutre latin illud et ne 
peuvent etre ni du masculin ni du feminin dans les phrases 
telles que : il est vrai; il est beau de mourir pour sa patrie; 
la France triomphera, je le prevois; etes-vous mere? je le 
suis; etc. Dans tous ces cas il et le sont du neutre. 

II en est de m^mede en ety dontilsera question plus loin. 

5" Nous s'emploie par£ois au lieu de je, soit comme marque 
d'autorite : Nous de'cretons; — soit dans le langage familier : 
On la reprimands souvent, mais nous sommes opinidtre. — 
Alors I'adjectif reste au singulier. 

¥ Vous s'emploie par politesse au lieu de tu, et Tadjectif 
reste au singulier : Paul, vous etes sage. 

L'emploi de nous et de vous au singulier est un usage qui a sans 
dpute pris naissance chez les empereurs romains, lorsqu'ils faisaient 
eemblant de prendre conseil du Benat et d'exprimer dans leur* 4dJt« 



{•RONOitS 1»liRS0NNELS. 17? 

tme volont6 collective. De la en franeais les expressions : tiouB, president 
de la Bepublique.... Noils, empereur, avons d^cr^ti..., et£. Au contraire 
un auteur qui veut eviter le moi, toujours odieux, comme I'a dit Pascal, 
ernploiera nous en parlant de lui-meme, par modestie. 

Vous, qu'on emploie par respect au lieu de iu, est au contraire souvent 
remplace par tu en poesie : 

Grand roi, cesse de vaincre ou je cesse d'dcrire. (Boileau.) 

Vu&^gedn vous etait autrefois bien plus repandu qu'aujourd'hui ; au dix- 
seplieme siecie on ne tuLoyail guere queses valets. C'est seuleinent depuis la 
revolution de 1789 que I'habitude de tutoyer ses familiers est devenue 
presque g6nerale. En revanche, on ne tutoie plus ses domestiques. 

5° Le, la, les pronoms ne doivent pas etre cotjfoHdus 
avec le, la, les articles. 

Le, la, les pronoms sont toujours places avant ou apres 
un verbe : Je te la donne, prends-la.. 

Le, la, les articles accompagnent toujours un nom : Ni 
Vor ni la grandeur ne nous rendent heureux. 

6» Leur est pronom lorsqu'il signifie k cux, a elles; iJ 
accoinpagne alors le verbe et ne prend jamais de s. Ex. : Je 
leur ai donne un livre. 

II est adjectif lorsqu'il signific d'eux, d'elles, et peut alors 
prendre la marque du pluriel : J'ai donne leurs livres a ces 
enfants. 

7° En est pronom lorsqu'il est mis pour de lui, d'eUe, 
d'eux, etc. Ex, : J'aime cet enfant et fen suis aime. 

Autrement \\ est adverbc : /en viens, — ou preposition : 
Je suis en France. 

8» y est pi'onom quand il signifie a cette chose, a ces 
choses, a cela. Ex. : V affaire est importante, fy donnerai 
tons nies soins. — Auti'ement il est adverbe : Tu y cours. 

On voit que en, y et leur sont de verjtables cas des pronoms, puisque 
rn remplace le genitit' latjn, et leur, y, le datif (voyez au § 355 ji'origine de 
Leur). Mais etymologiqucment ils sont adverbes. 

Ki, dans le vieux frangais ent, vient du latin inde (en, de la) comme 
ent de sub inde. 11 ne faut pas le confondre avec la preposition en, 
yient de in- 
vient de I'adverbe latin ibi (la). 
CODRS SirPEMiEnR. 12 



178 DU PRONOM. 

9° En, y peuvent 6tre aussi consideres comme du neutre, 
quand ils signifient de cela, a cela. Ex. : 
// vienty fen suis content; On me menace, /y songerai, 

10« Se, soi s'appelle aussi pronom reflechi, parce qu'il 
rappelle toujours le sujet de la proposition. Ex. : 

On a souvent besoin d'un plus petit que soi. (La Fontaine.) 

11" Pour donner plus de force a I'expression, on joint aux 
pronoms personnels Tadjectif meme; on a alors les pronoms 
composes : moi-meme, toi-meme, lui-meme, nous- 
memes, etc. Ex. : II a lu lui-meme ma lettre; je viendr 
moi-meme. 

Ces mots peuvent aussi s ecrire sans trait d'union : mot mime, tot 
mime, lui mime, etc. 

SECTION ir 

PRONOMS DEMONSTRATIFS 

358. Les pronoms d6monstratifs remplacent le nom en 
monlrant la personne ou la chose dont on parle. Ex. : Mon 
cheval est mains beau que celui-ci. 

Les pronoms demonstratifs sont : 

Singulier : Piuriel : 

Ge, celui, celle. Ceux, celles. 

En latin, de meme que les adjectifs possessifs et les pronoms possessifs 
ne font qu'un, il n'y a point de distinction entre I'adjectif demonstratif 
et le pronom : ille, par exemple, signifie a la fois cet et celm-ld. 

Ce est du neutre et ne s'applique qu'aux choses : Je ferai 
ce que voujs demandez; firai voir ce qui est arrive' (c'esl-a- 
dire la chose que vous demandez, etc.). 

Ce, dans notre vieille langue po, a I'origine igo, vient du latin ecce hoc 
(c'est cela). II ne feut pas confbndre ce mot avec I'adjectif demonstratif 
ce {ce cheval), qui a une autre origine, comme nous I'avons vu au § 352. 

Celui pent s'appliquer aux personnes et aux choses : Mon 
cheval est noir; celui de mon pere est blanc. 

Celui fait au feminin celle; le piuriel est ceux pour le mas-, 
culin, celies pour le feminin. 



PhoNOMS POSSESSli-S. 179 

Le pronom latin du masculin eccillu{m) (celui-la) donna le vieux fran- 
cais icel ; — le feminin eecilla{m) donna icelle ; — le plui^iel eccillo$ 
donna iceux. — Icel, qui a.vait pour regime icelui (de eccillui forn 
comme illut (voy. § 336), disparut au seizieme siecle. De meme que k 
se reduit a ci, icelle, icelui, iceux se reduisent a celle, celui, ceu.i 
La forme icelle a persiste neanmoins dans quelques formules de prort' 
dure. « Be ma cause et des fails renfermis en icelle », dit Racine d.itj 
les Plaideurs. 

339. En ajoutant a ces pronoms les adverbes ci et 14, on 
forme de nouveaux pronoms demonstratifs, qui sont ; 

Singulier : Pluriel : 

Masculin : Celui-ci, celui-\k, Ceux-cij ceux-la. 
. Feminin : Celle-cij celle-la.. Ce//es-ci, celleS'lk, 
Neutre : Ceci, cela. 

340. Remarque. — II ne faut pas confondre ce pronom et ce 
adjectif demonstralif. Ce est pronom et du neutre : 

1" Lorsqu'il est sujet d'un verbe. Ex. : Ce doit etre son 
frere. Est-ce lid? 

^'^ Lorsqu'il sert d'antecedent aux pronoms qui, que, quoi, 
dont. Ex. : J'irai voir ce qui est arrive-, je ferai ce que vous 
demandez. 

Mais, quand il se rapporte a un nom, ce est adjectif : ce 
livre, ce chapeau. 

On trouve un exemple des deux ce dans ce vers de La 
Fontaine : 

Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. 



SECTION III 

l>RONOMS P0SSESSIF3 

341 . Les pronoms possessifs reraplacent le nom en mar- 
quant la possession. Ex. : Ce livre est plus beau que le vOtre; 
ton cheval est plus noir que le sien., 

Les pronoms possessifs sont : 



IfiO bv pkONOtt. 

1^ Quand on parle d'un objet posgede par une seule per- 
Sonne : 

!'« pers. : le mien, la mienne, les miens, les miennes. 
2« — le tien, la tienne, les tiens, les tiennes. 
5e — le sien, la sienne, les siens, les siennes. 

2® Quand on parje d'un objet possede par plusienrs per- 
sonnes : 

1" pers. : le notre, la notre, les notres, les notres. 
2® — le vfitre, la votre,^ les v6tres, les votres. 
3« — le leur, la leur, les leurs, les leurs. 

342. Le \6tre, la votre, les votres s'emploLent par res- 
pect au lieu de le tien, les tiens. Ainsi Ton dit en s'adressant 
h une seule personne : fainie nion cheval, mais je prefere le 
votre ; j'aime men chevaux, main je prefere les votres. 

Mien, tien, sien vicnnent du latin meum, tuum, suum accentue. 

Au moyea age, lyiicn, tien, sien pouvaiejU etre employes coHinie 
adjcctif's : ie vieux francais disait indifFeremment mon frere, ton vfissal, 
ou le mien frere, le lien vassal. De cette regie, qui ne tarda point a dis- 
paraitre, il est reste quelques traces dans : un mien cousin (pour mon 
cousin), la maiion e4t tienne, le sien propre. 

Pourquoi cette difference d 'orthographe entre noire et Le ndtre, votre et 
le vdtrel Pourquoi, dans le premier cas, o est-il bref, tandis que dans le 
second il est long et surmonte d'un accent circonflexe? Le latin nostrum 
donna le vieux francais nostre, qui remplaca regulierement « par un 
accent circonflexe marquant I'allongement de lavoyelle, d'oii ndtre, comme 
teste, teste, tempeste, apostre, sont devenus t<^te, b^te,temp^te, apdtre. 
(D'apr^s Somaize, les precieuses demandaient d^ja en 1659 qu'on ^crivit 
n6lre au lieu de nostre.) 

M^ois quand nostrum ^tait employ^ comme proclitique, Yo etait atone 
et nt* aubissait pas d'allongement corapensatoire de la chute de s. Le 
prouom fut done long ; le ndtre, et I'adjectif bref notre pere. De meme 
pot* vdire et votre. 



PRONOMS RELATIF*. ^^^ 

SECTION IV 

PRONOMS RELATIPS 

T^h^'h. Les pronoms relatifs sont ceux qui unissent le nom 
oil le pronom dont ils tiennent la place avec le membre de 
pfirase qui les suit. Ex. : le c/i^we que fai vu Van dernier 
rs- niort; rhomme qui vint hier etait miserable, 

Qiiand nous disons : Le chSne que j'ai vu Van dernier est mort, 
Vhomme qui vint hier etait miserable, les mots qui, que nous Eivertis- 
sent que ce qui va suivre se rapporte a la personne ou a la chose dont 
on vient de parler et sont appel^s pronoms relatifs, parce qu'ils servent 
a marquer le rapport, la relation qui existe entre les deux membres de 
la phrasa. 

344. Le mot que le pronom relatif represente est appele son 
antecedent. Dans les exemples qui precedent, chine est 
I'antecedent de que^ homme est I'antecedent de qui. 

Le pronom relatif s'appeHe aussi conjonctif. Relatif vient de relativum 
(derive de relatum, supin de referre, rapporter) ; conjonctif \ient de con- 
junctivum (derive de conjungere, jungere cum, joindre avec). 

Le mot ant^cddent vient du latin aniecedentem (qui marche avant), parce 
que ce mot se place avant le pronom relatif. 

345. Les pronoms relatifs sont : qui, que, quoi, dont 

(invariables) — et lequel, qui varie en genre et en nom- 
bre : 

. Singulier Pluriel 

Masculin : Feminin : Masculin : F6minin : 

lequel, laquelle, lesquels, lesquelles. 

duquel, de laquelle, desquels, desquelles. 
auquel, k laquelle, auxquels, auxquelles. 

On pent joindre a ces pronoms I'adverbe ou, qui est consi- 
dere comrae pronom relatif quand il est precede d'un ante- 
cedent de lieu ou de tc^ps. 

Qui, que, quoi viennent respectivement du latin qui, quem, (^lid. 



ISf DU PRONOM. 

Dont vient du latin de undh (d'ou) : Undh donna ont, qui signifiait oU 
dans notre vieille langue : « Le chemin par ont (ou) Ton va ». — undb, 
joint a la proposition de, devint dont, qui en vieux frangais signifiait rf'ow : 
« II me demanda dont je venais ». Rabelais I'ecrivait tantfit dont,, tantdt 
d'ond : D'ond es-tu? Dont fut encore employe avec le sens de d'oit jusqu'a 
la fin du dix-huitiOme siecle : 

Rentre dans le n^ant dont je t'ai fait sortir. (Racine, Bajazet.) 
Ma vie est dans les camps dont voms m'avez tiri. (Voltaire.) 

Ou vient de ubi. Ainsi dont et ou, Otymologiquement, sont des adverbes. 

Lequel est compost de le et de quel, qui est le latin qualis. 

546. Regle. — Le pronom relatif est toujours du meme 
genre, du raeme nombre et de la merae personne que son ante- 
cedent. Ex. : Cest toi qui commandes, c est nona qui obeissons. 

L'accord etait plus raarquO en latin, grace aux differences de terminai- 
sons. Ex. : le pere qui, pater qui; la mere qui, mater quae; le temple qui, 
templum quod. 

547. Remarques. — \^ Qui, que, dont peuvent elre employ«'^s 
aux trois genres ; ainsi dans ce qui me deplait, cest laparessc, 
jene savais que dire ; rappelez-vous ce dont il sagit; ces pro- 
noms sont du neutre, comme leur antecedent ce. Quoi est tou- 
jours du neutre.. 

2« II ne faut pas confondre que pronom avec ^mc adverbe 
ou conjonction. 

Que est pronom lorsqu'il pent 6tre remplace par lequel, 
laquelle, lesquelles. Ex. : Void la rose que fai cvedlie 
(c'est-a-dire laquelle ]ai cueillie). 

II est adverbe lorsqu'il signifie combien : Que de belles roses 
fai ctieillies ! 

II est conjonction lorsqu'il ne signifie ni lequel, ni combien : 
Je crois que tu lis. Je pense que vous etes heureux. 

L'adverbe relatif ou sert a marquer le lieu et le temps. II 
ne se dit que des clioses et pent etre precede des prepositions 
par, de, jusqtie. 



PRONOMS INDf FINIS. 183 

SECTION V 

PRONOMS INTERROGATIFS 

348.. Les pronoms qui, que, quoi, lequel, servent egalemant 
h interroger ; on les appelle pronoms interrogatifs. Que et 
quoi sont alors du neutre. Ex. : Qui etes-vous ? — Que demandezr 
vous? — A quoi eteS'Vous bon? — Voici deux accuses^ 
lequel est coupahle? 

Remarque. — Les pronoms interrogatifs n'ont point A*ante- 
cedent. 

349. Outre les pronoms interrogatifs proprementdils, qui 
s'emploient seuls el .servent a remplacer le nom, ii existe un 
adjectif interrogatif, quel, qui s'emploie avec un nom ou 
un pronom. Ex. : Quel age avez-vous? — Quel est-il? — 
Quelles sont-elles? (Yoyez g 332 bis). 

Quel varie en genre et en nombre : 

Sing. masc. : quel. Plur. masc. : quels. 

Sing. fem. : quelle. Plur. feni. : quelles. 

Quel s'emploie aussi dans les exclamations : quelbonheur! quelle joie! 

SECTION VI 

PRONOMS INDEFINIS 

350. Les pronoms ind6finis sont ceux qui d^signent une 
personne ou une chose d'unemaniere vague, generate etinde- 
iinie. Ex. : Quelqu'un est venu. On wows Va dit. Respectez le 
bien ri'autrui. 

Ces pronoms sont : on (ou Ton), chacun, autrui, per- 
sonne, rien, quelqu'un, quiconque. Tun, Tautre. ~ 

Quelques grammairiens appellent on, personne, rien noms 
indefinis. Ces mots 6taient en effet, h I'origine, de veritables 
noms. 

Oo, cjui 6tait m ^puzi^me siScJe om, ij'est autre chose que le latin 



184 DU PRONOM. 

homo, et veut dire proprement un homme. a On lui am6ne son cheval », 
c'est-i-dire un homme lui amene son cheval. 

On etait done originairement uom, Voili pourquoi ce mot pent etre 
Dr6ced6 de I'article [Von). 

Pour I'origine de chacun, autrui, quelquhin, I'autre, voyez § 334. 

Personne viem du latin persona {r6\e, personnage). 

Rien, du latin rem, qui signifiait « chose », 6tait autrefois du f^minin. 

QtliCdtt^tle, du latin quieunqne, qui signifiait « tons ceux qui ». 

551. Remarques. — 1° Le mot personne est un pronom 
el du neutre lorsqu'il n'esl accompagne ni de I'article ni 
d'auciin adjectif. Ex. : Personne nest venu; personne a-t-il 
jamais parte comme vous ? 

Le mot personne est un nom et du feminin lorsqu'il est 
accompagne de I'articlo ou d'un adjectif. Ex. : Ces personnes 
aont ohligeanlefi. 

2« Le mot Hen est un pronom et du neutre lorsqu'il n'esl 
accompagne ni de I'article ni d'aucun adjectif : Je nai rien vu. 

Le mot rien est un nom et du masculin lorsqu'il est accom- 
pagne de I'article ou d'un adjectif. Ex. : Un songe, un rien, 
tout lui fait peur. 

352. Quelques adjectif s inde finis peuvent s'employer sans 
etre suivis d'un nom et devienn^t alors pronoms inde finis. 
Ex. : Nul n'est irreprochable ; plitsieurs ont pleur6 ; tout est 
perdu, etc. 

Ces adjectifs sont : autre, nul, tel, tout, certain, plu- 
sieurs, aucun, etc. 

lo Autre est pronom lorsqu'il n'est accompagn^ ni d'un 
nom, ni de I'article un. Ex. : Beaucoup d'autres I'ont fait. 
Dans le cas contraire, il est adjectif. Ex. : Autres temps, 
autres masufs. 

2° Les mots run et Tautre places devant un nom sont 
adjectifs et s'accordent avec le nom. fai parcouru Tune et 
I'autre region. Employes seuls, ils sont pronoms. Ex. : Its 
iont lombe's I'Un et l*autr*e. 

3« Nul est pronom lorsqu'il n'est pas accompagne d'un 



PRONOMS INDiSfINIS. 185 

substantif. Alors il a la meme signification que le mot per 
Sonne, et n'est d'usage qu'au masculin singulier. Ex, : Nul 
nest content de son sort. 

Joint a un nom, il est adjectif et s'accorde avec ce nom. 
Ex. : Vhomme ne trouve nulle part son bonheur ici-bas. 

4° Tel employe comme pronom a le sens de celui et ne 
se dit pas au pluriel. Ex. : 

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. (Racine.) 

5'* Tout employe comme pronom est toujours du mascu- 
lin ou du neutre, quand le genre n'est pas determine par un 
nom. Ex. : Tout langidtj touts alter e. — Affable k tous ave^ 
dignite. (Bossuet.) 

B'* Certain est pronom indefini au pluriel quand il signifie 
quelques-uns.^\. \ CQVtdlTisVaffirment, 



Fonctions du pronom dans la proposition. — Le pronom 

a les m^mes fonctions que le nom, c'est-^-dire qu'il peut 6tre : 
sujetf attributf complement, etc. II faut remarquer cependant que : 

1° Les pronoms }e, tu, il, Us, on, nul, s'emploient seulement 
comme sujets : ce sent les cas sujets. 

2° Les pronoms me, te, se, en, lew, y, dont, autriii, s'emploient 
seulement comme complements: ce sont les cas complements. 

Enfm les pronoms sont parfois expletifs^ c'est-a-dire inutiles au 
sens. Ainsi vous est expletif dans : // vous prend sa cognee, il vous 
tranche la bite, — Y est expletif dans : 11 n*j voit pas, etc. 

Pour les cas sujels, compliments directs et complements indtrecti des 
pronoms personnels, wyez § 530, page 176. 



CHAPITRE V 

DU VERBE 

353. Le verbe estun mot qui exprime que Ton est ou que 
Ton fait quelque chose : Le cheval est utile; le loup mange 
Vagneau, 

Verbe est tir5 du latin verbum (le mot) ; c'est en effet le mot par excel- 
lence, celui qui est le terme essentiel de la proposition. 

Dans cette phrase : Le cheval est utile, le mot est, qui attribue au 
cheval la qualite d'utile, s'appelle verbe ; — le mot utile, qui exprime la 
qualite attribuee au cheval, s'appelle attribut ; enfm le cheval^ qui pos- 
s6de la qualite marquee par I'attribut, est appele sujet. 

Dans cette phrase : Le loup mange Vagneau, le mot mange, qui 
indique Taction de mangrer accomplie par le loup, s'appelle verbe; le 
mot loup^ qui indique celui qui fait Taction de mauger, s'appelle sujet 
du verbe; le mot agneau, qui indique celui qui supporte cette action, 
s'appelle complement du verbe. 

Uemarque. — On considere comme locutions verbales les expressions 
comme avoir faim, avoir soif^ avoir peur, avoir soin, avoir droit, prendre 
part, chercher querelle, faire grdce, rendre comple, tenir tSte, faire 
face, se faire fort, etc. 

On considere aussi comme locutions verbales les expressions formees 
de deux verbes dont le premier est employe comme auxiliaire de Tinfi- 
nitif. Ex. : Je dois partir, je vais icrire, il laiise tomber, il fait venir^ 
il vient de sortir, etc. (Voir § 365 bis). 

354. Le sujet indique I'etre qui estou qui fait quelque chose. 
Le sujet repond a la question : qui est-ce qui? pour les etres animes, 

et qu est-ce qui? pour les choses. Ex. : Le loup mange I' agneau; le soleil 
iclaire la terre. 

Qui est-ce qui mange? le loup. — Loup est sujet. 

Qu'est-rce qui iclaire? le soleil. — Soleil est sujet. 

355. L'attribut du sujet indique la maniere dont le sujet 
est ou fait quelque chose. 

556. Le compl6ment du verbe complMe I'id^ exprimee 
par le •verbe. 

Ainsi le mot agneau est dit complement du verbe parce qu'il com- 
plete, qu'il acheve d'exprimer Tid^e commenc^e par le verbe mange, en 
indiquant quel animal le loup a mang^. 



DC VERBE. 1S7 

557. Le complement du verbe, consid^re au point de vue de 
la forme, est direct ou indirect. 

Le complement direct est celui qui complete la significa- 
tion du verbe directement, c'est-i-dire sans le secours d'un 
autre mot. Ex. : // aime son p6re. Certains oiseaux e'migrent 
I'hiver. 

Le complement indirect est celui qui complete la signi- 
fication du verbe par un moyen indirect^ c'est-a-dire avec le 
secours d'une preposition. Ex. : // obeit k son pfere. Certaim 
oiseaux emigrenl en hiver. 

557 bis. Le complement du verbe, considere au point de 
vue du sensy est compl6ment d'objet ou compl6ment de 
circonstance. 

Lecompl6ment d'objet designe la personne oula chosesur 
laquelle s'exerce necessairement Taction marquee par le verbe 
transitif. Ex. : // aime son p6re. // obeit k son p6re. 

Le complement de circonstance complete la signification 
du verbe en y ajoutant quelque circonstance de maniere, de 
temps, de lieuy etc. Ex. : // obeit a sonpere avec plaisir. // 
passe ses vacances en Angleterre. 

Le complement du verbe pent etre un nom, un pronom, 
un infinitif ou une autre proposition. Ex. : // aime les en- 
fants : il les instruit; il veut leur plaire et desire que ses 
logons soient agr6ables. 

558. 11 faut considerer dans les vBrbes : le nombre, la 
personne, le mode, le temps, Vauj^iliaire et la conjugaison. 



\° Nombre. 

559. Les verbes, comme les noms, ont deux nombres : 1« 
singulier quand il s'agit d'un seul : je marche, tu lis, il 
mange; le pluriel quand il s'agit de plusieurs : nous lisonsi 
vous marchez, ils finissent. 



4«8 DU VERBE. 



2» Personnes. 



560. L'action qu'exprime le verbe peut ^tre faite soil par la 
personne qui parle : je marches nous marchons; soil par la 
personne a qui Ton parle : tu marches, vous marchez; soit 
par la personne dont on parle : il lit, ils marchent. 

On voit que ces changements de personnes sont marques par 
des terminaisons diff^rentes. 



5" Modes. 

561. Le mode est la maniere dont le verbe pr^sente I'etat 
ou Taction qu'il exprime. 

Mode est le mot latin modus (maniere). 

II y a six modes en fran^ais : I'indicatif, le conditionnel, 
rimp6ratif, le subjonctif, rinfinitif et le participe. 

I'' Le mode indicatif indique simplemenl que Taction a, 
aura ou a eu lieu : Je marche, tu liras, il rompit. 

2« Le mode conditionnel indique que Taction aurait lieu 
si une certaine condition etait remplie : Je sortirais sil fai- 
sait beau. 

3" Le mode imp6ratif s'emploie pour exprimer le com- 
mandement : Marchez, lisons. 

4« Le mode subjonctif presente Taction d'une maniere dou- 
teuse, parce qu'elle depend toujours d'une autre action : 
Je veux que tu viennes. Que tu viennes depend du verbe je 
veux. 

5° Le mode infinitif presente simplement Taction d'une 
maniere vague, indefinie, sans distinction de nombres ni de 
personnes : Lire, faire, remplir. 

Q^ he mode participe tient a la fois du verbe et de Tadjec- 
tif : aimant, aim^, lisant, lu. 



MODES. TEMPS. 189 

Remarque. — Le mode infinitif et le mode pcirticipe, qui 
nindiquent point lespersonnes par des terminaisons, sontdits 
modes impersonnels ; les autres modes, qui indiquent les 
personneSy sont dits modes personnels . 

Nos diCKrents modes nous viennent du latin, k I'eKception du eondi- 
tionnel, qui a ^te er^6 par le francais. Ce mode ^tait remplac^ en latii 
par le present ou I'imparfait du subjonctif. Les Romains confondaieiU 
a la fois, dans amem, que j'aime et j'aimerais, et, dans amarern.) que 
faimasse et j'aimerais. 

A" Temps. 

562. Le temps est la serie des formes que prend le verbe 
pour marquer k quel moment se fait la chose dont on parle. 

Les modes, leg nombres et les persofines nous ont appris comment et 
par qui I'actioji est faite; il resle k savoir jians quel temps, a quel jno- 
ment elle a lieu. Chacune des epoques diff6rentes a laquelle Taction a ete 
f.ute est marquee en frangais par une forme particuliere du verbe, que 
I'on nomme temps. 

11 y a trois temps principaux : le pre&ent^ le pm^e et le 
fnlur. 

Le present marque que Taction se fait au moment ou Ton 
parle, comme je marche; le pass6 marque que Taction a 6t6 
faite, comme j'al march6; le futur, que Taction se fera, 
comme je marcherai. 

11 n'y a quun ^q\x\ present, mais il y a plusieurs passes et 
plusieurs futurs, parce que toute action pent se placer a dif- 
ferents moments dans le pass^ ou dans le futur. 

363. On distingue cinq sortee de panes : Timparfalt, le 
pa6s6 simple, le passd compost, le pass^ ant^rieur et le 
plus-que-parfait. 

4» L'imparfait exprime une action actuellement pass^e, 
mais qui ne Tetait pas encore quand une autre s'est faite : Je 
lisais quand vous eles entre. 

2« Le pass6 simple exprime une action faite h une epoque 



190 DiJ VERBE. 

d6tefmin6e, defime, completement passee au moment ou I'on 
parle : Je lus hier loute la journee. 

5° Le pass6 compos6 exprime une action faite k une 6po- 
que vague, indeflnie : J'ai tu ce livre autrefois. 

L'imperatif passe indique qu'une action doit 6tre accomplie avant 
un temps d6termine : ayezfini dans une heure; ayons tout r^gld avant 
quatre heures. 

¥ Le pass6 ant6rieur exprime une action faite immedia- 
tement avant une autre ^galement passee : Quand j'eus lu ce 
livre, je sortis. 

S^* Le plus-que-parfait exprime une action faite avant une 
autre egalement passee : J'avais lu ce livre quand je 
sortis. 

Le latin n'avait que trois passes ou parfaits : Timparfait, legebam ; le 
parfait, legi; et le plus-que-parfait, legeram-y legi voulait dire a la fois ; 
je lus, i'ai lu et j'cw* lu. 

364. On distingue deux sortes de futurs : le futur simple 
et le futur aiit6rieur. 

1° Le futur simple marque simplement que I'actioR se 
fera : Je lirai ce livre. 

2*^ Le futur ant6rieur marque que Taction se fera avant 
une^ autre qui est a faire : J'aurai lu ce livre quand vous 
viendrez. 

b* Auxiiiaires. 

565. On appelle auxiliaired l«s verbes elre et avoir, lors- 
qu'ils aident k conjuguer les autres verbes : Je suis venu, j'ai 
dormi. 

On appelle temps simples les temps conjugues sans auxi- 
liaire : Taime, faimai&, que f aim e* 
On appelle temps composes les temps conjugues avec 



AUXILI AIRES. 191 

I'auxiliaire etre ou avoir : J'ai aime, j'aurais aime\ je serais 
aime. 

Anxiliaire signifie proprement « celui qui aide ». Les verbes auxi- 
liaires aident en effet les autres verbes a parfaire certains temps ou 
certains modes, qu'ils ne pourraient former a eux seuls par une simple 
modification du radical. 

tltre et avoir sont les deux verbes auxiliaires dont I'emploi est le plus 
frequent en frafi^ais. 

Mais, en devenant auxiliaires, ces deux verbes perdent toute significa- 
tion propre, toute valeur temporelle, et ne marquent plus que les cir- 
constances de mode, de nombre et de personne. lis ne jouent plus que le 
role des desinences dans les temps simples et font corps avec le parti- 
cipe. 

|»(ous avons dit qu'ils no conservaient rien de leur valeur temporelle ; 
il suffit en effet de comparer « j'ai » et « j'ai aime », « je suis » et a je 
suis tombe », pour constater que j'ai etje suis ne designent pas, comme 
auxiliaires, le meme temps que lorsqu'ils sont employes d'une maniere 
absolue. Dans ces exemples : « j'ai aime, je suis tombe », I'idee de 
temps est representee par le participe. Cette remarque ne s'applique pas 
a la forme passive, oil le verbe ^h-e est conjugue en entier, accompagne 
seulcment d'un participe passe qui jouc le role d'un adjectif. 

L'auxiliaire avoir est specialement affecte en frangais a la 
conjugaison des temps composes de la forme active ; l'auxiliaire 
etre, a celle des temps de la forme passive. 

les verbes a la forme pronominale, qui ont en quelque 
sorte un role actif et passif, puisque le m^me sujet y fait et y 
subit Taction, forment toujours leurs temps composes avec 
Tauxiliaire etrey tout en gardant la signification active : Je me 
suis promene. 

Gesrtains verbes peuvent exprimer un acte ou un etat; s'ils 
expriment un acte, leurs temps composes se conjuguent avec 
l'auxiliaire avoir : J'ai couru; — s'ils expriment un ^tat, ils 
prennente^re : Je suis arrive. 

365 bis. On peut considerer comme auxiliaires secondaires 
certains verbes tels que devoir, aUer, venir de, faire, dans 
ces locutions verbales : // devait ecrire ce matin ; je vais 
sortir; it vient de parler; je lui fais faire son devoir. 

G'est grace aux deux premiers que nous avons un infmitif 



1^2 btl VlSRfiE. 

et uh participe faturs : devoir sortir, allanl sorlir, etc. Venir 
forme une sorte de passe recent : Je viens cCarriver, 

6° Conjugaispn. 

566. La reunion de tous les temps d'un m^me verbe, a tous 
\eurs nombres et a toutes leurs personnes, s'appelle conju- 
gaison. 

567, Au pointdevuedelaconjugaison on repartit les verbes 
de forme active en trois groupes. 

Le premier grouse comprend les verbes qui ont I'indicatif 
present termine par e et I'infinitif present par er (aimery 
chanter y etc.). 

Les verbes en er viennent de la conjugaieon latine en are : am are, 
cant Sire, port are, sont devenus aimer, chanter, porter, par le change- 
ment r^gulier de a latin tonique en e, comme dans mort e /, de tnort a U9; 
nez, de 71 ASUS, etc. (Voyez § 50.) Depuis le quinzi6me siecle les savants 
y ont introduit des verbes en ere, qui auraient du figurer dans les verbes 
en oir (comme on le verra ci-dessous), tels que absorber, de ab^sorbere; 
prohibev, de prohibhre, etc. 

Le deuxieme groupe comprend les verbes a Finfmitif en ir 
qui ont rindicatif present termini par is et le participe pre- 
sent en issant (finir, grandir^ etc). ' 

Le troisieme groupe comprend tous les autres verbes, c'est- 
li-dire : 

1" Les verbes en ir ayec le participe present- en ant 
comme sentir^ sentant. 

Nous renvoyonsauxparticularitesdes verbes,,page 234, pour les verbes 
en i'T qui forjijent le participe present san^ intercaler Ja particule U9. 

La conjugaison en ir avec I'imparfait en issais a ete forg6e par le 

francais k I'aide des verbes latins de la troisieme coiijugaison en acere, 

teis que gemUcere, florescere (qui marquent I'pijginentation graduelle 

de Taction, comme durescere, durcir de plus en plus), et qui font au 

present gemisco {je gemis), floresco [je /lor is). Le francais a pris cette 

terminaison sco (qui nous a donne z&\ par suite de ce besoin de ren- 

\ forcer les formes trop courtes du latin classique et de eette tendance a 

' I'allongement que nous avons souvent signal^ et I'a appliquee a des 

verbes en i. De la cette forme ise que J'on retrouve »UK tejnps simples de 

toutc cette eonjugaison {flruriffions, fleu/r'mgaU, fleuris$e, fleurissant). 

Ceile syjlabe iss a ^te appelee inchoative, du latin inchvare, commeijcer; 

♦ de la le nom d'inchoaiif donne quelquefois aux verbes qui prennent eet 

ailongeraent. Mais le francais, qui avait pris a ces verbes la forrae escOy 



CONJUGAISON. - IBS 

{SCO, rejeta d'aUlre part leur infinitif escere et lui prefera rinfinitif en 
Ire de la 4' coiijugaison latinc : aiiisi s'est formee cette conjugaison 
hybride, dont rinfinitif est emprante a la quatrieme conjugaison latine 
et les autres temps simples a la troisieme. 

Les verbes en iV, avec parlicipe present en ant, reproduisent la conju- 
gaison latine reguliere en ire: venire, venir; v^nio, je viens, etc. 

2« Les verbes en oivy comme recevoir. 

Les verbes a infinitif en oir viennent de la deuxieme conjugaison 
latine, en ere : deb ere, habere, sont devenus devoir et avoir par le 
cliangement regulier de e lalin en oi; comme dans roi de regem, lot de 
legem, totle detela, etc. (Voyez §54.) 

3° Les verbes en re, comme entendre. 

Les verbes a infinitif en re viennent de la troisieme conjugaison 
latine, en ire : suivant la regie de I'accent latin (voy. § 115}, difendere 
s'est contracte en defind're, d'oii defendre; et par suite" ere s'est reduit a 
re en francais. 

367 his. Le francais comprend (si Ton prend pour base le 
Dictionnaire de I'Academie) environ 4000 verbes simples 
(nous laissons decote les composes), donl : 3600 se lerminent 
en er, — 330 en ir (parlicipe present en issant), — 28 en ir 
(participe present en ant), — 17 verbes en oir, — et 50 ver- 
bes en re. Les verbes en er comprennent done, a eux seuls, 
les quatre cinquiemes des verbes frangais. 

Comme on I'a vu (g 142), notre langue cree des verbes nou- 
veaux a I'aide des noms et des adjectifs, en ajoutant aux pre- 
miers la terminaison er : fete, feter, — gant, ganter, — 
lard^ larder, — camp, camper ; — en ajoutant aux seconds la 
terminaison ir : maigre, maigriv, — cher, cheriv, — hleUj 
bleuir, — pale, pdlir. Les verbes en er s'augmentent de& 
verbes nouveaux formes avec les noms ; les verbes en ir, des 
verbes nouveaux formes avec les adjectifs; les conjugaisons en 
eret en ir (lYpefinir) sont done des conjugaisons vivantes, puis- 
qu'ellesservent encore chaquejour a de nouvelles formations, 

Les verbes a infmilif en oir et en re (et les verbes en fr^ 
comme senlir) sont au contraire incapables de s'augmenter 
de verbes nouveaux, et, depuis I'origine de la langue, le frarh 

COURS SCPERIEun. '' 13 ^ • 



'iU m VERBS . 

(?a»« n'a pas ajoute uii seal verbe en ir (participe present 
on ant), en oir ou en re au petit nombre de ceux que le 
latin lui avait legii6s. Ce3 conjugaisons, qui sont restees 
steriles, peuvaflt ^ ijan droit etre appelees des conjugaisons 
mortes. 

Cette simple distinction des conjugaisons en mortes et en 
vivantes nous explique aussit6t pourquoi 3900 verbes frani^ais 
(sur 4000) soot Qn er et eji ir (type finir)y tandis qu'il n'y a 
guere quune centaine de verbes en ir (part. pres. en anl)^ 
en oir et en re, 

"=■ SECTION I 

VERBES AUKILIAIRES 

568. Avoir et etre ne sont auxiliaires que lorsqu'ils servent 
a conjugucr un autre verbe, c est-^ dire quand ils sont suivis 
d'uR participe passe ; on n^ peut leur donper ce nom lorsqu'ils 
sont employes seuls, comme dans : J'ai un chevai, je suUpau- 
vre. Avoir est alors un verbe transilif, et etr0 est le verbt 
intrdnsitif. (Voyez plus loin § 373-576.) 

369. GO.NJUGAISON DU VERBE AUXILIAIRE AVOIR 





INDICATIF. 


PPESENT. 


PASSL COMPOBE. 


Jai. 


J'ai e«. 


Tm as. 


Tu as eu. 


tl ou eilfi a. 


Jl on elle a eu. 


Nous avons. 


?(Ovs avons eu. 


Yous avez, 


Vous avez eu. 


lis ou elles ont. 


Ils ou elles ont eu. 


IMPARFAIT. 


PLUS-QUE-PARFAIT. 


fftVUis. 


J'avais eu. 


fu avajg. 


Tu avals eu. 


11 ou elle avait. 


n ou elle avait eu. 


Nous avions. 


Nous avions eu. 


Vous aviez. 


Yous aviez eu. 


4^^ QU eUes ayaient. 


Us ou elles avaient eu. 



VERBE3 4UXILUIRES. 



im 



PASSK SIMPLE. 


PASSE. AiNTERIEITR. 


J'eus. 


J'eus eu. 


Tu eus. 


Til eus eu. 


11 ou elle eut. 


11 ou elle eut eu. 


Nous eumes. 


Nous eiimes eu. 


Yous eutes. 


Vous eutes eu. 


lis ou elles eurent. 


lis ou elles eurent eu. > 


FUTUR, 


FUTDR ANT^RIEUR. 


J'aurai. 


J'purai eu. 


Tu auras. 


Tu auras eu. i 


11 ou elle aura. 


11 ou elle aura eu. ^ 


Nous aurons. 


Nous aurons evu 


Vous aurcz. 


Vous aurez eu. 


lis ou elles auront. 


lis ou elles auront eu. 




CONDITIONNEL. 


PR]£SEST- 


PASSE. 


J'aurais. - 


J'aurais eu om j'eusse eu. 


Tu aurais. 


Tu aurais eu ou tu eusses eu. 


11 ou elle aurait. 


11 ou elle aurait eu ou il ou elle eiit eu. 


Nous aurions. 


Nous aurions eu ou nous eussions eu. 


Vous auriez. 


Vous auriez eu ou vous eussiez eu. 


lis ou elles auraicnt. 


lis ou elles auraient eu ou ils mi elles 




eussent cu. 




IMPERATIF. 


PRESENT 


PASSK. 


Aie. 


Aie eu. 


Ayons. 


Ayons eu. 


Ayez. 


Ayez eu. 



PB^SCMT. 

Que j>ie. 

Que tu aies. 

Qu'il ou qu'elle ait, 

Que nous ayojis. 

Que vous ayez. 

Qu'ils ou qu'elles aient. 

IMPARFAIT. 

Que j'eusse. 

Que tu eusses. 

Qu'il ou qu'elle eut. 

Qup iipus eussions. 

Que vous eussiez. 

Qu'ils ou qu'elles eussent. 



SUBJONCTIF. 

PASSK. 

Que j'aie eu- 

Que lu aies eu- 

Qu'jl ou qu'elle ait eu. 

Que nous ayons eu. 

Que vous ayez'eu. 

Qu'ils ou qu'elles aicnt'eu. 

PLUS-QUE-PARFAIl. 

Que j'eusse eu. 

Que tu eusses eu. 

Qu'il ou qu'elle eut eu. 

Que nous eussjons eu. 

Que vous eqssie? eu. 

Qu'ils ou qu'elles eussent eu. 



*M DU VERBE. 

INFINITIF. 

PRESENT. PASSE. 

Avoir. Avoir eu. 

PARTICIPE. 

PRESENT. PASSE. 

Ayant. Ayant eu. 

PARTICIPE PASSE PASSIF. 

Eu; femin., cue. 

370. Histoire et origine des dilF6rents temps du verba AVOIR. 

Observations generales. Vh initial d'habere (avoir) a disjiaru dans le 
verbe frangais, comme dans oi^ge de /iordeum, on de hottio, or de 
hora, etc. Le b latin est devenu v : ha6ere= avoir, ha&ebam =:auais, 
comme dans : prouuer (pro&are), couwer (curare), fewe (fa6a), clieyal 
{ca/> alius), etc. 

I. Infinitif present. Avoir, vieux francais aveir, du latin habere. 

II. Participe present. Ayant, forme refaitc sur le subjonctif que j'aie. 

III. Participe passe. Eu. Dans rancien francais eii, aix ou aixt, et au 
!!• siccle avut, du latin habUu[\r\) dcvcim habulu[m) dans la langue 
vulgaire. 

IV. Indicatif present. Du temps corrc.^pondant en latin : ai (habeo), — 
as (habes), — a, ancien francais al (liabct : le < de I'ancien francais est 
^tymologique), — avons^, — avez (habelis), — ont (habent). 

V. I.MPARFA1T. Du temps correspondant en latin : avais, vieux francais 
avois, plus anciennement avoie-ei primitivement ateie (habebam : I'an- 
cienne langue, toujours fidele a I'^tymologie latine, n'avait point d's a la 
premiere personne), — avais (habebas), — avail (habdbat), — avions, 

— aviez (habebatis), — avaient (hab^bant). 

VI. Passe simple. Du temps correspondant en latin ; cms, ancien fran- 
cais eu (habui), — eus (habuisti), — eui (habuit), — etimes fhajbjuimus), 

— etiles, ancien francais eustes (ha[b]uistis), — eurent (ha[b]uerunt). 

VII. FcTUR. Aurai, en vieux francais avrai, au 12« siccle averai, — qui 
est compost de linfinitif aver et de I'auxiliaire ai, — reproduit haberc- 
liabeo. (Voyez t^ 390.) 

VIII. Subjonctif present. Du temps correspondant en latin : aie (ha- 
beam), — aies (habeas), — ait (habeat), — ayons, — ayez (ha[b]eatis), 

— aient (habeant). 

IX. Imparfait. Du plus-que-parfait latin : eusse (ha[b]uissem), — eusses 
(hafbjiiisses), — eUt, ancien francais eust, aixst (ha|b]uisset), — eussions 
(ha[b]uissemus), — eussiez (habuissetis), — eussent (ha[b]uissent). 

1. Presque toutes les premieres personnes du pluriel des verbes francais sent 
terminees en ons, forme que Ton fait venir d'ordinaire de utnus. Cette terminai- 
son emprunt^e k sumus aurait ^U introduite presque partout au lieu de amiM, 
emus, imu$. 



VERBES AUXILIAIRES. 



197 



571. U)NJUGAISON DU VERBE AUXILIAIRE ETRE 



INDICATIF. 



PRESENT. 

Je suis. 

Tues. 

II ou elle est. 

Nous sommes. 

Vous 6tes. 

lis ou elles sont. 



J'etais. 

Tu etais. 

II ou elle etait. 

Nous 6tions. 

Vous etiez. 

lis ou elles ^taient. 

PASSE SIMPLE. 

Je fus. 

Tu fus. 

II ou elle fut. 

Nous fumes. 

Vous fiites. 

lis ou elles furent. 

FUTUR. 

Je serai. 

Tu seras. 

II ou elle sera. 

Nous serous. 

Vous serez. 

Us ou elles seront. 



PASSE COMPOSE. 



J'ai 616. 

Tu as 6t6. 

II ou elle a et6. 

Nous avons et6. 

Vous avez ete. 

Us ou elles ont 6t6. 

PLUS-QUE-PARFAIT, 

J'avais 6t6. _ 

Tu avals 6t6. 

U ou elle avail 6t6. 

Nous avions 6te. 

Vous aviez ete. 

Us ou elles avaient 6(6. 

PASSjg ANT^HIECR 

J'eus 6t6. 

Tu eus 6t6. 

U ou elle eut 6t6. 

Nous eumes 6t6. 

Vous eutes ct6. 

lis ou elles eurent 6t6. 

FUTUR ANTERIEUR. 

J'aurai 6 16. 

Tu auras ete. 

U ou elle aura 6t6. 

Nous aurons 616. 

Vous aurez ete. 

Us ou elles auront 6t6. 



PRESENT. 

Je serais. 

Tu serais. 

U ou elle serait. 

Nous serious. 

Vous seriez. 

Us ou elles seraient. 



I 



CONDITIONNEL. 

■* PASSE. 

J'aurais ete ou j'eusse 6t6. 
Tu aurais ete ou tu eusses 6t6. 
UoM elle aurait ete owilow elle eiit ete. 
Nous aurions ete ou nous eussions 6te. 
Vous auriez ete ou vous eussiez 616. 
Us ou elles auraient eteow ils ou elles 
eussent 6te. 



«98 




'■ 


DU 


VERBE. 










IMPJ^RATIF. 






• 


PRESENT. 


Aie 6t6. 

'Ayons 616. 
Ayez ete. 

SUBJONCTIF. 


P^SSli. 


Sois. 




Soyons. 
Soyez. 


1 












PR^SEAT. 






PASSl^. 


Que je sois. 

Que tu sois. 

Qu'il ou qu'eile soit. 

Que nous soyons. 

Que vous soyez. 

Qu'ils ou qu'elles soient. 




Que j'aie 6te. 
Que tu aies et» 
Qu'il ou qu'elle ait et6. 
Que nous ayons et6. 
Que vous ayez et6. 
. Qu'ils ou qu'elles aient et6. 






IMPARFAIT. 




PLUSH 


3UE-PARFAIT. 



Que je fusse. i 

Que tu fusses. 

Qu'il ou qu'elle fut. 

Que nous fussions. 

Que vous fussiez. 

Qu'ils ou qu'elles fussent. 



Que j'eusse ete. 
Que tu eusses ete. 
Qu'il ou qu'elle eut 6t6. 
Que nous eussions ete. 
Que vous eussiez ete. 
Qu'ils ou qu'elles eussent 6i^ 



mFINlTIF. 



PRESENT. 



PA93E. 



fitre. 



Avoir 6t6. 



PR]£SENT. 



Etnnt 



PARTICIPE. 

Ayant et6. 

PARTICIPE PASSE INVARIABLE. 

tie. 



PASS^. 



372. Histoire et origine des diff^rents temps du verbe £TRE. 

I. Infinitif. Le verbe esse etaft defectif en latin, et il empruntait six 
temps (fui^ fueram, fuero, fueritrii fuissem, f'orem) a I'inusite fuere. Eft 
iran§ais, le verbe itre est compose! de trois verbes differents-j \° fuoi qiii 
a donne le passe simple /"i^s (fui),etle subjonctif /"wsse (fuissem) ; 'i" stare. 



YBHBBS AUXILIAIRES. 199 

qui a donne le participe present itaut, le participe passe etc, vieux 
francais este (statu(ra)) et I'imparfait itais (vieux francais esloie, latin vul- 
gaire* isteba[m) pour stahaM)\ 3» M«^, qui a fourni tous les autres 
temps, et en particulier I'infinitif present etre, en vieux francais estre, 
Aux verbea defectifs tels que tklle, posse, offence, in/'erre, esse, qui 
etaient trop courts pour donner des infinitifs francais, le latin vulgaire 
ajouta la desinence re et les assimila faussement aux verbes de la 
deuxieme conjugaison. C'est ainsi que des le & siecle ott trouve dans les 
textes merovingiens volere (pour i)elle), potere (pour posse), offeHrc 
(pour offerre), essere (pour esse). Essere, etant accentue essere, se con- 
tracts, sUivanl la regie, en ess' re-, sr donnatit slr^ ess re dfevint successi- 
vement cslre, puis i'tre. Essere a dorine 6lre, comme pascere a donn6 
paitre. 

II. Participe present : Etant. II est d^riv^ rdgulierement de stahte{m), 
participe present de stare. 

III. Participe PASsfi, StS, ert ancien f ratttii^ eHi,d\i hlih stdtu{Tti). U 
faut remarquer que stare avait produit le verbe francais eiler, qui s'est 
conserve jusqu'u nos jours dans la langue juridique : La femme ne peut 
ester en jugement sans I'autorisdtion de son mari (c'est-a-dire poursuivre 
une action en justice). , 

IV. Indicatif PRESENT. Du tcmps correspondant en latin : suis (sum) avec 
une terminaison i amenee sans doute par I'artalyge dli parfait fui. Le 
vieux francais disait sui, qui est plus correct, I's final n'existant point en 
latin, — es (es), — est (est), — sorkrties (Stihiiis), — ^ itth, 6h aiicien 
francais cstcs (estis), — sonl (stint). 

V. Imparfait. Etais vi6nt du latiri ^iabarh, ddnt la d^sitieHce abam 
a 6te, comme dans tous les imparfaits, remplacee par ebam. 

VI. Passe simple Du temps correspondant en latin : fui, en ancien 
francais fui (fui), — fus, vieux francais fuis (fuisti), — fut (fuit), — 
fUmes (fuimus) : I'accent circonflexe dans ce mot est une erreur du 
16* siecle et une faute contre I'^tymologie, — futes, ancien francais 
fiistes (fuistis), — furent (fuerunt). 

VII. FuTUR. Serai, ancien frangais esserai. Notre futur etant une com- 
position de I'infinitif du verbe et de I'auxiliaire avoir, comme nous le 
verrons plus loin, § 390, esserai represeiite probablement essere-habeo 

/esser-ai). 

Vlil. StJBJOJiCTiF PRESENT. SoiSf aucien francais seie, soie (de la forme 
archaique siam). 

IX. Imparfait. Du plus-que-parfait latin : Fusse (fuissem), — fusses 
(fiiieses), — fAt, ancien francais fust (fuisset), — fussions (fuiss^mus), 

'*- fUssiet (fUissetls), *— fusstni{{yx\i%eni). 

X. Imperatif. Ce temps ne se compose que de formes emprunt^^B au 
Subjonclif {soia, quit soit^ soyons, soyez, gu'ils soient) 



200 DU VERBE. 

SECTION II 

VERBES TRANSITIFS — VERBES INTRANSITIFS 

573. On divise les verbes en deux grandes classes : les 
verbes transitifs et les verbes intransitifs. 

On appelle verbes transitifs ceux qui font passer Taction 
du sujet sur un complement d'objet direct ou indirect. 

Ex. : Le cheval traine la voiture-, L enfant ob6it a son pere. 
Traine, ob6it sont des verbes transitifs parce qu'ils font 
passer, ils transmettent I'action du cheval a la voiture, de 
I'enfant au pere. 

574. Forme active. — Le verbe transitif est i la forme 
active quand le sujet fait Taction. 

Ex. : Pierre aime Paul, 

Forme passive. — En renversant la construction, on a : Paul 
est aime de Pierre. Le verbe est alors a la forme passive, 
parce que le sujet Paul supporte Taction. 

Forme PRorsOMiNALE. — Le verbe est a la forme pronomi- 
nale quand il se conjugue avec deux pronoms de la merne per- 
sonne. 

Ex. : // se flatte. 

Les verbes transitifs qui ont un complement d'objet direct peuvenl 
prendre la forme passive; tous les verbes transitifs peuvent prendre la 
forme pronominale. 

375. On appelle verbes intransitifs ceux qui exprinieni 
un etat ou bien une action qui ne sort pas du sujet, c'est-a- 
dire qui ne passe pas sur un objet. 

Ex. : Le cheval court, la terre tourne autour du so- 
leit. 

Ces verbes ne peuvent avoir de complementd'objet. Quelques 



FORME ACTIVE. 201 

uns peu-vent etre employes a la forme pronominale. Ex. : il se 
meurt ; aucun ne peut prendre la forme passive, 

576. Aux verbes intransitifs se rattachent les verbes 
impersonnels, ainsi nommes parce qu'ils expriment une 
action qu'on ne peut atlribuer a aucune personne determinee. 
Ex. : // neige, il pleut. 



SECTION 111 

VERBE TRANSITIF — FORME ACTIVE 

577. Le verbe transitif est celui qui exprime une action 
faite par le sujet, et qui a un complement d'objet direct ou 
indirect : J'aime notre frere. II ob6it a son pere. 

Nous donnons dans les tableaux suivants des modeles de la 
conjugaison complete des verbes transitifs a la forme active, 
en ayant soin de separer le radical d.e la terminaison et de 
mettre les temps composes en face des temps simples. 

378. e PREMIER GROUPE DES VERBES 

Indicatif present en £. 





Verbe AIMER. 




Radical aim | Terminaison er. 




INDICAHF 




PRESENT 




PASS£ COMPOSE 


J' aim e. 


J'ai 


aim 6. 


Tu aim es. 


Tiias 


aim 6. 


11 aim e. 


11 a 


aim 6. 


Nous aim ons. v 


Nous tvons 


aim 6. 


Vous aim ez. 


Vous avez 


aim 6. 


lis aim ent. 


lis ont 


aim 6. 



9)2 DU VERBE. 



PLUS-QUE-PARPAIT. 



J' aim ais. J'avflis aim 6. 

Tu aim ais. Tu avals aim e. 

II aim ait. li avail aim ^. 

Nous aim ions. Kous avions aim e. 

Vous aim iez. Vous aviez aim d. 

Us aim aient. lis avaieht aim i. 

PASSJi SIMPLE, PASSE ANT^RIllUR. 

y aim ai. ' J'eus aim e. 

Tu aim as. Tu eus aim 6. 

II aim a. 11 eut aim 6. 

Nous aim ames. Nous eumes aim 6. 

Vous aim ates. Vous eutes aim e. 

lis aim erent. lis etli^fit aim e. . 

Fimm. FUTL'b AVTiftiepa. 

J' aim er ai. J'aurai aim e. 

Tu aim er as Tu auras aim 6. 

II aim er a. ll aura aim 6. 

Nous aim er ons. - Noub aurons aim e. 

Vous aim er ez. Vous aiires^ aittl ^. 

Us aim er ont. Us aiil^oiit aim A. 



CONDITldNNEL. 



PRESENT 



i' aim er ais. J'aurais ou j'eusse aim 6 

Tu aim er ais. tU dUt'ftls ou fu eusses aim e. 

II aim er ait. U aurait ou il eut aim e. 

Nous aim er ions. Nous aurionsow nous eussions aim e, 

Vous aim er iez. Vous auriez ou vous eussiez aim e 

Us aim er aient. Us auraient ot^ ils eussent aim 6. 

Aim e. Aie aim 6. 



Aim ons. Ayons aim e. 

Aim ez. Ayez aim 6. 



PRESENT. 



Quej' 


aim e. 


Que tU 


aim es. 


Qu'il * 


aim e. 


Que nous 


aim ions- 


Que vous 


aim iez. 


Qu'ils 


aim 6nt. 




^ IMPARFAIT. 


Quej' 


aim asse. 


Que tu 


aim asses. 


Qu'il 


aim at. 


Que nous 


aim assions 


Que vous 


aim assiez. 


Qu'ils 


aiiii assent. 



PRlfiSBNT. 



forMe active. 
StiBJONCTlF. 



203 



PASSg. 



Que j'aie 
Que tu aies 
Qu'il ait 
Que notis ayons 
Que vous ayez. 
Qu'ils aietit 



aim e. 
aim e. 
aim e. 
aim e. 
aim e. 
aiiii e. 



PLUS-QUE-PARFAIT. 

Que j'eusse ^ aim 6. 

Que tti eusscs aim 6. 

Qu'il eut aim e. 

Que nous eussions aim e. 

Que vous eussiez aim 6. 

Qu'ils eussent aim e. 



INFINITIF. 



Aim er. 



Avoir aim 6. 



Aim ant. 



PRESENT. 



PARtlCIPE. 

Ayant aim 6. 

PABTICIPK ^ASSE PASSIF. 

Aim 6; fini. aim 6e. 



Aimer vient du latin anicire, amavJ^ amdtum, etc., qui etaient accen- 
tues sur ma, et de dmo^ dmemy etc., qui etaient accentues sur a. Ce 
verbe, qui est toujours cite comme le module de la conjugaison des 
verbes en er est tres irregulier au point de vue d^s rifles de I'accent 
tonique (voy. § 50). En effet dans aime (de amo) I'accent toniqile 6Bt sur 
1^ premiere syllabe, et cette syllabe est renforcee par la diphtdngtie at, 
rien de'plus juste; raais dans nous aimons I'accent est sur mom^ et la 
syllabe qui precede, n'etant plus flccentuee, devrait etre assutirdie, ai 
devrait se reduire k\m g, simple. De sorte que la conjugaison tegliliere 
de ce verbe, suivant les lois de I'accentuation, serait : /aim* lu iimes, 
il d\nic, nous aimons, vous a.mez, ils aiment; en elFet, dans les auteurs 
du 12" et du 13* slecle, c'est ainsi qu'il est conjugue. La force de I'ana- 
logie a amen(^ ce verbe a avoir un radical unique et a fait iHoinpller at 
a tpus les temps et a toutes les pe^sonnes. C'est encore rfiUtalogle qui a 
donne un radical uniforme a quelques verbes en er, tels qUd prbuver, 
ouvrer, pleurer, detnettr'er^ trouver, etc. Le radical de cGS Verbes pre- 
nait eu quand il ^tait accentue : je preuve, fcBUvre, jc pl&Mrt, etc., 
et OM quand I'accent passalt sur la terminaison : nous 2>/'6tii/0>j*, noUS 



mi 



DU VERBE. 



ovLvt-vns, etc. Lt francais a liesile longtemps avant d'adopter eu pour 
pleurer, demeurer^ et ou pour trouver, proiwer. Ainsi, jusqu'au dix- 
septieme siecle, le verbe Irouver s'est conjugue des deux manieres. 
La Fontaine a dit • « . . . Dans la citrouille jc la treuve ». Joyez § 466.) 

379. Deuxi6me groupe des verses 

Indicatif present en IS, participe present en ISSANT. 

Verbe FINIR 



Radical fin | Terminaison ir. 




INDICATIF. 


PRigSENT. 


PASSE COMPOS^. 


Je fin is. 


J'ai fin i. 


Tu fin is. 


Tu as fin i. 


11 fin it. 


H a fin i. 


Nous fin iss ons. 


Nous avons fin i. 


Vous fin iss ez. 


Vous avez fin i. 


lis fin iss ent. 


Us ont fin i. 


IMPARFAIT. 


PLUS-QCE-PARFAIT. 


Je fin iss ais. 


J'avais fin i. 


Tu fin iss ais. 


Tu avals fin i. 


11 fin iss ait. 


U avait fin i. 


Nous fin iss ions. 


Nous avions fin i. 


Vous fin iss iez. 


Vous aviez fin i. 


Us fiYi iss aient. 


Us avaient fin i. 


PASSE SIMPLE. 


PASSfi ANTigaiEOR. 


Je fin is. 


J'eus fin i. 


Tu fin is. 


Tu eus fin i. 


11 fin it. 


U eut fin i. 


Nous fin imes. 


Nous eumes fin i. 


Vous fin ites. 


Vous eutes fin i. 


Us fin irent. 


Us eurent fin i. 


rUTUR. 


FUTUR ANT^RIEOR. 


/e fiin ir ai. 


J'aurai fin i. 


Tu fin ir as. 


Tu auras fin i. 


il fin ir a. 


11 aura fin i. 


Nous fin ir ons. 


Nous aurons fin i. 


Vous fin ir ez. 


Vous aurez fin i. 


Us fin ir ont. 


lis auront fin i. 



FORME ACTIVE. 



205 



PRESENT. 

Jc fin ir ais. 
Tu fin ir ais. 
II fin ir ait. 
Nous fin ir ions. 
Vous fin ir iet. 
lis fin ir aient. 



CONDITIONNEL. 

pasSe. 

J'aurais ou j'eusse fin i. 

Tu aurais ou tu eusses fin i. 

11 aurait ou il eut fin i. 
Nous aurions ou nous eussions fin i. 

Vous auriez ou vous eussiez fin i. 

lis auraient ou ils eussent fin i.. 







IMPERATIF. 






vnfszsf. 


Aie fin i. 
Ayons fin i. 


PASS£. 


Fin is. 


IS. 


*" 


Fin iss on 




Fin iss ez 


• 


Ayez fin i. 
SUBJONCTIF. 












PRiSEHT. 




PASSE. 


Que je 


fin iss e. 


Que j'aie 


fin i. 


Que tu 


iin ISS es. 


Que tu aies 


lin i. 


Quil 


fin iss e. 


Qu'il ait 


fin i. 


Que nous 


fin iss ions. 


Que nous ayons fin i. 


Que vous 


fin iss iez. 


Que vous ayez 


fin i. 


Qu'ils 


fin iss ent 


Qu'ils aient 


fin i. 




IMPARFAIT. 


PLTJS-QUE-PARFAIT. 


Que je 


fin isse. 


Que j'eusse 


fini. 


One tu 


fin isses. 


Que tu eusses 


liii i. 


Qu'il 


fin it. 


Qu'il eut 


fin i. 


Que nous 


fin issions. 


Que nous eussions fin i. 


Que vous 


fin issiez. 


Que vous eussiez fin i. 


Qu'ils 


fin issent. 


Qu'ils eussent 
INFINITIF. 


fini. 




PRESENT. 




PASSli. 


Fin ir. 




Avoir fin i. 
PARTICIPE. 






PE^SEHT. 




PASS!?, 


Fin iss ant. 


Ayant fin i. 








PARTICIPE PASS^ PASSIF. 




t 




Fin i ; f^m. fin ie. 





I 



Jltffi 



t)U VERGE. 



"80^ 



Troisieme gcoupe des verbes 

Iiidicalif present en S. 

Verije RECEVOm 

Hadif^l r^QOV I Terminaison oir. 

INDICATIF. 



rnfcSEjjj. 


PASSK COMPp-li 


Je rec ois. 


J'ai , reg u. 


Tu " reg ois. 


I'll ^s reg u. 


II reg oit 


11 a rcQ n. 


Nous recev ons! 


Nous avons reg r, 


Vous recev ez. 


Vous avez reg u. 


lis regoiv exit. 


lis ont reg u. 


IMPARFAIT. 


PLUS-QUE-PARFAIT.. 


Je recev ais. 


J'avais reg u. - 


Tu recev ais. 


Tu avals reg u. 


11 recev ait. 


11 av3it reg u. 


Nous recev ions. 


Nous avions reg u. 


Vous recev iez. 


Vous aviez reg u. 


lis recev aient. 


Us avaient reg u. 


PASSK SIMPLE. 


PASSK ANTigRIEUR. 


Je reg us. 


J'eus reg w. 


Tu reg us. 


Tu eus reg u. 


II reg ut. 


U eut reg ij. 


Nous reg umes. 


Nous eiimes reg u. 


Vous reg utes. - 


Vous eutes reg u. 


Us reg urent. 


Us eurent reg y\. 


rUTUR. 


FUTUR ANTl^RIECR. 


Je recev r ai. 


J'aurai reg u. 


Tu recev r as. 


Tu auras reg u. 


11 recev r a. 


U aura reg u. 


Nous recev r ons. 


Nous aurons reg u. 


Vous recev r ez. 


Vo«6 aurez reg u. 


lis recev r ont. 


Us auront re§ u. 




CONPITIONNEL 



PRESENT. 

Je recev r ais. 
Tu recev r ai3. 
n recev r aiL 
Nous recev r ions. 
Vous recev r iez. 
Us recev r aient. 



J'aurais ou j'eusse reg u. 

Tu aura is ou tu eusses reg u. 

U aurait ou il eut fflg u. 

Nous aurionsoM nous eussions reg u. 
Vous auriez ou vous eussiez reg u. 
Us auraient ou ils eussent reg u. 



PRESENT. 



H^C QIS 



FORME ACTIVE. 
IMPERATIF. 



?07 



4|# T^ II, 



Becev pns, 


Ayons reg u. 


Recev eg. 




Ayez reg u. 
SUBJONCTIF. 




PRESENT. 


PASSE. 


Que je 


regoiv e. 


Que j'aie rfift u. 


Que tur 


reQoiv es. 


Que tu aies reg u. 


Quil 


regoiv e. 


Qu'il ait reg u. 


Que nous 


recev ions. 


Que nous ayons reg u. 


Que vous 


recev iez 


Que vous ayez reg u. 


Qu'ils 


regoiv ent. 


Qu'ils aient reg u. 




IMPARFAIT. 


PLCS-QUE-PARFAIT. 


Que je 


rcQ iisse. 


Que j'eusse reg u. 


Que tu 


rcQ usses. 


Que tu eusses reg u. 


Qu'il 


reg ut. 


Qu'il eut reg u. 


Que nous 


reg ussions. 


Que nous eussions reg u. 


Que vous 


reg ussiez. 


Que vous eussiez reg u. 


Qu'ils 


reg ussent. 


Qu'ils eussent reg u. 
ISl'lMUF. 




PRESENT. 


PASSli. 


Recev oir. 




Avoir regu. 
PARTICIPE. 




PRESENT. 


PAsse. 


Recev ant 




Ayant reg u. 



PARTICIPE PASSE PASSir. 

Recu; f^m. rec ue. 



Cette conjugaison est irr6guli6re si Ton consid^re les modifications 
subies par le radical. Les verbes qui se conjuguent sur ce modele ne 
sont qu'au rtombre de six : devoir, recevoir, percevoir, apcrcevoir, 
concevoir, ddcevoir. 

Ces verbes, tous termines en evoir, suppriment la particule ev : 1° aux 
k-ois personnes du singulicr et h la troisieme personne du pluriel du 
present de I'indicatif [je ref ois, tu ^-ef ois, il 7'e^oh, its reg oiy eut) et du 
present du subjonctif (^mc jeregowe, que tu repoivcs, qu'il regoiye. 
qu'ils rcfoiventj; ainsi qu'a la seconde personne de Vimperatif (rcfols); 



208 DU VERBE. 

— "2° au passe simple [je re? us, tu ref us, il rcQui, nous r^t^umes, vous 
refutes, Us rep urent) et a I'imparfait du subjonctif [que je ref usse, que 
tu ref usses, quHL ref ut, que nous ref ussions, que vous rcfussiez, qu'ils 
rcpussent); — 3° au participe passe {re^u). 

A tous les autres modes, temps et persoimes ils gardent le groupe ev, 
et le radical recev eat alors suivi des desinences des verbes en re. 
Indicatif present : nous i-ecevons, vous recev ez; — Imparfait : recev afs, 
ais, ait, ions, iez, aient; — Imperatif : recevons, 7-ecevez; — Subjonctif: 
que nous recevions, que vous recev iez; — Participe present : recev ant- 

Le futur .sc ferine irr6{?ulieremcnt, c'est-a-dire qu'au lieu d'etre 
form3, suivant la regie, par ladjonction dc ai a I'infmitif (7-ecewtV-ai, de 
recevoir, comme pourvoira't^ de .))ourvoir), on contracte I'infmitif et oh 
donne au ^utur la forme 7-ecevrai, recewras, recevra, etc., de m^me au 
conditionnel, J'ecevr ais et non recevoir ais 

ioules CCS) I,.. .110) om n li-irciioiiieiiL leur origine et leur explication 
dans les forino> correspondaiites du latin. L'indicalif present est repois 
parcc qu'il con'c;poii(l a.i lalin recipio; i latin brof, f^en lafin vulgaire) 
^' 'vouiiit oi on fi-ai'nis quand il est ncconliie (coium ; nous I'avons dit 
nu i^ 5t), recipio domic ref oi; ct ce invjino i atone ctaiit rcmplace par 
e muct en francais, rccipicbam domio nalurcllemoiit recBvaiji, non rcf oi- 
vais. De memc la diplilongue oi de I'inlinilif rcrcy oir est dcvenue e muet 
dans la composition recev er-ai, d'oii plus lard recevrai. 

581. Troisieme groupe des verges {mite) ; 

Indicatif present en S. 
Vehbe ROMPRE 

Radical romp | Terminaison re. 
INDICATIF. 

PRi^SEKT. PASSE COMPOSE. 

Je romp s. J'ai romp u. 

Tu romp s. Tu as romp u. 

II romp t. 11 a romp u. 

Nous romp ons. Nous avons romp u. 

Vous romp ez. Vous avez romp u. 

Us romp ent. Ms ont romp u. 

IMPABFAIT. PLUS-QUE-PARFAIT. 

Je romp ais. J'avais romp u. 

Tu romp ais. Tu avals romp u. 

II romp ait. H avait romp u. 

Nous romp ions. Nous avions romp u. 

Vous romp iez. Vous aviez romp u. 



U» . romp aient. II« avaient 



romp u. 



FORME ACTIVE. 



?09 



PASSE SIMPLE. 



PASSE ANT^niEUR. 



Je romp is. 
Tu romp is. 
II romp it. 
Nous romp imes. 
Vous romp ites. 
lis romp irent. 



Je romp r aii 
Tu romp r as. 
II romp r a. 
Nous romp r ons. 
Yous romp r ez. 
Us romp r ont. 



J'eus 
Tu eus 
-II eut 

Nous eumes 
Vous elites 
lis eurent 



i*ottip U. 
romp u. 
romp u. 
romp li. 
romp u. 
romp 11. 



FUTUR ANTEBIEUR. 

J'aurai romp u. 

Tu auras romp u. 
11 aura romp u. 

Nous aurons romp u. 
Vous aurez romp u. 
lis auront romp u. 



CONDITIUNNEL. 



PRESENT. 

Je romp r ais. 
Tu romp r ais. 
II romp r ait. 
Nous romp r ions. 
Vous romp r iez. 
Us romp r aient. 



PA3S£. 



J'aurais ou j'eusse 
tu aurais ou tu eusses 
II aurait ou il eut 
Nous aurions ou eussions 
Vous auriez ou eussiez 
lis aliraietlt oti eitssent 



romp u. 
romp u. 
romp u. 
romp u. 
romp \\. 
romp u. 



PRESENT. 



IMP^RATIF. 



PASSS. 



Romp s. 

Roiiip ons. 
Romp 62. 



t'ttfiSENt. 



Que je 


romp e. 


Que tu 


romp eg. 


Qu'il 


romp e. 


Que nous 


romp ions 


Que vous 


romp lez. 


Quils 


romp ent. 


COURS 


SUP^RJEUa. 



Ale romp u. 




Ayons toitip Ui 




Ayez romp u. 




JONCtlf. 


PASSfi. 


Que j'aie 


romp u. 


Que tu aies 


romp U; 


Qu'il ait 


romp li. 


Que nous ayons 


romp 11. 


Que vous ayez 


romp u. 


Qu'ils aient 


romp u. 




14 



210 



DU VERBE. 



IMPARFAIT. PLUS-OUE-PARFAfT. 

Queje rompisse. Que j'eusse romp u 

Que tu romp isses. Que tu eusses romp u 

QuiJ romp it. Qu'ileilt romp u. 

Que nous romp issions. Que nous eussions romp u. 

Que vous romp issiez. Que vous eussiez romp u. 

Qu lis romp issent. Qu'ils eussent romp u. 

INFINITIF. 

PRESENT. pj^Sgg^ 

^o™Pre. - Avoir romp u. 

PARTICIPE. 

PRlgSENT. \ PASSE. 

Romp ant. Ayant romp u. 

PARTICIPB PASSf PASStF. 

Romp u; fSm. romp ue. 



SECTION IV 

VERBES CONJUGUES INTERROGATIVEMENT 

382. Pour conjuguer un verbe interrogativement, on met 
le pronom apr^s le verbe dans les lemps simples : Aiment-i\^l 
Recevez-Yousi 

On met le pronom entre I'aiixiliaire et le participe dans les 
temps composes : Ai-]e aims? Aurai-]e regu? 

Remarque. — Les verbes ne peuvent se conjuguer interroga- 
tivement qu'au mode indicatif et au mode conditionnel. 

Quand la premiere personne du singulier se termine i)ar 
une syllabe muette {faime, que je puisse), cette syllabe de- 
vient accentuee quand le verbe estconjugue interrogativement 
(fli?n6-je, joMiss6-je), et pour marquer ce changement on 
remplace Ye muet par un e ferme. 

Le DicUonnaire de I'Academie (1878), qui a change \'^ ferm6 de assidge, 
fi^ge, college, etc., en b ouvert [assidge, sidge, college), a oublie cetle 
forme inteiTogative, aime-je, puiss^-je, parU-je, etc., qui est pourtant 
identique dans la prononciation et qui devrait s'ecrire aimi-je, puisse- 
I'e.etc. 



FOr.M.UION DES TEMPS SIMII.ES. 211 

Quand, a la troisieme pcrsonne du singulier, le verbe est 
termine par une voyellc, on met un t entre le verbe et le pro- 
Dom : Aime-t-il? A-t-il? Aimer a-t-il? 

On pent aussi ecrire ces mots sans trait d'union: Aiment Us? 
Recevez vous? Aije aime, etc. 

II parait cependant difficile de supprimer le trait d'union dans Ja< 
locution aimi-je, puissd-je, k cause del'accent tonique, et dans chantes-en,^ 
aime-t il, a-t il, ou le s et le t dits euphoniques, faisaient originairc 
ment partie du verbe (voy. § 247 et 386). ^ ; 

583. PcKir conjuguer les verbes negativement (avec la 
negation ne... pas, ne... point), il suffit, pour les temps 
simples, d'intercaler ne entre le pronom et le verbe {je 
ne veux pas, tu ne veux pas, etc.), et, pour les temps com- 
poses, de completer cette intercalation en pla^ant le mot pas 
entre I'auxiliaire et le participe {je n'ai pas voulu, je naurais 
pas voulu, etc.). 

Dans les verbes conjugues a la fois interrogativement et 
negativement, le pronom s'unit au verbe avec ou sans trait 
d'union. Ex. : Waimez-vous pas votre mere? Ne savent-ils 
pas leur le^on? {ovL ti'aimez yows pas... Ne savenl Us pas... etc.) 

SECTION V 

FORMATION DES TEMPS SIMPLES 

584. On forme les temps simples en ajoutant siixiplement 
une terminaison au radical du verbe : 

lis sont au nombre de 11, savoir : 4 poui- I'mdicatif (le 
present, Vimparfait, le passe' simple, le futur), 1 pour le 
conditionnel (le conditionnel present) ^ 1 pour Timp^ratif (le 
present), 2 pour le subjonctif (le present, Vimparfait), 1 pour 
I'infinitif (le present) et 2 pour le participe (le present et le 
passe) . 

385. On divisait autrefois les temps des verbes en temps primitifs et 
en temps dirivds. L'infinitif present, le participe present, le participe 
passe, le present de I'indicati^ et le pass6 simple etaient les cinq temps 
primitifs d'oii les autres temps Etaient d6riv6s. Ce systeme de formation 



212 DU VERBE'. 

dtait purement artificiel, les temps simples francais venant directement 
des temps latins, sauf una ou deux exceptions. La seule remarque gene- 
rale qu'on puisse fairc k ce sujet, c'est que le participe present, Ic sub- 
jonclif present, I'imparfait de I'lndicatif et les trois personnes du pluriel 
du present de Ihidicatif oHt ordinairement le m«"nie radical. Ex. : Rand- 
an/, que ja rend-<?, je rend-ais, nous rend-o«.s; ecriv-a«<, qua j'ecriv-6, 
j'ecriv-a?s, nous ecriv-ons. 



fiEMARQUES gtJR LES TEMPS SiMPLES 

386. Presetlt de I'lndicatif. — II faut remarqiier (|u'a la 
premiere persoilne les verbes en er li'ont pas de s final (je 
chante)^ tahdis qlie les autres verbes ont cet s (Je finiSy je 
rends). 

Cette exception est un vestige de notra vieille langue; dans rancien 
francais, la premiere personiic n'avait jamais de s final; on disait : 
yaini, je voi, je rend, parcc que la premiere personnd n'avait jamais dd 
s en latin : amo, j'aim, credo, je croij reddoi ja rend. Vers la fill du 
moyeii age on ajouta un s, par analogic avec le s de la deuxieme p^r- 
sonna [tu ckantes, tu lis, hi vois) ; mais les verbes en er echapperent a 
cette assimilation, et rneme pour les autres verbes les formes sans s per- 
sist^rcnt lohglemps aftreS cliez les pofetcs. Oh (rtiuVe ferlcoi'd du dlx-shp- 
tieme siecle je vol, je li, je croi, dans La Fontaine, Moliere, Racine et 
Corneille; au dix-huiLieme sieclo, Voltaire dil encore dans Alzire : « La 
mort arespecU les jours que je le doi ». 

A la troisieme personne, tons les verbis, a I'exception des 
terbes en er (il nine), out nil / (?7 fihix, il rompl), 

Les verbes en re, tels que rendre, vendre, etc., Idifesetlt 

tomber ce t a cause du d conlettu dans le fadicdl, et disent 

il rendi il vend. 

\ 

A la troisieme persorlne des verbes en er, I'aneien frangais avait un t 
et disait it aimei, cdrame rious disdns il finii, il ronipi. Naturcllement 
et dans il aimei 6tait muet, comma cut dans ih aim cni. Quand od 
prenait la tournure interrogative, il aimei devenait aimet-il? 

Plus tard, le t de il aimei disparut (parca qu'il etait muet) el la 
forrtie se reduisit a il aimc : mais t persista dans la tournure inter- 
rogative, pdr analogie avec les autres verbes, qui ont un t a la troi- 
sieme personne du present. Seulemon^ on no tarda pds h oublier I'uri- 
gine et la raison d'etre de cettfe lettre; on la s6para par un tiret du 
corps du mot dont elle faisait partie, et au lieu de la vieille forme 



FORMATION DES TEMpS SIMPLES. $J5 

aimet-il? on ecrivit des le xvr siecle aime-i-il? Cost celfe confusion 
qui a donne naissauce a I'idee dun t euplionique. 

En lalin le t etait la lettrp caraclerisliqup de la troisieme persoune : 
videt, il voit. — legit, il lit, et par consequent amat, il aiinet; on 
voit que ce t du vieux francais (5tait rej^ulier et fondc sur r^tymologie. 



387. Tous les verbes fornionl leur pluriel de m^me : ons, 
ez, ent. II faut ajout^r cette remarque, que ies verbes en 
ir comme (inir placent devant ces terminaisons la particule 
iss: fin-iss-onsy fin-hs-ezy fin-iss-ent. 

Chant ons, chant ez, chant eni vicnnent du latin cantumus [pour can- 
tamus, voy. paj^e 196, note 1), can^atis, cantdinX,, Une fois ces Irois 
finales crtiecs pour les verbes en cr, Ic francais les a employees pour 
former le pluriel des aulres verbes sans rccourir pour ces dernieres 
aux formes des conjugaisons latines correspondanles. II n'y a d'exception 
que pour vous dites, vous faites, qui sont tires du latin dicitis, facilis, 
voy. § 495. 

Ent est toujours muet dans les terminaisons du pluriel des verbes, 
parce qu'en latin ant (am-aw^ etait de meme inaccentue, et, comme nous 
i'avom vu au § 4q, tqute voyelie latino inaccentuee, a la flri du mot, 
dcvient muette ou disparait. 



388. Imparfait. — L'imparfait est le merrie pour tons les 
Yfirbes (ajs, ai#, ait^ ions, iez, aierU), toujours avec celte 
remarque, que la plupart des verbes en ir inlercalent la 
particule iss entre le radical et la terminaison : je fin-iss-aisy 
tu /in-iss-ais, etc. 

La terminaison de l'imparfait laUn de la premiere conjugaison, abam 
(cant-fl6am), devint — par le changement successif de 6 en v, puis en u — 
ai(a{m), d'oii le vieux francais oe [csLntabam, chantoe] par le changement 
de au m o et de a[m) en e. Chantoc continue a vivre dans les dialectes 
(iu nord-onest, mais dans I'lle-de-France la terminaison aba[m] avait <5te 
B^fnplacee par celle de ]a 2^ et de la 4^ conjugaison, eba[m)-, qui douua 
{lip, puis aie, d'ou chanteip, chantoie, chatUois. 

On sail que oi est pass^ h ai. Mais ce changement de prononciatjon 

f*4e oi en ai ne fut pas tout d'abord repr^sent^ dans I'orthographe, et 

;'est Voltaire qui, le premier, dcrivit chanta?7, trouva2'/, etc. (voy. § 178). 

Sur le s de la premiere personne de I'impftrf^iJ (qu§ Tftncien frang^i^ 
tne connaissait pas), voyez § 386 



2U DU VERBE. 

389. Pass6 simple. — Le pass6 simple a un M la troi- 
sieme personne, sauf dans les verbes en er : il aima. Ge t 
reparait, comme au present de I'indicatif, dans la tournure 
interrogative : aima-i-il? — 11 y a toujours un accent circon- 
flexe sur la premiere et la deuxieme personne du pluriel : 
nous aimdmes, vous aimdtes. 

Cette lorme aes veroes en er n'est qu'un adoucissement de I'ancien 
francais, il aimat, qui a disparu vers le quinzi^me siecle, en per- 
sistant toutefois dans la forme interrogative aimat-il? que nous avons 
ecrit plus tard aima-i-il? et ce t est devenu, comme nous I'avons 
montr^ ci-dessus (§ 386), ce quon appelle aujourd'hui notre t eupho- 
nique. 

Le pass^ simple francais vient du passe latin : cfl«<avi, chantai, 
— cantHsli, cha7itas, — canlaVit, d'abord chantat, puis chanta, — canl- 
avimus, chant ames; — can< astis, ancienncment c/mn/ astes, puis chant- 
ates au seizieme siecle, — canf arunt, chant erent. — De mdme ^nivi a 
donne je finis, qui a I'origine s'ecrivait sans s comme en latin; sur 
I'hisloire de cet s, voyez § 386. 

590. Futur. — Dans tous les verbes, on forme Ic fiilur 
de la meme maniere, c'est-a-dire en ajoutant k I'infmitif du 
verbe le present de I'indicatif du verbe avoii^ (ai, as, a, etc.). 
Je chanter dii equivaut done litteralement k /ai a chanter : 
d'ou aimer ai, as, a. 

Mais au pluriel on retranche av : aimer(av)ows, aimer- 
(av)e;5, etc. 

Les finales latines s'etant de bonne heure assourdies et eteintes, il 
devint tres difficile aux illettres de distinguer a un certain moment 
i'imparfait, amabat par exemple, du futur, amabit : le besoin de clarte 
fit done chercher au peuple romain une forme nouvelle de futur : habere 
joint a I'infinitif du verbe marquait souvent le desir de faire quelque 
chose dans un temps futur (Ciceron a dit habeo ad te scribere pour j'ai 
a t'6crire) ; le peuple romain, developpant cette tendance, composa avec 
habeo un futur, qui finit par supplanter la forme classique. On trouve 
dans saint Augustin venire habet (il a a venir) pour il viendra, et ces 
exemples de futur compose de I'infinitif du verbe avec le present de 
habere se multiplient dans le latin de la decadence. — On voit que le 
futur n'est pas, a proprement parler, un temps simple, c'est-a-dire venant 
directement d'un temps latin correspondant, mais bien un temps compost 
d'un verbe et d'un auxiliaire. 



FORMATION DES TEMPS SIMPLES. 215 

Dans les verbes e« oi>, on retranche oi : devoiTyje devrai; 
recev oiVy je recevrai. 

Les verbes avoir et savoir font fauraiyje sauraiy par le 
changement de ven u. 

39i. Conditionnel present. — On forme le conditionnel 
(comme le fufur) d'line maniere identique pour tons les 
verbes, c'est-a-dire en ajoutant ais, ais, ait, ions, iez, aieni 
a rinfinilif du verbe. 

De meme que le futur a ^t^ forme par radjonclion du present, ai, as, 
(I, etc., a I'inlinitif du verbe, de meme le conditionnel resuUe de Tad- 
;onction de la terminaison de I'imparfait, ais, ait, etc., a rinfinilif, 

592. Iinp6ratif. — Toiiles les personnes de I'imperatif ont 
la meme forme que les personnes correcpondantes du present 
de I'indicaiif. 

Le vieux frangais tirait son imperatif du latin et disait sans s, non 
seuiement cAante (de cania), mais croi, pren, reQoi, romp, etc.; parce 
que la seconde personne de I'iraperatif latin n'a pas d!s. Plus tard, vers 
le xni« si^cle, rinfluence de I'lndicatif a fait ajouter un « a quelques 
verbes. 

II y a une exception pour les verbes en er, ou Ton ecrit 
chante sans s, et pour quelques verbes comme cueillir, offrir, 
ouvrir, tressaillir, qui ne prennent pas d's a I'imperatif : cueille, 
offre, ouvre, tressaille. 

Mais on met un s, meme aux verbes en er, lorsque I'impe- 
ratif est place devant un mot commengant par une voyelle, 
tel que y oMen : chantes-en une partie; vaa-y voir, etc. 

Les verbes avoir, etre, savoir, vouloir^ tirent du subjonctif 
present toules les formes de I'imperatif : aie, ayons, ayei; 
sois, soyons, soyez; sache, sachons, sachez; veuille, veuiUons, 
veuillez. ^ 

593. Pi 6sent du subjonctif. — L'ancien frangais pouvaft 
distinguer I'imparfait de I'indicatif, chantions, du subjonctif, 
chanlions, parce que le premier comptait pour trois syllabes, 
tandis que le subjonctif ne comptait que pour deux. 



U$ BU VERBS. 

Notre presppt du subjonctif ij'est autre que le present du subjonctif 
atin : chantc [cantem), chantea [cantea), chanta {cantet), chantiom 
[cant emus], chant icz [canteth), chant ^fit (can^ent). 

594. Imparfait du sub jonctif.—-Ge temps s'ecrivit d'abord 
Qimasse, aimasses, qimastj et plus tard, par la chute de s, 
aimdt, 

Ce temps n«us vient du plus-que-parfait du subjonctif des Latins 
[amavissem, amavisses, amavisset, etc), mais par la forme contracte 
amassem, amasses, amasset (d'ou amasse, et plus tard aimasse d'apn^s 
le radical unique aim). Ici le t est rest^ k la troisieme persopne du sin- 
gulier parce qu'il etait appuye par une autre consomie («). 

395. Fr6seQt de rinfinitif. — Les terminaisons de Tinfi- 
nitif SQut, comine nous I'avons deja vu, er, ir, oir et re 
(chanter, fmir, recevoir, romp re). 

396. Le particip© pr^seiit pour tous les verbeg est ep ant 
(chant ant, romp ant), que la plupart des verbes en ir font 
preceder de iss (fmiss ant). 

Notre participe present repr^sente deux formes latines : le gerondif, 
cantatido, et le participe, cantante (m). Le premier voulait dire en chan- 
tiin$ et res^ait toqjpurs invariable. (Voyejt Synfaje, § 840) 

397. Le participe pass0 est toujours en e pour Jes verbes 
en er (chants) ; pour 1#6 autres, se& desinences varjent. 

Le participe present vient dq parMcjpe present dps Latins (caiiranie^m;, 
chant ami). — Les parlicipes passes en e et en t viennent rfispectivemenf 
des participes passes latins [cant alu{m], chante, et fin\[u{m], fim, qui 

out reguliers; quant au participe en u, il vient d'un participe en utu[m), 
que Ton trouve dans le latin de la decadence (certains texles latins des 

emps nierovjngiens donnent A(?<^ntu(m), battu] et dans le latin clas 
sique ; m?/»utn(ni) [menu], fq««qtu(jn) [cousu], resol\xi\x[m] [resolu]. 



FORMATION PES TEMPS COMPOSES. 

SECTION VI 

FORMATION PBS TEWPS CqjtfPpSES 

398. Nous avons vu qii'on appelle temps composes Ics temps 
quise forment a Taide d'un verbe auxiliaire, comme :/ai /?/, 
je suis tombe. 

Chaque temps simple a pour correspopd^nt un temps com^ 
pose : 

Au present (je lis) correspond le pass6 Gomposd {'*'ai lu). 

A Vimparfait (je lisais) correspond le plusque-parlait 
{favais lu), ainsi nomme parce qu'il exprime doublemejit le 
pass6, en marquant que la chose s'est f^ite avant une autre 
qui a eu lieu dans un temps passe. 

Au passe' simple {je Ivs) correspond le pass6 ant6rieur 
{j'eus lu), qui marque que la chose s'est faile immediatement 
avant une autre qui a eu lieu daps un temps passe (quand 
j'eus lu ce journal, je sortis). 

Au futur simple (je lirai) correspond le futur ant6rieur 
(faurai lu), qui marque que la chose se fera avant un§ autre 
(quand faurai lu ce journal, je sortirai), 

Au condilionnel present (je lirais) correspond le condi- 
tionnel pass6 [faurai^ lu, feu^^ lu), qui marque que 
la chose se serait faite moyennant une certaine condition 
(faurais lu si j'avais pu acheter des livres). 

De meme, a rimperatif, au subjonelif, a I'infmitif, au parti- 
cipe, chaque terpps siruplo a pour correspopdant un temps 
compose. 

399. Pour former les temps composes, le fran^ais emploic 
deux auxiliaires, qui sont les verbes 6tre et avoir, qu'on 
ajoute au participe pass6 : J'ai aime; je suis venu, 

400. Parfois les auxiliaires se trouvent redoubles (j'ai eu 
fim, i'avais eu fmi, }aurm m fmi, etc,); ils formept ajnsi ce 
qu'on appelle des temps surcomposes, qui sont d'ailleurs d'un 
usage peu frequent : Des qiie j'ai eu change de vetement, je 
tui$ sorti; si /avals eu flni, je serais sorth 



218 DU VERBE. 

La difference la plus profonde qui s^pare la conjugaison latine de la 
conjugaison francaise consiste en ce que le passif et plusieurs temps 
passes de la forme active sont exprim^s en latin par des desinences 
(amaveram, amor), tandis qu'en francais ils le sont par le participe du 
verbe, precede d'avoir pour la forme active et d'etre pour la forme pas- 
sive [j'avais aim6, je suis aimi). 

Cette creation des auxiliaires pour le service de la conjugaison existait 
en germe dans I'idiome des Romains; Ciceron disait : De Csesare satis 
dictum hahebo (pour dixero) ; — Hahehas scripiMm.... nomen (pour scrip- 
teras); — Quse habes instituta perpolies (pour inslituisti) ; — et on 
trouve dans Cesar : Yectigalia parvo pretio redempla habct (pour rcde- 
niit); — Copias quas habebat paralas [t^oxxy paraverat). Cette scconde 
forme grandit a mesure que se developpent les tendances analytiqucs de 
la langue, ct, a partir du sixi^me siecle, les textes latins en oflrcnl de 
nombreux exemples. II en est de mdme pour les flexions du passif : 
le latin vulgaire les remplace par le verbe ium joint au participe pass(S 
[sum amalus. au lieu d'amor). Dans les recueils de diplomes mero- 
vingiens on trouve a chaque page ces formes nouvelles : Omnia quse 
ibi sunt aspecta (pour aspectantur)^ — Hoc volo esse donatum (pour 
douari). 

/>e meme qu'elle avait abandonne dans la declmaison les desiiioiiccs 
des cas pour les remplacer par des prepositions (caball-i, du clieval), la 
nouvelle langue abandonna dans la conjugaison les formes verbales des 
temps composes pour les remplacer par des auxiliaires, consequence 
naturelle du besoin qui poussait la langue latine a passer de I'etat syn- 
tlietique a I'etat analytique. 

SECTION VII 

FORME PASSIVE 

401. La forme passive exprime une action soufferte, sup- 
portee par le sujet : Vagneau a ete mange par le loup. 

Tout verbe transitif, qui a un complement d'objet direct, 
peut devenir passif, c'est-a-dire qu'il peut ^tre employe a la 
forme passive. Manger est k la forme active dans : Le chat 
mange la souris; il est h la forme passive dans : La souris 
est mangee par le chat. 

II en etait de meme en latin. Tout verbe transitif pouvait devenir 
passif, et Ton dieait egalement bien amo (j'aime), amo?- (je suis aime), 
tnoneo (j'avertis), moneor (je suis averti). Bien plus, tout verbe intransitif 
pouvait aussi s'employer au passif, mais dans un seul cas : a la Iroisieme 
personne du singulier et dans un sens impersonnel, comme : itur (on 
va); ventum est (on est venu). 



FORME PASSIVE. 



219 



402. II n'y a qu'uoe conjugaison pour la forme passive; 
elle se compose de I'auxiliaire etre suivi, a tous ses modes, 
temps et personnes, du par licipe passe du verbe que Ton veut 
conjuguer : Je suis aim6, fai e'^e aim6, je serai aim6, etc. 

Remarque. — 11 faut avoir soin de faire toujours accorder le 
participe avec le sujet du verbe : // est aim§, elle est aim6e, 
Us sont aim6s, etc. 

405. CONJUGAISOIS DE LA FORME PASSIVE £tre AIM£. 







INDICATIF. 






PRfoENT. 


PASSE 


COMPOS^. 


Je suis 


aim d. 


J'ai 6t6 


aim 6. 


Tu es 


aim 6. 


Tu as 6t6 


aim 6. 


11 est 


aim 6. 


11 a 6t6 


aim 6. 


Nous sommes aim 6s. 


Nous avons et6 


aim 6s. 


Vous etes 


aim 6s. 


Vous avez 6t6 


aim 6& 


lis sont 


aim es 


lis ont 6t6 


aim 6s. 




IMPARFAIT. 


PLUS-QUE-PARFAIT. 


J'etais 


aim 6. 


J'avais ete 


aim 6. 


Tu 6fais 


aim 6. 


Tu avais 6te 


aim 6. 


11 6tait 


aim 6. 


11 avait et6 


aim 6. 


Nous ^tions 


aim 6s. 


Nous avions 6t6 


aim 6s. 


Vous 6tiez 


aim 6s. 


Vous aviez 6te 


aim 6s. 


Us etaient 


aim es. 


Us avaient et6 


aim 6s. 




PASSE SIMPLE. 


PASSlg 


ANTfiRlEUR. 


Je fus 


aim 6. 


J'eus 6te 


aim 6. 


Tufus 


aim 6. 


Tu eus et6 


aim 6. 


11 fut 


aim 6. 


11 eut ete 


aim 6. 


Nous fumes 


aim es. 


Nous eumes 6t6 


aim 6s. 


Vous futes 


aim 6s. 


Vous eutes 6t6 


aim es. 


lis furent 


aim es. 


Us eurent et6 


aim 6s. 




FUTnR. 


FUTUR 


ANT^RIECR 


Je serai 


aim 6. 


J'aurai 6te 


aim 6. 


Tu seras 


aim 6. 


Tu auras 6te 


aim 6. 


11 sera 


aim 6. 


U aura 6t6 


aim 6. 


Nous serous 


aim 6s. 


Nous aurons et6 


aim 68. 


Vous serez 


aim 6s. 


Vous aurez 6t6 


aim" 6s. 


Us seront 


aim 6s. 


Us auront 616 


aim 6s. 



220 


PU VERBP. 






CONDITIONNEL. 




PRESENT. 


PASS^. 




4e ser^JB ajni ^. 


J'aurais 6t6 aim 


6. 


Tu serais aim 6. 


Tu aura is 6t^ aim 


e. 


11 serait aim 6. 


II aurait ete aim 


e. 


Nous senpiis aim es. 


Npus aurions ct6 aim ps. 


Vous seriez aim 6s. 


yous auriez etc aim 


0s. 


lis sepaieiit aim es. 


Us auraient 6t6 aim 
IMPERATIF. 


65. 


p^j5s|;nt. 


FAgSP, 




Sois aim e. 


Aie 6t6 aim 6. 




Soyons aim es. 


Ayons ete aim 6s. 




Soyez aim es. 


Ayez ete aim 6s. 
SUBJPNCTIF. 




PRESENT. ^ 


P4SSE. 




Que je sois, aim 6. 


Que j'aie ete 


aim i. 


Que tu sois aim 6. 


Que tu aies ete 


aim 6. 


Qu'il soil aim e. 


Qu'il ait ete 


aim 6. 


Que nous sQyons aim es. 


Que nous ayons efe 


aim es. 


Que vods sqyez' aim es. 


Que vous ayez 6te 


aim es. 


Qu'ils soieiU aim es. 


Qu'ils aient etc 


aim es. 


IMJ'ARFAIT. 


, PLDS^QUE-rARFAIT. 


Que je fusse aun ^. 


Que j'eusse 616 


aim 6. 


Que tu fusses aim e. 


Que tu eusses 6te 


aim 6. 


Qu'il fut aim 6. 


Qu'il eilt et6- 


aim 6. 


Que nous fussions aim es. 


Que nous eussipns 6te 


aim es. 


Que vous fussiez aim e^. 


Que vous eussiez 6t6 


aim ep. 


Qu'ils fussent aim 6s. 


Qu'ils eussent 6t6 
INPINITIF. 


aim 6s, 


PHlSENT. 


PASSE. 




fitre aim 6. 


Avoir 6t6 aim 6. 
PARTICIPE. 




yft^^HNT. 


nwi. 




Etant aim 6. 


Ayant 6t6 aim 6. 

PARTICIPE PASS^ 




Aim 6 1 fim- ^im6e. 





i 



VERBES tUthA^fSITIFS. ~,ll 

SECTION Vlll 
VERBBS INTRANSITIFS (Suite de la ftjrme active). 



404. Le verbe intransitif est celui qui exprime un etat 
ou une action qui ne sort pas du sujet, c'est-a-dire qui ne 
passe pas sur un objet : Je tombe, nous languissons. 

405. Les temps simples des verbes intransitifs se con- 
juguent comnrte les temps sihiples des verbes transitifs a la 
forme active. Les temps composes sent formes tailtot aveC 
Tauxiliaire Sire, lantot avec I'auxiliaire avoir. E\. : Je suis 
arrive, /ai dormi. 

II n'y a que huit verbes intransitifs conjugues toujours avec rauxiliaire 
6trc. Cesoiitles suivanls : aller, arriver, deceder, dclore, niourir, naitre, 
veuir, partir, et leiil's composes. 

II y avail en latin un grand nombre de verbes intransitifs a forme pas- 
sive, comme : profeclus swm, je suis parti; natus smn, je suis ne; re~ 
versus sum, je suis revenu, etc.; le francais a aussi employe cette forme 
pour les verbes venire partir, arriver, tomber, naitre, etc. 

Dans notre ancienne langue, beaucoup de verbes aujourd'hui intransi- 
tifs etaient employes transitivement. Ainsi Ton trouve : 

II les mena, taht qu'al (au) rbcher les arriva. (Gregoire le Grand.) 

// mesloit dans sa mangeaille des pierres pour en croistre la mesure. 

(Montaigne.) 

Abattans les noiz, crouUans toui les fruicts des arbrbn. (Rabelais.) 
Ce levrier n'eschappoyt ni lievre, ni regnard. (Id.) 

Voccasion eat-elle juste de escrier son nom et sa pulssande? (Mon- 
taigne), etc., etc. 

Rlmarque. — Dans les verbes intransitifs conjugues avec 
I'auxiliaire elre^ le participe s'accorde toujours avec le 



-•22 



sujet du verbe 
arrives, etc. 



DU VEHBE. 

Il est arrive, elle est arrMe, ils sont 



406. (JONJUGAISON DU VERBE INTRANSITIF T0M6ER. 



Radical tomb | Terminaison er. 



INDICATIF. 



PRESENT. 


PASSg COlfPO?^. 


Je tomb e. 


Je suis 


tomb 6. 


Tu tomb es. 


Tu es 


tomb 6. 


II lomb e. 


11 est 


tomb 6. 


Nous tomb ons. 


Nous sommes 


tomb 6s. 


Vous tomb ez. 


Vous 6tes 


tomb is. 


Us tomb ent. 


lis sont 


tomb 6s. 


IMPARFAIT. 


PLDS-QUE-PARFAIT. 


Je tomb ais. 


J'etais 


tomb 6. 


Tu tomb ais. 


Tu 6tais 


tomb 6. 


11 tomb ait. 


11 6tait 


tomb 6. 


Nous lomb ions. 


Nous etions 


tomb es. 


Vous tomb iez. 


Vous 6tiez 


tomb 6s. 


Ils tomb aient. 


Ils ^talent 


tomb 6s. 


PASSE SIMPLE.. 


VKSSf. ANTERIEOR 


Je tomb ai. 


Je fus 


tomb 6. 


Tu tomb as. 


Tu fus 


tomb 6. 


11 tomb a. 


Ilfut 


tomb 6. 


Nous tomb dmes. 


Nous fumes 


tomb 6s. 


Vous tomb 4tes. 


Vous futes 


tomb 6s. 


lis tomb Srent. 


lis furent 


tomb 6s. 


FUTUR, 


FVTCR ANTERIEOR. 


Je tomb er ai. 


Je serai . 


tomb 6. 


Tu tomb er as. 


Tu seras 


tomb 6. 


II tomb er a. 


11 sera 


tomb 6. 


Nous tomb er ons. 


Nous serons 


tomb 6s. 


Vous tomb er ez. 


Vous serez 


tomb 6s. 


lis tomb er ont. 


lis seront 


tomb 68. 



VERBES INTRANSITIFS. 



a23 





CONDITIONNEL. 




PRESENT. 




PASSE. 


Je tomb er ais. 


Je serais 


tomb 6. 


'fu tomb er ais. 


Tu serais 


tomb d. 


11 tomb er ait. 


11 sera it 


tomb 6. 


^'ous tomb er ions. 


Nous serious 


tomb es. 


Yous tomb er iez., 


Vbus seriez 


tomb es. 


lis tomb er aient. 


lis seraieiit 
IMPERATIF. 


tomb es. 



PRESENT. 



Tomb e. 



Sois tomb 6. 



Tomb ons 


. 


Soyons tomb ds. 


Tomb ez. 


• 


Soycz tomb 6s. 




SUBJONCTIF. 




PRlfiSENT. 


PASSlfi. 


Que je 


tomb e. 


Que je sois tomb 6, 


Que tu 


tomb es. 


Que tu sois tomb d. 


Qu'il 


tomb e. 


Qu'il soit tomb 6, 


Que nous 


tomb ions. 


Que nous soyons tomb 6s. 


Que vous 


tomb iez. 


Que vous soyez tomb es. 


Qu'ils 


tomb ent. 


Qu'ils soient tomb es. 




IMPARFAIT. 


PLCS-QUE-PARFAIT. 


Que je 


tomb asse. 


Que je fusse tomb 6. 


Que tu 


tomb asses. 


Que tu fusses tomb «. 


Qu'il 


tomb at. 


Qu'il mt tomb e. 


Que nous 


tomb assions. 


Que nous fussions tomb 6s. 


Que vous 


tomb assiez. 


Que vous fussiez tomb 6s. 


Qu'ils 


tomb assent. 


Qu'ils fussent tomb. 6s. 
INFINITIF. 




PRESENT. 


PASSE. 


Tomb er. 




litre tomb 6. 
PARTICIPE. 


Tomb ant 


PRESENT. 


PASSg. 

j&tant tomb 6. 



PARTICIPE PASS€. 

Tomb 6 ; fim. tomb 6e. 



UtA DU VERBE. 

SECTION IX 

^ ■ - 

FORME PRONOMINALE 

407. Un verbe transitif oU paifois intransitif est k la forme 
pronominale quand il se conjugue avec deux pronoms de la 
iiieine peisonne. Ex. : II se frappe; — nqilS nous repen- 
tons; — ellese meurt. 

. C'est la forme que la grammaire grecque appelle voix moyenne ; eile 
tient en effet le milieu entre Vactif et lepassif. 

Le latin exprimait de deux manieres I'idee reflechie ; il mettait le veiij^ 
au passif : i¥inw noh movetur tuis (il ne s'^mew^ pas de vos menaces), ou 
employait la forme active en fiiisant accompagner le verbe d'un prononi 
complement: Supet^bus sclaudat (I'orgueilleuxse loue). C'est cetledernicre 
forme que le francais, avec ses tendances analytiques, a naturellement 
preferee. Mnis, une fois cette forme creee, le francais I'appliqua meme (i 
des verbes cjUl h'avaient pas le sens reflechi, comme s'ecrier, s'evanonir, 
s'en aller, s'fertfuir, etc. Cet emploi etait encore plus frequent dans I'an- 
cienne langue; 6n disait : se dormir, se demeurer, sedescendre, se diner^ 
se tarder, se deliberer, se partir, etc On trouvc encore dans La Fon- 
taine : Le premier qui les vil de rire s'dclala. 

408. Au point de vue du sens, il faut ranger les verbes 
pronomirtftut en deux classes : le verbe pronominal reflechi^ 
qui exprime ime action qui se reporte, se reflechit sur le swjet 
qui la fait (je me blesse^je me bats), et le verbe reciproque, 
qui exprime que deux sujets accomplissent mutuellement Tun 
sur I'autt^e faction marquee parle \erhe {Jean et Louis s'egra- 
tignent; le chien et le loup se baltent). 

409. Au point de vue de la forme, il faut distinguer deux 
sortes de verbes pronominaux : 

1" Les verbes pronominaux par nature ou essentiellement 
pronominaux, *comme secrouler, se cahrer, s'evanouir, qui ne 
peuvent se conjuguer qu'avec deux pronoms de la meme per- 
sonne. 



FORME PRONOMLNALE. 



22S 



2« Les verbes accidentellement pronominaux, qui sont dos 
verbes Iransitifs ou , inlransitifs accidentellement conjugues 
avec deux pronoms de la meme personne : je me suis leve; 
elle s'esi nui ; elle se meurt. 

Voici la liste des principaux verbes pronominaux par nature ; 



s'abstenir, 

s'accouder, 

s'accroupir, 

s'adonner, 

s'agenouiller, 

s'agrifTer, 

s'aheurler, 

s'arroger, 

se bloltir, 

sa cabrer, 

se dedire. 



se defier, 

se demener, 

se desister, 

s'ebahir, 

s'ecrier, 

s'ecrouler, 

s'emparer, 

s'empresser, 

s'en aller, 

s'enquerir, 

s'enqueter, 



s'evader, 

s'evanouir, 

s'evfrtuer, 

s'extasier, 

se gargariser, 

se gendarmerr 

s'JDgenier, 

s'ingerer, 

se mefier, 

se mepreiidre, 

se moqiier, 



s'opiniatrer, 
se parjurer, 
se ratatiner, 
se raviser, 
'.e rebeller, . 
se reciier, 
se refugier, 
te remparer; 
se rengorger, 
se repentir, 
se souvenir. 



etc. 



4i0. Les verbes a forme pronominale se conjuguent avec 
deux pronoms, I'un qui est le siijet [je, etc.), I'aulre, le com- 
plement (me, etc.) ; ces pronoms doivent toujours etre de la 
meme personne, puisque c'est le sujet qui supporte lui-meme 
Taction qu'il accomplit (je me leve, lu te nuis, etc.). 

Cependant il n'y a qu'un seul pronom a I'imperatif, a I'in- 
finitif et au participe : repens-Xoi, se repentir, se repentant, 
se'tant repenti. 

Dans leui s temps simples, les verbes pronpminaux se con- 
juguent comrae les verbes a la forme active, mais ils forment 
leurs temps composes avec Tauxiliaire etre. 

Nous avons vu (§ 407) que les Remains exprimaient I'idee reflechie 
tantot par le passif, tantot par un pronom complement. De plus il y avait 
en latin beaucoup de formes passives a sens aclif : ultus sum, imilaliis 
sum, pollicitus sum, etc. Or, dans les verbes pronominaux le sens est a 
h fois actif et passif, puisque le sujet est en meme temps I'auleur et 
I'objet de Taction. Le francais, qui, pour marquer I'idee reflechie, avait 
eu recours au redoublement du pronom dans les temps simples (il se 
rejouit, il « emeul), employa en outre, dans les temps composes, a I'imi- 
tation du latin, la forme passive, c'est-a-dire I'auxiliaire Sire. 

4ili. Le participe des verbes pronominaux s'accorde quand 

C0UR9 SUP^RIECR. i5 



226 



DU VERBE. 



le verbe est pronominal par nature : its se sont repentis. Lor;^- 
que le verbe n'est pas pronominal par nature, mais seulement 
employe dune maniere pronorainale, il s'accorde ordinaire- 
ment si le verbe est transitif direct : '7s se sont ainie's; il reste 
invariable s'il est transitif indirect : eltes se sont plu. 

Remarque. — Dans les verbes pronominaux conjugu(^s inter- 
rogativement, le pronom sujet se met apres le verbe, mais le 
pronom objet reste place avant. Ex. : Se frappe-t-ill vous 
repentez-vovLS ? 



415^ 



Forme pronominale SE REPENTIR 



Radical repent | Tcrminaison ir. 



INDICATIF 





PRESENT. 


PASSE COMPOS*?. 


Je me 


repen s. 


Je me suis 


repent i. 


Tu te 


repen s. 


Tu t'es 


repent i- 


II se 


repen t. 


11 s'est 


repent i. 


Nous^ous 


repent ons. 


Nous nous sommes 


repent is. 


Vous vous 


repent ez. 


Vous vous dtes 


repent is: 


Usse 


repent enU 


Us se sont 


repent is. 




IMPARFAir. 


PLUS-QUE-PARFAIT. 


Je me 


repent ais. 


Je m'^tais 


repent i. 


Tu te 


repent ais. 


Tu tetais 


repent i. 


U se 


repent ait. 


11 s'6tait 


repent i. 


Nous nous repent ions. 


Nous nous 6tions 


repen I is* 


Vous vous 


repent iez. 


Vous vous 6tiez 


repent is. 


Us se 


repent aient. 


lis s'6taient 


repent is. 




PASSE SIMPLE. 


PASsfi ANT&IIEUR. 


Je me 


repent is. 


Je me fus 


repent i, 


Tule 


repent is. 


Tu te fus 


repent i. 


11 se 


repent it- 


11 se fut 


repent i. 


Nous nous 


; repent Imes. 


Nous nous filmes 


repent is. 


Vous vous 


repent Ites. 


Vous vous futes 


repent is. 


Il«se 


pepent irent 


Us se furent 


repent is. 



FORME PRONOMINALE. 



227 





FUTUR. 


FUTtm ANT^RIEUR. 


Je me 


repent ir ai 


Je me serai 


repent i. 


Tute 


repent ir as. 


Tu te seras 


repent i. 


11 se 


repent ir a. 


11 se sera 


repent i. 


Nous nous 


repent ir ons 


Nous nous serons 


repent is. 


Vous vous 


repent ir ez. 


Vous vous serez 


repent is. 


Us se 


repent ir ont. 


lis se seront 
GONDITIOiNNEL. 


repent is. 




PRESENT. 


PASSE. 


Je me 


repent ir ais. 


Je mc serais 


repent i. 


Tu te 


repent ir ais. 


Tu te serais 


repent i. 


11 se 


repent ir aitT 


II se serait 


repent i. 


Nous nous 


repent ir ions. 


Nous nous serious 


repent is. 


Vous vous 


repent ir iez. 


Vous vous seriez 


repent is. 


Ilsse 


repent ir aient. 


lis se seraient 


repent is, 



IMPfiRATIF. 



PRESENT. 



PASSE. 



Repen s-toi. 


- 




Repent ons-nous 


(Inusit^ 




Repent ez-vous. 






SUBJONCTIF. 




PRlfiSENT. 


PASS£. 




Que je me repent e. 


Que je me sols 


repent i. 


Que tu te repent es. 


Que tu te sols 


repent i. 


Qu'il se repent e. 


Qu'il se soit 


repent i. 


Que nous nous repent ions. 


Que nous nous^soyons 


repent is. 


Que vous vous repent iez. 


Que vous vous soyez 


repent is. 


Qu'ils se repent ent. 


Qu'ils se soient 


repent is. 


IMPARFAIT. 


PLnS-QUE-PARFAIT. 


Que je me repent isse. 


Que je mc fusse 


repent i. 


Que tu te repent isses. 


Quo tu te fusses 


repent i. 


Qu'il se repent it. 


Qj'il se rat 


repent i. 


Que nous nous repent issionS 


Que nous nous fusslons 


repent is. 


Que vous vous repent issiez. 


Que vous vous fussiez 


repent is. 


Q?rils se repent issent. 


Qu'ils se fussent 
INFINITIF. 


repent is. 


.R^SEMT. 


PASSE. 




Se repent ir. 


S'^tre repent i. 





228 



pr vt-;;- Jv 
rAllTlCU'E. 



PRl^SEHT. I v:s . 

Se repent ant. S'etant repenv i. 

1 PARTICIPE PASS£. 

Repent i; f^m. repent io. 
SECTION X 

VERBES IMPERSONNELS 

413. Les verbes impersonnels sont ceux qui expriment 
\ine action qu'on ne peut attiibuer a aiicun sujet, a aiicime 
personne determinee. Ex. : il neige, — il pleut. 

Nous avons vu que les verbes sont personnels, c'est-a-dire que 
Taction qu'ils ^xpriment est toujours attribuee a une personne deter- 
minee, que Ton appelle sujet. 11 y a cependant un petit nombre de 
verbes qui expriment une action que Ton ne peut attribucr a auciin 
sujet, a aucune personne determinee : tels sont, par exemple, l.^s verbes 
neiger et pleuvoir, qui expriment certains phenomenes de la nature. Ces 
verbes exprimant une action que Ton ne peut rapporter a aucune 
personne, a aucun sujet, sont dits pour cctte raison impersonnels. 

Comme ce genre de verbe ne possede qn'une seule personne, la 
troisieme du singulier {il neige, il pleut), on la aussi designe par le 
nom de verbe a une personne ou verbe win verwnnel. 

Les verbes impersonnels ne s'emploient qu'a la troisieme 
personne du singulier, et sont precedes du pronom neutre il, 
qui ne se rapporte a aucun sujet, et ne possede qu'un sens 
vague et indetermine. 

Cette forme du verbe impersonnel nous vient du latin, qui n'accordait 

egalement^a ces verbes que la troisieme personne du singulier. Le 

pronom t7 des verbes impersonnels n'est pas autre chose que le pronom 

iL des verbes k la forme active ajout6 au 12«.siecle devant les verbes 

mpersonnels comme dans les verbes a la forme active. 



414. Cette troisieme personne du singulier se conjugue re- 
gulierement, comme la troisieme personne correspondante des 
verbes k la forme active* 



VERDES IMPERSONNELS. 



229 



Remarque. — Outre les verbes impersonnels par nature, 
conime il pleut, il neige, on pent employer impersonnellemeni 
k's verbes transilifs ou intransitifs, comme il tomhe de la 
grele, U fait beau, it convient d'obeir, etc. 



415. 



Verbe impersonnel TONNER 

Radical tonn | Terminaison er. 

INDICATIF. 



.1 tonn 



PRESENT. 



IMPARFAIT. 



Il tonn ait. 

I'ASSl'; SIMPLE. 

II tonn a. 

FUTUR. 

II tonn C7' a. 



II tonn er ait. 



PRESENT. 



Qu'il tonn e. 



IMPARFAIT. 



Qu'il tonn At. 



Tonn er. 



Xonn ant. 



PRESENT.. 



Pfl/5SENT, 



PASSE COMPOSE. 

II a tonn 6. 

PLUS-QUE-PARFAir, 

II avait tonn 6. 

PASSE ANT^RIKCn. 

II eut tonn 6. 

FCTUU A^^E'RIEUR, 

II aura tonn e. 



CONDITIONNEL. 



PASSE. 

II aurait tonn 6. 



SUBJONCTIF. 



PASSE. 



Qu'il ait tonn e. 

PLUS-QCE-PARFAIT, 

Qu'il eut tonn 6. 
INFINITIF. 

PASSE. 

Avoir tonn e 
PARTICIPE. 



PASSfi. 



Tonn 6^ 



250 DU VERBE. 

SECTION XI 

PARTICULAR ITES DES VERBES 

416. Certains verbes different des modules donnes ci- 
dessus (pages 201-210) de deux manieres : 

417. 1« Le verbe manque d"un ou plusieurs modes, temps 
ou personnes, et dans ce cas c'est un verbe defectif. 

Ddfeclif est Iir6 du latin defectivus, defectueux, incomplet. 

La qualite de defectif n'est pas un element veritable de 
classification, puisque les verbes qui sent aujourd'hui defectifs 
avaient a I'origine tous leurs temps et toutes leurs personnes; 
d ailleurs un verbe peut etre defectif et se conjuguer d'apres 
les W'gles ordinaires. 

2^* Le verbe possede tous ces modes, temps ou personnes, 
mais en s'ecartant, pour leur formation, des regies ordinairrs. 

En effet, tandis que dans la plupart des verbes le radical 
reste presque toujours invariable et que seules les tcrmi- 
naisons cbangent avec les temps, les modes et les personnes 
(chanter, chanlons, chant era'i), dans ceux dont il vn etre 
question le radical n'est pas identique a tous les temps de la 
conJLigaison [ten ir^ je tienst — voul oir, veuillez, je veux, — 
say oir, SMS, sache, etc.). 



CONJUGAISONS VIVANTES 

1. — Verbes a infinitif en er. 

418. Les verbes comme mener, lever, acheter, modeler, appeler, 
jeler, qui onl un e muet a Tavant-derniere syilabe de I'infinitif, 
prennent un e ouyert au present de I'indicatif. 

Pour marquer que cet e est devenu sonore et transformer !'(? mnel 
en e ouvert, ces verbes emploient deux precedes : les uns marquent 
la voyelie d'un accent grave^ comme je mhne^ Ihve, achate, 



PARTICULARITtS DES VERBE^ 



231 



modele; les autres redoublent la consonne, comme fappelle, je 
jette. 

Get c conserve alors son orlhographe devant toute autre syllabe 
muelte : fachelerai, leverai; fappe\\eyai,jeiiemi. 

1" Accent grave. — Les verbes suivanls, qui ont'iin e muet a 
ravant-derniere syllabe de rinfinitif, changent cet e muet en e 
ouvert lorsqu il est suivi d'une syllabe muette et font machete, je 
leve, i'acheve, etc. : 



acheter, 


celer, 


harceler, 


peler, 


achever, 


crever, 


lever, 


peser, 


amener, 


ecai'leler, 


marteler, 


promener, 


becqueter, 


enlcYcr, 


men or, 


semer. 


bourreler, 


geler, 


modeler, 


soulever. 



Les verbes suivanls, qui ont un d fermea ravant-derniere syllabe 
de rinfinilir, changent de meme cet e fermc en e ouvert lorsqu'il 
est suivi d'une syllabe muetle et font yaccelere, yaltere, etc. 



accclercr, 


ebrecher, 


liberer, 


reiterer. 


allecher 


empieter, 


moderer. 


repeter, 


alterer, 


espercr. 


obscder, 


reveler, 


ceder, 


exagerer, 


opercr. 


secher, 


celebrcr, 


inquieler. 


posseder. 


temperer,^ 


completer, 


interpreter, 


prelerer. 


tolcrer. 


considerer, 


lace re r, 


proceder. 


v^geter. 


ditrerer. 


lecher, 


regner, 


venerer. 



Mais IV ferme reparait an Tulur et au conditionnel : faccelirerai, 
faUtrcrais, etc., parce qu'ils sont formesdirectement derinfinitit. 

Les verbes en eger, qui faisaient exception, suivent ceUe regie depuis 
la derniere edition du Dictionnaire de I'Acad^mie (1878). Ex. : fabregCj 
fabr e gerai ; fall e ge, fall e gerai. 

2" Redoublement. — Les verb(>s suivants en eler, eter redou- 
blent la consonne / et t devant un e muet et font famoncelle, je 
cachette, etc. : 



amonceler, 

appeler, 

atteler, 

banqueter, 

bosseler, 

botteler, 

briqueter. 



cacheter, 

canneler, 

caqueter, 

carreler, 

chanceler, 

ciseler, 

colletcr, 



coqueter, 

cordeler, 

craqueter 

creneler, 

dechiqueter 

dejeter, 

den tele r, 



deleter, 

empaqueter, 

ensorceler, 

epeler, 

etinceler, 

feuilleter, 

ficeler, 



232 





DU 


VERBE. 




fureter, 


marqueter, 


rappeler, 


ruisseler. 


grommeler, 


iiiorcelcr, 


rateler, 


souffletcr, 


haleter, 


museler, 


rejeter, 


sur jeter, 


javeler, 


niveler, 


renouveler, 


tachelcr, 


jeter. 


projeter, 


ressemeler, 


voletcr. 



419. Les verbes en cer, comme percer, effacer, tracer, etc., 
prenn-ent une cdtille sous le c toutes les fois que cette lettre est 
devant una ou un o : ^g perqais, nous effaqons. Tels sont : 



agencer, 
avanccr, 
balancer, 
bercer, 
commencer, 
deplacer, 
420. Les verbes 



devancjr, 
enfoncer, 
enlacer, 
ensemencer, 
forcer, 
gercer, 
en ger, comme 



glacer, percer, 

grincef, pincer, 

iiilluencer, prononcer, 

lancer, renoncer, 

menacer, rincer, 

nuancer, tracer, elc. 
venger^ manger, loger, elc, 



prennentun e muet apres le g toutes les fois que cette lettre est 
devant un a ou un o : je yengeais, nous mangeons. Tels sont : 
abreger, changer, juger, ranger, 

abroger, charger, menager, ravager, 

nlleger, corriger, nager, ronger, 

dedommager, partager, saccager, 

eponger, plonger, songer, 

interroger, proteger, venger, etc. 

Dans ces verbes, on place f ou ge devant ael o pour conserver an c et 
ail «7 le son doux qu'ils possedent dans percer, venger. 

421. Dans les verbes en der, ier, comme cr^er, prier, les voyelles 
e, i font parlie du radical. Ces verbes font done je cr^Q, je cr^erai, 
je p»:/erai; — que nous crdions, que nous prtions, etc. Tels 
soul : 



allonger, 
arranger, 
avantager, 



agreer, 
degreer, 
greer, 
maugreer, 


procr^er, allier, 
ragreer, apprecier, 
recreer, associer, 
suppleer, etc. colorier. 




etudier, 
initier, 
lier, 
verifier, elc. 


•22. 11 n'y a 


proprement que deux verbes 


en 


er offrant des 



difficultes de conjngaison : aller et envoyer.* 

423. Aller. — Ind, prd$.']e vais, tu vas, il va, nous allons, vous 
allez, ils vont ; /m/)ar/". j'allais, nous ailions; Pas. sim/?. j'allai, nous 
allames; Pas. comp. je suis alle {onditaussi, en employant le verbe 
elre, j'aiet^); Fm<. j'irai, nous irons, vous irez, i!s iron!. — Cond. 
;jre«.j'irais, nous irions, vousiriez, ils iraient. — Impdr, va, allons, 



PARTICULARITES DES VERBES. 233 

allez. — Subj. prSs. que j'aille, que nous- alliens, que vou% alliez, 
qu'ils aillent; hnparf. que fallasse, que nous allassions, qu'ils 
ailassent. — Part. Aliant, alle, allee. 

Alter a emprunte ses temps a differents verbes latins : I. Les trois 
premieres personnes de I'indicalif present ont ete empruntees au verbe 
vadere: je vais (vado), tu vas [vadis), il va [ancien francais il vat] 
(vadil). — II. Lc futur et le condilionncl (j'ir-ai, yiv-ais) proviennent du 
latin ire par la formation ordinaire du futm\ — III. Tous les autres 
temps {allais, allai, allasse, aille, aliant, alld) se rapportent a I'infinitif 
alter, dont I'origine est inconnue. 

II y avail encore au dix-septieme siecle une autre forme de subjon6tif 
present, tire directement du present de I'indicatif je vois (pour je vais), 
c'etait : que je voise. « Le peuple dit encore que je voise Id, je I'y trou- 
verayr>, ecrit I'avocat grammairien Alcmand en 1688. 

424. Envoyer. — Ind. prds. j'envoie, il envoie, nous envoyons, 
ilsenvoient;/mpar/". j'envoyaiSjnous'envoyionsiPos. si/jjp.j'envoyai, 
lu envoyas, 'nous envoy^mes; Fut j'enverrai, nous enverrons. — 
Cond. pres. j'enverrais, nous enverrions. — hnp^r. envoie, envoyons, 
envoyez. — Siibj. pres. que j'envoie, que nous envoyions, qu'ils 
envoient; Impqrf. que j'envoyasse, que nous envoyassions, qu'ils 
envoyassent. — Part, envoyant, envoye, envoyee. 

Envoyer est un compost francais de en (lat. i«) et vete, vote (lat. via{m). 
Ce verbe faisait au futur enveierai, d'oi'i est venu par une contraction 
posterieure enverrai. 

Mais la forme recomposee sur I'infinitif envoyer etait encore en usage 
au 18* siecle : « 11 est faux de vouloir ecrire et prononcer f enverrai, 
fenverrois; I'opinion la plus commune parmi les savants est d ecrire et 
prononcer fenvoyerai, fenvoyerois. » (Villecomte, 1751.) 

425. Ecloper (rendre boiteux). — Ce verbe defectif n'est guere 
employe qu'a Yinfinitif present et au participe passe : eclopd, eclop^e. 

426. Remarques. — l" Les verbes en oyer, uyer (comme en- 
voycr, essuyer) changent Vy en i devant un e muet : fempl oie» 
fessuie. Tels sont : 



aboyer. 


cdtoyer. 


apitoyer, 


coudoyer, 


charroyer. 


deployer. 


chatoyer, 


employer. 


choyer, 


foudroyer, '^ 



guerroyer. 


ployer, 


louvoyer. 


rudoyer, 


nettoyer, 


tutoyer, etc. 


noyer. 


appuyer, 


ondoyer, 


essuyer, etc. 



234 DU VBRBE. 

2' Les verbes en ayer, eyer (cornme payer, grasseyer) gardent 
ordinairement partout Vy. Ex. : je paye, je payerai, jcdrasseye, 
je (j rassey ersii. Cependant TAcademie autoriseje paierai, /essaie- 
rai. etc. Tels soiit : 



balayer, 


delayer, 


essayer. 


raver, 


begayer, 


effrayer. 


Stayer, 


relayer. 


deblayer, 


egayer. 


frayer, 


remblayer, etc, 


defrayer, 


enrayer, 


monnayer, 


grasseyer, ete. 



427. Benir a deux participes, beni, Mnic, et henit, hMte : pe 
tiernier, qui n'est plus aujourd'hui qu'un simple adjectif, est usite 
seulement quand il s'agit des objets qui out rcru une benedicfion 
liturgique : pain henit, eau benite. 

De meme que diclus, dicta ont donnc dil, dite, benedictwt, benedicla 
donnerent a Torigine b^nit, benite. Puis, le verbc bdnir s'etaut posterieu- 
rement dssiiniie a la conjugaison de finir, on crea un participe pass6 
en i [heni] par analogie avec fini, et la vieille forme b&iiit, bdnilc, ne 
poirista plus que dans un sens special. 

428. Fleurir a deux formes : fleurissais, flcurissant; florissait, 
florissant. 

Florissant, qui signific specialement prosperer, est un debris du vieux 
\erhe /lorir, qui represcnte le latin florerc. Quant a fleurir, il a cle lire 
direcleinent du mot //euj-. 

429. Hair ne s'ecrit sans trema qu'au singulier de Yind. prcs., 
je hais, tu hais, il hait, et a la deuxieme personne du singulier de 
I'imperatif, hai&. 

CONJUGAISONS MORTES 

1. — Infinitif en ir, participe present en ant. 

430. Nous avons vu § 567 qu'il y a en realite deux sortes de 
verbes en ir : les uns (au nombre de plus de trois cents verbes) 
intercalent iss enlre le radical et la terrninaison {fin\%sais)\ les 
autres (a peine une trentaine de verbes) se bornent a ajoiiler 
directctnent au radical la terrninaison simple (je sentais). Nous 
avons laissd ceux-ci de c6t(^ dans I'etude anterieure de la conjugaison ; 
nous (^tudierons ici en detail chacun de ces derniers verbes. ~ 



PARTir,UL\RITES DES VERBE5. 235 

L'jn'rrcalaiion de la particiile iss (expliquee aii § 367) n'est pas le seul 
caracterc distinclif dcs deux series de verljes en ir; fin'w et sent-'\Y soiit 
accchtues I'un et rautro a I'infinitif sur la terminaison [ir] ; mais a 
rindicatif (il ftn-'\i, il senl), fui-it est encore accentue sur la termi- 
naison, tandis que il sent Test sur le radical. Cette difference d'ac- 
centuation provient de la difference de formation des deux verbes : gem-it 
est accciituc sur la terminaison ii parce qu'en latin gem-iscit etait 
accentue sur la terminaison ; il sent est accentue sur le radical parce 
qu'en latin sentio, sentis, sentit 6taient egalement accentues sur le 
radical. Les grammairiens ont donne aux verbes de cette derniere 
categorie le nom de verbes forts, et ils ont donne celui de verbes faibles 
aux verbes accentues sur la terminaison. 

4-51. Acquerir. — /w</.pm. j'acquiers, il acquiert,nousacquerons, 
ils acquiereni ; /)»j3ar/". j'acquerais, nous acquerions,'Pas. simp.j'acquis, 
nous acquimes ; Put. j'acquerrai, nous acquerrons, ils acquerront. — 
Cond. pres. j'acquerrais, nous acquerrions. — Imper. acquiers, ac- 
querons, acquerez. — Siibj. pres. que j'acquiere, qu'il acquiere, que 
nous acquerions,qu'ils acquierent; Imparf. que j'aequisse, que nous 
acquissions, qu'ils acquissent. — Part, acquerant, acquis, acquise. 

Se' conjuguenl de m4me conquerir, requerir. 

Le fuiur d'acgudrir vient du lat. quaererc-liabeo qui a donne regulicrc- 
ment querr-ai et ac-qucrr-ai. — Pour la dillerence de radical entre acque- 
?ir. i\cquicrs, voy §§ 125 et 466. 

A'd'}. Assaillir. — V^/y. Trcssaillir. 

433. Bouillir. — !nd. pr6s. je bous, tu bous, il bout, nous bouil- 
lons, Y0U3 bouillez, ils boiiillent ; Imparf. je bouillais, nous bouil- 
lions, elc.;P(7s. sfmjo. je.bouillis, nous bouilliines; FiU.ie bouillirai, 
nous bouillirons. — Cond. pres. je bouillirais, nous bouillirions. — 
Imper. bous, bouillons, bouillez. — 8ubj. pr^s. que je bouille, que 
tu b;;ui!!es, qu'il bouille, que nous bouillions, que vous bouilliez, 
qu'ils boirillent; Imparf. que je bouillisse, que nous bouillissions. 
— Pari, bouillant, bouilli, bouillie. 

454. Courir. — bid. pr^. je cours, tu cours, il court, nous 
courons, vous courez, ils courent;/m/7ar/. je courais, nous courions; 
Pas, simp,ie coiu'us, nous couriimes; FiU. je courrai, nous cour- 
rons, lis courront. — Cond. pres. je courrais, nous courrions. — 
Imper. cours, courons, courez. — Subj. pres. que je coure, que tu 
coures, qu'il coure, que nous courions, que vous couriez, qu'ils 
courenl; Imparf. que je courusse, que nous courussions, qu'ils ecu- 
russent, — Part, courant, couru, courue. 



k 



£:6 DU VKRBE. 

Oiilre coHt ir, no^re vieillc langue avail aussi In forme rourre, qu'on 
retroiive encore dans diasse a coiirre (cliasse a courii). Le futur de courir 
vieiit du lat. currere-habco,i\\i\ a doniie n'gulicrement courr-ai. 

455. Cueillir. — Ind. pros, je ciieille, r.ous cucillons, ils cuoillcnt; 
Imparf. ]e cueillais, nous cueillions; Pas. sim;?. je cueillis, nous 
cueillimes; Fut. je cueillerai, nous cueillerons. — Cond. pr^s. je 
cucillerais, nous cueiilerions. — hnper. cueille, cueillons, cueillt'z. 

— Subj. pres. que je cueille, que nous cueillions; Imparf. que je 
cueillisse, que nous cueillissions, qu'ils cueillissent. — Part, cueil- 
lant,- cueilli, cueillic. 

43G. Dormir. — Ind. pr<^s. je dors, tu dors, il dort, nous dor- 
mons, vous dormez, ils dorment; Imparf. je dormais, nous dor- 
mions;Pas. simp.je dormis, nous dormimes ; Fid. je dormirai, nous 
dormirons. — Cond. pris. je dormirais, nous dorniifions. — Imper. 
dors, dormons, dormez. — Siibj. pres. que je dorme, que nous dor- 
mions, qu'ils dorment; Imparf que je dormisse, que nous dormis- 
sioiis, qu'ils dormissent. — Part, dormant, dormi. 

457. Faillir. — Plusieurs temps de ce verbe, tels que le present 
dc rindicaiif^'imparfait et le futur, sontpeu usites. — Ind.pris. je 
faux, tu faux, il faut, nous faillons, vous faillez, ils fail^ent; Imparf. 
je faillais, nous faillions; Pas. simp.je faillis,nous faillimes; Fut. je 
faudrai, nous faudrons. — Condit. pris.\e faudrais, nous faudrions. 

— Impir. inusite. — Imparf. du subj. que je faillisse, que nous 
faillissions, qu'ils faillissent. — Part, fafllant, failli, faillie. 

Les trois premieres personnes je faux, tu faux, il faiU, sent presquc 
tombees en desuetude : on les retrouve cependant dans les locutions : le 
cosur me faut (me manque) ; au bout de I'aune faut le drap, c'est-a-dire 
au bout de I'aune finit, manque le drap (toutes choses ont leur fm), et 
Montereau-fatit-Yotine, viiie situ6e au confluent de la Seine et de 
I'Yonne. 

438. Ferir (frapper) n'a conserve que le participe f&ru. 

Fdrh\ du latin ferire, frapper. II est reste dans Texpression sam 
coup fdrir : « D'Harcourt prit Turin sans coup firir ». — L'ancienne 
langue conjuguait completement f^rir, et disait a I'indicatif present je 
tier (ferio), tu fiers (feris), il fiert (ferit); a I'imparfait firais (feriebam), 
au participe f^rant (ferientem), etc. 

439. Fuir. — Ind, pr6s. je fuis, tu luis, il fuil, nous fi-von?. vo"f 



* rA:\r.cji.\r.iTE.s d;:s vf^rues. 237 

fuyez, ils fuioni; hnpnrf. je fiiyais, nous fuyions,P«s. simp.je fuis, 
nous fnimes; FuI.]Q fuirai, nous fuirons. — Cond.pres. je fuirais, 
nous fuirions. — Impdr. fuis, fuyons, fuyez. — Subj. pres. que je 
luie, que nous fuyions, qu'ils fuient; Imparf. que je fuisse, que 
nous fuissions, qu'ils fuissent. — Part, fuyant, fui, fuie. 

Ftiir (du. latin fiujcre), aiijourd'Iu^': monosyllnbe, etait autrefois dis- 
^yii::bo • . ' ' , 

Jc Gals <iu"il liojs faut tons fiiir de ces objels 

r li lahsciU dans nos cocurs l' impression du vice. (Raeario) 

iiO. G:3ir (elre cuuche). — Ce verbe n'cst plus en usage a Vinfi- 
nitif, on emploie seulement: il git, nous gisons, ils gisenl; il gisait; 
• gisant. Ci-gU veut done dire : ici est couch4. (Du lat. jacere qui a 
donne gdsir.) 

441. Issir (sortir). — Ce verbe ne s'emploie plus qu'au participe 
passe issu. 

442. Mentir. — hid. pros, je mens, nous mentons; Imparf. je' 
mentais, nous mentions :Pas. s}mp.']e mentis, nousmentimes; Fnt. 
je mentirai, nous mentirons. — Cond. pres. je mentirais, nous 
monlirions. — /mj»er. mens, mentons, raentez. — Subj. pres. que je 
mente, que nous mentions, qu'ils mentent; Impat-f. que je mentisse, 
que nous mentissions, qu'ils menlissent. — Part, mentant, menti. 

445. Mourir. — Ind. pres. je meurs, il meurt, nous mourons, 
ils meurent; Imparf. je mour^is, nous mourions; Pas. simp, je 
mourns, nous mouriimes; Fnt. je mourrai, nous mourrons. — 
Cond. pres. je mourrais, nous mourrions. — Impcr. meurs, mou- 
rons, mourez. — - Subj. pres. que je meure, que nous mourions, 
qu'ils menrent; Imparf. que je mourusse, que nous mourussions, 
([irils niourusscnl. — Part, mourant, mort, morto. 

Pour la dilfeience d'orthographe entre meurs et luonrons, voyez § 125 
o\ 40(3. be futur de mourir vient du lat. mor'ire (pour mori) — hdbeo, cii 
i'i qui est atone disparait : morr-ai, mourr-ai. 

M^. Offrir. — Ind. pres. i'offre, nous offrons; Imparf. j'oirrai:-, 
nous offrions; Pas. simp, j'offris,, nous offrimes; Fut. j'offrirai, 
nous offrirons. — Cond. pres. j'oflrirais, nous offririons. — Imper. 
offre, offrons, offrez. — Subj. prds. que j'olTre, que nous offrions, 

^L qu'ils offrent; Imparf. que j'offrisse, que nous offris.sions, qu'ils 

^t offrissent. — Part, offrant, oli'ert, offerte. 

^^m 445. Ouir (entendre) — Ce verbe n'est usite qu'a Vinfin. prh. 

I 



238 DU VERBE. 

ouir, all part, pass^., oui; au passd simp, oiiis, lu ouis, etc.; an 
pass, du subj. que j'ouisse, que lu ouisses, clc. 

diii'y, du latin au[d]ire (entendre). II se conjiiLriuiil pompletement dans 
notre ancienne langue : ']o\i'is (audio), j'o?yais (au[d)icbam), futur i'orrai, 
(aud(i)re-lial)eo, odr-ai, orr-;ti), participes oyant (;ui[d]ienlem), out 
(au|d]itus). Le futur orra, oublie aujourd'liui, existait encore au dix- 
septieme si6cle : Et le peuple lasse des fureurs de la- guerre, Si ce n'est 
pour danser, n'orra plus de tambours. (Malherbe.) Le participe passe 
subsisle en termes de jpalais : Oui la lecture de I'arrSt.... 

Ui). Ouvrir. — Voyoz Offrir. 

A4il. Parlir. — Voyoz Mcntir. 

Ce vei'be avail iirimiliveinent le sens de parlager, s&parer (du latin 
partiri, diviser). A la forme pronominale 11 pronail le sens de s\'loigner 
d'unlieu; on disait : je vie pars de France. Puis le second pronom lombe 
et Ton dit : je pars de France. Le sens etymologique subsiste dans avoir 
maille a partir avec quelquun (voyez § 1062). 

448. Querir (chercher). ~ Ce verbe n'egt usite qu'a i'iiuiiiitif : 

cdicz qucriy Ic mailrc. 

I UK Sailiir, dnns le sens 6e jaillir, fait mi.fu(ay ]c snillirai; dans 
le ^\'iis di" s^at'a)tce): en d-chors, circ en saiilie, il fait : ilsaillera, 

4l)9. Scntir. — Voycz Menfir. 

4D1. Servir. — Voycz Mcntir. 

452. Sortir. — Cc verbe se conjugue comme menfir. Cepehdant 
le compose ressortir fait ressorlissait lorsqu'il signifle rcssortir «, etre 
du rcssort de. Dans le sens do sortir de nouveau, il fait rcssorlait. 

453. Souffrir. — Voyez Offrir. 

454. Tenir. — Ind. prds. je liens, tn liens, il lieut, nous tenons, 
Yous tenez, ils tiennent; Imparf. je tennis, nous leiiions; Pr/?. :i]vp. 
je tins, noustinnies, vous llntes, ils liiiroiit ; Ftit. je ticiidrai. iions 
tiendrons. — Cond. prcs. je tiendrais, nous tiendrions. — Iinpcr. 
tiens, tenons, tenez. — Subj. pris. queje tienne, que nous teuioiis, 
qu'ils tiennent; Imparf. queje tinsse, qu'il tint, que nous tinssions, 
qu'ils tinssent. — Part, tenant, tenu, tenue. 

Remarqucz le ^ euphonique qui s'intercale, au futur et au conditionnel, 
autre le radical et la terminaison. Le francais a forme de meme tendre 



PARTICULARITfS DES VERBES. ^o. 

du latin tener, gend re de gener, etc. Ce d se retrouve aux memes temps 
dans venir, valoir, falloir, vouloir. — Pour la difference de radical 
entre ten wet Hens, voyez § 125 et 466. 

455. Transir, — Ce verbe, en dehors de rinfinUif, nc s'emploie 
qu'aii present de Vindicatif, aii pas. comp, et surtout au participe 
passe : Le froid me transit ; le vent m'a transi; je suis iransi, 

456. Tressaillir. — Ind. prds.je tressaille, tu tressailles, il tres- 
saille, nous tressaillons, vous tressaillez, ils tressaillnt; Intparf.ie 
tressaillais, nous tressaillions ; Pas. simp, je tressaillis, nous tressail- 
linies; Fut. je tressaillirai, nous tressaillirons. — Cond. prds. ]e 
tressaillirais, nous tressaillirions. — Imp. tressaille, tressaillons, 
tressaillez. — Subj. pr^s. que je tressaille, que nous tressaillions, 
qu'ils Iressaillent; Iniparf. que je tressaillisse, que nous tressaillis- 
sions. — Pari, tressaillant, tressailli. 

457. Venir. — Voyez Tenir. 

458. V^tir. — Ind. prds. je vets, tu vets, il vet, nous vetons, 
vous vetez, ils vetcnt ; Imp. je velais,nious vetions; Pas. simp, je 
vi'iis, nous \^\imes,; Fat. jevetirai, nous velirons. — Cond. pres.']e 
vi'lirais, nous vetirions. —Imper. vets, vetons, vetez. — Suhj. pr^s. 
que je vete, que nous vetions, qu'ils \etent ; Imparf. queje vetisse, 
que nous vetissions, qu'ils vetissent. — Part, vetant, vetu, vetue, 

On peut diviser les v^rbes en ir (participe present anl) en trois 
classes, d'apres leur passe simple : la 1" classe a le passe simple 
en is {dormir, je dormis) ; la 2* classe a le passe simple en us 
{couriry je courus)\ la 3' classe lorme son passe simple a Taide du 
radical du verbe [tenir, je tins). 

Ces differences de formation s'expliquent, pour la plupart, par la dif- 
ference des formes lalines originaires. Ainsi dorniir et tenir fojit au 
passe, I'un dorm^ts (en accentuant la terniinaison is}, I'aulre (ins (en 
accentuant le radical), parce qu'en latin c est la terminaison qui est 
accentuee dans dorm-ivi, tandis que dans tenui c'est le radical. 

De meme, pour les participes passes, la dilference de formation entre 
doimi, qui est accentue sur la terminaison, et convert, qui est accentue 
sur le radical, vient de ce qu'en latin c'est la terminaison qui est accen- 
tuee dans dormitus, tandis que c'est le radical du verbe qui Test dans 
TOO parous (convert). 



2iO DU VERBE. , 

2. — IXFINITIF EN Oir. 

459. Les voibes a infiuitif eii oir sont les suivants : 

460. Apparoir (etre constate). — Ce verbe n'est usite qu'al'in- 
finitif et a la troisieme personne du singulier du present cle Vin- 
dicatif : ii appert. 

461. Asseoir. — Ind. prSs. j'assieds, il assied, nous asseyons, 
vous asseyez, ils asseyent ; /m^^ar/". j'asseyais, nous asseyions: Pas. 
simp, j'assis, nous assimes; Fut. j'assierai, nous assierons {on dil 
aussi: j'asseyerai, nous asseyerons). — Cond. pr^s. j'assierais, nous 
assierions {on dit aussi : j'asseyerais, nous asseyerions). — Iiuper. 
assieds, asseyons, asseyez. — Siibj. pr^s. que j'asseyo, que nous 
asseyions, qu'ils asseyent; Imparf. que j'assisse, que nous assissions, 
^u'ils assissent. — Part, asseyant, assis, assise. 

Ce verbe se conjugue aussi de la maniere suivaiite : Ind. pres. j'as- 
sois, nous asseyons, ils assoient; Imparf. j'asseyais; Fut. j'assoirai. 

462. Choir (tomber). — Ce verbe ne s'emploie qn'hVinfmilif e\ 
dans un petit nonibre de cas. 

L'ancieime langue le conjuguait en enfier [chois, c/i/^ais, elms, cherrai, 
cMant, chu). Le dix-septieme siecle employait encerc le passe simple 
chut : « Get insolent chut du ciel en lerre » (Bossuet, Ddruon., II, 2), — 
le futur cherrai : a Tirez la chevillette ct la bobineitc cherra » (Per- 
rault), le participe passe chu : 

Nous I'avons, en dormant, Madame, echappe belle, 

Un mende pres de nous a passe tout du long, 

Est chu toutau travers de noire tourbillon. (Molicre. Fcmmes savantes.) 

Le vieux participe passe c^m, chute (tombee) a donne le nom la chute, 
comme les participes eutrde, revue, battue out donne les noms une 
entree, une revue, une battue. 

463. Dechoir. — Ind. pr^s. je dechois, nous dechoyons, ils d^- 
choient; Imparf. je dechoyais, nous dechoyions; Prtr.?. simp, je de- 
chus, nous dechumes ; Fut. je deeherrai, nous decberrons. — Cond. 
pris. je decherrais, nous decherrions — Suhj. pres. que je dechoie, 
que nous dechoyions, qu'ils dechoient; Imparf. que je dechusse, 
que nous dechussions, qu'ils dechussent. — I*oint dc participe 
pr^ent. — Part, passd, dechu, dechue. 



P,\UTir.Ur,.\ RITES DES YHRDES. 241 

Le nom dedwancc vicat du parlicipc present clcclieanl, anjouidhui 
inusile. 

4(34. fichoir. — C(3 verbc se conjiigue sur ^dechoir. II n'est usite 
qu'a la 3* personne du pres. de Pindic. il echoil; au pas. shnp.'fe- 
chiis; an fut. j'echerrai ; ^u cond. pris. j'echerrais; a Vimparf. du 
."■ubj. que j'echusse; au pari, pres, echeant; SiU pari. pas. echu. 

Du participe echeant est venu Ic nom echeance, comrae vengeanty sur- 
veillanf, ont forme vengeance, surveillance. 

465. Falloir. — Ind. pres. il faut ; Imparf. il fallait ; Pas. simp. 
il falkil; Pas. comp.. il a fallu ; Ful. il faudra. — Cond. pres. il faii- 
drait. — Subj. pres. qu'il laille; Iniparf. qu'il fallut. — Part, pass^, 
iailu. 

[>e futur et le condi'jonnel inserent un d euplionique avant la tcrmi- 
naison, comme dans valoir et vouloir. 

AC)[\. Mouvoir. — Ind. pres. je meus, tu meus, il meut, nous 
mouvoiis, voiis mouvez, lis meuvent; Imparf. je niouvais, nous 
inouvions ; Pas. simp, je nius, nous inumes; Fui. jemouvrai, nous 
iiiouvrons. — Cond. prds. je mouvrais, nous mouvrions. — Impdr. 
incus, inouvons, mouvez. — Subj. pr6s. que je meuve, que nous 
inouvions, qu'ils meuvent; Imparf. que je musse, que nous mus- 
sions, qu'ils mussent. — ParL mouvant, mu, mue. 

Le chaiigement de la voyelle du radical {eu en ou : je meus, nous 
ntouvons) s'explique ici, comme dans pouvoir, vouloir ci mourir, par 
linflaence de Taccenl tonifjue. Quand I'accent est sur le radical, la 
voyelle est ea : je meus, je peux, je veux, je meurs ; quand I'accent passe 
sur la terminaison, la voyelle s'assourdit en ou : nous mouvons, nous 
pouvons, nous voulong, nous ntourons. (Voyez Accentuation, § 125.) 

467. Pleuvoir. — Ind. pr^s. il pleut; Imparf. il pleuvait; Pas. 
•simp, il plut; Fut. il pleuvra. — Cond. pres. il pleuvrait. — Subj 
pies, qu'il pleuve; Imparf. qu'il plut. — Part, pleuvant, plu. 

468. Pouvoir. — Ind. pr^s. je peux ou je puis, lu peux, il pent, 
nous pouvons, iis peuvent; Imparf. je pouvais, nous pouvions; Pas. 
sim/j.je pus, nous pumes; FiiLje pourrai, nous pourrons. — Cond. 
pr^s. je pourrais, nous pourrions. Imper. inusite. — Subj. pres. 
queje puisse, que nous puissions, qu'ils puissent; Imparf. que je 
pnsse, que nous pussions, qu'ils pussent. — Part, pouvant, pu. 

469. Promouvoir (elever a queiquedignite). — Ce verba ne s'em- 

COURS SUPKRIEUR. 16 



HI DU VERBE. 

ploiegxihvequ'hVinfinHif present, au participe pass4, promu, promue, 
et aux temps composes. 

, 470. Savoir. —Pas. simp.]e sais, il sail, nous savons, ilssavent; 
hnparf. je savais, nous savions ;Pa5. simp, je sus, nous sumes; Put. 
je saurai, nous saurons. — Cond. pris. je saurais, nous saurions. — 
Imp^r. sache, sachons, sachez. — Subj. pr4s. que je sache, que nous 
sachions, qu'ils sachent; Imparf. que je susse, que nous sussions, 
qu'ils sussent. — Part, sachant, su, sue. 

Savoir etait dans I'ancien Irancais saveir du latin sapere. Cette forme 
saveir donna le futur saver-ai, qui, contract^ plus tard en savrai (comme 
recevoir en recevrai), devint au 14* siecle saurai, comme habere a donne 
aver-ai, puis avrai et awai. — Sache vient regulierement du subjonctif 
sapia[m), oii Vi s 'est chanp? en ch. comme dans apni[m), B.c\ie,jsepia[m) 
seiche. 

Savoir a en realite deux participes presents : savant et sachant : le 
premier forme directemcnt du radical francais ; le second venu du latin, 
Mais savant est maintenant employe comme adjectif. 

471. Seoir. — Ce verbe, dans le sens d'etre assis, n'est plus en 
usage. On I'emploie quelquefors au participe present, seant, et au 
participe passe, sis, sise. Dans le sens d'etre convenabk, il s'emploie 
encore a certains temps et toujours a la troisieme personne du 
singulier ou du pluriel : il sicdy ils silent, il seyait, il si^ra; part, 
pres. seyant. 

472. Souloir (avoir coutume). — Ce verbe n'a plus que I'impar^. 
fait : il soulait (avait coutume) dire. 

475. Valoir. — Ind. pres. je vaux,*il vaut, nous valons, ils valent; 
Imparf. je valais, nous valions,'Pas. simp, je valus, nous valumes: 
Fut. je vaudrai, nous vaudrons. — Cond. pr6s. je vaudrais, nous 
vaudrions. — Impir. vaux, valons, valez. — Subj. prh. que je vaille, 
que nous valions, qu'ils vaillent; Imparf. que je valusse; que nous 
valussions, qu'ils valussent. — Part, valant, valu, value. 

Valoir a encore un autre participe present : vaillant, usit5 avec son 
sens original dans la locution : n'avoir pas un sou vaillant. — Le com- 
pos© pr^valoir fait au subj. pr6s. que je private, mais iquivaloir fait 
que j'dquivaille. 

474. Voir. — Ind. pres. je vois, il voit, nous voyons, ils voient; 
Imparf. je voynis, nous voyions; Pas. simp, je vis, nous vimes; Fut. 
je verrai, nous vcrrons. — Cond. pris. Je verrais, nous verrions. 



PARTICULARITES DES VERBES. 245 

— Iiiiper, vois, voyons, voyez. — Subj. pres. que je voie, que nous 
voyions, qu'ils voient; Imparf. que je visse, que nous vissions, 
qu'ils vissent. — Part, voyant, vu, vue. 

Voir fait au futur ieverrai (et non je voirai), comme Schoir, dechoir, 
asseoir, font i'echerrai, jc decherrai, ^assierai. 

Ce verbe vient du latin videre, qui a donn6 vedeir, veeir, veoir, enfin 
voir, qui faisait regulierement voivai au futur. Cette forme est restee 
dans les composes /jowrvoirae, prevoirai, etc. 

Remarque. — Le compose pourvoir fait au passe simple je pourvus. 

475. Vouloir. — Ind. pres. je veux, il veut, nous voulons, ils 
veulent; Imparf. je voulais, nous voulions ; Pas. simp, je voulus, 
nous voulumes; Fut. je voudrai, nous voudrons. — Cond. prds. je 
voudrais, nous voudrions. — Imper. veux, voulons, voulez ou veuille, 
veuiilons, veuillez. — Sm^;. pres. que je veuille, que nous voulions, 
qu'ils veuillent. — Imparf. que je voulusse, que nous voulussions, 
qu'ils voulussent. — Part, voulant, voulu, voulue. 

Vouloir vient du bas-latin volere. — Outre le participe voulant, ce 
verbe en avait autrefois un second, veuillanf, qu'on retrouve dans bien- 
veillant, malveillant. 

On pent diviser les verbes en oir en deux classes, d'apres la 
forme du passe simple; la 1'* classe a le passe simple en us : je 
valus, je rcfus, jj sus; la 2' classe a le passe simple en is-: je vis, 
]assis. 

3. — Infinitif en re. 

A16. Les verbes a infinilif en re sont les suivants : 

477. Absoudre. — Verbe defectif, n'a ni pas. simp, ni imparf. 
du suhj. II fait au part. pass6 absous, absoute ; pour le reste de la 
coiijugaison, voyez rdsoudre. 

line autre forme de participe passe, afeso/w, absolue, tiree directement 
du lulin absolutus, ne s'emploie que cortfene adjectif. 

Ce vtrbe appartient a une nombreiise categoric de verbes qui ont in- 
sere un d euphonique avant la derniere syllabe de I'infmitif (voy. § 94). 
Nous en avons vu un exemple au futur de tenir, venir, falloir, vouloir, etc. 
[bsoudre, du latin ab&ol{v]ere, coudre de cons{ue)re, connailre de co- 
fgnos[ce)re, croitre de cres{ce)re, plaindre de plan{ge)re, feindrc de 
\fin[fje)re, peindre de j)in[ge]re, moudre du bas-latin mol[e)re, native du 

is-latin nas{ce]re, etc,, ont ins6r^ une dentale [d ou t) dans le radical 



Ui 



DO VERBE. 



de I'infmitif. II faut done supprimer cette lettre euphonlque pour rc- 
trouver le radical reel des aulres temps : ahsol vons, absoli'an^, cousons, 
coimaissc^, croissons, etc. 

478. Accroire. — Ce verbe n'est usite qu'a Vinfinitif present : 
Vous voudriez nous en (aire accroire. 

479. Boire. — Ind. prh. je bois, il boit, nous buvons, vous buvez, 
lis boivent; Imparf. je buvais, nous buvions;Pas. simp, je bus, nous 
bumes; Fut. je boirai, nous boirons. — Condit. pres. je boirais, 
nous boiriojis. — Imper. bois, buvons, buvez. — Subj. pres. que je 
boive, que nous buvions, qu'ils boivent ; Imparf. que je busse, que 
nous bussions, qu'ils bussenf. — Part, buvant, bu, bue. 

Le compose imboire n'est plus usite qu'au participe passe imbu : Get 
homme est imbu de mauvaises doctrines. 

480. Braire. — Ce verbe ne s'emploie guere (dit I'Academie) 
qu'a Vinfinitif et aux troisiemes personnes du present de Vindicatif, 
du futur et du conditionnel : braire; il brait, ils braient; il braira, 
lis brairont ; il brairait, ils brairaient. 

Braire avail dans notre ancienne langue le sens general de crier, s'ap- 
pliquant aussi bien a I'liomme qu'aux animaux, et c'est tardivement que 
ce sens s'est limite k Fane. 

481. Bruire. — Ce verbe n'a que les formes suivantes : bruire, il 
bruit, il bruissait, ils bruissaient. Bvuyant est aujourd'hui plutot un 
adjectif qu'un participe present. 

482. Clore. — Ce verbe n'a que le part. pass, clos; les trois per- 
sonnes du singulier du pres. de Vind.']e clos, tu clos, il clot; le fut. 
je clorai, etc.; le cond. pres. je clorais, etc.; Vimp^r. sing, clos; le 
subj. prH. que je close, et les temps composes. 

483. Conclure. — Ind. pres.\e conclus, nous concluons ;/m/7ar/*. 
je concluais, nous conciuions;Pfl.s. simp.'je conclus, nous conclumes; 
Fut. je conclurai, nous conclurons. — Cond. pris. je conclurais, 
nous conclurions. — Impir. conclMS, concluons, concluez. — Subj. 
pres. que jeconchie, que nous concluions, qu'ils concluent; Imparf. 
que je conclusse, que nous conelussions, qu'ils conclussent. — Part. 
concluanty conclu, conclue. 



PARTICULARITES DES VERBES. 243 

Ainsi se conjugue exclure. Les derives inclus, rcclus ont conserve le s 
original du mot latin [inclusum, reclusum) et font au feininin incluse, 
recluse. 

484. Conduire. — II se conjugue comme nuircy sauf au participe 
passe^ conduit, conduite. 

485. Gonfire. — Ind. pres. je confis, nous confisons; Imparf. je 
confisais, nous confisions; Pas. simp, je confis, nous confimes; Fui. 
ie confirai, nous confirons. — Cond. pris. je confirais, nous confi- 
rions. — Irnpef. confis, confisons, confisez. — Subj. pr^s. que je 
confise, quo nous confisions; Imparf. inusite. — Pent, confisant, 
conflt, confile. 

486. Gonnaitre. — Ind. pres. je connais, il connait/ nous connais- 
sons; Imparf. je connaissais,nousconnaissions ;Prt.?.«m/?.je connus, 
nous connumes; Fut. je connaitrai, nous connaftrons. — Cond. 
pres. je connaitrais, nous connailrions. — Imp^r. connais, connais- 
sons, connaissez. — Subj. prSs. que je connaisse, que nous connais- 
sions;7mpa»/. que je connusse, que nous connussions, qu'ils con- 
nussent. — Pari, connaissant, connu, connue.. 

487. Coudre. — Ind. prds.}e couds, lu couds, ii coud, nous cou- 
sons, vous cousez, ils cousent ;/m/?ar/'. je cousais, nous cousions; 

Pas. simp.ie cousis, nous cousimes; Fm^ je coudrai, nous coudrons. 

— Cond. pres. je coudrais, nous coudrions. — Impir. couds, cou- 
sons, cousez. — Subj. pr^s. que je couse, que nous cousions, qu'ils 
consent; Imparf. que je cousisse, que nous cousissions, qu'ils cou- 
sissent. — Part, cousant, cousu, cousue. 

488. Craindre. — Ind. pr^s. je crains, tu crains, il craint, nous 
craignons, vous craignez, ils craignent; Imparf. je craignais, nous 
craignions; Pas. simp.ie craignis, pjus craigiiimes ; Fut. je crain- 
drai, nous craindrons. — Cond.pris. je crr.inarais, nous craindrions. 

— Impdr. crains, craignons, craignez. — Subj. pr^s. que je craigne, 
que nous craignions, qu'ils craignent; Imparf. que je craignisse, 
que m)us craignissions, qu'ils craignissent. — Part, craignant, 
craint, crainte. 

489. Croire. — Ind. prds. je crois, tu crois,ii croit, nous croyons, 
vous croyez, ils croient; Imparf. je croyais, nous croyions; Pas. 
simp, je crus, nouscrumes; Fwi.je croirai, nous croirons. — Cond. 
prds. je croirais, nous croirions. — Imp^r. crois, croyons, croyez. 

— Subj. pres. que je croie, que nous croyions, qu'ils croicnl; 



246 DU VERBE. 

Imparf. que je crusse, que nous crussions, qu'ils crussent. — Part. 
croyant, cru, crue. 

490. Croitre. — Ind, prSs. je crois, tu crois, il croit, nous crois- 
sons, vous croissez, ils croissent; /m/^ftr/". je croissais, nous crois- 
sions;Pfls. simp, je crus, nous crumes; Fut. je croitrai, noiw croi- 
trons. — Co7id. pris. je croitrais, nous croitrions. — Imp^r. crois, 
croissons, croissez. — Subj. pres. que je croisse, que nous crois- 
sions, qu'ils croissent; Imparf. que je crusse, que nous crussions, 
qu'ils crussent. — Part, croissant, cru, crue. 

491. Dire. — Ind. pr^s. je dis, tu dis, il dit, nous disons, vous 
dites, ils disent; Imparf. je disais, nous disions; Pas. simp.ie dis, 
nous dimes, vous dites; Fut. je dirai, nou^ dirons. — Cond. pres. 
je dirais, nous dirions. — Imper. dis, disons, dites. — Suhj. pres. 
que je dise, que nous disions, qu'ils disent ; Imparf. que je disse, 
que nous dissions, qu'ils dissent. — Part, disant, dit, dite. 

Le compose redire est le seul qui fasse la deuxieme personne on frs : 
vous redites. Las autres suivent la regie generate : vous coniredisez, voiis 
d^disez, etc. — Maudire redouble Ys du radical : nous maudissons, rous 
maudissez. 

491 bis. Dissoudre. -— Voyez R^soudre. 

492. Duire (convenir). — Ce verbe n'est guere usite qu'a la Iroi- 
sieme personne de Vindicalif present : Cela ne me Ami pas. 

495. £clore. — Ce verbe n'a que les formes suivantes : Ind. pres. 
il eclot, ils eclosent; Fut. il eclora, ils ecloront. — Cond. pres. il 
eclorait, ils ecloraient. — Subj. pr^s. qu'il eclose, qu'ils eclosent. — 
Part. pass, eclos, eclose. 

494. tcrire. — Ind. pris. j'^cris, nous ^crivons ; Imparf. j'^cfivais, 
nous ecrivions; Pas. simp, j'ecrivis, nous 63rivimes; Fut. j'ecrirai, 
nous ecrirons. — Cond. pr6s. j'ecrirais, nous ecririons. — Imp6r. 
ecris, ecrivons, ecrivez. — Subj. prds. que j'ecrive, que nous ecri- 
vions, qu'ils ecrivent ; Imparf. que j'ecrivisse, que nous ecrivissions^ 
qu'ils ^crivissent. ~ Part, ecrivant, ecrit, ecrite. 

Le vieux francjais escrivre conservait dans le t^ le t final du latin scribcre. 
Toutes les formes telles que ^a-ivons, ^ci-ivais sent etymologiques et pro- 
viennent du radical latin smb. 

495. Faire. — Ind. pr4s. je fais, tu fais, il fait, nous faisons, 
vousfaites, ils font; Imparf. je faisais, nous faisions; Pas. simp, je 



"ARTICuLARITES DES VERBES. 247 

lis, nous rimes; Fiit. jc ferai, nous ferons. — Cond. pres. jc fcrais, 
nous ferions. — Imper. fais, faisons, faites. — SubJ. prds. que jc 
*"asse, que nous fassions, qu'ils fassent; Imparf. que je fisse, que 
nous lissions, qu'ils fissent. — Part, faisant, fait, laite. 

Lss formes vous faites, vous dites viennent directement du latin faci- 
tis, dicilis, tandis que nous prenons, vous prenez, nous faisons, nous 
disons, etc., ont ite empruntees par analogie aux verbes en er. 

4)96. Frire. — Ce verbe, outre le pr4s. de Vinfin., a aussi les trois 
personnes du sing, du pr^s. de Vind. je fris, tu fris, il frit; le fut. 
je frirai, etc. ; le cond. pris. je frirais, etc. ; la seconde pers. du 
sing, de Vimper. fris ; le part. pass, frit, frite. On supplee aux temps 
qui manquent en placant le verbe faire devant Vinfinitif frire : nous 
faisons frire, vous faites frire. 

497. Joindre. — Voyez Craindre, 

498. Lire. — Ind. pr^s. je lis, nous lisons, vous lisez, ils lisent; 
Imparf. je lisais, nous lisions ;Pa5. simp, je lus, nous liimes; Fm<. 
je lirai, nous lirons. — Cond. pr4s. je lirais, nous lirions. — Impdr. 
lis, lisons, lisez. — Subj. prds. que je lise, que nous lisions, qu'ils 
lisent; Imparf que je lusse, que nous lussions, qu'ils lussetit. — 
Part, lisant, lu, lue. 

499. Luire. — Ce verbe et son compose rchiire font au part, 
passd lui, relui. Ils n'ont ni Pas. simp, ni impdrai., ni imp. du 
subj. 

500. Malfaire. — Ce verbe n'est usitequ'^ rinfinitit : il est enclin 
a malfaire. 

504. Mettre. — Ind. prds. ']e mets, nous mettons; Imparf. ie 
mettais, nous mettions; Pas. simp, je mis, nous mimes; Fut. je 
mettrai, nous mettrons. — Cond.pr^s. je mettrais, nous mettrions. 
— Impdr. mets, mettons, mettez. — Subj. pres. que je mette, que 
nous mettions, qu'ils mettent; Imparf. que je missc, que nous 
missions, qu'ils missent. — Part, mettant, mis, mise. 

502. Moudre. — Ind. prds. je mouds, tu mouds, il moud, nous 
moulons, vous moulez, ils moulent; Imparf. je moulais, nous 
moulions ;Pas. «imp.je moulus, nous moulumes; Fut. je moudrai, 
nous moudrons. — Condit. prds. je moudrais, nous moudrions. — 
Impdr. mouds, moulons, moulez. — Subj. prds que je moule, que 
nous moulions, qu'ils moulent; Imparf. que je moulusse, que nous 
moulussions, qu'ils moulussent. — Part, moulant, moulu, moulue. 



W8 DU YERBE. 

Moudre vient du latin molcre, et a insere un d avant Fa dernidre syl- 
labc de rinfinitif, coinme nous I'avons vu plus haut, § 477. Le d tornbe 
devant les voyellcs, et le / primitif rcparait; de la Ics vieillcs formes 
regulieres molu, violait (pour moulu, moidait). Mais I'ajialogic qui a 
amcne le vcrbe ahner k un radical uniforme {aime, aimons, voyez § 578) 
a mainteim le radical mou a toutes les personnes; de la les formes 
moulons, tnoidez, oii I se trouve rcpresente deux fois, par u et par /. 

503. Naitre. — Ind.pr^s. je nais, il nait, nous naissons ; Imparf. 
jenaissais, nous naissions;Pas.«imj[?. jenaquis, nous naquiines; Fut, 
je naitrai, nous naitrons. — Co7id. pr^s. je naitrais, nous naitrions. 
— Impir. nais, naissons, naissez. — Suhj. pr^s. que je naisse, que 
nous naissions, qu'iis naissent; Imparf. que je naquisse, que nous 
naquissions, qu'iis naquissent. — Part, naissant, ne, n^e. 

504. Nuiro. — Ind. pr6s. je nuis, nous nuisons; Imparf. jo nui- 
sais, nous nuisions; Pas. simp, je nuisis, nous nuisirnes; Fut. je 
nuirai, nous nuirons. — Cond. pris. je nuirais, nous nuirions. — 
Im,ph'. nuis, nuisons, nuisez. — Suhj. pr^s. que je nuise, que nous 
nuisions, qu'iis nuisent; Imparf. que je nuisisse, que nous nuisis- 
sions, qu'iis nuisissent. — Pari, nuisant, nui. 

505. Occire (tuer). — Ce verbe n'est plus usite qu'a Vinfinitif 
present et au participe passe , occis, occise. 

506. Paitre. — hid. pres. je pais, tu pais, il pait, nous paissons, 
ils paissent; Imparf. je paissais, nous paissions; Fut. je paitrai, 
nous paitrons. — Cond. prSs. je paitrais, nous paitrions. — Impdr. 
pais, paissons. paissez. — Subj. pres. que je paisse, que nous pais- 
sions, qu'iis paissent. — Part, paissant. — Ce verbe n'a point de 
pas, simp, ni d' imparf. du subj. 

Hepaitre se conjugue comme paitre, et a de plus un passd simple, je 
repus, et un part, passi, repu. 

507. Paraitre. — Voyez Connaitre, 

508. Peindre et Plaindre. — Voyez Craindre, 

509. Plaire. —Ind. p)-^«. je plais, il plait, nous plaisons"; Imparf. 
je plaisais, nous plaisions; Pas. simp, je plus, nous plumes; Ful. je 
plairai, nous plairons. — Cond. pres. je plairais, nous plairions. — 
Impir. plais, plaisons, plaisez. — Subj. pres. que je plaije, ({ue 



PARTICULARITES DES VERBES, 219 

nous plaisions, qu'ils plaisent ; Imparf. que je plusse, que nous 
plussions, qu'ils plussent. — Part, plaisant, pin. 

Plaire vient du lalin placerc, qui avail deja donne plus reguliercmcut 
piaisir aujourd'huinom. 

509 bis. Poindre (piquer ou commencer). — Ce verbe ne s'em- 
ploie guere qu'a Vinfinitif present et au fuiur, 

510. Prendre. — hid. pres. je prends, nous prenons; Imparf. je 
prenais, nous prenions; Pas. simp, je pris, nous primes; Fut. je 
prendrai, nous prendrons. — Cond. pris. je prendrais, nous pren- 
drions. — Impir. preTids, prenons, prenez. — Subj. pres. que je 
prenne, que nous prenions, qu'ils prennent; Imparf. que je prisse, 
que nous prissions, qu'ils prissent. — Part, prenant, pris, prise. 

5H. Resoudre. — Ind. pris.je resous, lu resous, il resout, nous 
resolvons, vous resolvez, ils resolvent; Imparf. ]& resolvais, nous 
resolvions; Pas. simp.\e resolus, nous r<^solumes; Vul. je resoudrai, 
nous resoudrons. — Cond. pres. je resoudrais, nous resoudrions. — 
Imper. resous, resolvons, resolvez. — Subj. pres. que je resolve, 
que nous resolvions, qu'ils resolvent; Imparf. que je resolusse, que 
nous resolussions, qu'ils resolussent. — Pa't. resolvant, resulu 
ou resous (on dit brouillard resous en pluie), resolue ou rc- 
soute. 

512. Rire. — Ind. pris. je ris, tu ris, il rit, nous rions, vous 
riez, ils rient; Imparf. je riais, nousriions ;Pas. simp.ie ris, nous 
rimes; Fut. je rirai, nous rirons. — Cond. pris. je rirais, nous 
ririons. — hnpir. ris, rions, riez. — Subj. pris. que je rie, que. 
nous riions, qu'ils rient; Imparf. que ^e risse, que nous rissions, 
qu'ils rissent. — Part, riant, ri. 

513. Sourdre (sdrtir^de terre). — Ce verbe ne s'emploie guere 
qu'a I'infmitif et a la troisieme personne du present de I'indieatif. 
(Acad.) 

Sourdre vient desurgere, sortir deterro ; aiijourd'hui jl ne se dit qu'en 
parlant des eaux. D'oii ie nom participial source (de sursa). 



515 bis. Suffire. — Ce verbe se conjugue comme confire, sauf au 
participe passe, suffi. 



250 DU VERBE. 

514. Suivre. • Ind. pHs. je suis, nous suivons; Imparf. je sui- 
vais, nous suivions; Pas, simp, je suivis, nous suivimes; Fut. je 
suivrai, nous suivrons. — Cond. pr^s.']e suivrais, nous suivrions. — 
Imper. suis, suivons, suivez. — Subj. pr4s. que je suive, que nous 
suivions, qu'ils suivent; Imparf. que je suivisse, que nous suivis- 
sions, qu'ils suivissent, etc. — Part, suivant, suivi, suivie. 

515. Taire. — fnd. pr^s. je tais, tu tais, il tail, nous taisons, 
vous taisez, ils taisent; Imparf. je taisais, nous taisions; Pas. 
simp. ]etus, noustumes; Fut.je tairai, noustairons. — Cond.pres. 
je tairais, nous tairions. — Impdr. tais, taisons, taisez. — Subj. 
pres. que je taise, que nous taisions, qu'ils taisent; Imparf. que 
je tusse, que nous tussions, qu'ils tussent. — Part, taisant, tu, 
tue. 

516. Tistre. — Ce verbe n'a, en dehors de rinfinitif, que le par- 
ticipe pass6 tissu et les temps qui en sont formes. 

517. Traire. — Ind. pris. je trais, il trait, nous trayons, vous 
trayez, ilstraient; Imparf. ie trayais, nous trayions; Fut. je trairai, 
nous trairons. — Cond. pr^s. je trairais, nous trairions. — Imp^r. 
trais, trayons, trayez. — Subj. prds. que je traie, que nous trayions, 
qu'ils traient. — Part, trayant, trait, traite. Ce verbe n'a point de 
:ns, simp, n'l d' imparf. du subjonctif. 

518. Vaincre. — Ind. prds. je vaincs, tu vaincs, il vainc, nous 
vainquons, ils vainquent ; /mpar/". je vainquais, nous vainquiohs; 
Pas. simp, je vainquis, nous vainquimes; Fut. je vaincrai, nous 
vaincrons. — Cond. prds. je vaincrais, nous vaincrions. — Impdr. 
vaincs, vainquons, vainquez. — Subj. prds. que je vainque, que 
nous vainquions, qu'ils vainquent; Imparf. queje vainquisse, que 
nous vainquissions, qu'ils vainquissent. — Part, vainquant, vaincu, 
vaincue. 

Le verbe vaina-e est en realit(i un verbe qui suit les regies ordinaircs 
quant a la formation de ses temps. C'est le changcment de c en qu {tu 
vaincs, nous vainquons) qui I'a fait ranger par les grammairiens parmi 
les verbes offrant des particularit6s de conjugaison. 

519. Vivre. — Ind. prds. je vis, nous vivons; Imparf. je vivais 
nous vivions; Pas. simp, je vecus, nous veciimes; Fut. je vivrai, 
nous vivrons. — Cond. prds. je vivrais, nous vivrions. — Impdr. 
vis, vivons, vivez. — Subj. prds. que je vive, que nous vivions, qu'ils 



PARTICULARITES DES VERBES. 251 

vivent : Imparf. que je vecusse, que nous vecussions, qu'ils vecus- 
sent. — Pari, vivant, .vecu, vecue. 

Vivre vient du latin vivere; le pass6 vixi^ Iransforme en viski, donna 
d abord vesqui dansnotre ancienne langue. La forme en us {vescus), puis 
vticus, n'apparait qu'au seizi^me siecle. Aujourd'hui c'est la seule usitee, 
mais la premiere le fut jusqu'au dii-huitieme siecle, surtout dans le 
compose survivre : Sa femme le survequit. (Malherbe.) — Pas un ne 
survequit d'un combat si funeste. (Mairet.) — Vaffeclion qui nous wiis- 
sait survequit a I'esperance. (J.-J. Rousseau.) 

On peut diviser les verbes a rinfinitif en re en deux classes, 
d'apres la forme du passe simple. La premiere classe a le pass^ 
simple en is {craindre, je cmignis) ; la deuxieme classe a le passe 
simple en us {connaitre, ie connus). 



519 bis. Fonctions du verbe a Tinfinitif dans la proposition. 
— Le verbe a I'infinitif, employe comme nom, peut eire sujet, 
aitribiit, mis en apponlion, complement da nom et de I'adjedif, 
complement d'objet direct, etc. 

Kx. : Mentir (sujot) est lionleux; — le moment de partir (jgpmpl. 
du nom) est arrive; — it sail jouer (compl. d'objet direct), etc. 



251 nu PARTICIPE. 

SECTION XII 

DU PARTICIPE 

520. Le participe est iin mode irapersonnel qui tient k la 
fois du verbe et de Vadjectif. 

Participe est tire du latin parliceps, participis (qui prend part, qui 
participe a). 

II y a deux sortes de participes t le participe present et le 
participe pass6 

521 . Le participe pr<^sent est verbe quand il marque Taction ; 
alors il est invariable : // est donx de voir des enfants aimant 
leur mere el liii ob6issant avec empressemcnt. 

Le parkkipe present est m/jcc///' quand il oxpriine la qnaUle 
d'unc personne ou d'une chose; alors il est varial)l(; et prend 
le genre et le nombre dii nom nuqiiel il se rapporte. Ex. : Ces 
enfants sonl aimants ct ob6issants. 

522. La regie est la meme pour le participe passe. Ex. : Un 
pere honor6, une aieule respect6e, des c/irt??i/;s ensemenc6s. 

Le participe present est toujours termino cii anl : aim aniy 
fin iss ant, recev ant, rend ant. 

Le participe passe a un grand nombre de terniinaisons diire- 
renles : nim^, fini, regn, re)2dn, promis, eciit, (ait, con- 
traint, joint, peini, ineliis, absous, niort, cuvcrt, etc. 
(Voyez, pour I'etude des participes, Syntaxe, g 929.) 



Fonctions du participe dans la proposition. — Le participe 
employe foramo nom pent eire : sujel, allribul, compUment, 
etc. Ex. : ^'ignorant (sujet) est malheureux; — le parcsseu,v est tou- 
jours vn ignorant (altribul); — les vieillards regrellent le pa8s6 
(compl. d'objet direct ), etc. 

Le participe employe comme adjectif pent etreepitliele ou attri- 
but. Ex. : Les enfants polls (ejiitli.) el obligeants (epith.) soni frop 
rares; — mes enfants,vous serez j^olis (altrib.) e/ obligeants (attiib.). 

Le participe present precede de en est un complement de cir- 
constance. Ex. : Us se rdchauffenl en jouant (compl. de maniere) 



GHAPITRE Vn 

DE L'ADVERBE 

525. Ladverbe est un mot invariable qui sert a modifier 
la signification du verbe, de I'adjectif ou d'un autre adverbe. 
Ex. : Lecheval court vite; cetle rose est tr6s belle; cet enfant 
marche trfes lentement. 

Adverbe vient du latin adverbiitm, qui signifie « aupres du verbe », 
parce que ce mot se place d ordinaire aupres du verbe. 

Avant de passer en revue, dans ce chapitre et dans les suivants, les 
principaux mots invariables, mentionnons ces deux faits singuliers : d'une 
part, I'addition d'un s a des mots qui n'en avaient pas en latin : tandis 
(tamdiu), jadis (jamdiu), sans (sine), etc., et on vieux francais : oncques 
(niiquam), sempres (semper), prcsgues, gtiercs; — d'autre part la sup- 
pression de Ve final dans les deux noms casa (chez) et hora (or), qui 
auraient du donner c/iese et ore, comme rosa{m) a donne rose, et 
hora[m], heure. 

On distingue sept sortes d'adverbes, qui sont : les adverbes 
de lieu, de temps, demaniere, de quantite, d'affirmation, 
de negation, de doute. 

NoTA. — Un grand nombrc d'adverbes ayant plusieurs significations 
appartiennent a la fois a plusieurs categories. 

524. Les principaux adverbes de lieu sont : 

ailleurs, dedans, dessus, loin, 

alentour, dehors, . en, ou, 

(a, dela, ici, ei, partout, 

dega, dessous, la, y, etc. 

Ex. : Je partirai rf'ici pour alter partout ou tu voudras ; 
restez U ; allons ailleurs. 



2ol 



DE L ADVERBE. 



Ces adverbcs vicnnent du latin : ailleurs, de aliorsitm; ga, de eccehac, 
c«,de incle; ici, do ccce hie; la, de iliac; loin, de longe; ou, de ubi; y, de 
ibi; — ou sont composes de plusieurs mots francais : (t-l'-enlour,4e-(;a, 
de-dans, de-hors, de-Id, dc-sous. de-sus, par-lout. 

Qd ct Id combines avec enz (du latin intus, dedans) avaient donne dans 
notre.vieille langue : c<^ans. Idans. 

525. Les principaux adverbes de temps sont : 



alors, 


d^ja, 


jamais, 


quelquefois, 


auJQurd'hui, 


desormais, 


long temps, 


sitot. 


auparavant, 


dorSnavant, 


lors, 


soudain, 


aussitot'y 


encore, 


maintenant, 


souvent, 


autrefois, 


enfin. 


,naguere. 


tantot. 


bientot, 


ensuiie. 


parfois, 


lard. 


demain. 


hier, 


puis. 


tot, 


depuis, 


jadis, 


quand. 


ioujours, etc. 



Ex. : J'irai demain; il lit toujours. 

Ces adverbes sont tantot derives d'un ou de plusieurs mots latins, 
tantot tires directement du francais par composition : 

Alors, compose do d-lors; lors vient de I'or du latin hora (heure). 

Aujourd'hui, compose de au-jour-d'hiii. Hid est le latin hodie (aujour- 
d'hui) : CO mot est done un pleonasme, puisqu'il signifie litteralement au 
jour d' aujourd'hui. Le vieux francais est restc dans le terme de palais : 
d'hui en un an. 

Auparavant, aussildt, autrefois, bientdt, depuis, enfin, ensuiie, long- 
temps, maintenant, parfois, quelquefois, sont composes de au-par-avant, 
aussi-tOt, autre-fois, bien-tot, de-puis, en-fin, en-suite, long-temps, main- 
tenant, par-fois, quelque-fois, etc. 

Tantdt est pour tant-tdt ; toujours s'ecrivait autrefois tous-jours. 

Fois, qui entre dans la composition de plusieurs adverbes, est le latin 
vice{m). 

Demain vient du latin de-mane (de matin). 

Deja est compose de de-ja. Ja est le latin jam, qu'on retrouve dans 
jadis, yamais, etc. 

D6sormais et jamais sont formes de mais, venu du latin magis, qui 
signifiait jdus, comme dans la locution populaire n'en pouvoir mais. 

Jamais veut done dire ddjd plus. 

Desormais (mot a mot : des cette' heure au plus) et dor^navant (mo^. 
k mot : de cette heure en avant) signifient projarement d dater de cette 
heure 



DE l'aDVERBE. 2!>5 

Encore (vieux francais ancore] vient de hanc hora (m) (a cette lieure). 
Noire vie'lle langue avail aussi anquenuit, cette nuit. Oan, cette annee; 
hui, ce jour. 

Hier de heri (hier). 

Jadis de ja[m)diu (il y a deja longtemps). 

Puis de posli'us, comparatif barbare tire de post (apres). 

Soudain du latin siibilancum). 

Souvent du lalin svhinde (de temps en temps). 

Tard de taidu{m). 

Tot de {oslu{m], roti, brule, qui rappellerait I'expression moderne 
cliaud! chaud! 

Noire vieille langue, plus riche, possedait encore : pirga (il y a long- 
temps), qui vecul jusqu'au xvn® siecle; aim el aingois (du lalin populaire 
anliiis fail sur ante), qui voulait dire auparavant, wa?5,\;a (de ^am); 
onques (du latin unquam), jamais. 

526. Les principaux adverbes de manifere sont : 

ainsi, ensemble, gratis, pis, 

bien, comment, mat, " plutdt, 

comme, expres, mieux, quasi, etc 

Bien vient de bene. — Mai de male. — Ainsi de in-sic. — Ensemble 
de in-simul. — Plutdt de plics-tdt, qui est encore separable aujourd'luii 
(voy. § 896). — Expres de cx-pressum. — Gratis est latin ainsi que quasi 
(pour' ainsi dire). — Gomme vient de quomodo, et comment est com- 
pose de comme, avec le suftixe ment. 

II faut joindre a ces adverbes ceux qui se forment a I'aide 
d'un adjectif feminin auquel on joint la terminaison ment : 
// mourut courageuse ment (c'est-a-dire d'une manierc coura- 
geuse); il vecut sa^ement (c'est-a-dire d'une maniere sage). 

Nous avons vu (§146) que les adjectifs terminesen ent, ant, 
font leurs adverbes en em ment, am ment : prud ent, prud em- 
ment, — sa\ant, sai\amment. 

Le francais forme encore des adverbes de maniere en 
employant dans certains cas Y adjectif simple, comme dans : 
chanter juste, voir clair, parler bas, etc. 

^^1. Comparatif, superlatif. — Les adverbes de maniere 
en ment peuvent, comme les adjectifs dont ils derivent, etre 
employes au comparatif et au superlatif: clairement, — plus 
cinirement, — tr6s clairement ou le plus clairement. 

Les adjectifs errtployes comme adverbes de maniere ont 



25'; DE L ADVERBE 

ej^alcmont !e comparatif ot le suporlatif : chanter juste, — 
plusyMs/e, — trbs juste ou le i^lusjusle. 

Les adverbes de nianiero blen ct mal forment leur compa- 
ratif et leur superlalif iiregulierement : bien fait au compa- 
ratif miewo:, au supertatif le mieux (ou trh bien); — mal fait 
pjs ou plus maly — le pis ou le plus mal (ou tres mal). 

Mieux vient dti latin melius, pis de pejus. De la viennent le noin 
compose vis alter (ce qui peut arriver de plus laclieux) at la locution 
adverbiale au pis aller (en mettant les choscs au pis). On peut dire aussi 
plus mnl. mais on ne dit pas plus hicn. 

Parmi les adverbes de temps et de lieu, quelques-uns seu- 
lement prennent le comparatif et le superlalif; tels sont : 
loin, longtemps, pres, proche, souvent, tard, tot; mais I'adverbe 
de quanlile pen ne s'emploie qu'au superlalif : tres pen. 

528. Les piiticipaux adverbes de quantite sont: 

assez, combien, peu, tant, 

aussi, ^ davantage, plus, tellement, 

aulant, yuere, presque, tres, 

bcaucoup, mains, si, trap. 

Assez (compose du latin ad et satis) signifiait a lorigine bcaucoup et 
se placait apres le nom. On disait au moycn age : Je vous donnerai 
or et argent assez (pour ; bcaucoup d'or et d'arg^nt), trop assez (pour 
bcaucoup Iro})), plus assez (pour bcaucoup plus), etc. — De meme assai 
en italien : presto assai (pra;sto adsatis) signilie trds vite et non a^sez 
rite. ' ' 

Aussi (vieux francais alsi) vient du latin aliud-sic. 

Autant (vieux francais al-tant, de aliud tantu{m), compose de tant, 
du latin tantutn. 

Beaucoup [beau et coup). Cette locution est relativement r^cente dans 
notre langue et ne remonte qu'au ii" si^cle. On disait plus souvent 
grand coup (pour beau coup) et surtout on employait I'adverbe moult 
[multu[m), ({ue La Bruyere regrettait justemont. Quant au mot coup, iJ 
est colp en vieux francais, et colp n'est autre chose que le latin cdlH- 
phu[\n), qui signifie coup de poing, soufftet, et qui a pris le sens de 
coup en general. ' 

Combien est compost de eomme et de bien. 

Davantage est forme de de et de avantnge. 

Gudre, qui signifie bcaucoup, a scrvi a former la locuMon n'a guere 



DE L'ADVERBE. 887 

(c'esl-a-dire il ii'y a pas longtemps), qu'on ecrit aujourd'hui en un seul 
Kiot : naguere. 

Moins est le latin minus. — Peu vient de patju:u[m), comrae feu de 
focu[m),jeu de jocu{m), etc. — Plus, latin plus. — Presque est compose 
de jjres -\- que. — Si, latin, sic. — Tellement, compose de telle et de 
ment. — Tres, latin trans. — Trop, meme mot que troupe, indiquait 
primitivement plutot grande quantite qu'exces. 

529. Les principaux adverbes d'afFirmation sont : ouiy si, 
assurement, volontiers, certes, vraimenty etc. Ex. : Viendrez- 
vous? Oui. — Cette pense'e est vraiment ^e//e. 

L'adverbe d'aflirmation le plus important est oui, qui 6tait oil a I'ori- 
gine de notre langue. 

Dans notre ancienne langue, hoc, sous-entendu est (c'est cela), avait 
donne o, Vh tombant comme dans or (hora), avoir (habere). 

Au 43' siecle, dire ni o, ni non e'ait I'equivalent de notre locution 
moderne ne dire ni oui, ni non. — A I'affirmation o se joignaient les 
pronoms : o je, o il, etc. Le pronom il, le plus frequemment employe, se 
souda a I'affirmation qui devint ainsi oil. Oil avait pour correspondant 
nennil (non), devenu en francais moderne nenni, comme oil est devenu 
oui, — Si vient de sic; assurement est un compost de sHr. — Volon- 
tiers vient de volontariis. — Certes de certas. — Vraiment vient de 
vrai -f ment. L'ancien francais avait voirement venu de vera mente. 

530. Les principaux adverbes de negation sont : non, ne, 
pas, point, rien. Ex. : Non, je ne veux pas. 

Nous n'avons reellement que deux adverbes de negation, 
non et ne; les autres mots, tels que pas, point, goutte, etc., 
ne sont que des noms (un pas, un point, une goutte) 
oniployes adverbialement comme termes de comparaison. 

Non vient du latin non (non), qui sous une autre forme a donne le 
vieux francais nen, abrege en ne dans le francais moderne. A oole 
des deux negations non et ne, nous possedons des locutions neg^atives 
dnnt I'histoire est pleine d'interet. Chacun sail que, pour donner plus 
de force a 1 expression de nos jugements, nous les accompagnons volon- 
tiers d'une comparaison {pauvre comrae Job, fort comme un lion, 
feroce comme un tigre, etc.) ou d'ane estimation (cet objet ne vaut 
pas un sou). Les latins disaient de meme : ne pas valoir un as, une 
plume, une noix, un hilum (pmnt noir de la feve). De la Texpreesion ne- 
hilum, qui a donne ni-hil (rien) : « Nil igitur mors est, ad nos ne que 
pertinet hilum. » (Lucrece.) Les locutions adverbiales qui scrvent en 

COCfr* SUPERIMIl. 1' 



IM DE L^DVERBfi. 

Irangais a exprimer la negation sont au nombre de cinq : pas, poini, 
goutte, personne, rien, sans parler de mie, que Ton trouve encore em- 
ploye jusqu'a la fin du seizieme siecle ; 

4» Pas (du latin passus, un pas) : Ne point faire un pas. 

2° Point (du latin pimcium, un point) : Je ne vois point. 

3" Mie : du latin mica, qui avait le sens de miette; mica est devenu 
mie en fran^ais, comme urtica (ortic), vesica (vessie), pica (pie), etc. 
Mie fut employe comme negation jusqu'a la fin du seizieme siecle (je ne 
le vois mie) \ et d^ja chez les Latins mica servait au meme usage : Nulla- 
que mica salts. (Martial.) 

4" Goutte. Du latin gfM^fa, employe aussi au sens negatif par les Latins: 
« Quoi ncque parata gutta certi consilii. » (Plaute.) Cette locution advcr- 
biale, qui autrefois etait d'un usage general (ne craindre goutte, n'aimer 
goutte, etc.), est restreinte depuis le dix-septieme siecle aux deux verbcs 
voir et entendre (n'y voir, n'y entendre goutte). 

50 Personne (du latin persona), voyez sur ce mot Ic § 351 et 558 

6° Rien (du latin rem] etait un nom dans I'ancien fran^ais ct gardait 
le sens originaire de chose : La riens que j'ai vue est iort belle, line 
tres belle riens. — Joint a une negation, il signifie nihil, comme 
ne... personne signifie fiemo : Je ne fais rien. — Get emploi de rien etait 
tres judicieux, et il ne perdit son sens naturel de ch^se, pour prendre 
celui de nihil^ 'comme dans la locution : « On m'a ddnne cela pour nen »), 
que par I'liabitude que Ton avait de construire ce nom avec ne pour 
lormer une expression negative. C'est aussi par I'histoire du mot rien que 
s'explique ce passage de Moliere xlans lequel rien est a la fois negatil el 
affirmatif : « Dans le siecle ou nous sommes, on ne donne rien pour rien » 
[Ecole des femmes, ll, u). 

Terminons par I'observation gen6rale qu'a I'origine les locutions 
adverbiales pas, mie, goutte, point, etc., furent employees d'une maniere 
sensible, c'est-a-dire placees dans une comparaison ou elles avaient uii(3 
valeur propre : Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je 
ue bois goutte, etc. 

531. Les principaux adverbes de doute sont peut-etre, 
probablement, apparemment. Ex. : // sera probablement 
ici demain. 

Probablement, apparemment sont form6s des adjectifs probable et 
apparent et du suffhte ment. 

Peut'Hre mi une ellipse pour cela pent Stre, ce qui nous^ 
♦'xplique pourquoi Ton peut mettre que apies eel adverbe. 



DE L*AliVBHBE. ^ . 2S9 

Ex. : Peut-etre que je viendrai, c'est-a-dire cela peut etre 
que je...y etc. 

On classe aussi parmi les adverbes les mols cependant^ n^anmoins, 
pourtant, toulefois, que nous retrouverons aux conjonctions. Ces mots 
indiquent en effet une certaine correlation avec une proposition pre- 
cedente exprimee ou sous-entendue. 

Remarque. — Les adverbes peuvent quelquefois s'employer 
interrogativement : Combien etes-vous? Ou allez-vous? Com- 
ment dites-vous? etc., 

552. On appelle locution adverbiale une reunion de mots 
equivalant a un adverbe; tels sont : a ienvi^ au dela, en degch 
tout a fait, point du tout, d'accord, a peu pres, de meme, 
pour neant (c'est-A-dire inutilement) , etc. 

A Venvi signifie proprement h qui mieux mieux, en rivalisant ; c'est un 
nora verbal forme de I'inlinitif envier (anc. franc. itiviCer, provoguer). 



Fonctions de I'adverbe dans la proposition. — L'adverjae peut 
etre allrihul, complement du' nom et de Vadjeclif, complement de 
circomlance, etc. Ex. : Cest assez (attrib.) ; — la fete de domain 
(compl. du nom) sera belle; — le sage vit content de peu (compl. 
de content), etc. 

Mais il est plus souvent complement de circonstance. fix, : 11 est 
arrive hier (compl. de temps); — il s'est mis vivement (compl. de 
maniere) a la besoyne. 



CHAPITRK VIII 

DE LA PREPOSITION 

533. La pr6position est un mol invariable qui sert a unir 
UQ mot k son complement. Ex. : Le livre de Paul; — tUile A 
lliomme. De el a sont des prepositions. 

Preposition est tir6 du \dXm prsepositio [prx, en avant; positio, posi- 



Quand nous disons : {/ vient de Paris, nous reunissons les deux idees 
de veniret de Paris par un lien qui les ratlaclie I'une a I'autre et marque 
leur dependance. Ce mot de, qui seil a rapproclier, a mettre en rapport 
deux idees isol^es, s'appelie une proposition. 

534. Les principaux rapports exprimes par les prepositions 
sont au nombre de cinq. Ce sont les rapports : 

1° De tendance ou d'6loignement : a, contre, de, envers, 
pour J jusque. 

2<> De cause, de propriet6 ou d'origine : de, par, pour. 

3° De maniere ou de moyen : avec, de, par, selon, sans, 
horSf hx)rmis, outre, rnalgr^. 

4® De temps : avant, apres, des, depuis, pendant. 

5® De lieu : a, dans, en, de, chez, devant, derriere, sur, 
sous, vers, entre, parmi, void, voila. 

Une autre preposition de lieu, qui a vieilli, c'est lez, du laUn latus 



DE LA PREPOSITION. 861 

(c6te), qui signifie pres de. On la letrouve dans les expressions telles qut 
Plessis-lez-Tours, Saint- Pien'e-lez-Calais, etc. [Plessis pres de Totns, 
Saint-Pierre pres de Calais). 

II est difficile de cla^ser d'une maniere absolue les prepositions selon 
le rapport qu'ellcs expriment, car ces rapports viirient presque a rinlini, 
et la plupart des prepositions changent meme de sens selon les mots 
qu'elles servent a reunir. Ainsi a peut mnrquer le but ; j'ecris a ma 
mere ; la possession : ce livre est d moi ; Veloignement : j'ai arraclie una 
branche d cet arbre ; le lieu oil Von est : je suis ct Paris ; le Tieu oU l'oii 
va : je vais a Paris, le moyen, la manih-e : a raconter ses maux, sou- 
vent on les soulage, etc. — De meme de pent marquer le point de de- 
part -. il vient de Paris; la possession : le livre de Pierre; la dur^e : il ne 
viendra pas de longtemps; Yinstrmnent : il frappe de I'epee; la maniere- 
il doune de bon coeur; le moyen : il le paye de son argent; la cause : il 
est mort de ses blessures, etc. 

535. Remarqde. — 4" II nefautpas confondre a, preposifion, 
avec a, troisieme pen*sonne du singulier du verbe avoir; a, 
preposition, est marque d'lin accent grave : // monte a 
cheval; — a, verbe, n a pas d'accent : II a. un livre. 

2° Des, preposition, prend un accent grave : // se leve d6s 
Vaurore; — des, article, n'a point d'accent : Les feuilles des 
arbres. 

5« Plusieurs prepositions peuvent Mre employees comme 
adverbes; ce sont : apres, aupres, avant, depuis, derriere, 
devanty etc. 

Parmi a 6t6 employe adverbialement par La Fontaine : 

Ces deux emplois sont beaux, mais je voudrais parmi 
Quelque doux et discret ami. 

Par contre, dedans, dehws, dessus, dessous se trouvent, jusque dans 
les auteurs du dix-septieme siecle, employes comme prepositions. 

536. Les prepositions formees d un seul mot, comme a, de, 
dans, etc., sont dites prepositions simples. Les prepositions 
formees de deux ou de plusieurs mots, comme quant a, 
a came de, au-dessus de, etc., sont dites locutions prepo- 
sitives. 



162 * |>E LA PR]SpOSITIO?(. 

SECTION I 

FORMATION DES PREPOSITIONS SIMPLES 

537. Le fran^ais a re^u du latin le plus grand nombre de 
ses propositions simples, mais il en a forme lui-m^me plu- 
sieiirs, a I'aide des noms, des adjeclifs et des verbes fran^ais. 

Les prepositions simples que nous tenons directement du latin pro- 
viennent : 

i" Soit de prepositions latines simples, comma d (ad), contrg (contra), 

de (de), en (in), entre (intra), ho7's (foris), alteration de fors, qu'on 
retrouve dans forcenS (hors de sens), outi^e (ultra), par [i>Qv],pour (pro), 
sans (sine), sous (subtus), «W7' (super), vers (versus). 

2° Soit de la reunion de deux prepositions latines simples, coinine auant 
(de ab et ante, devant), avec (de apud et hoc], dans (de de et intus), 
depuis (de de et du comparatif populaire postius forme sur post comma 
anlius sur ante (voy. § 525), derricre (de de et retro], devant (de de et 
ttb ante], des (de de ct ex) , jusque [&q de usque] et avec I'addition d'un s 
devant d., jusques a, mvers (de en et de vers], selon (de sub et de longum). 

3° Soil .e noms latins, comme parmi (per medium, litteralement 
par le milieu). Chez vient du latin casa (maiison). La locution latine in 
casa devint dans notre ancienne langiie en chez : on disait au treizieme 
siecle il est en chez Gautier [est in casa Walterii). La preposition en dis- 
parut au quatorzieme siecle ct Ton dit alors, comme aujourd'hui : tl est 
chez Gautier. 

On dit encore : Je passei'ai par chez mon oncle; ce que les Latins 
exprimaient par : Transibo pei- domum aviuu-.uli met. 

4» Soit de participes passes latins, comme pres (du participe pressum, 
qui est presse, serre contre, etc.). 

5^8. La langue fran^aise a tire de son propre fondsdes pre- 
positions nouvelles k I'aide des nomSf des adjectifs et des 
verbes : 

1" Du nom : malgre (compost de i'ancien adjectif ma I, 
mauvais, et de gre\ volonte). 

2« De Tadjectif : sauf (que nous trouvons comme adjectif 
dans sain et sauf, la vie sauve, etc.)- Ex. : Sauf mes inter^ts 
(c'cst-a-dire, mes interets 6tant saufs). 



FORMATION DES PRl5P0SITI0NS SIMPLES. 2<J% 

5° De rimp6ratif : void, voila (pour vois-iciy vois-lh). 

Ces mots sont composes des adverbes ci ou Id et de voi, ancien im- 
peratif du verbe voir. Void le loup signifie done proprement : voyez ici 
le hup, ou le loup est ici, voyez-le. 

Cette locution, etant composee de I'imperatif du verbe voir et des ad- 
verbes ei. Id, etait separable dans notre ancienne langue : Voi-me Id 
(pour me voild). Au seizi6me siecle, Rabelais dit encore : Voy me ci pret 
(pour me void pret). Puis le peuple perdit le sens de ces composes, et 
void, voild passerent a I'etat de prepositions. 

40 Des participes pass6s : approuve, attendu, ci-joint, 
ci-inclus, excepte, non compris, passe, suppose, vu. Ex. : At- 
tendu sa faiblesse; excepte' cette femme, etc. 

11 faut y ajouter hormis, qui dans le vieux francjais etait hors mis, c'est- 
a-dire mis hors. Dans cette locution, le participe mis etait variable; on 
disait au treixieme si6cle : cet homme a perdu tous ses enfants, hors 
mise sa fille. Au quinzieme si6cle, le participe wis s'est sonde a I'ad- 
verbe hors, et la locution hors mis est devenue a son tour une preposi- 
tion. 

5° Des participes presents : durant, pendant, suivant, 
touchant (part, presents des verbes durer, pendre, etc.). Ex. : 
Durant le jour; — pendant le proc^.s; c'est-a-dire le jour 
durant, le proces etant pendant. 

Le vieux francais plagait souvent le participe avant le nom auquel il 
se rapporte, il disait : L'esclave fut jeU au feu, voyant le roi, c'est-a-dire 
en presenile du roi (le roi le voyant, vidente rege). — Une des parties vint 
a mourir pendant le proces, c'est-a-dire le proces ^iant pendant (pen- 
dente re). II n'y a done pas inversion dans sa vie durant; durant sa vie 
est au contraire I'inversion veritable. 

Moyennant est le participe present de I'ancien verbe moyenner, donner 
les moyens : II echappa moyennant votre aide. 

Nonobstant vient du latin {non obstante), c'est-a-dire n'empechant 
pas. 

Nous avons perdu delez (pres de), de coste [k cote de), emprds (aupres 
de, apres), encontre (contre), encoste (a cote de), enmi (parmi), encuu/, 
jowcte {\sii. J uxta, pr6s de), etc. 



26i PK LA PR^.POSITIOW. 

SECTION II 

FORMATION DES LOCUTIONS PREPOSITIVES 

559. Les locutions prepositivos sonl formees, pour la plu- 
part, soil d Taide de noms, soil a I'aide d'adverbes suivis 
de la preposition de : ainsi les noms tels que face, force, faute, 
bout, aide, cause, de'pit, etc., ont donne les locutions en face 
de, a force de, faute de, a bout de, a I'aide de, a cause de, en 
de'pit de, etc.; et les adveibes tels que loin, autour, etc., ont 
forme loin de, autour de, au-devant de, vis-a-vis de, etc. 

Remarque. — Vis-4-vis est forme du \ieux noms fran^ais »w (visage) ; 
cette locution equivaut done a face a face. On retrouve encore ce vieux 
mot vis dans le derive visiere (la visiere etait a I'origine la partie du 
cascjue servant a proteger le vis, le visage/ 



CHAPITRE IX 

DE LA CONJONCTION 

540. La conjonction est un mot invariable qui sert a 
reunir deux mots ou deux membres de phrase. Ex. : Pierre et 
Paul sont freres; aimons Pierre puisqu'i/ est bon. — Et, 
puisque sont des conjonctions, 

Conjonction est tir6 du latin conjunctio (union). 

Les conjonctions formees d'un seul mot, comme M, ou, ni, 
mais, sont dites conjonctions simples. Les conjonctions 
formees de deux ou de plusieurs mots, comme tandis que, 
hien que, parce que, sont dites locutions conjonctives. 

1. Conjonctions simples. 

541. Les principales conjonctions simples sont : car, 
comme, done, et, ou, quand, que, mais, ni, or, si, qui 
ne sont reellement formees que d'un seul mot. 

Car (du latin quare). II avait conserve en vieux francais son sens ori- 
ginaire de done, au lieu du sens moderne de en effet. On trouve dans la 
Chanson de Roland : Car chevalchiez (chevauchez done). — Comme, vieux 
francais come, du latin quomodo. — Done, s'est aussi ecrit donques jus- 
qu'au i 7* siecle et vient du latin dum -\--ce ou dum est renforce par ce, 
comme turn, dans tunc [tum-ce). — Et (latin e<). — Ou (vieux francais o, 
du latin aut). — Quand (quando). ■ — Que, vieux francais qu^d, du latin 
qv^d. — ^ais (du latin magis) avait autrefois le sens de plus. — Ni 
(latin nee, vieux francais ne). On trouve encore dans Moliere ne plus ne 
moins. — Or signifiait en vieux francais maintenant, proprement a cette 
heure, du latin hora, heure. — Si (latin si). Compose : si-non. En vieux 
francais les deux particules etaient s^paraWes : Je yerrai, si lui-m6me 
nan, au moins son frere. 



266 DE LA CONJONCTION. 

542. II faut y joindre les conjonctions telles que pnisque, 
nSanmoins, cependant, aussi, lorsque, qui sont en r^alile 
cornposees de deux mots distincts, mais que Torthographe 
inoderne a reunis en un seul. 

Aussi (vieux fran^ais alsi, du latin aliud-sic). — Cependant, de ce et 
pendant, litteralement pendant cela. — Lorsque (de lors et que). Cette 
locution est encore separable : lors m6me qu"\\ irait, je n'irais pas. 

Neanmoins, vieux francais n^antmoins, de nSant et de moins. — NSant 
(latin ne{c)ente{m) signifie litteralement non, rien C'est dans ce sens que 
La Fontaine I'a encore employe : 

Tai maints chapitres vus, 

Qui pour n^ant se sont ainsi tenus. 

Ne'ant-moins est I'^quivalent de ne pas moins : II est fort jeune et 
neanmoins serieux, c'est-a-dire il n'en est pas moins serieux. — Puisque 
[puis et que). 

11 faut remarquer que la plupart de ces conjonctions sont en rnSme 
temps adverbes. 

543. Remarque. — i« Que est pronom relatif quand il 
signifie lequel, laquelle ; — il est adverb« lorsqu'il signifie 
combien ; — il est conjonction lorsqu'il sert a joindre deux 
membres de phrase, comme dans : Je crok que Pierre est 
sage. 

2*^ QtLy adverbe, marque le lieu et prend un accent grave, 
Nous avons vu que ou, avecun antecedent de lieu et de temps, 
peut ^tre aussi considdre comme pronom relatif : Dites-moi le 
jour oil voits voulez vemr. 

Ou conjonction, signifie ou Men et ne prend pas d'accent : 
Mon frere ou moi. 

Oil, adverbe ou pronom relatif, vient de ubi; ou, conjonction, de aut. 

3° Si est adverbe lorsqu'il signifie tant, tellement ; dans 
les autres cas il est conjonction : Je sortirai si le temps est 
beau. 

Cette equivoque n'existait pas en l«fiii : si conjonction s'exprimait 
ordinairement par si; si adverbe par ade0, tcmt, tantum, etc, 



. DE L\ CONJONCTION. 267 

4« Comme peut Mre adverbe ou conjonctiori. 

II est adverbe, quand il signifie : i« Ainsi que, autant que, 
de la meme maniere que : Blanc comme la neige. 

2« De la maniere que : Faites comme vous voudrez. 

5° De quelle maniere : Voyez comme il court. 

4° Gombien : Comme il est change! 

11 est conjonction, quand il signifie : I'* Par suite de ce que, 
attendu que : Comme il pleuvait, il r antra. 

2" Dans le temps que : // arriva^ comme midi sonnait. 

2. Locutions conjonctives. 

544. Les principal es locutions conjonctives sont : afin que, 
depuis que, ^ moins que, tant que, tandis que, alors 
que, sans que, d6s que, avant que, apr^s que, parce 
que, etc. 

Tandis diB tan- diu. Pour Ics autres loculions, voyez § 525, 528, 537, etc. 

545. On divise les conjonctions en deux classes au point de 
vue du sens : les conjonctions de coordination at les conjonc- 
tions de subordination. Ainsi, dans // travaille et il joue, et, 
qui sert k reunir deux propositions, qui reslent cependant 
independantes I'une de I'autre,. est une conjonction de coordi- 
nation ; — dans // faut que vous ecoutiez, que sert a reunir 
deux propositions, mais en indiquant que la seconde est subor- 
donnee a la premiere; c'est une conjonction de subordina- 
tion. 

Les principales conjonctions de coordination sont et, ou, 
niy mais, car, done, or, cependant, neanmoins, sinon, toute- 
fois. 

Les principales conjonctions de subordination sont : comme, 
lorsque, puisque, quand, que, quoique, si, etc. 



CHAPITRE X 

DE L'INTERJECTION 

546. L'interjection est un cri, une exclamation qui ex- 
prime les mouvements subits de Tame : ah!, oh!, fi!, he'las! 

Interjection est tir6 du latin interjectio, proprement « action de jeter au 
milieu » (de la phrase). Cette definition n'est pas absolument exacte, car 
non seulement on interjette ces mots dans le discours, mais souvent 
lis se mettent en t6te de la phrase; quelquefois meme ils s'emploient 
tout seuls et remplacent une phrase entiere. C'est une sorte de cri qui 
a I'origine a peut-etre ete tout le langage de lliomme. Les veritables 
interjections sont simplement nos voyelles a, e, i, o, m, aspirees ou 
doublees, sous les formes ah, ha, h6, hihi, oh, hue, etc. EUes n'ont en 
general aucun sens particulier; leur signification, tres vague, depend 
du sentiment qu'il s'agit d'exprimer, et de I'accent avec lequel elles sont 
prononcees. 

547. Les principales interjections sont : 

Pour exprimer la joie : Ah! 

T— la douleur : A'ie! ah! he'las! ouf! 

— la crainte : Ha! he! ho! 

— I'admiration : Ah! eh! oh! 

— I'aversion : Fi ! oh ! 
Pour encourager : Sus! ga! 
Pour appeler : Hola! he! 

II faut ajouter k cette liste un grand nombre de mots qui 
s'emploient accidentellement comme interjections, tels que : 
hon, peste, misericorde, allons, courage, ferme, alerte, grace, 
salut, bravo, vivat, etc. 



DE L INTERJECTION. 269 

548. Les interjections sont done formees soit k I'aide de 
noms [paix! courage! patience!), soit ^ I'aide de verbes {soit! 
allons! suffit!), soit par de simples exclamations (ah! oh!), etc. 

Si nous laissons de c6t6 les locutions telles que paix! courage! 
soit! etc., qui sont plut6t des propositions elliptiques (pour faites paix! 
prenez courage ! que cela soit!) que des interjections proprement dites, 
il nous restera peu de chose a dire des interjections frangaises, puis- 
qu'au fond les veritables interjections ne sont que des exclamations ou 
des cris communs aux idiomes de tous les peuples {oh' ah!), etc. 

II ne faut pas confondre ga interjection avec fd adverbe de lieu 
(dans frt et la). Qk interjection signifie eh hien ! allons : Qk, mes amis, 
travaitlons! Qk, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine. (Lr 
Fontaine.) 

Helas ! que nos aieux ecrivaient en deux mots : hi! las! est compose 
de I'interjection h6 ! et de I'adjectif las, qui signifiait malheureux dans 
n^tre vieille langue. On disait au treizieme siecle : Cette mere est lasse 
de la mort de son fils. He ! lasse que je suis ! — Ce n'est qu'au quinzieme 
siecle que les deux mots se souderent et qu'hilas ! devint inseparable. 
En meme temps las perdaii toute son energie primitive et passait du 
sens de douleur a celui de fatigue, comme cela est arrive pour les mots 
qene et ennui, qui a I'origine signifiaient lourment et haine. 

L'interjection dame! (du latin dominam) est TabreviaHon de Notre- 
Dame (invocation a la Sainte Vierge) et garde un sens analogue a mafoi! 
Ex. : Ah! dame ,je ne sais pas. — Nous retrouvons encore ce moi Dame, 
niais representant le masculin dominum dans les noms geographiques 
/>am marlin, Z)am pierre , etc., qui signillent le Sire (ou Seigneur) Martin, 
le Sire Pierre. 

Les termes employes dans lelangage lamilier et dans le style copiique, 
tels que ; jarni, morbleu, palsambleu, corbleu, diantre, etc., ne sont que 
des [urons oii le nom tie Dieu a ete a dessein defiguj'e, supprime ou rem- 
|.l;ice par bleu: jarni (je renie Dieu); morbleu (mort de Dieu )^ palsambleu 
par lo sang de Dieu); corbleu (par le corps de Dieu], diantre (diable),ctc. 
Ih; meme morguicnnc, mordtenne sont pour morguie, mordic (mort de 
Micu). 



LIVRE III 



SYNTAXE 

ou 
ETUDE DES PROPOSITIONS 



549. Nous venons d'4tudier successivernent lesnew/ especes 
de mot& dont se compose la langue frangaise : il nous reste k 
niontrer comment on peut assembler ces mots pour en former 
dea phrases. 

Gette partie de la grammaire qui 6tudie la mani^re d'assem- 
bler les mots en phrases se nomme syntaxe. 

Syntaxe vient du mot grec tuntaxis, qui veut dire o arrangemeHt ». 

550. Nous ne pouvons exprimer une pensee ou enoncer un 
jugement sans faire ce qu'on appelle une proposition. Quand 
nous disons : La mere est patiente, Uenfant aime ses parents, 
chaoune de ces phrases forme une proposition. 

La proposition est done Tenonce d'un jugement. 

Praposition est tire du latin propimtio, action de mettre en avant 
(une i(^e, une oj^on). 

On dit que les propositaoas sonrt juxlaposdes quand elles sont simple- 
ment placees les u»es a cote des autpes, comnae dans : Je sms venu, fat 
vu, fai vaineu. 

On dit que les propo itions sont coordonn^es quand elles sont unies 
par une des conjonctioiis el, ou, ni, mais, etc., sans que I'une soit n^ces- 
saire pour completer le sens de l.-uiire, comine dans : Mon pdre esi 
jusie ei »a bonU e$t infinie (voyez § 545). 



272 SYNTAXE. 

bbi. La phrase est soit une proposition simple, soit une 
reunion de propositions formant un sens complel. EUe est 
ordinairement comprise entre deux points. 

Phrase vient du mot grec phrasis, maniere de parler. 

552, On compte ordinairement dans une phrase autant de 
propositions qu'il y a de verbes a un mode personnel, expri- 
mes ou sous-entendus. Ainsi dans cette phrase : Quand il 
arriva, — son fils se jeta dans ses brasy il y a deux proposi- 
tions, parce qu'il y a deux verbes. 

La proposition infinitive et la proposition participe font excep- 
tion k cette regie. Ainsi dans : II croii Stre heuretix, Stre heureux forme 
une veritable proposition subordonnee dont le verbe est k Vinfinitif. 
Dans : Les parts itant faites, le lion parla ainsi, les parts dlant faites 
forme une proposition subordonnee dont le verbe est au participe. 

Nous avons d'ailleurs emprunte ces tours de phrase aux Latins. 

Mais, pour rendre le discours plus rapide, on suppnrae 
quelquefois le verbe de la seconde proposition : Je Vaime 
comme mon frere (c'est-a-dire comme faime mon frere). 
Cette derniere proposition {comme... mon frere) est dite pro- 
position subordonnee elliptique (voy. g 568, n** 2). 

Quelquefois meme, sans verbe exprime, il y a neammoins 
une proposition ; ainsi Au feu ! signifie proprement Allans ou 
venez au feu!t.i forme une proposition elliptique. 



CHAPITRE I 

DES DIFFERENTES SORTES DE PROPOSITIONS 



553. II y a trois sortes de propositions : la proposition in- 
dependante^ la proposition principale et la proposition suhor^ 
donnee. 

1° La proposition ind6pendante est celle dont le verbe 
ne depend d'aucune autre proposition et qui a par elle-m^me 
un sens complet. 

Ex. : Le soleil rechauffe la terre. 

2° La proposition principale est celle dont dependent 
d'autres propositions, qu'on appelle propositions subordonn^es. 
Ex. : Le soleil rechauffe la terre que nous habitons. 

Le soleil rechauffe la terre est une proposition principale^ j 
d'ou depend une autre proposition que nous habitons. 

3° La proposition sul)ordonn6e est celle qui s'ajoute a la 
proposition principale ou h une autre proposition pour en 
completer le sens. Ex. : Je crois que le soleil rechauffe la terre. 
(Que le soleil rechauffe la terre est la subordonnee de la pro- 
position principale je crois.) 



i. La proposition principale n'est pas toujours exprimee la premiere. 
Ex. : Quand vous viendr«z, vous me ferea plr^tir. La premiere proposi- 
tion est subordonnee. 



Vi DES DIFFERERTES SORTES DE PROPO€TTIOffS. 



PROPOSITIONS SUBORDONNEES 

554. Au point de vue de la forme, les propositions sent 
dites subordonnees lorsqu'elles se rattachent au verbe d'une 
autre proposition : 

l** Par une conjonction : Je veux que vous veniez; 

2® Par une locution conjonctive : // lit pendant que vous 

jouez ; 

30 Par un mot interrogatif, soit pronom : // sail qui vous 

etes ; 

— — soit adjectif : Dites-moi quelle 

heure il est ; 

— — soit adverbe : Je voudrais savoir 

ou vous etes. 

C'est ce qu'on appelle I'interrogation indirecte, 

Les propositions sont encore subordonnees lorsqu\llcs ^0 
rattachent au nom ou au pronom d'une autre proposition par 
un pronom relatif : On aime V enfant qui travaille. 

555. Les propositions subordonnees ont toutes les fonc- 
tions des noms ou des pronoms. La proposition subordonnee 
pent etre : 

1° Sujet. Kx. : II est desirable qu'il vienne. 

2° Attribut. Ex. : Mon opinion est qu'il a tort. 

3° Compl6ment d'objet. La proposition est alors subor- 
donn6e d'objet. — Ex. : Je crozs que le chien aboie. Dites- 
moi quelle heure il est. Chaque jour nous avertit que la 
mort approche. 

4*^ Complement de circonstance. La proposition est alors 
Hubordonn^ de circonstance. — Ex. : Je vous t^errat 



DES Dirr^WTES SORTES DE PROPOSITIOIfS. 275 

quand vous viendrez k Paris. Vous irez k moins que vous 
ne soyez malade. 

5*^ Apposition. La proposition subordonnee peut meme 
parfois jouer le role d'apposition. — Ex. : On nest pas tou- 
jours heureux par le fait qu'on est riohe. 

556. La proposition subordonnee, quand elle est ^ntroduite 
par un pronom relatif, peut etre aussi complement d'un nom 
ou dun pronom. 

Elle peut avoir deux valeurs dilTerentes et ^tre : 

1° Indispensable au sens de la phrase. — Ex. : On perd 
tout le temps — qu'on peut mieux employer. 

La subordonnee relative qu'on peut mieux employer deter- 
mine le sens de temps. On ne pourrait la supprimer sans changer 
le sens de la phrase. . 

2® Inutile au sens de la phrase. — Ex. : Le chene, — qui 
etait orgueilleux, — fut renverse par le vent; — mais la 
tempete epargna le roseau — qui etait modeste. 

La subordonnee relative qui etait or gueilleux est un comple- 
ment explicatifdec/iene. La subordonnee relative qui etait mo- 
deste esinncomi^leYneniex^MQ.aiiMe roseau. Si Ton supprimait 
cesdeuxpropositions, la phrase offrirait encore un sens complet. 

557. II fautjoindrea ces propositions \a proposition par^ 
ticipe et la proposition infinitive, qui jouent le role tantot d'un 
complement d'objet, tantot d'un complement de circon- 
stance. Ex. : 

Je sentis tout a coup — le sol trembler sous mes pieds (le 
sol trembler sous mes pieds, complement d'objet direct). 

Les parts e'tant faites — le lion parla ainsi {les parts etant 
faites, complement de temps). 

558. On appelle proposition intercalee une proposition, 
ordinairement peu etendue, qui peut 6tre intercalee dans une 



S76 DE6 DIFFEREN'TES S0RTE8 D£ PBOPOSITION& 

autre proposition. Ainsi, dans : U argent, dit le sage, ne fait 
pas le bonheiir, la proposition dit le sage est une intercalee. 

Proposition inddpendante. 

Proposition principale. 

I Sujet, Attrfbut. 

Proposition subordonnee. { ^^"^Pj- ^'^^J'^' , 

*^ j Compl. de circonstance. 

f Apposition, etc. 

Proposition coordonnie. — Proposition intercalee. 

Proposition elliptique. 



559. — Si Ton veut pousser encore plus loin I'analyse, on pent subdi 
viser les propositions principales et les propositions subordonnees en 
plusieurs groupes et leur donner diff^rents noras suivant leur sens et 
leur forme. 

I. PROPOSITI 0N8 PRINCIPALES 

On pent les nommer, sans que cela change rien a leur valeur logique 

! Affirmatives. Ex. : Je viens. Le temps passe. 
Negatives. Ex. : Je ne viendrai pas. 
Interrogatives. Ex. : Viendre~^-vous ? 
Indicatives. Ex. : Je lis. Je lirai 
Imperatives. Ex. : Tais-toi. Va-Ven. 
2* Au point de vue \ Optatives. Ex. : Puissi-je reussir I 
du sens et du mode. ( Conditionnelles. Ex. : Je serais content si vous 
veniez. 
Infinitives. Ex. : Grenouilles de se plaindre et 
Jupin de leur dire. 

11. PROPOSITIONS SUBORDONNEES 

1*> Au point de vue de la forme, les subordonnees sont ou des proposi- 
tions conjonctives ou relaiites, ou des propositions infinitives, ou des 
propositions participes. En effet, elles sont introduites par la conjonc- 
tion que : Je desire que vous venter; ou par un mot interrogatif : Dis-moi 
qui tues', ou par un pronom ou un adverbe relalif : Le devair que fat 
donnS est facile; — saufquand le verbe est a I'infinitif ou au participe: 
On entend les chiens ahoyer. (La subordonnee est alors une proposition 
infinitive.) Son travail termini, ii se promene. (La subordonnee est alors 
une proposition participe.) 

2» Au point de vue de la fonction, elles Equivalent le plus g^ndralement 



nEMAIlQl'ES PARTtCUIJEIlES gUR LES t'l\O^OSltiO^S SUhORPONNEES. 2l? 

h \m sujpt : II est desirable gu'il vienne: — a un complement d'objet ■ II 
voultit I'ous amriir du danger; Le cheval s'apercut qu'il avait fait f'olie 
(La Fontaine); — a un complement de circonstance : Quand on a menti, 
on ne pent plus etre crn. 

Les prf^ositicBis subordonnies de circonstance expriment dilFerentes 
idees suivant que la circonstance ^noncee ?st une circonstance de cause, 
de /In, &e conditiotiy de comparaison, de concession, de consequence, de 
temps. 

i" Elles expriment uno idee de cause et sont introduites par puisque, 
parce que, comme, vur que, que, ou de avec I'infinitif. Ex. : Je vlendrai 
puisque vou.^ le desirez. — Je me rejouis de te voir. 

2" Elles expriment une idee d'inlention, de but, de fin, et sont intro- 
duites par a/in que, afin de. pour que] pour, etc. Bx. : Instruisez les 
enfants pour quits deviennent meilleurs. — Ecoutez pour apprendre. 

3° Elles expriment une idee de condition et sont introduites par«i. Ex. : 
Obeis, si tu veux quon Vobeisse un jour. 

4" Elles expriment une idee de comparaison et sont introduites par 
comme, de meme que, que, si, etc. Ex. : U agit autrement qu'it neparle. 
— 11 lepense comme il le dit. 

5° Elles expriment une idee de concession et sont introduites par 
quoique, malgrd que, bien que, quand meme, mime si, etc. Ex. : On le 
condamne quoiqu'il soil innocent. 

6° Elles expriment une idee de consequence et sont introduites par 
de fa^on que, de maniere que, en sorle que, tellement que, si que, etc. 
Ex : Trafaillez de fa(;on que tout le monde soil content de vous. — II 
est si bou quil pardonne tout. 

7° Elles expriment une idee de temps et sont introduites par avant 
que, avant de, dts que, pendant que, tandis que, lorsque, quand, aprds 
que, etc., ou en avec le participe present. Ex. : Travaillez avant que la 
vieillesse arrive. — La tempfite menace avant d'dclater. 

Les propositions subordonn^es introduites par unpronom relatif ou un 
adverbe relatif qui, que, dont, lequel, ou, d'oii, etc., peuvent etre consi- 
rees comme explicatives ou determinatives. 

Les explicatives sont celles qui se rattachent a un antecedent, nom ov 
pronom, comme un simple qualificatif. 

Les diterminatives sont plus intimement lides k leur ant^c^dent, parce 
qu'elles en determinent le sens en y ajoutant une circonstance de cause, 
de fin, de condition, etc. Dans ce cas le relatif equivaut k une des con- 
jonctions de subordination : vu que, pour que, si, quoique, etc. D'apres le 
sens particulier du relatif, on distingue parmi ces derni^res : 



278 DES DIFFERENTES SORTES DE PROPOSITIONS. 

!• Les subordonnees relatives qui rnarquent la cause. Le relatif 
^quivaut a puisque, parce que, vu que, etc Ex. : Heureux homme qui a 
toujours le temps! {parce quit a...). 

1" Les subordonnees relatives qui rnarquent le but, la fin. Le relatif 
6quivaut a afin que, pour que, etc. Ex. : Je veux un serviteur qui 
rnobiisse ipour qu'il..., etc.). 

3° Les subordonnees relatives qui rnarquent la condition. Le relatif 
equivaut a si nous, si vous, s'il, etc. Ex. : Tout homme qui ment est 
digne de mipris [s'il ment...). 

4° Les subordonnees relatives qui indiquent que Ton fait une con- 
cession a quelqu'un. Le relatif Equivaut a quoique, bien que, etc. Ex. : 
Aristide, qui avait administrd le trisor public de la Grcce, mourut 
pauvre [quoiquHl eiit adminisiri..., 2tc.). 

5° Les subordonnees relatives qui rnarquent la suite la conse- 
quence. Le relatif equivaut a de sorte que, de telle nature que, etc. 
Ex. : Ce n'est pas un homme qui craigne le danger [de telle nature qu'il 
craigne..., etc.). 

560. Toute proposition renferme les termes suivanls : 
1" sujet ei verbe;ou 2^ sujet, verbe et attribution 3" sujety 
verbe et complement. 

1« Le sujet indique I'etre qui est ou qui fait quelque 
chose. 

2" Le verbe indique Vetat ou Vaction du sujet. 

S'' L'attribut du sujet indique la mani^re dont le sujet est 
ou fait quelque chose. 

Quand nous disons, par exemple, L' homme , est bon, nous attribuons 
a I'etre appeie homme la qualitede bon, nous aftirmons que I'homyne 
possede cette qualite. Le mot bon, qui designe la qualite que nous attri- 
buons a rhomme, est dit pour cette raison attribut. Le mot est, qui nous 
sert k affirmer que cette qualite de bon existc dans Thomme, est dit 
verbe. Enfin I'homme, dont nous avons affirme qu'il possedait ia qualite 
marquee par l'attribut, est appele sujet. 

Ainsi le sujet de la proposition est ce dont on affirme quelque chose. 

Le verbe est le mot qui marque cette affirmation. 
* L'attribut du sujet est ce que Ton affirme exister dans le sujet. 

561. Le complement est un mot ou un groupe de mots 
qui s'ajoutent soit au sujet, soit k V attribut, soil au verbe pour 
en eclaircir, en completer le sens. 

1° Sujet. — Le sujet pent ^tre : 
Uq nom : Le travail est utile ; 



SUJET, VERBE, ATTRIBUT, COMPLEMENT. 179 

(In mot pris comme nom : Le vrai est aimable ; 

Un pronom : Vous etes attentifs ; 

Un infinitif: Mentir est honteux; 

Une proposition : 11 est desirable qu'il vienne. 

562. Le sujet a pour complements tous les mots qui lui, 
sont unis avec ou sans proposition et qui servent a completer 
I'idee qu'il represente. Ainsi dans : Les bons amis sontrares ; 
Le cheval de mon pfere est beau ; Uobeissance au maltre est 
une vertu ; les mots bons^ de mon pere, au maitre sont les 
complements du sujet. 

On appelle sujet de la proposition le sujet accompagne de ses comple- 
ments. Ainsi dans : Les bons amis sont rares ; Le cheval de mon phre 
est beau, — Les bons amis, le cheval de mon pere sont les sujets de la 
proposition. 

Dans I'analyse des mots, amis et cheval seulement seraient sujets, 

2« Verbe. — Au point de vue de I'analyse des propositions, 
il faut remarquer que les verbes comme elrcy sembleVy paraitre, 
devenii\ rester, etc., peuvent etre suivis de I'attribut : Pierre 
est docile, la vie parait courte. 

5' Attribut. — L'attribut pent etre : 

Un nom : Le soleil est une etoile; 

Un adjectif : La gloire est trompeuse; 

Un pronom : Le coupable est celui-ci; 

Un infinilif : Plaisanter nest pas r6pondre; 

Un participe passe : Mon frere est venu. 

Un mot invariable : Cest mal. 

Une expression qualificative : Les bles sont en herbe. 

565. L'attribut a pour complements tous les mots qui lui 
sont unis avec ou sans preposition et qui servent a completer 
I idee qu'il represente. Ainsi, dans : Le cheval est utile ^ 
rhomme; Ce livre est celui de mon frfere; les mots a 
I'hommey de mon frercy sont les complements de l'attribut. 

On appelle attribut, dans I'analyse de )a proposition, l'attribut accom- 
pif?ne de ses complements. Ainsi dans : Le cheval ext utile k rhomme; 
Ce livre est celui de mon fr6re ; ces mots utile a I'homme, celui de mon 
frh-r. sont les attributs de la proposition. 

D.ins I'analyse les inois, utile et celui seulement seraient attributs. 



IgO t)£$ DIFFERBNTES SOATES DE PROl'OSlTtONS. 

564. Apposition. — On appelle apposition un nom qui s'ajoute aux 
differenls termes de la proposition comme uiie sorte d'adjectif; par 
exemple, fits de Charlemagne, daris Louis, fils de Charlemagne, fut 
surnommele Dibomiaire. 

IVans : la villa de Paris, Paris est apposition k ville : la proposition 
de est expletive. 
On appelle parfois Vapposition complement explicatif. 

565. Mots mis en apostrophe. — On appelle mots mis en apostrophe 
des mots qui ne se rattachent a aucun des termes de la proposition ; 
par exemple, mes amis, dans : Mes amis, il faut qu'on s'entr'aide. 

566. Regle generale. — Dans toule proposition, le verbe 
et Tattribut du sujet s'accordent avec le sujet, c'est-A-dire 
qu'ils prennent le nombre, le genre ou la personne du sujet 
auquel ils se rapportent. 

Ex. : Lherhe est verte, — Jeanne d\irc est une hdroine. 
— Mon cheval est celui-ci. — Ma mere est venue. — Marie, 
vous etes attentive. — Paul et moU nous sommes atlentifs. 



CHAPITRE 11 

FBGURES DE GRAMMAIRE 

567. On appelle figures de grammaire des manieres de parler 
qui s'ecartent de la construction ordinaire de la phrase. 

Ainsi, dans On a toujours raison, le destin toujours tort, la der- 
niere proposition manque de verbe, a est sous-entendu : c'est une 
figure. Dans Aux petits des oiseatix Dieu donne la pdluref I'ordre 
grammatical est renverse; le complement, aux petits des oiseauxy 
precede le verbe au lieu de le suivre : c'est une figure. 

Letude de c^ diverses facons de parler appartient surtout 4 la rh^o- 
rique ; mais la synlaxe francaise est bien difficile a expliquer ; et I'analysc 
elle-mSme est impossible, si les el^ves ne possSdent pas absolument le 
sens de ces dififerentes denominalions : ellipse, inversion, etc. 

Nous allons dire bri^vement quelles sent les principales figures 
de grammaire. 

568. Les figures de grammaire les plus usitees sont, Vimersiony 
\ ellipse, le pUonasme,^ la syllepse et Vanacoluthe» 

!• L'inyersion (du latin inversio, retour, changement) est une 
transposition, un changement dans I'ordre grammatical des mots 
ou des phrases. Ex.: A tous les cceurs bien n^s que la patrie est 
chere! L'ordre logique serait: Que la patrie est chere a tous les 
coewrs bien nds ! C'est une inversion de mots. 

A qui venge son pere il n'est rien d' impossible. Pour : II n'est rien 
d' impossible a qui..., etc. C'est une inversion de phrase. 

L'inversion est surtout usitee en poesie ; en general elle soutient 
la phrase poetique et lui donne une marche plus ferme et plus 
noble. 

2° L'ellipse (du grec elleipsis, qui veut dire manque) est le 
relranchement de quelques termes necessaires a la construction, 
mais inutiles au seas. Ex.: Le crime fait la honle, et non pas Vicha- 



282 FIGURES DE GRAMHAIRE. 

faud; c'est-a-dire V6chafaud ne fait pas la honte. Cette figure donnc 
presque toiijours une grande rapidite au discours ; mais pour que 
i'ellipse soit bonne, il faut que I'esprit puisse facilement suppleer 
les mots sous-entendus. 

5° Le pleonasme (du grec pleonasmos, surabondance) est le 
contraire de I'ellipse : c'est une surabondance de mots inutiles pour 
le sens, mais qui donnent plus de force k la phrase. 

Ex.: Je I'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s'ap- 
pelle vu. De mes propres yeux est un pleonasme qui donne plus- 
d'energie a I'expression en insistant sur I'idee. 

Le pleonasme est un delaut quand il n'est qu'un surcroit dc 
mots inutiles. 

4° La syllepse (du grec sullepsis, comprehension) consiste a laire 
accorder un mot, non avec celui auquel il se rapporte grammati- 
calement, mais avec celui que I'esprit a en vue. La plupart aoi- 
ront que le bonheur est dans la richesse ; la plupart, signifiant la 
plus grande part ou partie, est en realite au singulier, mais le 
verbe s'accorde avec le complement sous-entendu : des hommes. 

On cite ordinairement comme exemple remarquable de syllepse 
les vers suivants de Racine : 

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, 
Vous souvenant, mon fils, que, cache sous ce lin, 
Comme eux vous fUles pauvre, et comme eux orphfilin. 

Eux se rapporte, non au mot pauvre employe au singulier, mais 
a I'idee des pauvres que le poete a en vue. 

Cette figure ne porte jamais que sur le genre et le nombre. Elle 
exige d'ailleurs une connaissance approfondie de la langue, et il ne 
faut en user qu'avec la plus grande reserve. 

5° L'anacoluthe (du grec anakoloulhon^ incoherence, manque 
de suite) est, comme son nom I'indique, un manque de suite dans 
la phrase; c'est un changement de construction qui substitue un 
sujet a un autre. Dans ces vers de Racine: 

Indomptable taursau, dragon impdtueux, 
Sa croupe se recourbe en replis tortueux. 

les deux premiers membres de la phrase ne se rattachent a ce 
qui suit ni comme sujets ni comme complements ; il y a done ana- 
coluthe. 



CHAPITRE m 

ANALYSE 

569. La syntaxe nous apprend a composer des phrases sui- 
vant les regies prescrites par ia grammaire; il faut aussi 
apprendre a decomposer une iphvase dans ses elements simples, 
c'est-a-dire dans ses mots et dans ses propositions. 

Cette decomposition s'appelle analyse (du grec analusis, dt 
composition, resolution d'lin compose en ses elements). 

li y a trois sortes d'analyses : I'analyse des mots, 
I'analyse des propositions et I'analyse 6tymologique. 

1. ANALYSE DES MOTS 

570. L'analyse des mots sert h faire connaitre Vespece 
et la forme des mots et a indiquer leur fonction dans la 
phrase. 

1° Vespdce des niots, c'est-a-dire s'ils sunt iioms, adjectifs ou verbes, 
articles ou pronoms, etc. ; 

2° La forme des mots, c'est-a-dire s'ils sont du masculin ou du ferai- 
nin, au singulier ou au pluriel, etc. ; 

3° La fonction des mots, c'est-a-dire s'ils sont sujets, attribuls ou 
complements, etc. 

Exemples d'analyse des mots : 

1* Autrefois les rues et les places de Paris etaient eclair^es 
par des torches, qui repandaient ga et la une clarte douteuse- 

Autrefois Adverbe de temps, modifie Staient ecldiries. 

les Art. def. se rapport, a rues, fem. plur. 

rues Nom coram, fem. plur. sujet de 6taient 6clair6es. 

et Conjonction. 

l«* Art. d^f. se rapport. & places, f^ra. plur. 



isi 



ANALVSi: DfiS MOTS. 



par 
des 
torches 



places Nom comm. f^m. plur., sujet de Haient ^dairies, 

de Proposition. 

Paris Nom propre masc. sing., compl. de rties et de places. 

dtaient iclair6es Verbe transit, a la forme pas., 3? pers. du plur. de 
I'imparf. de I'ind. 
Preposition. 

Art. indef., se rapport, a torches, fern. plur. 
Nom comra. f^m. plur., compl. ind. de circonstance 

(moyen) de ^latent iclairees. 
Pron. relatif ayant pour antecedent torches, fem. plur., 

sujet de ripandaient. 
Verbe transit, a la forme active, 3" pers. du plur. de 

I'imparf. de I'iud. 
Locution adverWale modifiant ripandaient. 
Art. indef. se rapport, k clart^, fOm. sing. 
Nom com. fem. sing., compl. d'objet dir. (le rSpandaient. 
Adj. qualif., Opithete de clarte, fem. sing. 



qui 

ripandaient 

(a et Id 
une 
clartd 
douteuse. 

2° L'ardoise est une substance minerale tres repandue dans 
la nature, dont les usages sont tr^s multiplies, maJs qui n'a 
point ete connue des anciens. 

L' (la) Art. def. elid6 se rapport, a ardoise, fem. sing. 

ardoise Nom comm. fem. sing., sujet de est. 

est Verbe intrans. S la forme active,3* pers. dusing.dupres.del'ind. 

une Art. indef. se rapport, a substance, fem. sing. 

substance Nom comm. fem. sing., attribut de ardoise. 

minirale Adj. qualif., epithete de substance, fem. sing. 

trts Adverbe de quantite modifiant repandue. 

repandue Part, passe, employe adjectiv. ,fem. sing. ,0pith6te de substance. 

dans Preposition. 

la Art. def. se rapport, a nature^ fem. sing. 

nature Nom comm. fem. sing., compl. ind. de lieu de repandue. 

dont Pron. relat. fem. sing., ayant pour antecedent substance, 

compl. de usages, 
les Art. def. se rapport, h usages, masc. plur. 

usages Nom comm. masc. plur., sujet ie sont. 

sont Verbe intrans. ,a la forme a«live,3»pers.du plur.dupr^s.del'iiid . 

tres Adverbe de quantity modiiiant multiplies, 

multiplies Part, passed employe adjectiv., attribut de usages, masc. plur. 
mais Conjonction. 

qui Pron. relat. ayant pour antecedent substance, fem. sing., 

sujet de a it6 connue, 
ne point Adverbe de negation, modifiant a 6U connue, 
a dte oonnue Verbe trans, h la forme pass., 5* p«n* du sing, du pass^ 

comp.de I'ind. 



ANALYSE DES PROPOSITIONS. 185 

des Art. dM. contracte, se rapport, a ancient, nm8C% plur. 

anciens. Adj. employe comme nom, masc. plur., compK ind. de cir- 
constance (agent) de a ete connue. 



2i ANALYSE DES PROPOSITIONS 

571. L'analyse des propositions consiste a faire connaitre 
le rapport des propositions entre elles et des mots entre eux 
dans la raeme proposition. 

Nous connaissons maintenant les diff^rentes esp^ces de pro- 
positions, et nous Savons les termes que toute proposition 
renferme (voyez g 560). 

572. Le sujet peut ^tre dit: 

I'' Simple, quand il n'y en a qu'un : L'homme est mortel; 

2° Multiple, quand il y en a plusieurs : Le loup et le chien 
ont une origine commune; 

S'^ Complexe, quand il a un complement : I'herbe du jar- 
din est verte; 

¥ Incomplexey quand il n'a pas de complement : I'herbe 
est verte. 

573. L'attribut peut etre dit : 

4» Simple, quand il n'y en a qu'un : Vhomme est mortel ; 

2« Multiple, quand il y en a plus^ieurs : // est grand et 
fort ; 

5" Complete, quand il a un complement : // est aTare de 
son argent; 

¥ Incomplexe, quand il n'a pas de complement : // est 
avare. " 

Exemples d'analyse des propositions : 

I. — Le bracelet est un ornement du bras, dotit Torigine se 
perd dans les temps les plus recul6s, et dont I'usage ?>'est 
perpetu^ '}\X9>(\\i k nous. 

Cetie phrase renferme trois propositions; une principale : U bracelet 



M6 ANALYSE DES PROPOSITIONS. 

est un ornement du bras; deux subordonn^es : i'dont I'origine se pei'd 
dans les temps les plus recules; 2° et dont I'usage s'est perpitui jusqu' a 
nous. 

1. — Le bracelet est un ornement du bras. Proposition principale. Le 
sujet est le bracelet; le verba estesf; I'attribut, wn ortiement, ayant pour 
complement du bras. 

2. — Dont I'origine se perd dans les temps les plus recules. Proposi- 
tion subordonnee, introdiiile par un pronom relatif. Le sujet est I'ori- 
gine, ayant pour complement dont, mis "powv de I' ornement; verbe perd, 
ayant pour complement d'objet direct se, et pour complement indirect 
de temps dans les temps les plus recules. 

3. — Et dont I'usage s'est perpitu^ jusqu'a nous. Proposition subor- 
donn^e introduite par un pronom relatif, et coordonn^e a la precedente. 
Le sujet est I'usage, ayant pour complement dont. mis pour de I'ornement; 
verbe est perpMu^, ayant pour complement d'objet direct se, et pour 
complement indirect de temps jusqu'd nous. 

II. — Du temps des patriarches, les homraes memes por- 
talent des bracelets comme les femmes. 

Cette phrase renferme deux propositions : une principale : Du temps 
des patriarches, les hommes mimes portaient des bracelets; et une su- 
bordonnee marquant la comparaison : comme les femmes (sous-entendu 
portaient des bracelets). 

1. — Du temps des patriarches, les hommes mimes portaient des bra- 
celets. Proposition principale. Le sujet est les hommes, ayimt pour comple- 
ment mimes ; verbe portaient, ayant pour complement d'objet direct des 
bracelets, et pour complement indirect de temps du temps des patriarches. 

2. — Coynme les femmes [portaient des bracelets). Proposition subor- 
doinee elliptique.\.e sujet est les femmes; \erhe portaient (s.-ent.), ayant 
pour complement d'objet direct des bracelets (s.-ent.), et pour comple- 
ment indirect de temps du temps des patriarches (s.-ent.). 

III. — La mode du bracelet subsiste encore aujourd'hui 
cliez plusieurs peuples de TOrient. 

Celte phrase ne renferme qu'une proposition. 

La mode du bracelet subsiste encore aujourd'hui chez plusieurs peuples 
de i Orient. Proposition independante. Le sujet est la mode, ayant pour 
complement du bracelet; verbe subsiste, ayant pour complements de 
temps et de lieu encore aujourd'hui et chez plusieurs peuples de t'Ortent, 



ANALYSE iSlTMOLOGIQUE. 



187 



3. ANALYSE ETYMOLOGIQUE 

574. L'analyse etymologique consiste a indiquer de quelle 
source et par quel procede un mot est venu en frangais ; quel 
en etail le sens primitit' et comment s'explique le sens actuel 

tlymologie vientdu grec etumologia, qui signifie « sens veritable ». 

Exemple d'analyse etymologique : 

Les Romains comme les Grecs et les autres peuples de la 
famille indo-europeenne avaient deux sortes de croyances 
religieuses. 



Les 

Romains 

comme 



les 

Grecs 

et 

les 
autres 

peuples 

de 
la 
famille 



indo-euro- 
peenne 
avaient 
deux 

sortes 



Derive populaire du latin illos non accentue, voy. § 296. 

Derive populaire du latin JRomanos, voy. § 66, et 50. 

Derive du latin quomodo devenu como en latin vulgaire. Cotno 

a donn^ regulierement com, forme de I'ancien francais passe 

a come, puis comme, sous I'influence d'autres adverbes ter- 

mines en e. 
Yoy. plus haut. 

Emprunt savant au latin Grsecu[m). 
Du latin et; en ancien francais e ou ed. Ve ne s'est pas 

diphtongue parce que et est toujours atone. 
Voy. plus haut. 
Derive populaire de alteros [pour alios), ancien francais altres. 

Pour la vocalisation de L voy § 92. 
Du latin populos. La forme devrait etre puebles, peuhles 

(voy. § 76) ; mais elle a ete reformee savamment sur populus. 
Du latin de. 

Du latin illa{m) atone, voy. § 296. 
Du latin familia{m) qui a donne comme mot savant au moyen 

age familie, puis famille. Le sens propre est « ensemble de 

personnes unies par le sang ou I'alliance » ici, par extension, 

« groupe de peuples unis par une communaute d'origine ». 
■ Adjectif compose de la racine indo, tire de I'adjectif indien et 

de I'adjectif europien. 
Du latin habebant, voy. § 370. 
Du latin duos, ancien francais dous, deus, plus tard deux, 

pour I'addition de x, voy. § 290. 
Du latin vulgaire sortas pour sortes. Le sens primitif est celui 

du latin sors, fortune, condition. II est passe de « condition 

d'un homme « a « maniere d'etre dun homme y> puis d'une 

chose, et dc 16 a a espece, genre ». 



188 DIVISIONS DR T.A RYNTAXF. 

de Du latin de. 

croyances Autre forme de crt*ance, influcnc^o par les formes de croire : 
croyons, croyant. Le sens primitif est « Taction, le fait de 
croire A quelque chose », puis d^igne « ce qu'on croit ». 

religietttes Du latin religiotas, venu de religio, religion. 



DIVISIONS DE LA SYNTAXE 

575. Nous avons vu que la phrase est soit une proposition 
simple, soit une reunion de propositions formant un sens 
coraplet. 

La syntaxe se divise done en deux parties : la premiefe 
apprend a assembler deux ou plusieurs mots pour en former 
une proposition simple; la seconde a assembler deux ou plu- 
sieurs propositions simples pour en former une phrase. 

Ces deux parlies de la syntaxe sont appel^es : la premifere, 
syntaxe des mots; la seconde, syntaxe des propositions. 



V 



PREMlfiRE PARTIE 



SYNTAXE DES MOTS 



576. Toute proposition renferme les termes siivants . 
1° sujet et verhe; ou 2« sujet, verbe et attribui; ou 3° sujety 
verhe et complement (voyez § 560). 

Dan's toute proposition le verbe et I'attribut du sujet 
saccordentayec le sujet, €'est-a-dire qu'ils prennent lenombre, 
le genre ou la personne du sujet auquel ils se rapportent. 

Le sujet et I'attribut peuvent avoir un complement, c'est- 
a-dire etre accompagnes dun mot qui en eclaircit, qui en 
complete le sens. 

<) iind nous disons L'herbeest verte, est se trouve k la troisieme personne 
>iiigulier civerte au feininin dumeme nombre, parce que les deux moU 
<i et verte se rapportent a un meine objet, I'herbe, qui est du genre 
feminin et du sing-ilier. Nous devons done commencer la syntaxe par 
I'etude des regies suivant lesquelles a lieu cet accord .des differents 
mots entre eux lorsqu'on veut les reunir pour en former une propo- 
sition. 

Quand nous disons L'herhe est verte, le mot herbe n'indique encore 
qu'une idee tres vague : nous savons que ce qui est vert, c'est I'herbe, 
non I'eau ou la terre; mais nous ne savons pas si c'est telle ou telle 
herbe qui est verte, si c'est I'herbe du jardin, par exemple, on I'herbe 
de la prairie. Si. pour rendre plus precise cette idee trop generate, 
nous disons L'herbe du jardin est verte, le mot jardin, qui vient cam- 
plater, eclaircir le mot herbe auquel il se rapporte, est dit pour cette 
ryison son complement. Pour exprimer une idee a I'aide de mots reunis 
en proposition, il faut done savoir comment on pent rendre cette idee 
plus ou moins nette en ajoutant a la proposition un ou plusieurs com- 
plements qui I'eclaircissent ou la precisent. 

577. La syntaxe des mots a done pour double but de fixer 
pour chacune des neuf parties du discours toutes les regies qui 
concernent Taccord et le complement. 



«««M •vrtni«««' 19 



i.* 



CHAPITREI 

SYNTAXE DU NOM 
SECTION I 

ACCORD DU NOM 

578. Quand deux noms designent la m^me personne ou 
<a meme chose, le second s'accorde avec le premier en genre 
et en n ombre. 

Ex. : La reine mere. Les soldats laboureurs. Turenne est 
un h6ros. Jeanne (VArc est une heroine. 

On disait de mfime en latin Ludovicus rex (Louis roi), jEaopo miclori 
(a Esope auteur). 

Un nom pent servir de qualificatif a un autre, meme si c«^ 
nom n'est employe qu'au masculin : Un femme auteur, une 
femme poete^ etc. 

SECTION II 

DU GENRE 
i* NOIIS QUI SELON LE SENS PRENNENT DES GENRES DIPPERENTS 

579. Quelques noras changent de genre sans changer d'or- 
thographe, selon le sens dans lequel ils sont pris. Ces noms 
doivent se diviser en deux classes : 

i^ Les noms qui, appliques d'abord a un objet d6termin6, 
sont arrives par extension de sens a designer d'autres objets en 
passant du masculin au f^minin, et reciproquement;. 

!• Le* nonro qui, diffSrant d'origine, sont arrives par une 



DU GENRE. 991 

sone de transformations a une forme Identique, tout en gar- 
dant leur sens propre. 

580. Nous donnons ci-apr^s les plus usit^s de ces mots. 

I. £xtension de sens. 

Aide, worn f^minin, assistance, celle qui aide ; — nom masculin, 
celui qui aide. 

Cartouche (se i^ttachant au lat. charta, papier, carte), n. m., 
ornement de sculpture ou de peinture (en forme de carte) ; -^ n. f., 
charge d'une arme a feu (roulee dans du papier). 

Crepe, n. m., tissu leger et ondul^ ; — n. f., pate frite. 

Ce mot est un ancien adjectif employ^ corame nom et s'accordait pri- 
mitivement avec un nom sous-entendu ; de la les deux genres. 

Critique, n. /"., art de juger ; — ^ ». m., celui qui juge. 

£cho, n. m., repetition du son; — «./"., nymphe qui fut changee 
en rocher. 

Enseigne, n. /"., marque, indice, drapeau; — n. m., officier qui 
porle le drapeau. 

Garde, n. /"., action de garder, celle qui garde; — n. m., celui 
qui garde. 

Greffe, n. m., lieu ou sont d6po86s les actes de procedure : an- 
ciennement poincon pour ecrire; — n. /"., oeil d'une branche insere 
dans une autre branche avec le poincon ou greffe. 

Guide, n. m., celui qui conduit ; — n. /"., laniere de cuir pour 
conduire un cheval. 

Manche, n. m., poignee d'un instrument, d'un outil; — n. /"., 
partie du vetement qui couvre le bras (de la racine commune, 
manus, main). 

Manceuvre, n, f., action de mano3Uvrer ; — n. m., ouvrier qui 
Iravailie de ses mains. 

Memoire, n, /"., faculte de se souvenir; — n. m., ecrit, recapi- 
tulation. 

Mode, n. m., maniere d'etre : — n. f., mani^re d'agir, de s'ha- 
biller, etc. » 

Office, n. m., charge, assistance, services, pri^re de I'figlise; — 
n. /"., lieu ou Ton prepare le service de la table. • 



Wn SYNTAXE DU NOM. 

ParallMe, n. /"., lignepartout k egale distance d'une autre ligne ; 
communication d'une tranchee a une autre ; — n.m., cercle paral- 
16le k I'equateur qui sert a mesurer la latitude ; — comparaison de 
deux choses, de deux-personnes entre elles. 

Pendule, n. m., poids suspendu a oscillations regulieres ; — 
n. /"., sorte d'horloge. 

Pourpre, n. m., rouge fonce; maladie qui se manifeste par de 
petites taches rouges sur la peau ; — n, f., couleur rouge que les 
anciens tiraient d'un coquillage ; etoffe teinte en pourpre ; dignile 
souveraine. 

Relache, n. m., interruption momentanee de travail, repos, 
suspension des representations d'un theatre ; — n. /'., lieu propre 
aux vaisseaux pour y relacher. 

Remise, n. f., action de remettre ; lieu ou s'abritent les voitures, 
ou se retire le gibier; — n. m., voiture de louage. 

Solde, n. /"., paye des soldats ; — n. m., complement d'un paye- 
ment ; marchandises restees en magasin, qui se vendent au rabais. 

Statuaire, n. m., artiste qui fait des statues ; — n. f., art de faire 
des statues. 

Trompette, n. /"., instrument de musique k vent; — n. m., celui 
qui Sonne de cet instrument. 

Vapeur, n. f., liquide amene a I'^tat gazeux par la chaleur; — 
n. m., bateau qui marche a I'aide de la vapeur. 

Voile, n. m., piece d'etoflfe destinee k couvrir, k cacher quelque 
chose ; — n. /"., toile attachee aux vergues pour recevoir le vent. 

II. Difference d'origine. 
Masculins. ~ Fdminins. 

Aune, — arbre (latin alnu{m). Aune, — ancienne mesure (ger- 

man. elina). 
Barbe, — cheval du nord de Barbe, — poil du visage (lat. 

TAfrique, de la Barbarie (ital. barba{m}. 

barber o). 

Barde, — poete chez les anciens Barde, — tranche de lard (ital. 

Celtes (lat. bardur(Ta), barda, couverture)^ 

Coche, — bateau, voiture (ger- Coche, entaiHe* 

Wan: coccho, co(j[ue)« 



t)U GENRE. 29S 

Masculins. Feniinins. 

t'oudre,— charretee, puismesure Foudre,— feuduciel{lat./M/grMr). 
de capacite (all. fuder). 

Livre, — ouvrage, volume (lat. Livre, — ancien poids, ancienne 
lihru{m). monnaie (lat. lihra{m). 

Moule, — modele creux qui doit Moule, — coquJHage (lat. mw*- 
donner une forme a un corps culu{m). 
en fusion (lat. modulu{vii). 

Mousse, — petit matelot (ital. Mousse, — plante, ecume (allem. 

mozzo). moos). 

Ombre, — espece de poisson Ombre, — espace prive de lu- 
(lat. umbra(m), miere par I'interposition d'un 

corps opaque (lat. umhra[m.). 

Page, — jeune homme au service Page, — un des cotes d'un feuillet 
d'un prince. de papier (lat. pagina{T[i)» 

Perche, — ancienne province de Perche, — poisson d'eau douce 
France (lat. perticu(m). (lat. perca{xn) ; baton (lat. per- 

tica{m). 

Poele, — fourneau(lat.;7ewsi/e) : Poele, — ustensile de cuisine 
dais, voile (lat. palliu{m). (lat. patella{m), 

Poste, — lieu ou Ton est place, Poste, — administration publique 
fonction, emploi (ital. poslo). pour le transport des lettres; 

relaisdechevaux(lat.posi7a(m). 

Somme, — sommeil (lat. som- Somme, — total, qwantite d'ar- 
nu{m). gent (lat. summa{m); fardeau 

(lat. sagma). 

Souris, — action de ^ourire, Souris, — petit quadrupede du 
(nom forme d'un participe). genre rat (lat. soricem). 

Tour, — action de tourner; nia- Tour, — bailment rond ou carre, 
chinedetourneur (lat. fomare). tres eleve (lat. turre{m). 

Vague,— (adjectif pris comme Vague, — renflement produil par 
nom), chose indefmie (lat. le vent sur les eaux (anc. allem. 
vagu{m). wdg). 

Vase, — ustensile pour contenir Vase, — bourbe (an^lo-saxon 
les liquides (lat. vm)» vuse). 



294 SYNTAXE DU NOM. 

Remarque. — Cej mots ont jusqu'a trois origines diffiftrentes. Ainsi 
trois mots latins ont donn^ po&le en francais : pensile (fourneau) ; pal- 
Uu[m) (dais, voile); patella{m] (plat, ustensile pour frire ou fricasser). 

2"> NOMS DES DEUX GENRES 

581. Nous avons encore en francais des noms qui ont deux 
genres presque sans changer de signification. 

Aigle, au propre et au figure, est du masculin : Vaigle est 
fier et courageux. — Le grand aigle de la Legion d'honneur. 
— Cet homme est un aigle, 

Dans le sens d'enseigne militaire il est du feminin : Les 
aigles romaines. 

Aigle vlent du latm aquila, qui etait feminin au propre et au figure 
{aguila romana, I'aigle romaine), i'usage a ^te longtemps indecis au 
moyen age; le masculin I'a emporte quand on a voulu designer I'oiseau 
male ou, par metaphore, un ^tre superieur. 

582. Amour et orgue sent du masculin au singulier : un 
bel amour, un grand orgue; — et du feminin au pluriel : de 
belles amours f de grandes argues, 

Les meilleurs ecrivains ont fait amour indifF<Sremment du masculin ou 
du feminin m6me au singulier. 

V amour le plus ditcret 

Laisse par quelque marque ecliapper son secret. 

Racine [Bajazet). 
Adieu : servons tons trois d'exemple a I'univers 
De Vamour la plus tendre et la plus malheureuse. 

Racine [Berenice]. 
Nous avouB donn6 au § 277 I'explication de ce fait singulier pour les 
mots amour et orgue. 

Amour, le dieu mythologique, est toujours du masculin: 
Des amours joufflus. 

583. D6lice et d6lices sont en realit6 deux mots difTe- 
rents : le premier, rarement employe, est masculin singulier, 
le second feminin pluriel : un delice enivrant, de grandes 
ddlicei. 



DU GENRE. '^9'6 

Ddice, dons I'ancien franca is, etait toujours du feminin, venant du pluriel 
latin feminin delicias ; mais le mot latin offrait cette bizarrerie d'etre du 
neutre au singulier [delicium] ; c'est le souvenir de cette particularity 
grammaticale qui a engage nos grammairiens du seizieme siecle a donner 
a dHice le genre masculin au singulier. 

584. Antomne est des deux genres, selon TAcad^mie, mais 
le masculin est plus usite : un bel automne; un automne 
pluvieux. 

Automne est emprunte au latin autummis, qui etait masculin. 

585. Chose dans quelque chose de.,. est toujours suivi d'un 
adjectif masculin : Voild quelque Qkose de facheux ; quelque 
chose que je lui ai dit la fait changer d'avis. 

Ces mots forment alors une sorte de locution du genre neutre, repon- 
dant au latin aliquid. Les Romains disaient aussi : aliquid tiovt [quelque 
chose de nouveau), 

Mais on dira : Quelque chose que je lui aie dite, je nai pu 
le convaincre, parce qu'ici quelque chose signifie quelle que 
soil la chose que, etc. 

586. Couple est du masculin quand il deeignedeux ^tres unis; 
un couple d'amis, un heureux couple. U est du feminin quand 
il signifie simplement le nombre deux : une couple d'oeufs. 

Couple yieni de copula (lien, liaison), qui etait feminin en latin ; mais 
c'est un de ces motasurle genre degquels lemoyen ^ge a longteraps heeite. 

587. Enfant est du masculin quand il d^signe un gargon, 
du feminin quand il designe une petite fille : Un enfant labo- 
rieux ; une enfant laborieuse. 

Enfant vient du latin infantem, compose de in (non) et de fanicm 
(parlant), mot Si mot a qui ne parle pas encore ». C'6tftit un adjectif dps 
deux genres. II a pass6 en fran^ais comme nom et a gard6 son invaria- 
bility. 

588. Foudre, feu du ciel, est du f^minJn : La foudrc sillonne 



__.„ 3YNTAXE aw iS'O^* 

€c mot est du masculin dans les expressions figurccr : T 
fTdra do guerre, — En foudre d' eloquence, 

Foudre vient de fulgur (foudre), qui etait du neutre en latin. Sur In 
double genre en francais de certains neutres latins, voyez § 583 et 277. 

Foudre, au sens de tonneau, vient de Talleniand fuder et est du mas- 
culin. 

589. Hymne peut s'empiu :r c. ii <ous les sens au mascu- 
lin ou au feminin : un bel hjmn. ou une belle hymne. 

Hymnus ^tait du masculin en 'atin; il lost egalement a I'origine ei 
francais (au douzieme siecle, dans la vieillc traduction du Livre des Rois). 

590. Merci est du feminm : .c'r.ea la merci de quelfiv^nn. 
f.lais il est du masculin dans gran , merely dire un grand m^.ci. 

Merci vient de mercedcm (gr 20, ia'.euri et autrefois etait toujouis du 
feminin ; mais coinme on disai'. Idi grand merci (de m^mequ'ondit grand 
mere, voy. § 515), grawt/, prisp3iir unmc-culin, a fait imposer par erreur 
ce geiH'c au iiom, 

591 . OEuvre est toujoms du femmin au pluriel : les oeuvres 
completes de Corneille. 

Employe au singulier pour d6sn aer I'ensemble des ouvrages 
d'un musicien, d'un gra eur, etc., ce mot est du masculin. 
Tout I'oeuvre de Mozart. 

II est encore du masculin en terme d' architecture : le gros 
ceuvre de cette maison, 

C&Mrre vient de opera, femmin cnlaf'n. Autrefois ce mot ^taitdu mascu- 
lin quand il signifiait livre, ou dans le style soutenu : 
Donnons a ce grand ceuvre unc heure d'abstinence. (Boileau. Lutr.Vi.) 

b92. Orge est toujour du feminin : de belle orye, orye 
perl6e, orye mond6e. 

Orge vient du nom neutre latin hordeum (orge). Ce mot avait les deux 
genres pour les.mSmes raisons que nous avons d^ja donn^es, § 585, au 
mot orgue. 

593. Piques peut s'employer dans tous les sens au mascu- 
lin ou au feminin ; A Pdques prochaiu ou a Pdques pro- 
chaines. 



Mais il est toujours du feniinin dans Pdques fleuries (le di- 
manche des Rameaux) et dans Texpression faire de bonnes 
pdques. 

Pdque au singiiUer, comme au pluriel (pftques), vient du latin pascha, 
derive dun mot hebreu qui signifie passage. Ce mot, feminin d'origine, 
n'a perdu ce genre que dans les expressions ou il indique une epoque, 
un temps de lannee 

594. P6riode signifiant un norabre determine d'annees 
est du feminin : la pe'riode des temps modernes, 

Quand il signifie le plus haut point, il est ordinairement du 
masculin. Ex. : Demosthene et Ciceron out porte V eloquence a 
son plus haut pe'riode. 

PSriode est eraprunte au latin periodus, qui, malgre I'apparence mas- 
culine de sa terminaison, esl du genre feminin. Cast cette terminaison 
insolite qui a cause en francais la confusioa des genres. 

595. Gent est du feminin au singulier (la gent criarde) et 
signifie alors la race, la foule. 

Gens, au pluriel, signifie les hommes et se construit avec 
un adjectif indifferemment au masculin ou au feminin : In- 
struits ou instruites par VexpMence, /e« vieillea gem sont 
soupQonneux ou soupgonneuses. 

On ne pourrait cependant pas dire les vieux gem. 

Get exemple prouve que I'influence de I'usage ne permet pas de mettre 
inditferemment vieilles ou vieux devant gens. II y aura done jusqu'a 
nouvel ordre des adjectifs qui places immMiatement devant gens 
devront toujours se mettre au ifeminin : Ces bonnes gens, ces vieilles 
gens, ces prudentes gens, etc. 

Gent (qui vient du latin gentem, nation) estdu feminin etsignifia d'abord 
nation, peuple : « combieti lors aura de veuves La gent quiporte le tur- 
ban ^, dit Malherbe ; puis il perdit au pluriel cette signification (que 
toutefois nous retrouvons encore dans le droit des gens, pour le droit 
des nations), et la remplaca par la signification d'hommes, d'indtvidus 
(les gens de ce pays, les gens de mer, etc.). 

Ainsi on abandonna dans le mot gens le feminin, qui ^tait le genre 
propre de ce mot, pour le remplacer par le masculin, genre de I'id^e 



298 SYNTAXE DU NOM. 

iiouvoUe [hotnme, individu) que ce mot exprimait. C'est celte liitte entre 
les deux genres qui a donn^ au mot. gens la double regie que nous 
venons d'expliquer. 

SECTION III ^ 

DU NOMBRE 

1" NOMS A DOUBLE PLURIEL 

596. Aieul, dans le sens d'ancetres, a pour phiriel aieux : 
Les Francs sont nos aieux. 

Mais quand il d^signe le grand-pere paternel, le grand- 
pere maternel, il fait aieuls : Cet enfant a encore ses deux 
aienls. 

Cette distinction de sens n'existait pas autrefois. La Bruyere dit encore • 
Lrs hommes de g^nie nont ni aieuls ni descendants. Phrase qui, tres 
reguliere pour son temps, serait absurde d'apres la regie actuelle. 

597. Ciel fait au pluriel cienx ; Notre pere qui etes aux 
cieux.... 

II fait ciels : 

1*^ En terme de peinture ; Ce peintre fait bienles ciels; 

2« Dans le sens de climat : Nice est sous un des plus beaux 
ciels de V Europe; 

3<* Dans quelques expressions techniques, telles que : ciels 
de lit, ciels de carriere. 

598. OEil fait yeux : J'ai mat aux yenx. 

On dit aussi au figure : les yeUx du pain, du bouillon, etc. 

Mais on emploie oeils et non yeux pour designs' de petites 
lucarnes appelees (Bils-de-boeuf, ainsi que quelques pluntes 
(ceils-de'chevre) et certaihes pierres precieuses (ceils-de-ser- 
pent, odi\s-de-chat) , 

Yeux vient de I'accusatif latin oculos, quiji donne ueils, puis ueus par 
vocalisation de /. Le mot ueus est devenu ieus par une sorte de dissimi- 
lation. Quant a (biU, c'est le pluriel reguUer de ceil (du latin oculu[mi 
devenu successivement ueil, euil, oeiL 

599. Travail fait travaux : // a termini tes travaux. 
Mais quand il designe une machine destin^e k mainlenir les 
chevaux vicieux, ou dans le sens special de rapport officiel, 



DU KOMBRB. 



299 



il fait au pluriel travails : Ce minittre a eu plusieun travails 
cette semaine avec le roi (Acad.), 

600. Ail fait au pluriel aulx dans le langage ordinaire : 
// a des aulx dans son jardin; mais en botanique on prefere 
ails. 

2° NOMS mVARIABLES 

601. Quelques noms ne s'emploient d'ordinaire qu'au sin- 
gulier. Ce sont : 

I** Des noms de m^taux : argent, platine. 

^^ Des noms abstraits : la modestiey \di justice, la candeur; 

3° Des noms de sciences et d'art : Vagriculture, la chimie, 
V astronomic; 

¥ Des mots employes comme noms : le heau, le vrai, le 
hoire, le manger. 

602. T^moin ne prend pas la marque du pluriel au com- 
mencement d'une phrase et dans I'expression a temoin : 
Temoin les hlessures quit a revues. — Je vous prends tous a 
t6moin. 

Prendre a Umoin signifie proprement prendre a Umoignage. C'est un 
debris de notre vieille langue qui disait dire un chevalier d roi, prendre 
uii baron a mari (elire un chevalier pour roi, prendre un baron pour 
mari). 

603. Certains noms au contraire ne s'emploient qu'au plu- 
riel, tels sont : 



accordailles, 


broussailles, 


fiangailles, 


mouchettes 


affres, 


confms. 


frais, 


nippes, 


aguets, 


decombres, 


funerailles, 


obseques, 


alen tours. 


depens, 


hardes. 


pr^mices, 


armoiries, 


doleances , 


manes, 


tenebres, 


arrerages, 


entrailles, 


materiaux, 


vepres, 


besides, 


epousailles, 


moeurs, 


vivres. 



604. Parfois le m^me mot change de sens suivant qu'il est 
employe au singulier ou au pluriel. Ainsi : assise, pierre qui 
sert de base a un mur ; assises, session d'une cour crimi- 
nelle; — ciseaut instrument de menuisier, de sculpteur; 



300 



SYNtAXE t)U NOM. 



ciseauXy instrument de tailleur ; — lunette, verre destine a 
grossir les objets; lunettes, double verre destine a aider la 
vue, etc. 

605. Les mots invariables (adverbes, conjonctions, etc.) 
employes comme noms, ne prennent pas la marque du plu- 
riel. Ex. Les si , les car, les pourquoi sont la porteparoii la 
noise entra dans Vunivers. (La Fontaine.) 



3° PLURIEL DES NOMS DERIVES DES LANGUES ETRANGERES 

606. Les noms tires des langues etrangeres prennent 
la marque du pluriel lorsqu'un long usage les a rendus tout 

a fait fran^ais. Ainsi, d'apres I'Academie (Dictionnairedel878), 
on ecrit au pluriel avec un s : 

des accessits, des deficits, des quidams, 

— agendas, t- domino s, — quintettes, 

— albums — duos, — quiproquos, 

— alibis, — factotums, — quoiibets, 

— alineas, — factum s, — recepisses, 

— Alleluias, — folios, — reiiquats, ' 

— altos, — irfibrogiios, — - solos, 

— andantes, — impromptus, — specimens, 

— apartes, — macaronis, — tilbury s, 

— autodaf^S, — operas, — torys, 

— avisos, — oratorios, — tramways, 

— benedicites, — panoramas; — trios, 

— bifteclvS, — pensums, — vertigo s, 

— bravo s, ' — pianos, — vivats, 

— concertos, — placets, — z^ros. 



L'Academie ecrit sans s : 

des Ave, des errata, 

— concetti, — exeat, 

— duplicata, — lazzi, 

Elle garde le silence sur le pluriel de : 

adagio, budget, criterium, 

allegro, confiteor, debet, 

amen, Credo. diorama. 



des pater, 

— quatuor, 

— verso. 



embargo, 

forte, 

frater. 





DU NOMBRB. 




interim, 


memento , recto. 


t^nor, 


largo, 


memorandum, requiem. 


tibia. 


lavabo, 


miserere, salisfecit. 


ultimatum, 


lumbago, 


museum, scherzo, 


veto, 


magister. 


palladium, septuor, 


virago. 


Magnificat, 


pizzicato, stabat, 


visa, etc. 



30f 



II semble permis desormais de former le pluriel de tous les 
noms d'origine etrangere en y ajoutant un s, surtout a ceux 
que I'Academie a deja francises par Temploi des accents ; par 
exemT^le t^nory memento y mus^uniy d& bet, eic. 

Cependant on ecrit toujours sans s au pluriel : 



ecce-homo, 

ex-voto, 

in-folio. 



in-octavo, 

in-pace, 

in-quarto, 



nota bene, 

post-scriptum, 

slatu-quo. 



tantum ergo, 
Te Deum, 
vade-mecum. 



Carbonaro, lazarone (Acad. 1878), dilettante et quelques 
autres conservent en frangais le pluriel qu'ils ont en italien : 
carbonari, lazaroni, dilettanti, etc. 



4» PLURIEL DFS NOMS COMPOSES 

607. Quand les noms composes soni ecnts en un seul mot, 
comme portemanteau, contrevenJ, ils suivent la n'^glo dti plu- 
riel des noms simples : des porteninntcanx, des rmihevents. 

II faut excepter gentiUiomme et bonhomme qui lout au plu- 
riel : des gentil shommes f des bonshornmes. 

Quand les noms composes sent ecrits en dei\ mo'?, ronimo mffre-forf. 
porte-drapeau, serre-Ule, elc, on pent snp[>iiin<r le ii;iii dn. inn ,1 
ecri4'e chaque mot separement en ol>servant ave; cliiiciin le- i't''<4^lcs L-cti''- 
rales de la syntaxe. Ex. : Un chef d'ceavre, des chef's d'wume; — ihi f>ni 
au feu, des pots au feu; — Un pied d'alouette, des pieds d'aloucLle. 

Remarque. — Le nom et I'adjectif peuvent seuls prendre la 
marque du pluriel; tout autre moi,verbe, adverbe, preposition 
reste invariable. 

Les regies qui fixent le pluriel des noms composes, avec ou 
sans trait d'union, sont les suivantes : 

608. Daux noma. -^ Si le nom compost est forme de 



302 SYNTAXE DU NOM. 

deux noms, ils prennent g^neralement tous deux la marque du 
pluriel. Ex. : 

lies biens-fonds, des choux-raves, des martins-p^cheurs, 

— bornes-fontaines, — fourmi s-lion g, — oiseaiix-mouches, 

— chatfi-tigres, — gommes-resines, — pores-epic 8, 

— chefs-lieux, — lauriers-roses, — reines-marguerites, 

— chien s-loups , — loups-garoiis, — sapeurs-porrtpiers, 

— choux-fleurs, — malles-postes, — taupe s-grillons. 

II faut excepter les reineB-Claude, etc. 

Dans les noms composes dun mot etranger et d'un 
nom, ce dernier seul prend la marque du pluriel : des e'lectro- 
aimantSy des Gallo-Romain9f des Anglo-SaxonSt des tragi- 
comedies, etc. 

609. Deux noms avec proposition. — Si les deux 
noms sont unis par une preposition, le premier seul prend la 
marque du pluriel : un chef-d'oeuvre, des chefs-d'oeuvre, un 
arc-en-ciel, des arcs-en-ciel, des oeils-de-boeuf, des pots-de- 
vin, etc. 

11 faut excepter les mots coq-a-Vdne, pied-a-terre, tete-a- 
tete, etc., dont les deux noms restent invariables. (Ces mots 
supposent toujours une ellipse : des propos oil Von passe du 
coq a I'ane, des endroits oil Von met pied i terre; des entre- 
tiens tete a tete.) 

Quand la preposition est sous-entendue, la r^gle reste la 
meme : un Hotel-Dieu, des Hdtels-Dieu (c'est-a-dire de Dieu) ; 
une Fete-Dieu, des Fetes-Dieu (fete de Dieu), un bain-Marie, 
i^es bains-Marie, un timbre-posle, des timbre s-poste. 

Les Latins marquaient par le genitif le rapport de possession : liber 
Petri, le livre de Pierre. Nous avens vu au § 265 (rvie le franpais, cj; 
rcduisant a vui seul ca« pouf ehaque nombre les six eas de la dedinaisou 
latine, dut les reniplacer par les prepositions de o« <i (que le latin vwlguite 
en»i)loy«it deja pour cet usage, disant par exemple caballus de Pe/i-o, do 
paneni ad Petruni, pour le cheval de Pierre, je donne du pain ft Pierre). A 
i'ori^^^ine, le francais coHservait cependant a«s©« fortenient le sowvenir du 
g^nilil' latin pour niarqttcr le rapport de possesM^i pw la sinijtk' appo»^tit>lJ 
de*" ^ux noiris, apposition qui avail lieu d'abord en pla^aiit le neni du 



DU NOMBRE. 303 

possesseur avant celui de I'objet possede {h Deu inimi pour les ennemis 
de Dieu). II nous est reste des traces de cette inversion dans chiendent 
et chevrefeuille, qui signifient proprement dent de chien, feuille de 
chevre, et dans la locution Dieu mei'ci (par la merci ou misericorde de 
Bieu). Plus tard le vieux francais renversa I'apposition, et, plapant le nom 
du possesseur apres celui de I'objet possM^, il dit (toujours sans prepo- 
sition) V&pde le roi, la volonte Dieu, la maison Dieu, pour I'^p^e du 
roi, la volonti de Dieu, la maison de Dieu^ et cette apposition subsiste 
(Micore aujourd'hui dans quelques expressions (la Fite-Dieu, VHdtel^ 
Dieu, pour la Fete de Dieu, I'Hotel de Dieu) et surtout dans une foule 
(le noms geographiques [Chdteau-Thierry, le Vat Richer, c'est-a-dire le 
chdteau de Thierry, le vallon de Richer, etc.). 



610. Nom et adjectif. — Si le nom compose est forme 
d'un nom et d'un adjectif ou d'un participe, ils prennenttous 
deux la marque du pluriel : 

des aigues-marines, des beau x-freres, des coffreg-forti, 

— arcs-boutants, — belles-meres, — franc s-tireurs, 

— bas-fonds, — blancs-becs, — petit s-maitres, 

— bas-reliefs, — blancs-seings, — plate s-bandes, 

— basse s-cours, — bouts-rimes, — proces-verbaux, 

— basse 8-tailles, — cerfs-volants, — rouges-gorges, 

— beaux-flle, — chauves-sourig, — sergents-majors, 

— grand B-per«S, — grands-oncles, — grand s-ducs. 

11 faut en excepter quelques locutions telles que gran(Vmere, 
gvaiulmesse, tei^re-plein, chevau-leger (proprement cheval- 
leyer). Dans ces mots, le pluriel se forme comme pour les 
noms composes ecrits en un seul mot, c'est-a-dire que le 
ilernier mot prend seul la marque du pluriel : des grancC- 
meres, de^^ grand' messes, des terre-plelns, des chevau-leger 6. 

611. Nom et verbe. — Si le nom est compof?^ d*un noiii 
et d'un verbe, le nom seul prend la marque du pluriel : un 
prete-noniy des prete-nomS, un passe-droit, des passe-droUs, 
un serre-freirij des serve- frein%y un cure-dent, des cure-dent s. 

11 faut excepter les mots tels que les suivants, qui s'^criveia 
au pluriel conune au singoiier : 



304 



SYNTAXE DU NOM. 



abat-jour, 

abat-vent, 

brise-glace, 

brise-raison, 

brise-tout, 

cache-nez, 

casse-t6te, 



coupe-gorge, 

couvre-feu, 

creve-coeur, 

gagne-pain, 

passe-temps, 

percenieige, 

pese-lait, 



porte-bougie, 

porte-drapeau, 

porte-monnaie, 

porte-montre, 

prie-Dieu, 

trompe-l'oeil, 

trouble-f^te. 



On decompose ainsi ces mots : im instrument qui abat le 
jour, qui abat le vent, qui brise la glace, etc. De la leur in- 
.ariabilite. 

Les noms composes qui out dt\ja s au singulier ne changent 
pas au plui'iei : un porte-clefs (celui qui porte les clefs), des 
porte-clefs. II en est de raenie pour un brise-lames, un 
compte-gouttes, un gobe-mouches, un porte-allumettes, un 
porte-liqueurs, un vide-poches, un presse-papiers, etc. 

Font exception les mots composes avec le mot garde, 
tels que ^a7-</e-chasse, garde~me\ih\e, etc. Garde prend un 
G lorsque le met designe une personne, un gardien : un 
garde-chasse, des gardes-chasse; un garde-malade , des 
garde s-malade; mais il reste invariable quand il designe un 
instrument, un objet: un garde-manger, des garde-manger; 
un garde- fou, des garde-fous; une garde-robe, des garble- 
robes. 



612. Nom avec un adverbe on une proposition. — Si 
le nom compost est forme d'une preposition et d'un nom 
ou d'un adverbe et d'un nom, le nom seul prend la marque 
du pluriel : 



des avant-coureurs, 

— avant-gardes, — 

— avant-gouts, — 

— avant-postes, — 

— avant-scenes, — 

— arriere-boutiques, — 

— arriere-gardes, — 
^^ 9rrier*;-riiev*»nn, -** 



des contre-all^e s, des sous-fermes. 



contre-amirau x, 
contre-coup s, 
eontre-ordre s, 
contre-parties, 
entr'actes, 
entre-colonne 8, 
qu»fli-d«')it i. 



sous-lieuteiiants, 

sous-officiers, 

sous-prefets, 

sous-sols, 

vice-amiraux, 

vice-re€teur», 



t>\} NOliBWB. SOF 

613. Noms invariables. — Si le nom compose n'est forme 
ni d'un nom, ni d'un adjectif, aucune des parties ne prend 
la marque du pliiriel : 

des boute-hors, des on dit, des qu'en-dira-t-on, 

— branle-bas, ~ oui-dire, — reveille-matin, 
- bric-a-brac, — passe-partout, — sauve-qui-peut, 

-'- cache-cache, — passe-passe, — soi-disant, 

— gagne-petit, — pince-sans-rire, — songe-creux, 

— laissez-passer, — quant-a-soi, — va-et-vient. 

614. En resume, pour former le pluriel des noms com- 
poses, il faut avant tout examiner le sens qu'ils expriment. 
Ainsi Ton 6crira des serre-tete, parce qu'on n'y serre qu'une 
iete ; mais un chasse-mouches, parce que ce balai sert h chasser 
les mouches; — des abat-jour ^ parce qu'ils abattent le jour; 
mais un porte-clefSy parce qu'il porte plusieurs clefs. 

5* PLURIEL DES NOMS PROPRES 

6 J 5. Les noms propres de personnes ne prennent pas la 
marque du pluriel. Ex. : Les deux Corneille etaient freres. — 
Les Corneille, les Moliere, les Racine ont illustre le regne de 
Louis XIV. 

On tolere maintenant que les noms propres precedes de rarticle pluriel 
prennent la marque du pluriel. Ex. : Les deux Corneille i. 

II vaut mieux cependaut n'employer qu'au singulier les noms propres 
comme La Fontaine, La Bruyere, Le Brun, dont la forme mfime scmble 
exclui'e I'idee du pluriel. 

Mais iis prennent la marque du pluriel lorsqu'ils sonl 
employes comme noms communs. Ex. : Les Corneille 9 el les 
Ilacines sont rares. — Un Angus te aisement pent (aire des 
Virgiles (c'est-a-dire des poetes comme Virgile). 

De meme on ecrira tonjours avec un s : Les Bourbons, les 
Guises, les Condds, etc. — J'ai plusieurs Virgiles dans ma 
bibliotheque (c'est a-dire plusieurs exemplaires des oeuvres de 
Virgile). — Ce musee possede des RaphaSls (des tableaux 
de Raphael), des Poussins. 

Les aorns propres de pays prennent aussi la marque du 
pluriel : Les deux Guin6es, les deux Am6riques. 

COUM SUPEKIEeR. 20 



i< SYNTAXE Dll ^0M. 

SECTION IV 

COMPLEMENT pu NOM 

6J6. On appelle compl6meiit dun nom le mot qui com- 
plete le sens de ce nom a I'aide des prepositions de, a, en, etc. 
Ainsi, dans — un homme dhonneur; la maison de Paul; un 
fusil a aiguille — d'honneur est le complement de homme ; 
de Pauly le complement de maison ; a aiguilky le complement 
de fusil. 

Les Latins exprimaient par les diverses terminaisons des cas les rap- 
ports que nous exprimons a I'aide de nos prepositions. D'ordinaire ils 
mettaient le complement du nom au genitif ou a I'ablatif : Liber Petri 
(le livre de Pien'e) ; Puer egregia indole (un enfant d'un bon nalurel) ; 
Tempus legendi (le temps de lire), etc. 

Dans les locutions de ce genre, a reunit deux termes dont le second 
designe tant6t le possesseur {la barque a Caron), tantdt I'objet posssede 
(chandelier a branches). Dans ce dernier cas a signifie avec. Outre la 
possession, a et de servent encore a marquer le rapport de la cause a 
I'effet, celui de la partie au tout, etc. 

617. On trouve aussi en, sans, autour, etc., egalement em- 
ployes pour cet usage : Un homme sans fortune ; une epee en 
acier'j un voyage autour du monde. 

618. Les infinitifs peuvent egalement scrvir de comple- 
ments aux noms : Uari c?'6crire; la foQon de marcher, etc. 

619. 11 faut soigneusement distiuguer le cas ou le nom et son 
complement sont unis par I'article du, de celui ou ils le sont 
par la preposition de : un palais de roi et le palais du roi 
n'expriraent point la merae idee : la premiere phrase est 
generdle et qualifie un palais qui est d'aspect vraiment royal 
{cette maison est un vrai pakiis de rot) ; la seconde phrase; 
au contraire, est tr^s precise et determine k qui appartient le 
palais {cette maison est le palais du roi). 



I 



COMPLEMENT DU NOM. 307 

620. Lorsque deux noms demandent apres eux la meme 
preposition, ils peuvent avoir le meme complement. Ex. : Son 
ardeur et son applieation au travail (parce que ardeur et 
application demandent egalement la preposition a). 

Mais on ne dira pas : Son obeissance et son affection pour 
son maitre. II faut doniier a chaque mot le complement qui 
lui convient, et dire : Son obeissance a son inattre el son 
affection pour lui. 

621. L'emploi d'un nom au singulier ou au pluriel apres 
une preposition depend uniquement de la pensee. II faut done 
examiner si ce complement renferme oui ou non I'idee du 
pluriel. Ainsi Ton dira : marchand de lait (qui vend du lait)y 
mais marchand de pommes (qui vend des pommes); un fruit 
a noyau (qui a un noyau) y mais un fruit a p6pins (qui a des 
pepins) . 

Cette regie est tres vague en francais et le Dictionnaire de TAcademie 
ne peut 6tre d'aucun secours, car on y trouve le meme complement au 
singulier et au pluriel dans des cas identiques; lait d'amande et pate 
d'amandes; pelure de pomme et compote de pommes; sirop de groseille 
liuile d'olive, etc. 

En resume, dans toutes les constructions ou le sens permet de com- 
l)rendre lo nom complement aussi bien au singulier qu'au pluriel* 
on pourra employer I'un ou I'autre nombre. 

Ex. : Des habits de femme ou de femmet. 

Des confitures de groseille ou de groseille^. 

Des femmes en bonnet blanc ou en bonnets blancs. 

Avec tout on met indifferemment le singulier ou le pluriel : des 
hommes de toute sorte ou de toutes sorters; des merchandises de toute 
espece ou de, toutes eipece% 



CHAPITRE II 

SYNTAXE DE L'ARTICLE 

622. Nous avonsvu (g 395) quel'article s'accorde en genre 
at en nombre avec le nom : Le pere est bon ; la mere est 
heureuse ; les enfants sont contents. 

Cependant, par suite d'une ellipse, on trouve quelquefois un 
article feminin devant un nom masculin, ou un article mas- 
culin devant un nom feminin : coiffe k la Titus; un ouvrage 
fait a la diable ; une peinture a la Rembrandt (c'est-a-dire a 
la maniere de Titus, a la maniere du diable, etc.). — La 
Saint-Jean, la Saint-Pierre, la Saint-Martin (c'est-a-dire la 
fete de...). — Du bourgogne, du champagne (c'est-a-dire du 
vin de...). 

SECTION I 

EMPLOI DE L' ARTICLE DEVANT LES NOMS COMMUNS 
i" ARTICLE DEFINI 

623. Nous avons vu que Tarticle ddfini se place devant les 
noms communs pris dans un sent determine. Ex. : Le chant 
du rossignol est beau. 

Mais on ne met pas d'article devant les noms pris dans un 
sens indetermine. Ex. : U7ie table de marbre, un homme sans 
talent, une page r/'histoire. 

624. Quand I'article se rapporte k deux noms, il doit etre 
repete devant chacun d'eux : le pere et la fUle, et non pas ; 
les pere et fille. 

625. II faut excepter de cette regie quelques locutions con- 
sacrees par I'usage, telles que : les arts et metiers, les ponts et 



EMPLOI DE l'aRTICLE DEVANT LES NOMS COMMUNS. S09 

chaussees, les phre et mere, les officiers, sous-officiers et sol- 
dats, etc. 

On omet encore I'article devant le second nom quand 
celui-ci ne sert qu'a expliquer le premier : le Pont-Eiuvin ou 
mer Noire ; le Grand Ocean ou ocean Pacifique. 

626. Quand plusieurs adjectifs unis par et se rapportent k 
nn seul et m^me nom, il faut repeter I'article si ces adjectifs 
se rapportent h des personnes ou k des choses differentes, 
mais designees par un seul nom : la grande et la petite mai- 
son, et non : la grande et petite maison. Mais on peut dire 
indifferemment : V histoire ancienne et la moderne, ou Vhis- 
toire ancienne et moderne. 

On dira aussi correcteraent le brave et illuslre Turenne, 
parce que les deux adjectifs qualifient la meme personne. 

Cependant on peut repeter I'article devant tous les adjectifs 
qualifiant un m^me nom, quand on veut insister sur chaque 
qualificatif et qu'on ne les reunit pas par une conjonction. 
Ex. : Bossuet, le grand, le sublime orateur chretien. 

627. On ne met pas I'article defmi : 

1° Dans certaines locutions comme : avoir faim, avoir mif, 
avoir envie, avoir coutume, (aire peur, faire pitie, faire jus- 
tice, prendre feu, demander pardon, prendre patience, porter 
bonheur, mettre fin, perdre contenance, prendre garde, en 
guise de remerciment, bdti a chaux et a sable, agir de bonne 
foi, etc. 

2" Dans les proverbes ou sentences generales : Pauvrete 
nest pas vice; Plus fait douceur que violence. 

3" Dans les enumerations, quand on veut donner a la phrase 
plus de rapidite : Femmes, moine, vieillards, tout etait des-- 
cendu. (La Font.). 

¥ Devant les noms mis en apostrophe : Allez, vils combat- 
tants, inutiles soldats! 

Remarques. — I. Nous avons vu (g 134-137) que I'article se 
placaii aussi devant lesadiectifs, lesverbes, lesparticipes,etc.. 



816 SYKTAXK DE L ARTICLE. 

pris comrae noms. Ex. : le beau, le froid, le chaud, 1 
boire, le manger^ le tranchant, le pouvy le contrCy le om, 
le now, le pourquoiy etc. 

II. Parfois le sens de la phrase peut changer selon qii'on 
emploie ou qu'on n'emploie pas I'article. Ainsi : 

Je lui ai demande la raison de sa conduite ; — Je lui at 
demande raison de cette injure; 

II entend la raillerie (c'est-^-dire il sail plaisanter) ; — // 
entend raillerie (c'est-a-dire il supporte la raillerie sans se 
fdcher) ; 

Tenir la IHe de quelqu'un; — Tenir tete a quelqu'un (lui 
resist&r), etc. 

^ 2** ARTICLE PARTITIJ, 

628. Quand le nom pris dans un sens partitif est prec6d6 
d'un adjectif, I'article partitif peut se remplacer par hi pr^- 
pobitiou de : Je mange de bon pain, ae bu.me viande, de bons 
fruits. 

Cependant on conserve I'article quand I'adjectif forme avec 
le nom une sorte de mot compose : des petits-maitres, des 
jeunes gens^ des bons mots, des bas-reliefs^ etCr 

629. Quand I'adjectif suit le nom, I'article persiste : Je 
mange du pain excellent. 

Dans les phrases negatives on met de devant le nom pris 
dans un sens partitif. Ex. : Je ne fais pas de fautes. 

Mais si le sens de ce nom est determine par un adjectif ou 
par le reste de la phrase, on emploie I'article. Ex. : Je ne 
ais pas des fautes grossieres; Je ne fais pas des fautes qui 
vous fassent rire. 



EMPLOI DE L*ARTICLE DEVANT LES JVOMS PROPRES. 5il 

SECTION II 

EMPLOI DE l'aRTICLE DEVANT LES NOMS PROPRKS 

630. Les noms propres de personnes, etant suffisamment 
determines par eux-memes, ne prennent pas ordinairement 
d'article en fran^ais : Mecene protegeait Horace et Virgile; 
Racine etait Vami de Boileau. 

II faut excepter les noms propres comme : le Tasse, Z'A- 
rioste, le Titien, le Gamoens, etc., qui ont conserve en fran- 
?ais Tarticle qu'ils avaient en italien et en portugais. 

631. L'article se met quelquefois dans un sens empha- 
tique devant les noms propres de personnes, et dans ce cas il 
est toujoiirs au pluriel. Ex. : Les Bossuet, les Moliere, les 
Conde ont illustre le siecle de Louis XIV; c etait aussi Vepoque 
des Colbert, des Vauban, des Pascal. 

632. L'article se met aussi devant les noms propres : 

i^ Quand ils sont accompagnes d'un adjectif ou d'un com- 
plement : Le grand Conde, V eloquent Bourdaloue . — 
Le Racine d'Athalie est encore supe'rieur au Racine de 
Phedre. 

2° Quand ils designent des oeuvres d'art : le Mo'ise de Mi- 
chel- Ange; la Venus de Milo. 

5" Quand ils sont employes comme noms communs : Napo- 
leon fut V Alexandre des temps modemes. 

633. L'article peut se mettre devant les noms de contrees, 
de fleuves, de montagnes : /'Europe, /'Asie, la France, la 
Seine, les Alpes. 

Mais on dit sans article : les guerres d'Orient, les vins d'Es- 
pagne, les rois de France, Vhistoire d'Angleterre, etc. 

Au contra ire, on emploie I'arUcle daps : I' or du Perou^ 



312 MNTAXK DE L ARTICLE. 

la guerre du Chilis la porcelaine du Japon, etc. L'usage est le 
seul guide a cet egard. 

Les noms de villes ne prennent pas ['article, excepte quand 
ils sont accompagnes d'un adjectif qualificatif ou d'un comple- 
ment : Le grand Paris le Paris de Philippe Augiiste; la 
Rome des Cesar s. 

Quelques nom.s propres de ville sont toujowrs precedes de 
I'article : La Ferte^ Le Havre, La Rochelle, LePuy, LesAnde- 
lys, etc. Mais ces noms etaient d'abord des noms communs. 



SECTION III 

EMPLOI DE l' ARTICLE DEVANT PLUS, MOINS, MIEUX 

654. Bevant les adverbes plus, moins et mieux on emploie 
le, la, les quand il y a comparaison avec un autre objet. 
Ex. : La rose est la plus belle des fteurs. Les gazelles sont les 
plus agiles des quadrupedes. 

Mais le reste invariable lorsqu'on veut exprimer une qua- 
lite portee au plus haut degre, sans aucune idee de compa- 
raison. Ex. : Cette riviere na pas dehorde, meme quand elle 
a ete le plus haute. — Cest elle qui a ete le plus adroite. — 
Cest la maison qui est le mieux bdtie. 

A rongfiae I'emploi de I'article 6tai't beauconp plus restTemt qu'au- 
jourd'hui. Ainsi I'ancienne langue ne mettait pas d'article devant les 
noms abstraits; on disait : »ouffrir mort, enireprendre guerre, faire 
r6cil, etc. De la viennent nos locutions : demander grdce, faire merveille, 
travailler par force, etc. De la aussi, les proverbes : c^nten lenient passe 
richeage, pauvieti n'est poi vice, etc. 

Jusqu'au milieu du dix-septierae siecle, les regies de I'emploi ou de la 
suppression de I'article furent indecises. Ainsi on trouve sans article : 
Ce fat lui qui premier idifia un temple a la foi (Amyot). — On peut 
vaincre par rigueur et audace un cceur ohstini (du Bartas). — Prenant 
nouveau prix de la main qui le fait (Corneille). — Tai tendresge pour 
toi, j'ai passion pour elle (id.). 

iai cuiiut: OU trouve avec I'article : A dire le vrai (Racine). — Vout 



I 



EMPLOI DE L'ARTICLE DEVANT PLUS, MOINS, MIBUX. 515 

auret passe sur des petits ponts (Mme de Sevigne). — Demande des plus 
grands succes... apprehende des semblahles accidents (Vauban), etc 

Les noms propres geographiques ne prenaient pas d'abord d'article : 
Par Ganelon sera destruite France (Chanson de Roland). — Li emperere 
Carles de France dulce (id.). 

Et Jehanne, la bonne Lorraine, 
QM'Anglois bruslerent a Rouen. (Villon.) 

Un peu plus tard nous trouvons au contraire dans Amyot : Tigranes 
et Mithridates estoienf tous prests a descend^^ ^*^ 'a Lycaonie et en la 
Cilicie, a/in qu'ils peussent s'eniparer de la Province de VAsie. 

De bonne heure dans le style familier on ajouta I'article aux noms 
propres. On dit la Berthe, la Jeanne, la Marline, etc. Mme de Sevigne 
^crit avec I'article : J'ai entendu la passion du Mascaron; — J'en de- 
mande pardon au Bourdaloue et au Mascaron. 



I 



CHAPITRE III 

SyNTAXE DE L'ADJECTIF 
SECTION I 

ADJECTIFS QUALIFICATIF8 

I. Accord de I'adjectit 

635. Nous avons vu que I'adjectif se met au meme genre 
et au meme nombre que le nom ou pronom auquel il se rap- 
porte : Le pere est bon, — ma mere est bonne, — elle est 
bonne, — nous sommes bons. 

La regie etait la mSme en latin : pate7' bonus, mater hena (le p^re bon, 
la mere bonne). 

636. L'adjectif qui se rapporte a plusienrs noms au sin- 
gulier se met au plnriel : Le riche et le pauvre sont 6gaux 
devant la loi. 

La r6gle 6tait la mSme en latin : pater et filius boni ; mater et filia 
bonse (le p6re et le fils bons ; la mere et la fille bonnes) . 

Si les noms sont de diffSrents genres, l'adjectif se met 
au mascnlin plnriel : Le pere et la mere sont prndents. 

La r^gle 6tait la mSme en latin : pater et mater honi (le p6re et la mere 
bons). 

637. Apresdeux noms unis par la conjonction om, l'adjectif 
s'accorde avec le dernier nom quand il ne qualifie reellement 
que ce dernier. Ex. : Les colonnes se construisent en bois on 
en pierre tres dnr^, ' 



ADJECTIFS QUALIFICATIFS, * Stjj 

Mais, si I'adjectif qualifie les deux noras, il s accorde a\ec 
Ics deux : Les Lapons se nourrissent de chair on de poisson 
crus. ._^ 

638. Apres deux noms unis par c?e , I'adjectif s'accorde 
selon le sens avec le premier nom ou avec le second; ainsi 
Ton dira : De& robes de sole tralnantes et des robes de sole 
I6gere. — Des bos de colon bleus, et des bos de colon 6cru. 

639. La regie est la m^me apres un nom collectif; ainsi 
Ton dira : Un groupe de maisons desagr6able a la vue et 
un groupe de maisons constrnites en briques. — Vne multi- 
tude de poissons considerable et une multitude de poissons 
morts. 

Mais apres les locutions collectives assez de, beaucoup de, 
la pluparl, la plus grande parlie, etc., I'adjectif s'accorde 
toujours avec le complement : As^ez degens sont mis6rables; 
beaucoup d'insectes'sont nuisibles aux recoltes, etc. 

640. Quand deux ou plusieurs noms marquent une gra- 
dation, et qu'on veut plus specialement fixer I'attention sur 
le dernier, on pent donner k I'adjectif le genre et le nombre 
de ce dernier nom •. Conde montra a Rocroy un courage, un 
sang-froid, une audace 6tonnante. 

641. Adjectifs compos6s. — Lorsqu'un adjectif est com- 
pose de deux adjectifs (ou d'un adjectif et d'un participe), les 
deux parties s'accordent avec le nom : Des poires aigres 
douces; des roses fraiches e'closes (c'est-a-dire fraichemeni 
e closes). 

On tolere que les adjectifs composes corarae court vHu, mort ne, nou- 
veau n6, nouveau venu, premier nS, dernier nf(, etc., s'ecri vent en un seul 
mot courtvitu, mortni, etc. lis suivent alors les regies generales d'accord : 
Dei enfants courtvitu s, une fille nouveaun^e, une brebis mortnee. 

642. Les adjectifs employes adverbialement, comme dans 



3i6 SYNTAXE DE i/ADJECTIF. 

les expressions purler haul, marcher droit, crier fort, etc., 
sont naturellement invariables : Elles chantent juste ; cette 
fleur sent bon, etc. 

G45. Nous avons vu {§ 134) que les adjectifs pr6cM6s de 
I'article servent a former de nouveaux noms, comme le beau, 
Iti vrai, le juste, etc. Ges noms ne s'emploient qu'au sin- 
guiier. 

II ne faudrait pas abuser de ce mode de formation, beaucoup moins 
frequent dans notre langue moderne que dans les grands ecrivains du 
xvn« siecle, sous I'influence des Precieuses. 

Ainsi Corneille a dit : Ces cruels genereux, perfide genSreiix, ce su- 
perbe, cette inexorable, adorable cruelle, etc. 

Racine : Vivre comme un silencieux; Pouvez-vous d'un superbe ou- 
blier les m^pHs? etc. 

644. Apres Texpression avoir I'air, I'adjectif s'accorde, 
d'apres le sens, avec le mot air ou avec le nom precedent. 
Ainsi Ton pourra dire : Cette femme a Vair contente ou con- 
tent, parce que I'adjectif content peut s'appliquer aussi bien 
a la femme qu a I'air, a la mine. — Mais on dira : Cette femme 
n Vair sourde, cette femme a Vair veuve ; parce que sourde et 
veuve ne peuvent s'appliquer qu'a femme. 

645. Remarque. — Plusieurs adjectifs, selon qu'ils sont places 
avant ou apres le nom, prennent une signification differente; 
en voici quelques exemples : 

Air faux, c'est-a-dire hypocrite, dissimul^: — Faux air, c'est-a- 
dire apparent. 

ficrivain mechant, c'est-a-dire mordant. — Mechant dcrivain, 

c'est-a-dire sans talent. 

Homme bon^ c'est-a-dire qui a de la bont^. — Bon homme, 
c'est-a-dire qui a de la bonhomie, de la naivete. 

Homme brave, c'est-k-dire courageux. — Brave homme, c'est-a- 
dire bon et obligeant. 

Homme grand, c'est-a-dire de haute taille. — Grand homme, c'est- 
a-dire superieur aux autres. 



ADJECTIPS QUALIFICATIFS. 3^7 

Homme honneie, c est^-dire poll. — flonnete homme, c*est-a- 
dire qui a de la probite. 

Homme pauvre, c'est-a-dire qui n'est pas riche. — Pauvre 
homme, c'est-a-dire qui inspire de la piti^. 

Livre triste, c'esf^a-dire qui porte k la tristesse. — Triste livre, 

c'est-a-dire mauvais 

Mer haute, c'est-a-dire quand la raar^e est mont^e. — Haute 
mer, c'est-a-dire la mer loin du bord. 

Termes propres, c'est-i-dire convenables au sujet. — Propres 
termes, c'est-a-dire les m^mes termes sans y rien changer. 

Voix commune, c'est-a-dire sans distinction. -— Commune voix 
(d'une), c'est-a-dire a I'unanimit^. 



Remarques sur raccord de quelques adjectifs. 

646. L'adjectif nu joint au nom par un trait d'union reste 
invariable : jxux-pieds, nvL-tete 

Dans tout autre cas, il s'accorde en genre et en nombre 
avec le nom : les pieds nus, la tete nue; la nue propriety 
(c'est-a-dire la propriete d'un bien sans les reveuus). 

On tol6re I'aecord de nu en supprimant le trait d'union : nns pieds, nue 
Ute. 

L'ancien francais ne connaissait point cette regie, et Ton Irouve encore 
au dix-septieme siecle : // est nus pieds, elle est nues jambes. Elle y alia 
nviS pieds, comme toutes les religieuses (Racine). — Madame de Guitaut 
dtait nu«s jambes et avail perdu une de ses mules (Setigne). 

647. L'adjectif demi joint au nom par un trait d'union reste 
invariable : Une demi-^tire, une demi-heure. 

On tolere aussi une demie heure^ des demies heures, sans trait d'union. 

Place apr^s le nom, il s'accorde en genre, mais garde tou- 
jours le singulier ! Une livre et demie y deux heures et demie. 

Demi plac^ apr6s un nom au pluriel reste au singulier, parce qu'il 
s'accorde en r6alit6 avec le nom sous-eiitendu pris au linj^ulier : Deux 
heures et demie, c'est-a-dire deux heures et une demie. 



318 SYNTAXE DE L ADJECTIF. 

On dit avec demi invariable midi et demi, minuit et demi, 
c'est-a-dire demi-heure apres midi, apres minuit. 

Remarque. — Demi employe comme nom est du masculin : 
Deux demis valent un entier ; mais quand ce mot signifie la 
moitie de I'heure, il est du feminin : Cette horloge sonne les 
demies. 

Demi employe comme adverbe, est invariable : Des yeux 
demi-fermesy des femmes demi-mortes. 

Cette regie n'existait pas dans I'ancienne langue, on faisait toujours 
accorder demi : 

Demie Espagne vous velt (veut) enfin donner. (Chanson de Roland.) 

Se fust (fut-elle) demie morte. (Berthe.) 

Marcher d'une demie lieue devant quelqu'un. (Montaigne.) 

648. Mi et semi sont des adverbes employes comme pre- 
fixes et par consequent toujours invariables : la mi-Janvier, 
la mi-caremey a mi-jambe, des fleurs semi-doubles, etc. 

649. L'adjectif feu (defunt) place avant I'article ou un 
adjectif reste invariable : Feu la reine, feu ma mere. 

Place apres I'article ou un adjectif, il s'accorde en genre et 
en nombre avec le nom : la feue reine, voire feue mere. 

On lolere actuellement I'accord facultatif. 

Autrefois cet adjectif s'accordait toujours avec le nom : 

Eu esgard mesmement a son contrat de mariage et testament de feue 
sa femme. (Pasquier.) 

Feue de ires recommandable mimoire madame V archiduchesse d'Au- 
triche. (Cerem. de France.) 

Je vous avertis que c'est feue ma bonne amie. (Balzac.) 

650. Les participes passes ci-joint, ci-inclus^ qui forment 
une sorte d'adjectif compose, restent invariables : 

i° Au commencement de la phrase. Ex: Gi-joint lalettrede 
voire pere; ci-inclus les pieced du contrat. 

2« Au milieu de la phrase quand le nom qui suit est employe 
sans article ou sans adjectif. 

Ex : Vous trouverez ci-joint copie de sa httre. 

Vous trouverez ci-inclus copie du traite. 

Dans tous les autres cas, il y a accord. Ex : La lettre ci- 
jointe est de voire pere; vous trouverez ci-incluses les pieces 
du contrat. 



ADJECTIFS QUALIFICATIFS. 51?) 

La regie est la meme pour approuve, attendu, excepte'y non 
comprisy oui, passe, suppose, vu (voyez Syntaxe des participes, 
§ 845). 

On tolere maintenant I'accord facultatif pour tous ces participes, 
ci-joint ou ci-jointes les pieces demandees; vous trouverez ci-inclus 
ou ci-incluse copie du traits. 

651. Franc, dans franc de por/, place devant le nom,reste 
invariable. 

Ex : Vous recevrez franc de port la lettre que je vous envoie. 
Lorsque I'adjectif suit le nom, il prend Taccord : Cette lettre 
est franche de port. 

Cependant TAcademie (1878) autorise : // menvoya cetle caisse franc 
de port, ce qui semble permettre I'invariabilite dans tous les cas. On 
tolere actuellement I'accord ou I'invariabilite dans tous les cas. 

On dit de meme : haul /a main et la main haute. — Plein 
la maison et la maison pleine. — Sauf ma mere et ma mere 
sauve (c'est-Wire excepte'e, etc). 

652. Grand reste invariable dans quelques locutions, 
telles que grand^mevBy grand'messe, grand'chose, grand'rue, 
grand'saWe, grand'route, grand'penr, grandlaim, mere- 
grand, etc. 

Nous avons deja vu (§ 315) que ces mots peuyent aussi s'^crire en un 
seul mot, sans apostrophe : grandmcre, grandmessc, grandchose, grand 
rue, grandsalle, etc. 

653. Possible, precede de le plus, le moins, le mieux, etc., 
forme une locution abverbiale et reste invariable : // a ras- 
semble le plus de livres possible. 

II s'accorde dans tous les autres cas : // a eprouve tous les 
malheurs possibles. 

Possible a ete employe adverbialement au xvt« et au xvn« siecle au 
sens de peut-etre. 
Pour alter au-devant d'unmal gut n'arrtrcra possibleyamaw. (Balzac.) 

654. Proche pent s'employer comme adjectif, et alors il 
s'accorde : Lesmaisons proches de la riviere sont humides. — 
Les maisons qui sont proches de la ville; — ou comme locu- 
tion prepositive, alors il est tougours invariable : Nous bdtissons 
des maisons proche de V octroi. L'arr'ord est done facultatif. 



520 SYNTAX!-: I)i: LAD.IKCTIF. 

655. Les noins employes pour designer certaines cou'eurs 
restent invariables : des etoffes noisette; des robes olive; des 
gants paille ; des rubans marron. 

On 6crit cependant des robes roses, parce que rose est devcnu un veri- 
table adjectif. 

Deux adjectifs reunis pour designer certaines couleurs res- 
tent invariables : Des cheveux chatain clair; des yeux bleu 
fonce; une harhe blond cendre. 

Dans les expressions telles que chdtain clair, bleu fonc^, etc., le pre- 
mier terme est un adjectif employ^ comme nom, d'oii I'invariabilite. 

II. Compl6ment de I'adjeotif qualificatil. 

656. On appelle complement dun adjectif \e mot qui com- 
plete le sens de cet adjectif, a I'aide des prepositions f/e, 
a, etc. Ainsi — dans avide de louanges, utile a Vhomme—de 
louanges est le complement dp avide; a Vhomme, le comple- 
ment de utile. 

Nous avons deja vu que les Latins exprimaient par les diverses tcrmi- 
naisons des cas les rapports que nous exprimons a I'aide de nos propo- 
sitions. Ainsi ils disaient : 1" avec le genitif : Avidus laudum, avide de 
louanges; cupidus videndi, curieux de voir; 2° avec le genitif ou le 
datif : similis patris ou palri, semblable an p6re ; 3" avec le datif : id 
mihi utile est, cela m.'est utile; aptus natandQ, propre & nager; — 
4° avec I'ablatif ..dignus laude, digue de louange; etc. 

Le complement de I'adjectif pent etre aussi un infinitif : 
curieux de voir, habile a prevoir, propre a vaincre, etc. 
Avec la preposition a, Tinfmitif a tant6t le sens actif, tant6tle 
sens passif. Ainsi le sens est actif dans : habile a prevoir le 
tnauvais temps, propre a vaincre Vennemi, Homme enclin a 
"diller les autres, etc ; — le sens est passif dans : chose 

dmirahk a voir, chose utile a dire, facile a Qomprendre, 

ffi&hie a dissimuler, etc. 

Le ktin uarquait ces direrses nuances de la p)eQsee en employant le 
.upin en u pour le sens passif : mirabile visu, utile dictu, facile intelt 
lectu, etc., et le gerondiif ou le participe futur en dus, da, dum pour le 
ie.is aeti/ « 



ADJECTIFS NUM^RAUX. Sfil 

Quand I'adjectif est au comparatif, il s unit a son comple- 
ment par la conjonction qne : II est plus savant que Pierre. 

Quand le complement est un adjectif numeral ou un nom 
de nombre, on emploie de : On resista plus de sIm mois. 

La premiere construction rappelle le latin Paulus est doctior quam 
Petriis, et la seconde : Paulus est doctior Petro. 

057. Quand deux adjectifs veulent apr^s eux la m^e pro- 
position, ils pcuvent avoir le meme complement; amsi Ton 
peut dire : Ce fits est utile et cher a sa mere, parce que Ton 
dil etre utile a quelquun, etre cher a quelqiiun. 

Mais on ne pourrait dire : Ce fits est utile et cheri de sa 
mere, parce qu'on ne dit pas etre utile de quelqu'un; il faut, 
dans ce cas, developper la proposition et dire ; Ce fits est utUe 
h sa mere et il en est cheri. 



SECTION II 

ADJECTIFS NUMERAUX 

I. Adjectifs numerauz cardinauz. 

658. Les noms de nombres cardinaux sont invariables : Le 
serviteur des Onze; la Commission des Trente. 

II faut en excepter un, vingt et cent. 

Un fait au feminin une :^Deux coffres et une hoMe. 

659. Vingt et cent ne varient point comme genre, mais ils 
peuvent, dans certains cas, varier comme nombre. 

Vingt et cent s'ecrivent avec un s lorsqu'ils sont precedes 
d'un autre nombre qui les multiplie : ^wa/re-vingts hommes^ 
deux cents soldats ; 

ils sont invariables quand ils sont suivis d'un autre adjectit 
numeral. Ex. : qnatre-Ymgi'trois, deux-cent-trente. 

as sont encore invariables quand iHs sont employes comme 
adjectifs numeraux ordinaux : Page quatre-Yingl, Van huit 
cent (c'est-a-dire page (\M2iiv%'vingtieme, I'an huit centieme). 

On tolerc maintenant le pkriel de vingt et cent dans tous les cas ; 

COURS SUPEWBfR. 21 



5J2 SYNTAXE DE LADJECTIF. 

quatre-vingts-troisy deux eentB trente, Ian mil neuf cents, quatre- 
vingts-dix, etc. 

Nous avons vu (§ 326) que nosperes comptaient par vingtaines, coimne 
on compte encore aujourd'hui par centaines. Cette liabitude de regarder 
vingl et cent comme des unites particuli^res et non comme des nombres 
pluriels de leur nature a amene cette addition de Xs dans qualre vingt s, 
qiiinzevingts, deux cents, trois cents, etc. 

660. Mille est invariable : la reiraite des Dix mille. 

Mais on pent J'ecrire mil ou mille quand il exprime la 
date de Tannee, le millesime. Ex. : 
Van mil 3U mille neuf cent quatre-vingl-dix. 

Nous avons vu au § 327 I'origine du mot mil. 

Mille, mesure de chemin, est nom et prend la marque du 
pluriel. Ex. : 

Deux milles d'Angleterre font un peu plus de trois kilo- 
metres. 

661. Remarque. — Les adjectifs numeraux servent quelque- 
fois k exprimer une quantite vague et indeterminee. Ex. : 

J'ai deux mots a vous dire. 

On Va repete vingt fois. 

Mille I' out d^ja fait; mille pourraient le faire. 

11. Adjectifs numdraux ordinauz. 

662. Les adjectifs ordinauxs'accordent en genre et en nombre 
avec le nom auquel il^ se rapportent : les premieres maisons; 
la seconde i;i7/e; la trenti6me awwe'e du regne de Louis XIV. 

Les adjectifs ordinaux indiquent Tordre, le rang ; mais par 
exception on ennploie les nombres cardinaux pour designer le 
rang d'un souverain dans une dynaslie, les jours du mois, 
riieure, le chapitre d'un livre, etc. Ex. : 

Le deux avrlL le trois juillei (non le deuxifeme avril, le 
troisibme juillel). 

Charles douze (non Charles le douzi^me). 

// est trois heures (et non pas la Iroisieme heure). 

Chapitre quatre (et non pas chapitre quatrieme). 



ADJECTIFS POSSESSIFS. 535 

663. Toulefois Tadjectif premier fait exception dans deux 
cas, ou plutot repr^sente seul la regie (Francois premier, le 
premier juillet)y et n'a point ete supplante par un. 

Les Latins n'admettaient pas cet emploi des nombres cardinaux a la 
place des nombres ordinaux ; ils auraient dit : Secundo die mensis 
Martii anno post Christum natum millesimo octingentesimo octogesimo 
septinw (mot a mot : Le second jour du mois de mars, Tan apr6s la 
naissance du Christ millieme huit centieme quatre-vingtieme septi6me) ; 
lf.ndis que nous disons en frangais : Le deux mars de fan mil huit cent 
quatre-vingt-sept de noire hre. 



SECTION III 

ADJECTIFS POSSESSIFS 

664. Les adjectifs possessifs se repetenl devant ious les noras 
auxquels ils se rapportent: Mon reposy mon honheiir semblait 
setre affermi. 

Devant plusieurs adjectifs, lorsque ces adjectifs se rap- 
portent a des personnes ou a des choses differentes, repre- 
sentees par un seul nom, il faut repeter I'adjectit possessif : 
Notre bonne et notre mauvaise fortune. 

La repetition n'a pas lieu lorsque les adjectifs qualifient la 
m^me personne ou la m^me chose : Nos belles et fertiles 
plaines. 

665. Les adjectifs possessifs mow, iow, soUy etc., se rem- 
placent par I'article quand il s'agit d'une chose inseparable 
de la personne, et quand le sens de la phrase indique clai- 
rement le possesseur. Ex. : J'ai la jambe enflee; J'ai mal a 
la tete (et non pas ma jambe, ma t6te). 

Mais il faut dire : // a perdu sa fortune, parce que fortune 
n'exprime point une chose inseparable de la personne. 

666. Quand le ppssesseur est indique par le pronom re- 
flechi se, I'article est de rigueur a la place de I'adjectif 
possessif : // sarrache les cheveux. Rar^ment on supprirae 
se : // arrache ses cheveux. 



ZU SYNTAXE DE L ADJECTIP. 

667. Quand I'objet possede appartient a une personne et non 
k un etre inanime, on emploie son^ sa, ses : J'aime Henri, 
mais je connais ses defauts. 

Dans tous les autres cas, on emploie ordinairement en suivi 
de I'article d^fini : Si je vous park de ces fruits, cest que /en 
connais la saveur. 

668. Le nom de I'objet possed6 precede de leur se met 
tantot au singulier, tantot au pluriel, selon que le nom con- 
tient I'idee de singulier ou de pluriel. Ex. : 

Ces deux jeunes gens ont perdu leur pfere (ils sont freres, 
autrement on ecrirait leurs peres). 

Les villageois sortent de leurs maisons (les maisons d'eux). 

Mon pere et ma mere sortent de leur maison (la maison 
d'eux). 

Mais on peut dcrire indifferemment : ils ont 6ti leur chapeau ou 
leurs chapeaux; les cockers sont siir leur sidge ou leurs si6ges, etc. 

669. Quand le nom precede de letir est un nom abstrait, 
il se met ordinairement aii singulier. Ex. : Ces louanges ont 
flatte lenr amour-propre. 

Cependant on dirait bien : Alors les p^cheurs verronl &clater aux yeux 
de tous leurs haines, leurs jalousies (Bossuet). 

SECTION IV 

ADJECTIFS INDEFINIS 

669 his. Aucun s'accorde avec le nom, qui peut se mettre 
aussi bien au singulier qu'au pluriel : ISe faire aucun pro jet 
ou aucuns projets. 

670 Chaque elant un adjectif et chacun etant un pronom, 
on ne doit point employer chaque sans le faire suivre d'un 
nom : Ghaqne pays a ses usages. 

II ne faut done pas dire: Ces fruits valent un franc chaque, 
mais un franc chacnn. 

671. Meme est adjectif ou adverbe. II est adjectif, et par 
consequent variable, lorsqu'il se rapporte a un nom ou a un 
pronom : Les memes hommes, les hommes eux to^mes. 



i 



ADJECTIFS INDEFINIS. 325 

Remarque. — Meme se met au singulier avec nous, vous 
{nous meme, vous meme), quanci ces pronoms ne represenlenl 
qu'une seule personne. Ex. : Monsieur , vous Vavez dit vous 
meme. 

672. Meme estadverbe et par consequent invariable quand 
il modifie un verbe ou un adjectif. Ex. : Les meres aimenl 
meme les defauts de leurs enfants. — Les guerres, meme 
les plus justesy sont toujours regrettables. — lis immolerent les 
femmes et meme les enfants. 

M6me, quand il est plac6 apres plusieurs noms, peut 
s'accorder avec le dernier ou rester invariable : Les vieillards, 
les femmes, les enfants meme ou memes furent egorges. 

673. Quand le sens permet de placer mSme avant ou apr^s 
le nom auquel il se rapporte, on peut Temployer indifferem- 
ment avec ou sans accord. Ex. : 

Un eclat quite rend re.^pectable aux dieux meme. (Racine.) 

On peut dire : meme aux dieux ou aux dieux ei/^-memes. 

Ces regies n'etaient pas observees dans notre ancienne langue. Ainsi 
Ton trouve avec m^me invariable : 

Les immortels eux-m&me en sont persecutes. (Malherbe.) 

Ainsi par les lois m§me en mon pouvoir remise, 

Je me donne au monarquc a qui je fits promise. (Corneille.) 

Eux-meme its ddtruiront cet effroyable outrage. (Voltaire.) 

Au dix-septieme et au dix-huitieme siecle on a parfois ecrit avoc« 
I'adverbe meme. 

...La ndiveti, 
Dont memes au berceau les enfants te confessenl. (Malherbe.) 

lei dispensez-moi du rdcit des blasphemes 

Ou'ils ont vomis tons deux contre Jupiter mdmes. (Corneille.) 

Que si memes un jour le lecteur gracieux. (Boileau.) 

On disait au dix-seplieme siecle m6me devant le nom, dans le sens 
qu'il a aujourd'hui place apres 

Sais-tu que ce vieillard fut la meme vertu (Corneille) (pour la vertu 
mime). 

Dbs le meme inst-ant quelle sera dehors. (Molidre.) 



516 - SYNTAXE DE L ADJECTS. 

Ce sont Ih los mSmes paroles dont vous voiu servez dans vott^ lettre. 

(S6vign6.) 

Le temps vient oil la m^me nature prend soin d^clairer son dleve 
'Rousseau.J 

674. Nul plac6 devant le nom est toujours accompagne 
d'une negation : Nul fleuve ne les arreted nufle forteresse ne 
les effraie. (Bossuet.) 

Place apres le nom, il s'emploie sans negation et signifie 
sans effet, sans valeur : Ce devoir est nul; cette operation est 
nulle. 

675. Quelque est adjectif ou adverbe. 11 est adjectif et par 
consequent variable quand il se rapporte a un nom : quel- 
ques hommes, quelques bonnes meres, quelque temps. 

• Quelque est adverbe et par consequent invariable quand il 
modifie un adjectif, un participe ou un adverbe. II a, dans ce 
cas, le sens de si et doit toujours etre suivi du subjonctif : 
Quelque piiissants que soient vos ennemis; quelque grands 
que vous soyez, c'est-k-dire si puissants que.,.., si grands que... ^ 

676. Remarque. — Quelque ne modifie pas toujours I'ad- 
jectif qui le suit; ainsi on ecrira avec un s : quelques 
grands efforts qriil aiifaiis; quelques vains lauriers que pro- 
melte la guerre, etc. Ici quelque se rapporte k efforts eilauriers. 

Quelque est encore adverbe et par consequent invariable 
quand il est suivi d'un adjectif numeral. 11 a, dans ce cas, le 
sens d' environ, a peu pres : fai rencontre quelque vingtper- 
sonnes; il i;ii;ai^ quelque ce/if ans avant Jesus-Christ (c'est-a- 
dire environ vingt personnies, a peu pres cent ans). 

677. II ne faut pas confondre quelque avec la locution quel 
que, qui s'ecrit en deux mots et est toujours suivie d'un verbe 
au subjonctif: Quel que soit voire honheur ; quelles ^M'aieut 
ete vos in for tunes. — Dans ce cas quel s'accorde avec le nom 
auquel il se rapporte. 

La plupart de ces distinctions subtiles entre quelque adjectif et quelqtte 
adveii)e ^taient iguor^es de noire ancienne langue : 



ADJECTIFS IND^riNIS. 8« 

Les p^cheurt, quelques misSrahles qiiih soient. (Calvin.) 

Quelques hons quils soient. (Malherbe.) 

... Et n'oser de ses feux, 
Quelques ardents quHls soient, se promettre autant yM'eta;,j(Corneille.) 

Quelques puissants qu'ils soient, je n'en ai point d'alarmes. (Id.) 

Quelques mechants que soient les hommes. (La Rochefoucauld.) 

Quelques profonds que soient les grands de la_ cour, ils ne peuvent 
cacher lew malignity. (La Bruyere.) 

De meme devaiit les adjeclifs iiumeraux : Le roi a eti ici quelques trois 
ou quatre jours. (M^Tlherbe.) — A quelques mille pas. (Corneille.) 
Quelques huit jours. (Id.) ' — Quelques cinq semaines, quelques 
soi.ranle ans. (Racini».) — Quelques neuf a dix mille hommes, quelques 

si^ cents ecus. (La Bruyere.) 

678. Tout est adjectif ou adverbe. II est adjectif et par 
consequent variable quand 11 se rapporte k un nom ou k un 
pronom : toute femme; je les ai tous vus; toute honnete 
femme. 

Le genre des noms de villes n'elant pas tr6s d^lermin6, on les emploie 
tant6t au masculin, tanf6t au f^minin .- Tout ou toute la Rochelle, tout 
ou toute Rome assistait a ce spectacle. 

Tout est adverbe et par consequent invariable quand il 
modifie un adjectif, un participe ou un adverbe. II a, dans ce 
cas, le sens de quelque, tout a fait, et doit toujours etre suivi 
de I'indicatif : Tout utile quelle est, la richesse ne fait pas le 
bonheur (c'est-a-dire quelque utile que, etc.). 

Ces meres sont tout heureuses des succes de leurs fils (c'est- 
a-dire tout a fait heureuses). 

La maison tout entiere etait vide. 

Dans le Nord on trouve des loups tout hlancs. 

Les vaisseaux sont tout prets et le vent nous appelle. 

On dit de meme : Ces gens sont tout yeux, tout oreilles. 

Le chien est tout zele, tout ardeur, tout ob^issance. 

On la trouvd tout en pleurs. 

Des e'toffes tout laine, tout soie. 



528 SYNTAXE DE L ADJECTIF. 

Dans ces phrases, les noms yeuxy or»illeSy zele^ ar- 
ileur, etc., jouent le r61e de qualificatifs. 

679. Cependant, devant un adjectif ouun participe feminin 
commenQant par une consonne ou line h aspiree, tout prend 
I'accord : Elle est tonte surprise; elles etaient toutes hon- 
teuses. 

Remarque, — Quand tout est place devant un adjectif ou un 
participe, il peut selon le sens etre adjectif ou adverbe. Ainsi 
dans ces phrases : 

Ces fleurs sont tout aussi fraiches quhier, tout est adverbe 
et signifie tout a fait. Ces fleurs sont toutes aussi fraiches 
qu'hierj tout est adjectif et marque la tolalite. 

On ecrira de m^me : Ces femmes etaient tout ou toutes en 
pleurs. 

Elle est tout ou toute a vous. 

Yos livres sont prets et tout ou tous reU€s, 

Du reste on reconnait que tout est adjectif quand on peul 
sans changer le sens le placer devant le nom : Toutes ces 
fleurs.... Toutes ces femmes.... Toutes ces dames..., etc. 

680. Tout suivi de I'adjectif autre varie quand il se rap- 
porte a un nom exprime ou sous-entendu : Demandez- 
moi toute autre chose; toute autre femme eut ete effrayee 
(c'est-a-dire toute chose autre, toute femme autre). 

Mais il reste invariable quand il se rapporte k autre et quand 
il est precede ou suivi de un, une : 

Londres est tout autre chose que Paris (c'est-a-dire une 
chose tout a fait autre) ; 

Donnez-moi une tout autre reponse; 

Pour vous, vous me'ritez tout une autre fortune. 

Dans ces trois cas, tout signifie tout a fait. 

L'ancienne langue faisait accorder tout avec le nom et ne I'employait 
jamais adverbialement. 

Dieu ne se contenle pas de demi-obeissance, ains la veut toute entidre. 
(I.anoue.) 

Ces biens sont consei-ves tous entiers. (Malherbe.) 



GALLICISMES. 329 

J'm cru que Mme de Coulange seroil toute une autre personne. (Se- 
figne.) 
Eile vient toute en pleurs vous demander justice. (Corneille.) 

Ceiix que tu vois,... tous par fails qu'on les emit, sont le plus en dan- 
ger. (Id.) ■ 

Des choses toutes opposSes. (La Bruy6re.) 

Je me suis livr6 h des tristesses toutes humaines. (Massillon.) 

L'usage actuel ne s'est etabli defmitivement que dans la seconc^e moitic 
du dix-huitieme siecle. 

681. Tout s'emploie aussi avec la signification de chaque; 
alors il n'est pas suiVi de I'article : 

Toute peine me'rite salaire; tout homme est sujet a la 
mort, 

Dans ce cas tout s'accorde avec le nom qui, d'apr^s I'Aca- 
demie, peut se mettre au singulier ou au pluriel : a tout 
moment, de toute part, de toute sorte, de tout cote, a tout 
propos, de tout point, en tout point, en toute occasion, a 
toute heure, etc. On dit aussi ; a tOUS momentSy de toutes 
parts, de toutes sortes, etc. 

GALLICISMES 

682. Dans certaines locutions Tadjectif se trouve employ^ seul par 
suite de I'ellipse de quelque nom. Ainsi : 

II fait beau, il fait sec, il fait doux (suppleez temps), 
Rendez-lui la pareille {la meme chose) . 
II m'en a conte de bonnes (suppleez histoires). 
J'en ai appris de belles. 
II a fait des siennes (de ses folies). 
Nous avons fait des ndtres (de nos fantaisies). 
II a recommence de plus belle (d'une plus belle maniere). 
En voici bien A' une autre (d'une autre sorte). 
II n'en fait pas d'autres (il fait souvent de pareilles soitises). 
J'en ai vu bien d'autres (d'autres choses encore plus extraordinaires), 
Vous me la baillez belle, bonne (une belle, une bonne histoire). 
Vous I'avez belle {V occasion). 

Vous I'avez echappe, manqu^ belle {une circonstance bonne ou 
mauvaise). 
(Voyez Gallicismes, page 459.) 



CHAPITRE IV 

SYNTAXE DU PRONOM 
OBSERVATIONS GENERALES 

683. Le m^me pronom repele plusieurs foisdans une phrase 
doit toujours representer le meme nom. Ainsi on ne dira pas : 
Samuel offrit son holocauste a Dieu et il lui fut si agreahle 
qui\ langa la foudre contre les Philistins. 

Le premier il rappelle holocauste y le second rappelle Dieu. 
Le meme pronora represente done deux noms differents, ce 
qui nuit h la clarte. II faut dire : Samuel offrit son holocauste 
a Dieu, qui le Irouva si agreahle qui\ langa la foudre contre 
les Philistins. 

La phrase suivante est aussi incorrecte : On trouve dans ce 
livre des pages qu' on a negligees; parce que le premier on de- 
signe le lecteur, le second designe Vauteur. II faut dire, en 
tournant par le passif : On trouve dans ce livre des pages qui 
ont ete negligees. 

684. Si I'emploi du pronom donne lieu a une equivoque, 
il faut adopter une autre tournure. Ainsi dans cette phrase : 
Racine a imite Sophocle dans tout ce qu il a de beau, I'em- 
ploi de il est vicieux, parce o'^ il pent egalement rappeler 
Oacine et Sophocle. En die ^it : Racine a imite Sophocle 
ians tout ce que celui-ci a de beau, I'equivoque disparait. 

685. Le pronom ne pent representer un nom pris dans un 
^ens indetermine. Ainsi Ton ne dira pas : Je vous fais grace 
et elle est meritee; Quand on est en sante, ilfaut la conserver; 
II nia re^u avec politesse qui m'a charme. 



PRONOMS PERSONNELS. 531 

Mais on dira, en employant ces noras dans un sens deter- 
mine : Je vous accorde votre grace et elle est meritee; Quand 
on a la sante, il faut la conserver; II ma regu avec une 
politesse qui ma charme. 

Cependant le pronom peut representer un nom ind^termine dans cer- 
taines expressions qui offrent a I'esprit un sens tres precis. Ex. : // n'y 
a point de douleur que le temps n'apaise. — II n'a pas besom de garde 
qui veille a la porte de son palais. — // agit en homme qui sail ce 
qu'il fait. Etc., etc. 

Jusqu'au dix-septi^me si6cle on a pu faire rapporter un pronom per- 
sonnel a des noms employes d'une mani^re indefmie : 

... Les moyens d'abord ni'onl lait horreur^ 
Mais je saurai la vaincre.... (CorneiU^.) 



SECTION I 

PRONOMS PERSONNELS 

686. Les pronoms personnels peuvent Atre employes comme 
sujets ou comme complements ; leiir forme varie parfoi \ sui- 
vant I'emptoi qu'on en fait dans la phrase. 

Je, tu, il, ils sont toujours employes comme sujets. 

Elle, nous, vous, elles sont tour a tour employes comme 
sujets ou comme complements. 

Me, te, se, le, la, les sont employes comme complements 
d'objet directs ou indrrects. 

Moi, toi, lui, eux, leur, soi, en, y, s'emploient ordinaire- 

ment comme complements indirects. (Voyez g 336, p. 176.) 

Mais cette regie generale souffre de nombreuses exceptions. 

I. Du pronom personnel employo comme sujet. 

687. Quand le pronom remplacedeux ou plusieurs noms ou 
pronoms de personnes gramraaticalement diff^rentes, il se met 
k la premiere personne, s'il y en a une; sinon il se met k la 



532 SYNTAXE DD PRONOM. 

deuxieme : Vous, lux et moi, nous sommes fort Ages; — toi 
et luif vous etes malheureux. 

Les Latins disaient de m6me, mais en nommant la premiere personnc 
d'abord : Ego et tu valemus {Moi et vous, nous nous portons bien). C'est 
le contraire en fran^ais. 

688. Quand deux ou plusleurs propositions qui se suivent 
orit le meme pronom pour sujet, on pent repeter-le pronom 
devant chaque verbe, ou ne I'exprimer que devant le premier. 

689. On repute ordinairement le pronom devant chaque 
verbe : 

1° Quand on veut donner plus d'energie k la pensee. Ex. : Je 
courSf je Vappelle, je le supplie de revenir; il ne me re'pond 
pas. — II dort le jour, il dort la nuit et profondement, il ronfle 
en compagnie. (La Bruyere.) 

2° Quand les propositions sont liees par d'autres conjonc- 
tions que et, ni, ou. Ex. : II est savant quoiquil soit bien 
jeune. — Tu peux nous obliger, mais tu ne le veux pas. 

3» Quand deux propositions se suivent, et que I'une est nega- 
tive et I'autre affirmative. Ex. : Vous ne Vestimez pas et vous 
le suivez. — Vous ne tr^availlez pas et vous voulez des succes. 

690. On ne repete pas le pronom : 

1® Quand les propositions sont juxtapos^es. Ex. : II sar- 
rache les cheveux, se route sur le sable, reproche aux dieux 
leurrigueur, appelle en vain a sonsecours lacruelle mort. (Fe- 
nelon.) 

Elle bdtit un nid, pond, couve et fait e'clore. (La Fontaine.) 

S'* Quand les propositions sont coordonnees par une des 
conjonctions et, ni, ou. 

Ex. : Je plie et ne romps pas. (La Fontaine.) 

II ne boit ni ne mange. 

-Je vivrai sans reproche ou perirai sans honte. (Gorneille.) 



PRONOMS PEKSONNELS. 355 

Dans I'ancienne langue, le pronom sujet etait soiivent supprime : Et 
prieray le lecteur. (H. Estienne.) Et plus vous criez haul, plus estes 
gens de bien. (Ronsard.) Et ne vous doit chaloir ni de qui, ni combien. (Id.) 
Trois jours y avoit. (Montaigne.) 

Ces suppressions se retrouvent encore aujourd'hui dans le langage po- 
pulaire : faut pas mentir-, tant y a que..., etc. 

691. Les pront3ms jV, tu, il, me, te, le, se sont des procli- 
tiques, c'est-a-dire des mots atones ou faiblement accentues 
qui se lient dans la prononciation avec le mot qui les suit : 
je lis, il arrive, il rn'observe^ etc. — Moi, toi, lui, eux, soi 
sont, au contraire, des mots fortement accentues qui peuvent 
remplacer je, tu, il, me, etc., quand on veut donner a la 
phrase plus de relief et d'energie; de la I'usage si varie de 
res pronoms. 

692. Moi, toi, lui, eux, soi s'emploient comme sujets : 

1° Quand ils sont mis en apposition devant un pronom de la 
meme personne. Ex. : Toi tu travailles et moi je joue; jevous 
le dis, moi. 

2° Quand ils sont unis avec un nom. Ex. : Mon avocat et 
moi sommes de cet avis. 

5° Pour marquer une opposition : Lui pense ainsi, mais 
eux pensent autrement. 

4^ Dans les propositions elliptiques. Ex. : Pensez-vous comme 
moi.^ (^.-eni. je pense). 

Moi, le (aire empereur! (Racine.) 

Contre tant d'ennemis que vous reste-il? Moi. (Corneille.) 

On a souvent besoin d'un plus petit que soi. (La Forrtaine.) 

5° Quand ils sont accompagnes d'un adjeclif comme memeo\i 
seal. Ex. : Lui-meme a refuse; Eux seuls nont pas travaille. 

De m^me que le latin resorvait " egro, tu pour le sujet, et me, te pour 
le complement, ftotre vieille langue observait rigoureusement cette dis- 
tinction : elle employait je, tu, il pour le sujet, — me, te, le pour le 
complement direct, — moi, toi, soi pour le complement indirect. Tandis 
que nous disons, par une meprise etrangc : moi qui lis, toi qui chantes, 
lui qui vient, mettant ainsi Ic complement a la place du sujet, I'anciien 



SSI SYNTAXK DU PRONOM. 

francais, fulclo au latin, disait correctemenl : je qni Its, lu qui chantes, il 
qui vient, etc. C'est seulement k partir du trcizieme siecle que s'obscurcit 
la distinction du sujet et du complement, et que la confusion commence; 
nous n'avons plus aujourd'hui de forme sp^ciale pour le sujet, puisquo 
dans certains cas nous le rendons par je, lu, il [je loue, tu manges, etc.), 
rt dans d'autres par moi, toi, lui (votre ami et moi sommes venus vous 
voir); maisun debris de I'ancien usage est rest^ dans la formule : a Je 
soussigne declare.... » 

693. Les pronoms personnels employes comme sujets se 
placent ordinairement avant le verbe, excepte : 

1" Quandon interroge : Entend?:^-VQVLS? viem-iu? Aime-t-i\? 

Nous avons vu (§ 386) pourquoi on ajoutait un / dans aime-i-il? 

2« Dans les phrases exclamatives : Est-i\ paresseux! Sommes- 
nous etourdis ! Chante-t-il Men ! 

3® Dans les expressions : fusse-\e, dMsse'-je, /)Misstf-je, dtH- 
il, etc. 

Nous avons vu (§ 382) pourquoi Ye muet se changeait en d ferme dans 
fusse-je, dussd-je, etc. 

4» Dans les intercal^es : dit-ilr repondit-il, s'ecria-t-il, etc. 

Nous avons vu g 247 que tons ces mots peuvent aussi 
s'ecrire sans trait d'union: entendez vous ? viens tu? estil, etc., 
excepte aime-t il? fusse-je, etc. 

694. Quand le verbe est accompagne d'un des mots aussi, 
encore^ peut-etre, toujours, en vain, a peine, etc., on pent 
placer le pronom soit apres, soit avant le verbe. 

Ainsi Ton peut dire egalement : Aussi est-il votre ami; 
peut-6tre avez-Yons tort; en vain Caffirme-t-il; a peine 
estAl sorti; ou : Aussi il est votre ami; peut-etre vous avez 
tort; en vain il raffirme; ^ peine il est sorti. Mais le pre- 
mier tour est plus elegant. 

Pour empecher un concours de sons d(^sagreables, on evite 
quelquefois de mettre le pronom je apr^s le verbe. Ainsi au 
lieu de dire : cours-je? dors-je? mens-je? on dit mieux : est- 
ce que je cours ? est-ce que je dors? est-ce que je mens ? 

695. Remarque. — Dans les phrases interrogatives les pro- 



PHONOMS PERSONNELS. 33S 

noms ily elle, ils^ elles se placent apres le verbe, meme quand 
ie sujet du verbe est exprime i Votre ami est-il arrive? 

Ce pleonasme se rencontre aussi dans les diverses tour- 
nures ou le pronom est place apres le verbe : Cet enfant est- 
il paresseux! Rome ditt-eWe perir! Aussi mon pfere est-il 
votre ami. 

Quelquefois, au contraire, le pronom est exprime le pre- 
mier : II saffaiblissaity ce grand prince. 

II. Du pronom personnel employe comme complement. 

696. Les pronoms me, te, se, le, la, les, lui, leur employes 
comme complements se placent ordinairement avant le verbe. 

Ex. : // me voit, it lui pai'le, it se loue, etc. 

Les pronoms moi, toi, soi, eux, elles se placent ordinaire- 
ment apres le verbe. Ex. : 

Tu ne penses quh toi; vous songerez a moi, a eux, a 
elle^. 

697. Lorsqu'un verbe a I'infmitif est subordonne a un autre 
verbe, le pronom complement de I'infmitif se place d' ordinaire 
immediatement avant cet infmitif. 

Ex. : Je viens vous chercher; il pent vous punir. 
Mais le pronom precede toujours/ai< suivid'un infmitif. 
Ex. : // nous fait venir; il m'a fait appeler. 

On salt qu'en ce cas (voy. § 365) fait est un veritable auxiliaire. 
Au 17" siecle on mettait presque toujours le pronom avant le premiei 
des deux verbes. Ex. : 

Ta perte cependant me va desesp&rer. (Corneille.) 

Quel profane^ en ces lieux, s'ose avancer vers nous? (Racine.) 

Soleil, je te viens voir pour la derniere fois. (Id.) 

698. Si le verbe est a I'imperatif, le pronom complement le 
suit; mais quand I'imperatif est precede d'une negation, le 
pronom complement se met entre la negation et le verbe. 
Ex. : Suivez-nOMS. — Ne nous suivez pas. 

Si le verbe a I'imperatif a deux pronoms pour complements, 
fun direct, I'autre indirect, le complement direct se place le 
premier. Ex. : Dites-\e-moi. — Montr ez-\di-lui. 

Mais quand le verbe est precede dune negation, le comple- 



556 SYNTAXE btJ PRONOM. 

ment indirect suit iramediatement la negation : Ne me le dilei 
pas. — iVe nous la montrez pas. 

Lui et leur font exception et se placent apres le pionom 
employ^ comme complement d'objet direct. Ex. : Ne le lui 
dites pas; Ne la leur montrez pas. 

699. Quand il y a deux ou plusieurs verbes de suite a I'im- 
peratif, on peut mettre le pronom complement avant le der- 
nier verbe. 

Ex. : Va, cours, vole et nous venge. (Corneille.) * 

Polissez-l^ sans cesse et le repolissez. (Boileau.) 

700. Quand moi, toi sont places apres un irtperatif et sui- 
vis de en ou i/, on les remplace ordinairement par me, te dont 
Ve muet est alors elide. Ex. : J'aime les fleurs, donne-m'en. — 
Je veux voir la campagne, mene-m'y. 

701 . Quand le meme pronom est complement de plusieurs 
verbes qui se suivent, il faut repeter le pronom apres chaque 
verbe. Ex. : 

Son visage odieux m'afflige et me poursuit. (Racine.) 

Mais si les verbes sont a un temps compose, on peut n'expri- 
mer le pronom complement qu'avec le premier verbe. 

Ex. : // m'a hue et encourage; Nous Vavons protege' et 
secouru. 

702. Lorsque le m^me pronom figure a la fois comme com- 
plement direct et comme complement indirect, il faut repeter 
ce pronom. Ainsi Ton ne dira pas : // m'a vu et parle, mais il 
m'a vu et il m'a parle, parce que les verbes voir et parler 
demandent un complement different. 

705. Les pronoms complements peuvent, co^mme les pro- 
/loms sujets, former pleonasme avec le nom qu'ils repre- 
sentent. Ex. : Le voila done mort ce grand ministrel 

Le bien, nous le faisons; le mal, cest la fortune. (La Fon- 
taine.) 



PRONOMS PERSONNELS. 35' 

ni. Observations sur I'emploi de certains pronoms* 

704. Les pronoms /e, la ne s'dident pas d'ordinaire quand 
ils sont places apr^s le verbe; par exemple dans faitesAe, 
portez-la.. On prononce alors comme s'il y avail faites-levL. 

705. Nous employe pour ;>, vous employe pour^w, veulent 
le verbe au pluriel, mais le participe ou I'adjectif qui s'y rap- 
portent se mettent au singulier : Nous sommes sur, dit le roi, 
de voire fidelite. — Vous etes enclin d. la paresse. 

706. Quand le pronom le represents un nom, il s'accorde 
toujours avec ce nom : Etes-voush, reine? Je la suis. — ^tes- 
vous la malade? Je la mis. — ^tes-vous les soldats qui ont 
hattu Vennemi? Nous les sommes. 

707. Le pronom le est neutre et reste invariable lorsqu'il 
represente un adjectif ou un nom pris adjectivement. Ex. : 
ttes-vous malade? Je \q suis. — £tes-vous reine? Je le suis. 
— iltes-vous meres? Nous le sommes. 

L'explication de cette regie r&side dans le sens du mot 
employe et pent se resumer de la maniere suivante : Quand le 
represente une qualite (comme mere) ou un etat (comme ma- 
lade), H est invariable : tltes-vous mere? — Je le suis; mais il 
est variable quand il represente la personne qui possede cet 
6tat ou cette qualite : Eles-vous la mere de cet enfant? — Je\a 
suis. 

Cette regie, etablie par Yaugelas, n'etait pas observee autrefois; 
On ne pent Stre plus contente que je ne la suis. (Maintenon.) 
Vous Stes satisfaite et je ne la suis pas. (Corneille.) 
Monsieur, je ne veux point dire Hie.... Je ne la serai point. (Racine.] 
Je veux sur toutes choses que vous soyez contente, et quand vous la 

[serez, je la serai. (Sevign^.i 

On trouve encore d'autres examples du pronom neutre le 
(ians quelques locutions. Bx. : V^us leprenez Men haul; votis 
oouM suviRiEtn. 28 



33ft SYNTAXE DU PRONOM. 

Vemportez sur moi; Je me le tiens pour dit; On Va traite 
comme il merite de Vetre; Vous m'aimez, je le crois; etc. 

708. Le pronom neutre il place devant les verbes employes 
impersonnellement n'est qu'un sujet apparent. Dans les phrases 
comme : II tombe de la neige; il pleut des balles; le sujet reel 
est neige et balles. 

709. Lorsqu'on parle des animaux ou des choses, il faut se 
servir de preference des pronoms en, y, et non des pronoms 
de luiy d'elle, d'eux; a lui^ a elle : Get arbre estgrandy on en 
ferait un mat. — Cette chaise est cassee, fy feral remettre 
un pied (et non je lui ferai remettre un pied) . 

Cependant on peut dans certains cas employer en et y pour 
les personnes, ainsi les phrases suivantes ne sont point incor- 
rectes : Parlerez-vous de moi? J' en parlerai; Penserez-vous 
a moi? J'y penserai. 

710. Les pronoms en et y sont souvent employes d'une ma- 
niere vague, indefinie. Ex. : En imposer au vulgaire; envenir 
aux mains; en vouloir a quelquun; nenpouvoir plus; etc. — 
On vous y prend; tu n'y penses pas; il y va de votre vie; etc. 

En vouloir h quelqu'un signifie proprement : avoir un sentiment de 
rancune contre quelquun. Vouloir, joint a la particule en, signifie avoir 
des pretentions sur une chose ; de la le sens derive de mauvaise intention. 

Nous avons vu (§ 392) que, lorsque les mots en, y sont places apres 
un imp^ratif de la conjugaison en er ou termine par e, on ajoute un n 
au verbe : chante^-tn une parlie; ras-y; cueilles-QJi.. 

En et y peuvent aussi se joindre au verbe sans trait d'union : chautes 
en, vas y, cueilles en. 

711. Soi s'emploie au lieu de lui, elle : 

1° Apres un pronom indefmi (ow,c/i^MW, />ersowne, etc.): 
On ne doit jamais parler de soi. 

2° Apres un verbe impersonnel ou un infinitif. Ex. : II faut 
penser a soi. — fitre toujours content de soi est une sotlise. 

5° Avee un nom de chose au singulier : Cette faule entraine 



PRONOMS DEMONSTRATIFS. 339 

apres soi Men des regrets. — Si le nom est au pluriel, on ne 
peut employer soi : Ces fautes entrainent apres elles hien des 
regrets (et non entrainent apres soi). 

712. Remarque. — Soi s'emploie meme avec un sujet deter- 
mine, lorsqu'on veut eviter une equivoque. Ex. : Vavare qui 
a un fits prodigue namasse ni pour soi ni pour lui. 

L'emploi de soi dans rancienne langue etait bien plus frequent. Le 
francais, fidele a I'etymologie, disait non pas il se d^jfie de lui-mhney 
mais il se defie de soi (comme le latin : diffidit sibi), parce que le eujet 
et le complement designaient la meme personne. On en trouve de nom- 
breux exemples jusqu'au 18» si^cle. 

Quit fasse autant pour soi comme je fats pour lui. (Corneille.) 

Et notre vieux coq en soi-mSme 

Se mil a rire de sa peur. (La Fontaine.) 

Gnaton ne vit que pour soi. (La Bruyere.) 

Ou mon amour me irompe, ou Zaire aujourd'hui, 

Pour I'dlever a soi, descendrait jusqud lui. (Voltaire.) 

743. Les pronoms moi, me, te, nous, vous, se joignent par- 
fois au verbe d'une fa^on expletive. Ex. : 
Je vous Vai raisonne de la bonne fagon. 
Prends-moi le bon parti, laisse la tous tes livres. (Boileau.) 
llYOVisprendsa cogne'e, zV vous tranche la bete. (La Fontaine.) 

Tout discours un peu vif peut prendre le caract^re d'un dialogue avec 
le lecteur. Tels sont ces pronoms jetes au milieu d un recit, ou le conteur 
a soudainement I'air de prendre a partie son auditoire. (M. Breal, Essai 
de semantique). 

SECTION II 

PRONOMS DEMONSTRATIFS 

714. Les pronoms demonstratifs celui, ceux, celle, celles 
sont toujours suivis d'un nom ou d'un pronom complement, 
ou d'un pronom relatif. Ex. : 

Les defauts de Henri IV etaient ceux d'un homme aimable, 
ses vertus etaient celles d'un grand homme. 
Celui qui met un frein a la fureur des flots 
Sail aussi des mechants arreter les complots. (Racine.) 



540 SYNTAXE DU PRONOM. 

715. Celui, celle, ceux, celles ne peuvent pas 6tre d^ter- 
min^s par un simple adjectif ou un participe. Ainsi au lieu 
de dire : J'ai lu voire lettre et celle destinee a mon frere, 11 
faut dire avec le relatif : Tai lu voire letlre el celle qui est 
desline'e h mon frere. 

Cette r6gle nest pas absolue, et nos meilleurs ^crivains ont fait suivre 
immediatement ces pronoms d'un participe. 

Ex. : On trouve Ics mSmes pr^jugds chez les peuples anciens el che% 
ceux exiatant aujourd'hui. (La Harpe ) On confondait, dans la loi an- 
cienne, une blessure faiie a une bHe et celle faite a un esclave. (Mon- 
tesquieu;) Pour juger les fautes des autres, jugez vous-m^mes celles com,' 
mises par vous. (Florian.) Je joins a ma lettre celle icrite par le prince. 
(Racine.) 

716. Celui-la se met quelquefois pour celui au commen- 
cement de la phrase pour donner plus de force a I'expression. 
Ainsi au lieu de dire : Celui qui commande a ses passions est 
vraimenl fort, on dira : Gelui-1^ est vraiment fort qui com- 
mande a ses passions. 

717. Le pronom neutre ce, dans les phrases interrogatives 
ou exclamatives, se met apr^s le verbe etre avec un trait 
d'union : Est-ce lui? Est-ce vous ? '^"'^ 

718. Le pronom neutre ce se place souvent devant le verl)e 
etre pour mettre en relief un nom, un pronom ou un verbe. 
Ex. : 

Cest erreur, ou plutdt c'est crime de le crotre. (La Fon- 
taine.) 

C'esi moi qui vous le dis, qui suis voire grand'mere. (Mo- 
liere.) 

Mais c'est mourir deux fois que souffrir les atteintes. (La 
Fontaine.) 

L'emploi du pronom ce est n^cessaire devant le verbe Sire 
lorsque ce verbe a pour sujet et pour attribut reels des infi- 
nitifs : Bien ecrire, c'est tout a la fois bien penser, bien sentir 
et bien rendre. (Buffon.) 



PROiNOMS DEMONSTRATIFS. 841 

Au contraire, avec une negation on supprime ce : Plaisan- 
tern est pas re'pondre. 

719. Le pronom neutre ce s'emploie aussidevantles verbes 
devoir, pouvoir, sembleVy dlire. Ex. : ce doit etre Paul; touff 
ce semble (c'est-^-dire il parait)^ conspire contre lui. 

Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis. (La Fontaine.) 
Ce ne pent etre encore les gens que nous attendons, 

720. Le pronom ce entre encore dans un grand nombre 
de gallicismes, tels que : qu'est-ce a dire? que sera-ce? 
quest-ce que c'est? est-ce a dire? c'est a qui le frappera; 
c'est il savoir; c'est-a-dire; etc. 

La plus usit^e de ces locutions est la formule explicative 
c'est que, avec negation ce n[est pas que, et avec interrogation 
est-OQ que? Ex. : Si quelque chose les empeche de regner sur 
nous, ces saintes et salutaires verites, c'est que le monde nous 
occupe, c'est que les sens nous enchantent, c'est que le pre- 
sent nous enlraine. (Bossuet.) Ce n'est pas que feusse hesite; 
est-ce que jaurais hesite? 

721. Dans celui-ci, celuM^, ceux-ci, etc., ci marque le 
rapprochement, la marque I'eloignement. Ex. : Ciceron et De- 
mosthene furent deux grands orateurs; celui<ci etait Grec^ 
celui-la etait Romain. Dans cette phrase, celui-la designe le 
premier nom exprime, Ciceron; celui-ci designe le second, 
Demosthene. 

722. Lorsque cecl, cela sont mis en opposition, ceci desi- 
gne I'objet qui est le plus pres de nous, et cela I'objet qui en 
est le plus eloign^. Ex. : Prenez ceci, laissez cela. 

Ceci s'applique aussi ^ ce qui va suivre, cela k ce qui pre- 
cede, dans les phrases telles que : Kouhliezpas ceci : aide-toi, 
le del Vaidera. — Uorgueil est un grand defaut, retenez bien 
cela. 

723. Ceci, cela ne se disent g^neralement que des choses; 
quolqucfois cependant cela se dit aussi des personnes dans 



542 SYNTAXE DU PRONOM. 

le langage familier : Voyez ces enfants : cela ne songe qu'h 
samuser; cela ne fait que jouer; cela se croit habile, etc. 

724. Cela sert k former un grand nombre de locutions : 
Cest cela; avec cela I comment cela? 

Dans le langage familier cela se contracte en ga : Comment 
ga va-t-il? II n'y a pas de mal a ga. 

11 ne faut pas confondre ga, pronom, avec ga, adverbe ou 
interjection. Ge dernier est toujours marque d'un accent grave. 
Ex. : Ses regards erraient ga et la; Qa, travaillons. 

725. Ceci, cela s'ecrivent en deux mots apres le verbe etre 
dans les phrases interrogatives avec ou sans trait d'union. Ex. : 

Qu'est-ce ci? dit-il a son monde, (La Fontaine.) 
ou quest ce ci ? 

Quest-ce la ? lui dit-ily (Id.) 
ou qu'est ce la? 

On pent aussi ecrire quest ceci? quest cela? (avec ceci, cela 
en un seul mot), mais alors le sens n'est plus le meme iQuest- 
ce ci ? quest-ce la? veulent dire : quy a-t-il ici ? que sepasse- 
t-il la? — Quest ceci? quest cela? signifient : quelle chose 
est ceci ? quelle chose est cela ? c'est-a-dire la chose dont on 
parle, que Ton montre. 

SECTION HI 

PRONOMS POSSESSIFS 

726. Les pronoms possessifs remplacent le nom; cepen- 
dant ils peuvent quelquefois etre joints k un nom : un sien 
cousin; la maison est tienne; 

Au travers d'un mien pre certain anon passa. (Racine.) 

lis sont alors de veritables adjectifs. 

Le mien et le tien peuvent s'employer au neutre et au 
singulier pour indiquer ce qui appartient k chacun. Ex. : 



PRONOMS RELATIFS. 343 

Deux freres ne devraient jamais distinguer le tien et le 
mien. 

Les pronoms possessifs s'emploient aussi au pluriel pour 
designer les parents, les amis. 

Ex. : Toi et les tiens; vous et les votres; mot et les 
miens, etc. 



SECTION IV 

1. PRONOMS RELATIFS 

727. Nous avons vu (g 345) que les pronoms relatifs sent 
qui, que, quoi, dent (invariables) et lequel, qui varie en 
genre el en noinbre. 

728. Qui s'emploie ordinairement comme sujet, et que 
comme complement d'objet direct. 

Ex. : Le maitre qvii est bon; Veleve que je loue. 

Qui employe comme sujet se dit des personnes, des animaux 
et des choses. 

Ex. : V enfant qui est lahorieux; le chien qui aboie; la 
pierre qui est cassee. 

Qui precede d'une preposition peut aussi s'employer 
comme complement indirect. 

Ex. : Venfant k qui le travail est facile; Vhomme de qui 
je Vai appris; Vami en (\mjavais conflance. 

Mais alors qui ne se dit que des personnes ou des choses 
personnifiees. 

Ex. : Venfant k qui tout cede est le plus malheureux. — 
rockers escarpes! cest a vous que je me plains^ car je nai 
que vous k ({XJiije puisseme plaindre. '' 

729. Lequel, laquelle, etc., precedes d'une preposition, se 



Ui SYNTAXE DC PRONOM. 

.disent des personnes, des animaux et des choses. Ex. : Votive 
pere a qui ou auquel fai tout dit; les maitres a qui ou aux 
quels sont confies nos enfants. — Les sciences auxquelles jV 
m' applique; les Lapons out un chat noir auquel ils confient 
tous leurs secrets (et non les sciences a qui..., un chat noir 
k qui...). 

Cette distinction entre qui et lequel, laquelle, etc., n'etait pas tou- 
jours observee au dix-septieme sieele, meme au dix-huiti6me, surtout en 
po^sie. Au lieu de lequel, laquelle, etc., on employait qui pour les 
choses, m^rae precede d'une proposition. Ex. : 

Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe? (Corneille.) 

line de ces injures pour qui un honnHe homme doit p^rir. (Moliers.) 

Je pardonne a. la main par qui Dieu m'a frapp4. (Voltaire.) 

// a hi'isi la lance et I'dpde homicide 

Sur qui I'impi^tS fondait sonferme appui. (J.-B. Rousseau.) 

Ai-je jamais connu ces noms brillants de gloire 

Sur qui tu viens sans cesse arrHer ma mdmoire? (Andre Chenier.) 

730. Nous avons vu (g 346) que le pronom relalif est tou- 
jours de la meme personne, du meme genre el du meme 
nombre que son antecedent, qui est un nom ou un pronom. Ex. : 

Paris nous meconnait; Paris ne veut pour maitre 

Ni moi qui swis son roi, ni vous qui devez Vetre. (Voltaire.) 

Les void qui viennenl; je Ventends qui court; ils sont la 
qui attendent. 

II faut remarquer que dans ce dernfer cas les antecedents 
ne precedent pas immediatement le relatif. 

731. Un adjectif ne peut servir d'antecedent au pronom re- 
latif. On ne dira done pas : Nous etions deux qui etaient du 
meme avis; mais nous etions deux qui etions du mime avis, 
en faisanl de nous I'antecedent de qui. 

Quand I'adjectif est employ^ comme nom, 11 peut servir 
d'antecedent au pronom relatif. Ex. : Nous sommes les deux 
qui ont ele recompenses. 

732. Remarque. — Dans des phrases comme c'e*^ wwrfesgr^neVawa; qui..., 
9'est un deg rois qui..., le pronom qui a pour anUcddent tantdt I'attribut 



PRONOMS RELATIPS. ZHH 

un, tant6t le complSment de I'attribuf. On dira done, selon I'id^e siir la- 
quelle on veut insister : Turenne est un des gSneraux fran^ais qui ont 
ou qui a le plus illustre notre histoirc. Mais c'est la une d^Iicatesse de 
langage qu'on pent ne pas introduire dans I'enseignement. 

D'ailleurs ces regies d'accord du pronom avec I'ant^cedent furent pen 
observees jusqu'au dix-huitieme siecle. Ex. : // ny a que vdus (3[Qi. vous 
puisse donner cette liberie. (Malherbe.) Je ne suis pas le seul qui lai 
remarque. (Vaugelas.) El je serai le seul qui ne pourrai rien dire. 
(Boileau.) 

Le pronom relatif s'accorda tantdt avec son antecedent, tant6t avec le 
complement de son antecedent. 

Exemples de I'accord du relatif avec son antecedent : Cest une des 
raisons qui fait murmurer. (S^vigne.) Uune des plus saintes commu- 
nautds qui fut dans l' Eg Use. (Racine.) Cest une des pieces de Plaute qui 
a eu le plus de succds. (Voltaire.) C'est un des hommes qui a faille plus 
de bien a sa patrie. (D'Alembert.) 

Exemples de I'accord du relatif avecle complement de son antecedent: 
Le passage du Rhin est une des plus merveilleuses^ actions qui aient 
jamais dte /a ?7e6'.( Boileau.) Cedessein nia fourni une des scbnes qui ont 
le mieux reussi. (Racine.) L'empereur Antonin est regards commeun des 
plus gratids princes qui furent jamais. (Rollin.) 

C'est cette derhiere r^gle qui semble avoir prevalu de nos jours. 

753. Le pronom relatif doit etre place de maniere h ne 
laisser aucun doute siir le mot aiiquel il se rappo^i'te. 

Ainsi : II y a plusieurs pages dans ces maiiuscrits qui sont 
illisibles, est ime phrase incorrecte, parce que le pronom qui 
semble se rapporter a manuscrits. II faut dire : II y a dans ces 
manuscrits plusieurs pages qui sont illisibles. 

Quandiln'y a pas d'ambiguite a craindre, le pronom relatif 
pent etre eloigne de son antecedent. Ex. : Gelui-la seul merite 
nos hommages, qui fonde sa grandeur sur la vertu. (La 
Bruyere.) 

La deesse, en entrant, qui voit (a nappe mise. (Boileau.) 

Un loup survint a jeun, qui cherchait aventure. (La Fon- 
taine.) 

Tel donne a pleines mains y qui n oblige personne. (Cor- 
neille.) 



346 SYNTAXE i)D PRONOM. 

Cette construction se rencontre souvent au dix-septi^me si6cle : Jc vis 
hier une chose chez Mademoiselle qui mc fit plaisir. (Sevigne.) II lui 
faut aussi un cheval pour monter son valet qui coCitera hien trente pis- 
toles. (Moliere.) 

734. Les pronoms qui, que, dont etant invariables sont 
remplaces par lequel, duquel, auquel, etc., quand on veut 
eviter une equivoque. Ainsi au lieu de : La mere de mon 
ami k qui jai parle hier, il faul dire selon le sens : auquel 
ou a laquelle/ai/)ar/e /iier. 

755. Qui peut s'employer absolument, sans antecedent, 
comme sujet ou comme complement. Dans ce cas, il ne s'ap- 
plique qu'aux personnes et est toujours regarde comme du 
masculin singulier. Ex. : Qui sert hien son pays n'a pas hesoin 
d'dieux. — A qui venge sonpere il nest rien dHmpossihle. — 
Choisis qui tu voudras. 

On sous-entend alors celui, celle, ceux, celles : celui qui sert..., a celui 
qui..., celui que..., etc. 

Dans les phrases couime celle-ci : Qui sert bien son pays n'a pas be- 
soin d'aieux, I'antecedent sous-entendu de qui est le sujet du verbe sui- 
vant (a), il ne faudrait done pas raettre un autre pronom devant ce 
verbe et dire comme autrefois : 

Qui se contraint au monde, il ne vit qu'en torture. (Regnier.) 

Qui prendroit garde au vent de si prts, jamais il ne semeroit. (Bossuet.) 

Qui sans antecedent s'emploie aussi pour les choses avec 
ellipse de I'antecedent neutre ce, dans certaines expressions 
eonsacrees. Ex. : Voila qui vous plaira; qui plus est; qui 
pis est, 

L'ellipse de ce devant qui etait frequente autrefois. Ex. : // faut en- 
coi'e savoir escrire, qui est une seconde science. (Balzac.) Vous pensdles 
ne pas me trouver, qui eUt dtd une belle chose. (Sevigne.) 

736. Qui repete signifie les uns..., les autres..., ceux-ci..., 
ceux-la.... Ex. : Les medecins ont raisonne la-dessus, et ils 
n'ont pas manque de dire que cela proce'dait, qui du cerveau, 
qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie. (Moliere.) 

737. A qui exprime aussi la rivalit«, I'emulation. Ex. : Cest 



PRONOMS RELATIFS. 347 

d qui arrivera le premier ^ a qui le felicitera; Us criaient 
a qui mieux mieux. 

Ce gallicisme : Us ci'iaient d, qui mieux mieux est assez difficile a 
expliquer. Nos ancetres disaient : qui mieux mieux et m^me qui plus 
plus, sans mettre a. Nous aurions done, en decomposant notre exemple : 
ils criaient, celui qui criait le mieux, faisait le mieux ; c'est-a-dire ils 
eriaienf, d, I'envi les uns des autres. La preposition a a ete ajoutee plus 
tard, a I'exemple des locutions d, tue-Ute, h bouche que veux-tu, a pro- 
fusion, etc. 

Qui sert encore k former la locution qui que ce soil qui^ 
c'est-a-dire quelque personne que ce soil. 

738. Que s'emploie comme complement d'objet : Lliomme 
que vous avez vu; les livres que vous lisez. 

Que s'emploie aussi comme complement de circonstance : 
Uanne'e (luil fit si froid; du temps que les betes parlaient 
(c'est-i-dire durant laquelle..., dans lequel...). 
, Que est mis ici pour I'adverbe relatif oit. 

759. Que precede de ceest employe tant6t comme attribut, 
lantot comme complement. Ex. : On nia vu ce que vous etes; 
vous serez ce que je suis (que est attribut). — Croyez-en ce 
quil vous plaira (suppleez de croire, et que en est le com- 
plement d'objet). 

Que se disait autrefois pour ce que rempla^ant le latin neutre quod : 
Qui n'avoit jamais iprouve que peut un visage d'Alcide. (Malherbe.) 

Fais ce que dais, advienne que pourra. 

740. Que entre dans plusieurs gallicismes : Je n'en ai que 
faire; coilte que coUte; vaille que vaille; ce que cest que de 
nous, etc. (c'est-a-dire : je n'en ai pas I'emploi; que cela 
coilte ce que Ton voudra que cela coute, etc.). 

741. Quoi est neutre et ne se dit que des choses. Ce pro- 
nom s'emploie ordinairement comme complement indirect 
avcc un antecedent indetermine, comme ce, rien, etc. Ex. : 
Ce a quoi nous pensons; ce sur quoi nous discutons; cest en 
quoi voui vous trompez; il n'est Hen a quoi je ne sois dispose'. 



3i8 STNTAXE DU PRONOM. 

L'ant6e6d6Bt «st souv«nt sous-entendu. Ex. : Void h quoi 
je peme; dites-moi en quoi je peux vous servir, 

Au €[ix-septi6me siecle on employait quoi avec un nom d© chose pour 
antecedent. Ex. : Voild. de bien belles choses d, quoi il ne pense pas. 
(Bossuet.) L'Sducation des enfanH eat une chose a quoi il faut s'atta- 
cher fortement. Deux poin'o h quoi je m' attache. (Bourdaloue.) 

Est-ce un sujet p@itr qifd vous fassiez aonner vos niMtesf (La Fon- 
taine.) 

742. Quoi s'emploie comme complement d'objet dans k 
locution je ne sais quoi; et cette locution se prend quelque- 
fois comme nom. Ex. : // devient un je ne sais quoi qui na 
de nom dam aucune langue. (Bossuet.) 

743. Quoi suivi de que forme une locution qui ^quivaut a 
quelque chose que. Ex. : Quoi qu'i/ arrive, taisez-vous; quoi 
qu'i/ en soil, obeissez. 

Cette locution s'ecrit toujours en deux mots, et ne doit pas etre con- 
fondue avec la conjonction quoiquc, qui est egalement suivie du sub- 
jonctif. 

744. De quoi signifie ce qui est necessaire pour. Ex. : J'ai 
de qnoivous repondre; 

Une telle imposture a de quoi me surprendre. (Voltaire.) 

De quoi s'emploie familierement comme nom pour 
marquer ce quisuffit. Ex. : II faut aider les malheurenx qui 
nont pas de quoi (sous-entendu vivre) ; // ny a pas de quoi 
(pour remercier). 

Us trouvaient aux champs trop de quoi. (La Fontaine.) 

745. Quoi se trouve encore dans plusieurs gallicismes. Ex. : 
Voilh comme quoi il a echoue (voild- comment) ; Quoi I vous 
rougissez de bien faire (ici il est employ^ comme interjection) . 

746. Dont s'emploie pour de qui, duquel, de laquelle, des- 
quels, desquelles, de quoi et s'applique aux personnes, aux 
animaux et aux choses. Ex. : Les soldats dont on citait les 



PRONOMS RELATIPS. 8-49 

noms; leschevaux dont on vantait la vitesse; les choses futiles 
iont on s*enorgueillit. 

Par ces exemples, on voit que dont est toujours le premier 
.not de la proposition subordonnee. 

Dont peut etre complement d'un nom. Ex. : Venfant dont 
le pere est venu. 

Ou d'un adjectif. Ex. : Le'leve dont je suis content. 

Ou d'un verbe. Ex. : Venfant dont je suu aime. 

Ou d'un adverbe. Ex. : Ces enfants dont beaucoup ne sa- 
vent pas travailler. 

747. Dont precede de ce signifie de quoi et est du genre 
neutre. Ex. : Voild. ce dont ilsagit; ce dont je vous ai parte. 

Dans la langue du dix-septieme siecle on supprimait souvent ce. Ex. : 
Elle se meut un peu plus vite dont la raison est dvidente. (Descartes.) 
Beltne est arrivie dont je suis ravie. (Sevigne.) Cela ^toit juste, et le 
roi le leur avoit ordonnd, dont elles furent fort piquies. (Saint-Simon.) 
// veiit avoir trop d'esprit, dont j'enrage. (Moliere.) 

Dont s'employait aussi souvent pour par lequel, laquelle, etc. Ex. : 
Redis-moi les raisona dont tu I'as apaisie. (Corneille.) 
Le coup dont ma raison vient d'Hre confondue. (Racine.) 
L'indigne paix dont il veut nous surpi'endre. (Id.) 

Quel pouvoir a brisS I'Memelle harrihre 

Dont le ciel sdpara Venfer et la Ivmibre ? (Voltaire.) 

// brisa les Hem dont j'dtais enchaind. (M.-J. Chenier.) 

748. Dont ne peut 6tre complement d'un nom prec^d^ lui- 
meme d'une preposition. Dans ce cas on emploie de qui ou 
duquely desquelsy qui se place apres le nom. Ex. : Cest une 
mtreprise au succes de laquelle je ne puis croire; saint 
Louis a la droiture duquel on rend justice. 

749. Dont (de unde) a, etymologiquement, le mSme sens 
que d'oii et marque aussi I'origine, I'extraction, la sortie. 
Mais il s'emploie dans ce sens au figure et ne se dit que des 
personnes. Ex. : La famille illustre dont il descend; la mai- 
ion dont je iors (ici maison signitie race^ famille). 



5S0 SYNTAXE DU PRONOM. 

D'oii marque au sens propre Texlraction, la sortie et ne se 
dit que des choses. Ex. : Le pays d'ou je viens; la carriere 
d'oii ces marbres sont tires; la maison d'ou je sors (ici mai" 
son signifie habitation, demeure.) 

Cette distinction entre dont et d'ou, indiquee par Vaugelas et acceptee 
apres lui par tous les grammairiens, n'a pas ete observee par nos meil- 
leurs ecrivains. Ex. : 

Je le renverrois bien dont il est venu. (Rabelais.) 

Le mont VAventin 

Dont il I'avoit vu faire une hcn'rible descente. (Corneille.) 

Rentre dans le n^ant dont je t'ai fait sortir. (Racine.) 

Abimes redout^s dont Ninus est sorti. (Voltaire.) 

D'oA s'emploie aussi au lieu de dont pour marquer une 
conclusion : Cest un fait d'ou je conclus (et non pas dont 
je conclus), 

750. Ou est un adverbe qui s'emploie comme pronom et 
sert k r emi^lacer lequely laquelle, lesquels, etc., precedes 
d'une preposition. Ex. : Le but oil je tends (auquel je tends); 
— Comme un mur d'airain ou se briserent taut de fois toutes 
les forces de VAsie (contre lequel) ; — Qu'il se hate de fuir 
cette mer dangereuse ou sa sagesse a dejd fait naufrage (dans 
laquelle). 

Ou est souvent joint aux prepositions de, par, jusque. Ex. : 
Les glaciers d'ou sortent ces ruisseaux; les villes par OU son 
corps a passe; le point extreme jusqu'ou Von peut alter. 

Get emploi de ok etait autrefois plus frequent et plus etendu; il se 
disait egalement des personnes et des choses. 

!• Nonu de choses. Ex. : Cest une chose ou je suis d^termind. (Moli^re.) 
Cest une humiliation ou je ne puis m'accoutumer. (Sevigne.) Cette loi 
universelle ou nous sommes condamn^s. (Id.) II y a des maux effroyables 
ou on n'ose penser. (La Bruyere.) Cest un mat oil mes annies ne peitvent 
porter remede. (Montesquieu.) 

Chacun a son difaut ou toujours il revient. (La Fontaine.) 

Cest Ih I'unique 6tude ou je veux m'attacher. (Boileau.) 



PRONOMS INTERROGATIFS- jk. 

2* Noms de personnes. Ex. : II ^lait bien dans le nomhre de mes jeunes 
gargons ou je prends intSrSt. (Sevigne.) 

Le vMlable Amphitryon 

Est I'Amphitryon ou I'on dine. (Moliere.) 

Lef Egyptiens sont les premiers ou I'on ait eu les regies du gouveimement 

(Bossuet.) 
... II ne reste quemoi 
Oil I'on d6couvre encor les vestiges d'un roi. (Racine.) 

751. Ou suivi de que forme une locution qui signifie en 
quelque lieu que et qui veut toujours le verbe au subjonctif. 
Ex. : Ou que vous alliez, soyez sages. 



2. PRONOMS INTERROGATIFS 



752. Dont est le seul pronom relatif qui ne s'emploie p^s 
interrogativement. 

Au moyen k^e il s'employait interrogativement comme le latin wide : 
dont viens-tu ? 

755. Qui interrogatif ne designe que des personnes et 
pent etre sujet, complement ou attribut. Ex. : Qui a fait 
cela? Qui accuse-t-on? De qui parlez-vous? Qui est-il? Qui 
etes-vous? 

Au dix-septieme siecle, qui pouvait encore s'employer pour les choses. 
Ex. : Qui fait I'oiseau? C'est le plumage. (La Fontaine.) — /e ne sais qui 
m'arrete. (Racine.) Qui pour quelle raison. 

Qui interrogatif revolt parfois une sorte de renforcement 
dans les locutions qui est-ce qui? ou qui est-ce que? selon que 
le pronom est sujet ou complement d'objet direct. Ex. : Qui 
e&t-ce qui a fait cela? — Qui est-ce que I'on accuse? 

754. Qui interrogatif depend quelquefois d'un verbe pre- 
cedent; c'est ce qu'on appelle V interrogation indirecte. Ex. : 
Dites-moi qui a fait cela; dites-moi qui on accuse; etc. On 
ne met pas alors de point d'interrogation. 

Dans I'interrogation indirecte, qui peut s'employer conriTre 



552 5YIITAXE DU PRONOM. 

sujet Oil comme complement. Ex. : f ignore qui vou$ a donne 
ces Qonseils; choisissez qui vous voudrez. 

755. Qui s'emploie aussi dans les phrases exclamatives. 
Ex. : Qui? moi, le retenir! Qui? toi, tu me trahis! 

756. Que interrogatif ne d^signe que des choses et est du 
neutre. 11 pent etre attribut et complement d'objet direct ou 
indirect. Ex.: Que se passe-tM? Que demandez-vous? Que 
sert la science sans la vertu ? 

Que interrogatif est aussi renforc6 par la locution est-ce 
que? Ex. : Qu' est-ce que vous demandez? Qn' est-ce que la 



757. Que s'emploie aussi dans les interrogations indi- 
rectes; il est alors presque toujouis suivi d'un infinitif. Ex. : 
Je ne savais que dire; il ne sait que f aire. 

758. Que interrogatif sert k former plusieurs locutions. 
Ex. : QvCimporte? Que devenir? Que faire? Que repondre? 

75^. Quoi interrogatif ne designe que des choses et estdu 
neutre. II pent 6tre employe avec un adjectif comme sujet 
dans quelques phrases elliptiques. Ex. : Quoi de nouveau? 
Quoi de plus beau que de mourir pour sa patrie? 

Dans ce cas quoi est toujours joint a I'adjectif par la proposition de. 

Mais le plus souvent quoi eet employe comme complement 
indirect. Ek. : A quoi cela seri-il? De quoi parlez-vous? 

Quoi peut etre employe comme complement d'objet direct 
dans les phrases comme : Vous demandez quoi? Vous d^sirez 
quoi? Quoi? que dit-il? 

Quoi peut 6tre aussi accempagn6 de la locution est-ce que? 
Kx. : A quoi est-ce que cela sert? De quoi est-ce que vous 
parlez ? 

7C0. Quoi s'emploie aussi dans les interrog^itioBs indi- 



PRONOMS IND^FINIS. 353 

rectes. Ex. : Dites-moi en quoije puis vous servir; On se de^ 
mantle a quoi lui serLsa fortune. . 

Quoi s'emploie dans les phrases exclamatives et forme 
alors une sorte d'interjection. Ex. : Quoi! vous refusez Vau- 
mone au pauvre! Eh qvioi! vous netes pas encore parti? 
Quoi done! pouvais-je lui farmer ma porte? 

761. Lequel, laquelle, lesquels, etc., employe interro- 
gativement, pent etre sujet on complement. Ex. : Lequel de 
ces eleves est le plus studieux? Lequel preferez-vous? Avec 
lequel des deux etes-vous venu? 

Lequel peut etre aussi renforc^ par la locution ^^t-ce que 
ou est'Ce 'qui? Ex. : Void deux livres : lequel est-ce que 
vous desirez ? — lequel est-ce qui vous plait ? 

762. Lequel s'emploie aussi dans les interrogations indi- 
rectes. Ex. : Diles-moi lequel vous prefe'rez; Apprenez-moi 
avec lequel des deux vous etes venu. 

765. Ou, employ^ interrogativement avec ou sans preposi- 
tion, est adverbe. Ex. : Ou allez-vous? D'ou venez-vous? Par 
ou avez-vous passe? 

Oft peut ^tre aussi accompagn^ de est-ce que. Ex. : Ou est- 
ce que vous avez pu lire cela ? 

Ou s'emploie aussi dans les interrogations indirectes. Ex. : 
Dites-moi ou vous allez, d'ou vous venez, par ou vous avez 
passe. 

SECTION V . . ■ 

PRONOMS INDEFINIS 

764. On se repute devant chaque verbe : On cherche Vatel, 
on va a sa chamhrey on heurte, on enfonce sa porte^ on le 
trouve noye dans son sang. (Sevigne.) 

Lorsque le pronom indefmi on designe une femme, I'ad- 
jectif qui se rapporte a on se met au feminin. Ex. : A votre age, 
ma fdle, on est hien curieuse. 

OOntS SOP^BIEITB. 23 



35i SYNTAX E DU PRONOM. 

L'attribut peut m^me etre au pluriel : En France, on eti 
tons ^gaux devant la loi. 

765. On s'emploie parfois pour un pronom personnel, 
quand on veut donner k la phrase un sens vague et indeter- 
min6. Ex. : Vous ne meritez pas V amour qu' on a pour'vous 
(Moliere), (c'est-^-dire que fai pour vous). 

Etvous, qu' on se retire (Racine), (c'est-Mire retirez-vous). 

On 8€ levait a six heures (c'est-^-dire nous nous levions). 

On n'a rien ii manger (c'est-a-dire nous n'avons rien). 

766. Remarque. — Par euphonie on met frequemment Ton 
au lieu de on apr^s les conjonctions ety si, ou. Ex. : Si Ton 
savait tout; Parlez et Ton vous ecoutera; Sachez ou Ton va. 

Nous avons vu (§ 350) que on vient de homo et est par consequent un 
nom. 

Mais quand on est suivi du pronom le, la, les, 11 faut sup- 
primer I'article. Ex. : Qu'il parle et on Y ecoutera; Si on le 
savait; Sachez oil on la conduit (et non si Von le savail, oik 
Von la conduit). 

On ne commence pas d'ordinaire une phrase par Von. 

Ces regies d'euphonie datent de Vaugelas. En 1704 I'Acad^mie estimait 
encore qu'il y avait quelque chose de trop affect6 a dire ai Von, elle pre- 
ferait ai on. 

1^1. On sert k former des noms cemposcs : les on dit, le 
quen-dira-t-QiL. 

768. Le pronom chacun plac6 avant le verbe se construit 
avec son, sa, ses. Ex. : 

Chacun doit parler a son tour. 

769. Lorsque chacun est place apr^s le verbe et qu'il se 
rapporte k un mot au pluriel, il se construit indifferemment 
avec son, sa, ses ou avec leur, leurs. Ex. : 

Remettez ces livres4d chacun a sa ou si leur place. 



PRONOMS INDEFINIS. 555 

Les animaux sont vetus chacun selon ses ou leurs besoins. 

Les abeilles bdtissent chacune sa ou leur cellule. 

Les langues ont chacune ses ou leurs bizarreries. 

Les juges ont donne chacun son ou leur avis. 

Les bom citoyens doivent travailler tous au bien du pays, 
chacun selon ses farces et sa fortune (ou selon leurs forca 
et levLT fortune) . 

770. La locution I'un I'autre exprime la reciprocite et 
prend les deux genres et les deux nombres. Ex. : lis s'ai- 
maient les uns les autres; elles se nuisent les unes aux 
autres. Dans ces exemples les uns, les unes sont sujets, les 
autres, aux autres sont complements du verbe. 

771. L'un et I'autre n'expriment point la reciprocite, mais 
simplement I'idee de deux ou plusieurs personnes, de deux 
ou plusieurs choses. Ex. : lis sont malades l'un et I'autre. 

Places devant un nom, ils sont adjectifs et s'accordent avec 
le nom : J'ai parcouru I'une et I'autre region. 

Quand Tun et I'autre, les uns et les autres sout em- 
ployes comme complements d'objet directs, on met les ordi- 
nairement devant le verbe. Ex. : Je les approuve l'un et 
I'autre; je les crois mauvais les uns et les autres. 

Quand ces pronoms figurent comme complements indirects, 
on met leur devant le verbe. Ex. : Je leur ecrirai, a l'un et h 
I'autre. 

Get emploi de les et de leur forme avec lun et r autre un 
pleonasme qui donne plus de force a I'expression. 

772. Quiconque est ordinairement sujet de deux propo- 
sitions qu'il reunit. Ex. : Quiconque nobservera pas cette 
hi sera puni. 

Quiconque peut etre aussi complement du verbe qui pre- 
cede et sujet du verbe qui suit. Ex. : La hi punit quiconque 
a commis un crime. Daas cette phrase quiconque est k la fois 
complement d'objet dfi punit et sujet de a commis. 

773. Rien suivi d'un adjectif est toujours acGompagne de la 



556 SYNTAXE DU PRONOM. 

preposition de. Ex. : Nous navons rien de nouveau a vous 
dire ; Tout cela nannonce rien de hon. 

Au pluriel, rien est purement nom et signifie des baga- 
telles, des choses de pen d' importance. Ex. : Je ne veux point 
vous ecrire aujourd'hui, je nai que des riena a vous mander. 
(Sevigne.) 

774. La locution rien moins que a tant6t un sens n^gatif et 
tantot un sens affirmatif. 

1° Sens negatif : Ma comedie nest rien moins que ce qu'on 
veut quelle soit (Moliere), c'est-a-dire : Ma comedie est tout 
plutot que ce quon veut quelle soit. 

Vn pedant J qu'a tout coup votive femme apostrophe 

Du nom de bel esprit et de grand philosopher 

Et qui nest, comme on sail, rien moins que tout cela. 

(Moliere.) 

2« Sens affirmatif : Quand Dieu choisit une personne d'un si 
grand eclat pour etre Vohjet de son eternelle misericorde, il 
ne se propose rien moins que d'instruire VJJnivers (Bossuet), 
c'est-a-dire il na pas un moindre dessein que le dessein 
d'instruire VUnivers. 

II vaut raieux reserver k cette locution son sens negatif, 
comme le demande Littre, et se servir de rien de moins pour 
le sens affirmatif : // ne faut rien de moins dans les cours 
quune vraie et naive impudence pour reussir (La Bruyere), 
c'est-^-dire // ne faut rien qui soit moindre qu'une vraie et 
naive impudence. ... 

Remarque. — Cette locution est d'ailleurs si ambigue qu'il 
vaut mieux I'^viter. 



CHAPITRE V 

SYNTAXE DU VERBE 

775. Tout verbe a un mode personnel a un sujet exprim^ 
ou sous-entendii, et tout sujet doit avoir un verbe. 

Cependant devant un imperatif le sujet n'est pas enonce. 
Ex. : 

Aimez quon vous comeille et non pas qu'on vous hue. 

(Boileau.) 

Dans les phrases elliptiques ou proverbiales le verbe est 
quelquefois sous-entendu : Je ne peux plus parkier comme 
vous (s. -eni. parlez); — Tel maitre, tel valet; — A chacun 
selon ses oeuvres. 

776. Le sujet est ordinairement un nom ou un pronom et 
se met avant le verbe : Nous arrivons; Le danger est passe'. 

Dans les interrogations le sujet se met apres le verbe : 
Arrivons-novLS? Mais quand le sujet est un nom, il reste de- 
vant le verbe et Ton ajoute apres un pronom de la meme 
personne pour marquer I'interrogation : Le danger est-il 
passe? Pierre arrive-t-il? 

Si I'interrogation est deja marquee par un mot tel que 
comment, quand, quel, que, comhien, etc., le nom pent suivre 
la regie commune et se mettre apres le verbe. Ex. : Quand 
arrive Pierre? Comment se passe votre annee.'^ Quen pense 
Charles? 

777. Le sujet se met encore apres le verbe dans les phrases 



358 SYNTAXE DU VERBE. 

exclama lives. Ex. : Puisses-in reussir a ton gre! Dussie^- 
vous pe'rir, faites voire devoir; — et dans les incises, cdm«ie 
dit-il, repondit-il. Ex. : 

Que le monde, ditAl, est grand et spacieux! (La FontaiHC.) 

J'en aurai, dit le loup, pour un mois, pour autant. (Id.) 

778. Le m^me sujet peut servir a plusieurs verbes. Ex.: 

L'attelage suait, soufflait, etait rendu. (La Fontaine.) 

Le meme verbe peut avoir plusieurs sujets. Ex. : Le ros- 
signol, la fauvette, le chardonneret sont des oiseaux chan- 
feurs. 

SECTION I 

ACCORD DU VERBE AVEC UN SEUL SUJET 

779. Tout verbe s'accorde en nombre et en personne avec 
son sujet : Les hommes sont mortels ; — Ces enfants sont 
ignorants; — Le courage est une vertu. 

II en est de m^me quand le sujet vient apres : Alors 
partent les hirondelles. - 

780. Quand le sujet est un nom collectif, le verbe se met 
au singulier si Ton adopte pour sujet le nom collectif, par 
exemple nuee dans : Une nuee de sauterelles obscurcit I' air, 

II se met au contraire au pluriel si Ton adopte pour sujet 
le complement du nom collectif, par exemple barbares dans: 
Une nuee de barbares d^solerent le pays, 

Mais on dira indilTeremment : Un peu de connaissances 
suffit ou suffisent. 

Lee Latins disaient : Turba mililum ruit ou ruunt (La foule des sol- 
da ts se precipite). 

781. Apres la plupart, le plus grand nombre y une infinite 
de, etc., le verbe s'accorde toujours avec le complement de 
ces coUectifs, que ce complement soit exprime ou sous- 



ACCORD DU VERBE AVEC UN SEUL SUJBT. W» 

entendu. Ex. : La plupart den gens ne iont reflexion sur fieri. 
— La plupart 6criYent ce nom de telle manikre. 

782. Apres les adverbes de quantite heaucoup^ .peUy moim, 
assez, trop, etc., suivisd'unnomaupluriel (exprim6 ou sous- 
entendu), le verbe ne s'accorde jamais avec I'adverbe, mais 
toujours avec le nom : Beaucoup de personnes ignorent la 
gravitede cette affaire. — Beaucoup s'en all6rent. 

Dans notre ancienne langue et jusqu'au dix-huitieme siecle on trouve 
le pluriel apres des coUectifs qui aujourd'hui exigent toujours le singu- 
lier. Ex. : 

Se mit le cotnte de Charolois en chemin avec toute ceste armie, qui 
estoient tous a cheval (Commynes). 

Ce peuple commenQa incontinent a cryer Noel, et vont au bout de Uur 
pont. (Id). 

Toute cette manidre de gens »e laissdnt tromper d Vapparence. 

(Malherbe.) 

Tout lereste ne sont que fleurs. (Id.). 

La noblesse de Rennes et de Vitre Z'ont d/w malgri lui. (Sivigne.) 

Tout ce que nous connoissons de courtisans nous parurent indignes 
de vous Hre compares (Id.). 

Cette torte de diffirenti se doiV«nt aaoupii- d' eux'mtmee . 

(La Rochefoucauld.) 

Tout ce quit y avoit de personnes de quality le vinrent trouver. (Id.) 

Tout ce qui rente tncor de Addles H^breux 

Lui viendront aujourd'hui renouveler teurs voeux. (Racine.) 

783. Apr^s le pen de suivi d'un nom au pluriel, le verbe se 
met au singulier ou au pluriel. 

I*' II se met au singulier si le peu signifie le manque, Ex. : 
Le peu de connaissances quil a lui nuit. 

2<> II. se met au pluriel si le peu signifie une petite quantite* 
Ex. : Le peu de connaissances quHl a lui sont hien utiles. 

784. Plus d'un veut le verbe au singulier, bien que cette 
locution eveille une idee de pluralite. Ex. : Plus d'un brave 
mord la poussiere. 

Quand plus d'un a un complement au pluriel, le verbe peut 
se mettre au singulier ou au pluriel : Plus d'un de ces 
hommes 6tait ou 6taient d, plaindre. 

Apr«s mains de deux le verbe se met toujours au pluriel. 
Ex. : Moins de deux ans se sont ecoules. 



560 SYNTAXE DU VERBE. 

Dans cesdeux cas, ce sont les mots unet deux qui ont impost Taccord. 

Au dix-septi6me si^cle, moim d'un signifiait un de morns. C'est dans 
ce sens qu'il a ete employe par Corneille : 

Enfln, grdces au ciBl, j'ai moin.*; d'un ennemi! (c'est-a-dire un ennemi 
de moins). 

785. Le verbe etre precede de ce (c'est^ c'etait, etc.) reste 
au singulier quand il ect immediatement suivi d'un ou de 
plusieurs noms au singulier, ou bien d'un pronom de la pre- 
miere ou de la seconde personne du pluriel. 

Ex. : C'est la pluie et le hrouillard qui attristent V Angle- 
terre. 

C'est V ambition et les plaisirs qui /'ont perdu. 
C'est nous qui sommes les vrais coupahles. 
C'est vous qui anriez du venir. 

786. Quand ces noms sont au pluriel ou quand ces pro- 
noms sont a la 3« personne du pluriel, le verbe etre se met 
ordinairement au pluriel. Ex. : 

Ce sont les generaux qui dirigent les soldats. 

Ce sont eux qui rnont accuse, 

787. Gependant le verbe Hre, quoique suivi d'un pronom 
de la 3" personne du pluriel, se met au singulier : 

1" Lorsqu'on veut eviter certaines formes desagreables, 
telles que sont-ce, seront-ce, furent-ce; ainsi Ton dira: Sera-ce 
vos amis qui vous tireront d' affaire? 

2« Dans la locution si ce nest : Si ce n'est eux, quels 
hommes eussent ose V entreprendre? 

Dans I'ancienne langue cet accord etait plus marque, car on faisait 
accorder le verbe Hre meme en personne avec le sujet reel : 

Se c*estes vous, je vous requier. (Bertc.) 

Et il respont, ce somes nous. (Roman du Renai't.) 

Ouvrez, dil-il, CO 8uis-je [C'est moi). (Louis XI.) 



ACCORD DU VERBE AVEC UN SEUL SUJET« Z&& 

Ce ne sommes pas nous qui avons rien fait. (Calvin), 
,Ce ne sont pas ni ces lis ni ces roses. (DuBellay.j 
Sont-ce ici ces eslats g^ncraiix. (Satire Menippee.) 
Ce sont ioiites belles choses ce que iu dis. (La Boetie.) 

Voi ces rochers au front audacieux, 

G'estoient jadis des plaines fromenteuses. fRonsard.) 

Au contraire, au dix-septieme siecle on garde une certaine liberie, et 
i'on voit souvent le singulier oii nous mettrions le pluriel. Ex. : Puisqu 
c'est eux qui en demeurent d'accord. (Sevigne.) 

Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu'on poiirsuit. (Racine) 

C'est eux qui ont bad ces douze palais. (Bossuet.) 

Des reproches d. une tigresse, c'est des marguerites devant des pour^ 
ceaux. (Mme de Grignan.) 

C'est elles qui ont accompli votre voeu. (Fenelon.) 

Cost done les dieux et non pas la mer quHl faut craindre.. (Id.) 

Ce n'est pas les vaines distinctions que I'usage y attache. (Massiilon.) 

Ce n' 6tait plus ces jeux, ces festins et ces fHes. (Voltaire.) 

Au dix-septieme et au dix-huitieme si6cle on supprimait souvent ce, 
qui dans ces constructions (c'es^ ce sont, etc.)' n'est que sujet apparent, 
et le verbe s'accordait avec I'attribut, qui est le sujet reel. Le la ces 
phrases que nous trouvons chez nos meillcurs auteurs : Sa maladie sont 
des vapeurs. (Sevigne.) — Cinquante domestiques est une chose etrange. 
(Id.) — Ces deux bouts de la terre ou nous sommes est une chose qui 
fait frimir. (Id.) — Ce que je vous dis la ne sont pas des chansons. 
(Moliere.) — Tout ce qu'il dit sont autant d'impostures. (Racine.) — 
L'effet du commerce sont les richesses. (Montesquieu.) — Sa nourriture 
ordinaire sont des fruits, des amandes. (Buffon.) 

Dans ces sortes de phrases il y avait accord par inversion : des va- 
peurs sont sa maladie, une chose etrange est cinquante domestiques, etc. 

788. I^es verbes impersonnels (ou employes comme lels) 
restent iiivariables lors meme qu'ils sont suivis d'un nom au 
pluriel : II tomba des milliers de projectiles sUr le champ de 
bataille; II vint plusieurs personnes. 

Gependant ces verbes, pris dans un sens figure, peuvent 
s'employer a la troisieme personne du pluriel. Ex. : Les traits 
pleuvent, les canons tonnent. 

Dans ce cas ils peuvent aussi avoir un imperatif : Pleuvez, 
nuayes! Tonnez, canons des Invalides! 



361 SYNTAXE DD VERBE. 

SECTION II 

ACCORD DU VERBE AVBC PLUSlEURS SUJET3 

789. Le verbe qui a deux ou plusieurs sujels k la m^me 
personne du singulier se met k la m^me personne du pluriel : 
Le chien et le chat recherchent le voisinage de Vhomme. 

Mais si les sujets sont de personnes differentes, le verbe 
suit la meme r^gle que les pronoms, c'est-a-dire qu'il se met 
a la premiere personne du pluriel, s'il y en a une : VouSy lui 
et moi, nous sommes heureux, — et s'il n'y en a pas, il se 
met a la seconde : Vous et lui, vous etes coupables. 

790. Quand plusieurs sujets ne designent qu'une seule et 
meme personne ou une seule et m^me chose, le verbe se 
met naturellement au singulier. Ex. : 

Quand le prince des pasteurs et le pontife eternel appa- 
raitra. (Bossuet.) '^ 

hre Chretien et ne plus tenir h la terre est la mdme chose. 
(F^nelon.) 

791. Le verbe peut se mettre au singulier ou au pluriel, 
avec plusieurs sujets qui ferment une enumeration ou une 
gradation. Ex. : 

Un regard y une parole, un serrement de main sulfit ou 
sufiisent pour relever le courage du malheureux. 

Le singulier est de rigueur quand I'^numeration est 
resumee par un mot, tel que chacun, rien, tout, etc. Ex. : 

Vn souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fievre. 
(La Fontafne.) 

Remords, crainte, peril, rien ne m'a retenue. (Racine.) 

792. Le verbe peut se mettre au singulier ou au pluriel 



ACCORD DU VERBE AVEC PLUSIEURS SUJETS. 363 

lorsque lers sujets sonl unis par comme, ainsi que^ aveCy de 
meme que^ etc. Ex. : ' 

La verite, comme la lumiere^ est inalterable ou sont 
inalterahles. 

La sanie comme la fortune demandent a Hre m^nagees 
ou demande a etre menagee. 

Le chat ainsi que le tigre sont des carnivores ou est un 
carnivore. 

795. Le verbe se met ordinairement au pluriel apres deux 
sujets unis par ni ou par ou. Ex. : Ni Vor ni la grandeur 
ne nous rendent heureux. — Le courage ou le bonheur ont 
pu [aire des heros. 

Mais si I'idee qu'exprimc le verbe ne pent etre aitribuee qu'a 
I'un des deux sujets, le verbe se met au singnlier. Ex. : Ni 
Pierre ni Andre ne sera premier dans cette composition. — 
Corneille ou Racine est Vauteur de ces vers. 

En latin, quand plusieurs sujets etaient unis par nee ou negice {ni), le 
verbe s'accordait d'ordinaire avec le dernier. Cic6ron a dit : Sine impe- 
rio, nee domics utla, nee civitas, nee gens stare, nee ipse niundus potest. 
Ge que nous traduisons : Sans une autoriU supreme, ni une niaison, ni 
une ville, ni une nation, ni le monde lui-mSme ne peuvent subsister. 

794. La r^gle est la meme pour ni I'un ni I'autre. Apres 
cette locution, le verbe se met au pluriel s'il y a action com- 
mune des deux sujets : Ni I'un ni I'autre ne viendront ; — 
et au singulier si Taction ne pent etre attribuee qu'a I'un des 
deux sujets : Ni I'un ni I'autre nobtiendra le premier prix. 

795. L'un et I'autre employe comme sujet veut ordinai- 
rement le verbe au pluriel. Ex. : Vun et Vautre sont morts. 

L'un et I'autre, a mon sens, ont le cerveau trouble. (Boi- 
leau.) 

Le pluriel est de rigueur quand l'un et I'autre, ni l'un ni 
I'autre sont places apres le verbe. : lis voulurent Vun et 
I'autre tenter la fortune; — lis w'obtiendront leprix ni Vun ni 
Cautre. 



36i SYNTAXE DU VERBE. 

796. Mais Tun ou I'autre veut le verbe au singulier. 
Ex. : Uun ou Vautre a raison. 

Vun ou Vautre fit-il une tragique fin? (Boileau.) 

La regie etait differente en latin : uterque (I'un et I'autre) voulai! le 
verbe au singulier : Uterque mihi placet (I'un et I'autre me plait). II en 
etait de raeme de neuter (ni I'un ni I'autre) et de alteruter (I'un ou 
rauti'e). 

797. Quand le verbe a pour sujct deux ou plusieurs infi- 
nitifs, il se met ordinairement au pluriel : Promettre et tenir 
sont deux. 

On cite cependant comme exemple d'un verbe au singulier apr^s deux 
infinitifs cette phrase de La Rochefoucauld : Bien Scouter et bien repon- 
dre est une des plus grandes pei'fections. Mais ici Taccord est commande 
par I'attribut une. 

D'ailleurs dans notre ancienne langue ces regies d'accord n'etaient 
pas suivies; d'ordinaire le verbe s'accordait seulement avec le nom le 
plus rapproche. Ex • 

Le secours qui vinl de Bourgongne que menoit le seigneur de Coulches, 
le marquis de Roteiin, le seigneur de Montagu et autres. (Commynes.) 

Et bailla lesdictes lettres que escripvoit monseigneur de Cran el plu- 
sieurs aultres. (Id.) 

// fait ce qu'un voleur et un corsaire fait. (Malherbe.) 

Les ddices et la paresse lui 6te le mouvement. (Id.) 

Mon coeur est soulagS d'une presse et d'un saisissement qui en virile 
ne me donnoit aucun repos. (Sevigne.) 

II a un s^rieux et une solidity qui plait fort. (Id.) 

La vei'iu de son pere et son illusive sang 

A son ambition assure ce haul rang. (Corneille.) 

Le bon sens et le bon esprit convient h tons les dges. 

(La Rochefoucauld.) 

Le bonheur el le malheur des hommes depend de lew humeur. (Id.) 

La crainte et la pudeur les retiendra. (Racine.) 

Voire m^re et touts la petite famille vov^'idii ses compliments. (Id.) 

Le bien et le mal est en ses mains. (La Bruyere.) 

Cest une chose monstrueuse que le godt el la facility qui est en nout 
de railler. (La Bruy6re.J. 



COMPLEMENT DU VERDE. 365 

798. Lorsqu'un verbe a pour sujet le pronom quiy il 
s'accorde en nombre et en personne avec ce pronom, qui 
prend lui-meme le nombre et la personne de son antecedent. 
Ex. : Cest moi qui vous le dis, qui suis votr^e tuteur. 

Telle est la regie generale et elle s'applique naturellement 
ci tous les exemples qui suivent. 

On dira done : 

Cest le prince des pasteurs et le pontife eternel qui appa- 
raltra. 

Cest un regard, une parole, etc., qui suffit pour relever 
le courtage, etc. 

Cest un souffle, une ombre, un rien, tout qui lui doiinait 
la ftevre. 

La verite, qui est inalterable, comme la lumiere, etc. 

Mais le veritable antecedent du relatif est parfois difficile k 
reconnaitre. Ainsi Ton dira : Je suis Diomede, roi d'Etolie, 
qui blessai Venus au siege de Troie, et : Je suis Diomede, le 
roi d'Etolie qui blessa Venus au siege de Troie. Dans le pre- 
mier cas onT veut appeler I'attention sur je, dans le second 
sur roi. (Voyez Prouoms, g 730.) 

799. La regie est la m^me pour le nombre. Ainsi Ton 
dira : Mon frere est un des jeunes officiers qui out assiste 
aux grandes manoeuvres, et cest un de nos plus braves gene- 
raux qui les a dirigees. Dans le premier cas on parle des 
of/iciers, et dans le second cas de un (general) : de 1^ la 
difference d'accord. 



SECTION III 

COMPLEMENT DU VERBE 

800. Le complement dun verbe pent etre un nom, un pro- 
nom, un infinitif ou une autre proposition. 

Le verbe a la forme active et h la forme pronominale peul 
seul avoir les deux sortes de complements (d'objet et de cir- 



366 SYNTAXE DU VERBE. 

Constance) ; le verbe a la forme passive et le verbe intransitil 
ne peuvent avoir que des complements de circonstance. 

801. Le complement d'objet direct se met ordinairement 
apres le verbe quand c'est un nom ou un infmitif, et avant 
quand c'est un pronom ou quand la phrase est interrogative. 
Ex. : Vousaimez le travail, je le vols. — Quelle histoireme 
racontez-vous Id? 

802. On pent en dire autant du complement indirect. Gelui- 
ci se joint ordinairement au verbe a Faide des propositions a, de, 

Ex. ; // regarde a sa peine. 

Quelques verbes peuvent avoir pour complement un infi- 
nitif sans y 6tre joints par une preposition. Tels sont : alleVy 
courir, paraitre, semhler, envoyer, venir, etc. Ex. : Je viens 
faire cette classe; it est alle voir un malade; vous semhlez 
travailler. 

805. Le' verbe etre n'a jamais de complement d'objet; ainsi 
dans : Les enfants sent le'gers, — le'gers est un attribut du 
sujet et non un complement d'objet du verbe. 

II en est de memo pour quelques verbes comme parailre, 
sembler, devenir, demeurer, rester^ etc., qui sont habituelle- 
ment suivis d'un qualificatif. 

Ex. : II parait heureux, il semble satisfait, il devient 
triste, il demeure libra, il reste fier. Les qualificalifs heu- 
reux, satisfait, triste, etc., sont des attributs des sujets et non 
des complements d'objet. 

804. Quand le complement d'objet est un infmitif, 'il pent 
etre construit directement. 
Ex. : Cet enfant aime jouer. 

On pent aussi le construire indirectement. Ex. : Cet enfant 
aime a jouer. 

Quand le cbrnplOment d'objet est une proposition, elle se 



COMPLEMENT DU VERBE. 367 

jdin* au verbe par la conjonction que, Ex. : Je souhaite que 

vous reussissiez. 

805. Le compl6ment de circonstance peut 6tre direct 
ou indirect', ordinairement il se joint au verbe h I'aide de 
prepositions, 

Ex. : // est mort de faim. — On a chasse sans chiens. — 
Deux renards entrerent la nuit, par surprise, dans un 
poulailler. 

On voit par ce dernier exemple que le complement de cir- 
constance peut quelquefois se joindre au verbe sans proposi- 
tion. Gette construction se rencontre surtout aprOs certains 
verbes intransitifs : coHttery durer, peser, rester, demeurer, etc. 
Ex. : Ce livre coitte deux francs. — Cette guerre a dure cent 
ans. — » Cette lettre pese vingt grammes, etc. 

806. Deux ou plusieurs verbes peuvent avoir un comple- 
ment commun si ces verbes n'exigent pas des complements 
de forme differente : Venfant doit ch6rir et respecter ses 
parents. Dans cette phrase, parents peut servir de comple- 
ment h la fois aux deux verbes cherir et respecter, parce 
qu'on dit cherir quelquun', respecter quelqu'un. 

Mais avec un verbe tel qu obe'ir, par exemple, qui veut un 
complement indirect {oheir h quelquun), on ne pourrait em- 
ployer parents comme complement commun. Ainsi on ne 
dirait pas : L enfant doit ob6ir et respecter ses parents: il 
faudrait alors exprimer les deux complements en disant: 
Venfant doit respecter ses parents et leur obeir. 

807. Quand un verbe a deux ou plusieurs complements 
d'objet, ces complements doivent etre de meme nature; on 
dira correctement : // aime k chanter et k dessiner, ou // aime 
le chant et le dessin; mais on ne peut dire :. II aime le chant 
et k dessiner. 

iles eenvains du dix-septi^me si6cle en nsaient librement k I'dgard ae 
CGi^ ^6gle, qui est formelle aujourd'hui. Ex. : 



368 SYNTAXE DU VERftE. 

Le pleurer excessif est marqu^ de vanite et de vouloir Hre estimi 
afflig^. (Malherbe.) 

On ne parle plus que de guerre et de partir. (Sevigne.) 

Je me trouve dtouff^e ici, j'ai besoin rf'air et de marcher. (Id.) 

Elle aime fort la conversation et siirtout de plaire au roi. (Id.) 

Ouiyje crains leur hymen, et d'iStre a Vun des deux. (Corneille.) 

J'en crains une revolte et que las d'obeir, 
Comme je les trahis, Us ne m'osent trahir. (Id.) 

Le roi craignit le poids des affaires et de manquer d'lin homme 
capable de I' en soulager. (La Rochefoucauld.) 

Vous voulez que ce dieii vous comble de bienfaits x 

Et ne I'aimer jamais? (Racine.) 

// faut que Von se passe d'habits et de nourriture et de les I'ournir 
h sa famille. (La Bruyere.) 

Us consument leur temps k s'habiller, k manger, k dormir, k de sots 
discours, k se resoudre sur ce quits doivent faire. (Id.) 

808. Un verbe ne peut avoir deux complements indirects 
quand le second ne fait que repeter le premier. II ne faut 
done pas dire : Cest a vous a qui je parle; cest de vous 
dont il sagity — mais bien : Cest a vous que je parle; 
cest de vous quil sagit, ou cest vous a qui je parle, cest 
vous dont il s'agit. 

Meme remarque pour I'adverbe de Heu oil ; on ne dit pas : 
Cest ici ou il demeure; cest Id oiije vais; mais : Cest ici quHl 
demeure ; c'est la que je vais. 

Au dix-septi^me siecle cette regie »'etait pas observ^e. Boileau a dit : 
Cest k vous, mon esprit, k qui je veux parlei'. 

809. La pla^e des complements dans la phrase depend sou- 
vent de I'usage et du gout. L'ordre logique voudrait que 
Ton mit d'abord le complement d'objet direct, puis le com- 
plement d'objet indirect et le complement de circonstance ; 
mais on place ordinairement le premier le complement ie 
plus court. Ainsi Ton dira : J'ai ecrit une leitre h mon pere 
f^Qur le jour de Van, et : J'ai ecrit a mon pere, pour le jour 
de Van, une lettre remplie de details inter essants . 



EMPLOI DES MODES ET DES tEMPS. 



369 



810. Certains verbes s'unissent a leurs complements d'objet 
avec ou sans preposition. Tels sont : 



aider, 


changer, 


manquer, 


servir, 


applaudir, 


commander, 


penser, 


suppleer. 


assurer, 


croire, 


regarder. 


toucber, 


atteindre, 


insuiter, 


retrancher. 


trailer, etc. 



On peut dire aider quelqu'un et aider a quelqu'un, chan- 
ger quelque chose et changer de quelque chosct penser quel' 
que chose et penser a quelque chose, etc. 



811. Parfois le m^me verbe est employ^ tvee des propo- 
sitions differentes pour marquer des nuances de sens, qui ne 
sont pas toujours faciles a distinguer. Tels sont : 



commencer, 


demander, 


s'ennuyer, 


s'occuper, 


continuer, 


s'efforcer, 


forcer, 


participer, 


contraindre, 


s'erapresser, 


se lasser, 


solliciter. 


d^.fier, 


emprunter, 


obliger, 


\enir, etc. 



On dit par exemple : Get enfant commence a parler et 
Cet orateur commenga de parler a deux heures. (Dans le pre- 
mier cas on indique une action qui aura du progrfes, dans le 
second on marque simplement le point de depart.) — //ss'em- 
pressaient a lui plaire (ils s'appliquaienf avec ardeur k...)y et 
// sempresse de parler (il se hate de...), etc. 



SECTION IV 

EMPLOI DES MODES ET DES TEMPi 



I. Mode indicatif. 

812. Llndicatif serf k marquer ime affirmation positive 
et absolue. G'est le mode general^ment usite dans les propo- 

C0UR8 SUPfRIEBF 24 



37C SYNTAXE Dt VERBE. 

sitions independantes et les propositions principales. Ex. : Les 
grandes prosperites nous aveuglent; Vous etes le seulhomme 
qui puisse me comprendre. 

On met aussi I'indicatif daHS les propositions subordonnees 
qnand elles marquent une affirmation positive. Ex. : Vous 
n'ignorez pas que les grandes prosperites nous aveuglent ; 
Vous etes Vhomme qui peut me comprendre. 

815. Le pr6.sent de i'indicatif s'emploie pour donner 
plus de vivacity au style, 

1" A la place du passe. Ex. : Dieu n avail laisse auciine 
ressouree au roi d' Angleterre ; tout lui manque, tout lui est 
contraire. (Bossuet.) 

Vattelage suait, soufflait, ^tait rendu : 
Une mouche survient, et des-chevaux s'approche, 
Pretend les animer par son hourdonnement; 
Pique VnUy pique V autre.... (La Fontaine.) 

2° A la place du futur. Ex. : Je suis de retour dans un mo- 
ment; Je vous attends demain d, onze heures; Si vous venez^ 
vous me ferez plaisir. 

81 4» L'imparfait s'emploie pour le conditionnel passe. Ex. : 

Si favais dit un mot, on vous donnait la mort. (Voltaire.) 

Pyrrhus vi'^ait heureuxy sit eut pu Vecouter. (Boileau.) 

(C'est-i-dire : On vous aurait donne..., Pyrrhus aurail 
vecu....) 

L'imparfait s'emploie encore pour le conditionnel present 
apres la conjonclion si. Ex. : Si vous veniez, vous me feriez 
plaisir (c'est-a-dire Si vous viendriez). 

815. Le pass6 simple indiqu6 un temps determine et entie- 
rement 6coule ; on ne peut done pas dire : Je le vis aujour- 
d'huiy cette semaine; mais on dira : J^le vis hier^ la semaine 
derniere, ^ 



EMPLOI DES MODES ET DES TEMPS. 571 

SI 6. Le pass6 compose s'emploie indifFeremment pour 
marquer tous les temps passes, ecoules ou non. Ex. : Je /'ai 
vu aujourdhui, hier, la semaine derniere. 

11 s'emploie quelquefois pour \e futur anterieur : AtUndez 
un peu, /ai fini dans une minute (c'esi-h-dire faurai f.ni), 

817. Le futur simple s'emploie k la place de I'imperatif : 
Le bien d'autrui tu ne prendras; Vous porterez cette lettre 
a son adresse (c'esM-dire : iVe prends pas..,^ Portez,..). 

818. Le futur ant6rieur peut quelquefois remplacer le 
passe compose^ pour adoucir une affirmation : Vous aurez 
n6glig6 quelque precaution. 

II. Mode conditionnel. 

819. Le conditionnel suppose une condition exprimee ou 
sous-entendue. Ex. : Je serais heureux si vous suiviez mes 
conseils. ■— Je serais heureux de vous ohliger (sous-entendu 
sijepouvais...). 

Le conditionnel marque parfois une simple supposition. 
Ex. : Oseriez-vous le bldmer? 
Moij je m'arreterais a de vaines menaces! (Racine.) 

II s'emploie encore pour adoucir I'affirmation : Je d6sire- 
rais etre entendu; Je ne saurais nxen plaindre; 
Je voudrais inspirer Vamour de la relraite. (La Fontaine.) 

Le conditionnel a le sens du futur dans les phrases telles 
que : il a dit quilviendrait; on a annonceque Vete serait tres 
chaud. 

(Pour I'emplol du conditionnel dans les propositions subordonn6es 
voyez Syntaxe des propositions, § 1043.) 

III. Mode imp^r^tif. 

820. L'imp6ratit exprime le commandement, la volont4« 
Ex. : Fa, cours^ vole et nous venge! (Gorneille.) 



^^ 8YNTAXE DU VERBE. 

D s'emploie aussi pour faire une supposition. Ex, . Soyez 
TUde ivec lui et vons n'en pourrez rien tirer, 
Laissez leur prendre un pied ehez vous; 
Un en auront bientdt prk quatre. (La Fontaine.) 
(G'est-A-dire : Si vous Stes rude...y Si voint leur lamez pren- 
dre.,,). 

(Nous avons vu (§ SIC) que I'imperatif 6tait quelquefois remplac^ par 
le futur simple.) 

lY. Mode subjonctif. 

821. Le subjonctif exprime le doute, la possibility; en 
general il depend d'un autre verbe et s'emploie dans les pro- 
positions subordonnees : Je doute quil vienne ; // est possible 
qiiil soit ici. 

On peut aussi le reucontrer seui dans des formules de 
souhait. Ex. : Que sa mort vom serve a la fois de consola- 
tion et d'exemple. 

Puiss6-je de mes yeux y voir tomber lafoudre! (Gorneille.) 

On a ici une sorte d'optatif, mode qui s'emploie bien dans des proposi- 
tions principales. 

(Pour I'emploi du subjonctif dans les propositions subordonnees, voyez 
Syntaxe des propositions, g 1044.) 



V. Mode infinitif. 

822. L'infinitif exprime r<^tat ou Taction d'une mani^re 
vague, indefmie; aussi il n'a ni nombre ni personnes, mais il 
a deux temps, le present et le pass^, et peut avoir les deux 
sortes de complements (objet et circonstance). 

823. Nous avons vu (§ 168) qu'on emploie l'infinitif comme 
nom verbal : le rire, le devoir, le souvenir, le savoir, etc. I 
peut, ainsi que les autree nolns, servir : 

1° De sujet : Mentir est honteux ; 



EMPLOI DES MODES ETOES TEMPS. 573 

2" D'attribut : Plaisanter n' est pas r6pondre. 

30 De complement d'objef et de circonstance : Je vevx soi- 
tir ; // situdie k Men faire ; // est alle chercher du secours 
(c'est-Mire pour chercher, circonstance de but) ; 

4" De complement" k un nom : Vardeur de vaincre ; 

5" De complement k un adjectif : // est prompt ^ se mettre 
en colere. 

824. L'infinitif dait toujours se rapporler k un nom ou 
pronom exprime dans la phrase. Ex. : Les peuples croient 
§tre libres quand Us ne sont gouvernes que par les lois 
(Montesquieu), (c'est-i-dire Les peuples croient qu ila sont 
libres...). 

L'infinitif pent se rapporter soit au sujet (le desir — de 
vaincre — le poussait aux combats) y soit au complement {il 
travaillait par desir — de regner). 

82^5. Le suJet dsfl verbe k l'infinitif doit ^tre le m^me que 
celui du verbe de la proposition principale : Cet enfant sac- 
coutume — ^ dormir — pendant le jour. Aecoutume et dor- 
mir ont le meme sujet. 

Mais on ne pent pas dire : On le renvoya sans avoir rien 
obtenu; car celui qui renvoie et celui qui na rien obtenu sont 
deux personnes distinctes. II faut done exprimer clairement 
les deux sujets, et dire •: On le renvoya sans qu il eut rien 
obtenu, ou donner a la proposition composee un seul sujet 
par I'emploi du passif : II fut renvoye sans avoir rien obtenu. 

826. L'infinitif construit avec faire forme avec ce verbe 
une sorte de verbe compose qui a toujours le sens actif. Ex. : 
Je ferai venir cet enfant; Nous avons fait hktir cette mai- 
son; II fait naitre et murir les fruits. (Racine.) 

Les verbes a la forme pronominale construits avec faire 
perdent leur pronom complement. Ex. : Je /e ferai repentir 
de son insolence ; Je ten ai fait souvenir. 



574 SYNTAXE DU VERBE. 

Chaque vers qu'il entend le fait extasier. (Boileau.) 

Le pronom se supprime parce que dans cette tournure 
sp^ciale le complement depend de la locution entiere et he 
peut etre repete deux fois, ce qui arriverait si Ton disait: 
Je le ferai se repentir...j etc. 

(Poui' I'emploi de rinfinitif dans les propositions subordonnees, voyez 
Syntaxe des propositions, § 1057.) 



SECTION V 

EMPLOI DES VERBES AUXILIAIRES 



827. Nous avons vu que quelques verbes iniransitifs secon- 
juguent avec I'auxiliaire etre; d'autres,telsque courir, dormir, 
languir, marcher ^ vivre, succpmher, etc., ne prennent que 
I'auxiliaire avoir, 

D'autres enfm prennent tantot avoir et tant6t etre, selon 
que Ton veut exprimer une action ou un etat. 
Tels sont : 



accourir, 


demeurer, 


echapper, 


passer, . 


apparaitre, 


descendre, 


echouer, 


raster, 


cesser. 


disparailre, 


expirer, 


sortir, etc. 



Ex. : // a passd en Australie au mois de mai (c'est-a-dire : 
c'est au mois de mai qu'il a fait V action d'aller en Australie) . 

Mafs si Ton dit : // est passe en Australie depuis vingt ans^ 
cela signifie : il est residant en Australie depuis vingt ans; il 
a acquis I'etat d'habitant de ce pays. 

Avoii- exprime done ici Taction au moment oii elle s'est faite, et 
dtre I'etat resultant d'une action accomplie. 

828. On dira avec Tauxiliaire avoir : // a monte Vescalier. 
Nous avons descendu nos livres. II a passe la riviere^ etc. 



EMPLOI DES VERBES AUXILIAIRES. 375 

II faut remarquer que la plupart de ces verbes ne chaiigent 
d'auxiliaire qu'en changeant de sens; par exemple, dans le 
sens de plaire, le verbe convenir prend avoir : Cet homme ne 
w'a pas convenu (sens Iransitif) ; ' mais dans le sens de faire 
une convention, il prend etre : Nous somme& convenus daffir 
ainsi (sens intransitif). 



CIIAPITRE VI 

SYNTAXE DU PARTICIPE 

829. Nous avons vu que le participe est un mode impersonr 
qui tient de la nature du verbe et de celle de I'adjectif. 

II tient du verbe dont il derive, parce qu'il pent avoir les 
memes complements : Les eclairs, nous effrayant tons, redou- 
hlerent. 

II tient de I'adjectif, parce qu'il marque comme lui la qua- 
lite, la maniere d'etre : Ce conte est effrayant. 

850. Le participe pent occi5)er trois places differentes dans 
la proposition : 

1° II peut se rapporter au sujet (L'homme — pousse par la 
faim — devient criminel) ; 

2« II pent se rapporter au complement (Plaignons l'homme 

— tombe dans le vice) ; 

3** II pent, en apperence, ne se rapporter ni au sujet ni au 
complement {Tout etant fini, — nous nous separ^mes). On 
I'appelle, dans ce dernier eas, participe absolu. 

(Voyez Syntaxe des propositions, § 1054.) • 

851 . Quand le participe se rapporte au sujet et que celui- 
ci le precede (Venfant — ayant mange des mets empoisonnes 

— mourut sur-le-champ) y on ne doit pas repeter le sujet de- 
vant le verbe. II ne faut done pas dire : L enfant ayant mange 
des mets empoisonnes, il mourut sur-le-champ . 

Autrefois cette r4gle n'etait pas absolue et Ton trouve de nombreux 
•xemples du contraire : 



ACCORD DU PARTICIPE PRESENT. 377 

Les Rommns se destinant d. la guerre et la regardant comme le seul 
art, ils avaient mis tout leur espoir et toutes leurs pensies a la perfec- 
tionner. (Montesquieu.) 

Louis en ce moment prenant son diademe, 

Sur le front du vainqueur il le posa lui-m&me. (Voltaire.) 

Ce prince se d^pouillant de toute la gloire qu'il avail acquise pendant 
la guerre, et se renlermant dans une sociMe peu nombreuae de quelques 
amis choisis, il sexergoit sans bruit aux vertus civiles. (Flechier.) 

Ces constructions s'expliquent peut-etre par le grand intervalle qui s^- 
pare le sujet [Romains, Louis, prince) de son verbe ; ce qui permel de consi- 
derer ces propositions participes comme des propositions independantes. 

832. Le participe doit toujours se rapporter clairement h 
un mot exprime dans la phrase. Ainsi Ton ne dira pas : En vous 
accordant cette faveur, c'est me procurer un veritable plai- 
sir; mais : En vous accordant cette faveur, je me procure un 
ve^ritable plaisir. (Voyez plus loin g 841.) 

II y a deux sorte« de participee : le participe present et le 
participe passe. 

(Pour les propositions participes, voyez § 1054.) 



SECTION I 

ACCORD DU PARTICIPE PRESENT 

833. Le participe present employ^ comme verbe est tou- 
jours invariable : Cette personne obligeant tous les malheu- 
reux est vraiment charitable. 

Employe comme adjectif, le participe present est dit adjec- 
tif verbal, et, comme tous les autres adjectifs, est soumis 
aux regies de I'accord. Ex : Cette personne est obligeante. 

Nos participes presents viennent des participes presents latins, qui 
etaient traites par les Romains comme de simples adjectifs. Mais il j 
avait en latin une autre forme verbale toujours invariable, le gerondii 
cantandi (de chanter), cantando (a chanter ou en chantant), cantandum 
(pour chanter). Cette forme donna aussi en francjais des mots en ant,' 
identiques a nos participes, mais naturellement invariables. (Voyez § 840.) 
On a peu a peu confondu le participe avec le g^rondif et appliqu6 a 
tous deux la r^gle de I'invariabilite. 

A I'origine le gerondif reste invariable ; le participe present suit la 



578 STNTAXE DU PARTICIPE. 

regie des adjcctifs latins de la troisieme declinaison et s'accorde commo 
grand (voyez § 315) en nombro et raremcnt en genre. Ei y avoit mainl^a 
ambassades allans et venans (Commines). — Les villes estans sur la 
riviere (id). — Les femmes venans a estre vefves (veuves) (Montaigne). 
Le grammairien Palsgrave declare m6me que le participe present fran§ais 
ne prend pas la marque du feminin, sauf en podsie. Cependant on trouve 
d^s le douzieme siecle des participes avec \'e muet du feminin : Si s'en 
alad criante e plurante (Livre des Rois) ; et jusqu'au seizieme si6cle le 
participe present varie encore en nombre et queiquefois en genre. 
Ex. : Plusieurs lettres adressantes a mo'nseigneur de Normandie (Com- 
mines) ; — Joyaux de la couronne a nous appartenans (Satire Menippee) ; 
— Nymphes fuyantes le salyreau (Ronsard) ; — Aux oreilles atten- 
dantes (id.) ; — Lettres venantes de Rome (La Noue) ; — Elles sont 
femmes bien entendantes les beaux endroits (Rabelais) ; — Ces filles 
de Scddase, pleurantes a I'eniour de lews sepultures el maudissantes 
les Laced6moniens (Amyot) ; — // avoit foi'ce lettres adressantes a 
plusieurs pei'sonnes de cette ville (Malherbe). 

Au dix-septieme siecle les auteurs font rarement I'aecord du genre; 
en voici cependant des exemples : Des dmes vivantes d'une vie brute et 
bestiales. (Dossuet.) — Je vous trouve si stoicienne, si meprisante les 
choses de ce monde. (Sevigne.) — M. de Nesmond fit une longue harangue, 
tendante a remerciei- le rot. (La Rochefoucauld.) 

Quant a I'aecord en nombre, il est presque constant: Les omh'es... 
aimants encore lew ddpouille laissee (MaWierbe) ; — Aprds tant de douces 
merveilles ravissants I'esprit bienheureux (id.) ; — Gens difficiles et 
factieux affectants une vertu austere (La Rochefoucauld) ; — Tous ces gens, 
VOyants qu'on ne parloit point d'asscmbUe, se retirdrent (id.). 

Et les petits, en mhne lenipjs 

Voletants, se culebutants, 

Ddogerent tous sans trompette. (La Fontaine.) 

Moitid secours des dieux, moitid pew, se hatants. (Id.) 

Et pour Her des mots si mal s'entr'accordants. 

Prendre dans ce jardin la lune avec les dents. (Boileau.) 

Vaincus cent fois et cent fois suppliants 

En lew fureur de nouveau s'oubliants. (Racine.) 

Les deux bouts traversants sur I'essieu, passants au travers du man- 
telet. (Vauban.) 

Mais la suppression de I'aecord du genre finit par entrainer aussi 
la suppression de I'aecord du nombre, et le participe present se trouve 
assimile au gerondif. 

Ce fut en 1660 qu'Arnauld et Lancelot enseignerent, dans Icur 
Grammaire de Port-Royal, qu'il y avait lieu de distinguer dans les 
formes en ant un adjectif verbal declinable (c'est-a-dire variable) et un 



ACCORD PU r.'vriTlClPE PRESENT. 379 

participe present indeclinable (c'est-a-dire invariable). Ce principc 
que Vaugelas avait admis en partie des 4647) fut reconnu par I'Aca- 
deinie (dans sa seance du 3 jain 1679) et obtint des lors force de loi. 
Cependant cette regie ne fut pas imraediatement appliquee, et nous ve- 
nous de voir que Ics auteurs de cette epoque, comme Boileau, Fenelon, 
Racine, etc., suivaient encore I'ancien usage. 

On retrouve une trace de cet ancien usage dans les locutions : les 
ay ants droit, les ayants cause, stance tenante, toute affaire cessant^, 
cotir s6anle a Paris, etc., qui sont des restes de nos vieilles formules ' 
'urisprudence. 



DIFFERENCE ENTRE L ADJECTIF VERBAL ET LE PARTICIPE PRESENT 

854. Le participe present exprime raction [Uorage, 
effrayant les animaux, dispersa tout le troupeau) ; lantlis que 
I'atfjeclif verbal exprime I'etat (Uobscurite est effrayante). II 
faiit done savoir reconnaitre s'il y a etat ou action. 

835. II y a action et par consequent il n'y a pas d'accord : 
1° Quand le participe a un complement direct ou indirect : 

Les marteaux frappant Venclume\ les eleves sortant de la 

zlasse. 
2« Quand il est precede .de la preposition en : La mer 

savance en mugissant ; (voy. § 840) "^'^ 

5® Quand il est suivi d'un adverbe : Une fille obeissant 
bien; des esprits agissant toujours; des gens ne contre- 
disant jamais. 

856. II y a etat et par consequent accord : 

1° Quand I'adjectif verbal est accompagne du verbe etvt : 
Cette fleur est charmante ;, 

2" Quand cet adjectif verbal est precede d'un adverbe : Une 
fille bien obeissante; des esprits toujours agissants. 

Remarque. — Quand le sens n'indique pas clairement s'il 
doit y avoir accord, on peut a volonte laisser invariable ou 



580 SYNTAXE DU PARTICIPE. 

faire accorder la forme en ,/.ant. Ainsi on ecrira 6galement 
bien : Des sauvages vivent errant ou errants dans les hois. 

837. L'adjectif verbal a un sens passif dans quelques expres- 
sions particulieres : 

Argent comptant, h beaux deniers comptants, compt^s 
sur-le-champ. 
Bureau restant, poste restante, ou les lettres restent. 
Couleur voyante, qui se voit ais6ment. 
Musique chantante, qui se chante facilement. 
Rue passante, ou passe beaucoup de monde. 
Place payante, ou Ton paye. 

838. Nous avons vu (g 136) que le fran^ais cr^e des noms 
nouveaux a Taide du participe present ; : ainsi : de croyanty 
tranchant, debitant, participes de croire, trancher, de'bitery 
il forme un croyant, un tranchant, un d6bitant. Ces 
mots suivent naturellement au pluriel la regie ordinaire 
des noms : des croyants, des tranchants, des d6bi- 
tants. 

On pent ranger parmi ces noms les locutions : les allants et 
venants, les tenants et aboutissants, qui forment de veritables 
noms composes. 

839. 11 ne faut pas confondre les participes presents, tels 
que neglige 3int, adhe'r antf differ dint, extravagu ant, etc., 
avec les adjectifs neglig eni, adherent, differ ent^ extrava- 
gant, etc. 

Les premiers sont regulierement formes, par le franpais, 
des verbes negliger, adherer, differer, extravaguer. Les 
seconds sont de veritables adjectifs tires directement du 
participe latin. Ces adjectifs ne peuvent done, en aucun cas, 
dtre dits les adjectifs verbaux de negliger, adherer, etc. 

En voici la liste a peu pres complete : 

!*» Participes dont le radical difT^re de celui de l'ad- 
jectif : 



ACeOAO DU PARTIflPE PRESENT. 



ZH'f 



Participes presents tiris des ver- 
bes frangais convaincre, extra- 
vaguer, FABRIQUER, etC, 

Sonvainquant, 

ExtrayagttaBt 

Fabriquant, 

Fatiguant. 

Intriguant. 

Suffoquant. 

Vaquant. 



Adjeclifs ou noms verbaux 
tires des participes latins. 

Convaincant. 

Extravagant. 

Fabricant, 

Fatigant. 

Intrigant. 

Suffocant. 

Vacant. 



2° Participes dont la terminaison differe de celle de I'ad- 
jectif. 



Participes prisents tirds des verbes 
frajigais adherer, afflueb, e*c. 

Adh^rant. 

Affluant. 

Differant. 

Divergeant. 

Equivalant. 

Excellant. 

Exc^dant. 

Expediant. 

N^geant. 

Pr6c6dant. 

Presidant. 

Residant. 

Violant. 

Ainsi Ton ecrira avec le participe present 
verbal. 

PARTlCiPE PRl^SENT. 



Adjectifs ou noms verbaux 
tirds des participes latins. 

Adherent. 
Affluent: 
Different. 
Divergent. 
Equivalent. 
Excellent. 
Excedent. 
Expedient. 
Negligent. 
Precedent. 
President. 
' Resident. 
Violent. 

ou Vadjectif 



II park sans cesse, fatiguant tout 

le monde de ses rdcits. 
■Cest en intriguant aupres de vous 

quHl a reussi. 
II lit en vaquant a ses affaires. 
Que de gens on voit negligeant 

leurs intiretspourleursplaisirs. 

Lesang, en affluant au coeur,peut 
causer de graves maladies. 



adjectip verbal. 
// a fait un travail fatigant. 

Get homme n'est qu'un intri- 
gant. 

J'ai trouve un emploi vacant. 

Les enfants Inegligents ressem- 
blent beaucoup aux enfants 
paresseux. 

La Loire et la Seine ont de nom- 
breux aff^'ents. 



38i SYKTAXE DO PARTICIPE. 

PARTICIPE PRESENT PRECEDE DE en OU GERONDIP 

840. Le parlicipe present est souvent precede de la pre- 
position en. II forme alors ce qu'on a appele le gerondif et est 
toujours invariable (voyez g 855). Le gerondif exprime d'or- 
dinaire une circonstance de temps, de cause, de maniere. 
Ex. : // se promene en lisant (c'est-a-dire en meme temps 
quil lit); it s'instruit en lisant (c'est-a-dire ^arce qu'il lit). 

On voit par ces exemples que le gerondif equivaut toujours 
a une proposition subordonnee. 

Le latin disait dc meme, mais seulement pour marquer la cause: 
discit Icgendo (il s'instruit en lisant). 

841. Le gerondif doit toujours avoir le m^me sujet que le 
verbe de la proposition principale. Ainsi, Jans : V avarice perd 
tout en voulant tout gagner (La Fontaine), en voularU se rap- 
porte au sujet avarice; Vhomme s'instruit en vieillissant, 
en vieillissant se rapporte au sujet /lomme. 

Mais cette regie n'est pas absolue, et pourvu qu'il n'y ait 
aucune obscurite dans la phrase, le gerondif pent se rapporter : 

1" A un complement d'objet direct : 
Si son astre en naissant ne Va forme poete. (Boileau.) 
SongeZ'Vous quen naissant mes bras vous ont regu, 

(Racine.) 

S*' A un complement d'objet indirect : 

La fortune lui vint en dormant. 

Mes soins, en apparence epargnant ses douleurs^ 

De son fils, en mourant, lui cacherent les pleurs. (Racine), 

5° A un complement non exprime, mais implicitement ren- 
^erme dans un adjectif possessif. 

Ex. : Je ne vous dirai point mes faiblesses en rentrant 
dans Paris. (Scvigne.) — Je voudrais pouvoir vous decrire ses 
pleurs en voyant votre frere. (Sevign6.) 

Je vois qu'en m'6coutant VOS yeux au del sadressenL 
(Racine.) 



ACCORD DU PARTICIPE PRfiSENT. 585 

C'est-a-dire : les faiblesses que j'ews en rentrant..., les 
pleurs ^w'elle versa en voyant..., les yeux de vous en 
wi'ecoutant sadressent cm del, etc, 

¥ Le gerondif peut meme se rapporter a un objet indeter- 
mine : Vappetit vient en mangeant; La fortune vient en dor- 
mant. 

La grace en s'exprimant vaut mieux que ce qu'on dit, 
(Voltaire.) 

C'est-^-dire : ...quand on mange, ...quand on dorl,.,. quand 
on sexprime. 

842. Le participe present s'emploie quelquefois pour le ge- 
rondif, sans la preposition en, 

Vous Vavez eu par hrigue 4tant vieux courtisan. (Cor- 
neiJle.) 

J'aurai, le revendant, de V argent beletbon. (La Fontaine.) 

Ileut cru s'a^aisser servant un medecin. (Id.) 

Son fouet setait perdu tombant de sa ceinture. (Id.) 

C'est-ja-dire : parce que vous etiez,..^ en le revendant..., en 
servant..., etc. On voit que cette construction est usitee sur- 
tout en poesie. Elle se trouve aussi dans quelques locutions 
familieres, telles que : donnant donnant, chemin faisant, 
generalement parlant (c'est-a-dire en donnant, en faisant 
chemin, etc.). , 

845. Avec le verbe alter on peut employer egalemcnt bien 
le gerondif ou le participe present. Ex. : Le mal va eu afig- 
mentant, le de'sordre va croissant, le malade allait saffaibUi^- 
ant. 



:oi SVNTAXE DU PARTICIPE. 

SECTION II 

ACCORD DU PAIITICIPE PASSlS 

I. Principes generaux 

844. Quand le participe passe est joint au nom sans 
I'aide d'un verbe, il est traite comnie un adjectif, c'est-i-dire 
qu'il s'accorde toujou.rs avec le nom en genre et en nombre. 
Ex. : Les merites recompenses, les honheun passes. 

Que de remparts d6truits, que de villes forcees, 

Que de moissons de gloire en courant amassees. (Beileau.) 

Le participe passe enniploye comme nom (voyez § 156) suit 
naturellement les regies du nom. Ex. : Les fc/ess6s, les 
mari^s, les revueSj les sorffes, etc. 

845. Certains participes passes, comme approuve, attendu^ 
certifier ci-inclus, ci-joint, etant donney excepte, non compris, 
out, passe, suppose, vu, etc., places avant le nom, peuvent 
s'accorder avec le nom ou rester invariables : Except6e ou 
»xcept6 sa mere ; pa8s6e ou pass6 lepoque, etc. 

L'accord est de rigueur quand ces mots sont places apres 
le nom : Sa mere except6e, Vepoque pass6e, etc. 

846. Le participe pass6 des verbes a la forme passive peut 
s'employer sans auxiliaire : un enfant aim6, un devoir fini, 
un billet regvL, un fcanc rompu, etc. 

Le participe passe des verbes intransitifsconjuguesavec etre 
peut aussi s'employer sans auxiliaire : Un arbre tombe ; une 
fleur 6close; partis a deux heures, arriv6s le soir, nous 
sommes repartis le lendemain. 



ACCORD DU PARTlCIl^E PASSE. 58S 

Le dix-septieme siecle a fait un frequent usage de ces participes de 
verbes intransitifs employes sans auxiliaire. Ex. : 
... Ce h^ros expire 
iV'a laiss^ dans nos bras qu'un corps difiguri. (Racine.) 

Lui mort, nous n'avons plus de vengeur ni de maitre. (Gorneille.} 
Vair devenu serein, il part tout morfondu. (La Fontaine.) 
Eux venus, le lion par ses ongles compta. (Id.) 

Mais le participe passe des verbes intransitifs conjugues avec 
avoir ne peut s'employer sans I'auxiliaire. Ainsi Ton ne dira 
pas un enfant langiii, un enfant dormi, un roi regne\ etc. II 
faudrait ajouter I'auxiliaire et dire, un enfant ayant langui : 
ayant dormi, etc. 

847. Le participe passe employe seul perd quelquefois le 
sens passif pour prendre un sens actif ou reflechi. Ex. : Un 
homme dissimul6 (qui se dissimule) ; un homme avis6, en- 
tendu ; un Jwmme passionn6 (qui se passionne) ; un ennemi 
jur6 ; un garde asserment6 ; etc. 

848. Gomme legerondif (voyez§ 840), le participe passe se 
rapporte ordinairement au sujet de la phrase. Ex : 

Et mont6 sur le faite il aspire a descendre. (Gorneille.) 
Soumis avec respect a sa volonte sainte, 
Je craim DieUy cher AbneVj et nai point d' autre crainte. 

(Racine.) 

Mais il peut aussi, surtout en po^sie, se rapporter au com- 
plement d'objet direct ou indirect et metne a un complement 
implicitement renferme dans un adjectif possessif. Ex. : 

Charge du crime affreux dont vous me soupgonnez^ 
Quels amis me .plaindront quand vous ni abandonnez ? 

(Racine.) 
... Ou lass6s ou soumis, 
Ma funeste amitie pese a tous mes amis. (Id.) 

Dans un cachot affreux abandonn^ vingt ans., 

Mes larmes Vimploraient p^^'r mes tristes enfants. (Voltaire.) 

«OURS SUP^RIETO. - 25 



3M 8YNTAXE DU PARTICIPE. 

Et pleurSs du vieillard il grava sur leur marbre 
Ce que je viens de raconter. (La Fontaine.) 

C'est-a-dire : les larmes de moi abandonne, le marbre d'eux 
pleures, etc. 

849. Quand le participe passe est precede du verbe etj^e, il 
s'accorde toujoiirs avec le siijet en genre et en nombre : II 
est aim^y elle est am6e, ils sont venuSf elles sont venues. 

850. Quand le participe passe est precede du verbe avoir et 
n'est precede d'aucun complement, il est toujours inva- 
riable : II a chante, elle a chant 6 ^ ils out chante, elles 
ont chant e. 

♦■ 
2. t^articipe avec Tauxiliaire itre. 

851 . Nous avons dit que le participe pass6 joint ^ I'auxi- 
liaire etre s'accorde toujours avec le sujet : La ville est ou- 
verte, le port est ferniQy ees fieurs sont e'panouies. 

Par consequent, la forme passive, se conjuguant avec 
I'auxiliaire Stre, a son participe passe toujours d'accord 
avec le sujet : Le pere est aim^, la mere est aim ^e, les en- 
fants sont aimes. 

II en est de m6me de quelques verbes intransitifs qui se 
conjuguent avec etre, tels (\\i alter, venir, partir, arriver : leur 
participe passe s'accorde toujours avec le sujet : II est parti, 
elle est par tie, ils sont partis, elles sont parties. 

Dans les verbes impersonnels conjugues avec etre, le par- 
ticipe, s'accordant avec le sujet il, no change jamais : II est 
survenn une tempete; — il est arrive des malheurs. 

II est invariable, parce qii'il joue, dans ce cas^ le role d'un pronorn 
neutre (lat. illud), bien qu'il soil masculin venant du lat. ilU pour tile, 
Toy. § 336). 



ACCORD DU PARTICIPE PASSE. 387 

3. Participe avec I'auxiliaire avoir. 

852. Le participe passe employe avec avoir s'accorde avec 
son complement d'objet direct quand il en est precede. Ex. : 

Les chevaux que fai VUS. 
Les fleurs que fai coup6es. 
Que de services je lui ai rendus I 
Combien de projets il a form6s. 
Quelle reponse a-t-il f aite ? 

Toutes les dignites que tu nias demand^es, 
Je le les ai sur Iheure et sans peine accord6es. 

(Gorneille.) 

Quand le complement direct est une expression collective, 
le participe passe pent a volonte s'accorder avec le collectifou 
avec le complement du colleclif. Ex. : La foule d'hommes que 
fai vue ou VUS. 

855. Dans les temps surcompqses (voyez § 400), c'est le 
dernier participe qui s'accorde. Ex. : Je vous ai envoije celle 
lettre des que je /'ai eu termin6e. 

854. Le participe reste toujours invariable quand le com- 
plement d'objet qui precede est indirect, ou quand le comple- 
ment direct le suit au lieu de le preceder : La lettre a iaquelle 
ih out r6pondu ; fai vu la rose ; fai vu des roses. 

Le complement d'objet direct plac^ devant le participe est 
en general Tun des pronoms personnels, me, te, se, /e, /a, les, 
nous, vousy ou le relatif que. 

Autrefois on placait souvent en poesie le nom complement avant le 
participe. Ex. : // avail dans la terre une somme enfouie, (La Fontaine*] 
Quatid les titdes zephyrs out /'herbe rajeunie. (Id.) 
he seul amour de Rome a sa main aaimSe. (Gorneille.) 
Chaque goutte ipargnie a m gloire fl^trie. (M.) 



388 8YNTAXE DU PARTICIPE. 

// m'a droit dam ma chamhre une boite jetee. (Moli^re.) 

II rcste une trace de cette construction dans la locution : avoir toute 
honte hue. 

Nous avons vu |§ 363 et 399) comment le francais a forme ses temps 
composes avec les auxiliaires Hre et avoir. Cette creation des auxiliaires 
pour le service de la conjugaison existait deja en germe dans la langue 
des Romains. Leurs meilleurs auteurs ont construit le verbe habeo avec 
un participe passe passif qu'ils faisaient accorder avec le regime direct 
du verbe : Ad meam fidem quant habent spectatam jam diu et cogni- 
tam confugiunt (Ciceron) (lis ont rccours a ma fidelite qu'ils ont 
eprouvee et qu'ils connaissent depuis longtemps) ; — Eum satis habes 
cognitum (id.) (Tu I'as asscz connu); — domitas habere libidines (id.) 
(avoir dompte les passions) ; — Nostrajn adolescentiam habent despica- 
tam (Terence) (lis ont meprise notre jeunesse), etc., etc. Comme on le 
voit par ces exemples, le participe passe s'accordait avec le complement 
et subissait le cas impose par le verbe habeo. En traduisant litteraleinent 
ces expressions, nous aurions en francais : Us ont ma fidHit^ 6prouv6e 
et connue, etc., Tu as assez lui connu, etc. Or c'est la regie adoptee 
par nos plus anciens ecrivains, qui faisaient du participe un adjectif 
s'accordant presque tgujours avec le complement. En francais, comme en 
latin, on avait la liberie fle placer les differents termes dans un ordre 
quclcouque et de dire . Us ont notre jeunesse m6pris6e ou Us ont 
meprisee notre jeunesse. On trouve dans la Chanson de Roland : Gruisiees 
ad ses blanches mains (Croisees il a ses blanches mains) ; — dans 
Villchardouin : Signors,je ai veues vos lelres; — dans Joinville : Quant li 
enfes ot lev6e une des seeles [Quand I'enfant eut leve une des fleches) ; 
chose que il m'eust dite ne racont6e (chose qu'il m'eut dite ou racon- 
tee ; jc vans ai aportee cette espee; et la sueur que j'avoie apor- 
tee, etc. Cependant, a mesure que notre syntaxe s'alfermil, on a de 
plus en plus tendance a considerer le participe comme faisant avec 
i'auxiliairc une locution indivisible, a regarder j'ai aimc, par exempic, 
comme I'equivalent du latin amavi. Des lors I'auxiliaire, marquant 
le nombre et la pcrsonne, etait la seule partie variable de ce mot 
compose, et le participe restait invariable, comme le radical dans les temps 
simples : c'etait la suppression de I'accord quand le complement d'objet 
direct suit. — En ellet dans j'ai lu la lettre, j'ai vu ta mere, — j'ai lu, 
j'ai vu ne peuvent etre consideres comme les qualificatifs de lettre et de 
mere. D'un autre c6te, quand le verbe est precede d'un complement 
d'objet direct, il semblc que le verbe avoir reprend son sens propre, 
que le participe n'est plus au&si intimement Ue avec I'auxiliaire ct pent 
servir de qnalificalif au complement sur lequel on vient d'appoler I'aitcn- 
fion. On dira done : J'ai prepare des Icltres, avec prepare' invariable [pa- 
ravi litteras), et j'ai des letlres pr6par6es, avec le participe variable, 
comme ladjectif dans /a/ des lettres pretes (habeo litteras paratas). 

Des le commencement du seizieme siecle, I'usage de I'iif variability 



ACCORD DU PARTICIPE PASSfi. 389 

(piand le regime suit, et de I'accord quand il precede, etait exposfe par 
CJeinent Marot dans une epigramrae : 

En fans, oyez une lecon : 

Noslre langue a cette fagon 

Que le terme qui va devant 

Yolontiers regit le suivant. 

Les vieux exemples je suivray 

Pour le mieux ; car, a dire vray. 

La chanson fut bien ordonnee, 

Qui dit : m'amour vous ay donnie. 

Voila la force que possede 

Le feminin quand il precede. 

Or prouveray par bons tesmoins 

Que tous pluriels n'en font pas moins. 

II faut dire, en termes parfaits : 

Lieu en ce monde nous a fails. 

Faut dire, en paroles parfaites, 

Dieu en ce monde les a faites, _ 

Ne nous a fait pareillement, 

Mais nous a faits tout rondement. 

Quelques grammairiens (Palsgrave en 1530, Ramus, les Estienne) 
formulent deja sur ce point des regies que le dix-septieme siecle a fini 
par adopter en les modifiant. Mais ces regies etaient encore embrouillees 
par une foule de distinctions subtiles et admettaient de nombreuses 
exceptions. C'est ainsi que Vaugelas trouvait correct d'ecrire : Les habi- 
tants nous ont rendu maitres de la ville; la d^sobdissance s'est trouv6 
montSe au plus haut point, etc. Bossuet a ecrit : Combien de fois a-t-elle 
remerciS Dieu humblement de deux grandes graces : I'une de I'avoir fait 
chrStienne, I'autre de I'avoir fait reine malheureuse. 

Corneille : L^ par un long r^cit de toules nos mishres 

Que durant notre enfance ont endur^ nos ph'es,,., 

Racine : Les a-t-on vu marcher parmi vos ennemis ? 
D'aussi loin qu'il nous ayu paraitre. 
Le monde vous a laisse rire et pleurer tous seuls. — Elle 

est morte a Auteuil, dans une maison ou elle Hait venu 

prendre fair. 

Yoitaire : Guillaume, qui les aurait rendu respectables. 

On voit que la circulaire minist^rielle du 26 f^vrier 1901 n'a fait que 
nous rendre sur ce point la liberty dont jouissait le xvn" siecle. 

855. Les verbes intransitifs n'ayant jamais de comple- 
ment d'objet direct, le participe pass6 de ces verbes conju- 



590 



SYNTAXE DU PARTICirE. 



gu^s avec avoir est toujours invariable. Ex. : Ces enfants ont 
dormi long temps. 

Nous avons vu que des verbes peuvent ^tre employes tant6t 
au sens intransitif, tant6t au sens transitif. Lorsqu'ils sont 
employes au sens transitif avec avoir, leur participe suit les 
regies du participe pass6 conjugu^ avec avoir. 

Mais, lorsqu'ils sont employes au sens intransitif avec avoir, 
ils n'ont pas de complement d'objet direct et leur participr 
reste invariable. Ainsi Ton ecrira : 



AVEC ACCORD 

(sens Iransitif). 



SANS ACCORD 

(sens intransitif). 



Les enfants que leur mere a cou- 
ches. 

Les personnes que nous avons tant 
pleur^es. 

Les caisses que nous avons pesees. 

Get orateur a crM une langue que 
luiseul a parlee. 



La nuit que nous avons couche a 

Vhotel. 
Qui salt combien d'ann^es nous 

avons pleure? 
Les deux kilogrammes que celle 

caisse a pese. 
Les deux heures que cet orateur a 

parle. 



856. Les participes couru, valu sont invariables quand ils 
sont employes au sens propre, c'est-a-dire lorsqu'ils expriment 
I'idee de course, de valeur (sens intransitif). 

Mais ces participes varient s'ils sont employes au figure, 
c'est-i dire dans le sens de braver, procurer (sens transitif). 
Ainsi Ton ecrira : 



SANS ACCORD. 

(sens intransitif). 

Les deux heures que fai couru 

m'ont essouffli. 
Dix mille francs, cette maison ne 

les a jamais vain. 



AVEC ACCORD. 

(sens transitif). 

Les dangers que fai courus soni 

nombreux. 
Voila les chagrins que vousa valus 

votre par esse. 



857. Le participe passe des verbes vivre, dormir. couter, 
regner est toujours invariable. Ex. : Les jours qu'on a v6cu 



ACCORD DU PARTICIPE PASSJg. 591 

dans Voisivete sont perdus. — Les heures quelle a dormi 
ront reposee, etc. (C'est comme s'il y avait : pendant les- 
quels on a vecu.,., pendant lesquelles elle a dormi...). 

Autrefois le verbe coutei' employe au sens figure avait son participe 
variable (comme coiiru, valu, etc.)- Racine a dit : 

Apres tons les ennuis que ce jour m'a COUtes, 
Ai-je pu r assurer mes esprits agiUs ? 

Depuis la 6^ edition du Dictionnaire de I'Academie (1835), coutS est 
toujours invariable. 

858. Les verbes impersonnels conjugues avec avoir 
n'ayant pas de complement d'objet direct, leur participe pass6 
est necessairement invariable : // a neige\ il a plu, il a tonne. 

Le participe pass6 des verbes employes accidentellement 
comme verbes impersonnels reste egalement invariable : Les 
grandes chaleurs quit a fait. — Les inondations quit y a eu. 

859. Les verbes h forme pronominale, comme nous I'avons 
vu (§ 409), peuvent etre soit des verbes pronominaux par 
nature (secrouler), soit des verbes transitifs employes a la 
forme pronominale {se lever, se nuire). Suivant ces cas,le sort 
du participe passe est different. 

(Voyez au § 409 la liste a peu pres complete des verbes rifldchis par 
nature ou essentiellement reflechis.) 

860. 1« Verbes pronominaax par nature. — Les verbes 
pronominaux par nature, tels que se'crouler, sevanouir, se 
cabrer, etc., font toujours accorder leur participe avecle pro- 
nom qui precede et qu'on consid^re comme un complement 
d'objet direct. Ex. : 

La jument s'est ca6r6e. .* 

Nous nous sommes evanouis. 

La maison sest 6croul6e. 

fious nous sommes abstenus de toute reflexion. 

Leg ennemis se sont enfuis. 

Nous nous sommes repentis de nos fautes. 

G'est-i-dire la jument a cabre elle; nous avont ^vanom 



392 SYNTAXE DU PARTICIPE. 

nous, etc. (Dans ces verbes Taiixiliaire etre est mis pour avoir y 
d'ou I'accord, puisque le complement direct precede.) 

861. S'arroger est le seul verbe pronominal par nature 
qui n'ait pas pour complement d'objet direct le pronom qui le 
precede. On ecrira done : Elles se sont arrog6 certains droits 
quelles navaient pas (se signifie a soi et est complement 
indirect) — Elles navaient pas les droits quelles se sont arro- 
g6s [arroges s'accorde avec que, mis pour lesquels droits, 
complement d'objel direct et precedant le verbe). 

862. On range parmi les verbes pronominaux par nature 
les verbes : apercevoir, attacker, attaquer, attendre, aviser, 
disputer, douter, louer, plaindre, prevaloir, saisir, servir^ 
taire, etc., qui cbangent de sens en prenaht la forme prono- 
minal e : sapercevoir, se douter, se taire, etc. 

Ex. : Elles se sont pr6values de leur faiblesse. 

Elles se sont tues. 

Elles se sont attaquees a cetteporte. 

865. S'^ Verbes accidentellement pronominaux. — Les 
verbes transitifs employes a la forme pronominale font 
toujours accorder leur participe avec le complement d'objet 
direct qui precede : Elk s'est lev6e, il^ se sont lev6s (c'est- 
a-dire elle a leve elle, ils ont leve eux). 

864. Quand le complement d'objet direct suit, le participe 
du verbe a la forme pronominale reste naturellement inva- 
riable : Elle sest brul6 le doigt (se est ici un complement in- 
direct, elle a brule le doigt a elle), Ainsi Ton ecrira : 

AVEC ACCORD SANS ACCORD 

(Le pronom est complement d'objet (Le pronom est complement d'obje 
direct.) indirect.) 



Elles' est piqn^e au doigt. 
Ils se sont reconnus coupables. 

Its se sont adress^s a moi. 



Elle s'est piqu6 le doigt. 

Ils se sont reconnu des torts rici- 

proques. 
lis sesont adress^ une leltre. 



ACCORD DU PARTICIPE PASSE. 593 



Ilssesont blesses a la main. 
Vous vous eles jetes au milieu des 

flammes. 
Nous nous sommes proposes pour 

Vaccompagner. 
Elk sest assuree que vous aviez 

tort. 



lis se sont blesse la main. 
Vous vous etes jele des pierres. 



Nous nous sommes propose de 
Vaccompagner. 

Elles se sont mutuellement assure 
qu'elles ne se nuiraient pas. 

865. Les verbes imaginer, persuader, employes a la forme 
pronominale, n'ont gen^ralement pas pom' complement d'objet 
direct le pronom qui les precede et restent invariables : Elles 
se smit imaging que tout serait pret; elles se talent persuad6 
quon noserait les contredire. Ici le verbe a pour complement 
d'objet direct la proposition suivante. 

Employes ^la forme active, ils suivent la regie generate : 
Je connais les contes qu'elles ont imagines et les gens qu elles 
ont persuades. 

On ecrira de meme, d'apres la regie du num^ro 863 : Elle 
sest imagin^e reine et puissante. — A force de reflexions, 
elle sest persuad6e elle-meme. 

866. Quand se persuader exprime une id^e de r^ciprocite, 
le pronom se commande I'accord, parce qu'il est complement 
d'objet direct. Ex. : Elles se sont mutuellement persuad6es 
de leur sincerite, 

867. Le participe des verbes transitifs qui n'ont pas de 
complement d'objet direct comme succeder, rire^ parler, etc., 
resle invariable quand ces verbes sont employes a la forme 
pronominale. Ex. : 

Blen des rois se sont succ^de sur le trone- 
Elles se sont ri de nos menaces, 
lis se sont plu a mal (aire. 
Elles se sont suffi a elles-memes. 
Elles se sont parle tout bos. 



394 SYNTAX^ DU PARTICIPE. 

4. Remarques particuliSres sur I'accord des participes. 

868. Participe pass6 suivi d'un infinitif. — Quand le 
participe est suivi d'un infinitif, il s'accorde s'il a pour com- 
plement d'objet direct le nom ou pronom qui precede. Ex. : 

Ces femmes, je les ai entendues chanter. 

Ces 7'omanceSf je les ai entendu chanter a Paris. 

Ces enfantSy nous les avons vus courir. 

Les fruits que jai laiss6 prendre, 

Maintenant, on tol6re I'accord ou I'invariabilite dans tous les cas. Ex. : 
Ces femines,je les ai entendu ou entendues chanter. Ces enfanls. nous 
les avons vu ou vus courir. Les fruits quej'ai laisse ou laiss6s />renrfrc. 

869. Le participe fait suivi d'un infinitif est toujours inva- 
riable. Ex. : 

Les maisons quit a fait construire. 
Les gens quit a fait parler. 

Le participe fait joue ici le role d'un veritable auxiliaire. (Voy. ")65.) 

870. S'il y a une preposition cntre le participe et I'infinitif 
qui suit^ la regie est la meme que pour le participe suivi 
immediatement d'un infinitif, c'est-k-dire que le participe 
s'accorde avec le complement d'objet direct. 

On ecrira done, avec accord : // nous a pri6s d'ecrire; les 
engagements qu on nous a forc6s a prendre. 

On tolere aussi I'invariabilite : // nous a prie d'ecrire; le parti qu'on 
nous a force a prendre. 

Avec les participes eu et donnd suivis de la preposition h et d'un infi- 
nitif, le complement d'objet direct peut quelquefois appartenir au parti' 
cipe aussi bien qu'a Tinfmitif. 

On ecrirait done egalement bien : Les livres que fai eus ou eu a 
lire; les livres qu'on ma donnes ou donne a dludier. Le premier cas 
avec accord rappelle la construction latine : libri quos inihi dedit lerjen- 
dos, qui doit litteralement se traduire par : les livres qu'it m'a donnes a 
lire [devant Hre lus), et c'est peut-etre ce souvenir classique qui a em- 
barrasse les grammairiens. 



ACCORD DU PARTICIPE PASSE, 595 

Le participe passe, quand il est suivi d'un autre participe 
present ou passe, s'accorde avec le complement d'objet direct 
qui precede. Ex. : 

Les sauvages que Von a trouv6s errant ou errants dans les, 
hois. 

Les arbres que fai vus coupe's. 

Ma fille, que f avals crue perdue^ m'a ete rendue. 

On pcrmet aussi d'ecrire : trouv6 ou trouves errants ou errant 
dans les bois; vu ou vus coupes; cru ou crue perdue, etc. 

871. L6s participes du, pu, voulu sont in\ariables lors- 
qu'on pent sous-entendre un verbe apres eux. Ex. : 

Je lui ai rendu tous les services que fai pu et que fai du 
(sous-entendu, lui rendre). 

Vous n'avez pas fait tous les efforts que vous auriez du 
(sous-entendu, faire). 

Je lui ai lu tous les livres quil a voulu (sous-entendu, que 
je lusse). 

Mais on ecrira-en faisant accordtr le participe : fai pay e les 
sommes que fai dues. 
// veut fortemenl les choses quit a une fois voulues. 

872. Quand le relatif que n'est pas le complement d'objel 
du participe, mais du verbe de la proposition qui suit, le par- 
ticipe passe reste invariable. Ex. : 

Les livres que favais pr6sum6 que vous liriez. 

Les sommes que f avals suppos6 lui elre dues. 

J\d prls la route qu'on m'avalt assur6 etre la mellleure. 

Dans ce cas, le participe a pour complement d'objet la pro- 
position suivante et non le relatif ^we. 

Cette tournure est d'ailleurs assez rare. — Elle etait frequente au dix- 
septieme siecle ; on disait bien : Les sommes que f avals suppose qui lui 



396 STNTAXE DU PARTICIPE. 

dlaient dues; J'ai pris la route qu'on m'avait assuri qui dtait la 
meilleure, etc. 

875. Participe pass6 precede de en. — Le participe pass6 
precede du pronom en reste invariable, parce que en est du 
neutre. 

Ex. : Tout le monde rna offert ses services, mats personne 
ne nien a rendu. 

Vous avez plus de livres que je nen ai lu. 
, L'accord a lieu quand le pronom en est accompagne d'un 
adverbe de quantite qui est alors le complement d'objet direct 
du participe. 

Ex. : Plus il a eu de livres, plus Hen a lus. 

Autant il a allaque d'ennemis, autant il en a vaincus. 

Et de ce peu de jours si longtemps attendus, 
. Ah! malheureux! combien /en aidejd perdus! (Racine.) 

Combien en a-t-on vus, 
Qui, du soirau matin, sent pauvres devenus! (La Fontaine.) 

Dans tous ces exemples l'accord s'explique surtout par ce fait que le 
genre et le nombre de en se trouvent determines par les noms qui pre- 
cedent ; alors ce pronom cesse d'etre neutre et fait varier le participe. 

874. Mais le participe ne s'accorde pas si I'adverbe suit le 
pronom en, au lieu de le preceder. Ex. : fen ai beaucoup 
vu. — fen ai tant visite. 

875. Participe passe precede de le. — Quand le, signi- 
fiant cela, precede le participe, celui-ci est toujours inva- 
riable : 

Ex. : Sa tranquillite nest pas aussi assure'e qu'il Yauraii 
desire (c'est-^-dire il aurait desire cela, a savoir que sa tran^ 
quillite fut assuree) . 

Us n'etaient pas aussi nombreujc quon I'avait cm (c'est-^- 
dire qu'on avait cru qu'ils etaient norabreux). 



ACCORD DU fARTlClPE PASSE. 597 

Nous avons vu (§ 337), que le (au sens de cela) est du genre neutre ; 
d6s lors rinvariabilite du participe s'explique aisement. Mais I'accord au- 
rait lieu si V representait un nom : La statue n'^tait pas aussi belle que 
le sculpteur I'avait revee. 

876. Participe passe preced6 de le peu. — Le participe 
passe precede de la locution le peu varie selon le sens de cette 
locution : 

1° Lorsque le peu signifie une petite quantite, le participe 
s'accorde avec le nom. Ex. : Le peu de nourriture quit a 
prise Va sauve (c'est-a-dire cette quantite de nourriture, si 
petite quelle fut, a suffl pour le sauver). 

2" Lorsque le peu signifie Vinsuffisance, le manque^ le par- 
ticipe s'accorde avec le peu et par consequent reste invaria- 
ble. Ex. : Cest le peu de nourriture quit a pris qui a cause 
sa niort (c'est-a-dire c'est la trop petite quantite de nourri- 
ture qui, etc.). 

En resume, quand le sens permet de supprimer le peu, le participe 
varie; au contraire il reste invariable quand cette suppression ne pent 
avoir 2ieu. Ainsi on pent dire : La nourriture quHl a prise I'a sauvd; 
done accord. Mais on ne pourrait dire sans changer le sens : La nourri- 
ture qu'tl a prise a cause sa mort ; done, point d'accord. 



CHAPITRE VII 

SYNTAXE DE L'ADVERBE 
OBSERVATIONS GENERALES 

877. Nous avons vu qu'on distingue sept sortes d'ad- 
verbes, qui sont : les adverbes de lieu, de temps, de ma- 
niere, dequantit6, d' affirmation, de negation, de doute. 

L'adverbe se place ordinairement devant I'adjectif ou Tad- 
verbe qu'il modifie. 

Ex. : // est tres sage, tres modeste, il agit tres prudem- 
ment. 

Quand il modifie un verbe, il se met ordinairement apres si 
le verbe est a un temps simple, et entre I'auxiliaire et le par- 
ticipe si le verbe est a un temps compose. 

Ex. : // travaille peu ; il a peu travaille. 

line travaille pas; il n'a pas travaille. 

II etudia beaucoup ; il avait beaucoup etudie. 

Les adverbes aujourd'hui, demain, hier ne se placent 
jamais apres Tauxiliaire : il a travaille aujourd'hni, il avait 
etudie hier. 

878. Cependant l'adverbe se met au commencement de la 
proposition quand on veut appeler I'attention sur ce mot. 

Ex. : Tant il est difficile d'etre mode're dans la bonne for- 
tune! 

Jamais jMs^e ne mourut avec plus de courage. 

L'adverbe se repete ordinairement devant plusieurs adjec- 
tifs : line idee aussi /?wre, aussi simple, aussi immaterielle. 
(La Bruyere.) 



ADVERBES DE LIEU. 399 

879. Les adverbes de temps et de lieu peuvent prendre un 
complement marque par la preposition de : il est venu lors 
de la fete ; il hahite pr^s de la ville. Mais ces locutions sont 
alors des locutions prepositives. 

880. Quelques adverbes de maniere peuvent avoir le meme 
complement que I'adjectif d'ou ils sont tires ; ce sont, : confor^- 
mement a, independamment de, posterieurement a, relative- 
ment a, differemment de, etc. 

881. Les adverbes de quantite sont toujours joints a leur 
complement par la preposition de : II a beaucoup d.'amisy 
assez de fortune, peu d'ambition, trop de vanite, etc. 

882. Quelques adverbes places en tete de la phrase et sui- 
vis de la conjonction que forment une sorte de proposition 
elliptique : Apparemment que vous le connaissez; heureu- 
sement qu'i7 est honnete; peut-etre qu'iV viendra; sans 
doute que vous lui avez e'crit. 

883. Nous avons deja vu (§ 137) que plusieurs adverbes 
^taient employes comme de veritables noms : le dedans, au 
dehors, le dessus, etc. La plupart peuvent etre precedes d'une 
preposition : d'ailleurs, par ailleurs, d'hier, d'aujourd'hui, 
de pres, de loin, en plus, de beaucoup, du moins, etc. 

884. Enfm, plusieurs mots s'emploient tantot comme ad- 
verbes, tantot comme prepositions, tels sont : apres, aupres, 
avant, depuis, derriere, devant, etc. 

Nous allons passer en revue les differentes sortes d'adverbes 
eii signaiant les particularites de leur syntaxe. 

REMARQUES PARTICUHERES 

i. Adverbes de lieu. 

885. Ailleurs signifie dans un autre endroit : Ils vont 
Siillenrs; Us sont d'aiillevLTS. 

D' ailleurs a aussi le sens de du reste, quant au reste : 
Homme timide, reserve, d' ailleurs plein de savoir. 



400 SYNTAXE DE L*ADVERBE. 

886. Alentour, qu'il ne £aut pas confondre avec autour, 
s'emploie aujourd'hui sans complement : Porcourez les bois 
rf'alentour. On I'emploie aussi comme nom au pluriel : 
Visitez les alentours. 

Autrefois il s'ecrivait en trois mots et pouvait prendre un comple- 
ment. Ex. : 

Les voila tons k I'entour de lui. (Moliere.) 

Fait rcsonner sa queue & I'entOUr de ses flancs. (La Fontaine.) 

887. Qa. se trouvc* ordinairement joint a la, avec lequel il 
forme une locution adverbiale : pa et Id (c'est-a-dire de cole 
et d' autre). Ex. : Les regards erraient ga et la. 

II aservi a former dega, qui ne s'emploie guere qu'en oppo- 
sition avec dela ou precede de la preposition en. Ex. : // etait 
assis jambe dega, jambe dela (c'est-a-dire une jambe d'un 
cote, une jambe de I'autre) ; Barcelone est au dela des Pyre- 
nees y Pau est en dega. 

... Les fils vous retournent le champ, 
Dega, dela, |>ariowi.... (La Fontaine.) 

888. Dedans, dehors, dessus, dessous ne prennent df 
complement que lorsqu'ils sont precedes d'une preposition. 
Ex. : // Ota le livre de dedans Varmoire; il se vantait de (aire 
sortir une armee de dessous terre ; il saute par-dessus les 
murs; il passa par dehors la ville. Ges mots forment alors 
des locutions prepositives. 

Jadis la regie n'etait pas aussi absolue. Au seizieme et au dix-septieme, 
siecle ces mots s'employaient comme prepositions et comme adverbes. Ex. : 

A parler dignement de Dieu, il n'est ni dedans ni dehors le monde. 

(Fenelon.) 

J'en voyois et dehors et dedans )io8 murailles. (Racine.) 

Tant il en avoit mis dedans la <■ ipullure (La Fontaine.) 

Va dedans les enfers plaindre ion Curiace. (Corneille.J 

Qu'elle ait un sentiment qui la fasse pleurer 
J^essus ma sepulture. (Malherbe.) 



ADVBRBES DE LIEU, 101 

Plus brusquement qu'un chat dessus une souris. (Moliere.) 
Cetoit tout, car les precieuses 
Foht dessus tout les dedaigneuses. (La Fontaine.) 
Le libvre 6toit gitS dessous un maitre chou. (Id.) 
Rome est dessous vos lots par les droits de la guerre. (Corneille.) 
Je sais quit est range dessous les Ms d'un autre. (Moliere.) 

... Ses sacrileges mains 
Dessous un mSme joua ranaent tous les humains. (Racine.) 

889. Dessus et dessous, devant et derrifere forment 
quelques gallicismes : sens dessus dessous y qui signifie qu'un 
objet est tourne a contre-sens ou mis en desordre : Vous avez 
mis cette hoite sens dessus dessous ; Cette maison est toute 
sens dessus dessous ; — et sens devant derriere, qui signifie 
que ce qui devrait etre devant se trouve derriere : Sa 
perruque est sens devant derriere. 

890. En, ou, y sont etymologiquement adverbes (voyez 
g 337), mais peuvent etre employes comme pronoms : J'en suis 
content; cest la maison ou je demeure; /y penserai. 

1° En adverbe signifie de la : /en viens\ et sert k former 
le verbe s'en aller : // sen allait revant par la ville, 

2° Oii adverbe se distingue de ou conjonction par un 
accent grave : Ou allez-vous? 

On remplace oil par que apres ^c^, la d.ans les phrases comme : 
Cest ici queje suis; c'est la qu'iV demeure^ 

Au dix-septieme siecle cette regie n'etait pas encore etablie. Ex. : Cest 
ici ou je veux vous faire sentir la nScessitd (Pascal). — Cest Id oil 
vous verrez la conduite de nos peres (id.). — Ce fut Id ou M. de Lorges, 
M. de Roye et beaucoup d'autres penshrent mourir de douleur (Sevigne). 
— Cest ici oil Dieu manifeste ses merveilles (Massillon). 

d'^ Y adverbe de lieu signifie en cet endroit et suppose 
un antecedent : Cest a Paris, fy vais. 

Y est expletif dans la locution il y a : II y a. longtemps que 
je vous observe. 

Ouand il est employe avec ew, il le precede toujours : lly en 
a beaucoup. 



402 SYNTAXE DE L'aDVERBE. 

II y a ^tait autrefois il a ; la locutiMi U y a apparalt cependant d^ le 
treizi^rne si^cle. II y a des gent signifie done : il (on) a (trouve) des gens. 

891 . Ici sert a marquer le lieu ou Ton est et s'oppose ordi- 
nairement a la : je reste ici et vous lA. 

Ici et la servent aussi a marquer le temps : dioi demain, 
dioi un an, d'ici la. 

892. Ciest ordinairement joint a un autre mot avec ou sans 
trait d'union. 11 se met : 

!<* Apres un nom precede d'un adjectif demonstratif : Cet 
homme-oi, cetle femme-ci, ces maisons-ci, ou cet homme ciy 
cette femme ci, etc. 

2<> Apres un pronom : celui-ci, celle-ciy ceux-ci, cecif ou 
celui ciy celle ciy ceux ci. 

5** Apres I'interrogation qu'est-ce ci ou qu'est ceci? 

¥ Devant les adverbes, les prepositions : o\-apreSy ci-contrey 
ci-devant y ci-dessusy ci-dessous ou ci apres, ci contre^ etc. 

5<> Devant le verbe gesir : ci-git ou ci git. 

6<* Devant quelques adjectifs : ci-mc/ws, oi-joint ou ci 
inclusy ci joint. 

893. Ci s'emploie isol^ment dans les expressions commer- 
ciales : Pour deux metres de drap, ci, vingt francs. 

894. La se place aussi devant certains adverbes et certaines 
prepositions avec ou sans trait d'union : Ik-baSy Ik-hauty Ik- 
dedansy Ik-dessuSy Ik-dessouSy etc., ou la bas, la haut, etc. On 
le trouve encore dans les locutions par -ci, ;?ar-lA ou par ci, 
par la* 

2. Adverbes de temps. 

895. De suite, tout tie suite. — II ne faut pas confondre 
ces deux locutions adverbiales : 

De suite signifie sans interruption. Tun apres I'autre : 11 
a parte plusieurs fieures de suite; il ne pent pas dire deux 
"inots de suite. 

Tout de suite signifie imm^diatement, sans attendre : Par- 
tea tout de suite. 



ADVERBES DE MANliftE. i05 

896. Plus tot, plutot. — II ne faut pas confondre ces deux 
locutions : 

Plus tot, en deux mots, signifie avant, exprime une idee 
de temps et est I'oppose de plus tard : // est arrive plus tot 
que vous. 

Plutot, en un seul mot, exprime une idee de preference : 
Plutot la mort que le deihonneur. 

Plus tdt et plutdt ^taient a I'origine une seule locution, que I'ortho- 
graphe a recemment separee en deux. Les anciennes editions n'observent 
pas cette distinction et donnent les deux sens ^chacune des deux locutions. 

897. Tout a coup, tout d'un coup. — Ces deux locutions 
n'ont pas le meme sens : tout a coup signifie soudainement, 
et tout d'un coup signifie en une seule fois : Tout a coup 
je me sentis frappe; la maison sest ecroulee tout d'un coup. 

3. Adverbes de maniere. 

898. Bien devant un adjectif ou un adverbe a le sens 
de tres : // est bien lahorieux; nous avons travaille bien 
consciencieusenient. 

Mais il a quelquefois le sens de heaucoup : J'ai eu bien de 
la peine; fen ai vu bien d'autres. 

Bien entre dans plusieurs locutions ou il semble renforcer 
le sens du verbe : Cest bien cela, c'est bien lui, je vous Va- 
vais bien dit. 

899. Mieux, comparatif de bien, ne se joint qu'aux verbes 
et aux participes : Ilecrit mieux, il est mieux e^eve^, mieux 
nourri. 

Mieux entre dans quelques gallicismes : // va mieux (il a 
meilleure sante) ; il a fait pour le mieux, de son mieux, 
tant mieux, a qui mieux mieux (voyez g 757). 

900. Mai est I'oppose de bien : Votre devoir n'est ni bien 
ni mal. 



<04 SYNTAXE DE l'aDVERBE. 

Mai, employ6avecj9fls, se dit famili^rement pour approuver 
quelque chose : pas mal pour un enfant. 

Pas mal signifie aussi en assez grand nombre, en assez 
grande quantite. Ex. : // ny avail pas mal de fautes dans ce 
devoir. 

II ne faut pas confondre mal adverbe, qui vient du latin male (voyez 
§526), avec mal noin, qui vient'du nom neutre malum, el mal adjecUf 
(feminin male), qui vient de I'adjectif malu{m), mala{m). 

Mal nom a pour pluriel maax: Aux grands maux les grands 
remtdes. 

Mal adjectif est employe : au masculin dans hon gri mal grd, bon 
an mal an ; au feminin dans malebdte, malebouche, malefaim, malemort, 
malepeste, etc (voyez § 118), et au neutre dans : // est mal de prendre le 
bien d'aulrui. Moli^re a dit dans VEtourdi : 

Et bien a la male heure est-il venii d'Espagne 
Ce courrier que la foudre ou la gr&le accompagne . 

Aujourd'hui cet adjectif est a peu pres tombe en desuetude. 

901. Pis est le comparatif de mal, comme mienx est le 
comparatif de bien. Pis s'oppose k mieux comme bien k mal. 
Ex. '. tant pis, tant mieux. 

11 ne faut pas confondre Tadverbe pis avec I'adjectif pre. 
Ainsi on dira oiler de mal en pis, et non de mal en pire; on 
ne pent pas faire pis, il ny a rien de pis. Au contraire on 
dira : Le remede est pire que le mal; la dernier e faute sera 
pire que la premiere^ 

En r^alite pis est le neutre pejus, etpire le masculin pejore{m). Mais les 
meilleurs ecrivains n'ont pas toujours tenu compte de cette distinction. 
Boileau a dit : 

// n'eat point de degrS du midiocre au pire. 

902. Comme, adverbe de maniere, signifie de la mime 
maniere que, autant que, combien. 

Ex. : Les hommes passent comme les fleurs. 
Jl ny a rien qui rafraichisse le sang comme d' avoir evit6 
une sottise. 

Comme U ecoute! comme il est attentif ! 



ADVERBES DE QUANTITI. 105 

Gomme est aussi conjonction. Ex. : Gomme Us etaient asseni" 
hies, on leur apporta des lettres, • 

905. Comment est toujours adverbe et s'emploie surtout 
dans les phrases interrogatives : Comment avez-vous fait? — 
Dites-moi comment vous avez fait; — ou dans les phrases 
exclamatives : Comment! vous dormez? 

Au dix-septieme siecle comment etait souvent remplace par comme 
dans les interrogations. Ex. : . 

Albin, comme est-il mort ? (Corneille.) 

Comme est-ce que chez moi s'est introduit cet homme? (Moli^re.) 

Qui salt comme en ses mains ce portrait est venu? (Id.) 

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme. (Id.) 

Comme a ete depossede par que d'une foule de locutions oii I'em- 
ployaient nos peres. Ex.: Tout ainsi comme cecy avoit estd conclud, il 
fut extents (Commines). — Je le trouve aussi fini comme elle (Marot). 
— Ce fi'esi pas tahi le mouvement comme I action qu'il faut prendre 

(Descartes). 

Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lid. (Corneille.) 
Ma foi, vous en tenez ajussi bien comme nous. (Id.) Etc., etc. 



4. Adverbes de quahtita. 

904. Aussi, adverbe, exprime la comparalson et modifie 
seulement les adjectifs et les adverbes. Ex. : // est aussi pru- 
dent que brave; il ecoute aussi attentivement que vous. 

Aussi est ordinairement remplace par si quand la phrase 
est negative. Ex. : // n'est pas si prudent que brave; tln'ecoute 
pas si attentivement que vous. 

Gependant on pourrait dire avec une negation : Cet enfant 
nest plus aussi sage qu'autrefois. Mais si, dans ce sens, est 
plus usite. 

On voit par ces examples que, dans les expressions oomparatives, aussi 
et si sont tous deux accompagnes de la conjonction que. 

La r6gle est la m^me quand le second terme de la compa* 



m SYNTAXE DE L ADVERRB. 

raison n'est pas exprime. Ex. : // est toujour s aussi douXy 
aussi modeste (sous-entendu : qu' autrefois). Les vents d'au- 
tomne ne font pas un bruit si pergant et si aigu (sous- 
entendu vgwe ce/Mt-ci). 

905. Aussi s'emploie dans le sens affirmalif : Vous le 
voulezy et moi aussi. Dans le sens negalif on dit : non plus. 
Ex. : Vous ne le voulez pas, ni moi non plus (et non : ni moi 
aussi). 

Autrefois cette regie n'etait pas observee et Ton se servait egaleraent 
de aussi dans les phrases negatives. Ex. : Comme elle ne soiihaite pas 
I'estime des hommes, elle ne craint pas aussi leur m^pr'is. (Massillon.) 
Comme la religion n'y etait plus inUress^e, je ne m'y inUressai plus 
aussi. (Pascal.) 

Quicongue ne voit guere n'a gucre d dire aussi. (La Fontaine.) 

906. Aussi forme avec bien une locution adverbiale qui a le 
sens de d'ailleurs, dans le fait. Ex. : 

Qu'il perisse; aussi bien ilne vit plus pour nous. (Racine.) 

907. Si adverbe indique ordinairement I'intensite et a le 
sens de tellement. Ex. : // est si doux, si modeste! II est si 
laborieux quit arrive a etre des premiers. 

On emploie . quelquefois aussi dans ce sens : Une histoire 
aussi gloricuse ! une affaire aussi arave ! 

Si dans le sens de tellement est souvent suivi de qui ou que 
ne avec le subjonctif. Ex. : Je ne suis pas si prevenu en sa 
faveur que je ne voie bien ses defauts. II ny a si vil prati- 
cien qui, au fond de son etude sombre et enfumee, ne se pre- 
fere au laboureur qui jouit du soleil. (La Bruy^re.) 

Si a parfois le sens de quelque et veut alors le verbe an 
subjonctif. Ex. : Si habile que vous soyez, vous ny re'ussirez 
point. 

Si se construit avec que de suivi de I'infinitif. Ex. : 

. . . Es'tu toi-meme si credule 
Que de me soupgonner d'un courroux ridicule? (Racine.) 



ADVERBES DE QUANTITE. AO? 

On peut aussi supprimer le que. Ex. : 
Qui te rend si hardi de trouhler mon hreuvage? (La Fon- 
taine.) 

Remarque. — II ne faut pas confondre si adverbe de quan- 
tite avec si adverbe d' affirmation et si conjonc.tion (voyez 
g 927 et 1001). 

908. Autant exprime la comparaison et modifie seule- 
ment les noms et les verbes. Ex. : Je Vaime autant que son 
frere ; je Vestime autant que vous Vaimez. 

Autant se joint au nom par la preposition de. Ex. : // y, a 
autant de faiblesse que de paresse a se laisser gouverner. 
(La Bruyere.) 

Au dix-septierae si^cle on employait aidant avec les adjectifs. Ex. ; 

Esope conte qu'un manant 
Charitable autant que pen sage. (La Fontaine.) 

Voire belle dme est haute autant que malheureuse. (Corneille.) 

Un jour autant heureux que je Vai cru funeste. (Racine.) 

De noc jours cette construction est encore admise, a condition de meltre 
autant apres I'adjectif, comme dans les deux premiers exemples. Ainsi Ton 
dit egalement bien : aussi docile que courageux et docile autant que 
courageuz. 

909. Autant est ordinairement remplace par tant quand 
Ja phrase est negative. Ex. : Rien ne pese tant qu'un secret. 

11 est aussi remplace par tant dans la locution tous tant que 
nous sommes. 

910. Autant repete a le meme sens que autant que : Au- 
tant il a de vivacite^ autant vous avez de lenteur (au lieu 
de : // a autant de vivacite que vous avez de lenteur). 

Autant se trouve aussi repete sans la conjonction que dans 
certaines phrases elliptiques : Autant d'hommeSf autant de 
sentiments. 

Au dix-Beptieme siicle, au lieu de autant..., autant, on mettait au- 



408 SYNTAXE DE L'ADVERBE 

tant que avant, le premier temie de la comparaison et aidant devant 
le second, par imitation du latin quantum... tantum. Ex.: Autant que 
les Romains avaient n6glig6 I'art mUitaire, autant les Perses I'avaieni 
cultivd. (Montesquieu.) 

Autant que de David la race est respectde, 
Autant de Jizabel la fille est ditesfde. (Racine.) 

9il. Autant precede de la preposition de forme ayec plus 
ct moins les locutions d'autant plus que, d'autant mains 
que. Ex. : Je Vaime rf'autant plus qu'iV est plus laborieux; 
Je le plains d'autant moins qn'il a merite cette punition. 

912. Autant se construit d'une maniere elliptique avec les 
infinitifs :, autant mourir; autant perdre tout; autant /aire 
cela sur-le-champ (c.-a-d. autant vaut mourir; autant vaut 
perdre. ., etc ). 

913. Tant marque I'intensit^, la quantite ; il se met de- 
vant les noms et les verbes, et est joint a son comple- 
ment par la preposition de : // a tant de bonte! II a suhi 
taut d'e'preuves ! II a tant souffert ! 

Apres tant de I'adjectif ct le verbe s'accordent avec le nom 
et non avec tant. Ex. : 

Jamais tant de beaute fut-elle couronnee? (Racine.) 

914. Tant suivi de que forme urie locution conjonctive et 
signifie si, tellement : // parte tant qu'27 senroue. 

Tant que a aussi le sens de aussi hngtemps, aussi loin 
que. Ex. : Tant que vous serez heureux, vous aurez beaucoup 
d'amis. — Regardez, tant que la vue pent setendre. 

915. Tant sert aussi k former quelques gallicismes : tant 
pis, tant mieux, tant il y a que, en tant que magistral 
(c'est-a-dire en qualite de magistrat), etc. 

916. Beaucoup modifie seulement les verbes et les ad- 
jectifs au comparatif. Ex. : Je Vestime beaucoup; il est beau- 
coup plus sage que son frere. 



ADVERBES DE QUANTITY. 409 

Beanconp, place apr^s un comparatif, doit Mre precede de 
la preposition dc : // est plus sage de beanconp que son frere. 
— Place avant le comparatif, il se met avec ou sans de : II 
est beaucoup on de beaucoup plus sage que son frere. 

Quand il modifie un superlatif, beaucoup se construit tou- 
jours, avec de : II est de beaucoup le plus sage ou le plus 
sa^ede beaucoup. 

La regie est la meme apres certains verbes qui marquent la 
comparaison. // Vemporte de beaucoup; vous le surpassez de 
beaucoup; je le prefere de beaucoup. 

917. Beaucoup s'emploie aussi comme nom collectif dans 
le sens d'ww grand nombre, une grande quantite\ et est alors 
suivi d'un complement. Ex. : // a beaucoup d^argent, beau- 
coup de terres, beaucoup de maisons. — II y a beaucoup 
d'appeles et peu d'e'lus. 

11 s'emploie sans complement quand ce complement pent 
etre facilement sous-entendu. Ex. : Beaucoup netaient pas 
contents. — Cest dire beaucoup en peu de mots. — // reste 
beaucoup a faire. — // a pej-^w beaucoup (Acad.). 

918. Beaucoup sert a former quelques locutions : // sen 
faut beaucoup; il sen faut de beaucoup; a beaucoup 
pres. Ex. : // sen faut beaucoup quit soil aussi intelligent 
que son frere. — // s'en faut de beaucoup que vous mayez 
page tout ce que vous me devez. — // nest pasy a beaucoup 
pres," aussi riche quon le dit. 

On dit de meme : 

M sen faut peu et // sen faut de peu. 

// ne sen faut guere et // ne sen faut de gu6re. 

Combien sen faut-il? et De combien sen faut-il? 

919. Peu est le contraire de beaucoup et modifie les verbes, 
lesadjectifs et les adverbes. Ex. : On Vecoute peu; // est peu 
agreable et parte peu correctement. 

II s'emploie aussi comme nom collectif dans le sens d'un 
petit nombre, une petite quantite, Ex. : Peu de gens sont 
contents de leur sorL 



iiO SYNTAXE DE i/aDVERBE. 

Enfin le complement est quelquefois supprim^ quand il peut 
etre facilement sous-entendu : Peu sont venus (c'est-a-dire 
peu d'hommes) . // reste peu a (aire (c'est-a-dire peu de clioses) . 

Peu sert a former les locutions dans peu, sous peu, depuis 
peu, apres lesquelles on sous-entend le mot temps, — et les 
gallicismes peu a peu (c'est-a-dire insensihlement) ; un tant 
soil peu (c'est-a-dire w?2;;e7i) ; a peu jores (c'est-a-dire /^res^we); 
si peu que rien (c'est-a-dire une tres petite quantite). 

920. Combien s'emploie dans les phrases exclamatives et 
interrogatives : Gombien voudraient etre a votre place! Com- 
bien vous a coute ce livre? — Demandez-lui combien ce 
livre lui a coute. 

Combien se joint a son complement par la preposition de : 
Combien de temps avez-vous mis? 

Combien est quelquefois remplace par que : Que de pre- 
cautions vous prenez! Que vous a coute ce livre? 

921. Davantage a le sens de plus, mais ne peut ^tre suivi 
ni de que, ni d'un complement. Ainsi Ton ne peut pas dire : 
il a davantage de raison, mais il a plus de raison. 

Davantage, qui n'a ete employe comme locution adverbiale qu'a partir 
du quatorzieme siecle, s'ecrivait autrefois en deux mots [d'avantage] et ne 
prenait pas de complement. C'est au seizieme siecle que Ton commenQa a 
i'ecrire en un seul mot et a le faire suivre de la conjonction que ; cette 
construction a persiste jusqu'au dix-huitieme siecle. Ex. : En faisanl 
deux lieues davantage qu« par le droit chemin. (La Noue.) — Je n'en 
sats pas davantage que quand je suis sorti. (Malherbe.) — Ce qu'ils ont 
de vivaciU et d'esprit leur nuit davantage que ne fait a quelquei 
aiUres leur soiiise. (La Bruyere.) 

922. Plus, moins suivent les m^mes regies et sont sou- 
vent opposes I'un a I'autre. Ex. : Je Vai plus ou moins com- 
pris; Cest plus ou moins utile; II nen sera ni plus ni 
moins; Moins vous en direz, plus il en (era! 

Plus est un adverbe de comparaison qui marque la supe- 
riorite; il modifie les verbes, les adjectifs et les adverbes. 



ADVERBES DE QUANTITY. ill 

Ex. : Racine ecrivait plus que Boileau. — Le me'rite£st plus 
desirable que la richesse. — Travaillez plus serieusement. 

On voit que plus, joint aux adjectifs et aux adverbes, en 
fait des comparatifs. Precede de Tarticle defini ou d'un adjec- 
tif possessif, il forme le superlatif relatif : Les plus beaux 
arbres; mes plus chers amis; — II a repondu le plus adroi- 
tement; II travaille le plus tard possible. 

Plus se joint a son complement par la preposition de : II a 
plus de courage que de prudence, 

923. Plus repete a le meme sens que d'autant plus que. 
Ex. : Plus on le connait, plus on Vestime (c'est-a-dire : On 
Vestime d'autant plus qu'on le connait davantage). Mais le 
tour est plus vif en repetant plus. 

Au dix-septieme siecle les deux propositions avec plus repet6 etaient 
unies par et. Ex. : 

Plus grande en est la peine et plus grande est la gloire. (Corneille.) 

Plus Voffenseur est cher et plus grande est I offense. (Id.) 

Plus le tour est bizarre et plus elle est contente. (La Fontaine.) 

Plus les hommes seront eclairds et plus lis seront libres. (Voltaire.) 

924. Moins est I'oppose de plus et marque I'inferiorite. II 
modifie les verbes, les adjectifs et les adverbes : // pai^le 
moins; il est moins sage; il travaille moins serieusement. 

Moins sc joint aussi a son complement par la preposition 
de : 11 a moins decourage, il yavaitmoinsdecentpersonnes. 

925. Moins repete a le meme sens que d'autant moins que. 
Ex. : Moins on est actif, moins on travaille (c'est-a-dire : On 
travaille d'autant moins qu'ow est moins actif.) 

Moins pent aussi s'opposer a plus : Moins on parte, plus 
on agit. 

926. Plus et moins servent k former de nombreuses locu- 
tions : il nest plus (c'est-a-dire il est mort) ; de plus en plus 
(c'est-a-dire en progressant) ; qui plus, qui moins (c'est-i- 



41) SYNTAXE DE L ADVERBK. 

dire les urn plus, les autres moins); plus ou moins (c'est- 
a-dire a peu pres, environ) ; tant et plus (c'est-a-dire ahon- 
damment) ; de moins (c'est-a-dire de manque) ; a tout le moins 
(c'est-a-dire pour le moins) ; rien moins (voyez rien, g 774). 



5. Adverbes d'affirmation . 

927. Les principaux adverbes d'affirmation sont oui et si. 

Oui se met en tete de la phrase ou en reponse a une interro- 
gation : Oui, jevouspunirai. \ Savez-vous vos legons? — Oui. 

Oui est remplace par si quand I'interrogation est negative : 
Ne savez-vous pas voire legon? — Si. 

Si est quelquefois renforce par vraiment, certes, fait : si 
vraiment; si certes; si fait. On le trouve aussi precede de 
que : Oh ! que si .' 

6. Adverbes de negation. 

928. Nous avons vu (§550) qu'il n'y a en realite dans notre 
langue que deux adverbes de negation : non et ne. Les autres 
mots, tels que pas y point, personne, rien, etc., ne sont que 
des noms employes adverbialement, comme termes de com- 
paraison. 

92^. Non est I'oppose de oui . Ne dire ni oui ni non. 

II se met devant les propositions ou devant les mots aux- 
quels on veut donner un sens negatif : Non, vous ne travail- 
lez pas; Ce sont vos affaires et non les miennes. 

II s'emploie aussi en reponse a une interrogation : Savez- 
vous vos legons? — Non. 

Pour donner plus de force a I'expression, on redouble non 
ou on le fait suivre de pas, certes, vraiment, etc. Ex. : 

Ce n'etait point un sot, non, non, et croyez-m'en. 

(La Fontaine.) 

Je crains voire silence et non pas vos injures. (Racine.) 



ADVERBES DE NEGATION. 41S 

VaveZ'VOUs fait? — Non certes, non vraiment. 

930. Au commencement dime proposition subordonn^e, 
non suivi de que a le sens de ce n.est pas que et veut le verba 
au subjonctif. Ex. : Non que je veuille vous bldmer. 

Non accompagne de seulement a toujours pour corre-< 
latif mais, encore ou meme dans la proposition suivante. 
Ex. : Non seulement il est intelligent, mais il est aimahle. 

— Non seulement il f(iut avoir pitie des pauvres, il faut 
encore les secourir. — Non seulement mon pere etait heu- 
reux de vous rendre ce service, il a voulu meme vous Vah- 
noncer. 

931. Ne est la plus usitee de nos negations; mais elle 
s'emploie rarementseule. Elle est ordinairement accompagnee 
d un des mots suivants : pas, point, guere, jamais, plus, rien, 
personne, aucun, aucunement, nul, nullement, goutte, mie. 

Ces termes auxiliaires ont fini par prendre un sens nega- 
tif qu'ils conservent meme quand ne n'est pas exprime. Ex. : 
Avez-vous de I argent? — Pas du tout. \ Lui avez-vo\is parte? 

— Jamais. I Le frequentez-vous? — Guere. | Le voyez-vous? 

— Plus du tout^ etc. 

Toutes ces reponses sont elliptiques et ne est sous-entendu. C'est comma 
s'il y avait : je n'en ai pas du tout, je ne lui ai jamais parU, etc. 

932. Pas et point sont les deux termes le plus usites 
avec ne. Un point etant plus petit qu'un pas, point nie plus 
fortement Gpie pas; mais ce dernier est plus souvent employe, 
peut-etre parce que le son nasal de point deplait a notre oreille. 

Cependant il y a des cas oii pas et point ne peuvent 6tre mis indiffe- 
remraent. 

Ainsi a on dira egalement : // n'a pas d'espril ; il n'a point d'esprit, 
et on pourra dire : // n'a pas d'esprit ce qu'il en faudrait pour sortir 
dun tel emharras. Mais quand on dit ; // n'a point d'esprit, on ne pent 
rien ajouter. Ainsi point suivi de la particule de forme une negation 
absolue; au lieu que pas laisse la liberte de restreindre, de reserver. 

« Par cette raison, pas vaut mieux que point devant p/ws, moins, si, 
aulant, et autres termes comparatifs : CicSron n'est pas moins v^h&tnent 
que D4moslhhne; Dimosth^ne n'est pas »i abondant que Ciciron, 



414 SYNTA^CE DE i/aDVERBE. 

« Pap la mSme raison pas est preferable devant les adjectifs num^- 
raux ou les noms de nombre. II nen rate pas un seul petit morceau; 
il n'y a pas dix ans; vous nen trouverez pas deux de voire avis. 

a Par la m6me raison encore, pas convient mieux a quelque chose de 
passager et d'accidentel ; point a quelque chose de permanent et d'habi- 
tuel. II ne lit pas, il ne lit que dans ce moment. // ne lit point, il ne 
lit jamais. » (Academic.) 

Au dix-septieme siecle on employait souvent pas ou poitit d'unema- 
niere absolue, surtout.dans les interrogations. Ex. : 

De quoi te peux-tu plaindre? Ai-je pas reussi? (Moliere.) 
Vit-il pas mieux que de se plaindre? (La Fontaine.) 
Nomme-t-on pas ausst mouches les parasites ? (Id.) 

Pdcheur, veux-tu pas restituer ce hien mal acquis? Veux-tu pas 
bannir de ton coeur I'envie qui le ronge? (Bossuet.) 

On trouve trace de cet usage dans la locution populaire pas vm«?pour 
n'est-il pas vrai ? 

953. Nous avons dit que ne etait ordinaircment accompa- 
giie de pas ou de point; on les supprime cependant quand la 
phrase lenferme une des expressions dejA citeos plus haul, 
f el les que nnl, personne, jamais, etc., don I le sens est nega- 
tif : Je ne vois personne ; il ne vient jamais ; nul ne Vecoute. 

Moliere a mis Texpfication de cette regie dans sa com6die des Femmes 
tavantes (acte II, scene it). Martine ayant dit : « Ne serventpas de rien », 
Pelise lui explique sa faute : 

De pas mis avec rien tu fais la rScidtve, 

Et c'est, comme on fa dit., trap d'une negative. 

934. Ne se construit seul et Ton supprime d'ordinaire 
pas ou point avec certains verbes tels que avoir garde, cesser, 
importer J oser, pouvoir, savoir, etc. Ex. : Je n'ai garde de le 
contredire; il ne cesse de nous importuner ; il n'importe ; je 
n'ose lui parler ; nous ne pouvons les entendre ; il ne salt 
ce quit fait; 

Vun dit : Je ny vats point; je ne suis pas si sot; 
Uautre : Je ne saurais. (La Fontaine.) 

935. Remarque. — L'emploi ou la suppression de pas et de 
point pent parfois changer le sens de la phrase : il ne sail 
ce quit dit (il deraisonne) ; il ne sail pas ce quit dit (il 
ignore la valeur de ce qu'il dit). 



ADVERBES DK NEGATION. 415 

936. On peut supprimer pas ou point : 1° Devant autre : 
Je ne^eux rf'autre ie'moignage que voire approbation. 

2° Apres les pronoms relatifs siiivis du subjonctif : Y a-t-il 
quelquun dont il ne medise? 

3° Apres qui : Qui ne sen fdcherait? Qui ne comprendrait 
cela? 

' A^ Apr^s que signiiiaini pourquoi et marquant un desir, une 
exclamation : Que ne le disiez-vous? Que n'est-il a cent lieues 
de nous! 

5° Apr^s les conjonctions telles quest, a moins que : si vous 
ne le dites; a moins que vous ne le declariez. 

6*^ Avec les mots qui marquent le nombre oule temps, quand 
ils sont precedes de la preposition de : Je ne le verrai de dix 
jours; Je ne leur ecrirai de longtemps; Je ne lui pardon- 
nerai de ma vie; Je ne le verrai de sitot. 

7° Apres les locutions depuis que, il y a... que, quand le 
second verbe est au passe : // a ete malade depuis que je ne 
Vai vu; II y a six mois que je ne lui ai parte. 

Mais si le second verbe est au present ou a I'imparfait, il faut 
ajouter jt?as ou point : Depuis que nous ne nous voyons pas; 
II y avait six mois que nous ne nous parlions point. 

8° Dans quelques expressions, comme : II ne dit mot; II n'y 
a dme qui vive; Je n'ai trouve qui que ce fut; A Dieu ne 
plaise. 

9" Quand ne est suivi de que : II ne fait que rire; Je n'ai 
de volonte que la sienne. Ici ne que a le sens de seulement et 
suppose Tellipse de autre : // ne fait pas autre chose que rire^ 
Je n'ai d'autre volonte que...y etc. 



416 SYNTAXE DE L ADVERBE. 

EMPLOI DE LA NEGATION DANS LES PROPOSITIONS SUBORDONNEES 

937. On peut k volenti supprimer ou employer la negation 
ne dans les propositions subordonn6es dependant des verbes ou 
des locutions suivantes : 

Empecher, defendrey eviter que^ etc. Ex. : Defendre qu*on 
vienne, ou quon ne vienne. 

Craindre, desesperer, avoir peur, de peur que, etc. Ex. : De 
peur quil aille ou quit XLaille. 

Douter, constater, nier que, etc. Ex. : Jene doule pas que 
la chose soil vraie ou ne soit vraie. 

li iient a pen, il ne tient pas a, il sen faut que, etc. Ex. : 
II ne tient pas a moi que 'cela se fasse ou ne se fasse, 

938. On peut aussi supprimer ou employer la, negation ne 
apres les comparatifs ou les mots indiquant une compa- 
raison : autre, autrement que, etc. Ex. : 

Vannee a ete meilleure quon Vesper ait ou quon ne 
Vesper ait. 

Les restdtats sont autres qu'on le croyait ou qu'on ne le 
croyait. 

939. De meme, apres les locutions a moins que, avant que. 
Ex. : A moins quon accorde le pardon ou qu'on n'accorde le 
pardon. 



GH\PITRE VIII 

SYNTAXE Dg LA PREPOSITION 

OBSERVATIONS GENERALES 

940. Nous avons vu que la proposition est un mot invariable 
qui sert h unir un mot h son complement. Ex. : Le livre 
de Charles; utile ^ V enfant. De et a sont des prepositions 
qui unissent livre et utile a leurs complements Charles et 
enfant, 

941 . Remarque. — Les complements marques par la pro- 
position sont ordinairement des complements d'objet indi- 
rects ou des complements de circonstance (cause, maniere, 
temps J lieUy etc.) (Yoyez g 551). 

942. Les prepositions precedent ordinairement le comple- 
ment, excepte durant et voici, voila, qui peuvent se mettre 
apres; on dit : durant sa vie ou sa vie durant; me voici, 
vous voila, et voila lui qui refuse; voila moi qui pourrais 
vous renseigner. (Yoyez g 537). 

La preposition et le complement peuvent aussi 6tre places 
par inversion devant le mot qu'ils completent. Ex. : Chez 
nous, le soldat est brave; chez les Remains, le soldat etait 
savant. (La Bruyere.) 

Uargent en honnete homme erige un scelerat. (Boileau.) 

943. Deux prepositions peuvent preceder le meme com- 
plement, pourvu qu'elles expriment le mOme rapport de ten- 
dance, de temps ou de lieu, etc. Ex. : Soutenir quelque 
rhose envers et centre tous, — Avant, apres et pendant /a 
juerrCf nos ennemis ont tou jours e'te insdents. 

C0XK19 flirpfBIECR. 



418 SYNTAXE DE LA PROPOSITION. 

944. Devant plusieurs complements il est d'usage de re- 
peter les prepositions a, de^ en. Ex. : // aime a lire et a 
e'crire; il est plein d'ardeur, de zele et d' intelligence ; il a e'te 
premier en [rangais^ en calculi en histoire et en geographie. 

945. Les autres prepositions peuvent, selon le gout et 
I'oreille, se rep6ter devant chaque complement ou s'exprimer 
devant le premier. Ex. : // remplit ses devoirs envers ses 
parents et envers ses maitres. II vit dans la mollesse et Voi^ 
sivete. 

946. Cependant on doit repeter les pri^positions quand les 
complements expriment des idees differentes. Ex. : Dans la 
paix et dans la guerre; on vit libre et content sous la tente 
eisous le chaume. 

947. La preposition ne se repete jamais avant deux noms 
formant une seule et meme expression. Ex. : La fable du 
Loup et I'Agneau, </w Meunier, son fils et Fane; le ro- 
man de Paul et Virginie. 

948. Certaines prepositions peuvent etre employees ab- 
solument, c'est-a-dire sans complement, comme des ad- 
verbes; telles sont : apres, aupres, avant, depuiSj derriere, 
devant, etc. Ex. : Je lai gronde aprfes. Je ne la,i pas vu 
depuis. 

949. Nous allons passer en revue les principales prepo- 
sitions simples et les locutions prepositives^ en signalant les 
parti '^.ularites de leur syntaxe. 

REMARQUES PARTICULI^ES 

950. A marque generalement ; 1* la direction, la tendance, 
I'inlention ; 2* le temps et le lieu (avec idee de repos, de 
residence); 3« la possession; 4« I'eloignement, I'origine; 
5° I'instrumwit, la maniere. 



PREPOSITION X. 



41f 



« Quand, dit Littre, partant de ces significations fondamentales, on 
examine les acceptions telles qu'elles se comportent dans le langage, on 
rencontre une variete extreme de nuances, qui rend tr6s difficile le clas- 
seraent des sens. Un mot aussi petit et aussi employe que a est devenu 
tres indetermine, de maniere a se preter a une foule d'emplois diff6- 
rents. Comme toute preposition, il exprime un rapport, et ne pout etre 
bien apprecie independamment des deux termes qu'il lie, aussi bien Van- 
Ucidenl que le consequent » (c'est-a-dire le terme qui precede et le terme 
qui suit). On pourrait en dire autant de la plupart des prepositions, 

lo A marque la direction, la tendance, I'intention, Ex, : 



// va a Paris. 

On les exhorle a oembattre. 

II donne Vaumom am: pauvres. 

ll vaque k ses affaires. 

II est enclin a la paresae. 



Il retourne a la campagne. 
II remet Vaffaire a demain. 
II est d&voue a la France. 
JS Vai contraint a travailler. 
II aspire k la premiere place. 



2° A marque le temps et le lieu. Ex. : 



II 6tait Ih k huit heures. 

II demeure a Paris. 

U est a la fin de sa carriere. 



II part au mois de mat. 

II reste a la porte. 

Je voyagerai au printemps. 



5° A marque la possession. Ex. 



Ce livre est a moi. I Cette maison est k Charles. 

Ce cheval appartient a mon frere. | Cest a vous de prendre garde. 



On ne le trouve dans ce sens apres un nom que dans 
les locutions populaires : la barque a Caron; la vache A 
Colas. 



A marque I'eloignement, I'origine. Ex. : 



'\ 



// arrache une branche a cat arbre. I J'ai puis4 de Veau k la fontaine, 
ll echappe a notre poursuite. II a demande conseil a un ami. 

H a retir4 $a confrance a cet homme. I J'emprunte de V argent a Andri. 



4i0 SYNTAXE DE LA PRjgPOSITION. 

5<> A marque I'instrument, la mani^re. Ex. 



Cett iin fusil a aiguille. 

11 peche a la ligne. 

II se promene a cheval. 

II se ruine avLjeu. 

A Ventendre, on le croirait riche. 



A vrai dire, il elait pauvre. 

A le voir, on le prendrait pour un 

prince. 
A tout prendre, il vaut mieux se 

taire. 



951. A sert aussi d marquer une evaluation. Ex. : // y 
avail Ih cinq a six cents personnes. Mais quand la quantite 
n'est pas susceptible de division, il faut employer ou. Ex. : 
// y avail la cinq ou six personnes. 

952. A entre encore dans une foule d'expressions elliptiques 
ou il fait corps avec le complement. Ex. : k la le'gere, a la 
de'robe'e, a bon marche, a prix d'argenl, a gros interelSy a 
revoir, au fur el a mesure (c.-a-d. selon le prix [fur, anc. 
franc, fuer, feur, venant du mot latin fdrum, place, marche, 
qui au moyen ^ge voulait dire prix] et la mesure). 

L'emploi de d. etait encore plus varie et plus etendu dans notre an- 
cienne langue. De nos jours il a disparu de plusieurs constructions oii il 
ligurait jusqu'au dix-septieme si6cle. 

A marquant la possession avec un nom de personne. Ex. : 
Car fut I'esp^e k mouU noble vassal (Chanson de Roland). 
Yous fustes fits au bon comte Reqnier (Roncevaux). 
Edouard II, qui fut phre au gentil roi Edouard (Froissart). 
Soeur de Pdris, la fille au roy d'Asie (Ronsard). 

A dans le sens d'avec. Ex. : 
Puis il s'escrie k sa voix grant et haute (Chanson de Roland). 
A Pepin (lis) orent guerre qu'avez out canter (Berte). 
Quand ils eurent bien consider 6 la dure guerre qu'iU avoient aux 
Anglois (Froissart). 

Mon frdre et Madame la comtesse de^ Hainaut vous recevront k grand 
joie (id.). 

Les choses mortes ont encore des relations occultes k la vie (Mon- 
taigne'. 
Ve noire sang au Uur font d'horriblei melanges (Corneille). 



PREPOSITION X. 421 

A dans le sens de vers. Ex. : 
Seigneur baron k Charlemagne irez (Chanson de Roland). 
Comme L. Julius s'en alloit aux Sabins (Malherbe). 
Je meditois ma fuile aux terres Mrangbres (Racine). 
La cour s'^toit avanc^e k Poitiers, et Monsieur de Chdteauneuf insis- 
tail poiir la faire marcher k AngouUme (La Rochefoucauld). 
A toi seul j'ileve mes yeux (Gorneille). 

A dans le sens de pour. Ex. : 

Et sachez qu'il n'avoient viandes entre aus (eux) tous k plus de trots 
seniaines (Yillehardouin). 

Au roys [ils] apport^rent divers joiaus k present (Joinville). 

Amis leur soni n^cessaires k Icurs bonnes actions aecomplir (Oresme). 

// leur avoit donnd k capitaine un moult gentil prince (Froissart). 

II avoit eu k espouse et k femme la soeur du dit roi F errand (Com- 
mines). 

Us se prSsentoient promptement k faire les informations (Monluc). 

Unis pour le butin, divisis au partage (Racine). 

On ne saigne point en ce pays aux rhumatismes (Sevigne). 

Ce n'est pas un ivinement fort rare k un titulaire d'enterrer son sue- 
cesseur (La Bruyere). 

A dansle sens de par. Ex... 

A tous se fit aimer Berte (Berte). 

// preschoit que Vestal de I'Bglise seroit reformS k I'espSe (Commines). 

A fin qua son retour le malheureux se voye manger aux avocats (Du 
Bellay). 

Les hommes bruslds k cenlaines (Aubigne). 

Cettt pratique est juste; elle est autorisSe auz phres de VEglise 
(Pascal). 

Ce grand cosur qui paroit aux discours que tu liens (Gorneille). 

Notre plume k lui seul doit se laisser conduire (id.). 

A dans le sens de en avec le participe present. Ex. : 
A saillir un foss6, le coursier tribucha (Froissart) . 
Us triomphent k montrer Id-dessus la folie du nionde (Pascal), 
A les dSfendre mal je les aurois trahis (Gorneille). 
A vainc^e sans pSril on triomphe sans gloire (id.). 



m SYNTAXE DE LA PROPOSITION. 

ValUgresse du cceur s'augmente k la rSpandre (Mola^re). 
Le philosophe consume sa vie & observer les hommes, et il me «c* er 
prits k en d^mSler les vices et le ridicule (La Bruyere). 

A dans le sens de dans. Ex. •. 

Fait assembler touz les princes qu'tl pot (peut) d sa tcrre trover (La 
chanson des Saisons). 

Et k ce temps-la les Escots (ficossais) prisoient assez peu les Anglais 

(Froissart). 

... Va combattre et montrer a ton roi 
Que ce qu'il perd ati comle, il le retrouve en ioi (Corneille). 
// a fallu mettre voire con fiance au mensonge (Pascal). 
Trempa-t-elle aux coinplots de ses frhres perfides (Racine). 
Saint Jean Mail retenu aux j^risons d'H^rode (Bossuet). 
Meltons le sceptre aUX mains dignes de le porter (Racine). 
On ne croit pas qu'il y ait du poison k son affaire (Sevigne). 

953. De marque generalement le point de depart, I'origine, 
la cause, I'appartenance : 

l** Le point de depart. Ex. : // vieni de Paris; il sort de 
terre; il selance du rivage; il s'est leve de bonne heure; Van 
mille de V Incarnation. 

2« L"origine. Ex. : Les vents du nord; les peuples du midi; 
les productions des colonies. 

3" La cause ou lemoyen. Ex. : Elle tremblait depeur; ilest 
entre de force; il paye de ses deniers; le coeur hattant de 
jylaisir. 

¥ L'appartenance. Ex. : Le livre de Pierre; les fables de 
La Fontaine; les malheurs de la guerre. 

954. De sert aussi souvent a marquer le sens partitif : 
Ex. : // a ete chercher de lean; il a de Vactivite't de lintelli- 
gence. 

955. De se met dune maniere expletive devant I'adjectif 
qualificatif, apres les expressions vagues, indefinies : i^ien, 
ceci, cela^ qui, quoi, personne, quelqu'un, quelque chose. 
Ex. : Kien de nouveau; il a cela de bon; que savez-vous de 
neuf? Quoi d'etonnant? etc. 



PROPOSITION DE. 425 

956. De se met egalement devant un adjectif ou un par- 
ticipe apres un adjectif numeral ou un nom de nombre. Ex. : 
// ij eut deux cents soldats de lues ; il ntj en a pas deux de 
bons ; il y a la moitie des eleves de recompenses. 

957. Quelquefois, dans le style familier, de se met entrc 
deux noms reunis par apposition. Ex. : f^ous avons Men 
rapporte des choses de sa folic de m^re (Sevigne). — IJn 
saint homme de chat (La Fontaine). — Vn fripon d,' enfant (id.). 

On dit de meme : un diahle d' homme; un drdle de corps; 
son honnHe homme de p^re; le traitre de valet; un coquin 
de neveu; etc. 

C'est la m^me construction qu'on retrouve dans : la ville de Parie^ I'iU 
de Corse, le fleuve du Rhdne, etc., ou chacun des mots Paris, Corse, 
Hhdne, est apposition au nom precedent. 

958. Dans les phrases interrogatives qui expriment une 
comparaison, on repete quelquefois de devant chaque terme 
de la comparaison. Ex. : Lequel des deux fut le plus intre- 
pide, de Cesar ou 6.^ Alexandre ? — // est difficile de decider 
laquelle on devait le plus encourager, de V agriculture ou de 
Vindustrie (Gondillac). 

Quand les deux termes d une comparaison sont des infi- 
nitifs, de se met devant le second. Ex. : Plutot mourir que 
d'etre esclave. 

959. De se construit encore d'une mani^re expletive devant 
un infmitif sujet reel d'un verbe impersonnel. Ex. : // est 
beau de mourir vainqueur; il importe d'ecouter; tl est 
honteux de mentir (c.-a-d. mourir vainqueur est beau, 
ecouter importe,... etc.). 

960. De se joint d I'infinitif de narration. Ex. : 

Grenouilles aussitdt de sauter dans les ondes, 

Grenouilles de rentrerdans leursgrottes pr§fondes (La Fontainej. 

Ainsi dit le renard, et flatteurs d^applaudir (id.). 



424 SYNTAXE DE LA PROPOSITION. 

Lui de crier; chacun de rire (La Fontaine). 

Et grenouilles de se plaindrcy ' 

EtJupin de leurdire... (id.). 

96i. De, place entre les litres et des noms propres de ville 
ou de propriete, sert a former les noms de families nobles : 
Madame de Sevigne, le due de La Rochefoucauld. 

962. De entre dans la formation de plusieurs gallicismes : 
Si fetais que de vous; si jetais de vous (c.-a-d. si fetais 
vous); cert a moi de parler; on dirail d'un enfant; on la 
traite de Idche; pesle de l imbecile! il a fait cela de lui- 
meme, etc. 

963. De sert encore a former les locutions prepositives : 
loin de, pres de, vis-a-vis de, au-dessus de, a force de, etc. 

Dans notre ancienne langue I'usage de la preposition de etait, comme 
nous I'avons vu pour la preposition a, encore plus 6tendu et plus varie. 
Ex. : 

Avec le sens de sur, au sujet de : 

Cest d'Aucasin et de Nicolete. 

Cest celui de qui Scaurus r6pondit... (Malherbe). 

La reine et Monsieur cherchoient toutes sortes de voies pour effacer 
les impressions que le roi avoit de leur conduite (La Rochefoucauld). 

On seme de sa mort d'incroyables discours (Racine). 

Je pleure, he las ! de ce pauvre Holoferne (id.) 

Onnepensepastoujourgconstamment d'un mime sujet (La Bruy^re). 

// n'icrit jamais de moi (Sevign^). 

Avec le s«ns de par : 
Est-ce trop Vacheter que d'une triste vie (Comeille). 
La porte de la ville nest d^f endue de rien (La Rochefoucauld). 
La mode aidSe du temps et des anndes (La Bruyere). 
De ses bras innocents je me sentis presser (Racine). 
II est enveloppi de deux «scadrons (Sivign^). 



PREPOSITION EN. 425 

Avec le sens de avec : 

Quand il apergut qu'il estoit mal de la roine et du comte de Kent 
(Froissart). 

Si je veux passer mon temps de qiielque fol, je me donne du plai- 
sir de moi-mime (Malherbe). 

// sembloit toutefois parler d'affection (Corneille). 

11 dansa d'w/ie perfection, d'wn agrdment qui ne se pent reprisenter 
(Sevigne). 

U usage a prif6r6 a armde » d « o*< », « monaslbre y> h a moustter », 
mots qui devoient durer d'une igale beauiS (La Bruyere). 

Avec le sens de a, pour : 

El fut mis en ddlibSration ce qui etoit de faire (Commines). 

La valeur est une adresse de repousser les dangers (Malherbe). 

Le plus court chemin A'avoir des biens, c'est de les mipriser (id.). 

Une servitude a laquelle ils ont peine de se soumettre (La Rochefou- 
cauld). 

Vous avez vu dans voire lettre la rdponse de celle oil vous me propfh- 
siez d'attendre (Sevigne). 

Avec le sens de a cause de : 
// demeure muet du respect qu'il leur parte (Malherbe). 
J'ai tant d'intdrH de connaitre ce fits (Corneille). 
Je Vaimerai toute ma vie du courage qu'il a eu (Sevign6). 

Avec ie sens de en : 

Ceux de dedans se ddfendirent tres durement de traire et jeter pierres 
(Froissart). 

Tu perds temps de me secourir (Malherbe). 

Vous m'embarrassez beaucoup de me demander mon avis (La Roche- 
foucauld). 

Et de le ddtourner je croirois faire un crime (Corneille). 

line con fiance qu'ils ont A'eux-mimes (La Bruyere). 

964. En et dans signifient a Vinterieur de, avec ou sans 
mouvement. Ex. : // est en Finance; il ira en Espagne; il vit 
dans les bois ; il entre dans la maison. 

En se met devant les noms indetermines. Ex. : En paix, 



426 SYNTAXE DE LA. PREPOSITION. 

en guerre, ew vllle, en campagne, en mer, en affaires, en 
colere, en voyage, en voiture, etc. 

On dit cependant : en V absence de...; en Vhonneur de...; 
en ce moment...; en Tan det<.r ccw^ etc. 

965. Dans se met devant les mots precedes de I'article ou 
d'un adjectif possessif, deraonstratif, etc. : Dans la guerre de 
Cent ans la France a ete souvent bien pres de sa mine ; dans 
la mer vivent des poissons enormes ; dans cette voiture on est 
mollement transports. 

En et dans s'emploient aiissi au figure en parlaiitdu temps; 
mais en signifie dans Vespace de, etdans signifie apres. Ex. : 
// fera ce voyage en trois jours (c.-a-d. qu'il sera trois jours 
en voyage) ; il fera ce voyage dans trois jours (c-a-d. qu'il 
fera ce voyage apres que trois jours se seront ecoules). 

966. En le, en les, dans le, dans les, est ordinairement 
remplace par au, aux : // fait un voyage au Japon, aux 
Indes; avoir les larmes aux yeux, tomber aux mains des 
ennemis, loger aux environs. 

Mais en s'emploie devant les noms feminins singuliers : 
// fait un voyage en Ame'rique, en Angleterre, en Chine, 
en France, etc. 

967. En s'emploie quelquefois dans le sens de comme, en 
qualitede. Ex. : // parle en maitre; il agit en honnete homme. 

968. En place devant le participe present sert a former le 
gerondif ; On sinstruit en lisant; on devient fort en sexer- 
gant (voyez g 840). 

En s'employait autrefois dans une foule de constructions oii nous 
mettons a ou dans. 
Envoier troiz cens chevaliers en Constantinople (Joinville). 
Messire Thomas, qui se tenait en Bordeaux (Froissart). 
Et mistrent le feu en une maison (Commines). 
// alia jusqu'en Jerusalem (id.). 
En son dernier soupir (Montaigne). 
On va voui emmentr voir* filH tn Alger (Moli6re). 



PRfiPOSiriON A.VANT. 

U court de met en mei', ahorde en lieu sauvage (La Fontaine). 
// nous envoie son fiU du del en la terre (Bossuet). 
Cest par leur paresse qu'ils laissent croilre les ronces et les dpines en 
la place de$ vendanges et des moissons (Fenelon). 
Irdne se transporle en Epidaure (La Bruycrej. 

De la vient I'expression : je crois en Dieu,je crois en vous, en toi; j'ai 
confiance en vous, etc., pour : je crois k Dieii,... 4 vous,... A toi, etc. 

'•969. En sert a former plusieurs locutions adverbiales, 
^omme : en avant, en dessus, en dessous, en basy en haul, 
en outrCy en Iraven, etc. 

970. Avant et devant marquent la priorite; mais avant a 
rapport au temps, et devant au lieu, a la situation. Ex. : Cela 
est arrive avant Vere chretienne ; je me suis arrete devant 
I'eglise. 

Employe au figure, avant marque la priorite d'ordre, de 
merite ou de preference. Ex. : // est place avant nous; on 
met Demosthdne avant Ciceron; il faut mettre le devoir 
avant tout. 

Employe au figure, devant signifie en presence de. Ex. : 
Tous les hommes sontegaux devant la loi. 

971. Avant sert a former les locutions conjonctives avant 
que, avant que de, qu'on a reduit k avant de. Ex. : Mo'ise 
mourut avant ^' avoir pu passer le Jourdain. 

Avant done que d'ecrire, apprenez a penser (Boileau). 

All dix-scptieme siecle, devant s'employait dans le meme sens quo 
avant. Ex. : 
L'int^rSl de I'honneur vd devant Vamitid (Rotrou). 
Encor que vou9 partiez beaucoup devant le jour, 
Vous ne serez jamais assez tot de retour (Corneille). 
Et devant quHl soil pen nous en verrons Veffel (id.,). 
Vdne d'uti jardinier se plaignoit au Destin 
Vece qu'on le faisoit lever devant I'aurore (La Fontaine). 
Illui demanda devant que de Vacheter, d, quoi il lui seroit propre (id.) 

Celle-ci privoyoit jusgu'aux moindres oragei, 

Et devant qn'ils fussent ^clos 

Les annongoit aux matelots (id.). 



428 SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 

J'ai fait, devant que de veni7- ici, deux cent cinquante lieues (Voiture). 
Je metlrai d^sormais ma santi devant toutes choses (S^vigne). 
Un peu devant sa mort (Bossuet). 

Couronnons-nous de roses devant qn'elles soient flitries, disent les 
impies (id.). 

972. Entre indique I'espace qui separe deux ou plusieurs 
objets : // est assis entre vous deux; Tours est entre Paris el 
Bordeaux. 

Entre se dit aussi au figure, en parlant du temps : Entre 
midi et une heure; — en parlant de choses abstraites : Place 
entre le vice et la verlu; flotter entre la crainte et Vespe- 
rance. 

Entre exprime aussi le rapport, la liaison que des choses 
ont Tune avec Tautre : Valliance entre la France et la 
Russie; entre amis; ils causent entre eux, etc. 

973. Entre sert a former plusieurs gallicismes. Ex. : 
Entre quatre murs (c.-a-d. en prison); entre quatre yeux^ 
(sans temoins); wa^fer entre deux eaux (sousl'eau); regarder . 
quelquun entre les deux yeux (le regarder fixement); entre 
nous (en confidence); entre-Zemjos (dans I'intervalle), etc. 

974. Hors veut dire a Vexterieur et se construit souvent 
avec de. Ex. : Mettre hors la maison, hors la loi; — hors de 
la ville, hors de France, hors de chez eux. 

•Hors signifie aussi excepte et se construit alors sans la 
preposition de. Ex. : 
Nul naura deVesprity hors nous et nos amis (Moliere). 

975. Hormis derive de hors (voyez g 558), a le sens d'excepte 
et se construit aussi sans la preposition de. Ex. : // a tout 
perdu hormis sa fille. 

976. Hors sert a former plusieurs gallicismes : 6tre hors 
de soi, hors des gonds (c.-a-d. en fureur), hors dkaleine; 
un malade hors d' affaire; hors de prix; etre hors de page 
(c.-a-d. avoir accompli le temps de son service comme page, 
etre tout k fait son mailre. 



On prononce d'ordmaire : entre-quatre-x-yeux. 



PREPOSITIOiN PAR. . 429 

977. Par se met surtoul apres les verbes a la forme passive, 
Ex. : Cette piece etait /Mepar lauteur. Dans ce cas par marque 
Tagent, le point de depart. 

Par marque aussi le passage, le moyen, la cause, le motif. 
Ex. : // a passe par Bordeaux; U a voyage par eau; un 
homme estimable par ses talents; il a ete puni par erreur; il 
a fait cela par curiosite. 

Par marque encore la distribution : Xai divise ce livre par 
chapitres; on paye tant par tete. 

PaV s'emploie pour affirmer, pour prier. Ex. : // en jure 
par sa foi. 

Par le salut des Juifs, par ces pieds que fembrasse^ 
Par ce sage vieillard, Vhonneur de votre race, 
Daignez d'un roi terrible apaiser le courroux (Racine). 

978. Par sert a former des prepositions composees : par 
chez, par-^/essoMs, -paT-dessus, par devant, par devers; — des 
locutions adverbiales : par en hauty par en bas, par-ci, 
par-/a, par trop, par consequent; — la locution conjonctive : 
parce que. 

979. Parmi, signifiant par le milieu de, se construit devant 
un nom au pluriel ou un nom collectif. Ex. : // fut trouve 
parmi les morts; il re'pand ce mensonge parmi nous; ilerrait 
parmi la foule. 

Le dix-septieme si6cle a employe parmi avec un complement au sin- 
gulier, quand ce complement designait un nom pouvant avoir un 
milieu. Ex. : 

Que de pointes de feu se^erdent parmi I'air! (Corneille). 
Sultan Uopard autrefois 
But, ce dit-on, par mainte aubaine. 
Force moutons parmi la plaine (La Fontaine). 

Parmi cette envie de dire toujours tout ce qui petit plaire, il y a Mm 
de V esprit et de la dignity (Sevigne). 

980. Pour marque I'intention, la destination, le motif, la 
cause, etc. Ex. : // fait cela pour sa mere; il fait de Vexercice 
pour sa sante ; il « ete puni pour une (ante legere. 



450 ^ SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 

Pour marque aussi la qualite, la comparaison, la recipro- 
cite, I'echange, etc. Ex. : // se fait passer pour roi; sce'le'rat 
pour scelerat, it vaut mieux etre un hup qu'un homme (La 
Fontaine) ; ml pour cei/, dent pour denty rien pour rien. 

981. Pour se construit avec un infinitif : Je suis venu pour 
vous voir, pour vous parler. 

II a dans ce cas le sens de aHn de\ mais powr marque un 
but plus present; a fin en marque un plus eloigne. Ex. : On se 
presents devant le prince pour hiifaire sa cour: on lui fait sa 
cour afin d'obtenir des graces (Littre). 

982. Pour forme avec que eipeu les locutions conjonctives 
pour que, pour peu que, qui sont suivies du subjonctif. Ex. : 
Je viens vous voir pour que nous parlions de nos affaires; 
pour peu qu't/ paraisse, tout est en joie. 

983. Pour sert k former quelques locutions : Charles en est 
pour ses visiles et Andre' pour son argent (c.-a-d. qu'ils ont 
perdu I'un et I'autre) ; pour etre soldat, vous nen etes pas 
moins homme; il pesait le pour et le contre. 

984. Pres de forme une locution prepositive qui exprime 
la proximite aussi bien dans I'espace que dans le temps. Ex. : 
// demeure pr6s du theatre; il a etc absent pres d'ww mois. 

985. Aupres de exprime la meme idee de proximite, mais 
seulement dans Tespace : II reste aupres de son pere; il de- 
meure aupres de Veglise. 

Pres de et aupres de peuvent marquer la comparai- 
son. Ex. : 

Pour vous reqler sur eux, quesont-ils pres de vous? (Racine.) 

Jig trouvaient cette perte legere aupres Ae la premikre. 

986. Pr^B de, pr§t a. — 11 ne faut pas confondre la locu- 
tion prepositive pres de avec I'adjectif prfit a. Pr6s de suivi 
d'un infinitif signifie sur le point de : La lampe est pres 



PROPOSITION \UPRi;S DE. 431 

de seteindre. — Pret k signifie dispose h : Vignorance ton- 
jours est prete a s admirer, 
Au dix-septieme siecle ces nuanees n'etaient pas observees. Ex. : 
Un vieillard pret d'aller oU la mort Vappeloit (La Fontaine). 
Le voild. pr6t de [aire en tout vos volonUs (Moliere). > 

On dtoit pret d'aller se divertir a Fontainebleau (Sevigne)- 

987. Aupres de, au prix de. — Ces deux locutions pre- 
positives signifient en comjparaison de; mais au prix de ne 
s'emploie que pour les choses et les personnes qui peuvent 
se priser, s'estimer. Ainsi on dira : Mes malheurs ne sont 
rien anpres des vdtres (et non au prix des vdtres). 

Ces nuances n'etaient pas non plus observees au dix-septieme siecle. 

La mort aux rats, les souricieres 

^'^toient que jeux au prix de lui (La Fontaine). 

Que I'homme comidere ce qu'il est au prix de ce aui eat (Pascal). 

988. A travers, au travers exprime la m^me idee de* 
passer de part en pari ; mais au travers est toujours suivi de 
la preposition de : II se fit jour au travers des ennemis. — 
A travers n'en est pas suivi : // marchait a travers les 
e pines. 

Cependant on trouve dans Bossuet : A travers de ces affaires et de 
ces Spines, que de pdchds, que d' injustices I et dans Buffon : Le lynx ne 
voit pas au travers la muraille. 

Mais ces exemples ne sont pas a imiter. 

989. Sans marque le manque, I'exclusion ; Ce vieillard est 
mort sans he'ritiers, 

Madame, sans mentir, j'etais de vous en peine (Moliere). 

Sans suivi de deux complements se repute quand ces com- 
plements sont unis par et. Ex. : Cette nation est sans force et 
sans vertu. 

On ne r^pfete pas sans quand les deux complements sont 
unis par ni. Ex. : Cette nation est sans force ni vertu. 

Ni exprimant une idee negative comme sans, la repetition de la pre- 
position n'est plus necessair«. 



43f SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 

990. Le complement de sam se met au singulier ou aii 
pluriel selon I'idee que represente ce complement. Ainsi Ton 
dira ayec le pluriel : une ville sans habitants; et avec le 
singulier : des jeunes gens sans intelligence, sans activite. 

Mais on pent mettre au singulier ou au pluriel : Vn devoir 
sans faute ou sans f antes-, tin enfant sans defaut ou sans 
defauts. 

991. Sans forme avec que la locution conjonctive sans 
que. Cette locution, toujours siiivie du suBjonctif, ne prend 
jamais de negation. Ex. : Vous pouvez trailer avec lui sans 
craindre qu't/ vous trompe. 

Je regus et je vols le jour que je respire 

Sans que pere ni mere ait daigne me sourire (Racine). 

992. Sans entre dans la composition de plusieurs locu- 
tions adverbiales : sans doute, sans fin, sans fagon, sans 
faute, sans cesse, etc. 

993. Sous sert a former divers gallicismes : Passer sous 
silence; af firmer sous serment; SOUS caution; sous peine de 
la vie; sous benefice dHnventaire; sous main (c.-a-d. se- 
eretement); etc. 



'. Sur entre aussi dans la formation de plusieurs galli- 
cismes : sur Vheure, sur le point de, sur ma parole, sur ce 
(c.-a-d. 1^-dessus, en terminant), sur-le-champ, sur tout, etc. 

995. Vers marque la tendance, la direction : nager vers la 
rive, tendre les bras vers nous. 

II a quelquefois le sens d'environ : nous partirons vers 
midi; vers le commencement du regne de Louis XIV, 

996. Vers sert a former les prepositions envers et devers. 
Envers s'emploie au sens moral et figure : Son ingratitude 
envers moi; sa pitie envers les pauvres. 

997. Devers, qui avait le meme sens que vers, n'est plus 
g^ere usite que dans la locution prepositive par devers. 



FREPOSirlON ENVERS. 455 

Par devers signifle en la possession de et s'emploie sur- 
tout devant un pronom. Ex. : // avail par devers lui les 
preuves du contraire; fai par devers moi des preuves a 
Vappui. 

Au dix-scptieme et au dix-huitieme siecle on employait vers pour en- 
vets, a I'^gard de. Ex. : 

Je deviens sacrilege ou je guis parricide^ 

Et vers I'un ov vers V autre il faut ^tre perfide (Corneille). 

Je irouve une esphce d'injustice bien grande d me montrer ingrate, ou 
vers I'un ou vers I'autre (Moliere) . 

Vun de V autre jaloux, I'wt vers I'autre per fides (Voltairej. 

On trouve aussi vers mis pour par devers 

II a vers soi, presque toute aohev^et une vie des vieux m^decins grecs 

et latins (Gui Patin). 

998. Envers sert a former la locution adverbiale enVers 
et contre tons. Ex. : Je le defendrai envers et contre tons. 

999. Vis-a-vis (en face) se consti^uit avee de. Ex. : Je me 
plagai vis-a-vis de lui. 

Cependant, dans le style familier, I'usage permet de dire : vis-^-vis 
iiotre maison; vis-i-vis le palais. 

Dans aucun cas cette locution ne se prend au figure ; il faut 
dire : Ingrat envers son hienfaiteur, et non vis-^-vis de son 
bienfaiteur, 

1000. Voici, voila sontdeux locutions prepositives formees 
a I'aide du verbe voir (voy. § 538) ; elles sont souvent opposees 
Tune a Tautre. Ex. : 

Voici voire roi, peuple, el voila voire reine (Corneille). 

Voici annonce ce qu'on va dire; voila rappelle ce qu'on 
vicnt de dire : Voici ce que je vous apporle : une hisloire, 
une grammaire et un alias. — La prudence et la sagesse, 
voila ce que Salomon demanda a Dieu. 

Voici et voila out un compose, usili seulement daus le 

COURS SUP£Rl£UR. ^8 



434 SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 

langage familier : La ?'evoici, me revoila. Ces deux mots 
sont formes par analogic avec le verbe revoir, 

Voila se construit comme un \erbe dans la lournure 
interrogative : Ne voila-t-il pas. Ex. : Ne voila-M/ pas une 
belle equipee? 

Ne voila-t-il pas une belle tiquipSe? est un curieux exemple de gal- 
licisme. L'adverbe voila est compose de vols et la ; mais dans le cas par- 
ticulier qui nous occupe, la locution complete semble etre pour : iN'e 
voit-il pas let, une belle iquipde? Le t est amene par le son a qui donne 
au mot compose voila I'apparence d'un verbe de la conjugaison en er. 
Cette assonance finale nous parait etre une des raisons qui out fait pr6- 
ferer voila a void dans cette locution. Mais il est mis ici pour on; la 
phrase redressee serait done : Ne voit-on pas la une belle iquip6e? 

Du reste il est a remarquer que le son t-il (prononcez tt] tend a de- 
venir dans la langue populaire une particule interrogative qui se met 
apres toutes les personnes : Jesuis-i-W heureux; nous sommes-nous-t-il 
amuses, etc. II est inutile d'ajouter que ces tournures ne sont pas a 
imit«r. 



GHAPITREIX 

SYNTAXE DE LA CONJONCTION 

1001. Nous avons vii (§545) qu'on divise les conjonclions 
en deux classes : les conjonctions de coordination et les 
conjonctions de subordination. 

Les conjonctions de coordination servent a reunir deux 
mots ou deux propositions qui restent neanmoins indepen- 
danles I'une de I'autre. Les principales sont : et, ou\ ni, 
mais, car, done, or, cependant, neanmoins, sinon, toutefois, 

Les conjonctions de subordination servent a reunir 
deux propositions dont I'une depend de I'autre, lui est subor^ 
donne'e. Les principales sont : que, comnie, lorsque, puisque, 
quand, quoique, si. 

1002. La conjonction se met entre deux propositions coor- 
donnees; le del est sombre et la pluie va tomber; — et devant 
une proposition subordonnee, que celle-ci soit avant ou apres 
la principale : Vous serez gronde quand vous rentrerez, ou 
quand votes rentrerez, vous serez gronde'. 

CeAie inversion est permise avec comme, si, puisque, 
lorsque, quand et la phipart des locutions conjonctives. 

1. CONJONCTIONS DE COORDINATION 

1003. Et est une conjonction tres usitee qui sert a unir les 
mots ou les merabres de phrase. Quand il y a enumeration, en 
peut rep6ter ou ne pas rep^ter et. Ex. j 



456 SYNTAXE DE LA. CONJONCTION. 

Et le riche et le pauvre, et le faible et le fort 
Vont tons egalement de la vie a la mort (Voltaire). 

Elle hdtit un nid, pond, couve et fait eclore (La Fontaine). 

On pent meme supprimer et quand il y a gradation dans 
les idees. Ex. : 

Femmesy moine, vieillards, tout etait descendu : 
Vattelage suait, soufflait, etait rendu (La Fontaine). 

1004. On marque Talternative entre deux idees et suit les 
memes regies que et. Ex. : 

Plus de raison : il faut ou le perdre oil mourir (Racine). 

On est quelquefois renforce par I'adverbe hien. Ex. : Je 
viendrai, ou bien fecrirai. 

1005. Ni sert a reunir : 

1" Deux propositions negatives : // ne hoit ni ne mange; 
2° Deux propositions dependant d'une proposition negative : 
Je ne crois pas quHl vienne, ni meme qu'il pense a ventr. 

Ni exclut d'ordinaire;}as ei point; par exemple : il nest ni 
bon ni mauvais. 

Cette derniere regie n'^tait pas obserY^e au (Jlx-septi^me siecle : on 
mettait avec ni les negations pas et pointy qui s'omettent aujourd'hui. 
Ex. : Ni le roi ni la reine n'y veulenl point consentir (Sevigne). Ce liest 
point ni un ennemi ni un stranger (Bossuet). 

Une noble pudeur d, tout ce que vous faites, 

Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni I'or (Racine). 

2. CONJONCTIONS DE SUBORDINATION 

1006. Que est la plus usitee des conjonclions de subordi- 
nation. Elle sert ordinairement ^ joindre \di proposition subor- 
donnce a la proposition principale. Ex. : Je crois que vous 
vous trompez; Que vous soyez fatigue\ ce nest pas etonnant 
apres une pareille course. 



CONJONCTIONS DE SUBORDINATION. 43/ 

Que sert aussi ^ unir les deux termes d'une compaiaison : 
Ex. : // est plus heureux que prudent. 

1007. Que se met aussi : 1° Apres les adjectifs autre, quel, 
meme, tel, etc. Ex. : // est tout autre que je ne pensais; 
quelle que soit votre resolution, je pense de meme (\Vi autre- 
fois; il nest pas tel que vous, 

2° Apr^s les adverbes aussi, autant, mieux, ailleurs, plutot, 
plus, moins, etc. Ex. : // est aussi sage que vous; je ne Ves- 
time pas autant que vous; il travaille mieux que lui, etc. 

3° Apres un verbe impersonnel. Ex. : // n arrive jamais 
que les grands manquent de flatteurs. 

1008. Que s'emploie seul dans les phrases telles que : 
qu'i/ entre; qu'i/ m'ecoute; que la guerre e'clate, VEurope 
sera bouleverse'e ; que je vous conte ,une histoire qui m'a 
fait plaisir. 

Mais que dorenavant on me blame, on me loue, 
Qu'ow dise quelque chose ou qu'ow ne dise rien, 
Ten veux faire a ma tele (La Fontaine). 

Ces phrases sont elliptiques; on peut sous-entendreje veux 
qu'il entre; supposez que la guerre eclate, il faut que je vous 
conte, etc. 

1009. Que forme avec la negation ne une locution adver- 
biale equivalant a seulement. Ex. : 

Vn loup n' avail que les os et la peau, 

Tant les chiens faisaient bonne garde (La Fontaine). 

Cette locution a aussi le sens de continuellement, sans cesse. 
Ex. : // ne fait que rire; il ne fait que parler. 

Ne que suivi de de prend le sens de tout a Vheure, a 
Vinsiant. Ex. : // ne fait que de rentrer (c.-a-d. il ventre k 
rinstant). 



438 SYNUXE DE LA CONJONCTION . 

lOiO. Que sert h former plusieurs locutions conjonctives : 

!« Avec les noms precedes d'une preposition : a condition 

que, afin que, de maniere que, au lieu que, a mesure que, 

de crainte que, e« cai> que, de peur que, de fagon que, de 

sorte que, etc. 

2<» Avec le verbe eti^e : soit que. 

5" Avec des adverbes : bien que, loin que, pour peu que, 
non que, ainsi que, 

40 Avec des prepositions : apres que, avani que, depuis 
que, f/es que; ow^re que, jt^owr que, sans que, se/ow que, etc. 

1011. Que s'emploie souvient : 

1° A la place des locutions conjonctives : afin que^ sans 
que, depuis que, etc. : VeneZy que je vous le montre. — Je 
ne puis parler qu'iV ne niinterrompe. 

2** Pour eviter la repetition des conjonctions comme, quandy 
si. Ex. : Comme il etait tard, et qu'on craignait la chute du 
jour., on battit en retraite. Quand on est jeune et qu'ori se 
porte bien, on doit travailler. Si vons le rencontrez et qu'i/ 
vous aborde, ne dites rien. 

Pour I'emploi du suljjonctif apres la conjonction que voyez, §1029. 

1012. Remarque. — II ne faut pas confondre parce que.et 
par ce que. 

Parce que (en deux mots) est une locution conjonctive qui 
signifie par la raison que. Ex. : Je me tais, parce que fai 
tort. 

Par ce que (en trois mots) est une expression qui signifie 
par la chose que, d'apres la chose que. Ex. : Je suis instr'uit 
par ce que mon pere nia dit (c.-a-d. par la chose que mon 
pdre rna dite). 

1013. II ne faut pas confondre quoique et quoi que. 

Quoique (en un seul mot) est une conjonction signifiant 
bien que. Ex. : Quoique paresseux, il re'ussit assez bien. 



CONJONCTIOISS DE SUBORDINATION. 439 

Quoi que (en deux mots) signifie quelle que soil la chose 
que. Ex. : Quoi que vous disiezy il fait la sourde oreille. 

1014. II ne faut pas confondre la conjonclion quand avec 
la locution prepositive quant a. — Quand, conjonction, 
signifie quoique, lorsqiie. Ex. : Je viendrais quand meme il 
pleuvrait. — Je partirai quand faurai fini. 

Quant suivi de k est une locution prepositive qui signifie 
pouvy a regard de. Ex. : Quant a moi^ je nen ferai rien. 

Le mot quant est adjectif dans la vieille locution francaise toutes et 
quantes fois que.., [c'esl-k-dire aidant de fois que...). 

Quant a sert a former les locutions : se tenir sur son quant- 
k-moij tenir son quant-a-so/ (c.-^-d. prendre un air fier et 
reserve, ou garder son independance). 

1014 bis. Si, conjonction, peut avoir un sens dubitatif : Je 
ne sais si mon frere parlera; — ou un sens conditionnel : // 
viendrait si vous linvitiez. 

Si peut encore avoir un sens positif, comme dans : Si cet 
homnie est pauvre, est-ce une raison pour le me'priser? c'est-a- 
dire : De ce que cet homme est pauvre^ etc. 

Si, dubitatif, se construit avec tous les temps de I'indicatif 
et du conditionnel. Ex. : Je ne sais si mon frere parle^ a 
parle, parlera, aura parle, etc. — Je ne savais si mon frere 
parlait, avail parle, parlerait, aurait parle, etc. 

Si, condilionnel, ne se construit ni avec un futur ni avec un 
conditionnel. Ex. : Si vous parlez, je vous e'couterai (et non : 
si vous parlerez . . .) ; — Si vous parliez, je vous ecouterais (et 
non : si vous parleriez...); — Si votis aviez parle, je vous 
aurais ecouie (et non : si vous auriez parle...). 

Gependant apres si on emploie quelquefois le second passe 
du conditionnel au lieu du plus-que-parfait de I'indicatif. 
Ex. : Si vous eussiez parle, je vous aurais ou je vous eusse 
ecoute, 

C'est un souvenir du latin, qui disait : Id si fecisses causd med, 
magnam iibi gratiam habuissem {Si vous Vavies fait ou si vous I'eussiez 
fait pour moi, je vous en aurais eu beaucoup de reconnaissance). 



DEUXifiME PARTIE 



SYNTAXE DES PROPOSITIONS 

1015. La premiere partie de la syntaxe nous a appris h 
assembler deux ou plusieurs mots pour en former une propo- 
sition simple. 

Nous allons etudier la maniere de reunir \e^ propositions 
pour en former des phrases. 

1016. 11 n'y a que deux mani^res de reunir \es propositions : 
Ou bien les propositions restent ind^pendantes, et Ton se 

borne — soit a les placer I'une k c6t6 de I'autre : Je suis 
venu, fai vu, fai vaincu — soit h les reunir par une con- 
jonction : Mon pere est juste et sa honte est infinie ; on les 
appelle alors propositions coordonnees (voyez § 550). 

Ou bien I'une des propositions depend de Tautre et Ton 
obtient alors une phrase compos^e de deux propositions, Tune 
principale, I'autre subordonnee : Vhomme croit que Vame 
est immortelle est une phrase composee de deux propositions 
simples [Vhomme croitt et lame est immortelle) ; mais la 
seconde depend de la premiere, qui est dite proposition prin- 
cipale (voyez g 553). 

1017. Toutes les propositions de m^me nature peuvent^tre 
coordonnees entre elles. Ex. : 

1° Les propositions ind^pendantes. — Je suis venu, fai 



SYNTAXE DES PROPOSITIONS. Hi 

vu, fai vaincu. — Elle bdtit un nid, pond, couve et fait e'clore. 
(La Fontaine.) 

2*^ Les propositions principales. — La raison supporte les 
disgraces qui peuvent arriver, le courage les combat, la pa- 
tience les surmonte. — Vous rechercherez la societe des en- 
fants que je vous ai indiqu^s, mats vous fuirez tous les 
autres. 

S'^ Les propositions subordonn6es. — Je crois que le 
maitre est tres juste, quil recompensera les hons et qu'il punira 
les me'chants. — Celui qui regne dans les cieux, et de qui 
relevent tous les empires, h qui seul appartient la gloire, la 
majeste, IHndependance, est aussi le seul qui se glorifie de 
faire la loi aux rois et de ieur donner, quand il lui plait, de 
grandes et de terribles lemons. (Bossuet.) 

4018. Les propositions subordonndes se rattachent ordi- 
nairement k la proposition principale par les conjonctions 
que, si, quand, lorsque, afin que, etc., ou par un mot interro- 
gatif, ou par un pronom relatif. 

1019. II nous reste a etudier quelle est, au point de vue de 
la forme, Tinfluence de la proposition principale sur les pro- 
positions subordonnees : autrement dit, a quel mode et a quel 
temps se met le verbe de ces propositions. Nous verrons en- 
suite la proposition infinitive et la proposition pariicipe. 



CHAPITRE I 

PROPOSITIONS SUBORDONNtFS 

1020. Le verbe de la proposition principale est toujours 
au mode indicatif, ou au mode conditionnel, ou au mode 
imperatif. Ex. : Je souhaite que vous veniez. — Je voudrais 
que vous vinssiez. — Sotfhaitez que je reussisse. 

Dans cette phrase : Je souhaite que vous veniez, que vous 
veniez, qui est au mode subjonctif, forme la proposition 
subordonn6e. 

D'ordinaire, en effet, le verbe de la proposition subordonnee 
est au subjonctif; mais 11 peut 6tre aussi k I'indicatif ou au 
conditionnel. 



I. EMPLOI DES MODES DANS LES PROPOSITIONS SUBORDONNEES 
INTRODUITES PAR UNE OONJONCTION 

1021. Le verbe de la proposition subordonnee se met ordi- 
nairement h I'indicatif ou au conditionnel apres une conjonc- 
tion simple ou un mot interrogatif . Ex. : 

Je viendrai quand il vous plaira. 

Je le ferai si vous le voulez. 

Je croyais qu'i/ viendrait. 

Dites-moi quel jour vous arriverez. 

Savez-vous ou il est? 

Le verbe de la proposition subordonnee semet ordinairement 
au subjonctif apr^s une locution conjonctive : Je me Uve 



EITPLOI DES MODfiS. 4*3 

avaat qu'i7 fasse jour; il marche bien, quoiqu'if soit hoi- 
teux; retenez-le, de peur qui/ ne sen aille. 

Mais cette regie n'est pas absolue et elle comporte un cer- 
tain nombre d'exceptions, que nous dsYons indiquer. 

1022. Le verba de la proposition subordonn^e se met^ I'in- 
dicalif ou au conditionnel apres tous les verbes qui marquent 
un fait certain, une affirmation positive. Ex. : // convient que le 
devoir est mal fait; mais il assure quil a 6t6 trouble par son 
voisin. — // affirme que le travail serait mal fait. 

La negation et I'interrogation changent le sens de ces verbes, comme 
on le Ycrra plus loin, et amenent parfois le subjonctif. 

1025. Apres les verbes considererj reflechir, meme em- 
ployes negativement ou interrogativement, on met toujours 
i'indicatif ou le conditionnel. Ex. : Considerez-vous que la 
chose est fort difficile? — line reflechit pas quil se perd. — 
Re'fle'chis que ce travail serait impossible. 

1024. Les locutions conjonctives qui suivent veulent tou- 
jours apres elles I'indicatif ou le conditionnel : 

a mesure que, autant que, outre que, 

ainsi que, de meme que, parce que, 

attendu que, depuis que, pendant que, 

aussi bien que, des que, tandis que, 

aussitot que, durant qtte, vu que. 

Ex. : // avance a mesure que vous reculez; il partira 
aussitot que vous serez parti ; je Vai reconnu des que je 
/'ai apergu, etc. — // avancerait k mesure que vous recu- 
leriez; ilpartirait aussitot que rows seriez parti; etc. 

1025. Les locutions conjonctives de fagon que, de maniere 
que, de sorte que, en sorte que, si ce nest que, sinon que. 
tellement que, se construisent tantot avec I'indicatif, tant6t 
avec le subjonctif. 

1** Elles se construisent avec Tiudicatif quand la phrase 



444 PROPOSITIONS SUBORDOxNNKES. 

exprime un fait positif, certain : Cet enfant sesl conduit de 
telle sorte que ses parents sont contents. 

T EUes SB construisent avec le siibjonctif quand la phrase 
exprime un fait douteux, et qui pourrait bien ne pas avoir 
lieu : Faites en sorte qu'i/ vienne; conduisez-vous de telle 
sorte que tout le monde soit content de vous, 

1026. Les locutions conjonctives qui suivent veulent tou- 
vjours apres elles le subjonctif : 

afrp que, de crainte que, jusqu'a ce que^ 

a moins que, loin que, quoique, 

avant que, non que, si peu que, 

en cas que, pour que, sans que, 

bien que, pour peu qv£, soit que, 

ae peur que, pounu que, suppose que. 

Ex. : Xirai le voir avant qu'i/ parte. La terre ne sepuise 
jamais, pourvu qu'ow sache la cultiver. 

1027. Apres la locution ce nest pas que, qui marque un 
doute, une reticence, on met le subjonctif. Ex. : Vous etes 
premier; ce n'est pas que voire copie soit sans faute, 

1028. Apres les locutions </we/.., que, quelque.,, qucy quoi 
que, qui que, on met le subjonctif. Ex. : Quels que soient 
vos merites, ayez lair modeste. — Quelque effort que vojis 
fassiez, vous en serez recompense. — Quoi que vous ecri- 
viez, evitez la bassesse (Boileau). — Qui que vous soyez, 
ayez pitie de moi. 

1029. On se sert encore du subjonctif apr^s la conjonc- 
tion que employee pour si ou pour I'une des locutions con- 
jonctives mentionndes ci-dessus. Ex. : Venez, que je vous 
dise la chose (c'est-a-dire pour que je vous dise). Si Charles 
venaii en France et qu'i/ passat par Paris, je serais heureux 
de le voir (c'est-a-dire et s'il passait par Paris). 



EMPLOI DES MODES. 44b 

1050. Lorsque deux propositions sont unies seulement 
par la conjonction que, le second verbe se met tantot au 
subjonctif, tantot a I'indicatif, selon I'idee exprimee par 
le premier verbe. 

1051. On emploie le subjonctif : 1° Apres les verbes qui 
expriment le doute, le desir, la crainte, la surprise^ la sup^ 
position, la volonte. Ex. : Je doute quil sache sa legon. — 
Je desire qu'il vienne. — Je crains quil ne parte. — Je 
suis surpris que vous soyez arrive. — Je suppose quil 
Use ce livre. — Je veux quil sorte. — Je pretends quon 
m'obeisse. 

2° Apres les adjectifs ou les participes qui expriment la 
joie, la satisfaction, la bonte, I'affliction, c'esl-k-dire des sen- 
timents, des mouvements de I'^me. Ex. : Je suis heureux 
quil soit arrive. — Nous sommes contents que vous ayez 
reussi — Je suis faohe, je suis confns que vous vous soyez 
derange'. — // est facheux que cette affaire ait mal tourne. 

5° Apres les verbes employes interrogativement ou accom- 
pagnes d'une negation. Ex. : Croyez-vous quil parte? Pensez- 
vous quilvieime? — Je ne pretends pas quil soit coupable. 
— Je ne presume pas quil soit arrive. 

¥ Apres les verbes impersounels xl faut, il importe, ilcon- 
vient, il est possible, il est hon, il est temps, il est necessaire, 
etc., et en general apres tous ceux qui expriment la volonte, 
la supposition, le doute: Ex. : II fautquil vienne. // importe 
quil soit ici. II convient quil sorte. // est possible quil 
dorme, etc. 

1052. Mais on emploie I'indicatif m^me apres les verbes 
qui expriment la supposition, la volonte, lorsque Ton consi- 
dere la chose dont il s'agit comme tres probable. Ex. : Je 
suppose quil lit le livre que vous lui avez prete. — Je pre- 
tends quil est la. 

1033. La regie est la meme pour un verbe conjugue inter- 



i46 PROPOSITIONS SUBORDOSINEES. 

^ogali^ement ou accompagne d'une negation, lorsquel'on con- 
sidere la cliose dont il s'agit comme cerlaine ou Ires probable. 
Ainsi Ton dira : Croyez-voiis enfin que Louis est arrive? (parce 
que Ton regarde comme cerlaine I'arrivee de Louis); Vous ne 
dites pas que Paul est mon ami (parce que faf/irme que Paul 
est mon ami) . 

Cependant on dira avec le subjonctif : Tai peine a croire 
quil y consente; — Je le coniais trop pour espe'rer quil se 
soumette; parce que sous cette forme affirmative il y a en 
realile une negation : je ne croispas...^ je nespere pas.. , etc. 

1054. On emploie encore I'indicatif apres les verbes iinper- 
sonnels lels que il est certain, il est clair, il est probable, il 
parait, il resulie, il est vrai, il sensuit, qui expriment la 
cerjitude, la probabilite. Ex. : // est certain que la Terre se 
meut clans lespace. — 11 est clair que deux et deux font 
quatre. — // est probable que le del s'6claircira. 

La negation detruisant la certitude ou la probabilite, les 
memes verbes conjugues negativement voudraient apr^s eux 
le subjonctif. Ex. : // n'est pas probable que le del s'eclair- 
cisse. 

1035. Apres il semble, on met I'indicatif ou le subjonctif, 
selon qu'on veut indiquer une affirmation ou exprimer un 
doute. Ainsi Ton dira : il semble quil a perdu la tele; il 
semble quil ait perdu la tele, 

1036. Le subjonctif s'cmploie d'une maniere absolue dans 
certaines formules de souhait, d'imprecation, de concession : 
Dieu veuille que vous re'ussissiez! — Puisse-je vous voir re- 
venir vainqueurs! — Quiconque est loup agisse en loup (La 
Fontaine); — -dans les prieres, les exclamations : Le del en 
soit beni! 

Moif que fose opprimer et noircir Vinnocence! (Racine.) 

On suppose alors une proposition principale sous-entendue : 
je souhaftte que Dieu veuiHe* . . , que je puisse. . . , je comprends 



EMPLOI DBS MODES. 441 

quil agisse...., je veux que le ciel en soitbeni; — vous suppo- 
sez que fose opprimer.... 

i057. En resume, si Ion consid6re comme certain et 
positif ce qui est exprime dans la proposition subor- 
donnee, le verbe de cette proposition se met a I'indicatif . 
— Si Ton considere comme douteux on simplement 
possible ce qui est exprime dans la proposition subor- 
donnee, le verbe de cette proposition se met au sub- 
jonctif. 

1058. Voici un exemple ou les deux modes sont alternative- 
ment employes : 

Les soldats criaient qu'on les mendt au combat; qu'ils 
voulaient venger la mort de leur pere, de leur general^ de 
leur protecleur, de leur defenseur; qu'avec lui ils ne crai- 
gnaient rieUf mais qtiils vengeraient bien sa mort; qu'on 
les laissat faire; quits 6taient furieux et qu'on les menat 
au combat (Sevigne). 

Partout oil il y a le subjonctif, e'est une idee de doute, 
une supposition de la part des soldats, une priere a I'adresse 
d'autrui ; partout ou il y a I'indicatif ou le conditionnel, c'est 
I'affirmation d'un fait positif, I'expression des sentiments des 
soldats eux-memes. 

2. EMPLOI DES MODES DANS LES PROPOSITIONS SUBORDONNEES 
liNTRODUITES PAR UN PRONOM RELATIF 

1059. Apres un pronom relatif, dans les phrases qui ex- 
priment la volonte\ le desir, le doute, la negation, VintErroga- 
tion, le verbe de la proposition subordonn^e se met au sub- 
jonctif. Exempie ; 

Je veux un serviteUr qui m'ob6isse. 

Connaiksez-vous quelquun qui soit vraiment heureux? 

Je demande un service que je puisse accepter, 

Ce nest pas un homme dont on puisse mepriser les avis, 

II y a peu d'hommes qui soient vraiment instruits. 



44S PROPOSITIONS SDBORDONNEES. 

Remarquk. — La r6gle est la m^mc pour le relatif oil, 
Ex. : Allez dans une retraite ou vous soyez tranquille, 

1040. Le verbe se met egalement an subjonclif quand le 
selatif "est precede du mot seul ou d'un superlatif. Ex. : 

Votre frere est le seul qui soil habile. 
II est Ihomme le plus adroit que je connaisse. 
Cest la seule place ou vous puissiez rester, 
Cest le moins qii'on puisse [aire. 

1041. Ces deux regies ne souffrent d'exception qu'au cas 
ou le verbe de la proposition subordonnee ou de la proposition 
principale renferme une affirmation absolue : 

J'ai trouve un serviteur qui m'ob6it. 

Achetez tous les meilleurs vins que vous trouverez. 

Allez dans cette retraite ou vous serez tranquille. 

De ces deux homnies, cest le plus adroit que je connais. 

Nous avons vu dans quel cas le verbe de k proposition 
subordonnee se met a I'indicatif, au conditionnel ou au 
subjonctif; il nous reste a indiquer a quel temps de I'indi- 
catif, du conditionnel ou du subjonctif on doit mettre ce 
verbe. 

3. EMPLOI DES TEMPS DE l'iNDICATIF ET DU CONDITIONNEL 

1042. Lorsque le verbe de la proposition principale est 
un temps present, le verbe de la proposition subordonnee se 
met au temps que Ton veut exprimer. 

Ex. : On me dit que vous etes a Paris, que vous 6tiez hier 
a Paris, que vous serez demain a Paris. 

1043. Quand le verbe de la proposition principale est a un 
temps passe'y le verbe de la proposition subordonnee se met : 

1° A rimparfait quand on veut indiquer une action impar- 
faite, inachev^e au moment ou Ton parlc : Je croyaiSf jai cru 
que vous partiez hientot. 

2° Au plus-que-parf ait quand on veut indiquer une action 



fiMPLOI DES TEMPS BE L'lNDiCATlP ET DU CONDITIONNEL. W 

deja passee au moment ou Ton parle : je croyais, fai cru que 
vous aviez fait un voyage agr cable. 

Cependant, quand le second verbe exprime une verite gene- 
rale ou un fait qui dure encore au moment ou Ton parle, on 
pent mettre le verbe au present. 

Ex. : // concluait que la sagesse vaut encore mieux que 
V eloquence (Voltaire). — Galilee a reconnu que la Terre 
tourne autour du soleil. 

3° Au conditionnel present pour exprimer une idee 
d'eventualite. 

Ex. : Je croyais quHl viendrait.(Ici le conditionnel est une 
sorte d'imparfait du futur.) 

J'ai cru que des presents calmeraient son courroux^ 

Quece Dieu, quel quit soil, en deviendrait jo/ms doux. 

(Racine.) 

A^ Xu conditionnel pass6 pour exprimer une eventualite 
qui ne s'est pas realisee. Ex. : Je croyais qu'il m'aurait r6- 
pondu.(Ici le conditionnel est une sorte de plus^que-parfait 
du futur.) 

Mais on emploie le futur au lieu du conditionnel quand on 
veut affirmer d'une maniere absolue que la chose se fera : J'ai 
predit que son entreprise ^choner a. 

4. EMPLOI DES tEMPS DU SUBJONCTIP 

1044. L'emploi des temps du subjonctif depend unique- 
ment de I'idee qu'on veut exprimer; la seule regie a suivre 
est done celle-ci : Voyez a quel temps de /'indicatif ou du 
conditionnel vous mettriez le second verbe, si la phrase exi- 
geait lun de ces deux modes t et mettez le temps correspondant 
du subjonctif. 

1045. Remarque. — 1^ he present du subjonctif correspond 
au present et au futur de I'indicatif. 

2" Ijimparfait du subjonctif correspond h. Yimparfait de 
I'indicatif et au present du conditionnel. 

5" Le passe' du subjonctif correspond au passe' simple^ au 
j)OJise compose' et au fulur ante'rieur, 

COBRS SUPKRIECR. 29 



460 PROPOSITIONS SURORDONNEES. 

4* Le pius-qtie-parfait du subjonctif correspond au plus- 
que-parfait de I'indicatif et Si\i passe du conditionnel. 

Cctle concordance des temps etait la m^me en latin. Ex. : Tibi suadeo, 
tihi suadebo ut legas (je vous conseille, je vous conseillerai de lire) ; 
tibi suadebam, tibi suasi, tibi suaseram ut legeres (je vous conseillais, 
je vous ai conseilld, je vous avais conseille de lire). 

En francais I'emploi des temps du subjonctif n'a jamais et6 soumis k 
des regies absolues ; temoin les exemples suivants tires de nos mcilleurs 
auteurs du dix-septieme siecle. 

Emploi du present du subjonctif : 1° Apr^s un present : II faut queje 
sorte. — 2" Apres un passe : Les Romains de ce siecle n'oni pas eu un 
seul poele qui vaille la peine d'etre cite. — 3" Apres un futur : II f audra 
que je parte. — 4* Apres un conditionnel : Qui pourrait douter qu'il 
soit homnie de bien? 

Emploi de I'imparfait du subjonctif : i" Apr^s un present : Crois-/M 
que je ne coniiusse pas d fond tons les sentiments de mon pere? — 
2° Apres un passe : Mentor voulait desjeux qui amusassent. — 3"> Apres 
un futur : Je ne nierai pas qu'il ne fut homme de mSrite. — 4° Apres 
un conditionnel : // faudrait que j'6crivisse maintenant. 

Emploi du pass6 du subjonctif : 1" Apres un present : Grois-^tt que 
dans son cceur il ait jur6 sa mort? — 2" Apres un passe : Je «'ai jamais 
trouvS personne qui tn'ait assez aimS pour me dire la vSrit^. — 3" Apres 
un futur : On ne croira pas qu'il ait reussi. — 4° Apr6s un condition- 
nel : Qui croirait que celte piece ait eu trois cents representations ? 

Emploi (lu plus-que-parfait du subjonctif : !• Apres un present : Jc 
doute qu'il eut reussi micux que vous. — 2" Apres un passe : J'igno- 
rais qu'il fut arnv^. — 3' Apres un futur : Je douterai toujours qu'il 
eut rdussi mieux que vous. — 4° Apres un conditionnel : Je voudrais 
seulefnent que vous /'eussiez connu. 

Ces exemples monlrent que i'emploi des temps du subjonc- 
iif depend surtout de I'idee qu on veut exprimer. 

Void cependant deux regies qui sont applicables a un grand 
nombre de cas. 

1046. Si le verbe de la proposition principale est au pre- 
sent ou au futur de I'indicatif, le verbe de la proposition 
subordonnee se met : 

1° Au present du subjonctif quand I'action est encore a 
faire. Je defends qu'il vienne. — Je defendrai quil vienne. 



EMPLOI DES TEMPS DU SUBJONCTIF. «l 

// est le seul qui soil pret. — Ce sera le seul qui soit yret. 

S*' All pass6 du subjonctif quand Taction est deja faite : 
Je doute que vous ayez pu le [aire. — Je douterai toujours 
que vous ayez pu le (aire. 

Cest le seul qui ait 6t6 pret. — Ce sera le seul qui ait 6t6 
pret. 

On disait de m^me en la^ih, dans ces deux cas : Opto ut veniat (je 
desire qu'il vieune) ; opto ut venerit (je desire qu'il soit venu). 

1047. Si le verba de la proposition principale est k I'un des 
temps du pass6, le verbe de la proposition subordonnee se 
met : 

I'' A rimparfait du subjonctif quand Faction est encore 
a faire : Je voulais quit vint. — Taurais voulu quit vint. 

Je voulais un serviteur qui fut devoue. — J'aurais voulu 
tin serviteur qui fut devoue. 

2° Au plus-que-parfait du subjonctif quand Taction est 
deja faite : Je ne savais pas que vous eussiez dejd lu ce livre. 
— Je naurais pas voulu quit eut fait cette declaration, 

Celait la seule lettre que /eusse repue. — // aurait ete 
le seul eleve que /eusse r6compens6. 

On disait dc meme en latin, dans ces deux cas : Optaham ut veniret 
(je souhaitais qu'il vint) ; optabam ut venisset (je souhaitais qu'il fut 
venu). 

Remarque. — Si le verbe de la proposition principale est 
au conditionnel present, le verbe de la proposition subor- 
donnee se met egalement bien au present ou a Timparfait du 
subjonctif : // faudr ait qu'il vienne ou qu'il vint. 

1048. Ces regies ne souffrent qu'une exception : 

Quand la phrase exprime Tidee d'une condition, on se sert 
du present, de Vimparfait ou du plus-que-parfait, selon le 
temps de la proposition conditionnelle. 

Ex.: Je ne crois pas quit le fasse si on le lui defend. 
Je ne crois pas quit le fit si on le lui d6fendait. 



ihi 



PROPOSITIONS SUBORDONNEES. 



Je ne croirai jamais qu'il I'etit fait si on le lui avait 
d6fendu. 



RECAPITULATION 



PROPOSITION 

PRINCIPALB 



Present ou Futur. 
Jc doule, je douterai. 



Temps passes. 
Je doutais, je doutai, 
j'ai dould, j'avais doutd, 
j'aurais douti, etc. 



PROPOSITION 

Present du Subjonctif. 

Qu'il le fasse. 

Passe du Subjonctif. 
Qu'il V ait fait. 

Imparfait du Subjonctif. 

Qu'il le fit. 

Plus-que-parlait du Subjonctif. 

Qu'il I'eM fait. 



Present dd Conditionnel. 1 Presentou Imparfait da Subjonctif. 
Je douterais. Qu'il le fasse ou Qu'il le fit. 



Dans notre ancienne langue loutes ces regies sur remploi et la concor- 
dance des temps etaient encore flottanles ou peu suivies : on mettait par- 
fois le subjonctif oii nous mettons I'indicatif ou le conditionnel, et reci- 
proqueinent. Ex. : 

Je croi que il ii'en soit (est) nuls si grans. (Joinville.) 

Quelque chose que scavent (sachent) deliberer les hommes en telles 
maiieres. (Commines.) 

Nonobstant que je scavoye (susse) bien le conttaire. (Id.) 

Combien que ce propos ne luy plaisoit (plut) gueres. (Id.) 

Comme ils le priassent (prlaient] de leur voul<nr escrire des loix, 
(Amyot.) 



EMPLOl DES TEMPS DU SUBJONCTIF. • 455 

Je crains que c'est (soil) un traitre. (Id.) 
Oiipense quits ayent (ont) la verite. (Calvin.) 
Quelqiies-iins csliment que ce soit (soiit) les mesmes. (D'Aubign^.) 

Je hue Dieu que voire beau jugement a vu (ait vu) clair an travers de 
ces nuies. (Id.) 

Je crois que ce soit (c'est) une demeure bonne pour toutes les saisons> 
Malherbe.) 

On die la vie a ceux pour qui on la ddt (devrait) ;?e>*<?rc. (Id.) 

Comme j'ai toujours desirS que vous soyez (fussiez). (Id.) 

J'ai peur que celle grande furie ne durera (dure) pas, (Id.) 

// na pas voulu que nous soyons (fussions) partis plus tdt. (Sdjygn^.) 

// me semble qu'il n'y a guere de gens qui valussent (vaillent) plus 
que nous. (Id.) 

Je pensois que vous SUSSiez (saviez) qu'on Vavoit rendue un peu moins 
terrible. (Id.) 

II est un peu malcontent que vous ne lui faites (fassiez) pas seulement 
un mot de reponse. (Id.) 

La plus belle des deux je crois que ce soit (est) Vautre. (Corneille.) 

C'est moi qui suis marry que pour cet hym^nSe 
Je ne puis (^uisse) rSvoquer la parole donn6e. (Id.) 

Mais encore une fois souffrez que je vous die 

Que cet te passion dut (devrait) Stre refroidie. (Id.) 

Le cardinal soupgonna ^qu'elle fut (etait) de concert avec Monsieur le 
Prince. (La Rochefoucauld.) 

II ny a personne qui ne se plaigne de vous et qui ne s'attendit (s'at- 
tende) a quelque marque de votre souvenir. (Id.) 

Seigneur, quia done ce bruit qui vous doit (doive) ^tonner? (Racine.) 

Je crois que c'est le seul de sa famille qui a (ait) I'dme tendre. (Id.) 



454 PROPOSITIONS SUBORDONNEES. 

Abner, quoi quon se put (puisse] assurer sur sa foi, 
Ne sail pas mime encor si nous avons un roi. (Id.) 

Croyez-vous que je les envoyasse (envoyais) seulement pour vous diver- 
tir un quart d'heure? (Id.) 

On craint qu'il n'essuyat (essuie) les larmes de sa mere. (Id.) 

II a une d-marche molle et le plus joH maintien qu'il est (soit) capa- 
ble de se procurer. (La Bruyere.) 

II n'y a personnc au monde qui ne dut (doive) avoir %me forte teinture 

de philosophie. ^IJ.j 

Le soldat ne sailvas qm'?/ soit couuu (est connu] ; it nieurt obscur. {H.\ 



CHAPITRE II 

PROPOSITIONS INFINITIVES — PROPOSITIONS PARTICIPES 

1049. Nous avons vu (g 552) qu on compte ordinairement 
dans une phrase autant de propositions qu'il y a de verbes a 
un mode personnel, exprimesou sous-entendus. La proposition 
infinitive et la proposition participe font exception a cette 
regie. 

1050. La proposition infinitive est une proposition dont^ 
le verbe est a Vinfinitif. . ' 

Ainsi dans cette phrase : Les Romains laisserent les hordes 
ganloises saccager Rome, il y a une proposition infinitive dont 
tous les termes sont exprimes : les hordes gauloises (sujet), 
saccager (verbe), Rome (complement d'objet direct). 

1051 . II ne faut pas confondre la proposition infinitive 
avec un infinitif employe seid, comme sujet ou comme comple- 
ment. Ainsi il n'y a pas de proposition infinitive dans : mentir 
est honteux, il desire mentir, il est incapable de mentir, ou 
mentir est tour a tour employe comme sujet, comme com- 
plement d'objet direct et comme complement d'adjeclif, et 
remplace un nom abstrait, le mensonge. 

II ne faut pas cependant confondre I'infinitif avec le nom : U y a dans 
rinfinitif une idee d'action qui ne se trouve pas dans le nom. Celte diffe- 
retice est facile a saisir dans cette phrase de Montaigne : « Ce n'est pas 
la mort que je crains^ cest le mourir ». 



me PROPOSITIONS infinitives. 

II n'y a tie 'proposition infinitive que quand rinfinitif a son 
3ujet particulier exprime ou sous-entendu, comme dans : J'ai 
genti tout k coup le sol trembler sons mes pieds; Cr^sus 
croyait etre le plus heureux des hommes. 

Dans cette derniere phrase il faut sous- entendre soi. 

Les Latins s'exprimaient ainsi : Croesus existimabat se esse hominum 
beatissimum. 

On pourrait remplacer rinfinitif par un mode personnel et 
dire : 

J'ai senti que le sol tremblait... ; Cre'sus^ croyait qu'i7 
clail.... 

1052. La proposition infinitive se. rencontre surtout apr^s 
les verbes ecouter, entendre, laisser, sentir, voir. 

1055. L'infinitif peut s'employer d'une maniere absolue 
dans les propositions in terroga lives ou exclamatives : que 
faire? que dire.^ s'attaquer a un si brave homme! — dans 
les propositions narratives : 

Ainsi dit le renard; et flatteurs ti'applaudir 

(La Fontaine), 

et dans les propositions imperatives : visiter tel e'tablisse- 
ment, rediger un rapport, etc. 

Dans ces differents cas on suppose d'ordinaire une propo- 
sition principale sous-entendue : je ne sais que faire, ...que 
dire, il ose s'attaquer a..., les flatteurs sempresserent d'ap- 
plaudir, je vous recommande de visiter, de rediger, etc. 

1054. La proposition participe est une proposition dont 
le verbe est au participe present ou passe. Ainsi dans les 
phrases suivantes : 

Cette reflexion embarrassant notre homme : 

(( On ne dor t pointy dit-il, quand on a tant d'esprit.... » 

(La Fontaine.) 



PROPOSITIONS PARTICIPES. 457 

Eux repus, tout sendort, tcs pelits et la mere (La Font.) 

il y a deux propositions participesj donl tous les termes sont 
exprimes : cette reflexion (sujet), embarrassant (verbe au 
participe), noire homme (complement) ; — eux (sujet), etant 
(verbe sous-entendu), repus (attribut). 

1055. II ne faut pas conlbndre la proposition participe avec 
un participe employe comme qualificatif du sujet ou du com- 
plement. Ainsi il n'y a pas proposition participe dans les 
phrases comme : Ihomme pouss6 par la (aim devient crimi- 
nel ; plaignons le malheureux tombe dans le vice; poussi, 
tomhe qualifient homme et malheureux. 

II y a proposition participe quand le participe est ahsohiy 
c'est-a-dire quand il forme avec son sujet une expression 
isolee qui ne se rapporte ni au sujet ni au complement des 
«utres propositions ; comme dans : 

Les parts etant faites, le lion par la ainsi: 

Eux venus, le lion sur ses ongles compta. (La Fontaine). 

... Et d'oii prend le senate 
Vous vivant, vous regnant, ce droit sur votre etat? 

(Gorneille). 

Huit ans deja passes, une impie etrangere 

Du sceptre de David usurpe tous les droits (Racine). 

II y a encore proposition participe dans les phrases comme : 
Rome une fois corrompue par le despotisme et I'invasion 
des vices de I'Asie, les Barbares neurent pas de peine a la 
subjuguer, ou le sujet Rome se trouve rappele par le pronom 
la dans la proposition suivante. 

Dans toutes ces phrases on pourrait remplacer le participe 
par un mode personnel et dire : quand les parts furent 
faites..., quand ils furent venus... y quand vous vivez..., quand 
vous regnez..., apres que huit ans sont passes... , quand Rome 
eut ete corrompue par... y etc. 

1056. Par ce qui precede on voit que la proposition infi-- 
nitive et la proposition participe sont de veritables proposi- 



4o8 PROPOSITIONS INFINITIVES, PIIOPOSITIONS PARTICIPES. 

tions subordonne'esy qui joiient le r6le lant(H d'un complement 
d'objet, tantot d un complement de circonstance (temps, lieu, 
maniere, etc.) (Voy. g 555'.) 

1057. Emploi des temps de l'infinitif. — Dans les proposi- 
tions subordonnees, on emploie lo present de Vinfinitif pour 
le present, le passe et le futur. Ex. : Je lentends parler, je 
Ventendais parler, je Ventendrai parler (c est-a-dire je 
lentends pendant qu'il parle, je Ventendais pendant qu'il 
parlait, etc.). 

1058. On emploie le passe de rinfinitif pour le passe et 
le futur ant^rieur. Ex. : Je crois avoir parl6 (c'est-^-dire que 
j'ai parle); — - quand vous croirez avoir fini, vons me le 
direz (c'est-a-dire quand vous croirez que vousaurez fini). 



CHAPITRE III 

DES GALLICISMES 



1059. On appelle gallicismes les idiotismes de la langiie fran- 
caise , c'est-^-dire les facons de s*exprimer propres k noire temps 
et qui presentent quelque particularite. 

Idiotisme derive du mot grec idios (propre, particulier h). Chaque 
langue a ses idiotismes. Wie befinden sie sich? (mot^ mot comment se 
Irouvent-ils) pour demander comment vous portez-vous? est un idiotisme 
allemand ou un germanisme. How do you do? (mot k mot comment 
faiies-vous (aire? pour dire comment vous portez-vous? est un idiotisme 
anglais ou un anglicisme. Et comment vous portez-vous? pour demander 
comment est votre sante, est un idietisme francais ou un gallicisme. 
Blirabile visu, admirable a voir (mot a mot a Sire vu), est un idiotisme 
latin ou un latinisme. Idiotisme est le nom g^iierique; germanisme, 
anglicisme, latinisme, gallicisme, etc., designent les especes. 

1060. Cette particularite d'expression peut se trouver soit dans 
le sens figure, soit dans la construction syntaxique de la phrase. 
Ainsi cette proposition : II a le coeur sur la main, n'a rien qui re- 
pugne a notre syntaxe, mais I'image hardie qu'elle evoque est 
propre au francais et serait intraduisible dans toute autre langue. 
C'est un gallicisme de figure. Au contraire dans : J'ai entendu dire 
cela a votre pere, chaque mot a son sens propre, la phrase n'a rien 
de figure ; mais a est expletif et presque impossible a expliquer 
grammaticalement. C'est un gallicisme de syntaxe. 

Pour analyser cette proposition, il faudrait mettre : J'ai entendu voire 
pere dire cela. Mais la phrase devient aussitot lente et incolore; un 
Stranger pourra parler ainsi, un Francais jamais. C'est que le gallicisme 
n'est pas seulement une tournure en dehors des regies communes, c'est 
le tour prefere du francais, si alerte et si vif ; c'est ce qui donne a notre 
langue ce je ne sais quoi de pittoresque et de hardi avec une grace native 
qui n'appartient qu'a elle et que les Francais peuvent seuls lui conserver. 



460 . DES GALLIGISMES. 

Tous les auteurs qui ont ^crit dans le genre lempere : La Bruyere, Mme Je 
Sevigne, La Fontaine, Voltaire, fourmillent de gallicismes. C'est une 
des ressources dii dialogue comique, et Moliere, Regnard, Destouches 
en usent largement. Par centre, dans Racine, Bossuet, Massillon on en 
trouve peu ; a mesure que le style s'eleve, les gallicismes sont plus rares. 
Aussi la langue populaire en est pleine, et la plupart de nos proverbes 
sont des gallicismes. 

Nous n'entreprendrons pas d'en donner une liste complete, car un vo- 
lume n'y suffirait pao. Citons seulement quelques exemples des deux 
grandes classes de gallicismes que nous avons etablies, en commencant par 
ceux qui sont particulierement du domaine de la grammaire, c'est-a-dire 
par les gallicismes de construction ou de syntaxe. 

1061. Gallicismes de syntaxe. — Ces gallicismes sont presque tons 
des phrases expletives, ou des formes ellipliques, qu'il faut re- 
dresser et completer si on veut les analyser. Ainsi : Coiffe a la 
Titus, atix enfants d'J^douardy a la malcontent, etc., signifie coiffe 
h la fagon de Titus, des enfants ^douard, d'un malcontent^ y etc. 

Fait a la diable, fait a la maniere du diable. 
Ce diable d'homme, ici de est expl^tif. 

Man dme est un gallicisme euphonique : mon. est mis pour ma 
(voyez Adjectif, § 335). 

^Lcs vieilles gens sont soup^onneux : gallicisme dont Texplicalion se 
trouve au chapitre du Nom. 

Cela ne laisse pas de nous inquirer : ici laisse a le sens de cesser, 
de s'abstenir, de discontinuer. 

Si fHais que de vous est mis pour si j'Mais vous, et que de est 
expletif. 

Ce que cest que de nous : phrase expletive; de est surabondant. 

On n'a jamais vu, que je sache, les alouettes tomber toutes roties. 
L'expression que je sache est la traduction litterale de quod sciam, 
que les Latins employaient avec le sens de : a mn connaissance. 
L'autre forme de cette locution : je ne sache pas qu'on ait jamais vu, 
est une inversion toute frangaise. Le verbe savoir conserve le mode 
subjonctif, en prenant la negation de l'autre verbe, et le que suit^e 
sache au lieu de le pr^c^der, en entrainant l'autre verbe {ait vti) au 
subjonctif, 

1. Malcontent, nom donn^ k ceux qui se grouperent autour du due d'Alengon 
apros la Sainl-Barth^lemy (1572) ct qui portaient les cheveux presque ras 



GALLICiSMES DE SYHfAXE. 461 

// n'y voit pas, ici y est expletif. 

// y va de notre salut, c'est-a-dire notre salut est en jeu. 

Se fdcher tout de bon, c'est-a-dire serieusement, tout a fait. 

II a tenu bon, c'est-a-dire il a r^siste. 

Avoir beau faire, avoir beau dire, c'est-a-dire agir ou parJei 
en vain. 

Tout beau, c'est-a-dirc tout doucement. 

La bailler bonne on belle a qudquun, essayer de Ini en faire 
accroire. 

Uechapper belle, la manqucr belle, c'esl-a-dire echapper a un 
grand danger, perdre unc- bonne occasion. 

Moliere a ecrit malgre le genre de belle : ffom lavons en dormant, 
Madame, 6chappe belle, et cetle irregularile, froqiicnic clicz Ics grands 
ccrivaiiis du 17*siec'e, est mainlenaut consacree parl'usage (voy. page 389). 

A la queue leu leu, c'est-a-dirc a Ta cpiene Jonp lonp (/ew signifiant 
hup en picard), a la suite Ics uns desaulres. 

(Nous avons deja etiidie unc foulc do gnllicismcs de syiilaxe dans le 
cours dc cet ouvrage [vcyez surtout .^ Gi5, G82, 703, 757, etc.];,lc pen 
que nous avons dit suffira pour en faire cumprendre le sens et en fa- 
ciliter I'analyse.) 

1062. Gallicismes de figure. — Ces gallicismes provicnnent le phis 
souvent d'une ellipse, d'un pleonasme ou d'une inversion. II faul 
alors, pour les analyser, suppleer a I'ellipse, retrancherle pleonasme, 
faire disparaitre I'inversion et surtout bien degager le sens figure. 
Ainsi hatlre la campagne, qui se dit d'un malade en delire, est 
une metaphore qui rappelle les chasseurs ou les soldats ennemis 
qui courent les champs. 
Voici quelques exemples de gallicismes de figure : 
Battre le chien devant le loup, reprimander une personne infe- 
rieure devant une personne superieure a qui cela doit servir de 
JcQon. 

Entre chien et loup, au petit jour, le soir ou le matin, quand le 
temps est si sombre qu'on ne saurait dislinguerun chien d'avec un 
loup. 

Ne plus savoir oil donner de la tete. Bonner de la Idle slgnifie 
au propi-e frapfei-, keurler de la teie; au figure, ne plus savoir oil 



KQ DES GALLICISMES. 

donner dc la tete signifie done ne plus savoir ou frapper, ne plus 
savoir quo faire. 

Battre quelqu'un a plate couture, c'est-a-dire le battre comple- 
tement, au point d'aplatir les coutures de son habit. 

Monter sur ses grands chevaux, se mettre en colere, montrer 
de la severite dans ses paroles. Gette expression remonte au temps 
de la chevalerie. On distinguait alors deux especes de chevaux : le 
palefroi et le destrier. Le palefroi etait le cheval de parade; le 
destrier, le cheval de bataille, plus grand et plus fort que le palefroi. 
Qiiand un chevalier montait sur son destrier, c'etait pour la bataille 
ou le tournoi. De la le sens de se mettre en colere. 

Ghacun a sa marotte. La marotte etait une espece de sceptre 
surmonte d'une tete et garni de grelots ; c'est I'attribut de la Folic 
et c'etait celui des fous des rois. Gette locution signifie done chacun 
a sa folic. 

Faire piece a quelqu'un, se moquer de quelqu'un. « De m6me 
que Ton invente des sujets, des pieces de theatre, dit Vaugelas, 
aussi ce qu'on invente contre une personne pour s'en jouer et diver- 
tir s'appelle une piece; et inventer ces ehoses-la s'appelle faire une 
piece. » 

Avoir maille a partir avec quelqu'un, c'est-a-dirc avoir un diffe- 
rend avec quelqu'un, s'explique facilement grace a I'histoire du 
langage. La maille^ monnaie de billon carree qui avait cours sous 
les rois capetiens, etait la plus petite de toutes les monnaies; 
quand on voulait la partir (la partager), on ne pouvait que 
se quereller, puisqu'il n'y avait aucune unite monetaire au- 
dessous d'elle. Du reste ce mot maille, qui entre aujourd'hui dans 
plusieurs gallicismes, etait autrefois d'un usage courant et signiiiait 
un demi-denier. On dit encore : un pince-maille, n'avoir ni sou 
(autrefois ni denier) ni maille, etc. 

Un homme de sac et de corde. On enfermait les condamnes 
dans un sac lie par le haul avec une corde; de la le sens de scH^rat, 
de bandit. 

Cceur, grace a ses sens multiples de viscere, sentiment, parlie 
intime d'un objet, etc., forme egalement nombre d'idiotismes : iiesi 
an coeur de la difficult^; je vous aiderai de grand coBur; il a ri 
de bon coeur; il a le coeur solide; il a du coeur a rouvrage. 



GALLICISMES PE FIGURE. 465 

Ivienager la chevre et le chou, rappelle le conte oii un balelier 
doit passer dans son bac un loup, une chevre et un chou, et il ne 
doit les passer que separement. Quel moyeii de preserver la chevre 
du loup ou le chou. de la chevre? 

£tre sur les dents, c'est-a-dire etre accable de fatigue. Le cheval 
est sur les dents quand, fatigue, il appuie ses dents sur le mors. 

Parler frangais comme une vache espagnole. En ce sens, vache 
est, dit-on, une corruption de Basque, dont un ancien nom est 
wice. Comme il y a des Basques en France et en Espagne, on a dit 
d'abord parler frangais comme un Basque espagnol. 

Prendre sans vert rappelle un jeu autrefois en usage au mois de 
mai. Ceux qui le jouaient devaient porter, tout le mois, une feuille 
verte, cueiliie le jour meme ; chaque joueur pris sans etre muni de 
cette feuiUe etait puni de quelque amende. De la i'expression 
prendre sans vert, c'est-a-dire prendre au dipourvu. 

On en inetttait la main au feu. Allusion aux anciennes ^preuves 
par le feu. On mettrait la main au feu pour une personne ou une 
chose, stir d'avance que la main ne brulerait pas, de meme que ne 
brulerait pas la main de I'innocent. 

Se faire blanc de son epee, c'est-a-dire se blanchir, se justilier 
par son epee, comme on faisait dans les combats judiciaires, et, par 
suite, se prevaloir d'un credit, d'un poiivoir qu'on n'a pas. 

filever, porter aux nues, louer une personne ou une chose avec 
exces. C'est I'expression latine ad ccelum ferre. 

A bon chat bon rat, c'est-a-dire bien attaqu^, bien defendu. 

Une bonne moitie, une bonne lieue, c'est-a-dire largemetU la 
moitie, largement une lieue. 

Rompre en visiere, rompre s?. lance daiis la visiere du casque 
de son adversaire (comme Montgommery a Henri 11, en 1559) ; au 
figure, altaquer, contredire brusquement quelqu'un en face. 

On voit par ces exemples que la plupart de nos gallicismes de figure 
sent des expressions venues de notre vieille langue et detournees peu a 
peu de leur sens primitif. On les emploie et on les cite a tout propos 
aujourd'hui, en comprenant d'instinct le sens general et figure qu'elles 
representont ; mais on serait souvent bioii en peine de les analyser et de 
rcudre raison de chacun des termes pris a part. 



APPENDICE 

NOTIONS DE VERSIFICATION 

1065. La versification est I'art ou la maniere de faire des vers. 

1064. On appelle vers une serie de mots arranges suivant une 
cadence detcrminee. 

Les vers francais diflferent de la prose en ce qu'ils ont un 
nombre limite de syllabes, qu'ils renferment a des places Axes un 
ou plusieurs accents toniques et qu'ils se terminent par une con- 
sonance pareille qui se trouve a la fin de deux vers au moins. 

1065.^ Oh appelle mesure le nombre determine de syllabes que 
Ton compte dans un vers. 

1066. On appelle rime le retour du meme son k la fin de deux 
ou de plusieurs vers. 

Nous allons done etudier dans les vers : 1" la mesure, Vilislon 
et Yhiatus; 2" les accents et la ensure; 3' la rime; A" Yenjambe-' 
ment. Nous etudierons ensuite les diverses sortes de vers. 

I^ Be la mesure, de I'^lision et de I'hiatus. 

1067i Le vers francais est syllabique, c'est-a-dire que, a la difl^- 
rence du latin et du grec, Ton compte les syllabes sans s'inquiitet 
si elles sont longues ou breves. Compter le nombre de syllabes qm 
composent un vers, c'est le scander. 



PE LA MESURE. 465 

La quantity ne peut pas ^tre le principe de notre versification, parce 
qu'en francais la plupart des syllabes sont douteuses, c'est-?»-dire ni 
breves ni tongues; cependant, vers le milieu du 16* siecle, un grand 
nombre de poetes composerent, dans le systeme latin, des vers qu'ils 
appelaient memres. En void deux du poete Jodelle, fort admire dans 
son temps : 

Phebus, Amour, Cypris veut sauver, nourrir et orner 
Ton vers et ton chef, d'ombre, de flamme, de fleurs. 
Le poete Baif composa des hexainetres rimes. En voici un exemple : 

Muse, reine d'Helicon, fille de Memoire, 6 d^esse, 
des poetes I'appui, favorise ma hardiesse. 

L'intention etait bonne ; mais on comprend a la lecture de cos sortes 
de vers qu'un pareil systeme n'ait pu s'acctimater parmi nous. 

1068. Toute syllabe compte dans le vers; aussi faut-il avoir 
soin de retablir, en scandant, les syllabes muettes que la rapidite 
de la prononciation ne fait pas ressortir dans le langage familier 
d-pouS'Sc-ter, ti-ne pe-ii-te ruse. 

II faut aussi diviser deux voyelles qui se suivent, quand elles ne 
ferment pas une diphtongue : Vous avou-ez, un di-a-manU 

Remarque. — Une syllabe muette ne compte pas h la fin du vers, 
ni dans I'interieur du vers quand elle^ est elidee. 

1069. Dans les imparfaits et les conditionnels, les trois der- 
nieres lettres ent ne comptent pas dans la mesure : voulaienU 
voudraient. II en est de meme au pluriel du subjonctif dans les 
auxiliaires, qu'ils aient, qu'ils sot ent, lesquels sont .monosyllabes» 

1070. Parlout ailleurs e miiet (e, es, ent) compte pour une syl- 
labe apres une voyelle accentu^e ! pai^, votes, emploiBni, 
flt'ouent, prient, etc. 

1071. Quand deux voyelles se suivent dans le corps d'un mot, 
comme ia, ion, ier, etc., la regie g^nei^ale est que chacune de 
ces voyelles compte pour une syllabe; mais les exceptions sont 
nombreuses. La meme observation s'applique aux diphtongues 
suivies d'une voyelle I'oua, oud, oui, etc. 

C0DR9 SUP^RIEUR. 30 



466 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

1072. Voici la quantity syllabique des principaux groupes do voyelles 
dans notre langue ; 

la est ordinairement dissyllabe : pri-a, mari-age, nupti-a/, etc., 
jxcepte dans diable, diacre, fiacre, Hard, ou il est monosyllabe. 

lai est ordinairement dissyllabe : j'etudi-ai, je confi-ai«, auxili-aire, 
etc., excepte dans brevtaire, ou il est monosyllabe. 

Ian, ien, iant, lent sont dissyllabes : souri-a»^ di-ent, audi-c«ce, 
fri-and, excepte dans viande, ou ian est monosyllabe. 

lau est dissyllabe : mi-awler, hesii-aux. 

le, 16, led, ief, iel, ier, i6re, let, iez sont monosyllabes, sauf dans 
les noms, les adjectifs et les verbes, quand la desinence est precedee de 
deux consonnes dont I'une est I our : baudri-er, etri-cr, ouvri-er, pri-^re, 
sangli-cr, alli-^, voudri-e2, entri-es, sembli-e^. 

lis sont encore dissyllabes a I'infmitif present, au participe pass^ et i 
la deuxieme personne du pluriel des verbes en ier : mendi-er, deli-er, 
etudi-ez, initi-d; ainsi que dans pi-^te, inqui-e^ materi-e/, hi-er, etc. 

Au moyen age et jusqu'a la fin du 16* si6cle ier est monosyllabe : 

Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux, 

Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux. (La' Fontaine.) 

Oii pourrais-ja ^viter ce sanglier redoutable? (Moliere.) 

Ien (prononce in) est : 1" Monosyllabe dans mien, Hen, sien, rien, viens, 
c\iY^Hen, apparfeenf, etc. 
2" Dissyllabe dans \\-en, chirurgi-ew, Indi-en, Adri-en, etc 

leu est : 1" Monosyllabe dans Heu, dier, pieu, cieux, vieux, mon' 
sieur, etc. 

2° Dissyllabe dans la plupart des adjectifs : eny'i-eux, ext^ri-ewr, 
odi-eux, o\ih\i-eux, pi-CMa;, etc. 

lo est ordinairement dissyllabe : curi-osit^, di-ec^se, p6ri-ode, me- 
d/-ocre, vi-olon, vi-olence, vi-olet, etc., excepte dans fiole et ptocliet 
ou il est monosyllabe. 

Ion est : 1» Monosyllabe dans les verbes quand cette diphtongue n'est 
pas precedee de deux consonnes dont Tune est I ou r : aim-tons, aime- 
rions, sor-Hons, etc. 

2" Dissyllabe quand I'une des deux consonnes est / ou r : entri-on*, 
voudri-on«, mettri-on«, sembli-ow«. 

Elle est aussi dissyllabe dans : deli-ons, pri-0M5, pari-on<, ri-ons, 
acti-on, nati-on, passi-on, religi-on, li-on, espi-on, milli-on, etc. 

06 est monosyllabe dans po^le, moelle, et dissyllabe dans po-^sie, 
po-^te, po-dme, etc. 



DE LA MESURE. 467 

Oin est monosyllabe dans : hesoin, loin, soin, moins, point, etc. 

Oua, oue, ouer, ouette sont ordinairement dissyllabes : avow-a, 
lou-e, secou-er, dXou-ette, Row-ew, etc., except^ dans fouet, fouetter, 
ou ouet est monosyllabe. 

Oui est ordinairement dissyllabe : ou-t, ou-ir, ebloM-t>, evanow-zV, 
Lou-is, etc.; excepte dans oui, oii il est monosyllabe. 

Ouin est monosyllabe : hai bouin, mar souin, etc. 

Ua, ue, uer, uel, uet, ueur sont ordinairement dissyllabes : tu-a, 
re mu-e, attri bu-er, cru-el, du-el, mu-et, nu-de, lu-eur, etc. ; excepte dans 
ecuelle, oii uel est monosyllabe. <. 

Ui est monosyllabe dans : lui, te-lui, fruit, aujourd'^wi, fuir, puils^ 
8ui-yre, re-duire, etc., et dissyllabe dans (iu-ide, ru-ine, sw-icide, incon- 
grw-zte, etc. 

Y et i forment une syllabe distincte dans paysan (pai-isan), abbaye, 
ha-i, sto-ique, y-eux, Ly-on, my-ope, hy-ene, et disparaissent dans 
payable (pai-ia-blc), effrayant, foyer, moyen, citoyen, voyons, etc., et 
meme dans voyions, voyiez. 

1073. Quand deux voyelles se rencontrent dans I'interieur d'un 
vers, il se produit soil une Elision, soit un hiatus. 

L'^lision est le retranchement d'une syllabe. 

Ve muet a la fin des mots, quand il est immediatement suivi 
d'une voyelle ou d'une h muette, ne compte pas dans la mesure 
du vers : on dit alors qu'il y a elision. Ex. : 

Pretez-moi I'un etl'autre une oreille attentive. (Racine.) 
L'argent en honnete homme erige un scelerat. (Boileau.) 

Dans ces deux vers les syllabes en itdlique sont considerees 
comme nulles, parce que Ve muet disparait dans la prononcia- 
tion. 

i074!. Les mots comme vie, joie, risee, vue, etc., qui ont un e 
muet precede d'une voyelle, ne peuvent entrer dans le corps du 
vers qu'a condition d'elider cet e muet. Ex, ; 

Ton premier coup d'epee egale tous les miens. (Corneille.) 
Hector tomba sous lui. Troie expira sous vous. (Racine.) 

Si I'elision ne pcut avoir lieu, comme dans lesjoies, les desti- 
nies, ils voicni, its. prieni, etc., ou Ve muet est protege par une 



i68 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

consonne finale, ces mots n'ont d'autre place qu'i la fm du vers. 
Ex. : 

J'entends dej& fr6mir les'deux mers ^tonnee* 

De voir leurs flots unis au pied des Pyrenees. (Boileau.) 

Celte regie est g^nerale pour les noms; il n'y a d'exception dans 
les verbes que pour les troisiemes personnesdu piurielde I'impar- 
fait de I'indicatif et du present du conditionnel, et pour que tu 
aies, qu'ils aient, qu'ils soient, ou en ne compte pas plus dans la 
mesure que dans la prononciation. Ex. : 

Francais, Anglais, Lorrains, que la fureur rassemble, 
Avanpal>n^ combat ^aien^ f rap patent, mouraient ensemble. 

(Voltaire.) 
Sans que mille accidents ni votre indifference 
Aient pu me detacher de ma perseverance. (Moli^re.) 
Qu'ils soient comme la poudre et la paille legere 
' Que le vent chasse devant lui. (Racine.) 

1075. On appelle hiatus la rencontre d'une voyelle finale, autre 
que e muet, avec une voyelle initiale suivante. L'hiatus est inter- 
dit; ainsi Ton ne pent dire dans un vers : tu es, tu auras, il va a 
Paris, si die veut. 

Hiatus est un mot latin qui signifie baillement, ouverture de la 
bouche. 

Boileau a consign^ cette regie dans son Art poitique et I'a rendue 
sensible par deux exemples qui imitent l'hiatus : 

Gardez qu'une voyelle, k courir trop hdt4e, 
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtSe. 

1076. L'e muet k la fin d'un mot ne pent jamais former un 
hiatus, puisqu'on I'elide toujours. 

Nos anciens poetes, jusqn'a Malherbe, se permettaient ITiiatus, et 
Malherbe lui-m^me ^crit encore : 

II demeure en danger que V&me, qui est nie 
Pour ne moiirir jamais, raeure ^ternellement. 

1077. La conjonction etm'me d'une voyelle fait egalement hiatus, 
parce que le t ne se prononce pas. Ainsi Ton ne pent dire en vers: 
sage et heureux, et il vient. 



DES ACCENTS ET DE LA C^SURE. ifi» 

1078. On place cependaat devant une voyelle, sans qu*il y ait 
hiatus, des mots comme etr anger, papier, clef, nez, loup, QiCt dont 
la consonne finale ne se prononce pas. 

Udtranger est en fuite et le Juif est soumis, (Racine.) 
Je reprends sur-le-champ le papier et la plume. (Boileau.) 
Enfermee a la clef, ou menee avec lui. (Moliere.) 
Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche. (Racine.) 
J'ai fait parler le loup et repondre I'agneau. (La Fontaine.) 

1079. On admet encore le mot oui repete, et les interjections 
ah, eh, oh, suivies d'une voyelle. Ex. : 

Oui, oui, cette vertu sera recompensee. (Racine.) 

J'irais trouver mon juge. — Oh! oui, Monsieur, j'irai. (Id.) 

Ah! il faut moderer un peu ses passions. (Moliere.) 

Tant pis. — Eh oui, tant pis ; c'est 1^ ce qui m'afflige. (Id.) 

Dans tous ces cas, il y a reellement hiatus. II y a encore presque un 
hiatus dans la rencontre de deux voyelles separees par une h aspiree : 

Je n'ai recu de vous que m^pris et que Aaine. (Corneille.) 

La proscription de Fhiatus, d'ailleurs recente, n'est done pas une regie 
essentielle de la versification francaise. Le poete pout mSme lirer parfois 
de I'hiatus d'heureux eflfets ; 

Apres bien du travail le coche arrive au haut. (La Fontaine.) 



II. Oes accents et de la cesure.^ 

1080. Toutes les syllabes accentuees d'un vers ne le sont pas 
egalement. A I'interieur des vers de 6 syllabes et au-dessus il y a 
toujours une syllabe plus fortement accentuee, apres laquelle on 
place la cesure. 

1081. La ensure est un repos de la voix k Finterieur du vers 
apres une syllabe fortement accentuee. — Le role de la ceSure, 
comme celui de la rime, est de marquer nettement le rythme, de 
compter la mesure. 

1082. La cesure ne doit pas separer des mots que le sens et 



470' NOTIONS DE VERSIFICATION, 

la prononciation reunissent. Ainsi les vers suivants seraient 
defectueux : 

Adieu, je vais ) a Paris pour affaires. 

A I'instant que j'aurai | vu venger son tr^pas. 

Du moins avant | qu'on ouvre la barriere. 

1085. La cesure doit toujours suivre une syllabe accentuie. Une 
syllabe muette ne peut done jamais se trouver a la cesure. Ainsi 
les vers suivants seraient vicieux : 

L'ingrat, il me laisse cet embarras funeste. 
Mais bientot les pr^tres nous ont enVeloppes. 

lis deviennent corrects si Ton met, en transposant les mots : 
II me laisse, I'ingrai, cet embarras funeste. (Racine.) 
Mais les pr6tres hientdt nous ont enveloppes. (Id.) 

i084. Une syllabe muette peut ^Ire placee a la cesure, a 
condition d'etre elidee : 

Je vois que I'injustice | en secret, vous irrite. (Racine.) 

1085. II y a done dans les vers deux syllabes accentuees : I'une 
a la cesure et I'autre a la rime. Mais en dehors de ces accents 
toniques obligatoires il y a aussi d'autres accents : 

Ainsi dans les vers de Racine : 

" Ce dieu, maitre abso/w de la terre et des cieux, 
N'est point tel que Verreur le figure k nos yeux : 
Viilevnel est son nom; le monde est son ou wage. 
II eniend les soupirs de V humble qu'on outrage, 
Juge tous les mov tels avec d'e^^ales lois 
Et du haul de son trone inter roge les rois. 

la voix s'eleve sur les syllabes en italique, tandis que les autres 
syllabes restent atones. 

1086. En francais certains mots, surtout des monosyllabes (des 
pronoms, des- prepositions, etc.), perdent leur accent, paree qu'ils 
se lient par la prononciation au mot suivant. Ainsi dans : Nous 
sommeSf il vient, le pewplC; avec toi, etc., il n'y a reellement 



Dfi U RIME. 471 

qu'une syllabe accenluee, parce que Ton prononce comme si les 
deux mots n'en faisaient qu'un. 

De meme, dans I'enonce d'un vers, certains mots attirent a eux 
tout Teffort de la prononciation et representent les temps forts; 
les autres mots representent les temps laibles. C'est ce melange 
des temps forts et des temps faibles qui forme le rythme du vers 
et produit Tharmonie. 

1087. En dehors des deux accents principaux a la cesure et k la 
rime, la place des autres accents n'est pas fixe, et le nombre n'en 
est pas limile. C'est grace a ces accents que le poete pent varier 
la cadence. Les vers de Racine que nous avons cites plus haut 
renferment au moins quatre accents; c'est le nombre que semble 
reclamer le vers de douze syllabes. Au-dessous de quatre, il est 
faible; au-dessus de six, il devient lourd. 

Ainsi ce vers de Moliere : 

Yous^Mre aumlid, foi, zele, estimc, tendr^sse, 

ressemble k une ligne de prose : la multiplicite des syllabes accen- 
tuees fait qu'on n'en sent plus la mesure. 

Au contraire le vers suivant est doux et harmonieux, bien ^u'il 
ne renferme que des monosyllabes ; mais cinq seulement sont 
accentues. 

Le jour n'est pas plus pur que le fond de men coeur. (Racine.) 
IIL De la rime. 

1088. On appelle rime I'uniformite de son et d'articulation dans 
la syllabe tonique de deux mots. Ainsi betle rime avec rebelle, 
\oisir avec plaisir, desti?ie'e avec fortun^e. 

II ne faut pas confondre {'assonance et la rime. L'assonance porta sur 
la derniere voyelle accentuee, tandis que la rime porte a la fois sur cette 
derniere voyelle sonore et sur tout ce qui vient apres elle. Ainsi dans la 
Chanson de Roland les mots magnes, Espaigne, altaigne, remaignel, 
fraindre, muntaigne, assonent ensemble dans une seule et meme tirade 
ou laisse. 

1089. La rime est dite masculine quand elle a lieu entre deux 
syllabes non suivies d'un e muet. Ex. : 

C'est pour toi que je marche; accompagne mes pas 
Devant ce fier lion qui ne te connait pas. (Racine.) 

1090. La rime est dite feminine quand les deux syllabes sont 



472 NOTIONS DB VERSIFICATION. 

suivies d'un e rauet ou d'un equivalent : ent, es, qui ne eompto 
pas dans la mesure. Ex. : 

Mon p^re mille fois m*a dit dans mon enfanee 
Qu'avec nous tu juras une sainte alliancb. (Racine.) 

Remarque. — Les troisiemes personnes du piuriei de rimparl'ait 
et du conditionnel en aient sent rangees parmi les rimes mascu- 
lines, 

Au contraire voient, croient, deploient, e&mient, dans lesquels 
Ve compte pour une syllabe, et allienty oublient, etc., forment des 
rimes feminines. 

1091. On appelle rime riche celle ou non seulementlestoniques, 
mais encore les articulations qui les, precedent sont semblables, 
comme dans psii sible, risible; vers, divers; pere, prospers, etc. Ces 
articulations s'appellent consonnes d'appui. 

1092. Quand la consonne d'appui manque, ^la rime n'est que 
suffisante; comme dans : iimide, rapine; soup ir, desir; espoir, 
recev oir, etc. 

1093. La rime elant faite pour I'oreille, des syllabes qui n'ont 
pas la meme orthographe, mais qui ont le meme son peuvent rimer 
entre elles, Ex. : charm anf, iouvment; y&mi^s, meri tez; courts, dis- 
colors; amew(?, peine, etc. 

1094. Au contraire, des syllabes ayant la meme orthographe, 
mais n'ayant pas le meme son, ne peuvent rimer entre elles. Ainsi 
Ton ne pourra faire rimer dliier avec fier; enfer avec ihoxnpher; 
aimer avec mer, etc. 

No« poetes classiques I'ont fait souvent. G'est ce qu'on appelait rimes 
normandes^ parce qu'en Normandie r final etait toujours inuet. Les 
peciieurs norraands disent encore la me pour la mer. 

1095. On ne pent pas faire rimer un mot avec lui-meme, comme 
piece et piece, heure et heure; — ni un nom avec son verbe, 
comme arme et il arme; je soutiens et les soutiens; — ni un mot 
simple avec son compose : jeler et rejeter, prudent et imprudent; 
— ni un mot au pluriel avec un mot au singulier: larmesei larme; 
ils charmcnt et il arme; k moins que ce mot ne soit termine au 
smgulier par un s ou un x, velours et lou'rds, yeux et ennwjeux, etc. 



DB U RIMB. 47$ 

1096. RfeGLB GEN^RALE. ^ Une rime mascuUne ne doit pas 6tre 
suivie immediatement d'lme rime masculine differente, ni une rime 
feminine d'une rime feminine differente. 

Marot, et a plus forte raison les poetes auterieurs, n'ont pas connu 
cette regie. Elle a ete admise vers la fin du 16* siecle; raais elle est 
aujourd'hui sQuvent negligee. 

1097. Les rimes p^afes ou SMines sont celles qui se succedent par 
couples de deux, alternativement masculines et feminines. 

1098. Les rimes croisees sont celles qui presentent alternative- 
ment un vers masculin et un vers feminin. Ex, : 

J'ai vu mes tristes journees 

Decliner vers leur penchant ; 

Au midi de mes annees, " 

Je touchais a mon couchanl. (J.-B. Rousseau.) 

1099. Les rimes emhrassies sont celles qui presentent deux 
rimes masculines s^parees par deux rimes feminines suivies, ou 
reciproquement. Ex. : 

La mort, deployant ses ailei, 

Couvrait d'ombres eternelles 

La clarte dont je jouis, 

Et, dans cette nuit funeste, 

Je cherchais en vain le reste 

De mes jours evanouis. (J.-B. Rousseau.) 

1100. Les rimes melees sont celles dont la succession n'est sou- 
mise qu'a la regie generale donnee ci-dessus. Ex. ; 

Quel astre a nos yeux vient de luire ? 
Quel sera, quelque jour-, cet enfant merveilleux ? 
II brave le faste orgueilleux, 
Et ne se laisse pas seduire 
A tous ses attraits perilleux. (Racine.) 

1101. Les rimes redoubles offrent le retour de la m^me rime dans 
Irois vers au moins; on en trouve un exemple dans les versprece- 
donts : merveilleux, orgueilleux, perilleux. On a compose des pieces 
de quelque etendue sur un petit nombre de rimes ou meme sur 
une seule rime; mais ce ne sont \k que des jeux d'esprit. 



474 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

' L'origine du mot rime est incertaine ; peut-6tre est-ce une abr^viation 
du mot rythme, qui vient du grec [rhuthmos] et signifie mesure, cat- 
dence. Quant a l'origine de la rime elle-meme, on ne Irouve rien de prcr 
cis sur ce sujet. Quelques auteurs y voient une imitation des vers latins 
appeles leonins. Ces vers, dans lesquels la syllabe finale d'un mot place 
vers le milieu du vers rime avec la syllabe finale du dernier mot, se 
rencontrent souvent chez les poetes latins, meme dans Ovide et dans 
Virgile : 

Fulmen erat, to^o genitor quae plurlma coe^. (Virgile.) 

Jus tibi fecis<i nuraen caleste videnrft, 

Quem placuit numerw condere festa tui«. (Ovide.) 

Mais il est plus probable que I'assonance d'abord et la rime ensuite 
sont I'ceuvre du peuple, dont elle flattait Toreille. 

Des le 3« siecle de notre ere on trouve les traces d'une poesie latine 
rythmique avec assonances, parfois meme avec rimes. Les inscriptions 
populaires de I'Afrique, les poesies de Commodien, et plus tard celles de 
saint Augustin, en offrent de curieux exemples*. -■"' ' 

Au moyen age, la rime s'associe aux rythmes m^triques dans les 
chants latins du peuple et dans les hymnes de I'Eglise, faisant double 
emploi avec eux avant de les remplacer tout a fait. Dans les strophes du 
IHes irx, les vers riment entre eux trois a trois : 

Dies irae, dies ilia, 
Solvet seclum in favilla 
Teste David cum Sibylla. 

De m^me pour V Alleluia et quelques autres hymnes. 
Dans le Stabat Mater, les deux premiers vers de chaque strophe riment 
entre eux, et le troisi^me vers avec le troisieme de la strophe suivante : 

Stabat Mater dolorosa, 
Juxta crucem lacrymosa 
Dum pendebat Filius. 
Cujus animam gementem, 
Contristatam et dolentem, 
Pertransivit gladius. 

Dans nos chansons de geste, le Roland par exemple, chaque laisse ou 
couplet se compose de douze a quinze vers r^unis par la m^me asso- 
nance. 

Les poetes du i5« et du 46* siecle ont exerc5 leur subtilite dans une 
foule de rimes dont nous donnerons seulement les noms : rime cou- 
ronn^e, annexie, enchalnie, emperiere (imp^riale). Equivoque, batelee, 
renforcie, en icho, etc. 

1. Yoy. Monceauz : Le» Africaint. 



DE TENJAMBEMENT. i7S 



IV. De renjambement- 

il02. Lorsque le sens ne se complete pas a la fin du vers, il faut 
rejeter quelques mots au commencement du verssuivant : c'estce 
qu'on appelle enjambement. 

D'apres les poetes classiques I'enjambement n'est permis que : 
i" Dans les genres inferieurs, comme la comedie, la fable, les 
epitres, quand on veut appeler i'attention sur le mot rejete, le 
mettre en relief. Ainsi dans ces vers des Plaideurs de Racine il y 
a enjambement et enjambement premedite : 

... Puis done qu'on nous permet de prendre 
Haleine, et que Ton nous defend de nous etendre, 
Je vais, sans rien omettre, etc. 

2* Quand il y a reticence ou interruption. Ex. : 

N'y manquez pas du moins ; j'ai quatorze bouteilles 

D'un vieux vin.... Boucingot n'en a pas de pareilles. (Boileau.) 

1103. Cette proscription n'a pas persiste dans la poesie contem- 
poraine ou Ton se sert de I'enjambement pour obtenir divers effets : 
allongement du vers, coupes brusques, suspension, etc. Ex. : 

Et la voix qui chantait 

S'eteint comme un oiseau se pose : tout se tait (V. Hugo.) 

Remarque. — L'harmonie poetique ne nait pas seulement des accents, 
des cesures, des enjambements, etc., elle peut tenir a la qualite m^me 
des mots qui constituent le vers. Ainsi dans : 

Un /"rais par /"urn sortait des tou/fes d'asphodele. (V. Hugo.) 

La repetition du son f, qu'on appelle alliteration, ajoute a l'harmonie 
du vers. 
II en est de meme pour la repetition des voyelles ou assofiance dans : 

Ariane ma soeur, de quel amour blessee 

Yous mouriltes aux bords ou vous f^tes laiss^e. (Racine.) 



V. Licences po^tiques. 

1104. Les poetes ecrivent parfois voi, croi, regoi, averti,' etc., 
sans «. lis peuvent egalement choisir entre grdee et graces, guere 



476 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

et guhres, certe et certes, encore et encor, etc. Mais ces licences 
poetiques ne sont que des archaismes, qui tendent de plus en plus 
a disparaitre. (Voyez I'explication de la plupart de ces formes dans 
le cours de la grammaire.) 



YI. Vers de differentes mesures. 

1105. Les vers francais peuvent avoir de une k dome syllabes. 

On a tente de faire des vers de 13 et de 14 syllabes; mais notre oreille 
n'y est pas encore habituee. Cette innovation avail d^j^ 6te tente,e sans 
succes au 16* siecle. 

Le v6rs de douze syllabes s'appelle aussi vers alexandrin, ou 
grand vers, ou vers heroique. 

Ce vers doit le nom d'alexandrin au poeme A' Alexandre le Grand, 
commence par Lambert le Tors et continue par Alexandre de Paris (12* s.). 
L'auteur ou le heros a transmis son nom au vers. 

On I'appelle encore vers hexametre, c'est-a-dire vers de sixpieds, 
le pied etant considere par quelques auteurs comme la reunion de 
deux syllabes. Ex. : 

12 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 
Celvii qui met un frein k la fureur des flots 

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12. 
Sait aussi des mechants arrdter les complots. (Racine.) 

Dans I'alexandrin classique la sixieme syllabe doit toujours etre 
sonore et preceder la cesure. 
Le vers est alors coupe en deux hdmisliches. 

Hdmistiche vient du grec himi-stichos (demi-vers). 

Boileau a donne le precepte et I'exemple dans ces deux vers : 

Que toujours dans vos vers | , le sens coupant les mots, 
Suspende I'hemistiche | , en marque le repos. 

Cette r^gle n'a pas toujours et^ suivie par Racine, ni par les poetes 
de I'ecole romantique; seulement la sixieme syllabe etait toujours 
sonore. Cette derniere regie mdme commence h. ^tre negligee par les 
pontes contemporains. 



VERS DE DIFFERENTES MESURES. 477 

H06. Les vers de onze et de neuf syllabes ont ete rarement 
employes. 

1107. Le vers de dix syllabes, qu'on appelle aussi d^cas?/nal>e ou 
pentametre, convient au style narratif. C'etait k I'origine notrevers 
heroique, et il est le plus souvent employ^ dans nos vieilles chansons 
de geste. Ex. ; 

523456789 10 

Si j'etais roi, je voudrais etre juste 

Et dans la paix mainienir mes sujets, 

Et tous les jours de mon empire auguste 

Ceraient marques par de nouveaux bienfaits. (Voltaire.) 

1108. Ce vers a une cesure apres la quatrieme syllabe; quel- 
quefois aussi la ,cesure se place apres la cinquieme, et alors le 
vers est coupe en deux hemistiches egaux, de cinq syllabes cljacun : 

1234 5 6789 10 

J'ai dit a mon coeur, | a mon faible coeur; 
N'est-ce point assez | de tant de tristesse? 
Et ne vois-tu pas | que changer sans cesse, 
C'est a chaque pas | trouver la douleur? (A, de Musset.) 

1109. Le vers de huit syllabes est aussi I'un de nos plus anciens 
metres; on le trouve dansja plupart des vieux romans, contes et 
fabliaux. II se pr6te a tous les tons; il convient a I'epitre, a la 
poesie descriptive, a I'ode, a I'elegie, etc. Ex. : 

Le Nil a vu sur ses rivages 

Les noirs habitants des deserts 

Insulter par leurs cris sauvages 

L'astre eclatant de I'univers. 

Cris impuissants, fureurs bizarres! 

Tandis que ces monstres barbares 

Poussaient d'insolentes clameurs, 

Le dieu, poursuivant sa carriere, 

Versait des torrents de lumiere 

Sur ses obscurs blasphemateurs. (Lefranc de Pompignan.) 



478 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

HIO. Le vers de huit syllabes s'unit bien au vers alexdndrln 
pour former des distiques. Ex. : 

12 3 4 5 6 7 8 
Pres de se voir reduire en poudre, 

12 3 4 5 6 , 7 8 9 10 11 12 
lis defendent leurs bords enflammes et sanglants. 
Voyez-les defier et la vague et la foudre 

Sous des mats rompus et brulants. (Lebrun.) 

Distique. v'lcnt du grec dis-stichos (deux vers). 



1111. Le vers de sept syllabes convieht surtout k I'epitre fami- 
liere, au conte, a Tode, a la chanson. Ex. : 

12 3 4 5 6 7 

Jupiter voyant nos fautes 

Dit un jour du haut des airs : 

« Remplissons de nouveaux h6tes 

Les cantons de I'univers », etc. (La Fontaine.) 

1112. Le vers de six syllabes est leger et gracieux. Ex. : 

12 3 4 5 6 

II est sur la colline 

Une blanche maison ; 

Un coteau la domine; 

Un buisson d'aubepine 

En fait tout I'horizon. (Lamartine.) 

Dans les strophes on le voit frequemment mfele avec d'autres vers, 
Ex. : 

La mort a des rigueurs k nulle autre pareilles : 

On a beau la prior; 
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles 

Et nous laisse crier. (Malherbe.) 

1113. Le vers de cinq syllabes se joint ordinairement k des 
metres plus longs. II a cependant ete employe seul par Mme Des- 
boulieres dans son idylle bien connue ; 



VERS DE DIFF^RMTES MESURES. i70 

Dans ces pres fleuris 

Qu'arrose la Seine, 

Cherchez qui vous mene, 

Mes cheres brebis. (Mme Deshoulieres.) 

ilU. Les vers au-dessous de cinq syllabes se rencontrent rare- 
ment seuls. 
Vers de quatre syllabes. Ex. : 

Rompez vos fers, 
Tribus captives ; 
Troupes fugitives, 
Repassez les monts et les mers. (Racine.) 

Vers de trois syllabes. Ex. : ' 

La cigale ayant chante 

Tout I'ete. (La Fontaine.) 

Dame bergeronnette 
Mire sa gorgerette 

Au flot clair. (A. Theuriet.) 

Vers de deux syllabes. Ex. : 

C'est promettre beaucoup ; mais qu'en sort-il souvent) 
Du vent. (La Fontaine.) 

Elle garda la fleur fidele, 
Et depuis, cette fleur s'appelle 
Souviens-toi 
De moi. 

Vers d'une_ syllabe. Ex. : 

Et Ton voit des commis 
Mis 
Comme des princes, 
Qui jadis sont venus 
Nus 
De leurs provinces. (Panard.) 

1115. On appelle vers libres les vers dans lesquels on entre 
mele differentes mesures. Dans ces sortes de vers, les rimes sent 
ordinairement melees. Les choeurs d'Esther et d'Athalie^ les Fabies 
de La Fontaine sont ecrits en vers libres. 



480 H0TI05S DE VERSiriCATION. 



VII. Groupement des vers. 

1116. Un poeme peut etre compose d'unc serie continue dc 
vers egaux ou libres, sans aucune division symetrique. 11 peut au 
contraire Mre compose de groupes de vers formant un sens com- 
plet ou suivis d'un repos, et presentant pour le nombre des vers, 
pour le melange des rimes et des metres, une combinaison qui se 
reproduit plusieurs fois de suite dans la piece. 

Ces groupes se nomment strophes ou stances dans Vode, et cou- 
plets dans la chanson. 

^- 

1117. Le nombre des vers dans la strophe est dedeux aumoins, 
mais n'est pas limite. 

Une strophe de 5 vers (sur meme rime) s'appelle tercet; de 
4 vers, quatrain; de 5, quintil; de 6, sizain; de 8, huitain ou oc- 
tave; de 9, neuvain; de 10, dizain. 

1118. En dehors des poemes libres et des poemes k strophes, 
11 y a des poemes a forme fixe qui ont ete tres en favour jusqu'au 
17' siecle. Tels sont : le lai, le virelai, le chant royal, la villanelle, 
le rondeau, ?a ballade, le sonnet, etc. Les trois derniers sont encore 
usit6s aujourd'hui : nous en donnerons brievement les regies. 

1° Rondeau, petit poeme de 15 vers, roulant sur 2 rimes, et 
divises en 3 groupes : la premier et le dernier de 5 vers, et le 
groupe intermediaire de 3. Apres le second et le troisifeme groupe, 
on repete, en dehors du vers et sans faire rimer, le commence- 
ment du premier vers. Ex. : 

Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau 
M'a conjure de lui faire un rondeau. 
Cela me met en une peine extreme. 
Quoi! treize vers, huit en eau, cinq en ^me\ 
Je lui ferais aussitdt un bateau. 

En voila cinq pourtant en un monceau. 
Faisons-en sept eit invoquant Brodeau*, 
Et. puis mettons, par quelque stratageme : 
Ma foi, c'est fait. 

^. iJrodeau, auleur de poesies facil'^s et naives, mort en ISiO. 



GROUPEMENT UES VERS. 481 

Si je pouvais encor de mon cerveau 
Tirer cinq vers, I'ouvrage serait beau ; 
Mais cependant je suis dedans I'onzieme. 
Et ci je crois que je fais le douzieme ; 
En voila treize ajustes au niveau. 
Ma foi, c'est fait. (Voiture.) 

2' Ballade, petit poeme de 3 couplets de 8 ou 10 vers sur deux 
rimes avec un envoi de 4. ou 5 vers. Le dernier vers du premier 
couplet est repete k la fin de tons les autres et de I'envoi. 

Des dames du temps jadis. 
Dictes-moy ou, n'en quel pays, 
Est Flora, la belle Romaine; 
Ar.chipiada, ne Thais 
Qui fut sa cousine germaine ; 
Echo, parlant quand bruyt on maine 
Dessus^ riviere ou sus estan, 
Qui beaute eut trop plus qu'humaine? 
Mais ou sont les neiges d'antan? 
Ou est la tres sage Helois, 
Pour qui fut blesse et puis moyne 
Pierre Esbaillart a Sainct-Denys? 
Pour son amour eut cet essoyne. 
Semblablement, oii est la royne 
Qui commanda que Buridan 
Fust jete en un sac en Seine? 
Mais ou sont les neiges d'antan? 
La royne Blanche comme un lys. 
Qui chantoit a voix de sereine ; - 
Berthe au grand pied, Bietris, AUys, 
Harembourges, qui tint le Mayne; 
Et Jehanne, la bonne Lorraine, 
Qu'Anglois bruslerent a Rouen ; 
Oil sont-ils, Vierge souveraine? 
Mais ou sont les neiges d'antan? 

ENVOI 

Prince, n'enquerez de semaine 

Oil elles sont, ne de cest an. 

Que ce refrain ne vous remaine : 

Mais ou sont les neiges d'antan? (Villon.) 

G09R9 8UP^IEV{V« 51 . 



482 NOTIONS DE VERSIFICATION. 

3° Sonnet, petite piece de vers composee de 2 quatrains k rimes 
embrassees, et de 2 tercets a rimes plates^ le troisieme vers du 
premier tercet rime avec le troisieme vers du second tercet. Ex. J 

Les deux corteges. 

Deux corteges se sont rencontres a Teglise. 

L'un est morne : — il conduit le cercueil d'un enfant. 

line femme le suit, presque folle, etouffant 

Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise. 

L'autre, c'est un bapt^me : — au bras qui le defend 
Un nourrisson gazouille une note indecise. 
Sa mere, lui tendant le doux seih qu'il epuise^ 
L'embrasse tout entier d'un regard triomphaht ! 

On baptise, on absout, et le temple se vide. 

Les deux femmes alors, se croisant sous I'abside, 

Echangent un coup d'oeil aussitot detourne ; 

Et — merveilleux retour qu'inspire la priere — 
La jeune mere pleure en regardant la biere, 
La femme qui pleurait sourit au nouveau-n6 ! 

(Josephin Soulary.) 



FIW 



TABLE ALPHABfiTIQUE 



A (pr^fixe), pages 58 et 91. 

— (preposl 262 et 420. 

— (pr^pos.jm&fgUaftt pos- 
session (orig.), 4. 

— (pronoHtfatiofl), 99, 100 
et 110. 

A eta, 261. 
Ab (pr^fixe), 85. 
Abat-jour, 304. 
Abat-vent, 304. 
Abeille (orlgine), 53. 
Able (sufflxe), ll. 
A bon chat, bon rat, 463. 
Aboyer (sa conjug,), 233. 
Abr^ger, 40, 41 et 232. 
Abroger (sa conJug.), 232. 
Absoudre (orig.), 41. 
Absoudre (sa conjug.), 243. 
AcADEHiE, 100 et 115. 
Acaj.ou (orig.), l2. 
Accel^rer (sa conjug:.), 231. 
Accent tonicjue, 32 et 62. 
Accents (leur emploi), 126. ■ 
Accents dans les vers, 469, 
Accessit, 300. 
Accolade, 11. 

Accommodation (de 1'), 40. 
Accordaiiles, 299. 
Accord de I'adjectif, 314. 

— de Tartlcle, 308. 

— du nom, 290. 

— du verba avec un seul 
sujet, 358. 

Accord du verbe avec- plu- 

sieurs sujets, 362. 
Accroire (sa conjug,), 244. 
Acharner (origine), 95. 
Ache (orig.), 34. 
Acheter (sa conjug.), 231. 
Achever (sa conjug.), 231. 



Acoustique, 89. 
Acqu^rir (sa conjug.), 235. 
Acre (orig.), 51. 
Active (forme), 201. 
Ad (pr^fixe), 85. 
Adagio, 300. 
Ade (sufTixe), 65. 
Adherant, adherent, 381. 
Adiectif (de 1'), 157, 
Adjectift composes, 315. 

— d^monstralifs, 170. 

— d^riv^s des noms, 80. 

— derives des verbcs, 80, 
■- Inlerrogatlfs, 170, 

— indelnis. 172. 
Adjectifs tium^raux, cardi- 

naux, 166et521. 
Adjectifs numi*raux, ordi- 

naux, 168 et 322. 
Adjectift possessifS, 170. 

— qualillcatifs, 158. 

— verbaux, 379. 

— (syntaxe), 314. 
Adragant (Origine), 5. 
Adverbe (de V), 25S. 
Adverbes (espfeces d'), 398, 

— (adjeclifi employes com- 
me), 255. 

Adverbes d'affirmation, 257 

et 412. 
Adverbes de doute, 258. 

— de lieu, 253 et 399. 

— de maniere, 255 et 403. 

— de negation, 257 et 412. 

— de quantity, 256 et 405. 

— de temps, 254 et 402. 
Adverbes (syntaxe), 398. 
Adverbiales (locutions), 259, 
A^rolithe, 90. 
Affaiblissements de consoti- 

nes, 40. 
Affid^, 11. 
Affixes, U. 



Afnuant, affluent, 381. 

Affres, 299, 

Affront, 11, 

Affubler, 41. 

Age (sufflxe), 65, 

Agencer (conjug.), 232. 

Agenda, 300. 

Agneau (origine), 73. 

Agrafe, 6, 

Agr^er (sa conjug.), 232. 

Agregat (origihe), 52. 

Agr^ge (origihe), 52. 

Agr^s, 5. 

Agronome, 89. 

Aguets, 299. 

Ai (prononciation), 22, 99, 

101 et 110. 
Aide (ses deux genres), 291. 
Aider (origine), 53, 
Aider, aider a, 369. 
Ale (sufflxe), 65. 
Aie (interject.), 268. 
Aient (prononciation), 110 
Aieul, 150 et 298. 
Aigle, 294. 

Aigre (origine), 40 et 51. 
Aigre-doux, 315. 
Aigu (oHgine), 161. 
Aigue-marine, 303. 
Ail (plurifel), 299. 
— (sufflxe), 66. 
Aile (origine), 30 et 47. 
Aille (sufflxe), 72 et 82. 
Ailleurs, 254 et 599. 
Aime (origine), 205, 
Aimer (origine), 34. 
Aimer (sa cohjug,), 201. 
Ain (sufflxe), 66 et 77, 
Alns (Ofigine), 59 et 255. 
Ainsi (originej, 255, 
Ait (avoir I'), 316, 
Air raux, faux air, 316. 
Aire (sufflxe), 87. 



484 

Ais (suffixe), 77. 
— (origine), 45. 
Aison, ison (suffixe), 66. 
Aiseelle, 37. 
Al, el (suffixes), 77. 
A la queue leu-Ieu, 461. 
Alarme, 11 et 145. 
Albatre (genre), 143. 
Album, m 
Alcali, 11. 
Alcool, 11. 
Alcove, 11. 
Alentour, 253 et 400. 
Alentours, 299. 
A I'envi, 259. 
Alerte, 11. 
Alezan, 11. 
Algarade, 11. 
Alg^bre, 11. 
Alibi, 300. 
Alin^a, 300. 

All^cher (sa conjug.), 231. 
Alleger (sa conjug.), 232. 
Allegro, 300. • 
Alleluia, 300. 
Aller (sa conjug.), 232. 
Alleu, 5. 

Allier (sa conjug.), 232. 
Alliteration (de 1'), 475. 
Allonger (sa conjug.), 232. 
Alors (origine), 254. 
Alose, 9 et 30. 
Alouette, 4 et 30. 
Alphabet (de l), 17. 
Alt^rer (sa conjug.), 231. 
Alto, 300. 
Alumine, 50. 
Alun, 50. 

Alveole (genre), 143. 
Amarrer, 5. 
Ambassade, 11. 
.\mbre, 11 et 143. 
Amen, 300. 

Amener (sa conjug.), 231. 
Amiral, 11. 
Amnistie (genre), 143. 
Amonceler (sa conjug.), 231 
Amour, 140 et 294. 
Am, an (prononciation), 101 
Amphi (pr^fixe), 91. 
Amphitryon, 13. 
Ample, 41, 48. 
An (origine). 34. 
Ana (pr^fixe), 91. 
Anacoluthe (figure), 282. 
Analyse, 283. 
Analyse ^tymologique, 287^ 

— des mots, 283. 

— des propositions, 285 
Ananas, 12. 
Ance (suffixe), 66. 



TABLE ALPUABETIQUE. 

Anc^tres (origine), 148. 

Andante, 300. 

Ande, endo (suffixes), 67. 

Andrinople, 13. 

Ane, 42. 

Anemomfetre, 90. 

Angle, 45. 

Angle (origine), 50. 

Anglo-normand (dialecte),9. 

Anglo-saxon, 302. 

Angoisse, 36 et 43. 

Angule (origine), 50. 

Annate (origine), 52. 

Annee (origine), 52. 

Ant, ent (suffixes), 67. 

Ante (prefixe), 86. 

Anthropologic, 84 et 90. 

Anti (prefixe), 91. 

Antipode (genre), 143. 

Autre (genre), 143. 

Aoiit (origine), 51. 

Aparte»,300. 

Apitoyer (sa conjug.), 233. 

Apo (prefixe), 91. 

Apostrophe (emploi), 128. 

Apothicaire (origine), 53. 

Appareil vocal, 19. 

Apparoir (sa conjug.), 240. 

Appeler (»a conjug.), 231. 

Apprecier (sa conjug.), 232 

Approcher, 41. 

Approuve (prepos.), 263. 

Appuyer (sa conjug.), 233. 

Aprds (prefixe), 59. 

Aptitude (origine), 53. 

Aquarelle, 11. 

A qui, 346. 

A qui mieux mieux, 347. 

Arbal^te (origine), 56. 

Arbre, 41. 

Arc, 44. 

Arc-boutant, 303. 

Arc-en-ciel, 302. . 

Archaisme, 89. 

Archi (prefixe), 91. 

Ard (suffixe), 67 et 78. 

Argent, 37. 

Argent comptant, 380. 

Argile (genre), 143. 

Arlequin, 11. 

Arme, 47. 

Armistice (genre), 143. 

Armoire (genre), 143. 

Armoirics, 299. 

Arpent, 4. 

Arquebuse, 11. 

Arranger (sa conjug.), 252. 

Arrerages, 299. 

Arrhes (genre), 143. 

Arri^re (origine), 232. 

Ari#re (pr^llxe), 59. 



Arri^re-bouche, 19. 
Arriere-boutique, 304. 

garde, 304. 

neveu, 304. 

Arroger (s') (participe), 592 
Arroi (origine), 5. 
Arsenal, 11. 
Artere (genre), 143. 
Article (de 1'), 153. 

— defini, 153, 308. 

— (emploi de I';, 308. 

— indefini, 153. 

— partitif, 153, 310. 

— (syntaxe), 308. 
As, asse (suffixes), 72 ot 82. 
Aspiree (consonne), 25. 
Assaillir (sa conjug.), 255. 
Asseoir (sa conjug.), 240. 
Assener (origine), 51. 
Assez (origine), 256. 
Assigner (origine), 51. 
Assimilation, 27. 
Assises, assise, 299. 
Associer (sa conjuK-), 232. 
Assonance (de r),471, 474. 
Assurement (origine), 237. 
Asterisque (genre), 145. 
Astre (origine), 89. 
Astrologie, 84 et 89. 
Astronomie, 89. 
At (suffixe), 88. 
Ation, ition (suffixes), 88. 
Atmosphere (genre), 143. 
Atone (syllabe), 32 et 62. 
A travers, au travers, 433. 
Atre (suflixe), 78. 
Atteler (sa conjug.), 231. 
Attendu (prepos.), 263. 
Attitude (origine), 53. 
Attraper (origine), 95. 
Attribut, 280. 
Attributifs (verbes), 200. 
Au (prononciation), 101. 

AUBANEL, 9. 

Aube (origine), 47. 
Aubepine (origine), 56. 
Auberge (origine), 5. 
Aucun (origine), 172. 
Aud (suffixe), 78. 
Auguste (origine), 51. 
Aujourd'hui (originej, 254. 
Aune (origine), 47, 48. 
Aune (ses deux genres), 202. 
Auparavant (origine), 254. 
Aupres de, 432. 
Au prix de, 433. 
Ausculter (origine), 51. 
Auspice (genre), 143. 
Aussi, 256 et 405. 
Autan, 9. 
Autant, 256 et 407. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



485 



Autel, 145. 

Autodafd, 300. 

Aulomne (genre),li3et29o. 

\utruche (origine), 56. 
Autrui, 172, 

Auvergnat (dialecte), 2et 8, 
Anxiliaires, 190 et 194. '• 
Auxiliaire des verbes in- 

transilifs, 221 et 374. 
Avancer (sa conjug,), 232. 
Avaiiie, 11. 
Avant, 262 et 429. 
Avant (prelixe), 59. 
Avantager (sa conjug.), 232. 
Avant-coureur, 504. 

garde, 304. 

gout, 304. 

^ppste, 304. 

scene, 504. 

Ave, 500. 

Avec (origine), 262. 
Aveille, 53. 
Aviso, 500. 
Avocat (origine), 51. 
Avoine, 40. 
Avoir, 27, 194 et 1%. 
Avoir beau, 461. 
Avoue, 51. 
Avouer, i5. 
Avril, 57et41. 
Ayant (origine), 196. 
Azur, 11. 

B 

Babiller (origine), 15. 

Babord, 11. 

Bac, 5. 

Badaud, 9. 

Badin, 9. 

Baguette, 11. 

Bai (origine), 54. 

Baif, 465. 

Bain-marie, 502. 

Balance (origine), 55. 

Balancer (sa conjug.), 252. 

Balayer (sa conjug.), 234. 

Balcon, 11. 

Baldaquin, 11. 

Ballade, 9 et 481. 

Balustre, 11 et 143. 

Barnbin, 11. 

Bambou, 12. 

Ban, 5. 

Bandit, 11. 

Banque, 11. 

Barbe, 292. 

Barde, 292. 

Barometre, 90. 

Baron, 40. 

Barricade, 11. 



Bas-breton, 1. 
Bas-fond, 305. 
Basque (langue), 1. 
Bas-relief, 503. 
Basse-cour, 303. 
— -taille, 305. 
Bastion, 11. 
Bataille, 5 et 47. 
Battre (famille de), 95. 
Battre a plate couture, 462. 
Battre le chien devant le 

loup, 461. 
Beau, belle (gallicisme),461. 
Beau, 35 et 159. 
Beaucoup, 256 et 408. 
Beau-fils, 505. 
Beau-frere, 505. 
Bee, 4. 

Becqueter (sa conjug.), 251 
Bedeau, 5. 
Beffroi (origine), 5. 
Begayer (sa conjug. ), 254. 
B^lier, 6 et 96. 
Belle-mere, 505. 
Belvedere, 11. 
Ben^dicit(5, 500. 
Benet, 10. 

Benin (origine), 161. 
Benir, 254. 
Benn'e, 4. 
Bercail, 10. 

Bercer (sa conjug.), 252. 
Beret, 9. 
Berger, 44. 
Besides, 299. 
Biais, 40. 
Bibliophile, 90. 
Bief, 5. 

Bien, 255 et 403. 
Bien (prefixe), 59. 
Bien (origine), 55. 
Bien-fonds, 502. 
Bifteck, 500. 
Bilan, 11 et 55. 
Biographie, 90. 
Bis (prelixe), 86. 
Bivouac, 11. 
Blame (origine), 50. 
Blamer (origine), 50. 
Blanc-bec, 303. 
Blanc-seing, 303. 
Blaspheme (origine), 50. 
Blasphemer (origine), 50. 
Blesser, 5. 
Bleu, 6. 

Bleu fonce, 320. 
Blocus, 11. 
Blond cendre, 520. 
Bocal, 5. 

Bceuf (origine), 56. 
Boire (sa conjug.), 244. 



Bombe (origine), 11. 

Bord, 5. 

Borne-fontaine, 502. 

Botanique, 89. 

Bouche, 19. 

Bouclier (origine), 151. 

Bouillir, 255. 

Boule (origine), 51. 

Bouleau, 4. 

Bouledogue (origine), 12. 

Boulevard, 5. 

Bouleverser (origine), 57. 

Bouquet, 10. 

Bourg, 6. 

Bourguignon (dialecte), 2, 

9 et 47. 
Bourrasque, 11. 
Bourreler (sa conjug.), 251. 
Bourse, 5. 

Boursoufler (origine), 57. 
Boussole, 11. 
Boutade, 11. 
Boute-hors, 505. 
Bouteille, 5. 
Boutique (origine), 5. 
Boutiquier (origine), 53. 
Bouts-rim^s, 5(^. 
Boxe, 12. 

Braie (origine), 4, 35 et 43. 
Braire (sa conjug.), 244. 
Brahme, 12. 

Brandir (origine), 5 et 95. 
Branlebas, 305. 
Brasser, 4. 
Bravade, 11. - 
Brave homme, homme bra- 
ve, 316. 
Bravo, 300. 
Bravoure, 11. 
Break, 12. 

Brebis (origine), 5 et 46. 
Breche, 5. 
Breuvage, 46. 
Braves (voyelles), 21. 
Bric-a-brac, 305. 
Brigand, 11. 
Brise-glace, 504. 

lame, 504. 

raison, 504. 

— -tout, 504. 
Broussailles, 299. 
Bru, 5. 

Bruire (sa conjug.), 24i. 
Brun, 6. 
Bruyere, 4. 
Budget, 500. 
Buisson (origine), 95. 
Bulle (origine), .51. 
Bureau (origine), 95. 
Bureau restant, 580. 
JButin, 5. 



m 



TABLE ALPHAB^TIQUE. 



G (prononciation), 106 et 

114. 
Ca, 254, 259 et 400. 
Caban, 11. 
Cabane, 54. 
Cabestan, 12. 
GaTjine, 12 et 54. 
Cabinet, 11. 
Cabri, 9. 
Cabriole, 95. 
Cacao, 12. 
Cachemire, 13. 
CaGhe-nej, 304. 
Cacheter (sa conjug.), 251 
Cacographie, 90. 
Cadenas, 9. 
Cadran (origine), 95. 
Cafe, 11. 
Cailler, 45.^ 
Caillou, 10. 
Caiman, 12. 
Caisse, 53. 
CalicQt, 13. 
Calin, 9. 
Calumet, 12. 
Camail, 9. 
Camarade, 11. 
Cambouis, 9. 
Camelia, 13. 
Camelote (origine), 95. 
Canaille, 72. 
Canal (origine), 51. 
Cancer, 50. 
Canevas, 10. 
Cannette, 11. 
Canot, 3. 

Cantaloup (origine), 13. 
Cantilene de Ste-Eulalie, 7, 
Cap (origine), 9. 
Caparacon, 11. 
Capital, 50. 
Caporal, U. 
Caqueter, 13 et 231. 
Car, 45 et 265. 
Carafe, 11. 
Caramel, 11. 
Caravanserail, 11. 
Carguer, 9. 
Caricature, 11. 
Carnassier, 9. 
Carnivore, 85. 
Carreler (sa conjug.), 231. 
Carte (origine), 51. 
Cartouche, 11 et291. 
Cartulaire (origine), 51. 
Cas du pronom, 185. 
Caserne, 11. 
Casoar, 12. 
Casse-t6te, 304. 



Catalane (langue), 1 et 8. 
Cause (origine), 30 et 51. 
Causes d'irr^gularit^de Tor- 

thographe, 109. 
Ce (adjectif), 170. 

— (pronom), 178 et 540. 
C^ans (origine), 254. 
Ceci, cela, 179 et341. 
Ceder (sa conjug.), 231. 
C^dille, 127. 

Cela ne laisse pas de..., 460. 
C^lebrer (sa conjug.), 231. 
Celer (sa^conjug.), z5i. 
Celtique (langue), 2 et 4. 
Celuijcelle, ceux, 178et 340. 
Cement (origine), 51. 
Ce n'est pas que, 341. 
Cent, 43 et 321. 
Centenaire (origine), 53. 
Centenier (origine), 53. 
Cenlieme (origine), 168. 
Centime, 143 et 168. 
Centimetre, 92. 
Cep (origine), 5t. 
Cependant, 266. 
C^phalalgie, 90. 
Ce que c est que de, 460. 
Cercler (origine), 51. 
Cerf (origine), 35. 
Cerf-volant, 303. 
Cerise (origine), 61. 
Cerne, 44. 
Certes, 257. 
Cervoise, 443. 
C'est, ce sont, 360, ♦ 
C'est que, 341. 
ensure fde la), 469. 
Ch, 114 etll6. 
Chacun, chaque, 324. 
Chacun, 183 et 354. 

— avec son ou leur, 354. 

— a sa marotte, 462. 
Chaire, 42. 
Clialand, 5. 

Chdle (origine), 12. 
Chambellan, 5. 
Ghambre, 48. 
Champ, 41 et 43. 
Ghampenois (dialecte), 2, 9 

Ghanceler (sa conjug.), 231 
Chancre (origine), 50. 
Ghangements subispar Tor 

thographe, 109. 
Changer, 3 et 232. 
Chanson, 480. 
Chanson de Rolasd, 8. 
Chant royal, 480. 
Ghanteur, 139 et 146. 
Ghantre (origine), 139. 
Chapelet (origine), %. 



Chaque (origine), 172. 
Char (origine), 34. 
Charger (sa conj.], 252. 
Chants (orig-)> 5w. 
Charlatan, 11, 
Charroyer (sa conjug.), 233. 
Charte (origine), 51. 
Ghartrier (origine), 51. 
Ghasse, 41 et 53. 
Ghasse-croise, 305. 
Chasseur (feminin dej, 146. 
Ghalain clair, 320. 
Chateau (origine), 73. 
Chat-tigre, 302. 
Ghatoyer (sa conjyg.) 233. 
Ghaud, 47. 

Ghaumont (origine) 56. 
Ghauve-souris, 303. 
Chef, 39 et 41. 
Chef-d'oeuvre, 302. 
Chef-lieu, 302. 
Chenal (origine). ^7 et 51. 
Gheptel (orlgiae), 50. 
Ch^nibin, 11. 
Cherts (origine), 50. 
Cheval (origine), 3 et 37. 
Ghevau-leger, 149 et 303. 
Gheveu (origine), 173. 
Chevre (origine), 34. 
Chevrefeuille, 40. 
Chez (origine^, 262. 
Ghien (orig.), 33, 54 et 43. 
Ghien-loup, 302. 
Chiffre, 11. 
Chimie, 5. 
Chlore, 89. 
Ghocolat, 11. 
Choir, 240. 
Chomer, 5. 

Ghose(orig.),30,37,41et51. 
Chose (quelque), 295. 
Ghoucroute (engine), 11. 
Ghou-fleur, 302. 
Ghou-rave, 302. 
Chrome, 89. 
Chronometre, 90. 
Ghuchoter (origine), 13. 
Ci (syntaxe), 402. 
Gide (suffixe), 85. 
Giel, 35, 150 et 298. 
Gigare, 11. 
Gi-inclus, 263 et 318. 
Gi-joint, 263 et 318. 
Giment (origine), 51. 
Gimeterre, 11. 
Gingler, 5. 
Gippe (origine), 51. 
Girconflexe (accent), 21 et 

127. 
Circuler (oriffine), 51. 
Ciroum (pr^flxe), 86. 



Cire (origine). 3S. 

Cis (pr^fixe), 86. 

Ciseau, ciseaux, 299. 

Ciseler (sa conjug.), 231. 

Citadelle, 11. 

CitǤ (origine), 43. 

Claie (origine), i. 

Clair (origine), 44. 

Clamer, 48, 

Clapoter (origine), 15. 

Clause (origine), 51. 

Clic, clac (origine), 15. 

Cliquetis (origine), 13. 

Clore, 37 et 244, 

Close (origine), 51. 

Club, 12. 

Coche (ses deux genres), 292. 

Coction (origine), 53. 

Goeur (gallicisme), 462. 

Coffre-fort, 305. 

Cognac (origine), 13. 

Coi (origine), 45. 

Coiffe, 6. 

Coin, 36. 

Coke, 12. 

Cole (suffixe), 8S. 

Colibri, 12. 

Collecte (origine), 52. 

Collectif (nom), 140. 

Colonel (origine), 11. 

Colorier (sa conj.), 232. 

Colporter (origine), 57. 

Com (prefixe), 86. 

Combien, 256 et 410. 

Combler (origine), 38 et 51. 

Comite, 51. 

Comme, 255, 265 et 404. 

Commencer, 232- 

Commencer k. commencer 

de, 369. 
Comment, 255 et 405. 
Comparatif, 164. 
Complement d'objet, 187. 
— de circonstance, 187 
Complement de I'adjectif, 

— de I'adverbe, 599. 

— du nom, 306. 

— du verbe, 365. 
Complement (nombre du), 

Compi. direct, 187 et 366. 
Gompl. indirect, 187 et 566. 
Completer (sa conjug.), 231. 
Composition, 55, 84 et 89. 

— par les mots simples, 
,35, 84 et 89. 

— par les prefixes, 58, 
et91. 

Comprehension, 141. 
Compte (origine), 50. 



TABLE ALPHAB^TIQUE. 

Compte-gouttes, 304. 
Comput (origine), 50. 
Comte (origme), 36. 
Comte, 51 et 143. 
Concerto, 300. 
Concetti, 300. 
Conclure, 244. 
Conditionnel, 215et451. 
Conditionnel pass^, 451- 
Condor, 12. 

Conduire (sa conjug.), 245. 
Confiance (origine), 51. 
Confidence (engine), 51. 
Confins, 299. 
Confire (sa cpnjug.), 245. 
Confiteor, 300. 
Confortai)le, 12- 
Conjonction (de la), 265. 
Conjonctions de coordina- 
tion, 267. 
Conjonctions de subordina- 
tion, 267. 
Conjonctions simples, 265. 
Conjonctives(locutions),266. 
Conjugaison, 192. 
Connaitre, 245. 
Conn^table (origiqe), 56. 
Conque (origine), 52. 
Conserver, 40. 
Considerer (sa conjug.), 231. 
Consonne double, "26. 
Consonnes, 20, 24 et 38. 
CoRsonnes composees, 24. 
Constant (origine), 52. ' 
Continues (consonnes), 25. 
Contra (prefixe), 86. 
Centre, 36 et 262. 
Centre (prefixe), 59. 
Contre-all^e, 504. 

amiral, 304. 

coup, 304. 

Contredire (sa conjug.), 246. 
Contre-ordre, 304. 

partie, 304. 

Convaincant, convainqucint, 

381. 
Coq-a-1'ane, 302. 
Coque (origine), 52. 
Cor (engine), 40. 
Corbleu (origine), 269. 
Cordes vocales, 19 et 20. 
Cordonnier (origine), 13. 
Comae, 12. 
Corridor, 11. 

Corriger (sa conjug.), 232. 
Corsaire, 9. 
Corse (dialecte), 1. 
Cosmographie, 90. 

Cotoyer (sa conjug.), 235. 

Cottage, 12. 

Cotte, ». 



487 

Cou (origine), 45. 
Coucne (participe), 390. 
Coudoyer (sa conjug.), 253. 
Coudre (origine), 42, 
Coudre (sa conjug.), 845. 
Couleur (origine), 57. 
Couleur (adjectifs de), 52a 
Couleur voyante, 580. 
Coupe-gorge, 504. 
Couple, 295. 
Couplet, 479. 
Courir (sa coojug.), 255. 
Coursier (origme), 151. 
Court-vdtu, 315. 
Couru (participe), 390. 
Goutant (origine), 52. 
Couteau, 41. 
Cout6 (participe), 390. 
Coute que coute, 347. 
Couvercle, 44. 
Couvre-feu, 304. 
Crac (origine), 13. 
Craindre (sa conjug.), 245. 
Crampon, 5. 
Cr^ance (origine), 51. 
Crfeche, 6. 

Credence (origine), 51. 
Cr^do, 201. 

Cr^er (sa conjug.), 252. 
Gr6pe (ses deux genres), 291. 
Creper (origine), 52. 
Cr6te (origme), 55. 
Crfeve-CQBur, 504. 
Crever (sa conjug.), 231. 
Crin, 36 et 44. 
Crisper (origine), 52. 
CriWrium, 500. 
Critique, 291. 
Croasser (origine), 13. 
Croire (sa conjug.), 245. 
Croisade (origme), 9. 
Croitre (origine), 42. 
Croitre (sa conjug.), 246. 
Croquer (origine), 13. 
Crypte (origine), 52. 
Cueillette (origine), 52. 
Cueillir (sa conjug.), 236. 
Cuir (origine), 47. 
Cuisson (origine), 55. 
Cuit (origine), 36. 
Cultewr (suffixe), 86. 
Culture (suffixe), 85. 
Cumuler (origine), 51. 
Curasao, 15. 
Cure, 45. 
Cure-dents, 303. 



488 



TABLE ALPHABETIQUE. 



D 

D (prononciation), 100, 105 

et 113. 
Dahlia (origine), 13. 
Dais, 52. 
Damas, 13. 
Dame (origine), 5i. 
Dammartin (origine), 56. 
Dampierre (origine), 56. 
Dandv, 12. 

Dasgeau (abb<5 de), 24 et 28. 
Dans (prepos.), 262 et 427. 
Dard, 5. 
Dartre, 4. 

Dauphinois fdialecte), 8. 
Davantage, 256 et 410. 
l>e (pr6lixe), 59. 

- (preposit.), 262 et 424. 
Debarcadere, 11. 
Debet, 300. 
Debit, 50. 

Deblayer (sa conjug.), 254. 
De(ja (origine). 254. 
De9a, dcl^ (syntaxe), 400. 
Decasyllabes (vers), 477. 
Dechoir (sa conjug.), 240. 
Decime (origine), 50. 
Decimetre, 92. 
Declinaison francaise, 158. 
Decombres, 299, 
Dedans, dehors (synt.), 400. 
Dedire (sa coniug.), 246. 
Dedoniraagerfsa conj.), 252. 
Defectifs (verbes), 230. 
D(§fendeur (f^minin de), 146. 
Deficit, 300. 

D^frajer (sa conjug.), 234. 
Degresde signification dans 

les adiectifs, 163. 
Degr^s de signification dans 

les adverbes, 255. 
Deji (origine), 254. 
De \k (origine), 254. 
Delayer, 234. 
Deleclant (origine), 53. 
Delice(ses deux genres), 294. 
D^lure (origine), 96. 
Deniain (origine), 234. 
Demander raison, 310. 
Demandeur (f^minin de), 

146. 
Demeurer (origine), 203. 
Demi, 317. 
Denier, 37. 
Dentales (consonnes), 20, 23 

et 41. 
Denteler (sa conjug.), 231. 
Denude, 51. 
Denu^, 54. 



D^pens, 299. 

D^placer (sa conjug.), 232. 

Deployer (sa conjug.), 233. 

Deprecier, 52. 

D6priser, 52. 

Depuis (origine), 262. 

Derivation, 55 et 61. 

— des adjectifs, 77. 

— des adverbes, 82. 

— des noms, 61. 

— des verbes, 80. 
Derme, 89. 
Dernier-ne, 315. 
Derri^re, 262. 
Des, des, 261. 

Des (origine), 262. 
D6sagreger(sa conjug.), 232. 
Designer (origine), 52. 
Desormais, 254. 
Dessiner (origine), 52. 
Dessous (origine), 25 i. 
Dessus (origine), 254. 
Dessus, dessous (synt.), 400. 
Detroit (origine), 52. 
Dette (origine), 40 et 50. 
Deux-points, 132. 
Devancer (sa conjug.), 232. 
Devant, 262 et 429. 
Devers, 434. 
Devin (origine), 52. 
Deviser (origine), 52. 
Devoir (origine), 37. 
Dia (pr^llxe), 91. 
Dialectes de la langue d'oc, 

8. 
Dialectes de la langue d'oil, 

9. 
Dialectes (motsfrancais em- 

prunt^s aux), 9 et 10. 
Diantre (origine), 269. 

DiCTIONNAIRE DE l'AcADEMIE, 

100 et 115. 
Didactiquc, 89. 
Diff^rant, different, 381. 
Diff^rer (sa conjug.), 231. 
Digue, 5. 
Dilettante, 53. 
Dimanche (origine), 56. 
Dime (origine), 50. 
Diminutifs (suffixes), 100. 
Dinde (genre), 145. 
Diorama, 501. 
Diphtongues, 23. 
Dire (sa conjug.), 246. 
Direct (origine), 52. 
Dis (pr^fixe latin), 86. 
Disque, 52. 
Dissimilation, 46. 
Dissyllabe, 18. 
Distique, 478. 
District (origine), 52. 



Diurae, 82. 

Divergeant, divergent, 381. 

Divin (origine), 52. 

Diviser (origine), 52. 

Dix (origine), 166. 

Dizain, 480. 

Dock, 12. 

Dol^ances, 299. 

DoLET (Et.), 100 et 127. 

Domestique (origine), 151. 

Domino, 300. 

Don (origine), 41. 

Done (origine), 265. 

Donner, 38. 

Dont, d'oti, 549. 

Dont, 181 et 349. 

Dorade, 9. 

Dorenavant, 234. 

Dorrai (participe), 391. 

Dormir (sa conjug.), 236. 

Doter (origine), 51 . 

Double (origine), 47. 

Doubler (origine), 3. 

Doublets, 50. 

Doner (origine), 51. 

Douze (origine), 167. 

Drainer (origine), 12. 

Drelin (origine), 1^. 

Dresse, 57. 

Droit (origine), 52. 

Dru, 4. 

Du, de la, des, devant un 

nom partitif, 510. 
Dii (participe), 595. 
Du6gne, 54. 

Duire (sa eonjug.)» 246. 
Dune, 4. 

Duo, 500. r 

Duplicata, 500. 
Durant, 265 et 419. 
Durer, 38 et 47, 
Dys (prefixe grec), 91. 



E (prononciation), 22, 99, 

102 et 110. 
E d'appui, 33. 
E muet (dans les vers), 465 

et 467. 
E (prdfixe), 59. 
E (suffixe), 67 et 78. 
Eau (suffixe), 73. 
Ebahir (origine), 13. 
Ebene (genre). 143. 
Ebrecher (sa conjug.), 251. 
ficaille, 10. 

Ecarteler (sa conjug.), 231. 
Ecce homo, 501. 
Bchanson, 5. 



ficharpe, 6. 

Echec, 11, 

fichevin, 5. 

fichine, 6. 

£cho (ses deux genres), 291. 

fichoir (sa conjug.), 241. 

Echoppe, 6. 

Eclair (genre), 143. 

Ecloper (sa conjug.), 233. 

Eclore ^sa conjug.), 246. 

Ecole (origine), 41. 

Ecolier (origine), 53. 

Ecouter (origine), 51. 

Ecrevisse, 6. 

Ecrire (sa conjug.), 246. 

Ecrit (origine), 41. 

Ecritoire (genre), 143. 

Ecrivain m^chant, mechanl 
ecrivain, 316. 

Ecunie, 5. 

Ee (suflixe), 67. 

ElFacer (sa conjug.), 232. 

Effrayer (sa conjug.), 254. 

Egayer (sa conjug.), 234. 

Eglise (origine), 5. 

Electro-aimant, 302. 

Elision (de 1'), 467. 

Elixir, 11. 

Ellipse (figure), 281. • 

Embargo, 300. 

Emeri, 5. 

Empaqueter (sa conj.), 231. 

Empieter (sa conjug.), 231 . 

Emploi des modes et des 
temps, 369. 

Employer, 51 et 233. 

Emporter, 48. 

En (origine), 254. 

En (pr^flxe), 59. 

En (prefixe grec), 91. 

En (prepos.), 262 et 428. 

En (prononciation). 111 et 
112. 

En (pronom), 174 et 338. 

En(adverbe), 254et401. 

En devant un participe pre- 
sent, 382 et 428. 

En mettre la main au feu, 
463. 

Enchev^trer (origine), %. 

Encore, 27, 255 et 266. 

Encrouter jforigine), 52. 

Enfance, 45. 

Enfant, 295. 

Enfer, 40. 

Enfler, 41. 

Enfoncer (sa conjug.), 232. 

Enjambement (de 1 ), 475. 

Enlacer (sa conjug.), 232. 

Enlever (sa conjug.), 231. 

Bnnemi jur^, 385. 



tabCe ALPHAB^TIQUE. 

Enrayer (sa conjug.), 234. 
Enseigne, 291. 
Ensemble (orig.), 48 et 255. 
Ensemencer (sa conj.), 232. 
Ensorceler(sa conjug.), 231. 
Ent (prononciation). 111. 
Entendant (origine), 52. 
Entendre raillerie, 310. 
Entier (origine), 52. 
Entr'acte, 304. 
Entrailles, 299. 
Entrave, 33. 
Entre (prefixe), 59. 
Entre (pr(5p.), 262 et 430. 
Entre chien et loup, 461. 
Entre-colonne, 304. 
Envers (origine), 52. 
Envers, 262 et 435. 
En vouloirkquelqu^un, 338. 
Envoyer (?a conjug.), 233. 
Epagneul, 11. 
Epeler (sa conjug.), 231. 
Epervier, 6. 
Epi (prefixe grec), 91. 
Epiderme (genre), 143. 
Epier, 5. 

Epigramme (genre), 143. 
Epigraphe (genre), 144. 
Epilogue (genre), 143. 
Epine (origine), 36 et 42. 
Episode (genre), 143. 
Epistolaire, 53. 
Epistolier, 53. 
Epitaphe (genre), 144. 
Eponger (sa conjug.), 232. 
Epousailles, 299. 
Epouse, 41 et 48. 
Epousseter (sa conjug.), 231. 
Equivalant, equivalent, 381. 
Equivoque (genre), 144. 
Er (suffixe), 68, 78 et 81. 
Erie (suffixe), 68. 
Errata, 300. 
Esclandre, 46 et 143. 
Escrime, 11. 

Esperer (sa conjug.), 231. 
Esque (suffixe), 88. 
Esquif, 5. 

Essaim (origine), 50. 
Essayer (sa conjug.), 234. 
Esse (suffixe), 68. 
Essuyer (sa conjug.), 233. 
Est, 5. 

EsTiENNE (les), 100, 109, etc. 
Esturgeon, 6. 
Et, ette (suffixes), 74 et 78. 
Et (origine), 265. 
Etat (origine), 41. 
Etayer (sa conjug.), 254. 
Etendue des noms, 141 . 
Etinceler (sa conjug.), 231. 



Etique, 87. 

Etiqueter (sa conjug.), 231. 

Etranger (mots francais ve- 

nus de 1'), 10. 
Etre (origine), 42. 
Etre (sa conjug.), 197. 
Ktre sur les dents, 463. 
Etudier (sa conjug.), 232. 
Etymologique (analyse),287. 
Eu (prononciation)^ 25, 99 

et 104. 
Eu (participe), 395. 
Eu (prefixe grec), 91. 
Eur (suffixe), 69. 
Euse (suffixe), 69 et 78. 
Eut (origine), 34. 
Eux (origine), 175. 
Eux (suffixe), 78. 
Ex (prefixe), 86. 
Exag^rer (sa coniug.), 231. 
Examen (origine), 50. 
Exc^dant, excedent, 581. 
Excellant, excellent, 381. 
Excepte (prepos.), 263. 
Exeat, 500. 

Exemple (genre), 143. 
Exorde (genre), 143. 
Exp^diant, expedient, 381. 
Explosives (consonnes), 25. 
Exprfes (origine), 255. 
Extase (genre), 144. 
Extension de sens, 95. 
Extra (prefixe), 86. 
Extravagant, extravaguant, 

381 
Ex-voto, 301. 



F (prononciation), 112. 
Fabricant, fabriquant, 581. 
Face, 44. 

Facher (origine), 9. 
Fagon (origine), 55. - 
Faction (origine), 53. 
Factotum, 500. 
Factum, 300. 
Faille, 10. 
Faillir, 256. 
Faire (sa conjug.), 246. 
Faire piece a quelqu'un,462. 
— blanc de son epee, 463k 
Fait, 594. 

Fait a la diable, 460. 
Falaise, 5. 

Falloir (sa conjug.), 241. 
Famille de mots, 92. 
Fanfan (origine), 15. 
Fanfare (origine), 13. 
Fantassin, 11. 



490 



TA.BLE ALPHABlfiTrQUE. 



Faquin, 11. 
Farine, 37, 
Fashionable, 12. 
Fasse (origioe), 3i et44. 
Fat (origine), 9. 
Fatiguant, fatjgant, 581. 
Faucqn, 44. 
Fauiiler (origine), 60. 
Fee, 41. 

Feminip des adjectifs, 158. 
— des noms, 145. 
Fen^tre, 42. 
Fere (sufiixe), 85, 
Ferir (sa conjug.), 236. 
Fermees (voyelles), 21 etSl, 
Fete, 42. 
F6te-Dieu, 502. 
Feu, 318. 

Feuille (origine), 96, 
Feuilleter (sa conjug,), 231 
Feutre, 6. 

¥hve (orig.), 33, 39 et 40. 
Fiancailles, 299. 
Ficeler (sa conjug.), 231. 
Fief, 5. 

Fier (suffixe), 85. 
Figures de grammaire, 280 
Fi| (origine), 36. 
Fille (origine), 40 et 47, 
Finir (origine), 37. 
Finir (sa conjug.), 204. 
Fique (suffixe), 85. 
Flairer, 45. 
Flamande (langue), 1. 
Fiaque, 10. 
Fi^che, 5. 
Fleurir, 234. 
Flic, flac (origine), 13. 
Florissant, 234. 
Foe, 5. 

Fois (origine), 254. 
Foison (origine), 53. 
Folio, 300. 

Fonts baptismaux, 162. 
For (prefixe), 60. 
Format, 9. 
Force, 43, 

Forcene (origine), 262. 
Forcer (sa conjug.), 232. 
Fors (origine), 60. 
Forte, 300. 
Fortune, 37. 
Fosses nasales, 19. 
Foudre, 293 et 295. 
Foudroyer (sa conjug.), 233. 
Four (origine), 48. 
Fourmi-lion, 302. 
Foyer (origine), 57, 
Fbagment de Valenciennes, 7 
Frais, 299. 
Framboise, 6. 



Franc, 5. 

Franc de port, 319. 

tireur, 303. 
Francien (dialecte), 9 et 45. 
Franco -provengaux (dia- 

lectes), 2, 8, 54 et 55. 
Frater, 300. 

Frayer (sa conjug.), 234. 
Fresque, U. 
Fret, 5. 
Freux, 6. 

Friction (origine), 55. 
Frire (sa conjug.), 247. 
Frisson (origine), 53. 
Froid (origine), 45. 
Froisser, 3i5 et 38. 
Fromage, 42 et 44. 
Front, 42. 

Frpnti^re (origine), 96. 
Froufrou (origine), 13. 
Fruit, 36. 

Fuchsia (origine), 13. 
Fuge (suffixe), 85. 
Fuir (sa oonjug.), 236. 
Fun^railles, 299. 
Fureter (sa conjug.), 231. 
Fusion (originel, 55. 
Futur (temps), 214. 



G (prononciation), 114. 
Gabarit, 9. 
Gabelle, 5. 
Gaffe, 5. 
Gagne-pain, 304. 

— -petit, 505. 
Gallicisme, 459. 
Gallo-romain, 302. 
Galon, 11. 
Gamin, 11. 
Gamme, 89. 
Gangue, 11. 
Garant. 5. ~ 
Garde (genre), 291. 
Garde asserment^, 585. 

chasse, 304. 

Garder, 45. » 

Gargote (origine), 12. 

Gascon (dialecte), 2 et 8. 

Gaslrique, 89. 

Gastronome (origine), 90. 

Gauche, 6. 

Gaze, 13. 

Gazelle, 11. 

Geler (sa conjug.), 231. 

Gendre (origme), 45. 

Genou, 149. 

Genre (du), 142 et 290. 

Gens (ses deux genres), 297 



Geographic, 290. 
Gercer (sa conjug.), 232. 
Germaniques (mots pas.-c* 

en francais), 5. 
G^rondif, 382. 
Gesir, 237. 
Girafe, 11. 
Girofle (genre), 145. 
Glacer (sa conjug.), 232. 
Glossaire de Cassel, 6. 
Gloses de IIeichenau, 6. 
Glotte, 19 et 20. 
Glou-glou (origine), 13. 
Gobe-mouches, 304. 
Golfe, 5. 

Gomme-resifte, 302. 
Gouffre, 5. 

Goujon (origine), 41. 
Goupillon (origine), 63 et 

96. 
Goutte, 258. 
Grain (origine), 45. 
Grammaire, 15. 
Graramairiens frangais, 100 

et 116. 
Grand, 162. 
Grandcombe, 162. 
Grand'mfere, 162. 
Granville, 162. 
Grasseyer (sa conjug.), 234. 
Gratis (origine), 255. 
Grave (origine), 52. 
Gj'ec (mots francais tires 

du), 4 et 89. 
Grec, 160. 

Gr^er (sa conjug.), ?32. 
Grefre,291. 
Grenade (orig.). 9. 
Grenat (origine), 9. 
Greve 4. 

Grief (origine), 50 et 5?. 
Grincer (sa conjug.), 232. 
Grog (origine), 12. 
Grotte (origine), 52. 
Groupement des vers, 480. 
Gufere, 256. 
Guerre, 5. 

Guerroyer (sa conjug.), 253 
Gueule (origine), 56 et 45. 
Guide (ses deux genres), 291. 
Guillemets. 134. 
Guillotine (origine), 13. 
Guinee, 13. 
Guitare, 11. 



H (prononciation), 26. 
H latin (sa disuaritionj, 39 
Hache, 27. 



TABLE ILPHABfriQUE. 



491 



flair (origine), 6, 

Hair (sa conjug.), 234. 

Halte, S. 

Hanse et ses derives, 27. 

Haras, 11. 

Harceler (sa conjug.), 25J 

Hardes, 299. 

Harnais, 96. 

Hasard, 11. 

Uauban, 5. 

Haubert, 5. 

Hausser, 27. 

llaut, 27. 

Ilavresac, 12. 

Heaumgi,5 et 39. 

Hectometre, 92. 

n«^las, 269. 

Hemisphfere (genre), 143. 

Hemistiche, 143 et 470. 

Heptasyllables (vers), 478. 

Heraut,S — (sesd^rives,27). 

Herbe (origine), 39 et 40. 

Her^ditaire (origine), 53. 

Herisser, 27. 

H^risson, 27. 

Heritier (origine), 53. 

Hermine, 27. 

H^ros et ses derives, 27. 

Heteroclite, 90. 

Heur, 27, 39 et 45. 

Heure ^origine), 36. 

Hexasyllabes (vers), 478, 

Hiatus (de 1'), 468. 

Hieble, 27. 

Hier (origine), 255. 

Hippique, 89. 

Hippophage, 90. 

Hiver (origine), 37 et 40. 

Homard, 6. 

Hombre, 54. 

Homme (origine), 56 et 48. 

Homme avise, 385. 

— bon, bon homme, 316. 

— brave, brave homme, 
316. 

Homme de sac et de corde, 

462. 
Homme dissimule, 385. 

— entendu, 385. 

— grand, grand homme, 
316. 

Homme honnfite, honnSte 

homme, 317. 
Homme passionne, 385. 

— pauvre, pauvre homme, 
317. 

Homographes, 120. 
Homonvmes, 120. 
Homophones, 120. 
Honnir, 6. 
Hopital (origine), 51. 



Horloge, 144. 
Hormis, 963 et 430. 
Hors (preposit.), 262 et 430. 
— (prefixe), 60. 
Hote (origine), 51. 
Hotel-Dieu, m. 
Houille, 10. 
Houlette, 27. 
Hourra, 12. 
Huer (origine), 13. 
Huile, 27. 
Huis, 27. 

Huissier (origine), 06. 
Huit (origine), 27 et 166. 
Huitain, 480. 
Huitieme, 27. 
Huitre, 27. 
Hune, 5. 
Huppe, 27. 
Hurler, 27. 

Hyacinthe (origine), 52. 
Hydrographie, 90. 
Hydrophobe, 90. 
Hymen^e (genre), 143. 
Hymne, 296. 

Hyper (prefixe grec), 91. 
Hypo (pr^flxe grec), 91. 



I (pronenciation), 99, 102 et 

1 (quantity), 467. 

la (quantity), 466. 

lai (quantit6), 466. 

Ian (quantity), 466. 

lant (quantity), 466. 

lau (quantity), 466. 

Ible (suffixe), 79. 

Icelui, iceUe, 179. 

Ichtyophage, 90. 

Ici (origine), 254 et 402. 

Id^es latentes du langage, 

64. 
Idiotismes, 459. 
Idole (genre), 144. 
le (suffixe), 70. 
16 (quantit^), 466. 
16 (quantity), 466. 
led (quantity), 466. 
lef (quantity), 466. 
lel (quantity), 466. 
len (quantity), 466, 
— (suffixe), 70. 
lent (quantite), 466. 
ler (quantity), 466. 
lere (quantity), 466. 
let (quantity), 466. 
leu (quantity), 466. 
lez (quautit^), 466. 



If (suffixe), 79. 

If (origine), 6. 

II a fait des siennes, 529. 

II fait beau, 329. 

— n'en fait pas d'autres, 
329. 
II va mieux, 403. 

-ya, 401. 
Image, 144. 

Imaging (pariicipe), 5^. 
Imbroglio, 300. 
Immondices (genre), 144. 
Imparfait de I'ind., 213,370. 

et450. 
Imparfait du subj., 216. 
Imperatif, 216et371. 
Impersonnels (verbes), 228. 
Impliquer (origine), 51. 
Impromptu, 300. 
In prefixe), 86. 
In (suffixe), 79. 
Incendie (genre), 143. 
Inchoative (conjug.), 192. 
Inclinaison (origine), 53. 
Inclination (origine), 53. 
Incruster (origine), 52. 
Indicatif present, 212 et 369. 
Indice (genre), 143. 
Indienne (origine), 13. 
Indigo, 11. 
Infinitif, 2l6et458. 
Intluencer (sa conjug.), 232. 
In-folio, 301. 
Initier (sa conjug.), 252. 
In-oetavo, 301. 
In-pace, 301. 
In-quarlo, 301. 
lnquieter(sa conjug.), i31. 
Instantanees (consonn.), 25. 
Integra (origine), 52. 
Intendant (origine), 52. 
Inter (prefixe), 86. 
Intercalee f proposition) ,275. 
Interim, 301. 
Interjection (de I'), 268. 
Interpreter (sa conjug.), 231. 
Interrogation indirecle,27 4. 
Interroger (sa conjug.), 232. 
Intervalle (genre), 143. 
Intransitifs (verbes), 200. 
Intrigant, intriguant, 381. 
Inverse (origine), 52. 
Inversion (figure), 280. 
lo (quantity), 466. 
Ion (quantite), 466. 
Ique (suffixe), 79. 
Ir (suffixe), 81. 
Irr^guliers (verbes), 250. 
Is (suffixe), 70. 
Ise (suffixe), 71. 
Iser (suffixe), 81. 



Isme (suffixe), 88. 
Isotherme, 90. 
\sle (suffixe), 88. 
Isthme (genre), 143. 
Ite (suftixe grec), 92. 



ih (origine), 46 et 235. 

Jacinthe (origine), 32. 

Jadis (origine), 2o3. 

Jaloux, 46. 

Jamais (origine), 254. 

Jante, 4. 

Japper (origine), 15. 

Jarni (origine), 269. 

Jarret, 4. 

Jaser, 9. 

Jasmin, 11. 

Jasmin, 9. 

Jer^miade (origine), 13. 

Je soussigne, 334. 

Jeter (sa conjug.), 231. 

Jeudi (origine), 56. 

Jeune (origine), 46. 

Jod, 33 et 46. 

Joie (origine), 36, 45 et 46. 

Joindre, 46 et 247. 

Jonc, 48. 

Jonquiile, 11. 

JouJaarbe (origine), 56. 

Jour (origme), 43 et 46. 

Joyeux, 38. 

Juger (sa conjug.), 232. 

Juin, 36. 

Jujube (genre), 144. 

Jungle, 12. 

Juree, 54. 

Jury, 12 et 54. 

Jusque (origine), 262. 



Kermesse, 10. 
Kiosque, 11. 
Kirscti, 12. 



L (prononciation), 27. 

L mouilie, 105 et 114. 

La (origine), 154. 

La (origine), 234. 

La, 177. 

La bailler belle, la baillcr 

bonne, 461. 
Labialcs (consonnes), 20, 25 

et40. 



TABLfi ALPttABlK^IQUE. 

Lac^rer (sa conjug.), 231. 
Lagune (origine), 11. 
Lai (origine), 52. 
Laid, 6. 

Laique forigine), 52. 
Laisser (origine], 45. 
Laissez-passer, 305. 
Laitue (origine), 43 et 44. 
Lancer (sa conjug.), 232. 
Lange (origine), 95. 
Langue d'oc, 8. 

— d'oil, 8. 

— ro*mane, 4 
Languedocien (dialecte), 2 

et8. 
La plupart (sujet), 358. 
Laquais, 11. 
Largo, 301. 
Larme (origine), 48. 
Larron (origine), 42 et 47. 
Larynx, 19 et 89. 
Latin classique, 2. 

— populaire, 2. 
Laurier-rose, 302. 
Lavabo, 301. 
Lazzi, 11 et 300. 
Le (article), 154. 

Le, la, les (origine), 154. 
Le, la, les (articles ou pro- 

noms), 177. 
Le (pronom), 176. 
Leans (origine), 254. 
L'^chapper belle, 329 et 461. 
Lecher (sa c*)njug.), 231. 
Ldgat (origine), 52. 
L6gn6 (origine), 52. 
Le mien, le tien, 340. 
Lenderaain, 155. 
Le peu de, 359 et 397. 
Lequel (interrog.), 353. 
Lequel, laquelle, 181 et543. 
Les (devant les noms pro- 

pres), 311. 
Lettres, 17. 
Lettres royaux, 162. 
Leur (accord de), 324. 

— (adjectif), 3^4. 

— (pronom), 175 et 335. 
Levam, 40. 

Lever (famille de), 93. 

— (sa conjug.), 231. 
Levrier (origine), 37. 
Lexicographes francais, 100. 
Lexicologie, 15 et 1*7. 

Lez (origine), 261. 
Lib^rer, 51 et 231. 
Libres (voyelles), 33. 
Licences poetiques, 475. 
Lief (origine), 30. 
Li6ge (origine), 93 et 95. 
Lier,232.^ 



Lierre (ori|ine), 47. 
Lieue ^origme), 4. 
Limousin (dialecte), 2 et 8. 
Linceul (origine), 95. 
Linge, 95etl51. 
Lion (origine), 36. 
Liquides (consonnes), 27 et 

Lire (sa conjug.), 247. 
Lis (origine), 35. 
Lit (origine), 35. 
Lithographic, 90. 
Livre triste, triste livre, 317. 
Livre, 41, 47 et 293. 
Livrer (origine), 37 et 41. 
Locutions adverbiales, 239. 

— conjonctives, 266. 

— prepositives, 264. 
Loge, 6. 

Loger (sa conjug.), 232. 
Loi (origine), 35 et 46. 
Loin (origine), 234. 

Lois DE GUILLACME LE CoNQCE- 
RANT, 7. 

Long (origine), 36 et 46. 
Longe, 45. 

Longues (voyelles), 21. 
Loriot (origine), 47. 
Lorrain (dialecte), 2, 9, 35, 

45et47. 
Lorsque (origine), 266. 
Loup, 145. 
Loup-garou, 302. 
Louve (origine), 145. 
Louvoyer (sa conjug.), 233. 
Loyer, 37. 
Luire, 247. 
Luisant, 38. 
Lumbago, 301. 
L'un I'autre, 183 el 355. 

— et I'aulre, 355. 

— ou I'autre, 364. 
Lundi (origine), 56. 
Lunette, lunettes, 300. 

M 

M (prononciation), 27 el 101 

M latin final, 29. 

Macadam, 13. 

Macaroni, 300. 

Mdlcher (origine), 31. 

Madras, 13. 

Magasin (origine), 11. 

Magister, 301. 

Magnificat, 301. 

Magnolier (origine), 13. 

Maille a partir (avoir), 462. 

Main, 48. 

Maintenir (origine), 57. 



Mais (origine), 263. 
Majuscules, 13i. 
Mai, 255 et 403. 
Male (prefixe), 60. 
Malfaire (sa conjug.), 247. 
Malgre (origine), 262. 
Malin, 161. 
Malle-poste, 302. 
Maman (origine), 13. 
Manche, 291. 
Mandat (origine), 52. 
Mander (origine), 52. 
Manes, 299. 

Manger (sa conjug.), 232. 
Manieres d'exprimer le son 

an, le son in, 24, 100, 101 

etlll. 
Manoeuvre, 291. 
Manoeuvrer (origine), 13. 
Mansarde (origine), 13. 
Maquignon (origine), 96. 
Marbre, 48. 
Marche (origine), 44. 
Mardi (origine), 56. 
Marechal, 5. 

Marginales (consonnes), 25. 
Marmelade, 11. 
Marmotter, 13. 
Marquis, 5. 
Mai"souin, 6. 

Marteler (sa conjug.), 231. 
Martin-pScheur, 302. 
Mastiquer (origine), 51. 
Mat (origine), 11. 
Matelas, 11. 
Materiaux, 290. 
Maudire (sa conjug.), 246. 
Maugr^er (sa conjug.), 246. 
.Med ire (sa conjug.), 246. 
M61er, 44. 
M6me, 173 et 325. 
Memento, 301. 
Memoire, 291. 
Memorandum, 301. 
Menacer (sa conjug.), 232. 
Menage, 100, etc. 
Menager la chevre et le 

chou, 463. 
Menager (sa conjug.), 232. 
Mener (sa conjug.), 231. 
Menestrel, 9 
Ment (suffixe), 71 et 82. 
Mentir (sa conjug.), 257. 
Menue (origine), 5z. 
Mer (origine), 34. 
Mer liaute, haute mer, 317. 
Merci (genre), 296. 
Mercredi (origine), 56. 
Merinos, 11. 
M6s (prefixe), 60. 
Mesure. 41. 



TABLE ALPHABETIQUE. 

Mesure (de la), 464. 
Meta (prefixe grec), 91. 
Metathese, 46. 
Mettre (sa conjug.), 2i7. 
Meuble (origine), 41 et 

50. 
Meuliere (origine), 53. 
Meygret, 116. 
Mi (prefixe), 60. 
Mi, 318. 

Miauler (origine), 13. 
Micrometre, 90. 
Mie (origine), 36 et 43. 
Mie (negation), 258, 
Mien (origine), 30. 
Mieux, 47, 255 et 403. ' 
Migraine, 5» 89. 
Mil, mille, 167 et 322. 
Minute (origine), 52. 
Miracle, 49. 
Miraculeux, 49. 
Miserere, 301. 
Mistral, 9. 
Mistral, 9. 
Mobile (origine), 50. 
Mode conditionnel, 371. 

— imperatif, 371. 

— indicatif, 369. 

— infinitif, 372. 

— subjonctif, 372. 
Modeler (sa conjug. |, 231. 
Moderer (sa conjug.), 231. 
Modes (ses genres), 291. 
Modes du verbe, 188. 
Modifications a introduire 

dans I'orthographe, 118. 
Moeurs, 299. 
Moi (origine), 175. 
Moi, toi, lui, eux (sujets), 

Moins, 257 et 410. 
Moins de deux, 359. 
Moisson, 43. 
Molaire (origine), 53. 
Mollesse(origine), 35. 
Mon (origine), 30 et 45. 
Mon. ton, son (pour ma, ta, 

sa), 171. 
Mon, ton, son (remplac^s 

par I'article), 323. 
Monarchie, 90. 
Monotithe, 90. 
Monosyllabe, 18. 
Monter sur ses grands che- 

vaux, 462. 
Moquer, 10. 
Morbleu (origine), 269. 
Morphologie, 15 et 137. 
Mort (origine), 36. 
Mort-n^, 315. 
Mosqu^e, 11. 



493 

Mots derives du grec, 4 et 
89. 

— de formation fran5.,54. 

— d'origine ^trang^re, 10. 

— d'origine historique,13. 

— d'origine populaire, 29. 

— d'origine savante, 12 et 
49. 

— invariables, 137. 

— variables, 137. 
Mou (.origine), 36. 
Mouche (origine), 36. 
Mouchettes, 299. 
Moudre (sa conjug.), 247. 
Mouilldes (consonnes) , 26, 

105 et 114. 
Moule (ses deux genr^,293. 
Mourir (sa conjug.), 237. 
Mousse, 6 et 293. 
Mousseline (origine), 13. 
Mousson, 12. 
Mouton, %. 

Mouvoir (sa conjug.), 24i. 
Mouvoir (origine), 37. 
Moyen (origine), 46. 
Moyennant, 263. 
Mulatre, 11. 
Mulct, 147. 
Mur (origine), 48. 
Museler (sa conjug.), 231. 
Museum, 301. 
Musique chantante, 380 
Myriamelre, 92. 



N (prononciation), 27. 

N mouille, 26. 

Nabab, 12. 

Nacelle, 41. 

Nacre (genre), 144. 

Nacre, 11. 

Nager, 51et232.! 

Naitre (sa conjug.), 248. 

Nankin, 13. 

Nav^uer (origine), 51. 

iVasTUfes (consonnes), 27 et; 

48. 
Nasales doubles (valeur des), 

101. 
Nasales (voyelles), 23 et 34. 
Ne, 257 et 413. 
Ne (emploi dc), 415. 
Neanmoins, 266. 
Necrologie, 90. 
Necrophore, 90. 
Nef (origine), 30 et 41. 
Negligeant, negligent, 381.*- 
Negre, 54. 
N^ologie, 90. 



in 

Jie plus savoir oii donner d6 

la t6te, 461. 
^et, 42. 
Nettoyer (sa conjugaiison), 

23S. 
Neut' (origine), 1G6. 
iN'euvain, 480. 
Ne voila-t-il pas, 436. 
Nevralgie, 90, 
Ni, 263 et 438. 
NicoT, 100 et 129. 
Nicotine, 13. 
Nier (orig.), 54. 
Nippe, 299. 

Niveier (sa conjug.), 231. 
Noir (origine), 54. 
JVoix, 44. 

Nom (origine), 48. 
Norn, 138 et 290. 
Noms collectifs, 140. 

— communs, l39. 

— composes, 301. 

— d^fiv^s des adjectift, 
75. 

— d^riv^S des mots inva* 
riables,77. 

— d6riv6s des participes, 
70. 

— d6riv6s des verbes, 75. 

— d§signant des couleurs, 
320. 

— a double pluriel, 298. 

— empruntes aut lart 
gues etrang^res, 500. 

— ind^finis, 183. 

— invariables, 299. 

— propres, 139. 

— propfes (pluriel), 305. 

— de nombre (origine), 
166. 

Nombre dans les noms (du). 
148. 

— du verbe, 187. 
Nombril, 47. 

Non (prelixe), 60. 

Non (adverbe de negation), 

257 et 412. 
Non cotapris (prdpos.), 263. 
Nonobstant, 263. 
Nord, 5. 
Normand (dialecte), 2, 9 et 

43. 
Norraandes (rimes), 472. 
Nota bene, 301. 
Nouer (origine), 58. 
Nourrir (origine), 38. 
Nourrisson (origine), 53. 
Nous (origine), 175. 
Nous (pour je), 176 et 327. 
Nouveau-ne, 315. 
Nouveau-venu, 319; 



TABLE ALPHAB^TIQUE. 

Noyer, 233. 
Nu, 36, 42, 48 et 317. 
Ntiancer (sa coiijng.), 232. 
Nuire (sa conjug.j, 2i8. 
Nuit (origine), 44. 
Nul, 36, 172et!526. 
Nutrition (origine), 53. 



fprononciation), 99, 103 el 

Oasis (genre), 144. 

Ob^lisque, 143. 

Obseder (sa conjug.), 231. 

Obseques, 299. 

Obus, 12 et 143. 

Oc (langue d'), 8. 

Occire (sa conjugi)> 248. 

Octave, 169 et 480. 

Octosyllabes, 477. 

Ode, 480. 

CE (pronoHtiiatiori), 111. 

06 (quantiti), 466. 

(Eil, 298. 

(EilKie-bceuf, 302* 

(Euf (origine), 36 et 41, 

(Euvre, 296. 

Office (ses deux genres), 291 

Offrir (sa conjug,), 237. 

Oi (prononciation), 35, 98, 

99 et 103. 
Oil (langue d'), 8 et 9. 
Oin (quantit^l, 467. 
Oir (suffixe), 71. 
Gis (suffixe), 79. 
Giseau-mouGhe, 5(6. 
Gmbre, 36, 41 et 293. 
Omnibus, 143; 
Omoplate, 144. 
Gn (orthog.), 27. 
On (suffixe), 71, 74 et 82. 
On, Ton, 483 et 853. 
Once (genre), 144. 
Gnde, 44. 
On dit, 305. 

Ondoyer (sa conjug.), 233. 
Ongle (genre), 143* 
Onomatop^e, 15j 
Onques (origine)j 49 et 255. 
Onze, 27. 
Op^ra, 300. 
Operer, 51 et 231. 
Or, 265. 
Orange, H. 
Orang-outang, 12. 
Oratorio, 300. 
Orbite (sfenre), 144i 
Oreille (oritfine), 14. 



Orffevre (origine), 56. 
Organe, 50 et 143. 
Orge, 27 et 296. 
Orgue, 50, 145 et 294. 
Orgueil, 6. 

Orinamme, 56 et 144. 
Origine des noms propres 

— de s au pluriel. 148. 
Oripeau (origine), 56. 
Orthographe (histoire de 1'), 

107. 
Orthographe (origine), 90 et 

108. 
Ortolan (origine), 9. 
Ose (suffixe grec), 92. 
Oser, 38. 
Osier, 5. 

Ot (suffixe), 74, 79 et 82. 
Ou (adverbe), 401. 
Ou (conjonction), 265. 
Oii (pronom), 182 et 350. 
Ou (prononciation), 104; 
Oii (pron. interrog.)j 353. 
Oii (origine), 254. 
Ou (origine), 265. 
Oua (quantity), 467; 
Ouate, 27. 
0u6 (quantity), 467. 
Ouer (quantity), 467. 
Guest, 5. 

Ouette (quantity), 467. 
Gui, 8, 27, 257 et 412. 
Oui (quantity), 467. 
Oui-dire, 305. 
Ouin (quantity), 467. 
Ouir (origine), 37. 
Gulr (sa conjug.), 237. 
Guragan, 12. 
Ours (origine), 42 
Outarde (origine), 56. 
Outre (origine), 60 et 263. 
Guvertes fvoyelles), 21 el 31. 
Ouvrer, 51. 
Ouvrier, 41. 

Guvrir (sa conjug,), 238i 
Oyer (suffixe), 81. 



P (prononciation), 112. 
Page fses deux genres), 293. 
Pagode, 12, 
Raien (origine), 45. 
Pain (origine), 34. 
Palf, 47. 
Pa ire, 47. 
Paitre, 248. 
Palais (origine), 42. 
Palais, 20. 
Palanquin, 12. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



495 



Palatales (consonhes), 20. 

25 et 43. 
Paleographie, 90. 
Palladium, 301. 
Palme (origine), 52. 
Palsgrave, 100 et 102. 
Pamphlet, 12. 
Panorama, 300. 
Pan pan (origine), 13. 
Paon (origine), iO. 
Papa (origine), 13. 
p£»que, 296. 
Paquebot, 12. 
Par, 60, 242, 262 e 1431. 
Par (preflxe),6{). 
Para (pr^flxe grec), 91. 
Parafe (geiire), 43. 
Paraitre (sa.conjug.), 248. 
Parall^le, 292. 
Parbleu (oiiigitie), 269. 
Parce que, par ce que, 440. 
Pare (suffufe), 85. 
Parenthfese, 133. 
Pass6 ant^rieur, 217. 
Passe simple, 214. 
Pa=se compose, 217. 
Paria, 12. 

Parler fran^ais comme, 468 
Parmi,262et431. 
Parol (genre), 144, 
Parole, 5. 
Paronymes, 122. 
Partager (sa conjug.), 232 
Participe, 216, 252 et 376 
Participe passe, 384. 
Participe present, 377. 
Participe (proposition), 436 

— d'un verbe a la forme 
active, 381. 

— d'un verbe k la forme 
passive, 386. 

Participe d'un verbe A la 
forme pronominale, 391. 

Participe dun verbe in 
transitif, 389. 
~ d'un verbe imperson- 
nel, 391. 

— prec6d6 de en, 396. 

— suivi dun ihflnitif, 394 

— enire deu* que, 395. 

— avec un infmitif sous- 
enterldu, 395. 
— compl^tfi par le tenant 
lieu d'une proposition, 
396. 

— pr^c^d^ de le peu, 397 
Partir (sa conjug.), 238. 
Partout (origine), 294. 

Pas (origine), 34. 

Pas (adverbe), 258 et 413. 

Pa9s4 (pt-4p09itio»), 263. 



Passe-d^oit, 303. 
Passe-partout, 303. 
Passe-temnsi 304. 
Passive (forme), 213. 
Passion dE J.-C, 7. 
Pasteur (ofiglrifi), 139. 
Pater, 300. 
Pat^re (genre), 144. 
Pathologic, 90. 
Patois, 2. 

Patre (origine), 139. 
Paume (origine), 47 et 53. 
Pause (origine), 52. 
Payer (sa conjug.)^ 234. 
Pectoral (origine), 51. 
Peigne, 42. 

Peindre (sa conjug.), 248. 
Peine (origine), 3a. 
Pelfer (sa conjug.), 25l. 
Pelerinage de Chahlemagne,7 
Pelletibr, 104 et 116. 
Pelouse (origine), 9. * 
Pendaht (pripos.), 267. 
Pendule, 292. 
Penser (origine), 52. 
Pensum, 300. 
Perce-neige^ 304. 
Percer (sa conjug.), 232. 
Perche, 295. 
P6re, 42. 

Peri (pr^fixe grec), 91. 
P^riode, 297. 
Perse (origine), 13. 
Persistence de I'accent latin, 

52 et 53. 
Personne (negation)j 258. 
Personne (proflom), 184. 
Personnes (les trois), 188. 
Persuade (participe)j 393. 
Pese-lait, 304. 
Pesee (participe), 590. 
Peser, 52et231. ,, 
Petale (genre), 143. 
Petit-maltre, 303. 
Peu, 256 et 409. 
Peut-etre (origine), 259. 
Ph (prononciation), 24, 112 

et 116. 
Pharmacie, 89. 
Pharynx, 19 et 89. 
Phenomene, 89. 
Philotechnique, 90. 
Pho'netique, 29. 
Phot6graphie, 90. 
Phrase (de la), 272. 
Physique, 89. 
Piano, 300. 

Picard (dialecte), 2, 9 et 43. 
Pied (origine), 35. 
Pied-i-terre, 302. 
Pi6t6 (origine), 52. 



Pigment, 52. 
Piment, 52. 
Pince-saiis-rire, 305. 
Pincer (sa conjug.), 232 
Pintado, 11. 
Pire, 164. 

Pis, 164, 256 et 404. 
Pitie (origine), 52. 
Pizzicato, 301. 
Place de I'adverbe, 398. 
— des complements, 368i 
Place du pronom compJ6- 

ment, 335. 
Place du pronom sujet, 334 
Place du sujet, 357. 
Place payante, 380. 
Placet, 300. 
Plaider, 42. 

Plaie (origine), 34 et 45. 
Plain (origine), 52. 
Plaindre (origine), 46. 
Plaihdre (sa conjug), 248. 
Plaire (sa conjug.), 248. 
Plan, plane (origirie), 53i 
Plantain, 45. 
Plat, 5. 

Plate (origine), 21. 
Plate-bande, 303. 
Platine (genre), 143^ 
Plein (origine), 35 et 48, 
Pl^ohasme, 89 et 281. 
Pleur^ (participe), 390. 
Pleurer (origine), 203. 
Pleurs (genre), 142. 
Pleuvoir (sa cohjug.), 241. 
Plomb (origine)j 41 1 
PloBger, 232; 
Plu (participe), 393. 
Pluriel desnomsen al, 149. 
PIuHel des ftoms propres, 

30o. 
Plus, 42, 60, 236 et 410. 
Plus d'un, 359. 
Plus-que-parfait de lindi 

catif, 217. 
Plus tot, 403. 
PlUtot (origine), 255. 
Poele, 293. 
Poil (drigine), 35. 
Pdin§on (origine), 53. 
Point (orig.), 44. 
Point (adverbe), 257 et 413 
Poiiil (ponctuation), 132. 

— d'exclamation, 132. 

— d'interrogation, 132. 

— de suspension, 133. 
Point-virgule, 131. 
Poison, 38, 42, 53 et Uii 
Poisson, 37 et 44. 
Poitevin (dialecte), 8 el 9. 
Poitrail (origine), 51. 



496 



TABLE ALPHABETIQUE^ 



Poivre (origine), 40. 
Poix, U. 

Polype (origine), 50. 
Polvsyllabe, 18 et 90. 
Ponce, U et 48. 
Ponclion (origine), 53. 
Ponctuation (origine), 130. 
Pont, 40. 
Porc-^pic, 302. 
Porche (origine), 50. 
Port (origine), 31. 
Pqrte (orig.), 32 et 39. 
Porte-allumettes, 304. 

clefs, 304. 

drapeam, 304. 

— -monnaie, 304. 
Porter aux nues, 463. 
Portique (origine), 50. 
PoBT-RoYAL (Grammaire de), 

115. 
Pose (origine), 52. 
Poss^der (sa conjug.), 231. 
Possible, 319. 
Post (prefixe),-86. 
Poste, 293. 
Poste restante, 380. 
Post-scriptum, 301. 
Pot-de-vin, 302. 
Potion (origine), 53. 
Pou, 149. 

Poudre (origine), 40 et 41. 
Pouffer (origine), 13. 
Poulpe (origine), 50. 
Pour, 61. 
Pourceau, 44. 
Pourpre, 292. 
Pouvoir (sa conjug.), 241. 
Pre (pr^flxe), 87. 
Pr^caire (origine), 53. 
Pr^c^dant, pr^cMent, 381. 
Preferer (sa conjug.), 231. 
Prefixes, 54. 

Prehension (origine), 53. 
Pr^mices, 299. 
Premier (origine), 50, 53. 
Premier-ne, 315. 
Prendre (sa conjug.), 249. 
Prendre sans vert, 463. 
Proposition (de la), 260. 
PrOpositives (^locutions),264 
Pr6s (origine), 262. 
Prfesde, pr^td, 430. 
PrOsidant, president, 381. 
Presque (origine), 257. 
Presse-papier, 304. 
Presume (participe), 395. 
Pr6te-nom, 303. 
Pr6tre, 41. 

Prevalu (participe), 392. 
Prie (origine), 35 et 43. 
Prie-Dieu, 304. 



Prier (sa conjug.), 232. 
Pri^re (origine), 53. 
Primaire (origine), 50 et 53. 
Printemps (origine), 56. 
Prison (origine), 53. 
Pro (prefixe grec), 91. 
Pro (prefixe latin), 87. 
ProcOder (sa conjug.), 231. 
Procds-verbal, 303. 
Proche, 319. 

ProcrOer (sa conjug.), 232. 
Projeter (sa conjug.), 231. 
Promener (sa conjug.), 231. 
Promouvoir, 241, 
Pronom(du), 174et330. 
Pronoms demonstratifs, 178 
et339. 

— explOtifs, 339. 

— personnels, 174 et 331 

— personnels sujets, 331. 

— personn.compl6m.,335 

— possessifs, 179 et-342. 

— indefinis, 183 et 353. 

— interrogatifs, 183 et 351 

— relatifs, 181 et 343. 
Pronominale (forme), 224. 
"rononcer (sa conjug.), 232. 
Prononciation des conson 

nes, 100, 105, 112. 
Prononciation (l)isloire),9ii 
Proposition (de la), 271. 
Propositions (diflferentes 

sortes de),273. 

— coordonnees, 271. 

— determinatives, 277. 

— eliiptiques, 272. 

— expiicatives, 277. 

— independantes, 273. 

— infmilives, 272et45D. 
-^ juxtaposees, 273. 

— participes, 272 et 435. 

— principales, 273. 

— subordonn6es, 273, 442. 
Proteger (sa conjugaison), 

232. 
Prototype, 90. 
Provencal (dtalecte), 2, 8, 

34 et 35. 
Prune (origine), 36. 
Pu (participe), 395. 
Puis (origine), 255. 
Puisque (origine), 266. 
Punch, 12. 



Q (prononciation), 114. 
Qiiai, 4. 



Quality des voyelles, 31. 

Quand, 265. 

Quand, quant a, 441. 

Quant i soi, 805. 

Quartz, 12. 

Quasi-delit, 304. 

Quatrain, 480. 

Quatre (origine), 166. 

Quatuor, 300. 

Que (conj.), 265, 438 et 4io. 

— interrogatif,183 et 352. 

— (pronom), 182 et 347. 

— adverbe), 182. 
Quel, 183. 
Quelque, 326, 
Quelque chose, 295. 
Qu'en dira-t-on, 305. 
Quenouille, 47. 
Querir, 238. 

Qui, lequel, 181 et 343, 
Qui interrogatif, 183 et 351. 

— (pronom), 181 et 343. 
Quiconque, 183 et 355. 
Quidam, 300. 

Quinine, 12. 
Quinquina, 12, 
Quintel, 480. 
Quiproquo, 300. ' 
Quoi, 181 et 347. 

— interrogatif, 183 et 352. 
Quoique, quoi que, 440. 
Quolibet, 300. 



R (prononciation), 27et 113. 

R (difr<ircntes sortes de), 26. 

Racine des mot?, 54. 

Radical, 54. 

Radis (origine), 9. 

Hadouber, 5. 

Rage (orig.), 34. 

Ragrcer (sa conjug.), 232. 

Rai (orig.), 34. 

Rail, 12. 

Raisin (origine), 35. 

Raison (origine), 37, 47 ct 

53. 
Ramage (origine), 97. 
Ramoner (origine), 96. 
Ramus, 116. 

Ranger (sa conjug.), 232. 
Rappeler (sa conjug.), 251. 
Rate, 6. 

Ration (origine), 53. 
Ravager (sa conjug.), 232. 
Rayer (sa conjug.), 234. 
Re, t6 (prefixes), 61 et 87. 



TABLE ALPHABi^TIQUE. 



i9t 



Recepiss^, 300. 

Recevoir (sa conjug.), 200. 

Recoraposition romanc, 55. 

Recouvrer (origine), 51. 

Recreer (sa conjug.), 232. 

Recto, 301. 

R^cuperer (origine), 51. 

Redingote, 12. 

Redire (sa conjiig.), 246. 

R^gal (origine), 51. 

R^glisse (genre), lil. 

R6gn6 (participe), 591. 

R^gner (sa conjug.), 251. 

Reine-Claude, 30i 

Reine-marguerite, 302. 

R6it^rer(sa conjug.), 251. 

Rejeter (sa con^xjg.), 231. 

Relache (genre), 143 et 292. 

Relacher (origine), ^. 

Relaxer (origine), 52. 

Relayer (sa conjug.), 234. 

Reliquat, 300. 

Remblayer (sa conjug.), ^i. 

Remise, 292. 

Renard, 6. 

Rendez-lui la pareille, 329. 

R6ne, 42. 

Ren^gat, 51, 

Renie (origine), 51. 

Renne, 12. 

Renoncer(sa conjug.), 2^. 

Repentir (se), 226. 

Repeter (sa conjug.),. 231. 

Rq)dtition des pronoms, 

Repit (origine), 52. 
Replier (origine), 51. 
R^pliquer (origine), 51. 
Requiem, 301. 
Residant, resident, 381. 
R^soudre (sa conjug.), 249. 
Respect, 52. 
Retro (pr^fixe), 87. 
Reveille-matin, 305. 
Reveler (sa conjyg.), 231. 
Revendiquer (origine), 51. 
Revenger (origine), 51. 
Ri (participe), 393. 
Riche, 6. 
Rie, 36. 

Rien, 48, 183 et ^8. 
Rien moins que, 356. 
Iliflard (origine), 13. 
Rime (origine), 52 et 474. 
Rime (de la), 464 et 471. 
Rimes crois^es, 473. 

— embrass^es, 473. 

— f^minines, 471. 

— masculines, 471, 

— mfel^es, 473. 

— normandes, 479. 

00TJR9 SVtMlRVH. 



Rimes plates, 473. 

— redoublees, 473. 

— riches, 472. 

— suffisantefe, 472. 

— suivies, 473. 
Rincer (sa conjug.), 252. 
Rire, 249. 

Rive (origine), 39 et 40. 

Rochefort, 163. 

Roder, 9. 

Roi (origine), 62. 

Role, 42. 

Romane (langue), 4 et 8. 

Romarin, 56. 

Rompre, 41 et 208. 

— en visiere, 465. 
Ronce, 44. 
Rondeau, 480. 

Ronger (sa conjug.), 232. 
Rosaire (origine), 53.' 
Rosat (origine), 58. 
Rose, (origine), 58L 
Rosier (origine), 53. 
Rosse (origme^ 12. 
Rossignol (origine), 63. 
Roture (origine), 52. 
Rouennerie (origine), 13. 
Rouergat (dialecte), 8. 
Rouge-gorge, 303. 

ROUMANILLE, 9. 

Royal (origine), 51. 
Uudoyer (sa coajug.), 232. 
Rue (origine), 45. 
Rue passante, 380. 
Ruisseler (sa conjug.), 231. 
Rupture (origine), 52. 
Ruser (origine), 9. 
Rythme (origine), 52. 



s 



s ( 



(prononciation). 



100 et 



Sabre (origine), 12. 
Sac (origine), 45. 
Saccager (sa conjug.), 232. 
Sache 39. 

Sache'(que je), 242 et 460. 
Safran, 11. 

Saillir (sa conjug.), 257. 
Sain, 41. 

Saindoux (origine), 56. 
Saintongeais (dialecte), 9. 
Sandaraque (genre), 144. 
Sanglier (origine), 151. 
Sanglot (oi-igine), 46. 
.Sangsue (origine), 56. 
Sans (origine), 262 et 433. 
Sans(preflxe), 61. 
Sante (origine), 37. 



Sapeur-pompler, 302. 
Satisfecit, 301. 
Sauf, 262. 
Saugrenu, 95. 
Saule, 6. 

Saupoudrer (origine), 57. 
Sauve-qui-peuf, 305. 
Savoir (sa conjug.), 242?. 
Savoyard, 6. 
Scander. 464. 
Scherzo, 300. 
Scolaire (origine), 53. 
Scrupule (origine), 95. 
S^cher (sa conjug.}, 251. 
Se faire fort de, 169. 
Seigneur (origine), 139. 
Seize (origine), 56. 
Selon (origine), 262. 
Semaine (origine), 3. 
Sembler (origineV, 37, 48, 

49 et 51. 
Semer (origine), 251. 
Semi, 318. 
Seml-consonnes, 25. 
Scndre (vieux-fr.), 139^. 
S^n^chal, 5. 

Sens dessus dessons, 401. 
Sens devant derriere-, 401. 
Sente, 48. 

Sentinelle (genre), IJI. 
Sentir (sa conjug.), ^8. 
Seoir (sa conjug.), 242. 
Sept (origine), 36. 
Septuor, 300. 
Seraphin, 11. 
Sergent-major, 305. 
Serin, 5. 
Serhekts MS Strasboobs, S 

et 7. 
Serre-frein, 503. 
Servi (participe), 390. 
Servir (sa conjug.^, 238. 
Seul (origine), ^. 
Si (adverbe), 257, 406 et 412. 
Si (conjonelion), 265. 
Sieur, Seigneur, Sire, 139. 
SignesorthograpHiques,126. 
Si j'etais que de vous, 460. 
Simuler, 49, 51. 
Six (origine), 166. 
Sixain, 480. 
Soi,35, 175et333. 
Soi (emploi de), 338. 
Soi-disant, 305. 
Solde(ses deux genres). 292. 
Solo, 300. 

Somme (origine), 5 et 293. 
Sons du fran^ais, 17. 
Songe-creux, 305. ^ 
Songer (sa conjug.), 252. 
Sonnantes (consonnes), '^. 

32 



498 

Sonner (origine), 37. 

Sonnet, 482. 

Sonores (consonnes), 25. 

Sortir (sa conjug,), 238. 

Souabe, 22. 

Souci (origine), 56. 

Souffleter (sa coqjjig.), 231. 

Souffrir (sa conjug.), 238. 

Soulever (sa conjug.), 231. 

Souloir (sa conjug.), 2i2. 

Sourdes (consonnes), 25. 

Sourdre (sa conjug.), 249. 

Souris, 46 et 293. 

Sous, 41, 61, 262 et 434. 

Sous-ferrae, 304. 

Sous-lieutenant, 304. 

Sous-officier, 304. 

Sous-pr^fet, 304. 

Sous-sol, 304. 

Souvent (origine), 61 et 255. 

Specimen, 300. 

Stabat, 301. 

Stances, 480. 

Statistique de la langue 

fran§aise, 14. 
Statuaire, 292. 
Statu quo, 501. 
Stere, 89. 

Stipuler (origine), 95. 
Strass (origine), 13. 
Strophes, 480. 
Subjonctif, 188. 

— present, 215 et 455. 

— imparfait, 216 et 453. 

— emploi des temps (du), 
450. 

— pass6, 453. 

— plus-que-parfait, 453. 
Succede (participe), 393. 
Sud, 5. 

Sullixes, 54. 

— diminutifs, 100. 
Suffoquant, suffocant, 381. 
Suivant, 263. 

Suivre (sa conjug.), 249. 
Sujet, 277. 

— simple, 285. 

— complexe, 285. 
Sujetsunis par comme, ainsi 

que, 352. 
Sujcls unis par ni, ou, etc., 

563. 
Sultan (origine), 11. 
Super (prolixe), 87. 
Superlatif, 165. 
Suppleer (sa conjug.), 232. 
Suppose (prepos.), 263. 
Suppose (participe), 395. 
Suppression 4e la voyellc 

breve, 32. 
Supra, 87. 



TABLE ALPHABETIQUE. 

Sur (origine), 262. 
Sur pr^fixe), 61. 
Sur, 262 et 434. 
Syllabe, 18. 
— muette, 18 et 465. 
Syllepse (figure), 281. 
Sylvius (Jacques), 18. 
Syn (prefixe grec), 91. 
Synonymes, 124. 
Svntaxe, 15et271. 



— des mots, 289. 

— du nom, 292. 

— de I'article, 308. 

— de I'adjectif, 314. 

— du pronom, 330. 

— du verbe, 357. 

— du participe, 376. 

— de I'adverbe, 398. 

— de la proposition, 419. 

— de la conjonction, 437. 

— des propositions, 444. 



T (prononc), 112 et 113. 
T (dans ainie-l il), 212. 
Tableau des sons du fran- 

fais, 26. 
— des consonnes du latin 

vulgaire, 58. 
Taffetas, 11. 
Taire (sa conjug.), 250. 
Tamarin, 11. 
Tandis, 253. 
rant; 256, 408. 
Tantdt (origine), 254. 
Tantum ergo, 301. 
Taon (origine), 40. 
Tapioca, 12. 
Tard (origine), 255. 
Tarder, 41. 

Targette (origine), 96. 
Tartuffe (origine), 13. 
Tatouer, 12. 
Taupe, 40. 
Taupe-grillon, 302. 
U (suffixe), 71. 
Technique, 89. 
Te Deum, 301. 
Tel (origine), 30, 41 et 47. 
Tel, 185. 
Telegraphe, 90. 
Tel(^phone, 90. 
Tenement (origine), 257. 
Temoin, 48 et 299. 
Temperer (sa conjug.), 231. 
Temps des verbes, 189. 

— compost. 217. 

— simi)les, 216. 



Temps surcorapos^s, 217. 

Tendre, 48. 

TOnebres, 299. 

Tegir, 238. 

Tenir bon, 461. 

Tenir tete, 310. 

TOnor, 301. 

Tentatives de rOformes or- 
thographiques, 113. 

Tercet, 480. 

Terme (origine), 48. 

Terme propre, propre ter- 
me, 317. 

Terminaison, 187. 

Terre (origine), 47. 

Terre-plein, 303. 

T6te (origine), 95. 

T6te-a-tete, 302. 

Th (prononciation), 24. 

Thd, 12. 

Thbme, 89. 

ThOologie, 90. 

ThOorie, 89. 

Thermora^tre, 90. 

Tibia, 301. 

Tiers (origine), 35. 

Tilbury, m 

Timbre-poste, 302. 

Tiret, 134. 

Triste, 250. 

Toilette (origine), 96. 

TolOrer (sa conjug.), 251> 

Tomber (sa conjug.), 222. 

Tondre, 42. 

Tonneau, 54. 

Tonner (sa conjug.), 229. 

Tory, 300. 

Tory (Geoffrey), 100, 127 et 
128 

T6t (origine), 255. 

Touchant (prOpos.), 263. 

Tour, 56 et 293. 

Tout, 327. 

Tout ^ coup, tout d'uD 
coup, 403. 

Tracer (sa conjug.), 232. 

TrachOe-artere, 19. 

Tragi-comddie, 302. 

Traire, 250. 

Trait d'union, 128. 

Tramway, 300. 

Trans (prefixe), 87. 

Transir (sa conjug.), 259. 
Transitifs (verbes), 200. 
Trapeze, 89. 
Travail, 298. 
Trdma, 127. . 
Tres (origine), 257. 
Tres (preiixe), 61. 
Tressaillir(sa conjug.), lid'J 
Trigonometrie, 90. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



499 



Trinquer, 12. 
Trio, 300. 
Trissyllabe, 18. 
Trogne, 4. 
Trompe-roeil, 304. 
Tromper (origine), 96. 
Trompette, 292. 
Trop (origine), 257. 
Trouble-fete, 504. 
Troubler, 46. 
Truand, 4. 
Truie, 36 et 46. 
Tu (participe), 392. 
Tude (suffixe), 89. 
Tunnel, 12 et 54. 
Turban, 11. 
Tutoiement, 177. 
Tutoyer (sa conjug.), 233. • 

u 

U (prononciation), 56, 99, 

104 et 110. 
U (suffixe), 79. 
Ua (quantity), 467. 
Ue (quantity), 467. 
Uel (quantity), 467. 
Uer (quantite), 467. 
Uet (quantite), 467. 
Ueur (quantite), 467. 
Ui (quantite), 467. 
Ulcere (genre), 143. 
Ule (suflixe), 89. 
Ultimatum, 301. 
Ultra (prefixe), 87. 
Un, une, 166et321. 
Une bonne moitie, 463. 
Ure (suflixe), 72. 
Ustensile (genre), 143. 



Vache (origine), 34. 
Vade-mecum, 301. 
Va-et-vient, 305. 
Vaguemestre, 12. 
Vague (sesdeux genres), 293. 
Vaincre, 250. 
Vair (origine), 33. 
Valoir (sa conjug.), 242. 
Valser, 12. 

Valu (participe), 390. 
Vapeur, 292. 
Vaquant, vacant, 381. 
Vase (ses deux genres), 293. 
Vaucluse (origine), 56. 
Vaugelas, 100, etc. 
Vccu (participe), 391. 



V^gdter (sa conjug.), 231. 

Velours (origine), 95. 

Vendange (origine), 35 et 48. 

Vendre (origine), 35. 

Vendredi (origine), 56. 

\'6n6rer (sa conjug.), 251. 

Venger (sa conjug.), 252. 

Venir. 239. 

Vent (origine), 35 et 48. 

Vente (origine), 42. 

Vdpres, 299. 

Ver (origine), 48. 

Verba (du), 186. 

Verbes conjugues interro- 

gativement, 210. 
Verbes conjugues n^gative- 

ment, 211. 

— d^fectifs, 230. 

— intransitifs, 200. 

— transitifs, 200. 

— suivis d'un attribut, 366. 

— en cer, gei% etc., 232. 

— en ler, ier, 231. 
Verdict, 12, 
Verge, 45. 
Verger, 47. 
Vergogne, 44. 
Vergue, 9. 

Verifier (sa conjug.), 232. 
Vers (prepos.), 262 et 434. 
Versification, 464. 
Vers alexandrins, 476. 
Versdedifferentes mesures, 
476 a 479. 

— libres, 479. 

— mesures, 476. 
Verse r, 41. 
Vert, 35 et 42. " 
Vertigo, 300. 
Vertu (origine), 40. 
Vestige (genre), 145. - 
Vfitir (sa conjug.), 239. 
Vao, 301. 
Viande, 96, 
Vice (prefixe), 87. 

amiral, 304. 

recteur, 304. 

roi, 304. 

Vide-poche 304. 

Vie de saint Alexis, 7. 

Vie de saint Leger, 7. 

Vieille, 42. 

Villanelle, 480. 

Vingt, 321. 

Vingt (numeration par), 4 

Violant, violent, 381. 

Viorne, 40. 

Virago, 301. 

Virelai, 480. 

ri« DE LA TABLE ALPUABI^TIQUB 



Virgule, 130. 

Visa 301. 

Vis-aVvis,'264 et 435. 

Vivat, 300. 

Vivfe (origine), 40. 

Vivre (sa conjug.), 230. 

Vivres, 299. 

Vocabulaire (formation du), 

29. 
Vocalisation de L, 47 et 100. 
Voici, voim, 263, 419 et 433. 
Voile, 492. 

Voile du palais, 19 et 20. 
Voir (origine), 41. 
Voir (sa conjug.), 242. 
Voisin (origme), 43. 
Voiture (origine), 37, 
Voix (origine), 36. 
Voix commune, commune 

voix, 317. 
Voleter (sa conjug.), 231. 
Volontiers, 257. 
Vore (suffixe), 85. 
Vouloir (sa conjug.), 245. 
Voulu (participe), 395. 
Vous (origine), 175. 
Vous (pour tu), 176 et 337. 
Voyelles, 20. 

— atones, 32. 

— nasales, 23. 

— toniques, 34. 

— en syllabe initiale, 37. 
Vraimeiit, 257. 
Vu (prepos.), 263. 

w 

W (prononciation), 25. 

Wagfon, 12. 

Wallon (dialecte), 2, ^, 35 

et43. 
Whist, 12. 



X (prononciation), 26. 
X signe du pluriel (origine), 
149. 



Y (prononciation), 23 etl02. 

— (adverbe), 254et401. 

— (pronom), 177. 

— (quantity), 467. 



zero, 11 et 300. 
Zoologie, 90. 



TABLE DES MATlfiRES 



pBfiFACS. .... i ...» fc, , 

INTRODUCTION 

Histoire de la langue francaise 1 

But et definition de la grammaire Vi 

LIVRE I. — LEXIGOLOGIE OU ETUDE DES MOTS 

Ghapitre I. — Des sons el de I'alphabet 17 

Section i. — Voyrfles. Diphtongues. Voyelles nasales 20 

Section ii. — Consonnes , ' 24 

CnAiTTRE n. — Formation du vocabulaire ^ 29 

Section I. — Mots d'origine populaire. — Phon^tique 29 

I. Voyelles. ; 51 

!• Voyelles toniques 54 

2* Voyelles en syllabe initiate 57 

II. Consonnes 38 

!• Labiales 40 

2* Dentales 41 

3* Palatales 43 

4* Liquides 46 

5* Nasales 48 

Section ». — Mots d'origine savante. — Doublets 49 

Section iii. — Mots de formation francaise. — Composition. — Deri- 
vation .' 54 

I. Formation populaire 55 

1* Composition 55 

t Derivation 61 

II. Formation savante 84 

1* Composition savante avec ^l^ments latins , 84 

2* Derivation savante avec suffixes latins 87 

3* Composition et derivation savantes avec elements grecs. ... 89 

Section iv, — Families de mots 9^ 

Section v. — Variations de sens 94 

Chapitre III. — Prononciation et orthographe 98 

Section i. — De la prononciation 99 

1. Du 12* au 16* Steele 99 

2. Du 16' au 19* siecle 100 

-Section n. — De Torthographe 107 

CuAPiTRE IV. — Homonymes. — Paronymes. — Synonymes 120 

1. Homonymes 120 

, 2. Paronymes 122 

3. Synonymes 124 

Chapitre V, — Signes orthographiques 126 

Chapitre VI. — De la ponctuitien. •«- Ma^uscuUs <<......../..<.. 130 



TABLE DES MATIERES. SOt 

LIVRE II. — MORPHOLOGIE OU ETUDE 
DES FORMES 

Definftions. Parties du discours 157 

Fonctions des mots dans la proposition 137 

Chapitre I. — Du nom. Definitions - 138 

Section i. — Du genre dans les noms 142 

Section 11. — Du nombre dans les noms .•.. ■ 148 

Section iii. — Origine des noms 150 

Fonctions du nom dans la proposition . . , 152 

CiupiTRE II. — De I'arlicle 153 

Chapitre III. — De I'adjectif. Definitions 157 

Section i. — Adjectifs qualificatifs 158 

1. Formation du feminin d^ns les adjectifs qualificatifs.' 158 

2. Formation du pluriel dans les adjectifs qualificatifs 163 

3. Comparatif et superlatif 163 

Section ii. — Adjectifs numeraux, demonslratifs, etc 165 

1. Adjectifs num^raux 166 

2. Adjectifs demonstratifs 170 

3. Adjectifs interro^atiCs 170 

4. Adjectifs possessifs 170 

5. Adjectifs ind6finis 172 

Fonctions de I'adjectif dans la proposition 173 

Chapitre IV. — Du pronom. Definitions 174. 

Section i. — Pronoms personnels 174 

Section ii. — Pronoms demonstratifs 174 

Section in. — Pronoms possessifs 178 

Section iv. — Pronoms relatifs 181 

Section v. — Pronoms interrogatifs 183 

Section vi. — Pronoms indefinis 183 

Fonctions du pronom dans la proposition. Cas du pronom 185 

Chapitre V. — Du verbe. Definitions. Locutions verl)ales 186 

1. Radical. Terminaison 187 

2. Nombres 188 

3. Personnes 188 

4. Modes 188 

5. Temps 189 

6. Auxiliaires 190 

7. Gonjugaison 192 

Section i. — Verbes auxiliaires 194 

1. Auxiliaire avoir 194 

2. Auxiliaire elre 197 

Section ii. — Verbes transitifs. — Verbes intransitifs 200 

Section in. — Verbes transitifs, forme active 201 

Gonjugaison. Premier groupe des verbes : Aimer 201 

Deuxifeme groupe des verbes . Finir 204 

- TroUiim. groupe des verbes ( "^-^^JT; ! i ! ; ! ! ! ! : ; ' ' ! ! ! ! 1S| 

Section iv. — Verbes conjugues interrogativement 210 

Section v. — Formation des temps simples 211 

Remarques sur les temps simples 212 

Section vi. — Formation des temps composes 217 

Section vii. — Forme passive. 218 

S«ction VIII. -^ Verbes intransitifs, suita do la forme active. 821 



502 TABLE DES MATIEUES. 

Section ix. — Forme pronominale 224 

Section x. — Verbes impersonnels 228 

Section XI, — Particularit6s des verbes 230 

Conjugaisons vivantes •. 230 

1. InGnitif en er 250 

2. Infmitif en /r, participe present issnnl 234 

Conjugaisons mortes 240 

1. Infmitif en ir, participe present ant 240 

2. Infmitif en oir 240 

3. Infmitif en re 210 

Fonctions du verbe a I'infmitif dans la proposition 231 

Section xn, — Du participe 252 

Fonctions du participe dans la proposition 252 

CiiAPiTRE VII. — De I'adverbe 25i 

Fonctions de I'adverbe dans la proposition 230 

CiiAPiTRE VIII. — De la preposition 2G0 

Section i. — Prepositions simples 262 

Section ii. — Locutions prepositives , 2Gi 

Chaimtre IX. - Dj la conjonction 265 

Section I. — Gonjonctions simples 265 

Section n. — Locutions conjonctives 267 

CuAi'iTRE X. — De I'interjection 268 

LIVRE in. — SYNTAXE 

SVXTAXE 271 

CiiAPiTRE I. — Des difTerentes sortes de propositions 275 

Rcmarques particulieres sur les propositions 276 

Sujet. Verbe. Atlribut. Complement 279 

Chapitre II. — Figures de graramaire 281 

CiiAPiTRB III. —Analyse 283 

1. Analyse des mots 283 

2. Analyse des propositions 2S5 

3. Analyse etymologique -. 287 

Divisions de la syntaxe 2!i3 

PREMIERE PARTI E. — SYNTAXE DES MOTS 

Chapitre I. — Syntaxe du nora 200 

Section i. — Accord du nom 200 

Section II. — Du genre 2ii0 

1. .Noms qui selon lo sens prennent des genres dilferenls 290 

2. Noms des deux genres 29i 

Section in. — Du nombre 298 

1. iNums ^ double pluriel ^ 298 

2. -Noms invariables 299 

3. Pluriel des noms derives des langues 6trang6res 300 

4. Pluriel des noms composes 301 

5. Pluriel des noms propres 303 

Section iv. — Complement du noin 306 



TABLE DES MATIERES. K03 

CuAPiTRB II. — Syntaxe de I'article 508 

Section i. — Emploi de I'article devant les noms communs 308 

1. Article d^fmi 308 

2. Article parlitif 510 

Section ii. — Emploi de I'article devant les noms propres 311 

Section iii. — Emploi de I'article devant plus, mains, mieux 312 

Chapitre III. — Syntaxe de I'adjectif 314 

Section i. — Adjectifs qualificatifs 314 

1. Accord de I'adjectif 314 

Remarques sur I'accord de quelques adjectifs 317 

2. Complement de I'adjectif qualificatif 320 

Section ii. — Adjectifs numeraux 521 

1. Adjectifs numeraux cardinaux ' , 521 

2. Adjectifs numeraux ordinaux 522 

Section in. — Adjectifs possessifs 323 

Section iv. — Adjectifs ind^finis 324 

Gallicismes 529 

Chapitre IV. ~ Syntaxe du pronom. Observations g^nerales 350 

Section i. — Pronoms personnels 3cl 

1. Du pronom personnel employd comme sujet 531 

2. Du pronom personnel employe comme complement 335 

3. Observations sur I'emploi de certains pronoms 337 

Section II. — Pronoms d^monstratifs 339 

Section iii. — Pronoms possessifs 342 

Section iv, — Pronoms relatifs 343 

Pronoms interrogatifs 351 

Section v. — Pronoms indelinis > 353 

Chapitre V. — Syntaxe du verbe 357 

Section i. — Acc«rd du verbe avec un seul sujet 358 

Section II. — Accord du verbe avec plusieurs sujets 362 

Section iii. — Complement du verbe 365 

"Section iv. — Emploi des modes et des temps 369 

1. Mode indicatif 369 

2. Mode conditionnel 371 

3. Mode imp^ratif 371 

4. Mode subjonctif 572 

5. Mode infinitif 572 

Section v. — Emploi de? auxiliaires 374 

Chapitre VI. — Syntaxe du participe 376 

Section i. — Accord du participe present 377 

Difference entre I'adjectif verbal et le participe present 379 

Participe present pr^c^d^ de en ou gerondif 382 

Section ii. — Accord du participe passe 384 

1 . Principes g^ndraux 384 

2. Participe avec I'auxiliaire itre 586 

3. Participe avec I'iiuxilialre avoir 387 

4. Remarques particOWferfes 594 



S04 TA9LE DES MATIERES. 

Chapitrk VII. — Syntaxe de radverbe. Observations g^e^rales 598 

1. Adverbes de lieu 399 

2. Adverbes de temps 402 

3. Adverbes de manidre 405 

i. Adverbes de quantite 40H 

5. Adverbes d'aflirmation 412 

6. Adverbes de negation 412 

Emploi de la negation dans les propositions subordonnecs 416 

CuAPiTRE VIII. — Syntaxe de la preposition 417 

Chapitre IX. — Syntaxe de la conjonction 435 

1. Conjonctions de coordination 435 

2. Conjonctions de subordination 436 

DEUXIEME PARTtE. — SYNTAXE DES PROPOSITIONS 

Chapitrk I. — Propositions subordonnees 1 441 

1. Emploi des modes dans les propositions subordonnees inlroduites 

par une conjonction 443 

2. Emploi des modes dans les propositions subordonnecs intro- 
duites par un pronom relatif. 447 

3. Emploi des temps de I'indicalif et du couditionnel 448 

4. Emploi des temps du subjonctif 449 

Chapitre II. — Propositions infinitives. Propositions participes 455 

C«ApiTRE III. — Gallicismes 459 

1. Gallicismes de syntaxe 460 

2. Gallicismes de figure 461 

APPENDIGE 

Notions de versification 464 

1. De la raesure, de I'^lision et de Thiatus , . ,. ^. . . 464 

2. Des accents et de la ensure 469 

3. De la rime 471 

4. De I'enjambement 475 

5. Licences po^tiques \. . . 475 

6. Vers de differentes mesures 476 

7. Groupement des vers 480 

Table alphab^tique 433 



rm DE LA TABLE DES MATIBRES 



PC Brachet, Auguste 

2111 Grammaire frangaise 

B73 20. ed. 

1919 



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