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Full text of "Grammaire élémentaire de la vieille langue française"

■,<l 



V. '.-.^V 









GRAMMAIRE ÉLÉMENTAIRE 



VIEILLE LANGUE FRANÇAISE 



CoBDBiL. Typ. et slôr. CnctB. 



SL^**'^ 



GRAMMAIRE ÉLÉMENTAIRE 



DE LA 




GLEDAT 



PROFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTERATURE FRANÇAISES DU MOYEN AGE 

A LA FACULTÉ DES LETTRES DE LYON 

ANCIEN ÉLÈVE DE L 'ÉCOLE DES CHARTES 

ANCIEN MEMBRE DE l'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME 



PARIS 

GAHNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

0, RUE DES SAINTS-PÈRES, 6 



ES, t) 

SEEN BY 

PRESiiRVATîON 

StkVKES 

DATE...T 



PC 
lîll 



PRÉFACE 



^ Si ce livre n'est pas trop au-dessous du but que 
s'est proposé l'auteur, il pourra conduire à la connais- 
sance de notre vieille langue non seulement ceux qui 
font ou qui ont fait des études classiques complètes, 
mais encore ceux qui ne sont pas allés au delà d'une 
bonne instruction primaire et qui n'ont aucune notion 
préalable de la grammaire latine. Sans doute ce se- 
rait une chimère que de vouloir expliquer le dévelop- 
pement de notre langue en se passant du latin. Mais, 
s'il est nécessaire de connaître l'organisme du latin, il 
n'est pas indispensable d'avoir fait de cette langue une 
étude approfondie. Ce qu'il en faut savoir est bientôt 
appris : la déclinaison réduite à deux cas, la conju- 
gaison réduite à quelques temps de la voix active. J'ai 
tâché de réunir dans ce livre toutes les notions de 
grammaire latine qui sont particulièrement utiles pour 
comprendre la granunaire française du moyen âge. 

M'occupant, depuis plusieurs années, de rassembler 
les matériaux d'une grammaire développée du vieux 



YI PREFACE. 

français, j'avais, sur la plupart des questions que j'ai 
dû aborder ici, des notes abondantes entre lesquelles 
il m'a fallu choisir, pour ne pas dépasser les limites 
d'un ouvrage élémentaire. Il importait de laisser de 
côté les détails qui n'auraient pu que rebuter les 
commençants et disperser inutilement leur attention, 
ou charger leur esprit de connaissances qui ne sau- 
raient y demeurer. i\[ais il n'importait pas moins 
de n'omettre aucun phénomène essentiel, et, sans pré- 
voir, ce qui serait impossible, toutes les difficultés qui 
peuvent se présenter dans la lecture d'un vieux texte 
français, de préparer l'esprit du lecteur à les résou- 
dre^ par des notions très précises sur les lois géné- 
rales et les principales exceptions. Je n'ose me flat- 
ter d'avoir toujours été heureux dans le choix de ce 
qu'il fallait dire et de ce qu'il convenait d'omettre : 
ee que je puis affirmer, c'est que je ne me suis jamais 
décidé à la légère et sans mûre réflexion. 

Je ne pouvais songer à aborder l'examen comparé 
des différents dialectes du vieux français. Je me suis 
borné, en général, aux formes d'où dérive le français 
actuel, sans négliger toutefois de signaler les formes 
dialectales les plus remar(juables, et celles qui pou- 
•vaient éclairer l'étude du français proprement dit. 

C'est à l'École des Chartes, au cours de M. Paul 
Meyer, que j'ai appris les premiers éléments de la 
phonéli(jue, qui est l'objet d'une partie de ce volume. 
Mais l;i science des origines de notre langue fait tous 



PREFACE. VH 

les jours de nouveaux progrès, et, sans parler de mes 
recherches personnelles, j'ai dû mettre à profit les 
nombreux articles de revues et travaux de tout 
genre qui augmentent sans cesse la quantité des faits 
connus et des problèmes résolus. Parmiles savants qui, 
à des degrés divers, ont contribué à ces progrès, je 
citerai : en France, MM. Gaston Paris, Camille Cha- 
baneau, Anatole Boucherie, Natalis de Wailly, Arsène 
Darmesteter, Léon Gautier, Louis Havet, Marty-La- 
veaux, et à l'étranger, après Frédéric Dicz, qu'on doit 
mettre hors de pair, 3LM. Tobler, Fœrster, Bartsch, 
Cornu, Mussafia, Scheler, Lûcking, Ayer. Je cite ces 
noms au hasard, n'ayant pas la prétention de fixer des 
rangs ni de donner une liste complète. Si on voulait dé- 
terminer la part de chacun dans les résultats actuelle- 
ment acquis, il faudrait, pour chaque point particulier, 
une longue bibliographie, qui ne saurait entrer dans 
un livre élémentaire, mais qui trouvera naturellemeni 
sa place dans la grammaire détaillée que je prépare. 
Je dois une mention spéciale aux vastes dictionnaires 
de MM. Littré et Godefroy, qui sont, comme on Fa 
dit, de merveilleux instruments de travail. Enfin il 
serait injuste de ne pas signaler les services qui ont été 
rendus par les ouvrages de M. Brachet *. Ils ont 
commencé avec éclat la grande œuvre de la vulgari- 

1. A la suite do M. Bi'achet, presque tous les auteurs de nouvelles 
grammaires frannaises, — et notamment M. Ciiassang, — ont fait une 
place à riùstoiro de la langue. 



YIII PRÉ?ACE. 

sation, complément indispensable de l'œuvre scien- 
tifique. J'ai lâché d'aller plus loin dans la même voie, 
et je serais heureux que mes efforts méritassent du 
public un peu de l'estime que je professe pour ceux 
de mon devancier*. 

L. GLÉDAT. 

1. J'adresse ici tous mes remercîments à mon excellent collègue, 
M. Brunot, qui a bien voulu m'aider à revoir, non sans profit, les 
épreuves de ce livre, et qui s'est acquitté de celte tâche ardue avec 
une complaisance que je ne saurais trop reconnaître. 



Deuxième édition. 



Je remercie les critiques qui se sont occupés de 
mon livre, et particulièrement MM. Chabaneau et 
Stimming, des utiles améliorations qu'ils m'ont per- 
mis d'introduire dans cette seconde édition. 

Quant aux remarques de détail que j'avais systé- 
matiquement négligées pour ne pas enlever à cet 
ouvrage son caractère élémentaire, une bonne partie 
ont trouvé place dans l'introduction, les notes et le 
glossaire de nos Morceaux choisis du moyen âge. 

Enfin l'explication des usages de la langue actuelle, 
qui ne peut figurer qu'accessoirement dans une 
grammaire de la vieille langue, recevra tout le 
développement qu'elle comporte dans la Grammaire 
histonque que nous préparons. 

L. GLÉDAT. 



GRAMMAIRE ELEMENTAIRE 

DE LA 

VIEILLE LANGUE FRANÇAISE 

te 

INTRODUCTION ET NOTIONS PRÉLimiNAIRES 



CHAPITRE PREMIER 

LA LANGUE 

ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE 

§ 1. — La langue française est une langue romane, c'est- 
à-dire dérivée de la langue romaine ou latine. Les autres 
langues romanes sont : l'italien, l'espagnol, le portugais, 
le roumain. En réalité il y a eu en France deux langues 
romanes: la langue du Midi, appelée langue d'oc parce que 
oui se disait oc (aujourd'hui o) dans le Midi de la France, 
et la langue du Nord, ou langue d'oïl, langue d'oui, qui 
est le français proprement dit. 

§ 2. — Une langue se compose essentiellement de deux 
éléments : de mots et de flexions. L'ensemble des mots 
constitue le vocabulaire ou le dictionnaire. Les flexions, 
dont on donne le tableau dans les grammaires, sont des 
désinences qui, en s'ajoutant à la partie invariable des 
mots, permettent d'exprimer les circonstances accessoires 
Clédat. 1 



2 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

de nombre, de genre, de temps, de mode, de personne. 
C'est à ]a fois par ces deux éléments que notre langue est 
romane ; les mots du vocabulaire français sont en grande 
partie d'origine latine, et toutes nos flexions dérivent du 
latin : ceux des mots français qui viennent d'autres lan- 
gues ont des flexions d'origine latine, comme le mot ger- 
manique wartên, qui a eu sa désinence germanique en 
remplacée par la désinence latine are, devenue en fran- 
çais er/ c'est ainsi que ivartên a produit garder, et dans 
toute la conjugaison de ce verbe les flexions romanes sont 
substituées aux flexions germaniques. 

FORMATION DU VOCABULAIRE 
I. — Époques et procédés de formation. 

Origines diverses des mots français. 

§ 3. — Je viens de dire que nous devions au latin la plu- 
part des mots de notre vocabulaire. Nos autres mots vien- 
nent de langues très diverses : nous les avons empruntés 
à tous les peuples avec lesquels nous avons été en rela- 
tion aux difl'érentes époques de notre histoire. Tout d'a- 
bord nous trouvons représentées dans la langue, au mo- 
ment où elle s'est constituée, les trois grandes races qui 
ont formé, en se combinant, la nationalité française : à 
côté des mots latins nous avons des mots germaniques et 
des mots celtiques, qui s'étaient d'ailleurs introduits dans 
la langue latine parlée en Gaule, avant que celle-ci eût 
subi la transformation qui devait en faire le français. Nos 
relations successives avec les Orientaux et les Grecs, au 
commencement du moyen âge et surtout à l'époque des 
Croisades, avec les Italiens au temps des guerres d'Italie 
et des reines de France italiennes, avec les Espagnols pen- 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 3 

dant la Ligue, sous Louis XIII et sous Louis XIV, avec les 
Anglais et tous les autres peuples dans les temps moder- 
nes, ont fait aussi entrer dans notre langue un grand nom- 
bre de mots appartenant aux langues de ces différents 
peuples*. A toutes ces causes du développement de no- 
tre vocabulaire, il faut joindre l'étude des œuvres littérai- 
res des Grecs et des Latins, dont l'influence s'est surtout 
manifestée aux xv^ et xvi"* siècles. 

Mots savants et mots populaires. 

§ 4. — Parmi les mots français d'origine latine, il im- 
porte de discerner les mots savants des mots populaires, et 
les mots de formation latine des mots de formation fran- 
çaise. 

Les mots populaires sont le produit de la transforma- 
tion insensible des mots latins que nos ancêtres avaient 
appris des Latins eux-mêmes. En modifiant insensiblement 
la prononciation de ces mots, nos ancêtres ont suivi des 
lois inconscientes, mais très précises. A un même son la- 
tin correspond toujours un même son français : par exem- 
ple, les mots latins qui avaient un e bref tonique ont donné 
des mots français oii l'e tonique est remplacé par la diph- 
tongue ié ou iè : pied, hier, lièvre, fièvre, etc. Les mots 
populaires ont l'accent tonique ^ sur la même syllabe que 
les mots latins correspondants. Dans la prononciation du 
mot latin mobile, d'où vient meuble, on appuyait sur la 
première syllabe en faisant à peine entendre l'i, à peu 
près comme les Italiens prononcent aujourd'hui le même 
mot; dans le français meu6/e l'accent tonique est aussi sur 
la première syllabe. 

1. Pour les exemples de mots de ces différentes oriKines, consulter 
La langue française, par II. Cochcris et G. Strchly. — Paris, Delagrave. 
2. Pour la déliaitioa de l'acceut tonique, voyez ci-dessous, § 12. 



4 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 5. — Les mots dits savants, introduits dans la langue 
par les littérateurs et les savants, sont la reproduction, 
lettre par lettre, de mots latins le plus souvent mal pro- 
noncés, dont on a simplement francisé la terminaison. Le 
français mobile, mot savant, vient du même mot latin que 
meuble ; xxidii?, l'accent tonique se trouve déplacé, puisqu'il 
porte sur \i que les Latins faisaient à peine entendre, au 
lieu d'être sur la première syllabe. Meuble et mobile re- 
montent donc au même mot latin, mais ils ont reçu des 
acceptions très différentes, quoique dérivées toutes deux, 
par des voies diverses, du sens latin. Ces doubles formes 
d'un même mot latin, qui sont fréquentes en français, 
sont appelées doublets: « fragile » est le doublet de « frêle », 
« captif » de « chétif », etc. 

Il y a des mots qui ne sont que partiellement savants ; 
ainsi dans adjuger, juger est populaire et ad est savant : 
adjudiquer serait tout à fait savant, ajuger tout à fait po- 
pulaire. Le plus grand nombre des mots savants de la 
langue française ne sont pas antérieurs au xv* siècle, mais 
quelques-uns se trouvent dans les textes les plus anciens. 
A mesure qu'on s'approche du xvi* siècle ils deviennent 
plus nombreux. 

§ 6. — On trouve souvent plusieurs formes populaires 
d'un même mot latin. Ainsi charger, charrier, charroyer 
sont dérivés par des voies diverses, mais également popu- 
laires, du latin* carricare. Si ce mot avait aussi donné une 
forme savante, ce serait « carriquer », analogue à « mas- 
tiquer » de « masticare ». Une des causes principales de 
la présence dans la langue des doubles formes populaires 
est l'introduction dans le français proprement dit, c'est-cV 
dire dans le dialecte de l'Ile-de-France, de mots emprun- 
tés aux dialectes voisins : ainsi camp est la forme picarde 
de « canipum » dont la forme française est champ ; les 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. o 

deux mots sont aujourd'hui également français, mais avec 
des sens différents. 

Mots de formation latine et mots de formation française. 
Préfixes et suffixes. 

§ 7. — Tous les mots d'origine latine ne supposent pas 
nécessairement l'existence d'un mot latin correspondant. 
11 y a parmi eux beaucoup de mots de formation française 
qui ont été composés d'un mot plus ancien, auquel on a 
ajouté un préfixe ou un suffixe, souvent l'un et l'autre : 
ainsi encourager a été créé avec courage (latin *coraticum) 
à l'aide du préfixe en et du suffixe er, qu'on trouvait dans 
un grand nombre de mots dérivés directement du latin. 
Toutes les parties 6.' encourager sont donc latines ; mais 
elles n'ont pas été réunies dans la langue latine, le mot est 
de formation française. Notre vocabulaire s'est enrichi par 
ce procédé à toutes les époques de la langue depuis l'ori- 
gine jusqu'à notre temps. 

§ 8. — Nous donnerons un tableau des principaux pré- 
fixes de la langue française. Les exemples cités pour 
chacun d'eux seront pris au hasard parmi les mots de 
formation française et parmi ceux de formation latine. 

* On marque d'un astérisque les mots du latin populaire. 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



préfiies. 


LATIX. 


EXEMPLES. 


FORME SAVANTE. 


EXEMPLES. 


a, ancienne- 


ad. 


agrandir, 


ad(ou,comme 


administrer, 


ment ad (le 




ajourner, 


en latin, a, 


adjuger, 


même que la 




apprendre. 


avec redou- 


appréhender. 


préposition 






blement de 




a) ; souvent, 






la consonne 




par orthogra- 






qui suit). 




phe savante, 










avec redou- 










blement de 










la consonne 










qui suit. 










a, as. 


ab, abs. 


vieux mots : 

asoudre, 
astenir. 


ab, abs. 


absoudre, 
abstenir '. 


an. 


ante. 


ancêtre (latin 
antecessor). 


anté. 


antécédent. 


com^, con. 


cum. 


comparer, 
conquérir, 
confondre. 






contre ( le 


contra. 


contredire, 


contra. 


contradic- 


môme que la 




contrefaire. 




tion. 


proposition 










contre). 










de (le mômf 


de. 


demeurer. 






que la pré- 




défendre. 






position de"), 










1 dé. 










dé (ancienne- 


dis, de-ex. 


déplaire, 


dis. 


distraire. 


ment des), 




désarmer, 






dés. 








1. Ces deux verbes sont 


des mots d'origine populaire où le f) la- 


tin, après être tombé, a rop 


iru, d'abord dans l'orthographe, puis daus 


la proiioiiciali 


ou, sous une 


ulluence sava 


nte. 


il 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 



PRÉFIXES. 


LATW. 


EXEIUFLEB. 


FORME SiVAWTE. 


EXEMPLES. 


é (ancienne- 


ex. 


éloii;ner, 


ex. 


extension, 


ment es). 




étendre. 




exporter. 1 


en (le même 


in signifian' 


enduire, 


in (ou, comme 


induire, 


que la pré 


dmif, et in 


envoyer, 


en latin, i 


importer, 


position en). 


particule né 


enfant. 


avec redou- 


irruption. 




gative. 




blement di 
la consonne 
qui suit). 


infirme. 


entre (le me 


inter. 


entrevoir. 


inter. 


interdire, 


me que l.i 




s'entremet - 




interroger. 


préposition 




tre, 




intermittent. 


entre). 










mau (au- 


maie. 


maudire, 


malé. 


malédiction. 


ciennemeni 




malheureux , 






mal), mal (Ic 










mcrae qui 










l'adverbe 










mal). 










mé(ancienno- 


minus. 


mépriser. 






ment mes). 




médire. 






outre (le mê- 


ultra. 


outrepasser, 


ultra. 


ultramon - 


me (|ue l;i 




outremer. 




tain. 


préposition 










et ladvcrbc 










outre). 










par (le même 


per. 


parvenir, 


per. 


perfection, 


quclaprépo- 




pardonner. 




permettre. 


siiion parj. 




parfait. 






pour (le mê- 


pro. 


pourvoir, 


pro. 


procurer, 


me que la 




pourlécher. 




protéger. 


préposition 










pour). 











GRAMM.VIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



PRÉFIXES. 


LATIS. 


EXEMPLES. 


FORME SAVANTE. 


EXEMPLES. 


re, ré. 


re. 


réclamer, 
refaire. 






sou, sous (le 
même que 
la préposi- 
tion sous). 


sub, subtus. 


souvenir, 
soutenir, 
soumettre, 
soustraire. 


sub (ou, com- 
me en latin, 
su avec re- 
doublement 
de la con- 
sonne sui- 
vante) . 


subvenir, 
succéder. 


sur (le même 
que la prépo- 
sition sur). 


super. 


surveiller, 
surprendre. 


super. 


superflu, 
superposer. 


tré, tra. 


trans, tra. 


trépasser, 
travers. 


trans. 


transporter. 



Nous n'avons pas fait entrer dans le tableau les préfixes 
exclusivement savants, tirés du latin ou du grec, comme 
anti (grec (xvti)i de antipathie, antifrançais ; circum et cir- 
con (latin circum)^ de circumnavigation , circonspect^ etc. 

Remarque I. — Plusieurs préfixes ne se trouvent que dans 
les mots qui les avaient en latin, et n'ont pas servi à former 
de nouveaux mots : an de ancêtre par exemple. 

Remarque II. — Les préfixes ont en général conservé leur 
première valeur; mais re a eu dans l'ancienne langue un sens 
particulier qu'il n'a plus, « Redonner », par exemple, signifiait 
tantôt « donner une nouvelle fois », comme aujourd'hui, tantôt 
« donner de son côté, à son tour ». 



1. 11 ne faut pas confondre cet anii, d'origine grecque, qui a le sens 
de « contre », avec un autre (niti qui n'est qu'une variante de (oité (du 
latin ante), et qui a le sens de « avant, devant », dans antichambre 
par exemple (pièce avant la chambre). 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 9 

§ 9. — Quant aux suffixes, nous ne parlerons pas ici de 
ceux qui jouent le rôle de flexions, c'est-à-dire qui servent 
à marquer le genre et le nombre des noms et adjectifs, le 
temps, le mode et la personne des verbes; on les retrou- 
vera plus loin. Les flexions s'ajoutent aux suffixes propre- 
ment dits. 

§ 10. — Parmi les suffixes proprement dits, un des plus 
importants de la langue est celui qui sert à former tant 
d'adverbes, et qui dérive du latin mente: ment. « Mente » 
est le mot latin qui veut dire esprit, et par extension po- 
pulaire manière, et qu'on retrouve dans mental et autres 
dérivés. Le sens propre de « fortement, grandement, etc. », 
est : d'une manière forte, grande. 

§ 11. — Voici un tableau des principaux suffixes des 
noms et des adjectifs i. Nous suivrons l'ordre alphabé- 
tique de la première lettre des suffixes latins ; l'ordre des 
suffixes français aurait l'inconvénient de séparer souvent 
des suffixes de même origine, ois et ais par exemple. 

1. Les suffixes verbaux sont moins importants. En effet, un certain 
nombre de verbes sont formés avec des noms et adjectifs, dont ils ont 
naturellement conservé les suffixes. Beaucoup d'autres ont un ancien 
suffixe fondu avec la racine. C'est ainsi que le suffixe uc ÙQnianducnre 
n'est plus représenté que par le g du français manger. Je si^iKilerai 
seulement ici le suffixe oy de larmoyer, et autres verbes sembla- 
bles, qui dérive de ic latin : icdre = oyer. 



10 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



SUFFIXES LATINS. 


SUFFIXES FRANÇAIS. 


EXEMPLES. 


àbilera'. 


able. 


mnaùle, coupable. 


1 

âceam ou âciam. 


ace, asse. 


cuirasse, menace. 


âcem. 


ace (savant). 


efficflce, tenace. 




ais. 


niais, hïni^, punafs. 


âceum. 


as. 


fatras, plâtras, coutelas. 




acé (sa vaut . 


crustacé, cétace'. 


âculum. 


ail. 


soupira;'/, attirai/. 




acie (savant . 


miracle, obstacle. 


âlem . 


al. 


\oyal, central, originaZ. 




el. 


nature/, hôtel, origine/. 


âlia. 


aille. 


épousa///es, ha.taille. 


âiieam ouâniam. 


agnc, aine» 


monXagjie, hautaine. 


âneum. 


ain. 


hautain. 


ântiam. 


ance. 


ahance, assurance. 


ânum. 


nin. 


l\onirtf?z. 


• 


ien . 


doyen, Iroyen. 




an (savant). 


gallican. 


ârem. 


azVe (savant). 


militaùe, cousula// e. 




cr. 


sangl(()e/'. 


ariam. 


crie. 


chevalerie. 


àriam. 


iére, ère, aire (voyez le 


chevalière, étrangère, con- 




suivant). 


traire. 


1. L'accpnt aip;u sur les suffixes latins indique la place de l'ac- 


cent tonique (Voyez §§ 12 et i:Vi. 11 est arcoiiipa^'no cFun astérisque 


quand racceiit tonique occupe dans la prononciation populaire une 


place dilTérente de celle que lui donnait le latin classique. Quand 


l'accent toni(|ue n'est pas sur le suffixe, je l'indique en faisant prc- 


ccdor le suffixe c 


'un trait suraionté de la 


ccent aigu. 'i 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 



H 



SUFFIXES LATINS 



lâstrum. 
âtam. 

âticum. 

atiônem. 

atôrem. 

àtum. 

atùram. 

éllam. 
éllum. 
énsem . 
érium. 



lam. 
ibilem. 



SUFFIXES F&ANCIIS. 



n' (anciennement ie.f), 
aire. 

f'dre. 



ade (origine étrangère). 

nrje. 
tique (savant). 

aison. 

ution (savant). 

eur (anciennement eor). 
ateur (savant). 



'it (savant). 

we (anciennement eûre, 
comparez plus bas lo 
suffixe latin uram). 

'dure (savant). 

rlle. 

eau (anciennement el). 

ois, ais. 

ier, 

i're (savant). 

irtne. 

csime (savant). 

ie. 

ihle. 



chevaher, pommj'er. 
étranger, rocher, 

contraire, imaginaire. 

t 

mard^) e, rouged/re. 

arm^e, échappée, croisée. 
croisa(/e, escapade. 

\oyage, passage, 
skttique, aquatique. 

comparawo?z. 
['ondatio7i. 

empereur, semez^r. 
accusateur, adorateur. 

duché, évêché. 
consulat, cpiscopaf. 

blessKre, brûlure. 



\\-^aiure. 

iiouve//e. chape//e. 

niiuveflw, cliapeau. 

Danois, Anglais. 

moùt/cr, 
monastère. 

••tcniième. 
iwiUésirne. 

l'ohe, félon/e, calomnie. 

pénible, \isible. 



12 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



SUFFIXES LATIMS. 


SUFFIXES FRANÇAIS. 


EXEMPLES. 


icium. 


S. 

ice (savant). 


fouilh's, hachis, 
artifice, factice. 


iculam. 


ille, eille. 
icule (savant). 


chent7/e, chevî7/e, oreille, 
cdxiicule, édicule. 


^icum (voyez att- 
cum plus haut). 


ic, jque (savants). 
che, i semi-voyelle. 


public, portique, laïque, 
porche, lai. 


' idum. 


ide (savant). 
de. 


rapide, liquide, 
maussade, raif/e. 


' ilem. 


ile (savant). 

le. 


fragile, uti/e. 
(rèle, meub/e. 


ilem. 


il. 


avi'il, genti/, civiZ. 


inum. 


in. 


mouli«, mariw. 


itiain. 


esse (anciennement ece). 
ise. 


paresse, justesse, 
sottise, convoitise. 




ice. 


justice, notice. 


*ittum {ittum, ot- 

tum). 


et. 
ot. 


baque^ pauvret 
bachot cuissot 


ivum. 


if- 


nai/, maladi/". 


méntum. 


ment. 


garnement, ornement. 


ôlam. 


eule. 

oie (savant ou étranger . 


hWeule, 
camiso/e, folio/e. 


ôlum. 


eut. 
ol. 


épagnew/, ùUeul. 
Espagnol. 


ônem. 


on. 


oison, bâto«. 


ôrem. 


eur. 


chalewr, faveur. 


ôriam. 


oire. 


histoire, mémoire. 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 



13 



SUFFIXES LATINS. 


SUFFIXES FRANÇAIS. 


EXEMPLES. 


ôrium. 


air. 
oire. 


arrosoir, comptOîV. 
méritoire, auditoire. 


ôsum. 


eux. 


glorieMa;, heureux. 


tâtem. 


lé. 


vérife, bon^e. 


tiônem. 


i/fion, çon. 
lion (savant). 


poison, fapoM, Xeçoji. 
'potion, {3iCtio7î, afflic<io?i. 


ùculam. 


ouille. 


citroui//e, grenoî<i//e. 


ùculum. 


ou (anciennement oiiil). 


verrou, genou (* genucu- 
lum). 


ùdinem et itùdi- 
nem. 


urne, tume. 

ude, itude (savants). 


coutume, amertume, 
inquiétude, a.mp\itude. 


ûram. 


ure (voyez aturam plus 
haut). 


ceinture, mesure. 



§ 11 iîs. — A CCS suffixes d'origine latine il faut ajouter 
deux suffixes d'origine germanique qui ont une grande im- 
portance : arc? (germanique /?ar^) de vieillard^ bavard, etc., 
et aut ou aud, anciennement ald (germanique ivald), de 
levraut, crapaud, etc. 



Remarque. — Plusieurs suffixes peuvent être agglutinés: 
chapelet comprend el et et. Dans menterie, on retrouve le suffixe 
eur (le menteur suivi de ie; oisillon se rattache à oisel, où on a 
déjà le suffixe el. Nous avons d'ailleurs fait entrer dans le ta- 
bleau plusieurs suffixes ainsi composés. 



14 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

[I. — Règles générales de transformation des mots 
latins en mots français ou lois générales de la 
phonétique. 

Accent tonique et accent secondaire, — Place de l'accent 
tonique en latin et en français. 

!^ 12. — La transformation des mots latins en mots fran- 
çais populaires dépend surtout de la place de ï accent toni- 
que. Dans tous les mots de toutes les langues, il y a tou- 
jours une syllabe sur laquelle la prononciation appuie. 
Cette insistance de la voix sur une sylla])e, plutôt que sur 
les autres, est ce qu'on nomme V accent tonique ou Vaccent 
proprement dit, et la syllabe qui reçoit cet accent est dite 
tonique ou accentuée'^. Ainsi dans le mot français « orne- 
ment » Vaccent est sur la dernière sxilabe : ment. Les au- 
tres syllabes, par opposition, sont dites atones. Mais parmi 
cùs dernières il faut remarquer la première du mot, qui 
reçoit en quelque sorte un accent secondaire. Ainsi dans 
le mot fourniture, les syllabes qu'on entend le mieux sont 
la première four et la tonique tu. 

§ 13. — En français, l'accent tonique est sur l'a vaut- 
dernière syllabe quand la voyelle de la dernière est un e 
muet, et sur la dernière dans tous les autres cas. En latin, 
l'accent n'était jamais sur la dernière syllabe; mais il af- 
fectait tantôt l'avant-dernière, tantôt celle qui précédait 
lavant-dernière 2. Nous marquerons la place de l'accent 
ilansles mots latins par un accent aigu au-dessus de la 
voyelle tonique. 

1. On voit que le mot accent est pris ici dans un sens tout diflférent 
do celui qu'où lui donne lorsqu'il désigne un signe conveutionncl placé 
sur certaines voyelles pour en préciser la prononciation ^accent aigu, 
gi-ave, circonflexe). 

2. 11 allcclait l'avant-dernière ou pénuHième quand elle était longue, 
Cl l'antépénultième quand la pénultième était brève. 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 15 

Loi de la chute des atones. — Exceptions. 

§ 14. — En règle générale les mots latins qui sont deve- 
nus français n'ont conservé que deux syllabes, la pre- 
mière et la syllabe tonique, et celle-ci est demeurée toni- 
que en français. Ainsi vindicàre avait quatre syllabes : 
venger n'en a que deux, l'une ven, qui représente la pre- 
mière syllabe du mot latin, vin, l'autre qui représente la 
syllabe tonique ca avec adjonction de la consonne suivante, 
(juant au changement de Vi de vin en e, du c de ca en g, 
de l'a en e,ce sont des phénomènes très réguliers, dont on 
trouvera l'explication dans la phonétique. 

De même que vindicàre a donné venger, capitale a donné 
cheptel (dont le doublet savant est capital) ; adjutdtis, 
aidez pnanducàre, manger ' dormitôrium, dortoir, etc. Dans 
tous ces mots français l'accent tonique est sur la syllabe 
qui correspond a la syllabe tonique latine. 

§ 15. — Les voyelles atones des syllabes non initiales, 
c'est-à-dire autres que la première, ont disparu complè- 
tement, excepté dans trois cas principaux : 

1° Les a latins atones des syllabes non initiales sont 
toujours représentés dans les mots français par des e 
muets. Ainsi orn2iménturn a donné ornement, fâOa, : fève. 
Pour bien comprendre la différence qui existe, à ce point de 
vue, entre l'a atone qui se conserve toujours sous foi^me d'e 
muet, et les autres voyelles atones qui disparaissent (sauf 
dans les exccplionii 2 et 3 ci-dessous), il suffit de com- 
parer : * candihiiiium qui donne chénevis, à sunildlein qui 
donne santé; port qui vient de porium, à porte qui vient 
de porta-rn. 

2" Les atones quelles qu'elles soient (et non pas seu- 
lement l'a) se conservent aussi par exception quand elles 
sont suivies de deux ou plusieurs consonnes ou d'une cou- 



i6 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

sonne mouillée (mouillée par uni suivi d'une voyelle). Ainsi: 
*juvencéllum donne jouvenceau, quadrillônem, carillon; 
traditiônem, trahison (dont le doublet savant est tradition); 
* campinwnem, ckampignon;* acMtiàre, aigyiiser, etc. 

3° Certains groupes de consonnes ne peuvent se pro- 
noncer sans le secours d'un e muet. En conséquence lors- 
qu'une atone latine quelconque se trouve au milieu d'un 
groupe de ce genre (ou après le groupe, suivant les cas), 
elle est remplacée, dans le mot français correspondant, 
par un emuet, qu'on appelle voyelle de soutien on d'appui. 
Ainsi peregrîniim a donné pèlerin avec un e muet au mi- 
lieu du mot, à cause du groupe de consonnes r gr du mot 
latin. De même lihrum a donné /ture, féhrem, fièvre, etc. 

Cette voyelle de soutien a persisté, même lorsque le 
groupe de consonnes qui l'a produite a cessé d'exister par 
suite de la chute d'une des consonnes. Ainsi Ve qui termine 
le mot père s'explique par le groupe tr qui se trouvait 
dans le mot latin patrem. La chute du t qui précédait Vr 
a laissé intact Ve atone de soutien, tout en lui enlevant sa 
raison d'être. 

Souvent la voyelle de soutien correspond à deux atones 
latines. Ainsi pôrticum a donné porche. Le latin avait un i 
et un u après l'accent, le français n'a qu'un e muet; \i 
atone a disparu, et le groupe r ? c a amené Xe de soutien 
qui s'est substitué à l'w latin. 

§ 16. — On voit que dans la plupart des cas, les atones 
des sjdlabes non initiales, quand elles ne tombent pas, 
sont représentées par des e muets. Quelquefois il s'y joint 
un i, provenant soit d'un i soit d'un c latin, et la diph- 
tongue ei ainsi formée est aujourd'hui devenue oi:* Domi- 
nicéllam a fait dameiselle, puis demoiselle. 

§ 17. — Ces différentes règles et exceptions appellent 
quelques remarques complémentaires. 



INTRODUCTION. — LA LANGUE. 17 

Remarque I. — Vi et Vu latins atones, lorsqu'ils se trou- 
vent dans les conditions où ils doivent tomber, se maintiennent 
quelquefois en formant diphtongue avec l'une des voyelles qui 
doit persister. Ainsi dans dormitérium, qui a donné dortoir, Yi 
de la désinence ium a cessé de constituer une syllabe, mais il 
s'est ajouté à l'o tonique pour former la diphtongue oi. Vu de 
vddunt a changé l'a tonique en o (d'abord au) : vont. 

Remarque II. — Lorsqu'un préfixe entre dans la compo- 
sition d'un mot, la syllabe qui suit le préfixe doit être consi- 
dérée comme la première du mot, au point de vue de l'appli- 
cation des règles ci-dessus. Elle persiste à ce titre. Mais le 
préfixe se conserve aussi. Ainsi dans *demordre, mot latin de 
quatre syllabes qui commence par le préfixe de, la première 
syllabe de persiste parce que c'est le préfixe, la deuxième ma 
se conserve (sous la forme meu, anciennement mou) parce que 
c'est la première du mot quand on fait abstraction du préfixe. 
La troisième ra qui est la tonique, persiste à plus forte raison. 
Enfin l'atone finale e disparaît, parce qu'elle n'est pas dans les 
conditions où les atones se conservent. De là le mot français 
demeurer, anciennement demourer. Si de n'était pas un préfixe, 
le mot français venant de démordre n'aurait que deux syllabes, 
ce serait : dembrer. 

Toutefois, dans un certain nombre de cas, le préfixe a été 
considéré comme la première syllabe radicale du mot, et la 
syllabe suivante est tombée (voyez §§ 176 bis, 239, 256). 

Remarque III. — i° Le latin avait, comme toutes les lan- 
gues, des mots simples et des mots dérivés : amicum était un 
mot simple, et *amicdbilem un dérivé d'amicum. L'un a donné 
le français ami, et l'autre amiable. On remarquera dans amiable 
la conservation de Vi atone, conservation due à ce que cet i 
était tonique dans le mot simple: amicum, ami. L'infiuence de 
la voyelle tonique d'un mot simple peut donc sauver cette 
même voyelle dans les dérivés où elle est atone. 

2°L'u atone de virtuôsum?,' est aussi conservé dans k<. vertueux », 
sous l'intluence de Va tonique de virtûtem {vertu), ou peut-rire 
simplement parce qu'il faisait hiatus avec la tonique ; car 
l'hiatus paraît avoir préservé les voyelles atones : c'est ainsi 
que christidnum a donné chrétien, mot qui formait jadis trois 
syllabes. 

Remarque IV, — 1° Par exception l'a latin atone est com- 



18 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

plètement tombé, au lieu de se conserver sous forme d'e muet, 
à la 3® personne du subjonctif du verbe avoir (ait = habertl), 
au singulier des imparfaits (devoit, devait, au lieu de devoiet, 
devaiet =. debébal) et dans quelques autres cas. Toutefois il 
faut faire une distinction entre les deux premières personnes 
de l'imparfait et la troisième. Très anciennement on a devoit 
sans e muet avant le t; mais aux deux premières personnes on 
a écrit jusqu'au xvi^ siècle : je dévoie, tu dévoies. 

2° L'e muet résultant d'un groupe de consonnes est aussi 
tombé dans quelques mots tels que persil, jadis peresil, latin 
pe</'Osélinum. 

CHAPITRE II 

L'ORTHOGRAPHE 

GÉNÉRALITÉS 

§ 18. — Les modifications que subit, avec le temps, la 
prononciation des mots, ne sont pas immédiatement ac- 
compagnées de modifications concordantes dans l'ortho- 
graphe. Souvent l'orthographe ne marque les change- 
ments survenus dans la prononciation que très longtemps 
après qu'ils ont eu lieu. Pour prendre un exemple, les 
mots français populaires d'origine latine qui avaient un e 
long tonique on latin ont d'abord remplacé cet e par la 
di|)hti>ngue ci qui s'est conservée longtemps dans certains 
dialectes, mais que le français proprement dit a de bonne 
heure changée en o?. Ainsi légem a d'abord donné lei, 
puis loi, régcm a donné rei, puis 7'oi. Il est certain, d'autre 
part, que la diphtongue oi n'a pas toujours eu le son 
qu'elle a maintenant, et qui se compose d'une sorte d'où 
consonne [lu anglais) et d'un a :iva. A l'origine cette diphton- 
gue se composait réellement d'un o et d'un i, à peu près 
comme nous prononçons oi dans la langue d'oïl. La pronon- 
ciation s'est modifiée insensiblement, sans que l'orthogra- 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 19 

phe ait suivi. Il n'y a eu de modification dans l'e'criture 
que pour un certain nombre de mots, où l'ancienne 
dipthongue oi a été remplacée exceptionnellement par le 
son ai, notamment à l'imparfait des verbes. L'ancienne 
langue disait : il partait, il venait. Dès le seizième siècle, 
on a prononcé comme aujourd'hui, il partait, il venait; 
mais c'est seulement au xvni'' siècle qu'on a mis l'ortho- 
graphe d'accord avec la prononciation. 

§ 19. — Il faut remarquer en outre que cet ai, qu'on a 
substitué à oi dans les imparfaits, n'a pas toujours eu la 
valeur d'un è, c'est-à-dire d'une voyelle simple. A l'origine 
c'était une véritable diphtongue, composée d'un a et d'un?, 
et qui pouvait se prononcer à peu près comme l'interjec- 
tion actuelle aie. Toutefois, de très bonne heure au moyen 
âge, cette diphtongue s'était réduite à un è, mais on avait 
continué à écrire et nous écrivons encore les mots où elle 
se trouve comme si ai était toujours une diphtongue. Celte 
orthographe toute conventionnelle n'était pas d'ailleurs uni- 
versellement adoptée au moyen âge, et on rencontre sou- 
vent des textes où les mots comme mais, raison, fsiit, etc., 
sont écrits par des e : mes, i^eson, fei, etc. 

§ 20. — Tous les sons simples que nous écrivons par 
deux lettres (ou même quelquefois par trois, eau de cha- 
peau, œu de œuvre) sont ainsi d'anciennes diphtongues 
transformées : au équivaut aujourd'hui à un o, mais il 
s'est prononcéjadis par un a suivi de ou, comme lorsqu'on 
veut imiter le miaulement du chat. De même eu a été 
prononcé e-ou, ou a été o-ou. On voit que dans l'ancienne 
prononciation cie au, eu, ou, on donnait à Vu le son de 
notre ou actuel et non pas celui de notre u. 

§ 21. — 11 faut savoir en efTi-t que si la lettre n existait 
dans l'alphabnt latin, elle y désignait le son que nous écri- 
vons ou, et non pas notre son u. Dans notre ancienne 



•20 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

orthographe, cette lettre u a tantôt sa valeur latine (ou), 
tantôt sa nouvelle valeur française (u). 

COMPARAISON DE L'ORTHOGRAPHE ACTUELLE 
ET DE L'ORTHOGRAPHE DU MOYEN AGE 

Nous allons examiner les principales différences entre 
l'orthographe ancienne et l'orthographe moderne. Nous 
partirons des formes actuelles pour remonter aux formes 
antérieures (sauf à suivre exceptionnellement l'ordre in- 
verse quand il s'agira de consonnes qui ne sont plus re- 
présentées dans l'orlhographe actuelle), et nous étudie- 
rons les lettres dans l'ordre suivant : 1° diphtongues et 
voyelles, 2° consonnes. 

I. — Diphtongues et voyelles. 

ci, ai. 

§ 22. — Nous n'avons presque rien à ajouter à ce que 
nous venons de dire, dans les considérations générales, 
sur les diphtongues oi (§ 18) et ai (§ 19), Il faut cepen- 
dant remarquer que les textes les plus anciens peuvent 
avoir la diphtongue actuelle oi; on la trouve de tout 
temps dans les mots oii elle provient d'un o latin suivi d'une 
gutturale ou d'un i : poison, gloire. 

D'autre part, nous écrivons par oi des mots qui s'écri- 
vaient jadis par eei, eoi. Ainsi voh^ a été veei7\ veoir (Com- 
parez ci-dessous § 37). 

au, eau. 

§ 23. — La diphtongue graphique au provient presque 
toujours d'un a suivi d'un /. On est sûr de trouver dans 
l'ancienne langue écrits par al les mots populaires d'ori- 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 21 

gine latine que nous écrivons aujourd'hui par au : altre 
pour autre, chevalche pour chevauche^ assalt pour assaut, 
mais pour maux. Dans quelques mots seulement au est 
une orthographe savante représentant un au latin et un o 
de l'ancienne langue : ainsi /auner (latin /aurarmm) .était 
jadis /oreer, et non IsArier ; joauure était povre et non 
palvre. 

§ 24. — De même que au correspond à un ancien al, 
eau correspond (sauf dans le mot eau, substantif féminin) 
à un ancien el : ainsi on a belté pour besiuté, agnel pour 
agnesiVL, chapel pour chapesiu, etc. 

On remarquera d'ailleurs : 1° que la substitution de eau 
à el est fort ancienne; 2° qu'on trouve souvent iau au lieu 
de eau. Iau est une forme picarde que La Fontaine a con- 
servée dans le dicton qui termine Le loup, la mère et l'en- 
fant : « Bia.ux chires leups n'écoutez mie, etc. » 

Nous avons des traces de l'ancien el dans bel et nouvel, 
que nous employons encore, au lieu de beau et nouveau, 
devant les mots commençant par une voyelle : un bel 
honnne, son nouvel habit. Il faut noter en outre que tous 
les el de l'ancienne langue ne sont pas devenus eau; ainsi 
hôtel, tel n'ont pas donné hôteau, teau. Cette différence 
tient à ce que, dans hôtel, tel et mots semblables, el vient 
du latin aie, tandis que dans beau, chapeau, il vient du. 
latin éllum. 

eu, œu. 

§ 25. — Les mots que nous écrivons par eu (ou œu) 
peuvent avoir dans l'ancienne langue des orthographes 
très variées, que nous diviserons en trois catégories prin- 
cipales : 

i" Eupciil venir d'uno long latin, et alors on trouvera, 
suivant les dialectes ou les époques, le même mot écrit 



22 0ftAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

par 0, u, ou, eu. A côté de valeur on a en vieux français : 
valor, valur, valour; à côté de merveilleuse : merveillose, 
merveillouse, etc. 

2" Eu peut encore venir d'un o bref latin, auquel cas on 
le trouvera dans les anciens textes sous la forme oe, ue. 
A^euf sera écrit noef, nuef; cœur : coer, cuer;peut : poet, 
puet; œuvre : oevre, uevre, etc. 

3° Enfin eu peut venir d'un ancien el (comme au de al, 
voyez ci-dessus §23). Cheveu a été ckevel, eux a été els. 
En se reportant au paragraphe 24, on verra que, sui- 
vant les cas, el de l'ancienne langue est resté el (morte/) 
ou bien est devenu eau (château) ou eu (cheveu). 

Remarque. — Dans le cas où eu provient d'un ancien o ou 
u, il était quelquefois précédé d'un e, qui a disparu par con- 
traction : empereur a été jadis em}jereor ou empereur. L'o ou l'u 
est devenu eu, et l'e qui précédait est tombé. 

OU. 

§ 26. — Les sources de la diphtongue ou ne sont pas 
moins variées. 

1** Les mois tels que courage, mourir, couvert, souvent, 
vous, nous, amour, etc., sont ; crits dans l'ancienne langue 
curage et corage, mûrir et morir, cuvert et covert, suvent 
ît sovent, vus et vos, nus et nos, amur et amor. 

2° Ou vient de ol, — de même que au de al et eu de el 
— dans cou, anciennement col (conservé encore dans 
certaines acceptions) fou, anciennement fol, coucher an- 
ciennement colcher, etc. 

ui, oi. 

§ 27. — Les mots que nous écrivons aujourd'hui avec 
la diphtongue uise rencontrent souvent, dans les anciens 
te.vles, écrits par oi. Ainsi « je pois, que je poïsse » pour 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 23 

« je puis, que je pw^■sse », « noit » pour « m«t ». Quelquefois 
on a l'inverse : « juindre » pour « jomdre », « angoisse » 
pour « angoesse ». 



§ 28. — Au lieu de l'a, nous trouvons ai : dans le suf- 
fixe aige au lieu de âge {couraige, etc.), et dans aig7ie au 
lieu de agne {moniaigne, etc.). 



§ 29. — Beaucoup de mots qui avaient jadis la diph- 
tongue ié l'ont remplacée par un e simple. Nous n'avons 
plus de verbes en ier monosyllabiques (sauf, si l'on veul, 
les verbes en yer, gner, lier, comme payer, régner, pil- 
ler) ;ààns les verbes comme allier, confier, etc., ié forme 
deux syllabes et n'a jamais été diphtongue. Cette diphton- 
gue se faisait entendre jadis dans beaucoup de verbes tels 
que aidier (aujourd'hui aider), aôaissier (aujourd'hui 
abaisser), adressier (aujourd'hui adresser), etc., et on la 
retrouvait au participe passé de ces verbes [aidié, aidiée, 
aujourd'hui aidé, aidée) et à la deuxième personne du plu- 
riel de l'indicatif présent, qui se confondait avec celle du 
subjonctif : aidiez. 

En dehors des verbes, un grand nombre d'autres mots 
ont perdu la diphtongue ié : légier, c/névre, c/iief, etc. 



§ 30. — A la place d'un u simple de noire orthogra- 
phe, on a souvent eu et quelquefois ou : ainsi ploii, pieu, 
pour plu. (participe passé du verbe plaire), plous, pleus, 
pour plus (deuxième personne du singulier du prétérit du 
même verbe), receu, receus, pour reçu, reçus; meur, 
cheute, seur, ùlesseure, pour mû?-, chule, sûr, blessure. 



24 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

On imprime généralement ces anciennes formes avec 
un tréma sur i'w, pour indiquer qu'on prononçait au 
moyen âge en deux syllabes ; mais on a continué à écrire 
ces mots par eu assez longtemps après que eu a été con- 
tracté en u dans la prononciation; et même nous écrivons 
encore ainsi le prétérit et le participe passé du verbe 
avoir : eu, eus, etc., bien que nous prononcions : u. 

0. 

§ 31. — Certains textes (surtout anglo-normands) ont 
souvent u au lieu de o : Cunduire, cnmbattre, cvintrey 
cwnune, pour conduire, combattre, contre, commune. 

y. i- 

§ 32. — Il ne faut attacher aucune importance à la 
substitution de l'y à Vi, ou inversement. Ces deux lettres 
ont généralement la même valeur dans l'ancienne ortho- 
graphe. Il ne faudra donc point s'étonner de voir notre 
adverbe y écrit i, le mot image écrit ymage, ai (d'avoir) 
écrit ay, etc. 

II. — Consonnes. 

Consonnes chuintantes et gutturales {3,ch,c, k,qu, g). 

§ 33. — Si des voyelles nous passons aux consonnes, 
nous verrons que notre ch est quelquefois remplacé dans 
les anciens textes par un c ou un k, et notre j par un g 
Cette orthographe et cette prononciation se rencontrent 
surtout dans le nord-est de la France. Ainsi on trouvera 
"keval pour cheval, "kien pour clilen, cambre pour cham- 
bre, gambe pour jambe. 

§ 34. — On a souvent k au lieu de gu, ou bien k ou qu 
au lieu de c dur. Toutes ces orthographes sont équiva- 
lentes : car est écrit /car ou quar ;on a /d aussi bien que qui. 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 25 

§ 35. — Dans un certain nombre de mots le c (devant 
e, i) de l'ancienne orthographe a été remplacé par deux s : 
fasse (subjonctif du verbe faire) au lieu de face, bosse au 
lieu de boce. Tous ces mots se distinguent encore des 
autres mots écrits par deux s : ils sont dits à rimes 
brèves. Ceux qui ont toujours été écrits par deux s donnent 
des rimes longues. 

§ 36. — Enfin dans certains dialectes du nord-est de la 
France on trouve souvent le w comme équivalent d'un p' dur 
français (d'origine germanique) : warder pour garder, etc. 

Dentales (d, t). 

§ 37. — Les mots latins qui avaient un c? ou un ^ entre 
deux voyelles ont perdu cette consonne au bout d'un cer- 
tain temps dans les mots français correspondants ; il en 
est résulté que les deux voyelles séparées en latin par le 
^ ou le ^ ont formé hiatus en français, et souvent elles se 
sont, avec le temps, contractées en une seule. Ainsi vidére 
a donné voir, oh oi a été produit par Ve tonique du latin. 
Mais voir a été précédé de la forme veoir, en deux sj'lla- 
bes dont la première représente le vi latin. Cette forme a 
été elle-même précédée d'une autre, oii le d latin était 
conservé, et comme à cette époque le diphtongue ei n'avait 
pas encore été remplacée par oi (voyez ci-dessus § 18), on 
trouvera dans les textes les plus anciens vedeir au lieu de 
voir, sedeir au lieu seoir {s'assseoir). On a de même edage 
au lieu de âge. 

§ 38. — Lorsque le t terminait un mot français et suivait 
immédiatement la voyelle tonique ou un e muet, il est gé- 
néralement tombé de bonne heure, mais on le trouve encore 
dans les anciens textes : bontet ' bonté), p or tet{(\vi\é(\\i\v&\x[. 
tantôt à /)oKe, troisième personne de l'indicatif présent 
de porter, tantôt à porté, participe passé du même verbe). 
Cléuat. 2 



26 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



Labiales (p, f, b, v) et liquides (1, r). 

§ 39. — Il n'y a aucune remarque importante à faire 
pour les labiales, ni pour les liquides; cependant dans 
quelques mots / est tombée après ou : pouldre, fouldre', 
17 mouillée finale est souvent écrite ill : conseill, périll. 

Nasales. 

§ 40. — L'n mouillée [gn) est quelquefois précédée d'une 
autre n [ngn) : empoingner^ plaingnant, etc. 

s, X et z. 

§ 41. — Dans un très grand nombre de mots, ïs de 
l'ancienne orthographe est tombée devant une autre con- 
sonne; la voyelle qui la précédait a souvent pris l'accent 
circonflexe : 



escrit 


aujourd'hv 


li écrit 


espée 


— 


épée 


esté 


— 


été 


mesprendre 


— 


méprendre 


desfaire 


— 


défaire 


teste 


— 


tête 


chasteau 


— 


château 


qu'il portast 


— 


qu'il portât 


lascher 


— 


lâcher 


nostrCf le nostre 


— 


notre, le nôtre 


apostre 


— 


apôtre 


épistre 


- 


éj'ître 


croistre 


■— 


croître 


paistre 


— 


paître 


77list 


— 


mit 


soustenir 


— 


soutenir 



§ 42. — Nous écrivons aujourd'hui par un x (au lieu 
d'une s) le pluriel des noms en au, eau, eu., et de plusieurs 
noms enoj(. Dans l'ancienne orthographe cela; représentait 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 27 

non pas simplement une s, comme aujourd'hui, mais Ms; on 
écrivait animaus ou animax, fous ou /bx, cieus ou ciex. 

Quant aux mots qui se terminent aujourd'hui par un i 
et un X, comme paix, faix, poix, l'ancienne langue les a 
écrits longtemps : pais, fais, pois, etc., ou paiz, faiz, etc. 
(Voyez les paragraphes suivants). 

§ 43. — Le z de l'ancienne langue représentait généra- 
lement un t suivi d'une s. A ce titre, il se trouvait au pluriel 
(cas régime) des mots tels que bontet,i:)ortet (participe passé 
de porter), qui faisaient bontez, portez. Le z a persisté au 
pluriel longtemps après que le t était tombé au singulier. 
Les participes présents, ayant le singulier terminé.par un /, 
avaient aussi le pluriel (cas régime) en z. 

§ 44. — D'assez bonne heure on a employé le z à la 
fin des mots comme équivalent d'une s, sans que cette s 
eût été jamais précédée d'un t. On trouve aussi Vs au lieu 
du z, même dans les mots où nous avons conservé le «pri- 
mitif : voulés pour voulez. 

Consonnes redoublées. 

§ 45. — Il nous resterait à parler des consonnes redou- 
blées. En général, surtout à l'origine, elles étaient beau- 
coup moins nombreuses qu'aujourd'hui; mais, d'autre 
part, celles qu'on redoublait s'écrivent quelquefois sim- 
ples de nos jours. L'explication de ces différences ne sau- 
rait entrer dans le cadre d'une grammaire élémentaire. Il 
suffit d'être averti qu'on rencontrera des mots comme 
roman écrits avec deux m, et, inversement, des mots 
comme couronne écrits avec une seule n. 

Nous aurions pu grossir cette liste de particularités 
orthographiques, en y faisant entrer les variantes des 
quelques textes antérieurs au xi° siècle qui nous sont 



28 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

parvenus; mais ces textes demandent une étude spéciale, 
et nous avons cru devoir nous borner à la période déjà 
vaste qui s'étend du xi® au xvi^ siècle. 

ORTHOGRAPHE DU XV« SIÈCLE 

§ 46. — L'orthographe du xv^ siècle appelle quelques 
explications complémentaires. C'est alors (et même dès le 
xiv^ siècle) que l'on voit s'introduire dans nos mots, sous 
l'influence des études latines, ces lettres parasites qu'on ne 
prononçait pas, et qui allèrent en se multipliant dans le 
courant du xvi® siècle ; l'Académie les a heureusement fait 
disparaître, sinon entièrement, du moins en grande partie. 

§ 47. — Ainsi au xiv^ et au xv*^ siècle on a rétabli 
des c et des g qui existaient dans les mots latins, 
mais qui s'étaient vocalises en i, et qui avaient formé 
diphtongue avec la voyelle précédente ou s'étaient con- 
fondus avec elle. Dans le mot fait, le c latin de factura était 
représenté par Vi qui suit Va; comme on ne se rendait pas 
compte de cette transformation, on a écrit faict pour 
mieux rappeler l'étymologie, si bien que, dans cette or- 
thographe, le c latin était représenté deux fois, par Vi et 
par le c. Cette réforme était d'ailleurs purement ortho- 
graphique. Même en écrivant /a?c^ on prononçait /a?/. De 
même le c latin de c?/c/u??z s'était confondu avec ^^ tonique : 
français dit. Au xv* siècle on a écrit dict pour mieux rap- 
peler dictum. Nous avons conservé l'orthographe doigt, 
pour doit, qui s'explique de même. 

§ 48. — On faisait reparaître des / déjà représentées 
dans les mots par des u de diphtongues. On écrivait : 
auïtre, faiilt, mieulx. 

§ 49. — Souvent, dans cette orthographe savante, on 
trouve un p ou un b parasite devant le u ; or le u était pré- 
cisément la transformation du b ou du p latin, de telle 



INTRODUCTION. — L'ORTHOGRAPHE. 29 

sorte que cette consonne latine était représentée deux fois : 
recepvoir, debvoir. Le p ou\e b latin qui était tombé de- 
vant un t ou un d, reparaît aussi dans soubdain, doubler, 
escript (écrit), etc. 

§ 50. — Le préfixe latin ad était devenu a en français : 
ajomdre, avenir, ajourner, aviser. Au xv^ siècle on fit repa- 
raître le d latin, et on écrivit adjoindre, advenir, adjour- 
ner, etc. Dans quelques-uns de ces mots l'influence de 
l'orthographe a été assez forte pour modifier la pronon- 
ciation : aujourd'hui nous prononçons adjoindre, advenir^ 
si bien qu'il est devenu impossible de supprimer dans ces 
verbes le d parasite. Au xvii^ siècle on trouve très souvent 
l'orthographe « avenir (infinitif), il avient, etc. », ce qui 
prouve que le d actuel ne se prononçait pas encore. Nous 
avons conservé d'ailleurs, comme substantif, l'ancien infi- 
nitif avenir, et comme adjectif l'ancien participe présent 
avenant. On a également rétabli le b du préfixe latin ab ou 
abs, dans abstenir, absoudre, et la prononciation s'est 
encore ici soumise à l'orthographe. 

Le redoublement des consonnes après le préfixe a est 
aussi un des caractères de cette orthographe. 

§51. — Enfin il est arrivé plus d'une fois qu'on s'est 
trompé sur l'étymologie, et qu'on a ajouté à tel ou tel mot 
des lettres qu'il n'avait jamais eues en latin. On a écrit 
sçavoir au lieu de savoir, parce qu'on faisait venir ce verbe 
de scire, tandis qu'il vient de sapere, qui n'a jamais eu de c 
après Vs. On a écrit et nous écrivons encore poids avec un 
d, parce qu'on le faisait venir de pondus, tandis qu'il vient 
de pensum, ou il n'y a pas trace de (/. 

ORTHOGIIAPHES DIALECTALES 
§ 52. — Ce qui complique l'orthograple du moyen âge, 
c'est que le dialecte parlé dans l'Ile de Fiance n'était pas 

2. 



30 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

encore devenu la langue officielle, la seule langue litté- 
raire. Les diflereiits dialectes parlés dans la France du 
Nord sont aujourd'hui réduits à l'état de patois, c'est-à- 
dire de langue? exclusivement populaires; mais au moyen 
nge, chaque auteur écrivait dans son dialecte. Or souvent 
la jjrononciation d'un même mot n'était pas identique dans 
toutes les provinces, et les habitudes orthographiques 
variaient. Nous n'avons pu signaler que quelques-unes de 
ces différences dans les dialectes les plus importants, dans 
ceux qui ont produit le plus d'œuvres littéraires, mais il y 
en avait un grand nombre d'autres. En outre beaucou[i 
d'ouvrages ne nous sont parvenus que par Tintermédiaire 
de copistes qui appartenaient à un autre pays que l'au- 
teur, et qui mélangeaient les formes de leur dialecte à 
celles du livre qu'ils copiaient. Enfin dans les limites de 
chaque prononciation dialectale, il n'y avait pas une 
orthogi^aphc officielle, mais seulement des traditions et des 
usages qui n'avaient rien de rigoureux et qui admettaient 
souvent plusieurs manières d'écrire le même mot. Dans 
un seul ouvrage, on trouve le même mot écrit de deux ou 
Irois fa'ons différentes : par exemple vos et vous pour le 
pronom personnel de la deuxième personne du pluriel, ou 
1 ien vus et vos. Il y a des textes oià les mots qui ont l'an- 
cienne diphtongue ai s'écrivent tantôt par ai tantôt par e, 
et ceux i[ui ont le son è tantôt par e, tantôt par ai. 

TABLE.4U SYNOPTIQUE 

§ 53. — Nous résumerons .ces remarques sur l'ancienne 
orthographe dans le tableau synoptique ci-joint, où on 
trouvera réunies par ordre alphabétique les principales 
variantes de l'orthographe française. Nous n'y avons pas 
compris les lettres parasites du xv" siècle. 



INTRODUCTION. 



L'ORTHOGRAPHE. 



3i 





Orlhojjraphe 




ANCIENNE ORTBOGRAPUE. 


mOlllTD'J 

correspondanle. 


EXEMPLES. 


ai (dans aige et aigne), 


«, 


coura/ge (courage), commo/ge 
((iomniflge) ; 


aZ(devantuneconsonne). 


au, 


t"a/cher (l'aj^clier), o/tre [auXve); 


c, 


ch. 


cambre (c/iambre); 




ss. 


face (fasie) ; 


e, 


ai, 


mes (mafs); 


e (devant une autre 
voyeHe), 


supprimé , 


vecir (voir), eage (âge), seur (sûr) ; 
créant (croyant), veez (vo/yez) ; 


ecl, 


supprime . 


edaga (âge) , vedeir (voir) ; 


ei. 


ai, 
oi. 


preneît (prena/t), veneit (venait) ; 
vei (roî), \ei (lot); 


e/, 


eau, 


chape/ (cliape«2<) ; ronde/ (ron- 
deau) ; 




eu, 


cheve/ (chovezf) ; e/s {eu\) ; 


i, 


», 


carabe (,/ambo) ; 

/ {y adverbe de lieu) ; 


iau, 
ie, 


eau, 
e, 


biau (beaw); c\ia.iiau (chàteaM) ; 
aidier (aider); 


/', 


qu, 

ni), 


Ai {qui) ; 
/i-eval (c/icval) ; 


/ (entre eu (oe, uc) ou 


supprimé , 


fou/dre (foudre), veu/t (veut); 


bien ou, et une con- 






sonne), 






//, 


/, 


consei// (consci/); 


ng7i, 


.7". 


plai«/7?2aiit (plai^r/zant) ; 


". 


au. 


lorior (lawricr), povrc (poîivro); 




eu, 


valor (valejn-) ; 



32 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 





Orthographe 




ANCIENKB ORTHOGRAPHE. 


moderoe 
correspondante. 


EXEMPLES. 


oe, 


eu, 


noef (neuf), poet [peut] ; 


oi, 


ui. 


noit {nuit) ; 


ol. 


ou. 


co/cher (cowcher), îol (fow) ; 


ou. 


eu, 


valo»/r (valewr) ; 




u. 


ploi< (plw)) 


s. 


supprimé , 


escrit (écrit) ; 




^1 


voule? (voulez) ; 




X, 


pais (paix); 


t, 


supprimé , 


bontei (bonté) ; 


M, 


eu. 


vah^r (vakwr) ; 




0, 


cunduire (conduire) ; 




ou, 


VMS (voMs), puv {pour) ; 


lie, 


eu, 


nue( {netd), pun (pet^t) ; 


ui, 


oi. 


j;nndre (jomdre) ; 


X, 


ux, 


chevaz (chevaMj:), miea; (miewa:); 


.'/. 


i. 


;/mage (î'mage) ; 


^» 


s, 


bontez (bontéy) ; 


10, 


Sf^ 


(/,'arder (^rarder). 



ÉTUDE DES FLEXIONS 



CHAPITRE PREMIER 

DU NOM 

LA DÉCLINAISON EN LATIN — GÉNÉRALITÉS 

§ 54. — Les rapports qui unissent un nom au verbe ou 
à tout autre mot de la phrase sont aujourd'hui marqués par 
la place de ce nom, ou exprimés à l'aide de prépositions. 
Ainsi quand nous disons : « Pierre a recommandé Paul à 
Jacques », c'est la place des noms Pierre et Paul, l'un 
avant, l'autre après le verbe, qui indique que le premier 
est sujet, le second régime, et c'est la préposition à, placée 
devant Jacques, qui nous apprend que ce dernier nom est 
régime indirect. Les Latins exprimaient les mêmes rap- 
ports par des flexions ou des terminaisons qu'on appelle 
cas ; ainsi dans la phrase ci-dessus la terminaison us aurait 
indiqué le sujet, um le régime direct, o le régime indirect: 
« Petrws Jacobo Paulwm commendavit. » En intervertis- 
sant les rôles, pour exprimer, par exemple, que Jacques 
avait recommandé Pierre à Paul, on aurait dit : « Jacobws 
Petrwm Paulo commendavit. » Il en résulte qu'on pou- 
vait, sans nuire à la clarté, mettre les noms dans n'im- 
porte quel ordre, les réunir avant ou après le verbe, com- 
mencer par le sujet ou par l'un des régimes ; la terminai- 
son, le cas, suffisait à faire reconnaître le rôle de chacun. 



34 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

De même quand nous disons : « l'ami de Pierre est arrivé», 
c'est la préposition de qui exprime que « Pierre « est le 
régime d' « ami ». Les Latins auraient aussi rendu ce rap- 
port par un cas, ils auraient donné au nom « Pierre » 
la terminaison i : « amicws Pétri » ou « Petré amicws ». 
Comme on le voit, l'emploi des cas rendait souvent inutile 
celui des prépositions. Mais plus souvent encore, les deux 
moyens étaient employés à la fois, et se complétaient l'un 
l'autre. 

§ 55. — Il y avait six cas en latin. La succession des cas 
constitue ce qu'on appelle la déclinaison, qui était pour 
les noms ce qu'est la conjugaison pour les verbes. On dé- 
clinait les noms comme on conjugue les verbes, et de 
même que les verbes se répartissaient entre quatre conju- 
gaisons, il y avait pour les noms cinq déclinaisons diffé- 
rentes, qui ont laissé des traces diverses dans la langue 
française. 

§ 56. — Parmi les six cas du latin, l'un, appelé nomi- 
natif, était le cas-sujet, celui qui marquait le sujet de la 
phrase. Un second, appelé vocatif, s'employait quand on 
adressait la parole à quelqu'un. Les autres servaient à 
rendre les différentes espèces de régime. Le plus important 
était l'accMsafi/, qui marquait le régime direct des verbes 
et qui s'employait avec les prépositions indiquant un mou- 
vement. 

LA DÉCLINAISON EN VIEUX FRANÇAIS 

§ 57. — Or, avant d'aboutir à l'état actuel, qui est la 
réduction des six cas latins à un seul, notre langue a passé 
par un état intermédiaire, où elle avait encore une décli- 
naison composée de deux cas : un cas sujet et un cas 
régime. Le premier équivalait au nominatif et au vocatif 
latins, et dérivait du nominatif; le second dérivait de l'ac- 



DU NOM. 35 

cusatif et s'employait toutes les fois que le nom était régi 
par un verbe ou par un autre mot, et notamment après 
toutes les prépositions. Toutefois les noms féminins ont 
été en général, dès l'origine du français, réduits comme 
aujourd'hui à un seul cas pour chaque nombre. Nous étu- 
dierons donc séparément les noms masculins et les noms 
féminins. 

I. — Noms féminins. 

Dérivation de la 1" déclinaison latine. 

§ 58. — En latin, la 1'^ déclinaison, qui contenait sur- 
tout des noms féminins, offrait au singulier les formes 
suivantes : 

Nominatif: porta (la porte) 

Accusatif: pôrtam. 

Le cas régime ne différait donc du cas sujet que par une 
m. Or, Ym finale se faisait à peine entendre dans le latin 
classique, et elle était complètement tombée dans le latin 
populaire. Les deux cas s'étaient ainsi confondus et n'ont 
pu produire en français qu'une seule forme, qui est parie. 

Au pluriel, le même mot latin se déclinait ainsi : 

Nominatif: p6rte {tatin classique portœ) 
Accusatif: portas. 

Si on applique à ces deux formes les règles générales 
que nous avons données pour la transformation du latin 
en français (§ 12 et suivants), et si l'on tient compte de la 
solidité particulière de Vs finale, on obtiendra, pour le 
nominaiïf, port, et, pour l'accusatif, portes. Ainsi les noms 
français féminins dérivés de la 1^ déclinaison latine au- 
raient dû conserver deux cas au pluriel, l'un sans e, l'autre 
avec es. Mais par analogie avec le singulier de ces noms, et 
aussi avec le pluriel de plusieurs autres déclinaisons latines, 



36 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

ces deux, cas, dès le latin populaire, ont été réduitsàun seul; 
la forme du nominatif a disparu, et dès l'origine de notre 
langue le mot « porte » suivait la règle actuelle ; il prenait 
une s au pluriel et n'avait qu'un seul cas pour chaque nombre. 

Parmi les noms féminins dérivés ainsi directement de la 
première déclinaison latine, on peut citer : couronne, 
chèvre, femme, fève, àme, heure, chaîne, nonne, terre, voie, 
ville, vie, chose, etc. 

§ 59. — Quelques-uns de ces noms ont eu cependant 
une véritable déclinaison, conforme au type ci-dessous. 

SINGULIER. PLURIEL. 

Cas sujet : nonne nonnains 

Cas régime : nonnain nonnains. 

Cette déclinaison, d'origine germanique (saufl'sdu plu- 
riel), consiste à substituer à Te final du cas sujet singulier : 
ain pour le cas régime singulier, et ains pour le pluriel. 

On déclinait de même ante (ancienne forme de tante) et 
certains noms propres féminins tels que Berte (Berthe), 
Eve, etc., qui faisaient au cas régime singulier Bertain, 
Evain . Mais on trouve aussi ces mots avec le cas régime 
ordinaire, identique au cas sujet. 

Pluriels neutres transformés en noms féminins. 

§ 60. — Les noms français féminins peuvent aussi déri- 
ver de pluriels neutres latins. 

On sait que le latin avait trois genres pour les noms, 
adjectifs et pronoms : le masculin, le féminin et le neutre. 
Nous avons conservé le neutre jusqu'à nos jours pour quel- 
ques pronoms, mais nous l'avons laissé perdre pour les 
noms et adjectifs. La première déclinaison latine n'avait 
que des masculins et des féminins, mais les autres comp- 
taient un certain nombre de noms neutres, qui se distin- 
guaient par des flexions spéciales des noms masculins et 



DU NOM. 37 

féminins. Au pluriel, ils prenaient tous la désinence a au 
nominatif comme à l'accusatif. hS.x\&\ gaudïum (joie), aniuial 
(animal), cornu (corne) faisaient au pluriel (nominatif ou 
accusatif) : gaudia, animalia, cornua. Ces pluriels neutres 
avaient donc l'apparence d'un singulier féminin de la pre- 
mière déclinaison; ils ressemblaient h porta, que nous ve- 
nons d'étudier, et qui se terminait aussi en a aux deux cas. 

D'autre part, certains noms neutres s'employaient sur- 
tout, et quelquefois exclusivement, au pluriel : arma (ar- 
mes) dans le latin classique, gaudia (joies) dans le latin 
populaire. L'usage fréquent ou exclusif du pluriel, et la 
ressemblance de ce pluriel avec un féminin singulier, ont 
amené une confusion de nombre et de genre. Ces mots 
sont représentés en français par des noms féminins en e : 
gaudia a donné joie; animalia, almaille, vieux mot syno- 
nyme de « bête »; arma a donné arme ; cornua, corne. Le 
pluriel de ces noms étant devenu leur singulier, on leur 
a refait un pluriel, d'après les règles de la première décli- 
naison, en ajoutant une s. 

Les mots merveille, enseigne, paire, etc., sont égale- 
ment d'anciens pluriels neutres [mirabilia, insignia, paria). 

Noms féminins dérivés des autres déclinaisons latines. 

§ 61. — Nous n'avons vu jusqu'à présent que des noms 
féminins terminés eii français par un e muet. Cependant, 
tous nos substantifs féminins ne se terminent point ainsi. 
Les noms latins, autres que les neutres pluriels et les noms 
de la première déclinaison, n'avaient généralement pas 
d'à atone après l'accent. Les noms féminins dérivés des 
autres déclinaisons ne se termineront donc pas en prin- 
cipe par un e muet. Ainsi : chair, main, foi, etc. Toutefois 
Ve muet peut résulter, comme nous le savons (voyez § 15, 
3°), non seulement d'un a atone mais encore d'un groupe 
Clédat. 3 



38 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

de consonnes appelant une voyelle d'appui. C'est ainsi que 
le mot mère a un e muet final à cause des consonnes tr du 
mot latin matrem. 

§ 62. — Toutes les déclinaisons latines contenaient des 
noms féminins; mais la seconde n'en avait qu'un petit 
nombre qui sont devenus masculins en passant au fran- 
çais. Nous n'avons pas à en parler ici. Pour les autres dé- 
clinaisons, il faut remarquer que les noms féminins et mas- 
culins se terminaient au pluriel par une s, au nominatif 
comme à l'accusatif. Les féminins ont conservé en français 
cette flexion s commune au cas sujet et au cas régime, 
tandis que les noms masculins, comme nous le verrons, 
sous l'influence de la deuxième déclinaison, ont perdu 
cette s au cas sujet pluriel. 

§ 63. — Nous verrons aussi que les noms de ces décli- 
naisons (masculins ou féminins) avaient en général une s 
au nominatif singulier ; mais les féminins ne s'étaient con- 
servés que sous la forme de l'accusatif. C'est ainsi que les 
mots tels que gent, mort, nuit, dans les plus anciens textes, 
sont invariables au singulier, malgré l's du nominatif la- 
tin ; si on les trouve plus tard avec une s quand ils sont em- 
ployés comme sujet singulier (sa viorz {=: morts) fut belle), 
c'est qu'ils ont subi l'influence de la déclinaison masculine. 

§ 64. — Enfin beaucoup de noms de la troisième décli- 
naison latine n'avaient pas l'accent sur la même syllabe 
au nominatif singulier et à l'accusatif singulier ou au plu- 
riel. Singulier : nominatif vi'rtus ; accusatif virtiitem; plu- 
riel :■ virtutes. Les noms féminins de cette catégorie, ou 
ceux qui sont devenus féminins en passant au français^ 
n'ont conservé que la forme de l'accusatif. Ainsi vertu, 
raison, moisson, douleur, viennent de virtûtem (le nominatif 
virlus aurait donné rerz), radônem, messiônem, dolôrein. 

Dans tous ces mois la flexion atome em a disparu : ïm 



DU NOM. 39 

finale était tombée dans le latin populaire (§ 58), et Ve 
devait tomber aussi conformément à la loi générale de la 
chute des atones (§ 15). Quant aux modifications diverses 
subies i^ar les radicaux latins vzVf m?, ration., messio7i, dolvr, 
elles s'expliquent par les lois particulières de la phonétique. 
Seul le nominatif sôror a donné soer (en une seule syl- 
labe, aujourd'hui écrit sœuî^), tandis que l'accusatif sorô- 
rnn donnait soror, seror. Ce nom se déclinait donc ainsi : 

SINGULIER. . PLURIEL. 

Cas sujet : soer {latin sôror) sorors {latin sorôres) 

Cas régime: soror (Za^m sorôrem) sorors (toim sorores). 

Si la forme française à deux syllabes [soror] s'était mainte- 
nue, elle serait aujourd'hui : sereur. Mais par une exception 
assez rare, c'est le cas sujet singulier de ce mot qui a per- 
sisté, au préjudice du cas régime; car la forme actuelle est 
sœur. D'ailleurs on trouve très anciennement soer, sœur, 
aussi bien que soror, comme cas régime du singulier. 

Un a vu que Vo tonique de sôror a produit la diph- 
tongue oe (soer) , tandis que Vo tonique de sororem 
est resté o dans lancienne langue (soror). Voyez, pour 
l'explication de ces faits, les tableaux de phonétique ; le 
tableau de l'o bref pour sôror, et celui de l'o long pour 
sorôrem. Pour le traitement du premier o de sororem, voyez 
le tableau de « l'o bref de la première syllabe ». 

>5 65. — Les, mots tels que vertu, raison, etc., ont été 
riHployés avec une s au cas sujet singulier par analogie 
avec la déclinaison masculine (Comparez § 63). 

Résumé. 

S566. — En résumé : i° les noms féminins, comme au- 
jourd'hui tons les substantifs, prenaient une s aux deux 
cas du pluiiel. 



40 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

2° Si l'on met à part la déclinaison de sœur et celle des 
mots tels que nonne^ cas régime nonnain, on peut dire que 
les noms féminins n'avaient à l'origine qu'un seul cas au 
singulier comme au pluriel. Il en a toujours été ainsi pour 
ceux qui se terminaient par un e muet. Quant à ceux qui 
n'avaient pas un e muet final, on leur a appliqué au singu- 
lier les règles de la déclinaison masculine, c'est-à-dire 
qu'ils ont pris une s au cas sujet. 

II. — Noms masculins. 

Dérivation de la seconde déclinaison latine. 

§ 67. — Les noms masculins de l'ancienne langue se ré- 
partissent entre deux systèmes de déclinaison. Les règles 
de l'un et une partie des règles de l'autre dérivent de la 
seconde déclinaison latine. 

Le mot « amicus » (ami), appartenant à cette déclinai- 
son, offrait les formes suivantes : 

SINGULIER. PLURIEL. 

Nominatif : amic-us amici 

Accusatif: amic-um aniic-os. 

Le c qui terminait le radical amie est tombé conformé- 
ment aux lois delà phonétique. Quant aux flexions us, um, 
i, os, les voyelles « u, i, o » ont dû tomber, d'après les lois 
générales de transformation du latin en français (voyez 
§ 15), Vs du nominatif singulier et de l'accusatif pluriel a 
persisté, de même qu'au i^luriel des noms féminins (voyez 
§ 58) ; enfin Vm finale de l'accusatif singulier avait disparu 
dès le latin populaire, comme nous l'avons remarqué à 
propos des noms féminins (§ 58). 

La déclinaison d'amicus est donc devenue en français : 



SINGULIER. 


PLURIEL. 


Cas sujet: ami-s 


ami 


Cas régime: ami 


ami-S 



DU NOM. 4Î 

Il n'y a pas de flexion au cas régime singulier, ni au cas 
sujet pluriel, le cas sujet singulier et le cas régime pluriel 
sont également caractérisés par une s. 

Par exception dans un petit nombre de mots, Vi final 
atone du nominatif pluriel a produit une modification du 
radical (voyez § 126). 

Lf( quatrième et la cinquième déclinaisons latines et partiel- 
lement la troisième. 

§ 68. — Les noms de la quatrième et de la cinquième 
déclinaisons, et une partie de ceux de la troisième, s'étaient 
confondus, pour le singulier, avec ceux de la seconde. II& 
offraient en effet les formes suivantes : 

3* DÉCLIN. 4"= DKCLIN. 5" DÉCMN. 

Nominatif: pan-is (pain) fruct-us (fruit) di-es (jour) 
Accusatif: pan-em fruct-um di-em. 

Comme on le voit, les noms de la quatrième déclinaison 
se cnnfondaient tout à fait, pour ces deux cas, avec ceux 
de la deuxième. Quant aux deux autres déclinaisons, elles 
ne dilTéraient de la deuxième et de la quatrième que par 
des lettres qui devaient tomber {Vi atone de panis, Ve de 
panem, diem, dies). Ces noms latins ont donc produit des 
noms français qui se sont déclinés au singulier comme ami : 

SINGULIER. 

Cas sujet: pain-s fruit-s (ou fruiz) di-s 

Cas régime : pain fruit di. 

Le mot di, qui signifie jour, ne s'est conservé que 
dans « midi^ » (= mi-jour) et dans les noms des jours de 
la semaine, lundi, etc. 

Au pluriel, ces mêmes noms différaient beaucoup des 
noms de la deuxième déclinaison ; car leur nominatif et 
leur accusatif étaient identiques et se terminaient par 
ime s ; panes, fructus, dies. On remarquera que les plu- 



42 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

riels « fructus, dies » étaient également identiques au nomi- 
natif singulier des mêmes mots, et que « panes » différait 
peu du nominatif singulier « panis » et avait dû se con^ 
fondre avec lui dans la langue populaire. Les noms finan- 
çais dérivés de ces déclinaisons latines devraient donc avoir 
une s aux^ deux cas du pluriel comme au cas sujet singu- 
lier. Mais il y a eu (pour les noms masculins) assimilation 
avec la deuxième déclinaison; on a supprimé Vs du cas 
sujet pluriel, et on a décliné en français : 

PLURIEL. 

Cas sujet : pain fruit di 

Cas régime : pains fruiz dis. 

Les noms masculins qui n^avaient pas f/'s en latin 
au nominatif singulier. 

§ 69. — Tous les mots dont nous venons de parler se 
sont donc confondus en français dans une seule et même 
déclinaison. Toutefois, un certain nombre d'entre eux 
(comme liber, Ubrum, en français livre, de la deuxième 
déclinaison ; pâter, pdtrem, en français père, de la troi- 
sième) ne se terminaient pas par une s au nominatif 
singulier. Aussi, dans les textes les plus anciens, leur cas 
sujet singulier est-il identique au cas régime : livre, père. 

Les deux cas du singulier de ces mots ont dû produire 
en français le même résultat, car Ve atone de pâter est 
tombé (§ 15), et le groupe de consonnes tr a appelé un e 
muet d'appui qui termine le mot (§ 15, 3°). Dans l'accusatif 
pdlrem, Vm finale est tombée (§ 58 et 67), et la voyelle 
atone e a été remplacée par un e muet d'appui, qui occupe 
la même place qu'au nominatif. Quant à la partie inva- 
riable de ces deux formes, npatri), elle a subi naturelle- 
ment les mêmes modifications dans les deux cas, et ?f 
trouve .'Mijourd'lnii représentée par « pèr » du français /jère. 



DU NOM. 43 

Ce raisonnement s'applique aussi au mot « livre ». On 
<3éclinait donc : 

SINGULIER. PLURIEL. 

Cas sujet : père (pàter) père (pâtres) 

Cas réijime: père (p itrem) père-s (pâtres) 

Cas sujet: livre (liber) livre (libri) 

Cas ré{7ime; livre (librum) livre-s (libros). 

Mais de bonne heure il y a eu assimilation par analo- 
gie, et on a ajouté une s au cas sujet singulier. On avait 
antérieurement supprimé une s au cas sujet pluriel du mot 
père (latin patres), comme au même cas de « pain, fruit, 
di » (Voyez § 68). 

Les mots pèi^e et livre se terminent par un e muet. 11 
faut remarquer que, pour les mots masculins, Ve muet 
flnal ne peut dériver que d'un groupe de consonnes appe- 
lant une voyelle d'appui (Comparez § 61). 

Noms neutres devenus masculins. 

§ 70. — Quant aux noms neutres de ces différentes dé- 
clinaisons, ils avaient l'accusatif identique au nominatif, 
généralement dépourvu d's au singulier ' et terminé en a 
au pluriel : vinum (vin), pluriel vhia, cornu (corne), pluriel 
côrnua, cûput (tête), pluriel càpita. Ces mots devraient 
donc n'avoir en français qu'un seul cas pour chaque nom- 
bre et ajouter au pluriel un e représentant l'a final latin 
{voj'ez § 15, i°). Le mot « vin » par exemple aurait dû 
former son pluriel comme nos adjectifs forment leur fé- 
minin : vin, pluriel vine. 

Il n'en a ri'èn été, ou du moins l'existence de ce mode 
de déclinaison est douteuse^. Lorsque la forme du i)luriel 

1. Nous verrons que ceux des neutres qui avaient le nominatif-accu- 
satif du siiii;ulier terminé par une s, ont doimc ries noms indéclinaMes 
en français (§ 8;>). 

2. On croit on voir une trace dans ce vers de la Chanson de l\oUint : 
« Cinquante carre qu'en ferat carrier. >- Mol à mot : « Cinquante «iiars 



44 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

s'est conservée, elle a été assimilée, comme nous l'avons 
vu, à un féminin singulier (§ 60). Pour d'autres noms 
neutres, c'est la forme du singulier qui a persisté, et alors, 
il y a eu assimilation avec les noms masculins : vin s'est 
décliné comme mni, avec une s au cas sujet singulier et au 
cas régime pluriel. De mênie : chef, dérivé de caput. Le 
mot « cornu » a été traité des deux façons : le pluriel 
latin a donné naissance à notre substantif féminin corne, 
et le singulier à notre substantif masculin cor (cor aux 
pieds, cor de chasse, cor de cerf). 

La troisième déclinaison latine. 

§ 71. — La troisième déclinaison latine était celle qui 
renfermait le plus de types variés. Nous avons déjà vu, 
en traitant des féminins, qu'un certain nombre de noms 
de cette déclinaison n'avaient pas l'accent sur la même 
syllabe au nominatif et à l'accusatif, et nous aurons à 
parler plus longuement de cette particularité. Mais les 
noms mêmes dans lesquels l'accent ne se déplaçait pas 
n'étaient pas tous conformes au type de « panis », ou à 
celui de « pater ». Quelques-uns avaient le nominatif sin- 
gulier assez différent des autres cas. Par exemple le mot 
« lepus » (lièvre) se déclinait ainsi : 



Nominatif: li'pus lépores 

Accusatif • léporem lépores. 

Ce mot avait donc pour ainsi dire deux formes de ra- 
dical : l'une commune au cas régime singulier et aux 

qu'il en fera charrier. » Le mot latin ca7'rus avait aussi la forme neutre 
carruni, pluriel carra, d'où seraient venus, dans l'ancienne langue, le 
singulier car (clinr) et le pluriel c/f re (cliarre). Mais carre peut être 
aussi une forme léminine, à la lin de laquelle le copiste du manuscrit ;i 
omis \'s du uluiiel. 



DU NOM. 45^ 

deux cas du pluriel (lepor...), l'autre spéciale au cas sujet 
singulier (lep...). Mais le langage populaire supprima cette 
complication, en laissant perdre l'une des formes et en la 
refaisant d'après l'autre. 

Ainsi « lepus » n'a rien produit en français, tandis que 
léporem a donné lièvre. Le cas sujet singulier du mot 
français était lièvres comme si le nominatif latin eût été 
léporis. Au pluriel, le cas sujet perdait l's, comme nous 
l'avons expliqué, par assimilation avec la seconde décli- 
naison latine, et « lièvre » rentrait ainsi complètement 
dans la même déclinaison que « ami, pain, etc. » Si le nomi- 
natif singulier du latin s'était maintenu, on aurait eu un 
mot tout différent ; car la voyelle tonique de lépus n'était 
pas, comme celle de léporem, suivie d'un groupe de con- 
sonnes appelant une voyelle d'appui, et le p devant l's 
devait tomber au lieu de se changer en v comme devant 
l'r. Le cas sujet de lièvre eût donc été liés. 

§ 72. — Les substantifs homme et comte ont eu, dans 
l'ancien français, une déclinaison aussi compliquée qu'eût 
été celle de liés, cas régime lièvre. Les mots latins 
« hûmo » et « eûmes » faisaient à l'accusatif hôminem et 
(ômitera. Les groupes de consonnes mn de hom[i]n{em) et 
7nt de com{i)t{em) appellent une voyelle d'appui ; de là les 
formes : « home, homme » (d'abord homne) et « comte, 
conte », pour le cas r('gime singulier. Mais au cas sujet 
on avait, en une seule syllabe, « hom, om, on » et 
« cuens » [ue de cuens ne forme pas deux syllabes, c'est 
une diphtongue). Le pluriel français était conforme, sauf 
la flexion s de l'accusatif, à l'accusatif singulier. Ces mots 
se déclinaient donc : 

SINGULIER. 

Cas sujet : cuens(comcs) hom (homo) 

Cas régime : cointe(comitem) honiiue (hoinincm) 

3. 



40 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

PLURIEL. 

Cas sujet : comte (comités) homme (homines) 

Cas régime : comtes (comités) hommes (homines). 

Notre pronom indéfini « on » n"est autre que l'ancien 
cas sujet de « homme ». On s'étonnera sans doute de voir 
ïo changé en la diphtongue tie dans « cuens » ; mai> l'ex- 
plication de ce fait est du domaine de la phonétique. 
(Voy. § 745, 3" et 7°.) 

§ 73. — Il nous reste à parler des noms masculins de 
la troisième déclinaison latine qui n'avaient pas l'accent 
sur la même s^'llabe au nominatif et à l'accusatif singu- 
lier. Nous n'aurons à étudier que le singulier de ces noms, 
car le pluriel n'offre aucune difficulté. En latin, il était 
conforme à l'accusatif singulier, sauf la substitution de la 
flexion es à em; en français l's de flexion a été supprimée 
au cas sujet pluriel comme pour tous les aLitres noms 
masculins (§ 68, 69, 71), de telle sorte que ce cas sujet 
est identique au cas régime singuUer, et qu'il suffit d'y 
ajouter une s pour avoir le cas régime pluriel. 

§ 74. — Parmi les noms qui « déplaçaient l'accent », 
les uns, — comme leônein (lion), nominatif Ico, carbùtiem. 
(charbon), nominatif cârbo, — n'ont conservé en français 
que la forme de l'accusatif latin, mais en y ajoutant, au 
cas sujet singulier, Va de la déclinaison masculine ordi- 
naire, comuie si le nominatif ^-ingulier eût été : leùnls, 
cat bonis. 

^ 75. — D'autres ont eu une déclinaison semblable à la 
déclinaison latine, avec déplacement de l'accent. Ainsi le 
mot « baron » se déclinait au singulier : 

Cas sujet : ber [latin bàro) 

Cas rcyinie: baron (/«ù'/i barûnem). 

On voit que Ocr est encore plus différent de baron que 



DU NOM. 



47 



bâro de barônem. C'est que les voyelles latines n'oTit 
généralement pas subi la même transformation (|ii,'ind 
elles étaient à la première syllabe du motet quand elles 
étaient toniques; Va de la première syllabe de baroncm 
est resté a dans baron; Va tonique de bâro est devenu é 
dans ber. 

Voici une liste de mots se déclinant comme bcr, cas 
réaime baron : 



Cas sujet : 



Cas régime . 



compani 
fel 


compaignon 
félon 


gars 


garçon 


glot (glûto) 
1ère (làlro) 


gloton, glouton (glutùneml 
larron (latrônem) 


ancestre (antecéssor) 


ancessor (antecessérem) 


emperére (imperâtor) 
paslre (pâstor) 
pechiére (peccàtor) 


empereor, empereur (iniperatorcni) 

paslor ' (pastôrem) 

pecheor, pécheur (peccatùrem) 


sire (senior) 

traître, traître (*traditor) 


seignor, seigneur (seniûrem) 
traïtor (traditôroin) 


trovére, trouvère 


troveor 


enfes - (infans) 


enfant (iiifànlcin) 


abes 2 (àbbas) 


abé (al>bâlem) 


niés (népos) 


neveu (uepôtem). 



Ajoutez des noms propres, tels que Guenes, cas régime 
Ganelon. 

§ 76. — Plusieurs de ces noms n'avaient pas d's au cas 
sujet, mais en ont reçu une postérieurement, par analogie 
avec les noms dérivés de la seconde déclinaison latine. 
Ainsi il n'est pas rare de trouver fel, sire et eiupercre 
écrits : fels, sires, empereres. 

§ 77. — Quelques noms de la seconde déclinaison, 

1. Si ce cas régime était, resté dans la langue sans subir aucune in-^ 
fluence savante, il serait anjourd'iiui pâleur, et non pastaur. 

2. Prononcez « enfe » et non <c enfi; », « abo » et non '< abé »• 



48 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

parmi ceux dont le nominatif était en er et Taecusatif en 
erum, pouvaient aussi ne pas avoir l'accent tonique sur la 
même syllabe aux deux cas. L'un d'eux a donné en fran- 
çais un mot qui déplace aussi l'accent, c'est : « prestre » 
(latin présbyter), dont le cas régime éidJvi preveire , pro- 
voire (aujourd'hui prouvaire, dans un nom de rue à Paris), 
qui vient de presb>jterum. 

§ 78. — Plusieurs noms propres se déclinent tantôt 
comme « ami », tantôt comme « baron ». Ainsi dans la 
Chanson de RolancL le cas régime de Charles est tantôt 
Charte, tantôt Charlon. 

Résumé. — Les noms masculins dans la langue actuelle. 

§ 79. — En résumé, les noms masculins prenaient gé- 
néralement une s au cas sujet singulier et au cas régime 
pluriel, et n'en prenaient pas au cas régime singulier et 
au cas sujet pluriel. 

Un certain nombre d'entre eux avaient le cas sujet sin- 
gulier très différent des autres cas {comte, homme, 
seigneur, etc.), et alors (sauf dans comte et homme) l'ac- 
cent tonique n'était pas sur la même syllabe au cas sujet 
singulier et aux autres cas. 

Plusieurs noms masculins n'avaient pas d's en latin au 
nominatif singulier, et n'en avaient pas non plus, à Tori- 
gine, au cas sujet singulier français : père, sire, etc. 
D'autres avaient perdu leur nominatif singulier latin, et 
la forme sans s, dérivée de l'accusatif, n'a pris une s au 
cas sujet que par analogie. 

§ 80. — Des deux cas de l'ancienne langue, c'est le cas 
régime qui s'est conservé ; car c'est au cas régime que les 
noms masculins prenaient une s au pluriel, et n'en pre- 
naient pas au singulier. 

Par exception, quelques noms se sont conservés sous la 



DU NOM. 49> 

forme de l'ancien cas sujet: ancêtre, pâtre, traître, prêtre. 
Et comme l'ancien pluriel de ces noms se formait sur le 
cas régime singulier, il a disparu en même temps que ce 
cas régime. Ancêtre ï\q fait pas au pluriel ancesseurs; un 
nouveau pluriel s'est formé, par l'adjonction d'une s, sur 
le cas sujet singulier devenu cas unique. 

Il est arrivé aussi quelquefois, pour les noms qui 
« déplaçaient l'accent », que les formes du cas sujet et 
du cas régime se sont également conservées, et ont 
donné naissance à deux mots différents, gui ont pris des 
acceptions plus ou moins divergentes; ainsi sire et sei- 
gneur. 

C'est vers le xiv" siècle que la déclinaison à deux cas a 
disparu du français. 

III. — Noms indéclinables. 

§ 81. — Les noms indéclinables sont ceux qui, dans 
l'ancienne langue, se terminaient uniformément par une s 
à tous les cas, et qui aujourd'hui encore ont une s (ou un x) 
au singulier comme au pluriel. Ce sont ceux dont le radical 
latin (après la chute des voyelles atones) se terminait par 
une s ou par une lettre qui est devenue s en français. 

§ 82. — Ainsi le mot latin ménsis (mois) faisait à l'ac- 
cusatif me'nsem. Si on le compare à jmnis (pain), qui faisait 
panem, on verra que Vs de rnensem a dû se maintenir au 
même titre que l'n àe panem, et que Vs finale et Vs inlc- 
rieure de mensis ont dû se confondre, après la chute de Vi 
atone. Mensis et rnensem, le nominatif et l'accusatif laliri, 
ont donc également donné mois, avec une s finale. Le mot 
ne devait pas davantage se modifier au pluriel. 

Pour la môme raison, étaient aussi indéclinables : iiés 
(aujourd'hui écrit nez), venant de nasKS (accusatif nasiim), 
pois (aujourd'hui écrit poids), venant de pensum (mot 



50 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

neutre dont l'accusatif est semblable au nominatif), sens, 
venant de sensus (accusatif sensinn), tous (aujourd'hui 
écrit toux), venant de tussis (accusatif tiissun), etc. 

§ 83. — Les mots neutres « prétlum, palàtium, brâ- 
chium » ont donné en français pris (aujourd'hui écrit 
prix), palais, bras, mots indéclinables. Vs finale de ces 
mots est le produit de la transformation de Vi atone 
latin placé entre un t ou une gutturale et une voyelle. De 
même, l'accusatif pûteum, du mot masculin « pûteus », 
a donné, comme le nominatif : puiz, puis (aujourd'hui 
écrit puits). Us finale ici est le produit de la transforma- 
tion de l'e atone placé dans la même situation que Vi de 
palàtium. 

§ 84. — Un certain nombre de mots latins féminins 
avaient l'accusatif singulier terminé en cem : pdcem, 
vôcem, etc. Or, le c latin suivi d'un e doit produire en 
français une s. Ces mots donneront donc en français des 
noms féminins cjui auront une s au singulier comme au 
pluriel : pais (aujourd'hui écrit paix) de pdcem, vois (au- 
jourd'hui voix) de vôcem, fois de vicem, faus (aujourd'hui 
écrit faux) de fàlcem, etc. Le nominatif des mêmes mots 
se terminait en latin par un x (pax, vox), qui a passé, 
sous une influence savante, dans l'orthographe fran- 
çaise. 

§ 85. — On sait que l'accusatif des mots neutres latins 
était identique au nominatif. Ceux qui sont devenus mas- 
culins et qui ne se terminaient pas par une s en ont cepen- 
dant une en français au cas sujet singuHer, par analogie 
avec les ncmis masculins, et nous avons vu qu'on leur 
avait fait aussi un pluriel analogique (^ 70). Mais ceux qui 
se terminaient par une s n'ont pas subi l'analogie inverse et 
n'ont pas perdu cette s au cas régime singulier. N'étant 
pas traités comnift les autres mots masculins au sin- 



DE L'ADJECTIF. ol 

giilier, ils ne pouvaient lètre non plus au pluriel. Leur 
pluriel est identique au singulier; ils sont indéclinables. 
Exemples : cors (aujourd'hui écrit corps) de corpus, tcns 
(aujourd'hui écrit temps) de tenipus, pis (poitrine) de 
pectus, etc. 

Observation générale sur les noms. 

^ 86. — Souvent la consonne placée avant Vs de flexion 
ou ïs des noms indéclinables est tombée devant cette s. 
Ainsi, le mot clef se trouvera écrit au pluriel clés, arc 
sera écrit ars au cas sujet singulier et au cas régime plu- 
riel. Quand cette consonne finale est un t, en se réunis- 
sant à Vs de flexion elle forme un z, qui a été ensuite 
remplacé par une s; c'est ainsi que bontet (aujourd'liui 
bonté) a fait au pluriel bontez, enfant a fait au cas régime 
|>lnriel enfanz, puis enfans, aujourd'hui enfants, etc. 

L'/ s'est vocalisée en u devant Vs de flexion ou Vs des 
noms indéclinables : chevals, cas sujet singulier et cas 
régime ]iluriel, est devenu checaus, chccaux j fais est (.le- 
venu faus, faux. 

CHAPITRE 11 

DE L'ADJECTIF 

LES DIVERSES DÉCLL\.\1S0NS DES ADJECTIFS 
EiN VIEUX FRANÇAIS 

>! 87. — La déclinaison des adjectifs latins peut se résu- 
niei- dans les trois types : bonus (bon), talis (tel) et canlans 
(chantant). 

Type « bonus ». 
§ 88. — L'adjectif bonus suivait au masculin et au ncu- 



52 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

tre la seconde déclinaison des noms, et au féminin la 
première. On déclinait donc : 

SINGULIER 

Masculin. Féminin. Neutre. 

Nominatif: bonus hôna, bônuin 

Accusatif: bùnum bônam bônum 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. Neutre. 

Nominatif: bùni (bûnce) * bùnas (buna) 

Accusatif: bonos bônas (bôna) 

Les explications que nous avons données à propos de 
la déclinaison des noms nous dispensent de dire ici com- 
ment ces formes ont produit en français la déclinaison 
suivante : 





SINGULIER. 




Masculin. 


Féminin. 


Neutre. 


Cas sujet : bons 


bone, bonne 


bon 


Cas régime : bon 


boue, bonne 

PLURIEL. 


bon 


Masculin. 


Féminin. 




Cas sujet: bon 


bones, bonnes 




Cas régiïïie : bons 


bones, bonnes. 





Les participes passés des verbes (aimé, sorti, fait, etc.) 
se déclinaient de même. 

Ainsi, les adjectifs ou participes tels que bon se décli- 
naient au masculin comme « ami », et au féminin comme 
i< porte ». Le neutre singulier était identique au cas régime 
masculin. Quant au neutre pluriel, il avait disparu. 

§ 89. — L'adjectif se mettait au neutre quand il se 
rapportait à il impersonnel ou à ce, pronom démonstratif 
neutre; par exemple, dans ce vers de la. C kanson de Ro- 
land : 

H est jiigiet que 7ius les ocinim. 



DE L'ADJECTIF. 5^ 

C'esl-à-dire : « Il est jugé, il est décidé que nous les tue- 
rons. » Si il représentait un nom de personne, le participe 
jugiet aurait été masculin, et, comme il est au cas sujet, 
il aurait pris une s : jugiez. 

§ 90. — Le féminin de ces adjectifs ne se forme pas 
toujours en ajoutant simplement un e au cas régime mas- 
culin; il faut quelquefois modifier la consonne finale; 
ainsi franc fait au féminin franche. C'est que l'un vient de 
fràncum, et l'autre de frâncam; or, d'après les lois de 
la phonétique, le c devait se maintenir devant Yu de fràn- 
cum, qui lui-même est tombé, et se changer en ck devant 
Va de francam, qui s'est conservé sous forme d'e muet. 
C'est pour une cause semljlable que le participe passé des 
verbes en er, dans les textes les plus anciens, se termine 
en l au cas régime masculin, et en de au féminin ; cantd- 
lum avait donné chantét, et cantàtam : chantéde. Puis le d 
de chantéde est tombé, et, bientôt après, le t de chantét a 
disparu également. 

§ 91. — Il y a des adjectifs dont le féminin est iden- 
tique au cas régime singulier masculin, parce que celui-ci 
se termine par un e muet, amené par un groupe de con- 
sonnes. Ainsi tépidum a donné tiède, où Ve final, produit 
par le groupe jorf, a persisté après la chute du p. Le mas- 
culin de cet adjectif et des semblables ne se distingue donc 
du féminin qu'au cas sujet singulier et au même cas plu- 
riel. Déclinez : 

SINGULIER. 



Jl 


ïïascuUn. 


Féminin. 


Neutre 


Cas sujet: 


tièdes 


tiède 


tiède 


Cas régime : 


tiède 


tiède 


tiède 



PLURIEL. 



Cas sujet : licdi; tièdes 

Cas régime : tièdes tièdes. 



5* GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 92. — Un certain nombre d'adjectifs latins qui ont le 
féminin en a et le neutre en um, comme bonus, ont au 
masculin la terminaison er au lieu de us; par exemple : 
niger (noir), féminin nigra, neutre nigrum. Pour les autres 
cas, ils sont semblables à bonus. Ces adjectifs devraient 
donc ne pas prendre d's en français au cas sujet singulier 
masculin; mais l'analogie leur a fait donner cette s, et ils 
se déclinent entièrement comme bon. 

Type « talis ». 

§ 93. — L'adjectif talis (tel) se déclinait, au masculin 
et au féminin, comme le substantif pa/^is (pain) de la troi- 
sième déclinaison latine, et avait le neutre en e, pluriel ia. 

SINGULIER. 



Masculin et féminin. 


Neutre 


Nominatif: tâlis 


lâle 


Accusatif : lâlem 


làle 


PLURIEL. 




Masculin et féminin. 


Neutre. 


Nominatif: tâles 


(tàlia) 


Accusatif : lâles 


(lâlia). 


La déclinaison française correspon 


idante devrait donc 


être : 




SINGULIER. 




Masculin et Féminin. 


Neutre. 


Cas sujet : tels 


tel 


Cas régime : tel 


tel 



PLURIEL. 

Masculin et Féminin. 
Cas sujet : tels 
Cas régime : tels. 

Mais cette déclinaison a été mise d'accord avec les dé- 
clinaisons analogues des subslantil^. Nous avons vu que 



DE L'ADJECTIF. 53 

les substantifs féminins, même ceux dérivés de la troi- 
sième déclinaison latine, n'avaient en général conservé 
qu'un seul cas pour chaque nombre, et que ce cas unique 
ne prenait pas d's au singulier. On a donc supprimé l's au 
cas sujet féminin de tel, sauf à la rétablir à l'époque où le 
cas sujet des noms féminins non terminés par un e muet 
a pris une s analogique (§ 63 et 65), de sorte qu'on a dit 
successivement : « Sa raison estoit tel » et « Sa raisons 
estoit tels ». D'autre part, nous avons vu que les substan- 
tifs masculins, même ceux dérivés de la troisième décli- 
naison latine, n'avaient pas d's au cas sujet pluriel. On a 
donc supprimé l's au cas sujet masculin pluriel de tel. On 
a olitenu ainsi la déclinaison suivante : 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. Neutre. 

Cas sujet : lels tel, tels tel 

Cas régime : lel tel tel 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet : tel tels 

Cas régime : lels tels. 

§ 94. — Cette déclinaison diffère donc de celle de bon, 
en ce que le féminin ne prc^iul pas Ve muet. Mais les 
adjectifs de cette catégorie peuvent avoir un e muet, 
résultant d'un groupe de consonnes, au masculin et au 
féminin; par exemple /"re7e (latin frâgilis), amable (lalin 
amâbilis), etc., se déclinent comme « tiède » (Voyez 
ci-dessus § 91). 

§ 95. — Se déclinaient comme tel les adjectifs grand (la- 
tin grandis), fort (latin fortis), presque tous les adjectifs en 
f?/oua/.'?no?7e/(mortâlis),roya/(regcUis),/oya/(legàlis),etc. 

§ 96. — Quelques adjectifs latins de cette catégorie s« 
déclinaient connue <a//.s-, sauf pour le UDminalif singulier 



56 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

masculin qui était en er ; par exemple : acer (aigre), fémi- 
nin acris, neutre acre. En français, le cas sujet masculin 
singulier de ces adjectifs aurait dû être sans s, comme le 
cas régime; mais l'analogie s'est exercée là comme ail- 
leurs, et a rétabli la similitude avec ^e/. 

§ 97. — L'analogie, au bout d'un certain temps, a aussi 
donné un e muet au féminin de tel et des adjectifs sembla- 
bles, et a supprimé ainsi la différence qui les séparait de 
rep déclinaison dont le type est « bon ». Dès le xi^ siècle, 
on trouve des exemples isolés de féminins analogiques, 
tels que « grande, forte », et, d'autrt, nous con-nsa pa Iva 
serve jusqu'à nos jours le vieux féminin grand dans quel- 
ques expressions, comme « à grand peine, grand rue, 
grand mère, grand messe. » 

Type « cantans». 

§ 98. — Il nous reste à parler de la déclinaison dans 
laquelle rentrent les participes présents. Les mots de cette 
déclinaison « déplaçaient» l'accent. En outre, ils n'avaient 
qu'une seule forme pour les trois genres au singulier, et 
une seule au pluriel pour le masculin et le féminin. Ils se 
déclinaient ainsi : 

SINGULIER. PLURIEL. 

Noiyimatif : cântans cantântes 

Accusatif : cantântem cantântes. 

Cantântem a donné chantant, et cantântes : chantanz. 

Le cas sujet singulier, dérivé de cântans, devrait être 
en français : chantes (comme enfcs, cas sujet de enfant, 
§ 75). Mais la forme de l'accusatif latin a seule persisté, et 
le cas sujet singulier du français est chantanz, comme si le 
nominatif latin eût été cantantis. Cette déclinaison se con- 
fondra donc avec celle de tel, et subira les mêmes modifi- 
cations analogiques. 



DE L'ADJECTIF. 57 

Adjectifs indéclinables. 
1. Adjectifs terminés par une s. 

§ 99. — Les adjectifs dont le radical latin se terminait 
par une s, ou par une autre lettre pouvant engendrer 
une s, sont invariables en français, du moins au masculin. 
(Comparez ce que nous avons dit des noms indéclinables, 
§ 81 et suivants.) 

\insi nos adjectifs en eux (fameux, envieux, etc.) se 
rattachent à des mots latins en ôsus, accusatif dswr/?, qui 
avaient une s à tous les cas, indépendamment de la flexion. 
Cette s (aujourd'hui remplacée par x, voyez § 42) se re- 
trouve à tous les cas du français ; le masculin de ces ad- 
jectifs a donc toujours été indéclinable en français. Au fé- 
minin ils prenaient e ou es, suivant le nombre. 

De même l'adjectif latin fàlsus, accusatif /a /swm, dont 
le radical se termine par une s, a donné en français l'ad- 
jectif fais (puis faus, faux), qui a toujours été indéclinable 
au masculin, parce que Vs flexionnelle, qu'on aurait pu 
ajouter pour marquer le cas sujet singulier ou le cas ré- 
gime pluriel, devait nécessairement se confondre avec Vs 
finale du radical. Au contraire on pouvait, au féminin, 
ajouter les flexions « e, es. » 

Dans l'adjectif latin faclltius, accusatif faclltium, le ti 
qui précède la flexion devait engendrer unes, comme dans 
le substantif joa/tîtium, qui a produit un nom indéclinable, 
palais (§ 83). L'adjectif français dérivé de« factitius » était 
faitis, qui avait le sens de « bien fait » ; il se terminait par 
une s à tous les cas du masculin. Le féminin était /"at^isse. 

Ajoutez les participes en s, tels que mis, pris, etc. (§ 249 
et suivants). 

§ 100. — Beaucoup d'adjectifs latins se terminaient 
par le suffixe ensis, accusatif enscm, qui a produit le suf- 



58 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

lixe français ois ou ais (plus anciennement eis) des mois 
{eh que Danois, Anglais. Ces mots se rattachent au type 
« talis », et auraient dû être entièrement invariables, mais 
on leur a donné, dès l'origine, un e muet au féminin. 

Il faut en dire autant des adjectifs en ax, accusatif 
cicem (comparez § 84), qui se rattachent au type « can- 
tans », et qui ont donné des adjectifs français en ais, tels 
que niais, de* nidacem. 

2. Adjectifs en « or ». 

§ 101. — On trouve, dans l'ancienne langue, un certain 
nombre d'adjectifs en o?% qui sont invariables, et qui sont 
formés par l'adjonction de cette syllabe « or » à un autre 
adjectif ou à un nom : franco?^ au sens de franc ou fran- 
çais, paienor au sens de païen. 

Si ces adjectifs avaient persisté, ils seraient aujourd'hui 
francœur et paieneur, comme l'adjectif possessif leur, qui 
a été lor, et qui a la même origine. Un d'eux s'est conservé 
sous forme de substantif; c'est Chandeleur, nom populaire 
d'une fête où l'on porte des chandelles, des cierges. 

Il faut rattacher toutes ces formes au génitif pluriel des 
noms latins de la seconde déclinaison; amîcus (ami) faisait 
au génitif pluriel : amicôrwn. Or, le cas nommé génitif expri- 
mait plusieuis des rapports que nous rendons aujourd'hui 
par la préposition de. « Caméra, amicôrum» est« la cham- 
bre des amis ». Le génitif pluriel d'amici/s n'a pas produit 
de forme française, tandis que les génitifs pluriels de /?•«/?.- 
eus (franc), de ille (il), de paganus (païen), de candela 
(chandelle) ont donné les formes francor, lor (aujourd'hui 
leur), paienor, chandelor (aujourd'hui Chandeleur), qui si- 
■-nilient proprement: « des francs, d'eux, des païens, des 
ciiandclles ». Le mot candela (chandelle) appartient à la 
première déclinaison latine, dont le génitif pluriel était en 



DE L'ADJECTIF. a9 

ârum et non en ôrum ; c'est par assimilation avec la se- 
conde déclinaison qu'on a pu dire candelônim, d'où vient 
Chandeleur. 

Observation générale sur les adjectifs. 

§ 102. — Nous répéterons pour les adjectifs ce que 
nous avons dit pour les noms (§ 86), c'est que la consonne 
linale est souvent tombée devant Ys de flexion. Ainsi le cas 
sujet singulier et le cas régime pluriel du masculin franc se 
trouveront écrits « frans ». Quand cette consonne finale 
est un t, en se réunissant à Vs de flexion elle forme un z, 
qui a été ensuite remplacé par une s. Ainsi le participe 
masculin portét (aujourd'hui porté) faisait « portez » au 
cas sujet singulier et au cas régime pluriel. 

DEGRÉS DE COMPARAISON— TRACES DU COMPARATIF 
ET DU SUPERLATIF LATINS 

§ 103. — Nous formons aujourd'hui le comparatif de 
supi'riorité et le superlatif en faisant précéder l'adjectif de 
« plus » et de « le plus » ou « très ». Le latin pouvait mar- 
quer ces degrés de comparaison à l'aide de flexions. Ainsi 
le comparatif latin se formait en ajoutant au radical de 
l'adjectif : ior pour le masculin et le féminin, ius pour le 
neutre. Il se déclinait comme suit : 

SINGULIER. 

Masculin et Féminin. Neutre. 

Nominatif: grândior /plus grand \ grândius 

\plus grande/ 

Accusatif : grandiôrem grândius 

PLURIEL. 

Masculin et Féminin. 
Nominatif: grandiûres 
Accusatif : grandiûres. 



00 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

« Grandior » se décline donc comme les substantifs 
irnperator, peccator, qui ont donné les mots français 
emperére (cas régime empereor), pechiére (cas régime 
pecheoi"). 

Nous avons pris pour exemple un comparatif latin 
qui s'était conservé dans l'ancienne langue française. Il 
était devenu « graindre » au cas sujet singulier et « grai- 
gnor » au cas régime singulier. La forme du neutre devait 
être « grainz », mais on n'en trouve pas d'exemple. Quant 
au pluriel, il est facile de voir qu'il devait être « graignor » 
au cas sujet masculin (suppression de l's par analogie, 
§ 68) « graignors » au cas régime masculin et au cas 
unique féminin. 

§ 104. — Ce comparatif a entièrement disparu ; mais un 
autre mot latin, qui signifie aussi « grand », magnus (le- 
quel a donné magne, de Charlemagné), nous a laissé des 
traces de son comparatif. C'était en latin mdior, accusatif 
maiôrem. Or màior a produit en français maire, dont le 
sens étymologique est « plus grand »,mais qui est devenu 
un substantif désignant le « plus grand » fonctionnaire 
municipal ; l'accusatif maiôrem avait produit maior, ma- 
ieur, majeur, qui est devenu un adjectif indépendant, mais 
qui était à l'origine le cas régime du comparatif et du subs- 
tantif maire . 

§ 105. — On trouve aussi dans les anciens textes les 
cas régimes : gensor (comparatif de gent, adjectif qui a le 
sens de gentil, gracieux), ha Izor [com]^a.Ta.iiî de hall, haut) 
et quelques autres. 

^ 106. — Les adjectifs latins bonus (qui a donné bon), 
malus (qui signifiait mauvais), parvus (qui signifiait pei^V), 
avaient des comparatifs, empruntés à d'autres radicaux, 
qui se sont conservés en français avec leur valeur de com- 
paratifs. Celui de bonus était melioi^- (meilleur), celui de 



DE L'ADJECTIF. 61 

malus : peior (pire), celui de parvus : minor (moindre). 
Ces mots se déclinaient en latin comme grandior : 

SINGULIER. 

Masculin et Féminin. Neutre. 

Nominatif: mélior mélius 

Accusatif: meliorem mélius 

Nominatif: péior péius 

Accusatif: peiôrem péius 

Nominatif: minor minus 

Accusatif : minôrem minus. 

Les formes françaises correspondantes étaient : 

Masculin et Féminin. Neutre. 

Cas sujet : mieldre, mieudre ) . , . 

• ™ Il „ii^ ^ i miels, mieus, mieux. 

Cas régime : meillor, meilleur ) ' ' 

Cas sujet : pire ) . 

■ ) DIS 

Cas régime : peior ^ ^ ' 

Cas Siijet : meindre, moindre ) 

n A ■ } moins. 

Cas régime : mener j 

On ajoutait quelquefois une s analogique au cas sujet 
masculin. Le pluriel est semblable au cas régime singulier, 
sauf l's de flexion qu'on ajoutait pour former le cas ré- 
gime masculin et le cas unique féminin. 

Comme on le voit, l'un de ces comparatifs s'est conservé 
sous la forme du cas régime, meilleur, et les deux, autres sous 
la forme du cas sujet. Les neutres sont devenus des adverbes. 

§ 107. — Le superlatif latin {enissimus, imiis) n'a géné- 
ralement pas laissi'; de trace dans le français populaire. 
Cependant le vieux mol pesme (très mauvais, terrible) n'est 
autre que le superlatif qui correspond au comparatif 
« pire » ; « pesme » vient du latin pessimum. On trouve aussi 
grandisme superlatif de grand, seintismc superlatif de seint 
(saintj, altisme superlatif de ait (haut). 

Clédat. 4 



62 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

CHAPITRE III 

DES NOMS DE NOMBRE 

NOMS DE NOMBRE CARDINAUX 

§ 108. — Les noms de nombre cardinaux sont généra- 
lement invariables aujourd'hui. Plusieurs d'entre eux 
avaient, dans l'ancienne langue, une déclinaison complète. 

Un a encore son féminin une, mais il n'a conservé son 
pluriel que lorsqu'on l'emploie comme pronom indélini 
(les uns, quelques-uns, les unes). Il se déclinait jadis 
comme l'adjectif bon, prenant une s au cas sujet singulier 
et au cas régime pluriel du masculin. Pour l'emploi de un 
au pluriel, voyez la Syntaxe (§ 426, au mot un). 

§ 109. — Deux et trois se déclinaient aussi, comme duo 
et ires en latin. 

a. — Duo suivait la déclinaison de bonus au pluriel, 
sauf qu'il se terminait en o, au lieu de i, au nominatif mas- 
culin; mais le latin populaire avait supprimé cette diffé- 
rence, et on disait : 

Masculin. Fémmin. 

Nominatif: *dui (duœ) Muas 

Accusatif: duos diias. 

Le vieux français déclinait en conséquence : 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet: dui ) , _. 

Cas régime: dous (aujourd'hui deux) ] °^^' '^^'^^^• 

Mais de très bonne heure, la forme féminine est tombée en 
désuétude et a été remplacée par dous, qui servait ainsi de 
cas régime au masculin et de cas unique au féminin. 

b. — Très se déclinait en latin comme talis au pluriel 
[taies). Il avait donc la môme forme au nominatif et à 



DES NOMS DE NOMBRE. 63 

l'accusatif. Mais, dans le passage du latin au français, Vs 
flnale de très est tombée, comme celle de taies, au cas sujet 
masculin. On disait donc en français : 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet: trei, troi i i • t ■ 

Cas régime : treis, trois \ "'^^^' "'°^^- 

§ 110. — Le nom de nombre latin tnllle avait un plu- 
riel millia, qui s'employait quand ce nombre était multiplié 
par un autre. L'ancienne langue française avait conservé 
cette distinction, et disait mil (latin mille) dans le premier 
cas, mille (latin millia) dans le second : mil hommes, trois 
mille hommes. 

NOMS DE NOMBRE ORDINAUX 

§ 111. — Les dix premiers noms de nombre ordinaux 
étaient en latin : primus (premier), secundus (second), ter- 
tîus (troisième), quartus (quatrième), quintus (cinquième), 
sextus (sixième), septimus (septième), *octimus (huitième), 
*novimus^ (neuvième], decimus (dixième). Tous ces noms 
de nombre se déclinaient comme l'adjectif bonus. 

§ 112. — Primus. Le féminin français de ce mot, prinw, 
est devenu un adjectif des deux genres, qui ne s'emploie 
plus d'ailleurs que dans c'ertaines locutions consacrées : 
déprime abord, déprime saut. etc. A côté déprimas, le 
latin populaire avait le dérivé primârius, formé avec le 
suffixe àrius, qui a. donné premiers (cas régime singulier : 
premier, féminin première). On trouve aussi en vieux 
français un dérivé de premier, formé avec le suffixe ain 

1. Les formes classiques octavus (huitièrao), nonus (neuvième), ne se 
sont conservées qu'avec des valeurs spéciales : le fcininiu à'otavus a 
donne uilieve, dont la forme savante est octave, mot qui désigne le 
huitième jour après uue fétc, et le féminin de nonus a donné noue, 
nom do la neuvième heure latine trois lieures de l'après-midi), qui 
s'est conservé dans la liturgiij catholique. 



64 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

(latin ànum), premerain (cas sujet singulier premerains, 
féminin premeralné). 

§ 112 his. — Secundus. Notre adjectif second est d'ori- 
gine savante. Dans les plus anciens textes le second 
nombre ordinal est exprimé par l'adjectif indéfini altre 
(autre). Déjà en latin alte)' a le sens de second. 

§ 113. — Tertius. Le masculin tertius a donné en fran- 
çais tiers, et le féminin tertia : tierce. Ce mot était indécli- 
nable au masculin, pour la même raison que le substantif 
palais dérivé de palatium (§ 83). Tiers n'est plus nom de 
nombre ordinal que dans quelques locutions consacrées 
comme « le tiers état ». 

§ 114. — Quartus. Le masculin quartus a donné en 
français quarz (cas régime singulier et cas sujet pluriel 
quart), et le féminin quarta a donné quarte. La Fontaine dit 

encore ; 

« Un quart voleur survient. » 

§ 115. — Quintus. Du masculin quintus dérive quînz 
[quint aux cas sans s), et le féminin quinta a donné quinte. 
Nous disons encore : Charles-Quint, Sixte-Quint. 

§ 116. — Les cinq noms de nombre qui suivent se ter- 
minent en français par un e muet, même au masculin, à 
cause des groupes des consonnes. Ils se déclinaient donc 
comme tiède (§ 91). Pour abréger, nous ne donnerons que 
la forme du cas régime : « sextum » a produit siste; « sep- 
timum. » sedme; « *octimum » oïdme, uidine ; « novi- 
muni » noefme ; 0. decimum » disme. 

§ 117. — Plusieurs de ces anciens noms de nombre 
ordinaux ont complètement disparu de la langue. D'autres 
y sont restés avec des emplois spéciaux. Ils ont été rem- 
placés dans l'usage ordinaire par de nouvelles formes re- 
faites sur les noms de nombre cardinaux avec le suffixe 
ième : trûisiême, quatrième, etc. 



DES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS. G5 



CHAPITRE IV 

DES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS 
ET DE L'ARTICLE DÉFINI 

LE DATIF LATIN 

§ 118. — Nous aurons à parler, dans ce chapitre et dans 
les suivants, d'un cas latin que nous avons pu négliger 
jusqu'à présent : c'est le datif. Le datif exprimait plusieurs 
des rapports que nous rendons par la préposition à, et 
marquait généralement le régime indirect des verbes. Par 
exemple, si l'on veut traduire en latin : « Il l'a donné à son 
père » , on mettra son et père au datif, et on supprimera la 
préposition. Ce cas, qui a disparu de la déclinaison des 
noms et adjectifs ordinaires, s'est au contraire conservé 
dans la déclinaison des adjectifs et pronoms démonstratifs, 
personnels et relatifs. 

LE PRONOM LATIN « ILLE » 

§ 119. — En latin et en vieux français, les mêmes dé- 
monstratifs servaient à la fois d'adjectifs et de pronoms. 
Ils signifiaient à la fois « cet » et « celui-ci ». Le plus im- 
portant de tous, ille, a produit en français : 1° l'article dé- 
fini le; 2° un adjectif pronom démonstratif; 3° le pronom 
personnel de la troisième personne. Nous allons nous oc- 
cuper des deux premiers, réservant le troisième pour le 
chapitre des pronoms personnels. 

I . — L'article défini. 

Origine et déclinaison de l'article. 

§ 120. — Du sens adjectif de ille (cet) il est facile de 

4. 



66 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

déduire, par un affaiblissement, la valeur de notre arlicle 
défini; car l'article n'est qu'un adjectif démonstratif affai- 
bli. Quant à la forme, pour expliquer comment il le a pu 
donner l'article le, il faut remarquer que Ulc, adjectif 
jouant le rôle d'article, était un mot proclitique, c'est-à-dire 
qui s'appuyait, dans la prononciation, sur le sulislanlif au- 
quel il se rapportait; on prononçait ille murus comme on 
eût prononcé un mot de quatre syllabes, ayant l'accent 
tonique sur la troisième : illemûrus. En d'autres tonnes, 
ille n'avait pas d'accent tonique, mais simplement un ac- 
cent secondaire (voy. § 12), placé sur il comme sur la pre- 
mière syllabe non tonique d'un mot ordinaire. L'article et 
les adjectifs démonstratifs sont aussi en français des mots 
proclitiques. Nous prononçons « la tente » comme l'adjectif 
« latente » ; nous prononçons « cette femme » comme un 
seul mot de quatre syllabes ayant l'accent tonique sur la 
troisième. Il faut remarquer en outre que, lorsqu'un mot 
proclitique a deux syllabes, l'accent secondaire tend à se 
porter sur la seconde, et la première tend à disparaître : le 
peuple dit « ç'te femme ». On ne s'étonnera donc pas (jue 
dans ille proclitique la syllabe il soit tombée, bien que 
cette chute de la première syllabe ne se soit pas produite 
pour tous les proclitiques. 

§ 120 bis. — Voici quelle était la déclinaison latine de 
ille : 



Si 


.NGULIER. 






Masculin. 


Féminin. 




Neutre 


Nominatif: ille 
Accusatif: illum 


illa 
illam 




illiid 
illiid. 


Masculin 


l'Lcnu-.L. 

Fci 


ninin. 




Nominatif: illi 
Accusatif: illos 


[iWsi) * 
illas 


illas 





DES ADJECTIFS ET PRONOMS DEMONSTRATIFS. 07 

Après la chute de la première syllabe, celte déclinaison 
est devenue en français : 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. Neutre. 

Cas sujet: \ï ) ) 

Cas régime: lo, le ^ ^'^ j '^' "^ 

PLUniEL. 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet : li ) . 

Cas régime: los, les \ '^^' 

L'article neutre. 

§ 121. — On croit trouver l'article neutre joint à des 
noms qui étaient neutres en latin, par exemple dans ce 
vers deltiChanso7ide Roland : « Dèsor cumencetle cunseill 
que mal prist », c'est-à-dire : « Alors coinmcnce le conseil 
qui tourna mal. » Si l'on fait de cunseill un mot masculin, 
comme il est au cas sujet singulier, il faut ajouter une .s- et 
changer l'article le en //. Mais le mot latin consllium était 
neutre; on peut supposer qu'il avait d'abord conservé ce 
genre en français, et que le est ba forme neutre de l'article. 

Particularités phonétiques des formes de l'article. 

§122. — On remarquera que, dans la déclinaison de l'ar- 
ticle, le cas sujet singulier et le cas sujet pluriel sont iden- 
tiques, contrairement à ce qui arrive généralement pour 
les noms et adjectifs, et que les cas régimes [le, les) ont 
une autre voyelle que les cas sujets {li). C'est que la voyelle 
de l'arlirio français représente non la voyelle radicale de 
ille, qui était la môme à tous les cas, mais la voyelle de 
flexion : ille, illwn, illi, illos. Les deux voyelles linguales 
e, i, se sont confondues, de môme que les deux voyelles 
labiales u et o. Les premières ont donné Vi de li, et les se- 



68 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

condes Ve de le, les. Sur la forme H, voyez encore la note 1 
du ^ 126. 

Articles contractes. 

§ 123. — Le cas régime de l'article, précédé de certai- 
nes prépositions, s'est uni à elles, et a formé ce qu'on ap- 
pelle les articles contractes : 

de le a fait: del,ileti, don, du 

de les — dels, des 

à le — fd, au 

à les — als, as, aus, aux 

en le — el,eu, ou, 

en les — cls, es. 

Nous avons laissé perdre les deux articles contractes 
formés avec la préposition en. Cependant l'un d'eux s'em- 
ploie encore dans quelques expressions consacrées : « ba- 
chelier ès-lettres. » 

II. — L'adjectif pronom « icil, cil ». 

Origine et déclinaison de icil. 

§ 124. — Ille, renforcé par un préfixe qui n'est autre 
que la préposition latine ecce (voici), a produit en français 
l'adjectif-pronom démonstratif icil. Eccille se déclinait 
naturellement comme ille; or ille avait un datif singulier 
qui n'a produit aucune forme de l'article, mais qui s'est 
conservé dans le pronom démonstratif icil, et dans le 
pronom personnel, dont nous parlerons plus loin. Ce 
datif singulier était, en latin populaire , illui pour le 
masculin, et illei pour le féminin', Eccille se déclinait 
donc : 

1. M. A. Tliomas a récemment étudié ces formes, et en a donné 
une explication qui est juste au moins pour le féminin. 



DES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 69 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. 

Nominatif: eccille (cet, celui-ci, celui) eccilla 

Accusatif: eccillum eccillam 

Datif : eccillûi (à cet, etc.) eccilléi 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Nominatif: eccilli (eccillœ) *eccillas 

Accusatif: eccillos eccillas. 

Les formes françaises correspondantes sont : 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet : icil, cil » icele, celé, celle 

Casréaime: { *° ^^'^'' ^^^ ' 

" ( 2° iceliii, celui, celi icelei, celei, celi. 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Cas sujet : icil, cil ) • t , ,, 

CasréQime: icels, cels, ceus, ceux j^celes, celés, celles. 

D'après l'origine latine, « icelui, celui » aurait dû être 
employé exclusivement comme régime indirect sans pré- 
position. Mais de très bonne heure, il n'a plus été qu'une 
seconde forme du cas régime ordinaire (voyez la Syntaxe). 

Le neutre cel. 

«5 125. — Il y avait une forme neutre « icel, cel », dérivée 
du neutre latin : eccillud, mais qui a* été peu employée. 
\'A\ voici un exemple : 

Roman d'Enée: « Ce/sai-jo bien et prové l'ai », c'est-à- 
dire : « Je sais bien cela et je l'ai prouvé. » 

Parlkularitcs phonélujues des formes de icil. 
i:; 126. — Comme l'article, le pronom icil a la même 



70 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

forme aux cas sujets du pluriel et du singulier, etla\oyelle 
tonique change aux cas régimes : icel, icels. La phonéti- 
que rend compte de ces différences : Yi tonique bref suivi 
de deux consonnes (ecczllum, eccï'Uos) se change réguliè- 
rement en e; icel, icels sont donc conformes à la règle. 
Mais par exception, sous l'influence de Ve et de l'i atones de 
« eccille, eccîlli », \'i tonique latin s'est maintenu aux 
nominatifs du singulier et du pluriel ^. 

LE PRONOM LATIN « ISTE » ET LE PRONOM 
FRANÇAIS « ICIST, GIST » 

§ 127- — Un autre démonstratif latin, istc, renforcé 
également par ecce, a produit en français un second adjec- 
lif-pronom démonstratif. Ëcciste se déclinait comme eccille 
et a donné en français les formes ci-dessous : 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. 

[ icoste , ceste , 
Cas sujet : icist, cist, cis (ecciste) j celle (eccista, 

( eccistam) 
. . _ I 1° icest, cest, cet, ce (eccislum) 
Cas rcfjitne . j 20 icestiii, cestiii, cesti (eccistùi) icestei, cestei, 

cesd (eccisléi) 

PLURIEL. 

MascuUii. Féminin-. 

..,.,,,,.•> ( icestes, castes, 

Cas sujet: icist, est (eccist,) ^^^ 

Cas régime : icez, cez, ces (eccislos) t cistas) 

1. On explique do môme les formes de icist (§ 127), celles du pro- 
nom personnel il (§ 137) et celle de l'article singulier U. h'e et ïi qui 
terniinaieut les formes latines du nominatif seraient devenus des i con- 
sonnes devant les mots qui commençaient par une voyelle, et c'est à ce 
titre qu'ils auraient empoché \'i tonique de se changer en e. Une autre 
explication, pour le cas sujet singulier, consiste à y voir le résultat des 
formes latines « eccillic,eccistic, illic », qui existaient à côté de« eccille, 
ecciste, ille. » Entin une théorie plus récente attribue le maintien de 17 
dans ces cas siiji'ts à l'inllaence analogique du pronom relatif. 



DES PRONOMS PERSONNELS. 71 

LE DÉMONSTRATIF NEUTRE « ÇO, CE » 

v^ 128. — Enfin un troisième démonstratif latin, « hic » 
sous sa forme neutre hoc, précédé également du préfixe 
ecce^di, produit notre pronom démonstratif neutre ce. Entre 
ecce hoc et ce, les formes intermédiaires sont : iceo,ceo, ço. 

CHAPITRE Y 

DES PRONOMS PERSONNELS 

LES PRONOMS PERSONNELS DES DEUX PREMIÈRES 
PERSONNES 

I. — En latin. 

§ 129. — Les pronoms pcrsormels, comme les pronoms 
démonstratifs, ont conservé trois des cas latins. Occupons- 
nous d'abord des pronoms des deux premières personnes. 
Les formes latines étaient : 





SINGULIER. 






l'o personne. 


2" personne. 


Nomimatif 
Accusatif: 
Datif : 


ego (je) 
me (moi) 
milii (à moi) 

PLURIEL. 


tu (tu) 

te 

tibi 


Nominatif: 
Accusatif : 
Datif : 


f" personne. 
nos (nous) 
nos 
nobis 


2° personne 
vos (vous) 
vos 
vobis. 



Ces mots, suivant la place qu'ils occupaient, étaient tan- 
tôt proclitifpies, tantôt pourvus d'un accent tonique. Par 
exemple « te » avait un accent tonique dans : « vaditad té » 



T2 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

(il va à toi) ; mais il était ou pouvait être proclitique dans : 
« te mônstrat » (il te montre). On ne prononçait >( té 
monstrat », avec deux accents toniques, que lorsqu'on vou- 
lait insister sur l'idée de la personne. 

II. — En français. 

§ 130. — Or, dans la transformation du latin en fran- 
çais, la voyelle d'un mot proclitique a été traitée comme 
celle de la première syllabe non tonique d'un mot ordi- 
naire. Et nous savons déjà qu'une même voyelle peut subir 
deux transformations différentes suivant qu'elle est à la 
première syllabe d'un mot ou dans la syllabe tonique. On 
ne s'étonnera donc pas que te latin proclitique ait donné le 
français « te », et te latin accentué : « toi », de même que 
les deux premiers e de « deberc » ont donné l'un e, l'autre 
oi, dans le français « deyoir. » 

§ 131. — Les pronoms ci-dessus n'ont cependant pas 
tous donné deux formes. Les nominatifs (sauf ego) ne sont 
représentés que par un seul mot français; il en est de 
même des cas régimes du pluriel. Seuls, l'accusatif et le 
datif singuliers ont deux formes ; mais ces deux formes 
sjnt les mêmes pour l'accusatif et le datif, parce que l'ac- 
cusatif et le datif latins se sont confondus en passant au 
français. 

11 faut remarquer en effet que Ve des pronoms latins me, 
te, et le premier i de miki, tihi, doivent, d'après les lois de 
la phonétique, être représentés en français par le même 
son. (Voyez, dans là pho7ié trique, les tableaux de Vi bref et 
de l'e long.) 

D'autre part la seconde syllabe de 77iihi et de tibi devait 
tomber ; mihi s'est donc confondu avec me, tibi avec te. 

^ 132. — Miki et me ont donné mei, puis 7noi, comme 
forme normale, et me comme forme proclitique. Tibi et 



DES PRONOMS PERSONNELS. 73 

te ont donné tei, puis toi, et te. Chacun de ces quatre mots 
(me, moi, te, toi), se rattachant à la fois à l'accusatif et au 
datif latin, doit pouvoir s'employer également comme ré- 
gime direct et comme régime indirect sans préposition. 
Nous disons en effet : « Il me rencontra », où me est régime 
direct, et « il me parle », oii me est régime indirect. De 
même pour te. On dit aussi : « Ecouie-moi, et rends-moii' 
justice », donnant à moi successivement la fonction de 
régime direct et celle de régime indirect sans prépo- 
sition. — Les formes plus rares « mi, ti » peuvent s'expli- 
quer par l'action de Vi final de mihi, tibi (§ 724). On trouve 
d'ailleurs les mêmes formes en latin. 

§ 133. — « Ego» a donné y'o, je, où l'on remarque le main- 
tien de la voyelle de la seconde syllabe, comme dans l'article. 
A côté de «jo,je», on trouve dans quelques textes la forme 
gié (en une seule syllabe), qui provient de éc/o non proclitique. 

§ 134. — Les pronoms des deux premières personnes se 
déclinent donc au singulier : 

l'« personne. S** personne. 

Cas sujet : jo, je {quelquefois gié) tu 

Proclitique. Proclitique 

Cas régime direct : 



Cas régime inclir. 



mei, moi, nu me tei, loi, ti te 



§ 135. — En latin, le pluriel des mêmes pronoms avait 
une forme commune pour le nominatif et l'accusatif : nos, 
vos. En outre, les lois phonétiques devaient amener la 
confusion du datif « nobis,vobis » avec le nominatif-accusatif 
« nos, vos. » Nous aurons donc en français une seule forme 
pour les trois cas : 

l'^o personne . 2'^ personne. 

Cas sujet : \ 

Cas régime direct : nos, nous vos, vous. 

Cas régime indirect : ) 

Clédat. 5 



74 GRAMMAIRE DU VIELX FRANÇAIS. 

LE FUONÛM DE LA TROISIÈME PERSONNE 

§ 136. — Le pronom de la troisième personne dérive 
du latin ille. Nous avons vu que ille était à la fois adjectif 
et pronom. Ille adjectif a produit l'article français, et ille 
pronom est devenu notre pronom personnel de la troi- 
sième personne. Quant aux différences de forme entre 
l'article et le pronom français, tous deux issus d'un même 
mot latin, elles proviennent de ce que ille adjectif-article 
était toujours proclitique, tandis que ille pronom ne 
l'était que quelquefois, comme les autres pronoms per- 
sonnels (§ 129). Quand le pronom ille était proclitique, il 
a donné les mêmes formes que l'article : le la les ; mais il a 
donné des formes spéciales quand il avait un accent tonique. 

§ 137. — Voici la déclinaison du pronom français, rap- 
prochée de celle du pronom latin : 

SINGULIER. 

Masculin. 

Cas sujet : ille il 
Casrég. dir.'. illum [el] 
Casrég.ind.: *illui lui, 11 

PLURIEL. 

Cas sujet: illi il, ils 

Casrég. dir.: illos els,eus, eux 

Casrcg.ind.: illorum \or,\euT *illorum lor, leur 

NEUTRE SINGULIER. 

Cas sujet : illud [el], il 

Pour ne pas compliquer ce tableau, nous n'y avons pas 
compris les formes proclitiques, qui sont : 

SINGULIER. 

,. , l masculin et neutre : lo, le iillum, illud) 
Cas régime direct j ^^„^.,^.,^ . i^ ^uiam) 

PLURIEL. 

Cas régime direct : 7nasculin et féminin : les (illos, illas). 



Féminin. 


illa 


ele, elle • 


illam 


ele, elle 


*iUei 


lei, li 


*illas , 


eles, elles 


illas 


eles, elles 



DES PRONOMS PERONiNELS. 7K 

Remarques. — 1° Singulier, cas régime direct : nous avons 
mis el entre crochets parce que cette forme n'a pas per- 
sisté. Lui servait et sert encore à la fois pour le régime direct 
et le régime des prépositions, et pour le régime 'indirect 
sans préposition. Au féminin lei avait aussi ces deux fonc- 
tions. ' 

2° Pluriel, cas sujet : il a pris une s analogique quand la 
vieille déclinaison a eu disparu et que tous les pluriels se sont 
terminés par des s. Le peuple dit encore : « il ont. » 

3° Pluriel, cas régime indirect : illôrum est le génitif pluriel 
de ille (voyez ci-dessus § 101), et signifie par conséquent 
« d'eux ». C'est encore le sens de « leur » employé comme ad- 
jectif possessif. Mais, dès l'origine de notre langue, leur (lor) a 
aussi pris, par extension, le sens de « à eux. » 

4° Notre pronom neutre il {il faut, il est bon de...) ne vient 
pas de illud, qui aurait donné el ; c'est le pronom masculin em- 
ployé avec le sens neutre. 

Pour les particularités phonétiques qu'offrent les divers cas 
du pronom il, voy. § 126. 

LE PRONOM RÉFLÉCHI 

§ 138. — Le pronom réfléchi ne peut avoir que des cas 
régimes. Ce pronom, des deux nombres, était en latin se 
à l'accusatif, sibi au datif. Si on compare ces formes à 
celles des pronoms des deux premières personnes, on verra 
facilement que le français devait être : 

Cas réqime direct: i . . . 

Cas régime indirect : j '"' '^'' ''• " -P''o^«'^^î"e : se. 

PRONOMS CONïRAGTi:S 

§ 139. — De même que les articles le, les, les formes 
proclitiques « le, les » du pronom personnel se combi- 
naient dans l'ancienne langue avec certaines prépositions. 
Du équivalait non seulement à de suivi de l'article, mais 
aussi ù de suivi du pronom le; on disait : « il est temps du 
faire », au lieu de : « il est temps de le faire. » 



76 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 140. — Les pronoms « le, les » se combinaient aussi 
avec les autres pronoms personnels je, me, te, se, avec la 
négation ne, avec le pronom relatif qui, avec l'adverbe af- 
firmatif si. On disait: «-jel suivrai » pour «^e le suivrai »; 
« jamais nel ou nés reverrez » pour « jamais vous tie le ou 
ne les re verrez » ; « sis met en rang » (Chanson de Roland) 
pour « si les met en rang », c'est-à-dire « ainsi il les met 
en rang ». On trouve ?m au lieu de ne/ pour ne le, de 
même que du au lieu de del pour de le : « nii ferez » signi- 
fie « vous ne le ferez pas ». 

§ 141. — Me est souvent réduit à m (même devant une 
consonne), après si, ne : « sim, nein ». 

Enfin le pronom se se combinait aussi avec certains 
mots, et se réduisait alors à s. Or nous avons vu que les, 
dans les combinaisons analogues, se réduit également à 
s. Ainsi nés représente ne les (Voy.§ 140), ou nese;le sens 
delà phrase peut seul indiquer laquelle de ces deux inter- 
prétations il faut choisir. Ce sera ne se dans le vers suivant 
de la Chanson de Roland : 

Nés poet guarder que mais ne li ateignet. 

Traduisez : « Il ne se peut garder que le mal ne l'at- 
teigne. » 

On trouve aussi guis pour qui se, sis pour si se. 

CHAPITRE YI 

DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS 

§ 142. — L'adjectif-pronom possessif était en latiit 
meus (mon, mien), tuus (ton, tien), suus (son, sien) pour 
les trois personnes du singulier, et noster (notre), vostc, 
(votre) suus (leur) pour les trois personnes du pluriel. 



DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS. 



77 



Chacun de ces mots se déclinait comme l'adjectif « bonus ». 
Nous allons les passer successivement en revue. 

PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER 

§ 143. — Les divers cas latins de « meus » ont produit 
en français les formes suivantes : 



Latin. 

Cas sv jet: meus 
Cas régime : meum 



SINGULIER. 

Masculin. 

Français. 



Forme non proclitique. 



mes, mis 
mon 



SINGULIER. 

Féminin. 

Latin. Français. 

mea 



Cas sujet 

Cas régime : meam ) 



PLURIEL. 

Masculin. 

Latin. 

Cas sujet : mei 
Cas régime : meos 



Féminin. 

Français. 

mes 



Latin. 

Cas sujet : (mese) *meas 
Cas régime : meas 



NKUTRE SINGULIER 
Latin. 

Cas unique : meum 



Forme non proclitique. 

mêle, moie 



Français. 

mei, mi 
mes 



Forme non proclitiiiue. 

mêles, moies 



Français. 

Forme non proclitique : mien. 



§ 144. — Ces différentes formes offrent des singularités 
phonéti(|iiPs que nous ne pouvons expliquer ici. L'adjectif 
non proclitique mien, qui dérive, comme on le voit, d'un 



'^ GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

accusatif singulier latin, s'est développé en français ; on 
lui a donné un cas sujet en ajoutant une s, et on lui a 
fait aussi un pluriel conforme a la déclinaison masculine 
des noms et adjectifs : mien cas sujet, miens cas régime. 
On a même refait sur mien une forme féminine mienne, qui 
s'est substituée à meie, moie. Quant aux emplois divers de 
« mon » et de « mien », nous en parlerons dans la syntaxe. 

DEUXIÈME ET TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER 

§ 145. — Tuus (ton, tien) se déclinait exactement 
comme meus. Ces deux mots différaient par la voyelle du 
radical, qui est u dans « twus » et e dans « meus. » Mais le 
premier s'était assimilé au second, et on trouve « tes, tis » 
en français, au cas sujet masculin singulier, comme si en 
latin on avait dit « teus ». Pour d'autres cas on a deux 
formes d'origines différentes, l'une se rattachant au radical 
classique, l'autre au radical assimilé. 

SINGULIER. 

Masculin. 

Formes non proclitiques. 

Cas sujet : tes, tis 

Cas régime: ton tuen {latiîi tuum) ; tien {latin "teum) 

Féminin. 

Formes non proclitiques. 

Cas unique : ta tue ou toe [latin tuam) ; leie, toie [latin *team) 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Formes non proclitiques. 

, . .. _ . ^ i tues OU tocs (latin tuas); 

Cassu3et: te., ti Cas m«3»e : tes [ ,eies, toies (/afm *teas). 

Cas régime: tes. 

NEUTRE SINGULIER. 

Cas sujet : ) ^ ,.,. 

Cas régime: i ^'^^'"^^^ ''°" P^'oclUiques : lueu, tien. 



DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS. 79 

§ 145 bis. — Situs (son, sien) a donné l'adjectif fran- 
çais « ses, sis », qui a les mêmes formes que « tes, tis ». 

SUNGULIER. 

Masculin. Véminin. 

Cas sujet : ses, sis "\ 

Cas rérjime: son / 

Formes non proclitiques. l Formes non proclitiques. 

• suen, sien ] sue, soe; seie, soie. 

PLURIEL. 

!ses 
Formes non proclitiques, 
sues, soes; seies, soies. 

NEUTRE. SINGULIER. 

Cas sujet : ( „ .... 

r, ■ ■ \ Formes non proclitiques : suen, sien. 

Cas régime : | ^ ^ ' 

§ 146. — On a fait aux adjectifs tien, sien une déclinaison 
complète, comme à mieii (§ 144), et on leur a donné un 
féminin « tienne, sienne, » qui s'est substitué à toie, soie. 

PH KM 1ÈRE ET DEUXIÈME PERSONNE DU PLURIEL 

i; 147. — Le lalin nosler se déclinait aussi sur le modèle 
de bonus (bon), ou plus exactement comme ni;/er [noir, 
Voyez ci-dessus § 92). Le français nostre offrait les formes 
suivantes : 

SINGULIER. 

Masculin. Féminin. JScutre. 

latin. Latin. Latin. 

Cas suj .. noster i nostra ; nostrum ; 

Casréy.-.nostrnm)''''^^''' nostram î '^°''^*^ nostrum i '"^^^''^ 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Latin. Latin. 

Cas suj..nostr\ nostre (nostraB)*nostras piostres, 

C<t.« rt'y.: nostros nusUcs,noz, nos nostras (noz,nos. 



80 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

On voit que le singulier se réduit à une seule forme, 
nostre, pour les deux cas et les trois genres. Le féminin 
ne se distingue pas du masculin et du neutre par Ve muet 
correspondant à Va atone du latin ; car au masculin et au 
neutre le groupe de consonnes str {noster, nos^rum) a pro- 
duit aussi un e muet(Voy. § 15, l°et 3°). Au pluriel féminin 
et au cas régime du pluriel masculin, « noz, nos » est une 
forme abrégée de « nostres », sur laquelle, comme sur mien 
et tien, on a refait toute une déclinaison; car on trouve 
quelquefois no comme cas sujet pluriel, cas régime singu- 
lier et féminin singulier, nos comme cas sujet singulier 
(Voyez la syntaxe, § 415). 

§ 148. — Le latin voster et le français vostre ont été 
traités comme noster et nostre. 

TROISIÈME PERSONiNE DU PLURIEL 

§ 149. — Le latin suus, qui a produit « son », s'employait 
aussi comme adjectif possessif de la troisième personne du 
pluriel (au sens de /eur). Il a perdu cette valeur en français. 
Mais pour exprimer l'idée de « leur » adjectif possessif, 
les Latins se servaient également, dans des cas déterminés, 
du génitif pluriel des pronoms démonstratifs, comme si en 
français, au lieu de dire : « leur patrie », on disait : « la 
patrie de ceux-là, d'eux ». Or, l'un de ces pronoms 
démonstratifs latins était ille, dont le génitif pluriel était 
illôrum; illôrum a produit le français « lor, leur » qui signifie 
proprement d'eux (Voyez ci-dessus § 131, remarques, 3°). 

§ 150. — Leur, équivalant à « d'eux », devait rester 
invariable quel que fût le cas ou le nombre du substantif 
auquel on le joignait. Mais on perdit vite la notion de 
l'origine do ce mot. On l'assimila à un adjectif ordinaire, 
en lui donnant une s au ])liuiel. 



DU PRONOM RELATIF ET INTERR06ÂTIF. 81 

CHAPITRE Vil 

DU PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF 
§ 151. — Le pronom latin qui se déclinait comme =;uit : 





SINGULIER. 




Masculin. 


Féminin. 


Neutre. 


Nominatif: qui 
Accusatif : quem 
Datif: cui 


*que (qua3) 

qiiam 

cui 

PLURIEL. 


quod 
quocl 
cui 


Masculin. 


Féminin. 




Nominatif : qui 
Accusatif: quos 
Datif: quibus 


*qae (quœ) 

quas 

quibus. 





^ 152. — Le nominatif pluriel était donc identique au 
nominatif singulier. Cette identité des deux nombres pour 
l'un fies cas a amené une assimilation pour les autres cas : 
l'accusatif et le datif pluriel sont tombés, et les formes du 
singulier ont été appliquées aux deux nombres. 

5; 153. — Il y a eu d'autre part confusion phonétique ou 
assimilation entre les formes du masculin et celles du 
féminin, de telle sorte que le pronom relatif français a les 
mêmes formes pour les deux nombres et les deux genres : 

MASCULIN et FÉMININ, SINGULIER et PLURIEL. 

Cas sujet : qui 

Cas régime direct : forme proclitique : que 

Cas régime indirect : cui, qui. 

Le cas régime indirect « cui, qui, n a servi aussi, par ex- 
tension, pour le régime direct et le régime des préposi- 
tions. Nous l'employons encore nprès les prépositions. 

5. 



82 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 154. — Le neutre diffère en pr.incipe du masculin- 
féminin parce que le cas sujet devrait être que (latin quod) 
comme le cas régime. Mais ce cas sujet neutre ne s'est 
pas conservé. Toutefois nous en trouvons trace dans le 
|iro verbe : « Fais ce que dois, advienne que pourra ». 
Ailleurs il y a eu assimilation complète avec le mnsculin- 
féminin, sauf cependant que la forme non proclitique du 
cas régime neutre n'était pas « cui, qui», mais « quoi», 
dérivé de quid latin interrogatif : « ce à quoi il se prépare ». 

§ 155. — Le pronom interrogatif latin était le même 
que le pronom relatif. Toutefois le nominatif masculin était 
le plus souvent quis au lieu de qui, et le neutre quid au 
lieu de quod. Quis n'a rien donné en français; le cas sujet 
masculin du pronom interrogatif ne diffère pas du même 
cas du pronom relatif. Mais quid a produit deux formes, 
l'une proclitique qui se confond avec le pronom relatif 
neutre, que, l'autre, accentuée, qui est « qitei, quoi ». 
Enfin au cas régime direct du masculin-féminin, le pro- 
nom interrogatif n'a pas la forme proclitique que; on dit : 
« Qui désiriez-vous comme voisin? » et non: « Que dési- 
licz-vous comme voisin? » 

CHAPITRE YIII 

DES ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS 

§ 156. — Il y a peu de chose à dire pour la flexion des 
adjectifs et pronoms indélinis. Ils se déclinent conune les 
adjectifs ordinaires. Quelques-uns ont un douMe cas ré- 
gime, analogue à celui d'icil, d'icisl et de il, et de môme 
origine. Ainsi altre (autre, latin oller) fait au cas régime 
singulier: allrc [alterum] et allvm {*ul(erui). i\uls (nullus) 
fait nul et nului. 



DU VERBE. 83 

§ 157. — L'adjectif <oz, tôt [tout, latin *tottus)se décline 
conformément aux règles ordinaires, sauf pour le cas sujet 
du pluriel masculin, qui est tuit el non tôt, sous l'influence 
de ïi final du latin toti (Voyez § 724). 

^ 158. — <( Quelque » se composant de quel et de que, 
quel devrait s'accorder en cas, en nombre et en genre, et 
que rester invariable. C'est ce qui avait lieu dans l'ancienne 
langue (Voyez ci-dessous § 426, au mot Quelque). 

CHAPITRE IX 

DU VERBE 

NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

I. — Du rôle de l'analogie dans la formation des 
verbes français. 

^ 159. — Beaucoup des formes de nos verbes français 
doivent leur origine à l'analogie ou à l'assimilation, qui 
tend toujours à rendre la conjugaison moins compli(|uée, 
en assimilant entre eux les temps et les personnes dans la 
mesure compatible avec la distinction nécessaire de ces 
temps et de ces personnes. 

Nous avons déjà vu l'analogie à l'œuvre dans la décli- 
naison, donnant par exemple une s au cas sujet singulier 
de certains noms qui n'en avaient point en latin. Mais eile 
agit bien plus encore sur la conjugaison, et le langage des 
enfants peut nous donner une idée de son action inces- 
sante. C'est par analogie que les enfants disent souvent 
s'nssirc au lieu de s'asseoir, introduisant à l'infinitif Yi du 
participe passé, et assimilant ce verbe à d'autres plus fa- 
ciles à conjuguer, lui la inAme voyelle se retrouve à tous 
les temps : ri, rire, /mi. nuire, etc. C'est encore par ana- 



84 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

logis qu'ils disent « se taiser » au lieu de « se taire ». 

Un grand nombre de formes de nos verbes dérivent de 
fautes de ce genre, que l'usage a consacrées, et qui ont fait 
disparaître les formes antérieures plus régulières, c'esl-à- 
dire plus conformes à l'étymologie latine. Ainsi nous ver- 
rons plus loin que l'indicatif présent du verbe aimer se 
conjuguait : « j'aim, tu aimes, il aime, nous amons, vous 
amez, ils aiment ». On a ajouté un e muet à la première 
personne du singulier, par analogie avec les deux autres, et 
on a changé en ai Va des deux premières personnes du 
pluriel, en les assimilant aux quatre autres personnes du 
même temps. Nous aimoiis, à la première personne du plu- 
riel, a donc commencé par être un barbarisme, comme si 
on disait : nous tienons, au lieu de nous tenons. L'usage 
en a fait une forme régulière, et c'est l'ancienne forme 
régulière qui serait aujourd'hui un barbarisme. 

L'indicatif présent du verbe craindre était jadis : 
je criem, tu criens, il crient, nous cremons, vous cremez, 
ils criement, et ces formes n'étaient pas plus extraordi- 
naires que « je m'assieds, nous nous asseyons », à côté de 
l'infinitif « asseoir ». L'assimilation avec les verbes en 
aindre, comme plaindre, qui avaient l'indicatif en « ains, 
ai gnons », a produit la conjugaison actuelle de craindre. 
Les formes anciennes du verbe asseoir ont persisté plus 
longtemps, mais elles tendent à se simplifier, car on dit 
aussi : « je m'assois, nous nous assoyons. » Les phéno- 
mènes de ce genre abondent dans l'histoire de nos conju- 
gaisons. 

§ 160. — Il faut remarquer que l'analogie agit tantôt de 
verbe à verbe, tantôt de temps à temps d'un même verbe, 
tantôt de personne à personne d'un même temps. L'indi- 
catif présent de craindre est un exemple du premier mode 
d'action. L'indicatif présent û' aimer est un exemple du 



DU VERBE. 85 

troisième mode. Quant à l'action de temps à temps, nous 
la trouverons dans le participe passé d'aimer, qui était 
d'abord amé, et qui est devenu aimé par assimilation avec 
les temps où on avait la diphtongue ai. 

II. — Division des verbes en conjugaisons 

La conjugaison en er et la conjugaison en re, oir, ir. 

§ 161, — C'est seulement pour l'infinitif que nous avons 
encore quatre terminaisons correspondant aux quatre 
conjugaisons latines. Pour les autres temps, nous avons 
conservé d'une part les principaux caractères de la con- 
jugaison latine en are (français er) et d'autre part, nous 
avons fondu en une seule les trois conjugaisons en ère, 
_ere (Voyez page 10, note 1), ?>e (français oir, re, ir). 

La conjugaison inchoative. 

§ 162. — Toutefois il faut mettre à part les nombreux 
verbes en ir qui ont le singulier de l'impératif en is et le 
singulier de l'indicatif présent en is, is,it, et qui, i° au plu- 
riel des mômes temps, 2° à l'imparfait de l'indicatif, 3° au 
sulijonctif présent et 4° au participe présent, prennent la 
syllabe iss entre le radical et les terminaisons ordinaires 
communes à toutes, les conjugaisons. Ces verbes sont dits 
inchoalifs (du latin inchoare, commencer) parce que la 
syllabe latine ?sc *, d où dérive la syllabe française iss (et 
is ou it au présent de l'indicatif et à l'impératif), donnait 
aux verbes dans lesquels elle se plaçait le sens particu- 
lier de commencer faction, entrer dans un état et non pas 

1. En réalité, ce sont les consonnes vc qui avaient une valeur in- 
choative. Kllcs s'ajoutaient à. la voyelle finale du radical dos verbes, 
et cette voyelle n'était pas toujours i. Mais Vi suivi de se a fini par se 
détacher du radical dont il faisait partie, et a formé avec se une syl- 
labe mobile qui s'est ajoutée à. d"autres radicaux. 



86 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

peulement « agir, être dans un état », comme les verbes 
ordinaires. 

§ 163. — Nous venons d'énumérer les temps dans les- 
quels entre la syllabe inchoative, et nous n'y avons pas 
fait figurer l'intinitif. En latin, l'inflnitif de ces verbes avait 
la terminaison —ère (à laquelle correspond la terminaison 
française re) précédée de la syllabe inchoative. Les verbes 
inchoatifs devraient donc être des verbes en re, c'est-à-dire 
en istre si l'on ajoute la syllabe inchoative et si l'on 
intercale le t euphonique (Voyez ci-dessous § 213). Iscere 
latin doit en effet damner htre français. Mais au lieu de 
« istre », nous trouvons pour tous ces verbes la flexion ir, 
sans syllabe inchoative. Sur ce point le français se sépare 
donc du latin. 

i; 164. — Quant au participe passé et au prétérit, l'idée 
particulière qu'ils expriment (action accomplie) est incon- 
ciliable avec la signification de la syllabe inchoative (action 
qui commence). On ne s'étonnera donc pas que ces temps 
n'aient pas la syllabe inchoative. 

§ 165. — Enfin le futur et le conditionnel et l'impar- 
fait du subjonctif n'ont pas non plus cette syllabe, parce 
qu'ils dérivent d'autres temps qui ne l'ont pas, les deux 
premiers se formant sur l'infinitif et le troisième sur le 
prétérit. 

Au premier abord, l'imparfait du ^subjonctif a l'appa- 
rence inchoative, car il se termine en isse, isses, issons, etc., 
comme le présent, dont il ne difi'ère qu'à la troisième per- 
sonne du singulier : qu'il finît au lieu de qu'il finisse. Mais 
c'est une apparence trompeuse. La terminaison de l'impar- 
fait du subjonctif de ces verbes n'a pas la même origine 
que celle du présent : la syllabe inchoative n'y est pour rien. 
C'est la terminaison régulière qui, dans toutes les conju- 
gaisons, s'ajoute au prétérit de l'indicatif pour former 



DU VERBE. 87 

l'imparfait du subjonctif (que j'aimasse, que je rendisse, que 
je voulusse). 

Résumé. — Les deux conjugaisons vivantes. 

s; 166. — En résumé, il y a en français trois conjugai- 
sons : la première comprend les verbes en er : la seconde : 
les verbes inchoatifs en ir; la troisième : les verbes en re et 
eu oir et les verbes non inchoatifs en ir. Sur environ 
■^(000 verbes français, la première conjugaison en compte 
à peu près 3i00, la seconde un peu plus de 300, et la troi- 
sième un peu moins du même nombre. Dans la troisième 
conjugaison, la moitié environ des verbes a l'infinitif en 
re. l'autre moitié se partage à peu près entre les verbes en 
oir et ceux en ir non inchoatifs. 

s5 167. — On voit que la conjugaison en er et la conju- 
ix.iison inehoative sont les plus importantes. Ce sont aussi 
It's seules vivantes, pour employer une excellente expres- 
sion proposée par M. Ghabaneau. De tout temps on afabri- 
(jué des verbes et on en fabriquera encore sur le modèle de 
I hanterai de /?««% tandis qu'on n'a pas augmenté le nombre 
des verbes en re et en oir, ni des non inchoatifs en ir, que 
le latin nous avait transmis (sauf toutefois en ajoutant des 
préfixes à des verbes déjà existants). 

Il serait facile de citer de nombreux verbes en er qui 
datent de notre siècle et même des dernières années. Le 
verbe télégraphier n'est pas bien vieux, et le verbe télé- 
pltoner, plus récent encore, et qui n'a pas, si l'on veut, 
acquis droit de cité, arrivera certainement à s'introduire 
dans l'usage général. Les verbes nouveaux en ir sont plus 
rares : M. Alphonse Daudet a employé aveulir (rendre 
veule) dans un de ses romans; l'avenir seul nous apprendra 
si ce mot est destiné à devenir tout à fait français; l'usage 
en décidera. Ce qui pourra nuire au succès de ce verbe, 



88 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

c'est qu'il est formé avec un adjectif qui tend à dispa- 
raître delà langue et que beaucoup de personnes ne com- 
prennent déjà plus. 

LES VARIATIONS DU RADICAL DES VERBES 

§ 168. — Parmi les variations du radical des verbes, 
nous n'étudierons ici que celles qui ont le caractère de 
flexions, c'est-à-dire qui contribuent, avec les flexions pro- 
prement dites ou terminaisons, à différencier les temps et 
les personnes. Souvent d'ailleurs ces variations se rat- 
tachent plus ou moins directement aux flexions latines. 
Les différentes formes du radical du verbe tenir [ten, tien, 
tin) ne servent pas moins que les terminaisons qui s'y ajou- 
tent, à caractériser les temps et personnes de ce verbe. 

Quant aux changements successifs d'un même radical, qui 
affectent également toutes les personnes et tous les temps, 
comme le changement de solld latin, du verbe solidare,cVa- 
bord en sold, puis en soud, radical du verbe français souder, 
ce sont desphénomènespurement phonétiques dont nousn'a- 
vons pas à nous occuper dans cette partie de la grammaire. 

§ 168 bis. — Parmi les variations « flexionnelles » du ra- 
dical, nous négligerons jusqu'au moment où nous parle- 
rons des flexions proprement dites de chaque temps : 1° les 
formes du prétérit, de l'imparfait du subjonctif et du parti- 
cipe passé dans les verbes qui présentent, à ces temps, des 
particularités exceptionnelles; 2° les formes c{ui ne s'ap- 
pliquent qu'à un seul temps, et à ce point de vue nous as- 
similerons le iïitur et le conditionncd à un temps unique. 

I. — Variations dues au traitement différent des 
voyelles latines toniques et des mêmes voyelles 
atones. Radical tonique et radical atone. 

§ 169. — Un sait qu'en français, comme en l'tin,rac- 



DU VERBE. 89 

cent tonique est tantôt sur le radical, la partie permanente 
du verbe, et tantôt sur la flexion, la terminaison. Le radi- 
cal de pointer étant « port », l'accent est sur le radical dans 
je porte, ils portent, etc. Il est sur la terminaison dans : 
porter, portons, etc. Un certain nombre de verbes appar- 
tenant à toutes les conjugaisons sont dits irréguliers parce 
que la voyelle du radical n'est pas la même quand elle a 
l'accent tonique et quand elle est atone. Ainsi le radical de 
mourir est meur dans le premier cas (il meurt, que tu 
meures, etc.) et mour dans le second (mourir, mourant, 
nous mourons, etc.). De même « bwvant » et « je bois », 
« recevoir » et « je reçois », « tenir » et « je t?ens », « appa- 
roir » et « il appert », etc. 

Ces verbes ont donc un radical tonique et un radical 
atone qui diffèrent l'un de l'autre. 

§ 170. — Le radical tonique se trouve 1° aux trois per- 
sonnes du singulier et à la troisième personne du pluriel 
des présents de l'indicatif et du subjonctif; 2° à l'impératif 
singulier; 3° à l'infinitif des verbes en re. C'est en effet à 
ces différents temps et personnes que l'accent, d'après 
l'origine latine, est sur le radical du verbe. 

§ 171. — Le radical atone se trouve à tous les autres 
temps et personnes. Toutefois il y a des verbes qui ont 
aussi l'accent sur le radical au prétérit de l'indicatif et au 
participe passé; mais souvent dans ces verbes le radical, 
à ces temps, diffère à la fois du radical tonique ordinaire et 
du radical atone; ainsi le radical tonique normal de tenir 
étant tien (il tient) et le radical atone ten (nous tenons), 
le radical spécial du prétérit est tin (il tint). J'ai déjtà dit 
que les formes exceptionnf'lles du prétérit et du participe 
passé seront expliquées à propos de chacun de ces temps. 

v^ 172. — Il n'y avait, dans le latin, aucune différence 
entre le radical tonique des verbes et le radical atone. 



90 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Ainsi mourir était « *?»on're », et il meurt : « *m6r'ii. » 
La voyelle du radical était toujours o. Mais cet o était atone 
dans *morire et tonique dans *inôrit. Or très souvent les 
voyelles latines, en passant dans le français, ont subi une 
transformation différente suivant qu'elles étaient toniques 
ou atones. L'o tonique est devenu eu, Yo atone de la pre- 
mière syllabe des mots est devenu ou : de là « mouriv, 
mour^ni, mourons, etc. » et « meurs, meure, etc. », « mou- 
roir, mouvBXii » et « il meut ». Ainsi dans les verbes à radi- 
cal variable, quand le radical tonique a eu, le radical atone 
a ou. De même, il y a alternance entre oi ou ié tonique et 
e atone (e muet ou é) : acquérir et acquiers, venir et 
viens, recevoir et recois. On disait aussi : « il hoii » et be- 
vant, bevons » ; l'e muet s'est changé en u dans le radical 
atone par une exception particulière à ce verbe. 

^ 173. — L'ancienne langue possédait plus de verbes à 
double radical que la langue actuelle. 

Ainsi demeurer, pleurer, prouver, trouver se conjugaient 
comme mourir et mouvoir : 

Demourer, demourant, clcmouré, nous demourons, je démoli- 
rais, etc. ; et tu demeures, il demeure, etc. 
Ploiirer, plourant, nous plourons, etc., et pleure, il pleure, etc. 
Prouver, prouvé, vous prouvez, el il preuve, que tu preuves. 
Trouver, trouvant, je trouvais, et ils treuvent, treuve. 

Les différentes formes de chacun de ces verbes se sont 
assimilées entre elles, mais tantôt c'est eu qui a prévalu, et 
tantôt ou. On a dit « demeurer, pleurer » comme on disait 
« il demeure, il pleure », et « il prouve, il trouve » comme 
on disait « prouver, trouver ». 

De même, on conjuguait lever comme tenir, et me7ier et 
peser comme recevoir : 

Lever, levant, levons, et il liiive, liève, etc. 
Mener, mené, menez, et moine (d'abord meine). 
Peser, pesant, pesez, el il poise (d'abord il ptise). 



DU VERBE. 91 

Ici encore l'analogie a- rendu la conjugaison plus uni- 
forme; mais l'assimilation n'est complète qu'en apparence, 
car en réalité le radical tonique de ces verbes diffère tou- 
jours du radical atone : le premier est lèv, mèn, pès, le 
second lev, men, pcs. C'est ainsi que tous les verbes en 
eler, eter, ever, ont encore un double radical. 

Le verbe voir se conjuguait comme recevoir, mener, peser. 
On disait en effet : veoir (infinitif), Memit (participe pré- 
senti, veons(l'"'' pers. plur. de l'indicatif présent etdel'im- 
pératif), et tu vois, il voit (d'abord tu veis, ilveit). Le radi- 
cal atone était donc ve, et le radical tonique voi; mais un 
y eu]3honique a dû s'introduire dans « veant, veons », et 
l'analogie avec le radical tonique « voi » en a fait rapi- 
dement : « voyant^ voyons. « A l'infinitif il y a eu contrac- 
tion de veoir en voir. lien résulte que partout aujourd'hui 
dans la conjugaison de ce verbe (sauf aux prétérit, impar- 
fait du subjonctif et participe passé, sur lesquels nous 
reviendrons) on a oy ou oi pour représenter la voyelle 
du radical, et cette même diphtongue se retrouve dans la 
flexion de l'infinitif qui s'est substituée à la voyelle radi- 
cale de ce temps. 

Dans prier le radical tonique était ;?r/, et le radical atone 
proi (d'abord prei). On disait donc : proier, proions, etc., 
et prie, ils prient, etc. 

Dans aimer le radical tonique était aim, et le radical 
aloneam.L'un et l'autre correspondent au radicallatin am, 
t-ar Va latin devant une nasale se change cwai lorsqu'il est 
Ionique, et reste a lorsqu'il est atone. On disait donc : 
amer, amez, amons, etc., et aime, il aime, etc. 

Dans les verbes actuels à radical double on ne trouve 
plus cette alternance entre a et ai. On ne trouve pas non 
pbis l'alternance entre z et oi que nous avons remarquée 
dans l'ancien verbe prier, ni l'alternance inverse (oi et /) 



^2 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

que l'ancienne conjugaison offrait aussi quelquefois. 

§ 174. — Le verbe asseoir réunit, dans l'état actuel de 
la langue, les formes anciennes avec radical alterné, et les 
formes plus récentes, dues à l'assimilation. 

L'infinitif de ce verbe se prononçait autrefois en trois 
syllabes : as-se-oir. As étant le préfixe, se était le radical 
atone. La voyelle de ce radical a disparu à l'infinitif: car, 
bien qu'on écrive encore asseoir, on prononce assoir (Com- 
parez voir, ci-dessus § 173). Partout ailleurs la voyelle du 
radical atone n'a pas disparu ; elle s'est développée au 
contraire; il y a eu intercalation d'un y euphonique (Com- 
parez encore ce que nous avons dit de voir). Au lieu de 
s'asse-ant, nous nous asse-ons, on a dit : s'asseyant, nous 
nous asseyons. Et par le changement habituel de ey en oy, 
on a aujourd'hui : assoyant, assoyons. Mais les formes 
intermédiaires par ey continuent à être conjointement en 
usage. Quant au radical tonique, il avait ié au lieu de e. De 
là « ils^assied », que l'on emploie encore, mais qui tend h 
céder la place à la forme assimilée « il s^assoit », qui dérive, 
par analogie, de « assoyons, asseoir ». 

§ 175. — Quelquefois la langue a hésité entre les deux 
radicaux, et on trouve, à la même époque, le verbe entiè- 
rement conjugué de deux façons. Au xvii'^ sircle preuver 
et prouver étaient tous deux en usage. Puis le second a 
fini par l'emporter. 

§ 176. — Dans tous les exemples que nous venons de 
citer, le radical n'a qu'une syllabe. La complication peut 
être bien plus grande quand il en a plusieurs, comme dans 
manduc-are (manger). Dans toutes les formes de ce verbe 
où l'accent est sur la flexion, la voyelle u du radical rnan- 
duc doit tomber d'après les lois générales de phonétique; 
c'est ainsi (jue manducâre donne manger, manducùtis : 
manyez, etc. (Voyez § 14). Mais dans les formes où l'accent 



DU VERBE. 95 

est sur le radical, comme Vu est long, l'accent porte pr - 
Gisement sur cet u, qui, dès lors, doit se conserver. C'est 
ainsi que mandûcat a donné : {il) manjue * (indicatif pré- 
sent), mandûca : manjue (impératif), etc. On disait donc : 
mange?', mangeant, mangé, nous mangeons, je mangeais, 
je mangeai, mais au singulier de l'indicatif présent et de 
l'impératif: tu manjues, il manjue, ils manjuent, manjue. 

§ 176 bis. — De même le verbe adjutâre (d'où vient 
aider) avait un radical de deux syllabes, adjut. Dans ce 
verbe ad a été traité non comme préfixe, mais comme pre- 
mière syllabe du mot (voyez § 17, remarque II). Il en ré- 
sulte que adjutâre, adjutàntem, adjutàmus, ontdonné aider, 
aidant, nous aidons, etc., tandis que adjûta, adjûtat, etc., 
donnaient : aiue (impératif), il aiue (indicatif présent), etc. 

Le verbe parler (*parabolâre) faisait aussi : tu paroles, 
ilsparolent, etc., et par la7it, vous parlez, je parlais, etc. 

Ainsi le radical tonique de manger, aider, parler, était 
manju, aiu, paroi, et le radical atone des mêmes verbes : 
mang, aid, pari. 

§ 176 ter. — Dans les pages suivantes nous aurons à si- 
gnaler les modifications que subit le radical normal des 
verbes (tonique ou atoué), sous des influences diverses. Il 
importe donc de pouvoir déterminer le radical normal 
de chaque verbe. Pour ceux qui n'ont pas une connais- 
sance suffisante du vocabulaire latin et des lois de la 
phonétique, nous donnerons le moyen empirique suivant : 
en prenant l'imparfait d'un verbe quelconque et en sup- 
primant la flexion ais, on obtient le radical atone. En sub- 
stituant, quand il y a lieu, à la voyelle ou à la diphtongue 
du radical ainsi obtenu, la voyelle ou la diphtongue radi- 

1. Rigoureusement il faudrait mandue ; mais une première assimi- 
lation a substitue très ancionnemonl au d de cette forme et des sem- 
blaljles le y doux ou j des formes telles que man<jer. 



94 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

cale que l'on trouve aux deuxième et troisième personnes 
de l'indicatif présent, on a le radical tonique. Ainsi pour 
le verbe « mouvoir », l'imparfait « mouvais » nous donne 
le radical atone mouv. Substituons à ïou de mouv la di- 
phtongue eu des deuxime et troisième personnes de lin- 
dicalif présent, nous aurons le radical tonique meuv, qui 
perd son v, comme nous le verrons, devant les consonnes 
de flexion. 

II. — Variations dues à la présence, dans la flexion 
latine, d'un e ou i consonnifiable. 

§ 177. — J'appelle e ou i consonnifiable tout eou i latin 
suivi d'une autre voyelle (Voyez ci-dessous § 723). Tous 
les verbes de la quatrième conjugaison et une partie de 
ceux de la troisième avaient un i consonnifiable * dans la 
flexion ; 4° à la première personne du singulier et à la troi- 
sième personne du pluriel de l'indicatif présent; 2° à 
toutes les personnes du subjonctif présent; 3° à l'impar- 
fait de l'indicatif; 4° au participe présent et au gérondif. 
Nous donnerons des exemples de ces flexions spéciales 
quand nous parlerons de chacun de ces temps. Nous ne 
signalons ici que le fait lui-même dans sa généralité, avec 
les conséquences qu'il a eues sur la forme du radical. 

§ 178. — Les verbes de la deuxième conjugaison latine 
avaient aussi une consonnifiable dans la flexion : 1° à la 
première personne de l'indicatif présent ; 2" à toutes les 
personnes du subjonctif, 

§ 179. — Enfin plusieurs verbes de la première conjugai- 
son latine avaient reçu uneoui consonnifiable, dans le latin 
populaire, à ces différents temps ou à quelques-uns d'entre 
eux, par assimilation partielle avec les autres conjugaisons. 

1. Cet i faisait partie du radical priuiitif dans les verbes de la qua- 
trième conjuj^aison. 



DU VliUUE. 9o 

§ 180. — L'e ou i consoniiifîîole a eu pour effet, parli- 
culièrement dans les verbes ôout le radical se tcrmiuait 
par une seule consonne, demodiQcr ce radical. Générale- 
ment la voyelle du radical s'est transformée, sous cette 
influence, en une diphtongue terminée par un i (ou y). Cet 
effet n'est pas sensible lorsque le radical contenait déjà 
normalement une diphtongue de ce genre, comme on le 
verra par les exemples. 

§ 181. — On ne peut formuler aucune règle permet- 
tant de déterminer à priori quels soni les verbes latin»; qui 
avaient e ou i consonnifiable dans la flexion. D'ailleurs, le 
latin populaire, comme nous l'avons fait remarquer (§ 179), 
avait augmenté arbitrairement le nombre de ces verbes. La 
pratique seule des anciens textes peut les faire connaître. 
Nous en donnerons des exemples que nous grouperons 
d'après la consonne finale du radical latin. 

Radical terminé par un d. 

§ 182. — D'après les lois phonétiques, lorsque le radi- 
cal d'un verbe était terminé par une dentale seule, la den- 
tale est tombée; toutefois on la trouve encore dans les 
textes les plus anciens, et elle s'est souvent combinée avec 
les flexions françaises commençant par une consonne. 

Sous ces réserves, le radical français de ces verbes se 
termine par une voyelle. Nous allons voir comment cette 
voyelle s'est modifiée sous l'influence d'un e ou i conson- 
nifiable. 

§ 183. — Audire [ouir, anciennement odir, o'ir). Norma- 
lement le radical latin aud est devenu en français od^ puis 
[pu devant une voyelle). Mais sous l'influence de Xi con- 
sonnifiable on a eu, à la première personne de l'indicatif 
présent, « ]oi » (j'entends), tandis qu'on disait : tu os, il ot, 
nous oons, vous ocz. Au subjonctif présent on a eu : <> que 



96 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

i'oie ou oye, que tu oies ou oyes, etc. ; au participe présent: 
« o/ant ou oj/ant », tandis qu'on disait à l'infinitif oïr, puis 
oMïr, et au participe passé oï, puis ouï. Par analogie avec 
la première personne de l'indicatif présent, la diphtongue 
oi s'est introduite plus tard aux autres personnes de ce 
môme temps, et on a conjugué : « tu ois, il oit, nous 
oî/ons, etc. » On a des exemples de l'analogie inverse : a ils 
oent » au lieu de « ils oyent », « j'oais, j'ouais » au lieu de 
« j'oyais ». 

§ 184. — Videre {voir, anciennement vedeir, veeir, 
veoir). Nous avons dit (§ 173) que le radical tonique de 
veoir était vol (anciennement vei) et le radical atone ve, 
Videre avait un e consonnifiable au subjonctif présent et 
à la première personne de l'indicatif présent. Or, à la pre- 
mière personne de l'indicatif présent et à toutes les per- 
sonnes du subjonctif présent, sauf les deux premières du 
pluriel, le verbe français doit avoir son radical tonique, 
vol (d'abord vei), qui contient un i semi-voyelle, et où dès 
lors l'influence de l'e consonnifiable n'est pas sensible (§180). 
On retrouve cette influence aux deux premières personnes 
du pluriel du subjonctif présent, qui doivent avoir le radical 
atone ve, auquel s'est ajouté un i semi-voyelle provenant 
de l'e consonnifiable : « veions, vey-ons, voyons; veiez, 
\eyp/i, voyez. » Nous écrivons aujourd'hui ces deux per- 
sonnes avec un y et un i (voyions, voyiez) pour les distin- 
guer des mêmes personnes de l'indicatif présent, voyons^ 
voyez, où la diphtongue oi a une autre origine. La forme 
ancienne du pluriel de l'indicatif présent était veons, veez 
avec le radical atone ve suivi des flexions ordinaires. C'est 
par euphonie et analogie avec le radical tonique qu'on a 
dit ensuite voyons, voyez (§ 173). 

La môme remarque s'applique au participe présent, 
voyant, qui a été d'abord vcant., à l'imparfait de l'indicatif, 



DU VERBE. 97 

voyais, qui a été d'abord veois. Ainsi la diphtongue oi ou oy 
que l'on trouve dans presque toutes les formes actuelles 
du verbe voh\ a une quadruple origine : elle peut venir, 
comme dans « il voit », de la transformation régulière de 
la voyelle radicale tonique du latin, ou, comme dans voir 
(ve-oir), de la transformation régulière de la voyelle toni- 
que de flexion ; ou bien elle se rattache à la voyelle radi- 
cale atone du latin, moditiée soit par Ve consonnifiable 
latin (aux deux premières personnes du pluriel du subjonc- 
tif présent) soit par l'analogie avec le radical tonique (au 
participe présent, à l'imparfait). 

Radical terminé par une labiale. 

§ 185. — Le p on ie b terminant le radical latin s'est 
régulièrement changé en v. Mais toute trace de la labiale 
latine a le plus souvent disparu dans les formes qui ont 
subi l'influence de Ve ou i consonnifiable. 

§ 186. — Avoir vient du latin habére; le radical français 
av représente le radical latin hab. Habére avait un e con- 
sonnifiable au subjonctif présent et à la première personne 
de l'indicatif présent. Gete a changé l'a duradical en ai, et 
fait disparaître la labiale : « j'ai, que j'aie, que tu aies, que 
nous ayons, etc. » 

Le participe présent à' habére avait aussi pris, dans le 
latin populaire, une flexion avec e ou i consonnifiable 
(*habientem) ; c'est ainsi qu'on peut expliquer la l'orme 
française ay-ant. Le participe présent classique (habenteni) 
aurait donné ayant. 

§ 187. — Debere, d'où vient devoir, avait un e conson- 
nifiable aux mêmes temps et personnes que habére. Mais le 
radical tonique de ce verbe étant « deiv, doiv, » et conte- 
nant un i semi-voyelle, l'influence de Ve consonnifiable ne 
peut se manifosler sur ce radical que par la chule de la 
Clldai. 6 



98 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

labiale. On trouve en effet anciennement : « que je deie ou 
doie, que tu deies, doies, etc. » Le u a été ajouté ensuite aux 
différentes personnes de ce temps par analogie avec les 
autres temps du même verbe, et on a conjugué : que je 
doive, etc. Aux deux premières personnes du pluriel du 
subjonctif présent, on devrait avoir le radical atone dev 
modifié par l'adjonction d'un i semi-voyelle et la chute de 
la labiale : dey-ons, puis doy-on?, deyez, puis doyez. Ces 
personnes ont aussi subi une transformation analogique ; 
on a repris le radical atone pur dev, en y ajoutant les 
flexions ordinaires du subjonctif, ions, iez. 

§ 188. — Savoir vient du latin sapere, qui avait un i 
consozmifiable à tous les temps et personnes énumérés 
dans le § 177. A la première personne de l'indicatif pré- 
sent, cet i a produit le changement de l'a du radical latin 
en ai, je sai (ensuite sais. Voyez § 265). Au subjonctif et 
au participe présent ce même i s'est consonnifié en ch. 
De là les formes: «sachant, que je sache, que tu saches, etc. » 
La consonniûcation de Yi a fait que l'a du radical latin 
s'est trouvé suivi de deux consonnes (p -f- i consonne) et 
n'a pas subi le changement ordinaire des a toniques en é. 
En effet, c'est le radical atone de savoir qui est sau; le radi- 
cal tonique de ce verbe est sév, que l'on retrouve (sauf la 
chute du V devant la consonne de flexion, voyez § 266) 
dans « tu ses, il set » aujourd'hui écrits « tu sais, il sait », 
et dans « ils se'uent » devenu «ils savent » par analogie. 
On aurait donc au subjonctif : « que je sèche », si le ch, 
s'ajoutant à la labiale qui terminait le radical latin, n'avait 
maintenu l'a conformément aux lois de la'phonétique. 

Nous venons de voir que la troisième personne du plu- 
riel de l'indicatif présent était anciennement sévent ; on 
n'y retrouve pas l'influence de Vi consonnifiable, à moins 
que séucnt n'ait été précédé d'une forme saivent. L'impar- 



DU VERBE. 9:) 

fait, « je savais », ne porte pas non plus la marque de Yi 
consonniQable qu'il avait en latin. Sai., de la deuxirme et 
de la troisième personne du singulier de l'indicatif pré- 
sent (sais, sait, jadis ses, séV), représente partiellement 
l'ancien radical tonique sév. Sai\ de l'imparfait et du plu- 
riel de l'indicatif présent, est le radical atone régulier. Les 
formes du prétérit et du participe passé seront expliquées 
à part. 

Radical terminé par une 1. 

§ 189. — Dans les verbes dont le radical était terminé 
par une /, l'e ou l'^consonnitiable a eu pour effet de mouil- 
ler cette /. 

§ 190. — Ainsi le verbe tressaillir (transsalire) faisait à 
l'indicatif présent : « je tressaiï » et « ils tressa^V/ent ». Les 
autres personnes de ce temps n'avaient pas à l'origine 1'/ 
mouillée, parce qu'elles n'avaient pas dans la flexion latine 
un i consonnitiable : « tu tressa/s, il tressa/t, nous ti'essa- 
/ons, vous tressa/ez. » Mais l'analogie a d'abord mouillé 
17 des deux premières personnes du pluriel, « nous tres- 
sailloriA, vous tressaillez. » Puis, comme la première per- 
sonnedu singulier ressemblait, saufl'e final, à la première 
personne des verbes tels que travailler de la conjugaison 
en er, on a complété la ressemblance en disant : « je tres- 
saille » au lieu de « jetressail », et on a dit de même aux 
deux autres personnes : « tu tressaille?, il tressailli'. >> 

L'imparfait « je tressaï7/ais », le subjonctif « que je très- 
saille », et le participe présent « tressa///ant », sont des 
formes très régulières, puisque, à. ces différents temps, le 
latin avait un / consonnitiable. Mais les autres temps du 
même verbe, y ci)m[)ris linilnitif, n'ont reçu 1'/ mouillée 
que par analogie. 

§ 191. — Le verbe valerc (valoir) avait l'c consonniûa- 



iOO GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

ble au subjonctif et à la première personne de l'indicatif 
présent. De là « je vail » à côté de « tu vais » (ensuite tu 
vaux) et « il valt » (ensuite il vaut). De là aussi : « que je 
vaille, que tu vailles, etc. » nous? avons conservé 17 
mouillée au subjonctif, mais à l'indicatif présent nous 
disons « je vaux », par analogie avec « tu vaux ». 

§ 192. — Le verbe * volere (vouloir) avait pris, dans le 
latin populaire, un i consonnifiable à la première per- 
sonne de l'indicatif présent et au subjonctif. Aussi en 
vieux français, la première personne de l'indicatif présent 
était : « je veuil » (écrit voil, vueil, etc.) C'est par analogie 
avec la seconde personne qu'on a dit ensuite : « je veux ». 
De même au subjonctif présent on a eu, avec 1'/ mouillée: 
« que je veuille (* voliam), que tu veuilles, etc. » Aux deux 
premières personnes du pluriel 1'/ consonniûable aurait dû 
avoir pour effet, non seulement de mouiller 17, mais de 
changer en ui la voyelle du radical atone : «. que nous 
vuillions. » Les formes « veuillions » et « voulions », 
entre lesquelles on a aujourd'hui le choix, sont des formes 
analogiques qui se rattachent, la première aux autres 
personnes du même temps, la seconde à la même per- 
sonne de l'indicatif présent. Toutefois, il n'est pas impos- 
sible que l'une de ces deux formes soit réellement étymo- 
logique. 

Radical terminé par r ou n. 

§ 193. — Le verbe *morire, qui a donné mourir, avait 

un i consonniilable à tous Ifs temps et personnes énumé- 
rés § 177. Mais c'est seulement au subjonctif et à la pre- 
mière personne de l'indicatif présent qu'on trouve des tra- 
ces de l'action de ^^. Dans les textes anciens, la première 
personne de l'indicatif présent de ce verbe est tantôt mwir, 
tantôt moerc, miierc, ou moerg, niuerg. Et le subjonctif 



DU VERBE. iO< 

esttantôt«que jemiiire,que tumuires, etc. », tantôt « que 
jo moerge. » Or, quand il est soustrait à l'influence d'un i 
consonnifiable, Yo tonique de ce verbe devient oe, ne, eu, (tu 
moers, muers, meurs). Ilfautdonc voir dans la diphtongue 
ui de muîr et de muire, et dans la gutturale de moerc ou 
moer^ei de moerge, deux transformations différentes du ra- 
dical, dues toutes les deux ùrintluence de ^^ consonnifiable. 
§ 194. — Les verbes venir (venire) et tenir (* tenire) ont 
fait pour la même raison, à la première personne de Tin- 
dicalif présent : « je vienc ou vieng, ou je vie/gn, — je tienc 
ou tieng, ou je tieign », et au subjonctif « que je vienge ou 
que je vieigne, que je tienge ou que je iieigne ». . 

Radical terminé par un c ou un t. 

§ 195. — « Pouvoir » dérive du latin * potere. Le t final 
du radical latin étant tombé, pot latin est devenu, suivant 
qu'il était tonique ou atone, poe, pue, peu (il peut), ou po, 
poM (pouvoir). Quant au v « de pouvoir » et autres formes 
semblables, il ne fait partie ni du radical ni de la flexion, 
c'est un V euphonique (Voy. § 219). 

Le verbe latin posse ou * potere était formé du radical /5o? 
et du verbe esse {* essere) =étre. L'indicatif présent d'esse 
étant swn à la première personne du singulier, posse de- 
vait faire potsum à la même personne. Cette forme était 
devenue possum en latin classique et pocsum en latin popu- 
laire. Or Vo de pocsum s'est changé en ui sous rinflucnce 
de la gutturale qui le suivait (Voy. § 745, 12"). De là le 
français puis, d'où dérive, par voie d'analogie, le subjonc- 
tif présent puisse. Quant à la forme «je peux », elle a été 
créée parimitalion delaseconde personne du mêmetemps. 

§ 196. — Faire dérive de facere, radical fac. Or, /ac, 
d'après les lois de la phonétique, (jue a soit tonique ou 
atone, doit donner également /"«< en français (il /ait, faive, 
vous /<5j(tes). Mais quand le c est accompagné d'un i con- 

6. 



102 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

sonnifiable, le radical se modifie de deux façons diffé- 
rentes, suivant qu'il est tonique ou atone : fac tonique 
devient faz, faç, et fac atone devient fais. 

Facere avait en latin un i consonniûable à tous les 
temps et personnes indiqués § 177. Par conséquent, la 
première personne de l'indicatif présent a dû être faz^ 
l'imparfait : je faissih, tu faisais, etc. ; le participe présent : 
faisant; et le subjonctif : « que je face, que tu faces, qu'il 
face, que nous /disions, que vous faisiez, qu'ils faceni. » 
Parmi ces formes, faisais et faisant existent encore; « fais » 
a remplacé faz, par analogie avec la deuxième personne ; 
on a modifié l'orthographe de face qu'on écrit maintenant 
fasse, et on a substitué, dans le même subjonctif, à « faisions, 
faisiez », les formes analogiques « fassions, fassiez », par 
assimilation avec les autres personnes du même temps. La 
troisième personne du pluriel de l'indicatif présent avait 1'^ 
consonnifîable dans le latin classique [faciunt), mais l'avait 
certainement perdu dans le latin populaire; car la forme 
facunt (Voyez § 270) peut seule expliquer le français font. 
§ 197. — Plaire et taire se conjuguaient comme faire. 
Mais les ressemblances de ces trois conjugaisons ne sont 
attribuables à Ve ou i consonnifîable que pour la première 
personne de l'indicatif présent et pour le subjonctif; car 
aux autres temps fa<Ve et plaire n'avaient pasl'e consonni- 
ûable. (Voyez ci-dessous § 203.) On disait à l'indicatif pré- 
sent :« je p/az, je fa- », et au subjonctif: « quejejo/ace, que 
je tace ; que nousp/a/sions, que vous taisiez. » Les formes 
des différentes personnes du subjonctif ont été assimilées en- 
tre elles, mais ce sont les formes du pluriel qui l'ont emporté, 
et non celles du singulier comme pour le verbe faire. 

Formes exceptionnelles. 
§ 198. — Un certain nombre de verbes de la première 



DU VERBE. 10;ï 

conjugaison en er ont, dans l'ancienne langue, pour la 
première personne du singulier de l'indicatif et pour le 
subjonctif présent, des formes spéciales qui ne peuvent 
s'expliquer que par l'influence d'un e ou d'un / consonni- 
fialjle qui a dû entrer dans la conjugaison populaire de ces 
verbes. C'est ainsi que le verbe donner fait à la première 
personne de l'indicatif présent : «je dxdns ou doins », et au 
subjonctif : « que je donge, duinse ou doin»e. » De même, 
pour la première personne de l'indicatif présent du verbe 
trouver, on a « je truis. » 

i; 199. — Il faut vraisemblablement rattacher aussi à 
Tinlluence d'un /consonnifîabledu latin populaire la forme 
« je vois », du verbe aller, devenue ensuite « je vais », à côté 
de « tu vas, il va », et le subjonctif « que je voise », au sens 
de « que j'aille. » 

Traeea de toutes ces formes dans la conjugaison actuelle. 

'^ 200. — L'assimilation a fait disiiaraître la plupart des 
traces de l'e ou < consonuiliable des flexions latines. Nous 
avons seulement conservé : 

1° Quelques premières personnes de l'indieatif présent, 
comme ']e jmis,]'ai, je sai{s); 

2° Les subjonctifs présents des mêmes verbes {puisse, 
aie, sache) et de quelques autres : que je vaille, que je 
veuille ; 

3° Les participes présents ayant, sachant ; 

4° Des conjugaisons tout entières, où, à l'inverse du 
phénomène le plus ordinaire, les formes qui avaient subi 
l'influence de \e ou i consonni fiable se sont introduites 
partout par assimilation : tressaillir. 

Il faut ajouter que c'est à Ve ou /' consonnifiable que 
nous devons l'i des flexions ions, iez du subjonctif. (Voyez 
§ 279.) 



104 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

III. — Variations dues aux traitements divers 
du c final du radical. 

§ 201. — Le c latin, seul entre deux voyelles, a subi 
des traitements fort divers, suivant les voyelles qui le 
précédaient ou qu'il précédait. Il en résulte dans la con- 
jugaison de certains verbes des variations de radical as- 
sez importantes. 

§ 202. — Ainsi, partout où il est devant e ou i tonique, 
ou devant e posttonique sauf devant la terminaison ère 
atone de l'infinitif, le c a produit en français un i semi- 
voyelle suivi d'une s, tandis que, devant i posttonique et 
devant ère atone, il a seulement produit i semi-vo3'elle. 

§203. — Or, les verbes de la deuxième conjugaison la- 
tine avaient toutes leurs flexions commençant par un e ^. 
Ceux d'entre eux où cet e était précédé d'un c auront donc 
un radical français terminé par is. C'est ce qui est arrivé 
pour les verbe luire, nuire, plaire, taire, dont le radical, 
sauf à l'infinitif, et en réservant toujours le prétérit de 
l'indicatif, l'imparfait du subjonctif et le participe passé 
(voyez § 168 bis), est en français luis, nuis, plais, tais. 
Aussi à la troisième personne de l'indicatif présent, ces 
verbes faisaient-ils : « il luisi, il /?*//st, ilplaisi, ils taisl. » 
Pour la première personne du mémo temps, voj'ez ci-des- 
sus § 197. A la deuxième personne Ys du radical se con- 
fond avec Vs de flexion. Au subjonctif présent ces mêmes 
verbes faisaient : que je luise, que je nuise, que ie plaise, 
que je taise. (Voyez toutefois § 197.) 

§ 204. — Au contraire, pnrmi les temps latins qui ont 
produit des temps français, l'iuiparfait et le participe pré- 
sent seuls avaient, dans lesverbes latins de la troisième con- 
jugaison, les flexions exigée:i pour le changement du e précé- 

1. Cet e terminait le radical primitif 



DU VERBE. 105 

dent en ts. Ceux de ces verbes dont le radical latin finissait 
par un c n'auront donc un radical français terminé par h 
qu'au participe présent et à l'imparfait. On dira : « con- 
duisant, je conduhdX's, », mais « je conduis il conduii. » 
C'est par analogie qu'on a dit, aux deux premières person- 
nes du pluriel de l'indicatif présent : « ronduison'S,, con- 
duisez » au lieu de « conduimes^ conduiie^ », formes qu'ap- 
pelait fétymologie. Au subjonctif du même verbe, on a en 
principe une troisième variété de radical; car, la flexion 
latine commençant par un a, le c se trouve entre un u long 
et un a, et, dans ce cas spécial, il doit complètement tom- 
ber. Le subjonctif étymologique est donc: « quejeco/*- 
duG, que tu co7idues, etc. », formes que l'analogie a rem- 
placées d'abord par condiùp, puis par conduise. 

§ 205. — Pour la même raison, le verbe dire faisait au 
participe présent et à l'imparfait « disant, disB.\s », mais 
ailleurs : « je di, il dit, vous diles, que je die, que tu 
dies, etc. » 

§ 206. — Le verbe facere (faire) appartient à une caté- 
gorie spéciale de verbes de la troisième conjugaison latine. 
La terminaison habituelle is de son radical en français 
s'explique par la double influence du c et de Vi consonni- 
fîable (Voyez§196). Al'indicatif présent de ce verbe (sauf 
à la première personne du singulier), le radical doit être 
fai : « il fali, vous faites. » La première personne du plu- 
riel « faisons » est analogique. 

IV. — Verbes français en « aindre, eindre, 
oindre ». 

§ 207. — Les verbes français en aindre, eindre, oindre, 
dérivent de verbes latins dont le radical se termine par 
ang, ung, ing. Le g final a produit un double effet : 1° il 
a transformé les voyelles a, u, i en les dij)lilongucs ai, 



106 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

oi, ei; 2° il a mouillé l'n. Mais la mouillure de Vn 
n'est sensible aujourd'hui que dans les formes oîi le radi- 
cal est suivi d'une voyelle : « ils/)/a?^nent,/)o/5'nant, etc. » 
Partout ailleurs Yn elle-même a disparu de la prononcia- 
tion, en produisant la nasalisation de la voyelle précé- 
dente : « il /)/amt,.yomdre, etc. » Quant au d de l'inûnitif 
et du futur, nous l'expliquerons § 213. 

v^ 208. — he's,\Qvhe's, geindre ai craindre n'ont été rangés 
parmi les verbes en « aindre, eindre » que par analogie. 
Leur radical latin se termine par m et non par ng. Ces 
verbes devraient avoir, et ont eu en vieux français, comme 
radical atone, gem, crem, et comme radical tonique giem, 
criem. On disait « geniànl, cre»?îant » au lieu de geigymniy 
craignoxiiy « il gemoW, il cremoM^ que je gième, que je 
criéme, etc. » (Voyez § 159.) Pour la forme étymologique 
de l'inflnitif de ces verbes, voyez ci-dessous § 217. 

"V. — De la vocalisation de 1' « 1 » dans les formes 
verbales. 

§ 209. — Nous avons déjà vu, dans les chapitres de 
l'orthographe et du nom, que VI (mouillée ou pure) de 
l'ancienne langue se maintenait en général lorsqu'elle 
terminait le mot ou lorsqu'elle était suivie d'une voyelle, 
mais qu'elle se vocalisait en ii lorsqu'elle était suivie d'une 
consonne : cheval et travail sont restés cheval et travail^ 
valeur est resté valeur; mais chevals et trava'ils sont de- 
venus chevaus (chevaux) et (ravaus (travaux), falcher est 
devenu faucher. L'application de cette loi de phonétique 
modifie singulièrement la physionomie de la conjugaison 
dans les verbes dont le radical se terminait par cette con- 
sonne (simple ou redoublée, pure ou mouillée), du moins 
dans les verbes en re, oir et dans les non-inchoatifs en 
ir; car dans les verbes en er, et dans les inchoalifs en ir, 



DU VERBE. 107 

a consonne qui termine le radical est toujours placée 
levant une voyelle. 

§ 210. — Pour les verbes en re la consonne terminant 
e radical se trouvait suivie d'une autre consonne : 1** à 
.'infinitif, au futur et au conditionnel, devant r des flexions 
"€, rai, rais; 2° aux deuxièmes et troisièmes personnes de 
.'indicatif présent, devant s et t. 

Or dans moudre, la consonne finale du radical est / 
latin mol-ere), que l'on retrouve dans mow/ons, moulez. 
Helte / s'est maintenue partout où elle était suivie d'une 
royelle, mais elle a disparu par vocalisation et confusion 
ivec la voyelle ou, dans mowdre, moudra.i, moudrais, tu 
nous (aujourd'hui écrit mouds), il moui (aujourd'hui écrit 
rnoud). Le d de « mourfre, mouf/rai » est euphonique 
^Voyez § 213). On l'a introduit par confusion dans : « tu 
nriouf/s, il moue?. » 

§ 211. — Pour les verbes en oir et en ir (non inchoa- 
tifs), la consonne terminant le radical se trouvait suivie 
d'une autre consonne aux mêmes temps que ci-dessus, 
moins l'infinitif (dont la flexion commence par une voyelle: 
oir, ir), c'est-à-dire au futur, au conditionnel et au sin- 
gulier de l'indicatif. 

Valoir, falloir, ayant le radical terminé par une /, cette 
l s'est vocalisée en u et a formé diphtongue avec l'a qui 
précédait : i" dans vaut, faut ; 2° dans vaudrait, faudrait; 
3° dansuaurfm, faudra; et dans les différentes personnes de 
ces temps (celles du singuher seulement pour l'indicatif). 

Dans vouloir, qui est un verbe à voyelle du radical 
variable, 1'/ s'est confondue avec la diphtongue ou du 
radical atone dans voudrai, voudrais (au lieu de uou/drai, 
uow/drais); elle s'est confondue avec la diphtongue eu 
du radical tunique au singulier de lindicalif « il vcul « 
au heu de : il vculi. 



108 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Faillir faisait à l'indicatif « il faut », comme falloir, qui 
remonte d'ailleurs au même verbe latin fallere. Le futur 
était aussi : je faudrai, qu'on remplace aujourd'hui par 
je faillirai , forme refaite sur l'infinitif. 

Assaillir et tressaillir faisaient jadis : il assaut, il tres- 
saut, il assandra, il tressaudru. Le futur et le conditionnel 
ont été refaits sur l'infinilif, et le singulier de l'indicatif, 
où l'on a rétabli 1'^ mouillée de la première personne, et où 
l'on a ajouté un e muet, ressemble aujourd'hui à un verbe 
de la première conjugaison, à travailler par exemple (Voyez 
ci-dessus § 190). 

§ 212. — Ainsi, dans la conjugaison ancienne des verbes 
dont le radical se termine par « /, //, ill, » il arrive que, 
au futur, au conditionnel et au singulier de l'indicatif (et 
à l'infinitif pour les verbes en re), cette / ou ces / sont 
remplacées par un u, qui s'ajoute à la voyelle précédente 
ou se confond avec elle. 

VI. — Des consonnes euphoniques introduites 
dans la conjugaison. 

§ 213. — Toutes les fois que, dans la transformation 
d'un mot latin en mot français, une s, une n ou une / s'est 
trouvée rapprochée d'une r, il s'est introduit un d après n 
ou /, et un / après s, pour faciliter la prononciation. C'est 
ainsi que le latin gén[e)rum a donné gendre, etc. Ce fait 
s'est produit dans les verbes, après un radical terminé par 
l, s ou n, devant une flexion commençant par une r, c'est- 
à-dire devant les flexions du futur et du conditionnel {rai, 
rais) et devant celle de l'infinitif des verbes en re. 

Le radical de môlere, d'où vient moudre, était mol, 
devenu moul en français. A la suite de la chute régulière 
de la voyelle atone e, qui séparait en latin le radical molàe 
la terminaison re {mol[e)re), on a eu moire, qui a été trans- 



DU VERBE. 109 

formé en moldre, mouldre, puis moudre, par l'introduction 
d'un d euphonique entre / et r. 

Dans absôlvere, VI était séparée de Vr par une consonne 
et une voyelle qui sont tombées l'une et l'autre : absôl{ve)re. 
Dès lors un d euphonique s'est introduit dans la forme 
française : absoldre, absoudre. 

Pour la même raison côns[ue)re a donné cousrfre; 
nà.s{ce)re, nais^re ; cogn6s{ce)re, connois^re ; crés[ce)re, 
croisfre; plân{gé)re, plainc?re; fin{ge)re, feinrfre, etc.; et 
au futur : cousdrai, absoudrai, etc. 

§ 214. — Il faut remarquer que le rf ou le ï s'est main- 
tenu même après la vocalisation ou la suppression de la 
première consonne dont il facilitait la prononciation. 
Aujourd'hui on dit moudre et coudre; la consonne finale 
du radical (/, s) est tombée, mais le d est resté. 

Quand on veut, d'après l'infinitif actuel, retrouver le 
véritable radical de ces verbes, il faut donc, non seule- 
ment supprimer la dentale euphonique en même temps 
que la flexion re, mais encore rétabhr l'ancienne consonne 
qui précédait cette dentale et la rendait utile : / dans 
moudre, s dure {ss) dans croître, s douce dans coudre : 
moul, croiss, cous. C'est ce radical ainsi complété que l'on 
trouvera dans les autres formes de ces verbes : « wou/ant, 
croissais, coi<sons, etc. » 

§ 215. — Les verbes venir, tenir, valoir, falloir, etc., 
ont aussi une dentale euphonique au futur et au condition- 
nel : « tiendrai, vienc?rai, faurfrai, vaur/rai. » 

§ 216. — On peut dire d'une façon générale que, 
toutes les fois qu'on a, soit au futur et au conditionnel 
seuls, soit à ces deux temps et à l'intinitif, un d ou un t, 
qui ne se retrouve pas dans les autres formes du même 
veî-be, cette dentale n'appartient pas au radical latin. I) 
n'y a d'exception que pour prendre (latin préndere), qui 
Clédat. 7 



no GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

perd sa denlale étymologique à tous les temps autres que 
l'infinitif, le futur et le conditionnel, précisément par ana- 
logie avec les verbes où cette dentale est euphonique. 

§ 217. — Dans les verbes dérivés des latins gém{e)re 
(geindre) et trém{e)re (craindre), on devait avoir, d'après les 
lois phonétiques, non un d euphonique, mais un b; car 
c'est un b qui s'intercale ordinairement entre une m et 
une liquide. Mais les infinitifs «^î'emère ongembre, criembre 
ou crembre », ont été de bonne heure remplacés par gem- 
dre, a'eind7'e [enmile craindre, par une modification pure- 
ment graphique), par analogie avec les verbes en aindre, 
eindre, dérivés des verbes latins en angere, ingère (Voy. 
§ 208). 

§218. — Nous avons déjà indiqué le rôle de ly eu- 
phonique §§ 173 et 174. 

§ 219. — Un u euphonique s'est introduit dans toutes 
les formes de l'ancien verbe po-oir, pou-oir, où le radical 
{peu tonique, ou pou atone) était suivi d'une voyelle : 
pouvoir, pouvant, ils peuvent. 

LES FLEXIONS DU VERBE 

LA FLEXION OnS DES PREMIÈRES PERSONNES DU PLURIEL. 

§ 220. — On trouve la flexion ons à la première per- 
sonne du pluriel de presque tous les temps de toutes les 
conjugaisons. Elle a été substituée à des flexions latines 
très diverses, dont quelques-unes ont laissé des traces 
dans l'ancienne langue, mais qui ont fini par disparaître. 
Cette flexion a été empruntée à la première personne du 
pluriel de l'indicatif présent du verbe * ezsere (être), qui 
est sûmus en latin, sommes en français. De sommes, on a 
tiré ommes, bientôt contracté en ons, qui est devenu la 
flexion par excellence de la première personne du pluriel. 



DU VERBE. m 

LES FLEXIONS DE CHAQUE TEMPS. 

Nous parlerons d'abord des temps des modes imper- 
sonnels, c'est-à-dire de l'infinitif et des participes, puis 
des présents de l'indicatif et du subjonctif et de l'impar- 
fait de l'indicatif, après lesquels nous pourrons placer le 
futur, le conditionnel et l'impératif Le prétérit de l'in- 
dicatif, et l'imparfait du subjonctif, qui en dérive, viendront 
ensuite. Nous dirons aussi quelques mots du temps archaï- 
que dérivé du plus-que-parfait latin, et nous terminerons 
par la conjugaison du verbe e7re, qui mérite une place à part 
à cause des irrégularités qu'elle renferme. Nous ne croyons 
pas nécessaire de justifier l'ordre que nous venons d'indi- 
quer; on verra qu'il repose sur la parenté des divers 
temps. 

I. — Infinitif. 

§ 221. — Les Latins avaient quatre conjugaisons, aux- 
quelles correspondent les quatre terminaisons de nos infi- 
nitifs : 

er (latin dre), dans chanter de cantéire; quelquefois 
on avait ier au lieu de er : aider était jadis aidier. 

ir (latin ire) dans ouïr de audïre. 

re (de rendre) et oir (d'avoir), qui viennent également 
d'une terminaison latine en ère : reddere (rendre), hahere 
(a\'oir); mais dans le premier verbe latin l'accent tonique 
est sur le radical : rédd-ere, tandis que dans le second 
il est sur le premier e de la Uexion : hab-ére. 

§ 222. — La flexion latine ère, pare tonique, s'est sou- 
vent confondue dans le langage populaire avec la flexion 
^cre par e atone (avec accent sur le radical). Il en est 
réaullé que des verbes qui, d'après leur élymologie, de- 
vraient être en oir, sont en re, ou inversement, et quel- 
quefois les deux formes coexistent. Suùmoncre a donné 



H2 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

semondre (qui dérive de la prononcication populaire sub- 
mônere par e atone), au lieu de semonoir qu'on attendrait 
d'après le latin classique submonére ; cddere a donné cheoir, 
puis choir (de la prononciation populaire cadére par e to- 
nique), au lieu de chiére; ardére a donné ardoir (vieux 
mot qui signifie « brûler »), mais on trouve aussi ardre, 
dérivé de *drdere. 

§ 223. — D'autre part, dans un bon nombre de verbes, 
la terminaison latine ire a été substituée à l'une ou l'autre 
des terminaisons en ère. De là le verbe courir (de *currire 
au lieu de cwrere), à côté duquel on trouve la forme 
régulière courre, conservée dans plusieurs locutions telles 
que « chasse à courre ». On a aussi querre et quérir. 

§ 224. — La terminaison française ir peut encore dé- 
river directement (sans l'intermédiaire d'une transforma- 
tion populaire en ire) du latin ère. Ainsi placére a donné 
directement plaisir (ancien infinitif, devenu depuis long- 
temps substantif) et non plaisoir; Ve tonique latin ne s'est 
pas changé en oi, mais en i, par suite de l'influence exer- 
cée par le c sur la transformation de la tonique (Voyez 
dans la phonétique, le tableau de ïe long tonique, 7°). Ces 
cas sont rares d'ailleurs. 

§ 225. — En résumé, la flexion française ir vient géné- 
ralement de la flexion du latin classique ire. Mais, par 
exception, elle peut dériver de la flexion ère placée dans 
des conditions déterminées, ou bien encore elle peut cor- 
respondre à un ère ou à un _L.ere, transformé par le latin 
populaire en ire. 

Chacune des flexions françaises en oir et en re peut 
correspondre à l'une ou l'autre des flexions latines en ère. 

Enfin la flexion er se ramène toujours au latin are. 

§ 226. — Dans les infinitifs choir et voir, toute trace de 
la voyelle du radical a disparu; car si on supprime la 



DU VERBE. 113 

flexion oir, il reste pour tout radical ch ou v. La forme 
ancienne de ces infinitifs était ckeoir et veoir (plus ancien- 
nement chadeir et vedeir). 

Nous avons un infinitif en uir monosyllabique, c'est 
fuir. Mais on prononçait jadis en deux syllabes ; finr. 
Le radical est fu et la flexion de l'infinitif ir. 

§ 227. — On comprend que les verbes en re où la 
flexion atone re était précédée d'un i [i-re], aient pu se con- 
fondre avec les verbes en ir. C'est ce qui est arrivé pour les 
verbes dérivés àe*collegere et de benedicere. Légère ayant 
donné lire, et dicere : dire, collégere et benedicere auraient 
dû donner ciieillire et bénire. L'assimilation avec les verbes 
en ir a produit cueillir et béîiir (anciennement béneir). 
A côté de beneir on trouve aussi bene'istre, qui se rattache 
à une prononciation du latin benedicere par c doux, comme 
nous le prononçons aujourd'hui. 

§ 228. — Le u final du radical est tombé devant la 
flexion 7'e de l'infinitif dans boi7'e (anciennement boivre) et 
dans écrire (anciennement escrivre). 

II. — Participe présent et gérondif. 

§ 229. — Le mot « gérondif » ayant été jusqu'à présent 
peu employé dans les grammaires françaises, il est né- 
cessaire de l'expliquer. En français, le gérondif a la même 
forme que le participe présent, et cette identité de forme 
a été cause de la confusion des deux temps sous un même 
nom. 

Mais le participe présent doit être, par définition, un 
adjectif verbal, donnant au nom avec lequel il s'accorde la 
qualité d'agent de l'action exprimée par le verbe ; il doit 
pouvoir être remplacé par le verbe à un temps de mode 
personnel, précédé du pronom relatif : « parlant », parti- 
cipe présent, équivaut à « qui part » ou « qui parlait ». Au 



114 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

contraire, lorsqu'on dit : « il nous a remerciés en partant », 
il est évident que « partant » ne peut pas être remplacé 
par « qui parlait », ne s'accorde avec aucun nom, et ex- 
prime une idée toute différente. Il n'a plus la valeur d'un 
adjectif, comme le vrai participe présent, mais celle d'un 
substantif exprimant l'action même du verbe, comme l'in- 
finitif, • c'est en quelque sorte le cas régime de l'infinitif. Ce 
cas régime ne s'emploie d'ailleurs, dans la langue actuelle, 
qu'après la préposition en ; nous verrons, dans les notions de 
syntaxe, que l'emploi en était moins restreint dans le vieux 
français. Plusieurs patois se servent aujourd'hui de l'infi- 
nitif, même après en, et disent : « en partir », au lieu de 
« en partant ». 

§ 230. — En latin le gérondif se distinguait du participe 
présent par la forme non moins que par le sens. Gomme 
en français, le gérondif servait de cas régime à l'infinitif, et 
il avait les différentes terminaisons des cas régimes des 
noms et adjectifs. L'un de ces cas (en o) donnait au géron- 
dif la valeur du gérondif français précédé de la préposition 
en, valeur que notre gérondif a conservée dans quelques 
locutions comme « chemin faisant », qui équivaut à « en 
faisant chemin ». 

§ 231. — Le gérondif français dérive soit de ce cas en 
0, soit de l'accusatif (en um). Ces deux cas s'étaient d'ail- 
leurs confondus dans le latin populaire : cantândo et can- 
tàndum ne diffèrent que par des lettres qui, d'après les 
lois de la plionétique, doivent tomber. 

Le gérondif de la conjugaison latine en are (français er) 
était en « andum,ando » devenu ant dans le français parle 
changement du d enf et par la chute de la finale atone. Or, 
le participe présent de la môme conjugaison était en ân- 
tem; em final devant régulièrement tomber, elle t devant 
les conserver intact, le participe présent s'est confondu 



DU VERBE. 115 

avec le gérondif. Cantantem, participe présent, et cantan- 
dum, gérondif, ont donné une forme unique : chantsint, 
qu'on pourrait appeler gérondif-participe. 

§ 232. — Pour les autres conjugaisons latines, le gé- 
rondif était en endum et le participe présent en entem. 
Nous devrions donc avoir des gérondifs-participes en ent. 
Mais de bonne heure la flexion a7it, de la conjugaison en 
er, a été appliquée à tous les verbes ; d'oil il résulte que les 
difl"érentes conjugaisons forment leur gérondif-participe 
de la même façon, en ajoutant ant au radical (au radical 
suivi de la syllabe iss pour les verbes inchoatifs). 

III. — Participe passé. 

Participes en è, i, des verbes en er, ir. 

§ 233. — En latin, le participe passé de la conjugaison 
— are était en àtum, et celui de la conjugaison — ire en 
îtian. Àtum ayant donné la flexion é (plus anciennement 
et), et itum la flexion i, les verbes français en er (latin are) 
auront le participe passe en é [ic quand l'inQnitif est en ier), 
et ceux en ir (latin ire) l'auront en /. 

§ 234. — Toutefois, parmi les verbes en ir, les inchoa- 
tifs seuls ont toujours le participe en i. Les non inchoatifs 
ont quelquefois emprunté la flexion de ce temps à d'autres 
conjugaisons. D'autre part, la flexion i a été appliquée à 
des verbes qui n'avaient pas l'infinitif en ir. 

§ 235. — Ainsi les verbes en er ont le participe passé 
en é, les inchoatifs l'ont en i; la troisième conjugaison 
française, composée des débris de trois conjugaisons la- 
tines, et comprenant des verbes en oîV, ir, re, a quelquefois 
le participe passé en % (suivi de suivre, senti de sentir), 
mais elle offre d'autres formes que nous allons étudier 
et qui se raltachcnl aux deux conjugaisons latines en ère. 



116 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Participes en t. 

§ 236. — Les verbes de la conjugaison latine en ère 
avaient le participe passé en itum comme ceux en ire, 
mais avec l'accent sur la syllabe radicale qui précédait : 
débitum de debere {devoir), et non pas debitum comme 
dans finîtum, qui a donné fini. Ceux de la conjugaison 
en 1ère ajoutaient simplement tum au radical : fâctum, de 
fdcere {faire). 

Ces deux formes, àéhitum et fâc^wm, ne diffèrent entre 
elles que par Yi atone de àéhitum, qui doit tomber en 
français. Il en résulte que, pour ces deux conjugaisons, le 
participe passé sera le même. Il se composera régulière- 
ment du radical suivi d'un t, seul reste des flexions latines 
« itum, tum ». C'est ainsi que faire a pour participe passé 
fait, et que le participe passé théorique de devoir est det 
(ou doit) 1 qui a été remplacé par une autre forme, mais 
dont il reste encore dans la langue le féminin, devenu sub- 
stantif : dette . 

Parmi les participes de ce genre, on peut citer : 



ceint 


de 


ceindre 


teint 


— 


teindre 


plaint 


— 


plaindre 


joint 


— 


joindre 


oint 


— 


oindre 


conduit 


— 


conduire 


dit 


— 


dire 


écrit 


d' 


écrire 


trait 


de 


traire. 



§ 237. — Le u final du radical est tombé devant le t de 

I. La forme doit se compose du radical tonique ordinaire doiv, 
moins le l' final, et plus le t de flexion. Sur la chute de la labiale finale 
du radical ilevant le t, voyez § 2:57. Dans dot on a un radical tonique 
modifié par l'influence des deux consonnes i'f de deb{i)tum (voyez § 72tj). 



DU VERBE. 117 

flexion dans écrit, le radical de ce verbe étant écriv (Voyez 
î^ 228). 

§ 238. — A propos du participe passé des verbes en 
aindre, eindre, oindre, il faut se rappeler que le d de l'infi- 
nitif ne fait pas partie du radical et ne se trouvait pas dans 
les verbes latins (§ 213). D'ailleurs, lorsque le radical se 
terminait réellement par un d, ce d tombait devant le t du 
participe. Ainsi les participes passés en t des verbes 
tendre, vendre, rendre, pendre, perdre, verbes dont le d 
n'est pas euphonique, mais étymologique, seraient tent, 
mnt,rent,pent,pert; les féminins de ces participes existent 
avec la valeur de substantifs : tente, vente, rente, pente, 
perte. Mais tous ces verbes ont reçu un participe passé en 
u dont nous verrons bientôt l'origine. 

§ 239. — Quelques verbes latins en ire avaient par ex- 
ception leur participe passé en fwm, comme ceux en_Lere : 
on disait apér-tum (et non aperitum), d'aper-ire (ouvrir), 
copér-tuni, de coper-ire (couvrir). Ces verbes ont en fran- 
çais un double radical. Au participe passé, l'accent étant 
sur Ye de per, cette voyelle s'est maintenue, et le radical 
se compose de deux syllabes : ouver, couver ; en ajoutant 
le t de flexion, on obtient ouvert, couvert. Mais à tous les 
autres temps, que l'accent soit sur le radical ou sur ta 
terminaison, il ne porte jamais sur l'e de per, qui est 
tomljc partout ; de telle sorte qu'à tous les autres temps 
le radical n'a qu'une syllabe : ouvr, couvr. 

§ 240. — Un autre participe irrégulier en t, apparte- 
nant à un verbe en ir, est celui de mourir : mort. Le parti- 
cipe latin était môrtuwn; Vo tonique, étant suivi en latin 
de deux consonnes, a dû rester o [mort) tandis que, dans 
les autres formes du môme verbe, il est devenu, suivant la 
place de l'accent, eu, ou : mourir, 7/tevire (Voyez § 172). 

§ 241. — Le participe du verbe naître, « né », a été 

7. 



H8 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

aussi, à l'origine, un participe en t : net. Le t est tombé 
comme dans les participes passés des verbes en er, qui ont 
été successivement en et puis en é : chantét, puis chanté. 
Mais entre ces participes et celui de naître, il y a cette dif- 
férence que Vé de chanté appartient à la flexion, tandis que 
le de de né appartient au radical. Naître vient du latin 
nasc-ere dont le participe passé était na-tum. Le radical 
nasc a donné le français nais (ou naiss) que l'on retrouve à 
presque tous les temps. Le radical na du participe passé a 
donné le français né auquel s'ajoutait jadis un t de flexion. 

Participes en u. 

§ 242. — Un certain nombre de verbes latins en —ère 
avaient le radical terminé par un u, qui se prononçait 
comme une consonne à l'infinitif, et qui, redevenant 
voyelle au participe passé, prenait l'accent. Ainsi bâttu- 
ere (battre) faisait au participe hatlûtuni, d'oii battu; côn- 
siiere (coudre) faisait consûtum, d'oij cousu. Cette terminai- 
son ûlum, probablement mise en relief par son analogie 
avec les terminaisons cltumetitum^a. été donnée à quantité 
de verbes dont le participe régulier était tout différent. Le 
participe français en u, qui en dérive, s'applique à tous 
les verbes en oir, sauf asseoir, à quelques verbes ir 
(courir, tenir, venir, vêtir), et à beaucoup de verbes en re, 
tels que boire, connaître, croître, lire, croire, moudre. 

§ 243. — En principe la terminaison u doit simplement 
s'ajouter au radical du verbe, et, pour les verbes qui ont 
double radical, au radical atone. Ajoutez u au radical val 
de valoir, vous avez valu; ajoutez u au radical atone voul 
de vouloir, vous avez voulu, etc. Il en est de même, sou- 
vent malgré les apparences, pour la plupart des autres 
verbes. 



DU VERBE. H9 

1. Verbes en « oir ». 

§ 244. — Dans savoir, le radical atone est sav, qui cor- 
respond à sap latin. Or, devant Vu tonique de la flexion, 
le p latin doit tomber etl'a se changer en o, puis en e. De 
là le participe passé sou, seii, enfin su par contraction. 
Ainsi, dans l'ancien verbe savoi?', le radical spécial auquel 
s'ajoute Vu du participe est «so, se » au lieu do sav. Aujour- 
d'hui la flexion u s'est substituée à la voyelle du radical, 
et le mot n'a plus qu'une syllabe. Le participe passé du 
verbe avoir s'explique de la même manière; nous l'écri- 
vons eu, au lieu de u, par une tradition qui remonte au 
temps OLi on prononçait réellement eu. Il a été aussi oii. 
Recevoir, devoir, mouvoir, pouvoir, ont fait, pour des rai- 
sons analogues : deû, poil et peu, moïieimeû. Dans devoir 
et mouvoir il y a eu chute de la labiale du radical (è et v 
latins) devant la flexion u, comme dans savoir. Dans pou- 
voir (anciennement pooir, pouoir), le participe passé n'a 
pas pris le v euphonique. 

§ 245. — Le cas de choir et de voir est encore plus 
simple. Ces deux verbes ont été cheoir et veoir, formes 
auxquelles correspondent les anciens participes passés 
ckeû et veii, qui sont devenus chu et vu quand les infinitifs 
devenaient choir et voir. 

2. Verbes en « re ». 

§ 246. — Dans croire, le radical atone est cre (on disait 
j<-idis créons, créant, au lieu de croyons, croyant). Si l'on y 
ajoute la flexion u, on a l'ancien participe passé creii, deve- 
nu cru par contraction. Dans boire, le radical atone est bev 
(devenu buv dans buvons, buvez, etc. Voyez § 172) qui dé- 
rive du latin bib; la labiale latine b étant tombée devant 
I'm de flexion, le participe passé sera beû, aujourd'liui bu. 



120 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 247. — Quant aux verbes croître, paraître, connaître, 
et autres, ils ont fait au participe passé « creû, pareii, con- 
neû » par analogie avec les nombreux participes en eu qui 
déiivent directement du latin. Ainsi, dans ces verbes, la 
voyelle e de eu a été substituée à la voyelle ou diphtongue 
du radical, quelle qu'elle fût. 

§ 248. — Le participe vécu, du verhe vivre, est tout à fait 
irrégulier. Il se rattache au radical spécial que l'on trouve 
au [u'étérit de ce verbe {vix), radical auquel on a ajouté 
ïu de flexion (Voyez §335). 

Participes en s. 

§ 249. — Des verbes latins des deux conjugaisons en 
ère avaient le participe passé en sum, souvent avec modi- 
fication du radical. 

§250. — Parmi les verbes en oir, avoir » devrait faire au 
participe passé vis (du latin visum) ; mais cette forme, que 
l'on trouve dans l'ancienne langue comme substantif, avec 
le sens de visage, et d'où vient d'ailleurs le mot visage, 
avait été remplacée, dès l'origine, comme participe passé 
du verbe voir, par une forme analogique en ûtum, d'où 
"ient le participe veû, vu. 

§ 251. — Le vieux verbe remanoir fakâii régulièrement 
au participe passé remés (remansum). La suppression de 
Vn et le changement de l'a du radical en e s'expliquent par 
les lois phonétiques. 

§ 252. — Le seul verbe actuel en air qui ait le participe 
passé en s, est seoir (s'asseoM*) qui fait : sis (assis). Encore 
cette forme ne dérive-t-elle pas directement du participe 
latin {sessw7i); elle est due à une analogie avec d'autres 
participes tels que occiswn {d'occidere, en français occire) 
qui a donné occis (anciennement ocis). C'est à la même 
analogie, et aussi à l'inlluence du prétérit de l'indicatif^ 



DU VERBE. 12t 

qu'on doit les participes: ynis [admettre), pris [&& prendre) , 
quis (de guerre ou quérir. Voyez § 223). Les participes 
passés de ces verbes, s'ils étaient venus directement 
du latin, eussent été bien différents; au lieu de mis on 
aurait mes, forme que l'on rencontre en vieux français 
avec la valeur d'un substantif et le sens de « envoyé, 
messager ». 

§ 253. — Le verbe clore a un participe passé en s, clos, 
qui dérive directement du latin. Il en est de même du vieux 
verbe ardre (brûler), qui faisait ars. 

§ 254. — Enfin, par une analogie inverse de celle que 
nous avons plusieurs fois signalée, le participe latin en 
ûtum du verbe absolvere [asoldre, asoudre, absoudre) a été 
remplacé par un participe en s : français asols, asous, 
absous. Le féminin devrait être ahsouse ; c'est par une 
influence savante (à cause du t d'absolutum), ou par ana- 
logie avecles participes en t, qu'on dit : absoute. 

Participes exceptionnels en i et en eit. 

§ 255. — 11 nous reste à parler des quelques verbes 
français en re qui ont le participe passé en i. 

Suivre, qu'on trouve aussi sous la forme asivlr, suivir», 
a le participe passé qui convenait à cette seconde forme. 

A\iire et Inire n'avaient pas de participe passé en latin 
classique. Pour le premier on trouve au moyen âge un 
participe en u : « neû ». Tous les deux ont aujourd'hui le 
participe en i comme des verbes en ir. En réalité, ces par- 
ticipes sont sans flexion, carl'i qui les termine fait partie 
du radical du verbe. 

On en peut dire autant de rire, qui fait ri, au lieu de ris 
qu'appelleraient le latin risu7n et l'analogie avec occis, de 
occire. 

Suffire devrait avoir au participe un l comme confire : 



122 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

(( suffit ». Ce verbe a subi aussi une fausse assimilation 
avec les verbes en ir, et le participe passé a été réduit au 
radical suffi. 

§ 256. — On trouve dans l'ancienne langue quelques 
participes passés en eit qui ont longtemps embarrassé les 
romanistes : colleit à côté de coilli, du verbe coillir (cueil- 
lir), chaeit à côté de chai'c, du verbe chacir (cheoir, 
choir), etc. Colleit vient directement du participe latin 
colléctum : col représente le préfixe (c'est le préfixe com 
de comprendre, avec assimilation de Vm à la première con- 
sonne du radical); lei est le radical, et t la flexion. C'est 
donc un participe ordinaire en t. A l'infinitif de ce verbe, 
la voyelle du radical était i, et non ei ; et cet i s'était con- 
fondu avec Vi de la flexion des verbes ir (Voyez ci-des- 
sus § 227). Partout ailleurs la voyelle du radical était 
tombée, par exception aux lois générales de phonétique, 
et c'était l'ancien préfixe, devenu coil et cueil, qui jouait 
le rôle de radical. A côté de ce nouveau radical, Veit du 
participe colleit ressemblait à une flexion. C'est par suite 
de cette ressemblance, que la syllabe eit a été ajoutée 
comme flexion au radical d'autres verbes, tels que chaeir. 

Résumé. 

§ 257. — En résumé : 1° Verbes français en re. — 
Les verbes latins correspondant à cette terminaison avaient 
le participe passé en tum et sum, et exceptiojmellement en 
ûlum. Cette dernière terminaison (en français xi) a singu- 
lièrement empiété sur les deux autres. Elle s'applique au- 
jourd'hui à près de la moitié des verbes français en re. 
Parmi les autres, la plupart ont le participe en t (latin 
lum), quelques-uns en s (latin sum) ; enfin un petit nombre 
de verbes, dont la voyelle radicale est i et précède immé- 
diatement la terminaison re, ont été confondus, à cause de 



DU VERBE. 123 

cette voyelle, avec les verbes en ir, dont ils ne diffèrent à 
l'infinitif que par l'e muet final, et ont aujourd'hui le par- 
ticipe en i. 

2" Verbes en oir. — Ces verbes, sauf asseoir, ont le par- 
ticipe en u, qu'ils doivent à une assimilation. 

3° Verbes non inchoatifs en ir (participes latins en itum, 
sum, tum). — La plupart de ces verbes ont le participe en i, 
conformcment à la flexion itum du latin. Quelques-uns ont 
la flexion ii, si commune pour les verbes en re et en oir. 

Ouvrir, couvrir, souffrir et offrir ont le participe en t. 
Enfin un seul de ces verbes a le participe en s, et encore 
appartenait-il, en latin, aune autre conjugaison; c'est ^'t/e- 
rir (et ses composés) : conquis. 

IV. — Présent de l'indicatif. 

Conjugaison en er. 

§ 258. — Le présent de l'indicatif de la première con- 
jugaison ofi^rait en latin les formes suivantes : 

pôrt-o (je porte) 

p(')rt-as (tu portes) 

pôrt-at (il porte) 

port-àmus (nous portons) 

port-âtis (vous portez) 

p6rt-aul (ils portent). 

§ 259. — La partie invariable, commune à toutes les 
personnes, est port, qui a persisté en français sans aucun 
changement. Quant aux flexions, d'après les lois delà pho- 
nétique, Vo atone de la première personne du singulier et 
l i atone de la deuxième personne du pluriel doivent tom- 
ber; l'a atone des deuxième et troisième personnes du 
singulier et de la troisième personne du pluriel doit 
être représenté par yin e muet; les consonnes doivent 
persister sans modifications, sauf le changement de t-s, de 



124 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

la deuxième personne du pluriel, en;:; l'a tonique de la 
deuxième personne du pluriel doit se changer en é (en ié 
dans les verbes en m\ § 221); enfin la flexion de la pre- 
mière personne du pluriel doit être remplacée parla syllabe 
ons, dont nous avons expliqué l'origine (§220). 

§ 260. — L'ancienne conjugaison de ce verbe à l'indi- 
catif présent était donc en français : » 

je port 
lu port-es 
il port-et 
nous port-ons 
vous port-ez 
il port-ent. 

Cette conjugaison n'a subi que deux modifications : 
1° le l final de la troisième personne du singulier est tombé 
de très bonne heure; 2° plus tard on a ajouté un e muet à 
la première personne du singulier, pour l'assimiler aux 
deux suivantes. 

Conjugaison en re, oir, ir. 

§ 261. — Les autres conjugaisons latines avaient, au 
même temps, les formes suivantes : 

2« CONJUGAISON (ère). 4^ conjugaison (ire). 

déb-eo (je dois) dùrm-io (je dors) 

déb-es (tu dois) durm-is (lu dors) 

déb-et (il doit) dôrm-it (il dort) 

deb-[émus] (nous devons) dorm-[imus] (nous dormons) 

deb-étis (vous devez) dorm-itis (vous dormez) 

déb-ent (ils doivent) dôrm-iunt (ils dorment). 

3« CONJUGAISON (J_ere). 

véud-o (je vends) sàp-io (je sais) 

vénd-is (tu vends) sâp-is (tu sais) 

véud-it (il vend) sâp-it (il sait) 

vénd-inius (nous vendons) s;ip-iuius (nous savons) 

vénd-itis (vous vendez) sàp-itis (vous savez) 

vénd-uut (ils vendent) sâp-iunt (ils savent). 



DU VERBE. 125 

§ 262. — Comme on le voit par le tableau ci-dessus, les 
trois Conjugaisons latines dont nous nous occupons se dis- 
tinguaient nettement les unes des autres à presque toutes 
les personnes de l'indicatif présent. Ces différences ont 
disparu en français, surtout parce qu'elles affectaient prin- 
cipalement des voyelles atones, qui sont tombées. 

§ 263. — Ainsi à la première personne du singulier la 
ilexion est constituée uniquement par les voyelles atones 
0, eo, io, qui ont disparu, de sorte qu'en principe la pre- 
mière personne du singulier de l'indicatif présent est 
constituée en français, dans les verbes en re, oir, et en ir 
non inchoatifs, par le radical tonique sans aucune flexion : 
je part, je vend. 

§ 264. — Toutefois le radical peut être modifié, sous 
différentes influences, à cette première personne. Nous 
avons vu ci-dessus les eff"ets produits dans certains verbes, 
dans savoir notamment, par l'e ou i consonniûable des 
flexions eo, io. Dans d'autres verbes, la consonne finale 
du radical a pu subir une mutation spéciale, parce que, 
faute de flexion, elle se trouvait terminer le mot; elle a pu 
même tomber complètement. Ainsi le radical tonique de 
recevoir esireçoiv (ils reçoive;?^, etc.) ; il devient reçoif à la 
première personne de l'indicatif présent. 

§ 265. — C'est à une époque relativement récente qu'on 
a assimilé la première personne à la seconde dans tous les 
verbes, et qu'on a écrit : je parts, je vends, je reçois, je 
dois, etc. 

§ 266. — Dans les flexions latines « es, is, et, it », les 
voyelles atones, e, i, doivent disparaître. Ces flexions se 
réduisent donc uniformément à s pour la seconde personne 
du singulier, «pour la troisième personne. L's et le t s'ajou- 
tent au radical tonique des verbes, quelquefois légèrement 
moditié par euphonie. Ainsi les labiales qui terminent les 



126 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

radicaux toniques doiv (de devoir), rform (de dormir), sév 
(de savoir), disparaissent devant les consonnes de flexion : 
tu dois efil doit, tu do7's et il do7H, tu ses (sais) et il sét (sait). 
D'autre part, quand la consonne finale du radical est un d 
ou un t, elle forme un z avec Ys de la deuxième personne, 
et elle se confond avec le t de la troisième. Le radical de 
vendre étant « vend », et celui de partir étant « pai^t », on 
a : « tu venz (puis tu vens), tu parz (puis tu pars), il vent, 
il part ». L'orthographe « tu vends, il vend » est récente. 

§ 267. — Si les règles ordinaires de la phonétique ex- 
pliquent fort bien la fusion des deuxième, troisième et 
quatrième conjugaisons latines en une seule, au singulier 
de l'indicatif présent, il n'en est pas de même au pluriel. 

Pour le pluriel, c'est l'analogie qui aura le rôle prépon- 
dérant. 

Si nous prenons d'abord la première personne du pluriel, 
il faut remarquer que l'accent est sur la flexion dans 
deb-[émus] et dans do7i7î-[imus], et sur le radical dans 
vénd-imus et sâp-imus. Nous avons mis les flexions accen- 
tuées entre crochets, pour indiquer que les formes fran- 
çaises ne viennent pas des formes latines correspondantes. 
Nous savons déjà que la flexion uniforme « ons » a été 
substituée aux difl'ércntes flexions accentuée ^ de la pre- 
mière personne du pluriel (§ 220). 

Mais pour les verbes de la troisième conjugaison latine 
(véndimus, skpijniis), l'accent tonique restant sur le radi- 
cal, au lieu de passer sur la flexion, nous devrions avoir 
en français des formes accentuées sur le radical, telles que : 
« nous venmes, nous sames ». De môme, et pour la môme 
raison, nous devrions avoir à la deuxième personne du 
pluriel : « vous ventes, vous sates ». Une assimilation très 
ancienne a supprimé ces formes, et on a dit : « nous ven- 
dons, nous savons, vous vendez, vous savez » par analogie 



DU VERBE. 127 

a\'«c « nous devons, nous dormons, vous devez, vous dor- 
mez ». Seuls les verbes dire Qi faire ont encore l'accent 
sur le radical à la seconde personne du pluriel : vous faites, 
vous dites. 

§ 268. — La flexion ez appelle une explication. Elle est 
identique à la flexion correspondante des verbes en er 
(vous portez). Et cependant les flexions latines étaient fort 
difîérentes : àtis (première conjugaison), étis (deuxième 
conjugaison), itis (quatrième conjugaison). Seul « âtis » a 
pu produire « ez » . Etis n'a pu donner que eiz, plus tard 
oiz, et itis : iz. Certains dialectes de l'Est ont en effet con- 
servé trois flexions différentes pour les trois conjugaisons. 
Ailleurs elles ont été réduites à deux : eiz et ez. La pre- 
mière appartenait en propre aux verbes dont l'infinitif 
était en eir (oir); auo?r étant un de ces verbes, et l'indicatif 
présent à'avoir servant à former le futur, le futur de tous 
les verbes avait aussi la seconde personne du pluriel en 
eiz. Mais l'assimilation s'est complétée assez vite et elle a 
abouti à une deuxième personne du pluriel terminée uni- 
formément en ez dans tous les verbes. 

§ 269. — A la troisième personne du pluriel [à^hent, 
àovmiunt, vendwn^, sapmnf) nous avons partout des 
voyelles atones (e, iu, u), qui, placées devant deux con- 
sonnes (nt), ne doivent pas tomber complètement. Elles 
sont représentées dans les formes françaises par un e muet 
(doivent, dorment, vendent, sévent). On remarquera qu'il 
n'y a pas de différence, pour cette personne, entre les ver- 
be=; français en re, oir, ir, et ceux en er. 

!^ 270. — Quand la voyelle du radical latin était un a, 
et n'était séparée de la lermiruiisou imt que par ime con- 
sonne destinée à tomber devant elle (e, b, d), cet a a formé 
la diphtongue au avec I'm de la terminaison, et cette 
dii)lilongue s'est changée en o comme dans un graml 



128 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

nombre d'autres mots. Ainsi vadere (d'où vient l'indicatif 
présent de notre verbe a//e?^) faisait à la troisième personne 
du pluriel de l'indicatif présent : va{d)unt, qui est devenu 
V07U. De même * habunt (forme populaire au lieu du classi- 
que habent) a donné ont, et * facunt (au lieu du classique 
faciunt) a donné font. 

Conjugaison inchoative 

§ 271. — On peut prendre comme type de la conjugai- 
son inchoative le verbe gemiscere, dont les formes étaient, 
à l'indicatif présent : 

gemisco, en français je gérais 
gemiscis — tu gémis 

gemiscit — il gémist, gémit 

gem[isc-imus] — nous gémissons 

gemfiscitis] — vous gémissez 

gemiscunt — ils gémissent. 

§ 272. — Les explications que nous avons données pour 
les verbes latins en ère nous dispensent d'entrer dans de 
longs détails à propos de la conjugaison inchoative. Le c 
latin disparaît à toutes les personnes. La première per- 
sonne française s'est terminée dès l'origine par une s, qui 
est, comme on le voit, étymologique : gemisco. L'accent 
tonique latin restant sur la même syllabe à toutes les per- 
sonnes, on devrait avoir, en français, aux deux premières 
personnes du pluriel : nous gémismes, vous gémistes. Ces 
formes ont été modifiées par l'analogie, comme celles du 
verbe vendre et autres semblables (§ 267). 

V. — Présent du subjonctif. 

Conjugaison en er. 

§ 273. — Le présent du subjonctif des verbes latins en 
are se conjuguait comme suit : 



DU VERBE. 429 

pôrt-em (que je porte) 

p6rt-es (que tu portes) 

pùrt-et (qu'il porte) 

port-émus (que nous portions) 

port-étis (que vous portiez) 

pôrt-ent (qu'ils portent). ' 

§ 274. — D'après les lois générales et particulières de 
la phonétique, la flexion de la première personne du sin- 
gulier devait tomber entièrement, et il ne devait rester que 
l's pour la deuxième et le t pour la troisième (le t, dans le 
cas du verbe porter, devait se confondre avec le t final du 
radical). Le subjonctif du verbe porter devrait donc être 
au singulier : « que je port, que tu porz (ports), qu'il port. 
Mais de bonne heure, le subjonctif de la conjugaison en 
are a été assimilé à celui des autres conjugaisons (voyez 
§ 276 et suivants), et il en est résulté que, pour les verbes 
en er, le singulier du subjonctif présent et le singulier de 
l'indicatif présent se sont trouvés identiques : port-e, 
port-es, port-e. 

Aux deux premières personnes du pluriel, on a substi- 
tu aux flexions étym9logiques {eins qu'aurait donné 
émus, eiz de étis) les terminaisons ans, ez, et plus tard i072S 
et iez, qu'on empruntait aux verbes des autres conjugaisons 
latines (Voyez ci-dessous § 279). Quant à la troisième 
personne du pluriel, le latin portent a donné régulière- 
ment le français portent, sans le secours d'aucune assi- 
milation. 

§ 275. — Parmi les exemples anciens des formes éty- 
mologiques du subjonctif présent dans la conjugaison en 
er, nous signalerons notamment des troisièmes personnes 
du singulier en^, sans e muet : culzt du verbe cu/c/w'er (cou- 
cher), demeint du verbe démener, dans la Glianson de Ro- 
land. Jusqu'au xvii° siècle on a dit : Dieu vous gart! 



130 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS, 

Conjugaison en re, oir, ir. 

§ 276. — Dans les autres conjugaisons latines, le sub- 
jonctif présent offrait les formes suivantes : 

2® CONJUGAISON (ère). 

respônd-eam (que je réponde) 

respônd-eas (que lu répondes) 

resp6nd-eat (qu'il réponde) 

respond-eâmus (que nous répondions) 

respond-eâtis (que vous répondiez) 

respùnd-eant (qu'ils répondent). 

3^ CONJUGAISON (_L ère). 

vénd-am (que je vende) 

vénd-as (que tu vendes) 

vénd-at (qa'il vende) 

vend-âmus (que nous vendions) 

vend-âtis (que vous vendiez) 

vénd-aiit (qu'ils vendent) 

recip-iam (que je reçoive) 
recip-ias (que tu reçoives) 
recip-iat (qu'il reçoive) 
recip-iâmus (que nous recevions); 
recip-iâtis (que vous receviez) 
recip-iant (qu'ils reçoivent). 

4" CONJUGAISON (ire). 

pârt-iam (que je parte) 

pârt-ias (que tu parles) 

pârt-iat (qu'il parte) 

parl-iâmus (que nous partions) 

part-idtis (que vous partiez) 

pàrt-iaut (qu'ils partent). 

§ 277. — Sur ces quatre types de flexions, deux étaient 
identiques dans le latin classique (parliam, recipiam), 
et un troisième (respondeam) s'était identifié aux deux 
premiers dans le latin populaire, l'e placé devant une 



DU VERBE. 131 

voyelle s'étant changé en i : respondeam = respondmw. 
Nous choisirons donc l'un de ces trois types, partiam, et 
tout ce que nous dirons de partiam s'appliquera à res- 
pondeam et à recipiam. 

§ 278. — Si l'on compare partiam à vendam on verra 
que, au point de vue de la flexion, ces deux subjonctifs 
ne difl'èrent que par une lettre, Vide paitiajn, qui est un /' 
atone, et qui doit tomber, sauf certaines réserves limitées 
à des verbes déterminés (voyez § 177 et suivants). Donc, 
en principe, les flexions iam de partiam et amde vendam 
doivent produire la même flexion française, un e muet. 11 
suffît d'ajouter une au radical du verbe, pour avoir la pre- 
mière personne du singulier du subjonctif présent : « que 
je part-e,que je vend-e. » De même, à la deuxième et à la 
troisième personne du singulier, ias et as produiront es 
français, iat et at : et (par un e muet), puis e. Enfin à la 
troisième personne du pluriel iant et ant donneront eut. 

§ 279. — Aux deux premières personnes du pluriel, Vi 
atone se trouve avant la voyelle tonique de « part-iâmus, 
part-iâtis » et précède immédiatement cette voyelle. Or, 
d'après les lois phonétiques, Vi atone doit exercer une in- 
fluence sur l'a tonique qui suit. En règle générale, l'a toni- 
que suivi d'une m se change en ai, et non suivi d'une m il 
se change en é ; mais par exception, dans les deux cas, 
quand il est précédé d'un i, il se change en ié. 

Ainsi : 

venddmus devait produire vendnins 

vcnddtis — vendez 

partiâmus — partiens 

partidtis — partiez. 

On a substitué aux flexions « ains, iens », de la première 
personne, la terminaison uniforme ons, tjui tendait à s'in- 
troduire partout; mais on a respecté l'i de « partieus », si 



132 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

bien que vendains (forme théorique) est devenu vendons, et 
partiens (forme dont on a de nombreux exemples) est de- 
venu partions. On a donc, d'un côté, « vendons, vendez », 
comme à l'indicatif présent, et d'un autre côté « partions, 
partiez ». C'est ainsi du moins que l'on peut expliquer les 
premières et deuxièmes personnes du subjonctif en ans, ez, 
que l'on trouve dans les anciens textes au lieu de ions, 
iez. De très bonne heure il y a eu assimilation, dans les 
deux sens, et on a dit : vendions, vendiez, et partons, 
partez ; mais ce sont les flexions ions et iez qui l'ont 
emporté. 

Les flexions subjonctives des deuxième, troisième et 
quatrième conjugaisons latines se sont donc confondues, 
et nous avons vu qu'elles ont été aussi introduites dans 
les verbes dérivés de la première conjugaison. 

VI. — Imparfait de l'indicatif. 

§ 280. — Les verbes latins avaient l'imparfait en àbam, 
ébam ou iebam. Mais les imparfaits en iébam ont été traités 
comme ceux en ébam, sous réserve de l'action de Vi sur le 
radical (§ 190), ou bien ces imparfaits s'étaient contractés 
en îbam. Les trois terminaisons du latin étaient donc : àbam 
(verbes en are), ébam (verbes en ère et en _Lere), îbam 
(verbes en /re). Elles ont produit des imparfaits en éve, 
oie, ive. On trouve aussi une flexion oe, qui correspond, 
comme éve, à àbam. 

Imparfaits en éve et en oe. 

§ 281. — Le verbe latin cantare (chanter) faisait à l'im- 
parfait ; 

cantâbam (je chantais) 
cuntdbas (tu chantais) 
cantdbat (il chantait) 



DU VERBE. 133 

cantabdmus (nous chantions) 
cantabdtis (vous chantiez) 
cantàbant (ils chantaient). 

§ 282. — D'après les lois de la phonétique, ïa toni- 
que latin doit se changer en é, Va atone de la flexion 
doit être représenté par un e muet, et le b qui suit 
la tonique doit se changer en v entre les deux voyelles 
(comparez faham qui donne fève). Les formes françaises 
doivent donc être : je chantéve, tu chantéves, il chantévet, 
chantéve, il(s) chantévent. Aux deux premières personnes 
du pluriel, le b, placé avant la tonique, est tombé ; l'e muet 
produit par Va atone du milieu du mot s'est trouvé dès 
lors en hiatus devant la tonique, et s'est changé en i. Can- 
tabdmus est donc devenu chantiens (d'abord en trois syl- 
labes) et cantabdtis : chantiez. Puis, à la première personne 
du pluriel, on a remplacé ens par la terminaison habi- 
tuelle ons, d'oii : chantions. L'imparrait dérivé de la pre- 
mière conjugaison latine devrait donc être : 

SINGULIER. PLURIEL. 

chantéve chantiens, chantions 

chantéves chantiez 

chantévet, chantéve chantévent. 

§ 283. — De ces anciennes formes, le français n'a que 
les deux premières personnes du pluriel, dont les flexions, 
comme nous allons le voir, sont communes à toutes les con- 
jugaisons. L'imparfait en éve a existé et s'est conservé 
dans certains patois, mais le français proprement dit a rem- 
placé les flexions issues de âbam, par celles qui dérivaient 
de ébam (§ 285;. 

§ 283 bis. — On trouve aussi, pour ces mêmes verbes, 
particuhèremcnt dans la région nord-ouest de la France, 
les flexions suivantes, où l'a tonique s'est changé en o 
Clédat, 8 



134 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

SOUS l'influence de la consonne labiale posttonique h. 



SINGUUER. 

chantoe 
chanloes 
chantûut, chantot 



PLURIEL. 

chantions 

chantiez 

chantoent. 



Imparfaits en oie. 
§ 284. — Vendere (vendre) faisait à l'imparfait : 



vendébam 

vendébas 

vendébat 

vendebâmus 

vendebâtis 

vendébant 



(je vendais) 
(tu vendais) 
(il vendait) 
(nous vendions) 
(vous vendiez) 
(ils vendaient). 



§ 285. — Ici le b est tombé à toutes les personnes, Ye 
tonique s'est changé régulièrement en ei, puis oi, et Ve 
muet produit par l'a atone est tombé de bonne heure à la 
troisième personne du singulier. Enfin aux deux premières 
personnes du pluriel, on a les flexions iens (puis ions) et 
iez, que nous avons déjà trouvées dans les imparfaits en éve 
et en oe. Soit qu'on les tire directement de ebâmus, ebâtis, 
soit qu'on les rattache par l'analogie aux verbes des con- 
jugaisons en are ou ire, ces flexions du pluriel présentent 
des modifications phonétiques exceptionnelles. 

Les formes françaises dérivées de l'imparfait latin en 
ébam, sont donc : 



SINGULIER. 

vendeie, vendoie 
vendeies, vendoies 
vendeit, vendoit 



PLURIEL. 

vendiens, vendions 

vendiez 

vendeient, vendoient. 



§ 286. — Plus tard, l'e muet issu de l'a atone latin est 
tombé successivement à la deuxième et à la première per- 



DU VERBE. 133 

sonne du singulier : vendais, vendoi. Puis la première per- 
sonne a pris une s finale par analogie avec la seconde. 
Enfin oi s'est partout changé en ai. 

Imparfaits en ive. 

§ 287. — L'imparfait contracte du verbe latin dormire 
(dormir) était : 

dormîbam (je dormais) 

dormibas (tu dormais) 

dormibat (il dormait) 

dormibdmus (nous dormions) 

dormibdtis (vous dormiez) 

donnibant (ils dormaient). 

§ 288. — Les formes françaises correspondantes doivent 
être : 

SINGULIER. PLURIEL. 

dormive dormions, dormions 

dormives dormiez 

dormivet, dormive dormivent. 

§289. — Ces flexions existent encore dans certains 
patois. Mais le dialecte de l'Ile-de-France les a remplacées 
dès l'origine par les flexions dérivées de l'imparfait en 
ébam, qui sont ainsi devenues communes à tous les verbes 
français. 

VII. — Futur et conditionneL 

Formation du futur et du conditionnel. 

§ 290. — Les Latins n'avaient pas de temps spécial 
pour exprimer l'idée du conditionnel ; ils se servaient gé- 
néralement, à ceteflet, du subjonctif. Quant au futur latin, 
il n'a point passé en français. Il avait été remplacé dans le 
latin populaire par une péri[)lir.ic(' formée de l'infinitif du 
verbe et de l'indicatif présent de l'auxiliaire haùco (j'ai). 



136 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

On disait : cantate habeo, mot-à-mot en français chan- 
ter ai, c'est-à-dire fai à chanter. Puis, de très bonne 
heure, dès le latin populaire, l'auxiliaire s'est soudé à 
l'infinitif du verbe, et on a dit : cantaràbeo, d'où le fran- 
çais chanterai. 

§ 291. — Le futur français se compose donc de l'infini- 
tif du verbe, plus ou moins modifié, et soudé à l'indicatif 
présent de l'auxiliaire avoir : 

chanter-ai 

chanter-as 

chanter-a 

chanter- ons 

chanter-ez 

chanter-ont. 

Comme on le voiL, aux deux premières personnes du 
pluriel, le radical de l'auxiliaire est supprimé .• Oîis au lieu 
de avons, ez au lieu de avez. 

^ 292. —Le conditionnel est formé de même avec l'im- 
parfait du même auxiliaire, ou du moins avec les désinence? 
de cet imparfait : chanterais, chanlera«s, chanterais, etc. 
Le sens primitif de « je chanterais » est donc : « j'avais à 
chanter, je devais chanter ». C'est encore la valeur du con- 
ditionnel dans les locutions telles que : « je savais qu'il chan- 
terait », c'est-à-dire «je savais qu'il devait chanter ». 

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner comment les diffé- 
rentes significations de notre conditionnel sont sorties de 
cette valeur première ^ 

§ 293. — Le futur a donc les désinences de l'indicatif pré- 
sent du verbe avoir, et le conditionnel celles de l'imparfait. 
Ces désinences ont été suffisamment exphquées ci-dessus. 
Mais il nous reste à signaler les modifications que peut su- 

1. Voyez sur ce point VAnnuaii'e de ta Faculté des Lettres de Lyon, 
vol. 1, fascicalo 2, payes 77 et suiv. 



DU VERBE. 137 

liir l'infinilif dans la formation du fiiiur et du conditionnel. 
§ 294. — L'a tonique de canikre est représenté en fran- 
çais par l'e fermé déchanter. Mais dans cmî^amAeo, ce même 
a devient atone, et comme il n'est pas à la première syllabe 
du mot, il doit se transformer en e muet, conformément aux 
lois que nous avons données (§ 15, i"). Dans la formation 
du futur de la première conjugaison, Vé de l'infinitif devient 
onc muet : chanter (prononcé chanté), mais chanterai. 
§ 294 bis. — Les te.Ues du moyen âge offrent souvent, 
pour la première conjugaison, des exemples de futurs 
contractes, oh l'e muet est supprimé : donraiei même dor- 
rai (par assimilation de Vn à l'r) pour donnerai, menrai et 
merrai pour mènerai, lairrai pour laisserai. Nous avons 
encore une contraction semblable dans : enven-ai. 

295. — L'e tonique des verbes latins en e're est de- 
venu oi en français : debére = devoir. Ce même e, étant 
atone dans deberâbeo, doit tomber ; et en effet on n'en 
trouve pas trace dans devrai. De la terminaison oir de 
l'inlinitif, il ne reste donc au futur que la consonne r. Avoir 
devrait faire et a fait « avrai », qui est devenu aurai par le 
changement du v en u, comme dans saurai de savoir. On 
trouve quelquefois les formes euphoniques deverai, avérai. 

§ 296. — Les verbes en rc changent au futur l'e final 
Je rintinitif en ai. On a seulement quelques exemples 
de formes toiles que prenderai, metterai, perderai, ven- 
derai, avec un e euphonique (ou, peut être, amené par 
l'analogie avec les futurs de la première conjugaison). 

§ 297. — Quant aux verbes en ir, Vi de l'infinitif doit 
régulièrement tomber au futur, car l'i de audire (français : 
ouir) est atone dans audiràbeo, et doit disparaître pour la 
même raison que l'e de haberkbeo, en français aurai. Le 
futur de ouir est donc orrai. De même courir fait courrai, 
mourir : mourrai, venir : vendrai, tenir : tendrai. Ces deux 



138 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

derniers futurs, où l'on remarque le d euphonique que 
nous avons déjà signalé § 215, ont subi une légère modi- 
fication : on a substitué a Ve de vendrai, tendrai, la diphton- 
gue ie du singuUer de l'indicatif (Voy. § 302). 

§ 298. — Mais dans un certain nombre de verbes en 
tV, comme mentir, dormir, souffrir couvrir, Vi de l'infinitif, 
devenu atone au futur, n'a pas pu tomber complète- 
ment, à cause des groupes de consonnes, dont la pronon- 
ciation ofl'rait difficulté. Dans ce cas, d'après Ja règle gé- 
nérale, Yi devrait être remplacé par un e muet, et on aurait 
alors : menterai, donnerai. Mais, sous l'influence de l'infi- 
nitif, Vi latin s'est maintenu, et nous disons : dormirai, 
souffrirai, etc. 

§ 299. — Enfin, même en dehors de la protection des 
groupes de consonnes, Vi de l'infinitif de tous les verbes 
inchoatifs se maintient au futur, vraisemblablement parce 
que ces verbes ont un i à toutes les personnes de tous 
les autres temps. 

Redoublement de Vr. 

§ 300. ^ Certains futurs et conditionnels se terminent 
en rrai, vrais, au lieu de rai, rais. Les infinitifs courir et 
mourir ayant deux r, il est naturel de les retrouver au 
futur : courrai, 7nourrai. Mais les deux r de verrai, cherrai 
(de choi)'), pourrai, demandent une autre explication. Les 
infinitifs de ces verbes ont été successivement vedeir, 
vceir, veoir, voir, — chadeir, chaeir, cheoir, choir — po~ 
deir, poeir, pooir, pouoir, pouvoir. Le d des formes les 
plus anciennes dérive du ^ ou du c? des mots latins cadere, 
videre, * potere, et se trouvait aussi dans les formes 
les plus anciennes du futur. Le futur primitif de ces 
verbes était en drai; puis la première consonne s'est assi- 
milée à la seconde, phénomène fréquent dans la phoné- 



DU VERBE. 130 

tique de toutes les langues, et les futurs en drai sont deve- 
nus des futurs en rrai. Ajoutez orrai, de ouir (jadis odir). 

§ 301. — Il y a dans la langue des futurs en drai qui ne 
sont pas devenus en rrai, parce que cette terminaison élait 
précédée d'une consonne (perdrai, fa/drai, vo/drai), cir- 
constance qui a protégé le d, même après que la consonne 
précédente a été vocalisée et a disparu, comme dans fau- 
drai, voudrai. 

Pour le futur de vouloir on trouve aussi la forme vour- 
rai, qui s'explique par l'assimilation de la consonne finale 
du radical {voul) à Vr de la flexion {rai), tandis que dans 
voudrai il y a eu intercalation d'un d euphonique entre 
les deux consonnes (Voy. § 213 et 214). 

Substitution exceptionnelle, au futur et au conditionnel, 
du radical tonique au radical atone. 

§ 302. — Au futur et au conditionnel, on devrait tou- 
jours avoir la voyelle du radical atone. (Pour la défini- 
tion du radical atone, voyez § 169 et suivants.) Mais 
dans quelques verbes on a substitué à cette voyelle la 
voyelle ou la diphtongue du radical tonique ; on dit ^ien- 
drai, viendrai au lieu de tendrai, vendrai (qui se confon- 
daientaveclesfuturs des xerhQ^vendre, tendre), boirai (sous 
l'influence de l'intinitif 6o<re), au lieu de l'ancien bevrai. 
L'ancien futur de asseoir était jasserrai; on dit aujour- 
d'hui : j'assoirai ou Rassiérai, avec l'un ou l'autre des ra- 
dicaux toniques entre lesquels on hésite pour la conju- 
gaison de ce verbe (Voyez ci-dessus § 174j. 

VIII. — Impératif. 

§ 303. — L'impératif latin n'avait que deux personnes, 

la deuxième du singulier et la deuxième du pluriel. 

Notre impératif singulier dérive de l'impératif singulier 



140 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

latin, excepté dans les verbes avoir, être, savoir, vouloir, 
où il est tiré du subjonctif. 

§ 304. — Or l'impératif latin était en a pour la conju- 
gaison en are, et en e ou en i pour les autres : cdnta, réddc, 
senti. Les voyelles atones tombant, excepté l'a qui doit 
être représenté par un e muet, il en résulte que l'impé- 
ratif de la première conjugaison française (qui correspond 
à la conjugaison latine en are) se terminera par un e muet 
{chante) et que l'impératif des autres verbes se réduira au 
radical sans flexion. Nous écrivons aujourd'hui « rends, 
sens », c'est-à-dire que nous ajoutons une s au radical (quel- 
quefois avec suppression de la consonne finale, comme 
dans sens, pars). Cette s est mise là par analogie avec les 
secondes personnes des autres temps ; mais on ne la trou- 
vait pas dans l'ancienne langue, pas plus qu'en latin ; on 
disait et on écrivait : i^end (ou re/i/), sent, part. 

§ 305. — Les verbes inchoatifs ont l'impératif en is, ter- 
minaison dérivée régulièrement du latin isce. 

§ 306. — En dehors de la première conjugaison, on 
trouve l'impératif en e muet lorsque le radical du verbe 
se termine par des consonnes appelant une voyelle d'ap- 
pui : ouvre, offre, etc. 

§307. — Quant àla deuxième personne dupluriel, elle est 
identique, dans nos verbes, à la même personne de l'indica- 
tif présent. Elle ne vient pas de l'impératif latin, qui aurait 
donné une forme identique au participe passé; càr portàte 
(impératif) el portdtum (participe passé) doivent aboutir à 
la même forme française, porté. Nous avons aussi une 
première personne du pluriel, qui est identique à la même 
personne de l'indicatif présent *. 

1. .Mais il faut se rappclei* quo lo subjonctif avait deux formes pour 
les deux premières personnes du pluriel: ions, iez^ et aussi, comme 
riudicatif, 07is, ez. Ou peut donc supposer que l'impératif se rattache 



DU VERBE. 141 

§ 308. — Les quatre verbes qui dérivent leur impé- 
ratif singulier du subjonctif empruntent au même temps 
les personnes du pluriel : 

soyons ayons veuillons sachons 
soyez ayez veuillez sachez. 

Toutefois, dans les deux derniers, on remarquera la sup- 
pression de Yi des terminaisons subjonctives lojis, iez 
(Voyez la note du § 307). 

IX. — Prétérit de l'indicatif. 

s; 309. — Le prétérit de l'indicatif se termine en latin 
comme suit : 

SINGULIER. PLURIEL. 

{^'^ iper sonne : l_i _1 imus, *imus 

2® personne.* isli _1 sti isùis, _L slis 

3« IKr sonne. ■ J_\[. (érunl), *_1 erant, _1 runt. 

Ces terminaisons sont précédées de la syllabe av pour 
les verbes en are et de iv pour les verbes en ire. Les pre- 
miers ont donc au prétérit la flexion avi, et les seconds, la 
flexion ivi. Quant aux verbes en ère ou _l_ere., ils ont des 
prétérits très divers, en évi, en ui, en si, ou simplement 
en i; quand le prétérit est en i ou en si, il arrive souvent 
que la voyelle thi radical n'est pas la même qu'aux au- 
tres temps du même verbe : f2icio (je fais), feci (je fis). 

Prétérit français en ai. 
§ 310. — Le prétérit latin en ûvi a donné le prétérit 

au subjonctif plutôt qu'à l'indicatif, ce qui expliquerait bien les excep- 
tions signalées § 308. Toutefois les verbes faire et dire fout à la 
deuxième i)ersonne du pluriol de l'impératif : faites kX. dites, et ces 
formes appartiennent exclusivement à liiidicatif présent. 



142 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

français en ai, qui s'applique à tous les verbes de la conju- 
gaison en er : 

SINGULIER . PLURIEL. 

eantdvi chantai cantdvimus chantâmes, chantasmes 

cantdsti chantas cantdstis chantastes 

cantdvit chantât, chanta cantdrunt chantèrent, chantèrent. 

§ 311. — L'a tonique de la flexion s'est changé régu- 
lièrement en é à la troisième personne du pluriel ; il est 
devenu ai à la première personne du singulier, sous l'in- 
fluence de ri atone qui termine le mot (Voyez § 724) ; il 
est resté a aux deuxièmes personnes des deux nombres 
parce qu'il était suivi de deux consonnes (Voy. § 726). Le 
maintien de l'a à la troisième personne du singulier et à 
la première personne du pluriel s'explique par la chute 
ancienne de Yi (cantâv(i)t, cantâv(i)mus) ou par l'influence 
analogique des personnes voisines. L's de chantastes s'est 
introduite par analogie dans la première personne du 
même nombre : « chantasmes. » 

Prétérit français en i. 

§ 312. — Le prétérit français en i, dérivé du prétérit 
en ivi, s'applique à tous les verbes inchoatifs et à i^resque 
tous les autres verbes en ?>, et par extension à plusieurs 
verbes en re ou même en oir [choir dans l'ancienne langue) : 

SINGULIER. PLURIEL. 

dormivi dormi dormivimus dormimes 

dormisli dormis donnistis dormistes 

dovmivit dormit *dormirunt dormirent. 

La première personne du singulier a pris ensuite une s 
par analogie avec la seconde : je dormis. 

Prétérits français dérivés des prétérits latins en evi, ui. 
§ 313. — Le prét('rit en évi n'a pas laissé de traces en 



DU VERRE. 143 

français. Il s'était vraisemblablement confondu avec le 
prétérit en ui. Tout au plus peut-on lui accorder une cer- 
taine influence sur la formation de ceux des prétérits fran- 
çais en us qui ont toujours eu l'accent sur la désinence. 

§ 314. — Comme type de prétérit en ni, nous pren- 
drons début du verbe debére (devoir) : 

SINGULIER. 

déhui qui a donné: dui 
delûisti — deûs 

débuit — deut, dut 

PLURIEL. 

debûimus qui adonné: deûmes, deûsmes 
debûistis — deùstes 

débuerunt — deurent, durent. 

§ 315. — On remarquera d'abord qu'aux secondes 
personnes du singulier et du pluriel, l'accent tonique, qui 
devrait être sur le premier i de debiâsti et de debûistis (§ 13^ 
note 2), a glissé sur Vu qui précède, ou du moins Vu atone 
s'est uni à Vi tonique et a formé une diphtongue, mï, qui 
s'est ensuite réduite à u. A la troisième personne du pluriel, 
l'accent tonique devrait être régulièrement sur le second 
e de débuerunt ; mais la langue populaire l'a reculé sur la 
voyelle du radical, parce que c'est la place qu'il occupe à 
la troisième personne du singulier, et que, dans tous les 
autres temps, l'accent tonique a la même place aux troi- 
sièmes personnes des deux nombres. 

Deûs, deûsmes, deûstes se sont contractés plus tard en 
dus, — dusmes, puis dûmes, — dusles, puis dûtes. Enfln ia 
première personne du singuliej- s'est assimilée à la seconde : 
« je deus, dus » au lieu de « je dui ». 

On pourrait croire à priori que ui de debui et u de dé- 
buit et débuerunt se sont sim[)lemcnt subslilucs à Ve to- 
nique. En réalité, il n'y a pas eu substitution, mais coaibi- 



144 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

naison : ui du français dui, u de dut et durent, sont le pro- 
duit de la combinaison de Ve tonique latin avec les voyelles 
atones ui ou u. 

§ 316. — Quand la voyelle tonique était a, la même com- 
binaison a produit non pas « ui, u », mais « oi, o ». Le pré- 
térit du verbe habére (avoir) nous en offre l'exemple : 

SINGULIER. 

hàbiii qui a donné oi * [eus par assimilation avec la 2« pars.) 

habûisti — oùs, eus, eus 

fidbuit — ot<f, oi (eî<< par assimilation). 

PLURIEL. 

habûlmus qui a donné oùmes, eùsmes, eûmes 

habilistis — oùstes, eùstes, eûtes 

hdbuerunt — ourent, orent {eurent par assimilaliou). 

Dans habûisti, habûimus, habùistis, Va de la première 
syllabe s'est changé en o sous l'influence du b ou de Vu 
tonique, et cet o est ensuite devenu e. 

§ 317. — Sur le modèle de « oi,eûs» se conjuguaient les 
prétérits de : 



savoir : 


je soi, 


lu seùs, etc. 


taire: 


toi 


teiis 


plaire : 


ploi 


pleûs 


pouvoir . 


poi 


peùs. 



Seiis, teiis, pleiis, peils se sont contractés en sus, tus, 
plus, pus. On devrait aussi écrire us pour le verbe avoir; 
mais ce verbe a conservé l'orthographe archaïque eus. La 
même observation s'applique à toutes les personnes de 
$31, toi, ploi, poi d'une part, et de oi d'autre part. 

§ 318. — Sur le modèle de « dui, deûs » se conjuguaient 
les prétérits de beaucoup de verbes qui n'avaient pas, dans 

1. Il importe de remarquer que oi, dans les anciens textes, peut être 
aussi la première personne du singulier de l'indicatif présent du verbe 
ouh: De môme ot peut signùler « il eut » ou « il entend ». 



DU VERBE. 145 

le latin classique, le prétérit en ui. Ces verbes avaient donc 
subi une assimilation dans la langue populaire : 



croire : 


je 


crui, 


tu 


creils, etc. 


boire : 




bui 




beùs 


croître : 
recevoir . 




crui 

reçui 




creils 
receûs 


lire : 




lui 




leiis. 



Pour crescere (croître), qui a le parfait classique en vi 
(crévi), il n'est pas nécessaire de supposer une forme po- 
pulaire en ui : la parenté de Vie et du v suffit à expliquer 
que C7'évi ait donné le même résultat qu'un prétérit en ui. 

§ 319. — Dans tous les exemples que nous venons de 
citer, la flexion latine ui était séparée de la voyelle du ra- 
dical par une consonne qui est tombée. Dans ténui, prété- 
rit de tenére (tenir), la consonne intermédiaire n'est pas 
tombée, et Vu atone n'a exercé aucune influence sur la 
modification delà voyelle tonique. La forme française dé- 
rivée de ténui est « tinc », où. le changement del'e tonique 
en i est dû à l'influence de Vi final du mot latin. De même 
*vénui, prétérit populaire de venire (venir), a donné vinc. 
Les troisièmes personnes de ces deux prétérits sont vint, 
tint, pour le singulier, vinrent, tinrent (aussi vindrent, tin- 
drent, avec un d euphonique), pour le pluriel. D'après les 
lois phonétiques, ces troisièmes personnes du singulier et 
du pluriel ne devraient pas avoir i comme voyelle tonique. 
Mais elles ont subi l'analogie de la première du singulier. 
Aux autres personnes de ces mômes temps, c'est Vi et non 
Vu des flexions uisti, uistis, uimus, qui s'est maintenu : tu 
venis (et non tu venus), tu tenis, nous venismes, nous ienis- 
mes, vous venistes, vous tenistes. Il est facile de comprendre 
comment l'analogie a ensuite opéré sur ces formes, changé 
tenis et venis en tins, vins, remplacé le c de vinc, tinc, par 
Vs habituelle, etc. 

Clédat. " 



146 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 320. — Dans d'autres verbes, où la flexion latine ut 
était séparée de la voyelle du radical par une consonne 
qui n'est pas tombée, l'accent tonique s'est porté sur la 
flexion à toutes les personnes. 



Au lieu de conjuguer: 


On a dit: 


vcllui (je valus) 


valût 


valûisti 


valûisti 


vdluit 


valûit 


val ùi mus 


valûimus 


valùislis 


valùisLis 


mluerunt 


valûerunt. 


n est résulté, en français, 


la conjugaison sui^ 


SINGULIER. 


PLURIEL. 


Je valut [valus par assimilation) nous valûmes 


Tu valus 


vous valustes 


Il valut 


ils valurent. 



Pour la même raison, molui de molere (moudre) a donné : 
je molui, moului, tumolus, moulus, etc. Les prétérits de fal- 
loir, mourir, courir, se conjuguent de même. 

§ 321. — Le prétérit de vouloir se conjugue aujourd'hui 
comme celui de valoir. Mais on trouve dans l'ancienne 
langue « je voil, il volt », et, à la troisième personne «lu 
pluriel, (i volrent, voldrent, voudrent ». Ces formes déii- 
vent des formes latines accentuées sur le radical : vôlui, 
wûluit, vôluerunt. On a pour le même verbe un autre pré- 
térit qui paraît remonter à un prétérit latin en si, tel que 
volsi: « je vols, tu volsis, il volst, vous volsistes. » 

§ 322. — En général, les verbes français qui ont le pré- 
térit en us ont le participe passé en u. 

Prétérits dérivés des prétérits latins en si. 
§ 323. — Le prétérit du verbe ardere (vieux français 



DU VERBE. 147 

ardre ou ardoir, qui signifient brûler) se conjuguait ainsi 
en latin : 

SINGULIER. PLURIEL. 

i'^ 'personne : ârsi (ârsimus) arsimus 

1<^ -personne : arsisti arsistis 

3* personne : ârsit *ârserunt. 

Le déplacement de l'accent tonique à la première per- 
sonne du pluriel s'explique par une assimilation avec les 
autres prétérits et tous les autres temps, où l'accent occupe 
la même place aux deux premières personnes du pluriel. 

§ 324. — Le prétérit français était : 



SL^'GUUER. 


PLURIEL. 


J'ars 


nous arsimes, arsismes 


tu arsis 


vous ursistes 


il arst 


ils arstrent. 



§ 325. Sur le modèle de « ars, arsis » se conjuguaient 
les prétérits des verbes : 

sourdre (surgere) : sors,sorsis,sorst,Qic.{^véiév\i\s.i\n:*sursi) 
conduire (conducere) : conduis, conduisis, conduist (prétérit la- 
tin : conduxi= conducsi) 
prendre (prendere) : pris, pî'esis, prist (prétérit Jalin: *prensi) 
dire (dicere) : dis, desis, dist (prétérit latin : dixi). 

etc. 

§ 326. — On remarquera que, dans le prétérit de prendre, 
l'e du radical latin {prénsi) s'est changé en i sous l'influence 
de Vi final (Je pris), et cet i radical s'est ensuite introduit 
par analogie aux troisièmes personnes du singulier et du 
pluriel, qui n'étaient pas soumises à l'action d'un i final. 
Quant à la deuxième personne du singulier et aux deux 
premières du pluriel, où le radical est atone, elles ont 
régulièrement un e : « presis, presistes ». Cette alternance 
de Vi et de l'e se retrouve aux mêmes personnes dans le 
prétérit du verbe dire {dis, desis, etc.). 



148 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 327. — Pour tous ces verbes, on trouve des troisièmes 
personnes du pluriel en strent : distrent, conduisirent, 
pristrent, etc. Le ? a été introduit par euphonie entre l'a? 
(ou s) et IV du latin : dix[e)runt, condux[e)runt, etc. Mais 
l'euphonie pouvait aussi être obtenue par la suppression 
de l'une ou l'autre des deux consonnes primitives ; on 
pouvait dire : sent ou rent, au lieu de strent. Ces terminai- 
sons se rencontrent en effet, et c'est la seconde qui s'est 
conservée dans le français proprement dit : ils dirent, 
prirent, conduirent (remplacé ensuite par condui- 
sirent). 

§ 328. — Après avoir dit « j'ars, tu arsis, — je conduis, tu 
conduisis », on a dit, en assimilant la première personne 
à la seconde, et par imitation du prétérit des verbes en ir : 
« ]arsi (ou arsis), tu arsis, — je conduisi (ou condui- 
sis), iu co7iduisis », et aussi, par conséquent: « il arsit 
(au lieu de arst), ils arsirent, — il conduisit, ils condui- 
sirent ». 

§ 329. — Il semble qu'on aurait dû avoir de même : 
« je desis » pour le verbe rf/re, « je presis » pour le verbe 
prendre. Mais ces verbes ont subi une autre assimilation. 
On les a rapprochés du prétérit du verbe voir, qui est : 
« je vi, tu veis » (Voy. § 334). Par analogie avec « tu veïs », 
on a dit : « tu preis » au lieu de « tu presis », et « tu deïs » 
au lieu de « tu desis ». Et toutes ces formes se sont ensuite 
contractées en : « tu vis, tu pris, tu dis. » Au pluriel, on 
a eu aussi : « nous preïmes, nous deimes » puis « nous 
primes, nous dimes », et « vous preistes, vous déistes » 
puis « vous pristes, vous distes ». ^ 

§ 330. — Le verbe prendre a une autre forme de 
prétérit, qui est «je prins ». On a nasalisé la voyelle de 
« je pris », par imitation des formes d'autres temps où la 
voyelle tonique de ce verbe est nasalisée (prendre, il 



DU VERBE. 149 

prend, etc.). On peut aussi voir dans « je prins » l'in- 
fluence des prétérits de venir et de tenir. 

§ 331. — Parmi les verbes qui ont le prétérit latin 
en si, et qui ont subi l'analogie de « tu veïs », il faut ran- 
ger : rire (prétérit latin risi), qui a fait « tu reis » puis « tu 
ris », au lieu de « tu resis » ; — occire (prétérit latin *occi- 
si), qui a fait « tu oceïs » ; — mettre (prétérit latin misi), 
qui a fait : « tu meïs; » — asseoir (prétérit latin * assesi), 
qui a fait : « tu asseïs » ; — quérir (prétérit latin qusesii), 
qui a fait : « tu queis ». 

§ 332. — Les verbes en aindre, eindre, oindre, avaient 
chez les latins le prétérit en xi, et auraient dût être traités, 
pour ce temps, comme conduire. Prenons comme exemple 
le \erhe plaindre {\aX\n plange^^e, i[ir éléril plmixi). Le pré- 
térit de plaindre était en vieux français : « je plains, tu 
plainsis, il plainst, nous plainsimes, vous plainsistes, ils 
plainstrent ou plainrent. » L'assimilation ordinaireaurait dû 
produire ensuite : « je plainsis, il plainsit, ils plainsirent. » 

Ces flexions ont été en effet substituées aux anciennes, 
mais le radical a été en outre modifié, et rapproché du 
radical de « plaignons, plaignent, plaignais ». On a dit : 
« Je plaignes, tu plaignis, etc. » 

§ 333. — On a aussi modifié le radical au prétérit du 
verbe écrire, qui est devenu escriv/s au lieu de escresïs. 

Prétérits dérivés des prétérits latins en i. 

§ 334. — Le type des prétérits en i est celui du verbe 
videre (voir) : 

vieil a donné vî (veis, vis, par assimilation) 

vidisti — veïs, veis, vis 

vidit — vit 

vidimiis — vevnes, veismes, vismcs 

vHistis — velstes, vistes 

viderunt — virent. 



loO GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 335. — Les prétérits de nascere (naître) et vivere 
(vivre) doivent être considérés comme étant en i, et non 
en si. Car *nâxi, qui équivaut à ndksi, était devenu, par 
une métatlîèse dont on a d'autres exemples *, nàski. De 
même vîxi était devenu viski. Les secondes personnes 
« naskisti, viskisti » ont donné en français nasquis, vesquis. 
Par analogie, ou a dit aussi : « je nasquis, il nasquit, ils 
nasquirent, » et « je vesquis, il vesquit, ils vesquirent. » 
Ces formes analogiques se sont produites de très bonne 
heure. On a ensuite, pour le prétérit de vivre, substitué la 
flexion us à la flexion is. 

§ 336. — Le prétérit du verbe faccre (faire) était aussi 
en i : feci. Mais sous l'influence de Vi terminant le mot, le 
caproduitune s, en même temps que l'e tonique se changeait 
en i ; la première personne de ce prétérit était donc en fran- 
çais « fis », forme tout à fait semblable à pris, mis, dis, etc. 
On en a tiré, par analogie, les troisièmes personnes fist et 
firent. Quant à la deuxième personne du singulier et aux 
deux premières du pluriel, elles ont subi l'analogie du pré- 
térit de voir, et sont ainsi devenues : fe'ls, feimes, feistes. 

Prétérits se rattachant à dedi. 

§ 337. — Le verbe latin dare, qui signifiait donner, et 
qui n'a pas laissé de mot français, faisait au prétérit e?ec?t. Ce 
prétérit aurait produit en français les formes suivantes : 

dédi (je) di (et non dié, à cause de Vi final) 

dcdisti (tu) dcîs, dis 

dédit (il) diet 

dedîmiis (nous) dames, dîmes 

dcdistis (vous) dcîstes, distes 

déderunt (ils) diérent. 

1. Lazare, prononcé /a/ware, a donné iaisser. Le même mot, prononcé 
laskarc, a donné tascher. 



DU VERBE. ISl 

§ 338. — Or, si le simple dare a disparu, des composés 
tels que perdere [= perdare) ont produit des verbes 
français. En latin classique, perdere faisait au prétérit 
pnrdidi ; mais le peuple disait perdédi, rétablissant dans 
le composé les formes du simple. On comprend dès lors 
que le prétérit français de perdre ait pu être : « je perdt, 
tu perdes, il perdiez, nous perd/mes, vous perdisses, ils 
\)(\Tàiérent . » En somme, ce sont les mêmes flexions que 
pour les verbes en ér, sauf aux deux troisièmes personnes: 
perdee^, perd/ere?7f. Mais, par analogie a\ec perdiet, on a 
dit aussi, à la deuxième personne du singulier, perdies. 
Ces flexions se retrouvent dans plusieurs verbes dérivés de 
verbes latins en dere (français dre) : respondiet (de respon- 
dre), descendiet (de descendre), espMidiet (de espandre\ 
entendiet (de entendre), etc. Elles ont même été appliquées 
à d'autres verbes, par exemple à rompre qui a fait rom- 
piet. Tous ces prétérits ont été ensuite assimilés à ceux 
des verbes en ir. 

X. — Imparfait du subjonctif. 

§ 339. — L'imparfait du subjonctif français dérive da 
plus-que-parfait latin ; or le plus-que-parfait du subjonc- 
tif latin se formait sur le prétérit de l'indicatif. Il doit 
donc y avoir un rapport direct, en français, entre le pré- 
térit de l'indicatif et l'imparfait du subjonctif. 

§ 340. — En effet, pour avoir l'imparfait du subjonctif, 
il suffit de cbanger : 

Pour la première conjugaison : ai du prétérit en asse , 
pour les autres conjugaisons : us ou is du prétérit en usse 
ou en isse. 

^ 340 his. — Pour les verbes qui, dans l'ancienne lan- 
gue, avaient à la deuxième personne du prétérit une syl- 
labe de plus qu'à la première (pris, presis; vi, veïs, etc.), 



152 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

rimparfait du subjonctif se rattache à la deuxième per- 
sonne du prétérit, et s'est modifié comme elle : pt'esisse, 
puis preisse, puis/)r/sse,' veïsse, puis visse, etc. 

§ 341. — Les flexions de personnes, pour le plus-que- 
parfait du subjonctif latin (imparfait français), étaient les 
mêmes à toutes les conjugaisons. Prenons pour exemple 
un verbe de la conjugaison en are: 

cantdssem a donné chantasse 

cantdsses — chantasses 

cantdsset — chantast, chantât 

cantassémus — chantassions 

cantassétis — chantassiez 

cantdssent — chantassent. 

Les flexions de personnes sont donc en français : e, es, t, 
ions^ iez, eut. 

Remplacez Va de asse, asses, etc., par un u ou un r, sui- 
vant que le verbe a le prétérit en us ou en is, et vous aurez 
les différentes conjugaisons : 

Valoir, prétérit valus, imparfait du subjonctif: valusse, 
valusses, valust [puis valût), valussions, valussiez, valussent. 

Ouïr, prétérit ouïs, imparfait du subjonctif : ouïsse, 
ouïsses, ouïst, ouissio7is, ouissiez, ouïssent. 

§342. — Aux deux premières personnes du pluriel, les ter- 
minaisons « ions, iez » ne dériventpas du latinémws, étis, mais 
ont été empruntées au présent du subjonctif. Quant à Ve 
muet des deux premières personnes du singulier, il est aussi 
le produit d'une analogie avec le subjonctif présent, à moins 
qu'on ne l'explique à la deuxième personne par le groupe 
des trois s, et à la première par l'analogie de la seconde. 

XI. — Le temps archaïque dérivé du plus-que- 
parfait latin. 

§ 343. — Nous exprimons l'idée du plus-que-parfait par 



DU VERBE. 1K3 

un temps composé du participe passé et de l'auxiliaire 
avoir à l'imparfait. Les latins exprimaient la même idée 
à l'aide d'un temps simple, qui a passé d'abord dans le 
français, mai? qui en a bientôt disparu. Ce temps français 
avait d'ailleurs perdu le sens du plus-que-parfait ; il paraît 
avoir fait double emploi avec le prétérit. 

§ 344. — Pour avoir la forme du plus-que-parfait latin, 
il suffit de prendre la première personne du prétérit, de 
substituer er à i, et d'ajouter, comme flexions de personnes, 
les terminaisons de l'imparfait : am, as, a^ pour le singulier; 
amus, atis, ant, pour le pluriel. Ainsi aux prétérits en àvi 
correspondent des plus-que-parfaits en clveram, avéras, etc., 
aux parfaits en si, des plus-que-parfaits en seram, etc. 

§ 345. — Il y a une personne du prétérit dont la flexion 
se rapproche de la flexion correspondante du plus-que- 
parfait, au point de se confondre avec elle ; c'est la troi- 
sième du pluriel. Ainsi le verbe dicere (dire) faisait à cette 
personne * dixerunt pour le prétérit, et dixcrant pour le 
plus-que-parfait. Or l'aetl'Matones de «dixcrant, dixerunt» 
doivent être également représentés par un e muet français . 
On aura donc en français, dans les deux cas, « dirent ». 

i; 346. — Ainsi la troisième personne du pluriel du 
temps produit par le plus-que-parfait latin se termine en 
renf, correspondant au latin 7'ant, et de cette personne on 
peut facilement déduire les autres. Si rent correspond à rant, 

A la f"^ personne du singulier re correspondra à ram 

— 2" — — res — ras 

— 3" — — ret, re — rat 

— 1"^^ personne du pluiiel 7'ons — r[amus] 

— 2" — — rez — ratis. 

^ 347. — En résumé, on aura la troisième personne du 
pluriel de ce temps archaïque en prenant la même per- 
sonne du prétérit, et on aura les autres personnes du même 



134 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

temps en substituant à rent, suivant les personnes, re, res, 
■>'et^ 7'ons ou rez. « Jefire » est le plus-que-parfait de faire. 

LA CONJUGAISON DU VERBE « ÊTRE » 

Infinitif. 

§ 348. — L'infinitif du verbe « être » était en latin clas- 
sique ésse. C'était le seul infinitif ne se terminant pas en re. 
Mais le latin populaire avait fait disparaître cette anoma- 
lie, en disant : éssere. C'est de « éssere » que vient le fran- 
çais « estre », puis « être ». 

Participe présent et participe passé. 

§ 349. — Les participes de notre verbe être dérivent 
des participes du verbe latin stare, dont le sens propre 
était : « se tenir debout. » Slantem a donné estant, puis 
étant; statum : esté, puis été. Il faut remarquer que stare 
avait produit le verbe français ester, qui s'est conservé jus- 
qu'à nos jours dans la langue juridique, et que les parti- 
cipes « estant, esté » appartenaient à la fois à ce verbe ester 
et au verbe eslre. Les participes de ces deux verbes sont 
distincts aujourd'hui, parce que Vs s'est maintenue, sous 
une influence savante, dans l'orthographe et dans la pro- 
nonciation de toutes les formes du verbe ester [estant, esté), 
tandis qu'elle est tombée dans les formes du verbe être 
[étant, été). 

Indicatif présent . 

§ 350. — L'indicatif présent du verbe ésse était en latin : 

SINGULIER. PLURIKL. 

sum (Je .suis) sûmus (nous sommes) 

es (lu es) cdis (vous êtes) 

est (il est) sunt (ils sont). 



DU VERBE. 133 

§ 351. — A la première personne du singulier, le latin 
populaire disait aussi « sui », par analogie avec le parfait 
« fui » (Voyez ci-dessous § 360). C'est de cette forme que 
vient le français suis, dabord sut. L's finale a été ajou- 
tée à l'époque oîi on l'a donné une s aux premières per- 
sonnes de l'indicatif présent, par analogie avec les se- 
condes (§ 265). 

Les autres personnes sont, en vieux français, es, est, somes 
ou sommes, estes, sont. A la seconde personne du singulier, 
on trouve quelquefois ies au lieu de es. 

Subjonctif présent. 

§ 352. — En latin classique, le subjonctif présent du 
verbe esse offrait les formes suivantes : sim (que je sois), 
sis (que tu sois), sit, simus, sitis, sint. Mais, en latin popu- 
laire, on disait « *siam » au lieu de « sim », par analogie 
avec les nombreux subjonctifs en am. On conjuguait 
donc : 

SINGt!LIP:R. 

fo personne siam qui a donné seie, soie 
2^ — sîas — seies, soies 

3® — siat — seiet, seit, soit 

PLURTFX. 

4" personne sidmjis qui a donné seiens, soiens, soijons 
2"^ — sidtis — seiez, soyez 

3" — siant — seient, soient. 

L'e muet des formes du singulier a disparu, comme dans 
les flexions de l'imparfait (§ 286), et la première personne 
a été assimilée à la seconde. 

Imparfait de l'indicatif . i 

§ 353. — L'imparfait de l'indicatif était en latin : 



lo6 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

SINGULIER. 

1''^ personne éram qui a donné iére,ère 
2^ — éras — ières, ères 

r,^ . ^ i ièj'et, ière, iert 

\ prêt, ère, ert. 

PLURIEL. 

3^ personne érant qui a donné iérent. 

La première et la seconde personne du pluriel étaient 
trdrnus, erâtis, et ont dû donner des formes françaises telles 
que erons, erez, ou erions, eriez, avec les flexions ordinaires 
de l'imparfait; mais on n'en rencontre pas d'exemple. 

§ 354. — En même temps que ]ière ou j'ère, on disait 
aussi : « yesteie, estot'e, tu esteies, estoies, etc. » Ce sont 
les formes d'oii dérive notre imparfait actuel. Elles n'ont 
pas été empruntées à l'imparfait du verbe ester, comme 
on l'a cru longtemps, mais elles ont été créées d'après le 
radical est de l'infinitif estre, auquel on a ajouté les 
flexions ordinaires de l'imparfait. 

Futur et conditionnel, 
§ 355. — Le futur était en latin : 

SINGULIER. 

1" personne éro qui a donné ier 
2« — éris — iers 

3® — érit — iert, ert 

PLURIEL. 

1" personne érimus qui a donné ermes 
2« — érit i s — ertes 

3^ — érunt — iérent. 

On aura remarqué (§ 353) que la troisième personne du 
singulier de l'imparfait était aussi quelquefois iert ou ert. 



DU VERBE. 137 

D'autre part, on trouve aussi ières, comme à l'imparfait, au 
Jieu de iers, pour la seconde personne du futur. 

§ 356. — Le futur populaire, composé de l'infinitif 
*essere et de habeo, esscrâbeo, aurait dû donner en français 
estrai. On trouve en effet cette forme, et aussi esterai. 
L'une et l'autre peuvent d'ailleurs être rattachées au futur 
d'ester. 

§ 357. — Enfin un troisième futur, le plus usité, est 
celui qui s'est conservé : serai, seras, etc. On y a vu une 
dérivation irrégulière de esserdbeo, avec chute exception- 
nelle de la première syllabe. Plusieurs autres explications 
ont été proposées ; aucune ne nous paraît satisfaisante. 

§ 358. — Les conditionnels, qui correspondent aux fu- 
turs estimai et serai, sont : estreie, estroie, qui serait devenu 
étrais, s'il s'était conservé, et sereie, seroie, devenu serais. 

Impératif, ' 

§ 359. — L'impératif « sois, soyons, soyez » est em- 
prunté au subjonctif. 

Prétérit de l'indicatif et imparfait du subjonctif 

§ 360. — Si l'on prend les flexions des prétérits en ui, 
et si on les fait précéder d'une f, on obtient le parfait du 
verbe esse: « fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt ». Les 
formes françaises correspondantes sont : 



SINGULIER. 


PLURIEL. 


je fui 


nous fumes 


tu fus 


vous fustcs 


i\fut 


ils furent. 



§ 361. — Le plus-que-parfait du subjonctif étnit en 
latin : fiiisscm, fuisses, etc., formes qui ont produit l'im- 
parfait français : fusse, fusses, fust, etc. 



158 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

CHAPITRE X 

DES MOTS INVARIABLES 

§ 362. — Dans la partie de la grammaire consacrée aux 
flexions, il n'y a pas lieu, en principe, de parler des mots 
invariables, puisque ces mots sont, par définition, privés de 
flexions. Toutefois un certain nombre d'entre eux ont une 
terminaison commune caractéinstique, qui équivaut à une 
flexion; d'autres sont composés de mots variables et ont 
participé, dans une certaine mesure, à la variabilité des 
mots composants. Telle est la nature des faits que nous 
devons signaler ici en quelques mots. 

L's adverbiale. 

§ 363. — Beaucoup d'adverbes français se terminent 
par une s que ne justifie pas toujours leur étymologie; 
ainsi onques, qui vient de miquam, ores qui vient de ad- 
horam. On a dit que cette s avait été empruntée à quelques 
adverbes dérivés d'adjectifs latins au datif pluriel et où, 
par conséquent, l's était étymologique, comme volotitiers 
de voluntariis. Quelle que soit la valeur de l'explication, 
il faut considérer cette s comme une sorte de flexion adver- 
biale, que la langue populaire a souvent ajoutée aux 
adverbes de toute origine. 

Modifications intérieures subies par les adverbes en ment. 

§ 364. — Nous avons dit (§ 10) que les adverbes en mem 
se composaient d'adjectifs au féminin, soudés au mot 7nent, 
qui signifie : « d'une manière. » Or, nous avons vu que, à 
l'origine, beaucoup d'adjectifs ne prenaient pas d'c au fémi- 
nin. 11 en résultait des adverbes tels que : loyalmenl ou 



DES MOTS INVARIABLES. ili9 

loyaument, gramment (grand-ment), etc. Lorsque ces 
adjectifs ont reçu, par analogie, une forme féminine avec 
e muet, on a introduit ce nouveau féminin dans les adverbes 
en ment, et on a dit : « loyalement, grandement. » Toute- 
fois nous disons encore : plaisamment (plaisant- ment) et non 
plaisantement ; savamment (savant-ment), et non savan- 
tement, etc. 

Formes contractes où entre l'adverbe en. 

§ 365. — L'adverbe en s'était combiné avec certains 
mots, et avait produit ainsi des formes contractes, telles 
que sin pour si en (ainsi en), quin pour qui en. 

L'interjection hélas! 

§ 366. — « Hélas! » se compose de l'interjection hcf et 
de l'adjectif las. Entendez : « Hé ! Las (malheureux) que je 
suis! » On ne s'étonnera donc pas de trouver la forme 
féminine hélasse, mise dans la bouche d'une femme. 
Aujourd'hui, las, dans cet emploi, est devenu invariable. 
On le trouve aussi joint à d'autres interjections que « hé » '■ 
h a la s! 



SYNTAXE 



§ 367. — La première partie de la grammaire étudie 
les flexions de la langue en elles-mêmes. La syntaxe (mot 
qui signifie arrangement) examine : 

d° L'emploi des flexions et des mots invariables; c'est la 
syntaxe particulière ; 

2° L'ordre des mots dans les propositions et des propo- 
sitions dans le discours ; c'est la syntaxe générale. 

§ 368. — On doit aussi faire entrer dans la syntaxe l'é- 
tude des locutions dites idiotismes. Ce sont celles qui ne sau- 
raient être traduites littéralement dans une langue étran- 
gère, parce que les mots qui les composent ont pris, lors- 
qu'ils sont réunis, une valeur particulière qu'ils n'ont plus 
lorsqu'on les emploie avec d'autres mots. Ces locutions 
changent de nom suivant les langues : en latin ce sont des 
latinismes, en grec des héllénismes, en français des galli- 
cismes. Nous parlerons donc en troisième lieu des vieux 
gallicismes. 



PREMIERE PARTIE 

SYNTAXE PARTICULIÈRE 



REMARQUES COMMUNES AUX NOMS, ADJECTIFS 
ET PRONOMS ; EMPLOI DES CAS 

I. — Cas sujet et cas régime. 

§ 369. — Se mettent au cas sujet : 1° le sujet et l'attri- 
but; 2° les articles ou adjectifs qui se rapportent au sujet 
ou à l'attribut. 

Se mettent au cas régime : 1° le régime, qu'il dépende 
du verbe ou d'un autre mot, et par conséquent après toutes 
les prépositions; 2" les articles ou adjectifs qui se rap- 
portent au régime. 

On disait : « mes amis est arrivez, mais «j'ai rencontré 
mon ami », ou «j'ai écrit à mon ami »; «mi ami sont arrivé», 
mais : «j'ai rencontré mes amis )),ou « j'ai écrit âmes amis. » 

§ 370. — Voici quelques exemples pour chaque cas : 

Cas sujet singulier. 

Chanson de Roland: « Guenes li quens s'en vait a sun 
ostel. » Traduisez : « Ganelon le comte s'en va à son 
hôtel. » 

Cas régime singulier. 

Ibidem : « Par le puign tint le cunte Guenelun. » En fran- 
çais moderne : « Par le poing il tenait le comte Ganelon. » 

Ibidem : « Cil out fiance del cunle Guenelun. » En fran- 
çais moderne : « Celui-ci reçut la f<ji du comte Ganelon. » 



162 . GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Cas sujet pluriel. 

Joinville : « Tuit H baron de France furent si troublci... » 
Traduisez : « Tous les barons de France furent si trou- 
blés... » 

Cas régime pluriel. 

Chanson de Roland : « Ses barons mandet, » c'est-à-dire : 
« Il mande ses barons. » 

Joinville : Dariere li ne demoura de touz chevaliers ne de 
toîiz serjans, que Messires Geffroysde Sergines. » Traduisez : 
« Derrière lui il ne demeura de tous[les) chevaliers et de tous 
(les) sergents que Monseigneur Geoffroy de Sargines. » 

Le commencement d'un psaume célèbre, « Le Seigneur 
dit à mon Seigneur, » doit être traduit, en vieux français : 
« Ll Sii^e dist à mon Seigneur. » 

§ 371. — Le cas sujet s'employait encore là où les latins 
auraient mis le vocatif, c'est-à-dire pour adresser la parole 
à quelqu'un : 

Chanson de Roland : « Ço dist li reis : Gitenes, venez 
ovant. » Traduisez : « Le roi dit : Ganelon, avancez. » 

Joinville: « Chiers sire, je vous faiz à savoir... » Tra- 
duisez : « Cher seigneur, je vous fais savoir... » 

Chanson d'Aliscans : « Dist à ses homnes : Segneur, or 
i parra... » Traduisez: « Il dit à ses hommes: Seigneurs, 
maintenant on verra... » 

Le cas sujet-vocatif « sire », qui est devenu un substantif 
indépendant, est resté toutefois jusqu'à nos jours vocatif de 
seigneur quand on s'adresse à un souverain. Corneille : 
« \hl sire, écoutez-nous. )> 

II — Ellipse des prépositions de et à devant le cas 

régime. 

S 372. — Devant le cas régime, l'ancienne langue sup- 



SYNTAXE DU NOM. 163 

prim ait souvent le de possessif. On disait : « Li fils Pierre, 
li homme le roi, » pour « le fils de Pierre, les hommes du 
roi. » 

Chanson de Roland : « Gefreiz d'Anjou, le m gunfanu- 
niers. » Traduisez : « Geoffroi d'Anjou, du roi gonfalonier, 
gonfalonier du roi. » 

Joinville: « Après la bataille le conte de Flandres... » 
Traduisez : « Après le corps de bataille du comte de 
Flandres... » 

Nous disons encore : « Hôtel-Dieu, Fête-Dieu, » pour 
« hôtel de Dieu, fête de Dieu. » 

§ 373. — On pouvait aussi supprimer devant le cas ré- 
gime la préposition à marquant le régime indirect : 

Chanson de Roland: « Ne placet Deu, ne ses seinz ne ses 
angles... » Traduisez : « Ne plaise à Dieu, ni à ses saints ni 
à ses anges... » 

Joinville : « Pour mes chevaliers donner à mangier. » 
Traduisez mot à mot : « Pour à mes chevaliers donner à 
manger; » c'est-à-dire : « Pour donner à manger à mes 
chevaliers. » 

Nous disons encore : « Dieu merci, » c'est-à-dire « merci 
à Dieu, j'en dis merci à Dieu. » 



CHAPITRE PREMIER 

SYNTAXE DU NOM 

GENRE FRANÇAIS DES NOMS NEUTRES EN LATIN 

§ 374. — C'est le masculin qui est considéré, en français, 
comme représentant le neutre latin. Aussi les mots neutres 
latins que les savants et lettrés ont jnlroduits dans la 
langue française sont-ils tous masculins : signe, animal. 



164 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

cadavre, etc. Mais nous avons vu que, parmi les mots popu- 
laires àér'wés des neutres latins, quelques-uns étaient fémi- 
nins : joie, arme, etc. (§ 60). Le mot évangile était aussi 
féminin, et Boileau l'emploie encore avec ce genre : 

L'évangile au chrétien ne dit en aucun lieu : 
Sois dévot; elle dit : sois doux, simple, équitable. 

Mais sous une influence savante, ce mot, qui était neutre 
en grec et en latin, a pris le genre français correspondant, 
le masculin. 

NOMS FÉMININS DE LA DEUXIÈME DÉCLINAISON 
LATINE 

§ 375. — Les noms féminins de la deuxième déclinai- 
son latine, qui presque tous étaient des noms d'arbres, 
sont devenus masculins en français : orme, frêne, pin, 
myrte, etc. 

NOMS LATINS EN « OR, OREM » 

§ 376. — Presque tous les noms latins en or, orem, sont 
masculins. Ils ont produit cependant des mots français qui 
sont tous féminins à l'origine. Ces mots se terminent en 
eur, sauf amour : honneur, humeur, valeur, ardeur, etc. 
Au xvi^ siècle, on leur a rendu le genre qu'ils avaient en 
latin ; mais le féminin a définitivement prévalu, sauf pour 
honneur, labeur et amour. Encore « amour » est-il féminin 
au pluriel. 

RÈGLE GÉNÉRALE DU GENRE PRIMITIF DES NOMS 
EN FRANÇAIS — C.\USES DE VARIATION 

§ 377. — Ces réserves faites, on peut dire que les noms 
français ont conserve en principe le genre des noms latins 
correspondants. Quant aux mots de formation française. 



SYNTAXE DU NOM. 165 

ils ont pris le genre des mots de formation latine qui 
avaient, le même suffixe. 

§ 378. — Mais un bon nombre de mots français qui, à 
l'origine, étaient masculins, sont devenus féminins, ou 
vice versa, et les uns ont conservé leur nouveau genre, les 
autres ont vu reparaître l'ancien. Souvent on trouve le 
môme nom employé tantôt comme masculin, tantôt comme 
féminin, sans qu'on puisse en général établir une diffé- 
rence de sens entre les deux emplois ; quelques-uns sont 
restés dans la langue actuelle avec les deux genres, mais 
on a séparé les genres par des nuances de signification 
(couple), ou bien l'un des deux est réservé au pluriel, 
l'autre au singulier (orgue, délice). 

§ 379. — Cette variabilité de genre, quelquefois encore 
inexpliquée, est en grande partie attribuable aux termi- 
naisons : on était tenté de faire masculins les noms fémi- 
nins qui ne se terminaient pas par un e muet, et de faire 
féminins les masculins qui avaient une terminaison fémi- 
nine. Et les mots qui étaient le plus exposés à changer de 
genre étaient ceux qui commençaient par une voyelle, 
parce que devant ces mots, qu'ils soient masculins ou 
féminins, l'article défini ou indéfini et l'adjectif démons- 
tratif ou possessif ont la même prononciation, sinon tou- 
jours la même forme. Comparez : l'ouvrage et l'oreille, un 
ouvrage et une oreille (un' oreille), cet ouvrage et cette 
oreille (cet' oreille), son ouvrage et son oreille. Les mots 
commençant par des consoimcs étaient protégés contre le 
cliangement de genre par la différence des articles et des 
adjectifs démonstratifs : le bois, la foi, etc. 

§ 380. — Enfin certains noms féminins ont pu devenir 
masculins sous l'influence de l'idée neutre ou masculine 
• lu'ils exprimaient. L'ancienne langue disait « la men- 
songe » . Mais ce mot exprime le fait de mentir, « le men- 



166 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

tir » comme on dirait, si mentir pouvait s'employer sub- 
stantivement. De là le changement de genre. De même 
personnes, été fait masculin quand on a voulu désigner un 
homme, aigle est devenu masculin quand on a voulu dési- 
gner l'animal mâle ou l'animal sans distinction de sexe. 

LISTE DE NOMS A GENRE VARIABLE 

§ 381. — Nous donnons ci-après, par ordre alphabé- 
tique, une liste de noms qui se trouvent dans les textes du 
moyen âge avec un genre différent du genre actuel : 

— Affaire. Ce mot, qui se compose de la préposition à et de 
rinflnitif faire, a été d'abord masculin : 

Vilkhardouin : « Vous avez empris le plus grant a faire et le 
j>\\is perilleus que onques mais gent entrepreïssent. « 

— Amour est toujours féminin au moyen âge (Voyez ci- 
dessus § 376) : 

Chanson de Berthe: « De mauvaise maraslre est Vamour moût 
petite, » 

— Art est quelquefois féminin (genre latin) : 

Roman de Roland : « Barbarins est e mult de maies arz. » 
Mot à mot : « Il est de Barbarie et beaucoup de mauvaises 
arts, » c'est-à-dire « de très mécbantes mœurs. » 

— Comté. Il y avait au moyen âge deux formes pour ce mol: 
conté (suffixe lalin dtum) .éiail masculin, et conleé (suffixe latin 
itdtem) était féminin. Le genre de contcé a été souvent attribué 
à conté. C'est ainsi que nous disons encore : « la Franche- 
Comté. » 

— Dent est quelquefois masculin (genre latin): 
Chanson des Saxons : « Les danz menus et blanz. » 

— Doute (substantif verbal de douter) est souvent féminin : 
Joinville: « Car nulle templacion ne nulle douce je n'ai dou 

sacrement de l'autel. » Traduisez: «Car je n'ai nulle tentation 
ni nul doute sur le sacrement de l'autel. » 

— Duché est souvent féminin, pour la même raison que 
comté. 

— Espace (neutre en latin) est souvent féminin : 
Froissart : « Quand on l'eut regardé une espace, « C'est- 



SYNTAXE DU NOM. 167 

à-dire : <■<■ Quand on l'eut regardé un espace de temps. » 

— Exemple (neutre en latin) est féminin sous la forme essam- 
ple dans la Chanson de Roland : « Malvaise essample n'en sera 
ja de mei. » C'est-à-dire : « Mauvais exemple ne viendra jamais 
de moi. » 

— Fourmi est le plus souvent masculin : 

Brunetto Lutino : « For/)u's est pelite chose ; mais il est de 
grant porveance. » Mot à mot : « Le fourmi est petite chose, 
mais il est de grande prévoyance. » 

— Guide était féminin dans l'ancienne langue (et l'est en- 
core dans le sens de lanière de cuir) : 

Commynes : « On demanda la guide à ceux qui conduisoient 
les enseignes... et chascun respondit: Je n'en ai point. » 

Le mot est aussi féminin au xvii« siècle. Voyez Molière (Sga- 
narelle) : 

« La guide des pécheurs est encore un bon livre. » 

Dans le sens de « homme qui guide », l'ancienne langue em- 
ployait tantôt le féminin guide, tantôt un mot masculin qui 
était guis (cas régime : guion). 

— Honneur. Comme « amour», honneur est du féminin au 
moyen âge: 

Roman de Berthe : « Quand de si haute honneur, je suis cheiie 
en la boue. » 

— Image (féminin en latin) se (rouve quelquefois masculin : 
Oresme : a Sachent les autres faire beaux images. » 

— Labeur. Comme « amour » et « honneur », labeur est du 
féminin au moyen âge (Voyez § 376), 

Chrétien de Troyes : « la n'iert perie ina labours; » c'esl- 
à-dire : « Mon labeur ne sera point perdu. » 

— Malice est quelquefois masculin : 

FroissaiH: « Et tant fit par son subtil malice et engin que... » 

— Mensonge a été d'abord féminin : 

Cornmyncs : « Une plus belle mensonge. » Le peuple dit en- 
core « une mensonge ». 

— Mérite est féminin à l'origine : 

Jean de Meung: « Pechié porte sa peine et bienfait sa mérite. » 

— Miracle (neutre en latin) est souvent féminin : 
Joinville : « Là où il fait moult bêles miracles. » 

— Mœurs est quelquefois masculin (coinme en lalin) : 
Eustache Deschamps : « Les meurs mauvais de sa condicion. » 



168 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

— Paroi est quelquefois masculin (genre latin) : 

Livre des Rois : « Les pareiz furent cuverz de tables de cè- 
dre. » Mot à mot : « Les parois furent couverts... » 

— Poison (féminin en latin) a été longtemps féminin, et 
l'est encore dans la langue populaire : 

Roman de Renart : « Car je vos ai la poison quise. » Mot à 
mot : « Car je vous ai la poison cherchée. i> Poison a ici le sens 
de « potion ». Ces deux mots dérivent d'ailleurs du même mot 
latin (potionem), l'un par voie populaire, l'autre par voie sa- 
vante. 

— Rencontre est d'abord masculin : 
Froissart : « En ce dur rencontre. « 

— Reproche est souvent féminin. 

Texte cité par Du Cange : « EL ycelles reproces et oppositions 
veulent poursuir. » 

— Rien est féminin à l'origine, et signifie chose, comme res 
en latin: 

Châtelain de Coud : « La douce rien qui fausse amie a nom; » 
c'est-à-dire : « La douce chose qui a nom fausse amie. » 

§ 382. — Nous avons dû faire un choix de mots, pour 
ne pas grossir cette liste outre mesure. On pourrait y 
ajouter entre autres : âge, aise, emplâtre, évêché, lièvre, na- 
vire, office, ongle, ordre, ost (masculin dans La Fontaine, 
vieux mot qui signifie armée), reste, rets (écrit rois au 
moyen âge), salut , serpent , sort, vice, que l'on trouve fémi- 
nins plus ou moins souvent ; dette, étude, foudre, horloge, 
idole, offrey voile (de navire), que l'on trouve masculins. 



CHAPITRE 11 

SYNTAXE DE L'ADJECTIF 

EMPLOI ANCIEN DES FORMES FÉMININES 

ANALOGIQUES 

§ 383. — Dans les plus anciens textes, où l'on trouve 



SYNTAXE DE L'ADJECTIF. 169 

déjà quelques féminins analogiques, tels que « grande », 
il semble que le féminin avec e muet soit surtout em- 
ployé comme attribut. On disait : « La joie est grande, » 
mais « la grand joie. » 

ADJECTIFS INVARIABLES PAR POSITION 

§ 384. — Plusieurs adjectifs sont aujourd'hui invaria- 
bles lorsqu'ils précèdent le nom dans les constructions 
telles que : « Sauf la considération que je vous dois, nu- 
pieds, etc. » L'ancienne langue disait : « Sauve la considé- 
ration, nus pieds, etc. » 

Froissart : « Sauve votre grâce. » 



CHAPITRE III 

SYNTAXE DES NOMS DE NOMBRE 

ARTICLE DEVANT LES NOMS DE NOMBRE 
CARDINAUX 

§ 385. — L'ancienne langue employait l'article devant 
les noms de nombre cardinaux exprimant une partie d'un 
nombre total déterminé. Ainsi l'auteur de la Chanson de 
Roland, parlant des tours de Saragosse, dit : 
« Les dis sunt granz, les cinquante menues. » 
Nous dirions : « Dix sont grandes et cinquante petites. » 
De môme, Roland, sur le point de mourir, frappe sa 
poitrine « à l'u7ie main ». Nous dirions : « Avec une main, 
d'une main. » Toutefois « un » peut encore êti-e précédé 
de l'article, mais alors il est pronom et non adjectif : 
« l'une des mains. » 

Aujourd'hui, les noms de nombre (autres que wn), qui 
expriment une partie d'un nombre total déterminé, ne 



170 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

sont précédés de l'article que s'ils sont accompagnés d'un 
adjectif : « Les dix premières, les dix autres, les dix plus 
éloignées. » 

CHAPITRE IV 

SYNTAXE DE L'ARTICLE ET DES ADJECTIFS 
ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS 

L'ARTICLE 

I. — Emploi des noms sans article et sans (< de » 
partitif. 

§ 386. — L'article indéfini un ^ et le de partitif sont 
anciens dans la langue. Mais, à l'origine, leur emploi était 
beaucoup plus restreint qu'aujourd'hui, et l'on trouve 
souvent sans aucun article, et sans de partitif, des noms 
que nous ferions précéder aujourd'hui de l'un ou l'autre 
de ces mots. L'ancienne langue n'avait pas non plus Tha- 
bilude de personnifier, comme nous faisons, les abstrac- 
tions, en plaçant l'article défini devant les noms abstraits 
non déterminés : la force, la haine, etc. Nous avons con- 
servé dans les proverbes et dans un certain nombre de 
locutions (notamment après les prépositions) le vieil em- 
ploi de ces mots sans article : « par force, faire merveille, 
patience et longueur de temps font plus que force ni que 
rage. » 

Voici, comme exemples, quelques phrases de nos vieux 
auteurs dans lesquelles nous mettrions aujourd'hui devant 
le nom l'un des articles, avec ou sans cfe partitif, ou le de 
partitif seul : 

1. La syntaxe do l'article indéfini doit être placée dans le chapitre 
des adjectifs et pronoms indéfinis. Nous ne signalons ici que le non- 
emploi do 00 moi dans certains cas communs aux deux articles. 



SYNTAXE DE L'ARTICLE. 171 

Chanson de Roland ;« 'èvir pâlies blancs siéent cil cheva- 
lier. )) C'est-à-dire : « Sur des tapis blancs sont assis ces 
chevaliers. ^) 

Joinville : « Tandis que li roys fermoit Sayete, vindrent 
marcheant en l'ost. » Traduisez : « Tandis que le roi for- 
tiûait Sayette, des marchands vinrent dans le camp. » 

Ibidem : « Dont grans joie fut et doit estre à tout le 
le royaume de France. » 

Nous dirions : « Ce fut et ce doit être une grande joie 
pour tout le royaume de France. » 

Ibidem : « Or acorderent entre aus que il n'averoicnt 
pooir de faire chaucie. » C'est-à-dire : « Ils furent dac- 
oord qu'ils n'auraient pas le pouvoir de faire de chaussée, 
qu'ils ne pourraient faire de chaussée. » 

II. — Emploi de l'article après le « de » partitif. 

§ 387. — L'ancienne langue ne connaissait pas non plus 
les règles en vertu desquelles tantôt nous mettons et tantôt 
nous supprimons l'article après le de partitif. 

Chanson de Roland : « Trop ad perd ut del sanc. » Mot à 
mot : « Il a trop perdu du sang. » Nous dirions aujour- 
d'hui : « Il a trop perdu de sang. >> 

III. — Non-emploi de l'article devant les noms de 

pays. 

§ 388. — Nous mettons généralement l'arliclc défini 
devant les noms propres de pays : « la France, /'lispagne. » 
On disait autrefois sans article : France, Fspagne, etc. 

Chanson de Roland : « Par Guenclun serat destruite 
France. » 

Ibidem : « Que nus perdium clere Espaigne. » 

§389. — Aujourd'Iuti, dans les cas où, par exception, 
les noms de pays doivent èlre employés sans article, il 



172 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

suffit que le nom soit accompagné d'un adjectif pour que 
l'article reparaisse : « Je reviens d'Italie » ; mais « Je re- 
viens de V Italie méridionale. » Même avec un adjectif, l'an- 
cienne langue supprimaitTarticle. 

Chanson de Roland : « Li emperere Caries de France 
dulce. » 

Voyez aussi le dernier exemple du paragraphe précé- 
dent. 

LES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS 
I. — Les différents cas de « icist, cist « . 

§ 390. — Notre adjectif démonstratif ce, cet {ce livre, cet 
homme) dérive de l'ancienne forme icest, cest, qui ne s'em- 
ployait que pour le cas régime : 

Chanson de Roland : « A icest mot untFranceis escriet. » 
Traduisez : « A ce mot les Français ont crié. » 

§ 391. — Quand l'adjectif démonstratif se rapportait au 
sujet, « icest, cest » prenait, comme nous l'avons vu, la 
forme icisf, cist, cis : 

Joinville : « Et cis consaus li fu donez. » Traduisez : 
Et ce conseil lui fut donné. » 

§ 392. — Au cas régime singulier, on pouvait employer 
soit icest, cest, soit la deuxième forme, dérivée du datif 
latin : icestui, ceslui: 

Joinville : « Et ce fist il pour ce que li emperieres eust 
aliance a ccstni grant riche home contre Vatace. » Tra- 
duisez : « Et il fit cela pour que l'empereur eût alhance 
avec ce grand et riche homme contre Vatace. 

§ 393. — Le second cas régime faisait au féminin : 
<( icestci, cestei, cesti. » Si, dans la phrase précédente, on 
remplaçait « homme » par « femme », il faudrait mettre : 
« à cestei grant riche femme, » ou « à cesti » dans d'autres 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 173 

dialectes; ou bien, en employant le premier cas régime 
féminin : « à ceste grant riche femme. » 

§ 394. — Nous croyons inutile de donner des exemples 
de l'emploi des deux cas du pluriel, sauf cependant pour 
le féminin. Nous savons que, au féminin pluriel, avant 
de dire ces, on a dit cestes. Voici un exemple de cette 
forme : 

Bousier des Dames : « Regardez cestes fillettes. » 

II. — Emploi de « icist, cist » comme pronom. 

§ 395. — « Icist, cist» n'était pas seulement adjectif dé- 
monstratif, valeur que « cet » a conservée, il servait aussi 
de pronom démonstratif, avec le sens de « celui-ci ». 

Chanson de Roland : « Cist sunt bon a cunfundre. » Mot 
à mot : « Ceux-ci sont bons à confondre. » 

Ibidem : « Apres iceste, altre avisiun sunjat. » Mot à 
mot : « Après celle-ci, il songea une autre vision. » 

Traduction des sermons de saint Bernard : « De ccstei 
faisons nos ui la feste. » G'est-à-dire : « Nous faisons 
aujourd'hui la fête de celle-ci. » 

§ 396. — Avec cestui et ceste et l'adverbe ci, on avait 
formé un autre pronom démonstratif : « Cestui-ci, ceste- 
ci, » qui a été en usage, conjointement avec celui-ci, celle- 
ci, jusqu'au xvi*^ siècle. 

III. — L'adjectif pronom « icil, cil ». 

§ 397. — L'ancien adjectif pronom « icil, cil » avait, 
comme icist, deux cas régimes au singulier ; nous avons 
conservé le second cas régime (celui) pour le masculin, et 
le premier (celle) pour le féminin. Les différents cas A' icil 
s'employaient comme ceux d'icist. 

§ 398. — « Icil, cil » avait une triple valeur; il signi- 
fiait : « cet, celui-ci (ou celui-là), celui. » 

10. 



174 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Chanson de Roland : « Et cil respunt. » C'est-à-dire : 
« Et, celui-ci répond. » 

Ibidem : « Sur pâlies blancs siéent cil chevalier. » 
G'cst-à-dire : « Ces chevaliers sont assis sur des tapis 
blancs. » 

Sermons de saint Bernard : « S'il poc sunt espoenteit de 
la colpe de celui. » Traduisez : « S'ils sont peu épouvantés 
de la faute de celui-ci. » 

Joinville : « Et tuit cil qui avoient afaire. » C'est-à-dire : 
« Et tous ceux qui avaient une affaire. » 

IJridem : Li roys tint celé teste es haies de Saumur. » 
Traduisez : « Le roi tint cette fête dans les halles de Sau- 
mur. » 

Roman de Berthe : « Tout droit à celui temps que je ci 
vous devis. » C'est-à-dire : « Tout juste en ce temps dont je 
parle ici. » 

Voltaire emploie encore « icelui », par plaisanterie, 
avec le sens de celui-ci : 

« Comment Candide fut élevé dans un beau château et 
comment il fut chassé d'icelui. » 

IV. — « Cist » et « cil » employés au lieu de 
l'article. 

399. — Cist et cil avaient quelquefois une valeur dé- 
monstrative très affaiblie, et dans ce cas nous les rempla- 
cerions aujourd'hui par l'article. 

Chanson de Roland : E escremissent«7 bachelerlegier. » 
C'est-à-dire : « Et les bacheliers légers s'amusent à l'es- 
crime. » 

Joinville : Et les haies sont faites à îa guise des cloistres 
de ces moinnes blans. » Traduisez : « Et les halles sont 
faites à la manière des cloîtres des moines blancs. » 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 175 

V. — « Cist » opposé à « cil ». 

§ 400. — Cist a aussi, relativement à cil, la même va- 
leur que celui-ci relativement à celui-là. 

Sermons de saint Bernard : Li jors venrat k'il (le sacri- 
fice) el temple ne serat mies offerz ne entre les braz Symeon, 
mais defors la citeit, entre les braz de la croix. Cil sacre- 
fices serat sacrefices vesprins ; mais cist est or matutinals. 
Cist est or voirement plus deleitavles : mais cil iert plus 
planiers. » Traduisez : « Le jour viendra où le sacrifice ne 
sera point offert dans le temple ni entre les bras de Si- 
méon, mais hors de la cité, entre les bras de la croix. Ce 
sacrifîce-/à sera le sacrifice du soir; mah celui-ci est le 
sacrifice du matin. Celui-ci est vraiment plus délectable, 
mais celui-là sera plus entier. » 

VI. — Le pronom neutre « ce ». 

401. — Le pronom neutre ce s'employait très souvent 
là où nous mettrions cela : 

Chanson de Roland : Ço sencfiot pais e humilitet. » 
C'est-à-dire : « Cela signifie paix et humilité. » 

Ibidem : Avoec iço plus de cinquante cares. » C'est-à-dire ; 
« Avec cela plus de cinquante chars. » 

Nous disons encore : « sur ce. » 

402. — Devant le pronom relatif neutre, sauf dans 
([uelques locutions consacrées (comme : qui plus est) la lan- 
gue actuelle met toujours le pronom démonstratif ce. D 
n'en était point ainsi dans l'ancienne langue. 

Prose de sainte Eulalie : « El li enortet, dont Ici nonque 
chielt... » C'est-à-dire : « Il l'exhorle, ce dont il ne Jui 
chaut pas... »C'estainsique Molière dit encore : « Ah! pol- 
tron, c?on^ j'enrage, lâche, vrai cœur de poule! » 

Chanson de Roland : « Je fereie que fols. » C'est-à-dire : 



176 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

« Je ferais ce que ferait un fou. » (Comp. § 709.) 
Sermons de saint Bernard : Lucifer ki ewals volt estre a 
Deu, A;' al fil apartient propprement. » C'est-à-dire : «Luci- 
fer qui voulut être égal à Dieu, ce qui appartient propre- 
ment au fils. » 

CHAPITRE V 

SYNTAXE DES PRONOMS PERSONNELS 

Pronom personnel non exprimé. 

§ 403. — Très souvent l'ancienne langue n'exprimait 
pas le pronom personnel sujet : 

Joinville : Or vous vueil faire une demande. » Tradui- 
sez : « Or je vous veux faire une demande. » 

Sermons de saint Bernard : « Et por ceu bien fais se tu 
crois que.... » Traduisez : « Et pour cela tu fais bien si tu 
crois que.... » 

Chanson de Roland : « Tresqu'en la mer cunquist la 
tere altaigne. » Traduisez : « Jusqu'à la mer, il conquit la 
liante terre. » 

Joinville : « Et devisiens li uns à l'autre. » Traduisez : 
« Et nous devisions l'un avec l'autre. » 

Sermons de saint Bernard : « Ui aveiz oït en l'ewan- 
gele. » Traduisez : « Aujourd'hui vous avez entendu dans 
1 évangile... » 

Chanson de Roland : « Parmi celé ost fmit mil graisles 
suner. » Traduisez : « Dans l'armée, ils font sonner mille 
clairons. » 

On pouvait aussi ne pas exprimer le pronom imper- 
sonnel il. 

Sermons de saint Bernard : « De lui estoit escrit ke... » 
Traduisez : « De lui il était écrit que... » 



SYNTAXE DES PRONOMS PERSONNELS. 177 

Pronom pléonastique. 

§ 404. — Nous employons le pronom personnel, con- 
curremment avec le nom qu'il est chargé de représenter, 
dans les phrases telles que : « Son père arrive-t-i/? — 
Aussi son cousin esi-il venu. » L'ancienne langue ne con- 
naissait pas l'usage de ce pronom pléonastique, et disait : 
« Son père arrive? » ou « Arrive son père ? » 

S''nnons de saint Bernard : « At dons mestier de la me- 
dicine ci/ ki sainz est? » Traduisez : « A-t-i/ donc besoin 
de la médecine, celui qui est sain? » 

§ 405. — En revanche, on trouve souvent dans les an- 
ciens textes des pléonasmes tels que : « Son père il est 
venu. » Mais, en général, le sujet est séparé du pronom 
pléonastique par un membre de phrase : 

Sermons de saint Bernard : « Li pèlerins, s'il saiges est, 
et s'il ne mat mies en obli sa pérégrination, il trespesset. » 
Mot à mot : « Le voyageur s'il est sage, et s'il ne met pas 
en oubli son voyage, il va au delà. » 

Je, tu, il au lieu de moi, toi, lui. 

§ 406. — Nous disons : « Il est plus grand que toi et 
moi; — moi et ^oi nous irons ; — toi et lui vous irez; — 
lui-même est venu, etc. » L'ancienne langue disait: « 11 est 
plus grand que je et tu ; — je et tu irons ; — tu ei il irez ; 
— il meismes est venuz. » 

Chanson de Roland : « Et^o et vus irum. » 
Roman de Renart : « Je bois plus que tu. » 
Joinville : Il meismes l'amendoit de sa bouche. » 
Cependant, dès le xu'' sirclc, on trouve des exemples 
du cas régime substitué au cas sujet dans ces sortes de 
phrases. 



178 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Moi, toi, soi, lui, au lieu de me, te, se, le. 

§ 407. — « Moi, toi » ne s'emploient plus comme com- 
pléments indirects sans préposition que lorsqu'ils suivent 
un impératif: Donne-?/zoî ton livre. Dans l'ancienne langue, 
c'était un emploi ordinaire de moi, toi, soi. On disait : « Il 
moi dit, » aussi bien que « il me dit. » 

Chanson de Roland : « Se tei plaist. » Mot à mot : « S'il 
toi plaît. » 

Roman de Berthe : « Moi ne chaut qu'on en face. » 
C'est-à-dire : « Ce qu'on en fera ne me chaut pas, ne m'im- 
porte pas. » 

Roman de la Rose : « Traitor et envieus Sunt de moi 
nuire curieus. » C'est-à-dire : « Les traîtres et les envieux 
sont empressés à me nuire. » 

§ 408. — « Moi, toi, soi » s'employaient aussi, de même 
que les formes proclitiques « me, te, se », comme com- 
pléments directs ^ 

Chanson de Roland : « Ki tei (toi) ad mort France a mis en 
exill. » C'est-à-dire : « Qui ^'atué amis la France en deuil. » 

Ibidem : « Qui traist hume, sei (soi) ocit e altrui. » C'est- 
à-dire : « Qui a trahi un homme se tue et lue autrui. » 

Au XVII® siècle, La Fontaine écrit encore : 

Tant ne songeaient au service divin 
Qu'à, soi montrer 

§ 409. — Lui a conservé plus complètement que moi et 
toi son ancien emploi comme complément indirect sans 
préposition : « il lui dit. » On trouve aussi « il li dit. » 

De même que « moi, toi, soi », lui (ou H) s'employait 
comme complément direct : 

1. Ces pronoms servent encore comme compléments directs, mais 
seulement dans des constructions spéciales: « 11 n'a reconnu que toi. » 



SYNTAXE DES PRONOMS PERSONNELS. 179 

Chanson de Roland : « Se lui laissiez, n'i trametrez plus 
saive. » C'est-à-dire : « Si vous le laissez, vous n'y enverrez 
pas un plus sage. » 

Joinville : « Li amiral avoient eu grant vouloir.... de H 
faire soudanc de Babiloine. » C'est-à-dire : « Les émirs 
avaient eu grand désir de le faire soudan de Babylone. » 

Emploi de lei et li. 

§ 410. — Lei était le féminin de lui. Mais ces deux pro- 
noms ont eu une forme commune, li, qui s'est employée 
concurremment avec lui pour le masculin, et qui de bonne 
heure s'est substituée entièrement à lei pour le féminin, 
sauf dans certains dialectes. Li a disparu depuis, et son 
rôle de pronom régime féminin a été partagé entre lui, 
qui est devenu des deux genres comme régime indirect 
sans préposition (quant à sa mère, il lui écrivit), et elle 
comme régime direct non proclitique et régime des pré- 
positions (il ne reconnaît quelle, il l'a fait pour elle). 

Là où nous trouvons les féminins lei et li, on mettrait 
donc aujourd'hui lui ou elle : 

Roman de Rerthe : « Que Berte nostre fille ne nous 
vit, ne nous li ; » c'est-à-dire : « ni nous elle. » 

Joinville, parlant de la reine : « II se conseillierent et 
revindrent a li, et li otroierent que il demourroient volen- 
tiers. » Traduisez : « Ils se consultèrent et revinrent à elle, 
et lui octroyèrent qu'ils demeureraient volontiers. » 

Sermons de saint Bernard : « En maintes manières nos 
csjoyons en lei. » C'est-à-dire : « En maintes manières 
nous nous réjouissons en elle. » 

Emploi de leur. 

§ 411. — Leur n'est pas seulement employé comme 
régime indirect sans préposition ; il sert aussi dans l'an- 



180 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

cienne langue comme régime ordinaire après les prépo- 
sitions : 

Joinville : « En tel manière que la generacions dont l'on 
devoit faire roy esllroient entre lour cinquante dous des 
plus saiges homes. « Traduisez : « En telle manière que 
ceux de la tribu d'où l'on devait faire un roi éliraient 
entre eux cinquante-deux hommes des plus sages. » 

Yzopet de Lyon : « A roi sor lour le coronarent. » C'est- 
à-dire : « Ils le couronnèrent comme roi sur eux. » 

Lui, eux, au lieu de se. 

§ 412. — En principe, le pronom « se, soi » devrait être 
employé au lieu de « le, lui, les, eux » quand l'action est 
réfléchie, c'est-à-dire toutes les fois que c'est la même 
personne qui agit et sur laquelle porte l'action : « il sort 
ou ils sortent pour se distraire; il le fait ou ils le font pour 
soi. » Mais de bonne heure on a pu substituer au pronom 
réfléchi le pronom non réfléchi de la troisième personne 
(du moins les formes non proclitiques de ce pronom, lui, 
eux), et on a dit : « il sort pour lui distraire, ils sortent 
pour eux distraire, il le fait pour lui (pour lui-même), ils 
le font pour eux. » Nous ne disons plus : « il sort pour lui 
distraire, » parce que les pronoms non proclitiques ne 
sont plus employés comme régimes directs précédant le 
verbe (§ 408). Et d'autre part, les pronoms proclitiques 
le, les, ne se sont jamais employés au lieu de se. 

Nous continuons d'ailleurs à nous servir de « lui, eux » 
au lieu de « soi », quelquefois obligatoirement (il attire 
tout à lui). Il nous suffira donc de donner quelques exem- 
ples de « lui, eux » dans l'ancienne langue, là oii nous 
mettrions aujourd'hui se et oii l'ancienne langue pouvait 
mettre soi. 

Chanson de Roland : « As tables juent pur els (eux) esba- 



ï 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS. 181 

neier. » Traduisez: « Ils jouent aux tables pour se divertir. » 
Joinville : « 11 nous avoit appelez pour H (lui) confesser 
à moy. » Traduisez : « Il nous avait appelés pour se confes- 
ser à moi. » 

CHAPITRE VI 

SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS 

Cas de l'adjectif possessif. 

§ 413. — Pour l'emploi des différents cas de l'adjectif 
possessif, nous ne donnerons que quelques exemples, cet 
emploi étant parfaitement régulier, et n'offrant aucune 
difficulté. Voj'ez au surplus les remarques générales sur 
l'emploi des cas (§ 369). 

Chanson de Roland : « Li reis Marsilies est mult mis 
enemis. » Traduisez : « Le roi Marsile est beaucoup mon 
ennemi. » 

Ibidem : « Quand l'Emperere vait querre sun nevuld. » 
C'est-à-dire : « Quand l'Empereur va chercher son neveu. » 

Joinville : « Pour ce, fîst-il, que mes chastiaus est en 
marche. » Traduisez : « Parce que, fit-il, )non château est 
sur la frontière. » 

Ibidem : « Il fu batus en l'estache des félons Juis, qui 
dévoient estre si frère. » Traduisez : « Il fut battu au po- 
teau des félons Juifs qui devaient être ses frères. » 

Nostre, vostre au cas sujet masculin pluriel de l'adjectif 
possessif, au lieu de nos, vos. 

§ 414. — Le pluriel de nostre, vostre, était d'abord 

« nostres, vostres » au féminin et au cas régime masculin, 

« nostre, vostre n au cas sujet masculin. Ces formes ne se 

sont conservées que dans les emplois non proclitiques : 

Clédat, 1 1 



182 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

* ils sont nôtres , ce sont les nôtres. « De très bonne 
heure, quand ces mots sont proclitiques, on les trouve 
abrégés en nos., vos (nos hommes, vos paroles); toutefois 
au cas sujet masculin pluriel on a employé longtemps 
yiostre, vostre : 

Chanson de Roland : « Nostre Franceis n'unt talent de 
fuir. » Traduisez ; « Nos Français n'ont pas désir de 
fuir. » 

Joinville : « Et sont nostre enfant cousin germain. » 
Traduisez : « Et sont nos enfants cousins germains. » 

Nos, vos, no, vo, au lieu de nostre, vostre. 

§ 415. — Nous savons aussi qu'on trouve une décli- 
naison spéciale de l'adjectif possessif des deux pre- 
mières personnes du pluriel, déclinaison dont nous avons 
expliqué l'origine § 147, et dont nous donnons ici le 
tableau : 

Masculin. Féminin. 

Cassuj.: nos, vos /au lieu de nostre, vos-\\ / au lieu de \ 

Casrég.: no, \o \ <;'e invariables J)^^'^^ \jiostre, vostre) 

PLURIEL. 

Masculin. Féminin. 

Cassuj.: no, xo ( au lieu de \ j 

\7iostre, vostre J f /comme dans la\ 

Casrég.: nos, vos (co'n"^e dans la\ "°''^"^ V décl. ordin. ) 

\ decl. ordin. / ; 

Voici un passage de la Chanson d'Aliscans, où l'on voit 
mélangées les formes de cette déclinaison et celles de la 
déclinaison dérivée directement du latin : 

« Niés Vivien, dist Guillaumos li frans, 
Mar fu vos cors ke tant par crt vaillans, 
Voslre proece et vostre hardemeus, 
Et vo biauté ko si crt aveiians. » 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS. 183 

Traduisez : « Neveu Vivien, dit Guillaume le franc, 
malheureux fut (joua de malheur) votre corps qui était si 
vaillant, votre prouesse et votre hardiesse, et votre beauté 
qui était si avenante. » 

Ma, ta, sa devant un nom commençant par une voyelle, 

§ 416. — Nous remplaçons aujourd'hui l'adjectif pos- 
sessif « ma, ta, sa » parla forme masculine « mon, ton, son » 
devant les mots féminins commençant par une voyelle : 
« mon épée, mon amie, mon âme. » L'ancienne langue 
disait : « w' espée, m' amie (forme que nous avons con- 
servée, mais que nous écrivons ma mie par confusion), 
m' anme, etc. » 

Le mien, le tien, etc., employés comme adjectifs. 

§ 417. — Mien, tien, sien, notice, votre, leur, précédés 
de l'article, sont aujourd'hui exclusivement pronoms; l'an- 
cienne langue les employait aussi comme adjectifs, et 
disait « le mien frère » aussi bien que « mon frère ». Ces 
adjectifs possessifs pouvaient être précédés non seulement 
de l'article défini, mais de l'article un, d'un adjectif indé- 
fini, ou d'un adjectif démonstratif : ce mien fils, un leur 
ami. Nous disons encore « un mien ami, un sien ami », 
mais nous ne dirions plus « un nôtre ami, un leur ami. » 

Chanson de Roland : « Rollanz cist miens fîllastre. » Mot 
à mot : « Roland ce mien beau-fils. » 

Ibidem : « Si recevrat la nostre lei plus salve. » Mot à 
mot : « Il recevra la nôtre loi plus salutaire. » 

§ 418. — Los féminins meie, teie (et tue), scie (et si<e)que 
nous avons remplacés par mienne, tienne, sienne, avaient 
les mêmes emplois que les masculins correspondants. 

Chanson de Roland : « Cestc meie grant ire. » C'est-à- 
dire : « Celte mienne grande colère. » ♦ 



184 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Emplois exceptionnels de différentes formes 
de l'adjectif possessif. 

§ 419. — On trouve quelques rares exemples de meie 
(mienne) employé devant le nom, au lieu de ma, sans au- 
cun article ni déterminatif, et de son au lieu de sien, nos 
au lieu de noslre, après un déterminatif. 

Chanson de Roland : « De meie part. » Mot à mot : « De 
mienne part », c'est-à-dire : « de ma part. » 

Ibidem : « Ci vos enveiet un sun noble baron. » Mot à 
mot : « Ici il vous envoie un son noble baron », c'est-à- 
dire : « un sien noble baron. » 

Ibidem : « Tu n'ies mie des noz. » Traduisez : « Tu n'es 
point des nôtres. » 



CHAPITRE YII 

SYNTAXE DU PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF 

Gui ou qui au lieu de que, à, qui. 

§ 420. — Le pronom relatif qui s'emploie aujourd'hui 
comme sujet, et après les prépositions : « l'ami qui vous 
parle, l'ami pour qui vous venez, » Après les prépositions 
on trouve souvent dans les anciens textes l'orthographe 
cui (l'ami pour oui). Gomme régime direct, nous em- 
ployons toujours la forme proclitique que : « l'ami que 
vous recommandez. » L'ancienne langue aurait pu dire : 
<( l'ami cui (ou qui) vous recommandez. » Le même qui 
s'employait aussi comme régime indirect sans préposition : 
« l'ami qui (ou cui) vous parlez. » Voici des exemples de 
CCS deux emplois : 

1° Cwi régime indirect sans préposition : 



SYNTAXE DU PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF. 183 

Chanson de Gcujdon : « Et li Danois, cui Dex puist mal 
donner! » Traduisez : « Et le Danois, à qui Dieu puisse 
envoyer malheur! » 

2" Cui régime direct : 

Serments de Strasbourg : « Neuls cui eo returnar int 
pois. » Traduisez : « Nul que t^' en puis détourner. » 

Sermons de saint Bernard : « La veriteit cvy ju ave- 
rai deconue. » Traduisez : « La vérité que j'aurai mé- 
connue. » 

Joinville : « Les autres roys... cuy Dex absoyle ! » Tra- 
duisez : « Les autres rois... que Dieu absolve! » 

De supprimé devant le pronom relatif. 

§ 421. — Devant le cas régime du pronom relatif, 
comme devant le cas régime des noms, on pouvait suppri- 
mer le de possessif. 

Villehardouin : « Et li marchis de Montferrat en la cui 
garde li rois l'avoit mis. » Mot à mot : « Et le marquis de 
Montferrat en la de qui garde le roi l'avait mis, » c'est-à- 
dire : « en la garde de qui. » 

Sermons de saint Bernard : « L'avcnt cuy nons est 
asseiz rcnomeiz. » Mot à mot : « L'avent de qui le nom est 
assez renommé », c'est-à-dire : « dont le nom, etc. » 

Joinville : « Je ving au conte de Soissons, cui cousine 
germainnc j'avoie espousée. » C'est-à-dire : « Je vins 
au comte de Soissons, de qui j'avais épousé la cousine 
germaine. » 

Pronom relatif avec un nom de chose pour 
antécédent. 

§ 422. — L'avant-dornicr exemple cité montre que cui 
régime s'employait môme quand on parlait d'une chose. 



186 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Aujourd'hui qui sujet seul peut se rapporter à un nom de 
chose; nous dirions : « lavent qui nous occupe », mais 
non : « l'avent de qui nous nous occupons. » Il faudrait 
mettre : « dont » ou « duquel. » C'est en effet lequel qui 
remplace en général qui régime pour les noms de 
choses. Dans l'ancienne langue on employait aussi la 
forme neutre quel, quoi, avec les noms de choses pour 
antécédents : 

Joinville : « Li gaaingnour vont chascuns labourer en sa 
terre à une charue sans rouelles, de quoy il tornent de- 
dens la terre les fourmens.... » Mot à mot : « Les labou- 
reurs vont chacun labourer en sa terre avec une charrue 
sans roues, avec quoi ils retournent dans la terre les 
froments. » 

Ibidem : « Trois toyses doit (yson sur quoy nostre neiz 
estoit fondée. » Mot à mot : « Trois toises de la quille sur 
quoi notre vaisseau reposait. » 

Que pronom neutre sujet. 

§ 423. — Nous avons vu que la forme étymologique du 
pronom relatif neutre au cas sujet était que. Voici des 
exemples de ce pronom sujet : 

Sermons de saint Bernard : « Rendre a un chascun ceu 
ke sien est. » C'est-à-dire : « Rendre à chacun ce; qui est 
sien. » 

Ibidem : « Ceu que comandeit nos est. » C'est-à-dire : 
« Ce qui nous est commandé. » 

Cui ou qui interrogatif au lieu de à, qui. 

§ 424. — Le pronom interrogatif « qui ? » avait aussi 
la forme cui ou qui comme cas régime indirect sans pré- 
position : 

Chanson de Roland : « De ço qui calt ? » Mot à mot : 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS. 187 

« De cela à qui chaut-il? » C'est-à-dire: « à qui cela im- 
porte-t-il ? » 

Que neutre inlerrogatif entre deux verbes. 

§ 425. — Nous n'employons plus que neutre interroga- 
tif entre deux verbes, si ce n'est devant un infinitif. Nous 
le remplaçons ordinairement par le pronom démonstratif 
<:c suivi du pronom relatif. On ne dit pas : « j'ignore que 
vous faites », mais : « j'ignore ce que vous faites. » La 
première formule se rencontre souvent dans l'ancienne 
langue : 

Chanson de Roland : « Or ne sai jo que face. » Mot à 
mot: « Maintenant je ne sais que je fasse. » C'est-à-dire : 
« je ne sais ce que je dois faire. » 

Joinville : « Et li diz que il alast veoir que c'estoit. » Mot 
à mot : « Et je lui dis qu'il allât voir que c'était. » C'est-à- 
dire: « ce que c'était. » 

CHAPITRE VllI 

SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS 

§ 426. — Nous examinerons, dans l'ordre alphabétique, 
les princi[)aux adjectifs et pronoms indéfinis : 

— Aucun a originairement le sens de « quelque, quel- 
qu'un », qui est le sens étymologique (latin aliquis itmts), et 
qui s'est conservé dans la locution : « aucuns ou iVaucuns di- 
sent. » Au moyen âge on employait aucun avec l'article : 

Beauinanoir: « Li aucun des homes si veulent dire... » Tra- 
duisez: « Quelques-uns des hommes veulent dire... » 

— Autre. L'ancienne langue employait autre sans aucun 
arlicle là où nous disons: « un autre. » 

Chanson de Roland: « Apres icesle, «Wrc avisiun sunjat. » 
C'est-à-dire : « Après celle-ci, il eut une autre vision. » 



188 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Autrui est à l'origine le cas régime de aut7'e. Comme devant 
tous les cas régimes, le de possessif pouvait être supprimé de- 
vant autrui, et ce mot pouvait être placé avant le nom dont il 
était le complément: « l'autrui bien, » c'est-à-dire: « le d'un 
autre bien, le bien d'un autre, le bien d'autrui. » On disait aussi 
« l'autrui », c'est-à-dire : « le (neutre) d'autrui », ce qui est à 
un autre, comme on dit : « le mien », ce qui est à moi. L'au- 
trui signifiait donc : « le bien d'autrui. » 

Joiîiville: « Et il me dist: Se je demeur, demourrez-vous ? 
Et je li dis que oyl, se je puis ne dou mien ne de Vauti'uy. » 
Mot à mot: « Et il me dit : Si je demeure, demeurerez-vous ? 
Et je lui dis que oui, si je puis ou du mien ou de l'autrui. » 
C'est-à-dire : ^<■ ou à mes frais (du mien) ou aux frais d'au- 
trui. » 

— Chacun (latin quisque unus) était à la fois adjectif et pro- 
nom : 

Chanson des Saxons : (( F'aites chascun baron en sa terre en- 
voyer. )) Nous dirions : « Faites envoyer chaque baron dans sa 
terre. » 

JoinviUe: « C/irtSCM?i jour ». C'est-à-dire: « Chaque iour. » 

— El (latin aliud), pronom indéfini neutre, signifiant « autre 
chose », a disparu de la langue. 

Chanson de Roland: « Pur el venut n'i estes. » C'est-à-dire: 
« Vous n'y êtes pas venu pour autre chose. » 

— Même vient d'un superlatif populaire (wïf/2psî"wî<.s) de ?»e<<jjse, 
qui avait la même signification en latin populaire. Le sens pri- 
mitif de ce mot est celui que nous lui donnons encore quand 
nous disons : « l'homme même » ou « l'homme lui-même. » 
L'autre sens du mot (dans le même homme) est dérivé de celui- 
ci. Aujourd'hui même a l'une de ces significations lorsqu'il pré- 
cède le nom, et l'autre lorsqu'il le suit. Dans l'ancienne langue^ 
le sens du mot n'était pas déterminé par sa place, mais seule- 
ment par le sens général de la phrase. Ainsi : u le même 
homme » pouvait avoir le sens actuel de « l'homme même », 
el « l'homme même » pouvait signifier « le même homme ». 
Encore au -axii" siècle Corneille écrit: 

« Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu? » 

Et il faut entendre u la vertu même ». 

Chanspn de Roland: « Nuncierent vus ccz paroles meîsmes. » 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS. 189 

D'après les vers qui précèdent, il est clair qu'il faut traduire : 
« Ils vous portèrent ces mêmes paroles », et non pas : « ces paro- 
les mêmes. » 

— Moult. A côté de moult adverbe (beaucoup), l'ancienne 
langue avait aussi l'adjectif woî(/i (beaucoup de) dont le féminin 
était mollîtes. 

Psautier d'Oxford: « Moult félon se drecent contre moi. » 

— Nul, aujourd'hui, ne peut êlre pronom que comme sujet 
de la phrase, et au masculin. On dit : (t nul ne vient », mais on 
ne dirait pas, comme au moyen âge : « il ne rencontre nid », 
ni « nulle ne vient. » 

Joinville : « Et il me dist que il n'estoit a nullui. » Mot à mot r 
« El il me dit qu'il n'était à nul (à personne). » Nului est l'une 
des formes du cas régime de nuls (Voyez § 156). 

T^ul, après la conjonction si, ou dans les interrogations, peut 
équivaloir à u quelque, quelqu'un. » 

Roman de la Rose : « Et se nus ne nule demande Comment je 
voil que cil rommanz Soit appelez... Ce est li rommanz de la 
Rose. » Traduisez : « Et si quelqu'un ou quelqu'une demande 
comment je veux que ce roman soit appelé... » 

— On. Lorsque on doit suivre le verbe, on ne peut aujour- 
d'hui l'employer avec l'article . L'ancienne langue disait au 
contraire: « le croira Ton? Aussi le croit l'on. » D'ailleurs on 
pouvait dire aussi : « le croira on? » Et dans ce cas on n'inter- 
calait pas, comme nous le faisons aujourd'hui, uni euphonique 
entre le verbe, et on. 

— Plusieurs signifie à l'origine « un plus grand nombre 
de ». Ce mot, toujours pluriel, n'avait pas d's, suivant la 
règle générale, au cas sujet. Lorsqu'il était précédé de l'ar- 
ticle il prenait le sens de : « le plus grand nombre de, la plu- 
part. » 

Chanson de Roland: « Encuntre terre se pasment li plusur. » 
Mot à mot : <c Contre terre se pâment les j^lusieurs », c'est-à- 
dire : « la plupart. » 

— Quant. A côté de l'adverbe quant, il y avait, dans l'ancienne 
langue, l'adjectif indéhni quant, qui prenait une s, comme tous 
les adjectifs, au cas sujet singulier et au cas régime pluriel, et 
dont le féminin était qualité. Cet adjectif avait le sens de 
« combien de ». 

Commyncs: « Et luy demanday quunlcs batailles il avoit gai- 

11. 



190 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

gnées. » Traduisez : « Et je lui demandai combien de batailles il 
avait gagnées. » 

— Quel que, quelque que. En dehors des exclamations, 
quel ne peut plus être séparé de que par un substantif. Nous 
ne disons pas comme dans l'ancienne langue : « quel parti que 
vous preniez », mais « quelque parti que vous preniez», en re- 
doublant que. Le premier que est considéré comme ne formant 
qu'un seul mot avec quel; mais « quelque » a ici exactement 
le sens de quel, et non pas celui de « quelque )> dans : « il faut 
prendre quelque parti. » On voit cependant que les deux sens 
sont voisins et se rattachent à la même origine. 

Voici, entre beaucoup d'autres, un exemple de quel séparé 
de que par un substantif: 

Chanson de Roland : « Quel part qu'il ait, ne poet mie caïr. » 
Mot à mot : « Quelle part qu il aille, il ne peut point tomber. » 

On a dit à l'origine : « Quel ami que vous choisissiez », et en 
même temps: « quelque soit l'ami que vous choisissiez. » Puis 
ces deux expressions, identiques de sens, ont été confondues 
l'une avec l'autre, et « quel que... que » a été transporté de la 
seconde à la première, de telle sorte que « quelqu'ami que 
vous choisissiez » peut être considéré comme une forme abré- 
gée de « quelque (soit 1') ami que vous choisissiez.» On en trouve 
des exemples dès le xiu'' siècle. 

Quelque, au sens de « un certain, un certain nombre de, » 
peut être rattaché aussi à « quel que soit. » Aujourd'hui encore 
il n'y a pas une très grande diûerence de sens entre : « Avez- 
vous quelque ami? » et « Avez-vous un ami quel qu'il soit? » 
On ne s'étonnera donc pas que, dans le mot « quelque », que 
ait été d'abord invariable, tandis que quel prenait les flexions 
de nombre, de cas et de genre: 

Ronum de la Rose : « Ou par quiexque malaventures. )> Mot à 
mot : « Ou par quelsque malheurs. » 

Quel, dans l'ancienne langue, et quelque dans la langue 
actuelle, peuvent être suivis de qui. On dit : (( Quelque ennui 
que vous aj'ez », mais : 

« Rritannicus est seul; quelqii'cnnm qui le presse... » 

C'est que le pronom relatif est régime du verbe dans la pre- 
mière phrase, et sujet dans la seconde. 

— Quelconque, que nous employons aujourd'hui comme le 
latin quuliscuiHque (ijuel qu'il soit), se décompose parfois dans 



SYNTAXE DES ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS. 191 

rancieiine langue en « quel qu'onques » c'est-à-dire en « quel 
que » et le vieil adverbe onques (latin unquam) qui a le sens de 
notre « jamais « non négatif. Aussi trouve-t-on « quel qu'on- 
ques » employé à peu près comme synonyme de « quel que. ><• 
Onques peut se placer entre quel et que : 

Roman de la Violette : « En quel onques liu que ie soie. » Mot 
à mot : « En quel lieu que (en quelque lieu que) je sois ja- 
m<iis. » 

On trouve aussi quelconque que dans le sens de « quelque 
que »: 

YiUehardouin : k En quelconque lieu qu'il orroieat dire qu'il 
tourneroit. » C'est-à-dire : « En quelque lieu qu'ils entendraient 
dire qu'il se dirigerait. » 

— Qui que, lequel que, quoi que. — Quel est un adjectif 
interrogatif. Le pronom interrogatif est lequel ou qui. A priori 
on conçoit que ce pronom puisse s'employer de la même 
manière que l'adjectif correspondant, et qu'on doive trouver 
lequel que ou qui que, aussi bien que quel que. Lequel que 
n'est plus en usage, mais se trouve encore dans Bossuet : « Le- 
quel des trois que l'on ôte... » Nous tournons aujourd'hui par: 
« quel que soit celui que. ■>■> 

Qui que et le neutre quoi que sont encore en usage ; « ijui 
que vous soyez, quoi que ic fasse. » Mais, par raison d'eupho- 
nie, on ne dit plus « qui qui vous le dise. » On emploie l'équi- 
valent : <( quel que soit celui qui. » A. côté de « quoi que » l'an- 
cienne langue disait aussi « que que », substituant à qiioila. 
forme proclili(iue du même pronom. 

Chanson de Roland: « Que que Rollanz Guenelon forsfesist. « 
C'est-à-dire : « Quoi que Roland ait fait à Ganelon. )> 

— Quiconque (aujourd'hui sans pluriel) se décompose par- 
fois dans les anciens textes en « qui qu'onques », ou « qui qui 
onques» au cas sujet (singulier ou pluriel), et s'emploie au sens 
de: «qui que..., quelque soit celui (|ui..., quels que soient 
ceux qui... )> 

Livres des liois : « Ki ki unches volsissent estre pruveires... » 
Mot à mot: « Qui qui jamais voulussent être prêtres... » Nous 
dii'ions : « Quels que fussent ceux qui voulaient être prêtres », ou 
avec le singulier : « Quiconque voulait être prêtre. » 

Quiconque est aussi employé abusivement comme adjectif, au 
lieu de quelconque : u un homme quiconque. » 



192 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

— Tant, de môme que quant, était tour à tour adverbe et 
adjectif indéfini : 

Chanson de Roland : « Tanz bons vassals veez gésir par 
terre. » Nous dirions aujourd'hui avec l'adverbe tant sui^â de 
de : « Vous voyez couchés par terre tant de bons vassaux, w 

— Tout a le sens du latin totus, d'où il dérive, dans : « tout 
l'animal est bon à manger », c'est-à-dire a l'animal tout en- 
tier » ; mais il a le sens du latin omnis dans : « tout animal 
peut être bon à quelque chose », c'est-à-dire « un animal n'im- 
porte lequel. » Au pluriel, tout a exclusivement le second sens,^ 
et ne signifie jamais (( tout entier ». Au singulier, c'est l'article 
qui précise la valeur de l'adjectif: tout le a le sens de totus, et 
tout sans article a généralement le sens de omnis. 

Dans l'ancienne langue, tout sans article pouvait avoir les 
deux sens : 

Chanson de Boland : « Li angles est tute noit a sun cbief. » 
Mot à mol : (c L'ange est toute nuit à sa tête. » Mais il faut en- 
tendre « toute la nuit. » 

Au pluriel, tout est presque toujours accompagné de l'article 
(ou d'un adjectif démonstratif ou possessif). Nous disons : 
« tous les hommes sont mortels. » L'ancienne langue pouvait 
dire : « tous hommes sont mortels. » Notre adverbe toujours 
(tous jours), et le nom de la fête de la Toussaiiit (fête de tous 
<iaints), s'expliquent par cet ancien usage. 

Chanson des Saxons : « Desor toz autres rois auriez le dan- 
gier. » Mot à mot : « Sur tous autres rois vous auriez la puis- 
sance. » Nous dirions: « sur tous les autres... » 

Toul, pris adverbialement, a le sens de « entièrement », et il 
est alors invariable, sauf devant un mot féminin commençant 
par une consonne. Dans l'ancienne langue l'adverbe tout pre- 
nait souvent les mêmes flexions que l'adjectif: 

Chanson de Holand : « Set ans tuz pleins. » Mot à mot : (( Sept 
ans tous pleins. » Nous dirions: u tout pleins. » 

— Un. On trouve le pluriel de un, une, avec des substantifs 
qui s'employaient habituellement au pluriel : unes lettres, unes 
cornes, etc. C'est comme si nous disions aujourd'hui : « unes 
funérailles. » 

Joinville : « Et le pendirent par les bras h' unes fourches. » 
Un sans article ne peut être pronom c£ue s'il est suivi d'un 
complément : u un d'eux. » L'ancienne langue employait plus- 



SYNTAXE DU VERBE. 193 

li])rement ce pronom, tantôt au lieu de « l'un », tantôt au lieu 
de K un homme. » 

Commynes : a Lequel avoit pour premier chambellan ung qui 
depuis s'est appelé monseigneur de Chimay. » 



CHAPITRE IX 

SYNTAXE DU VERBE 

EMPLOI DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VERBES 

I. — Verbes auxiliaires « Être » et « Aller » 
suivis du gérondif-participe. 

§ 427. — Les auxiliaires avoii^ et être s'employaient, 
comme de nos jours, pour former plusieurs temps du 
verbe : le passé indéfini, le plus-que-parfait, etc. 

s; 428. — L'auxiliaire être, à ses divers temps, suivi du 
[jarticipe présent des verbes, servait également à rempla- 
cer les temps correspondants de ces verbes ; on disait : 
« je suis arrivant », dans le sens de « j'arrive ». 

Chanson de Gaydon : « Sainte Marie, car me soiez ai- 
dons ! » C'est-à-dire : « Sainte Marie, aidefi-moi ! » 

>; 429. — Avoir et être ne sont pas les seuls verbes 
auxiliaires de la langue française. Les verbes aller, devoir 
(au présent ou à l'imparfait), suivis do l'infinitif d'un 
autre verbe, perdent souvent leur valeur propre, pour 
ne \)\u^ exprimer qu'une nuance du futur : « je vais vous 
le dire, j'allais me tromper, il doit ou il devait partir 
demain. » 

ij 430. — Dans l'ancienne langue l'auxiliaire aller s'em- 
ployait encore avec le gérondif, de la même façon que 
être avec le participe présent. On disait : « il allait par- 
lant » pour « il parlait ». 



494 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Chanson d'Aliscans : « Li gentix quens s'areste mainte- 
nant, A Damedieu va son gage rendant. » 

Traduisez : « Le noble comte s'arrête maintenant, au 
seigneur Dieu il rend son gage. » 

Quand nous employons aujourd'hui cette tournure, nous 
laissons à aller quelque chose de sa valeur propre. La 
locution» il va disant que... » contient à la fois l'idée d'aller 
et celle de di7'e, et n'est pas synonyme de : « il dit que... » 

II. — Verbe suppléant « faire ». 

§ 431. — J'appelle verbe suppléant le verbe faire, 
quand il sert à éviter la répétition d'un autre verbe, par 
exemple qnand on dit : « Il court mieux que vous ne faites », 
c'est-à-dire « que vous ne courez. » Ce verbe s'employait 
plus fréquemment ainsi dans l'ancienne langue, et même 
pour suppléer un verbe exprimant un état et non une action. 

Chanson de Roland : (^ Mielz en valt l'or que ne funt 
cinq cenz livres. » Mut à mot : « Mieux en vaut l'or que ne 
font (valent) cinq cents livres. » 

Yzopet de Lyon : « Li enfes miez ainme une pome Qu'il 
ne fait avoir ne richesse. » 

Traduisez: « L'enfant aime mieux une pomme qu'il ne 
fait (qu'il n'aime) biens ni richesse. » 

III. — Verbes transitifs, intransitifs et réfléchis. 

Variations générales dans les acceptions des verbes. 

'^ 432. — Certains verbes, (jui à l'origine étaient intran- 
sitifs, ont pris une ou plusieurs XQ\c,\xr?> transitives, et d'au- 
tres, qui étaient d'abord transitifs, sont devenus intransi- 
tifs; et ces diverses acceptions d'un même verbe ont vécu 
côte à côte, ou se sont sul)slituées l'une à l'autre. Ainsi 
« descendre » est d'abord iutransitif (descendre d'une 



SYNTAXE DU VERBE. 195 

montagne) ; puis on a dit et on dit encore transitivement 
« descendre un escalier », et « descendre (faire descen- 
dre) un tonneau dans une cave ». En outre, des verbes qui 
ont toujours été ou sont devenus intransitifs ont encore ou 
ont eu une forme réfléchie : se mourir, se partir. Tantôt 
c€tte forme réfléchie se rattache à une ancienne valeur 
transitive : le sens primitif de /Jariir étant « séparer », « se 
partir de quelqu'un » équivalait à « se séparer de quelqu'un.» ■ 
Tantôt le se est explétif, comme dans : se mourir. 

§ 433. — L'étude détaillée des acceptions des verbes 
rentre dans le vocabulaire et non dans la syntaxe. Nous 
nous contenterons de signaler ici un certain nombre de 
verbes que l'on trouve employés avec des acceptions dif- 
férentes de la valeur actuelle : 

— Accorder. On a dit : « s'accorder que )> dans le sens de 
« être d'avis que. » 

Jolnvilte : « Je m'acort que nous nous lassons louz tuer. » 
Mol à mot : » Je m'accorde que nous nous laissions tous tuer. » 

Ou trouve aussi « accorder ù )> dans le sens de « concorder 
avec, s'accorder avec. » 

Charles cVOrlcans : « Adonc congneuquc ma pensée Accordoit 
à ma destinée. » 

Tiadnisez : « Alors je connus que ma pensée s'accordait avec 
ma doslinée. » 

— Accoucher et s'accoucher avaient d'abord le sens géné- 
ral de « so conclicr. » 

Joinville : « Et pour lesdiles maladies acouchai ou lit mala- 
des » Mot <à mot: « Et pour Icsditcs maladies j'accouchai au q 
lit malade, n C'est-à-dire : «je me couchai. » 

— Allaiter a souvent le sens de « téter » : 
Beaumanoir : « Un cnfes qui alaiteroit sa mère. » Traduisez : 

« Un enfant qui téterait sa mère. » 

— Apparaître. On trouve « apparaître » et « s'apparaître » 
avec la même signification : 

Beaumanoir : a Que nus ne se fust apanis contre eus. » Tra- 
duisez : « Que nul n'eîd apparu conlre eux. » 



196 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

— Arrêter. On trouve arrêter intransilif avec le sens de 
« s'arrrter » : 

Communes : « Le cardinal Balue qui peu y aresta. » Tradui- 
sez : « Qui s'y arrêta peu. « 

Nous employons encore « arrêter » intransilif dans certaines 
locutions, et notamment à l'impératif: « Arrêtez! » 

— Arriver est transitif dans les sens de « aborder (un pays) » 
et de « faire aborder » : 

Joinville : u Cil qui nous conduisoient,.. nous ariverent devant 
une herberge. >> C'est-à-dire : « Ceux qui nous conduisaient 
nous firent aborder devant un campement. » 

Froissart : « L'Angleterre est un pays moult dangereux à ar- 
river. )> 

— Avaler a d'abord le sens de « descendre » et de « faire 
descendre. >■> On disait « avaler (descendre) un escalier >) et 
« avaler (abaisser) un pont levis. « Il y avait aussi la forme ré- 
fléchie « s'avaler », dans le sens de « descendre. » 

Froissart : « Environ deux cents lances s'avalèrent devers 
Maing. » 

Aujourd'hui, « avaler » ne signifie plus que « faire descendre 
par le gosier », comme dans ce passage de Joinville : 

« Pour ce que il peussent la viande maschier et avaler aval. » 

— Combattre. On trouve « se combattre à » dans le sens 
de « se balLre avec ». 

Joinville : « Se combatent li anemi à nous touz les jours. » 

— Conseiller a quelquefois le sens de « consulter. » 
Yzopet de Lyon: « Li rois... ses barons consoi7/e. » C'est-à- 
dire : « Le roi.. . consulte ses barons. » 

« Se conseiller », et « conseiller » intransitif, ont aussi les sens 
de « prendre conseil » et de « décider ». 

Joinville : « Et lour requist que il li aidassent à conseillier 
comment Ton dcpartiroit ce que l'on avoit gaaingnié en la ville. » 
C'est-à-dire : « Et il leur demanda qu'ils l'aidassent à décider 
comment on partagerait ce qu'on avait gagné dans la ville. » 

— Croître a eu au moyen âge, et jusqu'au xvii'^ siècle, l'ac- 
ception transitive de « faire croître, augmenter. » Corneille dit 
encore : 

« M'ordonner du repos, c'est croître mes malheurs. » 

— Crouler a d'abord le sens transitif de « rcznucr ». 



SYNTAXE DU VERBE. 197 

Chanson de Roland: « De sun algier ad la hanste crollée. n 
Mot à mot : « Il a croulé le bois de son javelot. » La Fontaine 
dit encore : 

(< Jupin croulant la terre.... » 

— Délibérer. On trouve « se délibérer de « dans le sens de 
« se décider à. » > 

Commynes : <c II se délibéra aussi de marcher au devant de 
luy. ). 

— Dérober signifie d'abord « dépouiller » : 

Joinville : « Et li conta que il aloient par les rues forainnes 
pour desrober la gent. » Traduisez : « Et il lui conta qu'ils al- 
laient par les rues écartées pour dépouiller les gens. » 

Molière dit encore : « Pour aller ainsi vêtu, il faut que vous 
me dérobiez. » 

— Descendre. La vieille langue avait la forme réfléchie « se 
descendre >i. 

Joinville : « Et loerent au roy que il se descendist de la nef. » 
C'est-à-dire : « Et ils conseillèrent au roy qu'il descendit de la 
nef. » 

— Dormir. On trouve « se dormir » : 
Chanson de Roland : « Caries se dort. » ' 

— Echapper. On trouve « échapper quelqu'un » au heu de 
« échapper à quelqu'un. » Bossuet écrit encore : 

« Nul ne peut échapper les mains de Dieu. » 

— Ecrier se disait aussi bien que « s'écrier », et dans le 
môme sens, ou dans le sens de a crier ». On disait aussi transi- 
tivement « écrier quelqu'un », c'est-à-dire : « crier contre quel- 
qu'un ». 

Joinville: « Quant il les vit, il les escria et lour dist que il y 
mourroient. » Traduisez : « Quand il les vit, il cria après eux et 
\(',uv dit qu'ils y mourraient. » 

— Emparer. Nous avons perdu le verbe transitif « emparer », 
qui .signifiait « fortifier. » 

Alain Chartier: a Celuy an emparèrent les Anglois la viUe de 
Saincl Jame do Beuron. » C'est-à-dire : « les Anglois fortifièrent 
la ville. » 

S'emparer de a donc signifié d'abord : se fortifier de. 

— Marcher. On trouve : « inarclicr quelque chose )>. 



498 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Rutebeuf: « A vos piez la marchiez. « Mot à mot : « Marchez 
la à vos pieds. » 

— Partir. Le vieux sens transitif de partir est conservé dans 
les composés « répartir, départir », et dans la locution « avoir 
maille à partir », c'est-à-dire : « avoir sou à partager, avoir 
sujet de querelle. » 

— Survivre est employé comme verbe transitif: 
Chanson de Roland : « Tut survesquiet e Virgilie e Orner. » 

Mot à mot : « Il survécut et Virgile et Homère. » C'est-à-dire : 
<c et à Virgile et à Homère. » 

— Tomber. On trouve souvent tomber avec un régime direct, 
dans le sens de « faire tomber. » Le peuple dit encore aujour- 
d'hui : « tomber quelqu'un. » 

Alain Chartier : « Et pour ce abbattoient et tumboient tout ce 
qu'ils trouvoient à eulx contraire. » 

— User s'emploj'ait avec le même sens comme verbe tran- 
sitif et comme verbe intraiisitif, tandis qu'aujourd'hui user tran- 
sitif a une signification toute spéciale (celle d'épuiser, achever). 
On disait indifféremment « user d'une coutume » et « user 
une coutume. » 

Auxiliaires qui servent à conjuguer les verbes transitifs, 
intransitifs et rcflcchis. 

§ 434. — Tous nos verbes transitifs se conjuguent avec 
l'auxiliaire avoir. Mais on peut imaginer des verbes tran- 
sitifs prenant l'auxiliaire cire, comme les déponents latins. 
L'ancienne langue en fournit quelques exemples ; 

Commynes : « Le roi cstoit passé la montagne. » 

Ibidem : « Les entrepreneurs dessus dits se trouvèrent 
mal suivis, et, estant montez les degrez dudit palais... » 

§435. La plupart des verbes intransitifs qui remontent 
à l'origine de notre langue se conjuguent avec l'auxiliaire 
être. Mais un mouvement insensible de la langue conduit 
tous les verbes ialransitifs de l'auxiliaire être à l'auxiliaire 
avoir. Plusieurs d'entre eux sont arrivés à se conjuguer 
des deux façons, et des distinclions de sens plus ou moins 



SYNTAXE DU VERBE. 199 

exactes ont été établies par les grammairiens entre les 
deux modes de conjugaison, par exemple pour sortir. 

§ 436. — Les verbes réfléchis prennent l'auxiliaire être. 
Mais on trouve quelques exemples de l'emploi de l'auxi- 
liaire avoir. 

Roman de Brut : « Mais Conan s'a bien défendu. » 

EMPLOI DES DIFFÉRENTES FLEXIONS DU VERBE 
I. — Nombres et personnes. 

§ 437. — Avec certains mots collectifs comme sujet, le 
verbe se met encore au pluriel : « la plupart sont venus. » 
Cette règle s'appliquait dans l'ancienne langue à d'autres 
noms, par exemple à gcnt (race, nation, troupe), à géné- 
ration (au sens de tribu), etc. 

Joinville: « Jusques à sa gent qui estaient sur la rive de 
la mer. » 

Ibidem : « La generacions dont l'on devoit faire roy es- 
llroient entre lour... » Mot à mot : « La tribu d'où l'on 
devait faire un roi éliraient entre eux. » 

§ 438. — Quand nous disons : « c'est moi », ce est traité 
comme le sujet du verbe, et moi comme l'attribut. Logi- 
quement c'est le pronom personnel qui devrait être sujet, 
et par conséquent le verbe devrait êtro à la première per- 
sonne : « ce suis-je. » On disait ainsi dans l'ancienne lan- 
gue, et de môme : c''cs tu, c'est-il, ce sommes-nous, c'estes- 
vous, ce sont-ils (puis ce sont eux, qui est reste). 

Roman de Bcrthe: « Se c estes vous. » Nous dirions : « si 
c'est vous. » 



200 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

II. — Modes et temps. 

Infinitif et gérondif. 
1 . Particularité commune à l'emploi du gérondif et de l'infinitif. 

§ 439. — Sauf quelques exceptions indiquées par 
l'usage on ne peut employer aujourd'hui un infinitif ou un 
gérondif après une préposition, que si le sujet (non ex- 
primé) de cet infinitif ou de ce gérondif est le même que 
celui du verbe principal. « Je lui ai donné un jouet avant 
de partir » signifie : « je lui ai donné avant qj.ie je parte » 
et non « avant qu'zï parte. » On ne dirait pas : « Je l'ai 
interrogé avant de s'amuser », bien que, dans cette phrase, 
il n'y ait pas d'équivoque possible. L'ancienne langue ne 
connaissait pas cette règle : 

Commynes : « Geulx de dedans tuèrent ung herault en 
les allant sommer. » C'est-à-dire : « Ceux de la ville tuè- 
rent un héraut alors qixil allait les sommer. » 

Ibidem: « Une querelle qui est digne d'estre racomptée, 
pour veoir les œuvres et la puissance de Dieu. » C'est-à- 
dire : « Une querelle qui est digne d'être racontée pour 
qu'on voie la puissance de Dieu. » 

2. Infinitif pour l'impératif. 

§440. — Au lieu de l'impératif, quand il devait être ac- 
compagné d'une négation, l'ancienne langue employait 
souvent l'infinitif, quelquefois avec un sujet au cas ré- 
gime. L'infinitif a encore une valeur semblable. 

Yzopet de Lyon : « Es biens dou monde ne le croire. » 
C'est-à-dire : « Ne crois pas en les biens du monde, il ne 
faut pas que lu croies aux biens du monde. » 

3. Infinitifs pris substantivement. 
§441. — On ne peut (■iiip](!yor aujourd'hui substanti- 



SYNTAXE DU VERBE. 201 

vement que certains infinitifs (le manger, le boire), et, si 
on admet quelquefois un complément indirect après ces 
infinitifs (au sortir de table), on n'admettrait pas un com- 
plément direct. L'ancienne langue en usait plus libre- 
ment. 

Joinville : « Et aupenre congié que il fesoit à aus. » Mot 
à mot : « Et au prendre congé qu'il leur faisait. » C'est-à- 
dire : « en prenant congé d'eux. « 

4. Infinitif après la préposition « en ». 

§ 442. — Après la préposition en, l'ancienne langue, 
comme la langue actuelle, remplaçait l'infinitif par le gé- 
rondif. On trouve cependant quelques exemples de l'infini- 
tif; mais alors en n'a pas la valeur qui lui est habituelle 
devant le gérondif: 

Joinville : « En ces choses a^^éer mist-il jusques à midi. » 
Mot à mot : « Fn arranger ces choses, il mit jusqu'à midi. » 
Nous dirions aujourd'hui : « pour arranger. » 

5. Temps de 1 infinitif. 

§ 443. — Lorsque le verbe auquel est joint l'infinitif est 
à un temps du passé, et que le temps de l'action exprimée 
par l'infinitif est tel que nous le marquerions par un im- 
parfait si nous pouvions employer l'indicatif ou le sub- 
jonctif, nous nous servons de l'infinitif présent et non de 
l'infinitif passé : « je l'ai vu arriver (j'ai vu qu'il arrivait), 
et non «je l'ai vu être arrivé)^. Mais on trouve parfois dans 
les anciens textes l'infinitif passé : 

Joinville: « Li legas... me dist que je ne le deùsse pas 
avoir refusei. » Mot à mot : « Le légat me dit que je n'aurais 
pas dû Vavoir refusé. » Nous dirions: « le refuser ». Mais 
avec un autre mode on emploierait l'imparfait : « il aurait 
fallu que je le refusasse ». 



202 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§444. — Dans quelques cas très rares, nous employons 
encore l'infinitif passé avec des phrases analogues ; mais 
alors nous mettons le verbe principal au présent : « Puisse- 
t-il être arrivé à temps ! » Logiquement il faudrait dire : 
« Qu'il ait pu arriver à temps ! » On expliquera de même 
ce passage de Gommynes : « Nostre seigneur le veuille 
avoir receu en son royaulme de paradis. » C'est-à-dire : 
« Que notre Seigneur ait voulu le recevoir ! » 

6. Gérondif. 

§ 445. — Le gérondif ne s'emploie plus qu'après la pré- 
position en, ou, dans quelques locutions consacrées, sans 
préposition (chemin /aisan?). On le trouve aussi transformé 
en substantif dans quelques expressions comme : « en ou 
de son vivant. » Ces différents emplois étaient beaucoup 
plus étendus dans l'ancienne langue. On disait, par exem- 
ple : « en son voyant », comme nous disons encore : « en 
son vivant. » 

Chanson de Roland : « Desfîles en. Sire, vosire veiant. » 
Mot à mot: « Je les en défie. Sire, en votre voyant. » C'est- 
à-dire: « sous vos yeux. » 

§ 446. — On trouve quelquefois le gérondif après 
d'autres prépositions que en. 

Joinville : « Li roys ot, par la paiz fesant, grant coup 
de la terre le conte. » C'est-à-dire : « Le roi eut, en faisant 
la paix, beaucoup de la terre du comte. » 

§ 447. — Enfin, dans certaines locutions telles que « il fit 
entendant », au lieu de « il fit entendre », le gérondif est 
employé comme une sorte de cas régime direct : 

Joinville: « Li frère Joseph... découpèrent sa cote.. . et 
la portèrent lour père, et li firent entendant que très pes- 
mes bcstcs l'avoient devourci. » C'est-à-dire : « Les frères 
de Joseph découpèrent sa robe et la portèrent à leur père, 



SYNTAXE DU VERBE. 203 

et lui firent entendre que de très mauvaises bêtes l'avaient 
dévoré. » 

Participe présent. 

§ 448. — Dans l'ancienne langue, le participe présent 
était variable comme un ajectif ordinaire. 

Commynes : « ... ou à faire quelque libéralité ou autre 
chose de grâce, qui toutes sont choses appartenantes à 
leurs offices. » 

Participe passé. 

1. Accord du participe employé avec l'auxiliaire avoir. 

§ 449. — Dans les formes passives, le participe s'est 
toujours accordé avec le sujet, comme un adjectif attri- 
but : « Elle est poursuivie. » Mais dans les temps compo- 
sés de la voie active l'accord du participe est plus difû- 
ciJe à régler. 

§450. — Le participe joint à l'auxiliaire avoir doit lo- 
giquement s'accorder avec le régime direct. Car « j'jii lu 
ces livres » équivaut à « j'ai ces livres comme lus ». Le 
participe est là un adjectif qui qualifie le régime direct. 
Aussi voit-on souvent, dans les anciens textes, que le par- 
ticipe s'accorde avec lecomplément à\Yecï, quelle que soit la 
place de ce complément, qiCil soit avant ou après le verbe. 

Chanson de Roland : « Cruisiécs ad ses blanches mains. » 
Mot à mot : « Croisées il a ses blanches mains. » 

Joinville : « Avons ci-arière escriptes partie de bones 
paroles et de bons enseigncmens noslre saint roy Looys. » 
Mot à mot : « Nous avons ci-devant écrites une partie des 
bonnes paroles et des bons enseignements de noire saint 
roi Louis. » Le partipc écrit est ici au pluriel parce que 
« partie » est un nom collectif. 

§451. — Toutefois on trouve, môme dans l'ancienne 
langue, de nombreux exemples de parliciDCs invariables 



204 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

(même quand le complément précède le verbe) ; c'est qu'a- 
lors le participe est considéré comme faisant avec l'auxi- 
liaire une locution indivisible, dont la seule partie variable 
doit être celle qui inarque les personnes, c'est-à-dire l'auxi- 
liaire, tandis que le participe passé devient invariable 
con^me le radical dans les temps non composés. 

Joinville : « Leur aumosnes que ti devancier leur auront 
donné. » Nous dirions : « Les aumônes que tes devanciers 
leur auront données. » 

2. Participe avec « être » dans la conjugaison des verbes neutres 
et des verbes réfléchis. 

§ 452. — Dans les verbes neutres ou intransitifs qui se 
conjuguent avec l'auxiliaire êti^e, le participe s'est toujours 
accordé avec le sujet : « elle est venue. » 

§ 453. — Quant aux formes réfléchies, il y a deux ma- 
nières'de les considérer. Prenons comme exemple : « ils se 
sont amusés. » Au point de vue du sens, amusé doit èlre 
assimilé à un participe accompagné de l'auxiliaire avoir 
dans la conjugaison transitive : « après avoir amusé les 
autres, ils se sont amusés eux-mêmes. » Dans cette phrase, 
les deux participes ont évidemment le même sens. Mais au 
point de vue de la forme, il y a un rapport non moins évi- 
dent entre « ils se sont amusés » et « ils sont venus ». Sui- 
vant que l'on donnera la préférence à l'une ou l'autre de 
ces assimilations, le participe devra s'accorder avec le ré- 
gime direct ou avec le sujet. Dans les verbes réfléchis pro- 
prement dits, le sujet est toujours du môme genre et du 
même nombre que le régime direct, puisque, d'après la dé- 
finition de ces verbes, c'est la môme personne qui est 
représentée par le sujet et par le régime direct. On ne 
pouvait donc hésiter que pour le cas du participe. Avec la 
première assimilation on devait employer le cas régime, et 



SYNTAXE DU VERBE. 203 

avec la seconde le cas sujet. C'est la seconde qui a générale- 
ment prévalu. On disait donc : « Vostre amis s'est amusés » 
et « vostre ami se sont amusé ». Aujourd'hui la question 
n'a plus d'importance que pour les formes réfléchies où 
le pronom régime est complément indirect : « ils se sont 
fait des concessions », c'est-à-dire : « ils ont fait à eux ». 
Avec ces verbes, le sujet peut être masculin et le complé- 
ment direct féminin, ou inversement, et si le genre est le 
môme, l'un peut être pluriel et l'autre singulier. Il importe 
donc de savoir si le participe doit s'accorder avec le sujet 
ou avec le complément direct. Comme nous venons de le 
voir à propos des verbes réfléchis proprement dits, l'an- 
cienne langue préférait l'accord avec le sujet. Nous n'nd- 
mettons plus que l'accord avec le régime. On dit aujourd'hui: 
« les blessures que les combattants se sont faites. » L'an- 
cienne langue aurait dit : « les blessures que H combattant 
se sont fait. » 

Indicatif. 

1. Imparfait. 

§ 454. — Nous employons quelquefois l'imparfait de 
l'indicatif au lieu du conditionnel passé, comme dans ce 
vers de Voltaire : 

« Si j'avais dit un mot, on vous donnait la mort. » 

On trouve des exemples fréquents de cet emploi dans 
l'ancienne langue, particulièrement dans Comm^'nes : « Si 
ledit duc eust eu la guerre avec les deux royaulmes à une 
foys, il estait détruit. » 

2. Passé défini et passé indéfini. 

§ 455. — L'emploi de ces deux passés n'était pas réglé 
aussi rigoureusement qu'aujourd'hui, et nous romplacc- 
Clédat. 1 2 



206 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

rions souvent, dans les anciens textes, l'un par l'autre- 
Ainsi dans ces vers de la Chanson de Roland : 

Caries li reis, nostre emperere magnes, 
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne : 
Tresqu'en la mer cunquist la tare altaigne. 
N'i ad castel ki devant lui remaignet. 

Mot à mot : « Charles le roi, notre grand empereur, sept 
ans tout pleins a été en Espagne ; jusqu'à la mer il conquit 
la haute terre. Il n'y a pas de château qui devant lui ré- 
siste. » Nous dirions aujourd'hui : « il a conquis. » 

§ 456. — Le passé défini était mis souvent à la place de 
l'imparfait, surtout avec les verbes avoir, être, et quelques 
autres verbes exprimant un état plutt qu'une action, aimer 
par exemple : 

Vie de saint Léger : « Al rei lo duistrent soi parent... Gio 
fud Lothiers. » Mot à mot : « Ses parents le conduisirent 
au roi; ce fut Lothaire. » Nous dirions : « G était Lothaire. » 

Joinville : « Quant ele sot qu'il fu croisiez. » Mot à mot : 
« Quant elle sut qu'il fut croisé. » Nous dirions : « qu'il 
était croisé. » 

3. Passé antérieur. 

§ 457. — Le passé antérieur est quelquefois employé 
avec la simple valeur d'un passé indéfini : 

Chanson de Roland : « Li emperere out sa raison fenie ; 
Li quens Rollanz... En picz se drecet. » Mot à mot : « L'em- 
pereur eut fini son discours, le comte Roland se lève. » 
Nous dirions : « l'empQreur a fini son discours. » 

§ 458. — Le passé antérieur est formé avec le passé dé- 
fini de l'auxiliaire avoir ou êli^e, et le plus-que-parfait avec 
l'imparfait du même auxiliaire. Or nous avons vu que le 
passé défini d'avoir et d'être s'employait souvent dans l'an- 
cienne langue au lieu de l'imparfait. On ne s'étonneradonc 
pas de {ronvQYlepassé antérieur aulicu du plus-que-parfait. 



SYNTAXE DU YERBE. 207 

Joinville : « Nous trouvâmes que uns forz venz ot rom- 
pues les cordes. » Mot à mot : « Nous trouvcâmes qu'un fort 
vent eut rompules, cordes. » On dirait aujourd'hui : « avait 
rompu. » 

Subjonctif. 

1. Imparfait. 

§ 459. — L'imparfait du subjonctif a souvent, dans l'an- 
cienne langue, la valeur d'un conditionnel présent ou celle 
d'un conditionnel passé. « Il chantast » peut signifier : « Il 
chanterait », ou « il aurait chanté. » 

Chanson de saint Alexis: « E Deus ! dist-il... ici ne volsisse 
estre. » Mot à mot : « Eh Dieu! dit-il, je ne voulusse pas 
être ici. » C'est-à-dire : « je ne voudrais pas être ici. » 

Joinville : « Et quant li roys vint à Poytiers, il vousist bien 
estre arieres à Paris. » Mot à mot : « Et quand le roi vint à 
Poitiers, il voulût bien êlre de retour à Paris. » C'est-à- 
dire : « il aurait bien voulu. » 

§ 460. — Le conditionnel présent, ou l'imparfait de l'in- 
dicatif qui le supplée après si (s'il e7a«7 ici), sont encore aujour- 
d'iiui remplacés par l'imparfait du subjonctif: 1° quand on 
sous-entend la conjonction conditionnelle, dans les tour- 
nures telles que :« Fût-'û ici, j'irais; » 2° après ç'i^c suppléant 
si : « s'il venait et que nous fussio7is ici... » 3° dans tous 
les cas 011 l'indicatif doit être remplacé par le subjonctif : 
« Je ne crois pas qu'il vînt, même si vous lui écriviez. » 

Mais aujourd'hui l'imparfait du subjonctif ne peut avoir 
la valeur d'un conditionnel passé. 

§ 461. — L'imparfait du subjonctif est quelquefois em- 
ployé, dans l'ancienne langue, avec le sens du parfait du 
subjonctif : 

Joinville : « Nous sommes ou plus grant péril que nous 
fussiens onques mais. » Mot à mot : « Nous sommes dans 



208 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

le plus grand péril que nous /"ussiows jamais. » On dirait 
aujourd'hui : « oii nous a?/ons jamais été. » 

2. Emploi du mode subjonctif, 

§ 462. — L'ancienne langue employait le subjonctif dans 
beaucoup de cas où nous mettrions aujourd'hui l'indicatif. 
Ainsi après cuider (penser), penser, croire et autres verbes 
analogues : 

Joinville .•« Je cuidoie vraiement que il fiist courrouciez à 
moy. » Mot à mot: «je pensais vraiment qu'il fût cour- 
roucé contre moi. » Nous dirions : « Je pensais qu'il était. » 

§ 463. — Après « ilsemble », on trouve tantôt le subjonc- 
tif et tantôt l'indicatif. Voici des exemples du subjonctif : 

Joinville : « Il li sembloit que toute sa cliambre fust 
pleinne de Sarrazins. » 

Comrnynes : « Il sembloit bien à son visaige qu'il en fust 
estonné. » 

§ 464. — Quand le verbe de la proposition principale 
était au subjonctif, celui de la proposition incidente se 
mettait souvent au même mode : 

Chanson de Roland : « Trestut seit fel ki n'i fierget ad 
espleit. » C'est-à-dire : « Félon soit qui n'y combatte de 
tout cœur. » Nous emploierions aujourd'hui l'indicatif: 
« qui n'y combattra. » 

Ibidem: « Mais tut seit fel, chier ne se vende primes. » 
C'est-à-dire : « Félon soit qui ne se vende cher d'abord. » 
Nous (lirions : « qui ne se vendra. » 

55 465. — Après la conjonction si, on trouve souvent un 
imparfait ou un plus-que-parfait du subjonctif (aujour- 
d'hui encore le plus-que-parfait) avec la valeur d'un con- 
ditionnel : <( s'<7 vonlust ou s'il eust voulu, nous l'aurions 
aidé; s^il voulust, nous l'aiderions. » Dans les phrases sem- 
blables le subjonctif ne doit pas être attribué à l'influence 



SYNTAXE DU VERBE. 209 

de la conjonction; il s'explique par l'équivalence absolue 
(même sans conjonction) de ces temps du subjonctif et du 
conditionnel. Voyez plus haut § 459. 

§ 466. — Mais, en dehors de ce cas, on a souvent 
dans les anciens textes le subjonctif après si (particulière- 
ment après si accompagné dune négation) : 

Chanson de Roland: « Li quens Rollanz unkes n'amat 
cuard... Ne chevalier, s'il ne ftist bons vassals. «Mot à mot : 
« Le comte Roland n'aima jamais un couard, ni un cheva- 
lier, s'il ne fût bon vassal. » Nous dirions: « s'il n'était. » 

Ibidem : « iS'en ma mercit ne se culzt a mes piez... Jo h 
toldrai la curune del chief. » Mot à mot : « S'il ne s'étende 
(se couche) à mes pieds, à ma merci... » Nous dirions : 
« S'ïi ne s étend. » Avec le verbe couche)' il n'y a plus au- 
jourd'hui de différence, au singulier, entre le présent du 
subjonctif et celui de l'indicatif; mais dans l'ancienne 
langue l'indicatif aurait été culchet, et non culzt. 

t; 467. — Inversement, dans beaucoup de cas où. aujour- 
d'Iiui on emploie obligatoirement le subjonctif, l'ancienne 
langue pouvait mettre l'indicatif ; 

Après les superlatifs : 

Commynes : « Et l'ay veu le plus pouvre roy, habandonné 
de ses serviteurs, que]Q ueis jamais. » Mot à mot: « ... que 
je vis jamais. » Nous dirions : « que j'a/e jamais vu. » 

Après sans que : 

Joinville : « Li roys, sanz ce que nulz ne l'en prioit, nous 
dist... » En français actuel : «Le roi, sans que personne 
Y en priât, nous dit... » 

Accord des temps. 
1. Accord de coordination, et de subordination non complétive 
§468. — L'ancienne langue mélangeait très facilement 

12. 



210 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

le présent historique et le passé, et les différents temps qui 
s'accordent avec l'un ou l'autre. 

Vie de saint Léger : « Li perfides tam fud cruels Lis ois 
del cap li fai crever. » C'est-à-dire : « Le perfide fut si 
cruel qu'il lui fait crever les yeux de la tête. » Nous di- 
rions : « Le perfide fut (ou était) si cruel qu'il lui fit... » ou 
bien : « Le perfide est si cruel qu'il lui fait... » 

2. Accord de subordination complétive. 

§ 469. — L'accord de subordination dans l'ancienne 
langue repose sur les mêmes principes que dans la langue 
actuelle. Ce n'est pas le lieu de dégager ici ces principes 
des applications plus ou moins illogiques qui en ont été 
faites, particulièrement de nos jours *. Mais si l'on tient 
compte de l'emploi fréquent du subjonctif pour le condi- 
tionnel, emploi qui était alors parfaitement régulier, et du 
mélange plus libre qu'aujourd'hui du présent historique 
et du passé ; si d'autre part on recherche pour chaque 
exemple les conditions logiques de l'accord, on verra que 
sur ce point, comme sur les autres, ce n'était point l'arbi- 
traire qui régnait dans les usages de la vieille langue- 



CHAPITRE X 

SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION 

Nous examinerons les principales prépositions dans 
t'ordre alphabétique. 

'• Je renverrai pour cette question h l'article que j'ai publié dans 
i'vsVuaire de la faculté des lettres de Lyon (!'« année, fasc. II, 



Mv 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 211 



I. — Principales valeurs de la préposition « à ». 

§ 470. — La préposition «à», qui se raltaclie aux pré- 
positions latines ad, apud, ah, a trois valeurs principales. 
Elle indique : 1° mouvement vers, ou, dans l'ordre moral, 
tendance; 2° séjour ou élat; 3° mouvement hors de ou orirjine. 

Exemples : « Tu vas à Rome; je suis à Paris; il a pris 
au tas. » 

Ces trois valeurs principales se subdivisent en un grand 
nombre de sens particuliers, fort éloignés quelquefois du 
sens primitif. Nous allons passer en revue celles de ces 
signiiications dont l'usage a varié. 

II. — Divers sens de « à » se rattachant à l'idée 
de «mouvement vers, tendance». 

Sens général. 

§ 471. — « A » n'est pas notre seule préposition mar- 
quant « mouvement vers ». Nous avons encore en, dans, 
vers, et quelques autres, que nous employons «souvent, an 
lieu de « à », suivant des distinctions qui ne peuvent être 
étudiées ici. Ainsi nous disons <( entrer dans le pays » et 
non « entrer au pays ». Nous disons : « aller à Paris », mais 
« chevaucher vers Paris ». Comme ces distinctions sont 
(luelqucfois très légères, on ne s'étonnera pas de voir 
l'ancienne langue em[)loyer « à », pour marquer mouve- 
ment vers, là où nous mettrions une autre préposition : 

Villehardouin : « L'empereres... chevaucha à une autre 
cité ». 

Froissart : « Quand ils veulent entrer au royaume 
d'Angleterre. » 



212 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

A devant le complément indirect. 

§ 472. — Quand le complément indirect est uni au 
verbe non seulement par l'idée précise de « mouvement 
vers », mais par toute autre idée voisine, il est générale- 
ment précédé de la préposition à : « Il a donné son livre à 
son frère, cette route sert à tout le monde ». Dans l'an- 
cienne langue, le verbe/u^cr prenait ainsi, comme complé- 
ment indirect précédé de à, le nom delà peine prononcée : 
juger à mort, comme on dit : condamner à.mort. Yoltaire 
écrit encore : « Il fut jugé à mort unanimement ». 

§ 473. — Les locutions verbales « avoir amour, avoir 
haine » avaient aussi un complément précédé de à : 

Commynes : « Pour quelque haine particulière que j'au- 
rois à eux. » 

Ibidem : « Les autres ont trop d'amour à leurs biens. >• 

Nous disons aujourd'hui : « avoir de l'amour joour quel- 
qu'un », mais nous employons encore avec la préposition 
« à » la locution verbale « avoir droit ». 

A marquant le rapport de possession. 

§ 474. — T Après le verbe, à marque régulièrement le 
rapport de possession : « ce livre est à Pierre. » Mais entre 
deux noms, ce rapport est généralement marqué par la 
préposition « de ». Cependant nous disons : « un ami à 
moi ». Cet emploi de à était fréquent dans l'ancienne lan- 
gue, et l'est encore dans la langue populaire : 

Chanson de Roland: « En curt a rei », c'est-à-dire « en 
cour de roi ». 

Roman de Berthe : « Que jamais ne dirai que soie fille 
à roi ». 

Froissart : « Edouard 11, qui l'ut père au gentil roi 
Edouard », 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 213 

A au lieu de pour devant un infinitif, 

§ 475. — Après les substantifs, et dans certaines locu- 
tions consacrées, nous employons à au lieu dejooitr devant 
un infinitif : « verre à boire; il a de la peine à se lever. ». 
Ces locutions se rattachent à un usage ancien plus étendu : 

Beawnanoir : «Les dismes furent establies... à sainte 
Eglise soustenir. » Nous dirions : « pour soutenir l'Église. » 

Alain Charlier : « Ainsi que s'ils estoient nés seulement 
à boire et à manger. » 

§ 476. — Dans verre à boire, l'infinitif conserve le sens 
actif; mais souvent la préposition à, après un nom ou un 
adjectif, donne à l'infinitif qui suit la valeur d'un infinitif 
passif: « eau à boire », c'est-à-diro : «eau pour être bue »; 
« bon à cacher », c'est-à-dire : « bon pour être caché »; 
« homme à éviter », c'est-à-dire : « homme pour être 
éviti-, digne d'être évité ». L'infinitif, ainsi précédé de à, 
équivaut au participe futur passif des Latins. Cette valeur 
spéciale de à se retrouve dans les vieilles locutions lelles 
que : « désireux de son père à venger », sur lesquelles nous 
reviendrons dans le chapitre des gallicismes. 

A et non de devant un infinitif. 

§477. — Quand un infinitif dépend d'un autre verbe, 
nous le faisons souvent précéder de l'une des prépositions 
« de » ou « à», et quelquefois nous hésitons entre les deux : 
« obliger à faire ou de faire ». Dans l'ancienne langue on 
trouve fréquemment** à »là où nous mettrions f/e, quelque- 
fois même là où nous ne mettrions aucune préposition 

Après « craindre » ; 

ViUi'hardouin : « conie cil qui crentoient à perdre toute 
la terre. » Mot à mot : « comme ceux qui craignaient à 
perdre toute la terre. » 



214 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Commynes : « Il ne craignoit point fort à mettre en péril 
ung sien serviteur ». 

Après « oublier » : 

Châtelain de Coucy : « Pour ce, n'ai je mie oublié à 
aimer bien et loiaument ». 

Joinville : « Je vous avoie oublié à dire ». C'est-à-dire : 
<( J'avais oublié de vous dire. » 

On disait aussi « laisser à », dans le sens de « cesser 
de ». 

Roman de la Rose : « Que me laissiez à chastier. » 

On trouve encore : 

Il convient à, au lieu de il convient de ; 

Jurer à — jurer de ; 

Désirer à — désirer de, ou désirer saiis prépos. 

A au lieu de pour dans le sens de : pour une durée de. 

§ 478. — Villehardouin écrit : « Il n'avoient viandes 
à plus de trois semaines. » C'est-à-dire : « Ils n'avaient pas 
de vivres ^90i<r plus de trois semaines. » 

Cette valeur de à est conservée dans les termes juridi- 
ques : « travaux forcés à temps, à perpétuité », c'est-à- 
dire : « pour un temps, pour toujours. » 

A au sens de à. titre de, comme. 

§ 479. — Nous disons encore : « tenir à honneur, pren- 
dre à témoin, être à charge ». Ces locutions étaient beau- 
coup plus nombreuses dans l'ancienne langue : 

Chanson de Roland: « E cil de France le claiment à 
guarant. » C'est-à-dire : « Et ceux de France l'appellent 
comme garant, comme protecteur. » 

Joinville: « Au roy apportèrent divers joiaus à présent.» 
C'est-à-dire : «Ils apportèrent au roi divers joyaux e« pré- 
sent, comme présent. » 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 215 

Froissart : « Il leur avoit donné à capitaine un moult 
gentil prince ». Traduisez : « Il leur avait donné comme 
capitaine un très noble prince. » 

Commynes : « Il avoit eu à espouse et à femme la sœur 
du dit roi Ferrand. » C'est-à-dire : « Il avait eu comme 
femme la sœur duditroi Ferrand. » 

A dans le sens disirihuiif. 

§ 480. — Nous disons encore : « à la douzaine ». Mais 
nous ne dirions plus, comme dans l'ancienne langue : « à 
douzaine « ou « à douze ». 

Chanson de Roland : « Moerent païen à milliers et à 
cenz. » Traduisez : « Les païens meurent par^ milliers et 
par centaines. » 

1, 

III. — Divers sens de « à » se rattachant à l'idée \ 
de « séjour, situation, état ». 

Sens général. 

% 481. — Nous disons : « Il est au théâtre, il se repose 
«M jardin, il est au pays, mal à l'état aigu, il esta portée.» 
Mais nous mettons souvent « dans » ou « en », au lieu de 
« à », quelquefois obligatoirement. Ainsi nous devrions 
remplacer à par une autre préposition dans les exemples 
suivants : 

Commynes : « II avoit esté dit que l'on se reposeroit deux 
fois au chemin ». 

Chanson des Saxons : « Touz les princes qu'il pot à sa 
terre Irover. » C'est-à-dire : « Tous les princes qu'il put 
dans sa terre trouver ». 

Roman de Brut: « Qui por lui ert a grant paor ». C'est- 
à-dire : « Qui pour lui était en grande peur ». 



216 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

A devant un infinitif ou un gérondif au lieu de en suivi 
du gérondif. 

§482. — « A -{-infinitif «au lieu de « en -{- gérondif» est 
une locution encore vivante : « A vaincre sans péril, on 
triomphe sans gloire. A le bien prendre... » L'ancienne 
langue en offre de nombreux exemples. 

On trouve aussi : à disant, à chevauchant, etc., au lieu 
de : en disant, en chevauchant, etc. 

A, sans idée de mouvement, se rapportant à la durée. 

§ 483. — Quand nous indiquons à quel moment de la 
durée un fait s'est produit, nous mettons souvent la prépo- 
sition à devant le nom ou la locution qui exprime ce mo- 
ment; mais souvent aussi nous supprimons toute préposi- 
tion : « Il est parti à deux heures ; il s'est marié à trente 
ans, il s'est levé au jour. Il est parti deux heures après; il 
a commencé le jour où vous êtes arrivé; il est venu ce 
soir. » Nous ne pouvons expliquer ici les raisons variées 
de cette différence. Nous avons seulement à faire remar- 
quer que l'ancienne langue employait plus souvent que 
nous la préposition dans les phrases semblables. En voici 
des exemples : 

Livres des Rois : « David parla à Nostre Seignenr a/ jur 
qu'il Tout delivrcd ». Mot à mol : « David parla à Notre 
Seigneur au jour qu'il l'eut délivré. » Nous dirions : « le 
jour où il le délivra. » 

Froissart : « A quarante ans après, il ne seroit pas 
recouvré. » Nous dirions : « quarante ans après », sans 
préposition. 

Châtelain de Couci : « Car vostre sui et serai à tous dis.» 
Mot à mot : « car je suis et serai vôtre à tous jours, à 
toujours ». 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 217 

§484. — Devant le mot « temps», précédé de l'adjectif 
démonstratif, ou suivi d'un adjectif et non précédé de l'ar- 
ticle, nous mettons « en » au lieu de « à » : « en ce temps, 
en temps utile. » L'ancienne langue disait aussi : « à ce 
temps. » 

Froissart : « Et à ce temps là les Escots aimoient et pri- 
soient assez peu les Anglois ». 

Nous avons conservé l'expression « à temps », dans le 
sens de : « en tem.ps utile'. » (Gompar. § 478.) 

§ 485. — « A » pouvait encore avoir le sens de « pendant. » 

Chanson de Roland : « Ki durerat à trestut tun eage. » 
Mot à mot : « Qui durera à toute ta vie. » C'est-à-dire : 
« pendant toute ta vie. » 

Ibidem : « Ja mar crendrez nul hume à mun vivant. » 
C'est-à-dire : « C'est à tort que vous craindrez qui que 
ce soit pendant ma vie. » 

A au sens de avec 

§ 486. — A, comme avec, peut marquer l'instrument, 
la manière. On dit: « ouvrage fait à la main ; duel àl'épée ; 
parler à voix basse; à haute voix; à peine; à tort ; à rai- 
son. » Dans l'ancienne l'ancienne langue, c'était là un des 
sens usuels de «à». 

Clianson de Roland : « L'olifant sunet a dulur et a 
peine. » Traduisez : « Il sonne l'olifant avec douleur et 
peine ^. » 

Marie de France : « Le col li rumpt à ses deux meins. » 

§ 487. — On trouve aussi à comme équivalent de « avec », 
dans le sens de « en compagnie de ». 

Villehardouin : « Adonc issi li empereres Alexis par une 
autre porte à toute sa force. » Traduisez : « Alors l'empe- 

1. Dans cet exemple, « h. » peut aussi cire considéré comme mar- 
quant l'état (voyez § 481). C'est d'ailleurs uu des sens de « avec ». 

Clédat. 1 3 



218 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

reur Alexis sortit par une autre porte avec toutes ses forces. » 

§ 488. — Le même sens de « avec » était attribué à une 
locution composée de à et de tout invariable : « à tout. » 

Joinville : « Li cuens Tybaus de Champaigne... vint 
servir le roi à tout trois cens chevaliers. » Traduisez : « Le 
comte Thibaut de Champagne vint servir le roi avec trois 
cents chevaliers. » 

Commynes : « L'arrière ban du Dauphiné à tout quarante 
ou cinquante gentilz hommes de Savoye. » Traduisez : 
« L'arrière ban du Dauphiné avec quarante ou cinquante 
gentilshommes de Savoie. » 

C'est là d'ailleurs l'origine de notre substantif « atout », 
terme de jeu. 

§ 489. — Cette valeur de à explique l'emploi ancien de 
cette préposition après « se battre, se combattre, avoir 
guerre. » Nous disons aujourd'hui : « Se battre avec quel- 
qu'un, avoir une guerre avec son voisin. » L'ancienne lan- 
gue disait: « Se battre ou se combattre à quelqu'un, avoir 
guerre à son voisin. » 

A suivi d'un adjectif. 

§ 490. — Nous disons : « à découvert, à froid, à 
nu, etc. » L'ancienne langue disait aussi : « à fort, à 
long, à dur, etc. » Les adjectifs ainsi employés caractéri- 
sent tantôt Yétat et tantôt la manière, et ces locutions se 
rattachent directement à deux des sens de à énumérés ci- 
dessus (j;§ 481 et 486). 

IV. — Divers sens de « à » se rattachant à l'idée 
de « mouvement hors de, origine. » 

A au lieu de par après un verbe passif ou pris dans un 
sens passif. 

§ 491 . — Nous employons encore « à » au lieu de (^par » 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 219 

après les infinitifs actifs pris dans un sens passif : « Il a fait 
quitter la place à son frère. » L'ancienne langue employait 
plus souvent à dans cette acception, soit avec un infini- 
tif, soit avec un participe passé. 

Chanson de Roland : <.(. A mil Franceis fait bien cher- 
chier la ville. » Mot à mot : « à mille Français il fait bien 
parcourir la ville. » 

Roman de Rerthe : « A tous se fit aimer Berthe. » Nous 
dirions : « Berthe se fit aimer par tous, ou de tous. » 

Ibidem : « Me gardez que ne soie prise à beste cuiverte. » 
C'est-à-dire : « Empêchez que je ne sois prise par une 
bète malfaisante. » 

A au sens de selon, d'après. 

§ 492. — Nous disons encore : « à ce qu'il pense, à sa 
façon, à son idée. » Mais nous ne disons plus : « à son 
pouvoir », comme au moj'en âge. 

Châtelain de Couci : « ou cil qui aime du cuer à son po- 
olr. » Mot à mot : « Ou celui qui aime du cœur à son pou- 
voir. » C'est-à-dire : « selon son pouvoir, tant qu'il peut. » 

Commynes : « Cherchant rompre le dit voyage à leur 
pouvoir. » C'est-à-dire : « selon leur pouvoir, autant qu'ils 
pouvaient. » 

C'est aussi le sens de à dans l'exemple suivant : 

Châtelain de Couci : « Vous pouvez bien savoir par ma 
chanson et à mes diz... » Traduisez : « Vous pouvez bien 
savoir par ma chanson et d'après mes paroles... » 

AINÇOIS, ANGEIS, ENCEIS 

§493. — « Ainçois, anceis, enceis », qui a le sens de 
«avant», estemployétantùtcomme adverbe, tantôtcomme 
préposition. Voici un exemple de l'emploi prépositionnel : 

Chanson de Roland : c Ne fut si forz (bataille) enceis ne 



220 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

pois cel tens. » C'est-à-dire : « il n'y eut si forte bataille avant 
ni depuis ce temps. » 

AINS 

§ 494. — Ains (sens de avant), surtout adverbe, est 
quelquefois préposition : 

Chanson de Gui de Bourgogne : « Ains demain à ceste 
eure la cité vos randron. » C'est-à-dire : « Avant demain à 
celte heure, nous vous rendrons la cité. » 

APROF 

§ 495. — Aprof, adverbe et préposition, signifie « après ». 

Roman de Rou : « Un sarcuel fîst appareillier... A mètre 
apreuf sa mort son cors. » C'est-à-dire : « Il fit préparer 
un cercueil pour mettre son corps après sa mort. » 

AS, ES 

§496. — « As, es » signifie voici, et s'emploie souvent avec 
deux régimes, dont l'un est le nom de la personne à qui 
l'on montre (toujours un pronom), et l'autre le nom de 
l'objet montré. 

Chanson de Roland : « As II un angle ki od lui soelt par- 
ler. » Mot à mot : « Voici lui un ange qui avec lui a cou- 
tume de parler. » 

Ibidem : « As les vus aqueisiez. » Mot à mot: « Voici les 
vous cois. » Nous disons encore familièrement : « Vous les 
voilà domptés. » 

Gui de Bourgogne : « Es les barons. » Traduisez : « Voi- 
ci les barons. » 

A TOUT 

Voyez à (§488). 

AA^ERS 

§ 497. — Avers signifie en comparaison de : 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 221 

Chrétien de Troies : « Un seul nen coniii que prisasse 
avers cestui. » Mot à mot : « Je ne connaissais pas un seul 
chevalier que je prisasse à côté de celui-ci. « 

Roman de la Rose: « El fu clere comme la lune Est avers 
les autres estoiles. » C'est-à-dire : « Elle était claire comme 
la lune près des autres étoiles. » 

CONTRE 

§ 498. — La préposition « contre » avait au moyen âge 
plusieurs sens qu'elle n'a pas conservés. 

Elle signifie : en face de, du côté de, vers. 

Chanson de Roland : « Cuntre le ciel ambesdous ses 
mains juintes. » C'est-à-dire : « ses deux mains jointes 
vers le ciel. » 

Joinville : « Et estoient couchié contre orient. » C'est-à- 
dire : « et ils étaient couchés vers l'orient. ». 

§ 499. — Elle signifie encore : au moment de, vers. 

Chanson de Roland : « Cuntre midi ténèbres i ad granz », 
c'est-à-dire : « Vers midi il y a de grandes ténèbres ». 

Froissart : « Li roi d'Engloterre, contre le mois de mai, 
retourna en lamarce de Londres. » C'est-à-dire : « Le roi 
d'Angleterre, vers le mois de mai, etc. » 

DE 
Principales valeurs de la préposition « de ». 

§ 500. — La préposition « de » marque principalement 
le point de départ, dans l'espace, dans la durée, ou au 
figuré : « Il vient 6?e Paris, il est arrivé d'hier, il tient de 
vous. » A cette signification principale se rattaclient des 
sens dérivés assez nombreux, dont quelques-uns ofiVent 
des particularités à noter. 



222 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

De marquant le rapport de possession. 

§ 501. — Le rapport de possession est généralement 
indiqué : entre deux noms par de, après le verbe êtj^e par 
à. Nous avons vu que, par exception, à pouvait être em- 
ployé entre deux noms. De même, par une exception in- 
verse, de pouvait être employé avec le verbe être, 

Se7'mo)}s de saint Bernard : « Layez venir ami les petiz, 
car de teil gent est li règnes de ciel. » C'est-à-dire : « Lais- 
sez venir à moi les petits, car le royaume du ciel est à tel- 
les gens, est à eux. » 

De et non à devant un infinitif. 

§ 502. — Quand un infinitif dépend d'un autre verbe, 
nous avons vu que l'ancienne langue le faisait souvent pré- 
céder de la préposition à au lieu de « de ». Inversement, 
on trouve de au lieu de à : 

Après s'attendre : 

Commynes : « Car de nostre costé on s'attendoit de les 
chasser à force d'artillerie. » 

De s'est d'ailleurs employé, après « s'attendre », jusqu'au 
xvu'' siècle : 

La Fontaine : On ne s'attendait guère De voir Ulysse en 
cette affaire. » 

§ 503. — Après penser : 

Roman du Chevalier au bjon : « Pansez de tost venir 
arrièie. » 

§ 504. — Après « il y a, il est » : 

Chûlrlain de Couci : « Or n'i a que dou bien couvrir », 
c'est-à-dire : « or il n'y a qu'^i- bien couvrir. » 

Pièce d'archives citée par Godefroy : « Demandèrent les 
ungs aux autres qu'il estoit de faire. » G'csl-à-dire : « lis 
demandèrenl les uns aux autres ce (pi'il y avait à faire. » 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 223 

On disait de même : « Il n'y a mais que de» dans le sens 
de : « 11 n'y a plus qu'à ». « Il n'y a fors de » pour « il n'y 
a qu'à». 

De relativement à la durée. 
1. « De » au sens de « depuis ». 

§ 505. — Nous disons bien encore : « il est arrivé c?'hier. » 
Mais on dit aussi : « il est arrivé depuis hier. » Et « depuis» 
s'emploie dans beaucoup de cas où l'ancienne langue pou- 
vait mettre « de » : 

Roman des Sept Sages : « Il vueut savoir que il set, de 
tans de tens comme vos l'avez tenu a escole. » C'est-à- 
dire : « Il veut savoir ce qu'il sait depuis tant de temps 
que vous l'avez tenu à l'école. » 

Joinville : « Oef dur cuit de quatre jours ou de cinc. » 
C'est-à-dire : « œufs durs cuits depuis quatre ou cinq 
jours. » 

2. » De » au sens de « pendant ». 

§ 506. — De peut équivaloir à « pendant », Nous avons 
vu que « à » avait aussi quelquefois celte valeur. Comparez 
notamment la vieille locution « à tout son vivant » et l'ex- 
pression « de tout son temps » employée par Joinville dans 
la phrase suivante: « Onques hom lays de nostre temps ne 
vescpii si saintement de tout son temps. » C'est-à-dire : 
« Jamais laïque de notre temps ne vécut si saintement 
pendant toute sa vie. » 

Nous disons encore : « de tout temps. » Mais de a sur- 
tout conservé cet emploi dans les phrases négatives : 
« il ne viendra pas de quatre jours, de longtemps. » 

3. « De » marquant le moment de l'action. 
§ 507. — Enlin de, comme à, [leut niar(pior le moment de 



224 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

l'action. Nous disons : « Il est arrivé de bonne heure », et 
aussi, dans le langage populaire : « Il est arrivé à bonne 
heure. » On dit également : « Il est parti de jour » et « au 
jour. » Mais ces deux expressions ont pris des valeurs 
différentes. 

Nous disons : « à présent. » On trouve dans les anciens 
textes, avec le même sens : « de présent. » 

De signifiant de la part de, au nom de : 

§ 508. — Chanson de Roland : « E l'arcevesques de 
Dieu les beneist », c'est-à-dire : « Et l'archevêque les bé- 
nit au nom de Dieu. » 

De au lieu de par après un participe passé. 

§ 509. — Nous disons encore : « Il est aimé de tous. » 
Cet emploi de « de » était moins rare dans l'ancienne 
langue : 

Chanson de Roland : « NeplacetDeu... Que co seit ditr/e 
nul hume vivant... » C'est-à-dire : « A Dieu ne plaise que 
cela soit dit par nul homme vivant. » 

Nous avons vu que à s'employait aussi quelquefois avec 
cette valeur (§ 491). 

§ 510. — Dans la vieille expression : «être bien de 
quelqu'un », de a le sens qui lui est propre après les parti- 
cipes passés. « Etre bien » signifiait en effet : « être bien 
vu, bien traité. » 

Roman du Chevalier au lyon : « La demoisele estoit si 
bien de sa dame que. . . » 

De marquant l'instrument, la manière. 

§ 511 . — Comme « à », maispar une autre voie, « de » 
est arrivé à mar(|uer l'instrument, la manière. Entre ces 
deux prépositions, prises dans ce même sens, il y a une 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 22o 

nuance de signification qui sera rendue sensible par les 
exemples suivants : 

Ouvrage fait à la main Ouvrage fait de sa main 

Ils combattent à Tépée Ils frappent de l'épée 

Il parle à voix basse II parle d'une voix douce 

C'est A raison qu'il le dit II se fâche plus que de raison 

11 parle à cœur ouvert II l'encourage de tout cœur 

Il travaille à tète reposée II calcule de tête. 

§ 512. — Il faut remarquer que cet emploi de « à » et 
« de» se restreint souvent à des expressions consacrées, et 
n'est vivant encore dans la langue que lorsque le nom 
qui suit est précédé d'un article ou d'un démonstratif. 
On dit : « parler à voix haute, à voix basse », mais on 
ne dirait pas : « parler à voix élevée, à voix forte. » On 
peut dire au contraire : « Il parle d'une voix élevée, rf'une 
voix émue, etc., etc. » 

§513. — Parmi les expressions consacrées de Tan- 
cienne langue où « de » marquait la manière, quelques- 
unes sont tombées en désuétude, par exemple : de bon 
courage (avec bonne intention, de bon cœur), de mau- 
vais courage (avec mauvaise intention, à regret), de cou- 
rage (courageusement). 

Orcsmc : « 11 vient de bon courage ». 

§514. — C'est à cette valeur de la préposition « de » 
qu'il faut rattacher les locutions adverbiales qu'elle peut 
former avec les adjectifs. Nous disons encore : « c?e nouveau, 
de même. » L'ancienne langue disait aussi « de fi (d'une ma- 
nière digne de foi), rfc certain (d'une manière certaine), etc.» 

§ 515. — De s'est joint aussi à certains adverbes, d'a- 
bord sans enmodifîer le sens : « de hors, f?e dans, r/r main- 
tenant, de jadis », au lieu de : « hors, dans, maintenant, 
jadis ». Celles de ces locutions qui ont persisté dans la 

13. 



226 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

langue à côté de l'adverbe simple s'en distinguent aujour- 
d'hui par une nuance de sens. 

De marquant restriction de l'idée exprimée par le verbe 
ou l'adjectif. 

§ 516. — Ce cas est souvent confondu, mais à tort, avec 
le précédent. Dans « faible rf'esprit » on dit que de mar- 
que la manière, comme dans : < calculer de tète. » 11 ré- 
pond en effet à la même question : « Faible de quelle ma- 
nière ? Calculer de quelle manière ? » Mais la question 
n'est la même qu'en apparence. La réponse qu'elle appelle 
restreint dans le premier cas l'idée exprimée, elle la com- 
plète dans le second. Si dans « Pierre est faible d'es- 
prit » on supprime « d'esprit », on dénature la pensée, par- 
ce qu'on enlève la restriction qui la rendait juste. Au 
contraire, si dans «. Paul calcule de tête » on supprime « de 
tête », la pensée reste la môme, on ne supprime qu'un dé- 
tail complémentaire. Dans le premier cas, les équivalents 
de « de » seraient joowr, quant à (faible pour l'esprit, quant 
à l'esprit), jamais avec. Dans le second cas, l'équivalent le 
plus exact serait avec (il calcule avec la tête seule, sans 
écrire), jamais ^jor«' ni quanta. 

De est restrictif dans : « Il est bien de figure, tu lui res- 
sembles de visage, etc. » 11 s'explique de même dans ces 
vieux exemples : 

Robert de Blois : De fiertei resemblc un lion. » C'est-à- 
dire : « Pour la fierté il ressemble à un lion. » 

Sermons de saint Bernard : « Il se coysievet de boche, 
mais il nos ensaignevet par oyvre. » Mot à mot : « Il 
se taisait de bouche, mais il nous enseignait par les 
œuvres. » 

Histoire do fiuillaume le maréchal: « De la faiture Re- 
semblout il ascz haut homePor eslre emperere de Home. » 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 227 

§ 517. — Le de restrictif s'employait même devant un 
infinitif : 

Roman de Brut : « Teil chevalier n'ot en la terre /)' ar- 
mes porter, de faire guerre. » C'est-à-dire : « Il n'y avait 
pas sur terre un chevalier tel que lui pour porter les ar- 
mes et faire la guerre. » 

De marquant le moyen. 

§ 518. — Nous disons : « Il l'a payé de sa bourse, il 1 a 
acheté de son argent. » C'est aussi l'un des sens de la pré- 
position avec. Car on dit : « il l'a acheté avec son argent ». 
L'ancienne langue employait plus souvent de pour mar- 
quer le moyen : 

Joinville : « Ilala au roy et li dist que grant honte avoie 
fait à li et aus autres barons, de ces robes que je li avoie 
envoie, quant il ne s'en estoient avisié avant. » C'est-à- 
dire : « Il alla au roi et lui dit que j'avais fait grand honte 
à lui et aux autres barons avec ces robes que je lui avais 
envoyées (à l'impératrice) quand ils n'y avaient pas songé 
eux-mêmes. » 

De marquani la cause. 

i^ 519. — De marque la cause dans : « Il est mort de sa 
blessure, il est rouge de colère, il est furieux des obstacles 
qu'il rencontre, etc. » De a la même valeur dans les exem- 
ples suivants : 

Chanson de Roland: « Des morz qu'il troevct cumencet 
à plurer. » Mot à mot : « Des morts qu'il trouve il com- 
mence à pleurer. » C'est-à-dire : « Il cumnicnce à pleurer 
à cause des morts qu'il trouve. » 

Joinville : « Et il, qui me vit megre et descharnei de la 
maladie. » C'e-t-à-dire : « Et lui, <{ni me vit maigre et dé- 
charné par la maladie. » 



228 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

De signifiant au sujet de. 

§ 520. De a particulièrement ce sens dans les titres d'ou- 
vrages ou de chapitres [De la peine de mort), ou après cer- 
tains verbes ou certaines locutions verbales (parler de la 
pluie et du beau temps ; il s'est mis en peine de vous re- 
joindre). On le trouve avec le même sens dans les exemples 
suivants, où nous le remplacerions généralement par 
« pour ». 

Récit de la l""" Croisade : « Et del chastel avoir tut son 
poeir feroit. » C'est-à-dire : « Et il ferait tout son possible 
pow avoir le château. » 

Livres des Rois : 

« Samuel out cumandé a Saul qu'il l'atendist del sacre- 
lîse que faire devreit. » Traduisez : « Samuel commanda à 
Saûl qu'il l'attendît ^jowr le sacrifice qu'il devrait faire. » 

Serrtions de saint Rernard : <.<. Nuls de ceos ne se tant det 
douz nom del Salvaor. » Mot à mot : « Aucun d'eux ne se 
tut du doux nom du Sauveur ». « Se taire de » est aussi 
rationnel que « parler de ». 

C'est ainsi qu'on disait encore : « penser de quelque 
chose », au lieu de « penser à ». 

Lancelot : « Pense de lui et de son cheval. » 

§ 521. — On disait aussi : « savoir de la mer », pour 
« connaître la mer », « conseiller cfune terre », pour « indi- 
quer une terre », « faire dommage de quelque chose », 
coTime nous disons : « faire tort de ». 

v^ 522. — De s'employait, comme quant à ou pour de 
nos jours, pour mettre en relief, en l'isolant, un nom qui 
était ensuite représenté par un pronom à sa place normale. 

Chanson de Roland : « Del rei paien, sire, par veir 
créez Ja ne verrez ccst premier mois passet 0u'/7 vous si- 
vrat en France le regnet. » C'est-à-dire : Quant au roi 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 229 

païen, sire, croyez vraiment qu il vous suivra avant un 
mois. » 

Encore dans une lettre de Henri IV : « De vos voisins, 
j'ai vu parleurs responces que.... » 

De précédant l'infinitif ou le nom sujet logique d'une 
proponlion 

§ 523. — Nous disons : « Il est bon de le lui dire, ce 
n'était rien de le lui cacher, ou que de le lui cacher. » Mais 
si le sujet logique est un nom, au lieu d'être un infinitif, il 
n'est précédé aujourd'hui que de la conjonction que : « Ce 
n'était rien que les anciennes modes auprès de celles d'au- 
jourd'hui ». L'ancienne langue disait : « ce n'était rien 
des anciennes modes. » Voici un exemple du xvi^ siècle : 

Henri Estienne : « Ce n'estoit quasi rien des fraises qu'on 
vouloit faire autrefois, au prix de celles qu'ont inven- 
tées les lingères. » 

De au lieu de que après un comparatif . 

§ 524. — Chanson de Roland : « Plus fel de lui n'out en 
sa compagnie. » C'est-à-dire : « Il n'y eut plus félon que 
lui en sa compagnie. » 

Ibidem : « N'avez barun qui mielz de lui la facet. » C'est- 
à-dire : «Vous n'avez baron qui mieux que lui la fasse. » 

Établissements de saint Louis : « Vos n'i avez riens plus 
de moi. » Nous disons encore « plus de, moins de » dans 
certaines locutions. 

De séparant un adjectif ou un substantif qualificatif du 
nom qualifié. 

^ 525. — Les locutions telles que « son bonhomme de 
père » étaient fréquentes dans l'ancienne langue. En voici 
deux exemples : 

Gautier de Coinci : « ma lasse rf'anic. » 



230 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Froissart : « Son signeur de père. » 

DE COSTE 

§ 526. — Decoste, vieille préposition, a le sens de « à 
côté de ». 

Joinville : « Et se vindrent arangier de cosle nous. » 
C'est-à-dire : « Et ils vinrent se ranger à côté de nous. » 

DEDANS (latin DE DE INTUS) 

§ 527. — Dedans est souvent préposition : 

Châtelain de Coucl : « Dont je l'ai tant dedens mon cuer 
amée. » 

Villehardouin : « Dedens ces huit jors furent venu tuit li 
vaissiel et li baron. » 

Au xvii^ siècle dedans est encore employé fréquemment 
comme préposition : 

La Fontaine : « Et dedans son domaine Chacun dormoit 
aussi. » 

DEFORS (dehors) 

§ 528. — Defors, ordinairement adverbe, est quelque- 
fois préposition : 

Chanson de Roland : « Defors sun cors veit gesirlabucle. » 

Poème de Floire et Blancheflor : « Defors les murs, loiug 

du portai, Ot une place principal. » Mot à mot : « Dehors 

les murs, loin du portail, il y avait une [dace principale. » 

DEJUSTE, DEJOSTE 

§529. — Même sens que juste, joste (Voy. plus loin). 

DELEZ (près de) 
§ 530,, — Ce mot est formé avec « de » et « lez » (latin 



SYNTAXE DE LA PREPOSITION. 231 

latus), préposition encore employée dans quelques noms 
de lieux. 

Chanson de Roland : « Delez un églantier. » 

DÈS (latin DE-EX) 

§ 531. — ^ès signifie aujourd'hui : an moment même de, 
à Vrpoque même de. Dans l'ancienne langue, la significa- 
tion de cette préposition était plus étendue ; elle ne s'ap- 
pliquait pas seulement au temps, mais aussi à l'espace, et 
elle avait toute la valeur de « depuis ». 

Chanson des Saxons : « Dès le mont Saint-Michiel jus- 
qu'à Ghastel-Landon. » 

Joinville : « Dès Ausone_ jusques à Lyon. » 

Chanson de Roncevaux : « Dès le matin jusqu'à soleil 
couchant. » 

DESSOUS, DEDESSOUS (latin DE-SUBTUS) 

§ 532. — Dessous s'employait dans l'ancienne langue 
aussi bien comme préposition que comme adverbe. 

Chanson de Roland : « Desuz un pin.... un faldestoel 
i out. » Mot à mot : « Dessous un pin il y avait un fau- 
teuil. » 

Au xvu' siècle, dessous avait encore cette valeur. La 
Fontaine écrit : 

» Le lièvre était gîte dessous un maître cliou. » 

Aujourd'hui dessous n'est plus préposition (pie dans les 
locutions : « pat^ dessous, de dessous. » 

§ 533. — Dedessous se trouve avec le sens de « dessous, 
sous » dans la Chanson de Roland : « Lur chevals laissent 
dedesuz une olive. » G'est-ù-dire : « nous un olivier », 



232 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

DESUR, DESSUS (latin DE-SUPER, DE-SUSUM) 

§ 534. — Ces deux mots, dont l'un a disparu, et dont 
l'autre est devenu adverbe (sauf dans les locutions prépo- 
sitives joarc^essus, de dessus), s'employaient à la fois comme 
prépositions et comme adverbes : 

Chanson de Roland : « Oliviers muntet desur un pui hal- 
lur. » Nous dirions: «Olivier monte sur une colline élevée. » 

Dessus est resté préposition jusqu'au xvii^ siècle. 

MoUcre : « Dessus quel fondement venez-vous donc, mon 
frère?... » 

DEVANT, DEDEVANT 

§ 535. — On trouve dedevant avec le sens de devant, 
•comme dedessous avec le sens de « dessous, sous. » 

Chanson de Roland : « Dedevant lui ad une pierre 
brune. » C'est-à-dire : « devant lui. » 

EMPRÈS 

§ 536. — Nous avons perdu cette préposition, qui signi- 
fiait : « auprès de » et « après ». 

Joinville : « A la table le roy manjoit, emprès li, li cuens 
de Poitiers. » C'est-à-dire : « A la table du roi mangeait, 
auprès de lui, le comte de Poitiers. » 

Roman de Rou : « Cil fu quens d'Où enpres son père. » 
C'est-à-dire : « Il fut comte d'Eu après son père. » 

EN (latix IN) 

§ 537. — L'un des sens de la préposition latine in, le 
eens de sur, ne s'est conservé que dans quelques locutions : 
« portrait en pied ; mettre en croix. » L'ancienne langue 
employait plus librement « en pied » et « en croix » 

Chanson de Roland : « Li quens Rollanz. .. en piez se 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 233 

drecet. » Mot à mot : « Le comte Roland se dresse en 
pieds. » Nous dirions : « sur ses pieds. » 

Ibidem : « La lance dont Nostre Sire fut en la cruiz naf- 
frez. » Mot à mot : « La lance dont Notre-Seigneur fut 
percé en la croix. » Nous dirions : « sur la croix. » 

§ 538. — Beaucoup de locutions adverbiales ont été for- 
mées avec la préposition en et des substantifs ou des adjec- 
tifs : « en rond, en cachette, etc. » L'ancienne langue en 
possédait un bon nombre qui sont devenues hors d'usage : 
en foi (fidèlement), en apert (ouvertement), etc. 

ENCEIZ 
Voyez Ainçois. 

ENCONTRE 

§ 539. — Encontre , adverbe et préposition, a la plupart 
des sens de contre. 

C hanson de Roland : <.<. Encunlr exnei reveleruntliSaisne. » 
C est-à-dire : « Les Saxons se révolteront contre moi. » 

Chanson de Roland .•« Li destriers est e curant e aates... 
Reste nen est ki encuntre lui alget. » C'est-à-dire : « Le 
cheval est agile et rapide.... Il n'y a pas de bête qui aille 
en comparaison de lui. » 

Cet adverbe-préposition est employé aujourd'hui subs- 
tantivement dans la locution : à Vencontre de. 

ENCOSTE 

§ 540. — Encoste, ancienne préposition, composée de 
en et du substantif coste (côte) a le sens de : à côté de. 

Joinville : « Et encore mangoit encoste celé table la 

royne Blanche. » C'est-à-dire : « lit encore mangeait à 
côté de cette table la reino Blanche. » 



234 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

ENDREIT, ENDROIT 

§ 541. — « Endreit, endroit » est composé avec droit, 
comme encoste avec coste. Cet adverbe-préposition n'est 
plus employé que substantivement. On lui donne souvent 
dans l'ancienne langue le sens de la locution actuelle : 
« à l'endroit de... », c'est-à-dire : « en ce qui con- 
cerne.... » 

Chanson de Roland : « Ore ad li quens endreit sei sez que 
faire. » Mot à mot : « Maintenant le comte a assez à faire 
endroit soi. » C'est-à-dire : « à son endroit, en ce qui le 
concerne. » 
Endroit signifiait encore : « en face de, vers. » 
§542. — Endroit de avait les mêmes sens : 
Joinville : « Et dist que endroit de li il avoit tuei six de 
nos gens. » C'est-à-dire : « Et il dit que, en ce qui le concer 
nait, il avait tué six de nos gens. » 

ENMI 

§ 543. — Enmi (latin in medio), composé de en et de 
mi{mi-Q.diTèxne,miY\Q\x, minmi, mià\), comme parmi de par 
et du même adjectif, aie sens de : « au milieu de. » 

Chanson de Roland : « Se trois Rolland.... enmi ma veie. » 
C'est-à-dire : « Si je trouve Roland au milieu de ma route. » 

ENSEMBLE 

^ 544. — Ensemble (latin in simul) est quelquefois em- 
ployé comme préposition, dans le sens de avec. On trouve 
aussi, dans le même sens, ensemble od (Voy. plus loin 
la préposition od). 

Sermons de Saint Rernard : « Ou poreit estre nuls mais 
ensemble luy? » C'est-à-dire : « Où pourrait-il y avoir 
quelque mal, quand on est avec lui? » 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 233 

Chanson de Roland: « Ensemble od els li quens Rollanz 
i vint. » C'est-à-dire : « Avec eux y vint le comte Roland. » 

ENS EN 

§ 545. — « Ens en », locution prépositive, composée de 
la préposition en et de l'adverbe ens ou enz, a le même 
sens que « en, dans » : 

Chanson de Roland : « Enz en lur mains portent bran- 
ches d'olive. » C'est-à-dire : « Dans leurs mains ils portent 
des branches d'olivier. » 

ENTOUR 

§ 546. — Enlour, ancien adverbe-préposition, encore 
employé substantivement dans « à l'entour », avait, 
comme préposition, le sens de « autour de, auprès de, 
vers. » 

Jo'mmlle : « Nous feismes la première procession entour 
les doLis maz de la nef. » C'est-à-dire : « Nous fîmes la pre- 
mière procession autour des deux mâts du vaisseau. » 

Ibidem : « Entour l'eure de vespres. » C'est-à-dire : 
« Vers l'heure de vêpres. » 

ENTRE 

§ 547. — Les acceptions anciennes de cette préposition 
diffèrent peu des acceptions actuelles. Une d'elles doit ce- 
pendant nous arrêter un instant, parce qu'elle ne s'est con- 
servée que dans quelques locutions : « Nous dînons entre 
nous ; ils s'amusent entre eux. » C'est-à-dire : « Nous dînons 
ensemble et à nous seuls, etc. » L'ancienne langue disait 
de môme, et nous ne pouvons plus dire : entre moi et mon 
père (nous) demeurons dans cette maison; (ils) se couchèrent 
entre le duc et le comte, ce qui signifiait « le duc et le 
comte se couchèrent ensemble » ; il partit entre lui et son 



^36 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

fils, c'est-à-dire : « ils partirent tous deux, lui et son fils. » 
Roman de Renard : « Quex mautalant t'a fat devenir pè- 
lerin entre toi et mestre Belin. » C'est-à-dire : « Quelle idée 
vous a fait devenir pèlerins, toi et maître Belin! » 

Quand on traduit ces phrases de l'ancienne langue, on 
peut presque négliger « entre ». L'idée accessoire qu'ex- 
primait cette préposition ne peut guère être rendue que 
par l'adverbe « ensemble ». 

ENTRESQUE A 

§ 548. — Entresque à signifie ./ws^'M'à. 
Chanson de Roland : « L'osberc li rumpt entresque à la 
carn. » C'est-à-dire : « Il lui rompt le hdiXxhQTi jusqu'à la 
€hair. » 

ENVERS 

§ 549. — Envers s'employait comme synonyme de 
vzrs : 

Chanson de Roland : « Envers le ciel en volent les es- 
clices. » C'est-à-dire : « Ve7's le ciel en volent les éclats. » 

§ 550. — Envers avait aussi le sens de « en comparai- 
son de ». 

Roman de la Rose : « Clere comme la lune Envers qui les 
autres estoiles Resemblent petites chandoiles. » 

ENVIRON 

§ 551. — Environ, comme préposition, a le sens de 
« autour de ». 

Chanson de Roland : « Envirun lui plus de vint mille 
humes. » C'est-à-dire : « Autour de lui plus de vingt mille 
hommes. » 

ES 

Voyez as. ' 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 23T 

FORS 

§ 552. — Fors a tous les sens de hors; ce sont d'ailleurs 
deux formes d'un même mot : latin foris. 

JUSTE, JOSTE 

§ 553. — injuste, juste», ISiVmjuxta, signifie -.près de. C'est 
avec cette préposition qu'ont été formés les deux verbes 
«joster, jouster, jouter » et « ajoster, ajouster, ajouter», 
qui signifient proprement « mettre près de ». Le premier 
de ces verbes a eu successivement les sens de : « se 
mettre près de, s'approcher de (pour combattre), com- 
battre ». 

LEZ, LES 

§554. — Lez, les (latin latus, côté). Cette vieille pré- 
position, qui signifie « à côté de », s'est conservée dans 
quelques noms de lieux : « Plessis- lez-Tours. » 

Joinville : Et feri le Juif les l'oye. » C'est-à-dire : « Et 
il frappa le Juif à côté de l'oreille ». 

LON(J 

§ 555. — Long {lune, lonc), adjectif employé comme 
préposition, a les sens de « près de, selon ». 

Chanson de Roland : « Lune un alter bêlement l'enter- 
rèrent. » C'est-à-dire : « Près d'un autel, ils l'enter- 
rèrent bellement. » 

NE MAIS QUE, NE MAIS 

§ 556. — A'e mais que se compose de la négation ne^ 
de l'ancien adverbe mais (qui a le sens de plus) et de 
la conjonction que. « Ne mais que » signifie donc litté- 
ralement : « non plus que ». On remployait tantôt 



238 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

comme notre conjonction sinon, tantôt comme une véri- 
table locution prépositive, avec le sens de « excepté ». 

Chanson de Roland : « Franceis se taisent, ne mais que 
Guenelun. » C'est-à-dire : « Les Français se taisent, excepté 
Ganplon. » 

§ 557. — On trouve aussi « ne mais » avec le même 
sens : 

Chanson de Roland : « Jo ne sai veirs nul hume Ne mais 
Rolland.... » C'est-à-dire : « Je ne sais vraiment personne 
(qui soit ainsi) excepté Roland. » Dans cet exemple « ne 
mais » pourrait aussi se traduire par « sinon ». 



§ 558. — (d'abord od) est une vieille préposition qui 
a le^ens de « avec. » 

Chanson de Roland : « Jol sivrai od mil de mes fedeilz. » 
C'est-à-dire : « Je le suivrai avec mille de mes fidèles. » 

OUTRE 

§ 559. — Cette préposition a d'abord signifié « au- 
delà », sens qui ne s'est conservé que dans quelques locu- 
tions : « outre mer, outre mesure ». 

Chanson de Roland: « Ultre cest jur ne sérum plus vi- 
vant. » C'est-à-dire : « Au delà de ce jour nous ne serons 
plus vivants. » 

PAR 

§ 560. — Cette préposition s'employait plus libre- 
ment qu'aujourd'hui dans son sens primitif de « à 
travers ». 

Chanson de Roland: « Par le camp (champ) vait Turpins 
liarcevesques. » Nous dirions plutôt : « L'archevêque Tur- 
pin va à travers le champ de bataille. » 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 239 

§ 561. — Par signifiait aussi 'pendant, comme joer en 
lalin : 

Villeharàouin : « Ensi dura li assaus par cinc jors. » 
C'est-à-dire : « Ainsi l'assaut dura pendant cinq jours ». 

§ 562. — Par a encore aujourd'hui un sens voisin de 
après, dans certaines locutions : « un par un, jour par 
jour. » L'ancienne langue disait aussi : « l'un par l'au- 
tre », au lieu de « l'un après l'autre ». 

Joinville : « Se je vous ai de riens mesfait, je le vous 
desferai, l'un par l'autre. » Traduisez : « Si je vous ai fait 
tort en quoi que ce soit, je vous dédommagerai l'un 
après l'autre ». 

563. — Cette préposition a servi à former un certain 
nombre de locutions, dont quelques-unes sont devenues 
hors d'usage : 

Par veir (par vrai) au sens de « vraiment, sûrement ». 

Chanson de Roland : « S'il voelt ostages, il en avrat par 
veir. » C'est-à-dire : « S'il veut des otages, il en aura sû- 
rement ». 

Par lui, par eux, au sens de « lui seul, eux seuls ». 

Chanson de Roland : « Cil sunt par els en un val. » Mot 
à mot : « Ils sont par eux dans un vallon. » C'est-à- 
dire : « Ils sont seuls. » 

Roman de Derthe : « Bcrte fut en la forest par li. » 
Mot à mot : « Berthe fut en la forêt par elle. » C'est-à- 
dire : « fut seule dans la forêt. » 

§ 564. — Ajoutez les locutions prépositives suivantes : 

Par nom de, au sens de « au risque de ». 

Chanson de Roland : « Par num rf'ocire enveierai le 
mien... » C'est-à-dire : « Au risque de le tuer, au risque 
de le faire tuer, j'y enverrai le mien, mon (ils. » 

Par sum (latin per summum), au sens de « à l'extré- 
mité de... au sommet de... » 



240 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Chanson de Roland : « Par sum les puis en un broill i re- 
mestrent. » C'est-à-dire: «Au haut c?es montagnes, ils s'ar- 
rêtèrent dans un bois. » 

§ 565. — Pa7' se joint encore à certaines prépositions, 
particulièrement à celles qui commencent parrfe ; « par de- 
vers, etc. » L'ancienne langue disait aussi: « pardecoste », 
avec le même sens que « decoste » (Voyez ci-dessus) 

PARMI 

§ 566. — Parmi est formé comme la locution prépo- 
sitive « par sum », que nous venons de voir, c'est-à-dire 
avec un adjectif [mi de médium) précédé de par (Voyez 
aussi enmi plus haut). 

Parmi a signifié : « par le milieu de ». 

Joinville : « Mes chevaus s'agenoilla... et je en alai outre 
parmi les oreilles dou cheval. » C'est-à-dire : « Mon che- 
val s'agenouilla..., et je fus jeté en avant par le milieu des 
oreilles du cheval, entre les oreilles du cheval ». 

§ 567. — Parmi avait aussi, comme aujourd'hui, le 
sens de « au milieu de »; mais il s'employait librement 
devant un nom singulier, tandis que nous ne nous en ser- 
vons guère qu'avec le pluriel : 

Chanson de Roland : « Parmi un val herbus ». 

§ 568. — Enfin parmi avait encore le sens de « par le 
moyen de, moyennant ». 

Joinville : « Li cuens de Ghampaigne vendi au roi^ parmi 
les quarante mille livres, les fiez ci-après nommés. » C'est- 
à-dire : « Le comte de Champagne vendit au roi, moyen- 
nant les quarante mille livres, les fiefs ci-après nommés. » 

PUIS 

§ 569. — Puis (latin posi) n'est plus qu'adverbe. Il a été 
préposition, avec le sens de « après, depuis ». 



SYNTAXE DE LA PRÉPOSITION. 241' 

Chanson de Roland : « Pois icel jur en fut cent anz 
déserte. » Traduisez : « Depuis ce jour, elle en fut 
cent ans déserte. » 

QUE EN, QUE A 

§ 570. — Que en, que à, se trouvent après « d'ici ^ 
entre ci », avec le sens de : jusqu'en, jusqu'à. 

Chanson de Roland : « Vien me servir d'ici qu'en 
Oriente. » C'est-à-dire : « Sers moi d'ici jusqu'en Orient. » 

Chanson des Saxons : « Entre ci que as portes. » Mot à 
mot: « Entre ici jusqu'aux portes. 

SELON 

§ 571. — ^Selon équivaut étymologiquement à « sous 
long ». (Voy. plus haut la préposition long.) Outre sa 
valeur actuelle, selon a, dans les anciens textes, le sens de : 
« le long de, près de ». 

Froissart : « Vous chevaucherez selon cette rivière. » 

SUR 

§ 572. — Sur a souvent le sens de « plus que ». 

Chanson de Roland : « Sur tute gent est la tue har- 
die... » Mot à mot ; « /Swr toute nation est la tienne har- 
die. » C'est-à-dire : « par dessus toute nation ». 

TRES QUE A, TRES QUE EN, TRES 

§ 573. — 1res que à, 1res que en, vieilles prépositions^ 
ont le sens de « jusqu'à, jusqu'en » (Voy. plus haut ^n- 
tresque à). 

Chanson de Roland : « Dès l'ure que nez fui tresqu'à cest 
jur. » C'est-à-dire : « Depuis l'heure ou je suis né jus- 
qu'à ce jour. » 

Clédat. 14 



242 GRAMMAIRE DU VIEUXFRANÇÂIS. 

§ 574. — Quelquefois très est séparé de que et prend 
une valeur propre (celle de depuis), de telle sorte que le 
sens de jusqu'à doit être attribué à « que à » seul (Voy. 
d'ailleurs ci-dessus : que à, que en). 

Chanson de Roland : « Le corps li trenchet tt^es l'un 
costet qu'à l'altre. » C'est-à-dire : « Il lui tranche le corps 
d'un côté à l'autre. » 

VERS 

§ 575. — Outre sa valeur actuelle, vers avait, dans 
l'ancienne langue, les sens de : « envers, contre ». 

Livres des Rois : « Si hom pèche vers altre. » C'est-à-dire : 
<( Si un homme pèche coiitre un autre. » 

Roman de la Rose : « Li tens vers qui noient ne dure. » 
C'est-à-dire : « Le temps contre qui rien ne dure. » 



CHAPITRE XI 

SYNTAXE DE L'ADVERBE 

ADVERBES QUI SONT AUSSI PRÉPOSITIONS 

§ 576. — Un bon nombre de prépositions peuvent s'em- 
ployer adverbialement (quelques-unes sont d'ailleurs des 
adverbes à l'origine). Nous ne signalerons ici que celles 
qui ont eu, comme adverbes, des acceptions qui s'écartent 
des sens prépositionnels ou des sens actuels, ou celles qui 
ne peuvent plus s'employer adverbialement. 

§ 577. — Ainçois et ains, qui signifient d'ordinaire 
« avant, auparavant », ont quelquefois le sens de « plus 
tôt » ou celui de « plutôt ». 

Sermons de saint Bernard : « Je encherche per quel 
raison li filz prisist anceos char que li peires. » C'est-à- 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 243 

dire : « Je recherche pour quelle raison le fils s'incarna 
plutôt que le père. » 

§ 578. — C'est aussi le sens de ains dans les deux locu- 
tions « com ains pot » et « qui ains ains ». 

Com ains pot signifie proprement : « comme plus tôt 
il put. » Nous disons aujourd'hui : « le plus tôt qu'il 
put ». 

Chanson de Roland : « Cum il einz pout, del pui est 
avalez. » C'est-à-dire : « Le plus tôt qu'il put, il descendit 
de la colline. » 

Qui ains ains, qui est ordinairement accolé à « qui 
mieux mieux », signifie proprement : « qui plus tôt, plus 
tôt », c'est-à-dire : « chacun le plus tôt qu'il peut ». 

Villehardouin : « Vont à la terre qui ainz ainz, qui mielz 
mielz. » C'est-à-dire : « Ils vont à la terre chacun \q jdIis 
vite et le mieux qu'il peut. » 

^ 579. — Avant, devant, s'emploient comme adver- 
bes plus librement que de nos jours. On trouve la locution 
adverbiale « par avant », qui, précédée de l'article au 
datif, a produit l'adverbe actuel : auparavant. 

§ 580. — Emprès, comme adverbe, a ordinairement le 
sens de « après, ensuite ». 

Chanson de Roland : « ^n/)rès li ient. » Traduisez: 
« Ensuite ils lui disent. » 

§ 581. — Endroit, comme adverbe, s'ajoute à « ici, 
là, or ». Ici endroit équivaut à peu près à « ici même ». 
Or endroit équivaut à « maintenant » (voy. or aux adver- 
bes de temiis). 

§ 582. — Entour a souvent, dans les chartes, le sens 
de « environ ». Ou là entour signifie : « ou environ, ou à 
peu près. » 

§ 583. — Parmi, employé quelquefois comme adverbe, 
a le sens de « par le milieu ». 



244 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Chanson de Roland : « Tute la teste li aùparmi sevrée. » 
C'est-à-dire : « Il lui a tranché toute la tête par le mi- 
lieu. » 

Au xvii^ siècle on trouve encore « parmi » employé ad- 
verbialement, mais avec le sens de « au milieu ». La Fon- 
taine a dit : « Mais je voudrais parmi Quelque doux et dis- 
cret ami. » 

§ 584. — Puis, outre sa valeur actuelle, avait le sens 
de depuis : 

Chanson de Roland : « Une einz ne /?o/s ne fut si forz 
6 fière. » Mot à mot : « Jamais avant ni puis il n'y eut si 
forte et fière bataille. » C'est-à-dire : « Jamais avant ni 
depuis... » 

ADVERBES PROPREMENT DITS 

Pour étudier les autres adverbes, nous adopterons la 
division ordinaire en adverbes de lieu, de temps, de 
quantité, de manière, d'affirmation ou négation. 

I. — Adverbes de lieu. 

§ 585. — Plusieurs adverbes de lieu sont de véritables 
pronoms de lieux, de même que les pronoms proprement 
dits sont des pronoms de personnes ou de choses. Et 
comme les pronoms proprement dits, les pronoms de lieux 
sont les uns démonstratifs, les autres relatifs, d'autres 
enfin simplement nominatifs. Ces derniers, qui correspon- 
dent aux pronoms dits personnels, pourraient être appelés 
pronoms locaux. « Ici, là » sont démonstratifs, « où, dont » 
sont relatifs, « y, en «sont purement nominatifs. Nous ver- 
rons que les deux pronoms de lieux nominatifs (y , en) sont 
devenus par extension des pronoms personnels, et que les 
pronoms relatifs de lieux (dont, oii) sont aussi devenus des 
pronoms relatifs de personnes et de choses. 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 245 

§ 586. — Ici marque le lieu où l'on est, et là. un lieu 
différent. A côté de là, l'ancienne langue avait aussi illuec 
[illec, illueques), qui s'employait avec le même sens : 

Chanson de Roland: « Mais li quens Guenes iloec ne 
volsist estre. » Traduisez : « Mais le comte Ganelon vou- 
drait ne pas être là. » 

Joinville : « Il n'avoit nul illec qui n'eust de ses pro 
cbains amis en la prison. « Traduisez : « Il n'y avait là 
personne qui n'eût de ses proches amis dans la prison. » 

§ 587. — L'adverbe ci, forme abrégée de « ici » , ne 
s'emploie plus que dans certaines locutions, oîi il se joint 
intimement à un autre mot : cî-devant, celm-ci, etc. L'an- 
cienne langue s'en servait dans beaucoup de cas où nous 
mettrions « ici ». 

Joinville : « Sire, quant vous partirés de ci. » 

Commynes : « Ne cy ne ailleurs. » 

§ 588. — Entre la préposition de et la conjonction que 
prise dans le sens de « jusque », ci pouvait s'appliquer au 
temps comme au lieu. « De ci que » signifiait non seule- 
ment « d'^c^ jusque (à un autre lieu) », mais encore : « de 
maiîif enant iuscpe (à un autre moment) ». 

Roman de Berthe : « Ne mais ne sera aise de ci qu' aura. 
seû Se c'est Bertc sa fdle. » C'est-à-dire : « Et elle ne sera 
plus joyeuse depim maintenant jusqiî'à ce gît'elle aura su 
si c'est Berthe sa fille. » 

Aujourd'hui encore « ici, là » peuvent s'appliquer au 
temps : « l\\?-x\uici il n'a pas écrit; jusquc-/àil n'avait pas 
écrit; il viendra d'ici à demain ». 

§ 589. — L'adverbe de lieu cà est le même mot que 
ici, ci, mais à un autre cas; il vient de « eccehac » (comme 
ici de « eccehic »), et signifie proprement « par ici ». L'an- 
cienne langue l'employait souvent, au lieu de ici, avec les 
verbes marquant mouvement : 

14 



246 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Roman de la Rose : « Qui de la terre as Sarradins Fist ça 
ces arbres aporter. « Nous dirions : « Qui de la terre sar- 
razine fît apporter ici ces arbres. » 

On peut encore employer çà avec le verbe venir : « venez 
çà ». 

§590. — Çà, comme ci, se joignait à d'autres adverbe? : 
cà devant, cà avant, cà jus, cà en arrière. 

§ 591. — Enfin çà, de même que c/, est arrivé à désigner 
le temps. Au xvn^ siècle on se servait encore de « en çà », 
dans le sens de « jusqu'à maintenant ». Pascal écrit : 
« Depuis cinquante ans en çà on a vu publier plusieurs 
bulles semblables. » 

§ 592. — Dont (latin de iinde) est à l'origine un adverbe 
(pronom relatif et interrogatif de lieu), qui signifie « d'où ». 

Joinville : « Li soudans de Babiloine avoit mainte ibis 
essaie dont li fluns venoit. » C'est-à-dire : « Le soudan de 
Babylone avait maintes fois essayé de savoir d'où le fleuve 
venait. » 

D'ailleurs, dès les textes les plus anciens, on trouve aussi 
dotit employé, par extension, comme pronom relatif de 
personne ou de chose. Il n'a pas d'autre sens dans la 
langue actuelle. 

§ 593. — Où n'est plus aujourd'hui qu'un adverbe de lieu ; 
mais il a étéaussi, parcxtension, unpronom relatif de chose. 

Froissart : « Respondircnt qu'ils se tenoient bien pour 
absous et pour quittes de tout ce où obligés estôient. » 

Molière dit encore : « Laissons là la médecine où vous ne 
croyez point. » 

§ 594. — Y et en sont adverbes de lieux dans « j'y vais, 
j'en viens », et pronoms personnels dans « j'y pense, j'en 
parle ». L'emploi de ces adverbes comme pronoms per- 
sonnels est ancien dans la langue, et n'oifre d'ailli.urs 
aucune difficulté. 






SYNTAXE DE L'ADVERBE. 247 

§ 595. — No.us venons de passer en revue les adverbes 
pronominaux. Les autres adverbes de lieu indiquent qu'on 
est dans le lieu dont on parle, ou qu'on est au-dessus ou 
au-dessous, ou encore derrière ou devant, etc. 

§ 596. — Pour indiquer qu'on est dans le lieu dont on 
parle, nous avons l'adverbe dedans, qui se compose de la 
préposition « de » répétée et de l'ancien adverbe enz (la- 
tin intus), qui avait le même sens. 

Chanson de Roland : « A icest mot Franceis se fièrent 
enz. >•> C'est-à-dire : « A ces paroles, les Français se jettent 
dedans » (dans la mêlée). 

§ 597. — Enz, combiné avec les adverbes démonstratifs 
çà et /à, a formé céans et léans, qui signifient «ci-dedans, 
et là-dedans ». Léans est tombé en désuétude, et nous y 
suppléons, suivant les cas, par là ou dedans^ qui repré- 
sentent chacun la moitié de l'ancien mot, ou encore par y, 
qui équivaut à là avec la valeur démonstrative en moins. 

§598. — Pour indiquer qu'on c%\. au-dessus ou au-dessous 
du lieu dont on parle, nous avons, outre les mots mêmes 
dont nous venons de nous servir [dessus, dessous) : sus et 
jus, amont et aval, contreniont et contreval. 

§ 599. — Nous n'employ(jns plus guèro sus que dans 
l'expression « courir sus ». L'ancienne langue disait aussi 
monter sus (Joinvillc), mettre sus, etc. 

i:^ 600. — Jus signifiait : en bas, à terre. 

Chanson de Roland : « Par les degrés _;'ms del palais des- 
cent », c'est-à-dire : « Il descend par les degrés en bas du 
palais ». Dans cet exemple, jws, suivi de de, forme une lo- 
cution prépositive. 

§ 601. — Il est superflu d'expliquer amont et avaL 
Dans l'ancienne langue, ces mots s'employaient plus libre- 
ment qu'aujourd'hui, avec le sens général de « en haut, en 
bas ». 



248 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Roman de Berthe : « Le routel a saisi, si l'a amont 
levé », c'est-à-dire : « Elle a saisi le couteau et l'a levé en 
haut. » 

Contremont et contreval s'employaient avec le même 
«ens que « amont » et « aval ». 

Chanson de Huon de Bordeaux : « Il prist î'anel, contre- 
mont le leva. » 

§ 602. — Arrière, dans l'ancienne langue, avait toute la 
valeur que nous donnons aujourd'hui à « en arrière ». On 
disait aussi : « s'en aller arrière, revenir arrière », dans le 
sens de « retourner, s'en retourner ». 

En derrière, aujourd'hui hors d'usage, s'était formé 
sur « derrière », comme « en arrière » sur « arrière ». 

II. — Adverbes de temps. 

§ 603. — Nous parlerons d'abord de deux catégories 
d'adverbes de temps qui se sont souvent mêlées l'une à 
l'autre : ceux qui expriment le temps présent {maintenant, 
or dans l'ancienne langue, aujourd'hui, etc.), et ceux 
qui expriment une simultanéité plus ou moins précise avec 
un moment passé ou futur [alors, donc dans l'ancienne 
langue, etc.). 

g 604. — Maintenant marque le moment présent, et 
alors un moment non présent ^, de même que « ici » 
marque le lieu où l'on est, et « là » un lieu différent. Ou, 
pour être plus exact, maintenant et alors marquent d'une 
façon générale le moment dont on parle (présent, passé ou 
futur), et le premier de ces adverbes est arrivé à s'employer 
spécialement quand on parle du temps présent, le second 
quand on parle du passé ou du futur. Il n'en a pas toujours 
été ainsi; car alors se décompose en «d Vorsi^, et ors ou or 

1. Sauf quand alors est pris dans le sens de « ainsi donc » : « Alors 
vous croyez qu'il Taut y aller. » 



I 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 249 

(voyez ci-dessous § 605) s'appliquait particulièrement au 
présent, tandis que, à l'inverse, maintenant, dont le sens 
primitif est très large (équivalant à : à Vinstant), s'est dit 
en parlant du passé ou du futur, par exemple dans Henri 
de Valenciennes : « Il n'i ot si coart qui maintenant ne fust 
garnis de hardement. » C'est-à-dire : « Il n'y eut si couard 
qui alors ne fût plein de hardiesse. » Il faudra donc quel- 
quefois, dans les anciens textes, traduire maintenant par 
alors, ou vice versa. 

§ 605. — Or, devenu exclusivement conjonction, a été 
d'abord un adverbe de temps (sous les formes or, ore, 07^s) 
qui avait le sens de « maintenant, à présent, tout' à 
l'heure ». 

Joinville : « Le père au duc qui ore est. » C'est-à-dire : 
« Le père du duc qui est maintenant. » 

§ 606. — Donc (ou donques), qui n'est plus aujourd'hui 
que conjonction, comme or, a été aussi un adverbe de 
tem]is, qui avait le sens de « alors ». Les composés idonc 
et adonc [adonqnes, adons) avaient le même sens : 

Chanson de Roland: « Idunc plurerent cent milie che- 
valier. » C'est-à-dire : « Alors pleurèrent cent mille cheva- 
liers. » 

Chanson des Saxons : « Quant l'aurez salué, don lui 
dites... » C'est-à-dire : « Alo7's dites-lui... » 

§ 607. — Les adverbes de quantité tant et itant, pré- 
cédés de la préposition à, formaient des adverbes de temps 
qui avaient le sens de « tout à l'heure, maintenant, alors ». 

Chanson de Roland : « Fin prendrum à itant... » Mot à 
mot : « Nous prendrons fin (nous mourrons) tout à V heure. » 

Joinville : « Atant es vous un chevalier... » C'est-à-dire : 
« A/ors voilà un chevalier... » 

§ 608. — Le vieil advorbe adès signifie proprement 
« à l'instant, tout de suite », et par extension « toujours ». 



2oO GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 609. — Aparmesmes est pour ainsi dire le super- 
latif de adès, et a le sens de « à l'instant même ». 

§ 610. — Aparmain se rapproche par la forme et par 
le sens de l'adverbe précédent, bien qu'il en diffère par 
l'origine. 

Il signifie aussi « à l'instant même», et en outre « bien- 
tôt ». Voyez §617. 

§ 611. — Errant, participe présent ^ pris adverbiale- 
ment, et erranment, marquent aussi l'instant même dont 
on vient de parler, et peuvent se traduire par « tout de 
suite » ou « aussitôt ». 

§ 612. — Endementières, endementiers (et demen- 
tiers), endementres (et demcntres), signifient :« pendant 
ce temps, alors ». 

§ 613. — Parmi ces adverbes ou locutions adverbiales, 
exprimant le présent ou la simultanéité avec un moment 
non présent, il en est qui limitent le moment exprimé à un 
espace de temps déterminé : « aujourd'hui », la locution 
adverbiale « cette nuit ». 

§ 614. — Aujourd'hui est formé avec l'ancien adverbe 
hui, qui signifie « ce jour » (latin ko die : hoc die). Aujour- 
d'hui c(|uivaut donc à « au jour de ce jour ». A côté de hui 
on trouve dans l'ancienne langue enqui, qui a le môme 
sens : 

Chanson de Roland: « Encoi perdrai France dulce sun 
los. » C'est-à-dire : « Aujourd'hui la douce France perdra 
sa gloire. » 

§ 615. — 11 y avait aussi un adverbe qui équivalait à 
notre locution actuelle « celle luiit». C'était anuit [enuit), 
à côté duquel on trouve enquenuit, comme enqui à côté 
de hui. 

1, Uc celui des deux verbes errer rjui signifiait » aller ». 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 231 

Chanson de Roland : « Anoit m'avint une avisiun 
d'angle. » C'est-à-dire : « Cette nuit, il me vint une vision 
d'ange. » 

Anuit et enquenuit ont quelquefois le sens général de 
« aujourd'hui ». 

§ 616. — Un autre adverbe signifiait « cette année » 
et par extension « maintenant ». C'était : « oan. ouan ». 

5 617. — Parmi les adverbes désignant les divers mo- 
ments du jour, nous avons perdu main, qui dérive du 
latin mane, et qui signifiait le matin. On disait : « hidmain 
(aujourd'hui au matin), au main et par main (le matin, ou 
Iclendemain) «.Nous avons conservé le composé demain, 
qui avait à l'origine le sens de « au matin (prochain) ». 

^ 618. — Nous arrivons ainsi aux adverbes ou locutions 
adverbiales qui marquent une antériorité ou une postério- 
rité soit au moment présent (demain, hier, etc.), soit au 
moment passé ou futur dont on vient de parler (le lende- 
main, la veille, etc.). 

§ 619. — Hier est pour le pnssé ce que demain est pour 
l'avenir. L'ancienne langue avait aussi l'adverbe l'altrier, 
l'autrier (mot à mot l'autre hier), qui avait le sens de 
«l'autre jour», et qui marquait ainsi une antériorité indé- 
finie, mais récente. 

§ 620. — Une antériorité plus lointaine était exprimée 
parla locution adverbiale pièce a, qui équivalait à: « il 
y a une 'pièce de temps, un certain temps ». 

^ 621. — L'antériorité indéterminée est marquée par 
ains, ainçois, devant et avant, dont nous avons parlé 
à propos des adverbes qui sont en même temps préposi- 
tions (§ 577-580). 

§ 622. — Déjà (anciennement rff'A- /a) exprime une idée 
du même ordre. L'ancienne langue employait aussi « ja » 
avec la môme valeur. 



252 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Jà avait encore le sens de dé&ormah, eijà...7ie équivalait 
à jamais... ne. 

Joinville : « Ainçois dist que son peuple ne lairoit ûja. » 
C'est-à-dire : « Mais il dit qu'il ne laisserait jamais son 
peuple. » 

Dans beaucoup de cas, jà était purement exjDlétif. 

§ 623. — Dans une énumération d'actions qui se suc- 
cèdent, le temps de la première est aujourd'hui exprimé 
par « d'abord » ou « premièrement ». On trouve souvent 
dans les anciens textes primes et premier (ou premiers), 
avec le même sens. 

§ 624. — Enfin l'adverbe de temps indéterminé par 
excellence était, dans l'ancienne langue, onques (latin 
unquam)^ qui n'a d'autre équivalent dans la langue actuelle 
q\xe jamais pris affirmativement {û jamais il y arrive). On 
trouve avec le même sens : onques mais. 

Onques ne équivalait à « jamais ne ». 

Chanson de Roland : « Ne traïsun unkes amer ne volt. » 
C'est-à-dire : « Et il ne \ou\ut jamais aimer la trahison. » 

Onc, aine, ainques, sont synonymes de onques. 

III. — Adverbes de quantité. 

§ 625. — Les principaux adverbes de quantité sont 
aujourd'hui : pour la quantité absolue beaucoup, très, 
guère, peu, un peu, assez, trop ; et pour la quantité relative 
tant et autant, plus, moins. 

§ 626. — A côté de beaucoup l'ancienne langue disait, 
avec le même sens, grand coup. 

Joinville : « Li roys ot... grant coup de la terre le 
conte. » C'est-à-dire : « Le roi eut beaucoup de la terre du 
comte. » 

§ 627. — L'emploi de moult (latin multum) est trop 
connu pour (^u'il soit utile d'en donner des exemples. 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 2o3 

Par (beaucoup, très, tout à fait) est moins connu. Cet 
afl verbe, comme la préposition par, dérive de la préposi- 
tion latine per, qui avait aussi le sens de « très, tout à fait» 
dans certains verbes composés {perficere, parfaire) et de- 
vant certains adjectifs {permagnus, très grand). Notre ad- 
verbe par se joignait particulièrement aux adjectifs attri- 
buts ou aux adjectifs s'accordant avec le complément di- 
rect du verbe avoir, et il se plaçait devant le verbe : «Par 
fut proz » veut dire « il fut très preux ». 

D'ordinaire joar était accompagné d'un autre adverbe de 
quantité, moult ou tant : « moult par ou tant par ». Dans 
ces locutions, par ne fait que renforcer l'autre adverbe, et 
peut être négligé quand on traduit : 

Chanson de Roland : « Tant par fut bels. » Traduisez : 
« 11 était si beau. » Mot à mot : « tant beaucoup ou si beau- 
coup. » Nous disons encore : « par trop. » 

Ibidem : « Mult par est grant la feste. » C'est-à-dire : 
« La fête est très grande. » 

Par, joint à un verbe quelconque, avait aussi le sens de 
« tout à fait, jusqu'au bout ». 

Joinville : « Il par chanta sa messe tout entièrement, 
ne onques puis ne chanta. » C'est-à-dire : « Il acheva de 
f hanter la messe entièrement, et jamais depuis il ne 
chanta. » 

|5 628. — Très était en latin une préposition [trans) 
(\uï signifiait « au delà », sens qu'elle a encore en compo- 
sition, sous sa forme savante ou sous sa forme populaire: 
« transpercer, trépasser (proprement passer aî< delà) ». 

Très se joignait à tout, adjectif ou adverbe, pour le ren- 
forcer. Trestout, pris adverbialement, équivaut donc à 
entièrement. 

Chanson de Roland : « Trestut seit liz. » C'est-à-dire : 
« Qu'il en soit entièrement sûr. » 

Clédat. l 5 



2o4 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 629. — Guères avait à rorigine le sens de « beau- 
coup», mais s'employait surtout avec la négation, et c'est 
de là que lui vient le sens négatif actuel. 

Chroniques de Saint-Denis : « S'il eust ^werres vescu, il 
eust conquis toute l'Italie, w 

§ 630. — Le vieil adverbe auques vient d'un adjectif 
indéfini neutre, aliquid, qui signiliait « quelque chose ». 
Auques équivaut à « en quelque chose », et a, par suite, le 
sens de « un peu ». 

§ 631. — Assez se compose de à et de l'ancien adverbe 
sez (latin salis), qui a la même valeur. Dans les anciens 
textes, assez a souvent le sens de beaucoup. 

Chanson de Roland : « Asez est mielz qu'il i perdent les 
chiefs. » C'est-à-dire : « Il est beaucoup mieux qu'ils y 
perdent la tète. » 

§ 632. — Tant s'employait devant les adjectifs et les 
adverbes, aussi bien que devant les verbes : 

Chanson de Roland : « Noz cumpaignuns que oiimes tant 
chiers. » Nous dirions : « Nos compagnons qui nous étaient 
si chers. » 

§ 633. — A cùté de autant [aliud tantum) on avait, 
avec le même sens, autretant [alterum tantum), de 
même que autresi, adverbe de manière, à cùté de aussi. 

§ 634. — Mais (latin magis) n'a conservé le sens adver- 
bial que dans quelques locutions telles que « n'en pouvoir 
mais ». L'ancienne langue employait mais avec le sens 
étymologique de « plus, davantage », partie uhèrement 
après une négation. 

Chanson de Roland : « Nen parlez mais, se jo nel vus 
cumant. » C'est-à-dire : « Ne parlez plus si je ne vous le 
commande. » 

§ 635. — Les adverbes de quantité relative supposent 
une comparaison, et se joignent au premier terme de la 



SYNTAXE DE L'ADVERBE. 23o 

comparaison. La liaison avec le second terme est aujour- 
d'hui exprimée uniformément par la conjonction que : « Il 
est heureux autant, plus, ou moins que nous. » 

Dans l'ancienne langue, avec les adverbes marquant une 
égalité [autant, tant), c'était comme (ou com), et non que^ 
qui unissait les deux termes de la comparaison. 

Commynes : « Le parlement, qui vault autant comme les 
trois estatz. » 

Encore au xvîi^ siècle, Bossuet écrit : « Autant malins 
comme ils étaient bons. » 

De même avec tant : 

Chanson de Roland : « Teres e fîeus tant cum vus en 
vuldrez. » G'est-a-dire : « Terres et fiefs tant que vous en 
voudrez. » 

Mais lorsque tant, au lieu d'équivaloir à autant, avait le 
sens de« tellement, à ce point », il était, même dans les an- 
ciens textes, suivi de que et non de comme : « Il a tant marché 
qu'il est las. » Il n'y a pas là une comparaison, mais seu- 
lement deux faits dont l'un est la conséquence de l'autre. 

IV. — Adverbes de manière. 

§ 636. — Les adverbes de manière sont quelquefois aussi 
des adverbes de comparaison : ainsi, autrement. Ceux qui 
marquaient une égalité {ainsi, etc.) étaient traités comme 
les adverbes de quantité analogues, c'est-à-dire qu'ils 
étaient suivis de comme et non de que. 

Il faut citer en premier lieu l'adverbe si (latin sic), pour 
lequel nous ferons la même distinction que pour tajit. On 
disait : « Il n'est pas si bon comme vous le dites », mais : 
« il est si bon qu'il ne vous en veut pas ^ ». 

1. Il faut remar(|uor d'ailleurs que, dans ces deux acceptions, si est 
aujourd'hui un vùntablo adverbe do quanlitù. Il faut eu dire autaut de 
ausd, dans plusieurs de ses acceptions. 



256 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Les composés de si, ainsi (ensi), alsi (devenu aussi), et 
les synonymes d'alsi, altresi, alsiment (formé de alsi et 
du suffixe adverbial ment), ensement (qui signifie « de la 
même façon »), tous ces adverbes étaient également suivis 
de comme. 

Chanson de Roland : « Laissiez les morz tut issi cum il 
sunt. » Mot à mot : « Laissez les morts tout ainsi comme 
ils sont. » Nous dirions « ainsi quih sont », ou, en sous- 
entendant l'adverbe de comparaison, « comme ils sont ». 
Car il est à remarquer que comme a conservé son ancienne 
valeur quand on sous-entend l'adverbe antécédent (voyez 
plus loin § 639). 

§ 637. — Outre ses significations actuelles, si avait 
dans l'ancienne langue le sens de ainsi : 

Chanson de Roland : « Et il si firent. » C'est-à-dire : 
« Et ils firent ainsi. » 

On trouve si que dans le sens que nous donnons aujour- 
d'hui à « si bien que ». 

Joinville : « La barbacane n'estoit pas haute, si que \\ 
Turc leur traioient de visée à cheval. » C'est-à-dire : « La 
barbacane n'était pas haute, si bien que les Turcs leur 
tiraient en face, de leurs chevaux. » 

Devant un adjectif, si a encore aujourd'hui le sens de 

« tellement » :« Il est «grand que », c'est-à-dire : « il 

est lellement grand. » De cette signification dérivait, par 
extension, le sens de « beaucoup, très », qui ne s'est con- 
servé que dans certains patois. On trouve « il est si grand », 
au lieu de « il est t7^ès grand ». 

§ 638. — Mais dans beaucoup de cas, le si de l'ancienne 
langue est une particule purement explétive, qu'on pour- 
rait comparer au ai grec, et qu'on ne peut traduire. 

Joinville: « La première partie si devise comment il se 
gouverna... La seconde partie dou livre si parle de ses 



SYNTAXE DE L^ADVERBE. 257 

granz chevaleries... » On ne peut que supprimer les deux 
si en traduisant : « La première partie raconte comment 
il se gouverna... La seconde partie du livre parle de ses 
grandes prouesses. » Toutefois, dans cet exemple, « si... 
si )) équivaut à peu près à : « d'une part... d'autre part... » 

Le plus souvent si explétif n'est pas redoublé. Il unit 
quelquefois deux membres de phrases entre lesquels nous 
mettrions la conjonction et, et d'autres fois il s'ajoute à 
cette conjonction : 

Chanson de Roland : « Il est mis fîlz et si tiendrat mes 
marches. » C'est-à-dire : u II est mon fils et aura mes fiefs. » 

§ 639. — Comme (ou com) est un adverbe de manière 
conjonctif, qui s'employait jadis, nous l'avons vu, avec les 
adverbes tant, si, ainsi, etc. Sans antécédent il équivaut 
à peu près à « de la façon que... » ou : « de quelle façon ». 
Exemple : « 11 fait comme il peut ; vous voyez comme il 
fait. » Dans la seconde de ces acceptions, qu'il partageait 
autrefois avec comment, il est aujourd'hui presque hors 
d'usage. Nous le remplacerions ^ov comment, dans ce vers 
de la Chanson de Roland : 

«. Oliviers frère, cw7ï le purrum nus faire? » 

§ 640. — A côté de comment, l'ancienne langue avait 
la locution adverbiale com faitement, qui signifiait aussi : 
« de quelle façon ». 

Chanson de Roland: « Ciim faitement purrai Rollant 
ocire ? » 

V. — Adverbes d'affirmation, négation ou doute. 

§ 641. — Parmi les adverbes d'affirmation, certes est 
employé dans l'ancienne langue comme de nos jours. On 
trouve aussi à certes. Mais cet adverbe a surtout des ac- 
ceptions dérivées, telles que .'«sérieusement, instamment». 



258 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Joinville : « Madame la royne... me pria si à certes 
comme elle pot. » G'est-à dire : « Madame la reine me prie 
aussi instamment qu'elle put. » 

§ 642. — Nous avons conservé le vieil adverbe voire 
avec le sens de « même ». Voire (ou voir, voi7's) a eu d'a- 
bord le sens étymologique de vraiment. 

Chanson de Roland : « Guenes respunt : Ja ne sai veirs 
nul hume.., ». C'est-à-dire : « Ganelon répond : Je ne con- 
nais vraiment personne. » 

D'ailleurs on a des exemples anciens de voire avec le 
sens de « même ». 

§ 643. — J/ême avait un autre synonj'me, qui était neis, 
nis. On l'employait surtout dans les phrases négatives, 
car le sens primitif de cet adverbe est « pas même ». 

Joinville: « Ja... de la foi crestienne tu ne me osteras, 
nés se tu me feisses touz les membres tranchier. » C'est-à- 
dire : « Tu ne m'ùteras jamais de la foi chrétienne, même 
en me faisant trancher tous les membres. » 

§ 644. — Même a servi à former l'adverbe mêmement, 
qui signifie aujourd'hui « de même », mais qui. dans l'an- 
cienne langue, avait plutôt le sens de « surtout ». On peut 
d'ailleurs, dans ce sens, le rattacher au latin « maxima 
mente ». 

i; 645. — I/indicalif espoir (d'esperi?r, 1" pers. smg.) 
était employé adverbialement avec le sens de« peut-être ». 

Joinville : « Espoir c'estoit uns Assacis. » Ti'aduisez : 
« C élali peut-être un Assassin. » 

§ 646. — L'ancienne forme de la négation ne est 
«nen ». 

« Ne (ou nen)... mie » avait le même sens que « ne... 
pas » ou « ne... point ». 

Chanson de Roland : « Il ne s'esveille mie. » 

D'autre part, dans l'ancienne langue, ne (ou nen) s'em- 



SYNTAXE DE LA CONJONCTION. 2S9 

ploj'aît plus librement qu'aujourd'hui sans être accom- 
pagné de pas, point, ou mie. 

Chanson de Roland : « Jo nen ai ost ki bataille li dun- 
get. ') Nous dirions : « Je n'ai pas d'armée qui lui livre 
bataille. » 

§ 647. — Le vieux mot nient, noient, a tantôt le sens 
de notre substantif ?iea??f, tantôt celui de 7Hen. Il s'emploie 
aussi adverbialement avec la valeur de « nullement ». 

Chanson de Roland: « Et dit al cunte : Jo ne vus aim 
nient. » C'est-à-dire : « Et il dit au comte : Je ne vous aime 
nullement, en aucune façon. » 



CHAPITRE XII 

SYNTAXE DE LA CONJONCTION 
ET ET NI 

§ 648. — De toutes les conjonctions, la plus employée 
est certainement et, qui marque une simple liaison de 
coexistence entre deux mots ou deux propositions qui 
se succèdent. Dans les phrases négatives, on remplace et 
par ni [ne ou ni dans l'ancienne langue), et généralement ni 
est répété devant chacun des termes unis : « son père et 
son hère sont venus; — ni son père ni son frère ne sont 
venus ». 

§ 649. — T/ancienne langue employait quelquefois ni 
dans les plirases simplement dubitatives. 

Froissart : « Adonc fut la dame moult esbahie, et requit 
tout eu pleurant conseil à monseigneur Robert d'Artois 
quelle chose elle en pourroit faire, ne où se traire à garant 
ne h conseil. » Nous dirions : « et où elle pourrait trouver 
un protecteur et un conseiller. » 



260 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Villon : « Dites-moi où n'en quel pays... » 

QUE 

§ 650. — Après et et ni, la conjonction la plus employée 
est que, qui marque subordination d'une proposition à 
une autre. Que était quelquefois sous-enlendu dans l'an- 
cienne langue. 

Chanson de Roland : « Ço sent Rollanz la veûe ad 
perdue. » C'est-à-dire : « Roland sent qu^ïl a perdu la 
vue. » 

On sous-entendait aussi que dans les locutions conjonc- 
tives, après tant, après encor, etc. 

§ 651. — Que a souvent le sens de « de sorte que », ou 
de « car ». 

Chanson de Roland : « El camp estez que ne seium 
vencut. » G'est-à-dii^e : « Tenez le champ de bataille de 
sorte que nous ne soyons pas vaincus. » 

Villehardouin : « La quarte bataille... moult ert grans 
et redoutée, que moult i avoit de bone gent et bons cheva- 
liers. » C'est-à-dire : « Le quatrième corps de bataille était 
très fort et redouté, car il y avait beaucoup de bons sol- 
dats et de bons chevaliers. » 

CONJONCTIONS FORMÉES AVEC « QUE » 

§ 652. — Que, précédé d'un adverbe, ou de ce précédé 
lui-même d'une préposition, forme un grand nombre de 
locutions conjonctives. 

Avant de dire « pour que », on a dit « pour ce que » ; et 
pour ce que avait souvent le sens que nous réservons au- 
jourd'hui à parce que. 

Joinville : « Pour ce que nous estiens cousin. » 

§ 653. — On disait aussi dès ce que, selon ce que, etc., 
au lieu de « dès que, selon que ». 



SYNTAXE DE LA CONJONCTION. 261 

§ 654. — Nous avons perdu la locution à ce que, qui 
signifiait « de façon que ». 

Joinville: « Tu ne me tempteras jà à ce que je ne croie 
fermement touz les articles de la foy. » C'est-à-dire : « Tu 
ne me tenteras jamais au point que]e, ne croie fermement 
tous les articles de la foi. » 

§ 655. — Nous avons perdu aussi les locutions combien 
que, comment que, encore que, jà soit ce que, qui avaient 
généralement le sens de « quoique », dementre que, qui 
signifiait « pendant que », et quelques locutions semblables, 
dont la signification se déduira facilement du sens des 
adverbes composants. 

§ 656. — Outre sa signification actuelle, puisque avait 
le sens plus ancien de « après que ». 

Joinville : « Salehadin, qui dit que l'on ne devoit nul 
home occire puis que on li avoit donnei à mangier de 
son pain et de son sel. » Traduisez : « Saladin, qui dit qu'on 
ne devait tuer nul homme après qu'on lui avait donné à 
manger de son pain et de son sel. » 

AINS, AINÇOIS, CAR, JUSQUE, SINON 

§ 657. — En dehors des conjonctions où entre que, il 
en est peu dont l'usage ancien diff'ère de l'usage actuel. 

Les adverbes ains et ainçois avaient pris, comme con- 
jonctions, le sens de « mais », qu'ils ont conservé jusqu'au 
XYi** siècle. Ils formaient aussi les locutions conjonctives 
ains que ei ainçois que, qui signifiaient : « avant que ». 

§ 658. — La conjonction car dérive d'un mot latin 
[quare] qui signifie « pour laquelle chose, donc ». Elle a 
d'abord eu en français la même valeur. 

Chanson de Roland: « Cumpainz Rollanz, l'olifant /car 
gunez. » C'est-à-dire : « Compagnon Roland, sonnez donc 
l'olifant. » 

15. 



262 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Après « la raison est » ou « la cause est », car remplace 
souvent que. 

Oresme : « La première reson porquoi il ont erré en 
ceste chose est car il n'ont pas regardé... » 

§ 659. — Jusque se trouve souvent avec le sens df " jus- 
qu'à ce que ». 

Chanson de Roland : « Jusque il viengent el camp. » 
C'est-à-dire : « Jusqu'à ce qu'ilè viennent sur le champ 
de bataille. » 

§ 660. — Les deux parties de la conjonction sinon {si 
ou se et non) n'étaient pas inséparables comme aujour- 
d'hui : 

Villehardouin : « Ne jà... ne sera recouvrée se par ceste 
gent non. » C'est-à-dire : « Et elle ne sera jamais recouvrée 
sinon par ces gens. » 



DEUXIEME PARTIE 

SYNTAXE GÉNÉRALE 



CHAPITRE PREMIER 

ORDRE DES MOTS 

ORDRE DES MOTS RELATIVEMENT AU VERBE 

§ 661. — Nous étudierons: 1» la place des deux élé- 
ments constitutifs du verbe (participe et auxiliaire) dans 
Jrs temps dits composés; 2° la place du sujet et du com- 
plément direct ; 3° celle du complément indirect et de 
l'attribut ; 4° celle des sujets et compléments d'un verbe à 
l'intinitit' et du verbe qui le régit. 

Comme les pronoms personnels sont soumis à des règles 
particulières, nous étudierons aussi: 5° la place du pronom 
personnel sujet; 6° colle des pronoms régimes; 7° spécia- 
lement celle des pronoms sujets ou régimes d'un infinitif. 

Enfin 8° nous traiterons de la place des adverbes. 

I. — Place du participe et de l'auxiliaire 

§ 662. — Dans les temps composés, le participe passé 
se plaçait souvent avant l'auxiliaire. 

Sermons de saint Bernard : « L'ystore ke nos encom~ 
menciet avons. » Mot à mot : « L'histoire que nous com- 
mencée avons. » 

lloman de Renard : « Lessié avait le guerroier. » C'est- 
à-dire : « Il avait laissé le guerroyer, il avait cessé de 
guerroyer. » 



264 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Chanson d^Aliscans : « Receû ai hui damage si grant. » 
Nous dirions : « J'ai reçu aujourd'hui dommage si grand. » 

Froissart : « Si cum ordonné estait. » C'est-à-dire : 
« Comme t'était ordonné. » 

II. — Place du sujet et du complément direct. 

§ 663. — La nécessité d'être clair nous oblige aujour- 
d'hui le plus souvent à placer le sujet et le complément 
direct dans un ordre invariable relativement au verbe, 
puisque c'est la place de chacun d'eux qui indiquera quel 
est le sujet et quel est le régime. L'ancienne langue, mar- 
quant le sujet et le régime par des flexions spéciales, pouvait 
modifier à son gré l'ordre des mots, sans nuire à la clarté. 

§ 664. — On pouvait mettre le sujet après le verbe et 
le complément avant : 

Chanson de Roland : « L'altre meitiet avrat Rollanz 11 
ber. » Mot à mot : « L'autre moitié aura Roland le baron. » 
Les flexions indiquent nettement que c'est Roland qui est 
le sujet. 

Sermons de saint Rernard : « La miséricorde perdit 
assi li hom. » Mot à mot : « La miséricorde perdit aussi 
l'homme. » C'est miséricorde qui est régime et homme 
qui est sujet. Nous dirions aujourd'hui nécessairement : 
« L'homme perdit aussi la miséricorde. » 

Joinville : « Car cest abit me lessa mes pères et ma 
mère. » Mot à mot : « Car cet habit me laissa mon père et 
ma mère. » C'est habit qui est au cas régime. 

Ailleurs dans Joinville: « Moût de chevaliers et d'autres 
gens tenoient li Sarrazin. » Mot à mot : « Beaucoup de 
chevaliers et d'autres gens tenaient les Sarrazins. » Li 
Sarrazin étant au cas sujet, il est évident que ce sont les 
Sarrazins qui tiennent, et les chevaliers et autres gens qui 
sont tenus. 



ORDRE DES MOTS. 265 

§ 665. — On peut aussi trouver le sujet et le régime 
réunis avant ou après le verbe. 

Livres des Rois : « Li Sires le humble eslieve. » Mot à 
mot : « Le Seigneur l'humble élève. » C'est-à-dire : « Le 
Seigneur élève l'homme humble. » 

Sermons de saint Bernard : « Tôt a primiers enscoin- 
brent lo cuer sei propre vice. » Mot à mot : « Tout d'abord 
encombrent le cœur ses propres vices. » 

Joinville : « Envoia li roys frère Raoul... à un ami- 
ral. » C'est-à-dire : « Le roi envoya frère Raoul à un 
amiral. » 

§ 666. — Même dans les phrases où il n'y aurait pas de 
confusion possible, la langue française répugne aujour- 
d'hui à l'inversion. Aussi changerions-nous l'ordre des mots 
dans les exemples suivants, pris entre beaucoup d'au- 
tres : 

Joinville : « Et lors demanda li roys à ses frères. » Nous 
dirions : « Le roi demanda à sesfrères. » 

Ibidem: « En ces choses aréer mist-il jusques a midi. » 
Mot à mot : « En ces choses arranger mit-il jusqu'à 
midi. » Nous placerions ces choses après arranger, et // 
avant mit : « Pour arranger ces choses il mit jusqu'à 
midi. » 

C'est seulement dans certaines locotions ou tournures 
consacrées que nous pouvons mettre aujourd'hui le régime 
direct avant le verbe (chemin faisant), ou le pronom sujet 
après le verbe (aussi mit-il, etc.). 

î^ 667. — Le sujet ou le complément direct pouvait être 
placé entre le participe passé et l'auxiliaire : 

Sermons de saint Bernard : « Tel nurisce avoit Deus 
doneit a sa petite créature. » C est-à-dire : « Dieu avait 
donné telle nourrice à sa petite créature. » 

Chanson d'Aliscans : « Lors point avant, s'a la tarc/e 



266 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

saisie. » C'esl-à-dire : « Alors il pique en avant, il a sain 
la large. » 

Aujourd'hui nous pouvons encore placer le sujet entre 
l'auxiliaire et le verbe, mais seulement lorsque c'est un 
pronom et dans les phrases où par exception le sujet doit 
suivre le verbe : « Aussi est-il parti. » 

§ 668. — Le complément d'un infinitif ou d'un gérondif 
peut être placé entre une préposition et cet infinitif ou ce 
gérondif. 

Nous en avons vu un exemple, dans la phrase de Join- 
ville ci-dessus, § 666 : « En ces choses aréer... » 

Autre exemple du même: « Par la paix fesant. » C'est- 
à-dire : « En faisant la paix. » 

§ 669. — Quand un verbe avait deux compléments di- 
rects coordonnés, on pouvait mettre l'un devant le verbe 
et l'autre après. 

Joinville: « Et mon couvertour lessai à Berthelemin l'en- 
fant, et quatre aunes de camelin qu'on m'avoit données. » 

Mot à mot: « Et ma couverture je laissai à Barthélémy 
l'enfant, et quatre aunes de camelin qu'on m'avait données. 

v^ 670. — Dans les quelques cas où nous sommes tenus 
aujourd'hui de mettre le sujet après le verbe, l'ancienne 
langue pouvait le mettre avant. 

Exemple cité par Diez : « Je nel puis faire, li rois res- 
pont. » Nous dirions : « Je ne le puis faire, répond le l'oi. » 

III. — Place du complément indirect et de l'at- 
tribut. 

§ 671. — Les cas où le com[ilément indirect ou l'attri- 
but peuvent précéder le verbe sont rares aujourd'hui. 
Dans les anciens textes celte inversion est fréquente. 



ORDRE DES MOTS. 267 

Attribut (adjectir ou substanlil). 

§ 672. — Villehardouin : « Li dux de Venise, qui vialz 
hom ère. » Mot à mot : « Le doge de Venise, qui vieil 
homme était. » 

Sermons de saint Bernard : « Halz est voirement nostre 
Sires;. » Mot à mot : « Haut est vraiment Noire Seigneur. » 

§ 673. — Quand deux attributs sont coordonnés, l'un 
peut précéder et l'autre suivre le verbe : 

Roman de la Rose : « Lède estoit et sale et foulée. » Mot 
à mot : « Laide elle était, et sale et foulée. » 

!^ 674. — Le sujet et l'attribut peuvent être réunis après 
le vorbc : 

Chanson de Roland : « Si est la citet sue. » C'est-à-dire : 
« [m cité est sienne. » 

Ibidem : « Si est sue la terre. » C'est-à-dire : « La terre 
esl sienne. » 

Co mp lénien l in direct . 

>! 675. — Livres des Rois: « Li poples dcl service Deu se 
rotraist. » Mot à mot : « Le peuple du service de Dieu se 
relira. » 

Joinville : « Quant il de celle périllouse terre eschapoit. » 
C'est-à-dire : « Quand il échappait de cette périlleuse terre. » 

Le complément indirect peut être placé aussi entre 
l'ouxiliaire et le participe passé. 

IV. — Sujets et compléments d'un verbe à l'infi- 
nitif et du verbe qui le régit. 

§ 676. — L'infinitif peut précéder le verbe qui le répit : 
« Pendre les fisl. » C'est-à-dire : « Il les lit pendre. » 

i; 677. — Le sujet d'un verbe à l'infinitif se met généra- 
lement aujourd'hui ai)rès l'infinitif: « Il laisse partir son 



268 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

ami. » Dans rancienne langue, ce sujet est souvent placé 
avant le verbe, quelque long qu'il soit. 

Joinville : « Je li ferai la teste clou patriarche voler en 
son geron. » C'est-à-dire : « Je lui ferai voler la tête du pa- 
triarche dans son giron. » 

§ 678. — Le sujet du verbe principal et le régime de 
l'infinitif se trouvent souvent réunis après les deux verbes: 

Joinville : « Lors envoia querre li roys le légat. » Mot à 
mot : « Lors envoya quérir le roi le légat. » Le sujet d'en- 
voya (le roi) et le régime de quérir (le légat) sont réunis 
après les deux verbes. 

§ 679. — Le régime de l'infinitif peut être placé entre 
les deux verbes : 

Joinville : « Quant il vouloit aucune chose affermer. » 
Mot à mot : « Quand il voulait quelque chose affirmer. » 
C'est-à-dire : « affirmer quelque chose. » 

§ 680. — Lorsque le verbe à l'infinitif est uni au verbe 
dont il dépend par une préposition, le régime de l'infinitif 
se met quelquefois avant la préposition : 

Villehardouin : « Et comencent la rive à aprochier. » 
C'est-à-dire : « Et ils commencent à approcher (de) la 
rive. » 

Joinville: « Li clers qui aidoit la messe à chanter. » Mot 
à mol : « Le clerc qui aidait la messe à chanter. » C'est-à- 
dire : « à chanter la messe. » 

V. — Le pronom personnel sujet. 

§ 681. — Aujourd'hui le pronom personnel et le pronom 
indéfini « on » ne peuvent être séparés du verbe dont ils 
sont sujets que par la négation « ne » ou par d'autres pro- 
noms : « je le lui ait dit. » Dans l'ancienne langue le pro- 
nom sujet pouvait être séparé du verbe par n'importe 
quels mots : 



ORDRE DES MOTS. 269 

Sermons de saint Bernard : « Quand il les choses sin- 
guleres enseut. » Nous dirions : « Quand il suit les choses 
singulières. » 

Joinville: « Quant il de celle perillouse terre escha- 
poit. » 

Ibidem : « Liquex estoit uns des plus hardis homes que 
je onques veisse. » C'est-à-dire : « Lequel était un des 
hommes les plus hardis que j'eusse jamais vus. » 

VI. — Les pronoms régimes. 

§ 682. — Les pronoms régimes (non précédés de pré- 
positions) se placent aujourd'hui devant le verbe ; il en est 
de même des pronoms adverbiaux en et y. L'ancienne 
langue pouvait aussi les placer après le verbe : 

Chanson de Roland : « Faites-le vus de gret ? » Mot à 
mot : « Faites-le yous exprès? » 

Ibidem : « Il lancent lur e lances e espiez. » C'est-à-dire: 
« Ils leur lancent... » 

Ibidem : « Met sei en piez. » 

Livres des Rois : « Pur destruire la. » Nous dirions : 
« Pour la détruire. » 

Poème de Tristan : c Pur o'ir i le grant servise. » C'est- 
à-dire : « Pour y ouir le grand service. » 

§ 683. — Dans quelques cas (avec un impératif non ac- 
compagné d'une négation), le français moderne met par 
exception le pronom régime après le verbe : « Tais-/oi, 
viens-?/ ». L'ancienne langue pouvait dire : « Te lien (tiens- 
toi), i venez (vencz-j/). » 

§ 684. — Aujourd'hui, lorsque le verbe doit être précédé 
de deux pronoms régimes, c'est le pronom de la troisième 
personne qu'on met le dernier : « Je vous le ou les donne, 
je te le conseille, je me le dis. » Quand les deux pronoms 
sont de Ja troisième personne, le, la, les se mettent avant 



270 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

lui et leur: « Je le lui ou le leur répète. » Quand les deux 
pronoms suivent le verbe (après les impératifs), on met 
toujours le, la, les avant lui et leur ; mais si le pronom 
de la troisième personne est avec un pronom d'une autre 
personne, on peut suivre l'ordre qui est obligatoire devant 
le verbe, ou l'ordre inverse : « Donnez-nous-le » ou « don- 
nez-le-nous ». 

Dans l'ancienne langue, cet ordre inverse était possible 
même devant le verbe. 

Chanson de Roland : « Jo l'vus parduins. » Mot à mot : 
« Je le vous pardonne. » 

Serinons de saint Bernard : « Ensi ne/ (pour ne le) te 
mat om mies davant. » Mot à mot : « Ainsi ne le te met-on 
point devant. » Nous dirions : « On ne te le met point... » 

Joinville : « Car je le vous doing, et si le vous garanti- 
rai. » Mot à mut : « Car je le vous donne et le vous garan- 
tirai. » 

v5 685. — Nous plaçons y devant en : « Il y en a. » On lit 
dans Joinville : « Il e)i y ot de noies. » Mot à mot : « Il en 
y eut de noyés. » 

Ibidem : « Et en y avoit bien six ou sept. » C'est-à- 
dire : « Il y en avait bien six ou sept. » 

VII. — Pronoms sujets et régimes d'un infinitif. 

v^ 686. — Quand un pronom est sujet ou régime d'un 
verbe à l'infinilif, il se place généralement aujourd'hui 
avant l'infinitif et après le verbe qui régit cet infinitif : « Je 
veux 7H'en aller ; il voulut le poursuivre. » On pourrait dire 
cependant : « il le voulut poursuivre », et cette construction 
est obligatoire avec certains verbes : « Je /'entends accu- 
ser; je le vois poursuivre; il le fit tuer. » Le pronom sujet 
de l'infinitif se place de même avec ces verbes : « Je /'en- 
tends |)arler, jo Ir vois courir. » 



ORDRE DES MOTS. 271 

Dans l'ancienne langue, le pronom pouvait toujours être 
placé avant ou après les deux verbes. 

§ 687. — D'autre part, nous avons vu que l'infinitif se 
mettait souvent avant le verbe qui le régissait (§ 676). Dans 
ce cas, le pronom sujet ou régime de l'infinitif se plaçait 
entre les deux verbes : 

Chanson de Roland : « N'est hum qui 1' veit et conoistre 
le set... » Mot à mot : « N'est homme qui le voit et connaî- 
tre le sait. » C'est-à-dire : « Tout homme qui le voit et sait 
le connaître. « 

Ibidem : « Aler vus en estoet. » Mot à mot : « Aller vous 
en il faut. » C'est-à-dire : « Il faut vous en aller. » 

§ 688. — Lorsque l'infinitif est uni au verbe qui le ré- 
git par une préposition, nous plaçons toujours le pronom 
régime de cet infinitif entre la préposition et l'infinitif : 
« Ils commencèrent à le battre. » L'ancienne langue pou- 
vait mettre le pronom régime avant le verbe principal. 

Joinville : Sa gent me commencierent a escrier. » Mot à 
mot : « Ses gens me commencèrent à appeler. » C'est-à-dire : 
« commencèrent à m^appeler. » 

Ibidem : « Li menus peuples de la ville ne s'averoit pooir 
de defjfendre sanz gouvernours. » Mot a mot : « Le peuple 
de la ville ne s'aurait pouvoir de défendre sans gouver- 
neurs. » C'pst-à-diro : « n'aurait pouvoir de se défendre. » 

s; 689. — Quelquefois, dans la langue actuelle, le pronom 
sujet du verbe principal et le pronom régime de l'infinitif 
se trouvent réunis entre les deux verbes : « Veux tu me 
suivre? » L'ancienne langue pouvait intervertir l'ordre des 
deux pronoms, ou mettre le pronom régime de l'infinitif 
avant le verbe principal : 

Sei'mons de saint Bernard : « Vuels me tu faire pastor 
de berbiz?» Mot à mot: « Youx me tu faire pasteur de 
brebis?» 



272 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS 

Chanson d'Amis et Amiles : « Amis biax frere, sez noz tu 
conseillier. » C'est-à-dire : « Ami beau frère, sais-f?/ nous 
conseiller. » 

Froissart : « A poinnes ne s'osoit il tenir en Flandres. » 
Nous dirions : « A peine osait-^7 se tenir en Flandres. » 

VIII. — Place des adverbes. 

§ 690. — Aujourd'hui, les adverbes se placent ordinai- 
rement après le verbe; et, quand ils le précèdent, on n'a 
pas en général la faculté de les mettre après. Là comme 
partout ailleurs, l'ancienne langue était beaucoup plus 
libre : 

Joinville : « Sa nef qui bien estait une lieue devant la 
la nostre. » Nous dirions : « Sa nef qui était bien une lieue 
devant la nôtre. » 

§ 691. — « Pas, plus » se mettaient quelquefois avant ne. 

On lit dans un fableau : « Cest avoir pas ne li rendron. » 
C'est-à-dire : « Nous ne lui rendrons pas cet avoir. » 

ORDRE DES MOTS QUI NE SONT PAS EN RAPPORT 
IMMÉDIAT AVEC LE VERBE 

§ 692. — Nous étudierons l°la place des compléments 
relativement aux noms, adjectifs, pronoms ou adverbes qui 
les régissent, 2° la place de l'adjectif épithète, 3° celle de 
l'adverbe se rapportant à un adjectif ou à un autre adverbe, 
4° celle des adjectifs déterminatifs. 

I. — Compléments des mots autres que le verbe. 

§ 693. — Le complément suit aujourd'hui le mot dont 
il dé|jond, sauf dans les inversions poétiques, par exemple 
dans ce vers de Corneille : 

« Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse. » 



ORDRE DES MOTS. 273 

Dans l'ancienne langue, le complément était plus sou- 
vent placé le premier : 

Livres des Bois : « Deus est de science Sires. » C'est-à- 
dire : « Dieu est Seigneur de science. » 

Chanson de Roland : « De tuzles mielz preisiez. » Mot à 
mot : « De tous les mieux prisés. » C'est-à-dire : « les mieux 
prisés de tous, les plus estimés. » 

Ibidem : « Naimes li dux e des altres asez. » Ce qui veut 
dire : Le duc Naime et un grand nombre (assez) des autres. 

§ 694. — Cette inversion était possible, même après une 
préposition ou un article, c'est-à-dire que le complément 
pouvait être placé entre la préposition ou l'article et le nom : 

Serments de Strasbourg : « Pro Deo amur. » Mot à 
mot : « Pour de Dieu l'amour. » 

Vie de saint Thomas de Cantorbéry : « Li Deu amis. » 
Mot à mot : « Le de Dieu ami. » 

Joinville : « Messires Gobers d'Apremont ses frères, en 
cid compaingnie... passâmes la mer. » Mot à mot : « Mon- 
seigneur Gobert d'Apremont, son frère, en de qui compagnie 
nous passâmes la mer. » C'est-à-dire : « en compagnie de 
qui. ') 

§ 695. — Le complément pouvait être séparé du mot 
dont il dépendait par plusieurs autres : 

C hanson de Roland : « Mais des meilleurs voeil jo retenir 
treis. n C'est-à-dire : « Je veux retenir trois des meilleurs. >> 

Ibidem : « Des altres i out bien. » Mot à mot : « Des au- 
tres il y eut bien. » 

II. — Place de l'adjectif épithète. 

^696. — Aujourd'hui, nous plaroiis l'adjeclif épithète 
tantôt avant le nom, tantôt après. Dans l'ancienne langue, 
l'adjectif se mettait plus souvent n vaut le nom, et la valeur 
propre de cet adjectif n'était pas modifiée par sa place, 



274 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

comme il arrive pour le fiançais actuel, où « grand » n'a 

pas le même sens dans « grand homme » et dans « homme 

grand ». 
Nous mettrions l'adjectif après le nom dans l'exemple 

suivant : 

Chanson de Roland: « Farla. franceise gent. » 

Nous mettrions au contraire l'adjectif avant le nom dans 

ce vers de la chanson de Roland : 

« Li empereres Caries de France dulce. » 

§ 697. — On disait aussi « France la dulce », avecl'arli- 
cle entre le nom et l'adjectif. Aujourd'hui, on ne fait suivre 
un nom d'un adjectif précédé de l'article, que lorsqu'on 
veut déterminer et non pas seulement qualifier ce nom. 
Mais cette distinction n'existait pas dans l'ancienne langue : 
« France la dulce » était l'équivalent de « France dulce » 
ou de « dulce France ». 

On plaçait de même après le nom le substantif épithèle 
précédé de l'article. 

Chanson de Roland : « Charles li reis » (Charles le roi) ; 
« Guenes li quens » (Ganelon le comte). 

Dans ces exemples, il ne s'agit pas de distinguer Charles 
le roi d'un autre Charles, ni Ganelon le comte d'un autre 
Ganelon. Nous dirions donc aujourd'hui : « Le roi Char- 
les » et « le comte Ganelon ». 

§ 698. — Quand un nom était accompagné de deux 
adjectifs, il se plaçait quelquefois entre les deux, et alors 
le second ajectif était précédé de l'article : 

Chanson de Roland : « Clere Espaigne la bêle. » G'est- 
dire : « La claire et belle Espagne. » L'ancienne construc- 
tion mettait en relief le second adjectif. 

§ 699. — L'adjectif pouvait être séparé du nom par 
d'autres mots. 



ORDRE DES MOTS. 273 

Nous avons vu que le substantif, remplissant les fonc- 
tions de sujet, d'attribut ou de régime, pouvait se 
mettre avant ou après' le verbe. Quand il était accom- 
pagné d'un adjectif, il en était souvent séparé par le 
verbe : 

Chanson de Roland : « Escuz unt genz. » C'est-à-dire : 
« Ils ont de beaux éciis. » 

Ibidem : Cors ad mult gent. » C'est-à-dire : « Il a le corps 
très beau. » 

Roman de Brut : « Sor un ceya/ monta mult bel. » C'est- 
à-dire : « Il monta sar un cheval très beau. » 

III. — Adverbe se rapportant à un adjectif ou à 
un autre adverbe. 

§ 700. — L'adverbe peut être séparé de l'adjectif ou 
de l'autre adverbe par un ou plusieurs mots, notamment 
par un verbe. 

Châtelain de Couci : « Touz jours m'est plus s'amours 
fresche et nouvelle. » C'est-à-dire : « Tous les jours son 
amour est pour moi plus frais et nouveau. » 

Chanson de Roland : « Tere majur mult est loinz. » 
C'est-à-dire : « Le grand pays est très loin. » 

Ibidem : Mult par est pruz sis cumpainz Oliviers. » 
C'est-à-dire : « Son compagnon Olivier est très pileux. » 

Ibidem : « Trop avez tendre coer. » C'est-à-dire : « Vous 
avez le cœur trop tendre. » 

Ibidem : « N'est gueres granz, ne trop nen est petiz. » 
C'est-à-dire : « 11 n'est pas trop grand et n'est pas t7'op 
petit. » 

Ibidem : « Plus est isîiels qu'esperviers ne aronde. » 
C'est-à-dire : « Il est plus rapide qu'épervier ou hiron- 
delle. » 

Encore aujourd'hui on peut séparer plus ou moins de 



276 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

l'adjectif auquel ils se rapportent, mais seulement lors- 
qu'on les met en tête de deux propositions opposées : 
a Plus on est sévère, plus on est aimé. » 

IV. — Place des adjectifs déterminatifs. 

§ 701. — Les adjectifs déterminatifs occupent en géné- 
ral la même place que dans le français moderne. Toutefois 
autre se mettait souvent avant tel ou avant les noms de 
nombre. Encore au xvi^ siècle, on trouve dans H. Es- 
tienne : « Autres telles choses, » au lieu de « telles autres 
choses. » Joinville écrit : « Pour querre autres quarante 
livres. » Nous dirions : « quarante autres livres. » 



CHAPITRE II 

ORDRE DES PROPOSITIONS 

§ 702. ■ — Les propositions sont unies entre elles par les 
conjonctions et le pronom relatif. La conjonction, dans 
l'ancienne langue comme dans la langue moderne, se place 
ordinairement en tête de la proposition. Quant au pronom 
relatif, aujourd'hui il suit immédiatement son antécé- 
dent, ou s'en éloigne le moins possible ; quand cet antécé- 
dent est le pronom celui, il ne peut en être séparé. Il ré- 
sulte de ces règles que, si l'antécédent du pronom relatif 
est le sujet de la proposition principale, l'incidente se pla- 
cera généralement au milieu de la proposition principale, 
séparant le sujet du verbe : 

« L'homme qui vous parle est mon ami. » 

§ 703. — Dans l'ancienne langue on pouvait toujours 
rejeter l'incidente après la proposition principale, en 
usant de l'un des deux procédés suivants : 



ORDRE DES PROPOSITIONi, 277 

1" En plaçant le sujet de la proposition principale après 
le verbe : 

Villehardouin : « Mult esgarderent Gonstantinople cil 
qui onques mais ne l'avoient veue. » Mot à mot : « Re- 
gardèrent beaucoup Gonstantinople ceux qui jamais ne 
l'avaient vue. » 

2° En séparant le relatif de son antécédent, ce qui est 
encore possible quelquefois : 

Villehardouin: « Nule genz n'ont si grant pooir, qui sor 
mer soient. » Mot à mot : « Aucun peuple n'a si grand 
pouvoir, qui sur mer soit. « C'est-à-dire : « Aucun des peu- 
ples qui habitent sur les bords de la mer n'a une si grande 
puissance. » 

Chanson de Roland : Cil sunt montet ki le message 
firent. « Mot à mot : « Ceux sont montés qui le ^message 
firent. » C'est-à-dire : « Ceux qui firent le message sont 
montés. « 

§ 704. — Aujourd'hui dans les phrases semblables, si, 
pour mettre en relief la proposition principale, nous vou- 
lons rejeter l'incidente à la fin, nous sommes obligés d& 
reculer aussi l'antécédent, qui ne peut être séparé du rela- 
tif, et comme, d'autre part, le sujet doit précéder le verbe, 
nous remplaçons cet antécédent, devant le verbe de la propo- 
sition principale, par un pronom pléonastique : « /^est parti 
celui que ton cœur aimait tant », dit un refrain populaire. 

§ 705. — La conjonction que est à l'origine un pronom 
relatif neutre. On l'emploie encore quelquefois avec un 
antécédent, qui est toujours l'un des pronoms neutres il on 
ce : « Ce n'est pas sans raison que... Il fut décidé que... Il 
j)artit parce que... » Dans « parce que » la conjonction suit 
immédiatement son antécédent, tandis qu'elle en est séparée 
dans les deux premiers exemples. L'ancienne langue pou- 
vait employer librement les deux constructions : 

Clédat. 1 6 



278 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Sermons de saint Bernard : « CeukeYiFWz venist ne fut 
mies atorneit senz lo consoil delà sainte Triniteit. » Mot à 
mot : « Ce, que le Fils viendrait, ne fut pas décidé sans le 
conseil de la sainte Trinité. » Nous dirions : « // ne fut pas 
décidé... que le Fils viendrait. » 

Cette construction se trouve encore dans Bossuet : « Ce 
que Dieu est bon, c'est du sien et de son propre fonds. » 
C'est-à-dire : « C'est de son propre fonds que Dieu est 
bon. » On remarquera seulement dans Bossuet la répéti- 
tion de ce devant le verbe. 

Joinville : « Et maintenant les eussent attains et dévorez, 
se ne fust ce que il lassoient cheoir aucune piesce de drap 
mauvais. » Mot à mot : « Et à l'instant ils (les lions) les eus- 
sent atteints et dévorés, si n'eût été ce que ils laissaient 
tomber quelque pièce de drap mauvais. » C'est-à-dire : « si 
€6 n'eût été que. » 

§ 706. — Si nous séparons ce neutre de la conjonction 
que, nous ne pouvons le séparer du pronom relatif propre- 
ment dit, et nous disons : « Donnez-moi ce que vous avez 
de monnaie », plaçant l'incidente entre ce et son complé- 
ment « de monnaie ». L'ancienne langue aurait pu dire : 
« ce de monnaie que vous avez. » 

Joinville : « Je jetai hors ce d'argent que j'y trouvai. » 



TROISIEME PARTIE 

VIEUX GALLICISMES 



Nous ne pouvons songer, dans un livre élémentaire, à 
donner une étude détaillée de nos anciens gallicismes. 
Nous nous contenterons de signaler les plus importants. 

Il y a, il n'y a pas. 

§ 707. — Ce gallicisme a été de tout temps en usage 
daus la langue française. Les auteurs anciens l'emploient 
le plus souvent sous les formes « il a, y a, a ». Il était gé 
néralement suivi du cas régime; mais il semble qu'on ait 
le cas sujet dans cette phrase des Livres des Rois : « Il i 
out uns oriloges », c'est-à-dire : « Il y avait une horloge. » 

Exemples de « il a » : 

Sermons de saint Bernard : Tell dessevrancc cum il at 
entre saint Pierre et saint Abraham. » Mot à mot : 
« Telle différence qu' il y a entre saint Pierre et saint 
Abraham. » 

Joinville : « Là où il avoit huit de mes chevaus. » Nous 
dirions : « là ou il y avait hiûl de mes chevaux. » 

Exemples de « y a <> : 

Chanson de Roland : « Nï ad païen ki un sul mot res- 
pundel. » Mot à mot : » N'y a païen qui un seul mot ré- 
ponde. » 

Sermons de saint Hcrnard : « Totevoies i avoit ancor 
une chose. » C'esl-à-dire : « Toutefois // y avait encore une 
chose. » 



280 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Exemples de v. an : 

Joinville: « En ces neis de Marseille a dous gouvernaus. » 
C'est-à-dire : « Dans ces vaisseaux de Marseille il y a deux 
gouvernails. » 

Ibidem : « Darieres son amiral avoit un bachelier bien 
atournei. » C'est-à-dire : « Derrière son émir, il y avait un 
bachelier bien équipé. » 

Notre adverbe wag'Mères s'écrivait jadis « n'a guères », 
et équivalait à : « il n'y a guères », sous-entendu : 
« de temps». 

Faire à, suivi d'un infinitif. 

§ 708. — « Faire à louer » équivalait à « faire chose à 
louer » et par suite « être à louer, être digne d'éloge. » 

Chanson de Roland : « Cil ki là sunt ne funt mie à blas- 
mer. » Mot à mot : « Ceux qui là sont ne font point à blâ- 
mer. » C'est-à-dire : « ne sonf point à blâmer. » 

Sermons de saint Bernard : « Font a repenre cil ki 
presumptious sunt. » C'est-à-dire : « Ceux qui sont pré- 
somptueux sont à reprendre, doivent être repris, répri- 
mandés. » 

Faire que suivi d'un adjectif ou d'un substantif. 

§ 709. — « Faire que fou » signifiait : « faire une 
chose que ferait un fou », par conséquent : « agir en 
fou. » 

Chanson de Roland : « Naimes li dux d'iço ad fait que 
pruz. » C'est-à-dire : « Le duc Naimes en cela a agi en 
preux. » 

Joinville : « 11 firent moût que saige. » C'est-à-dire ; 
« Ils agirent beaucoup en sages, ils agirent très sage- 
ment. » 



VIEUX GALLICISMES. 281 

Pour peu, pour peu que, a bien petit que, 
par un peu que. 

§ 710. — On trouve « pour peu, pour peu que, a bien 
petit que, par un peu que » avec le sens de : « Il s'en faut 
peu que... » 

Chanson de Roland : « Piirpoi d'ire ne fent. » Mot à mot : 
« Pour peu de colère ne se brise. » C'est-à-dire : « Peu s'en 
faut qu\l ne se brise de colère. » 

Ibidem : « Pur poi qii'û n'est desvez. » Mot à mot: « Pour 
peu qu'il n'est rendu fou. » G'est-à-dire : « Peu s'en faut 
qii'û ne devienne fou. » 

Ibidem : « A bien petit que il ne pert le sens. » C'est-à- 
dire : « Peu s'en faut qu'il ne perde le sens. » 

Villehardouin : « Li Vénitien se ferirent as vaissiaus, qui 
ains ains, qui mius mius, si que par un poi que li uns 
n'ocioit l'autre. » G'est-à-dire : « Les Vénitiens se jetèrent 
sur les vaisseaux à qui mieux mieux, si bien que peu s'en 
fallait qu'ils ne se tuassent les uns les autres. » 

Celui ou celui qui dans une proposition négative. 

§ 711. — Dans les propositions négatives on trouve sou- 
vent « celui » ou « celui qui », que nous remplacerions au- 
jourd'hui par « personne qui ». 

Chanson de Roland : « N'i ad celui ne plurt et se dé- 
ment. » Mot à mot : « Il n'y a celui ne pleure et se lamente. » 
C'est-à-dire : « Il n'y a personne qui ne pleure et ne se 
lamente. » 

Ibidem : « N'i ad celui là mot sunt ne mot tint. » Mot à 
mot : « Il n'y a celui qui mot sonne ni mot tinte. » G'est-à- 
dire : « Il n'y a personne qui fasse sonner ni tinter un 
mot. » 



16. 



282 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Est qui dans le sens de quelqu'un [quelqu'un est qui). 

§ 712. — Chanson de Roland : « S'esf ki l'clemandet... » 
Mot à mot : « Si est qui le demande. « Nous dirions : « Si 
quelqu'un le demande. » 

Ibidem : « Seit ki l'ociet ! » Mot à mot : « Soit qui le tue 1 » 
C'est-à-dire : « Que quelqu'un le tue. » 

D'une chose à faire, pour une chose à faire, etc., 
au lieu de de faire une chose, pour faire une 
chose, etc. 

§ 713. — Roman de Brut : « Se porpensa de sun frère a 
engeignier. » Mot à mot : « Il s'occupa de son frère à trom- 
per. » C'est-à-dire : « de tromper son frère. » 

Sermons de saint Bernard : « Se penat de lui a aniantir. » 
Mot à mot : « Il se peina de lui à anéantir. » C'est-à-dire : 
« 11 s'efTorça de l'anéantir. » 

Ibidem : « Por lui a vengier. » C'est-à-dire : « pour le 
venger. » 

§ 714. — On construisait aussi en rejetant le régime de 
la préposition après le verbe : 

Chronique de Ph. Mousket : « Pour a rescoure Troie. » 
C'est-à-dire : « pour Troie à regagner, pour regagner 
Troie, i) 

§ 715. — On a Uni par ne plus se rendre compte de l'o- 
rigine de ces locutions, et par considérer « pour à » 
comme une sorte de préposition composée qui a pris le 
sens de :< au risque de ». 

Froissart : « Li chevaliers, joour a morir, ne s'i fust ja- 
m lis accordé. » C'est-à-dire : « Le chevalier, au risque de 
mourir, n'y eut jamais consenti. » 

On disait aussi « sur à », à peu près avec le même sens. 



PHONÉTIQUE* 



DEFINITIONS 

§ 716. — La phonétique (du grec tpoivvi, voix, son) est 
l'étude des transformations des sons; elle nous apprend 
quels sons de notre langue correspondent aux difîérents 
sons (voyelles et consonnes) de la langue latine, et par 
quelles transitions chacun d'eux a passé. 

^5 717. — On appelle orthographe ou plutôt graphie ^ la 
manière de représenter les sons dans l'écriture, à l'aide des 
lettres. Malheureusement la même lettre ne représente pas 
toujours le même son. Antérieurement au xvi*^ siècle nous 
n'avons que peu de renseignements sur la véritable pro- 
nonciation des mots, et nous sommes souvent réduits à 
noter les graphies successives d'un même mot, sans pou- 
voir indiquer avec précision quels sons expriment ces 
graphies. 

§ 718. — Les sons dune langue se divisent en voyelles, 
consonnes et diphtongues. Entre une diphtongue et une 
syllabe composée d'une voyelle et d'une consonne, par 
exemple entre ié et té, il n'y a qu'une seule dilTérence : 
c'est que, dans la diphtongue, le rôle de consonne est donné 
à une voyelle {i dans ié), prononcée plus rapidement qu'une 
voyelle ordinaire, et à la manière des consonnes. 

L'orthographe actuelle contient plusieurs diphtongues 

1. Logiquement^ la phonétique devrait être placée avant l'étude des 
flexions. Nous l'avons rojetéo ici parce qu'il nous a semblé que ceux 
qui n'ont aucune connaissance préalable du latin auraient intérêt à 
commencer par la grammaire proprement dite. 

2. Orthographe s\sinl\(i proprement» bonne graphie ». 



284 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

apparentes, purement graphiques, qui sont en réalité, 
dans la prononciation, des voyelles simples : ainsi au, eu, 
ai. De même, dans le latin populaire qui a précédé la for- 
mation des langues romanes, « se, œ » étaient depuis long- 
temps des diphtongues purement graphiques, et se pronon- 
çaient e. 

Nous avons exposé ailleurs (§ 12 et suivants) les lois 
générales de la phonétique. Ici nous prendrons les uns 
après les autres les différents sons du latin, et nous mon- 
trerons ce qu'ils sont devenus en français. 



PREMIERE PARTIE 

TRANSFORMATION DES VOYELLES 
ET DIPHTONGUES 



GÉNÉRALITÉS 
I. — Quantité des voyelles en latin. 

§ 719. — Chaque voyelle latine avait deux pronon- 
ciations différentes, la prononciation brève et la pronon- 
ciation longue. 

Or un e bref, par exemple, différait d'un e long non 
seulement par la quantité ou la durée du son, mais aussi 
par le timbre : l'e bref avait le timbre de notre è ouvert de 
lèvre, et l'e long, celui de notre é fermé de bonté. L'a est la 
seule voj'elle latine dont le timbre ait été le même quelle 
que fût la quantité. 

On comprend donc que les voyelles latines (sauf l'a) aient 
produit dans les langues romanes des sons différents sui- 
vant qu'elles étaient brèves ou longues. 

II. — Quantité naturelle des voyelles suivies 
de plusieurs consonnes 

§ 720. — La versification latine reposait sur la quantité. 
Un vers latin se composait d'un certain nombre de syllabes 
brùves et de syllabes longues groupées dans un ordre dé- 
terminé. Dans ce système, une voyelle suivie do deux ou 
plusieurs consonnes était assimilée à une voyelle longue, 
assimilation qui a fait croire pendant longtemps qu'une 
voyelle suivie de idusieurs consonnes avait toujours la 
prononciation longue. 11 nan est rien cependant. Ainsi Vc 



286 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

de lectuin (toit) et celui de lectmn (lit) comptaient de même 
dans les vers, mais l'un était naturellement long et l'autre 
naturellement bref; ils ne se prononçaient pas de même 
et n'ont pas donné le même résultat en français. 

III. — Influences diverses qui agissent sur 
la transformation des voyelles. 

§721. — Les modifications subies par une voyelle la- 
tine dans son passage du latin au français dépendent non 
seulement de sa qualité de brève ou de longue, mais en- 
core de sa place dans le mot, et, dans beaucoup de cas, 
des consonnes qui la précèdent ou de celles qui la sui- 
vent. Ainsi Ve long dans la syllabe tonique se change ordi- 
nairement en ei puis oi (le'gem, lei, loi), tandis qu'il de- 
vient le plus souvent e muet dans la première syllabe du 
mot (debére, devoir) ; le même e long, dans la syllabe to- 
nique, devient et reste ei lorqu'il est suivi d'un n (plénum, 
plein). Nous allons passer en revue quelques-unes de ces 
causes de variations. 

Action des gutturales. 

§ 722. — Les consonnes qui agissent le plus souvent 
sur la transformation des voyelles latines sont les gut- 
turales (c, g). L'efTet habituel de la gutturale est de pro- 
duire un i semi-voyelle qui s'ajoute à la voyelle suivante 
ou à la voyelle précédente, quelquefois aux deux. Ainsi le 
c du latin c^ra, tout en se maintenant comme consonne 
sous forme d'un c doux, a produit un i semi-voj^elle qui 
s'est placé devant la diphtongue ei dérivée de Ve long to- 
ni(iue; céra est donc devenu cieire, puis, la triphtongue^e^ 
s'étant contractée en i, cire. Le c du latin décem, tout en se 
maintenant comme consonne sous fornie d'une s, a pro- 
duit aussi un i semi-voyelle qui s'est placé après la diph- 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 287 

longue ié dérivée de Ve bref tonique ; il en résulte que 
décem a donné d'abord dieis, puis, la triphtongue iei s'élant 
contractée en t, dis (écrit aujourd'hui dix). Dans tractâre 
le c est tombé, mais en disparaissant il a produit un i 
semi-voyelle qui s'est en quelque sorte dédoublé, agissant 
à la fois sur le premier a qu'il a changé en ai, et sur le se- 
cond qu'il a changé en ié. C'est ainsi que tractare a donné 
traitier. Plus tard la diphtongue ié s'est réduite à é, comme 
dans tous les infinitifs semblables, et la trace de l'influence 
du c latin sur Va tonique a disparu. 

Action de j, de e oui consonni/iable, de i /înal. 

§ 723. — La consonne j, et les voyelles e, i, quand elles 
sont suivies d'une autre voyelle, produisent des effets ana- 
logues à ceux des gutturales. Ve ou Yi, suivi d'une autre 
voyelle, offre en effet cette particularité de se changer en i 
semi-voyelle. Quelquefois cet i semi-voyelle est devenu une 
consonne chuintante : c'est ainsi que le g de linge vient de 
l'e du latin /ineum. VeeiYi latins placés dans ces conditions 
peuvent donc devenir consonnes, sont consonni fiables, si 
on nous permet ce néologisme : c'jest le nom que nous leur 
donnerons désormais, pour les distinguer de Ve et de Vi 
suivis d'une consonne. L'^ consonnifiable de medietdtem se 
retrouve dans les deux i du mot français moilié, comme le 
c de tractare dans les deux i du vieux mot traitier. 

§ 724. — Un i terminant le mot latin produit quelque- 
fois des effets analogues ; dans la flexion dvi du prétérit 
des verbes en are, Va tonique est devenu ai sous l'influence 
de Vi final : je chantai (voy. § 311). Le nominatif pluriel 
delà seconde déclinaison se terminait toujours en i ; mais 
cet i n'a modifié le changement de la tonique qu'au carf 
sujet pluriel des pronoms icil, icist, il, et de l'adjectif indé- 
fini toz (voy. §§ 126 et 157). 



288 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Action d'un u atone 

§ 725. — Dans quelques cas assez rares les voyelles 
latines ont subi l'influence d'un u atone qui les suivait im- 
médiatement ou dont elles n'étaient séparées en latin que 
par une consonne qui est tombée. C'est Vu atone de * habnnt, 
de \adunt et de * facunt, qui, en se combinant avec l'a 
tonique, a produit Yo des mots ont, vont, font. Nous avons 
vu aussi, dans la grammaire proprement dite, comment 
Im post-tonique a modifié la transformation de la voyelle 
tonique dans le prétérit des verbes avoi7% plaire, devoir, etc. 
(§§ 315 et 316). 

C'est encore à l'influence de Vu qu'on doit la transfor- 
mation du substantif clavxxm en c/ou, tandis que clavem 
donnait clef. Expliquez de même trou, de* trdugmn, fou 
(vieux mot signifiant hêtre), de fâgum, et les formes an- 
ciennes fou. (feu) de fôcum, cous (queux) de càquus, etc. 
Vu de Deum se retrouve aussi dans le français Dieu. 

I.a rareté de cette action de Vu nous dispensera de la 
comprendre dans les tableaux ci-dessous. 

Action de plusieurs consonnes suivant immédiatement la 
voyelle. 

§ 726. — Lorsqu'une voyelle est suivie de plusieurs 
consonnes, elle ne subit pas en général la même transfor- 
mation que lorsqu'elle est suivie d'une seule consonne. 
Ainsi Va tonique se change ordinairement en é (sanitâtem : 
santé); mais le même a tonique suivi de plusieurs con- 
sonnes reste a (partit : part). L'a de âsinum (asne, âne) est 
traité comme un a suivi de deux consonnes, parce que Vi 
atone qui séparait Vs de Vn était tombé avant la transfor- 
mation du latin en français; nous indiquerons ce fait» 



RTANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 289 

quand il y aura lieu, en plaçant la voyelle tombée entre 
parenthèses : as[i)num. 

Pour les mots tels que « as(i)num », c'est-à-dire où les 
deux consonnes étaient séparées en latin, le français a 
quelquefois hésité, et il peut arriver qu'on trouve deux, 
formes contradictoires pour un même mot. 

§ 727. — Quand une voyelle n'est suivie que de deux 
consonnes, et que la seconde de ces consonnes est une li- 
quide {l ou r),il arrive souvent que la voyelle est assimilée 
à celles qui sont suivies d'une seule consonne ; ainsi l'a to- 
nique dejodfrem a donné «e» français, comme celuide^(i/eîw: 
père, tel. C'est que le t de pati'em s'appuie sur Vr et non 
sur Va précédent : on prononce « pa-trem » et non « pat- 
rem ». Une prononciation telle que « pa-trem » n'est pos- 
sible que lorsque la seconde consonne est une liquide ; 
dans partit, par exemple, la première consonne s'appuie 
nécessairement sur la voyelle précédente : pay^-tit. 

La langue a quelquefois hésité entre deux traitements 
pour les voyelles suivies de deux consonnes dont la se- 
conde est une liquide. D'ailleurs certaines consonnes ne 
peuvent se lier avec les liquides, et, dans ce cas, la voyelle 
qui précède ne saurait être traitée comme si elle n'était 
suivie que d'une seule consonne. C'est ainsi que l'a tonique 
de cdm{e)ra (chambre) a été traité non comme celui de 
pâlrem, mais comme celui de dii{i)num. 

TABLEAUX DE PHONÉTIQUE VOCALIQUE 

EXPLICATION DES TABLEAUX. 

§ 728. — Les éclaircissements préalables que nous ve- 
nons de donner nous permettront de présenter la phoné- 
tique des voyelles sous forme d(î tableaux. Les exemples 
que nous proposerons pour chaque voyelle seront répar- 
Clédat. 1 7 



290 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

tis SOUS douze numéros, représentant les principales con- 
ditions phonétiques qui peuvent modifier la transforma- 
tion des voyelles. 

Les huit premiers numéros nous montreront la voyelle à 
étudier séparée delavoyellesuivanteparune seule consonne, 
ouen hiatus avec cette voyelle. Les quatre dernières divisions 
seront consacrées aux différents cas où la voyelle est sépa- 
rée de la voyelle suivante par deux ou plusieurs consonnes. 

Sous les numéros 1 à 3 et 9 à 11 la voyelle se trouvera 
soustraite à toute influence de gutturale, d'e ou i conson- 
nifiable, ou d'i final. 

Voici au surplus l'indication précise des conditions re- 
présentées par chaque numéro : 

1° Voyelle suivie de toute autre consonne que /, m ou n, 
ou qu'une gutturale. 

2° Voyelle suivie de /. 

3° Voyelle suivie de m ou n. 

4° Voyehe en hiatus avec e ou i, ou séparée de e ou i 
consonnifiable par toute autre consonne qu'un c ou un t, 
ou soumise à l'influence d'un i final. 

0° Voyelle séparée de e ou i consonnifiable par un c ou un t. 

6° Voyelle suivie d'un g, ou d'un c suivi lui-même de 
toute autre voyelle qu'un e ou i consonnifiable. 

7° Voyelle précédée médiatement ou immédiatement 
d'une gutturale, d'un/, ou d'un e oui consonnifiable. 

8° Voyelle se trouvant en même temps dans les condi- 
tions du numéro 7 et de l'un des numéros 4, 5, 6, ou 12. 

9° Voyelle suivie des deux consonnes ns. 

10° Voyelle suivie de deux consonnes dont la seconde 
est une liquide. 

11° Voyelle suivie de deux ou plusieurs consonnes, et 
soustraite à l'influence de toute gutturale et de tout e ou i 
consonnifiable. 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 291 

12° Voyelle suivie de plusieurs consonnes et soumise 
à l'influence d'une gutturale ou d'un e ou i consonni- 
fiable 1. 

§ 729. — Il va sans dire que chaque voyelle n'est pas 
susceptible de douze modifications difl'érentes. Pour une 
voyelle déterminée des conditions diverses amènent sou- 
vent des modifications semblables, et plusieurs numéros 
auraient pu être réduits à un seul si les divisions que nous 
avons adoptées ne devaient pas simplifier plus tard la 
phonétique des consonnes. En outre, une voyelle détermi- 
née peut être insensible à des influences qui agissent sur 
d'autres ; mais il est utile de comparer les efïets divers 
d'une même cause, et nos tableaux permettront de faire 
aisément cette comparaison pour le traitement des 
voyelles. 

On pourrait plutôt nous reprocher de n'avoir pas fait 
assez de divisions. Ainsi le n° 4 devrait être subdivisé, car 
il représente des conditions qui aboutissent quelquefois à 
des traitements divers d'une même voyelle. Mais nous 
avons craint de compliquer outre mesure un résumé qui 
doit rester élémentaire. 

Enfin il nous arrivera souvent de laisser des numéros 
sans exemples, quand les conditions représentées par ces 
numéros se rencontrent dans un trop petit nombre de mots 
ou lorsque les exemples qu'on pourrait citer exigeraient 
une discussion. 

i< 730. — Nous ne formulerons, pour la phonétique des 
voyelles, ni les règles ni les exceptions ; mais il sera fa- 
cile de déduire les unes et les autres des exemples que nous 
avons réunis. Certaines exceptions sont, à proprement 
parler, des appUcalions de lois diflerentes. D'autres s'ex- 

1. Le c n'agit pas sur la voycllo qui précède, lorsqu'il est redoublé 
et suivi (le a, o ou u. Voyez l'exemple do vaccam, § 733, 11». 



292 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

pliquent pai' une modification de la quantité dans le latin 
populaire ou par des influences analogiques, euphoniques 
ou savantes. 

§ 731. — Dans les exemples latins ci-dessous tous les 
noms ou adjectifs seront mis à l'accusatif, parce que c'est 
la forme dérivée de l'accusatif latin qui s'est maintenue en 
français (Voy. § 80). 

§ 732. — Pour chaque exemple français, la forme an- 
cienne, quand elle diftere de la forme actuelle, ne sera 
donnée qu'à la partie du mot pour laquelle l'exemple est 
proposé *. 



733. — A tonique. 



1» 



2° 



3° 



cantare : 


chanter 


poi'tatum : 
sanitatem : 


porté ^ 
santé 


* comitatum-. 


comté 


clavem : 


clef 


pa.rem : 


per [pair) 


malum: 


mal 


malos : 


mais, maux 


legalem : 
hospitalcm: 


loyal 
hôtel 


capitakm : 
sdam : 


cheptel 
ele (aile). 


granum : 


grain 


manum : 


main 


* demane . 


demam 


amas: 


aimes. 



1. Je dois avertir aussi que les c ou è l'rançais seront accentués con- 
formément il la prononciation actuelle. Nous ne pouvions aborder ici. 
la question délicate de la prononciation au moyen âge. 

1. Dans une partie de l'Est, le produit do Va latin (1°) est souvent ei 
au lieu de é. Joinville écrivait ijorlei au lieu de porté. 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 293 



5° 



70 



9" 



aere^n : 


aiv 


ha.beam: 


aie 


sapio, 


sai (indicat. prés, de savoh^) 


* sapiwm : 


i saive (autre forme de sage) 
\ sage 


sapiam : 


sache 


aream : 


aire 


paria : 


paire 


* quadrariam : 


carrière 


januarhim : 


janvier 


cantsivi : 


chantai 


castaneam : 


châtaigne 


* montaneam : 


montaigne, montagne 


cxtraneum : 


étrange 


psileam : 


paille 


vaileat : 


vaille. 


/"acio : 


faz (indicat. prés, de faire) 


/aciam : 


face (fasse) 


pZateam : 


place 


paZatium : 


palais. 


CflfmeracMm: 


Cambrai 


pacat : 


paye 


fAcit : 


fait 


p/acei : 


plais 1, pla^t 


pacem : 


pais, paia? 


medi&tsdem 


moitié 


ca.7iem : 


chien 


catmt : 


cftief, cheî 


Iractarc '. 


traitier, traiter 


lax.are : 


laissier, laisser. 


jacet : 


fl'ist, gît 


ccraseam : 


cerise. 


Irans : 


très 


rematisum : 


renies (part, passé du vieux 




verbe remanoir). 



294 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



10» 



p&trem : 


père 


labra : 


lèvre 


ca»i(e)mm: 


chambre 


mutAb{i)lem : 

{0 

cabsillum : 


muable. 


cheval 


vsiccam : 


vache 


as{i)num : 


flsne, âne 


male-sap[i)diun : 


maussade 


altenim : 


altre, autre 


aiDiiim : 


an 


corad{i)cum : 

9o 


courage. 


grammsd{i)cam : 


grammaire 


factum : 


fait 


planctiim: 


plaint 


gubernsic[u)lum. : 


gouvernail 


plac{e)re : 


plaire 


acrem : 


aigre 


macrum : 


maig-re. 


§ 734. — A de la syllabe iiiitiale 


10.30 




hsibére : 


avoir 


* abante : 


avant 


ad (proclitique) : 


à (préposition) 


maritum : 


mari 


valére : 


valoir 


pandrium : 


panier. 


m{e)am (proclitique) : 


ma 


natdlcm : 


noel 


* pratùllum: 


prael, prèau 


* habûtum : 


où, eu, eu. 


40.60 




habedtis : 


ayez 


sapidtis : 


sachiez 


* valediitem : 


vaillant 


facicntvm : 


faisant 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 295 



rsitiônem : 


raison 


pacdre : 


payer 


lilacébat : 

~0 


plaisait. 


1 

cabdllum : 


chewaX 


* catriinum : 


chemin 


* c8L7mtu7n : 


chanu, chenu 


calôrem : 


chaleur. 


8» 




' jacéntem : 


gisant 


csiryôphyllon 


giroÙe. 


90-11° 




transvérsus : 


travers 


Isitrônem: 


larron 


'psirtire : 


partir 


castéllum : 


chasteau, château 


cantdre : 


chanter. 


12" 




SLdjutdntem : 


aidant 


tra.ctdre : 


traiter 


la-s.dre : 


laisser. 


§735. 

l" 
(tcbére : 


— E long tonique. 


deveî'r, devoir 


débet : 


deit, doit 


.-iénim : 


seir, soir 


crédit : 


creit, croit 


hnbébat: 


aveit, avoil, avait 


ciétam: 


creie, croie, craie 


2° 




catidMam : 


( chandeile, chandoile 




( chandelle 


vêla : 


veile, voile. 


3" 




avénam : 


aveine, avoine 


vénam : 


veine 


plénum : 


plein. 



40 



débeo '. 



dci, doi 



296 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



débeam : 


deie, doie, {doive) 


sépiam : 


sèche 


fériavi : 


îeire, foire 


féci: 


f(S. 



5° 



* tapétiuin 

thécam : 
régem : 
légem : 



tapzs. 

teie, toie, taie 
rei, roi 
lei, loi. 



9° 



10° 



11» 



12» 



ceram : 

mercédem : 

placére : 
> 

ménsem : 
ténsam : 
pénsuin : 

fléb{i)lem : 

déb{i}tam : 

véndere : 
> 

diréctum : 
téctum : 
créscîï : 



c?re 

merci 

plaisir. 

meis, mois 
teise, toise 
peis, pois (poi(fs). 

( feible, foible, îaihla 
[ feble. 

l deite, doite 
f dette 
vendre. 

dreit, droit 

ieit, toit 

creist, croisl, croî 



§736. — E long de la syllabe initiale. 
10.30 

de (proclitique) : de (préposition) 

debére : devoir 

desiderat : désire 

zelôsum : jaloux 

rredébat: creoit, croyait. 
40- G" 

debedtis: deiez, doyez [deviez.) 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 297 
legdlem: leia], loyal 

secûrum: seiir, sûr. 

\ peser 
\ penser. 



penfiâre : 



12° 



tectûram 



tolliue. 





§737. 


— E ère/" tonique. 


10.30 






brévem : 




brief, bref 


sédet : 




siet (du verbe seoir) 


férum : 




ficr 


pédcm : 




pied 


mél : 




miel 


fél: 




fie\ 


vénit : 




vient 


ténet : 




lient 


gémit : 




gtent [geint] 


trémit : 




crient (cramf). 


mè{u)m : 




mien 


méam 

Ao 




me/e, moie. 


ministérium : 


métier 


fjirjérium : 




gésier 


fériat 




fierg^e (de férir) 


médium: 




mi 


* sédium : 


siège 


ténid : 




tinc (fins) 


*perdédi: 




pordi (!'■« pers. de l'ancien pré- 
térit) 


vénio : 




vienc (viens) 


véniut : 




\ienge [vienne) 


mélius : 




miels, mieux 


mélior : 




nuc'ldre, mieudre (cas sujet de 
meilleur). 


5° 






spéciem : 




épice 


2M'étiMm : 




pris, pria; 


Venétiam: 




Venise. 



17. 



298 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



60 



8° 



10° 



11' 



12» 



précat : 
déccm : 
légit : 



gélu 

gémit 

ingénium: 
evivîgélia : 

fébrem : 
lép{o)rem : 
gén{i)rum : 

tréin{u]lat: 
> 

I 

séptem : 
inférnum : 
perd ère : 
téstam : 
novéllam : 
novéllos : 
agnéllos : 

méd{i)cum: 

tértium : 
quutérnio : 
*néptiam ' 

a 

pèctns : 
dispéctum : 
léctum : 
*véc[it)lum : 



prie 
dis, dix 
lit 

gie\ (mot qui a servi à former 

dégel) 
gient (geint). 

engin 
évangile. 

îiéwe 
lièvre 
gendre 
tremble. 

sepL 

enfer 

pe;'dre 

teste, tête 

nouvelle 

nouvels, nouveaux 

agnels, agneaux 

I mege, 

■ miege 

f mire (sous l'influence du c). 

tiers 

cahier 

nièce 

pis 
dépit 
liL 
vieil 



§ 738. — E bref de la syllabe initiale. 



l°-3» 
sedére 



seoir 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 299 



ferire : 


férir 


levdre: 


lever 


veitire: 


venir 


leonem : 


lion 


sedébat : 


seoit, seyoït, soyaif. 


40.60 




medietdtem : 


meitié, moitié 


meliôrem : 


meilleur 


prendre : 


premer, proisier {priser) 


precdre : 


preier, proier (prier) 


recéntem : 


reisant, rowant (vieux mot qiû 


To 


a le sens de récent). 


geldre : 


geler 


cerdseam : 


cerise. 


100-110 




trem{u)ldre : 


trembler 


februdrium : 


février 


perdébat : 


perdait 


mercdtum : 


marcbi'' 


2)er (préfixe et 


prèpo- 


silion) : 


por 


'bellitdtem : 


belté, beauté. 


d2o 






i eissue, Oîssue 


*exîttom : 


1 ' 




if issue 


eccc-hic : 


ici 


ex (préfixe) : 


es, é. 



1°-^" 



ripam : 
auditum : 
venirc : 
occisum : 
filum : 
vilem : 
*inem. : 
livinum : 



§ 739. — I lonff tonique. 



nve 

ouï 

venir 

occis 

fil 

vil 

fin 

devin 



300 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



40 



6° 



70 



dû" 



siispiriu7n : 
tibiam : 


soupir 
lige 


cet'visiam : 


cevveise, cervoise 


artemisium : 


armeise, armoise 


viyieam : 


vigne 


lineam : 


ligne 


lineum : 


linge 


lilium : 


lis 


filicm : 


lille. 


salsiciam : 


saucisse. 


sic : 

dicat : 


si (adverbe) 
die {dise) 


amicum : 


ami 


dicit : 


dit 


imperatricem 


empereris (vieux mot 
gnifle impératrice). 


ginghHtm : 


gencive 


vicinum : 


voisin. 


libram : 


livre 


lih{e)rat : 
desid{e)rat : 


livre (de livrer) 
désire. 



11° 



12« 



villam ; 

) 

dijcit : 

2)eric{u)liim : 
clavic{u]lam : 

*somnic{u)lum 



qui si- 



ville 

dist 

péril 

cheville 

sommeil. 



§740. 

10.30 
ridéntem : 
fiddre : 
hïhérnum : 



I long de la syllabe initiale. 



riant 

fier 

hiver 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 301 



vivéntem : 


vivant 


divinum : 

divisât : 
fildre : 


devin 
devise 
filer 


*limônem : 

dimidium i 
finir e : 


limon 

demi 

fenir (finir). 


40.C0 
*Hnedticum : 
filidstrum : 
dicébat : 


lig-nage 

fillastre (beau-fils) 

disait 


vicinum : 


veisin, voisin. 


lOo-ll» 

lib{e)rdre : 
"villdnum : 


livrer 
vilain . 


12° 

di^isti : 


disis, dc5is (dis, 2® personne da 
prétérit). 



1° 



20 



3° 



viam : 
bibit : 
i;itZef : 
pim : 

pilum : 

minus : 
sinum : 



BREF (comparez avec Te long). 
§ 741. — I bref tonique. 

veie, voie 
beit, boit 
veit, voit 
peire, poire. 

peil, poil. 

.meins, moins 
sein. 



niveam: 

invidiam : 
tineam : 
mirabilia : 
consilium : 



( neige, noige 

j neûfe 

envie 

teigne 

merveille 

conseil. 



302 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



6° 



10° 



11° 



12,^ 



pigritiam : 


parece, paresse 


t7'istitia7n : 


tristece, tristesse 


servitium : 


servise, service 


justitiam : 


juslise, justice 


* superpellicium: 


surplis 


vitium : 


vice. 


plicat : 


1 pleie, ploie 
, plie 


picem : 


peis, pois, poia". 


cilium : 


cil 


exilium : 


exil. 


pip{e)rem Z 


peevre, poivre 


vitrum : 


y veirre, voirre 
( verre 


tonitru : 


\ toneirre, tonoirre 
} tonnerre 


cin{e]rem : 


cendre. 


mittere : 


mettre 


vir{i)dem : 


vert 


capillos : 


chevels, cheveux 


iZ/os : 


els, eux 


missam : 


messe. 


strictum : 


estreit, étroit 


ea;pZic(î)<u/n : 


espleit, exploit 


pingere : 


peindre 


fingere : 


feindre 


aM/'ic;M)/am : 


oiedle 


rer»iic(u)Zu//i : 


vermeil 


i//i: 


il {ils) 


conduxisti : 


conduisis. 



§ 742. — I à^'ef de la syllabe iniiialc. 
10-3° 

vidcre'. veoir [voir] 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 303 
miséllum : 



pildre : 

bildnciam : 

* mindre : 
vidébat : 
bibéntcm : 
* fimdrium 
40.60 

titioncm : 

plicdre : 

ligâmen : 

licére : 
lOo-ll» 

it{c)rdre : 
virtùtem : 

silvdticum : 
•12° 

Yiisciônem : 
cinctùram : 
pitigébat : 
fingéntem : 
vis{i}ldrc : 



mesel (vieux mot qui signifie 

misérable, lépreux) 
peler 

balance 
mener 

veoit, voyait 

bevant, buvant 

femier, fumier. 

twon 

\ plaer, ployer 

( plier 

^ leien, loien 

( lien 

leJsir, loîsir. 

errer (au sens A'aller) 
vertu 

salvage, sauvage. 

peîsson, poisson 

ceinture 

peiginait 

feiV/nant 

veiller. 



§ 743. — O long tonique. 



1« 



florem : 
horam : 
plorat : 
•iororem 

amorem : 
votum : 
* pietosum : 
gloriosum : 

zclosum : 



flor ', fleur 

hore, heure 

plore, pleure 

seror(cas régime de sœur) 

amor, amour 
vot, veu (vœu) 
pitos, piteux 
glorios, glorieux 

Jalos, jaloux. 



1. Dans les textes anglo-normaïKls, c'est un u qui correspond ;\ l*o 
long tonique latiu : flur, etc. 



304 



2° 



solwn 



3° 



40 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



sol, seul. 



9° 



10» 



11' 



donum : 
Romam : 
leonem : 


don 
Rome 

lion 


pavonem : 




paon. 


dormitorium : 
gloriam : 
cydonium : 
testimoninm : 

a 


dortoir 
gloire 

cooing (coing) 
témoin. 


vocem : 

5 


\ois, voix. 


*coperit : 


cuexre (couvre). 


cogitât : 
3 


cuide (de cuider : penser). 


tonsiun : 


tos, teus (vieux mot qui signifi 


sponsum : 


jeune garçon) 
époux. 


rob{u)r : 
cop[n)lum : 
■pon[e)re : 


rovre, rouvre 
copie, couple 
pondre. 


nom.[i)nat : 
o?"(u)Za?n : 
formam : 


nomme 

orle, ourle (d'où ourlet) 

forme, fourme (forme) 


or?iat : 


orne, ourne (or7ie) 


cortem : 


coït, cour. 



12° 



*boscum 



bois. 



§ 744. — O long de la syllabe initiale. 
10.20 

plordre : plorer, plourer (pleurer) 

noddre : noer, nouer 

jiro (préposition) : por, powr. 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 305 



donàre : 
Romdnurn : 
40.60 

potionem : 
otiosum : 

vocdlem : 

70 

copé7'titm : 

cohire : 
8^ 

cogitdre : 
9° 

sponsdre : 

cop{ii)ldre : 
* corténsem : 
orndre : 
nom{i)ndre : 



donner 
Romain. 

poison 
oiseux 
voyel {voyelle). 

covert, coMver 
coler, couler. 

cuiAev. 

esposer, épouser. 

copier, coupler 
cortois, courtois 
orner, ourner {orner) 
nommer. 



745. — O bn>f tonique. 



1» 



2° 



3» 



novem et novum : 


nuef, neuf ^ 


movet : 


muet, meut 


"potet : 


puel, peut 


soror : 


suer, seur {sœur] 


*volit : 


vuelt, veut 


scholam : 


école. 


bonum : 


bon 


/jojno : 


hom, on. 


morio : 


Ç muerc (meurs) 
( muà" 



1. La fliplitonguc issue de Vo bref touique est souvent écrite oc au 
lieu de lie. 



306 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



moriant : 


( muerg-ent {meurent 
1 mwirent 


memoriam : 


mémoire 


hodie : 


hui 


podium : 


pwî (vieux mot : montagne) 


*voliam : 


wueiWe, veuille 


folia : 


fueJle, feuille 


oleam : 


huile. 


8° 




noceam : 


nuise. 


6" 




locat : 


leue (loue) 


focum : 


feu' 


locum : 


- leu, lieu 


nocet : 


nuist, nuit. 


70 




cor : 


cuer, cœur 


cowies : 


cuens (cas sujet de comte). 


8» 




coquit : 


cuit 


corium : 


cuir. 


10° 11° 




pop{u)lum: 


pueple, peuple 


coin[i)tem : 


comte 


sol{i)dum : 


sol, sou 


foUem : 


fol, fou 


portian : 


port 


portât, portam : 


porte 


fortem : 


fort. 


12" 




*pocsum : 


nuis (depoufoiy). 


noctem : 


nuit 


octo : 


huit 


ostream : 


hu/slre, huitre 


oc{u)lum : 


weil, œil 


*aboc{u)lum : 


aveuQ'le. 



1. L'eu de feu est le produit de la corabinaisou de ïo tonique de 
focum avec Vu atone, après la chute du c. La forme antérieure à feu 
est ^ou. 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 307 



§ 746. — O bref de la syllabe initiale. 



1° bovarium: 


bovier, boMvier. 


movére : 


moveir *, mouvoir 


potére : 


poeir, poMoir, pouvoir 


*morire : 


morir, mourir 


sorôrem : 


soror, seror (cas régime de sœur) 


2» colorem : 


coleur, couleur. 


voléntem : 


volant, voulant 


dolôrem ■• 


dolor, douleur 


voldre 
3° 

* vomire : 


voler. 


vomir 


sondre : 

/l-O 


sonner. 


'■t 

* [ad\podidre : 
6» 

locdre : 


[ap]poj/er {appuyer) 


loer, louer 


focdrium : 


foyer 


nocébat : 

"70 


nuisait. 


corona : 


coronne, couronne 


*coraticum : 


corage, courage 


coiûbram : 
8° 

cochledre : 


coluevre, couleuvre. 


CMïller 


IQO-Ho 




com{i)tatu'in : 


comté 


0'(){e)rare : 


ovrer, ouvrer 


rot[ii)lare : 


roUer, rouler 


sol{i)ddre : 


solder, souder 


portdre : 


porter 


iJorccUum : 


porcel, pourceau. 


§ 747. 


U long tonique. 


10.30 




nudum : 


nu 



1. Dans les textes anglo-normands, c'est un u qui correspond à lo 
bref de la syllabe initiale. 



308 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



4° 



50 



6» 



11» 



12< 



murum : 
plus : 
mulam: 


mur 
plus 
mule 


unum : 
lanam : 
plumam: 


un 

lune 

plume. 


"pertusium: 
junium : 


pertuî 
juin. 


minutiat : 
luceat : 


me nuise 
luise. 


lactucam : 
conducit : 


laitue 

conduit 

luiit. 


cupawi: 


cuve. 


acutiaf : 


aiguise. 


*adlum{i)nat : 
consuetud{i)nem : 
nullum : 
fustem : 


allume 
coutume 
nid 
fusl, fût. 


fructiim : 
destructum : 
tructarn : 
ducie)re : 


fruit 
détruit 
truite 
duire. 



§ 748. — U lo7ig de la syllabe initiale. 
l«>-3° 



dur are : 


durer 


*mulittum : 


mulet 


fumdtam : 


fumée 


40.60 




Vu/ii«um: 


juillet 


f'usiônem : 


foison 


IvLCéntem : 


luisant 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 309 



70 



HO 



ducébat : 
mucére : 

junîperum : 

[ad\lum{i)7idre : 
*niiUûi : 



12° 



du-KÎsti : 



dwisait (du vieux verbe duire) 
moisir. 

genièvre. 

[aljhtmer 

nitlui (datif de md). 

dm'sis. 



U BREF (comparez avec l'o long) 
§ 749. — U bref tonique. 



10-2° 




duas : 


does, dewes (féminin de deux) 


tuam : 


toe, lewe (ancien fén^iniu de tien] 


gularn : 


gole, gueule 


lapum: 


lew, lo?(p. 


30 




snmus : 


sommes. 


40.60 




*ebureiim : 


ivoire 


cuneum : 


coin 


puteum : 


pm'ts 


nucem : 


nois, noix 


crncem : 

70 

colnbram : 


crois, croix. 


coulMcvre, couleuvre 


récupérât : 


recMcvre [recouvre) 


juvenem : 


jitene, jeune. 


80 




* cnpreum : 


cuivre. 


Qo 




lup{a)ram : 


lovre, loMvre 


num{e)7'um: 
colxxmnam : 


nombre. 


colonne 


dub{i)tat : 


dote, doMle 


turrcm : 


tor, tour 



310 



GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



furnum : 

diurniim : 

gustum : 

ulmum : 

multum: 

luscom : 
190 




for, foMr 

jor, jour 

gost, gousl 

orme, owrme (orme) 

molt, moull 

losche, lousche. 


luscum : 
a7tgustiam : 
mîictum : 
veruc{u)lum : 
* genuc{ujlum : 




lois (vieux masculin de louch 

angoisse 

joint 

verouil, verrou 

genouîl, genoM. 


§ 750. - 

subînde : 

*guldtam: 
3» 

t(u)nm (mot pr 
50-6° 

crucidtam : 

nuco/e/w : 
70 


- U bref 


de la syllabe initiale. 

sovent, soitvent 
golée, goulée. 


oclUique) 


: ton. 

croisée 
noal, noyau. 


s 

cubdre : 
1» 
dub{i)tdre : 
curréntem : 
suc/fws (préposi 
su6î;(^nt7 : 

su6»idne/ : 




cover, couver. 


lion) : 


doter, douter 
corant, courant 
SOS, sous 
sovieut, souvient 

somont, scmont 


succi<r5t/m 




secours, secours. 



§ 751. — L'y est traité tantôt comme un i, tantôt comme 
un u. Ainsi presbyterum donne preveire, provoire, prou- 
V3iire, comme si la voyelle tonique était i bref ; et byrsa 
donne /orse, bourse, comme si on avait un m bref to- 
nique. 



TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES. 311 

Diphtongues, 

1. JE, œ. 

§ 752. — Ces deux diphtongues étaient devenues e dans 
le latin populaire, tantôt e bref et tantôt e long : prsedam, 
devenu 'prédam, a donné pi^eie, proie; Isetutn, devenu 
lédun, a donné lié (joyeux), etc. 

2. Au. 

§ 753. — La diphtongue au, tonique ou à la syllabe 
initiale, est traitée comme un o bref suivi de plusieurs con- 
sonnes, c'est-à-dire qu'elle se change en o : 

causflm : chose auriculam : oreille 
SLurum : or *ausare : oser. 

^ 754. — Suivie d'un c ou d'un e ou i consonnifiable, 
•cette même diphtongue devient oi : 

gaudia : joie Audiâtis : oyez 

*aucam: oie* auciônem: oiso?i. 

§ 755. — Il faut remarquer que o issu de au latin est 
devenu ou, toutes les fois qu'en français il s'est trouvé suivi 
d'une voyelle : 

IsiVidat : \oe, loue &ndire : oïv, ouïv. 

§ 756. — Le mot cauda (français coe, queue) fait excep- 
tion aux règles ci-dessus, parce que, dès l'époque latine, il 
s'était transformé en coda. 

1. On trouve aussi la forme oe, puis oice, sans influoiice du c. Oie 
n'est peut-être qu'une modification euphonique de oe. 



DEUXIEME PARTIE 

TRANSFORMATION DES CONSONNES 



LOIS GENERALES DES CONSONNES 

§ 757. — Sous réserve des exceptions que nous aurons 
l'occasion d'indiquer à propos de chaque consonne, on 
peut dire que la transformation des consonnes latines en 
consonnes françaises est soumise aux grandes lois sui- 
vantes : 

1° Les consonnes latines se maintiennent quand elles 
sont au commencement des mots (ou après les préfixes), 
ou quand elles sont après une autre consonne et devant 
une voyelle : 



cor : 


cœur 


*vincutum : 


vaincu 


[dejgradum : 


[dejg^ré 


duh{i)tat : 


dou^e 


dicit ; 


dit 


mordentem : 


mordant 


turrem : 


tour 


lectiim : 


m 


patrem : 


père 


impemtorem : 


empereur 


aorem : 


^eur 


alham : 


au6e. 


[siib]venit : 


[soujuient 







2° Entre deux voyelles, ou. après une voyelle et avant 
une autre consonne. 

Les gutturales (c g) se changent en y (écrit i ou y). 

Les labiales (p, b, f, v) se réduisent à v (sauf f qui se 
maintient). 

Les dentales tombent, après s'être réduites h d. 

Exemples : 

Gutturales : pacare : pa?/er 
factum : fait 



TRANSFORMATION DES CONSONNES 
Labiales 



313 



fahsim : fève 

/ep(o)rem : lièvre 

Dentales : vitam : vie (d'abord vide) 

patrem: père (d'abord pédre). 

3° Quelle que soit leur place, Vs, les liquides (/, r) et les 
nasales {n, m) se maintiennent. 



soror : 


sœur 


ciirsam : 


course 


hmom : 


Zune 


clavem : 


cZef 


ripam : 


rive 


prœdam : 


proie 


nomen : 


nom 


dec{i]mam 


: dî?ne 


mt<n<m : 


mur 






causam : 


chose 


pastam : 


paste (pâte) 


valere : 


valoir 


altum î 


haa (haut) 


perij-e : 


périr 


* partir e : 


partir 


* panarium : 


; panier 


man[i]cam 


: manche. 



4" Les liquides se prononcent difficilement après certai- 
nes consonnes, précisément après les consonnes énumé- 
rées sous le n" 3 (une s, une autre liquide ^ ou une nasale). 
Aussi CCS groupes de consonnes ne se trouvent-ils pas dans 
la langue latine ; mais la ( hute des voyelles atones, dans 
la transformation du latin, a fait souvent que deux con- 
sonnes, qui étaient d'abord séparées par une voyelle, se 
sont trouvées réunies. Lorsqu'il était difficile de les pro- 
noncer ensemble, une nouvelle consonne s'est introduite 
entre les deux ; car il est plus commode de prononcer stra 
que sra. 

Kntre / ou n d'une part, et r de l'autre, la consonne eu- 
phonique est un d : 

'môl{e)re donne mo?dre (devenu moudre) 
gén{c)rum — gendre. 

1. Toutefois r et s peuvent être suivis de l : parler, w.aslc (devenu 
mâle). 

Clédat. 18 



314 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

Entre s et r, la consonne euphonique est un ^ ; 
antecéss{o)r : ancestre. 

Entre m d'une part eir ou l de l'autre, la consonne eu- 
phonique est un b : 

câ!n(e)ram: cliaw2bre 
*insimul : ense7?jb/e. 

5° La cinquième loi générale, relative au cas où trois 
consonnes se suivent, sera formulée plus loin, § 823. 

LOIS PARTICULIÈRES A CHAQUE CONSONNE 

§ 758. — Nous allons maintenant examiner de plus près 
chacune des consonnes. Nous dirons d'abord quelques 
mots de l'aspiration h, et nous parlerons ensuite : 2° des 
gutturales, auxquelles nous joindrons le./; 3° des denta- 
les; 4° des labiales ; 5° des liquides; 6° des nasales; 7° de 
l's; 8" de Vx et du s. 

1» H. 

§ 759. — L'A latine a disparu en principe, mais l'or- 
thographe l'a maintenue ou rétablie au commencement 
d'un certain nombre de mots. 

A.U lalin howo correspond le français on 

— haftere — avoir 

— trah.ere — traire. 

Mais nous écrivons par une h : honneur (latin Yionorem), 
herbe (latin Yierbam), heure (latin lioram), etc. 

Une h, tantôt muette, tantôt aspirée, s'est aussi in- 
troduite, sous différentes influences, au commencement 
de plusieurs mots qui en latin n'avaient pas d'A .' huile 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 315 

(latin olea), huit (latin octo), haut (lalin altum), etc. 
§ 760. — Vh se trouve clans les mots latins après cer- 
taines consonnes, notamment après Je c. Le ch latin se 
prononçait comme un c dur (k), et a été traité comme tel 
(voyez ci-dessous, § 761) : il est resté c dur dans cour (de 
chortem), il est devenu ch français dans charte (de charta). 
Il a été quelquefois maintenu ou plutôt rétabli dans l'or- 
thographe française, môme quand il avait conservé le son 
dur latin, par exemple dans chœur de chorurn. 

2° Les gutturales (c, g, q) et le j. 



§ 761. — Le c latin avait le son dur (k) devant toutes 
les voyelles. Dans les cas où il doit se maintenir (Voyez ci- 
dessus, § 757, 1°) il n'a conservé le son dur que lorsqu'il 
était suivi en latin d'un o, d'un w, ou d'une consonne : cœur 
{cor), cuve {cupa), clair [clarum). Devant l'c ou Yi, il a pris 
le son que nous nommons c doux (ou s dure), mais il a con- 
tinué à s'écrire de môme : 



celum (cœlum) 


: ciel 


cmerem : 


cendre 


mereedcm : 


merci 


ciliuiii : 


cil 


centum : 


cent 


ecct'stum : 


icestjCet. 



§ 762. — Il résulte de ce qui précède que la lettre c a en 
français une double valeur : tantôt elle équivaut à un k, 
tantôt, quand elle est suivie d'une voyelle dérivée du 
latin c ou i, elle équivaut a une .s dure. Comme les lettres 
dérivées de e ou i lalin sont en français e, i ou ie *, l'usage 

1. L'e long tonique est bien devenu ol en principe; mais, (juand il 



316 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

s'est établi de donner toujours dans la prononciation la 
valeur de Vs dure au c suivi de e ou i. Or Vo latin (ou Vau 
dans cauda) a quelquefois produit un son que nous écri- 
vons eu; lorsque cet o était précédé d'un c, le c a conservé 
régulièrement le son de c dur (k), mais on n'a pu con- 
tinuer à l'écrire par la lettre c, car cette lettre, placée 
devant Ye de eu, aurait dû, d'après l'usage, être pro- 
noncée c doux (s dure). Dans ce cas on a remplacé le c latin 
par qu (^i<eux de coquus, g^^eue de cauda), ou on a main- 
tenu une ancienne graphie du son eu (ue), et le c, se trou- 
vant alors devant un u, a pu être conservé (cuei//e de 
colligit), ou bien enfin on a mélangé une. autre graphie 
du son eu [oe] avec la nouvelle orthographe eu, ou plu- 
tôt on a placé devant eu un o rappelant Vo du mot latin, 
en écrivant œu, et le c a pu encore être maintenu {cœur 
de cor). 

§ 763. — Devant les voyelles dérivées de l'a latin, le c a 
pris un son spécial, qu'on a écrit par ch : 

caput : c/ief 
cornera : c/tambre 
vaccam : vac/ie 
caulem : chon. 

§ 764. — Dans la partie nord-ouest de la France, le c 
placé devant l'a latin a, au contraire, conservé le son dur, 
et plusieurs des mots de ces dialectes sont entrés ensuite 
dans le français proprement dit. C'est ainsi que le mot 
campum, par exemple, est représenté aujourd'hui par 
deux mots français^ champ et camp, qui d'ailleurs ont 
pris des sens différents. 

§ 765. — Dans quelques mots le c latin initial, ou suivant 

était précédé d'un f, on a i au lieu de oi (voyez le tableau de l'e long, 
n" 1). 



TRANSFORMATION DES CONSONNES, 317 

une consonne, s'est changé en g : gonfler (conflare), giro- 
fle (caryophylum), gras (crassum), courage (cora(f i cnm). 

C précédé àed a produit z dans douze (duof/(e)dm). 

§ 766. — Lorsque la consonne qui précédait le c était 
une s, il y a eu souvent métathcse, le c a passé devant Vs : 
pascif, cognoscat, etc., ont été traités comme si on avait 
dit : pacsi/, cognocsat. Une métathèse semblable explique 
les mots cAflnome(canon(i)cum),??îome(mon(a)cAum); mais 
ces mots ne sont pas entièrement populaires. Comparez 
manche, de man[i)cam. 

§ 767. — Comme nous l'avons dit dans la règle géné- 
rale 2, le c entre deux voyelles, ou avant une autre con- 
sonne (et ne commençant pas le mot), s'est changé en un y, 
écrit i ou y, qui s'est ajouté à la voyelle précédente ou 
confondu avec elle, ou qui a mouillé la consonne suivante. 
On trouvera des exemples de ces faits dans les tableaux 
des voyelles, sous les n°'6 et 12. On remarquera que lors- 
que la voyelle qui suivait était un e ou un i, le c a pu 
produire aussi une s .* placet : pla?,st, vicinum : \oisin, 
decimam, dî'sme. 

i; 768. — Lorsque le c était placé après un ou un u, et 
avant un a, un ou un u, il est complètement tombé : 
loue (locat), laitue (lactuca), etc. Après e ou a, le c tombe 
aussi devant u, dans seiir (sûr) de securum, pieu (plu) de 
*placutum, font de *facunt. 

^ 769. — Entre un a d'une part, et d'autre part un 0, un n 
ou une ?', le c a pu se changer on ,7, précédé ou non d'uni; 
agu ou aigu (aculum), aiguiser (acu tiare), ?«aigre (marrum). 

§ 770. — Le c dans le corps des mots, suivi d'un e ou i 
consonnifiable (voyez § 723), a produit tantôt is, tantôt 
un c doux écrit souvent ss (ou un z à la fin du mot). 
Pour les exemples, voyez les tableaux des voyelles sous 
le n° 3. 



is. 



318 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 771. — Quand deux c se suivent, le second est traité 
régulièrement, mais le premier tombe sans produire y : 
vaccam a donné vache, sicciun : sec. Toutefois, quand le 
second c est placé devant e ou i, et doit par conséquent de- 
venir c doux, le premier rentre dans la règle ordinaire et 
développe un y qui agit sur la voyelle précédente : 
eccistum a donné icest. 

G. 

§ 772. — Le traitement du g offre des exceptions ana- 
logues à celles qu'on rencontre pour le traitement du c. 

Dans les conditions de la règle générale 1, c'est seule- 
ment devant les voyelles issues de o et m, et devant les 
consonnes, que le ^ a conservé le son dur latin : goutte 
(^utla), goujon (^obionem), grand (^randem). Devant les 
voyelles latines a, au, e, i, il s'est changé en q doux (écrit 
g ouj) : 



9'ambam : 


jambe 


(/abatam : 


joue 


Q'audia : 


joie 


g-enerum : 


gendre 


gfingivam : 


gencive * 


evangelia • 


évanr/ile. 



§ 773. — Lorsque la consonne qui précédait le g était 
une n, au lieu de se changer en g doux, le g latin a sou- 
vent mouillé ïn et changé en diphtongue la voyelle précé- 
dente : pldiXigebat a donné « pla/</nait». De môme pla/7/iant 
(pla>?^entem) au participe présent. Le g s'est maintenu 
dans l'orthographe ; mais, suivi de Tn, il indique seulement 
que cette n est mouillée. Les verbes en cindrc, oindre, 
aindre offrent tous des exemples semblables. Longe a 

1. On devrait avoir gengive, mais le second g s'est changé en c par 
dissimllation. 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 319 

aussi donné loin, anciennement écrit loign : ici Vn mouil- 
lée a disparu dans la nasalisation de la voyelle précé- 
dente. 

§ 774. — Conformément à la règle générale 2, le tj entre 
deux voyelles ou avant une autre consonne (et ne com- 
mençant pas le mot) s'est changé en r/, écrit i ou y : 
pla?e (plasam), loyal (legalem), cuidev {cog{i)(are), etc. 

§ 775. — Le g tombe devant ïu dans our {eib% ew, de 
bonhewr), qui vient de augûriian, dans le vieux mot fou 
(hêtre) (\m vient de fa^/um. 

§ 776. — Il tombe aussi devant Vi, dans reine [reine), de 
resinam, gaine [gaine), de vaginam, seel [sceau) de sigil- 
tum, etc. 

§ 777. — Placé devant Vn, ]e g a, mouillé cette con- 
sonne : agneau (a^nellum), poing [pugnum). Dans le se- 
cond exemple, Vn mouillée a disparu en uasalisaut la 
voyelle précédente. Cette nasalisation s'est produite toutes 
les fois que l'n mouillée terminait le mot; c'est ainsi que le 
masculin de maligne est aujourd'hui malin. En l'écrivant 
avec un g, comme poing, on rai)pcllerait l'ancienne mouil- 
lure de l'n. 

§ 778. — Dans imaginem, le g s'est changé en g doux, 
comme s'il était au commencement du mot, et le mot fran- 
çais a été d'abord imajnc (écrit imagenn); puis l'n est tom- 
bée, et on a eu : image. D'ailleurs ce mot n'est pas entiè- 
rement populaire. 

Q 
§ 779. — Cette gutturale latine était toujours suivie 
d'un u, dont le son précis n'a pu encore être parraitoment 
étabh. Dans les conditions de la règle générale 1, r/u a pro- 
duit en français un c dur, écrit c ou qu, quelle que fût la 
voyelle qui suivait : 



320 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 



quare : 


car 


gui : 


gui 


qidndecun : 


guinze 


çM(i)ritare : 


crier 


quinguaginta 


cinguante 



§ 780. — Dans ce dernier exemple, le qu initial s'est 
changé par exception en c doux. De même « cinq», de «ç'uin- 
que ». Il faut remarquer que dans ces mots la syllabe sui- 
vante commençait aussi par qu; il y a eu un phénomène 
de dissimilation. 

§781. — Par une exception encore plus rare, qu s'est 
changé en ch dans chascun, de quisque-unum. 

§ 782. — Dans les conditions de la règle 2, le qu de 
seqnalem [igal, égal) et de aqvL{i)lam (aigle) a été traité 
comme le c de acutum (aigu) et de macrurn (maigre) ^ Le 
qu de coquus (queux) est tombé comme lec de focum (feu), 
et celui de coqnit (cuit) s'est changé en y (i) comme le c de 
facit (fait). Qu suivi d'un e consonnifiable dans laqueat (lacé) 
a été traité comme le c de faciat (face, fasse). Quant aux 
différentes formes des mots eau (aquam) et e'uî'er (aquarium), 
et du verbe suivre (*sequere), elles présentent des particu- 
larités dialectales qu'il serait trop long d'expliquer ici. 



§ 783. — Le j latin est devenu notre j français au com- 
mencement des mots : ^'eunc (/uvenem), ^ouer (jocare), g\i 
(;acet). Entre deux voyelles, ou avant une consonne, il a 
produit un y qui s'est joint à la voyelle précédente ou con- 
fondu avec elle : maire (de major), piis (de pejus), ma?eur 
(de majorem); la forme actuelle « majeur » a subi une 
influence savante. 

1. A moins qu'on ne voie dans le g de égal et de aigle le produit de 
ïu qui suit le q. 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 321 

Les dentales (t, d). 
Exceptions à la loi générale 1. 

§ 784. — Le c? initial disparaît devant l'i consonnifiable 
de diurnum, qui a donné you?\ Après une consonne, le d 
disparaît aussi devant ïe consonnifiable dans ordeunt qui a 
donné orge. Le d, lorqu'il doit terminer le mot français, 
s'est changé en t : grandiem) a donné grant (nous avons 
rétabli le d latin dans l'orthographe de ce mot), et le gé- 
rondif ( — anrfo) s'est confondu avec le participe présent 
(  an/eni) ; l'un et l'autre s'écrivent par un t. Le t initial 
s'est changé en c devant r dans craindre, de tremere. 

§ 785. — Après un b ou après un c, séparé du t par une 
voyelle dans le latin classique, le t se change en d : sou- 
dain (sai?'(i)ianum), couc?e (cu^(i)^um), plairf (plac(i);um), 
plaif/er (plac(i)<are). Le t s'est maintenu par dissimilation 
(à cause du d initial) dans doute de diih{l)tat ; toutefois à 
côté de coude {cuh[\)twn) on trouve aussi la forme coûte, 
qui ne peut s'expliquer par la dissimilation. 

s; 786. — Le t est tombé par exception après une autre 
consonne dans huis (os^iiuii), et dans les secondes person- 
nes du singulier des prétérits : — as (de asfi), — is (de 
ïstl). 

Exceptions à la loi générale 2. 

§ 787. — Entre deux voyelles, ou devant une autre con- 
sonne, les dentales ne sont pas tombées dès l'origine de la 
langue; on les trouve maintenues dans les plus uncions 
textes. Ainsi, avant bonté (bonita^cm) on a eu buntet, avant 
jné (perfem) on a eu pieà, piet (l'orthographe pied a 
reparu au xv" siècle sous une influence savante) ; avant veeir 
[veoir, voir, de vir/cre) on a eu redeir ; avant chante (de 
cantal) on a eu chantct. nuaiHl la dentale ne terminait pas 



322 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS- 

le mot français, elle était toujours cl, même à la place d'un 
t latin : peAre [père de pa^rem), portede [portée, de por- 
ta^am). 

§ 788. — Placée devant une r, la dentale, avant de tom- 
ber de la prononciation, s'est souvent assimilée à l'r, et 
est ainsi que nous écrivons encore : larron (la^ronem), 
verre (vi^rum), etc. 

§ 789. — Placées devant s, les dentales se sont ajou- 
tées à Vs et ont formé un z, qui aujourd'hui n'a pas d'au- 
tre valeur qu'une s, et a été d'ailleurs remplacé par cette 
consonne dans un bon nombre de mots : minat[o)s, par- 
ticipe passé pluriel de *minare (mener) a donné menez, 
puis menés; minatis, deuxième personne du pluriel de 
l'indicatif présent du même verbe, a donné aussi menez, 
forme où le z s'est conservé. 

§ 790. — Placé devant /, le t s'est changé en c dans le 
latin populaire, et a été traité comme tel. C'est ainsi que 
vet[u)lum, devenu t'ec/am, a produit le français vieil. Dans 
quelques mots anciens, qui sont d'origine savante, bien 
qu'ils présentent plusieurs des caractères des mots popu- 
laires, le t s'est maintenu devant 17, qui s'est elle-même 
changée en r : chapitre (capif(u)/um), litre (tif(u)/um). 

§ 791. — Le f s'était également confondu avec un c de- 
vant l'e ou \i consonnifiable. Te et ti suivis d'une voyelle 
ont donc été traités comme ce et ci suivis aussi d'une 
voyelle (Comparez § 770). 

4° Les labiales [-g, la, f,v). 
Exceptions à la loi générale 1. 

§ 792. — Le p initial est tombé dcvnntl'sdnnsles vieux 
mots saunie [psalmum], soulier (yosaltcrium). d Psaume » et 
*t psautier » sont des formes savantes. Le v initial (ou sui- 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 323 

vant une consonne) s'est changé en /"dans fois [vlcem], en 
fj flans Tai'ehis (ueryecem), en g dur dans gué (vadum), 
guêpe (vespaj, gâter (vastare) et quelques autres mots. 

Exceptions à la loi générale 2. 

§ 793. — Les labiales sont tombées devant u dans seû 
(su) de *saputum, deû (dû) de *dehutum, ot (eut) de hahuit, 
clou de clavum, etc. 

§ 794. — Les labiales sont aussi tombées devant e ou i 
consonnifîable : ache (de apiwn), sache (de sapiam), aie de 
kaloeam), ayant {de*haToeanfem), cage (de caveam). Toute- 
fois p a subi le changement habituel en v dans le vieux 
mot saive (autre forme de sage), de *sapium. 

§ 795. — B est également tombé dans les flexions éham, 
éhas, etc., des imparfaits, flexions qui sont devenues en 
français eie (puis oie, ais), eies [oies, ais), etc. 

§ 796. — Lev entre deux voyelles est tombé dans viande 
{devivenda), paon{depavonem), ouaille {decviculam); mais 
ils'estmaintenu dansvivanl, vivais, deviventem, vivebam. 

§ 797. — Lorsque la labiale, placée entre deux voyelles 
dans le mot latin, termine le mot français, elle est devenue 
/"et non v : clef (de clavcm), chef (de cajout), tref, vieux 
mot qui signifie tente, (de traiem), vif (de vivum), neuf 
(de noi^em ou nouum). 

§ 798. — Devant /, le b se maintient, et le p se main- 
tient ou se change en b : muable{de mutab{i)lem), hièble{de 
eb[u)lum), peuple (de pop{u)lum), double (de *duplum.) 

§ 799. — Devant les dentales et devant l's, les la- 
biales tombent : chetel (écrit aujourd'hui cheptel), de 
ca'p{i)tale; soudain, de su'b{i)tonum ; cité, de ci\[i)tate7n; 
oes, vieux mot signifiant « besoin », de op(m)s. Elles tom- 
bent aussi devant une autre labiale : abé (aujourd'hui écrit 
abbé), de atihatem. 



324 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 800. — Les exceptions que nous venons d'énumérer sont 
si nombreuses que nous croyons utile de donner ici de nou- 
veaux exemples de la règle 2 pour les labiales (change- 
ment des p ei b en v, maintien de u et /") : 



capiUum : 


cheueu 


capram : 


chèvre 


crepare : 


creuer 


lihrum : 


liure 


ripam : 


rive 


*sep{e)rare : 


sevrer 


dehere : 


deî;oir 


triï[o)Uum : 


trètle 


cahallum 


cheual 


*hàb(e)rdbeo : 


aurai (puis aurai). 


subinde : 


souDent 






levât : 


lève 







5° Les liquides (1, r). 

§ 801. — Vr tombe exceptionnellement devant Vs dans 
doTsum, qui a donné dos. 

§ 802. — L7 redoublée se réduit à une seule /, mais le 
plus souvent la consonne redoublée du latin a été rétablie 
dans l'orthographe : elle (anciennement ele, latin illam), 
belle (anciennement èe/e, latin bellam). 

§ 803. — L7 devant une consonne s'est conservée quel- 
que temps, puis s'est changée en u, et a formé diphtongue 
avec la voyelle précédente ou s'est confondue avec elle : 
falcem et falsum ont donné fa/s, puis faws (faux), multum 
a donné mo/t, mou/t, puis moMt; mal{o)s : ma/s, puis vaaus 
(maux); * volit : vue/t, veu/t, puis veut; ■ma\[e)dicere : 
ma/dire, puis maudire. Au pluriel des mots en el (sauf cî'e/), 
ol, il, ïl s'est maintenue devant Vs ^ Toutefois, dans plu- 
sieurs mots en il, par exemple dans sourcil, VI est tombée 
de la prononciation, même au singulier, mais on continue 
à l'écrire. 

§ 804. — VI non suivie d'une autre consonne, mais cor- 

1. Dans plusieurs dialectes do rancicnuo langue, on a dit (eus yau 
lieu de tels), queus (au lieu de quels), morteus (au lieu de mortels), etc. 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 325 

respondant à deux / latines, s'est changée en w à la fin des 
mots, dans mou (anciennement mol, latin mo//em), cheveu 
(anciennement cheve/, latin, capi//um), wowueau (ancienne- 
ment nouvel, nouvea/, latin nove//um), etc. Toutefois les 
formes avec / vocalisée en u se sont d'abord produites au 
cas sujet singulier et au cas régime pluriel, où 17 était 
suivie d'une s. 

§ 805. — VI mouillée est tombée après ou: *genûculum 
a donné genouil, puis genou. 

§ 806. — Vl s'est changée enr dans Ivsciniolwn, qui a 
donné rossignol, et, devant une nasale, dans ulmum qui a 
donné ovme, Olnam qui a donné Orne (nom de rivière). 
Elle s'est changée en n dans libellwn, qui a donné niveau. 

§ 807. — L'r est devenue /dans pèlerin de peregrinum, 
autel de altare, 

6° Les nasales (n, m). 

§ 808. — L'm finale des mots latins, à de rares excep- 
tions près (n'en de rem, mon cl mien de meum), n'a laissé 
aucune trace dans les langues romanes. 

§ 809. — Vm suivie d'une autre consonne s'est changée 
en n : conte (aujourd'hui écrit comte) de cotn[i)tem. 

.^810. — M est encore devenue n au commencement 
des mots ??zespilum (/(elle) et ^//appam («appe). 

il/ suivie d'une autre consonne s'est maintenue (sans de- 
venir n) quand on a intercalé une consonne de soutien : 
cwm(u)lMm a donné comble. 

§ 811. — Deux m ou deux m consécutives se sont rédui- 
tes à une seule; mais souvent les deux consonnes ont été 
ensuite rétablies dans l'orthographe : annatam donne anée 
(année), grammaticam : gramaire (grammaire). 

§ 812. — Mn se réduit à m : ]iun\.{i)nem a donné homne, 
puis home (homme). 

GlÉOAT. 1 g 



326 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 813. — Nm se réduit aussi à m dans animam qui a 
donné âme; mais l'n s'est conservée assez longtemps 
devant Vm de ce mot {anme, écrit quelquefois aneme), 
et s'est même changée en r dans certains dialectes : 
arme. 

§ 814. — Dès le latin populaire, n était tombée devant 
s : mensem était devenu mesem, qui a donné mois. 

§ 815. — N' finale est tombée d'assez bonne heure après 
;■ .• diuvnmn a àoxmé jorn, jor, jour. 

§ 816. — Aujourd'hui, n ou m suivies d'une autre con- 
sonne n'indiquent plus que la prononciation nasale de la 
voyelle précédente. Comme consonnes proprement dites 
elles ne se sont réellement conservées que seules entre 
deux voyelles ou après une consonne 

7° S. 

§ 817. — L's est tombée, à une époque relativement ré- 
cente, devant toutes les consonnes : paste est deverwx pâte, 
caresme: carême, esté: été, etc. L's ne s'est maintenue devant 
une autre consonne, que dans un certain nombre de mots 
qui ne sont pas d'origine populaire, ou qui ont subi une 
influence savante : pasteur, dévaster, etc. 

§ 818. — Quand l's au commencement d'un mot latin 
était suivie d'une consonne, on la trouve précédée d'un é 
dans le mot français correspondant : scalatn est devenu 
eschelle, scutum : escu, etc. L's est ensuite tombée, sauf 
exceptions, mais l'e s'est maintenu : échelle, écu. 

§ 819. — L's latine entre deux voyelles est devenue en 
français s douce : chose (causam), léser (*lœsare), etc. 

§ 820. — L's redoublée s'est conservée double jusqu'à 
nos jours dans l'orthographe ; mais depuis très longtemps 
elle ne se prononce plus que comme une s simple (dure) : 
passer de *passare. 



TRANSFORMATION DES CONSONNES. 327 

8° X et z. 

§ 821. — Vx se composant d'un c dur et d'une s, laxare 
a donné régulièrement laisser : Vs s'est maintenue (les 
deux s indiquant simplement la prononciation dure de la 
consonne), et le c a produit la diphtongaison de Va précé- 
dent en ai. Quelquefois il y a eu métathése des deux con- 
sonnes dont se compose l'a?. Le même verbe laxare, pro- 
noncé lascare (au lieu de /acsare), a donné /ascher; car le 
c, suivant une autre consonne, et placé devant un a, doit se 
changer en ch (§ 763). 

§ 822. — Le 2, dans les mots d'origine populaire, s'est 
changé en j : zizyphum a donné ^u^ube, et zelosum : ja- 
loux. 

LES GROUPES DE PLUS DE DEUX CONSONNES 
Loi générale 5. 

15 823. — Quand trois consonnes se suivent, la première 
et la dernière sont traitées d'après les lois générales 1 , 2 
et 3. Quant à celle du miheu, elle se conserve ou disparaît 
suivant qu'elle se lie facilement ou non avec les deux au- 
tres; quand elle disparaît, il peut arriver que la loi géné- 
rale 4 soil appliqu'Je. 

11 serait trop long de passer en revue toutes les combi- 
naisons possibles de consonnes; nous indiquerons seule- 
ment les plus importantes et les plus fréquentes. 

Groupe commençant par deux consonnes semblables. 

§ 824. — Si le groupe de trois consonnes commence 
par deux consonnes semblables, l'une des deux disparaît, 
elle groupe se trouve ainsi réduit à deux consonnes, aux- 



328 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

quelles s'appliquent les règles ordinaires : cabati[o)a donne 
cheva/s, chevai/a?, ess[e)ve donne estve, etc. 

Groupe finissant par une s. 

§ 825. — Quand la dernière des trois consonnes est une 
s, ce qui arrive si souvent, notamment au cas sujet singu- 
lier et au cas régime pluriel des noms et adjectifs: 1° si la 
consonne du milieu est une dentale, elle s'unit à l's pour 
former un z; 2° si cette consonne est une gutturale ou une 
labiale, elle disparaît; 3° si c'est une /précédée d'une guttu- 
rale, elle se maintient en se mouillant ; -4° si c'est une r, 
elle se maintient, et un e muet de soutien se place entre 
Vr et Y s. 

Exemples : 

1° ^rand(e)s : grans (régime pluriel de grand) : fact{o)s : 
fai'z (régime pluriel de fait). 

2° ?emp(i/)s : iens (aujourd'hui écrit temps) ; corp{u)s : 
cors (aujourd'hui écrit corps) ; cerv(o)s : cers (régime plu- 
riel de cerf); franc[o)s : frans (régime pluriel de franc). 

3° /*an'c(u)l(o)s : paretVs. 

4° Patres : pères ; petroselinum : pei'csW {ensuiie persil). 

§ 826. — Il faut remarquer que la consonne du milieu, 
lorsqu'elle disparait, n'est pas toujours tombée dès Tori- 
gine, et qu'elle a pu être rétablie plus tard dans l'ortho- 
graphe; ainsi on trouvera francs (au lieu de frans) dans 
les plus anciens textes, et nous écrivons encore ainsi. De 
même nous écrivons faits, grands, etc., par « ts, ds » au 
lieu de z. 

§ 827. — Nous avons vu (§ 805) que 1'/ mouillée qui ter- 
mine le mot est tombée après ou ; elle ne s'est pas conservée 
flavantage lorsque, au lieu de terminer le mot, elle était 
suivie d'une s : * cjenuculos a d(inn(; genouils, puis genoux. 
Quant 1'/ mouillée suivait un a, elle est ordinairement 



TRANSFORMâTOIN des consonnes. 329 

devenue sèche et s'est ensuite vocalisée en u devant l's : 
lrab2iC{u)\[o) s a donné ^rarails puis irauaux. 

§ 828. — VI nniouillée suivie d's s'est aussi vocalisée 
•iprès e, et on trouve des formes telles que solews ou solaus 
(cas sujet singulier et cas régime plariel de soleil, latin 
solicu/us et solicu/os). Ces formes, avec vocalisation de 
17, n'ont pas persisté, et aujourd'hui le pluriel de soleil Q%i 
soleils. Mais nous avons conservé vieux (pour vieils), en 
le faisant des deux nombres. 

§ 829. — Quand une dentale est entre deux s, les trois 
consonnes se réduisent à z ous (hos/es =oz, os, pluriel du 
vieux mot ost ; eccistos a donné icez, ces), ou bien les trois 
consonnes se maintiennent et un e de soutien se place entre 
les deux dernières (cantasfis .• chantasses, chantâmes) 

Groupe finissant par une liquide. 

§ 830. — Quand la dernière des trois consonnes est une 
liquide (/, r), et que la première, d'après les règles géné- 
rales, doit se maintenir, il peut se faire que celle du milieu 
ne puisse se lier facilement avec les deux autres, et que 
cependant les deux autres puissent se prononcer avec une 
consonne intermédiaire différente. Dans ce cas, la con- 
sonne du milieu tombe, mais elle est remplacée par une 
consonne euphonique d'après la règle ordinaire (Voyez la 
loi générale -i). C'est ainsi que pulvevem a donné poul- 
dre (ensuite poudre), surgere : sourdre, et pasc'e)re: 
paistve. Dans ce dernier exemple, la gutturale du milieu 
n'est pas tombée entièrement; elle a produit la diphton- 
gaison de la voyelle précédente. Il en est de même dans 
plaindre (i^langere), croistre (crescere), etc. 

§ 831. — 11 faut remarquer pour plangere (plaindre), 
pasccre (paître), crescere (croître), que les gutturales média- 
nes étaient placées en latin devant un e, et étaient arrivées 



330 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

à se prononcer, le c ; ç, et le g : j. Si elles avaient conservé 
le son dur latin {k, gu), elles auraient pu facilement se pro- 
noncer devant la liquide, et elles se seraient probablement 
maintenues ; c'est ainsi que les gutturales ont persisté dans 
ancre (anco?'am), oncle (avuncu^um), an^le {ànguhxm}, 
sangle {cingulum), parce que, suivies d'un u ou d'un o 
dans le latin, elles étaient demeurées dures. 

§ 832. — Dans angelum (ange), le g, devenu doux devant 
Te, s'est conservé quelque temps entre les deux conson- 
nes, comme l'atteste l'orthographe angele (prononcez an- 
ile) ; puis, au lieu de disparaître pour céder la place à une 
consonne euphonique, le ^ a chassé 17 et est resté seul avec 
'n : ange. Un fait analogue s'est produit dans marge (de 
mar^i?2em). Nous avons vu d'ailleurs que Yn était tombée 
après le g doux (même non précédé d'une autre consonne) 
àa.\\%j)age, image (§ 778). 

§ 833. — Entre s et /, la gutturale est tombée dans 
wiasc(w)li«?i qui a donné masle, mâle, dans misc[u)lare 
qui a donné mesler, mêler. 

§ 834. — Entre c et r, l's est tombée dans dua!^^e)runt 
{= ducs(e)î'unt) qui a donné duirent, et dans toutes les 
troisièmes personnes en xerunt (Voy. cependant § 327;. 



MIONS GÉNÉRALES SUR LA TERSiïlCATION ÏRANÇAISE 

DU MOYEN AGE 



PRINCIPE DE LA VERSIFICATION FRANÇAISE 
LA CÉSURE 

§ 835. — Quand on parle, on ne prononce pas les phra- 
ses tout d'une haleine. Il y a des repos naturels de la voix, 
dont quelques-uns sont marqués dans l'écriture par la 
ponctuation; bien entendu, ces repos ne se placent jamais 
entre des mots intimement liés l'un à l'autre comme 
l'article et le nom, le pronom personnel sujet et le 
verbe, etc. 

§ 836. — La différence essentielle, au point de vue de 
la forme, entre la poésie française et la prose, consiste en 
ce que, dans la poésie, il y a régulièrement des repos après 
un nombre déterminé de syllabes. Il en résulte- un^iar- 
monie caractéristique. Arrangez les mots d'une phrase ou 
d'un membre de phrase pour qu'il y ait un repos après la 
quatrième syllnbc et un autre après la dixième, vous aurez 
un vers de dix syllabes. 

12 3 4 15 6 7 8 9 10 
« Le duc Ogicr j l'arclievôquc Turpin » 

est un vers de la chanson de Roland. 

Mette/, un repos à la sixième syllabe et un autre à la 
douzième, vous aurez le vers alexandrin : 

1 -; ■■' 'i \i_ 6 \ J 8 9 10 11 12 

« Je vous l'iitcuclSjXéi'oii I m'apprend i)ai- votre voix... 



332 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

§ 837. — n y a donc deux repos nécessaires dans cha- 
cun de ces vers, l'un dans le corps du vers, l'autre à la 
fin. Celui du corps du vers prend le nom de césure ; ainsi 
le vers alexandrin a la césure à la sixième syllabe. 

LA SYLLABE MUETTE A LA FIN DU VERS 
ET A LA CÉSURE 

§ 838. — Pour obtenir l'harmonie qui résulte de cette 
disposition des repos, il faut que la dernière syllabe du 
vers ne soit pas une syllabe muette ; ou du moins, le vers 
doit contenir le nombre de syllabes exigé, abstraction 
faite de la dernière si elle est muette : 

1 2 3 4 3 6 I 7 8 9 10 H 12 13 

Quoi ! VOUS vous arrêtez | aux songes d'une femme 

Ce vers de Corneille a treize syllabes, mais est considéré 
comme n'en ayant que douze, parce que la dernière est 
muette; le repos est réellement après la douzième. 

§ 839. — Pour la même raison, on doit admettre aussi 
à la césure une syllabe muette qui ne compte pas : 

12 3 4 5 6 1 j 7 S 9 10 11 12 

Oui je viens dans son tera|ple 1 adorer l'Éternel. 

Mais d'après les règles actuelles, la syllabe muette n'est 
admise à la césure que si le mot suivant commence par 
une voyelle, et si l'e muet n'est suivi d'aucune consonne. 
On ne dirait pas : 

Oui jo viens dans son temple supplier l'Éternel. 

ni 

Oui jo viens dans ses tcmplejf adorer l'Éternel. 

§ 840. — Dans raiicionne langue, ces restrictions 



NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA VERSIFICATION FRANÇAISE. 333 

n'existaient pas. A la césure, comme à la fin du vers, on 
admettait une syllabe muette qui ne comptait pas, même 
quand le mot suivant commençait par une consonne. Ainsi 
dans la Chanson de Roland on trouve, entre beaucoup 
d'autres, ce vers de dix syllabes avec césure à la qua- 
trième : 

1 23 41 15 6|7|8|9|10 
Beau sire Gué | ne, | dit Mar|si|le [ le | roi. 

Il faudrait aujourd'hui que la seconde partie du vers 
commençât par une voyelle, par exemple : 

Beau sire Guène, a dit le roi Marsile, 

L'ASSONANCE ET LA RIME 

§841. — Après le nombre des syllabes et la place de 
la césure dans le vers, le principal élément de la versifica- 
tion française consiste dans la répétition d'un même son â 
la fin de deux ou plusieurs vers, consécutifs ou séparés 
par d'autres vers. Cette répétition se nomme assonance ou 
rime, suivant qu'elle porte seulement sur la dernière 
voyelle (tonique) du vers, ou sur cette voyelle et sur les 
consonnes qui la suivent. Ainsi un vers terminé par Aomme 
assone, mais ne rime pas, avec un autre terminé par cou- 
ronne; les deux voyelles toniques sont les mêmes (o), mais 
elles sont suivies de consonnes différentes dans les deux 
mots. 

§ 842. — La plus ancienne versiûcation française ne 
connaissait que l'assonance, encore pratiquée aujourd'hui 
dans les chansons populaires. Mais il faut remarquer 
que, par suite des modifications de la prononciation, bien 
des mots qui assonaient dans l'ancienne langue n'assone- 
raient plus aujourd'hui. Dans la Chanson de Roland, païen 

19. 



334 GRAMMAIRE DU VIEUX FRANÇAIS. 

assone avec chevalier, avec /?er (adjectif) et Sixec Michel : 
c'est que ïe de pa'ien n'était pas encore nasalisé, que Ve 
de chevalier et celui de fier se prononçaient de même, 
et qu'on disait Michiel et non Michel; dans tous ces mots 
il y avait la même diphtongue ie. 

L'ÉLISION 

§ 843. — Les règles de l'élision n'étaient pas, dans l'an- 
cienne versification, les mêmes que de nos jours. Nous ne 
pouvons employer dans le corps d'un vers les mots à ter- 
minaison féminine dont Ye muet est précédé immédiate- 
ment d'une voyelle ou d'une diphtongue (joie, aimée), à 
moins que cete muet ne soit élidé. Il en résulte que le plu- 
riel de joie, « joies », et les formes verbales telles que 
« s'écrient » ne peuvent jamais entrer dans le corps d'un 
vers, parce que l'e muet, étant suivi de consonnes, ne 
p^ut être élidé. D'après ces règles, le vers suivant de la 
Chanson de Roland serait incorrect : 

Devant Marsile il s'écrie moult haut. 

Ainsi l'e muet précédé d'une voyelle pouvait ne pas être 
élidé, et comptait dans la mesure du vers. 

L'HIATUS 

§ 844. — En général l'élision était facultative. On 
trouve par exemple l'article le, la conjonction ou le piv^nom 
(jue, comptant comme une syllabe devant un mot commen- 
çant par une voyelle : 

Chanson de Roland : « Ma bonne épée que ai ceinte au 
côté. » 

On craignait donc fort peu la rencontre des voyelles. 
Au>>i l'hiatus est-il fréquent. 



NOTIONS GENERALES SUR LA VERSIFICATION FRANÇAISE. 335 

Chanson de Roland : « Jusqu'à un an aurons France 
saisie. » 

VARIATION DU NOMBRE DES SYLLABES 
DANS CERTAINS MOTS 

§ 845. — Ce sont là les principales différences entre 
la versification du ni03'en âge et la versification moderne. 
Il faut ajouter que certains mots comptent aujourd'hui 
pour une syllabe de plus ou de moins que dans l'ancienne 
langue ; ainsi destrier, aujourd'hui de trois syllabes, n'en 
avait que deux à l'origine, tandis que chrétien, qui ne 
compte que pour deux syllabes, en avait trois dans les 
poésies du moyen âge. 



FIN 



TABLE MEIUODlûl DES MATIEfiES 



Préface v 

Intivodhction et notions pr. élimina ires 1 

Chapitre I«^ — La langue 1 

Origine de la langue française 1 

Formation du vocabulaire t 

I. — Époques et procédés de formation 2 

Origines diverses des mots français 2 

Mots savants et mots populaires 3 

Mots do formation latine et mots de formation française. 

Préfixes et suffixes 5 

II, — Règles générales de transformation des mots latins en 

mots français^ ou lois générales de la phonétique. 14 

Accent tonique et accent secondaire. Place de l'accent to- 
nique en latin et en français 14 

Loi de la chute des atones. Exceptions 15 

Chapitre IL — L'orthographe 1& 

Généralités 18 

Comparaison de l'orthographe actuelle et de l'orthographe 

DU moyen AGE 20 

I. — Diphtongues et voyelles 20 

Oi, ai 20 

Au, eau 20 

Eu, œu 21 

Ou 22 

Ui, oi 22 

A 23 

É 23 

U 23 



338 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 

24 

Y, i 24 

IL — Consonnes 24 

Consonnes chuintantes et gutturales 24 

Dentales 25 

Labiales et liquides 26 

Nasales 26 

S, X et Z 26 

Consonnes redoublées 27 

Orthographe du quinzième siècle 28 

Orthoguaphes dialectales 29 

Tableau synoptique ^0 



ÉTUDE DES FLEXIONS 



Chapitre l"^. — Du nom 33 

La déclinaison en latin, GÉNÉnALITÉS 33 

La déclinaison en vieux français 34 

L — Noms féminins 35 

Dérivation de la première déclinaison latine 35 

Pluriels neutres transformés en noms féminins 36 

Noms féminins dérivés des autres déclinaisons latines 37 

Résumé 39 

IL — Noms masculins 40 

Dérivation de la seconde déclinaison latine 40 

Les quatrième et cinquième déclinaisons latines, et par- 
tiellement la troisième 41 

Les noms masculins qui n'avaient pas A's en latin au no- 
minatif singulier 42 

Noms neutres devenus masculins 43 

La troisième déclinaison latine 44 

Résumé. — Les noms masculins dans la langue actuelle. 48 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 339 

III. — Noius indéclinables 49 

Observation générale sur les noms 51 

Chapitre II. — De Vadjedif 51 

Les diverses déclinaisons des adjectifs en vieux français... 51 

Type « bonus « 51 

Type « talis » 54 

Type « cantans » 56 

Adjectifs indéclinables 57 

1. Adjectifs terminés par une s 57 

2. Adjectifs en or 58 

Observation générale sur les adjectifs 59 

Degrés de comparaison; traces du comparatif et du superla- 
tif LATINS 59 

Chapitre III. — Des noms de nombre G2 

Noms de nombre cardinaux 62 

Noms de nomure ordinaux , 03 

Chapitre IV. — Des adjectifs et pronoms dcmonsh-atifs et de 

Carticle défini 65 

Le datif lat;n 05 

Le pronom latin « ille » 05 

I. — V article défini 65 

Origine et déclinaison de l'article 65 

L'article neutre 67 

Particularités phonétiques des formes de l'article 67 

Articles contractes 68 

II. — Vadjectif pronom « icil, cil >• 68 

Origine et déclinaison de « icil » 68 

Le neutre cel., 69 

Particularités phonétiques des formes de « idl « 69 

Le pronom latin « iste » et le pronom français « icist, cist ». 70 

Le démonstratif neutre « ço, ce » 71 

Chapitre V. — Des pronoms per!:onncls 71 

Les pronoms personnels des deox premières personnes 71 

I. — En latin 71 

II. — En frau'jnis. 72 



340 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 

Le proxom de la troisième personne 74 

Le pronom réfléchi 75 

Pronoms contractes 75 

Chapitre VL — Des adjectifs et pronoms possessifs 76 

Première personne do singulier 77 

Deuxième et troisième personnes du singulier 78 

. Première et deuxième personnes du pluriel 79 

Troisième personne du pluriel 80 

Chapitre VII. — Du pronom relatif et interrogatif 81 

Chapitre VIII. — Des adjectifs et pronoms indéfinis 82 

Chapitre IX. — Du verbe 83 

Notions préliminaires 83 

I. — Du rôle de l'analogie dans la formation des verbes 

français 83 

II. — Division des verbes en conjugaisons 85 

La coujugaison en er et la conjugaison en re, oir, ir 85 

La conjugaison inclioative 85 

Résumé. — Les deux conjugaisons vivantes 87 

Les variations du radical des verbes 88 

I. — Variations dues au traitement différent des voyelles 

latines toniques et des mêmes voyelles atones. Ra- 
dical tonique et radical atone 88 

II. — Variations dues à la présence dans la flexion latine 

d'un e ou i consonni fiable 94 

Radical terminé par un d 95 

Radical terminé par une labiale 97 

Radical terminé par une / 9!) 

Radical terminé par r ou n lOO 

Radical terminé par c ou ^ lOl 

Formes exceptionnelles ^ 102 

Traces de toutes ces formes dans la coujugaison actuelle. 103 

III. — Variations dues aux traitements divers du (c) /Ç?ja/ 

du radical 104 

IV. — Verbes français en oindre, eindre, oindre 105 

V. — De lu vocalisation de V {/) daiu les formes verbales.. 106 

VI. — Des consonnes euphoniques introduites dans la conju- 
gaison 108 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIERES. 341 

Les flexions du verce 110 

La flexion [ans) des premières persoimes du pluriel 110 

Les flexions de chaque temps 111 

L — Infinitif 111 

II. — Participe présent et gérondif 113 

III. — Participe passé 115 

Participes en é, i, des verbes eu er, ir U5 

Participes en t 115 

Participes en m 118 

1. Verbes en air 119 

2. Verbes en re 119 

Participes en s 120 

Participes exceptionnels en i et en eit 121 

Résumé 122 

IV. — Présent de l'indicatif 123 

Conjugaison en er ; 123 

Conjugaison en re, air, ir 124 

Conjugaison inchoativc 128 

V. — Présent du subjonctif. 128 

Conjugaison en er 128 

Conjugaison en re, oir, ir 130 

VI. — Imparfait de Vindicatif 132 

Imparfaits en ève et eu oe 132 

Imparfaits en oie, ais 134 

Imparfaits en ive 135 

VII. — Futur et conditionnel 135 

Formation du futur et du conditionnel 135 

RedoulDlement de Vr 138 

Substitution exceptionnelle, au futur et au conditionnel, 

du radical tonique au radical atone 1 39 

VIII. — Impératif 139 

IX. — Prétérit de l'indicatif 141 

Prétérits en ai 141 

Prétérits en f 142 

Prétérits français dérivés des prétérits latins en evi, ui... 142 

Prétérits dérivés des prétérits latins on si 146 

Pi'étérits dérivés des prétérits latins en i 149 



342 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 

Prétérits se rattachant h dedi 150 

X. — Imparfait du subjonctif 151 

XI, — Le temps archaïque dérivé du plus-que-parfait latin. 152 

La conjugaison du verbe « être » 154 

Infinitif 154 

Participe présent et participe passé 154 

Indicatif présent 154 

Subjonctif présent 155 

Imparfait de l'indicatif 155 

Futur et conditionnel 156 

Impératif 157 

Prétérit de l'indicatif et imparfait du subjonctif 157 

Chapitre X. — Des mots invariables 158 

L'* adverbiale 158 

Modifications intérieures subies par les adverbes en ment. 158 

Formes contractes où entre l'adverbe en 159 

LMnterjection « hélas! » 159 



SYNTAXE 

PREMIÈRE PARTIE 

SYNTAXE PARTICULIÈRE 

Remarques communes aux noms, adjectifs et pronoms : emploi 

DES CAS 161 

I. — Cas sujet et cas régime. 161 

II, — Ellipse des prépositions « de » et a à » devant le cas ré- 

gime 1 82 

Chapitre I". — Syntaxe du nom 163 

Genre français des noms neutres en latin 163 

Noms féminins de la deuxième déclinaison latine 164 

Noms la i ins en « or, orem » 164 

règle générale du genre primitif des noms en français. cau- 
ses de variation 1c4 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 343 

Liste de noms a genre variable 166 

Chapitre II. — Sy7itaxe de l'adjectif 1 68 

Emploi ancien des formes féminines analogiques 168 

Adjectifs invariables par position 169 

Chapitre III. — Syntaxe des noms de nombre 169 

Article devant les noms de nombre cardinaux 169 

Chapitre IV. — Syntaxe de Varticle et des adjectifs et pronoms 

démonstratifs 170 

L'Article 170 

I. — Emploi des noms sans article et sans « de » partitif. . . 170 

II. — Emploi de l'article après le « de » partitif. 171 

III. — Non-emploi de l'article devant les 7ioms de pays 171 

Les adjectifs et pronoms démonstratifs 172 

I. — Les différents cas de « icist, cist « 172 

II. — Emploi de « icisf, cist » comme prono^n 173 

III. — L'adjectif pronom « icil, cil yt 173 

IV. — « Cist » et « cil » employés au lieu de l'article 174 

V. — « Cist » opposé à « cil n 1 75 

VI. — Le pronom neutre « ce » 175 

Chapitre V. — Sy?itaxe des pronoms personnels 176 

Pronom personnel non exprimé 176 

Pronom pléonastique 177 

Je, tu, il au lieu de moi, toi, lui 177 

Moi, toi, soi, lui au lieu de me, te, se, le 178 

Emploi de Ici et H 179 

Emploi de leur 179 

Lui, eux au lieu de se 180 

Chapitre VI. — Syntaxe des adjectifs et pro?ioms possessifs 181 

Cas de l'adjectif possessif 18I 

Nostre, vostre au cas sujet masculin pluriel de l'adjectif 

possessif, au lieu de tios, vos 181 

Nos, vos, 710, vo au lieu de nostre, vostre 182 

Ma, (a, sa devant un nom commençant par une voyelle.. 183 

Le 77iien, le tien, &ic., employés comme adjectifs 183 

Emplois exceptionnels de difTérontes formes de l'adjectif 

possessif. 184 



344 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 

Chapitre VII. — Syntaxe du pro7ioin relatif et interrogatif. ... 184 

Cui ou qui au lieu de que, à qui 184 

De supprimé devant le pronom relatif 185 

Pronom relatif avec un nom de chose pour antécédent 185 

Que pronom neutre sujet 186 

Cui ou qui interrogatif au lieu de à qui 186 

Que neutre interrogatif entre deux verbes 187 

Chapitre VIII. — Syntaxe des adjectifs et pronoms indéfinis... 187 

Chapitre IX. — Syntaxe du verbe 193 

Emi-loi des différentes espèces de verbes 193 

I. — Vej'bes auxiliaires « e'tren et a aller » suivis du géron- 

dif-participe 193 

II. — Verbe suppléant « faire >^ 194 

III. — Verbes transitifs, inlransitifs et réflécliis 194 

Variations générales dans les acceptions des verbes 194 

Auxiliaires qui servent à conjuguer les verbes transitifs, 

intraiisitifs et réfléchis 198 

Emploi des différentes flexions du verbe 199 

I. — Nombres et perso7mes 199 

U. — Modes et temps 200 

Infinitif et gérondif 200 

1. Particularité commune à l'emploi du gérondif et de 
l'infinitif 200 

2. Infinitif pour l'impératif 20O 

3. Infinitifs pris substantivement 20O 

4. Infinitif après la préposition e?î 201 

5. Temps de l'infinitif 201 

6. Gérondif 202 

Participe présent 203 

Participe passé 203 

1. Accord du participe employé avec l'auxiliaire avoir.. 203 

2. Participe avec êli-e dans la conjugaison des verbes 
neutres et des verbes léfiéchi? 204 

Indicatif 205 

1. Imparfait 205 

2. Passé défini et passé indéfini 205 

3. Passé antérieur 206 

Subjonctif 207 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIERES. 345 

1. Imparfait -207 

2. Emploi du mode subjonctif 208 

Accord des temps 209 

1. Accord de coordination et de subordination non com- 
plétive 209 

2. Accord de subordination complétive 210 

Chapitre X. — Syntaxe de la préposition 210 

A 211 

I. — Principales valeurs de la préposition « à » 211 

II. — Divers sens de « à » se rattachant à ridée de « mou- 

vement vers, tendance » 211 

Sens général 211 

A devant le complément indirect 212 

A marquant le rapport de possession 212 

A au lieu de pour devant un infinitif 213 

A et non de devant un infinitif 213 

A au lieu de pour dans le sens de pour une durée de., .. 214 

A au sens de à titre de, comme , 214 

A dans le sens distributif 215 

III. — Divers sens rfe « à r> se rattaclinnt à l'idée de « sé- 

jour, situation, état » 215 

Sons général 215 

A devant un infinitif ou un gérondif au lieu de e?i suivi 

du gérondif 210 

A sans idée de mouvement, se rapportant à la durée 216 

A au lieu de avec 217 

A suivi d'uu adjectif. 218 

IV. — Divers sens de (x à » se rattachant à l'idée de « mou- 

vement hors de, origine « 218 

A au lieu de par après un verbe passif ou pris dans un 

sens passif 218 

A au sens do selon, d'après '>19 

AiNÇOIS, ANCEIS, ENCEIS 219 

AiNS 220 

Aprop 220 

As, ES 220 

A TOUT 220 



346 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIERES. 

Avers 220 

Contre 221 

De 221 

Principales valeurs de la préposition de 22 1 

De marquant le rapport de possession 222 

De et non à devant un infinitif 222 

De relativement à la durée 223 

1. De au sens de depuis 223 

2. De au sens de pendant 223 

2. De marquant le moment de l'action = 223 

De signifiant de la part de, au nom de 224 

De au lieu de par après un participe passé 224 

De marquant l'instrument, la manière 224 

De marquant restriction de l'idée exprimée par le verbe ou 

l'adjectif 226 

De marquant le moj-en 227 

De marquant la cause 227 

De signifiant au sujet de 228 

De précédant l'infinitif ou le nom sujet logique d'une pro- 
position 229 

De au lieu de que après un comparatif 229 

De séparant un adjectif ou un substantif qualificatif du nom 

qualifié 229 

Decoste 230 

Dedans , 230 

Defors 230 

Dejuste, dejoste 230 

Delez 230 

DÈS 231 

Dessous, dedessous 231 

Desdr, dessus 232 

Devant, dedevant 232 

Emprès 232 

En 232 

Enceiz 23$ 

Encontre 233 

Encoste 233 

Endbeit, endroit 234 

Enmi 234 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 347 

Ensemble 234 

Ens en 235 

Entour 235 

Entre 235 

Entresque a 236 

Envers 236 

Environ 236 

Es , 236 

Fors 237 

Juste, joste 237 

Lez, lès 237 

Long 237 

Ne mais que, ne mais 237 

238 

Outre 238 

Par 238 

Parmi 240 

Pois 240 

Que en, que a 241 

Selon 241 

Sur 241 

TeESQUE a, TRESQUE en, TRES 242 

Vers 242 

Chapitre XI. — Syntaxe de l'adverbe 242 

Adverbes qui sont aussi prépositions 242 

Adverbes proprement dits 244 

I. — Adve7'bes de lieu 244 

II. — Adverbes de temps 243 

III. — Adverbes de quantité 252 

IV. — Adverbes de manière 255 

V. — Adverbes d'affirmation, négation ou doute 257 

Chapitre XII. — Syntaxe de la conjonction 259 

Et et ni 259 

Que 260 

Conjonctions formées avec « que » 260 

ains, ainçois, car, jusques, sinon 261 



348 TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 

DEUXIÈME PARTIE 

SYNTAXE GÉNÉRALE 

Chapitre I. — Ordi'e des mots ■. 263 

Ordre des mots relativement au verbe 263 

I. — Place du participe et de l'auxiliaire 263 

II. — Place du sujet et du complément direct 264 

m. — Place du complément indirect et de l'attribut 266 

Attribut 267 

Complément indii'cct 267 

IV. — Sujets et compléments d'un verbe à l'infinitif et du 

verbe qui le régit 267 

V. — Le pronom personnel sujet 268 

VI. — Les pronoms régimes 269 

VII. — Pronoms sujets et régimes d'un infinitif 270 

VIII. — Place des adverbes 272 

Ordre des mots qui ne sont pas en rapport immédiat avec le 

VERBE 272 

I. — Compléments des mots autres que le verbe 272 

II. — Place de l'adjectif épithète 273 

III. — Adverbe se rapportant à un adjectif ou à un autre 

adverbe 275 

IV. — Place des adjectifs déterminalifs 276 

Chapitre II. — Ordre des propositions 276 

TROISIÈME PARTIE 

VIEUX GALLICISMES 

Il y a, il n'y a pas, il a, y a, a 279 

Faire à suivi d'un infinitif 280 

Faire que suivi d'un adjectif ou d'un substantif 280 

Pour peu, pour peu que, a bien petit que, pour un peu 

que 281 

Celui ou celui qui dans une proposition négative 281 

Est qui dans le sens de quelqu'un (quelqu'un est qui).. . . 282 
D'une chose à faire, pour une chose à faire, etc., au lieu 

do de faire une chose, pour faire une chose, ctc 282 



TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 349 

PHONÉTIQUE 

Définitions 283 

PREMIÈRE PARTIE 

TRANSFORMATION DES VOYELLES ET DIPHTONGUES 

GÉNÉRALITÉS 285 

I. — Quantité des voyelles en latin 285 

II. — Quantité naturelle des voyelles suivies de plusieurs 

consonnes 285 

III. — Influences diverses qui agissent sur la transforma- 

tion des voyelles 286 

Action des gutturales 286 

Action de /, de c ou i consonnifiable, de i final 287 

Action d'un u atone 288 

Action de plusieurs consonnes suivant immédiatement la 

voyelle 288 

Tableaux de phonétique vocalique 289 

Explication des tableaux 289 

A tonique 292 

A do la syllabe initiale 294 

E long tonique 295 

E long de la syllabe initiale 296 

E bref tonique 297 

E bref do la syllabe initiale 298 

/ long tonique 299 

/ long de la syllabe initiale ;}00 

/ bref tonique ;î01 

l bref de la syllabe initiale J02 

long tonique 303 

long de la syllabe initiale 304 

bref toniquo 305 

bref de la syllabe initiale 307 

U long tonique 307 

U long de la syllabe initiale ;i08 

U bref tonique 309 

Clédat. 2 



390 TABLE METHODIQUE DES MATII-RES. 

U bref de la syllabe initiale 310 

Y ; 310 

Diphtongues 311 

\. M, CB 311 

2. Au., 311 

DEUXIÈME PARTIE 

TRANSFORMATION DES CONSONNES 

Lois générales des consonnes 312 

Lois particulières a chaque consonne 314 

l" H 314 

20 Les guttui-alos et le 7 315 

C 315 

G 318 

Q 318 

J 320 

3° Les dentales 321 

Exceplious à la loi gcncralc 1 32 ( 

Exceptions, à la loi générale 2 321 

4° Les labiales 322 

Exceptions à la loi générale 1 322 

Exceptions à la loi générale 2 323 

5» Les liquides 324 

6° Les nasales 325 

70 S 326 

80 X et Z 327 

Les groupes de plus de deux consonnes . . 327 

Loi générale 5 327 

Groupe commençant par deux consonnes semblable^ 327 

Groupe Unissant par une s 328 

Groupe finissant par une liquide ZT^ 



TABLE MÉTHODIQUE DBS MATIÈRES. 3bl 

NOTIONS GÉNÉRALES SIR LA VERSIFICATION FRANÇAISE 

DU MOYEN AGE 

Principe de la versification française. La césure ;i31 

La syllabe mdette a la fin du vers et a la césure 332 

L'assonance et la rime 333 

L'élision 334 

L'hiatus 334 

Variation du nombre des syllabes dans certains mots 335 



FIN DE LA TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. 



SiG3-87. — ConDBiL. Typ. et stér. Cftiirà. 



1. 



I 



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i /A" 



s C Glédat, Léon 

2821 Grammaire élémentaire de 1; 

G5 vieille langue française ^. 



PLEASE DO NOT REMOVE ^ 

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