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Histoire anatomique et physiologique des scoi r : ons, par M. Léon Dufour. 56 1 



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HISTOIRE 

ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

DES SCORPIONS, 



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PAR M. LÉON DUFOUR. 



Adeo me occupaverunt hœc omma, ut, 
supra liumana erectus, sanitatem ipsamque 
vitam vilipenderem dum liceret visceribus 
animalium spectandis immorari . . . 

O. F. Muller. Zool. Dan. 




PROLEGOMENES. 



Les travaux des Cuvier, Marcel de Serres, Muller, 
Meckel, Treviranus, Duvernoy, Dugès, Newport, Blan- 
chard, Milne Edwards, ont donné une grande impulsion à 
l'anatomie des scorpions. J'y ai aussi contribué. Il est des 
questions si difficiles qu'il faut le concours, je ne dis pas 
de plusieurs savants, mais souvent de plusieurs généra- 
tions, pour arriver à l'établissement définitif de la vérité. 
D'ailleurs, bien que notre arachnide compte par sa taille 
parmi les plus grands articulés à respiration aérienne, son 
anatomie offre infiniment plus de difficultés que celle des 



SAVANTS KTIUNGERS. 



XIV. 



7» 



562 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

petits insectes hexapodes, à raison de son organisation plus 

compliquée, conséquemment plus parfaite. , p 

Après ma publication de si ancienne date sur Fanatomie »*£ 
du scorpion, j'ose encore descendre dans la lice avec l'es- 
poir de trouver à glaner sur les traces de si habiles scru- 
tateurs, d'ajouter quelques faits, d'en confirmer d'autres, 
de redresser des erreurs que des circonstances plus oppor- 
tunes m'ont permis de constater, enfin d'envisager sous 
un autre point de vue physiologique la structure tant exté- 
rieure qu'intérieure d'animaux qui, par leur position dans 
le cadre zoologique, forment un organisme de transition 
d'un haut intérêt de science. 

Quand je songe qu'il y a quarante ans passés je dissé- 
quais, dans l'ardeur de mes explorations en Espagne, des 
centaines de scorpio occitanus vivants, je remercie le ciel 
d'avoir accordé à mes vieux jours la faveur si inespérée de 
porter encore un scalpel moins novice dans les entrailles ou 
vivantes ou récemment privées de la vie de ce même scor- 
pion. Saint-Sever, ma résidence, n'est point et ne saurait 
être, à cause de sa température, ainsi qu'on le verra bien- 
tôt, la patrie de ce primate des arachnides. Il a donc fallu 
me procurer ailleurs ces animaux. Mon Fds, Gustave Du- 
four, jeune médecin militaire, et mon neveu, M. Laboul- 
bène, interne des hôpitaux de Paris, allèrent, sur ma 
recommandation, au printemps de i85o, cà la chasse de 
['occitanus, à Port-Vendres, aux bords de notre Méditer- 
ranée, et m'apportèrent une cinquantaine de ces scorpions 
pleins de vie et de santé. Ce précieux convoi avait été dis- 
posé de manière que chaque individu était séquestré, 
isolé dans des prisons cellulaires. Peu de temps auparavant, 
un entomologiste instruit de Madrid, M. Ferez Arcos, 
avait eu l'obligeance de m'en expédier un petit nombre. 



DES SCORPIONS. 563 

Mes nouveaux hôtes, dont j'avais jadis étudié les habitudes 
et le genre de vie, je les élevai, je les soignai en imitant 
les conditions de leur sol natal. Le succès a pleinement 
répondu à mes sollicitudes empressées, à mon amour de 
la science. 

Pour donner à mon travail quelque valeur comparative 
et pour sauvegarder mon contrôle à l'égard de mes devan- 
ciers, j'ai cherché à couler à fond l'anatomie de Yoccitanus 
frais de tous les âges et de tous les sexes, mais j'ai tenu à 
m'exercer aussi sur de nombreux individus de ce même 
type conservés dans l'alcool. J'y ai également ajouté les 
autopsies de huit autres espèces, la plupart exotiques, 
retirées des liqueurs conservatrices et que je ferai con- 
naître bientôt. 

S'il est nécessaire et même indispensable de disséquer 
les cadavres récents de ces arachnides pour apprécier le 
véritable état normal des viscères, il est incontestable aussi 
que certains organes, certains tissus se jugent mieux quand 
on les étudie après un séjour plus ou moins prolongé dans 
l'esprit de vin, qui leur donne plus de consistance et les 
rend plus isolables. Je citerai pour exemples le foie, les 
nerfs, les muscles. Il est même des circonstances où un 
certain degré d'altération, de décomposition des tissus est 
devenu nécessaire pour constater des particularités anato- 
miques. 

Cuvicr, Treviranus, Dugès ont disséqué Ycuropœus; Du- 
vernoy, le palmatus, Yafer, Yoccitanus, Ycuropœus; Muller, 
Newport, Milne Edwards, Yafcr. Les sujets de ces dissec- 
tions étaient tous conservés dans l'esprit de vin. Quant à 
moi, j'ai pris pour type de mes investigations Yoccitanus, la 
plus grande des espèces d'Europe, celle qui a servi aux 
expériences de Rcdi et de Maupertuis. Je ne crois pas me 

7»- 



564 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

tromper en avançant que je suis le seul qui ait eu le pré- 
cieux avantage de disséquer ces animaux vivants ou récem- 
ment morts. 

Loin de moi toute idée de controverse intempérante. 
En procédant, le scalpel à la main, au contrôle des autres 
anatomistes, je saurai, dans la constatation des faits, tenir 
compte des différences produites par le degré de conserva- 
tion des sujets disséqués. Ami de la science, j'en comprends 
les difficultés et les amorces; une longue expérience m'a 
appris que c'est souvent par le dédale des erreurs qu'on 
arrive à la vérité, et j'attache autant de prix à reconnaître 
les premières qu'à rendre hommage à là seconde. 

Je l'avoue sans détour, il n'est point dans la trempe de 
mon intelligence de m'engager dans les subtilités de cette 
anatomie, dite transcendante, qui veut tirer le fin du fin. 
Je m'incline humblement devant cette habileté des doigts, 
cette acuité des yeux, cette sagacité de l'esprit, qui font 
apercevoir dans le filet nerveux d'un scorpion quatre ordres 
de fibres constitutives dont on règle les attributions phy- 
siologiques 1 . Non nobis tanlas componere Htcs! Mon ambition 
actuelle se bornera à cette anatomie matérielle , grossière si 
l'on veut, qui met en relief la forme, la structure, les con- 
nexions, et qui permet d'en déduire ou expérimentalement 
ou rationnellement les actes fonctionnels. 

Mes dissections se sont généralement opérées sur des 
planchettes de cire noire immergées dans l'eau, mais un 
bon nombre ont pourtant eu lieu à sec, soit sur des individus 
ouverts vivants, soit sur ceux préalablement éthérisés ou 
chloroformisés. Tantôt j'ouvrais par une incision médiane, 
soit dorsale, soit ventrale, le tégument, dont je rabattais et 
je fixais les lambeaux sur les côtés; tantôt j'incisais avec 

1 Newport, Ann. des sciences nat. 3 e série, I, p. 56. 



DES SCORPIONS. 565 

précaution tout le pourtour de la carapace thoraco-abdo- 
minale et je la renversais en arrière, tout en étudiant scru- 
puleusement les connexions qui se rompaient dans ce ren- 
versement. Des ciseaux à pointes acérées, des pinces fines 
à bout droit ou crocbu, des loupes à divers foyers, un 
microscope à grossissement dje trois à quatre cents dia- 
mètres, des épingles, des pinceaux, voilà mon arsenal de 
dissection. Aux dépens de mes yeux, je m'aidais souvent 
d'un rayon direct de soleil projeté sur mon sujet. Pour 
l'éthérisation , je plaçais simplement le scorpion vivant 
dans un flacon, j'y versais quelques gouttes d'éther sulfu- 
rique ou de chloroforme, et je bouchais aussitôt. En moins 
de quatre ou cinq minutes la résolution des membres était 
complète. Un fait n'avait à mes yeux une valeur positive, 
un caractère authentique que par une constatation plu- 
sieurs fois réitérée. Je faisais autant de procès-verbaux que 
d'autopsies, puis je les dépouillais pour la rédaction défi- 
nitive. De plus, indépendamment des croquis pris immé- 
diatement, je conservais toutes les pièces à l'appui dans de 
petits Qacons à la solution de deutochlorure de mercure. 
Tel est en peu de mots le procédé de mes investigations 
anatomiques. 

Par sa construction extérieure, par son tégument solide, 
ses palpes didactyles, son foie pulpeux, le scorpion touche 
aux crustacés, dont il s'éloigne surtout par son appareil 
respiratoire et son genre de vie atmosphérique ou terrestre. 
Son foie, son organe central de la circulation, la structure 
de ses poumons, son céphalothorax, ses yeux multiples, 
le nombre de ses pattes, ses habitudes l'associent aux ara- 
néulcs, dont il dilfère par un tégument abdominal corné 
et segmentaire, ainsi que par la présence des peignes et 
une queue articulée mobile, terminée par une ampoule à 



566 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

venin. L'existence de stigmates, celle d'un système ner- 
veux ganglionnaire et de vaisseaux biliaires vestigiaires, le 
rattachent aux insectes, dont le distancent tous les traits 
que je viens d'énumérer. 

Comme on le voit par cette esquisse comparative, le 
scorpion, tout en prenant son rang naturel à la tête des 
arachnides, intéresse vivement la science par des traits 
analomiques qui allient ce genre aux groupes des articulés 
tant supérieurs qu'inférieurs. Ici, comme dans tous les 
animaux, i'anatomie intérieure vient justifier, consacrer 
l'habileté de la classification fondée sur les formes exté- 
rieures. Il existe dans le fait entre les conditions viscérales 
et les agents organiques du dehors une sublime et conso- 
lante harmonie. 

En confirmation de l'idée que je viens d'émettre, et pour 
l'intelligence des considérations physiologiques que j'expo- 
serai bientôt, je vais faire connaître sommairement quel- 
ques-uns des actes de la vie extérieure de Yoccitanus, sujet 
fondamental de mes recherches. L'application pourra en 
être faite à la généralité des espèces. 

Essayons d'abord un aperçu de géographie entomolo- 
gique sur cet arachnide, en reproduisant quelques con- 
sidérations exposées dans mon ancien mémoire. Les scor- 
pions, en général, habitent les contrées chaudes des diverses 
parties du monde et ne s'élèvent jamais dans les montagnes 
à des hauteurs où croissent les plantes sous-alpines. Mais 
cette tolérance climatérique peut présenter des modifica- 
tions suivant les espèces. Je ne m'occuperai que des deux 
scorpions d'Europe que j'ai plus particulièrement étudiés, 
yoccitanus et Yeuropœus. Nous y trouverons deux nuances 
d'habitat ou de tempérament dont on pourra peut-être faire 
l'application aux espèces exotiques, lorsqu'on aura pris 



DES SCORPIONS. 567 

plus de soin à s'assurer de leur vie privée, de leurs habi- 
tudes. 

Lîoccitanns se trouve plus spécialement dans les lieux 
incultes, dépouillés et arides de la zone végétale de l'olivier 
et du caroubier, sur le littoral méditerranéen. J'évalue ce 
littoral à une largeur de huit à dix lieues environ. Toute- 
fois, il faut tenir compte de certaines conditions du sol, 
comme l'humidité, l'ombrage, qui modifient singulièrement 
cet habitat. 

En procédant du nord au sud, la patrie de Yoccitanus 
commencerait à peu de distance au sud de Montpellier, à 
Souvignargues, d'où Maupertuis l'avait fait venir pour ses 
expériences; elle se continuerait à Cette, Narbonne, Port- 
Vendres, etc., mais ne dépasserait pas Perpignan. A partir 
de cette dernière cité, pour aller à Barcelone, en passant 
par Figuières et Gironne, il ne s'en est point offert un seul 
à mes recherches. Après le Llobregat, rivière à deux lieues 
au sud de Barcelone, on ne cesse pas de le rencontrer 
dans tous les terrains secs de la basse Catalogne, des fron- 
tières orientales de l' Aragon, du royaume de Valence, de 
celui de Murcie, de Grenade, enfin de nos possessions 
algériennes. 

Que de pierres n'ai-je point soulevées pendant deux 
années d'activés explorations dans le Guipuscoa , la Navarre, 
le haut Aragon , sans y avoir découvert un seul occitanus ! 
Je l'ai vainement cherché dans les deux Castilles et en par- 
ticulier dans le plateau de Madrid ; mais j'ai acquis depuis 
peu la certitude, par mon ami le professeur Graells, que 
ce scorpion n'est point rare dans l'Alcarria, contrée à 
quelques lieues au sud de Madrid. Or cette localité, que je 
ne connais point, semble faire une exception à la règle 
sur l'habitat littoral de Yoccitanus. Il doit v avoir dans la 



568 HI5T01HU AN ATOMIQUE Li FH^lULUOigUt 

constitution physique de l'Alcarria des conditions qui ex- 
pliquent cet habitat exceptionnel. 

Voici maintenant une observation qui semble contre- 
balancer celle-là. Dans une excursion botanique que, dans 
l'été de 1812, je fis aux montagnes de Porta-Cœli , dis- 
tantes au plus de cinq ou six lieues de la ville de Valence, 
je furetai scrupuleusement toutes les pierres, tous les abris 
de la base au sommet de ces monts, sans y rencontrer la 
trace d'un scorpion. Cependant les montagnes de Porta- 
Cœli sont dans cette bande littorale que j'ai assignée à la 
patrie de Yoccitanas, mais leur élévation de quatre à cinq 
cents mètres au-dessus du niveau de la mer les rend inha- 
bitables par ce genre d'arachnides, tandis que des plantes 
sous-alpines y prospèrent. . 

La présence de Yoccitanas dans une contrée est un excel- 
lent thermomètre; elle devient l'indice constant d'une tem- 
pérature élevée, d'un climat austral et d'un terrain sec. 
Jamais dans ces mêmes conditions je ne l'ai vu cohabiter 
avec Yenropœus ; ces deux arachnides semblent s'exclure 
réciproquement d'une même localité. 

Lïeuropœus s'accommode d'une température moins élevée ; 
il se plaît dans les lieux sombres, non loin des habitations 
et même dans celles-ci. Du nord au midi , les premiers 
individus se rencontrent à Avignon et à Beaucaire, puis il 
y a une lacune occupée par Y occitanus , et on le retrouve aux 
alentours de Gironne et dans quelques points de la haute 
Catalogne. Tout récemment, je viens d'acquérir la certitude 
que Yeuropœiis, qui n'avait jamais été signalé dans le sud- 
ouest de la France, se trouve dans les celliers et les caves 
du quartier des Chartrons, à Bordeaux. Y a-t-il été trans- 
porté par les bâtiments du commerce? Cela est possible 
comme il est pareillement possible que jusqu'à ce jour on 



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DES SCORPIONS. 569 

ne l'y ait jamais rencontré ou qu'on ait gardé le silence 
sur cet habitat. Quoi qu'il en soit, il y paraît acclimaté et 
s'y multiplie. 

Malgré l'admirable conformité de composition et de 
structure extérieures qui caractérise les nombreuses espèces 
du vieux genre scorpio, le plus naturel, le plus homogène 
du monde, les classificateurs d'outre-Rhin i, dévorés de la 
lèpre généromanique, l'ont impitoyablement démembré. 
Je prouverai bientôt anatomiquement combien est erroné 
le système fondé sur le nombre et la disposition des ocelles. 
Et pourquoi, au lieu d'écraser la science sous la multipli- 
cité de noms plus ou moins hétérophoniques, ne s'est-on 
pas borné, pour nous faire arriver à l'espèce, but final des 
classifications , à de simples divisions ? Cela eût été sage 
et dune grande utilité pratique ; mais la soif de célébrité 
n'eût point été satisfaite. 

C'est sous les pierres qu'habite pendant le jour ïocci- 
tdnus. Il est bien rare qu'on en rencontre plus de deux 
sous le même abri, et le plus souvent ils y vivent solitaires. 
L'instinct de leur conservation leur donne ce degré d'intel- 
ligence qui leur fait se creuser dans le sol une dépression 
pour se préserver d'être écrasés par la pierre et pour s'y 
tenir blottis. Ils ne sortent de leur tanière que le soir ou 
la nuit pour vaquer à leurs amours, pourvoir a leur sub- 
sistance et peut-être pour se livrer aux combats. 

Dans leur ambulation ordinaire, qui s'exécute avec gra- 
vité et mesure , leurs palpes-pinces se portent en avant plus 
ou moins étendus pour sonder le terrain, reconnaître et 
éviter les obstacles, tandis que leur queue est toute longue, 
traînante. Cherehe-t-on à les inquiéter, à les saisir ou sont- 
ils menacés d'un danger, les palpes-pinces se reploient à 
l'instant sur eux-mêmes, pour abriter de leurs bras arti- 



SAVANTS LTP ANGERS. XIV. 



570 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

culés les parties vulnérables de la tête. En même temps, 
la queue se recourbe avec prestesse sur le corps en se 
roidissant par la contraction de ses nombreux muscles. 
L'aiguillon venimeux se balance au-devant de la tête pour 
la défense ou pour l'attaque. Alors le premier mouvement 
du scorpion est une fuite rétrograde à la manière de l'écre- 
visse ou de plusieurs aranéides, comme certaines epeira, les 
thomisus, etc. 

Pendant mon séjour en Espagne, j'ai souvent été témoin, 
en tenant enfermés dans un même bocal plusieurs indivi- 
dus de Yoccitanus, de leur lutte acharnée, de leurs combats 
à outrance, où ils finissaient par s'entre-dévorer. 

Le scorpion subit le même genre de mue que l'araignée, 
c'est-à-dire qu'il naît avec une forme déterminée et un 
ensemble de parties qui se conservent pendant toute sa 
croissance; mais, avant d'être définitivement adulte, il 
change plusieurs fois de peau. J'ai souvent trouvé sous les 
pierres des dépouilles entières de cet arachnide. J'ai vu 
aussi des femelles transportant sur le dos leurs jeunes petits , 
absolument à l'instar des lycosa. 

Je réserve l'exposition de ce qui concerne les modes 
d'alimentation et de génération pour le chapitre de leurs 
apparils organiques respectifs. 

Les espèces de scorpions soumises à mon scalpel sont 
les suivantes : 

1. Occitanus, Latr., Milne Edwards , Icon. du règne animal, pi. xix , 
fig. 1. Côtes méditerranéennes de France, Espagne, Algérie, etc. 

2. Palmatus, Hempr. , Lucas, Araclin. Alger., pi. xvm, fig. 2. Algé- 
rie, Conslanline, Bône, etc. 

3. Australis, Savigny. Egypte, pi. vin, iig. 3. Algérie, Oran. 

4. Nigro lineatus, Dufqur 1 . Indes orientales. 

i-Nitjpb Imeaius. Octonoculus , feslaceo luteseena, pectinibus >2 dentatis; ce- 



DES SCORPIONS. 571 

5. Leiodcrma, Dufour 1 . Malabar. 

6. Afer, Lin., Miln. Edw. /. c. pi, xvii-xviii. Asie, Afrique. 

7. Biaculeatus , Latr. 2 , Gerv., drachn. pi. xxm , fig. 3. Guyane. 

8. Longicauda, Latr. 3 . Latr. Hist. nat.ins. t. VIT, p. 126. Guvane. 

9. Earopœus, Schrank. , Miln. Edw. /. c. pi. xix, fig. 1. France mé- 
ridionale, Espagne septentrionale. 

Dans ma manière d'envisager l'organisme, voici l'ordre 
qui m'a semblé le plus naturel, le plus physiologique pour 
l'exposition de l'anatomie intérieure. On comprend déjà par 
cette dernière expression mon dessein de ne point aborder 
l'enveloppe tégumcntaire, non plus que la composition et 
la structure du squelette dermique. Cela se trouve d'ailleurs 
dans tous les livres d'entomologie, dans tous les traités 
généraux. Je pourrai occasionnellement en dire quelque 
chose. 

Deux grandes divisions se partagent mon travail. L'une 
est relative aux appareils organiques généraux dont l'in- 
fluence s'exerce dans toutes les fonctions, comme les appa- 
reils sensitif, circulatoire, musculaire des cavités splanchniques; 
l'autre concerne les appareils spéciaux qui président, dans 
l'ordre de leur importance physiologique, à la respiration, 

« phalo-lhoracis truncali granulis in lyram disposilis; abdominis segmentis dorso 
« tricarinatis ; cauda arliculis brevibus subtelracdris sublus nigro carinatis; digitis 
«manu longioribus denlatis serrulatisque. Long. 2 1/2 poil. 

« Occilani forma, color, magniludo et cepbalo-lboracis granula aliter delineata. » 

1 Leioderma. « Octonoculus Ixvissimus subfuscus; pedibus pallidioribus; cepbalo- 
« thorace cmarginalo bilobo; pectinibus i3 dentatis, manibus latissimis asperatis ; 
« caudae articulis granulosis. Long, k poil. » 

Biaculeatus. «Octonoculus fuscus, pedibus pallidis; pectinibus 32 dentatis; 
« cauda; longae arliculis clongalis, terminali sub aculeo unispinoso; tibiis laevibus. 
« Long. 3 poil. » 

3 Lanaicaada. «Octonoculus nigro fucescens; pectinibus 19 dentatis; digitis 
1 manu longioribus gracilihus; cauda; corpore longioris arliculo terminali sub aculeo 
« unispinoso. Long. 2 1/2 poil. » 

Je ne comprends pas comment , dans les ouvrages monograpbiques sur les scor- 
pions, on a omis de citer cette espèce, parfaitement signalée par Latreillo. 

72. 



572 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

à la digestion, à la génération, aux sécrétions particulières ou 
indépendantes. Aux appareils de cette seconde division se 
rattachent, d'une manière naturelle et en môme temps lo- 
gique, les actes qui en émanent directement. Ce sera rap- 
procher ainsi l'effet de la cause, l'esprit de la matière ou, 
ce qui est tout un, la fonction de l'organe. 



BIBLIOGRAPHIE. 

Peu danatomistes ont porté directement le scalpel dans 
les entrailles du scorpion, mais beaucoup d'auteurs en ont 
parlé. C'est ainsi que la science marche, c'est ainsi quelle 
a marché et qu'elle marchera. Je vais essayer une petite 
statistique chronologique des principaux ouvrages qui ont 
traité du même sujet que moi. Cela me dispensera d'étaler 
dans mon texte cette profusion de citations qui n'aboutit 
guère qu'à distraire l'attention et à dévorer le papier. 

1. Meckel (J. F.) [Beytr. zur vergleich. Anat. d. Scorp. 1 808) est te pre- 
mier zootomiste qui ait abordé la dissection du seorpion. Privé de pré- 
cédents et n'ayant à opérer que sur des sujets de Yeuropœus à l'alcool , il 
était difficile que ses figures et ses descriptions ne fussent point plus 
tard taxées d'ébauches défectueuses. C'est un document primitif et pour 
cela un document respectable. 

2. Cuvier (Georges) avait dès 1810 publié des aperçus d'anatomic 
sur Yeuropœus dans un rapport sur les travaux de la classe des sciences 
physiques. Ces aperçus, assez incomplets, ont été reproduits dans les 
Leçons d'anatoinie comparée, publiées par M. Duvernoy, qui n'a pas man- 
qué de les mettre au niveau des progrès de la science. 

3. Treviranus (G. R.) [Ueber den inner. etc. der Scorpion. 1 8 1 2) avait 
reçu de Guvier, à Paris, de nombreux individus de Yeuropœus à l'esprit 



DES SCORPIONS. 573 

de vin. Quand on songe aux difficultés d'une semblable dissection sur 
le plus petit des scorpions , on admire les prodiges du scalpel et de la saga- 
cité de l'anatomiste; on est étonné que les erreurs n'aient pas été plus 
multipliées. C'est ce travail qui a circulé, et qui a perpétué beaucoup 
d'erreurs dans les compilations et les traités généraux. 

4. Marcel de Serres ( Vaiss. dors, des anim. artic. 1 8 1 3 ) a publié sur 
l'anatomie de Yeuropœus des généralités assez vagues, parfois hasardées, 
résultat cependant de ses propres dissections et recommandables par 
leur date. 

5. Dufour (Léon). En juin 1817, je publiai [Journ. de phys. et hist. 
natur., t. LXXXIV) mes Recherches anatomiques et observations sur le scor- 
pion roussâtre (occitanus). Si j'eusse connu alors les travaux de Meckel et 
de Treviranus, le mien aurait été certainement moins incomplet. Mes 
dissections dataient de 1810a 1 8 1 2, et je n'en coordonnai les matériaux 
qu'en 1817. Le recueil où je les insérai était peut-être mal choisi pour 
leur publicité, et j'ai éprouvé plus tard qu'il était ignoré des auteurs et 
des compilateurs étrangers. J'ai aussi récemment présenté à l'Académie 
des sciences une exposition sommaire de l'anatomie des scorpions, in- 
sérée dans ses comptes rendus de janvier i85i. 

0. Muller (Jean) (Anat. des scorp.; dans Meckel, Arch. der Anal, und 
Physioi, vol. III , 1 8 1 8) a disséqué l'un des plus grands scorpions connus, 
Xafer, mais plus ou moins altéré par les liqueurs conservatrices. Dans 
des conditions aussi défavorables, le laborieux et habile scalpel de Jean 
Muller ne lui permettait pas de révéler toute la vérité. Je ne connais de 
ses recherches que des calques fidèles de ses ligures et l'explication de 
celles-ci. 

7. Duvernoy. Indépendamment des faits généraux que ce savant de 
premier ordre a puisés dans les archives de la science et judicieusement 
classés dans son immense répertoire des Leçons danatomic comparée de 
G. Cuvier (1 835-1 860) , il a lui-môme disséqué plusieurs espèces de 
scorpions, et il a consigné les résultats de ses travaux, soit dans le \ 111 
volume de ces Leçons, soit dans les comptes rendus de l'Académie des 
sciences, 1 85o et 1 85 1 . 

8. Dugès (Anat. et physioi. compar., i838-3o). On était d'autant plus 
en droit de trouver des faits positifs dans les ouvrages d'un observateur 
aussi éminent, qu'il habitait la patrie des scorpions, à Montpellier. Hélas! 
il n'a disséqué que Yeuropœus, encore en nombre fort restreint, et vrai- 



57^ HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

semblablement des sujets à l'alcool. Aussi tout est vague et morcelé 
dans le peu de lignes consacrées à cette occasion. 

9. Newport (Transact. philos. Soc. roy. de Londres, i8/i3) a publié un 
travail considérable avec des figures sur l'anatomie du scorpion, et en 
particulier sur celle de Xafer. Il n'a exercé son scalpel que sur des sujets 
à l'alcool. Je ne connais point le texte original. Je n'ai eu à consulter 
qu'un extrait inséré dans les Annales des sciences naturelles, ainsi que les 
calques exacts de ses figures et les copies de quelques-unes de celles-ci 
gravées dans l'atlas du règne animal. 

10. Milne Edwards. Je ne connais de ce savant zoologiste, sur l'ana- 
tomie des scorpions , que quelques figures insérées dans le Règne animal 
illustré (î 83y). 

1 1 . Blanchard ( Emile) a consacré , dans les Annales des sciences natu- 
relles pour 18b9, quelques lignes relatives à la circulation et à la respi- 
ration des scorpions. 

12. Enfin , j'ai consulté divers traités généraux d'anatomie comparée , 
notamment ceux de Cuvier, par le professeur Duvernoy. de Carus . de 
Von Siebold. 



DES SCORPIONS. 575 

CHAPITRE PREMIER. 

APPAREIL SENSITIF. 

Cet appareil a été assez bien vu quant aux ganglions abdomi- 
naux et caudaux, qui sont d'une facile dissection, mais pour le 
cerveau et le ganglion tboracique, centres nerveux principaux, 
ils ont été défectueusement décrits et figurés. Je n'en excepte 
point l'élégante figure si habilement symétrisée de M. Newport, 
représentant l'ensemble du système nerveux d'un androctone. 

L'appareil sensitif du scorpion diffère surtout de celui de l'arai- 
gnée par l'absence dans celle-ci de ganglions abdominaux, fait 
anatomique bien remarquable et déjà signalé. 

J'exposerai successivement le cerveau, le ganglion thoracique, 
le ganglion stomatogastrique , les ganglions abdominaux, les gan- 
glions caudaux et à chacun de ces centres nerveux les paires de 
nerfs qui en naissent. 

ARTICLE PREMIER. 

CERVEAU, YEUX, OCELLES. 

i° Cerveau. — Le scorpion n'a pas de tête proprement dite, 
cela est vrai. Celle-ci se trouve, non pas seulement soudée, mais 
continue, confondue avec le thorax, et de là le nom de céphalothorax 
imposé par la science. Toutefois, dans le scorpion comme dans 
les autres arachnides, la partie antérieure du céphalothorax se 
lait remarquer ou par plus d'exhaussement, ou par im relief par- 
ticulier ou par des empreintes symétriques, et elle est seule le 
siège, soit des yeux, soit des pièces qui entrent dans la composi- 
tion buccale. L'autre partie donne, à droite et à gauche, attache 
aux membres de l'animal. Ainsi, quoique la science n'admette 
point et ne puisse pas effectivement admettre dans le scorpion 
une tète et un thorax, la nature a pourtant réservé ses droits 



576 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

anatomiques, car au-dessous de la voûte céphalothoracique il 
laxiste en avant un cerveau, plus en arrière un ganglion thoracique. 
Le scorpion a donc un cerveau. Cet organe, inaperçu par 
Treviranus, confondu par iMuller avec le ganglion thoracique , 
mieux saisi par M. Newport, admis sans contestation par M. Du- 
vernoy et Von Siehold, est, dans sa situation naturelle , assis, 
presque sessile sur la partie antérieure et dorsale du ganglion 
thoracique, confirmant ainsi la fusion de la tête et du thorax. 
La carcasse musculo-cartilagineuse de l'intérieur du céphalo- 
ihorax ou la vertèbre thoracique de Millier , que je décrirai bientôt, 
en rend la dissection difficile. 11 a un petit volume, vu la grandeur 
de ranimai, ce qui dépose déjà pour la faible intelligence et 
l'industrie bornée de cette bestiole. Il est subarrondi , lenticulaire 
plutôt que convexe, libre à son bord postérieur, qui est arrondi, 
pins ou moins bilobé à sa partie antérieure (ou plutôt supérieure), 
où prennent naissance les nerfs optiques; il a une faible teinte 
jaunâtre, tandis que le ganglion thoracique est blanc mat. Cette 
teinte dépend positivement d'une très-fine membrane, sorte de 
méninge ou d'arachnoïde, qui, en s'étendant sur le vaisseau 
dorsal circulatoire, en impose singulièrement dans l'appréciation 
des connexions de celui-ci avec le cerveau. Je suis parvenu à 
dépouiller ce dernier de cette si légère tunique , et alors on constate 
mieux sa forme bilobée. En lui donnant résolument le nom de 
cerveau, je me fonde et sur la texture spéciale de sa pulpe, qui a 
une mollesse de beaucoup supérieure à celle des véritables gan- 
glions, et sur ses attributions physiologiques comme centre des 
sens. Je ne saurais donc partager l'opinion des anatomistes qui 
envisagent ce cerveau comme formé de deux ganglions. Dans les 
articulés qui ont une tête distincte du corselet, par exemple 
dans les insectes parfaits , le cerveau remplit exactement la cavité 
crânienne, il en a la configuration plus ou moins sphéroïdale, et il 
se divise profondément en deux grands lobes égaux, en deux hémi- 
sphères. Il en 'est tout autrement dans le scorpion à cause de 
l'absence d'une tête particulière. 



DES SCORPIONS. 577 

En disant que cet organe est presque sessile sur le ganglion 
thoracique, j'ai entendu exprimer son mode de connexion avec 
ce dernier; connexion qui a été mal étudiée par les anatomistes. 
Elle a lieu par de larges et courts piliers entre lesquels se trouve 
une ouverture, un hiatus, dont l'étroitesse est proportionnée à la 
ténuité de l'œsophage qui le traverse. C'est cet hiatus qui constitue 
ce qu'on appelle généralement le collier œsophagien. 

En arrière , le hord lihre du cerveau semble si étroitement 
uni au vaisseau dorsal, qu'on croirait facilement à la continuité 
du tissu entre ces deux organes. Cette illusion lient à la mem- 
brane arachnoïde qui les revêt l'un et l'autre. J'en reparlerai au 
chapitré de l'appareil circulatoire. 

Lorsque j'ai avancé que le cerveau était plus ou moins bilobé , 
j'ai voulu faire pressentir que l'échancrure antérieure de cet organe 
était sujette à varier pour sa profondeur. Cela tiendrait-il unique- 
ment au plus ou moins d'habileté du scalpel ou au degré de- 
déplacement de cet organe dans ses connexions normales? Le 
plus souvent, les lobes sont bien prononcés, comme renflés, ven- 
trus. C'est cette forme que mon crayon a prise pour modèle, et je 
l'ai retrouvée même dans les scorpions retirés des liqueurs con- 
servatrices. D'autres fois, l'échancrure est à peine marquée, et les 
angles qui la limitent sont peu saillants. 

Quoi qu'il en soit, les nerfs optiques oculaires naissent de ces 
lobes ou angles, et se portent directement aux globes des grands 
yeux. Les optiques ocellaires prennent leur origine à ces mêmes 
lobes, mais plus en arrière que les oculaires et un peu en dessous 
de ces prolongements cérébraux. 

Dans d'innombrables autopsies, j'ai eu beau mettre à de persé- 
vérantes épreuves et mon scalpel et mes yeux pour explorer le 
pourtour ainsi que la surface du cerveau du scorpion, je n'y ai 
jamais découvert que les paires de nerfs destinés aux organes de 
la vue. Aucun autre nerf n'en part. Qu'on me permette d'accorder 
quelque valeur à ce fait négatif, tant dans l'intérêt de la physiologie 
que dans celui de la classification et de la technologie anatomique. 

SAVANTS ÉTRANGERS. — XIV. 7 3 









578 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

Les scorpions, comme tous les arachnides, sont privés d'an- 
tennes, ils sont aceres, et Latreille était dans le vrai, lorsque, dans 
son immortel Gênera, il donna à ces animaux cette dénomination. 
Non, les scorpions n'ont point d'antennes. Si des novateurs, tour- 
mentés de l'idéal d'une unité de conformation organique trop 
absolue, ont nommé les longs bras préhensiblesdu scorpion des 
antennes-pinces, et les mandibules des palpes didaclyles, la nature 
donne par mon scalpel un formel démenti à cette technologie si 
perturbatrice, si désespérante pour les esprits sensés. Personne 
ne saisit avec plus d'empressement que moi les lois générales qui 
régissent la diversité des organismes; je suis toujours heureux de 
rattacher à ces lois les petits êtres auxquels, depuis plus d'un 
demi-siècle, je consacre, avec une passion non encore affaiblie, 
les loisirs de ma profession. Imbu d'une sobriété innée pour les 
innovations, je n'ai jamais manqué l'occasion d'appliquer aux 
animaux inférieurs la nomenclature anatomique des notabilités 
organiques , lorsqu'il y avait dans les viscères similitude de fonc- 
tions. Mais je ne me laisse point aller à des conséquences outrées 
ou forcées; je sais faire la différence de Y analogie avec la con- 
formité; je ne prétends pas imposer à la nature des lois, des 
bornes que son omnipotence réprouve. 

Si je ne me trompe, c'est un fait commun à tous les animaux 
articulés pourvus d'antennes,- que leur cerveau fournit et les nerfs 
optiques et les nerfs antennaires et les véritables nerfs palpaires, 
tandis que c'est aux ganglions thoraciques que prennent leur 
origine les nerfs destinés aux leviers locomoteurs et aux organes 
préhensibles. Or, je le répèle bien haut, les scorpions n'ont point 
d'antennes, aussi leur cerveau n'offre-t-il pas le moindre vestige 
de nerfs antennaires. Cette négation anatomique est, à mes yeux, 
un témoignage irréfragable, une condamnation sans appel de la 
fausse interprétation donnée par la plupart des classificateurs aux 
chèlipalpes , qu'ils considèrent comme des antennes métamorpho- 
sées. Et, puisque j'ai prononcé ce nom de chèlipalpes, je veux 
m'exphquer sur son acception technique. Elle est fondée sur 



DES SCORPIONS. 579 

l'analogie de ces bras à pinces avec les palpes des araignées. C'est 
de ma part une concession provisoire. Ces chélipalpes, reçoivent 
directement leurs nerfs du ganglion thoracique, de même que les 
pattes. Je conteste donc formellement l'assertion de Von Siebold, 
qui fait naître da cerveau même les nerfs destinés aux mandi- 
bules qu'il appelle des palpes maxillaires (étrange abus des mots!) 
et aux cbélipalpes. Je soutiens, moi, que les nerfs mandibulaires 
et chélipalpaires prennent leur origine au ganglion tboracique et 
non au cerveau. 

2° ) eux et ocelles. — Après le savant mémoire de F. Muller 
sur les yeux et la vision des aracbnides, il semble que le sujet 
soit épuisé, car il l'a traité de main de maître. J'y ajouterai néan- 
moins quelques faits pratiques. 

A. Je redis que les nerfs optiques oculaires, ou des grands yeux 
médians, naissent du prolongement des angles de l'échancrure 
cérébrale. Ils sont bien séparés l'un de l'autre, très-simples, assez 
forts, dune longueur qui dépasse trois ou quatre fois environ le 
diamètre du globe de l'œil. Dans leur situation naturelle, qui est 
horizontale, on comprendra que, pour aboutir à ce dernier, ils 
doivent être redressés. 

Le globe oculaire du scorpion a, pour sa configuration, une 
remarquable ressemblance avec celui de la plupart des animaux 
de l'ordre supérieur. C'est un sphéroïde, mais moins convexe au 
segment qui correspond à la cornée vitrée du tégument. Ces yeux, 
séparés extérieurement par une fine crête tégumentaire, ont leurs 
globes fort rapprochés et établis sur un pannicule commun d'un 
tissu compacte, serré, blanchâtre, d'apparence fibreuse. Une légère 
couche adipeuse, un édredon que j'ai souvent constaté, s'observe 
au voisinage de l'insertion oculaire du nerf optique et se continue, 
sans solution, aux deux yeux... Sublime précaution de la nature! 
Malgré ce rapprochement et cette communauté d'assiette, les 
globes oculaires sont indépendants l'un de l'autre, et il n'est pas 
difficile de les évulser isolément par une traction bien ménagée 
de l'optique. Une membrane pigmentale noire embrasse comme 

73- 



580 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

une calotte tout le globe jusqu'à la limite du segment qu'entoure 
la cornée, et s'étend aussi à l'étroit intervalle qui sépare les deux 
yeux. L'évulsion de l'œil dans les scorpions fraîchement mis à 
mort met en évidence, non-seulement la membrane pigmentale 
qui l'enveloppe, mais encore un lambeau flottant qui déborde 
comme une portion de voile, et ce lambeau s'est toujours ren- 
contré de la même manière dans divers individus. Dans les autop- 
sies des scorpions retirés des liqueurs conservatrices, ce lambeau 
flottant n'existe jamais et le pigmentam demeure exactement collé 
sur le globe de l'œil. Cette double observation prouve que ce 
pigmentum n'est pas un simple enduit, mais une membrane qui 
a de l'analogie avec la choroïde des yeux des grands animaux. 

Un trait anatomique essentiel, et que je ne trouve mentionné 
par aucun de mes prédécesseurs , c'est l'existence au globe de 
l'œil d'un muscle subpyramidal qui, d'une part, s'implante à la 
partie postérieure de ce globe, et de l'autre, je crois, aux apophy- 
ses de la carcasse cartilagineuse du céphalothorax. N'y a-t-il qu'un 
seul de ces muscles à chaque globe oculaire ou bien en existe-t-ii 
quelque autre pour établir l'antagonisme ? Je n'e» ai en effet 
constaté qu'un, mais je suis porté à croire qu'il n'est pas isolé. 

11 est encore un autre trait inaperçu, même par F. Millier. Le 
segment du globe de l'œil recouvert par la cornée, qui lui transmet 
la première impression de la lumière , est entouré à sa base 
d'un anneau calleux , gris blanchâtre, dans une rainure duquel 
s'enchâsse la cornée, littéralement comme un verre de montre 
dans sa monture. C'est surtout dans la dissection des scorpions 
retirés de l'alcool, que l'énucléation du globe oculaire s'exécute 
avec facilité , en se désenchâssant nettement de cette rainure. 

Le milieu ou l'aire du cercle calleux dont je viens de parler est 
brunâtre ou enfumé et mérite le nom d'iris. Je n'y ai point 
aperçu distinctement une pupille, le jeu de celle-ci n'étant sensible 
que lors de l'exercice de la vision. Mais j'ai rencontré plusieurs 
fois à la cornée vitrée ou tégumentaire une teinte brune dans son 
pourtour, résultat de son application immédiate pendant la vie 



DES SCORPIONS 581 

sur le pigment de l'œil, et au centre un point dénudé, translucide, 
trace de la pupille. On peut constater cette disposition en étudiant 
à contre-jour cette cornée à la simple loupe. 

Le centre du globe oculaire serait occupé par une lentille 
globuleuse diaphane, que je n'hésite pas à regarder avec F. Muller 
comme un véritable cryslallin. J'avoue que je ne suis point par- 
venu à l'isoler intégralement, je n'en ai vu que des fragments; 
mais j'ai foi entière dans l'assertion du célèbre anatomiste alle- 
mand. 

Cette structure de l'œil du scorpion dont je viens d'esquisser 
les traits principaux, l'existence surtout d'un muscle oculaire que 
je suppose soumis à l'empire de la volonté, me donnent la con- 
viction intime que, malgré l'immobilité de la cornée tégumen- 
taire, qui n'est qu'une paupière vitrée, le globe de l'œil est sus- 
ceptible d'exécuter, au-dessous de cette dernière, des mouvements 
propres. Le scorpion, aux habitudes nocturnes et ténébreuses, pour- 
rait donc diriger à son gré les axes visuels de ses grands yeux! 
La vue de cet animal aurait-elle quelque analogie avec celle des 
oiseaux de nuit et du chat? Cela est possible, c'est même vrai- 
semblable. Mais comment convertir cette présomption en fait dé- 
montré ? 

F. Muller a émis l'opinion que la forme fortement globuleuse 
du cristallin des grands yeux, et la convexité de la cornée , indi- 
quaient dans les scorpions une excellente vue pour les objets 
rapprochés, mais une vue peu nette pour les objets distancés. 

Leurs habitudes sédentaires et leur genre de vie viennent à 
l'appui de cette idée de myopie, que je partage volontiers. 

Les yeux des scorpions, tant les grands que les petits, ont été 
classés parmi les yeux simples ou stemmates, par opposition aux 
yeux à réseaux qui caractérisent la classe immense des insectes. 
Qu'on me permette de fournir encore, à l'occasion de ces yeux, 
un exemple assez intéressant de la marche graduelle de la nature 
dans ses plus petites, comme dans ses plus grandes créations. Je 
viens d'insinuer par plusieurs preuves anatomiques que les yeux 



582 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

médians du scorpion jouissaient d'une certaine mobilité de l'axe 
visuel. N'y a-t-il pas là un mode spécial d'organisation, qu'on 
retrouvera sans doute dans d'autres arachnides, un progrès orga- 
nique qui vient remplacer, quanta la vision, d'une part, le groupe 
des globules oculaires des cloportides, des myriapodes, etc.; de 
l'autre part, les innombrables facettes des yeux composés des 
insectes? Quelle piquante série de modifications se déroule dans 
la longue chaîne des articulés, depuis ces cornées rares et comme 
égarées de certaines scolopendres, jusqu'à la somptuosité des 
facettes oculaires de la libellule î 

Avant d'aborder les ocelles, qu'on veuille bien se pénétrer de la 
condition de position des grands yeux. Placés au centre de la 
voûte céphalothoracique, qui est à poste fixe, il leur est physi- 
quement impossible , vu leur direction latérale et l'immobilité de 
la cornée, de diriger un rayon visuel sur le sol ou support immé- 
diat. Cette faculté est exclusivement réservée aux ocelles, comme 
je le dirai bientôt. Pour quiconque a étudié vivants les scorpions, 
il est bien positif que cet animal est blessé par l'impression de 
la vive lumière, et, pour ne parler que de Y occitanus , que j'ai 
plus particulièrement étudié in loco naiali, jamais dans les plu- 
sieurs centaines que j'ai recueillies, je ne l'ai trouvé courant en 
plein jour sur le sol; constamment je le découvrais blotti sous 
les abris, et reculant aussitôt devant le grand jour. Dans une 
captivité où je cherchais à l'entourer des conditions hygiéniques 
de sa terre natale, c'est toujours au coucher du soleil que je le 
surprenais sortant de sa tanière, explorant l'enceinte de sa prison, 
heurtant, grattant les obstacles pour reconquérir une liberté im- 
possible. Un jour, un de mes scorpions captifs se trouvait telle- 
ment bien placé contre la paroi interne de sa prison vitrée, que je 
pouvais suffisamment approcher ma loupe pour surprendre ses 
grands yeux. Ceux-ci, dans l'ombre, me parurent avoir le centre 
dénudé comme une pupille dilatée; je projetai un rayon de soleil 
sur sa tête, l'animal se recula, fut ébloui et l'œil devint tout noir. 
Je le laissai à l'abri de la vive lumière et ses yeux reprirent, après 



DES SCORPIONS. 583 

un certain temps, leur pupille. J'ai renouvelé l'expérience à plu 
sieurs reprises, et j'ai obtenu les mêmes résultats. 

B. Les nerfs optiques ocellaires, dont j'ai indiqué plus haut 
l'origine au cerveau, ont une longueur dont la mesure est 
exprimée par la distance des ocelles aux yeux médians. D'une 
finesse plus que capillaire, ils demeurent longtemps simples, puis 
ils se divisent en trois nerfs qui vont se porter isolément aux trois 
globes ocellaires. 

Ceux-ci, infiniment plus petits que les médians, ont comme eux 
une cornée vitrée très-convexe. Au-dessous du tégument corné, 
ils reposent sur une membrane souple et fibreuse où ils demeu- 
rent adhérents, lorsque après la macération on les évulse de leur 
cornée. Je les ai toujours vus noirs et j'y ai vainement cherché 
l'anneau calleux des grands yeux. Je dois penser que-, dans l'exer- 
cice de la vision, le pigment se retire du centre pour former une 
pupille. Leur petitesse s'oppose à bien des constatations. Tout 
me porte à croire que les globes ocellaires sont immobiles. Leur 
position marginale, leur rapprochement du plan de support, par 
conséquent des objets qu'ils ont intérêt à saisir ou à éviter, sem- 
blent justifier l'opinion de F. Muller, qui pense que leur myopie 
est plus grande que celle des yeux médians. Ceux-ci, à raison de 
leur siège plus élevé, de leur grandeur et de leur mobilité, sont 
donc les sentinelles avancées de la vision, destinées à prévenir, 
à conjurer le danger. sagesse infinie ! 

J'ai souvent dit, et je ne crains pas de le répéter, l'anatomie 
est appelée à confirmer ou à infirmer la classification, à redresser 
des erreurs. L'optique ocellaire de notre scorpion va nous en 
fournir un nouvel et incontestable exemple. Latreille avait attribué 
avec raison à ïoccitanus huit yeux, dont six latéraux ou ocelles. 

Dans mon mémoire de 1 8 1 7, je reconnus, je figurai ce même 
nombre , et mon scalpel en établit la preuve anatomique irréfra- 
gable, dans la division de l'optique ocellaire en trois nerfs dis- 
tincts. Les classificateurs germaniques, dans leur entraînement 
pour la création des genres, et leur prodigalité des yeux, en ont 



584 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

donné douze à Yoccitanus, devenu pour eux un androctonus. On a 
pris pour des ocelles de simples granules tégumentaires, et dans 
mes récentes investigations sur ce même o'ccitanus, au lieu de 
deux granules, j'en ai trouvé jusqu'à six ou sept rangés contre la 
série des trois véritables ocelles. h'australis, aussi pour eux un 
androctonus, n'a non plus que trois globes ocellaires. Et que 
penser de la figure déjà citée de M. Newporl, où le système 
nerveux d'un androctonus offre cinq globes ocellaires terminant un 
même nombre de nerfs? N'est-ce pas là une image purement 
théorique ou schématique? 

Veuropœus, placé par Lemprich dans son genre scorpius (pour 
ne pas dire scorpio . . . misères humaines!), et qui n'a effective- 
ment que deux ocelles latéraux, m'a fourni, par l'étude des fœtus, 
un fait inaperçu jusqu'à ce jour et bien digne d'être signalé. Ces 
fœtus, que j'ai représentés, ont, à cet âge de la vie utérine, un 
céphalothorax avec trois points noirs latéraux très-distincts cor- 
respondant aux futurs ocelles. Dans une dissection heureuse de 
ces fœtus, j'ai détaché les ocelles de leur cornée tégumentaire, et 
quelle ne fut pas ma surprise en constatant, non pas deux, mais 
trois nerfs aboutissant aux trois ocelles embryonnaires? De ces 
derniers, soumis à une étude scrupuleuse, deux étaient contigus, 
comme confondus dans un seul et même germe. Il paraît qu'aux 
approches de la naissance, l'un moins saillant avorte, s'étiole, 
s'anéantit et n'est plus représenté à l'extérieur par une cornée 
vitrée. La nature, vous le voyez, ne déroge point ici à l'harmonie 
de ses créations échelonnées; elle a, par l'existence fœtale du troi- 
sième ocelle, et plus tard par son avortement, révélé à l'œil 
patient du microtomiste habitué à braver les difficultés, et la con- 
dition vestigiaire fugace de cet ocelle et sa constance dans le plan 
graduel de l'organisation. 

J'ai aussi constaté, par la dissection, l'existence de trois nerfs 
ocellaires dans les scorpions afer, palmatus, biaculcatus, leioderma 
et longicauda, rangés par les classificateurs plus récents dans le 
genre buthus. Dans le nigrolineatus , espèce exotique si rapprochée 



DES SCORPIONS. 585 

de ïoccitanus, les trois nerfs ocellaires n'ont pas leur origine à un 
même point comme dans ce dernier; l'un, ou l'intermédiaire, est 
tout à fait séparé des autres. 
» 

ARTICLE II. 

GANGLION THORACIQUE. 

J'avais d'abord compris dans cet article, la description de la 
structure squelettique intérieure du plastron du scorpion, ainsi 
que celle de la carcasse cartilagineuse qui garnit la cavité céphalo- 
thoracique et qui couvre ou enchâsse ce grand ganglion, mais j'ai 
renvoyé cette double exposition au chapitre de l'appareil muscu- 
laire splanchnique. 

Quelles incroyables difficultés pour mettre en évidence cet 
important centre nerveux, enseveli, enchevêtré si profondément 
au milieu de ces anfractuosités, de ces apophyses, de ces lames, 
de ces cloisons, de ces muscles; ici la vérité est certes au fond du 
puits, et pour la révéler, pour la traduire en lumière, que de 
sujets de tous les âges à sacrifier, à quelles épreuves de patience 
ne faut-il pas .se vouer! 

Je dirai par quels procédés je suis arrivé à la connaissance 
positive de ce ganglion et de ces diverses connexions. Pour m'as- 
surer de l'existence des nerfs cruraux, j'ai employé deux méthodes : 
la première consiste, après avoir soigneusement enlevé la cara- 
pace céphalothcracique, à cerner avec la pointe du scalpel le pour- 
tour immédiat du ganglion, de manière à trancher à leur origine 
les grands troncs nerveux; alors, en saisissant avec une pince 
les cuisses ou mieux les hanches des membres, et en tirant à soi 
avec ménagement, on voit, une fois ou autre, suivre la portion 
thoracique de quelque nerf crural. La seconde méthode est la 
contre-épreuve de la première; il faut amputer les hanches, 
abattre, déblayer les cloisons, les apophyses, pincer ensuite le 
ganglion et l'entraîner en le soulevant, en tout ou plus souvent en 
partie. 11 n'est pas rare, pour peu qu'on soit heureux, d'aper- 

SAVANTS ÉTRANGERS. — XIV. - i 



58G HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

cevoir les tronçons des nerfs cruraux encore attachés à ce centre 

nerveux. 

Quant au corps même de celui-ci, je l'ai rarement bien vu 
dans les scorpions frais disséqués par la région dorsale. Les 
sujets retirés de la macération dans le deutochlorure de mercure, 
et attaqués par le dessous du plastron, m'ont souvent procuré la 
satisfaction de constater ce ganglion dans son intégrité. C'est par 
ces manœuvres, cinquante fois renouvelées, que j'ai finalement su 
la vérité. Je résumerai donc, dans quelques lignes, le résultat de 
mes nombreuses investigations. 

J'appelle ganglion thoracique, par analogie avec ce qu'on observe 
dans la plupart des animaux articulés, ce grand centre nerveux 
que, par un étrange abus de technologie, Von Siebold dit être le 
premier ganglion abdominal. Il est enclavé dans les profondeurs 
du céphalothorax, ovalaire, mais échancré en avant; il a ses bords 
plus ou moins festonnés par le fait de l'insertion des grands 
troncs nerveux. Il émet sur ses côtés les quatre paires de nerfs 
cruraux pour les membres ambulatoires, une paire de nerfs 
chélipalpaires , et dans l'échancrure antérieure une paire moins 
forte de nerfs mandibulaires. En avant et en dessus, est assis le 
cerveau; en arrière, il est contigu au premier ganglion abdo- 
minal, origine du cordon rachidien. Sa texture est plus compacte, 
plus blanche, que celle des ganglions abdominaux; il ne repose 
point à nu sur le plancher corné du plastron ou sternum ; dans sa 
vigilante sollicitude, la création a étendu là une couche adipeuse, 
une ouate des plus fines , qui le garantit. 

Mais indépendamment de ces grands nerfs locomoteurs, une 
bonne lentille découvre entre leurs origines de fort petits nerfs 
en nombre indéterminable , insérés aux bords du ganglion thora- 
cique et destinés aux muscles, aux tissus, aux viscères de cette 
partie du corps. 

Dans la dissection de deux occitanus non adultes, qui avaient 
séjourné deux mois dans le deutochlorure, j'ai pu clairement 
constater que le ganglion thoracique, isolé sans lésion, avait une 



DES SCORPIONS. 587 

ligne médiane longitudinale, soit en dessus, soit en dessous. Cette 
impression linéaire indique, sans nul doute, que pendant l'exis- 
tence fœtale, ce ganglion est formé de deux moitiés semblables 
qui se soudent à la naissance, mais en laissant, pendant la période 
de croissance, la trace fugitive de cette union. Des faits analogues 
ne sont pas rares dans les organismes supérieurs. 

Le système nerveux thoracique du scorpion a été mal défini, 
mal compris, par les anatomistes qui en ont parlé. Treviranus, 
dans son texte comme dans ses dessins, a été bien malheureuse- 
ment inspiré; ce qu'il appelle cerveau estime masse confuse que 
l'imagination seule a symétrisée et qui n'offre une sérieuse res- 
semblance ni avec le légitime cerveau, ni avec le ganglion thora- 
cique. F. Muller, au milieu de ses difficultueuses dissections, a 
entrevu les parties principales , mais il en a mal saisi la configura- 
tion, les connexions et les attributions. Son gros cerveau, qui est 
le ganglion thoracique; son petit cerveau, d'où il fait naître les 
nerfs des chélipalpes et des mandibules, en même temps que les 
optiques, témoignent assez haut et de son embarras descriptif et 
de l'hésitation parfois aventureuse de son crayon. 

Maintenant, que l'on confronte mes ligures actuelles, repré- 
sentant, d'après nature, le ganglion thoracique, avec la masse ner- 
veuse de M. Newport, pour me servir de son expression, avec ses 
nerfs cruraux si poétiquement ramifiés, et l'on jugera s'il est 
possible que nous ayons eu sous les yeux un même modèle. Et 
qu'on n'arguë point de la différence spécifique du scorpion; le 
système nerveux ne varie pas d'espèce à espèce, ni même de 
genre à genre, au moins notablement. Fort de mon scalpel pra- 
tique, et d'une indépendance sincère dans mon appréciation des 
faits scientifiques, je n'hésite point à déclarer que la figure de 
M. Newport relative au système nerveux du scorpion , est presque 
aussi théorique que celle à laquelle il donne cette épithète à l'oc- 
casion du système circulatoire. N'est-il pas évident, aux yeux de 
tout anatomiste qui a sérieusement disséqué des scorpions en 
bon état; que l'auteur de cette spécieuse figure a beaucoup pui^é 



588 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

dans son imagination, tanl pour le corps du ganglion, que pour 
ce vaste faisceau terminal des nerfs, dont la destination est si em- 
barrassante? 

Que penser encore de l'opinion de Von Siebold, qui regarde 
notre ganglion thoracique comme le premier ganglion abdominal? 
N'est-il pas clair que Von Siebold n'a jamais disséqué à fond un 
céphalothorax de scorpion, ou qu'il a hasarde usement interprété 
les travaux de ses devanciers? 

ARTICLE III. 

GANGLION STOMATO-GASTMQUE. 

J'avais entièrement désespéré de découvrir dans le scorpion 
le système nerveux stomato-gastrique de Brandt, lorsquen oc- 
tobre i 85o, ayant disséqué un occitanus mort de sa mort naturelle, 
j'eus le bonheur d'entraîner, avec l'œsopliage et vers son origine , 
un petit ganglion indépendant de la chaîne ganglionnaire ordinaire. 

Ce ganglion est petit (impair, je crois), ovale-oblong, fixé en 
arrière de l'œsophage par plusieurs nerfs, tandis qu'en avant il 
s'atténuait en un cordon rompu qui me sembla formé de deux 
filets. D'où ce cordon a-t-il été arraché? Je l'ignore complètement. 
Toujours est-il que ce ganglion émet de chaque côte, non pas 
une seule paire de nerfs comme ceux de la grande chaîne abdo- 
minale , mais deux paires bien distinctes , destinées sans doute 
aux organes buccaux , puis il se termine par quatre nerfs qui s'épa- 
nouissent et s'enracinent dans les parois du tube digestif. Ainsi , il 
ne se continue pas en arrière par un cordon comme les ganglions 
de l'abdomen et de la queue. 

C'est là, sans nul doute, le système nerveux stomalo-gastrique 
de Brandt, déjà mentionné dans les insectes par Jean Millier, et bien 
avant ce dernier auteur par Succow et Audouin. Mais remarquez 
que Brandt n'a point signalé, dans les araignées qu'il a disséquées, 
l'existence de ganglions stomato-gaslriques; il se borne à parler de 
nerfs partis du cerveau, pour aller se distribuer aux viscères 



DES SCORPIONS. 589 

digestifs, sans connexions avec la chaîne ganglionnaire, et il indique 
l'analogie de ces nerfs avec ceux des crustacés et des insectes. (Ann. 
des se. iiat. II e sér., V, p. o,4.). 

Dans une note de son Manuel, Von Siebold cite à tort Dugès 
comme ayant parlé de ce système nerveux stomato-gastrique dans 
la dissection de la mygale aviculaire; mais on va juger de cette 
interprétation par la citation textuelle de Dugès. « J'ai cru voir 
aussi, dit-il, un filament impair fort grêle se porter sur la ligne 
médiane de l'estomac, mais il parassait partir d'une origine com- 
mune et membraniforme avec celle des deux plexus latéraux et ne 
faisant point système à part. » (Ann. des se. nat. II e sér., VI, p. 1 7 5). 



ARTICLE IV. 

GANGLIONS ABDOMINAUX. 



Un fait, qu'après tant et tant d'autopsies je n'ai pourtant bien cons- 
taté que dans les dernières de celles-ci, c'est que le cordon rachi- 
dien abdominal du scorpion ne repose point à nu sur le panicule 
musculaire ventral. Il est positivement engagé entre les lobules 
inférieurs du foie. On peut s'assurer de ce fait en ouvrant, par la 
région ventrale, un jeune sujet à l'alcool. 

J'ai longtemps cru, avec mes prédécesseurs, qu'il n'existait dans 
le scorpion que trois ganglions abdominaux, et en étudiant la dis- 
tribution des nerfs aux poumons, j'avais été frappé de voir que 
sur quatre paires de ces organes de la respiration, trois tiraient 
leurs nerfs pulmonaires des trois ganglions admis par tout le 
monde, tandis que la première paire semblait les recevoir de 
l'intérieur du céphalothorax. Toujours préoccupé de l'idée de trois 
ganglions seulement, je me croyais autorisé, par plus de vingt au- 
topsies, à penser que les nerfs de la première paire de poumons 
prenaient leur origine au grand ganglion thoracique lui-même. Je 
ne pouvais m'expliquer une origine aussi exceptionnelle, je ne me 
rendais pas compte de cette infraction aux lois physiologiques, je 
me sauvais de mon embarras en taxant d'anomalie cette disposition. 



590 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

Vovez à quelles vicissitudes l'observateur le plus prudent, le 
plus déliant, le plus sincère dans la recherche des faits positifs 
peut être exposé, lorsque la constatation de ces faits s'accompagne 
de ces difficultés qui délient la portée de nos sens comme dans le 
cas actuel. Dans les premières autopsies de i85o, j'avais cru 
reconnaître, en arrière du grand centre nerveux thoracique, un 
ganglion. J'en avais consigné la figure dans mes croquis, je me 
sentais à l'aise par cette découverte; mais, dans un nombre consi- 
dérable d'autres dissections, je ne retrouvai plus mon ganglion, 
et dans les procès-verbaux de mes autopsies, je m'accusais d'er- 
reur. Je subis des mois entiers ma cruelle perplexité, ruminant 
incessamment une décision sur ce point, lorsque, tourmenté du 
mot anomalie inscrit en désespoir de cause, je ressaisis le scalpel 
avec l'intention bien arrêtée de poursuivre cette solution anato- 
mique; je pris pour sujets deux scorpions non adultes, jetés deux 
mois auparavant dans le deutochlorure ; je disséquai par la paroi 
ventrale. Après m*ètre débarrassé par un coup fort heureux de la 
carcasse thoracique , sans rompre la continuité du cordon rachi- 
dien avec le ganglion thoracique, ce qui est fort rare, le ganglion 
si convoité, longtemps si problématique, m'apparut escorté de ses 
nerfs pulmonaires; j'éprouvai une de ces joies saisissantes réser- 
vées aux amants passionnés de la science. Le fait matériel était 
donc acquis et authentique; il mit fin à tous mes scrupules, l'ano- 
malie disparut, mon triomphe fut parfait. 

La découverte de ce ganglion, inconnu à mes devanciers, 
venait rétablir l'harmonie entre les poumons et les ganglions abdo- 
minaux; le nombre quatre leur était commun. Son existence 
presque rudimenlaire, à cet âge du scorpion, lui donnait encore 
plus de valeur à mes yeux, et elle m'enhardit à tenter de nouvelles 
investigations sur les sujets adultes. Je réussis à mettre ce ganglion 
en évidence dans ceux-ci. Plus tard je le trouvai plus grand, 
mieux caractérisé, dans Y afer; je le constatai dans Yearopœus dans le 
biaculealus et tout récemment (avril i 85 1 ) dans deux jeunes indi- 
vidus de Yoccilamis, morts dans ma ménagerie cellulaire. J'ou- 



DES SCORPIONS. 591 

bliaisde dire que ce ganglion est limitrophe entre le céphalothorax 
et l'abdomen. 

A son origine au centre nerveux thoracique ce ganglion, dans 
les très-jeunes sujets, ne semble qu'un léger renflement du cordon 
rachidien; mais son véritable trait anatomique et physiologique 
se trouve dans l'émission latérale des deux nerfs pulmonaires et 
dans le nerf impair de sa face inférieure. Je constatai aussi dans 
Yoccitanus une paire de nerfs particulière à ce ganglion, car il n'en 
existe aucune trace dans les ganglions suivants. Ces nerfs naissent 
dans l'aisselle de l'origine des nerfs pulmonaires; il sont fins et 
se continuent assez loin sans se ramifier. Je suppose qu'ils appar- 
tiennent aux peignes, qui précisément se trouvent sous-jacents. 

Les trois ganglions abdominaux qui suivent le premier sont 
bien plus prononcés que celui-ci , sans l'être néanmoins autant que 
ceux de la plupart des insectes ; ils sont ellipsoïdaux et émettent 
chacun trois nerfs bien distincts, deux latéraux (et non quatre, 
comme l'avance Von Siebold) et un impair inférieur. Le premier 
de ces trois ganglions , qui est le second de la série, est placé à 
la hauteur de la seconde paire de poumons, à laquelle il envoie, 
en ligne à peu près directe, ses nerfs latéraux; il en est de même 
pour le ganglion suivant. Les nerfs latéraux du ganglion terminal 
marchent d'arrière en avant pour se rendre à la quatrième paire 
de poumons, c'est-à-dire qu'ils sont récurrents. Tous ces nerfs ne 
se bifurquent qu'à une certaine distance de leur origine; ils ne se 
distribuent pas exclusivement aux poumons; ils fournissent aussi 
des branches, des rameaux au panicule musculaire qui revêt le 
tégument, aux tissus circonvoisions, au parenchyme hépatique, au 
canal digestif et jusqu'à l'organe central de la circulation. J'ai , à 
diverses reprises, surpris les filets nerveux qui distribuaient la 
sensibilité à tous ces tissus. 

Quant au nerf impair ou inférieur, qui naît du centre du gan- 
glion, il répand ses ramifications infinies dans les viscères et les 
tissus de la cavité abdominale, et peut-être plus spécialement aux 
organes génitaux, étalés, comme on sait, dans toute l'étendue de 



592 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

celle-ci. L'absence de ce nerf impair dans les ganglions caudaux 
vient puissamment appuyer ma présomption relative aux attribu- 
tions physiologiques de ces nerfs impairs; ils seraient" des nerfs 
génitaux. 

Le cordon racbidien inter-ganglionnaire , soit à l'abdomen , soit à 
la queue, est toujours double comme dans les insectes (diptères 
exceptés), c'est-à-dire formé de deux filets plus ou moins conti- 
gus. Cette contiguïté est parfois telle, dans quelques individus, 
que la loupe a de la peine à distinguer le trait linéaire qui l'indique , 
et la pince est inhabile à séparer les deux filets; on se persuade- 
rait alors facilement que ce cordon est simple. J'avoue même que, 
dans ma vieille pratique, ces cas exceptionnels m'ont fort embar- 
rassé. En décembre i85o, je constatai le trait de cette contiguïté 
comme effacé dans un sujet tué par le froid, après une diète 
rigoureuse de trois mois. Dans l'animal vivant, j'ai clairement 
constaté, à travers la demi-pellucidité du tégument ventral, la 
disjonction de ces blets pendant certains actes de la vie. Ce 
cordon ne fournit dans son trajet aucun nerf propre. 

A ce que je viens d'exposer sur le système nerveux abdominal 
du scorpion, j'ajouterai un fait resté inaperçu à mes devanciers. 
Un œil attentif décèle, dans le trajet abdominal du cordon ra- 
cbidien des sachets adipeux grêles, cylindriques, variables pour 
leur nombre et leur longueur, et étroitement adhérents; le plus 
souvent ils sont courts et oblongs, mais parfois ils atteignent une 
longueur qui leur donne l'apparence d'un nerf. 11 suffit de les 
saisir avec la pince pour se convaincre de l'illusion. La moelle pro- 
longée de Jean Muller, qu'il dit sortir par la vertèbre thoracique, 
et qui, dans la figure 5 de la planche î , semble un troisième 
filet nerveux accompagnant le cordon rachidien dans toute son 
étendue, pourrait bien n'être qu'un fourreau adipeux dont je 
parlerai tout à l'heure. 

Avant Jean Muller, Treviranus était, je crois, tombé dans une 
méprise semblable à l'occasion de Yciiropœus; mais dans le texte, 
il Minime trois filets au cordon dans son trajet abdominal, tandis 



DES SCORPIONS. 593 

que sa figure ne l'indique qu'avant le premier des trois ganglions 
de l'abdomen. Le burin donne donc un démenti au texte, et cette 
opposition est assez significative. Ainsi, la découverte, minime 
au premier abord, de ces sachets adipeux collés contre le cordon 
rachidicn acquiert une véritable importance critique pour expli- 
quer la méprise de ces deux célèbres anatomistes. 

Voici encore à ce sujet un fait qui n'est point sans valeur. J'ai 
remarqué dans plusieurs autopsies de ïafer que le cordon inter- 
ganglionnaire abdominal , au lieu des sachets oblongs de ï occitan us , 
était enduit, enveloppé d'une couche adipeuse continue qui en 
masquait complètement la structure propre; il faut enlever avec 
le grattoir cet enduit pour mettre à nu les deux filets constitutifs 
de ce cordon. Dans la figure de Newport, le dessinateur, le gra- 
veur ou le copiste ont représenté ce cordon comme simple, et 
c'est là une erreur flagrante. 

Quant à* la moelle prolongée de J. Muller, qui se trouve détachée 
du cordon inter-ganglionnaire dont les deux filets sont largement 
écartés, je ne saurais m'en rendre raison. 

ARTICLE V. 

GANGLIONS CAUDAUX. 

Quoique la queue des scorpions ait dans toutes les espèces six 
articles, il ny existe que quatre ganglions. Ainsi, le nombre de 
ceux-ci n'est pas plus en harmonie avec celui de ces articles, que 
ceux de l'abdomen avec les segments tégumentaires de ce dernier. 
Ils sont bien plus arrondis que les abdominaux; ils manquent de 
nerf impair ou inférieur, et j'ai déjà, à l'occasion des nerfs géni- 
taux, parlé de l'induction physiologique inspirée par cette absence. 
Ils n'émettent donc qu'une paire de nerfs latéraux. Ceux-ci, d'une 
brièveté en rapport avec le diamètre des articles de la queue, se 
distribuent à leurs puissants muscles ainsi qu'à l'intestin et au 
vaisseau circulatoire. 

Le premier ganglion occupe l'articulation du dernier segment 

SAVANTS ÉTIUNGEHS. — XIV. 



Wi HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

abdominal avec le premier nœud caudal; les deux suivants, la 
seconde et la troisième de ces articulations, et le quatrième ou 
terminal, le commencement du quatrième nœud. 

Ce dernier ganglion, le plus grand de tous, a trois paires de 
nerfs : Tune, près de son origine; la seconde, vers le milieu repré- 
sentant les nerfs latéraux ordinaires; enfin, la troisième paire, 
plus positivement terminale, représente les doubles cordons rachi- 
diens inter-ganglionnaires et se fait remarquer par un fort calibre. 
Elle correspond évidemment aux nerfs génitaux des insectes, parce 
qu'effeeti veinent, dans ceux-ci, l'appareil de la génération est placé 
à la partie postérieure de l'abdomen. Une semblable dénomina- 
tion est inapplicable aux scorpions, chez lesquels les organes gé- 
nérateurs, dans les deux sexes, aboutissent à la base et non au 
bout de l'abdomen. 

Mais l'arme offensive et défensive de notre arachnide , cette 
ampoule qui recèle une glande vénénifique et que termine l'ai- 
guillon instillateur du subtil poison, occupe le bout de la queue. 
C'est là un organe qui sauvegarde l'animal; c'est là que la nature 
a créé une infinité de muscles soumis à l'empire de la volonté et 
destinés à lui imprimer la direction exigée pour faire face à l'en- 
nemi. Ce double faisceau des nerfs terminaux de la chaîne rachi- 
dienne distribue donc la sensibilité et l'irritabilité à la glande 
vénénifique et aux puissances musculaires qui la mettent en jeu. 

CHAPITRE IL 

APPAREIL CIRCULATOIRE. 

C'est ici une des questions les plus difficiles et en même temps 
les plus litigieuses de l'anatomie des scorpions. Des hommes dont 
le savoir ne saurait être révoqué en doute, mais dont l'esprit est 
préoccupé d'idées trop absolues d'unité de conformation orga- 
nique, ont imaginé que parce que le scorpion avait un cœur, des 
vaisseaux sanguins et des poumons, il était de toute nécessité qu'il 
eût un système complet de grande circulation, une aorte, des 



DES SCORPIONS 595 

artères, des veines, etc. Mais que ces savants, affranchis d'idées 
préconçues, veuillent bien descendre, le scalpel à la main, des 
hauteurs de l'échelle zoologique dans la série des organismes infé- 
rieurs, dans celle des animaux à sans: blanc, et ils se convaincront 
que ceux-ci partagent, avec les sommités organiques, l'exercice 
régulier de toutes les grandes fonctions, quoique avec des organes 
et moins nombreux et moins compliqués. Ils s'assureront aussi que le 
même esprit créateur qui a fait l'homme et l'araignée, et dont la 
toute-puissance a si savemment réparti les formes et l'intelligence 
entre ces deux types extrêmes, sait atteindre un même but en 
diversifiant les moyens à l'infini. 

Avant d'aborder le contrôle consciencieux des opinions émises 
au sujet de la circulation du scorpion par les savants dont les tra- 
vaux ont devancé le mien, donnons la description de cet appareil 
tel que l'ont offert à mes yeux des autopsies sans nombre prati- 
quées sur des sujets de tous les âges et dans toutes les conditions 
de la vie et de la mort. 

Considéré dans son ensemble, l'organe central de la circulation 
est un long vaisseau placé à la ligne médiane dorsale du corps, 
depuis la partie antérieure du céphalothorax, jusque dans le der- 
nier article de la queue. Plus large dans son trajet abdominal et 
atténué en avant comme en arrière, il est, à proprement parler, 
fusiforme. 

Nous y distinguerons trois portions, suivant les régions du corps 
qu'elles occupent : V abdominale, la céphalolhoracique et la caudale. 
Examinons-les séparément. 

ARTICLE PREMIER 

PORTION ABDOMINALE, 00 CCECR. 

Plus large et surtout plus fortement organisée que les autres, 
elle est spécialement désignée sous le nom de cœur et mérite cette 
dénomination. Ce cœur repose sur la gouttière médiane du foie 
en même temps qu'il est sous-jacent au panicule musculaire du 

75. 



596 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

tégument dorsal. Il émet sur ses côtés des paires régulières et symé- 
triques de vaisseaux sanguins. Hâtons-nous de le dire, si dans un 
sujet frais on l'ouvre par une incision longitudinale qui n'inté- 
resse que sa paroi supérieure, on s'assure que, non-seulement il 
n'y existe qu'une seule cavité continue ou non interrompue, mais 
que la texture de ses parois est partout uniforme, identique. 

L'existence d'une cavité unique dans le cœur du scorpion est 
un fait incontestable dont je revendique la découverte. 

Ouvrez à l'air libre un scorpion vivant préalablement fixé sur 
une planchette, mettez à découvert le cœur sans le léser, et vous 
constaterez facilement les contractions et les dilatations alterna- 
tives de cet organe creux. Notez bien que ce n'est point une seule 
systole, une seule diastole pour toute la longueur du vaisseau, 
mais une série successive de ces actes, de telle façon, que l'impul- 
sion circulatoire du sang s'exécute par jets ou par ondées. Celles-ci , 
attentivement observées, paraissent et disparaissent instantané- 
ment, et pourtant sont constantes pour leur nombre. Il y en a sept, 
autant que de paires de vaisseaux partant de ce cœur. 

Dans cette même vivisection vous remarquerez que ce mouve- 
ment de palpitation demeure parfois suspendu momentanément, 
et alors les étranglements onduleux cessent, s'effacent complète- 
ment. Dans ce court instant, le cœur reste uni et égal dans toute 
son étendue. Puis les mouvements ondulatoires peuvent reprendre 
encore pour s'éteindre à la mort définitive. Ces mêmes résultats 
s'observent aussi dans les sujets éthérisés ou chloroformisés jus- 
qu'à parfaite résolution, toutefois sans mort absolue. Combien de 
fois n'a i-je pas constaté alors, qu'au milieu de l'inaction et de 
l'insensibilité de toutes les parties, les battements du cœur se 
maintenaient seuls un certain temps; cet organe était Yultimum 
moriens. 

Voilà ce que l'observation directe m'a vingt fois démontré sur 
le scorpion disséqué à l'air libre dans un état de vie à divers 
degrés. 

Exposons maintenant la composition et la structure du cœur. 



DES SCORPIONS 5m 

Les mouvements de systole et de diastole du cœur, ainsi que 
sa texture anatomique, prouvent à l'évidence que c'est un organe 
d'Impulsion. Il est revêtu de deux tuniques, l'une interne, l'autre 
externe. Elles avaient été signalées par Treviranus, mais peu ou 
mal décrites. 

i° Tunique interne ou propre. — Elle se trouve en contact di- 
rect avec le liquide nutritif ou le sang. Elle donne immédiatement 
naissance aux vaisseaux circulatoires, est d'une finesse extrême 
et hyaline. On la croirait simplement membraneuse, mais elle 
est formée de fibres subannulaires, spiroïdes et élastiques, ainsi 
que le prouve le double fait suivant recueilli en novembre 18^9 
et en octobre 1800 sur de jeunes occiianus, depuis plus d'un an 
conservés dans l'alcool. Après avoir, par un heureux hasard du 
scalpel, dépouillé de la tunique externe quelques parties du cœur, 
je parvins à isoler les fragments tubuleux de la tunique propre. Je 
soumis ces fragments au microscope et j'y constatai les fibres spi- 
roïdes dont j'ai parlé. Des lambeaux de cette tunique détachée pré- 
sentaient des rubans fibreux qui s'enroulaient, par leur élasticité, 
absolument comme ceux de la tunique trachéenne des insectes; 
j'ai exprimé cela par une figure. Quoique dans le cours de mes 
longues investigations cette texture ne m'ait été révélée que deux 
fois, elle est, dans ma conviction, solidement établie. Je le répète, 
c'est sur de jeunes sujets que j'ai vu ce double fait. 

Cette élasticité de la tunique propre du cœur est on ne peut 
plus favorable à cette impulsion réactive qui fait circuler le sang. 
Elle explique aussi l'inflexion des bords incisés des parois du 
cœur dans la vivisection de cet organe. Ce fait a donc sa double 
valeur d'anatomie et de physiologie. 

J'observe que le tube formé par cette tunique propre parait 
d'un fort petit diamètre, comparativement à celui du cœur avan! 
sa dissection intime. Cette différence tient à l'épaisseur de la 
tunique externe. 

2° Tunique externe. — Elle est, par sa texture comme par s< 
fonctions, parfaitement comparable aux parois musculaires du cœur 



598 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

des grands animaux. Elle est fibro-musculaire, ainsi que lavait 
déjà dit Treviranus, et ses fibres sont principalement longitudi- 
nales. 

Il existe, à la paroi inférieure de cette tunique, un ordre parti- 
culier de muscles qui méritent de nous occuper. Ils ont été à 
peine entrevus par mes devanciers qui se sont livres sur ce point 
à de singuliers écarts d'interprétation. Ces muscles, que j'appelle 
cardiaques, s'insèrent, d'une part, tout près de l'origine des vais- 
seaux sanguins émanés du cœur, et de l'autre au ruban musculaire 
longitudinal du panicule ventral à côté des muscles perforants; 
ce sont des filets grêles, dont le nombre et le calibre égalent ceux 
de ces vaisseaux. Il y en a donc sept paires. Et comme dans la 
plupart des dissections ils sont rompus, déchirés, on les voit dé- 
border le cœur et en imposer d'autant mieux pour des troncs 
vasculaires, qu'à leur déchirure il y a des fibrilles qui simulent 
des ramifications. Entre les deux points d'insertion ils ont, quand 
on est assez heureux pour ne pas les rompre, une portion ventrue 
plus charnue, ce qui les rend fusiformes. 

Ils traversent de haut en bas le foie comme les muscles perfo- 
rants, mais la finesse de leurs tendons rend insensibles les perluis 
de la pulpe hépatique qui leur livre passage. 

A les juger par leurs attaches opposées ils doivent, dans leur 
inaction, brider, fixer le cœur, et dans leur contraction, ou tirer 
en bas cet organe, ou favoriser son action impulsive, suivant le 
mode de cette contraction. 

Dans quelques sujets à l'alcool, favorablement altérés, je suis 
parvenu à séparer des portions tubuleuses assez considérables de 
cette tunique où demeuraient fixés ces muscles cardiaques, tandis 
que les troncs des légitimes vaisseaux circulatoires n'avaient point 
subi la désinvagination de cette tunique ; j'ai fidèlement figuré 
ce fait. 

J'avoue que, pendant plus de trente dissections, cette conti- 
guïté, cette origine presque commune, cette analogie si insidieuse 
des vaisseaux circidatoires du cœur et des muscles cardiaques 



DES SCORPIONS. 599 

m'avaient cruellement tourmenté pour en concilier les attributions 
physiologiques. Les observateurs scrupuleux qui ne transigent 
point avec leurs convictions, et qui savent se tenir en garde contre 
les élans d'une imagination aventureuse, comprendront ma situa- 
tion d'esprit à l'endroit de la supposition de ce double vaisseau... 
Quel appât de séduction en faveur de l'existence d'artères et de 
veines, surtout après avoir jeté un regard étonné sur cette double 
circulation vascuiaire si spécieusement représentée ou imaginée 
par Newport! Grâces au ciel je contenais l'impatience de mes 
interprétations, j'ai su persévérer dans mes incertitudes jusqu'à la 
révélation tardive de la vérité par le scalpel. 

DES TRANSFORMATIONS CADAVERIQUES DU COEUR. 

Sous ce titre j'exposerai des faits, des expériences, des réflexions 
concernant les formes, ou mieux, les transformations que subit le 
cœur par l'effet des altérations cadavériques. Ces documents, en 
même temps qu'ils tendent à confirmer la véritable structure 
de l'organe pendant la vie, vont aussi mettre en relief les malheu- 
reuses erreurs de mes prédécesseurs , qui ont pris ces déformations 
pour un état normal. 

Dans une femelle adulte, qu'immédiatement après sa mort 
naturelle j'avais plongée dans la solution du deutochlorure de 
mercure, d'où je ne la relirai, pour la disséquer, que vingt jours 
après, j'ai constaté le cœur tout d'une venue et sans le moindre 
indice de coarctations, absolument comme le cœur du scorpion 
vivant dans ces intervalles d'immobilité momentanée dont j'ai parlé 
plus haut. Ce fait, nullement isolé dans mes autopsies, je le signale 
comme spécimen en vue du contrôle ou de la critique que pourrait 
susciter mon écrit. Il a une portée physiologique qui mérite d'être 
mise en lumière. J'ai eu le soin de dire que ce scorpion avait 
succombé à une mort naturelle; qu'on daigne me prêter un 
moment d'attention! Dans l'extinction graduelle de la vie, les fonc- 
tions des organes cessent d'une manière insensible , sans qu'il se 
passe dans leur tissu aucune action brusque et violente; le cœur, 



MO HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQl 1. 

dont le sang se retire par degrés, demeure donc, faute de ce sti- 
mulant, avec ses parois uniformément relâchées. Lorsque , au con- 
traire, on plonge l'animal plein de vie dans une liqueur délétère, 
il se trouve aussitôt en proie à une agitation extrême, à une lutte 
désespérée. Les tissus contractiles, soumis à des épreuves dont la 
violence dépasse toute mesure et toute appréciation, peuvent, 
dans ce supplice subit, conserver ou acquérir dans cette liqueur 
des coarciations, des raccourcissements librillaires permanents. 
La plupart des scorpions, tant européens qu'exotiques, de nos 
cabinets, de nos musées , ont indubitablement été précipités vivants 
dans l'alcool, où ils ont subi ce genre de mort violente. Les anato- 
mistes qui m'ont précédé n'ont disséqué que de semblables sujets, 
et de là la différence de leurs résultats et des miens, de là des 
erreurs regrettables auxquelles ils ont été entraînés, pour ainsi 
dire à leur insu, et qui sont devenues une calamité pour la science. 

Mais dans ces cas de mort subite, dans ces cruels supplices 
exigés par la science, il survient, après la cessation brusque de la 
vie, des effets d'un haut intérêt physiologique dans la question 
actuelle. Expliquons-nous. Cette contractilité de tissu après la 
la mort, signalée pour la première fois par Bichat dans sa féconde 
anatomie générale, s'exerce à des degrés différents sur les parois 
du cœur de nos scorpions. Ce sont, ces résultats de contractilité 
cadavérique dont mon œil avide d'instruction a pu suivre pas à 
pas toutes les nuances de développement, toutes les curieuses 
morphoses. 

Et d'abord, les parois du cœur, fendues longituclinalement pen- 
dant la vivisection, témoignent de leur élasticité organique, de 
leur contractilité texturale par la tendance des bords incisés à 
l'enroulement. Les libres de ces parois, qui pendant la vie se 
contractent passagèrement pour produire les étranglements ondu- 
leux et fugitifs dont j'ai parlé , ces libres n'offrent aux lentilles 
les plus exigeantes aucune différence anatomique appréciable avec 
celles qui les avoisinent. C'est donc le principe vital seul, ce 
principe invisible, cet agent immatériel, qui, plus concentré, 



DES SCORPIONS. 601 

plus énergique clans ces fibres contractiles, en détermine le rac- 
courcissement instantané. Il faut sans doute s'incliner devant ce 
mystère physiologique, mais il faut aussi, dans un intérêt de 
science, en constater les effets, en utiliser l'enseignement. 

En juin 1 8ôo, c'est-à-dire à l'époque où la vitalité du scorpion 
est le plus énergique, je pris une femelle vivante, presque adulte , 
mais encore vierge. Je pratiquai au tégument dorsal de l'abdomen 
une incision médiane , et tout aussitôt je plongeai l'animal dans 
l'eau pour l'asphyxier par submersion. Cette asphyxie s'accompagna 
de tous les signes d'une mort violente ; je procédai immédiate- 
ment à l'autopsie. Je constatai au cœur des coarctations irrégulières 
peu prononcées, mais qui, après deux jours de macération sur le 
même chantier, se dessinèrent plus fortement et se régularisèrent. 
C'étaient alors comme de légères enflures allongées permanentes. 
Plus tard, ces enflures, dans ce même cadavre, se convertissaient, 
sous l'œil patient de l'observateur, en renflements ovalaires plus 
prononcés, noueux, presque moniliformes. J'assistais donc, sinon 
à la nouvelle création de ce cœur, du moins à ces changements à 
vue de sa configuration, au spectacle si saisissant, si instructif de 
ses métamorphoses cadavériques. C'est en face de ce phénomène 
que je réalisais l'extase d'O. Muller v exprimée dans l'épigraphe de 
mon travail. 

Dans les individus qui ont séjourné des mois ou des années 
dans les liqueurs conservatrices, ce cœur plus condensé, plus 
altéré, plus déformé, est une colonne divisée extérieurement en 
intersections bien tranchées, imitant comme des articulations ver- 
tébriformes. Vous voyez ces colonnes ainsi représentées par la 
plupart des auteurs, même les plus modernes. Ces intersections, 
dont je ferai connaître bientôt la cause mécanique, et qui expri- 
ment le maximum de la déformation cadavérique , sont générale- 
ment au nombre de sept, comme celui des contractions onduleuses 
de cet organe pendant la vie, comme celui des segments tégumen- 
taires du dos, comme celui des paires de vaisseaux sanguins fournis 
par ce cœur, comme celui des paires de muscles perforants et 

SAVANTS ITHANGERS. XIV, --6 



602 HISTOIRE ANATOM1QI E ET PHYSIOLOGIE ! 

des inuscles cardiaques. Ce rapprochement numérique est remar- 
quable. Mais, soit par l'effet d'une bizarrerie dans les convulsions 
de la mort, soit par un je ne sais quoi qu'on est convenu de taxer 
d'anomalie, j'ai quelquefois compté huit de ces intersections, et 
même dix dans lepalmatas, si voisin comme espèce de Yoccitanus. 
Ce sont là à mes yeux des exceptions. 

Il est encore une circonstance qui, dans les sujets récemment 
morts , rend les coarctations plus promptes et plus marquées : c'est 
lorsque les vaisseaux latéraux du cœur ont été coupés ou rompus. 
Quand ces vaisseaux subsistent dans l'état de mollesse des parties , 
peu de jours après la mort, ils peuvent faire l'office de cordes qui 
maîtrisent un peu la contractilité des fibres. Dans un sujet tué 
par éthénsation et depuis deux jours en voie de dissection, je 
constatai le fait suivant qui confirme pleinement ce que je viens 
de dire : les vaisseaux d'un côté ayant été conservés, maintenus 
en place, et ceux de l'autre côté rompus, le cœur avait, dans 
ce dernier côté , de légers étranglements qui n'existaient pas du 
tout dans l'autre côté. 

De cette configuration articulée du cœur, les auteurs n'ont 
pas manqué d'inférer l'existence intérieure de locules tout aussitôt 
décorés de l'appellation de chambres, de ventricules, etc. Et voyez 
toutes les erreurs enfantées par ces mois! J'ai prouvé moi, ex visu, 
que ce cœur n'a, dans son état normal, qu'une seule cavité indi- 
visée. Mais ce dont ne se sont point aperçus ces anatomistes 
empressés, c'est que les intersections transversales qui limitent 
ces semblants d'articulations ne se voient qu'à la région supérieure 
ou dorsale du cœur; elles ne se continuent point annulairement, 
elles n'existent point du tout à la face inférieure de l'organe qui 
est unie et continue; ce fait est péremptoire. Qu'on ne le perde 
point de vue ! nous l'expliquerons bientôt. 

Si , après avoir débarrassé de tous ses liens , de toutes ses con- 
nexions, ce cœur au maximum de ses coarctations, vous parvenez 
à l'enlever intégralement et à le renverser, un singulier spectacle 
de configuration vient à l'instant frapper vos regards. Cet organe 



DES SCORPIONS. 603 

est relevé de chaque côté de grosses saillies pyramidales symétri- 
ques, dont les paires sont en harmonie de nombre et de contiguïté 
avec les intersections dorsales. Cette double rangée d'apophyses 
séparées par des échancrures intercepte dans la ligne médiane 
un espace creusé en goultière. La loupe la mieux servie qui 
plonge dans le fond de cette gouttière n'y constate, je me plais à 
le répéter, aucun indice d'intersections transversales. 

Mais ces saillies pyramidales présentent encore un certain 
intérêt anatomique lorsqu'on a été à même d'en suivre tous les 
développements. Farcies, comme le cœur, de la matière concrétée, 
dont je parlerai bientôt, et revêtues des mêmes tuniques, elles 
fournissent, à leur sommet, attache aux muscles cardiaques décrits 
plus haut, c'est là un fait positif. Ils s'y maintiennent rarement 
implantés, mais on les rencontre assez souvent aux saillies nais- 
santes des très-jeunes scorpions. 

La formation de ces sailliesdentiform.es s'explique rationnelle- 
ment. N'est-il pas évident, en effet, pour l'anatomiste qui s'est 
bien pénétré des connexions du cœur, et surtout des points d'in- 
tersection des muscles cardiaques, n'est-il pas évident et palpable 
que, dans les convulsions de la mort, la contraction brusque et 
plus ou moins permanente, de ces muscles, en tirant sur les enve- 
loppes de la face inférieure du cœur, a déterminé ces cornets 
conoïdes que le sang, alors liquide, a remplis, et où plus tard il 
s'est figé, concrète? Tel serait, suivant moi, le mécanisme de 
leur improvisation cadavérique. 

Je finirai ce qui concerne ces coarctations, ces intersections 
par le fait suivant. Dans les scorpions dès longtemps macérés dans 
l'alcool où ils ont été précipités vivants , il arrive souvent qu'en 
enlevant la carapace ou tégument supérieur, de manière à détacher 
de celui-ci tout le pannicule peaussier, ce dernier demeure déposé, 
appliqué sur les viscères. Alors on distingue à ce pannicule autant 
d'empreintes linéaires transversales, qu'il existe d'espaces inter- 
segmentaires à la carapace. Si maintenant on soulève avec pré- 
caution ce pannicule . on se convainc que ces empreintes corres- 

7 6. 



604 HISTOIRE ANATOM1QUE ET PHYSIOLOGIQUE 

pondent justement aux intersections du cœur. Ceci prouve sans 
réplique que ces dernières, ainsi que les empreintes, sont l'effet 
d'une pression purement mécanique exercée par les espaces inter- 
segmentaires du tégument dorsal. Ces espaces intersegmentaires, 
ces articulations linéaires sont garnis, comme on sait, d'une mem- 
brane fibreuse, qui, suivant l'occasion, peut éloigner ou rappro- 
cher les segments entre eux. Cette pression n'étant pas assez 
puissante pour trancher dans tout son diamètre le cœur, on con- 
çoit facilement pourquoi les intersections n'existent point à la face 
inférieure de cet organe, et pourquoi encore la masse sanguine 
concrétée, dépouillée de ses tuniques, ne présente que très- 
superficiellement les intersections de son enveloppe dorsale. 

J'ai parlé à diverses reprises de cœur concrète; je vais m'expii- 
quer sur ce point. Tous les anatomistes auront pu constater sur 
les scorpions conservés depuis longtemps dans l'alcool, que le 
cœur est rempli , distendu par une matière opaque , coagulée ou 
même concrétée, de consistance sébacée, de couleur blonde 
comme la pulpe hépatique. On pourrait, croire, au premier aspect, 
qu'elle est identique à celle-ci. Mais l'inspection microscopique 
met hors de doute leur différence d'organisation intime. Les 
éléments de la matière incluse du cœur sont bien plus petits que 
les éléments hépatiques, et l'on n'y voit pas les fragments mem- 
braneux qui existent au parenchyme du foie. Cet infarctus rend 
évidemment impossible toute injection du cœur. 

VAISSEAUX DU COEUR. 

Ces vaisseaux naissent de chaque côté de cet organe par paires 
symétriques en nombre égal à celui des segments dorsaux de 
l'abdomen, c'est-à-dire de sept. Leurs troncs restent simples 
assez longtemps pour se bifurquer ensuite et se diviser enfin en 
ramifications nutritives, qui se perdent dans les viscères et les 
tissus. 

Mes plus puissantes lentilles ne m'ont jamais révélé à l'origine 
de ces vaisseaux, qui sont les artères systémiqaes de M. Newport 



DES SCORPIONS. 005 

aucune trace des intersections ou articulations représentées par 
cet anatomiste. 

Je me suis assuré que quatre de ces paires vasculaires se dis- 
tribuent plus directement aux poumons : ce sont les 3 e , 4 e , 5 e et 6 e . 
La i re , la 2 e et la 7 e paire, ne correspondant point à ces organes 
pulmonaires, ont une autre destination. 

Les vaisseaux pulmonaires se portent vers le milieu du bord 
antérieur du poumon en suivant à peu près la distribution des 
nerfs de ce nom. L'analogie permet de croire que les divisions 
extrêmes de ces vaisseaux percent l'enveloppe plévrale du poumon 
et vont se ramifier aux feuillets du parenchyme. 

Mon culte pour la vérité et mon amour de la science m'obli- 
gent à déclarer que mes dissections de plusieurs centaines de 
scorpions pris dans toutes les conditions de vie et de mort ne 
m'ont fait voir dans l'appareil circulatoire rien qui ressemble à la 
figure si étrangement compliquée de M. Newport. 

ARTICLE II. 

POKTION CÉPHALO-THORACIQUE. 

La portion atténuée du vaisseau dorsal qui pénètre dans le 
céphalothorax a été appelée, à droit ou à tort, aorte par M. New- 
port. Quoique son diamètre diminue brusquement à sa naissance 
du cœur, je n'ai rien vu là qui put y faire présumer l'existence 
d'une valvule. Ses parois, infiniment plus fines que celles du cœur, 
et dépourvues de la tunique musculaire, lui donneraient plutôt à 
mes yeux les conditions anatomiques d'une veine que celles d'une 
artère. Je ne me prononce ni pour l'une ni pour l'autre de ces 
dénominations. Dans son trajet du céphalothorax, où il repose 
sur l'œsophage, il ne m'a paru émettre aucun vaisseau appré- 
ciable. 

Mais un fait insidieux m'a longtemps préoccupé et tourmenté: 
c'est sa terminaison antérieure. Dans mes explorations si difRcul- 
tueuses de l'intérieur du céphalothorax, j'avais été frappé de voir 



(106 HISTOIRE ANATOMIQEE ET PHYSIOLOGIQl JE 

ce vaisseau se fixer par une implantation brusque au bord posté- 
rieur du cerveau. Ce mode de connexion était tel et la continuité 
des deux organes si bien dissimulée, même aux plus puissantes 
lentilles, que l'on eût cru à une dilatation arrondie de ce vais- 
seau. L'illusion et l'erreur étaient d'autant plus faciles, qu'en enle- 
vant le cerveau, j'entraînais constamment ce vaisseau. Je suis 
demeuré près d'une année sous le coup dune terminaison aussi 
désespérante pour le physiologiste. Dans mes dernières dissec- 
tions j'ai vu se dissiper en partie mes incertitudes sur ce point; 
mais toute la vérité n'est pas en évidence. 

» En octobre i85o, un beau scorpion femelle adulte mourut 
dans ma ménagerie de sa mort naturelle, et je procédai aussitôt à 
son autopsie. Je reconnus que, malgré la continuité apparente 
dont j'ai parlé, continuité qu'il faut attribuer à l'extension de la 
membrane arachnoïde du cerveau sur le vaisseau, celui-ci se pro- 
longeait encore sous l'encéphale. J'ignore si là il se termine , comme 
le disent Dugès et M. Newport, par des divisions; je le perdis 
et, plus tard, je ne l'ai plus retrouvé. 

ARTICLE III. 

PORTION CAUDALE. 

La richesse vasculaire de la queue du scorpion vient encore 
témoigner de l'importance physiologique de cette partie du corps. 
Là où finit le cœur, c'est-à-dire vers la base de ce dernier segment 
de f abdomen qui est privé de poumons, commence le long vais- 
seau filiforme qui, s'engageant dans l'axe de la queue, y émet de 
nombreux vaisseaux jusque dans le nœud terminal, ou l'ampoule 
a venin. 

Non-seulement le diamètre de ce vaisseau, que M. Newport 
appelle arlère caudale , est infininiment moindre que celui du cœur, 
mais la texture fibro-musculaire ne se retrouve pas plus dans le 
prolongement caudal que dans le céphalothoracique. C'est là un 
double fait négatif qu'il importe de ne pas perdre de vue pour 



DES SCORPIONS. 607 

comprendre la valeur anatomique du cœur. Les parois du vais- 
seau caudal sont donc membraneuses, fines, peu susceptibles 
d'imprimer au sang une impulsion énergique. Les vaisseaux laté- 
raux qu'il émet sont disposés par paires symétriques et se rami- 
fient peu après leur origine. Treviranus n'en a représenté que 
quatre, tandis que j'en ai rencontré cinq sans compter les deux 
branches bien fournies qui naissent de la bifurcation postérieure 
du tronc et qui se distribuent dans l'ampoule à venin. 



MODE DE CinCl'I.ATlON. 



Si l'on jette un coup d'œil analytique sur les ouvrages qui trai- 
tent de la circulation dans les scorpions, on y trouve inévitable- 
ment ces graves erreurs, ces fictions nées de dissections opérées 
sur des cadavres plus ou moins altérés par leur séjour dans les 
liqueurs conservatrices. Pour abréger cette revue, consultons le 
Manuel de Von Siebold ( i 8 4-9 ) •. qui résume les travaux de ses 
prédécesseurs. 

Ce savant anatomiste n'a sûrement pas exercé son scalpel dans 
l'appareil circulatoire de notre arachnide, mais il a une foi fe in- 
vente dans les observations et les figures de M. Newport. Ainsi , 
le cœur du scorpion serait articulé, il aurait huit loges qui fourni- 
raient latéralement des artères, lesquelles se continueraient avec un 
système veineux (continuation révoquée en doute par Von Siebold 
lui-même). Des veines se distribueraient aux poumons, et le sang 
revient au cœur par des vaisseaux particuliers , en pénétrant dans 
chaque loge par deux ouvertures latérales. Le cœur, maintenu en 
place par des muscles triangulaires (que j'ai vainement cherchés), 
se terminerait en avant par une aorte se ramifiant aux appendices 
locomoteurs ainsi qu'aux viscères, et en arrière par une artère 
émettant un grand nombre de branches latérales, etc., etc., etc. 

Tout cela inspiré, justifié par les hallucinantes ligures de 
M. Newport Mais en conscience, peut-on les juger sévèrement 
quand il les qualifie de théoriques ? En présence de cette épithète, 
le contrôle est paralysé , la critique désarmée* On ne saurait plus 



608 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHï SIOLOGIQEE 

voir dans cette image qu'une broderie élégante , un abus de l'esprit, 
des doigts , un entrain de juvénile imagination. Dans une science 
de faits matériels, n'y a-t-il pas délit flagrant de livrer à la circu- 
lation du monde savant une monnaie évidemment fausse, quoique 
si bien frappée? 

Dans un écrit plus récent encore, publié en 1 85o [Annal, des se. 
nat.), M. Blanchard donne aussi libéralement huit chambres au cœur 
du scorpion; il admet des lacunes dans lesquelles le sang est 
épanché, comme dans les autres articulés, et revient de ces lacunes 
aux poumons. Explique qui pourra une semblable théorie de 
circulation ou de révolution dans un animal pourvu de cœur, de 
vaisseaux et de poumons! Tout ce qu'on peut charitablement 
dire à la décharge de M. Blanchard et de ses prédécesseurs, c'est 
que dans cette affaire il y a des circonstances atténuantes prises 
d'autopsies faites sur des sujets à viscères déformés ou altérés. 

Ah! que ce même M. Blanchard, dans ce même recueil 
de i85o, était bien mieux inspiré, était bien plus dans le vrai en 
dotant la science d'une description illustrée de l'appareil circula- 
toire de l'araignée ! C'est qu'alors il a disséqué des araignées vi- 
vantes ou récemment mortes. Aussi leur cœur est tout d'une venue 
et sans étranglement, tandis que certainement les figures de Dugès 
qui représentent multiloculaire le cœur de la lycose et de la 
mygale ont été prises sur des individus conservés dans l'alcool. 

Ces deux anatomies des araignées, faites dans des conditions 
si différentes, ainsi que la grande analogie d'organisation entre 
les aranéïdes pulmonaires et les scorpions sont une heureuse et 
complète confirmation de ce que je viens d'exposer sur l'appareil 
circulatoire de ces derniers. 

Ce serait sortir de mon sujet que de soumettre à un sérieux 
contrôle la physiologie de M. Blanchard relative au mode de cir- 
culation dans l'araignée. Je m'étonne seulement qu'en présence 
des faits anatomiques si fidèlement rendus par son habile pinceau, 
il ait pu s'abandonner à des assertions aussi inconciliables avec 
ces mêmes faits et à des contradictions aussi choquantes. 



DES SCORPIONS. 609 

Mais quelle est donc, me dira-t-on, votre manière d'envisager 
la circulation dans les scorpions, auxquels vous n'attribuez et vous 
n'avez constaté qu'un seul ordre de vaisseaux? Comment le sang que 
les vaisseaux pulmonaires charrient aux poumons, pour lui faire 
subir l'action de l'air, retourne-t-il au cœur et va-t-il se distri- 
buer à tous les tissus du corps pour y remplir sa mission nutri- 
tive ? . . . Les mêmes vaisseaux pulmonaires peuvent-ils donc 
amener le sang désoxygéné aux organes respiratoires pour le 
ramener ensuite oxygéné dans le torrent circulatoire, et ce mou- 
vement alternatif s'opère-t-il d'une manière incessante dans les 
mêmes conduits?. . . Je ne prétends point éluder la question par 
le silence. Je l'avoue franchement, mon scalpel ne m'a point encore 
fourni les matériaux pour une solution définitive ... Il me ré- 
pugne de mengager dans une théorie qui ne repose point sur des 
faits positifs. Dans le doute je m'abstiens , comme le conseille le 
philosophe. 

CHAPITRE III. 

U'PAREIL MUSCULAIRE ET STRUCTURE SQUELETTIQUE DES CAVITES 

Sr-LANCHNIQUES. 

Loin de moi l'idée de donner une myologie des scorpions; il 
faudrait un Lyonnet, et il n'y en a plus. Je me bornerai à exposer 
sommairement quelques muscles spéciaux du céphalothorax, de 
l'abdomen et de la queue, ainsi que la structure squelettique de 
la première de ces cavités. 

ARTICLE PREMIER. 

STRUCTURE SQUELETTIQUE ET MUSCLES DU CEPHALOTHORAX. 

Les muscles puissants qui garnissent l'intérieur du céphalothorax 
présentent cette particularité fort remarquable, qu'ils ne forment 
pas, comme ceux de l'abdomen, un vaste panniculc peaussier et 
qu'ils ne se (ixent point seulement à la voûte cornée de cette 
partie du corps. Inépuisable dans son génie des créations, la nature 

SAVANTS ÉTRANGERS. XIV. 7 7 



610 HISTOIRE AN ATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

a inventé pour les scorpions, ainsi que pour d'autres arachnides, 
une sorte de squelette intérieur consistant, d'une part, en des 
reliefs dépendants du plancher corné du plastron, de l'autre, en 
une pièce indépendante du test, une carcasse cartilagineuse. Décri- 
vons-les succinctement. 

Le plancher inférieur du céphalothorax ou le plastron , par 
analogie avec celui de la tortue, est creusé d'anfractuosités , de 
rigoles profondes rayonnantes et symétriques, limitées par des 
cloisons cornées plus ou moins saillantes ou redressées. Ces rigoles, 
ces cloisons, sont en nombre égal à celui des pattes et des chéli- 
palpes; il y en a par conséquent cinq paires. Elles sont d'autant 
plus longues, d'autant mieux prononcées qu'elles sont plus posté- 
rieures. Les rigoles sont remplies par des muscles locomoteurs et 
recèlent dans leur profondeur les grands troncs nerveux cruraux. 

Les cloisons donnent attache aux muscles. Etudiées sur le 
cadavre desséché, préalablement vidé et bien préparé, elles res- 
semblent à des côtes qui convergent à un sternum central. Ces 
côtes offrent constamment un intervalle marginal plus grand entre 
la première et la seconde paire de pattes. Cette disposition, loin 
d'être insignifiante, fait naître l'idée, confirmée d'ailleurs par la 
direction des pattes, que, dans faction de saisir une proie, les 
trois paires de pattes postérieures sont plus particulièrement des- 
tinées à assujettir le corps sur le plan de support, tandis que la 
paire antérieure , dans cet intervalle , favorise l'étendue de mouve- 
ment, devient auxiliaire des chélipalpes pour la capture de la vic- 
time. Outre ces cloisons, il y a à la partie antérieure du plastron, 
et de chaque côté, à peu près vis-à-vis les origines des chélipalpes, 
deux, grandes lames cornées subarrondies, foliiformes, très-sail- 
lantes au-dessus du plan des anfracluosités. Elles servent aussi à 
l'insertion des muscles. 

Précisément au-dessus du ganglion thoracique, siégeant sur la 
partie du plastron que j'ai appelée sternum , se trouve placée la 
carcasse céphalothoracic/ue. Lyonnet (OEnvr.posth.) et Treviranus l'ont 
représentée dans l'araignée, le premier sous le nom de sternum. 



DES SCORPIOVS 611 

le second sous celui de cartilage. Jean Muller l'appelle dans le 
scorpion la vertèbre thoracique, dénomination assez significative; 
je la décrirai dans Yoccitanus. Cette carcasse a une configuration 
peu détei minable, toutefois elle est d'une circonscription subar- 
rondie. De texture cartilagineuse, elle est hérissée dans tous les 
sens de saillies ou apophyses rayonnantes qui lui donnent de la 
ressemblance avec une chausse-trappe. Au premier aspect on la croi- 
rait irrégulière; mais mieux étudiée, on reconnaît que ces apo- 
physes ont une disposition symétrique. Une pince tant soit peu 
habile peut la déraciner dans son entier et l'isoler. On voit alors 
que les apophyses demeurent garnies des faisceaux musculaires 
déchirés qui s'y insèrent : c'est dans cet état que je l'ai figurée. Le 
corps ou le noyau de cette carcasse est percé d'un grand trou, ou 
mieux d'une arcade annulaire, qui donne exclusivement passage 
au cordon nerveux rachidien et à la première paire des nerfs pul- 
monaires. Le canal digestif et le vaisseau dorsal sont engagés entre 
les apophyses du plan supérieur; ce qui rend leur isolement d'une 
extrême difficulté. 

ARTICLE II. 

MUSCLES ABDOMINAUX. 

Ils sont ou tégumentaires, ou periorants ou cardiaques. 

]° Les muscles tégumentaires ou peaussiers doublent, tant au 
dos qu'au ventre, la face interne du tégument abdominal. Ils for- 
ment dans leur ensemble un pannicule continu, un caleçon muscu- 
laire qui enveloppe tous les viscères excepté les poumons. Ses fibres 
varient de grosseur et de direction. Ils servent, soit aux mouve- 
ments plus ou moins obscurs des segments tégumentaires, soit à 
la dilatation ou au rétrécissement de la cavité abdominale, soit 
enfin à protéger les viscères contre la dureté du tégument corné. 

A la ligne médiane, tant supérieure qu'inférieure de ce caleçon, 
il existe deux larges rubans longitudinaiu rapprochés , dont les fibres 
grosses eteontigue^ sont parallèles. Entre les deux rubans du dos, 



612 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

il y a une légère gouttière produite par un amincissement, une 
dépression du pannicule et correspondant au cœur. A la région op- 
posée, c'est-à-dire à la paroi ventrale, le cordon rachidien est logé 
dans l'intervalle de ces rubans, mais non point à nu sur le tégument 
même. Par la direction longitudinale de leurs fibres, ces rubans 
ou muscles droits tendent, dans leur contraction, à raccourcir le 
corps et à en rapprocher les segments. 

Les larges tapis musculaires qui se rattachent aux rubans lon- 
gitudinaux ont des fibres moins prononcées, obliques ou courbes. 
J'en ai déjà indiqué les fonctions. 

2° Les muscles perforants, que, dans mes publications de 
diverses dates, j'ai désignés ainsi, et qui jusqu'alors n'avaient 
point été mentionnés, traversent le foie, de la face dorsale à la 
face ventrale, et se fixent aux rubans médians dont j'ai parlé. Au 
nombre de sept paires, ils sont disposés symétriquement de chaque 
côté de la ligne médiane du corps. Ce sont des cordons fort sim- 
ples, filiformes, droits comme des colonnes, engagés chacun dans 
une gaine pratiquée dans l'épaisseur du parenchyme hépatique. 
Ces gaines, qui percent de part en part le foie, sont tapissées par 
la même tunique qui revêt tout l'organe, et elles sont assez larges 
pour se prêter aux mouvements de contraction et d'extension de 
ces muscles. Quatre de ces paires de muscles perforants s'insèrent 
inférieurement tout près de la base des poumons correspondants. 
Tous répondent en haut aux sept segments dorsaux de l'abdomen. 
Par leur action contractile , ils tendent évidemment à rapprocher les 
deux parois tégumentaires de l'abdomen. Ils jouent peut-être un 
rôle actif d'expulsion lors de l'accouchement, et ils peuvent bien 
entrer enjeu dans les ébats amoureux. Ils servent aussi à prévenir 
les secousses des viscères splanchniques, surtout de la texture 
pulpeuse du foie, et à les maintenir en place. Quand sur un scor- 
pion vivant, dont on a préalablement incisé le pourtour de la 
carapace, on soulève doucement celle-ci, on voit, on sent très-bien 
la contraction active des muscles perforants qui tendent à tirer en 
bas cette carapace. 






DES SCORPIONS. 013 

Mais c'est surtout clans les individus à l'alcool qu'il est possible 
de mettre en parfaite évidence ces muscles perforants. Par la ma- 
cération prolongée, les adhérences organiques du pannicule peaus- 
sier se détruisent de telle façon que la face interne du tégument 
corné demeure à nu et que le pannicule plus ou moins entier est 
couché sur les viscères. Alors en décollant ces muscles de leui 
implantation dorsale, sans endommager le foie, vous apercevrez 
à la surface de celui-ci, les sept paires de bouches béantes où ils 
se sont retirés rétractés. En déchirant avec précaution la pulpe 
hépatique, que l'on a soin de déblayer, on arrive à constater ces 
muscles demeurés debout comme des baguettes et fixés aux ru- 
bans ventraux. J'ai exprimé par une figure cette curieuse dispo- 
sition. 

3° Les muscles cardiaques, fixés d'une part à ta paroi inférieure 
de la tunique musculaire du cœur, et de l'autre aux rubans ven- 
traux tout à côté des perforants. Plus grêles que ces derniers, jls 
les égalent en nombre et sont fusiformes. Je les ai suffisamment 
décrits au chapitre du cœur. 

\RTICLE III. 

MUSCLES CAUDAl \. 

La queue du scorpion est incontestablement la partie de son 
corps douée de la plus grande somme d'activité et de mobilité. 

Elle est, je le répète, la sauvegarde de l'existence de l'animal. 
Je n'entreprendrai point dénumérer les puissants muscles qui 
président à cette vigilante mobilité. Les nœuds caudaux, et sur- 
tout le dernier segment de l'abdomen en sont en quelque sorte 
bourrés. Ho quelle admirable structure que celle de ce tube arti- 
culé! Par quelle habile prévoyance la Providence a-t-elle pu, au 
milieu de l'action si variée, si énergique de ces agents loconm 
teurs , protéger la délicatesse, la fragilité du vaisseau circulatoire 
de l'intestin et du cordon ganglionnaire qui y sont enfermés! Com- 
ment, clans un si étroit canal, quatre organes peuvent-ils fonc- 



614 HISTOIRE ANATOMIQl E ET PHYSIOLOGIQUE 

tionner simultanément sans le moindre trouble dans les lois qui 
régissent l'organisme ! 11 n'est pas un tissu, pas une fibre, lorsqu'on 
cherche à en pénétrer les connexions et les attributions, devant 
lesquels il ne faille s'extasier et en définitive s'humilier. 

APPENDICE. 

Dans la dissection de Yafer j'ai cru reconnaître entre la cavité 
céphalothoracique et la cavité abdominale une sorte de diaphragme 
fibro-musculeux. J'en ai retrouvé des lambeaux dans quelques 
individus de Yoccitanus. Malgré cela je ne me crois pas autorisé 
à regarder comme positive l'existence de cette cloison muscu- 
laire. 

CHAPITRE IV. 

APPAREIL RESPIRATOIRE. 

Les scorpions, ainsi que les aranéides exclusivement pulmonaires, 
respirent l'air atmosphérique au moyen d'un appareil circonscrit, 
de véritables poumons. Ce mode de respiration les rapproche des 
animaux supérieurs et les éloigne des articulés à trachées ou à 
circulation aérienne. Les poumons de nos arachnides sont multi- 
ples et symétriques; ils ont leur siège dans la cavité de l'abdo- 
men; ces animaux respirent par le ventre, et leurs orifices respi- 
ratoires sont des stigmates. Ces divers traits les distancent des 
hauts organismes à respiration aérienne qui, eux, ont le poumon 
dans le thorax et respirent par la bouche ou les narines. 

L'existence de stigmates disposés par paires symétriques leur 
est commune avec les insectes. 

Examinons séparément les poumons et les stigmates. 

ARTICLE PREMIER. 

POUMONS. 

11 y a quatre paires de ces organes placés sur les quatre premiers 



DES SCORPIONS. 1,15 

segments ventraux de l'abdomen. La demi-transparence du tégu- 
ment les décèle extérieurement sous l'aspect d'autant de grandes 
taches blanchâtres vaguement ovalaires. Le dernier segment en 
est privé. Les noms de poches et de sacs, sous lesquels plusieurs 
anatomistes les désignent, donnent une fausse idée de leur texture, 
et c'est, par un étrange abus des mots, que quelques-uns les appel- 
lent des branchies, expression exclusivement applicable à la respi- 
ration aquatique. 

Quand on a débarrassé la cavité abdominale du foie, des autres 
viscères et du pannicule musculaire, les poumons offrent leur véri- 
table configuration, qui est ovale triangulaire, ayant la base tournée 
à la ligne médiane, et la pointe au côté externe de l'abdomen. 
Situés au-dessous du pannicule tégumentaire qui les sépare des 
autres organes, ils sont étroitement enveloppés par une tunique 
propre, membraneuse, subhyaline, par une espèce de plèvre. En 
les dépouillant de cette tunique, ce qui est facile avec une pince 
circonspecte, ils apparaissent d'un blanc pur, satiné, resplendis- 
santals sont légèrement convexes en dessus, déclives sur leurs bords 
et planes en dessous. Il suffit d'une loupe ordinaire pour y cons- 
tater des stries transversales fort superficielles dont quelques-unes 
sont inégalement espacées. Que la pointe d'une aiguille effleure 
leur surface et l'on se convaincra que ces fines stries sont formées 
par le bord des feuillets constitutifs de cet organe. Ces feuillets, 
d'un blanc nacré, sont, dans ïoccitanus, au nombre de soixante à 
soixante et dix, et non à celui d'une vingtaine, ainsi qu'on l'a dit. 
J'en ai compté cent dans le poumon de Yafer, où ils m'ont paru 
plus longs et plus étroits. Ils ont une souplesse élastique qui per- 
met de les feuilleter comme un livre. C'est Meckel qui, le pre 
mier, dans sa traduction des leçons d'anatomie comparée de 
Cuvier, en 1810, lit connaître la structure feuilletée du poumon 
des arachnides. 

Le poumon ainsi mis à nu est libre, excepté à sa face infé- 
rieure, où il se fixe au pourtour du stigmate. Aussi, peut-on avec 
un stylet en soulever facil jment le limbe. Maison aurait une bien 



616 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

fausse idée de sa véritable structure si on le croyait formé par 
une embrication ou une application mutuelle de lames simples. 
Voici ce qu'une étude scrupuleuse, fréquemment renouvelée, m'a 
permis de constater. Il faut à cet effet bien isoler les feuillets dans 
des sujets récemment morts, ce qui n'est pas toujours facile à 
cause de leur adbérence réciproque. Chacun d'eux a une forme 
comparable a celle d'une lame de couteau modérément courbée. 
Le dos de cette lame offre à la loupe une bordure plus large, 
plus compacte, d'un tissu en apparence plus expansible, d'un 
blanc plus mat avec des traces fort superficielles de plissures trans- 
versales. Le tranchant de la lame est comme coupé en croissant, 
d'une extrême minceur et d'un blanc lustré. Cette dernière cou- 
leur, ainsi que le blanc mat, est évidemment due à un pigment 
serré, étendu comme un vernis sur une trame fibro-aréolaire. 
Une macération prolongée, ou le grattoir, peuvent mettre à nu 
cette trame. Ce pigment paraît au microscope grisâtre et opaque. 

Une puissante lentille m'a souvent permis de constater la tex- 
ture organique de la trame dont je viens de parler. On y distingue, 
sur un fond parfaitement pellucide, des mailles ou aréoles allon- 
gées, parfois conniventes bout à bout, et d'autres nervures plus 
ou moins isolées, simples, c'est-à-dire non rameuses. Mais il est 
facile de pTendre le change, car si l'on envisage le feuillet avec 
ses deux lames appliquées lorsqu'elles sont dépouillées de leur 
pigment, la réticulation paraît alors confuse par le croisement des 
aréoles d'une lame avec celles de l'autre. La figure que j'en donne 
exprime fidèlement cette texture. 

Mais chaque feuillet offre à sa partie inférieure ou d'insertion 
un espace simplement membraneux et diaphane, dépourvu et de 
pigment et des nervures de la trame. Au point d'union de cette 
diaphanéité avec le pigment, la plus amplifiante de mes lentilles 
m'a souvent révélé de petits festons ou des espèces de dentelures 
formées par la matière du pigment. 

Un fait de structure intime, bien important à établir, et dont 
j'ai implicitement parlé, c'est que les feuillets pulmonaires sont 



DES SCORPIONS. 617 

formés chacun de deux lames plus ou moins contiguës que j'ai 
nettement distinguées et que j'ai rendues par un dessin exact. 
L'existence de ces deux lames ferait de chaque feuillet comme un 
cornet culiriforme ou falciforme destiné à contenir et à expulser 
alternativement l'air dans l'accomplissement de l'acte mécanique 
de la respiration. 

Je me suis assuré, tant dans mes recherches actuelles que dans 
celles publiées et figurées en 1817, que ces cornets s'abouchent, 
par leur partie membraneuse ou diaphane dont j'ai parlé plus 
haut, à un réservoir commun pareillement membraneux. Ce réser- 
voir ou ce vestibule, pour me servir de l'expression significative 
de M. Duvernoy, est fixé au pourtour du stigmate. Jean Millier a 
figuré ce vestibule sous le nom de vésicule, mais il en a mal saisi 
les connexions avec les feuillets. 

ARTICLE II 

STIGMATES. 

Je ne vois pas pourquoi on substituerait le nom peu euphonique 
de pneumoslome , proposé par Latreille, à celui de stigmate, depuis 
si longtemps consacré pour désigner l'orifice extérieur de l'organe 
respiratoire des articulés. 

Les stigmates du scorpion sont des ouvertures linéaires, prati- 
quées dans le tégument corné même, bordées d'un filet saillant 
en bourrelet, ce qui les rend bilabiées, mais à lèvres immobiles. 
Ils ont des directions différentes suivant les espèces de scorpions, 
et ce trait spécifique extérieur a été négligé jusqu'à ce jour. Dans 
Yoccitanus ils sont transversaux ou presque perpendiculaires à 
l'axe fictif du corps, très-obliques dans ïafcr, etc. ; je ne mentionne 
que les deux termes extrêmes de cette direction. 

L air ne va pas directement, ou sans intermédiaire , du stigmate 
au vestibule du poumon; il existe dans l'entre-deux des lèvres de 
ce hiatus tégumenfaire une membrane souple, un diaphragme 
que mes prédécesseurs n'ont point vu. Ce diaphragme présente 

SAVANTS ÉTRANGERS. XIV. 78 



618 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

une fente linéaire médiane qui n'atteint pas les commissures du 
stigmate. Sa contractilité est si peu prononcée que ma plus forte 
loupe, braquée des demi-heures entières sur les stigmates de 
l'animal vivant renversé et fixé sur le dos, ne m'a jamais permis 
d'y saisir le moindre mouvement malgré le soin d'y projeter de 
temps en temps un rayon de soleil. Mes lentilles, ma patience ont 
échoué à me rendre sensible ce jeu , ce mécanisme respiratoire. 
Jean Muller serait parvenu à gonfler le poumon en y insufflant 
l'air; j'ai vainement essayé avec un fin chalumeau d'atteindre ce 
résultat. Comme Muller n'a disséqué que des scorpions à l'alcool, 
je me demande si, par une suffocation violente, l'air inspiré n'est 
pas demeuré engouffré dans ies cornets pulmonaires ou le vesti- 
bule, de manière à pouvoir en imposer i } 

La respiration et la circulation sont dans une telle dépendance 
réciproque, que l'immortel Guvier, à la vue du poumon des 
arachnides, ne balança point à pressentir l'existence d'un cœur 
dans ces animaux, tandis qu'il refusait cet organe circulatoire aux 
articulés à trachées. On ne sait trop ce qu'il faut le plus admirer, 
ou des conséquences physiologiques d'une semblable combi- 
naison organique, ou de la sentence prophétique de ce grand 
interprète des conditions de la vie. 

La physiologie de la respiration dans les scorpions ne diffère 
pas essentiellement de celle des animaux supérieurs, à poumons 
circonscrits et à ingestion aérienne. Il n'est pas jusqu'au bourrelet 
corné du stigmate qui n'ait sa mission fonctionnelle, car dans 
l'attitude habituelle du scorpion où son corps est plus ou moins 
comprimé sous des abris, il permet, par l'immobilité de son 
relief, l'abord du fluide subtil de la respiration. L'air atmosphé- 
rique introduit par la fente diaphragmatique du stigmate vient 
donc emplir le vestibule, pour de là s'insinuer dans les cornets 
pulmonaires, où s'accomplit, par une chimie tout organique, le 
but final de la fonction respiratoire, l'oxygénation du sang. C'est 
donc dans ces cornets que les ramifications vasculaires, impercep- 
tibles et jusqu'à l'heure inaperçues, épanouies sur l'une et sur 



DES SCORPIONS. 619 

l'autre de leurs lames, viennent recueillir le bénéfice de la décom- 
position de l'air. Celui-ci, privé de son élément vital, est tout aus- 
sitôt éconduit parles mêmes voies, ainsi que dans les organismes 
à grande circulation, et à l'instant remplacé par un nouvel air 
respirable. Cette explication, je ne le dissimule nullement, ne 
repose pas, quant aux ramifications vasculaires, sur l'observation 
directe des tissus. 

Des anatomistes, qui ont autrement compris et la composition 
et la texture du poumon des scorpions, se sont livrés à des inter- 
prétations physiologiques qui nous semblent hasardées. Les 
uns (Von Siebold) supposent le sang épanché dans le parenchyme 
pulmonaire, dont il baigne les feuillets remplis d'air. Mais, dans 
cette hypothèse , n'en résulterait-il pas un obstacle matériel à l'abord 
de l'air, puisque le poumon serait inondé de sang, et n'y aurait-il 
pas asphyxie mortelle? Et par quelle voie ce sang épanché rentre- 
rait-il donc dans le torrent circulatoire pour y remplir le but 
nutritif, et pourquoi ne gagnerait-il pas plutôt le vestibule pour 
s'échapper parles stigmates? Les autres (Treviranus) veulent que 
l'air circule autour des feuillets, tandis que le sang serait épanché 
entre les lames de ceux-ci. Ainsi, dans le premier de ces systèmes, 
c'est l'air qui emplirait les feuillets, et dans le second, le sang. Les 
mêmes objections peuvent être adressées à tous les deux. 

M. Duvernoy pense qu'il faut « considérer chaque lame pul- 
monaire comme une double poche laissant un vide entre elles 
deuv dans lequel Je sang pourrait pénétrer. » La disposition ana- 
tomique admise par M. Duvernoy ne saurait se concilier avec le 
mode de connexion dont j'ai parlé plus haut et d'après lequel les 
feuillets ou cornets pulmonaires s'ouvrent dans le vestibule. Malgré 
le conditionnel des derniers mots de la phrase précitée , je me 
crois autorisé à penser que l'expression de pénétrer à l'occasion du 
sang est synonyme de celle d'épanché. Cette opinion est donc pas- 
sible de la même réfutation que celle de Von Siebold et de Tre- 
viranus. 






G20 HISTOIRE ANATOM1QUE ET PHYSIOLOGIQUE 

CHAPITRE V. 

APPAREIL DIGESTIF. 

Avant d'exposer l'anatomie descriptive des organes qui consti- 
tuent cet appareil, disons quelque chose sur le genre de vie et le 
mode d'alimentation des scorpions. Il existe entre les actes exté- 
rieurs et la structure des viscères qui y président une corrélation, 
une harmonie, qui nous mettent sur la voie d'une physiologie 
rationnelle. 

Ainsi que les autres arachnides, les scorpions sont insectivores 
et ne s'attaquent qu'à des proies vivantes, qu'ils broient pour se 
nourrir de leurs sucs. Ils sont donc essentiellement chasseurs; ce 
n'est que le soir ou pendant la nuit qu'ils pourvoient à leur sub- 
sistance. Durant le jour on les trouve constamment abrités, sou- 
vent même endormis sous les pierres. Dépourvus de glandes 
sérifiques et de filières, ils ne sauraient avoir cette intelligente 
industrie des araignées, qui tendent des réseaux, tissent des toiles, 
fabriquent des tentes pour surprendre et saisir leur proie. Le corps 
du scorpion, épais et lourd, cuirassé d'un tégument corné, sa 
longue queue, ses pattes comprimées assez courtes, peu favorables 
à l'élever au-dessus du sol, le rendent inapte à lutter de vitesse 
avec les insectes agiles. Mais les lois de la création ne sauraient 
faillir à la conservation de l'espèce. Il faut étudier ces lois, tant 
parles actes de la vie que par les instruments qui les exécutent, 
pour en comprendre les harmonies. 

Je viens de dire que l'ambulation du scorpion était îocturne 
ou crépusculaire; j'ai pareillement dit, au chapitre des yeux, quil 
était myope; ajoutons qu'il est fort sobre. Toutes ces conditions 
sont des conséquences d'une organisation spéciale. Il marche donc 
lentement et à tâtons, pour surprendre une victime au repos ou 
dans le sommeil. Ce n'est que pour la fuite ou pour l'amour qu'il 
déploie une locomobilité un peu active. 

C'est surtout dans une captivité, une réclusion où j'avais eu le 



DES SCORPIONS. 021 

soin d'imiter les conditions de son existence libre, que j'ai eu de 
fréquentes occasions de constater ses manœuvres qui ne manquent 
pas quelquefois d'une certaine habileté. Après le coucher du 
soleil je le voyais quitter son abri, sa retraite diurne, gagner le 
large, explorer son enceinte, s'accrocher aux obstacles, se re- 
dresser parfois sur sa queue roidie dans un but d'évasion. Enfin, 
après une résignation forcée, il consentait à se jeter sur sa proie. 
Quand celle-ci, une mouche par exemple, était à sa portée, il 
débandait brusquement ses bras, la saisissait, i'étreignait dans ses 
tenailles et la portait entre les serres de ses mandibules, qui la 
broyaient successivement pour en exprimer le suc dans la bouche. 
Cette manœuvre me rappelait la prestesse avec laquelle le froid et 
impassible caméléon projette sa langue préhensive sur sa proie. 
Dans quelques circonstances, où la victime plus vigoureuse offrait 
de la résistance, le scorpion mettait en jeu son dard à venin. Un 
jour je servis à l'un de ceux de ma ménagerie une larve vivante 
de pyrocluoa coccinea. Il la saisit à l'instant entre ses pinces bra- 
chiales; mais comme elle s'agitait beaucoup, il la réduisit en la 
piquant à plusieurs reprises avec son dard à venin. 

Les scorpions sont sobres. J'ai souvent remarqué que, dans les 
chaleurs de la canicule, où leur appétit et la nutrition sont plus 
actifs, une seule mouche leur suffisait pour deux ou trois jours, 
»t ils ne touchaient point aux nombreux individus de ce gibier 
que j'avais jetés dans leur prison. J'ai constaté aussi qu'aux appro- 
ches de l'équinoxe d'automne ils refusent toute nourriture pour 
se préparer à l'hivernation. Aux premiers jours d'octobre, j'en 
trouvai qui s'étaient creusé , dans la terre de leur réceptacle vitré, 
une cavité arrondie dont ils avaient fort bien su combler l'entrée, 
et sous la voûte de laquelle je pouvais, à travers la paroi du verre, 
les apercevoir immobiles et tapis. 

Au commencement d'avril i 85 i , un de mes occilanus en volière 
se conservait plein de vie après une captivité d'un an et un jeune 
austère de six grands mois. Dans mon vieux mémoire, j'ai cilé de 
semblables faits constatés en Espagne, et un siècle et demi aupa- 



622 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

ravant, Redi en avait aussi parlé. M. Lefebvre, dans une commu- 
nication à la société entomologique de France ( 1 834), dit que 
Van der Weghe a conservé vivant sans nourriture un scorpion du 
Brésil pendant neuf mois. 

Du reste, ces exemples d'une abstinence absolue très-prolongée 
ne sont pas rares, même dans les insectes auxquels on n'accorde 
en général qu'une longévité fort restreinte. Dans mon histoire 
anatomique des hémiptères, j'ai cité l'observation de trois punaises 
des lits, qui, complètement séquestrées sans nourriture pendant 
plus d'une année, avaient conservé et la vie et l'agilité. 

L'appareil digestif du scorpion se compose des glandes sali- 
vaires, du canal digestif, du j "aie et des vaisseaux biliaires rudimen- 



taires ou vestigiaires. 



ARTICLE PREMIER. 

GLANDES SALIVAIRES. 



Jean Muller est, je crois, le premier anatomiste qui ait parlé 
des glandes salivaires du scorpion. Il a représenté comme telles, 
dans Vafer, deux corps en massue allongée auxquels il donne des 
conduits excréteurs multiples. Quinze ans plus tard, M. Newport 
a décrit et figuré dans ce même afcr des glandes salivaires d'une 
forme et d'une structure apparente fort différentes de celles de 
Muller. M. Duvernoy, dans son important répertoire d'anatomie 
comparée, en citant les observations de Muller, est loin de les 
admettre comme un fait anatomique positif. Le manuel de Von 
Siebold adopte ces glandes sans contrôle d'après Muller et New- 
port. Il les fait aboutir à l'œsophage. Dans mon ancien mémoire 
de 1817, et dans un aperçu plus récent sur l'appareil digestif 
du scorpion, inséré dans les comptes rendus de l'Institut en 1 84*), 
je n'ai point parlé de ces glandes, parce qu'elles ne m'étaient jaiuais 
tombées sous le scalpel. 

Aujourd'hui que des investigations plus scrupuleuses me les 
ont enfin démontrées dans Yoccitanus, on va voir comme elles ont 



DES SCORPIONS. 623 

été mal connues, et par combien d'oscillations physiologiques j'ai 
été tourmenté avant d'être fixé sur les légitimes attributions de 



ces organes. 



C'est à la jonction du céphalothorax avec l'abdomen qu'il faut 
chercher ces glandes. Il y en a une de chaque côlé, logée, ense- 
velie dans la profondeur de l'anfractuosité postérieure du plastron 
céphalothoracique, abritée là par la cloison cornée qui précède 
celte anfractuosité. Il faut user d'infinies précautions pour la dé- 
loger dans son intégrité de ce profond enchatonnement. Vue en 
place, elle paraît ovalaire ou ovoïde; isolée, elle a une forme ovale- 
triangulaire, en pointe obtuse en avant, largement, mais peupro- 
fondément échancrée en arrière. Loin d'être microscopique, elle 
a une ligne et demie de longueur. Sa position est oblique à l'axe 
du corps. Dans les sujets récemment morts, elle a une consis- 
tance molle, une légère teinte grisâtre. Une loupe bien éclairée y 
reconnaît, sans nulle illusion, des raies peu saillantes, flexueuses, 
des espèces de fines circonvolutions, pour la plupart transversales, 
évidemment, intérieures. En déchirant, avec toute la circonspec- 
tion possible, ces glandes je n'ai jamais pu dévider, isoler ces 
Blets flexueux, quoique j'aie été assez heureux pour les voir, dans 
un petit nombre d'individus très-frais, subsister après l'enlève- 
ment partiel de la membrane propre qui les recouvre. Si ces filets 
sont vasculaires ou tubuleux, comme je le pense, leurs parois 
sont d'une telle finesse, d'une telle incohérence, qu'ils deviennent 
dillluents au moindre effort qui tend à rompre leur contiguïté. 

Ne forment-ils qu'un vaisseau unique pelotonné? Je le crois. 

Cette glande est pourvue et dune tunique propre membra- 
neuse, hyaline, très-fine, et d'une tunique extérieure de nature 
libreuse, tenace, bien propre à protéger sa délicatesse, son exces- 
sive fragilité. 

Lorsque, dans sa position <;nchatonnée , on déblaye avec légèreté 
les tissus qui l'avoisinent pour découvrir ses connexions, on aper- 
çoit, sans trop de difficultés, dans le cadavre récent, du côté de 
son bout antérieur, un (in conduit d'un blanc resplendissant qu i 



624 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

longe l'œsophage et semble prendre la direction de la bouche. 
Cette direction, cet aspect d'un conduit que je jugeais rempli de 
salive coagulée, ne me laissait tout d'abord aucun doute sur sa 
nature de canal excréteur de la glande. Mais, lorsquen arrachant 
celle-ci sans la mutiler pour la soumettre à une étude plus appro- 
fondie, je vins à constater que ce canal émettait plusieurs bran- 
ches, en un mot qu'il était rameux, j'avoue que la nouveauté de 
ce fait anatomique, tout en confirmant ce qu'en avait dit Jean 
Millier, vint ébranler mes croyances et me plonger, pendant une 
longue série de dilïicultueuses investigations, dans toutes les hor- 
reurs du doute et des tribulations. 

En renversant la glande j'ai constamment trouvé, dans les su- 
jets frais, une tache centrale ocracée et, dans le plus grand nombre 
des cas, une boursouflure ovale-oblongue , saillante, à parois pei- 
lucides, comme une sorte de réservoir ou de bassinet. 

En octobre i85o, dans la dissection d'un individu qui venait 
de mourir de sa mort naturelle, je ne rencontrai auoane trace de 
cette boursouflure, et pourtant j'avais isolé les deux glandes sans 
les léser. Je présume que cette absence tient à des conditions 
physiologiques ou pathologiques que je n'examinerai point pour 
le moment. Dans les cas ordinaires, le microscope m'a distincte- 
ment fait voir à ce bassinet de rares filets d'une extrême ténuité, 
ou simples ou divisés, que je considère comme des brides liga- 
menteuses. 

Le canal excréteur salivaire part de la tache ocracée pour se 
diriger en avant. Il est d'abord simple, filiforme, logé dans une 
gouttière de la moitié antérieure de la glande; puis, dès qu'il a 
franchi le petit bout de celle-ci, il se dilate d'une manière irrégu- 
lière et émet, soit à droite, soit à gauche, quatre ou cinq branches 
nullement symétriques, les unes ouvertes à angle droit, les autres à 
angle aigu. Ces branches sont ou simples ou fourchues. Jamais je 
n'y ai constaté la couleur blanche qui caractérise la souche ou le 
tronc. Mes plus puissantes lentilles microscopiques, secondées de 
toutes les conditions de lumière projetée, ne m'y ont point révélé 



DES SCORPIONS. 625 

une cavité; elles ne sont point tubuleuses, notez bien ce trait. 
Seraient-elles encore des ligaments? Malgré la singularité du fait, 
je penche pour l'affirmative. Nous sommes loin d'être initiés à 
tous les secrets de la nature pour sauvegarder la délicatesse de 
certains organes. Et qui sait si, dans des organismes rapprochés de 
celui du scorpion, on ne retrouvera pas de semblables brides 
ligamenteuses mieux caractérisées encore! Ce qu'il y a de certain, 
c'est qu'après l'émission de ces branches, le tronc s'atténue en 
avant en un filet capillaire qui finit par devenir insaisissable et 
dont on peut cependant suivre la trace par sa blancheur. Ce filet 
est infiniment plus ténu que les branches dont je viens de parler, 
et celles-ci, je le répète, ne sont jamais blanches. 

Ainsi qu'on vient de le voir, il ne m'a pas été donné, malgré 
ma pratique de la microtomie, de poursuivre ce canal excréteur 
jusqu'à la cavité où il verse le produit de la sécrétion salivaire. 
Ma vieille expérience des conduits de la salive, étudiés, décrits 
et figurés clans plusieurs centaines d'insectes de tous les ordres, 
ne saurait me permettre de croire que ces canaux débouchent ail- 
leurs que dans la bouche, ainsi que cela a lieu dans tous les ani- 
maux. H y a donc méprise ou inadvertance dans l'assertion de 
\ un Siebold, qui les fait s'ouvrir dans l'œsophage. Une semblable 
anomalie blesse tous les principes de physiologie. 

A l'opposé de l'origine du conduit salivaire, et en arrière de la 
tache ocracée, se voit un cordon notablement plus gros et plus 
court que ce conduit, et toujours simple. 11 n'est point blanc et sa 
substance est molle. 11 est fixé à la glande par une large base , et 
son bout libre, évidemment déchiré lors de révulsion de l'or- 
gane, n'offre aucune trace de cavité intérieure. Après bien des 
fluctuations , j'ai reconnu en lui un pédicule charnu, musculeux, 
qui retient la glande dans l'anfractuosité où elle est logée. 

ARTICLE II. 

CANAL DIGESTIF. 

Il se continue directement et sans inflexion , depuis la bouche 

SAVANTS ÉTRANGERS. — XIV. 79 



626 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

jusqu'au bout de la queue, où se trouve l'anus. Vu la grosseur de 
l'animal, il est fort grêle, presque filiforme , et il faut des condi- 
tions digestives particulières pour qu'il présente de légers renfle- 
ments , qui le plus souvent s'effacent à la mort. Sa texture est 
délicate , tendre , uniformément submembraneuse et presque pel- 
lucide. Elle témoigne de la frugalité et de la nourriture liquide 
de cette arachnide. Soumises au microscope , les parois de ce canal 
offrent de fines stries longitudinales entrecoupées qui pourraient 
bien n'être que des plissures. 

Dans ce long trajet, il traverse à l'abdomen le foie, dans la subs- 
tance duquel il s'enracine par plusieurs canaux hépatiques. Mais 
qu'on n'imagine point que le tube digestif perce la pulpe à nu 
du foie. Il s'y trouve engagé dans un canal membraneux qui lui 
permet d'exécuter tous les mouvements péristaltiques provoqués 
par facte de la digestion. 

L'œsophage est si court, si fin, si fragile, qu'il faut recourir à 
de nombreuses autopsies pour le constater et surtout pour saisir 
son passage sous le cerveau dans le collier œsophagien. 

Il se dilate très-insensiblement en un ventricule chylijique qui 
prend, à son entrée dans l'abdomen, un diamètre un peu plus 
considérable. Avant de pénétrer dans la queue, l'œil pratique de 
l'appréciation des nuances organiques découvre un bourrelet an- 
nulaire des plus fins, une minime contracture, indice d'une val- 
vule insaisissable qui sépare ce ventricule de l'intestin stercoral. 
Dans les insectes de tous les ordres, j'ai constamment trouvé à ce 
même poinl une valvule et, quoique la délicatesse de ce tissu dans 
le scorpion ne m'ait point permis de la constaterez visa, ce serait 
un non-sens physiologique de ne l'y point supposer. Cette sépara- 
tion entre le ventricule chylifique et l'intestin stercoral a , du reste, 
été saisie par la plupart île ceux qui ont disséqué les scorpions. 
C'est immédiatement avant ce bourrelet qu'a lieu l'insertion des 
vaisseaux biliaires vestigiaircs dont je parlerai bientôt. 

Lintestin proprement dit est filiforme et enfile l'axe de la queue. 
J'ai plusieurs fois rencontré en arrière du bourrelet prénommé, 



DES SCOJi PIONS. 627 

c est-à-dire à l'origine de l'intestin, un ballon considérable rempli 
d'air. Ce ballon, tout accidentel qu'il est, m'a fourni la preuve 
rationnelle de l'existence de la valvule ventriculu-intestiriale , l'ana- 
logue de ïiléo-cœcale des grands animaux. On a beau presser ce 
ballon à des degrés bien ménagés, pour chasser l'air en avant, 
jamais celui-ci ne franchit la valvule, tandis qu'on parvient à lui 
faire gagner l'intestin en arrière. 

11 n'existe pas de rectum, prononcé, h'anas est inférieur et s'ouvre 
entre le pénultième article de la queue et le dernier, qui est l'am- 
poule à venin. 

L'intestin est le réceptacle d'une pulpe fécale d'un blanc ami- 
donné , tantôt moulée en crottins détachés, tantôt formant une 
masse allongée assez compacte, assez cohérente pour s'enlever 
toute d'une pièce. La loupe y distingue des empreintes inégales, 
des espèces de plissures festonnées qui font présumer l'existence, 
pendant la vie, de locules dans l'intérieur de l'intestin. J'ai ligure 
ce lait. Je n'ai jamais rencontré des vers intestinaux dans les scor- 
pions. 

11 n'est pas sans exemple qu'une certaine quantité de ces excré- 
ments blancs se glisse dans le ventricule chylifique lui-même. Le 
nom seul de ce dernier repousse l'idée d'une formation normale 
d'excrément dans son intérieur. C'est donc là une exception, un 
accident dont on peut se rendre raison. Les violences qui pré- 
cèdent ou accompagnent la mort du scorpion peuvent déterminer 
des contractions brusques de l'intestin, des mouvements anti-pé- 
ristaitiques qui font refluer les excréments en forçant la valvule 
ventrico-intestinale. 11 se passe alors un phénomène analogue à 
celui qui dans l'homme se produit ou par un volvulus ou par 
l'oblitération partielle du gros intestin. 



AKTICLI-: III. 

FOIE. 



Dans l'universalité des arachnides, l'appareil sécréteur de la bile. 

79- 



628 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

consiste en un organe parenchymateux de consistance pulpeuse, en 
une glande conglomérée énorme, un véritable/oie occupant la tota- 
lité de la cavité splanchnique, dont il forme le moule. L'existence 
d'un semblable foie est un fait anatomique qui lie, comme je l'ai 
déjà dit, les scorpions aux crustacés en les éloignant des insectes 
chez lesquels s'observent seulement des vaisseaux biliaires sim- 
ples, et ne perdons pas de vue dans ces rapprochements les quatre 
vaisseaux vestigiaires, sur lesquels je m'expliquerai tout à l'heure. 

Dans les arachnides à abdomen insegmentaire uni au céphalo- 
thorax par un pédicule fort étroit, c'est-à-dire dans les aranéides 
proprement dits, le foie occupe exclusivement l'abdomen, dont il 
détermine la configuration et dont il conserve exactement le mo- 
dèle lorsqu'il a été dépouillé de son enveloppe tégumentaire. C'est 
ainsi que le foie a son contour festonné dans YEpcira sericea, qu'il 
est tuberculeux et échancré en arrière dans VE. opuntiœ, pointu 
postérieurement dans VE. conica, parfaitement ovalaire dans VE. 
fasciata, etc. , etc. 

Dans les arachnides à tégument distinctement segmentaire et 
sans étranglement entre l'abdomen et le céphalothorox , le foie 
s'engage jusque dans les anfractuosités de ce dernier, et il n'est 
pas rare qu'il retienne le relief, la sculpture de ses diverses seg- 
mentations. Ces empreintes sont surtout bien prononcées dans les 
scorpions conservés dans l'alcool. 

Quoique le foie des scorpions ait exercé l'habile scalpel cl'ana- 
tomistes recommandables, je n'hésite point à avancer qu'il a été 
inexactement décrit et figuré. Je ne m'excepte pas moi-même de 
relte critique. Cela tient sans doute, à ce que, pour se faire une 
juste idée d'une organisation aussi délicate, il faut avoir eu l'oc- 
casion peu commune de combiner les dissections multipliées des 
scorpions vivants ou récemment morts, avec celles de ces mêmes 
animaux ayant séjourné plus ou moins longtemps dans les liqueurs 
conservatrices de diverse nature. C'est par le concours de sem- 
blables études, qui se contrôlent mutuellement, que l'on peut 
arriver à une exacte appréciation de la contexture de cet organe. 



DES SCORPIONS. 629 

Le foie du scorpion, et je prends pour type Yoccitanus, est 
formé d'une pulpe molle, de couleur blonde ou cannelle plus ou 
moins foncée, plus brune dans les individus ouverts vivants à 
l'air libre. Sa masse principale a la conformation de l'abdomen, 
mais il offre en arrière deux appendices libres, atténués, engagés 
dans l'origine de la queue, et en avant un nombre difficilement 
déterminable, quoique assez symétrique, de lobules digitiformes 
enchatonnés dans les anfractuosités du céphalothorax, et se pro- 
longeant môme jusqu'entre les optiques oculaires. Ces lobules, 
dans Yafer, sont plus courts et forment une patte d'oie. 

Il n'est point exact de dire que ce foie est profondément divisé 
par une scissure médiane en deux grands lobes égaux, comme je 
l'avais moi-même cru autrefois, et il est contraire à l'observation 
qu'il soit formé de deux moitiés complètement séparées, ainsi que 
les représente Treviranus. Voici ce que j'ai positivement constaté 
dans mes récentes et réitérées autopsies. 

Quand on a soigneusement enlevé la paroi tégumentaire dorsale 
avec son pannicule musculaire et le cœur sans léser le foie, on 
voit que la surface supérieure de celui-ci est unie et continue, au 
moins dans les sujets frais. Seulement, en y regardant de près, on 
se convainc qu'il existe une dépression médiane longitudinale , 
une légère gouttière où repose le cœur. Mais cette gouttière a 
aussi une surface unie et continue, de manière qu'il faut en dé- 
chirer, et non pas seulement en écarter la substance pour mettre 
à découvert le canal digestif. De chaque côté de la gouttière dor- 
sale, on aperçoit une série de sept trous qui servent au passage 
des muscles perforants dont j'ai parlé ailleurs. 

Il en est autrement de la face inférieure ou ventrale du t'oie. 
Elle a été peu et mal étudiée par les auteurs. Loin d'être unie et 
continue comme la dorsale, elle est divisée en un nombre assez 
considérable de lobules pyramidaux, libres, ou simplement con- 
tigus entre eux, et de grandeur différente. Ces lobules, lorsqu'on 
soulève tout l'organe, ont leur gros bout libre et pendant, tandis 
qu'ils s'atténuent par le bout opposé pour se continuer à la pulpe 



630 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

hépatique. Ils m'ont paru plus développés en été, époque où la 
nutrition est plus active. Nous verrons plus tard, au chapitre 
de l'appareil génital, que cette division multilobulaire n'est pas 
une vaine configuration, et que la nature, toujours prévoyante dans 
ses œuvres, lui a assigné un but physiologique. 

Examinons maintenant la structure de ce foie. Il est revêtu 
d'une tunique fine, subdiaphane, fibro-membraneuse, qui en suit 
toutes les divisions, tous les lobules et jusqu'aux canaux qui don- 
nent passage aux muscles perforants. Il m'est souvent arrivé d'en 
détacher avec la pince des lambeaux assez grands. 

Si nous descendons dans la composition intime ou élémentaire 
de la pulpe hépatique, nous trouvons qu'elle consiste, comme celle 
des grands animaux , en utricules ovoïdes remplis d'atomes bi- 
liaires, de la couleur blonde de l'organe. Ces utricules se des- 
sinent à la surface du foie disséqué peu de temps après la mort, 
sous cet aspect réticulé ou pointillé que j'ai comparé à celui de 
certains madréporites polis. Par la déchirure circonspecte du 
parenchyme et par sa macération dans l'eau, on peut constater 
que les utricules élémentaires se réunissent, en groupes, en fais- 
ceaux, et aboutissent par d'imperceptibles conduits successifs aux 
canaux hépatiques ou excréteurs qui versent la bile dans le tube 
digestif. Ce mode de structure, d'une ressemblance si frappante 
avec celle du foie des animaux les plus élevés dans l'échelle, rend 
aujourd'hui superflue la réfutation de Ramdohr, Treviranus et 
autres, qui ont donné si intempestivement le nom de corps grais- 
seux au foie des arachnides. 

11 me reste à parler des canaux hépatiques ou cholédoques. Dans 
Yoccitanus il n'y en a que quatre paires dans l'abdomen. Mais je dois 
dire que, dans la dissection plus heureuse de quelques individus, 
j'en ai trouvé une paire dans le céphalothorax et même une fois 
deux, ce qui porterait le nombre total à cinq ou six paires. Je 
suis contrarié de cette incertitude; je ne dois pourtant pas la passer 
sous silence. Ces paires de canaux sont opposées. Deux des paires 
abdominales rapprochées entre elles occupent le milieu du ven- 



DES SCORPIONS. 631 

tricule chylifique. Un grand intervalle les sépare des deux autre* 
paires antérieures, pareillement rapprochées entre elles. 11 résulte 
de cette disposition, que la moitié postérieure du ventricule chyli- 
fique en est constamment dépourvue. 

Remarquons, au point de vue de ce mode d'insertion des canaux 
hépatiques, que les scorpions tiennent le milieu entre les grands 
animaux où la bile est versée à l'origine du tube alimentaire qui 
suit l'estomac et les insectes où le tribut de ce liquide digestif 
s'acquitte au bout postérieur du ventricule chylifique (intestin urêle 
des animaux supérieurs). 

Ces canaux, en dehors du l'oie, sont fort courts , et chacun 
d'eux n'est, à vrai dire, que la souche d'un arbuscule dont les 
branches et les rameaux ont leurs racines dans le parenchyme et 
y reçoivent les produits immédiats de la sécrétion biliaire par les 
utricules élémentaires. 

Je terminerai ce qui concerne le foie des scorpions par un 
aperçu de monographie hépatique étudiée dans quelques types 
à l'alcool. Quand un scalpel pratique et scrupuleux s'attache à 
poursuivre dans l'anatomie viscérale les caractères distinctifs des 
diverses espèces d'un même genre, il parvient souvent à trouver 
dans ces viscères la confirmation de la légitimité de ces espèces. 

Dans Yafer, Veuropœus, \epalmatus,\e leioderma, la face dorsale 
du foie, au lieu d'être unie et continue comme dans les occitanus , 
australis , îiigro-lincatus et biaculealus, est fendillée en aréoles irre- 
gnlières, finement, mais nettement circonscrites. Ces aréoles ne 
sont point accidentelles ni le résultat d'un séjour plus ou moins 
prolongé dans les liqueurs conservatrices; elles sont, organiques et 
délimitent des lobules qu'une pince exercée peut détacher et 
enlever, et qui sont revêtues de la tunique hépatique. Il est facile 
de se convaincre, par une dissection circonspecte, que ces lobules 
assez courts forment une couche, un stratus peu profond. Cet le 
disposition aréolaire n'existe point comme je viens de le faire pres- 
sentir dans les occitanus, australis , nigro-lineatas et biaculeatus relires 
aussi de l'alcool pour cette étude comparative. Or les trois pre- 






miMiiiii 



632 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

mières de ces espèces se ressemblent beaucoup par leurs traits 

extérieurs. 

Les lobules hépatiques de la face inférieure ou ventrale sont 
pyramidaux dans ïafer, ainsi que dans les trois que je viens de 
mentionner; pyramidaux aussi, mais proportionnellement plus 
courts, plus gros et parfois turbines dans les europœus, longicauda, 
leioderma, biacuicatus. Nous allons voir dans le palmatus une con- 
figuration bien remarquable et spécifique des lobules de cette ré- 
gion. Ils sont grêles, filiformes et fusiformes, diversement reployés 
et unis les uns aux autres, de manière à représenter une branche 
rameuse dont la souche tient à la pulpe du foie. La figure d'une 
de ces branches en donne une suffisante idée. 

Quant aux utricules élémentaires ou constitutives de la pulpe 
hépatique , elles sont identiques dans toutes les espèces soumises 
à mon scalpel. 

x 

ARTICLE IV. 

VAISSEAUX BILIAIRES VESTIGIA1RES. 

Plusieurs auteurs, comme Treviranus, Millier et la plupart des 
compilateurs, ayant appelé ie foie un corps graisseux, ont été amenés, 
parla conséquence obligée de cette énorme erreur, à considérer les 
filets insérés à la terminaison du ventricule chylifique , et que je 
prends pour vestigiaires, comme des organes essentiels destinés à la 
sécrétion et à l'excrétion de la bile. Préoccupés de cette insertion, 
ils se croyaient d'autant plus fondés dans cette opinion, que ces filets 
ont toutes les apparences des vaisseaux biliaires des insectes. Ils 
n'avaient point compris l'importance du poste transitionnel du 
scorpion dans la série zoologique. Dugès, entraîné dans des idées 
préconçues que je ne m'explique, dans un esprit aussi supérieur, 
que par le défaut d'autopsies assez multipliées dans les animaux 
articulés des divers ordres, et par sa foi trop aveugle dans quel- 
ques ouvrages modernes; Dugès donne le nom de cœcums uri- 
nantes à ces vaisseaux, et afin qu'il ne restât aucun doute sur 
leur espèce, il leur applique la synonymie de vasa varicosa de 



DES SCORPIONS. 633 

Malpighi et autres anatomistes anciens. Décrivons-les d'abord en 
peu de lignes. 

Au nombre de quatre, et accolés, adhérents aux parois du 
ventricule chylifique, ce qui, avec leur ténuité capillaire, les rend 
fort difficiles à isoler, ils se dirigent d'arrière en avant pour se 
perdre par leurs bouts flottants, soit dans les anfractuosités du 
céphalothorax, soit à la base de l'abdomen. Constamment blan- 
châtres ou subdiaphanes, ils n'offrent pas la moindre boursou- 
flure, la moindre varicosité, et s'ils ont une cavité, ce dont je 
doute fort, elle n'admet point de liquide coloré. Deux d'entre 
eux, et ceci est un caractère qui ne se rencontre point dans les 
vaisseaux biliaires des insectes, sont décidément ramcux dans 
leur tiers antérieur. J'ai constaté ce même fait sur plusieurs scor- 
pions exotiques et notamment sur Yafcr. Treviranus, Muller et 
autres ont représenté ces mêmes ramifications. 

Leur insertion se fait par paires rapprochées à la seule paroi 
supérieure de la terminaison du ventricule chylifique. Mais cette 
insertion a lieu sans traverser, je crois, toute l'épaisseur de la 
paroi ventriculaire, par conséquent sans s'ouvrir dans la cavité 
digestive. 

Dans mes récentes dissections, j'ai bien mieux étudié ces filets 
capillaires que je ne l'avais fait autrefois, et cependant je pense 
aujourd'hui, comme il y a plus de trente ans, qu'ils ne sont que 
des vaisseaux vesligiaires, des blets infonctionnels , des représen- 
tants inactifs des vaisseaux biliaires des insectes. Leur ténuité , 
leur subdiaphanéité, l'absence des varicosilés, et par-dessus tout 
l'existence désormais incontestable d'un foie parfaitement condi- 
tionné, justifient ma façon de voir sur ce point. 

Ainsi ces filets, quoique sans valeur fonctionnelle, sont à mes 
yeux un trait des plus significatifs des créations échelonnées, les 
indices précurseurs de l'existence des vaisseaux biliaires dans les 
organismes inférieurs privés d'un foie parenchymateux. 

J'ai, une seule fois à la vérité, constaté une disposition tout 
à fait anormale de ces filets, c'est une anastomose de l'un d'eux, 

80 



SAVANTS ETRANGERS. UT. 



■ . 



63â HISTOIRE ANATOMIQIE ET PHYSIOLOGIQUE 

avec un canal hépatique. N'était-ce là qu'une soudure acciden- 
telle ou pathologique, ou une sorte de greffe par approche? 
Quoi qu'il en soit, ces variations, ces incertitudes vasculaires 
révèlent incontestablement un essai de création, un précédent 
rudimentaire des futurs vaisseaux biliaires des insectes. 

Mon savant ami le professeur Duvernoy, qui a disséqué le 
palmatus, Hotte dans les hésitations quand il s'agit de donner un 
nom technique aux quatre filets en question et à l'énorme glande 
hépatique. Au début, il appelle les premiers des vaisseaux hépa- 
tiques, et quelques pages après il leur dénie des fonctions biliaires. 
Quant au foie, il partage d'abord l'opinion de Treviranus en la 
nommant corps graisseux, et plus loin il ne balance pas à le 
regarder comme un foie. 

CHAPITRE VI. 

APPAREIL GÉNITAL. 

La position, la forme, la structure, les connexions et surtout 
la technologie anatomique des organes reproducteurs des scor- 
pions n'ont point été rigoureusement établies dans la plupart des 
ouvrages qui traitent de ces organes. Ainsi, Meckel, Treviranus, 
Muller, etc., n'ayant affaire, dans leurs difficultueuses dissec- 
tions, qu'à des sujets à l'esprit de vin, et le plus souvent à la 
plus petite des espèces, Ycuropœus, se sont pour ainsi dire égarés 
dans leurs recherches, et surtout dans l'appréciation des diverses 
pièces de l'appareil, ou bien ils n'en ont figuré que d'insigni- 
fiants lambeaux, ou bien, quand une partie a été convenablement 
saisie, ils nous l'ont donnée isolée ou défectueusement ralliée à 
l'ensemble. Du reste, même dans les travaux les plus récents, le 
défaut de vivisections ou d'autopsies sur des sujets frais rendait 
presque impossible la mise en évidence de la plupart de ces 
pièces. Il faut en excepter des observations pratiques de M. Du- 
vernoy publiées, soit dans le VIII e volume de ses Leçons d'anatomie 
comparée, soit dans les comptes rendus de l'Institut en octobre 



DES SCORPIONS. 635 

i 85o. Je réserve le contrôle de ces précieux documents pour les 
détails descriptifs dans lesquels je vais entrer. 

L'appareil génital des deux sexes est double dans nos arach- 
nides; c'est-à-dire que le mâle a deux canaux éjaculateurs et deux 
verges, la femelle deux oviductes ou vagins et deux vulves. On 
n'avait point établi convenablement la concordance de cette orga- 
nisation exceptionnelle avec celle des autres articulés; on n'en a 
point nettement figuré l'ensemble et les détails. 

On est surpris sans doute que, dans rémunération de ces 
parties doubles, je n'aie point compris les organes essentiels, les 
testicules et les ovaires. Je vais m'en expliquer, et je m'étonne 
que jusqu'à ce jour l'observation dont je vais parler ait échappé 
à mes prédécesseurs, On sait que dans les grands animaux, ainsi 
que dans les articulés en général, les testicules et les ovaires sont 
des organes binaires ou pairs. A mes yeux il n'en est point de 
même pour les scorpions, et je soutiens que, pour chaque appa 
reil génital, il n'existe qu'un testicule, qu'un ovaire, ou bien qu'il 
n'y a que deux testicules et deux ovaires, et non quatre, pour 
l'ensemble de cet appareil, où cependant les conduits excréteurs 
sont évidemment doubles. Cette originalité n'a été ni formulée 
ni saisie. 

Je vais examiner dans autant d'articles : i° l'appareil génital 
mâle; 2° l'appareil génital femelle: 3° l'accouplement, la ges- 
tation, la parturition et les peignes. 

ARTICLE PREMIER. 

APPAREIL GÉNITAL MALE. 

Sous le rapport de sa composition, cet appareil oflre, comme 
dans tous les articulés, des testicules, des conduits déférents, des 
vésicules séminales, des canaux éjaculateurs, et des verges avec leur 
armure. 

i° Testicules. — L'organe sécréteur du sperme est, je le 
répète, impair ou unique pour chaque appareil. Il consiste en 

8o. 



tilHMWtill 



636 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

trois grandes mailles quadrilatères confluentes ou anastomosées 
entre elles, plus ou moins étalées ou flexueuses et libres. Ces 
mailles sont formées par un vaisseau spermifique tubuleux, unifor- 
mément grêle, à parois subdiaphanes. C'est là une forme de 
testicule jusqu'à ce jour exclusivement propre aux scorpions. Ad- 
mirons à chaque pas ces inépuisables ressources du génie provi- 
dentiel, qui, en déroulant à nos yeux des configurations organi- 
ques si insolites, si insidieuses, a su atteindre le but physiologique 
avec des moyens dont il s'agit de savoir interpréter l'esprit. 

Ces vaisseaux spermifiques pénétrés, animés d'imperceptibles 
nerfs et sans doute de rameaux vasculaires plus imperceptibles 
encore, sont sécréteurs par leurs parois et conduits par leur cavité. 
Précisément à cause de leurs mailles, qui multiplient et les sur- 
faces et les directions, le sperme s'élabore par son séjour, ses 
fluctuations. Observons que cette glande spermifique du scorpion 
se trouve, sous ces derniers rapports, à la forme près, dans la 
condition générale des testicules des autres animaux, tant supé- 
rieurs qu'inférieurs, de la série zoologique. C'est le même prin- 
cipe, la même loi qui a présidé à cette organisation. 

En disant que les testicules du scorpion sont enveloppés parla 
substance du foie, les auteurs ont donné une fausse idée de leur 
réelle situation. Cette assertion prouve et que l'on a mal étudié 
l'organe hépatique, et qu'on n'a point saisi ses rapports avec 
l'appareil génital. Les testicules, ainsi que les ovaires, sont placés 
sous le foie, mais ils ne pénètrent nullement dans sa pulpe cons- 
titutive. Rendons encore ici hommage aux prévoyantes sollicitudes 
de la nature, constatons que, même clans ces modifications de 
formes que les esprits peu réfléchis taxent de caprice, elle pour- 
suit toujours un but fonctionnel. Ainsi, les fins canaux des mailles 
testiculaires et des mailles ovariennes s'engagent, s'enlacent, se 
fixent entre les lobules pyramidaux et simplement contigus de la 
face inférieure du foie qui semblent avoir été créés pour protéger 
leur délicatesse et favoriser leur fonction. 

Quand j'ai avancé que les testicules étaient libres, j'ai voulu 



DES SCORPIONS. 637 

insinuer que généralement celui d'un côté était indépendant, 
anatomiquement, de celui de l'autre. H y a sans doute peu de 
règles sans exception, mais il faut éviter de prendre l'exception 
pour la règle. Dans mes fréquentes autopsies des scorpions, il 
m'est arrivé deux fois seulement de constater dans Yoccilanus 
l'existence d'une communication directe des mailles d'un testicule 
avec les mailles de l'autre par l'intermédiaire d'un seul conduit 
traversier fort court placé à la dernière maille. M. Duvernoy a 
observé un fait semblable dans le scorpion d'Italie, qui inYsi 
inconnu, mais à la première maille et non à la dernière. 

Ce savant professeur, dont le scalpel ne s'est pourtant exercé 
que sur des scorpions cà l'alcool, a représenté 1 les trois mailles 
testiculaires de Yoccitanus communiquant toutes du côté droit au 
côté gauche par un conduit tubuleux médian, commun aux six 
mailles, absolument comme on le voit dans les ovaires. Jamais 
pareil fait ne s'est offert à mes investigations, quoique j'aie dis- 
séqué plus de cent individus frais de ce même occitanus el un 
nombre considérable de sujets à l'esprit de vin, soit de ce type, 
soit d'espèces exotiques. Je n'hésite point à déclarer que cette 
grande anastomose est à mes yeux un fait insolite et exceptionnel. 
Elle ne saurait donc être donnée comme le type, l'état normal de 
cet organe. 

2° Conduits déjérents. — Ils prennent leur origine à l'angle 
externe de la première maille du testicule correspondant, et ne 
sont dans le fait que la continuation du vaisseau spermilique dont 
ils conservent la ténuité. Après un trajet plus ou moins llexueux. 
ils aboutissent aux vésicules séminales. 

3° Vésicules séminales. — On se convaincra par mes ligures 
combien elles ont été incomplètement vues par tous les anato- 
mistes qui m'ont précédé. 11 faut convenir qu'il est fort difficile, 
pour ne pas dire impossible, de les bien saisir dans les sujets à 
l'alcool. Dans Yoccitanus, on en compte trois pour chaque appa- 

1 M. Duvernoy a eu la généreuse obligeance de nie communiquer une épreuve 
de la planche consacrée à l'appareil génital des scorpions. 






638 HISTOIRE ANATOM1QUE ET PHYSIOLOGIQUE 

reil. Leur position insolite, leur petitesse, leur tendreté , et surtout 
leurs connexions mutuelles, les rendent d'un isolement qui met la 
patience à de grandes épreuves. Placées au côté externe du canal 
éjaculateur, elles se dirigent d'avant en arrière. 

La première, que je regarde comme Y essentielle, parce qu'elle 
reçoit directement le conduit déférent, est allongée, subdiaphane, 
cylindroïde ou même un peu en massue, libre de toute adhé- 
rence. Elle s'insère, conjointement avec le conduit déférent, à une 
dilatation ou sinus commun qui s'atténue en avant pour s'abou- 
cher à la troisième vésicule. 

La seconde a la forme de la première , mais elle est plus longue 
et adhère dans presque toute son étendue à la face inférieure et 
latérale du canal éjaculateur, qu'elle déborde au côté externe. Il 
n'est pas rare que la loupe découvre, à sa moitié intérieure, de 
légères plissures qui rendent son bord comme festonné. Ces fes- 
tons se constatent surtout lorsque cette vésicule renferme un 
sperme coagulé blanc, ainsi que je l'ai plusieurs fois observé. Elle 
débouche dans la précédente un peu avant l'insertion de celle-ci 
avec la troisième vésicule. 

Cette dernière est ovoïde et la plus antérieure. J'ai dit déjà com- 
ment elle recevait les deux autres. Elle s'abouche au côté externe 
du canal éjaculateur. Une figure spéciale rend ces connexions évi- 
dentes. 

4° Canal éjaculateur, fourreau de la verge, pénis. — Ce titre 
complexe ne décèle que trop et l'embarras de l'auteifr et les diffi- 
cultés du scalpel. C'est encore là un trait exceptionnel de cette 
originalité anatomique du scorpion. 

Ce que j'appelle le canal éjaculateur est en même temps et 
l'aboutissant de la sécrétion prolifique et le réceptacle mystérieux 
de l'appareil copulateur. C'est une sorte de gaine membraneuse, 
blanchâtre, longue, un peu fusiforrne, couchée sur les flancs de 
la cavité abdominale, le long du bord du foie, et atteignant à peu 
près le milieu de cette cavité. Il est atténué, soit en avant pour 
s'ouvrir à l'opercule génital externe, soit en arrière, où il se 



DES SCORPIONS. 639 

fléchit brusquement pour se prolonger en un appendice grêle, 
blanc, vermiforme, récurrent. 

A travers ses parois subpellucides on aperçoit une baguette 
centrale cornée, brunâtre, accompagnée de parties charnues et se 
continuant depuis l'opercule génital, où il prend la ténuité d'une 
soie , jusqu'au boyau appendiculairc terminal, où sa couleur s'efface 
insensiblement. En approchant de la partie moyenne de la gaine, 
elle se dilate et bientôt se façonne en une lame lancéolée aiguë, 
dont le tranchant regarde le bord externe et présente là un 
sinus arrondi. Je prends cette baguette pour ie fourreau et Y armure 
de la verge. Sa couleur marron et sa texture cornée sont, pour ma 
vieille pratique de l'entomotomie, l'indice positif que cette pièce 
est destinée à faire irruption au dehors, à dégainer lors de l'acte 
copuîatif. Les exemples de semblables organes mécaniques se 
rencontrent fréquemment dans les insectes de tous les ordres. 

Deux faits intéressants viennent prêter leur appui à cette ma- 
nière de voir. En disséquant un scorpion récemment mort, un 
coup fortuit de scalpel ouvrit le canal éjaculateur en avant ou vers 
son origine. Je vis aussitôt s'élancer par l'incision la baguette 
cornée ou l'armure, qui entraîna à sa suite un filet blanchâtre dont 
la texture cartilagineuse se révéla par la promptitude de son en- 
roulement. Sa ressemblance avec le pénis de beaucoup d'insectes 
lit que je ne balançai point à lui donner ce nom. Ce fdet était logé, 
invaginé dans l'appendice vermiculaire récurrent que j'ai men- 
tionné plus haut. Plus tard, en décembre i85o, je fus témoin 
d'un fait analogue sur un autre scorpion qui avait péri par le 
froid. J'eus le bonheur de voir le tube vermiculaire se rompre 
en travers et le iilet élastique se dégager de cette gaine avec tous 
les attributs du pénis précédent. Je reviendrai, en traitanl de l'ac- 
couplement, sur ces organes et sur leurs évolutions. 

Dans mes investigations les plus scrupuleuses, je n'ai rien trouvt 
qui ressemblât à ce cœcum à substance granuloso-vésiculeuse dont 
parle Von Siebold, ni à cette papille échancrée qu'il soupçonu' 
être un pénis, ni à la verge, que M. Duvernoy dit rhomboïdaie. 



sli ! ii e «)>.': 



640 HISTOIRE AN ATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 



ARTICLE II. 

APPAREIL GÉNITAL FEMELLE. 



Àrislote, et depuis lui Redi et Swammerdam, avait dit que les 
scorpions accouchaient de petits vivants. Ces animaux sont en effet 
ovio-ères et vivipares. Ils partagent cette faculté avec quelques in- 
sectes, notamment avec des diptères du groupe des sarcophages 
et des dexies, et j'ai fait connaître ce mode d'organisation dans mon 
an a to mie des diptères. 

i° Les ovaires sont formés sur le plan des testicules et, comme 
eux, impairs pour chaque côté. Ils consistent en un treillis de 
vastes mailles quadrilatères engagées et maintenues entre les lo- 
bules inférieurs du foie. Mais il n'y a pour chaque testicule que 
trois de ces mailles, tandis qu'il y en a quatre pour chaque ovaire. 
C'est là un caractère distinctif facile à saisir dans tous les âges et 
dans toutes les conditions génératives des scorpions. Il existe en- 
core une énorme différence sexuelle dans ce viscère, indépen- 
damment de la présence des gaines ovuligères, c'est que les 
mailles ovariennes d'un côté sont unies aux mailles de l'autre côté 
par un tube médian constant et continu, de la longueur de tout 
l'organe, au lieu que, dans les testicules, les mailles sont libres à 
droite comme à gauche, ou si elles communiquent, ce n'est qu'ex- 
ceptionnellement, ainsi que je l'ai déjà dit. Cette disposition et ce 
nombre de mailles ovariennes sont les mêmes dans les scorpions 
tant européens qu'exotiques, au moins dans ceux soumis à mon 
scalpel. 

Il est fort singulier que Treviranus reproche, bien à tort, à 
Meckel de n'avoir pas distingué les organes mâles de ceux de la 
femelle, lorsque lui-même tombe plus positivement dans cette 
erreur en ne donnant que trois paires de mailles dépourvues de 
gaines ovuligères à ce qu'il regarde comme un ovaire. 

2° Les naines ovigères, terme technique que j'ai dès longtemps 
généralisé dans l'analomic des insectes, sont uniloculaires, mono- 
spermes et constamment unilatérales. Globuleuses dans le plus 









DES SCORPIONS. 641 

grand nombre des espèces, on les trouve oblongues et même al- 
longées dans Yafer. 

Dans un état avancé de gestation elles sont fixées aux tubes 
ovariens par un col étroit d'une excessive brièveté. Dans le cas 
contraire, c'est-à-dire dans les femelles jeunes ou infécondées, 
les gaines ovigères, alors rudimentaires, sont sessiles. Leur dispo- 
sition le long des canaux ovariens est constante, etles auteurs sont 
loin de les avoir envisagées ainsi. Pour le long conduit qui en- 
ceint l'ensemble des huit mailles, c'est au côté extérieur seul qu'a 
lieu l'insertion; au côté postérieur, pour les tubes transversaux; au 
côté droit, pour le tube médian ou l'axe du réseau. Un coup d'œil 
sur la figure de cet organe suppléera à une plus ample des- 
cription. 

On trouve dans les ovaires fécondés des scorpions européens 
des œufs ou des ovules de toutes les grandeurs, de tous les âges. 
Parvenus à un certain degré de développement, ils tombent des 
gaines ovigères dans les tubes ovariens, qui font, dans ce cas, 
l'office de calice ou d'utérus, lis sont alors sphériques et blancs. 
Après une gestation dont nous ne connaissons pas au juste la 
durée, et que j'essayerai de déterminer plus lard, ces œufs à 
terme éclosent clans les canaux ovariens. 

Les fœtus de ces scorpions, vers la fin de la gestation, offrent 
l'image parfaite des nymphes nues des insectes. Ce rapprochement, 
que je me contente de signaler en ce moment, est d'un fécond 
intérêt. Ils ont les mêmes parties, les mûmes segments, les 
mêmes articulations, mais les divers membres ou appendices sont 
ployés, emmaillottés, immobiles. La queue est collée, étendue à 
la ligne médiane ventrale et son extrémité s'engage, se cacbe 
entre les pattes. Dans les individus encore plus proches de la 
parturition, les cbélipalpes débordent un peu la marge antérieure 
du céphalothorax. Dans les embryons peu avancés, ces cbéli- 
palpes sont invisibles ou non exsertes, et la segmentation presque 
insensible. J'ai représenté ces divers états de la vie intra-utérine 
dans Ycuropœus. 

SAVANTS ÉTRANGERS. — XIV. 8 1 



MU'r.f.i^i.Ufiilifi 



«42 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

Dans sa savante anatomie comparée, comme clans son frag- 
ment académique , M. Duvernoy a établi dans les scorpions, sous 
le rapport des organes génitaux femelles, deux types distincts. 
Dans le premier [occitanus, europœus, etc.), les ovules fécondés se 
développent dans les gaines ovigères sous la forme d'œufs pour 
gagner ensuite les canaux utérins, où ils subissent un état d'incu- 
bation. Dans le second type (afer), le produit de la conception su- 
birait dans la gaine ovigère même toutes les évolutions embryon- 
naires jusqu'à l'état de fœtus à terme. Ceux-ci, d'après M. Duver- 
noy, auraient deux degrés de développement. Dans le moins avancé , 
la queue, très-courte, est tournée vers le dos et n'a point encore 
d'aiguillon, les anneaux ne se touchent pas à la ligne médiane, 
les mandibules sont très-grandes. Dans le degré le plus avancé, 
Ja queue, plus développée, est repliée sous le ventre et a son dard 
tout formé, les segments dorsaux du corps sont plus rapprochés 
de la ligne médiane sans se toucher encore. 

Ce mode particulier de gestation avait déjà été décrit et gros- 
sièrement représenté par Jean Muller en 1828, mais cette diffé- 
rence si remarquable n'avait point été érigée, par l'étude compa- 
rative, en principe ou en règle générale, ainsi que l'a judicieu- 
sement établi M. Duvernoy. 

J'ai aussi étudié et figuré le curieux ovaire de Y afer. J'en don- 
nerai d'autant plus volontiers une brève description, que l'état 
embryonnaire dont j'ai plusieurs fois constaté l'identité dans divers 
individus de ce type appartient à un âge ou à une période de 
développement différente de celle que M. Duvernoy a eue sous les 
yeux. Les gaines ovigères unilatérales et monospermes, comme 
dans les autres scorpions, tiennent au tube ovarien par un col 
exigu. Ce col est suivi d'une sorte de vésicule plus qu'hémisphé- 
rique, cupuliforme, séparée par une coarctation annulaire, mé- 
diocre quoique tranchée, d'un corps allongé , conoïde, où la loupe 
constate de fines raies ou rides transversales, et qui s'atténue en 
arrière en un boyau filiforme borgne ou fermé au bout, diverse- 
ment ployé. A mes yeux, la vésicule de ce singulier embryon 



DES SCORPIOÏSS. 643 

correspond au futur céphalothorax du scorpion; la portion sui- 
vante en serait le corps avec une ébauche linéaire de segmentation, 
et le boyau terminal, appelé appendice cœcal par M. Duvernoy, en 
représenterait la queue. Les nœuds ou articles de celle-ci n'existent 
point, et le boyau amniotique qui en recèle les invisibles germes 
n'affecte aucune direction ni dorsale, ni ventrale. (Jet embryon 
tout pulpeux ou granuleux, n'offrant qu'une ébauche vaguement 
dessinée, méritait d'être mentionné. 

M. Duvernoy, dans ses publications précitées, a soulevé une 
question d'embryogénie que je vais aborder aussi. « Les ovules, 
dit ce professur, se développent en premier lieu dans la paroi 
des tubes ovariens, sorte de gangue proligère, et leur capsule 
nutritive est comme repoussée au dehors aux dépens de cette 
paroi à mesure de l'accroissement des ovules. » Si une semblable 
assertion était fondée sur l'étude directe d'un ovaire avant la for- 
mation ou l'exsertion latérale des gaines ovuligères, M. Duvernoy 
n'aurait pas sans doute manqué d'indiquer une source aussi 
légitime, aussi positive. Pour éclairer une question si délicate, je 
prie mon honorable ami de me permettre l'exposition des faits 
suivants. 

Si l'on dissèque de très-jeunes femelles ou des femelles qui, 
en approchant de l'état adulte parleur développement, sont pour- 
tant vierges, ainsi que le prouve incontestablement l'occlusion 
complète de l'opercule génital externe, j1 sera facile de se con- 
vaincre qu'à cet âge infantile et innocent les gaines ovigères, ou 
les capsules nutritives de M. Duvernoy, existent aux tubes ovariens 
parfaitement distinctes et unilatérales, ainsi que je l'indique par 
une figure. Ces gaines préexistent donc à la fécondation. 

Ici vient se rattacher une observation d'un intérêt piquant, 
fournie par l'autopsie toute récente (avril i85i) d'une femelle 
non adulte de Yoccitanus. Sa virginité m'était garantie et par sa 
petite taille et par sa séquestration rigoureuse, son isolement 
complet durant une année révolue, après laquelle elle succomba 
dans sa prison cellulaire. A l'ouverture je fus frappé, en songeant 

Si . 



644 HISTOIRE ANATOMIQI'E ET PHYSIOLOGIQUE 

aux garanties précédentes, de trouver des ovules tellement dis- 
proportionnés pour leur grosseur et avec les canaux ovariens et 
avec les ovules infécondés de tant d'autres femelles vierges dont 
j'avais fait l'autopsie, que je fus d'abord fort embarrassé de m'en 
rendre raison. Parmi ces gros ovules j'en voyais de beaucoup plus 
petits, ronds et subdiaphanes. Une étude attentive me fit recon- 
naître que ces gros ovules, au lieu d'être sphériques comme les 
véritables œufs, étaient irrégulièrement ovalaires et que la ma- 
tière qui les remplissait était d'un jaune brun opaque, qu'elle 
avait subi une véritable altération dans ses éléments. Une convic- 
tion intime m'amena pour les gros ovules à l'idée d'un état patho- 
logique, d'une hypertrophie ovulaire, qu'expliquent la captivité et 
un trouble dans l'évolution de la puberté. Pour les plus petits, je 
les considérais comme exempts de toute influence morbide et re- 
présentant une condition normale. 

3° L'oviducte n'est, comme le conduit déférent du testicule, 
que la continuation du tube issu de l'angle externe de la première 
maille de l'organe préparateur. Il est dépourvu , dans Yoccitanus et 
autres espèces européennes, de gaines ovigères, tandis que, dans 
Y a fer, j'y ai positivement constaté, et de ces gaines vides ou sim- 
plement ovuligères et de celles qui renferment l'embryon, ainsi 
que l'exprime ma figure. 

L'oviducte est en même temps le vagin , comme dans les insectes 
et autres animaux. A partir de son origine ovarienne, il se dirige 
obliquement de dehors en dedans, et avant d'aboutir à l'opercule 
génital il offre une dilatation constante plus ou moins ovaîaire. 
On peut considérer, avec quelques auteurs, cette dilatation comme 
un réservoir séminal, toutefois avec des attributions différentes de 
celles de la poche copulatrice d'Audouin dans les insectes. On sait 
que dans ceux-ci la fécondation définitive n'aurait lieu que par 
une ablution des œufs à leur passage devant l'embouchure de 
celte poche. Il doit en être autrement dans les scorpions, ani- 
maux vivipares. Les ovules, éveillés dans leur gaine ou capsule par 
l'acte du coït, entrent dans un exercice plus actif de leur vitalité, 



DES SCORPIONS. 645 

de leur nutrition surtout. L'émanation incessante de Y aura semi- 
nalis , dont la source est dans le réservoir, favorise la mutation, 
l'évolution des ovules en œufs. Ceux-ci, parvenus à un certain dé- 
veloppement, sont pondus, je parle de Yoccitanus, dans les canaux 
utérins ou ovariens. J'ai dit le reste. 

Dans mon travail de 1817 (où, par une méprise singulière, le 
graveur a renversé les figures), j'avais représenté les oviductes 
confluents près de l'opercule génital, et bien des auteurs le pen- 
sent ainsi. M. Duvernoy les dit réunis dans Yafer et séparés dans 
une espèce du Chili. Des recherches récentes m'ont démontré 
dans Yoccitanus, ainsi que dans les autres espèces que j'ai dissé- 
quées, les deux vagins toujours indépendants. Il existe même a 
l'extérieur une crête cornée dépendante de l'opercule génital qui 
les sépare l'un de l'autre. 

C'est cette étude scrupuleuse qui m'a fait dire, contre l'opinion 
générale, que les femelles des scorpions avaient deux vulves. Mais 
celles-ci sont au-dessous de l'opercule génital, qui, lui, n'offre au- 
cune différence dans les deux sexes. Dans ma dernière communi- 
cation à l'Institut (janvier 1 85 1 ) , j'avais aussi adopté l'idée d'une 
vulve unique; mais, après de récentes autopsies, je me suis ravisé. 

Dans le petit nombre à'europœus que j'ai disséqués, je n'ai pas 
été assez heureux pour apercevoir la vésicule que Meckel et 
i\L Duvernoy ont représentée à l'embouchure de chaque oviducte 
dans la vulve. 

ARTICLE III. 

AGCOUPLEMEiNT, GESTATION, PAKTUBITION, PEIGNES. 

i° Accouplement. — Il nous reste à résoudre un problème phy- 
siologique qui n'est point sans difficultés, c'est celui du mode 
d'accouplement des scorpions. Comme leurs amours sont noc- 
turnes, qui pourra en tracer la véritable histoire? Qui nous révé- 
lera jamais les singulières inversions, réversions et exsertions des 
pièces renfermées dans le canal éjaculateur, à cette époque du rut 
où l'état d'orgasme et de turgescence séminale provoque l'exercice 



i-.»i*il't r.M.i.tîml l(f 



646 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

actif des organes eopulateurs? Mystère, mystère! Il faut donc 
qu'ici, à défaut d'observations directes, l'anatomie vienne nous 
fournir ses inspirations. 

La position respective des parties externes de la génération 
dans les deux sexes fait supposer dans un animal d'une construc- 
tion si originale, d'une locomobilité si peu énergique, des ma- 
nœuvres, des postures fort singulières pour l'union des sexes. 
On sait que ces parties externes sont placées entre les insertions 
des peignes, à la face inférieure et à la base de l'abdomen. Elles 
consistent, dans le mâle comme dans la femelle, en deux pan- 
neaux cornés demi-circulaires, étroitement appliqués, déprimés, 
séparés par une fine rainure médiane, qui en est l'ouverture à 
l'état adulte. M. Duvernoy leur a donné le nom d'opercule génital 
externe, que j'ai volontiers adopté. Quand on se pénètre bien de 
ces dispositions, on comprend que la copulation ne peut s'effec- 
tuer qu'autant que l'un des sexes, la femelle sans doute, est ren- 
versé sur le dos, c'est-à-dire en supination, de manière que les 
ventres s'appliquent l'un contre l'autre. Je lis en effet, dans l'ou- 
vrage sur les arachnides de MM. de Walckenaer et Gervais, que 
« Maccary s'est assuré que , pendant l'accouplement, la femelle est 
renversée sur le dos et le mâle posé sur elle. » 

Rappelons-nous, pour la juste appréciation de cette manœuvre, 
que la partie antérieure des canaux éjaculateurs, ainsi que les 
vagins, est dirigée obliquement de dehors en dedans vers l'oper- 
cule génital, Ainsi, soit qu'une seule verge se mette isolément en 
jeu, soit que les deux verges s'introduisent ou simultanément ou 
alternativement dans les vulves correspondantes, la direction des 
vagins se prête à merveille à l'accomplissement de cet acte. Je 
reparlerai de celui-ci à l'occasion des peignes. 

2° Gestation. — Les ovaires de Yoccitanus en état de «estation 

o 

offrent souvent, vers la lin de l'été, des œufs dans des degrés bien 
différents de développement, soit dans les gaines ovigères, soit dans 
les tubes utérins. Ce fait prouve déjà que la fécondation ne s'est 
point opérée dans le même instant pour tous les ovules. Le même 



DES SCORPIONS. 647 

individu aurait donc reçu les approches du mâle à diverses épo- 
ques, il y aurait eu plusieurs actes du coït. Quand les œufs, dans 
leur gaîne ovigère, ont acquis une grosseur déterminée, j'ai déjà 
parlé de l'incubation qu'ils subissent dans les lubes ovariens. 
Citons à cette occasion quelques faits. 

Vers la fin d'octobre i85o, un de mes scorpions en volière 
vint à périr aux premiers froids, et je procédai à son autopsie. 
C'était une femelle avancée dans sa gestation. Je fus frappé et de 
l'énorme grosseur des œufs intra-utérins et de leur petit nombre, 
une vingtaine environ. Ils étaient séparés les uns des autres par de 
profondes coarctations, de manière à être contigus. M. Duvernoy 
en a représenté de semblables. Ils n'offraient pourtant dans leur 
intérieur aucun vestige d'embryon, aucune ébauche de segmenta- 
tion ou d'articulation. C'était une pulpe granuleuce parfaitement 
homogène. Indépendemment de ces gros œufs, il s'en trouvait 
beaucoupd'un volume minime demeurésdans leurs gaines ovigères. 
Je remarquai en outre aux tubes ovariens des œufs déformés, 
atrophiés par la pression des parois distendues ou des gros œufs. 
J'en constatai aussi d'autres qui, quoique fécondés, s'étaient flé- 
tris, ridés, lobés par les mêmes causes pressives. Une figure ex- 
prime ces divers états. 

Ce fait devint pour moi un précieux enseignement. D'abord il 
confirmait la nécessité de plusieurs copulations pour la complète 
fécondation d'une portée. Or, remarquez-le bien, cet individu 
avait dû partiellement être fécondé dans le courant d'avril, 
époque où mes scorpions avaient été pris et incarcérés à Port- 
Vendres, et dans ma ménagerie je les avais soigneusement tenus 
isolés, séquestrés. 

Et si, à la fin d'octobre , des œufs si développés n'offraient pas le 
moindre indice d'une organisation embryonnaire, n'est-il pas pro- 
bable que, pendant près de cinq mois de la mauvaise saison où les 
scorpions sont dans un état d'hibernation, de torpeur et de diète 
absolue, cet appareil génital doit demeurer stationnairc? Ce fait 
confirme pleinement ce que j'avais observé, il y a quarante ans. 



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648 HISTOIRE ANATOMIQl JE ET PHYSIOLOGIQUE 

pendant mon séjour en Espagne, et qui est consigné dans mon 
vieux mémoire, c'est que, au printemps, les œufs acquéraient leur 
grand développement, et ce n'était qu'au fort, de l'été que je cons- 
tatais des fœtus dans les tubes ovariens. Ce n'était gure qu'en 
septembre que je rencontrais de loin en loin des scorpiones por- 
tant leurs petits sur le dos. 

De tout cela je conclus : i° que la gestation du scorpion se pro- 
longe beaucoup plus que celle de la femme et de la plupart des 
animaux de premier ordre, puisqu'elle serait de quinze à seize 
mois; 2° que très-vraisemblablement les amours de ces arachnides 
s'éveillent en avril, époque où dans le Midi méditerranéen les 
chaleurs se font déjà sentir, et ce n'est qu'à la fin de l'été de 
l'année suivante que l'accouchement a lieu. Remarquez, à cette 
occasion, que la jeune femelle dont j'ai donné l'histoire succincte 
à l'article des gaines ovigères, et chez laquelle j'ai constaté une hy- 
pertrophie ovulaire, a précisément succombé en avril, époque où 
les organes génitaux sont sollicités dans l'exercice plus actif de 
leur vitalité; 3° que la longévité du scorpion doit dépasser au 
moins deux années, car, dans le même convoi des individus de 
Port-Vendres en i85o, il s'en trouvait de fort jeunes et décidé- 
ment vierges, dont la naissance remontait à la fin de l'été 18A9, 
ce qui fait présumer qu'ils ne seraient devenus adultes ou aptes à 
la génération qu'au printemps de 1 85 1 . 

Le passage des œufs fécondés dans les tubes utérins ou ovariens 
ne saurait s'opérer sans supposer d'une part une contraction péri- 
phérique énergique de la capsule ovigère, d'autre part une éton- 
nante dilatabilité du col étroit et capillaire qui fixe la capsule à 
ces tubes. 

Mais ce travail de parturition intérieure doit être bien autre- 
ment difficultueux, bien autrement merveilleux, quand il s'agit, 
comme dans Yafer, d'un énorme fœtus devant franchir, pour entrer 
dans le canal ovarien, un col d'une extrême ténuité. 

Le fœtus, dans la période de gestation ovarienne, vit de sa 
vie propre et isolée. 11 existe et se développe sans connexion orga- 



DES SCORPIONS. 649 

nique avec son conceptacle, n'ayant pour toute participation à la 
vie maternelle, qu'un séjour dans l'utérus ou tout au plus un 
simple contact avec les parois vivantes de ce conceptacle. 

3° Parturition. — Un fait plus extraordinaire encore que le 
passage de l'œuf ou du fœtus dans le tube ovarien, est celui de 
l'accouchement, de la naissance des petits scorpions. Comment 
cette fente si linéaire de l'opercule génital peut-elle se prêter à 
la délivrance d'un fœtus d'un volume si disproportionné? Quel 
accoucheur a jamais assisté à une si surprenante parturition? Je 
sais bien que la vulve de beaucoup de mammifères donne pas- 
sage à des produits tout aussi disproportionnés; mais leur vulve 
est molle, souple, expansible, tandis qu'elle est dure, réfractaire, 
immobile dans le scorpion. Oh ! combien d'actes de la vie privée 
de notre curieux arachnide nous restent encore à enregistrer 
pour compléter son histoire! combien de phénomènes à résoudre 
qui ont été à peine soulevés par le scalpel! 

à Peignes. — Le trait différentiel le plus éminemment carac- 
téristique du genre scorpion est, sans contredit, l'existence des 
peignes. Tous les zoologistes leur ont accordé avec raison une 
valeur de premierordre pour la distinction des espèces. Communs 
aux deux sexes,- ils sont placés à la région ventrale du corps, aux 
limites postérieures du céphalothorax. Constamment au nombre 
de deux, ils ont une consistance tégumentaire et s'insèrent à droite 
et à gauche de l'opercule génital. M. Savigny, dans son mémo- 
rable ouvrage sur l'entomologie de l'Egypte, me semble l'auteur 
qui en a le mieux saisi, le plus fidèlement représenté la composi- 
tion et la structure. 

On distingue aux peignes : i° une souche ou base composée de 
deux baguettes articulées étroitement, adossées l'une à l'autre; 
2° une série régulière de dents uniformes, contiguës, comme em- 
briquées, mobiles sur autant de tubercules ou bulbes qui bordent 
l'une des baguettes. 

La plus grande de celles-ci ou l'externe n'a que trois articles, 
l'autre en a sej)t ou huit. Quelques poils hérissent ces baguettes 

SAVANTS ÉTRANGENS. XIV. 82 



. 



650 HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 

et les bulbes. Quant aux dents, elles sont parfaitement unies et 
glabres, excepté la dernière ou apicale, qui offre aussi des poils, au 
moins dans Yoccitanus. Le nombre de ces dents varie suivant les 
espèces de scorpions. 

Essayons de déterminer, d'après la position et la structure des 
peignes, leurs attributions physiologiques. Aucun observateur, 
que je sache, n'a été témoin ex visa des caresses, des embrasse- 
ments, des ébats amoureux des scorpions, et j'ai l'intime con- 
viction que les peignes y jouent le rôle principal. Remarquez que 
la finesse de leur tégument, leur texture ductile et souple, les 
nombreuses articulations de leurs pièces constitutives sont on ne 
peut plus favorables et à un toucher exquis et à un acte de 
préhension qui s'exercerait par l'engrenage réciproque, d'un sexe 
à l'autre, de leurs dents mobiles. La surface lisse et glissante de 
ces dents se prête admirablement à une si délicate manœuvre. 

Ainsi, les peignes du scorpion sont, suivant moi, en même 
temps et des organes de titillation voluptueuse, et des organes 
préhensifs destinés, par cette double condition, à provoquer, à 
protéger une intromission difïicultueuse , à assurer la consomma- 
tion de l'acte important de la copulation. 

Déjà Treviranus avait regardé ces peignes comme des organes 
de sensualité et de volupté. L'interprétation est peut-être trop 
exclusive, mais elle approche de la vérité. Quant à l'opinion de 
Tulk [Annal, qfnat., hist. XV, p. 56), qui les considère comme 
des peignes à décrasser les palpes, les tarses et le bout de la 
queue, mérite-t-elle une sérieuse réfutation? La chose n'est 
même pas physiquement possible. 

V 

CHAPITRE VIL 

APPAREIL VÉNÉNIFIQUE. 

In caada venenum, avaient dit les anciens en parlant du scor- 
pion, et ce fait est devenu proverbial dans son application à beau- 
coup d'actions humaines. C'est effectivement à l'article terminal 



DES SCORPIONS. 651 

de la queue de cet animal qu'est placée son arme offensive et 
défensive, son ampoule à venin et à dard. 

Dans les insectes qui sécrètent et inoculent par un stylet anal 
un véritable venin, comme Xabeillc, la (jaêpe, le pompile, la sco- 
lie, etc., l'appareil vénéniiique est l'apanage exclusif des femelles, 
parce que ce sexe seul est chargé du soin et de la défense de la 
progéniture; mais dans les arachnides en général, l'organe du 
venin est commun aux deux sexes. Chez les aranéides c'est par la 
bouche que s'instille le venin? tandis que dans le scorpion c'est 
par le bout de la queue. Voilà donc, entre ces deux groupes 
d'arachnides, un caractère anatomique bien distinclif. 

Les observateurs pratiques qui ont suivi in loco nalali les ma- 
nœuvres et le genre de vie des scorpions vivants, ceux qui les ont 
élevés en captivité pour les soumettre à des expérimentations, 
ceux enfin qui ont scruté leur anatomie, ont pu s'assurer de 
l'adresse et de l'énergie des mouvements si diversifiés de leur 
queue pour l'attaque ou pour la défense. J'ai déjà parlé de ces 
mouvements aux chapitres des appareils musculaire et digestif. Je 
n'y reviendrai point. 

Sans doute il est impossible de saisir la destination spéciale 
des vigoureux muscles de la masse intérieure de l'ampoule, de 
déterminer ceux qui, au gré de l'animal, servent ou à provoquer 
les mouvements de l'ensemble ou à comprimer les conduits excré- 
teurs pour l'éjaculation du venin; mais on peut du moins y cons- 
tater une infinité de tendons d'une finesse plus que capillaire et 
juger ainsi du nombre des agents locomoteurs. 

Dans le scorpion vivant et même dans le scorpion sec , l'am- 
poule à venin, ou le dernier nœud de la queue , présente extérieu- 
rement, à sa face inférieure ou convexe, une fort légère rainure 
médiane, une sorte de raphè qui est l'indice de l'existence inté- 
rieure de deux moitiés semblables ou de deux glandes vénéni- 
fiques. 

Quand sur l'animal frais on pratique une incision circonspecte 
sur ce raphé, il est possible de pénétrer dans l'ampoule sans léser 

82. 






652 HISTOIRE ANATOMJQÏJE ET PHYSIOLOGIQUE 

les parties molles contenues, parce qu'il existe là, entre les deux 
moitiés internes, un vide d'une étroitesse des plus fines, des plus 
linéaires. Il y a donc une glande pour chaque ouverture de l'ai- 
guillon. Ce fait matériel et rationnel paraît avoir complètement 
échappé aux zootomistes qui m'ont précédé. 

Si cette incision a été heureuse et si l'on renverse latéralement, 
sans les désunir tout à fait, les deux moitiés de l'ampoule, on dé- 
couvre, à la ligne médiane de sa partie supérieure ou non con- 
vexe, deux filets médians simples, parallèles, contigus, mais 
lihres, comme une douhle corde tendue, et faciles à déplacer avec 
la pince. On peut enlever le corps des deux glandes sans en- 
traîner ces filets. Ceux-ci sont, je crois, nerveux; c'est du moins 
l'idée à laquelle je me suis arrêté en définitive et peut-être provi- 
soirement. Ils proviennent sans doute des divisions secondaires 
ou tertiaires des grands nerfs terminaux de la queue. Ils ne m'ont 
présenté de fort courtes ramifications qu'en pénétrant dans l'ai- 
guillon. 

Je l'avoue, ces courtes ramifications, qui semblent des radi- 
cules, et la simplicité des filets, m'ont aussi fait penser à des cor- 
dons musculaires. De là les hésitations qui me poursuivent encore 
au moment de la rédaction. 

Chacune des moitiés contenues dans l'ampoule à venin serait 
donc un corps subhémisphéroïdal, c'est-à-dire plane du côté de 
l'intervalle médian qui les sépare, et convexe de l'autre côté. Ce 
corps, qu'on ne saurait appeler une capsule à cause de sa solidité, 
se prolonge en col pour pénétrer dans l'aiguillon. Ses parois sont 
blanches, parfois avec une teinte opaline, et leur texture est 
ferme, fibro-cartilagineuse. En les déchirant avec précaution on 
aperçoit, principalement du côté de la convexité de ce corps, 
quatre ou peut-être cinq vaisseaux d'un blanc plus mat, les uns 
simples, les autres divisés ou fourchus, rampant entre les chairs 
ou les muscles. Ces vaisseaux, dont la délimitation est loin d'être 
facile, ne sont pas de simples nervures, comme on pourrait le 
croire au premier coup d'œil, car on parvient â les soulever avec 



DES SCORPIONS. 653 

la pointe d'une aiguille. Ils vont tous aboutir à un tronc central 
ou médian, lequel s'atténue pour s'enfoncer dans le col. Ils sont 
donc sécréteurs par leurs branches et excréteurs par leur tronc. Je 
crois même avoir reconnu à ce dernier, ainsi qu'aux conduits 
excréteurs de beaucoup d'insectes, une tunique externe de texture 
contractile et un tube inclus plus clair, comme élastique, dont j'ai 
pu suivre la continuation dans le dard. 

Ainsi, quand on veut comparer la glande vénénilique du scor- 
pion avec les glandes vénénifiques des divers ordres d'insectes 
dont j'ai décrit et figuré les formes et la structure dans mes re- 
cherches entomotomiques, on voit qu'il n'existe entre elles aucune 
sérieuse analogie anatomique. Celle de notre arachnide est orga- 
nisée sur un plan tout à fait spécial et insolite. Je ne me le dissi- 
mule point, il y a encore à apprendre sur cet organe. 

Si l'on consulte les archives de la science sur l'anatomie de cet 
appareil, on est affligé de la pauvreté des faits consciencieuse- 
ment observés et du vague des idées émises à ce sujet. En défi- 
nitive, je ne vois que Jean Muller qui ait sérieusement porté le 
scalpel dans l'intérieur de l'ampoule à venin, et comme il n'a eu 
à sa disposition que des sujets à l'alcool, il n'en est résulté aucun 
fait positif. Cependant, chaque compilateur s'est cru obligé, en 
abordant cette question, de dire son mot, et ce mot est demeuré 
une erreur ou une insignifiance. Les uns y supposent des vési- 
cules, d'autres des réservoirs, qui des follicules, qui des cellules 
cylindriques, que sais-je! 



(>Iiii.Kfff»i2 






654 



HISTOIRE AINATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 



EXPLICATION DES FIGURES 

(TOUTES GROSSIES) 



Fis 



. Appareil sensitifàe Yoccitanus. 


a. 


Cerveau. 


bb. 


Optiques oculaires avec un frag- 




ment tégumentaire où sont 




les yeux médians. 


ce. 


Optiques occllaires avec un frag- 




ment tégumentaire où sont 




les ocelles. 


dd. 


Nerfs mundibulaires. 


e. 


Ganglion thoracique. 


ff- 


Nerfs chélipalpaires. 


93- 


Nerfs cruraux. 


hh. 


Nerfs musculaires, etc. 


i. 


Portion d' œsophage. 


J- 


Portion du vaisseau circulatoire. 


k. 


Premier ganglion abdominal. 


/. 


Deuxième idem. 


m. 


Troisième idem. 


n. 


Quatrième idem avec leurs nerfs. 


00. 


Les trois premiers ganglions 




caudaux avec leurs nerfs. 


P- 


Dernier ganglion caudal avec 




ses nerfs. 


qq. 


Sachets adipeux du cordon ra- 




chidien. 


rr. 


Poumons. 



ss. Nerfs des peignes. 

2. Nerf ocellaire de Yoccitanus, isolé 
pour voir ses trois nerfs parlant du 
même point. 



Fig. 

3. Nerf ocellaire du nujro-lineatus , isolé 
pour voir ses trois nerfs, dont un 
est séparé des deux autres. 

II. Globe oculaire de Yoccitanus, isolé. 

a. Choroïde avec un voile flottant. 

b. Muscle moteur de l'œil. 

5. Deuxième ganglion abdominal, vu 

en dessous , pour mettre en évi- 
dence les nerfs latéraux et le nerf 
inférieur impair, ainsi que les deux 
fdets du cordon rachidien. 

6. Ganglion et nerfs stomato-cj as triques 

avec une portion de l'œsophage. 

7. Appareil circulatoire de Yoccitanus ré- 

cemment mort. 

a. Portion céphalottioracique. 

b. Portion abdominale ou cœur, 
ce. Vaisseaux cardiaques. 

dd. Muscles cardiaques. 
e. Portion caudale avec ses vais- 
seaux. 

8. Fragment tubuleux de la tunique ex- 

terne ou musculaire du cœur, vu 
par sa face inférieure. 

a. Cette tunique à Gbres longitu- 

nales. 
bb. Muscles cardiaques avec leur 

insertion. 



DES SCORPIONS. 



655 



9. Portion de la tunique interne ou 

propre du cœur, pour mettre en 
évidence ses rubans spiroïdaux. 

1 0. Cœur d'un individu après deux jours 

d'une mort violente par asphyxie. 
Coarctations légères. 

1 1. Ce même cœur après huit jours de 

macération sur la planchette à 
dissection. 

12. Cœur vu en dessous, après une ma- 

cération de deux jours. Coarcta- 
tions peu prononcées, avec des 
séries latérales de taches oera- 
cées proéminentes, où s'insèrent 
les muscles cardiaques. 

13. Cœur d'un individu à l'alcool vu en 

dessous. Dépression médiane ; di- 
latations latérales pointues, où 
s'insèrent les muscles cardiaques. 

14. Cœur d'un scorpion dans l'alcool 

depuis un an, vu par sa l'ace dor- 
sale. Apparence d'articulations 
vertébriformes , avec les troncs 
des vaisseaux cardiaques. 

1 5. Poi lion très-grossie d'un cœur vu de 
■ côté et au maximum de sa défor- 
mation cadavérique. Saillies py- 
ramidales avec les muscles car- 
diaques au sommet. 

16. Plastron ou plancher inférieur du 
céphalothorax pris sur un cadavre 
sec, avec ses crêtes ou côtes en 
nombre égal à celui des membres 
locomoteurs ou préhensiles. 

6. Deux paires de grandes lames 

cornées. 
c. Opercule génital. 



17. Carcasse céphalothoracique avec une 

partie du cordon nerveux rachi- 
dien. 

18. Portion du système musculaire ab- 

dominal de la paroi inférieure. 

aa. Pannicule musculaire , ou 
peaussier. 

bb. Rubans musculaires longitu- 
dinaux A fibres parallèles. 

c. Cordon nerveux racbidien. 

dd. Muscles cardiaques rompus. 

ee. Muscles perforants rompus. 

19. Deux paires de poumons de Yocci- 

tanns, vus en place. 

an. Tronçons des muscles perfo- 
rants. 

bb. Rubans musculaires médians. 

ce. Tunique propre ou plèvre éta- 
lée. 

20. Un poumon détaché, avec une por- 

tion du tégument où se voit le 
stigmate. 

21. Autre poumon isolé, avec son réser- 

voir ou vestibule. 

22. Feuillet pulmonaire détache 

a. Dos du feuillet avec des traces 

de plissures transversales. 

b. Portion à pigment nacré. 

c. Portion dénudée de ce pig- 

ment, offrant une trame ù 
mailles. 

d. Portion simplement membra 

neuse de sa base. 

23. Portion d'un feuillet pulmonaire 

privé de pigment, avec les deux 
lames qui le constituent. 



(WtilfKti 



HISTOIRE ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE 



656 

24. Un stigmate isolé, pour faire voir le 

diaphragme membraneux à fente 
médiane, placé entre les deux 
lèvres cornées. 

25. Appareil digestif de Yoccitanus. 

a. Céphalothorax avec ses yeux, 
ses ocelles, ses granules 
symétriques. 

6. Mandibules didactyles. 

ce. Portion des glandes salivaires. 

d. Ventricule chylifique. 

e. Intestin stercoral. 

/. Ampoule du venin et partie du 

pénultième nœud de la 

queue. 
gg. Flocons du parenchyme du 

foie et canaux hépatiques. 
Iih. Vaisseaux biliaires vestigiaires 

rameux. 
ii. Les mêmes vaisseaux simples. 

26. Portion céphalothoracique du ven- 

tricule chylifique, avec deux ca- 
naux hépatiques. 

27. Portion du tube digestif. 

a. Mode d'insertion des vaisseaux 

biliaires vestigiaires. 

b. Bourrelet indiquant la valvule 

ventriculo-intestinale. 

c. Ballon rempli d'air s'obser- 

vant souvent à l'origine de 
l'intestin. 

d. Forme singulière de l'excré- 

ment, blanc amidonné. 

28. Glande salivaire détachée et vue par 

sa région dorsale. 

aa. Tunique externe rabattue sur 
les côtés, 

b. Conduit excréteur avec ses liga- 

ments. 

c. Pédicule charnu qui fixe la 

glande. 



Fig. 

2U. La même glande renversée sur le 
côté. 

a. Circonvolutions vasculaires in- 

térieures exsertes par la dé- 
chirure de la tunique pro- 
pre. 

b. Tache ocracée centrale. 

c. Bassinet et ses ligaments. 

d. Pédicule charnu. 

e. Conduit excréteur avec ses li- 

gaments. 

30. Foie de Yoccitanus, vu par sa région 

dorsale, avec la double série des 
trous pour le passage des muscles 
perforants. 

aa. Lobules digitiformes du cé- 
phalothorax. 

bb. Lobules appendiculaires de 
l'origine de la queue. 

ce. Quelques lobules qui débor- 
dent de la face inférieure. 

d. Portion d'intestin. 

e. Cœur, ou portion abdominale 

de l'appareil circulatoire. 

31. Lobules pyramidaux de la face infé- 

rieure du foie de Yoccitanus, avec 
une portion de tube ovarien en- 
gagée. 

32. Lobules rameux de la face inférieure 

du foie du palmatus. 

33. Un bouquet ou faisceau des utricules 

élémentaires ou constitutives du 
foie. 

34. Appareil génital mâle étalé de Yocci- 

tanus. 

aa. Testicules à trois mailles qua 
drilatères de chaque côté. 
bb. Conduits déférents. 
ce. 1 ésiculcs séminal' s. 



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