Skip to main content

Full text of "Histoire économique générale des mines de la Loire"

See other formats


^tré&ùc>enà ^e Ca, K2/iamO'r& 9v2- \Jommerce. 9ie QJ-ciùiâ - ^âc&rt/t& 



L.-J. GRAS 

Secrétaire général de la Chambre de Commerce de Saint- Etienne, 

Professeur d^Economie industrielle d l'Ecole des Mines, 

Ancien Président de la Société d'Etudes économiques de la Loire, 

Lauréat de l'Ecole libre des Sciences politiques. 

Diplômé de PHcole des Hautes Etudes Commerciales. 



Histoire 
Economique Générale 



des 



Mines de la Loire 




TOME II 



SAINT-ÉTIENNK 

BOGI6TR ANONYMK DB l/lMPUIMBHIB THÉOLIER 
la, Kue Gérenlet, la 



l'à'n 



9552- 

■'7 . 
U S? 



.-^V'" 



1043751 



à^ ii^ JÊÊL ^^ JÊ^ ^^ ^tL ^^ ^^ ^^ ^^ * iÉ^ 



CHAPITRE VIII 



Le Régime des Mines de 1855 à 1914 



§ I. — LE RÉGIME DE L'EXPLOITATION 




'année 1854 vit la dissolution de la grande 
Compagnie des Mines de la Loire. La première 
loi modifiant la loi de 1810 qui intervint depuis 
oette époque, fut promulguée le 9 mai 1866. 
Cette loi concernait plutôt la métallurgie que 
les mines. Elle affranchissait les usines minéralurgiques de la 
tutelle établie en 1810 (i). Eli© supprimait également la servitude 
créée au profit de ces usines sur les minières et même sur les 
mines du voisinage 

La seconde loi, beaucoup plus importante, porte la date du 
27 juillet 1880. Elle suivit l'enquête parlementaire de 1874-1875 
sur rind-ustrie houillère. 

Le Comité des houillères de la Loire publia, à l'occasion de 
cette enquête, un long mémoire sur les modifications à apporter 
à divers articles de la loi de 1810 et à l'article 10 de la loi de 



(1) V. mon Histoire de la Mélallvrgle de la Loire, p. 



— 474 — 

1838 (1). Le Comité déclarait que « la loi de 1810 était un des 
monuments les plus remarquables que nous ait légués H 
législation d'une grande époque et qu'il était seulement néces- 
saire de mettre quelques-uneô de ses dispositions en harmonie 
avec les progrès de l'exploitation ». 

L'article 7 de 1810 donne au concessionnaire la propriété 
perpétuelle de la mine, mais exige l'autorisation préalable en 
cas de partage. La Commission parlementaire d'enquête, dont 
le rapporteur était M. de Marcère, proposa d'exiger l'autori- 
sation pour tous les modes de transmission, sauf pour la 
transmission par héritage. Le Comité fit remarquer que le droit 
de libre transmission découlait du droit de propriété et qu'il 
participait à la même inviolabilité. Voter la modification pro- 
posée eût été donner à la loi un effet rétroactif. 

Aux termes de rarticle 11, le concessionnaire ne pouvait, 
sans 'le consentement formel du propriétaire de la surface, 
faire des sondes, ouvrir des puits, des galeries, établir des 
machines et des magasins, à moins de 100 mètres des habi- 
tations, cours, jardins ou clôtures murés, ceux-ci fussent-ils 
d'une date postérieure à l'acte de concession. Par suite du 
resserrement du champ ouvert à l'exploitation et de la mul- 
tiplication de la population établie sur le sol des bassins 
houillers, les bâtiments et les clôtures avaient surg"i en grand 
nombre. En outre, l'esprit de spéculation avait aggravé cette 
servitude. L'article 11 était donc un obstacle aai' développement 
de rindustrie houillère. Le Comité proposait de restreindre la 
zone d'interdiction à dix mètres des maisons et de supprimer 
cette servitude à l'extérieur des clôtures, ou encore de res- 
treindre la portée de l'article 11 aux habitations antérieures à 
la concession. 

Il demandait aussi de rapporter le décret de 1852 interdisant 
la réunion des conoessions sans l'aoïtorisation du Gouvernement. 
Au sujet des articles 43 et 44 de la loi de 1810, il demandait 
que la loi autorisât le Gouvernement et même les préfets à 
déclarer l'utilité publique des vo^l'es de communication néces- 



(1) Observations du Comiité des Houillères de la Loire relatives aux 
modifications à la loi du Î1 avril' 1810 (et non 2/ avril 1870, oomme 
l'indique par errenr le titre de cette brochure), imp. Théolier, Saint- 
Etienne, 1875, 



— 475 — 

saires pour les approvisionnements de la mine et pour le 
transport de ses produits La jurisprudenoo avait restreint 
l'application do ces articles au périmètre de la concession. 

Enfin, le Comité demandait l'abrogation do l'article 10 de 
la loi de 1838, relatif au retrait de la concession et à l'adju- 
dication de la 'mine dans les cas prévus par l'articlo 49 do la 
loi de 1810, c'est-à-dire dans le cas où l'exploitation est res- 
treinte ou suspendue de manière à inquiéter les consommateurs. 
Cet article était une atteinte au droit de prop^riété et l'article 49 
laissait toute latitude à l'Administration et aux Tribunaux pour 
provoquer ou prendre le® mesures do droit commun que com- 
portait la situation, voire même la résiliation du contrat de 
concession. 

Un Comité de propriétaires, composé do MM. E. Buhot, 
Grubis, G. Neyron do Saint-Julien, Palluat do Bosset, Camille 
Thiollièro, publia un mémoiroi en sens contraire do celui du 
Comité des houillères de la Loire, visant les modifications aux 
articles 11, 43 et 44. Les concessions, disaient-ils, ont été ac- 
cordées sous l'empire de la loi de 1810. Modifier la loi, c'est 
modifier le contrat do concession. Elle doit rester intangible. 
Ces articles n'ont d'ailleurs pas empêché loa Sociétés exploi- 
tantes de se développer dans une magnifique proportion. Les 
propriétaires du sol, toujours désireux de jouir en paix do leur 
propriété, sont assez soucieux de leurs intérêts comme tré- 
fonciers pour no pas chercher à entraver ce développement. Les 
difficultés qui ont pu naître du fait de l'application de ces 
articles ont été vidéos amiabloment d'après la loi de l'offre et 
do la demande. Si les embranchoments demandés par les 
Compagnies sont réellement d'intérêt public, ces Sociétés se 
pourvoiront pour obtenir la déclaration d'utilité publique, 
conformément à la loi de 1841. Mais il serait inadmissible qu'un 
préfet accordât, sans enquête et sans débat, une autorisation 
qui équivaudrait à cette déclaration. 

Entre les deux opinions, la Chambro de Commerce de Saint- 
Etienne avait adopté un moyen terme (i). Elle proposait de 
limiter à 20 mètres la zone d'interdiction prévue par l'article 
11 pour les clôtures murées, et de permettre à l'exploitant 
d'établir, entre 20 et 100 mètres, dos paiits, des galeries ou 



(1) V. llisioire de la ChdmUrc de Commerce, p 204. 



— 476 - 

magasins, en payant des dommages-intérêts au propriétaire du 
sol. Pour les habitations, l'article 11 de 1810 serait resté sans 
changement. 

Au sujet de® articles 43 et 44, la Chambre de Commerce 
proposait de déclarer d'utilité publique toute voie de communi- 
cation destinée à relier un siège d'exploitation aux routes, 
canaux ou chemins de fer déjà existants. 

La loi fut promulguée le 27 juillet 1880. Elle eut pour rap- 
porteur M. Brossard, député de la Loire. Un projet de loi 
général, déposé en 1877, avait été retiré parle Gouvernement. 

La loi de 1880 n'a pas modifié l'article 7 (l'autorisation préa- 
lable pour les mutations ou amodiations n'est exigée que depuis 
la loi du 13 juillet 1911, art. 138). Egalement, l'article 10 de la 
loi de 1838 est resté sans changement. Mais les artJioles 11, 43 
et 44 et d'autres articles (23, 26, 42, 50, 70, 81, 82) de 1810 ont 
été plus ou moins remaniés. 

Au sujet de l'article 11, la loi de 1880 a réduit la zone de 
protection de 100 à 50 mètres à p-artir des habitations et des 
terrains compris dans les clôtures murées y attenantes, mais 
l'interdiction ne s'applique plus qu'aux puits ou galeries. Pour 
les magasins, machines et ateliers et pour les sondages, il n'y a 
pas de zone d'interdiction au delà des clôtures murées, cours 
et jardins. Le consentement des propriétaires peut d'ailleurs 
leveir les défenses dans un cas comme dans l'autre. 

Le décret de 1852 sur les réunions de concessions n'a pas été 
rapporté. 

Les articles 43 et 44 de 1810 ont été profondément modifiés. 
Sur oe point, les demandes des représentants des houillères 
ont reçu satisfaction, car le législateur a créé, au nom de 
l'intérêt publia, une véritable servitude sur la propriété du sol 
au profitl de la propriété minière, servitude qui avait été seu- 
lement indiquée imipilicitement dans l'ancienne rédaction. Dans 
le périmètre de la concession, un simple arrêté préfectoral, 
pris après que les propriétaires ont été inviltés à présenter leurs 
observations, peut autoriser le concessionnaire à occuper les 
terrains pour l'exploitation de la mine, le lavage des com- 
bustibles, l'établissement des routes ou celui des chemins de 
fer ne modifiant pas le relief du sol. Si le relief du sol se trouve 
modifié ou si les voies de communication doivent être exécutées 
en dehors du périmètre de la concession, l'utilité publique doit 



- 477 - 

être déclarée par décret en Conseil d'Etat et, dans co cas, ces 
voies de communication peuvent être affectées à Fusage public. 
Les canaux sont explicitement compris dans les voies, dont il 
s'agit. Leur établissement, en effet, modifie toujours le relief 
du sol. La même procédure est prévue pour la déclaration 
d'utilité publique des travaux de secours (puits ou galeries 
d'aérage et d'écoulement des eaux) à exécuter en .dehors du 
périmètre de la concession. La loi de 1841 sur les expro- 
priations trouve ici son application pour la dépossession des 
terrains et pour les indemnités. Il faut d'ailleurs se reporter 
au texte des nouveaux articles et aux commentaires de la 
doctrine et de la jurisprudence pour apprécier la portée exacte 
de la loi de 1880 et la procédure qu'elle a établie. 

Depuis la loi de 1880, la loi du 23 juillet 1907 a modifié 
l'article 50, déjà modifié en 1880. Cet article est spécial au 
pouvoir de surveillance du préfet quant aux travaux d'exploi- 
tation proprement dits (texte de 1810), quant aux travaux de 
recherche et d'exploitation (texte de 1880) et dans le but d'as- 
surer la sûreté des exploitations, aussi bien que celle des 
ouvriers, aiinsi que la sécurité du sol et des habitants, et 
(addition de 1880) la conservation des voies de communication, 
des eaux minérales, et celle des sources qui alimentent les 
agglomérations. La loi de 1907 a ajouté « l'hygiène » à la 
« sûreté » des ouvriers mineurs. Je cite plus loin les arrêtés 
pris depuis 1854 par le Préfet de la Loire. 

Enfin, la loi de finances du 13 juillet 1911, art. 138, a subor- 
donné les mutations de propriétés et les amodiations de 
concessions minières, par actes entre vifs, à l'autorisation par 
décret rendu sur avis conforme du Conseil d'Etat. L'avis 
conforme de cette haute Assemblée, préalablement à la signa- 
ture d'un décret, constitue une exception très rare dans le Droit 
administratif. Les avis du Conseil d'P]tat, en effet, sont consul- 
tatifs et non impératifs^ la décision appartenant au Pouvoir 
qui a la responsabilité, c'est-à-dire au Gouvernement. 

Sans parler des propositions émanant de l'initiative parle 
mentaire, souvent incohérentes, des ^irojcts de loi ont été 
déposés par le Couverncment en 188G (projet Haïliaut) et en 



- 478 — 

1894 (projet Jonnart), tendant à codifier et à refondre la légis- 
lation des mimes. Un autre projet a été déposé en 1901 pour 
modifier quelques points particuliers. Enfin, un nooiiveau projet 
général a été présenté en 1908 (projet Barthou) et repris en 1910 
(projet Mille rand), au début de la législature. Aucun de ces 
projets n'a pu aboutir, jusqu'à la loi du 9 septembre 1919. 

Des décrets sont intervenus depuis 1854 pour l'application 
des dispositions législatives, notamment le décret du 25 sep- 
tembre 1882, modifiant l'ordonnance de 1843 pour l'exécution 
de l'article 50 de la loi de 1810. Les circulaires ministérielles 
sont innombrables (i). Beaucoup plus importants sont les deux 
textes suivants : 1° le règlement d'administration publique 
du 14 janvier 1909 sur l'exploitation des mines, qui renferme 
dix-neuf articles et qui a abrogé les ordonnances de 1842 et 
1843, ainsi que le décret de 1882 ; 2° le règlement d'adminis- 
tration publique du 13 août 1911, en deux cent trente-trois 
articles (un véritable code) sur l'exploitation des mines de 
combustibles (2). Le premier règlement est contresigné par 
M. Barthou, le second par M. A.ugagneur. Le règlement de 1911 
n'a pas abrogé celui de 1909. Il ne peut entrer dans le cadre 
de cet ouvrage d'analyser ou de reproduire ces règlements. 

Les arrêtés ou règlements locaux pris par le Préfet de la 
Loire depuis 1854 peuvent être consultés dans le Recueil des 
Actes admiri^'stratifs de la Préfecture. En voici l'énuimération : 

1° Arrêté du 14 juillet 1858, en trois articles, ordonnant que, 
dans tous les puits ou l'emploi du guidage et des cages porte- 
wagons est adopté, la recette supérieure sera disposée de façon 
à ce que le rond du puits ne soit accessible aux receveurs que 
du côté et au moment oii la cage se trouve au niveau de la 
recette ; 

2° Arrêté du 31 mars 1863, en treize articles, modifiant les 
dimensions des bennes employées à la descente et à la sortie 
des ouvriers. Ces bennes, de forme cylindrique ou un peu 
bombée, devaient avoir de m. 85 à m. 95 de hauteur et 



(1) Voir leur nomenclature dans le Recueil annoté de Législation 
minérale, de M. Michel. 

(2j Un règlement général pour l'exploitation des mines autres que 
les mines de combustibles a été promulgué le 20 janvier 1914 [Journal 
Officiel, 30 janvier). 



- 479 — 

m. 80 à m. 90 de diamètre. Elles devaient recevoir deux 
hommes au moins et quatre hO'mm.es au plus, avoir une vitesse 
maximum de 1 m. 20 à 1 m. 50 par seconde, être miunies d'un 
chapeau en tôle placé à 1 m. 20 ou i m. 50 du bord supérieur 
pour protéger les ouvriers contre la chute des matériaux, enfin 
être suspendues par quatre chaînes en fer de premier choix 
se réunissant à un même anneau. Ces dispositions ne s'appli- 
quaient qu'aux puits non guidés ; 

3° Arrêté du 26 février 1880, en quatre articles, sur les 
mesures de sûreté concernant les écuries souterraines, inter- 
disant notamment réclairage à feu ; 

4*^ L'arrêté du 28 janvier 1895 sur l'emploi des explosifs dans 
les mines et les carrières à remblais ; cet arrêté ne figure pas 
au Recueil des Actes administratifs ; 

5° L'arrêté du 1" septembre 1895, en cinquante et un articles, 
portant règlement sur les mines à grisou , 

6° L'arrêté du 15 mars 1899, en soixante-deux articles, portant 
règlement sur la police des mines ; 

7° L'arrêté du 15 janvier J909, modifiant les articles 3, 43, 
46, 51 et 58 du règlement précédent et les articles 2, 3, 6, 7, 
11 et 20 du règlement du 28 janvier 1895 sur l'emploi des 
explosifs dans les mines et les carrières à remblais, les articles 
35 à 42 du règlement sur les mines à grisou ; 

8° L'arrêté du 23 mars 1912 portant délégation à l'ingénieur 
en chef des mines pour accorder les dérogations ou prendre les 
décisions prévues par les articles 8, 9, 21, 23, 42, 54, 58, 67, 
182, 193, 216 du règlement général du 13 août 1911 (en vertu 
de l'article 230 de ce règlement). 

TouiS ces arrêtés (à l'exception du dernier) ont été abrogés 
par le règlement général du 13 août 1911. 



Nous venons d'esquisser les modifications au régime des 
mines intervenues depuis 1854, date de la dissolution de la 
grande Compagnie de la Loire. Comment ce régime fut-il 
appliqué depuis cette date ? 

Une concession — la dernière du bassin houiller de la 
Loire — fut accordée en 1856 : la concession de Comberigol, à 



- 480 — 

l'est cb la concession de Saint-Chamond, à l'ouest de celle de 
la Faverge, au nord des concessions du Plat-dc-Gier et de la 
Péronnière. C'était la dernière parcelle libre du terrain houiller 
à la suite de la limitation de l'ancienne concession de Saint- 
Chamond et de la délivrance des trois concessions susnommées. 

Le décret du 30 avril 1856 accorda la concession de Gombe- 
rigol au sieur Terret, représentant de la Compagnie des 
Fonderies et Forges de la Loire et de l'Isère, aux sieurs 
Dumont, Magdinier, Albert, Fonthieure (P.-C), Lafay, 
Bouircier, Jaboulay, et à M"'^ Pochin, veuve de F. Fonthieure. 
Le tarif des redevances, très inférieur pour les mêmes pro- 
fondeurs au tarif des concessions de la Faverge et du Plat-de- 
Giier (1), est dégressif jusqu'à 1.000 mètres. Au-delà de 1.000 
mètres, il varie de 1/15. OOœ' pour les couches de moins de 
m.. 50, à l/2.50œ« pour les couches de 2 mètres et au-dessus. 
Ge tarif est applicable nonobstant les stipulations contraires 
résultant de conventions antérieures. 

Pour exposer l'application du régime minier, il faudrait 
passer en revue toute la jurisprudence minérale, travail for- 
midable qui a été tenté et a donné lieu à de savantes publi- 
cations, notamment au livre de MM. Bréchignac et Michel, 
qui remonte à 1887. Nous ne citerons que quelques cas isolés, 
plutôt historiques que juridiques et se rapportant à l'existence 
civile des concessions. 

Une concession, comme toute propriété, mais sous réserve 
de l'application des règles spéciales du droit minier, peut être 
transmise, louée ou amodiée, expropriée, licitée, hypothéquée, 
partagée, réunie à d'autres concessions. Elle est susceptible 
d'usufruit. Son périmètre peut être réduit oui augmenté. La 
concession enfin peut être révoquée. 

La transmission d'une concession par aliénation entre vifs, 
par testament ou succession, n'était soumise à aucune règle 
spéciale en dehors des prescriptions du droit civil, jusqu'à la 



(1) Exemple : A ciel ouvert, pour les couches de 2 mètres, le tarif 
de Comberigol prévoit une redevance de 1/12« ; de 300 à 350 m., une 
redevance de 1/60® ; pour les concessions de la Faverge et du Plat-de- 
G'ier, la redevance respective est die 1/4 et de 1/20®, c'est-à-dire trois fois 
supérieure à la précédente. Toutefois, cette proportion n'est pas absolue 
pour toutes les profondeurs et suivant la puissance des couches. 



— 481 — 

loi du 13 juillet 1911, art. 138, qui a subordonné les mutations 
entre vifs à l'autorisation du Gouvernement. Les acquisitions 
des propriétés par succession ou par donation testamentaire ne 
donnent pas lieu à l'application de cette disposition (i). 

Les transmissions de concessions ou de droits de propriété 
sur les concessions ont été infiniment nombreuses. Je n'ai eu 
ni les moyens, ni la prétention d'en dresser un tableau, 
indiquant les propriétaires successifs des soixante-quatre con- 
cessions de la Loire, propriétaires qui avaient changé 
fréquemment lors de la consb^tution de la grande Compagnie. 
Si, ^n général, les Sociétés par actions qui existaient au 
moment ou par suite de la dissolution de cette Compagnie ont 
conservé les concessions qu'elles exploitaient, des modifications 
les concernant sont intervenues. D'autres Sociétés ou d'autres 
concessionnaires ont disparu et ont été remplaxiés. On trou- 
vera quelques renseignements historiques à ce sujet aux 
chapitres de la SUimtion générale des Mines depuis 1854, les 
modifications importantes se rattachant très souvent à la 
marche générale de l'industrie houillère. Mais là encore nous 
n'aurons pas la prétention de faire œuvre complète, faute 
d'éléments suffisants et aussi parce que nous écrivons une 
histoire générale des mines de la Loire, et non une histoire 
spéciale de chacune des mines du bassin. 

Depuis la loi de 1911, je citerai, comme application de cette 
loi, le décret du 14 septembre 1913 autorisant la mutation de 
propriété de la concession de la Montagne^du-Feu, dans le 
territoire de Rive-de-Gier, cédée par M. Viliemagne à 
M. Graûé p). Un décret du 4 février 1914 a autorisé l'acqui- 
sition, par la Société des Mines de la Haute-Cappe, des 
oonoesôions du Ban-Lafaverge, de la Cappe et de Corbeyre (^). 
Un décret du 14 juillet 1920 a autorisé la cession de la con- 
cession de la F^omme à la Société des charbonnages de Saint- 
Jean, et un autre décret la cession de la concession de la 
Porchère aux Verreries Mesmer, à Andrézieux (J. 0. 19 et 20 
janvier 1921). 



(1) Circulaire min.istérielle, 21 février 1912 {Annales des Mines). 

(2) Journal Officiel, 20 septembre 1913. 

(3) lhi<l., 11 février 1914. 



— 482 - 

La location ou amodiation d'une conoession offre ce carac- 
tère partiouilier que le charbon extrait par l'amodiataire est 
un produit non renouvelable de la propriété. Dès lors, il n'y 
a pas en réalité contrat de louage, mais contrat de vente 
mobilière. En amodiant, le concessionnaire ne peut altérer 
l'indivisibilité de la conoession. Sauf son recours contre l'amo- 
diataire, le concessionnaire reste personnellement obligé, vis- 
à-vis des tiers, des charges de la concession et par conséquent 
doii paiement des redevances tréfoncières, des dégradations 
commises à la surface du sol, des indemnités d'occupation, de 
l'épuisement des eaux. 

Les amodiations ont été très nombreuses. En 1913, dans le 
bassin de la Loire, on ne comptait pas moins de dix con- 
cessions exploitées par des Compagnies ou personnes autres 
que les concessionnaires. A titre d'exemple, la loi de 1911 a 
reçu son application par les autorisations concernant les mines 
de Couloux (amodiation par M. Antoine Paret à MM. Hercelm 
et Graùé, décret du. 14 septembre 1913), et la concession de la 
Montagne-du-Feu (amodiation à MM. François Fournat et 
Dumortier, décret du 15 mars 1920). 

Une mine peut être expropriée sur saisie des créanciers. Le 
cas s'est présenté, notamment le 13 mai 1911, où la concession 
de la Montagne-du-Feu, saisie au préjudice des consorts Pater, 
a été vendue par expropriation forcée (i). 

Pour rexpropriation pour cause d'utilité publique, il faut 
également sc' reporter au droit commun. 

Une mine peut être licitée, c'est-à-dire vendue en justice ou 
à l'amiable pour faire cesser l'indivision entre propriétaires. 
Mais l'indivisibilité de la mine exige que la lioitation se fasse 
en un seul lot. On a cité des cas de licitation en justice (^). Le 
plus célèbre est sans contredit celui de la licitation de la con- 
cession de Beaubrun, en 1893. Par suite des traités sous seing 
privé conclus en 1824 entre les premiers concessionnaires (et ce 
cas fut plutôt général qu'isolé pour l'ensemble des concessions), 
trois champs d'exploitation distincts s'étaient formés dans cette 
concession. En 1845, deux de ces exploitations furent acquises 



(1) Mémorial de la Loire, 16 avril 1911. 

(2) Bréchignac et Michel, p. 101. 



— 483 — 

par la Compagnie des mines de la Loire. En 1847, MM. D... et 
consorts, qui n'avaient pas sans doiuite estimé suffisantes les pro- 
positions faites pour entrer dans la fusion, trouvèrent à propos 
de modifier l'attitude qu'ils avaient gardée jusque-là. Ils re- 
nièrent les conventions d& 1824 et en demandèrent la résolution 
en justice, en invoquant la loi de 1810, qiuii interdit la division des 
concessions. Finalement, un arrêt de la Cour de Besançon 
(14 juillet 1853) prononça l'illégalité et la nullité des actes sous 
seing privé de 1824. Les droits de MM. D... et consorts furent 
déclarés proportionnels à l'étendaie que leur réserve occupait 
dans le périmètre de la concession, soit 38 %. 

En 1889, la Compagnie de la Loire, successeur de la grande 
Compagnie du même nom, demanda la licitation de la mine 
de Beaubrun pour faire cesser l'état d'indivision. La Cour 
d'appel de Lyon lui donna gain de cause. Le l*"" juin 1893, cette 
Compagnie fut déclarée adjud'icataire de la concession au prix 
total de 10.100.000 francs. La Compagnie n'avait à tenir compte 
aux dissidents que des 38 centièmes de oettei somme (i). 

La mine, propriété distincte de celle de la surface du sol, 
peut être hypothéquée comme une propriété ordinaire. Elle 
est susceptible d'usufruit. La loi de 1810 (art. 7) interdit le 
partage de la concession sans auitorisation du Gouvernement. 
On a cité des cas de partage et les décisions intervenues à ce 
sujet. Quelques-uns se rapportent à des amodiations par- 
tielles (2). Enfin, depuis le décret de 1852, la jiéunion .des 
concessions est interdite sans autorisation. A titre d'exemple, 
un décret du 17 juin 1873 a autorisé la Société des Houillères 
de Saint-Etienne à réunir la concession du Grand-Ronzy à ses 
autres concessions. Le décret de septembre 1913, autorisant 
l'amodiation de la mine de Couloux et la cession de la mine 
de la Montagne-du-Feu, a autorisé également la réunion entre 
les mains de MM. Hercelin et Oraiié des concessions ci-dessus. 

En 1898, la Société des Houillères de Saint-Etienne a présenté 
une demande tendant à fusionner les diverses concessions lui 



(1) Leseure, p. 144 et 230 ; v. le Mémorial de la Loire des 2G et 20 mal, 
19 juin 1«91 ; 7 mal et 11 Juin 1893. La sentence d'adjudication (impri- 
merie Théolier, 18931^ forme une brochure de 180 pages. 

(2) V. niirnnfiNAc o\ Miciiki., p. 10Î) ol suivantes. 



- 484 - 

appartenant. Le groupement conserve à chacune d'elles sa per- 
sonnalité juridique et ses charges spéciales. La fusion, au con- 
traire, aurait permis de rendre l'exploitation plus complète et 
plus économique (i). La fusion n'a pas été- autorisée. 

Le périmètre de la concession peut être réduit. Cette question 
se lie à celle de la renonciation à la concession, car la réduction 
du périmètre est une renonciation à une parcelle de la con- 
cession. Dans un cas comme dans l'autre, il faut qu'il y ait 
accord entre le Gouvememetnt et le concessionnaire, qui, lorsque 
la renonciation est acceptée, est libéré) die ses charges et privé 
de ses droits sur la parcelle supprimée. Les créanciers peuvent 
intervenir pour empêcher cette renonciation. A titre d'exemple, 
un décret du 24 juillet 1913 a réduit le périmètre de la con- 
cession de Rocherla-Molière à 4.641 hectares, au lieu de 5.856 (2). 

L'extension du périmètre ne peut se faire sans la délivrance 
d'une nouvelle concession ou sans une réunion autorisée de 
plusieurs conoessiions. Tout autre est la question de l'extension 
du périmètre exploitable. Les cahiers des charges ont imposé, 
dans de nombreux cas, l'interdiction d'exploiter sous les agglo- 
mérations d'habitants, sous les canaux, voies ferrées, etc..., 
sauf autorisation spéciale. Un exemple récent est dans toutes 
les mémoires. Malgré les protestations des propriétaires du sol, 
la Compagnie des mines de Villebœuf a été autorisée par arrêté 
préfectoral (2 février 1911) à étendre son exploitation sous la 
ville de Saint-Etienne, dans la région de Chavanelle et de 
Villebœuf, à la condition d'employer le remblayage hydrau- 
lique et de créer une caisse spéciale destinée à payer les indem- 
nités pour les dommages. Cette Compagnie était en instance, 
en 1914, pour obtenir une nouvelle extension de son périmètre 
d'exploitation (3). 

Au sujet des dommages et principalement des dégâts à la 
surface, qui donnent lieu à tant de procès et qui constituent une 
si lourde charge pour les exploitants des mines de la Loire, 



(1) V. Leseure, p. 271. 

(2) Journal Officiel, 31 juillet 1913. 

(3) V. le texte de l'arrêté de 1911 dans le Mémorial de la Loire du 
12 février 1911. V. le Bulletin municipal de la Ville de Saint-Etienne, 
29 août 1913. 



— 485 — 

il est bon de rappeler que le Comité des Houillères de ce 
bassin a pris l'initiative de suivre dans toutes les juridictions 
un procès célèbre (procès Prat) pour arriver à faire décider 
par la Cour de Cassation que les concessionnaires n'étaient 
tenus de payer qu'à leur valeur simple les terrains dégradés 
par les travaux des mines et que seuls les terraans occupés pour 
les besoins de l'exploitation devaient être payés au double de 
leur valeur (i). 

Il est arrivé que les travaux d'un concessionnaire empiétaient 
sur la concession voisine. Il y a là Violation de propriété, com- 
mise de bonne ou de mauvaise foi et donnant lieu à une 
réparation (et en outre à une sanction pénale en cas de mauvaise 
foi). Comme exemple historique, on peut citer l'empiétement 
de l'ancienne Société des Mines de Montaud sur le périmètre 
de la Compagnie des Houillères de SaintrEtienne. Le compte 
rendu des procès a défrayé la chronique locale (2). 

Enfin, une concession j>eut être retirée ou révoquée, ou, si 
l'on préfère, le concessionnaire peut être déchu de ses droits. 
La mine est 'une propriété d'un genre spécial, dont le conces- 
sionnaire ne reçoit la propriété que sous certames conditions : 
celles de se conformer à la loi et au cahier des charges de la 
concession. La iloi de 1810 (art. 49 et 50) laissait vaguement en- 
trevoir la sanction de la déchéance dans les cas où l'exploi- 
tation était restreinte- ou suspendue de manière à inquiéter la 
sûreté publique ou les besoins de la consommation, ou encore 
si les travaux de recherche et d'exploitation compromettaient 
la sûreté publique, la conservation des puits, la solidité des 
travaux, la sûreté des ouvriers mineurs oui celle des habitations. 
La loi de 1838, relative à l'assèchement et à l'exploitation des 
mines (art 6, 9, 10 ; ce dernier article renvo*ie à l'article 49 de 
1810), a formellement édicté la déchéance contre les conces- 
sionnaires récalcitrants. Le retrait de la concession entraîne 
une nouvelle adjudication. 



(1) Notice du Comité des Houillères de la Loire à l*occasion de VExpo- 
sition de Saint -Louis, 1f}04 (rôle, travaux et exposition du Comité), 
p. 56. 

(2) V. le Mémorial de la Loire des 14 février 18H4. 28 mai et 11 juin 
1893. 



— 486 - 
§ 2. — LE RÉGIME TRÉFONCIER 



Les redevances iréfoncières, qui pèsent si lourdement sur 
l'exploitation des mines de la Loire et dont l'élaboration du 
tarif légal a été si laborieuse (v. p. 235), ont fourni matière à 
d'innombrables contestatiions. Par suite des transmissions par 
successions ou autres, elles se sont émieitées sur un très 
grand nombre de personnes, voire même sur des personnes 
morales (villes, hospices) ou encore sur des ouvriers mineurs 
blessés (legs Sajuzéa). Certains concessionnaires ont cédé leurs 
droits aux Compagnies, moyennant des redevances spéciales, 
souvent plus lourdes que les autres redevances. 

Aucune disposition législative n'est venue modifier cette partie 
dui régime minier. Aucun texte précis n'autorise le concession- 
naire à racheter les redevances contre la volonté du redevancier, 
ni ne fixe les bases de ce rachat. Mais le projet Baïhaut de 
1886, comme le projet Jonnart de 1894, prévoyaient le rachat 
des redevances au gré dut concessionnaire, pour débarrasser 
celui-ci « d'une intervention éventuelle gênante^ des pi*oprié- 
taires superficiaires ». A défaut d'entente amiable sur le capital 
représentatif du droit aux redevances proportionnelles, l'éva- 
luation devait être fixée par le Conseil de Préfecture (projet 
Baïhaut) ou par le Tribunal (projet Jonnart). Cette disposition 
fut combattue par les consedils ou repirésentants des tréfonciers. 
Ils firent valoir, notamment, que la faculté du rachat consti- 
tuerait pour rexploitant un privilège exorbitant, préjudiciable 
au droit du redevancier. L article 17 de la Déclaration des 
Droits deil'Homme : « La propriété est inviolable et sacrée... », 
servit à démontrer que ces deux projets admettaient l'expro- 
priation des redevances, non pour nécessité publique, mais 
pour raison d'intéirêt privé, les Compagnies restant libres de 
racheter ou de ne pas racheter. La loi, ajoutaient-iils, ne peut 
avoir une effet rétroactif, les redevances sont des indemnités 
d'expropriation et plus que tous autres les règlements d'expro- 
priation sont irrévocables, etc., etc.. (l). 



(1) V. dans ce sens un mémoire imprimé (Urbain Balay, St-Etienne, 
1895) de M« Mazodier, avocat à Saint-Etienne, et l'adhésion à ce mémoire 
de M«« MORNARD et Roger-Marvaise, avocat et ancien avocat au Conseil 
d'Etat et à la Cour de Cassation. 



— 487 — 

J'ignore si le Comité dies Houillères de France et le Comité 
des Houillères de la Loire prirent position, à œtte époque, sur 
ce point spécial des deux projets de loi précités. Mais la 
question soulevée par l'initiative gouvernementale remettait en 
discussion toute la théorie juridique et historique de la pro- 
priété des mines et 'le caractère d'utJité publique de la 
législation minérale. On comprendra que nous ne> pouvons, ni 
ne voulons réinstituer le débat. 

Toutefois il n'était pas juste d'écrire, comme on la fait, que, 
par suite de la profondeur chaque jour croissante de l'extraction, 
la charge de ia redevance est devenue mànime et presque in- 
sensible, car dans le plus grand nombrei des actes de concession 
le taux de la redevance est invariable pour l'extraction à des 
profondeurs supérieures à 300 mètres. L'exploitation coûteuse 
à de grandes profondeurs est taxée comme l 'exploitation à 
300 mètres. Une charge moyenne de fr. 50 à fr. 70 par 
tonne, du fait des redevances, grevait le prix de revient en 
1863 (1). En 1914, il fallait compter 1 franc par tonne (2). Cette 
charge est très lourde. 

Les projets de loi de 1908 et de 1910 n'ont pas reiproduit la 
disposition proposée en 1886 et 1894. Un de leurs articles sti- 
pulait que les redevances tréfonoières dues en vertu, des actes 
de concession étaient maintenues dans leurs règles et teneur. 

Un fait historique à signaler est la constitution de la Société 
civile des Tréfonds, étudiée dès 1875 par M. Alexandre Saignol, 
ancien élève de l'Ecole polytechnique. J'emprunte à une notice 
sur la Société, publiée en 1906, les renseignements qui suivent : 

La formation de la Société exigeait, avant tout, une évaluation 
comparative des tréfonds à mettre en Société, afin de distribuer, au 
prorata des valeurs apportées, les actions ou parts de la nouvelle 
Société à créer. Pressé par ses clients, M. Saignol se mit à l'œuvre, 
et, après de nombreuses réunions des intéressés, réunions qui se 
succédèrent pendant plus d'une année, en 1881 et 1882, chaque 
question étant étudiée à son tour dans des mémoires imprimés et 
5oumi.se ainsi aux réflexions des intéressés, une méthode d'évalua- 
tion comparée approximative fut proposée et adoptée, avec l'appro- 
bation d'ingénieurs faisant partie de l'Assemblée. Bien entendu, 



(1) BullHin (Le L'Industrie Minérale, !« série, t. IX, p. 386. 

(2) Pour la Société dos Mines de la Loire {Uapp. sur les Mines et la 
MéMllurgie à VExpusitian de Lyon en 1914, p. 91). 



— 488 — 

cette méthode ne tenait compte que de ce qui restait à exploiter 
dans chaque tréfonds, et de l'époque probahle d'exploitation, et 
non de ce qui avait déjà été extrait et payé. 

Dans le courant du mois de juin 1883, aidés des conseils de 
M« Testenoire-Lafayette, notaire honoraire, le plus grand nombre 
des principaux intéressés appelés tombèrent d'accord, malgré les 
incertitudes forcées de l'évaluation comparative, qui n'avait que 
la valeur d'un renseignement, et constituèrent la Société de Tré- 
fonds par acte reçu M^« Grubis et Testenoire-Lafayette, notaires, les 
26 et 30 juin 1883. 

Le noyau était formé, et formé dans des conditions telles que la 
Société se suffisait sans avoir besoin de compter sur de nouvelles 
adjonctions ; car elle possédait, pour 16.418 parts ou actions créées, 
des produits annuels de plus de 300.000 francs. 

Mais les adjonctions étaient à prévoir, et, en effet, il s'en pro- 
duisit. Depuis qu'elle fonctionne, la Société a créé 4.135 actions de 
plus, ce qui fait qu'elle en compte aujourd'hui (en 1906) 20.553, avec 
un produit ayant permis une distribution de 21 fr. 50 par action en 
1905. De plus, avec ses réserves, elle a déjà acheté de nombreux 
tréfonds. 

La Société a pris la forme d'une Sociélé civile. 

Elle ne comporte aucun appel de fonds, ni à l'origine, ni à aucun 
moment. Son objet est simplement de percevoir des redevances et 
de les répartir entre les associés. D'après les statuts, si l'on acquiert 
des tréfonds contre argent comptant, on les paie avec les réserves, 
et on ne peut faire des dettes. 

Si l'on s'annexe de nouveaux tréfonds contre création d'actions 
nouvelles, les produits annuels, augmentés du produit des tréfonds 
annexés, se distribuent entre un plus grand nombre de parts ou 
actions..., et si les tréfonds acquis ou adjoints, aussi bien que les 
tréfonds primitifs, donnent moins, les membres de la Société ne 
peuvent être exposés qu'à recevoir moins annuellement. 

Le Conseil d'administration a le droit et le devoir d'acheter, au 
moyen de réservas dont le minimum est fixé à 5 % par an, les 
tréfonds qui peuvent être à vendre contre argent comptant. 

L'Assemblée générale, sur proposition dû Conseil, a le droit et 
le devoir de créer des parts nouvelles à remettre à de grands pro- 
priétaires tréfonciers qui désirent faire partie de la Société, en 
échange de l'apport de leurs droits de tréfonds. 

L'administration, par un Conseil et par les Assemblées générales, 
y est réglée comme dans toutes les autres Sociétés : chaque membre 
présent aux assemidées a autant de voix qu'il possède d'actions ; 
toutefois, nul ns peut réunir plus de trois cents voix. 

Le nombre des parts de la Société est actueillement de 22.000. 



— 489 — 

Les dividendes se paient trimestriellement, h' Annuaire des 
Agents de change de Lyon indique le dividende distribué 
depuis 1883 (24 fr. par an de 1910 à 1913, 30 fr. en 1918). Cours 
moyen en 1919 : 490 fr. 

On a dit qu'il y avait ià une mobilisation de la propriété 
tréfoncière, qui, par elle-même, n'a pas une valeur marchande 
ou courante, puisque le produit de chaque tréfonds est irré- 
gulier et incertain, sa quotité et l'époque de sa prestation 
dépendant de l'exploatation (i). 

La hausse fantastique des prix des charbons, depuis la guerre, 
a amené une hausse correspondante des redevances, sorte de 
rente de la terre pour employer l'expression des économistes qui 
ont discuté la théorie de Ricardo. 



§ IH. - LE RÉGIME COMMERCIAL 



Jusqu'à la loi du 9 septembre 1919, l'exploitation des mines 
n'était pas considérée comme un commerce (art. 32 de la loi 
de 1810). II en était tout autrement pour les actes de trans- 
formation des produits de la mine, c'est-à-dire pour la fabri- 
cation du coke et des agglomérés. 

Par voie de conséquence, toutes les Sociétés exploitantes 
étaient dos Sociétés civiles avant la loi de 1893. La doctrine, 
aussi bien que la jurisprudence, ont longuement commenté ces 
points importants du droit mimer. 

Ces Sociétés ne pouvaient être déclarées en faillite. Elles 
pouvaient seulement tomber en état de déconfiture (2). 

L'exploitation des mines échappant à la compétence des 
Tribunaux de Commerce, on ne s'esl jamais préoccupé, à Saint- 
Etienne, de faire figurer un exploitant an tableau des membres 



(1) V. laj notice fîitée (p. 482), \k brochure de M. Leblanc (p.W) et le Mémo- 
rial de la Loire <^u 25 mai 1888. — M. Alexandre Saipnol, administrateur- 
directeur, né h Saint-Etienne, le 26 février 1834, est mort dans cette ville 
le 3 janvier 1906. Il a été remplacé par son gendre. M. Rey-Herme, 
itif^énieur des Arts et Manufactures. 

(2) Le Mémorial de la Loire du 3 novembre 1856 annonçait que le 
Tribunal de Commerce de Paris, par jugement du 17 octobre, avait 
relervé de sa faillite la .Société des Mines de VUlebœuf. II y avait une 
erreur juridique dans l'expression employée. 



— 490 — 

de ce Tribunal, bien que, comme demandeur, un exploitant 
polisse actionner un commerçant devant cette juridiction et être 
actionné lui-même devant elle pour des actes étrangers à l'ex- 
ploitation. Ici se posait une question d'électorat et d'éligibilité, 
qui fut résolue surtouft à propos des élections à la Chambre de 
Commerce de Saint-Etienne. 

Une Chambre consultative des Arts et Manufactures avait 
été créée à Saint-Etienne en 18Q4. Nuil ne pouvait en faire partie 
s'il n'était ou n'avait été au moins pendant cinq ans manufac- 
turier, fabricant, directeur de fabrique. 

Une ordonnance diui 16 juin 1832, applicable aux Chambres 
de Commerce et Consultatives, décida que nul ne serait nommé 
s'id n'avait exercé le commerce ou une industrie manufacturière 
pendant cinq ans au moins. Auouin exploitant ne figura à la 
Chambre Consultative de SaintrEtienne, supprimée en 1 832 'et 
remplacée par la Chambre de Commerce. Mais à cette dernière 
Compagnie on nomma, en 1840, M.Wéry, directeur des mines de 
la Chazotte, en 1843 M. Vachier, exploitant de Côte^Thiollière, 
en 1846 M. de Rochetaillée, propriétaire et exploitant du Cros. 
Les procès-verbaux d'élection mentionnent que ces deux 
derniers membres réunlissaient les qualités requises pouir être 
élus ; les élections ayant paru régulières, le Ministre les 
approuva (l). 

L'arrêté du 19 juin 1848 ilimitait aux commerçants patentés 
depuis un an le droit à l'électorat et à l'éligibilité, à l'exclusion 
des faillis non réhabilités et des commerçants ayant subi une 
condamnation à la probité et aux moeurs. M. de Rochetaillée 
fut réélu sous cette législation. 

Le décret du 30 août 1852 limita l'éligibilité à ceux qui 
exerçaient ou qui avaient exercé un commercei ou une industrie 
manufacturière. M. de Rochetaillée fut encore réélu et ses 
collègues le nommèrent président de la Chambre de Commerce, 
parce qu'il était un des rares exploitants non inféodés à la 
grande Compagnie. Il fut le présiident de protestation contre 
le trust des houillères. Cette fois, le Ministre' annula l'élection 



(1) M, de Rochetaillée est porté comme propriétaire et exploitant de 
mines sur le procès-verbal d'élection. L'indication de la profession 
n'existe pas pour les deux autres membres, ni pour ceux qui furent 
réélus en même temps qu'eux. 



— 491 — 

(18 mars 1853). L'exploitation des mines, disait-il, n'est pas 
considérée par la loi comme un commerce. En vain, M. de 
Rochetaililée prétend que la redevance proportionnelle lui tient 
lieu de patente : 

Ce raisonnement est réfuté par l'article 32 de la loi de 1810 
ci-dessus énondé, qui ne laisse aucune place à l'interprétation, et 
par Tarticle 34 de la même loi, qui assigne un tout autre caractère 
et une formelle destination au produit annuel de la redevance 
proportionnelle ; le premier moyen n'a donc aucun fondement. 

Le second est plus spécieux : le candidat élu affirme avoir payé 
une patente, comme fabricant de co'ke, en 1846, et, de ce fait, il 
tire la conclusion qu'il doit être rangé dans la catégorie des anciens 
négociants, qui peuvent concourir jusqu'à concurrence d'un tiers 
à la formation des Chambres de Commerce, en vertu du para- 
graphe 2 de l'article 4 du décret du 30 août 1852. 

En admettant comme certain ce qu'affirme M. de Rochetaillée et 
dont la preuve n'est point établie au dossier, il n'en n'aurait pas 
davantage la qualité d'ancien négociant, nécessaire pour valider 
son élection. La patente, en effet, est un impôt prélevé sur le revenu 
de certaines professions ; elle est impuissante à donner par elle 
seule le caractère de commercialité à certains actes et la qualité de 
commerçants à certains individus. Ce qui constitue lé commerçant, 
c'est l'habitude des actes de commerce et, sans vouloir examiner ici 
la question de savoir si la carbonisation de la houille ou la fabri- 
cation du coke de la part d'un exploitant de mines ne doit pas être 
considérée comme un simple accessoire de l'exploitation houillère, 
toujours paraît-il évident que M. de Rochetaillée ne peut être pris 
pour ancien négociant, par cela seul qu'il aurait payé un droit de 
patente en 1846. Cette circonstance accidentelle, passagère, dont 
les causes ne sont point rapportées et dont la durée a été si courte, 
exclut précisément l'habitude des actes de commerce qui, seule, 
rat'onnellement et logiquement peut constituer le commerçant. 

M. dei Rochetaillée s'adressa au Conseil d'Etat et la décision 
ministérielle fut annulée pour les motifs suivants : 

Considérant que, si aux termes de l'article 32 de la loi du 21 avril 
1810, la qualité de concessionnaire de mines ne donne pas par elle 
la qualité de commerçant, il est établi par l'instruction, et non 
dénié par notre Ministre de l'Intérieur, de l'Agriculture et du 
Commerce, que le sieur de Rochetaillée, déjà plusieurs fois élu 
membre et président de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne, 
se livre, à raison de l'exploitation de ses mines, à de nombreuses 
opérations de banque et de change ; 

Qu'il comparaît, soit comme défendeur, soit comme demandeur, 
devant le Tribunal de Commerce : 



— 492 — 

Que sa signature est admise avec celle des autres négociants 
au Comptoir d'Escompte de Saint-Etienne et à la succursale de la 
Banque de France dans la dite ville, et qu'en raison de ces circons- 
tances il remplit les conditions d'aptitude exigées par l'article 4 du 
décret du 30 août 1852... 

La décision du Conseil d'Etat fut enregistrée, suivant 'la lé- 
gislation en viguieur, dans un décret de l'Empereur du 22 
août 1853. 

M. doRochetaillée mourut le 19 janvier 1857. Depuis cette date 
jusqu'en 1872, les mines ne furent pas représentées à la Chambre 
de Commerce. En 1863 (25 novembre), cette Compagnie, recon- 
naissant l'opportunité qu'il y aurait d'admettre les Directeurs 
de mines dans son sein, nomma une Commission pour de- 
mander de modifier la législation de 1810 dans ses conséquences 
électorales. Cependant, on vivait toujours souis le régime légis- 
latif où M. de Rochetaillée avait été élu. Je ne vois pas le 
rapport qui fut déposé. 

Aux élections de 1869, une réclamation fut formuilée tendant 
à faire écarter de la Chambre un directeur de Société métal- 
lurgique anonyme (M. Verdie, à Firminy). Le Ministre appro>uva 
néanmoins cette nomination, <( parce que les directeiurs des 
Sociétés dont s'agit sont pour la plupart d'anciens négociants 
ayant transformé leur maison en Société anonyme et possédant 
à un très fort degré les qualités des négociants ». 

Enfin, le décret du 22 janvier 1872 résolut la question en 
déclarant que les « directeiMs de Sociétés anonymes de com- 
merce, de finance ou d'industrie » pouvaient être inscrits sur 
la liste électorale et étaient éligibles. Depuis ce moment, les 
mines ont toujours été représentées à la Chambre de Commerce. 
La loi du 19 février 1908, qui a remplacé le décret de 1872, 
déclare, par application de ila loi du 8 décembre 1883, ces 
directeurs électeurs et éligibles. Il est à remarquer que la loi 
de 1883 constitue la charte électorade des Tribunaux de Com- 
merce et que le décret de 1872 ne faisait qu'appliquer aux 
Chambres de Commerce les dispositions du Code de Commerce 
alors en vignieur pour ces Tribunaux (l). 



(1) L'exploitation des mines étant réputée aujourd'hui acte de com- 
merce, ces questions n'ont plus qu'un intérêt historique. 



— 493 — 

Ce qui s'e.st produit pour la Chambre de Commerce s'est 
produit également pour les Conseils de Prud'hommes. Un 
décret du 12 octobre 1854, en augmentant le nombre des 
membres du Conseiil de Saint-Chamond, comprit l'exploitation 
des mines parmi les industries relevant de cette juridiction. 
Or il fut juge qu'un Conseil de Prud'hommes était incom- 
pétent pour statuer sur la demande d'un ouvrier mineur contre 
un concessionnaire de miines, bien que le décret d'institution 
ait compris l'exploitation des mines parmi les industries 
appelées à concourir à l'élection. Le droit du Gouvernement de 
désigner ces industries ne pouvait modifier les attributions 
légales des Conseils de Prud'hommes (i). 

L'imposition à la patente était la condition nécessaire pour 
être électeur et éligible dans la section patronale de la Prud'- 
homiie. En outre, les Tribunaux de Commerce étaient juges 
d'appel des Prud'hommes jusqu'en 1905. 

Un auteur, qui fit autorité dans la juridiction prud'homale, 
estimait que la décision susvisée du Tribunal de Douai cessait 
d'être applicable s'il s'agissait d'une exploitation de mines 
ayant acquis le caractère commercial, soit en se livrant à des 
opérations commerciales, soit en revêtant la forme commer- 
ciale P). 

En fait, des exploitants de mines fiurent élus au Conseil de 
Saint-Chamond. M. Boudiinhon, directeur de la Compagnie des 
mines de ce nom, y siégea de 1868 à 1875, M. Ract-Madoux en 
1862-1868. Un ouvrier mineur, M. Furminieux, y siégeait en 
1858 (•'^), ainsi qu'un gouverneur de mines, M. Grangicr 
Antoine, en 1865-1872, et un autre ouvrier minetuir, M. Joanny 
François, en 1858-1865. Des renseignements qui m'ont été com- 
muniqués par M. Héthenod, ancien président de ce Conseil, il 
résulte qu'à deux ou trois reprises, dans la période de 1880-1900, 
des ouvriers mineurs vinrent en conciliation avec leur ingénieur- 
directeuir devant oe Tribunal. 



(1) Tribunal de Douai, 8 Janvier 1869. 

(2) Sahrazin : Code pratique des Prud'hoînmes, 1885. 

(3) Procès-verbaux des élections (Archives départementales). Dans 
VAnnuaire de la Loire de 1858, M. Furminieux est indiqué ouvrier 
forgeur. 



— 494 — 

Depuis la loi du 15 juillet 1905, les Tribunaux civils ont 
remplacé îles Tribunaux de Commerce comme juridiction 
d'appel de la Prud'homie. La loi du 27 mars 1907 a décidé que 
la compétence des Gonseiils de Prud'hommes pouvait être 
étendue à toutes les professions commerciales ou industrielles. 
Des décrets de réorganisation ont étéi pris en conséquence. Les 
représentants des mines, comme ceux des ouvriers mineaiirs, 
siègent aujourd'hui dans les assemblées prud'homales, tandis 
qu'auparavant ils n'y isiégeaient qu'exceptionnellement et, à 
notre avis, illégalement. 



En 1867, après le vote de la loi sur les Sociétés anonymes, 
le Gouvernement ouvrit une enquête sur les Sociétés de mines. 
J'ai publié le rapport qui fut adopté par la Chambre de Com- 
merce de Saint-Etienne (i). Les mines n'étaient pas alors 
représentées à la Chambre. Celle-ci demandait que la liberté 
la plus grande fût laissée aux Sociétés dont il s'agit pour se 
constituer en Sociétés civiles ou commerciales. 

Six Sociétés de la Loire avaient revêtu la forme anonyme : 
Houillères de Saint-Etienne, Mines de la Loire, Houillères de 
Montrambert et de la Béraudière, Mines de la Chazotte, Mines 
de Saint-Chamond, Houillères de Rive-de^Gier. Elles n'en 
étaient pas moins des Sociétés civiles. 

La loi du 1*' août 1893, qui modifia l'article 68 de la loi de 
1867, décida, trente ans après l'enquête précitée, que, « quel qiuie 
soit leur objet, les Sociétés en commandite ou anonymes qui 
seront constituées dans les formes du Code de Commerce ou 
de la présente loi, seront commerciales et soumises aux lois 
et usages du commerce ». 

Ces Sociétés sont donc soumises aux lois commerciales, elles 
peuvent être mises en faillite ou en /liquidation judiciaire ; 
elles doivent tenir les livres prescrits pour les commerçants, et 
les contestations entre associés sont àa ressort des Tribunaux 
de Commerce. 



(1) V. Histoire de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne, p. 287. 



— 495 — 

Mais le législateur ne s'était pas occupé du caractère des actes 
de ces Sociétés. Les actes d'exploitation conservaient donc, 
jusqu'à la loi du 9 septembre 1919, le caractère civil, et en 
semblable matière les faits avaient une influence majeure pour 
formuler une appréciation (i). 

D'ailleurs, la loi de 1893 n'avait statué que pour l'avenir. Elle 
avait établi des dispositions transitoires p>our permettre aux 
Sociétés civiles constituées à ce moment, soûls la forme com- 
merciale ou sous une autre forme, de se transformer en Sociétés 
commerciales (art. 7). 

Cette transformation fut opérée dans plusieurs Sociétés de 
la Loire. VAnrmmi.re des Agents de chcmge de Lyon pour 1914- 
1920 fournit les renseignements ci-après sur les Sociétés dont 
les actions sont cotées à la Bourse de Lyon : 

Houillères de Monttamhert et de la Béraiidière. — Aucune modi- 
fication, jusqu'en 1920, à l'acte de 1854 résultant du fractionnement 
de l'ancienne grande Compagnie de la Loire ; le capital social est 
divisé en 80.000 actions, représentant chacune l/80.000« de l'actif 
social. Cette Société, par conséquent, était restée une Société civiie. 
Un décret du 25 décembre 1920 l'a autorisée à se transformer en 
Société libre. Siège social à Lyon. 

Houillères de Bive-de-Gier. — Cette Société, qui résulte également 
du fractionnement de 1854, a été transformée en 1898 en Société 
anonyme, dans les termes des lois des 24 juillet 1867 et l*»" août 1893 
(décret du 31 juillet 1902). Elle est devenue par conséquent une 
Société commerciale. Capital social 2.665.000 francs, représenté par 
26.650 actions. Siège social à Lyon. (Le Tribunal de Commerce de 
Lyon a déclaré, le 6 septembre 1911, la liquidation judiciaire de 
cette Compagnie.) 

Houillères de Saint-Etienne. — Résulte également du fractionne- 
ment de 1854. Transformée en Société anonyme libre (commerciaje^ 
en 1896 (décret du 10 mars). Capital social 8 millions, divisé en 
80000 actions. Siège social à Lyon. 

Mines de la Haute-Cajyp^e. — Constituée en 1905, capital social 
1.250.000 francs, divisé en 2.500 actions. Siège social à Paris. 
Société commerciale. 

Mines de la Loire. — Société qui résulte du fractionnement de 
1854. Transformée en Société anonyme libre (commerciale), en 1894 
(décret du 24 août). Capital 8 millions, divisé en 80.000 actions (2). 
Siège social à Paris. 



(1) nevue (le Législation des Minea, 1897. p. 193 (De la commerciali- 
sation des Sociétés par actions ayant un objet civil, par Ch. Lyon-Caen). 

(2) Le capital a (>.\6 pryri6 h ir» millions en 1920. 



- 496 — 

Mines de la Péronnière. — Ancienne Société civile, constituée en 
1822, transformée en Société anonyme en 1887, statuts plusieurs fois 
modifiés (1889 à 1910). Capital social ramené en 1898 à 1.560.000 fr., 
divisé en 15.600 actions. En 1910, le capital a été remboursé et les 
actions sont devenues des actions de jouissance. Sièg'e social à 
Lyon. Société civile (je ne vois pas le décret de transformation). 

Mines de Ro)che-la-MoUère et Firminy. — Constituée en 1895, par 
la transformation de l'ancienne Société civile constituée en 1869, 
qui faisait suite à la première Société de 1820. Capital social 
3.600.000 francs, divisé en 36.000 actions. Une modification iflti'por- 
tante a été opérée, en 1920, dans la constitution financière de la 
Société (1). Siège social à Lyon. Société commerciale. 

Mines de Villebœuf. — Transformée de Société en commandite 
par actions en Société anonyme, en 1840. Statuts modifiés de 1904 
à 1913. Capital composé de 4.000 actions ordinaires, de 500 francs, 
et de 1.900 actions de priorité de 500 francs, libérées d'un quart, et 
productives d'un intérêt cumulatif de 5 %. Siège social à Saint- 
Etienne. Société civile. 

Les Sociétés œmmerciales faisant principalement des actes 
civils (c'était le cas des Sociétés créée® ou transformée® depuis 
1893) ressemblaient à des commerçants qpui ne feraient pas ou 
ne feraient qu*accessoi rement des actes de commerce. A pre- 
mière vue, il y avait là une anomalie ou, si l'on préfère, une 
chinoiserie. Qu'on sei rappelle cependant les difficultés d'ordre 
pratique et juridique soulevées par la liquidation de certaines 
Sociétés civiles, comme en fait foi le rapport précité de la 
Chambre de Commerce. Qu'on oppose ces difficultés à la lé- 
gislation claire et précise des Sociétés commerciales. Qu'on 
se rappelle surtout qu'avant la loi de 1893 les Sociétés pour 
la construction des canaux étaient considérées comme des 
Sociétés civiles et que cei fut pour ce motif que la Hqui dation 
fut prononcée. C'est d'ailleurs ce cas particulier qui fit com- 
pléter la législation. 

Il va sans dire que les Tribiunaux de Commerce ont, à 
plusieurs reprises, fait application de la loi de 1893 aux Sociétés 
de mines. J'ai cité la liquidation judiciaire de la Compagnie 
des Houillères de Rive-de-Gier, déclarée en 1911, compagnie 
qui connut jadis tant de jours heureux. La liquidation a été 
amenée par l'épuisement du bassin de Rive-de-Gier. Le fait 
déterminant fut le salivant : 



(1) Le capital a été porté à 18 millions. 



— 497 — 

Un procès intenté par la Compagnie de la Péronnière avait 
été perdu par la Compagnie de Rive-de-Gier, qud avait interjeté 
appel. La Cour de Lyon ayant confirmé le jugement de pre- 
mière instance, il en résultait pour Rive-de-Gier l'obligation 
immédiate de verser une somme de 50.000 francs environ, et, 
pour l'avenir, une charge annuelle d'exploitation de 21.000 fr. 
C'est à la suite de cette décision que le Conseil décida de 
demander la mise en liquidation j^uidiciaire. Cette mesure fut 
vivement attaquée à l'Assemblée par un groupe d'actionnaires, 
qui prétendaient qu'une solution meilleure aurait pu être 
adoptée. Mais naalgré cette opposition les décisions du Conseil 
furent ratifiées (i). 

Le Tribunal de Commerce de Paris a déclaré en 1913 la fail- 
lite de la Société anonyme des Mines d'anthracite de Communay 
(Isère), ancienne Société civiile constituée en 1884 et transformée, 
en 1898, au capital de 1.800.000 francs. 

L'article 5 de la loi du 9 septembre 1919, qui déclare que 
l'exploitation des mines est considérée comme un acte de 
commerce, ajoute que cette disposition s'applique aux Sociétés 
oiviles existantes, sans qu'il y ait lieu pour cela de modifier leurs 
statuts (2). 

Le Tribunal de Commerce de SaintrEtienne avait déclaré 
qu'un amodiataire est uin commerçant (3) parce que l'acte qui 
investit le oessionnaire, moyennant une somme payable pé- 
riodiquement, du droit d'extraire les produits d'une mine, est un 
bail et non une vente, la nature des redevances payées propor- 
tionnellement à la quantité du charbon extrait n'étant pas autre 
chose que le prix d'achat de ce charbon, devenu chose mobi- 
lière piar son extraction. Or, l'article 632 du Code de Commerce 
répute acte de œmmeroe tout achat de choses mobilières pour 
les revendre. 

Déjà, en 1905 (24 février), Mme veuve Payen, amodiataire de 
la concession de Terrenoire, avait été déclarée en faillite par 



(1) Extrait de la circulaire d'une banque locale. 5 octobre 1911. 

(2) V. une disposition importante concernant les Sociétés civiles dans 
la loi de finances du 31 Juillet 1920, art 18. 

(3) 28 Juillet 1905, syndic Vve Payen contre Vve Payen {Revue de 
LégislaHon des Mines, 1907, p 246). 



— 498 — 

le même Tribunal. A d'appui de ce jugement étaient cités de 
nombreux arrêts de Cassation, rendus en matière d'enreg-is- 
trement et dans lesquels l'acte d'amodiation était considéré 
comme une vente de choses mobilières (i). 

On ne contestera pas cependant que l'amodiataire est Vex- 
ploitant de la mine amodiée. Dès lors, que devenait l'article 32 
de la loi de 1810 : L'exploitation des mines n'est pas considérée 

comme un commerce ? Nous retombons dans la situation 

anormale du commerçant qui nei fait pas des actes de commerce 
O'ui qui n'en fait pas l'objet habituel de son industrie. La juris- 
prudence a des raisons que la raison ne connaît point. Par 
raison, il faut entendre ici le bon sens public. 

Un point juridique important est à signaler en matière de 
commerce des charbons. J'ai reproduit l'arrêté préfectoral 
de 1853, rendu dans la période du Monopole, réglementant 
la vente, du combustible, ordonnant notamment qu'elle ne 
pouivait se faire qu'en un lieu déterminé et à certaines con- 
ditions de prix, sans préférencei entre les acheteurs. Cet arrêté, 
a déclaré la Cour d'Appel de Lyon en 1873, n'a aucune valeur, 
la législation ayant donné à l'Administration un pouvoir de 
surveiLlance sur l'exploitation, et non sur le commerce de la 
houille extraite. La Cour de Cassation rejeta, en 1874, le pourvoi 
formé contre cet arrêt (2). 

Pendant l'hiver de 1900-1901, où la crise des charbons s'est fait 
vivement sentir dans la région, on a évoqué inutilement l'arrêté 
de 1853 et même l'arrêt de 1728 créant une Réserve autour de 
Saint-Etienne. L'Administraijion s'est gardée de renouveler ces 
vieillie? prescriptions qui, en temps de crise, avaient leur utilité. 

En 1900, le Gonsedl municipal nomma une Commission extra- 
municipale qui entra en relations avec les Compagnies et qui 
négocia avec elles une réglementation de la vente au 
comptant (3). 



(1) Ces arrêts sont cités également dans l'ouvrage de MM. Bréchignac 
et Michel, p. 100. 

(21) V. Bréchignac et Michel, p. 526. 

(3) V. Les journaux locaux des 19 décembre 1900, 6, 10 et 11 janvier 1901. 



— 499 — 

Ajoutons qu'un arrêté du Maire, rendu à la même époque, 
a enjoint aux marchands vendant dui combustibde dans leurs 
magasins ou sur la voie publique, d'avoir constamment avec 
eux des instruments de pesage et de meisurage pour les mettre 
à la disposition des acheteurs. Il est d'usage que les sacs de 
combojistible vendus sur la voie publique par les marchands 
ambulants pèsent 50 kg. (i). 

Pour terminer cette partie du régime commercial, je renvoie 
au véritable traite de comptabilité des mines publié par 
M. Grand'Eury, dans le Bidletin de Vlndiistne minérale (1869- 
1870) sous le titre suivant : Sur Vécononâe et la comptabilité 
des mines de houille. Cette étude, déjà ancienne, mérite une 
mention historique, qui s'ajoute aux nombreux titres de 
M. Grand'Eury, l'homme de France et peut-être de i'éftranger 
qui connaissait le mieux la flore houillère. J'ajoute que l'étude 
de M. Grand'Eury est le seul exposé français de la Comptabilité 
des houillères. Mais peutrêtre aurait-elle gagné à être plus clai- 
rement rédigée pour les profanes. 

Le régime commercial des mines a été bouleversé totalement 
depuis 1914. J'y reviendrai dans un autre chapitre. 



§ IV. — LE REGIME FISCAL ET DOUANIER 



Commie sous l'ancien régime, les Mines paient à l'Etat uoie 
redevance qui n'a aucun rapport avec la redevance tréfoncière. 
Le mot « redevance », inscrit dans la loi de 1810, évoque, à la 
différence des mots « impôt » oiu « contribution », l'idée féodale 
du servis payé au proprîétaire éminent^ c'est-à-dire au seigneur 
qui délivrait des concessions de terre. La même loi stipule que 
la redevance proportionnelle sera une contribution annuelle. 
Les travaux préparatoires de la loi indiquent que le Conseil 
d'Etat résolut par l'affirmative la question posée par Napoléon, 
qui assistait à la séance : « Les mines seront-elles sujettes à 
Vimpôt ? » Redevance, impôt ou contribution sont en fait syno- 
nymes, mais si Ton n'a pas dénommé « redevances » les impôts 



(1) V. l^fS jouimaux locaux du 4 avril l'MH. 



- 500 — 

en général ou l'ensemble des contri'butions, si l'on n'a pas 
dénommé « impôt sur les mines » la redevance payée à l'Etat, 
il faut reconnaître que la tradition hdstorique a fait maintenir 
ce terme de notre ancien droit. C'était un point à signaler dans 
un ouvrage historique. 

Cette redevance, on le sait, se compose d'une taxe fixe par 
kilomètre carré ou par hectare de concession, et d'une taxe 
proportionnelle sur le produit net de l'exploitation. La rede- 
vance fixe surtout se rattache aux anciennes redevances féodales, 
servies au seigneur par ses tenanciers pour reconnaître sa 
qualité de propriétaire éminent. Mais ces redevances féodales 
elles-mêmes ne tardèrent pas à se compliquer d'une redevance 
proportionnelle dont la dîme fut la forme la pl(us impopulaire. 
Pour les mines, il semble que la redevance proportionnelle fut 
la seule appliquée. Qu'on se. rappelle, en effet, l'impôt du 
dixième sur les produits de Textraction des minerais (v. p. 102). 

Les textes qui ont complété ou modifié sur œ^ point la loi 
de 1810 sont assez nombreux. On leis retrouve aisément dans 
les recueils de législation et de jurisprudence minérales, qui 
malheureusement ne peuvent être tenus à jour par des éditions 
annuelles. Avant 1899, ces textes étaient plutôt rares. Depuis 
cette épK>que, iils tendent à se multiplier. Le principal et les 
accessoires (centimes additionnels) du taux de la redevance 
ont été augmentés. 

A la suite de la loi de 1810 intervinrent : le décret organique 
du 6 mai 1811, qui posa les règles d'application de la loi ; ]a 
loi de finances du 23 septembre 1814 (art. 20), qui supprima la 
spécialisation de cet impôt, que la loi de 1810 affectait aux 
dépenses de l'Administration des mines, aux recherches, ouver- 
ture et mise en activité des mines nouvelles ou rétablissemeint 
de mines anciennes ; les décrets des 30 juiin 1860, 27 juin 1866 
et 11 février 1874, modifiant le régime de^ l'abonnement à la 
redevance proportionnelle ; ce dernier décret., qui n est pas 
spécial à l'abonnement, concerne également l'établissement de 
cette redevance. 

Abstraction faite des circulaires ministérielles, qui ne lient 
que il' Administration et ne s'imposent pas aux concessionnaires, 
les textes précédents formaient rensemble de la législation sur 
la matière. Depuis 1899, au contraire, on a beaucoup légiféré 



— 501 — 

et réglementé, sans parler de l'élaboration des lois spéciales 
oomma oeille duj 9 avril 1898 sur les accidenta du travail, qui 
imposa sur îles mines (art. 25) une taxe spéciale de 5 centimes 
par hectare concédé, à titre de participation au fonds de ga- 
rantie de ces accidents. C'était une augmentation de 50 % de la 
redevance fixe; qui était alors de 10 centimes par hectare. 

Le décret du 8 septembre 1899 supprima les Gomités de pro- 
position qui donnaient leur avis sur la déclaration du conces- 
sionnaire et qui, à défaut, procédait à une première propo- 
sition du revenu net. La pratique avait démontré que ces 
comités avaient cessé ou presquei cessé de fonctionner effecti- 
vement. Le décret de 1899 décida que l'évaluation serait faiLe 
par l'ingénieur de l'Etat. 

La loi de finances, du 31 mars 1903 fixa le nombre des 
centimes pour frais de perception à 3 centimes par franc de 
la redevance. C'était la régularisation d'un état de fait (i). 

La loi de finances du 16 juillet 1903 fixa le nombre des cen- 
times représentant la part des exploitants dans les allocations 
prévues par la loi du 31 mars 1903 pour l'amélioration des 
retraites des ouvriers mineurs. Les lois de finances postérieures 
ont modifié les dispositions de 1903 (15 juillet 1907, 16 juillet 
1908, 12 juillet 1909, 8 avril 1910, 18 juillet 1911 et 12 juillet 1912). 
Cette dernière loi fixe le nombre de ces centimes à 7 c. 5 sur 
la i-edevance fixe et sur la redevance proportionnelle. Nous y 
reviendrons. 

La loi de finances du 8 avril 1910, art. 4, a modifié complè- 
tement la redevance des mines en élevant le taux de la 
redevance fixe à 50 centimes par hectare, au lieu: de 10 cen- 
times, et le taux de la redevance proportionnelle à 6 % au lieu 
de 5 % du produit net. La redevance fixe fut réduite à 15 cen- 
times pour lies mines de combustibles dont le périmètre n'est 
pas supérieur à 300 hectares, et le revenu net inférieur a 
1.500 francs, à la condition que le combustible soit habituel- 
lement employé au chauffage domestique dans un rayon de 
30 kilomètres. La redevance proportionnelle appartient à 
l'Etat (5 %) et aux communes (1 %). La part des comm<unes est 



(1) Le décret de 1811 avait laiss(^ au Ministre des Finances le soin 
de fixer le nombre de ces centimes. V.n outre,, la loi de 1810 (art. 36j 
imposa un décime par franc pau-r le fonds de non-valeurs. 

;i3 



— 502 — 

divisé© en deux fractions : la première est attribuée aux com- 
munes sous ilesquelles est située la concession ; elle est répartie 
d'après le principal de la contribution foncière des propriétés 
bâties ; la seconde fraction forme un fonds commun réparti 
chaque année entre les communes où se trouvent domiciliés 
des ouvriers et employés mineurs ou appartenant aux industries 
annexes et au prorata de leur nombre. En outre, la redevance 
proportionnelle n'est plus cailculée suivant la méthode com- 
pliquée qui était auparavant en vigueur pour déterminer le 
produit net de l'exploitation ©t qui soulevait tant de contes- 
tations. Lorsque le concessionnaire est une Société par actions, 
le produit net est forfaitairement évalué au dividende distribué 
l'année précédente. En réalité, il y a là une majoration, car le 
dividende comprend, indépendamment du produit net distribué, 
le revenu des réserves accumulées par la Société. A défaut du 
paiement de la redevance pendant deux années, la déchéance 
peut être prononcée. Cette même loi a maintenu à 1 décime les 
centimes par franc en sus pour non-valeurs, et à 3 centimes par 
franc les frais de perception. 

Le décret du 24 décembre 1910 a été rendu pour l'application 
de la loi précédente. 

Le décret du 3 août 1911 est relatif à l'abonnement à la rede^ 
vance proportionnelle pour les mines dont le produit doit être 
évalué administrativement. 

La loi du 30 décembre 1916, art. 7, a porté à 1 franc par 
hectare le taux de la redevance fixei et à 20 % la redevance pro- 
portionnelle sur le produit net de rexploitation pendant l'année 
précédente'. Elle a porté à 5 francs par hectare le taux de la 
redevance fixe sur les concessions inexploitées. 



Voyons maintenant les observations qu'ont motivées la re- 
devance payée à l'Etat et les modifications au taux de cette 
redevance. 

La loi de 1810 (art. 35) indiquait que la redevance propor- 
tionnelle serait réglée chaque année, mais qu'elle ne pourrait 
jamais s'élever au-dessus de 5 % du produit net. Ce maximum 
devint la règle générale. En outre, la redevance devait former 



— 503 — 

un fonds commun spécial appliqué aux dépenses de l'Admi- 
nistration des mines, aux recherches, ouvertuire et mise en 
activité de mine® nouveliles oiu; rétablisôement de mines an- 
ciennes. Cette spécialisation fut supprimée, nous l'avons dit, 
en 1874. Aussi le Comité des Houillères françaises, dans une 
brochure signée par son secrétaire, M. Burat, publiait on 1864 
la déclaration suivante : 

Le chiffre total de l'impôt devait servir simplement à solder les 
dépenses de l'Administration des mines, et à fournir des subven- 
tions et des encouragements aux entreprises minières. Aujourd'hui, 
on perçoit sur les mines le double de ce que coûte l'Administration 
spéciale, bien que cette administration ait été étendue à d'autres 
services. Quant aux subventions et aux encouragements qui devaient 
être donnés aux exploitants, il serait, nous le croyons du moins, 
assez difficile d'en trouver les traces. 

Ce n'est pas tout : un mode de calcul tout à fait en dehors de 
ceux qui servent aux entreprises à déterminer leurs produits nets 
ou bénéfices a été imaginé, de manière à porter l'impôt, non plus 
à 5 %, mais à 8 et quelquefois à 10 % des bénéfices réels et dispo- 
nibles de la mine. 

Cela vient de ce que l'Administration s'est attribué le droit de ne 
pas admettre certaines dépenses, non pas qu'elle en conteste la 
réalité, mais parce qu'elle ne les considère pas comme dépenses 
nécessaires à l'extraction. L'Administration, nous devons le recon- 
naître, a, sous ce rapport, modifié, dans ces derniers temps, les 
exigences qui donnaient lieu aux réclamations que les exploitants 
ont portées devant elles ; elle est ainsi entrée dans une voie dont 
ils doivent lui savoir gré, et qui leur permet d'espérer des réformes 
nouvelles. 

Aujourd'hui que, pour la plupart, les grandes exploitations sont 
des Sociétés anonymes qui publient leurs comptes, on peut constater 
l'anomalie qui existe entre la pratique et la loi. 

Le bénéfice n'est-il pas la somme disponible et distribuée aux 
actionnaires, qui sont ici les véritables propriétaires imposés ?! Cela 
nous paraît démontré, mais n'est point admis par l'Administration, 
dont les calculs arrivent à un produit net toujours plus fort que ce 
que nous appelons le bénéfice. 

Ce système d'impôt donne lieu chaque année à des réclamations 
multipliées, de telle sorte que, pour un produit qui ne dépasse pas 
1.500000 francs, il s'est établi un état de lutte permanent entre les 
exploitants et l'Administration. Le Gouvernement a voulu mettre 
fin à ces discussions en établissant largement l'abonnoinent, et déjà 
le décret qui a établi les bases de cet abonnement donne li€u à de 
nouvelles difficultés. 



- 504 — 

Nous avons dit que les mines, en Angleterre, n'étaient soumises 
à aucun impôt, et l'on nous a objecté que les houillères anglaises 
payaient le royalty, équivalant à nos redevances proportionnelles. 
Il y a ici confusion, et nous le démontrerons en peu de mots : les 
nobles lords qui possèdent de puissantes houillères payent-ils des 
droits de royalty ? Non ! Pas plus que tout propriétaire de mine 
qui exploite lui-même. 

Le royaltij, c'est le droit d'amodiation, parce que le plus grand 
nombre des houillères est, en effet, exploité par des fermiers. Ce 
droit existe également en France, lorsque, ce qui est rare, une 
houillère est amodiée à des entrepreneurs. 

Ainsi, en Angleterre, lorsqu'un propriétaire de houillère ne veut 
pas exploiter lui-miême, il livre sa mine, avec ses puits, ses travaux 
souterrains, ses chemins, et souvent même avec un matériel plus 
ou moins complet, à des entrepreneurs qui lui paient une redevance 
dite royalty par tonne de houille extraite. Cette redevance, qui est 
en général de fr. 60 à fr. 75 par tonne, représente chez nous 
l'intérêt du capital engagé dans les concessions, et ne peut être 
assimilée à nos redevances proportionnelles payées à l'Etat. 

La loi, en Angleterre, a toujours évité d'entraver par des impôts 
la production des matières premières ; nous voudrions quil en fût 
de même en France et que l'on se décidjât à abandonner le système 
des redevances proportionnelles, qui produit évidemment de 
mauvais résultats. 

En 1909, dans le pirajet de loi de finances pour 1910, le 
Ministre des Finances, M. Cochory, proposa des réformes im- 
portantes qui, modifiées, fuirent adoptées par le Parlement 
(v. p. 496). La redevance' fixe do 10 centimes par hectare eût 
été portée à 1 franc. La Chambre de Commerce de Saintr Etienne, 
adoptant un rapport qui lui fut présenté par le Comité des 
Houillères de la Loire, s'éleva contre œ projet de majoration (i). 

Le Parlement éleva la redevance fixe à 50 centimes par 
hectare. 

Le Gouvernement proposait de porter de 5 % à 6 J % la 
redevance proportionnelle, dont 6 % au profit de l'Etat et 1/2 % 
au profit des communes. La Commission du Budget réduisit 
le taux à 6 %, dont 5J % pouH l'Etat et 1/2 % pour les com- 
munes. Je renvoie au rapport du Comité des Houillères adopté 
par la Chambre de Commerce. 



(1) Compte rendu des Travaux de la Chambre de Commerce de Saint- 
Etienne pour 1909, p. 113. 



— 505- 

Le Parlement, fixa le taux de la redevance proportionnelle 
à 6 %, dont 1 % pour les commiumes. Pour des mines exploitées 
par des Soaiétés p^ur actions, il évalua forfaitairement le produit 
net au dividende distribué. 

Le rapport du Comité des Houillères suffit à réfuter cette 
idée, exprimée trop souvent dans certains milieux commerciaux 
mal informés : les mines ne payent pas la patente. On demandait 
qu'elle fussent assujetties à cet impôt. EiUes n'eussent pas 
demandé mieux. Ces milieux — • composés de commerçants et 
de fabricants notableis — ignoraient la redevance payée- à l'Etat, 
ou du moins ils en avaient entendu parler si vaguement qu''ils 
la confondaient avec les droits de tréfonds, c'est-à-dire avec la 
redevance tréfoncière. Ils ignoraient surtout que la redevance 
payée à l'Etat était plus lourde quie la patente. La question du 
régime fiscal des usines d'agglomération, sur laquelle délibéra 
également la Chambre de Commerce en 1911 (Compte rendu, 
p. 130), était non moins ignorée que la précédente^. 

En 1816, première année- où fut perçue la redevance des 
mines, cet impôt produisit, dans le département de la Loire, 
une somme de 32.616 francs. 

En 1913, son produit fut de 620.133 francs. Le produit de la 
redevance n'est pas indiqué dans le dernier rapport du directeur 
des Contributions directes au Préfet (2® session ordinaire du 
Conseil général 1920). 

A 

Les Ministres des Finances proposèrent plusieurs fois, de 
1900 à 1914, sans succès, d'établir un impôt sur le charbon. La 
Chambre des députés adopta cependant un projet de taxe, le 
4 mars 1913. 

Le Comité des Houillères de la Loire protesta et sa protes- 
tation fut insérée dans une délibération de la Chambre de 
Commerce [Compte rendu 1913, p. 187). 

Le projet de taxe de 50 centimes par tonne fut réduit à 
25 centimes. La Chambre de Commerce protesta une seconde 
fois (17 juillet 1913) et la malencontreuse taxe disparut du 
budget. 



— 506 — 

Une nouvelle proposition fut insérée au budget de 1914. Elle 
tendait à frapper d'un impôt de 20 % le bénéfice net de l'exploi- 
tation, déduction faite de 2 francs par tonne sur oe bénéfice, 
afin de laisser une marge aux exploitants. Ce nouvel impôt 
devaiit doubler le prodmt de la redevance des mines, qui, pour 
l'ensemble de la France, s'élevait à 7.583.934 francs. La Chambre 
de Commerce de Saint-Etienne protesta, dans sa séance du 
11 décembre 1913^ et le projet de taxe disparut avec son auteur, 
M. Charles Dumont, ministre des Finances. 

D'un travail publié à cette époque (1) il résulte que cette 
taxe de 20 % sur le superdividende excédant 2 francs par 
tonne eût coûté aux seules Compagnies de Roche-la-Molière, 
Montrambert, SaintrEtienne et la Péronnière, qui dépassent 
oe quœntuïïYi, la somme de 607.200 francs, sensiblement égale 
par conséquent au produit global de la redevance payée par 
l'ensemble des mines du départemient. La taxe, ramenée à la 
production de chacune de ces Compagnies, eût été de fr. 20 
par tonne pour Roche-la-MoIière, fr. 36 pour Montrambart, 
fr. 144 pour Saint-Etienne, fr. 42 pour la Péronnière. Son 
inégalité était évidente. 

La guerre nous a valu la taxe de péréquation des charbons, 
dont je parlerai en son temps. Elle nous a valiui aussi V impôt 
sur le chiffre d'affaires. Les mines sont dispensées de l'impôt 
sur les bénéfices industriels et commerciaux (loi du 31 juillet 
1917, art. 53). 



La question des droits d'octroi sur les matériaux employés 
par les mines a donné lieu à un long procès entre la ville de 
Saint-Etienne et des exploitants, procès qui a duré de 1875 à 
1886. La Ville avait modifié son tarif en 1873, et elle exigeait 
l'application de la taxe sur les buttes et écoins destinés au 
boisage des mines. Les exploitants prétendirent d'abord que 
ces bois n'étaient point destinés aux constructions et par con- 
séquent soumis à l'octroi. Ils furent battus. Ils soutinrent 
ensuite que ces bois étaient des matières premières employées à 
la préparation de produits non frappés par l'octroi. Ils furent 



(1) Mémorial de la Loire, 4 décembre 1913. 



— 507 — 

encore battus. En 1886, le Conseil d'Etat finit par leur donner 
raison, en décidant que la Ville ne pouvait plus réclamer des 
taxes sur les bois dont il s'agit, mais qu'elle n'aurait pas à 
rembourser les sommes perçues jusque-là (l). 



J'ai consacré, dans mon Histoire de la Chambre de Commerce 
de Saint-Etienne, p. 182 et suivantes, un chapitre au régime 
douanier de la houille depuis la Révolution. Je renvoie par 
conséquent à cet ouvrage. Depuis 1863, le droit d© douane sur 
le charbon à l'entrée en France est resté fixé à 1 fr. 20 par 
tonne. Les revisions douanières de 1881, 1892 et 1910 ne l'ont 
pas modifié. Dans il'enquête de 1908, qui précéda la revision de 
1910, le représentant des Houillères de la Loire déclarait P) : 

Nous n'avons pas à nous plaindre de la concurrence étrangère, 
parce que nous sommes assez éloignés de la frontière. Nous ne 
nous trouvons pas dans la même situation que les houillères du 
Nord et du Pas-de-Calais, ou les houillères du littoral de la Médi- 
terranée, que des modifications au tarif des douanes peuvent 
intéresser plus directement. Ce. qui paralyse le plus lourdement 
notre industrie minière, c'est l'application des nouvelles lois sur le 
repos hebdomadaire, sur la durée du travail dans les mines, sur la 
journée de huit heures, etc.. 

Le charbon, sur le carreau de la mine, valait, dans notre 
région, 12 francs la tonne en 1863. Il valait, en 1913, 27 francs. 
La protection du droit de douane avait dimimié de plus de 
moitié. 



* 



(1) V. Bréchignac et MicHEi., p. 427, Mémorial de lOr Loire, 15 novembre 
1883 et 24 mai 1886. 

(2) Chambre <\e Commerce de Saint-Etienne : Enquête sur les tarifs 
fie douane, cu/mpLe rendu de Ventrevue de M. Klotz, président de la 
Commission des Douanes, avec les délégations de la Jjdre, p. 93. 



CHAPITRE IX 



Le Régime des Ouvriers mineurs 
de 1800 à 1914 



1. — PÉRIODE DE LA RÉVOLUTION A 1845 




N 1808 et en 1810, à la suite d'accidents survenus 
au puits Charrin, à Grand'Croix, l'ingénieur de 
l'Etat, Guényveau, avait constaté qu'il n'existait 
ni médecin, ni Caisse de secours dans le bassin 
de Rive-de-Gier. L'Administration insista pour 
que la Compagnie de Grand'Croix créât une Caisse. La 
Compagnie s'inclina. Sa Caisse fonctionnait en 1812, admi- 
nistrée par la Compagnie et alimentée par une retenue de 

fr. 50 par quinzaine et par ouvrier. Les blessés recevaient 

1 franc par jour et les veuves 6 à 9 francs par mois, selon le 
nombre de® enfants (i). 



(1) Widmer, Les Caisses de secours et de retraites des ouvriers 
mineurs (thèse de doctorat, Paris, imp. Guy et Cie, à Aleiiçon), p. 9. 
On a imprimé par erreur Charri pour Charrin, Grand'Cran au lieu de 
Grand'Croix, 1809 au lieu de 1810, date de l'accident au puits Charrin 
(5 novembre) ; Brcssard, p. 220 et 221, indique que l'Administration, 
après cet accident, tenta sans succès de créer une Caisse de secours 
à Rive-de-Gier ; voir les noms des associés de Grand'Croix, ibid, 
p. 392-393. 



— 509 — 

L'un des exploitants de Grand'Oroix, Fournas, membre du 
Conseil général de la Loire, prit part, en 1812, au concours 
ouvert par la Société d'encouragement à l'industrie de Jem- 
mapes, en envoyant un mémoire sur les moyens de prévenir 
les effets du grisou (l). 

Au Code des Mines de 1810 vint s'ajouter le Code des Mineurs 
de 1813. Je donne ce nom au décret impérial du 3 janvier 1813, 
qui, par seis dispositions sur la prévention des accidents, sur 
les mesures à prendre en cas d'accidents et sur la police des 
ouvriers, constitue, en effet, la première législation moderne 
sur la matière. Ce décret est em vigueur. Il figure dans tous les 
codes miniers. Il est analysé dans tous les traités de législation 
minérale. Il ne servirait à rien d'indiquer ses dispositions, 
même à titre sommaire, dans cet ouvrage d'histoire. Deux de 
ses articles (4 et 26) ont été modifiés, notamment l'article sur 
les livrets d'ouvriers (modifié par la loi du 22 j'uin 1854 et le 
décret diui 30 avril 1855, abrogé par la loi du 2 juillet 1890) (2). 
L'autre modification résulte de- l'institution des délégués 
mineurs en 1890. Une légère modification était intervenue par 
la loi de 1880. 

Si la grande industrie n'était pas encore née pour motiver 
notre formidable législation contemporaine du Travail, la 
sollicitude éclairée de Napoléon se manifestait en faveur de la 
catégorie d'ouvriers la plus exposée^ aux accidents. La respon- 
sabilité pénale des exploitants et même leur responsabilité 
civile étaient prévues et indiquées dans le décret (art. 22). Sans 
doute, ce décret ne fut que le point de départ du colossal 
appareil législatif actuel concernant les ouvriers mineurs. Mais 
les exploitations patriarcales d'alors n'étaient en rien compa- 
rables aux grandes exploitations de nos jours. Le fait même 
que le décret de 18i3 n'a été retouché légèrement — sauf sur 
la question du livret — qu*en deux ou trois articles sur trente, 
prooive à lui seul la solidité de la législation de cette» époque. 



(1) Journal du Département fie la Loire, 28 mars 1812. 

{2}} Ce décret (art. 20) interdit l'emploi, dans les mines, des enfants 
au-dessous de <\ x ans, tandis que la première loi sur le travail des 
enfants dans les usines n'intervint que le 22 mars 1841. Pour prévenir 
les accidents, la loi de 1810 (art. 50 modifié en 1880 et 1907) donnait 
simplement au Préfet le droit de prendre les mesures nécessaires. 



— 510 — 

L'attention de l'Empereur ne se manifestait pas seulement 
par des lois et des décrets, qui reflétaient si fortement 'a 
volonté du chef de l'Etat. La décoration de la Légion d'honneur, 
que les grognards n'obtenaient pas toujours après vingt 
combats, fut accordée à un mineur ayant sauvé soixante de 
ses camarades dans une explosion survenue aux mines du 
département de l'Ourthe (10 janvier 1812) (i). C'est même à la 
suite de cette explosion qu'intervinrent le concours de Jem- 
mapes, le décret du 3 janvier 1813, et le décret du 26 mai 
suivant autorisant la Société de prévoyance des bouilleurs de 
l'Ourthe (pays de Liège), qui ne survécut pas à la réunion, en 
1814, de la Belgique à la Hollande. 

Le sous-bassin de Rive-de-Gier, alors plus important que 
celui de Saint-Etienne, ne fut désigné que par une ordonnance 
royale du 25 juin 1817 pour l'organisation d'une Caisse de 
prévoyance. Les bases suiivantes furent assignées à cet établis- 
sement (2) : 

Les fonds dont il disposera se composent : 

1° De ceux que la munificence royale s'est réservée d'accorder ; 

2° Du versement fait par les extracteurs de i centime par hecto- 
litre de houille extraite dans leur exploitation, déduction faite du 
nombre d'hectolitres livrés à titre de redevance aux propriétaires 
de la surface ; 

3« Du versement fait par les propriétaires du sol de 2 cen- 
times sur chaque hectolitre de houille qu'ils reçoivent comme 
redevance ; 

4° Des dons volontaires inférieurs à cette quotité qui pourront 
être offerts par toute personne, sans néanmoins donner le droit de 
faire partie de la Société. 

L'administration de la Caisse est gratuite. Elle est confiée à un 
Comité général et à une Commission permanente. 

Les ouvriers prennent part à F administration, en ce sens que 
lorsqu'il y a lieu à distribution de secours, le gouverneur, un 
piqueur et un traîneur de l'exploitation où l'accident est arrivé 
sont appelés à la séance de la Commission, mais sans voix délibé- 
rative. 

Le recouvrement des fonds est confié à un caissier, qui réunit les 
fonctions de secrétaire et dont le traitement est de l.OOO francs. 



(i; Ce mineur -^ le premier décoré — s'appelait Goffin (Widmer, p. 8). 

(2) Les dispositions de cette ordonnance et du règlement qui intervint 
le 8 novembrei suivant sont reproduites dans Duplessy : Essai statis- 
tique sur le Département de la Loire (1818), p. 84. 



— 511 — 

Les secours sont exclusivement réservés aux ouvriers, veuves ou 
enfants d'ouvriers appartenant à des exploitations soumissionnaires 
pour le versement des fonds nécessaires pour faire partie de la 
Société. 

L'ouvrier blessé ou malade, par suite de travaux, recevra par 
jour 50 centimes jusqu'à parfaite guérison. Il pourra lui être 
accordé 25 centimes par jour pour sa femme, et pareille somme à 
chacun de ses enfants incapables de travailler. 

Tout ouvrier de 60 ans et au-dessus, incapable de travailler et 
qui justifiera de trente ans de travaux dans les mines, aura une 
retraite de 75 centimes par jour. 

Les veuves Et les enfants des ouvriers tués dans les travaux, ou 
morts à la suite, une pension de : 

50 centimes par jour pour les veuves ; 

25 centimes par jour pour chaque enfant au-dessous de dix ans ; 

50 centimes par jour pour chaque orphelin au-dessous de dix ans. 

Les veuves des ouvriers morts dans l'indigence et sans accidents 
extraordinaires pourront aussi recevoir des secours, que la Com- 
mission déterminera. 

La Caisse fournira aussi une portion des frais de traitement des 
ouvriers blessés. 

L'ouvrier qui perdra un bras ou une jambe aura une pension de 
75 centimes par jour, et ses enfants au-dessous de dix ans jouiront 
de 25 centimes également par jour. 

Les comptes de la Caisse sont rendus chaque année au Comité 
général. 

Il y ai loin de la coupe aux lèvres. La Restauration ne mit 
aucun empressement, aucune énergie à poursuivre l'exécution 
de ses propres ordonnances sur la matière. Les temps étaient 
changés ! Le. Souverain était incapable de s'abaisser aux 
détails de l'administration. Il n'était plus, dans cet ordre d'idées 
et dans tant d'autres, qu'un simple signataire. 

En effet, la caisse de Rive-de-Gier resta longtemps à l'état 
de lettre morte. Elle n'était pas organisée au moment do 
l'élaboration des clansis cL conditions générailes des concessions, 
puisqu'on songea à insérer dans ces clauses l'obligation de créer 
une Caisse de secouirs et de retraites. L'article final se bornera 
à rappeler les articles du décret de 1813 (15, 16, 22, 25) visant 
l'organisation des secours, la responsîibilité pénale et la res- 
ponsabilité civile (1). 



(1) V r.iiossMM), p ?.;,:•, :u:{, 347. 



— 512 — 

En 1824, date de la délivrance des concessions, aucune Caisse 
n'était organisée dans le territoire de Rive*-de-Gier (l). En 1827, 
PeyretrLallier disait que la création prévue en 1817 n'avait 
rencontré d'autre obstacle que la difficulté de réunir les inté- 
ressés pour arrêter son organisation. Il critiquait d'ailleurs les 
bases de 1817 et demandait que l'ouvrier, comme le conces- 
sionnaire, contribuât aux versements par une retenue de 2 % 
sur son salaire. Le versement patronal de 1 centime par hec- 
tolitre de houille ne lui paraissait pas équitable, car la vente 
des menuis donnait peu ou point de bénéfices (on n'avait pas 
inventé encore l'agglomération). Il proposait : 1 centime par 
hectolitre (80 kg.) de gros charbon, 3/4 de centime pour 'e 
moyen ou chapelé, 1/2 pour le menu grêleux, 1/4 pour le 
menu (2). 

Peyret-Lallier indiquait cependant que quelques exploitants 
avaient établi à cette époquie des Caisses de secours. Un autre 
auteur a cité, en effet, parmi les plus anciennes caisses, celles 
des puits Saint- Vincent (situé dans le périmètre des Houillères 
de Saint-Etiennei), de Firminy, Combes, Egarande, le Treuil, etc., 
qui dataient de 1820 (?). En 1833, vingt concessions étaieilt 
pourvues de ces institutions (3). 

Ces Caisses étaient alimentée® par des versements patronaux 
et ouvriers, et par le produit des amendes. Mais, écrivait Peyret- 
LatUiier en 1838, cette institution n'est pas générale. Il demandait 
l'organisation d'une Caisse centrale du bassin de Rive^de-Gier, 
au lieu des Caisses isolées. Deux pour cent du personnel des 
minies avait été atteint chaque anniée par les accidents pendant 
la période 1817-1831 (358 ouvriers tués et 340 blessés). Le lundi 
était le jouir oià les accidents étaient les plus nombreux. 

Les prescriptions du décret de 1813 étaient mal observées, 
notamment quant à l'obligation de tenir un journal de l'ex- 
ploitation (art. 6) et d'entretenir, dans chaque exploitation, 
les médicaments et les moyens de secours indiqués par l'Ad- 
ministration (art. 15). Le Ministre pouvait obliger les grands 



(1) Ihid., p. 229. 

(2) Bulletin de la Société agricole et manufacturière de Saint-Etienne, 
1827, p. 218. 

(3) WiDMER, op. cit.f p. 11. — Bréchignac, Les Caisses de secours des 
mineurs, 1869, p. 11. 



— 513 — 

exploitants à entretenir à leurs frais un chirurgien spécialement 
attaché à leur établissement. Jusque-là, au contraire, Us 
envoyaient les blessés dans les hospice® voisins et ils ne 
payaient même pas les frais du traitement, bien que ces frais 
fussent à leur charge (art. 20) (i). 

En 1839, sur 4. 706 ouvriers, 119 furent victiimes d'accidents, 
dont 63 accidents mortels. Proportion des accidentés : 2 1/2 %. 
En 1840, pour 4.824 ouvriers, on comptait 58 victimes d'ac- 
cidents, dont 43 accidents mortels. Comme avant 1830, le lundi 
était le jour où les accidents étaient les plus nombreux p). 

L'Administration et les Tribunaux, depuis la Révolution de 
Juillet, prirent cependant quelques sanctions contre les ex- 
ploitants, leaiirs préposés ou les employés coupables. Emu 
par le nombre des accidents, le Tribunal correctionnel de Saint- 
Etienne jugea, en 1832, deux délits de morts d'ouvrieirs mineurs 
causées par l'imprudence d'un gouvemeiur et d'un machiniste. 
Il poursuivit plusieurs concessionnaires pour inexécution des 
règlements (3). 

« Dans les entreprises industrielles en général et principa- 
« lement dans celles-ci, on fait beaucoup trop abstraction des 
« classes ouvrières, disait en 1840 Alphonse Peyret, le fils de 
« Peyret-Lallier. Le moyen le plais sûr de moraliser et de 
« pacifier les masses, c'est d'améliorer leur sort et de s'intéresser 
« à leur avenir. » A. Peyret réclamait une Caisse centrale de 
secours pour le bassin de la Loire, pour laquelle, disait-il, il 
faut 500.000 francs par an. Il demandait d'augmenter les 
salaires pour alimenter ila Caisse (^). 

L'idée d'une Caisse centrale fut reprise par le journal l'Ami 
des Ouvriers^ en 1841 (18 avril) (5). 

Le 19 novembre 1842, le Tribunal correctionnel de Saint- 
Etienne condamna Morillot, directeur des mines de Firminy, à 
500 francs d'amende et aux dépens pour l'explosiion du 18 



(1) Ibid., 1838. p. 109. 

(2) Ibid., 1842. p. 257. 

(3) Ibid., 1833, p. 371. — Mercure Ségusien, 4 août 1832. 

(41) Bulletin de la Société d'Agriculture, 1840. p. 291. 

(5) Offl<;e du Travail, Les Associations professionnelles ouvrières, t. I, 
p. 331. 



— 514 -^ 

octobre, au puits de la Tour, ou quinze^ ouvriers furent tués et 
treize blessés. L'explosion avait été causée par Finsuffisance 
de l'aérage et par l'emploi des lampes ordinaires, qui cependant 
avait été interdit. Le Tribunal admit plusieiurs circonstances 
atténuantes : Mon Ilot avait interdit d'emploi des lampes ordi- 
naires dans les chantiers supérieurs, mais cet ordre n'avait 
pas été respecté. En outre, il était absent depuis un mois, pour 
cause légitime, j'uisqu'à la veille de l'explosion ; enfin, il s'était 
porté, aux risques de sa vie, au secours des victimes. Mais le 
substitut Lenormand n'en avait pas moins prononcé ies paroles 
suivantes. On vivait sous le régime de Louis-Philippe (l). A 
entendre le substitut, on se croirait à cinquante ans plus tard : 

Messieurs, nous réclamons contre M. Morillot une condamnation 
sévère. Cette condamnation l'atteindra justement, car il y a eu de 
sa part persistance dans les imprudences qu'on lui reproche. La 
décision que vous allez rendre aura, en outre, un effet salutaire. Les 
directeurs de mines comprendront que les arrêtés ne sont pas lettre 
morte, et qu'ils n'ont jamais le droit de mettre leur arbitraire à la 
place de décisions qui font leur loi. Et peut-être qu'à laide des 
secours de la science, de la surveillance de TAdministraiion, on 
parviendra à conjurer le retour de ces catastrophes que nous 
déplorons tous. Il ne faut pas qu'on s'habitue à les considérer 
comme des nécessités qu'on doit subir, que l'on se dise que 1 exploi- 
tation des mines coûte des hommes comme elle coûte de l'argent. 
Le devoir du maître est de veiller sur la vie de l'ouvrier, malgré 
l'ouvrier lui-même ; et il peut être sûr, toutes les fois que des 
désobéissances seront signalées, que l'appui du ministère public ne 
lui manquera pas pour les réprimer. 

Le Gouvernement, en 1843, par une ordonnance royale du 
26 mars, promulguée le 15 avril, édicta de nouvelles mesures 
concernant la sécurité des ouvriers mineurs et la sûreté pii- 
blique (2). Le 10 mars de la même année, par une circulaire, 
il avait préconisé la création de Caisses de secours, qui 
n'exisitaient en France qu'en biiem petit nombre Ç-^). 

De 1845 date la constitution définitive de la Grande Com- 
pagnie des Mines de la Loire, dont nous examinerons les 
institutions ouvrières au sous-chapitre suivant. En cette même 



(1) Mercure Ségusien, 20 novembre 1842. 

(2) V. Michel, Eecveil de jurisprudence minérale, p. 189. 

(3) WlDMER. p. 14. 



— 515 — 

année, la Compagnie de Firminy créa l'hôpital Lachaux, au 
centre d© la ville, le plus ancien établissement particulier des 
exploitations houdl 1ères de la Loire (i). 

Il ne faudrait pas s'illusionner sur la valeur philanthropique 
des institutions ouvrières antérieures à celles de la Grande 
Compagnie. Meugy, ingénieur de l'Etat, écrivait à œ sujet (2) : 

Voici comment le service de santé est organisé à Rive-de-Gier. 
Chaque Compagnie a une Caisse particulière, où elle verse chaque 
jour une retenue de 5 centimes, faite sur le salaire de chaque 
ouvrier. Cette Caisse devrait être uniquement destinée à secourir 
les malades, blessés, invalides et infirmes, ainsi que les veuves et 
orphelins en bas 'âge ; mais il n'en est pas ainsi, et sous ce rapport 
le service de santé pourrait recevoir de grandes améliorations. En 
effet, les appointements du médecin sont pris sur les fonds de la 
Caisse, et c'est là une contravention évidente à l'article 20 du décret 
de 1813, qui veut que les secours donnés aux blessés soient à la 
charge des exploitants. Il existe même certaines Compagnies qui 
ne suppléent pas à la Caisse, lorsque celle-ci vient à faire défaut. 
Ce n'est pas tout. Les intérêts des sommes versées dans chaque 
Caisse devraient être acquis à l'ouvrier, puisque ces sommes pro- 
viennent d'une retenue faite sur son salaire. Or, il n'en est rien. 
Les Caisses de secours, telles qu'elles sont instituéas à Rive-de-Gier, 
donnent donc lieu à de graves abus, qu'ir serait urgent de réformer. 
Pour y parvenir, on pourrait réunir toutes les Caisses particulières 
en une seule, dont l'administration serait confiée à un Comité 
spécial, tel que celui dont il est fait mention dans le règlement 
annexé à l'ordonnance royale du 27 juin 1817, laquelle n'a jamais 
reçu son exécution à Rive-de-Gier. Les ressources que présenterait 
cette Caisse générale seraient de plus une garantie de son efficacité. 

Avant l'existence de la Compagnie (c'est-à-dire avant le Trust), 
disait en 1853 la Compagnie des Mines de la Loire, il y avait 
autant de Caisses de secoojirs que d'exploitations. Leur unique 
revenu consistait dans une retenue de 1/2 à 3 % sur les salaires. 
Il variait par conséquent avec le mouvement des travaux et il 
était tari quand l'exploitation était abandonnée. Les secours, 
très insuffisants, ne représentaient pas même la dépense du 
pain. Parfois, ils cessaient brusquement et définftivement. 
Sans pouvoir l'affirmer, la Compagnie indiquait que l'hôpital 



(1) Notice sur c^tte Compa^ni^ à l'Kxposition de 1889, p. 35. 

(2) MniGY, Historique des Mines de Rive-dle-Cier, 1848 (Cet oiivmRo a 
été préparé quelques années auparavant comme l'Indiquent les statis- 
tiques, qui s'arrtHent à 1844). 



— 516 — 

de Firminy était entretenu égailement au moyen d'un prélè- 
vement sur les salaires 0). 

Ajoutons cependant, d'après M. Brèchignac, que le pro- 
priétaire de la mine s'imposa lui-même et promit de suppléer 
au déficit. Les secours étaient alloués sur les délibérations d'un 
Conseil dont le propriétaire de la mine était l'âme. Pour 
quelques Caisses, l'actif était augmenté par des amendes. 

Ce genre d'association ne prit point naissance à la suite d'un 
contrat écrit. C'était un usage qui se créait. Si plus tard on 
fit uin règlement, ce fut pour constater cet usage, qui d'ailleurs 
n'existait pas dans toutes les exploitations p). 

Le règlement primitif deis Mines de la Chazotte (1^ novembre 
1845) imposait une retenue de 10 centimes par journée de 
travail et ne prévoyait comme risque à secourir que la perte 
complète d'un bras ou d'une jambe. La victime recevait alors 
50 centimes par jour (3). 

J'indique au chapitre concernant l'Ecole des mines les cours 
créés à cette école pour les ouvriers mineurs pendant cette 
période. 



§ 2. — PERIODE 1845-1854 



Cette période est celle du trust des houillères de la Loire. 

Le décret-loi du 2 mars 1848, limitant à douze heures la 
durée effective dfu travail, fut abrogé par le décret du 9 sep- 
tembre suivant, restreignant cette limitation aux usines et aux 
manufactures. A cette époque, la journée de douze heures était 
la règle générale. 

J'ai raconté, dans un autre chapitre, la participation des 
mineoiirs au mouvement ouvrier de 1848 (v. p. 346). Ils consti- 
tuèrent alors teur première A^sociaition professionnelle : l0 Société 



(1) Mémoire cité au paragraphe suivant. 

(2) Brèchignac, Les Caisses de secours des ouvriers mineurs, 1869, 
p. 11-12. 

(3) Antoine Gerest, La liquidation de Vancienne Caisse de secours de 
la Chazotte {Gazette de Saint-Etienne, juijlet 1910) La concession de la 
Chazotte, accordée en 1825 (v. p. 249), devint en 1876 la propriété de la 
Compagnie P.-L.-M. 



— 517 — 

des ouvriers mineurs et charbonniers de la Loire ^ dont le Comité 
central joua un certain rôle. J'ai lieu de croire que cette Société 
eut pour filiale la Société de secours mutuels des mineurs de 
Rive-de-Gier, fondée le l^'' janvier 1849 et qui comptait 363 
adhérents eni 1^51. Cette Société fut dissoute par le Préfet au 
lendemain du Deux-Décembre, le 3 janvier 1852. Elle ne 
comptait plus que neuf membres, qui s© partagèrent les 
228 francs en caisse (l). 

On venait de voter la première loi sur les Sociétés de Secours 
mutuels (15 juillet 1850). Mais sous le couvert de la mutualité 
le Gouvernement ne tolérait pas l'organisation révolutionnaire. 

La Compagnie de la Loire, qui monopolisa presque totalement 
l'exploitation de 1845 à 1854, a tracé l'historique et l'organi- 
sation de ses institutions ouvrières dans la note ci-après, jointe 
à une lettre du 26 novembre 1853 adressée à l'Ingénieur en chef 
du Département (2) : 



NOTE SUR LE SERVICE D'ASSISTANCE 

DE LA COMPAGNIE DES MINES DE LA LOIRE 

en 1853 

Le service d'assistance, organisé par la Compagnie des mines de 
la Loire en faveur de ses ouvriers de Saint-Etienne et de Rive-de- 
Gier, comporte : 

1° Trois établissements spéciaux, comprenant : des infirmeries 
pour les ouvriers blessés, des pharmacies et un service médical 
gratuit pour les ouvriers malades et pour tous les membres de leurs 
familles, des écoles, des ouvroirs et des salles d'asile pour leurs 
enfants, des chapelles régulièrement desservies ; 

2° Une Caisse générale de secours pour les ouvriers frappés 
temporairement d'incapacité de travail, et de pensions viagères pour 
les invalides et pour les veuves des ouvriers morts par suite 
d'accidents : 



(1) Office du travail, Les Associations professionnelles, I, p. 333. 
Toutes les mutuelles furent dissoutes, pendant l'état de siège, par le 
général de Castellane, qui commandait ù, Lyon et qui avait le dépar- 
tement de la Loire diris son commandement. Quelques-unes furent 
rétablies. 

(2) Archives de la Société actuelle des Mines de la Loire. 

34 



— 518 — 

3° Des secours dits extraordinaires pour les familles d'ouvriers 
qui, n'ayant pas de droits à la Caisse de secours, se trouvent dans 
le besoin, par suite de circonstances dignes d'intérêt ; 

4° Des subvevltions aux hospices des aliénés et des sourds^muets, 
aux écoles de diverses communes, à une boucherie dans laquelle 
les ouvriers obtiennent la viande à prix réduit, etc... ;^ 

5" Des dons en argent ou en charbon, pour les familles indigentes 
qui sont complètement étrangères à la Compagnie. 

Infirmeries et Ecoles 

Trois établissements ont été fondés, en 1846, 1847 et 1848, au Soleil, 
pour le bassin de Saint-Etienne ; au Montcel, pour le bassin de La 
Ricamarie ; à Lorette, pour le bassin de Rive-de-Gier. 

Ils ont coûté, en prix d'achat (construction et mobilier) : 
297.804 fr. 34. 

Ils sont desservis par trente-quatre sœurs, appartenant à l'ordre 
de Saint-Vincent de Paul, comme la plupart des établissements 
hospitaliers créés et entretenus par le Gouvernement, les départe- 
ments et les grandes villes. 

Ces sœurs sont chargées de soigner les blessés dans les infirme- 
ries, les malades à domicile, et d'élever les enfants dans les écoles. 
Il y a, en outre, une sous-maîtresse pour chaque classe, un infirmier 
pour chaque infirmerie, un jardinier pour chacun des vastes jardins 
annexés aux trois établissements. 

La Compagnie n'a rien négligé, en restant dans les conditions de 
simplicité essentielles à de pareils établissements, pour l'installation 
des divers services, et plus spécialement pour celle des infirmeries. 
Elle a voulu, en mettant ainsi sous les yeux de ses ouvriers et de 
leurs enfants l'exemple du confortable et de la propreté, leur en 
inspireK le goût dans l'intérieur des familles, qui, sous ce rapport, 
offrent un spectacle des plus affligeants dans le bassin de la Loire. 
Nous pouvons ajouter que cette influence a déjà eu des résultats 
très appréciables. 

Huit médecins sont attachés au servie© de la Compagnie, dont 
cinq à Saint-Etienne et trois à Rive-de-Gier. 

Trois de ces médecins se rendent chaque jour, à des heures fixes, 
aux infirmeries, pour visiter les blessés et donner des consultations 
aux malades qui se présentent. 

Un règlement spécial prescrit £.ux médecins de se rendre au domi- 
cile de& malades dans les délais déterminés, sur des avis délivrés 
par les ingénieurs ou contrôleurs, et de renouveler leurs visites 
aussi souvent que l'état des malades peut l'exiger. 

Les médicaments nécessaires à tous les malades sont délivrés 
gratuitement et des sœurs sont spécialement chargées d'en surveiller 
l'emploi. 



— 519 — 

V 

Les supérieures des établissements sont, en outre, autorisées 
distribuer des secours en viande, pain, linge, etc. 
En 1852, il a été reçu dans les infirmeries 249 blessés, savoir : 

Au Soleil 113 

Au Montcel 75 

A Lorette 61 

249 



Le nombre des blessés reçu,» à Lorette est comparativement peu 
considérable, surtout si l'on tient compte du nombre des ouvriers 
au centre desquels il se trouve. Cela tient à ce que cet établissement 
a été créé le dernier et qu'il a fallu là, comme au Soleil et au 
Montcel, assez longtemps pour vaincre la répugnance qu'éprouvent 
les ouvriers à se laisser transporter dians des hospices. Mais cette 
répugnance a complètement cessé et les lits de Lorette sont main- 
tenant toujours occupés. Voici, d'ailleurs, quelle a été la progres- 
sion des blessés reçus : 

1*^ semestre (1852) 22 

2« — — : 39 

3« — (1853) 44 

Le séjour des blessés dans les trois infirmeries est représenté, 
dans son ensemble, par 10.387 journées, d'où résulte une moyenne 
de 42 journées par homme. 

Pendant l'année 1852, il a été fait, par les médecins de la 
Compagnie, 10.259 ordonnances, pour lesquelles des médicaments 
ont été fournis gratuitement par les pharmacies des trois établis- 
sements. Ces ordonnances se répartissent comme suit : 

Ouvriers 4.623 

Femmes. . . 3.004 

Enfants. . • •. 2.632 

ToTAi ho.259 

Pendant la même année, il a été fait, soit par les médecins, soit 
par les sœurs, 6.564 visites à domicile. 

M faudrait faire de très longues recheirches pour établir avec 
précision le nombre des individus (jui ont reçu les soins des méde- 
cins et des sœurs, comme aussi pour fixer la durée moyenne des 
maladies. Les médecins, consultés à ce sujet, évaluent à deux par 
personne en moyenne le nombre des ordonnances et des visites, 
et à quinze jours la durée des maladies. 

Sur ces bases, plus de 5.000 personnes environ, soit une par 
famille en moyenne, auraient participé au service médical organisé 



— 520 — 

par la Compagnie, 3.300 auraient été visitées à domicile, et l'en- 
semible des journées de maladie serait de 75.000. 

Il est impossibl,e de distinguer, dans les dépenses du service 
médical, la part afférente aux infirmeries de celle qui s'applique 
aux malades so'^gnés à domicile. Les médecins, les sœurs, les 
pharmacies sont communs aux deux parties du service- 

Voici, d'ailleurs, pour chacuii des trois établissements, le détail 
des dépenses pendant l'année 1852 : 



Aliments 

Médicaments . . 

Blanchissage 

Chauffage 

Mobilier 

Jardins 

Réparations et entre- 
tien 

Secours à domicile, en 
pain, viande, linge, 
etc 

Pensions des soeurs.. 

Honoraires des mé- 
decins 

Impôts 

Ecoles et salles d'asile 

Totaux 



Soleil 



franc* 

.371 46 
.031 29 
587 24 
563 56 
281 43 
515 76 

431 48 



1.227 45 
5.000 » 

5.000 « 
516 91 

547 30 

29.073 88 



Montcel 


francs 


3.324 41 


2.241 55 


590 20 


440 60 


42 05 


210 50 


3.053 40 


985 60 


4.000 ). 


1.600 » 


200 » 


874 20 


17.562 51 



Lorette 


francs 


2.849 85 


5.449 05 


499 » 


434 80 


484 60 


93 90 


4.426 95 


1.720 65 


4.500 » 


3.015 ))- 


» » 


504 45 


23.978 25 



Total 



francs 

11.545 72 

11.721 89 

1 676 44 

1.438 96 
808 08 
820 16 

12.911 83 



3.933 70 
13.500 » 

9.615 » 

716 91 

1.925 95 

70.614 64 



A ces dépenses, dont l'ensemble s'élève à 70.614 fr. 64, ii est juste 
d'ajouter l'intérêt des 298.000 francs immobilisés par la Compagnie 
pour l'achat et raménagement des trois établissements, soit 15.000 fr. 
La dépense totale de l'année 1852 se trouve ainsi portée' à 
85.614 fr. 64. 

Il est à remarquer que leis édoles et salles d'asile ne sont com- 
prises que pour 1.925 fr. 95 dans les dépenses ; mais il convient de 
faire porter sur cette partie du service : 

1° La moitié des pensions payées aux siœurs ; 

2° La moitié des intérêts du capital ; 

3° La moitié du chauffage ; 

4° Une partis de la dépense pour aliments ; car, chaque jour, 
on donne la soupe aux enfants, pour qu'ils n'aient pas à rentrer 
dans leurs familles avant la fin de la journée. 



— 521 — 
Voici quel a été le personnel des écoles pendant Tannée 1852 : 





I" classe 


2» classe 


3* cla"fese 


Ouvroir 


Asile 


Total 


Soleil 


54 


65 


73 


62 


156 


410 


Montcel 


63 


73 


)) 


94 


204 


434 


Lorette 

TOTAT, .. 


36 


62 


76 


33 


152 


359 


153 


200 


149 


189 


512 


1.203 



Le nombre des élèves va toujours progressant, notamment dans 
rétablissement de Lorette, qui a été fondé le dernier. On y compte 
maintenant près de 500 enfants. 

A la fin de chaque année, il est fait des distributions de prix, qui 
ont été souvent présidées par les autorités supérieures en résidence 
dans r arrondissement. 

Caisse de secours. — Avant l'existence de la Compagnie, il y 
avait autant de caisses de secours que d'exploitations. Ces caisses 
avaient pour unique revenu une retenue faite sur les salaires et 
variant de 1 ^ à 3 % Cette ressource n'était pas seulement insuf- 
fisante, elle était subordonnée à toutes les vicissitudes des exploi- 
tations. Elle était plus ou moins considérable, suivant que les 
travaux étaient plus ou moins actifs ; elle était complètement 
anéantie pour les caisses des exploitations qui étaient abandonnées. 

Dans de pareilles conditions, les secours attribués aux invalides, 
aux veuves, aux ouvriers temporairement frappés d'incapacité de 
travail, étaient toujours insuffisants, souvent Us ne représentaient 
pas même la dépense du pcùin, et parfois ils cessaient d'une manière 
absolue, définitive. 

Dès 1846, la Compagnie, sans rien changer à l'organisation des 
caisses, leur a alloué les subventions nécessaires pour augmenter 
les secours et en assurer le service régulier. Lorsque T exploitation 
a laquelle appartenait une caisse était interrompue, la Compagnie 
prenait à sa charge la totalité des pensions dont elle était grevée. 
La Compagnie a même rendu à un assez grand nombre de veuves 
et d'invaJides des pensions qui avaient cessé, pour cette causie, 
d'être payées depuis longtemps par les exploitants auxquels elle 
s'est substituée. 

En 1850, après une enquête à laquelle concoururent des délégués 
nommés par les ouvriers, la Compagnie centralisa toutes les caisses 
de secours pour n'en former qu'une seule, commune aux exploita- 
t ons de Saint-Etienne et de Rive-de Gier. Les secours furent unifor- 
mément élevés au taux de 1 franc par jour pour les ouvriers^ de 
50 cen.tim<ïs pour les veuves ; les (mvriers et les veuves reçoivent, 



— 522 — 

en outre, 25 centime® pour chacun de leurs enfants âgés de moins 
de 12 ans. 

La retenue sur les salaires a été uniformément fixée à 2 %, et 
la Compagnie s'est engagée à faire une subvention égale à la rete- 
nue. On verra que la subvention a été beaucoup plus considérable. 
La Compagnie fait seule, en outre, les frais du service médical 
annexé à la Caisse de Secours. 

L'Administration de la Caisse a été confiée à un Conseil, composé 
de 18 membres, dont 12 sont nommés par les ouvriers et 6 par le 
Conseil d'administration de la Compagnie. 

Voici quelles ont été, sur cesi bases, les opérations de la Caisse 
de Secours pendant Tannée 1852 : 

Des secours ont été alloués à trois mille cinq cent quatre-vingt- 
dix-huit personnes, comme suit : 

Ouvriers. . • 1 .393 

Enfants de ces ouvriers (âgés de moins de 12 ans) 1 .529 

Veuves 340 

Enfants de ces veuves (âgés de moins de 12 ans) 318 

Orphelins - 18 

Total 3.598 



L'ensemble des, secours alloués à ces 3.598 personnes, pendant 
l'année 1852, s'est élevé à 133.975 francs. 

Le produit de la retenue faite sur les salaires a contribué à cette 
dépense pour 50708 fr. 01. 

Pour comibler le déficit, la Compagnie a dû porter sa subvention 
à 83.266 fr. 99. 

Ainsi la Compagnie, qui, sans y être tenue par aucune loi et 
contraArement à Vusage étahU de tout temps, existant encore en 
dehors d'elle, dans le bassin de la Loire, s'était engagée à verser 
une subvention égale au produit de la retenue, n'a pas mis à cette 
subvention d'autres limites que celle des besoins de la Caisse de 
Secours, et, au lieu de verser SO.OOO francs, elle en a donné 
83.000, soit près du double de ce qu'elle avait volontairement promis. 

Si l'on répartit la totalité de la dépense entre les chefs de famille 
(ouvriers et veuves) qui ont été secourus, la moyenne des alloca- 
tions faites sera de 77 fr. 30 par individu. 

Si, comme sur les exploitations étrangères à la Compagnie, la 
Caisse n'avait pas eu d'autre ressource que le produit de la retenue, 
cette moyenne eût été réduite à 29 fr. 20. 

Sous une autre forme, le produit de la retenue n'aurait pas même 
suffi à payer les pensions des veuves, qui sont comprises dans la 
dépense pour 74.850 francs. 

Ceci nous conduit à faire remarquer que la Caisse de Secours, 
teiHe que l'a constituée la Compagnie, est, sous certains rapports 
et dans des proportions considérables, une véritable caisse de 



— 523 — 

retraites. En effet, on vient de voir qu'elle servait à 340 veuves des 
pensions permanente.» viagères, dont l'ensemble s'est élevé à près 
de 75.000 francs en 1852. 

Nous ajouterons que des pensions, également permanentes et 
viagères, sont servies à plus d.e cent ouvriers invalides. Le nombre 
de ces invalides ne peut, pas être fixé avec précision, parce que, 
pour quelques-uns, l'incapacité de travail p«ut cesser, mais nous 
pouvons évaluer à plus de cent ceux dont les pensions datent de 
deux ans au moins. 

Aussi re^ste-t-il peu de chose à faire à la Compagnie pour cons- 
tituer, à côté de sa caisse de secours, une caisse de retraites propre- 
ment dite^ qui s'appliquerait aux ouvriers remplissant certaines 
conditions de séjour dans les mines et d'âge. Depuis longtemps elle 
a décidé que ce complément indispensable serait donné à son 
système d'assistance, eUe en a préparé la réalisation, qui serait 
déjà accomplie si on avait laissé à la Compagnie sa liberté d'action, 
au lieu de la contraindre à défendre ses droits, son existence, contre 
des attaques injustes, contre des menaces passionnées. % 

Quoi qu'il en soit, même dans son organisation actuelle, la 
Caisse de Secours de la Compagnie comporte le service de près de 
500 pensions viagères, dont elle a librement, spontanément, pris la 
charge, qui seraient anéanties le jour où la Compagnie cesserait 
d'exister, ou qui, du moins, seraient réduites à leur prélèvement 
proportionnel sur la retenue imposée aux salaires, c'est-à-dire à 
un chiffre qui, ainsi que nous le disions, suffirait à peine aux 
pensiomitaires pour acheter du pain. 

Secours extraordinaires 
{Subventions à des Hospices et Ecoles, etc.) 

Nous n'entrerons pas dans les détails des autres parties du service 
d'assistance organisé par la Compagnie. Nous nous bornerons à 
constater sommairement que, en 1862, il a été dépensé 34.463 fr. 43 
en dehors des infirmeries, des écoles et de la Caisse de Secours. 

Ces dépenses ont eu pour objet : 

1° Des secours à des familles d'ouvriers qui se trouvaient dans 
des conditions de misère exceptionnelles (distributions de pain, 
viande, linge, paiements de loyers, etc..) ; 

2° I>es abonnements aux hospices des sourds et muets et des 
aveugles, des subventions aux écoles des communes qui sont situées 
à de trop grandes distances de nos établissements pour que les 
enfants des ouvriers puissent suivre nos écoles spéciales ; 

3° Une subvention à un bovicher qui s'est engagé à livrer la 
viande à prix réduit aux ouvriers de la Compagnie. 

Il n'a encore été fait, sous ce rapport, qu'un essai partiel, pour 
les ouvriers situés dans la ville et la banlieue de Saint'Etienve ; 



— 524 — 

mais le service de cette boucherie doit être généralisé aussitôt que 
l'expérience aura fourni les éléments nécessaires à son organisation ; 

4° Le paiement d'une demi-journée de salaire et les frais du 
service religieux, dans toutes les communes, à l'occasion de la fête 
de Sainte-Barbe, patronne des ouvriers mineurs ; 

5° Enfin, une distribution d'au moins 20.000 quintaux métriques 
de charbon, par l'entremise des maires ou des bureaux de bienfai- 
sance d'un grand nombre de communes. La Ville de Saint-Etienne 
est comprise, tous les ans, dans cette distribution pour plus de 
IjO.OOO quintaux métriques. 

Résvmié des dépenses du service d'assistance en 1852 

En résumé, pendant l'année 1852, les dépenses du service d'assis- 
tance de la Compagnie se sont élevées à 203.345 fr. 06, comme suit : 

Entretien de trois établissements 70.614 64 

Subvention à la Caisse de secours 83.266 99 

Secours extraordinaires 34 .463 43 

Intérêts du capital consacré à l'acquisition des trois 

établissements. . 15.000 » 

Total , 203.345 06 



Résumé général des dépenses du service d'assistance 
du /^ janvier 18^6 au 30 juin 1853 

Achat, construction et mobilier des trois établissements 297.804 34 

Entretien des établissements 344.488 78 

Honoraires des médecins 57.950 » 

Subvention à la Caisse de secours 407.952 98 

Secours extraordinaires 344 .984 76 

Intérêts des capitaux consacrés à l'acquisition des 

trois établissements 105.000 » 

Total 1.558.180 86 



Lettre de la Compagnie à Vîngénieur en chef des mines 

Saint-Etienne, le 26 novembre i8.^3. 

Nous avons l'honneur de vous transmettre, en réponse à vos 
lettres des 23 et 24 courant, une note sur le service d'assistance 
de la Compagnie des mines de la Loire. 

Vous remarquerez que cette note va au delà de vos questions, en 
ce qu'elle contient des détails, non seulement sur le service médical 
et les écoles fondés par la Compagnie dans trois établissements 



— 525 — 

spéciaux, mais aussi sur la Caisse de secours organisée, subven- 
tionnée par elle, et enfin sur tous les autres secours, de diverse 
nature, alloués par la Compagnie en dehors de ses établissements et 
de sa Caisse de secours, soit aux familles de ses ouvriers, soit en 
général aux indigents. 

Conformément à vos indications, nous avons pris pour base de la 
note ci-jointe les faits et les chiffres de l'année 1852 ; mais, pour 
que vous puissiez, ainsi que M. le Ministre des Travaux publics, 
apprécier toute l'importance, toute l'étendue du service d'assistance 
de la Compagnie, nous avons établi le résumé général des dépenses 
du l^r janvier 1846 au 30 juin 1853. 

(Su'it le résumé général précédent dont le total s'élève à 
1.558.180 fr. 86.) 

Nous regrettons. Monsieur l'Ingénieur en chef, que vos occupa- 
tions ne vous aient pas permis de visiter, ainsi que nous vous en 
avons exprimé le désir, au moins un de nos trois établissements, 
dans tous ses détails. Nous sommes convaincus, en effet, qu^ cette 
visite vous aurait mis en mesure, beaucoup mieux que ne peuvent 
le fa/ire des chiffres, d'apprécier et de faire connaître à M. le Minis- 
tre des Travaux publics la nature et les résultats des institutions 
spéciales que la Compagnie a fondées pour améliorer, autant qu'il 
dépend d'elle, la situation physique et morale des nombreuses 
familles ouvrières attachées à ses exploitations. 

Nous devons croire, Monsieur l'Ingénieur en chef, que vous aurez 
pris, sur le service d'assistance des autres exploitants du bassin 
de la Loire, des renseignements qui vous permettront d'établir une 
comparaison entre ce qu'ils ont fait sous ce rapport et ce qri'a fait 
notre Compagnie. En effet, les résultats que nous constatons dans 
la note ci-jointe perdraient en grande partie leur signification, si 
on ne les comparaît aux résultats qui ont été obtenus en dehors de 
la Compagnie. Or, nous n'hésitons pas à affirmer que là où nous 
avons déjà toute une grande organisation, les autres exploitants 
n'ont rien ou presque rien. Une seule Compagnie, celle de Roche-la- 
Molière et Firminy a, pour la moitié de ses ouvriers, une infirmerie 
et une école, qui, du reste, si nous sommes bien renseignés, sont 
entretenues au moyen d'un prélèvement fait sur les salaires. Sur 
toutes les exploitations étrangères à la Compagnie, les Caisses de 
secours n'ont pas d'autre revenu que ce prélèvement, et il en 
résulte, pour la plupart, une insuffisance qili condamne à la misère 
les ouvriers frappés d'incapacité de travail et les veuves. Ainsi, 
lorsque nous avons repris, au 1'*' jan^^er, par cessation d'amodia- 
tion, les mines de la Tardiverie, les secours étaient réduits à 
35 centimes par jour pour les ouvriers, et à 20 centimes pour les 
veuves. 

Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'en établissant ce parnllMe, 
il n'entre pas dans notre pensée d'en faire sortir un bliîme pour les 
autres exploitants. S'ils n'ont pas fait comme nous, autant que 



— 526 — 

nous, il ne faut s'en prendre qu'à l'impuissance du morcellement. 
Des établissements pareils à ceux que nous avons fondés ne sont 
possibles que par la ceriitralisation des exploitations et par le 
groupement d'un grand nombre d'ouvriers ; des dépenses aussi 
considérables que celles que nous nous sommes imposées, non seule- 
ment dans le passé, mais aussi dans l'avenir, ne seraient pas 
acceptables pour l'industrie houillère, si elle n'était pas transformée 
par la centralisation de l'association en une propriété collective, de 
manière à répartir ces dépenses sur plusieurs milliers de personnes. 
Veuillez agréer, etc.. 



Les institutions ouvrières de la Compagnie furent très 
attaquées dans les brochuires et dans les journaux hostiles au 
Monopole. On confondait ces institutions avec le Monopole lui- 
même. Camille Jacqueniont, ancien magistrat, écrivait en 1846 : 

Les délégués de la Compagnie annoncent l'établissement prochain 
de plusieurs hospices. Ce sera fort beau, mais fort cher, et l'on se 
demande qui en paiera les frais. Les anciens exploitants de mines 
gagnaient peu ; les Compagnies qui leur ont succédé perdaient 
beaucoup, la Compagnie générale, qui a acquis à des conditions 
plus onéreuses encore, puisqu'elle a surpayé de plusieurs millions 
certaines adjonctions, voudrait^elle donc se ruiner en ajoutant à la 
générosité de ses marchés, aux amples rétributions de certains 
employés, aux négociations larges de quelques habiles, le luxe de 
la philanthropie ? J'ai peur de sa charité, et dans son intérêt comme 
dans le nôtre, je lui conseille de confier encore pour quelque temps 
ses ouvriers blessés aux Hospices de Saint-Etienne, dans lesquels 
le service médical et les soins das aux malades ne laissent rien à 
désirer. Seulement, que la Compagnie veuille bien acquitter avec 
plus d'exactitude que par le passé le modique prix d'un franc par 
chaque journée d'ouvrier traité dans les hospices. Puis, qu'elle 
daigne prendre souci des droits de redevances qui leur reviennent ! 
La justice avant la charité... et avec celle-ci la prudence et la 
modestie ! 

Le même auteur écrivait encore : 

Les ouvriers demandaient l'établissement d'une Caisse de secours 
dans laquelle ils consentaient volontiers à verser les retenues 
journalières faites sur leur salaire, mais sous la condition que la 
gestion de cette caisse serait surveillée par des syndics nommés 
par eux, par les redevanciers et autres personnes qui concourraient 
à sa dotation. Ils se plaignaient en même temps de l'ignorance où 
on les avait laissés jusqu'à ce jour de l'emploi des sonunes qui y 



— 527 — 

avaient été versées, et ils signalaient des abus que je m'abstiens 
de rapporter. 

On a vu que la Caisse centrale fut créée en 1850 et que les 
ouvriers furent appelés à nommer des délégués au Conseil 
d'administration. 

D'autre part; la Ville de Saint-Etienne, dans une brochure 
reproduisant un rapport du 20 novembre 1849 publié en 1850 
et adressé « aux Grands Pouvoirs de l'Etat », déclarait par 
l'organe de son rapporteur : 

La Compagnie a relevé avec emphase les institutions qu'elle a 
fondées en faveur de ses ouvriers. Les principales sont : une maison 
pour le traitement des ouvriers blessés ou malades, une caisse de 
secours. La première n'est que l'exécution du décret du 3 janvier 
1813, article 15, qui oblige les concessionnaires de mines à entretenir 
sur leurs établis s enient\s, dans la proportion du nombre des ouvriers, 
les médicaments et les moyens de secours. 

Quant à la seconde, voici ce qu'en dit M. Anselme Petetin {Hevne 
indépendante du 25 décembre 1846) : 

« Une ordonnance royale du 25 juin 1817 avait institué une caisse 
« de prévoyance, de retraite et de secours pour les ouvriers mineurs. 
(( Elle prescrivait le versement : l'' par l'ouvrier, de 5 centimes par 
« journée de travail ; 2° par le propriétaire du tréfonds, de 2 cen- 
« times par chaque hectolitre de sa redevance ; S° par l'exploitant, 
« de 1 centime par hectolitre extrait. 

« D'après les statuts de la caisse de secours et de prévoyance 
« organisée par la Compagnie, que j'ai sous les yeux, la proportion 
(f des versements qu'elle institue est celle-ci : 

(( 1« De la part de l'ouvrier, non plus 5 centimes, mais 2 % du 
(( salaire. L'ouvrier gagne en moyenne 3 francs à 3 fr. 50, c'est donc 
« 6 à 7 centimes par jour. Augmentation aux dépens de l'ouvrier : 
" 1 ou 2 centimes ; 

« 2** De la part du propriétaire du tréfonds, 1 centime par hecto- 
« litre au lieu de 2 centimes ; 

« 30 De la part de l'exploitant (c'est-à-dire la Compagnie bienfni- 
(( trice), 1/2 centime au lieu de 1 centime par hectolitre. 

« Ainsi, la philanthropie de la Compagnie commence par 
« augmenter la contribution de l'ouvrier, et puis ells réduit sur le 
« reste la moitié de ce qui est dû rigoureusement à la caisse en vertu 
« de l'ordonnance. 

« N'est-il pas humiliant d'avoir h divulguer les secrets de ces 
« gasconnade^ d'humanité ? » 

Nous ajouterons que, si la Compagnie paraît avoir maintenu Je 
taux des «salaires, elle l'a réellement réduit en exige^int un plus 
p^rand travail des ouvriers. 



— 528 — 

Les mêmes accusations étaient renouvelées dans une autre 
délibération du 10 août 1850 (v. p. 386) et, en général, par tous 
les adversaires de la Compagnie. Celle-ci répondait parfois 
à ces allégations, comme elle le fit dans V Avenir républicain 
des V' et 6 août 1850 (v. p. 3T3). 

Dans tous les cas, les conclusions de sa lettre du 26 novembre 
1853 (p. 520) nous paraissent très fondées. La Compagnie pouvait 
à juste titre, comparer avantageusement ses créations philan- 
thropiques à celles des autres exploitants et en tirer argument 
en faveur de la centralisation contre le morcellemeTit, l'agglo- 
mération des capitaux permettant seule d'engager des dépenses 
considérables. Qu'étaient-ce que les ridicules ou affligeantes 
institutions ouvrières qui existaient dans les mines de la Loire 
avant 1845 ? Combien tous ces propriétaires exploitants et tré- 
fonoiers étaient qualifiés pour reprocher à la Compagnie le bien 
qu'elle avait pu faire, à côté du mal et de l'inquiétude qu'elle 
avait réellement causés à la consommation ! Il suffisait que la 
Compagnie exerçât un monopole dangereux pour que toutes 
ses créations fussent blâmées par ses adversaires. 



III. — PÉRIODE DE 1854 A 1880 



Cette période fait suite à la répart" tion, entre quatre Com- 
pagnies, des concessions réunies par la grande Compagnie de 
la Loire. Elle précède l'orientation parlementaire vers la prépa- 
ration de nombreuses lois sor le travail. Elle verra renaître et 
s'accuser le mouvement ouvrier. Ce chapitre n'ayant pour objet 
que l'historique de la législation des ouvriers mineurs et des 
institutions ouvrières, l'historique du mouvement ouvrier sera 
repris, avec p'ius de 'développement, aux chapitres sur la 
situation générale. 

Législation et réglementation ouvrières. — Peu de textes sont 
à signaler pendant cette période. Le plus important est la loi 
du 25 mai 1864 sur la liberté des coalitions, dont les ouvriers, 
qui avaient perdu l'habitude des grèves, ne tardèrent pas à 
user, comme le prouva la grève des mineurs de 1869, marquée 
par les événements sanglants de La Ricamar^ie. 



— 5^ — 

Contrairement à ce qu'on suppose, la loi de 1864 punit 
quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou 
manœuvres frauduleuses, aura amené ou maintenu, tenté 
d'amener ou de maintenir une cessation concertée de travail. 
Les peines sont aggravées quand les faits précités résultent d'un 
plan concerté." Sont punis également ceux qui, à l'aide 
d'amendes, défenses, proscriptions, interdictions prononcées par 
sudte d'un plan concerté, portent atteinte au libre exercice de 
l'industrie ou du travail (i). En résuméi, depuis cette loi, les 
coalitions ne furent permises que dans les limites sus-indiquées. 
Auparavant, toute coalition était un délit. La loi de 1864 modifia 
les articles 414, 415 et 416 du Gode pénal. 

La loi du 19 mai 1874 réglem'enta le travail des enfants et 
des femmes. Elle fut complétée par plusieurs décrets, no- 
tamment par celui du 12 mai 1875 sur le travail dans les mines. 
Les enfants ne purent être employés (au jour ou à l'intérieur) 
avant 12 ans révolus, au lieu de 10 ans (décret de 1813). Les 
filles et les femmes ne purent être occupées aux travaux sou- 
terrains. Les enfants masculins de 12 à 16 ans ne purent être 
employés à l'intérieur plus de huit heures par jour, coupées 
par un repos d'une heure au moins. Certains travaux leur 
furent interdits. La loi fixait des conditions de durée du travail, 
applicables dans toutes les industries, aux femmes et aux filles. 
Le travail de nuit était, en principe, interdit (2). 

La loi du 26 mars 1877 institua une Commission pour l'étude 
des moyens propres à prévenir les explosions de grisou. 

Un arrêté du Préfet de la Loire de 1863 modifia les dimensions 
des bennes employées à la descente et à la remonte des 
ouvriers (3). 



Cf/Lssr., d(> Secours el de Retraites. — Après la dissolution 
de la grande Compagnie de la Loire, la Caisse de secours créée 



(Ij Cette (If rrii.re disposition fut abrogée par la loi du 21 mars 1884 

sur les SVM'I .i;i! ;. 

! m riKiri Histoire de la Chambre de Commerce de St-Etienne, 
1 I tservations présentées au sujet de la réglementation 

-■lA.irif . t ;iiirv:. !;l loi de 1874. 

(3) Mémorial de hi i,"ir>\ i .;.viii 1863 



— 530 — 

par cette Compagnie (v. p. 524) disparut. Les quatre Compagnies 
qui lui succédèrent organisèrent chacune une nouvelle Caisse. 
L'organisation des principales Caisses et la jurisprudence 
qu'elles motivèrent ont fait l'objet d'une brochuîre publiée en 
1869 par M. Victor Bréchignac. On y trouve les statuts des 
Caisse des diverses Sociétés (i). 

A partir de 1854 commencèrent les premières contestations 
entre ouvriers et exploitants au sujet de ces Caisses. De nom- 
breux procès furent intentés, chaque année, par des ouvriers 
aux administrateurs. La difficudté, pour le tr'ibunal, n'était pas 
de déterminer la quotité du secours dû, car les prestations 
étaient fixées par l'usage ; elle était dans la question de savoir 
si le demandeur avait droit aux secours de la Caisse. 

Dès l'origine, la jurisprudence admettait que l'accident créait 
le droit au secours, aussi bien qu'à l'indemnité à payer par 
l'exploitant. Mais quand on reconnut que les Caisses ne sub- 
sistaient que par la participation des exploitants, un© juris- 
prudence contraire, déjà vieille en 1869, décida que le droit au 
secours n'était ouvert que lorsque^ l'accident dérivait de la force 
majeure, du cas fortuit ou de la propre fautes de l'ouvrier. Quand 
rexploitant était irespon&able de l'accident, il avait charge d'in- 
demniser lui-même l'ouvrier (2). On voit d'ici à quelles 
contestations pouvaient donner lieu : la détermination de la 
responsabilité de l'accident, détermination qui ne pouvait se 
faire immédiatement et pendant laquelle l'ouvrier recevait des 
secours de la Caisse ; le caractère mixte que pouvait prendre 
cette responsabilitéi ; la fixation de la durée de l'incapacité du 
travail ; le renouvellement de l'anciienne incapacité de travail 
par le fait d'un nouvel accident, etc., etc., toutes questions que 
lo Tribunal avait à trancher en l'absence de textes précis sur 
les accidents du travail. 



(1) Bréchignac, Les caisses de secours des ouv^ners mineurs dans le bas- 
sin de la Loire (Chevalier et Bénevent, éditeurs, Saint-Etienne, 1869). 
V. dans le Bulletin de Vlndustrie minérale, 1860-61, p. 655, le règlement 
de la caisse des ouvriers mineurs de la Compagnie des Fonderies et 
Forges de la Loire et de l'Ardèche (Terrenoire, Lavoulte et Bessèges). 

(2) Bréchignac, p, 28-29. 



— 531 — 

La subvention des Compagnies à ces Caisses était volontaire. 
A l'origine, les retenues sur les salaires constituaient le seul 
actif. 

Les Compagnies géraient ces Caisses. Leur contribution était 
variable. En 1S69, on restimait à 50 % de la dépense, quoique 
pour quelques Compagnies elle fût très inférieure à cette 
proportion (i). Cette contribution volontaire remplaçait, dit 
M. Bréchignac, les obligations du décret de 1813 (art. 15, 16, 20) ; 
elle attirait les ouvriers, augmentait l'autorité des exploitants, 
évitait parfois des procès. Quelques Compagnies mettaient en 
réserve des capitaux pour constituer des pensions de retraites. 
Mais ce but était loin d'être atteint (2). 

Avec le temps, les ouvriers ou ceux qui prétendaient parler 
en leur nom avaient relevé les nombreux défauts, souvent 
réels, de ces instHutions : comptabilité ignorée des ouvriers, 
statuts changeants, sans valeur juridique, état de sujétion de 
la Caisse par rapport à l'exploitant, fortune et durée de la 
Caisse liées à l'exploitation, absence de contrôle, rupture du 
contrat de louage par le patron faisant perdre à l'ouvrier le 
bénéfice de ses retenues, etc., etc. Le mal était en germe dans 
l'institution elle-même. Depuis trente ans, ces Caisses n'avaient 
pas prospéré. « Elles ne secourent ni les malades, ni les 
vieillards, elles n'ont pu créer aucun fonds de réserve, elles 
dépensent presque autant en frais de procès qu'en distributions 
de secours. Elles se sont traînées jusqu'à nous par la force de 
l'usage, mécontentant à la fois les ouvriers et tes patrons (3). » 

De là, l'idée de la centralisation des Caisses, poursuivie à 
partir de 1864. 

Les premières négociations dans ce sens échouèrent. Puis un 
procès célèbre fut intenté par les ouvriers de deux exploitations 
importantes, en vue de la reddition des comptes et de la liqui- 
dation des Caisses de secours. Plaidées par Jules Favre, ces 
demandes furent repoussées par le Tribunal de Saint-Etienne (4). 



(1) Bréchignac, p. 16. 

(2) Ibid., p. 41. 

(3) Ibid., p 85. 

(4) V. Mémorial de la Loire, 26-31 mal, l»'-! Juin 1866. 



— 532 — 

C'est alors que fut fondée, en juin 1836, la Caisse fraternelle 
des ouvriers mineurs. 

Les Compagnies modifièrent ensuite les statuts de leurs 
Caisses et le Comité des Houillères de la Loire créa en 1869 une 
Caisse centrale. 

Les statuts de la Fraternelle figuTent dans la brochure de 
M. Bréchignac (p. 120). Sous le couvert de la mutualité, cette 
Association était un véritable syndicat. En 1868, sur 10.000 
mineurs du bassin, elle comptait 5.000 adhérents. Ses pro- 
moteurs, membres pour la plupart de V Internationale^ lan- 
cèrent la Société dans les luttes politiques lors des élections 
de 1869. Ce fut la cause d'une division, les sociétaires n'ayant 
pu se mettre d'accord sur le candidat à soutenir. La même 
année, le Bureau de la Fraternelle organisa la grève su/r les 
réclamations suivantes : centralisation des Caisses de secours, 
augmentation des salaires, journée de huit heures, ou tout au 
moins diminution des heures de travail. Cette grève aboutit à 
Féchauffourée de La Ricamarie. La Fraternelle^ ayant épuisé 
ses ressources, disparut après la déclaration de guerre de 1870. 

L'un des pirincipaux fondateurs de la Fraternelle était 
Michel Rondet, qui pendant pLus de vingt ans joua un rôle 
important dans le monde des mineurs. Très jeune encore (il 
était né en 1841, à la Ricamarie) il avait pris part à la campagne 
de Dorian, élu au Corps législatif en 1863 comme député de 
l'opposition. Il avait obtenu que Jules Favre vînt plaider à 
Saint-Etienne pour les ouvriers en 1866. Condamné après 'a 
grève de 1869, condamné une seconde fois pour sa participation 
à la Commune de 1871 à Saint-Etienne, libéré en 1877, Rondet 
ne cessa de prendrei part au mouvement politique, ouvrier et 
syndical. Secrétaire de la Fédération des Mineurs en .1884, il 
fut victime de l'ostracisme et mourut oublié en 1908 à Saint- 
Etienne. Les mineurs lui élevèrent, par souscription, une 
statue, oeuvre de Lamberton, qui fut inaugurée le 12 janvier 
1913 à la Ricamarie, sur un terrain offert par les Hospices de 
Saint-Etienne (l). 



(1) Voir les discours d'inauguration dans la Tribune, journal de 
Saint-Etienne (13 janvier 1913). Ils sont remplis de déclamations contre 
les puissances capitalistes, mais Us font le silence sur les accusations 
et les injures dont Rondet fut accablé par ses anciens amis. 



— 533 — 

La réorganisation des Caisses patronales, à la suite des dé- 
cisions judiciaires de 1866, aboutit à un léger relèvement du 
taux des secours. Les ouvriers furent acceptés dans les Conseils 
d'administration. Ces Conseils furent chargés de vérifier les 
opérations effectuées depuis le l^"" octobre 1854 jusqu'au 31 dé- 
cembre 1865. Â titre d'exemple, je cite les chiffres enregistrés 
dans le procès-verbal de vérification de la Caisse de la Société 
des Mines de la Loire, que j'ai sous les yeux : 

Les secours payés s'élevaient à 363.093 fr. 25, le produit de 
la retenue sur les salaires à 247.168 fr. 88, la subveintion de la 
Compagnie, représentée par la différence, était de 115.924 fr. 37. 
En outre, la Compagnie avait payé 78.712 fr. 72 pour secours 
extraordinaires, frais d'hospitalisation, médicaments, frais fu- 
néraires, etc. Elle avait servi pour 36.405 fr. 80 de pensions 
judiciaires. Total des dépenses à la charge de la Compagnie : 
231.042 fr. 89, égal sensiblement au montant des retenues. 

Les statuts, refondus en 1867, de la Caisse de cette Com- 
pagnie figurent dans la brochure de M. Bréchignac. Comme 
dans les statuts des autres Caisses, lies secours ne s'appliquaient 
qu'aux ouvriers blessés dans l'exécution de leurs travaux. 
Cette disposition était générale. Tout ouvrier cessant pour une 
cause quelconque de travailler pour la Société perdait ses 
droits à la Caisse. Les retenues sur les salaires étaient fixées 
par la Commission administrative, d'après les dépenses de 
l'année précédente. Les versements de la Compagnie étaient 
fixés par la Com,pa^nie elle-même. Le tautx des secours était de 
1 franc par jour ouvrable, avec 25 centimes en sus par enfant de 
moins de 12 ans ; 60 centimes pour les veuves avec le même 
supplément. Des secours extraordinaires pouvaient être accordés 
dans des cas spéciaux. L'organisation des retraites était 
prévue (1). Le Conseil d'administration de la Caisse était com- 
posé de six délégués de la Compagnie et de neuf délégués 
oiuivriers. Ces derniers délégués devaient avoir au moins 30 ans 
d'âge et 10 ans de services à la Compagnie. 



(1 A 55 aiis d'âge et 30 ans de services à la Société ou dans les 
Sociétés qui se seraient concertées pour la création d'une Caisse des 
retraites, pour les ouvriers qui ne pourraient plus, par leur travail, 
subvenir à leur existence. 

35 



- 534- 

Le& statuts dos autres Caisses, publiés par M. Bréchignac, 
sont d'une origine antérieure aux précédents. Ceux de la 
Caisse des Houillères de Rive-de-Gier, datés de 1859, pré- 
voyaient une retenue de 2 % sur les salaires et un versement 
de 1 % par la Compagnie. Les ouvriers étaient représentés au 
Conseil d'administration, mais le mode de nomination de leurs 
délégués n'était pas indiqué. Le taux des secours était de 1 franc 
par jour de travail pour les hommes mariés, 75 centimes pour 
les veufs, célibataires et veuves, 25 centimes poutr les enfants 
au-dessous de 12 ans, jusqu'à concurrence de trois enfants (ij. 
Les veuves qui se remariaient perdaient tout droit à la Caisse, 
mais recevaient un capital de deux aimées de pension, soit 
450 francs. 

La Caisse de secours des mines d'Unieux et Fraisses, réor- 
ganisée en 1865 par MM. Petin et Gaudet, concessionnaires, 
gérants des Aciéries de la Marine, prévoyait une retenue de 
3 % sur les salaires et des subventions discrétionnaires de la 
Compagnie, des secours de 1 franc par jour, plus un sup- 
plément de 25 centimes par enfant de moins de 10 ans, jusqu'à 
-concurrence de quatre enfants ; 50 centimes pour les veuves, 
avec lie même supplément. La pension cessait pour la veuve 
qui se remariait ou qui vivait en concubinage, mais les enfants 
continuaient à toucher leur pension. Les statuts prévoyaient 
des pensions de 50 centimes par jour ouvrable, pour infirmités 
à la suite de blessures contractées dans le service, et une 
retraite d'égale importance pour les ouvriers ayant 60 ans 
d'âge et 25 ans de services. Les ouvriers avaient des délégués 
au Conseil] d'administration. 

La Compagnie de Montrambert et celle des Houillères de 
Saint-Etienne étaient à la veille de modifier l'organisation de 
leur Caisse de secours. A Montrambert, la retenue, qui était 
de 2 %, avait été portée à 3 % en 1861 p). La subvention de 
la Compagnie était discrétionnaire. En 1878, les subventions de 
la Compagnie à la Caisse de secours et ses autres subventions 
aux ouvriers, depuis 1854, représentaient 72 % des secours distri- 
bués. Le taux des. secours était identique à celui de la Compagnie 



(1) Ce n'était pas fait pour encourager les familles nombreuses. Mais 
on ne connaissait pas encore dans le peuple de province le néo-malthu- 
sianisme. 

(2) Notice sur la Compagnie (Exposition de 1878). 



— 536 — 

de la Loire. A partir du i*'' janvier 1866, une retraite de 1 franc 
par jour ouvrable était accordée à tout ouvrier âgé de 60 ans, 
travaillant dans les mines de la Société ou dans celles des 
autres Sociétés ayant adopté la même mesure, et qui serait 
reconnu incapable de continuer son travail. Le Conseil d'admi- 
nistration était composé de six délégués de La Compagnie et 
de neuf délégués ouvriers élus par les ouvriers ayant plus de 
21 ans, mais choisis parmi ceux ayant au moins 30 ans d'âge 
et 10 ans de services. 

La Caisse de secoure de Roche-la-Molière et Firminy n'avait 
pas de règlement écrit. Les usages en vigueur dataient de plus 
de trente ans. A Roche, la retenue était de 1 %, le taux des 
secours de 1 fr. 50 par journée de travail pour les ouvriers 
blessés à l'intérieur (1 fr. 25 pour les jeunes gens), de 1 franc 
pour les blessés à l'extérieur (0 fr. 50 pour les trieurs). A Fir- 
miny, lia retenue était de 3 %, le taux des secours de 1 franc 
sans distinction, sauf pour les trieurs (0 fr. 50). Le taux de la 
retenue et celui des secours avaient été calculés d'après les 
dangers de l'exploitation. Les veuves recevaient, soit à Fir- 
miny, soit à Roche, 15 francs par mois, 5 francs en sus si elles 
avaient plus d'un enfant. La moitié de la pension de la veuve 
était réversible aux enfants, jusqu'au mariage ou à la majorité.i 
La Compagnie contribuait pour une « forte part » aux frais 
de la Caisse. Elle délivrait des bons de chauffage, payait les 
soins médicaux et pharmaceutiques,, les frais d'hospitalisation, 
ceux d'instruction primaire, etc. (i). 

Les statuts ou usages des Caisses des autres exploitations qui 
existaient à. cette éfpoque ne me sont pas connus. L'auteur de 
la brochure faisait une exception en faveur des Compagnies 
précitées, dans ses critiques sur l'organisation générale des 
Caisses. 

Je citerai encore la Caisise de la Chazotte, fondée en 1845. 
Le nouveau règlement, adopté en 1859, prévoyait une retenue de 
3 %, un taux de secours de 1 franc, plus 25 centimes par enfant ; 



(1) Les usages des autres Compagnies ne sonA pas Indiqués à la suite 
des statuts de leurs caisses de secours, dans Jn brochure précitée. Le 
taux différentiel des secours pour les trieurs était prévu dans quelques 
statuts. 



— 536 — 

pour la veuve, 1 franc et 25 centimes par enfant ; pour les 
orphelins de père et de mère, 50 centimes. L'ouivrier qui perdait 
l'usage d'un bras ou d'une jambe reçut 1 franc par jour, au lieu 
de 50 centimes auparavani. Ses enfants furent traités comme 
les veuves. A 30 ans de services et 60 ans d'âge, l'ouvrier 
recevait une retraite de 50 centimes par jour (i). 

Nous avons dit que le Comité des Houillères de la Loire 
étudia: et fit aboutir l'organisation d'une Caisse centrale. A la 
suite du procès de 1866, le Préfet soumit lun projet aux 
exploitants, qui fut adopté et mis à exécution en 1867 par quatre 
Compagnies seulement (La Loire, Montrambert, Saint-Etienne, 
La Péronnière) lesquelles refusaient, comme les autres Com- 
pagnies, toute participation à la Fraternelle. Ce projet fut repris 
en 1869, après la grève et avec l'acceptation de deux autres 
Compagnies (Beaubrun et Villebœuf). D'après les statuts, le 
mineur âgé de 55 ans, ayant 30 ans de services dans les Com- 
pagnies adhérentes, bénéficiait d'une retraite de 300 francs, 
augmentée de 25 francs par année supplémentaire de services. 
La pension était réversible sur la tête de^ la veuve ayant 55 ans 
d'âge et 5 ans de mariage à la mort de son mari. La Caisse 
était alimentée par des retenues sur les salaires et par une 
subvention égale des Compagnies. Elle distribuait également 
des secours aux ouvriers blessés, à leurs veuves et à leurs 
orphelins. 

Les Caisses particulières continuaient à fonctionner. Elles 
n'avaient plus à leur charge que les secours aux ouvriers dont 
les blessures étaient moins graves, et les soins et les secours à 
donner en cas de maladie aux ouvriers et à leur famille. 

Pendant les deux premiers exercices, la Caisse centrale 
servit, en pensions ou secours, une somme totale de 236.000 fr. 
en 1870, 241.000 fr. en 1871. Mille à onze cents personnes 
(blessés, veuves, enfants, retraités) étaient inscrits sur ses con- 
trôles. 

Pour alimenter les Caisses, dit M. Widmer (2), il "était fait 
sur les salaires une retenue qui variait, suivant les mines, entre 



(1) Ant. Gerest, Gazette de Saint-Etienne, juillet 1910. 

(2) Op. cit., p. 20. 



— 537 — 

2 et 3 %. Sur le produit de cette retenue, versé dans la Caisse 
particulière, celle-ci prélevait la moitié de la somme des dé- 
penses mises de son fait à la charge de la Caisse centrale. Les 
Compagnies associées s'étaient engagéets à contribuer, de leurs 
propres deniers, à ces dépenses, pour la seconde moitié, pendant 
toute la durée doii contrat. En 1895, le total des pensions servies 
aux blessés, aux veuves et aux orphelins s'élevait à 209.961 fr. 
et celui des pensions de retraite à 137.317 fr. En 1904. le Comité 
des Houillères indiquait que le montant des pensions servies 
annuellement par la Caisse centrale était de 390.000 fr. (i). 

En 1869, la Compagnie de Montrambert avait décidé que les 
anciennes subventions aiux blessés seraient calculées pour tous 
les jours de l'année, et non pour les jours ouvrables seulement. 
La pension des veuves avait été élevée de 50 à 60 centimes. 
A partir de 1869 également, cette Compagnie donnait à tous ses 
ouvriers 1 franc par jour de chômage pour cauise de maladie. 
Elle leur procurait, ainsi qu'à leurs familles, les secours mé- 
dicaux gratuits. En 1873, elle supprimait la retenue de 3 % sur 
les salaires et prenait a sa charge tous les frais de secours et 
de retraites lui incombant d'après les statuts (2). 

La Compagnie de Roche-la-Molière et Firminy ne faisait point 
partie du groupe de la Caisse centrale des retraites. Mais dès 
le 1®"" avril 1873 elle prenait à sa charge toutes les dépenses des 
pensions aux veuves et aux orphelins et des secours aux blessés : 
1 franc par jour et, en siuis, 25 centimes par enfant de 
moins de 12 ans ; 75 centimes aux veuves (1 fr. si elles avaient 
moins die 50 ans) et, en sus, 25 centimes par enfant. La Caisse 
de retraites, alimentée, comme la Caisse de secours, par les 
seuls deniers de la Compagnie, assurait à l'ouvrier âgé de 
55 ans et comptant 30 ans de services une pension de 300 francs 
réversible par moitié sur la tète de la veuve. Enfin, la Com- 
pagnie créait une Caisse de prévoyance en faveur de ses 
employés pour leur assurer un capital pendant leur vieillesse. 
Cette Caisse était alimentée par un prélèvement annuel du 
dixième sur les bénéfices de la Compagnie (3). 



(1) Notice du Comité (Exposition de Saint-Louis), p 5 

(2) Notice sur la Compagnie (Exposition de 1878), p. 31. 

^3) Notice de la Compagnie (Exposition de 1878), p. 28 et suiv. 



— 538 — 

Une Caisse de prévoyance pour les employés était créée par 
la Compagnie de Montrambert en 1881 et alimentée exclusi- 
vement par la Compagnie (1). 

A ces améliorations, qui étaient loin d'atteindre tous les 
ouvriers du bassin, Michel Rondet, délégué du Syndicat d-es 
mineurs de la Loire au Congrès ouvrier socialiste de Saint- 
Etienne en 1881, répondait par les déclarations suivantes (2) : 

Aujourd'hui, les diverses Compagnies de la Loire ont créé des 
Caisses de secours avec une retenue faite sur le maigre salaire de 
l'ouvrier, Caisses qu'elles administrent sans son concours. Par ce 
moyen, elles sonit complètement maîtresses de la Caisse, et l'ouvrier 
très souvent est obligé d'avoir recours aux tribunaux ; de plus, ces 
secours sont insuffisants, car le rude métier du mineur l'expose 
souvent aux accidents et à la maladie. Ces secours sont ainsi 
répartis : 1 franc par jour à l'ouvrier blessé, plus 25 centimes à 
chacun de ses enfants au-dessous de 12 ans ; fr. 60 par jour à la 
veuve du mineur tué à la mine, plus fr. 25 aux orphelins au- 
dessous de 12 ans. 

Depuis une dizaine d'années, six Compagnies seulement se sont 
'entendues pour faire une pension de 300 francs par an à leurs 
ouvriers ayant 55 ans d'âge et 30 ans de service à lune ou à l'autre 
des six Compagnies, ce qui fait pour chacun fr. 82 par jour. Les 
autres Compagnies font la même retenue et ne donnent point de 
pension. Il y a, dans ces exploitations, des mineurs qui, malgré 
leurs 40 années et plus de travail, ne peuvent obtenir une pension. 
Avec un pareil procédé, les neuf dixièmes des mineurs ne reçoivent 
pas de pension. 

Pour remédier à ces souffrances et permettre aux mineurs de 
s'organiser pour la grande lutte, la révolution sociale, la Chambre 
syndicale propose d'organiser une Caisse de secours et de retraites, 
centralisée et solidaire, pour les mineurs de la Loire. Cette Caisse 
serait alimentée par : une retenue proportionnelle prélevée sur le 
salaire de chaque ouvrier ; un versement par les Compagnies égal 
à la retenue faite aux ouvriers ; une retenue double de celle de 
l'ouvrier, prélevée sur les sommes payées aux redevanciers ; une 
subvention accordée par l'Etat ; les dons qui pourraient être faits 
par les particuliers. La Caisse serait administrée par un Conseil 
composé d'un tiers de délégués des Compagnies et des deux tiers 
de délégués des ouvriers. 



(1) Nous regrettons de ne pas posséder sur toutes les Compagnies des 
renseignements sur les œuvres philanthropiques d'après un plan uni- 
forme. Notre enquête n'a donné que des résultats incomplets. 

(2; Office du Travail, op. cit., p. 343. 



— 539 — 

Autres institutions ouvrières des Compagnies. — Je cite les 
créations philanthropiques de trois Compagnies pendant la 
période 1854-1880, d'après les renseignements contenus dans 
leurs notices à propos des I^xpositions. Les notices des autres 
Compagnies n'indiquent pas d'une manière précise les dates de 
ces fondations. 

La Compagnie de Roche-la-Molière créa en 1874 une première 
cité ouvrière à Roche, cité comprenant dix-huit maisons réunies 
en un seul groupe!, avec façade d'une part sur un chemin et 
de l'autre sur de très petits jardins. En i880, la Compagnie 
acheta un vaste terrain, mieiutx situé, pour y édifier une cité de 
trente-deux maisons accouplées par deux et entourées de 
jardins. Ces logements furfent beaucoup plus recherchés que les 
précédents, car ils étaient mieux situés et mieux disposés. La 
première cité avait coûté 98.600 francs. Les locations y étaient 
de 80 ou 100 francs. Chaque maison de la seconde cité avait 
coûté 3.500 francs, terrain non compris. Le prix de location était 
de 120 francs par an. 

Cette Compagnie possédait deux hôpitaux : l'hôpital Lachaux, 
fondé en 1845, et celui du Crêt, près de Roche (8 lits). L'assis- 
tance médicale continuait à être accordée à tous les ouvriers 
et à leurs familles. En 1873-74 des gratifications mensuelles, 
s'élevant au total à 10.000 francs, environ, furent allouées aux 
ouvriers à cause de la cherté de la vie. 

Le personnel recevait du charbon pour son chauffage, la 
plupart des ménages gratuitement, à raison de 6 hectolitres par 
mois. Les ouvriers étrangers à la localité recevaient en général 
1.500 kg. tous les trois mois, au prix de / fr. 50 la tonne. 

La Compagnie entretenait aussi des écoles. Toutes ces 
charges : service médical, hôpitaux, médicaments, secours 
gratuits, chauffage, écoles, fête de Sainte-Barbe, de 1873 à 1879, 
représentaient une dépense annuelle de 50 à 60.000 francs, poptée 
à 80.000 francs en 1873 et à plus de 100.000 francs en 1874, à 
cause des distributioniS de secours gratuits. Indépendamment de 
ces charges, la Caisse de secours avait coûté à la Compagnie, 
ï)endant la même période, de 88.0(X) à 122.000 francs par an. 
La Caisse des retraites, qui commençait à jouer, coûtait 
13.000 francs à la Compagnie en i879. I^a Caisse de prévoyance 
des employés, indépendamment d'une mise de fonds de 



— 540 — 

56.000 francs en 1873, recevait une subvention annuelle de 6 à 
7.000 francs. Enfin, la Compagnie allouait en 1879 pour 23 à 
24.000 francs, de dons en argent et du charbon à divers éta- 
blissements (1). 

La Compagnie de Montrambert possédait l'hospice du Montcel 
(50 lits), des salles d'asile, un ouvroir pour les jeunes filles. Elle 
subventionnait également les éooles communales, l'établis- 
sement des sourds-muets à Saint-Etienne, le Cercle musical des 
mineurs de La Ricamarie (fondé en 1865). Elle avait créé, en 
1876 un lieu de réunion sous le nom de « Cercle des Amis de 
l'Instruction », avec bibliothèque, salles de jeu, etc. Tous les 
quinze jours, le dimanche, les ingénieurs et les médecins de 
la Compagnie y faisaient des conférences aux ouvriers. 

La Compagnie évaluait à 1.630.000 francs l'ensemble de ses 
dépenses philanthropiques depuis sa fondation, en 1854, 
jusqu'en 1877 inclusivement, et à 170.000 francs la moyenne de 
ses dépenses annuelles de même nature depuis quelques 
années (2). 

Les conférences aux ouvriers sur les sciences et sur l'exploi- 
tation des mines avaient été organisées en 1877 par M. Pinel, 
ingénieur divisionnaire (3). 

La Société des Houillères de Saint-Etienne, ayant ses exploi- 
tations situiées en grande partie dans la ville, s'était moins 
préoccupée des créations de maisons, d'écoles, de magasins de 
denrées, etc. Elle subventionnait cependant diverses écoles. 
Qtuiant aux secours, la Société suivit d'abord les errements de 
l'ancienne grande Compagnie de la Loire. De 1854 à 1865, les 
dépenses de la Caisse de secours s' ét-aient élevées à 795.000 fr., 
dont 475.000 francs étaient représentés par des retenues sur les 



(1) Notices sur la CompagïLi>e (Exposit. de 1878 et 1889). 

(2) Notice sur la Compagnie (Exposit. de 1878). En 1879, ces dépenses 
s'élevaient à 155.000 francs, c'est-à-dire à 68 francs par ouvrier, non 
compris 70.000 francs de chauffage gratuit (Notice sur l'Exposit. de 1889). 
Pour la Compagnie de Roche-la-Molière, la même année, la dépense 
totale s'élevait à 198.000 francs, c'est-à-dire à 81 francs par ouvrier 
(6,70 % des salaires) ; avec la Caisse de prévoyance des employés et les 
subventions aux établissements publics, à 288.000 francs (0 fr. 46 par 
tonne). 

(3) Mémorial de la Loire, 6 mars 1889 



— 541 — 

salaires. La différence représentait la contribution de la Com- 
pagnie, à laquelle il fallait ajouter 403.000 francs de subventions 
eit secours divers. 

A partir de 1865 la Caisse de secours fut administrée, non plus 
par la Compagnie, mais par un Conseil composé du directeur 
et de sept ingénieurs ou employés et d'un nombre égal d'ou- 
vriers élus par leuirs pairs. 

De 1865 à 1869, la différence vergée par la Compagnie à la 
Caisse fut, comme pendant la période précédente, d'environ 
60 % des dépenses. De 1869 à 1880, la Société, adhérente à la 
Caisse centrale, versa tant à cette Caisse^ qu'à la Caisse parti- 
culière, ou en secours obligatoires et indemnités pour accidents, 
des sommes variant entre 114.000 francs et 158.000 francs par 
an, pour des dépenses concernant ses ouvriers (Caisse de 
secours, secours gratuits, -indemnités pour accidents), non com- 
prises les dépenses extraordinaires payées par la Compagnie 
à l'occasion des catastrophes du puits Jabin en 1871 et 1876 (i). 

La gratuité scolaire date de la loi de 1882. Mais un décret 
de 1860 stipulait, pour les enfants des mineurs, la déduction des 
frais d'école du produit brut de l'exploitation pour connaître 
le produit net servant à calculer la redevance proportionnelle. 

En somme, progrès très sensibles dans la situation du mineur 
pendant cette période. 

En 1861, un médecin de l'Hôtel-Dieu de Saint-Etienne, le 
docteur Riembault, avait publié un ouvrage important sur 
VHygiène des ouvriers mineurs (^). 



Créations émanant de V initiative ouvrière. — La Fraternelle 
de 1866 (v. p. 527) avait sombré dans les luttes politiques. Les 
autres créations furent sans conséquence à cause du personnel 
très limité auquel elles s'appliquaient. Mais la fin de cette pé- 
riode vit la naissance des Syndicats, que la Fraternelle avait 
devancés. 



(1) Notice de la Compagnie (Exposition d'économie sociale, 1889). Les 
indemnités payées k la stiite de ju^'oments sont comprises dans ces 
sommes. 

(2) Paris, Baillère et fils édlt. 



— 542 — 

Une Société de Secours mutuels des mineurs de Sorbiers fut 
créée en 1859. Elle comptait au début 20 membres actifs, 3 ho- 
noraires. Quarante ans plus tard, elle avait 178 membres actifs 
et 2 honoraires et possédait un avoir de 24.000 francs (l). 

Une modeste coopérative de production, la première Mine 
aux Mineurs^ fut constituée en 1868 sous le nom de Compagnie 
nouvelle du Ban. Son histoire est exposée dans plusieurs ou- 
vrages p). L'exploitation Meunier, à Gellieu, près de Rive-de- 
Gier, ayant été arrêtée parce que la mine était considénôe comme 
épuiisée, 8 mineurs de cette ecxploitation s'associèrent, achetèrent 
la mine et l'exploitèrent pour leur compte avec le concours 
d'auxiliaires en nombre variable. Suivant les années, le nombre 
des travailleurs oscilla entre 15 et 40, associés compris. De 1868 
à 1885, l'extraction fut de 62.000 tonnes. Le salaire des associés 
ressortit en moyenne à 6 fr. 50 par jour. lia mine, complètement 
épuisée, fut vendiue en 1888 à la Compagnie des mines de ^-a 
Haute-Gappe. 

Le premier Syndicat ouvrier (abstraction faite diu Conùté 
central de 1848 et de la Fraternelle de 1869, qui étaient des 
syndicats déguisés) fut créée en 1876 sous le nom de Chambre 
syndicale des Mineurs de la Loire. L'Office du Travail a publié 
un extrait de ses statuts {op. cit., p. 341]. Elle compta au début 
1.800 membres et tomba à 50 en 1880. A pa;rtir de cette date 
elle prit une nou^velle activité, sous rimpailsion dei Michel 
Rondet, condamné pour sa participation à la Gommune à Saint- 
Etienne en 1871 et revenu à Saint-Etienne en 1877. 

Une Chœmbre syndicale des Mineurs du bassin du Gier, créée 
en 1878, groupa au début 120 ouvriers de la Compagnie de Rive- 
de-Gier. 

En août 1878, quatre ceints mineurs réunis à Rive-de-Gier, 
après avoir entendu MM. Arbel, sénateur, Richarme et 
Bertholon, députés, demandèrent le vote d'une loi sur les Syn- 
dicats et la création de Prud'hommes mineurs (3). 



(1) Office du Travail, op. cit., p. 334. 

(2) Laur, La Mine -aux Mineurs (Paris, Dentu, 1887). — Leseure, Histo- 
rique des Mines de houille de la Loire, p. 3^1. — Office du Travail, op. ait,. 
p 337, _ Joseph Bréchignac, La Mine aux Mineurs de Monthieux, ch. III. 

(3) V. Mémorial de la Loire, 26 août 1878. 



— 543 — 
,^ IV. — PÉRIODE 1880-1900 



LÉGISLATION ET RÉGLEMENTATION OUVRIÈRES. — A la Suite dU 

déplacement de l'axe de la politique intérieiure, les lois ins- 
pirées par le souci des intérêts des travailleurs et aussi par le 
souci électoral devinrent très nombreuses. Des catastrophes 
minières émurent justement l'opinion et décidèrent le vote de 
quelques-unes d'entre elles. 

Toutes les lois ouvrières ne sont pas spéciales aux mineurs. 
Mais, comme les mineiuiris sont à « ravant^garde du monde du 
travail », les lois ouvrières générales les intére?sent à un degré 
éminent. 

J'ai cité d'autre part les règlements locaux sur la police des 
mines et notamment l'arrêté préfectoral du l*'" septembre 1895 
sur les mines à grisou (l). Par décret du 12 février 1887, le 
Gouvernement institua une Commission pour l'étude de l'emploi 
des explosifs dans les mines dont il s'agit. 



La loi sur les délégués mineurs (8 juillet 1890), réclamée si 
souvent par les Syndicats, fut votée pendant la période des 
grandes catastrophes minières de la Loire (1887-1891). Ces dé- 
légués visitent les travaux souterrains dans le but exclusif 
d'en examiner les conditions de sécurité pour le personnel. En 
cas d'accidents, ils examinent les causes qui les ont produits et 
et les circonstances qui les ont accompagnés. Je laisse aux 
hommes de l'art le soin d'apprécier le fonctionnement de l'ins- 
titution. Depuis quelques années, un journal de Saint-Etienne 
publie les rapports de ces délégués. Ce sont le plus souvent des 
réquisitoires contre les Compagnies, auxquels d'ailleurs, en 
principe, il n'est jamais répondu. 

La loi du 2 novembre 1892 sur le travail des enfants et des 
femmes a maintenu l'interdiction d'employer les femmes dans 
les travaux souterrains. îjes enfants du sexe masculin peoivent 
y être admis dans les conditions d'âge indiquées pour les autres 



(1) Bncueil des actes administratifs de la Préfedurt, 18%, p. 193. 
Bulletin de Vlndustric minérale, IW[>, p. 717. 



— 544 — 

industries : 13 ans au minimum, 12 ans pour ceux ayant leur 
certificat médical et le certificat d'études. La durée du travail 
pour le personnel protégé est plus limitée que dans la loi de 
1874. Il me paraît inutile d'insister sur les dispositions de cette 
loi et des décrets rendus pour son exécution (i). 

La loi du 12 juin 1893 sur l'hygiène et la sécurité des tra- 
vailleurs n'est pas applicable aux mines. Mais elle est appli- 
cable aux établissements industriels qui leur sont annexés en 
fait, sans en être la dépendance légale P). 

Nous reviendons sur la loi de 1894 relative aux Caisses de 
secours. 

La loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail a posé le 
principe du risiquie professionnel et du règlement à forfait des 
indemnités, laissés jusque-là à l'appréciation des tribunaux (3). 

Les journaux de l'époque, en rendant compte des procès in- 
tentés à des ingénieurs à la suite des catastrophes minières, 
indiquent comment la responsabilité minière patronale ou sous- 
patronale fut appréciée au point de vue pénal par les tribunaux. 
J'indique au chapitre de la situation générale quelles furent ces 
catastrophes (puits Ghâtelus, Verpilleux, Villebœuf, de la Ma- 
nufacture, etc...) (4). 

Il résulte d'une statistique pour l'ensemble des houillères 
françaises que la proportion du nombre des ouvriers tués par 
accident, par rapport à rensemble des ouvriers des houillères, 
n'a cessé de décroître de 1850 à 1902. De 34 pour 10.000 en 
1850-57, elle est tombée à 11 (exactement 10,92) en 1902. Si on 
ne considère que les ouvriers du fond, cette proportion est 
tombée de 47 à 12 pour 10.000 ouvriers, pendant la même 
période (5). 



(1) V. le Cours de Législation des Mines de M. Etienne, p. 296 et suiv. 

(2) Circul. 27 mars, 5 juillet 1894. 

(3) V. dans VHistoire de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne, 
p. 310, une demande de la Chambre et du Comité des Houillères pour 
mettre à la charge des Caisses de secours les soins aux blessés et le 
paiement de l'indemnité pour incapacité temporaire. 

(4) V. notamment Mémorial d\e la Loire, 4 et 8 sept. 1890, 7 et 25 janv. 
1891, 17 déc. 1892 

(5) V. cette statistique dans Etienne, Cours de Législation minérale, 
p. 315. 



-545- 

Dans l'enquête parlementaire de 1884 sur la situation des 
ouvriers de Lyon et de Saint-Etienne (enquête des 44), le rap- 
porteur, M. de Lanessan, indiquait, d'après M. Laur, les incon- 
vénients de la législation antérieure à l'adoption du principe 
du risque professionnel (i) : 

Prenons un exemple : Voici un ouvrier mineur, il descend dans le 
puits, arrive dans son chantier. Tout y est en ordre, les boiseurs 
sont venus et ont mis les étais nécessaires, le gouverneur ou porion 
a sondé à l'aide du pic le toit du chantier. Auciui son fêlé caracté- 
ristique, aucun danger apparent. Néanmoins, au bout d'une heure, 
par suite d'une cassure inaperçue, d'une surface de glissement 
imprévue et fréquente, d'un miroir enfin, un bloc se détache de la 
voûte, l'homme est atteint, il meurt écrasé. 

Voyons ce qui va se passer au point de vue de la responsabilité 
de l'accident. 

Au bout d'un jour ou deux,' le garde-mines descend, prend un 
petit croquis du chantier, le nom du mort, quelques notes sous la 
dictée de l'ingénieur de la mine qui dépose. On appelle le gouver- 
neur qui a sondé le toit ; quelques ouvriers, compagnons du mort, 
sont entendus aussi, séance tenante. Enfin, huit jours après, les 
ingénieurs des mines mettent au bas du rapport du garde-mines 
que l'accident est dû à lui cas fortuit, et qu'il n'y a pas lieu de 
poursuivre correctiofmellement l'ingénieur de la mine. C'est la 
formule- 

Souvent les choses en restent là, parce que la veuve et les parents 
du mort savent bien qu'il n'y a rien à faire. Quelquefois cependant, 
ils s'entêtent, forts de leur bon droit, forts des circonstances drama- 
tiques de cette mort. Ils ne peuvent concevoir, malgré tous les 
raisorinements des avoués, que cet homme, employé de la mine, tué 
dans la mine sans avoir rien fait pour causer sa mort, victime de 
son devoir professionnel, ayant versé à la Caisse de secours enfin, 
ne doive pas être indemnisé dans la personne de ses ayants droit, 
par la Compagnie des mines. 

Alors, il y a procès, et six ou huit mois après l'accident la veuve 
intente une action judiciaire, où elle a contre elle : le point de droit 
(cas fortuit), le rapport du garde-mines, seule pièce authentique sur 
laquelle nous, experts, nous puissions statuer, l'ingénieur, le gou- 
verneur et les ouvriers encore dans la mine. Aucun document 
contradictoire. Nous, experts, nous entendons généralement quel- 
ques témoins, et nous concluons fatalement à l'irresponsabilité de 
la Compagnie. 

Tout compte fait, la veuve et les enfants ont encore un millier 
de francs de moins à leur avoir. 



(1) Chambre des Déput-és, documftnts parlenventalres, 1884, p. 2306. 



— 546 — 

D'autres fois, l'ouvrier a commis une imprudence, le gouverneur 
lui a dit, en passant, de buter telle paroi menaçante de son chantier. 
Il a répondu : oui, et, insouciant du danger (comme on le devient 
dans toutes les mines), il renvoie à la minute suivante ce qui ne 
doit pas être différé. La paroi s'éboule, il meurt. 

La seule parole du gouverneur, souvent dite vaguement, d'une 
manière générale, comme acquit de conscience, suffit pour dégager 
la responsabilité de la Compagnie. Le rapport du garde-mines 
consigne cette parole, elle suit dans toutes les enquêtes, et la veuve 
n'a aucun espoir de voir sa cause triompher : « Il y a eu imprudence 
de la part de l'ouvrier tué I » 

Ce que je dis des morts a lieu pour les blessés, et j'ajouterai 
comme fait caractéristique que je n'ai statué dans aucune affaire 
d'accidents où la Compagnie pour sa défense n'ait soulevé la ques- 
tion d'imprudence, de cas fortuit ou de force majeure. Il est, en 
effet, toujours possible de trouver quelque raison dans les nom- 
breux règlements, dans les prescriptions faites de vive voix, dans les 
ordres donnés aux gouverneurs, etc., etc. Je ne blâme pas la mine 
qui se défend avec des armes légales, je constate. 

Et puis, le vice originel est toujours dans le rapport du garde- 
mines, rapport incontrôlé, non contradictoire. C'est ce point qui a 
fait aboutir à la nomination des délégués mineurs dans la nouvelle 
loi proposée. L'ouvrier blessé serait dans ce cas représenté avant le 
changement de l'état de lieux, au moment voulu, et les constatations 
contradictoires suivraient l'enquête judiciaire ultérieure. 

M. Laur demande que « la mine soit responsable dans les cas 
d'accidents intérieurs, même fortuits ». 

La Commission parlementaire avait conclu également au 
principe de la limitation des heures de travail dans les mines, 
réclamée au Congrès socialiste de 1881 et au Parlement en 1882. 

Les mineurs prirent une part importante à la manifestation 
ouvrière du 1^"" mai 1890 — la première en date — pour réclamer 
les « Trois-Huit ». 



Le legs Sauzéa. — Avant d'aborder la question des Caisses de 
secours et de retraites pendant cette période de 1880-1900, il 
faut signaler le legs généreux de M. Hippolyte Sauzéa en faveur 
des ouvriers mineurs blessés. 

Quand, partant de Saint-Etienne, vous suive^z rancienne route 
royale de Lyon, par la Montât, vous apercevez à gauche, après 
avoir dépassé la Montât,, les ruines à peine distinctes d'un 



— 547 — 

ancien château dominant une prairie et un verger. C'était là 
le château de Monteil, dont M. Broutin a écrit l'histoire. 

Ce château, construit au xvii* siècle par un d'Allard, en avait 
remplacé un autre très ancien. L'écrivain stéphanois du xvr- 
xvir siècle, Marcellin Allard, était de cettei famille. Au xviii' 
le château devint la propriété de la famille Sauzéa, qui se disait 
originaire d'Espagne et venue en France à la suite des routiers 
du XV* siècle (i). 

Il y a quarante ans, ce château, très dégradé, était habité par 
un octogénaire, Hippolyte de Sauizéa, qui mourut en laissant 
une fortune que l'imagination populaire affirmait colossale. 
C'était un des plus grands propriétaires fonciers et tréfonciers 
de l'arrondissement. On lui connaissait plus de cent fermiers. 
Malgré sa fortune, il vivait parcimonieusement, sordidement 
même. Il avait été inscrit au barreau et avait plaidé souvent 
contre les Compagnies de mines aoii sujet des redevances de ses 
tréfonds. Il avait écrit contre les Compagnies et en faveur des 
Caisses de secours. Il faisait beaucoup de bien, mais le plus 
discrètement possible, comme le jour, par exemple, où il fit 
un don anonyme de 50.000 francs au Bureaui de bienfaisance. 
Il allait jusqu'à économiser sur la journée des ouvriers pour en- 
richir un jour les malheureux p). 

Il mourut le 15 juin 1883. Ses immeubles furent estimés à 
2.469.986 francs, ses redevances tréfoncières à 104.574 francs 
en moyenne par an. Par ses testaments (il y en avait une série) 
Sauzéa manifestait la volonté de laisser la majeure partie de 
sa fortune aux hospices, à la condition de délivrer de nombreux 
legs particuliers, et surtout : 1" de fonder et d'entretenir une 
institution d'arbitrage pouir éviter les procès et indemniser les 
victimes d'erreurs judiciaires ; 2** d'organiser des secours pour 
les ouvriers mineurs blessés et leurs familles. 

H. Sauzéa n'avait comme héritiers naturels que des neveux, 
à Saint-Etienne et à Saint-Chamond, en général fort riches. H 



(1) V. Broutin, Les châteaux historiques du Forez, I, p. 289. Cette 
origine est purement Imaginaire. Sauzéa a la niême origine que SaiKet, 
Duzauzey, Saussaye, Sauze, etc., noms fort répandus (v. Gai-LEY, VElec- 
lion de Saint-Etienne, ji. 271). 

(2) V. Tony Joannon : Hippojytr de Sauzéa, su rir, sr.s œuvres et son 
testament fl^aris. Aiif,^oi (''dit., lHSr>). p. 223. 



-548- 

ne les fréquentait guère. Il leur laissa quelques avantages no- 
tables, mais il y avait loin de ces avantages à l'importance du 
legs fait aux Hospices. 

Les Hospices acceptèrent. Les héritiers attaquèrent le tes- 
tament prétendant que c'était « une œuvre inconsciente et sans 
valeur ». Ils contestèrent surtout la validité des conditions. 
Très jeune à cette époque, je me rappelle combien l'opinion 
publique bénissait la mémoire du vieil original et appréciait 
sévèrement l'attitude des héritiers. Le jugement du Tribunal 
civil (6 avril 1885), repoussant les prétentions des héritiers, fut 
commenté favorablement dans toutes les familles (i). 

Les héritiers en appelèrent à la Cour de Lyon, « en deimandant 
l'annulation du testament à raison de l'état d'esprit du tes- 
tateur ». Mais bientôt ils vinrent à comiposition et consentirent 
notamment à l'affectation du tiers des redevances tréfoncières 
auK ouvriers mineurs blessés. Cette destination du tiers des 
redevances était prévue dans le testament du 16 juillet 1882, 

La Cour d'appel de Lyon (28 juillet 1886) reconnut que Sauzéa 
était en état de disposer de sa fortune. Elle déclara non valable 
la libéralité relative à la création de la Société des arbitrages. 

Après bien des formalités, après qu'une Société des ouvriers 
mineurs blessés se fuit constituée pour la répartition des secours, 
combinaison qui fut écartée par l'Administration supérieure, 
un décret en Conseil d'Etat du 26 juillet 1889 autorisa les Hos- 
pices à accepter le legs universel Sauzéa, et créa, comme annexe 
des Hospices, sous le nom de Fondation Sauzéa^ une Caisse de 
secours aux ouvriers mineurs blessés du département de la 
Loire et à leurs familles. Le même décret approuva la déli- 
bération de la Commission des Hospices allouant à cette Caisse 
une somme de 100.000 francs pour accroître l'émolument du 
legs Sauzéa en faveur des mineurs. Les statuts de la nouvelle 
institution, qui reçut la personnalité civile, étaient annexés au 
décret. Un règlement intérieur, voté par le Comité de répartition 
des secours, fut approuvé par le Préfet, le 14 septembrei 1892 P). 



(1) V. p. le testament le Mémorial de la Loire, 16 juin 1883 et jours 
suivants. 

(3) Ce décret, ces statuts et ce règlement ont été publiés par M. Lefort, 
avocat au Conseil d'Etat, dans l'historique de la Fondation Sauzéa 
{Revue de Législation des Mines et Statistique des Houillères en France 
et en Belgique, 1890, p .74 et 1894, p 65). 



— 549 — 

En résumé, oette Caisse reçut le tiers du produit des tréfonds 
Sauzéa. Les Hospices eurent tous les domaines, non compris 
les tréfonds. 

La Fondation Sauzéa a réparti, depuis l'origine jusqu'en 19i::l 
inclusivement, une somme totale de 682.416 fr. 25, dont : 

Blessés Veuves Orphelins Ascendants 

20.233 fr. 10 en 1909 entre 1.136 482 15 42 

27.207 fr. 45 en 1^10 entre .... 1.207 489 H 41 

21.725 fr. 10 en 1911 entre 1.212 443 13 34 

12.416 (p. 70 en 1912 entre 1,257 447 7 36 

18.728 fr. 00 en 1913 entre 1.257 438 8 32 

Les 18.728 francs répartis en, 1913, entre 1.735 personnes, ne 
représentent en moyenne que 10 francs par assisté. 

Les Caisses de secours et de retraites (i). — La Commission 
parlementaire des Quarante-quatre, dans son enquête de 1884, 
aborda la question des Caisses de secours et de retraites. Elle 
estima : que les retenues sur les salaires devaient être rem- 
boursées à l'ouvrier qui quittait la Compagnie pour une cause 
quelconque ; que les ouvriers devaient participer d'une façon 
effective à l'administration des Caisses ; que les conditions 
d'admission à la retraite devaient être abaissées à 50 ans d'âge 
et 25 ans de services ; que l'Etat ne devait pasi subventionner 
ces institutions, afin de n'être pas appelé à subventionner 
d'autres institutions analogues, mais qu'il pouvait imposer la 
création de ces Caisses aux Compagnies. Enfin, la Commission 
proposait d'abaisser les redevances tréfoncières pour augmenter 
les versements des Compagnies aux Caisses de secours. « Les 
propriétaires tréfonciers seraient mal venus à se plaindre, disait 
la Commission, car ils jouissent d'ume situation absolument 
privilégiée, inconnue à ceux de toutes les autres régions houil- 
lères, et les redevances considérables qu'ils ont perçues ont 
déjà payé plusieurs fois leurs propriétés (2). » 



(1) Voir pour les périodes antérieures, p. 505, 516, 524. 

(2) La Chambre syndicale des Mjneurs de la Loire, dans ses revendi- 
cations au Parlement, en 1882, demandait la retraite A 2 francs par jour 
après 25 ans de travail, sans corKlitlon d'â^e. et un pr<^lèvement de 10 % 
sur les redevances trôfoncières au profit des cai.sses de secours (Office 
(lu Travail, op. ril.^ p. 345). 



— 550 — 

L'Exposition de 1889 mit en lumière, un© fois de pkiiS, les 
institutions ouvrières des Compagnies. Quatre Sociétés de la 
Loire obtinrent des médailles d'argent dans le Groupe de 
l'Economio sociale et publièrent des notices que je ne possède 
qu'en partie. Le rapport de M. Gheyason sur les institutions 
patronales est une étude d'ensemble qui ne peut servir pour des 
études monographiques (l). 

En 1891, la ville de Saint-Etienne organisa une exposition 
sur laquelle M. Marins Vachon a écrit un livre intéressant. 
Bien que la section des mines n'ait pas fait figurer à cette expo- 
sition des renseignements sur les instituitions ouvrières, 
M. Vachon fît un exposé rapide de ces institutions : 

Les Compagnies des mines de la Loire, de M ont r ami) est, de Saint- 
Etienne, de la Péronnière, de Villebœuf et de Beaubrun ont 
constitué une caisse centrale de pensions, qui reçoit annuellement 
de chacune d'elles une somme proportionnelle pour ses dépenses, 
et qui s" est constitué, au moyen d'un versement supplémentaire de 
25 %, un fonds de réserve assurant dès la première heure le service 
des pensions acquises. Cette caisse donne 300 francs de retraite à 
l'ouvrier ayant 55 ans d'âge et 30 années de service dans les usines 
de l'une ou l'autre Société adhérente. Cette pension est augmentée 
de 25 francs pour chaque année de travail accomplie depuis le titre 
acquis à la retraite, La veuve de l'ouvrier décédé en possession de 
la retraite, ou ayant acquis le droit d'en obtenir la liquidation, 
reçoit la moitié de la pension, pourvu qu'elle ait 55 ans et qu'elle 
ait été mariée depuis cinq ans. L'administration de la caisse centrale 
est confiée à un Conseil de vingt-deux membres, dont onze sont 
délégués par les Compagnies, et onze par les ouvriers. 

Chaque Compagnie a, en outre de cette caisse centrale, une caisse 
particuhère fonctionnant par des retenues de salaires, ou* à l'aide 
de versements des Conseils d'administration. 

Dans le dernier bilan de la Société de Montrambert, présenté à 
l'Assamblée générale du 28 mars 1891, les frais de secours et 
indemnités aux blessés, aux malades, pour les écoles, l'hospice et 
les pensions de retraite, s'élèvent à 231.217 francs, soit environ 5 % 
des bénéfices de l'année. Le Conseil d'administration a proposé 
d'élever en 1891, de 40.000 francs pour la première année, et progres- 
sivement dans des proportions plus fortes encore pendant quinze ans, 
le fonds des retraites et des secours aux veuves et aux blessés perma- 
nents. La Compagnie a fondé en 1876 un hôpital de cinquante lits. 



(1) Groupe de l'Economie sociaie, 2® partie, p. 351-517 (Rapp. du jury). 
Ce rapport ne renferme des renseignements analytiques que pour les 
exposants ayant obtenu un grand prix. 



— 551 — 

avec pharmacie, bains. La Société possède au village du Montcel- 
Ricamarie des salles d'asile et deux écoles, une pour les garçons, 
l'autre pour les filles, qui reçoivent tous les enfants que les ouvriers 
veulent y envoyer. Les salles d'asile gardent les enfants des deux 
sexes, jusqu'à l'âge de 7 ans ; leur nombre varie entre 230 et 250. 
L'école des garçons renferme six classes, contenant ensemble de 300 
à 320 élèves. La classe supérieure prépare les enfants pour l'obten- 
tion du certificat d'études primaires. L'école des filles, qui contient 
cinq classes, est suivie par 220 élèves. Celles des classes supérieures 
peuvent aussi se présenter pour obtenir le même certificat. Elles 
apprennent les travaux d'aiguille dans un ouvroir annexé à l'école. 

Le compte de l'exercice 1890, dans la Société des mines de la 
Loire, fait figurer au chapitre des secours et subventions aux écoles 
une somme de 85.432 francs, soit environ 9 % des bénéfices de 
l'année. Depuis 1870, la caisse de retraite et de secours de la Société 
a été réorganisée. Sans augmenter la retenue de 3 % sur les 
salaires, elle fournit, en outre, des secours exclusivement accordés 
par la première aux blessés, aux veuves et orphelins des ouvriers 
morts des suites de leurs blessures, tous les soins médicaux, les 
secours en argent aux malades, et assure des pensions de retraite. 
Par suite du fonctionnement parallèle de la caisse de retraites et 
de la caisse centrale, la Compagnie des mines de la Loire assure : 
1** un franc par jour à l'ouvrier blessé, avec un supplément de 
fr. 25 pour chaque enfant au-dessous de 12 ans ; 2° un franc par 
jour à l'ouvrier malade, après le cinquième jour de sa maladie ; 
cette allocation cesse au bout de six mois ; 3° des secours extraordi- 
naires aux ouviiers et à leur famiUe dans une situation particulière- 
ment intéressante, après décision du Conseil d'administration ; 
4° fr. 60 par jour à la veuve, et ir. 25 à chacun des entants de 
l'ouvrier mort des suites de ses blessures ; la pension de la veuve 
est supprimée si elle se remarie ; 5° 300 francs de retraite à l'ouvrier 
ayant 55 ans d'âge et 30 années de services dans les mines qui ont 
adhéré à la caisse centrale. Les ouvriers de la Société, habitant à 
Saint-Etienne ou aux environs, sont mêlés au reste de la population. 
Dans ces conditions, des écoles spéciales paraissaient inutiles. 

Avant la nouvelle loi sur l'instruction primaire, la Société assu- 
rait la gratuité aux enfants de ses ouvriers par des subventions 
convenables. Aujourd'hui, elle paye encore des cours d'adultes, 
donne gratuitement les fournitures scolaires et accorde des livrets 
de caisse d'épargne aux enfants (jui obtiennent le certificat 
d'études. 

Aux Houillères de Saint-Etienne, le chiffre des secours divers 
accordés en l^JO s'est élevé à 232.904 francs, soit plus de 11 % des 
bénéfices de l'année. La Compagnie possède, au Soleil, un hospice 
dont l'entretien a coûté, pendant la même période, 17.850 francs ; 
à Firminy et Roche-la-Molière, le compte « ét4il)li.ss<Mnent hospitalier, 
caisse de secours, subventions au.x veuves, dons et pensions», atteint 



— 552 — 

presque 250.000 francs, soit plus de 8 % des bénéfices nets de l'exer- 
cice. La Compagnie a fondé deux hospices, contenant vingt-huit lits, 
dont la dépense, avec les secours à domicile, s'élève à 70.000 francs 
environ. Une caisse de retraites pour les vieux ouvriers fonctionne 
depuis 1873, alimentée exclusivement par le Conseil d'administra- 
tion. La pension, assurée à partir de 55 ans, est variable suivant 
l'emploi de l'ouvrier, elle n'est jamais moindre de 300 frariics et 
représente souvent le double. La Compagnie, de ce chef, a dépensé, 
en 1890, plus de 60-000 francs. Elle alloue annuellement de 6 à 
8.000 francs de subventions à une caisse de prévoyance pour les 
employés, qui a reçu, lors de sa fondation, un don exceptionnel de 
55.000 francs. Deux cités ouvrières, comprenant 50 maisons avec jar- 
dinets, qui se louent 120 et 180 francs par an, ont été bâties à Roche. 
La Compagnie entretient, à Roche et à Firminy, deux asiles, qui 
reçoivent annuellement 350 enfants, une école professionnelle de 
filles et diverses écoles féminines de hameaux, dont la population 
est de 205 élèves en moyenne. 

Ajoutons qu'on 1890 la Compagnie de Montrambert avait 
majoré les retraites de façon à porter le taux de la pension à 
i fr. 50 par jour (547 fr. 50 par an) pour les ouvriers de l'in- 
térieur, et à 1 fr. 25 pour oeiux de l'extérieur. On sait que cette 
Compagnie avait oessé, depuis 1873, de faire subir une retenue 
sur les salaires. En outre, la pension des blessés permanents 
était élevée de i fr. à 1 fr. 50, celle des veuves de fr. 60 A 
f r. 75, non compris fr. 25 pour chaque enfant. 

La Compagnie de la Péronnière avait réalisé des améliorations 
analogues à oelles de Montrambert. 

La Compagnie de Roche-la-Molière construisit en 1882 sa 
cité ouvrière de Lanlyre, composée de seize maisons doubles 
avec jardins, et en 1890 sa cité des Vialles, comprenant douze 
logements loués de 90 à 100 francs. Le taux de la pension de 
secours fut porté à 1 fr. 50 pour les hommes, à fr. 75 pour 
les femmes. Le taux des pensions de retraite fut modifié en 
1892 : 520 francs pour les o-uivriers de l'intérieur, 440 francs 
pour ceux de l'extérieur, à 55 ans d'âge et 30 ans de services. 

La Société des Houillères de Sàint-Etienne avait versé, de 
1869 à 1888, à la Caisse centrale de secours ou à la Caisse par- 
ticulière, ou encore en secours obligatoires et indemnités pour 
accidents, une somme de 2.667.000 francs. 

Je regrette de ne pas posséder des renseignements sur les 
autres Sociétés. A la Chazotte, en 1889, on assimila les malades 



553 — 



aux bliesaéts et on porta- la retenu© sur les salaires de 3 à 5 % 
pour parer aux nouvelles dépenses (i). 



En 1883, le Gouvernement avait ordonné une enquête sur les 
institutions de prévoyance dans les houillères. Les résultats 
furent consignés dans le rapport de M. Keller, ingénieur en 
chef (25 janvier 1884). En 1892, une nouvelle enquête, spéciale 
aux Caisses de secours et de retraites, fut ouverte. 

Une série de propositions de loi sur ces Caisses avaient été 
déposées de 1880 à 1883 p). Elles firent l'objet d'un rapport de 
M. Mazeron (1885) dont le dispositif fut repris, à titre de pro- 
position de loi, par M. Audiffred, député de la Loire, dans la 
législature suivante. M. Audiffred fut également rapporteur 
de sa proposition et de celle de> M. Brousse (1887). Discutée à 
la Chambre en 1888, ballottée entre la Chambre et le Sénat, 
rapportée de nouveau par M. Audiffred, la proposition ne 
devint loi que le 9 juin 1894 (3). Elle a été complétée par des 
décrets (25 juillet et 14 août 1894) et modifiée, avant 1900, par 
les lois des 19 décembre 1894 et 16 juillet 1896. 

La loi de 1894 distingue les pemsions de retraites des Sociétés 
de secours. Pour les pensions, le prélèvement minimvm sur 
les salaires et le versement de l'exploitant sont de 2 % respec- 
tivement (total 4 %), susceptibles d'augmentation si les deux 
parties sont d'accord. L'entrée en jouissance est fixée à 55 ans 



(1) V. sur cette caisse, ♦p. 530. Cette concession, depuis 1876, était la 
propriété de la Compagnie P.-ÎL..-M., qui suivit les errements de la 
Compagnie de la Chazotte. Les lil>éralit'és des Compagnies devraient 
être comparées aux redevances tréfoncières et aux dividendes. Mais je 
n'ai pas en mains tous les éléments du problème. 

(2) V. l'énumération dans Widmer, op. cit., p. 178-179. MM. Brossard, 
Marins Ghavanne, Girodet, députés de la Loire, étaient au nombre des 
auteur die ces propositions. Sur la proposition Brossard, v. le Mémorial 
de la Loire, 1«' janvier 1883. V. également le Correspondant du 26 dé- 
cembre 1882. 

(3) V. dans mon Histoire de la Chambre de Commerce de Sl-Etienne, 
p. 312, les observations au sujet de oert-te loi. V. au sujet de l'application 
le rapport de l'Ingénieur en chef des Mines au Préfet (Conseil général 
de la Loire, session d'aotit 1895, p. 737). 



— 554 — 

et peut être différée. Les versements s'effectuent, soit à la Caisse 
nationale des retraites pour la vieillesse, soit à une Caisse patro- 
nale ou syndicale spécialement autorisée, dont las fonds doivent 
êtrei employés en valeurs nominatives déterminées, caisse 
contrôlée par l'Administration des Finances et administrée dans 
les conditions des décrets d'autorisation. Les sommes inscrites 
au nom de chaque ouvrier sont transférées, le cas échéant, à 
une autre Caisse ou à la Caisse des retraites pour la vieillesse. 

Les Caisses des Sociétés de secours sont alimentées par une 
retenue maxima de 2 % du salaire, par un versement patronal 
égal à la moitié de celui des ouvriers, par des amendes, 
par des subventions de l'Etat et, le cas échéant, par des dons 
et legs. L'Administration de ces Sociétés appartient, pour un 
tiers, aux représentants des exploitants, pouir les deux tiers 
à ceux des ouvriers. Le mode d'élection est fixé par la loi. Le 
premier Conseil d'administration dresse les statuts et les 
soumet à l'approbation de l'autorité supérieure. 

Dans la Loire, pour les retraites, la loi de 1894 fut appliquée 
aux ouvriers embauchés posté riieurement à sa promulgation. 
Pour les anciens ouvriers, les droits à la retraite étaient en 
cours d'acquisition. Conformément à la loi, ils furent appelés 
à opter entre la retraite légale et celle de la Caisse centrale des 
Compagnies. La majorité des ouvriers opta pour la Caisse 
centrale. 

Pour la Compagnie de Villebœuf, la liquidation de la Caisse 
fut faite par la Commission arbitrale instituée par le légis- 
lateur (1). Les autres Sociétés adhérentes au Comité des 
Houillères de la Loire avaient proposé de recourir également à 
cette Commission. La majorité des votants opta pour ce procédé, 
mais le quantum par rapport aux électeuirs inscrits ne fut pas 
atteint. Conformément à la loi, il fallut s'adresser au Tribunal, 
qui homologua le mode de liquidation que la Commission 
arbitrale avait institué. 

La Caisse centrale du Comité des Houillères de la Loire, en 
1894, avait distribué 127.000 francs de pensions de retraites et 
272.000 francs de pensions de secours. 



(1) La sentence de cette Commi'ssion figure dans les réponses du 
Comité des Houillères de la Loire à l'enquête parlementaire sur le? 
Mines (1902). 



— 555 — 

Pour les secours de maladie, il n'y avait pas de droits en 
cours d'acquisition à sauvegarder, sinon pour les ouvriers en 
traitement au moment de la transformation. Le service des 
secours fut donc transféré de l'ancienne institution à la nou- 
velle, sans grandes diffiouiltés. 

La loi de 1^94 laissait en dehors de . ses prescriptions la 
question des accidents du travail. Les pensions acquises ne 
changeaient rien à la situation des bénéficiaires. On pourvut, 
par des moyens provisoires et variables suivant les Compagnies, 
aux mesures pour la garantie des ouvriers dans l'avenir, 
mesures remplacées par la loi de 1898 sur les accidents du 
travail. En général, le service des pensions acquises fut à 
la charge exclusive des exploitants et, dans quelques cas rares, 
à la charge d'une Caisse de liquidation (i). 

Avant la loi de 1898, les Compagnies de la Loire assuraient 
aux infirmes, aux veuves des ouvriers morts des suites d'ac- 
cidents et aux orphelins, des pensions de 365 francs pour les 
premiers, 220 francs pour les secondes, fr. 25 par jour pour 
les orphelins jusqu'à 12 ans. L'ensemble de ces pensions repré- 
sentait plus de 270.000 francs par an p). 

A titre de renseignements, la Compagnie de Roche-la-Molière 
et Firminy assurait gratuitement, avant la loi de 1894, les 
soins médicaux et les médicaments aux ouvriers malades, à 
leurs femmes et à leurs enfants de moins de 12 ans. Elle leur 
distribuait en outre des secours en argent. Depuis cette loi, 
on a institué une Société de secours pour Firminy et une pour 
Roche-la-Molière et la Varenne. Le prélèvement sur les salaires 
est de 2 % à Firminy, de 1 franc par mois pour les hommes et 
de 50 centimes pour les femmes et les enfants à Roche et à 
la Varenne. Le versement de la Compagnie est égal à la moitié 
du prélèvement. L'indemnité journalière est de 1 fr. 50 pour 
les hommes et de fr. "75 pour les enfants de moins de 16 ans, 
à partir du quatrième jour si la maladie ne duTO pas plus de 
onze jours, à partir du premier jour dans le cas contraire 



(1) WiDMER, op. cit., p. 306. Ces renseignements ne sont pas spéciaux 
au bassin de la Loire. 

(2) Notice du Comité des Houillères de la Loire (Exposlt. ée St-Louis, 
1904, p. 36). 



— 556 — 

(Firminy). A Roche et à la Varenne, les trois premiers jours 
ne sont jamais payés. Ces indemnités cessent au bout de neuf 
mois à Firminy et de six mois à Roche. En outre des indem- 
nités réglementaires, les Sociétés distribuent deis secours. Le 
sociétaire a droit aux soins médicaux et pharmaceutiques 
gratuits pour lui, sa femme et ses enfants de moins de 13 ans. 

Antérieurement à la loi de 1898 sur lies accidents, la même 
Compagnie allouiait à son personnel en cas de blessure : 1 franc 
par journée du mois, plus 25 centimes par enfant de moins 
de 12 ans. Cette indemnité était réduite à 50 centimes pour 
lesi femmes et pour les enfants de moins de 16 ans. La 
veuve d'un ouvrier mort d'un accident recevait 75 centimes par 
jour (1 fr. si eWe avait plus de 50 ans) et 25 centimes pour 
chaque enfant de moins de 12 ans. Les orphelins de père et de 
mère recevaient 50 centimes par jour jusqu'à 16 ans. Souvent 
la Compagnie accordait une indemnité supplémentaire. 

La notice que cette Société a publiée à l'occasion de l'Expo- 
sition de 1900, à laquelle j'emprunte ces renseignements, 
énumère les institutions qu'elle a créées. Aux cités ouvrières 
déjà construites, la Compagnie avait ajouté en 1899 la cité du 
Pontin (18 miaisons doubles, prix du logement : 120 fr.) pour la 
section de la Varenne. Elle avait créé en 189^, à Roche, un 
hotel-pension pour les ouvriers célibataires. Ses dépenses, en 
1899, comprenant service médical, hôpitaux, médicaments, 
secours gratuits, chauffage, écoles, caisse d'e® malades, fête de 
Sainte-Barbe, s'élevaient à 146.000 francs. La Caisse de retraites, 
alimentée exclusivement par la Compagnie, avait entraîné une 
dépense de 145.000 francs (l). Les déoenses oour accidents repré- 
sentaient une somme sensiblement égale. La première du 
bassin de la Loire, cette Compagnie installa, au puits Combes, 
des lavabosrvestiaires (1898-1899). Ln Société des Fonillères de 
Saint-Etienne a établi des lavabos- vestiaires en 1900 (2). 

Il est regrettable que toutes les Compagnies n'aient pas publié 
des notices aussi complètes que celles de Ha Compagnie de 
Roche-la-Molière et Firminy. 



(1) Pres<7ue tons les ouvriers avaient opté pour la caisse de la Com- 
pagnie. Celle-ci, en 1899, créa des primes à l'ancienneté et à l'aspidnité 
qui servirent pour augmenter les retraites ou furent placées à la Caisse 
d'épargne. 

(2) V. Mémorial de la Loire, 6 mai 1913. 



- 557 — 

A la Compagnie de Montrambert et de la Béraudière, la re- 
tenue isur l'es salaires, pour la Société de secours instituée en 
1894, est de 1 %, la contribution légale de la Compagnie de 1/2 % 
et sa cotisation volontaire de 1/2 % également. Une Caisse de 
prévoyance reçoit les dépôts des employés et des ouvriers 
jusqu'à 5.000 francs de capital et 'eur sert un intérêt de 4 %. 
Les charges de la Compagnie (secours, retraites, libéralités 
diverses) s'élevaient en 1899 à 361.000 francs, non compris le 
chauffage gratuit (25.000 tonnes par an). Dans ce chiffre sont 
compris les versements patronaux pour les retraites, constituées 
conformément à la loi de 1894, aussi bien que les charges des 
retraites antérieures à cette loi. 

Il convient de dire un mot de la liquidation de l'ancienne 
Caisse de la Chazotte. Après des expertises longues' et minu- 
tieuses, la Compagnie P.-L.-M. fut condamnée à verser à la 
Caisse des dépôts et consignations la somme de 1.029.305 fr. 22, 
représentant l'actif net de la Caisse de secours. La comptabilité 
de cette Caisse était devenue très obscure dès les premiers jours 
de la déconfiture de la Compagnie de la Chazotte-. Le premier 
expert, nommé en 1897, ne parvint pas à discerner les dépenses. 
Ce fut M. Saint-Etienne, ingénieur, qui établit le compte défi- 
nitif homologué par le Tribunal (l). 

La liquidation du fameux million de la Chazotte n'était pas 
encore terminée en 1910, époque où M. Antoine Gerest écrivait 
l'historique de cette difficile question, dams une revue stépha- 
noise dont il n'a été publié que quelques numéros (2). Il fut 
décidé que cette liquidation se ferait par une distribution entre 
les ayants droit. Un partage provisionnel de la moitié des 
sommes à distribuer a eu lieu en avril 1910. Le reliquat restait 
à partacrer. Pour cela, il fallait additionner les journées de 
travail de tous les ouvriers, diviser le chiffre obte;nu par la 
masse à distribuer, multiplier par le nombre de journées de 
chaque ouvrier le quotient correspondant à une journée de 
travail et répéter cette opération pour les 1.600 ouvriers admis 
au règlement provisoire. 



(1) M. Saint-Ktfonnc. qui était du Gard et non de Saint-Etienne, s'était 
fait une réputation dans œtte ville comme expert auprès des Tribunamx. 

(2) Gazette de Saint-EHnnne (juiîjet 1910). Le magistrat qui a dirigé la 
procédure est M. SSrol. 



- 558 — 

Aux termes d-es statuts, rouvrier ayant quitté prématurément 
la mine avait aliéné au profit de la masse le montant d© ses 
cotisations. Sur la réclamation des anciens cotisants, le Tri- 
bunal et k Cour ont confirmé cette disposiition. 



L'Ecole des apprentis gouverneurs. — C'est pendant cette 
période, en 1892;, que le Comité des Houillères de la Loire créa 
l'Ecole des apprentis-gouverneurs établie à Saint-Etienne, rue 
du Chambon, 6. J'extrais d'une notice publiée par le Comité des 
Houillères de la Loire, en 1904, à l'occasion de l'exposition de 
Saint-Louis, les renseignements qui suivent (i) : 

Pendant longtemps, dans les mines de lia Loire, les gou- 
verneurs (surveillants des travaux du fond) avaient été choisis 
exclusivement parmi leisi ouvriers les plus intelligents, très au 
courant des détails pratiques du métier, mais dépourvus de 
connaisisarices théoriques!. 

Ce personnel avait rendu de grands services, mais, depuis 
quelques années, lesi ingénieurs s'apercevaient qu'il tendait à 
devenir insuffisant à mesure qu'augmentaient les difficultés 
d'exploitation (profondeur pins grande des travaux, déhouil- 
lement plus intensif, nouveMos méthodes d'exploitation plus 
perfectionnées et plus délicates, emploi des machines à l'in- 
térieur, règlements administratifs de plus en plus compliqués 
dont les gouverneurs devaient surveiller l'exécution). 

Les exploitants cherchaient donc un nouveau mode de rporn- 
tement des gouverneurs, lorsqu'en 1892 ringénieiuï* en chef des 
mines, M. de Castelnau, proposa au Comité desi Houillères de 
créer une école des aspirants-gouverneurs. Il ne s'agissait pas 
de fonder une école semblable à celles d'Alais et de Douai, qui 
forment plutôt des géomètres et des sous-ingénieurs que des 
maîtres-mineurs. L'enseignement devait être plus élémentaire. 

On limita l'examen d'entrée à une dictée et à des opérations 
et problèmes d'arithmétique. On admit à subir cet examen les 
ouvriers ayant au moins deux ans de séjour dans la mine et 
ayant fait leur service militaire. 



(1) Dans le chapitre relatif à l'Ecole des mines, J 'indiquerai les essais 
de création d'un enseignement à l'usage des ouvriers. 



— 559 — 

Les cours eurent lieu de 3 heures à 6 heures chaque jour. Les 
élèves continuaient à travailler dans la mine le matin, de 
6 heures à 1 heure de l'après-midi. Cette journée de travail, 
un peu abrégée, était payée 5 francs. La durée des cours était 
de 10 mois. 

L'enseignement fut confié à deux professeurs. L'un, licencié 
es sciences, faisait des cours d'arithmétique, de géométrie, de 
lever des plans, de mécanique, physique et chimie, en se 
bornant à donner des notions pratiques. L'autre, ingénieur 
de l'Ecole des mines de SaintrEtienne, enseignait l'exploitation 
des mines, expliquait les règlements, donnait quelques indi- 
cations sur la comptabilité et l'hygiène. A lia suite de l'exarfien 
général de sortie, les élèves reçurent un certificat. 

Le Comité de direction fut composé de l'ingénieur en chef 
des mines, du président et de deux membres du Comité des 
Houillères. L'école coûtait annuellement 7.000 francs à ce 
dernier Comité. 

De 1892 à 1902, l'école reçut 134 élèves, sur lesquels 102 furent 
brevetés et 100 placés, bien que l'école ne garantisse pas un 
poste de surveillant à la sortie. L'âge moyen des élèves variait 
de 26 à 29 ans, le plus jeune avait 22 ans, le pl^s âgé 42. 

Chaque exploitant faisant partie du Comité des Houillères 
peut envoyer à l'école un ouvrier pour 200.000 tonnes d'ex- 
traction annuelle ou fraction de 200.000. Les exploitants n'en 
faisant point partie peuvent demander l'admission de leurs 
ouvriers, le Comité restant libre de raccorder ou de la refuser. 



Les « Mines aux Mineurs » (i). — C'est pendant cette période 
que naquit et que mourut la Mine aux Mineurs du Gicr. L'his- 
toire de cette coopérative de production, amplement racontée 
ailleurs, nous dispen?^^ d'un exposé (2). Tout le monde en connaît 



(1) .Sur la Mine aux Mineurs du lian, voir pape 537. 

(2) V. l'étmle do M. m: Rilly {Annales des Mines, 18î>7^ F Laum, La 
Mine aux Mineurs (Paris. Dentu, édit.. 1887) Statistique des HmiilUres 
d€ France et de Belgique, 1891, p. 207. Office du Trava'l : J.es Associa- 
tions professionnelles ouvrières, t. I, p. 350 et suivantes. Leskimu- : Histo 
rique des Mines de houille de la Loire, p 323. J-osoph nnteniCNAC : 
Préface de La Mine aux Mineurs de Monthieux. Mémorial de la Loire^ 
13 août, 15 &ep^., 29 déc. 1886 ; 21 mal 1889 ; 12 sept., 14 déc. 18dt ; 
13 sept. 1892, etc. 



- 560 — 

les grandes lignes : la Société des Houillères de Rive-de-Gier, 
jadis si prospère, arrêtant en 1886 l'exploitation de plusieurs de 
ses concessions, mise en demeure par le Préfet de reprendre 
ses travaux sous peine de déchéance ; la Chambre syndicale 
des mineurs de Rive-de-Gier demandant la rétrocession de ces 
concessions par Tintermédiaire de M. Laur, député de la Ivoire ; 
cette rétrocession consentie par la Compagnie . ; douze con- 
cessions aux -noms historiques deMontagne-du-Feu, Crozagaque, 
Gravenand, Verchères-Féloin, Verchères-Fleurdelix, etc., de- 
venues la propriété des ouvriers ; le Syndicat se transformant 
en Société de fait par la signature d'un pacte social ; les dons 
envoyés aux prolétaires, notamment par M™* Arnaud, de 
l'Ariège, « une femme comme la République sait en produire » 
disaient les journaux républicains ; la découverte d'un gisement 
ignoré ; les regrets de la Compagnie d'avoir cédé ses con- 
cessions ; les procès maladroits — pour ne pas dire plus — 
qu'elle intenta aux ouvriers pour les dépossiéder et qu'elle 
perdit ; le retour offensif des ouvriers contre la Compagnie et 
le procès en restitution des loyers d'amodiation renouvelées en 
fraude de leurs droits, procès qui se termina à l'avantage des 
ouvriers et leur procura des sommes importantes ; le lyrisme 
de la Presse opportuniste, radicale et socialiste, célébrant avec 
enthousiasme cette reconstitution de la propriété collective et 
primitive ; la discorde enfin pénétrant au sein de cette orga- 
nisation ouvrière, les luttes intestines, les procès, et pour finir, 
la vente des concessions vers 1898 ! 

Le « Paradis charbonnier » (VEden, devrais- je dire) n'existait 
que dans l'imagination des reporters, car l'exploitation ne fut 
rien moins que fructueuse. Chaque exercice financier laissa des 
pertes. Le peu de valeur des concessions, les procès, le manque 
de direction et de discipline furent les causes principales de 
l'insuccès. 

De 1886 à 1895 la Société civile de la Mine aux Mineurs du 
Gier occupa de 48 à 110 ouvriers, auxiliaires compris. L'ex- 
traction atteignit son point culminant en 1892 : 12.710 tonnes. En 
dix ans elle atteignit à peine 84.000 tonnes, non compris 
10.500 tonnes extraites de 1891 à 1895 par des dissidents. 

La Chambre syndicale avait donné naissance à la Société 
des Mineurs du Gier (1889). Les disputes entre la mère et la 



— 561 — 

fille aboutirent à deux exploitations différentes : celle du Syn- 
dicat et celle de la Société. La Société intenta un procès en 
déguerpissement au Syndicat. Les exploitants du Syndicat 
formèrent une seconde Société civile. Il y eut dès lors, à partir 
de 1896, la Société civile anonyme des Mineurs du Gier et la 
Société civile anonyme du Syndicat des Mineurs du Gier. Celle- 
ci était sans droits au point de vue juridique. La première 
Société n'osa pas la contraindre au déguerpissement, même 
après la vente des concessions. En 1900, sept mineurs tra- 
vaillaient j>éniblement à extraire par jour une tonne de mauvais 
charbon aux Combes, à Egarande et au Gourd-Marin (i). 



L'histoire d'une autre coopérative de production, la Mine aux 
Mineurs de Monthieux, a fait l'objet d'une brochure très impar- 
tiale et très documentée p). La concession de Monthieux, 
délivrée en 1825 à M. Charles Dugas des Varennes, échut en 
héritage à M. Camille de Rochetaillée. Elle avait été amodiée 
en 1835 et depuis 1870 l'amodiataire était une Société anonyme. 
En 1891, cette Société avait dépensé tout son capital. La ferme- 
ture des chantiers fut annoncée ; 500 ouvriers allaient se trouver 
sans travail. 

La Chambre syndicale des Mineurs de la Loire se porta 
acquéreur de l'amodiation. p]lle obtint des subventions impor- 
tantes : 50.000 francs de M. Marinoni, directeur du Petit 
Journal ; 50.000 francs du Parlement ; 10.000 francs du Conseil 
municipal de Paris ; iO.OOO francs diu Conseil municipal de 
Saint-Etienne, etc., etc.. La Société stéphanotse de la Mine aux 
Mineurs fut constituée et l'acte de vente signé avec les liqui- 
dateurs de la Société amodiataire. L'inauguration fui célébrée 
solennellement le 5 décembre 1891. 



(1; Leseure, p. 329. 

(2) Joseph Bhiîchicnac : La Minr aii.r ^finr1lrs de Monthieux (Loire) 
(Lyon. Paul Phlly. écJW.. 1011). 



— 562 — 

Comme à la Mine aux Mineurs du Gier, des discussions vio- 
lentes ne tardèrent pas à éclater entre le Syndicat et la Société. 
Les récriminations du Syndicat eurent d'abord pour effet de 
frustrer la Société dos subventions du Parlement et de la ville 
de Paris, qui furent attribuées par le Préfet aux mineurs sans 
travail de la Compagnie de Monthieux et au Bureau de bien- 
faisance. Il y eut procès. Le Conseil d'administration fut 
débarqué par une Assemblée générale que le Tribunal déclara 
illégale, mais il se démit peu de temps après de ses fonctions. 
Une réorganisation partielle de la Société fut faite en faveur 
du Syndicat, qui exerçait uine sorte de tutelle. Néanmoins, le 
caractère coopératif se développa au détriment du caractère 
syndical. Mais il évolua dans le sens capitaliste. Les auxiliaires 
embauchés pour augmenter le personnel ne purent obtenir le 
titre de sociétaires. Le 20 mai 1894, ils envahirent la salle des 
réunions et furent congédiés le lendemain par le Conseil d'ad- 
ministration. 

Le Tribunal de Saint-Etienne admit en principe la demande 
des auxiliairesi au titre de Sociétaires (1895). A ce moment, la 
situation de la mine devint précaire. Beaucoup de sociétaires 
abandonnèrent rentreprise. Pour ne pas laisser tomber le 
produit net de rextraction au-dessous des charges annuelles, 
on embaucha néanmoins de nouveaux auxiliaires, avec, dans 
l'engagement, une clause restrictive les plaçant dans la simple 
situation de salariés. Pendant ce temps, les sociétaires tra- 
vaillaient à perte, avec la foi en des jours meilleurs, et sous la 
direction d'ingénieurs expérimentés. Une diminution nouvelle 
du nombre des sociétaires, urne augmentation du nombre des 
auxiliaires s'ensuivirent : 200 auxiliaires contre 65 sociétaires. 

Avec la crise des charbons de 1898-1900, la situation financière 
se releva notablement. De 29.000 tonnes en 1894 la production 
s'éleva à 42.000. Les sociétaires de la mine, par des modifications 
aux statuts, restreignirent de plus en plus l'accès du sociétariat, 
imitant les anciennes corporations qui restreignaient l'accès à 
la maîtrise. C'est alors qu'en 1901 les auxiliaires, formés on 
Société, assignèrent la Société de la Mine aux Mineurs devant le 
Tribunal, qui, s'appuyant sur la convention d'embauchage, 
reipoussa leurs demandes (10 juin 1901). Nous reprendrons la 
question au sous-chapitre suivant (Période 1900-1914). 



563 



Les Syndicats (i). — Il nous reste à parler du mouvement 
syndical et mutualiste pendant la période 1880-1900, qui vit 
promulguer la loi du 21 mars 1884, charte des syndicats, qui 
auparavant vivaient sous utn régime de pure tolérance. 

La Chambre syndicale des Mineurs de la Loire avait présenté 
son programme de' revendications au deuxième Congrès socia- 
liste de la région de l'Est à Saint-Etienne (6 juin 1881) : journée 
de huit heures, abolition du travail à la tâche, création d'^uine 
Caisse centrale de secours et de retraites pour les mineuirs de 
la Loire, institution des délégués mineurs. 

Le Secrétaire général du Syndicat, Rondet, fit une active 
propagande en faveur de l'idée syndicale. Les revendications 
furent soumises au Parlement en 1882. 

Le premier Congrès des mineurs eut lieu à SainirEtienne du 
24 au 31 octobre 1883. Ce fut dans ses assises que fut fondée 
la Fédération nationale. Un autre Congrès fut tenu en janvier 
1886, un autre en février 1887 (2). 

Des mineurs de Lorette avaient fondé en 1883 la Solidarité 
humanitaire, société de secours mutuels, qui comptait en 1897 
306 membres actifs et 10 honorai res (^). La Chambre syndicale 
créa en 1885 la Société générale de Secours mutuels des mineurs 
de la Loire, qui ne compta au début que 60 membres. Elle en 
eut jusqu'à 900 et n'en comptait plus que 70 en 1897. L'unité 
syndicale, déjà compromise par la création de la Chambre 
syndicale des ouvriers mineurs du bassin du Gier (1876), fut 
encore compromise en 1888 par la création de la Chambre syn- 
dicale des ouvriers mineurs de Villars. A cette date, le Syndicat 
de la Loire déchaîna une grève parmi les ouvriers de la Com- 
pagnie des Mines de la Loire. 

J'ai mentionné la participation du Syndicat du Gier à la 
création de la Mine aux Mineurs du Gier (v. p. 556). En 



(1; Pour les périodies précédentes, voir page 537. 

(2) V. les Journaux locaux de l'époque. 

(3) Deux autres Sociétés avalent été créé.- • i , nicamari.e. en 18H(> 
ef. Ift84. 



— 564 — 

1897, oe Syndicat ne comptait plus que 30 membres. Quant au 
Syndicat de la Loire, il s'était émietté après la grève de 1888. 

Une oentainei de mécontents créèrent la Chambre syndicale de 
Côte-Chaude (1888). L'année suivante, les mineurs de- Saint- 
Chamond fonderont aussi un Syndicat. Le personnel do la Com- 
pagnie de Roche-la-Molière créa une Société de Secouirs 
mutuels (1889). 

L'émiettement amena la formation d'une Fédération déjmr- 
tenientale (1889), qui publia de 1890 à 1892 le Réveil des Mineur s . 

Alors commencèrent les tiraillements avec la Fédération 
nationale, qui avait aussi son siège à Saint-Etienne et dont le 
secrétaire était Rondet. La départementale fit décideir qu'un 
Congrès national se réunirait à Commentry en 1891. 

On créait des Syndicats locaux : à la Talaudière, à la Rica- 
marie, à Grand'Croix en 1890. Celui de Grand'Croix, appelé 
Chambre syndicale des mineurs de la vallée du Gier, fut fondé 
après la grève de. la Péronnière. Il grou<pa de 7 à 800 membres 
et soutint une grève au puits Saint-Louis à Rive-de-Gier, en 
1891, grève qui échoua et réduisit le Syndicat à une centaine 
de membres. Le Syndicat de la Loire, qui comptait un millier 
de membres, perdit une grande partie de son effectif. 

A Firminy, une Chambre syndicale, formiée^ en 1890, décréta 
la grève, qui dura du 8 octobre au 11 novembre. Ce Syndicat 
périclita à la suite de sa participation aux élections municipales 
de 1892, où ses membres se divisèrent. Une seconde Société 
de Secours mutuels fut formée à Roche-la-Molière en 1891 et 
de petites Sociétés dui même genre à Saint-Chamond et à la 
Talaudière en 1892, un Syndicat à Saint- Jean-Bonnefonds (1891). 

Ainsi le Syndicat de la Loire avait vu éclore huit ou neuf 
Syndicats indépendants. Très affaibli, il se' retira momenta- 
nément de la Fédération nationale, à la suite de rivalités 
personnelles, et y adhéra de nouveau lorsque cette Fédération 
fut réorganisée au Congrès de la Ricamarie en 1892 (i). Depuis 
1891, son activité avait été absorbée par l'organisation de la 
Société de la Mine aux Mineurs de Monthieux, avec laquelle 



(Il V. sur ce Congrès les journaux locaux des 29 septembre 1892 et 
jours suivants. Le premier Congrès international des Mineurs avait eu 
lieu à Jolimont (Belgique) du 20 au 23 mai 1890. 



— 565 — 

il ne tarda pas à entrer en conflit. Quelques mineurs de 
Monthieux formèrent en 1893 V Association des mineurs de la 
Loire pour la défense de leu\rs droits^ qui fusionna en 1894 
avec le Syndicat de la Loire. 

La même année, les mineurs du puits Verpilleux, à Saint- 
Etienne, créaient une petite Société de Secours mutuels. 

Dissoute en 1893, après la réorganisation de la Fédération 
nationale, la Fédération départementale fut reconstituée en 1897, 
quand le siège de la Nationale fut transféré de Saint-Etienne 
à Lens (1896), puis à Garmaux (1897). Elle eut pour secrétaire 
M. Cotte. Vers la fin de 1898, les rapports avec les Compagnies 
étaient très tendus. Un Congrès national s'ouvrit à Saint-Etienne 
le 21 décembre, sous la présidence de Calvignac, ancien maire 
de Garmaux, que' la grève de 1892 avait rendu célèbre. Dans la 
Loire, la grève générale éclata le 26 décembre 1899, en pleine 
crise d;u charbon. Elle était terminée le 6 janvier 1900. 

A celte date, la Fédération des Mineurs de la Loire comptait 
3.770 membres, répartis entre les Chambres syndicales de Côte- 
Chaude, La Ricamarie, Sain-Bel, Saint-Etienne et Villars. La 
Chambre syndicale des Mineurs de la Loire accusait 3.000 
membres (i). Venaient ensuite, par ordre d'importance : les 
Syndicats de Grand'Croix (984 membres), Firminy (905), La 
Talaudière (610), Côte-Chaude et Quartier- Gaillard (450), La 
Ricamarie (200), Roche -la-Molière (130), Villars (120), Saint- 
Ghamond (115), Rive-de-Gier (22), Saint-Jean-Bonnefonds (16). 

Tout cela représentait 6.552 membres, nombre peut-être exa- 
géré, enregistré sans contrôle. Au 31 décembre 1897, l'Office du 
Travail n'en comptait que 3.497, répartis entre dix Chambres 
syndicales (au lieu de onze), pour 17.663 ouvriers mineurs du 
bassin (2). \S Annuaire des Syndicats pour 1898-99 indiquait le 
chiffre de 3.422 pour onze Chambres. En un an, ce chiffre avait 
presque doublé. La grève de 1900 avait-elle eu ce résultat ? 



(1) Annuaire des Syndicats professionnels, 1900. Sur l'Annuaire de 
1898-99, ce syndicat nV^talt porté que pour H49 membres. 

(2) Office du Travail : /.r.s Associddons professionnelles ouvrières, 
t. I. p. .172. 

37 



566 



§ V. PÉRIODE 1900-1914 



La législation ouvrière a été tellement abondante — on peut 
dire tellement touffue — pendant cette période qu'il n'est pas 
possible d'en donner un aperçu sans sortir du cadre étroit que 
nous sommes obligés de lui assigner dans cet ouvrage. 



Durée de la journée de travail. — En 1901, une proposition 
de loi fut déposée! par M. Basly pour limiter à huit heures la 
présence des ouvriers du fond de la mine. Le Comité des Houil- 
lères de la Loire (i) estimait que cette réduction diminuerait 
le rendement de 20 % pour l'ouvrier diui fond et de' 16 % au 
moins pour l'ouvrier du jour. Aucun des moyens proposés ne 
lui paraissait praticable pour parer à la diminution de ce ren- 
dement, qui devait avoir pour conséquenoe une augmentation 
énorme du prix de revient. La réduction 'de la journée devait 
aboutir logiquement à la diminution du salaire. Mais, pour s'y 
opposeir, les Syndicats ouvriers disposaient de la grève générale 
et d'ores et déjà ils réclamaient du Gouvernement l'établis- 
sement d'un salaire minimum. 

L'élévation du prix de revient de la houille devant avoir une 
répercussion considérable sur les industries consommatrices, la 
Chambre de Commerce de Saint-Etienne appuya les concluisions 
du Comité des Houillères P). 

La loi qui fut promulguée le 29 juillet 1905 fixa pour les 
ouvriers occupés à Vabatage une limite à atteindre par étapes : 
9 heures à partir du 5 janvier 1906 ; 8 heuires 1/2 au 5 janvier 
1908 ; 8 heures deux ans après. 

L'application de ces paliers en 1906 et en 1908 faillit amener 
des grèves, qui furent heureusement évitées. 



(1) Délibération imprimée. 

(2) Résumé des Travaux de la Chambre de Commerce, 1902, p. 43. 



— 567 -- 

Une nouvelle proposition de loi, déposée en 1906 par M. Basly, 
étendait l'application des huit heures à tous les autres ouivriers 
de l'intérieur de la mine. Cette application eût entraîné de 
graves inconvénients au point de vue des dérogations tempo- 
raires, du reicrutement d'un personnel nouveau et de l'aug- 
mentation du prix du charbon, déjà si élevé (i). 

La proposition de loi flotta entre la Chambre des Députés et 
le Sénat, qui furent sept ans sans se mettre d'accord. Le texte 
de 1905 ne limitait point la durée des dérogations. Le Sénat, 
en 1910, les fixa à 90 heup:^es, la Chambre, en 1912, les réduisit 
à 30, le Sénat, en 1913, les porta à 150, la Chambre les réduisit 
à 60. 

La, Chambre avait étendu le bénéfice de la réglementation à 
tous les ouvriers du fond. Le Sénat en écarta les spécialistes 
(mécaniciens, chauffeurs, etc.) et reporta à trois ans après la 
promiulgation de la loi son application aux rouleurs et 
chargeurs. Par transaction, la Chambre décida qu'une consigne 
visée par l'ingénieur en chef réglerait le sort des spécialistes et 
que les rouleurs bénéficieraient de la loi deux ans après la pro- 
mulgation. 

Celle-ci intervint le 31 décembre 1913. Dans la Loire, elle 
occasionna une grève du 2 au 10 juillet 1914, à la veille de la 
guerre. Les mineurs voulaient comprendre le temps du repos 
dans la durée de la journée de huit heures. Les Compagnies 
résistèrent. I^ loi ne laissant place à aucune transaction, la 
Fédération des Mineurs reporUi ie débat sur les consignes fixant 
les heures d'entrée et de sortie. Sur ce nouveau terrain, une 
transaction mit fin à la grève (~). 

Un député de la Loire, M. Durafour, élu en 1910, prit une 
part considérable aux travaux préparatoires de la loi de 1913, 
et se ci^ une popularité chez les ouvriers. 

Les pronostics de 1901, quant au rendement et au prix de 
revient, se sont-ils réalisés ? 

En 1905, dans le bassin de la Loire, le nombre total des ou- 
vriers était do 18.739 et la production de 3.664.000 tonnes. Le 
rendement moyen ressortait h 215 tonnes. 



(1) nésumé des Trai-aux de la Chambre de Commerce, 1906, p 55. 

(2) V. le chapitre Situation générale, 1900-1914. 



- 568 — 

En 1912, It nombre total des ouvriers était de 20.199 et celui 
de la production de 3.778.000 tonnes. Le rendement moyen était 
d-e 188 tonnes. 

La diminution du rendement a été de 12,55 %. En 1901, on 
l'avait évalué à 20 % pour l'ouvrier du fond et à 16 % au moins 
pour l'ouvrier du jour. 

Une Compagnie a publié des chiffres détaillés (l). Nous 
trouvons la diminution suivante par journée d'ouvrier : 



de de , ,,. ^, . 

,,. . , . 1, »^ . de l'intérieur 

l'intérieur l'extérieur et de l'extérieur 

Production par journée en 1905.. 1,302 2,698 0,878 

— — 1912.. 1,189 2,367 0,791 

Différences. 0,113' 0,331 0,087 

Pour cent 9 o/^ 12 o/^ lO o/^ 

Ajoutons que. ni en 1905, ni en 1912, aucune grève n'a in- 
fluencé la production. 

Quant aux prix, tout le monde sait qu'ils ont augmenté. Le 
prix moyen sur le carreau pour le bassin de la Loire, d'après 
la Statistique de Vlndustrie minérale, était de 15 fr. 15 la tonne 
en 1905 et de 18 fr. 15 en 1912. Différence : 3 francs ou 19,80 %. 
Il est vrai que les Compagnies ont subi des aggravations de 
charges autres que celles résultant de la réduction de la journée 
de travail. 



Participation aux bénéfices. — Un. projet de loi sur le régime 
général des mines, dépoisé en 1908, fut repris en 1910, avec 
quelques modifications dont l'une tendait à rendre obligatoire 
la participation des ouvriers aux bénéfices. De la délibération 
prise par la Chambre de Commerce de Saint-Etienne sur le 
rapport du Comité des Houillères, je détache les passages 
suivants p) : 



(1) Société des Houillères de Saint-Etienne (Notice publiée à roocaslon 
de l'Expositloïi de Lyon en 1914, p. 7-8). 

(2) Compte rendu des Travaux, 1911. 



— 569 — 

L'ouvrier n'est intéressé que par le salaire global effectivement 
touché, sous une forme ou sous une autre ; or, dans les entreprises 
privées qui ont déjà institué la participation aux bénéfices, ce 
salaire global, participation comprise, n'est en général pas plus 
élevé qu'ailleurs... 

Avec la participation aux bénéfices, l'immixtion des ouvriers dans 
l'administration et dans la fixation du bénéfice à distribuer sera 
inévitable ; fascinés par le désir d'accroître leur gain immédiat, ils 
s'opposeront aux amortissements et à la constitution des réserves, 
et la bonne gestion des entreprises sera ainsi compromise. 

Dans chaque industrie, les diverses entreprises sont inégalement 
prospères ; l'importance de la participation variera donc d'une 
entreprise à l'autre ; de là des différences dont les ouvriers s'accom- 
moderont difficilement (1). 



Accidents du travail (2). — Pour les accidents du travail, je 
me borne à citer des chiffres comparatifs extraits des rapports 
des ingénieurs de l'Etat. On trouvera dans les procès-verbaux de 
l'enquête de la Commission parlementaire des Mines en 1903 
les observations des Compagnies et celles des Syndicats ou- 
vriers au sujet de la loi de 1898, modifiée en 1902 et 1905. 

1900 1912 

Nombre d'ouvriers 19.798 20.197 

Nombre d'accidents 5.212 8.941 (3) 

Accidents mortels 27 18 

Nombre de tués par 1.000 ouvriers 

occupés 1,36 (^) 0,9 (») 

Nombre de tués pour 100.000 tonnes 

extrAites 0,68 0,47 



(1) La participation a été inscrite dans la loi du 9 septembre 1919, 
qui ne s'applique qu'aux corcess-ons futures. 

(2) Pour les périodes antérieures, voir pages 504, 507, 514, 539. 

(3) Pour la ville de Saint-Etienne, 4.498 a:ciden)ts enregistrés dans 
l'extraction de la houille sur 9.913 dans toutes les professions. 

(4; 1,67 par 1.000 ouvriers au fond. En 1899 : 2,00 par 1.000 ouvriers au 
fond et au Jour, et 2,80 par 1.000 ouvriers au fond à cause de la catas- 
trophe du puits Couchoud. 

(5) En 1911 : 2,34 par suite de la caitastrophe du puits des Flaches. 
Le rapport n'indique plus la proportion par ouvrier au fond. 



— 570 — 

Le nombre des accidents a prodigieusement augmenté, si on 
compare les statistiques postérieures à 1898 à celles antériejures 
à la loi promulguée à cette date, et oepenïlant jamais les me- 
sures d'hygiène et de sécurité n'ont été plus multipliées. S'il 
y a beaucoup d'accidents, c'est que tous, sans exception, sont 
déclarés, ce que la loi n'imposait pas autrefois. 

Déjà dans l'enquête de 1903, les ingénieurs de l'Etat faisaient 
resssortir le très grand accroissement du nombre des journées 
d'incapacité de travail à la suite de l'application de la loi de 
1898, l'augmentation considérable du nombre des procès, celle 
très notable des charges pour les Compagnies, correspondant à 
une amélioration du sort des ouvriers blessés, « mais aussi peut- 
être, pour une part, à quelques abus » (i). 

Les causes générales des accidents étaient, pour les ouvriers 
du jour, les chutes ou le choc d'un outil ; pour les ouvriers du 
fond, ces deux causes et les éboulements, chutes de pierres ou 
de pièces de boisage, heurts de bennes ou de convois p). 

Les Syndicats des ouvriers ou les délégués mineurs donnaient 
à ces causes une origine commune, le « mauvais entretien de 
la mine », ce qui équivaut à dire que les Compagnies avaient 
intérêt à avoir des accidents ! 

Le Comité des Houillères disait : « Toutes les mesures propres 
à assurer la sécuritél des travaux sont prises ; il en est de même 
de celles concernant l'hygiène. » 

Les Syndicats ouvriers répondaient : (« Les prescriptions 
d'hygiène et de sécurité sont très insiuiffisantes. Il convient de 
les compléter. » Des délégués mineurs ajoutaient : « Nos 
rapports sont souvent restés lettre morte. » 

Les ingénieurs de l'Etat affirmaient qu'il n'était pas douteux 
que, dans l'ensemble, lesdites prescriptions (relatives à l'hy- 
giène et à la sécurité) fussent observées d'une façon satisfai- 
sante : « Toutes les fois que l'utilité d'une mesure nouvelle se 
fait sentir ou qu'il paraît opportun de modifier un règlement 
en vigueur, nous en faisons la proposition à M. le Préfet ; 
nous n'avons, pour le moment, à faire aucune proposition de 
ce genre. » 



(1) Procès-verbaux de la Commission des Mmcs. t. III, p. 93. 
(3) Comité des Houiillères (Réponse à l'enquête de 1903). 



— 571 — 

Au Congrès de l'Industrie minérale à Saint-Etienne en 1908, 
M. Siegler, ingénieur au Corps des Mines, disait : « Dans le 
développement général des méthodes d'exploitation et d'outil- 
lage, oe ne sont pas seulement les patrons qui ont profité du 
progrès. L'ouvrier qui aurait à choisir entre les petits chantiers 
mal aérés d'autrefois, le travail prolongé dans une atmosphère 
viciée, et la journée réduite actuelle, dans de grandes tailles 
bien assainies, n'hésiterait pas. L'hygiène du mineur a été 
transformée ; les lavabos-douches, quie les exploitants de la 
Loire ont été des premiers à installer, se généralisent de plus 
en plus et viennent compléter de la manière la plus heureuse 
pour l'ouvrier l'amélioration de ses conditions d'existence » (i). 



Hygiène. — L'installation des lavabos-vestiaires fut com- 
mencée vers 1898. Elle ne> fut pas appréciée dès son début par 
les ouvriers. Le même fait s'est répété lors de l'installation des 
lavabos dans les usines. On ne s'en servait pas. Ce n'est que 
peu à petui que ces soins élémentaires de propreté hors de chez 
soi — comme chez soi — sont entrés dans les habitudes. 
Quoi qu'il en soit, on ne rencontre plus aujourd'hui, comme M 
y a vingt ans, en plein midi, dans les rues de Saint-Etienne, des 
mineurs ^sortant de la mine les jambes et les pieds nus, noirs 
comme des charbonniers, en costume du fond et le crisieu h 
la main. Le pittoresque y a perdu. Il ne faut pas le regretter. 

Une maladie spéciale aux mineurs, Vankylostomiase, a fait 
l'objet de plusieurs études médicales, notamment, en 1904, d'une 
thèse de M. le docteur Briançon, ex-interne des hôpitaux, qui 
s'est attaché surtout à la réfgion de la Loire. M. le docteur 
Roussel, en 1906, a adressé un rapport au Ministre des Travaux 
publics sur cette maladie dans le bassin houdller de la Loire. 
Une proposition de loi fut déposée par M. Basly dans les 
derniers iours de 1904. L'ankylostomiase se révèle par la pré- 
sence dans l'intestin d'un ver de 10 à 18 millimètres de 
longueur, dont l'éclosion est favorisée par la température à la 
fois chaude et humide des galeries de mines. La présence de 



(1) Bulletin de Vlndnstric minérale, 4» série, t. X, 1909, p. 28. 



— 572 — 

oe parasitei entraîne une déchéance physique, une incapacité 
partielle ou total© de travail. Mais cette maladie ne se ren- 
contre pas que cheiz les mineurs. Elle a été constatée il y a 
longtemps (l). 

La loi de finances du 13 juillet 1911, art. 139, en mettant les 
dépenses à la charge des exploitants, a décidé que pendant le 
temps du traitement les mineurs receivraient rindemnité jour- 
nalière^ prévue par la loi sur les accidents du travail. 

J'aurais voulu donner un tableau comparatif de la mortalité 
chez leS' mineursi de Saint-Etienne. Mais les comptes rendus 
du Bureau d'Hygiène de Saint-Etienne n'ont publié les chiffres 
quie pour les années 1888-91 et 1892-95. 

On ne peut déterminer d'ailleurs dans ces publications si le 
nombre des décès en 1888-91 (796, y compris les victimes des 
grandes explosions) s'appliquait aux 6.861 mineurs travaillant 
dans la commune en 1891 ou aux mineurs domiciliés dans la 
commune (4.453 en 1891), à leurs femmes et à leoirs enfants 
réunis. En 1892-95, le nombre des décès est tombé à 449 (3.605 
mineurs domiciliés d'après le dénombrement de 1896), en y 
comprenant leurs femmes et leurs enfants, parce qu'il n'y avait 
pas eu de grandes catastrophes comme pendant la période 
précédente. Est-il besoin d'ajouter que les données du dénom- 
brement laissent à désirer, certaines indications de professions 
étant trop vagues (manœuvres, journaliers, etc..) ? « La déter- 
mination du taux de la mortalité professionnelle des mineurs 
est impossible, disait M. le docteur Fleury, chef du Bureau 
d'Hygiène, en l'absence du chiffre précis de cette catégorie de 

la population Que l'on réduise les accidents et surtout les 

grandes catastrophes, et là mortalité professionnelle des mineurs 
sera ramenée à un taux satisfaisant. Telle qu'elle est à Saint- 
Etienne, leur vie moyenne est équivalente à celle des ouvriers 
des charbonnages anglais (2). » 



(1) V. le compte rendu du Bureau d'hygiène de Saint-EtJenne pour 
les années 1888-91, p. 233. Il constaite que l'aérage a cons'jdérablement 
modifié l'hygiëne des mines, mais qu'on lui reproche les explosions 
répandant la mort. La conflagration se transmet de proche en proche 
comme un ouragan. Les années 1887-91 ont été marquées par les grands 
accidents des puits Châtelus (77 victimes), Verpilleux (207), Pélissier 
(116), et du puits de la Manufacture (62;. 

(2) Ibid., p. 234-248. 



— 573 — 

L'âge moyen aiuquel arrivaient les mineurs était de 43 ans 
11 mois. Il était de 49 ans 2 mois pour les armuriers et de 57 ans 
4 mois pour les piassemen tiers. Si l'on faisait abstraction des 
morts violentes — car nous parlons toujours de la période 
1888-91, marquée par des catastrophes — - l'âge moyen des 
mineurs se relevait à 52 ans 6 mois. Pendant cette période, la 
durée moyenne de la vie pour la population stéphanoise était 
de 37 ans. Trente ans auparavant, elle n'était que de 26 ans. 
Les conditions sanitaires de la popuilation n'avaient pas encore 
subi des améliorations incontestables. 

On chercherait en vain dans les comptes rendus du Bureau 
municipal d'Hygiène, à partir de 1895, d^s essais de statistique 
sur la mortalité professionnelle. Dès lors, les opinions particu- 
lières peuvent se donner libre cours et chacun, méthode 
déplorable, peut prendre ses observations ou ses impressions 
comme étant l'expression de la vérité. 



Le rapport de M. Siégler au Congrès de l'Industrie minérale 
en 1908 a constaté l'augmentation de l'insttabilité du personnel 
ouvrier des mines, conséquence de la crise de rapprentissage. 
« On ne naît pas mineur, on le devient et il faut le devenir 

jeune Les jeunes gens ne descendent plais dans la mine 

qu'en petit nombre. Peut-être cette crise ne prendra-t-elle fin 
définitivement que quand la demande de personnel aura été 
diminuée par le développement des procédés mécaniques au 
fond » (1). 

Depuis 1900, plusieurs arbitrages oai' conventions collectives 
entre les exploitants et les ouvriers ont réglé la question des 
salaires et d'autres questions relatives à l'organisation ' du 
travail. Ces actes ont terminé et quelquefois prévenais des grèves. 
Nous les indiquons aux chapitres reîatifs à la situation générale. 



Caisses de retraiter ou de secours P). - Dans les insti- 
tutions de prévoyance, il faut distinguer essentiellement les 
Caisses de retraites des Caisses de secours. 



(1) Bulletin de l'Industrie minérale, 190Î). t. X. p. 28-29. 

(2) Pour les périodes antérieures, voir pages 503, 505, 51C, 624, 544. 



— 574 — 

L'enquête de 1903 a motivé — naturellement — des réponses 
divergentes des Compagnies et des ouvriers. Par contre, les 
rapports des ingénieiuirs de l'Etat ne sauraient être sérieusement 
contestés. 

Je rappelle que, pour les ouvriers embauchés diepuis la loi 
de 1894, les retraites ont été constituées conformément à cette 
loi. Par suite d'un accord tacite, dans les très petites exploi- 
tations, les versements n'étaient pas effectués. Dans les grandes 
exploitations, la mobilité du personnel rendait rétablissement 
des livrets fort difficile ; 8.600 ouvriers sur 12.200 en pos- 
sédaient. 

Quant ajuix ouviriers embauchés avant 1894, ils bénéficiaient 
des avantages fixés lors de la liquidation des anciennes Caisses, 
à titre gratuit à Firminy, Montrambert, HouillèTes de Saint- 
Etienne, la Péronnière, moyennant une retenue de 1 % à la 
Loire et à Villebœuf. Le Cros avait porté à 3 % son versement 
légal à la Caisse des retraites. La Chazotte, indépendamment de 
la retraite légale, accordait à 60 ans d'âge eit 30 ans de services 
une peinsion de 1 % diu salaire par année de travail. 

Ces retraites étaient accordées à 55 ans d'âge et 30 ans de 
services à la Compagnie de Firminy ou dans l'une des Com- 
pagnies affiliées à T ancienne Caisse générale, et elles étaient 
réversibles par moitié sur la veuve. Leur minimum était de 
300 francs par an, plus 25 francs par année de services, après 
55 ans d'âge et 30 ans de seTvices. Montrambert accordait une 
majoration spéciale pour les années passées à la Compagnie. 
A Firminy, le taux des retraites variait suivant la catégorie de 
l'ouvrier. A la Péronnière, il y avait une autre modalité. Ces 
six Compagnies comptaient, en 1901, 1.030 pensionnés touchant 
420.000 francs. 

Quant aux observations, disaient les ingénieurs de l'Etat, ce 
sont surtout les représentants des ouvriers qui sont à même de 
les fournir. Ils constataient que les retraites de la loi de 1894 
étaient en général beaucoup plus faibles. 

Les Caisses de secours étaient au nombre de vingtrtrois en 
1901, comptant 21.400 membres (ouvriers et employés). Elles 
avaient délivré des secours pour 281.000 journées de maladie, 
touché 779.000 francs dont 476.000 sur les salaires, distribué 



— 575 — 

478.000 francs en secours, payé 284.000 francs en frais médicaux 
et pharmaceutiques. Leur avoir s'élevait à 356.000 francs. 

La distinction entre blesséis et malades a souvent donné lieu 
à des contestations. Le blessé est à la charge de la Compagnie. 
La loi sur les accidents du travail lui est applicable. Le malade 
est à la charge de la Société de secours. Le médecin de la 
Compagnie peut reconnaître malade un ouvrier que le médecin 
de la Société reconnaît blessé. Il faut alors l'arbitrage d'un 
troisième médecin. Presque partout, les Sociétés ont renoncé 
à avoir le même médecin que la Compagnie, malgré l'augmen- 
tation de charge qui en résulte. 

Egalement, des Sociétés d© secours ont changé de médecins 
ei « le nombre des journées de^ maladie a augmenté parfois 
dans des proportions extrêmement frappantes ». Nouvelle 
charge pour la Société. 

Telles étaient, en substance, les réponses des ingénieurs de 
l'Etat (1). Les Syndicats ouvriers demandaient une retraite de 
2 francs par jour ou de 700 francs par an à 50 ans d'âge ou 
25 ans de services P). Ils faisaient remarquer qu'à Firminy la 
Compagnie, qui n'était pas affiliée à la Caisse centrale, se 
réservait de congédier l'ouvrier sans que celui-ci puisse se 
prévaloir d'un droit à acquérir la retraite (dont la Compagnie 
faisait tous les frais). Au sujet des Caisses de secours, ils 
signalaient qu'on voulait très souvent charger ces Caisses des 
indemnités pour accidents. 

Les réponses patronales exposaient très complètement l'orga- 
nisation des Caisses de retraites. Elles déclaraient que les 
Caisses de secouirs fonctionnaient d'une manière satisfaisante. 



Depuis cette époque, de nombreuses dispositions législatives 
vinrent améliorer la retraite des mineurs. 

La loi de finances du 31 mars 1903, art. 84 à 9S, affecta 
1.500.000 francs chaque année : pour un tiers à bonifier les 
pension- -icquises ou on instance de liquidation au i*"" janvier 



(Ij Proc^s-vprbavx de la Commission d*enquMc, t. ITT, p. 02 -9i. 

(2) 700 francs était le maximum do li r.tiaUc i",nr l"s ouvriers de 
l'extérieur à Firminy («00 franrs pour ceux de ruihiit'ur). 



— 576 — 

de chaque année, et pouir deux tiers à donner des allocations 
de faveur aux autres ouvriers ayant au l*"" janvier do chaque 
année 55 ans d'âge et 30 ans de services. La niajoration ou boni- 
fication nie pouvait élever la pension à plus de 360 francs. 
L'allocation ne pouvait dépasser 240 francs, y compris (comme 
pour la majoration) tous aiuires revenus de l'intéressé ou de son 
conjoint, mais indépendamment de bout salaire et (pour les 
bénéficiaires de l'allocation) de toute pension acquise confor- 
mément à la loi de 1894, ou d'une pension de 50 francs au plus 
accordée' par une des anciennes Caisses. Ce texte embrouillé 
se comprend néanmoins. La loi de 1903 a été faite en faveur des 
vieux mineurs les moins avantagés. Ses dispositions ont été 
complétées ou modifiées par une série de lois de 1905 à 1912 : 
lois de finances de 1905 (art. 65) et 1906 (art. 66), loi de finances 
du 31 décembre 1907 (art. 48 à 50), loi du 14 avril 1908 et loi 
du 27 février 1912 (art. 63). Dans les 1.500.000 francs inscrits 
annuellement au budget, l'Etat intervenait pour un million, ce 
qui fit dénommer la loi le million des mineurs. Les autres 
500.000 francs devaient être produits par des centimes addi- 
tionnels à la redevance des mines. 

Nous arrivons de la sorte à la fameuse loi de 1914 qui a créé 
la Caisse autonome des Mineurs de France. Je voudrais dire 
auparavant quelle était la situation au moment du vote de cette 
loi. Elle est exposée dans le rapport annuel au Préfet, en 1913, 
de l'ingénieur en chef de l'arrondissement minéralogique. Les 
chiffres se rapportent à l'année 1912 : 



Montant des retraites 
Nombre servies par les anciennes 

de pensionnés caisses 



Roche-la-Molière. 
Montrambert. • . 

Loire 

Saint-Etienne. . . 
Villebœuf. . . ... 

Péronnière. . . . 



602 


285.178 fr. 


G03 


284.738 » 


333 


105.174 » 


155 


54.027 » 


20 


5.610 » 


104 


41.707 » 


1.817 


776.434 fr. 



— 577 — 

La Compagnie de Roche-la-Molièr© avait consacré, en 1912, 
156.053 francs au service des primes mstituées en faveur de son 
personnel. 

Près de huit cent mille francs par an, c'est un denier, quand 
on songe que non seulement l'Etat n'est pas intervenu finan- 
cièrement, mais que ces Caisses ont été créées par l'initiativi; 
privée, quand on songe qu'avant la liquidation de 1894, aucun 
versement n'était demandé aux ouvriers, sauf dans deux Com- 
pagnies où la participation ouvrière était de 1 % seulement du 
salaire. Sans doute, il n'y a pas là de quoi crier au miracle ; le 
miracle, d'ailleurs, n'est pas le fait de l'homme, mais il y a 
lieu> de constater impartialement les résultats de l'initiative 
privée, assurant quelques centaines de francs à de vieux tra- 
vailleurs jusqu'à leur mort. 

Ces renseignements peuvent être complétés par les notices 
publiées par les Compagnies à l'occasion de l'Exposition de 
Lyon en 1914, notices qui ont été résumées dans le rapport du 
Juiry. Malheureusement, les notices d'expositions n'étant pas 
rédigées sur un plan uniforme, les comparaisons sont diffi- 
ciles et même impossibles. On, est obligé de prendre ce qu'on 
vous donne. 

Roche-la-Molière et Firminy. — L'ancienne Caisse de re- 
traites, alimeTîtée exclusivement par la Compagnie, pensionnait, 
au 31 décembre 1913, 437 ouvriers et 166 veuves ; total des 
pensions de l'année, 290.149 francs ; pension normale à 55 ans 
d'âge et 30 ans de services : ouvriers de l'intérieur, 520 francs ; 
de l'extérieur, 440 francs (A) ; majoration par année supplémen- 
taire, 40 ou 32 francs ; diminution par année manquante après 
50 ans d'âge et 30 ans de services, 20 francs ou 16 francs ; pension 
maxima, 800 francs ou 700 francs. — Périmes d'assiduité (moins 
de dix journées d'absence) : 160.000 francs distribués annuel- 
lement. 

IjQe, deux Caisses de secours comptaient 2.200 participants 
à Firminy, 2.491 • à Roche ; elles avaient reçu, en 1913, 
121.765 francs à Firminy, 116.383 francs à Roche, et dépensé 
respectivement 16.9i8 francs et 3.331 franc/v. Ce6 Caisses étaient 



(1) Je néglige les autres catégories : gouverneurs, etc. 



— 578 — 

alimentées par un prélèvement de 2 % sur les salaires, un ver- 
sement de moitié de ce prélèvement par la Compagnie, enfin 
par le produit des amendes. Indépendamment des soms mé- 
dicaux et pharmaceutiques, l'allocation journalière aux malades 
était : à Firminy, de 1 fr. 50 pour les hommes, fr. 75 pour les 
femmes et enfants de moins de 18 ans à partir du deuxième 
jour ; à Roche, de 2 francs et i franc à partir du quatrième jour. 
Les femmes et les enfants des sociétaires recevaient gratuitement 
les soins médicaux ; ils payaient la moitié des frais pharma- 
coutiques à Firminy, le quart à Roche. 

Montrambert. — L'ancienne Caisse de retraites en liqui- 
dation assurait, sans retenue sur les salaires, à 55 ans d'âge et 
30 ans de services, 1 fir. 50 par jour (ouvriers de l'intérieur), 
1 fr. 25 (extérieur), réversibles par moitié sur la veuve ; aug- 
mentation de 25 francs par année de services supplémentaire ; 
retraite proportionnelle à partir de 50 ans d'âge et 25 ans de 
services aux ouvriers invalides. Ces pensions du régime an- 
térieur à 1894 entraînaient, en 1913, une dépense de 308.000 fr. 
pour la Compagnie ; celles de la loi de 1894, une dépense de 
74.000 franc®. 

La Société' de secou/rs comptait 3.821 participants. Retenue 
sur les salaires 1 %, contribution 'légale de la Compagnie 1/2 %, 
contribution volontaire 1/2 %, charge de la Compagnie en 1913 
59.000 francs. 

Loire. — La Notice ne donne que le total des charges sociales, 
y compris celles qui résultent des accidents du travail, du 
chauffage gratîuit, des gratifications, etc. (i) et non le détail 
pour les Caisses de retraites et de secours. 

Saint-Etienne. — De 1869 à 1895 la Société a versé 4.089.000 fr. 
à ses institutions philanthropiques. En 1899, elle a supprimé 
la retenue de 1,50 % sur les salaires, alimentant pour partie 
la liquidation de la Caisse centrale, reteniuie! qui s'appliquait à 
90 % du nombre des ouvriers. Ce sacrifice, de 1899 à 1912 
inclusivement, se chiffra par la somme de 450.000 francs (2). 



(1) 853.000 fr. en 1913 (1 fr. 03 par tonne) au lieu de 89.000 en 1863 
(0,27 par tonne). A Montrambert, en 1913, chauffage gratuit non compris, 
805.000 fr. (1 fr. 14 par tonne). 

(2) Voir l'étude publiée par la Société en 1914 sur un statut de 
retraites en faveur de ses agents : ingénieurs, employés, chefs ouvriers. 



579 — 



La loi dei 1894 ne pouvait donner son plein effet qu© très 
longtemps après sa promulgation et les lois de 1903-1907 avaient 
pour but d'améliorer, pendant la période transitoire, le sort 
des vieux mineurs les moins favorisés. En 1911, la Fédération 
nationale des mineurs élabora une refonte complète de la Légis- 
lation des retraites dans le sens d'une très forte; amélioration. 
Son projet, amendé, fut déposé sur le bureau de la Chambre 
le 16 janvier 1912, par M. Albert Thomas. Adopté le 12 juillet 
de la même année par la Chambre, adopté le 20 février 1913 
avec modifications par le Sénat, renvoyé de nouveau à la 
Chambre, il fut adopté par celle-ci le 25 février 1914 et pro- 
mulgué le même jour, non sans beaucoup de péripéties et après 
une grève. 

Cette loi du 25 février 1914 institue une Caisse autonome des 
retraites des ouvriers mineurs. Caisse jouissant de la person- 
nalité civile, tandis que la loi de 1894 confiait à la Caisse 
nationale des retraites pour la vieillesse le soin de centraliser 
les versements. Cette Caisse est administrée par six repré- 
sentants ouvriers, six représentants des exploitants, six 
représentants de l'Etat et neuf suppléants choisis de la même 
manière. La Caisse des retraites pour la vieillesse est débitrice 
des rentes correspondant aux versements reçus en exécution de 
la loi de 1894. Les versements obligatoires à la nouvelle Caisse 
restent fixés à 4 %, par moitié entre l'exploitant et l'ouvrier. 
Tous les ouvriers et employés (comme en 1894) s'y trouvent 
inféodés jusqu'à 3.000 francs d'appointements (au lieu de 
2.400 fr.). A 55 ans d'âge et 30 ans de travail, chaque mineur 
reçoit une allocation annuelle d.e 1(X) francs de la part de l'Etat. 
Bien que la gestion de la Caisse autonome appartienne à la 
Caisse des dépôts et consignations, gérante de toutes les Caisses 
organisées par VKUd (celle des retraites pour la vieillesse comme 
les autres), l'autonomie apparaît dans le pouvoir donné au 
Conseil d'administration de la Caisse autonome de désigner ses 
placements. Elle apparaît encore beaucoup plus dans la création 
d'un fonds spécial ou fonds de répartition destiné à majorer 
joisqu'à 730 francs la retraite des hommes, jusqu'à 365 francs 
celle des veuves des pensionnés, destiné aussi à donner des 



— 580 — 

allocations aux anciens mineurs non pensionnés ni allocataires 
ayant quitté le travail avant l'application de cette loi. Ce fonds 
est constitué par un prélèvement sur le salaire que fixe le 
Conseil (V administration jusqu'au taux de 1 %, par un ver- 
sement patronal égal, par une subvention annuelle minima 
de 2 millions servie par l'Etat, par des offres de concessionnaires 
en vue d'obtenir les actes de concession signés après le 1" 
février 1912, par des dons et legs. Ce fonds est appelé « de répar- 
tition » parce qu'il n'est pas capitalisé, à la différence des 
versements de 4 % imposés par la loi. 

Je ne puis citer toutes les dispositions de la loi. On demandait 
d'abaisser l'âge de la retraite à 50 ans. Le Parlement recula 
devant l'énormité de la dépense. « Le nombre des retraites 
serait doublé, la moyenne de survie passerait de 12 à 17 ans ; 
inversement, l'opération ferait perdre cinq années de versement 
et cinq années de capitalisation », disait la, Commission de la 
Chambre des Députés. « Nous sommes convaincus qu'une 
annuité de 25 millions serait insuffisante. » Au sujet du ver- 
sement supplémentaire de 1 %, la Commission espérait que la 
majeure partie des ouvriers en serait exemptée, certains 
exploitants majorant eux-mêmes les pensions de leurs ouvriers. 

Un article jeta la division dans le monde des mineurs et 
détermina la grève. C'était rarticle 12 du projet de la Com- 
mission devenu' l'article 11 de la loi, qui attira sur le député 
Basly, son inspirateur, les foudres de la Fédération de la 
Loire (i). Cet article affranchit l'exploitant et ses ouvriers 
de tout versement au fonds de majoration, si le premier assure 
des retraites de 730 francs aux ouvriers et employés, et de 
365 francs aux veuves, à la condition que la charge assumée 
ne soit pas inférieure à la cotisation de^ 1 %. Des tractations 
dans ce sens entre patrons et oufvriers avaient eu lieu dans le 
Nord et le Pas-de-Calais et les adversaires de l'article 11 ac- 
cusaient les partisans du projet d'être la cause d'une scission, 
d'une atteinte à l'unité minière, à la « force morale de la corpo- 
ration (force de combat contre les Compagnies, cela va sans 
dire) ». 



(1) V., à titre de ren&eignementis, La Tribune, journal de St-Etienne, 
des 20, 21 janvier, 5 et 17 février 1913. 



— 581 — 

Malgré la création du fonds de répartition pour relever très 
fortement la retraite produite par la capitalisation des ver- 
sements de 4 %, on ne savait pas quel serait le chiffre de la 
retraite. Les ouvriers demandaient 2 francs par jour. On ré- 
pondait par un chiffre hypothétique. En outre, les ardoisiers 
n'étaient pas 'appelés à bénéficier de la loi. Pressé de toutes 
parts, le Ministre du Travail, M. Métin, promit que les mineurs 
obtiendraient une retraite qui ne serait pas sensiblement infé- 
rieure à 730 francs. Le budget, chaque année, était là pour 
pourvoir à tous les besoins. 

Contrairement à ce que l'on pourrait supposer, la loi de 1914 
ne fut pas l'œuvre exclusive d'un parti. Des libéraux et même 
des' conservateurs intervinrent à plusieurs reprise^ pour amé- 
liorer les conditions proposées par le Gouvernement, qui avait 
la charge de défendre les finances publiques, souci médiocre 
chez certains parlementaires. Mais, comme les conservateurs et 
les libéraux ne pouvaient compter sur les voix des mineurs, 
leur intervention désintéressée mérite d'être signalée (i). 

C'est l'article 11, ancien article 12, ai- je dit, qui déclencha 
la grève. Dès le mois de janvier, le Comité fédéral de la Loire 
déclarait que, si le Sénat persistait à refuser la retraite à 2 francs 
par jour et la suppression de l'article 12, il engagerait la 
bataille, au besoin malgré le Congrès national. La grève fut 
virtuellement déclarée le 23 février. 

La Fédération de la Loire reprochait au Sénat : le minimum 
d'âge de 55 ans au lieu de 50 ans, le maintien de l'article 12, la 
non-assimilation dies ardoisiers, contrairement aux résolutions 
du Congrès d'Angers en 1912. 

Des mesures d'ordre sérieiuôes furent prises par le Préfet. 
Mais on était à une époque de crise du charbon, coïncidant 
avec une reprise métallurgique. Sur la demande de la Chambre 
de Commerce et du Comité des Forges de la Ivoire, le Gouver- 
nement autorisa un tarif de pénétration pour faire venir des 
charbons de la Sarre. Néanmoins, au début, il y ont des 
chômages dans les usines. 



(1) V. rii publié dans le Mérnorial de la l.nirr du 25 février 

1914. sons \r i.iir .' Ln prr'vp dos niiiipurs » 

38 



— 582 — 

La grève éclata aussi dans les autres bassins. Elle fut très 
partielle dans le Nord, où les vieux Syndicats dirigés par Basly 
résistèrent aux jeunes Syndicats adhérents à la G. G. T., les 
premiers acceptant la loi « comme pis aller ». 

Enfin, sur la promesse que, si le chiffre de la retraite 
s'éloignait trop de 730 francs, on pourvoirait au manquant en 
recourant à de nouvelles subventions budgétaires, une détente 
se produisit. Le Gonseil national décida la reprise pour le 3 
mars. Le délégué de la Loire, M. Duranton, qui était allé à 
Paris pour faire voter la continuation de la grève, n'eut aucun 
succès. La Fédération de la Loire ratifia la décision du Gonseil 
national. 

Je signale pour ordre les décrets des 31 mars et 13 juillet 1914, 
rendus pour l'exécution de la loi, et les élections du 3 mai au 
Gonseil d'administration de la Gaisse autonome. 

Indépendamment (jusqu'à un maximum d'appointements 
déterminés) de leur affiliation à la Gaisse nationale des retraites 
— • prévu© en 1894 comme en 1914 — les employés bénéficient 
dans les Gompagnies importantes d'un statut spécial de pré- 
voyance. Mais, comme les notices piubliées à l'occasion des 
Expositions sont établies sur des modèles très différents, j© n'y 
trouve pas des renseignements qui puissent être comparés entre 
eux. Une enquête personnelle conduirait trop loin (i). 



Habitations ouvrières. — La retraite esi^ une institution de 
prévoyance. Le secours^ tel qu'il est organisé par des Gaisses 
mixtes, tient à la fois de la prévoyance et de l'assistance. Les 
autres institutions, soit de prévoyance, soit d'assistance, se sont 
développées pendant cette période 1900-1914. Là encore, on 
manque de renseignements comparatifs, c'est-à-dire établis 
d'après un modèle 'uniforme et concernant les hôpitaux, le 
chauffage gratuit, les écoles, enfin et surtout les habitations 
ouvrières, chose dont on ne se préoccupait guère dans le passé. 

Voici quelques renseignements isolés : 



(Ij Pour ce qui concerne les caisses de retraites et de secours depuis 
1914 voir le dernier chapitre. 



— 583 — 

Aux doux cités ouvrières créées en 1874 et 1890 (cité du Buisson 
et cité des Vialles) qui étaient du type à logements contigus, 
la Compagnie de Roche-la-Molière a ajouté cinq autres cités de 
1900 à 1914, toutes du type à maisons isolées et jardin parti- 
culier. Chaque maison comprend deux logements, composés 
chacun d'une cave, de deux pièces au rez-de-chaussée, d'une 
grande chambre et de deux chambrettes à l'étage. Chaque lo- 
gement oomprent en outre des W.-C. et un cabinet de débarras. 
Un jardin de 300 mètres y est attenant. Le prix de location était 
de 120 à 144 francs par an. Ces cités sont : la nouvelle cité des 
Vialles, les cités de Lanlyre, du Barrage, du Pontin et de 
Beaulieu. En y comprenant les anciennes cités, la Compagnie 
disposait en 1914 de 340 logements occupés par 482 ouvriers et 
au total par 1.259 habitants. Malgré l'effort considérable 
accompli, il faïuit constater que ces 482 ouvriers ne représentent 
que le dixième du personnel de^ la Compagnie. 

La Société des Mines de la Loire a formé en 1910, avec l'aide 
des Hospices civils et de la Caisse d'épargne de SaintrEtienne, 
une Société anonyme d'habitations à bon marché, la Ruche 
immobilière^ qui a construit 23 logements individuels de 3 
ou 4 pièces avec caves et W.-C, eau, gaz et jardin, à Cha- 
vassieux (aux portes de Saint-Etienne, sur la route de Saint- 
GenestrLerpt) loués de 18 à 20 francs par mois. La Société de 
la Loire a souscrit une large part des actions de la Société de 
Crédit immobilier L'Aide au foyer stéphanois^ qui a consenti 
des prêts pour une quarantaine d'habitations. Enfin, elle est 
entrée dans la voie de la construction directe à la Doa, région 
de la Chana (l). 



En 1905, dans les locajux de l'hôpital de la Compagnie de 
Montramlxîrt, fut installée^ la première « Goutte de Lait », dont 
l'initiative revenait à M"* Murgue et à M. le docteur Mounier, 
femme et gendre du Directeur de la Compagnie. En 1911, cette 
œuvre avait assisté 47 enfants et distribué 39 layettes du premier 
âge et 32 du second. Une consultation do nourrissons et une 



(1) J'Indique sommairement au dernier chapitre de rc livre les 
constructions effectuées depuis 1W4. 



— 584 - 

pesée ont lieu une fois par semaine. On no saurait trop 
insister sur l'importance des oeuvres de ce genre dans la lutte 
contre la mortalité infantile et regretter que la Loire se soit 
laissée distancer par d'autres bassins, puisqu'en 1905, époque 
de la création de la Goutte de Montrambert, le Pas-de-Calais 
comptait déjà 127 Gouttes de lait. 

Je résume ici les autres institutions ouivrières des Com- 
pagnies. 

Roche-la-Molière possède deux hôpitaux, dont j'ai déjà parlé 
dans un autre paragraphe. La dépense de la Compagnie pour 
le chauffage gratuit des ouvriers et employés représentait, en 
1913, 146.000 francs, en appliquant des prix d'oirdre notablement 
inférieurs aux prix de vente. La Compagnie entretient un asile 
pour enfants et deux ouvroirs pour jeunes filles. Elle sub- 
ventionne des écoles. Elle distribue des primes pour assiduité 
au travail (moins de dix journées d'absence par an) pour un 
total de 160.000 francs. 

Montrambert possède un hospice-hôpital et une école enfan- 
tine et de jeunes filles, complétée par un patronage, une école 
de garçons. La Compagnie distribue des subventions au culte 
(qui assure la nourriture de l'âme), au Bureau de bienfaisance, 
aux Sociétés de secours mutuel. Elle distribue 25.000 tonnes 
pour le chauffage gratuit (usage général dans le bassin). Elle 
a installé, comme les autres Comipagnies, des lavabos-vestiaires. 
Ses charges ouvrières, en dehors des salaires et du chauffage 
gratuit (secours aux blessés, retraites, contribution à la Caisse 
de secours en cas de maladies, libéralités diverses) repré- 
sentaient 412.000 francs en 1900 et 805.000 francs en 1913, soit 
respectivement fr. 55 et 1 fr. 14 par tonne. 

La Société de la Loire a décrit dans sa Notice de 1914 ses 
installations de vestiaires-douches avec monte-habits mus par 
des chaînes mouflées et cadenassées. Ils lui ont valu la plus 
haute récompense à l'Exposition d'hygiène de Dresde en 1913. 
La Compagnie a compté que ses charges fiscales et sociales, qui 
étaient de 89.000 francs en 1863 (0 fr. 27 par tonne) s'élevaient 
à 197.000 francs en 1893 (0 fr. 41 par tonne), à 562.000 francs 
en 1903 (0 fr. 91), à 853.000 francs en 1913 (1 fr. 03). Ces charges 
croissent plus vite que les redevances tréfoncières et dépassent 
de beaucoup la moyenne des dividendes des vingt dernières 
années. 



- 585 — 

La Notice de la Société des Houillères de Saint-Etienne sur le 
statut des retraites des employés, que j'ai citée, renferme un 
historique de la question deis retraites et in fine un tableau des 
charges ouvrières de la Société, tableau qui commence en 1869, 
mais s'arrête en 1895 (230.000 francs à cette dernière date, contre 
48.000 francs en 1869). J'ai indiqué les chiffres récapitulatifs 
(v. p. 573). La Société ayant ses exploitations sous la ville de 
Saint-Etienne, la question des constructions ouvrières ne se 
posait pas comme pour les autres Sociétés. 

Dans ces conditions," et si l'on veut y réfléchir, si l'on veut 
surtout être impartial, on ne peuit méconnaître l'effort accompli 
par les Compagnies. Mais alors que les charges augmentaient 
le oouirs des actions baissait, et tel petit actionnaire — il y en a 
beaucoup — ayant placé ses économies dans l'achat de quelques 
actions houillères il y a quinze ou vingt ans, n'a pas été en- 
chanté d'en voir baisser le cours. Où donc est le « somptueux 
festin » des actionnaires, dont les orateurs des grèves nous ont 
rebattu les oreilles ? Le mot faisait bien, jeté dans les masses 
ouvrières (i). 



La Mine aux Mineurs. — Je passe aux Sociétés ouvrières et 
d'abord aux Coopératives de production. J'ai exposé dans Je 
paragraphe précédent la première phase de la Mine aux 
Mineurs de Monthieux (2). Il me reste à raconter sa fin. En butte 
aux attaques du Syndicat parce qu'elle n'était plus que la pro- 
priété des sociétaires, à l'exclusion des auxiliaires simplement 
salariés, la Mine connut de nouveau les déficits budgétaires à 
partir de 1903. 

L'indiscipline aggrava le mal. 

Les créanciers réclamèrent. Un eéque^re, M. liailly, fut 
nommé en 1908. Le Tribunal de Commerce, en 1909, refusa 
la faillite demandée par les créanciers. Il prononça la liqui- 
dation judiciaire à la suite du dépôt de son bilan par la Société. 
L*actif fut vendu aux enchères. 



(1) On a rîK'me dit : Tf11<î Société ne rtistribnnit pas do dividendes, ce 
qui ne lui a pas fait faire faillite ! {Tribune, 5 novembre 1920.) 

(2) V. p. :>:if^. 



— 586 — 

Dans rétude qu'il lui a consacrée, M. Joseph Bréchignac 
(mort au champ d'honneur) a attribué la chute de la Société 
à diverses causes ei d'abord à des causes techniques : insuf- 
fisance de capitaux, difficultés d'exploitation, pauvreté du 
gîte ; ensuite à son caractère de coopérative de production. 
« La coopération n'est pas un progrès et, tentée plus spécia- 
lement dans la grande industrie, elle est destinée à périr ou 
alors à reconstituer, suivant l'expression do M. Gide, les formes 
mêmes qu'elle sc' proposait d'éliminer. » La théorie n'est souvent 
que de la chimère. Les ouvriers n'acceptèrent une direction 
technique qu'à regret. Ils la rendirent intenable à force d'ob- 
struction. Quand ils ne s'en prenaient pas aux ingénieuirs, ils 
attaquaient leurs pairs du Conseil d'administration. La Mine 
prospéra quand elle devint- une société formée de petits capi- 
talistes. Mais la crise économique, provoquant de nouveau la 
lassitude et le découragement, amena la révolte et l'anarchie. 
Le capital, si modeste soit^il, doit savoir et doit pouvoir pa- 
tienter, tandis que le travail demande sa rémunération 
immédiate. Ici, le capital et le travail ne faisaient qu»'un, mais 
le travail ne pouvait pas attendre. « Supprimer le vieil anta- 
gonisme du capital ei du travail par la réunion dans les 
mêmes mains de l'un et de l'autre, c'est évidemment l'idéal. 
Mais l'idéal n'est pas de ce monde. » Quand on pense que le 
jour de l'inauguration, Basly avait félicité les organisateurs de 
préparer l'avènement de l'ère socialiste ! Il est vrai que les 
paroles ne comptent guère, quand on. parle beaucoup. Mais elles 
slincrustent quand même dans certains cerveaux. 



Syndicats ouvriers (i). — J'emprunte les renseignements sta- 
tistiques aux Annuaires des Syndicats professionnels publiés de 
1900 à 1914 et je ne cite que les Syndicats qui ont fonctionné 
pendant cette période : 

Saint-Ettenne. — La vieille Chambre syndicale des ouvriers 
mineurs de la Loire, fondée en 1876, la Chambre-mère, comptait 
3.000 membres en 1900 et 3.999 en 1914 (siège social, Bourse du 
Travail). 



(1) V. pour les périodes précédentes, p. 537, 558. 



— 587 — 

La Chambre syndicale du Quartier-Gaillard, fondée en 1888, 
comptait 25 membres en 1910-1911. 

Un Syndicat professionnel de défense des ouvriers mineurs 
victimes d'accidents du travail, 3, rue Brossard, à- Saint-Etienn«, a 
existé en 1902-1903 (18 menLbres). 

L'Union fraternelle des mineurs (section de Beaubrtin), 9, rue 
Buisson, a fonctionné en 1903-1905 (42 membres). 

L'Union fraternelle des mineurs du bassin de la Loire, créée en 
1903, 44, rue Neyron, comptait 58 membres en 1904-1908. 

Un Syndicat des mineurs et ouvriers similaires des mines de 
Beaubrun a existé en 1904-1905 : 250 membres. 

Un Syndicat des mineurs et ouvriers similaires des mines de 
Saint-Etienne, 40, rue de Tardy, fondé en 1904, comptait 278 mem- 
bres en 1908-1909. 

Uû Syndicat des chauffeurs et mécaniciens des mines de la 
Loire, 14, place du Peuple, créé en 1906, comptait 215 membres en 
1914. 

Un Syndicat libre des ouvriers mineurs de Côte-Ghatide, fondé en 
1909, comptait 25 membres en 1912. 

Seuls sont inscrits sur V « Annuaire » de 194â la Chambre 
syndicale des mineurs de la Loire et le Syndicat des chauffeurs et 
mécaniciens. Voilà pou/r la Ville de Saint-Etienne. 

FrRMiNY, — Chambre syndicale des ouvriers mineurs de Firminy 
et environs, fondée en 1891, 905 membres en 1900, 1.350 en 1914. 

RocHE-LA-MoLiÈRE. — Chambre syndicale des mineurs, créée en 
1898, 130 membres en 1900, 1.010 membres en 1914. 

Saint-Genest-Lerpt. — Chambre syndicale des mineurs, créée en 
1898 (section du Syndicat précédent), 160 membres en 1902. Ne figure 
plus sur les Annuaires suivants. 

Union syndicale des ouvriers mineurs, créée en 1903, 70 membres 
en 1904, 68 en 1914. 

ViLLARs. — Syndicat des ouvriers mineurs, créé en 1888, 120 mem- 
l)res en 1900, ^5 membres en 1914. 

La Ricamarie. — Syndicat créé en 1890, 200 membres en 1900, 
900 en 1912 ... ? en 1914. 

Saint-Jean-Bonnefonds. — Syndicat créé en 1891, 16 membres en 
1900, 32 membres en 1905, ne figure plus sur les Annuaires suivants. 

Sorbiers. — Syndicat indépendant des ouvriers de la Chazotte, 
créé en 1903, 130 meîhbres en 1904, 25 en 1914. 

La Tai.audière. — Syndicat créé en 1890, 610 membres en 1900, 
573 en 1914. 

Terrenoire. — Syndicat créé en 1903, 27 membres en 1905, uc 
fîgure plus sur les Annuaires suivants. 

Saint-Chamond. — Syndicat créé en 1889. 115 moinbros on 1900, 
42 membres en 1914. 



— 588 — 

Grand'Groix. — Syndicat créé en 18U0, D84 membres en 1900, 
325 en 1914. 

RrvE-DE-GiER. — Syndicat créé en 1878, 22 membres en , 1900, 
2 membres en 1903, ne figure plus sur les Annuaires suivants. 

UNIONS DE SYNDICATS 

FÉDÉRATION DES MINEURS DE LA LoiRE^ reconstituée en 1897, elle 
groupait 5 syndicats et 3.770 membres en 1900, 11 syndicats et 
7.897 membres en 1914. 

FÉT)ÉRATiON NATIONALE DES MINEURS DE FRANCE, créée en 1894, cut son 
siège à Saint-Etienne, en 1895-96, 1898-99 et de 1901 à 1903, époque 
où il a été transféré à Paris. A cette époque, elle groupait deux 
Uniions de Syndicats, ayant leurs sièges sociaux à Doyet (Fédéra- 
tion du centre) et à Saint-Etienne (Fédération de la Loire), repré- 
sentant 11.529 membres et 14 Syndicats, ayant leur siège à Alais, 
Bessèges, Cognac, Carmaux, Chamborigaud, Denain, Epinac, 
Fuveau, Gardanne, Lens, Montchanin, La Motte-dAveillans, Sin-le- 
Noble, Trets, représentant 45.163 membres. Total : 56.692 membres. 

L'effectif syndical des mineurs de la Loire en 1914 repré- 
sentait 8.822 membres, chiffre déclaré à l'Office du Travail 
mais non contrôlé, pour une popiulaticn active de 20.000 âmes, 
dans laquelle sont compris les femmes, les enfants et les 
ouvriers de la campagne qui, l'été, retournent travailler 
chez eux. 

C'est aux chapitres de la Situation générale que j'exposerai 
l'action des Syndicats dans les événements économiques, action 
considérable de 1900 à 1914 et liée intimement à la marche de 
l'industrie. Qu'il me suffise de rappeler les nombreuses con- 
ventions avec Le Comité des Houillères qui quelquefois ont 
terminé des grèves et quelquefois les ont prévenues, ce qui est 
mieux : arbitrage Gruner-Jaurès en 1900, arbitrage Ballot- 
Beaupré en 1902 ; conventions d© 1906, "1908, 1910, 1913, con- 
ventions pour l'application de la jo'Uirnée de 8 heures en 1908 et 
1914. Qu'il me suffise de rappeter également les noms de 
quelques-uns des secrétaires de la Fédération régionale do la 
Loire, grands gréviculteuirs, très forts déclamateurs, qui ont 
fini par trouver de plus forts qu'eux-mêmes et qui se sont fait 
traiter de traîtres et de vendus, comme ils avaient traité leurs 
prédécesseurs. Rondet, le fondateur du mouvement syndica- 
liste, mouTut isolé et oublié. Plus tard, il est vrai, on lui éleva 
une statue. Cotte, qui succéda à Rondet, plus farouche encore 
que Rondet, connut aussi la roche tarpéienne. Il cumulait le 



— 589 — 

secrétariat do la Fédération régionale avec celui de la Fédération 
nationalo. Il diut démissionner de la Fédération régionale. Vers 
la fin de' la grève de 1902, il fut violemment malmené par les 
exaltés de la corporation. J'ignore ce que devint Beauregard, 
le successeur de Gotte^. Duranton, le secrétaire actuel, a traité 
dans les journaux Basly de traître et de vendu' à propos de 
l'article 12 de la loi des retraites, Basly, le roi des mineurs du 
Noird et dui Pas-de-Calais, oabaretier de profession, Basly, le 
député-maire de Lens, que les Allemands ont emmené en capti- 
vité où il a dû réfléchir à nos querelles intérieures pendant 
que l'ennemi fourbissait ses armeis contre la France ! 

Pour terminer au sujet des Syndicats ouvriers, citons un 
extrait d'un article de VEcho des Mines et de la Métallurgie du 
22 janvier 1914 : 

Qu'est-ce donc au juste que ces Fédérations qui parlent, semble- 
t-il, au nom des mineurs de France ? Elles représentent bien peu de 
chose à la vérité, si Von ne veut tenir cormne adhérents que les coti- 
sants effectifs. Le Syndicat Basly lui-même — et c'est le plus impor- 
tant — compte-t-il plus de 4 ou 5-000 cotisants ? Nous en doutons. 
Quant à cette Fédération de la Loire qui lance un défi au Sénat, 
c'est moins que rien, une ombre. Mais elle possède un bureau, un 
président, un secrétaire, et ces gens-là veulent qne Ton parle d'eux 
de temps à autre. C'est, du reste, la plaie des syndicats ouvriers 
que leur bureau. Il se trouve là un secrétaire appointé qui veut de 
toute nécessité justifier ses appointements par quelque chose. En 
temps normal il n'est rien, mais en temps de g-rève, son nom est 
sur les affiches, dans les journaux, et voilà pourquoi le secrétaire 
syndical pousse toujours à la grève dans toutes les corporations. 
C'est sa raison d'être pour ainsi dire, et en plus il n'a jamais rien 
à y perdre personnellement... 

Les Syndicats de mineurs et les Fédérations constituent un bhiff... 
ils ne représentent pas 10 % des mineurs. 

Les Compagni^^s... (en signant des conventions de travail) les consi- 
dèrent comme représentant véritablement les ouvriers, parce qu'elles 
n'ont pas d'autres délégués devant elles... 

Les mineurs véritables acquiescent de coeur et ne refusent jamais 
aucune des conquêtes faites en leur nom, même sans leur consente 
mont. Mais, comme finalement c'est le pu])lic qui paye ces conces- 
sions incessantes, celui-ci finira bien par se lasser... 

Jo trouve dans le même journal (l*"" novembre 11)20) une com- 
paraison entre les Syndicats des mineurs en France et les trade- 
unions anglaises, très fortement organisées. Kn France, les 
cotisations sont très difficiles à faire rentrer. 



— 590 — 

On sourit quand certains syndicats annonicent des milliers d'adhé- 
rents, ils le sont de oœur peut-être, mais de bourse, c'est autre 
chose. Aussi, chez nous, les syndicats sont-il relativement pauvres, 
et en cas de grève, les secours sont distribués très parcimonieu- 
sement. 

Les mineurs anglais, au contraire, versent rigoureusement 
une cotisation prélevée sur leurs salaires et ne perdent jamais 
de vue la totalisation de ces prélèvements. 

Ils considèrent que ce n'est pas un versement à fonds perdu, mais 
une sorte de placement qu'ils doivent retrouver un jour. Comme 
ces sommes s'accumulent et ne sont jamais affectées qu'à soutenir 
des grèves, les mineurs finissent par s'impatienter quand ces grèves 
ne se produisent pas. Ils veulent rentrer dans leur argent et manger 
la cagnotte... Les mineurs ne souffrent donc pas de la grève d'une 
façon générale, et l'égoïsme qui est au fond du caractère anglais 
leur rend indifférent le sort des autres catégories de travailleurs 
qui sont réduits au chômage. 

« Le métier (de mineur) ne possède dans le Syndicat qu'un 
rudiTYient (T organisation, dont l'activité épisodique ne peut rien 
instituer de durable. Ne préparant que la grève, le Syndicat 
apparaît comme un corps de partisans destiné à tenter quelque 
coup de miain heureux (i). » Il faut opposer ces paroles aux 
étatistes, qui voient dans le Syndicat la forme supérieure de 
l'association (2). 

Sans doute, les Syndicats ont obtenu de grosses augmentations 
de salaires pour leursi membres. Mais, si le salaire nominal a 
beaucoup augmenté du fait des grèves, le salaire réel est loin 
d'avoir suivi la même progression, puisque les augmentations 
du prix de la main-d'œuvre ont fait renchérir — ce n'est pas 
la seule cause — le prix de la vie (•^). 



(1) Jacques Valdour : Les mineurs, observations vécues (Rousseau, 
éditeur, 1919). — L'auteur a vécu de la vie des mineurs, en 1910 ei 1912, 
Aussi son livre est d'une lecture attrayante et impressionnani»:; Il doit 
être recommandé à ceux qui supposent que la mentalité du mineur 
peiTnet à ceilui-ci de raisonner comme une personne ayant reçu une 
édiucation soignée, vivant dans l'aisance ou la fortune, pouvant s'offrir 
des distractions variées, Intellectuelles ou autres. 

(2) M. Paul Pic, notamment, professeur à la Faculté de droit de Lyon, 
auteur d'un Traité de Législation industrielle, très étatiste mais très 
apprécié. 

(3) Le mouvement syndicaliste depuis 1914 est exposé dans le dernier 
chapitre. 



•^T^ ♦.T^ 0^r^ •^y^ •^T^ •^r^ ^a. •.t^ ».t^ «^t^ *.t^ 9<l^ «sT^ 
^^»f^^'»}#^ ^^fiT- -Vr#^ ''^^}^ ^#^ S: '^^ ^^HT^ ''^^}€^ "^If^^ "^^^ ^'^ 



w^w mf ir ^^^'^Ip^w 






CHAPITRE X 



Le Transport des Charbons 
depuis la Révolution jusqu en 1914 



usqu'a rétablissement du chemin de fer, le 
transport des charbons s'opéra par les mêmes 
voies qu'à la fin de l'ancien régime : chemins 
terribles de cette époque, canal de Rive-de-Gier 
à Givors, Loire depuis le port de Saint-Rambert 
et ensuite depuis le port de la Npirie. Mais le régime de ces 
transports subit des changements considérables. Nous les indi- 
querons successivement pour la Révolution, le Consulat et 
TKmpire, la Restauration, en distinguant le territoire de Rive- 
de-Gier de celui de SaintrEtienne. 




§ I. 



PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'entretien ixjur ainsi dire nul des routes pendant cette 
période d(îvait amener des plaintes qui retentirent jusque sous 
la Ilt>st<iu ration et au delà. Très vives déjà sous l'Kmpire, qui 
entreprit dos trava-ux considérables, ces plaintes étaient muettes 

sous la Révolution. Personne n'osait élevi i Ii v«ii,\. 



— 592 — 

Le territoire do Rive-de-Gier approvisionnait Lyon. Pendant 
l'hiver 1794-1795, on réquisitionna, à Rivo-de-Gier et dans les 
environs, de quatre-vingts à cent voitures pour transporter du 
charbon à Lyon. Mais les autorités résistèrent malgré les 
menaces d'arrestation, impuissantes contre les éléments. Les 
chevaux étaient chers, l'avoine ei les fourrages manquaient. On 
demandait des chevaux de réforme. De Paris, l'Agence des 
Mines répondait qu'elle avait demandé au Gouvernement des 
chevaux, contre paiement, et l'ouverture de chemins. 

En 1797, lors de la suppression du monopole des messageries 
donné à ferme, on avait établi la taxe des barrières pour l'en- 
tretien des routes, qui subsista jusqu'en 1806 et qui fut 
remplacée par l'impôt du sel rétabli. On a dit souvent les in- 
convénients de cette taxe. Les extracteurs de Rive-de-Gier 
bénéficièrent, en 1799, d'une modération, ayant fait réparer à 
leurs frais tout le pavé de la commune, seul espace de la route 
qu'empruntaient leurs voitures pour aller de la mine au canal. 
Le Directoire prit un arrêté dans ce sens, en décidiaint que cet 
arrêté ne serait point imprimé (l). 

Le canal ne pouvait servir pendant l'hiver terrible de 1794- 
1795. D'où la nécessité de voiturer la houille par terre. D'ailleurs, 
le canal avait subi des vicissitudes. Erigé en fief par lettres 
patentes de 1789 au profit de la Compagnie (2), il attira sur 
celle-ci toute l'impopularité qui atteignait les institutions 
féodales. Les nouvelles autorités lui furent violemment hostiles, 
et, par suite d'opposition d'intérêts. Le nombre de ses ennemis 
s'accrut encore. La Compagnie du Canal eut touit le monde 
contre elle. Sans doute, elle avait contribué à ce dénouement en 
exagérant son monopole et en s'enorguei Hissant de sa sei- 
gneurie, qui lui donnait le droit de commandement et de justice 
sur la voie navigable, c'est-à-dire les pouvoirs de l'Adminis- 
tration réunis à ceux d'un tribunal et à ceux d'un concession- 



Ci} brossard, p. 216, 219. 

(2) Le texte de ces lettres figure dans l'ouvrage de M. Chomienne, 
MiQiûire de Rive-de-Gier. 



— 593 — 

naire. C'était vraiment trop au moment où éclatait la grande 
Révolution. 

Avec le fief, la juridiction s'évanouit. On ameuta les 
habitants. Parmi les excitateurs se trouvaient de purs réac- 
tionnaires comm^ Fleurdelix, futur défenseur de Lyon, ennemi 
juré par intérêt de la Compagnie, qu'il avait voulu faire com- 
poser pour la cession de ses terrains. Le barrage fut disloqué 
en mai 1790 par un débordement du Féloin et du Gier qu'il 
eût été facile d'empêcher. On s'opposa à son rétablissement, 
que le Directoire du département de Rhône-etr Loire finit par 
autoriser en 1791. Une loi intervint pour la ratification, ordonna 
l'acquisition par la Compagnie des terrains ravagés et des 
terrains nécessaires pour le réservoir et pour la création des 
francs-bords. Elle confirma le règlement de 1782 sur les porte- 
faix. Les canaux furent assujettis à l'impôt foncier. 

Vint la Terreur. La Compagnie ne put empêcher les re- 
cherches de houille sous le canal et le port de Rive-dei-Gier. Tout 
droit de péage fut supprimé après la reddition de Lyon. Les 
actionnaires furent séquestrés. Quatre syndics sur six de la 
Compagnie subirent le deirnier supplice. Les Représentants du 
Peuple chargèrent la Ville d'administrer le canal au pr-ofit de 
la Nation. L'indemnité! pour la privation de® droits de navi- 
gation fut réglée après thermidor, mais ne fut pas payée (i). 

Le canal rendit cependant d'immenses services. Dès la 
réaction thermidorienne on vit renaître les demandes des auto- 
rités pour obtenir son prolongement jusqu'à la Loire, non 
seulement jusqu'à Houthéon, mais jusqu'à Roanne. Gontard, 
Riivel, Jovin aîné, Praire^, correspondants à SaintrEtienne du 
Bureau du Commerce établi près le Comité du Salut public, 
exposaient la question dans letur mémoire sur le commerce 
passé, présent et futur de Saint-Etienne (15 messidor an 111). 
I^s représentants en mission, Ronet, Misson, Patrin, appuyaient 
ces vues par des arguments et des chiffres qui décidèrent 
l'Agence des Mines, à Paris, à charger un inspecteur des mines 
do l'examen de la question. I/avis de cet hornuK^ de scienrv, 



(1) Cailhava, Histoire du Canal de (iivora {op. cit.). Bnos.SARD, p. 211 
Gaixky, Saivt-Klhmne cl non dUlrlcl, II, p. SWi. AnEiui:, HUi. de Uiiuirs, 
p. 229 ; Bulletin de la Diana, 1<J20 (p. 397). 



— 594 — 

nommé Duhamel, fut très favorable. L'Agence adopta son 
opinion. On était en 1796. Les choses en restèrent là (i). 

Le territoire de Saint- Etienne alimentait Paris, et Paris était 
privé deisi charbons anglais. L'inspecteur des mines, Monnet, 
commissaire du Comité du Salut public, avait l'ordre de faire 
expédier chaque mois 1.500 voies à Paris, 750 pour les armées. 
La voie de Paris étant de 1.275 kg., c'étaient respectivement 
1.912 tonnes et 956 tonnes environ (car on employait les mesures 
de capacité) que Saint-Etienne devait envoyer mensuellement 
dans la capitale et aux armées. Total 2.868 tonnes par mois, 
35.000 par an si on avait dû en expédier autant en hiver qu'en 
été. On était en janvier 1794, pendant le terrible hiver. On com- 
mença par réquisitionner 1.000 voies. Mais les bateaux n'étaient 
pas assez nombreux et la houille... se peirdait en route, car les 
mariniers la vendaient en cours de trajet. Le Comité du Salut 
public rendit les municipalités riveraines responsables des 
retards, et les marchands, mariniers et acheteurs, passibles de 
peines sévères pour les détournements. Il encouragea par des 
primes ceux qui transporteraient des charges en excédent. 

D'autre part, le Comité révolutionnaire de Rambert-Loire 
(Saint-Rambert) exerça une surveillance sur l'enlèvement des 
bateaux et siuir leur construction. Le Directoire de district ou 
arrondissement, qui siégeait à Boën (Montbrison étant décapi- 
talisé), avait appliqué la loi du maximum à cette construction, 
créé une Commission chargée de réquisitionner les bois et les 
ouvriers, et fixé le prix de chaque bateau à 574 livres 16 sols. 

On construisit de la sorte deux bateaux par jour à Saint- 
Rambert. C'était insuffisant. Les constructeurs n'étaient ni très 
zélés, ni très scrupuleux, ne se trouvant sans doute pas assez 
payés. Les bateaux manquaient de solidité et des dimensions 
nécessaires. En plein thermidor, un arrêté du représentant 
Reverchon décida que la terrible loi des suspects serait ap- 
pliquée aux propriétaires des bois refusant de vendre au tarif 
du maximum, et aux maîtres et ouvriers constructeurs de 



(1) Le rapport des correspondants du Bureau du Commerce (fabri- 
cants de rubans, de quincaillerie ou d'armes) est déposé aux Archives 
■najtionajtels (F»' 10S36). M. BrosS'ard en a donné un extrait dans sa 
Notice historique sur le CanoJl de jonction de Icu Loire au Rhône (An- 
nuaire de la Loire, 1885). 



— 595 — 

bateaux qui, les jours de travail, s'absenteraient ou seraient 
trouvés dans les cabarets. Les marchands de charbon de Saint- 
Just devaient conduire les bateaux. Les propriétaires, culti- 
vateurs, fermiers ou grangers de Roche-la-Molière, Saint- 
Genest-Lerpt et Saint- Victor étaient réquisitionnés pour con- 
duire les charbons à Saint-Just. Pour se rattraper, les mariniers 
se dispensèrent de payer le péage à la Compagnie La Gardette 
ou à ses représentants, de 1793 à 1802. 

Après la Terreuir, on préconisa des mesures moins révolu- 
tionnaires — qui avaient produit néanmoins un effet ( il faut, 
en des temps exceptionnels, des mesures exceptionnelles) — et 
qui eussent certainement amélioré très notablement la situation 
si on les avait réalisées. Il s'agissait de la réfection des chemins 
et de l'ouverture d'une voie navigable de Saint-Etienne à la 
Loire. L'économie des transports eût été formidable. L'écou- 
lement des charbons se serait fait natuirellement. Une voie de 
charbon de SaintrRambert (1.800 kg:.) coûtait 8 livres à la mine, 
à Roche-la-Molière, et 15 livres de transport juisqu'à Saint- 
Rambert. « Les chemins sont dans le plus mauvais état, disait 
le représentant Patrin — le seul des représentants peut-être qui 
ait vu clair — et les voitures si prodigieusement rares et chères 
que le transport par terre est à peu près impraticable. » Patrin 
préconisait l'achèvement du' canal de Givors, de Rive-de-Gier 
à la Loire par Saint-Etienne, à traveirs « la contrée la plus riche 
en mines de houille ». 

Neuf cents bateaux, portant près de 14.000 tonnes, avait des- 
cendu la Loire à partir de Saint-Rambert en 1792. De 1793 à 
1801, il on descendit 10.800 portant 165.000 tonnes, soit une 
nioycniif de \:^in\ hateaux et de 18.000 tonnes par an (1). 



M) M. nitf)S-\Tm, fini) , Vir'isfuiir ,lr la l{rr(>h!;inn iltuis /r Dr inirlcnirut 

'/'■ '" /."//'' II. '■',:>' W-- u iinlhiiir ;iiissi la. itMiiiisilKiii (it". iiiariiiuMs ,'t 

(les l);it<'riiix .i HoaiuM l.a nir me ctaii i^aaiiTa le |iniir |,| l.on,. v\ ses 

affluents. l-os mailn 'ir l,at(Mii\ (■•taiciit ma i iitrnii-; à !a -. 'îkI ii , te di» 

J eu rs bateaux priidaii! W.nt le temps de Lan arli\:l,. Mr h;,tis 

VInVcfUairr ilrs Vo/rs ,lr M ninss,,nl |> Jâ ; , ..n I \r lii . , M drs 

prix (In " iiiaxiiiiiim ,, l'.ni-, | ■ I. . lui |..ai 



— 596 — 
5^ 2. — SOUS LE CONSULAT ET L'EMPIRE 



Je parlerai d'abord des transports par voie de terre et ensiuite 
des transports par eau. 

Les rouîtes étaient dans l'état épouvantable où les avait laissées 
le manque d'entretien sous la Révolution, état particulièrement 
grave sur les routes fatiguées par les charrois de charbon. En 
1803, sur la route de Lyon, à cause des ornières, il fallait 
doubler les attelages. Le transport de 100 kg. de marchandises 
sur 40 kilomètres, payé jadis 2 francs, coûtait 5 francs. En 
1805, on évaluait à 600.000 francs la perte qui en résultait pour 
le commerce. 

Vers la fin de la Révolution, lors de la suppression du 
monopole des messageries qui était donné à ferme, on avait 
établi une taxe des barrières pour l'entretien des routes. Pour 
une voiture de charbon de 500 kg., d'une valeur de 3 francs, 
on payait fr. 20 de droit de passe. Cette taxe était affermée 
pour 80.000 francs dans le départemeint, dont 40.000 francs 
entre Saint-Etienne et la Madeleine (extrémité^ de Kive-de-Gior) 
et 27.000 francs seulement entre^ Roanne et la Pacaudière, c'est- 
à-dire suir la grande route de Paris à Rome par le Bourbonnais, 
Roanne, Tarare et Lyon. Ginquantei mille francs sur le produit 
de cette taxe^ furent affectés à l'entretien de la route de Saint- 
Etienne à Lyon en 1803. Le Conseil général de la Loire déclarait 
ce crédit insuffisant. 

Le GO'Uvernement écoiuita les doléances. Aussi le Conseil 
général put déclarer, en 1808-1811, que la route de Lyon était 
assez bien entretenue dans le département de la Loire. Par 
contre, elle exigeait beaucoup de réparations dans le dépar- 
tement du Rhône. Le Conseil demandait la reconstruction du 
pont de Rive-de-Gier ou pont de la Ville, sur lequel passait la 
route nationale, qui empruntait la rue Richarme (alors Grande- 
Rue), pour éviter le passage à g\i(é à Egarande, impossible par 
les temps de pluie (1808). Ce pont, après bien des discussions 
au sujet de son déplacement, fut reconstruit sous la Restau- 
ration. 

De Saint-Etienne à Saint- Just-sur-Loire, où on embarquait 
les charbons, la route ne se trouvait pas dans des conditions 



— 597 — 

moins défectueuses. Aux demandes de réparations, le Conseil 
général, en 1806, ajouta la suggestion de distribuer des primes 
aux voituriers de charbons allant à Saint-Rambert, pour les . 
encourager à remonter des chargements de cailloux. L'idée fut 
adoptée en 1810. 

La lioire n'étant navigable que pendant quatre à six mois 
de Saint-Rambert à Roanne et les bateaux ne pouvant porter 
que 10 voies (18.000 kg.), le Conseil général réitérait la demande 
si souvent présentée pour la construction d'une rouie de Roanne 
au Rhône par Saint-Etienne, vieux projet qui datait de l'ancien 
régime. La Révolution en avait amorcé l'exéoution, en ouvrant 
la première section de la grande artère qui traverse Saint- 
Etienne, entre la place de la Liberté (place du Peuple) et la 
place Chalier, appelée depuis « Les Travaux » et, en 1801, 
place Marengo. La construction de cette route fut autorisée par 
une loi de 1806 et les ingénieurs dressèrent immédiatement les 
projets. L'approvisionnement de Paris en charbons de Saint- 
Etienne, disait le rapporteur, ne dépendra plus des caprices 
de la navigation. Jusqu'à son achèvement, en 1832, cette route 
motiva des délibérations du Conseil général. Son achèvement 
détermina des concours financiers importa,nts. Reliant Roanne 
à Feurs, à Saint-Etienne, à Annonay et à Tournon, route mé- 
diane du département, ouvrant à Saint-Etienne le Nord et le 
Midi, remplaçant d'affreux chemins raccordés qui remontaient 
au moyen âge, voire même à l'époque gallo-romaine, cette 
route, qui porte aujourd'hui le n*' 82, sera réclamée comme une 
nécessité par tous les Corps élus (i). 

En 1811, parut un décret important en matière dei voirie — 
le plus important depuis Turgot — qui classa les routes en 
nationales et départementales [nationales, et non impériales 
comme sous le second Empire) et publia la nomenclature des 



(1) (:<es affreux chemins se voient encore, en partie, sur le terrain. 
Ils »ont Indiqués sur les cartes comme chemins ruraux en amont diu 
Treyve (commune do Bouth<^on) jusqu'à Pinay. De la Fouijiouse à 
Saint-Etienne, leur tracé a, croyons-nous, disparu. Go tra»ré est In- 
termédiaire entre la Ivoire et la route nationale actuelle, snuf dans 
la commune de Cuzieu où il pQjsse au levant d.e 1a rout« et se trouve 
d'ailleurs interrompu. On l'appelle chemin de Lètra A Salnt-l^iirent 
la-Conche, Marclopt, Montron<l. ancien chemin de lloannc à Salut- 
Eticnne, à Cuzieu et à Veauche, etc. 

S9 



— 598 — 

routes de la première catégorie. La roiite projetée de Roanne au 
Rhône, la route de Lyon à Toulouse par Saint-Etienne et le Puy, 
.ancienne route royale empruntant l'affreux tracé du Devey entre 
SaintrEtiemne et Firminy, étaient classées comme routes natio- 
nales et mises à la charge de F Etat, au moins comme entretien. 
Les Conseils généraux devaient établir le classement des routes 
départementales. Il s'ensuivit le classement de certains chemins 
vicinauK en routes départementales et vice-veirsa. En prévision 
de l'ouverture de la route de Roanne au Rhône, le Conseil 
général de la Loire classa parmi les routes départementales 
une route de Saint-Etienne à Montbrison par la Fouillouse et 
Andrézieux. La route de Saint-Etienne à Montbrison par Sainte 
Just devint chemin vicinal, mais elle devait servir encore pour 
l'embarquement des charbons de Samt-Etienne jusqu'à l'achè- 
vement de la route de Roanne au Rhône, qui, entre la Fouillouse 
et Andrézieux, était encore en construction en 1818. A ce titre, 
elle devait être entretenue comme route départementale. En 
outre, elle devait servir encore pour embarquer les charbons 
de Roche-la- Molière. 

Un décret du 29 juillet 1811 établit une imposition addition- 
nelle de 21.400 francs sur le départeme/nt, avec participation du 
Trésor pour la création des routes départementales de la Loire, 
au nombre de quatre ou cinq, création qui était, en général, 
une rectification. On demanda encore, en 1815, la réparation 
de la route de Saint- Just, dégradée par les charrois de charbons. 

Vers la fin de l'Empire également, on construira un chemin 
vicinal de Saint-Etienne à Firminy par le vallon de la Ricamarie 
et du Chambon, chemin qui sera préféré à l'affreusei route du 
Devey et de la Maison-Blanche (chez Goyard) et qui, rectifié 
et élargi, deviendra vers 1830 la route nationale actuelle de 
Saint-Etienne à Firminy, section de la route de Lyon à 
Toulouse (1). 

La voie de charbon (1.800 kg.) coûtait 8 livres à la mine de 



(1) Cet ancien chemin vicinal reliait Valbenoît© (Grange-de^l'Œuvre) 
à la Béraudière {Le Forez il y a cent ans, 1813, p. 40 et 37), traversait 
La Ricamarie. se détachait de la route actuelle à Montrambert, passait 
au hameau de Pontcharra, reprenait le tracé actuel de la route, passait 
à Trablalne, empruntait la Grande-Rue du Chambon et aboutissait au 
Mas, puis aux Trois-Ponts, à Firminy, où il rejoignait la route du 
Devey. 



- Ô9Ô — 

Roche-la-Molière et i5 livres de- transport de la mine à Saint- 
Rambert, en 1801 (i). 

Quand le calme succéda à l'agitation révolutionnaire, la 
Compagnie du Canal de Givors se réorganisa. Elle poursuivit 
les exploitants qui tiraient du charbon sous le canal. Un des 
délinquants sapa les piliers des voûtes, qui s'écroulèrent. Un 
tassement, des fuites se produisirent dans le lit du Gier. La 
mine fut inondée. Les Tribunaux ne sévirent pas. Ils étaient 
hostiles à toutes les Compagnies, à toutes les concessions. 
Empêcher un propriétaire foncier d'exploiter librement ses 
tréfonds leur paraissait contraire au droit de propriété. 

La Compagnie créa une gare d'eau' à Givors. Le projet en fut 
établi en 1811. Le réservoir de Couzon pour l'alimentation du 
canal, commencé en 1789, repris en 1799, ne fut achevé qu'en 
1812. La gare coûta 224.000 fr., le réservoir plus de i.200.000 fr. 
Ce réservoir sert aujourd'hui à l'alimentation de la ville. 

La Compagnie eut à lutter contre l'animosité des ingénieurs 
des Ponts et Chaussées, contre les municipalités de Givors et 
de Rive-de-Gier à propos de la police des portefaix, détenteurs 
d'un véritable monopole. En 1808, Joannès Fleurdelix, fils de 
l'ancien greffier de la Sénéchaussée de Lyon, était nommé maire 
de Rive-de-Gier. Il avait hérité de l'inimitié paternelle pour 
la Compagnie, motivée par des questions d'intérêt privé. Sauf 
pendant les Cent-Jour"s, il régna à la mairie jusqu'en 1823, date 
de sa mort, où il fut remplacé jusqu'en 1830 par son frère Jean- 
Mario. Les deux frères manifestèrent une haine profonde contre 
les conoossionnaires du canal. 

Mais, d'autre part, la Compagnie connut des jours pros- 
pères (2). La navigation avait repris avec intensité, les recettes 
allaient en augmentant. Trois mille bateaux descendaient par 
an. Ils portaient chacun de 700 à 900 hectolitres, soit 70 tonnes 
environ. Le trafic dépassa 140.(X)0 tonnes en 1807 et en 1812. Le 
droit de navigation était de fr. 27 par hectolitre, mesure de 
vente, le droit de remontage jusqu'à Lyon de fr. 20 ; il s'était 
élevé jusqu'à fr. 40 et même fr. 50. Le prix de la hoiville 



(1) Brossahd p. 187. 

(2) Dè^ 1799, les actions de 15.000 fr. en vajaient 35.000. En 1810. le 
Conspil K'^n^^ml d-e la Loire les disait décuplées (V. Dull. Diana. 1920. 

V. :i97). 



— 600 — 

rendue chez le consommateur lyonnais était à pieu près le double 
du prix à la mine (i fr. 95 contre 1 fr. le quintal de grêle). 
Zacharie n'avait pas prévu l'accroissement de la consom- 
mation (1). 

Les demandes pour continuer le canal jusqu'à la Loire seront 
renouvelées fréquemment sous l'Empire : en 1800, 1809, 1812, 
par le Conseil général de liai Loire ; en 1802, par le Conseil de 
Commerce de Saint-Etienne, etc. 

En 1807, on fit des expériences pour le remontage de Givors 
à Lyon d'après un système de Thilorier, qui estimait pouvoir 
réduire le prix de ce transport à 1 sol, au lieu dei 4 ou 10 sols par 
hectolitre, et ramener la durée du trajet à 10 heures au lieu 
de deux jours. L'expériencei fut annoncée par le Journal du 
Département de la Loire (14 octobre). Thilorier se proposait de 
former une Compagnie au capital de 200.000 francs. J'ignore 
la suite de ce projet. 11 est à remarquer que, sur le Rhône, 
les charbons représentaient le tiers de la navigation à la 
remonte P). 

Siur la Loire, un arrêté deis Consuls du 29 frimaire an X 
autorisa les représentants de la Compagnie Lagardette à per- 
cevoir des péages entre Roanne et Saint-Rambert, confor- 
mément au tarif de leur concession en 1702. Mais, sur un 
rapport du Préfet que, pour 2.200 bateaux il serait perçu 
319.000 francs d'après le tarif de 1702 et 96.000 francs seu- 
lement d'après le tarif de 1746, tandis que les frais de balisage 
n'étaient que de 6.000 francs, un nouvel arrêté (9 fructidor 



(1) Mém. de Cailhava, op. cit. Brossard, p. 227. Journal du Départe- 
ment de la Loire, 14 octobre 1807. Le dro-t de fr. 27 par hectolitre 
(80 kg.) est cité par M. Brossard. Il correspond à 3 fr 33 par tonne. 
Le même auteur dit : 1 fr. de houille à Rive-de-Gier se payait à Lyon 
1 fr. 95 rendu chez le consommateur. Le charbon grêle valait 1 fr. 
le quintal, 10 fr. la tonne à la mine, 19 fr. 50 à Lyon, dont 3 fr. 33 
de droits sur le canal et 2 fr. 50 sur le Rhône. (M. Abeille dit que de 
1793 à 1807 la navigation fut exempte de tous droits.) 

(2) Thilorier (1750-1818), avocat au Parlement de Paris, défenseur de 
Cagliostro dans l'affaire du Collier, devint, sous le Consulat, avocat 
au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation. Auteur d'ouvrages philo- 
sophiques, inventeur d'un radeau-pûongeur pour remonter les fleuves 
et d'une voiture passe-partout ou à croix (Larousse). 



— 601 — 

an X) décida que le tarif de 1746 serait appliqué provisoirement 
et qu'il serait statué ultérieurement sur um tarif définitif. 

La question fut tranchée dans un autre sens. Le l*^" floréal 
an XIII, le droit de péage Lagardette fut supprimé et remplacé 
par un droit de navigation au profit de l'Etat, sauf aux repré- 
sentants Lagardette à faire liquider leurs prétentions. 

Le nombre des bateaux qui descendit la Loire fut en moyenne 
de 1.600 par an sous l'Empire, contre 1.200 sous la Révolution. 
Il atteignit, en 1810, point culminant de la période, 2.200 
bateaux, portant 34.000 tonnes (15 tonnes par bateau) et rap- 
portant 33.000 francs à l'Etat (l). Le droit perçu ressortait donc 
à fr. 97 par tonne pour la totalité du parcours jusqu'à 
Roanne. 

Sur le canal de Givors on payait plus de trois fois plus, mais 
toute cette voie navigable était l'œuvre de l'art e-t non de la 
nature. Au tarif Lagardette de 1746, 2.200 bateaux (34.000 tonnes) 
auraient payé 96.000 francs. Le droit eût été à peu près le 
même que sur le canal de Givors (3 fr. environ), mais pour une 
distance sept fois plus grande. Le droit eût donc étéi sept fois 
moins élevé (2). 

En 1812, le Conseil général de la Loire demanda que l'Etat, 
qui s'était substitué à la Compagnie Lagardette et percevait uin 
droit de péage, débarrassât la Loire des roches qui encombraient 
la navigation. 

Il demanda aussi d'ouvrir la Loire à la navigation en amont 
de Saint-Rambert. Une Compagnie, disait-il, avait offert, en 
1809, de commencer ces travaux moyennant un péage. Elle les 
avait commencés, puis abandonnés. 

Cette Compagnie ne pouvait être (contrairement à ce qu'a- 
vance Alphonse Peyret) celle des propriétaires de la concession 
houillère de Firminy et de Roche-la-Molière, car le concession- 
naire d'Osmond ne fut remis en possession qu'en 1810, où ses 
agents furent d'ailleurs chasséô par les exploitants. D'Osmond 
dut attendre la Restauration pour rentrer dans ses droits. 

Les premiers essais de navigation descendante de la Noirie 
à Saint-Rambert datent de 1817. En 1821, la Compagnie des 



(1) Bhossahi), p. 189 , A. Peyhet, p. 108. 

(2) Il y a 12 km, de Rive-de-Gler à Givors et 85 de Saint-Rambert a 
Roanne par la Loire. 



— 602 - 

Mines, dirigée par J.-.J. Baude, ot à qui d'Osmond avait rétro- 
cédé sa concession, offrit de donner à la Loire, aux époques de 
crues, un tirant d'eau de 35 ce-ntimètres de Retou.rnac à la 
Noirie et de 54 centimètres entre la Noirie et Saint-Rambert. 
On ne naviguait qu'aux époques de crues, c'est-à-dire cinq ou 
six fois par an et huit à dix jours chaque fois. En 1822, quatre 
cents bateaux, chargés de 50 à 70.000 hectolitres de houille, 
partirent de la Noirie (i). 

J'anticipe sur l'un des paragraphes suivants. Mais je n'ai pas 
voulu séparer le commencement et la fin de l'histoire de la Noirie 
qui furent très rapprochés, car, en 1833, il descendit moins de 70 
bateaux, dont 30 étaient chargés. Les premiers chemins de fer, 
auxquels les mines de Roche-la-Molière et Firminy furent 
reliés, par route d'abord, ensuite par embranchement, bien 
avant la construction du chemin de fer de Saint-Etienne à 
Firminy, première section de la ligne du Puy (une route fut 
construite de Roche à Saint- Just en 1828), éteignirent totalement 
l'activité du petit port. Celui-ci, complètement abandonné, ne 
présente plus aujourd'hui que des ruines qui, à première vue, 
paraissent séculaires, bien qu'il y a moins de quatre-vingts 
ans les embarquements s'y effectuassent encore. Délaissée 
pouir la plage voisine du, Pertui:set, la Noirie n'est même plus 
un but de promenade. C'est une crique isolée et détournée du 
chemin que suivent les foules. Et cependant, c'est de la mise 
en activité de ce port que datci le développemeTit des mines de 
Firminy, privées jusque-là de moyens de communication (2). 



(1) Dès 1820, la maison Vve Monterrad et flls, marchands de charbon 
à Lyon, actionnaires de la Compagnie des Mines de Firminy, avait fait 
apport à cette Société des magasins qu'elle possédait à la Noirie et 
à Saint-Just-sur-Loire. J.-J. Baude agrandit considérablement le premier 
de ces magasins, dont les expéditions de charbon dépassèrent, en 1825 
et 1826, 4.000 tonnes II fit baliser le lit du fleuve entre la Noirie et 
Saint-Just et le fit purger des roches les plus dangereuses, notamment 
à la levée du moulin de Joannade. Pendant tout le temps que durèrent 
les expéditions par le po'rt de la Noiirie, la Compagnie eut des ouvriers 
occupés à l'entretieTi du lit de la Loire, qui était entièrement à sa charge 
(Note de M. Voisin). 

(2) M. Prajoux, dans un© notice sur Cornillon, dit que ce port fut 
créé à la fin du xviiie siècle, qu'il eut une certaine animation sous 
l'Empire, qu'établi en avE^l du confluent de l'Ondaine, il fut transféré 
en amont à cause de l'ensablement, que de 1815 à 1830, 150 bateaux 
chargés descendirent chaque année, que ce port fut reconstruit en 1836, 
car il avait été endommagé par les eaux. Il y a plusieurs contradic- 
tions entre M. Prajoux et Alph. Peyret. 



Alphonse Peyret a donné sur les bateaux qui descendaient la 
Loire à partir de SaintrRambert des détails à retenir. Chaque 
bateau avait 26 mètres de longueur, 3 m. 50 de largeur, 
iOO mètres carrés de surface, 8 à 10 centimètres de tirant d'eau 
à vide. Il coûtait 350 francs. On construisait oes bateaoïK à 
Saint-Rambert (aux Barques) et à Retournac. Ceux de Retournac 
étaient à demi-chargés à la Noirie, mais le tiers ou la moitié 
étaient conduits directement à Saint-Just, plus tard à An- 
drézieux. De trois bateaux partis d'Andrézieux, on garnissait 
avec leuir chargement deux bateaux à Roanne. Le troisième 
bateau était vendu avec un rabais de 100 francs pour les 
transports de vins et de houille du Creuisot ou de Decize. 

Feurs était la station principale pour les mariniers, entre 
Saint-Rambert ou Andrézieux et Roanne. Dès que la Loire gros- 
sissait, les bateaux arrivaient par flottes et s'amarraient sous 
les ombrages de Bigny ou les berges de Randan oii, avant la 
Révolution, les moines allumaient la nuit un fanal pour guider 
la navigation. Les mariniers étaient reçus à bras ouverts par 
les hôteliers de Feurs. Leur arrivée était jour de fête. Ils 
recrutaient dans la ville un aide pour la navigation, fort diffi- 
cile dans les gorges de Pinay. A Roanne, les mariniers confiaient 
leurs bateaux et leurs chargements aux mariniers de Roanne. Ils 
regagnaient Samt-Rambert ou Andrézieux à pied, non sans 
faire beaucoup d3 stations dans les cabarets (i). 

UAlmanach du Commerce en 1811 (le Bottin de nos jours) 
cite un négociant notable en charbons à Saint-Just-sur-Loire : 
Mandard. 



^3.— LES TRANSPORTS PAR TERRE DEPUIS 1815 



Ivos réclamations au sujet des routes continuèrent longtemps 
après les débuts des chemins de for, mais allèrent on s'affai- 
blissant. C'est d'ailleurs à partir de 183Ô que, à l'exemple de 
l'Angleterre, on améliora notablement le mode de construction 
das routes. 



(1) Broutin, îli<^f (le Feurs, p. 202. 



— 604 — 

Les 4 février 1820, 14 mars 1821, l'^'" et 4 mars 1822, la 
Chambre consultative des Arts et Manufacture© deSaint-Ktienne 
signalait l'état déplorable des routes de l'arrondissement. Le 
17 janvier 1823, elle revient à la charge pour la route» de Lyon 
à Toulouse et elle critique les mesiures proposées : On va recons- 
truire les ponts d'Oullins et de Brignais et rectifier la traversée 
de Briguais. Un emprunt de 250.000 francs est prévu pour ces 
deux ponts. Pour l'amortir, un péage sera établi sur le pont 
de Brignais. Or, on évite souvent Brignais et la plaine qui 
Tavoisine, où la route est mauvaise, pour prendre le chemin 
de Vourles. De plus, le péage sera acquitté en majeure partie 
par les voitures de Rive-de-Gier, Saint-Ghamond, SaintrEtienne, 
allant à Lyon ou en revenant. Il vaudrait mieux établir un 
péage sur le pont d'Oullins, qui intéresse davantage les 
Lyonnais. 

La délibération du l*'" mai 1823, absolument mémorable, qui 
fut imprimée et que j'ai analysée (i), donne une idée des diffi- 
cultés auxquelles se heurtaient les transports. Non seulement 
la route 106 (aujourd'hui 88), de Lyon à Toulouse, était dans 
un état indescriptible, mais la route 100 (de Roanne au Rhône), 
aujourd'hui 82, et inachevée jusqu'à Bourg- Argental, mais 
terminée en 1816 aux abords de Saint-Etienne, avait été ruinée 
en 1822. J'ai dit ce que l'Administration fit ou répondit pour 
ces deux routes. En 1826, en 1829, en 1836, les réclamations 
pi eu valent encore (2). 

L'ouverture de la rouite n" 100, de Roanne à Saint-Etienne, avait 
fait décider la construction de la section de route de la Gouyon- 
nière (où était le relais de poste) à Andrézieux, devenu, par 
suite, le port d'embarquement des charbons de Saint-Etienne, 
aux lieu et place de Saint- Just-sur-Loire. Il existait déjà un 
vieux chemin houiller, de la Fouillouse à Andrézieux, partant 



(1) Voir Histoire de la Chambre consultative des Arts et Manufactures 
de Saint-Etienne, p. 86 

(2) V. Histoire de la Chambre consultative des Arts et Manufactures 
de Saint-Etienne, p. 87 ; Histoire de la Chambre de Commerce, p. 129 : 
Mercure ségusien, 11 novembre 1829. La route de Lyon à Toulouse ne 
fut rectifiée, entre Saint-Etienne et Saint-Chamond, que longtemps 
après. Elle passait alors par Côte-Thiollière et le Grand-Cimetière de 
Saint-Jean-Bonnefonds. 



— 605 — 

des Perrotins et aboutissant au hamoau de la Renardière (i). 
L'embarquement à Andrézieux et le déclassement de Saint-Just 
étaient déjà choses faites en 1824, sauf pour les charbons de 
Roche-la-Molière, à cause de la route de Roche à Saint-Just, 
que fit construire la Compagnie des Mines en 1828. Ce chemin, 
partant du puits de Rhins, passe au Marais, à la Combette, au 
Treyve, à la Croix-des-Sagnes, où il rencontre le chemin vicinal 
d'intérêt commun n° 25, à Pierre-Etroite, à Etrat, où il s'écarte 
de ce chemin vicinal ou route nouvelle. Il va aboutir ensuite 
directement au ruisseau de Chazelon p). Le mot Etrat indique 
le passage d'une voie antique [strata). 

Mais la route de Lyon était l'une des plus fréquentées de 
France. Descreux indique qu'en un mois (septembre 1828) 
10.285 voitures, attelées de 20.757 chevaux, passèrent à la 
Montât, allant sur Lyon ; 11.775 voitures, attelées de 19.183 
chevaux, revinrent de Lyon. En supposant la charge moyenne 
de 700 kg. par cheval (3), ce transport représentait 27.000 tonnes 
ou, pour un an, 324.000 tonnes. 

Le prix du transport par terre est de 5 centimes par quintal 
et par lieiue, disait la Chambre consultative (l*"" mars 1822), à 
propos du tarif du canal de Givors. La tonne kilométrique 
entre Saint-Etienne et Lyon coûte 34 centimes, disait le Mercure 
Ségusien (11 novembre 1829). Elle n'en coûterait que 27, si la 
route n'était pas si mal entretenue ; 200.000 tonnes circulent 
entre Saint-Etienne et Lyon. Il y a concordance entre ces 
chiffres, car la Chambre consultative parlait du quintal de 
100 livres ou 50 kg. A fr. 34 la tonne kilométrique, le prix 
du transport par quintal de 50 kg. et par lieue de 4 kilomètres 
ressortiiit à fr. 068. En 1830, le prix moyen du trans[X)rt de 



(1) Sur ce chemin se trouve un hameau, ou plutôt une maison 
(lôsipnéc, sur le cadastre, sous le jol' nom énigmatique de Péché de 
la Cane ! ' 

(2) D'après un plan <luo m'a envoyé M. \ Oisin. ancien (hrcctcur ilos 
mines de Roche-la-Moli^re. 

(3) La charge était moins lonid» <i"' 'I^î nos Jours, les routes ayant 
un profil plus accentué. 



— 606 -^ 

Saint-Etienne à Lyon par terre ressortait à 18 francs la tonne 
(0 fr. 339 la tonne kilométrique) (l). 

Le voiturier achetait le charbon, le transportait et le vendait 
lui-même. 

Le décompte suivant, emiprunté au Bulletin de la Société 
(T Agriculture (1830, p. 98) indique le bénéfice résultant de ces 
opérations : 

Nous avons établi nos calculs sur le voiturage entre Saint- 
Etienne et Lyon, parce que c'est celui auquel se livre le plus grand 
nombre, et qu'il procure, dit-on, de plus grands bénéficeis. 

Un voiturier conduit deux voitures, chacune attelée d'un cheval 
ou de deux boeufs. Pour ne pas multiplier les supputations, nous 
nous bomeronis à établir nos données sur l'emploi exclusif des 
chevaux. 

Chaque voiture contient en été 10 hectolitres, ©t 8 au plus en 
hiver, soit une moyenne de 9 hectolitres (2). On estime le poids 
d'un hectolitre à 96 kg. en chaplé ; nous le porterons à la. somme 
ronde de 100 kg. 

Ainsi, à chaque voyage, un voiturier conduit à Lyon, sur ses deux 
voitures, 18 hectolitres, ce qui forme plus que la charge ordinaire. 

Il vend ces 18 hectolitres à raison de 2 fr. 90 52 20 

Au retour, il prend des fers, des farines, ou autres mar- 
chandises, d'un poids de 1.800 kg. qui, au prix moyen de 
1 fr. 60 les 100 l^g., donne 28 80 

Sa recette brute est donc de ■ 81 » 

Mais le retour n'est pas toujours favorable, et l'on a calculé 
qu'il se faisait à vide une fois sur trois. Nous le supputerons à 
une fois sur quatre. C'est donc un quart, à déduire sur 28 fr. 80, 
c'est-à-dire 7 fr. 20, ci 7 20 

Ce qui ramène le produit brut à 73 80 

Mais de cette somme, il convient de soustraire le montant des frais 
d'achat, de voyage, nourriture du voiturier et de ses chevaux, etc.. 
Le voiturier a payé : 



(1) Chambre consultative, 25 novembre 1830. 

(2) 'Cette supputation est évidemment au delà de la vérité, car un 
cheval ne peut pas, pendant toute l'année et par des chemins en aussi 
mauvais état, traîner une charge moyenne de 900 kilogrammes ; mais 
nous avons préféré mettre les recettes au pdus haut, et les dépenses 
au plus bas. 



— 607 — 
1° Prix d'achat de 18 he<ytolitres, chaplé à 1 franc 18 » 

2° Il a employé pour aller charger à la mine, faire le trajet 
et le retour, y compris le séjour à Lyon, cinq journées, qui 
coûtent : pour nourriture de l'homme, à 1 fr. 50 par jour 7 50 

Pour nourriture de deux chevaux, foin, avoine et son, à 
1 fr. 75 par cheval, 3 fr. 50 pour les deux par jour 17 50 

Pour salaire du conducteur, à 1 fr. 50 par jour 7 50 

50 50 

On nous opposera peut-être que le voiturier a employé à la nour- 
riture de ses chevaux les foins de sa récolte ; mais ce foin, n'étant pas 
employé aux besoins de la ferme, devient une dépense réelle qu'il 
convient de porter en déduction de la recette, puisqu'elle forme en 
partie le débit d'un compte dont le produit brut est le crédit. 

On pourra encore dire que, le fermier conduisant lui-même ses 
voitures, nous ne devions pas lui appliquer un salaire, puisque ce 
salaire n'est pas déboursé. Nous répondrons que le fermier, s'il fût 
resté chez lui, aurait employé son temps à des travaux de culture ; 
que ces travaux n'ayant pas eu lieu, ou ayant été faits par des 
domestiques, il y a nécesisairement pour le maître une perte que 
noue avons dû évaluer, et que certes nous avons portée au plus bas. 

Ainsi, la recette brute étant de 73 80 

Et la dépense de 50 50 

Il reste net par voyage. 23 30 

Et pour l'année, en supposant quarante-cinq voyag-es, ce q*ui est 
beaucoup, si l'on déduit les semaines fériées et les temps où les 
routes sont absolument impraticables, on aura un total de 
1.048 fr. 50. 

Mais, en outre des frais que nous venons de porter en compte, 
il existe encore ceux d'entretien des voitures et harnais, ceux du 
ferrage, et de plus la moins-valufi des chevaux. On ne peut guère 
estimer l'entretien de deux voitures *à moins, de 100 » 

Le ferrage des deux chevaux à 96 » 

L'entretien dos hai-nnis ù 50 » 

La moins- value des chevaux, par tête, y compris l'intérêt 
du capital, à 80, et pour deux 160 » 

'1'6tai 406 » 

Partant, le produit net ne sera donc en ;*éalito «pu» de M2 fr. :à). 

Et comme le voiturier, pour arriver à ce résultat, îiura passi' 
deux cent vingt-cinq journées sur le^s routes, le produit de chaque 
jouniée, pour lui et ses deux l>êtes, se réduira à 2 fr. 86. 



— 608 — 

Mais ce bénéfice, tout exigu qu'il soit, existe-t-il bien réellement ? 
Non, certainement non, et nous allons le prouver. 

D'abord, comme vous l'aurez sans doute remarqué, nous n'avons 
porté les frais de nourriture des deux chevaux et de l'homme, et les 
salaires de ce dernier, que pour les deux cent vingt-cinq journées 
de voyage ; nous aurions dû ajouter aux dépenses, et par conséquent 
réduire d'autant le produit net, les mêmes frais pour le reste de 
l'année, c'est-à-dire pour le temps consacré au repos ou pendant 
lequel les intempéries des saisons rendent les charrois impossibles. 
Cependant, bien que cet article soit encore d'une assez grande 
importance^ nous éviterons, en le passant sous silence, le reproche 
de nous arrêter à des minuties, et nous admettrons que ce surcroît 
de frais est compensé par les travaux de culture auxquels l'homme 
et ses deux chevaux peuvent être employés. 

Mais il reste à examiner si, pour le plus grand nombre, et nous 
pourrions dire pour la presque totalité des voituriers, les dépenses 
se réduisent bien réellement au taux auquel nous les avons établies, 
et si nous ne sommes pas, au contraire, restés bien en-dessous de 
la réalité. 

Quiconque a eu de fréquentes occasions de parcourir la route de 
Saint-Etienne à Lyon, a pu connaître le genre de vie habituel des 
voituriers pendant le trajet, et surtout durant leur séjour dans cette 
dernière ville. C'est un fait avéré, et l'un de nous l'a déjà fait 
remarquer, que le vin, la bonne chère, le jeu, les dédommagent des 
ennuis de la route et des privations que s'impose ordinairement le 
cultivateur sédentaire ; de là ces habitudes que le temps enracine 
chaque jour davantage, et qui expliquent ce penchant à l'ivrognerie, 
cette humeur querelleuse trop justement reprochée aux habitants 
de nos campagnes ; s'il était possible d'obtenir que chaque volturier 
tînt un compte exact de toutes les dépenses qu'il fait au delà du 
strict nécessaire, si l'on ajoutait au résultat de ce compte celles 
auxquelles il ne craint pas de se livrer dans son pays, par suite de 
ce goût de dissipation qu'il n'a plus la force de surmonter, on verrait 
que la moyenne de toutes ces dépenses réunies excéderait, et de 
beaucoup peut-être, le minime bénéfice dont nous venons de pré- 
senter l'aperçu. 

Et si, à cet égard, il pouvait exister encore des doutes, nous 
demanderions aux incrédules de vouloir bien interroger MM. les 
Maires et MM. les Curés : de leur demander si partout le cultivateur 
sédentaire, exclusivement occupé des travaux agricoles, n'est pas, 
toutes circonstanices égales, plus aisé que celui qui passe une bonne 
partie de l'année sur les grands chemins. Tous répandront ce qui 
nous a été répondu, quand nous sommes allés puiser aux meilleures 
sources les renseignements dont nous avon^ dû nous étayer, tous 
diront, comme le maire de l'une des communes de l'arrondissement 
où se trouvent le plus grand nombre de voituriers, et dont nous allons 
textuellement citer les expressions : « Il est constant, nous écrivait 



— 609 — 

« cet estimable fonctionnaire, que le fermier qui fait des voitures 

(( et s'absente souvent du domaine, ne gagne presque rien, parce 

(( que, outre les dépenses qu'il s'accoutume à faire, il cultive mal 

({ ses fonds, et que les fumiers sont perdus pour la ferme. Il est 

(( avéré, au contraire, que le fermier sédentaire a un bétail beaucoup 

« plus beau, des récoltes bien supérieures ; le premier est presque 

(( toujours gêné,' paie mal ses contributions et ses fermages, tandis 

« que le second est, en général, dans l'aisanice, a des mœurs 

« infiniment plus douces, élève mieux ses enfants, etc., etc. » 

De tels faits résolvent la question bien mieux que nous ne saurions 
le faire, et nous pourrions terminer ici la discussion ; mais notre 
tâche n'est pas entièrement accomplie, et, après vous avoir fait 
connaître les bénéfices au moins apparents que retire le voiturier, 
il nous reste à établir quels seront ses profits réels, quand la 
suppression des charrois l'aura enfin rendu aux travaux des 
champs. Toutefois, pour ôter tout prétexte à des objections qu'il 
nous serait facile de repousser, nous admettrons comme certain ce 
prétendu produit net dont nous avons parlé. Nous supposerons 
donc pour cela que tous les voituriers, sans en excepter un seul, ne 
dépensent rien au delà de ce qui est indispensable, que tous sont 
animés du seul désir de pourvoir aux besoins de leurs familles, et 
d'accroître leur bien-être ; qu'enfin tous rapportent chez eux la 
totalité du produit sous la seule déduction des dépenses rigoureuse- 
ment nécessaires ; certes, nous aurons fait là une concession assez 
large, puisque nous aurons admis dans son intégralité le bénéfice 
net par année de 642 fr. 50. 

La Chambre consultative des Arts et Manufactures était d'un 
avis différent de oedui de l'auteur de l'article précédent. Dans 
une délibération du 17 avril 1822, elle prenait la défense des 
fermiers- voituriers contre le chemin de fer projeté de Sainlr 
Etienne à Andrézieux, qui ne manquerait pas de les ruiner : 

Actuellement, le transport des houilles des puits d'extraction au 
port rembarquement sur la Loire s'opère par des voitures traînées 
par (Ils boeufs ou par des chevaux. Tous les fermiers, à une assez 
grande distance, s'occupent exclusivcnit nt de ce transport. C'est la 
pi iii(i|);il(', et prfS({uo la seule indu.uric des fermiers de la banlieue, 
1.1 -I Mlle (lu liions (lui leur donne les moyens d'acquitter les prix 
(le Iciiis frinic- Les ciilculs Ics plus modérés portent à ^}00.(MM) fi-ancs 
les prix niiiris (II) tr.insport (h's liouilics (ju'on cmbaiMpii' sur la 
Loue ; itri peut lia l'diiiiciit siippu-f r ipic le- tnim r-, tir la liaiiliruo 
re^nivcnl 1-'^ deux uns de rrtlc ^iiliiliic. lies I lii>I;ilil (Ml un clicMlill 
de l'cr (i[)('r('r;i !<■ 1 i;iiis|)(iil drs tiMinllrs ii iiicllcin- iii;ii-i'|ic, :1 est 
bien éviilint >\i\f \r ti;iii-piil| p.ir des \niliiii'v ;ilt- liT- de ImimiI's nii 
de chev;iux (("--^i r;i ; dis Idis, uih' industrir luiporlauto pour tout 



-éiô- 

le canton sera totalement déplacée, anéantie même ; les boeufs, les 
chevaux, seront sans emploi ; tout le mobilier acquis par les 
fermiers pour exercer cette industrie leur deviendra inutile et 
restera sans valeur ; bientôt, le prix des fermes éprouvera une dimi- 
nution énorme, résultat nécessaire de l'impossibilité où les fermiers 
vont se trouver de tirer aucun parti des fourrages qui composent la 
presque totalité de leurs récoltes, car inutilement supposerait-on 
que les fermiers pourront faire des élèves, engraisser du bétail, etc. : 
leurs habitudes s'y opposent ; jamais ils ne se sont livrés à ce genre 
d'industrie ; de temps immémorial ils n'en connaissent pas d'autre 
que celle des transports. 

Le prix de transport d'un char de 10 hectolitres avait varié. 
Il s'était élevé à 5 francs pour une distance de 16 kilomètres 
(Saint-Etienne à Andrézieux). La conourrence l'avait fait 
tomber à 3 fr. 50 et même a 3 francs. En 1822, on l'estimait 
à 4 francs, c'est-à-dire à fr. 25 par kilomètre pour 10 hecto- 
litres (1). A 900 kg-, les 10 hectolitres, ce prix représenterait 
fr. 277 par tonne et par kilomètre. A 800 kg., car tout le 
charbon n'était pas du cha-plé, cela représenterait fr. 312, chiffre 
exorbitant par rapport aux tarifs des transports par fer (avant 
1914), qui ne peuvent être comparés aux transports terrestres, 
lesquels s'effectuent de porte à porte et ne nécessitent point de 
transbordements, causes de frais supplénientaires et de déchets. 

La Société d'Agriculture et la Chambre consultative avaient 
raison toutes les deux. Il eût mieux valu que le paysan cultivât 
sa terre plutôt que de transporter du charbon. Mais les terres 
qui recouvrent le bassin houiller sont d'un rendement faible, 
et c'est pourquoi les paysans travaillaient à la passementerie 
ou à la « clincaille », ou bien transportaient du charbon, quand 
ils n'allaient pas se louer eux-mêmes pour travailler dans les 
mines. 

Pour les routesi, depuis 1833, je renvoie à V Histoire de la 
Chambre de Com/merce de Saint-Etienne^ p. 129, en attendant 
que je paiblie V Histoire des Transports dans cette région. 



(1) Chambre Consultative. 2 août 1822. 



— 611 — 

^ 4. — LES TRANSPORTS EN LOIRE 
DEPUIS 1815 



J'ai parlé des essais de navigation descendante au port de 
la Noirie, sur la Loire (v. p. 601). Les expéditions allèrent en 
augmentant jusqu'en 1826. La prospérité des mines do Firminy 
date de cette époque. Ge,s mines expédiaient annuellement de 
2.000 à 4.600 tonnes de houille. Chaque bateau portait de 14 
à 16 tonnes. Toutefois les expéditions se ralentiront et, à partir 
de 1845, ce port fut abandonné (i). 

En 1821, la Compagnie des mines de Firminy offrit do baliser 
la Loire entre Retournac et la Noirie, moyennant la concession 
d'un péage perpétuel. Alphonse^ Peyret a donné le détail du 
devis dressé à cet effet (p. 200). 

La même Compagnie fit construire, en 1828, une route de 
Roche à Saint-Just pour l'embarquement de ses charbons 
(v. p. 605j. Cette construction fit abandonner le projet d'un port 
à Chamousset, où aboutit la gorge de la Pomaraize. Elle fut 
la cause première du délaissement do la Noirie, où les bateaux 
ne tiraient pas plus de m. 45 et no partaient qu'aux époques 
des crues, cinq ou six fois par an, crues qui duraient huit à dix 
jours chaque fois. En effet, le prix de transport do la Noirie a 
Saint-.lust était de 4 fr. 55 par tonne. Or, on payait le même 
prix de Rocho-la-Molière à Saint-Just. 

ï^ port de Saint-Just fut dévasté en 1846, à la suite d'une 
crue terrible, qui emporta le magasin de la Compagnie. En 
1835, on y chargeait 88.000 tonnes et, en 1837, 115.000 tonnes. 

Les prix de transport étaient jalonnés de la manière sui- 
vante (1828) : 

De Roche-la-Molière à St-Just, jî^ar chars. 4 fr. 55 la tonne. 
De St-Etienne à Andrézieux, — 5 fr. 40 — 

— — par for (i). 3 fr. 80 — 

D'Andrézioux à Roanne, environ 10 fr. » — 

De Rojinne à Paris (port S^iint-Panl) 28 fr. 80 — 

Vv\x total de la mine à Paris, de 42 fr. 60 à 44 fr. 20. 



(1) A. Pfytu T. |i. "^01 : I.KSEunn:, p. 186. 



— 612 — 

Gomme le oharbon (menu de forge) coûtait 5 fr. à la mine, 
le prix de revient à Paris était de 47 à 49 francs. Il fallait 
compter 1 ou 2 francs par tonne de bénéfice, non compris le 
i3énéfice du mélange avec les charbons inférieurs. 

Les droits de navigation étaient fort élevés. Il faut les sup- 
primer, disait la Chambre consultative de Saint-Etienne 
(4 février 1820), si on ne peut augmenter les droits de douane 
sur les charbons. Un bateau de 500 hectolitres payait 168 fr. 70 
de droits de Saint-Just à Nantes (4 fr. 38 par tonne en comptant 
une tonne pour 13 hectolitres). 

M. Leseure (p. 187) a décrit les bateaux employés, chargés 
à 25 tonnes, qui coûtaient 300 francs pièce et qu'on revendait 
de 80 à 100 francs pour le dépeçage. A Roanne, le bateau était 
chargé à 36 tonnes, aiui delà de Briare à 42 et 55 tonnes. 

Mais la description écourtée de M. Leseurei doit être complétée 
par l'article, beaucoup plus explicite, de M. Paul Bonnaud, 
La dernière marine de Loire en Pays haut (Revue Rodumnaj 
juillet 1914). Je ne saurais trop conseiller de s'y reporter, ainsi 
qu'aux articles de M. Portallier : L'Industrie de la batellerie et 
le Commerce de la houille à Saint-Jiist-Saint-Rambert aux xvm^ 
et xix^ siècles, articles qui n'ont été publiés qu'après la mise a 
rimpression de ce livre (i). 

L'ouverture du canal de Saint-Quentin (1820), l'amélioration 
des cours de l'Escaut et de l'Oise permirent aux charbons du 
Nord et aux charbons belges de refouler de Paris les charbons 
du Centre (2). 

La « Marine de Loire » connut des jours prospères jusqu'en 
1858. Le chemin de fer reliant Saint-Etienne à Paris lui donna 
le coup de grâce (3). De 1850 à 1870, les bateaux contsruits à 
Saint-Rambert descendaient videis à Roanne. Le ralentissement 
se produisit peu à peu et le dernier bateau partit de Saint-Just 
en octobre 1885 (4). 



(1) Mémorial de la Loire, 16 mai et 20 juin 1921. 

C2) M. Leseure a donné dies renseignements sur ces différentes ques- 
tions (p. 185 à 189). L'emploi du chemin de fer obligeait à charger sur 
char à la mine et à supporter les déchets. 

(3) Paul BONNAMD, Rodumna, 1914, p. 223. 

(4) PoRTAiLLER, article cité. 



613 



,^ 5. — LE CANAL DE GIVORS ET LES PROJETS 

DE CANAL DE LA LOIRE AU RHONE 

DE 1815 A 1835 



La Compagnie du canal de Givora connut une grande pros- 
périté. L© transport des charbons y atteignit le chiffre de 
240.000 tonnes en 1825. Ce fut le point culminant. 

Les actions, dit M. Leseure (p. 166), qui valaient 30 à 35.000 fr. 
avant 1800, atteignirent, vers 1820, 200.000 francs, les intérêts 
étant toujours servis à 7 %. Ces actions étaient, à l'origine, de 
15.000 francs. 

Le tarif autorisé dans 1 acte de concession de 1761 était d'un 
sou par quintal (de 100 livres) et par lieiue de 4 km. 44, c'est- 
à-dire de fr. 206 par tonne kilométrique (v. p. 134). En 1779, 
la durée de la concession fut portée à 99 ans et le péage fut 
doublé, par conséquent porté à 41 centimes. Mais, dès 1784, 
la Compagnie n'appliqua que l'ancien tarif, celui de 1779 étant 
excessif. Or, en 1822 (l'''" et 4 mars), la Chambre consultative des 
Arts et Manufactures de Saint-Etienne demanda la revision de 
ce tarif de 5 centimes par quintal et par lieue, « qui était le 
prix ordinaire du transport par terre ». La route était dans un 
état épouvantcihlo et le public supposait que la Compagnie du 
Canal voulait en empêcher la réfection. En al>aissant son tarif, 
elle eût complètement supprimé les transports par route. 

Le transport total était tarifé à 12 c-entimes par quintal de 
50 kg., soit à 2 fr. 40 par tonne. Jamais les quittances n'avaient 
fait allusion au tarif double de 1779 0). 

Loin d'abaisser le tarif de 1761, la Compagnie appliqua le 
tarif de 1779 : deux sous par quintal et xmv lieue. En vain la 
Chambre consultative de Saint-Etienne et celle de Saint- 
Chamond protestèrent. En vain les protestations du Commerce 
furent portées devant le Conseil d'EUit. La requête» fut déclarée 



(1) liislitirr de la ChitmUrc de Commerce, p. 4.'U. M. Lkskuhe (p. Iftfi), 
dont (iLic^lciUfs .fi(li<'Mti()ii-s sont à roitifler dh 2 fr. 00. 



— 614 — 

non recevable en 1824, l'acte de 1779 n'ayant jamais été 
rapporté, et la Compagnie devint maîtresse absolue des trans- 
ports (1). 

La Compagnie du Canal allait recevoir le châtiment de sa 
cupidité. Le développement de la verrerie et de la métallurgie, 
à Rive'-de-Gier, éleva la consommation locale au détriment des 
expéditions par le canal. 

Un ennemi plus sérieux, qui devint son allié pour l'anéantir 
complètement, surgit dès 1826. C'était le chemin de fer de Sainl- 
Etienne à Lyon. En vain, la Compagnie du Canal voulut s'op- 
poser à sa construction. La Chambre consultative de Saint- 
Etienne cribla la Compagnie de traits acérés. Ecoutons le maire 
de Saint-Etienne, Hippolytei Roy et, à la séance du 11 mars 1826 : 

Aujourd'hui je viens vous communiquer avec quelque peine les 
démarches d'une Compagnie qui, non contente des droits abusifs 
qu'elle a exercés sur le commerce, voudrait s'arroger le monopole des 
transports^ et prétend trouver dans les actes constitutifs qu'elle a 
surpris aux Gouvernements de diverses époques des titres d'opposi- 
tion à la bienfaisance du Gouvernement actuel. 

Vous avez tous reconnu, Messieurs, à ce simple exposé, la 
Compagnie anonyme du canal de Givors, qui, partout présente et 
toujours cachée, paraît être le génie malfaisant qui s'attache à notre 
prospérité commerciale. A la simple lecture des lettres patentes 
dont elle prétend exciper, rien n'autorise ses prétentions, rien ne 
doit faire naître la plus légère crainte. Mais l'esprit d'envahissement 
et de monopole est l'apanage de toutes les grandes Compagnies, elles 
ont dans leurs membre® des protecteurs puissants, et leurs manda- 
taires, en dépassant les borneis du juste, pour atteindre les plus 
grands avantages de leur Société, croient ne remplir que scrupuleu- 
sement les obligations de leur mandat 

C'est ainsi que la Compagnie du canal de Givors a cru devoir 
protester contre l'établissemient du chemin de fer de Saint-Etienne 
à Lyon. 

Il est aussi de notre devoir. Messieurs, de protester contre des 
prétentions aussi contraires aux intérêts sociaux et industriels, et 
d'éclairer la religion de son Excellence sur le danger d'admettre 
ces prétentions comme fondées. 

La Chambre suivit le Maire, en demandant au Gouvernement 
de passer outre aux oppositions de la Compagnie. 



(1) Histoire de la Chambre consultative de Saint-Etienne, p. 92. 



— 615 — 

Le 16 mai suivant, une délibération analogue confirma celle 
du 11 mars : 

Ce n'est pas sans quelque surprise que la Chambre consultative 
a pu voir les nouvelles démarches de la Compagnie du canal de 
Givors pour a^rréter l'exécution de lentreprise la plus utile qui 
puisse être formée pour l'arrondissement de Saint-Etienne, et sur- 
tout que la Compagnie appuie ses prétentions sur les services qu'elle 
prétend avoir rendus au comîiierce de l'arrondissement. 

La pétition mise en cet instant sous les yeux de la Chambre 
consultative démontre d'tme manière si évidente l'inexactitude, 
pour ne pas dire la fausseté, des assertions contenues dans la 
pétition de la Compagnie du canal ; elle établit d'une manière si 
palpable que cette Compdgnie a constamment abusé de son privilège 
au détriment du commerce, qu'elle n'a jamais rempli toutes les 
obligatiions qui lui étaient imposées, qu'elle a ^scandaleusement 
favorisé certaines industries au préjudice de plusieurs autres, enfin 
que, loin de procurer une économie dans les transportSf elle lutte 
avec désavantage contre ^eux qui s'opèreni par la voie de terre, que 
la Chambre consultative doit s'empresser d'y adhérer et de l'appuyer 
de tout son pouvoir. 

Le chemin de fer fut autorisé en 1828. La Compagnie demanda 
Tautorisation de prolonger le canal jusqu'à Grand'Groix. La 
Chambre consultative de Saint-Etienne, dans une délibération 
importante (9 mars 1830), que je .reproduis tout entière, voulait 
le prolongement jusqu'à Saint-Etienne et môme jusqu'à la 
'Loire. Elle protestait contre le tarif de deux sous péir quintal 
et par lieue, y compris le halage (50 centimes par tonne kilo- 
métrique) qui, semble-t-il, n'était pas appliqué en 1830, ainsi 
(|ue la délibération paraît l'indiquer : 

La Chambre consultative des Arts et Manufactures de Saint- 
Etienne (Loire), appelée à donner un avis sur la demande de la 
Compagnie du canal de Givors en prolongement de ce canal de 
Rive-de-Gler à la Grand' Croix, et sur le tarif qu'elle propose, a 
adopté à l'unanimité les observations et l'avis suivants : 

Si la demande de la Compagnie du canal était formée par un motif 
d'utilité publique, elle ne se bornerait pas au prolongement du canal 
de Rive-de-Gier à la Grand'Groix, elle devrait comprendre tout ce 
qui reste à exécuter du canal pour mettre en communi cation le 
Rhône avec la Loire, ainsi que l'avait proposé François Zacharie, 
en 17f)0, ou du moins faire remonter le canal jusqu'à Saint-Etienne. 

La (^ompjignie reconnaît l'utilité du prolongement du canal 
jus(nrà Saint-Ktienne ; elle voit, dit-elle, dttns un avenir assez 



— 616 — 

rapproché, le rnoinent où son intér&t et les besoins publics Venguye- 
ront à sollicUer Vautorisation de prolonger le canal jusqu'à Saint- 
Etienne, et cependant elle ne propose que l'exécution de la partie du 
cajial de Rive-de-Gier à la Grand' Croix. 

Le premier fondateur de la Compagnie avait aussi manifesté 
l'intention d'exécuter entièrement le canal de jonction des deux 
fleuves. La première partie, de Givors à Rive-de-Gier, est construite 
depuis 1780 ; si un demi-siècle s'est écoulé avant que l'on ait songé 
à le continuer, si on se borne à n'autoriser la continuation du canal 
que dans une étendue de 5.000 mètres, il faudra un siècle et plus, 
avant de voir terminer le canal de jonction. 

Au lieu d être conçue dans un but d'utilité publique, la demande 
de la Compagnie n'a été présentée que dans son intérêt et pour 
éviter la concurrence du chemin de fer qu'elle redoute ; elle ne 
satisfait ni les besoins du commerce, ni les vœux de la contrée. 
Dans l'état, l'autorisation sollicitée par la Compagnie ne saurait 
être accordée. Deux raisons puissantes s'y opposent : 

1° Tout ouvrage d'utilité publique doit être adjugé publiquement 
et avec concurrenice. C'est une règle suivie par le Gouvernement, 
dont il a reconnu les effets salutaires et dont il ne sécartera pas 
dans cette circonstance. Sans la concurrenice, le péage du chemin 
de fer de Saint-Etienne à Lyon n'a\irait pas été réduit à 9 c. 80 cen- 
tièmes par tonneau et kilomètre, tandis que celui du chemin de fer 
de Saint-Etienne à Andrézieux, fixé sans publicité ni concurrence, 
est porté à 37 c. 20 centièmes ; c'est la concurrence qui protège les 
intérêts du public. 

2» Le canal qui doit être lobjet d'une adjudication publique doit 
comprendre tout l'espace qui sépare Rive-de-Gier de Saint-Etienne ; 
l'utilité de cette voie artificielle est sentie depuis soixante-dix ans, 
puisque François Zacharie en avait fait le projet. La Compagnie le 
reconnaît elle-même ; les commerçants et les exploitants de mines 
en ont exprimé fréquemment la demande, il est donc essentiel de ne 
pas ajourner plus longtemps l'exécution dun canal reconnu néces- 
saire pour satisfaire aux besoins publics. On doit d'autant moins 
syncoper l'adjudication de toute cette partie de canal que l'étude, 
les plans et nivellements du terrain ont été faits jusqu'à Saint- 
Etienne, ainsi que l'a expliqué M. l'ingénieur Michal dans son 
rapport, et qu'il se présentera des entrepreneurs pour la totalité. 

L'autorité supérieure reconnaîtra que, si l'on autorisait les 
5.000 mètres de canal que la Compagnie demande à exécuter, il 
serait impossible de voir exécuter le surplus jusqu'à Saint-Etienne. 
La Compagnie actuelle ne le demanderait jamais, et une Compagnie 
nouvelle ne prendrait pas l'engagement de construire la partie du 
canal qui serait la plus dispendieuse et la moins productive. Il vaut^ 
mieux pour la contrée que la continuation du canal n'ait pas lieu 
que de la voir bornée à la petite étendue proposée. 



— 617 — 

La Compagnie dit bien que son intérêt et les besoins publics la 
détermineront à l'exécuter dans un avenir assez rapproché, mais 
cette perspective, mise en avant pour faire accueillir sa réclamation, 
aurait le même sort que le projet de Zacharie, projet que ses succes- 
seurs, après soixante-dix ans, ne paraissent pas empressés d'exé'cuter . 
malgré les énormes bénéfices que leur a procurés le canal de Givors. 

Si la continuation du canal doit avoir lieu comme le commande 
l'intérêt général, elle doit s'étendre au moins jusqu'à Saint-Etienne, 
pour que les fabriques, les exploitations de mines et les hauts four- 
neaux qui existent dans son territoire, puissent profiter de ce 
nouveau moyen de transport. 

Le péage demandé par la Compagnie est exorbitant. Ce n'est pas 
la première fois que le commierce de Saint-Etienne a élevé ses 
plaintes. A ce sujet, il a réclamé surtout lorsqu'en 1822 la Compagnie 
du canal de Givors s'est, pour la première fois après quarante-deux 
ans, prévalue des lettres patentes du 12 août 1779, qui. sans aucune 
instruction préalable propre à garantir les intérêts du commerce, 
doublèrent le droit de péage autorisé par celles du 6 septembre 1761. 

Le droit primitif était d'im sou par quintal et par Jieue, y compris 
les frajs de voiture ou de halage. 

Le droit actuel que Von demande est d'un sou six deniers, ou de 
deux sous y compris le halage^ c'est-à-dire 50 centimes par tonne de 
1.000 kg. et par ^dlomètre. 

Ce péage est si excessif qu'il excède de beaucoup les frais de 
voiture par terre, il est cinq fois plus élevé que les droits perçus au 
canal du Languedoc, au canal d'Orléans, au canal du Centre, et que 
celui du chemin de fer. 

Le tarif proposé n'est donc point en harmonie avec celui des autres 
canaux et avec celui adopté par la loi du 14 août 1822. 

Inutilement la Compagnie dit-elle^que la concurrence du chemin 
de fer, en offrant au commerce un nouveau moyen de transport, lui 
laisse toute liberté de choisir entre le service du chemin de fer ou 
l'usage du canal, qui n'est point obligé. 

TJn canal, pour être autorisé, ne doit pas seulement offrir un 
avantage égal aux routes de fer ou de terre, il doit en offrir un plus 
considérable ; s'il ne devait pas en résulter un avantage pour le 
commerce et l'industrie, il n'y aurait pas un motif d'utilité publique, 
le seul qui puis.se autoriser l'expropriation dos propriétaires dont 
If's fonds et usines seront occupés ou asservis. 

Plus inutilement encore dit-on que la partie (hi canal dont il 
s'agit coûtera 1.600.000 franco. 

D'autres Compagpiies pourront se charger de l'oiitreprise entière 
et se contenter d'un péage plus modéré, la concurrence abaissera 
les prétentions et stipulera en faveur du public. 

On ne répondra rien à ra-s.sertion de la Compagnie d'avoir rendu 
de grands semces au commerce et d'avoir fait de longs sncriflces, 



— 618 — 

il suffira de faire observer que chaque actionnaire a reçu annuelle- 
ment 22.000 francs pour le versement d'un capital primitif de 
36.000 francs (1), c'est-à-dire plus de 60 % des fonds employés. Si 
elle a servi le commerce, elle en a reçu un ample salaire- 

Par ces motifs, la Chambre est d'avis : 1° que la continuation du 
canal de Rive-de-Gier à Saint-Etienne est une entreprise très utile 
au commerce, aux fabriques et aux exploitations de mines, et qu<2 
l'adjudication doit en être donnée, avec concurrence et publicité, à 
celui qui se contentera du péage le plus modéré ; 

2*^ Que ce serait entraver l'exécution de cette entreprise que 
d'accueillir la demande de la Compagnie du canal de Givors, et de 
borner la continuation du canal à l'étendue de 5.000 mètres de Rive- 
de-Gier à la Grand'Croix ; 

3« Que le péage demandé par cette Compagnie est exorbitant, sans 
proportion avec le tarif des autres canaux ; que, bien loin d'être 
concédé, il doit être fixé au maximum du tarif annexé à la loi du 
14 août 1822, et susceptible d'être réduit par la concurrence des 
soumissions. 

Ont signé : le Maire, président : H. Royet, A. Colcombet, Joseph 
Manaud, J.-B. Faure, Foujols-Benevend, Aimé Royet. 

La continuation du canal de Givors jusqu'à Grand'Croix fut 
autorisée par ordonnance royale du 5 décembre 1831, qui peirmit 
à la Compagnie d'élever son tarif. Alphonse Peyret (p. 202-205) 
a donné dans sa Statistique Industnelle une description des 
plans et devis. Il regrettait que le canal ne fût pas continué 
jusqu'à la Loire ou, du moins, jusqu'à Saint-Etienne. Il ne 
croyait pas que les irésultats financiers de rentpeprise, ainsi 
limitée, fussent avantageux pour la Compagnie. Le tonnage des 
houilles transportées ne serait augmenté que de 100.000 tonnes 
qui, au tarif autorisé et pour une distance de 3 kilomètres, ne 
rapporteraient que 30.000 francs (10 centimes par tonne et par 
kilomètre) et 23.000 francs au tarif qui était alors peirçu (0 fr.077 
par tonne et par kilomètre) (2). En outre, le trafic à la remonte 
eût été presque nul. 



(1) Le Mémoire de Cailhava indique 15.0(X) livres (v. p. 134). 

(2) La délibération précédente (1830; dit que le tarif demandé estait 
de 1 sou 6 deniers (0 fr. 075) par quintal et par lieue, y compris ]e 
halage, « c'est-à-dàre 50 centimes par tonne de 1.000 kilos et par kilo- 
mètre », soit le double du tarif appliqué en 1830 (25 centimes). 
Or, Alph. Peyret écrivait en 1835, et, d'après M Leseure (p. 166), peu 
de temps après 1831 la Compagnie abaissa le tarif de 25 centimes à 
12 centimes. Vers 1831-1832, le péage du canal de Givors éta't, par 
tonne, de 3 fr. 90. Abaissé en 1833, il était, en 1835, de 2 fr. 10 (Lesetjre. 
167168). 



— 619 - 

Alphonse Peyret prévoyait qu'un des principaux obstacles 
viendrait des inondations, par suite de la filtration des eaux 
dans un sol tourmenté par des tassiements et des fissures, et 
du dérangement des maçonneries et des portes d'écluses occa- 
sionné par les mouvements de terrains. 

Ce fut la cause, en effet, de l'abandon, en 1841, de la section 
Grand'Croix-Lorette et, en 1851, de l'abandon de la ser^-tuin 
Lorette-Rive-de-Gieir. Les deux sections avaient (Mé acliovées 
en 1839. 

En 1830, on achevait le canal de Roanne à Digoin, décrété 
en 1822. Cette décision motiva une pétition des exploitants des 
mines pour prolonger ce canal jusqu'à Saint-Etienne. Les 
motifs invoqiués et les projets de canal de la Loiire au Rhône 
dressés sous la Restauration ont été exposés dans une notice 
de M. Brossard, publiée dans VAnnnmre de la Loire en 1885 
et tirée à part (i). 

On s'occupait aussi du canal latéral au Rhône, encore au- 
jourd'hui à l'état de projet. La Chambre consultative de Saint- 
Etienne (22 octobre 1821) demandait qu'il n'y eût pasi de trans- 
bordement à Givors. F^lle espérait que l'établissement du canal 
latéral diminuerait les droits de navigation sur le Rhône. 

J'ai signalé deux délibérations relatives au monopole des 
crocheteurs ou débardeurs du canal de Givors. La première, 
en 1830, se rapportait à une demande de la Compagnie du Canal 
tendant à la suppression de ce monopole légal, établi en 1782, 
OUI du moins une modification considérable dans les tarifs, 
dont l'élévation gênait le trafic, ce que la Compagnie ne voulait 
pas comprendre quand il s'agissait de ses propres tarifs. La 
Chambre consultative était hostile, en principe, aux monopoles. 
Mais il y avait une longue yx)ssession de fait et elle déclara 
surseoir jusqu'à ce que le Préfet ait entendu la corporation. 

\j<i deuxième délibération ast de 1832 P). Les crocheteurs 



(1) Sur ho canal de Roanne à Digoin, voir : A. Pkyhkt, Statistique 
industrirljr du Départ nue ut de la Loire, p. 2^. 

(2) Et non 1K22, connue on l'a imprima inexactement dans mon 
Histoire de la Chambre consultative (p. 93). 



— 620 — 

revendiquaient le monopole des manutentions, non seulement 
sur le canal, mais pour le chemin de fer. Ils étaient de 150 à 
200. La Chambre consultative donna un avis défavorable à cette 
prétention excessive. 

A la remonte du Rhône, des équipages de 80 chevaux hâtaient 
quatre bateaux, chargés à 60 tonnes. Les remorqueurs de 
Seguin et Montgolfier pour le halage à vapeur, sur le Rhône, 
datent de 1828. Un remorqueur remontait trois bateaux entre 
Givors et Lyon, portant 210 tonnes. Le coût, par tonne, était 
descendu de 1 fr. 50 à 1 fr. (1). 

M. Leseure a donné le détail des prix de transport, de Rive- 
de-Gier à Lyon et à Mulhouse, vers 1831 et 1835 (p. 167-168). 
Pour Lyon, ce prix ressortait à 4 fr. par tonne par le canal et le 
Rhône, 3 fr. 90 par le chemin de fer et le Rhône, 4 fr. 80 par 
le chemin de fer ; pour Mulhouse, à 31 ou 32 francs. La tonne 
de malbroug'h (toutr- venant), valant à Rive-de-Gier, sur le port, 
14 fr. 50, revenait ainsi, à Lyon, à 18 ou 19 francs ; à Mulhouse, 
à 47 ou 48 francs. 

Les bateaux du canal pouvaient descendre le Rhône. A cause 
de cela et de routillage encore défectueux du chemin de fer 
primitif, la déchéance de la voie navigable construite par 
Zacharie se trouva retardée. 



6 — LE CHEMIN DE FER DE SAINT-ÉTIENNE 
A ANDRÉZIEUX DE 1823 A 1833. 



Je réserve l'histoire des premiers chemins de fer pour un 
ouvrage spécial. Comme ces chemins furent créés uniquement 
pour le transport des charbons, il convient de citer l'opinion 
des Corps représentatifs de l'industrie sur les demandes en 
concession, et de considérer les tarifs et l'importance des 
transports. 

On a dit que le département de la Loire préféra les chemins 
de fer aux canaux et que c'était pour ce motif que nous 



(1) Leseure, p. 167. 



--- fi21 — 

attendions encore le canal de la Loire au Rhône. Si, au con- 
traire, on avait demandé un canal plutôt qu'un chemin de fer, 
6n aurait obtenu la voie fluviale et, plus tard, la voie ferrée. 
Cette opinion est inexacte. Je n'en veux pouir preuve que 
l'avis exprimé, le 18 octobre 1821, par la Chambre consul- 
tative des Arts' et Manufactures de Saint-Etienne, sur la pétition 
présentée au Ministre de rintérieur par MM. de Lur-Saluces, 
Milleret et consorts, demandeurs en concession du chemin de 
fer de Saint-Etienne à Andrézieux (l) : 

La Chambre consultative des Arts et Manufactures de la ville de 
Saint-Etienne s'est réunie souis la présidence de M. Royet, maire. 

La Chambre consultative, qui s'était occupée dans plusieurs 
séances de la discussion de l'avis qu'elle a à émettre sur la pétition 
présentée à S. Ex. Mgr le Ministre de rintérieur, par MM. de Lur- 
Saluces, Milleret et consorts, pour l'établissement d'un chemin de fer 
de Saint-Etienne à là Loire, a continué cette discussion dans sa 
séance actuelle. Elle a adopté la rédaction de son avis ainsi qu'il 
suit : 

La Chambre ne contestera point la grande utilité d'un chemin de 
fer pour les exploitations qtii avoisinent la ville de Saint-Etienne. 
Mais elle pense qu'on ne saurait nier que l'établissement d'un canal 
ne présentât des avantag'es beaucoup plus étendus. Sans doute, un 
canal coiitera plus qu'un chemin de fer ; mais, à ce sujet, la Chambre 
croit devoir faire remarquer que l'on s'exagère les dépenses qu'un 
canal peut entraîner, ainsi que les difficultés que présente sa 
construction. Les travaux que viennent de commencer MM. les Ingé- 
nieurs des Pontes et Chaussées fournissent déjà des données 
susceptibles de redresser les faux calculs auxquels on s'est livré. 
Aussi la Chambre croit-elle devoir demander, dans l'intérêt de la 
contrée, et particulièrement dans celui de la ville de Saint-Etienne, 
quii a besoin que les transports jusqu à la Loire, et réciproquement, 
soient rendus aussi faciles et aussi économiques que possible, 
qu'aucune décision définitive ne soit prise à l'égard de l'établisse- 
ment du chemin de fer. avant qu'on ait réuni les données relatives 
au canal que MM. les Ingénieurs des Ponts et Cljiaussées s'occupent 
à rassembler, et qu'on ait balancé les deux projets. 

La Chambre aurait désiré trouver dans la pétition de MM. de Lur- 
Saluces, Milleret et consorts des explications sur le poiiit de départ 
du chemin de fei-. afin de pouvoir juger s'il remplira éminemment 
le but dans lequel on propose son établissement. Le défaut de ce 
renseignement entrage la Chambre è demander que les' pétitionnaires 
soient tenus de le fournir, et que leurs propositions ;\ cet égard 



(1) Cettp f>>rrii)agnie avait ét-é formr-e par Beannier. iii^rénienr en rhof 
des miiie-s à Sa'nt-Ktifrnio et (lirpctciii- de l'Ecole des Mineurs 



— 622 — 

puissent être débattues, tant par elle que par les ox[)loitants qui y 
sont intéressés. 

Les pétitionnaires s'engagent à opérer le transport des houilles 
à trente pour cent au-dessous du prix actuel. Il est difficile de faire 
une offre plus vague. D'abord, les prix varient sans cesse, puisqu'ils 
sont subordonnés et à la valeur des denrées, et au plus ou moins 
d'occupations des nombreux fermiers répandus dans le voisinage 
de Saint-Etienne. Adopter une base pareille serait mettre les exploi- 
tants à la merci des pétitionnaires, ou créer entre eux miatière 
à mille difficultés. D'ailleurs, il est possible et même probable que 
d'autres objets que des houilles seront transportés sur les bords de 
la Loire, au moyen d'un chemin de fer, et rien, dans l'état des 
choses, n'indiquerait à quel prix le transport doit sopérer. La 
Chambre pense donc que le prix de toute espèce de transports à 
exécuter au moyen du chemin de fer doit être établi à raison de 
l'espace à parcourir et du poids à transporter. 

La Chambre fera observer à ce sujet que, dans la pétition, on 
exagère les résultats des prix de transport actuels sur la valeur de 
la houille rendue sur les bords de la Loire. Car on expose que le 
prix du transport triple le prix de la houille. Cette assertion n'est 
pas exacte à l'égard de la houille menue ; à plus forte raison ne 
l'est-elle pas à l'égard des autres qualités. La houille menue vaut 
à la mine 45 c. la benne ; elle coûte communément de transport 
65 c. Ainsi, elle vaut, rendue au port, 1 fr. 10, ou environ deux 
fois et demie son prix à la mine. Mais cette proportion est bien 
inférieure lorsqu'il s'agit des autres qualités. En relevant ainsi 
l'assertion des pétitionnaires, la Chambre n'entend nullement 
contester Futilité du projet ; mais elle le fait parce qu'elle croit 
nécessaire que le Gouvernement ne reçoive que des renseignements 
exacts. 

Maintenant, si on examine que le transport des houilles de 
diverses qualités de Saint-Etienne à la Loire n'est pas en dessous 
de 400.000 bennes, on trouve que le prix de leur transport s'élève à 
260.000 francs. Déduisant de cette somme 30 %, il resterait pour les 
frais de transport par le chemin de fer 182.000 francs, somme bien 
au-dessus de celle que doit produire un établissement qui, selon 
toute apparence, n'exigera pas une mise de fonds de plus de 
POO.OOO francs. 

Les pétitionnaires proposent de considérer les chemins de fer 
comme une sorte de caiiaux aecs. La Chambre adopte volontiers 
cette dénomination, mais elle ne voudrait pas que le canal sec 
projeté de Saint-Etienne à la Loire (1), ne fût exploité et parcouru 



(1) Cette dénomination de canal sec, donnée au chemin de fer, a en- 
traîné celle du port sec donnée aux premières gares. Par contre, on dilt 
aujourd'hui gare d'eau pour .les ports fluviaux desservis par des voies 
ferrées. 



qu'au bénéfice exclusif d'une Compagnie, parce qu'encore une fois 
elle pense que ce moyen de transport peut et doit s'appliquer à 
plusieurs espèces de marchandises. Dès lors, elle demande qu'il en 
soit usé ici comme dans les canaux ordinaires ; c'est-à-dire que 
chaque particulier soit autorisé à se servir du chemin de fer pour 
tel transport qu'il voudra y opérer, pourvu toutes fois quil 
n'emploie que des chariots des formes et dimensioniS requises, qu'il 
se soumette aux règlements adoptés pour les heures de départ et 
de retour, et enfin qu'il acquitte les droits fixés par le tarif. Au 
moyen de dispositions semblables, le chemin de fer méritera réelle- 
nïent le nom de canal sec ; son utilité s'approchera autant que 
possible de celle des canaux ordinaires, et, s'il est démontré que des 
obstacles invincibles s'opposent à la construction d'un canal de 
Saint-Etienne à la Loire, du moins on sera parvenu à obtenir dans 
les moyens de transport et dans la modération de leurs prix toutes 
les améliorations que le commerce réclame depuis longtemps. 

La Chambre ne terminera pas son avis sans présenter une obser- 
vation qu'elle croit de la plus grande importance, et qu'à ce titre 
elle ose recommander à la sagesse du Gouvernement. 

Dans toutes les circonstances semblables à "^lle qui se présente, 
les tarifs sont calculés sur l'échelle de consommation la plus basse 
et de manière à assurer à chaque Compagnie le juste dédommage- 
ment qu'elle a droit d'attendre de sa mise dehors ; mais presque 
toujours les résultats dépassent les espérances ; le commerce s'étend 
à mesure qu'on facilite ses débouchés ; les bénéfices des Compagnies 
s'accroissent en proportion et finissent par dépasser les bornes 
qu'on aurait dû leur assigner. La Chambre demande que, pour 
donner au chemin de fer toute l'utilité que le commerce a droit 
d'en attendre, le tarif des droits soit susceptible d'être revisé tous 
les dix ans, soit sur la demande du commerce, soit sur celle des 
actionnaires. La justice de cette mesure, en garantissant tous les 
intérêts, doit lui mériter l'assentiment général. 

Signé : Antoine Thiollière-Npyron, Hippolyte Royet, maire ; 
H. Peyret-Plotton. 

1x3 17 avril 1S22, la Chambre consultative reconnaissait qiue 
« réftablissemeait d'un chemin de fer de Saint-Etienne à la 
F>oire était une entreprise capable d'influer d'une manière 
sensible sur la prospérité de la ville de Saint-F.tienne et de ses 
environs ». Mai? h cet avis, favorable en principe, se mêlaient 
des restrictions. 

L'établissement du chemin de for doit être utile sous rertaiîis 
rapports, mais la plus grande utilité sera pour la Compagnie, qu'il 
enricliira, et pour les provinces auxfiuellcs il fera parvenir nos 



- 624 — 

houilles à meilleur marché qu'elles ne sont actuellement. Ces avan- 
tages seront-ils partagés par la ville de Saint-Etienne ? On peut dire 
hardiment : non, en exceptant toutefois le petit nombre d'entrepre- 
neurs d'exploitations qui ont intérêt à ce que leurs entreprises 
prennent le plus de développement possible. 

Il est difficile, dans l'état actuel des choses, de raisonner sur ce 
que pourraient être les intérêts de la masse des propriétaires, si on 
avait fixé les bases d'un bon système d'exploitation ; mais tout est 
encore dans le vague à cet égard ; et même plus il va, plus il 
semble que tout s'embrouille. En attendant, quel((ues propriétaires, 
qui avaient pris les devants antérieurement à la loi du 21 avril 1810, 
continuent seuls à exploiter ; d'autres propriétaires, jouissant de 
fortunes considérables, ayant de vastes propriétés riches en tré- 
fonds, ne peuvent obtenir la permission d'ouvrir aucune exploitation, 
et ne savent quand et comment il sera fait droit à leurs demandes. 
Ce n'est donc qu'un petit nombre d'exploitants qui peut avoir intérêt 
à l'établissement du chemin de fer. 

Tous les autres propriétaires ont un intérêt contraire, et, parmi 
ces propriétaires, il faut mettre en première ligne les hospices de 
Saint-Etienne, qui possèdent des biens considérables dans l'étendue 
du territoire houiller, et particulièrement dans la banjlieue de Saint- 
Etienne. 

La Chambre faisait allusion au retard apporté à la déli- 
vrance des concessions de mines. Elle prenait ensuite la 
défense des fermiers ou paysans qui voituraient du charbon 
et dont le chemin de fer allait supprimer l'industrie. J'ai cité 
l'extrait de la délibération en parlant des transports par terre 
(v. p. 609). 

Maintenant, les inconvénients que Von vient de signaler seront-ils 
coînjjensés par quelques avantages offerts, soit à la ville de Saint- 
Etienne, soit aux propriétaires du territoire houiller, soit aux fer- 
miers ? Le projet proposé n'en présente aucun. 

S'il en résultait une diminution dans le prix des houilles que 
consomment les manufactures de Saint-Etienne, ce serait sans doute 
un objet à prendre en considération ; miais rien, jusqu'à présent, 
ne doit faire présumer un pareil résultat. Car, si le prix des houilles 
a augmenté dans des circonstances où l'exportation en a été res- 
treinte par diverses causes, alors qu'elle se trouvera facilitée par la 
l'éduction du prix du transport, il est plutôt à croire qu'il subira une 
nouvelle augmentation. 11 est également raisonnable de supposer 
qu'une grande exportation obligera bientôt les exploitants à attaquer 
les couches inférieures des houillères, ce qui, en augmentant les 
frais d'exploitation, contribuera encore à élever le prix des houilles. 
Ainsi, sous aucun rapport, les facilités données à l'exportation 



-^ — 625 — 

n'offrent les moindres avantages au commerce de Saint-Etienn,€. Le 
contraire est seul présumable. 

Lors même qu'il serait vrai de dire que le prix de la houille 
n'augmentera pas et que les manufactures sont désintéressées dans 
la question, on ne saurait affirmer la même -chose des nombreux 
artisans, tels que selliev^s, bowreiiers, inarécliauxt charrons et 
autres, auxquels un commerce de transport considérable donne 
nécessairement de V occupation et des moyens d'existence. Leur 
ruine est la suite indispensable de rétablissement du chemin de fer. 

Déjà on a établi que les propriétaires verraient les prix de leurs 
fermes subir dénormes réductions, et que les fermiers perdraient 
leur seule industrie. Or, on ne saurait apercevoir aucune compensa- 
tion à d'aussi funestes résultats. Si on avait seulement l'espoir de 
voir les contributions énonnes qui pèsent sur le canton recevoir un 
allégement proportionné aux pertes qu'on essuiera, on trouverait là 
un adoucissement aux maux qu'on redoute ; mais il n'en sera rien. 
Les contributions de toute espèce continueront à accabler les pro- 
priétaires et les fermiers, et tous les bénéfices de l'industrie qui les 
soutenait passeront aux mains d'une Compagnie qui ne supportera 
aucune des charges publiques. 

Il ne saurait entrer dans les intentions de la Chambre de s'opposer 
aux mesures qui tendent à faciliter le transport d'un objet de pre- 
mière nécessité, tel que le combustible tiré des houillères, et à le 
rendre nloins dispendieux pour les provinces qui en ont besoin. Sans 
doute, la nature a fait beaucoup pour les habitants de Saint-Etienne, 
en les plaçant sur l'un des territoires les plus riches en houille qui 
existent, et ce serait de leur part le comble de la déraison et de 
l'injustice que de vouloir se réserver à eux seuls la jouissance de 
pareilles richesses. Mais ce serait aussi une mesure trop violente de 
faire tourner contre eux les dons que la nature leur a faits^ et tel 
serait à peu près le résultat de rétablissement du chemin de fer dans 
l'état actuel des exploitations et dans le vague absolu des proposi- 
tions et des prétentions de la Compagnie qui se présente pour 
l'exécuter. 

La Chambre consultative, instruite que le Conseil général du 
département a pi-oposé d'ouviir la concurrence des soumissions 
pour l'entreprise du chemân de fer, ne balancerait pas à appuyer 
cette proposition s'il s'agissait d'un canal de navigation, parce 
qu*wn canal, facilitant les transports dans tptis les sens» donne 
miLssunce à une multitude d'industries (jui peuvent remplacer celles 
qu'il a d'abord supprimées. Mais le chemin de fer, ne pouvant servir 
qu'à l'exportation des houilles, anéantit une industrie considérable 
sans offrir amiino couipeusation quelconque. 

Ainsi, dans l'intérêt des nombreuse.s manufactures de cette ville, 
dans celui des propriétaires du territoire houilier. et spécinlomeiit 
des hospices de Saint-Ktienne. dans relui tU'^^ fermiers qui s'occupent 



- 626 — 

au transport des liouilles et des artisans dont lindustrie est liée 
à celle des fermiers, la Chambre consultative croit devoir demander : 

1° Quavant de statuer sur rétablissement du chemin de fer, il 
soit enfin statué sur les nombreuses demandes en concession de 
mines qui ont été formées par les divers propriétaires, depuis dix 
ans et plus, et que l'on fixe la quantité de puits qui devront être 
rigoureusement tenus en état d'exploitation ; 

2° Que les bases d'après lesquelles la Compagnie du chemin de 
fer sera formée et le tarif d'après lequel elle sera autorisée à perce- 
voir, soient rendus publics, afin d'être soumis à la discuission, tant 
des autorités locales que de tous les intéressés ; 

3« Qu'au nombre des conditions de la concession, il soit imposé 
celle d'acquitter la contribution foncière de l'entier chemin, à la 
décharge du canton de Saint-Etienne, et celle que le directeur de 
la Compagnie devra avoir un domicile à Saint-Etienne, pour y 
acquitter, au nom de la Compagnie, sa part des contributions 
publiques assignées à ladite ville ; 

4« Que le tiers des actions de la Compagnie soit affecté, par 
préférence à tous autres, aux propriétaires et fermiers du canton 
houiller de Saint-Etienne payant au moins cent francs d'impôt ; et 
que l'Administration des hosipices soit spécialement autorisée à 
prendre de ces actions dans la proportion de la contribution foncière 
des biens qu'elle possède dans ledit canton, à moins que l'on ne 
préfère lui céder gratuitement le nombre d'actions qui sera jugé 
convenable pour l'indemniser de la réduction de ses fermages ; 

5*^ Enfin, qu'attendu que les fonds que le chemin de fer est dans 
le cas de parcourir sont des prairies de première qualité du pays, 
et que des experts munis de connaissances locales sont seuls à 
même d'apprécier, il soit expressément statué, sans égard à la 
demande de la Compagnie, que les estimations des indemnités de 
dépossession seront faites conformément à la loi du 8 mars 1810. - 

Signé : Hippolyte Royet, maire ; Eustache Thiollière-Neyron, 
A. -P. Praire, Gerin, H. Peyret-Plotton. 

Les passages en italiques me dispensent d'insister sur les 
motifs qui inspiraient les membres de la Chambre consultative, 
dont trois appartenaient à l'industrie des rubans, deux à celle de 
la quincaillerie : le souci de voir de nombreux artisans ruinés 
parce que leur clientèle était celle des voituriers, le souci de 
ne pas favoriser l'exportation d'un objet de première nécessité 
comme le charbon, souci qui avait inspiré la création de la 
Réserve de 1702 autour de la ville, le regret de ne pas voir 
préférer un canal au chemin de fer. 



— 627 — 

Le regret de ne pas voir entreprendre un canal fut exprimé 
encore le 2 août 1822. : 

Dans sa délibération du 16 octobre 1821, la Chambre a appelé 
l'attention du Gouvernement sur les avantages d'un canal, bien 
supérieurs à ceux du chemin de fer. Elle ne doit pas laisser 
échapper la circonstance présente pour faire remarquer que l'utilité 
de ce chemin sera bien circonscrite, tant qu'on n'aura pas exécuté 
un canal latéral à la Loire de Ddgoin à Andrézieux. Ce canal est le 
complément nécessaire de celui qui va être entrepris de Briare à 
Dtigoin. 

La Chambre regrettait aussi qu'on n'ait pas accordé encore 
les concessions de mines. 

Elle était satisfaite du choix du point de départ et du pomt 
d'arrivée du chemin de fer projeté. 

La Compagnie du chemin de fer n'avait point expliqué quel en 
serait le point de départ. Dans sa délibération du 16 octobre 1821, 
la Chambre a demandé une explication à ce sujet. On a désigné le 
lieu appelé le Pont-de-rAne, sur la route de Saint-Etienne à Lyon, 
pour point de départ, et pour point d'arrivée le sommet des 
magasins établis au port d'Andrézieux, de manière à ce que des 
embranchements particuliers donnent les moyens de vuider la 
houille dans chaque magasin particulier. Cette explication a paru 
à la Chambre satisfaisante pour l'intérêt des principales 
exploitations. 

La Chambre consultative discuta le tarif pi-oposé, repoussa 
la comparaison avec le tarif exagéré du canal de Givors et basa 
se6 propres propositions sur le coût du transport par terre, qu'il 
fallait, réduire de 30 %. Le taïux auquel elle s'arrêta était de 
fr. 017 par hectolitre de houille et par kilomètre. Mais comme 
ce taux ne comprenait ni le chargement, ni le déchargement, 
qu'opérait le voiturier, la Chambre posa le principe du droit 
d'embranchement. Cette délibération était mêlée de regrets sur 
la perte que le chemin de fer allait causer à la ville de Saint- 
Etienne 1 

I/e chemin de fer, construit pour expédier de la houille, 
devait ramener des matériaux de construction au tarif, proposé 
par la> Chambre, de fr. 01 par hectolitre et par 1.000 mètres. 

Le tarif devait être revisé tous les dix ans. 

La Compagnie avait d'abord offert d'exérut<er le transport de la 
houille avec un rabais de trente pour cent sur les pnix actuels. 



— 628 - 

Mais elle ne s'était point expliquée sur ce qu'elle entendait par ces 
mots prix actuels. La Chambre consultative s'est plainte du vague 
de ces expressions ; depuis, la Compagnie a ojfert d'opérer le trans- 
port moyennant deux ceiUimes par hectolitre et par mille mètres, et 
en taisant cette offre, elle l'a accompagnée de l'observation que ce 
prix est inférieur d'un tiers aux frais supportés jusqu'à ces 
dernières années par la navigation du canal de Givors. 

Avant de discuter l'offre de la Compagnie, la Chambre consultative 
croit devoir faire remarquer, au sujet de l'observation qui raccom- 
pagne, que les frais de navigation du canal de Givors sont exagérés 
et hors de toute proportion avec ceux de tous les autres canaux du 
royaume ; que cette assertion est prouvée, et par les mémoires qui 
ont paru depuis quelques mois, et surtout par la conduite du 
commerce, qui n' emprunte la voie onéreuse de ce canal que lorsqu'il 
ne peut pas mieux faire ; qu'ainsi la Compagnie du chemin de fer, 
en prenant les frais de navigation du canal de Givors pour point de 
comparaison, part d'une base que les intérêts du commerce ne 
permettront jamais d'admettre. 

Maintenant, quel serait le résultat de l'admission de loffre de la 
Compagnie ? Un char attelé d'un cheval transporte dix hectolitres 
de houille. Ce serait donc vingt centimes par 1.000 mètres. La 
distance à parcourir du Pont-de-l'Ane à Andrézieux est évaluée à 
17.000 mètres. Ainsi le transport d'iin char de houille partant de ce 
point reviendrait à 3 fr. 40. Les principales mines actuellement en 
exploitation se trouvant d'au moins 1.000 mètres plus rapprochées 
d' Andrézieux, le transport des 10 hectolitres reviendrait pour elles 
à 3 fr. 20. 

Ces prix offrent-Us un rabais de 30 % sur les prix actuels ? La 
Chambre consultaUve dit affirmativement .- non. En effet, s'il est 
vrai de dire que les pnix du transport dun char de 10 hectolitres 
ont varié, et qu'ils se sont élevés jusqu'à 5 francs pour une distance 
moyenne (comme de 16.000 mètres), il ne l'est pas moins que ces 
prix ont duré peu de temps ; que la concurrence en a bien vite 
opéré la réduction ; que, depuis deux à trois ans, ces prix ne se sont 
guère élevés au-dessus de 3 fr. 50, et que, depuis assez longtemps, ils 
sont tombés à 3 francs. Après avoir consulté les principaux extrac- 
teurs de la banlieue, la Chambre consultative s'est assurée que le 
prix du transport d'un char de iO hectolitires devait être fixé au taux 
moyen de i francs, et cela tant dans l'intérêt du voiturier que du 
propriétaire extracteur. Elle prendra ce prix pour base de ses 
calculs. 

Un rabais de 30 % sur ce prix porte les frais de transport de 
10 hectolitres- à 2 fr. 80 ; un rabais du tiers les réduit à 
2 fr. 66 c. 7/10. En comparant ces rétsultats avec ceux qu'on obtient 
en portant le prix du transport à 2 centimes par hectolitre et par 
1.000 mètres, on voit que la moindre différence est de 40 centimes. Elle 
est trop considérable pour pouvoir être négligée. Il ne serait, ni 



dans lintérêt de la Compagnie, ni dans celui des propriétaires, 
qu'on acquiesçât à une pareille demande ; d'abord, quant à la 
Compagnie, parce qu'elle ne saurait espérer de retirer quelque 
profit de son entreprise qu'autant qu'elle offrira un certain avantage 
et que, par là, elle anéantira la concurrence du transport par la 
voie ordinaire * et, quant aux propriétaires dont les fonds seront 
traversés par le chemin de fer, parce qu'il serait on ne peut plus 
désagréable pour eux de faire la cession d'une portion de leurs 
inmieubles pour un chemin qui ne présenterait qu'une utilité très 
circonscrite et presque problématique. 

En partant de ces données, la Chambre consultative pense que le 
prix du transport d'un he'(^tolitre de houille ne saurait sans incon<vé- 
nient être fixé au-dessus d'un centime et sept dixièmes par mille 
mètres. Et, en proposant cette fixation, non seulement elle est 
persuadée que la Compagnie fera un bénéfice considérable, mais 
elle pense que ce prix ne doit être accordé que sous certaines condi- 
tions, dont elle expliquera tout à l'heure les motifs. 

Au moyen du prix qui vient d'être indiqué, on voit que le prix du 
transport de 10 hectolitres reviendra, pour un espace moyen de 
16.000 mètres, à 2 fr. 72. Cette somme surpasse de 5 c. 3/10 le prix 
de 4 francs, réduit d'un tiers. Elle est inférieure de 8 c. à ce même 
prix réduit de 30 %. Il est difficile de se rapprocher davantage des 
offres faites par la Compagnie. 

Maintenant, il est indispensable d'expliquer que le voiturier qui 
opère le transport de iO hectolitres de houille pour 3 francs en fait 
lui-même le chargement à la bouche du puits et le déchargement 
aux magasins du propriétaire ; de sorte que celui-ci n'a aucuns 
frais accessoires à payer. Si donc la Compagnie n'en agissait pas 
de la même mamère, si elle n'allait pas prendre la houille à la 
bouche des puits, si elle n'en faisait pas opérer le déchargement 
dans les magasins à Andrézieux, ou si elle exigeait pour tout cela 
un surcroît de frais, alors ce ne serait plus 1 c. 7/10 qu'il convien- 
drait de lui allouer, mais un prix bien .inférieur. 

Pour pouvoir opérer le chargement à la bouche des puits^ il faut 
que des embranchf^ments y soient dirigés. Sans doute, on ne peut 
raisonnablement exiger que la Compagnie fasse cette dépense à la 
volonté de chaque propriétaire extracteur ; mais lorsque celui-ci 
se soumettra à fournir une exportation de 300 hectolitres par four, 
la Compagnie ne doit pas pouvoir se refuser à sa demande. 

Dans sa délibération du 17 avril dernier, la Chambre consultative 
a consigné ce fait important que l'établissement du chemin de fer 
déplacera et anéantira même une industrie considérable ; que le 
pnix des fermes, dans toute la banlie^ie, ne peut manquer d'éprouver 
une réduction proportionnée aux pertes que les fermiers vont 
essuyer Elle a fait remarquer que les avantages résultant de la 
modéralion du. prix du transport de la Iiouille de Saint-FAienne au 
port d'embarquement ne pouvaient être partagés que pctr les 

41 



— 630 — 

comommatieurs et par les exploitants, qui sont actuellement en 
petit nombre. Quant aux bénéfices résultant de Ventreprise du 
chemin de fer, personne ou presque personne dans la ville de Saint- 
Etienne ou sa banlieue n'y participera^ ou n'est appelé à y parti- 
ciper, puisque rien n'annonce que l'entreprise doive être adjugée à 
la Compagnie qui fera les offres les medlleures. Ainsi, la ville de 
Saint-Etienne et sa banlieue vont perdre annuellement des sommes 
considérables, et aucun dédommagemeni ne leur est offert. 

Depuis qu'il existe une communication facile avec Andrézieux, il 
se rend journellement à Saint-Etienne une quantité considérable de 
chaïuc de Sury. Le sable nécessaire pour les constructions est rare à 
Saint-Etienne, cher et de mauvaise qualité. Les voituriers ont eu 
quelque peine à se mettre en usage de faire des retours d' Andrézieux 
en sable de la Loire. Aujourd'hui, il arrive journellement une 
grande quantité de voitures chargées de sable, et déjà la 
concurrence en a fait baisser le prix. Si aucune obligation n'est 
imposée à la Compagnie du chemin de fer pour le transport de ces 
objets et autres analogues, il est évident que la ville n'aura plus 
aucun moyen de se les procurer à bas prix, dès le moment où il 
n'existera plus aucune voiture qui ait des retours à faire en ces 
objets. Mais, comme ils sont en eux-mêmes de peu de valeur, ce 
ne serait accorder à la ville aucun avantage que de les taxer à 
l'égal de la houille. En demandant, ainsi que la Chambre le fait 
ici d'ime manière expresse, que la Compagnie contracte l'obligation 
de former ses retours en \chaux, pierre à chaux, sable, cailloux: et 
autres objets analogues au prix d'un centime par hec'tolitre et par 
i.OOO mètres, et avec la condition de ne pouvoir refuser le charge- 
ment de ces objets toutes les fois que leur poids n'excédera pas le 
quart du poids du chargement à la descente de Saint-Etienne à 
Andrézieux, elle croit ne solliciter qu'un bien faible dédommagement 
des pertes que la ville va essuyer par suite de l'établissement projeté. 
D'ailleurs, il est d'usage que le transport de ces objets par les 
canaux ne soit assujetti qu'à un droit extrêmement modique ; ainsi 
la Chambre ne réclame rien que de bien juste, et l'intérêt de la 
Compagnie s'y trouvera, puisqu'elle est assurée d'avoir des retours 
constants, dès le moment où elle versera les divers matériaux sur 
le marché de Saint-Etienne à un prix qui permettra d'en faire 
emploi. 

Mais on ne peui imposer une pareille obligation à la Compagnie 
sans l'astreindre à former un embranchement qui se dirige sur la 
ville de Saint-Etienne. Cette seconde obligation est une conséquence 
de la première, elle ne doit point être à charge à la Compagnie, 
parce qu'il est bien constant que de Saint-Etienne même il pourra 
partir tous les jours des chargements, non pas seulement en houille, 
mais encore en pierres de taille, en briques, tuiles, carreaux, etc., 
destinés pour la plaine du Forez. A quel lieu aboutira un pareil 
embranchement ? La Chambre consultative n'entreprendra pas de le 



— 631 — 

décider. Elle pense que la Compagnie devra s'entendre à cet égard 
avec l'Administration municipale. 

Indépendamment de ces diverses conditions particulières à l'éta- 
blissement dont il est ici question, il en est une multitude d" autres 
que l'on est dans le cas d'imposer à toute Compagnie qui entreprend 
d'exécuter à ses frais une communication quelconque. Le cahier 
des charges qui les contiendra sera-t41 rendu public ou soumis au 
moins à la discussion des a;utorité,s locales ? Rien ne le fait encore 
pressentir, mais, s'il en est autrement, comment seront garantis 
des intérêts de localités dont à Paris on ne peut avoir la moindre 
notion ? 

Ce qui se passe actuellement au sujet du canal de Givors 
démontre la sagesse de la loi qui fixe à des époques rapprochées la 
revision des tarifs des canaux. La Chambre consultative a déjà 
demandé qu'il soit procédé^ après un intervalle de dix ans, à la 
revision du tarif du chemin de fer. Elle persiste dans cette demande 
et elle pense que l'intérêt puhlic exige que ce délai ne soit pas 
davantage prolongé. 

En se résimiant, la Chambre consultative est d'avis : 1° que le 
prix du transport d'un hectolitre de houille soit fixé à un centime 
sept dixièmes par mille mètres, sous les conditions expresses 
d'opérer pour ce prix le chargement de la houille à la bouche des 
puits et son déchargement dans les magasins, de faire, en consé- 
quence, tous les embranchements nécessaires et particulièrement 
ceux (]ui seront réclamés par des extracteurs qui garantiront une 
exportation de 300 hectolitres par jour ; 

2° Que le prix du transport des matériaux, tels que chaux, pierre 
à chaux, sable et cailloux, et autres analogues, dans le cas d'être 
chargés à Andrézieux pour Saint-Etienne, soit fixé à un centime par 
hectolitre et par mille mètres, avec l'obligation d'effectuer ce trans- 
port dans la proportion du quart des chargements ordinaires, et 
de former un embranchement qui aboutira dans la ville de Saint- 
Etîenne ; 

.3« Que le cahier des charges soit, avant toute adjudication défini- 
tive, soumis à la discussion des autorités locales ; 

4« Qu'il soit expressément statué que le tarif du chemin de fer 
sera revisé après un intervalle de dix ans, conformément aux dispo- 
sitions de la loi du 30 floréal an 10. 

Si^é : Hippolyte Royet, maire ; II. Peyret-Plotton, Oerin. 
Eustache Thiollière-Neyron, J.-B. Lamotte aîné . 

Tel fut l'avis exprimé, au nom du commerce et de l'in- 
dustrie de Saint- Etienne, sur la construction du premier 
chemin de fer de France. La Chambre consultative des Arts et 
Mamifactures ne comptait, parmi ses membres, aucun repré- 
sentant des mines, qui, alors, n'étaient pas considérées comme 



une industrie, mais comme une exploitation se rattachant à 
celle du sol, le propriétaire de la surface étant propriétaire du 
tréfonds. Elle avait comme président le maire Hippolyte Royet, 
un des magistrats municipaux les plus remarqiuable-s qu'ait 
possédés notre ville. Toutes ces délibérations, dont l'importance 
historique est considérable à cause du sujet et que je reproduis 
pour ce motif, étaient marquées au coin du bon sens stéphanois, 
sens laborieux, un peu timoré, incliné vers les transformations 
justifiées par l'expérience, mais non vers les innovations 
hardies. 

La concession du chemin de fer de Saint-Etienne à An- 
drézieuK fut délivrée par ordonnance royale du 26 février 1823 
à MM. de Lur-Saluces et consorts, sous le titre de « Compagnie 
du chemin de fer ». La concession était perpétuelle. Une or- 
donnance du 30 juin 1824 approuva le tracé. Une a/utre ordon- 
nance du 21 juillet 1824 autorisa la constitution et approuva 
les statuts de la Société. 

Le tarif kilométrique légal ou maximum fut fixé à fr. 0186 
par quintal de 50 kg. de marchandises ou par hectolitre de 
houille (75 à 80 kg.). Il oscillait donc entre 0,2325 ou 0,248 par 
tonne kilométrique pour les charbons, et fr. 372 pour les 
autres marchandises. Mais la Compagnie appliquait, en 1834, 
un tarif uniforme de fr. 19 (i). 

Ce chemin de far partait du Pont-de-l'Ane et son parcours 
représentait 17.695 mètres. On voit encore la gare d'Andrézieux 
(maison Riboulon) près du pont, et une partie de l'ancienne 
ligne, qu'on appelle les « voies basses >> et qui sert au transport 
des sables. 

Un embranchement de 2.249 mètres partait du Marais et des- 
servait les mines du Treuil, du Soleil, de Bérard et du Gagne- 
Petit. 

La construction de cette première voie ferrée coûta 2.087.000 fr. 
Le produit net de l'exploitation correspondit à 4 % du capital. 



(1) Elle abaissa le tarif d'abord à 23 centimes à la descente, puis à 
19 et finalement à 15 (descente et remonte). Le tonnage transporté fut 
de 20.000 tonnes en 1830, 45.000 en 1832, 60.000 en 1833, 76.000 en 1835, 
110.000 en 1837 (voir Alph. Peyret, Statistique, p. 206 et 227 ; Delestrac, 
Les premiers chemins de fer de la Loire, \. F. A. S., 1897, 2® volume, 
p. 499 ; Leseure, Historique, p. 190). 



— 633 — 

La ligne fut ouverte le i""" octobre 1828. Les transports s'effec- 
tuèrent au moyen de chevaux, divisés en quatre ou cinq relais. 
On mettait deux heures pour descendre, quatre pour remonter. 
Ce mode de transport coûtait fr. 04 par tonne kilométrique à 
la Compagnie. Celle-ci possédait, en 1835, 270 wagons cubant 
chacun 3 mètres et contenant 2.400 kg. de charbon. 

A partir de 1832, la Compagnie transporta des voyageurs. Les 
locomotives ne furent employées qu'en 1844. 

Le l*"" juin 1833, cette ligne fut reliée au chemin de fer de 
Saint-Etienne à Lyon, et le 15 novembre suivant, au chemin de 
fer d'Andrézieux à Roanne. 



§ 7 - LE CHEMIN DE FER DE St-ÉTIENNE A LYON 
de 1823 à 1833 



L'ordonnance royale instituant la concession du chemin de 
fer de SaintrEtienne à la Loire était à peine rendue, que la 
Compagnie demanda à être autorisiée à construire la seconde 
partie de ce chemin, sur le versant du Rhône, à partir du Pont- 
de-l'Ane et par Saint-Chamond et Rive-de-Gier. 

La Chambre consultative des Arts et Manufactures de Saint- 
Etienne, le 28 octobre 1823, déclara qu'elle n'avait pas à déli- 
bérer sfur l'utilité de cette ligne : 

Les mêmes motifs qui ont déterminé la concession dti chemin de 
fer de Saint-Etienne à la Loire doivent faire adopter le projet de 
la prolongation de ce chemin au Rhône. L'utilHé de ce chemin est 
parfaitement démontrée. L'ordonnance royale qui a autorisé la 
concession de la première partie de ce chemin ne laisse aucun 
doute à cet égard, parce qu'il est de principe que des entreprises 
de ce genre ne peuvent être autorisées que pour cause d'utilité 
publique. Ce serait donc remettre en problème une question déjà 
jugée. 

La partie du chemin de fer sur le versant du Rhône n'offrirait 
pas moins d'avantages pour le transport de la houille et des mar- 
chandises de toute espèce. Aux mêmjes avantages se joindrait celui 
d'établir une concurrence désirable avec les droits de navigation sur 
le canal do divors, (pii sont à un taux r-xnriiitnnt. 



— 634 - 

Mais la Chambre consultative insistait surtouit pour que les 
prix de transport soient inférie^urs à ceux de la voie ordinaire : 

Il paraît donc superflu d'agiter la question de Tutilité d'un 
chemin de fer qui ne peut, être contestée et qui est généralement 
reconnue. Mais, dans l'état, il faut que l'intérêt public ne soit pas 
compromis. S'il est de toute justice de faciliter et d'encourager 
des entreprises de ce genre, il est nécessaire que les bénéfices des 
entrepreneurs n'excèdent pas leur juste proportion avec les frais 
de construction et d'entretien du chemin proposé ; il faut surtout 
que les prix de transport par cette voie soient inférieurs à ceux 
établis par la voie ordinaire. Ce doit être la première condition 
pour l'admission de l'entreprise. Cette vérité est si bien reconnue 
et si palpable qu'il n'est pas besoin de chercher à l'établir, et 
MM. les actionnaires l'ont si bien senti qu'ils ont offert un rabais 
de trente pour cent sur les prix actuels. 

^ La Chambre n'examinera point si les actionnaires auraient pu 
faire une offre plus avantageuse, elle consentirait volontiers à un 
tarif fait dans cette proportion. Mais il serait facile de démontrer 
qu'elle n'a pas été observée dans l'allocation d'un centime 86 cen- 
tièmes de centime, par mille mètres de distance et par hectolitre 
de houille. On peut même aller plus loin et soutenir que ce tarif 
dépasserait de beaucoup les prix actuels, lors même que les lignes 
à parcourir ne se prolongeraient pas, pour la première partie du 
chemin de fer, au delà de 18000 mètres, et, pour la seconde, au 
delà de 40.000 mètres ; comme encore, dans le prix actuel du trans- 
port, les voituriers sont tenus des frais du chargement et décharge- 
ment des voitures, et l'ordonnance garde le silence à cet égard, 
cependant il convient que les actionnaires s'expliquent sur cet 
objet, parce qu'il importe de ne rien laisser pour l'avenir à 
l'arbitraire, ni matière à la moindre contestation. 

La Chambre a donc Phonneur de représenter que, si la seconde 
partie du c^hemin était concédée aux mêmes clauses et conditions 
que la première, cette concession deviendrait plus onéreuse que 
profitable, et ne pourrait obtenir son assentiment. 

Les propriétaires verraient avec peine d'être dépouillés 9e leurs 
propriétés, sans aucun but réel d'utilité publique. 

Dans l'état, elle croit devoir se reporter aux avis par elle émis 
dans ses délibérations précédentes, et notamment à celle du 2 août 
1822, en persistant dans les amendements qu'elle a proposés, et qui 
sont la garantie des droits réciproques des propriétaires extracteurs 
et de la Compagnie. 

Le il mars 1826 — près de deux ans après la délibération 
précédente — la Chambre consultative prit connaissance du 
cahier des charges de la ligne à construire. Elle considéra réta- 
blissement de ce chemin comme la mesure la plus utile qui 



— 635 — 

pouvait être prise dans l'intérêt du commerce de l'arrondis- 
sement. Elle protesta contre toutes les démarches de la Com- 
pagnie du canal de Givors pour empêcher ou retarder la oon- 
straction de cette ligne (v. p. 614). Une délibération analogue fut 
prise le 16 mai de la même année (v. p. 615). Cette délibération 
était une approbation de la pétition d'un grand nombre de pro- 
priétaires, fabricants et manufacturiers, adressée aux députés 
de la Loire. 

L'adjudication de la ligne avait été passée le 27 mars 1826 à 
la Compagnie Seguin frères, Biot & C'^ (i). Elle fut homologuée 
par ordonnance royale du 7 juin 1826. Les statuts de la Société 
furent approuvés le 7 mars 1827. 

Le 20 novembre 1828, la Chambre consultative avait à se 
prononcer sur le choix des ports secs^ ou points de chargement 
et de déchargement. L'exposé du Mairei explique l'origine du 
fameux port seo de Bérard, qui existe encore et qui n'est pas 
près de disparaître, car sur ce port se trouvent les principaux 
magasins d'alimentation, les Magasins Généraux, TEntrepôt des 
Douanes. Cet exposé est aussi la justification renouvelée du 
droit d'embranchement, avec la conception simpliste de la fa- 
culté pour l'industriel expéditeur d'atteler ses chariots (ou 
wagons) à l'un des convois de la Compagnie, en la prévenant 
un peu à l'avance, et de les en retirer au. point qu'il choisira 
lui-même. 

Le chemin de fer de Lyon, comme celui de la Loire, devait 
partir du Pont-de-l'Ane, à 2.400 mètres de la ville. Mais la 
ligne de Lyon pénétrait ensuite joisquà Bérard (2). La ligne 
d'Andrézieux traversait la plaine du Treuil. Joindre Bérard 
au Treuil, c'est-à-direétablir une jonction en un point rapproché 
de la ville et très accessible, c'était faciliter le oomimercc - on 
n'envisageait pas encore le transport des voyageurs — et éviter 
une grande partie du voiturage par terre. 

J'ai entendu souvent critiquer l'établissement de la gare à 
Chflteaucreux, entre Pont-de-l'Ane et Bérard {où elle fut d'abord 



(1) Les cinq frères Seguin faisaient partie dp la Société. Blot était 
le fils du savant physicien (Chomienne, Histoire de nive-de-Gier). 

(2 f.a prare était au n° 27 de la rue <lc la Montât, où on a plarîé 
récemment une plaque commémorative, qui attend encore son inau- 
guration. 



— 636 — 

établie). On aurait voulu voir cette gare dans la plaine du Treuil, 
qui fut couverte en grande partie, depuis cette époque, par la 
construction de la Manufacture nationale d'Armes et par les 
Abattoirs. C'était là son emplacement naturel, emplacement 
proposé par la Chambre consultative des Arts et Manufactures 
et pair le Maire de Saint-Etienne le 20 novembre 1828. 

Voici cette délibération : 

La Chambre consultative des arts et manufactures de la ville de 
Saint-Etienne s'est réunie dans le lieu ordinaire de ses séances, 
ensuite d6 l'autorisation contenue dans la lettre de M. le Préfet 
de la Loire du 9 juin dernier. Etaient présents : MM. Lamotte, 
Monaud, Royet aîné, Faure et Salichon. 

M.' le Maire, président, a dit : Messieurs, la Compagnie du 
Chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon a soumis à l'approbation 
de M. le directeur général des ponts et chausséesi les plans du lieu 
de chargemient et de déchargement de ce chemin pour le service 
de la ville de Saint-Etienne. Mais avant de prendre une décision à 
cet égard, M. le directeur général a demandé, par sa lettre du 
6 juin dernier, l'avis de la Chambre consultative, afin de savoir si 
le lieu désigné par la Compagnie est favorablement situé pour le 
commerce. 

Pour que la Chambre puisse émettre son opinion sur cette affaire, 
j'ai fait dresser un plan des lieux présentant les changements qu'il 
m'a paru nécessaire d'apporter, dans l'intérêt public, au projet 
conçu par la Compagnie. Je vais vous faire connaître les motifs 
qui m'ont déterminé à proposer ces modifications. 

Le port sec ou le point de chargement et de décliargennent parti- 
rait, d'après ce projet, du boulevard de la Montât jusqu'à la 
rencontre de la branche du chemin de fer de la Loire au lieu de 
Bérard ; il aurait dans toute son étendue une largeur de 20 mètres, 
y compris deux rues latérales, destinées à en faciliter les abords. 

Mais il est possible que, par la suite, le port sec doivent être pro- 
longé jusqu'à la rencontre du chemin de Monteil ; dans ce cas, il 
est nécessaire que la Compagnie Seguin soit autorisée et assujettie 
à couvrir le chemin de fer de la I^ire, non pas seulement dans la 
largeur du nourveau chemin, mais dans une étendue de 20 mètres, 
pour pouvoir étendre plus loin le lieu de chargement, si ce prolon- 
gement est reconnu ultérieurement nécessaire. 

Le quartier de la Montât et ses environs prennent depuis peu de 
temps un accroissement extraordinaire de population et de cons- 
tructions. Les boulevards projetés, l'établissement des magasins de 
la Compagnie et du port sec vont augmenter la tendance qu'a ce 
faubourg à s'agrandir et se développer. Déjà la nécessité d'ouvrir 
de nouvelles communications se fait sentir ; le plan que j'ai fait 



— 637 — 

dresser indique les rues que l'on ne peut tarder de livrer aux 
besoins de la circulation. La Compagnie Seguin doit consentir, 
sans indemnité, à ce que les rues transversales que l'administra- 
tion pourrait faire ouvrir, quelle que soit leur largeur, traversent le 
port sec. Ces rues, loin de porter préjudice à la Compagnie, servi- 
raient au contraire à rendre l'accès du port plus commode, et à le 
dégager dans tes cas d' encombrement. 

Il est une autre obligation à laquelle la Compagnie devrait être 
soumise, ce serait de donner aux propriétaires bordant le port sec 
dans toute son étendue le droit de charger au devant de leur pro- 
priété sans pouvoir être tenus de transporter leurs marchandises 
dans les magasins. 

Il est indispensable dapporter une légère modification dans la 
construction des magasins de chargement et de déchargement 
projetés ; si ce changement n'avait pas lieu, il en résulterait que 
le boulevard serait jeté sur la montagne voisine où le tracé serait 
difficile et coûteux. Il conviendrait, dès lors, de rectifier l'angle 
foraié par l'axe de ces magasins, de manière qu'il coupe à angle 
droit celui du chemin de fer. 

Afin de faciliter aux grands établissements qui se trouvent dans 
les points intermédiaires, entre deux lieux de chargement, le 
mouvement de leurs produits et matières premières, il est juste 
que la Compagnie soit assujettie à laisser pratiquer par ces établis- 
sements des embranchements qui conduiront dans leurs mines et 
magasins, et à se charger des matières et marchandises dont ils 
voudront lui confier le transport, sous les seules conditions de 
fournir un tonnage de 7.500 tonnes par an au plus, et de payer le 
prix du transport comme si la distance entre les deux lieux de 
chargement était entièrement parcourue. 

Inutilement la Compagnie Seguin dirait-elle qu'elle n'est pas 
tenue d'établir des bureaux et entrepôts sur chacun des points où 
les manufacturiers ou exploitants voudront établir des embranche- 
ments. Il ne s'agit pas ici d'obliger la Compagnie d'avoir des 
entrepôts et des bureaux. Le service des embranchements peut ?e 
faire sans commis ni entrepôt. L'expéditeur qui veut réunir à l'un 
des convois de la Compagnie un ou plusieui's chariots, en prévient 
I<'s employés de l'entrepôt le plus voisin. Le convoi part avec 
autant moins de chariots qu'il en doit prendre sur la route. Dans 
ce cas, il est juste que la Compagnie reçoive le prix du transport 
tout comme si le chariot était parti de rentre])ôl 

La Compagnie se plaindrait-elle de ce (jue la réunion au convoi 
des chariots amenés par les embranchements entraînera quelque 
retard dans la marche du convoi ? Mais pour éviter un léger 
inconvénient faut-il priver les exploitants de ruines et les manufac- 
turiers qui se trouvent à la proximité du chemin de fer des 
avanUiges (jue leur offre ce nouveau moyen de transport ? C'est 
dans l'intérêt public que le Gouvernement autorise re.xpnypriation 



— 638 - 

des terrains nécessaires à la construction d'une route de fer. Il 
faut que le public et les propriétaires expropriés retirent de cette 
voie nouvelle toute l'utilité qu'elle peut présenter. 

Les précédents ne sont pas nombreux en France, mais ils le sont 
beaucoup en Angleterre. Tous sont favorables à la faculté 
d'établir des branche® de chemins de fer qui se rattachent au tronc 
principal. La Compagnie Beaunier (1) les permet à tous les 
propriétaires riverains qui peuvent en retirer un avantage. Elle se 
charge des transports sur quel point du chemin que les chariots 
soient chargés {sic). En Angleterre, ainsi que l'atteste Tredgold 
(page 30), les principaux chemins de fer sont joints à quantité de 
chemins particuliers qui communiquent aux forges et aux mines 
de houille ou de fer. 

De même que les chariots chargés doivent être admis sur le 
chemin de fer sur quel point que ce soit, il doit être permis aux 
expéditeursi de les en faire sortir au point qu'ils voudront, autre- 
ment ragriculture ne pourrait retirer aucun avantage du nouveau 
moyen de transport. Comment pourrait-on faire voiturer sur le 
chemin de fer les fumiers, la marne, la chaux et les autres engrais, 
si on ne pouvait les faire décharger sur les points où on veut les 
employer ? 

Une autre question importante pour le commerce, c'est de savoir 
si la ionction du chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon avec celui 
de la Loire doit s'opérer au lieu du Pont-de-l'Ane, à 2.400 mètres 
environ de distance de la ville de Saint-Etienne, ou s'il ne serait 
pas plus convenable de faire opérer cette jonction par un embran- 
chement partant de l'entrepôt de la Montât jusqu'à la rencontre du 
chemin de la Loire, au lieu du Treuil, distant d'environ 8 à 
900 mètres. 

Ce dernier mode de jonction ne serait pas moins avantageux à 
la Compagnie Seguin qu'à la ville de Saint-Etienne et au commerce 
en général. La Compagnie serait dispemsée d'établir des entrepôts 
et des bureaux au lieu du Pont-de-l'Ane, pour la réexpédition des 
marchandises ou matières destinées pour le bassin de la Loire. Les 
chargements de convois étant adressés en partie au commerce de 
Saint-Etienne, et en partie pour les villes du Nord, il est presque 
indispensable que ces chargements arrivent en entier à l'entrepôt 
général de la Montât, pour classer les marchandises suivant leurs 
destinations ; la surveillance y serait plus facile, et le service des 
réexpéditions plus commode. 

La ville de Saint-Etienne y trouverait un double avantage. Située 
entre les deux fleuves du ÏRhône et de la Loire, elle est placée 
convenablement pour devenir l'entrepôt des marchandises expé- 
diées du midi au nord. Ce transit de marchandises deviendra par 



(ï) Chemin de fer de Saint-Etienne à la Loire. 



— 639 — 

la suite fort important. Pour le faciliter, il est indispensable que la 
jonction des deux chemins de fer ait lieu au point le plu» rapproché 
de la ville. 

Il remonte de la Loire par le chemin de fer des sables, cailloux, 
pierres calcaires, bois, etc., mais les points de déchargement ou 
entrepôts sont à la distance d'environ 1.500 mètres du centre de la 
ville, ce qui la prive de l'économie du transport, car, en réunissant 
le prix de la voiture par les routes de communication avec celui du 
chemin de fer, il s'ensuit qu'il n'y a aucune différence pour le 
consommateur, et que le transport lui coûte autant que s'il avait 
eu lieu entièrement par la route de terre. L'embranchement de la 
Montât au Treuil est si bien senti (sic) à Saint-Etienne que, si 
aucune des deux Compagnies Seguin ou Beaunier ne se déterminait 
à l'exécuter, une troisième Compagnie demandera à l'entreprendre. 

Enfin, le commerce a un intérêt direct à ce que la jonction des 
deux chemins ait lieu de cette manière. 

En voici la démonstration : 

Du Pont-de-l'Ane au Marais, en passant par le chemin de la 
Compagnie Beaunier, la distance est de 2.670 mètres, laquelle 
coûtera, savoir : (A). 

Pour la houille 

2.670 mètres, à raison de 24 cent. 80'100« les 
LOOO kg. et par 1.000 mètres parcourus 66 cent. 21/mr 

Pour le.s marchandises 

La même distance, à raison de 37 cent. 20/100® 
les 1.000 'kg. et par 1.000 mètres 99 cent. 32/100" 

Tandis que, si le transit a lieu par l'entrepôt de la Montât, il y 
aurait une réduction dans les frais de transport dont voici le 
résultat : 



(A) Le djx)it que ces deux Compagnies sont autorisées à percevoir 
s'établit par la distance de 1.000 mètres, sans égard aux fractions ; do 
sorte que 1.000 mètres entamés sont payés comme s'ils ava'ent été 
parcourus. 

Dans le calcul que l'on fait, on a compris les fractions par la raison 
que le Marais. n'est f>as un point où doivent s'arrêter les marcliandises ; 
c'est l'endroit où se réunissent les deux chemins et que l'on a pris 
pour terme de comparaison dans les <leux projets. 

On fait aus.si remarquer que les droits sur île chemn de la Loire sont 
de 1 cent. S6/100" par rhaciue hectolitre de houille ou de coke et d'une 
semblable sonuue par 50 kil. de marchandises, tandis que ceux du 
chemin du Rhône ne sont (pie de 9 cent. K/10" les 1.000 kll.. sans distinc- 
tion de matières et de marc- han dises. 

Pour rendre plus sensible la différence des droits des deux tarifs, on 
a tra/lU'it l'hectolitre en kll. et on a ramené le tarif du chemin Beaunier 
sur la même échelle que celui du chemin du Rhône, c'est-à-dTe à. un 
poids de 1.000 kil., qui est la valeur de la tonne. 



640 — 



Pour la houille 



2.400 mètres du Pont-de-FAne à la 
Montât, à raison de 9 cent. 8/10« 
par 1.000 kg. et par 1.000 mètres.. 23 cent. 52/100'^ 

900 mètres de la Montât au 
Marais, à raison de 24 cent. 80/100^ ( 

par 1.000 kg. et par 1.000 mètres. . 22 cent. 32/10O« ) 

Pour les marchandises 

Les 2.400 mètres à 9 cent. 8/10«.. 23 cent. 52/100' ) 
Les 900 mètres à 37 cent. 20/100*^. . 33 cent 48/100« 



'45 cent. 84/100« 



57 cent. 



RÉSULTAT DE LA COMPARAISON DES DEUX TARIFS HOUILLE 

Ainsi 1.000 kg. de houille transportés au Marais 
par le chemin Beaunier donnent 66 cent. 21/100* 

Tandis que par l'entrepôt de la Montât, ils ne 
coûteront que 45 cent. 84/100^ 

Avantage en faveur du commerce de 20 cent. 37/100*' 

Marchandises 

Le même poids de marchandises par le chemin 

Beaunier donne 99 cent. 32/100^ 

Par l'entrepôt de la Montât 57 cent. 

Différence 42 cent. 32/100^ 

Mais cet avantage serait bien plus considérable, si le transit 
n'avait pas lieu par la Montât, et que de ce point on voulût expédier 
des marchandises sur la Loire, ce qui arrivera assez fréquemment. 
Dans cette supposition, on aura à parcourir d'abord la distance de 
la Montât au Pont-de-FAne, qui est de 2.400 mètres 

Ensuite, celle de ce dernier point au Marais, qui 
est de 2.670 — 

Je ne m'attacherai pas à réfuter une prétention attribuée sans 
doute par erreur à MM. Seguin, qui aurait pour but de faire payer 
les prix de transport pour toute la distance d'un entrepôt à l'autre, 
quoique l'objet transporté n'ait parcouru qu'une partie de cette 
distance. Cette prétention est trop contraire à l'article 6 du cahier 
des charges de leur adjudication, pour qu'ils aient pu la mettre 
en avant. Le droit doit se calculer par distance de mille mètres, 
sans égard aux fractions. Voilà leur règle et celle du public. 



— 641 — 

Ils ont, dit-on, proposé de diminuer le prix de transport à la 
descente, et de laugmenter à la remonte, mais ce changement du 
tarif qui serait préjudiciable au commerce de Saint-Etienne est 
inadmissible. Le contrat formé par ladjudicatiori entre MM. Seguin 
et le public est irrévocable, il ne peut recevoir aucune atteinte. 

Après c«t exposé, la matière a été mise en délibération. 

La Chambre consultative, 

Adoptant les motifs développés dans le rapport que vient de lui 
faire son président, 

Est d'avis : 

1° Que, dans le cas où par la suite le prolongement du port sec 
fût jugé nécessaire, la Compagnie du chemin de Saint-Etienne a 
Lyon soit autorisée à couvrir la branche du chemin de fer de la 
Loire partant de la Verrerie (1), dans une longueur de 20 mètres ; 

2° Que toutes les rues transversales qui pourront être ouvertes 
par la suite passeront au travers du port sec, sans indemnité ; 

S"* Que les propriétaires bordant ce port sec dans toute sa 
longueur auront la faculté de charger leurs marchandises sans être 
tenus de les transporter dans les magasins de la Compagnie ; 

4« Que langle formé par l'axe des magasins de chargement de la 
Montât sera rectitié de manière qu'il coupe à angle droit celui du 
chemin de fer (sic) ; 

5° Qu'il soit permis aux divers établissements et exploitations de 
mines situés entre deux lieux de chargement, de former des embran- 
chements au chemin de fer, sous la condition de payer la distance 
entre les lieux d'entrepôt comme si elle était entièremient parcourue, 
et de fournir, par an, un poids de cinq mille au moins ou de sept 
mille cinq cents tonnes au plus , 

6° Enfin, que pour la facilité du transport des marchandises 
en transit, la Gompa^ie soit tenue détablir un rail qui, partant 
de l'entrepôt de la Montât, ira joindre l'embranchement du chemin 
de fer de la Loire au Treuil. 

Et ont tous les membres présents signé : Le Maire, président : 
Hippolyte Royet, J.-B. Lamotte aîné, Joseph Manaud, Aimé Royet, 
Salichon aîné, J.-B. Faure. 

Suir le chemin de fer de Lyon, le maximum de la taxe kilo- 
métrique avait été fixé k fr. 15 par tonne. Il fut ramené à 
fr. 008 par le rabais de Tadjudiciitiori. F.n raison du surcroît de 



(1) Fn bas (hi (juartior Salnt-Fraiiçols. 



— 642 — 

dépenses imprévues occasionnées par les travaux, les conces- 
sionnaires demandèrent de porter le tarif, à la remonte 
seulement de Givors à Rive-de~Gier, à fr. 13, ei entre Rive- 
de-Gier et SaintrEtienne à fr. i7. J'ai indiqué l'avis émis par 
les Chambres consultatives de SaintrChamond et de Saint- 
Etienne. Une ordonnance royale de 1831 permit de percevoir 
à la remonte fr. 12 de Givors à Rive-de-Gier, et fr. 17 de 
Rive-de-Gier à Saint-Etienne. Cette faveur pour la Compagnie 
ne fut pas obtenue sans de hautes interventions (i). 

Le droit d'embranchement fut reconnu par un arrêté du Préfet 
du 11 novembre 1829, mais cet arrêté devmt une source de con- 
testations (2). Il fut annulé, dans ses dispositions essentielles, 
par un avis — vraiment extraordinaire — du Conseil général 
des Ponts et Chaussées, en 1837, avis suj' lequeil je reviendrai. 

La Compagnie émit 2.0(X) actions de 5.000 francs chacune, non 
compris 400 actions d'apport, qui ne devaient être remises aujî 
fondateurs qu'après l'achèvement du chemin et lorsque les 
actions de capital produiraient 7 %. 

On adopta les rails en fer, pliuis durables que les rails en fonte 
du chemin de fer d'Andrézieux. On pensa que des locomotives 
pourraient faire le service. On ne songeait pas au transport des 
voyageurs, mais on le réalisa dès l'ouverture de cette ligne. 

Commencés en 1827 et poussés avec activité, les travaux, très 
considérables à cause des tunnels, ponts, ponceaux, terras- 
sements, nécessitèrent, vers 1829, un emprunt de 2 millions, qui 
fut couvert par les actionnaires à 4 %. 

La section de Rive-de-Gier à Givors fut mise en service le 
28 juin 1830, pour les marchandiseis seulement. Celle de Lyon 
à Givors fut ouverte le 3 avril 1832 (marchandises et voyageurs). 
Celle de Rive-de-Gier à Saint-Etienne fut ouverte le l*'" octobre 
1832 au service des voyageurs, et le 25 février 1833 aoi. service 
des marchandises. 

Alphonse Peyret a donné le détail des dépenses générales. La 
Compagnie possédait, en 1833, 1.210 wagons et 12 locomotives. 



(1) Histoire de la Chambre consultative des Arts et Manufactures de 
Saint-Etienne, p. 90 ; Histoire de la Chambre de Commerce de Saint- 
Etienne, p. 438 ; Histoire de la Métallurgie de la Loire, p. 166, note 2. 

(2) Voir Histoire de la Métallurgie de l'a Loire, p. 177, note 1. 



— 643 — 

d'une force de 12 chevaux, marchant à la vitesse moyenne de 
4 m. 050 par seconde (14 km. 58 à l'heure), fonctionnant entre 
Lyon et Rive-de-Gier, mais principalement entre Lyon et Givors. 
MM. Seguin proposèrent à cette date de substituer les locomo- 
tives aux chevaux à la remonte entre Rive-de-Gier et Saint- 
Etienne. Ils ne purent convaincre leurs actionnaires. Aussi, bien 
que la première locomotive ait été mise en service en 1832, la 
traction mécanique ne fut généralisée qu'en 1844. 

Le tonnage annuel transporté était de 315.000 tonnes à la des- 
cente', de 36.000 seulement à la remonte. 

Le bénéfice d'exploitation s'élevait à 472.000 francs, c'est-à- 
dire à moins de 4 %, mais le revenu augmenta rapidement. Le 
transport des voyageurs devint une source abondante de profits. 
Le second exercice accusa 719.000 francs de recettes d'exploi- 
tation et 432.000 tonnes transportées, dont 63.000 à la remonte (i). 

M. Coste, ingénieur des mines, succéda, en 1835, à Marc 
Segiuiin, comme directeur de la Compagnie. Mort en 1840, il fut 
remplacé par M. Gervoy, également ingénieur des mines et 
professeur à l'Ecole de Saint-Etienne, qui resta directeur jusqu'à 
la fusion avec le Grand-Central p). 

La Compagnie du chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon, 
l>eaucoup plus importante que celles d'Andrézieux à Saint- 
Etienne et d'Andrézieux à Roanne, devait soulever jusqu'à Ja 
fin de ses jours d'innombrables réclamations. Je ne crois pas 
m'avancer beaucoup en disant que l'esprit général qui inspira 
son administration a persisté pendant longtemps dans les 
burea^uK de la Compagnie P.-L.-M., tempéré par les sentiments 
de bienveillance et de courtoisie des Directeurs et du haut 
personnel. Ku matière de Lîirifs et en matière de concurrence 
à la navigation par exemple, la Compagnie P.-L.-M. a suivi les 
traditions de son ancêtm de 1828. 



(1) Voir A. Peyret, Statistique industrielle du département de la Loire, 
p. 208 ii 212. Con.sulter également V Appendice, p. 228 à 231, et surtout 
DH.ESTRAC, Les premiers chemins de fer dans le département de la Loin» 
(A. F. A. S. St-Rtlenne, 1897). 

(2) A. Peyret, op. cit. Bull clin de la Société agricole de Saint'Ktienne, 
1840, p. 319, THIOF.MER, Notices Industrielles, p. 44 



— 644 



,^8 - LE CHEMIN DE FER D'ANDREZIEUX A ROANNE 
de 1828 à 1833 



Enfin, la Chambre consultative fut saisie, le 26 avril 1828, ae 
l'examen dai cahier des charges pour l'établissement du chemin 
de fer d'Andrézieux à Roanne. 

Je rappelle que ce. chemin fut concédé, le 27 août 1828, à la 
Société formée par les sieurs Mellet et Henry ; que le tracé par 
la rive droite de la Loire fut adopté ; qu'au lieu des tranchées 
et des tunnels on préféra employer les plans inclinés, où des 
machines fixes placées aiui sommet de ces plans, à Neulise et 
près de Balbigny, remorquaient les wagons. A la Quérillère 
(ou Renardière), la remonte du plan incliné, vu sa faible pente, 
se faisait à l'aide de chevaux. 

Ce chemin de fer ne supprima point le transport des charbons 
par la Loire, d'Andrézieux à Roanne. On ne transporta par fer 
que le charbon destiné à compléter à Roanne le chargement des 
bateaux (i). 

Le trafic annuel était de 50 à 60.000 tonnes ei le tarif de fr. 15 
par tonne kilométrique à la descemte, de fr. 18 à la remonte. 
Ces chiffres furent ramenés à fr. 145 et fr. 175 par le rabais 
de radj^udication. On transportait également des voyageurs. 

La ligne avait été livrée à la circulation à la fin de 1833. En 
1836, la Compagnie était en faillite. L'Etat ne vint à son secours 
qu'en 1840. 

En 1834, une loi autorisa la concession de l' embranchement 
de Montbrison à Montrond, ouvert en 1839, abandonné en 1848. 

Voici la délibération prise par la Chambre consultative de 
Saint-Etienne le 26 avril 1828 : 

La Chambre consultative des arts et manufactures de la ville de 
Saint-Etienne s'est réunie sous la présidence de M. Royet, maire, 
dans l'une des salles de la mairie. 



(1) Voir Alph. Peyret, op, cU. j Delestrac, op. cit. ; Histoire de la 
Chambre consultative de Saint-Etierine, p. 90. Même pour Andrézieux, 
le transport de la bouille, en 1829, continuait à se faire par voie de 
terre et non par voie ferrée {ibid., p. 91). 



— 645 — 

Un des membres a pris la parole et a dit : 
Messieurs, 

Par les soins de M. le Préfet de la Loire, nous avons eu connais- 
sance du cahier des charges pour l'établissement d'un chemin de 
fer d'Andrézieux' à Roanne. Ce projet, qui parait toucher de près à 
.son exécution, est dune importance assez grande, et dans l'intérêt 
industriel de Saint-Etienne et dans celui de toutes les propriétés 
foncières de la plaine du Forez, pour motiver une sérieuse attention 
de notre part et l'expreasion bien franche de nos réflexions. C'est 
encore un devoir pour nous, à qui l'expérience a donné quelques 
leçons, de les rendre utiles à nos concitoyens du département de 
la Loire. 

On ne saurait contester l'avantage immense que peut produire 
dans un Etat l'organisation en compagnie d'actionnaires d'un 
certain nombre de riches capitalistes, pour exécuter des entreprises 
quaucune fortune particulière n'oserait aborder, et qui, par leurs 
combinaisons industrielles, ne rentrent pourtant pas dans le 
domaine des travaux du Gouvernement. 

L'Angleterre est là pour répondre aux objections qu'on élèverait 
contre ; mais une vérité tout aussi constante, et qui est devenue 
vulgaire à force d'être redite^ c'est que ces Compagnies, qui souvent 
n'existent qu'en vertu de privilèges^ sont envahissantes, exigeantes, 
quelquefois même despotes, com^me tous les corps privilégiés, et 
toujours très difficiles dans leurs transactions. Il est donc prudent 
de prévenir les difficultés. Le canal de Givors et peut-être bientôt 
la Compagnie Seguin peuvent être appelés -en témoignage, au 
besoin de preuves. 

On connaît les prétentions exorbitantes du canal de Givors. 
Quant à la Compagnie Seguin, il est bon de rappeler ici son 
exigence vis-à-vLs de l'entreprise des hauts fourneaux de Janon, à 
qui elle prétend de faire payer trois fois la distance du parcours 
nécessaire pour arriver au premier lieu de chargement, usant à cet 
égard de l'heureuse idée de faire rétrograder d'une lieue à l'ouest 
ce qui devra ensuite parcourir deux lieues à l'orient. 

Puisque l'Angleterre a été notre devancière dans ce mode de 
grande exploitation d'industrie, puisque nous l'avons importé de 
chez elle, pourquoi n'admettrait-on pas aussi en France les précau- 
tions conservatrices des intérêts de tous ceux qui peuvent être 
froissés nu protégés par ces grands établissements, ainsi qu'on ie 
fait en Angleterre ? Pourquoi une enquête préalable et un appel 
à tous les intérêts pour donner leur avis n'auraient-ils pas lieu ? 
En attendant que cette sage précaution soit Ji'Ioptée par le Gouver- 
nement, il est du devoir des Chambres consultatives d'y suppléer, 
et j'ai l'honneur de vous proposer d'adresser lee réflexions sui- 
vantes sur le cahier des charges dont il s'agit an Ministre de 
l'Intérieur, au Ministre du Commerce, au Directeur général des 

4i 



— 646 — 

Ponts et Cliaussées et à M. le Préfet de la Loire, en suppliant le 
Ministre compétent d'introduire les modifioations que l'intérêt 
général et la justice me semjjlent réclamer. 

Réflexions sur le caMer des charges pour Vétahlissement d'un 
chemin de fer d' Andrézieux à Roanne. 

Il conviendrait d'ajouter à l'article 2 : 

<( Les plans seront déposés pendant un mois, au chef-lieu de 
chaque aiTondissemient, et les propriétaires intéressés, dûment 
avertis, pourront en prendre connaissance et présenter leurs 
observations sur le tracé. » 

Cette condition a pour motif de soustraire les propriétaires inté- 
ressés à l'influence d'un tracé exclusif, qui porterait une atteinte 
grave à leur propriété, bien qu'il puisse souvent être remplacé par 
des modifications convenables ; ou bien d'échapper à un tracé 
fictif qui n'a lieu sur un point important que pour laisser aux 
entrepreneurs les moyens d'obtenir quelquefois gratuitement le 
passage sur un autre point, ou bien encore, pour ne pas leur aban- 
donner le monopole des acquisitions de terrains sur des points 
connus d'eux seuls, et s'appliquer exclusivement des avantages qui 
doivent naturellement appartenir aux propriétaires:. 

Art. 3. — Cet article ne conserve aux propriétaires ou aux com- 
munes que le droit des choses existantes. Mais il convient, 
puisqu'on change les intérêts locaux, de prévoir d'autres besoins 
dans lavenir pour le public, et d'autres ^intérêts pour les par- 
ticuliers. C'est ainsi qu'un propriétaire ayant maintenant la 
faculté d'établir dans son, héritage des chemins sur tel point qu'il 
lui convient, des cours d'eau, partout où elle peut lui être avanta- 
geuse, pourquoi le ohemin de fer coupant en deux sa propriété le 
priverait-il de ces avantages s'ils sont réels ? Pourquoi ne les 
conserverait-il pas toutes les fois qu'il ne portera aucun dommage 
au chemin de fer ? On propose donc d'ajouter après le premier 
paragraphe : 

« Elle (la Compagnie) contracte aussi l'obligation de laisser dans 
l'avenir établir aux frais des intéressés tous chemins ou cours 
d'eau qui seraient jugés nécessaires, soit pour un propriétaire sur 
ses fonds, soit pour le public, dans l'intérêt du commerce et de 
l'agriculture, en sie conformant aux conditons de l'article 11 » 

Art. 4. — Le vague de la fixation à venir des lieux de chargement 
et déchargement peut faire naître des discussions graves entre la 
Compagnie et les intéressés. Le chemin Seguin en offre encore 
l'exemple. Il conviendrait donc de multiplier les lieux de charge- 
ment et déchargement, et de proposer la rédaction de cet article 
ainsi qu'il suit : 

<( Tous les terrains destinés à servir d'emplacement au chemin 
de fer et à ses dépendances, aux lieux de chargement et de déchar- 



— 647 — 

gement, dont le nombre et la surface seront ultérieurement 
déterminés, mais à des distances qui n'excéderont pas un vfiyifa- 
mètre. » Le reste comme au cahier des charges, et à la fin da 
même article, ajouter : 

« Dans tous les cas, il doit être permis aux propriétaires rive- 
rains et manufatcturiers d'établir à leurs frais des embranchements 
qui s'unissent au chemin de fer pour le transport de leurs 
produits. » 

Art. 8. — Il serait bien d'expliquer si les prix de chargement et 
déchargement sont compris dans le prix du transport. 

Art. 9. — C^t article serait une véritable proscription de toutes 
les marchandises sortant de nos fabriques, La moitié des objets 
de quincaillerie et d'armurerie, et tous les objets de soierie se 
trouveraient ainsi hors du tarif ; les grains, les légumes, les pommes 
de terre, les bois de chauffage, toutes ces productions si imipor- 
tantes pour la plaine du Forez seraient à la merci de l'exigence 
d'une Compagnie. Il en serait de même des engrais, dont la plaine 
a un si grand besoin, et le Gouvernement ne peut vouloir user 
d'une exception au droit de propriété que dans l'intérêt général, 
et non pour favoriser les prétentions arbitraires d'une Compagnie. 
Il serait donc également juste, prudent et sage, de proposer la 
fixation de la qualité de marchandises encombrantes seulement à 
celles dont le poids ne s'élèverait pas à 100 kg. le mètre cube, au 
lieu de 500 kg. Encore convient-il de leur assigner un tarif connu. 

Le droit de passage sur le chemin devrait être reconnu pour les 
piétons. 

Art. 11. — Dans l'intérêt des propriétaires dépossédés, il convient 
d'ajouter à cet article le paragraphe suivant : 

« Les propriétaires riverains doivent être autorisés à hàtir et 
pren,dre des jours sur le chemin de fer, en suivant l'alignement 
prescrit par l'administration départementale, attendu qu'an 
chemin de fer est une voie publique. » 

Voilà, Messieurs, les points les plus importants sur lesquels j'ai 
cru devoir appeler votre attention. Sans doute, une enquêta eût 
jeté une lumière plus vive sur la discussion de tous ces intérêts 
et d'autres qui peut-être me sont restés inaperçus, mais en son 
absence j'ni pensé que ce serait aggraver le mal que de garder 
le silence. Je livre donc mes avis à vos sages réflexions- 

La matière mise en délibération, et après avoir recueilli l'opinion 
dos divers membres, 

La Chambre consultative arrête à l'iman imité : 1" que le Gouver- 
nement de sa Majesté est prié de modifier les articles 2, 3, 4, 8, 9 
et 11 du caliier des charges dont il s'agit ; 2" qu'il sera encore 
supplié, pour l'avenir, de vouloir en pareil cas provoquer une 
enquête locale, où les intéressés fussent entendus dans leurs obser- 
vations ; 3" qu'il sera incontinent adressé copie de la présente 



— 648 — 

délibération au Ministre de l'Intérieur, au Ministre du Commerce, 
au Directeur général des Ponts et Qiaussées, et à M. le Préfet de 
la Loire. 

Signé : Le Maire, H. Royet ; J.-B. Lamotte aîné, Mathieu Flotard, 
Joseph Basson, Girerd Tonin, Eustache ThioUière-Neyron, Jean- 
Baptiste Peyret-Dubois. 



§ 9 - SUITE ET FIN DU CANAL DE GIVORS 
LES PROJETS DE CANAL DE LA LOIRE AU RHONE 



Très menacée par la ooncurrence du chemin de fer de Lyon, 
la Compagnie du canal de Givors recherchait le moyen d'éviter 
la déchéance de son monopole de fait. 

Elle proposa de construire un chemin de fer de Grand'Groix 
à SainihEtienne faisant concurrence au chemin de fer de Lyon 
(1837). Mais le Gouvernement préféra recommencer une fois de 
plus les études pour rachèvement du canal de jonction (i). 
Quelque temps après, en 1841, la Compagnie du canal signa un 
engagement avec les frères Richard, de Saint-Chamond, qui 
voulaient demander la concession dan prolongement du canal 
jusqu'à Pont-Nantin, près de la Varizelle (2). Il advint de ce 
projet ce qu'il advint des autres. 

D'ailleurs, pour les raisons que j'ai indiquées, la section du 
canal entre Lorette et Grand'Groix était abandonnée en 1841. 
Le prolongement de la voie navigable paraissait impossible. La 
section de Lorette à Rive^de-Gier resta en activité jusqu'en 1851. 
Les deux sections, achevées en 1839, jouaient de malheur. 

La Compagnie du canal abaissa son tarif à 8 centimes par 
tonne kilométrique. La Compagnie du chemin de fer, très in- 
quiète, lui proposa alors une entente, qui fut signée en 1841, 
pour vingt ans. Les deux Compagnies mettaient en commun 



(1) Histoire de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne, p. 143. 

(2) Ibid. 



— 649 — 

leurs recettes bmite, à répartir savoir : 70 % au chemin de 
fer, 30 % au canal (i). 

La concurrence aboutissait au monopole. 

La Compagnie des mines réunies de Saint-Etienne, en 1845, 
prit le canal à bail pour 82 ans, du 1*''^ janvier 1846 au 14 août 
1928. Le prix de bail était fixé à 150.000 francs pour les trois 
premières années, 180.000 francs pour les trois suivantes, 
210.000 francs pour les septième, huitième et neuvième années, 
240.000 francs pour la dixième année^ et les années suivantes. 
La Compagnie des Mines prenait à sa charge le solde de 
l'emprunt contracté par la Compagnie du canal, s'élevant au 
31 décembre 1845 à 3.350.000 francs P). 

Quelques jours après, la Compagnie des Mines réunies de 
Saint-Etienne fusionnait avec la Compagnie des Mines de la 
Loire, qaii donnait son nom au Trust. Maître du canal, maître 
de la production, le Trust avait tenté de louer également le 
chemin de fer. Le Gouvernement s'y opposa, mais la location 
officielle fut remplacée par une revision du traité' de 1841. 
L'entente fut complète. Canal, chemin de fer, extraction, tout 
était dans les mains de» la Grande Compagnie. Ce nouveau traité 
fut gardé secret, mais l'opinion publique, très montée contre 
le Trust, devina le traité. Elle ne le connut complètement que 
lors de sa dénonciation. 

Par ce traité, la Compagnie des Mines s'engageait à n'as- 
surer au canal qu'un trafic de 286.000 tonnes par an. Par contre, 
le chemin de fer assurait une ristourne de fr. 80 par tonne, 
au delà de 750.000 tonnes, à la Compagnie des mines. C'est à 
caïuse d'un traité particulier de ce genre, interdit par les 
règlements sur les voies ferrées, qui constituent un service 
public, que fut condamné la Standard OU ou Trust du Pétrole, 
il y a quelques années, en Amérique. 



(1) Avant l'ouvert nie du chemin de fer, la Compapnie du canal per- 
cevait, \Hn\v de transport entre Riv€-de-Gier et Givors, fr. 27 par hec- 
tolitre de houille, dont fr. 23 de droit de navigation et fr. 04 de 
prime. Ce t^irif fut .ihaissô par l'ordonnance royale du 5 décenil)ie 1831, 
de mani^re à offiir un avantage réel sur le transport par fer (Meugy, 
op. cit., p. 69). 

(2) Voir BuosSARD, Eluda historlqvxis sur les Mines de la Loire, p. 477- 
479. 



— 650 — 

A son touir, la propriété du chemin de fer changea de mains. 
En 1853, elle fut cédéi© à la Compagnie de Rhône -et- Loire-, la 
môme année à la Compagnie du Grand-Central, en 1857 à la 
Compagnie P.-L.-M. 

D'autre part, en 1854, La Grande Compagnie des Mines de la 
Loire fut fractionnée en quatre Compagnies et le canal fut 
attribué à la Société des Houillères de Rive-de^Gier. 

Or, le trafic des houilles augmentait sans cesse. La ristourne 
à payer par le chemin de fer à la Compagnie des Mines 
atteignait 337.000 francs en 1857. Cette ristourne menaçait de 
s'élever de plius en plus. 

La Compagnie P.-L.-M. dénonça le traité de 1851, qui avait 
été conclu pour vingt ans. Déboutée devant tes tribunaux, elle 
accepta les transactions imposées par le Ministre des Travaux 
publics en 1862. En plus des ristournes à verser jusqu'à cette 
date inclusivement, la Compagnie paya 2.500.000 f/ranos à la 
Société desi Houillères, qui, dès lors, s'inquiéta moins que 
jamais de l'entretien du canal. 

La navigation sur le canal, qui avait donné tant d'espérances 
et tant de^ revenus, et qui transportait, en 1840, 123.000 tonnes 
et, en 1850, 185.000 tonnes, ne transportait plus, en 1865, que 
31.000 tonnes et, en 1875, 3.500 tonnes. A partir de 1878, elle 
disparut complètement (i). 

M. Letseure, dans uine étude publiée en 1859 sur l'industrie 
minérale de Rive-de-Gier, ignorait à ce moment la teneur exacte 
du traité de 1841 et celle du traité de 1851 (2) : 

La Compagnie du chemin de fer, disait-il, pour arrêter une lutte 
d'abaissement des tarifs, fit intervenir une transaction qui prépa- 
rait, dans un avenir prochain, la ruine de la navigation. A qui 
aura profité un tel marché ? On ne le sait pas encore. Cette transac- 
tion date de 1841, et les deux tableaux suivants en font bien voir 
les conséquences : 



(1) Voir Leseure, Historique, p. 233 à 237. 

(2) Bulletin de l'Industrie minérale, ld>^9-&}. 



651 



ANNÉES 


QUANTITÉS EXPORTÉES (quintaux métriques) 1 


par terre 


par le canal 


par le chemin de fer 


181-2 


31.000 


1.43^1.000 


)) 


1825 


' 172.000 


2.508.000 


» 


1835 


150.000 


1 130.000 


1.860.000 


1845 


150.000 


1.300. 000 


2.876.000 


1858 


1 50 . 000 


577.500 


3.571.900 




Frais de transport par le canal et le Rhône 


par le chemin de fer 


ANNÉES 












deRive-de-Gier 


de Rive-de-Gier 


de Rive-de-Gier 


de Rive-de-Gier 




à Givors 


à Lyon 


à Givors 


à Lyon ! 




le quintal 


le quintal 


le quintal 


le qu ntal 


1812 


0,38 


0,78 


» 


» 


1825 


0,38 


0,78 


» 


M 


1835 ■ 


0,20 


0,45 


0,225 


0,54 1 


1845 


0,21 


0,36 


0,15 


0,36 ! 


1858 


0,175 




0,375 


0,15 




0,36 



Il faut ajouter qu'un nouveau traité, plus décisif, a été conclu 
postérieurement à 1845, et que, griâce à ce traité, le chemin de fer 
a pu aisément maintenir son tarif de fr. 10. 

Il faut ajouter aussi que le canal est trop étroit, et qu'on n'a pas 
disposé, sur les bords du Rhône, des quais convenables pour Je 
déchargement et le dépôt des charbons. 

Le canal de Givors, après bien des discussions, fut racheté 
par l'Etat en vertu d'une loi du 16 août i886, et pour le prix 
de deux millions en principal. La Compagnie du canal existait 
encore, mais la Société des Houillères de Rive-de-Gier, l'une 
des héritières de l'ancienne Compagnie de la L#oire, possédait 
5.900 actions sur 6.000. La question du rachat du canal fut liée 
à celle de l'alimentation en eau de Rive-de-Gier, cette ville 
pouvant puiser dans le réservoir de Gouzon 3.000 mètres cubes 
d*eau par jour, moyennant le paiement à l'Etat d'une rede- 
vance de 30 à 40.(XX) francs (1). 



(1) Voir Jlhltdrp de la Chambre de Commerce de SainhEttcnne, 
p. 148-149. G. Hkîiss : Alimentation en eau de Saint'FJlenne et de ses 
environs (A. F. A. S. .Saint-Etienne, 1897). On trouvera dans les docu- 
ments parlemfrit.iirps relatifs à cette loi lont l'historique dn rachat. 



— 652 — 

Un jour, en écrivant l' Histoire des Transports, je raconterai 
l'odyssée de la gare d'-eau de Givors. 

Quant aux innombrables projets, rapports ou délibérations 
pour l'exécution du canal de la Loire au Rhône, on en trouvera 
l'indication dans la notice historique de M. Brossard (Annuaire 
de la Loire, 1885), dans V Histoire de la Chambre de Commerce 
de Saint-Etienne (p. 141 et suivantes), dans les Résumés et 
Comptes rendue des travaux de ceite Compagnie, publiés à 
partir do 1898, enfin dans les rapports du Conseil général et 
les comptes rendus de cette Assemblée. 

Tous les exploitants de mines n'ont pas été unanimes — loin 
de là — à réclamer ce canal de jonction. Ils craignaient de 
favoriser l'importation, dans le bassin industriel de Saint- 
Etienne, des charbons des autres bassins. S'il y eut des parti- 
sans très déterminés du caniali, comme M. Verny et surtout 
comme M. Voisin, directeur des mines, de Firminy, auteur de 
rapports très étudiés et très remarquables, il y emt, sinon des 
opposants, du moins des indifférents notoires et notables. Le 
Corps des Mines fut plus que réservé. Le service des Ponts et 
Chaussées manqua d'enthousiasme. Le Conseil général des 
Ponts et Chaïuissées, à deux reprises différentesi, en 1909 et 1919, 
s'est montré franchement hostile (i). Tout cela est très regret- 
table. La région devrait être mieux défendue, car elle est un 
joyau industriel de la France. 



^ 10 - LES TRANSPORTS PAR FER 
de 1833 à 1857 



La première délibération de la Chambre de Commerce de 
Saint-Etienne, créée le 10 mars 1833, constituée le 2 mai suivant 
et installée le 18 juin, fut de demander un règlement de ser- 
vice pour lie chemin de fer de Lyon. Le Conseil eénéral, !e 
Conseil d'arrondissement, la Chambre consultative des Arts 
et Manufactures émirent le même vœu. 



(1) L'avis émis en 1919 émanait du Conseil supérieur des Travaux 
publics, élar^issemeint du Conseil général des ponts leit chaussées. 



— 653 — 

Beaucoup de questions, ©n effet, minutieusement réglées 
aujourd'hui, étaient alors abandonnées à l'arbitraire de !a 
Compagnie, dont le cahier des charges était l'a seule loi. De là, 
une source d'innombrables contestations. « La Compagnie du 
chemin de fer de Lyon a toujours suscité les plaintes du public, 
disait la Chambre de Commerce en 1837. Jrmais son admi- 
nistration n'a voulu satisfaire à tous les besoins de transports 
qu'exigeaient le commerce et l'industrie. » 

La Compagnie d'Andrézieux et la Compagnie du chemin de 
fer de Roanne à Andrézieux échappaient aux critiques. C'était 
d'ailleurs sur la ligne de Lyon que s'effectuait de beaucoup le 
plus gros trafic. 

En 1835. une Commission d'enquête ?v«if été constituée par 
l'Administration supérieure et cette Commission avait étendu 
ses investigations à toutes les réclamations. J'ai analysé dans 
V Histoire de la Métallurgie (p. 166 et suivantes) le gros volume 
de cette enquête. J'indiquerai sommaiirement les réclamations et 
décisions, en poursuivant les indications jusqu'à la constitution 
des grandes Compagnies en 1857, et en tenant compte de docu- 
ments non signalés dans VHistoire de la Métallurgie. 

Entre temps, intervint l'ordonnance royale du 15 novembre 
1846, portant règlement sur l'exploitation des chemins de fer 

Intervinrent également : 

A° ha, fusion, en 1853, des tt^ois lisrnes de la Loire en une 
seule Compagnie, dite des chemins de fer de Rhône-et- Loire ; 

2° En 1853. l'absorption de cette Compagnie par la Compa- 
gnie du Grand-Central. 

Je renvoie aux pagesi suivantes de VHistoire éconormque de 
la Métallurgie de la Loire pour les questions se rapportant : 

1° Au chargement et au déchargement (p. 169) ; 

2" Au maximum et au minimoim de poids (p. 169) ; 

3° Aux frais accessoires (p. 170) ; 

4" A l'exonération de responsabilité (p. 171, 176) (1). 



(1) L'exonération de responsabilité <*tait en contradiction avec les 
dispositions du Code de Commerce ponr les retards et avaries, avec les 
dispositions <ln Code civil pour les accidents. T,es rftples de' respon- 
sabilité furent nppliqu<^es à la Compagnie, notamment par lo Tribunal 
de Commerce de T.yon, le 20 janvier 1R35 (PF-vnRT-T>AU,iER. Traité de 
T.éfjisfation des Mines, lft/i2, p. i73). 



— 654 — 

Au sujet du déclia.rgemcnt, je relève dans le Mercure Segu\sien 
du 17 octobre 1841 l'article suivant : 

L'administration du chemin de 1er de Saint-Etienne à Lyon fait 
exécuter en ce moment une machine au moyen de laquelle les 
wagons se déchargeront d'eux-mêmes. Elle consiste principalement 
en une grande cage, dans laquelle le wagon est introduit et 
s'emprisonne lui-même ; la cage tourne alors autour de deux forts 
tourillons, disposés de telle sorte que le wagon, en se renversant 
avec elle par son propre poids, se vide et revient ensuite de lui- 
même et presque instantanément à sa première position. Cette 
ingénieuse machine, dont la première application a été faite aux 
mines de Boston, en Angleterre, pour les petits chars à benne, va 
recevoir ainsi une extension nouvelle, en effectuant les décharge- 
ments des grands wagons des chemins de fer. Outre l'économie 
considérable de temps et de main-d'œuvre qui en résultera, on 
arrivera ainsi à ne plus battre les wagons à coup de maillet pour 
les vider par la trappe et la dépense d'entreti<en. de ce matériel 
éprouvera par suite une très notable diminution. 

Distribution des wagons. — La Gompavernie du chemin de fer 
de Lyon distribuait les wagons à sa convenance en les adjugeant 
sous le titre d'abonnement à un petit nombre de maisons puis- 
santes et en en privant totalement les petites exploitations et 
le petit commerce' du port sec. Plusieurs marchands de houille 
du port sec de Bérard faisaient constater, en 1836, qu'ils ne 
pouvaient obtenir le matériel demandé. Alors, la Compagnie fit 
annoncer qu'à partir du l'"" janvier 1837 elle distribuerait indis- 
tinctement les wagons aux consommateurs, marchands et ex- 
ploitants de charbon. Un Syndicat d'exploitants fut même 
constitué pour fixer à l'avance la distribution. Néanmoins, en 
1838, dix-sept exploitants protes^taient contre la distribution. 
Ces plaintes étaiemt péiriodiques (l). 

Raccordement du chemin de fer de Lyon et du chemin de fer 
d'Andrézieux. — Le raccord dans la plaine dui Treuil, à Saint- 
Etienne, entre le chemin de fer de Lyon et celui d'Andrézieux 
n'avait point été exécuté, malgré les demandes de la Chambre 
consultative de Saint-Etienne (v. p. 641), malgré l'ordonnance 
royale du 4 juillet 1827 et l'arrêté du Préfet du 11 septembre 



^1) Histoire de la MétaUlurgie, p. 172 ; Mercure Ségusîen, 9 mars, 
9 novembre 1836, 28 janvier 1837, 10 novembre 1838. 



— 655 — 

1829. La Compagnie de Lyon n'acceptait les houilles venant de 
la ligne d'Andrézieux qu'en imposant des taxes arbitraires aux 
exploitants. Les deux chemms étaient soudés à Pont-de-l'Ane. 
La Commission d'enquête de 1835 se prononça en faveur de la 
« libre et respective » circulation, résultant du raccordement 
et de l'écartement uniforme des voies (1 m. 44 entre les rails). 
Le Conseil général des Ponts et Chaussées, s'en tenant à la lettre 
du cahier des charges, estima que la Compagnie était tenue 
exclusivement de mettre son chemin en communication avec 
celui de la Loire. « Cette communication existe au Pontrde- 

l'Ane. On ne peut rien exiger de plus A l'époque où la 

concession a été faitei, on ne supposait pas la possibilité d'une 

libre circulation Lcis wagons qui n'appartiennent pas à 

la Compagnie ne peuvent circuler sur le chemin dont elle est 
concessionnaire. » Mais le Conseil ne s'opposait pas à des con- 
ventions particulières ne lésant point les intérêts généraux C^). 

Ports secs et gares de stationnement. — I^ port sec était 
le lieu de chargement et de déchargement, la gare de station- 
nement en était le diminutif, la halte de nos jours. Il n'y avait 
que trois ports secs entra Saint-Etienne et Lyon (Saint-Chamond, 
Rive-de-Gier et Givors). La Commission d'enquête demandait 
qu'ils fussent situés au centre des villes (place Bellecour à Lyon, 
place Marengo à Saint-Etienne). Il n'y avait aucune gare de 
stationnement, mais la Compagnie débarquait, sans y être 
obligée, les voyageurs à Terrenoire. Grand'Croix, Châteaucreu.x, 
Irigny-Vernaison, le Pont d'Oullins, etc.. La Commission de- 
manda une gare à Terrenoire et une à Grand'Croix. 

Trois nouveaux ports secs furent autorisés par ordonnance 
royale diu. 8 octobre 1846. 

Exécution des transports. li'article 6 du cahier dos 

charges obligeait la Compagnie à exécuter constamment, avec 
soin, exactitude et célérité, h ses frais et par ses pTOpres moyens, 
tous les transp^-irts qui hii seraient confiés, svz/rs pomurir en 
aucun cas les refuser. 

Or, la Ciompagnie ne doiiii.nl piis -;ili>f;icti(iii au connutTcc, 
par suite de muiuivais moyens de trtiction, d'insuffisance de 



(1) Merntre Séffiisim, ;is juin 1837. 



— 656 — 

matériel, soit pour le transport, soit pour le chargement ou le 
déchargement. ^ 

L'appréciation de cette clause, disait la Commission, relève 
des tribunaux et il n'appartient pas à l'Administration d'en 
limiter l'application par un règlement. 

La Compagnie avait été condamnée par le Tribunal de Com- 
merce de Saint-Etienne, le 18 novembre 1834. Elle interjeta 
appel. La Cour de Lyon renvoya les parties à sei pourvoir devant 
l'administration pour obtenir l'interprétation de l'article 6. Il 
s'agissait d'un acte administratif. 

Le Ministre des Travaux publics, le 24 février 1838, prit 
l'arrêté interprétatif suivant (i) : 

Considérant que, pour interpréter sainement le contrat passé 
entre l'Etat et la Compagnie, il faut se reporter à l'époque à laquelle 
ce contrat a été passé, et tenir compte à la Compagnie des tâtonne- 
ments inévitables auxquels elle était assujettie, en raison du peiu 
d'expérience acquise à l'époque de sa concession, relativement au 
nouveau mode de transport qu'elle avait à organiser ; 

Considérant que, s'il n'a point été question du transport des 
voyageurs dans le cahier des charges, c'est qu'en 1826, on ne 
croyait pas que ce service pût être organisé par le chemin de fer 
de Saint-Etienne à Lyon ; mais que, plus tard, cette possibilité 
ayant été reconnue, on a dû en profiter dans l'intérêt général, 
aussi bien que dans celui de la Compagnie ; 

Considérant que la combinaison du transport des voyageurs avec 
celui des marchandises exige évidemment l'intervention d'un règle- 
ment, mais que ce règlement ne pourra disposer que pour l'avenir, 
sans qu'on puisse l'invoquer pour les faits antérieurs à sa 
promulgation, 

Arrête ce qui suit : 
Article premier. — Le dernier paragraphe de l'article 6 du cahier 
de charges du chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon doit être 
interprété de la manière suivante : 

Le mot : constamment doit s'entendre d'un transport régulier, 
continu, et qui n'est suspendu que dans le cas d'interruption 
légale, de réparation du chemin ou de force majeure. 

Les mots : avec célérité n'ont pu s'entendre seulement dans le 
sens restreint de célérité dans la marche des convois, mais dans 
le sens plus général et plus étendu de célérité dans le service. 

La célérité, considérée sous le dernier rapport, et en supposant 
d'ailleurs que la Compagnie fût pourvue d'un nombre suffisant de 



(1) Mercure Ségusien, 23 mai 1838. 



-657 — 

wagons, résulte de divers éléments, et principalement de la marche 
des convois et du temps employé au chargement et au décharge- 
ment des wagons. 

Le temps employé à la marche des convois a dépendu de la 
gestion de la Compagnie: et le temps employé aux chargements et 
aux déchargeipents des wagons a pu dépendre des expéditeurs et 
de leurs commissionnaires. 

Par conséquent, et en admettant qu'il y ait eu défaut de célérité 
dans le service, la cour royale aurait à juger si ce défaut est du 
fait de la Gompagnie ou du fait des personnes étrangères à ladite 
Compagnie. 

Il faut ajouter qu'on prendrait, relativement au chemin de fer 
de Saint-Etienne à Lyon, une fausse idée du mot célérité, si on y 
attachait le sens qu'on y applique aujourd'hui, pour les voies en 
fer créées depuis quelques années, ou seulement en projet. On ne 
doit pas, en effet, perdre de vue : 1« que ce chemin, concédé en 
1826, nétait d'abord destiné qu'au transport des marchandises ; 
2° qu'il nétait nullement dans l'intention d'y employer des 
machines locomotives ; 3° qu'il comprend, sur le tiers de son par- 
cours, des pentes de m,014 .par mètre, qu'on évite soigneusement 
sur les voies nouvelles, où l'on ne tolère, au maximum, que des 
pentes de m, 005. 

Les mots : sans pouvoir, en aucun cas, les refuser doivent 
s'entendre en sens que la Compagnie est tenue, non seulement à un 
service continu qui ne doit pas s'interrompre hors les cas ci-dessus 
spécifiés, mais qu'elle ne doit aussi se permettre aucun tour de 
faveur ; toutefois, il ne faudrait pas en conclure que la Gompagnie 
fût tenue de transporter Immédiatement et à la fois tout ce qu'il 
plaira aux expéditeurs de lui apporter. La Compagnie doit être 
pourvue d'un matériel en rapport avec la masse qui se transporte 
dans le cours d'une année. Le service doit être régulier, continu, 
égal pour tous. 

Par ces mots : marcimndises qui lui sont confiées, on ne doit pas 
entendre que la Compagnie ait l'obligation de recevoir les mar- 
chandises sur tous les points du chemin de fer ; une telle condition 
serait incompatible avec la nature même de la communication. Il 
est nécessaire que les marchandises soient apportées aux lieux de 
chargement et de déchargement, autrement dits ports secs. Si le 
nombre de ces ports secs n'est pas suffisant, c'est aux intéressés ô 
faire connaître leurs besoins à l'administration, qui instruira leurs 
demandes et qui déterminera, après une enquêta, s'il y a lieu 
d'établir de nouveaux ports secs et dans (juels emplacements. 

Mais les questions qui soulevèrent le plus de réclamations 
furent : 1° la question des embranchements particuliers : 2° la 
question des Uirifs de transport. Je leur consacre deux paru- 
graphes. 



- 658 — 
^U - La FUSION des CHEMINS DE FER de la LOIRE 



La fusion des trois Compagnies concessionnaires à perpétuité 
des chemins de fer de la Loire fut réalisée en 1853. 

Le chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon, par des amélio- 
rations successives, avait plus que doublé ses frais de premier 
établissement. La recette atteignait plus de 100.000 francs par 
kilomètref. Elle dépassait les plus fortes recettes kilométriques 
connues. Pour relier cette ligne aux réseaux qui allaient aboutir 
à Lyon, à Givors et à Saint-Etienne, on devait doubler la voie 
et les souterrains, afin d'ailleurs de répondre au développement 
toujours croissant du trafic. 

Le chemin de fer de Saint-Etienne à Andrézieux présentait 
encore des courbes de 100 mètres de rayon et des rampas inad- 
missibles dans une grande exploitation. 

Le chemin de fer d' Andrézieux à Roanne avait des plans 
inclinés à 50 millimètres par mètre et des machines fixes. A 
ne présentait pas les conditions de vitesse, de sécurité et d'éco- 
nomie nécessaires. 

Le Gouvernement était lié par la perpétuité des concessions. 
11 ne pouvait imposer ni améiliorations matérielles, ni réduc- 
tions de tarifs. 

Une Compagnie, sous le titre de Société des Chemins de fer 
de jonction du Rhône à la Loire, se forma le 30 décembre 1852 
et se fit céder, sous réserve de ratification, les lignes du dépar- 
tement de la Loire. Elle signa avec le Gouvernement une 
convention où il fut stipulé, notamment, les conditions 
suivantes : 

1*" Des rectifications et améliorations seraient exécutées sur 
les trois lignes, pour une dépense totale de 35 millions. 

2° Le remboursement du prêt de 4 millions fait par l'Etat 
à la Compagnie d' Andrézieux à Roanne, et dont cette Compa- 
gnie n'avait jamais pu payer les intérêts, devait être intégral ; 

3° Les tarifs étaient remaniés, le tarif de la houille unifor- 
misé à 10 centimes par tonne et par kilomètre ; 

4° Les lettres étaient transportées gratuitement, les troupes 
et les services de l'Etat bénéficiaient de réductions ; 



5" Le droit d'embranchement était .reconnu (art. 55, 57, 
58, etc.) ; 

6** La concession était ramenée à 99 ans à partir de la 
convention ; 

7° L'Etat g-arantissait pendant cinquante ans, aux trois 
Compagnies propriétaires, et avant tout prélèvement sur le 
produit net de Tentreprise, une annuité de 3.628.000 francs, 
dont 3.073.000 francs pour le Chemin de fer de Lyon, 220.000 
francs pour celui d'Andrézieux, 334.000 pour celui d'André- 
zieux k Roanne (art. 69) ; 

8'' La nouvelle Compagnie était autorisée à émettre des 
actions pour 30 millions et des obligations pour le surplus du 
capital nécessaire à ses travaux et à son fonctionnement (l). 

La loi fut promulguée le 10 juin 1853. 

Les administrateurs de la Compagnie étaient : le duc le 
Mouchy, Charles Seguin, Désarts et Gustave Delahante, l'admi- 
nistrateur-directeur de la grande Compagnie des Mines de .a 
liOire. 



Le chemin de fer d'Andrézieux avait coûté 1.700.000 francs. 
Son produit avait toujours été très satisfaisiant. Les action- 
naires recevaient régulièrement un intérêt à 5 % et des divi- 
dendes importants. Les recettes brutes totales étaient de 
420.000 francs. 

Le chemin de fer de Lyon s'était constitué au capital de 
11 millions. Il avait coûté plus du double et la Compagnie avait 
contracté, de 1831 à 1852, cinq emprunts représentant plus de 
15 millions. I^a recette bnite totale s'élevait à 5 millions, et les 
actions étaient montées de 5.000 à 12.750 francs. 

Le chemin de fer de Roanne, constitué aiu capital de 5 
millions, avait dû suspendre ses travaux. L'Etat lui avança 
4 millions. Sur poursuites des autres créanciers, la Société fut 
expropriée et le chemin de fer adjugé, le 27 février 1851, à une 



(1) Rapport de la Commission au Corps légialntlf {Llndvfitrip, jonma» 
dp Saint-Etlenne, 10 Juin l^fB ; la rnnvpaition a M^'^ pnMi<^»» dans les 
mjiTn'^ros <les 11 Juin et jours suivants). 



nouvelle Compagnie aui capital de 6 millions. Les produits 
étaient si faibles qu'ils pouvaient à peine couvrir les dépenses. 

La Compagnie de Rhône-et-Loire racheta ces trois lignes : 

l'' Le chemin de fer d'Andrézieux pour 4.525.000 francs ; 

2° Le chemin de fer de Lyon pour 59.378.650 francs ; 

3° Le chemin de fer de Roanne pour 5.800.000 francs. 

Ces prix étaient représentés par des obligations de 625 francs 
(500 fr. pour le dernier chemin) à 4 %, remboursables en 99 ans. 

La Compagnie prenait à forfait l'actif et le passif des trois 
anciennes Compagnies. Le passif s'élevait : 

1" Pour la Compagnie d'Andrézieaaix à 700.000 francs ; 

2*^ Pour la Compagnie de Lyon à 15.640.000 francs ; 

3** Pour la Compagnie de Roanne à 7.140.000 francs, dont 
4 millions prêtés par l'Etat (loi du 15 juillet 1840) ; cette der- 
nière créance devait être remboursée à partir de 1859, en 30 
annuités. 

L'ensemble de ce passif devait être acquitté par des obli- 
gations rembouirsables, comme le prix principal. 

C'était une somme de plus de 93 millions que la nouvelle 
Compagnie prenait à sa charge, en ajoutant le passif au prix 
de cession (l). 



La loi ordonnant la fusion des trois lignes de la Loire était 
de juin 1853. En septembre de lia même année, la fusion de 
la nouvelle Compagnie des chemins de fer du Rhône à la 
Loire avec la Compagnie du Chemin de Fer Grand-Central 
était chose décidée, et la question soumise aux actionnaires 
des deux Compagnies le 15 octobre. 

Le Grand-Central n'était régulièrement constitué que 
depuis le 30 juillet 1853. La loi du 11 juin 1842 avait déterminé 
les grandes lignes à construire de Paris aux extrémités du 
territoire. Mais, pour celles de ces lignes dirigées sur le 
centre de la France, les concessions antérieures à 1853 s'arrê- 
taient à Glerment d'une part, à Limoges de l'autre. 



(1) Journal VIndustrie, 17 septembre 1853. 



— 661 — 

Le Ciiand-Uentral était destiné à continuer Les lignes inter- 
rompues et à desservir la région entre Lyon, Bordeauix, 
Glermont, Montauban, Limoges et Agen. 

Une des premières préoccupations de œtte Compagnie fut de 
s'assurer une arrivée directe à Lyon. Son tracé empruntait la 
ligne de Lyon' à Saint-Etienne. En fusionnant la Compagnie 
du Rhône-et- Loire avec le Grand-Central, celui-ci se substituait 
au Rhône-et-Loire pK)ur effectuer les rectifications et amélio- 
rations nécessaires. 

Les traités de la Compagnie de Rhône-et-Loire avec les trois 
lignes primitives lui assuraient la jouissance de leurs produit-^ 
à dater de 1853. « L'accroissement des recettes était déjà tel 
qu'il' donnait à la nouvelle Compagnie un bénéfice certain. » 
Le Grand-Central lui en tint compte en lui accordant une plus- 
value de six millions, « en compensation de laxjuelle la Com- 
pagnie de Rhône-et-Loire apportait des ressources immédia- 
tement réalisables consistant en une créanoe, une mine de 
houille et divers terrains situés à Lyon et sur la ligne du chemin 
de fer (i) ». 

Au lieu de convertir les actions de Rhône-et-Loire en actions 
du Grand-Central, comme on l'avait d'abord décidé, la Com- 
pagnie de Rhône-et-Loire se contenta d'un revenu de 375.000 fr., 
en obligations à 3 %, amortissables en 99 ans, en échange de 
l'abandon de tx>us ses avantages. 

I..es produits bruts de l'exploitation des chemins de fer de la 
Loire pour 1853 étaient présumés devoir s'élever à 8.500.000 fr., 
et les produits nets à 4 millions. Les charges d'amortissement 
et autres, à prélever sur le bénéfice net, devaient s'élever à 
3.200.000 francs. En y ajoutant 396.000 francs pour l'intérêt et 
l'amortissement des ol)ligati()ns délivrées à la Compagnie de 
Rhône-et-I/oire, il restait encore une large part de bénéfices pour 
le Grand-Central. 

Sans doute, les charges devaient progresser pendant quelques 
années, mais U»*» rtvcettes devaient }>rogresser en même temps. 
En 1853, elles s'ét<iient accrues de 20 %, grâce h la reprise des 
affaires, la ropris(» exceptionnellement brillante du Second 



(1) Rapport fhi Conspil (rnclmlnistration du Grand-Central h l'Assem- 
hlée (lu ir> œtolire IKOS {L'Iitduslrie, Journal de Saint Etienne, 27 octobre 
1853). 

48 



— 662 — 

Empire. Dans cinq ans, elles étaient présumées devoir s'élever 
à 12 millions, grâce à rachèvement des travaux de rectification 
et à la jonction de ces lignes avec d'autres lignes en construction 
ou projetées, et à l'accroissement général des recettes sur. tous 
les réseaux. En estimant les frais d'exploitation à 35 %, le 
revenu net serait de 7.800.000 francs. 

A ce moment, les charges de toute espèce poyir le rachat des 
chemins de jonction se présentaient de la manière suivante : 

1*" Annuité aux anciennes Compagnies conces- 
sionnaires des trois lignes 3.628.000 » 

2"* Annuité pour le remboursement à l'Etat du 
prêt de 4 millions à la Compagnie de Roanne 204.077 » 

3** Intérêt à 5 % du capital-obligations de 30 
millions, dépensé en travaux 1 .500.000 » 

4*" Intérêt et amortissement des obligations ^ 
délivrer à la Compagnie de Rhône-etrLoire 396.000 » 

Total, non compris l'amortissemeint du capital 
de 30 millions (pour les travaux) 5.728.077 » 



En déduisant cette charge totale du revenu net d'exploitation 
de 7.800.000 francs, il resterait un bénéfice de plus de 2 millions, 
soit pour chacune des 180.000 ac-tions du Grand-Central, et 
seulement de ce fait, un revenu de 11 à 12 francs. 

Le Grand-Central devait réaliser le capital de 30- millions de 
la Compagnie de R,hône-et-Loire, non plus en actions, mais en 
obligations spécialement affectées aux travaux d'amélioration 
et de rectification des chemins de fer de la Loire. 

Le Président du Conseil d'administration diui Grand-Central 
était M. de Mbrny, une des plus hautes personnalités dui Second 
Empire, frère naturel de l'Empereur, et qui, d'après Persigny 
et tant d'autres, ne négligeait jamais ses intérêts personnels. 

Parmi les administrateurs, je trouve : Gustave Delahante, le 
grand administrateur-délégué du trust des houillères de la 
Loire ; le vicomte de Rainneville, qui avait été député de 
Roanne sous la Restauration ; M.. Chatelus, « ex-chef de la 
division des chemins de fer au Ministèire des Travaux publics » ; 
le marquis de La Tour-Mauibourg, etc... 

L'adjonction de la concession des chemins de fer de jonction 
du) Rhône à la Loire à celle du Grand-Central fut approuvée 



- 663 - 

par décret du 26 décembre 1853. Le Grand-Central s'obligeait 
à exécuter tous les engaê'ements contractés par la Compagnie 
du Rhône à la Loire. Le: cahier des charges stipula que le 
capital de 30 millions, que cette Compagnie devait réaliser en 
actions, serait réalisé en obligations. Le tarif annexé à la loi 
du 10 juin l'853 pour la Compagnie de Rhône-et-Loire fut 
déclaré applicable à Vcnscmble des lignes comprises dans les 
concessions du Grand-Central. Le droit d'embranchement fut 
maintenu tel qu'il avait été reconnu dans le cahier des charges 
de la Compagnie de Rhône-et-LQirei ; le tarif pour la fourniture 
et l'envoi du' matériel de la Compagnie sur les embranchements, 
fixé à 12 centimes par tonne pour le premier kilomètre et, en 
outre, à 4 centimes par tonne et j>ar kilomètre en sus du 
premier (l). 

M. de Morny, président du; Conseil d'administration du 
Grand-Central, vint à Saint-Etienne le 15 janvier 1854 pour 
prendre possession des chemins de fer de la Loire et recueillir 
d^ renseignements pour la construction de la ligne de Saint- 
Etienne à Clermont par le Puy. M. de Morny descendit à l'hôtel 
du Nord, où il offrit un grand dîner. Il fut reçu au Cercle des 
Arts et du Commerce, le Grand Cercle actuel. 

La Compagnie du Grand-Central nomma directeur des 
chemins de fer de la Loire, avec résidence à Lyon, M. Bousson, 
ingénieur. 

M. Eyssautier, délégué du Ministre des Travaux publics, 
arriva à Saint-Etienne le 17 janvier pour faire un rapport au 
Ministre sur la section de Saint-Etienne à Clermont. Après les 
renseignements fournis au délégué par la Chambre de Com- 
merce et la Société industrielle et agricole (Société d'Agricul- 
ture), M. Eyssautier laissa pressentir que le tracé par la vallée 
de la Ijoire, le Puy et Ijempde^» était préférable. 

Les travajuK de rectification de la section entre Saint-Etienne 
et Lyon commencèrent à Rérard, vers le 20 septembre 1854 (2). 



(1) Voir VIndustric, 31 décembre 1853. v 

(2) Volrilp Mémorial de la TMre (nouveau titre du Journal Vîndustrie), 
15 et 30 Janvier 1854. — Notes de De.scheux. — J'ai oonsacrt^ dans l'Ilis 
laite de la Chambre de Onrimerre de Saint-KMenne un chapitre ùl'iMa- 
blis.m'rnent <I('h diverses lifcTii'es de clvemins d*"» fer d'inUHOt général. 



m 



Le chemin de fer de Saint-Ktienne à Lyon, su,r lequel passaient 
à ce-ttfe époque 1 million de voyageurs et plus de 1.500.000 tonnes 
de marchandises., n'avait que des rails pesant 13 kg. le mètre. 
La distance entre les deux voies n'était que de 1 mètre (au lieu 
de 2 mètres sur les chemins de fer à grande section), et il y 
avait 2.500 mètres de tunnels (on disait alors « souterrains ") 
à une seule voie. Les wagons portaient au maximum 3 t. 1/2. 

Entre Saint-Etienne et Roanne, il n'y avait qu'une seule voie, 
et le tracé comportait deux plans inclmés à machines fixes. 

On adopta les rails du poids de 37 kg. 1/2. La capacité des 
wagons à houille fut portée à 7 et 8 tonnes. On dut élargir les 
tunnels de Terrenoire et de la Mulatière. Celui de Rive-de-Gier 
fut reimplacé par un autre tunnel passant plus près de la ville. 
La gare d© Rive-de-Gier, quii s'était affaissée, fut reconstruite 
et , ses matériaux employés à la construction de la gare de 
Lorette, en 1860. La ga;re de Gouzon fut reportée en aval du 
souterrain. La gare de Grand'Groix, qui était au centre du 
bourg (37, rue de Lyon), fut reportée à la Bâchasse, et la routt' 
nationale déviée sur 500 mètres, avec pont, siur le chemin de 
fer, en remplacement du passage à niveau. La gare de Saint 
Ghamond, qui était rue de Plaisance, fut reportée en aval du 
souterrain, à Grange-Pourrat. On construisit à Saint-Etienne 
la gare de Ghâteaucneiux, qui n'était pas exactement sur l'em- 
placement de la gare actuedle, mais plus rapprochée du port 
sec de Bérard. Elle remplaça, pour les voyageurs, les gares de 
Bérard et de la Terrasse. 

L'exécution des travaux de rectification fut confiée ti 
MM. Parent et Schaken, chargés en même temps de la traction 
et du mouvement de l'exploitation. 

Jusque-là, le service de la traction était fait par des entre- 
preneurs qui étaient en même ternps constructeurs de machines 
et qui travaillaient dans leurs propres usines. 

Les machines Seguin, de 14 tonnes, n'étant pas assez puis- 
santes pour remorquer les trains à la remonte, cette traction 
avait été effectuée par des chevaux ou des bêtes à cornes 
jusqu'en 1844. A partir de cette date, on leur avait substitué 
les machines Verpilleux, avec tender à roues couplées, dé 



— 665 — 

23 tonnes. Verpilleux lui-même avait pris Tentreprise de la 
remonte pour "dix années, de Rive-de-Gier à Saint-Etienne. 
Clément Désormes se chargeait de la traction entre Lyon el 
Rive-de-Gier, et sur toute la ligne pour les voyageurs et les 
messageries de nuit (i). 

Désormes avait son atelier de construction à OuUins, très 
important et admirablement disposé pour les travaux de cons- 
truction et de réparation du matériel des chem.ins de fer. La 
Compagnie du Grand-Central acheta ces ateliers et les loua 
à MM. Parent et Shaken (2). Telle fut l'origine des ateliers 
d'OuUins (3). 

Les nouvelles locomotives pesaient 35 à 37 tonnes (^0- 

L'exploitation ne fut pas interrompue pendant la durée des 
travaux. Mais les voyageurs furent transbordés par omnibus 
de Terrenoire à Saint-Etienne, pendant la reconstruction du 
tunnel (5). 

La ligne d'Andrézieux à Saint-Etienne disparut. La rectifi- 
cation de la ligne d'Andrézieux à Roanne motiva des dis- 
cussions passionnées, car Montbrison insistait pour que la nou- 
velle ligne empruntât la rive gauche de la Loire (6). Un décret 
du 26 décembre 1855 trancha la question en faveur de la rive 
droite. La Compagnie devait exécuter à ses frais un embran- 
chement de Montbrison à Montrond. Elle était autorisée à em- 
prunter une partie de la route départementale, en l'exhaussant 
aux abords du pont de Montrond, et le pont lui-même. On se 
souvient qu'un premier embranchement de Montbrison à 



(1) Voir Dklesthac, Les premiers Chemins de fer du Département de 
la Loire (A. F. A. 8. Saint-Etienne, 1S97). Chomienne, Histoire de Rive- 
de-Gier, p. 203, 'etc. 

(2; La société Parent, Shaken, GoWsmitli ei C'«, qui possédait de nom- 
hreuses forges dans l'Indre, le Cher, etc., fusionna en novembie 1R54 
avec la Conipaj4iiif «i( s Ai iriios de la Marine (Voir Histoire de In 
\îé:allurgie, p. 20], 

(3) Voir le Mémorial de la Loire du 17 février 1855, qui donne le texte 
du contrat entre la Compagnie du Grand-Central et MM. Parent et 
Shaken. 

(4) Leskijhk, p. .rA'* 

{5) Ihid. — Méniuitiii ,/r lu L>>iit\ M) août 1856. Ce trnnsbordonient cessa 
le V" septembre 1856 

(6) Voir Histoire de la Chambre de Commerce, p. 72. 



Montrond, concédé au ôieur Gherblanc, avait été abandonné 
en 1848. 

Ce décret approuvait une convention entre le Gouvernement 
et la Compagnie diui ctiemin de fer d© Paris à Lyon par le 
Bourbonnais. 

Cette Société était ime Société en participation formée entre 
les trois Compagnies de Paris à Lyon, Paris à Orléans, et du 
Grand-Central. Il s'agissait de créer une ligne du -Bourbonnais, 
partant de Corbeil et de Moret, se dirigeant sur Nevers et de 
là sur Roanne en empruntant la ligne de Moulins concédée 
à la Compagnie d'Orléans (i). Cette ligne devait arriver à Lyon 
de deux côtés différents, par Tarare et par Saint-Etienne. 

En conséquence, le Grand-Central faisait l'apport du chemin 
de fer de jonction du Rhône à la Loire, aux charges et con- 
ditions où il le possédait lui-même, ainsi que de tous traités 
relatifs à la construction ou à l'exploitation de ce chemin et 
postérieuirs à la fusion. 

Cette convention, sanctionnée par un décret, fut modifiée par 
la grande fusion de 1857, date de la Naissance de la Compagnie 
P.-L.-M. (2)^ Cette fusion, ratifiée par un décret et une loi du 
19 juin 1857 (les statuts furent sanctionnés par décret dui 3 
juillet) groupa en une concession unique les réseaux en cons- 
truction ou concédés des Compagnies de Paris à Lyon, de Lyon 
à la Méditerranée, de Lyon à Genève, les sections rétrocéd^ées 
par le Grand-Central, la ligne du Bourbonnais (non encore 
construite), divers chemins et embranchements nouveaux. 

A l'embranchement de Montbrison à Montrond, prévu en 
1855, on substitua un embranchement de Montbrison à An- 
drézieux. Le cahier des charges stipulait que cet embran- 
chement se détacherait à ou près de la Fouillouse et passerait 
à on près d'Andrézieux (3). 

En 1856, la Compagnie de Lyon à la Méditerranée avait 



(1) La Compagnie d'Orléans devait achever cette ligne jusqu'à Roanne 
bien qu'elle ne fît pluis partie ûe» son réseau {Mémorial, 8 avril 1856). 
Elile fut ouverte en 1858. 

(2) Voir Meinadier : La Compagnie des Chemins de fer P.-L.-M. (Ha- 
chette 1908, p. 77. 80 et suivantes). 

(3) Bulletin des Lois 1857, 2^ semestre, p. 279-285. 



— 667 — 

ouvert rembranohemieiit de Givors reliant le bassin de Saint- 
Etienne à la rive gauche du Rhône (l). 



Lgs trois rachats successifs des premières lignes de la Loire 
ont eu une conséquence généralement ignorée. Rachetées 
chaque fois à un prix correspondant à leur revenu sans parler 
des majorations, l'ensemble' de ces lignes revient à la Com- 
pagnie P.-L.-M. à 1.800.000 francs le kilomètre, dépense bien 
supérieure à celle prévue pouir le canal do la Loire au Rhône 
avant la guerre, et qui était considérée pourtant comme exces- 
sive. Ce coût kilométrique est hors de proportion avec la valeur 
des travaux. Néanmoins, il impose à la ligne totale Roanne- 
Saint-Etienne-Lyon une charge annuelle (T amortissement de 
plus de 14 millions. Gomme le bénéfice net annuel de V exploitation 
est de 9 millions^ le déficit annuel est de 5 inillions (chiffres 
d'avant guerre). Ge déficit, qui figure dans le compte rendu 
aux actionnaires du P.-L.-M. a été souvent invoqué pour écarter 
toute concurrence, soit d'un canal, soit d'une deuxième ligne, 
voire même des abaissements de tarifs. 

En 1913, les gares de l'arrondissement de Saint-Etienne expé- 
diaient 2.807.000 tonnes de houille. Il y a loin de là aux 350.000 
tonnes de 1835. 



§ 12 - LES EMBRANCHEMENTS PARTICULIERS 



« Le droit de pratiquer des embranchements a été, dans 
l'origine, considéré comme une conséquence de l'autorisation 
de la ligne pnncipale ; on a pensé qu'un chemin de fer peut 
être comparé à un arbre qui fructifie d'autant plus que se« 
branches sont plus nombreuses, à une rivière dont le volume 
d'eau augmente par les affluents (2) ». 

Lolil d'apporter des obstacle© au drx>it d'embranchement, 
la Compagnie du chemin de fer de Saint-Etienne à la Loire 



(1) MénUJTidl lie 1(1 Lnirc, K .ivril \KA\ 

(2Î, Peyret-Laixieh, Traité sur la législation drs yfinrs, 1S42. p. 160. 



— fi68 — 

(Andrézimix) permit à tous les ppopnéiaires ou exploitants de 
mines de créer des embranchemenis. Elle fournissait à ses 
frais « l'entrée du rameau ». 

Pour le chemin de fer de Lyon, sur la demande des adj»!- 
dicataires eux-mêmes, les préfets du Rhône et de la Loire 
prirent deux arrêtés (11 septembre 1829 et 15 mars 1830) re- 
connaissant le droit d'embranchement. 

T/'arrêté du préfet de Ha Loire (art.. 8) reconnaissait le droit 
de s'embrancher sur un point quelconque des lieux de char- 
gement ou de déchargement, quelle que soit la quotité des 
transporté fournie par l'embranché au chemin de fer. 

Le même arrêté (art. 12) reconnaissait le droit d'embran- 
chement entre deux points de chargement et de décharge- 
ment, à la condition : 1*^ de fournir annuellement au chemin 
de fer 5.000 tonnes au moins à transporter ; 2** de payer la 
distance entière entre les deux points de chargement et de 
déchargement entre lesquels l'embranchement se trouvait 
placé. -^ 

Divers embranchements furent établis dans ces conditions, 
puis M Compagnie se refusa à exécuter l'arrêté (l). 

La Commission d'enquête nommée en 1835 se prononça en 
faveur des exploitants (2). 

Ne considérant que la lettre du cahier des charges, le Con- 
seil général dé® Ponts et Chau-sséesv en 1837, émit l'avis 
suivant — vraiment extraordinaire — qui était la négation 
formelle du droit d'embranchement. Je reproduis cet avis, 
qui fut adopte pair le Ministre le 10 avril 1837 et notifié le 10 
mai par les soins) même du Préfet, dont l'arrêté était annulé 
dans ses dispositions essentielles (3) : 

Le Conseil général des norfs et chaussées, considérant d'abord 
que les arrêtés préfectoraux des 11 septembre 1R29 et 15 mars 1830 
n'arrêté du 15 mars 1830 est émané de M. le Préfet dn Rhône) 
n'ont pas encore reçu la sanction ministérielle... ; 



(1) Sur les motifs invoqués, voir Peyret-Lallter, Traité sur la Légis- 
lation des Mines, p. 162. 

(2) Voir Histoire de la Métallurgie, p. 169. 

(3) Mercure Ségusi£n, 28 juin 1837. Peyret-Lallier ne fait pas mention 
de cet avis, mais d'un arrêt-é interprétatif du 24 avril 1838. 



A l'égard des articles 8 et 12, le Conseil, avant d'exprimer son 
opinion sur ces articles, croit nécessaire d'établir d'abord quelle 
est la véritable position de la Compagnie du chemin de fer de 
Saint-Etienne à Lyon ; cette position diffère essentiellement de celle 
qui dérive des cahiers des charges récemment adoptés par l'admi- 
nistration pour la concession des chemins de fer. Dans les cahiers 
des charges, il' est stipulé que la Compagnie ne peut faire obstacle 
aux embrancliemens régur*èr«ment autorisés, et que les wagons 
qui circuleront sur ces embranchemens pourront continuer leur 
route sur la ligne principale. 

A cet effet, le péage est divisé en deux parties, représentant, l'une 
le loyer du chemin, l'autre les frais de traction ; de semblables 
dispositions n'existent pas dans le cahier des charges du chemin 
de fer de Saint-Etienne à Lyon ; à l'époque où la concession en a 
été faite, on ne supposait pas (en France du moins) la possibilité 
d'yne libre circulation sur les chemins de fer, et la Compagnie 
Seguin a été investie dn monopole des transports sur son chemin. 
Cef[te condition peut être fâcheuse, mais elle existe, elle doit régir 
la question. Or, il suit de là qu'à moins de conventions parti- 
culières auxnuelleis l'administration ne pourrait s'opposer qu'autant 
que les intérêts généraux placés sous sa protection auraient à en 
souffrir, il suit de là que les rails des chemins d'embranchement 
dirigés soit sur les ports secs, soit sur les po^mts intermédiaires, ne 
peuvenif se sonder avec les rails de la Compagnie : 

Que les wagons gui n'appartiennent pas à la Compagnie ue peU" 
nent circider sur le chemin dont elle est concessionnaire ; 

Qn* enfin, la Compagnie n^est pas obligée d'envoyer ses wagons 
sur les chemins d'embranchement. 

Ceci posé, le Conseil examine et discute successivement les 
-articles 8 et 12. 

T.' art' cl p S est ainsi conçu : 

Tous les propriétaires ou directeurs d'établissemens industrielf» 
ou agricoles, et les exploitans des mines qui voudront s'embran- 
cher sur un point guelcong^ie des lieur de chargement et dr 
déchargement, auront droit de le faire quelle (fue soit la quotité des 
transports qu'ils pourront fournir anmiellement an chemin de fer, 
et en jouissant d'ailleurs des mêmes avantacres dont jouiront ceux 
qui chargeront et déchargeront immédiatement sur lesdits lieux de 
chargement et de déchargement. 

r,es exploitans demandent le maintien do co\ article et 
prétendent nu'il entraîne pour la Comparmie l'oblioration d'envoyer 
ses wagons sur les embranchemens f>our ill» r chercher le charbon 
jus()u'aux puits d'où il est extrait. 

La Compagnie réclame l'annulation de ce même article : elle 
expo.so 'l'i ri ne peut s'embrancher inNii passant sur un terrain, 



— 670 — 

et que consacrer cette disposition ce serait prononcer contre elle 
une véritable expropriation. 

Le Conseil pense que ni l'une ni l'autre de ces prétentions n'est 
fondée. 

Il est impossible que la Compagnie du chemin de fer méconnaisse 
le droit d'aller sur les lieux de chargement et de déchargement, 
autrement dits ports secs. Un port sec est un lieu public déterminé 
par l'administration. Il a été établi au profit du public. Le public 
doit donc pouvoir y accéder avec toute la facilité possible ; les 
voitures qui arrivent par les cjiemins ordinaires doivent pouvoir 
charger et décharger immédiatement sur le port sec. Il est évident 
qu'à raison de leur composition toute spéciale, les chemins de fer 
d'embranchement ne jouiraient pas du même avantage, si les rails 
de ces chemins ne pouvaient pas être prolongés et disposés sur le 
port sec de manière que les wagons qui les ont parcouiiis puissent 
accoster les wagons de la Compagnie. C'est là le sens qu'il convient 
de donner à l'article 8 ; mais, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, de cette 
faculté d'accès et, si Ton veut, de prolongement des rails d«s 
chemins d'embranchement sur le port sec, il n'en résulte pas, 
d'une part, pour les propriétaires de ces embranchements le droit 
de souder leurs rails avec ceux de la Compagnie et, d'autre part, 
pour la Compagnie, l'obligation d'envoyer des wagons sur les 
chemins d'embranchement. 

De telles dispositions peuvent bien exister en vertu de conven- 
tions privées, mais elles ne dérivent pas du cahier des charges 
accepté par la Com^pagnie du chemin d)e fer, elles ne sauraient lui 
être obligatoirement imposées ; au surplus, et ainsi qu'on l'a 
exposé, les term,es de l'article 8 n'ont pas cette portée, cet article 
d'ailleurs doit être annulé par les motifs suivans : 

Il semble vouloir créer un droit nouveau, le droit d'accès sur les 
ports secs, et ce droit est incontestable ; la Compagnie ne peut y 
faire obstacle tant qu'il sera exercé ainsi que nous l'avons expliqué 
plus haut. 

Il procède par voie de disposition générale, tandis que l'autorité 
préfectorale doit intervenir dans chaque cas particulier. Le droit 
d'accès sur un port sec est incontestable, mais il n'est pas indéfini ; 
ce port est limité, et le nombre des chemins de fer d'embranchement 
qui peuvent y accéder doit l'être également ; il est permis à tout le 
monde de bâtir sur le bord des grandes routes, cependant un 
particulier ne peut user de ce droit qu'en vertu d'une permission 
spéciale. Il y a ici assimilation parfaite, le droit d'accès est 
général, mais il ne doit être exercé qu'en vertu d'arrêtés spéciaux. 
Dans chaque cas particulier, le préfet doit intervenir ; il doit faire 
examiner les lieux, entendre la Compagnie et régler les conditions. 

Par tous ces motifs, le Conseil est d'avis que Varticle 8 doit être 
annulé. 



— 671 — 

VaHicle 12 aurait pour but de consacrer des dispositions encore 
plus graves. 

Voici la teneur de cet article : 

Il sera permis à tout propriétaire^ aux directeurs d'établissemens 
industriels ou agricoles, ou exploitans, situés entre deux points de 
chargement et de déchargement, d'établir des embranchemens suV 
le chemin de fer, et d'y faire charger et décharger leur produits et 
marchandises à l'exportation et à l'importation, sous la condition : 
1° de fournir annuellement au chemin de fer une quantité de trans- 
ports équivalant au mioins à 5.000 tonnes, ou à 50.000 quintaux 
métriques ; 2*^ de payer la distance entière existant entre les deux 
points de chargement et de déchargement entre lesquels l'embran- 
chement se trouvera placé, comme si cette distance était réellement 
parcourue. 

Cet article déroge à la fois aux règles de l'administration, aux 
droits du public et aux obligations de la Compagnie ; il permet à 
un particulier de se créer à lui-même un port sec, en un point 
quelconque du chemin de fer, tandis qu'un port sec ne peut exister 
qu'au point déterminé par l'administration, et qu'en vertu d'une 
ordonnance royale rendue après une enquête préalable. Ce même 
article oblige le particulier à payer sur le chemin de fer une 
distance plus grande que celle que ses denrées ou marchandises 
y parcourent effectivement, tandis qu'il ne doit acquitter que la 
distance réellement parcourue, et que la Compagnie n'a droit de 
rien exiger au delà. L'article 12 de l'arrêté du Préfet de la Loire 
est donc essentiellement contraire aux principes de la matière, et 
déroge d'ailleurs aux conditions du cahier des charges qui déter- 
mine les droits et les devoirs de la Compagnie ; le Conseil propose 
en conséquence de l'annuler. 

Quant à l'interprétation donnée par les exploitais à cet article 
comme à l'article 8, d'après laquelle la Compagnie serait tenue 
d'envoyer ses wagons jusqu'à l'origine de» chemins d'embranche- 
ment qui viennent se rattacher à la ligne principale, entre les 
lieux de chargement et de déchargement, le Conseil croit devoir 
exposer que l'obligation dont il s'agit ne résulte pas des termes 
mêmes de l'article 12 ; qu'elle est positivement contraire à Vesprit 
du cahier des charges qui n'admet pas que les chemins d'embran- 
chement puissent se souder directemenit av^c la Ihg-ue principale, 
à moins du consentement de la Compagnie, et tiu'ainsi elle ne 
pourrait exister que par suite de conventions privées. 

Le Conseil pense que la décision mini.stériello à intervenir dans 
cette affaire, en statuant pour l'avenir conformément à ce (jui 
précède et en s'oxpliquant sur le véritable .sens (juc doivent recevoir 
les articles 8 et 12, doit déclarer en même temps qu'elle n'entend 
pas intervenir dans les mêmes conventions privées qui peuvent 
exister entre les exploitants <•( la Com|);ignio ; tju»» les trilninatur 



- 672 — 

auront à jiKjer si la imwxière donl 1rs articles S et 12 de l*arrété 
préfectoral du 11 septetritrre 1HW (ml été interprétés et e.récutés par 
les parités, peut constituer des conventions de eette nature, et 
quelles peuvent être la validité et la durée de ces cowvenHons. 

Enfin, à l'égard des chargemens, qui ne sont pas encore légale- 
ment autorisés, comme aucun motif d'ordre public n'en réclame 
la suppression, le Conseil est d'avis qu'il y a lieu d'en tolérer 
l'existence sous toute réserve des droits publics, et en ce qui ne 
poi-te pas atteinte aux droits de la Compagnie, tels qu'ils ont été 
définis plus liaut ; à l'égard, en effet, soit des pQints de contact de 
ces cmbrancliemens avec les rails du chemin de fer, soit de leur 
mode de service, on ne peut que se référer aux explications données 
au sujet des articles 8 et 12 de l'arrêté préfectoral du 11 septembre 
1829, sur les droits qui dérivent pour la Compagnie de la teneur 
de son cahier des charges, sans rien préjuger toutefois sur les 
conventions privées qui seront reconnues exister entre ladite Com- 
pagnie et les exploitans, conventions dont lappréciation et le 
jugement appartiennent ainsi qu'on la dit, aux tribunaux 
ordinaires. 

Ainsi la décision minisiériellJe «>umettait la création des 
embranchements au bon plaisir de la Compagnie. Or, des 
embranchements existaient. Le public en était depuis long- 
temps en possession. La Compagnie avait même sollicité leur 
établissement. 

La Chambre de Commerce de Saint-Etienne prolesta vive- 
ment, dans une note du 18 juin 1837 : 

Le Gouvernement crut encore qu'en concédant un chemin de fer 
(de Saint-Etienne à Lyon) à notre riche contrée, les transports se 
feraient à meilleur marché et en telle abondance que tout le monde 
serait satisfait. Les intentions du gouvernement d'alors n'étaient 
pas douteuses ; elles ressortent du cahier des charges imposées au 
chemin de fer de Samt-Etienne à Lyon, mais nous avons à nous 
plaindre de la manière dont ce cahier des charges a toujours été 
et continue encore d'être exécuté ; nos doléances à cet égard ont 
souvent frappé l'oreille des ministres et surtout du directeur 
général des mines d'aujourd'hui ; non seulement nous n'avons 
obtenu aucune amélioration dans les transports toujours incertains 
par le fleuve, toujours difficiles et comme impossibles par le 
chemin de fer, mais encore tout nouvellement un arrêté du Conseil 
général des ponts et chaussées et des mines, approuvé par 
M. le Ministie du Commerce, vient d'annuler le tarif et nous 
soumettre entièrement à l'arbitraire de radministration de ce 
chemin. 



— 673 — 

L'arrêté lui accorde le droit de refuser des embranchements 
qu'elle avait cependant sollicités et dont le public était depuis 
longtemps en possession, il lui permet de ne recevoir des charbons 
à transporter qu'à un point de chargement qui n'existe pas ; on 
est donc forcé de ne plus compter sur un tarif, et de subir les 
conditions qu'il plaît au chemin de fer dimposer. 

Autrefois, ce chemin ne transportait pas également pour tout 
le monde, il avait ses expéditeurs privilégiés, il ne transportait 
pas la moitié des marchandises qu'on avait voulu lui confier. Les 
procès avec tous les expéditeurs et extracteui"s du pays en font foi, 
mais au moins il recevait le peu dont il consentait à se charger 
partout où l'on pouvait le lui livrer. 11 n'en est pas de même 
aujourd'hui. L'arrêté du Conseil général des ponts et chaussées et 
des mines (dûment signifié) a bien voulu cependant, pour ne pas 
tarir toutes les expéditions, autoriser à se servir encore des anciens 
embranchements, mais moyennant seulement des traités parti- 
culiers dont l'administration du chemin de fer demeure l'arbitre. 
Il en résulte qu'elle est maîtresse absolue de son prix ; que l'on ne 
peut compter sur aucune expédition (car qui peut en élever les 
conditions selon son caprice, peut par cela même la refuser). 11 
en résulte que les livraisons promises n'ont pu s'exécuter, que les 
consommateurs s'adressent ailleurs ; que les ouvriers de la contrée 
sont sans travail ; que le plus riche dépanement est devenu un des 
plus à plaindre, et que le chemin de fer lui-même, à force d'hosti- 
lités et de mauvaise volonté contre le pays, se nuit à lui-même, car 
ses wagons ont corrunencé à séjourner inactifs sur les rails en 
septembre dernier (v. les journaux de septembre). 

11 est fiâcheux d'avoir à accuser ce -chemin de fer toutes les fois 
qu'il est question de l'industrie de notre département, mais c'est 
(fiL'U en est vérUablenierit la plaie par la manière dont il est 
exploité, et en frappant notre industrie, il frappe également toutes 
les autres qui en dépendent ; et les grandes usines, les ports 
maritimes repoussés de nos bassins houillers poilent, malgré eux, 
leur argent comme un tribut à l'étranger. 

Toutes ces considérations font sentir combien il est urgent que 
la Compagnie du canal de Givors obtienne la permission de pro- 
longer son oanal jusqu'à nous par un chemin de fer, ainsi qu'elle 
le denjande ; alors seulement qu'il y aura une véritable concurrence 
pour le transport des houilles hors de nos bassins houillers, nous 
pourrons donner à l'extraction de ce combustible toute l'aptivité et 
Téconornie qu'elle réalame, ajors nous pourrons alimenter les 
départements voisins, et la France cessera de fou ru h dt-^ cnpitjinx 
à l'étranger. 

î^ CompapTiie persistai dans son système d'opy^osilion. Kn 
vain iino Commission rninist/iriclh' nornîTiiV» on lî^MO so montra 



- 674 — 

favorable à robligation du droit d'embranchement. I^a Com- 
pagnie, qui voulait une augmentation de son tarif de transport, 
se récria. Finalement, par arrêté du 8 décembre 1840, le 
Ministre éleva ce tarif. Sans astreindre la Compagnie à desseirvir 
les embranchements, il lui alloua une prime fixe de fr. 50 
par wagon pour l'envoi de son matériel sur les embranchements, 
outre fr. 04 par tonne et kilomètre parcouru. 

Cet arrêté du 8 décembre 1840 motiva de vives réclamations 
de la part de la Chambre de Commerce et de la part des 
exploitants des mines contre la prorogation de l'augmentation 
du tarif perçu sur la ligne de Lyon. Le Ministre provoqua des 
conférences et consigna les plaintes du public relatives aux 
tarifs, aux embranchements et à diverses parties de l'exploi- 
tation, dans un arrêté du 17 juillet 1841, qui faisait ressortir 
la nécessité de plusieurs résolutions longuement énumérées, 
notamment au sujet des embranchements. Ces résolutions 
reconnaissaient formellement le droit d'embranchement, sous 
certaines conditions à remplir, parmi lesquelles celle de payer 
ume prime de fr. 50 par wagon et, en outre, de fr. 04 par 
tonne et par kilomètre parcouru. Sur ce point, l'arrêté de 
juillet 1841 répétait donc l'arrêté de 1840. La Compagnie était 
tenue de dire si elle acceptait les dispositions du nouvel arrêté, 
faute de quoi celui de 1840 serait rapporté et le statu quo ante 
rétabli. 

Je reproduis l'arrêté de juillet 1841 (publié par le Mercure 
Ségusien les 28-30 juillet) dans le paragraphe relatif aux tarifs 
perçus sur le parcours du chemin de fer (et non sur les em- 
branchements) afin de ne pas en diviser le texte. 

La Compagnie jugea onéreuses les conditions de l'arrêté de 
juillet 1841. Aussi, le 15 août 1841, un autre arrêté rétablit le 
statu quo ante. Mais, le 25 octobre, un quatrième arrêté conso- 
lida provisoirement les tarifs perçus sur la ligne sans statuer 
sur les embranchements (i). 

En 1847, la Chambre de Commerce constatait encore que 
la Compagnie refusait de recevoir sur ses lignes les wagons 



(1) Voir Histoire de la Métallurgie, p. 175. Le ministre était M. Teste, 
bien connu à Saint-Etienne depuis les Cent Jours, et qui fut condamné 
pour concussion en 1847. 



— 675 — 

des particuliers. Elle demandait d'imposer cette obligation 
moyennant un péage modéré (i). 

En 1853, la Cour de Cassation invoquait la fameuse déci- 
sion ministérieille de 1837, que j'ai reproduite, pour décider h 
son tour que le droit de s'embrancher ne pouvait résulter que 
de conventions particulières. Je cite V Industrie, journal de 
Saint-Etienne, du 19 novembre 1853 (2) : 

Dans son audience du 15 novembre, la Chambre des requêtes de 
la cour de cassation a décidé que le droit de s'embrancher sur le 
chemin de fer de Saint-Etienne, avec soudure des rails, ne peut 
résulter^ aux termes de la décision ministérielle du 10 avril 1837, 
que de conventions spéciales ; quant au droit d'embranchement 
sans soudure, il n'est pas autre chose que le droit de chargement 
et de déchargement consacré par la même décision, au profit des 
propriétés cantiguës aux ports secs ; mais l'exercice en est subor- 
donné au contrôle de l'autorité administrative. 

En conséquence, la cour a rejeté le pouvoir du sieur Sauzet 
contre un arrêt de la cour impériale de Lyon, du 4 août 1852. 

Le droit d'embranchement fut reconnu formellement dans 
l'article 55 du cahier des charges annexé à la convention 
réunissant en une seule concession les lignes du Département 
de la Loire (Société des Chemins de fer du Rhône à la Lo^'re) 
en cette même année 1853 (•^). L'article 57 de cette convention 
maintenait les embranchements existants, à charge par les 
propriétaires de se pourvoir d'une autorisation régulière. 

Le droit d'embranchement figure dans les cahiers des char- 
ges des grandes Compagnies actuelles (art. 62). Les embran- 
chements dont la situation est réglée par cet article sont ceux 
qui ne font pas l'objet d'une concession spéciale (Picard, 
Traité des Chemins de fer, IV, p. 952), c'est-à-dire qui ne béné- 
ficient pas de la déclaration d'utilité publique. 11 suffit qu'il 
y ait entente entre la Compagnie, l'embranché, et naturelle- 
ment les propriétaires des fonds traversés. 

Comme l'indiquait l'avis du Conseil de© Ponts, et (Chaussées 
de 1837 (p. 669), dans les cahiers des charges des concessions 
délivrées à cette époque il était stipulé que les Compagnies 



. (1) Voir Hisloirc de In M/'Idllurnic, p. 170. 

(2) Ce joiimal prit le nom de Mhiuiriai do la Loire en 1R54. 

(3) Publié <lans le jomnal de .Sainf-KticiiMe. f.'Indusfrir, Il juiji et 
Jours suivants. 



ne pouvaient pas faire obstacle aux embranchements réguliè- 
rement autorisés, mais tel n'était pas le cas pour la Compagnie 
Seguin. Samt-Etienne payait la gloire de • possédeir le premier 
chemin de fer. 

J'ai dit . qu'un certain nombre d'embranchements furent 
établis dès la construction des premières lignes et avec le 
consentement des Compagnies. La Chambre de Commerce 
l'indiquait dans une délibération du 18 novembre 1847 : 

Il est de notoriété publique que les premiers embranchements 
ont été établis non seulement sans rétribution,, mais encore qu'ils 
ont été provoqués et facilités par la Compagnie, afin d'augmenter 
ses transports ; ce n'est que plus tard qu'elle commença à percevoir 
une prime de fr. 50 par wagon, laquelle fut portée, en 1841, 
jusqu'à 2 fr. 12 (1). 

Le premier embranchement fut construit en même temps 
que la ligne d'Andrézieux. Il se soudait au Marais et desser- 
vait les mines du Treuil, du Soleil, de Bérard et du Gagne- 
Petit (2). La grande Compagnie des Mines de la Loire relia la 
plupart de ses puits aux chemins de fer par un vaste réseau 
d'embranchements (v. p. 436 et 466). 

Voici les embranchements anciens dont je retrouve la trace 
dans les délibérations ou dans les journaux. Mais l'exposé 
précédent indique qu'il fut établi antérieurement d'autres 
lignes. 

En 1840, une enquête fut ouverte sur la création d'un embran- 
chement entre les mines de Chaney et les chemins de fer de 
Lyon et de la Loire (3). 

En 1840, enquête pour un embranchement de la Terrasse 
à Montmmbert, avec soudure aux deux chemins de fer ae 
Lyon et de la Loire. Une Société civile s'était formée, en 
1839, pour l'exploitation des deux mines de Montrambert et 
du Quartier-Gaillard, achetées en 1838 à M. Deville pour 
4 millions. En 1843, une ordonnance du 2 avril autorisa cette 
Compagnie à construire un chemin de fer de la gare du Treuil 



(1) La prime avait varié comme importance {Histoire de la Métallur- 
gie, p. 174. note 1, et p. 176, note 2). 

(2} Leseure, p. 190. 

(3) Voir Histoire de la Chambre de Commerce, p. 9gt 



- 677 - 

à ces deux mines. La Compagnie des Minea réunies de Saint- 
Etienne, qui absorba, en 1844, la Société précédente, fit 
aboutir le tracé au Gagne-Petit, sur la ligne de Lyon (ordon- 
nance 4 juillet 1844). La grande Compagnie des Mines de la 
Loire, héritière de la Compagnie des Mines réunies, vendit 
à la Compagnie du chemin de fer la ligne de Montrambert en 
1850 (1). 

En 1852, enquête pour un embranchement entre les mines 
de Sorbiers et lesi deux chemins de fer de Lyon et d'André- 
zieux (2). Il fuit autorisé par décret du 28 juillet 1853. La ligne 
du Pont-de-l'Ane à Sorbiers fut livrée à la circulation en 

1856 (3). 

En 1854, un décret du 24 novembre autorisa un embranche- 
ment des mines de Monthieux à la ligne de Roanne à Lyon 
par Saint-Etienne. 

La ligne de Roche-la-Molière au Cluzel était ouverte en 

1857 {^). Ce chemin de fer de Roche-la-Molière, avait été con- 
cédé par le décret du 15 décembre 1855. Il fut raccordé avec 
celui du Cluzel, qui appartenait à la Société des Mines de la 
Loire et qui fui acquis en 1873, par la Compagnie de Roche- 
la-Molière (^).' 

Vers 1857 également, les puits de Montrambert furent reliés 
à la gare de la Ricamarie. La première section de la ligne 
de Saint-Etienne au Puy fut ouvertie au trafic en 1859 (Saint- 
Etienne à Firminy). On supprima le plan incliné avec ma- 
chine motrice de la Béraudière à Montrambert. L'ancien 



(1) Histoire de la Chambre de Commerce, p. 98. Mercure Ségiti^ien, 
17 mai 1843, 31 juillet 1844. Leskure, p. ^^3. Mémorial judiciaire de la 
Loire, 5 janvier 1848 (Voir, dans le numéro du 29 janvier 1848, le Juge- 
ment au sujet du curieux procès entre la première Société et la 
Compagnie des Mines réunies). 

(2) Histoire de la Chambre de Commerce, p. 98 

(3) LesÉure, p. 245. 

(4) Voir dans la notice de îa Compagnie à propos de l'Exposition de 
1889, p. 30, l'historiq-ue dos embranchements de cette Compagnie de 
1856 à 1887. En 1893, on a mis en service le chemin de fer de Roche- 
la-Molière à la Malafolie. Il complète une ligne de 15 kilomètres, soudée 
à ses deux extrémités au réseau P.-L.-M. et qui, traversant la conces- 
sion du nord au sud, dessert tous les puits. Ce chemin de fer a nécessité 
trois tunnels (Notice sur l'Exposition de Lyon, 1P94). 

44 



— 678 — 

cliemin de fer de Montrarnbert ne desservit plus que les 
puits de la Béria-udière et de Montrarnbert (i). 

J'arrête là, c'esit-à-dire à la formation des grandes Compa- 
gnies actiuelles, celte énumération. Même aujourd'hui les 
embranchements concédés, c'est-à-dire ayant fait l'objet d'une 
déclaration d'utilité publique, sont, dans notre bassin, extrê- 
mement rares. 



.^ 13 - LES TARIFS DE CHEMINS DE FER 



Ce fut la question capitale, discutée avec passion, s'éterni- 
sant dans les délibérations, donnant lieu à la constitution de 
formidables dossiers, ayant aujourd'hui la même importance 
qu'elle eut à l'origine des chemins de fer. 

J'ai indiqué le tarif initial de la Compagnie de Lyon, tarif 
augmenté en 1831 pour une période de 10 ans jusqu'au 1*' 
janvier 1842 (v. p. 641). Il était de fr. 098 d'après l'adju- 
dication. L'ordonnance de 1831 l'avait porté, à la remonte, à 
fr. 12 de Givors à Rive-dei-Gier, à fr. 13 de Rive^de-Gier 
à Saint-Etienne, par tonne kilométrique. 

Non seulement lia Compagnie voulait conserver ce dernier 
tarif, mais elle voulait encore le faire augmenter. J'ai indi- 
qué sa demande de 1839, l'opposition de la Chambre de 
Commerce, le refus du Ministre C^). Un arrêté ministériel 
du 8 décembre 1840, imposant à la Compagnie la reconstruc- 
tion du pont de la Mulatière, accorda cependant un 
relèvement : fr. 12 de Saint-Etienne à Lyon à la descente 
e:t de Lyon à Givors à la remonte ; fr. 14 de Givors à Rive- 
de-Gier et fr. 15 de Rive-de-Gier à S t-E tienne à la remonte. 

Cet arrêté souleva beaucoup de réclamations. C'est alors 
qu'après bien des négociations intervint l'arrêté du 17 juillet 
1841 mettant la Compagnie en demeure d'accepter d'impor- 
tantes conditions énoncées dans l'arrêté, faute de quoi 
l'arrêté de 1840 serait rapporté, c'est-à-dire l'augmentation 



Leseure, p. 246. 

(3) Histoire de la Métallurgie, p. 172-173, 



— 6t9 — 

supprimée, voire même le tarif ramené au taux de Fadjudi- 
cation de i826, puisque Farrété de 1831 cessait de produire 
son effet le 31 décembre 1841. Ces conditions étaient relatives 
aux embranchements, aux tarifs des voyageurs, aux droits 
acceissoires, aux traités particuliers, à l'accès des ports secs, 
au prolonge^ment de la ligne à l'intérieur de Lyon. 

En résumé, œt arrêté consacrait une transaction pour mettre 
fin à des « difficulftés sans cesse renaissantes ». L'augmenta- 
tion de 184Q était accordée en échange de l'acceptation des 
conditions de l'arrêté de 1841. 

Pour ce motif, à cause de l'importance de ses considérants, 
nous croyons reproduire in extenso cet arrêté du 17 juillet 1841, 
publié au Mercure Ségusien des 28-30 juillet. 

Nous, ministre, secrétaire d'Etat des Travaux puiblics, 

Vu notre arrêté du 8 décembre 1840 qui, par les motifs et sous 
certaines conditions y exprimés, a réglé provisoirement le tarif 
pour le transport des marchandises sur le chemin de fer de Lyon 
à Saint-Etienne, par tonne et par kilomètre, ainsi qu'il suit, savoir : 

A la descente de Saint-Etienne à Lyon et à la remonte de Lyon 
à Givors, à douze centimes ; 

A la remonte de Givors à Rive-de-G{ier^ à quatorze centimes ; 

Et à la remonte de Rwe-de-Gier à S aint'E tienne, à quinze 
centimes ; 

Vu les réclamations à nous adressées les 17 décembre 1840 et 
18 février 1841, par les Chanubres de Conomerce de Saint-Etienne 
et de Lyon, et, à diverses dates, par les exploitants de mines, 
négociants et industriels de Saint-Etienne, de Saint-Chamond, Rive- 
de-Gier et Givors, contre l'augmentation de tarif accordée à la 
Compagnie du chemin de fer ; 

Vu la lettre par nous écrite, le 14 mai 1841, tant à la Compagnie 
([uanx Chambres de Commerce de Lyon et de Saint-Etienne, «pour 
leur faire connaître les résolutions auxquelles nous subordonnions 
la décision à prendre sur les réclamatiojis sus énoncées ; 

Vu les observations produites, aoit par les exploitants de mines 
de houille du bassin de la Loire et par les délég'ués do la Chambre 
de Commerce de Sajat-Etienne, soit par les membres du Conseil 
d'administration de la Compagnie du chemin de fer, dans diverses 
(jonférences auxquelles nous les avons appelés, lesquelles confé- 
rences ont porté ; 

1« Sur la situation financière de la Compagnie, rappréciation de« 
chances probables de l'exploitation ; 



2** Sur l'influence que pourrait exercer Taugmentation du tarif 
à l'égard non seulement des exploitations houillères du bassin de 
la Loire, mais en,core des établissements industriels qui, par les 
chemins de fer, reçoivent leurs approvisionniements et exportent 
leurs produits ; 

3° Sur les divers motifs de plainte allégués contre la Compagnie 
par les personnes qui usent de son chemin, lesquels motifs peuvent 
se résumer ainsi qu'il suit : 

La Compagme se refuse à recevoir, au moins à des conditlilons 
équitables, les embranchements qui doivent amener au chemin de 
fer les produits des exploitations houillères ; 

La Compagnie refuse d'envoyer sur les embranchements établis 
les wagons qui lui appartiennent, à moins que les exploitants ne 
consentent à des abonnements onéreux, et entre autres au payement 
de distances qu'ils nie parcourent pas effectivement sur la ligne 
principale ; 

La Compagnie perçoit arbitrairement les divers droits accessoires, 
et entre autres le droit de trappe qui ne représente même pas un 
service rendu ; 

La Compagnie fixe à son gré les tarifs pour le transport des 
voyageurs ; 

Les ports secs que la Compagnie devait établir n'existent pas, 
ou du moins ils n'existent pas tels qu'ils avaient été déterminés 
par l'administration supérieure, et ils sont, dans tous les cas, tout 
à fait insuffisants ; 

Le chemin ne se prolonge pas dans Lyon, ainsi que l'avait stipulé 
l'ordonnance royale du 27 avril 1834 ; 

Vu les notes et les observations qui nous été adressées par les 
parties dans le cours et à la suite des conférences ouvertes devant 
nous ; 

Vu l'ordonnance royale du 7 juin 1836 et le cahier des charges 
y annexé ; 

Vu les ordonnances des 7 juillet 1827, 3 décembre 1829, 27 avril 
et 16 septembre 1831 ; 

Vu les décisions ministérielles des 10 avril 1837 et 28 avril 1838 ; 

Vu la loi du 9 août 1839 .; 

Considérant qu'en statuant provisoirement sur l'augmentation du 
tarif, en vertu du droit qui nous a été conféré par la loi du 9 août 
1839, nous n'avons pas entendu ni pu entendre que toute voie de 
réclamations contre cette mesure serait fermée aux intérêts qui se 
prétendraient lésés, et encore moins nous interdire d'apprécier 
ultérieurement le mérite de ces réclamations ; 

Que l'abrogation, et à plus forte raison la modification de notre 
arrêté du 8 décembre est non seulement un droit, mais même un 
devoir, si de nouveaux renseignements et une discussion contra- 
dictoire concourent à en démontrer la justice ; 



— 681 — 

Que c'est dans cet esprit et dans ce but que les intéressés ont été 
amenés à des explications auxquelles la Compagnie du chemin de 
fer n'a pas hésité à prendre part ; 

Considérant d'ailleurs que le but principal de la faculté donnée 
au Gouvernement par la loi du 9 août 1839 a été précisément de lui 
permettre de faire des expériences sur les tarifs, de manière à 
concilier autant que possible l'intérêt puiblic avec celui des Compa- 
gnies, sans qu'aticun terme ait été assigné à ces expériences ; 

Considérant qu'il résulte clairement de la discusision contradic- 
toire qui a eu lieu devant nous, et de nouveaux documents produits 
par les intéressés : 

D'une part, que pendant l'année 1840 le mouvement des trans- 
ports sur le chemin de fer de Lyon à Saint-Etienne a reçu un très 
notable accroissement ; que le tonnage en marchandises s'est élevé, 
dans le cours de cet exercice, de 579.000 tonnes à 600.000, -et le 
nombre des voyageurs de 389.000 à 431.000 ; que cet accroissement, 
qui n'est d'ailleurs que la confirmation d'une progression constante, 
n'était pas entré dans les considérations qui ont déterminé notre 
arrêté du 8 décembre dernier, bien qu'il soit de nature à procurer 
à la Compagnie une augmentation successive de recettes, et par 
conséquent de bénéfices ; 

D'autre part, que le chiffre auquel la Compagnie avait élevé le 
montant probable des réparations à faire sur le chemin de fer, par 
suite des inondations des mois d'octobre et novembre derniers, a 
été reconnu susceptible d'une notable réduction, ce qui atténue le 
motif principal de raugmentation accordée par l'arrêté du 
8 décembre ; 

Considérant qu'il est d'autant plus impossible de ne pas tenir 
compte des faits nouveaux qui se sont manifestés depuis ledit 
arrêté, que les exploitations houillères du bassin de la Loire 
subissent elles-miêmes l'influence des circonstances qui pourraient 
compromettre cette branche importante de l'industrie française, si 
les transports étaient assujettis à des conditions onéreuses ; 

Considérant toutefois que l'augmentation de tarif, si elle est 
maintenue en tout ou en partie, peut trouver une juste compen- 
sation dans la régularisation du service du chemin de fer et dans 
la .solution é^juitable des questions que font naître les réclamations 
des exploitants sur le mode d'exploitation ; 

Que, dans le but de concilier ainsi les intérêts divei's et de 
ramener la Compagnie au droit commim de» chemins de fer, tel 
qu'il a été consacré par les lois de concessions récemm^ent votées 
par les Chambres, des explications contradictoires ont eu lieu 
devant nous, afin de modifier et compléter le cahier des charges de 
la GompiLgnie, de manièio n tarir hi source des contestations, et de 
balancer par des règl( s |n(M ises l'avantage résultant pour elle du 
tarif augmenté ; 



— 682 — 

Que ces crpUccition^ ont eu pour résultai de faire ressortir la 
nécessité des résolutions suivantes : 

1» La Compagnie sera tenue d'envoyer ses wagons sur les 
embranchements établis sur son chemin, et sur tous ceux que le 
Gouvernement jugerait utile d'autoriser après enquête et la Compa- 
gnie entendue, à la charge par les exploitants de mines ou antres 
permissionnaires qui se serviraient de ces embranchements, de 
satisfaire aujc conditions suivantes : 

A. L'exploitant ou le permissionnaire ne pourra se servir des 
wagons de la Compagnie sur les embranchements que pour le 
transport des produits de son exploitation. 

B. L'exploitant ou la réunion d'exploitants qui voudra obtenir 
un embranchement, devra fournir annuellement un tonnage 
minimum de 5.000 tonneaux de 100 kg. 

C. Dans aucun cas, les marchandises qui auront été amenées 
par les embranchements dans les wagons de la compagnie, sur 
un po^nt quelconque de la ligne principale, ne pourront emprunter 
une voie autre que cette ligne que pour se rendre à leur destination 
ultérieure. 

Si des embranchements établis ou à établir venaient à être 
conduits ultérieurement jusqu'au canal de Givors, ou jusqu'à toute 
autre voie rivale, la Compagnie ne serait pas tenue de les desservir. 

D. Les wagons de la Compagnie qui circuleront sur les embran- 
chements, ne pourront être chargés que de marchandises destinées 
à parcourir en partie ou en totalité la voie du chemin de fer. 

E. Le chemin de fer de Saint-Etienne à Andrézieux ne sera consi- 
déré comme embranchement que sur une distance de dix kilomètres 
à partir du Pont-de-rAne, et la Compagnie ne sera tenue d'envoyer 
ses wagons sur les rameaux qui dans cette limite viendraient 
se souder audit chemin qu'autant qu'ils n'auraient pas pïus de 
six kilomètres de longueur. 

Pour le service des embranchements , la Compagnie percevra une 
prime fixe de fr. 50 par wagon, et en outre fr. 04 par tonne et 
par làlomètre parcouru sur l'embranchement, lorsque la longueur 
totale parcourue excédera un kilomètre. Tout kilomètre entamé sera 
payé comme s'il avait été parcouru en entier, mais il ne sera payé 
que le nombre de kilomètres effectivement parcourus sur la ligne 
principale ; toutefois, pour toute distance parcourue moindre de 
six kilomètres, le droit sera perçu comme pour six kilomètres 
entiers. 

La Compagnie devra amener ses wagons à l'origine de l'embran- 
chement ; les exploitants ou tous autres permissionnaires les 
feront conduire à leurs frais et par leurs propres moyens dans leurs 
établissements, pour y être chargés ou déchargés, et les ramèneront 
ensuite à la ligne principale. 



— 683 — 

Les wagons ne pourront rester sur les embranchements parti- 
culiers au delà de six heures, lorsque l'embranchement n'aura 
pas plus d'un kilomètre ; ce temps sera augmenté d'une demi-heure 
par ikilomètre en sus du premier, non compris les heures de la nuit 
depuis le coucher jusqu'au lever du soleil. 

Les embranchements devront être établis et entretenus de 
manière à ce qu'il n'en résulta aucune entrave à la circulation, ni 
aucuns frais particuliers pour la Compagnie. Les gardes d'aiguilles 
et les barrières seront à la charge des exploitants ou autres permis- 
sionnaires. 

Ne seront pas considérées comme embranchements les voies de 
dégagement établies pour le service des ports secs : sur celles de 
ces voies qui n'appartiennent pas à la Compagnie, il ne sera perçu 
aucun droit d'accès à la ligne principale, mais la Compagnie est 
dès à présent dégagée de l'obligation d'établir les quatre branches 
de 245 mètres de longueur perpendiculaire® à la voie principale 
auxquelles elle est tenue d'après ses plans approuvés le 8 septembre 
1839 ; 

S*' Le nombre de wagons que la Compagnie devra mettre annuel- 
lememt à la disposition des exploitants pour le service de» embran- 
chements, se réglera d'après l'interprétation donnée à l'article 6 
du cahier des charges par la décision ministérielle du 24 avril 1838 ; 

S*' Les prix actuellement perçus par la Compagnie pour le trans- 
port des voyageurs seront conservés, mais ils deviendront des 
maxivia que la Compagnie ne pourra dépasser. 

La Compagnie pourra avoir, dans chaque convoi, des voitures 
spéciales, pour lesquelles les prix seront réglés par l'administra- 
tion, sur la proposition de la Compagnie, mais il est expressément 
stipulé que le nombre des places à donner dans ces voitures 
nexcédera pas le dixième du nombre total des places du convoi ; 

4*» Les droits de toute nature accessoires au tarif proprement dit, 
tels que ceux de chargement, de déchargement, de gare, d'entrepôt, 
de maga.sinage et autres, seront déterminés par des tarifs spéciaux 
que l'administration arrêtera après avoir entendu la Compagnie. 

Le droit dit droit de trappe sera supprimé ; 

5° La perception des taxes devra se faire par la Compagnie 
indistinctement et sans aucune faveur, les réductions accordées à 
un ou à plusieurs exploitants seront déclarées immédiatement 
applicables à tous les autres, et ces prix ne pourront être relevés 
qu'après un délai de trois mois. 

Cette clause ne fera pas toutefois obstacle à ce (lue la Compagnie 
établisse des prix différents dans le« limitées du tarif sur différentes 
parties du chemin, mais les mêmes prix devront toujours être 
perçus entre les mêmes points, sur tous les transports, sur ceux 
mêmes qui auraieîit déjà circulé sur d'iiutres parties du chemin 
et avec des prix différents. 



— 684 — 

Tous changements apportés dans les tarifs devront être homo 
logués par des décisions administratives, rendues sur la proposition 
de la Compagnie et annoncées au moins un mois d'avance par des 
affiches. 

Les diverses dispositions du présent article seront applicables 
aux prix pour le transport de® voyageurs ; 

6° L'entrée des ports secs des chemins de fer sera ouverte à tout 
le monde, sans aucun privilège pour personne ainsi que cela est 
d'ailleurs de droit commun, sous l'observation bien entendu des 
règlements de police établis ou à établir ; 

7° La Compagnie sera tenue de présenter, sous un court délai, 
l'état des travaux damélioration qu'elle entend exécuter. Parmi 
ces travaux doit figurer en première ligne le prolongement cLu 
chemin de fer dans V intérieur de la ville de Lyon, tel qu'il a été 
déterminé par l'ordonnance royale du 27 avril 1831 ; 

8° Le pont de la Mulatière sera reconstruit en totalité, selon les 
conditions qu'exige l'intérêt de la navigation, et d'après les projets 
qui seront arrêtés par l'administration supérieure ; 

9° Pendant une année, à dater des présentes, la Compagnie 
aura la faculté de renoncer à l'augmentation de tarif qui lui serait 
accordée, et de revenir purement et simplement aux conditions de 
son cahier des charges primitif et à son ancien tarif ; 

10<* L'augmentation de tarif qui serait accordée à la Compagnie 
sera maintenue, sauf l'approbation des Chambres législatives, pen- 
dant trente années, à dater de ce jour ; mais les autres modifica- 
tions apportées au cahier des charges seront considérées comme 
irrévocables. 

Considérant enfin, qu'il est désormais indispensable de donner ime 
issue définitive à des difficuUés sans cesse renaissantes, soit en 
attachant à une augmentation de tarif sagement arbitrée les amé- 
liorations que réclament le service et les intérêts de Findustrie, soit 
en ramenant la Compagnie au tarif et aux conditions antérieures 
à l'arrêté du 8 décembre dernier, 

Nous avons arrêté et arrêtons ce qui suit : 

Article premier 

La Compagnie du chemin de fer de Saint'Etienne à Lyon sera 
mise en demeure d'accepter, comme éléments d'un nouveau cahier 
des charges de son exploitation, les conditions énoncées dans les 
motifs du présent arrêté (des n"» 1 à 10 inclusivement), sauf les 
modifications de détail qu'elle pourrait signaler et qui seraient 
jugées admissibles avant l'expiration du délai ci-après indiqué. 



Article 2 

A défaut par elle cVavoir fait connaître son acceptation avam^t le 
15 août yrochain, notre arrêté du 8 décembre 18W sera rapporté et 
cessera d'avoir son effet à dater dudit jour. 

En conséquence, les choses seront remises en l'état où elles 
étaient auparavant. 

Paris, le 17 juillet 1841. 

Signé : Teste. 

Ces conditions parurent onéreoases à la Compagnie, qui 
refusa do s'y soumettre. En conséquence, l'augmentation de 
tarif accordée par l'arrêté du 8 décembre 1840 ne fut pas 
appliquée. Mais, comme le tarif de 1831 expirait le 31 dé- 
cembre 1841, un nouvel arrêté du 25 octobre 1841 prorogea 
provisoirement le tarif de 1831 : de Givors à Rive-de-Gier 
fr. 12 ; de Rive-de-Gier à Saint-Etienne fr. 13, à la remonte 
seoilement (l). A la descente, le tarif restait de fr. 098. 

En 1847 et en 1851, la Chambre de Commerce protestait en- 
core contre le maintien du tarif de 1831. Cette prorogation, 
disait-elle, sera-t-elle éternelle Z Les bénéfices de la Compagnie 
dépassent 2 millions par an. Dans le Nord, on transporte les 
marchandises à fr. 05 (2), etc., etc. 

On payait fr. 098 à la descente, mais il fallait y ajouter 
2 fr. 12 par wagon de 37 hectolitres de houille (0 fr. 057 par 
hectolitre) de droit d'embranchement. 

Le canal de Givors qui, poitr toute la distance entre Rive- 
de-Gier et Givors, percevait fr. 27 par hectolitre (0 fr. 23 de 
droit de navigation et fr. 04 de prime) avait, par application 
(le l'ordonnance d'u 5 décembre 1831, abaissé son tarif à fr. 08 
par tonne kilométrique, ce qui lui avail valu la préférence sur 
le chemin de fer (à partir de Rive-de-Gicr seulement). 

Mais, en 1841, la Compagnie du Canal et la Compagnie du 
chemin de fer signèrent un traité pour vingt ans et se répar 
tirent les bénéfices (v. p. 649). Toute concurrence était anéiintie. 
\jCS prix furent les- mêmes sur les deux voies de transport ('i). 



(1) Voir mon Histoire de la Métalhirfiie, p. 175 Mercure Ségusieu, 
7 novembre ISil. 

(2) Voir mon HUUiirc de la Métallurgie, p. 176-177. 

(3) Meugy, Historique des Mines de Hit^-dc-Gier (1848). p C9 



— 686 — 

En 1853, lors de la fusiui; dos trois Compagnios de chemins 
de fer de la Loire en une seule Compagnie, dite Compagnie du 
chemin de fer de jonction du Rhône à la Ivoire, le tarif des 
houilles et cokes fut unifié à 10 centimes par tonne kilomé- 
trique, dont 6 oeiutimes pour le péage et 4 centimes pour le 
transport. Avant cette fusion, sur les lignes autres que celle 
de Lyon, il était encore de 16 centimes (i). 

Ce tarif de iO centimes par tonne et par kilomètre, inauguré 
en 1826, ne disparut qu'en 1863, à* la suite des conventions de 
1859 avec les grandes Compagnies. Il avait été appliqué, dès 
leur origine, par la Compagnie Segiuim, par la Compagnie des 
chemins de fer de Rhône-et-Loire, par la Compagnie du Grand- 
Central, enfin par la Compagnie P.-L.-M. Voici comment cette 
dernière Compagnie motiva sa réduction à 8 centimes dans une 
lettre du 12 septembre 1863, répondant à une réclamation du 
Conseil général de la Loire. La réclamation et la réponse furent 
publiées P) : 

Quant au maintien des anciens tarifs d,e Rhône et Loire, l'Admi- 
nistration, qui a homologué successivement toutes les réductions 
(lue la Compagnie a apportées à ces tarifs, sait à quoi s'en tenir 
à cet égard. Lorsque la Coniipagnie a pris possession des chemins 
de la Loire, un tarif uniforme de iO centim)es par tonne et Idlomètre 
était appliqué aux transports de houille^ entre Saint-Etienne et 
Lyon, quelle que fût la destination définiiive de ces transports. 
Entre Saint-Etienne et Roanne, les tarifs s'élevaient, sur certains 
points, à ià et iS centimes. Or, il suffit de jeter les yeux sur nos 
tarifs actuels pour reconnaître que, pour tous grands parcours, les 
prix sont aujourd'hui de 3 à à centimes, c'est-à-dire qu'ils atteignent 
le taux le plus bas qui ait été appliqué jusqu'ici sur aucune ligne. 
Grtâce à ces tarifs, qu'on représente comme entravant l'industrie 
du bassin de Saint-Etienne, les transports de houille ont doublé sur 
les lignes de Rhône et Loire, dans le cours des quatre années qui 
ont suivi la prise de possession de la Compagnie die Lyon à ia 
Méditerranée. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de citer beau- 
coup d'exemples d'un développement aussi rapide pour les bassins 
houillers d'une importance analogue à celui de Saint-Etienne. 
Pour notre part, nous n'en connaissons pas. 

Restent les transports à faible parcours, qui sont restés jusqu'ici 
taxés à 10 centimes. La. Compagnie a déjà bien des fois, trouvé 



(1) Rapport au Corps législatif (journal L'Industrie, 10-11 juin 1853}. 

(2) Mémorial de la Loire, 30 août et 16 septembre lées. 



_- 687 — ) 

l'ocoasion de démontrer : 1° que ce tarif est inférieur à celui perçu, 
dans des conditions analogues, par les chemins anglais ; 2° que, 
dans les limites où il s'exerce, il n'apporte aucune entrave réelle 
au développement des industries locales ; 3° qu'il est largement 
justifié d'ailleurs 2^ar les dépenses excessives qu'ont entraînées le 
rachat et la réfection des lignes de Rhône et Loire, et par les condi- 
tions d'exploitation de ces ligrnes. Mais cette démionstration perdrait 
aujourd'hui tout intérêt et tout à-propos en présence d'un fait 
capital, dont on s'étonine de ne trouver aucune trace dans la pétition. 
Nous voulons parler de la réduction que la convention du 1^^ mai 
1863, entre VEtat et la Compagnie de Paris à la Méditerranée, 
stipule pour le tarif des houilles, et qui recevra son application à 
partir du 1^ jan^^er prochain. Aux termes de l'article 6 de cette 
convention, le tarif spécial réduit, qui n'était applicable jusqu'ici 
qu'à la section de Lyon à la Méditerranée, s'étendra désormais à 
tout notre réseau, y compris les lignes du Rhône et Loire. Ce tarif 
e^t de 8 centimes pour les transports de moins de 100 kilomètres, 
avec maximum de 5 francs ; — de 5 centimes pour les transports de 
101 à 300 kilomètres, avec maximum de 13 fr. iiO ; — enfin de 5 cen- 
Unies seulement pour les distances au delà de 300 kilomètres. Ainsi 
disparaît « l'exception », d'ailleurs si bien justifiée, qui a servi de 
thème aux réclamations du département de la Loire. Cet abaisse- 
ment de tarif, (^ui témoigne à un si haut degré de la sollicitude du 
Gouvernement pour le bassin de Saint-Etienne, constitue pour la 
Compagnie un sacrifice des plus importants ; il est donc permis «le 
s'étonner que le Conseil général de la Loire n'ait pas jugé «^e 
sacrifice digne d'une mention, et qu'il ait choisi le lendemain, pour 
ainsi dire, de la signature de la nouvelle convention pour se 
plaindre de la « ro'deur inconnue nulle part ailleurs » avec laquelle 
la Compagnie applicpie ses anciens tarifs. 

Ainsi, tarif de 10 centimes en 1826, tarif de 8 centimes en 
1863. Tels furent les tarifs de base pour le transport des houilles 
fie la Loire. 

Nombre de fois, depuis cettj éix)qu<\ rabaissement do oe 
tarif de 8 centimes fut demandé pour les distances inférieures 
à KM) kilomètres. Aux delil>érations que j'ai citées (l), j'ajouterai 
les vœux du Comité des Houillères de la Loire présentés aux 
(iOmmissions d'enqu(^to parlrmentniro de 1874 et de 1884 (2). 



(1) Histoire dr la Mridilurgie de la Loire (Les Transports), Histoire 
de la Chambre de Connnerce de Saint-Elicnnc (Les tarifs de chem ns 
le fer). 

(2) Enquête parlementaire de 1874 (Voir le Mémorial de la Loire <ies 
7 avril et jours suivants), FriqiiAte itarlemeiitaire de 1884 dite dos 4'» 
(Journal officiel^ docnmcnls purlcriKMiia ros. Chainhic dos !)('>put(''s. 1884. 
p. 2209). 



— 688 — 
Le Comité disait en 1874 : 

Lyon, Roanne, Le Puy, subissent le tarif de fi*. 0^ pour les 
houilles et de fr. 10 pour les cokes... Cett-e taxe excessive affecte 
vivement toutes nos industries, dont les établissements s'échelon- 
nent dans les vallées que le chemin de fer parcourt... Situées à 
1.6 kilomètres d'Andrézieux et de la Loire, à 78 ikilomètres de Roanne, 
à 37 kilomètres de Givors, nos houilles paient sur le chemin de fer 
jusqu'au port d'embarquement le tarif si onéreux de fr. 08-.. Il 
est une des causes qui restreignent dans des limites étroites les 
expéditions de nos houilles par les voies navigables, etc., etc. 

La Commission d'enquête déclarait en 1884 : 

La Compagnie P.-L.-M. ne maintient ses tarifs du bassin de la 
Loire à un taux exceptionnellement élevé que parce qu'elle est dans 
cette région à l'abri de toute concurrence... Saint-Etienne est le seul 
point sur lequel la houille paye, à l'heure actuelle, 8 centimes par 
tonne et par ikilomètre... La Compagnie fait preuve d'une impré- 
voyance singulière, car elle ne manquerait pas, si l'état actuel des 
choses se prolongeait, de tuer la poule aux œufs d'or. 

La Commission demandait d'homologuer, dans le plus bref 
délai, les tarifs à l'étude « donnant une satisfaction complète 
à l'industrie houillère ». 

Ces nouveaux tarifs furent homologués en -1885. époque de la 
réforme générale des tarifs, préparée depuis 1881. 

Avant 1885, les houilles étaient transportées au tarif général 
sous le régime de la série spéciale et suivant les tarifs spéciaux 
23, 90, 95 (1). 

A cette série spéciale, le projet substituait la 6"'' série, dont 
le tarif de base était de fr. 08 jusque à 25 kilomètres, fr. 04 
de 26 à 100, fr. 03 au delà de 100. 

Auparavant, la taxe était de fr. 08 de à 100 kilomètres ; 
fr. 05 de 101 à 300 ; fr. 04 au delà de 300. 

Ces nouveaux tarifs ne furent homologués qu'après bien des 
négociations. La réforme s'appliquait à tous les tarifs généraux 
et spéciaux. Il serait inexact de dire qu'elle donna satisfaction 
complète à l'industrie houillère, pas plus qu'aux autres in- 
dustries. 

J'ai signalé, en effet, les réclamations qu'elle souleva, comme 
j'ai signalé les principales délibérations relatives aux tarifs de 



(1) Depuis 1885, les tarifs spéciaux de la houille portent les n»» 7, 
107, 307. Ils comportèrent jusqu'en 191!) de nombreux prix fermes. 



— 689 — 

transport des houilles avant comme après 1885, dans VHisioire 
économique de la Métallurgie de la Loire ^ dans V Histoire de 
la Chambre de Com^nierce de Saint-Etienne et dans les Résumées 
des Travaux et Comptes rendt&s des Travaux de la Chambre de 
Commerce (i). Il serait fastidieux de reproduire ou de résumer 
cette langue analyse. Ici j'ai voulu marquer simplement les 
trois étapes dçs tarifs de base pour le transport des charbons 
de la Loire : 

En 1826 : fr. 10, quelle que soit la destination ; 
En 1863 : fr. 08, de à 100 km. ; 

,. .oo. \ fr. 04, de 26 à 100 km. ; 
I fr. 08, de à 25 km. 

Je fais abstraction des nombreux prix fermes. 

La réforme de 1863 avait avantagé les charbons de Saint- 
Etienne par rapport à ceux de Rive-de-Gier. Le Mémorial de 
la Loire (13 avril 1864) précisait cet avantage : 

Rive-de-Gier vendait ses charbons sur place 2 fr. 40 par tonne 
de plus que Saint-Etienne, parce que le chemin de fer transportant 
a 10 centimes par tonne et par kilomètre et la distance entre Je 
bassin de Rive-de-Gier et celui de Saint-Etienne étant de 24 kilo- 
mètres, il y avait un bénéfice net de 2 fr. 40 à vendre les charbons 
de Rive-de-Gier aux mêmes prix que ceux de Saint-Etienne. Mainte- 
nant que le chemin de fer transporte à raison de fr. 08 par tonne 
et par kilomètre, la différence ne sera plus que de 1 fr. 92, et Rive- 
de-Gier perd ainsi 48 centimes par tonne. Première cause de 
dépréciation. 

La réforme de 1885 eut un effet analogue souligné par l'in- 
génieur en chef des mines (^) : 

La « réduction (du prix de vente) a été très sensible pour les 
houilles du bassin de Rive-de-Gier par suite de l'application 
des nou-veaux tarifs de transport des charbons à destination de 



(1) On trouvera dans i' Histoire de la Chambre de Commerce (p. 80; 
un résumé historique, depuis 1869. de la question d'une deuxième Uone 
d€ Saint-Etienne h Lyon pour concurrencer la ligne P.-L.-M. En réalité, 
l'origine de cette question ost l>eaucoup plus anoienn^ et remonte A 
1^37. — Le Comité <les Houillères de la Loire crut devoir s'aKstenir on 
1?75 dans la quiestlon de la deuxième Ugn* (V. Lkskurk, p. &.%). 

(2) Rajjport du Pr<^fct au Conseil g(^n(^r:il, l^sn, jt. Mf». 



— 690 — 

Lyon. D'après ces tarifs, les transports de SaintrEtienno sur Lyon 
ont vu leurs prix s'abaisser de 1 fr. 80 par tonne, tandis que 
ceux de Rive-de-Gier à Lyon n'ont été abaissés que de 1 franc. 
Comme l'acheteur a été seul à bénéficier de cet abaissement 
des tarifs, les mines de Rive^de-Gier ont dû consentir une ré- 
duction de fr. 80 sur les prix de vente, dans lei seul but de 
combler la différence' résultant de ces transports, afin de con- 
server ainsi le marché de Lyon (l) ». 

M. Leseure (p. 261) a indiqué les réductions obtenues en 1885 
pour d'autres destinations (Paris, le Greusot, Marseille, Mo- 
dane, etc.) et portant sur des prix fermes ou prix fixes de gare 
à gare, c'est-à-dire indépendants du barème kilométrique à base 
décroissante de 8 centimes, 4 centimes, etc.. 

Les tarifs communs à plusieurs Compagnies ne furent pas 
changés. 

En somme, malgré des améliorations assez notables, l'iné- 
galité des prix kilométriques au détriment de Saint-Etienne 
fut maintenue. Le bassin de la Loii^ continua à subir un régime 
exceptionnellement défavorable. Dans une brochure publiée en 
1896, Note sur les tarifs successifs du transport des combustibles 
du bassin houiller de la Loire depuis 1840, le Comité des houil- 
lères n'hésita pas à attribuer à raction des tarifs la décadence 
du» bassin de Saint-Etienne (2). 

Une nouvelle réforme générale des tarifs^ comportant l'uni- 
fication pour toutes les Compagnies, à l'étude depuis 1018, a 
motivé pour les combustibles minéraux une proposition insérée 
au Journal Officiel du 16 septembre 1918 et une décision portant 
homologation, insérée au Journal Officiel du 24 novembre 1919 
(application du 1*^'' décembre). En outre, la loi du 31 mars 1918 
a majoré tous les tarifs de 25 %, la loi de finances du 29 juin 
1918 (art. 32 et 34) a établi de nouveaux impôts sur les transports 
en P. V. et enfin la loi du 14 février 1920 a relevé encore les 
tarifs de 115 %, majoration qui s'ajoute à celle de 25 %, sans 



(1) La réduction opérée par le tarif n'était gue de 1 fr. 32, mais à 
cause de la réduction des frais de gare à fr. 25, elle arrivait à 1 fr. 80. 

(âj Dans son Historique des Mines de houille de la Loire (p. 194, 195, 
242, 244, 255, 259, 268), M. Leseure a fourni des précisions intéressantes 
sur la répercussion et la modification des tarifs de chemins de fer. 



— 691 — 

porter sur cette dernière majoration. Le produit du relèvement 
de 115 % n'est pas passible des impôts établis en 1918. 

Les ooefficients de relèvement (en tenant compte des majo- 
rations d€ 140 % et de T impôt), par lesquels il convient de 
multiplier les taxes anciennes pour retrouver les nouvelles, 
atteignent 2,89 à 100 km. ; 2,83 à 300 km. ; 3,08 à 500 km. ; 
3,35 à 800 km. En outre, de nombreux prix fermes ont été 
supprimés. 

Mais la crise des charbons a atteint, de 1917 à 1920, un tel 
degré d'acuité que, malgré les prix à la mine (tarifés par le 
Gouvernement), malgré la taxe de péréquation, malgré le coût 
du transport, on assiégeait les bureaux de répartition et les 
détenteurs de combustible pour avoir le pain noir du chauffage 
domestique, le pain de l'industrie. A l'heure où j'écris, la crise 
de chômage a succédé à la crise des charbons et ces tarifs, ainsi 
que les prix, pèsent lourdement sur les industries consom- 
matrices. 



)5 14 - LE TRANSPORT DE LA HOUILLE 
A L'INTÉRIEUR DE St-ÉTIENNE 



J'en aurai fini avec la question du transport des houilles en 
signalant trois arrêtés du Maire de Saint-Etienne (l*"* octobre 
1851, l*"^ avril 1853, 5 mars 1859) relatifs ao transport des 
houilles à l'intérieur de la ville. 

L'arrêté de 1851 ordonnait que les houilles de l'ouest et diu 
nord-ouest, destinées à être chargées soit sur le chemin de fer 
de Lyon, soit sur le chemin dei fer d'Andrézieux, seraient em- 
Ikirquées sur l'embranchement de Montrambert, à la gare des 
Troù-Cains. 

Cette prescription resta Scins effet, faute d'emplacement 
pour les déchargements. I.#es rue^s «issigné^^s à la circulation des 
houilles étiiient trop étroites, la circulation générale y était en 
danger. 

L'arrêté de 1853 décida qaie les houilles venant de l'ouest ne 
yionrniient rejoindre la route de liyon qii'on suivant hs rn<*s du 



- 692- 

Puy, des Pénitents, Beaubrun, le cours SaintrPaul, la rue de 
la Pareille et la rue de la Paix. 

L'arrêté de 1859 ordonna que les houilles amenées de l'ouest 
et destinées aux gares de Chàteaucreiux et de Bérard ou aux 
fours à coke et usines en dehors de 1 octroi urbain n'emprun- 
teraient pas les voies urbaines. Elles devaient être transportées 
par la gare du Clapier, récemment construite, à moins d'em- 
prunter les voies non pavées hors de la limite de l'octroi. L'ar- 
rêté défendait de décharger le charbon bur le sol des rues. Il 
fallait retirer la houille des tombereaux dans des sacs ou des 
paniers. 

Cet arrêté, inspiré par le souci de la propreté des rues et 
celui de la conservation des pavés, est toujours en vigueur (i). 




(1) Recueil des Règlements de police de La ville de Saint-Etienne (1859). 



^^ ^L ^L JjA^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ « ^^ 



CHAPITRE XI 



Les Institutions Scientifiques 



M-L'ÉCOLE NATIONALE des MINES de St-ÉTIENNE 




'histoire de cette éoole a été écrite par M. Bahn, 
ingénieur au Corps des Mines et directeur- 
adjoint do l'Ecole (1). Il ne saurait être question 
d'en donner ici ume analyse. Je me permettrai 
de rappeler certains points et d'en compléter 

quelques autres. 
L'ancienne monarchie, en 1766, avait songé à créer une Ecole 

des Mines. Elle avait choisi Roche-la-Molière pour l'y installer. 

Il est fâcheux que ce projet n'ait pas reçu son exécution, le 

Gouvernement n'ayant pu obtenir de ceux qui les devaient les 



(1) Extrait du nuW'tin de l'Industrie minérale, 1900 ; voir la notice 
complémentaire publif^e par M. Friedkl, directeur, dans le même BtillO' 
tin, en 1910. De^)uis que ce sous-chapitre a été rédigé, l'Ecole a célébré 
son centenaire. A cette occasion, de nombreux faits historiques ont 
été rappelés et sont consi^és dans la brochure Le Centenaire de l'Ecole 
des Mines de Saint-Etienne (1921), h laquelle U convient <le se reporter. 
M. Petit y a évoqué la mémoire des célébrités sorties de l'Ecole. 
M, Perrin-Pelletier, directeoir-ad joint, a retracé magistralement l'histo- 
rique de l'Ecole, et un élève, M. de Ceccaty, le rôle de l'Ecole i>endant 
la guerre. 

45 



- 694 — 

subventions nécessaires (i). L'Ecole des Mines de Paris fut 
créée par arrêt du 19 mars 1783, à l'instar de l'Ecole royale 
des Ponts et Chaussées (2). 

Cette école fut supprimée en fait, puis rétablie sous la Ré- 
volution. Dans le bassin de Saint-Etienne, les agents de l'Etat, 
le Comité d'instiiiction publique réclamaient la création de 
l'institution différée en 1766. La commune do Saint-Etienne 
autorisa <( le citoyen Duihamel, inspecteur des mines de la Répu- 
blique », à professer un cours gratuit de minéralogie (1795) (•^). 

Vint le Consulat, qui ferma de nouveau l'Ecole de Paris, et 
qui créa les écoles pratiques de Geislautern (Sarre) et de Pesey 
(Savoie), l'une pour les houillères et les mines de fer, l'autre 
pour les mines métalliques, de plomb et de cuivre principa- 
lement. L'B^cole de Pesey, reprise par le Gouvernement sarde, 
subsista officiellement jusqu'en 1846 (4). 

Par suite des traités de 1815, Geislautern et Pesey cessèrent 
de faire partie de la France. Beaunier, directeur de- l'Ecole de 
Geislautern, fut nommé ingénieur em chef à Saint-Etienne. 
Tous ses efforts tendirent à créer dans cette' ville une Ecole 
« tant pour l'instruction pratique des élèves sortis de l'Ecole 
des mines de Paris que pour l'instruction des directeurs et 
maîtres-ouvriers des mines et usines de France ». Le besoin de 
directeurs locaux des mines se faisait d'autant plus sentir qu'il 
n'y avait peut-être pas un seul maître mineur sachant lever un 
plan souterrain. 



(1) Voir suprà, p. 83, 87, et Brossard : Etudes historiques sur les Mines 
de houille de la Loire, p. 98, 99, 101, 103 et 109. 

(2) La notice historique die M. Aguillon sur l'Ecole des Mines de Pari-s 
{Annales des Mines, 1889) rens-eigîie sur les tentatives pour la création 
d'un enseig-nement à Paris avant 1783, et sur les écoles de PeSey et de 
Geislautern. 

(3) Brossard, p. 186 ; Galley, Saint-Etienne sous la Révolution, IIT, 
p. 59. 

(4) La Savoie et la Haute-Savoie formaient alors le département du 
Mont-Blaii(C. L'Ecole de Pesey fut transférée à Moûtiers, en 1803, dans les 
bâtiments occupés aujourd'iiui par l'hôpital, sur la route de Bourg- 
Saint-Maurice. La belle fonderie de cuivre et de plomb de Conflans, à 
Albertville, dont les bâtiments sont occupés aujourd'hui par une 
fabrique de pâtes alimentaires, servit aux études pratiques des élèves 
et fut créée dans ce but {Annales des Mines, 1889, p. 525, 527, 540). 



— 695 — 

Mais le Con&eil général des Mines dénatura le projet de 
Beaunier, p»rétendant ne pas vouloir effrayer les mineurs par 
l'aspect de tout un appareil de science qui pourrait les écarter 
de l'Ecole. 

L'Ecole des Mineurs de S aint-È tienne fut créée par ordon- 
nance royale du 2 août 1816 (1-). Une autre ordonnance, du 5 
décembre suivant, rétablit l'Ecole loyale des Mines de Paris où, 
indépendamment des élèves ingénieurs de l'Etat, se présen- 
tèrent librement d'anciens élèves de l'Ecole polytechnique, 
admis sans concours, et où se présentèrent aussi en grand 
nombre les candidats ayant échoué à rEcole polytechnique. Ce 
mouvement fut à peine ralenti en 1829, lors de la création de 
l'Ecole centraJe des Arts et Manufactures (2). 

Les clauses et conditions générales des cahiers des charges 
des concessions de la. Loire stipulèrent (art. 34) que les conces^ 
sionnaires procureraient un libre accès dans leurs mines aux 
élèves des Ecoles de Paris et de Saint-Etienne (3). 

L'Ecole de Saint-Etienne fut installée « rue d'Artois, au delà 
de la place Marengo », dans la maison portant aujourd'hui le 
numéro 3 de la rue de la Préfecture. Dans le partage des col- 
lections des écoles de Pesey et de Geislautern, Saint-Etienne 
fut sacrifié. Il ne reçut qu'une^ partie de >ce. que les décisions 
officielles lui attribuaient. 

De cette époque datent les tiraillements entre les Ecoles de 
Paris et de Saint-Etienne. 

Le caractère officiel modeste de l'institution à ses débuts se 
transforma immédiatement, grâce à la valeur des candidats 
admis à l'Ecole. I>e Conseil général des Mines et l'Ecole de 
Paris supposèrent, au contraire, pendant longtemps, que les 
élèves de Saint-P]tienne ne possédaient que les connaissances 
très élémentaires exigées par l'ordonnance de 1816. Ils ne vii*ent 
en eux que de futurs maîtres mineurs. 

Dans toutes les ciroonstancee où le Conseil central des Ecoles d€s 
mines eut à s'occuper de propositions relatives à l'Ecole de Saint- 



(1) Sur le projet de Beaunier, comparer BROSSAno, p. 330-332, et Babu, 
p, 17-26. Sur le rôle^ de Beaunier dans la Sarre, v(.:r la Bévue des Deux» 
Mondes (15 juin 1918). 

(2) AGUiLLON, Armalrs des Mines, 18ft0, p. 566. 

(3) V..ii l'.nnssAUi). i>. 347-348. 



— 696 - 

Etiemie, il s'efforça de lutter contre l'extension de plus en plus 
grandie que les directeurs de cette école tendaient continuellement 
à lui donner. La Commission spéciale de 1848 avait déjà développé 
cette idée ; elle avait fait remarquer que l'Ecole de Saint-Etienne 
avait été détournée de sa destination primitive, qu'on prétendait 
y préparer des directeurs, alors qu'elle avait été créée pour y 
former des ch^fs d'ateliers et des contremaîtres ; elle avait reconnu 
qu'il était trop tard pour revenir sur l'état actuel des choses, mais 
elle avait pensé qu'il fallait résister à toute nouvelle extension (1). 

Or, les élèves de Saint-Etienno avaient reçu une éducation 
et une instruction soignées sur les mathématiques et sur les 
sciences physiques, voire même sur le droit. De 1816 à 1830, 
sur deoiix cents élèvets admis depuis l'origine, cinq ou six seu- 
lement étaient fils d© mineurs ou de chefs ouvriers et ne pos- 
sédaient qu'une instruction primaire. Aussi, pour permettre à 
ces derniers élèves de suivre les cours, il avait fallu créer deux 
sections. Les élèves sortis de l'Ecole dirigeaient effectivement 
de grandes exploitations et des établissements métallurgiques 
importants (2). Dès ses débuts, l'Ecole formait donc des ingé- 
nieurs civils^ le mot civils étant réquivalent de libres (sans 
attache avec l'Etat), signification qu'on lui donne en Angleterre, 
pays d'origine du Génie civil. 



Parmi ces ingénieurs, il y avait de futures célébrités : 
Fourneyron, inventeur des turbines hydrauliques, qui appartmt 
à la première promotion (1819), et Boussingault, qui appartint 
à la promotion suivante. La Société amicale des anciens élèves" 
possède les bustes de ces « ancêtres », et aux cérémonies d'inau- 
guration, le président de la Société, M. Murgue, a exposé 
longuement leur vie et leurs œuvres. Grâce aux Mémoires de 
Boussingault — qui n'ont pas été mis en vente, mais dont 
l'Ecole possède un exemplaire — M. Murgue a évoqué devant 
l'auditoire les souvenirs des premières années de l'Ecole. Dans 



(1) Aguillon, Notice historique sur l'Ecole des Mines de Paris {Annales 
des Mines, 1889, p. 614). Le Conseil de cette Ecole avait été transformé, 
en 1848, en Conseil central des Ecotes des Mines. 

(2; Babu, p. 80. 



— 697 — 

son livre, M. Babu a cité aussi des extraits de ces Mémoires. 
Je tiens à leur faire de nouveaux emprunts, car, grâce, à eux, 
on peut reconstituer le souvenir des hommes et des choses de 
ce temps-là. 

Boussingault, né à Paris, voulait apprendre le « métier de 
mineur », où il utiliserait ses connaissances scientifiques. Elevé 
dans un lycée de Paris, il avait suivi les cours publics du 
Collège de France. Le programme d'admission à l'Ecole de 
Saint-Etienne n'avait pas prévu oo genre de candidat. A 
l'examen d'entrée de l'Ecole — examen qu'on ne passait pas 
obligatoirement à Saint-Etienne — on demandait peu de 
choses : la géométrie, l'algèbre jusqu'aux équations du second 
degré et mnie composition française. L'examinateur Trémery, 
ingénieur des mines, ne comprenait pas ce que des Parisiens 
allaient faire à l'Ecole des Mineurs ! 

On mit dans le trousseau du jeune homme un habit bleu 
d'officier, destiné à devenir l'uniforme de l'Ecole, habit d'un 
oncle qui avait fait les campagnes de l'Empire. C'était en 1818. 

Boussingaai'lt fit à pied la route de Paris à Saint-Etienne, avec 
50 francs dans sa poche pour ses frais de voyage. Chaque mois, 
il recevait 60 francs pour sa pension, dont 10 francs donnés par 
sa mère en cachette. Très fatigué à l'arrivée, il entra dans la 
ville dans un char à charbon vide, où le voiturier voulut bien 
le laisser monter (l). 

Saint-Etienne lui parut triste, noir et malpropre. L'Ecole était 
à la sortie de la ville, sur la route de Montbrlson P). Son labo- 
ratoire de chimie, établi sur des plans rapportés d'Angleterre 
par de Gallois, était autrement élégant qiue celui du Collège 
de France. I^a bibliothèque était assez complète. 

Il y avait neuf élèves dans chacune des deux divisions. 
Fourneyron, le plus malin des élèves, « très avocat », très 
amusant, fut, ses éludes terminées, employé au. tracé du premier 



(1) Oïl cnti.Lit par la route rlo CAto-Thiolliôre et de la Montât, la 
route actuelle de Saint-ChamoiDdl n'étant pas encore construite. 

(2) Léffftrn nrrpiir. I /Ecole était sur la route de Roanne, qui, d'aijleura, 
devait ôtre i-m m i colle de Monii.ri i, par la Gouyonnic'^re et André- 
zieux), laquelle II! ai)aridonncT la n.iiic pai- r.Atc r.ii.nide et Saint-Just. 



chemin do fer (1). La plupart dt^s élèves et Fourneyron lui- 
même sortaient du collège communal de Saint-Etienne. Ils 
étaient laborieux, très gais, bienveillants. Parmi eux se 
trouvaient quelques gouverneurs de mines, passablement in- 
cultes, et des ouvrier® qui ne pouvaient suivre tous les cours, 
mais qui furent très utiles pour l'enseignement pratique. 

Dyèvre faisait partie de ces élèves ainsi que Baude, élève 
libre. 

Le directeur de l'Ecole, Beaunior, enseignait très bien la 
géologie. D'après Boussingault, son talent de chanteur aurait 
contribué à son avancement. Boussingault a manifesté ici le 
caractère frondeur de tout élève contre ses professeurs. Ecrivant 
ses Mémoires longtemps après sa sortie de l'Ecole, il aurait 
pu rappeler cependant la personnalité très éminente de 
Beaunier et les services immenses rendus par celui-ci à la 
région de/ la Loire. 

De Gallois, professeur de métallurgie, était suppléé par 
Thibaud, aspirant des mines, très laborieux, brouillon et 
pédant (2). 

Burdin, Savoyard d'origine, professeur de mathématiques, 
esprit original, peu clair, peu pratique, eut l'idée des turbines. 
Il s'associa à Fourneyron pour entreprendre leur construction. 
Mais ils ne purent s'entendre. L'association dura deux ans. 
Fourneyron amena la turbine à un étonnant degré de perfection. 
Burdin, qui était un rêveur, essaya de tout et ne fit rien de bon. 
Il n'eut pas la loyauté de déclarer que la turbine qu'on avait 
réussi à faire fonctionner n'était pas la sienne. 

Desroches ou Moisson-Desroches, professeur d'exploitation 
des mines, était un nain avec une figure de singe (son portrait, 
en uniforme d'ingénieur des mines, est au Musée de Saint 
Etienne). D'un caractère excellent, il possédait un talent d'ex- 
position et un talent de dessinateur remarquables. Il adressait 
au Roi des mémoires suir le gouvernement de la France, il 
bâtissait des théoriies impossibles sur tous les sujets. Il engagea 



(1) Boussingault parle de l'année 1820. Le chemin de fer ne fut con- 
cédé qu'en 1823. On en parlait depuis le retour d'Angleterre de De 
Gallois, en juin 1818. 

(2) Sur Beaunier et de Gallois, voir mon Histoire de la Métallurgie, 
p. 27 et 32. 



— 699 — 

une discussion dans les journaux sur une question» thérapeu- 
tique avec un médecin de Saint-Etienne, Lanyor. Cette polé- 
mique amena un duel entre Lanyer et l'élève de l'Ecole des 
mines Laulanier, en 1826, duel que M. Murgue a raconté dans 
une circulaire de la Société des Anciens Elèves. Moisson- 
Desroches est mort en 1865. Sa tombe, au cimetière de Mont- 
brison, porte' l'inscription : Promoteur des chemins de fer. 

Guényveau, professeur de chimie et de métallurgie, qui avait 
un bras plus court que l'autre, était un excellent homme, spi- 
rituel, très timide, récitant à midi- la leçon apprise à dix heures. 
Sperowitz, maître de géométrie souterraine, autrichien venu 
à Saint-Etienne avec les armées, ennemies, conduisait les élèves 
dans les mines pour lever des plans. Il était très ignorant. 

Le Boulanger, ingénieur des mines, attaché au laboratoire, 
avait une infirmité g-rave de l'estomac. Son état physique et 
moral empira. Il finit balayeur de rues à Lyon, où i'un de ses 
camarades l'arracha à ces fonctions. Boussingault dit qu'il 
devait à Le Boulanger beaucoup de ce qu'il avait appris et que 
Le Boulanger l'avait en grande affection (i). 

Boussingault, de concert avec un camarade, loua une 
chambre garnie à Saint-Etienne, au prix de 15 francs par 
mois. Les deux amis préparaient eucx-mêmes leurs repas ; on 
se procurait aisément du vin du Rivage à 10 centimes la bou- 
teille. Il loua ensuite une autre chambre pour 20 francs par 
mois, ei il prit ses repas dans un cabaret voisin de l'école, où 
les élèves mangeaient à table d'hôte pour 35 francs par mois. 
Le menu se composait : d'une soupe, d'un rôti (du chevreau 
généralement), de légumes et de fromage. Le vin et le pain 
étaient à discrétion. 

Les élèves fréquentaient beaucoup le théâtre où, au parterre, 
ils payaient 60 centimes. Le théâtre de Saint-Etienne était alors 
rue de la Comédie. 

L'uniforme de l'F^cole était bleu de ciel, avec deux pics 



(1) \J Annuaire des Anciens Elèves indique, comme cadre de l'Ecole 

en 1819-1820 : HeaunJer, directeur ; Desroches, Burdin, De Gallois, pro* 

fesseurs ; Thibaud, suppléant. Le Boulanger figure dans le cadre de 
1824. Il n'était pas titulaire en 1820. 



— 700 — 

croisés en "or ; dansi les grands jours, on portait le chapeau à 
cornes et l'épée (i). 

Tous les élèves étaient libéraux et lanticléricaux. Baude, 
élève libre, organisait les manifestations contre les plantations 
de croix do mission, manifestations qui consistaient à chanter 
des chansons de Béranger (2). 

On distribuait des prix aux élèves. Les dames assistaient à 
la distribution. Boussingault obtint un beau niveau d'eau, 
comme premier prix dans la deuxième division. 



Il est regrettable que d'autres anciens élèves de l'Ecole n'aient 
pas publié des mémoires. 

Très peu de temps après Boussingault, Combes était pro- 
fesseur à l'Ecole. Il devait succéder à Baude comme directeur 
des Mines de Firminy, être « l'artisan de la transition de la 
mine ancienne à la mine moderne », publier le premier traité 
français d'exploitation des mines ei entrar à l'Académie des 
sciences. Nommé en 1823, Combes ne professa qu'à partir de 
1826 (3). 

La même année, Jabin (Pierre-Félix) était nommé professeur 
de dooimiasie et de minéralurgie. C'était le fils d'un ancien colonel 
de la garde d'Eugène de Beaiuihamais, vice-roi d'Italie. Jabin 
dirigea une verrerie, et ensuitei la mine de Bérard qui porte 
son nom, et où, âgé de 31 ans, il mourut d'un accident de 
machine le 31 mars 1833 (^). 



(1) « Les élèves sont aunonsés à porter un frac bleu de roi^ croisé 
sur la poitrine, avec des boutons de métal jaune ayant pour légende 
Ecole des Mineurs de Saint-Etienne, et, au centre, une fleur de lis. Les 
élèveis brevetés ont seuls le droit, après leur sortiei, de porter l'uniforme 
de l'EcoJe » (Duplessy, Essai statistique sur le Département de la Loire, 
1818, p. 88). L'uniforme fut modifié en 1830, consacré officiellement dans 
le règlement de 1831 et modifié encore en 1853 (Voir Babu, p. 75, 76, 126). 

(2) Baude, qui devait fonder en 1820 la Compagnie des Mines de Boche- 
la-Molière et Firminy, et être son premier diirecteur, avait 28 ans. Il 
avait déjà été sous-préfet die Saint-Etienne et de Boanne (Voir p. 232). 

(3) Bulletin de VIndustrie minérale 1900. p. 453. Dans ce bulletin et 
à la Suite de l'historique de M. Babu, M. Jouguet, professeur à l'Ecole, 
a publié la liste de tous les directeurs et professeurs de l'Ecole, avec 
des notices sur les principaux d'entre eux. Sur Combes, v. p. 276. 

(4) Bulletin de la Société industrielle de V arrondis sèment de St-Etienne, 
1833, p. 243. Lei même Bulletin a publié (p. 117) le discours que Jabin 
prononça à la distribution des prix de l'Ecole le 15 août 1832. 



» — 701 — 

Un an après Jabin, en 1827, Fénéon était nommé professeur 
de minéralogie et de géologie. Il resta à l'Ecole jusqu'en i850 
où, victime momentanée des polémiques que souleva le trust 
des houillères' de la Loire, il fut révoqué. C'était un professeur 
très distingué et ses élèves lui adressèrent une belle lettre de 
regrets. Mais sa disgrâce dura peu, car, en 1851, il était nommé, 
avec avancement, ingénieur en chef de première classe à 
Avignon (l). 

A cette pléiade des premiers professeurs appartenait Blavier, 
qui créa en 1826 le premieir cours public de mécanique indus- 
trielle professé à Saint-Etienne p). Gruner, professeur de chimie 
et de métallurgie, ne fut nommé qu'en 1835. 



En 1831, une ordonnance royale et un règlement relevèrent 
les conditions d'admission et le niveau des études. Ils substi- 
tuèrent cà l'ancien brevet de sortie des brevets de 1"^, 2°^^ et 3'"' 
classes ; ceux de 1"^ et de 2*"^ classes conféraient, en fait^ les 
fonctions d'ingénieur, bien que le mot ne fût pas prononcé. 

En même temps, on créait des cours pour les ouvriers, cours 
du soir et du dimanche, qui n'eurent pas grand succès. Annoncés 
par la Presse locale, ils durèrent une vingtaine d'années (3). 
UEcole des Maîtres mineurs dWlais^ créée par ordonnance 
du 22 septembre 1843, rendit ces cours moins utiles. Plus 
tard, en 1893, le Comité des Houillères de la Loire crée.ra V Ecole 
des Aspirants Gouverneurs. 

Relevés en 1841, en 1867, en 1882, en 1887, les programmes 
d'admission et les cours firent porter la durée des études en 1879 
à trois ans, au lieu de deux (4). Les établissements préparatoires 
devancyiient d'ailleurs les aiuieménlations officielles de pro- 
grammes et anticipaient sur les cours. Dès l'origine, l'ensei- 
gnement effectif avait dépassé celui prévu par les règlements. 



(1) Avenir Râptiblicain, joiiinnl *\o Saint l.tiiniio, 2^ novomlnp 1850, 
18 mars 1851. 

(20 Mercure Sénusien, 21 janvier 182&. 

(3) Rabiî, p. 83 ; Mercure Ségusien, 9 novembre 1834 ; Le Coninirrcc 
sféphanois, 21 (K'cembre 1845. 

(4) A l'Ecole flos Mines do Paris, la. srolarit(\ pour los cours profes- 

si'Tinc! , fut )>(.r-1i'c ;i fims ans en 1H4S, missi hicii j)()iir les élèves- 



-- 702 - 

Aussi, en ' 1846, un magistrat stéphanois appelait l'Ecole du 
Saint- Ktienne : r Ecole puly technique de la Province, bien que 
la grande Compagnie des Mines de la Loire, celle du monopole, 
dirigée par des ingénieurs d€ Pans, l'appelât encore, en 1853 : 
V Ecole secondctlre de Saint-Etienne (l). 

Kn 1882, un décret substitua le titre d'Ecole des Mines à celui 
d'Ecole des Mineurs, qui créait une confusion avec les écoles 
de maîtres mineurs d'Alais et de Douai. Mais, en 1883, l'Ecole 
de Paris reçut le titre d'Ecole nationale supérieure des Mines. 
Ce ne fut qu'en 1887 — tant les résistances éprouvées à Paris 
étaient grandes — qu'une décision stipula que les brevets de 
l'Ecole de Saint-Etienne porteraient la mention : « Brevet 
d'ancien élève apte à exercer les fonctions d'ingénieur ». Or, 
déjà en 1865, sur 546 élèves, 474 avaient rempli ou remplissaient 
les fonctions d'ingénieur. 



J'interromps ce bref exposé pour parler du « château de Ghan- 
tegrillet », où fut logée et où est encore logée l'Ecole. Sans la 
guerre de 1914-1918, un nouveau transfert aurait eu lieu, et le 
château serait tombé sous le pic des démolisseurs. 

Ce château fut construit vers la fin du xviir siècle par Jean 
Claude Chovet de la Chance p), desoeindant d'un sieur Guillaume 
Chovet, enrichi dans le commerce et l'industrie de la soie ou 
des rubans, et qui s'offrit le luxe de faire enregistrer ses 
armoiries par d'Hozier. Ses successeurs achetèrent des terres 
nobles, c'est-à-dire grevées de servitudes féodales, de telle sorte 
que J.-C. Chovet, en 1789, était seigneur de la Chance (aux 



ingénieurs (du Corps des Mines) que pour les élèves externe? (lîbresl. 
La communauté des études entre les élèves de Polytechnique et les 
autres élèves détermina la création pour ces derniers, en 1844, de cours 
préparatoires à l'Ecole même' {Annales des Mines, 1889, p. 72 et 605\ Les 
décrets de 1919 décident que l'enseignement est de deux années pour 
les élèves sortis de Polytechnique, et de trois années pour les autres 
élèves. Pour l'Ecole de Saint-Etienne, iJls décident que la durée des 
études est de trois années, mais qu'elle peut être réduite temporaire- 
ment à deux, qui est la durée fixée pour les anciens élèves de l'Ecole 
Polytechnique. 

(1) V. p. 322. et 429. 

(2) Broutin : Familles nobles du Forez, p. 17 ; notes de Descreux, 
23 juillet 1847. 



— 703 — 

Hayes, près de Gondirieii), de Chagnon, de la Faye, de Ghe- 
vrières, de Saint-Médard, d'Aveizieux, etc., etc.. Un véritable 
accapareur de seigneuries ! 

Rallié aux idées libérales, il avait découronné le château de 
Chovrières de ses créneaux, château que ses enfants cédèrent 
à la famille Neyrand, en 1825. Cet acte de vandalisme prouvait 
peiui en sa faveur. J.-G. Ghovet était aussi lieutenant de maire 
(principal adjoint) à St-Etienne, aide-major du rx>yal Jeu d'Ar- 
quebuse, membre du bureau de Saint-Etienne de. la Société 
royale d'Agriculture de Lyon, et riche, disait-on, à '2 millions. 

Ayant séjourné à Lyon pendant l'insurrection contre la Gori- 
vention, il fut porté sur la liste des ôonspirateurs, mais il 
échappa aux poursuites. On lui délivra même un certificat de 
civisme, parce qu'il offrit au Gomité stéphanois des subsistances 
les blés de ses domaines de Rochetaillée ei de Val benoîte. 

Après la Terreur, il fut nommé maire de Saint-Etienne et, en 
1797, administra tetuir du département. Le Gonsulat l'envoya 
siéger au Gon&eil général de la Loire, au Gonseil d'Agriculture, 
Gommerce et Arts de Sain tr Etienne. En 1803, il fut nommé 
(]éputé au Gorps législatif, et renommé en 1807. Enfin, en 1810, 
l'Empereur le créa baron. Il mourut en 1812, ayant traversé avec 
bonheur des régimes très différents ei figuré, sous chacun d'eux, 
sauf pendant la Terreur, au premier plan de sa province. 
Gomme son nom l'indique, il avait eu de la chance ! 

Quand le Préfet de la Loire venait de Montbrison à Saint- 
p]tienne, il descendait à Ghantegrillet, chez. Ghovet de la 
Ghance. 

Après la mort de^ J.-G. Ghovet, le château devint la propriété 
et la résidence du fils aîné, J.-B. Ghovet de la Ghance, qui était 
déjà sous l'Empire maire d'Outre-Furens, le château étant situé 
dans cette commune. Ce castel reçut des visites princières qui 
marquent la période la plus brillante, mais non la plus féconde 
de son histoire. 

La première de ces visiU'8 fut celle du comte d'Artois, qui 
logea au château le 22 septembre 1814. Taiiile la bourgeoisie, In 
veille encore napoléonienne, se prosterna devant celui qui 
n'avait rien appris, ni rien oublié. Le préfet Rambuteau avait 
pourvu à toutes les habitudes et à tous les agréments du prince. 



— 704 — 

Alt bal offert par le Commerœ, les dames de la ville exécu- 
tèrent une cantate. Le château fui illumirié. Une immense fleur 
(le liis en charbon enflammé se dessinait suir une pente escarpée 
de la montagne. Rambuteau, qui exagère peut-être, dit qu'on 
y avait employé deux oeiits voitures de charbon. Pour quatre 
francs on pouvait avoir, à cette époque, une tonne de bon menu 
de forge. 

En 1816, le 3 août, le duc d'Angoulême descendit au château 
de Ghantegrillet. On fit monter dans les appartements les métiers 
à lacets de M. Bonnand (ces métiers étaient alors une nou- 
veauté) et le métier à ruban de M. Boutarel, qui avait servi a 
fabriquer les garnitu;res de l'une des deux robes offertes à la 
duchesse de Berry. 

Le 29 juin 1826, troisième visite princière : celle de la Dau- 
phine, duchesse d'Angoulême, qui logea aussi au château de 
Ghantegrillet. Mais ce château n'appartenait plus à Ghovet de 
la Ghance, qui l'avait cédé au recevefur des finances de Saint- 
Etienne, Pierre Julliard. La princesse offrit un grand dîner. 
Dans la prairie du château, en présence de dix mille personnes, 
on tira un faui d'artifice^. 

La fortune de Julliard, qui hébergea « l'Antigone française », 
devait sombrer avec la monarchie légitime. Sa faillite — car 
certains receveurs des finances faisaient de la banque — fut dé- 
clarée en 1830. A la requête des syndics, on mit en vente, en 1834, 
le domaine de Ghantegrillet, d'une surface de 118.000 m. carrés. 
Gette propriété fut achetée par les Frères des Ecoles chrétiennes, 
qui firent constronire, plus tard, le collège Saint-Michel, situé 
alors dans la commune de Montaud. Ils esipéiraient vendre ces 
bâtiments à l'Etat pour servir de caserne, mais l'Etat préféra 
faire construire la caseirne de la Badouillère. Les Frères son- 
gèrent alors à se défaire de Ghantegrillet. Les Stéphanois 
auraient voulu que la Ville achetât château et domaine pour 
y loge-r le miuisée et pour servir de promenade publique. Mais 
le directeur de l'Ecole des Mines, Roussel-Galle, avait, depuis 
plusieurs années, proposé l'acquisition de Ghantegrillet pour y 
loger l'Ecole. Il obtint l'autorisation du Gouvernement et l'ac- 
quisition fut chose faite en 1848 (i). Je renvoie, stur ce point, au 



(1) Mercure Ségysien du 4 décembre 1830, 2() octobre 1834, 16 avril 
1847. Le .Tardin des Plantes, acheté en 1845 à la famille Pélissier, ne 
vit commencer ses plantations qu'en 1849. 



— 705 — 

livre (le M. Babu. Un plan du château et de ses dépendances, 
annexé à l'ouvrage, indique l'état des lieux en 1850 (i). Une 
partie de la prairie, sur la rue de Fontainebleau, fut vendue 
à la Ville en 1856. 

L'Ecole des Mines fut installée à Ghantegrillet en 1850. Elle 
abandonna son local primitif de la route de Roanne, qui était 
beaucoup trop exigu. Les Jésuites y ouvrirent, la même année, 
le collège Saint-Michel. En 1851, ils s'installèreint dans les bâ- 
timents des Frères, rue du Vieux-Montaud (^), qui, en 1848, 
avaient servi d'entrepôt national des marchandises. Le^ collège 
devait rester dans ces bâtiments jusqu'en ces dernières années. 

Le château de Ghantegrillet logea les directeurs de l'Ecole 
des Mines. Des bâtiments furent construits pour les cours, les 
salles d'études, les collections, les laboratoires, la bibliothèque. 
Le château reçut cependant la visite de l'un des « successeurs » 
du comte d'Artois, devenu roi de France sous le nom de 
Charles X. Ce successeur était M. P'élix Faure, président de la 
République, qui visita l'Ecole le 30 mai 1898. Le groupe des 
élèves, en grand uniforme, fut photographié par le corres- 
pondant de V Illustration. L'Harmonie des Houillères de Saint- 
Etienne joua la Marseillaise. 

Quant à la famille Ghovet de la Ghance, elle s'est éteinte à 
Lyon, en 1901. Déjà en 1841, J.-B. Ghovet avait,été ruiné dans 
la banqueroute d'un notaire de Paris, où il perdit 1.300.000 fr. 
\\ mourut en 1853. G'est lui qui, à la fin du premier Empire, 
avait ouvert sur ses terrains la partie orientale de la rue ac- 
tuelle de la rue de la République, qu'on appela rue Impériale, 
puis rue Royale. La petite rue de la Ghance, dans le quartier 
Saint-François, ne reçut oe nom qu'en 1857. Elle est dans le 
prolongement de- la rue de la République 

Une loi autorisant la reconstruction de l'Ecole des Mines f\ 
été promulguée le 4 août 1913. La dépense prévue était de 
1.093.000 francs, dont 605.000 francs fournis par le dép^irtement 



(1) La surface indiquée dans le livre de M. Rahii 6U\'n de 123.987 mètres 
carrés. 

(2) Avenir mpubllcMn, 10 octobre 1851. Ces hAtiinoiits furent achetés 
par une Sociét/6 civile formée par des notables st(''plianois : MM. Ralny, 
Palluat, Geriii, Diiplay, Colcombet, etc. 



• - 706- 

(je kl Loire, la Ville et la Chambre de Commerce de Saint- 
Etienne, les Sociétés houillères et métallurgiques, la Compagnie 
P.-L.-M. On devait édifier les nouveaux bâtiments près de la 
rue Fontainebleau, et l'on espérait que le Président de la Répu- 
blique poserait, en 1914, la première pierre. La gojerre a retardé 
l'exécution du projet. En 1919, on lui a substitué un autre 
projet sur un emplacement plus éloigné, cours Faairiel, près du 
Rond-Point. Mais là encore on a rencontré des résistances de 
la part des Administrations. Je regretterai, pour ma part, le 
« vieux décor » de Chantegrillet. 



Je reviens à l'Ecole. Légalement, en 1889, elle était sous le 
régime de l'ordonnance royale de 1831, bien que le programme 
d'admission établi par rarrêté ministériel de 1887 fût analogue 
aux programmes de l'Ecole des Mines' de Paris et de l'Eoole 
centrale. Mais l'acte organique de 1831 n'en faisait qu'une école 
technique secondaire. En conséqueince, pour l'application de la 
loi militaire du 15 juillet 1889, le Conseil d'Etat classa l'Ecole 
de Saint-Etienne avec les Ecoles de Douai et d'Alais. Tandis 
que les élèves diplômés de l'Ecole de Paris ne faisaient qu'une 
année de service, cet avantage n'était réservé qu'aux quatre 
premiers cinquièmes des élèves de Saint-Etienne ayant obtenu 
65 % du total des points. 

Tous les Corps constitués de la région prirent délibération 
sur délibération pour faire décréter l'assimilation avec l'Ecole 
de Paris. Ce fut en vain. 

Plus favorisés encore que les élèves de l'Ecole de Paris, les 
Centraux recevaient l'instruction militaire à l'Ecole même. Ils 
accomplissaient, en qualité d'officiers de réserve, une année de 
service' au régiment. 

La situation faitei à Saint-Etienne motiva cependant le décret 
du 18 juillet 1890, qui abrogea l'ordonnance de 1831. Ce décret 
décide (article l*''") que « l'Ecole des Mines de Saint-Etienne a 
pour but de former des ingénieurs et des directeurs d'exploi- 
tation de mines et d'usines métallurgiques ». L'ordonnance de 
1831, quant au but de l'Ecole, renvoyait à l'ordonnance de 1816. 
Elle indique que l'Ecole était établie « pour l'enseignement des 
jeunes gens qui se^ destinaient à l'exploitation et aux travaux 
des mines ». 



— 707 — 

Les brevets de l*"" et de 2°'*' classes furent remiplacés en 1890 
par le ce diplôme d'ancien élève apte à exerceir les fonctions 
d'ingénieur », délivré aux élèves ayant obtenu 65 % du total 
des points. Le programme d'admission de 1887 fut maintenu. 

La loi militaire du 21 mars 1905 égalisa le service militaire 
des élèves de toutes les écoles du Génie civil : une année dans 
un corps de troupe aux conditions ordinaires, instruction mili- 
taire à l'école, une année dans un corps de troupe comme officier 
de réserve. L'Ecole de Saint-Etienne fut placée sous ce régime. 
Saint-Etienne n'ayant qu'une garnison d'infanterie et de cava- 
lerie, les élèves reçurent l'instruction du fantassin. Il eût été 
facile, au contraire, de faire venir, sinon un cadre d'artillerie, 
avec ses chevaux, ses pièces et ses caissons, du moins un cadre 
du génie. Dans cette arme, les élèves auraient rendu des ser- 
vices appréciés (i). 

La loi militaire de 1913, rétablissant le service de trois ans, 
que la loi de 1905 avait réduit, supprima toutes les déro- 
gations, sauf pour l'Ecole polytechnique et l'Ecole forestière. 



L'Ecole de Saint-Etienne reçut la personnalité civile en 1905 
et l'autonomie financière en 1907 (^j. En 1909, un décret de réor- 
ganisation, du 21 janvier, lui donna le titre d'Ecole naiionale 
des Mines de Saint -Etienne, ayant pour but « de former des 
ingénieurs aptes à diriger les exploitations de mines et d'usines 
métal loiirgiques ». Le diplôme fut désormais un « diplôme d'in- 
génieur civil » (art. 30), alors que les brevets et diplômes 
précédents éludaient le titre en consacrant la chose. On trouvera 
dans la notice de M. Eriedel {Bulletin de r Industrie miner aU\ 
1910) tous les renseignements qui complètent l'historique de 
M. Babu sur les admissions, les cours, les exercices pratiques, 
les Conseils de l'Ecole, le budget, etc... 

Je signale que les programmes d'admission ont été encore 
modifiés en 1906 et que, depuis cette date, la préparation j\ 



(1) Aujourd'hui rinsti-urtion militaire est ^Miiihc |mi' nu capitalTie 
«lu pénle. 

(2) I,ois (le flnances du 22 avr-iil 1905, art. f>:i, cl du :U) janvier 1907. 
art. 76. 



- 708 — 

rKoole po'ut etiiie donnétî dans tous ies lycées pourvus do clcuàsots 
de mathématiques spéciales, tandis qu'auparavant le pro- 
gramme comiportait certaines matières, en chimie notamment, 
qui ne figuraient pas au programme d'admission à l'Ecole po- 
lytechnique. Aussi la préparation à l'Ecole des Mines se faisait- 
elle uniquement dans trois établissements secondaires de Saint- 
Etienne : le Lycée, la rue Désirée (Frères des Ecoles chrétiennes) 
et Valbenoîte (Frères Maristes) (i). 

Pour 35 à 37 élèves admis chaque année, de 1907 à 1913, il 
y eut de 154 à 212 candidats. Le concours donne aux études 
préparatoires une supériorité très remarquable, et aux études 
de l'Ecole un maximum de rendement utile. 

Deux déeirets du 19 septembre 1919 ont réorganisé les Ecoles 
de Paris et de Sainir Etienne. L'article l*'** de ces décrets définit 
le but identique de ce© Ecoles, avec la seule différence que 
l'Ecole de Paris forme, non seulement, comme celle de Saint- 
Etienne, des « ingénieurs civils aptes à diriger des exploitations 
de mines et des usines métal lurgicfues », mais encore des ingé- 
nieiuirs du Corps national des Mmes, c'est-à-dire des ingénieurs 
de l'Etat (2). Les diplômes portent le titre de « diplôme d'ingé- 
nieur civil des mines de l'Ecole de Paris » et de « diplôme 
d'ingénieur civil de l'Ecole de Saint-Etienne ». Ces décrets 
donnent une plus grande autonomie à ces Ecoles, comme l'ont 
demandé les représentants de l'industrie houillère. 

Avec un budget des plus modestes, une installation très dif- 
férente de celle de l'hôtel Vendôme, où siège l'Ecole de Paris, 
et « dont on ne voudrait pas dans un chef-lieu d'arrondissement 
pour une école primaire supérieure (3) », l'Ecole de Saint- 
Etienne a fait de grandes choses. Sa « pauvreté féconde » lui 



(1) En toute justice, il faut rappeler les succès éclatants remportés 
par Le Pensionnat des Frères des Ecoles chrétiennes, rue Désirée, pour 
l'entrée à l'Ecole, jusqu'à la laïcisaiion de 1904, qui a fait créer un 
étabdissement similaire à Lyon. 

(2) Le décret du 25 février 1914 sur l'Ecole des Mines de Paris défi- 
nissait ainsi je but de l'Ecole : « Former les ingénieurs du Corps 
national des Mines et donner l'enseignement aux élèves externes fran- 
çais et étrangers qui veulent obtenir le diplôme d'ingénieur civil des 
mines conféré par cette Ecole ». 

(3) Rapport de M Audiffred au Sénat (Voir Méianrial de la Loire, 
6 janvier 1908). 



— 709 — 

fait honneur. On a* signalé, en 1904, que chaque élève revenait 
seulement à 538 francs par an à l'Etat ! (^). 

Je ne rappellerai pas avec quelle facilité s'opère le placement 
des élèves à leai;r sortie de l'Ecole, facilité qu'enviaient jadis 
et qu'envient peut-être encore d'autres grandes Ecoles de Paris, 
l'Ecole Centrale notamment (^) ; ni les chiffres tant de fois cités 
et qui attestent la place prépondérante que les ingénieurs de 
l'Ecole de Samt-Etienne occupent dans les mines françaises (3) ; 
ni les noms des morts à la mine, victimes, du devoir, inscrits 
au martyrologe de l'Ecole ; ni le long martyroîbge de la guerre 
de 1914-1918 où, sur 468 niobilisés, 141 anciens élèves ou élecr^ 
sont tombés au Champ d'honneur (ces mobilisés ont obtenfiu 5 
rosettes de la Légion d'honneur^ 125 croix de chevalier, 14 mé- 
dailles militaires, 313 croix de guerre, au total 63S citations) ; ni 
enfin le rôle remarquable, éminent même, joué par tant 
d'anciens élèves dans la science ou dans T industrie, sur les 
1.900 ingénieurs sortis de l'Ecole de 1816 à 1914. 

L'Ecole de Saint-Etienne, malgré les règlements et l'hostilité 
qu'on lui manifesta à Paris, « a toujours été, dès l'année de 
sa fondation et par la force môme des choses, un établissement 
d'enseignement technique supérieur ». Le vieux brevet de l'Ecole 
des Mineurs était un titre modeste. Ses possesseurs lui ont 
donné une haute valeur, et on a dû reconnaître ce qu'il était : 
l'équivalent des diplômes des prandes écoles techniques de la 
capitale (^). 

Les titulaires du professorat ont généralement appartenu au 
Corps des Mines, comme l'indiquent les actes organiques de 
l'Ecole (5). J'ai cité ceux qui firent partie du cadre des premières 
années. A la suite du livre de M. Babu, on trouvera le tableau 



(1) Rapport fie M Gervais, député {IMd., 30 mai 1904). 

(2) Voir dans le Mémorial de la Loire du 17 décembre 1903 un article 
sur la situation des grandes écoles d'ingénieurs. 

(a) Fn 1896 : 182 de Saint-Etienne contre 35 de Paris et 22 de Centrale : 
on 1905 : 280 de Saint -Etienne contre 72 de Paris et 32 de Centrale, etc. 

(4) Bulletin de Vlndustrle Minérale, 1910, vol. 12, p. 482. *^ 

(5) Cette (jualité n'est plus strictement obligatoire depuis le décret 
de 1919. C'est le Conseil de l'Ecole qui propose au M-inlstre la nomi- 
nation des professeurs titulaires, adjoints, suppléants, maîtres de 
conférences, répétiteurs, chefs des travaux pratiques et chargés de cours 
temporaires. 

4(i 



— 710 — 

historiquia des professeurs et des notices sur Beaunier, Burdin, 
Combes, Glapeyron, Gruner, Gallon, Phillips, Bour, Lan, du 
Souich, Massieu, Mallard, Dupont (l). En dehors des professeurs 
titulaires, il y a eu et il y a encore des chargés de cours désignés 
par leurs spécialités, ou. pour suppléer à l'insuffisance -numé- 
rique du cadre réglementaire des professeurs. 

Je reproduis ci-après la liste des directeurs successifs de 
l'Ecole : 



MM. 

Beauni^ir, 1817-1835. 
R.ouss€l-Gall-e, 1835-1852. 
(iruner, 1852-im 
Du Souich, 1858-1860. 
Dupont, 1860-1868. 
Cacarrié, 1868-1873. 
De Cizancourt, 1873-1879. 
Castel, 1879-1880. 
Liénard. 1880-1881. 



MM. 

Meurgey, 1881-1882. 
Gonthier, 1882-1887. 
Oliy, 1887-1888. 
Leseure, 1888-1893. 
De Castoinau, 1893-1896. 
Tiauzin, 1896-1908. 
G. Fr.iedel, 1908-1919. 
Chippart, 1919. 



La Société des Anciens Elèves a inauguré en 1908, lors du 
Congrès de l'Industrie minérale, « l'hôtel des Ingénieurs », ou 
plutôt « l'hôtel des Sociétés d'ingénieurs », où elle a installé 
son siège social. Les bureaux de la Société de l'Industrie miné- 
rale, le oeircle des Elèves de l'Ecole des Mines, les Comités des 
Houillères et des Forges de la Loire et les Syndicats métallur- 
giques patronaux siègent dans cet hôtel. Tout le monde connaît 
cet élégant immeuble, à l'angle de la rue du Grand-Moulin et 
de l'avenue Président-Faune, dont les architectes, nommés au 
concours en 1904, furent MM. Teissère et Clermont, et le 
statuaire M. Paul Graff. Pendant la guerre, un hôpital de la 
Croix-Rouge, entretenu par de larges subventions des industries 
houillères et métallurgiques, a été installé dans cet immeuble. 



(1) La brochure sur le Centenaire de VEcole (1921) renferme également 
des notes importantes sur les célébrités de l'Ecole : directeurs, profes- 
seurs, 'anciens élèves. 



711 — 



!^ 2 - LA SOCIÉTÉ DE L'INDUSTRIE MINÉRALE 
et les REVUES TECHNIQUES de la RÉGION 



La Société' des Anciens Elèves de l'Ecole des Mines de Saint- 
Etienne est une Société amicale. La Société de l'Industrie mi- 
nérale est une Société savante ouverte à tous les ingénieurs, 
voire même à toutes les personnes qu'intéresse le but de la 
Société et qui sont présentées par deux membres aui Conseil 
d'administration. Ce but consiste à « concourir au progrès de 
l'airt des Mines et de la Métallurgie et des industries qui s'y 
rattachent ». En fait, la Société est le prolongement de l'Ecole 
ou piliutôt des Ecoles des Mines. 

Ce but avait été poursuivi, à l'origine de l'Ecole de -Saint- 
Etienne, par les élèves brevetés. Ils créèrent, en effet, en 1826, 
une publication périodique : Correspondance des élèves bre- 
vetés de V Ecole des Min.eMrs de Saint-Etienne. Un numéro parut 
en 1827, six numéros seulement dix ans après, en 1836-37. Cette 
Société scientifique de correspondance, à peu près dissoute, fut 
reconstituée en 1842 (i). Elle continua ses publications jusqu'en 
1847. 

Des ingénieurs de la région collaboraient aussi à la rédaction 
du Bulletin de la Société agricole et manufacturière de Saint- 
Etienne, rccoiistitu('e en 1820. (je périodique renfermait alors de 
nombreux articles dont on ne retrouve plus depuis longtemps 
l'équivalent. 

En 1848 fut constituée à Paris la Société des Ingénieurs civils 
de France^ société savante, composée en grande partie d'anciens 
élèves de l'Ecole centrale, mais ouverte néanmoins à tous les 
ingénieurs. Je rappelle à ce sujet que le président- fondateur de 
la Société, Eugène Flachat, était d'un<' f.iniille originaire de 
Saint-Chamond et que, par souscription entre les ingénieurs, on 



(1) ItnUi'lin (ir la Sori/'U; industrielle de Vnrrondiasemcnl de Saint- 
h:tlrnnr, 1«;ts, p ^>f};\ ■ Mrrnirr S/'«i,is}rn, 7 décembre 1842. 



— ?12 — 

lui éleva un buste en 1898, à Paris, boulevard Péreiro. Le 
piédestal porte sur l'une des faces l'inscription : A Eugène 
Flachat, ingénieur^ et sur l'autre face : Initiateur du génie civil 
en France. 

" Eugène Flachat (1802-1873), qui ne sortait d'aucune école 
technique, fut surtout un ingénieur des chemins de fer et un 
ingénieur métallurgiste. Peu connu dans noire région stépha- 
noise, ignoré même à Saint-Chamond, j'aî essayé de rappeler 
ses mérites et de reconstituer la vie de son grand-père, Jean- 
Claude Plachat (1718-1775), qui, après un séjour de quinze 
années en Orient, créa à Saint-Chamond une Manufacture royale 
de teinture et fut l'un des initiateurs de^ l'industrie cotonnière 
du Beaujolais et du Roannais. 

En 1855, la Société des Ingénieurs civils était surtout com- 
posée d'ingénieurs-constructeurs des chemins de fer (i). Gruner, 
qui était alors directeur de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, 
déplorait que les personnes qui s'occupaient de l'art desi mines 
et de la métallurgie fussent sans lien commun. Il groupa 
quelques ingénieurs qui jetèrent les bases de la Société de l'In- 
dustrie minérale et qui invitèrent à sa participation toute per- 
sonne prenant quelque intérêt aux travaux des mines et des 
usines métallurgiques. 

Cet appel fut entendu. Dès la première année 256 ingénieurs 
donnèrent leur adhésion. Saint-Etienne fut choisi pour siège 
social, parce que c'était le lieu de résidence des fondateurs et le 
centre du plus important district de forges et de mines que 
possédait alors la France. On ne prétendait pas y river à jamais 
l'entreprise (^). 

Depuis cette époque, le Nord et l'Est ont dépassé la Loire, 
comme importance métallurgique et minière. Mais le siège 
de la Société est resté fixé au lieu de sa fondation. Les trans- 
plantations sont nuisibles aux arbres profondément enracinés, 
et d'ailleurs, à deux repriseis depuis 1855, le Nord et l'Est ont 
été occupés et dévastés par l'ennemi, tandis que la Loire restait 
l'arsenal suprême de la France. 



(1) Buhletin de l'Industrie minérale, 1855, p. I (Rapport de Gruner). 
(21) Ibid., p. 2. 



— 713 — 

La Société ne devait, pas s<3 borner à publier des mémoires 
sur l'industrie minérale ou l'industrie sidérurgiq'ue. Elle devait 
être vraiment une association où, dans des réunions périodiques, 
il y aurait échange de communications et d'observations, où 
les Sociétaires seraient invités à recueillir des renseignements 
précis et à diriger leurs observations sur des points, des mé- 
thodes, des appareils spéciaux, observations que l'on classerait, 
que l'on comparerait et que tous pourraient consulter. En un 
mot, on devait stimuler l'esprit de recherches et d'activité « là 
où auparavant régnaient la routine et l'apathie ». 

Dans son rapport prélimmaire aiui fonctionnement de la So- 
ciété, Gruner reproduisit, dans un questionnaire de huit pages, 
les programmes arrêtés par les trois Commissions des mines, 
de la métallurgie et des constructions qui venaient d'être cons- 
tituées. 

La Société de^ l'Industrie minérale a répondu au but de ses 
fondateurs. A la différence de tant d'autres Sociétés — même 
savantes — mal constituées ou dans lesquelles des germes de 
mort ont été introduits, elle a vécu en pleine vigueur, elle a 
pris une extension considérable et elle n'a cessé de publier 
régulièrement les comptes rendus de ses travaux et son im- 
portant Bulletin, recueil de mémoires précieux cités à d'innom- 
brables reprises dans les ouvrages de haute science et dans les 
grands traités cjassiques, citations plus nombreuses peut-être 
que celles empruntées aux Annales des Mines, organe du Corps 
des Mines, et aux Annales de la Société des Ingénieurs civile. 
Depuis le 1^** janvier 1921, ce bulletin est devenru la Revue de 
/Industrie minérale, à la suite d'un accord avec le Comité 
central des Houillères de France, dont la Revue remplace une 
importante partie des ci roud aires économiques, statistiques et 
techniques. 

Bien que ce hvre n'ait aucun caractère technique, j'ai cité à 
de nombreuses reprises le Bulletin de l'Industrie minérale parmi 
mes sources de documentation. J'en profite pour rendre à la 
Société l'hommage que tout auteur doit à ceux qui l'ont ren- 
seigné. 

La création de la Société de l'Industrie minérale a eu pour effet 
de faire cesser à peu près complèU^ment la collaboration des in- 
génieurs tm' Bulletin de la Sortrfr Industrielle de Varrondis- 



— 714 — 

senienl de Saint-Etienne, devenu les Amtales de la Société 
d'Agriculture, Industrie, Arts, Sciences et Belles-Lettres de la 
Loire. Cette Société, la plus ancienne des Sociétés savantes de la 
région, existait déjà à l'état embryonnaire en 175-2, comme bureau 
particulier de la Société royale d'Agriculture de Lyon. Recon- 
stituée à Saint-Etienne en 1920, elle fusionna en 1850 avec la 
Société des Sciences naturelles ot des Arts de Saint-Etienne, 
créée en 1847. Elle a vu échapp3r à son Bulletin, non seulement 
les matières traitées par les ingénieoiirs, mais encoire les matières 
concernant l'hygiène publique, lorsque fut créée, en 1857, 
la Société de médecine de Saint-Etienne. La fondation, en 1862, 
de la Diana, Société historique et archéologique du Forez, di- 
minua, sans la supprimer complètement, la collaboration des 
Historiens locaux. La création d'une Société d'Economie poli- 
tique à Sainti-Etienne en 1880, reconstituée en 1891 sous le nom 
de Société d'Etudes économiques de la Loire, la création en 
1898 de la section stéphanoisa da Géographie commerciale, lui 
enlevèrent encore des collaborateurs. Seule, ragriculture reste 
son domaine particulier, sinon exclusif, car il existe des Sociétés 
de viticulture, d'apiculture, de motocuilLure et d'horticulture. 

La Société de l'Industrie minérale comptait 1.100 membres 
en 1900, 1.570 en 1913, 1.624 en 1920, répartis en districts de 
Paris, du Centre, du Sud-Est, du Nord, de l'Est, du Sud-Ouest 
et du Nord de l'Afrique. Chaque district a ses réunions et son 
bureau particuliers. Douze Congrès de la Société ont été réunis 
en France et en Belgique, le premier à Saint-Etienne, en 1875, 
l'avant-dernier à Saint-Etienne, en 1908, le dernier en 1911, dans 
le Nord et le Pas-de-Calais. La Société fut chargée de publier 
les travaux du Congrès international des Mines et de la Métal- 
lurgie, réuni à Paris pendant l'Exposition de 1900. 

La Société a eu pour présidents successifs des directeurs de 
FEcole des Mines de Saint-Etienne, à l'exception de M. Lan, qui 
était professeur à l'Ecole. Parfois ces directeurs ont été chargés 
également du service des mines de rarrondissement minéralo- 
gique de Saint-Etienne. Parfois aussi, ils ont conservé la prési- 
dence de la Société de î' Indu strie minérale après avoir été 
nommes inspecteurs généraux dos Mines et transféré leur rési- 
dence de Saint-Etienne à Paris. Ce fut le cas pour M. Castel et 
pour M. Tauzin. 



— 715 — 

Voici la liste des présidents : 

Gruner, président de 1855 à 1858, directeur de l'Ecole des mines 
de Saint-Etienne de 1852 à 1858. 
Lan, président de 1858 à 1860, professeur à l'Ecole de 1851 à 1862. 

Dupont, président de 1860 à 1S68, directeur de l'Ecole de 1860 
à 1868. 

Cacarrié, président de 1868 à 1873, ingénieur en chef de l' arron- 
dissement minéralogique de 1862 à 186D, directeur de l'Ecole de 
1868 à 1873. 

De Cizancourt, président de 1874 à 1880, directeur de l'Ecole de 
1873 à 1879. 

Castel, président de 1880 à 1898, directeur de l'Ecole de 1879 à 
1880, ingénieur en chef de l' arrondissement minéralogique de 1880 
à 1884. 

Tauzin, président de 1898 à 1921, directeur de l'Ecol-e et ingénieur 
en chef de l'arrondissement minéralogique de 1896 à 1908. 

Chippart, président depuis 1921, directeur de l'Ecole depuis 1919. 

Pour terminer ce paragraphe sur les Sociétés et les publica- 
tions savantes de l'industrie houillère et métallurgique, je rap- 
pelle que, depuis le 27 septembre 1875, le Mémorial de la Loire 
publiait un Bulletin hebdomadaire intitulé jadis Les Industries 
de la région, rédigé par un ingénieur et consacré spécialement 
aux mines, à la m.étallurgie, aux eaux minérales, à la méca- 
nique, l'électricité, etc... k\x pseudonyme de « Laferrière, 
ingénieur civil » a succédé celui de « A. Ferrier, ingénieur 
civil ». Ce Bulletin a cessé de paraître à la déclaration de 
guerre en 1914 et il n'a eu qu'un Tuiméro depuis l'armistice. 

C'est à Saint-Etienne qu'a pris naissance, en 1876, VEcho des 
Mines et de la Métallurgie, journal d'informations, fondé par 
M. Laur, ingénieur de l'Ecole de Saint-Etienne, qui fut député 
de la Ijoire, paiis de la Seine. La publication de ce journal fut 
interrompue de 1877 à 1883 et continuée à Paris, où le journal 
paraît toujours sous la direction de M. Robert Pitaval, ingénieur 
de l'Ecole de Saint- Etienne et gendre daM. I^aur. 



--^VtS«-- 



CHAPITRE XII 



Organes Généraux des Mines de la Loire 



LE SERVICE DES MINES 




L a pour objet principal d'assurer l'exécution 
des lois et règlements sur les mines, minières, 
carrières, appareils à vapeur, eaux minérales. 
Le personnel se compose d'inspecteurs 
généraux, ingénieurs en chef, ingénieurs 
ordinaires, élèves ingénieurs, formant les uns et les autres 
le Corps des Mines j et de sous-ingénieurs (anciens contrôleurs 
et jadis garde-mines). Un décret du 29 juin 1920 a donné le 
titre d'ingénieurs des travaux publics de VEtat aux sous- 
ingénieurs des Mines et des Ponts et Chaussées. Ce titre 
d'ingénieur créera certainement des confusions 

Le territoire de la France est réparti en divisions (anciennes 
inspections) ayant à leur tête un inspecteur général résidant 
à Paris ; les inspections comprennent plusieurs arrondissements 
miner alogiqy es ayant à leur tête un mgénieur en chef ; les 
arrondissements se divisent en sous arrondissements ayant à 
leur tête un ingénieur ordinaire ; les sous-arrondissements 3" 
subdivisions ayant à leur tête un sous-ingénieur. 

Le département de la Loire relève de la division du Centre. 



— 717 — 

Saint-Etienne a toujours été le siège d'un arrondissement mi- 
néralogique, qui, avant 1893, se subdivisait en sous-arrondis- 
sements ayant leur siège à Saint-Etienne, à Rive-de-Gier et à 
Lyon. La cir<x3nscription de ces sous-arrondissements fuit mo- 
difiée de 1875 à 1879 (l). 

Depuis 1893 Rive-de-Gier a cessé d'être un chef-lieu de sous- 
arrondissement, les mines de ce sous-bassin étant moins im- 
portantes qu'autrefois. Il y eut dès lors un sous-arrondissement 
do Saint-Etienne-ouest, un sous-arrondissement de Saint- 
Etienne-est pour le département de la Loire, et un sous- 
arrondissement ayant son siège à Lyon pour le département 
du Rhône (2). 

Un arrêté du 8 octobre 1919 (3) vient de modifier cette orga- 
nisation. Lyon forme un chef-lieu d'arroridissement minéralo- 
gique très vaste, qui s'étend depuis la Côte-d'Or et le Doubs 
jusque et y compris la Savoie et la Ha.ute-Savoie. Les soois- 
arrondissements de cette circonscription ont leur siège à Lyon, 
à Chalon-sur-Saône et à Grenoble, qui, auparavant, était le 
chef-lieu d'un arrondissement minéralogique. 

Saint-Etienne reste le siège d'un arrondissement mméralc- 
gique comprenant le département de la Loire et qui est 
subdivisé en sous-arrondissements de Saint-Etienne-ouest et 
Saint-Etienne-eet. Chaque sous-arrondissement comprend trois 
subdivisions. 

A 

C'est en 1784, pour' l;i première fois, qu'un ingénieur du 
Corps des Mines, un ingénieur du Roi, un « inspecte-ur » 
comme on disait alors, fut établi en permanemce à Saint- 
Etienne et chargé du service. Cet ingénieoir était Laverrière 
(v. p. 109). Ses fonctions furent supprimées en 1790 et rétablies 
rn 1704. En 1801, Laverrière était nomnii' in^^énicur en chef ('). 



(1; IvESEURE, p. 341, nOtC. 

(2) Rapport '(!<» l'ing^^nionr on rriof (Coiispji f^f^iK^ral do la T.oiro, i\o\)\ 
1«94, p. 704). 

(3) JonmfLl Offlc'u'l, 11 wtobre. 

(4' Voir HFinssAiU). p. 130 renvoi 3 ; G.vf.i.iiv : Saint-I\(icinic prndani la 
névoïnfhni, J, p. 161. 



— 718 — 

Le Service dos Mines avait été remplacé par une Agence des 
Mines^ créée par le Comité du Salut public en l'An II. 

En 1807, ringénieur Guényveau succéda à Laverrière (i). 
Dans V Annuaire de la Loire de 1809 il porte le titre d'Inspecteur^ 
seul chargé du service. J'ai parlé de Guényveau dans V Histoire 
de la Métallu;rgie (p. 38). 

• Le Corps des Mines fut réorganisé après la promulgation de 
la loi du 21 avril 1810, par un décret du 18 novembre suivant. 

En 1812, Beaunier, ingénieur en chef, fut chargé d'exécuter 
le plan et le nivellement du territoire houillor de Saint-Etienne, 
avec Guényveau sous ses ordres p). La personnalité de Beaunier, 
créateur de l'Ecole des Mines et du premier chemin de fer, 
l'un des initiateurs en France de la fabrication de l'acier, est 
trop connue pour rééditer ici sa biographie (3). 

Nommé en 1813 directeur de l'Ecole pratique des Mines de 
Geislautern (Sarre), Beaunier revint, en 1816, dans le dépar- 
tement de la Loire. A ce moment, et pendant toute la d'urée 
de la procédure des concessions de mines, Beaunier et de Gallois 
(appelé en 1814 dans le département), l'un et l'autre ingénieurs 
en chef, furent placés à la tête de la « Commission temporaire 
des Mines de la Loire » chargée d'instruire les affaires de con- 
cession. Ces ingénieurs étaient, en même temps, chargés de 
« l'inspection journalière des exploitations ». Le service des 
Mines avait donc deux chefs dans le bassin de la Loire (^). 

Les concessions furent délivrées en 1824. De Gallois mourut 
en 1825. Beaunier quitta Saint-Etienne en 1830, tout en restant 
directeur de l'Ecole des Mines jusqu'à sa mort, en 1835. 11 
avait un directeur-adjoint, Delsériès, qui l'avait remplacé 
comme ingénieur en chef de rarrondissement minéralogique (5). 

En 1848, Delsériès fut nommé ingénieur en chef à Mâcon. 
en remplacement de l'ingénieur en chef Drouot, nommé à 
Saint-Etienne (6). 



(1) Brossard, p. 163, 303. 

(2) Brossard, p. 315. 

(3) Voir p. 2. 

(4) C'est ce qu'indique la Statistique du Département de la Loire de 
DuPLESSY (1818). Voir Brossard, p. 329. 

(5) Babu, VEcole des Mines de Saint-Etienne, p. 77. 

(6) Avenir républicain, 4 avril 1848. 



— 719 — 
En 1851, ringénieur en chef était Baudni. 
Puis vinrent successivement : 
MM. Dusouich, ingénieur en chef de 1852 à 1862. 

Guillebot de Nerville, — en 1862. 

Gacarrié, — de 1862 à 1869 

Tournaire, — de 1870 à 1875. 

Gastel, — de 1875 à 1884. 

Ghosson, — de 1884 à 1891. 

de Gurières de Gastohiau, — de 1891 à 1896. 

Tauzin, — de 1896 à 1908. 

Primat, - de 1908 à 1914. 

M. Primat, fils d'un ancien maire de Saint-Etienne, est mort 
en fonctions le 31 décembre 1914. 

M. Frantzen, ing-énieur ordinaire, a exercé Fintérim jusqu'au 
16 décembre 1916 et M. Soulage, sous-ingénieur, du 16 dé- 
cembre 1916 à février 1917. 

M. Lavaste, ingénieur ordinaire, nommé à cette dernière 
date, a été titularisé ingénieur en chef le i^'" juillet 1918. 

Il a été remplacé, le l^"" février 1919, par M. Grussard, et 
celui-ci, le 1" octobre de la même année, par M. Vaudeville, 
ingénieur en chef à Grenoble. 

Les bureaux de l'ingénieuir en chef et de l'ingénieur ordi- 
naire, jadis dispersés — l'ingénieur en chef fut quelquefois en 
même temps directeur de l'Ecole des Mines, et ses bureaux 
étaient alors à l'Ecole — ont été réunis de 1908 à 1921 dans les 
anciens locaux du Gomité des Houdllères de la Loire (rue du 
Palais-de-Justice, 10) qui, lui-même, s'est installé à l'hôtel des 
Sociétés d'ingénieurs, édifié par la Société des Anciens Elèves 
de l'Kcole des Mines. 



7i30 



,^ 2 - Les MINES et le COMMERCE des CHARBONS 
à la CHAMBRE de COMMERCE de S AINT-ÉTIENNE, 

aux CHAMBRES CONSULTATIVES des ARTS 

et MANUFACTURES, au TRIBUNAL de COMMERCE 

et aux CONSEILS DE PRUD'HOMMES 



Les Mines ne furent représentées ni au Conseil du Gonimorce 
de SainirEUenne (1801-1804), ni à la Chambre consultative des 
Arts et Manufactures de Saint-Etienne (1804-1833), sinon par 
quelquies propriétaires exploitant ou faisant exploiter (Jovin, 
Neyron, etc.), mais exerçant une autre profession. Un exploitant 
de mines n'était pas considéré comme un industriel, au moins 
juridiquement. 

A la Chambre de Commerce de Saint-Etienne, où les mines 
ouïrent des représentants spéciaux depuis 1840, la question de 
l'éligibilité des exploitants fut résolue négativement par dé- 
cision ministérielle du 18 mars 1853, décision annulée par le 
Conseil d'Ekt. La question de l'éligibilité des directeurs de 
Sociétés anonymes, soulevée en 1869, fut résolue affirmati- 
vement par décision ministérielle. Depuis 1872, la loi reconnaît 
aux directeurs de ces Sociétés rélectorat et l'éligibilité (v. p. 485 
à 487). 

Voici les membres de la Chambre de Commerce qui ont re- 
présenté l'mdustrie houillère : 

MM. Wéry Edouard, directeur des mines du Treuil et de la 
Ghazotte, m.embre de la Chambre de 1840 à 1842 (1) ; 

Vachier Jeaji-Barthélemy, propriétaire de mines à Saint- 
Etienne (2), menibre de 1843 à 1846 ; 

De Rochetaillée Camille, propriétaire des mines du Cros, membre 
de 1846 à 1856 ; 



(1) Il ne faut pas confondre M. Wéry (Edouard), sorti de l'Ecole des 
Mines de Saint-Etienne en 1824, avec M. Wéry (Jules), sorti en 1829 et 
ingénieur au Treuil et à la Cha<z.otte, ni avec M. Wéry (Jules-Louis- 
Joseph', sorti, en 18613, directeur des mines de la Ghazotte, mort en 1899. 

(2) Sorti de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne en 1822, père de 
M. Douvreleur. 



-m - 

De Rivière, directeur des mines de Roche-la-Molière et Firminy, 
inemibre de 1872 à 1876 ; 

Hutter Henri, directeur des mines de Montrambert, membre de 
1877 à 1879 ; 

Verny Léonce, directeur des mines de Roc;he-la-Molière et 
Firminy, membre de 1881 à 1900 ; 

Villiers Benjamin, directeur des houillères de Saint-Etienne, 
membre de 1893 à 1900 ; 

Du Rousset Pierre, directeur des mines de la Loire, membre de 
1901 à 1906 ; 

Voisin Honoré, directeur des mines de Roche-la-Molière et Fir- 
miny, membre de 1901 à 1919 ; 

Murgue Daniel, directeur des houillères de Montrambert, membre 
de 1907 à 1918. 

Petit Paul, directeur des houillères de Saint-Etienne, membre 

depuis 1919. 

Biver Charles, directeur des mines de la Loire, membre depuis 
1919. 

M. de Rochetailliôe a été président de 1847 à 1856. 

M. Petit est président depuis 1920. 

M. Vaohier fuit secrétaire de 1844 à 1846. 

M. Verny fut secrétaire de 1883 à 1896. 

M. du Rousset fut sec rétaire de 1905 à 1906. 

La Chambre de Commerce a compté parmi ses membres un 
marchand de charbons, M. Premier François, à Roanne, 
membre de 1853 à 1857. L'arrondissement de Roanne, jusqu'en 
1864, faisait partie de la circonscription de la Chambre de Com- 
merce de Saint-Etienne. 

A la Chambre consultative des Arts et M arm factures de Saitit- 
Chamond, créée en 1804, les mines ont été représentées par : 

MM. Ract-Madoux, directeur des mines de Saint-Chamond, de 
1856 à 1866 ; 

Brun Louis, président de la Compagnie des houillères de Saint- 
Chamond, nommé en 1903. 

A la Chambre consultative des Arts et Manufactures de Rive- 

de-Gler, créée en 1832, les mines ont été représentées par : 

MM. Teillard Antoine, extracteur de charbon, de 1853 à 1861. 

Hoimard Germdin, extracteur de charbon, nommé en 1857, et 

président en 1860. 
Benoît Fleury, directeur de mines, de 1883 à 1901. 
r.hn rousset ,diiecteur dos mines de la Péronnière, do 1903 m 

1910. 



— 722 — 

Les marchands de charbon ont été représentés à la Chambre 
consultative de Rive-de-Gier par : 

MM. Binachon Antoine, de 1S39 cà 1841, et de 1841 à 1845. 
Delay J-ean-Pierre, de 1843 à 1846. 
Fulchiron Benoît, de 1864 à 1872. 
Prugnat François, de 18î64 à 1878. 

Au Tribunal de Commerce de Salnt-Elienne, les exploitants 
de mines n'ont pas été représentés, à cause du caractère juri- 
dique civil de leur profession, auquel la loi doi 9 septembre 
1919 vient de reconnaître le caractère commercial. Mais les 
marchandsi de charbon ont compté plusieurs représentants : 

MM. Béthenod Louis, élu en 1867. 

Blol Joseph, élu en 1892. 

Goubeaud Jules-Denis, élu en 1884. 

Sanial Emile, élu en 1898. 

Béthenod Joannès, élu en 1913. 
Aux Conseils de Prud'hommes, les mines ne sont repré- 
sentées que depuis la loi du 27 mars 1907. Exceptionnellement, 
et même illégalement à mon avis, le Conseil de Prud'hommes 
de Saint-Chamond avait compté auparavant, parmi ses 
membres, des représentants de rindustrie houillère (v. p. 488). 
Les Conseils de Prud'hommes de Saint-Etienne, Saint- 
Chamond, Rive-de-Gier et Firminy ont été réorganisés, en con- 
formitéi de cette loi, par des décrets de 1909. 

Au Conseil de Prud'hoiïimes de Saint-Etienne ^ créé en 1810, 
les représentants des mines sont depuis 1909 : 

MM. Michel, chef du contentieux des houillères de Saint-Etienne 
(de 1910 à 1920). 
Rossillol, chef du contentieux des mines de la Loire (de 1910 

à 1920). 
Beraud, chef du contentieux des houillères de Montrambert 

(depuis 1920). 
Deville, chef du contentieux des mines de Villebœuf (depuis 

1921). 
Argaud, mineur (depuis 1910). 
Bartuel, mineur (de 1910 à 1911). 
Bouille, mineur (de 1911 à 1920). 
Dmnond, mineur (depuis 1921). 
Au Conseil de Prud'hommes de Saint-Chamond, créé en 
1811, les mines ont été représentées par : 



— 723 — 

MM. Boudinhon, directeur des mines de Saint-Chamond, de 1868 
à 1875. 
Grangier Antoine, gouverneur de mines, de 1865 à 1872. 
Joanny François, ouvrier-mineur, de 1858 à 1865. 
Ract-Aladoux, directeur de mines, de 1862 (1) à 1868. 

Au Conseil de Prud'hommm de Rive-de-Gier, créé en 1896, 
il n'y a eu jusqu'ici aucun représentant de la profession. 

Au Conseil de Prud'honmies de Flrminy, créé en 1907, les 
mines ont été représentées de 1911 à 1920 par M. Landrivon, 
ingénieur, secrétaire général de la Compagnie de Roche-la- 
Molière et Firminy, et par M. Faure, ouvrier mineur. 
M. Landrivon était président du Conseil de Prud'hommes. 
Depuis 1920, les représentants sont MM. Baudron, chef du 
contentieux de la Compagnie, et Pantel, ouvrier mineur. 



§3- Le COMITE CENTRAL des HOUILLERES 

de FRANCE et le COMITÉ des HOUILLÈRES 

de la LOIRE 



La première tentative pour grouper les exploitants des mines 
de la Loire, dans le hut de défendre leurs intérêts communs, 
remonte à 1822, auitant que les documents en ma possession 
permettent de l'affirmer. A cette dabo, un certain nombre d'ex- 
ploitants signèrent un mémoire au Ministre en faveur du projet 
de canal de la Loire au Rhône. 

Kn 1<s4(), les exploitants furent invités à adhérer à Vlrnion 
des ilouiin-rrs françaises, qui ven.iil de se constituer. Mais, 
étant très nombreux et la pliuipart peu importants — les grandes 
Compagnies n'étaient pas encore constituées — ils ne parvinrent 
pas à s'entendre et leur adhésion ne fut que partielle. Je cite le 
Mri( ifir Srf///s/('/i dcs 15 ct 17 avril l<S''i() ; 

i:m()\ des houillères KH\\( \ISKS 

{Tf'.rie (h; hi rirculaire adressâc aux iiiuirijKtiir crploitatits 

de Fra,ncr.) 

Ont ^\<^i\{', los iik'iiiImv'^ (lu Comité : MM. Marc Jennioigs, repré- 



M l'Iii :n,;itit 1868 



- 724 - 

sentant des mines d'Anzin (Nord) ; Arnoiix, représentant des mines 
de Bruille (Nord) ; Marcnard, représentant des mines d'Epinac 
(Saône-et-Loire) ; J. Chagot, représentant des mines de Blanzy 
(Saône-et-Loire) ; de Coincy, représentant des mines de la Haute- 
Loire. 

Statuts de VUnion des houillères françaises, 
arrêtés dans V Assemblée du 2 mars iS^O 

Article premier. — L'Union des houillères françaises a pour but 
de favoriser les progrès des exploitations nationales, et de veiller 
à la défense de leurs intérêts communs ; 

Elle s^ compose des exploitants qui auront adhéré aux conditions 
ci-dessous : 

Art. 2. — L'Union est représentée par un Comité actif de sept 
membres, choisis par elle parmi les intéressés qui résident habi- 
tuellement à Paris. 

Art. 3. — JLe Comité a pour mission spéciale de faire toutes les 
démarches et toutes les publications utiles aux intérêts communs. 

Art. 4. — Il est adjoint au Comité un -secrétaire chargé de la 
rédaction des publications, de la correspondance et du travail 
courant. 

Le secrétaire aura droit à une Indemnité annuelle qui sera fixée 
par le Comité. 

Art. 5. — Le siège de l'Union est établi au domicile du secrétaire. 

Art. 6. — Pour subvenir aux dépenses de T Union, lesquelles sont 
faites sous la direction du Comité, et consistent spécialement en 
publications, en insertions et en honoraires du secrétaire, les 
membres souscripteurs s'engagent à payer annuellement une coti- 
sation fixée à 50 centimes par 1.000 hectolitres de houille extraits 
dans les exploitations dont ils sont les représentants. Toutefois, 
la cotisation ne pourra excéder 150 francs, même pour les entre- 
prises qui ne sont pas en extraction. 

Le montant des souscriptions sera versé chez MM. Perler frères, 
banquiers, rue Laffitte, 17, à Paris. 

Les banquiers ne devront effectuer de paiement que sur le visa 
de deux membres du Comité. 

Art. 7. — Le Comité arrêtera tous les ans l'état des recettes et 
dépenses ; il en rendra compte à l'Union, et il déterminera, à la fin 
de chaque année, l'appel de fonds à faire aux souscripteurs, pour 
l'année suivante, sans que cet appel puisse jamais excéder pour 
chacun d'eux le montant de la cotisation fixée par 1 article 
précédent. 

Art. 8. — La durée de l'Union est fixée à trois ans. 



- 725- 

Umc'n des houillères françaises (1) 

Sous ce nom, les principaux extracteurs de houille de la France 
ont formé une Société pour défendre leurs intérêts, suivre auprès 
du Gouvernement tout ce qui peut améliorer l'industrie et la pro- 
duction houillère. 

Le 2 mars dernier, une première Assemblée a eu lieu, dans 
laquelle a été formé le Comité : 

MM. Marc Jennings, représentant des mines d'Anzin (Nord) ; 
Amoux, représentant des mines de Bruille (Nord) ; Marcnard, repré- 
sentant des mines d'Epinac (Saône-et-Loire) ; Schneider, représen- 
tant des mines de Montchaiiin, ou en son absence, M. J. Ghagot, 
des mines de Blanzy (Saône-et-Loire) ; de Coincy, représentant des 
mines de la Haute-Loire. 

Deux places de membres du Comité ont été réservées pour les 
exploitants du bassin de Saint-Etienne^ parce qu'ils ne se trou- 
vaient pas en nombre suffisant pour faire un choix définitif. 

Le 9 de ce mois, les extracteurs du bassin houiller de Saint- 
Etienne se sont réunis à VHôtel de Ville, pour délibérer sur leur 
adjonction à cette Société. 

V Assemblée, par mallieur, n'a pu parvenir à s'entendre, et 
personne n'a voulu consentir à se soumettre à la décision de la 
majorité. 

Quelques membres seulement ont consenti à acquiescer aux pro- 
positions de la Société et à envoyer quatre représentants à Paris 
pour chacun des deux bassins de Rive-de-Gier et de Saint-Etienne. 
Mais, comme presque dans toutes choses F esprit d'économie et de 
lésijierie, ou plutôt de jalousie, se glisse partout, on a souscrit pour 
un an seulement au lieu de trois ans. 

Nous espérons que l'on reviendra plus tard sur cette question, 
quand on l'aura mieux étudiée. D'elle dépend l'avenir de nos exploi- 
tations. A cette commission est donnée la mission de défendre tous 
les intérêts généraux des extracteurs de houille : protection de nos 
houilles contre la concurrence étrangère, abaissement des droits de 
navigation sur les canaux et sur les fleuves, question qu'il n'est 
donné qu'à l'Association de résoudre. 

Combien de temps dura l'Union des Houillères françaises ? 
Mes recherches n'ont pu me permettr© de le préciser. Mais 
pendant l'existence du trust des Mines de la Loire — de 1845 
à i854 - trust qui avait négocié une fusion avec le Gard et 
l'Aveyron d'une part, et même avec MM. Chagot et Schneider 
d'autre part — les instigateurs du mouvement avaient appris 
à se connaître. Quand le trust fut brisé, un ingénieur-conseil 
des Houillères du Centre fHlanzy et le Crcinsot), M. Amédéo 



(1) Mcrrurr séfiusini, i:> ;i\iil |s'»0. 



— 726 — 

JJurat, professeur à l'Ecole centrale, réunit Les préoccu- 
pations communes. Telle fut l'origine du Cormté des Houillères 
françaises dont on retrouve certaines publications de 1855 à 
1869, date de la mort de M. Uurat, qiu;i en éUiit le seul élément 
connu du public. 

Il faut attendre jusqu'en 1883 pour voir se constituer, au 
siège de la Compagnie des Mines de la Loire, à Paris, une 
Commission d'études pour les questions législatives concernant 
les Mines. Dissoute en 1886, cettCi Commission était reconstituée 
sous le nom d'Association pour la Défense des droits et intérêts 
des Com^pagnies houillères. Un an après, en 1887, l'Association 
se transformait en Convité central des Houillères de France (i). 

Ce Comité (55, rue de Châteaudun, à Paris), d'après V An- 
nuaire des Syndicats, groupait 110 membres en 1914. Son pré- 
sident depuis 1887 est M. Darcy, président de la Société des 
Mines de Blanzy, de la Compagnie des Forges de Châtillon- 
Commentry et de diverses Sociétés industrielles. Le Secrétaire 
général du Comité est M. de Peyerimboff, maître des requêtes 
honoraire au Conseil d'Etat. L'Annuaire du Comité paraît 
depuis 1894. 

Le Comité des Houillères de la Loire, créé en 1859, ne figure 
pas sur l'Annuaire des Syndicats. Il a pour but de s'occuper 
des intérêts généraux du bassin de la Loire, d'en préparer et 
d'en suivre la défense, de provoquer les réforme^ et amélio- 
rations nécessaires, enfin de réunir les documents d'un intérêt 
général en ce qui touche l'exploitation. Ce Comité, en 1869, a 
organisé la Caisse! centrale de secours, et, en 1892, créé l'Ecole 
des aspirants gouverneurs. Son rôle dans les questions de 
législation et de jurispiiidemce des mines, de législation ou- 
vrière, de transports, et, depuis moins de vingt ans, dans 
l'élaboration des contrats collectifs entre exploitants et ouvriers, 
a été très important. 

Les dépenses du Comité sont couvertes au moyen d'une con- 
tribution proportionnelle au tonnage de la houille extraite par 
chacune des Compagnies. 

Le siège du Comité, qui était établi -à Saint-Etienne, rue du 



(1) Ces renseignements m'ont été fournis par M. Gruner, vice-prési- 
dent et ancien secrétaire général du Comité, fils du fondateur de la 
Société de l'Industrie Minérale. 



— 727 — 

Pal ais-de- Justice, iO, a été transféré en 1908 à rhôtel des Sociétés 
d'ingénieurs, construit par la Société amicale des Anciens 
Elèves de l'Ecole des Mines, 19, rue du Grand-Moulin. 

Le Comité se compose actuellement des directeurs des Com- 
pagnies de Roche-la-Molière et Firminy, de Montrambert et 
la Béraudièrei, de la Loire, des Houillères de Saint-Etienne, de 
Villebœuf, de Saint-Chamond et de la Péronnière, 

Les Présidents du Comité ont été : 
MM. Hutter, directeur des Houillères de Montrambert, président de 
1859 à 1879. 
Houpeurt, directeur des Mines de la Loire, président de 1879 

à 1889. 
Villiers, directeur des Houillères de Saint-Etienne, président 

de 1889 à 1900. 
Du Roussel, directeur des Mines de la Loire, président de 

1900 à 1906. 
Murgue, directeur des Houillères de Montrambert, président 

de 1906 à 1910. 
Voisin, directeur des Mines de Roche-la-Molière, président de 

1910 à 1919. 
Petit, directeur des Houillères de Saint-Etienne^ président 
depuis 1919. 
Le Secrétaire général du Comité fut pendant longtemps 
M. Vier, ancien notaire. On nomma dans la suite M. Leseure, 
ingénieur-conseil du Comité. Depuis 1901, le secrétaire général 
est M. AUimant, ingénieur. 

Je relève dans les joaiirnaux qu'en 1886, l'ingénieur Jules Gar- 
nier fut nommé représentant à Paris du Comité des Houillères 
de la Loire (i). 

L'Annuaire indique deux Syndicats de marchands de 
charbons dans le département : le Syndicat des marchands de 
charbon en gros de Saint-Etienne et de la région, fondé en 1905, 
siège au Grand-Cercle, J5, place de rHôtel-de-Ville, 22 membres 
en 1914, présidents : M. Sanial, de 1905 à 1912, et M. Béthenod, 
depuis 1912 ; le Syndicat des marchands de charbon au détail 
de la ville de Saint-Etienne, fondé en 1905, 27, rue de la Pré- 
fecture, 16 membres en 1914, présidents : M. Oriol, 1903 ; 

M. Digonnet, 1905 ; M. Saint-Cyr, ; M. Meillor, 1915 ; 

M. Merkel, 1919. 

Pour les Syndicats ouvriers, je renvoie au chapitre IX (p. 508). 



(1) Mémorial de la Loire, 26 mars 1886. 



CHAPITRE XIII 



Situation Générale de 1855 à I870 



^ 1 - LES SOCIÉTÉS EXPLOITANTES 



@jj^^ approuva les statuts des ^ quatre Compagnies 

^^^,<» nouvelles, identiques dans leur forme, chaque 

f^à^^' T^' • ^ actionnaire reçut une action de chacune des 



quatre nouvelles Sociétés, qui avaient ainsi chacune 80.000 
actions. 

Chaque Société demeurait tenue du passif de la Société dis- 
soute. La part contributive de chacune d'elles se régla annuel- 
lement sur le chiffre de la production houillère, et de manière 
que cette contribution dépassât d'un dixième le montant de 
l'annuité à payer, ce dixième devant constituer un fonds com- 
mun de réserve. 

Dans le cas où la somme des dividendes réunis des quatre 
Sociétés pour un exercice dépassait 50 francs, une part de 
l'excédent était applicable à l'extinction anticipée de la dette. 

Celle-ci se composait d'un emprunt de conversion de 1852, 
représenté par 18.000' obligations de 1.000 francs, rembour- 
sables en 75 ans, au prix de 1.250 francs, et de plusieurs em- 



— 729 — 

prurits anciens, en partie remboursés, sur lesquels il restait 
4.528 obligations de 1.000 francs remboursables à 1.250 francs ; 
enfin de différentes dettes immédiatement exigibles. 

La nouvelle Société des Mines de lia Loire fut chargée du 
service des emprunts et remboursements pour la dette com- 
mune, et une Commission de huit administrateurs, délégués en 
nombre égal p.ar chacune des quatre Sociétés, régla toutes les 
questions relatives aux emprunts. 

p]n 1890, il; ne restait plus que 7.510 obligations rembour- 
sables à 1.250 francs (1). 

La production de la nouvelle Compagnie de la Loire, en 1855, 
fut de 170.000 tonnes, et sa part dans la concession de Beaubrun 
de 97.000. Total : 267.000 tonnes. En 1868, cette production 
s'élevait à 519.000 tonnes, et, en 1869, année de la grève, à 
489.000. La cote des actions oscilla entre 122 francs en 1859 et 
211 francs en 1868 ; le dividende distribué, entre 8 francs (1858) 
et 15 francs (1867). 

Son directeur fut M. Houpeurt, nommé le 3 novembre 1854, 
et qui resta en fonctions jusqu'au 5 miairs 1887, oii il fut remplacé 
par M. Billion du Rousset, ingénieur principal depuis le 4 sep- 
tembre 1874. M. Houpeurt avait été ingénieur en chef à la 
grande Compagnie. 

La Société des Houillères de Saint-Etienne, indépendamment 
des concessions qui lui étaient attribuées, avait ramodiation 
de Côte-Thiollière, appartenant à la Compagnie des Fonderies 
et Forges de Terrencire. Cette amodiation prit fin en 1880. Par 
contre, cette Société fît l'acquisition, en 1870, de la concession 
du Grand-Ronzy. 

La production de cette Société fut, en 1855 de 385.000 tonnes, 
en 1868 de 529.000 tonnes, en 1861) de r,-.^7.000 tonnes. 

Les actions furent cotées entre 223 francs en 1869 et 240 francs 
en 1870. Le dividende oscilla entre 8 francs en 1858 et 15 frnnrf; 
de 1867 h 1870. 



(1) Stntifitiqiip. drs IJmiiUf'ra^ rv Franre ef en nelrjtqvr, 1891, p. 502. 
Cette revue connue dans le monde des mines sons \o nom do Urv-ur 
îlnuqe, h. raiise rie .sp couverture, a puldi^. on 1891 (p. 0.') et suivantes), 
dos Monoqrnphies et atalistiqvea détnWée<!. du Jiassin de la Loire, 
auxquelles nous ferons plusieurs emprunts. 11 n'y a pns toujours ronoor- 
danro entre In valeur des actions et le <liv:idende indiqu<^s dans ces 
miono^Taohles. ot les Indications donnf^es par V.intnniirr drs afiriifs df 
rhnnqe de Lyon. 



— 730 — 

Le directeur fut M. César Courtin, depuis 1854 jusqu'à avril 
1862, puis M. Galixte Bayle de 1862 au 31 mars 1872, ingénieur 
principal de 1854 à 1862. M. Benjamin Villiers lui succéda 
comme ingénieur pnncipal en 1862. Il devait succéder à 
M. Bayle comme directeur en 1872 (l). 

La Compagnie de Montrambert et de la Béraudière donnait 
alors moins d'esj>éranoes qu'aujourd'hui. L'ancienne Compagnie 
de la Loire n'avait pas jugé à propos de forcer le faisceau de 
Montrambert. Aussi la nouvelle Comipagnie ne reçut qu'une très 
faible somme pour son développement. Elle dut faire peu à 
peu les travaux nécessaires pour préparer sa production. Le 
Conseil d'administration divisa les bénéfices en deux parts : 
Tune pour le dividende, l'autre pour les travaux d'avenir. Quand 
les travaux neufs commencèrent à produire, les bénéfices furent 
divisés en trois parts : la première pour les travaux neufs, la 
seconde pour les réserves, la troisième pour les actionnaires. 

La production de cette Compagnie ne fut que de 146.000 
tonnes en 1855. En 1868, ellie atteignit 376.000 tonnes, et en 1869. 
année de la grève, 329.000. La valeur desi actions de la Com- 
pagnie ne suivit pas une progression constante pendant cette 
période. Peut-être la confiance du public n'était-elle pas encore 
affermie. Je Ites vois cotées 240 francs en 1855, descendre jusqu'à 
125 francs en 1861, se relever à 225 francs en 1869. Le dividende 
oscilla entre 9 et 13 francs. C'est dans la période suivante que 
l'augmentation devait être considérable 

Le directeur fut M. Hutter. du 7 novembre 1854 au 14 août 
1879, avec M. de Villaine comme ingénieur principal, qui devait 
lui succéder. 

J'ai parlé de M. Hutteir (v. p. 462). M. Félix de Villaine, 
technicien éminent, a laissé un grand nom dans l'industrie 
minérale, un nom justement honoré et qui vivra lougtemps 
encore dans le monde des ingénieurs, autiant q\^e dans Tesririt 
des générations de La Ricamarie (^). 

La Société desi Houillères de Rive-de-Gier paraissait la plus 
favorisée des quatre Compagnies issues de la ronipagnie de 



(1^ le parle dans un autre parao^raplie des mines de Montaud dont 
le directeur, en 1863, était M Voron. 

m V p. 463. Je parle plus loin des exploitations de PetHe-nicamarie 
et du Montcel-Ricamarie. 



-. 731 — 

la Loire. Ses concessions avaient une antique célébrité. Sa pro- 
duction atteignit, en 1855, 489.000 tonnes. La déchéance cepen- 
dant devait bientôt commencer, à cause de Tépuisement des 
couches de ses concessions. Nous y reviendrons dans un para- 
graphe suivant. La production diminua à partir de 1857. Ellie 
tomba à moins de 300.000 tonnes en 1866, pour se relever 
faiblement à>313.000 tonnes en 1868, puis retomber à 267.000 
en 1869, annéei do la grève. 

Les actions, cotées 260 francs en 1862, tombaient à 79 francs 
en 1867 et 1868. Le dividende, qui atteignait 27 francs et 
27 fr. 50 en 1855 et 1856, tombait à 8 francs en 1866, k 3 fr. 50 
en 1870 (l). 

Le directeur de cette Société fut M. Imbert (Philibert), l'un 
des administrateurs-délégués de la grande Compagnie de l'a 
Loire et directeur, a^vant la formation du trust, de la première 
Société générale des Mines de Rive-de-Gier (v. p. 329 et 462). 
C'est M. Imbert qui, vers 1840, jeta les bases de la compta- 
bilité appliquée encore uniformément dans les mines de notre 
bassin. 

Il resta en fonctions jusqu'en avril 1863, où il fut remplacé 
par M. François Allimand, qui se retira en avril 1879 P). 

La concession de la Porchère était indépendante à ce moment 
de la Compagnie de Rive-de-Gier. Les Annuaires de la Loire 
indiquent comme directeur M. Soulenc, puis M. Brun. 

La Compagnie de Roche-la-Molière et Firminy était restée 
officiellement en dehors du trust. Mais celui-ci était propriétaire 
d'un certain nombre de ses actions. L'acte de sociétéi originel de 
1820 avait été modifié en 1837 (M« Delaroa, notaire à Firminy), 
en 1855 (M« Gonon, notaire à Firminy), et en 1869 (M" Messimy, 
notaire k Lyon). Le texte de 1869 était encore en vigueur en 1891, 
où le fonds social était divisé en 36.000 actions ou parts d'in- 
térêts nominatives. 



(1) ,Tp n'ai na-s besoin de rappeler qn^ la valeur de l'action n'est pas 
fonction d'il dividende r(^parti, ni le dividende r<^part: fonction du béné- 
fice ne(t. I^ dotation des réserves vafl'ie en effet de Clonipaernie jï Compa- 
gnie et le dividende n'est détermi^né qu'après cctt-e dotation. En outre, 
la valeur de l'action dépend dm deffré de confiance des capitali.stes dans 
l'avenir d'une Société. Klle dépend au.ssj de l'état du niarcbé. de Toffre 
et de la demamlie. 

(2) Ancien élève <le l'Ecole des M;n;es de Saint-Etienne (1846), inpén eiir 
aux mln€s de la Péronniére, pui.s à Rive-de-Gler, mort on oftobre 101."». 



— 732 — 

La production fui de 306.000 tonnes en 1862, de 499.000 en 
1868 et de 452.000 en 1869, année de la grève. La valeur des 
actions oscilla entre 393 francs on 1859 et 742 francs en 1869. 
Le dividende à ces deux dates fut respectivement de 20 francs 
et de 34 francs. 

A M. Morillot avait succédé, en mai 1853, M. Eicher de 
Rivière, qui resta en fonctions jusqu'en juin 1876 (v. p. 444). 

Voici quelques renseignements sur les autres Compagnies ou 
concessions, sans ordre de priorité : 

En 1850, avait été constituée la Compagnie des Mines 
d'Unieux et Fraisse. En 1865, elle subit l'expropriation de ses 
immeubles et laissa un passif considérable. MM. Petin, Gaudet 
et C^ (Aciéries de la Marine) achetèrent la concession, mais 
l'exploitation fut peu prospère (i). Directeur : M. Prévost. 
Production : 40.000 tonnes en 1855, 18.000 en 1868. 

La Société des Mines de Beaubrun, dont la production fut 
de 124.000 tonnes en 1855 et de 268.000 en 1868. ne comptait 
que 9 parts sociales, de quotités différentes. La Compagnie du 
Creusot posisédait 19)/100^, la Société des Mines de la Loire 
62/100®, les 19/100* restants appartenaient à d'autres associés. 
Un jugement du Tribunal de Saint-Etienne (28 juillet 1857) 
décida que, dans le silence des actes sociaux, les décisions 
devaient être prises à l'unanimité I^ directeur devait être 
nommé de cette façon et, à défaut, désigné par le Tribunal. ' 

Ce directeiur était alors (en 1857) M. Ernest Locard, sorti de 
l'Ecole des Mines de Saint-Etienne en 1832, où il fut ensuite 
professeur. Directeur des Mines de Chaney, enfin directeur de 
Beaubrun et du Gros, M. Loeard est mort le 2 octobre 1884, à 
Salvizinet, près de Feurs (2). 

Je m'arrête sur la famille de M. Locard, qui a joué un certain 
rôle. Son frère aîné, Eugène Locard, fut ingénieur principal du 
chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon. Il publia, en 1854, ses 
Recherches sur les rails et leurs suxfrports (-5). 

Le père d'Ernest et d'Eugène Locard était Locard-Denoël. 



(1) Voir Statistique des Houillères, op. cit , 1891, p. 105. 

(3) Voir le Mémorial de la Loire des 3 et 6 octobre 1884. M. Ernest 
Locard, qui était chevalier de la Légion d'honneur depuis 1873, a laissé 
un fils, M. PJerre Locard, colonel d'artillerie. 

(3; Voir Mémorial de la Loire, 9 mars 1854. 



• — 733 — 

Entré dans les bureaux du Comité du Salui public après le 
U thermidor, il devint chef du cabinet de Lucien Bonaparte, et, 
en 1810, s'adonna à l'industrie. Etabli à Saint-Etienne vers 1825, 
il fut secrétaire, pendant vingt ans, de la Société agricole et 
manufacturière. Il créa, en 1827, le journal Le Stéphanois, et 
mourut en 1856 (1). 

Les Mines du Gros se composaient . 

1" De La concession du Gros, accordée en 1824 à Camille de 
Hochetaillée, décédé en 1855. Cette concession était devenue la 
propriété de la famille. Directeur : M. Locard. Production : 
11.000 tonne© en 1855 et 66.000 en 1868 ; 

2° De l'a concession de la Sibertière, accordée à divers (voir 
p. 261). L'extraction y fut abandonnée en 1854. reprise en- 1855. 
En 1866, on fit quelques recherches sans importance et de 
courte durée ; 

3° De la concession de Saint-Jean-Bonnefonds, accordée à 
divers, parmi lesquels Camille et Charles de Rochetaillée. Les 
concessionnaires se constituèrent en Société civile en 1838. Pro- 
duction : 21.000 tonnes en 1855. Les travaux furent arrêtés en 
1866. De 1848 à 1866, la production totale fut de 217.000 tonnes. 
Directeur : M. Barbier, puis M. Brun P). 

Les Mines de la Ghazotte se composaient : 

1° De la concession de la Ghazotte, mise en exploitation en 
1842, et de la concession du Montcel. Production de la Ghazotte 
en 1855 : 6.000 tonnes, en 1868 : 245.000 ; production du Montcel : 
47.000 tonnes en 1855, 91.000 en 1868 (3) ; 

2" De la concession de la Calaminière, mise en exploitation 
en 1845 ; proïkiction en 1855 : 15.000 tonnes, en 1868 : néant ; 

3° Des c>oncessions de Beuclas et de Sorbiers, mises en exploi- 
tation en 1846, mai© où leis travaux furent arrêtés en 1863 à la 
siutite de l'épuisement du gîte ; production en 1855, de Beuclas : 
i2.(K)0 tonnes, de Sorbiers : 16.000 tonnes. 

Beuclas, Sorbiers ei la Calaminière furent acquises par la 



(1) Mémorial de la Loire, 22 fieptembrc ls5('». 

(2) I/es Aimunifcs de la Ivoire n.' (loiniciit les noms dos dinM^toiirs (]uo 
flf»p"is 1«67, 

(3) Chiffres extraits de r.\ii'iii;iiiv drt- la I.oiic. 



— 734 — 

Compagnie de la GhazoUo et, e,n 1875, ces quatre concessions 
devinreni la propriété de la Compagnie P.-L.-M. Le Montoel 
eut, de 1866 à 1870, comme directeurs, M. Janicot, puis 
M. Desbiefs. Il ne faut pas confondre cette concession de 
Montoel- Sorbiers avec le Montcel-Ricamarie. 

Directeur de la Chazotte : M. -Maximilion Evrard, ingénieur 
éminent, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. 

La concession de Villebœuf, accordée aux sieurs Péliissier et 
Molle, fut exploitée par les concessionnaires, puis par la Société 
en commandite par action Nan et C*", à laquelle succéda, en 
1880, la Société des Mines de Villebœuf, continuation de l'an- 
cienne Société en commandite. Production en 1855 : 200 tonnes, 
en 1868 : 42.000 tonnes (1). Directeur : M. Nan. 

La concession de Monthieu, instituée en faveur de Dugas 
des Varennes, appartint plus tard au baron de Rochetaillée. 
Une Société civile constituée en 1838, à laquelle succéda en 
1869 une Société anonyme, en devint amodiataire. Production 
en 1855 : 81.000 tonnes, en 1868 : 109.000 tonnes. Directetur : 
M. Ponchard. 

La concession de Janon fut accordée à la Compagnie des 
Fonderies et Forges de la Loire et de l'Isèrei, devenue la Com- 
pagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire, Lavoulte et 
Bessèges. Production en 1855 : 37.000 tonnes, en 1868 : 35.000 
tonnes. 

La concession de la Baraillère, accordée au sieur Roustain, 
propriétaire de la surface, appartenait en 1870 à MM. Lacroix, 
Deville et consorts. Production : 5.000 tonnes en 1855, 15.000 
en 1868. 

La concession de la Péronnière avait été instituée en 1842. 
Les concessionnaires, Gillier, Jouimoud, Mortier et C^ avaient 
formé, en 1822, une Société civile, modifiée en 1851 et trans- 
formée en Société anonyme en 1868, au capital de 960.000 francs 
divisé en 1.920 actions de 500 francs P). Production en 1855 : 
16.000 tonnes ; en 1868 : 112.000 tonnes. Le dividende distribué. 



(1) Chiffres extraiis ^e l' Annuaire deJa Loàre et contenant sans doute 
parfois des erreurs. 

(2) Bévue Industrielle du Centre, 22 juin 1912, p. 6. Il y a quelques 
différences entre les indications de cette Revue, d'une part, la Statis- 
tique des Houillères, V Annuaire des Agents de Change, d'autre part. 



— 735 — 

qui était de 190 francs en 1859, pour chacune des 960 parts ou 
actions, atteignait 700 francs en 1868. Directeurs : M. Vial, puis 
M. Garnier. 

La concession de Gomberigol, accordée en 1857, était exploitée 
imr une Société civile où dominait la Compagnie dos Fonderies 
et Forges de Terrenoire, propriétaire de 5.292 actions sur 8.064. 
Le directeur était M. Hyvernat, assisté comme ingénieur-conseil 
de M. Payen. Production en 1868 : 30.000 tonnes. 

La concession du Plat-du-Gier, qui devait être acquise en 1889 ( 
par la Société concessionnaire de la Péronnière, formait une 
Compagnie spéciale. Directeur : M. Perrot. Production : 250.000 
tonnes en 1855, 18.000 tonnes en 1868. 

La concession dui Ban fut instituée, en 1824, en faveur de 
deux Sociétés d'exploitants, qui se partagèrent le territoire 
suivant la limite de leurs propriétés. L'une d'elles (Bonjour, 
Rey et G'*) obtint, en 1851, la concession de la Faverge. Di- 
recteur du Ban : M. Fara, propriétaire à Cellieu ; directeur de 
la Faverge : M. Pailleux, à Grand'Croix, qui dirigea aussi le 
Ban. Le Ban produisait 20.000 tonnes en 1855, 1.800 seulement 
m 1868. La Faverge procluiisait 21.000 tonnes en 1855, 38.000 
tonnes en 1868. 

La concession de Gravenand avait été exploitée par une 
Société anonyme, depuis 1840, au capital de 720.000 francs. Cette 
Société, en 1846, tomba en déconfiture. Elle fut achetée, par 
moitié, par la grande Gompacinie de la I^ire et par la Société 
des mines de la Chichonne. Elle figurait en 1870 parmi les 
concessions de la Compagnie de Rive-de-Gier. Production en 
1855 : 4.000 tonnes, en 1868 : néant. 

r^a concession de Combeplaine passa, vers 1848, des mains 
des sieuirs Matheron et consorts, concessionnaires de 1825, dans 
celles de M. Bonnard, qui devait la vendre en 1871 à la Société 
des mines du Grand-Recon. Production en 1855 : 6.000 tonnes, 
en 1868 : 450 seulement. 

La concession de Saint-Chamond appartenail h la famille -de 
Mondragon, qui s'adjoignit des associés, puis céda st\s droits, 
vers 1839, à MM. Bonnard, de Rive-de-Gier. Ceux-ci formeront 
vers 1845 une S<x!iété civile, transformée ^n Société anonyme 
on 1853, et qui devait durer jusqu'en is::, INodiK-fion : 'M.{)(¥) 
tonnes en 1855, 33.000 en 1S68. r.o directeur de oetfce Société 



— 736 — 

était, depuis 1848, M. Ractmadoux (v. p. 326). Son siiccosseur 
fut M. Boudinhon (t). 

La concession du Mou il Ion était passée aux mains d'une 
société civile, la Comipagnie des Mines dui Mouillon, qui la 
posséda jusqu'en 1882. Directeur : M. Richoud, puis M. Drillon. 
Production : 24.000 tonnes en 1855, 13.000 en 1868. 

La concession du Couloux, passée entre les mains d'une 
société civile, fut vendue, en 1867, à une autre société dite 
Compagnie des mines du Couloux. Production en 1855 : 18.000 
tonnes, en 1868 : 212. 

Les concessions de Frigerin, Montbressieu, la Pomme, Tré- 
molin, les Grandes-Flaches et la Catonnière appartenaient, 
depuis 1841, à une Société civile dite Compagnie des Grandes- 
Flaches (Béthenod, Dugas, Bonnard & C*'') au capital de 4.800 
actions. La Catonnière fut inexploitée depuis 1868 et les 
Grandes-Flaches depuis 1870. Directeur en 1870 : M. Benoît. La 
production de toutes ces concessions, qui était en 1855 de 
42.000 tonnes, tombait à moins de 20.000 en 1868, où seules 
Montbressieu et les Grandes-Flaches étaient encore exploitées. 

La concession de Tartaras, accordée en 1808 à J.-B. Dugas, 
revendue deux fois en 1821 et une troisième fois en 1845, fut 
cédée en 1857, pour 430.000 francs, à la Compagnie du Gaz 
de Lyon, qui l'exploita de 1857 à 1869. Le directeur était 
M. Maurice. La Compagnie, ayant cessé tous travaux, amodia 
la concession, en 1870, à MM. Grange et Bruyas, qui en de- 
vinrent propriétaires en 1874. Production : 13.000 tonnes ^n 
1855, 7.000 en 1868. 

On voit combien le bassin de Rive-de-Gier avait perdu de 
son importance extractive. 



(1) Bulletin de l'Industrie Minérale, 1865-66, p. 341, et Mémorial de Ui 
Loire, 29 mars 1866. M. Boiidinhon (Adrien); né à Monistrol en 1835, 
appartenait à la famille du général Wald-eck Boudinhon, qui fit les 
guerres de l'Empire. Sorti de l'Ecole des Mineis dei Saint-Etienne en 1859, 
ingénieur aux forges de Crans (Haute-Savoie), aux mines du Mouillon, 
à Rive-de-Gier, à, Lorette, il fut directeur, de 1866 à 1877, de la Compagnie 
des Mines de Saint-Chamond, dont il devait êtr^ nommé liquidateur 
en 1896. Avec M, Grand'Eury. il découvrit le prolongement du bassin 
liouiller de Saint-Eloi et contribua par suite, à la mise en exploitation 
des mines de la Bouble. Mort à Saint-Cbamond, le 7 février 1913. 



- 737 — 

Une Compagnie dite Petite-Ricamarie avait Torigine et eut 
la fin suivantes (i) : 

Par ordonnance royale du 4 novembre 1824, la concession de la 
Béraudière fut accordée à divei'ses personnes au nombre desquelles 
se trouvait M. Delainaud ; ce dernier était propriétaire, dans le 
périmètre, de domaines d'une grande étendue. 

Antérieurement à cette ordonnance était intervenu un acte 
notarié (dit acte de conciliation), à la date du 23 janvier 1824, qui 
consacrait l'accord de tous les demandeurs, en vue d'une demande 
collective. Cette entente avait été réalisée sur l'initiative des ingé- 
nieurs des mines, MM. Beaunier et Delsériès, car il était difficile à 
TAdministration de donner satisfaction à tous les droits acquis par 
les exploitants antérieurement permissionnaires sans amener un 
morcellement du gîte que la loi voulait éviter. 

Cet acte de conciliation contenait une clause d'après laquelle 
chacun des signataires conservait le droit exclusif d'exploiter sous 
ses propriétés territoriales ; les parcelles appartenant à des tiers 
devaient être exploitées en commun par les associés, mais en 
géîiéral un second acte précisait que ces parcelles seraient jointes 
de telle ou telle façon au périmètre appartenant à chacun des 
futurs concessionnaires, en sorte que la concession se trouvait 
divisée en autant de fractions qu'il y avait de concessionnaires. 

M. Delainaud n'avait encore commencé aucun travail d'exploita- 
tion lorsque, le 12 septembre 1836, il subrogea les enfants de 
M. Claude Micolon-Bérardier pour \\\\ tiers à ses droits de co-titu- 
laire de la concession de la Béraudière ; l'année suivante, le 
19 septembre 1837, il céda à MM. Cessieu et Beraud les droits 
dexploitation sous les fonds qu'il possédait à La Ricamarie. 

Peu de temps après, le 2 novembre 1837, trois des héritiers de 
M. Claude Micolon cédèrent à M. Ceissieu leurs droits dexploitation ; 
le quatrième héritier conserva ses droits jusqu'en 1864, date à 
laquelle la totalité des droits d'exploitation revint à la Société de 
La Ricamarie, à la suite d'une vente par licitation. 

MM. Cessieu et Beraud commencèrent l'exploitation de la mine 
en 1838, lorsque, par acte du 3 avril 1838, M. Cessieu vendit à 
M. Gauchier, bancpiier à Paris, la part d'intérêt lui appartenant 
dans la Société qu'il avait "fonnée avec M. Beraud, pour l'exploita- 
tion de la mine de La Ricamarie. 

Une Société civile fut constituée par acte des 4 et 5 mai 1838 
(passé devant M*' Esnée, notaire à Paris), entre MM. Gauchier, 
Beraud et diverses autres personnes. Le capital social fut fîxé à 



(1) Note de la Société des Houillères de Montramben et de la Bérau- 
dière. Voir épalpmnnt Revue de Législation des Mines et Statistique des 
Houillères, 1 'M i 05. 



— 738 — 

un mi 11 ion, duiii iSOO.iXX) francs iepié.>entés par les apports de 
MM. liaucliior et Beraud, et 200.000 francs en espèces par les autres 
societaiics. 

En 1850, les concession iiaiies de la Béraudière cédèrent leur part 
à la Compagnie générale des mines de la Loire, dont le fractionne- 
ment, qui eut lieu en 1854, donna naissance à diverses Sociétés, 
parmi lesquelles la Société de Montrambert et de la Béraudière. 
Seule, la Société de La Ricamarie voulut rester en dehors de cette 
fusion et continua à vivre d'une vie indépendante. 

La constitution de la Société de La Ricamarie avait cependant 
ému les autorités ; elles y voyaient une violation de la volonté du 
législateur, qui avait voulu que toute mine concédée formât un 
tout indivisible, et qu'elle ne pût être partagée en nature. Dès le 

20 août 1838, le Préfet de la Loire avait demandé au Procureur 
du roi d'examiner s'il n'y avait pas des charges suffisantes pour 
diriger des poursuites conformémjent à l'article 7 de la loi du 

21 avril 1810. L'Administration intervint encore à diverses reprises, 
notamment en 1845 et en 1867, mais le principe de l'unité de conces- 
sion fut considéré comme sauvegardé par la nomination d'un seul 
directeur et d'un représentant légal unique pour toute la concession 
de la Béraudière. 

L'exploitation fut arrêtée en 1884. Le 30 décembre de cette année, 
un arrêté préfectoral, constatant le déhouillement complet de toutes 
les couches de ce périmètre, autorisait la Société à abandonner 
l'exploitation. Il restait bien un massif relativement important à 
enlever ; mais son exploitation avait été interdite définitivement 
par l'arrêté préfectoral du 19 décembre 1861, dans le but de protéger 
le tun^nel de Bellevue à La Ricamarie, creusé vers 1856. Cette inter- 
diction donna lieu, contre la Compagnie du chemin de fer, à un 
long procès devant le Conseil de Préfecture, procès qui se termina 
en 1885 et en 1887, par le paiement d'une indemnité aux héritiers 
de M. Delainaud et à la Société de La Ricamarie. 

Une série de procès fut également provoquée par les conditions 
dans lesquelles la Société s'était constituée. Les auteurs des ventes 
de 1836 et 1837 ou leurs héritiers revendiquèrent devant toutes les 
juridictions civiles une part de la concession. Un épisode de cette 
lutte fut la licitation de 1864, qui fit passer tous les droits d'exploi- 
tation à la Société de La Ricamarie. 

Enfin, après l'épuisement complet de son gisement, ladite Société 
revendiqua, dans la concession de la Béraudière, la part indivise 
qu'elle prétendait tenir en vertu des actes de 1824 ; ces prétentions 
furent repoussés par jugement du Tribunal civil de Saint-Etienne 
du 28 juin 1890, confirmé par la Cour de Lyon, le 9 juin 1893, et par 
la Cour de Cassation, le 25 avril 1895 ; le traité de 1824 fut déclaré 
nul dans les clauses relatives au partage en nature de la concession, 
nullité d'ordre public prononcée par l'article 7 de la loi de 1810 ; 
en conséquence, le périmètre Delainaud fit retour à la concession 



— 739 — 

de la Béraudière (1) ; les couches de houille qu'il pourrait encore 
contenir seraient, à l'avenir, exploitées par la Société de Montram- 
bert, qui tiendrait compte à la Compagnie de La Ricamarie du 
bénéfice réalisé, sous déduction des charges d'exploitation. Il n'y 
avait pas lieu de modifier dans le passé la répartition des produits 
de la concession, le traité de 1824 ayant été reconnu licite dans les 
parties qui réglaient les droits de chaque concessionnaire. 

Une autre Compagnie, dite du Montcel-Ricamarie ^ exploitait 
le puits du Montcel, également dans la concession de la Bé- 
raudière. Le< droit d'exploitation appartenait dans le principe 
à un sieair Chomier, en vertu de rordonnance de concession 
de 1824 et de traités particuliers entre les demandeurs de cette 
concession. Ce droit fut cédé par le sieur Chomier au sieur 
Guerrier, en 1837, et transmis, en 1856, par Guerrier aux sieurs 
Bouchu et Guillemin, qui oonstitiuèrent la Société civile dite 
Compagnie des Mines de houille du Montcel-Ricamarie (1857). 
A cettci Compagnie, dite « propriétairei », était juxtaposée une 
« Société arnodiataire des IVIines du Montcel-Ricamarie », 
formée en 1839. L'histoire de ces deux Sociétés, fort embrouillée, 
ne saurait intéresser le public. Une autre Société fut substituée 
au(x précédentes en 1874-76. C'était la « Société anonyme des 
Mines du Montcel-Ricamarie. » Un extrait des statuts indique 
la composition du fonds social : 

Ajar. 7. — Le fonds social sera divisé en cinq mille six cent qua- 
rante-deux parts (5.642), donnant droit chacune à un cinq mille 
six cent (^u armante-deuxième (1/5.642*^) dans toutes les valeurs de la 
Société, dont trois mille quatre cent quatre-vingts (3.480) sont attri- 
hiHM s aux iictioiitiaires de la Compagnie propriétaire, dans la pro- 
portion pour laquelle chacun d'eux a droit dans ladite Société 
propriétaire, et deux mille cent soixante-deux (2.162) aux action- 
na ii «s de la Compagnie amodiataire autres que les propriétaires, 
dans la proportion de quarante-sept actions nouvelles pour une 
.1 M ri (-n ne. 

Kn IH7S, la Société civile des Mines de la Porchère amodia 
à la Société anonyme des Mines du Montcel-Ricamarie les droiN 
d'oxploitiitiori qui lui appartenaient dans cette concession. Va\ 
l'Ss:'). vu la situation préc<iire de la Société et leis rapports de 
\1M. l>(!hlanc et Pialat, ingénieurs, dont les conckijsions, ideii- 
liqii'- à c^Hles de M. Sonlarv, directeur du Montcel en IH.SO, 
iiffir ni.iK ni que (M'.- niiih - clait ni lelloment épuisées qu'elles ne 



(1, I.»' «iiiaiticr a I'ciihVm- du hoiiiu^ de la Ricamario. m viiani de 
Saint i:ti(Minu, .s'appelle (oujnui^ Utlainaud, 



— 740 — 



pouvaient plus satisfaire à une exploitation fructueuse, une 
Assemblée générale approuva le projet de vente à la Société de 
Montrambert et de la Béraudière (i). 



^'2 - PROGRÈS dans L'EXPLOITATION de 1854 à 1870 



Je renvoie pour ce paragraphe, non pas au livre très connu 
de M. Leseure sur V Historique de^ Mines de Houille du Dépar- 
tement de la Loire, mais à Tétiude spéciale que M. Leeeaire 
publia, en 1897, dans le livre Saint- Etienne, à l'occasion du 
Congrès de l'Association française pour l'avancement des 
Sciences. J'en donne un extrait chronologique, combiné avec 
d'autres éléments. 

Je rapipelle qu'à part des essais isolés et sans trop de suite, 
c'est la grande Compagnie de la Loire qui, en 1846 et 1848, entra 
résolument dans la voie rationnelle de la bonne exploitation 
où Favaient précédée, en 1841, les mines d(u Creusot. 

C'est M. de Villaine, à Montramberl, qui a ouvert ia marche 
dans ce sens. A Montrambert. et à la Béraudière, le feu existait 
presque partout. Certaines couches étaient appelées les Brû- 
lantes, nom qu'elles portent encore aujourd'hui. M. de Villaine 
s'occupa d'abord de compléter la reprise des travaux. Il sut 
vaincre les difficultés en appliquant de nouvelles méthodes 
d'exploitation avec remblais, appropriées aux différents cas 
qui se présentaient. Ces méthodes servirent de base à la pros- 
périté de la Compagnie et, rapidement connues, établirent ;i 
jamais sa réputation d'ingénieur. 

Le grand mérite de M. de Villaine fut de concevoir d'abord 
un plan général d'exploitation et de le faire exécuter avec intel- 
ligence, ordre et méthode. De 1863 à 1871, il modifia les engins 
extérieurs, créa les puits jumeaux et les puissantes installations 
qui permirent de doubler rapidement le personnel et la pro- 
duction p). 



(1) Statuts de 1876 et procès- verbaux des assemblées des 10 jan- 
vier 1878 et 21 mai 1883, communiq'ués par la Société dte Montrambert. 
Voir : Mémorial de la Loire, 5 février 1888 ; bibliothèque de Saint- 
Etienne (carton LXIV, p. 13). 

(2) Mémorial de la Loire du 22 juin 1895. 



- 741 -- 

Les méthodes d'exploitation des grandes couches n'existaient 
pas pouir ainsi dira avant M. de Villaine. Les méthodes avec 
remblais par rabattages au puite Marseille, tranches inclinées 
au puits Saint-Mathieu, et bientôt la méthode en travers par 
tranches horizontales à la Béraudière, sont devenues classiques. 

Ces méthodes fixées, il fallait doter la Compagnie de moyens 
puissants d'extraction. C'est alors que furent installés les puits 
jumeaux de Villaine et Dyèvre. Les premiers, après bientôt 
un demi-siècle d'existence, et sans avoir subi de remaniements 
fondamentaux, comptent encore au nombre des sièges d'ex- 
traction les plus puissants (i). 

Aux mines de Beaubrun, où la grande couche avait une mcli- 
naison de 10 à 15^, on pratiqua, depuis 1855, la méthode par 
tranches inclinées de 2 m. 50 d'épaisseur. 

La Péronnière ne tarda pas à imiter l'exemple de Beaubrun. 

Je renvoie à l'étude de M. Leseure pour l'exploitation des 
grandes couches à Firminy et sur d autres points. 

L'abatage par tailles montantes fut appliqué pour ^a pre- 
mière fois, semble-t-il, par M. Villiers, au puits de l'Eparre, 
de la Compagnie des Houillères de Saint-Etienne. 

Aux mines de la Loire, en 1869, les tailles chassantes avaient 
été employées au puits Gallois. 

Pour le tirage par coups de mine, l'étoupille Bickford rem- 
plaça la canette depuis 1855. La dynamite, fut introduite pour 
lo percement des galeries au rocher, en 1871, à Firminy et à 
Montrambert. 

Pour les transports intérieurs, la capacité de la benne avait 
été portée à 4 et 5 hectolitres (au lieu de 3 hectolitres) de 1846 
H 1860. M. Villiers fit l'essai des traverses métalliques en 1868. 

L'extraction par étrier suspendu au câble, adoptée de proche 
en proche et assez vite, fut perfectionnée en 1856 et 1857 à 
Montrambert et aux Houillères de Saint-Etienne, par le rem- 
placement de rétrier à deux montants par l'étrier à quatre 
montants, dans lequel les benne© étaient portées sur quatre 
points de leur bord inférieur. 

Il semble que M. Haure installa K premier la cage d'ex- 
traction avec taquets d'arrêt, à Comlx^rigol, en 1857. 



(1) Diftcoiirs de M. Rcxlde, inprénlenir principal <\q la Coinpaprnie, aux 
funérailles de M. de Villaine {Mémorial de. la Loire, 20 décembre 1013). 

48 



- 742 — 

Roche-la-Molière avait reçtu en 1856 une machine à action 
directe à deux cylindres conjugués et à distribution de vapeur 
par soupapes. En 1860, M. Bessy faisait poiser un guidage en 
bois au puits de la Loire. En 1861 et 1864, les étriers étaient 
remplacés par des cages d'extraction avec planchers aux Houil- 
lères de Saint-Etienne, et en 1866-67 on adoptait les guidages 
en bois et les cages, à Firminy et à Roche-la-Molière. 

M. Villiers plaça le chevalement en fer au puits Jabin en 1863. 
Ce chevalement, exposé à Paris en 1867, présentait le© avantages 
d'une durée presque indéfinie sur les chevalements en bois (i). 

A Montrambert, on annula l'excès de poids dui câble des- 
cendant (pour la descente des remblais par des puits spéciaux, 
qui sont presque toujours des puits d'aérage) en faisant usage 
du câble d'équilibre. 

En 1854-55, M. Lunyt, mgénieur principal du groupe de Rive- 
de-Gier, appliqua les procédés de cuvelage usités dans les puits 
du Nord. 

Les premiers ventilateurs furent installés par M. Guibal en 
1869-70 à Firminy, et d'autres ventilateurs furent installés à 
la même époque aux Houillères de Saint-Etienne et de Mont- 
rambeirt. 

Dès 1868, à la suite des travaux d'une Commission de la 
Société de l'Industrie minérale, la lampe Mueseler, recom- 
mandée par M. Mallard, professeur à l'Ecole des Mines de Saint- 
Etienne et depuis membre de l'Académie des Sciences, était 
adoptée aux Houillères de Saint-Etienne, de Firminy et de la 
Ghazotte. 

Je parlerai au paragraphe suivant des explosions de grisou 
qui survinrent pendant cette période. 

Le Bulletin de l'Industrie minérale reflétait les progrès réa- 
lisés. M. de Villaine, en 1858-59, y décrivait les méthodes 
appliquées à la grande couche de Montrambert ; M. Leseure, 
en 1859, à la grande couche de Rive-de-Gier ; M. Villiers, en 
1863-64, à une petite couche du bassin de Saint-Etienne , 



(1) Rapport du Jury, exposition 1867, t. VIII, p. 76. La Compagnie des 
Houillères de Saint-Etienne faisait figurer un modèle en petit de J'instal- 
lation du puits Saint-Louis. 



— 743 - 

M. Ghansselle, alors ingénieur à Firniiny, analysait les mé- 
thodes exposées à Paris, en 1867, et appliquées dans les dif- 
férentes mines d'Europe. 

MM. Ernest Javal et Jules Garnier (i), ingénieurs, décrivaient 
la nitro-glycérine dans le même Bulletin, en 1868 ; en 1869, ils 
décrivaient la dynamite, produit alors nouveau. 

L'étude des 'machines d'épuisement employées dans la Loire 
motivèrent des articles nombreux de MM.' Luyton pour Firminy 
(1855-56), Soulary et' Desbief pour Gôte-Thiollière (1857-58), 
Lombard pour Monthieux (1858-59), de divers ingénieurs pour 
Rive-de-Gier (1859-60), de Soulary, directeur des Mines de 
Sainte-Foy-l'Argentière (1862-63), de Leseure, ingénieiur de l'Etat 
(1863-64), de Renodier pour Beaubrun (1863-64), etc... 

Egalement les questions de- câbles, de cages et de machines 
d'extraction, manèges, furerit traitées par MM. Mâle et Payen, 
ingénieurs aux mines de Monthieux, Dange au Grand-Treuil, 
Boudinhon, ingénieur à Lorette, Villiers, Leseure, etc.. 



L'agglomération fit de rapides progrès depuis 1858. En 1872, 
les briquettes étaient devenues l'aliment indispensable de l'ex- 
ploitation des chemins de fer. Leur fabrication était spéciale 
à la France et à la Belgique, où l'extraction fournissait une 
forte proportion de menus fin®. 

Inventée pair Marsais en 1843 (^2)^ l'agglomération reçut son 
premier perfectionnement en 1853, de Maximilien Evrard, jeune 
ingénieoir de l'Ecole de Saint- Etienne. Ayant débuté aux mines 
du Treuiil et de la Petite-Ricamane, sous les ordres d'Edouard 
Wéry, Evrard avait occuipé ensuite divers postes en Saône-et- 
Ijoire, à la grande Compagnie de la Loire, et en Algérie. Il fut 
directeur des mines de la Chazotte, de 1852 à 1872 {^). 



(1) Je rappelle que Jules Gaiiiier (Hait de Saint-Etienne et ancien 
élève de son Ecole des Mines. 

(2) V. p. 284 et rapport du Jury de l'Exposition de 1867 (t. VIII, p. 84) : 
le premier brevet iH)ur les ajîKi'.omérés fut pris par Marsais, dont l'usine 
de Givors appartient aujourd'hui à ja Compagnie dies Houillères de 
Saint-Etienne. Elle a été développée et an^liorée par M. Bayle, diirec- 
teur de cette Société. 

(3) Né à Maroille (Nord), le 12 juin 1821, mort à Sorbiers (Loire), le 
l.'i janvier 1005 (Notice dans les Anitalcs ttc la SocU'l/^ d' ifiifriiltiirr dr 
la Luire, en IIXK)). 



• — 744 — 

Le brevet de 1853 s'appliquait à un système de compression 
à moule ouvert à production continue. Le rapport siur l'Expo- 
sition de Londres en 1862 (t. I, p. 48-50) qualifiait ce système 
de « machine ingénieuse » employé<> déjà en France, en Bel- 
gique, en Autriche. A la mon d I'a tard, Al. Murgue, président 
de la Société des Anciens! élèves de l'Ecole des Mines, rappela 
que son camarade avait trouvé la « solution élégante » du 
problème de l'agglomération. 

M. Evrard a décrit son procédé dans le Balle tin de V Industrie 
minérale^ en 1858-59 et 1863-64. Il montait une usine à la Gha- 
zotte en 1855. Ce fut le système Evrard qu'adopta la Compagnie 
P.-L.-M., quand elle créa ses grands ateliers d'agglomération 
à Chasse, à Brassac et à Nîmes. 

M. Revollier, constructeiur-mécanicien à Saint^Etienne, cons- 
truisit pour Blanzy en 1860, et po'u,r le Plat-du-Gier, un appareil 
d'aggloméiration. J'ai parlé de Revollier dans la notice sur la 
construction mécanique annexée à VHistoire de la Métallurgie 
de la Loire (p. 394).. Cette industrie régionale a coopéré lar- 
gement à doter les mines dui matériel puissant d'extraction, 
d'épuisement, d'agglomération, etc., qu'elles possèdent au- 
jourd'hui. 

La préparation mécanique des charbons fit aussi de grands 
progrès, les chemins de fer exigeant pour les cokes et les 
agglomérés une faible teneur en cendres, et la concuirrence 
poussant à livrer des charbons mieux débarrassés de matières 
impures. Le triage primitif (i) avait été complété, à partir de 
1840, par l'installation de grilles mclinées et barreaux, et par 
le lavage des mienus sales dans des bacs à piston mus à bras, 
inaugurés par M. Dyèvre, ingénietur à Bérard. Le procédé éitait 
généralisé en 1862 et, déjà en 1856, fonctionnaient les procédés 
les plus variés de lavage : lavoir Bérard, lavoir Gervais 
(Monthieux), lavoir Robert (Quartier-Gaillard), lavoir Ract- 
madoux (Saint-Ghamond), lavoir Baure (Reveux). L'appareil 
Bérard, inventé en 1848 et adopté dans un grand nombre d'ex- 
ploitations en France et en Belgique, fut modifié par M. Evrard, 
en 1862-64, à la Ghazotto. Son invention, exposée en 1867 a 
Paris, s'appliquait à la fois au lavage et au criblage. En 1863, 



(1) Voir LESEURE, A. F. A. S., 1897. 



— 745 — 

M. Villiers employa un « trommel briseur et classeur » pour le 
traitement des menus sales, aux Houillères de Saint-Etienne. 
En 1864, M. Re vol lier construisit son lavoir pour les mines de 
la Porchère. Il fut adopté en 1866 par M. Luyton, dans l'atelie-r 
de préparation mécanique organisé à Firminy. En 1868, M. de 
Villaine supprimait les cribles à secousses et le lavage, rendus 
inutiles par la qualité de ces charbons. Il améliorait le triage 
par une forme particulière du couloir et du crible de triage. 
Les premiers essais de lavage de la houille remontent à une 
trentaine d'années et ils ont été faits à Saini^Etienne, disait le 
rapporteur de l'exposition de 1867. Cette opération est devenue 
courante pour les charbons employés pour les agglomérés et 
les cokes et même pour les menus consommés en nature (i). 

Au sujet de la carbonisation, il convient de citer la fondation, 
en 1858, de la Société de Carbonisation de la Loire, Carvès 
é (7^% qui construisit 'une usine à Saint-Etienne, dans le quartier 
du Marais. Citée à l'Exposition de Londres en 1862 (t. I, 
p. 48-50), elle était « arrivée après de longs efforts à tirer parti 
de tous les produits accessoires de la distillation de la houille, 
en fabriquant des cokes de bonne qualité ». Elle comptait 
88 fours. En 1867, elle en comptait 188 pour la fabrication 
simultanée du coke, propre à tous les usages de l'industrie, du 
gaz d'éclairage, du goudron et des eaux ammoniacales, avec 
tous les appareils accessoires pour l'extraction du gaz, la dis- 
tillation du goudron et des eaux ammoniacales. Elle consommait 
100.(X)0 tonnes de houille par an et occupait pluis de 200 ou- 
vriers et 80 chevaux. Cinq machines à vapeur y étaient utilisées 
au lavage, au criblage et au broyage de la houille. Elle pro- 
duisait annuellement : 70.000 tonne© de coke, 2.500 de goudiron, 
150 d'huiles de goudron, benzine, acide phénique, etc., 300 
d'ammoniaque et de sels ammoniacaux. MM. Carvès montiiierit, 
à Bessèges, pour le compte de la Compagnie de Terrenoire, 
une batterie de 100 fours à coke et tous les accessoires néces- 
saires P). 

L*usine Carvès fut transférée dans la suite à Terrenoire. 
Atteinte par la chute de la Société des Forges de Terrenoire, 



(1) Rapport du Jury. t. VIII, p. 82. Sur le lavage, voir pages 285 et 403. 

(2) Archives fie l.i r.h.irn])ro de Commerce. 



— 746 — 

en 1888, elle fut exploitée par MM. Chevalier et Oziol jusqu'en 
1914, et ensuite, pendant deux ou trois ans, par la Société des 
Mines de Janon. 

La carbonisation était d'ailleurs une industrie annexe fort 
importante' de nos mines (Voir au 3*"* § le^s chiffres de pro- 
duction). En 1865-66, M. Baroulier publia, dans le Bulletin de 
nndustric minérale^ une étude sur la carbonisation, particuliè- 
rement au four Appel t. 

Je rappelle les nombreuses protestations que l'installation 
des fours à coke souleva à Saint^Etienne de la part des fa- 
bricants de rubans et des passementiers, protestations dont la 
Chambre de Commerce se fit l'écho jusqu'en 1860. Depuis c^tte 
époque, les perfectionnements ap'portés à ces fours pour en 
éluder les inconvénients au point de vue des fumées, perfec- 
tionnements étudiés par M. Janicot, ingénieur, dès 1852, et 
peut-être le peu de succès des réclamations, ont éteint ou sta- 
bilisé le conflit entre la Fabrique de Rubans et les usines à 
feu (1). 

A l'Exposiition de Londres, en 1862, Gruner exposa sa carte 
géologique du Département de la Loire au 1/160.000® et plusieurs 
cartes spéciales au 1/15.000^ avec texte expilicatif. Des dessins 
reproduisaient la coupe générale du terrain houiller, ainsi que 
des dispositions des puits d'extraction. 

A l'Exposition de Paris, en 1867, Gruner exposa son étude 
du bassin houiller de la Loire comprenant une carte d'ensemble 
au 1/40.000®, des plans et des coupes au i/5.000^ et un texte 
encore inédit. L'exposition collective des mines de la Loire 
comprenait, notamment, un très bon modèle en relief du mode 
d'exploitation avec remblais, généralement employé dans le 
bassin. 



^ 3 - STATISTIQUES, PRIX, GRÈVES, EXPLOSIONS, 
MARCHE GÉNÉRALE de 1855 à 1870 



De 1855 à 1869 inclusivement, la production totale du bassin 
oscilla entre 1.946.000 tonnes (1858) et 3.373.000 (1868). Le chiffre 
de 3 millions fut atteint en 1864. La production de 1869, année 



(1) Voir mon Histoire de la Eubanerie, p. 377. 



— 747 — 

de la grève, fut de 3.079.000 tonnes. On trouvera dans VHisto- 
rique de M. Leseu,re le tableau de la production annuelle soit 
de Saint-Etienne, soit de Rive-de-Gier, le nombre des ouvriers, 
'la vaileur de la production. Olle-oi oscilla entre 23 millions 
de francs (1858) et 38 millions (1868), ce qui indique une valeur 
moyenne respective de 11 à 12 francs par tonne. Le no^ibre des 
auivriers s'éleva entre 9.000 les premières années et 15.000 
en 1868. 

Cette période fut marquée pa,r un très grand développement, 
grâce à la construction du réseau des chemins de fer, à Inac- 
tivité de l'industrie métallurgique, aux débouchés nouveaux 
ouverts par le© voies ferrées, aux progrès réalisés dans l'ex- 
ploitation. M. Leseure {Historique, p. 247) a donné pour l'année 
1868 le détail des expéditions et de la consommation intérieure. 

Il y eut des ombres au tableau. Au déboit de la période, la 
rectification ou la reconstruction des chemins de fer de la 
Loire avaient obligé les Sociétés exploitantes à diminuer leur 
production, alors qu'elles étaient en mesure de la développer, 
mais cet état de choses dura peu de temps (1). 

Les rapports du Préfet au Conseil général, en 1857-59, si- 
gnalaient la situation critique de la métallurgie, alarmée par 
des décrets douaniers tendant au libre-échange et, par voie de 
conséquence, de l'exploitation des mines, qui réclamait l'abais- 
sement du fameux tarif de transport de 10 centimes la tonne 
kilométrique. 

Dans le Bulletin de Vïudustrie minérale, en 1859-60, 
M. Leseure a publié des Noies statistiquies fort intéressantes 
sur l'industrie minérale à Rive-de-Gier, de 1763 à 1858. Les 
salaires, en 1858, étaient ies suivants : 

Gouverneurs 5 à 8 fr. en 1858 - 5 à 8 fr. en 1845 

Piqueurs 4 à 4 fr. 75 — - 3 fr. 50 à 4 fr. — 

Tralneurs et rouleurs . 2 fr. 50 à 3 fr. — - 3 fr. 50 à 3 fr. 75 — 

Rép«raiionnaires . 3 fr. 25 à 3fr. 65 — - 3 fr. h 3 fr. 25 — 

Ouvriers divers . . 2 fr. à 3 fr. . — - 1 fr. 50 à 3 fr. 25 — 

La hausse tenait au renchérissement des denrées à la suite 
de mauvaises récoltes, peutrêtre au mouvement ouvrier de 1848, 
enfin aux grands travaux d'utilité publique du Secx:>nd Empire, 
qui avaient fait renchérir la main-dVt» uvre. 



(1) Voir M^mnrln] dr la Loire, 8 mars 1856. 



— 748 — 

Cette progression était très sensible pour les piqueurs et les 
ouvriers divers. Pour les autres catégories d'ouvriers, il fallait 
tenir compte de diverses circonstances : 

Le gouverneur, qui avait toute la responsabilité de l'intérieur à 
répoque où les propriétaires s'improvisaient extracteurs, n'est 
plus aujourd'hui qu'un chef d'ouvriers placé sous la surveillance 
de ringénieur. 

Le traîneur, qui avait un grand travail à développer et jouait 
le rôle principal, a à peu près disparu depuis l'introduction des 
chemins de fer dans les mines, vers 1847, et a été remplacé par le 
routeur. 

Le réparationnaire (ou boiseur), qui était presciue inconnu lors- 
qu'on travaillait à plein massif, a aujourd'hui beaucoup à faire 
dans certaines mines, où le charbon est tendre et où la masse du 
toit a été ébranlée et brisée par les éboulements et dépilages 
antérieurs. 

Voici, d'autre part, les prix des fournitures, de 1812 à 1858, relevés 
dans les res^istres de la Société des houillères de Rive-de-Gier • 



ANNÉES 


-e i 


Poudre 


ê 'S 

=2 % 


le quint. 


.il 

a. 


•Il 

< -2 


J « 
1 = 

le quint. 


Pelles 

le quiiit. 


Tôle 

le quint. 
au bois 


2 -î 

1 i 

le quint. 




le mètre 


le kilog 


le quint. 


le quint. 


le quint. 


1812 


0f.40à0f.60 


3.20 


90 » 


» 


90M20 


B 


58» 


430» 


<)0 ). 


50 » 


4825 


id. 


2.80 


70 )) 


40 » 


100» 


)) 


» 


135). 


140» 

à la hou. 


45 » 


4835 


id. 


2.60 


63 » 


38 » 


400» 


170» 


53» 


125» 


90,75 


45 * 


4845 


id. 


2 » 


57 » 


28 » 


80» 


440» 


44» 


120» 


80,52 


42 » 


4851 


0f.45à0f.60 


2 » 


46 » 


24,28 


80» 


95» 


34» 


146» 


80,42 


30 » 


1858 


id. 


j^ 


48 » 


24 . 


78» 


80» 


38» 


143» 


80,40 


30 » 





Câbles 


Câbles 








Plâtre 


ANNEES 


en 


en 


Foin 


Son 


Avoine 




chanvre 


fil de fer 








gris 




Fr. 


JFt. 


le quint.ll 
Fr. 


Fr. 


Fr. 


Fr. 


4842 


420-460 


» 


4- 10 


40-44 


15-18 


4 » 


1825 


id. 


)) 


6-10 


40 » 


14-45 


4 » 


4835 


140-450 


» 


id. 


Il » 


45-46 


4 » 


1845 


id. 


200 » 


6-7 


10-13 


40-42 


4 » 


4851 


145-460 


88-430 


5 » 


10 » 


44,50 


3 50 


4858 


130-440 


84-430 


8 » 


12,80 


20 » 


3 60 



- 749 — 

Les objets fabriqués, fers, poudre, aciers, etc., ont baissé très 
notablement ; c'est le fait du prog-rès des méthodes d'élaboration. 

Les oâbles en chanvre sont restés au même prix en apparence ; 
en réalité, ils sont devenus plus gros et plus difficiles à fabriquer, 
les puits étant, en général, beaucoup plus profonds. 

L'emploi des oâbles en fil de fer apporte, d'ailleurs, une grande 
économie sur l'emploi des câbles en chanvre. 

Les denrées 'Cmipruntées à l'agriculture n'ont pas varié, par- 
ticulièrement le son et les bois. Les cours du foin et de l'avoine 
paraissent ne dépendre absolument que de la succession des bonnes 
années et des années plus ou moins stériles. 

Si le blé suit les variations de l'avoine, il faudrait en conclure 
que l'agriculture ne trouve pas aujourd'hui de prix plus rémunéra- 
teui-s qu'au commen-cement du siècle ; que la révolution opérée en 
1789 a été profonde, universelle et rapide ; que les effets en étaient 
réalisés dans la période même du Consulat et de l'Empire. 

Cela concorde parfaitement avec cette circonstance que, depuis 
30 ou 40 ans, le prix des terres est toujours resté le même autour 
de Rive-de-Gier, au dire des personnes les mieux autorisées en cette 
m/atière, et d'après les ventes authentiques. Il est bien entendu qu'il 
ne s'agit pas ici des terrains devenus propres à recevoir des cons- 
tructions ou à servir de magasins ; je ne parle que de ce qui est 
resté terre de culture. 

Poursuivant son étude, M. Leseure abordait les variations du 
prix de revient (main-d'œuvre et fournitures réunies) dans le 
groupe du Sardon : 

De 1825 à 1851, la main-d'œuvre et les fournitures tendent à 
diminuer, quoique les salaires tendent à augmenter, et que l'on 
consomme une plus grande quantité de matières pour les besoins 
de l'exploitation. 

Cela tient, d'une part, à ce que l'introduction des chemins de fer 
souteri-uins réalise une économie notable dans la main-d'œuvre, 
et à ce que les prix des matières restent constants ou sont en 
baisse. 

En somme, on peut dire que, de 1825 à 1851, le prix de revient 
spécial est plus avantageux de 5 à 10 centimes, et cela malgré les 
difficultés qu'occasionnent naturellement la reprise des anciens tra- 
vaux sur plusieurs points et la recherche des lambeaux laissés 
derrière les crains. Un tel résultat n'a été obtenu que par le talent 
des ingénieurs habiles qui ont pris là place des anciens extrac- 
teurs, et ont substitué à une exploitation do hasard dos méthodes 
rationnelles et une organisation régulière. 

On n'a pas cheixîhé, par exemple, à réaliser une ]>his grande 
puissance de production en creusjint un grand nombre de puits, 
mais en augmentant la force des machines et l'extraction de chaque 
puits. 



— 750 — 

Si, de 1851 à 1858, les prix remontent à leur niveau primitif, il 
faut en attribuer la cause à Tappauvrissement croissant des champs 
d'exploitation, au grand nombre d'avancements en stérile, et à la 
diminution des quantités de charbon extrait par suite de la mévente 
de ces dernières années. 

Je termine la citation par le iableaiui du prix des charbons, à 
Rive-de-Gier, prix du quintal mélriquc. Le prix moyen, par 
tonne, s'était élevé do 4 francs en 1763 à 9 francs en 1845 (avè- 
nement de la grande Compagnie), à 13 fr. 60 en 1858. 



FR^IX DES CH-A.R,BON"S 







{au qh 


linial iriéAruine) 






Nature 
des charbons 


1763 


1812 


1825 


1S35 


1S15 


185.S 


Pérats 

Menus de forge.. 

Menus de verrerie. 

Menus divers. . . . 

1 Coke 

1 Prix moyen général 


0,50 

» 

» 
0,30 

» 
0,40 


1,30 à 2 » 
0,80 
0,50 
0,35 

» 
0,95 


1,60 à 2 » 
0,65 
0,50 
0,45 
1 à 1,10 
0,96 


2,40 à 2,70 
0,65 à 0,75 
0,50 à 0,60 
0,40 à 0,50 
1,20 à 1,40 
0,92 


2,40 à 2,80 

0,85 

0,70 

0,60 
1,60 à 1,80 

0,90 


2,30 à 2,80 

1,40 

1,20 
0,80 ai » 1 
2,'i5à2,55 

1,36 



L'extraction des houillères dans le département ne s'est pas 
ralentie, disait le Préfet au Conseil généiral en 1860. Jamais elle 
n'a été plus considérable, ajoutait-il en 1861. En 1863, il cons- 
tatait un ralentissement impoirtant dans la consommation, à 
cause de l'hiver exceptionnellement doux et d'une moins grande 
animation dans les affaires industrielles. En 1864, signalant la 
diminution de lexploitation à Rive-de-Gier, il l'attribuait soit 
à la concurrence du bassin de Saint-Etienne, plus active depuis 
l'abaissement des tarifs de chemins de fer, soit à l'appauvris 
sèment des mines. 

En novembre 1863, le quartier de Bérard à Saint-Etienne 
avait été envahi par des émanations délétères provenant d'in- 
cendies dans les anciens travaux entre les puits Neyron et Gris- 
de-Lin (i). 

Le groupe de Rive-de-Gier était, en effet, en décadence. De 
1855 à 1870, sa piroduction annuelle oscilla entre 514.000 (1869) 



(1) Voir L.-J. Gras : Il y a cinquante ans (1863), publié dans le 
Mémorial du l«r décembre 1913. 



— 751 - 

et 686.000 tonnes (1861). En 1864, les actions de la Compagnie 
étaient affectées d'une baisée considérable qui, à raison de sa 
persistance', causait de vives alarmes aux porteurs de ces 
actions. Le Salut public de Lyon et le Mémorial de la Loire 
(13 avril) commentaient les causes de cette dépréciation en 
laissant dans l'ombre la cause principale : l'épuisement du gîte, 
exploité jadis d'une manière beaucoup plus intense que dans 
le bassin de SaintrEtienne. Ces journaux signalaient l'abais- 
sement du tarif des houilles, effectué en 1863 (0,08 par tonne 
kilométrique au lieu de 0,10j et la perte qui en résultait pour 
Rive-de-Gier. Ses charbons étaient" vendus aux même prix que 
ceux de Saint-Etienne, et ceux de Saint-Etienne bénéficiaient 
davantage de cette économie, à cause du parcours plus long 
de la mine au lieu de vente. En outre le canal de Givors était 
délaissé au profit du chemin de fer. Or la Compagnie d^^'s 
Houillères, ayant pris la location du canal, n'en payait pas 
moins un dividende fixe, convenu, aux actionnaires. 

Il ne reste donc pour les actionnaires des mines, ajoutait le Salut 
pyblic, que les bénéfices sur rexploitation. Malheureusement, pour 
des causes diverses^ ces bénéfices, qui ont atteint dans le temps 
2 millions, sont descendus, en 1863, à 600.000 francs. 

L'extraction de la houille a été plus active qu'elle ne l'avaii: 
jamais été, disait le Préfet en 1865. 

Le temps d'arrêt dans l'exploitation à Rive-d^-Gier développa 
autour de Saint-Etienne quelques établissements importants. 
Parmi ces établissements, la Chambre de Commerce citait, en 
1865, l'usine de carbonisation Carvès. Elle ajoutait que, dans 
l'ensemble, les affaires devenaient difficiles. Le dernier hiver 
avait été bénin. 

D'après le rapport de l'ingénieur en chef des mines pour 
1866 (1), le temps d'arrêt marqué dans la progression de la 
production, en 1865, fut suivi dune nouvelle période d'accrois- 
sement, r^a production de houille carbonisée avait atteint 
10-4.000 tonnes en 1864, 157.000 en 1865, 144.000 en 1866. 

Je rapproche du prix de revient indiqué par cet ingénieur en 
1865 (8 fr. 60) le prix de vente donné par la Chambre de Com- 



(l) r^s rapports n'ont HA puMi^^s (pio depai.s 1872 et anne.xés auA' 
comptes rendus fie la session du c:<>n.s-«'il }rcn«''ral dp la Loire. Celui qno 
je cite <• • (h I >.,<,'• ;i)ii\ archives ûv la (.li.niii.i- ^ic Commerce. 



— 752 — 

merce (12 fr. 27 a 12 fr. OU), prix qui n'avait pus aensibloment 
changé en 1866 (i). 

Le nombre des u^uivriers tués avait suivi les variations ci- 
après : 

18G0 29 

1861 59 

1862 33 

1863 44 

1864 46 

1865 55 

1866 54 

1867 75 

1868 49 

Le chiffre d'extraction de 1868 (3.373.000 tonnes), le phis élevé 
jusque-là, provenait principalement de la bonne marche des 
aciéries. M. Gaoarrié, ingénieur en chef des mines, insistait sur 
la situation dans laquelle &e débattait Rive-de-Gier, où la 
plupart des gîtes exploitebles étaient en partie déhouillés et 
où les cassuires du sol, produites par les anciens travaux et 
qui donnaient passage aux eaux de la surface, augmentaient les 
dépenses d'épuisement et grevaient les prix de revient. Au delà 
de Grand'Groix et jusqu'à Saint-Ghamond, on recherchait sans 
succès le prolongement de la grande couche. 



L'année 1869 fut marquée par une grève dont le souveinir 
est encore dans toutes les mémoires, à cause de la collision 
sanglante de la Ricamarie. 

J'ai exposé (v. p. 526) les origines lointaines de la grève, le 
fonctionnefment des anciennes Gaisses de secours, le procès in- 
tenté, en 1866, aux Gompagnies pour la reddition des comptes 
et la dissolution de ces Gaisses, la création, la même année, de 
la Caisse fraternelle des Mineurs, véritable syndicat, politique 
plus encore que social, créé sous le couvert de la mutualité, 
enfin le rôle de Michel Rondet. 

Il manque quelque chose au tableau. Non seulement la loi 
de 1864 avait reconnu la liberté de coalition, mais de plus en 



(1) On trouvera les prix courants du charbon, par trimestre, dans le 
Bulletin de Vlndustrie Minérale, qui cessa ce genre de publication. 



— 753 — 

plus l'Empire déviait* à gauche par faiblesse et illusion de 
Napoléon III. Les adversaires de l'Empire, loin de se rallier à 
lui, usèrent des nouvelles libertés pour l'attaquer avec plus de 
véhémence. La liberté de réunion et la liberté de la presse 
(liberté par rapport au régime antérieur), accordée en 1868, 
plus encore que la liberté de coalition, préparèrent le tombeau 
de la monarchie impériale, tombeau qui fut scellé à Sedan. 

La Fraternelle des Mineurs, qui comptait 5.000 adhérents 
en 1868, prit part aux luttes politiques très violentes qui carac- 
térisèrent les élections législatives de 1869 et qui, dans la Loire, 
furent accompagnées de troubles graves (i). Les sociétair^es ne 
purent se mettre d'accord sur les candidats à soutenir. Une 
scission menaçait de se produii-e au sein de la Société. Il fallait 
à tout prix sauver la mise. Les agitateurs engagèrent une cam- 
pagne pour obtenir : la centralisation des Caisses de secours, 
l'augmentation des salaires, la journée de huit heures ou du 
moins une diminution de la journée de travail. L'agitation 
gagna tout le bassin. La grève était générale le 11 juin. 

Une bande de cent cinquante individus, parmi lesquels les 
mineurs n'étaient peut-être pas les plus nombreux, parcourut 
les sièges d'exploitation. « On brisait les portes des plâties et 
des magasins, on levait les soupapes des chaudières, on coupait 
ou l'on menaçait de couper les câbles d'extraction. On détruisait 
les voies ferrées. » 

Le 16 juin fut la journée tragique de la Ricamarie. J'en 
emprufnte le récit à un chroniqueur de Saint-Etienne qui — 
quarante ans après, alors que les passions populaires suscitées 
par l'événement étaient depuis longtemps calmées — essaya de 
reconstituer impartialement la scène (2) : 

Ce jour-là, vers onze heures et demie, les mineurs en grève 
s'étaient attroupés là-bas autour du puits de TOndaine, voulant 
s'a.ssurer qu'on n'avait point enlevé du charbon demandé, le matin 
même, par l'usine Holtzer et Dorian, d'Unieux. L'officier qui com- 
mandait le détachement les engagea à se disperser, ce qu'ils firent 
d'assez bonne grâce. 

Mais, à une heure de l'après-midi, ils repaiiirent phis bruyantes, 
plus menaçants et renforcés de petites bandes isolées, (ju'ils avaient 
recrutées dans le voisinage. 



(1) Voir notamment le Mémorial de la Lofrr, 2r> mai ?^ juin 1809. 

(2) Aîi unies Foréziennes, 16 août lîXK). 



— 754 — 

C'était le moment où trois compagnies du 4^ de ligne, qui depuis 
deux jours gardaient le puits de i'Ondaine, allaient être relevées 
par trois compagnies du l?'' de ligne, arrivant directement de Vienne. 
Les soldats qui venaient occuper le poste étaient en vue, ceux qui 
allaienit le quitter se disposaient à partir. Les mineurs, pris 
inopinément entre les deux détiachements, se trouvèrent en grande 
partie dans l'impossibilité de fuir. Les compagnies du ¥ de ligne 
n'eurent en quelque sorte qu'à s'ouvrir en éventail pour recevoir la 
tête de colonne. Une quarantaine de grévistes furent faits 
prisonniers. 

La troupe, formée sur deux rangs serrés, avec les captifs au 
milieu, se mit en marche pour regagner Saint-Etienne. 

Le capitaine commandant, M. Gausserand, ayant jugé prudent 
de ne point traverser en cet équipage la grande rue de La Rica- 
marie, prit par le chemin du Brûlé. 

La troupe, forte d'environ 180 hommes, marchait assez pénible- 
ment dams ce chemin, et voyait grossir d'instant en instant une 
foule considérable d'hommes et de femmes qui la suivaient avec 
des démonstrations hostiles. On demandait les prisonniers, on les 
voulait, on les aurait. 

Arrivé à la hauteur du puits du Brûlé, le détachement fit halte. 
Le passage était dangereux. Les grévistes, qui connaissaient bien 
les lieux, étaient accourus, à travers champs, prendre position sur 
les hauteurs qui commandaient le chemin. 

Il est deux heures environ. Le capitaine Gausserand parlemenle 
avec la foule pour l'inviter à dégager la route. Des jets de pierre 
et deux coups de pistolet interrompent ses exhortations. Quatre 
soldats sont atteints plus ou moins grièvement. 

Que se passa-t-il alors en un instant aussi rapide que l'éclair ? 
Nul ne put le dire, personne n'avait entendu le commarwlement 
de : feu ! 

Mais les fusils partirent, faisant des morts et des blessés, mettant 
en fuite aussi la foule des grévistes. 

Les morts étaient au nombre de neuf, huit hommes et une femme : 
Jacques Fanget, mineur ; femme Boileau ; Joseph Franchon, 
mineur ; Joseph Chatagnon, mineur ; Paulet, ferblantier ; Claude 
Choulat, mineur ; Antoine Goudon, mineur ; Claude Clémençon, 
mineur, et Barthélémy Revol, mineur. 

Deux des blessés, transportés à l'hospice de La Ricamarie, y 
mouraient le lendemain matin : une femme Revol et un garçonniet 
de trois ans, enfant d'une veuve Fleurine, tué dans les bras de sa 
mère. 

La mère elle-même était dangereusement blessée. 

Le 4^ de ligne, à cette époque, était commandé par le colonel 
Martinez, d'origine espagnole, que l'on disait protégé, en raison de 
cette considération, par l'Impératrice Eugénie. 

Membre du Grand-Cèrcle de Saint-Etienne, ainsi que plusieurs 



— 755 — 

autres officiers supérieurs, on lui battit froid à la suite de la jour- 
née de La Ricamarie. Le colonel comprit vite et cessa de fréquenter 
le cercle. 

Un incident autrement caractérisé se produisit, d'ailleurs, pres- 
que en même temps. Quatorze conseillers municipaux de Saint- 
Etienne venaient d'écrire au maire, M. Benoît Charvet, l'invitant 
à réclamer de l'autorité supérieure l'éloignement du ¥ de ligne. 
M. Charvet fit connaître le jour même qu'il déclinait cette mission. 

Dès le lendemain, le préfet, M. Gastaing, prononçait la dissolu- 
tion du Conseil municipal et le remplaçait par une Commission 
de trente-sept membres — M. Benoît Charvet restant maire — 
parmi lesquels : MM. Duplay-Balay, docteur Bruny, Claudius 
Courally, Denis Epitalon, Auguste Faure, président du Conseil de 
Prud'hommes ; Duterrail, Cl. Gérentet, Guitton-Nicolas, Marcellin 
Giron, Hutter, directeur des mines de Montrambert ; Lacroix- 
Descours, Guinard, pharmacien ; Philippe Peuvergne, Penel, fabri- 
cant de lacets ; J. Tempier, etc... 

On sait qu'une légende obstinée a longtemps fait tuer le capitaine 
Gausserand, pendant la guerre franco-allemande, par une balle 
vengeresse des morts de La Ricamarie. 

Le capitaine Gausserand — qu'un décret impérial, soit dit en 
passant, avait fait chevalier de la Légion d'honneur le 13 août 
1869, soit moins de deux mois après la collision — tomba à l'ennemi, 
dans la journée de Rezonville, le 16 août 1870, frappé d'un éclat 
d'obus à la tête. 

Cet événement — déformé par la Presse et dans les discours — 
eut un retentissement énorme dans toute la France. Ce fuit un 
nouveau prétexte pour attaquer rKmpire et pour en détacher 
complètement les masses populaires. Vingt ans, trente ans plus 
tard, les journalistes rappelaient encore la fusillade de la Ri- 
camarie. Ce fut grâce à ce douloureux conflit que ce bourg 
d'ouvriers, mconnu en France, acquit une réputation tristement 
célèbre. Zola s'en inspira, en le corsant, pour son tableau de 
Germinal. 

De nombreuses arrestations suivirent cet événement : soixante- 
douze grévistes furent poursuivis pour atteinte à la liberté du 
travail. Ijc 7 août, le Tribunal correctionnel de Saint-Etienne 
prononça cinquante-six condamnations de 15 jours à 15 mois de 
prison ; six condamnations par défaut de 3 k 15 nioi^ ; dix 
prévenus furent acquittés. 

Quelques jours après, les condamnés bénéficièrent de l'am- 
nistie générale, accordée à l'occasion du centenaire de la 
naissance d<» Napoléon T"*. Ainsi fui iruni^uré ce système d'ain- 



— 756 — 

ni&tie pour délits de grève, si fréquemment pratiqué depuis 
cette époque, qui équivaut à l'impunité, c'est-à-dire qui encou- 
rage à recommencer. Autre chose serait la grâce individuelle 
accordée pour des cas particuliers, d'autant plus dignes de 
commisération que, dans les troubles quii accompagnent les 
grèves, les agitateurs se tiennent prudemment à l'écart et sa- 
crifient leurs simples soldats. 

Les administrateurs de la Fraternelle firent parvenir leurs 
« revendications » aux Compagnies. Celles-ci furent intransi- 
geantes sur la question du taux uniforme des salaires, qui ne 
tenait pas compte, dit M. Leseure, de la différence des con- 
ditions de travail suivant les mines. La question des Caisses de 
secours devait être résolue la même année par la création de 
la Caisse centrale (v. p. 531). Au sujet des heures de travail, la 
journée, d'après M. Leseure (p. 251), était de onze heures, dont 
dix passées à l'intérieur. Les di.recteurs déclaraient qu'ils 
n'avaient jamais demandé dans V ordinaire plus de huit heures 
de travail effectif, sauf quelques exceptions dans les moments 
de presse ou par suite d'accidents. Ce temps nei comprenait pa,s, 
naturellement, celui de la descente et celui de la remontée, pas 
plus que celui employé au cassencroûte. Il était constant que, 
faute de chargeurs et de rouleurs, Le travail se prolongeait en 
général de deux oui trois heures i}). En demandant de limiter 
à 11 heures le séjour de l'ouvrier dans la mine, les ouvriers 
ne montraient pas des prétentions exagérées p). Il est regret- 
table que le patronat n'aille pas de lui-même au-devant des 
réformes les plus justifiées ! 

La grève échoua, car elle se termina faute de grévistes, lassés 
par le chômage et par les privations (15 juillet). Des bandes 
parcouraient la campagne et obligeaient les habitants des 
fermes à leur donner des vivres. Quelquefois elles se livraient 
sur eux à de mauvais traitements (3). 

Les fonds de la Fraternelle étaient complètement épuisés. 



(1) \J Opinion Nationale, journal de Paris, 6 octobre 1869. Cette feuille 
a publié à cette époque une série de Lettres de Saint-Etienne, au sujet 
dtes mineurs, sous la signature de M. Louis Jazierski. 

(2) Mémorial de la Loire, 16 juillet 1869. 

(3) Mémorial de la Loire du 14 juillet 1869. 



-75t- 

La désagrégation de cette Société fut achevée par la grève. Le 
président Ernest Renoult, car Rondet n'était que l'um des vice- 
présidents, donna sa démission (i). 

En septembre, il y eut un© nouvelle grève, peui importante et 
très courte, à Rivo-de-Gier, qui se termina par une augmen- 
tation de 25 centimes sur les salaires et par une réduction à 
huit heures de la journée effective de travail ("2). 



La Chambre de Commerce constatait, le 3 juillet 1869, que 
l'accroiasement de la production (avant la grève) tenait à une 
demande importante des industries métallurgiques, qui avaient 
dû se procuiper du charbon à tout prix. Mais seule, disait-elle, 
l'exportation pourrait vivifier notrei production. C'est à peine 
si nous pouvons approvisionner quelques points très rares de 
la Méditerranée et du Levant. L'augmentation du prix de la 
main-d'œuvre est donc une question délicate. Quelle que soit 
la situation, la grève auira un effet redoutable. 

J'ai indiqué le chiffre de la production de 1869 et -le nombre 
des. ouvriers (v. p. 747). Cette production représentait le quart 
des extractions totales de la France (3). 

Les prix indiqués par la Chambre de Commerce en 1869 : 
11 fr. 61 (Saint-Etienne), 13 fr. 10 (Rive-de-Gier), sont des 
moyennes auxquelles il ne faut accorder qu'un crédit relatif. 
Plus intéressante est la liste des prix courants publiés alors dans 
le tlullrtin de Vlndiistrie rainer aie et qui s'appliquent aux dif- 
férentes qualités de charbons, cokes et aggloméré®. Je ne puis 
reproduire ces documents à cause de leur longueur (-i). 



(1) Ihid., 22 août 1869. Voir, sur lo firève, Office du Travail : Les 
Afinacialions pr(/frssionnr,iles ouvrières, I, p. 337; Ijkseure, Historique 
p. 2Ô0 ; les jouriinux de l'époque fl3 ju:n-13 août) ; les articles publiés 
dans' la TMre d,e.^ 10-10 juiillet 1«69, par Erncsl Le Nordez, ont été réunis 
en une brochure : Tm vérité sur la grève des Mmeurs. Cette brochure 
est k consulter, car l'auteur, peu suspect di'antipathie pour les ouvriers 
et obligé de se consiituer prisonnier, y «appréci-e très sévèrement Je rAle 
des afritateurs. 

(2) Mémorial, 2 à 8 octobre 1860 et jours suivants. 

(3) Voir le détail par bassins et d'autres statistiques rétrospectives 
dans la circulaire n« 2040 du Comité des Houillères de Frajice ; llndus- 
trie houillère en France de 1H11 à 1902 

(4) Il est surton.t intéressant nie coniparer les prix du premier seineslre 
185.''> {linUeyin de Vludustrie minérale, 1855-50, p. 132) avec ceux du pivniirr 

49 



- 758- 

D'après une étude publiée par M. Grand'Eury en 1869, sur 
l'économie et la comptabilité des mines de houille (l), la main- 
d'œuivre intérieure autour de Saint-Etienne ressortait à plus 
de 4 francs et la main-d'œuvre extérieure à plus de 2 fr. 50. 
M. Leseure (2) précise que, de 1862 à 1868, la journée moyenne 
de l'intérieur s'était élevée de 3 fr. 60 à 3 fr. 92 et qu'en 1869, 
avant la grève, le salaire du piqueur était de 4 fr. 20 à 4 fr. 60 
dans les mines de la campagne, de 4 fr. 99 à Saint-Etienne. 
Il atteignait même 5 fr. 25 à Beaubrun. 

M. Grand'Eury indique le coût des soins donnés aux chevaux, 
en excluant la nourriture : pansement, 1 fr. 25 par cheval et 
par mois ; ferrage, 3 à 4 francs par cheval et par mois ; harna- 
chement, 3 fr. 30 par mois pour les gros et 2 francs pour les 
petits. L'amortissement était calciulé à fr. 50 par journée de 
travail pour les gros et fr. 30 pour les Vendéens, que l'on 
substituait aux Corses dans l'intérieur des mines. 



Malgré les progrès réalisés, le grisou faisait des victimes. 
J'omets les autres accidents (ruptuires de câbles, éboulements, 
etc., etc.), qui souvent causèrent la mort de plusieurs ouvriers. 
Descreux en a relevé un grand nombre dans ses Notes manm- 
crUes, en 1862-64. On était loin de prendre, autant de précautions 
qu'aujourd'hui. Les mesuires de sécurité ont été tardives. 

En septembre 1855, au puits Charles à Firminy, une explosion 
tua cinq ouvriers et en blessa cinq autres. En février, le même 
puits avait été le théâtre d'une autre explosion. La population 
se rappelait encore l'explosion plus importante de 1842 (3). 

En 1856, nouvelle explosion au puits Charles : quatorze tués, 
non compris les blessés (4). 



semeiatire 1869 {Ibid., 1868-69, p. 171 et 396), bien que la classification ne 
soit pas semblable'. En 1855, la tonne d^e menu de forge de première 
qualité, à Saint-Etienne, se payait 16 francs, et celle de deuxième 
qualité 12 francs ; en 1869, les prix étaient : première qualité, 14 à 16 fr. ; 
deuxième qualité, 12 à 13 francs. 

(1) Bulletin de Vindustrie minérale, 1869-70. 

(2) Historique, p. 251. 

(3) Voir Mémorial de la Loire, 3 septembre 1855. 

(4) IMd., l«r janvier 1857. 



— 759 — 

Le 4 avril 1857, au puits Saint-Mathieu (des Littes), à la? 
Ricamarie, sept ouvriers furent asphyxiés par le grisou (i). 

Le 26 mai 1861, au puits do la Pompe, au Treuil (Saint- 
Etienne) : vingt et un ouvriers tués pa<r une explosion (2). 

Le 18 avril 1863, au puits Gharrin, à Grand'Groix : vingt- 
quatre victimes. 

En octobre '1867, explosion à Villars : trente-sept victimes (3). 

En juillet 1868, explosion au. puits Sainte-Barbe, à Rive-de- 
Gier : treize morts et plusieurs blessés (^).. 

Le 23 août 1868, explosion au puits. Montorrad, à Firminy : 
cinq morts. 

Le 21 mai 1869, au même puits : quinze morts (5). 

Le 24 août 1869, au même puits : dix-neuf morts, trois 
blessés (6). 

C'est à la suite de cet accident que la Compagnie remplaça 
les lampes de sûreté en usage, du type « Saint-Etienne », dé- 
rivé de la lampe Davy, par des lampes Mueseler. 




(1) Voir Mémorial de la Loire, 6 avril 1R57. 

(2) Annales Foréziennes, 22 octobre 1911. 

(3) Voir Mémorial de la Loire, 12 octobre 1867. 

(4) Ibid., 20 juillet 1868. 

(5^ Ibid., 22 mai 1869. 

(6) Ibid., 24 et 25 août 1869. A T^ornito, le «'/Iblo du puits .r\<^,»mv 
rompit et cinq ouvriers furent tii<^s {Ihid., 2 .s(>i)t.). 



CHAPITRE XIV 



Situation grénérale de 1870 à 1888 



1. — LES SOCIETES EXPLOITANTES 




Houpourt, ingénieur au Corps des Mines, 
chevalier de la Légion d'honneur depuis 1861, 
directeur de la Société des Mines de la Loire 
depuis 1854, conserva la direction de cette 
Société jusqu'au 5 mars 1887. Il avait été 

pendant dix ans président du Comité des Houillères de la 

Loire. Il mourut en 1890 (i). 
M. Du Rousset lui succéda comme directeur, après avoir été 

deux ans sous-directaur, et ingénieur principal depuis 1874. 

Ce fut M. Porquet, ingénieur desi Arts et Manufactures, qui 

remplaça M. Du Rousset comme mgénieur principal (2). 
Pendant cetie période, la production de la Société atteignit 



(1) Voir le Mémorial des 11 mars 1887, 28 et 30 janvier 1890. 

(2) Pierre-G\istave BiL'ion Du Rousset, né au Mans (Sarthe), le 
20 décembre 1842, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, officier d'artil- 
lerie démissionnaire, ancien élève die l'Ecole des Mines de Paris, entré 
en 1867 comme ingénieur à la Société des Mines de la Loire, président 
du Comité des Houillères de la Loire, administrateur de la Banque de 
France, membre et secrétaire de la Chambre de Commerce de Saint- 
Etienne, mort à Sa:nt-Etienne, ae 27 mars 1906. Ingénieur des plus 
distingués. 



— 761 - 

les chiffres extrêmes de 458.000 tonnes en 1886, de 609.000 
tonnes en 1883. Ses actions furent cotées 360 francs en 1876 pour 
tomber à 174 francs en 1888. Elles devaient descendre encore 
dans la période suivante, la Compagnie étant très atteinte par 
la moindre richesse de ses gisements. 

A la Sociéité des Houillères de SaintrEtienne, M. Bayle, di- 
recteur, fut remplacé le 1^*' avril 1872 par M. Villiers (Ben- 
jamin), qui devait rester en fonctions jusqu'à sa mort, en 1903. 
M. Villiers, qui était ingénieur principal depuis 1862, a joué 
un rôle important dans la technique de l'exploitation (i). 

M. Villiers fut remplacé comme ingénieuT en chef par 
M. Chansseillo (Jules), qui devait rester en fonctions jusqu'en 
1893 (2). 

Pendant cette période, la production de la Compagnie oscilla 
entre 641.000 tonnes (1873) et 390.000 (1878). Le cours des actions 
oscilla entre 365 francs (1875) et 211 francs (1878). 

Un décret du 7 juin 1873 autorisa la Société des Houillères 
de Saint-Etienne à réunir la concession du Grand-Ronzy à ses 
autres concessions. Cette concession avait été acquise le 20 
avril 1870. 

Les droits sur la concession de Côtei-Thiollière n'étaient qu'une 
amodiation. Cette concession appartenait à la Compagnie des 
Forges de Terrenoire. Cette amodiation prit fin en 1880. Cette 
concession et celle de Reveux furent acquises le 28 septembre 
1889 (3). 
A la Société des Houillères de Montrambert et de la Bérau- 



(1) Bt.'iij;iiiiiii \ i|licr<. II'' ;i l5;i.L^iit'aux (Yoniiie), en 1830, major de 
rBcole des Min.- <lf S;iiiit-i:i icniu" o\\ 1H.")0. ingénieur à la grande 
Conipngnie M - Mm. > de l.i Loire, puis ;i i;i SocKHr ;los Houillères de 
Saint-Etieniir <mi l^:>.). i licxnlieT do la Lr^rinn (riionnonr, membre de la 
CfiambiT <1<' r.-iiiinci-(f «le Snint-l'irtMinc. iii-(''sid(>nt du Comité des 
Houilllrn'^ '!(■ 1,1 l.oiic. irioii le 'M) juin I!H>;i, à Sa,iut-K(i('ime. Un des 
I)remiei-. I ippliqua dans le li.issiu de la Loire les procédés scientifiques 
ii l'expl'i fil! (i[i des mines. 

('2 M. Chausstdlc. (ils <ruri luofcsscur du lycée de Saint-Etienne, major 
dp rF^olc df-. Mine- ,11 ]s:,<.\, diiiu-(';i, après son d-èpart do Saint-Etienne. 

'•■- rli;irli<.i!i:;i:'.'- d I rd,;iii\- M loni^ rnO. Il uioui'Ut ;\ Urgolvy (Hongrie), 
!■ :'.u juin pm;',, i. ni.iii,' joui- (|ii,. M. \ iiiiors. Il collaborait à la rédac- 
ti'ui du bulhdiii ndii di-i<i <iu Mémorial, de la Loire. 

' ^ ' ■' ' ■ ' ' llniitJli ri's et nrriir rie J.ôrjnlnfjnn dr^ ^fnlrK, \^9\ 
\< •■ i;i |>i iidii I K m iiidiiiiic^ dan->rtd!i' r,'\iic d i !!.■!•, miI 

'' : ■. i-uldirs i|;iiis |r> ni^tiirs d(\s ('.(•ni|paL;uh's, à ri.(,( asioii 



— 762 — 

dièro, M. Huttor, directeur depuis 1854, resta en fonctions 
jusqu'en 1879 et fut remplacé par M. de Villaine, ingénieur 
principal, qui devait être directeur jusqu'en 1895 (l). 

La production de la Société oscilla entre 469.000 tonnes en 
1877, abstraction faite de celle des années 1870 et 1871 (376.000 
et 381.000 tonnes), et 600.000 tonnes en 1888, voire même 624.000 
en 1889, c'est-à-dire trois fois environ la production de la pé- 
riode de 1860. Le cours des actions, qui n'était que de 200 à 
225 francs en 1868-70, atteignit 963 francs en 1881. 

Dans la notice publiée à l'occasion de l'Exposition de 1878, 
la Compagnie de Montrambert a exposé l'historique de l'exploi- 
tation depuis la période qui précéda la constitution de la grande 
Compagnie de la Loire jusqu'en 1878. On ne saurait trop re- 
commander de consulter cet historique — qui fait généralement 
défaut dans les notices des autres Compagnies. Alors qu'avant 
1847 on n'exploitait qu'à 80 ou 100 mètres, en 1863 on était en 
mesure d'exploiter au-dessous des anciens travaux jusqu'à 200 
mètres, en 1874 jusqu'à 300 mètres. A cette date^, on avait com- 
mencé les travaux permettant l'exploitation jusqu'à 400 
mètres p). 

A la Société des Houillères de Rive-de-Gier, M. Allimand. di- 
recteur, fut remplacé, en avril 1879, par M. J.-B. Girard, et 
M. Girard, le 1^'' janvier 1885, par M. Raveaud, qui devait rester 
en fonctions jusqu'en 1890. 

La production de cette Société, qui était de 278.000 tonnes 
en 1870, n'était plus que de 69.000 en 1887. Le couirs de ses 
actions, qui atteignait 162 francs en 1873, tomba à 15 francs en 
1886, se releva à 145 francs en 1888 et tomba à 8 francs en 1889. 

On ne saurait imaginer une déchéance plus comp>lète. Le 
cours, dans la suite, devait rarement dépasser 50 francs. 

Le compte rendu de rAssemblée des actionnaires du 24 mars 
1890 faisait ressortir que la différence entre le bénéfice du pré- 
oéQent exercice (10.000 fr.) et le béné-fice de l'année anté- 
rieure (145.000 fr.) provenait de la liquidation de grosses in- 



(1) Sur M. Hutter, voir p. 462 ; sur M. de Villaine, p. 463. 

(2) En 1889, M. Vautier, né à Paris en 1818, administrateur des Houil- 
lères de Montrambert, vint à décéder, et les journaux rappelèrem le 
grand rôle qu'il joua dans l'industrie ou gaz d'éclairage. Vautier sortait 
de l'Ecole centraile (Mém., 5 février 18891^. 



— 763 — 

demnités. aux propriétaires de la surface. En 1889, on en avait 
payé pour 158.000 francs au lieu de 49.000 francs en 1888. Doré- 
navant, d'après le rapport, les indemnités ne devaient pas 
dépasser 50.000 francs et tomberaient même à 20 ou 25.000 fr. 

L'Assemblée extraordinaire du 24 octobre 1890 constata que, 
par suite du rachat du canal de Givors par l'Etat (1886), la 
Compagnie se trouvait à la tête de sommes importantes, mais 
qui, provenant d'une aliénation du capital, ne pouvaient être 
distribuées souis forme de dividendes. L'Assemblée estima qu'il 
fallait consacrer une partie importante du capital disponible à 
rechercher de nouveaux gisements ailleurs que dans le péri- 
mètre épuisé. Cette recherche aléatoire consistait à retrouver, 
sous le bassin de Saint- Chamond, la grande couche de Rive- 
de-Gier. 

En conséquence, l'Assemblée adhéra à la formation d'une 
Société au capital de 1.200.000 francs, à laquelle la Compagnie 
de Saint-Chamond faisait apport de sa concession et de son 
actif net, pour 400.000 francs. La Compagnie de Rive-de-Gier 
devait fournir de 400 à 600.000 francs, selon la part qu'y mettrait 
la Compagnie des Aciéries de la Marine. Le reste devait être 
fourni par divers souscripteurs (l). 

A la Compagnie des Mines de Roche-la-Molière et Firminy, 
le directeur, M. de Rivière, fut remplacé, en janvier 1877, par 
M. Verny, qui devait rester en fonctions jusqu'en 1895 P). Son 
collaborateur, M. Mire, ingénieur principal, fut remplacé par 
M. Voisin en 1881, qui devait succéder à M. Verny comme 
directeur. 

Pendant cette période, l'extraction de la Compagnie ne fut 
jamais inférieure à 508.000 tonnes (1886), ni supérieure à 643.000 
(1889). On ne peut qu'admirer la bonne régularité de l'exploi- 
tation. Le coojrs des actions, qui n'avait jamais atteint 1.000 fr. 



(1) statistique des Hoiûillùres, 1891, p. 167, 171. 

(2) V^ny (Léonce), né à Pont-d'Aubenas (Ardèchf), élève à 
1 Boole Polytechnique, inR'éni'eur de la Marine, membre de la Chambre 
de Commerce de Saint-Etienne, chevai:er de la Légion d'honneur. Sous 
sa direction, on procéda an fonçage des puits Gnnier, de Troussieux, 
Combes, à Roche-la-Molière ; dti Soleil et de la Tardive, ti Fiirminy ; 
à la création d'un atelier d'a^prloniération h la Malafolie (1881), à l'ou- 
verture dm chemin de fer des r.panpes, au Ban (1892), h la fondation 
des ouvpoirs de Lachaud (1882) el de Roche (1891), fi la construction des 
cités de Lanlyre, des Viallws et de Roche, etc. (Note de M. Voisin). 
M. Vemy est décédé à Pont-d'Anhenas, le V mai 1908. 



— 764 — 

avant 1873, s'est maintenu constamment très au-dessus depuis 
cette époque. Il atteignit 2.361 francs en 1876 ei il était do 
1.070 francs en 1887, cours le plus bas de 1873 à 1888. La Com- 
pagnie venait en tête de toutes les Compagnies de la Loire, au 
moins depuis 1854. Elle s'est maintenue à ce rang. 

Sans parler de ses travaux d'exploitation, rappellerai- je que 
ce fut pendant cette période que la Compagnie dévia la rivière 
de rOndaine sur une longueur de '700 mètres ? Elle canalisa le 
ruisseau de l'Echapre, sur une longueuir de 1.120 mètres, et le 
ruisseau du Péchier, sur une longueuir de 900 mètres ; elle 
installa l'éclairage électrique pour ses ateliers de triage, de 
lavage, de carbonisation, etc.. 

Voici quelques indications sommaires sur les autres exploi- 
tations : 

La concession de Beau brun, dont j'ai indiqué les ayants droit 
avait pour directeur, à la fin de cette période, M. Baretta, 
successeur de M. Locard (^). L'extraction annuelle représentait 
entre 257.000 tonnes (1886) et 370.000 (1873). Le bénéfice total 
net était, en 1889, de 550.000 francs. 

Les mines du Cros accusaient de 130.000 à 173.000 tonnes. 
Le directeur était M. Desvignes, successeur de M. Locard. Les 
recherches entreprises da.ns les concessions d la Sibertière et 
de Saint- Jean-Bonnefonds échouèrent complètement. 

En 1875, les quatre concessious de La Chazotte, Beuclas, 
Sorbiers, La Calaminière, devinrent la propriété du P.-L.-M. 
Beuclas avait été vendu devant le Tribunal, à la suite de la 
faillite Binachon. Il en était de même pour Sorbiers. La Cala- 
minière appartemait, en 1865, à Pétin et Gaudet, de Saint- 
Chamond. La Compagnie de Montcel-Sorbiers était formée par 
des banquiers de Besançon et les parts étaient peu nombreiuses. 
En 1884, les propriétaires proposèrent de céder leur concession 
à la Compagnie P.-L.-M. Les directeurs de l'ensemble de ces 
exploitations furent MM. Maximilien Evrard, Batut et Wéry. 
L'extraction. maxima fut celle de l'année 1873 : 350.000 tonnes, 



(1) M. Locard, directeur die Beau brun et du Gros, mourut en 1884. 
M, Baretta, qui lui succéda à Beaubrun, y était ingémi'eur depuis vingt 
ans. M. Desvignes, qui lui succéda au Gros, y était ingénieur depuis 
douze ans. (V. Mém. de la Loire, 3, 6 et 10 oct. 1884.) 



— 765 — 

la plus grosse part représentée par la Chazotte. M. Wéry fut 
nommé en i876 (l). 

La concession de Villebœuf était exploitée, depiuis 1880, par 
une Société anonyme, qui continuait la Société en commandite 
par actions Nan & G'^ M. Nan était le directeur de la Com- 
pagnie. Production annuelle : de 23.000 à 91.000 tonnes. 

La Société anonyme de Monthieux, constituée en 1869, amo- 
diataire de M. de Rochetaillée, directeur M. Ponchard, puis 
M. Simon, avait arrêté l'extraction en 1883, époqiue à laquelle 
la huitième couche était épuisée. Elle exploitait, en 1889, les 
onzième et douzième couches ; on terminait le traçage de la 
treizième ; on devait mener rexploilation de ces trois couches 
de front. Production annuelle : 125.000 tonnes en 1872, 20.000 
en 1888. 

La concession de Janon, après la chute de la Compagnie des 
Forges de Terrenoire en 1888, fut acquise en 1890 par 
MM. Rohmer et Nicolot, négociants à Lyon. Directeur, M. Payen. 
Production : 30.000 tonnes en 1870 et 215 tonnes seulement 
en 1885. Aucune exploitation, à la fin de cette période, n'était 
faite dans la concession. Celle de M. Payon s'effectuait dans 
une bande longeant le tunnel de Terrenoire, dans la concession 
de Terrenoire, et amodiée par les Houillères de Saint-Etienne. 

La Compagnie de La Péronnière fut, en 1887, transformée 
de Société civile et particulière en Société anonyme. Le fond? 
social fut représenté par 1.92Q actions, entièrement libérées, au 
capital nominal de 500 francs chacune. 

Le 19 juillet 1889, la Compagnie du Plat-du-Gier (directeur 
M. Perrot) fusionna avec la Péronnière. Le fonds social fut 
représenté par 3.120 actions de 500 francs. La production du 
Plat-du-Gier était de 30 h 40.000 tonnes (2). 

r.,es directeurs de la Péronnière, de 1870 à 1888, furent suc- 
cessivement MM. Garnier, Vial et Gharousset. I>a production 
ÎTioyenne, de 1870 à 1888, représentait lOOiOOO tonnes (limites 
extrêmes : 83.000 et 110.000 tonnes). 

lia Péronnière se rendit acquéreur, en 1890, de la conéession 
de Comberigol, où dominai I, dans la Société exploitiinte, la 



(1) AfHn. (le. la Loirr, 1{) aoiU 1876. 

(2) L'acquisition (hi P'Iat-dfii-Glep par la PcKuiiiiciv fut signalée par 
le Mf-mnrhil de la iJtirr du 20 janvW-r 1H88. 



_ 766 — 

Compagnio des Forges de Terrerioire, sa créancière pour une 
somme considérable (2.700.000 francs). Le bilan de 1878 accusait 
une perte s'élevaiit, depuis 1857, à plus de 3 millions. Les deux 
Sociétés (Terrenoire et Comberigol) sombrèrent en même temps. 
Le prix d'adjudication, à la Péronnière, fut de 415.000 francs (l). 

Ijô Compagnie des Mines de la Haute-Cappe exploitait la 
concession du Ban et était amodiataire de la concession de 
Collenon, appartenant à la Société des Houillères de Riye-de- 
Gier. Directeur, M. Langlois. 

La concession de Gravenand, une des plus anciennement 
exploitées, fut adjugée en 1888, moyennant 300 francs (sic) aux 
sieurs Dubuit frères et Raymond fils. La production, nulle de 
1880 à 1887, s'éleva à 5.000 tonnes en 1888, à 10.000 en 1889. 

La concession de Gombeplaine, vendue en 1871 par le sieur 
Bonnard à la Société civile des mines du Grand-Recon, fut 
vendue en 1883 aux s^èurs Dubuit frères et Raymond 
moyennant fr. 04 par 100 kg. de charbon extrait. L'exploi- 
tation, qui accusait 10.000 tomes en 1880, tomba à en 1888 
et 1889. 

La concession de Saint-Chamond était exploitée par une 
Société anonyme qui subsista jusqu'en 1875 où, par suite- d'un 
nouvel apport pour la recherche des grandes couches faite par 
la Compagnie des mines de Blanzy, elle devint la Société en 
commandite Siraudin & G'*'. Les fonds apportés par Blanzy 
ayant été épuisés sans que l'on soit arrivé à la découverte 
espérée, la Société fut mise en liquidation amiable en 1886. 
p]n 1890, par le concours de plusieurs des liquidateurs, l'ad- 
hésion de la Société des Houillères de Rive-de-Gier était chose 
faite pour constituer une nouvelle Société chargée de rechercher, 
sous la concession de Saint-Chamond, la grande couche de 
Rive^de^Gier. Les directeurs successifs furent MM Boudinhon, 
Siraudin, de Beauvais, Guilhaumat {^). La production oscilla 
entre 22.000 et 40.000 tonnes. 

La Compagnie de La Faveirge, qui exploitait la partie méri- 



(1) statistique dcb Howùhlères, 1891, p 157. 

(2) En 1884, la, Compagnie supprima le poste de directeur. M. de 
Beauvais, déjà directeur, fut nommé gérant en remplacement de M. 
Siraudin [Mémorial de la Loire, 3 cet. 1884). 



— 767 — 

dionale de la concession du Ban, prit la forme anonyme en 1890. 
Capital : 2.000 actions de 100 francs chacune. Production : de 
17.000 à 55.000 tonnes. Directeur : M. Pailloux, puis M. Girard 
Teillard. 

La" Compagnie des Mines du Mouillon, société civile, ex- 
ploita jusqu'en 1882 la concession de ce nom, la plus ancienne 
du bassin. Cette concession fut vendue judiciairement, adjugée 
au sieur Caniche-, cédée au sieur VillecouT, affermée pour six 
ans. aux sieurs Bouquet et Montchamp, qui la vendirent en 
1886 au sieur Laffay. La production, de 1882 à 1888, oscilla 
entre 1.000 et 5.000 tonnes. L'extraction fut abandonnée en 188'0 
et reprise en 1890, où elle n'occupait qu'une dizaine d'ouvriers. 

La Compagnie des Mines du Couloux exploita, jusqu'en 1885, 
la concession du Couloux, vendue judiciairement pour 30 francs 
{sic) au sieiuir Paret, ouvrier mineur. 

La Compagnie houillère des Grandes-FIaches possédait les 
concessions de la Pomme, des Grandes-FIaches, de la Caton- 
nière. de Montbressieu;, concessions à peu près épuisées en 1889. 
Les Grandes-FIaches et la Gatonnière furent vendues aux sieurs 
Cossange, bijoutier à Rive-de-Gier, et Deschanel, ancien gou- 
verneur aux mines de Rive-de-Gier. La Compagnie possédait 
diverses parts dans la concession de Trémolin. Elle avait aliéné 
l'intérêt qu'elle possédait dans la concession de Frigerin (Houil- 
lères de Rive-de-Gier.). La production, qui était de 34.000 tonnes 
en 1870, n'était que de 17.000 en 1889. Directeur : M. Benoît. 

La concession de Tartaras était exploitée par la Compagnie du 
Gaz de Lyon. Ku 1870, cette Compagnie amodia la concession 
à MM. Grange et Bruyas, qui en devinrent propriétaires en 1874 
au prix de 110.000 francs. Depuis 1885, la concession appartenait 
à MM. Bruyas et Corday. Prrxluction : de 7.000 à 15.000 tonne.-. 

J'ai parlé précé<lemment des Sociétés dites de la Petit e- 
Ricamarie et du Montcel-Ricamarie (p. 737) et de la Société 
des Mineurs du G ter (v. p. 559) (^). 

En 1877. M. l/aiir publia, h la lihiairie Chevalier, h Saint- 



(1) Sur la oe-sslon de la mine dn Montcel-Ricamarie h la Compnpnlp 
de Montiambert., voltr le Mhnnria] do. la Loire dçs 5 février et l**" Juin 
18«3. I,a (:(»rn[)aj,mie du Montrel avait amodié les mines de la Porchère 
en 1H7« (V. MhmtrUtl, r)-f) mars 1878). Sur M. Soulary, direrteur de la 
(.((iiipajrnie du Montoei, voir la notice biographique publiée dans le 
Mrtfioritti du 12 «diécembre 1881. 



— 768 — 

Etienne, une carie des concessions houillères d© la Loire, dressé© 
et complétée d'après la carte de Gruner (1847) (1). 

En 1881, M. Tyrode publia une carte houillère de la Loire (2). 

C'est en 1883 que mourut un des plus grands marchands d© 
charbons de France, M. Limousin, fondateur à Lyon d'une 
importante maison. Il était né en 1807 à Firminy où, avant de 
s'installer à Lyon, il exerçait le commerce des charbons. Grâce 
aux chemins de fer, il étendit le réseau de ses succursales et 
arriva à une situation considérable Ç^). 



,^2.— LES PROGRÈS TECHNIQUES de 1870 à 1888 



Pour ce paragraphe et les paragrapihee similair&s, je rappelle 
les indications et réserves que j'ai formulées à la page 740. 

Les techniciems placés à la tête des exploitations étaieni les 
mêmes pendant cette période que psndant la période précé- 
dente : MM. De Villaine, Villie-rs, Evrard, etc. Je ne reviendrai 
pas sur leurs mérites. D^autres techniciens arrivaient aussi à la 
renommée. Le Bidletiii de Vhidustne m nèrale conserva le sou- 
venir de leurs innovations et de leurs travaux 

Les grandes tailles chassantes étaient employées en 1869 aux 
mines de la Loire, aux mines du Treuil depuis 1873, à Mont- 
rambert depuis 1875. A Firminy, elles prévalaient de-puis 1883. 
En 1887, les tailles montantes de 30 à 35 mètres d© front étaient 
pratiquées aux mines de la Loire. 

La dynamite était introduite pour le percement des galeries 
en 1871, à Firminy, à Montrambert, au puits de La Ghana, où 
l'on fit Le premier essai de tirage des coups de min© par l'élec- 
tricité. 

En 1887, M. Villiers adaptait, pour les transports intérieurs, 
une voie ferré© Decauvill© avec aiguillage automatique. En 
1875, il avait inventé un régulateur hydraulique pour la deis- 
oente des cas:es à remblais. 



(1) Mémorial de la Loire, 23 mai 1877. 

(2) Ibid., 31 octobre 1881. 

(3j Ibid., 24, 28 décembre 1883. 



- 769 - 

La transmission de forcé par l'électricité pour le travail d'ex- 
traction était introduite, en 188i, aux Houillères de Saint- 
Etienne et à la Péronnière (i). 

Des machines à rotation étaient construites pour le puits 
Chêne, en 1875, et le puits Verpilleux, en 1890. En 1885, 
MM. Revollier et Biétrix construiisirent une machine compound 
pour le puits du Crêt, à Roche-la-Molière (2). 

Les agglomérés, en 1872, étaient devenus l'aliment indispen- 
sable des chemins de fer. De 1878 date le compresseur Couf- 
finhal, modifié en 1886 (3). En 1888, la Péronnière introduisait 
une machine donnant de petits agglomérés ovoïdes pour le 
chauffage domestique. 

En 1873, M. Maximilien Evrard inventait son laveur-classi- 



(li En 1881, dans le Ualletin de Vlndustrie minérale (p. 853 ), M. Ros- 
siGNEUX, ingénieur dlivisionnaire aux Houillères de Saint-Etienne, 
publiait une note sur (la transmission du travail par l'électricité. La 
machine Gramme avait été im ventée djouze ans auparavant par un 
simple ouvrier, et, d'abord appareil de laboratoire, elle recevait des 
applications de plus en plus nombreuses (éclairage, transmission à 
distance, etc.). La même année, M. Chansselle, ingénieur principal aux 
Houi'ilères de Saint-Efenne, remdkait compte des travaux du Congrès 
d'électricité à Paris. Son exposé historique de l'éilectricité est des plus 
intéressants (1881, p. 687, et 1882, p. 227). En 1882 (p. 5) et 1883 (p. 197), 
.MM. Charousset ei Bagne, ingénieurs à la Péronnière, exposaient les 
expériences sur les machines électriques installées par cette Compagnie. 
Voir, dans le Méjnorial <le Icù Loire du 17 avril 1882, un article sur la 
transmf.ssion des forces motri'ces par l'électricité dans Les min/es du 
bassin, et dans île numéro du 29 janvier 1883, un arfcle sur l'installation 
faite h la Pér'vnnière. Dans le Bti.llePin de (^Industrie minérale, en 1889 
(p. 727), .M. C:hansselle i-appela que les applications pratiques de l'élec- 
tricité ne commencèrent qu'en 1878-79 ; en 1881, les Houillères de Saint- 
Etienne installèrent, au puits Thlbaud, un treuil électrique ; la même 
année, la Compagn'e ide la Péronniène ,commanda à la Compagnie de 
L'Hormie une installation pour l'extraction en vallée ; diverses instîtl- 
latlons de communications téléphoniques et de sonneries avaient été 
faites, en 1880, pour le fonçage rlu puits .Tabin (Honillères de Saint- 
Etienne), et ensuite A, la Péronnière ; enfin, diverseis transmissions de 
force électriq"ue à l'intérieur «les mines furent installées, en 1882, au 
Montcel-Sorbiers et à Saint-Chamond. Les applications s'étaient ralenties 
<lans les dernières années. 

(Z Voir, dans le Mémorial de la Loire du 28 novembre 1884. une 
description des machines à distributeur rotatif construites aux ateliers 
de la Chaléassière, et livrées en France et à l'étranger. 

(3) M. Couftinhal, ingénieur primipal <le l'usine RevoUier-Biétrlx, 
titulaire d'un grand nondue <le brevets, an<î.ien élève d(\s A.rts et 
Métiers, est îflort î'i Saint-Etienne, le 7 mars 1911. Né en 1843. j\ Du<' 
(Ave>Ton). Ses fils, auxipiels il s'était associé, ont créé »ine usine do 
construction éli'cf i \i\\i<\ 



-770- 

ficateuret, en 1888, il imaginait la nouvelle disposition du lavoir 
à palettes (l). 

En 1875, à Roche-la-Molière, on fit la première application 
de la toile sans fin pour le criblage. Aux Houillères de Saint- 
Etienne, les installations de criblage de nouveau type étaient 
inaugurées en 1882. 

Aux ventilateurs Guibal succédaient le vemtilateur Râteau 
et le ventilateur Mortier. M. Murgue publiait ses belles études 
sur l'aérage (2). Il n'y avait, en 1876, d'autres lampes employées 
que la lampe Mueseler. En 1872, M. Villiers imagina un sys- 
tème de fermeture de la lampe déjouiant toute tentative impru- 
dente. En 1883, nouvelle modification de cette lampe par 
M. Baretta, ingénieur principal des mines de Beaubrun (3). La 
lampe Marsaut, inventée en 1882, fut adoptée à partir de 
1886-87. 

Les procédés pour la recherche du grisou furent très 
nombreux à partir de 1877, et principalement à partir de 1889 : 
procédés Coquillion, Leclerc, Le Ghâtelier et Lebreton, Ghes- 
neau, etc., pour ne citer que ceux antérieurs à 1896 (^). 

Chaouin des noms cités, sans parler d'autres noms très 
nombreux, mériterait une biographie. La plupart se rattachent, 
de près ou de loin, au bassin de la Loire. 

M. Gruner était rapporteur du Jury à l'Exposition de Vienne 
en 1873. A Saint-Etienne, disait-il, à l'époque qui précéda l'ex- 
ploitation par remblais complets, c'est-à-dire entre 1840 et 1850, 
la production spécifique (par homme et par an) était de 250 à 



(1) Voir dans le Mémorial de lu Loire : une notioe sur M. Evrard et 
9iir seis inventions (3 janvier 1879; ; une description du nouveau lavoir 
Max. Evrandi (4 juin 1886) ; le compte rendu d'u procès Evrard-Marsaut 
devant la cour die Montpellier, au sujet d'appareils pour le lavage, le 
classement et le triage des .charbons menus (7 septembre 1883). 

(2) Voir Bulletin de VIndustrie minérale, 1873, p. 445 ; 1875, p. 747 ; 
1880, p. 5 ; 1881, p. 19 ; 1884, p. 673 ; 1886, p. 81 ; 1887, p. 863 ; 1893, p. 5. 

(3) Voir Mémorial de la Loire, 19 octobre 1883. 

(4) Voir V Exploitation des Mines dans le bassin de la Loire, par A. 
Leseure (Saint-Etienne, A. F. A. S., 1897). Sur les moyens pour prévenir 
les accidents de grisou, on trouvera l'exposé de l'antique méthode des 
pénitents dans un articiie de M. Soulary, alors directeur de la mine du 
Montcel-Ricamarie {Bulletin de VIndustrie minérale, 1875, p. 575). Sur 
la carbonisation, voir le BulleUn de VIndustrie minérale (1875, p. 60.5) 
au Sujet des fours de la Péronnière, et le même périodique (1876. p. 46) 
sur la Société de carbonisation Carvès, qui, à cette époque, carbonisait 
80.000 tonnes de houille. 



- 771 - 

300 tonnes. En 1869, elle n'était plus que de 200 tonnes. 
« L'emploi plus général des machines et des chevaux n'a pas 
compensé la diminution de la production spécifique, due au 
déhouillement plus complet des couches. » 

A l'Exposition de 1878, à Paris, la Compagnie de Roche-la- 
Molière faisait figurer de nombreuses empreintes de plantes 
carbonifères. ' La plupart des mines, en France, avaietnt 
d'ailleurs exposé des empremtes végétales, « indice de l'intérêt 
plus marqué que les exploitants semblent commencer à prendre 
aux indications paléonto logiques dont les travaux de M. Grand'- 
Eury, entre autres, ont mis en Lumière l'importance (i) ». 

La Compagnie des Mines de la Loire exposait le relief en 
plâtre de la huitième couche, divisée en plusieurs lambeaux, 
coupée de failles. 

La Compagnie de MontramberL exposait un modèle de ses 
exploitations. L'introduction de l'exploitation par remblais 
complets datait, à Montrambert, de 1849. La méthode par ra- 
battage fut appliquée, en 1849, à la grande couche, puissante 
de 20 à 25 mètres, et inclinée à 45". Celle par tranches inclinées 
fut appliquée à la couche des Littes (10 à 12 mètres^ de puissance, 
25" à 45° d'inclination). En 1866, les couches devenant tout à 
coup moins propres et moins puissantes ou plus tendres et plus 
puissantes, on adopta définitivement les méthodes par tranches 
horizontales, modifiées suivant les Ccis. 

Une mention spéciale était donnée aux puil^ jumeaux de Mont- 
rambert et de la Béraudière, « solution heureux du problème 
de l'établissement de puits à grande production dans des 
terrains rendus instables par l'exploitation. Cette solution con- 
sistait dans l'établissement de deux puits jumeaux de faible 
diamètre, desservis par une machine unique placée entre eux ». 

Le rapporteur citait encore les cribles de Montrambert, bien 
appropriés à la nature du charbon, le laveur-classiflcateiur 
Evrard, appliqué au Mon to^l- Sorbiers, le modèle complet d'une 
installation de lavage exposé par la Compacrnio de Rociio-Ia 



(1) Rapport de M. Zeiller, Ingénieur des Mines (section I, classe 43 : 
Substances minérajesii. Voir, dani? le Mémorial de la Loire du 5 mars 
1886, le compte rendu de la découverte, à Môons, d'un arbre foss-ilo 
dont M. Grand'Eury étudia les caiact^res. Sur M. Grand'Eury, v. p. H. 



- 772 — 

Molière, les nuicliiiie^s à agglomérer des atoliei^s Biétrix et la 
presse Gouffinhal, les machines d'épuisement construites éga- 
lement par la Maison Revollier, etc., etc. 

Les notices publiées par la Compagnie de Montramhert et la 
Compagnie de Roche-la-Molière, à l'occasion de l'exposition de 
1878, constituent, ainsi que tooiites les notices publiées à l'oc- 
casion des autres expositions, des documents historiques de 
premier ordre. Malheureiusement, l'Exposition terminée, on 
traite ces intéressantes publications avec le mépris des 
ignorants pour les vieux papiers, et elles deviennent rapidement 
introuvables. 

J'aurais voulu donner une analyse des rapports du Jury 
(cl. 48) à l'Exposition de 1889, qui résument tous les progrès 
accomplis depuis 1878. Mais cas documents, très longs, ne sont 
pas résumables. C'est à cette Exposition que fut présentée au 
public, pour la pre^mière fois, le plan en relief du territoire 
houiller de Saint-Etienne, limité par La Fouillou.se, La Vari- 
zelle, La Valette (au sud de Saint-Etienne) et le Pertuiset, plan 
dressé par M. Perrin, géomètre des Houillères de Saint-Etienne. 
Ce plan figura également à l'Exposition de Saint-Etienne, en 
1891, et aux Expositions suivantes. M. Perrin a reconstitué l'his- 
toire cartographique des couches exploitées et créé le bureau 
des plans de sa Compagnie ; il fut l'auteur des coupes sur 
verre, donnant la physionomie générale du bassin houiller de 
la Loire, du modèle en relief de la huitième couche, etc., qui 
lui valurent de nombreuses récompenses aux Expositions (i). 

Ce fut pendant cette période, en 1879, que fut constituée une 
Société pour effectuer des sondages dans la plaine du Forez, à 
l'effet de rechercher le prolongement du bassin houiller de la 
Loire. M. Fénéon, professeur de minéralogie et de géologie a 
l'Ecole de Saint-Etienne, vers 1832 ou 1833, considérait que cette 
plaine pouvait avoir reçu un dépôt houiller. En 1856, 
M. Fournet, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon, en 
1873, deux ingénieurs de l'Ecole de Saint-Etienne, MM. Maussier 
et Chansselle, attirèrent Tatteintion du public savant sur la 
présence de lambeaux de houille servant de liaison entre les 
terrains anthracifèires du Roannais et le bassin houiller de 



(1) M. Perrin, ingénieur, né dans le Gard, est mort à Saint-Etienne, 
en juillet 1918. 



— 773 - 

Saint-Etienne. M. Laur esquissa le plan de cette recherche. 
Avec le concours de M* Buhet, notaire, il constitua un Comité 
d'études. 

Les sondages effectués près de la gare de Saint-Galmier et 
à Montrond tirent découvrir, parmi des grès durs mêlés de 
sables, de gores et d'argiles, à 180 mètres, une source d'eau 
thermale dont le débit et la minéralisation s'augmentaient à 
mesure que le forage se faisait plus profond. 

A 280 mètres, la température de l'eau^était de 32° au griffon. 
Le Conseil départemental d'hygiène (1880) la jugeait supérieure 
à l'eau de Vichy, avec laquelle elle présentait une grande ana- 
logie (1). 

Le 23 septembre 1881, le sondage atteignait 502 mètres', quand 
l'eaui jaillit brusquement en geyser magnifique qu'on alla voir 
de loin. Il fit entrevoir pour Montrond l'avenir d'un nquveau 
Vichy. Si ces. espérances, que je raconterai un jour dans 
V Histoire des Eaux minérales du Forez, ne se sont pas complè- 
tement réalisées, par contre, Montrond, situé au croisement des 
routes et des voies ferrées de la plaine, est devenu le pavillon 
central de chasse de la province et une grande station de pêche 
à la ligne. 

Dans le Bulletin de Vlndustrie minérale^ en 1885, l'ingénieur 
Jules Garnier publia une notice sur la découverte' des minerais 
de nickel en Nouvelle-Calédonie. Il était arrivé, en 1863, dans 
cette! île, chargé du service des mines par le Gouvernement. Il 
découvrit, lors de ses premières courses, la présence de ce 
minerai. 

Jules Garnier était un enfant de Saint-Etienne, un ancien 
élève de son Ecole des Mines. En 1905, lors du Congrès des 
Sociétés de Géographie, ume plaque commémorative fut apposée 



(1) Voir Francis Laur : Sonda fjr de la 'plaine, du Forez, 1879, Géologie 
et hydrologie de la plaine du Forez (Extrait des Annales de la Société 
d*AgriculuTc de la Loire, 1881). M. Ijaiir, inponieur de TEcole de Saint- 
Etienne, a eu nue vie politiqure dns plus mouvementées. Il fut député 
de la Loire et l'un des partisjins les plus ardents du général lîoulanger. 
Chargé de la chronicpje imlfustrielle du Mémorial de la Loire, fondateur 
et directeur d'C VEeho des Mines et de la Mélalluruie, auteur de nom- 
breux ouvrages, dont trois gros volumes .sur VAeeaparement ; il efii né 
à Novers, le 5 septembre 1844 

so 



- 774 — 

sur la maison où il naquit, rue de la Préfecture, 25. Le buste 
de Jules Garnier est exposé à l'Hôtel des Ingénieurs, à Saint- 
Etienne (1). 



,^ 3 - STATISTIQUES, PRIX, GRÈVES, EXPLOSIONS, 

MARCHE GÉNÉRALE de L'INDUSTRIE HOUILLÈRE 

de 1870 à 1888 



A partir de 1870, les rapports annuels, de l'ingénieur en chef 
des Mines du détparteiment ont été publiés dans les comptes 
rendus de la session d'août du Conseil général. Les chiffres que 
ces rapports mdiquent pour la production ne concordent pas 
toujours avec ceux publiés par M. Leseure, mais les différences 
sont peu importantes. Chose singulière, les chiffres de la Statis- 
tique de rinduistrie minérale n& concordent souvent ni avec 
ceux de l'Ingénieur en chef, ni avec ceux de M. Leseure. Mais 
les écarts sont peu sensibles. Ils piroviennent sans doute de la 
distinction entre les chiffres provisoires et les chiffres définitifs. 

Ces rapports indiquent également les travaux neufs exécutés 
chaque année pour reconnaître la richesse des concessions et 
créer de nouveaux champs d'exploitation. Mais cette partie des 
rapports ne peut être résumée et l'ensemble de ceis nomencla- 
tures annuelles est trop considérable pour pouvoir être annexé 
aux notes économiques suivantes : 

1870 

Production : 3.274.000 tonnes, 40 millions de francs, 15.579 
ouvriers (2). 

La grève de 1869 avait fait écouler les stocks et hausser les 
prix. Cette circonstance surexcita la production pendant le 
premier semestre 1870. 



(1) Mort le 8 mai 1904, à Menton, chevalier de la Légion d'honneur 
(Voir le discours die M. Murgue, à l'inauguration de la plaque comme 
morative, le 6 août 1905). 

{2) Le tonnage est indiqué d'après l'Ingénieur en chef, la valeur 
d'après M. Leseure le nombre d'ouvriers d'après l'Ingénieur en chef 
quand ce nombre est indiqué dans son rapport, ou, à défaut, d'après 

M. LlîSElîRE. 



- 775- 

La guerre fut moins préjudiciable que la grève, car la pro- 
duction de 1869 n'avait été que de 2.971.000 tonnes (l). 

Comparant la production pandant le premier semestre à 
celle pendant le deuxième semestre, la Chambre de Commerce 
(7 mars 1871) faisait ressortir que la diminution provenait de la 
présence de l'ennemi sur plusieurs marchés d'écoulement, de 
l'appel de nombreux ouvriers dans la garde mobile ou la garde 
nationale mobilisée, et de ce qu'enfin les moyens de transport 
avaient souvent fait défaut. 

La consommation locale, augmentée par l'activité des in- 
dustries de l'armement, racheta en partie le déficit deis expé- 
ditions à destination lointaine. 

La valeur vénale moyenne de la tonne était de 12 fr. 40, 
contre 12 fr. 10 en 1869. 

Le plus grave accident fut l'explosion au puits Villebœuf, 
à Saint-Etienne : neuf tués et trois blessés (^). 

L'ingénieur en chef, M. Tournaire, déclarait que la scission 
qui s'était opérée dans les esprits était un mal auquel 
il serait difficile de remédier. Le mineur, disait-il, débute 
entre 12 et 14 ans, comme conducteur de chevaux ou rou- 
leur. Il échappe à toute instruction S'il a su quelque chose, 
il ne tarde pas à l'oublier. « Faudra-t-il plus tard lui en vouloir 
beaucoup s<'il se livre à la débauche, à l'indiscipline et aux 
menées des ambitieux de bas étage ? » On devrait lui donner, 
outre le dimanche, deux jours ou au moins un jour de repos 
corporel pour les consacrer à l'étude des connaissances élémen- 
taires, et plus encore à l'évangélisation spirituelle. Sans doute 
ce serait une difficulté dans l'organisation du travail, mais non 
certes insoluble. Sans doute encore les parents comptent sur 
la journée de leur fils, mais on pourrait vaincre cet obstacle 
par un sacrifice d'argent que les exploitants devraient s'imposer. 
A la longue, ce serait de l'argent bien placé. - 



(1) M. Lkskihe a publié les chiffres comparatifs des années 1868 oi 1S70 
{Historique, p. 253). 

(2) Mémorial dr. In l.>r,r<\ |k juillet 1870. 



— 776 — 

1871 

Ce fut une année de recueillemont, dit M. Le&eure. 

Production : 3.139.000 bonnes, Vcaleu-r : 39 millions de francs, 
15.564 ouivriers. 

C'est en 1871, le 8 novembres qu'eut lieu la première des 
grandes explosions du puits Jabin à Saint-Etienne. Elle coûta 
la vie à soixante-dix ouvriers. Les derniers cadavres furent 
retirés seulement le 10 janvier 1872. Une souscription en faveur 
des victimes atteignit 24.000 francs. 

1872 

Production : 3.568.000 tonnes, 50 millions de francs, 18.682 
ouvriers. 

La production s'éleva à un chiffre considérable, malgré une 
affluence exceptionnelle des eaux dans les travaux souterrains. 
Les prix de vente étaient forteanent em hausse. La grande acti- 
vité é& la métallurgie, les demandes considérables du com- 
merce, les exportations en Italie, commencées avec l'ouverture 
du Mont-Genis, en étaient les principales causes. La reprise 
industrielle se manifestait de toutes parts ; reprise facti^ 
d'ailleoirs, car il fallait refaire ce que la guerre avait détruit. 

La Compagnie du Creusot se rendit maîtresse de V amodiation 
de Montaud pour 1 million, et des 12/100*^ de la mine de 
Beaubrun, au prix de^ 5 millions, avec faculté de prendre en 
nature la même quote-part des produits. 

Les accidents mortels les plus graves furent l'explosion de 
la Porchère (4 tués, 5 blessés) et l'explosion d'Unieux 
(10 février). 

Il y avait pénurie de main-d'œuvre, hausse du prix de la 
vie. La hausse des salaiires s'opéra pacifiquement. Une menace 
de grève à Pirminy et à la Compagnie de la Loire fui écartée 
par une conciliation. L'augmentation accordée en 1872 dans tout 
le bassin était de 25 centimes. En 1873, une autre augmentation 
de 25 centimes fut accordée dans la plupart des mines. Plusieurs 
Compagnies supprimèrent les retenues pour les Caisses de 
secours, tout en conservant ces Caisses. 

1873 

Production : 3.936.000 tonnes, 71 millions de francs, 20.032 
ouvriers. 



— 777 — • 

L'extraction avait atteint son chiffre maximum. Les houillères 
étaient impuissantes à satisfaire aux demandes et principa- 
lement à celles de la métallurgie, emportée dans une « poussée 
vertigineuse ». Mais cette' <( activité fiévreuse » dura peu. Dès 
l'automne, les stocks se reformèrent autour des puits. 

Les prix avaient subi un© hausse considérable. Ils fléchirent 
à partir d'octobre. 

Marche satisfaisante, disait la Chambre de Commerce. Une 
petite grève, du 16 au 22 juin, à Firminy, Villebceuf, Villars, 
Dourdel, Montsalson, Quartier-Gaillard, se termina par une 
augmentation de salaire de 25 à 40 centimes par jour. 

La disette de charbon, en 1872-73, motiva une enquête parle- 
mentaire en 1874. Le Comité des Houillères de la Loire déclara 
que la hausse constituait à peine, pour les houillères moins 
favorisées que d'autres, un prix suffisamment rémunérateur, 
et qu'elle stimulait énergiquement la production. 

La crise houillère ayant été générale, l'importation étrangère 
n'avait pu combler l'insuffisance de la production nationale. 
Le Comité attirait rattention du Parlement sur l'imprudence 
de trop compter sur cette importation. En cas de guerre ou de 
grande activité industrielle, elle Cuvait faire défaut au pays. 
Il fallait accroître la production, c'est-à-dire rechercher des gi- 
sements inconnus et développer les exploitations existantes (l). 

Une mission en France et en Angleterre avait été confiée par 
le Gouvernement, en 1866, à M. de Ruolz, inspecteur général 
des mines et membre du Comité' consultatif des chemins de 
fer, pour étudier la question des houilles:. Les résultats de cette 
enquête, dûment complétée, ne furent publiés qu'en 1872-74. 
Ils remplissent quatre volumes. On y trouve une monographie- 
du bassin de la Ix)ire en 1864-1873. Je signale, entre autres ren- 
seignements statistiques, le décompte du prix de revient moyen 
de la houille dans le bassin de Samt-Etienne en 1867 (t. Il, 
p. -474). 



(1) Les i»''|^on.ses de la Chainbro de Commerce de Saint-Etienne et dii 
Comit-6 (liOsS Houillères <1p In lyoiro à l'enqutMe parlementaire d'C 1874 ont 
été publiées dans le Mcvwrinl de, la Loire (31 mars, 7, 8, 9 avril 1874). 
Elles visent Ij-es amélloi-aLion.s à la loi de 1810 et les quesUoas de chemin.s 
de fer. 



— 778 — 

De toutes parts, Ja crisiei commerciale de la houille sollicitait 
l'attention du monde technique et du monde économique (i). 

1874 

Production : 3.543.(X)0 tonnes, 63 millions de francs, 17.850 
ouvriers. 

La crise était passée. « La chute fut brusque et profonde 
pour la métallurgie. Elle fut plus lente sur le marché des 
charbons. » La production diminua de 14 % L'emploi de plus 
en plus grand des fours à gaz (Siemens) dans la métallurgie 
faisait rechercher les houilles à la fois très pures et très riches 
en gaz, celles de Montrambert, de la Béraudière, de la Malafolie 
principalement. 

L'accumulation des stocks ne faisait que grandir (120.000 
tonnes au 31 décembre 1874). Les prix baissèrent de 2 fr. 50 à 
3 fr. 50 par tonne pour les bonnes qualités, et davantage pour 
les qualités inférieures. Au début de 1875, la baisse s'accentua • 
on obtenait à 16 ou 17 francs les houilles à gaz de Montrambert, 
à 19 fr. 50 celles de la Malafolie, les menus impurs de Roche- 
la-Molière à 14 ou 15 francs, les cokes métallurgiques à 26 ou 
27 francs au lieu de 40 francs (2). 

La plupart des Com.pagnies avaient usé avec sagesse des 
bénéfices extraordinaires de 1873 et constitué de fortes réserves 
pour améliorer et développer leur exploitation (3). 

1875 

Production • 3.333.000 tonnes, 56 millions de francs, 18.500 
ouvriers. 

De 1875 à 1879, les circonscriptions minénalogiques furent 
modifiées. Aussi la comparaison des chiffres avec ceux des 
années précédentes n'est possible que pour l'ensemble des deux 
groupes (Saint-Etienne et Rive-de-Gier) (^). 

L'extraction continua à suivre la marche descendante inau- 



(1) Voir : La crise commerciale de la houille, 1870-74 (Revue univer- 
selle d€;s Mines, de la Métallurgie, des Travaux publics, etc., l'"^ série, 
volume XXXVI, p. 296). 

(2) Rapport de l'Ingénieur en chef (M. Leseure cite un marché de 
coke à 60 fr.). 

(3) Ibid. 

(4) Leseure, p. 341 



— 779 — ^ 

gurée vers la fin de 1873. La diminution des ventes était 
beaucoup moins forte et les stocks s'abaissèrent à 53.000 tonnes. 
L'année 1875 fut encore plus mauvaise pour la métallurgie. 

La baisse des prix s'accentua et fut un peu supérieure à 
1 franc par tonne (i). 

Les salaires moyens étaient de : 5 fr. 75 pour les piqueurs, 
4 fr. 65 pour' les mineurs (ouvriers qui abattaient au rocher) et 
les boiseurs, 3 fr. 80 pour les rouleurs, 3 fr. 85 pour les rem- 
blayeurs. 

Les ouvriers descendaient de 5 heures à 6 heures du matin 
. et remontaient de 4 à 5 heures du soir, après avoir suspendu 
le travail de 11 h. 1/2 à 1 heure. 

L'antique benne avait disparu. On descendait au moyen de 
cages guidées et mises en mouvement par des machines (^). 

Une explosion se produisit le 5 avril, au puits Dolomieu, à 
Roche-la-Molière : 7 morts, 2 blessés. 

1876 

Production : 3.452.000 tonnes, 60 millions de francs, 18.204 
ouvriers. 

La production dépassa notablement celle de 1875, mais les 
ventes n'ayant pas suivi la même marche, les stocks s'accu- 
mulèrent. L'hiver très doux et la crise métallurgique étaient 
les causes de cette situation. 

Les prix de vente baissèrent de 1 fr. 40. Le prix moyen était 
de 16 francs, se rapprochant de celui de 1872. 

Une catastrophe éclata au puits Jabin, à Saint-Etienne, le 
4 février, dépassant en horreur celle de 1871 : 186 ouvriers 
périrent. En avril 1876, on retirait encore des cadavres et i' 
en restait 25 à retrouver (3). Cet accident excita une émotion 
profonde dans le pays et un remarquable élan de charité 
publique. Le Comte de Chambord souscrivit pour iO.OOO francs. 
Le maréchal-Président de la République fit remettre au Préfet 
une somme de 5.000 francs. Le général d'Abzac, aide de camp 



(1) Rapport (le l'Ingénieur en chef, M. Castel, successeur de M, Toiir- 
naire (Conseil général, 1876). 

(2) Mémorial de la l.<>ii>\ li septembre 1875. 

(3) Mémorial de la Lidrc, 25 avril 1876. 



_ 780 — 

diui maréchal, assista aux funérailles des victimes. M. de Meaux, 
ministre de l'Agriculture et du Commerce, député de la Loire, 
était présent. 

Ce funeste événement, disait l'ingénieur en chef, a mis à 
l'ordre du jour l'étude du grisou, et des moyens à employer 
pour en prévenir ou du moins pour en atténuer les effets. 
L'Académie des Sciences nomma, en effet, une Commission du 
grisou (^). 

Il y eut une grève le 4 mai à Grand'Croix, une autre grève 
au début du mois de juin à Lorette. Les grévistes de Grand' 
Croix étaient au nombre de 580 et demandaient fr. 25 d'aug- 
mentation, demande qui fut re jetée par la Compagnie de Rive- 
de-Gier. Le 13 mai, tout était rentré dans l'ordre P). 

1877 

Production : 3.292.000 tonnes, 53 millions de francs, 18.567 
ouvriers. 

La production avait encore diminn.é. L'industriel et su'rtout 
la métallurgie étaient en état de souffrance. 

Les Compagnies cherchèrent à maintenir la population, ou- 
vrière, en réduisant le nombre des journées et en augmentant 
considérablement leurs stocks. 

Les prix diminuèrent d'environ 1 franc par tonne. 

Comme les années précédentes, les travaux neufs étaient 
poussés avec activité pour reconnaître la richesse des con- 
cessions et créer de nouveaux champs d'exploitation. 

Plusieurs des découvertes faites en 1877 ne manquaient pas 
d'importance, notamment celles de Firminy, de la Béraudière, 
de Beaubrun et de Méons. 

187^ 

Production : 3.117.000 tonnes, 49 millions de francs, 16.900 
ouvriers. 

Encore en diminution par rapport à l'année précédente. Par 



(1) Mémorial de la Loire, 27 mars 1876. Je rappelle que l'ingénieur 
Jabin, professeur à l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, qui s'était signalé 
par son dévouiement lors die l'inondation de la mine du BoOs-Monzil, en 
1831, mourut le 31 mars 1833, dans un aocident de macliine à la mine- 
de Bérard. 

(2) Rapport de l'Ingénieur en chef (Conseil général, 1876). Mémorial 
de la Loire, 6 et 8 ma^ 10 juin 1876. 



— 781 — 

suite de la situation génépale, la diminution de la production 
eut pour corollaire une dimiDution dans la population ouvrière 
et une nouvelle baisse des "prix. 

Une explosion de grisou se produisit à Ptive-de-Gier (i). Elle 
n'est même pas signalée spécialement dans le rapport de 
l'Ingénieur en chef. 

Formés en 'Chambre syndicale depuis 1876, les mineurs 
formulèrent des revendications : augmentation des salaires, 
journée de huit heures, etc.. (2). 

J'ai signalé la participation des mines de la Loire à l'Expo 
sition de 1878. 

1879 

Production : 3.048.000 tonnes, valeur 46 millions, /1 6.200 ou- 
vriers. 

Les dix premiers mois furent encore plus défavorables que 
l'année 1878. Une reprise sérieuse se manifesta en novembre 
et décembre, à cause de la rigueur de l'hiver (la Seine gela 
à Paris) et de la reprise momentanée en métallurgie. 

Parmi les faits remarquables d'exploitation (3) l'ingénieur en 
chef signalait : à Beaubrun, l'installation, près de la recette du 
puits de la Gulatte n° 1, de deux chambres muraillées devant 
servir de salle d'attente, en dehors du courant d'air, aux ouvriers 
prêts à remonter au jour ; à Beaubrun, l'installation de signaux 
électriques de sonnerie et de signaux télégraphiques entre les 
recettes intérieures du puits Châtelus n" 1 et le jour ; au Gros, 
le remplacement de toutes les écairies souterraines au charbon 
par des écuries au rocher ; à Méons, l'installation au puits 
Saint-Louis d'un ventilateur, de pompes et de machines inté- 
rioures d'extraction actionnées par l'air comprimé ; à Combe- 
rigol, um arrosage bien organisé des galeries poussiéreuses. 

Une c<itastrophe au puits Dolomieu, à Roche-la-Molière, le 
24 décembre, fit 20 victimes. Le feu, allumé dans une écurie 
souterraine, amena l'asphyxie de ces ouvriers (^*). 



(1) Mémorial de la Loire, 14 octobre 1878. 

(2) Ibid., 28 novembre 1878. 

(3) A partir die oette date, les rapports de llnjîi'^nieur en chef, après 
avoir énum«^r(^ les travaux neufs, résument les Fails remarquables de 
VexplnitniUm. 

(4) Hapijort (le riiig^ni«ur en chef (1H8<)). Mcmoiiai de la Loire, 
il décembre 1879. 



— 782 — 

1880 

Production : 3.542.000 tonnes, .52 millions de francs, 18.000 
ouvriers. 

L'accroissement était considérable : 433.000 tonnes par 
rapport à 1879, grâce à la reprise métallurgique. 

L'exploitation fut arrêtée en 1880 dans trois concessions : 
la Baraillère, Unieux, Frigerin. 

A Corbeyre et à Grand'Groix, on avait introduit, pour l'ex- 
tinction des incendies souterrains, l'emploi de l'eau rendue 
boueuse au moyen des poussières de charbon. Cet emploi avait 
donné de bons résultats. L'usage de ces poussières est cependant 
critiquable, disait l'ingénieur en chef ; il vaudrait mieux se 
servir d'un mélarige de sable et d'argile. 

Au puits Gharrin, à Grand'Groix, on exploitait les menus 
laissés auitrefois comme remhlais. Le produit lavé donnait une 
excellente houille. 

Un incendie au puits Adrienne, à la Malafolie, fit 11 victimes 
(27 décembre). De grands éboulements au puits Monterrad 
(Malafolie) le 1^^ juin, au puits Dyèvre à la Béraudière (13 avril), 
aiQ puits Luicy, à la Ghazotte, causèrent la mort de plusieurs 
ouvriers. 

A la suite de l'incendie à Roche-la-Molière, en 1879, le Préfet 

(26 février 1880) interdit dans les écuries souterraines l'emploi 

des lampes à feu nu: Il défendit l'accès de ces écuries à d'autres 

personnes que les maîtres mineurs et les palefreniers. 

Une grève éclata aux mines de Firmmy au mois de janvier (i). 

1881 

Production : 3.498.000 tonnes, 50 millions de francs. Nombre 
d'ouvriers : 17.606. 

La situation fut satisfaisante, les prix se maintinrent. 

Parmi les faits remarquables d'exploitation, on signalait 
l'installation au puits Thibaud, à Terrenoire, et aux puits 
Saint-Antoine et du Ghêne à la Péronnière, de machines électro- 
magnétiques pour actionner soit une pompe, soit un treuil de 
plan incliné. 

Le 17 mai, au puits Sagnat à Roche-la-Molière, une explo- 
sion coûta la vie à huit ouvriers et en blessa trois autres, dont 



(1) Voir le Mémorial de la Loire du 3 au 12 janvier 1880. 



— 783 — 

deux moururent le lendemain. Depoiis cette époque, il n'y eut 
plus d'explosion de grisou à la Compagnie de Roche-la-Molière, 
sauf cell« du puits Chapelon en 1890 (1 mort, 3 blessés). 

D'autres accidents, sans conséquence au point de vue des 
personnes, eurent des suites graves pour l'exploitation : incendie 
du chevalement du puits Mars à Méons, le 24 août, qui amena 
un chômage d'uH mois ; explosion de la poudrière du Montcel, 
le 24 septembre, qui causa de nombreux dégâts ; rupture d'une 
bobine d'extraction au puits Pélissier le 8 décembre ; incendie 
souterrain au puits Sainte-Camille, à la Péronnière, le 18 no- 
vembre. 

Une grève fut signalée aux mines de lia Péronnière (i). 

Le mouvement ouvrier prit un caractère très accusé à partir 
du Congrès ouvrier socialiste de Saint-Etienne, le 16 juin 1881, 
où Rondet formula le programme des mineurs : journée de 
huit heures y compris une demi-heure pour la collation, abo- 
lition du travail à la tâche, organisation d'une Caisse de secours 
et de retraites centralisée et solidaire pour les mineurs du 
bassin, création de délégués mineurs, conseil de prud'hommes. 

1882 

Production : 3.567.000 tonnes, 51 millions de francs, 16.y68 
ouvriers. 

La situation continuait à être satisfaisante. Les prix variaient 
peu. Toutefois, on pressentait une crise métallurgique. 

Une découverte d'une grande importance était la rencontre 
à 600 mèkres, par le fonçage du; puits Sainte-Marie à Mont- 
rambert, de la grande couche (3'"*) avec une puissance de 
6 mètres de charbon d'une pureté remarquable. 

L'usage des machines électro-magnétiques tendait à se ré- 
pandre. On en installait dans plusieurs puits. 

On employait l'eau boueuse à la Péronnière pour éteindre 
un incendie souterrain, emploi qui était devenu d'un usage 
courant à Commentry, où il avait été introduit par M. Fayol, 
et dans les mines de Saône-et-Loire. Ce procédé était très 
efficace (2). 



(1) MéViniini, !■■ ;i.,,ii |,H81. 

(2) Rapport de ringéniour en chef d<« Mines, M. Casteil. 



— 784 — 

Au puits Saint-Marcellin, à Comberigol (600 mètres), on 
employait un no-uveau système de bennes pour les hommes, 
dans les puits non guidés et très profonds. La benne était en 
tôle d'acier, à deux étages et pouvait contenir douze hommes. 

Une grève éclata le 14 juin à Saint-Chamond, 200 ouvriers 
cessèrent le travail en demandant le renvoi de l'ingénieur, qui 
ne fut pas accordé. La grève cessa le 26 juin (i). 

C'est en cette année 1882 que se produisirent les événements 
causés par des anarchistes à Montceau-les-Mines P). 

La Chambre syndicale des Mineurs de la Loire soumit, en 
1882, ses revendications au Parlement. Elle entra en rapport 
direct avec un certain^ nombre de députés. 

1883 

Production : 3.614.000 tonnes, 58 millions de francs, 17.886 
ouvriers. 

La situation restait satisfaisante, les prix étaient sans 
changements importants. 

Indépendamment de la découverte faite à Montrambert 
l'année précédente et poursuivie en 1883, il faut signaler les 
découvertes aux puits Montmartre n° 1 et n" 2 de Beaubrun, de 
plusieurs couches de bonnes puissance et qualité, les recon- 
naissances sur la 15^ couche au puits du Fay (Montcel- Sorbiers), 
la découverte de la Bâtarde avec une belle puissance, au. puits 
Piney, de la Péronnière. 

En 1883-84, l'exploitation de la Petit e-Ricamarie (v. p. 738), 
concession de la Béraudière, cessa par suite d'épuisement dans 
la portion en dehors de Vinvestison du tunnel de la 
Ricamarie (3). 

Les propriétaires de l'amodiation du Montcel-Ricamarie 
(v. p. 739), dans la même concession, après avoir terminé le 
dépilage des Brûlantes au niveau de 116 mètres du puits Catain, 
cédèrent leurs droits à la Compagnie de Montrambert et de la 
Béraudière, qui continua les travaux jusqu'au 16 juillet 1883 et 
qui les abandonna à cause de la mauvaise qualité du charbon (4). 



(1) Ihid. — Voir Mémorial de la Loire, 18 ju:n-3 juillet 1882. 
(2') Le ju^emeat a été reproduit dans le Mémorial de la Loire du 
19 octobre 1882. 

(3) Rapport d.e l'ingénieur en chef, 1884. 

(4) lUd. 



— 785 — 

On découvrit d'anciens travaux très voisins du sol à 
Beaubrun, sous la rue Marthourey et les maisons de cette rue, 
travaux que les concessionnaires furent invités à remblayer. 

Une machine à air comprimé avait été installée au puits 
Rigaudin à Saint-Ghamond, en 1882, pour le remontage des 
bennes sur un plan incliné intérieur. Son fonctionnement 
donnait toute satisfaction. Au puits de la Loire (Quartier- 
Gaillard) les signaux se faisaient avec un appareil électrique 
double. L'emploi de l'eau boueuse pour l'extinction des in- 
cendies fut introduit à Gorbeyre. Au puits Grégoire (Reveux) 
on arrosait d'une façon constante les chantiers, à cause de la 
nature poussiéreuse du charbon. Au puits du Grand-Treuil, 
sous la Manufacture d'armes, les galeries de traçage dans les 
travaux de la 8^ couche étaient conduites à grande section sur 
12 métrés de largeur, avec remblai au milieu sur 6 à 7 mètres, 
disposition permettant de mieux aérer le front de taille d'avan- 
cement. 

Le premier Congrès national des Mineurs tint ses assises à 
Saint-Etienne du 24 au 31 octobre 1883, et c'est au cours du 
Congrès que la Fédération nationale des Mineurs fut fondée. 

1884 

Production : 3.189.000 tonnes, 47 millions. Nombre d'ouvriers : 
16.130. 

Il y avait une diminution de 400.000 tonnes par rapport à 
1883. La métallurgie, déjà en diminution notable en 1883 par 
rapport à 1882, était encore en décroissance à cause de la con- 
currence des usines du littoral et de la Lorraine. Celles-ci, 
grâce au procédé Thomas et Gilchrist pour la déphosphoration 
des fontes, surgissaient comme par enchantement et menaçaient 
d'enlever aux usines du Centre la fabrication totale des rails et 
des produits marchands. Cette crise amena la faillite de la 
Compagnie des mines de la Chazotte et, en 1888, celle de la 
C>>mpagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire, La Voulte et 
Hessèges. 

Les prix des menus et du coke métallurgique baissèrent. Les 
autres prix sul)irent peu de changement. 

La concession du Montcel-Sorbic^rs fui nclK'h'r |),ir la Com- 
pagnie P.-Fj.-M. (octobre 1884). 



— 786- 

Les découvertes ae quelque importance furent : la recoupe 
au puits Troussieux, à Roche-la-Molière, de la couche dite de 
la Varenne, dune puissance de 15 m. 50, celle de la grande 
couche de Rive-de-Gier dans la concession de Gomberigol, la 
découverte de la couche Dure-Veine au puits Montmartre n'' 1 
(Beaubrun). 

Les amodiataires de Montaud, à Saint-Etienne, abandon- 
nèrent et remblayèrent le puits des Marronniers' et le puits Neuf, 
qui servaient à l'exploitation de cette amodiation. 

A la Petite-Ricamarie , les glanages étant terminés, le puits 
Delaynaud fut mis en chômage et désarmé. 

Enquête de la Commission parlementaire des 44. — Une Com- 
mission de la Chambre des Députés, chargée de faire une 
enquête sur la situation des ouvriers de l'industrie et de l'agri- 
tîulture en France, Commission présidée par M. SpuUer, nomma 
une délégation chargée d'étudier sur place les causes de la crise 
industrielle à Lyon et à Saint-Etienne. Cette délégation, pré- 
sidée par M. Floquet, débarqua le 7 octobre à Saint-Etienne et 
entendit les délégations patronales et ouvrières de toutes les 
industries (i). 

Le rapport de cette délégation indique la moyenne des sa- 
laires dans les mines de la Loire, en 1854 et en 1883 : 

1854 1883 

Fr. Fr. 

Piqueurs • ... ... 4-55 6 33 

TraîneurSj rouleurs, etc ... 2 80 417 

Remblayeurs 2 82 3 83 

Boiseurs 3 60 4 60 

Mineurs C) 3 93 4 78 

Manœuvres 3 06 3 58 

Gouverneurs 5 89 5 97 

Ouvriers de l'extérieur {^) 2 19 2 63 

La moyenne de l'augmentation, d'après la Commission, était 



(1) Rapport de la délégation : Journal officiel, documents parlemen- 
taires (Chambre), annexe 3446, p. 2.189. 

(2) Ouvriers chargés d'ouvrir la mine à travers banc. 

(3) Il s'agit d'une moyenne. Les forgerons, serruriiers, charpentiers, 
gagnaient en 1854 : 2 fr 59, et en 1883 : 4 fr. 23. 



— 787 — 

inférieure à celles des objets de nécessité et des logements 
(valeurs que la Commission n'indiquait pas). 

Mais, en 1854, la moyenne de la journée était de 10 heures 
et, en 1883, de 8 h. 1/2. Ce point était fort controversé. Rondet, 
secrétaire de la Chambre syndicale des mineurs, déclarait que 
la jo-urnée atteignait, dans certains puits, 13 h. 1/2 et même 
14 h. 1/2. M. Villiers, directeur des Houillères de Saint-Etienne, 
indiquait; pour' sa Compagnie, 8 h. 1/2 de travail réel, non 
compris 3/4 d'heure pour descendre, 3/4 d'heure pour remonter, 

I h. 1/4 pour déjeuner. 

La délégation constatait l'élévation du prix de revient de la 
houille dans le bassin, à cause des redevances tréfoncières (et 
des difficultés d'extraction), en 1880 : 12 fr. 17 dans la Loire, 

II fr. 25 en Saône-et-Loire, 10 fr. 55 dans le Gard, 10 fr. 16 
dans le Nord et le Pas-de-Calais. S 

En 1881, le prix de revient étant de 12 fr. 43 et le prix de 
vente moyen de 15 fr. 61, le bénéfice brut était de 3 fr. 28. Mais 
les dépenses d'extraction admises par l'Administration ne com- 
prenaient ni les impôts (0 fr. 30), ni les frais d'administration 
et de justice (0 fr. 10), m les charges financières des exploitants 
(0 fr. 80). Total 1 fr. 20, ce qui ramenait à 2 francs le bénéfice 
réel, résultat modeste eu égard aux risques et à l'incertitude 
de l'exploitation. 

Partant de ces chiffres, fournis par le directeur de la Com- 
pagnie la plus prospère du bassin (Hoche-la-Molière) et qu'elle 
considérait comme problématiques, la délégation concluait que, 
pour une production de 3 millions de tonnes, le bénéfice ékiit 
de 6 millions, réserves non déduites, et que C€ bénéfice per- 
mettait, sinon d'augmenter les salaires, du moins de constituer 
une épargne pour la vieillesse des ouvriers et pour le chômage. 

Le prix (\v vente iiioNon était, en 1880, sur le carreau de la 
mine, de 15 fr. 18 dans la Ijoire, de 13 fr. 77 en Saône-et-Loire, 
de 12 fr. 10 dans le Gard, de 11 fr. 70 dians le Nord et le Pas-de- 
(îalais. 

L'extraction était restée stationnai re depuis 1865, puisqu'on 
ixs:', rorririif en 1865 elle était de 3.100.000 tonnes, tandis que 
'IN' du xNord et du Pas-de-Calais s'élevait de 3.600. (XX) tonnes 
: ; '.49.000. 

A 'M i <■ ilf l.i crise (|iii >(''\'iss;iil en ISS^ la r('Miu('li()ii de 



- 788 — 

travail était de 20 à 25 %,-et les renvois forcés d'ouvriers de 
10 % (2.000 à 3.000 ouvriers d'après le Syndicat). La majeure 
partie des ouvriers ne travaillaient que pendant une partie de 
la semaine (3 ou 4 jours). 

La délég-ation exposait le malaise causé de tout temps par la 
cherté des transports. Le bassin de la Loire était taxé aux tarifs 
les plus élevés pouT la houille. Il demandait le canal de la Loire 
au Rhône. 

Sur les réclamations des ouvriers, la délégation estimait 
qu'on pouvait limiter la durée de la jouirnée à 10 heures, en y 
comprenant le temps de la descente, de la montée et des repas, 
de manière à ne faire que 8 heures de travail effectif. J'ai parlé 
ailleurs de l'opinion de la Commission sur les Caisses de secours 
et de retraites et sur la législation des accidents (v. p. 549). 

1885 

Production : 2.977.000 tonnes, 43 millions. Nombre d'ou- 
vriers : 14.375. 

Il fallait remonter bien en arrière pour retrouver une pro- 
duction aussi peu importante. Les induistries de la Loire étaient 
en pleine crise. 

Les prix subirent une réduction notable, non seulement à 
cause de la crise, mais par suite de la réduction des tarifs de 
transport. 

La réforme des tarifs en 1885 (v. p. 688), en effet, abaissa de 
1 fr. 80 par tonne le prix de transport des charbons entre Saint- 
Etienne et Lyon. Par suite d'une distance moindre, cet abais- 
sement ne fut que de 1 fr. de Rive-de-Gier à Lyon. Dès lors, 
il se produisit ce qui était arrivé en 1863 (v. p. 751), les mines 
de Rive-de-Gier durent consentir une réduction de fr. 80 sur 
les prix de vente, dans le seul but de combler la différence et 
de conserver le marché de Lyoïn. Au)ssi, l'année fut-elle parti- 
culièrement lourde pour les Compagnies de Rive-de-Gier. 
L'iabaissement de leurs prix n'atteignit pas moins de 2 francs 
par tonne (i). 

Dans la concession du Quartier-Gaillard, on découvrit la 8^ 
couche en fonçant le puits de la Loire, et un massif important 
de cette couche au delà de la faille de La Chaux. 



(1) Rapport de ririgéniieur en chef des Mines (Conseil général, 1886). 



— 789 — 

Dans ia concession de Méons, la Ib"" couche fut découverte au 
puits Mars. 

Dans la concession de Monthieux, les 11'', 12* et 13*^ couches, 
en fonçant le puits du Noird-Ouest. 

Enfin, dans la concession de la Péronnière, un massif de 
quelque importance de la grande couche de Rive-de-Gier. 

1886 

Production : 2.751.000 tonnes, 49 millions. Nombre d'ou- 
vriers : 13.354. 

Il fallait remonter à vingt ans en arrière pou.r trouver une 
production aussi faible. 

Les prix subirent un nouvel affaissement, principalement sur 
les cha.rbons pour usines et chaudières. 

Les découvertes de quelque importance se résumaient ainsi : 
au puits Montsalson, un lambeau de la 3*^ co'uche ; au puits 
Rambaud (Gluizel), une couche de 1 m. 80 de puissance ; au 
puits de la Pompe (le Treuil), une couche de 1 m. 20 de puis- 
sance, de médiocre qualité ; au puits Ambroise (Villebœuf), la 
11* couche ; au puits Saint-Antoine (La Péronnière), un lambeau 
de grande couche ; au puits des Orès (Collenon), le prolon- 
gement de la grande couche. 

La Compagnie des Houillères de Rive-de-Gier cessa ses 
travaux dans les divisions de Rive-de-Gier et de Lorette, où 
depuis longtemps elle était en pjrte. Elle ne conserva plus en 
activité que la division de Grand'Groix (i). C'est alors qu'in- 
tervint la Chambre syndicale des Mineurs du Gier, qui avec 
le concours de M. Laur, député, obtint l'abandon de propriété 
des concessions, et qui créa la Mine aux Mineurs du Gier 
(v. p. 559). 

T^ne catastrophe au puits Ambroise, à Villebœuf, motiva des 
IMjur.suites correctionnelles (2). 

C'est en 1886 que fut assassiné, pendant la grève de Decaze- 
ville et dans des circonstances époiivan tables, le malheureux 
Watrin, ingénieur de l'Ecole de Saint-Etienne, qui avait été 
attaché à la Compagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire 






— 790 — 

(usines de Saint-Julien, Vienne, La Voulte et Bessèges). Watrin 
était accusé d'être trop sévère, de vouloir réduire le salaire, 
d'exploiter l'ouvrier par des économats. Cet assassinat fut glo- 
rifié par le parti socialiste. Rocliefort employa couramment le 
verbe watriner pour désigner l'assassinat d'un patron. Depuis 
cette époque, VAnmiaire de la Société amicale des Anciens 
Elèves rappelle que Watrin fut assassiné pour avoir voulu 
rester fidèle à son devoir (i). 

1887 

Production : 2.951.000 tonnes, 49 millions. Nombre d'ou- 
vriers : 13.181. 

La période de décroissance paraissait arrivée à son terme, 
la métaillurgie accusant un léger relèvement. 

Aucune variation sensible n'affectait les prix de vente. 

Les découvertes de houiille effectuées en 1887 furent de mi- 
nime importance : une petite couche au puits Rambaud, un 
banc de houille au puits Ambroise, la 12^ couche au puits 
Saint-Louis, etc.. 

En 1887, commença la série des terribles explosions de grisou, 
qui ne devait cesser qu'avec l'année 1891. Le l^'" mars, au puits 
Ghâtelus n*' 1 (BeaAiibrun), à 9 heures du matin, une explosion 
fit 85 victimes. Il y eut 79 morts (2). 

1888 

Production : 3.119.000 tonnes, 40 millions. Nombre d'ou- 
vriers : 13.709. 

L'accroissement fut assez important, grâce à un surcroît 
d'activité métallurgique et malgré la chute retentissante de la 
Compagnie des Forges de Terronoire. Les autres usines étaient 
bien outillées pour la fabrication de certains produits spéciaux, 
en faveur desquels elles délaissèrent de plus en plus les produits 
d'usage courant, comme les rails et les fers marchands. 

Les travaux de recherches, en 1888, n'eurent qu'une très faible 
importance et donnèrent peu de résultats. Le seul fait à retenir 



(1) Voir le dliscours prononcé à la Société {Mémorial de la Loire, 
21 mai 1886). 

(2) Ce grave accident donna lieu à des poursuites correctionnelles 
(Voir Mémorial de la Loire, 11 mars 



se rapportait à la petite couche de 1 m. 30, découverte à 
l'étage de 405 mètres au puits Rambaud. 

Depuis la grève de 1869, les conflits collectifs qui avaient 
éclaté dans le bassin de la Loire étaient de peu d'importance. 
L'année 1888 et l'année 1890 virent naître des grèves longues, 
sérieuises et générales. 

Les ouvriers de la Compagnie des Mines de la Loire, groupés 
en Syndicat spécial, réclamèrent la journée de huit heures, la 
suppression des retenues pour alimenter les Caisses de secours 
et de retraites. Sur le refus de La Compagnie, la grève éclata 
et dura quarante jours. L'accord s'établit &uir la durée de la 
journée et l'heure de sortie de la mme. La durée de la journée 
resta fixée à 10 heures. La Compagnie accorda. 50 centimes 
d'augmentation aux piqueurs. 

Le mouvement gréviste gagna les concessions de Beaubrun 
et de Villebœuf. Une grave échauffourée eut pour théâtre le 
puits du Treuil, le 25 septembre (i). 

Cette grève provoqua des tiraillements et des dissensions, qui 
aboutirent à la fondation de syndicats dissidents. 



RENSEIGNEMENTS RÉCAPITULATIFS (1870-1888) 



De 1870 à 1888 la production annuelle atteignit son maximum 
en iS73 et son niinimuni en iSSO. 

Ce sont ces années 1873 et 1886 que je prendrai pour types de 
comparaison (2). 

1873 1886' 

Tonnage de la production 3.941.000 tonnes 2.788.000 tonnes 

Valeur de la production. 71 millions de francs 38.980.000 francs 

Prix moyen par tonne. . . 18 fr. 04 13 fr. 98 

Nombre d'ouvriers 20.191 14.168 

Journées de travail 6.016.467 3.752.772 

Salaires 23.028.561 francs 15.364.371 francs 



(1) Voir Mémuriai d.. i,i Loire, 26 avril et jours suivants (grève par- 
tielle au puits (Je la Loire). 2() juillet (grève à Beaubrun), !«■• août (tin 
de la grève de Villars, oa'l-e de Beaubnm oontinue), 21 et 22 septembre 
(longs artif'hîs .sur la grève des mineurs de la Ix>ire), 24 septembi-e, 26 
sept/embre (échauffourôe au puiits du Treuil), 9 août (grève à Villebœuf). 

(2) Statistique de L'Industrie minérale. 



- 792 — 

On sait que le prix moyen de la tonne ne signifie pas grand 
chose au point de vue oommercial. Il faut considérer les prix 
par natuire et qualité. Je cite quelques prix H) . 



1872 (*) 
(15 novembre) 

Pérats durs l'"" qualité 35 à 40 fr. 

Charbon pour le gaz, l'^ qualité 20 à 21 » 

Menu de forge 1^« qualité. 19 à 20 » 

Charbon de chauffage l" qualité 18 à 19 » 

— — 2« — .... 16 à 17 » 

Coke pour hauts fourneaux 30 à 32 » 

Petit coke pour chauffage 22 à 25 » 





188») 


1 


"■ août 


33 à 36 fr 


18 


à 20 » 


22 


à 25 » 


13 à 14 » 




11 » 


18 


à 19 » 


19 


à 20 ). 



Pour les salaires moyens, je prends les indications fournies 
par deux Compagnies importantes du bassin (3) • 





A l'intérieur 


A 1 extérieur 


Ensemble 




1873 


1886 


1873 


4886 


4873 


4886 


Fr. 


Fr. 


Fr. 


Fr. 


Fr, 


Fx. 


C'« de Roche-la-Molière. . . 


4 25 


4 63 


2 58 


2 98 


3 66 


3 99 


Société Houillères de Saint- 
Etienne 


4 50 


4 67 


2 71 


2 82 


4 09 


3 98 



La Société des Houiillères de Saint-Etienne, depuis l'Expo- 
sition de 1889, a publié, dans ses notices à roccasion des 
expositions, des tableaux statistiques récapitulatifs remontant 
à l'origine de cette Société^ c'est-à-dire à 1854, et s'appiiquant 



(1) Prix-courants {Bulletin âk Vlndustrie minérale). 

(2) Il manquiB à nctre coilLeiction le Bulletin de Vlndustrie minérales 
de 1873. En outre, les prix d'hiver (1872) sont forcément plus élevés que 
les prix d'été (1886). — M. d^e Ruôiz, dans son enquête (t. II, p. 476) 
donne une liste de prix-courants au 20 décembre 1873. 

(3) D'après les notices publiées par ces Compagnies, à ro<Jcasion 
die l'Exposition de Lyon. 



— 793 — 

à la production totale de ses concessions, à la production par 
homme, à la production par journée, au prix moyen des 
journées, à l'agglomération et à la carbonisation. Ces documents 
sont extrêmement utiles à consulter. Les autres Compagnies 
auraient bien dû imiter cet exemple. 

Je relève les salaires moyens de 1854 à 1888 aux Houillères 
de Saint-Etienne, de cinq en oinq ans : 

A l'intérieur A l'extérieur Ensemble 



1854 3,43 

1859 3,59 

1864 3,89 

1869. . 4,09 

1874 4,59 

1879 4,59 

1884 4,75 

1888 4,62 



C'est un exern^ple de plus de la hausse continuelle du salaire 
nominal, hausse indépendante des fluctuations de Vindustrie. 
Toutefois, il y a un correctif sérieux à apporter à cette con- 
clusion. Il faudrait conniaître non seulement le salaire moyen 
par jour, mais surtout le salaire annuel. En temps de crise, en 
effet, les ouvriers subissent des chômages, et, dans les mines, 
le nombre des journées de travail par semaine se trouve réduit. 

Le Comité des Houillères de la Loire, dans lia notice à l'oc- 
casion de l'Exposition de Saint-Louis, en 1904, n'a indiqué le 
prix moyen de la journée qu'à partir de 1882, et pour l'ensemble 
des Compagnies adhérentes au Comité : 

Intérieur Extérieur Knsomblc 

1HK:>. . 4,63 

1884 4,66 

1886. . 4.66 

1888 4.7:} 



2,19 


3,11 


2,49 


3,34 


2,38 


3,55 


2,52 


3,70 


2,73 


4,15 


2,80 


4,14 


2,89 


4,08 


2,83 


3,94 



2,96 


4.11 


3,08 


4,11 


3,08 


4,09 


3,11 


4,17 



— 794 — 

Le Comité indiquait que, de 1882 à 1888, la durée du temps 
consacré au travctil était de 6 heures du matin à 4 heures du 
soir et au delà (l). 

Les rapports de l'Ingénieur en chef des Mines n'indiquent 
qu'à partir de 1881 la production moyenne annuelle -par 
ouvrier : 

Production Production 

par ouvrier par ouvrier 

de de l'intérieur 

rintérieur et de Pextérieur . 

Saint-Etienne 303 t. 203 t. 

En 1881 ^ Rive-de-Gier 208t. 170t. 

Bassin entier 289 t. 197 t. 

Saint-Etienne 371t. 239t. 

En 1888 <! Rive-de-Gier 225 t. 161t. 

/Bassin entier 348t. 227t. 



] 



En 1881, le maximum par ouvrier était atteint au Gros : 
402 tonnes par ouvrier de l'intérieur, 281 par ouvrier soit de 
l'intérieur, soit de l'extérieur. 

En 1888, le maximum était atteint à Montramberfc : 424 tonnes 
et 300 tonnes suivant les distinctions précédentes. 

Je relève, dans la notice précédente de la Société des Houillères 
de Saint-Etienne, les chiffres de prod2iction par journée d'ou- 
vrier à rinlérieur : 



1855. 
1869. 
1881. 
1888. 



Il n'est pas nécessaire de faire remarquer que la production, 
soit totale, soit individuelle, est influencée notamment par les 
variations très grandes que présentent les exploitations entre 
elles. 



de l'intérieur 


piqueur 


1 t. 38 


non indiquée 


1 t. 55 


— 


1 t. 45 


6 t. 19 


1 t. 61 


7 t. 21 



(1) Notice, p. 25. 



795 — 



La distribution des combustibles extraits du bassin de la 
Loire fut la suivante en 1873 et en 1886 : 



Loire 1.257.000 t. 

Rhôn- '... 944.000t. 

Ardèche 357.000 t. 

Isère 268.000 t. 

Saône et Loire.. 213.000t. 



de 50.000 à 
100.000 t., 
suivant le 

département. 

de 20.000 à 
50. 000 tonnes, 

suivant le 
département. 



Var, Savoie, ( de 10.000 à 



Drôme, Loiret, 
Seine. Jura, Côte- 
d'Or, Ain. 



Bouches - du - i 
Rhône, Nièvre, 
Doubs. 



Vaucluse, Seine- \ 20. 000 tonnes, 
suivant le 
département. 

de 1.000 à 
10.000 tonnes, 

suivant le 
département. 



et -Marne, Haute- 
Loire. 



14 départements, 
divers. 



13 départements. 



moins de 
1.000 tonnes 

par 
département. 



Italie 158.170 

Suisse 7:Mr,0 \ -.'37.780 t, 

Allemagne. ..tj, 'iGU 



-1886 

Loire 1.198.000t. 

Rhône 781.000t. 

Isère 247.000t. 



Ardèche 
Drôme. 



Ai 



S 



[ dé 



de 50.000 à 
100.000 t. 
par 
département. 



Savoie, Bou- 
ches-du-Rhône, 
Haute-Loire, Saô- 
ne-et- Loire, Côte- 
d'Or. 



de 20.000 à 
50.000 tonnes 

par 
département. 



Haute-Savoie, [ de 10.000 à 
- \ 20.000 tonnes 



Puy-de-Dôme, Sei 
ne, Nièvre, Vau- 
cluse. 



13 départements. 



7 départements. 



Italie.. 
Suisse 



28.900 
47.200 



par 
département , 



de 1.000 à 
10.000 tonnes 

par 
département. 



de 200 K 
1 . 000 t(»nn«'s 

par 
département. 



7H.10I) t 



- 796 - 

La consommation du dé parlement de la Loire, en 1873 et 
1886, était alimentée par les bassins énurnérés ci-après : 



1873 

Loir€. . 

Brassac. 

Saint-Eloy. 

Roanne (anthra- 
cite). 

Sainte-Foy-l'Argen- 
tière. • 



Ahun 

Valenciennes. 



1.257.000 t. 
7.950 t. 
6.380 t. 

5.020 t. 

3.000 t. 
140 t. 

20 t. 



ISHfi 

Saint-Etienne. . . 

Roannais 

Creusot^ et Blanzy 
Ghapelle-s/-Dun. . 
Bert 



Sainte-Foy-rArgen 
tière. . 

Commentry. • . . . 



1.198.500 t. 

2.500 t. 

13.600 t. 

8.200 t. 

6.300 t. 

6.300 t. 
300 t. 



Pour terminer, je cite les chiffres de Ja consomm^atioii et de 
la -production françaises en 1873 et 1886 (l) : 



1 
1 

Années 


Consommation 
(tonnes) 


Production 

(tonnes)' 


PRIX 


MOYEN 


sur les lieux 
d'extraction 


sur les lieux 
de consommation 


1873 
1886 


24.702.000 
29.519.000 


17.479 
19.910 


16 fr. 61 
11 fr. 19 


31 fr. 83 
19 fr 79 



(1) L'Industrie houillère de 1811 à 1902 (circulaire du Comité des 
houillères de France. N" 2640, 16 mars 1904). 



CHAPITRE XV 



SITUATION GÉNÉRALE de 1889 à 1899 




u lieu de répartir — comme dans les deux 
précédents chapitres — les renseignements de 
cette période en trois paragraphes distincts, nous 
groupons ces renseignements en un seul para- 
graphe chronologique. 



1889 

Production : :i404.000 tonnes, 42.800.000 francs, 14.627 
ouvriers. 

I.a prodiiciioii chiii en progression sensible depuis 1886. 
L'élt''\ -ili'ii (lu |)ti\ (le vente (en moyenne fr. 75 par tonne) 
se nianifc.-^l.i ;i pirlii- du dernier trimestre, principalement sur 
les cokes cl rwr N s menus. 

l'-ii jiiil'cl, (\rr '^vi'Vi'-- |);irl iclic- iiuilcrt'iil le hassin : au puits 
.\nil)r<ii,-i', de la (:<Mii|»aLj nie dt- VilJehonrf, et à iSt-Chamond (1). 

Lc.> >alaires n'auLiiaiilcrent que d'une manière très légère : 
de fr. 05 ; à Rive-de-Gier, où ils étaient restés inférieurs à 
ceux fie- aiih'cs niiucs du hassin. di* fr. 25. 

l/in'_( iiicur <Mi fi ici'. M. r,li()s>()n, préconisait la construction 
'lu caual df la Loire au lUn^iic |M)ur- facililci' rccouU'ment des 
cliatlMifc (II' la Loire. 



(1) V(»ir Mniininil di- lu l.mn-, i. |;.' jiiilhV 



— 798 — 

Une épouvantable catastrophe se produisit le 3 juillet au 
puits Verpilleux, des Houillères de Saint-Etienne. Elle fit 
213 victimes, dont 207 morts et 6 blessés. Le commandant 
Cordier, de la maison du Président de la République, les 
Ministres de Tlntérieur et des Travaux publics, MM. Constans 
et Yves Guyot, assistèrent aux obsèques. Le Parlement vota 
un secours de 200.000 francs. Des souscriptions, ouvertes dans 
toute lia France, produisirent une somme de 606.000 francs. 

L'Exposition de 1889 conserva, dans le rapport de la classe 48, 
la documentation abondante éparse dans les notices des Com- 
pagnies houillères de la Loire : Montrambert, Roche-la-Molière, 
la Loire, Saint-Etienne. 

1890 

Production : 3.531.000 tonnes, 49.862.000 francs, 16.946 ou- 
vriers. 

La marche ascendante de la production continuait. Le ma- 
ximum, eu, égard amx moyens d'extraction dont disposaient les 
Compagnies, était atteint. Mais ce maximum eût été dépassé 
sans les grèves de l'année 1890 et sans les accidents. 

Les grèves furent très nombreuses. Tout le bassin fut agité : 

Fin janvier, grève laru puits Desrosiers, de la Compagnie de 
la Loire. 

Du 17 au 24 février, grève à Monthieux de 450 ouvriers, à 
cause du renvoi d'un ouvrier pour insubordination. La punition 
fut transformée en mise à pied de huit jours. 

Le 3 mars, grève de 500 O'uvriers à la Péronnière, qui ré- 
clamaient fr. 50 d augmentation, le chauffage gratuit, le droit 
de choisir le médecin, les médicaments gratuits. Cinq jours 
après, sur les instances du Préfet, ils obtinrent fr. 25 d'aug- 
mentation, 2.400 kg. de charbon par an, le droit de choisir entre 
quatre médecins, les médicaments gratuits. 

Le 12 mars, grève aux mines du Gros. 

Le 25 mars, grève des trieurs de charbon à la Péronnière. 

Le 6 juin, grève des mineurs de Villebœuf. 

Le 8 juin, grève générale décrétée à la suite du Congrès de 
Jolimont (Belgique) et sur la base des revendications du 



— 799 — 

Congrès : journée de huit heuires à 8 fr., réforme des Caisses de 
retraites et de secours mises à la charge des Compagnies, etc., 
La grève, qui s'étendit à 10.000 mineurs, se termina le 20 juin 
par un échec. 

Le 8 octobre, grève à Firminy et à Roche-la-Molière de 
1.800 ouvriers, pour obtenir une augmentation des salaires. Elle 
se termina le 11 novembre. La Compagnie répondit que les 
salaires à Firminy étaient aussi élevés qu'à Montrambert, et 
que, si on lui signalait des infériorités, elle les ferait dispa- 
raître ; 180 ouvriers ne furent pas repris, la plupart quittèrent 
le pays. La Compagnie augmenta ses libéralités pour les Caisses 
de secours et de retraites, et créa une Caisse de maladies (l). 

Ces grèves s'étaient étendues à tout le bassin de Rive-de- 
Gier pendant le premier semestre, aux Compagnies de Vil- 
lebœuf, du Cros, de iMonthieux, de Beaubrun et des Houillères 
de Saint-Etienne au mois de j>uin, à la Compagnie de Roche- 
la-Molière et Firminy en octobre-novembre. Seules les grèves 
de janvier-février à Saint-Etienne n'avaient affecté que le puits 
Desrosiers (Quartier-Gaillard) et le puits Jabin (concession de 
Terrenoire) (2). ' 

A l'occasion de ces grèves, on vit éclore de nombreux syn- 
dicats locaux. La Fédération déparlementale, créée en 1889, 
avait décrété la grève générale du mois de juin (v. p. 564). 

En outre, la production fut affectée par* la catastrophe du 
puits Pélissier, à Saint-Etienne, le 29 juillet. L'explosion de 
grisou fit 156 victimes : 116 morts et 40 blessés. Le cardinal- 
archevêque de Lyon, Mgr Foulon, présida la cérémonie funèbre, 
pli le Président de la République fut représenté par le capitaine 
de vaisseau de Maigret. M. Yves Goiyot, ministre des Travaux 
publics, assista aux obsèques. 

Le ministère public intenta des poursuites au sujet de cette 
explosion et de l'explosion de Verpilleux en 1889. Le procès 
de Verpilleux se déroula du 3 au 17 septembre devant le Tri- 
bunal correctionnel, le procès de Villeboeoif commença le 23 oc- 
tobre. Le Tribunal prononça un acquittement pour Verpilleux, 



(1) Le.seurk, p. 105. Dans le livre <le (l'Office du Travail : Lea asso. 
dations proft'SffionneUes ouvrières, î, p. 364, il ast dit que la Compa- 
pnie promit d^e réviser les tarifs, de maJiière à les iN^ndre »''(]niv;ileiit»^ 
à ceux d«s autres Compagnies. • 

(2) Rapport do l'iiisi^nienr on rhrf. 



- 800 — 

mais le ministère public en appela à la Cour (0 janvier 1891). 
Il y eut des condamnations pouir Villebœuf et une interpellation 
à la Chambre (24 janvier 1891). On trouvera le texte des ju- 
gements et arrêts dans les collections des journaux locaux, aux 
dates correspondantes. 

La loi de 1890 sur les délégués mineurs fut motivée en partie 
par la volonté d'enm.yer ces accidents. 

Sans ces faits accidentels graves et surtout sans les grèves, 
l'extraction eût dépassé notablement 3.536.000 tonnes. La seule 
grève de Firminy avait fait perdre 60.000 tonnes. 

Les prix accusèrent, par rapport à 1889, une hausse de i fr. 
à 1 fr. 25 par tonne portant de préférence sur les qualités indus- 
trielles. 

Les recherches n'eurent qu'une minime importance en 1890. 
On découvrit cependant, à la profondeur de 630 mètres, la 
13^ couche, par le puits du Treuil. 

C'est en 1890 que fut formée une nouvelle Compagnie houil- 
lère de Saint-Chamond (^). 

Aux Houillères de Rive-de-Gier, M. François Bonnet succéda 
à M. Raveaud, directeur. 

La Compagnie de la Péronnière se rendit acquéreur de la 
concession de Comberigol, à la suite de la liquidation de la 
Compagnie des Forges de Terrenoire. 

1891 

Production : 3.751.000 tonnes, 56.892.000 francs, 18.768 ou- 
vriers. 

L'augmentation de la production, qui atteignit le maximum 
connu jusque-là, tint aux demandes très nombreuses et très 
importantes pendant les trois premiers trimestres. Le ralen- 
tissement fut considérable pendant le quatrième. Mais l'im- 
portance de la production tint aussi à l'absence des grèves. 

Les prix de vente augmentèrent également, l'effectif du per- 
sonnel subit un accroissement sensible (28 % depuis 1889, 10 % 
depuis 1890). Le montant des salaires s'éleva à 25 millions de 
francs. La production individuelle par ouvrier avait encore 
baissé (994 kg. par journée en 1891, contre 1.121 en 1890). 



(1) Voir Mémorial de la Loire, 28 mars 1890. 



— 801 — 

Je ne puis analyser les observations générales techniques de 
l'ingénieur en chef. Elles comportent une longue énumération 
quant aux découvertes, plus ou moins importantes, à Roche-la- 
Molière, Montrambert, Saint -Etienne, Beaubrun, Le Gros. Le 
puits Gouchoud, au Plat-du-Gier, avait atteint la grande 
couche de Rive-de-Gier, à 775 mètres, couche d'une épaisseur de 
charbon de 8 m.' 95, ce charbon étant plus maigre que celui des 
autres régions de la même couche. 

Les travaux furent repris dans la concession d'Unieux et 
Fraisses (Aciéries de la Miarine) et dans celle de la Baraillère. 

Des améliorations importantes avaient été réalisées dans 
l'aérage et l'éclairage des mines à grisou et dans le tirage des 
Qoups de mine (i). Sous l'impulsion de l'Administration des 
Mines et en particulier de l'inspecteur général Laur, le nombre 
des mines grisouteuses aérées par simple action naturelle di- 
minuait considérablement. 

Enfin, l'année 1891 vit disparaître les anciens modes de 
fermeture des lampes de sûreté. Dans les nouveaux systèmes 
(fermeture magnétique inventée par M. Villiers et fermeture 
aui rivet de plomb) l'ouverture laissait des traces apparentes. 

La poudre noire, interdite pour le tirage des coups de mine 
en 1890 (l*"" août), fut remplacée par des explosifs de sûreté 
(grisoutine, grisounite ou explosif Favier, coton octo-nitrique). 

G'est en 1891 que la Société amodiataire des Mines de 
Monthieux œssa son exploitation et que se constitua la Mine 
aux Mineurs de Monthieux (v. p. 561). 

G'est également en 1891 que le Gomité des Hooiillères de la 
Loire décida de créer les cours pratiques pour les aspirants- 
gouverneurs, « excellente école pour les sous-officiers qui en- 
cadrent l'armée des travailleurs des mines », disait l'ingénieur 
en chef, M. de Castelnau (2). 

Il n'y eut, en fait de chômage volontaire, qu'une grève d'une 
centaine de mécaniciens des Gompagnies, et une autre grève 
dans un puits de la Société de Rive-de-Gier. Diverses Gom- 



(1) Voir Ja iiorneiKlatiiro dans le rapport <ile l'ingénlieuir en ch€f 
{Conseil général de la Loire-, août 1890.1. 

(2) Voir |) 55K ot !<• rapport de rinxériiemr en rhef {Conseil général 
1802, ses.sion d'aoïV. i» r..ll, ]m< p. 716, 1894, p. 69«). 



— 802 — 

pagnies, celles de Montrambert et de la Péronnière notamment, 
accordèrent des améliorations de salaires et augmentèrent le 
taux des retraites (^). 

Une explosion de grisou se produisit au puits de la Manu- 
facture, de la Société des Houillères de Saint-Etienne, le 
6 décembre 189J. Elle fit une soixantaine de victimes. Ce fut 
la dernière de la série des grandes explosions, commencée en 
1887. Elle eut également des suites judiciaires (2). M. Yves 
Guyot, ministre des Travaux publics, assista aux funérailles. 

La i-éunion des concessions de Comberigol, du Plat-du-Gier 
et de la Péronnière fut autorisée par décret du 28 décembre 1891. 

C'est en 1891 que mourut, à Toulon, M. Leroux, architecte 
renommé à Saint-Etienne, né à Prunoy (Loir-et-Cher), ancien 
élève des Arts et Métiers d'Angers, organisateur des expositions 
houillères de la Loire. 

Les Compagnies, après avoir décidé en principe de s'abstenir, 
prirent part tardivement et incomplètement à l'Exposition de 
Saint-Etienne en 1891, organisée place du Treuil, depuis place 
Sadi-Carnot. Le livre de M. Marins Vachon a conservé le sou- 
venir de cette exposition, soit pou,r les houillères (p. 92 et 
suivantes), soit pour les autres industries. Un arc de triomphe 
en charbons agglomérés, éclairé le soir par des lampes de 
mineurs, fut élevé par les Sociétés de la Loire, Saint-Etienne, 
Villebœuif et le Gros, et ce portique improvisé attira beaucoup 
plus l'attention des profanes que le côté scientifique de l'ex- 
ploitation. 

1892 

Production : 3.492.000 tonnes, 51.598.000 francs, 17.633 ou- 
vriers. 

Un arrêt de la Cour d'appel de Lyon, du 10 août 1892, pro- 
nonça la liquidation de La Compagnie des Mines de Beaubrun. 
La concession de Beaubrun fut mise en vente par devant le 
Tribunal de Saint-Etienne. La Société des Mines de la Loire, 
qui possédait 62 parts sur 100 dans la Compagnie de Beaubrun, 



(1) Voir Mémorial de la Loire, Il mai 1891 : Office du Travail, op. 
cit. p. 365. 

(2) Ibid. 17 décembre 1892. 



— 803 — 

se rendit acquéreur de la concession pour 10.100.000 francs 
(1*"" juin 1893), dont elle n'eut à payer que les 38 centièmes aux 
co-propriétaires de la concession. La mise à prix était de 
5 millions. Cette Compagnie avait demiandé la licitation pour 
faire cesser l'indivision (i). 

La concession de Chaney (Houillères de Saint-Etienne) fut 
remise en activité. Il en fut de même pour les concessions de 
Trémolin et des Grandes-Flaches. L'exploitation prit fin dans 
la concession de la Pomme. 

La diminution de La, production avait commencé à la fin de 
l'année 1891. Elle tenait à des causes diverses : un hiver très 
doux, le refoulement des charbons de la Loire par la baisse du 
fret de l'Angleterre sur Marseille, la concurrence des prix des 
houillères allemandes sur le marché suisse, etc.. 

Les prix de vente diminuèrent en moyenne de 1 franc par 
tonne. 

Le montant des salaires payés fut de 22 millions, car le 
nombre des ouvriers occupés diminua (2). 

Des progrès importants avaient été réalisés dans l'outillage 
des mines du bassin de Rive-de-Gier et l'aénage puissant et 
rationnel des mines à grisou faisait des progrès de plus en plus 
sensibles. 

1893 

Production : 3.448.000 tonnes, 49.954.000 francs, 17.437 ou- 
vriers. 

La réunion de la concession de la Porchère à la Compagnie 
de Rive-de-Gier, qui l'avait achetée en 1886, fut autorisée par 
un décret du 21 août 1893. Cette concession fut amodiée à 
M. Ponsonnard. 

M. Pinel, sous-directeur de la Compagnie de Montrambert, 
fut remplacé le V' juin 1893 par M. Murgue, ingénieur à la 
Compagnie de Bessèges. Les beaux travaux de M. Murgue 



(1) Voir p. 482 et le Mémorial de la Loire des 9 mars 1889 (Hiatoriqw 
de la concession de Beaubrun), 26, 29 ma: ejt 19 juin 1891, 7 mai et 
11 Juin 1893. 

(2) Le rapport de l'inpénieur en clief, M de Castelnau. beaucoup 
plus complet qu<» relui <lo s<>s pr<^décesseurs, rcnformp un tabWMU de 
salaires en 1892. 



— 804 — 

sur l'aérage des mines, publiés dans le Bulletin de Vlnduslrie 
minérale, avaient été traduits en anglais dès 1881 et publiés 
à Londres (i). 

M. Murg^ue devait, le T'" juillet 1895, succéder à M. de 
Villaine, directeur de la Compagnie de Montrambert, et rester 
en fonctions jusqu'au 31 décembre 1914. Je renvoie à la belle 
notice que M. Paul Petit, directeur des Houillères de Saint- 
Etienne, a publiée en 1919 dans le Bulletin de V Industrie 
vvinérale (;2). 

Aux Houillères de Saint-Etienne, M. Chansselle, ingénieur 
principal, fut remplacé par M. Paul Petit, qui avait été chargé 
d'une partie du service de M. Chansselle depuis le l*"" novembre 
1892. Les catastrophes dues au grisou ne furent pas étrangères 
au départ de M. Chansselle. M. Petit, ingénieur de l'Ecole de 
Saint-Etienne, venait des mines du Nord. Il devait succéder à 
M. Villiers, directeur, en 1903. 

Aux Houillères de Rive-de-Gier, M. Mathevon, ancien ingé- 
nieur à Terrenoire, remplaça M. Bonnet. 

Les mines de Montaud, à Saint-Elienne, exploitées ancien- 
nement par une Société civile, avaient été achetées vers 1874 
par la Compagnie du Creusot. En 1884, leur production était 
de 60.000 tonnes. Le prix de revient était supérieur au prix de 
vente à cause de la qualité des charbons et des déchets de 
lavage. L'exploitation empiétait sur celle de la Cornpagnie des 
Houillères de Saint-Etienne. Le territoire de ces mines était 
compris dans le périmètre des concessions de la Compagnie de 
la Loire Cet empiétement motiva une instance judiciaire fort 
longue, qui débuta par un jugement du Tribunal civil de Saint- 
Etienne en 1884. En 1893, après cassation, le procès revenait 
devant la Cour d'appel de Nîmes (3). 

En 1893 fut constituée la première Société des Mines de la 



(1) Mémorial de la Loire, 17 novembre 1881, 

(2) M. Murgue (Danie|l),nié le 7 août 1840 à Saint-Etienne, mort à 
Lyon le 9 octobre 1918, ing-énieur de l'Ecole de Saint-Etienne, chevaliieir 
de la Légion d'bonneuir, membrie de la Chambre de Commerce de 
Saint-Etienne, Président du Comité dies houillères de la Loire. 

(3) Voir Mémorial de la Lovre, 11 janvier et 14 février 1884, 28 mai 
et 11 juin 1893. 



— 805 — 

Haute-Gappe. La Société actuelle de la Haute-Cappe exploite 
un ensemble de concessions dont l'origine est diverse : 

La majeure partie des couches affleurant dariiS la région haute 
(le ces. conces"sions était exploitée, antérieurement à 1890, par 
diverses Sociétés ou particuliers, à l'aide de « descenderies » ou 
petits puits, La plupart du temps, arrivés à un petit accident, l'aille, 
serrée, etc..., Ifes exploitants s'arrêtaient pour ne pas engager de 
dépenses trop considérables. En outre, ils disposaient de moyen» 
d'épuisement primitifs, et l'eau fut pour eux un très grand 
obstacle dès qu'ils allaient «n, profondeur. Dans la partie basse de 
ces concessions, au contraire, des exploitations furent conduites 
par des Sociétés qui ouvrirent divers puits sérieux, notamment Je 
puits Saùit-Denis, mais une partie de ces travaux fut perdue par 
suite d'une mauvaise connaissance des couches de cette région. 

•Ces couches se décomposent en : couche supérieure ou » Décou- 
verte », dune puissance moyenne de m. 80 ; une grande couche 
célèbre par la qualité de ses produits et dont l'épaisseur varie de 
6 à 10 mètres, et un faisceau de couches inférieures dites « Bâtar- 
des )), dont la puissance est très variable et ne semble pas dépasser 
3 mètres dans la meilleure partie. 

Les travaux du puits Saint-Denis, entrepris pour rechercher la 
grande couche, tombèrent sur la « Découverte », qui fut prise pour 
une déformation de la grande couche, et dans laquelle des travaux 
furent conduits pour chercher son élargissement qui, bien entendu, 
ne vint jamais. 

En 1893, M. René Simon entreprit une étude méthodique de cette 
région, et arriva à la certitude que des lambeaux importants de la 
grande couche devaient se trouver dans la partie inexploitée, et 
notamment dans les concessions de Corbeyre, de Collenon et du 
Reclus, décrites dans l'ouvrage de M. Gruner connue devant 
renfermer une couche très irrégulière et très affaiblie. 

Associé à MM. Giraudet, Langlois et Guillemin, il créa une petite 
Société, constituée en 18'93, au capital de 300.000 francs, sous le 
nom de Société anonyme des mines de la Haute-Cappe. Il com- 
mença par arrondir son domaine minier en amodiant les conces- 
sions de Corbeyre et de la Cappe, car la Société ne possédait en 
propre que la concession de Collenon. Pendant quelques amiées, 
cette petite Société vécut en faisant des travaux de glanage dans 
la partie haute de ces concessions et ses bénéfices, joints à des 
ressources nouvelles, lui permirent d'entreprendre en 1890 le 
fonçagc du puits (iuilicmin, en même temps que l'épuisement était 
conduit par le vieux puit.s de Corbeyre. En 1902, le puits Guillem.in, 
après avoir traversé à 210 mètres de profondeur la « Découverte », 
atteignait à 300 mètres de profondeur la grande couche dans un 
lambeau très régulier, d'une épaisseur moyenne de 9 mètres, limité 
par trois failles, lamix-au (|ui a déjà donné onvimn, ,'KK).0(K> toniies, 
<'t (lui n'«'st pis (■(icoif épuisé, l-ji VM)i, M. l^'né Simon était. l)rus- 



- 806 — 

quement emporté par la maladie, au moment où il venait d'amodier 
une partie de la concession du Reclus, dite aujourd'hui concession 
d'Assailly, concession qui renfermait les vieux puits d'Assailly et 
Saint-Denis. 

La Société des mines de la Haute-G'appe, dont le capital était 
insuffisant pour une exploitation devenue importante, puisqu'elle 
atteignait, dès 1905, 50.000 tonnes, fut alors dissoute et reconstituée 
la même année, avec siège social à Paris, au capital de 
1.250.000 fr. (1). 

Je reviens à la situation générale. 

La production de 1893 était en baisse sur celle de 1892, qui 
elle-même était en diminution par rapport à celle de 1891. On 
signalait cependant une amélioration pendant le second se- 
mestre. Dans l'ensemble, les prix subirent une diminution 
moyenne de fr. 39 par tonne. 

La production du coke était de 116.000 tonnes et celle des 
agglomérés de 209.000, contre 106.000 et 236.000 tonnes en 1892. 

Le montant des salaires représentait 22.428.000 francs. Il y 
eut quelque agitation chez les ouvriers, mais une seule grève — 
partielle — fut signalée au puits Verpilleux (2). 

Parmi les faits techniques, un des plus importants fut la 
mise en exploitation de la 13*^ couche au puits du Treuil, des 
Houillères de Saint- Etienne, à 620 mètres de profondeur. De 
nouveaux progrès furent réalisés dans raérage des mines. 

1894 

Production : 3.284.000 tonnes, 47.500.000 francs, 16.657 ou- 
vriers. 

La Compagnie des Mines de la Loire, usant de la faculté 
prévue par la loi de 1893, demanda et obtint de se transformer 
en société libre. Cette transformation la dispensa d'une auto- 
risation pour rémission d'un emprunt de 5 millions, destiné à 
payer l'achat de la concession de Beaubrun. 

Les concessions de Gravenand et de Frigerin furent remises 
en activité, celle de Gravenand fut amodiée à une Société de 
quatre ouvriers. 

C'est en 1894 que M. Michalowski devmt ingénieur en chef 



(1) Note fournie par la nouvelle Société des mines de la Haute-Cappe, 
(1911). 

(2) Voir Mémorial de la Loire, 11 avril et 10 octobre 1890. 



— 807 — 

de la Compagnie, sous la direction de M. Du Rousset, à qui il 
devait succéder en 1906 et jusqu'en 1911 (i). 

La Compagnie des Mines de Saint-Chamond en liquidation 
mit en. adjudication la concession, au prix de 400.000 francs. 
Aucun acquéreur ne se présenta. 

La diminution de la production était consécutive à la baisse 
des affaires dans la métallurgie, à la douceur de l'hiver, à la 
réduction des débouchés en Suisse et en Italie. 

La production de coke fut de 86.000 tonnes et celle des agglo- 
mérés de 188.000. 

Les prix subirent une certaine diminution pour quelques 
qualités, mais le prix moyen ne fut pas affecté par des variations 
sensibles. 

Le montant des salaires distribués s'élevait à 21.605.000 francs. 
Le salaire moyen à l'inférieur était de 4 fr. 76, à l'extérieur de 
3 fr. 30, pour l'ensemble 4 fr. 25. A quelques centimes près, ces 
salaires étaient ceux de 1893. 

C'est en 1894 (29 juin) que fut promulguée la loi sur les 
Caisses de retraites et de secours des ouvriers mineurs. 

La nomenclature des observations de l'ingénieur en chef sur 
la technique de l'exploitation remplit près de douze grandes 
pages. 

Plusieurs Compagnies et le Comité des Houillères de la Loire 
prirent p<irt à l'P.xposition de Lyon. 

1895 

Production : 3.434.000 tonnes, 48.600.000 francs, 17.093 ou- 
vriers. 

La concession de Combeplaine (Dubuis et Raymond) fut re- 
mise en activité par un amodiataire, M. Benoit. 



(1) M. Michalowskl (Paul), ingénieur de l'Eoole de Saint-Etieiuie, 
n<é à Paris, mort à Saint-Etienne le 15 octobre 1914, tHait le fils du 
docteur Miichalowski, qui eut .son. heure de célc^hrité à Saint-Ktiennie, 
où on le connaissait .sous le nom du « Polonais ». Il était Polonais 
de naissance et «! s'était réfugié en France après ^'insurrection <lie 1H32. 
Reçu (loct-eiir en 18,%, ;"i Mont[>elLier, il se fixa à Saint-Etienne sur U^^ 
conseils de .lulos Janin. Ant/eur de nombreux articles dans les Atmalcs 
fie la Société (VAuriruUurc, de la Ivoire e>X d'un ouvrage Quarante ans 
de 'pratique rnédiralc. C'éUi/it J'oncle du compositeur Ma,«senpt. Vers 
1876 11 .se retira à Paris comme bibliothécaire de la liibliothéque |h>I()- 
naiise, où il mourut. (Voir Mémorial de la Loire, 18 nuil 1893). M. 
Paul Michailowski était le père du notaire mort des blessures reçues 
an rharnp d'honneur en 1914. 



La Compagnie de Roche-la-Molière et Firminy, société civile 
constituée en 1869 pour faire suite aux modifications intervenues 
dans la Société créée en 1820, se constitua en Société anonyme le 
9 mai 1895 au capital de 3.600.000 francs, représenté par 36.000 
actions nominatives de 100 francs, mais dont la valeur en 
Bourse était bien supérieure. 

C'est en octobre 1895 que M. Voisin succéda à M. Verny, 
directeur de cette Compagnie. Ingénieur en chef au Corps des 
Mines, ingénieuir en chef à la Compagnie, de Roche-la-Molière 
depuis 1881, M. Voisin est resté directeur jusqu'en 1919. Sa 
direction a été des plus fécondes (i). 

M. Garand remplaça M. Voisin comme ingénieur en chef. 
Avant M. Voism, ce poste avait été occupé par M. Luyton de 
1853 à 1874, et par M. Mire de 1875 à 1881. 

A Montrambert, M. Murgue remplaça à la direction M. de 
Villaine (v. p. 803-804). L'ingénieur principal fut M. Buisson de 
1891 à 1899, et ensuite M. Rodde. 

Aux Houillères de Rive-de-Gier, M. Antonin Couchoud rem- 
plaça à la direction M. Mathevon de 1895 à 1899. 

La durée exceptionnelle de l'hiver et la légère reprise qui 



(1) M. Voisin (François-Honoré) (est né à Pagny-la-B^anche-Côte (Meuse) 
en 1848. Miembre de ia Chambre die Commerce de Saint-Et'enne, pré- 
sident dfa Comité des Houillèreis de la Lyoire, chevalier de la Lég-ion 
d'honneur depu's 1900, officier depuis 1920. — Voici un état des faits 
qui ont signalé sa direction : 

Ponçage du puits Cambefort à la Malafolie, approfondissement du 
puits Gruner à Roche. Ponçage de divers puits d'aérage ou à remblais 
(puits de lia Girard; ère, de Poule-Noire, de l'Essartery I .et II, de 
Frécon à Roche, puits de la Cour à Pirminyj. — Installation de 
pompes électriques, d'ateliers de criblage mécanique, d,e puissants 
lavoirs à la Malafolie eit à Roche (celuiKîi P'Cut traiter 80 tonnes de 
charboiu à l'heure) ; des .stations électrogènes à la Malafolie, à la 
Varenne, à Rocli.e ; d'une b.atterie de fours à coke à récupération 
de sous-produ;t,s, à Roche (une partie du gaz de ces fours à coke, 
amenée par une conduite de 6 km. de longueur, sert à l'éclairage des 
villes de Firminy et d,u Chambon' ; canalisation de l'Ondaine, de 
l'Echapre, etc., pour empêcher T'cau de descendre dans la mine par 
les fissures produites par i'eixploitati.on souterraine. — En 1899, instal- 
lation à la Varen;n,e d'un premier vestiaire-lavabo avec bainis-douches 
(c'était ie premier du bassin houiller de la I/Oire). — Etablissement 
des primes accordées aux ouvrliers pour ancienneté et assiduité au 
travail. — Construction des citéis ouvrières du Pontin, die Beaulieu 
et du Barrage. — A rédigé, comme membre de la Chambre de Com- 
merce de Saint-Etienne, tro-iis rapports sur le canal de la Loire au 
Rhône i,1910, 1918, 1919) et un rapport siur le canal de Saint-Etienne 
à Roanne (1911), qui ont été publiés. — Auteur d'une étude sur les 
sources minérales de Vichy, publiée dans les Annales des mines. 



— 809 - 

se manifesta, dans les derniers mois, dans la métallurgie firent 
augmenter la production des houillères. Néanmoins, le prix 
moyen sur le oarreau de la mine descendit de 14 fr. 31 en 1894 
à 14 fr. 15. La Compagnie de la Loire arrêta ses fours à coke 
du Cluzel et la Compagnie de la Péronnière renonça à cette 
fabrication. Seules, les Compagnies de Firminy et de Saint- 
Etienne restèrent producteurs de coke. Il restait aussi quelques 
fours à Beaubrun. 

Les salaires moyens étaient, pour l'intérieur, de 4 fr. 78 et, 
}X>ur l'extérieur, de 3 fr. 29, pour l'ensemble de 4 fr. 25. Le 
salaire annuel avait augmenté. Il y avait eu moins de chômage 
qu'en 1894 (288, moyenne des postes, contre 280). 

1896 

Production : 3.500.000 tonnes, 49 millions de francs, 17.000 
ouvriers. 

Les concessions de Janon, Frigerin, Couzon et Crozagaque 
furent mises en chômage. La concession de la Pomme fut 
achetée par MM. Perret et Blachet. 

La Société des Houillères de Samt-Etienne se transforma en 
Société anonyme. Les acquéreurs de la concession de Saint- 
Chamond se constituèrent également en Société anonyme. 

La forte demande des charbons industriels et particulièrement 
des menus à coke fit augmenter la production, qui atteignit le 
chiffre de 1890. Le mouvement de reprise fut assez accentué 
vers la fin de l'année. L'augmentation fut considérable surtout 
dians la concession de Roche-la-Molière. La prodiuction de coke 
s'éleva de 91.000 tonnes à 113.000. Une légère baisse se pro- 
duisit, sur les agglomérés, les chemins de fer P.-L.-M. con- 
sommant de plus en plus des menus pour le chauffage des lo- 
comotives. 

Le prix moyen était de 13 fr. 91. 11 y avait une baisse de 
fr. 26 par rapport à i895, bien que la demande ait été plus 
forte, mais cette demande n'atteignait pas l'importance de la 
pr(xiuction. En outre, les houilles de la \A)'ive luttaient de plus 
en plus contre la concurrence des houillères du Gard et de 
l'Aveyron, refoulées par les houilles anglaises à Marseille et 
à Bordeaux, et contre les charbons de Blanzy amenés p«r eau 
il Lyon et à Roanne. 



— 810 — 

Les charbons d'usine se maintenaient au prix de 15 francs ; 
les ookes, s'écoulant (liifîcilement par suite du petit nombre de 
hauts fourneaux, tombèreni à 23 francs et 20 francs (l). 

Salaires moyens : 4 fr. 76 à l'intérieur, 3 fr. 28 à l'extérieur, 
4 fr. 24 dans l'ensemble. Le salaire annuel avait augmenté à 
cause du petit nombre de jours de chômage. Il était estimé par 
l'ingénieur en chef à 1.470 francs (intérieur), 1.004 francs (ex- 
térieur), 1.307 francs (ensemble). 

1897 

Production : 3.707.000 tonnes, 50 millions de francs, 17.649 
ouvriers. 

La concession de Couzon fut remise en exploitation. 

C'est toujours la demande des charbons industriels qui dé- 
terminiait l'augmentation de la production. 

Cependant le prix moyen était tombé à 13 fr. 71 ; mais, d'après 
l'ingénieur en chef, ce résultat devait être partiellement attri- 
bué au mode de calcul plus exact de l'extraction adopté par les 
ingénieurs des mines ; les charbons de service, qui figuraient 
pour la première fois dans la statistique avec leur poids réel, 
étaient, en effet, des produits de moindre qualité. 

La Chambre de Commerce constatait que les prix n'avaient 
pas vairié sensiblement, mais une tendance à la hausse s'était 
manifestée pendant les deux derniers mois sur une faible partie 
des livraisons, car une forte proportion consistait en marchés 
contractés au cours de l'année. 

Il n'y eut pas de chômage proprement dit, mais seulement 
u^ne petite grève de cinq jours aux mines de Villebœuf (.t 
un peu d'agitation dans la vallée du Gier. Les salaires jour- 
naliers s'étaient légèrement relevés : 4 fr. 80 au fond, 3 fr. 22 
au jour, dans l'ensemble 4 fr. 29. Les salaires annuels étaient 
évalués à 1.456 francs (fond), 971 francs (jour), 1.285 francs 
(ensemble). 

Déjà on parlait de la houille blanche, destinée à remplacer 
complètement un jour ia houille noire. L'expression avait été 
inventée en 1892 par M. Berges, à Grenoble. 



(1) Rapport de la Chambre de Commerce. 



' - 811 ^ 

1898 

Production : 3.863.000 tonnes, 60 millions de francs, 18.194 
ouvriers. 

La demande des charbons industriels fut telle, à cause de 
la grande activité métallurgique, que le Bassin aurait pu 
écouler une production plus grande, mais nombre de mines 
manquèrent d'ouvriers pour augmenter le tonnage, et sur phi? 
d'un point les travaux préparatoires étaient en retard. 

La carbonisation et ragglomération furent très actives : 
110.000 tonnes de coke et 192.000 d'agglomérés. 

Le prix moyen de la tonne de houille se releva à 14 fr. 23. 
La hausse se produisit d'abord sur les charbons industriels. 

Salaires journaliers moyens : 4 fr. 98 (fond), 3 fr. 41 (jour), 
4 fr. 45 (ensemble). 

Salaires annuels : 1.524 fr. (fond), 970 fr. (jour), 1.285 fr. 
(ensemble). 

Il y eut de l'agitation dans le monde des mineurs à la fin de 
l'année. Les Gom.pagnies accordèrent quelques augmentations 
ou firent quelques concessions quant aux institutions de pré- 
voyance. 

La Société civile des Mineurs du Gier (Mine aux Mineuirs) 
vendit les cinq concessions du Reclus, de la Verrerie, de Ghan- 
tegraine, de la Montagne-du-Feu, du Gourd-Marin et de Groza- 
gaque. 

G'est en 1898 que la Société des Houillères de Saint-Etienne 
demanda la fusion de ses concessions pour éviter' les incon- 
vénients de l'application rigoureuse de la loi de 1810, qui 
conserve à chaque concession son individualité propre et ses 
charges particulières. Ges inconvénients se réfèrent au calcul 
de la redevance proportionnelle et suiHout aux travaux communs 
qui peuvent amener la cassation de l'exploitation dans l'une 
des concessions et l'application des sanctions de la loi de 1810 (i). 

Je ne puis passer sous silence le retour en 1898, en qualité de 
secrétaire général, à la Gompagnie de Roche-larMolière et 
Firminy, où il avait dé])uté ingénieur, de M. F^andrivon qui, à 
son départ de- mi' . - de Trélys (Gard) en 1882, avait été l'objet 
d'une manifestation très touchante et très rare de la part des 



(1) Voir Leseuhe, p. 271. 



— 812 — 

ouvriers mineurs. Kn souvenir des regrets que leur causait son 
départ, les mineurs de Ilochessadoule remirent à leur chef 
vénéré une grande médaille d'or avec cette inscription : 
A M. Landrivon, ingénieur^ ses ouvriers reconnaissants (i). 

Le poste de secrétaire général fut créé en 1895 à la Com- 
pagnie de Roche-la-Molière et Firminy, fut occupé parM.Imbert 
jusqu'en 1896, par M. Planchard de 1896 à 1898, et enfin par 
M. Landrivon. 

1899 

Production : 3.809.000 tonnes, 58 millions de francs, 18.500 
ouvriers. 

La Société de la Haute-Cappe fut autorisée, par décret du 
10 août, à réunir les trois concessions de Corbeyre, de la Gappe 
et de Collenon. 

Les concessionnaires de la Baraillère furent déchus de leurs 
droits par arrêté du 18 avril 1900. 

La Société des Mineurs du Gier vendit les concessions de 
Combes, Egarande, Verchère-Féloin, Verchère-Fleurdelix et 
Couzon. 

Aux Houillères de Rive-de-Gier, M. Vital Arnaud remplaça 
M. Coucho'ud, directeur. 

Légèrement inférieure à la production de 1898, celle de 1899 
fut influencée par la grève de la Chazotte au mois d'août, et par 
la grève générale du 26 décembre 1899 au 8 janvier 1900. Mais 
au cours de l'année les mines manquèrent de bras. 

La carbonisation et l'agglomération conservèrent une grande 
activité : 113.000 tonnes de coke et 208.000 d'agglomérés. 

La grève éclata au moment où la production ne pouvait suf 
fire à la consommation. Elle coïncida avec la longue grève des 
tisseurs en rubans. Des menaces avaient été lancées en 1898. 
En décembre 1899, le Comité fédéral ouvrier demanda fr. 50 
d'augmentation par jour, la reconnaissance du Comité par les 
Compagnies, la réduction de la journée de travail. Les Com 



(1) Voir Mémorial de la Loire du 25 septembre 1882. M. Landrivon 
(Antoine), né à Feurs en 1852, appartient à la promotion 1873 de 
l'Ecole des mines de Saint-Etienne. 



— 813 — 

pagnies offrirent 5 % d'augmentation, puis fr. 25, puis fr. 30, 
et la remonte à 3 heures quand la tache était finie, à moins 
de force majeure. Sur la question de la reconnaissance, elles 
s'en référèrent à l'arbitrage, Waldeck-Rousseau dans la grève 
du Greusot. 

La grève avait éclaté le 26 décembre. Elle fut générale le 28. 
Les 4-6 janvier intervint l'arbitrage Jaurès-Gruner (i). Les 
salaires furent relevés de 9 %, avec minimum de fr. 30 et 
maximum de fr. 50. Une procédure spéciale régla, par puits, 
les questions relatives à l'heure de la remonte. La présence dans 
la mine fut réduite d'une demi-heure (de 6 heures du matin à 

3 heures au lieu de 3 h. 1/2, avec repos de 11 heures à midi), 
mais à la condition que la quantité de travail à fooiirnir par les 
ouvriers à la tâche ne serait pas dimmuée du fait des ouvriers. 

En 1901, une autre procédure arbitrale devait déterminer si 
les conditions de l'industrie permettaient des augmentations. 
La grève fut terminée le 7 janvier 1900. 

Elle fit perdre 70.000 tonnes à la production. Des ateliers 
furent mis en chômage. Des usines ne continuèrent à travailler 
qu'en faisant venir du charbon anglais. Pour la première fois 
ce charbon fut importé à Saint-Etienne. 

En 1899, les salaires avaient continué à progresser lentement : 

4 fr. 91 (fond), 3 fr. 40 (jour), 4 fr. 40 (ensemble). Salaire an- 
nuel : 1.485 francs (fond), 997 francs (jour), 1.317 francs (en- 
semble). 



RENSEIGNEMENTS RÉCAPITULATIFS (1889-1899) 



Sociétés exploitantes. - J'ai donné au cours des pages qui 
précèdent, année par année, les principaux changements inter- 
venus. Il ne reste qu'à les compléter : 

IjCS actions do la Gompagnie de Montrambort pendant cette 



(1) Jaurès pour les ouvriers, Grurier pour les compagnies. M. Gruner, 
secrétaire ^én^Tal du Comité des liouLLlôivs de FrajK-^ (depuis, vice- 
président) est le fils de l'aniien d'irecleiu- <U' i'I'X'ole des mines de 
Saint-Etienne. 



— 814 — ' 

période oscillèrent entre 805 francs en 189G et 952 francs en 1890. 

Les actions de la Société des Houillères de Saint-Etienne, 
transformée en Société anonyme libre en 1896, subirent une 
hausse considérable. De 252 francs en 1889, elles s'élevèrent à 
490 francs en 1899. 

Les actions de la Société des Mines de la Loire, transformée 
en Société anonyme libre en 1894, qui éitaient de 142 francs en 
1889, s'élevèrent à 267 francs en 1899. La Société était devenue 
seule propriétaire de la concession de Beaubrun. 

Les actions de la Compagnie de Roche-la-MoIière et Fir- 
miny, cotées 1.289 francs en 1899, étaient cotées 1.873 francs 
en 1899. 

Enfin, les actions de la Société des Houillères de Rive-de-Gier 
n'avaient qu'une valeur très réduite 'à cause de l'épuisement 
des concessions de ce sous-bassin. Le plus haut cours moyen 
annuel, celui de 1894, fut de 53 francs. 

J'ai cité et je complète les nominations intervenues dans les 
hautes fonctions de ces Compagnies : MM. Murgue, directeur 
à Montrambert (1895), Voisin à Firminy (1895), plusieurs di- 
recteurs successifs à Rive-de-Gier. En 1899, la Porchère aippar- 
tenait aux Houillères de Rive-de-Gier, elle était exploitée par 
M. Ponsonnard. A ViUebœuf, M. Perrève avait remplacé 
M. Nan. Janon et Reveux, appartenant jadis à la Compagnie des 
Forges de Terrenoire, appartenaient aux Houillères de Saint- 
Etienne ; Monthieux appartenait à la Mine aux Mineurs. Les 
ooncessionnaires de la Baraillère étaient déchus de leurs droits. 
Le groupe de la Chazotte, la Calaminière, Beuclas, Sorbiers, 
Montcel, appartenant à la Compagnie P.-L.-M., avaient pour 
directeur M. Sangoy, successeur de M. Wéry. La Société des 
Houillères de Rive-de-Gier avait vui disperser une partie de ses 
concessions, les unes cédées à la Mine aux Mineurs de Rive-de- 
Gier et revendues par cette Société ouvrière. Elle ne possédait 
plus le Reclus, qui appartenait à MM. Arbel, Cossange et 
Deschanel ; Collenon, Ccrbeyre et lai Cappe, exploitées par la 
Société de la Haute-Cappe (directeur, M. Simon) ; la Montagne- 
du-Feu et les Verchères-Féloin, appartenant à MM. Berne 
frères ; le Gourd-Marin, à MM. Monnet et Pironnet ; Croza- 
gaque, à MM. Robert frères ; les Verchères-Fleurdelix, à 
MM. Joassard et Vivier ; Combes et Egarande, à M. Roussel ; 



— 815 — 

Gouzon, à M. Fond ; Gravenand, à MM. Dubuit frères et 
Raymond ; le Sardon et le Martoret, à M. Dubuis ; la Verrerie, 
à M. Gossange. Il restait à la Gompagnie de Rive-de-Gier : 
Grand'Groix, Gorbeyre, la Gappe et Frigerin. 

La Péronnière avait acheté le Plat-duGier et Gomberigol ; 
directeur, M. Gharousset. Le Ban et la Faverge étaient réunis 
sous la direction de M. Girard-Teillard ; au Mouillon, M. Balp 
avait remplacé M. Laffay ; au Gouloux, M. Paret avait remplacé 
MM. Exbrayat et Richier ; à Gombeplaine, M. Benoit avait 
remplacé M. Debuit ; à Tartaras, M. Gorday avait remplacé 
M. Bruyias. La Gompagnie des Grandes-Flaches (directeur, 
M. Benoit) qui possédait les Grandes-Flaches, Montbressieux, 
la Gatonnière, la Pomme et Trémolin, avait ses concessions 
dispersées. Les Grandes-Flaches, la Gatonnière appartenaient h 
M. Gossange, qui possédait aussi Frigerin, Verrerie et Ghante- 
gra.ine ; Montbressieux était à M. Béthenod, la Pomme à 
MM. Peyret et Blacheyre ; Trémolin à M. Françon. 

Enfin, la nouvelle Société de Saint-Ghamond avait pour di- 
recteur M. Duc. 

Sur les soixante-quatre concessions de houille, il n'y en avait 
que quarante -cinq en activité en 1899. Dans le sous-bassin de 
Saint-Etienne, Gôte-Thiollière, Reveux, la Baraillère, Janon, 
Sorbiers, Ronzy, Saint-Jean-Bonnefonds, Beuclas, La Sibertière, 
et, dans le sous-bassin de Rive-de-Gier, la Gappe, Gorbeyre, 
Grozagiaque, Gouzon, Frigerm, Gourd-Marin, les deux con- 
cessions des Verchères, le Martoret, Gouloux figuraient avec des 
guillemets dans la statistique de 1899. Tandis que la riche 
concession de Roche-la-Molière et Firminy dépassait 905.000 
tonnes, celle de la Pomme n'accusait que 83 tonnes. I^ sous- 
bassin de Saint-Etienne accusait 3.442.000 tonnes, celui de 
Rive-de-Gier n'en accusait que 367.000. Les principales Gom- 
pagnies étaient celles de Roche-la-Molière (905.000 tonnes), 
Montrambert et la Béraudière (754.000 tonnes), les Mines de 
la Loire (651.000 tonnes), les Houillères de Saint-Etienne 
(607.000 tonnes). Venaient ensuite la Péronnière (233.000 tonnes), 
le groupe P.-L.-M. de la Ghazotte (193.000 tonnes), le Gros et 
VillehfBuf, qui dépassaient chacun 1(K).0()0 tonnes, la Mine aux 
Mineurs de Monthieux (55.000 tonnes), les Houillères do Rive- 
de-Gier (43.000 tonnes), Saint-Ghiimond (32.000 tonnes), le Ban- 



— 816 - 

la Faverge (27.000 tonnes). Je crois inutile de continuer la 
^amme descendante. 

Observations techniques. — Il m'était impossible de résumer 
les observations techniques, parfois très longues, de l'Ingénieur 
en chef énumérant dans les rapports annuels les recherches, 
les améliorations aux méthodes d'exploitation et à l'outillage, 
les questions rekitives au grisou et autres feux, les statistiques 
de l'épuisement des eaux, du remblayage, du lavage, des ac- 
cidents, ni de résumer également les nombreux mémoires 
publiés par des ingénieurs de la région dans le Builelin de 
Vlnduslrie imnérale. A mesure qu'on pénètre dans la période 
contemporaine, les documents, rar issmies à une épKDque reculée, 
clairsemés à une époque pl'us récente, deviennent de plus en 
plus nombreux, au risque de défier l'histoire, qui, d'ailleurs, 
ne s'écrit qu'à distance. A vouloir tout signaler, on risque des 
omissions certaines, essentielles et regrettables. D'ailleurs, 
pendant la période 1889-1899, trois ingénieurs en chef se suc- 
cédèrent : MM. Chosson jusqu'en 1891, de Casteln.au de 1891 
à 1896, Tauzin depuis 1896. Le cadre des rapports annuels de ces 
hauts fonctionnaires fut changé trois fois, à chaque nomination. 
Ces changements ne permettent pas toujours de faire des com- 
paraisons. 

L'Exposition de 1900, inalgré ses dimensions, ne pouvait 
présenter qu'un inventaire incomplet de l'industrie houillère. 
Les rappoirts du Jury (classe 63) décrivirent : le guidage par 
longrines éclissées des mines de Montrambert pour compenser 
les effets de tassement des puits ; l'installation du poiits de la 
Pompe à Saint-Etienne, réalisée dans une descenderie de 
remblais pour l'obtention de l'air comprimé ; l'évite-molettes 
de M. Villiers destiné à agir automatiquement, avant rarrivée 
des cages au jour, sur un frein à double énergie et sur les tiroirs 
de distribution de la vapeur aux machines ; les barrières semi- 
automatiques pour les recettes des puits d'extraction des mines 
de Montrambert ; la pompe électrique du puits de la Loire ; 
les ventilateurs Râteau et les ventilateurs Mortier (l) ; l'ajus- 



(1) M. Râteau était alors professeur à l'Ecole des mines de Saint- 
Etienne. M. Mortier est un anc'én élève de cette éooSe. 



— 817 - 

tage convergent-divergent des Houillères de Saint-Etienne, 
destiné à remplacer la porte à guichet pour accroître l'intensité 
du courant d'air d'un circuit dérivé ; l'appareil réchauffeuT 
d'air des mines de Montrambert ; l'auto-capteur de* M. Petit, 
destiné à capter automatiquement et presque sans discontinuité 
l'air grisouiteux de la mine, en effectuaint des prises d'une durée 
réglable à vol où té, qu'on analyse au laboratoire par la méthode 
des limites d'inflammabilité (l) ; l'appareil enregistreur du 
volume d'air par seconde dans une galerie de mine, imaginé 
par M. Murgue ; la machine à agglomérer Gouffinhal ; les 
presses à agglomérés ovoïdes de l'Horme et de la Buire, etc.... 

Renseignements statistiqijes. — De 1889 à 1899, la production 
annuelle atteignit son maximum en 1898 et son minimum 
en 1894. 

Ce sont ces deux années que je prends pour type de com- 
paraison : 

1894 1898 

Tonnage de la production 3.284.000 t. 3.863.000 t. 

Valeur de la production 47.500.000 fr. 54.989-000 fr. 

Prix moyen par tonne.* 14 fr. 48 14 fr. 23 

Nombre d'ouvriers 16.657 18-194 

I intérieur 4 fr. 76 4 f r. 98 

Salaire moyen ) extérieur ' 3 fr. 30 3 fr. 41 

( ensemble. 4 f r. 25 4 fr. 45 

Produjction moyenn,e \ intérieur 318 tonnes 324 tonnes 

par ouvrier / fond et jour 205 — 212 — 

Je rappelle que la production individuelle, si elle dépend 
de la personnalité de l'ouvrier, dépend aussi des conditions 
naturelles du gîte et de l'organisation des mines, de leur en- 
tretien, de leur <iérage, de l'organisation du travail au chantier, 
du mode d'établissement du salaire. Un ouvrier qui travaille 
dans ime atmosphère purifiée et rafraîchie par un bon courant 
d'air ï)r(Kluit i)his (\\ir <\] iTm à r('S[)inM' (|irim i\\v chaud et 



(1) M. Petiit, lnfféni<Mir «mi cin'f (l(\s Hoiiillcros dv Sa^nt-Eticime, publia 
en 1900, dans le Bulletin de Vlndustrie minérale, une étuiAe sur raérape 

dos ti':iv:ii|v |>|-(''[»;irMto!?«w (\;\\i<< Ic^ tllillOs ;"l ^tIsom. 



— 818 — 

contaminé par les gaz et les émaniations. Ici on constate une 
fois de plus V accord qui existe si souvent entre V intérêt écono- 
miqwe de V exploitant et celui de la sécurité de V ouvrier (i). 

L'Ingénieur en chef ayant été changé en 1896, le cadre du 
rapport annuel, modifié par le nouveau titulaire, ne donne pas 
les mêmes renseignements que celui de son prédécesseur. C'est 
ainsi que le nombre des journées de travail, la moyenne des 
salaires par tonne, le montant des salaires distribués figurent 
dans le rapport pour 1894, et non dans celui pour 1898. Le 
montant des salaires ne résulte pas de la multiplication du 
salaire moyen par le nombre d'ouvriers, car il faut tenir compte 
des jours de chômage. 

Egalement, les rapports des années 1891 et suivantes in- 
diquaient les prix des charbons par nature et qualité. Ces 
indications disparurent à partir de 1894. Le Bulletin de V In- 
dustrie minérale, qui publiait ces prix, a cessé à partir de 1895 
de les faire paraître. 

Je cite quelques prix de 1889 et de 1895 : 

1889 1895 

(15 avril) (15 août) 

Pérats durs, 1^^ qualité 27 à 28 fr. 29 à 31 fr. 

Charbons pour gaz, V^ qualité 17 à 20 » 20 » 

Menus de forge, l'« quahté 21 à 25 » 22 à 25 » 

Charbon de chauffage, X^" qualité 13 à 14 » 16 à 20 » 

— — 2« — 11 » 12 à 14 » 

Coke pour hauts fourneaux 17 à 18 » 18 à 20 » 

Petit coke pour chauffage 24 à 25 » 21 à 25 » 

Le Comité des Houillères de la Loire indique que le temps 
consacré au travail était : de 1888 à 1897, de 6 heures du matin 
à 3 h. 45 (au lieu de 4 heures et au delà, comme auparavant) ; 
de 1897 à 1899, de 6 heures à 3 h. 30 ; en 1899 et les années 
suivantes, de 6 heures à 3 heures p). 



(1) Rapport de l'i'ngéni'eur en chef pour 1894 {Conseil général de la 
Loire, août 1895, p. 679). 

(2) Notice pour l'E^cposition de Saimt-Louiis, 1904. 



— 819 



La distribution des combustibies minéraux extraits du bassin 
de la Loire fut la suivante en 1894 et 1898 : 



Loire 1.270.000 t. 

Rhône. . .' . . . 982.000 t. 

Isère. 296.000 t. 

Saône-et-Loire . . 153.000 t. 

Ain. 110.000 t. 

Ardèche, Côte- i de 23.000 à 

d'Or, Savoie, Drô- * 55.000 tonnes, 

me, Haute-Savoie, j suivant le 

Haute-Loire. f département. 



Puy-de-Dôme, I de 10.000 à 

Jura, Nièvre, Yon- ) «a nan *r. 

,1 , ' ' 20.000 tonnes, 
ne, Vaucluse, Bou- 
ches -du -R 11 on e, i suivant le 
Allier. f département. 



15 départements.. 



7 départements. . 



de 1.000 à 
10.000 tonnes, 

suivant le 
département. 



moins de 
1 .000 tonnes, 

par 
département. 



Sui.s.se 78.000 t. 

Italie 2^1.000 t. 



nses 

Loire. . 1.402.000 t. 

Rhône. 975.000 t. 

Isère. . 310.000 t. 

Saône-et-Loire. . . 138.000 t. 

\m. 80.500 t. 

Drôme. • 70.900 t. 

Ardèche. 70.800 t. 



Côte-d'Or, Haute- 
Loire, Savoie. 



de 27.000 à 
36 000 tonnes, 

suivant le 
département. 



Bouches-du-Rhône, i de 11.000 à 
Haute- Savoie. \ 19.000tonnes, 
Puy-de-Dôme, j suivant le 

Allier, Vaucluse. [ département. 



16 départements.. 



6 départements 



i 



Compagnie P.-L -M . . 

Chemins de 1er de 
l'Etat 

Autres lignes 

Suisse 

Italie 



de 1.000 à 

10. 000 tonnes, 

suivant le 

département 

moins de l 000 
tonnes par 
département. 

446 000 t. 

2.300 t. 

2.600 t. 
95.000 t. 
39.000 t. 



— 820 — 



La consommation du département de la Loire en 1894 et 
i898 fut alimentée par les bassins ci-après : 



Loire (bassin de St- 

Etienne) 1. "270. 000 t. 

Roannais... 200 t. 

Le Creuset et Blanzy 38.500 t 

La Chapelle-sou s- 

Dun 18.800 t. 

Commentry 6 . 500 t. 

Ste-Foy-1'Argentière 6.300 t. 

Bert 4.100 t. 

St-Eloi 2.100 t. 

Mais , 1.300 t. 

Le Drac 1.200 t. 



^S9S 

Loire (bassin de St- 

Etienne) 1.402.300 t. 

Le Creusot et Blanzy 55 . 800 t. 
La Chapelle-sous- 

Dun 13.500 t. 

Commentry.. 10.400 t. 

Ste-Foy-1'Argentière 6.100 t. 

Decize 3.300 t. 

Bert 2.900 t. 

St-Eloy 2.600 t. 

Le Drac 2.400 t. 

Bourg-Lastic . . . . . . 2.200 t. 

Brassac 1.400 t. 

Alais yOOt. 

Communay ....... 600 t. 

Le Roannais 600 t. 

Langeac 100 t. 



Pour terminer, je cite les chiffres de la production et de la 
cclnsomm,ation françaises en 1894 et 1898 [}■) : 



Années 


Consommation 
(tonnes) 


Production 
(tonnes) 


PRIX ] 


VIOYEN 


sur les lieux 
d'extraction 


sur les lieux 
de consommation 


1894 
1898 


38.000.000 

43.295.000 


22.417.000 
32.356.000 


11 fr. 22 
11 fr. 22 


19 Ir. 73 
19 fr. 46 



^ 



(1/ Circulaire 2.640 du Comité des houillères de France (6 mars 
1904) : L'industrie houillère (le 1811 à 1902. 






om 



î^ 




CHAPITRE XVI 



SITUATION GÉNÉRALE":DE 1900 à 1914. 




E me suis servi, pour la doc^umentation de ce 
chapitre, des Rapports annuels des Ingénieurs 
en chef des Mines, de la Situation générale des 
Industries et Commerces publiée chaque année 
par la Chambre de Commerce, des mes Années 



forezieimes, enfin de quelques documents particuliers. 



1900 

Production : 3.946.000 tonnes, 72 millions de francs, 19.798 
ouivriers. 

Dans l'augmentation de la production, là Compagnie de 
Roche-la-Molière ne gagnait pas moins de 37.000 tonnes. Sans 
les inondations de septembre dans les puits de la Malafolie, 
Taugmentatiorî eût été plus importante. La Chazotte gagnait 
47.000 tonnes. La Mine aux Mineurs de Monthieux, « très sa- 
gement cond'Uflte », accusait 78.000 tormes, soit 22.000 de plus 
qu'en 1899. 

Production du coke : 115.000 tonnes ; des agglomérés : 197.000 
tonnes. 

L'année 1900 atteignait le maximum de la production enre- 
gistrée jusqaie-là. La production eût été encore plus grande 
sans la grève générale du début de l'année (v. p. 813),, sans les 
grèves partielles au puits Châtelus et aux mines du Gros, et si 
les ouvriers n'avaient pas eu « la fâcheuse tendance de profiter 



M 



— 822 — 

de l'augmentation de 9 %, qui leur avait été accordée par l'ar- 
bitrage, plutôt sous la forme d'une diminution de travail que 
sous celle d'une augmentation effective de salaire (^) ». 

J'ai indiqué, en 1899, comment la grève se déclara et comment 
elle se termina en 1900. 

Le prix moyen de vente s'accrut de 2 fr. 78, mais les hauts 
cours de l'année s'abaissèrent lors du renouvellement des 
marchés de la métallurgie, en juin. Les menus sortants de toute 
première qualité se vendaient à la mine 25 et 26 francs. 

L'aiigmentation des salaires, des prix des fers, fontes et aciers, 
des câbles en aloès et aussi la demande très forte des charbons 
étaient les causes de la hausse. 

Le rapport de l'ingénieur en chef renferme des renseignements 
intéressants sur l'instabilité du personnel ouvrier. Le coeffi- 
cient d'instabilité était de 90 % à la Loire, 82 % à Firminy et 
aux Houillères de Saint-Etienne, 77 % à la Péronnière, 35 % 
seulement à Montrambert. Par contre, 139 % à Rive-de-Gier et 
260 % à Villebœuf, etc.. Ce coefficient était le rapport de la 
moyenne du nombre des ouvriers embauchés et de celui des ou- 
vriers qui ont quitté la mine, au nombre moyen des ouvriers (2). 

Salaire journalier : 5 fr. 21 au fond ; 3 fr. 78 au jour ; 4 fr. 75 
ensemble. 

Salaire annuel : 1.578 francs au fond ; 1.093 francs au jour ; 
1.415 francs ensemble. 

La sentence arbitrale permettait de prévoir davantage, mais 
il y avait diminution du rendement. 

Je renvoie, pooir les observations techniques de 1902 à 1913, 
au rapport de l'Ingénieur en chef. 

En 1900, M. Rodde fut nommé ingénieuir pirincipal des mines 
de Montrambert et de la Béraudière, en remplacement de 
M. Buisson. 

1901 

Production : 3.796.000 bonnes, 75 millions 1/2 de francs, 19.744 
ouvriers. 

Le ralentissement très sensible de la métallurgie, la moindre 



(Ij RappoTf de VIngénieur en chef pour 1900. 

(2) Bappon de VIngénieur en chef pour 1901 (Conseil général, 1902). 



- 823 — 

activité des demandes amenèrent le ralentissement des houil- 
lères. Néanmoins « le prix moyen de vente, grâce aux majo- 
rations de prix obtenues par les Compagnies au commencement 
de l'année et à la persistance de bon nombre de marchés, et 
malgré l'affaissement progressif des cours qui a commencé à 
se pr-oduire dèg la fin de l'hiver », s'éleva à 19 fr. 91, soit 
à 1 fr. 86 au-dessus de celui de 1900. 

Production du coke : 95.000 tonnes ; des agglomérés : 211.000 
tonnes. 

La, sentence arbitrale de 1900 pour les salaires, n'ayant pas 
été dénoncée à son expiration, fut maintenue en fait. 

Salaire journalier moyen : 5 fr. 25 au fond , 3 fr. 57 au jour ; 
4 fr. 68 ensemble. Le salaire annuel ne figure plus dans le 
rapport de l'ingénieur en chef, car « il dépend trop du mode 
de comptage des ouvriers ». 

L'emploi de l'électricité devenait plus fréquent, soit pour 
les pompes, soit pour les treaiils. Une Compagnie, celle de la 
Ix)ire, mit en service des locomotives pour la traction des 
bennes, et M. Morchoine, ingénieur divisionnaire, plus tard 
ingénieur en chef, en rendit compte dans le Bulletin de Vin- 
dustrie minérale en 1902. 

L'année 1901 fut marquée par le conflit des sociétaires et des 
auxiliaires de ki Mine'aux Mineurs de Monthieux (v. p. 562). 
Un juge de Saint-Ktienne, M. Lesoudier, traita la question au 
fKjint de vue juridique dans une intéressante brochure. 

Les menaces de grève générale ne cessèrent de régner en 1901. 
Le mois de janvier fut marqué par les contestations relatives 
à l'application de la sentence arbitrale de 1900. Le 24 février, 
le Comité de la Fédération des mineurs de France, dont le 
siège est à Saint-Etienne, au moment où la grève de Montceau 
battait son plein, décida la grève générale, mais sans en fixer 
la (iatf. li (Icinandaau Gouvernement une réponse ferme, pour 
la plein MTc (|uinzaine de mai, sur la retraite de 2 francs par 
JOUI apivs 25 ans de services, la <lurée de 8 heures pour la 
journée de travail, le minimum de salaires, et de prendre des 
mesures ooercitives vis-à-vis de la Coinpîvgnie de Montceau. 
M. W'aldeck-Ronsseau, président du Conseil, réîX)ndit, lo 2 
niar-, (jur le salain- d* \;iit être fixé par les parties. Il se mont m 
liisiiM^*' ;i |ii-f''-ciit('i lin pinjct SU!" l'i <lnf(M' (11! t!-a\ail ipiotidien, 



-824 — 

un autre projet pour ramélioration des retraites, et à favoriser 
un arrangement à Montceau. 

Le 13 avril, à Lens, deuxième édition du vote de la grève 
générale par le Comité fédéral, vote qui devait être suivi d'exé- 
oution le l*' mai, si, dans les dix jours, le Gouvernement n'avait 
pas obtenu la réintégration des ouvriers montcelliens renvoyés 
par la Compagnie et si, par un référendum, les mineurs se 
prononçaient pour la grève. Un délai de six mois était imparti 
aux pouvoirs publics pour voter les réformes. 

Le référendum eut lieu le 26 avril. Dans la Loire, sur 17.000 
mineurs, 5.700 votèrent pour et 4.500 contre la grève. Dans la 
France entière, sur 16O.OOO inscrits, il y euit 29.000 pour et 20.000 
contre. Le Comité, sur la proposition de Basly, avait décidé que 
les abstentionnistes seraient rangés du côté de la majorité. 

Le travail continua, car la grève effective ne fut pas décrétée, 
à la grande surprise des Montcelliens et malgré les virulentes 
apostrophes adressées au Secrétaire de la Fédération. Le Comité 
décida un nouveau référendum pour le l^"" octobre, à l'expiration 
du délai indiqué plus haut. 

Le 31 mai, il y eut un Congrès international des mineurs à 
Londres. La question de la grève générale internationale n'y 
fut pas agitée. 

Le Ministre des Travaux publics nomma une Commission 
extraparlementaire du travail dans les mines pour étudier les 
réformes. A partir du l*''" octobre, la France eut les yeux fixés 
sur Saint-Etienne. Les membres du Comité étaient les rois de 
la chronique. Le nom de Cotte, secrétaire général de la Fédé- 
ration et jusque-là de la Bourse du Travail de Saint-Etienne, 
s'imprimait dans tous les journaux. 

Pendant ce temps, l'autorité prenait des mesures. Le Préfet 
de la Loire rappelait au Maire l'arrêté de son prédécesseur 
interdisant les manifestations. Il prenait un arrêté pour interdire 
la vente et le transport des fusils Gras transformés. Les officiers 
en permission étaient rappelés. 

Le deuxième référendum donna 44.000 voix pour la grève 
générale et 12.000 contre. Cotte adressa un ultimatum au Gou- 
vernement, qui répondit qu'une Commission était saisie de 
l'examen des réformes et que celles-ci ne se décrétaient ni à 
trente jours, ni à échéance fixe. Le Comité se réunit le 20 oc- 



— 825 — 

tobre, à Saint-Etienne. Après trois jours de longues délibé- 
rations, il décida, à la. surprise générale, de ne faire aucune 
communication à la Presse au sujet de la grève ; mais, d'après 
des déclarations individuelles, celle-ci était imminente. On sut 
plus tard que le Comité attendait du Gouvernement une seconde 
réponse, « ferme et catégorique », et que, si cette réponse 
« n'était pas ce qu'elle devait être », le secrétaire, sur l'avis 
des membres du Comité, devait lancer l'ordre de mobilisation. 
Or, le Parlement était rentré en session le 22. Il avait voté 
l'urgence sur la proposition Basly et repoussé la discussion im- 
médiate. En appuyant l'urgence, écrivit M. Waldeck-Rousseau, 
le Gouvernement a manifesté l'intention de poursuivre, sans 
retard, la solution des questions qui lui ont été soumises. Le 
projet améliorant la loi sur les retraites devait être communiqué 
prochainement à la Chambre. 

Le l®"" novembre, de nombreuses troupes débarquaient à 
Châteaucreux pour renforcer la garnison de Saint-Etienne. Elles 
furent renvoyées le 12, car la grève n'éclata pas et l'ordre ne 
fut nullement troublé, au grand mécontentement de quelques 
turbulents qui escomptaient sans doute une réédition de la nuit 
tragique du 4 janvier 1900. 

La Commission extraparlementaire multiplia ses séances. 
Elle étudia dans quelle mesure la production serait atteinte 
par la réduction de la journée à huit heures. La Commission 
parlementaire chargée de l'examen de la proposition Basly 
se substitua à cette première Commission. 

Une grève partielle éclata dans le Nord. Le Comité échoua 
dans ses pourparlers avec les mineurs étrangers. Il put se con- 
vaincre de l'impossibilité d'-une grève internationale. 

Les polémiques personnelles se substituèrent aux décisions 
collectives. 

En 1901, M. Vital Arnaud fut remplacé à la direction des 
mines de Rive-de-Gier par M. François Verzat, qui devait rester 
en fonctions jusqu'en 1909. 

1902 

Production : 2.754.000 tonnes, 55 millions do francs, 19.401 
ouivriers. 

Production du coke : 58.000 tonnes ; des agglomérés : 161.800 
tonnes. 



— 826 — 

Le Syndicat des Mineurs de Rive-de-Gier poursuivait depuis 
plusieurs années une petite exploitation, contre le gré du con- 
cessionnaire, à Combes et à Egarande.^ En 1902, les derniers 
membres du Syndicat se déco'uiragèrent et se dispersèrent. 

Les concessionnaires des Verchères-Fleurdelix furent mis en 
déchéance par arrêté du 18 février 1902. 

L'énorme diminution de la production par rapport à 1901 
(plus de 19 %,) tint, pour les deux tiers, à la grève générale de 
50 jours de la fin de l'année et, pour un tiers, à la moindre 
demande de combustible. Les Compagnies durent faire chômer 
leur personnel un jour par semaine. 

Le prix moyen de la tonne était de 18 fr. 11. La baisse des 
prix de vente était de près de 2 francs. 

Les charbons du Nord, favoirisés par les voies navigables pour 
la pénétration dans la vallée du Rhône, bénéficièrent de 
nouveaux tarifs réduits sur le chemin de fer (tarif 107 Nord 
Est-P.-L.-M.). 

Salaires moyens : au fond 5 fr. 15 ; au jour 3 fr. 82 ; ensemble 
4 fr. 69. 

On avait installé, pour exploiter à des profondeurs de 500 
mètres et au delà, de puissantes machines d'extraction à sou- 
papes ; ce type tendait à remplacer les anciennes machines à 
tiroirs. 

Des Compagnies, dans quelques couches moins ébouieuses 
que les autres, avaient fait l'essai de baveuses mécaniques. 
Firminy, où ces essais avaient été commencés en 1901, les avait 
à peu près abandonnés. Par contre, la Péronnière appliquait 
avec succès la perforation mécanique au fonçage du- puits 
Gillier, à travers des terrains extrêmement durs. 

L'emploi de l'électricité continuait à se développer (i). 

Le conflit entre sociétaires et auxiliaires de la Mine aux 
Mineurs de Monthieux fut solutionné par un arbitrage. 

C'est en 1902, à Grenoble, qu'eut lieu le premier Congrès de 
la Houille blanche. 



(1) Le Mémorial de la Loire du 30 août 1902 analysa la communica- 
tion de M. Morchoine sur l'installation de "la traction électrique à la 
Compagnie de la Loire, et le Mém,orial du 30 mai décrivit l'installation 
électrique faite è, la Mine aux Mineurs de Monthieux par l'ingénieur, 
M. Laplerre. 



— 827 — 

L'année fut marquée par la première grève générale des 
mineurs de France (i). Le citoyen Cotte, secrétaire général de 
la Fédération nationale, donna, au mois de février, sa démission 
de secrétaire de la Fédération régionale de la Loire, et cette 
démission fut acceptée. La suite prouva que l'harmonie était 
loin de régner entre Cotte et les délégués régionaux, ce qu'on 
savait déjà. 

Au Congrès d'Alais, en mars, on décréta la grève générale 
sans nouvelles négociations avec le Gouvernement, mais, le 
lendemain, le Congrès adopta une motion d'ajournement. Il y 
eut de nombreuses polémiques. L'assemblée du jour de Pâques, 
à Saint-Etienne, où les délégués rendirent compte de leur 
mandat, fut marquée par de violents incidents. 

Un Congrès international se réunit à Douvres, un second 
Congrès à Dusseldorf. Dans les réuinions de la Loire, le projet 
d'une Fédération scissionniste fut discuté. La popularité du 
secrétaire général de la Fédération nationale subit de rudes 
assauts. On songea à former une interfédéra.tion pour organiser 
la grève générale avec l'appui des dockers et des employés de 
chemins de fer. Le Comité national se réunit à Paris et fixa 
au 17 septembre la réunion d'un Congrès à Commentry. 

Quelques jours après, les Compagnies houillères de la Loire, 
en raison de la baisse des prix et du manque d'écoulement des 
charbons, réduisant à 3 % la prime de 9 % accordée par l'ar- 
bitrage Gruner-Jaurès en 1900. La sentence arbitrale avait pris 
fin légalement le 30 juin 1901. Ce fut le motif de nombreuses 
réunions, discussions, entrevues, protestations, après lesquelles 
on décida, par un référendum, d'ajourner la grève générale 
jusqu'au Congrès de Commentry. Une minorité d'ouvriers prit 
part au scrutin. A Saint-Etienne, les votants étaient 1.600 suir 
5.000. Des discussions accentuèrent encore les rivalités entre les 
chefs d'u mouvement, membres du Comité régional et du Comité 
national. Au premier plan figuraient Beauregard, le successeur 
de Cotte, et Escalier. Au Congrès de Commentry, où ces dis- 
cussions trouvèrent un écho puissant, la grève générale fut 
décrétée par 85 voix contre 8 abstentions. 



(1) Le Comité des Houillères de France a publié en brochure les 

f)onimrnts rrUitifa à In rjrf-ve (les Mineurs fin fnn?. 



— 828 — 

Le secrétaire de la B'édération nationale fut chargé d'en 
donner le signal, après le temps matériel nécessaire à l'orga- 
nisation. Un manifeste fut adressé aux mineurs, deux lettres 
au Président du Conseil et au Comité des Houillères de France. 
Au Ministre de l'Intérieur on demandait de dire ce que le 
Gouivernement comptait faire des « réclamations » formulées 
l'année dernière. Au Comité des Houillères on s'adressait pour 
nommer une délégation à l'effet de discuter les salaires et l'or- 
ganisation du travail. Le Président du Conseil promit de pour- 
suivre activement la solution des questions soumises au Par- 
lement. Avant que le Comité des Houillères eût répondu, la 
grève éclata sans que le signal du Comité eût été donné, d'abord 
dans le Nord et le Pas-de-Calais, puis dans la Loire, sur l'ordre 
du Comité régional, le 8 octobre. Le Comité national était dé- 
bordé. 

La grève fut marquée par des incidents nombreux : entraves 
à la liberté du travail, à la circulation des chiarbons, coups et 
blessures graves, explosions de cartouches de dynamite, coups 
de fusil isolés, collisions sanglantes, mort. Les mineurs qui 
désiraient continuer le travail durent céder à la force. Les 
voituriers qui transportaient du combustible furent attaqués, 
leurs chars renversés et le charbon rapidement enlevé par des 
mains expertes à s'approvisionner à bon compte. L'anxiété fut 
grande pendant plusieurs jours parmi les consommateurs. De 
nombreuses troupes étaient venues renforcer la garnison. Elles 
gardaient les puits et se montraient peu ou pas. Au cours d'une 
échauffourée, à Terrenoire, dans la nuit du 10 au 11 octobre, 
un gendarme fit feu, tua un mineur et en blessa un autre. Le 
gendarme était couvert de contusions. Son camarade, atteint 
à la tête, avait été renversé à ses côtés. Une immense manifes- 
tation se dérouila aux funérailles de la victime. Les élus socia- 
listes, M. Briand notamment, y prononcèrent des discours 
extrêmement violents. 

Le régime des voitures renversées dura jusqu'au 16 octobre, 
n avait été décrété par le Comité fédéral. Les pillards se 
moquaient des agents, peu nombreux, qui escortaient les voi- 
tures. Cette petite Terreur noire ne prit fin que lorsque la 
Préfecture invita les industriels à se grouper par quartiers 
pour que l'on pût donner à chaque convoi une force suffisante. 



— 829 — 

On vit alors des files de chars traverser nos rues entre une haie 
mouvante de dragons, de gendarmes ou de chasseurs. Ordre 
fut donné de rechercher et de signaler au Parquet les auteurs 
du pillage ou du renversement des tomberaux. Les chars ne 
furent plus renversés, sauf à certains moments, pendant la 
dernière période de la grève. 

Le 19 octobre, un arrêté préfectoral, rappelant la loi du 7 
juin 1848, interdit les attroupements. La direction de la police, 
pour toutes les mesures relatives à la grève, fut retirée aux 
maires de l'arrondissement et concentrée entre les mains du 
préfet. Le maire socialiste de Saint-Etienne, appuyé par la 
majorité de son Conseil, protesta inutilement. 

Dans d'interminables réunions à la Bourse du travail, les 
orateurs habituels répétèrent tous les jours, et même deux fois 
par jour, les mêmes choses. M. Briand interpella à la Chambre 
au sujet des incidents de Terrenoire. Des actes de pillage furent 
signalés dans les campagnes. Une manifestation eut lieu le 
22 octobre, malgré l'arrêté contre les attroupements. Mais le 
lendemain, au moment où le cortège s'engouffrait dans la rue 
Gérentet, la force publique a.pparut et fit les sommations, pré- 
cédées de roulements de tambour. Ce fut un sauve-qui-peut 
général. On arrêta une vingtaine d'individus. Nouvelle protes- 
tation du maire de Saint-Etienne. Douze des individus arrêtés 
furent déférés au Tribunal correctionnel, quii refusa leur mise 
en liberté provisoire et les condamna à 15, 8 et 6 jours de 
prison, sans applicaition de la loi Bérenger. Le Conseil muni- 
cipal de Saint-Etienne protesta une troisième fois. 

Tout cela n'avançait guère l'époque de la reprise du travail . 
L'appel aux antres corporations n'avait pas été entendu. Des 
souscriptions furent ouvertes. Mais la grève générale corpora- 
tive reru'oritîa peu d'adhérents et n'éclata nulle part dans la 
région. La Jtcve des mineurs elle-même ne fut jamais abso- 
lument j(''iM'i;ile en France. A Montceau notamment, les ou- 
vriers, abandonru's ( n 11)01, ne cessèrent pas le travail. 

T^H' détente, an (■oriini<'n('"ment de novembre, se produisit 
I)arrfii les mineurs. Ils déclarèrent publiquement, le 30 oc- 
tobre, acccpf- ! l.iihitraKe par région. Déjà le Pas-de-Calais it 
le Nord les avaient (Icvanc'-,. l.c s novembre, après plnsicms 
entrevues, on crul (luc \v. ('<)nij»i()inis allait être signé le jour 



- 830 — 

même. Les pourparlers furent au contraire rompus, parce qu'on 
ne put s'entendre sur le choix du tiers arbitre et sur l'amnistie. 
Le 13 novembre, la Fédération régionale du Nord et du Pas- 
de-Calais décida la reprise du travail. 

Le même jour, avec le consentement de l'autorité et sur la 
demande des élus sociialistes qui « répondaient de l'ordre », une 
colonne de plusieurs milliers de grévistes se rendit de Saint- 
Etienne à Roche-la-Molière et à Firminy. Elle revint, par le 
Chambon et la Ricamarie, à son point de départ. Cette « marche 
militaire » fut marquée par quelques incidents, peu nombreux 
quoique assez graves, qui prouvèrent que la responsabilité 
des organisateurs n'était pas absolue. Ils ne furent d'ailleurs 
nullement inquiétés. On reprit les pourparlers. Le 19, on pro- 
clamait le référendum sur le compromis. Grâce à l'appoint de 
la Ricamarie, la majorité fut acquise à l'arbitrage. Les arbitres, 
conformément au procès verbal de l'entrevue du 15 novembre, 
avaient pour mission exclusive de trancher le différend relatif 
à la suppression, à la réduction, au maintien oui à l'augmentation 
de la prime des salaires de 3 %. En cas de désaccord, le tiers 
arbitre devait être désigné par le premier président de la Cour 
de cassation, M. Ballot-Beaupré, proposé par les Compagnies. 
Il avait la faculté dépendre lui-même la sentence. Relativement 
à l'amnistie, la convention décidait que tous les ouvriers 
seraient réintégrés, à l'exception des condamnés ou de ceux 
qui pourraient l'être pour violences contre les ouvriers et em- 
ployés ayant travaillé au cours de la grève, ou pour attentat 
contre la propriété, à la condition expresse que, depuis le jour 
de la convention et dans l'avenir, il ne serait exercé aucune 
r^présaille, ni pris aucune mesure vexatoire contre les ouvriers 
ayant travaillé pendant la grève. Le 21 novembre, le compromis 
était signé, après de nouvelles entrevues. Les délégués des ou- 
vriers demandaient deux additions à l'article 5 de la convention 
relatif à l'amnistie : i° que les grévistes fussent réintégrés dans 
le même emploi ; 2° qu'en cas de retard prolongé dans la reprise 
du travail de certains chantiers, par suite des réparations à 
faire, on établît un roulement entre tous les ouvriers indis- 
tinctement, pl'utôt que d'ajourner certains d'entre eux. Les di- 
recteurs déclarèrent ne pouvoir accepter ces deux additions, 
en ajoutant qu'ils n'avaient pas l'intention de punir des grévistes 



— 831 — 

par rétrogradation ou ajournement. Le 24 novembre, les deux 
arbitres, M. Cholat pour les Compagnies, M. Briand pour les 
ouvriers, après plusieurs entrevues, décidaient d'en référer au 
tiers arbitre. Sur plusieurs points, des ouvriers ayant voulu 
reprendre le travail furent assaillis par des grévistes et sérieu- 
sement contusionnés. 

Le 26 novembre, le Comité fédéral régional décida la reprise 
du travail pour le 28. Le 27, de très violents incidents se pro- 
duisirent place Marengo. Les orateurs de 1h grève furent hous- 
pillés. Cotte, secrétaire général de la Fédération nationale, fut 
particulièrement malmené. La police dut dégager le café où il 
s'était réfugié et auquel les mineurs allaient donner l'assaut. 
Le matériel de la Bourse du travail fut saccagé, un délégué 
ouvrier dut s'échapper par la fenêtre. 

Le lendemain, M. Ballot-Beaupré rendait la sentence arbi- 
trale. La prime de 3 % était portée à 5 % jusqu'au 30 juin 1903, 
ramenée .à 4 % pour le second semestre de 1903, puis à 3 % 
pour le premier semestre de 1904. Le même jour, la reprise du 
travail était générale ; la grève avait duré 51 jours. Comme 
résultat pratique, elle aboutissait à une augmentation de 2 % 
pendant six mois, à une pugmentation de 1 % pour les six mois 
suivants, résultats bien faibles comparés aux journées perdues. 

La grève ne mit pas fin, loin de là, à la division entre quelques 
membres du Comité national et du Comité fédéral. Le Comité 
national, qui devait donner le signal de la grève et celui de 
la reprise du travail, ne donna ni l'un ni l'autre. Son autorité 
fut sérieusement compromise. Le refus opposé par une Com- 
pagnie de reprendre quelques ouvriers, très rares mais très 
qualifiés, parce que depuis la signature de la convention 
d'autres ouvriers de cette Compag*nie furent assaillis, frappés 
et blessés par des patrouilles de grévistes, fut le dernier écho 
de la grève. La Sainte-Barbe, fête des mineurs, le 4 décembre, 
fut très triste. Le séjour de la Commission d'enquête pairie- 
mentaire à Saint-Etienne ne fut mnrqué par aucun incident. 



ENQUÊTE PARLEMENTAIRE de 1902 - 1903 



FjCS enquêtes parlementaires ont pour résultat de concrétiser 
les renseign<Mnf'nts h un moment déterminé. Les procès-verbaux 



— 832 — 

de l'enquête commencée en 1902 furent déposés en 1903 par 
M. Dron, président de la Commission, sur le bureau de la 
Chambre des Députés. 

Sur les 19.000 ouvriers du bassin de la Loire, les Sociétés 
adhérentes au Comité des Houillères en comptaient 17.946, 
savoir : Roche-la-Molière 4.718, Montrambert 3.588, la Loire 
3.640, Saint-Etienne 3.357, la Péronnière 1.365, le Cros 429, 
Villebœuf 651, Saint-Chamond 198 ; 8 1/2 % du total des ou- 
vriers, soit 1.530 sur 18.000, avaient plus de 50 ans. 

La moyenne des salaires par catégories était la suivante : 
gouverneurs 6 fr. 76 ; piqueurs 6 fr. 36 ; boiseurs 5 fr. 48 ; rou- 
leurs 4 fr. 43 ; manœuvres et remblayeurs 4 fr. 39 ; mineurs 
5 fr. 45 ; machinistes et chauffeurs 4 fr. 53 ; receveurs, rouleurs 
de l'extérieur 3 fr. 46 ; cribleurs 3 fr. 60 ; ouvriers des ateliers, 
réparations 4 fr. 60 ; mianœuvres au remblai et divers 3 fr. 93 ; 
triage 2 fr. En outre, géniéiralement les Compagnies accordaient 
le chauffage gratuit. Le jour de la Sainte-Barbe elles distri- 
buaient une demi- journée de salaire. La Compagnie de Roche- 
la-Molière accordait, depuis 1899, des gratifications à l'ancien- 
neté et à l'assidiuiité, s'élevant au maximum à 60 francs. Le 
paiement du salaire s'effectuait par quinzaine. 

La « durée du trait » ou temps de présence dans la mine 
était de 6 heures dui matin à 3 heures de l'après-midi, au lieu 
de 3 h. 30 jusqu'en 1899, 3 h. 45 jusqu'en 1897, 4 heures et 
au delà de 1882 à 1888. La réduction opérée à la suite de l'ar- 
bitrage de 1900 avait diminué le rendement individuel de 5,8 %, 
bien que les ouvriers se fussent engagés à maintenir la même 
somme de travail qu'auparavant. Le poste de nuit avait la 
même durée que le poste de jour ; il était consacré aux remblais, 
travaux d'entretien, de réparations, d'épuisement des eaux et 
de descente des bois. 

Depuis 1854 les capitaux employés en aménagements ou amé- 
liorations dans les mines doi bassin étaient évalués par le 
Comité des Houillères à 150 millions de francs au moins. 

Les renseignements des Syndicats ouvriers différaient, cela 
va sans dire, de ceux du Comité des Houillères. Pour les sa- 
laires moyens par exemple, les chiffres du Comité étaient faciles 
à vérifier d'après les livres des Compagnies. Les Syndicats 
réclamaient la journée de 8 heures, descente et montée com- 



prises. Ils disaient que la journée du trait qui, en 1882, était 
de 10 heures et quelquefois de 12 heures, et qui en 1888 était 
de 10 heures, commençait depuis 1900 à 5 heures du matin 
pour se terminer à 3 heures du soir. Ils n'étaient pas en con- 
tradiction avec le Comité des Houillères, car lea Syndicats 
indiquaient les limites extrêmes de la première cordée descen- 
dante et de la première cordée remontante. Ils réclamaient le 
minimum de salaire, « parce que ce sont généralement les 
ouvriers qui ont de mauvais chantiers qui travaillent le plus 
et qui gagnent le m.oins ». Lia, « rapacité des Compagnies » était 
la cause des conflits. Ce vieil argument socialiste fait toujours 
bien dans le tableau, même quand il n'est pas justifié. Il faut 
bien faire appel aux capitaux pour créer et développer une 
entreprise. Or, comment attirer les capitaux sans leur promettre 
une rémunéraition, qui, hélas ! ne repose pas toujours, comme 
le salaire, sur la certitude ? 

Les Syndicats demandaient enfin la nationalisation des mines. 
Il est plus facile, en effet, de faire marcher des députés qu'un 
Conseil d'actionnaires. 

Le Service des Mines indiquait que la durée du travail 
effectif variait, pour les ouvriers du fond, de 6 heures à 7 h. 55 ; 
pour ceux du jour, de 8 heures à 11 heures. Le délai-congé de 
huit jours était observé par les Compagnies, mais non le pais 
souvent par les ouvriers. Les amendes, en 1901, ne repré- 
sentaient que 7.500 francs sur 30 millions de salaires. Les 
livrets, carnets de paye ou fiches individuelles n'étant pas en 
usage dans le bassin, les ouvriers avaient demandé l'adoption 
des fiches de paye, et, lors de l'arbitrage de 1902, les Com- 
pa^ies avaient déclaré être prêtes à en faire l'essai. Ce qui 
laissait beaucoup à désirer, c'est que, dans les réunions pu- 
bliques, les affiches et la Presse, les Secrétaires des Syndicats 
et les délégués mineurs ne craignaient pas de recourir aux 
injures et à des allégations inexactes. 

Les dividendes distribués représentaient une somme de 
10 millions en iîX)l ou 1902, 7 à 8 millions les années précé« 
dentés depuis 1897 (il faut proportionner ces chiffres aux 
30 millions de salaires et se rappeler que des Compagnies, 
comme celle de Rive-de-Gier, ne distribuaient rien). Les 
capitaux employés en travaux neufs, qui étaient do 2.71 «.0(X1 fr. 



- 834- 

en 1895, dépassaient 6.600.000 francs en il)01. 

L'enquête de 1903 a abouti à la loi de 1905 sur la durée du 
travail des ooivriers occupés à l'abatage. 

1903 

Production : 3.302.000 tonnes ; 61 miillions de francs ; 19.444 
ouvriers. 

Plus forte que celle de 1902, qui avait été affectée par la 
grève générale, la production de 1903 était moins forte que 
celle de 1901, à cause du peu d'activité du marché. Le prix 
moyen de vente s'était abaissé à 17 fr. 03. 

Production du coke : 78.000 tonnes ; des agglomérés : 
206.000 tonnes. 

Salaire journalier moyen : 5 fr. 03 au fond ; 3 fr. 66 au jour ; 
4 fr. 56 ensemble. 

Salaire annuel moyen : 1.523 francs au fond ; 1.130 francs 
au jour. Ces salaires étaient relativement bas, à cause des chô- 
mages systématiques que les Compagnies durent pratiquer. En 
outre, la prime payée aux ouvriers n'avait été en moyenne que 
de 4 1/2 %, conformément à la sentence arbitrale, tandis qu'en 
1902 elle était d'à peu près 8 %. 

Il y eut une grève sans importaince, du 16 au 20 mai, au 
puits Gouchoud, du Plat-du-Gier. 

Les perfectionnements dans l'outillage furent assez nombreux 
et caractérisés surtout par le développement de l'emploi de 
l'électricité. Le rapport de l'Ingénieur en chef en donnait l'émi- 
mération. On développait aussi les moyens d'épuisement. 

Grâce aux nouveaux tarifs co*mmuns des chemins de fer, les 
charbons du Nord et du Pas-de-Calais étaient venus faire con- 
currence à ceux de la Loire jusqu'à Lyon et au delà. L'appli- 
cation de œs tarifs allait être réduite, à partir d'avril 1904, à 
la zone limitée par Nevers, Clamecy, Dijon et Besançon. 

Il faut signaler, en 1903, le procès en première instance entre 
les mineurs renvoyés après la grève de 1902 et les Compagnies 
(7, 22 juin, 6 et 13 juillet 1903). 

J'ai mentionné la mort de M. Villiers, directeur des Houillères 
de Saint-Etienne, et la nomination de son successeur, M. Paul 



- 835 — 

Petit, ingénieur en chef depuis 1892. M. Giaudius Faure rem- 
plaça M. Petit dans ce dernier poste [^). 

Le siège de la Fédération nationale des mineurs fut transféré 
de Saint-Etienne à Paris. Plusieurs Syndicats se séparèrent de 
la Fédération. 

1904 

Production : 3.199.000 tonnes ; 56 millions de francs ; 18.934 
ouvriers. 

La concession de Montbressieu, mactive depuis 1899, fut 
reprise par MM. Robert frères, exploitants du Mouillon et de 
Grozagaque. 

Depuis 1900 la production était en baisse et celle de 1904 était 
inférieure à la production a,nnuelle depuis 1895. La difficulté 
d'écoulement des charbons obligeait à recourir à des chômages 
systématiques une ou deux fois par semaine. Cette langueur 
de l'industrie houillère de la Loire provoqua d'intéressants 
échanges de vues dans les bulletins industriels P). 

Production du coke : 80.000 tonnes ; des agglomérés : 213.000 
tonnes. 

Prix moyen de la tonne de houille au commerce : 17 fr. 75, 
prix moyen des charbons extraits, y compris les charbons de 
service, ceux distribués gratuitement et ceux convertis en agglo- 
mérés ou en coke : 15 fr. 89, inférieur de 1 fr. 14 à celui de 
1903 (chiffres extraits du travail des redevances). C'est ce prix, 



(1) M. Petit fPauf Jean-Jacqnes), né le 27 novembre 1861, au château 
de Trémolin, à Saint-.JuM-en-Chevalet, major de la promotion 1884 de 
l'Ecode (les Mines de Sarint-Etienne, anteur de nombreuses communica- 
tions à la Sociét(^ de l'Industrie minérale et d'une Etude sur l'Aératjc 
des travaux préparatoires dans les mines à orisou, présent<^e au Conjurés 
international des mines et de la métallurgie, ilors de l'Exposition 
universedle de 1900, inventeur de V Autocapteur pour les prises d'ailr 
griisouteux, et fie la Tronçonneu^ite électrique débitant les butte.s <le 
mines, offlcie.r (k* la Légion d'honneur, président du Comilé d-es Houil- 
lères de la Loire •el depuis V.Ï20 f>résident dK^ la Chambre de Commerce, 
de Saint-Etienne, membn* du Comité consultatif des Mines et du Comité 
coni>ultatif des rharbons, membre de la Cx)mmission permanente des 
recherches sJur le grisou, présidient du Conseil de l'Ecole des Mines et de 
I.i Société des Anciens E'èves, vice-président de la Société de l'Industrie 
minérale, président horoi-alre du Syndicat d'Initiative du Forez, ancien 
présidient de l'Union des Chambres syndicales patronales de Saint-Etienne 
et de la région, etc. 

(2) Voir La fin de la Loire houillère, par F. Lattr {Echo des ^fir^es, 
reproduit dans le Mémorial (hi 21 mars 1904 et commenté dans les 
mmiéros des 4 et 11 ;i\rll). 



- 836 - 

multiplié par le tonnage (ïextrmtion^ qui donne la valeur totale 
ci-dessus de 56 millions. 

Salaires moyens : au fond 4 fr. 90 (piqueur 5 fr. 91) ; au jour 
3 fr. 57. 

Les salaires furent affectés par la diminution de la prime, 
ramenée à 3 %, du l*'' janvier au 30 jojiin i904. A cette date la 
sentence arbitrale de 1902 arrivait à expiration. Les patrons 
réduisirent la prime à 1,50 %, avec maximum de fr 10 et 
minimum de fr. 05 par journée de travail. Enfin, le salaire 
annuel fut affecté par les chômages : 1.459 francs au fond. 

L'emploi de réilectricité, appliquée surtout aux pompes, se 
développait de plus en plus. On installaiit de nouveaux appareils 
de lavage et de criblage. Montrambert poiursuivait les instal- 
lations du nouveau champ d'exploitation de Trabliaiine. Firminy 
fonçait le puiits Cambefort et Saint-Etienne le puits Molina. 
La Loire trouvait un nouveau champ en poursuivant les re- 
cherches au puits Rambaud. Un incendie au puits Camille, du 
Gros, arrêta l'exploitation pendant six mois. Le rémblçiyage 
hydraulique ou par emhouage, inconnu jusqu,e-là en France, 
faisait l'objet de discussious dans les Sociétés et revues tech- 
niques (1). 

Le procès des ouvriers renvoyés en 1902 par les Compagnies 
eut son épilogue en Cour d'Appel à Lyon (29 mai), qui débouta 
les ouvriers de leurs demandes. 

Le Comité des Houillères, l'Ecole des Mines, la. Société de 
l'Industrie minérale participèrent à l'exposition de Saint-Louis 
(Missouri). Le Comité exposa : le modèle au I/IO.OOO*' en verre, 
avec sections transparentes coloriées, du bassin de la Loire, 
dressé par M. Perrin, géomètre des Houillères de Saint-Etienne, 
modèle déjà très remarqué à l'Exposition de 1900 ; la carte de 
Gruuer ; un album relatif à l'exploitation et aux procédés des 
Compagnies adhérentes ; enfin, une notice imprimée et une 
notice sur l'Ecole des aspirants gouverneurs. 

L'Ecole des Mines exposa plusieurs cours imprimés des pro- 
fesseurs : Mécanique des fluides par M. Jouguet, Electricité 
industrielle par M. Liénard, Minéralogie par- M. Friedel, 
Législation des Mines par M. Etienne, et le livre sur UEcole 
des Mines de Saint-Etienne de M. Babu. 



(1) Voir Mémorial de la Loire, 15 août 1904. 



- 6ât - 

1905 

Production : 3.664.000 tonnes ; valeur : 55 millions ; 18.700 
ouvriers. 

Les travaux de la mine de Janon, arrêtés en mai à la suite 
de la faillite de l'amodiataire, Mme Payen, furent repris en 
août par le propriétaire de la, concession, M. Reymond. 

Une nouvelle Société des Mines de la Haute-Cappe se constitua 
au capital de 1.250.000 francs, siège social à Paris. M. Lazare 
Lévi, directeur de l'ancienne Société, où il avait succédé à son 
beau-père, M. René Simon, fut maintenu en fonctions. Il devait 
être remplacé, en 1910, par M. Tony Gallot, ingénieur civil 
des mines. M. Sapy fut maintenu dans les fonctions d'ingénieur 
principal, où M. Papillier lui succéda en 1907. 

Sur le conseil de M. Pierre Termier, ingénieur en chef des 
mines, cette Compagnie entreprit des recherches en profondeur, 
qui donnèrent d'heureux résultats. Partant du fonds des travaux 
du puits Guiilemin, elle descendit à 90 mètres environ au- 
dessous des anciens travaux de la découverte du puits Saint- 
Denis et elle retrouva la grande couche re jetée par une faille. 
De 1906 à 1910, la production de cette Compagnie oscilla entre 
50.000 et 60.000 tonnes. 

Dans presque toutes les entreprises des mines -on constatait 
un accroissement de production. Cependant les prix baissèrent 
jusqu'à la fin de l'année, où se manifesta une légère hausse 
(0,50 sur les charbons industriels ; 1 fr. sur les chairbons do- 
mestiques), grâce à une reprise générale et surtout à une reprise 
métallurgique. Le prix moyen de l'année, y compris les 
charbons de service, les charbons livrés à la carbonisation oui 
à l'agglomération, les charbons distribués gratuitement aux 
ouvriers, ressortait à 15 fr. 64, prix inférieur h celui de 1904. 
C'est ce prix, appliqué à la totalité du tonnage extrait, qui 
donne la valeur de la production (55.500.000 fr.). 

Production du coke : 97.000 tonnes ; des agglomérés : 21.300 
tonnes. 

ï^ développement des forces hydrauliques dans le Rhône 
et le Dauphiné restreignait l'exportiition des charbons de la 
Ix>ire. D'autre part, le marché de Roanne était alimenté surtout 
par les bassins de Saône-et-Loire et de l'Allier. I^a voie d'cni 
y transpfvrfait 84.700 tonnes do ces Imssins, tandis que la voir 

&4 



— 838 — 

de fer n'y apportait que 9.600 tonnes du bassin de Saint-Etienne. 
L'instabilité des mineurs, caractérisée chaque année par des 
coefficients dans les rapports des ingénieurs en chef, s'était 
accrue de nouveau. La prime de 1,50 % sur les salaires, con- 
servée après l'expiration de la sentence de 1902, fut maintenue. 
Dès lors, les salaires moyens furent en diminution sur ceux 
de 1904 011, pendant le premier trimestre, cette prime fut de 

3 ?/o. Ils étaient, en 1905, de 4 fr. 73 (fond), 3 fr. 52 (jouir), 

4 fr. 31 (ensemble). Le prix moyen de la journée des piqueurs 
ressortait à 5 fr. 94. Moyenne des salaires annuels : 1.451 francs 
(fond), 1.091 francs (jouir). Il y eut 15 à 20 jours de chômage 
dans l'ensemble de l'année. 

L'outillage se perfectionnait et les moteurs électriques étaient 
de plus en plus employés. 

C'est en 1905 que fut promulguée la loi de 8 heures pour les 
ourvriers employés à l'abatage. 

Parmi les créations touchant à l'hygiène sociale, il faut si- 
gnaler la première Goutte de lait, établie en 1905 à Montrambert. 

Le Comité des Houillères de la Loire prit part à l'Exposition 
de Liège. 

1906 

Production : 3.789.000 tonnes ; 60 millions de francs ; 19.178 
ouvriers. 

La concession de la Pomme fut vendue par M. Exbrayat à 
MM. Cornet et Vitte, de Lyon, qui constituèrent la Société des 
Mines de Saint-Jean-Rive-de-Gier, sous forme d'association 
civile en participation pour l'étude et la recherche des couches 
de houille, dans le but d'arriver à leur mise en valeur et à leur 
cession ultérieure à des tiers. M. Cornet était le directeur de 
cette Compagnie. 

La concession de Combeplaine fut vendue par M. Malard 
à M. Hémain, de Rive-de-Gier, et amodiée au fils de M. Malard. 

L'augmentation de la production en 1906 était due à l'essor 
général de l'activité industrielle. Les mines de la Haute-Cappe, 
grâce au développement de leur exploitation du puits Guil- 
lemin, accusèrent 57.000 tonnes, au lieu de 23.000. 

Production du coke : 124.000 tonnes ; des agglomérés : 215.000. 
La plus grosse part de l'accroissement du coke était due aux 



— 839 — 

Houillères de Saint-Etienne, qui avaient développé leurs ins- 
tallations. 

Les prix de vente furent en hausse : 2 fr. 50 à 3 francs sur 
iBS charbons, 4 et 5 francs sur certaines catégories et sur les 
cokes. Le prix moyen du charbon extrait, y compris les 
charbons de service et ceux distribués aux ouvriers, était de 
15 fr. 84. La vente portait sur 3.360.000 tonnes, la vente et la 
consommation iréunies sur 3.780.000. 

L'instabilité du personnel avait considérablement augmenté. 
A fin mars, un mouvement se dessina parmi les mineurs. Les 
tentatives de conciliation échouèrent, Tarbitrage fut repoussé 
par les ouvriers, la grève éclata à Saint-Etienne. Elle fuit re- 
poussée dans d'autres localités et enterrée à Saint-Etienne par 
un référendum au scrutin secret. Les mineurs acceptèrent les 
propositions des Compagnies dans une convention signée le 
11 avril 1906, ayant effet du 1" avril 1906 au 30 j>uin 1908 : 
suppression' de la prime de 1 1/2 %, augmentation par journée 
de fr. 30 (fond), fr. 20 (jour), fr. 15 (femmes et enfants). 
Au début, les mineurs demandaient de fr. 50 à fr. 60. 

Au début de mai, l'application de la journée de 8 heures 
faillit amener uine nouvelle grève. Les ouvriers de certains puits 
se firent remonter après 8 heures de présence dans la mine. 
Après un avertissement, les Compagnies résolurent de n'ouvrir 
leur exploitation qu'à ceux qui respecteraient l'horaire de la 
mine. Dix puits furent fermés. Les ouvriers, liés par la con- 
vention d'avril, et ne trouvant aucun appui auprès du préfet, 
M. Mascle, se décidèrent à rentrer. Tout était fini le 10 mai (i). 

A part ces conflits, il y eut une grève de 19 jours au puits 
Trémolin et une grève d'un jour à la Haute-Cappe. 

Salaires moyens journaliers : 4 fr. 92 (fond) ; 3 fr. 62 (jour) ; 
4 fr. 46 (ensemble). Salaires moyens annuels : L558 fr. (fond) ; 
i.153 fr. (jour). 

A l'Exposition de Milan (groupe IX), la Société des Mines de 
la Fjoire exposa, entre autres documents, les dessins représentant 
l'installation d\me traction électrique par locomotives. 



(1) Le CoinUA (\ft9. HonlU^rps do Frarice a publié en brochure l«s dooa» 
monts "III- I / . . . ' Mini'i/rs m t'uu:. 



— 840 — 
1907 

Production : 3.696.000 toniies ; 66 millions de francs ; 19.538 
ouvriers. 

La propriété de la concession de Ja.non passa entre les mains 
de la Société des mines de houille de Janon-Terrenoire au 
capital de 1 miillion, divisé en actions de 100 francs, constituée 
le 12 juin 1907 et qui amodia également les mines d'Avaize 
(concession de Terrenoire). Le fondateur de lia Société était le 
concessionnaire de Janon, M. J.-B. Reymond, ingénieur civil. 
La concession de la Montagne-du-Feu f'uft. vendue par 
MM. Berne frères et Araud à M. Villemagne. 

La Compagnie P.-L.-M. demanda la fusion de ses cinq con- 
cessions. 

La diminution de la production, par rapport à celle de 1906 
(2,45 %") tenait au manque de main-d'œuvre et aux conditions 
moins favorables d'exploitation. Mais la demande restait im- 
portante, le combustible faisait prime, le matériel de transport 
par voie ferrée était insuffisant. Une Commission municipale de 
Saint-Etienne fut chargée de rechercher les moyens de réserver 
à la ville un approvisionnement suffisant. On évoqua à ce sujet 
l'antique privilège de la Réserve, créée par la Royauté pré- 
voyante autour de la ville et supprimée par les héritiers de cette 
même Royauté, lors de la délivrance des concessions (v. p. 68). 
La production du coke aug'menta de 8.000 tonnes (132.000 
tonnes), celle des agglomérés de 20.000 tonnes (235.000 tonnes). 
A la fin de l'année, il y eut une hausse de 1 fr. 50 sur les 
charbons, les agglomérés et les cokes. Le prix moyen des 
charbons extraits ressortait à 17 fr. 90. 

L'instabilité du personnel ouvrier, attiré vers les usines, 
amenait une véritable pénurie de manœuvres (remblayeurs, 
remplisseurs, etc.). 

Moyenne des salaires journaliers : 5 fr. 01 (fond), 3 fr. 69 
(jour), 4 fr. 54 (ensemble) ; des salaires annuels : 1.579 francs 
(fond), 1.173 francs (jour). 

Au débiu(t de l'année, une agitation ouvrière d'assez longue 
durée, dans la région de Grand'Croix, aboutit à la signature 
des conventions des 2 avril et 17 août 1907 qui, jusqu'au 30 
juin 1908, accordèrent des augmentations de fr. 15 et fr. 10 
pour les ouvriers du fond de la Péronnière et des Houillères de 



— 841 - 

Rive-de-Gier, et augmentèrent rallocation annuelle en charbon. 
Le l^"" janvier, la Haute-Cappe avait alloué fr. 15 (1). Deux 
grèves partielles éclatèrent sur des questions de discipline à 
la Haïute-Cappe et à Rive-de-Gier, en janvier et en juin. 

A signaler en 1907 : les essais heureux de remblayage hydrau- 
lique, à petite échelle, sans pression, Teau et les remblais 
circulant dans des rigoles ouvertes, essais effectués à Firminy 
(3*' couche Latour) ; l'emploi des marteaux pneumatiqaies pour 
le forage des coups de mine au rocher ou pour l'abatage du 
charbon ; les essaiis, à la Béraudière, de fabrication de gaz 
paluvres provenant de schistes charbonneux contenant 25 à 30 % 
de carbone. La Compagnie de Montrambert projetait le déve- 
loppement de son installation, en aménageant une station 
centrale électrique destinée à fournir l'énergie à ses exploi- 
tations. 

Le 10 novemlire 1907, sept ouvriers tombèrent dans le puits 
Rambaud (Compagnie de la Loire), par suite de la rencontre 
d'une benne à eau avec la cage qui les portait. 

Le Gou»vernement nomma une Cx)mmission permanente du 
grisou. M. Paul Petit, directeur des Houillères de Saint-Etienne, 
fut désigné pour en faire partie. 

1908 

Production : 3.668.000 tonnes ; 69 millions de francs ; 20.239 
ouvriers P). 

La diminution peu sensible de la prodiniction, peu élevée, 
avait une importance particulière, l'effectif du personnel ayant 
été augmenté de 7 %. Elle tenait à la l)aisse du rendement de 
l'ouvrier du fond et, dans quelques mines, à. certaines diffi- 
cultés d'exploitation. La demande des charbons fut d'ailleurs 
ralentie pendant le deuxième semestre. 

Production du coke : 122.000 tonnes ; des agglomérés : 216.000. 

Les prix des charbons baissèrent, vers la fin (h^ l'année, do 



ft) î/nnn(^f> prc^rMonto, les Compnpriios do la r(^slon do niv<^ do Gior 
n'aval-ont pas participé anx ronvontions rnnromant lia r(^pion dK^ Snint- 
Rflenne. Il y avait «ai entente amiable et remplacement de la prime 
de 1 fr. 50 % par une. niifrmenfation die fr. 25. 

(2) Le nombre moyen des ouvriers est étnhll, ebaqiio ann(V, on divi- 
sant le nombre total des Journoes d<>i travail jHMxlant les Jonrs d'extrac- 
ton par le nombre des jour* d'extraction. 



- 842 — 

1 franc pour les charbons industriels, i franc à 1 fr. 50 pour 
les agglomérés, i fr. 50 à 3 francs pour les cokes. Le prix moyen 
des charbons extraits ressortit à 18 fr. 95. 

L'application de la loi sur la journée de 8 heures dans les 
mines faillit entraîner une grève générale. M. Vivian!, ministre 
du Travail, qui présida à Saint-Etienne, le 8 janvier, une 
réunion mixte du Comité' des Houillères et du Comité fédéral 
des mineurs, fit accepter une transaction. Un référendum autour 
des puits donna, en faveur de la transaction, 2.000 voix de 
majorité sur 10.000 votants et 18.000 inscrits. La convention fut 
signée le 14 janvier. 

En juin expirait la convention de 1906. Apirès bien des pour- 
parlers et des meniaces de rupture, dans un référendum, 7.600 
ouvriers, contre 4.587, acceptèrent les propositions du Comité 
des Houillères. Une convention fut signée pour deux ans le 
25 juillet. Les primes antérieures étaient maintenues. En Outre, 
pendant un an, jusqu'au 30 juin 1909, une nouvelle prime de 
10 centimes était accordée à chaque ouvrier du fond, et de 
5 centimes à chaque ouvrier du jour. 

Ces majorations de primes furent appliquées dans la région 
de Rive-de-Gier par une convention du 23 septembre 1908. 

En outre, la conventiom du 25 jiuiillet stipula certaines clauses 
quant aux fiches de paie, au repos des chauffeurs et machi- 
nistes, aux salaires des ouvriers pirovisoirement déplacés de leur 
travail habituel et des nouveaux embauchés (l). 

Quelques conflits isolés, sans aucune suite, furent signalés 
à la Péronnière, à Villars, au puits Saint-Louis. 

Salaires moyens : 5 fr. 07 (fond) ; 3 fr. 70 (jour) ; 4 fr. 59 
(ensemble). 

Salaires annuels : 1.597 francs (fond) ; 1.177 francs (jour). 

Le sondage pour la recherche du prolongement du bassin de 
Rive-de-Gier sous celui de Saint-Etienne commença en 1909 à 
la Chazotte. Les essais de remblayage hydraulique étaient con- 
tinués à Firminy et les essais de fabrication de gaz pauvre à 
Montrambert. 



(1) Les conventions intervenues en 1908 dans les différentes mines de 
France ont été publiées par le Comité central des Houillères : Conven- 
tions entre exploitants et mineurs (1908). 



- 843 — 

Neuf mineurs furent asphyxiés au puits Montmartre le 22 juin. 
M. Viviani, ministre du Travail, assista aux funérailles. 

La catastrophe du puits Rambaud, en 1908, eut son écho 
devant le Tribunal civil et la Couir d'Appel de Lyon (i). 

Un autre événement fut la déconfiture de la Mine aux 
Mineurs de Monthieux, dont l'exploitation fut arrêtée. 

La Société des Houillères de Rive-de-Gier n'exploitait plus 
que les concessions de Grand'Croix, du Martoret et du Sardon. 
La Porchère était amodiée à M. Gharrin, Frigerin à MM. Cos- 
sange et Deschanel, La Cappe et Corbeyre à la Compagnie des 
Mines de la Haute-Cappe. A cause de sa trésorerie trop étroite, 
la Société de Rive-de-Gier se disposait à amodier le Martoret 
et le Sardon à une nouvelle Société que devait constituer 
M. Antoine Arbel, maître de forges, lequel poursuivrait aussi 
le déhouillement de la concession de Grand'Croix (^). 

En 1908, le Congrès de l'Industrie minérale tint ses assises 
à Saint-Etienne. A l'occasion des visites organisées dans les 
mines, quelques Compagnies publièrent des notices. Le Bul- 
letin de rindustrie minérale publia le compite rendu du Congrès. 
M. Siegler, professeur à l'Ecole des Mines, donna lecture d'un 
mémoire sur l'exploitation dans le bassin de la Loire, mémoire 
publié dans le Bulletin de rindustrie minérale en 1909 et sur 
lequel je reviendrai. 

1909 

Production : 3.662.000 tonnes ; 68 millions de francs ; 20.174 
ouvriers. 

Par un décret du, 16 septembre 1909, les cinq concessions 
appartena/nt à la Compagnie P.-L.-M. (Chazotte, Montcel, Cala- 
minière, Sorbiers, Beuclas) furent fusionnées eni une seule 
concession, sous le nom de Talaicdière-C hazotte . Un autre décret 
du 16 novembre 1909 prononça la réuinion à c^tte nouvelle con- 
cession de celle de Saint-Jecin-Bonnefonds. 

r>a concession du Reclus fut divisée en deux concessions : 
Assiiilly et Ix)rette (décret du 13 avril 1909). 

I>aj diminution de la production, quoique très faible, marqiVHit 



(1) Journaux des 6 avril et 22 JuMlet 1908. 

(2) I-cho des Mines (février 1906). 



— 844 - 

une période de dépression, due au ralentissement (ie la métal- 
lurg-ie. 

Prix moyen des charbons extraits : 18 fr. 62. 

Production du coke : i 12.000 tonnes ; des agglomérés : 235.000. 

Conformément à la convention de joillet 1908, les primes 
des ouvriers du fond furent réduites de fr. 10 et celles des 
ouvriers du jour de fr. 05, à partir du 30 juin 1909. 

Salaires moyens : 5 fr. 09 (fond) ; 3 fr. 71 (jour) ; 4 fr. G2 
(ensemble). 

Salaires annuels : 1.600 francs (fond) ; 1.180 francs (jour). 

A partir du mois de mai, les Compagnies adoptèrent le prin- 
cipe du chômage un jour par semaine. 

A signaler l'extension du remblayage hydraulique à Firminy 
et la continuation des essais sur l'utilisation des combustibles 
pauvres (houille grise) : à Montrambert en employant des gazo- 
gènes, aux Houillères de Saint-Etienne par combustion sur des 
grilles inclinées à chargement automatique alimentant des 
chaudières multitubulaires du type Buttner (i). 

La catastrophe du puits Montmartre, en 1908, eut son épi- 
logue devant les Tribunaux (2). 

La Mine aux Mineurs de Monthieux fut mise en vente le 
23 septembre, sur le pdx 'de 30.000 francs. Elle ne trouvfi point 
d'acquéreur. 

La Compagnie de Villebœuf demanda rautorisation d'étendre 
son périmètre d'exploitation jusqu'au cœur de la ville de Saint- 
Etienne', au delà de la grande artère, en s'engageant à exécuter 
le remblayage hydraulique, pour éviter les mouvements de 
terrain. Cette demande souleva de nombreuses protestations. 
Les propriétaires formèrent un Syndioa.t de Défense. Le Conseil 
municipal émit un avis défavorable. L'exploitation de Villebœuf 
a causé de tels dégâts aux propriétés et les règlements de ces 
indemnités sont souvent si laborieux que la Compagnie ne ren- 
contrait aucune sympathie chez les propriétaires. 



(1) M. Blache, ingénieur à Miontrambeirt, publia, en 1910, dans le 
îiuilletin de VIndustrie minérale, un mémoire sur : Uutilisalion des 
déchets et mauvais combustibles pour la production de la force motrice. 
En 1911, M. Dessemond, Ingénieiur divisionnaire aux Houillères de Saint- 
Etienne, a rendu compte de la partie des travaux du Congrès de Dus- 
seidorf sur rutilisatlon des oombustibTes de faible valeur. 

(3) Voir journaux des 30 mars, 7 août, 22 novembre. 



— 845 — 

Le 23 décembre 1909, M. Biver, ingénieur des Arts et Manu- 
factures, ancien directeur des mines d'Héraclée (Asie-Mineure), 
fut nommé sous-directeur des Mines de la Loire. 

Le 1^'* mai 1909, M. Saiverot était nommé directeur de la 
Société des Houillères de Rive-de-Gief, en remplacement de 
M. Verzat. 

1910 

Production : 3.692.000 tonnes ; 68.466.000 francs ; 20.178 ou- 
vriers. 

Production du coke : 127.000 tonnes ; des ag-glomérés : 235.000. 

Le marché fut assez déprimé, en raison dli peu d'activité de 
la métalluirgie au début de l'année, mais, dans lia, suite, la 
situation s'améliora et aucun puits ne chôma faute d'écoulement 
des charbons. 

Le rapport de Tingénieur en chef, à cause du départ de 
M. Tauzin, remplacé par M. Primat, ne donnait plius le prix 
moyen des charbons extraits, y compris les charbons de service 
et les charbons distribués gratuitement, mais les prix moyens 
des ventes cm commerce par Compagnie. Ces prix oscillaient 
entre 15 fr. 59 et 24 fr. 86. Il faut remarquer que le prix de 
15 fr. 59 appartenait à la Ghazotte, c'est-à-dire à la Gompagnie 
P.-L.-M., qui emploie les charbons de cette concession, et que 
le prix de 24 fr. 86 concernait la Péronnière, qui livre surtout 
des boulets anthraciteux. Le prix moyen de vente pour les 
quiaitre grandes Gompagnies (Roche-la-Molière, Montrambert, 
la Loire et Saint-Etienne) variait entre 19 fr. 62 et 20 fr. 86. 
Le prix moyen des charbons extraits ressortait à 18 fr. 62 (i). 

Salaires moyens : 5 fr. 14 (fond) ; 3 fr. 74 (jour). 

Salaires annuels : 1.620 francs (fond) ; 1.202 francs (jour). 

Le rapport de la Ghambre de Gommerce insistait sur la con- 
currence créée par les moyens de transpori; : charbons anglais 
rem^)ntant le Rhône jusqu'à Valence ; Lyon de plus en phis 
envahi par les charbons du Nord ; Roanne à poui près fermé 
aux charbons de la Loire ; réductions de tarifs pour l'expor- 
tation en Suisse accordées aux houilles belges et du Nord par 



(1) Rapport (lo la Cliambro do. (Uminiercc (f;o prix s'ai^pllque uu.\ 
Compagnies adhérentes au Comité des Houillères d-e la Loire). 



les Compagnies du Nord, de l'Kst, des Ceintures et de TEtal 
en 11)07, 11)08, et proposées en 1910 (i). 

La convention relative auK salaires fut renouvelée pour trois 
ans, à partir du l*^"" janvier 1910, après des pourparlers qui 
durèrent du 10 juin au 23 juillet et qui furent plusieurs fois 
rompus. Le Comité fédéral dénonça même le contrat individuel 
de travail qui lie les ouvriers aux exploitants, mais le Comité 
des Houillères refusa de reconnaître ce genre de dénonciation 
(21 juillet). La grève paraissait pix)bablè. La nouvelle convention 
accorda une augmentation de 10 centimes par journée à l'in- 
térieur, de 5 centimes aui jour, enfin une autre augmentation de 
5 centimes à tous les ouvriers pour la troisième année. Une con- 
vention analogue fut signée le 1*'' août pour la région de Rive- 
de-Gier. 

La Mine aux Mineurs de Monthieutx fut vendue aux enchères 
au mois de janvier. 

Une nouvelle Société coopérative à base communiste, « Les 
Mineurs du Centre de la Loire » à Saint-Etienne, 9, rue de la 
Sablière, publia ses statuts le 9 j'uiin. 

Le sondage exécuté à la Chazotte fut arrêté à 1.152 mètres, 
sans avoir rencontré le prolongement des couches du bassin de 
Rive-de-Gier. Un deuxième sondiage fut commencé au Gros pour 
rechercher ce prolongement p). 

En 1910, M. Tony Gallot s^uccéda à M. Lazare Lévi comme 
directeur des Mines de la Haute-Gappe. 

1911 

Production : 3.680.000 tonnes ; 645.000 francs ; 20.836 ou- 
vriers. 

Production du coke : 123.000 tonnes ; des agglomérés : 220.000. 

La reprise de l'activité métallurgique, signalée en 1910, avait 
fait augmenter la production. En septembre, il y eut pénurie 
de wagons pour le transport des li.ouilles. 



(li) Voir le rapport de la Chambre de Commerce (Situation générale 
dies industries). 

(2) Le Bulletin de Vlndmirie rmnérale, en 1910, publia : le mémoire de 
M. Sangoy, directeur de la Chazotte, sur : La recherche des couches de 
Rive-de-Gier sous le bassin de Saint-Etienne ; un mémoire de M. Crus- 
SARD, professeur à l'Ecole des Mines, sur : Le remblayage hydraulique. 



— 847 - 

Un nouveau tarif de transport P. V. 107 Nord-Orléans- 
Geinture fit bénéficier les mines du Nord de prix très avan- 
tageux pour transporter leurs cokes sur la région de Montluçon, 
dès lors perdue pour le bassin de la Loire. 

Les prix moyens de vente pour les quatre Compagnies les 
plus importantes oscillaient entre 19 fr, 86 et 20 fr. 70. Ces prix 
étaient légèrement supérieurs à ceux de 1910. Le prix moyen 
de vente pour l'ensemble des exploitations fut de 20 fr. 38 sur 
wagon à la mine. C'est d'après ce prix qu'est calculée la valeur 
de la production. 

Salaires moyens : 5 fr. 21 (fond) ; 3 fr. 72 (jour). 

Salaires annuels : 1.631 francs (fond) ; 1.186 francs (jour). 

La convention du 22 juillet 1910 fut appliquée régulièrement, 
nonobstant quelques difficultés. 

Le sondage de l'Etivalière, entrepris par les mines du Cros, 
fut arrêté le 11 juillet sans avoir rencontré le charbon. C'ét<iit 
un insuccès de plus au passif des recherches du prolongement 
du bassin de Rive-de-Gier. 

La Compagnie de Montrambert poursuivait la reconnaissance 
de la 8*^ couche, une des plus constantes du bassin. Le premier 
coup de pic datait de 1907 et la découverte de 1908. Des bulletins 
financiers, en 1911, commentèrent longiuiement cette découverte, 
en la portant à la connaissance du public non technique. 

Un arrêté préfectoral du 2 février 1911 autorisa la Compagnie 
de Villebœuf à étendre son exploitation sous les quartiers de 
Chavanelle et Villebceuf à Saint-Etienne, avec application du 
reml)layage hydraulique et création d'une réserve spéciale 
destinée à payer les indemnités pour les dégâts à la surface (i). 

Une catastrophe, due à un incendie spontané, écMta le 18 
octobre au puits des Flaches, de la Société des Houillères de 
Saint-Ktienne. Elle fit 27 victimes, dont un ingénieur, M. Haup. 
Depuis 1891 on n'avait pas enregistré un accident aussi grave. 
Le Ministre du Travail assista aux funérailles. 

Déjà, au mois d'<ioût, un conflit avait surgi entre la Préfec- 
ture et les délégués minouirs, à liai suite d'une lettre jugée 
blâmable adressée à l'un d'eux. Les délég^ués envoyèrent leur 



(1) Voir le texte dans le Mémorial de la Loire du 12 février 1911. 



— 848 — 

démission, mais ils revinrent sur leur décision, à la suite de 
l'envoi d'une lettre à la Fédération des mineurs . 

Le 22 juin 1911, M. Biver, sous-directeur, fut nommé di- 
recteur des Mines de la Loire, en remplacement de M. Micha- 
lowski (1). La totalité du bénéfice de l'exercice précédent 
(400.000 fr.) fut employée en travaux neuifs, sans aucune distri- 
bution aux actionnaires {^). Cette Compagnie avait été fort 
éprouvée cette année-là et les précédentes. Des accidents gra- 
ves et des feux de mine avaient alourdi les dépenses d'exploi- 
tation. Les bénéfices de 1911 et 1912 et (en partie) de 1913 furent 
employés également aux travaux neufs. 

La Compagnie de la Péronnière pot en amodiation une partie 
de la concession de Saint-Chamond à l'effet de continuer, dans 
cette concession, le déhouàllement de la grande couche de sa 
propre concession, totalement déhouillée. 

La concession de la Montagne-du-Feai', territoire de la Cappe, 
à Saint-Genis-Terrenoire, fut vendue aux enchères par expro- 
priation forcée, avec le matédel, le 13 mai 1911, sur la mise à 
prix de 2.500 francs (!), à la requête de M. Villemagne, maître 
d'hôtel à la Terrasse-su r-Dorlay, contre M. Joannès Pater et sa 
famille. 

La Société des Houillères de Rive-de-Gier demianda la liqui- 
dation judiciaire au Tribunal de Commerce de Lyon (où était 
son siège social), qui rendit un jugement dans ce sens. Un 
procès, intenté par la Compagnie de la Péronnière, avait été 
perdu pair Rive-de-Gier, qui avait interjeté appel. La Cour 
confirma le jugement. Rive-de-Gier était condamné à payer 
immédiatement 50.000 francs et, en outre, à supporter une 
charge annuelle d'exploitation de 21.000 francs. C'est à la suite 
de ce procès que la liquidation judiciaire fut demandée, non 
sans que cette demande suiscitât une forte opposition en 
assemblée générale. 

Pour l'édification de l'histoire, voici comment se présentèrent 
les derniers bilans de cette Société, jadis si brillante puisqu'elle 
fut la première, comme importance, du bassin : 

(1) M. Couriot, président du Cooseil d'administration, a rappelé, sur 
sa tombe, l'œuvre de M. Michalowski à la Compagnie des Mines de la 
Loire {Mém.onal de la Loire, 19 octobre 1917). 

(2) Mémorial de la Loire, 16 et 30 mars 1911. 



— fe49 — 

Les comptes de l'exercice 1910 se soldaient par un bénéfice 
d'exploitation de 15.723 fr. 60, contre 26.983 fr. 16 pour l'exercice 
précédent ; aucun dividende ne fut proposé, le bénéfice étant 
absorbé par l'amortissement des pertes sur le portefeuille, s'élevant 
à 75.902 fr. 10, et qui se trouvaient ramenées de ce fait à 60.178 fr.. 50. 

' Actif : 1909 1910 

Immobilisations 2.621.379,39 2.718.111,18 

Approvisionnements et stoofes 65.127,80 21.668,30 

Espèces en caisse et en banques 57.973.40 68.118,60 

Actionnaires et débiteurs divers 278.940,95 230.944,10 

Titres en portefeuille 473.532,50 382r74'2,50 

Impôts sur actions 17.952,60 19.931,70 

Pertes de l'exercice sur portefeuille, 
déduction faite des bénéfices d'exploi- 
tation » „ 60.178,50 

3.514.906,64 3.501.694,88 



Passif : 1909 1910 

Capital. . 2.420.000 » 2.420.000 » 

Obligations 501.500 » 501.500 » 

Réserves et provisions 25.509,25 60.804,25 

Garantie industrielle 67.168 » 67.168 » 

Main-^d'œuvre 16.482,70 10.010 » 

Créanciers diverâ 457.263,53 442.212,63 

Profits et pertes : 

Bénéfices de l'exercice 26.983,16 » » 

3.514.906,64 3.501.694,88 

Le terrain houiller se poursuit, non sans aiccroc, de Rive-de- 
Gier à Gommunay, où il disparaît. Une première camp^igne 
de recherches fuit commencée en 1853 (premier sondage de 
Simandres) pour retrouver la prolongation du houiller entre 
Gommunay et Chava^nieu, dans l'Isère. Simandres n'est qu'à 
2 km. 1/2 du point de disparition du houiller. En 1879-82, noiii- 
velles recherches à Hois-Sai rit-Jean et Marennes, un peu phis 
loin (|iie Simandres. A cette époque, so forma k Lyon la Société 
des recherches d'Heyrieux, à hKiiiclle (irunor a]>iK>rtji rapfnii d(^ 
son autorité et de sa comi)étence. Cette Scx-irl/» fit son 



- 8^ — 

premier sondage à Chaponnay, au delà de Marennes, et en 
i892-94 elle fit une autre recherche à Saint-Bonnet-la-Mure, 
près de la gare de Ghandieu-Troussieu. Une Société nouvelle, 
agissant d'aibord en commun avecrancienne Société d'Heyrieux, 
puis sans elle, fit battre de nouveau la sonde, en 1905, à Test 
de Saint- Bonnet-la-Mure et ensuite jusqu'à Chamagnieu. Elle 
s'écarta de la ligne de Commiunay à Chamagnieu, qui avait 
constitué l'axe des précédentes recherches et porta ses re- 
cherches au nord, à Grenay, à Ghavagnieu, et entre Crémieu 
et Leyrieu. Je reviendrai sur ces recherches. 

1912 

Production : 3.778.000 tonnes ; 68.721.0U0 francs ; 20.199 
ouvriers. 

Production du coke : 141.000 tonnes ; des agglomérés : 208.000. 

Prix moyen de vente au) commerce des quatre grandes Com- 
pagnies : de 20 fr. 16 à 21 fr. 43. Prix moyen des charbons 
extraits : 18 fr. 19. Pour le coke, le prix moyen était de 29 fr. 28 
et pour les aggloméirés de 27 fr. 39 (i). 

Les principales causes de l'augmentation de la production 
furent : la grève générale des mineurs anglais, qui dura six 
semaines, du l""" mars au 10 avril, réduisit la production 
houillère de plus de 30 millions de tonnes, et entraîna une 
disette de charbon dans le monde entier ; lai hausse des frets 
maritimes, qui greva l'importation des houilles étrangères ; 
la très grande activité de l'industrie métallurgique. 

Les 'Usines embauchèrent un grand nombre d'ouvriers, mais 
la main-d'œuvre était rare et la production fut inférieure à la 
demande. Du 10 septembre aiu 15 novembre, le matériel de 
transport fit défaut et les charbons s'entassèrent sur les plâtres 
des mines. 

De nouvelles charges étaient imposées aux houillères par 
le règlement d'administration publique du 13 août 1911, pres- 
crivant la création de bains-douches à tous les sièges d'ex- 
traction et édictant d'autres mesures d'hygiène et de sécurité. 

La plupart des mineurs chômèrent le lundi 11 mars, sur un 
mot d'ordre de la Fédération nationale, pour appuyer l'in- 



(1) Rapport (le la CJinmhrr de Commerce (1913). 



— 851 — 

jonction au Piarlement de voter immédiatement la retraite à 
2 francs par jour, 50 ans d'âge et 25 ans de services, et l'appli- 
cation de la journée de huit heures à tous les ouvriers du fond. 

Nouveau chômage le 16 décembre, sur un mot d'ordre de 
la C. G. T., pour protester contre la guerre, c'est-à-dire contre 
l'intervention dans le conflit des Balkans. 

Salaires moyens : 5 fr. 31 (fond) ; 3 fr. 85 (jour) (l). 

La Compagnie de Villebœuf installa un atelier de concassage, 
actionné par l'électricité, pour le remblayage hydraulique. 

Dans le Bulletin de Vlndustrie minérale^ M. Baret, ingénieur, 
décrivit l'exploitation de la 8* couche aui puits Ghâtelus. 

1913 

Production : 3.775.000 tonnes ; 72.442.000 francs ; 19.679 
ouvriers. 

Production du coke : 169.000 tonnes ; des agglomérés : 233.000. 

Prix moyen des ventes au commerce des quatre grandes 
Compagnies : de 21 fr. 50 à 21 fr. 95. Le prix moyen des 
charbons extraits ressortait à 19 fr. 19 pour la houille. Pour 
le coke, le prix moyen était de 31 fr. 10 ; pour les agglomérés, 
de 29 fr. 37. 

L'activité industrielle qui s'était manifestée en 1912 paraissait 
atteindre son apogée ; les charbons s'écoulèrent facilement, les 
prix augmentèrent. Mais les prix de revient augmentèrent 
aussi par suite de la hausse des matières premières (8 % sur 
les bois) et de l'augmentation des salaires à partir du l*** juillet. 

Des dispositions législatives (loi du 31 décembre 1913) 
fixèrent à huit heures la duîrée du travail pour tous les ouvriers 
du fond. Elles réduisirent à soixante heures la durée des déro- 
gations. Le vote de la loi amena une grève dans le Nord ot 
faillit déclencher aussi une grève dans la Lioire. 

La nouvelle loi miliUiire (rétablissant le service de trois ans 
augmenta, à pairtir de septem^bre, la pémiirie de main-d'œ'ivre, 
en diminuant de 5 % le nombre des ouvriers. 

On fut à court de charbon vers la fin de Tannée. Les usines 
métallurgiques reçurent quelques milliers de tonnes de 
(•harl)ons allemands ot anglais. r>a crise devait s'aggraver au 
début de 1914. • 



(l) Vjq rapport dn l'ingénieur on chef n'indhiiio pins los salalros 
annuels. 



La convention collective de travail de 1910 expirait le 30 
juin 1913. Une nouvelle convention fut signée le 10 juillet, 
après des négociations plusieurs fois rompues. La grève me- 
naça d'éclater. Au référendum, les dernières propositions des 
Compagnies furent acceptées par 5.697 mineurs, sur 
10.276 votants. Femmes, enfants, employés n'étaient pas admis 
au vote. La majorité contre la grève fut fournie par la Rica- 
marie. Ce référendum ne s'appliquait pas aux mineurs du 
Gier. Une convention spéciale intervint aussi pour la Chazotte. 

La convention du 10 juillet était signée pour trois ans. Elle 
augmentait le salaire de base, en y incorporant 10 centimes pour 
les adultes, 5 centimes pour les femmes et les enfants. Elle aug- 
mentait aussi la prime temporaire, en y ajoutant 15 centimes 
pour les uns, 10 centimes pour les autres. L'augmentation totale 
était donc de 25 centimes ou de 15 centimes pendant deux ans. 
Pour la troisième année, les primes devaient être maintenues 
si, au bout de deux ans, le cours des charbons avait varié de 
moins de 1 franc ; elles devaient être augmentées ou diminuées 
de 15 centimes, dans le cas d'une hiaïusse ou d'une baisse de 
1 franc au moins. 

Une petite grève éclata à Rive-de-Gier, chez MM. Gossange 
et Deschanel. 

Salaires moyens : 5 fr. 51 (fond) ; 5 fr. 31 (jour). Il y avait 
12.412 ouvriers au fond. 

Pas plus que les années précédentes je ne puis reproduire la 
longue nomenclature des modifications aux méthodes d'exploi- 
tation et à l'outillage. L'ingénieur en chef signalait que ces 
modifications n'étaient pas importantes, à la différence des 
installations. 

La Compagnie de la Loire avait fait un effoirt financier re- 
marquable pour ses travaux neufs. Au 31 décembre 1912, le 
montant de ces travaux s'élevait à 1.662.000 francs (i). 

Le sous-bassin de Rive-de-Gier s'épuisait de plus en plus et 
sa production ne représentait plus que 215.000 tonnes, dont 
188.000 pour la Péronnière, la Haute-Cappe et Saint-Chamond. 
La Compagnie du Mouillon (Robert & C^^) licencia en février 
ses 40 ouvriers. Le Ban-Lafaverge, en liquidation, fut acquis par 



(1) Mémorial de la Loire, 24 avril 1913. 



— 853 — 

la Haute-Cappe. La Compagnie de Rive-de-Gier, qui ne pos- 
sédait plus que les concessions de Grand'Croix, Corbeyre, La 
Gappe et La Porchère, fut vendue aux enchères le 13 sep- 
tembre. La concession de Grand'Groix fut acquise par la Péron- 
nière au prix de 100.500 francs. Corbeyre et la Haute-Cappe 
furent acquises par la CompagTiie de la Haute-Cappe pour 
75.000 francs (Echo des Mines, 2 octobre). 

La Compagnie de Villebœuf adressa une nouvelle demande 
au Préfet pour étendre davantage son exploitation. Le Conseil 
municipal de Saint-Etienne donna un avis défavorable à cette 
demande (29 août). Le Directeur de cette Compagnie depuis 1898, 
M. Perrève (Gustave-Léonard), ingénieur de l'Ecole de 
Saint-Etienne, mourait à Saint-Etienne le 23 mars 1913. Il était 
né à Sainte-Marie (Nièvre) en 1857. M. Perrève fut remplace 
par M. Jaboulay, également de l'Ecole de Saint-Etienne. 

Un décret du 14 septembre porta mutation, de propriété et 
réunion des concessio'ns diu Couloux et de lia Montagne-du-Feu, 
et l'amodiation du Couloux par M. Paret à MM. Hercellin et 
Graué. M. Graué devenait cessionnaire de la Montagne-du- 
Feu, cédée par M. Villemagne (i). 

La Compagnie des mines d'anthracite de Communay (Isère), 
qui occupait 350 ouvriers, fut déclarée en faillite par le Tribunal 
de Commerce de Paris, où elle avait son siège social (2). 
• M. Benoit Fleury, ingénieur des Arts et Métiers, ancien di- 
recteur des Grandes-Flaches, mourut le 4 novemlvre à Rive-de- 
Gier (•^). M. de Villaiiif, iiii('i','ii directeur de Montrambert, 
mourait le 16, à Montagny (Loire) (v. p. 403). 

Un ûécvei du 24 juillet réduisit le périmètre de la vaste con- 
cession de Roche-la-Molière et Firminy à 4.(541 hectares, au 
lieu de 5.850. Il y a intérêt ;t faire réduire les ixirties stériles 
des concessions, h cause de la redevance ]y.\v hectare. 

1914 

iSkI'I' l'Illi.MIKHS MUISj 

Les chiffn-s de la production pour 1914 sont indiqués dans le 
chapitre sui\ ml. 



(1) Journal Offlrlel, 20 septembre. 

(2) Mémorial de la Loire, \?, mars 1913. 

(3) Mémorial, 5 et 7 novembre. 



55 



-854- 

La crise diUi charbon, signalée dans les derniers mois de 1913, 
prit un caractère aiigu au début de 1914. Des menaces de grève, 
qui se réalisèrent, faisaient craindre rarrèt de la production. Le 
Comité des Forges de la Loire, appuyé par la Chambre de 
Commerce, demanda et obtint, pour une durée de trois mois, 
un tarif réduit de Belfort à Saint-Etienne pour faciliter 
l'importation des charbons de la Sarre. Ce tarif ne prit fin que 
le l""" mai. A sa faveur, 65.000 tonnes furent importées, tant à 
Lyon que dans la Loire. Certaines usines métallurgiques — la 
grève terminée — suspendirent pendant deuK mois leurs enlè- 
vements dans les houillères de la région. 

La grève — la première de 1914 — éclata le 23 février et 
dura jusqu'au 2 mars. Elle visait les Pouvoirs publics — ce 
fut la première grève de ce genre dans notre bassin — pour 
protester contre le vote du Sénat relatif à la loi des retraites. 
La grève prit fin su-r la promesse du Gouvernement de subven- 
tionner la Caisse autonome des retraites des ouvriers mineurs, 
pour i)ermettre de porter les pensions à 730 francs dans cer- 
taines conditions. 

La deuxième grève, qui était d'abord dirigée, com-me la pré- 
cédente, contre les Pouvoirs publics, ou plus exactement contre 
la loi du 31 décembre 1913 suir la durée du travail, commença 
le 2 juillet. Cette loi fixait la durée de la journée, pour tous les 
ouvriers du fond, à huit heures. Les mineurs voulaient com- 
prendre le temps du repos dans les huit heures. Les Compagnies 
résistèrent. La loi ne laissant place à aucune transaction sur 
cette question, la Fédération des mineurs reporta le débat sur 
les consignes fixant les heures d'entrée et de sortie. Une tran- 
saction mit fin à la grève le 10 juillet, vingt jours avant la 
mobilisation ! 

Le 26 mars, une grève d'un jour avait éclaté aux mines de 
Janon. 

Un Congrès des délégués mineuirs, le 9 juin, à Roche-la- 
Molière, protesta contre la loi fixant à huit heures la durée de 
la journée, non compris le repos (l). 



(1) Pour traîner Les bennes, on emploie dans les mines un grand 
nombre de chevaux (550 dans le bassin die Saint-Etienne), qui ne 
remontent au jour que pour être abattus, sauf quand la grève est de 
longue durée. Un journal de Saint-Etienne, la Tribune du 7 juillet 



~85ô — 

En juin, le charbon valait de 18 francs (menus fins 3*) à 
37 francs (gréilassons l""^ ou menu spécial de forge) ; les bri- 
quettes et boulets, de 31 à 34 francs ; le coke, de 33 à 38 francs. 
Temps bénis que nous ne reverrons plus ! 

Un décret du 4 février 1914 «autorisa l'acquisition, par la 
Société des Mines de la Haute-Cappe, des concessions du Ban, 
de la Faverge, de la Cappe et de Corbeyre. Un autre décret, du 
27 mars, autorisa l'acquisition, par M. Bailly (Saturnin), de la 
concession de la Porchère, en suite d'adjudication. Un troisième 
décret, du 30 juin, autorisa l'acquisition, par la Compagnie de 
la Péronnière, de la concession de Grand'Groix. 

On annonça la retraite, pouir le 31 décembre, de M. Murgue, 
directeur de Montrambert, et son rempliacement par M. Pigeot, 
nommé en 1914 directeur-adjoint. J'ai eu l'occasion de citer 
souvent le nom de M. Murgue (v. notamment p. 804). Sa retraite 
fut différée, à cause de la guerre, jusqu'au 31 décembre 1915. 
M. Pigeot est ingénieur de l'Ecole de Saint-Etienne. 

M. Rodde, ingénieur principal de Montrambert, précéda 
M. Murgue dans la retraite et quitta la Compagnie le 30 j*uiin (i). 
Il fut remplacé par M. Bouchut, ingénieur divisionnaire. 

Au mois de février, M. Faure, ingénieur principal aux Houil- 
lères de Saint-Etienne, nommé sous-directeur de la Société 
minière et métallurgique de Penarroya, à Marseille, était rem- 
placé par M. Dessemond, également de l'Ecole de Saint-Etienne. 



lî)14, publia les rapports émouvants des délégués mineurs sur le sort 
malheureux de ces chevaux. Malheureusement ces délégués sont les 
ennemis acharnés des Compagnies. Ensuite on pourrait faire remarquer 
que ce sont des ouvriers, et non les ingénieurs ou le direciteoir, qui sont 
chargés de la conduite d-es animaux et des soins à leur donner. Enfin, 
la cava'erie houillère est une partie du capital engagé dans (l'exploi- 
tation, et comment supposer que les Compagnies gaspillent ou laissent 
gaspiller ce capital ? Un membre influent de la S. P. A. m'a d'ailleurs 
fait connaître que cet article avait été exagéré pour les besoins de la 
cause, mais que de nombreux faits étaient mailheureusement exacts. 
On n»e saurait trop faire app«el à l'esprit de compassion et, au besoin, 
aux sanctions ridlicules de lia loi Grammont — inspirée à. son auteur, 
le général Grammont, quand 11 commandait à Saint-Etienne, vers 
1849 — pour que les animaux soient traitt'^s aven* bonté. On doit la 
Justice à tout le mond<^, m<^me à ces ouvriers infériciin; qiui n'ont ni 
député-s, ni jourruaux, ni syndicats, ni délégués ix)ur faire entendre 
leurs plaintes, ert I>ieu sait si elles sont nombreuses ! 

(1) Né 71 Saint-P(mr(.yiiri (AUler), le 19 juillet IH-W. IngénicMir tic Tl-cole 
de Saint-Etienne, il lit toute «a carrière à Montrambert. 



— 856 ~ 

A partir du mois de mc'ii, les mots JjH houille aux portes de 
Lyon flamboyèrent dans les journaux. On avait découvert le 
précieux combustible au château de Mions, dans l'Isère, à 
8 km. 500 au nord de Gbaiponnay, presque à l'angle des routes de 
Saint-Symphorien-d'Onzon et de Saint-Priest, à la suite de 
sondages exécutés par un consortium à la tête duquel se trouvait 
la Compagnie des Mines de Blanzy. Une première couche de 
2 m. 50 fut rencontrée au mois de mai, à 470 mètres. En juin, 
le sondage avait recoupé une seconde couche de houille grasse 
de 3 à 4 mètres de puiissance. .Les recherches avaient été faites 
sur les indications de géologues éminents : M. Termier et le 
directeur de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne, M. Priedel (l^. 

Le 26 juin, à 15 h. 30, M. Murgue, président de la section des 
Mines à l'Exposition internationale de la vie urbaine de Lyon, 
inaugurait le pavillon des Mines, dont la nef principale était 
réservée aux houillères de la Loire. Le même jour, à 21 h. 50, 
un incendie détruisait entièrement ce pavillon, où tous les 
pirogrès de rexploitation, de l'hygiène et de. la sécurité du 
mineur étaient synthétisés. Le rapport du Jury et les notices 
publiées par les grandes Compagnies de la Loire ne donnent 
qu'une pâle idée de tant de richesses. L'exemplaire unique du 
fameux plan-coupe du bassin hou i lier, par M. Perrin, périt 
dans les flaimmes. 

Les exposants s'efforcèrent de reconstituer, sur un autre em- 
placement, un stand rappelant autant que possible le pavillon 
disparui. Ce stand reçut, le 20 juillet, la visite dli Jury. Les 
journaux de Lyon en faisaient connaître l'installation au public 
le 31 jaijllet ! 

Le 31 juillet ! veille du jour où fut lancé l'ordre de mobili- 
sation générale, qui marque la fin des années heureuses, des 
années où l'on ne connaissait ni le massacre en grand, ni la 
dévastation systématique, ni la vie abominablement chère, ni 
le bolchevisme ! Heureux temps où (ironie des choses !) on se 
plaignait, et que les hommes de ma génération ne reverront 
plus ! 



(1) Voir VEcho des Mines des 7 mai et 23 juillet 1914 et le bujletin 
industriel du Mémorial d\e la Loire des 11 mai, 8 juin et 3 août 1914 ; 
ce dernier numéro indique l'historigue des recherches depuis 1853, 
que j'ai signalées p. 849. 



-- 857 — 
RENSEIGNEMENTS RÉCAPITULATIFS (1900-1914) 



Sociétés exploitantes. — Le cours moyen annuel des actions 
de la Société des Mines de la Loire oscilla, de 1900 à 1913, entre 
208 francs en 1911 et 291 francs en 1900. Le Président du 
Conseil d'administration (in 1913, M. Gouriot, ingénieur des 
Arts et Manufactures, avait succédé à M. Tranchant. Le di- 
recteur, M. Biver, avait succédé à M. Michalowski. 

Le cours des actions de la Société de Moiitrambert et de la 
Béraudière oscilla entre 669 francs (1910) et 960 francs (1900). 
Président du Conseil d'administration en 1913 : M. Coignet, 
président de la Chambre de Commerce de Lyon, successeur de 
M. Flotard ; directeur : M. Murgue, jusqu'au 31 décembre 1914. 

Le cours des actions de la Société des Houillères de Saint- 
Etienne oscilla entre 514 francs en 1900 et 414 francs en 1904. 
Président du Conseil d'administration en 1913 : M. Jean Neyret, 
maire de Saint-Etienne, successeur de M. Souchon et de 
M. Douvreleur ; directeur : M. Paul Petit, successeur de 
M. Villiers. 

La Comimgnie des Houillères de Hive-de-Gier avait vu re- 
monter ses actions à 73 francs en 1903. Elles tombaient à 3 fr. 89 
en 1912, année où fut demandée la liquidation judiciaire. Ancien 
président : M. Bouthéon. 

Tel était l'indice de la sitiiiation financière, très différente, 
des quatre ('(>m{)agnies issues de la grande Compagnie de la 
l/oire. On lomiirquena. que les cours les plus élevés furent ceux 
de 1900. Depuis 19(X), en effet, les ch.ir-jvs légales n'ont pas 
cessé d'augmcnfcr pour les Comp-cigrrn'i^s : ;i-L;iiivati(Hi d'inipois, 
réduction de l;i journée de travail, iucmiics régIcincDiaircs 
d'hygièiK- cl de ;(''('iMilé, n-ira,iies. I*]n nir-inc Icmps, les grèves 
et les conventions collectives de travail faisaient inignuniter le 
salaire nominal, sinon, dans la même pro[H>rtion, le salaire 
réel. La pari du travîuil recevait un aocroissement dans le produit 
des entreprises, la fmrt du capitid était en diminution. Or, si 
l'on considère que le revenu des actions en ItXX) ét<iit environ 
du 4 ou 4 1/2 %, taux qui est loiîi' d'être exagéré, on conc^oit 
(pu'l " festin -(.n)|ilueu.\ .., pour- enipl«i\cr rcxpression syndi- 
caliste, fui M'i'\i iiux aclioiniaiies ijui achclcreiil t]('^ aclions 



- 858 - 

en 1900, actionnaires certainement nombreux puisque la hausse 
des actions dépend de l'intensité de la demande. Des héritiers 
des actionnaires primitifs ont pu conserver leurs actions, mais 
en compterait-on beaucoup de cette catégorie ? Pour eux, 
d'ailleurs, la plus-value de certains titres compense-t-elle 
toujours les moins- values des autres valeurs ? 

Le cours des actions de la Compagnie de Roche-la-Molière et 
Firminy oscilla entre i.562 francs (1908) et 1.981 francs (1901). 
En 1901, le dividende réparti étant de 85 francs par action, le 
taux du placement n'atteignait pas 4 fr. 30 %. Le Président du 
Conseil d'administration, M. Platon, successeur de M. Cam- 
befort, devait être remplacé par M. Isaac, ancien président de 
la Chambre de Commerce de Lyon. Directeur : M. Voisin. 

Le cours des actions des Mines de Villebœuf avait oscillé 
entre 136 francs fl910) et 597 francs (1902). Président du Conseil 
d'administration : M. Guérin. Directeur : M. Perrève, qui 
mourut en 1913, remplacé par M. Jaboulay. Cette Compagnie 
supporte de lourdes charges pour la réparation des dégâts à 
la surface dans les quartiers de Villebœuf et Chavanelle. La 
nouvelle avenue Président-Faure, commencée en 1904, lors de 
la percée de la rue de Lyon, avenue dont on espiéirait faire une 
voie triomphale, a vu les quelques beaux immeubles construits 
sur ces terrains, lézardés par les mouvements des mines. Une 
grande construction a été arrêtée. 

La Compagnie de la Péronnière remboursa son capital le 
l*'" juin 1910. Ses actions avaient été cotées entre 595 francs 
(1902) et 415 francs (1905). Toutes les actions de capital sont 
devenues des actions de jouissance et leur cours moyen a atteint 
649 francs en 1912. Président du Conseil d'administration : 
M. Benoit Oriol, député de la Loire. Directeur : M. Charousset, 
à qui devait succéder M. Camus (i). 

Pour les actions de la jeune Société de ia Haute-Cappe, fondée 
en 1905, au capital de 1.250.000 francs divisé en actions de 
500 francs, V Annuaire des Agents de change de Lyon n'indique 
que les répartitions annuelles. 

La Société du Ban-Lafaverge, en liquidation en 1914, datait, 
comme Société anonyme, de 1890. Elle faisait suite à l'ancienne 



(1) L'un et l'autre ingénieurs de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne. 



— 859 - 

Société civile constituée en 1826. A l'origine, son capital de 
500.U00 francs était divisé en parts de 1.000 francs. Il fut réduit 
à 200.000 francs et divisé en parts ou actions de 100 francs. De 
1890 à 1913, ces actions avaient oscillé entre 288 francs (1894) 
et 49 francs (1908). En 1913, elles valaient 52 francs. 

A titre de renseignement, la Société des Mines d'anthracite 
de Gommunay (Isère), en liquidation en 1914, remontait à la 
Société civile, créée en 1884 et transformée en Société anonyme 
en 1899, au capital de 1.800.000 francs, divisé en actions de 
300 francs. De 1899 à 1913, le cours miaximum avait été de 
339 francs (1900) et le courts minimum de 25 francs (1913). 

Pour en finir avec les charbonnages de la région dont les 
actions étaient inscrites en 1913 à la Bourse de Lyon, je citerai : 

La Société des Fours à coke de Bérard (rue de la Valse, à 
Saint-Etienne), qui prit la suite, en 1899, de MM. Murgue et 
Tronchon ; cette Société est au capital de 125.000 francs, divisé 
en actions de 100 francs (Administrateurs : MM. Tronchon, 
Laroudie et Thiollière). \J Annuaire des Agents de change n'in- 
dique que le montant des répartitions. 

L'importante Société en nom collectif « Les Fils Charvet, à 
Saint-Etienne », qui occupe une si grande place dans le com- 
merce des charbons, a été transformée en Société anonyme 
en 1912 au capital de 4.700.000 francs, mais ses actions n'étaient 
pas inscrites à la Bourse de Lyon. M. Benoît Charvet père fut 
maire de Saint-Etienne de 1865 à 1870. M. Henri Charvet, in- 
génieur de TEcoie de Saint-Etienne, maire de Champdieu près 
Montbrison, est mort en 1919. 

ï^a Société civile des Tréfonds, 7, rue de la Préfecture, à 
Saint-Etienne, fondée en 1883, au capital divisé en 21.000 parts 
nominatives, société présidée par M. de Fraix de Figon, a en 
pour premier administrateur-directeur M. Saignol, ancien 
élève de l'P^cole polytechnique (mort le 3 janvier 1906), dont le 
successeur est M. Rey-Herme, ingônieuir des Arts et Manufiic- 
tures. Le cours moyen de ces parts, depuis 1888, a oscillé entre 
425 francs (1913) et 260 francs (1895). 

Sur 61 concessions de mines de houille en 1913 (au lion de 
64, à cause des fusions de la. Ghazotte), 36 étaient en activité : 

\ih concession de Rocho-la-Mollère et Firminy, la plus imyior- 
tante de toutes, faisant à elle seule l'objet de l'exploitation de 



— 860 - 

la Compagnie de ce nom, accusait une production de 935.000 
tonnes. 

La Société des Mines de la Loire (concessions de Dourdel et 
Montsalson, Beaubrun, Villars, la Ghana, Quartier-Gaillard, le 
Gluzel), 825.000 tonnes. 

Les concessions réunies de Montrambert et de lia Béraudière, 
726.000 tonnes. 

La Société des Houillères de Saint-Etienne (concessions du 
Treuil, de la Roche, de Bérard, de Méons, de Gôte-Thiollière, 
de Ghaney), 668.000 tonnes. 

Le groupe des concessions fusionnées dé la Gompagnie 
P.-L.-M. sous le nom de la Talaudière-Ghazotte, 239.000 tonnes. 

La GompagTiie de la Péronnière (Plat-du-Gier, Gomberigol, 
La Péronnière), 111.000 tonnes. 

La Gorapavgnie de Villebœuf (concession de Villebœuf), 
77.000 tonnes. 

La Gompagnie de la Hautc-Gnppc (La Faverge, Le Ban, 
Gollenon, Gorbeyre, La Oappe, Assuilly), 61.000 tonnes. 

La concession du Gros, à MM. de Rochetaillée, et dont le 
directeur était M. Desvignes, 61.000 tonnes. 

La Société des Mines de Janon (concessions de Terrenoire et 
de Janon), 27.000 tonnes. 

La Société de Saint-Ghamond (concession de Saint-Ghamond), 
dont le directeur était M. Duc, 16.000 tonnes. 

La Société des Houillères de Rive-de-Gier, en liquidation 
depuis 1912, figure dans la statistique de 1913 pour 9.700 tonnes 
(concessions de Gra.nd'Groix et de Lorette) (l). 

La concession des Grandes-Flaches, h MM. GossaïUge et Des- 
chanel, pour 3.931 tonnes (2). 

La Société du Ban-Lafaverge, directeur : M. Gira.rd-Teillard, 
en liquidation, figure (concession de la. Faverge) pour 2.958 
tonnes ; la. concession de Graveucind, exploitée par MM. Richier 
et Brailly (3), pour 2.894 tonnes ; la concussion de Gombeplaine, 
à M. Louis Jay, pour 2.978 tonnes. 



(1) La ooncession de Lorette était achetée par -MM. Arbel, Cossange 
et Deschanel {Indicateur de St-Etienne). 

(2) Cette concession, avec celles de la Catonnière, Frigeiin, Verrerie 
et Chantegraine : M. Valluy, directeur {Indicateur de St-EtJenne). 

(3) MM. Dubuis frères et Cie {Indiratcur <lf s>iini-l-:ii(>iiiir). Les mines 
du Ban-Lafaverge fnrent exploitées i>ar la Cunipagiiie de la Haute- 
Cappie, à partir du 1^'' juillet 1013. 



— 861 — 

Venaient enfin : la concession de Trémolin, exploitée par 
MM. Gardon frères : 1.002 tonnes ; la concession du Gourd- 
Maiin, à MM. Monnet et Terrât (i), 928 tonnes ; la concession 
(ju Mouillon (propriétaire M. Balp), 368 tonnes ; la concession 
de Grozagaque, exploitée par MM. Robert frères & G**' (2^, 
l'S) tonnes ; là concession du Gouloux, exploitée par M. Per- 
riiichio c^), 408 tonnes ; la concession de Montbressieu, par 
MM. IMaiiL't et Ro])ert (4), 170 tonnes. 

Les noms précédents, relevés sur le rapport de l'Ingénieur 
en chef, indiquent les exploitants, qui peuvent n'être pas des 
concessionnaires. 

Cinq des concessions précédentes avaient été mises en chô- 
mage au cours de l'^année 1913 : Grand'Groix, Lorette, Mouillon, 
Grozagaque et Montbressieu. 

Vingt concessions étaient en chômage avant 1913 : Unieux et 
Fraisses (Aciéries de la Marine), La Porchère (Houillères de 
Rive-de-Gier), Reveux et Ronzy (Houillères de Saint-Eficnno). 
Monthieux (Mine aaix Mineurs), Baraillère (Tardy), Sibertièro 
(Bonnet), Saint-Jean-Bonnefonds (P.-L.-M.), Montagne-du-Feu 
et Verchères-Féloin (Villemagne), Verchères-Fleuirdelix (Ro- 
l)orf frères et Gagne), Gombes-Egarande (Rousset), Gouzon 
fl'ond), Sardon et Martoret (Houillères de Rive-de-Gier), 
Tnitar,!- .In peaux). Pomme (Gomet), Gatonnière, Frigerin, 
X'cfivfii', Ghantegraine (Valluv). 

('<s concessions étaient en majorité (hi groupe de Bive-de- 
^'•i<'''- l^a piodiiclioii do c^ groupe ne i-('prcs(Mit;iil (pic lMH.OOO 
♦"MiH's, doiil I I 1.1)0(1 pour |;i P("ioiini('rv et 61.0(K) pour la Haute- 
'"appc, r( celle di, uniiipc de Sai]il-Kf ienne 3.500.000. 

I *!!<»(. i;i:s Di: i/kxim.oitation. Imi JDOS, an Gongfès dv l'Tn- 

diislfie luifK'rale ;i S.iinl l'itieniie, M. Sie-lei', pi-of(\^s«Mii' à 
' l''<"<»i'' de> Mille-, fil lin exposé du di-veloppcment de Texploi- 
♦ dieiii d;iii- le });i-:siM de la l>oire depuis |S,^.^. d;i(<' de l.i ciini ( h m 
de la SociéLô de riiidiislric iiiiiiér'ale. Si on laisse de (-((U; (os 



(1) MM MmilMl .1 0,'M.iiiirt lin//r,,lrn, <l,- ^ I .l- I j rn 1 1 r\ , 

f') '.'"/.i ;iM"'' '■! !'■ M'HiiIImii ; MM |;M|,rit Imt,. Imlnuurtir ,lr >'. 

(:?) M. I';iivl hnln ,ltrii, ,1, -/ ///,■///- 

{'*■ MM. I;-Im I! Iirn - l,,il,r,,lrii, ^Ir W Ilirnnr). 



— 862 — 

questions de ventilation et de lutte contre le grisou, les grandes 
lignes de la plupart des méthodes actuelles d'exploitation étaient 
tracées dans les premières années de l'existence de cette Société : 
enlèvement méthodique du gîte pair tranches horizontales ou 
par tranches inclinées, divers degrés soit dans l'importance 
du traçage, soit dans la largeur des chantiers depuis le système 
de dépilage par galeries successives jusqu'à l'emploi des graindes 
tailles à progression continue. 

L'' ancienne tradition consistait à cheminer à l'aventure dans 
les parties les plus riches de la couche, soit de niveau, soit 
suivant le pendage, ou à effectuer de grossiers quadrillages en 
abandonnant des piliers plus ou moins irréguliers, ou encore 
à créer de vastes chantiers d'éboulement, ou à exploiter par 
étages horizontaux successifs non contigus en abandonnant des 
piliers dans ces étages et la totalité des étages intermédiaires. 

Bien avant 1855, la nécessité' du remblayage dans les couches 
puissantes commença à se faire sentir. A Rive-de-Gier, les 
premiers essais dataient de 1815 à Egarande et au Sardon, avec 
des remblais obtenus au moyen de chambres d'éboulement 
souterraines dans les quiartiers stériles. A Montrambert, o-n des- 
cendait régulièrement les remblais du jour depuis 1840. 

La grande taille à progression continue date de 1848 à Mont- 
rambert. Depuis 1860, on a simplifié le réseau de traçage, on 
a généralisé les grandes tailles, oià le rendement de l'ouvrier 
est meilleur, on a réalisé un déhouiillement de plus en plus 
complet et un remblayage de plus en plus efficace. 

L'abatage n'a pas subi de modification notable. Le tirage 
à la poudre était courant en 1855. Pour le boisage on employait, 
comme aujourd'hui, les cadres dans les avancements en galerie. 
Ce qui est plus récent, c'est l'emploi de cadres à plusieurs 
supports et à chapeaux. 

Pour le roulage, Rive-de-Gier employait, depuis 1851, le 
chemin de fer souterrain. 

Pour l'extraction, on commençait en 1848 à se servir de gui- 
dages pour empêcher le ballottement des charges. Les cages 
guidées, avec plancher, datent de 1858. Les câbles firent l'objet 
de multiples communications à l'Industrie minérale. 

Comme machines d'extraction, on employa longtemps les 
machines à un cylindre et à engrenages. La machine horizon- 



— 863 - 

tàle ou verticale, à deux cylindres et à commande directe, fut 
introduite en 1856. A cette époque, les machines d'épuisement 
souterraines n'étaient pas complètement inconnues. 

L'aggloméiration des menus avait été inaugurée par Marsais 
en 1842. 

La carbonisation, en 1855, produisait 355.000 tonnes de coke. 

C'est du côté de la ventilation et du grisou que les exploitants 
de 1855 étaient les moins avancés. Les premiers ventilateurs 
mécaniques furent introduits à la Chazotte en 1865. Pour l'é- 
clairage, on ne se servait que de la lampe Davy, bien que la 
lampe Mueseler fût connue. En 1907, on employait les lampes 
« cuirassées » Marsaut, Fumât, Wolf. 

La transformation des procédés d'aérage se produisit après 
les grandes catastrophes du grisou et grâce aux travaux de la 
Commission du grisou, publiés en 1882, aux travaux de 
M. Murgue sur la résistance des galeries et l'adaptation du 
ventilateur à la mine, aux appareils de ventilation susceptibles 
de fournir un grand débit sous une grande dépression, sans 
augmentation exagérée de dimension, appareils dont les plus 
répandus furent créés dans la Loire ^Râteau, Mortier), à l'amé- 
nagement préalable de galeries d'aérage de grande section et 
souvent de grande longueur entre les puits d'entrée et de sortie 
d'air, à l'emploi de l'air comprimé actionnant de petits venti- 
lateurs secondaires au fond, aux recherches de M. Paul Petit 
sur l'exécution des travaux préparatoires des mines à grisou. 

Des mesures de précaution minutieuses et méthodiques, par- 
ticulièrement étudiées à Firminy, ont notablement diminué la 
probabilité des inondations causées par les coups d'eau. 

Deux services paraissaient à la veille d'une transformation 
radicale : l'abatage et le remblayage. 

Le havage mécanique avait donné ]>eu de résultats satis- 
faisants, mais, en 1908, on poursuivait les essais au moyen de 
marteaux perforateuirs pour le creusement des coups de mine 
ou de marteaux piqueurs pour l'i^ihatage direct do la houille, 
les uns et les autres actionnés par l'air comprimé. 

Fie remblayage hydraulique ne donnait lieu' encore, en 1908, 
([u'à des applications très limitées. « La valeur thwrmr dv 
charbon (iii'i sithsisir Kl, //s Jfi rilîr dr Sn'nitV.t'irtmc serait un 



— 864 - 

motif suffisant pour chercher radiaptation d'une méthode per- 
mettant de l'extraire sans danger pour les constructions de la 
surface. » 

La généralisation de remploi de l'électricité dans les mines 
était un des plus grands progrès réalisés dans la période que 
nous étudions. 

L'hygiène du mineur enfin laivait été transformée. 

A l'Exposition de Lyon en 1914, le feu détruisit le pavillon 
des mines. Mais le rapport de la section IV, rédigé par 
M. Gabaud et publié en 1916, conserve le souvenir des objets 
exposés. Deux grands tableaux montraient le poste central de 
sauvetage créé par le Comité des Houillères de la Loire, poste 
où l'on dressait à l'emploi des appareils respiratoires deux 
équipes de quinze hommes, toujours prêtes à renforcer les 
équipes spéciales des exploitations. 

Le Comité exposait aussi le fameux plan avec coupe géolo- 
gique sur verre du bassin houiller de la Loire, de M. Perrin, 
géomètre en chef des Houillères de Saint-Etienne. Il faut 
déplorer que l'incendie ait détruit cette image fidèle et frap- 
pante de notre bassin houiller et qu'on expose des exemplaires 
scientifiques uniques de cette valeur dans des constructions 
aussi légères que les bairaquements d'exposition. 

Les Compagnies de la Loire, de Roche-la-Molière, de Mont- 
rambert, de Saint-Etienne, de la Péronnière, de VilleboB'Uf, de 
la Haute-Cappe prenaient part à l'Exposition. Les quatre pre- 
mières publièrent des notices, analysées dans le rapport du 
Jury et auxquelles je ne puis que renvoyer, les descriptions 
techniques, comme celles de l'aménagement des puits par 
exemple, n'étant pas résuimables. 

Ces documents présentent un intérêt plus grand que ceux des 
Expositions précédentes, car il n'y aura plus de longtemps 
des Expositions, comme on en a tant vu depuis un demi-siècle. 
Ensuite l'Exposition de Lyon a fixé l'état de l'industrie au 
moment de la déclaration de, guerre. 

Statistique générale. — De 1900 à 1913 inclusivement, le 
maxiinjum de la production a été atteint en 1900 (3.946.000 
tonnes) et le minimum en 1902 (3.043.000 tonnes), année 
marquée par une longue grève générale. Si l'on fait abs- 
traction de l'année 1902, à cause de la grève, l'année la 



- 865- 

plus faible a été 1904 (3.524.000 tonnes). Je mniène les compa- 
raisons suivantes auix deux termes extrêmes de la période : 
1900 et 1913 et à Tannée 1904. L'année 1913 a été la dernière 
année industrielle normale. Le cadre des lapports des Ingé- 
nieurs en chef changeant avec la nomination d'un nouveau 
titulaire, les 'mêmes éléments ne se retrouvent pas à deux 
époques différentes. 



Production totale de la 
houille (i) 

Production du coke 

Production des agglomérés. 

Valeur totale des produits 
extraits 



Nombre d'ouvriers 

Salaire journalier moyen 
(fond) 

Salaire journalier moyen 
(jour) 

Consommation d'explosifs. 

Fraction de la production 
brute passant au lavage. 



3.946.000' 
119 332» 
197.555' 

71.250.000f 

19.798 

5 fr. 21 

3 fr. 78 
159.455 kg. 

24,3 «/o 



1904 



3.524.000' 

80.846 t 

213.588' 

61.714.000^ 
18.934 

4 fr. 90 

:\ fr 57 
144.101 kg. 

29,9 'V.. 



191S 



3.775.000' 
169 234'0 
233.720 t(») 

72.442.000 f 
19.679 I*) 

5 fr. 5 1 

4 fr. 07 
178.813 kg. 

350/0 



Accidents (Nombre total) 


lîXIO 


l'JOl 


iyi;i 


5.212 
27 

300 ' 
l'.l!» • 
(lliili iiiilii|iir 
i8fr. (ir. 


4.618 
P.) 

282 ' 
isr. ' 

15 fr. S'.) 

j] fr. ::. 


1.823 

IS 

30 i' 

l'H ' 

P.» Ir. 19 

21 ïv. rJ 


— (Nombre de tués) 


Production individuelle (fond) 

Annuelle (fond et jour) 


Prix moyen des charbons extraits. . . 
Prix moyen de vente au commerce. . 



]('^ i|i;mimi(k il ;i II -1 1 inni'S cii cnki'-- ri en ;i u.l; '< 'ini' 
' .' Don! : Cl,' i\i' I!, ,Im' |;i Mnlirrr .'.O.'.s'^ ; Ci, 

ll'il||||,.|,' ,|r St l'.IIrlilH. 'f'.<M-4>. 



I >■ cnliiplt'liaill 
l.l Lnllr C, ■>■?:. . 



Cl I 



!'■ 'i' ' :. 'I.' I:i '■'■lollllir'lM' S0.787 : llMiiill.Mrs ,1,. st l'.llrlll 

"' :<' ;n> \ .llfli«ciir ' 1; il,- 1,1 M.iiifiv is.<.n;:; 

c- ( M' ■ ;. 



I)"iit li-' h,' l;i \|,.iM'i.- ', .,:;' 1,1 I . \|.-!,'i,.iii|., 1 1 :; ,;:o 

Siiiiii 1 ,1 i.'iiii- .; 1.1. 1 ( Il , /, ,1 1,- I lu ; , I '- I , : , \ ■ !"i ,ii .,, ;. - 

Oi-iii. 1.1,1 ,1 M, \ iIi.'Ihi'iii ) ;, :,i ( < ■ 



— 866 — 

J*ai indiqué pour 1913 et les années précédentes les prix de 
vente moyens pour les principales Compagnies, et, en 1914, les 
prix des différentes qualités. Aucune publication ne conserve 
les prix par qualités à des époques différentes, comme le faisait, 
avant 1896, le Bidletin de V Industrie viinéTale. 

Dans ce Bulletin, en 1909 (p. 19), M. Siegler a décomposé le 
prix de revient par tonne dans la même concession en 1855, où 
il était de 7 fr. 62., et en 1907, où il était de 13 fr. 81. L'aug- 
mentation portait sur la plupart des articles. Elle était parti- 
culièrement sensible sur certains d'entre eux, comme les 
fournitures de bois. 

M. Siegler ajoute que le prix de vente en 1855 dans le groupe 
Saint-Etienne était de 11 fr. 60 pour la houille vendue au 
commerce, et de 10 fr. 54 si l'on tient compte des quantités 
consommées par les mines ou carbonisées. En 1907, pour l'en- 
semble du bassin, le prix global était de 17 fr. 90. 

Le salaire, en 1862, était de 3 fr. 60. En 1907, il était de 
5 francs, toutes retenues légales déduites. 

J'ai exposé la crise de l'appirentissage (voir le chapitre sur 
le régime des ouvriers mineurs) et cité les coefficients d'insta- 
bilité en 1900 et 1913. Il faut devenir mineur jeune. Or, les 
jeunes gens ne descendent plus dans la mine qu'en petit nombre. 

La distribution des combustibles de la Loire en 1900 et 1913, 
limitée aux départements et pays indiqués dans le rapport de 
l'Ingénieur en chef pour 1913, était la suivante : 

1900 1913 («) 

Loire. . 1.524.000 tonnes 1.163.000 tonnes 

Rhône 1.015.000 -- 925.000 — 

Isère 366.000 — 247.000 — 

Saône-et-Loire. . 116.000 — 129.000 — 

Suisse 87.000 — 111.000 — 

Itahe 26.000 — 40.000 — 



(1) Statistique de VIndustriie minérale, 

(2) Rapport de l'Ingénieur en chef (la Statistique de VIndustrie mi- 
nérale n'indique plus, depuis 1913, la distribution des combustibles de 
chaque bassin). 



- 867 -- 

La consommation des combustibles par départements a été 
supprimée de la Statistique de V Industrie minérale, à partir 
de 1913 inclus, comme n'offrant pas assez d'intérêt. 

Le total de la consommation du département en 1900 repré- 
sentait 1.630.000 tonnes et la valeur 31.438.000 francs sur le lieu 
de consommation (19 fr. 28 la tonne). 

En 1913, les charbons de Saint-Etienne ne représentaient que 
25 % des charbons consommés par Roanne, qui était alimentée 
par Saône-et-Loire et Allier. Roanne consommait même 19.000 
tonnes de charbons belges, anglais ou allemands. Les charbons 
débarqués par le canal représentaient 127.000 tonnes, les 
charbons embarqués par le canal 5.000 tonnes (i). 

La production de la houille en France était de 33 millions de 
tonnes en 1900, de 41 millions en 1912. 

l^ consommation était de 48 millions de tonnes en 1900 et 
de no millions de tonnes en 1912. 

L'importation était de 16 millions de tonnes en 1900 et de 
20 millions de tonnes en 1912. 




(1) nnpi^oit (le rhiLTiiiciir m chef. 



CHAPITRE X\ II 



RÉGIMES DES MINES ET DES MINEURS 

ET SITUATION GÉNÉRALE PENDANT ET DEPUIS 

LA GUERRE (1914-1921) 

1914 

(Cinq derniers mois) (^) 




OUR l'ensemble de Fannée 1914 la production fut 
de 3.329.000 tonnes, dont 1.167.000 tonnes seu- 
lement pour le second semestre, diminution 
amenée par les vides causés par la mobilisation. 

Le premier semestre avait étéi affecté par deux 

grèves. 

Production du coke (ensemble; de l'année) : 138.000 tonnes ; 
des agglomérés : 169.000. 

Le rendement des ouvriers réfugiés ou étrangers, embauchés 
pour remplacer les mobilisés, fut en général inférieur à celui 
de ces derniers. Seuls, les mineurs appartenant à l'armée terri- 
toriale, à sa réserve on aux services auxiliaires avaient bénéficié 
d'un sursis d'appel. 

La presque totalité de la production fut réquisitionnée pour 
les chemins de fer, pour les établissements de la Défense natio- 
nale et aussi pour approvisionner les départements voisins (^). 
La réquisition totale cependant n'intervint que plus tard. 
Jusque-là, La métallurgie dut s'approvisionner par entente avec 
les mines. La pénurie de houille pour les usines motiva des 
inquiétudes. 



(1) Pour les sept premiers mais, voiir pag« 853 

(2) Mémorial de la Loire, 25 décembre 1914. 



- 869 



1915 



Production : 3.286.000 tonnes. 

Production dui coke : 138.000 tonnes ; des agglomérés : 209.000. 

La production de la houille était inférieure de 11 % à celle 
de 1913, c'est-à-dire à la production normale. On aurait pu 
craindre une diminution plus grande. L'arrivée des mineurs du 
Nord (1), d'abord ,app)elés sous les drapeaux, puis mis en. sursis, 
et le recrutement de la main-d'oeuvre étrangère permirent 
d'éviter ce résultat. 

La liberté des prix de vente fuit supprimée le l*' juillet 1915. 
A cette date, les exploitants s'engagèrent à ne pas faire de 
hausse, sauf en cas d'a.ugmentation notable du prix de revient 
et avec l'agrément du Ministre des Travaux publics. 

A fin décembre 1915, par rapport à 1914, la hausse moyenne 
du prix de vente était de 4 fr. 50 environ par tonne. Les prix 
des matières premières avaient augmenté (20 % sur les ma- 
tériaux de construction, 70 % sur les métaux, 30 % sur les 
bois). 

Les salaires continuaient à être réglés par la convention du 
10 juillet 1913. En conséquence, à partir du l*"" juillet 1915, 
ils furent augmentés de fr. 15 par journée, en raison de la 
hausse des prix de vente. Par suite des heaiires supplémentaires, 
les gains journaliers augmentèrent notablement. L'application 
(le la loi de huit heuires fut suspendue. 

Par suite de l'apport de la main-d'œuvre étrangère et de 
celle des prisonniers de guerre, l'effectif du personnel se rap- 
prochait de la normale (20 à 21.000). 

Il y avait [>énurie de matériel pour l'expédition des charl)ons 
et le transport des matières premières (bois pour les soutè- 
nements, etc.). 

Au mois de novembre, une Société anonyme des Houillères 
de Dargoire, au capital de 40.000 francs, fut constituée pour 
la recherche de la hoiiiille dans la concession de Tartaras et d(! 
Saint-Jean-dc-Toulas, l'achat et l'exploitation de cette con- 
cession, et éventuclh^Tncnt, l'obtention et rex[)l()itation d'autres 



(1) MémoTiiii (Ir la I.olre, fi janvier 1915. 

se 



- 8?0 — 

mines. Le fondateur et l'un des premiers administrateurs étjadt 
M. Ghappard, constructeur-mécanicien à Saint-Etienne (i). 

Vers la fin de l'année, l'élévation du prix des combustibles 
aui détail dans toute la Fnance fit proposer la création d'un 
Office central de répartition au Ministère des Travaux publics. 
M. Durafour, député de la Loire, déposa un rapport sur ce 
projet. A Saint-Etienne, les charbons domestiques, vendus de 

3 fr. 75 à 4 fr. 70 les 100 kg. en 1913, coûtaient, fin 1915, de 

4 fr. 50 à 5 fr. 70. A Paris, le prix de la tonne était monté de 
75 ou 80 francs à 120 ou 130 francs. En Angleterre, les prix du 
charbon à la mine étaient montés de 13 francs à 23 et 25 francs, 
le Gardiff de 25 à 37 francs, le fret pour nos côtes de l'Océan 
de 6 francs à 30 et 45 francs, et, pour la Méditerranée, de 
10 francs à 50-55 francs. Le long stationnement sur les navires 
en attendant le déchargement, l'éléivation du change portaient 
le prix de la tonne anglaise de 30 à 70 francs et même davantage. 
Pour les livraisons au détail, la bonne main-d'œuvre était in- 
trouvable. Les chevaux et leur alimentation avaient doublé de 
prix. La hausse de 10 francs par tonne dans la vente au détail, 
à Saint-Etienne même, n'avait rien que de très naturel P). 

Un décret du 20 avril 1915 prorogea les délais pour les re- 
cherches minières. La loi du 17 août 1915, dite loi Dialbiez, sur 
la répartition et l'utilisation des mobilisés et des mobilisables, 
fut suivie d'une instruction du 18 septembre concernant les 
houillères, et d'une instruction du 19 septembre pour les usines 
de l'armement. Les hommes ayant justifié de l'exercice de la 
profession de mineur pendant six mois au moins pouvaient 
être laiffectés aux exploitations. Geux qui, sans réunir cette con- 
dition, y étaient détachés, pouvaient être maintenus sur l'avis 
d'une Gommission mixte, présidée par l'Ingénieuir en chef ou 
son délégué. 

L'exportation de la houille et du coke fut prohibée à dater 
du 7 septembre, par le décret duj 3 septembre 1915 et sauf 
autorisation spéciale. 



(1) Loire républicaine, 19 novembre 1915. 

(2j Voir, dans la Triburue, journal die Saint-Etienne, des 13, 15 et 
23 décembre 1915, un extrailt du rapport de M. Durafour et les polémi- 
ques auxquelles donnèrent lieu les affirmations qui y sont contenues. 



871 — 



1916 



Production : 3.603.000 tonnes. 

Production du coke : 193.000 tonnes ; des agglomérés : 237.000. 

La production de la houille était supérieure de 316.000 tonnes 
à celle de 1915, mais inférieure de 41.000 tonnes à celle de 1913, 
dernière année normale, toujours à cause de l'insuffisance de la 
main-d'œuvre. Cependant, aux mobilisés renvoyés à la mine 
et aux prisonniers de guerre, les Compagnies avaient adjoint 
des Espagnols, Arabes, Marocains, etc.. Ce personnel, recruté 
en abondance et amené à grands fmis, se montrait très instable. 
Malgré les engagements pris, beaucouip de ces ouvriers 
quittaient la mine pour aller travailler dans les usines ou pour 
émigrer dans d'autres régions. Mal entraîné, d'ailleurs, à un 
travail régulier, ce personnel ne donnait qu'un rendement très 
faible. 

Le manque d'éitais pour les travaux souterrains entravait aussi 
la production. Dépourvues de bois de mines, les exploitations 
houillères vivaient au| jour le jour. 

La production fut absorbée par les réquisitions et les usines 
de l'Armement. Le surplus était très souvent insuffisant pour 
pourvoir à la consommation privée. 

Une loi du 22 avril 1916 permit au Ministre des Travaux 
publics de taxer les charbons, soit sur le carreau de la niiuc, 
soit à l'importation, de taxer également le fret d'Angleterre en 
France sous pavillon national, d'exercer le droit de réquisition 
pour l'approvisionnement de l'industrie privée et de la popu- 
lation civile (1). 

Un décret intervint, le 27 mai, pour les frets ; des airrêtés, les 
31 mai, 15 et 29 juin pour les charbons importés, le 8 août poui 
If's f'li;irl)()ns importés et les charbons français. Le chaihon de 
S;iinM;f icfinc fut taxé de 31 à 47 fr. 50 la toruu», suivant (iiiali- 
'• ; I' ( h.iihon de Rive-de-Gier, de 35 à r)() francs. 

l-i II iM.se des prix, en 1916, fut de 4 fr*. r.o |>ar tonne, ce (pii 
(M»rlait a, '.) francs ]>ar wagon, à la nnnc, la hausse tola.Ui 
nioycrint' pai* i-ai)|H)it a, l'.)i4. 



M l,;i riil,n/,r dr- ', |;iii\if] l'Mf, r| p^iir •ii,\:i!il. :i iv| ir. mI ii 1 1 I,' 1. 
(liscoins (le M. DiiLifiMir a^'imtc, dati^ |;i d iscii.ssioii dr .rit,, hd, 



— 872 — 

Les prix des matières premières avaient augmenté, pair 
rapport à 1914, de 70 à 80 % pouo* les métaux, de 100 % pour 
les bois de mines. 

Les ouvriers continuèrent à accepter sans résistance les heures 
de travail suppliéimentaires qui leur étaient demandées. Un 
accord fut conclu, le 29 avril 1916, devant le Préfet par les Di- 
recteurs des Compagnies et la Fédération des Mineurs. A partir 
du 1®*" mai 1916 et jusqu'aui dernier jour du sixième mois qui 
suivrait la cessation des hostilités, les mineurs recevraient : 
1" une allocation de fr. 50 par journée de travail pokr tous 
les ouvriers (femmes et enfants compris) de l'intérieur et de 
l'extérieur ; 2" une gratification de fr. 10 par journée de 
travaiil pour chaque enfant de moins de treize ans, à tout chef 
de famille ne recevant pas pour ses enfants l'allocation mili- 
taire on l'allocation des réfugiés. La Préfecture espérait que le 
prix de la vie ne s'aggraverait pas au point qu'il faille s'en 
préoccuper aijne nouvelle fois pour la corporation minière (ij. 
Le 11 juin 1916, les mineurs, dans une réunion à la Bourse du 
Travail, en regrettant que l'augmentation n'ait pas été plus 
grande, s'engagèrent « à continuer à faire touit leur devoir 
envers la Nation, à leur poste de travail qui, pour eux, est 
leur poste de combat (2; ». 

Le 6 décembre, les mineurs présentaient une nouvelle de- 
mande d'augmentaition de fr. 75 par journée, à cause de 
l'augmentation du prix de la vie et de la majoration des 
charbons, survenoie en août 1916. Une première demande, le 
23 août, n'avait pas été admise (3). 

Au mois de janvier 1916, un Congrès national des mineurs, 
aul sujet de l'application de la loi des retraites, fut convoqué 
à Paris. 

Je renvoie, pour les observations techniques, au rapport de 
l'Ingénieur en chef. 

La demande de concession de mine de charbon dans la région 
de Mions (Isère), déposée le 22 juin 1914, était encore soumise 



(1) Communication à la Presse [Mémorial du 30 avril 1916). 

(2) Tribune, 12 juin 1916. 
(3} Ibid., 11 décembre 1916. 



— 873 — 

à l'enquête réglementaire. Le maire de Lyon, M. Herriot, de- 
mandait que cette piM>cédure fût activée (i). La houille « était 
aux portes de Lyon », mais Lyon manquait de houille parce 
qu'en guerre on appliquait les formules administratives du 
temps de paix. 

Un décret au 3 juin 1916 réduisit les périmiètres des con- 
cessions de Ternay et de Communay (Isère). 

La loi de finances du 30 décembre 1916, art. 7, doubla les 
taxes de lia. redevance des mines. 

Une circulaire du 21 février 1916 modifia la procédure insti- 
tuée par la circulaire du 8 octobre 1915 pour la miise en sursis 
d'appel des ouvriers mineurs. 

Dans le second semestre, le Comité des Forges de la Loire 
organisa un service d'importeiition de charbons anglais dont la 
Compagnie des Aciéries de la Marine centralisa les éléments, 
la comptabilité et les mouvements de caisse, très considérables. 
En cours d'année, le Comité prit en location des sections de 
camions automobiles prêtés par l'Etat, pour son approvision- 
nement aux mines de la Ivoire. En fin d'année, il se préoccupa 
de l'importation des charbons américains, à oauise de la diffi- 
culté de se procurer des charbons anglais. 

1917 

Production de la houille : 4.530.000 tonnes. 

Production» du coke : 253.000 tonnes ; des agglomérés : 158.000. 

On remit en activité des concessions inexploitées : en 1915, 
la F^araillère, exploitant : M. Tardy ; en 1916, Monthieux, à 
MM. de Rœhetaillée ; le Reclus, exploité par la Société des 
Mines du Reclus ; en 1917, Reveaix par la Société des Houil- 
lères de Saint-Etienne ; Crozagaque et le Mouillon [>ar la 
Société nouvelle des Charbonnages du Gier ; Coulouix h. 
M. Hercelin ; Trémolin à. M. Gardon ; Tartanis et Saint-.Jean-de- 
Touhus k M. Verney ; Combes et Egarande à MM. Guillot & C'^ 

Viir contre, la Favergc (Société de la Hauite-C^apîTo) était mise 
OUI chômage en 1917 ; le Couloux, Trémolin, Gourd-Marin 
l'avaient été en 1914. 



(1) N(nn rin ir ^Ir I >inït, 24 aoûl, |!)I0. 



— 874 — 

Il fallait du charbon, on en glanait dans les antiques mines 
ril)andonniées. Les voyageurs voyiaient avec surprise o^ivrir des 
fendues jusqu'aui bord des routes. Des chevalements de mines, 
en lK>is, d'une architectuire sommaire et primitive, s'élevaient 
sur les coteaux. On était étonné de voir le précieux combus- 
tible extrait d'affleurements jusque-là dédaignés. 

Ce fuirent naturellement les grandes Compagnies qui augmen- 
tèrent de beaucoup la production : Roche-la-Molière i. 085.000 
tonnes, au lieu de 895.000 ; Montrambert 882.000, am lieu de 
683.000 ; la Loire 1.007.000, au lieu de 746.000 ; les Houillères 
de Saint-Etienne 913.000, au lieu de 742.000 ; Monthieux, le 
Reclus, Grozagaque et le Mouillon, Gouloux, Trémolin, Tartaras 
et Saint- Jean-de-Tou las donnèrent près de 5.000 tonnes, dont 
3.600 pour Monthieux, 880 pour le Reclus, 323 pour Grozagaque 
et le Mouillon. La Baraillère, Gombes et Egarande figurent par 
des guillemets dans la statistique. Reveux est compris dans la 
production des Houillères de Saint-Etienne. 

Gette surproduction de 927.000 tonnes, réclamée depuis 
longtemps par les besoins de la Défense nationale — le Nord 
était envahi ou sous le feui de l'ennemi et les navires char- 
bonniers anglais décimés par le torpillage — fut réalisée grâce, 
à un afflux suffisant de main-d'œuvre, à un régime régulier 
d'heures supplémentaires, à l'ajournement des travaux neufs 
qui pouvaient attendre la fin des hostilités. 

L'effectif a^tteignait 25.842 ouvriers, dont 16.990 à l'intérieur, 
soit 6.163 ouvriers de plus qu'en 1913. 

Le prix de toutes les matières premières consommées par les 
mines ayant augmenté considérablement et les salaires ayant 
augmenté aussi, l'appirovisionnement n'ayaint pu se faire qu'avec 
de grandes difficultés, les prix des charbons furent revisés trois 
fois au cours de 1917, par des arrêtés ministériels : 

1" Le 20 janvier pour le bassin de Samt-Etienne et le 4 mars 
pour la Haute-Gappe et la Péronnière : 1 franc de majoration 
par tonne ; 

2" Le 22 novembre 1917 pour les livraisons faites depuis le 
l*"" octobre : majoration de 1 franc à 2 fr. 50, suivant les Com- 
pagnies ; cette majoration était portée à 6 francs pour Vil- 
lebœuf ; à 4 francs, puis à 7 francs pour Janon-Terrenoire 
(31 décembre). Ges majorations se superposaient aux prix des 



~ 875 — 

boulets et briquettes, majorés eux-mêmes de 4 francs et de 
t5 francs. Le Ministre, après s'être renseigné sur les prix de 
revient des différentes mines, accordait des augmentations 
variables de T'ume à l'autre. 

3° Le 31 décembre 1917, majoration nouvelle de 1 franc pour 
Roche-la-Molière, de 2 francs pour le Gros. 

Pour les exploitations produisant mensuellement moins de 
1.000 tonnes, une xlécision du 10 novembre autorisa l'Ingénieur 
en chef de l'arrondissement minéralogiquie à relever les prix 
de 6 francs au maximum, 10 francs pour les agglomérés. Une 
décision du 5 janvier 19'18 autorisa une nouvelle majoration 
de 3 francs. 

Une circulaire ministérielle du 29 avril 1917 organisa un 
Comité de répartition pour régulariser et contrôler les ventes. 
Ce Comité était présidé par l'Ingénieur en chef et se réunissait 
à la fin de chaque mois. Chaque Compagnie continuait à re- 
cevoir directement pendant le mois les commandes de ses 
clients. Le Comité comparait tous les programmes de livraisons 
et les modifiait au besoin. Les livraisons n'étaient effectuées 
qu'après ce contrôle. 

A la date du l^'" août 1917, le Ministère de l'Armement et des 
Fabrications de guerre org^anisa, en remplacement de ce sys- 
tème de répartition régionale, un organisme à plusieurs 
échelons ayant à sa tête le Bureau national des Charbons, qui 
fixait, pour chaque collectivité, un contingent de charbons à 
provenir d'un arrondissement ou de plusieurs arrondissements 
minéralogiques déterminés. L'Ingénieur en chef, ayant sous ses 
ordres un Bureau régional, désigrnait les mines livnancières. La 
collectivité passait les ordres de livraison aniK mines ix)ur 
chaque consommateur. Ces collectivités répartitrices étaient 
les suivantes : 

i" Pnéfets (Office départemental des charbons) pour le chauf- 
fage domestique, les services publics, hi petite et moyenne in- 
dustrie, le petit et moyen commerce (consommation mensuelle 
(le moins de 20 tonnes) ; 

2*^ Chambres de Commerce, pour la grande industritî vi le 
grand commerce (consommation mensuelle de 20 tonnes et au- 
dessus) ; 



- 876 — 

3° Groupe Intendance-Santé (fournisseurs de ces deux ser- 
vices) ; 

4" Groupe de l'Armement (usines traviaillant pour la 
guerre) (i) ; 
5° Intendance (Hôpitaux et Corps de troupe) ; 
()" Usines à gaz et usines productrices d'électricité' ; 
7" Navigation et routes ; 

8° Chemins de fer et usines productrices de coke (alimentés 
sur ordres directs du Bureau national). 

Les prix des charbons destinés à l'industrie (sauf la petite 
industrie) furent majorés d'une taxe de péréquation de 20 à 
35 francs par tonne, suivant le département, ou profit d'une 
Caisse nationale gérée par rAdministration des Chemins de 
Fer de l'Etat. Cette taxe avait pour but de diminuer le prix 
de vente des charbons anglais. 

Le Préfet, M. Lallemand, prit le 3 à.oût un arrêté pour ré- 
glementer la vente au comptant sur le carreau de la mine et 
la cirouilation du charbon. A partir du 16 août, la vente était 
soumise à la formalité préliminaire d'une demande adressée 
au Maire et d'une autorisation écrite fixant la quantité accordée. 
La Municipalité de Saint-Etienne publia des dispositions en 
conséquence pour la vente des charbons destinés aiutx usages 
domestiques, dispositions qui précédèrent l'institution de la 
carte de charbon (2). 

Le système des organismes de répartition, édicté par circulaire 
du 3 juillet et par une instruction du 12 juillet diu Sous- 
Secrétariat de l'Armement et des Fabrications de guerre, fonc- 
tionna à plein à partir du l*"" octobre 1917. Il fut précédé d'un 
recensement de la consommation industrielle. Déjà un décret 
du) 22 mai avait ordonné de déclarer les stocks de plus de 
i.OOO kg. existant dans les magasins ou caves des particuliers. 
Un décret du 11 juin avait suspendu la distribution du gaz 
à certaines heures, restreint la circulation de l'eau chaude dans 
les immeubles, chargé les ingénieurs du contrôle de l'énergie 



(1) Ces groupes étaient constitués par régions militaires. La Loire 
faisait partie du Groupement XIIL 

(2J) Voir les journaux des 8 et 15 août. 



— 877 - 

électrique de rechercher les industriels qui pouvaient substi- 
tuer, sans transformation importante, la force électrique aux 
moteurs à vapeur. 

Les charbons de la Loire, par suite du nouveau système de 
répartition, furent distribués dans une vingtaine de dépar- 
tements alimentés, en partie, par des charbons d'aïutres bassins 
ou pair des charbons anglais. Les groupements des industries de 
l'Armement qui reçurent des charbons de la Loire portaient les 
numéros des régions militaires 10, 11, 13, 14, 18, 19. 

Le recensement fit connaître que les industriels de la Loire 
du Groupement 13 avaient besoin de 130.000 tonnes ; la collec- 
tivité « grande Industrie et grand Commerce », desservie par 
la Chambre de Commerce de Saint-Etienne (arrondissement de 
Saint-Etienne), de 15.000 tonnes, dont 5.000 pour les verreries ; 
le petit commerce et la petite industrie, de 3.685 tonnes, non 
compris le combustible pour le chauffage des ateliers, magasins 
et bureaux. 

Or, dès le mois de novembre, les premiers furent contingentés 
a 80.000 tonnes, les seconds à 9.000 tonnes, les troisièmes à 
2.500 tonnes. Le mois suivant, les contingents furent encore 
plus réduits (7.000 tonnes pour la grande industrie et le grand 
commerce). Il est vrai que le Bureau régional accordait quelques 
secours individuels ou allocations supplémentaires, surtouit en 
charlx>ns inférieurs. Une catégorie intermédiaire « Moyenne 
industrie et moyen commerce » (consommation mensuelle de 
in ;i :^o tonnes) fut créée ultérieurement et desservie par l'Office 
(irparfcmentail, et ensuite, à partir du milieu de 1918, par les 
(ihanibres de Commerce. 

îvcs marchands de charbons craignaient de voir leur com- 
merce supprimé. Ils servirent d'intermédiaires pour la réception 
et le paiement des livraisons attribuées à leurs clients, quand 
ceu'x-ci y consontfuent. f^s mamhands au détail furent les dé- 
posil;iiF('< (lu cluubon destiné au chauffage domestique. I^a 
(Ville (le eh;! thon délivrée par la ville de SnJni-l^tieiiiif iii(li(|iiaif, 
à C4;ttu éiHMHie, à (jiiel déixM, riiabitant devait prendre son 
charbon. 

A lilr-e de renseignement, voici la, répartition faite en dé- 
cenihrc r.d: par le Bureau ré'jional de Saint l'Jieniir, dii'iué 
i>ar le capitaine C^'ien, délégué de ringénioureii chef {\v> M nies, 



— 878 — 



des 322.000 tonnes produites mensuellement dans l'arrondis- 
sement minéralogigue de Saint-Etienne, qui comprenait alors 
la Loire et le Rhône (l) : 



1" Préfets, foyers domes- 
tiques, besoins municipaux 

2° Usines à gaz et élec- 
tricité 


Total 

par 

Catégories (') 


Dont pour le 

département 

de la Loire 


Observations 


46.100 t. 

30.545 
100.000 Ç-) 

6.720 
97.170 (») 

5. MO 

4.760 

8.590 

1.300 

200 

920 

13.070 

7.600 
350 


14.500 
4.050 

a 

» 

)) 

2.680 

990 

3.500 
800 

» 

80 

7.200 (^) 

1.900 

» 


(1) Chacune de ces 
catégories existe dans 
les 19 départements 
qui reçoivent des 
charbons de l'arron- 
dissement minéralogi- 
que. - En outre cet 
arrondissement, four- 
nit 300 t. à la Suisse et 
375 t. à Monaco. 

(2) Ces 100.000 1. sont 
réparties : 50.000 P.-l.-M. 

28.(HK) Est. 
22.1)00 P.O. 

(3) Ces groupements 
sont constitues par les 
industriels et corres- 
pondent aux régions 
militaires 10, 11,13, 14 
18, 19. Le groupement 
13 fl3« région) reçoit 
51.870 t. non compris 
ce que lui envoient 
d'autres arrondisse- 
ments minéralogiques 
et ce qu'il est autorisé 
à importer en France. 

(4) Dont 7.000 pour 
la Chambre de Saint- 
Etienne; la Chanabre de 
Roanne est alimentée 
en majorité par l'ar- 
rondissement minéra- 
logique de Chalon-sur 
Saône. 


3" Chemins de fer 

4° Industries de l'Arme- 
ment : 

Etablissements de l'Etat. 

Groupements régioiiaux.. 

Usines électriques (pour 
l'Armement) 


5° Intendance : 
Armée (troupe) et Santé 
(Hôpitaux) 


Industriels ( du Groupe 
Intendance-Sa'nté). ....... 


Battages 


Marine militaire . . 


6° Navigation 


7° Industrie et Commerce; 

Chambres de Commerce 
(grande industrie et grand 
commerce) 


Petite industrie et petit 

commerce 

Sucreries, distilleries 


322.435 t. 


35.700 t. 



L'attribution de 51.000 tonnes au Groupement XIII d^s in- 
dustries de l'Armement ne représentait qu'une partie des 
clmrbons consommés par ce groupement, qui jouait le rôle 
d'imiportateuir de charbons étrangers, achetait des bateaux, 
installait des estacades dans les ports, centralisait les paie- 
ments, etc. Le mouvement de fonds de ce groupement, géré par 
la Compagnie des Aciéries de la Marine, roula sur plus de 
150 millions. 



(1) Tableau non ofiiciel. 



— 879 — 

La répartition naturelle de la production du Bassin de Saint- 
Etienne était donc notablement modifiée par l'intervention du 
Bureau national des charbons. Les charbons convenant parti- 
culièrement à la métallurgie lui étaient réservés et expédiés 
plus loin que d'ordinaire. Ils étaient remplacés pour le chauf- 
fage domestique, dans la zone naturelle de vente du Bassin de 
la Loire, sinon dans la région houillère de la Loire, par des 
charbons particulièrement désignés pour cet usage, mais venant 
de bassins éloignés. 

Pou'r tenir compte de l'aggravation du prix de la vie, une 
convention pour les salaires fut conclue le 23 janvier 1917, avec 
rétroactivité à partir du T"" janvier 1917. Les augmentations 
suivantes étaient accordées jusqu'à la fin du sixième mois après 
la cessation des hostilités : 

1^ Augmentation de fr. 30 de l'allocation de fr. 50 ac- 
cordée le 29 avril 1916 pour tout le personnel ouvrier (0 fr. 80 
au total) ; 

2" Gratification des chefs de famille doublée et portée dès 
lors à fr. 20 par journée de travail pour chaque enfant de 
moins de 13 ans à leur charge ; 

3° Le paiement de la prime d'assiduité accordée en 1915 
(5 fr. pour l'intérieur, 3 fr. pour rextérieur) devait s'effectuer 
par quinzaine et non par mois. Cette prime était accordée aux 
ouvriers maies de plus de 16 ans qui auraient travaillé ion- 
les jours de la quinzaine précédente, sauf les jours de cliù- 
mage indiqojés par la Direction. La moitié de la prime devait 
être payée à ceux qui n'auraient manqué qu'un jour. 

A partir du l'''" juin 1917, ufne indemnité de cherté de vie de 
1 fr. 50 pour les ouvriers des deux sexes (1 fr. pour ceux de 
moins de 16 ans) fut allouée par journée de présence, quelle 
que soit la durée de la journée (accord du 28 juin). 

Ce fut — on se le rappelle — en cette année 1917 que le prix 
de la vie subit une hausse formidable, auprès de laquelle celle 
des deux années précédentes était modeste. Si on représente 
IHir i le prix de la vie en 1914, ce prix était de 1,2 en 1915, do 
1,4 en 1916, de 1,9 en 1917. Il devait atteindre 2,7 en 191S et 
dépasser 3 en 1919 (l). 



(1) nullctin du. mnUli-rc du Travail {\i\\c\o\\ 1hil\c(\n de l'Offlre du 
rrava.il), juin-a/Ofill 1919, p. 291. 



— 880 — 

Il y eut un Congrès des Mineurs à Paris, fin mars 1917. 11 
envisagea la suspension du travail — en pleine guerre ! — 
« au cas oii il ne serait tenu aucun compte de ses revendi- 
cations », qui concernaient surtout le relèvement des salaires. 
Le prix de la vie, lit-on dans une délibération des mineurs syn- 
diqués de Saint-Etienne, a augmenté de 100 à 110 %, tandis 
qjue les augmentations obtenues, toutes primes comprises, ne 
représentent que 23 '% (i). 

En novemibre, M. Duranton, secrétaire de la Fédération régio- 
nale, lançait un appel pour la formation d'une coopérative 
minière, dont le capital devait être constitué par des actions 
de 40 francs et qui devait ci^r des suoouirsales dans les localités 
ayant un Syndicat. Une autre coopé'rative se montait à Firminy, 
avec les mêmes statuts. « Il est inutile, disait cet appel, que 
nous obtenions des augmentations de salaires, si nos augmen- 
tations ne servent qu'à remplir les coffres-forts d'une bande de 
gens qui n'ont pas honte "d'édifier des fortunes sur la misère 
du peuple qui travaille et produit tout P). » 

« Par solidarité » avec les métallurgistes, les mineurs firent 
grève le 5 décembre. La grève des métalluirgistes — ouvriers 
de l'Armement — était motivée par le renvoi au dépôt de son 
régiment du syndicaliste Andrieux. Le Ministre de l'Armement 
relaxa Andrieux. 

On trouve, dans le rapport de l'Ingénieur en chef, un tableau 
des dividendes distribués par les Compagnies de 1908 à 1916, 
et la proportion de ce dividende par tonne extraite. L'augmen- 
tation était sensiblement inférieure à celle dui prix de toutes 
choses et à l'augmentation des salaires. Voici un relevé de 
cette proportion, qui montre l'inégalité des profits par entre- 
prises : 

1913 1914 1915 1916 

Roche-la-Molière 3,61 

Montrambert 3,74 

Loire 0,77 

St-Etienne 2,99 

Péronnière 4,89 



3,75 


4,47 


6,06 


3,99 


4,57 


4,44 


0,87 


1,25 


1,82 


3,34 


3,26 


3,12 


4.52 


4,97 


5,37 



(1) Voir les journaux locaux, 28 mars et 16 mai 1917. 

(2) Tribune du 5 novembre 1917. 



— 881 — 

Je renvoie au rapport de l'Ingénieur en chef, pour les 
observations techniques. 

1918 

Production de la houille : 4.918.000 i)onnes. 

Production du coke : 287.000 tonnes ; des agglomérés : 213.000, 

La concession de la Sibertière fut remise en activité à la fin 
de l'année, les concessions de la Bairaillère et du Gouloux furent 
miises en chômage. Un décret du 8 mars autorisa l'amodiation 
de la concession de Combes et Egarande. Un autre décret du 
26 janvier autorisa la mutation de propriété de la concession 
des mines de houille de Tartaras et de Saint-Jean-de-Toulas 
par la Société nouvelle de Trèves-Saint-Romain, à M. Henri 
Verney. 

A la Compagnie des Mines de Saint-Chamond, dont les Aciéries 
de la Marine se rendirent acquéreurs d'un grand nombre 
d'actions, M. Duc, directeur, fut remplacé par M. Gras, ingé- 
nieur de l'Ecole des Mines de Liège. 

La production dépassait de plus de 1 million de tonnes celle 
de 1913. Le nombre des ouvriers était de 26.000, dont 17.000 à 
l'intérieur. 

I^ régime de répartition et de contingentement^ mis en 
viguieur en 1917, continua à être appliqué en 1918. Les prix de 
vente continuèrent à être fixés par des arrêtés ministériels : 
un premier arrêté fixant pour chaque Compagnie une majo- 
ration uniforme du: prix de la tonne, un second arrêté fixant 
les prix définitifs de vente maxima, par qualité, dans chaque 
Compagnie. Ce dernier arrêté majorait le taux d'afnigmentation 
pour les premières sortes de charbons. Il réduisait ce taux pour 
les sortes inférieures, de manière qu'étant donnés les tonnages 
respectifs des diverses Compagnies et l'augmentation du prix 
de la tonne appliquée à chacune d'elles, l'accmissement des re- 
cettes de la mine reste celmi découlant du premier arrêté. 

Trois arrêtés des 22 mars, 19 septembre et 25 novembre aug- 
mentèrent le i)rix de la tonne uniformément pour chaque mine, 
mais avec tamx variant d'une mine à l'autre. Les effets suixîr- 
posés de ces trois hausses furent compris pour les mines de 
Saint-Etienne entre 10 fr. 30 et 17 fr. 50 de hausse par tonne. 
D'autres arrêtés pris, soit k la même date que l'arrêté de ma- 
joration, soit à des dates différentes, fixèrent les prix définitifs. 



Un décret du 4 octobre 1918 concerniaiiit la vente au détail des 
combustibles : faculté pour les préfets de réglementer cette 
vente, de fixer les prix au déUiil et d'instituer des cartes de 
combustible ; obligation pour les détaillants d'afficher les prix, 
de délivrer à touit acheteur une facture ou bordereau de li- 
vraison, de justifier de ses opérations aux représentants de 
l'autorité. 

A cause de la cherté de la vie et après bien des pourparlers, 
des meetings et même des menaces, une convention pour les 
salaires fut signée le 31 janvier 1918. Elle accordait 3 francs 
d'augmentation, savoir : 1 fr. 50 au salaire de base pa,r journée 
normale de travaiii et 1 fr. 50 d'indemnité de cherté de vie par 
journée normale, mais jouant également sur les journées établies 
par les heures suppléinentaires additionnées en fin de quin- 
zaine. Pour les femmes, l'augmentation du salaire de base était 
de 1 franc, celle de cherté de vie de 1 fr. 50 ; pour les enfants 
1 franc et 1 franc. La gratification aux chefs de famille était 
portée à fr. 30 par journée normale de travail et par enfant 
de moins de 13 ans. Les avantages antérieurs étaient maintenus 
et la convention jouait depuis le 1'''* janvier 1918 en tenant 
compte de la somme de 1 fr. 25, qui avait pu être touchée sous 
forme d'indemnité de vie chère depuis cette date. 

Une circulaire du 24 septembre 1918 des Ministres du Travail 
et de l'Armement prescrivit l'établissement de Commissions 
mixtes dans l'industrie houillère en vue d'établiir des bor- 
dereaux de salaires (i). Dans la Loire, cette Commission ne 
put aboutir à un accord. Elle recourut à l'arbitrage des Mi- 
nistres de ces deux départements, MM. Colliard et Loucheur. 
La sentence, rendue le 30 octobre, accorda, à partir du 15 oc- 
tobre, les augmentations minima de salaires suivantes : ouvriers 
du fond 2 fr. 25 ; du jour, 2 francs pour les spécialistes, 1 fr. 75 
pour les manœuvres spécialisés et 1 fr. 25 pour les autres ; 
enfants de 16 à 18 ans et femmes, 1 franc ; enfants de moins 
de 16 ans, fr. 50. 

Sur ces bases, la Commission régionale, par convention du 
30 décembre 1918, valable dans le bassin de Saint-Etienne, les 
mines de Saint-Chamond comprises, fixa 16 salaire minimiu'm 



(Ij Journal officiel, l^r octobre 1918. 



-— 883 — 

de l'ouvrier non qualifié travaillajnt à l'extérieur, soit 10 fr. 75 
par journée Légale de travail, prime de vie chère comprise. Elle 
détermina en outre les modalités suivant lesquelles les bor- 
dereaux de* salaires par catégories seraient réalisés par des 
Commissions locales mixtes appelées à fonctionner dans chaque 
Compagnie dès le début de 1919. 

Il n'y eut pas de grèves en 1918, mais un chômage de 24 
heures le 28 mai. Les mineurs se solidarisèrent avec les métal- 
lurgistes en révolte contre le Go'uvernement, qui renvoyait au 
front les jeunes classes des mobilisés en usines. La grève était 
essentiellement révolutionnaire, et non économique. Son ca- 
ractère était d'autant plus grave que l'ennemi était aux portes 
de Paris. 

Une assemblée de mineurs crut devoir protester, comme tant 
d'autres, contre la condamnation, par la Haute-Cour, de l'ex- 
ministre de l'intérieur Malvy, sous le règne duquel la Préfecture 
de Police et la Sûreté générale réservaient leurs faveurs à des 
individus tarés, comme Vigo dit Almereyda, directeur du 
journal philoboche Le Bonnet Rouge (l). 

Mais il serait injuste de confondre les mineurs avec ceux 
qui déclarent parler en leur nom. Il n'y eut pas de référendum 
entouré des garanties nécessaires pour sauvegarder la liberté 
du vote. 

Ceci dit, on ne saurait blâmer l'ouvrier de vouloir élever 
son salaire en proportion du prix de la vie. Sans doute cette 
élévation renchiôrit le prix de revient et se répercute sur les 
prix des antres produits, de telle sorte qu'on tourne dans un 
cercle vicieux. Mais le bénéfice de l'agriculteur, du com- 
merçant, de l'industriel augmemiait aussi en proportion — et 
même au delà — de l'augmentation du prix de la vie, l'acheteur 
étant, à ce moment, à la discrétion diu vendeuir. Or, ni l'agri- 
culteur, ni le commerçant, ni l'industriel ne songeaient à se 
blâmer eux-mêmes. 

Il y ont un autre chômage, le 10 décembre, à la Compagnie 
de Firminy pour protester contre des punitions de prison in- 
fligées par l'autorité militaire k des ouivriers qui avaient refusé 



(1) Voir le compte rcMidu ,|, cette assemWc^o dans la Tribune du 
12 aont 101R. 



- 884 — 

de faire des « langues coupes ». Mais la situation était moins 
grave qu'au mois de mai. L'armistice était signé 1 

L'assemblée du 21 avril regrettait que la G. G. T. n'ait pas 
cru devoir ordonner le chômage le l*"' mai, jour où des soldats 
se faisaient tuer pour sauver la France ! Chômer eût été tra- 
vailler pour le roi de Prusse. Elle demandait la taxation de 
toutes les marchandises. Une autre assemblée, quelques jours 
après, protestait contre le régime des 100 gmimmes de viande, 
que l'on devait distribuer, pendjant les jours de restrictions, 
aux mineurs à la sortie de la mine. Elle déclarait préférer l'ou- 
verture de boucheries administratives dans chaque quartier, et 
l'institution d'une carte de viande spéciale pour les mineurs (i). 

Je signale, pour terminer, un. décret dtu 10 avril 1918 et one 
loi du 23 novembre 1918 modifiant lies taxes en vigueur sur 
la Gaisse autonome des retraites et les Caisses de secours et de 
retraites des ouvriers mineurs, et je renvoie pouir la partie 
technique aux observations contenues dans le rapport de l'In- 
génieur en chef. Une étude fort intéiressante sur Les Bois de 
mines employés dans le bassin de la Loire fut p>ubliée en 1918 
dians le Bulletin de VIndmtrie minérale par M. Seurre, inspec- 
teur des eaux et forêts à Bourg, et M. Verney, ingénieur à 
Saint-Etienne. 

1919 

Production : 3.421.000 tonnes de houille, 245.000 tonnes de 
de coke et 270.000 d'aggiomérés (2). 

Les concessions de la Montagne-du-Feu et du Coulouix furent 
remises en activité. L'extraction n'y fut que de quelques cen- 
taines de tonnes. 

A signaler la constitution de la Société nouvelle des char- 
bonnages du Gier^ à Rive-de-Gier, aiu) capital de 1.500.000 francs, 
siège social à Paris, pour l'exploitation des mines du Mouillon, 
de Crozagaque et des Verchères-Fleurdelix (^). 



(1) Journaux du 27 mai 1918. 

(2) Le rapporj, du nouvea ingénieur en chef, M. Vaudeville, conçu 
d'après un plan nouveau et fort détaillé, ne ressemble en rien aux 
rapports-squelettes des années précédentes. 

(3) Voir les statuts {Mémorial de la Loire, 18 mars 1919). 



- 88&~ 

G'est en 1919, au mois de novembre, que M. Voisin, directeur 
des mines de Roche4a-Molière et Firminy (v. p. 808), prit sa 
retraite et fut remplacé par M. Mazodier, ingénieur de l'Ecole 
de Saint-Etienne, ancien ingénieur à Montrambert, directeur 
de la Grand'Cômbe. 

La producti"on de 1919 fut en baisse de 30 % par rapport h 
celle de 1918, par suite du départ, en mars, des prisonniers de 
guerre, au nombre de 5.0Ô0, du départ, en avril et mai, des 
mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, au nombre de 4.000, de 
la grève du 16 juin au 16 juillet, de la suppression des heures 
supplémentaires à partir de l'armistice (1 h. 20 en moyenne par 
jour, en sus des 8 heures), enfin de la loi du 24 juin réduisant 
la présence au chantier. 

Pour atténuer la baisse de la production, on recruta des 
ouvriers français ou étrangers dont le rendement fut en géné- 
ral médiocre. De 28.000 en janvier, le nombre des ouvriers> 
était tombé' à 21.000 d'avril à juillet. Il se releva progressive- 
ment à 25.000 en décembre. Des renseignements comparatifs 
ont été publiés sur la baisse diui rendement (i). 

La production du coke fut réduite également par la grève. 
Elle se releva en fin d'année, la Compagnie de la Loire ayant 
mis en marche une batterie de quarante fours. Des batteries 
étaient en construction à Montrambert et aux Houillères de 
Saint-Etienne. 

Ui hausse des prix fut fantastique sous le régime étatiste 
(réquisition, taxation, répartition, péréquation, compensation) (-) 



(1) Rapport de l'Ingénieur en chef, op. cit. Rapport de M. Paul Pftit, 
prôsid-eut de la Gliambre de Gonuiierce {Extraits des délWératlon.^ dr 
la Chambre, 1920, p. 16 et suivantes). M. Bartuei., secrétaire générail de 
la Fédération ouvrière du sous-sol, a répondu au rapport de l'Ing^'^ni'eur 
en chef {Tribune, 16 novembre 1920). D'autre part, les allégations de 
M. BAHTiiha, ont été refevées dans le Mémorial du 17 novembre 1920. Le 
rapport d-e l'Ingénieur en ch-ef pour 1920 (publié en 1921) est encore plus 
explicite. 

(2) Il faudrait y ajouter la lirrUtation des frets pour le transport des 
rharbon.s sous pavilMon français. Une loi du 14 novenil>re 1919 prorogea 
la validit/î de la loi du 22 avril 1916 relative à la taxation des charl>ona 
et h. iii limitation <ies frets. La loi du 23 octobre 1919 avait pix>rog/' les 
lois concernant le ravitaillement national. Voir le décret du 2 décembr»» 
1919 réglcrnenU'int ja répaiilition des combustibles minéraux d'im|K>rta- 
tlon et ravi« publié au sujK An règlement de ce» lmi>ortat;ons {/. (tffi- 
riri, V.i avril), enfin l'arrêté du 26 ikovembre (7. Otfivicl, :J0 novembre) 
niodillaiit b's tarifs ihi fn-t, el<-. 

5T 



destiné à empêcher la hausse illicite et les abus de la concur- 
rence. On peut se demander si le libre jeu de l'offre et de la 
demande aurait amené une hausse pareille. 

Il n'y eut pas moins de trente arrêtés — j'en oublie peut- 
être — publiés à l'Officiel en 1919 pour modifier les prix. Dans 
la Loire, à la ta:xation appliquée à partir du l'^'' janvier s'a- 
joutèrent une laïugmentation de 7 francs environ en juin, une 
augmentation variant de 24 à 39 fr. 50 après la grève, une autre 
augmentation en fin d'année. 

C'est à ce moment que fut éftablie la Caisse de compensation 
des mines de la Loire, pour atténuer la différence des prix 
de vente de la même qualité de charbon pour des Goimpagnies 
différentes. Les mines à prix de revient bas versèrent de l'argent 
à la Oaisse. Les mines à prix de revient élevé perçurent au 
contraire des ristournes. 

Pour compenser, d'autre part, la différence entre le prix du 
charbon anglais, payé jusqu'à 350 francs la tonne rendue dans 
nos ports, ou, suivant l'expression consacrée caf (l), et le prix 
du charbon français, les industriels employant ce dernier 
charbon furent frappés d'une surtaxe de péréquation (15 fr. 
par tonne, en septembre 1919 ; 45 fr. le l^'" janvier 1920). Les 
charbons pour le chauffage domestique étaient exonérés de 
cette taxe. 

De telle sorte qu'une tonne de menu sortant l'*, payée 53 fr. 
le l*''" janvier 1919 et 91 fr, le l'''* janvier 1920, se facturait, avec 
la taxe de péréquation, 136 fr., soit une augmentation de 157 %. 
On trouvera des comparaisons de prix en cours d'année dans 
le rapport dfâ l'Ingénieur en chef. 

Le Bureau relouai des charbons de Saint-Etienne, orgiane 
de répartition dans vingt-trois départements, fut, à partir du 
1^^ juillet, dirigé par un Comité composé des représentants des 
principales Compagnies, sous la présidence de l'Ingénieur en 
chef des Mines. 

En même temps, il intervint des modifications dans les soius- 
organes de répartition. Le Groupement XIII, qui réunissait 
les consommateurs des usines de la Défense nationale et qui 



(1) C. A. F., c'est-à-dire chargement, assurance, fret. Les Anglais disent 
C, I. P. (Insurance pouir assurance). 



achetait et factunait le charbon, dut être liquidé et se trans- 
former en simple organe de répartition. A côté de lui, pour les 
mêmes consommateuirs et pour la plupart de ceux du Grou- 
pement XIV (14® région militaire), se constitua le Groupement 
charbonnier^ association en participation pour l'achat des 
charbons étrar^gers, que l'on fit venir à grands frais, à titre 
d'appoint, et dont l'arrivage fut très irrégulier. Le nouveau 
Groupement XIII, réuni aux groupes Chambres de Commerce 
(de Saint-Etienne, Roanne et Le Puy) et aux industriels de 
l'ancien groupe Intendance-Santé, formèrent, sous la présidence 
de l'Ingénieur en chef, le C. R. C. I. ou Comité de répartition 
des charbons industriels^ qui faisait les attributions à chaque 
groupe .adhérent. 

Un rapport du Comité des Forges de la Loire, adopté et 
publié par la Chambre de Commerce (i), renseigne sur les dif- 
ficultés d'arrivage des charbons étrangers (prohibition d'expor- 
tation en Angleterre, hausse excessive des frets, difficultés de 
transport, néquisitions abusives, etc..) et sur les conséquences 
de cette situation pour la Métallurgie. Un autre rapport, d'une 
portée plus générale, présenté par le Président de la Chambre 
de Commerce et président du Comité des Houillères, M. Paul 
Petit, aai( début de l'année 1920, renseigne très exactement, avec 
chiffres à l'appui, sur la crise et les causes de la crise des 
charbons pendant la guerre et au cours de l'année 1919. La 
lecture de ces documents, que je ne puis reproduire à cause 
de leur longueur, est nécessaire pour apprécier l'histoire éco- 
nomique de cette période (2). 

J'ai indiqué l'effectif dut personnel ouvrier. Le rapport de 
l'Ingénieur en chef précise la diversité des nationalités du per- 
sonnel exotique, 2.769 personnes, parmi lesquelles figuraient 
en l)on nombre des Marocains ou Algériens, dont la population, 
en général, n'a pas eu à se louer. Les Sidi^ en effet ,ont été 
mêlés à tant de rixes et tant de causes judiciaires sanglantes. 
Leur caractère nomade en faisait, d'ailleurs, des ouvriers très 
instables. 



(1; Extraits des déHbératioms, 1910. i». 119 ot suivantes 
(2) Ihifl., VVO. Il 1:5 f't .suivantes. 



L'événement capital fut la grève générale du 16 juin au 16 
juillet. Le Parlement avait voté, à la veille du l*"" mai, La loi 
du 23 avril 1919 sur la journée de huit heures dans Tindustrie, 
loi tant déplorée depuis lors, car elle a diminué la productivité 
et augmenté le prix de revient en pleine crise de vie chère. 
A l'étrainger, malgré les prescripitions du Traité de Versailles, 
la journée de huit heures a été généralement éludée. Mais, en 
votant précipitamment, on voulait briser l'effort révolution- 
naire annoncé pour le l""* mai. 

Les mineurs en profitèrent pour poser leurs revendications, 
synthétisées dans la propositiou Dunafour. La Chambre des 
Députés, les 10 et 11 juin, donna sa piréférence au projet du 
Gouvernement, qui ne comportait que 6 h. 1/2 de travail 
effectif et une journée légale de huit heures, depuis le moment 
où l'ouvrier prend sa lampe au jour jusqu'au moment oii il la 
rend à la lampisterie. Les huit heures étaient comptées du 
dernier ouvrier descendant au dernier remontant. Le projet 
Durafour, au contraire, comptait les huit heures du premier 
mineur descendant au dernier remontant. Le travail effectif, 
d'après M. Loucheur, ministre des Travaux publics, se trouvait, 
avec le projet Durafour, réduit à 6 h. 10. C'est sur ces vingt 
minutes de différence qu'en pleine crise suraiguë du charbon 
se déclara la grève. Le 15 juin, dans uine réunion à Saint- 
Etienne, après les discours de Nicolas Giraud, secrétaire .du 
Syndicat des Mineurs de la Loire, de Duranton, secrétaire de 
la Fédération de la Loire, et des secrétaires des divers Syn- 
dicats de la banlieue, la grève fut votée par acclamiations. 

Le Gouvernement capitula, en repoussant natuirellement le 
mot de cajntulation et en mettant sur le compte d'un malen- 
tendu ses déclarations précédentes. Le 20 juin, la loi Durafour 
était votée à la Chambre et promulgujée le 24. 

La grève ne faisait que comjmencer. Elle fut poursuivie sur 
la question des saliaires. Les ouvriers refusèrent même de par- 
ticiper à l'entretien des mines, violant ainsi ouvertement la 
loi. Ceux qui auraient consenti à travailler, les renards, en 
étaient empêchés par le régime de terrorisation exercé si fré- 
quemment de nos jours et que l'autorité publique ne réprime 
guère. Le Préfet donna l'assurance qu'aucoine réquisition d'ou- 
vriers ne serait opérée. Seuls furent réquisitionnés les gou- 



- 880 - 

verneurs, sous-gouvern©urs, employés, ingénieurs (i). Ce ne 
fut que lorsque les Syndicats acceptèrent l'arbitrage du Gou- 
vernement qu'ils informèrent l'ingénieur en chef de leur dé- 
cision de reprendre l'entretien des mines, en ce qui concerne 
l'épuisement des eaux, la ventilation, le danger du feu (6 juillet). 

La sentence 'arbitrale fut rendue le 9 juillet par MM. Lou- 
clieur, ministre de la Reconstitution industrielle, et Goll'iard, 
ministre du Travail, et publiée le 10 dans les journaux locaux. 
Elle s'appliquait à tous les salaires des ouvriers des exploi- 
tations du Centre et d'ul Midi. Les salaires étaient augmentés 
de 3 fr. 50 (ouvriers du fond) ou de 2 fr. 50 (ouvriers du jour), 
avec des réductions pour les jeunes gens de moins de 18 ans et 
pour les femmes. Tourf^es les indemnités étaient incorporées 
aux salaires, à l'exception des allocations familiales. Pour les 
ouvriers travaillant à la tâche, on devait établir un salaire 
minimium, inférieur de 13 % au salaire des ouvriers moyens de 
la même catégorie. 

Dès lors, la moyenine des salaires (fond et jour réunis) s'éleva 
de 13 fr. 53 à 16 fr. 75. Comme une augmentation moyenne de 
2 fr. 10 avait été accordée en octobre 1918, en moins d'un an 
l'augmentation totale était de 5 fr. 32. En 1913, le salaire 
moyen était de 4 fr. 99. On pourra constater, dans le rapport 
de l'Ingénieur en chef, que les bénéfices des Compagnies sont 
loin d'avoir subi la même proportion. 

Cette hausse des salaires eut des conséquences importantes 
sur le prix du charbon, sur les salaires des autres industries, 
de la métallurgie notamment, sur le prix général de la vie 
pour tous les consom/mateurs. 

Je ne puis entrer dans le détail des observations techniques. 
r^s méthodes ne subirent pas de modifications importantes (2). 
Je ne puis que citer les études publiées dans le Bulletin de 
rindiislrie rminérale : sur l'utilisation des déchets de mines 
et des mauvais combustibles, par M. Hliiche, ingénieur <\ Mont- 
rambert ; sur la fioiivcHu méthode d'exploit^ition de la couche 
des Litt(!s, i)ar M. Clapier, ingénieur principal adjoint h 



(1) Voir journaux du 2 juillet 1919. 

(2) Des arnîtos des 1« février €t 3 avilTi 1919 ont agréé «de nouveaux 
types d€ l;irri|K's de sûreté. 



— 890 — 

Montrambert ; sur rutilisation des vapeuirs d'échappement pour 
la production directe de l'air comprimé, par M. Dessemond, 
ingénieur principal aux Houillères de Saint-Etienne. C'est dans 
le Bidletin de 1919 que parut l'étude du 'Taylorisme dans La 
hoiâllere, par M. Laligant, ingénieur du district d'Alais, qui 
reçut la médaille d'or de la Société de l'Industrie minérale. 
Les conditions spéciales à l'exploitiatioin et plus particulièrement 
aux travaux d'abatage restreignent le développement du ma- 
chinisme et rendent extrêmement difficile l'emploi de quelques- 
uns des procédés qui concrétisent habituellement le taylorisme. 
Mais il est toujours possible d'en user et de s'en inspirer très 
utilement. 

L'année 1919 marque une date importante dans l'histoire du 
régime des mines, par le vote de la loi du 9 septembre 19i9. 
Depuis 1810, on ne comptait pas moins de vingt-sept tenta- 
tives impuissantes de revision de la grande loi de Napoléon. 
Depuis 1900, l'exécutif avait cherché à lia, détruire, à l'émietter, 
disons le mot, à la saboter par de petites mesures étatistes : 
décrets ou articles intercalés dans les lois de finances. Tl 
laissait en suspens les demandes de concessions. 

Enfin M. Loucheur vint et fit voter la loi de 1919, qui décide 
que les concessions à accorder ne comporteront qu'une durée 
limitée, avec participation de l'Etat et dui personnel aux béné- 
fices. Cette loi a créé le Comité consultatif des Mines, composé 
de techniciens, d'exploitants, d'ouvriers désignés par leurs 
pairs, de membres du Parlement et de hauts fonctionnaires 
(voir le décret du 14 octobre et l'arrêiéi du 3 novembre). Cette 
loi, enfin, a décidé que l'exploitation des mines serait consi- 
dérée comme uin acte de commerce. 

Un décret du 23 octobre 1919 a organisé provisoirement 
l'exploitation par l'Etat des mines de la Sarre. 

Un arrêté du 8 octobre 1919 (./. 0. 11 octobre) a modifié les 
délimitations des circonscriptions des ingénieurs et des con- 
trôleurs de l'Etat, notamment pour l'arrondissement minéra- 
logique de Saint-Etienne. 

Pour ce qui concerne le régime des mineurs, j'ai cité la loi 
importainte du 24 judn 1919 relative à la durée du travail 
(v. p. 888). 

Le rapport de l'Ingénieur en chef fournit des renseignements 



— 891 — 

intéressants sur les Caisses de secours. La loi du 23 novembre 
1918 avait porté de 2.400 à 5.000 francs la limite des salaires 
sur lesquels s'effectuent les prélèvements. En 1919, le montant 
des salaires payés s'éleva à 91 millions. Le versement des 
ouvriers fuit de 1,8 % de ce chiffre et celui des exploitants de 
0,9 %. La mpyenne des jours de maladie par an et par ouvrier 
fut de 14, le secours moyen payé de 5 francs par jour. 

Pouir les retraites, une modification de détail fut apportée 
par le décret du 8 mars 1919 au décret du 13 juillet 1914. Une 
loi du 29 mars aug'menta le taux des allocations (240 fr. ou 
120 fr. suivant le cas) et celui des cotisations oufvrières et 
patronales (1 % de relèvement au maximum). 

En fait de logements ouvriers, quelques constructions furent 
édifiées en 1919 (pour 485 ouvriers, dont 200 à Montrambert 
et 200 à la Compagnie de la rx)ire), malgré la crise que tra- 
verse le bâtiment à cause des prix, malgré la difficulté de se 
procurer de liai chaux et des matériaux. Les Compagnies 
logeaient un huitième de leur effectif, moyenne du bassin. 

Je reviendrai sur les accidents à propos de l'année 1920. 

1920 

ProductioTi : 3.573.820 tonnes de houille (353 millions de 
francs) ; 295.900 tonnes de coke, 241.915 tonnes d'agglomérés. 
La plus-value des charbons transformés en coke ou en agglo- 
mérés est de 17 millions. Total de la production : 370 millions. 
Il faïut y ajouter les surtaxes de péréquation : 218 millions pour 
la houille, 32 millions pour le coke, 25 millions pour les agglo- 
mérés, soit 275 millions, ce qui porte à 645 millions la somme 
déboursée par les consommateurs (l). 

Au lieu de 64 concessions, le bassin de la Loire n'en œmpte 
plus que 61. On trouvera la liste des concessions en activité 
(48 sur 61), avec le nom des entreprises qui en sont les pro- 
priétaires ou qui les exploitent à ce titre ou autrement, dans le 
raip|x>rt de l'ingénieur en chef (2). Ce rapport indique aussi les 
noms des amodiataires, lesquels se sont multipliés depuis la 



(1) Voir 1-e rappf)rt fie la Chambre (le Commerre <^tnMi d'après les 
rensedpiieinents du Sei'vice KJles Mines ilinlletin 1021, n» 7, p. 425-42<>). 

(2) Pour le t.a,Meau pénf^nl des rx>ncessions, consulter VAnnrinirr du 
Coirdté central des Ilouillcrca de France. 



~ 892 — 

guerre, même sans autorisation administrative. Dans ce cas, 
ils sont censés exploiter pour le compte et sous la responsabilité 
du concessionnaire. Lai marche de ces exploitations, en ce qui 
concerne la taxation et la répartition des charbons, les rede- 
vances tréfoncières, les indemnités pour dégâts à la surface, 
l'application des lois sur les Caisses de secours et de retraites, 
n'a présenté souvent, dans la pratique, qu'une suite d'irrégu- 
larités. 

Par décret dui 14 mai 1920 furent autorisées la cession de la 
concession des Verchères-Féloin à M. J.-B. Gagne et la cession 
des concessions du Mouillon, Crozagaque, Verchères-Fleurdelix 
et Verchères-Féloin à la Société' nouvelle des charbonnages du 
Gier, autorisée à réunir ces concessions. Un aiutre décret, du 
14 juillet 1920, aiuitoirisa la cession de la concession de la Pomime 
à la même Société. Un décret du 15 mars 1920 avait autorisé 
l'amodiation de la Montagne-du-Feu à MM. Fournat et 
Dumortier. 

Les quatre grandes Compagnies représentant \é§ 80 % de la 
production totale : Roche-la-Molière et Firminy 785.000 tonnes ; 
Mines de la Loire 775.000 ; Houillères de Saint-Etienne 650.000 ; 
Montrambert et la Béraudière 607.000. Viennent ensuite : les 
Mines de lai Ghazotte (Compagnie P.-L.-M.) 172.000 tonnes ; les 
Mines du Gros 132.000 (1), la Compagnie des Mines de Villebœuf 
96.000 ; les Mines de Monthieux p), les Houillères de Saint- 
Chamond 84.000 ; la Compagnie de la Péronnière 67.000 (3) ; 
la Compagnie de la Haute-Cappe (4) 46.000 ; la Société des 
Mines de Janon-Terrenoire 34.000 ; les Mines de lia Porchère 
14.000 (5). Les autres entreprises sont peu importantes : moins 
de 5.000 tonnes chacune. 



(1) Concessionnaire : Famille de Rochetaillée ; trois entreprises : 
Société des Charbonnages du Forez, Septier et Durif, Société de Reclier- 
ches minières du Centre. 

(2) Concessionnaire : Famille de Rochetailléa ; exploitant : Société 
des Charboinnag-es du Forez. 

(3) Concessions (en activité) du Plat-du-Gier, de Comberigol, de Grand' 
Croix, de la Péronnière. 

(4) Concessions (en activité) du Ban, de Corbeyre, de la Gappe. 

(5) Propriétaire exploitant : La Société anonyme des Verreries Va- 
lentin Mesmer. 



Des faits particuliers importants sont intervenus concernant 
plusieurs grandes entreprises. 

La Compagnie de Roche-la-Molière a porté son capital de 
3.600.000 francs à 18 millions, par l'émission d'actions de 
100 francs réservées aux porteurs d'actions anciennes. Nom- 
breuses furent les augmentations de oafpital dans les Sociétés 
anonymes. En 1920, après un an d'exercice, mourait l'ingénieur 
principal de la Compagnie, M. Huard de la Marre. 

A la Société des Mines de la Loi-re, on décidai de porter le 
capital de 8 à 16 millions et, éventuellement, à 24 millions, la 
Société ayant d'importantes participations dans le Luxembourg 
et préparant un programme de participations nouvelles. La 
filiale de Saint-Etienne « Société métallurgique de la Loire », 
créée en 1919 (?), dont la Société^mère possède tous les titres, 
fabrique des fontes fines au four électrique. Elle a hionté un 
atelier de boulonnerie et un train de laminage. L'ingénieur 
principal, M. Morchoine, ayant quitté la Compagnie en 1919, 
a été remplacé par M. de Verneuil. Enfin, la Société a inauguré, 
en 1920, un monument à ses collaborateurs victimes de la 
guerre et du devoir professionnel, monument exécuté par le 
sculpteur Graff et les architectes MM. Clermont et Bossut, 
édifié en face des installations du puits Couriot, près de la 
gare du Clapier. 

La Société des Houillères de Montrambert et de la Béraudière 
avait décidé, en 1919, de se transformer en Société anonyme 
libre. Un décret du 25 décembre 1920 a approuvé cette trans- 
formation. Les Sociétés de Roche- la-Molière et Firminy, de la 
Loire, des Houillères de Saint-Etienne avaient précédé Mont- 
rambert, dont les assemblées ne pouvaient ni modifier les 
statuts, ni proroger la durée de l'acte social, sans une autori- 
sation du Gouvernement, lequel d'ailleurs ne consentait plus 
à délivrer de ces autorisations, afin de pousser à la transfor- 
mation en) Sociétés anonymes libres et de se dég«aiger de toute 
tutelle. 

Les rapports de l'Ingénieur en chef \k>uv 1919 et 1920 font 
ressortir la variation des dividendes distribués par les princi- 
pales Comp^ignies de 1911 à 1920 : « Kn résumé, dit M. Vau- 
deville, les exploitants n'ont profité que dans une très faible 
mesure de la situation duc à la raréfaction du charbon et qui, 



— 894 — 

sirr un marché libre, eût entraîné un relèvement de prix limité 
seulement par le cours des charbons importés. » J'ai dit que 
raugmentation du dividende n'avait pas suivi la hausse des 
salaires et celle des prix de vente ou des redevances tré fon- 
cières. Telle Société n'a distribué que 29 francs par action, au 
lieu) de 22 fr. 50 avant la guerre. Encore faut-il déduire les 
impôts du montant du coupon brut. Telle autre a distribué 
40 francs, aiu lieu de 34. La plus importante des « quatre 
grandes » a doublé le montant du coupon (152 fr., au lieu 
de 78 fr.). Une autre Compagnie, très éprouvée jadis par des 
catastrophes, qui avait renoncé sagement à distribuer des divi- 
dendes en 19il et 1912 (ce qui ne lui a pas fait faire faillite, 
disait sentencieusement la Fédération des Travailleurs du sous- 
sol) (1), consacra ses bénéfices à améliorer son exploitation. 
Peut-on soutenir après cela que les actionnaires ont fait un 
« somiptueux festin » ? (2). 

Parmi les créations d'entreprises en 1920 figure celle de la 
Société viennoise des Houillères, au capital d'un million, cons- 
tituée le 7 avril 1920 pour l'exploitation de la concession de 
La Baraillère (3). 

La Société anonyme Les Fils Charvet, dont le siège est à 
Lyon et la direction à Saint-Etienne et qui possède des agences 
et de nombreux entrepôts de charbons depuis Strasbourg 
jusqu'à Tonnay-Gharente, Swansea et Glascow, a porté à 
7 millions son capital, qui était de 4.700.000 francs, en envi- 
sageant de nouvelles augmentations qui porteraient ce capital 
à 10 millions (^). 

Une Société immobilière de V Industrie minérale, au capital 
de 100.000 francs, fut constituée en 1920 dans le but de faciliter 



(1) Voir Tribune, 5 novembre 1920. 

(2j Sanis doute, la rémunération (ou intérêt) du capital ne doit pas 
être comparée à celle du travail, ou le profit de l'entrepreneur au 
salaire de l'ouvrier. Mais le capital est indispensabile à l'entreprise. 
Les risques diu capital sont les risques mêmes de l'entreprise. Ruinée, 
l'entreprise entraîne la perte du capital. Il est juste que, prospère, 
l'entreprise fass-e profiter le capital de sa prospérité. 

(3) Voir Peitites Affiches de la Loire, 15 mai 1920. 

(4) M. Henri Gharvet, ingénieur, administrateur délégué de la Société, 
est mort le 20 septembre 1919. 



— 895 — 

le transfert de l'Ecole des Mines. Ce transfert ou cette recons- 
truction fit Tobjet d'une discussion au Conseil municipal, où le 
le groupe socialiste refusa les crédits. Les élèves de l'Ecole 
protestèrent. Les conseillers répondirent que l'Ecole devait être 
payée par les emmiltionnés de la guerre et de l'après-guerre (i). 

Le procès de l'accident de la rue Polignais à Saint-Etienne, 
survenu le mardi gras (28 février) de l'année 1911, où quatre 
maisons oscillèrent et s'abattirent (il y eut des victimes), ne fut 
appelé qu'en 1920 devant le Tribuniail civil, à cause de la 
longueur des expertises et de la guerre. Le jugement du 16 mars 
déclara la Compagnie de la Loire responsable. Une première 
expertise semblait conclure à des fouilles clandestines. Une 
deuxième retrouva des travaux de consolidation du xvir siècle 
à la solidité desquels, d'après certains experts, les travaux 
ultérieuiTs auraient nui, tandis que d'autres experts consi- 
déraient ces travaux comme intacts (2). 

La Compagnie de Villebœuf, autorisée en 1911 à étendre son 
périmètre d'exploitation (v. p. 847), fut obligée, en 1919, sur la 
demande des Hospices, de constituer une caution avec a>ffectation 
spéciale à la garantie des dégâts. La Cour d'Appel confirma le 
jugement (3). 

La production de 1920 représentait une légère augmentation 
(4 i/2 %) par rapport à celle de 1919. Le régime des charbons 
(réquisition, taxation, compensation, péréquation, etc.), eut son 
plein effet (^). Les prix atteignirent un maximum qu'on aurait 
jugé jadis invraisemblable. Toutefois, le prix est fonction de 
la monnaie, l'avilissement du papier-monnaie élevant le cours 
des marchandises (•'^). En 1920, les prix furent relevés deux fois, 
notamment à la suite de lia grève de mars, et les taxes de péré- 
quation neuf fois. De 88 francs, le prix moyen compensé (houille 
et agglomérés) s'éleva à 106 francs, non compris la taxe de 



cl) Voir Méimmal de In Ijnrr, 17 janvier, 28 mai 1920 ; Tribune, 7 juin. 

(2) Voir Mémorial dr la Loin', 24 février, 17 mars 1920. 

(3j Ibid., 4 janvier 1920. 

(^) Un service défi rJiarbons fut créé, par anrôtô du 23 janvier 1920, au 
Ministère <l'('s Travaux PnlHics. I>e B. N. C, ou Bureau national des 
chartK>ns, fait partie de ce service. 

(5) .Te n'ai p.-us beisoiii de rapiveier que cette cause n'es! pas seule ù 
agir sur 1rs prix 



- 896 - 

péréquation. Celle-ci, qui était, en 1919, de 15 francs par tonne 
et ne grevait que les charbons industriels, fuit portée à 45 francs 
à partir du 1*^ janvier 1920, puis cà 75 francs le 11 février. 
A partir du 7 mai, elle atteignit les charbons domestiques : 
75 francs de surtaxe, puiis 100 % à partir du 8 juin, 85 % à 
partir du 24 août, 70 % à partir du 10 décembre, 28 % à partir 
du 28 décembre. Pendant ce temps, la surtaxe des charbons 
indiustriels était portée à 160 %. (7 mai) et redescendait ensuite 
à 150 % (8 juin), 125*% (30 juin), 110 % (24 août), 85 % (24 no- 
vembre), 70 % (10 décembre), 28 % (21 décembre). Des ré 
duictions furent accordées pouir les mines dJont les charbons 
n'étaient pas compensés, pour les charbons de 2® et 3* qualités 
des autres mines, pour les agglomérés, enfin pour certaines 
catégories d'industriels. Pour les cokes, les prix étaient fixés 
par arrêtés ministériels. De la sorte, les prix payés effectivement 
par les consommateurs, au plus fort de la tourmente, furent 
environ de dix fois les prix d'avant-guerre : 245 francs pour 
le charbon, prix moyen en mai i920, au lieu de 27 francs en 
i9i3 ; 368 francs pour les agglomérés, au lieu de 32 francs ; 
275 francs pour le coke^ au lieu de 3i fr. 50. On trouvera des 
renseignements plus complets dans le rapport de l'Ingénieur en 
chef, qui indique les résistances que rencontrèrent le paiement 
des surtaxes de péréquation, la répartition de la consommation, 
rorganisation du contrôle des teneurs en cendres des combus- 
tibles (avec primes et pénalités), enfini la création de rO.G.C.R. 
(Office central de chauffe rationnelle) pour améliorer l'utili- 
sation des combustibles, création accueillie avec scepticisme et 
même avec résistance par les intéressés excédés — on le serait 
à moins — de l'intervention souvent peu heureuse de l'Etat. 
J'insiste sur le montant total des surtaxes de péréquation payées 
par les consomimateurs des comibustibles de la Loire répartis 
entre une vingtaine de départements : 275 millions (i). 

Les changements incessants dans les taxes de péréquation 
bouleversaient les prix de revient. « La péréquation en elle- 
même est justifiée, déclarait le Comité des Forges de la Loire 
dans un rap'port imprimé (23 juin 1920), mais les résultats en 
paraissent intolérables Les prix de taxation sont, par 



cl) Le rapport indique aussi les mines affiliées à la Chambirie d,e 
compensation. 



— sol- — 

exemple, plus élevés d'environ 20 francs par tonne dans la 
LfOire, où les frais d'extraction sont plus considérables, que dans 
le Pas-de-Calais ou Saône-et-Loire. Une surtaxe de péréquation 
de 150 % exagère dune manière injuste l'écart natuirel des prix, 
écart qui, d-ans l'espèce, se trouve porté à 50 francs. La péré- 
quation est d^estinée à procurer à la métallurgie côtière les 
mêmes prix de coke et de charbon qu'à, l'intérieur, mais fait-on 

la péréquation! des minerais ? Les aciers de la Sarre sont 

fabriqués avec des charbons non péréqués et cependant entrent 
en franchise en France I » 

Ce simple extrait suffit à montrer combien la surtaxe de péré- 
quation soulevait de plaintes et de réclamations. Un Comité 
consultatif des charbons avait été constitué au Ministère des 
Travauix publics (1) pour étudier, notamment, les questions de 
taxation et de péréquation. Les réductions opérées sur la taxe 
de péréquation furent loin d'être jugées satisfaisantes. La crise 
économique qui s'affirma surtout pendant le dernier trimestre 
et qui ralentit la consommiation, les livraisons de charbon ef- 
fectuées par l'Allemagne conformément à la convention de Spa 
amenèrent une détente." On délaissa les houilles de qualité mé- 
diocre ou moyenne, les stocks augmentèrent et la surtaxe de 
péréquation devint manifestement inutile, bien avant sa sup- 
pression. Il n'était plus nécessaire d'encourager l'importation 
des charbons anglais oui américains. 

J'ai indiqué la production du coke et celle des agglomérés. 
I^e bassin de la Loire comptait 8 batteries (ensemble 246 fours) 
appartenant aux quatre grandes Compagnies, principalement 
aux Sociétés des Houillères de Saint-Etienne et des Mines de 
la Loire. La moitié de la consommation totale du g^z d'éclai- 
rage à Saint-?]tienn€ fut fournie par ces deux Sociétés. La 
Compagnie de Roche-la-Molière alimenta la ville de Firminy. 

L'effectif Ujtal des ouvriers était de 25.900, dont 16.800 au 
fond et O.l^K) au. jour. Il faut y ajouter les 1.175 ouvriers des 
ffiiirs k coke et les 325 oiivricis des ateliei"s d'agglomération. 
'i'otal L'T.'.no, sur lesquels 4.()().s étrangers (2). 



{t) D.Mii 1 ,o, \i,ii,H .liii^, s<,< ii;ih i'-'miiii ,'.: r |.:ignols, etc. 



- 8^8 — 

Le rendement individuel, qui s'était relevé à La fin de 1919,. 
décrut régulièrement en 1920. De t. 945 par ouvrier du fond 
en 1913 et de t. 811 en 1911, il tomiba à t. 782 en 1919. 
Une enquête très serrée de l'Ingénieur en chef aboutit à cette 
conclusion que la baisse était due principalement à la limitation 
de l'effort individuel. Cette limitation apparut « comme une 
conséquence très nette de l'élévation des salaires et surtout do 
l'existence d'un salaire minim^uim présentant un écart insuf- 
fisant par rapport aiu salaire moyen des ouvriers payés à la 
benne ». Les délégués mineurs avaient souvent prétendu que 
rétat d'entretien de la mine influait sur la production. Le ser- 
vice des mines puit constater que ces critiques étaient fortement 
exagérées au point de vue de l'appirovisionnement en bois de 
soutènement, sinon au point de vu^ de l'approvisionnement en 
bennes vides, à cause d'incidents divers. « Le remède le plus 
efficace, disait M. l'Ingénieur en chef, consistera dans un effort 
combiné des ouvriers et des expiloitants, et la baisse (du ren- 
dement) aurait été combaitue plus énorgiquement par ces 
derniers, si le régime de la taxation individuelle n'avait fait 
disparaître pour eux le souci du prix de revient (i). » 

Au cliché usé qui consiste à prétendre, comme le font les 
Syndicats ouvriers, qu'une vague de routine a déferlé sur les 
exploitants, un rapport du Président de la Chambre de Com- 
merce a répondui par des chiffres probants (2). Il eût été dési- 
rable que l'on répondît de la même manière pour la vague de 
paresse reprochée à certaines classes du pays. 

La question des salaires et celle des retraites en 1920 furent 
liées à la question des grèves. Dès le 6 décembre 1919, au 
Congrès de Marseille, on demandait de porter la retraite des 
mineurs à 1.500 francs, avec menace de grève, en cas de refus, 



(1) Le rapport de ringémeur en chef lui valut un blâme de la majorité 
radicale et socialiste du Conseiil général de la Loire (7 octobre 1921 j. 
Mais les blâmes inspirés par la politique n'ont de l'importance que 
pour les politiciens. Un conseiller général s'écria même : « Les mineurs 
produisent plus qu'autrefois ». Ce conseiller, pour se convaincre de 
son erreur, aurait idû auparavant diviser le nombre de tonnes extraites 
en 1913 et en 1900 par le nombre de mineurs à ces deux époques. 

(2) Chambre de Commerce de Saint-Etienne : Extraits des délibéra- 
tions pendant Vannée 1920, p. 17-18. 



-899- 

pour le 15 février 1920. Le conflit fuit évité (1). Sur le rapport 
de M. Taurines, député de la Loire, une loi du 9 mars 1920 
porta La retraite au minimum exigé. La combinaison financière 
pour arriver à ce résultat consiste dans l'extension provi- 
soire (?) du système de la répartition^ au détriment du système 
de la capitalisation, les deux systèmes étant combinés pour 
faire jouer la retraite. En cas de besoin, l'Etat interviendra 
par des avances sans intérêts. Le contribuable est toujours là 
pour faire les frais de la réforme (2). 

La grève n'ayant pu être déclenchée sur la question de la re- 
traite, un autre motif fut invoqué : la question des salaires. 
Le prix de la vie augmentait toujours. D'après les comparaisons 
grossières des .index-numbers publiés dans le Bulletin de la 
Statistique générale de la France, le nombre-indice à Saint- 
Etienne pendant le premier trimestre 1920 était de 3.926, alors 
que, pendant le trimestre correspondant de 1913, il était de 
1.044 p). « Nous avons fait notre possible pour arrêter cette 
hausse, disait le secrétaire Duranton, au nom du Comité fé- 
déral de la Loire. Nous n'avons pu aboutir, éitant trop seuls, 
persoUiUe ne faisant rien de sérieux dans cet ordre d'idées. » 
Conclusion : demande d'augmentation de 4 francs par journée 
de travail. 



(1) Un décret, du 29 février 1920 auitorisa les préfets à prescrire des 
restrictions doJis la. consommation des combustibles. Un décret du 
même jour ohfligea les établissements ouverts au public à fermer à 
22 heures (les théâtres et cinéma.s à 23 heures). Deux décrets du 15 avril 
1920 constituèrent des commissions pour étudier : 1° la production et 
l'utilisation des succédanés du charbon ; 2» une meilleure utilisation 
des combustibles. 

(2) Voir liiiticj e 4 de la loi et le rapport de M. Taurines (publié dans 
le \férnorial de la Loire du 18 février 1920), où se trouve exposé l'histo- 
rique des retraites depuis 1894. Le relèvement de 1 % (ramené à 0,25 %) 
de la contribution patironale et le relèvement égal de ila contribution 
ouvrière, repoussé énergiquement par les syndicats ouviriers, furent 
abandonrhés, .sous La menace de la grève générale. 

(3; Les (X»mmis»ions départementales d'évaluation du coût de la vie 
n'ont fonctionné qu'à partir d'octobre 1920, où le nombre-indice ihiut 
la Loire fut évalué à 414, au lieu de 100 en juUlet 1914. Ces indices .sont 
calculés avec une approximation plus exa<;te que les précédents, établis 
d'après U^s n'nseigiieriuMJts des inai.res, iK)ur un certain nombre de 
denrées. 



- 900- 

Toute âiugmentation de salaires devait faire enfler encore le 
prix de la vie, car le mouvement allait s'étendre aiux autres 
corporations et, le charbon étant à la base de touites les in- 
dustries, les prix de revient augmenteraient. En outre, les 
nournsseurs de la population ouvrière voyaient avec plaisir 
augmenter la capadté d'achat de leur clientèle. La demande 
des marchandises allait prendre de nouvelles proportions, 
tandis que l'offre resterait constante. Nouvelle cause d'inflation 
des prix. 

Les exploitants reconnurent la légitimité d'un réajustement 
des salaires. Ils proposèrent plusieurs formules : une heure 
de travail supplémentaire surpayée, des majorations de salaires 
par catégories, des augmentations combinées avec un relè- 
vement de l'indemnité familiale. M. Duranton, au nom du 
Comité fédéral ouvrier, refusa. « Nous ne nous reconnaissons 
pas le droit de provoquer d'un cœur léger une hausse excessive 
du prix du charbon », écrivit le Président du Comité des Houil- 
lères. 

La grève éclata le 18 mars. Dans une réunion à la Bourse 
du Travail, on décida de n'accorder aucun ouvrier pour l'en- 
tretieni des mines. 

La grève du Nord et du Pas-de-Calais et celle du Gard 
finissaie