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HISTOIRE 



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CHARLES V 



Histoire de Cliarles V. — Tome II. 



Imprimerie Valentinoisk, Place Saint-Jean. 




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CHARLES, DUC DE NORMANDIE, DAUPHIN DE VIENNOIS (1363) 
(Bibl. nat. — Français 5707, fol. 368) 



^■Z'cVx. 



HISTOIRE 



DE 



CHARLES A 



1>AH 



R. DELACHENAL 



T OMB II 

(i358-i364) 



r 



PARIS QH 



LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD 

Libraire des Archives Nationales et de la Société de l'Ecc 

82, HUE BONAPARTE 

ï9°9 



Icole dis Clialles 



CHAPITRE I 

La guerre contre le roi de Navarre. — Les Compagnies. 



I. Le roi de Navarre et les Anglais. Projet de traité du i" août i358; s'il a 
été une conséquence de la mort d'Etienne Marcel. — II. Retour du dauphin 
à Paris. La déclaration de guerre de Charles le Mauvais. Les hostilités; 
occupation par lesNavarrais de Melun,de Creil,de la Ferté-sous-Jouarre ; 
Philippe de Navarre sous les murs de Rovien. — III. La guerre navar- 
raise en Picardie et en Beauvaisis. Impuissance du régent; il se contente 
d'encourager les résistances locales. L'affaire de Mauconseil. Guy de 
Chàtillon, comte de Saint-Pol, lieutenant du Roi en Picardie et en Beau- 
vaisis. Les Navarrais s'emparent des faubourgs d'Amiens ; échec iinal de 
l'entreprise. — IV. Les Compagnies ; leurs origines et leur propagation 
dans la France entière. La responsabilité d'Edouard III. Comment les 
brigands exploitent un pays. —V. Quelques chefs d'aventuriers: Ar- 
naut de Cervole ; Robert Knolles, sa grande chevauchée, prise d'Auxerre, 
invasion de l'Auvergne; Eustache d'Auberchicourt et Isabelle de Juliers. 
Confidences et regrets d'anciens brigands. — VI. Le siège de Saint- 
Valery-sur-Somme; offensive et retraite de Philippe de Navarre. 



I. — La mort de Marcel avait trompé les calculs du roi de Navarre, 
au moment où il s'apprêtait à regagner, par un coup de force, tout le 
terrain, qu'une succession d'événements malheureux et sa duplicité 
trop manifeste lui avaient fait perdre en quelques jours. Paris, où 
il avait connu les ovations populaires, lui échappait par une révo- 
lution aussi soudaine qu'imprévue. Jamais pourtant il ne s'était 
cru plus près de réaliser ses rêves ambitieux. Peu de temps aupara- 
vant, sentant que l'heure était décisive, il avait renoué, avec les An- 
glais, les négociations brusquement rompues, à deux reprises, par 
les traités de Mantes et de "Valognes. Pendant qu'il entraînait le pré- 
vôt des marchands dans l'aventure qui devait si mal finir, quel- 
ques-uns de ses partisans les plus dévoués, Jean et Robert de Pic- 
quigny, Pierre de Sacquenville, Jean de Fricamps, Martin Enriquez, 

Histoire de Charles V.— II. 1 



2 LA GUERRE CONTRE LE ROÏ DE NAVARRE 

Jean Remirez d'Areillano, s'abouchaient avec trois chevaliers anglais, 
évidemment autorisés par Edouard III à recevoir de nouvelles ouver- 
tures ». Il est vraisemblable que Philippe de Navarre, qui, pendant la 
captivité de son frère, avait multiplié les démarches en sa faveur, eut 
l'initiative des pourparlers. Mais il avait dû laisser à d'autres le soin 
de les faire aboutir, pour répondre en personne à l'appel de Charles le 
Mauvais et le rejoindre, sous les murs de Paris, avec le gros des forces 
navarraises. 

Les négociations avaient repris sur les bases, précédemment posées 
aux; conférences d'Avignon (décembre i354-janvier i355) 2 , au moins 
en ce qui touchait la reconnaissance d'Edouard III comme roi de 
France et l'assistance que le Navarrais prêterait au roi d'Angleterre, 
pourl'aider à conquérir le royaume de son adversaire. En retourdeson 
alliance, Charles le Mauvais demandait pour lui-même, outre la Cham- 
pagne et la Brie, héritage de sa famille, la Normandie, le bailliage 

i. L'acte d'où sont tirés les détails que je vais donner est une « endenture », pu- 
bliée par Rymer, sous la date erronée du i" août i35i (Fœdera, III, t** p., 228). 
Secousse a démontré le premier (Mémoires, p. 3i8, n. 1) qu'il faut lire : 1358 et 
non 1351. Voy. dans le même sens : S. Luce, Froissart, V, xxxvi, n. 2 ; — Négocia- 
tions des Anglais avec le roi de Navarre pendant la Révolution parisienne de 1358, Paris, 
1875, in-8" (Extrait des Mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile-de-France, I, 
ii3-i3i). 

Le document original, classé depuis peu dans les Diplomatie documents, Exchequer, 
(P. R. O.), avait échappé une première fois à mes recherches, et je n'étais pas éloi- 
gné de croire qu'il avait péri, attribuant les lacunes et les fautes de lecture du texte 
de Rymer au mauvais état de la pièce, que celui-ci avait eue sous les yeux En réa- 
lité, elle est bien conservée et, à l'exception de quelques mots, se lit facilement. Je 
dois à mon confrère, M. Eug. Déprez, les indications précises qui m'ont permis de 
la collationner avec la transcription de Rymer, améliorée sur certains points par 
S. Luce. L'incorrection relative du texte imprimé dans les Fœdera provient de ce que 
l'original est de la main d'un scribe français, et les copistes de Rymer étaient 
moins familiers avec l'écriture française du xiv" s. qu'avec l'écriture anglaise du 
même temps. 

Jean de Picquigny, auquel le roi de Navarre devait sa délivrance, et son frère 
Robert. 

Pierre de Sacquenville, d'une famille normande très connue, fut fait prisonnier 
à Gocherel et décapité peu de jours après, à Rouen, par l'ordre de Charles V. 

Martin Enriquez (Henrriquiz, Henriquez) ; alferez de Navarre; l'un des personna- 
ges les plus importants du règne de Charles le Mauvais; capitaine de Melun, cette 
même année i358 (Brutails, Documents desarch, de la Chambre des comptes de Navarre, 
56, 65, n. 3, 86). 

Jean Remirez d'Areillano ; richombre de Navarre ; '« paraît avoir servi Charles le 
Mauvais plutôt par ses négociations que par ses faits d'armes » (Brutails, ibid., 65, 1 53). 

2. Voy. mon article sur les Premières négociations de Charles le Mauvais avec les An- 
glais, dans la Bibl.de l'Ec. des chartes, t. LX.I, 1900, p. 257-282. 



LE ROI t>E NAVARRE ET LES ANGLAIS 6 

d'Amiens, le comté de Chartres 1 et le duché d'Orléans 2 , ce qui tôt 
ou tard l'aurait rendu maître de Paris et de toute la France du nord. 
Ses prétentions étaient pourtant plus modestes qu'à l'époque, en- 
core récente, où il avait traité directement avec les ambassadeurs 
du roi d'Angleterre. En i358, ses mandataires avaient ordre de se 
contenter de moindres avantages ; il ne devait plus être question, 
notamment, de l'union du Languedoc aux possessions navarraises. 
La situation d'Edouard III avait bien changé depuis la reprise des 
hostilités. La victoire de Poitiers et la capture de Jean II lui assuraient 
une paix glorieuse et déjà, grâce à l'intervention du Pape, à demi con- 
clue. Il fallait donc lui faire de grandes concessions pour réveiller une 
ambition, que pouvaient satisfaire les résultats acquis 3 . 

Les négociateurs anglais, quel que fût le vrai caractère de leur mis- 
sion — officielle ou officieuse - n'acceptèrent, et môme ne discutèrent 
pas, toutes les propositions des Navarrais. Ils admirent que la Cham- 
pagne, la Brie et le duché d'Orléans appartiendraient au roi de Na- 
varre ; ils « ne s'arrêtèrent pas » à la question que soulevait l'attribu- 
tion du bailliage d'Amiens et du comté de Chartres ; elle devait être 
examinée « une autre fois » 4 . Quant à la Normandie, on convint, d'un 
commun accord, que les deux rois en ordonneraient à leur première 
entrevue 5 . Telle est à peu près la substance des articles signés le 

i. Le comté de Blois et de Chartres. Cf. S. Luce, op. cit., p. 18, n. a. 

2. « ... toute la duchée d'Or[liens] entièrement et ses appartenances. » Rymer a 
imprimé : « toute la duchée d'Amiens... et ses appartenances », ce qui n'a pas de 
sens, comme l'avait déjà fait observer S. Luce, qui soupçonnait une erreur de lec- 
ture (op. cit., 17, n. 5;. Le mot Orliens est difficile à lire : cependant telle me pa- 
raît bien être la vraie leçon. 

3. Voy. ci-après chap. 11. 

k. « Premiers est regardé par entre les dessus diz chevaliers que le dit roy de Na- 
varre aura tout le conté de Champaigne et de Brie entièrement, aveques toutes les 
appartenances, à tenir en la manière et par auteles noblesccs que le roy Thibaut de 
Navarre les tint, toute la duchée d'Orliens entièrement et ses appartenances ». Voy. 
ci-dessus n. 2. 11 y a entre l'original et le texte de Rymer des différences qui ne por- 
tent pas seulement sur la graphie des mots [regardé et non agardé, etc.). 

5. « Et quant est de la duchée de Normandie, dont il a esté parlé et debatu par 
entre les dessus diz chevaliers, sur ce que elle [soit et doie] demourer semblablement 
au dit roy de Navarre entièrement, les diz deux seigneurs ordeneront quant il s'en- 
treverront (et non : se reverront), etc.. . » 

« Item, du conté de Chartres et du bailliaige d'Amiens, dont les chevaliers du dit 
roy de Navarre ont fait mencion, tendanz à fin que le dit roy de Navarre les doie 
avoir semblablement et aveques les choses dessus dites, demeuie à parler autrefoiz, 
quar les chevaliers du dit roy d'Engleterre ne s'y sont mie présentement arrestez ». 



4 LA. GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

i er août i358,par les chevaliers navarrais nommés plus haut et par trois 
chevaliers anglais, fort connus les uns et les autres pour la part, qu'à 
cette époque, ils prirent aux affaires de France : Etienne de Gossington, 
Gilbert Chastellain et Jean de Foderynghay *. En même temps était 
posé le principe d'une alliance implicite, d'une action militaire, con- 
certée entre les gens du roi de Navarre et les gens du roi d'Angleterre, 
u qui étaient ou viendraient par delà la mer ». Cette clause, qui n'était 
subordonnée à aucune condition suspensive, pouvait seule avoir, et 
elle eut probablement, un effet immédiat. 

Faut-il voir, dans cet acte diplomatique, autre chose qu'un projet, 
destiné à être soumis à Edouard 111, et qui, pour devenir définitif, 
avait besoin d'être complété, mis au point, et enfin ratifié par les deux 
souverains intéressés? Siméon Luce,si familier pourtant avec l'histoire 
du xiv e siècle, a cru qu'il s'agissait là d'un véritable traité qui, en l'es- 
pèce, aurait eu une portée considérable" 2 . 

Deux choses l'ont surtout frappé : la date inscrite sur 1' « enden- 
ture » — î" août i358 —et ce fait que Charles le Mauvais ne se prévaut 
pas, vis-à-vis d'Edouard 111, des droits qu'il avait lui-même à la cou- 
ronne de France. Ceci a paru, à l'historien, une concession nouvelle, 
extraordinaire, telle que les événements les plus graves avaient seuls 



i. Des graphies très divergentes rendent assez incertaine la vraie forme de cha- 
cun de ces trois noms. 

Etienne de Gossington (Cosyngton, Cusinton, Gusington, Guisantone) fut envoyé 
en Normandie par Edouard III, en i358 (Lettres de commission du 2 juin ; Rymer, 
III, i" p., p. 3g3. — Compte du 3i mai au 29 septembre, indiqué par L. Mirot et 
E. Déprez, Les ambassades anglaises pendant la guerre de Cent ans, p. 27, n. 186). — 
Châtelain et gardien de Saint-Sauveur-le-Vicomte du 5 février au 10 octobre i358 ; 
Rymer, t. III, 1" p., p. 4i8, 4o8; L. Delisle, Hist. de Saint-Sauveur le-Vicomte, p. 112. 
Cf. P. R. O., Issue Rolls, 33 Edw. III, Easter, n° 222, membr. 20 (n juil- 
let i35g). 

Gilbert Chastellain (Chasteleyn, de Chastellay). Adjoint à Et. de Cossington dans 
sa mission en Normandie. Voy. les textes indiqués ci-dessus. 

Jean de Foderynghay (Foderynghey, Fodrynghey) est le Jean Fourdrigais (Fou- 
drigay, Foudrigais) des chroniqueurs et de tous les documents français. Il servait 
en Bretagne, à la date du ik sept. i355, sous les ordres de Henri, duc de Lancas- 
tre, capitaine et lieutenant du roi d'Angleterre dans cette province (Rymer, III, 
1" p., 3i2). Nous le retrouverons plus loin capitaine de Creil. — Foderynghay ou 
Foderynghey est la forme ancienne de Fotheringay (Northamptonshire), que j'ai 
conservée pour ne pas m'écarter trop des graphies les plus usitées au xiv° s. Tho- 
mas Gray, l'auteur de la Scalacronica, écrit : John de Foderynghay. 

2. Négociations des Anglais avec le roi de Navarre, etc. — Hist. de Bertrand du Gues- 
clin, p. 288-^89. — Froissart, Chroniques, V, xxxvr, n. 2. 



PROJET DE TRAITÉ DU I er AOUT 1 358 5 

pu l'arracher à l'ambition de Charles le Mauvais. D'après Siméon 
Luce, dès que le roi de Navarre aurait appris, — dans la matinée du 
i" août, — la mort du prévôt et l'avortement du complot ourdi pour 
le rendre maître de Paris, il aurait modifié ses plans et reconnu 
Edouard III comme roi de France, renonçant ainsi momentanément à 
l'espoir de ceindre lui-même la couronne enlevée à Jean II. L'explica- 
tion est ingénieuse assurément, mais elle ne va pas sans soulever 
d'assez fortes objections. 

11 n'est pas très facile d'admettre que, dans des circonstances aussi 
graves et aussi inattendues, Charles le Mauvais ait su, en quelques 
heures, prendre son parti, et que ses mandataires aient, à son exem- 
ple, montré une célérité à peine croyable. En outre, il est inexact 
que le Navarrais ait, du jour au lendemain, modifié son altitude à 
l'égard d'Edouard III *. Jamais, dans ses rapports avec ce prince, il ne 
s'est posé comme un compétiteur; il a toujours été entendu que le 
trône de France devait revenir au monarque anglais. Philippe de Na- 
varre, qui a souvent négocié avec les Anglais, pour lui-même ou pour 
son frère, n'oppose pas davantage les droits de la maison d'Evreux à 
ceux d'Edouard III. L'acte du i° r août i358 est donc conforme à tous 
les précédents connus. Mais, de plus, il n'est daté que d'une façon 
incomplète ; aucun nom de localité n'y est indiqué. Où a-t-il été 
passé? Est-ce bien aux. environs de Paris, sous l'inspiration directe 
du roi de Navarre, enjoignant à ses plénipotentiaires de conclure au 
plus vite et à tout prix un accord nécessaire ? Les conférences, d'où est 
sorti ce nouveau projet de traité, n'auraient-elles pas été tenues en 
Normandie, plutôt qu'aux portes de Paris? 

La conjecture peut sembler hardie; elle n'est pas contredite par ce 
que l'on sait des négociateurs anglais ou tout au moins des deux pre- 
miers d'entre eux. Etienne de Cossington et Gilbert Chastellain avaient 
été récemment désignés l'un et l'autre, par Edouard III, pour faire res- 
tituer à Philippe de Navarre des forteresses normandes, lui appartenant 
en propre et que des capitaines anglais détenaient induement. Etienne 
de Cossington exerçait même, à la date du i er août, un important 
commandement en Normandie. Il était, depuis le i" février de cette 
année, capitaine de Saint-Sauveur- le-Vicomle et de toutes les terres 



i. British Muséum, Cotton., Caligula, D. ni, n ' 43, '17, 79, 80. — Rervyn de 
Lettenhove, Froissart, XVIII, n°* 88 et > 
des églises et des grands établissements monastiques. Elle fut effrayan- 
te, car les couvents avec leurs granges, leurs celliers, leurs troupeaux, 
les sanctuaires avec les objets précieux qui les garnissaient, étaient 
une proie désignée d'avance à l'avidité des Compagnies. Les bulles 
pontificales, qui fulminent l'excommunication contre les auteurs ou 
les complices de ces déprédations, permettent de se faire quelque idée 
de l'étendue du désastre. Les papes Innocent VI et Urbain V n'ont cessé 
de dénoncer et de condamner ces excès, et, s'ils ne pouvaient user que 
d'armes spirituelles, ces armes, môme au milieu de la barbarie univer- 
selle, n'ont pas toujours été impuissantes 3 . 

Maïs le P. Denifle n'a rien ajouté aux textes, depuis longtemps clas- 
siques, qui renseignent sur les agissements des Compagnies et sur la 
condition lamentable de la population rurale. C'est une triste histoire, 
et qui se répète avec une monotonie désolante. A. peine installé dans 
leur repaire, les « ennemis » — car leur nationalité importe peu 4 — 
courent le pays, s'emparent du bétail, pillentet brûlent les habitations, 



i. H. Denifle, La désolation des églises, etc., p. 218. 

3. Op. cit., p. 179-316, et plus particulièrement p. 217-31G. 

3. Sur la teneur de ces bulles, conçues, à d'insignifiantes variantes près, dans les 
mêmes termes, et qu'on rencontre dès i356, voy. H. Denille, op. cit., p. 182 et n. 1, 
i83 et n. 1, 2/iy-^5o, 2(j4, etc. Elles lancent l'excommunication contre les malfaiteurs, 
en visant exclusivement, il est vrai, les attentats contre les personnes ou les biens 
d'Eglise. On trouvera plus d'indications générales, encore que les faits ne soient pas 
précisés, dans les lettres d'Innocent VI relatives à l'invasion de la Provence par Ar- 
naut de Cervole. Voy. H. Denille, op. cit., p. 200, n. 5. 

f\. On ne la discernait pas toujours facilement, et on ne s'en mettait guère en 
peine. Jean Coques obtient des lettres de rémission pour avoir détroussé « un val 
let qui menoit un cheval entre la ville de Janville et de Thorotc, environ heure de 
scloil couchant, lequel vallet ledit Jehan esperoil estre Anglois, poureeque ou pais 
les Anglez noz ennemis conversoient et couroient lors de jour en jour et n'y osoient 
autres bonnement demourer ne habiter, combien que l'en deist depuis que le dit 
vallet estoit à Mons. Thiebaut de Chepoy, chevalier, et pour ce le dit Jehan escria 
ledit vallet en disant : « Lerres Anglois, vous avez emblé ce cheval que vous enme- 
nez ! » et li osta et toli le dit cheval par force etc. » (Arch. nat., JJ. 90, fol. i5o T °, 
n° 290; Paris, sept. 1359). — Janville; Oise, arr' et c" de Compiègne ; Thourotte ; 
Oise, arr' de Compiègne, c°* de Ribccourt). 



2 8 LA GUERRE GONÏRE LE ROI DE NAVARRE 

violent les femmes, tuent les hommes ou les font prisonniers quand 
ils les croient de bonne prise*. Affolés, les paysans se réfugient, avec 
ce qui leur reste, et quand ils le peuvent, au fond des bois, dans des 
îles ou des marais inaccessibles *. Cependant les brigands n'ont aucun 
intérêt à faire le vide autour d'eux. Les supplices raffinés ou atroces 
auxquels ils soumettent leurs prisonniers ou dont ils punissent ceux 
qui leur résistent 3 , sont une espèce de « chantage » barbare, pour 
amener les habitants des villages à se « rançonner », à se racheter du 
feu et de l'extermination, en payant et en entretenant leurs propres 
bourreaux 4 . L'instinct de la conservation, le regret de leurs champs 



i. Les habitants « de la ville et chastellenie » de Lorris en Gàtinais exposent que 
les « ennemis du dit royaume, especialement... ceulx qui lors estoient et sont en la 
forteresce de Chasteau Neuf sur Loire et es autres garnisons et forteresces d'ilec en- 
tour,... en alant et venant d'une forteresce à autre, et aussi en courant le plat pays 
d'ilec environ ardoient et bruloient leurs maisons, granches et habitacions, pre- 
noient, pilloient, emportoient et degastoient leurs blez, aveinnes, grains, vins et au- 
tres biens, emprisonnoient et raençonnoient les corps de eulx, de leurs famés et de 
leurs enfanz, et aucuns on ont occiz, tué et mis à mort, tant par force de gehainc 
comme autrement... » (Arch. nat., JJ. 90, fol. a3'°-a4, n° 48; Paris, a4 fév. i35g). — 
Les « ennemis » de Malicorne-sur-Ouannc « pillent, ardent, raençonnent, destruent 
tout le pais, mettent à mort et prennent prisonniers touz les hommes et ravissent 
et deshonnorent toutes les fammes qu'il puent trouver... » (Ibid., fol. 24"'-25, 
n° 5i ; Paris, mars i35g). — Ce sont là des exemples pris au hasard, entre cent 
autres tout aussi concluants. 

Ghàteauneuf-sur-Loire ; Loiret, arr' d'Orléans, ch.-l. de c°". 

Malicorne; Yonne arr' de Joigny, c°° de Charny. 

a. Contin. chronici Guill. de Nangiaco, II, 280. — S. Luce, Hist. de Bertrand du Gues- 
clin, 274 (d'après des lettres du régent). — H. Denifle, op. cit., 307. 

3. Arch. nat., JJ. 90, fol. 219, n° 435 (Paris, fév. i36o) : « Et pour la grant pitié 
qu'il avoit des prisonniers que les diz ennemis amenoient en ladite forteresse (de 
Troissy) aus quelx ilfaisoient souffrir moult de tormens. . . » — Les religieux du prieuré de 
Reuil-sur-Marne près de la Ferté-sous-Jouarre ont été pris par les ennemis étant à la 
Ferté, qui leur ont a fait souffrir moult de marlires »j(JJ. 90, fol. 361, n" 5aa ; Paris, 
mai i36o). 

Troissy ; Marne, arr' d'Epernay, c" de Dormans. 
Reuil; Seine-et-Marne, arr' de Meaux, c"" de la Ferté-sous-Jouarre. 
Voy. aussi : A. Germain, Projet de descente en Angleterre, etc., p. aa (Extrait des 
Mémoires de la Société archéol. de Montpellier, i858, p. 426. 

4. Arch. nat., JJ. 90, fol. 112", n° ao8 (Paris, juillet i35g) : « ... comme les An- 
glois et ennemis du dit royaume estant à Esponnay eussent nagaires mandé par 
pluseurs foiz aus habitans de la parroisse de Muret et à pluseurs autres villes envi- 
ron que il se vousissent raençonner devers eulx ou autrement il destruiroient eulx, 
leurs fammes, enfanz, biens et maisons, et mectroient tout en feu, li quels respon- 
dirent par devers les diz Anglois que de ce n'en feroient-il néant, et pour ce ont 
les diz Anglois destruit pluseurs des dites villes et arses, et les genz pris, raençon- 



LES COMPAGNIES 39 

abandonnés, la nécessité de les cultiver pour ne pas mourir de 
faim, sont plus forts que la panique *. L'entente s'établit entre les pay- 
sans terrorisés et les brigands, qu'ils approvisionnent et servent docile- 
ment 2 . Mais cette capitulation expose le village rançonné à un nou- 
veau péril. Fréquemment, il y a dans le voisinage un lieu fort, oc- 
cupé par un capitaine français. Quiconque est entré en arrangement 



nez et mis à mort, et menaçoient les diz iiabitanz de Muret et de Croûtes de faire 
autel se il ne se raençonnoient, etc. ». La conclusion, comme celle d'autres lettres 
de rémission du même genre, très nombreuses, c'est que les paysans, incapables de 
se défendre, nullement protégés, ont dû céder à la violence. 

Esponnay= Saponay ; Aisne, arr' de Château-Thierry, c" de la Fère en Tardenois. 

Muret-en-Croutes ; Aisne, arr* de Soissons, c°" d'Oulchy. 

Crouttes ; Aisne, arr' de Château-Thierry, c°" de Charly. 

1. Les habitants de « Cis » et de Presles ont enduré, de la part des ennemis « es 
tanz à Vailly et ou pays de Soissonnais et de Lannoys », des « griefs, dommages, 
enormités, contraires (sicj, inhumanités, comme plus puent, et tant qu'il ne les 
puent endurer, ne soutenir... » Ils se sont donc rançonnés « à certaine somme de 
deniers, jusques à certain temps avenir, la quelle chose il n'eussent jamais fait, 
n'osé faire autrement (sic), se ce ne fust pour la petite deffense que il veoient ou 
pais, et par force et contrainte, et pour doubte et crainte des choses dessus dites, 
pour sauver eulx, leurs fammes, enfanz, leurs maisons et leurs biens, et pour la- 
bourer et cultiver leurs terres et faire les labouraiges sanz les quelz il ne pourroient vivre, 
ne ne sauroient ou fuir pour avoir leur pouvre vie, se il n'estoientmendians et querans 
leur pain, et par avanture mourroient de faim... » (Arch. nat., JJ.90, fol. 71, n° i3o; 
mai i35g). 

Cys-la-Commune; Aisne, arr' de Soissons, c" de Braisne. 
Presles-et-Boves ; Aisne, arr' de Soissons, c ° de Braisne. 

2. Les habitants de Sacy, près de Ligny-le-Chastel,se sont rançonnés « parmi cer- 
tainne somme de florins sanz autre chose » (Arch. nat., JJ. 90, fol. 56, n" io5 ; Pa- 
ris, mai i359). Ceux de Vermenton, « jusques à certains (sic; temps?) passez et ave- 
nir, à certaines sommes de deniers, à un millier de harenz et à ouvraiges et labeurs 
de pluseurs personnes de ladite ville que les diz ennemis ont fait euvrer et tenuz 
par devers eulx... » (Ibid., fol. 61-61* , n" 110 ; mai i35g). 

La ville et chatellenie de Lorris se rachète (« envers les diz ennemis de Chasteau- 
Neuf »), moyennant « certaine somme de vivres et d'argent jà paiée et jusques à 
certain temps... » (Ibid., fol. 23"-2/J, n" 48 ; Paris, 24 fév. 1359). 

Sacy ; Yonne, arr' d'Auxerre, c°" de Vermenton . 

Ligny-le-Châstel; Yonne, arr' d'Auxerre, ch.-l. de c°". 

Vermenton ; Yonne, arr* d'Auxerre, ch.-l. de c 0D . 

Le fameux Aimerigot Marchés, inconsolable d'avoir restitué ou plutôt vendu le 
château d'Aloise près de Saint-FIour, n'a garde d'omettre, en énumérant tout ce qu'il 
a perdu, les contributions en nature qu'il exigeait des paysans : « Les villains 
d'Auvergne et de Limosin nous poureoient et amenoient en nostre chastel les blés 
et la farine, le pain tout cuit, l'avoine pour les chevaulx et la littière, les bons vins, 
les buefs, les moutons, les brebis, tous gras, et la poulaille et la vollaille ». Frois- 
sart, Chron., édit. Kervyn de Lettenhove, XIV, i64. 



3o LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

avec un ennemi — Anglais, Navarrais, ou de toute autre nationalité 
— n'est plus « bon et loyal Français » ; il est considéré com- 
me un traître. Des représailles sont exercées contre ces malheureux, 
qui ne peuvent même pas jouir de la sécurité précaire qu'ils ont cru 
s'assurer 1 . Il leur faut solliciter des lettres de rémission, et vraisem- 
blablement ils ne s'y résolvent que le jour où ils n'ont plus à craindre 
la vengeance de leurs premiers oppresseurs-. 

Les communautés d'habitants ne sont pas seules à encourir le repro- 
che d'avoir pactisé avec les ennemis du royaume. De simples particu- 
liers, tombés entre leurs mains et obligés de travailler pour eux quand 
ils ne peuvent acquitter une rançon 3 — des prêtres qui ont fait 
auprès d'eux fonction de chapelains 4 — sont exposés à mille ennuis 
tant qu'ils n'ont pas obtenu des lettres de pardon. 

Nul ne songera jamais à atténuer les méfaits des Compagnies. 11 fau- 
drait pour cela ignorer les sources; il faudrait avoir oublié l'une des 
pages les plus éloquentes de Michelet et la brûlante apostrophe que lui 
arrache la détresse de Jacques Bonhomme : « Vous êtes mon père, 
vous êtes ma mère, etc. » 8 . Mais même ici il convient de se garder de 



. i. Arch. nat., JJ. 90, fol. 78™, n, i/i5 (Paris, avril i35c)). Les habitants « do la ville 
et paroisse de Juerre, de Biercy et de Septfors, villes voisines de la dite parroisse » 
se sont rançonnés aux ennemis de la. Ferté-sous-Jouarre, contraints et forcés comme 
toujours. « Neantmoins les genz des garnisons françoises de Meaulx, de la Motte 
au Desrammé, de Beaumont et d'aucuns autres nobles noz officiers, soubz ombre de 
ce que il se sont raençonnez aus ennemis, comme dit est ou autrement, de leur vo- 
lenté, se sont efforciez et efforcent de iceulx habitanz raençonner et traire à rençon 
envers eulx et se sont ventez et leurs ont mandé qu'i les destruiront et leurs dites 
ville et maisons ardront et gasteront du tout en tout, pour la quelle chose il sont 
en péril de delaissier du tout le pais, se sur ce nous ne leur pourveons d'aucun 
gracieux remède ». 

2. Après la conclusion de la paix de Brétigny, ou tout au moins après l'évacua- 
tion ou la reprise de la forteresse occupée par les ennemis du royaume. 

3. Arch. nat., JJ. 90, fol. 290 290"°, n° 592 (Paris, juin i3Go). « Richart le Mares- 
chal », demeurant à Glermont en Beauvaisis, est obligé, après la prise du château 
et de la ville de Clermont, de servir les ennemis du roi qui le menacent « de li 
coper la teste et de le mettre à mort, de jour en jour, et à toutes heures... » 

k. Arch. nat., JJ. 90, fol. 219, n° 435 (Paris, février i36o). Lettres de rémission 
pour le curé de Comblisy et d'Igny-le-Jard, près de ïroissy, qui, tombé aux mains 
des Navarrais, malmené et mis à excessive rançon, a été contraint de « servir les diz 
ennemiz » et de « chanter messes en la dite forteresse, senz ce que il chevauchast 
oneques avecques eulx, ne pillast en aucune manière ». 

Gomblizy et Igny-le-Jard ; Marne, arr' d'Epernay, c°° de Dormans. 

5. Histoire de France, t. III, 1872, in-8°, p. 271-272 : « Ce sont des Français que ces 
paysans, n'en rougissez pas, c'est déjà le peuple français, c'est vous, ô France! Que 



LES COMPAGNIES 3l 

toute exagération. Il est une somme de maux, qu'une race ne supporte 
pas impunément sans disparaître. Or, pour les motifs qui ont été indi- 
qués, cette guerre de brigands n'a pas été une guerre d'extermination. 
Lorsque fut conclue la paix de Brétigny, qui causa une si vive allégresse 
à Paris et dans tout le royaume, il restait, en dehors des villes closes, 
des êtres humains pour en bénéficier et s'en réjouir, des hommes 
même fortement trempés et d'âme assez fière, comme l'avaient prouvé 
les paysans de Longueil-Sainte-Marie, les soldats improvisés de Guil- 
laume l'Aloue. A cette rude vie, Jacques Bonhomme s'était aguerri; 
pillard pour son propre compte le plus souvent, mais conscient de sa 
force, redoutable aux brigands isolés et aux traînards, capable même 
de concerter une action commune, il s'était habitué à rendre les coups 
qu'on lui portait *. 

V. — La mémoire de tous les aventuriers du xiv 8 siècle - qu'il 
s'agisse des plus illustres ou des plus obscurs — est entachée des mê- 
mes atrocités. Mais quelques-uns d'entre eux furent, par ailleurs, de 
grands capitaines : tels Robert Knolles et Eustache d'Auberchicourt 
qui, pendant la captivité de Jean II, dirigèrent — le premier surtout 
— de véritables opérations de guerre. Leurs noms évoquent naturelle- 
ment celui de l'Archiprêtre, qui fut longtemps, lui aussi, un condottiere 
heureux et obéi *. Mais l'Archiprêtre n'est déjà plus un inconnu pour 
nous, et d'autres occasions se présenteront de le voir à l'œuvre. 

La capitulation de Rennes (juillet i358), succédant à la trêve de 
Bordeaux, laissait sans emploi et sans moyens d'existence un grand 
nombre d'hommes d'armes anglais. Depuis que s'était ouverte la 
guerre de la succession de Bretagne, cette province était devenue leur 



l'histoire vous les montre beaux ou laids, sous le capuce (?) de Marcel, sous la ja- 
quette des Jacques, vous ne devez pas les méconnaître. Pour nous, parmi tous les 
combats des nobles, à travers les beaux coups de lance où s'amuse l'insouciant Frois- 
sart, nous cherchons ce pauvre peuple. Nous Tirons prendre dans cette grande mê- 
lée, sous l'éperon des gentilshommes, sous le ventre des chevaux. Souillé, défiguré, 
nous l'amènerons tel quel au jour de la justice et de l'histoire, afin que nous puis 
sions lui dire à ce vieux peuple du xiv" siècle : « Vous êtes mon père, vous êtes ma 
mère. Vous m'avez conçu dans les larmes. Vous avez sué la sueur et le sang pour 
me faire une France. Bénis soyez-vous dans votre tombeau ! Dieu me garde de vous 
renier jamais ! •» 

i. Arch. nat., JJ. 90, fol. 2^2''° -2^^,11' 5^9 (Paris, mai i36o); fol. 3o4'°-3o5, n°6ai 
(l'aris, juillet i36o). 

a? Ses propres soldats l'assassinèrent en i3GG (Gr. Chr., VI, a4o). 



3a LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

terre d'élection. Tous s'y étaient enrichis, les plus humbles comme les 
plus qualifiés ; mais aucun n'égala la fortune et la renommée de Robert 
Rnolles *. De bonne heure, une légende s'est accréditée touchant ses 
origines, qui furent modestes sans doute, bien qu'il ne faille pas voir 
en lui un simple valet ou un homme de la condition la plus infime 2 . 
11 est probable qu'il était le fils d'un petit gentilhomme du Cheshire, et 
frère ou neveu d'un autre aventurier anglais, fort connu aussi et ha- 
bituellement le compagnon de ses chevauchées, Hugues Calveley 3 . 
Knolles avait figuré avec honneur au combat des Trente, puis à celui 
de Mauron 4 . En i358, n'ayant plus rien à tirer de la Bretagne, il réso- 
lut d'aller opérer sur un autre théâtre et se mit à remonter le cours de 
la Loire. Vraisemblablement, il n'avait pas encore de plan préconçu et 
réglait sa marche d'après les événements de chaque jour. Il était riche 
déjà de 200.000 florins et maître de quarante bons châteaux. Deux à 
trois mille combattants servaient sous ses ordres. Suffisamment fort 
pour ne dépendre de personne, il se vantait de ne faire la guerre ni 
pour Edouard III, ni pour le roi de Navarre, mais pour lui-même. On 
connaît l'orgueilleux défi qui lui tenait lieu de devise : 

« Qui Robert Canolle prendra 
« Cent mille moutons gagnera* >>. 

Au mois d'octobre, il parut sous les murs d'Orléans, dont il brûla 
les faubourgs 6 . Il descendit ensuite jusqu'à Châteauneuf-sur-Loire 7 , 



1. Voir la National Biography, art. de G. L. Kingsford. 

2. Th. Walshingham, Hist. anglicana, p. 28G : « Ex quibus Robertus Knollis, 
ex paupere mediocrique valleto, mox factus ductor militum, ad divitias usque rega- 
les ëxcrevit ». 

Knighton, Chronicon, II, 102 : « ... quidam tune valettus, postea per processum 
temporis miles magnus et validus dominus, etc. ». 

Jean le Bel est médiocrement renseigne à son endroit : « Et sachiez que cil Ro- 
bert Canolle dont je vous ay parlé estoit parmeniier de draps, quant ces guerres 
commencherrent : sy devint brigand et soldoyer à pyé, et estoit Alemand » (II, 261). 
Froissart ne dit rien de ses orgines (V, 35i). 

Son plus récent biographe, après avoir cité les textes que je viens de rappeler ou 
d'autres analogues, conclut : « But despite such expressions, Knolles was probably 
of honourable parentage ». 

3. National Biography. 
lt. Ibid. 

5. Froissart, V, 35 1 . 

6. Gr. Chr., VI, i^a- — Knighton, Chronicon, II, 102 : « ... et venit ad villam de 
Aurilions et posuit suburbia ad Hammam ignis, etc. ». — Froissart, V,35i : « ... et 
tous les fourbours d'Orliiens ars et essilliés par force de gens jusques as portez ». 

7. Loiret, arr* d'Orléans, ch.-l. de c°*. 



ROBERT KNOLLES 33 

qui fut pour quelque temps sa base d'opération l ; mais déjà il convoi- 
tait une riche proie, la ville d'Auxerre. Il s'en rapprocha d'une façon 
inquiétante par l'occupation de Châtillon-sur-Loing 2 , et à la fin de 
l'année, l'importante cité bourguignonne était enfermée dans Un ré- 
seau de petites forteresses, tombées aux mains des lieutenants de Knol- 
les ou de capitaines indépendants qui agissaient de concert avec lui. 
Ces forteresses étaient Ligny-le-Châtel à l'est ; la Motte-Joceran et Ma- 
licorne à l'ouest; Regennes, la Motte-de-Champlost, Champlay et Aix- 
en Othe, au nord 3 . 

Le régent n'avait pas laissé cette région sans défense. L'homme sur 
lequel il comptait pour la protéger n'était autre qu'Arnaut de Cer- 
vole, qualifié officiellement de lieutenant du Roi et du régent « en Berry 
et Nivernais » 4 . On avait eu quelque peine à le faire revenir de la Pro- 
vence, où il avait commis de nombreux excès 3 . Il ne justifia pas la 
confiance que le dauphin avait pu mettre en lui. Il échoua devant la 
« forteresse » de Malicorne, qu'il devait prendre avec l'aide des gens du 
pays ; le siège en fut levé « honteusement » disent les Grandes Chroni- 
ques, c'est-à-dire de façon à entacher sa réputation 6 . Arnaut n'était-il 
réellement pas de force à affronter Robert Knolles ou avait-il conclu 
avec celui-ci quelque traité secret ? Il ne serait point surprenant que, 
l'occasion lui ayant paru bonne, il ait été tenté de « se tourner anglais » 7 . 



i. Gr. Chr., VI, 1^2. — Froissart, V, 35i. 

2. Loiret, air' de Montargis, ch.-l. de c°". 

3. Froissart, V, p. xli, n. 4. 

4. A. Ghérest, L'Archiprêtre, 72 et n. 1. 

5. Ibid., p. 62-63. 

6. Gr. Chr., VI, 142 : « Et 1 chevalier appelle Mons. Arnault de Cervole, seurnommé 
l'arceprestre, qui venoit au mandement du dit régent, acompaigné de grant nom- 
bre de gcnz d'armes, se mist avecques les dictes gens du pays devant la dicte forte- 
resse de Malicorne. Mais Hz s'en partirent honteusement sanz prendre la dicte forteresse». 

L'attitude ambiguë qu'il eut dans cette circonstance, et dans d'autres encore, 
l'avaient rendu plus que suspect à Charles V. L'auteur des Grandes Chroniques, en 
relatant la mort de l'Archiprêtre (i366), fait suivre cette mention d'un véritable ré- 
quisitoire, qui se termine ainsi : « Si ne fu pas merveilles, se l'en fu liez de sa 
mort » (VI, 2^1). 

7. A. Chérest, op. cit., 74-75. — Voilà ce que l'on peut dire ou conjecturer, d'après 
les sources connues et utilisées. La chronique de Thomas Gray ajoute à ce que l'on 
sait par ailleurs quelques détails nouveaux. Un lieutenant de Knolles, « Johan Wald- 
bouf, engleis », avait fait prisonnier l'Archiprêtre et traité avec lui. A ce moment, 
Arnaut de Cervole aurait voulu ou feint de vouloir se faire Anglais. Plus tard, un 
guet-apens aurait été tendu par lui à « Waldbouf », qui serait mort assassiné dans 
sa prison (Scalacronica, i82-i83). 

Histoire de Charles V.— II. 3 



34 LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

L'impuissance ou la défection de l'Archiprêtre débarrassait Knolles 
du seul adversaire sérieux qu'il eût pu trouver sur son chemin. Cepen- 
dant un premier assaut donné à Auxerre le 10 janvier fut re- 
poussé l . Mais, deux mois après, jour pour jour (10 mars), une sur- 
prise rendait les Anglais maîtres de la place. Depuis quelque temps 
déjà ils s'étaient concentrés à Regennes. Le dimanche des Brandons, 
a avant le point du jour », ils arrivèrent en force sous les murs 
d'Auxerre, où personne n'était sur ses gardes. La muraille fut escala- 
dée entre la porte Saint-Siméon et celle d'Egleny 2 . Avant l'heure du le- 
ver du soleil, l'ennemi tenait la ville et le château. Auxerre comptait 
pourtant une nombreuse population et pouvait armer deux mille hom- 
mes. Néanmoins, la résistance fut à peu près nulle. Knolles gagna ce 
jour-là ses éperons de chevalier, et du coup fit une des meilleures opé- 
rations de sa vie, car le nombre des prisonniers fut considérable. Un 
des fils du comte d'Auxerre, Guillaume de Chalon, était logé au châ- 
teau ; il y fut pris, ainsi que sa femme, et beaucoup d'autres qui se 
trouvaient avec eux eurent le même sort 3 . Le pillage s'effectua 
avec ordre et méthode ; rien n'échappa aux Anglais. Vainement, les 
objets de nature à tenter leur convoitise avaient-ils été cachés « en 
terre, en murs ou autre part » ; toutes les cachettes furent éventées 
par l'ennemi. Le gain fut d'autant plus fructueux que les coparta- 
geants n'étaient pas plus d'un millier d'hommes et que le butin s'éleva 
au moins à la somme de 5oo.ooo moutons d'or, sans compter les ran- 
çons. Quand ils ne trouvèrent plus rien à prendre, les Anglais convo- 
quèrent les notables et leur proposèrent de se racheter, c'est-à-dire 
de payer une rançon pour la ville ; faute de quoi, elle serait brûlée 
en tout ou en partie, et les habitants, échappés au désastre, con- 
traints de jurer « bonne et loyale » obéissance à leurs vainqueurs. 



i. Abbé Lebeul, Mémoires sur l'hist. ecclés. et civile d'Auxerre, édit. Challe et Quan- 
tin, t. III, p a3a. Th. Gray mentionne cet échec (Scalacr., i83). 

a. Ibid. et n. 3. — La porte Saint-Siméon s'ouvrait au Nord-Ouest, dans l'axe de 
la rue actuelle de Paris. Elle donnait accès à la route de Joigny. La porte d'Egleny 
s'ouvrait à l'Ouest (direction de Montargis). 

3. Gr. Chron., VI, i48. — Le comte d'Auxerre, Jean III de Chalon, était prison- 
nier en Angleterre, s'étant fait prendre à la Chabotrie, Pavant-veille de la bataille 
de Poitiers. Guillaume de Chalon, dont il est ici question, ne doit pas être con- 
fondu, comme il l'a été généralement, avec son frère, Jean IV de Chalon, l'un des 
principaux chefs de l'armée française à Cochèrel. Guillaume de C. était mort avant 
la fin de l'année i36o (Arch. nat., JJ. 89. fol. 189, n° 439; décembre i36o). 



ROBERT KNOLLES 35 

Dans ce cas, une garnison serait laissée à Auxerre pour s'assurer de 
leur fidélité. 

L'accord fut long à se faire, en raison des exigences montrées par 
Robert Knolles, auquel il fallut promettre] Ao.ooo moutons d'or et 
4o.ooo perles du prix de 10.000 moutons. Les Anglais conservaient 
tout ce qu'ils s'étaient déjà approprié 1 , excepté les joyaux de l'église de 
Saint-Germain, retenus cependant à titre de gage. 

Les ennemis demeurèrent dans la place jusqu'à la fin d'avril, en 
attendant le retour d'une délégation envoyée auprès du régent, pour lui 
demander de ratifier la convention intervenue et solliciter de lui un 
secours pécuniaire. Malheureusement, quand ils revinrent de Paris à 
Auxerre, les députés tombèrent aux mains d'autres brigands et furent 
dépouillés de tout l'argent qu'ils rapportaient et qui devait être employé 
à payer la rançon de la ville 2 . Sept ans plus tard(io avril 1 366), Robert 
Knolles, devenu seigneur de Derval et de Rougé en Rretagne, c'est-à- 
dire un grand personnage, fit, « par remords de conscience et en con- 
sidération du pape Urbain V », remise aux habitants d'Auxerre de la 
contribution de Ao.ooo moutons d'or, qu'ils avaient dû consentir pour 
se racheter « du feu, du glaive et du pillage » 3 . C'était évidemment 
l'une des conditions auxquelles il lui fallut se plier, pour être absous 
de l'excommunication qu'il avait encourue, en s'associant aux excès des 
Compagnies (29 mai i366) 4 . 

Le capitaine anglais partit d'Auxerre le 3o avril pour aller mettre 
son butin en sûreté à Châteauneuf-sur- Loire, et, en passant, il brûla 



1. Gr. Chron. , VI, 1^9 . — D'après l'abbé Lebeuf (op. cit., p. 2 35), c'est 5o. 000 florins 
d'or au mouton, et non pas seulement 4o.ooo, que les Anglais auraient demandés. 

2. Abbé Lebeuf, op. cit., p. 237. 

3. La quittance de Robert Knolles est bien du 10 avril i36G (Lebeuf, op. cit , t. III, 
p. 249-250). Par suite d'une faute d'impression, elle est datée aux Preuves (t. IV, 
p. 194, n° 3x 1) du 10 avril 1371, ce qui a induit S. Luce en erreur etlui a fait corri- 
ger la date de l'année. — C'est en i3G6 que R. Knolles reçut l'absolution (M. Prou, 
Etude sur les relations politiques du pape Urbain V avec les rois de France, 1888, p. i48- 
i5o.) 

« ... comme nous Robert Kanole, sire de Derval et de Rougé, eussions eu jàpieza 
sur les bourgeois et habitans de la ville, cité et forbours d'Auceurre certaines obli- 
gations de la somme de quarante mil florins d'or au mouton, pour le rachat du feu, 
du glaive et du pillage de ladite \ille, cité et forbourgs d'Auceurre etc.. Lesquelles 
obligations nous avons baillé à.... pour porter à nostre saint père le pape, à en or- 
dener et faire sa volenté... » 

4. H. Denifle, op. cit., p. î3G, n. j. 



36 LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

Châtillon-sur-Loing .*. Mais bientôt il reprit sa marche interrompue, et 
dès le mois de mai, après avoir traversé tout le Berry, il attei- 
gnait les frontières de l'Auvergne K II n'est pas douteux qu'il 
n'eût le projet arrêté d'envahir le midi de la France, le Comtat 
Venaissin tout au moins, et de tirer du Pape une grosse rançon. 
Peut-être la récente chevauchée de l'Archiprêtre en Provence lui avait- 
elle inspiré ce dessein qui, pour un aventurier comme lui, offrait bien 
des chances de succès 3 . En tout cas, il s'en fallut de peu que le rêve 
ne devînt une réalité, quoique un chroniqueur anglais se soit fait l'écho 
de quelque hâblerie un peu forte, en écrivant que Rnolles s'avança jus- 
qu'à douze lieues seulement d'Avignon *. 

Au moment où il méditait de s'ouvrir un passage à travers les val- 
lées du Plateau central, il fut rejoint par deux routiers fameux, Jean 
Waldbouf et Jacques Wyn, « le poursuivant d'amours » 3 , établis l'un 
et l'autre à la lisière de la Bourgogne, et qui, dès i357, avaient fait une 
apparition en Forez 6 . 

L'Auvergne, pour qui l'approche des Anglais était une menace re- 
doutable, aurait eu les moyens de résister à l'invasion, si des conflits 
d'autorité ou des jalousies locales n'avaient paralysé la défense et rendu 
inutile le bon vouloir des trois ordres de la province. En vertu des 
pouvoirs qui lui avaient été conférés antérieurement à la bataille de 
Poitiers, le comte Jean de Poitiers — le futur duc de Berry — exerçait 
sur tous les pays situés au sud de la Loire, une autorité illimitée et 



i. Gr. Chr., VI, i5i. 

2. Marcellin Boudet, Thomas de la Marche bâtard de France, et ses aventures. Paris, 
Champion, 1900, in-8", p. 107-108. 

3. Froissart, V, 186 : « ... car li dessus dit pilleur (« desquelz Messire Robers Ca- 
nolles et Aile de Buef estoient chief ») avoient empris de passer parmi Auvergne et 
venir veoir le pape et les cardinaus en Avignon et avoir de leur argent ossi bien que li 
Arceprestres en avoit eu... » 

4. Knighton, Chronicon, II, 102 : « Et inde venit dictus Robertus Knolles ad xn 
leugas ab Avinonia... » L'inquiétude du Pape lut fort grande et le capitaine-géné- 
ral des troupes du Comtat- Venaissin, Jean-Ferdinand de Hérédia, reçut de pressan- 
tes lettres de rappel (H. Denifle, op. cit., 260-261). 

5. « Lo Polsigd'amor » d'après un registre des archives de Millau, cité par l'abbé 
Rouquette (Le Rouergue sous les Anglais, 19, n. 1). « Troubadour, en même temps 
que routier, qui finit par se retourner français tant il était énamouré de la France, dit 
Froissart. » (M. Boudet, op. cit., 108). C'était un chevalier gallois. — Cf. S. Luce, 
Hist. de B. du Guesclin, p. 471. 

6. M. Boudet, op. cit., 108. 



ROBERT KNOLLES 'S'] 

sans contrôle *. Le sort de l'Auvergne le laissait, à vrai dire, fort in- 
différent. L'ascendant du comte d'Armagnac, dont il ne devait pas 
tarder à épouser la fille, l'attirait de plus en plus vers le midi. Le vrai 
chef militaire de l'Auvergne, haute et basse, était « le bon duc » Louis 
de Bourbon, le beau-frère du régent, auquel Charles avait donné pour 
lieutenant le « bâtard de France », Thomas de la Marche, un aventu- 
rier dont la filiation est assez incertaine, mais qui fut, semble-t-il, un 
véritable homme de guerre 2 . La défense de la province ne pouvait 
être remise en de meilleures mains, et elle eût été parfaitement assurée, 
si des influences rivales n'avaient contrarié les plans les plus sages et 
les mesures les plus opportunes. 

Dès la fin d'avril, ou au plus tard au commencement de mai, Tho- 
mas de la Marche, voyant venir l'orage, a placé son quartier général à 
Saint-Pourçain sur la Sioule 3 . Cette riche localité, siège d'un atelier 
monétaire et centre d'un commerce important, était aussi suffisam- 
ment fortifiée et constituait un excellent poste d'observation. Mais il 
eût fallu à la Marche, pour tirer parti de ces avantages, de l'argent et 
des troupes. Par apathie ou par méfiance, on ne fit droit à aucune de 
ses demandes. Cependant le péril était de jour en jour plus imminent. 
En mai, Knolles s'empare de Cusset, ville d'abbaye près de Vichy, et 
bientôt il vient attaquer le bâtard dans Saint-Pourçain. Ses furieux 
assauts ne peuvent rien contre la résistance de la place 4 . 11 ne s'obs- 
tine pas inutilement et continue sa chevauchée, car il sait bien que son 
adversaire est impuissant à passer de la défensive à l'offensive. Se diri- 
geant droit au sud, le long de l'Allier, il arrive à Pont-du-Château, à 
treize kilomètres de Clermont et à quinze de Riom 5 . Maître de ce point 
important qui lui ouvre la route du Forez, il devient plus audacieux. Il se 
sépare de son habituel compagnon, Hugues Calveley, et passe dans la 
vallée de la Loire, avec l'intention, cette fois évidente, de se jeter surle 



i. Arch. nat., J. 188", n" i, 2, 3. — Lettres de Jean II données au Gué de Lon- 
groi, le 8 juin i35G; — du dauphin ; Paris, il\ dcc. i357 ; — du roi Jean ; Windsor, 
8 janvier i358. — Cf. Hist. gêner, du Languedoc, IX, 65g, 675-676; X, ii34-n36; 
M. Boudet, op. cit. , p. 129 et suiv. 

2. Marcellin Boudet, op. cit. — Pour la filiation de Thomas, je me contenterai 
de renvoyer au dernier article paru sur cette question : De l'origine de Thomas de la 
Marche, par H. Moranvillé (Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. LXVI, 1905, p. 281-286). 

3. M. Boudet, op. cit., 108-109 : St-Pourçain ; Allier; arr' de Gannat, ch-1. de c"\ 
h, Ibid., p. 110. 

5. Pont-du-Château ; Puy-de-Dôme, arr' de Clermont-Ferrand, ch.-l. de c". 



38 LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

Puy et de là sur Avignon *'. Pendant ce temps, Calveley, par la vallée 
de l'Allier, atteindra la limite méridionale de l'Auvergne, pour se ra- 
battre ensuite, par le Rouergue, sur le Languedoc, où Knolles le rejoin- 
dra 2 . Plan d'une hardiesse téméraire, car, en divisant leurs forces, les 
Anglais s'exposaient à un désastre s'ils avaient trouvé devant eux un 
ennemi avisé et entreprenant. Thomas de la Marche était de taille à 
leur infliger ce désastre, à ne pas laisser impunie la faute commise. 
Dans le courant du mois de juin, il se multiplie pour réunir une ar- 
mée. La Savoie, la Bourgogne, lui fournissent quelques combattants. 
Les villes d'Auvergne elles-mêmes, tant les conjonctures sont pressan- 
tes, s'imposent des sacrifices extraordinaires et lui envoient des se- 
cours en hommes et en argent 3 . 

Au mois de juillet, il est en état de frapper un grand coup, mais 
c'est précisément alors qu'une influence hostile au bâtard prévaut 
dans le Conseil du régent 4 . L'ambition présumée de Thomas de la 
Marche, la situation prépondérante qu'il aurait dans l'Auvergne sau- 
vée par ses armes paraissent tout à coup des dangers pires que l'inva- 
sion anglaise. 11 est brusquement désavoué et réduit à l'impuissance. 
Pour combattre les Anglais on n'aura pas recours aux bandes aguer- 
ries dont il est le chef, mais à une armée féodale, lente à se mobiliser, 
plus lente à se mouvoir, et mise sous les ordres du jeune dauphin d'Au- 
vergne, Béraud II, qui n'a pas encore gagné ses éperons de chevalier 3 . 

La première conséquence de ce revirement intempestif est qu'on 
n'agit point et que l'occasion favorable est définitivement perdue. 

Jean Waldbouf et Jacques Wyn, qui couvraient le flanc gauche de 
Knolles, tout en opérant pour eux-mêmes, n'ont pas pénétré bien 
avant dans le Beaujolais. Dès le mois de mai ou de juin, Antoine sire 
deBeaujeu, à la tête de contingents savoisiens, les rejette sur le Forez, 
où Knolles vient leur prêter main forte 6 . Le 19 juillet, le capitaine 



1. M. Boudet, op. cit., p. 121-122. — D'après Jean le Bel (II, 28G), il serait arrivé 
Jusqu'au l'uy, mais rien ne confirme cette assertion, qui a trompé S. Luce (Du Gues- 
clln, p. 478-) 

Hugues Calveley (Calverley) aurait été le frère utérin de Bobert Knolles. V'oy. son 
article dans la National Biography. 

2. Ibid., p. 122. 

3. Ibid., p. 1 i3-i 16. 

h. M. Boudet, op. cit., 110. 

5. Ibid., 123. 

6. G. Guigue, Les Tard-Venus en Lyonnais, Forez et Beaujolais, Lyon, 186, in-8" 
p. 33-34. 



ROBERT KNOLLES 3g 

anglais incendie Montbrison et vers la môme époque saccage l'abbaye 
de Valbenoite, près de Saint-Etienne L Il ne poussera pas plus loin la 
diversion qui lui a permis de dégager ses lieutenants Ce n'est pas qu'il 
s'inquiète beaucoup de la résistance qui s'organise autour de lui, 
quoique le jeune comte de Forez et le bailli de Màcon commencent à 
le serrer de fort près. Le péril est ailleurs. L'Auvergne est sous les ar- 
mes. La noblesse du Languedoc elle-même s'ébranle pour barrer à 
l'envahisseur le chemin du Midi. Toute liaison est perdue avec Calveley, 
qui s'est enfoncé jusqu'à Issoire, et, posté à quelques lieues delà ville, 
à Nescher, épie l'occasion de prendre sa revanche, d'une première at- 
taque où il a échoué 2 . Entre temps, des détachements anglais isolés 
ont peut-être atteint Murât 3 . Knolles revient donc rapidement sur ses 
pas, avec l'ennemi à ses trousses, mais sans que personne ose lui cou- 
per la retraite sur Pont-du-Château 4 . 

Ayant réussi ainsi à rallier les bandes de Jean Waldbouf et de Jacques 
Wyn, il se hâte d'opérer sa jonction avec Calveley. Le danger qu'avait 
fait courir aux Anglais la division de leurs forces se trouvait conjuré 
par cette concentration rapide et heureuse, mais il leur fallait renon- 
cer à pousser plus avant 5 . Knolles n'a désormais d'autre pensée que de 
se frayer un passage à travers les ennemis qui bientôt vont l'entourer 
de tous côtés et de revenir à son point de départ, c'est-à-dire en Breta- 
gne. Qu'il réussît à éviter toute rencontre, c'est ce dont il ne pouvait 
guère se flatter. Un jour du mois d'août — on ne saurait préciser da- 
vantage — les deux armées se trouvèrent en présence. Ce n'était pas 
« à l'entrée de la province, entre la Bouble et la Sioule, sur les confins 
du Cher, comme le disent les historiens de la province, mais à une 
centaine de lieues de là, du côté opposé... au sud d'issoire, entre cette 
ville, Blesle, Massiac, la rive gauche de l'Allier et les premiers con- 
treforts des montagnes des cantons de Besse et d'Ardes » 6 . 

Le contact fut pris entre les deux armées, mais sans qu'elles en vins- 
sent aux mains. Pendant toute une journée, elles restèrentà s'observer, 
trompant la monotonie de l'attente par des escarmouches, des com- 



i. G. Guigue, op. cit., p. 35-36. 

2. M. Boudet, op. cit., 12 1. 

3. Ibid., 12C, n. 3. 
l\. Ibid , 122-123. 

5. Ibid., ia3. 

6. Ibid., ia5. 



/, LA GUERRE CONTRE LE ROI DE NAVARRE 

bats singuliers, comme il était de règle en semblable circonstance. 
Quand la nuit fut venue, les Français s'ébranlèrent enfin pour tourner 
la position anglaise, mais Knolles, averti à temps de la manœuvre 
enveloppante, s'échappa sans bruit parles montagnes. Le lendemain, 
cependant, on n'avait pas encore perdu sa trace, car des cavaliers, en- 
voyés à la découverte, l'avaient vu se diriger du côté du Limousin. O