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Full text of "Histoire de France, depuis la révolution de 1789: écrite d'après les mémoires et manuscrits ..."

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Francis bkodkrit. 



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-^ ■ I C • -M 



HISTOIRE 



DE F^A 

DE P U I 




C E, 





LA K EVOLUTION DE Î7S9; 



JÈcrlle iTaprès les mémoires et m.anuscrits 
contemporains j recueillis dans les dépôts 

civils et militaires. 

I 

ïar le citoyen F.-EMMAWtrKL TOULONGEON, 
ancien militaire, ex - constituant » membre de rinstitut 
^Aatioual de France. 

^psc Cartes et Plans* 



Quœque ipst^ , . vidi, , . 



a: O M E Q u A T R I È M E. 



A P A R I S , 

Chez TREUTTELet WiiaTZ^ libraires, quai Voltaire, 
n.* a ; çt à Strasbourg , grftod'rue , a.' j5. 



OR L' IMPRIMERIE DR DIDOT t^UrfK. 

A. ïr XII. — i8o3. 



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H I s T O I RE 

« ■ . » . ■ • 

4 • ■ . . . 

DE FRANCE, 



DEPUIS 



LA RÉVOLUTION DE 1789. 



HUITIÈME ÉPOQUE. 

Invasion de la France par les atmees coalisées. 
Dampierre génétal en chef^ Le camp de 
Famars' forcé par ie^ ennemis. Dampierre 
tué. Custines générât en chef. Siège et prise 
dé Mayence , de Condé 'y de Vàlenbiednes. 
ji flaires duCahados.ChaHoïte Corday. Mort 
de Marat. Etablissement du gr<ind livre des 
créanciers de la république. Toulon liçré 
aux Anglais. Jugement et exécution de 

Custines. Bataille de Hondscoote. La. terreur 

» 

à r ordre d,u jour. Décret d^accusatiori contre 
53 membres de la convention. Nouveau ca- 
lendrier. Siège et prise de Lyon. Exécutions 

révolutionnaire^. Affaire^ d'Italie. Mort de 
Tome IF, % 



\ 



s. 



•^vimip 



2 HIStOlREDEFRANCÊ, 

Marie' Antoinette d^ Autriche. Exécution deif 
2 1 membres de la convention. Exécution de 
Philippe d^Orléans. Exécution du général 
Houchard. Les églises formées. Exécution 
du génétal Biron* Affaires de la Vendée^ 
, Conjurations dans les prisons.^ Exécutions 
journalières par 20^ 3o, 48, 64, 63* Grande 
diversion de Parmée du Nord. Prises de 
Fumes ^ Menin , Courtrai. Décret de Pexis' 
tence de F Etre suprêrke. Exécution des for* 
miers généraux. Décret qui défond de foire 
des Anglais prisonniers de guerre. Affaires 
d^Espa^ne^ Fête en Vhonneur de VEtre su^ 
prême. Peine de mort contre les ennemis du 
peuple. Bataille de Fleurus. Conquête des 
Pays-Bas. Décret* d^ accusation de Robes- 
pierre. N euf Tkerniidor. 



viîîEp. Le régné de la terreur était commeûcé; la 
*793- France ét^ît devenue le dpmaine des fanatis- 
mes, de Tintrigue, de la coniiption morale 
et politique ; les factieux étaient les maîtres 
<les personnes et des choses ,* et Tétrianger 
était le maître des factieux; on ne délibérait 



^ / 



B 15 1 tr I s LA It i Y O L U TT I O N. 3 

plus .qtiç. sur l^tsage.ijw'ori ferait du jx>uvoÎKab- viiiEp^ 
sioiu de l'anarchie ; la vengeance vbalait du^ *7^'* 
sang4il!a:vidité^ de^ror ; rambitton, du pouvoir ;» 
l'étranger voulait dés ' provinces. Seul U fut 
trompé;; |)airce que le civisme , la viiléur et la{ 
liberté, n'^eûrent bientôt d'asile que dans le» 
can^ps; la du moins. la vertu eut un refuge, e% 
put se faire des devoirs. L'homme de gueire,' 
voyant devant soi l'ennemi de son pay&j fut 
dispensé, de porter ses regands en arrière .suc 
les crimes qui le dégradaient plus encore qirtls 
ne le dévastaient; le bruit deS|^aiHnes>ljémpên 
chaitjdijt moins-d'éjîtendKejef eris des vietïmesL 
et la présence des armées étrangëç'es arrêta 
seule une réaction des armées républicainésjsor 
li'intérieut. v • ^ " . • . . 

Les dangers les plusinenacantST^et les plus 
prochains étaient sur la frontière du Nord . Après . 
le départ de Dumourier, Dampierre avait piis 
le commandement-dejéès troupes. Tàndisqu'une . .. 
ai'mée combinée de- Pioiseiens et- d'Impériaux 
menaçait d'une> iavasibn les départements, du. 
Rhiïy,£aiblement' défendes par Vaïfn\ée' àà Cus*- 
tines, retirée derrière les , positions- .défensives 
qu'ofïraiient encore : les Jîgnes fortifiées» et* les 
obstaelés naturels; \ïne ; autre armée, composée 
d'Impériaux „. de: Prussiens ,. de Hollandais et 
d'Anglais » assiégeaient les frontières du Nor4^ 



r 



4 HISTOÎHE b« FRANCf, 

ViitEp. qui n-avaient pour déFeose que des places fortes» 
'^^^' la plupart mal pourvues, et une armée pres- 
que désorganisée par les revers , et .plus:en- 
core pak'les vices d'administration militaire, et 
par Je défeut d'oixlre-et de discipline» La vue 
de l'ennemi la contenait seule ; divisée, par îdès 
partis et par des opiniona, cette arihée en |aix 
«e fut dissoute. ' ■ . ^: ■ » 

Dampierre la plaça d'aboi-d ail camp de^Fa* 
mara,. puis sous ie canon -de Bouchain^ ayant 
devant elle la Scelle et l'Escaut , et une retrakë 
assurcei aU'Camp de César ^ ancien Caslrum des 
légions romaines que -sà positixm et ses antiques 
remparts», .encore debout , rendent «n poste ' 
Tnani pariTàrt et par la nature. L'armée cbm-^ 
mandée par Dampierre ne consistait alors qu'eïi 
£2 miUë hommes effèetife; ' : . - i 

, ^^^ Lés. armées combinées de Prusse et d'Autrîf 
che occupaient -ïu^e ligne de positions en- 
ç 7 av. avant; de Môhs et de Totirnay ; depuisr Mau^ 
beuge .jusqu'à MeniUv Elks entrèrent sur 
. le territobe de la république , menaçant à la 
jbis' Lîile , Valehciennes ët'Mawbeuge^ Cette 
«riTî^, auxordres du prince- de SaxeCôbourg , 
était d'environ ^o mille hommes, y compris les 
corps commandés par le général Clairfait et le 
jprittce deiHôhenloë; Condé fut investi,, et Tin* 
.vasioni s'exécuta sur tout le front de cette llgne« 



X 



» I.es' rëpnbKcains reveniHs du prè^^ viiir^. 

neriierijt^ qu*àvàî t cuuse »la' cléfectk)n du gënéi'al et ' ^^ ' 
4e désordre <itiî en fut la' suite' ^rèprir^iit bientôt 
•«ne' contenance qui ^amfOBlça la résolution de 
défendre >8es postes. Plusîem*s combats furent 
livrés avec AJs^'îsiJCîcèsî balancés. 'A F^estte, à 
'Cui-gî'y'ià'"¥îeogne et-dahe la forêt 'd«e^Noih 
infilef^ndàlgr^ ^usieàrs désavantages- diâtoS ces 
combats <}©) détail , :îDampiérre remàrchâ ep 
avantv ^>>i'6^ti^ -au ^aiiip'4el>Famar^ pôiir se • '\ ' 
rapprcxiieDd© Valentienoe«,roelîacé ;iet pett^ cle *^ *^"*^ 
•fours * après > les FraBçaîs reprirënl un n^ment 
J'ofFetasfre,. îet s^empaièrônt ' des postes iâfpoti-. 
.tants ^^©rchies et Lànoy; t-'-* . ' '; c >»^ 
j "JEntnénié temps se fdrmaft une autre armée 
d'Iàva^'oh vers lès villfes. maritimes; |j^Atlg<aîs 
^vaienti déi^r^qué èrivir^^p ^îô htoîfie'fejitifm» 
ijur,*réuiife â Ûstende awx; troupes' bpllanfdàîsë« 
comnfiaiMÏéfs^ par le • colonel Mylîus', î4taîèriC 
idestinés ^ agir sur Fektrêrh* frondëre (JtrïfoW, 
vers Dunkerque. On opposaitàl ce corp$'d'àrHffefe 
"uii rassemblement qoit ^ cformàitlati ^itlipitousà 

Leî-soaitiîdeîCoïîde inTèsti/i et*: assiégé j étëil 
d^vendr le t point central 'des opératioU^îTanf 
que'He^^i^îffWiaiis: n'étiaiîënt^pas mâtcr'ë$ iâ'ùne 
pîâce fortes -'la fi*ontîër^ f/étaît pas^ enta^ 
jBiée, et les deux armées étaient encore cteunm^ 



I 

6 .'HIST O-lrRjE. P F F R A N C E'^ 

VxïiEp. sur leur territoire^ ayant l'Escaut filtre-: eHes» 
'^^^' Daippierre avait reçu des renforts. Quelque 
ordre était rétabli dans son camp, et sa résilia 
tance étonDait l'çnnenoi qqi ne s y était pas at- 
tendu. Dans un conseil de guerre tenu à Va- 
lepcieiines, une attaqua générale^ pour déga- 
ger Condé, fut résolue et fixée au p.*'' mai, Une 
colonne à la droite fut dirigée par le cbeoiin 
de Vôlencîennçs à Mons; celle de gauche-sur 

i.ermai. Saiot-^Amaud ; d'abord. «les postes avancée de 
Tenneniti . furent repHés , et son centre- repoussé 
une lieue en arrière vers Saint -Sauvç et Vî- 
cogne; mais son ^ile droite, aui ordres de Clair- 
fait y prit la gauche, desrfrancaîs.eo ilanc et à 
revers^ , Le succès ne fut pas plus faeixreitr ^ la 
droite. La première ligne de Ixirmée impériale 
g^ forjoaa à Honaing , et les troupes républi*- 
cajnes, après, une ajournée sanglàate , furent 
forcées à la retraite, poursuivies jusqu'à leur 
cac^pT d^. Famars; laissant deux mille xEiorts et 
beauco^ip d'akillerici - . ■ : - ' î 

Malgré cet échec , les mêmes ][)08itk>ns fu- . 
rent conservées. L'histoire offre peu d^exemple^ 
d'UU début de canip^^hè aussi meurtrier. De- 
pufai le con>bât d'Aldéohoven , au i.^' Hiars, il* 
«'et ail: ;;KTré quatre* batailles rangées,; beau^ 
coup de combats particuliers et d'^^ffàîres de 



nii^rv:is t A Ri v o lut i on. .7 

Outre les causes mîHtaîres et les chances de Tiwfk 
la guerre, l'entreprise du •t;.®'^ niai avaît 'cnàn* *^^'* 
que par Sies ordres mal i entendus e t joial su i Yssr, 
par on défaut d'çiccoi'd entre les :chefs > kfonf>nae 
il arriva* soiivent» et par de^ retards ^d^HS&.rieté'* 
Gutidn; Le plan de JDatÉipierre , en engageant le 
comèat suc tout le fr<uitjdes ^ieux Ugnet^;^ avcdt * 
été d'obtenir un succès sur un pointj etd^y'paç- 
ter toutes ses forées. L'armée .française ayant ses 
•placés fortes derrière. elle, sa retraiteétait pro- 
che- et assurée^ un 'éc^ee au contraire pouvait 
obliger l'eànemi à rétrograder m loin i h'ajant -' ^^ 
aucune position fortifiée en arrière de soie' 

L'armée -n'était jias' découragée , malgré cette- 
suite de revfers qtti s^étaient succédés sans inter^ 
ruption depuis deux mois« * :, ..r . r i 

Les gâi^^x aussi sentaient de qtœts daocçers^ 
étaient poureitx ces revers; les comptesà rendre 
à la convention étaient plus incpiétants x\vkè le 
canon de l'ennemi; un second eSbrt fut résol» 
et combiné pour dégageir Coodé. L'investisse^ 
ment de cette place ai/taît obligé Taile droite 
des Autrichiens de passer TËscaut , et d'en oc- 
cuper dans cette parde la rive gauche. On y 
ch'rige'a la principale attaque qui venait d'ëehouer 
sur la rive opposée. 

La ligne des ennemis s'étendait de leur gauche 
à leur droite , depuis Maubeuge à Saint- Amand, 



V 



yiiiBp sur un espace de ptôs^de dix lieues. Le géné- 
ral Làtour comthandait près de Maubeuge; 
,un :corj)s était aux Jôrdres du prince de Reiis^, 
près Bayai ; la téset^vé aux prdres du généi:e[l 
CJ-airfait, sur* la ^ rivé; gauche, de rEscaut' près 
de -Vicogne ; un corps dé. Prussiens ^ à nSainfc- 
Amand ; et Cobourg. avait son quartier- générai 
à Quiévraîn. ' • .... 

Xfattaque fut encore engagée, sur tout :le front 
déjà ligne. L'armée, Yjiiriait isa revanche. Dara^ 
pierre hésita plusieuD&. jours ^ donna et: retira 
7 »*»• trois fois. Tordre dlattaque ; lé quatrième ordre 
la fixa au 8 mai. ^ Vî. . ' 

. Dès la veille , on attaqua les avant-postes de 
Pennemi à Qiiiévrain. L'infantericlégène sortie 
du camp de Famars et de Valénciennbs «, gagna 
d'abord du terrein, mais fut ensuite : forcée . de 
•ce- ^retirer. . • »■••• ^ , . ." 

Le jour fixé , Tattaque commença à. la droite 
en^ avant de Maubeuge. LeS' troupes retour? 
nërent cincj fois à la charge ; et, après utie perte 
d'ènvîrori trois cents hommes , furent fcuxées 
à la retraite jusque sous lé canon -de Mau* 
beu^e. .- 

A Bavai, l'engagement n'eut Heu qu'entre leg 
troupes légères. 

Darapierre ccgiduisit l'attaque contre la ré- 
serve des ennemis postée à Vicogne. Cette àt* 



•^ 



tà€fQe se prolongea .jusqu'au, aôîiv Les eone-? ym«pr 
mis étaient retranchés dans les bois.. C^ . 
corps , comoiftoidé pail GIenr%*|;:,;éU\ifc rcdm- 
pqgjS d'Jrnpérî^tijc.et de Pïi3*$îe«ss; Oaiïipîerf.€r> 
cpiaduisatit les' colonnes pou t forcer les abatis^ 
renouvela. plusieyrs;:fpi^.:]fs.'atî^e}Ujes } H f uf 
fetessé mor^îjtlieftiçnt à la dernière. Le général 
Jslers ordonna H» retraite. Troi§. bataillons d^ 
rygjôhtaires/élai^^ti^ngagés dan» le villag.e'de 
Jlaisme^ En^lravenant une>}>laine, découverte 
sons le feu%,ilè js^ débàndèreq.t.Ljç^généraJIsiçi'i 
Jeur cria, è 'p^srapgs. La ligne ixxt reforooée 
à l'instant , iet.jla retraite coqtiwiée ;au: , pas de 
«r«irdbe..Ges dfit^ili Jran^mîs.par Jl?^ ehe/s çart- 
temporàins»; pejgn^nt l'esprit ^^s^r^^vupejS} H^n^ 
leuriiB^nqudit .alors que l'instiTyctiQn ;et. l-ordie ; 
le courage y^bppié^it dapj; l^s $.ufiçèë, maiSfiieft 
»'yj!»eut suppléer dans lc5S,ré:Y0rs.. - < : 

L'attaque sur Saint -Amand par les troupes 
sortît dju cariôpidi^ £4n]e'et4ç>}]Î99ai conduite ^ 
par le générait Laftiarliëre ^^s'>^4ait. effectuée ea 
même temps-iCe poste était;0(;ciuipé,par 1$ corp$ 
d'armée. pru8$i$nne« Le résultat ftH Je mêmet 
L'attaque fut f^iteét sootçniie avec uuq égalf 
opiniâtreté. Quatre- fois les Français cbargèrênt 
'Sôùs lé feu dès batteries , let furent enfin obligés 
de' cédei^* Ces deux altdque.s coûtèrent aux en^- 
tiemis, de leur aveu , plus de mille liQi»pa^s, et la. 



lO HISTOIRE DE FRANCE, 

VIII Ep. perte des assaillants dut être beaucoup plascpo^ 
sidérable. 

Un dëtacheâlént de la garnison du Quesnoy 
avait attaqué ]es avant-postes du quartier-génë'p 
ral de Cobourg à Quîévrairi. Cette sortie n^avaît 
pour objet que de contenir Tennemi. 

Ces actions ne furent point des batailles. Se- 
lon le système adopté, on avait voulu les ré- 
duire à des affaires de postes. Sur une ligne 
d'opération de plus de sept lieues dé développe- 
ment , cinq attaques avaient été dirigées , et 
plusieurs caiïses piifrent en empêcher le succès» 
D'abord la grande supériorité de Tennemi, les. 
ïmpériaut, les Pinissiens ; les Anglais. que ver 
tiait d'amener lé duc d'YorcJc , et les troupes 
hollandaises, formaient une armée de plus de 
80 mille hommes; et la république en availr 
à peine la moitié pour «défendre ses fron- 
tières. : • .:;.... 

Ce concert d'attaques sinaulianées et partielles 
supposait un concours de circonstances et ua 
aécôrd eiitre les* chefs, que Ton ne pouvait es- 
pérer que d^uri commandement absolu et coa* 
senti par l'opinion ; l'état des choses n'était pas. 
tel; U confiance du soïdat avait souvent été al • 
térée par des exemples récents de mésintellt-^ 
gence et de défection ; l'esprit national la guidait 
seul , mais n'agissait qu'un jour d'affeire. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. It 

La nature .même du pays étâitfàvorablè'à \^ïïî^. 
l'ennemi : à Vicogne et à Saint^Ai^and , où m '^^' 
firent les principales attaques*; toutes leé posi- 
tions étaient défendues; son front était couvert 
par; des bois rctranicliés avec des>bati8 et deh 
redoutes ; ses flancs étaient asstirés par le cours 
fie l'Escaut et de la Scarpe ; descendant parallë* 
lement , ces deux rivières ne laissent ^itre elles 
qu'un intervalle de deux lieues que les troupes 
pouvàieiot tenir en arrière ; Condév investi et 
assiégé |. né pouvait leur donner de Tinquié»-^ 
tude. L'armée ibançaîse attaqua tln^' armée su* 
périeurç et postée dans * une position avantar 
geuse. • * ■ ^ . . * ' '» 

, Dampierre arrivait au commandement ; jeune 
ençcM'e , '■ et n'ayant pu y être préparé par l'ex- 
périence ou par «rétude qui j supplée ; une con*- 
duite d'opinioii comtante et strivte; utie volonté 
active, une brillante valeur, un grand désir de 
gloire r^avait porté à la tête^de l'armée. Il y 
pérît daiis cette Journée, ccltiii^tant aux pr^î*- 
.miei'S rangs ; il mourut le' lendemain près dû 
champ de bataille , après avoir subi l'amputation /. 
de la cuisse ; justeixïent regretté; et laissant la 
réputation d'un militaire généreux , que la 
mort enlevait à des destinée^ que l'avenir et 
]a fortune devaient rendre brillantes. Son conps 
•fut pUtcé au Panthéon 9 et son nom parmi ce;- 



/ 



^ 



14 H!l:STOIRE D E F R A N C E^'' I 

vniBp. luj (Jes géàératfx français dont le sang a 'ci- 
mente le rétafblissement xl- une * liberté rpuWjquél 
'Le commandement fut déféi>é|5rovisoîrenierik 
par les cotnraiissaîre's repréëentarttsvau général ' 
Lâraarche, lAprës tant d*eflSM*ts*réitéi:és ebsratif 
jsuecèsf,: lft$ généraux se bornèrent à tâcher d« 
maintenir leur ligne de défense, pour mettre 
Valenciennes à côavert d'uô. siégé, et 3a»teaif 
en. mçsuFjé de secourir Gobdé* . \ :iU\'r* 
; . Mais peu de jours après., .les 'FcançftîsftTremÇ 
làjlâqué^ <fan8 Jeur camp. Les q^remiers ^élàh 
ile^ ennemis, avaient eu.pamri>caiise Péspoir de 
^vaincre d^S:Hafis>par les emèutef qui y étaient 
disposées et prévues. Les derniers succès ^dç§ 
alliés leur fit penser ♦qu^diie acmée deux* Fois 
•vaincue , «tiepdîraifc .peu dqns- ses* positions v "^ 
jqil'un succès complet , qm Ja .forcerait- «à» dep 
ïfeouve.ments rétrogrades ^vecs la capitale ^i Se 
CQnibi4iemi|: avec J es événements qui étaient 
préparés soi 3i mai, Ube attaque générale fut 
jéaolue, la réussite livrait vGondé, et laissait 
iValenciennes investi , livré à ses seules défenses. 

a3m»û .Tous les postes français dùretit^être lattaquës 
à la fois .SUE tou t, le front :qirils pccapaient dé^- 
puis Ofc'cbiesi Saint* Amând' et Vicogne , jusqu'au 
jQuesnôy'et Màubeuge. Les-desax^estrëmitëB de 
;cç champ de batailfe, sur iiil prolongement de 
-plus de dix lieues, dur^têfire èe^ilemenfi oc« 



^ 



D E !► U 1 S ti A * É V Ô L U T I ON. l3 

cupèes par de Fausses attaques. Quatre colonnes viiîe/% 
Commandées par les généraux Cobourg, Yorck \ ^^^ ' 
Lafour et Claîrfait ^ agirent en même temps ; 
les deux dernières étaient diriges au centre 
surJfecamp de Fâmare, où devaient se faire les 
plus grands effor,t$^qu^il s'agissait d'emporter, et 
dont la prise (^rhma^dait la reti-aite des deux 
aifes de Tarmée ÎFrancaise. • - 

Le camp de Famars, situé eotiîe Valencîenne» 
et Maubeuge, a son flanc droit- couvert par 
PEscaut , la gauche s'appuie à la rivière d« 
fiôtfêlie, son front était- couvert de redoutes, . 
et en avant > sur les hauteurs d'Ansin, à la gau^ 
ehe def Vale^ciennes, on avaitformé un ca»mp 
avarncé. 

L'attaque cotîi agença avec le jour, ne finît 
qu'à la nuit, la résistance fut opiniâtre sur tous 
les points ; mais la supériorité du nombre Tem* 
porta. Vers le miheu de I9 journée, l'aile droite 
S€? tPOMva tournée par la colonne aux ordres 
du duc d'Yorck , et les redoutes en-^îecà de la 
Rouelle emportée par le général Ferrari. Il fal^ 
lut alors évarcuer le camp de Famars. On jeta un 
renfort de 10 mille hommes dçi ne ValencienneSj 
et Tariuée se retira sous le canon de Bouçhainv 
Le camp d'Ansin tenait encore , et ne fut atta- 
qué que le lendemcfiti. Le combat y fut encore ' 
apiniâtrel, Clairfait^ dès la y^il^ > ^vait tourné 



14 HISTOIRE DE PllANGC, 

YiiiEp. ce poster avec un corps d'Autrichiens et d'An- 
glais. L'attaque se fit par le bois de Kaimes, et 
fut très - meurtrière de part et d'autres. Les 
succès de la veille avaient déjà décidé celui de 
cette journée, le camp d'Ansin fut perdu, et' 
en même temps l'abbaye d'Hasnon , où les Fran- 
çais s'étaient retirés \^ veille , fut forcée par un 

corps de troupes prussiennes; al ors Valenciennea 
fie trouva investi , et dès le même jour , les en- 
nemis maîtres des Ihau tours d'Ansin , jetèrent des 
obus dans la citadelle. ^ 
aSmai. . Tant de revers furent un moment balancés 
par un succès que le général Lamarlière obtint 
du côté de Lille. Les troupes. hollandaises, aux 
ordres du jeune prince d'Orange , s'étaient por-, 
tées en ayant de Menin, pour couvrir la droite 
des opérations combinées. Il fut attaqué aux 
villages de Tùcoing et de Ronck, et obligé de 
se retirer après une perte considérable. On fit 
Soc prisonniers, et un drapeau enlevé par un 
grenadier , nommé Gr os - Lambert , fut porté 
par lui à la convention. Ce trophée nipntré au 
peuple , aida à empêcher la publicité des dé- 
tails alarmants que fon avait reçus désarmées» 
jet la victoire. remportée à Paris l^ 2 juin, y 
couvrit tant de désastres. 

Après la mort de Dampierre , le général 
Lamarche avait été établi provisoirement gé- 



DEPUIS L A . R É V O L U T I O N, l5 

néral en chef par les représentants, commissaires ; Viiieih 
\ mais lis pressaient en même temps une nomi- 

nation définitive. Custines fut nommé au com- 
mandement de l'armée de la Moselle, puis à 
celui de l'armée du Nord, 
f Avant de quitter l'armée du Rhin , Custines ,7nuîi 

avait voulu signaler, son dqpart par une action 
générale, Pepuis Mont-Médi jusqu'à la rive gau- 
che du Rhin , l'attaque dut s'engager sur tous^ 
les points* L'armée de la Moselle, formant un 
corps de 14 mille hommes sous le commande- 
^ ment des généraux Pulli et Bouchard , campée- 

: près de Hombach, dut contenir la droite dds 

Prussiens , et l'empêcher de se porter au secours 
du centre , où Custines avait fait ,des dispositions 

! pour enlever un corps de 7 à 8 mille Autrichiens 

à Reinzabern. Le général Fer riër es, sortant de 
Lauterbourg, devait attaquer de front Jg poste 
Rheinzabern, tandis que Custines, au premier 
bruit de cette attaque, devait déployer 8 à 10 
mille hommes qu'il av^it tirés des positions du 
centre, et prendre Tennemî à revers. Rarement 
ces grandes combinaisons de mouvement réus- 
sissent lorsqu'elles ne sont pas indépendantes 
Tune de l'autre, dans leur exécution , les troupes 
aux ordres dç^ Ferrières retardées par des con- 

i tre-temps et pfar des ordres mal compiîs, ne 

donnèrent points le corps de Custines se trou- ^ 



» 



^ aSmaî. 



l6 H ISTOIRE DE FR-ANdE, 

VTiiKp. vant alors toutes les forces de rennemî en tété,- 
'^^*' fut force à faire sa retraite. Dans le désordre ♦ 
^ rinfanterîe fit feu sur la Cçivalerie qui défilait 
devant son front; on ôria dao6la ligne le mot 
trop connu, sauve qui peut y et l'armée se crut 
trahie.- Custines donna la tête de la colonne au 
bataillon des gardea^iatioûales d'Indre et Loire, 
qui reprit et tint le village de Herxenheim, et 
assura la retraite de l'arraée,elle rçprit ses posi-^ 
sitions à Weissémbôurg et Lauterbourg. On y 
perdit environ quatre cents hommes, et ce fut 
' après cette expédition que. Farmée passa sous 
le commandement de Beauharnais. Elle restar 
en observation dans ses positions jusque vers 
le milieu de la^ampagne, où l'on essaya quel- 
ques mouvements pour secourir Mayence qui 
était toujours assiégé et pressé par une armée 
de 60 mille hommes. On tenta.dans cette vue 
une diversion du côté de Luxembourg. L'armée 
. de là Moselle fut réunie aux ordres du eéné- 
rai Laâ|çe. L'objet était de s'emparer d'Arlon , 
Pataiiie (le mcuaccr Luxembourg , et d^obliger ainsi 
*^"' l'ennemi à partager ses forces, soit en tirant 
des troupes du siège. de Mayence bu de l'armée 
qui agissait sur la frontière du Nord. L'avant- 
garde française , conduite par le! général Tolo- 
san , replia d'abord- les premiers postes .enne-5 
tïiis ; mais Tinfanterie légère s'étant avancée au- 
delà 



I 



I 



DEPUIS LA RÉVOtUTIbK. Xj 

delà d'un ruisseau qui la séparait de la ligne vin i^p. 
ennemie , resta exposée à la cavalerie impériale. '^^ * 
Une charge hardie que Tolosan exécuta à la 
tête des troupes légères à cheval , dégagea cette 
partie de l'avant-gardè qui se retira sur le corps 
de bat^ijlei * 

Le temps pluvieux et la fatigue des troupes 
décidèu'ent le général Laâge à rester pendant 
deux jours ftur les hauteurs d'Udange, où un 
corps de a mille hommes , venu de Sedan et 
de Mont-Médi , le joignit, conduit par le géné- 
ral Beauregard. 

L'attaque d'Arlon se fit le lendemain. L'en* oi"»»- 
nemi occupait une position avantageuse sur 
les hauteurs en avant , ayant sa gauche à 
la chaussée de Luxembourg, et son front sé- 
paré* de l'armée française par Je ruisseau de 
Bu vange,. qu'elle était obligée de passer pour 
aller à lui ; sa force et ^it de 7a 8 mille honvmes, 
avec une nombreuse artillerie; cette position 
reconnue , le général Laâge forma deux co- 
lonnes de son infanterie; celle de gauche com- 
mandée par Desperiëres ; celle de droite par 
Chateauthieri ; celle-ci dut tourner la gauche de 
l'ennemi , et menacer sa retraite sur Luxem- 
bourg; mais s'étant aperçu de ce mouvement, 
il y, porta des' forces , et Ij colonne française 
Tome IF. a 



vy 



•s 



*8 HISTOIRE DE F •RANGE, 

viiiEp. ayant d'ardeur dépassé la ligne « eut à souflTrîf 
'^^ * de l'artillerie ennemie , jusqu'à ce que Tantre co- 
lonne se porta à son appui avec toute la cavale- 
rie que commandait Tolosan ; cependant Beau*^ 
regard s'était emparé d'Arlon, et a3^ant pris posté 
en avant des hauteurs qtii le cpuvraient, ii obli* 
gea l'aile droite des Autrichiens à se replier sur 
leur centre; les carabiniers chargèrent un ba-» 
taillon carré de i5oo hommes, et perdirent bêau«* 
coup par son feu , l'artillerie volante le rom- 
pit ; alors Tennemi se décida à la retraite qui 
«e fit à travers les bois et en désordre , sui* 
Lu:^emb6urg, laissant trois canons et leurs équi- 
pages. L'action coûta environ 5oo hommes ; 
mais ce succès n'étant pas soutenu n'opéra point 
la diversion que l'on s^était promis '^Luxembourg 

a; juin, restait pourvu , et l'armée de la Moselle n'était 
pas de Force à entreprendre le siège* Les évé- 
' nements décisifs se passaient toujours aux fron-^ 
tières du Nord. 

Custines, en arrivant, trouva son armée re- 
tirée sous Bouchai n. Gondé était assiégé et 
])ressé sans espoir de secours ; Val^nciennes in- 
vesti était abandonné à ses moyeùs de défense i 
depuis Dunkerque à Givet , toute la* ligne des 
fi optières était menacée ; partout les .ennemis 
étaient en forces supérieures ; et dans ces cir^ 



■^ 



D.ÊÎ^tJÎS L A: JBl é V O LUTl^ N. ÎÇ 

Constaaces, l'état de$ choses, dans rintéritîur de viiiEp. 
la Françe> obligeait encore à retirer des troupes / * 
des armées pour les porter où de nquveaux 
dangers rnenaçaient. Ce. tut alors que Félix 
Wimpfen écrivit à Custines cette lettre dont oq 
se servit ensuite au procès de Tua et,de Tau- 
tre : Gariifez 710s bataillons ^ chargez-vous des^ 
ennçmis du dehors , et je me charge de ceux do 
V intérieur, 

, Tous les députés proscrits qui avaient échappé 
au 3i mai , ou qui ne voulurent pas courir les 
risques d'un jugement du tribunal, révolutionr 
naire , se retirèrent a Caen , dans lé département 
du Calvados ; là commandait Félix Wimpfen , 
le même qui s^était distingué par la délense de 
Thionville ; mais qui bientôt , atteint par ce 
sjstème d'accusation qui poursuivait tous les 
généraux, et surtout.ceux dont les succès étaient 
un grief au dehors et un objet d'envie au de- 
dans, avait préféré un poste moins en évi- 
dence , dans , les .départements ,de rancienne - 
Normaqdie , avec la quatorzièoîe division de 
l'armée. 

A l'arrivée des députés fugitifs^ toutes les au- 
torités du, Calvados se prononcèrent d'abord en . 
leur faveur. Quatre représentant? commissaires 
de la convention étaient dans ce département; 



\ 



/ 



ÊO tilStOIHË DE FRANCE, 

ViiiEp. deux furent arrêtés, Romme et Prieur; les deux 
autres se retirèrent dans le département de la 
Manche. Le projet ^t Tespoir des députés ré- 
fugiés était cIq faire soulever les déparlements 
voisins, de lever une force armée, de marcher 
sur Paris , et de délivrer la convention du joug de 
l'anarchie. On comptait moins sur la force des 
arme§ que sur la persuasion ; on savait-d'ailleufs 
que ces journées désastreuses qui en décidant 
les événements à Paris , avaient aussi décidé 
du sort de la France ; on savait quel prestige 
avait produit ces événements, et qu'un petit 
nombre audacieux et adroitement dirigé, avait 
suffi pour entraîner la multitude; on espérait 
donc avec vraisemblance qu'^n opposant à cette 
faction connue une force qui pût la contenir, 
on rallierait à soi tous les citoyens, dès qu'ils 
seraient sûrs d'un appui ; mais il arriva que les 
conventionnels réfugiés à Caen, n'étartent même 

!)as d'accord entre eux, Pétîon et Buzot par- 
aîent bien d*une république ; mais ils voulaient 
tme nouvelle dynastie', et avant tout , vengeance 
et pouvoir. Cette passion qui les porta à des me* 
sures précipitées et extrêmes, perdit leur cause, et 
fit échouer tous leurs projets. Les autres conven- 
tionnels réfugiés, réunis plutôt par letQr fortune 
que par leurs intérêts communs, ne purent ja- 



V.. 



D E P U I s L A RE tr Ô L UTI ON. Sï 

maïs former un corps d'opînionqui ralliât à eux ynisp^ 
le pays. Là , comme ailleurs , les habitants étaient *^ ■ 
divisés en partis; le peuple, c'est-à-dire la classe 
travaillante et moÎDa éclairée, était i comme à 
Paris, démocrate; mais menés par llnfluence 
des clubs jacobins, que l'on nommait là cara^ 
bols j ceux-ci ne virent dans les conventionnels 
fugitifs que les. ennemis vaincus par la mon^ 
lagne j les modérés n*y virent que des juges de 
'Louis Xyi , et ce souvenir était encore récent; 
et plus influent dans les départements quià Paris 
même ; ies dépositaires de l'autorité publique 
ne se hâtaient pas de se pronojicer' dans une 
lutte dont Fissue était douteuse, et la puissance 
de la conveiition leur en imposait. Enfin lors^* 
qu'on voulut faire un essai des foi^ees disponi- 
bles , Wimpfen ,. à qui l'état des choses était 
connu , indiqua une revue de la garde nationale ; 
huit bataillons prirent les armes; toute l'éloquence 
de Pétion et de Buzot ne parvint qu'à enrôler 
17 hommes pour marcher sur P^"s; toutes les 
autres villes du département et des déf^^rtements 
voisins s'y refusèrent nettement» Vire seul envo3^a 
une vingtaine de solrdate. 
. Alors on résolut de recourir à la Bretagne , 
d'où l'on fit venir 5 à 6 cents hommes, et l'oa 
eu forma Tai^mée qui , sous les ordres de Ptii- 



21 HISTOIRTEDEFRANCE, 

VjriiRp. sa^'e, fut envo3rée à Evreux; Pétion accôutniné 
'^^' de dominer à Parîs, ne pouvait supporter ces 
lenteurs et cette résistance. Si l'on ne* connais- 
sait jusqu'à quel point l'mfortunç , l'injustice et 
surtout l'esprit de parti , peuvent exaspérer un 
caractère formé par les révolutions et aigri par 
la disgrâce , on ne pourrait croire que Pétion » 
de concert avec Buzot, conçut le dessein de 
mettre le feu à la ville àe -Caen , pour en accu- 
ser les monfagnar/is de la convention, et déci- 
, der aînçi les habitants à marcher sur Parîs. Celui 
qu'ils employèrent pour acheter les "matières 
combustibles en avertit secrètement le général, 
qui lui enjoignit de continuer ses préparatifs 
jusqu'au moment destiné à l'exécution , alors il 
fait venir les auteurs du projet, paraît effrayé 
d'un rapport qu'il feint de recevoir , leur an- 
nonce que rien ne peut les sauver de la fureur 
du peujilé , si ce bruit , sans doute absurde , 
vient à se répandre; ils recommandent le se- 
cret, accusant leurs ennemis de Paris de cette 
calomnie, et le projet avorta. Les autres réfu- 
giés étaient au nombre de ly. Les mêmes événe- 
ments qui seuls les avaient réunis , n'avaient pas 
ibndu les nuances de leurs opinions, et le défont 
d'intelligence fut une des causes qui fit échouer 
tous leurs projets. L'inflnçnce étrangère intervint 



^/ 



DEPUIS LA KEVOLUTIOM. !i3 

atissi. Le cabinet de Londres qui , depuis long- vnr«^i 
temps , entretenait des intelligences en Nor- 
inandie, essa3^a de s'approprier le mouvement 
qui s'y préparait , et dont l'appareil semblait 
promettre une diversion aussi puissante que 
ceHe de la Vendée, la réunion de 3o membres 
<Je la convention, injustement chassés par elle^ 
semblait devoir former un centre autour, du- 
quel pouvait se rallier tout ce qui tenant atix 
idées libérales , était cependant' indigné de la 
tyrannie anarckique; mais cette influence étran- 
gère, qui ne pouvait pas être exempte dusouji- 
^on fondé de royalisme , fut précisénaent ce qui 
rompit toutes les mesures. 

Dès qu'elle se fit sentir, elle mit en gaVde 
contre elle les opinions populaires, on craignit 
d'entrer dans une route dont on ne voyait pas 
distinctement le terme. Les administrations voi- 
sines se. tinrent en réserve, et, chacun attendit 
un événement qui pût lui servir à l'éclairer et 
à le décider, et cet évéoenoent fut digne dea 
moyens employés de part et d'autre pour Ta- 
mener* 

Le Calvados resté seul n'avait pu former^ 
organiser une force armée, moyen sans lequel 
rien ne se feit en révolution ; inutilement oà 
avait fait des proclamations , établi une assem^ 
blée centrale d^, résistance à F oppression. Pui* 



24 HISTOIRE DEFRANCE; 

VHiEp« saye s'était porté à Eyreux avec une troupe de 
«795» 8 à 9 cents hommes.. On espérait la recruter 
en chemin de tous ceux que le méconteatemeot 
ou la prévoyance de Taveoir enrôleraient sous 
les drapeaux d'une lif^rté autre que la licence 
de l'anarchie ; mais soit incertitude^ soit crainte 
de la convention , personne ne s'y joignît ; ob 
attendait que les autorités civiles iiuxquelles on 
était accoutumé d'obéir, se prononçassent; mais 
aucune ne l'ayant voulu ou osé, les gardes na- 
tionales restèrent immobiles. . 

Cependant à Paris les nouveaux dominateurs 
de la convention, alarmés d'abord d'une réunion 
qui pouvait leur susciter une nouvelle guerre 
civile, et partager au moins l'opinion par laquelle 
ils régnaient, employèrent d'abord les armes 
révolutionnaires, et la tribune retentit des dé- 
crets fulminés contre la nouvelle Vendée; c'est 
ainsi que l'on qualifiait le Calvados. Tous les 
députés fugitifs et le général Wimpfen furent 
mis hors la loi, et cette. espèce xl'excommuni- 
eation civile n'était pas une arme sans effet , la 
tête des proscrits appartenait au premier que 
l'espoir d'une somme considérable pouvait ten- 
ter; en même temps les conventionnels levèrent 
une armée pour marcher au devaxit des nou- 
veaux rebelles. On était instruit à Paris de leur 
force ; ia tranquille jpteutralité des corps admi-? 



DEFVIS LA HEVOLUTION. 



î5i* 



uîstratifs avait déjà rassure; on fit partir envi- Yinsp.. 
ion 12 ceqts hommes levés à la Mte dans Paris; 
op,y ioignit 3 cents gendarmes réunis des lieux 
voisins de- la ca|)itale , celte armée ge mit en 
marche , et s'arrêta à Paci , distant seulement' 
d'Evreux d^ trois lieues. Aussitôt l armée du 
Çaivadps sortit et se. mit en Jbataille ; mais les 
deux arméôs en' présence firent volte face à Im 
fois, et sç retirèrent chacun dans leur cdmp;> 
cependant rarméç- 4e Pariç. s'étant aperçu la* 
première que. le champ de bataille était vacant 
revint, et put ainsi s-attribuer la victoire.. Cette 
issue , presque, risible , contribua beaucoup à 
tepipérer la vengeance; ils craignirent d'aigrir 
les esprits par une rigueur qui eût contrasté 
avec l'évépeii^eiat. Wimpfen, à la nouvelle de 
cettedéfâite,s'avahça jusqu'à Lisieux où s'étaient 
sauvés les débris de cette armée ; mais rien ne 
iP:Ut les rallier, une arme plus forte quQ les 
canons de Paci y combattait pour les conven- 
tionnels. Danton y avait envoyé des émissaires 
munis de décrpts et d'assignats ; en même temps 
la nouvelle constitution décrétée fut envoyée 
çt acceptée par tous les départements. Cette 
circonstance servit de motif aux autorités ci-» 
viles du Calvados pour se réunir à la volonté 
reconnue pour générale.; et un acte de ré- 
tractation dressé dans une (assemblée tenue à ^^J"»^^- 



i5 HISTOIRE D E T R A M C E, 

viiiKp, Caen , termina cette guerre. Oo remarqua qu*au>^ 
cune rigueur ne suivit cette TÎctoire, soit poli- 
tique, soit calcul, soit. Comme on le croit, irt- 
telllgeiice pratiquée dès le début ; la montagne 
victorieuse se piqua de générosité. Danton dit 
que la convention ne devait voir qiie des pti-' 
sonniers de guerre dans ses elHiémis vaincus » 
etaucune exécution sanglante n'eut Heu k cause 
de ce fait. Les députés prosferits e-t réfugiés à 
Caen , se retirèrent ies uns en Bretagne , les 
autres à Bordeaux, et Félix Wimpfen mis hors 
la loi, se déroba dans une retraite sûre au fer 
des juges et à celui des assassins. ■ 

Ce fut pendant cette insurrection partielle ei 
de son territoire, que partlt'une jeune fille 
avec le projet conçu , soutenu et exécuté de 
venger son pays, et d'en cha'riger peut-être lé 
gouvernement. Tout prouve que Ctiarlotte Cor- 
day ne fut ni un émissaire gagné, ni une fana-i 
tique armée par la vengeance , elle conçut k 
froid le projet de finir les malheurs de sa pa- 
trie, et se dévoua. Ces idées, mal combinées 
dans un jeune esprit , ne lui laissèrent voir que 
le but de la gloire ; les Inconvénients d'un exem- 
pie criminel , et par cela même dangereux k 
donner, n'eurent pas le temps de frapper une 
imagination ardente, et il paraît certain aussi 
que ceux qu'elle fit confidents de son projet » 



DEPUIS LA REVOLUTION. ^7 

eurc*rit rimpi^iidence coupable de ne pas Pen vinjp. 
cietaurner. ( 

Ce n'était point Marat , maïs Danton , que ' 
s'était' désigné la riotlvelle Judith ; itiaîsajant 
ouvert en chemin lès lettres dont elle était dé* 
posîtàire pour' Paris; elle y vît qiië Dantôô 
y était inculpé de royalisme; ori^y disait, dariS 
le style du jour, qu'il ménageait le petit Capet 
pour le porter au trône; ce mot fut assez pour 
Juistifiler pleinement Danton , et Charlotte CotV 
dây destina à Mârât lé coup qu'elle se préparaît 
à porter. • , n 

' En arrivant »à Paris , elle remît'des lettres de 
Barbaroux à un conventionnel nommé Doperet. 
Celui-ci mis le lendertiain en aecîusation ne le 
nia point. Des le. jour suivant , ChaHotte Coi*- 
day se présenta- chez Marat , et fut introduite*; 
il était dans le bain;'elte lui prêsentaun écrit', 
et en même temps lui plongea un couteau sous 
ïa clavicule ; il ihourut sur le champ; client i3 juiiT. 
pu s'échapper, et parut le dédaigner; elle s'at^ 
tendait que le petîple allait la mettre en pièce, 
et y était préjiarée. Dans le ti^ajet ; j.uSqu'à le 
prison, eHe fut calme, et dît qu*elle ai^aii rem^ 
pli sa /^t^^e. Son interrogatoire fut court et son ^ 
procès se réduisit' aux trois questions d'usage ^ 
ï.o Marat a-t-il été assassiné? ti!^ Charlotte 
Corday est-elle l'auteur de ce crime ? 3.^ L'a-t- 



1 



â8 HISTOrHE DE FRANCE, 

viiiEp. elle fait avec de^ întentioDS cootre-révolqtîoo^ 
"^ * naires? Sur Taffirmalive des jurés, la sentence 
fut prononcée et- exécutée immédiatement ; 
elle fut conduite au lieu de. Texécution avec 
un costume de draperie rouge, invention nou^ 
. velle dont. était revêtus ceux cjui étaient conr 
damnée comme assassins. La^traAquille assurance 
de presque tous les condamnés coromença^it è 
inquiéter les tj^rans, et on avait imaginé ce dé-' 
guisement pour les faire paraître pâles, et dé- 
faits aux yeux du peuple. Ce peuple avait un 
moment paru s'étonner à la vue des exécutions 
nombreuses qui déjà se multipliaient. Douze 
habitants ^ de Saint -Malo transférés- à Paris; ^ 
avaient été décapités le même jour ^ et un 
homme condamné aux fers et à l'exposition, pour 
insulte à un fonctionnaire public , avait été enleyé 
des mains de l'exécuteur et soustrait. 

Marat fut destiné aux honneurs du Paothéony 

■ soÉi corps fut exposé publiquement , et cet évé^ 

jiement donnant des forces d'opjnÎQn à son parti ^ 

djuiiiet. hâta le sort des députés détenus. Saint-Just avait, 
peu de jours avant,. fait un long* rapport qui 
concluait à les mettre en accusation , et cette 
mesure fût adoptée lorsque les dangers de l'in- 
surjrection du Calvados étant cessés > on put sana 
risque sévir contre les auteurs". Les motifs de 
«rec acte d'accusation cumulaient les torts (Iq 



t) E P U ï s L A R É V Ô 1 U t I O N. S.g 

tous ks partis; et les imputaient aux accusés-: ^^^^^' 
on y trouve des traces de toutes les trames our- 
dies dans toutes les factions;- les plans ou plutôt 
les projets pour porter au trône Orléans, le duc 
d'Yorck , le jeune Louis ; il fallait accuser de 
royalisme > et tout ce qui en portait le nom 
était utile à •produire comme griefs. A consulter 
Tesprit du moment et la tactique révolution- 
naire en usage, on en pourrait même conclure 
avec certitude que lès accusateurs se hâtaient de 
renvoyer à leurs adversaires les faits et les vues 
qu^onaurait pu leurimputeràeux-mêmes. L'anar- 
chie eut toujours dans ces temps plus de liaison 
et de rapport avec Tétranger, que le système 
républicain, et ^étranger était, certainement 
royaliste. Le rétablissement d'une monarchie 
était la dernière ressource secrète des chefs 
Jacobins ; ils ne purent jamais s'accorder sur 
Je choix ; ils étaient trop éloignés pour s'en- 
tendre, se connaissaient trop pour se rappro- 
cher, et surtout se craignaient trop pour s'ex- 
j)liquer. 

Mais tandis que tout leur succédait au de- 
dans, à Caen, où l'insurrection était comprimée; 
en Bretagne, où la défection du Ç^^lvados dîs^ 
sîpa Torage qui s'y préparait; à Bordeaux, où 
des démonstrations menaçantes se réduisirent à 
des menaces ; à Lyon , où bientôt, des torrent? ^ 






3o HISTOIREDE FRANCE,. . 

I _ 

vniEp. de sang expièrent un moment de sucées ;enfitî 
"^^^ * tandis que leur domination s'établissait au ci- 
vil par l'acceptaiion de cette constitution qu'eux- 
mêmes, devait étouffer dans son berceau ; par- 
tout au dehors et sur les frontières envahies » 
les étendarls. de la liberté et les drapeaux de 
la république cédaient le terrein »aux soldats 
des rois coalisés, et la licence tyrannique de 
l'anarchie livrait la liberté mourante aux coups 
des pouvoirs absolus. La campagne s'était ou- 
verte aux pieds des Pyrénées sous de fâcheux 
auspices , les premières entreprises furent des 
revers, et les premiers combats furent des dé- 
faites. Aux Alpes , la fortune était douteuse , et 
l'armée d'Italie était obligée de se partager pour 
combattre la révolte forcée de Lyon ; bientôt 
Toulon livré vit les pavillons anglais arborés 
sur ses chantiers .et sur ses arsenaux. L'armée 
de la Moselle , après le succès brillant, mais 
sans résultat, obtenu à Arlon, était contenue 
sur ses frontières, et suffisait à peine pour les 
couvrir; enfin l'armée du Nord retirée derrière 
ses lignes, allait être témoin 4e la capitulation 
des places, fortes qui la défendaient encore, et 
i^u'elle n'avait pu défendre. 

Bientôt l'histoire étonnée de sa tâche, forcée 
de parcourir Pespace et le temps comme la 
pensée les parcourt, sera obligée d'atteiiidre 



\ 



DEPUIS LA REVOLUTIO^I. Sî 

à la fois aux extrémités opposées de ce vaste vuTEp. 
théâtre des événements où les scènes se suc- *''^'** 
cèdent sans repos, où les incidents se croisent 
et se multiplient par eux-mêmes, où tous les 
acteurs paraissent et agissent à la fois; telle* 
ment que pour sauver le i^écît , d'une froide et 
lente chronologie-, on est oWigé de retarder 
Tordre des temps et des faits , tantôt de^ le 
devancer , puis de regarder en arrière pour 
recueillir ce qu'il a fallu négliger. Ce n'est plus 
une seule armée, une seule gtierre , une seule 
histoire d'un règne où, de deux nations aux 
prises, toutes les nations, tous leurs gouverne^, 
ments sont debout et en armes , tous leurs actes; 
tous les événements ont un rapport réciproque 
et un but commun , un intérêt commun, urfe 
influence générale. Ce n'est plus la liberté pu- 
blique d'un peuple , c'est la liberté universelle 
du genre humain , c'est la lutte du pouvoir ab^ 
solu contre la puissance nationale de toutes les 
sociétés civilisées. Ce grand motif apprécié par 
la raison , inaperçu , mais senti par l'instinct , 
a -exalté tous les esprits, enflammé tous les cou*^ 
rages, tourmenté toutes les passions, tout agit 
partout à la fois , et l'histoire , le cra) on à la 
main , doit rapprocher les époqueé , et suivre 
en niême temps les faits divers dans les me- 



3^ HISTOIRE DE y RANCEi 

viiiEp. nies lieux, afin de présenter Tensemble c?uii 
^^^ grand tableau , et non des esquisses partielles! 
Le sort de la guerre , et croyait - on de la 
France, semblait tenir aux deux grandes places 
assiégées, Mayence et Valenciennes; Tune fer- 
mait aux Français l'entrée de la Germanie , 
l'autre semblait devoir ouvrir aux ennemis l'en* 
trée de la France. 
s5 •uiii. Condé venait de capituler après une défense 
Jongue et opiniâtre; le défaut des vivres força 
de se rendre ; depuis plusieurs jours le soldat 
n'avait que dix onces de pain et deux onces de 
cheval ; les restes de la garnison de 4 mille 
hommes furent prisonniers. 

Mayence situé sur le Rhin , n'avait aucune 
défense du côté de l'Allemagne, Les Français 
fortifièrent les habitations de Cassel sur la rivé 
droite, et en firent une tête de pont, retran-^ 
ché par des ouvrages qui rendirent ce poste 
susceptible de. défense par sa capacité, et assu- 
rèrent la possession de la place. Ils fortifièrent 
aussi le viIlagedeG>8t-Heîra,situéà l'embouchure 
du Main. Ce poste fut plusieurs fois pris et re^ 
pris pendant le siégé. 

Sur la rive gauche du Rhin , Mayence est 
couvert d'une enceinte de 14 bastions , avec 
une citadelle vis-à-vis l'emlxpuclmre du Main ; 

en 



1795. 



D JE PUIS L A^iviê Y:Q.t-:U T.19^. 33 
co avant 1Wtdçi5.<}oJfo«b et' deç^-Yâuban, y viijKp^ 
^ élevé beaucoup die cWfeases extérieures qui 
éloigtient les àttjacjtfes. 4*;jC9rps d^ç^ la' place ; 
les Français eniaviiie^^jei^prejaJQUté. ^2 mille 
hommes de garnj$antjç^t ^p^itiupitic^ns en abon-^ 
dance. pronae-ttoi^at , \^îÇ; r ^léjfçôse ^ prolongée. 
Deux repi^seôtaa^^ (oniiigîssAir^s de ja coaven- 
tion y req tuèrent* €lve<:.. l?.içorp$4iç!6flulIe ligm,* 
i33ès<|uë'iGustbes'avaijt ^ppeléfàjui, f^tqui ne put 
le }oiodi'è. Le.géoér^l.l^yré.y co(pmaQdait les 
trempe^ et» Aut)ert-Du'bay et dirigeait les défenses. 
Après les défaites de Dumourier et Ja. retraite 
de Gwtibés, l'ôCQUpptiQu cje, .May^nce néjaît 
plus ;çj]tf'n«Q diver^^^p'flt^il^ qui j^^e^enait une 
partie .de9 trqupes aHi4€!s: téloignqes dpja.fronr 
tièfjè envahie. Si ie. sort .dès ari\ie? :red^enait 
favorablp à la repvbliijfu^ri'M^yenc^x^cçupée par 
«Ç3 troupes lui. a^sw'Qit UQ6 porte 4ws )a Ger- 
ina^riiet.it'liïïîp^^rt^nîÇ^.qy^t i^s j^lK^ç r^t^cliaient 
àiWpri^ de cette *pl^Gc} ti?|iditai|sstrà:des xîon- 
sidérati^ns politiqqe^. l^rPrusse .détrompée , et 
voyant ses intérêts inutilement pou^r. €î|le Ç9m- 
-profni^rdanS'Çette/gj^iieçfj^, fiyait margiié .la|re- 
p r is© de , Mayencé; C9lnm e. le. but et :h \ tejyue , dç. 
ses tr^vauji; ; çt aprjfes fivoi/ repdu à||l*Empir^ jies 
c|efft diç çç pa§s^gç,>;,l«^lîi7;iî«e devait se déta- 
î^b^r],id^:l3,iC9aIitipJl> ç:i':traiier avec la repu*- 

Tome IF/ 3 



34 H 1 8 T O T R & 4) î: ï R A K C E , ' 

vniTîp. Après la bataille dé^'Nerwmde et la retraite 
décidée des armées françaises vers Làadàu » 

S avriu l'învestîssemeiit de M^yence fut- formé parle gé- I 
néral prussien Kaickfëtit i te siège ne ccmnienca 
que deux mois après ^r rarmée cOQibinée^ que 
Frédéric II , rài de PrûSSi^, c^tnmandaît* en per- 
sonne. Déjà Jes tronpes qui formaient l'investis* 
sèment sur'-lâ rive droite du Rhin, s'étaient 
rendu nwittes du coursl du fleuve pat* la prise 

•*°^*'* des lle$ qd*îl forme au confluent du Ma^^n, et 
par celle du Village de Veîssenau, situé yis^à-vis 
son emboucliurei ;' . 

La ligne de circonvfillàlitftv ^'étendait sur lej 
deux rivés- à là gauche, depuis le village de 
Buderiheirti sur 4e Rbid , jusqu'au village 'de 
Laubenheîm au dessus de ^iayejice, couvrant 
toutes Jés hauteurs qui dominent la place, et 
touverte pat à!es[ fett*afa(*hements »ôu;^s> re* 
doutes» AMa rive dçoite , detant Ca^eTt le&ihau^ 
teurs^ depuis Hôèheim jusqu'à Mosbach ^ étaient 
occupées par des trcnipes, et défendues piâr^eô 
retranchements. " m ? . ' . • 

Tout ce sîége ftit <utte défensive active; tout 
cdric^oui'âit' àen proforigëFla durée ; il régna une 
parfaite intelligence entre les généraux et les 
représentants; MerFiiij^ donna même toujours 
réxemple du courajge militaire , souvent à la tête 
des troupes dans les sorties. On a^ait forint. de$ 



~N 



r^ 



/ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 35 

corps composés d'hornmes , non pas d'élite , viiïEp: 
mais qui s'étaient présentés volontairement. Ces '^^ ' 
troupes /sous le nom de Compagnie de Siège, 
rendirent de grands services , et prirent toujours 
la tête des attaques. Le général Meunier s'était 
chargé de là défense de Cassel. Dans une sortie 
de nuit de ce côté, il surprit les Hessois et les " *^"'* 
Autrichiens ; les soldats' furent tués dans leurs 
tentes;. et sans Terreur qui fît, que deux corps 
français firent longtemps feu Tun sur l'autre 
dans les ténèbres , cette attaque eût pu avoir 
des conséquences sur l'événement du siège. 

Le lendemain , un officier français envoyé par - 
les Prussiens ,' apporta une lettre de Custines , et 
demanda en mêtne temps une entrevue pour le 
général Kalckreut , avec les Représentants com- 
missaires ; l'entretien fut secret, et les attaques 
continuèrent. Deux jours après , on demanda i^^^ii* 
xine autre entrevue à Rewbell, qui fut refusée. 
iTouteisces conférences inquiétaient la garnison, 
quoique toutes les lettres eussent été lues en 
plein ponseil ; la garnison fut toujours dans les 
''mejUeures dispositions , et lorsqu'aflfàibhe de 
près d'un tiers deux mois après , elle apprit sa v 
capitulation, il fallut dépl 03 er l'autorité pour 1 y 
résoudre. 

Les îles du Majn furent longtemps le ter- - 
rein disputé j leur position prenait k revers toutes 



36 Histoire de France, 

VliiEp. les défenses de la ville et le cours du fleuve; 
'^^ * ce qui mettiait à découvert le pont de commu- 
nication avec Casse! , et les moulins qui seuls 
servaient pour les habitants et pour la gar- 
nison. 

Dans les attaques réitérées qui en' laissaient 
maîtres l'un ou Tautre^parti, on vit des soldats 
formés sotis le nom de bateliers-matelots , aller 
à la nage couper le cable d'un bâtiment armé, 
monter a l'abordage, et le ramener avec deux 
cents prisonniers qiiî le montaient. Ils avaient 
aussi constAiît, pour détruire le pont, deux ma- 
chines infernales ; l'une sauta sans effet, l'autre 
fut arrêtée par des soldats qui eurent l'intré- 
pidité d'j monter et de l'éteindre. 

Le" villagie de Costheim, trop près des ou- 
vrages de Cassel pour être abandonné par les 
deux partis, fut le théâtre sangjant de plusieurs 
Si maî. combats , dont l'issue en laissa les assiégés maî- 
tres jusque vers la. fin du siège. Les îles du 
Rhin furent aussi longtemps disputées ; celle de 
Peters-Au, au dessous de Mayence, coûta it 
cents hommes aux ennemis dans une sortie de la 
garnison de Cassel. 

Les assiégés restèrent lx)ngtemj>s maîtres des 
dehors et des environs de la place. Du côté même 
dp l'attaque, les villages de Salsbach et de Brexen- 
heim, furent longtemps occupés par les Fran- 



V 



\ 



\ 



ÎM; P U 1 s L A R lÊ V O L U T I O N. 3/ 

çaîs ; et sur le terreia qui les séparait , il se vuiïïp. 
donnait des combats journaliers. Dans une de 
ces rencontres , le chef d'une troupe de cavale- 
rie , défia l'officier de cavalerie prussienne à 
un combat singulier. — Et si je venais, à vous 
comme ami , lui dit le Prussien. — Je vous 
recevrai comme tel. Ils se tendirent la main, 
et firent avertir, Tun Merlin, et Tautre le gé- 
néral Kalkreut , peu éloignés de ces avant- 
postes ; là un déjeûner fut convenu pour le 
lendemain , et que Tautre représentant Rewbell 
et te' prince Ferdinand de Bruswîck s'y trouve- 
raient; les deux troupes restèrent éloignées ;^ les 
chefs s'approchèrent, et parmi la franchise d'un 
repas militaire , où Brunswick déploya avec 
les Français toute l'aisance de soa. caractère et 
de ses manières , il se retrouva souvent en confé- 
rence intime avec les .deux représentants, et ce 
•iut pendant ce siège que le premier cartel, 
.pour l'échange des pristonniei^, porta en titre : 
le roi de Prusse à ta république française^ 
C'était la reconnaître le premier. Les procédés 
et les égards réciproques se maintinrent entre 
les deux arriiées jusqu'à l'époque ou Frédéric-» 
Guillaume, attaqué personnellement, et sur- 
pris dans son quartier-général \ se livra à ua 
ressentiment qui fit cesser les raénagements^ 
politiques. 



1 



88 HISTOIRE DE FRANCK, 

ViiiEp. Dans la nuit du 3o mai, la garnison fît une 
^'J^ l sortie générale; 6 mille hommes pénétrèrent 
jusiqu'au village dé Marienborn , où était le 
quartier du roi. Les compagnies de siège sou- 
tenues des anciens bataillons de Saintonge et 
4r de Beauvoîsîs , emportèrent de vive force les 
redoutes qui couvraient la ligne de cîrconvalla- 
tion, entrèrent sî rapidement dans le viïlage 
quelles généraux et le roi lui-même surpris > 
n'eurent le temps ni de s^armer ni de rallier - 
les troupes; lés chevaux des gardes furent tués 
à coups de fuBii dans les maisons , et la retraite 

des assiégés se fit avec perte, mais sans être 
coupée. Dès le lendemain , le feu des batterie^ 
JFut redoublé, et pendant plusieurs jours incen- 
dia la ville ; plus d'un tiers des maisons fut 
écrasé par les bombes oii consumé parle feu; 
les magasins furent détruits , et ce fut ce même 
jour que le général Meunier fut blessé mor- 
tellement , attaquant la grande île du Mayn , 
que les soldats avaient appelée la carmagnole ^ 
et dont les batteries ennemies faisaient le feu 
le plus destructif sur la place. Meunier mourut 
peu de jours après j et par un sentiment hono- 
rable à sa mémoîi^e , les assiégeants firent une 
trêve de quelques heures pendant qu'on lui ren- 
dait les honneurs fuhèbres , se portèrent en 
armes sur leurs lignes^ et répondirent par une 



DEPUIS LA RÉV-OLUTrON. % 

$dlve générale à celles dont les Français hono^ viiiEp. 
raient la tombe, de leur guerrier. Elle fut ^^ 
placée., d après ^n vœu , à la pointe du bastion 
de Cassel qu'il avait défendu. 

La tr^inchée ne, fut ouverte que deux mois 
après l'investissement» et après* trois nuits de 
combats qui , en, empêchèrent les travaux. Le 
front d'attaque embrassa tout le cAté de là 
place ou est située la citadelle » depuis le 
lihin jusqu'aux ouvrages av^^ncés du Fort-Phi- 
lippe, 

L'histoire doit. laisser aux relations militaires 
les. détails journaliers \de ces grands travaux de 
Ji'art , où le génie réunit et combine de part 
et d'autre » tous sçs moyens de destruction^ 
tandis que l'habitant voit son toit s'écrouler sur 
sa famille pour une cause qui n'est pas la sienne. 
Les deux armées s'opposèrent longtemps toutes 
les ressources de la science militaire. Les tra-^ 
vaux de l'assiégeant furent tenus éloignés des 
ouvrages de défense ; souvent l'assiégé devint 
assaillant ;*et d^ns les derniers jours dû siège», 
l'ennemi n'avait pu encore se rendre maître 
que d'un ouvrage avancé , duquel il ; fut en- 
core délogé plusieurs fois ; j^amais ses bat- 
teries ne purent s'étabir plus près que cent 
toisesjde l'enceinte extérieure dès fortifications^ 

Cependant la disette se faisait déjà sentir dans. 



4<5 H I s T O IR E D E PR AN C E, 

ViiiEp. la ville , après avoir mangé les chevaux qui 
'^^^* furent longtemps la seule vidnde distribuée aux 
troupes. Le général Doyré cédant aux instances 
des habitants, permît à plusieurs de sortir de 
leur ville; mais les prévint en même temps 
qu'ils ne seraient vraisemblablement pas reçus 
par les assiégeants. Pressés par. la crainte et par 
le besoin , 2 mille de ^^es infortunés, vieillards , 
femmes, entants, malades, sortire^nt des portes , 
et se présentèrent au camp^ là, repoussés par 
tinfe dure politique, et refusés, au retour vers 
la place, par ^impérieuse nécessité, cette mul- 
titude fut obligée de passer la nuit dans l'es- 
pace qui séparait les combattants , et exposée 
»au feu des deux armées; plusieurs furent tués', 
et le matin 5 les soldats français rapportèrent 
dans les pans d^ leurs habits des enfants blessés 
ou abandonnés; enfin Doj^é, vaincu parce spec- 
tacle, leur fit rouvrir ses portes. 

La capitulation fut presque imprévue, et les 
événements extérieurs la commandèrent. Con- 
dé était pris ,. Valenciennes pressé et aban- 
donné à ses seules forces. On ne pouvait es^ 
pérer de secourir Mayence , il était plus utile 
de sauver sa brave garnison , que de prolonger 
unehonoKable défense, et la guerre de la Ven- 
dée exigeait des renforts que l'on ne pouvait 
prendre ailleurs^ 1 



DEPUIS LA RE VOXIU TlOir. 41 

Le soldat qui ne pouvait connaître ces raisons vnrr.p; 
I» . j j X795- 

poJitrques , supporta assez impatiemment laxi^ 

nonce de la capitulation; elle carô prit tous les 
honneurs de la |;uerre , sous la seule conditioa 
^de ne point servir d'un an èontre les puissances 
alliées. Le 22 juillet, après trois mois de siège, 
Jes Prussiens et les troupes de l'empire prirent 
possession de la place, et pendant que, suivant 
Jes usages de la . guerre , les différents corps 
défilaient devant le vainqueur, le roi de Prusse 
appelait nominativement les chefs et les prin- 
cipaux officiers, et leur donnait avec une noble 
courtoisie les éloges dus à leurs actions , en le;^ 
rappelant les jours et les circonstances où ils 
s'étaient distingué^. 

La garnison, en rentrant en France, y trbuva 
de nouveaux ennemis, la malveillance ou un 
faux patriotisme avaient devancé son retour^; 
accoutumée à Voir les revers imputés à crime , 
les villes n^osaient recevoir le^ défenseurs de 
Majençe dans leurs murs , lès soldats biva- 
quaient au-dehors. A Sarre-Louis , on fit arrêter 
Doyré et son état-major; déjà les soldats déli- 
béraient d'attaquer la ville pour délivrer leurs 
chefs, lorsqu'un décret qui déclarait que la gar- 
nison de Mayence avait bien mérité de la patrie, 
arriva, eir fut confirmé à Metz ,^Hd' où cette armée 
îiit envoyée dans la Vendée. ^ 






a4 niaî« 
a6mai. 



I < 



4^ H I S TOI RE D E F R A N e Ey 

A Valencîenjies , l'ennemi semblstit moins 
vouloir réduire la ville que la détruire ; la, 
garnison était d'environ 9 mille hommes; la 
place seule fut investie et en même temps les 
faubourgs attaqués; celui appelé faubourg de 
Marli fut inciendié et pris dès le jour suivante 
L'attaque sefît plus brusquement qu'à Mayencô, 

t4 juin. L^g travaux de siège s'ouvrirent* près de la 
place/ Le duc dTorck la fît sommer , et sur le 
refus prévu, le bombardement, c'est-à-dire l'in- 
cendie commença d'abord sur le front de la place 
vers Tournaj , ensi;iite sur le front opj:K)sé vers 
le sud-ouest ; alors l'embrasemeot fut général. 
Ce ne fpt plus aux murailles et aux fortifica- 
tions que l'ennemi fit la guerre; il parut vou- 
loir ensevelir l'habitant sous les ruines de ses 
demeures. Outre les batteries de siège , 80 bou- 
ches à feu, établies sur la chaussée de Moiis^ 
et sur les hauteurs de Rolleux , vomirent la 
mort et l'extermination stir les habitants âeve- 

^ nus citoyens^ de leur ville., Cette politique , à la 

fois barbare et absurde, fit l'effet qu'elle devait 
produire, la haine contre un ennemi qui venait, 
non conquérir ou soumettre, mais détruire et 
<lévaster ; qui , prétendant s'ingérer et interve- 
.nir dans les discussions intérieures d'une na- 
tion, y appelait la. lumière avec des torches > 
et la conciliation avec le . glaive, L'îadignatioa. 



DEPUIS lA RÉVOLUTION. 43' 

donna l'opiniâtreté plus tenace encore que le v^ïi]?i»' 
courage ; et quand le sort des armes lui livra 
la ville, il colnquît des murailles , et tous les 
cœurs lui furent aliénés* L'exemple de Valen*- 
' ciennes sauv^ Lille , et peut-être la France. 
PendantJ'incendie , Tarsenal prit feu et sauta* On 
soupçonna une trahiso;i , et le sous-dîrecteur 
Monestier se tua. Lé • but de cette explosion 
était de faire révolter les habitants. On réussit 
d'abord; les. deux commissaires représentants^ 
Brien et Cochon , rai^enèi^nt l^prdre ; et pen- 
dant tout le temps du siège, donnèrent 5 ainsi 
que ceux de Mayence, Texemple de la bravoure 
et du dévouement. 

Cependant les travaux des assiégeants étalent 
parvenus à Tenceinte de la place, une brèche a, juîii. 
était pratiquée au bastion, dit des Huguenots; 
une première attaque au chemin couvert fut 
repoussée. 

Mais l'ai8saut fbtrenouvelé; ro mille hommes as juin. 
à l'autre attaque s'emparèrent de l'ouvrage 
avancé , que trois inines firent sauter. Le feu 
des remparts les en chassa, et l'ouvrage fut 
repris ; .mais utoe de ces terreurs paniques , 
dont l'histoire oflR*e des exemples, s'empara du 
soldat; la voix des ehefsne peut plus se faire 
entendre^, tous rentrèrent pêle-mêle dans la 
ville , et irien ne put les faire retourner au poste 



\ 



\ 



k 



44 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiïp. repris et abandooné par lés deux partis. En 
même temps une seconde sommation du duc 
d'Yorck fut proclamée, avec une lettre écrite 
de lui , à ia municipalité^ et au général. Ces 
lettres furent soustraites avant d'être remises à 
leur destination , imprimées et distriliîiées aux 
troupes, et aux habitants. Dès ce moment , le 
désordre fut irréparable }) les habitants rassem- 
blés^, soutenus des soldats , forcèrent le conseil 
de guerre d'entrer en capitulatipn ; elle fut 

da juin, signée le mêqie jour; leé seules éompagnies de \ 
canoqniers bourgeois de Valenciennes et de 
Douay ne prirent aucune part à remette , et 
avaient gervi , avec distinction , pendant Iç 
siège." V 

L'armée des alliés se trouva alors renforcie 
des trois armées qui avaient fait cessiéges; mais 
ces armées étaient aussi affaiblies par leurs suc- 
cès. La prise de ces trois places coûta plus d^ 
40 mille hommes aux alliéa; leur supériorité 
était encore très -grande, ma^ré les renforts 
cjue Custines avait reçus. Il s'annonça d'abord à 
son armée par une proclamation sévère ; il dijt 
tout ce qu'il eût fallu faire sans l'annoncer ; 
la discipline militaire avait besoin) d!êt,re recréée; 
mais le soldat accoutumé ià s'ç'n passer* , et,au- 
quel on disait^que le patriotisîme tenait lieu de 
tout , s'alarma cfun chef meçiaçant .qui, n'ayaiU: 



DEPU1-SJLA RÉVOLUTION. 45 

pas la popularité militaire de Damiourier, îm- vxnEp. 
posait le joug .sans savoir le rendre léger. 11 
n'avait pas cette austérité de mœurs , et cette 
gravité dans lesJmànièrea Cjuivcbfnmandent le 
respect. Custinés était craîàt et estimé; il n*é- 
tait ni vénéré ni chéri des Groupes ; avec les gé- 
néraux à ses ordres,-Cu6tine$»nîétart qu'obéi ; ne 
sachant pas Courrirlçurs ferateJsrjôu leiirs revers ^ 
ils n'attendaient dé hii «quq justice sans indul- 
gence , et ne lui rendaient • que des: devoirs sans 
attachements : ' î ;\/ :-: ' ;: 

Tandis que son armée, retirée. sous Bbu- 
chain , se préparait à tâcher de; r^M-endre l*oP- 
fensive ', centré tV-à la gawche:i'de la ligne 
de défense, quelques ' succès retardaient les 
progrès de 'l'eun^mi» A 'ÏVm pleuve , entre 
Lille et Tourn^ay;, on obtint uni avantage; il ^^ ^°* \ 
fut dû à la riise d'un prêtre déguisé qui porta a juillet. 
de feux arisi'à J-ennemi.. Fiïrnes? Eut enlevé 6et7)\ 
de viv^ foiX5e. L^ennemi Sut encore irepoussé 
des 'pdstîès siir J'Escaut ', centre Lille et Cou- 
dé ,i à Fiines, k Font*à-M^rqw0.i Divers coin- 
V *bats , avec' de^'^uecès' variés et sang résultats , 
se donnèrent à-'Ooussel, à Berlues, à Hautes 

^etE)onzoig.'Le'système d'attaque dès Autrichiens is j>iU; 
étant de procéder avec méthode çt aveo len- * 
leur , "la gueJpi^e de ' siège déduit les grands 
ïiidtitemeiits ^$ armées ^ ï»âi^ ioi-sque la red- 



46 HISTOIRE DE rHANCE, 

j-g'ir ditîon des grandes places, Condé, Valenciennes 
et ensuite je Cateau-Carobresîs, lui eût assuré 
des points d'appui et l'eut rendu maître des 
grands débouchés pour pénétrer, ses armées 
se déployèrent; mais toujours avec la circons- 
pection inséparable d'un S3'8tëme de coalition , 
dont les pairies foimaient un corps incohérent > 
et n'agissaient pas dé concert et de confiance. ' 
En même temps le plan de' désorganisation était 
"...,. suivi dans l'intérieur. Un ordre du ministre 
a8 juiii. rappela Custines, jet bientôt un décret le mit en 
arrestation. Custiae^ n'était f>as un traître ; mais 
il servait son pays avec une ambition person* 
nelle dont on .se:seryit;contre lui; pour se dé- 
faire d'uà général' dont il redoutait la volonté 
et la détermJnatioû , rétranger employa habi- 
lei^ient au .dedans les moyens qu'il y tenait 
à ses ordres', et la faction dominante sacrifia 
sans peine un général qui li'étàit à ses ordres ^ 
que parce qu'elle était le gouvernçment. 
. L'armée riesta sous Je co^mmandement du gé- 
-néral Rilmâine ^ quiJbîentôt déclara qu'il ne 
pouvait plus tenir les ppsitions qpe Gustines lui 
avait laissées. L'armée^se retira derrière l'Es-, 
caut, à Paillencourt ; C'était la même position 
que le camp dé César. 

Houchârd fut âommé pour remplacer Cus- 
lines, qifi.se vit aussi traduit dwant le redou- 






l 
I 



N 



DEPtJlS L A R È V O LUT I O N. 47 

table tribunal révolul|oonaii e. Cobour^ s'avança viiiRifc 
vers Cambray, somma la place, et l'armée fran«^ 
çaise se retira derrière la Scarpe, campée > la 
tlroite au village de Reux, la gauche vis-à-vis 7>8«oûi^ 
celui de Biache. ; c'était la dernière position à 
prendre en avant d'Arras , et alors il ne restait 
plus ïii position à prendre ni place à défendVe 
jusqu'à Paris. Cette, retraite^e se. fit mêine pas 
^ns combats. L'ennemi pressait déjà les troupes • 
d'arriëre-garde, et trois attaques retardèrent la 
marche rétrograde d^ l'armée. ' '- 

JDaos sa aouveUé position , elle communiquait: 
-avec Arras et encore avecDouay; Cambray était 
investi; déjà on ^proposa de iàirc refluer les 
•habitants, corps et .biens vers Tintérieur, et les 
armées ne pouvaient' tenir la. campagne qu'en 
rompant sans cesse la -mesure aux mouvements / 
progressifs de.réaneini. Maître du ;Cateau-Cam- 
bresis , ses partis avaient pénétré jusqu'à Pé^ 
abonne et Bapeaume; A prît même un camp entre 
-Péronne et Saint-Quentia:, à la suite d'un com- 
i^^idans la forêt de Normale; à tous ces avan- 

m 

tages menaçants , on* ne pouvait opposer que 
des dispositions défensives ; cm distribua les 
iroçipes de manière à pouvoir promptement ren- 
forcer les garnisons des places qui seraient me- 
nacées ; la plupart n'étaient pas dans un état 
Tassurant^Jncertaîâ du plan de l'ennemi, parce 



zi aoûtj 



*'!'•♦ Il 



48 HISTOIRE D E F R A N-C E, 

VHiFp. que lui-içême n'avait pa| tin plan déterminé » 
'^^^' et les moyens disponibles de défense étant bor- 
nés , on n'avait pu les appliquer d'avance à 
tel ou tel point; on les tenait en résci'vepour 
les porter au besoin au point le plus menacé ; 
il ne restait plus à disputer que le passage de I4 
Somme, barrière faible et bien connue comme 
insuffisante!.: La Fir^nce dut son salut àses places 
. fartes , qiie ténnemi-in'osa pas laisser derrière 

jLU]« * .•.j>i'- '> 

A la droite de m Kghe^> vers les placée- ma* 
ritimeSy il avait toujours été contenu* Le^ pro- 
grès de son centre et de l'autre aiJe, lui doo^ 
nèient lesimoyôns de.'setnettre à leur hauteur 
>et de se porter en avant; Le duc d'Yorck com- 
xnandait cette armée qui , après le siège de 
Valenciennes^^l renforcée des Hessois et d'uno 
•partie des grenadiers' hongrois , la meilleure 
•infanterie de l'armée impériale. Après quelques 
'Combat&,.à Poperingue , à Platon , à Lincelle-, 
igaoûi. -à Ost-Càpel^ le Quçiuoy fut bloqué, et l'arméfe 
• -da duc d'Yorck passa la* Lys. Trois coloan£$ 
se dirigèrent sur Cassel , sur Hondischoote et sur 
Furnes; Berg\ies fut sommé et investi; le bonii- 
4>ardement commença; tout annonçait l«;tiesi' 
-sein formé d'assiéger DunierqUè; L'Angleterre 
voyait la prise de cette place comme le prix de 
s^s efl[brt^:et dea grands sacrifices pécuniaires 

^ qu'elle 



I 
I 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 49 

qu'elle faisait à la cause commune. Cette fausse viiiEp; 
politique , q«i détourna des progrès vers Tin- *^^ *. 
térieur de . la France , décida du sort de cette 
campagne. 

Depuis longtemps la diversion méditée vers' 
les places maritimes de la Flandre autrichienne, 
^tait préparée en secret. Le camp Sous Cassel 
avait été augmenté de tQus les renforts que 
l'on avait pu y réunir; la nouvelle position de 
l'-arraée derrière la Scarpe , permit d*eo' tirer 
des troupes du. centre , et de les employer, a la 
gauche qui seule y selon le plan combiné /devait 



agir. 



' Les ennemis entreprenant le siège de Dun- 
lerqne , attaquèrent donc le ppint où l'attaque - 
çtait pi^éparée contre eux, et où la défense était 
le mieux. disposée.. 

L'arnuée anglaise prît le camp de. Rosendael 
devant Dunkerque. Le commandant fut sommé, 
la garnison répondit dès. le lendemain par une 
sortie , et la tranchée fut ouverte peu de joui^s 
après. 

Outre Tarniée française , campée sous Cas- a3 août. 
sel , Dunkerque était encore soutenu par le 
camp de la Mâgdelaine près de Lille ; ce camp, v 
presque tout compose de troupes de lignes, 
faisait face aux corps ^Tanyiée qui occupaient 
Menin , çt par sa position rendait très-hasardée 

Tome IF. 4 



1 



^ 5o HtSTOÎRË DE FRANCE, 

vniEp. celle des Anglais et des Hollandais occupés au 
'^^ ' siège de Dunkerque. • 

Les approches de Dunkerque étaient moins 
difficiles à faire et à garder que les positions 
environnantes iv'étaient difficiles à conserver-par 
Tarmée assiégeante. La bataille des Dunes, ga« 
gnée au siècle précédent par Turenne sur Condé, 
éloigna sans doute les généraux alliés du plaa 
qui fut Siuivi alors. 

A Test de Dunkerque, sur le rivage de la 
mer , est un grand espace appelé TËstrang » 
couvert par les Dunes de Sables , dont les élé- 
vations sont favorables aux approches de l'as- 
siégeant. Cet espace se prolonge du côté de 
Fumes, et l'armée assiégeante qui occupe Cette 
position , a son flanc droit couvert pa^ la mer, 
' et sa gauche par des marais, appelés la grande 
Moer^ dont les passages sont connus et faciles 
à garder. 

Le système de guerre qui se développait, ne 
devait pas amener une bataille rangée sur un 
seul point. Les alliés firent dépostés de leur 
position devant Dunkerque par une suite de mou- 
vements et de cotibats pendant trois jours. Le 
dernier fut décisif. 

L'armée républicaine était campée entre Cas* 
sel et Steenvorde ; elle en partit suivant les 
dispositions aiiêtées pour se porter sur lea 



/ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 5t 

points désignés. Le théâtre des opérations com- vnii^^i, 
prenait un développement de 14 lieues, depuis *^^^* 
Ypres jusqu'à Dunkerque. 

L'ennemi en force à Bergues , était maître 
du canal; mais cette défense lui dévint inutile, 
la position de Bergues fut tournée à sa gauche 
par la colonne de droite de l'armée française 
Celte colonne de 9 mille hommes, conduite par 
le générât Dun^enil , dut marcher droit sur 
Yprès , et contenir les secours que Tennemi 
aurait pu envoyer de cette place. 

L'avant-garde de 10 mille hommejs, aux or- 7 sept, 
dres du général Hedouville , fut dirigée sur 
Poperingue, et de-là à Rossbruges. Ces mouve- 
ments avaient pour objet de tourner la gauche 
de l'ennemi, et de le séparer de la ligne de 
position qu'il occupait vers Ypres. Ce corps» 
après ces succès, vint se réunir à Proven au 
corps d'armée commandé par Houchard. Celui- 
ci avait en même temps lîiarché sur le centre 
de l'ennemi , et le rencontra inopinément à 
Houlkercke. Dans ces grands mouvements, dont 
le dépfojement comprenait six ou^ept lieues de 
terrein de la droite à la gauche d'une armée 
en marche, il était inévitable que souvent les 
positions de l'ennemi fussent ignorées et les 
rencontres imprévues. 

Le général Colaud attaqua , et se rendit 



' V 



\ 



Sa M îst 01 R E D E France; 

rniEp. maître des bois de Six qui dépassaient la po- 
sition des Autrichiens ; ils se retirèrent de 
Houlkercke. 

Jourdan les attaqua au village de Herzelé, 
Ten chassa d'abord , et le poste , après un com- 
bat opiniâtre, fut pris et repris plusieurs fois. 

En même temps Houchard , qui avait passé 
Lysér et s'était porté sur Banbek , y eut long- 
temps un succès douteux ; enfin le poste fut 
enlevé à la baïonnette, 

La première position de l'ennemi était la 
droite au canal qui va de Bergue à Dunkerque, 
la gauche vers le village de Leyselle. 

Après les différents combats du 6 et du 7, le 
feld maréchal Freytag , qui commandait cette 
partie de l'armée des alliés, la réunit dans la po- 
sition de Hondtschoote. Les diffërents corps en 
retraite couvraient de cette position les opéra- 
tions du siège, 

7 «^pt. Le soir du même jour les colonnes françaises 
réunies marchèrent sur le village de Rexpœde, 
qui conduit à Hondtschoote;ce village situé au mi- 
lieu des bois , fut d'abord occupé sans résistance. 
Malgré sa position hasardée, on crut, avec les 
précautions et les dispositions militaires , pou- 
voir y tenir pendant la nuit ; mais vers les dix 
heures, les Autrichiens revinrent en force , et 
d'abord furent repoussés; à trois heures du ma- 



DEPUIS LA KÉYOLUTION. 53, 

tin , upe seconde attaque décida Houchard à se viiiEpi 
retirer sur Bambecke. ■ *^^^ 

Ce mouvement rétrograde fait sans être con- 
certé , laissa dans Rexpœde des troupes commau* 
dées par Jourdan. 

Les troupes étaient fatiguées de deux jours 
de combats ; elles manquaient de subsistance. 
Houçhard voulait borner là ses avantages; cette 
incertitude et la retraite die Ja nuit, firent ensqite • 
un des chefs d'accusation contre lui. Les géné- 
raux et les représentants commissaires , Benta- 
bole Delbret , Levasseur» qui» dans toutes Ie$ 
attaques, se montrèrent toujours parmi les trou- 
pes:, pressaient le général en chef de marcher à 
l'ennemi, et de compléter les succès d,es jours 
précédents. Déjà le géfiéral Vandame, à la tête 
de quelque infanterie légère, avait attaqué les 
postes avancés de Hondtschôote. Ce pays est une 
plaine unie sans mouveno^ent de terrein ,. qui se 
prête aux manœuvres. Le nombre ou la valeur 
devaient seuls décider sur un terrein. coupé de 
jiaies de canaux , où tous les obstacles sont en 
faveur de celui qui les défend. Le nombre était 
à peu près égal ; moins de 20 mille hommes 
de part et d'autres. Le combat s'engagea par 
un feu longtemps soutenu. Le général Leclair 
était sorti de Bergue à la tête d'une partie de 
la garnison ; et, loogeant le canal ^ '\\ conduisit 



54 HISTOIRE CE FRANCE, 

viiiEp. "Une attaque stir la droite des ennemis; parmi seg 
*795. troupes était la gendarmerie à pied , corps que 
Ton avait levé à Paris pendant les mouvements 
révolutionnaires; son indiscipline avait souvent 
occasionné les plaintes des généraux; sa bra- 
voure détermina le succès de la journée ; les gen- 
darmes repoussés deux fois, se rallièrent et gra- 
virent les retranchements avec une audace et 
une résolution auxquelles il fallut que tout céda, 
- et qui décida là retraite de Tennemî. 

Il ne fut pas suivi ; et ce fut ce reproche^ 
bien plus injuste que celui de la retraite mo- 
mentanée de la veille, qui servit aussi de motif 
au procès de l'infortuné Houchard. 

A la nouvelle âes premiers succès des co- 
lonnes républicaines, le duc d'Yorck avait, de 
son camp de Gjs-welde devant Dunkerque , en- 
voyé des renforts au général Freytag ; mais 
bientôt les nfïouvements de la garnison l'obli- 
gèrent de les rappeler à lui au premier bruit 
de l'attaque de Hondtschoote. L'occupation de ce 
poste par les Français, rendait sa position in- 
soutenable; il était dépassé à sa gauche; l'en- 
nemi était plus près que lui de Furnes. La 
grande Moër qui, au temps de Turenne, était 
une lagune profonde et impraticable , n'est au- 
jourd'hui qu'un marais qui donne plusieurs dé- 
bouchés sur Lestrang où campait l'armée an- 



1 



V. 



DÇPUIS lA KÉVOLUTÏON» 55 

glaise. Un retard de quelques heures et Toccu- viiiip. 
pation de Puroe9 par les Français ^ pouvait 
enfermer cette armée , et ne lui laisser d*autre 
passage que les Fourcbes-Caudines. Le sicge 
fut levé avec une telle précipitation , que toute 
l'artillerie resta abandonnée. La garnison de 
Dunkerque sortant le 9 au matin , ne trouva 
plus d'ennemi , et s'empara de cinquanterdeux 
pièces de gros ^calibre; les munuions» les bar ' 
gages » tout avait été abandonné* 

Les suites.de ces événements changèrent en- 
tièrement la face des affaires» décidèrent du sort 
de cette campagne» et commencèrent les éton- 
nants succès de la campagne suivante. Lia for- 
tune rappelée changea de parti » et le choc de 
jquelquçs milliers dlioçime , à l'extrémité du 
théâtre de la guerre , couvert de la Méditerra- 
née à rOcéan par des armées nombreuses» 
changea pour longtemps les destinées » la répu- 
blique ne craignit plus pour sa capitale ; et 
malgré ses agitations intérieui*es et convulsives , 
malgré les défections» les insurrections» les tra- 
hisons qui. livraient ses ports el ses ijottes » qui 
armaient en résistance* ses provinces; elle vit 
.bientôt ses armées reprendre l'offensive p et re- 
porter chez ses ennemie la terreur de ses armes^ 
moins redoutable toutefois que la terreur civile 
qui l'opprimait elle-même.Les revers n'en avaient 



; 



56 HISTOIRE DE FRANCE; 

yiiiEp. pas arrêté les progrès, les succès les hâtèrent , et 
'*^^ ' le système d'oppression anarchique, pour re* 
buter les Français de la liberté, se développa 
rapidement : on avait réuni tous les instruments 
propres à produire tous les excès , et ceux-là 
même qui les avaient su réunir , leur en four- 
nissaient toutes les occasions ; on voulait pou- 
voir accuser un jour la France de tous les 
crimes qui 31 auraient été commis , et pour 
cela , on les y faisait commettre. Le colosse dje 
la liberté avait effrayé tous les goi^vernements; 
ils voulurent grandir encore ce colosse et le 
rendre monstrueux , afin qu'il effrayât les peu- 
ples , et afin que , parvenue à une proportion gi- 
gantesque et démesurée, il s'écroulât sous son 
propre poids, et écrasât dans sa chute tout ce 
qui avait osé s'en rapprocher. 

L'exécution d'un général craint , peu aimé, 
mais estimé des troupes, faite sans opposition 
dans la capitale, et sur Ifaccusation d'officie^r^ 
de son armée, devait apprendre si l'on pou- 
vait tout oser; les ^ dominateurs n'espéraient 
gouverner, ni par la confiance, ni par la con- 
sidération ni par J'estinA^ publique , ces motifs 
leur étaient étrangers , même entre eux ; ils 
choisirent , ou plutôt n'ayant pas le choix, ils 
prirent le seuLparti qui leur restait à prendre; 
ils se firent tyrans de peur d'être asservis, j«gÇi 



\ 



DEPUIS t A R É V O L U T 1^0 N. 67 

pour n'être pas ^ugés, ^t bourreaux de peur yjuj;^, 
d'être victimes ; pour.dominer et donner la loi , '793. 
il fallait n'en point avoir d'écrite, La constitu- 
tion que le peuple venait d'accepter était une 
gêne j parce qu'une constitution , telle qu'elle 
soit, ne peut pas mettre le pouvoir aiiarchîque 
et arbitraire par écrit et en principes : on vou- 
lut que cette constitution fût voilée , mise à 
l'écart, ajournée, et elle le fut. On décréta 
d'abord «c que jusqu'à ce que Tindépendance de aS «oûi^ 
la république ait été reconnue, la France était 
en révolution. » Cette disposition préliminaire 
préparait le code révolutionnaire qui, sans dé^ 
guisement , devait mettre la dictature collective 
en activité et en loi constitutionnelle de l'état. 
Dës-lors , et en peu de jours , toutes les mesures 
Tévoltjtionnaires furent >converties en loi , tous 
les Français furent mis en réquisition de service 
militaire, depuis l'âge de 18 jusqu'àa5, et cette 
loi au moins donna les armées qui devinrent 
invincibles. On établit un emprunt forcé d'un 
milliard sur les plus forts contribuables. Les 
visites domiciliaires étaient défendues pendant 
la nuit, et du moins l'habitant retiré dans ses 
foyers y trouvait un asile pendant quelques 
heures, et pouvait compter sur sa liberté pen- 
dant son sommeil ; cette sûreté fut retirée; on 
forma une armée révolutionnaire de 6 mille 



as 'H#ISTO!RE DE FRANCE,. 

viiiEp. hommes et de mille cjinonniers; et l'on assura, 
'^^ ' sous le nom d'indemnité, une solde de quarante 
. sous par jour à tout citoyen indigent qui assistait 
aux assemblées générales des Sections de Paris* 

Par une mesure où la main de l'étranger ne 
craignit pas de se montrer à découvert, on re- 
tira une loi qui assurait une pension à tous le» 
soldats étrangers qui se réuniraient aux drapeaux 
de la France. 

. La dénomination de suspecis fut inventée; et 
furent réputés tels , tous ceux qui , par teur con- 
cluite , ou leurs relations ou leurs propos , se 
sont montrés partisans de la tyrannie , et le sens 
vague et indéterminé de cette définition , servil 
à j trouver tout ce qu'on voulut y comprendre. 

On . inventa les certificats de civisme ; mais 
par une mesure de police^ nouvelle , on sou-* 
mit les magistrats aux clubs, et les certificats 
accordés par eux, durent, sous peine de nul- 
lité, être confirmés par les comités révolution- 
naires. Chaque commune dut en avoir un com- 
posé au moins de six membres de la société 
affiliée à celle des jacobins de Paris ; ainsi cette 
association devint un corps politique dans l'état » 
exerçant une censure géftérale sur les auto- 
"* rites publiques et sur tous les particuliers. 

Le Théâtre Français fut fermé: les chef- 
d'œuvres de Corneille parlaient d'une fieirté répi»- 



B EPUIS t A r£ VOLUTI ON. Sç ^ 

blicaine, d'une élévation d'ame , d'une grandeur vinip* 
romaine , d'une liberté publique qui contrastait 
trop avec la tj^rannîe et Toppression en France. 
Les spectacles et le langage durent prendre lé 
ton et l'accent des mœurs du temps, toutes les 
^cadé&ies furent supprimées ; pour rendre plu^ 
sûrement le peuple féroce ; on voulut le rendre 
barbare» 

La déportation de tous les individus de la 
famille des Bourbon , exceptant ceux qui sont 
sous le glaive de la loi^ On excepta aussi les 
deux rejetons^ Marie- Antoinette fut envoj^ée 
-au tribunal révolutionnaire , et immédiatement* 
transférée à la prison de la Conciergerie; c'é- 
tait le premier degré de Téchafaud ; enfin une 
derpière disposition atteignit les cendres des 
morts, et orclonna que les tombeaux des rois 
fussent détruits; qu'aurait pu inventer de plus 
une puissance ennemie , étrangère et victorieuse, 
qui eût voulu établir une d^^nastie nouvelle sur 
les ruineç de l'ancienne. 

Depuis la détention dea membres de la con- 
vention , on méditait le rapport qui devait fixer, 
c'est-à-dire terminer leur sort; les uns s'étaient 
soustraits au jugement que devait prononcer un 
tribunal arbitraire et inique. Ceux-là furent mis 
hors la loi , et un hi^is de prison qui y dans aucune 
jurisprudence , ne pouvait être imputé comme 



6o HISTÔIKE DE FRANCK, 

viiiEp. un délit aggravant à un détenu , suffit pour les 
'^^, ' livrer impunément au bras du premier assassin , 
et le meurtre fut d'avance déclaré légal. 

Ceux qui, par un stoïcisme hors de temps, 
s'obstinèrent à braver le jugement prévu , furent 
traduits au fatal tribunal. Les noms de ces ho- 
norables victimes auxquels il eût fallu chacun 
un tribunal différent, car leurs pensées, leurs 
actions, leurs opinions, différaient beaucoup, 
sont réclamés par l'histoire. 

Les premiers furent Buzot, Barbarqux , Cor- 
sas, Lanjuinais, Salles, Louvet,Bourgoing, Bi- 
roteau, Pétion, Chassei , Capi , Fermont, Meil- 
lan, Lesage, Valadi, Kervelegan. 

Les autres furent Geùsonné , Guadet , Ver- 
gniaud , Mollevaux , Gardien, Fauchet , Boileau ^ 
Valazé et Grangeneuve. 

Mais il fallait s'assurer encore plus spécialement 
des juges. L'un d'eux , Montané , présidant le 
^tribunal révolutionnaire, avait laissé voir quelque 
indulgence; il fut accusé, jugé et condamné par 
ses collègues. Déjà on avait préparé le peuple aux 
exéciitions journalières et nombreuses. Douze 
habitants de Saint -Malo et neuf de Rouane, 
avaient été exécutés les mêmes jours. 

On mit quelques formalités de plus pour juger 
un général plusieurs fois victorieux. Custines, 
se fiant à sa renojnmée, n'avait pas craint dV 



DÇPUIS L A R É V O LUT ION. 6l 

bord de se soumettre 'à ua jugement auquel vin% 
il ne pensait pa$ pouvoir être expose; il crut 
être nécessaire et ne connut son erreur que 
lorsqu'il connut les hommes auxquels il allait 
avoir à faire. L'accusateur public Fouquier- 
Tainville, si célèbre depuis par ses fonctions « 
produisit l^s faits à la charge du •général ac- 
cusé. On jugeait surtout ses opérations mili- 
taires, et Tacte est rédigé de manière qu'il eût 
pu servir à Mayence si la coalition lui eût fait 
son procès ; on lui reprochait ses conquêtes ; 
on lui faisait un crime de la modicité des con- 
tributions qu'il avait levées à Francfort, et dans 
la convention on lui avait d'abord fait un crime 
d'y avoir levé des contributions; on lui repro- 
chait surtout la perte de l'artillerie électorale 
qu'il avait laissée à Mayence , la prise et la vente 
des meubles de l'électeur. Parmi les nombreux 
témoins entendus étaient des généraux, des 
membres de la convention , et ensuite de ses 
subordonnés miUtaires dont quelques-uns joi- 
gnii^nt l'insulte à l'accusation juridique , en 
l'appelant enfoncêur déportes ouvertes. W fut 
calme. et modéré dans ses réponses, et eut tou- 
jours l'esprit présent. 

. La plupart des chefs d'accusation portant sur" 
des faits de guerre, un juri militaire aurait seul 
-pu en connaître. L'accusateur public en fit une * 



62 HISTOIRE DE FRANCE, 

viîiEp, énumératîon détaillée. L'accusé sortît, et rentra 
aj)rès la délibération des jurés. Avant de pronon- 
cer le jugement , le président l'averlit qu'il pou- 
vait faire des observations sur la loi invoquée 
' par l'accusateur public. L'application de cette 
k»i semblait forcée* Tous les délits imputés étant 
relatifs $ux armées, un conseil de guerre sem- 
blait seul compétent. Les défenseurs s^étaient re- 
tirés. Custines ne sentit pas l'observation du pré- 
sident , où ne voulut pas en faire usage. 11 ré- 
pondit : je meurs calme et innocent. 

Un ministre de la religion assista à ses derniers 
instants. 11 fut conduit vêtu d'un uniforme de 
garde national, et vit le peuple applaudir à sa 
mort. L'appareil Tétonna, quoiqu'il l'eût souvent 
bravé dans les camps. 

, Pour attenter à tout ce que la confiance pu- 
blique a rendu plus sacré, les dépôts étant aux 
consignations ou\che« les notaires , durent être 
portés au trésor public. On avait déjà attenté 
à la confiance commerciale par la suppression 
de la Caisse -d'Escompte. Enfin, ce qu'on«ap- 
pela le maximum , la taxe fdtcée de toutes les 
denrées fut établie, et le fabricant vit enlever 
de ses manufactures , l'artisan de ses ateliers , 
le marchand de sa boutique , tout ce que le be- 
soin réel ou simulé mit à la convenance de 
l'avidité ou de la nécessité publique. 



DEPUIS LA R iVOL i; T;I ON. 63 

Tant de mesures oppressives , vexatoîres , viliEp. 
tyranniques, destructives de tout ordre social, 
étaient en même temps stimulées et motivées, 
si elles eussent pu Têtre par la conduite de 
l'étranger envers la France, Les i-elations mili- 
taires que Tétat de guerre ticînt en présence, 
nécessitent une réciprocité d'égards et de pro- 
cédés, parce que les représailles promptes con- 
tiennent les écarts et les excès des passions;' 
mais dans les rapports civils et politiques Texpîa- 
tion est toujours éloignée de fauteur du délit ; 
d'autres sont étrangers aux Ibis de la justifica- 
tion ou de la vengeance. Soit que la. diplomatie 
étrangère se livrât à des mouvements passionnés 
de haine, soit qu'elle eût besoin de donner de^ 
armes aux agi tateûrs populaires qu'elle emploj^ait 
en France^ 

Deux .ministres envoyés , revêtue du carac- 
tère puolic, furent arrêtés et détenus, et cette 
violation du droit des gens n'était qu'une insulte 
gratuite, dont l'objet ne pouvait être que d ai- 
grir les animôsités de nation à nation comme 
aux combats du cirque. 

Semonville , ancien magistrat , était connu 
dans la révolution de France par ses talents di- 
plomatiques et par une grande activité d'opi- 
nions ; destiné à l'ambassade de Constantinople , 
il était depuis quelque temps à Coire avec sa 



64 HISTOIRE DE FRAiïCE, 

viîiEp. famille. Le ministre impérial auprès .des Grî- 
'^^^' ' sons, leur avait demandé formellement que Se- 
mon ville fût arrêté et remis au gouvernement 
de Milan. Les Grisons fondèrent leur refus sur 
leur état de neutralité; et d'après l'interpella- 
tion du ministre français, l'assurèirent qu'il pou* 
yait rester et voyager en sûreté dans les états 
de leur république. Il prit sa route par je lac 
de Chia venue , débarqua dans la Valteline, et fut 
arrêté par le juge du ^ajs républicain , d'après 
l'accord existant entre l'empereur et les lignes 
grises de se rendre réciproquement les crimi- 
nels fugitifs et réclamés. Cet étrange motif ser- 
vit de prétexte. On saisit ses papiers» ses effets, 
et il fut transféré à Mantoue. Cette violence 
indigna, aigrit, et rattachait une nation insul- 
tée au gouvernement qui pouvait en tirer ven* 
geance. ^ ^ 

. Une trahison ourdie avec plus d'art, et dont 
les suites devaient être plus funestes pour la 
république, livra le port de Toulon aux Anglais* 
Depuis longtemps les départements méridio- 
naux étaient agités par des troubles plus civils 
encore que religieux. Marseille n'était plus aux 
ordres des Jacobins, un système suivi avait rendu 
l'autorité et la police à une classe plus éclairée, 
et. par conséquent moins susceptible des con- 
vulsions anarchiques, Marseille avait envoyé une 

armée 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 65 

armée au secours des Lyonnais , menacés et vîHEp, 
bientôt assiégés après les événements de leur *^^^* 
3 1 mai. A Lyon , à Marseille , la grande masse 
dés habitants voulait la république et la liberté; 
mais il était inévitable que la politique étrangère 
intervint pour profiter de ces mouvements , et 
poussant d'un côté à la résistance , tandis qu'elle 
poussait le côté opposé à l'oppression , elle de- 
vait se tenir prête à se saisir des débris que le 
choc pourrait produire. 

Selon ce système , on laissa Marseille secouer 
le joùg des jacobins; mais on maintint la lutte 
dans Toulon , afin que les royalistes, et ce qu'on 
appelait les modérés, insuffisants pour se main^ 
tenir par qux - mêmes et trop faibles pour se 
passer d'appui , se décidassent à accepter le 
secours éti'-anger qui leur serait offert. « 

Aux premières nouvelles de l'état des choses à 
Marsei lie, et qu'un corps deB ou lo mille hommes 
partaient de cette ville pour se joindre aux Lyon- 
nais , Kellermann fit marcher contre ce corps 
le général Garteau avec un corps beaucoup in* ^ 
férieur ; mais qui devait se recruter en chemin 
des gardes nationales et des volontaires du pays* 
Si la jonction des Marseillais se fût til()érée, il 
est vraiseniblable que tous les départements du 
Midi se seraient soulevés. L'exemple de Mar- 
seille et bientôt celui de Toulon , eussent dér? 
*Tome IF. 5 



66 HISTOIRE DE F* R A N C E , 

vniEp» cîdé ces provinces à secouer le joug de la con- 
'^^ ' vention qui de jour en jour s'appesantissait sur le 
commerce et sur les propriétés. Carteau , dans sa 
marche, devait suivre la rive gauche du Rhône, 
s'assurer des villes du Pont-Saint-Esprit et d'A- 
vignon. Après quelques démonstrations de ré- 
sistance , prévenues et terminées par les négo- 
cîatîonS, ces deux villes ouvrirent leur porte. 
Carteau rénconti^a l'armée marseillaise d'abord 
à Salon, où il la repoussa; ensuite à Septêmes, 

S) août. ^^ ji j^ j^g^ entièrement; et lé lendemain, il 

entra dans Marseille. ^ 

La réactibn s'opéra avec une violence inévi- 
table dans un premier moment de conquête. 
Le parti anti-conventionnel éprouva^des" repré- 
. «ailles sévères; les prisons furent évacuées, et 
• les prisonniers d'an parti furent remplacés par 
les prisonniers du parti vaincu. Toulon qui 
prévoyait le même sort, se hâta d'açcepfter le 
secours qui lui était offert. La flotte anglaise 
et espagnole croisait dans la rade, et attendait 
l'événement préparé et prévu. 
ftS août. L'amiral Hood qui commandait l'escadre an- 
glaise, envoya d'abord un bâtiment parlemen- 
taire aveliiine proclamation par laquelle il of- 
frait aux habitants de Toulon secours et pro- 
tectioUi Ce message était adressé aux sections 
de Toulon j car les formes républicaines avaient 



/ 



/■ 



DEPUIS LA RivOLUTIOK, 6^ 

été maintenues. Les sections délibérèrent €*t ac- viiiEp. 
ceptërent ; alors une seconde proclan>ation no- *^^'' 
tifîa les conditions auxquelles ramiral anglais 
consentait à recevDir et à garantir la ville et 
Me port de Toulon, Louis XVII devait être re- 
connu roi , la flotte française forte de i8 vais- 
seaux , désarmée dans le port, et les batteries de 
la rade retirée à terre , l'amiral s'engageait à 
prendre possession de la ville et du port au nom 
du roi de France, et pour être rendue à la paix. ' 
L'escadre française, commandée par Julien , 
(|ue les marins avaient nommé , voulut s*op- 
poser à l'entrée de la flotte anglaise; mais les 
batteries de terre ajant menacé de tirer sur 
Tescadre, plusieurs capitaines abandonnèrent Ju- 
lien qui se retira avec leséquipagesÉle sept vais- 
seaux ; le reste tomba au pouvoir des Angîai-s; 
ils débarqtièrent le même jour, et la garde des 
postes de terre et de mer leur fut remise ; tout 
se passa sans opposition et même sans désordre. 
L^escàdre espagnole, commandée par Lan- 
gara, se réunit et se mit même aux ordres de 
l'amiral anglais. Un renfort de' l^armée espa- 
gnole dans le Rotissillon , fut amené immédia- 
tement par quatre vaisseaux espagnols, et les 
troupes réunies au nombre d'environ 8 rtiille 
hommes, s'emparèrent de tous les forts envi- ^ 
ronnànts. 



68 HISTOIRE DE FRANGE» 

vniEp^ Aux premîëfes incertitudes de ces événc* 
''^ ' ments, Carteau avait fait marcher une partie 
de ses troupes pour les prévenir. La nouvelle 
garnison de Toulon , sontenue de beaucoup de 
Toulonnais armés , marcha à sa rencontre ; les 
troupes républicaines surprises , furent obli- 

09 août, g^çg (]ç gg replier sur Marseille. Il fallut alors 
prendre de plus grandes mesures : on fit rêve* 
nir une partie de Tarmée d'Italie; on ordonna 
des levées dans les départements, et Ton hâla 
le siège de L^^on. Le mot de Robespierre, lors- 
que ces nouvelles arrivèrent à la convention, 
fut qu'il fallait incendier et raser Lyon , puis 
marcher sur Toulon , et le comité de salut pu- 
blic expédia les ordres conformes. 

Kellermaan , comme général en chef des ar*- 
mées d^ltalîe et des^ Alpes , était chargé du 
siège de Lyon ; avec lui , et selon le système 
du raoriient , avant lui étaient là les deux repré- 
sentants commissaires de la convention ^ Dubois- 
Crancé et Gauthier^ Pendant les troubles civils, 
l'animosité des partis est plus acre dans les 
conseils que dans les camps ; la rigueur des prin- 
cipes politiques y cède plus aisément aux sen- 
timents généreux qiie la vie militaire établit 
réciproquement de soldat à soldat. Kellermann , 
au commencement du siège, essaya longtemps 
de fléchir Taustérité républicaine des commis^- 



^ 



y 



179?. 



a4 juilf4 



3o juilL 



D E P U î S L A révolution; 69 

saires de la convention nationale ; il obtÎDt d'à- viii^p*» 
bord assez de confiance des habitants de Lyon, 
pour que même, après les hostilités commen- 
cées , ils déférassent à ses réquisitions pour 
envoyer une partie de rartillerie de leur arse- 
nal destinée à Tarmée des Alpes, et qu'ils don- 
nassent passage dans leur ville aux convois et 
aux approyisiohqements qui allaient à cette 
armée; ils ne cessaient de protester de leur 
dévouement à Vanité et à Vindivmbililé de la 
républiques ils acceptèrent la êonstitutfon- en 
assemblées populaires ; ils avaient solennelle- 
ment célébré l'anniversaire du lo août ^ brûlé 
tous les titres féodaux, tandis que-Ja.icailoa 
tjonnait déj^ contre leurs défenses extérietires ; 
ils avaient même invité le général à venir dans 
leurs murs assister à cette fête; quoiqu'ils ne 
voulussent, avoir aucune correspondao^e avec 
Jes deux représentaùta comoïîssairés^^îys^ l'a-» 
vajent toujours maintenue a^Vec lui» et lui nstaii- 
daient en réponse ^ux sommations fie la con- 
vention : Citoyen général ^l^ loi n* ordonne ja^ 
mais un crirrte. Ils cheschèreot à ^e i^aMier les 
départements voisins; pciaîs la terreur.rïittachait 
tout au pouvoir opprimant, l^nfia lorsqu'ils re- 
çurent les dernières pi:oposiïions des commis- 
saires çoaventioanels , qui : équivaljai^nt -èj se 
yendre à discrétion,. ils répopdirei^l <Çijo^ftu ^^^^ ^ 



V 



yO HISTOIRE DE FRANCE, 

Tinif. représentants du peuple y "pos uropositionf 
sont encore plus atroces que "votre conduite « 
nous "VOUS attendons j -^ous n^anwerez à nous 
que sur des monceaux de cadavres^ oii la 
cause de la république et de la liberté trïom^ 
phera. 

L^esprit publie de Lyon n'était plus ce qu'il 
avait été au 3i -çiai ; influencé alors par des inté- 
rêts extérieurs et étrangers, les chefs de ce parti 
voyant qu'ils n'avaieMpu conduire le mouve* 
ment vers le but quNJs se proposaient , les roya- 
listes s'étaient retirés de la tête des affaires , 
et alors elles étaient conduites par ceux qui , 
ne voulant que république et liberté, ne vou« 
laient ni *oppressft>a ni anarchie; mais la côn* 
venkion voyait son autorité suprême oompro* 
mise , et d'autres motife encore expliquent Ta- 
charnement barbare 'qui g^ttacha à la destruction 
de i eetl€v^ laaibeureuse ville. La commune de 
Paris avait' toujours tin grand pouvoir dans la 
ccmventioD. Parmi les papiers saisis , on trouva 
îes traces d'un projet , dont les émissaires dé 
l'étranger avaient flatêé l'ambition dés Lyon-» 
nais; c'était de faire de leur ville la capitale dé 
la France , et d'y transférer le siège îcle' l'em- 
pire. Le civisme municipal A aussi ses passion* 
et son fanatisme , et l'aâibition de ta supi ématre 
eut besoin d'un gratid- exempte qui 6ta à tout ci 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. Jt 

Jes villes la tentation d'oser la disputer à la vinip. 
capitale. . • ^^^^ 

Là situation de Lyon, son étendue, sa popu- 
lation, les premières démarches des citoyens 
qui ne laissaient plus d'espqîr à la conciliation ^ 
tout rendait l'entreprise douteuse et difficile, . 
Les armées étaient occupées sur toutes les fron- 
tières ; un échec reçu devant Lyon eût été le 
signal du soulèvement de toutes les villes des 
départements du Midi. 

Malgré tant de considérations, que la pru- 
dence eût calculé , la convention se refusa à 
tout traité , ne voulut voir dans les Lyonnais 
que des rebelles, et ne voulut connaître d'au-^ 
jtre article qu'une soumission sans clause , ne 
laissant pas même espérer sa clémence. 

On rassembla des bataillons de l'intérieur} 
on y joignit la garnison revenue de Valenciennes; 
<pn forma autour de Lyon trois corps d'armée 
et trois attaques* 

Lyon , situé au confluent de la Saône et du 
Rhône,, est dominé au nord par des^ hauteurs 
qui couvrent une partie de ses faubourgs , et 
qui avaient obligé d'éienxlre l'enceinte des dé- 
fenses. On multiplia les travaux sur tout ce 
•front, des redoutes furent construites, les mai^ 
sons fprent crénelées ; on éleva des batteries , 
et tout l'appareil d'un système de résistance^ 



7^ HiSTOIRE 0E rRANCE, 

VI^E^ combinée fut ^déployé; ceux qui occupaient les 
places administratives savaient qu'il n'y avait 
point de capitulation. 

La partie de la ville située au snd^ était ha- 
bitée par les riches maisons de commerce; le 
Rhône .couvrait tout ce front; mais sur la rive 
opposée , la plage est découverte , et les édi- 
fices mal protégés par les batteries élevées sur 
le quai du Rhône , restaient exposés aux feux 
destructifs que l'assiégeant devait bientôt diri- 
ger. On avait alors détourné J'animad version 
du peuple contre le commerce ; les tribunes de 
la convention et des jacobins tonnafènt contre 
cette nouvelle aristocratie ; tout magasin de 
marchandises était un accaparement ; toute spé- 
culation était un agiotage , et toute riche pro- 
priété était un crime. Les Lyonnais étaient 
avertis par cette terrible éloquence. 

Le corps d'armée du centre, commandé par 
Kellerinann . forma la principale attaque au le- 
vant dans l'Isthme , compris par la réunion 
du Rhône et de la Saône, au faubourg de la 
Croîx-Rousse. 

Au nord , le quartier de Fourviëres , com- 
pris dans une grande anse que forme le cours 
sinueux de la Saône, fut attaqua par le fau- 
bourg de Vaisse. A l'ouest, une autre attaque 
au confluent des deu^ rivières , resserra les as- 



Î>EλU1S LA RÉVOLUTION. 78 

«îégés dans les terreîns nouvellement conquis ynitp. 
sur les eaux, par les travaux de l'ingénieur Pey- '^^ * 
rache. Les troupes assiégeantes furent établies 
d'abord aux villages de Oullins et de Sainte-Foy; 
et dans les derniers temps du siégé , les appro- 
ches parvinrent jusqu'à la pointe de Tlsthme, et 
les batteries de l'assiégeant interdirent toute 
cette partie de la ville aux habitants. 

Au midi , sur la rive gauche du Rhône qui 
défendait tout ce front, on disposa les batteries 
de bombes et de boulets rouges. 

Lyon avait armé environ aS mille hommes 
commandés par Preci, ancien militaire , et que 
ses sentiments et ses opinions rattachaient au 
gouvernement monarchique. Les autorités ci- 
viles et administratives qui nécessairement 
avaient une grande part aux déterminations 
et même aux opérations , n'étaient pas dans le 
secret entier des chefs militaires , et les fils de 
correspondances qui s'étendirent au-debors n'é- 
taient pas entre teurà mains; là l'insurrection de 
Lyon était combinée avec les mouvements des 
•armées ennemies dans la Savoie et dans le Pié- 
mont. ' 

Ce n'était aussi qu'aveô une extrême répu- 
gnance que les bataillons nationaux rassemblés 
autour de Lvon, tournaient leurs aitoes contre 
leurs concitoyens; on peut en juger au premier 



/ 



74 HISTOIRE DE FRANCE, 

VU Ep. conseil de guerre assemblé air commencement 
xo'août ^" siège ; tous les avis penchèrent vers les^ 
moyens de conciliation , et éloignèrent tous ceu:c 
de force et de violence ; les commissaires re- 
présentants armés du décret de la convention ^ 
eurent besoin de déployer toute la ])répondé- 
rance de leur terrible autorité , eft le général de& 
armées d'Italie Kellermann leur déclara par écrit 
qu'en déférant à leurs réquisitions» il n'enten- 
dait se charger d'aucune responsabilité , et qull 
leur renvoyait celle de tous les événements. 

Le siège fut plutôt une attaque environnante 
qu'un système suivi selon les règles de l'art. Les 
Lyonnais , poyr éloigner de leurs habitations 
les feux de l'assiégeant 9 avaient étendus au loin 
les ouvrages extérieurs , ou avaient profité de 
toutes les constructions éloignées , pour placer 
des postes et des canons. Tous ces postes furent 
journellemenl: attaqués, défendus, pris, dispu- 
tés , repris. Dans ces combats de détails qui se 
prolongèrent, les pertes étaient égales , les suc- 
cès balancés et les résultats nuls. 
. La persistance des chefs lyonnais était sou^ 
tenue par l'espoir et Tattente d'une puissante 
diversion que devait opérer l'armée piémon- 
taise. Cette armée , par un mouvement sur tout 
son front , -était descendue des montagnes qui 
séparent la Savoie du Piémont, avait opéré une 



1 



DEPUIS L A R É VO L UTION. ^S 

invasion dans le Faussîgny , dans la Tarantaise viiiFpé 
et dans la Maiirienne. Les. postes de Tarméedes *^^ * 

Alpes avaient été obligés de se replier, et Lyon 
put espérer que la jonction des forces enne- 
mies, ou que du moins leur approche , servi- 
rait à le dégager. L'état des choses, sur celte 
frontière, devient si presssant , que Kellerroann 
fut obligé de laisser la conduite du siège au 
général du Muj , et de se rendre sur cette fron- 
tière; alors la convention ordonna Tioceodie de 
Lyon , et l'ordre fut rigoureuse meot exécuté. 
Fendant plusieurs jours et plusieurs nuits sans '^^ ** 
relâche , les batteries des trois attaques du nord , 
de Test et du sud, firent pleuvoir sur la ville uo ' 
déluge de feux , les bombes et les boulets rouges 
portèrent pai:tout la destruction et l'embrase- 
ment , les établissements publics , les magasins du . 
comaierce,rarsenal,rhOpital surtout, monument 
de J^ magfiîficeQC^ charitable et dernier asile 
de l'humanité, tout fut incendié ^ tout s'écroula; 
|a discorde cîvUe .et la haine ^rangère purent 
' s'applaudir un moment de leur succès et jouir. 
En* -même temj)a* les efforts réitérés des assié- 
geants les rendirent maîtres des hauteurs de la 
CroixrRousse , ^ii'où la ville est .dtwBtnée de phis 
|)vès; de nouvelles réquisitions avaient rassem- 
blé de nouveaux bataillons de gardes nationales 
d|p.s Je djépartement de la Saône ; on en forma 






,j6 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. une nouvelle armée qui pressa les travaux à 

*''^'* la pointe de risthme, vers Oullîns et Sainte- 

. Foy. Ces nouveaux renforts mirent en état de 

a/ sept* •f 

tenter une attaque générale sur les deux fronts 
de l'ouest et du sud, et les assiégeants s'empa- 
rèrent des deux quartiers , de la Poînte-Peracbe 
et des Broteaux ; ils les incendièrent avant de 
se rétirer. 

Cependant la disette se faisait sentir dans la 
ville; on ne distribuait plus aux soldats que du 
5,6 oct. pain d'avoine ; toutes les issues étaient fermées ; 
on dut apprendre en même temps que tout 
espoir était détruit du côté des Alpes ; que J'in- 
^ vasion des Piémontaîs, sur toute la ligne du 

Mont-Blanc, était repoussée, et que leur armée 
rejetée au-delà des Monts, évacuait partout le 
territoire de la république* C'était TefFet des 
dernières dispositions militaires de Kcllerinano ; 
sa présence avait ranimé les troupes d'abord 
étonnées, et quoique inférieures en nombre de 
près de moitié , là valeur et Tesprit national 
avaient suppléé à tout. 

11 ne restait que 7 à 8 mille hommes à l'ar*- 
mée des Alpes , à cause des troupes que Ton en 
avait tiré pour le siège -de Lyon. Cette armée 
appuyait sa droite aux; postes occupés par l'aile 
gauche de l'armée d'Italie, depuis les sources 
du Var 5 conservant les forts sur la Duran#^ 



DEPUIS LA RévOLUTION. 77 

. Erabnin , Mont - Dauphin et Brîançon , gar- viiiEp. 
dant ou plutôt surveillant les passages des 
Alpes jusqu'au Mont-Genèvre. Elle couvrait en- 
suite par une chaîne de postes les pays nou- 
vellement acquis- à la réjMïblique , lancienne 
Savoie, jusqu'au lac Léman ; c'est ce pays et 
ces passages que César décrit sous les* même» 
noms , lors de Tinvasion des Helvétiens dans leg 
Gaules. 

L'armée piémontaise élait de 26 mille hom- 
mes , et sa première attaque fit rétrograder tous 
les postes / français , derrière l'Isère et TArc. 
Moutier était pris, et déjà Chambery menacé. 
On avait envoyé en hâte deux commissaires re- 
présentants de la convention, Dumas et Gau- 
thier, et il est vrai que leur présence animait 
les troupes d'un courage d'opinion , et que soii- 
yent leur autorité absolue et tranchante , lev^'t 
beaucoup de difficultés, et -aidait à surmonter 
des obstacles. On avait rapproché quelques ba- 
taillons de l'aile gauche de l'armée d'Italie ; on 
en avait tiré deux du siège de Lyon ; on requit 
les gardes nationales du Mont-Blanc , nouveau 
nom que venait de recevoir la Savoie, et elles 
se portèrent avec zèle et dévouement. L'ennemi 
avait pénéti^é par six débouchés qui menaient 
du Piémont dans la Savoie sur une étendue de 
quatorsse lieues,* Il fut d'abord attaqué à S4 *^ 



78 HISTOIRE DE FRANCE, 

vniKp droite, aa col d'Albarette, et repoussé de tous 
'^^^' les postes qu'il occupait sur la rive droite de 

^ "^'- TArc. 

Kellermann alors disposa une attaque générale 
dans leFaussigoy etdaoslaTarantaise. LesPié- 
montais furent dépostés de toutes leurs positions 
sur tout leur front, depuis l'Ecluse jusqu'à Mou- 
tier , par le général le Doyen, et ensuite par des 
marches et des combats successifs jusqu'au pied 
des montagnes : i)s n'attendirent même pas dans 
* leur dernière position à Aigueblanche, se voyant 
déjc> tournés à leur droite par les cojps aux or- 

a octob. di'es de Doyen, et dans la nuit gagnèrent, en 
une seule marche , le pied du petit Saint-Ber- 
nard. Deux jours après, attaqués au boirrg Saint- 
Maurice, après une assez longue résistance , ils 
sç retirèrent sur le Saint -Bernard. La Taran- 
taiseet le Faussigny^taient délivrés. On Ht passer 
des renforts dans la Maurienne. L'ennemi battu 
à Valmenie , et tourné dans toutes ses positions , 
rompant tous les ponts derrière soi , se retira 
devant l'avant-garde de l'armée qui arriva au 
pied du Moi^t-Cénis que l'ennemi venait de re- 
passer ; ainsi se termina cette expédition. Du 
succès dépendit un moment le sa! ut de la France. 
Si l'armée piémontaise eût pu joindre et dégager 
Lyon, tout était disposé dans le Midi pour un 
soulèvement général , la terreur seule retendait 



X 



DEPUIS LA RÉVOLUTION* 79 

SOUS le joug de la convention. Toulon était aux viiiKp. 
Anglais , Marseille eût repris les armes , 20 
mille Lyonnais pouvaient se joindre à l*armce 
ennemie qui les eût dégagés. Les succès des 
Espagnols <lans les Pyrénées, préparaient leur 
jonction avec Charlîer, qui corhmençait dans la 
Gironde le système établi dans la Vendée. Bor- 
deaux incertain se prononçait, le Calvadôs et 
l'ancienne Bretagne étaient prêts. La conven- 
tion pressée à l'ouest par les insurgés de la Ven- 
dée , au nord*, par la coalition de l'étranger, 
était réduite aux départements maritimes et à 
ceux de l'intérieur. La retraite des Piémontais 
décida le sort de Lyon, et Lyon soumis, tout 
fut contenu. 

Les commissaires représentants au siège de 
cette ville, y firent parvenir ces nouvelles avec 
«ne dernière proclamation. Les malheurs pu- , 
blics, les souffrances de la disette et des fati- 
gués, Iq désintéressement du peuple dans une 
cause où les chefs seuls sont ordinairemerit 
menacés, la lassitude enfin avaient changé les 
esprit? de latnultilude. Les trente sections de 
Lyon s'assemblèrent et voulurent que la pro- 
clamation des représentants leur fût lue; elles 
nommèrent des commissaires pour entrer en 
négociation , alorsles chefs de l'entreprise senti- 
rent qu'il était temps de cédera lafoÈtune.Preci, 



Bo HISTOIRE DE FRANCE, 

vuiEp. ses secopdSy et environ trois mille fugitifs , que 
'^^^' la nécessité et la juste crainte tie l'avenir ratta* 
octob ^^^ ^ ^^^ ^^^ » essayèrent de se retirer ; ils sor- 
tirent par le faubourg de Vaisse ; et bientôt 
poursuivis et atteints , ils se partagèrent ea 
deux troupes , puis se subdivisèrent en plu- 
sieurs bandes, et dispersés dans leur fuite , 

tz octo. chacun pourvut àson salut. 

Le lendemain , l'armée républicaine s'empara 
de tous les postes abandonnés, et entra sans 
opposition dans la ville. La consternation était 
retirée dans les demeures détruites ♦ et les cris 
d'alégresse remplissait les riïes. Cette partie de 
la population des grandes villes, instrument né- 
cessaire des grands événements , et qui n'en 
craint pas les suites, accueillait comme des li- 
bérateurs ceux qu'elle combattait encore la 
veille. L'ancienne municipalité fut retirée des 
prisons , où elle n'eût pas dû être retenue , ré- 
tablie dans ses pouvoirs, et l'on attendit les or- 
dres de la convention avant d'appeler sur les 
ruines de Lyon la terreur et la mort. 

L'armée assiégeante fut aussitôt destinée 
à joindre celle qui agissait déjà sur Toulon. 
La garnison de Valenciennes , dont la capi- 
tulation portait qu'elle ne servirait pas d'un 
an contre les alliés, opposa d'abord quelques 
scrupules qui furent bientôt kvés. On tira de 

l'armée 



1793. 



Ï^EPUIS. LA RÉVOLUTION. 8l 

Tarmée d'Italie douze bataillons, et bientôt 40 viiiEp. 
mille hommes furent réunis. 
* Toulon , par sa position , présentait de grandes 
difficultés à vaincre. Le port et les deux rades 
étaient occupés , sans opposition, par les esca- 
dres réuaies anglaises et espagnoles. Tous les 
fdrts et toutes les batteries environnantes" étaient 
à leur pouvoir. 

Du côté de la terre, Toulon est adossé à de 
hautes tnontagnes, et des travaux successifs de- 
puis un siècle , en avaient gagné les hauteurs 
par une chaîne de forts qui s'élevaient sur les 
sommités dominantes , et se défendaient réci- 
proquement. L'étranger était maître de tous ces 
postes. 

Dès les premiers jours de leur débarque- 
ment, les Anglais avaient tenté de se rendre 
maîtres desgorges d'Ollioules, défilés resserrés 
entre des montagnes inaccessibles, (^t seul pas- 
sage qui communiqué avec l'intérieur du paj^s. 
Le général Carteau, parti de Marseille, les y 
attaqua; après une action d'abord douteuse, 
il était resté maître des passages, et avait res- 
serré la garnison dans l'enceinte des défenses ex- 
térieures. Carteau , pour prix de bons services , 
et selon le système de méfiance suggéré à 
la convention envers tous les généraux vic- 

TomclF. 6 



â8 sept. 



/ 



82 Hl.STOlRE DE FRANCE, 

vniEp. toiîeux , avait éie destitue , puis arrêté. Le gé- 
*^^ * uéral Dngommier le remplaça. 

Aussitôt que les forces furent réunies (et 
Ton ne peut refuser de l'admiration à la fer- 
meté et au courage des comités convention- 
nels cjui , au milieu des revers , pourvurent 
toujours à tout sans trouble , sans coofusioft , 
et même sans ménagement pour les instru- 
ments qu'ils employaient, l'obéissance était sans 
borne comme Hiutorité.); aussitôt que les forces 
furent réunies, on les mit en action par un plan 
. d'opération, dirigé de Paris avec intelligence, 
et suivi sur place avec ponctualité et avec dé- 
vouement. 

On forma deux corps d^armée, et deux atta- 
ques principales , à Pest et au couchant de la 
ville. La division de droite , commandée par lé 
général Dugommier, embrassa tout le front des 
défenses extérieures, depuis le fort Maibous-» 
quet , situé à l'entrée de la communication de 
Marseille, jusque sur le promontoire qui ferme 
l'extrémité de la rade , où les Anglais avaient 
élevé une grande redoute qu'ils appelaient le 
petit Gibraltar, désignant ainsi d'avance lusage 
qu'ils Ini destinaient. 

La division de gauche, aux ordres du général 
la Poîpe, établie aux enYii*ons des villages de 



DEPUIS LA REVO LUTIOK: 83 

Soliés,, comprit tout. le front (fattaqae dû côté .^f^gp.** 
de Test, depuis la montagne Sai^oa qui com- 
itiande.Ia ville :au nord , jusqu'au^ cap Brun , 
îetaUcfort Ja Malgue qui défend Tentree de la 
grande rade. L'étendue et le nombre de3. .ou- 
vrages extérieurs ne comportaient pas ua S3^s- 
iom^ d'attaques par .des ti-ayaux de tranchées 
et d'approches réguhères r calculées sur le temps 
et sur le nombre des combattancsi * 

Il fallait d'abord se rendre maître des dehors 
•et de Ja campagne. La garnison resserrée dans 
la ville y la ftùtte exposée aux balieries de, terre, 
ne ^louvait.plusjaloi^ tenir contre les feux con- 
vergents dirigés de tous les points de la circon- 
férence^ 

Dans ïes premiers jours du siège , :1es atta- 
ques resserrèrent les assiégés. Plusieurs des fprts 
extérieurs furent emportés. .;•:!• 

A la droite , on s'empara des hauteurs op- 5 «epte. 
:posées au, fort !MaIbou9C|tiet , et' à la grande 
redoute anglaise ; on y ciônstruisit des batte- 
ries. Le fort des Pomèles qui commande toutes 
les hauteurs au nord de la ville, fut enleva; ce qui 
obligea l'ennemi d'évaeuer les forts iaférieurs 
sur les pendants de la montagne. On établit alors 
un camp sur la montagne des Arrênes, Cette 
opération coupables eaux de la ville, et ferma le 
pont de la petite rivièrç de Laz.. 



an 10. 



84 HISTOIRE OE FRANCK, 

vniEp. A la division de gauche, les troupes s*éta- 
'^^^' blirent à la Valette^ et delà, par des retran- 

Duj|aa ^j^çj^jçirits et des batterîes , s'approchèrent de la 
côte méridionale de la grande rade et des forts 
la Malgue et Marguerite qui les défendent. 

Le siège se prolongea par une suite d'entre- 
prises et de succès jusque Ters la fin de cette 
année, et l'ordre xles fitits oblige de déyancer 
les temps pour réunir «ous le même cadre les 
tableaux qui perdraient de leur intérêt s'ils 
étaient séparés. As3ez tôt le récit, obligé de re- 
venir sur ses pas, aura de tristes détails à mettre 
-sous les yevix de la postérité» La France répu- 
blique ne sera plus grande et glorieusement re- 
présentée que dan's ses camps et sous les arme^ 
Au sénat et dans ses comices , l'oppression n'aura 
que le courage du crime, et la résistance n'aura 
que celui d'une stoïque, mais inutile résigna- 
tion. 

Les renforts n'arrivaient que successivemen* 
à Parmée devant Toulon. Les alliés restaient 
maîtres des anciennes défenses et de toutes celles 
qu'ils avaient construites. Ils sentaient en même 
temps que les efforts des assiégeants seraient 
toujours renouvelés, parce que toutes les foi^ces 
de la France pouvaient se succéder dans une 
entreprise où l'honneur et Tiritérêt national 
étaient à la fois compromis. 



DÏPUÎS LA K^VOLUTION. 85 

Le 3o novembre , les assiégés firent une viiTEp. 

1793. 



grande sortie. Six mille hommes passèrent la 
rivière de Laz, se portèrent en deux colonnes. 
Tune sur la hauteur des Arrênes , l'autre sur les 
batteries opposées au fort de Malbousquet. Lesl 
postes*d'abord surpris reculèrent ; les Anglais 
pfarvinrent jusqu'aux batteries des Arrênes, et 
les enclouèrent. Leur colonne de droite s'em- 
para aussi des postes et des batteries qui défen- 
daient les gorges d'Olliottles , et déjà se portait 
sur le parc d'artillerie dont ils furent près de 
s'emparer. 

Cependant les généraux , accourus au premier 
feu , rallièrent les troupes et les ramenèrent 
Dugommier les harangua , et conduisit la tête 
de l'attaque, derrière laquelle se reformèrent 
les bataillons épars. Les postes plus on moins 
rappprochés , envoyèrent des renforts selon que 
le courage et l'élan de chacun le portait vers 
le lieu du danger. 

Les chef$ donnant le mouvement à cette masse* 
plus animée par la volonté, qu'organisée par la 
discipline, la conduisirent au poste des Arrenes. 
et le reprirent, ainsi que les batteries. L'ennemi 
pressé et assailli de toute part, fut obligé d'a- 
bandonner précipitamment le terrein , et de re- 
passer la rivière de La^. 11 fut suivi de si près 
dans sa retraite que les premières troupes de 



UOT. 



85 HISTOIRE©!? FRANCE,- 

VHiEp, volontaires faillirent entrer avec ht'i au fbrt 

^^^' Malbousqnet. C'est là , aux palissades de cç fort, 

que riiistoire signale ^ pour la première fois, 

Bonaparte, alors chef de bataillon, commençant 

ses destinées et celles de la France. 

Dans cette action ^ les deux générauî^ chefs 

, furent blessés. Dugommier reçut deux coups de 

feu, et Ohara ) cjue la cour de Londres venait 

d'envoyer pour commander dans Tqulpq, fut 

fait prisonnier. 

• De nouveaux renfortsy étaient annoncés^et at- 
tendus.L'intervalledes combats était employé par 
les îtssiégés à fortifier leurs défenses. Les délais 
rendaient chaque jour l'entrepriae plus difficile, 
La saison s*avançait, et tout ce que l'on pou- 
vait attendre de nouvelles troupes était réuni, 

6 déc. Dans un conseil de guerre, .où Ton retrouve 
encore le nom de Bonaparte, une attaque gér 
nérale.fut résolue. 

A l'armée de droite, Dugommier dut atta-p 
quer la redoute anglaise; le général Mouret 
celle du fort Malbousquet, et le général Gar- 
nier celles des forts sur les hauteurs qui coiut 
mandent la rivière de Laz. 
^ , A la g'anche, la Poip.e dut attaquer la mon- 
tagne de. Faron, et le général Laharpe les bat- 
teries qui ,: du cap Brun, dominent snr l'entrée 
4ç la rade. Maresçot, <^hef du génie , dpt conr 



^DEPUIS L A RÉ VOLUTION. 87 

courir au succès detîes entreprises par tous les yiii^p. 
inoj^ens de son arme. ''^ * 

Le point le plus important était la grande 
redoute ânglarse , située sur le promontoire; 
elle découvrait les deux rades , et les flottes 
combinées ne pouvaient s'y maintenir, bi les 
Français parvenaient à s'en emparer. D'après ,4^^^. 
xme reconnaissance faite par le général en chef, 
les dispositions furent prises j)our faire l'attaque 
par trois cojoones. Deux élevaient tourner k 
redoute , afin de couper sa comnpunicatîon avec 
le camp anglais. Soit erreur , soit ardeur des 
troupes , deux colonnes gravirent à l'envî la 
hauteur escarpée, franchirent les obstacles, pé- 
nétrèrent par les embrasures de batteries; mais 
le feu d'un retranchement intérieur les obligea 
trois fois d'en sortir. Un quatrième assaut em- 
porta le poste* Tout ce qui put se sauver gagna 
avec peine les embarcations. 

En même temps la division aux ordres de 
Mouret et celle aux ordres de Garnier, s'em- 
parent , Tune des deux forts Saint-Antoine , l'au- 
tre du fort Malhoùsquet , et les troupes enne- 
mies qui' occupaient ces "postes se renfermèrent 
dans Toulon. 

L'attaque de l'armée de gauche s'était faîte 
en même temps et à un signal convenu. Le 
général Laharpe fit sauter la poudrière du cap 



88 HISTOIRE DEFRANGEf 

TiiiEp. Brun, attaqua dans cette position l'ennemî qui, 
après une résistance de cinq heures, se retira 
dans le fort Ja MaJgue. 

JLa Poipe agît swr les hauteurs xle Farou , ati 
nord de la ville. Le for^ situé sur les sommités 
étant emporté , Jous les postes inférieurs , les 
forts de Lartigiie et Sainte • Catherine , furent 
successivement abandonnés par Teffi?! des feux 
plongeants de l'assaillant. Par-tie des troupes qui 
les défendaient se rembarqua; le reste se relira 
dans la ville ; tout y fut alors dans la con- 
fusion. 

Les hommes dé mer craignant pour. leurs 
vaisseaux, voulurent se hâter de quitter les 
rades , où les batteries de terre. au pouvoir du 
vaîncjueur , les découvraient de tous côtés. Les 

' troupes de terre ne pouvaient s'exposer à tenir 

dans une place dont les dehors étaient occupés 
par un assiégeant victorieux ; et les habitants en 
proie , aux regrets , au désespoir et aux justes 
craintes d'un avenir menaçant , accroissaient 
la confusion et le dééordre. Bientôt la mer se 
couvrit de légers bâtiments chargés de familles 
fugitives qui cherchaient sur la flotte çnnemie 
un asile contre le ressentiment mérité de leur 
patrie. Plusieurs de ces bâtiments périrent sous 
leur charge ; plusieurs ftjrent coulés bas par le 
canon qui coranàençait à tirer sur eux des riTages 



tXE^UlS tk RÉVOLUTION. 89 

opposés. Dîx à 12 mille habitants de Toulon vniEp. 
évitèrent ainsi la vengeance nationale. Les *'^ * 
deux flottes se réfugièrent aux îles d*Hières> 18, igd. 
et l'armée républicaine , après 'un siège de 
quatre mois , rentra en possession du territoire 
que la trahison avait conquis, et que la valeur ' 
recouvra. Les Anglais, en partant, mirent le 
feu aux établissements deinarine et à quelques 
vaisseaux. La précipitation de Jeur départ per- 
mit bientôt d'en arrêter les progrès , et lé 
dommage fut moindre qu'on ne devait le pré- 
voir. 

La reprise de Toulon donna un grand éclat 
au gouvernement conventionnel ; tous ses en- 
nemis au «dedans et au «dehors étaient vaincus 
ou soumis. Après la réduction de Lyon , leô 
sj^stèmes d'opposition du midi perdirent de leur 
activité. Chacun se tint en réserve , observa les 
événements. Après la reprise de Toulon , tout 
plia sous lascendant de la fortune. Les restes 
des partis opposants dans le Calvados, dans la 
Bretagne , à Bordeaux , à Marseille , se déro- 
bèrent au vainqueur par le silence et dans Pobs- 
>curité. La Vendée, après des succès et des re- 
vers balancés, venait d'éprouver une défaite 
totale. Les armées du midi , en Italie et dans les 
Pyrénées , couvraient les frontières et en te- 
naient Tennemi éloigné. Au nord > depuis la 



r 



90 HISTOIREDEFRANCE» 

viiiEp, bataille de Hondtscboote, on avait repris Tof-* 
*^^'!* fensive. 

Le succès qui , dans tout gouvernement, et 
surtout dans un gouvernement populaire , est 
le plus sûr garant de l'approbation des peuples, 
le succès sanctionnait tous les actes de Tautorité 
^ établie, et le comité de salut public tenait d'une 
main dure> mais assurée, lé timon des affaires* 
Les essais ayant réussi, on osa mettre en prin^ 
cipes et en lois ce qui n'avait encore été qu'en . 
action : on réduisit en système complet ce qui 
jusqu'alors avait été excusé par l'état de révo- 
lutiou même, et le code révolutionnaire parut. 
Il écrivit, dit et publia : On fait savoir à tous 
les Français que leur vie, leur liberté person- 
nelle et toutes leurs propriétcs , sont à la dis* 
position arbitraire, de dix hommes que la con^ 
veniion a désignés. Ils disposeront de vos per-^ 
sonnes par les; actes d'un tribunal qui fugera 
sans formes, sans informations; qui prononcera 
d'après sa seule conviction, et qui n'admettra 
aucuns, moyens de défense et aucun appel. 

A la première réquisition des délégués de 
cette autorité, voué marcherez aux armées, 
vous livrerez sans délai et sans réclamation tout 
ce qu'il conviendra de prendra dans vos pro^ 
priétés mobiiiaires, pour le prix qu'il plaira de 
fixer, représenté par tel signe qu'il conviendra 



DEPUIS LA RivOLUTTON. Çl 

d'émettre. A la présence des délégués de Tau- viïiïp 
torité établie, toutes autres autorités cesseront, 
et vbus reconnaîtrez comme loi , et vous éxé- 
cuterfez immédiatement tout ce qu'il leur plaira 
vous prescrire. 

Toute infraction aura encouru peine capitale 
par le seul fait. . 

TeFfut le code révolutionnaire publié et admis 
sans opposition. 

Et ce ne fut point la terreur seule qui le 
sanctionna. Le sentiment intime de la nécessité 
publique commanda impérieusement tous ceux 
qui purent lire les articles du code , et leur 
exemple entraîna la grande .multitude accoutu- 
mée à suivre. 

Il ne -faut pas dégrader ime natioa ert lui. 
supposant des motifs bas et une crainte servile. 
Ge fut) au contraire , un instinct relevé de salut 
public , dont chacun se sentit intérieurement 
pénétré. La dictature collective fut consentie, 
xomfme à Rome l'était la dictature personnelle* 
' Au point où les choses étaient amenées, la 
France assiégée par l'Europe se livra sans con- 
dition à ceux qui lui promirent de la défendre 
et de la sauver de l'étranger, et ils lui tintent 
parole. . . 

Telle est l'explication franche et vraie de cette 
servitude tei'rible, mais volontaire, que chacun 



/ / 



9» HISTOIRE DEFRAKCE, 

^iiEp* imposa à tous pour éviter une seryilude forcée, 
on préféra la hache des bourreaux au sabre des^ 
despotes ennemis; on voulut exposer sa 'tête 
pour sauver ses mains des entraves, et le sea- 
timent de la liberté publique fit des martyrs des 
qu'il eut des persécuteur^ coalisés. Le mot ré- 
publique avait donné l'élan, le mot salut pu*- 
fclic le soutint , la France donna le premier et 
«nique exemple d'un peuple qui s'imposa sa 
propre tj^rannie pour ^e sauver du despotisme 
étranger. 

On en supporta non-seulement l'usage, mais 
l'abus, et l'abus le plus arbitraire qui fut ja- 
mais essayé sur un peuple. Dans cette grande 
confusion de toutes les institutions sociales, on 
laissa toiit^s les passions individuelles , tous les 
intérêts privés se faire leur part. Les torts par- 
ticuliers ne furent que des inconvénients par- 
tiels , inséparables de la nécessité générale. On 
ajourna toute justice répressive, comme dans 
un grand incendie qui menace la cité entière , 
on admet d'abord tout ce qui apporte des se- 
cours, sans surveiller le maliaicteurqui se glisse 
et dérobe ; et même après l'embrasement éteint , 
le souvenir du danger ralentit encore les re- 
cherches de la police publique. ' 

Tous les moyens d'exécution étaient disposés 
et assurés; il ne resta plus qu'à les mettre. en 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. $3 / 

iisage. Les ordonnateurs de tous^ces moyens mar- viiiKp. 
chant à leur but , laissaient les agents subalternes *^^'* 
frapper le corps politique et le couvrir de plaies. 
Eux s'étaient réservés les coups décisifs : ils 
frappèrent d*abord à la tête. Depuis la déten- 
tion et l'accusajion 4®s députés arrêtés le 3i 
taai , une lutlfe , quoique faible et inégale^ se 
maintenait encore dans la convention ; on dis** 
putait sans succès aux dominateurs ;* mais cette 
dispute fatiguait encore leur orgueilleuse su- 
prématie; on résistait sans force ; mais c'était 
encore de la résistance ^ et les projets, lé plaa 
d'opération de la puissance absolue*, exigeaient 
une absolue. servilité; on avait décimé la repré-^ 
sentation nâtîobaie; elle aVâit encore- du mou*- 
vemeot; on la tierça , et lao de ses membres 
furent, à différente titres, enveloppés dans le 
même décret de proscription; 

Le rapport fait à l'Assemblée par Amar, est joocto. 
devenu un monument historique qui explique lavend. 
beaucoup die choses înaperçues à cette épo- u repu- 
que. Les chefs d*accusation les plus contra- ^^^^*' 
dictoires s'y touchent. On reproche à Brissot 
d'avoir mis des affiches républicaines au moi- 
ment de la détention de Louis XVI , après 
Bon retour de Varennes, et on lui reproche 
en même temps de s'être opposé à l'établis* 
sèment de la république à l'époque du lo 



ç6 HISTOIRE DE FRAKCE» 

viufiji Lesterpte; Bauvais; Bresseii; Noël ; Isnard } 
''^^' Coustard; Ducliatel; Andreî, de la Corse ; Du-- 
val , de la Sej ne-Inférieure ; Vîgée ; Grange- 
neuve ; Dévérité; Philippe Egalité, ci devant 
due d'Orléans. 

Les 73 mis en arrestation furent «cLauze-Du- 
perretjdéputé desBouchés-du-Rhône; J.G. Caze- 
xieuve; L^aplaigoe , député du département dit 
Gers; Defermont; Rouauk; Girault;ChasseIin; 
Duguédassé; Lebreion ; Dussaulx; Couppé ; J. P; 
Saurine ; Queinet ; Salmoa , député de la Sarthd ; 
Lacaze , fils^ aîné ; V.C Corbel ; J. Guiter; Fé* 
roux , député du Jura , ayant déjà ])rotesté ; 
Bailleûl; Kuault ; Obelin ; Babey, député àvt 
Jura ; C. A. *A. Blad ; Maisse » député des 
BassesrAlpes ; Peyre; Bohan , député du Fi- 
nistère ; Honoré Fleuiy , député des Côtes-du- 
Nord ; Vernier, député du Jura; Grenot , 
député du Jura; Amyon, du Jura, ayant déjà 
protesté le s, juin dans la salle de la conven- 
tion ; Laurencot , député du Jura ; Jary , député 
de la Loire-Inférieure, J. A. Rabaut, Fayolle, 
F. AubrijRiberau; Derazey; Masuyer, de Seine 
çt Loire ; Chassey ; Vallée , de l'Eure , Lefe* 
bvre ; Olivier; Gérante; Hoyer , évêque' du 
département de l'Ain ; Duprat , député ç}es Bou- 
ches- du- Rl>ône; Garilhe ; Philippe Delville ; 
Yarlet j Dubusac ; Savary ; Blasqui ; Massa ; 

Dubray; 



ÔfePUtSLA DÉVOLUTION. ^7 

t)ubray; Doublet; Délamarre;Faure; Hecquet; viiiEp 
B. Descatîips ; Lefebvre ^ de la Seîhe-Interieoire ; '^^'*' 
Serre , député des Hautes- Alpes; Laurçnce, dé- 
puté de la Manche ; Sàladin , député de la Som- 
me; Mercier, député de Seine et Oise-Inférieure ; 
Daùnou; Paries, de TAude , ayant déjarpro- ^ 
testé le 3 juin dans la salle de la convention '^ Rèu- 
fcet, de Haute-Garonne, ayant déjà protesté te 
a jiiin; Blaux , de la Moselle; Btaviet, ayant 
déJ4 protesté le 2 juin ; Marboz ; Estâden j 
Bresson * des Vosges; Moysset , du Gers ; Saint-» 
Prix; Gamon. 



La convention se trouva ainsi fédui te d'un 5ociob. 
ti^rs', et tel était le système secret dfe Robes* 
pierre, qui dominait alors dans ie comité dé 
salut public. Ce plan de détruii^e la convention 
se retrouva entier , écrit dc'sa n^ain, dans la 
redierehe que Ton fit de ses papiers à l'époque 
de sa chute, et l'on y retrouve aussi une lettre 
adressée à lui de l'étranger, qui lui annonce la 
fin de sa mission, lui prescrit Un dernier éfi^brt 
indiqué, et ISnvite à venir enfin joilir en sû- 
reté dii fruit assuré de ses travaux; Cette. lettre 
citée parmi les pièces justificatives de son procès, 
qui ne fut publié que longtepips après sa- mort, 
ne peut être raisonnablement suspecté, puis- 
qu'alors elle ^ait inutile,. Le crimind n'existait 

Tome ir: 7 ' 



\^ 



98 HISTOIRE DE FRANCE, 

viHEp. p]q§ ^ çi l'horreur du cririiô n'avait pas besoîri 
d'être stiroulée ; iti^îs ce fait cité d'avance ^ 
donnera l'explication de beaucoup d'autres faits 
suivants ; et pour l'intérêt seul de la nature 
humaine » il vaut mieux qu'une production 
monstrueuse soit le résultat d'un art ou plutôt 
d'un artifice politique > que d'être l'ouvrage spon* 
tanée de la nature elle-même. 

Cependant après cette terrible épuration ^ 
Robespierre n'était pas encore tranquille pos- 
sesseur de la toute- puissance. A lui s'étaient 
irrévocablement attachés Saint- Just ,Collot- 
d'Herbois, Billaud-Varennes, Couthon , Chabot; 
maiS/même dans le comité de saluk public tous 
les membres ne lui étaient pas absolument dé^ 
voués. Robespierre régnait aux Jacobins et par 
eux ; mais une puissance rivale les menaçait en- 
core de l'Egalité, et rivalisait avec eux, tantôt 
en les devançant , tantôt en osant ne pas lessuivre* 

Danton avait sa chaise curule dans le club dit 
des Cordeliers. Cette association singulière, dont 
on n'a jamais bien connu l'origine et le but, et 
qui ne le connaissait pas <^lle>même, gênait et 
contrariait la société des Jacobins, en faisant 
moins qu'elle dans lès temps d'orage , et plus 
dans Içs temps, ou du moins dans les intervalles 
de calme. Quand les Jacobins outraient les me- 
sures /les Cordeliers restaient en arrière, et 



I 

t)EFUI5;LA RÉVOLUTJONi ^99. 

(ioUblaîenl'Iepasidëeque ]es Jacobins semblafént viiiEp* 
vouloir le raletatiri II parailqijel esprit de cetta *^^ ' 
fondation , déjà ancienne y avait été d*abord d'a-*r 
néantir les Jacobins en prenant leur place ; maia. 
que Ie« chefs . 8^âJ)ercevàiit -de .part et d*aulre 
qu'en cherchant à se devaiicel\ ils tie poUT^ieaè 
pârvenirè ^esupplantetiroMe^ uâs:ni ledàutma^; 
parce que .chacun d'euk aiwÀib .mieux changer 
de place en ravaneant toujours^ que de s'e.xpd-»f 
sera la; perdre, leurs directeurs: cr^Jgnant le», 
^ites de cette énàulatioij q\li m'avait plus :di^ 
terme ; foi:eot forcés de sclporoèr à les liv^eI^ 
h leur rivalité , ayant soin seulënieot de.mabte^> 
nir leur opposition. -m •' • : -A 

DantoQ était 'un- de ces , personnages à carac- 
tère oiV tes contrastes se' réunissent 9 et se:dc9ii#: 
tJennent.-.Qijelques traits deiréssétnblance tracés^ 
par une main intéressée, etiooiltemporaine.p 
paudront cet homme extrtiordînaire , qui fut 
un nik>Gaex)t tyran pour attaquer la. tyrannie* ^t 
et qui se Jaihsa être victime plutôt que de de^ 
venir bourreau^ • : 

.ff II cpmmença par tout trotîbler, par «tout 
défaire ; .et lorsque tout le mondje; qtait.^aoar-. 
chist^ , âvfc des vues pJ;qs prftfpndesi et îqui: 
exigeaient plus toutes les passions du pçgplç, î 
Danton fut pluç anarchiste que Iç^, au très. ,: 

« Il avajt jefliJui je o^ sai8:^t|9i qi|i faisait 



lOO HISTOIRE !>' E î" « A K C *£ ^ 

vnî%. qn^on s'arrangeait autour chè Jai pour être se» 
*^^' moyens j pour îattejidre l'ordre; il était , s'il est 
permis de se servir de ce mot , un >grand sei'gneur 
de lasanS'^ciùloneriei : - 

' «f Au premier â'bord , sa figure et sa voir 
étaient te^rribles ; il le«aVaitet«eit étairbieDaîse, 
pour faire ^\\n de peur 6n:fâfisa^t moins de. 
mal. Qttàtîd Mimibi^au iut'biea corrotopu /les' 
plus grands moyens de tôiTUptioii de la cour 
i>e ' tburnërent vers Danton. 1\ çst ; possible 
qu'il en ait reçu «quelque chose ;^ il est certain 
qiue s'il y eût un ïnardië , rien ne fut délivré 
de 4a part , et qu'il resta fidelle.à'vsi^s complices 
les républicains. 

«f Aj)rës le 20 ymn;, tout le monde faisait de 
petites tracasseries au château , dont la puissance 
croissait à vue d'œil. Danton arrangea le io août » 
et le château ftiC foudroyé. . .'. 
^x4 Porté presque -dans le même temps au mî- 
Distëi^e et à la convention, Danton connaissait 
troîp la révolution et lés hommes pour igno*» 
rer que rester ministre n'était qu'un moyen de 
se plerdre , et il renonça à tin pouvoir exé- 
cutif >qui mettait les infortu«qs qui en étaient 
membres sous le paitlvoir qui voulaîl k$ écra- 

• ser».;; . ; '■'•;■•' ' ' ' ■ 

« Il avait cfet instinct du 'grand, et cette 
, . c%xron8pectionsileiicieii9e qui' ifait 4a ^raison, ^ 






DEPUIS LA REVOLUTIOK. lOl 

^ Jamais Danton n'a écrit et n'a imprim'é un niiEp. 
discours ;jI disait je n'écris point.. . . 

« Son imagination et Tespèce d'éloquence 
qu'elle lui donnait^ singulièrement appropriée à 
sa figure f à ^a.voix , à sa stature, était celle 
d'un démagogue; son cotip-d'œil sur les homme» 
^t sur les choses, subit, net, impartial et vrai ;- 
il ne safYa^it presque rien, et il n avait l'orgueil 
de rien deviner; maïs il regardait et voyait; il 
J^aîsait parler Camille, et laissait parler Fabre- 

d'Eglantine. 

«< ^arat n'était qu'un furieux, Robespierre 
qu'un dictateur oratoire ; et parce que Danton 
était seul capable de réaliser un grand projet 
d'ambition , on le croyait toujours occupé de ce 
projet. 

4c Danton se croyait trop menacé jjar la yeur 
qu'il faisait , pour ne pas s'occupei: de sa dé- 
fense. ^ 

Cette lutte seule soutînt encore quelque 
temps une opposition dans la convention ré- 
duite. 

Cette opposition ne pouvait plus s'exercer que 
sur les formés ; les partis toe pouvaient plusse 
disputer que la priorité des mesures à prendre ,èt 
souvent même , s'ils eussent eu des amis cachés 
et des vues secrètes, ils eussent été obligés de 
sacrifier leurs amis pour sauver leur secret. 



loa .histoire: de France, ' 
YiiiE^ ^ijr^i Philippe d'Orléans fut transféré de Mar-. 
seille à Paris ; bientôt livré au tribunal révo-» 
lutionnaire , sans que ses anciens amis ni ses 
nouveaux partisans, s'il en. avait, osasserfl le 
défendre , ni mérae essayer de le sauver. 

Le système d'imprimer la terreur était le 
système dominant, et le seul sur lequel comp- 
taient ceux qui , selon leur expression, Pavaient 
mis à Tordre du jour. 

Parmi les députés^ qui sMtant soustraits auîC 
décrets d'emprisonnement, avaient été mis hors 
la loi , Gorsas fut découvert et arrêté. Sans pro- 
cédure., sans autre infoi^mation que Tidentité 
vérifiée, uq ordre du tribunal révolutionnai rje 
le livra à l'exécuteur, et , sans réclamation 
de ses collégqes , il fut mtis à mort le jour 
même.' ' 

En même temps que l'on frappait la France 
de terreur , il devait entrer dans le plan de 
l'anarchie de frapper de stupeur l'étranger; il 
devait aussi entrer dans le plan de l'étranger 
de rendre de plus en plus la république irré- 
conciliable avéc^ses ennemis. La coalition con- 
tinentale commençait 4 se dissoudre. Il était 
facile de prévoir que la Prusse allait faire sa 
paix et s'en retirer. L'Autriche abandonnée de 
son allié du moment, trompée dans ses es- 
pérances, n'ayant encore à venger que de ces 






DEPUIS LA RÉVOLUTION. ' loS 



* • 



injures diplomatiques toujours coçapensées par viiiEp. 
des injures semblables et réciproques ; TAutri- *^* ' 
che qui Venait de rentrer en possession de son 
territoire, qui ne devait plus espérer s'agrandir 
par des conquêtes d'invasion , pouvait peut- 
être abandonner une cause qui cessait d'être 
la sienne. Trois grands intérêts semblaient «'atc- 
corder pour continuer la guerre. Les agitateurs 
de la France , pour qui la guerre était moins 
dangereuse qu'une paix , qui rappelait les armées 
des frontières. Le cabinet de Londres qui se fut 
trouvéseulaux prisesavec la France répubh'caine, 
et enfîn le parti opposant réuni aux princes fran- 
çais; de ces trois intérêts ennemis, le premier 
suffisait pour se porter aux mesures les plus ex- 
trêmes qui allaient à son but ; et dans ce parti 
même , beaucoup d'hommes n'étaient là que 
comme agents délégués par les deux autres^ 

Depuis la fin tragique de Louis XVI, sa veuve 
était restée au Temple avec ses deux enfants, 
et la sœur de Louis , là, respectables comme le 
malheur \ elles attendaient une destinée trop 
facile à prévoir ; mais que Hiistoire ne pourra 
peut-être jamais motiver. Qiie le ressentiment , 
une politique cruelle, l'espoir d'tin autre cours 
d'événements, la crainte de l'avenir, eussent 
^prononcé sur le sort du dernier roi, les pas- 
. sions humaines pouvaient y trouver des motifs ; 



104 HISTOIRE DE FRANCK, 

vmtf. mais lé jugement à mort de sa femme ne pou^ 
^^^^' vait intéresser la sûreté publique. Plus coupable 
devant la nation par sa conduite politique , son 
supplice avait quelque chose de plus odieux 
comme faiblesse désarmée, et peut-être ce fut 
ce motif qui lé décida. Tant d'intérêts étran- 
igeis l'un à l'autre étaient réunis tîontre la 
France républicaine , qu'il n'était pas extraor- 
dinaire que tous les co-intéressés sacj'ifiassent 
souvent l'intérêt de l'un d'eux à Içur intérêt 
commun. 

La vie de Marie- Antoinette était un gage 
entre les mains des ennemis de tous les siens.; 
et qui pouvait encore leur commander quelques 
ménagements; sa mort devait les rompre. Up ^ 
rapport à l'assemblée classa et énuméra tous les 
griefs contre ellp , et sans aucun doute il y en 
avait de très-grands; mais on se garda de con-* 
sidérer que l'état de révolution avait mis la li-v 
berté publique et l'antique autorité royale dans 
un véritable état de guerre. Epouse ♦ mère et' 
reipe, ses obligations politiques étaient trop en 
opposition avec ses devoirs de famille, et c'é-» 
tait bien à elle que pouvait s'appliquer l'axiome 
'summum jus summa injuria^ Le salut public 
qui est aussi sans doute une loi suprême, ne 
commandait pas"un sacrifice barbare et inutile^ 
$a présence ne pouvait plus mettre Içs.ennemis^ 



DEPUIS LA RévOLUTION. ïoS 

du dehors de botit ; ils y étaient toue; mais son viîïÊp. 
suppliice devait les obliger d'y rester ; elle fut *^^^' 
transférée du Temjile à la Conciergerie ^3^ subit 
sans délai toutes les formalités judiciaires et 
communes ; elle comparut devant ies juges ré- 
volutionnaires » et son interrogatoire pubUc , 
que l'Europe entière devait connaître , semblait 
disposé pour ajouter l'odieux des formes à Vo^ 
dieux de l'action. 

Il existe sans doute au moins une réciprocité 
de devoirs entrç les dominateurs nés des naiions, 
et ceux que le sdrt et les conventions faites leur 
ont subordonné ; sans doutç aussi l'inviolabilité 
i:\ecessaire que la loi par une fiction politique 
et d^utilité générale ♦ a été forcée, de leur ac- 
corder, n'est et ne peut êti'e que personnelle; ' 
mais la hiérarchie civile que Tondre des sociétés 
est obligée d'admettre, dut s'étonner devoir la 
fille de tant de souverains, la veuve du dernier 
de tant de rois, sortir du guichet de la prison 
publique, pour comparaître par-devant un tri- 
bunal de circonstance , et qui n'était compétent 
pour aucun citoyen. L'acte d'accusation, à des in- 
culpations vraies , à d'autres inculpations vagues , 
alliait des inculpations monstrueuses, oh la na* 
ture outragée repoussait même le soupçon; au 
mépris des lois criminelles de toutes les nations, 
le fils^ epfant de huit ans, fut reçu en témoi- 



/ 



• ' to6 HISTOlkE DE FR*ANCE, 

viiiBp. gnage contre sa mëre , et les plus absurdes , les 
pins immorales dénonciations furent admises au 
procès, et employées dans Tinterrogatoire pu- 
blic, que confondit cette belle réponse pleine 
de grandeur et de vraie dignité, «c II y a sans 
« doute ici des femmes épouses et mères, j'en 
u appelle à elles. » 

i5 oct. Onj'accusaitaussid^avoirtraitésonfils comme 
roi depuis la mort du père , et ce fait , peut-être 
vrai , ne pouvait être un délit pour elle ; on 
l'accusait avec plus de vraisemblance d'avoir 
communiqué aux puissance^ ennemies > à l'em- 
pereur 5 son frère , fes' plans d'opération des 
armées , arrêtés au conseil ; et cet exemple avait 
été déjà donné par des reines étrangères: on 
lui reprochait encore d'avoir, à la journée du 
10 août, présenté des armes à son mari, en le 
pressant d'en faire usage. 

Lorsque les jurés eurent prononcé et qu'elle 
eut entendu la Içcture du jugement, le pfési- 
dent lui adressa la formule usitée : « N'avez- 
vous rien à ajouter sur l'application de la loi? » 
Elle répondit : rienj et ses yeiix baissés ne se 
. relevèrent plus ; quoique ses foixes physiques 
fussent affaiblies par l'état, de maladie et d'é- 
puisement que l'âge avait amené , ses facultés 
morales ne sucronibèrent pas; la violence de 
son caractèf e qui , dans le cours des événements 



\ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. ÏO7 



r 



/ 



de la révolution , avait souvent trahi son se* y*M^*F- 
cret, ceda^ .aucun emportement, aucun mou- 
vement de colère, ne dégrada sa dignité; elle 
fut conduire les mains liées au lieu de Texéçu* 
tion , dans le tombereau qui se^^ait à tous Ie$ 
condamnés, et fut obligée d'emprunter des vê* 
tements à la femme du gardien de sa prispn-, 
Ces détails terribles ne seraient pas devenus 
historiques s'ils ne servaient pas à prouver qpe 
ces formes odieuses, par leur affectation même, 
indiquent un intérêt opposée celui des agents 
jmmédiats qu'on en rendait les instruments^ 
iTout ce qui pouvait aigrir était employé., 

Une foule peu nombreuse attendait le triste «^ «««• 
cortège à la porte de la prison 9 et Taccomr 
pagna avec les cris de l'insulte. Pendant le tra»- 
jet , elle resta les j^eux* levés vers le ciel , dér 
tournés des objets qui l'entouraient; -arrivée à 
Téchafaud ♦ elle se mit à genoux, et courba 
sa tête sous le fer, sans parler et sans rési^ 
stance. 

Au tribunal de Ja postérité , Marie- Antoinette 
ne sera pas innocente de tous lés délits qui lui 
furent imputés ; mais ceux qui servirent de 
prétexte à sa condamnation, ne la motivaient 
pas ; la juridiction nationale n'avait point de 
-droit sur elje; ses liens, comme épouse, étaient 



I79Î5. 



ïo8 HISTOIRE t)E France; 

vuiEp. rompus, et comme mère, son fils n^appàr te- 
nait plus à la chose publique ; les effets de la 
révolution avaient brisé tous îes nœuds qui l'at- 
tachaient à la France, et l'avaient rendue à «a 
famille. Le comte de Linange, retenu prisooî- 
nier et mis en otage , écrivit une lettre au co- 
mité de sahit public, et s'offrit pour aller à 
Vienne négocier la paix , dont la délivrance dé 
Marie-Antoinette serait la seule condition. La 
lettre resta sans réponse. • 

Le caractère de Marie-Antoinette était celui 
commun à son sexe, de la bonté autour d'elle, 
sans bienveillance générale, de la résolution du 
moment, sans caractère durable, plus d'imagi* 
nation que de jugement, avec de l'esprit sans 
j^révojance ; croyant son mari incapable des 
affaires, elle essaja de s'en emparer, et fut 
toujours conduite par ceux qui s'emparèrent' de 
«a confiance ; entrant en traité avec tous Jes 
partis , et trompée par tous , croj^antt tout régir 
dans le cercle qui l'entourait, et ne voyant rien 
au-delà ; courageuse et faible. 
. îî^a jeunesse fut heureuse et brillante ; l'amour 
de^ Français l'accueillit avec transport , leur 
haine la poursuivit à outrance, également in- 
justes dans les deux excès. Quand ses qualités 
aimables ne furent plus des vertus , ses légè- 



D 12 P Cl s L A R É V at U T I O N. lOp 

rel^s, seslhdiscrétions devîarerit des crimes. Le viiiBp. 
peuple ne lui pardonna pas son insouciance ^^ * 
de Popïnîôîi , qu'il prit poui^ du mépris , et se 
vengea cruellement de l'avoir âîmée sans re- 
fôur. On ne lui pardonna pas surtout ces pré- 
férences de société privée, qui concentraient 
toutes see' affei?tions et toutes ses faveurs, dans 
le cercle choisi' de quelques favoris. D'abord , 
lés gens de cour ;blâmèrent , et bientôt la ville 
apprit tfetix'à ne plus respecter ce quils blâ- 
maient. Alors Teavie exagéi^à , et là malveil- 
lance accueillît les exagérations de l'envie. Oà 
il y avait évi inconséquence , légèreté , dissipa- 
tion, luxe, prodigalité, cm vit et on se plut à 
voir corruption , dissolution , déprédation. Les 
erreurs furent des torts , et les torts des crimes. 
A l'époque ou la révolution commença , la reine 
n'avait plus ni considération ni affection publi- 
que; on se plut à lui imputer, et souvent avec 
raison , toutes les faites dû roi ; sa prospérité 
lui nt peu d'anus; sa chute satisfit ses nom- 
breux déU'acteurs , et sa fin tragique n'obtint 
qu'une commisération tardive. . • 

Par une mesure digne: da moment , on osa 
mettj-e en arrestation ses deux défenseurs offi- 
cieux, Tronçon-du-Condraiet Chauveau- La- 
garde. : : . : - . 



1*793 



lia H I s T O 1 R E ,I>!Î FRAl!iïCt2f^ 

VttiEp, Peu de jours:avant\, on avail vu'uif spectacle 
préparé, et fait pour accoutumer à, voir ausi>i 
ses représentants, aux maios^de l'exécuteur. Un. 
membre de la convention ♦adcusé comme mem- 
bre de la commission des marchés , et en même 
temps intéressé, par état* dans" la. société com-* 
merciale des fournisseurs , avait été^ par ua 
sentiment honorable^j. livré à la- jusljce public 
que, isans que l'on eût voulu rse prévaloir de 
sa qualité de député; ii^çiis la. di^uité.du ca-r; 
ractère dont il était revêtu > Semblait exiger 
dés formes plus secrètes, laissaiii: à la justice 
ptiblique son cottrs et ses droits»! liib peine dé 
mort, dans les temps.de troublesi. civils, porte: 
avefc elle tane expiation- [quîjiç laisse que des 
souvenirs amers et des regrets sans tache. LeSj 
autres peines afflictives et Corporelles laissent 
une flétrissure q^'lilne; saine jwUtîqufe. devait, 
éloigner des regards de la multittidev^ 
1 Le membre de là. re^^résentation .nationale 
fut condamné à douze années de for \ et à !être 
exposé publiquement pendant six.heuresi^yw/" un 
tabouret ^à la place de la Réi^olutio-n j-où «devait» 
se passer bientôt tant de.scënessan^anfes. Il su- 
fait son jugemejjit > et mourut peu dk temps apr^s.- * 

La nation avait vu sans oppositioa \€ procès, 
de la reine , la force armée nombreuse ,' dé-. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. lit 

jdloj^ée le jour de l'exécution , n'avait pas même vniÈp. 
eu de mouvemènta à contenir ; on était sûr de '^^* 
pouvoir tout entreprendre et tout oser sans ré- 
sist^nce , et deux- intérêts qui même né se sa* 
vaient pas réunis, devaient attacher une grande 
importance, l'un à do'rtiiner la convehtion, l'au- 
tre à s'en déf airev Les ennemis du dehors durent 
s'applaudir de voir comparaître au même tri* 
bunal qui venait de juger la reine > ceux mêmes 
qui avaient pris part au jugeaient du dernier 
roi. Les ennemis du dedans, plus haineux en- 
core, avaient cohimencé un combat à mort 
contre leurs collègues; et leurs passions, leur 
propre sûreté, se firent aisément les instruments 
des premiers. 

Le procès de 2 1 membres de la représentation 
nationale mîs en accusation, s'instruisait au tribu- 
nal qui devait les juger. De nombreux témoins 
furent entendus, leurs t^ollégues furent admis à 
déposer contre euxj chacun des accusés subit 
séparément un interrogatoire, et beaucoup de 
questions semblables, n'amenèrent que lés mê- 
mes réponses. Quelques-uns $eulement purent 
y reconnaître les ;vrais motifs de leur jugement. 
On accusait Bris3Pt. d'avoir fait déclarer la 
guerre à l'Angleterre-, . que le ministère anglais 
craignait de déclarer le premier; on lui repro- 



lia H I s T O I R Ë D Ê ra A N C E, 

viiinp. chait ses relations dans les Colonies; on voulut 
aussi lui imputer a cntne d avoir pris un passe-» 
port*sous un nom supposé , avec lequel il avait 
été arrêté à Moulins ; le chargé d'aflfàJre pour 
la France dans les Pays-Bas , lui reprocha des 
soustractions de papiers. Denîzot fit une longue 
énuméralion des manœuvres dont il l'accusait 
comme agent de TAngleterre. 

Brissot répondit à tout avec une grande sa- 
gacité, et l'interrogatoire que devait suivre sa 
condamnation , est plutôt fait pour Pinnocen- 
ter par- devant la. postérité des soupçons que 
sa conduite versatile, souvent inconséquente, 
aurait pu y laisser, 

Vergniaud mit dans ses réponses plus de 
sagesse et plus de dignité^, ati reproche d'avoir 
écrit une lettre au roi dans le temps , qui se* 
para le no juin du lo août, et où Vergniaud 
avait reçu des ouvertures 3e la cour : il répon- 
dit qu'il avait voulu délivrer la conventibn des 
tyrans et des scélérats qui avaient entrepris de 
la dissoudre. Sur ce qu'on lui demanda. «Quels 
étaient ces tyrans et ces scélérats? Il donna de 
longs développements que Ton refusa d'admettre , 
dans le procès-verbal de son interrogatoire ; mais 
où il est fait mention de ce refus. 

Gensonné fut argué sur la déclaration de 

guerre 



t)E. f UIS LA R E V t U T i O'K. n3 

guerre i comme y ayaht cootribué à cetjte éporr Mn% 
que. Robespierre s'étciU pi on ohcé hautement aux '^^ ' 
Jacobiâs tontre cette déclat^ation, sûr q}9^^ lç$ 
succès n'iappelaient I^ responsabiticé^ ^ui^per^ 
sonne ^ et6è;ménageant ainsi ^l'avance le droit 
U^impu ter, . Ij^â ; r^çy çrs à ses ad.versaires. , . . . • 

On demanda compté à Carra de ses fe,i)i])e« 
périodiques ». jet ùQtamfnçnt de celle où il.ç^yait 
désigné ^îe duc d'Yorck pour. commencer AW 
changement <le dynastie ; ii ne s en défendit, p^s» 
çt^d.it^^Q|]};en$^nt qu'il avait voulu seoier, la fll^ 
vision pariai |es rois coalisés. : ^ 

- Touâ fiirejM questionnés sur leurs opinions 
relatives aux événements du 3i mai. La plqr 
part eurent la faiblesse de nier qu'ils l eussent 
âmprouVé pàjrdes^àctes extérieurs. Duchâtel seul 
répontiic Avec fermeté qu'il y avait vu la repré- 
sentation j^ationale outragée. 

Tqus furent interrogés sur leurs liaisons avec 
Roland, avec Dumourier, et tous répondirent 
négativemçntou évasivement. L.'instructiondura 
neuf jpurs^ ^Ap. dernier,. les accusés furent réu- 
nis , et la discussion s'étabUt devant les jurés. 
Fouquier-Thinville , accusateur public , fit lea-é- 
sumé des.xçharges, et les jurés furent interpellés 
s'ils avwent conviction acquise. Sur leur réponse, 
« qu'ils n'étaient pas encoi e suffisammçnti éclair- 
rés, » la discussion se prolonge^ encore trois 

Tome IF. 8 ' 



Îl4 «ÎSTOIRÉ DE FRANC Ê, 

iWtiÈp. heures , les jurés se'déclarërentçoavainciiSv et se 
' retirèrent pour délibéirer. Pendant ce temps t 
en Itit^aux accusés le dernier déci^t de la con- 
venliott, qui ordonnait aux jugêô^' du tribunal 
téPolutii^Haire àé dôrré les prooedureset ins-* 
tructions < lorsquéle jurjr âéc lare' à voit' afequis \^ 
toriViûtîon. » •' ' , ' î »' '• '■'' • 
^^^Ald^s tes accusés Tirent llnjust^'oe tfô^ftfeîttée; 
i^épatéë^ et qùë tés <lé}3ats étant dios avant 
qu'ils eussent pu se faire entendre sur rat3pH- 
tîatioti dé la . loi ^, le déni de jtjstice' envers 
eux était résolu. Ne Voyant' plus to'dfioit , ni 
ï^aîson à opposer, soit que i'êxcès de rini- 
Ijuité les révoltât, sôît que ce fut «n parti pris 
entre eux d'essayer sur le peup^le l'effet d'tiii 
tî^ouble imprévit , jeté au milieu\des fonctions 
usurpées d'un tribunal , ou plutôt d'une com- 
mission judiciaire illégale , ils se levèrent tous 
ensemble ; et par ctes cris ^ des gestes , des mou- 
vements d'indignation , ils couvrirent' loijgtemps 
^a voix du président pendant qu'il lisait le pro- 
noncé diîi jugement. lï fallut appeler et augmen- 
ter la force ajmée. Gétfe scëne se prolongea. 
*L(Ps spectateurs "se" partageaient cFofSiiî()h et 
d'intérêt;' mais le plus grand nombre ^^par ce 
Tespect que le mdt loi obtint toujôiïrs^e ran- 
'geatlù côté où en siégeaient Tapparence et les 
fortaés. Enfin la ^rce publique dé|)loyée, fit 



DEI^UIS L'A K. â V OLU Tî 0:îfi Iî5 

SDctir lei ( aôcuses déj^ 'Cp»clamHé&* yajazé se yVJ^f 
tua, dos cor|î)8 fut conduit au Heu du supplice , '^^ ' 
où. ses yliogl coHégiuGS Y»*iEint applaji^rr ^à leur 
exécution , :nbn ce .mêttie peuplé qvii avait sou^ 
vent applaudi leuis distipursi; luài^ e^tt^ fotile 
curieùéé ,.avkle , irréflédbie: o» iméitiié^ , q^ai , 
dans les» temps de factions Qt dt 4éj^:dre pablic , 
croit; représenter le peuple , parce>qu*on I» dit 
qu'elles le représente* : .: . .' 

Cettev^atastrophç , la plus terri Ue que puisse 
éprouverl une patipo.*. parce ^que sa: repr^wnr 
tSL^^n légale est> elk^mêMç^ pette cata^tîrophe » 
termû>* fe lutte en tuapitiJe^ oppbsant§, J,ia . 
convention entière se yj< à la barre d'iiiiKti^bu» 
Aail: dîQnt ses ennemis^ étaient le$maître$, E«i 
jrevoyant ce f^pieuî^ procès!, €^ en çU^erohànt à 
pénétrer j^usqu'^ux. cause? qui poriërelrt è^ 46, 
tels excèsrdeshom/iies qui n'éttaient divisés entre 
eux que |>ar des in£^rê^6 publics et par des opi- ^ 
Aipb^ poUUque&y op .est pblii^ cle remonter à 
Torigine dç^ premières divisiops qui pi^rtagèivenC 
l'Iassen^blfée. législative-: * . 

La. GîpOnde avait fiijn le to août; iq^iiSi.n'eQ 
voulait pas le résultat tel qu*il fut après ta vic- 
toire. Le p^rû que Ton appela biebti^t la, mon-- 
tagHe, s'epï^p^ta du ^ésuilat de.feîjouCTée du 
la aiQiàtv %^ fit la, républiques .Mors ce parti 



/ 



ll6 HISTOIRE DE FRANGE, 

ytïikp.'treprise, lorsque le succès fut assuré. De^là le^ 
*^^^' haines» et qui -'devinrent implacables, lorsque 
les inculpations et les récriminations réciproques 
eurent Fermé toute voie à la conciliation* Alors ♦ 
la Gironde s*occupa d'un plan d'épuration » 
c'-est-à-dire d*excIusion du parti opposée Elle se 
sentait davantage dès 'Vertus 9 des lumières, des 
talents', ^t fie- doutait pas'dô sa supériorité ; 
mais la Gironde oubliait <iù'elle était à une 
époque l^évotetioiihaire , où» les vertus -sont de 
circonstance et de convention , les lumières 
obËCui*cièsf où éclipsées par des feux înccw- 
diafres, ^t les talents tous subordonnés à ceux^ 
. d« l'activité , de l'adresse , ou de l'audace* 
La Gironde' ■ crtrt -qu'ir suffisait d'avoir raison, 
oubliant qi^e dans' les tenapsi^ d'anarchie , il 
rfy A plus qu'une raison , la force et le suc- 
cès. Là Gii'onde commença l'exécution de son 
plan par Ma,ràt, dont le triomphe juridique a|>- 
])rit que, dâils les tèmpède troubles et d^nsles 
guerres d^^o'pifiion, la justice ne garde plus que 
le glaiv.e et le bandeau ; sa balance n'a plus 
d''éf|uilîbrè > parce f|tfeHe' n^a plus de c^ritre- 
Danton^qui vojâît bien, essaya déxrappr'oeher 
deb parti» dont 'Ife choc devait l'éèraser; Les 
ntots; éch^pés à l'hufiieifir peignent seuls les 
iK/mmes condamhés^'pa^ état à une dissiihdla- 



•795. 



DBP U 1$. t A KE VOL U T I0[N/ ÏI7 

tîon profonde. «rNe notis ^aisônô pas la guerre, tmif. 
disait*]*! un jour à Vergniaud. » 

— J'aime mieux une- guerre ouverte qu'une 
fausse pâix'. 

-— Panton lui dit, vous netes qu'un sot, et 
vous périrez. 

Daziton , dont le sort était d'être toujours 
rejeté dans le parti contraire » |iar celui auquel 
il voulait se rallier , prévit sa chute. Il était 
trop élevé pour que Robespierre le. bissât de*- 
bout à coté de lui.. 

Robespierre , par les jacobins, dont l'étranger 
l'avait rendu maître , se rendit maître de la 
commune ; par elle, des sections; et, par lessee*^ 
tions , de Paris ; alors il renversa ses ennemis, et 
les égorgea à terre. 

Les noms de ces victim^es que leurs talents 
et leur Infortune ont rendu historiques, appellent 
l'intérêt et la Cuiiosité sur leur caractère perr 
sonneL 

Vergniayd était né à Limoges» et f^it homme 
à^ loi à Bordeaux , a^ant beaucoup de talents 
oratoires, une logique* excellente , le cœur bon, 
et voulant le bien; Au 10 août,îl vpulak encore 
une monarchie systématique peut* être, mais 
tempérée. Dès que le mot république fut pro^ 
clamé , il fut républicain ; mais .n'aj^aiit pu de* 



:ii6 HiSTorRE de frakce, 

vîn Èp/ venir |iOïiKii^(d*état, dans un temps >pitt($'qafe 

'^793- politique , il périt. 

Gètisonné avait beaucoup d •! n^gination , de 
grands mouvements oratoires, savait intéresser 
nine' assemMée nombreuse , remuant , actif, 
prévoyant ; maïs fortement préoccupé d'un^ 
idée , il y sacrifiait tout, se rencontrant avec 
'Cei^x flesoii parti , plutôt que ^e ralliant à «yx<, 
andépendacrCvpar resf:)rit-et par le caractërê, 
-également imapable de^faifr^ le m^l par choix, 
et de faire le bien par avis , «utre que le 
tiep. 

. • Bfis^t «ât été né pour jouer mi grand rofè 
dans «ne révolution, si tout eut pu se passer 
^au calMoet' on à la tribune ; mais les grandes 
secousses des mouvements extérieur^ 'ébi'an*- 
lafent son caractère. D'ailleurs , trop léger, pour 
-être €^paJb4e fJe la profonde dissimulatfon né* 
re6$aire ^^loi^s', ni de la déterminât ién d^actioii 
que les circonstances commandaient. Ërissot 
écrivait, pci riait, s'agitait et croyait avoir fait 
<ôut ^oe qiri était à faire. Ses relations avec l'A^ 
Mérique etaveé l' Angle t«i^ , le firent accuser 
tfen êti>e P^eht secret. If y avait assez de pré*' 
êomptioas pbur motiver des soupçons; niais fa^ 
mai^ assez d'indicées pour qiîie riiistoii^e pvo* 

^ nonee , ^et beaucoup moins pour qu'un tribunal 



\ 



DETUIS LA R'ÉVOLVTION. HO 

|)ût juger. BrissQt pouvait être in$tnimefit sans vraifi 
même le savoir, par la mobilité de son caractère 
et par rëxagération de ses principes ou plutôt de 
«es opinions^ • 

. Ea»c^ie^:éliâit prêtre , et ayait été évêque; 
il fut loii^tetnps l'auteur d'un |ouraaU que lui* , 
mrase intitula /a Bouche de Fer j il avait es-» 
saj^é de fooder une société nouvelle , Mit qull 
voulût .riirafiser . avec celle . das Jacobins , sait / 
f)ourIa l'eïiforçer. Homme habile, profoed^eo* 
ihousiasléy vrai^^uleii^t^ p^aiiant U langue de» 
prophètes , et fait' ppor .mener la multitude 
4an8 un tensps où il n^eut pas été déjà de- 
vancé. 

Si roncherebait d0||h|olils de partis, les Gon- 
^jectures seraient détournées en comptant parmi 
les condaninés , Valazé , qui fit le rapport con^ 
tre Loifiâ XVX et conclut h son jugement; et 
Duchâtel qui » malade, se fît porter à la séance 
pour a^t'er S9 voix, au! jugement te moins rf'r 
goureux. 

Mainyielle et Duprat avaient pris une part 
active à tous les troubles sanglants qui agitè- 
rent longtemps Avignon. Carra, longtemps con- 
nu par ses écrits populaires et révolutionnaires ^ 
fut accusé même aux Jacpbiiis devoir voulu un 
changement de dynastie^} et, dans son interroi^ 
gatoire., il mptsva son «opinion saxié la dénier» 



\ 



lS.é HISTOIRE DE FRANCE/ 

yiiiÈp. Sillery s'éeait rattaché à la réyolutii>n plus 
*^^ ' par liaisons et par devoirs de société que par 
principes politiques. Ily entra ami de Philippe 
d'Orléans , et y resta à sa suite. Homme d*es^ , 
prit, homme de plaisir, phitôtqu^hommé d'état. 
Fonfrëde et Ducos, tous deux de Bordeaux » 
étaient des hommes jeunes, avec la franchise , 

, là vérité, et aussi Tinexpérience de leur âge. 

Ils furent chiDisis pour faire nombre dans un 
parti que Ton voulait détiiiîre; moins encore- 
pour s'en défaire qçie poiar servie - d'exemple 
à tout ce. qui pourrait être tenté de tes imiter^ 
- -Si l'on cherchait dans leè partis cachés la cause 
de ce grand sacrifice , que les partis connus sem^' 
blerent se faire l'un à iiitre , oj^. ti'y trouverait 
qu'xiQ compromis , par lequel toutes les passions 
intérieures et extérieures , laissèrent leurs adver- 
saire se iairé leur part de yengearice ; sdué In 
même condition de se faire eux^-mérnes la leiir; 
et: les indices de ce traité tacite, ou les^contrao- 
tants s'entendaient sans se parler , se retrouvent 
souvent. : . 

r6 bru. Le procès .de Philippe d'Orléans suivît de 
près <^elui de ses collègues. Devenu embarras* 
sant pour ceux qui sans cesse étaient accusés 
d'être de sa fiiction ^ il gênait lexn: marché 
vers le; pouvoir absolu. On a souvent mis en 
douté si lui-^même était de son parti, çt peut"* 



/ 



CEP'tJlS LA uiVOL'UTlON. «I 

être fut-ce Iç vrai crime qtfîl expia. Trop faî- viiib^. 
ble pour se prononcer, trop insouciant pour. '^^' 
sentir le danger de son indécision, ceux qui 
s'étaient engagés sous son nom et à sa suite t 
devinrent intéressés à détruire une inculpatioa 
conti^ euX) qui n'était plus qu'un péril sans buf» 
et sans dédommagement. 

L'acte d'accusation à* Egalité ( son procès fut 
liait sous ce nom ), après toutes les ^putations 
vagues et accoutumées d'attentat contne l'unité 
et rindiyisibilité de la république et conjtre la 
Souveraineté du peuple, lui reproche plusspé-^ 
cialement ses liaisons avec l'Angleterre, son 
voyage à Londres , ou plutôt le motif secret 
qu'on y suppose, sa correspondance avec Du- 
mourier; enfin soq opinion dans le procès de 
Louis, ou du moins le motif présumé que Ton 
suppose avoir déterminé son vote pour la mort ; 
et sans- doute jl était remarquable de retrou* 
ver ce chef d'accusation dans un jugement du 
tribunal! révolutionnaire. D'Orléans répondit à 
toutpar de simples dénégations; et à ce dernier 
reproche , ces mots : J'^i voté en mon ame .et 
conscience. 

Philippe eut la consolation de^ trouver un 
ami. Voidel , membre de la ^ convention , se 
poita com^me témoin justificatif ,* et^parla avec 
force et avec courage en faveur de l'accusé. \ 



I / 



lâl /mSTOI-E E. D E FRANCE^, 

Yiiii^ - Pendant le trajet, pour, conduire les con-^ 
damnés au lieu dç l'exécution , la voiture s'at> 
rêta devant le palais d'Orléans. Philippe le rer 

' garda d un œil 8ec, ou n'aperçut àucupe altéra* 

tien dans ses ti*aîl3 , < et son courage soutenu à 
sa dernière heure, prouva que sa faiblesse était 
légèreté de conduite , et non lâcheté de ca"» 
l^ctèi^e y et son immoralité avouée , un faux ci- 
nisme qui produisait en lui l'équivalent du vice 
par le dédain de toutes les vertu». * 
• Peu de jours après cette exécufibb*, on vitcomr 
paraître au même tribunal un )euiie homme» 
exeii^ple mémorable du fanatisme politique et 
de l'injustice atroce des juges, Adam Lux , né à 
Majence, avait été envoj^é par cette ville pour 
^solliciter sa réunion à la république française; 
trompé par ce qu'il voyait, sur les idées qu'il s'é- 
tait fait de la liberté, et déplorant la perte de ses 
«spérances, il conçut le dessein ^de se tuer à la 
biarre de hi convention en motivant son suicida 
Il communiqua ce projet à Guadet qui l'en dé**» 
tourna. 

. L^accusateur public, lui imputa ce projet à 
crime , Comme espérant , par cette action , don-»" 
ner jduicrédit à la faction) et, sans autre débat, 
Adam Lux fut condamné à mort.. 

ISvi parti dominateur , et qui ne pouvait se 
maintenir que par .ua pouvoir oonstamment 



DEPUIS L A H É'V OLUT 1 Q N. lâS 

unique et exidusif ^ idevaît laécesaireoient crain- viubik 
due >uirë puissance qui^ dans tous les gouvec- '^^' 
nemeots , a seule TÎv&lké avec l'autorité civile. 
»Ne pouvant espérer vne religion qui consacrât 
leurs principes 9 .ite rédolut'ent de lés détruire 
^toutes ^ et ce moyen auxiliaire de désordres et 
de subversions ^ dut être accueillir et secondé p&r 
touf^ les partis du dehors qui voulaient au-dedans 
subversions et désordres. - 

Le principe de la liberté des cultes qui de- 
vait les admettre tous , sembla recevoir une 
interprétation absurde pour les. exclure tous. 
On vit dea mmistnes de religions différentes , se 17 bxtr 
présenter au tribunal des lois civiles » qui ne 
.devait cocipaitre que'deleurs actions, et nulle- 
ment de leur dogme, y abjurer la foi qu'ils 
avaient professée et enseignée , et s'accuser d^a- 
voir été les apôtres de Terreur. Ceux*là cepen- 
"darit lurent en moindne nombre. Le plus grand se 
borna à renoncer à ses fonctions , à en déposer 
Je titre, et à déclarer qu'ils n^en voulaient plus 
jd autres que ceux communs à tous les citoyens. 

Dans une séance, disposée d'avance , les au- 
torités publiques de Paris parurent accompa^ 
•gnées de l'éviêqàe. Il déclara que né plébéien, 
îi aii^aiùtoùjours eu pour principes , ceux de lali- 
(>erté, de ^l'égalité 9 et^ qu'il venait se démettre 



Îi4 •' HISTOIRE pE ÏKANCE, 

Viiït^. de ses fonctîôns. Beaucoup de prêtres rimit^ 
*79 -rent. En ^êmé temps , on vit entrer des nom- 
•breux députés* de différentes communes , Jes 
uns , revêtus d'habits sacerdotaux ;ik défilèrent 
dans Ja^ salle ; des chœurs de jeuneé filles , cou- 
ronnées de fleurs, les suivaient au son des in s- 
truments de musique* Une femme , dans un cos- 
tume théâtral, représentant la Raison ^ était, 
portée sur un siège élevé. Elle ^descendit , et 
prit place àj côté du président. Une fête était 
préparée dans l'église qui venait de cesser d'être 
métropolitaine, et qui venait d'être dénommée^ 

io bfà. ^^ Temple.de la Raison, ha, convention s'y 
rendit; on y clianta des hymnes analogues à la 
nouvelle, inauguration au temple ; et Wentôt 
cet exemple donné , fut imité dans presque tous 
les départements. Alors tout culte extérieur 
cessa ; sous prétexte de n'enseigner que la mo- 
rale , tout enseignement fut supprimé. On s'eB- 
força d'avilir tout ce qui avait été l'objet de la 
.vénération. Un autre fanatisme se plut à détruire 
ce que souvent la superstition avait édifié , et 
d'autres causes politiques se mêlaient encoi^e à 
ces motifs; r . 'r; .; : : 

. Au temps de^ la première assemblée , îl'arr 
genterie des égKses avait été apportée ieh> pstt- 
lie. Le -reste était plus spécialement lîobjd; de 



DEPUIS LA tK'i V O UV T I O N. liS- 

la vénénitioD du.peap)ë« Ilparixti plus prompt wrFp 
et plus sûr de le' décider à ToffrÎT, quç de. le: 
demander. On vit donc arriverdcs départénoentSi 
présenter à la convention , et de-lâ pbrter à'ïa ^ 

inonnaietoutcequî restait des anciennes /fc^e^f^e^ . 
des églises, 'et lecaractère national se oiêtant à. 
ces actes d'un patriotisme inspiré ûû forcé , le^ 
long amas de ces magnificences, entassé depuis 
plusieurs siècles dans Téglise abbatiale de Saint-^: 
Denis, fut apporte solennelIement>^la. barre 
de la convention 4 et tel fut le discours, de Fora-, 
teur : / . - -'- - i*. ^ . . i ' 

« O vous, jadis les instruments du fanatisme,: ' 
4r saints, saintes, bienheureux de toute espèce/ 
«c montrez-vous enfin patriotes , levez-vous en 
te liasse ^ marchez au secours* de la patrie , par*^ 
4r tez pour «la mfondaie ; et puissîoos-aous , par ^ 
« votre secours, obtenir daùs cette vie le bon*. 
« heur que voiis ttoUs- promettiez; pour une: 
€< autre!'» ' , ^ hcj v.. . * i 

Mais les besoins publics ou Tavid^te person»! 
nelle, ne furent point rassasiés^ Oo ressa^ra de> 
retirer des mains des citoyens tout l'or «et TargenD 
que l'inquiétude et Fusâge du papier-monnaiq 
avait fait mett|:e en réserve ; et, dans plusieurs 
départements dé ^intérieur, la crainte fut telle 
qu'on vit aux portes du receveur des .deniers pu4 
bUcs , la foule des citoyens se presser pour ob^ 



i2& HISTOIRE DE FRANGE, i 

Yiïi'Ejw tenir dc« assignats en échange , au pair, contre ' 
leur or } et déjà au cours du 'change, le «papiei • 
monnaie perdait deux pouruln. -. ' * 

Bientôt la terreuF* fut telle que pei^ooiie n*ô-. 
sant garder de métaux. précieux, les meubles , 
les bijoux deâ femmes , tout fpt porté an?, dé- 
positaires des deniers piiblios* Une pîëce de* 
monnaie 9 un anoeau , était un motif d'tnquié*. 
tude pour isne famille , auicune retraite cachée' 
ne parut assez en sûreté pour se mettre .a. l'abri 
des dénonciateurs ; et après de longues transes # 
on préférait enfin d'acheter la tranquillité des-, 
prit par un sacrifice, complet La dén6ï>ci^tipn 
était salariée; alors l'amitié Voisin, le parent» 
le serviteur , se portèrent pour déaoaciateurs. . 
Toute confiance'fût détruite^ toute Sûreté per-v 
due, toute liaison rompue.» toute foi suspecte, 
toute société' démoralisée ti,elt^ bientôt; cli;^OiUe>, 
si cette ^oppression se fut prolongée. Aucuile 
loi n'avait osé commander ce système de, \^io-t, 
lence etd'oppresision. Otti^it mèâfie apporter àja 
convention des voitures chai'gécsjd'or et d'argeiii$, i 
que le respect humain^fôcca. de renvo^yer^^ux. 
pays qui avàieqt fourni ces eoBtributipns! que 
Fon osait app^er > volontaires ;. cette vexa- 
tion oppressive > pesa 'inégalement sur lesdifie^. 
rents paySu, selon T^activit^ des sociétés popu-- 
laires, ou selon je. génie dés commissaires cou-' 



DJÎPUIfiXA RÉ ¥ G LU TI O K. l-lj 

ventionnels/ Phisieurs mémea ' epabarrassés de vmî'^ 
]*étendiie de leur poùvoU-v^ de |a râgueur des 
fonctions qui leur étaient prescrites , tâchaient 
d*a€Sobvîr là fahn'da monstre de l'anarchie jatec 
de For, pour qu'il n'ei&igeat' pàâ tûti)oura dit 
9ang; d'auiTèS'^aftectanC: tesi lovoc^dés les plus 
barbares , les* formes les plus^diicea, quej'oa 
nomma sAo^saçerl^s, remplîr^3|t les-pneèsôd^ 
caf)iifs , poùr.être nooins obligea de ;p6urvoic les 
échaFauds de- victimes. Les agettts avaient aiissi 
leur, propëv terreur à â'anquHIfser, leur; tète ^ 
étâk sous la niême hache , toiit leur était pecnm . 
excepté rjcïdtilgence et la pitîé. Ils avaient aiDssi 
un compte redoutable à rendre , celui de 'leur 
administration. Ceux qui les avaient préposés , 
ou plutôt ceUK qm avaient préposé lesJâigents 
qui les employaient^ en leur donnant le-, droit 
de nuire 9 ne les avaient- pas iaîfiisé libres cl*en 
faire usage. Le fer était dans le«irs biains er 
sur leur lête. *i' * 

Un d'eux, OsseHa,:fiit mis en jugement et 
à nlort, pour avoir favorisé la reiaxat^ion d'iine 
femme accusée d'éinigntion;'£resqpe toutes leis 
dénominattbcsjs kijurieu)6es dè'paûftî étaient asqps 
et tombées en < désuétude , tine seule suffisait ^. 
celle de modé:^és-^ La tribaae des. Jacobins no 
retentissait (pins ; dos noms d'aristocrates ou 



rrô HISTOIRE D B F ÎR AiK;C:B, 

ViiiEp. de royalistes , le modérantismé était le seul 
*'^ ' crime connue et dont t'iiiculpatioo fût mor* 



» I • « r f » 



telle. 

Dçs| qu'on eût vu :1e, peuple.de Paris laissa: 
paisiblement Orléans , qu'il avait aimé , mouler 
à Péchafaud , «oi^ fixe sur que nulle résistance 
ne s'opposerait À. tout ce qn*<m voudrait entre* 
prendre. Les personnages les plus marquants 
furent .d'abord' chii^sîs les premiers. :Une femme 
avait fait un «icte de courage > en demandant 
à être admise à. défendre- le dernier .rçi.:. Sa 
lettre à la convention ^vait étépubliqueé Elle 
fut jugée au tribunal- révolutionnaire et exécu? 
tée^OIimpe de Couge^ néeavec une imagination 
ardente ^ peut-être exaltée par Jes événemeufô; 
mais le but louable et le motif honorable mé? 
ri tait, au plus d'être jclontenu » ixiaîs mpecté, • 
: H'épouse du ministre Koland! avait dé|}lo^e 
un grand caractère et une énergie au dessus de 
son sexe , dans les affaires que l'pn avait sou-^ 
Tent suscité à son mari ; elle avait comparu à 
la barre de la convention, avait étonné par la 
dignité de ses réponses , avait confondu ses 
accusateurs ; elle fut tirée de sa prison et c6ri<» 
damnée ;. sa contenance devant les }uges fut 
dédaigneuse, et ses. réponses ironiques. Un pré? 
posé à la fabrication des assignats^ tamarche, 

était 



D ^E. P, U. liS L A R É V O t y T I O N. J% 

^ait av^c-elJÇsSiirlQCbcir* funèbre qui trafîaait yniEp, 
fes yi^tïijnie^, Plus faibl,?,, il. d.épW^AÎt, Çja^^eiJti,- *^^^ ' 
liée. Amvés au pied dé l'îéchîafaud : *< Passiez; Iç^ 
premier ) jdijt^tçljie ,; vous ^'^VFiç;& pas le coiirag;Q 
4p me voir'^mqarir. ^ . . .;.:.., . . . .. ,: 
. De ,t9u^;iJes Jtiqrames,quj.:p^rj!Mne coi^duitô 
politique, pure et irréprocliable, avaients iliuis^ 
Jré leà preœqçrs j<îurs à^:^à^r»YMutiohi]Bm\li^ 
ânciçn ipaire de Pariç ^. était: un de ceux^ quf;lli 
Imine étr9pg€ir;e vlevaic jpoftrêuîyre. Son^prpcèt 
donna quelqyes indices sur cette fameuse JQlur-^. 
liée dij G^aij>-de-M^riB,. qii beaucoup de pro^ 
jets. furent :déjoués, oi^ la rigueur de la loi fykt 
déployée j[ et arrêta pour tfn t:erpps la n^arcbi^ 
de tous les partis opposants» et condamiia leurs 
^ents à ta trp^nquilljté.et à ^'ipaction. ;, . , ; 

L'anarcbie> quiayait reçu un freju; gpd*lç 
des sçuveniçsi fT^çepts», et savouraijt.sa yengeancë, 
pes souveijij^s^pl^s ancien^ et ?tarçUeniei|t;4ité^fl» 
i;4ppelërei;|:fil'accu$é i dads.Ie 'Covirs de J^'pij^t 
çédure, c^çj/pçoursà Louis XVI entrant àPatrjif 
^près.lç ^.qç^Sb^: . ; . .. V: ii; -. :• ; ,.; 

, . ,Sïrej É^enf^fy recul ces pl^^i^ainifuetiff^j^^f 
ayant conquis sa capitale ^ afi>}çufdhui Pat^if 
a conquis .^oii, roi. Les faction^ que Baill^jau' 
wit pu sçfyîr^, vinrent au^si JQujr de la vuqi^^ 
•son svppljçç^,, e|; leyr, préjsçflce e}çplifjue|/?jf> raîÇ- 
finement.de cjiiauté insultante, qui Jç {ô'plpii^g^ft» 

Tome IF. ^9 



l3d tttStÔtUfeDB FllAKâÉ> 

yiiiEp. Un drapeau rotige, emblème de' celui qui signa- 
'^^^ lait la loi martiale; était attaché à la voiture 
qui le traînait à réciiaPaud, dressé au même 
Cbamp-de-Mars « et déplacé en sa présence pour 
le rendre témoin des apprêts. C'est alors qu'il 
dit ces paroles déjà citées : « J'ai froid et 
pitie. » 

» Depuis sa retraite des afFaires , il a^ait essayé 
ëè tï^outër sa sûreté dans Tobscunté et dans Té- 
hirg;nement, et se fiant trop à sa probité et à 
sa droiture, il mît Irbp peu de distance entre les 
passions haineuses et son asile: 'Si toutefois un 
intervalle, tel qu'il fut, pouvait , à cette époque » 
mettre hors d'atteinte de la vengeance , elle 
f)oursuii^it de près ses victimes. L'ex-ministre 
Roland s'effbrçant de fuir la proscription , et 
désespérant de s'y soustraire , fut réduit à zm 
dbnner la mort peu de moments après qu'il eut 
appris i'elle de sa femme. II termina une car- 
rière àgibée qu'il avait honorée par du courage 
et des taleàts, victimede ceux même qu'il avait 
imprudemment aidé à élever, et pour qui le plus 
gi^and crime était de s'en séparer après s'y être 
un moment réuni. 
I Le général Brunet avait commandé l'armée 
des Alpes, et avait osé résister à la réquisition 
de deux commissaires conventionnélé. Ce chef 
•d'accusation suffit pour lecondmVeâ^réchafaud> 



• )'!*•* *>A 



Depuis la àé volu tioii;' i3r 

Màntfeî , 'prDctJreùr de la comrâniié de Paris , tîÛÈ|fc 
s'était un moment distingué parnii' lès hommes ' 
ardents; rtiàis, dans Je procès de Louis, il avait 
témoigné tjuelqufe règî-et. On l'iàccusa d'avoir 
proposé que le président de 'la convention ha-| 
brtât le palais des Toileries , et fait ehvironné* 
de l'appareil extérieur d'une magisèrarture sù^^ 
prême, et Manuel fut conduit à Kéchalàliia. ' ' 

Le général Hotichard , vainqueur à Hbndts- 
choote , avait, peu de teûipis après, été mandé V 
arrêté et mis en jugements Ne pfiùvank lui re-* 
prbcher ce qu'il aVaft fâlt^, oh ràttaqiiâ'siir ce; 
qu*il aurait pu faî^re. L'armée àngl ài^ avait éc6 
Vaîncue tt chassée ;'oh priétendit qtl'eîte'dit tfû 
être dëfbîtè et détruite; Ori inculpa sa conSnite 
à l'armée de la Moselle, Oh préteridît qtfll éàt 
pu secourir Mâyence.'Si^lès fautes des généraux 
étaient lés motifs d'un consërl tie gticfré, les plus 
grands Capitaines s'y trdtivéraietit' totlmis par 
leur propre aveu; car eux §èùls ènt'élsé'iissex 
grands: pour convenir *' dé léui^fâiifeé.* Hou- 
* chard; Sôiaa(tdefortiihW,^feyé pirtf^lès anlies, 
et n'ayant aucune idée de cette ^ô'Iàîque de 
part^'sV qui comptteëndpre moins quelës dis- 
positions *militarrè$^v avec là vie ddi^héniines; 
Houchard ne resséàtit 'qu'une kdi^àtibn amëre 
et pirofbtitBs contre Pinjuscîce de sis ^jtigés , et ce 
iëntimËirt'niBsit memë'à^ès^éféiià^^^ 



l3lL U*I s T O I K E D £ FRANCE,^ 

tincp^ quelques moyens pouvaient alors défendre an 
^^ '^ accusé ,çtont; la perte était résolue. 

^ Son: armée avait passé sous lecom mandement 
du général Jourdan. Les succès n*avaienf pas- 
été ayssi rapides que laiconventjon avait espéré* 
Hpuçhstyfl P9,ujssant d^abord ses avantages , s'était; 
empar^jdeEnrnes et de^^^enin , pui^ déVervik,. 
où le rçprç^entant como^i^saire Çhalesfu): bîe§sé« 

i5;iept. ^ t>à,Jep forces autrichiçunes et hollandaisies' 
réqnif^^ff avaient repoussé l^s, troupes .répyii>li'-, 
caines; jVIenin a v^î t été abandonné » Uc^chaxd , 
i:e^ira,;^9n ,?rni^ i^« Çamp ^de; Gaverellç , et. 
l5armé^«-a^X ordres de. Cobourg, marcha sur" 
Çc^f ti^al^ jt^ndis que, Bçaiiljeu s'avança jusqu'à 
Çi^oiQ^rjOii bientôt l'armée impériale; passa la 

^ ,^^, Sa^l^rp , aj;>rB8 un çQoibat., et. vint, investir Mau- 

7 rend. heugÇrjÇt IjéNcamp'retfaMhé ^^^ couvre cette, 
place. ,C€^.TWers avaient anuené une jaouv€;llp 
Sf3Jssi,o^i(:|gQS Je dub ip^mç .des.Jacobips... , 
; Oq «jitfiif reproché, sur tout, à Houcbârd..de 
i;i'ayqir.{)^jBpc^fe,yo)i|a^^ r^^ger au plan de 
çan?p?gpe: %«i lui ^avait é.té ;i)j-«8crit p^ l«f; ço;-; 
mité .f}e.^{^^t .public, i^ ; 




appela l'a;>f8R*1g«T^Ç.Î^r>'fi slw¥'^'m,'Lim}'i 
buajj U^.l^ ^é8ap.tre^^;i3.iiralii8QR, et çQç.çjud^ 

.4.€Ç5flH«e% tQ«. les. ét^ts-xffîm??* î aIws_py:é/»;_. 



© E PUIS la" KÉ VOLU tlON. «33 

que tout ce qui «était d'officiers de rancîenne nni^ 
composition des armées, fut obligé de se retî- '^^ 
rer. De nouveaux hommes parurent, et l'ex- 
périehce, avec la nécessité , firent ressortir dé 
grands talents. 

Le siège de Maubeuge devint le point d'opéi*' 
ration des deux armées. Les postes dé Roubais 
'et de Lanoi furent pris par Fennemî, ^t les 
troupes françaises se virent resseri-éfes dans Lilfc 
et dans le ^amp de la Madelaine. 

A cette époque, lorsque Jourdah prié le cbni'- 
mandement de Tarmée du Nord , elle était dH- 
visée en différentes positions, et lui-même se 
plaignaif du désordre, tel, que les corps man- 
quaient dé chefs, et qu'ît n^avait pu s'assurei* 
•du nombreexact.de ses combattants, par une- ' 
estimation approximative. 

H portait le total de ses troupes , disperséeis 
sûr une ligne de phis de trente lieues. 

An camp de ' Maubeuge' , déjà bloqué, 27 
'mille hommes. ' , 

Au camp de Gaverelle, a8 mille hommes. 

Au camp de là Madekine, près de LiHe, 3i 
'mille hommes. ' ' 

Au iramp et auxehvîrons de Càssel , 14 mille 
hommes. - * 

A Dùhkerque et à Hondtschoote, cnvrron ao 
mille hommes. • 



ï34 HISTOIRE DE FRANCE, 

ttHEp. Quelques corps détachés formaient en tout 
cent mille combattants; mais de ce nombre, it 
fallait conriprendre beaucoup de bataillons de 
pouveiie levée.» et les anciens complétés j:par 
les réquisitions. Peu de cavalerie, et dans une 
proportion fort au dessous <le celle qui eflt été 
né cessai re,\ 

Déjà Fennemi avait bloqué Landrecie , et oc- 
.cvpait.des posiittons en ayant de son front. 

11 devenait pressant de décider , jar une ba- 
taille» "Srlc^s ennemis seraient forcés de lever le 
jsiége de Maubeuge et celui de Landrecie, ou si 
on leur, laisserait tranquillement prendre le^r 
quartier- d'hiver sur le territoire français. Le co* 
mité de salut public avait ordonné un effort gé* 
M sftpti néral » et Jpurdan fit ses dispositions pour at'* 
taquer* Il n'avait à son camp de-Gaverellç 
que i8 mille hommes disponibles; il appela à 
lui 10 'mille hommes du camp de Casse! , 1% 
mille du c^mp de la Madelaine. Ces troupes 
durent ' être remplacées dans leur poste par des 
corps de nouvelle» levées,. prises sur les réqui- 
sitions locales* , Oa mit aux, ordres de J.ourdaa 
l'armée des Ardennes, et il en tira encore S 
mille hommes qu*il fit venir. à sa droite à Phi- 
lippeville. Le lieu du rendez-vous général fut à 
Guise ^ qui prit dç cette journée le nom de la 
Héunion. 



D EPUIS L A R £ VO L 1/TlOK. lZ$ 

Vàvmée emeemie, forte c!e 80 mille hommes t vmw^. 
Clairfaît s'y étant réuni à Cobourg» occupait '^^** 
une position entre Maubeuge et Avenne. Son '^^* 
qtiartier-géniéral à Watigni. L'avant-garde ré- 
publicaine s'en approcha le 19. 

Aux pr entiers mouvements de Tarmée fran- Bataitu 
çaise , les généraux autrichien^, se portèrent en ^^^ 
avant de Maubeuge , et détachèrent sur leur 
gauche un CQrps d!observation de 10 mille hom*^ 
mes, jusqu'auprès de Philippeviile. Ce corps 
dut contenir l'armée des Ardennes, et se lier 
au général Beaulieu qui commandait l'armée 
impériale dans cette partie. Clairfait, avec 60 
escadrons » se porta au*devant de l'armée fran«- 
çaise , et ce. mouvement , qui ne lut qu'une forte 
reconnaissance, se termina par une canonnade 
sans résultat. Il y eut le même jour un enga- 
gement d'fttant-poste , à la gauche des Français» ai\e««. 
vei^ le bois du Tilleul , avec les troupes boUaa* 14 oct#. 
daises. Les républicains» après trois attaques suc* 
cessives» y forent repoussés. 

Le lendemain , l'engagement eut lieu sur 
tou^ la ligne ; la droite et le centre des alli^ 
se n^tinlinrent dans leur position; mais leur aile 
gauche fut . forcée de cédçr le terrd.n ; . cet 
pendant» après des efforts prodigieux et une ^k^^^ 
grande perte; 5 cette, aile pai*vint à reprendre ^ 
ses postlions* L'armée françaU^ reprit celles 



tâ6 H ISTOIRE D E FRAKCK; 

VïiiEii. qu'elle occupait. Le matin dtt jour 'suivant, à 
*7^' Ja faveur d'un brouillard épais , eïte remar- 
cha en avant , formée sur quatre lignes ; 

^ mais à cause de la nature du terrein coupé de 

bois et de haies , ïes dîffëreittes parties de Tar-f 
\ mée ne pouvaient être en vue Tune de Tautre. 
Dèa que le brouillard se leva , les deux armées 
se trouvèrent en présence, et le feu commença; 
Il Put tel que, de Taveu des Autrichiens , jamais 
même pendant Ja guerre qu'ils venaient de^faire 
Contre les Turcs, ils n'avaient vu une sr terrible 
exécution d'artillerie ; ils dirent qu'ils enten- 
daient, pendant les 'détoQat ions redoublées des 
bouches-à-feu , retentir dajas les r«Migs républi- 
cains les chants belliqueux et les airs" patrio* 
ques^On avait répandu dans l'armée un propos 
du général ennemi . • 

Cobourg avait dit, «j'avoue quelcs^Prançaîs 
« sont de fiers républicains ; mais s'ils me chassent 
« d'ièi V je me fais républicain moî-mêttie. » 

Les solda tsavaient\gaiementîuré(ju'ilsf le som^ 
meraienl de * tçnir sa, parole. Cep^nrfant^ractîon 
S8' maintint, comme la veille, au centre et à 
là droite des ennemis j mais le moaveft^nt sur 
Ieur;gauche qui avait réussi , avait été disposé 
pour y ot)tenir un succès plus complet et plus 
décisif. :Jûurdàri détacha le général Duqiienoi 
avec «on ^ile droite j elle dut- tourner eti dé- 



< r t 



I 
t 



DEPUIS LA REVOLUTION. . iZj 

passer ta gauche de rennemî , et le prendre en nnifi^ 
flanc et à revers. Cette gauche pha et rompît *'* 
la ligne ; alors^ le centre marcha à la baïon* 
Bette, et renversa le centre des alUés. Leur 
aile'droite fut forcée de faire sa retraite, et la 
fit en oi'dre sur Maubeuge ; et dans la même 
nuit , l'ennemi repassa la Sambre au dessus et 
au^ssous de cette ville. 

Les Fiançais y entrèrent le lendemain , et 
virent avec étonnement )es prodigieux travaux 
nue les AtitricWens avaient élevés autour de la 
place. Une seule batterie dç vingt pièces de ^4 ' 
devait foudroyer la ville, et le projet était de 
la réduire' par les moyens employés à Lille et 
à Valencî!ennes;mais dont les effets devaient être 
plus actifs encore et. plus prompts. La perte des 
alliés fut de 6 mille hommes ; celle des républi- 
cains fut beaucoup plus que 200 morts et 800 
blessés. 

* Le général français' n'osa suivre l'ennemi et 
l'attaquer dans sa nouvelle position au-delà de 
ïa Sambre, .où il s'établit sur la rive gauche 
par une chaîne de postes, bientôt renforcés de 
tout ce qiti fut- tiré du centre et du corps d'ar- 
mée qui occupait la Flandre maritime. Là , avait 
été préparée une forte diversion qui devait te- 
nir ces troupes en échec pendant l'expédition 
de Jourdan sur Maubeuge ; mais ce général 



t3S HISTOIRE DE FRANCE» 

vniFp; se plaignit que cette partie du plan total n*a* 
■ vait pas été exécutée. Plusieurs officiers gêné» 
raux furent destitués , cités en jugeaient ^ et 
.pa3^ërent de leur tête cette infraclion aux ordrçf 
d'ui^ gouvernement qpi ne reconnaissait aucun 
obstacle à ses volontés» et qui en connaissait 
peu à ses entreprises: 

Comme la levée du âiége de Dunker||He » 
celle du siège de Maubeuge » changea pour 
un temps la face des affaire^; et quoique lacoa* 
vention reçût en même temps 1^ nouvelle d'ua 
échec. à l'armée de la Moselle v et d'un autre 
plus alarmant à l'armée du Rhin forcée dans se^ 
lign<^ft de Weissembçurg; le succès de l'armée 
du Nord, .où les [>érils étaient les plus rap-* 
proches de la capitale 9 y porta la confiance et 
la tranquillité. 

L'afiàire de l'armée de la Moselle s'était passée 
près de Pirmasens, où commandait le duc de 
Brunswick, après le départ du roi de Prusse ^ 
qui venait de quitter son armé? pçur se rendre 
en Pologne, où des intérêts plus personnels I9 
rappelaient. . 

Moreau , déjà général en chef, commandait 
alors l'armée de la Moselle forte de i5 mille 
hommes; les positions qu'ielle occupait dans Iç 
duché de Deux-Ponts formaient la gauche de 
la ligne de défense ^ depuis le Rhin e| le loqg 



/ 



DEPUIS LA névOLUTtOK. iSç 

àeSr lignes de Weisçembourg. Moreau forma le vxiicp 
projet hardi de s'emparer de Pirmasens, et *'^ 
alors l'armée prassieqne obligée de se séparer 
de la grande armée iikipériale , et de laisser la. 
droite de cettç armée à découvert , les fron- 
tièreâ dans toute cette pa9l|| restaient assurées 
pendant les quartiers d'hiver. 

Le pa^s de Deux-Ponts et de Pirmasens situé 
sur le revers des Vosges, est coupé de gorges , 
de ravins profonds, qui permettent peu Tenr 
semble des mouvements combinés sur plusieurs 
colonnes* 

Moreau en forma trois pour l'attaque • et d'à- 14 wpt^ 
l>Qrd les avant-postes prussiens se replièrent pré-* 
cipitamment. Les colonnes, ajrant à leur tète les 
•représentants commissaires , montèrent aux re- 
doutes sous le fèu des batteries ; mais par un 
déploiement imprévu , que Brunswick fît exé- 
cuter à son aile gauche» la droite des Français 
se trouva dépassée et prise à revers. Le feu 
l'obligea à se mettre à couvert sous I0 déverse- 
ment de la hauteur qu'elle gravissait. Ce mou* 
vement la porta sur la colonne» du centre, et 
y pèrta le désordre , qui gagna et entraîna fa 
cplonne de la gauche; alors tout se précipita 
dans les vallées profondes ; et la retraite eût 
été une déroute complète , si la prudence de 
Moreatt n'eût méaagé uo point d'appui en ar- 



*I4Ô Hl6*dr*E* Î)E Tkk'S et, 

T"ï|iP' TÎëï'e , pal* un corps de 4 tiiîUe hommes • (juTî 
. avait laissé en avant de Deux -Ponts, et qui 
couATÎt la retraite. Les Prussiens restèrent maî- 
tres de vîngt canons. On ne put retirer que Tar- 
tîllerîe légère. 

Peu de jours ap|Éi5 9 on essaya une nouvelle 
attaque. L'armée, qui s'était retirée à Ktch, at- 
/taqua le quartier général des Prussiens , qui 
«'étaient avancés jusqu'au village d'Eîschveiler ; 
et , cette entreprise n'ayant pas eu de succès , 
/l'armée républicaine se reti,ra à Sarreguemîne, 
et derrière la Sarre. 

Cette action de guerre se liait sur tout le front 
des alliés, avec l'attaque générale qui était 
méditée sur les lignes de Weîssembourg. Ges 
lignes élevées dans les temps anciens pour 
la sûreté des pays français, situés le long du 
Rhin , appuient leur droite à ce fleuve et à la 
Hfîlle de LauteVbourg ; de-là couvertes par la rî- 
Vière de Lauter, elles traversent la vallée , pas- 
sant par la ville de Weissembourg, vont se ter- 
miner aux montagnes des Vosges, 'et ferment 
ainsi toute la plaine qui débouche dés pays en- 
nemis sur l'ancienne Alèjace. Depuis quatre moîs 
que l'armée du Rhin occupait ces lignes , on, 
y avait ajouté toutes les fortifications de ràrt. 
Le vieux général Wurmser commandait Tàrméé 
autrichienne. Il fut. convenu que l'armée pVu9-< 



' t 



D EL H V i s LA R i y O )L V T I p' N* 14IÏ 

^éna^. , çommÀddée par Brunswick , marche' vuisp ,^ 
rait sur la gauche des Français, parler-gorges! ^^^" 
4és .Vosges ; qu'elle, conlieodrait au mbins toute 
cette aile , et l'empêcherait de porterdea troupes^, 
c^u ceatre , où devait ^ fetire la principale attaqUe. 
Wui»p)$er ordonna ^ussi au prince de Valdëk, 
qui commandait ua c0rp3.de iq oiHle hommes 
sur la riye droite, du Rhin , de passer le fleuve »i 
d^ s'eqcq)arer de,.Sierçk.jet de preadre ensuite, 
une positioa de revers en arriérée de la droite. 
destFrwçais, eqjtjçe Strasbourg^ietleur )Cdmp*> 
Par ce .mouvement,, cette droite «e troUyaid 
tournée; et si l'attaque réussissait au centre î: la 
XiÇ^î^i^^ de« français se trouvait couplée,' ou du 
QK)j^n$ U leur devenait difficile dé tenir dans les 
pp^itipûsetdans les retranchements qu'on ay ai ^ 
élevé,. derrière les lignes de la Lauter../ 

Le passage d\i !?orps de Valdek s'eflfèctua s^n 
çfètemept à Pittes^dorf , deux liei]ês'<^u desM)^ 
de Lau)terbourg«, ,L'iteifanteri0 légbre^du.Bf^nn^t,- 
troupe irréguliëre^ dénommée les* manteaux 
rouget f à cause de le.ur costu^ie» surprirent e({ 
pillèrent Sierck. Cette ville éprpijva tj^utes Igs^ 

i^orreurs de. la^ guerre. . / .!- r 

.^Ai^^pgintdujdurj.Wurmser attaqp^Je^ centjQ «3 octc. 
des. lignes., qt trouva p^u de résistance* Les deux 




' 



14^ HtBTOIRK Dfi tKKVCtf 

VniBp) tireot aveê une valeur qui détermina en- partie' 
'^* le succès. Ils emportèreùt successivement plu- 
sieurs redoutes » et s'emparèrent de dix-sept 
pièces de canon. 

V Lauterbourg fut évacué ; et ^ vers le nr>iliéa 
de la journée , Weiss^mbourg abandonné fût pris 
de vive Force. Tous les postes des Français se 
trouvèrent alon; forcés , et la retraite en dé-^ 
sordre se fit d'abord sur Haguenau» puis deN 
rière la Moter-, qui présentait encore une ligne' 
de défense ; -mais qui ne put être, maint^^* 
rixte. Une partie des fuyards alla jusqu'à Stras* 
bourg. 

Le lendçniain, Haguenau- ouvrit ses portes* 
Il parait que les vainqueurs s'y livrèrent aux- 
réjouissances et aux honneurs de la victoire. Le 
général Wurmser qui se retrouvait dans sa pa« 
trie et dans ses anciennes propriétés d'héritage , 
ééda au plaisir de revoir ses foyers. On accusa 
beaucoup ce retard. Sans doute le désordre et 
la confusion , suite d'une retraite précipitée t^ 
facilitait un^ i<)Vasion rapide* Dans Strasbourg- 
même, les opiniçns étaient divisées ; mais le» 
souvenir de Valmi et de Sa'iilte-Menehould étfih> 
récent , * et toujours un général prudent icrain-r 
dra de conduire ses troupes datis un pays armé^ 
par-Popinidn. De plus, les deux alliés bbthp* 
taient peu l'un sûr l'autre. La Prusse n'était'^pas 



dît VI s ' L A R i Y 6 1 u T I o n. r43' 
aussi pressée de mettre TAutriche en posses- vin ??. 
sîon d*une province française ; leurs rhouve- 
ments en avant ne pouvaient être indépendants, 
Tes généraux ne Tétaient' pas assez eux-mêmes' 
pour oser, entreprendre «anb combiner leurs 
opérations ; et , dans les vues prochaines de pa- 
cification particulière que méditait la Prusse, 
il ne devait pas entrer de donner à T Au triche' 
une prépondérance qui pût la lier à la fortune' 
de cette puissance. Strasbourg ne Vit donc que 
quelques cavaliers autrtchrens qui vinrent jus- 

* qu auprès de ses portes. La convention eut le 
temps de réparer «es pertes, et l'armée, plus 
dispersée qu'alBiiblie et consternée , reprit une 

- position d'où elle put bientôt réparer sa'hotite 
et ses défaites. Les villes de Tintérieur les moing 
éloignées , envoyèrent des renforts de soldats 
Volontuires. 

Metz seul fit partir de ses murs deux mîTIé 
hommes. A Strasbourg, les représentants (com- 
missaires Lebas et Saint -Just , appelèrent la 
terreur accoutumée au secours de la patrie! 
Dans l'armée , plusieurs chefs de troupes soup- 
çonnés ou convaincus , mais accusés, furent fu^ 
îillés. ' • 

Les autorités civiles ^ là' plupart , déportées 
dans l'intérieur du pajrs , et les commissairei^ 
annoncèrent que pour premiers fruits de leur 



I 

I 



fmcpb' mission I trois ou quatre jugements du tribu* 
*^^ n^I révblutîoonairje* avaient déjà. fait vçrser dans 
les caisses publiques blus de ,600 mille livres 
d'amende , et qx?e je^ propriété^ .n^sç» sous le: 
scellé produiraient. à. la république^ plus de i5 
çaiUiçijs, • ' 

ftSbnmu ^ C'était alors : qije venait d'être;' ap]>ortée à: la 
çonyeiîtion cettp.famepse pdres§ç des. Jacobins , 
o\x,Ig mot TSRfippM y répété à chaque ligne, 

, retentit dans tputç j^ «France* * • « Grâce vous 

soit rendue , représentants , vous avez enfin or-i 
gariisé la révolutiçï^j.la TJSRRÊaRj.G;\le ç^t le 
gahit mêmç de.ces lâcjies ennemis que' la pitié 
yeut.bien épargner*... Déjà Paud^fte.des pei> 
fideSjSe ranime; ils osent répéter ce mot qui 
• a été dît impunément dt^ns cette enceinte : Quand 
donc cessera cette boucherie de députés? (Cha- 
bot devait bientôt payer ce moi de sa tçte; ) Ne 
ROT5iffre;sdonc pa? , rcpvéseutauts „qu-on vous dise 
que Ja terreur.glacajnt Une paj tiçde la conven* 
tion, ses délîbérâjtiQas uesont pas libiies. w Quoi 
dou,c ( vous qui êtes là Mi^jerye des Français, 
vous laisseriez enlever.de votre.éè:ide .la Méduse 
dé la^torreur ! >» ,:; , ;* ^ . - V S ^ 

C*est avec cette époiivantiible éloquence que 
Ton venait efFraver Ig;conventiop,f'et renhardir 
à tous les excès que Ton voulait obtenir , et eti 
même temps la rassurer sur. les apparences de 

remords 



y 



DEPUIS vt .R i.v:a i, u x J o n, Ï45 

^ rer«ioic(8*«iura;i^a΀i»l!8^éJ^t$&£rwVpH:qiUelc{ue$-qa$ viiïjp. 
des plus cléterrnjné3 Jacobins. La circonstance ^^^ 
"étakr^y^iMiifs^'iffSi'Aaifg^r^ ^XAériçxif^ n'étaient 
:)9Jus pressaâtô^'Au micli> ed ËjEr^j^nçet, efi I^- 
-lie., les, frtti)itièi?^:é<ai,ef}t clé rep(ikvit§; .et après 
ià réduedon de< Lyon et*^^ l^ojyij^:^». tQute.id^p 
.d*idva^arétitk'::$fa^6nu^ ioipqs^foleKet.fChiipér 
Tiquev-Même âpf^ 1« d§t^j^-^,^^^âep(i})p.\ç^,, 

la ienteur des assaillants ettraicuvité des..dé* 
-Iîen6éui*sdçl^ piatri€5Tàl/5a|l(rr^JWîé-,.|^€îs arfli^écs 
*da fNard étaiienC en éq"uilibr#j dfe fi^4:i;es: €;t cj^e 
Succès aV.efi ô^^ clé. J'(?d^f«ifti. Ën,fi>i .la.lJne,n^- 
.çalUe . Y^i^^ée^.laptës .p9« ^c^lj^V^parige journa-s 

lifere ctervJftojîfcfeiSjti i^^:,4éfajtie§.i,^vait,y,v fqp 
-lenitoH^ .^^tal^y ';»ës 'fofces; jljiyjççr^ rÇÎ^Î- 
f4ée$. suc, 1- fàii^K^^^tiv.et fie Aa Loke' ♦ où: Jewr . der- 

-Gi^àdMilk^ii^^çdH^ ipar kft Ii^itauts et • par 

,<judqtii«!tr<wifesrépuWicaineSr >r^ ,^ 

. . .:ifQbe«jw»'î8ft>^iJr çeaiQipeflt,pGpr .f^jr^ im 
rapport i4»îr it^:)*it«iB!«tta: de. ^^^répuJbïiqupTr Ce 
di^cwir.s.>ïW> 4e*.plus> fiOr terne» t perisé.et,des 
pkjè aï t4stçrp^ai -^^KÎt , pavn^i tpus, cçHx..qu.i! fu- 
rent: pfeseotés.àj. la tinbune ^es asscjm bittes .na- 
tionales , d.onote une 'ic^ée. )Ufte^ de. .l'état poli- 
tique de rEu.rQ|3€; il dévelpppe d'a(iordJe sys- 

; tèno!;e cluc^ibiQ^t ministériel de:Lon44 es, et son 
Tome ir. . 10 : 




\i6 HifeîôiRi: D* tïl.ÀKc.Ë, 

vnïBp. influence SU1? le commehcemefii dç Iqvévalutîôii 

française. • ;-, ,; . , , ,.. 

•' ' ' • 

' « Voyez , ^ît-ft; 4:ômnie i^lïaqtee crfec de notre 

V révolution! entraîne toujours auKlelà du point 

V bjii il voûkit: ran'êter; voye:^ avec* quels. pé- 
\( nibles eflfbrts il trherebe à- faire reculer la 

V raison publiqtt^>l?t à i^fttraver la inardie de la 
-•«f liberté; vt)ye^ «^ûfeuite qtfels ciri>''f^s pix)diguce 
V* pour la détruire* T' '- ' • - . ' ^ 

«••A k fin det792 > ri cr^jaiç préparer insen** 

V siblènrietat là chute du roi- Capet, ^ conser* 
« vànt le trônfe pôtrr le fils de éon maître ; mais 

\< .le lo août a tuî-, « la réput)^it|tFè est fondée. 
S< Cest en vam'quë, pour l^tdufièr dans son ber- 
« cesm^ U faiction girondine et tous les lâches 
« éôiïssaites ifës tyrans étrati^çps> appel kat cte 
« toutes ^arts lés serpents t^: la calomnie, le 
« démon de la guerre civile, Phydre du-fédéra- 
t< li^me , le monstre de raiiistocr^iie. Le^3t mai , 
« le peuple à'évéille, et les traître» ne «ont plus, 
« La cotiVfentîotï se montre aussi f^lèqijç le 
« peuple, aussi grande que sa -Wii^fcii. Un nou- 
'n< veau pacte social est proclamé, cimenté par 
« le vœu unanime des Français. Le génie de la 
« liberté plané d'une aîlè^jrapide Sur la surface 
«< de cet empire , en rapproche toutes les parties 
* prêtes à se dissoudre , et le râfterûvît sur ses 
a vastes fondemeius. ?» 



bËtlJÏS LA *iVDLtJtlt)N. Ï47 

Il dévoile ensuite avec quelle astuce profonde , VitîÇir. 
tjull appelle machiavélique; on eut Part, par '^'' 
des discours exagérés , par des invectives de tri- 
bune» de favoriser les intrigues pratiquées dans 
les cours érrangères pour' les armer contre 
la Frémce , par une ligue monstrueuse entre 
la Prusse et PAutriche; et, dit-il, «c il serait 
«r absurde d'attribuer principalement ce phéno-^ 
*t mène k Pinfluence des émigrés qui fatigtiè- 
«c rent longtemps toutes les cours de lears cla* 
«r meurs impuissantes, et au crédit de la France; ^ 
« il fut l'ouvrage de la politique étrangère > 
«r soutenue des factions qui gouvertiaient alors 
«, la France.. . Le char révolutionnaire roule sur 
€c un terrein inégal ; ils ont voulu l'enrayer dans 
4K les chemins faciles ; ils le précipitent avec 
f< violence dans les routes périlleuses; ils cher* 
«« chent à le briser contre le but. ^ 

Robespierre ne pouvait pas présenter une 
image si vraie et si frappante de ce qu'il avait 
fait lui-même et de ce qu'il faisait tous les jours, 
s'il n'eût eu la mission expresse de détourner 
ainsi l'attention vers une cause véritable, mais 
qui n'était pas unique. Lorsque la cour de 
France , au-delà du Rhin , s'aperçut qu'elle était 
trompée par les puissances étrangères , pt elle 
dut s'en apercevoir dès le début de la première 
campagne, elle dut songçr à défendre la France, 



148 HI s TOIR E DI2' F-rX N C Ei 

v^iEp. son héritage, et à la sauver de la conquête et 
de r^nvahissemerit qui la faisait passer au pou* 
voir de l'étranger. Nul aulre moyen alprs que 
les Frauçais eux*uiêmes^ L<?6 opinbns politiques 
qui les exaltaient , étaient le seul ressort capable 
<Ie mettre. en action .toutes ^eurs forces. Le mi- 
nistçre anglais crut* bouleverser la France en 
lui donnantJa i^publrcjue , et le ministère fran- 
çais d'outre Rliin, détrompé de ses. faux amis , 
<lut voir que la république en France pouvait 
seule les combattre et lem* résister; dès-lors, 
les deux.diplomaties^, par des înotifs contraires, 
durent vouloir donner la république aux Fran^ 
^ais,que leurs idiomes appelaient insurgés. Les 
Jacobins seuls domitraient alors; on ne pouvait 
i^oramander qu'en leur nom ; ce ftit donc une 
pensée à la fois grande et subtile, mais qui se 
présentait la première » parce qu'elle était le 
moj^en seul et unique , la pensée de faire sau- 
ver la France de l'étranger par les Jacobins ; 
il fallait pour cela s'y rendre le maître ; et 
pour cela, il suffisait de leur en donner un. Ro- 
bespierre le fut, et ne cessa de l'être que lors- 
qxï'il essaya de le devenir à son propre compte; 
qu'il fut agent ou instrument , cVst un point 
qui appartient plus à la biographie qu'à l'his- 
toire , puisque le résultat dut être le même. 
Mais lorsque la politique ministérielle de 



D,EPUIS LA RÉVOLUTION. 149 . 

Londres se fut aperçu que , loîij d'être un viiiEp. 
moyen de confusion et de subversion , la repu- *^ ' 
blique était devenue un mpjsen de force et de 
^é^istançe; trompée dans son. espoir, et n'ayant 
pu renverser Ja France sous la république , elle 
voulut et enlreprit de renverser la république 
sur elle-même; et de- là le système d© terreur / 
et tous SCS effets , auquel il ne manqua peutr 
être^^e peu de temps , si toutes. le$ tètes de 
l'Iivdre n'eussent été abattues à la fois. 

Eh 1 que la simple probité ne s'étonne, pas 
trop de ces rafRnements , de ç^ihe science 
qui se permet tout sous le nom dé politique ! 
Les venins les plus subtils se forment. de la 
corruption des substances les- plus saines; que 
ne peuvent, enfanter l'or et le génje, ralliés par 
la raison d'état ! Quelles conceptions sont au ^ ^ 
dessus du génie,, et quels moyens .d'exécution 
sont impossibles à Vof. employé pay l'autorité 1 
Qu'un jour , les siècles produisent ou non à 
la postérité les preuves matérielles de ce dou- 
ble système, il n'en restera pas moins démour 
tré ])our la méditation. Là où les effets ne peur 
vent s'expliquer que par une seule cause, l'ac* 
tion decette cause est prouvée. 

Le rapport de Robespierre parcourt ensuite 
les relations actuelles cie la republique avec 
les différentes puissances , et ne lui trouve ^ue 



\ , 



i5ô HïSTOîRi: DE France; 

vniEp. deux alliés , les Suisses et les Américains des 
*^^ Etats-Unis.' Il déverse sur les victimes de la 
Girpnde tous les torts qui ont armé contre Ici 
France tous les autres états ; et c'était sans 
doute une méthode adroite d'en faire enten-» 
dre la longue énumération à l'assemblée. Ro- 
bespierre «eul pouvait se charger de cet em- 
ploi. 

« Dès le moment où on forma le projet de 
démembrer la France , on songea à intéresser 
les diverses puissances par un projet de par- 
, tage ; c'est aujourd'hui un fait prouvé, non-seu-^ 
lement par les événements ,^ mais des piècea 
authentiques. 

«•jL*Ang!eterre n'était pas oubliée dans ce 
partage , Dunk^rque , Toulon , les Colonies , 
sans compter la chance de la couronne pour 
le duc d'Yorck, Il n'était pas difficile Jde faire , 
entrer dans la ligne le stathouder de Hol- 
lande. 

i< Quant au phénomène politique de l'alliance 
de la Prusse avec l'Autriche , nous l'avons déjà 
expliqué.. ... Le monarque de Vienne et celai 
de Berlin suspendent leurs âneîeJis différente 
- pour tomber sur la France , et dévorer la ré- 
publique naissante.. . . « Mais l'Autridie pour- 
« rsiit bien ici être la dupe du cabinet, de Ber-t 
4f lin et de ses autres alliés., ^ . » Déjà l'impé-^ 



D Eriî f s LA R i y O li u T r O N# î5l 

ralrîcé de Rki^iç çt le roi de Pfi»$S€ vîetinçnt vniE|>4 
départager. la^Palogii? .san8^}le.:«^ ( qP: apr *' 
eusait alors de jacobioisme les Poïauais qui, 
aj^ant leur roi. il leur tête ^ jdéfendaient le^ir 
constituiroa monarchique } », et lui prit pré* 
• sente ^oixr* dédommagement la Lorraine, l'Ai* 
sace et la Flandre française ^ et TAngHeterre 
encouFâgesa folie pour nous ruiner en la per- 
dant ellèrmêrae... .. D'un autre côté, le Roua? 
siljon, la Navarre fraoeaise, et les autres dé* 
paitemcnts limitrophes de TEspagne ont é^ 
promis à sa majesté catholique. 

«c II n'y a pas jusqu'au petit roi Saide que 
Ton n'ait bercé .de L'espoir de devenir un joujç 
roi; du Dauphiné , de la Provence et des pays, 
voisins de ses anciens. état& > 
■ ««Que pouvait-on ofirir aux puissances d'Ita* 
lie? Rien. Mais elles ont cédé à l'intrigue, oU' 

plutôt aux ordres du^ cabinet britannique 

> « Venise phis puissante et en même temps: 
plus poUtiqu^, a conservé une neutralité utile- 
à ses intérêts. Florence a été enfin subjuguée- 

et entrainoe malgré elle k s^a rume^ ^ 

£n général , les puissances de l'Italie ^ont peut^ 
être pJu3 dignes de la pitié que de la coiëre de- 
là France* L*Angleterre les a recrutées comme- 
ses matelots; elle a exercé la. presse contre le& 
peuples de: ritc\lie. .. .. Nous pouvons vous Urn- 



î5â m s t'o^i R'È 'dte r r a n c b , :. t 
.viiTEp'. une lettre du« roi de Naples , qui servira lia 
moins 'a vous prouver que lauerreutnest pas 
étrangère au cœur des rois ligués contre 
nous. Le pape lit? vaut pas rhoDnieur. d'être 
îlorpmé. '^ ...,•.., 
- « L'Angletetiie a aussi osé menacer le Da-. 
nemarck.. . . Mais le Danenaaixk, régi .]x\r u« 
rtinistre habile-y a repoussé avec dignité ses 
insolentes sommations. v . . . • . Le ré- 
gent de Suède, plus sage que Gustave ,:a 
tigiieux consulté les intérêts de: son pays et les 
siens. » . y. . - -' * 
La Russie n'avait pas encore accédé k,la coa- 
lition. Seule elle était une puissance lointaine 
qui ne pouvait inspirer de crainte à la France 
monarchique. Il était donc important de la faire 
déclarer contre la France républicaine. Le dis- 
cours qui devait retentir dans toute TEurope; 
attaque la souveraine et sa nation par :tous les 
côtés sensibles au tœur d'une femme et à l'or- 
gueil national. Les sarcasmes ménagés ai Heures 
y sont prodigués. 

. . « De tous les fripons déçoit du nom cle 
roi , d'eqfîpereur , de ministre , de politique , 
on assure, et nous ne sommes pas éloignés de 
le croire , que le plus adroit est Catherine de 
Russie , ou plutôt seS' ministres ; car il faut se 
défier de ce charlatanisme^ de ces réputations 



DEPUIS LA R É VDî-U T I ON. l53 

loîntaînes :et impériales, prestige créé parla vuiBp» 
politique. La vérité est qae sous la vieille im- 
pératrice , comme sous tontes les femmes qui 
tiennent le sceptre, ce sont les hommes qui 
gouvernent. Au reste, la politique de la Russie 
est impérieusement déterminée par la nature 
même des choses. Cette contrée présente Pu- 
nion de la férocité des hordes sauvages avec 
les vices des peuples civilisés. Les dominateurs 
de la Russie ont un grand pouvoir et de grandes 
richesses : ils ont le goût, Pidée, l'ambition du 
luxe et des arts de l'Europe, et ils régnent dans 
un climat de fer; ils éprouvent le besoin d'être 
servis et flattés par des Athéniens , et ils ont 
pour sujets dçs Tartares. Ces contrastes de leur 
situation ont nécessairement tourné leur am- 
bition vers le commerce , aliment du luxe et 
des arts , et vers la conquête des contrées fer- 
tiles qui les ayoisinent à l'ouest eç au midi. La 
Goui* de Pétersbourg cherche à émigrer dea 
tristes pays qu'elle habite , dans la Turquie eu- 
ropéenne et d^âhs la Pologne 4 Tomme nos jé- 
suites et nos aristocrates but émigré des douîc 
climats de la Fràiice dans la Russie. » 

Il se résume enfin : « Vous avez sous les 
yeux le bilan^de l'Europe et le vt>tre , vous pou-, 
v^z déjà en-'tirer un grand résultat. » 
" Ici de grandes vérités succèdent à la gros- 



/ 



lS4 HISTOIRE DB F R A N G ïf^ 

rrniKji. sière et délirante énergîe. « L'univers ,'clit>il, êfet 
*^^ * intéressé à la liberté de la France ;* supposonsi 
la France démembrée ou anéantie , le monde 
politique s'écroule. » 

Il montre tous ces petk^ étets de la Germanid 

envahis par leurs puissants voisins , la. ligue 

' germanique dissoute, les Couronnes du* Nord 

brisées , et leurs dëbris réunis sur «ne seule 

tête. / 

€( Le Turc repoussé- au-delà du Bosphore ; 
Venise perd ses richesses et sa considération;, 
la Toscane son existence ; Gênes esi: effacée ; 
l'Italie n'est plus que le jouet des despotes qui 
Tentourent ; la Suisse est réduite à la misère;; 
que dis-je^ que deviend^-ail l'Angleterre elle- 
même?. . . Comment conserverait-elle les restes, 
de sa liberté , quand la France aurait perdu 1* 
sienne > quand le dernier espoir des amis de 
l'humanité- serait évanoui?..,... La politique 
même des gouvernements doit redouter la ci^atfh 
de la république française ; que la liberté pé* 
risse en France , U nature entière se couvre 
d'un voile funèbre, et la raison HuoiiSkine^ recuS^r 
Jusqu'aux abymes de l'ignorwce et de la bar-i^ 
barie.. . . Après de si grands exemples- et tant 
de prodiges inutiles, qui oserait jamais déclarer 
la guerre à la tj^rannie ? Le despotisme , comm^ 
une mer sans rivage,. se déhpjderiait sur la, aur* 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. l55 

face du globe, et couvrirait bientôt les hauteurs viHïpw 
du monde politique , où est déposée l'arehe 
qui renferme les ciiartres de rburoanité, La 
terre ne serait plus que le patrimoine du crime, 
et ce blasphème reproché au second des Bru- 
tus, trop justifié par l'impuissance de nos gé- 
néreux efforts I serait le cri c|e tous les cœurs 
magnanimes. O vertu ! pourraient-ils s'ccrier % 
tu n'es donc qu'un vain nom ! » 

On prodiguait trop alors ces manifestes de 
l'étranger , où il protestait qu'il ne prenait les 
armes, c'est-à-dire qu'il n'incendiait les villes 
frontières , que pour y ramener la paix et le 
bonheur. L'orateur leur répond.. • . 

«Despotes généreux» sensibles tj^ranSy vous ne 
prodiguez , dites-vous , tant d'hommes et de 
trésors que pour rendre à la France le bonheur 
et la paix , vous avez si bien réussi à faire le 
bonheur de vos sujets , vos âmes royales n'ont 
plus maintenant à s'occuper que du nôtre ; pre- 
nez garde 9 tout change dans l'univei^; les rois 
ont assez longtemps châtié les peuples ; les peu- 
ples , à leur tour , pourraient ^ussi bien châtier 
les rois. 

« Pour mieux assurer notre bonheur» voua 
voulez , dit-on, nous afïàmer , et vous avez en- 
trepris le blocus de la France avec une centaine 
de vaisseaux. Heureusement, la nature est moio^ 



l56 HISTOIRE DE FRANCE^ 

vmiRp. cruelle pour nous^ que les tyrans qui Tontra»- 
*^^' g^^^» '^ blocus de la France pourrait bien n'être 
pas plus heureux que celui dé Maubeuge et de 
Dunkerque» Au reste , un grand peuple qu'oa 
ose menacer de la famine , est un ennemi ter- 
rible. Quand il lui reste du fer, il ne reçoit point 

de ses oppresseurs du pain et des chaînes, il 
.leur âbnne la mort. » , . , 

Il finit cet inexplicable discours par tracer à 
ses collègues des règles de conduite dont il. était 

loin de leur donner l'exemple « Vos enr- 

nemis voudraient donner à la cause sublime que 
vous détendez un air de légèreté et de folie , 
soutenez-U avec toute la dignité de la raison. 
On veut vous diviser , soyez unis,. . . Ils veulent 
que le vaisseau de la république flotte au gré 
des tempêtes sans pilote çt.çans but, saisissez 
le gouvernail d'une main ferme, et eondiiiseïi- 
le au travers des écuèils.. . » Un décret rassu»- 
rant sur les intentions du comité de salut public , 
à l'égard des Suisses et des Américains, termina 
le rapport. 

Ce discours produisit un gr^nd effet, et laissa 
une impression profonde. On crut un moment , 
pouvoir attacher quelque espoir de moralité , à 
celui à qui 1 on ne pouvait bientôt plue contester 
la puissance. Robespierre alprs n'était pas encore 
celui du 9 thermidor. 



DEPUIS LA RÉVOnUTTON. ïSj^ 

On peut remarquer que dans ce discours , vniKp, 
sur la sitTûatîon politique de la France, il ne 
parle point de la Vendée, et ceperidanft alors les 
touiptes à rendre îà l'assemblée n'étaient pas un 
ombre au tableatï^u'il venait de tracer, il eût 
pu annoncer les succès des armes républicaines. 
Jamais, depuis le commencemetil de cette cam» 
pagne, des succès aussi suivis n'avaient promis 
}a fin de cette guerre ; c'est alors que fes Ven- 
déefîîj, rejeîés de l'autre côté de la Loire, ve^ 
«aient d'être battus et repoussés à Granville^ 
et cet événement qui Fut une époque marquante 
dans la -giierre de la Vendée , parce qu'elle 
changea le système de ses relations avec l'An- 
gleten^ , rappelle le récit, aux actions de guerre 
et aux mesui^s politiques qui l'ont précédé. 

,Après la défaite de Ligonier, Berruyer avait 
retiré les troupes ^au Pont-de-Cé et à Sanmur , 
et d'après les comptes qu'il avait rendu de 
l'ëtat des affaires, on s'était décidé à y former 
tme armée de troupes réglées. Celle des Ven- 
déens s'était beaucoup accrue ; tout le pays com- 
pris sur le coui-s de la Loire , depuis Saumur 
jusqu'à Nantes , de l'est à l'ouest, et du nord à, 
l'est et au midi , par le chemin qui conduit de 
Saumur à la Rochelle , formait ce que l'on ap^ 
pela généralenîent la Vendée , c'est-à-dire le 
pays insurgé pour la cause du royalisme. Ce 



r 



lS8 IlIStOÎRËDfe FttAKCEj 

ViiiEp. territoire contient huit à neuf cents lieues Cat** 
rées, et environ huit cent mille habitants; mais 
Ceux des villes formant près du quart de cette 
population, plus immédiatement sous la main 
des autorités républicaines, et aussi plus éclairés 
sur leurs intérêts, ne prirent point part. à la 
guerre ou se rangèrent sous les drapeaux de 
la république* 

Le reste des habitants des campagnes, plus 
aisés à conduire par les idées Communes et par 
Jes préjugés d'enfance , se rallia sous les ban- 
nières de la religion et de la noblesse. Dès le 
commencement de cette seconde campagne, 
on voit à leur tête les chefs qui les conduisirent 
pendant toute cette guerre, Bauchamps, d'EN 
\)ée , Laroche * Jaquelin , TEscures , Charelte 9 
Stoflet , qui , le dernier , posa les armes , et qui, 
de garde-de* chassé, s'éleva au commandement 
de toutes les armées vendéennes. Leur système 
d'attaque et de défense ne pouvait ressembler 
en rien à la tactique usitée; excepté un corps 
peu nombreux qui fut. successivement de deux, 
trois et quatre mille soldats entretenus, réu- 
nis et soldés. Le i-este jde leur armée qui fut 
quelquefois de 60 mille homnqes , ne consis- 
tait que dans la levée hâtive et momentanée 
des cultivateurs qui, à jour donné, se ren- 
daient de leurs habitations aux rendez -vous 



DEPUIS LA REVOLUtIO». 1S9 

fixés ; portafit des vivres pour quelques jours ^ ^IM^ 
f)rêtant la main avec èële et avec yaleur à 
l'expédîtion entreprise •> et se retirant ensuite 
à ses foyers. Leur maàiètiô de combattre ne 
supposait ni instruction militaire ni diséipline> * 
c'était au génie des chefs à disposer des grandes 
masses tie leurs combattants, à les porter aux 
places où ils avaient agir ; là > is^ns garder ni 
rang ni files vchacuii clioisîssait son poste à son 
gré, s'écartânt te long des buissons et des haies j 
dont le pàysest coupé, et- de-Ià faisant feti à 
volonté y ce gent*e de guerre était trës'-meur- 
trier pour des' bataillons marchant serrés et k 
découvert. Dâiis le sticcbs , la poursuite des 
Vendéens était redoutable; cminaissant le pays 
^t les détours, ils gagnaient de vitesse les pas** 
*sages, et y prévenaient des corps dont la mar- 
che en retraite était 'iitécessàirement retardée s 
par leur ensemble. Dans la défaite , au con- 
traire , chacun pourvoyait personnellement à 
sa sûreté» Les chefs faisaient passer le lieu et 
le jour du rendez-vous, et tout s'y retrouvait. 
Mais ce systèitïe avantageux au jour du com- 
bat , arrêtait nécessairement les plans et les 
projets dès chefs ; leurs ccmabattants dévoués 
sur leur territoire, ne pouvaient pas quitter 
■ un èertaiti arrondissement. Si le théâtre dés 
«opérations changeait , et cela arrivait sou- 



l6o H ï s T O 1 R E * D Ë F R A N G TEV 

ViiiÈ/, vent,! les? chefs étaient obligés de changée d*arr 
*^^^* filée., :et celle qui venait d'agir retournant à 
ses toiis et à ses charrues, les troupes^ républi- 
caines, ne reccaittiab8aien.t pltrs. d'eixnemis , et 
* se trouvaient au milieu d'eux. Cet état de guerre 
changea vèi'S la fin >; lorsque les .pi liages , les 
inceadies, les' ma^ai^res^.ne^laissaét.aii.cultir- 
Vflteur, ni maison ,^nii charrue , jii fomiUe> il se 
fit «©Idat et combattii pour vivre, \:': • « 

Qtretineau , avec une division de l'armée 
républicaine , . iéiàitj ^apcouru raw \ secours de 
Ligonier ; mais, prévenu et .siirpnX au viU 
lage des Aubiers,, il y. fiit ^i(aqrié,rJbatjtu;vrcst 
eût été totalemérjt' défait, si q-uoîqii^es troupe 
de ligne > se formiint teti bataillon carré > ^'eus- 
sent soutenu le feu et protégé l4retj:aite. Que- 
tineaiT s'enferma , avec les débriSî^je^^n armée-, 
dans Thouars, ville avantageliseaient. située sur 
une hauteur , !qii^ la riviçiê du -Ti^^^yé, envi- 
ronne et couvre de trois côtés.» Jl v iut bientôt 

5mai/ :attaqué^ et forcé, par les VendéenSt, au "nombre 
de plus de 3o avilie. Six millè-lîqnirtîe^' seule- 
ment défendaient Thouars» LiÇ.:Gué, seij pas- 
sage, fut forcé. La cavàleriQ'jV:eri4éj^ane pàs^a 
à la nag-e. Les républicains. fune>nt obligés de 
se renfermer dâas laville quii e^ôip^i <l'Jifcures, 
fut prise d'a^saùt. Le .géiiér«d, l'arnnf^, t'artU- 
. lerie, toutes les munitions, tombèrent au pou- 
voir 



Il 



\ 



17 mai* 



tVHPU rs. L A ttÉ V OL UTlOkK. \6v 

roJif dw' vainqueur. Ils marchèrent aii^skôt aij viïr,tp. 
secoure de Charettte; En^obéitiiu ; ils (ï^fbilt un '^*' 
cdtmp de quatre tttiiie républicains à Pctrthenaî , 
letJevs cJéuK armées venctéenhes réurrfes .«'Vônt à 
Foçtenay rcherchep J'armée réptlblrcai)ie ;• elle 
étc}it*dei beaucoup motos'nombrèuise , et cepen- 
dant h victoire -la mfc'ien' possession de presque 
•taut& rartillene vendéenne; niais p'ext de jours 
après-, les chefs , ri;;sciines, Mroçhè-Jftcquelin et 
Bonchamps, reparurent conduisant troîè ct)lorf- 
nes nombreuses ; dépourvues d'ar(illeiif*{^s celles 
marchent «errées-sur les cafnond desTëpublicain^. 
La cavaleiiev qnî eut .Qrdri^'?ie les '«(^hm^fer'^ 
lâcha le pied, et passa ^ur^nfanterie étt dé{- 
soriclre; aloï-s la déroute :fuW^én;érale; Fonte- 
nay/fut emporté, et l'alarme se^répâfiiait^ jusqu'à 
la capitale , d'où la convention fit partir k^ts'gre- 
nadiefs pour la Vendée. - ; * 

«L'armée vendéenne n'était pltis-qi^^à- deuk: 
Jieties de Niort, et la p^'ise de cette ville pou- 
vait:'étendre l'insurrection dans l'intérieur' de 
ia France. Mais une diversion qu*o^ërâit àlois 
Je général Ligonier rappela, les chefs vendéens 
au î secours de leur- pay*?/ dévasté. L'armée fitt 
licenciée. Le rendez-vpùs' général indiqué à* 
Chatdlon ^ et peu de jours après, les chefs 
vendéetis en sortirent à la .tête' dé 60 mille 

hommes^ L'histoire miiitairéflrofl;ie;âw upï^xc^ift- 
Tomeir. Il 



k 



• 



y 



l6a , HISTOIRE DE FRANCE. 

yiiiEp pie dé (fttte manière de marcher et de ct>m- 
*^^'' batti^.-Ligonier fut entièrement défait, les Ven- 
déens se. portèrent sur Saumur. Endeiix jt>iii*s, 
Saumur fui attaqué et pris. La bataille y fut 
une dest plus sanglantes de cette guerre. De part 
. et d'autre j l'acharnement fut égal. C'efc>t là que 
Tion vit lés Yendéens , armés de bâtons ferrés , 
, attaquer des batteries, se précipiter sur les ca- 
nons et s'en emparer. La plupart de leurs chefs 
,y ftirei^t tyés où blessés* 

On put craindre alors que la Vendée «e 
décidât; du sort de la France, et n'envoyât ses 
^uerrieiîs changer le gouvernement dans la ca-- 
-pitale. . ^. . 

Angers ouvritJies.portes, et tantes les villes 
de la Loire , excepté Nantes , cédèrent à cet 
exemple. 

Le général Canclaux y commandait. Par un 
systèoïe de prudence et de sagesse, il dnt ses 
troupes dans les murs, et laissa les Vendéens, 
peu faits aux travaux d'un siège*, se consumer 
en efforts impuissants. Ils s'emparèrent cepen^ 
dant d'un faubourg; mais tie purent s'y main» 
tenir « une autre divei^ion puissante les rap- 
(pelait encore à la défense dé leur pays. 

Ge même Westerraann, qui dirigeait au lO 
août les colonnes iparisiennes, commandait alors 
un corps dans la Vendée. Il déploya dans cett^ 



/" 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. l63^ 

eanipdgne des talenrs militaires et une activité vniEp. 
brillante. De Saint-Maixent où il était, il con- ' 
eut le pix)jet de traverser le pajs ennemi, et 
d'aller surprendre dans Chatillon» place d^arme^ 
des Vendéens , un corps de lo mille hommes 
qu y commandait TEscure , malade et blessé. 
^*Ëscure tut surpris , et ne dut son salut 
qu'aux ténèbres qui favorisèrent sa fuite, Cha- 
tilloo fut emporté; mais, dès )e lendemain, le 
canon annonça à Westermann l'arrivée de La- 
rocbe^Jacquelin , à la tête d'une autre armée. 
Le combat s'engage, les Vendéens se préci- 
pitent avec fureur sur leurs ennemis. Wester- 
mann est entraîné dans la déroute ; plus d'un 
tiers de ses troupes restèrent sur le champ de 
bataille^ et Chatillon est repris. Cette entreprise 
hasardeuse , et même téméraire, coûta beau- 
coup de vaitlants hommes, qui composaient 
la légion du Nord , et qui s'étaient déjà signalés 
contre les vrais ennemis de la France, 

Tapt d'événements balancés de succès et de 
désastres , s'étaient passés en moins de trois 
mois., et la prodigieuse activité de cette guerre 
prouvait assez qu'elle se faisait de Français à ' 
< Français. Chaque parti connaissait ses forces €t 
son génie; aucun ne voulait ,e/re attaqué. 
La convention n'était jamais complètement 



t64 histoire de frange, 
viiiEp. infoiFméerde ces revers, €t les succès lui étaient 
'^^^* toujoiirs grandis dans les rapports Caits^à la 
tribune. Westermann , dont le talent dans 
ce genre de guerre semblait devoir y tnettre 
iinternue , fut rappelé; et, quoiqu'on ait ac- 
cusé Robespierre ^d'avoir été jaloux de sa re- 
nommée et de sa popularité, il est^ beaucoup 
^ pluô vraisemblable qu'il se hâta de retirer ua 

général dont ^3pa>emmeht il ne disposait pas 
assez pour le faire agir ou ne pas agir à son gré. 
Cette guerre de la Vendée ; mi^ttait Paris aux 
ordres des chefs jacobins ; ils levaient des troupes 
pour la Vendée , et ces Içvées toujours succes- 
sives, laissaient à leurs ordres et dans Paris, un 
nombre d'hoinmes disponibles avant le temps de 
leur départ. La garde nationale avait été ^lé- 
sarmée pour équiper ces soldats , et les canons 
de cette garde tombèrent presque en arrivant, 
au pouvoir des Vendéens. Les gretiadiers de 
la convention qui pouvaient gêner le plan forme 
de l'asservir, furent envoyés à la Vendée. Tous 
les généraux, dont la popularité acquise n'était 
pas assez aux ordres des agitateurs, trouvaient 
un emploi dans la Vendée, et le cabinet de 
Londres qui lui fournissait des secotus assez 
seufement pour continuer la guerre sans la ter- 
miner, avait en même temps assez de crédit à 



» / 



DEPUIS LA R É V O L U T I O N; l65 

Paris, pour ne faire envoyer à la Vendée que VîHEp* 
des forces suffisantes pour prolonger la guerre; *^^' 
mais insuffisantes pour la finir. De-là cette al- 
ternative de succès et de revers qui , dans cha- , 
que parti, pjace sans cesse une défaite à la suite 
d'une victoire. 

Le récit historique peut à peine suivrç le,cours 
rapide des cvénem.ençs; et, forcé d'en délcgueit 
^les détails aux raémoires locaux et à Thistoire 
militaire et spéciale de cette guerre , il ne 
peut qne faire cônnriîire les é^*nements dont 
les résultats furent iitipoKtants, et le personnel 
de ceux qui les dirigèrent. 

Tandis que les choses qni viennent d'être rap- 
portées, se passaient dans la haute Véndée't les 
cantons les plus reculés dans. Tintérieur des 
terres; dans la basse Vendée, vers les pays mari- 
times, Charette, avec une autre armée, avaitsou- 
tenu la guerre contre les généraux républicains 
Beysser et Saridoz, et avait eu quelquefois l'avan- 
tage. II voulut s'empaver de la ville des Sables- 
d'Olonne , et fut obligé d'en lever le siège. 11 
voulut alors aller livrer bataiFle à l'armée cam- 
péeprèîide la ville de Luçon. Laroche-Jacquelin 
lui amena un renfort de douze mille hommes ;. 
mais une lerreuv panique se mit danscette troupe 
pendant l'action. Pour réparer cet échec, les chefs 



î66 HISTéFUB DÉ FRAKCE, 

vtiiEp. vendéens s*éfaîehtiéunissurles bords delaSëvre, 
• * pour tenir conseil et convenir de leurs opéra- 
tions* Pendant leur absence , Tarroée de Laro- 
che Jacquelin fut attaquée. Dans Tétonnement 
généra] , un allemand , nomrné Kesler , prît le 
conniiandement à la tête de cette troupe d'élite, 
que les généraux^ avaient formé' de Suisses , 
d'Alfemands et de Vendéens chofsîs au nombie 
de 12 cents hommes, et ramena les roj^atistes déjà 
repoussés. Les républicains, entièrement défaits, 
perdirent dix cSnons, tous leurs équipages, et 
laissèrent quelque temps les Vendéens maîtres 
de leur pa^^s. Cette bataille, une des plus dé- 
d&ives de cette campagne , se donna près de 
Vihiers; mais peu çle jours après, ayant voulu 
encore tenter je sort des armes , près de Luçon , 

a5 août* les Vendéens furent deux fois^ repoussés. Cba- 
rctte poursuivi échappa à peine aux vainqueurs ; 
et neuf jours après , on le voit à Chantaunajr , 
réuni à Laroehe-Jacquelin et h d'Elbée, com- 

4 «epr. battre et vaincre l'armée républicaine, étonnée 
de voir ses rangs rompus par ces nïêraes hom- 
mes qui trois fois venaient de fuir devant elle. 
Un préjugé populaire, et par conséquent très- 
puissant, avait rendu Luçon d'un augure fatal 
aux Vendéens. 

Cependant les commissaires représentants 



c 



\ 



©•EPÙISUARÉVÔLUTIÔK. l6j 

cberchsrtit dans une mesure extraordinaire i|n viuB|i^ 
reniè<le à tant de maux^ avaient ordonné ce *' * 
qu'on appelait une iev^e en masse. Soixante mille 
hommes , depuis Tage de dix-kuit ans jusqu'à 
^ soixante, furent rassemblés àThouars- L'Escure, 
avec depx mille hommes, éWreprit d'attaquer et 
de disperser cette multitude , et il y réus;it. Les 
garnisons de Mayence et de Valencîennes ve- 
naient d'arriver. On en forma deux «armées 
fivec ce qu'il y avait déjà de troupes réglées , 
et le système de gijqrre changea. Ce fut alors 
qu'un émissaire anglais se présenta au conseil 
militaire de Cbatillon , et vint offrir des secours. 
Plusieurs voix s'élevèrent pour les refuser, et 
l'émissaire n'obtint même pas de réponse défi- 
nitive. 

L^amou^r de la patrie n'était point encore : 
éteint dans les cœurs , et cette ancienne haine 
nationale ôta peut*êire aux Vendéens les moyens 
qui auraient reculé leur chute. Ce fut alors que 
Kleber, à la tête de l'armée de Mayence, vint 
ei!oyant achever la victoire que les républicains 
venaient de remporter sur Charette. Toutes les 
forces combinées de l'armée vendéenne mar- 
chèrent à la rencontre dç ce nouvel ennemi. 
Du premier choc , les Vendéens sont rais en 
déroute; une partie vprit ouvertement la fuite. 
C'en était feit de la Vendée , si les chefs neu^ 



» • 



l6di HI.SjTOIl^B DE F RANG P,! 

vniEp. sent mis pied k terre, çt combattante ia,tê<e 
'^^^* de leur iqfaoterie , qe l-eussént ramené. Lea 
Mayençais entourés etétojrinés d'une résistance 
nouvelle , furent obligés, de commencer unC 
retraite que l'art et la discipline rendaient- seuls 
possible, Pepdantsix lieues, harcelés et poursui- 
vis, iMaissèrept le? vainqueurs étonnéa jet alar-^ 
mçs de; pçs nouvéailx ennemis. Cette bataille se 
donna près- die TorFpu^ et fut célèbre dans les 
guerres .de la Ve>ndée. 

U/îp înpuvelle invasion dans la basse Vendée 
y rappela; Gharette, et. les autres chels l'y sui- 
virent. Uûe nouvjelle bataille, près de Mon- 
/ taigu , fvit une nouvelle victoire pour les Ven- 
déens. ... ' i 

A Saint-Fulgent , im combat de nuit mit ent 
core les Vendéens eu possession de toute Tartd- 
lerie de l'armée républicaine. 
' Cependant uûe arniéç nombreuse s'était for- 
mée sous rinspectioû dps coQimissairés repré- 
sentants^ ^t sous les prdres.de trois généraux 
répuhflicains j Chalbos, Chabot et Westerjpaïui. 
Résolu^ c|e portiejr un coup décisif, ils mar.chient 
xirprt sur ChaVillon , cette place d'arme des Veri- 
• déens. Le combat y fut long, et d'abord le 
corps d'élitfî des Vendéens le décida en leur 
faveur ; mais Westermano rétablit le combat et 
le laissa dputeijx. a reqt^'ce; dç h nuit, L^s 



/^ 



DEPUIS LA rJ V O L U^-T I ON.- 169 

V€«dée«s restés majtares de Chatîllon , et jojeux vjit rp^ 
de k«r avantage r^'oubliferent autour de (|uel- '''^^* 
ques tonneaux ûe> Kqueurs fortes dont ils s'é- 
taient emparés, et Te sommpil de l'ivresse 'fut . 
pour eux cèJui de la mort. 

Wortermann, averti ^ revient avec i5 cents- 
liommes , %ionipe et égorge un avant^s^ioste , 
rentre dans Chatillon , tout y fut mis à feu et 
à sangJLes cbefs vendéens ont à peine le temps 
de se sauver à Mortagne; mais incertains de 
leur ' position , dès le lendemain les généraux 
se' décident à évacuer Chatillon, qui resta ua 
monceau de cendre, de ruines et de cadavres. 
La destruction «fut telle que les chefs ven- 
déens rentrant dans Chatillon , désespérant 
d'éteindre l'incendie, et repoussés par l'hor- 
reur des spectacles qu'ils avaient sous les 
yeux , l'abandonnèrent , et cette ville cessant 
d'êtreihabitée, un trait conservé à l'histoire par 
un témoin, peindra l'horreur. de cette guerre. 
Les- chiens des jidentours et ceux de là ville 
n'ayant plus de maîtres , s'en emparèrent; ils 
3' vécurent de la chair des cadavres entassés ; 
devenus féroces par cette nourriture accoutui- 
mée, iorsque longtemps après on voulut y ren- - 
trer , ijs se jetèrent sur les |)remiers ^ hommes 
qu'ils virent pom' les dévorer ; et, défendant leur 
horrible conquête, il fallut faire marcher un 



170 HISTOIRE DE F R ANGE, 

ViiiEp. bataillon arme pour extermineF ces derniers cr- 
'^^'' netnis. Ce témoin ajoute clés réflexions h*op justes 
pour que l'histoire ne les admette pas comme un 
témoigna^çe et comme un avertissement salu- 
taire , s'il était possibleque la postérité fût con- 
damnée à revoir ces tristes et désastr'euses ca- 
lamités» ' * 

« Cet affreux sjstème d'incendie » inventé 
par Robespierre et ses adhérents , était d^autant 
plus absurde , qu'en poiHant à la France des 
coups moitels , il ne remplissait nuHement le 
but qu'on s en était proposé ; au contraire , les 
malheureux , dont les femWes et les enfants 
étaient égorgés , dont les maisons étaient in- 
cendiées, n'étant plus retenus par aucun lien, ne 
possédant plus rien en propre que leurs fusils, 
s'abandonnaient à touslestransports du désespoir; 
et, s'attachant aux armées qui seules pouvaient 
leur donper une existence , ,devenaienf alors 
de vrais soldats d'autant plus redoutables qu'il 
ne leur restait qu'à se venger ou à mourir les 
, armes à la maip. » Une a^ulre considération seule 
eût dû prévenir ce système absurde : la crainle 
des représailles. 

Wesiermaon venait d'ètré destitué , et bien- 
tôt , dief trop peu docile ou témoin dangereux * 
il fut aunombredes victimes militaires que l'in* 
quiette tjTannie des dominateurs immola à sa 






DEPUIS LÀ RÉVOLUTION. 17I 

tranquille autorité. Les généraux Lechelle et viii/p. 
Baupui comnfiandaient Tarniée républicaine ; et , ^^^^' 
pressés par les ordi^es de la convention, qui 
bientôt décréta le jour que la guerre de la 
Vendée devait finir, ils marchèrent sur Mor- 
tagne et Cbqlet , où s'était rassemblée Tarmée 
vendéenne. Le choc fut comme tous ceux de 
cette guerre où la fureur des partis combattait. 
Un mouvement que fit Lechelle pendant Tobs- ^5 ^ct 
curité de la nuit qui n'avait pas mis fin au com- 
bat, tourna Paile vendéenne que commandait >^ 
FEscure blessé à mort. Ses troupes fuyent, et 
)ts républicains entrent dans Mortagne. Le len- 
demain Cholet fut emporté ; et , tandis que la 
i'âge y exerçait des horr-eurs qui surpassèrent 
toutes celles dont là Vendée était le théâtre, 
l'armée vendéennev reparut , et le combat re- 
commença. D'abord son aile droite enfonça les 
yangs républicains; mais, à la gauche, les ba* 
taillons de Mayence , soutenus de la cavalerie, 
enfoncent par trois charges consécutives tout 
ce qui est devant eux; en vain les chefs veulent 
rallier les fuyards et faire avancer leur cavalerie. 
Elle s'était retirée à Beaupreau ; alors à la tête 
d'un escadron, ils cherchent la /mort, , et plu- 
sieurs la^ trouvent. Boncharop et d'ISlbce tom- 
bent ; Laroche-Jacquelin resté seul , retire son 
aile droite à Beaupreau , et bientôt §e dispose 



y 



l'J!^ HISTOIRE DE FRANCE^ 

yiiiEp. il passer la Loire , et donne le readez-vous gé- 
néral.à Saint-Florent; là étaient renfermés tous 
les prisonniers faits sur les républicains, et déjà 
les Vendéens, avant d'abandonner leur pa;ys , 
avaient prononcé leur arrêt de mort. L'Escure, 
blessé et mourant , se fit porter au conseil de 
guerre ; armé de cette éloquence que donne 
l'humanité, compagne du vrai héroïsme, son 
ascendant remporte, rafïicux dioit de repré- 
saille consentit à lâcher sa proie, et plusieurs 
milliers de Français sauvés, honorèrent la tombe 
d'un jeune guerrier qui survécut «j^eu à cette 
vraie gloire. Les derniers bateaux, chargés de^ 
vieillards , des femmes , des enfants qui , fuyant 
leur patrie incendiée , suivaient l'armée fugi- 
tive, passaient encore Ja Loire quand l'avant- 
garde républicaine parut à Saint-Florent. 

L'armée fui^itive des Vendéens' ressemblait 
plutôt à une nation émigrante, forcée par la dure 
nécessité à chercher et à concjuérir une' terre 
nouvelle , surchargée de vieillards , d'enfants , 
de femmes, fusant Jeur pays incendié; le dé- 
sespoir avait armé les femmes même. On vit 
à la tête des troupes une La Rochefoucaut et 
une sœur de l'Escure; celle-ci fut tuée en ral- 
liant les soldats dans une l>alaille,.et les rame- 
pant au combat. 

Peut-être un jour, lorsque le \erai antiquQ 



V 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. I^S 

des siècles aura passé sur ces événements , lavniEp, 
poésie épique y trouvera des sujets intéressants 
xpour nos neveux , comme te furent les poésies 
d'Homère pour les Grecs. On- y trouvera un 
grand intérêt harional ; cFtrn-'côJé , Phéroïsme^ 
chevaleresque; de l'autre, le courage tenace 
du caractère républicain; et Ton admirera que 
la tuême nation modifiée 'j>ar des opinions drf-. 
férentes , ait donné des modelés de'VertUj ou du 
nibltis des qualités guerrières ; car. le nom de 
vertu peut rarement honorer le» feits d'armes 
des deux partis', comme dans les guerres ch; 
viles de îous les peuples, les fureurs de Mars 
flctrissentscsIkuHe'rfe!. Trop souvent et de part et 
d'autre, les massacres soui^ le nom de repré- 
sailles, les embrasements, les pil te ges, les ou- 
trages à lu nature, aux. mœurs, à la pudeui.' 
tl à l'humanité', la destruction sous toutes les 
formes, couvrirent de sang, de cendres et de 
deuil les contrées qûela gloire et la valeur de* 
^combattants auraient pu illuâtref'. 
' La nouvelle situation des Vendéens semblait 
désespérée; et cette troupe, poursuivie par une 
aVmée victorieuse, semblait une proie facile à 
'saisir pour finir la giierre. • ' 

Les Vendéens entraient Céti9y xln pays étraiî*- 
ger pour eux; ils n'avaient, nr vivres, ni niu- 
nitions, ni place. Lç courage leur donna tout*,. 



Î74 HISTOIRE DE I^RAKCË, 

viUEp. et leurs nouveaux combats étonnèrent la France 
''^^* et l'Europe. La plupart de leurs chefs étaient 
hors de combat , Laroche-Jacquelin seul était 
en état de commander et d'agîr. 

Leur première action de guerre fut de s'as* 
surer d'une place d'armes. Après leur débarque- 
ment, ils s'emparèrent de Varades, près d'An- 
cenisqui fut emporté de vive-force. Ingrande, 
• Segré , Condé cédèrent , Château-Gontier ré- 

sista en vain. A Laval , une réunion nombreuse 
de gardes nationales ne put défendre la ville* 
Laroche-Jacquelin s*y trouva à la tê(e de trente 
mille hommes et de douze cents cavaliers. 

L'armée républicaine qui le poursuivait pa-^ 
rut , et l'armée vendéenne marcha à sa ren- 
contre. Le combat fut un des^plus longs et des 
* plus rudes de cette guerre?. Les Mayençais s'in- 
dignaient de trouver encore des ennemis en 
face, où ils ne croj^aient (](u'ajteindrè des fuyard$. 
Le feu cessa; on en vint à l'arme blanche; on 
/ se prit corps à corps; on se poignarda avec la 
baïonnette. Stoflet, après six heures de mêlée, 
fît un détour avec quinze cents hommes, prit 
les Mayençais à dos et en flanc ; attaqué^ et 
rompus, un grand nombre périt; le reste se sativa 
il Châteap*Gontier. 

Ce fut alors que l'on put croirç à Paris que 
la Vendée était , selon l'expression usitée alors. 



i 



*795« 



DEPUIS LA REVO LU,T ION. ^J^ 

Uiïct hydre aux têtes reaaîssantes. Peu de jours vim:^ 
ayant, on avail représenté les Vendéens fuyant 
dp leur pays après deux défaites. Qa les voyait 
^UT'.uae terre étrangère , entourés dUiabitants 
aroiés qui ne pouvaient qu'être leurs ennemis ; 
on les Voyait CQrpme une horde fugitive et 
chassée sans vivjnes^ sans munitions de guerre $ 
presque sans armes » partout sans asile; et peu 
jçle joqfs ensuite., ils sont proclamés vainqueurs 
de cette nième armée de Mayence , l'espoir 
de Jarrépubliqi^ et Télite de ses. guerriers. L^s 
succës des armés vendéennes ayaieht réuni à 
eux les méconteots du nouveau pays où ils com- 
batta.ient« Dix mille étaient venus les joindre. 
Ub^ troisième victoire que décida la pré- 
sence de l'Ëbcure » qiû.se 6t porter mourant 
dans les rangs de ses soldats éûrftplés , leur li- 
vra Laval et Cbâtpau-Gontier ; enfin une qua- 
trième bataille , à Ërnée, ayant ,encore été à 
l'avantage des Vendéea3 ^. Jes villes de Dol , 
Avranches ouvrirent leurs |)ories ; Fougères fût 
emporté d assçiut. 

L'indiscipline et Timpérltie furent catisede, 
la défaite de l'armée républicaine;.. elle marr 
chait négligemment à l'ennemi le long du grand 
chemin sur *une seule colonne. L'ayant -garde 
>rivfpienjt attaquée , se renvei:sa ^ur la tête de 
la cplonue , «t bientôt, par l'eâet connu des mûji^ 



yniEp. vements de terreur cornfniini'qtiés, tmit fut efi 
désordre et bientôt en déroute. Le général Le- 
chelle , pla^e piar les-jàé^Mns de Paris, Se ^t 
înstice ; 'et donna sa dérnîsàioiii.t^ariïîée^^e ré* 
tira sur Aù^é^Si- J^arhaîs lés aftiiiresdes V^ii- 
èléens n'avaieirt été dànô'uii élat si ftorissahf. 
Le pasèhge? de la-Lôîrey éri écyrtiint les Vendéens 
ffè letir pajs, tes avait liés è*^k('fdrtuû« de;l^tT^f^ 
fchefs; ils ne pouvaient plus rétolirtièr à' lèiirfe 
Fojérs. Après lé combat , ce S*^ïa?i* plus' deè 
liomrhes rustîtjties'rasseitïblés^jkMli^'uA eôiij^'cte 

^ itiaîn, et dispersés'par la iiéeeSsîté des subsis- 
tances; aguerris par deux fatt^pagnee e't 'd^s 
combats journaliers, c'étaient alors .des sôtèM^s 
endurcis aux travaux et accontumés aiix'reréi^ 
et aux alartneéi n-ayant plus rien à pferdrêj et 
ne pouvaîit vivre ^tie de léur'épée. " 
' ' Am ë$'raffkii é de Laval , les 'chers tinretit^côn* 
^eils; les uns voulaient rétournei^ datis la Vén* 
liée ; des avis plus audacieux proposent de mavi 
elve^stair P<iHs.' L'ârinée était àlôï^è de 40 milfe 
hommes, trois fois victorieux d^uis pe» tte 
jôufs. Les varries conjectures sur toutes les 
chances dG< làf probabilité, sont des dissertations 
jpolitiqùesc^iei'hTStôire abandonne. 

©es causes plus réelles influaient alors sur 

les évérieniïé'ritè^ef sui^ les détermitiationsiç le 

TCdbineÉ -brîtannî^'ue ne perdait pas de vue la 

^ ' guerre 



■t* 



I 

1 

PEPUIS LA REVOLUTION. 177 



jBjnerre civile de France. Tant que les succès viiiïïp. 
furent balancés, il offrit des secours; mais dès * 
que Tarraée vendéenne approcha des rivages de 
la mer , les communications furent plus intimes. 
On prépara ub grand armement dans les ports 
de l'Angleterre ; on forma en corps les Fran- 
çais émigrés ; on annonça des efforts et des se- 
cours, dont la mesure et l'objet furent connus 
quelque temps après à Quiberon ; etVest à ces 
considérations qu'il faut attribuer sans doute la ' 
faute que firent les Vendéens, en se détermi- 
nant à une entreprise sur Grandville et sur 
Saint -Mcdo,. Les Vendéens n'avaient point de 

yfloltes, et leurs conquêtes, s'ils eussent réussi, 
ne pouvaient être gardées que par les escadres 
anglaises. 

On se décida d'après l'espoir que donnèrent 
les apparences d'une communication facile avec 
une grande puissance maritime. 

V Grandville et Saint-Malp, placés au fond du 
golfe que ferment les îles de Jersey çt; pre- 
nesey, communiquent par elles avec les côtes 
méridipoales de la Grande-Bretagne, et tous 
iès,ports qui y sont situés, Grandville, d'un plus 

. fiicile accès,, dut être attaqué d'abord, et le suc - 

. ces de;celte entreprise devait^ décider de celle de 
Saint-Malo. 

Les Iwbitants de Grandville s'armèrent ,et se «/> «o^- 
Tome IF. 12 - 



178 HISTOIRE DE iFRANCE, 

viriEp. réunirent à la garnison. Un officier' municipal 
•79^. revêtu des marques de sa dignité , fut tué sur 
les remparts , ordonnant les moyens de dé- 
fense. 

La cavalerie vendéenne se déploya en avant 
des faubourgs de Grandville; puis l'infanterie 
tenta Tassant, mais sans succès. On s*étaît em- 
paré des faubourgs; mai^ personne dans Par- 
mée" ne connaissait l'état des fortifications de 
la place. Elle fut attaquée trois joui^ de suite 
par le côté le plus fort, et la valeureuse dé- 
fense des habitants et de la garnison , sauva la 
ville. Cet échec rétablit les affaires de la répu- 
blique. Les succ^ës suivis sont nécessaires aux 
partis qui lèvent l'étendart de l'opposition contre 
les gouvernements étabh's. L'opinion qui seule 
leur donne des renforts, s'éloigne ou se rap* 
proche de leur cause avec la victoire. Cet échec 
reçu devant Grandville, assura tous les dépar- 
tements du Nord qui , à la première nouvelle 
du siège, en attendaient l'événement. 

La flotte anglaise, après avoir croisé quelques 
jours pi la vue des îles de Jersey, rentra dans ses 
ports ; et quoique les Vendéens eussent obtenu 
quelques succès sur l'armée républicaine, à Dol , 
leurs affaires allèrent, toujours déclinant depuis 
la levée du siège de Grandville. 

Plusieurs causes avaient concouru à leurs 



I>ËPU IS LA RÊVOLUt^ON* IJÇ 

premiers succès. D*alK)rcl, la composition des viiiHjj. 
armées de la république , levées à la hâte dans 
Paris, ou formées de réquisitions/ prises sur 
place , dans le pays même qui était le théâ- 
tre de la guerre , et par conséquent compo- 
sées d'hommes souvent d'opinions opposées à 
celle du parti qui les forçait de combattre. Le 
choix des généraux que la méfiance dictait 
plus que toute autre considération. On, ne peut 
//(Oz//er, écrivaient, après la déroute de Vibiers» 
les représentants commissaires Bourbotte et 
Thureau , on ne peut douter qu^il n existe 
dans notre armée une foule de contre-réçolu^ 
tionnairés qui ^ en pillant les maisons des \ 
meilleurs citoyens^ et en violant leurs femmes 
et leurs filles y cherchent à faire tourner contre 
n&ns les armes des habitants du pajs , ces scé- 
lérats sont parvenus à faire fuir les troupes 
chaque fois que les brigands s^ approchent. 

Cette confiance mutuelje et à Tépreuve , qui 
fait qu^au moment du combat les hommes 
comptent l'un sur l'autre, et s'assurent ainsi daps 
le poste qu^ils occupent, faisait la force des sol- 
dats vendéens , et manquait tot^^lement aux ai:- 
mées républicaines; composées de corps -incon- 
nus l'un à Tautre., et que l'opinion et l'esprit 
de parti ne ralliait pas., 
• . Au moment oii le siège de Gràadvill^ fut in- 



l8o HISTOIRE DE F R A N C Ê> 

viiiÉ^. coTisidérèment résolu par les chefe tle la Ven«* 
' dée , lUi autre plan plus hardi avait été pro- 
posé, c^était de marcher, par les départements 
du Nord , sur l'armée de Jourdan , et fa mettre 
ainsi entre deux feux. Ce parti qui eût coupé 
A l'armée du Nord de la capitale , tut heuretise- 

ment rejeté. La réussite eût ouvert les* barrières 
de la France à rétranger, et déjà les succès de 
ia" bataiUe xle Watigni étaient balancés par des 
revers. r . : 

Après la retraite des ennemis au-delà de la 
Sflmbie, Jourdan avait refusé de' la i)asser pour 
aller les attaquer, avant (Qu'une forte diversion 
dans la Flandre maritime, y eût retenu les ren- 
forts <jue' les généraux autrichiens auraient pu 
tirer de cette partie. 
i.eïbiu. Cette diversion s'opéra par une attaque «ur 
ai; orto. toute la ligne ennemie, depuis Arlenx jusqu'à 
Bailleul; tous les postes ennemis, à Varî^etoh , 
Fjiïrnes , Commines ^ Poperingue , furent en- 
. levés ; sept pièces de canon restèrent aii- pouvoir 
^ des Français , et les Autrichiens furent j par ces 
^ mouvements , forcés de lever leur camp de So- 
îème et de se rapprocher de Valencieones. . 

Malgré ces avantages , l'état de Fermée de 
Jourdan était tel , p^ le dénuement de tous les 
moyens pour se porter et agir en avant, que 
les commissaires représentants , par un arrêté 



« 



Dl^fV.l S LiA :5R É T.OLVriOλ. l8| 

motivé i tl tjiii prouve aa$ez combien les gé- vnvRp. 
néraux craignaient de compromettre Içttr, res* ^^^' 
pms^bëiké 9 déoidèl'çnl ùa^ t^otivenriènt' rétro- 
grade <i.i]i;rèpQrta ceitç '»i>m^e dans> les même^r 
positions, qu'elle occupait ^^vant la viètoj]?e.cdQ 
Watîgm\)v : • n. •-: - ; . :. ■ . ^..î...i.": --i 

.Quatre mille^hommesqtii occupaient eH^vant 9 trum. 
le'cpQSte de Marchiennes >.y iucent.atlaq.iies' pai» 
des Forces trës-su péri eurës. Qb liges dé ise-irc*iner 
dans laivilie» le^cooibai y fi^t un massacre « où» 
plu& de kr 'moitié' lurexit tués; eki .CDmWttant 
tiaBis>i)es .1 ues , le reste l,^pres<}ue tout defblessés y 
futfpjrîs. 'Depuis Ja riHn :tj»^{(]ue ^de Mari^^An^f 
toifiette bette guerrélàvattjprisunraractère^de; 
liaine et d'exterminatiô», 'Lés Français fuçenf 
aussi foiroés à lever le siège de Nieuporf^dans 
ces aIteiiÈ)atives de marches et de retraites , les 

4 

combate journaliers tie décidaient ri,ctn^|^et;OûBà* 
taient aux nrations beauffoup.desarigw >a >.t •• 

L'aripée de Jourdau) était, postée ajaufe 3on. 
centrera Giiise, où était ie quartier^gfç^érali 

Le prince de Wurtemberg, avec un corps de. 17 M. 
trente mille hommes détachés de la grande àr- ® *^^* 
mée autiichienne, ^ttaquaaiC toute la: ligne* de$ 
postes français ', fut piartoXi t. repoussé;^ fiprès 
un combat. longtemps douteux^ etiqiKT'xlécl-* f-»"* 
dèrent jplusieurs charges d- un ^ corps de- eava- «aidsw 



\ 



l8â HT î S T O I Rï 'd:E FRANCE, 

vruEp. lerie légère, qui n'arriva que vfers la fin de la 
journée. ** - ... 

" Pour réparer cet échec-, Par méfe. eût ière des 
alliés passa la Sambre , prit position '^' Beau- 
mont, d'où eHe se pdrti^ en avant jusque: près 
de Saint-Quentin, et ses postes firent contribuer 
des villages à deux fieues de cette pUlce. Ce 
tnouvenaertt hoits de mesure ,u'avâit pour ob- 
jet que -dVssurer rétablissement des quar liera 
d'hiver en arrière ; maïs sur la ligné frontière 
du lÈTritGJTe français. Cette ligne de cantonne- 
xnent^duvent attaquée (la rigueur de :la iaison 
ralentit peu ja guerrei) ^-s'étettdil dèNainur 
à F^iriies ; .passant* par Charleroi> Mezières ^ 
^ Beanmont, Bavai, le'Quesnoy, Valentiennes , 
Templbuve , Pôperingue , que les alliés ve- 
naient - de reprendre après une action san- 
glante .à Hondtschoote. Tous ces lietijc déjà 
signalés pendant cette, campagne par des suc- 
cès, étrpjar des revers de chaque parti, furent 
encore, pendant cet hiver, le théâtre de com-v 
bats indécis et sans résultat fi:énéral. 

L'armée de Jourdanse divisa en trois corps; 
le premier, plus en force , se porta en avant de 
Lille y au camp de Cisoing, que les alliés ve- 
nait cPatandonnen Un autre corps: lut placé 
entre Bouchain et Cambray , pour arrêter les 






DEPUIS LA REVOLUTION. l83 

courses continuelles des troupes légères dans le viiiEp. 
Cambresis; au Nord, dans la Flandre maritime, '^^ ' 
la troisième division de l'armée se retira vers 
Dunkerque , et occupa les camps de Rosendael et v 
de Hondlsclioote. Tous ces corps furent tenus 
en activité. Le comité de salut public méditait une 
campagne d^hiver et l'invasion de la Flandre 
par les pays maritimes. Les succès de l'armée 
de la Moselle pouvaient faciliter ce projet. 

Cette armée, après plusieurs incursions dans 
le pa378 occupé par l'armée aux ordres du gé- 
néral Bçaulieu , l'avait obligé à se retirer au- 
delà de Philippeville ; et en même temps une 
division conduite par Hoche , avait attaqué à la 
droite le corps commandé par le général prus- 
sien Kdlkreut,qui faisait partie de l'armée de 
Brunswick , couvrant la droite de Tarmée de 
Wurmser devant Strasbourg. 

Les Prussiens attaqués dans leurs positions as bm; 
près de Bitcli et de Blies-Castel, n'y furent pas '^ 
forcés; mais se retirèrent pendant la nuit qui 
suivit le combat, soit qu'il eût rendu cette re- 
. traite nécessaire, soit que les plans combinés 
entre les deux puissances alliées ne fussent pas 
d'accoixl avec leurs intérêts particuliers. Ce 
mouvement rétrograde des Prussiens laissant la 
droite de l'ai^mée autrichienne à découvert,^ 
l'oblrgea bientôt de s'éloigner de Strasbourg^ 



nfiv» 



i 



^ 



184 HISTOIRE DE FRANCE; 

VTiiEp. et de se resserrer dans ses positions en arrière 
'^^^' de Hagueneau ,♦ qialgré la reddition du fort 
Vauban, jadis Fort-Louis , qui venait de capi- 
tuler, laissant sa garnison de quatre mille hommes 
prisonnière. Landau était toujours bkx}ué; mais 
les efforts de l'armée qui l'environnait ,- ne me- 
nacèrent jamais la place. La même division d'in- 
térêt craignit de laisser cette jx)rte du territoire 
français au pouvoir d'un allié qui bientôt devait 
cesser de l'être. 

Le parti dominant dans la convention , ou 
plutôt la dominant (car Robespierre et l'anar- 
chie n'avaient plus de contre-poids ) ce parti que 
l'on peut à cette époque nonjmer le gouverne- 
ment y rassuré sur les ennemis du dehors , ne 
songeait plus qu'à établir et consolider sa puis- 
sance. ' 

Son système unique était la terreur, et ja- 
mais une arme politique n'eut un effi?t si 
prompt > si général et si sûr : une tête tombée 
en faisait courl>er mille, A l'acpect de la hache 
devenue judiciaire , ce* sentiment de crainte 
et de respect que Tappareil de la jtïstice 
publique impose , glaçait tous les cœurs , 
et disposait de tous les bras ; les uns , au pre- 
mier si^^nal et souvent sans l'attendre , vo- 
laient aux frontières comme dans tm asile ; 
les autres, retenus près des exécuteurs , prê- 



DEPUIS' LA REVOLUTION. 



S5 



taîent leur mîriistërd aux meurtres, consacrés vniFp, 
par une apparence et par des formes légales; *^ 
et lés victimes désignées n'ayant de recours, 
ni à des lois ) ni mêtnê à une force publique, 
se résignaient sans résistance , et en appe- 
laient, en expirant, à la juislice divine et à la 
postérité. -'^ 

Trop de monuments écrits , contemporains 
et publics , restenl de ce temps de convulsioa 
soriafe ; trop d'archives sont dépositaires des 
actes de la barbarie, de Tatroce illégalité, de 
l-éppreission à la fois systématique et vengeresse « 
que ron;fit •j)eser politiquement et méthodique- 
ment sut' là 'France républicaine, pour que 
l'histoire soit condamnée à nombrer nominatif 
v^ment les forfâiià^ juridiques des commissions j 
appelées tribunaux révolutionnaires ; qu'il suf- 
fise de léguer mi« générations le souvenir du 
courage passif k\ed victimes qui surpassa Tinfa- 
tigable activité; des piges. 

A Strasbourg, plusieurs têtes : furent abat- 
tues sur la place jTUpblique; et, .l'instrument fa- 
tal promené ensuite dans' les habitations du 
culdvâteur, alla chercher sa proiedans les fermes 
et dans les ateliers rustiques. Cefut alors que 
se fit cette prodigieuse émigration des départe- 
ments du Rhin, qui- confondit tous les états 
dans une autre égalité; celle de l'infortune, fit 



"A 



:i86 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. passer à l'étranger , le prêtre , lartisan , te 
noble , le fermier , le propriétaire , Thomme 
de journée. L'armée autrichienne, qui leur 
donnait passage, put croire que la France lais^ 
sait déserter vers -elle tous ses défenseurs, et 
dépeuplait elle-même soa territoire. Cette énai- 
gration locale fit passer en Allemagne quarante 
mille individus. i 

A Lyon, il sembla que l'on voutût détruire 
la ville même ; et longtemps après, lorsqu'eofin 
le pénible recensement de tous les actes san- 
glants de l'anarchie , fut présenté à la tribune 
de la convention délivrée , l'orateur rapprochant 
les faits, les ci rco.ns tances, les indices, les in- 
térêts surtout, n'hésitait pas. à annoncer que le 
crime de Lyon était /l'être le centre dç l'indus- 
trie du commerce, et la source d'une richesse 
d'exportation enviéeet désignée par unejagencp 
6ecrèté rivale et ennemie de l'industrie et du 
commerce de la France. Les pliis opulentes 
et les industrieuses tamilles de Lyon , périrent 
par le fer; trop lent , le feu de la mousquete:- 
ïie y suppléa, et bientôt après , le canon chargé 
à mitrailles, fut employé pour hâter la destruc- 
tion. Ce qui restait de maisons de quelque ap- 
parence, apl^ès le bombardement, fut démoli; 
des taxes arbitraires ruinèrent ceux à qui on 
^ laiêsa la vie j le négociant resta sans crédit; le 



Z' 



l' 

DEPUIS LA RÉVOLUTION. Ï87 

InânuPdcturierr sans ateliers et. sans capitaux ; vincp*^ 
l'ouvrier sans travail , et celte inscription qui '^^^•' 
dut être iélevée .sur les ruiaes : Lyon Jit la 
guerre à la liberté y Lyon n^est plus y fut eflPec- 
tuee avant même d'être érigée. ... 

A Toulon, les commissaires délégués par la 
convention, ordonnèrent que tous ceux qui 
•avai<înt porté les armes pendant le siège 
eussent à se rendre sans- armes dans une 
plaine indiquée piès de la ville ; il .s'en trouva 
Ktîit tnille ; ce nombre étonna; on jeta le sort ; 
trois cents furent fusillés, 

AAîx,jà Marseille, les exéciitions n'eurent 
li^u qu'eût détail; 

. Bordeaux expia par des supplices -et par de 
fbrtes taxes , ses menaces sans effet et sa révolte 
«ans action. ' ' : 

Les massacres dans la Vendée ne se faisaient 
fcnc^re que sotrs la forme d^exé<mlion. mi li taire j 
' Dans les autres départements de l'ouest , lea 
prisods se remplissaient ; mais le sang coula 
moins. ^ 

^ Dans ceux, du ntard, l'anarchie déploya toutes 
ses fureurs , surtout p^r ses forràes plus ef- 
frayantes et pîUB pionstrueusés : on y vit ies 
prêtres enchaînés deux à deux , et exposés à la 
risée du peuple. Pèii de propriétaires échap- 
pèrent aux angoissjes d'une longxte détention. Sur 



ï88 HISTOIRE DE .TRAî^C;E, 

viiiEp. toutes lés frontières y la mort ne moUâpoeait 
'^^^' qu'avec la faux de la gueiire , quoique Kin^trwt 
ment fatal fût en ])ernian0oce.à la suite des 
armées , et que l'on eûr^vu des ai^eiS: aller 
prendre , dans les rangs et derrière les redoU.teç 
qu'ils tléfeqclaient i des 3oWatK accusé;^, au.dé- 
elarés su^p^cts. «' .. 

Du centre de cette circonférence, Pariç, eii-» 
voyait la terreur sur tous les rayons, La con- 
vention semblait donner Texenaple deijsacrifices% 
Quatre: de ses membres , les .plus renommée 
par leur patriotisme > et même ainsi t^)Q4.4? 
iiommart alors. par leur jacôbinisiïife/ifureïit'ar- 
rêtés par un ordre seul du comité jde .«ui'etéjgéf 
nérale. . • ; / .-/.-. v ' > * ,;m'[ . 

' Un court rapport en renditxompte ^ san» exà} 
men ni discussion. Bazire, distingue parmi, ieç 
montagnardsTomm^ crêtars ; e'est ainsi qu^ se 
désignaient eux-mêmes oeùx .qui habitaient. i/a 
crête de la 7wb/i//7#«e , s'était signalé dans,pflu- 
sieurs crises révolutionnaires. Envoyé à Lyon^ 
ses rigueui's sans motif avaient révolté le3. habit 
taats y et décidé les événémeots' du 3i mai. Il 
avait sollicité un décret d'amnistie ea .faveur de 
Jourdan d'Avignon j celui qu« l'on siiroo^Qid 

.Chabot sorti du cloître , s'étaitt6u|ours signaf^ 
parmi les jacobins par les plus incendiairçs i»Or 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 189 

tiens; maïs, fâtîgué de Passervîssement de* ses viilEp. 
c<rflégues, il avuittjsé dire que s'il n'existait pas *^ 
de côté droit , îl ^n formerait tin à lui seul , et 
cette apparence de remords, fut son crime. Celui 
qui lui était imputé fut une yaste conspiration, 
dont lui-même , avec Bazire , furent les dénoncia- 
teurs , mais de laquelle on les supposa complices. 
Les deux collègues qu'ik accusaient étaient Lau- 
nay d'Angers et Julien de Toulouse, tous deux 
membres connus et renommés du club des jaco- 
bins. Lé premiet*, ancien magistrat; le second , 
ministre de la religion protestante , réussit à se 
dérober au décret d'arrestation; les trois autres 
]>rolongèrent encore quelque temps leur vie 
dans les prisonis, jusqu'au temps où Danton suc- 
combant sous son rivicil , fut conduit au supplice; 
accomj)agné de ceiix que l'on appela alors ses 
complices. 

Ainsi se vérifiait cette prophétie d'un orateur ; 
que la révolution, comme Saturne, dévorerait 
ses enfants. Déjà la multitude familiarisée avec 
l'instrument du supplice , n'y voyait qu'un spec- 
tacle ; et la raîllerie se joignant à l'inhumanité, 
les chariots de mort qui traînaient les condam- 
nés étaient suivis et précédés d'une foule nom- 
breuse , mais toujours composée des niêm^s . 
hommes, insultant par des sarcasmes, injurieux 
et plaisants, les victimes, la plupart calmes et 



IÇO HISTOIRE DE.F. RANGE, 

Vin Ep. dédaigneuses. Nuls souvenirs n^intéressaîent plus 
le peuple en faveur de ceux q^'il nommait ija- 
guëresses amis et sçs défenseurs ; Texcës même 
des rigueurs judiciaires et la multiplicité des sen- 
tences (le mort , semblait les motiver. Il faut 
bien, disait-on , qu'il y ait des conjurés, des 
conspirations et des coupables , puisqu'il y ^ 
tant d*accusés et tant de victimes. Cette opi- 
nion fut même établie chrz l'éti-anger. Dans 
Péloignement , il lui était plus aisé de croire 
à des délits politiques qu'à des tribunaux entiers 
de juges prévaricateurs. 

Parmi les procès qui se succédaient journel- 
lement au tribunal , et dont le nombre interdit 
à l'histoire le recensement et les détails. Quel- 
, ques-uns des condamnée, plus connus par leurs 
actions ou par leurs emplois , fixèrent l'attention 
publique. 

Laverdi , ancien minisfre sous les rois, retiré 
depuis longtemps dans ses propriétés, âgé de 
soixante-dix ans, n'avait pris aucune autre part à 
la révolution que de se laisser nommer com- 
mandant de la garde nationale de sa com- 
mune. 

On intenta contre lui l'absurde ^t ridicule 
accusation d'avoir voulu amener la famine , en 
jetant des blés dans un bassin de son jardin. En 
vain l'infortuné vieillard observa que ce bassin 



DEPUIS LA HÉVOLUTION. I9I 

n'avait que vingt pîeds de diamètre et deux viirtp. 
pieds de profondeur, et qu'il était situé sur le *^^^' 
bord de la voie publique. Les rumeurs , popu- 
laires trop justifiées par des Faits, avaient accusé 
les derniers temps du règne de Louis XV, d'un 
système de spéculations sur les blés. Des témoins 
au procès ju'oduîsirent des preuves grossière- 
ment compliqiïées d'un pacte que l'on appela 
pacie de famine , fait dès Pannée 17:29, et re- 
nouvelé tous les douze ans, avec qucitre entre- 
preneurs, poiu' tenir les subsistances à haut prix 
dfîns toute la France. Cette imputation faite à 
un ancien ministre, était trop à la portée de la 
multitude pour n'en pas être accueillie, et il en sfrîm. 
fut aisément victime. Dès le lendemain, un dé- 
cret ordonna que tous les fermiers^généraux , 
les . intendants , les receveurs - généraux des 
finances, seront mis en arrestation. Ces décrets 
étaient déjà des sentences dont l'exécution était 
seulement ajournée. 

Peu de jours après, on vit comparaître, et, 
selon Texpression du ïtioiw^ntj occuper le [fàu- 
teuil y un homme que les premiers jours de la. 
révolution de France avaient rendu célèbre , 
Barnave , retiré à Grenoble , après la fin de 
l'assemblée constituante, trompé dans ses espé- 
rancesde liberté et de constitution, rie desirait 



/ 



iça HISTOIRE DE FRANCE, 

vixiKp. plus que l'obscurité. Cet asile, rarement celui 
d'une célébrité quelle qu'elle soit , ne futpas res- 
pecté; traduit au tribunal, il y retrouva toute son 
éloquence , qui ne put le défendre d'un jugement 
déjà prononcé avant de l'entendre. Un de ses 
anciens amis, et compagnon de ses premiers 
travaux révolutionnaires 5 se porta contre lui 
comme témoin. Après la sentence prononcée., 
Barnave lui tendit la main , en lui demandant 
la sienne. 

<f Je vous la donne, dît le dur républicain, 
mais comme Brutus à son fils. ^ 

Duport du Tertre subit son jugement le même 
jour; ir avait été nommé garde du sceau pen- 
dant l'assemblée constituante; revêtu de cette 
dignité |i l'époque de l'arrestation de Louis XVI 
à Varennes, on lui rappela qu'il avait déposé 
sut* le bureau de l'assemblée nationale le sceau 
de l'état, quoiqu'un décret le lui eût spéciale- 
ment ordonné. Depuis, révolté des attentats du 
2 septembre, il en avait dénoncé les auteurs; et 
dans toutes les occasions, il avait manifesté une 
opposition aux jacobins, qui ne pouvait lui être 
pardonnée. A la lecture de son jugement , il 
s'écria : « La révolution tue les lionKiies et la 
postérité les juge. » 

Kersaint aussi qui , par un mouvemcut incal- 
culé , mais généreux , ^vait donné sa démission , 

lut 



V 



V 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 198 

fut traduit et jugé. Il avait motivé sa démission vmEp. 
par une lettre datée du 20 janvier. Appelé à \a^ ^^^^* 
barre peu de jours après, il avait refusé de re- 
prendre sa place. 

Enfin un seul arrêté du coûseil-général de 
la commune, ordonna que tous les citoyens qui 
s'étaient trouvés membres de la Inunicipalité 
dont Bailly était maire, et qui avaient signe l'ar- 
rêté du Champ-de-Mfcrs, seraient traduits au 
tribunal révolutionnaire. Une foule de citoyens 
qui se croj^aient oubliés, furent tirés de leur 
fojer , et renfermés en attendant l'heure du 
tribunal. 

S'il fallait que le burio de l'histoire traçât tous 
les détails sanglants de cette terrible époque, 
bientôt émoussé , il ne^ lui resterait aucui\ 
moyen pour graver en traits plus durables, les 
événements militaires qui , aux yeux de la 
postérité , couvriront ces forfaits juridiques, 
comme ils les dérobaient aux yeux de l'étranger 
et de l'ennemi. 

Quoique les quartiers d'hiver pris par les 
d'eux armées , fussent souvent réciproqueiptient 
attaqués, chaque parti éprouvait le besoin d'un 
intêrvallp de repos, qui pouvait seul mettre en 
état de recommencer la .:^uerre au printemps, 
et chacun ne s'appliquait qu'à pouvoir ouvrir 
le premier la campagne. Cet intervalle à 

Tome IF. . i3 



s 



194 HISTOIRE DE FRANCE, 

ViiiEp. des mouvements trop prompts et trop décî 



/ 



^^ * sifs pour avoir pu être interrompu dans le 
récit , permet de le reporter aux autres exlré- 
îTiîtés de la France, où d'autres armées com- 
battaient aussi pour et contre la liberté des na- 
tions; 

L'ancien pacte de familfe qui liait les deux 
branches régnantes de la maison de Bourbon , 
avait été maintenu de faif par l'assemblée consti- 
tuante» lorsque , par un élan magnanime, elle 
tripla le nombre des vaisseaux dus par le traité 
à l'Espagne attaquée par l'Angleterre. Malgré 
l'éloignemeiit que la cour de Madrid manifes- 
tait pour les principes de la nouvelle consti- 
tution de la France, la crainte de TAnfifleterre 
'la rattachait à l'alliance de la république. Les 
événements de Varennes et du lo août ne l'en 
détachèrent pas ; mais en même temps la con- 
duite des ministres espagnols envers les Fran- 
çais qui se trouvaient établis en Espagne, pro- 
voquait une rupture , et la convention les pré- 
^1^3? venait toujours. La guerre fut déclarée à l'Es- 
pagne, et le même décret porta à cent mille, le 
nombre des soldats qui devaient être rasseuiblés 
sur cette frontière. * 

L'Espagne aussi n'avait pas négligé les usages 
politiques; on se servit des prêtres, et surtout 
des moines, dont l'autorité est reconnue, pour 



D li:PUIS L A Ki VGLUTI ON. ïpS 

exaller l'esprit du peuple, et opposer ainsi na- vïiiFp. 
tion à nation ; on fit dans tous les paj^s une 
lecture publique du testament de Louis XVI, 
et Teffet de cette mesure fut prodigieux. La 
multitude s'anima d'une égale fureur contre 
tous les Français sans acception de parti ni d'é- , 
tat. A Valence , les maisons des commerçants 
français furent incendiées ; à Barceloune, plu- 
sieurs Français furent massacrés ; à Cadix, les 
biens des maison^ de commerce furent* mis sous 
le séquestre, et la plupart des négociants eurent 
ordi'e de quitter l'Espagne, et furent contraints 
de se retirer en France. 

Des cent mille hommes décrétés par la con- 
vention pour composer les armées d'Espagne » 
il n'en existait que trente-trois mille. 

On avait formé , ou plutôt désigné , deux 
armées sous le nom , l'une des Pyrénées orien- 
tales, ayant sa gauche à la Méditerranée , l'autre 
de^ Pyrénées^ occidentales , ayant sa droite à 
l'Océan ; les fronts des deux armées se prolon- 
geaient parallèles aux montagnes, de manière 
que leurs ailes opposées se rejoignaient vers le 
centre de cette étendue, où l'élévation des Hautes- 
Pyrénées rend les passages plus rax^es et plus 
difficiles. ' 

Lorsque la guerre fut déclarée à l'Espagne 
le 7 mai^, l'armée des Pyrénées- occidentales 



^ 



îg6 HISTOIRE DE FRANCE, 

ViiiEp. n'était composée que de huit mille hommes, 
^^^\ partie troupe de hgne, partie levée réquisition- 
naire du pa3^s. L'armée des Pj^rénées orientales 
n'était que de vingt-cinq mille hommes.. 

L'Espagne au contraire avait des préparatifs 
formidables , une armée de trente mille hom- 
mes , nombreuse en cavalerie et en artillerie , oc- 
cupait déjà les passages vis-à-vis Bayonne et de- 
vant Perpignan ; tme autre armée de même 
force menaçait d'une invasion ; et , par un 
contraste assez remarquable, autant la déclara- 
tion de guerre de la convention était d'un style 
haut et tranchant., autant le xnanifeste de-l'Es- 
pagne était plus même que modéré. Le rappro- 
chement de ces deux corps d'armée, et le but 
de leurs opérations, quoiqu'elles fussent indé- 
pendantes, obligeront de faire marcher de 
front le récit des événements de l'une et de 
l'autre àrmce. 

Si mars. Leurs Opérations, commencèrent à peu près 
à la même époque ; à la gauche , le général Sa- 
huguet fit une première invasion dans la val- 
lée d'Arran, et ramena quatre-vingts prison- 
niers. Ce léger avantage ne fut pas soutenu. 

ioaTrii. Une entreprise des républicains sur Saint-Lau- 
rent de Lacerda se termina par une retraite;, 
cinq compagnies françaises avaient attaqué six 
bataillons espagnols; ceux-ci s'emparèrent du' 



1 



BEPiriSLA RÉVOLUTION. I97 

poste important d'Astei^ils 7â(taquèrent ?â ^'ille viiiEp. 
dé Ceret ; là, les bataillons' natfonaux qui n'a- *^^ * 
vaient pas comme ceux dtt Nord eu les occasions 
de s^'aguerrir, se mirent en déroute, et la retraite 
fut couyerte par un baiaillon du régiment de 
Champagne,: commandé par Sauret, bientôt 
élevé au gracie de général. Les troupes en rè- «^ 
traite et e« désordre, se réfugièrent à Perpi- 
gnan , qui fut aussitôt mis en état de siège par 
les commissaires représentants, ' 

A la droite, en avant de Bayonne, Varmée avait 
été divisée en plusieitirs postes trop éloignés pour 
se soutenir. La! nécessitéde calmer les craintes des 
haljitantsdu pays , avait obligé de garder tous le» 
passages fcftte dispDérsion: devait amener des ré- 
vers. Le camp^établi au fort d'Andaye»fut atta- 
qué de^. hauteurs -dominantes occupées par les 
Espagnols ; une vive canonnade suffit pour faire 
abandonner le camp. Les Espagnols passèrent 
la rîvièi^e de la Bidassoa, et menacèrent le fort. 
Un chef de bataillon, nommé Willot, rallfaquel- a^arti^t 
ques troupes, et les Espagnols furent repoussés; 
mais le lendemain , il fallut retirer la position 
plus en arrière. Presque tous les généraux 
avaient été blessés. Le général en chef Du- . 
verger fut destitué et traduit à' Paris afu tri- 
bunal. . . • 

A la gauche du camp d'Andaye était le camp 



5o arril. 



198 .'HI S T OmvE DE F R A NC E', 

vitiEp. ^^^ Sarre , gardant le passage de la gorge 
»793. dç ]a Ver^. Ce camp fat .attaqué peu de 
jours après. Le général espagnol dora, Ventura 
Caro voulait tâter tou« les postes français pour 
juger quelles troupes il avait à combattre. Lé 
camp de Sarre ftat abandonné , et se replia en 
d<jsordre jusque sttr la ville d'Ustariz. Ce fut à 
cette retraite que se signala le brave Latour-^ 
d'Auvergne, qui dépuis refusant toutcommaq* 
dément , reçut de Bonaparte le grade unique de 
piremiergrenadier de l'armée. L'alarme se mit 
à Bavonne , où rien n'était en état de défense ; 
mais les Espagnols , après avoir, brûlé le* camp 
de Sarre , ne poussèrent pas leurs avantag-es ; 
^t le général Servan , î"ugjeant;iju'avant de 
mener ses troupes à Fennemi , il fallait les for* 
iner par Tinstruction et par^ la discipUibe , établit 
l'armée, dans un camp en ^vant de Bajonne, 
pour couvrir cette place. 

. Ainsi, dès le début de la campagne, lés deux 
armées des Pyrénées se trouvaient retirées sous 
Je canon de leurs places fortes, Bayonnè et 
Perpignan. Servan fut ensuite rappelé, et l'armée 
des Pyrénées orientales fat commandée par le gé- 
néral Deflers. Cette armée , outre les garnisons, 
ne consistait alors qu'en dix mille hommes dis- 
ponibles, dont quinze cents de. troupes de ligne. 
Deflers avait cependant remarclié en avant jus- 



DEPUIS LA REVOLUTION, IÇÇ 

qu*au Ma8-d*Eu , poste sîtué entre Perpignan vinHp; 
et Bellegarde. Quinze mille Espagnols, sur huit 
colonnes , attaquèrent, et tournèrent l'armée 
française. Malgré un premier avantage , le poste 
fut perdu; la déroute reporta les troupes d'abord "9»«'' 
jusqu'au camp , ensuite jusque sous les murs 
de Perpignan. La gendarmerie à cheval refusa 
de charger, et entraîna tout , entraînée elle- 
même par les cris accoutumés de trahison et 
de saui^e qui peut. Un moine espagnol, nou- 
veau Sinon , s'était introduit dans Parmée fran- 
çaise , et av^it réussi à gagner la confiance des 
commissaires représentants. Ses avis étaient cms 
et suivis; il servait cçmme chef de bataillon, et 
peu s'en fallut qu'il ne parvînt au commande- 
ment de Tarmée; il disparut, quelques temps 
après , dar^s une action , et l'on ne sut plus ce 
qu'il était devenu. 

Après la retraite du Mas-d'Eu, larmée es- 
pagnole entreprit le siège de Bellegarde ; cette 
forteresse est le premier poste avancé sur la fron- 
tière de France, et devait Touvrirà l'ennemi; il 
s'empara d'abord du village d'Argelés, sîtué sur 
le bord de la mer, et assurant la communication 
de Perpignan , qui se trouva ainsi coupée ; la 
garnison de cinq cents volontaires se retira sur 
Collioure. 

Pendant le siège de Bellegarde qui se pro- 



S.o6 HISTOIRE DE FRANCE, 

ViUEp. longea, les opération^ se continuaient à la gau- 
'^^ ' chede l'autre armée: un eamp était établi à Saint- 
Jean-Pied-de-Port , avec des postes en avant 
qui gardaient les défilés. Ces postes trop dis- 
persés au pied des montagnes , dont Tennemi 
occupait les positions dominantes, reçurent plu- 
sieurs échecs, aux Aldudes, à Saint-Michel , à 
Château -Pignon , seul chemin praticable pour 
l'artillerie. Le général espagnol Cardo résolut 
de s'en emparer. 

f juin. Les républicains furent deux fois forcés dans 
leurs positions ; le château pris , et la retraite 
en désordre se fit jusqu'à Saint-Jean-Picd-de- 
Port, où les troupes s'entassèrent, et où l'effroi 
les retint jusqu'à l'arrivée du général Dubou- 
quet. Le général La Genetière fut pris , et ce 
fut là que le brave Desolimes , qui , à latêtc des 
compagnies volontaires basques, avait entrepris 
une invasion dans la vallée de Bastan, revenant 
en hâte, au premier avis du désastre, tomba 
mort au pied d'un arbre, épuise de fatigue et 
de la clvaleur. Les Espagnols, encore une fois, 
ne profitèrent pas de leurs avantages, et le gé- 
néral Dubouquet eut le temps de reformer ses 
troupes. La honte, le regret des dévastations 
dont il» étaient témoins, les ramenèrent bientôt 
au cohibat , et à l'offensive qui ramena la vic- 
toire. A la droite de cette armée , le général 



r 

/ 

DEPUIS LA RÉVOLUTION. 201 

Servan entreprit d'eflfkcer ces désastres. Après la viiiEp. 
prise du château d'Andaye, les Espagnols étaient *^^^* 
restés maîtres du cours de la Bidassoa ; par une 
chaîne de postes, séparés ainsi de leur armée; 
on entreprit et oh réussit , à enlever tous ces 
postes ; et ce succès rendit la confiance aux Fran- 
çais aussi facilement que les revers précédents 
la leur avaient Fait perdre ; et ce fut alors que 
Servan fut destitué et conduit à Paris. Les gé- 
néraux Delbecq et Labourdonnaie le rempla- 
cèrent,' 

Plusieurs affaires de détail occupèrent les deux 
armées. Dans une de ces actions , on vit Lafour- 
d' Auvergne, la hache à la mrain, à la tête de 
ses grenadiers, s'effbrçant de briser les portes 
d*uhe église où les ennemis s'étaient retran- 
chés. Dans une autre rencontre où quatre 
inille hommes et quatre cents chevaux sortis du 
camp d'Irun , s'avancèrent stir les postes fran- 
çais , le général espagnol Caro n'échappa qu'a- 
vec peine. ' 

A cette époque , l'armée française s'étendait 
depuis la vallée d'Arran jusqu'à Andaye, forte 
d'environ trente mille hommes* 

De bons officiers^ se formaient en silence 
dans cette guerre continuelle de poste, par 
les exemples des Moncey , Latour d'Au- 



aoa HTSTOIBE DE FRANCE, 

yniEp. vergne i Willot , etc. ; le commissaire ordomia- 
'^^'* teur Dubreton avait ramené Tordre dans les ad- 
ministrations. 

Les représjentants du peuple établissaient 
leur puissance dans la partie militaire, Ferraud, 
à Saint- Jean -Pied -de -Port ; Garrau, à Saint- 
Jean -de- Luz; tous detix avaient des inclina- 
tions pures. Garrau exalté de bonne foi ne fut 
jamais persécuteur. L'humeur active et bel* 
liqueuse de ces deux représentants , mit bien* 
tut en mouvement toute J'cirmée. A la gau- 
che, tout se borna, à des affaires de postes, 
où les Français eurent l'avantage. Du côté de _ 
Saint - Jean - de- Luz , les opérations furent 
plus importantes. Le général Deprez-Crassier 
avait remplacé les généraux Labourdonnaie et 
Delbecq, morts. On concerta une entreprise 
pour s'emparer de tous les postes espagnole 
établis sur le bord opposé de la Bidassoa. Le signal 
d'attaque fiA donné hors de temps ; l'entre- 
prise échoua ; ce contre-temps , qualifié de tra- 
hison , servit de motif à l'arrestation de Deprez- 
Crassier, de Willot et de plusieurs officiers. Le 
, système de dénonciations et de terreur avait pé- 
nétré dans ces armées lointaines. 

i( Du sein des sociétés populaires de Bayonne , 
de SaintJean-de-Luz , de Pêe, des hommes dé* 



DEPUIS LA REVOLU TiaK, 2o3 

voués aux maximes du temps, soufflaient, dans v^iE^f 
J'armée , des poisons dont la violence corrompait- *^^^* 
Jes idées les plus saines de la raison, étouflaienÇ 
les sentiments généreux. Heureux qui , dans 
cette époque de crimes et de calomnie , pratiqua , 
la vertu , fut fidelle à l'amitié ! S'il vît encore, 
cet homme est un ami sincère , un citoyen 
vertueux ; il a passé par les plus rudes épreuves 
qui aJent jamais existé sur la terre. » 

Ce beau mouVement d'un écrivain témbiq , 
prouve qu'à cette époque, cet homme qu'il de- 
sire existait ; et là j comme dans toute la France , 
au milieu des malheurs et des crinies, des sen*- 
timents élevés^ des actions généreuses , des ver- 
tus publiques et privées consolèrent l'huma- 
nité , et furent iiu gage rassurant de son re^ 
tour. . V 

Vers la fin de cette campagne , de nouveaux 
représentants vinrent s'emparer de presque toute 
l'autorité dans l'armée , et parvinrent, en fai- 
sant usage, il .est vrai , des moyens terribles con- 
sacrés par le tribunal révolutionnaire , à rame- 
ner dans les rangs républicains , la supériorité 
du nombre et les avantages de Toffènsive. 

Les ' nouveaux, commissaires représentants 
changèrent le. 83 stèmç de guerre; ils s'étaient 
aperçus.qûe cette guerre de détail ne décidait 



S04 HISTOIUE DE FRANCE, 

viiiEp. rien, et se faisait atix dépens de la France , 
'^^^' puisqii'elle se faisait -sur son territoire. Us fil ent 
prenchne presque sur le bord de la Bidassoa , 
une position élevée , appelée atitrefois THer- 
iiîitage-Sainte-Anne , et qu'on appela Je camp 
éies Sans-Culottes. Sa gauche est déFendùe par 
un ravin profond, et sa droite qui s'étend jus- 
qu'à la mer, fut 'confiée à Latour-d' Auvergne, 
lonor. On retrancha ce poste. Au défaut de tentes , 
on construisit des huttes de bois; on en fit un 
castrum tel que ceux où hivernaient les légionp 
romaines. La douceur du climat permit des 
expéditions de détails qui aguerrirent le soldât, 
et on le prépara ainsj' au nouveau système de 
guerre qui devait avoir iieu la campagne sui- 
vante. ^ 

A l'armée des Pyrénées orientales , le siège 
de Bellegarde s'était continué. Cette» forteresse, 
située à l'entrée du col de Pertuis, entre Cer^t 
et Jonquères , est un pentagone irréguliér 
bien construit, avec un fort avancé; elle "do- 
mine- toute la -plaine, et est dominée par tes 
montagnes adjacentes ; mais ces montagnes 
étant inaccessibl<es , servent à sa sûreté; >L'aiî- 
mée française retirée sous Perpignan, ne pou- 
vait porter aucun secours ; et dans iune sortie 
^ heureuse de la garnison de Beltegarde y où une 



DEPUIS LA. REVOLUTION. ^o5 

partie des batteries espagnoles furent enclouée^, viiiËp^ 
la garnison de CoUioure ne put pas même se 
réunira ce succès, toute communication se trou- ' ^""** 
/vant interceptée* 

Bientôt tous les feux delà place furent éteints; as juin. 
et , sur la sommation du général espagnol dom 
Rieardos, le conseil de guerre s'assembla; le 
dénuement de, tout, le soldat étant réduit à 
trois onces de pain , décida la capitulation , 
que cependant * sept officiers refusèrent de 
signer. Ce siège avait duré quarante jours; 
la garnison reçut un traitement honorable potir 
Tennemi vainqueur. Pendant le siège , le géné- 
ral français Dagobert vint prendre le comman- 
dement de cette armée , et commença un nou- 
veau plan de défense; mais qui ne put empê- 
cher que les Espagnols ne s'emparassent du fort 3 juin; 
de Bains , où il ne restait plus que quinze 
onces dé pain par tête, et dont la garnison 
fut prisonnière; le fort de la Garde avait eu le 5 juin; 
même sort. 

Alors l'ennemi ^'avança sur CoUioure; ce fut as juin. 
là , à Puigai iol , qu'un capitaine républicain 
nomméSerres, défendit avec centvingt hommes >3 juiu. 
seulement un poste avancé qu'il avait demandé 
d'oQCuper, contre deux mille Espagnols, leur 
fît peindre six cents hommes; et cette action con- ^i juin. 



179^. 



i.ct ao* 



206 HISTOIRE DE FRANCE, 

vinEp, serva Collioure, comme peu de jours ensuite 
Perpignan fut sauvé par l'affaire qui eut lieu 
sous les murs de cette place. 

Le général Dagobert avait réuni son armée 
au camp du Maz-de-Roz, que l'on appela le 
camp de l'Union. L'armée française, non com- 
pris les corps défachés et les garnisons, était là 
de douze mille hommes. L'armée espagnole 
de trente-six mille, fut repoiissée. Les troupes 
montrèrent un grand courage, les revers pas- 
sés leur avaient fait sentir le besoin de Ja dis- 
cipline et de la subordination. Les généraux 
français cités dans cette action , qui rétablit 
l'honneur des armes républicaines dans cette 
partie de la gueire générale, sont Dagobert, 
Barbantartes et Giacomi. 

Ce fut alors que IcT nouvelle constitution ap- 
portée aux troupes, fut acceptée, et cet acte 
solennel rompit des mesures et desJntelligences 
pratiquées avec les Bordelais opposants , qui 
avaient projeté de se réunir à cette armée pour 
défendre le territoire, mais en même temps pour 
la réunir à eux. 

Le général Deflers accusé par les corps ad- 
ministratif, venait d'être destitué par le comité 
de salut public , et remplacé par Barbantanes. 

L'ennemi s'empara de Ville- Franche qui fut 



^• 



DEPUIS LA REVOLUTION* Soy 

livrée. La fi:arnîson l'abandonna sans résistance, viiirp. 
La supériorité des Espagnol» assurait partout 
leur STUCcës; et les destitutions continuelles des 
généraux ne permettaient pas d'opposer à cette 
supériorité de nombre , un système stiivi de 
résistance et de défensive; un conseil assemblé 
résolut de maintenir le camp de l'Union. La 
force de l'armée était au total de vîngt-neut* 
mille hommes , dont douze mille occupaîenti 
ce camp ; le reste dispersé dans les garnisons 
d'Olètte et à Perpignan , à Collioure, à Salus , 
dans les communications faibles partout, don- 
nait un prodigieux avantage à l'ennemi , qui 
pouvait choisiivson attaque et y réunir des forces ; 
vu la position respective des armées, la ré- 
sistance soutenue des Français devait étonner 
plus que les avantages de l'ennemi; il attaqua 
sans succès le camp situé à Corneilla et le * 

poste de Mousset. Une entreprise des républi- 
cains sui Elve et sur Mîlhas, fut également sans 
résultat. ' 

Le général Dagobert commandait en chef 
une division à la droite de l'armée, qui seule 
agissait, tandis que la gauche couvrait Perpi- 
gnan ; il attaqua l'armée espagnole au Mont- 
Louis, devenu Mont-Libre. Cette bataille ma- 
nœuvrière et disputée, fut dçcidée par un mou- 



-^ 



208 HISTOIREDE FRANCE, 

viiiEp. v^ment du général Dagobert ; vers la fin de 
'^^^' Taction indécise ^ il se mît à la tète de la 
ligne d'infanterie, elle parcourut, au pas de 
charge sans tirer , un espace de quatre cents 
toises qui la séparait de rennemi; i\ n'attendit 
pas, et ne put soutenir cette attaque; sa re- 

94 «oût. traite fut une déroute jusqu'à Puicerda , qui fut 
pris deux jours après. Cette journée fut glor 
rieuse à l'armée républicaine , elle se trouva 
enfin sur le territoire ennemi ; mais ces succès 
brillants étaient toujours rendus infructueux par 
des revers sur d'autres points. Les Espagnols 
restèrent vainqueurs à une autre attaque du 

a; «oût. camp de Corneillâ, puis aux moulins d'Ortez, 
pu la déroute des Français fut complète ; et 
peu de jours après , le camp d'Olette fut 
repris sur les Espagnols commandés par leur' 
général en chef Ricardos, 

A la gauche , près de Perpignan , ils réso* 
lurent et tentèrent un effort qui pouvait déci- 
der la campagne à leur avantage. A mille toises 
des glacis de la place, on avait établi un poste 
fortifié au village de Vernet. Ce poste occupé 
par trois cents homjnes commandés par le chef 
de brigade Soulheime , fut attaqué par douze 
mill.e Espagnols, et se maintint jusqu'à la moi- 
tié du jour j obligé de se replier sur la plarè, 

!rcs 



r 

1" 



DEPUIS LÀ R E V OL UTION. ^ 20g 

les Espagnols s'en approchèrent ,et y envoyèrent viii^p. 
(juelques boulets. L'alarme pouvait y devenir ^n. a. 
dangereuse. Le général d'Aoust, qui comman- 
dait dans Perpignan, réunit la garnison, et 
appela àjui, des postes voisins, un renfort qui o 
porta ses forces à sept mille hommes ; il fit 
sentir au conseil et aux habitants le danger de 
laisser les Espagnols maîtres d'un poste aussi 
voisin de la vijle , et qui , par les secours dont 
ils pouvaient se fortifi.er, leur en assurait bien- 
tôt la possession. D'Aoust n'hésita pas à ratta- 
quer à l'instant les Espagnols qui , malgré la 
supériorité du nombre , furent forcés à la re- 
traite. Le représentant commissaire Fabre fut 
toujours, pendant cette action, à la tête des 
troupes. Le même jour , d'Aoust rattaqua le 
poste de Peyreistortez, dont les Espagnols s'é- 
taient aussi emparés, et dont ils furent chassés. 
Cette aclion releva les courages ; et peu de jours 
après , Ville-Franche Se rendit sur la sommation 
hardie d'un ofpcier français , qui feignit que 
l'armée , commandée par Dagobert , s'avançait 
pour attaquer la ville. 

Plusieurs combats furent encore livrés à Nils, g octob»^ 
à Panteilla , à Truillas, où l'avantage ne resta 
pas^ aux répubhcains; nfaîs les Espagnols ne 
purent cependant pas se maintenir dans ces 
jlostes, ils se retirèrent aussi de celui d'An- 



12,\0 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. gelez, et se réunirent an camp de Boulon. 
. ' Cependant la cour de Madrid alarmée des 

An. a. * 

progrès que faisait Dagobert dans les deux Cer- 
dai^nes et dans la Catalogne , fit revenir huit 
mille hommes de son armée des Pyrénées occi- 
dentales. Cette diversion affaiblit cette partie , 
et y donna du relâcheàux troupes républicaines; 
mais les échecs et les revers se succédèrent plus 
rapidement dans l'armée des Pyrénées orien- 
tales. Tureau fut nommé général en chef. Le 
total de son armée , à cette époque, se trouva 
de quarante mille hommes. Les représentants 
commissaires voulurent alors tenter une expé- 
dition sur Roses. On n'avait rien à opposer à la 
flotte espagnole qui croisait dans ces parages, 
j^jjru. Le pays était entièrement contre les troupes 
républicaines. Cette expédition échoua. On com- 
mençait à s'apercevoir dans les armée^ que la 
trop grande inHuence des commissaires repré- 
sentants de la convention pouvait devenir nui- 
' sible; leur prépondérance fatiguait et rebutait 
les généraux; une rucle expérience leur avait 
appris qu'ils ne pouvaient pas impunément lut- 
ter d'autorité contre cette autorité civile, dont 
les commandements étaient des lois dans les 
camps comme à la frfbune. Les généraux alors 
laissaient agir, s'étudiaient seulement à met- 
tre leur responsabilité à couvert, ou se retiraient 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. HXX 



dans les places déni ère l'armée. Une cour se vinRp. 

1793. 

An. 2. 



f» • ' « • • . 1793* 

ormait autour des commissaires tout puissants, 



et cette cour avait aussi ses flatteurs, et souvent 
des hommes mal- intentionnés donnaient de 
foux avis et des conseils perfides. Bientôt à Tu- 
reau succéda le général Doppet. Apië? l'expé- 
dition de Roses manquée , l'armée, ])our se rap- 
procher des frontières , marcha sur Ceret, et 
s'éèablic ensuite au camp de Villelongue. L'ar- 
mée espagnole , renforcée encore de six mille *^ ^^'"^ 
Portugais , attaqua ce carnp, le força , et les 
républicains y furent totalejncnt défaits. Les 
Espagnols s^emparèrent du col de Bagnol , qui 
leur donnait l'entrée sur le territoire français. 
La fin de cette campagne qui fut à peine in- 
terrompue, ne fut plus qu'une suite de revers; ' 
toutes les places maritimes, Collioure, Port- 
Vendre , Saint-EIme, se rendirent; et la retraite 
de l'armée sur Perpignan* fut une déroute où 
le représentant commissaire Fabre chercha une 
mort glo|'ieuse dans les rangs ennemis. 

Les Espagnols furent encore un moment se- 
condés par unè^ insurrection qui se forma dans 
les provinces méridionales, et qui tenait, par 
les rapports secrets , à celles de Bordeaux , dfe ^ 
Lyon et de Marseille ; là , le mot république 
n'avait pas cessé d'être tracé suries drapeaux 
des partis opposés ; dans le département de la. 



aia HISTOIRE DE FRANCE, 

viiTEp. Lozère, letendart ro^al fut levé, et les insurgés 

Aû.fl. prirent hautement le nom de royalistes. Cette 

entreprise suscitée du dehors, n'avait, ni assez 

de moj'ens préparés au dedans ni assez de force 

par soi-même. 

Charier fut à la tête de ce rassemblement ; 
îl avait été député à la première assemblée 
consiituapte , et n'avait marqué qge par ses opi- 
nions et par les protestations qu'il avait signéfS ; 
il eut d'abord des succès, s'empara de plusieurs 
villes; à Mendes, tout fuit, il ne resta que les 
enfants et les vieillards. Déjà les insurgés 
étaient au nombre de huit mille; ils s'empa- 
rèrent ensuite de Maruejols, de Saint-Alban et 
de Rendon ; partout l'arbre de la liberté, qu'un 
décret avait ordonné d'élever dans toutes les 
> communes, fut abattu ; le drapeau tricolor dé- 
chiré ; ils saisirent les caisses publiques , ou- 
vrirent les prisons, et rétablirent les religieuses 
dans leur couvent. Dans ces contrées oii , de 
tout temps , deux cultes partageaient les habi- 
tants, les différences d'opinions religieuses ren- 
dirent les divisions politiques plus tranchantes 
et plus haineuses. Les protestants, longtemps 
gênés, retrouvaient à la fois les libertés dont 
l'homme est le plus jaloux. Les catholiq.ues pen- 
chèrent vers l'ancien gouvernement qui leur 
assurait leur ancienne suprématie; et les chefs 



t)EPUrS LA uévoLUTroN. Sl3 

des deux partis se ^érvh'ent souvent de ces viiiFp. 
moôfs pour les rattacher à leur suite. Cependant 
quelques exemples donnés à propok , eussent 
facilement terminé ces discordes. On en vît un 
dans une commune, à Dorlhés , dans les Basses- ^ 
P\'rénécs: le maire Darnaudat, ex-constituant ^ 
alarmé du progrèS'des divisions religieuses qui 
prenarent partout un caractère civil et politique , 
hasarda , par une |>foclamation , d'inviter l'eis ci- 
toyens des deux religîons à se réunir le diman- 
che matin à f église catholique , et le soir an 
temple protestant. Les deux ministres pronon*- 
cèrent chacun dans leur église un discours ana^ 
logue à la circonstance , et les opiniofis relf- 
gieuses ne troublèrent point cette commune. 
Ce fait simple , mais remarquable , que le bronze 
ne consacrera pas, mçrîiaitque le burin de l'his^ 
toire le laissât pour modèle à la postérité. 

Bientôt les insurgés, par leur excès, armèrent 
Je pajs contre eux. A Maruejols , les adminis^- 
trateurs avaient été égorgés. Une proclamation 
de Charîer eut peu d'effet; et, quoiqu'il obtînt 
d'abord quelques avantages sur les troupes ras- 
semblées à la hâte; lorsque lesgatdes nationales 
de Saint-Flour et des départements voisins fu- 
rent réunies , Charier fut défaft dans une ac- 
tion, entre Valsiège et Saint-Etienne de Valdone » 
pris, ccwadurt à Rhodez, et exécuté peu de temps 



214 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. après/ Ainsi se termina cette insurrection , dont 
la convention ^|)prit presqu'en même temps les 



179^ 



Jin. s 



progrès et la défaite. 

12 févr. A l'armée d'Italie, les Français étaient restés 
liiaître du comté de Nice, et avaient main- 
tenu, leurs postes avancés, à Sospelo; ce poste 
fut attaqué, pris et repris plusieurs Foîs avant 
l'ouverture de la campagne. On avait tenté en 
même temps une expédition sur la Sardaigne. 

14 férr. Une flotte de vingt-deux bâtiments de guerre, 
.avec six mille hommes de débarquement, se 
présenta devant Cagliari ; une chaloupe par- 
lemejjtaire somma la place; il arriva, comme 
à Oneille, que. l'on tira sur l'équipage de la 
chaloupe ; quatorze hommes et l'officier furent 
tués ; l'artillei ie des vaisseaux foudroja la ville 
pendant deux jours , mais sans succès; les vais- 
seaux souffrirent même davantage du feu de la 
place; deux bâtiments de guerre se perdirent à la 
côte. Les troupes de débarquement ne trouvèrent 
point dans les habitants l'esprit révolutionnaire 
^nrleqi>el on avaitcompté; l'esprit d'iuthscipline , 
et d'insubordination seconda les menéesdesémis- 
saires qui, danstoutes les armées , criaient tou- 
jours à la trahison. Les troupes forcèrent les 
chefs à les faire rembarquer; une tempête. ache- 
va d'endommager la flotte ;.e]Ie rentra à Toulon 
sans aucun résultat de cette entreixrise projetée 



DEPUIS L.A RÉVOÎ, UTÏOK. ai5 

des la campagne précédente , et que les justes viiiEy. 



1790. 



représentions de 1 amiral Trueruet avaient décide 
a abandonner. 

Dès que la saison permit d^agîr dans les mon- 
lagnes , divers combats de. détail rendirent les 
républicains maîtres des postes occupés par l'en- '•"man 
,nemi, depuis Lautosca à Bel ver ; et peu après, 10 m. 
des postes plus importants , de Rocca et d'I- 
zola, 

L'armée française, forte alors.de trcnte-troia 
mille hommes effectifs» occupait, par ses po- 
sitions, un arc de montagnes^, depuis la rivière 
de la Roy a .jusqu'aux sources de la Nembîa» 
Plusieurs camps liés par jdçs postes intermé- 
diaires , assurèrent la communication de la 
di oite , appujée au camp de Broiiïs , à la gau- 
che , assurée par un capip établi sur le Mont- 
Baoulé , le centre s'élevait sur le Mont-Fou-^ 
gasse, L'ennemi était ainsi menacé et conteniu 
Sa droite était au col de Raous; sa gauche sur 
la hauteur des Souches, et le centue à Saor- ., 
gio , fortement retranché. Cette longiiç chaîne 
des Alpes, si souvent traversée par les Fran^ 
çais, était connue dans tous ses piissages, et 
défendue par trente mille Piémontais et douze 
mille Autrichiens. 

Le général Brunet commandait , encore far- 
inée , et le plan de cette campagne , que Tex* 



2l6 . HISTOIRE DE FRANCE, 

yiiiEp. pédiiîon de Toulon dérangea , était de péné- 
'79^- jpçp (jgjjg |ç Piémont, et d'ôter aux puissances 

coalisées leur influence sur ies états de l'I- 
talie. N 

F juin. Cinq colonnes commandées parles généraux 
Mieskouski, Dumerbion, Gardane, Dortman et 
Bnmet, attaquèrent au col de Sinières , à Pe- 
rus , au pont du Moulinet , au camp des Sou- 
ches, au col de^aous. Cette dernière attaqué 
que conduisait BrUnet, échoua; les autres réus- 
sirent; il fit rattaquer les jours suivants au vil- 

itoeiia. lage de Breglio; et, après une forte résistance, 
Jes ennemis furent chassés. Ce fut alors que 
l'armée, étant affaiblie par les troupes qu'il faijut 
détacher au siège d% Toulon, et obligée d'occu- 
per la même étendue sur son front, pour ne pas 
perdre l'appui de farméedes Alpes. A sa gauche, 
l'ennemi entreprit de couper cette communi- 
cation, en détruisant le pont établi sur le Var. 
Sept cents républicains occupaient un poste en ., 

18 octo. avant au- village de Gillète; ils y furent atta- 
qués par quatre mille Piémontais, y tinrent 
tout le Jour, et donnèrent le temps à Dugom- 
inier d'ari'iver à leur secours. Lès bataillons 
marchèrent, et ne tirèrent qu'à trente, pas, en 
chargeant à la baïonnette; bientôt l'ennemi fut 
rompu , et sa retraite fut une déroute. C'était 
pendant l'intervalle de temps, qxii sépara cette 



DEP'UrS LA RÉVOLUTION. 217 

action de celle du 8 juin , que s'était opérée viiiEp* 
rînvasîon de l'ancienne Savoye pendant le siège !J^^' 
de Lyon , et dont les opérations ont été décrftes 
à cette époque. L'armée d'Itc^lie était restée 
alors stationnaîre dans les pQsitionç qu'elle oc- 
cupait, et d*oà elle couvrait le comté de Nice 
et le siège de Toulon. Brunet, dénoncé par le 
commissaire du pouv.oir exécutif , civait été des- 
titué et remplacé par le général Dumerbiôn , 
qui* bientôt le fut par Masséna. Sous sa con- 
duite, cette campagne fut terminée par un avan- 
tage brillant, et qui assura les positions dé 
l'armée pendant les quartiers d'hiver. 

Castcl-Genet est un 'fort. situé sur une som- 
mité escarpée ; une nombreuse garnison pié- 
montaise gardait ce poste. Les Français atta- 
quèrent d'abord avec vigueur; mais 1 avantage 
xlu lieu prolongeant la défense > les soldats . 
portèrent l'espace de deux milles une pièce 4,5frii 
de canon , la seule que Ton eût pu amener', 
et la hissant, à force de bras, sur une hau- 
teur qui dominait le fort, aux premières dé- 
chargés , les Piémontais étonnés ^e rendirent. 
Les suites de cette action furent, trois camj)s 
"abandonnés, et la prise du poste de Figaretto, 
ijui termina la campagne dans cette partie. Les 
forces des deux armées y étaient trop (•mpen- 
sées par le nombre et par la nature du terrein. 



Ul^ HISTOIRE DE FRANCE^ 

viiTEp. pour que Ton pût espérer des jsuccès décisifs ; 
et le changement succeifsiF des «généraux en 
chefs soj)posait seul à tout système suivi. C'était 
I>eaucoup d avoir contenu l'ennemi au moment 
de la prise de*TouIon et pendant le siège de 
JLjon ; et comme défensive active, cette cam- 
pagne fut honorable aux armes répubh'ccunes. 
Malgré l'agence anglaise, Gênes avatt conservé 
la neutralité, et n'avait pas osé ou voulu se 
réunir à la coalition. La Toscane était resléç 
en paix , et la lutte s'était soutenue aux barrière^ 
des Alpes ; qui séparaient encore les nations 
ennemies. Tous les soulèvements, suscités dans 
le midi de la France, avaient été comprimés, 
n'ajant pu être joints et soutenus par les enne- 
mis du dehors; et après une longue et pénible' 
campagfle, l'armée d'Italie stationnait pendant 
rhiver sur le territoire ennemi, s y reposait^ 
. et le retour de la saison propre aux opérations 
militaires , la retrouvait aux portes des passages 
qu'elle devait bientôt franchir. 

Mais tandis qu'aux Alpes et aux Pyrénées, la 
nature des lieux commandait f infection, et le re- 
pos, partoutoù elje n'opposait pas des barrières 
insurmontables, les soldats de la république con- 
tinuaient la guerre. Aux frontières du nord, de- 
puis 1^ Ardennes jusqu'à la mer , des combats 
de détails et journaliers ne laissaient /aucun mo- 



'♦ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. ^^9 

ment de relâche aux troupes cantonnées en pre- yiiiEp. 
iTiîère ligne ; et sur le Rhin , des événements dé- ^^^ ^ 
cisifs se ))réparaienr. Cette armée du Rhin , seule 
était, restée en pleine activité : deux généraux 
qui devaient im jour rendre de grands services 
à la républiqirè, et honorer ses armes, Hoche 
et Picliégru, commandaient l'armée de la Mo- 
selle et celle du Rhin, dont les opérations étaient 
liées. ^ . 

Depuis que les délais des Autrichiens avaient 
donné le temps de s'assurer dans les positions 
défensives, des combats journaiiej s avaient reu- 
du la confiance aux troupes,, de nombreux 
renforts avaient porté l'armée à quatre-vingt 
mille hommes,, des succès de détail avaient 
aguerri .les nouvelles levées , et les anciens corp^ 
.voulaient réparer leurs désastres. Les eunemis^ 
au contraire, étaient afîaît)lis par la désertion, par 
Jes maladies, surtout par la trop grande exten- 
sion de leurs postes, dispersés-dcpuis le Rhin jus- 
qu'aux pieds des mont^agnes; mais plus encore 
par le peu.de confiance mutuelle des deux uar 
tions alliées. 

/ Les Impériaux reprochaient aux Prussîenp 
de se reposer ^u blocus de Landau , tandis qu'euîj: 
étaient tous les jours aux mains avec l'armée 
républicaine qui couvrait Strasbourg. 

Les Prussiens purent bientôt reprocher à leur 



2,20 HISTOIRE OEFRANCE, 

viiiîF.p. allié la perte des lignes qui couvraient cette 

An. a. entreprise ; et le système de la cour de Berlin 

n'était pas de s'engager pïus avant dans une 

guerre que son intérêt ne tui commandait pas. 

Les nouveaux généraux français avaient ap- 
portera leur armée des instructions précises, 
çt telles que le comité de salut public lés don- 
nait. Le succès et la victoire étaient le premier 
devoir imposé ; les revers étaient des délits qui 
portaient condajnnalion ; vaincre ou mourir était 
à la fois l'instruction et l^alternative que le 
gouvernement laissait à ses généraux favorisés; 
le succès même ne justifiait pas toujours lés 
autres. - 

Pichegru , né d'une famille plébéienne et ho- 
norée dans le département du Jura, se destina 
d'abord à l'état religieux , et enseigna les scîencesi 
exactes dans la maison d*éducatîon militaire à 
Brienne; là, son génie l'avertit: il s'enrôla dans 
un'corps d'artillerie, et bientôt fut à la tête de 
l'instruction; il était encore sous-officier à l'épo- 
que de la révolution. Appelé au commandement 
d'un bataillon de gardes nationales , il franchît 
tous les grades militaires dans la première cam- 
pagne, et se trouva à sa place à la fin de la 
seconde. 

Pichegru avait trouvé l'armée du Rhin re- 
tirée et désorganisée ; il y rétablit d'abord la 



>^ 






DEPUIS LA RÉVOLUTION. 42rl 

. » 

dîscipHhe,mîlitaire qu'il regarda toujours comme viii%. 
Je moyen le plus sûr des succès. *'^ ' 

Le géuéraî Wurroser ayant résolu d'hiverner ^'^ '* 
en Alsace , occupa Plaguepau avec le centre de 
son armée; la gauche était appuyée au Rhin^ 
la droite aux montagnes , et à l'armée prus- 
sienne qui occupait le revers des Vosges. Le 
front de l'armée impériale était couvert par de$ 
redoutes élevées à des distances peut être trop 
éloignées Tune de l'autre, En arrière de cette 
position était encore celle de Weissepabourg ; 
on avait fortifié le château de Geisberg qui cou» 
vre cette place. 

Les premiers mouvements pour l'attaque des 
lignes, se firent à l'armée de la Moselle; l'objet 
était de la réunir à celle du Rhin; mais pour 
couvrir, ce projet , la division du général Hatri 
manœuvra versPirmasenset Bliescastel, comme 
voulant^seçourir Landau , en passant par le re* 
vers .des Vosges. 

Pichégni ,fit en même temps quelques ten* 
tatiyessur la droite de l'ennemi, qu'occupait en 
avant jle qorps des Fr,anjçai& commandés par lo 
prince de Condé. La fin de la première cam- 
pagne avait assez prouvé quelles étaient les 
intentions des Allemands envers les Français^ 
réhi^ié^. Ce eorftô. avait hiverné dans la forêt 
Noire; et licencié, il n'avait été consei'yé dan* 

Tof7je IF. ?. 



X 



Aaa H I s T O I H É DE F R A N C F , ' 

niiEp. l'armée de Wurmser, que sur la demande de ce 
'^^ ' vieux général, qui se Souvînt qu'il avait fait ses 
premières armes sous les drapeaux français. Ra- 
rement la jalousie où la politique étrangëre 
avait permis que ce corps de Condé (ùt employé 
activement; il occupait alors, en avant de la 
droite, le village de Bércltbm. Pichegcu vou- 
lant tâter la ligne ennemie , fit attaquer ce points 
mais obliquement , et refusant le reste de sa 
ligne. Une première tentative n'eut point de 
fiuctès, et fut renouvelée le lendemain. L'at- 
sdécen. taque se fit en troupes éparses ,. que l'on nom- 
^ mait b\oys tirailleurs j manœuvre que Pichegru 

employa depuis avec succès. Au signal, ils' se 
réunirent en colonne, et forcèrent le village de 
Berchem. 

Condé était en arrière à la ièiè de son in- 
fanterie, que Ton nommait les bataillons iVb- 
bles j il rentra dans le village , et le reprît 
Tépée à la main. Pendant cette attaque , sa 
Cavalerie ayant dépassé le village sur la droite^ 
rencontra les escadrons républicains. Le choc 
fut prompt, et la place du combat resta à la 
cavalerie de Condé. Le duc de Bourbon fut 
blessé dans cette action ; tous ses aides-d'e-camp 
furent tués ou blessés ; sept canons restèrent en 
son pouvoir, et la défense du poste de Berchem 
^QÛta plus de mille soldats nobles et troi» çenit 



DEPUIS LARÉVOLUTION. 223 

tavaliers. Peu de jours ensuite, les républicains ^ï^^p. 
firent une' troisième attaque sur le poste cora- x\i:^ 
mandé par le général autrichien Klenau > et sdècem^ 
auquel s'appuyait celui du village de Berchem. 
Malgré les renforts qui furent envoyés de ce 
postç, et malgré la diversion que la cavalerie de 
Condé, fit en menaçantlagauche des attaquants, , 
toute cette jDremière ligne Fut pliée, et se retira 
derrière les redoutes d'Haguenau. Le corps de 
Condé fit sa retraite en bon ordre. Ces actions 
d'avant -postes laissaient l'ennemi maître des 
grandes positions de la Lauter. * 

Les divisions de l'armée /le la Moselle qui ,^« nîr; 
tenaient la gauche de la ligne , attaquèrent et ai déce. 
emportèrent les postes que l'ennemi avait for- 
tifié à Frechviller et ^ Wendt ; se voyant forcé 
dans toutes les redoutes qui couvraient soa 
aile droite, il se détermina à la retirer dtr- aanSn. 
rière les lignes de la Lautef , maintenant ce- 
pendant les redoutes en avant d'Haguenau. Le 
poste de Gundeshossen fut évacué dans la nuit. 
'La division Hatry y entra, et se réunit le len- 4 nî^o** 
demain à la division du général Ferino sur les 
hauteurs de Steinfels, à une lieue seulement de 
Haguenau; alors Iç centre et la droite de l'ar- 
mée du Rhin marchèrent en avant, suivant la 
route du Rhin pour se rapprocher de Lau- 
terbourg, et se porter ainsi à hauteur de iar- 



/ 



'79 
An. a. 



5 niVos. 



1^4 HISTOIRE DE ERRANCE, 

ViHEju mée de la Moselle qui tenait la gauche de la 
ligne. . 

Quatre représentants comraissaîres étaient 
à Tarmée , Lebas , Saint - Just , Lacoste et 
Chaudot. Ces deux derniers déférèrent le corn* 
mançlement général à Hoche, et mirent à ses 
ordres Pichegru-, qui donna le bel exemple de 
demander son éloignement; et, sur le refus deS 
commissaires , il resta aux ordres de son col- 
lègue. La renommée 'plus juste ajouta cette 
gloire à celle du succès qu'elle lui conserva. 

La nouvelle de la reprise de Toulon parvint 
alors à l'armée, et l'émulation doubla les cou- 
rages et les forces. 

Les Impériaux conservaient toujours les po- 
sitions en avant de Weissembourg. Les Prus- 
siens gardaient sur leur* droite les gorges de 
Dahn , et avaient élevé des batteries en avant 
du village de Bojjenthal, à l'entrée des défilés. 
Là position de l'ennemi était encore formida- 
ble; le Fort-Louis était en son pouvoir; f ar- 
mée qui bloquait Landau assurait ses positions 
en arrière , et tout le pays qui s'était déclaré, se 
Piéc. iu. trouvait rattaché à sa fortune parla crainte d'un 
revers. 

Le 6 décembre au matin , l'attaque commença 
à la gauche, et l'action devint générale sur tout 
le front des deux armées. Au centre, en avant 

d'Haguenau , 



5 décem. 



PEPUIS LA RÉVOLUTION. â25 

•d'Haguenau , le château de Geîsberg était le point ^H^.^* 
le plus avancé de Tennemi ; et , par sa situation , xu a. 
ce point était décisif. Le premier bataillon de 
réquisition de la ville de Chaumont , qui arri* 
vait à l'instant, gt'avit la montagne sous le feu . 
de trois bataillons aiïtricbiens.Le premier batail- 
lon du trente-troisiëme de ligne le joignit ; forcés 
par la fatigue de faire halte à mi-côte , ils y 
furent chargés par les dragons de Toscane, 
les repoussèrent , achevèrent de gravir la mon- 
tagne , et emportèrent le château à la baïon«* 
nette. 

Unjîécret distingua cette action d^éclat, et 
exempta ce bataillon de toute incorporation dans 
d'autres corps. 

Hoche ordonna alors au généitil Donadieu qui 
commandait la cavalerie , d'attaquer la cavalerie 
ennemie ; soit circonspection , soit incertitude du 
inotnent , cet ordre ne fut point exécuté , et 
cette désobéissance d'un homme connu avant 
par des actes de courage, fut punie de mort. 

Cependant la ligne ennemie effectuait sa re- 
traite sur Weissembourg. Le duc de Brunswick 
c|uî s'était porté au point d'attaque, se mit inu- 
tilement à la tête de quatre bataillons autri- 
chiens, et remarcha en avant; ce mouvement 
ne fut point soutenu du reste de la ligne. Les 
deux généraux en chef, Brunswick et Wurm- 

TomelF. ' i5 



Z.26 HISTOIRE DE FRANC Ef 

ViiiEp. ser, eurent une explication vive sur le terreîn 

'X. 

'^^ * même cle l'action , et cette preuve publique de 
mésintelligence, hâta peut-être les revers. Ui^r- 
mée impériale se forma encore en bataille sur 
les hauteurs de Weissembour^;, où Brunswick 
' voulait se maintenir; mais, au premier coup de 
canon, la retraite se fit à travers les lignes de la 
Lauter auxquelles on avait d'avance pratiqué des 
ouvertures. Ce(te armée prit poste le lendemain 
à Guermesheim ; il fut jugé impossible de 
s'y soutenir, et l'armée entière passa le Rhin à 
Philisbourg, Peu après , la rupture entre les deyx 
puissanî^s éclata; leurs armées prirent des po- 
sitions indépendantes l'une de l'autre , et toute 
communication cessa entre elles. L'armée autri- 
chienne, se réunit derrière Philisbourg, sur la 
rive droite du Rhin, l'armée prussienne se re- 
tira pour couvrir Mayence , et se porta entre 
Oppenheim et Bengen. Les guerriers des deux: 
nations s'étaient séparés à BeriJ:zabern , avec des 
témoignages réciproques de mécontentement et 
xle haine. 

La marche en avant de l'armée républicaine 
fut aussi rapide que ses succès avaient été dé- 
cisifs. Landau fut débloqué, et l'honorable per- 
sistance de la garnison reçut des témoignages 
de la reconnaissance nationale ; de grands ma- 
gasins, des munitions de guerr-e, des dépôts ' 



DEPUIS LA REVOLUTION. 25^7 

d'armes, furent la proie du vainqueur. Le Pa- viiiEp. 
latinat rut de nouveau ouvert a ses armées ; ^ 

An fl« 



za oiv« 



Spire, Worms furent reconquis; et, peu de 
jours après la bataille du Geisberg, Pavant-jçarde s janv. 
française était aux portes deManheim, qui avait 
reçu une garnison imj*vriale , et où l'électeur 
s'était retiré. 

Le général Wurmser rappelé, fut remplacé 
par le général Devins commanaant en Pié- 
mont les forces auxiliaires,qu y maintenait VAn- 
triche. 

Les Français, après des excursions dans le 
Palatinat et dansleHunzruk, concentrèrent leur 
position vers Germeslieim. Le siège de Fort- 
Louis fut entrepris, et les républicains établis 
dans leur nouvelle conquête, mirent un moment 
d'intervalle à celles qui devaient ouvrir la cam- 
pagne suivante. 

Jamais la convention nationale ou plutôt le 
gouvernement républicain , ne s'était vu dans 
une position aussi assurée. La Germanie crai- 
gnait une seconde fois pour ses fi^ontièrès , 
celles de la France étaient partout en sûreté. 
La terreur au dedans n'était plus un moyen 
nécessaire , et ce qui prouve assez qu'elle était 
un moyen commandé, c'est qu'alors elle dé- 
ploya froidement toutes ses fureurs. La*conven- 
tion ne daignait même pas prendre connaissance 



i 



\ 



aû8 HISTOIRE DE FRANCE, 

vniEp. des sanglantes exécutions, trop au dessus de 
An a. ^^^ détails; la tribune ne retentissait que des 
rapports poétiques qui exaltaient les récits des 
événements militaires, qui motivaient et procla- 
SQaient les lois révolutionnaires , qui dénonçaient 
les complots et les con^.iralions, abandonnant 
aux agents secondaires le soin de trouver des 
coupables. 

Robespierre ne parlait plus que lorsqu'il fal- 
lait indiquer de grands mesures de salut pu- 
blic , ou lorsqu'il daignait répondre aux puis- 
sances ennemies; dans un manifeste peu adroit 
et peu politique, elles s'attirèrent une réplique, 
où ces vérités que la philosophie a généralisé 
contre les rois, et ces citations historiques dont 
chaque siècle offre trop d'exemples , furent ra- 
vivées de tous les stimulants de la terrible 
éloquence révolutionnaire ; telles furent les 
premières et les dernières lignes de cette ré- 
ponse ornée de toutes les injures personnelles, 
adi^ssées nominativement à tous les rois de 
l'Europe. 

« La convention nationale répondra-t-elle aux 
« manifestes des tyrans ligués contre la républf- 
« que française? Il est naturel de les mépriser ; 
« mais il est utile de les confondre ; il est juste 
« de les-punîn. . De quoi nous accusent-ils? De 
« leurs propres forfaits : ils nous accusent de re- 



DEPUIS LA REVOLUTION. I29 

« bellion. Esclaves révoltés contre la souverai- viiiiîp. 

1793. 



« neté des peuples^ ignorez-vous que ce blas- 



? 



An a. 



« phëme ne peut être justifié que par la victoire? 
« Que les traîtres tremblent; que le dernier des 
H lâches émissaires de nos ennemis disparaisse ; 
« que le patriotisme triomphe, et que Tinnocence 
« se rassure! Français, combattez, votre cause 
« est sainte, vos courages sont invincibles, vos 
« représentants savent mourir;] ils peuvent faire , 
« plus , ils savent vaincre. » 

Les droits de l'autorité royale absolue se 
discutent en raisonnement ; mais ne se plaident . 
pas contre les droits des peuples; c'était au moins 
une imprudence politique de défier la conven- 
tion nationale de France à ce genre de combat. 
Loin de déguiser son système de gouvernement, 
loin de chercher à tenir dans l'obscurité les 
actes sanguinaires de sa toute-puissance , elle 
semblait alors choisir et désigner les têtes plus 
connues, pour que l'Europe fût avertie par leur 
chute. ^ 

La dernière maîtresse de Louis XV, Dubarri, >8 îtki^ 

« 

qui, depuis sa retraite., ne ressortait que du tri- 
bunal de l'opinion , des mœurs, et de la censure 
publique, fut traînée à celui de là révolutioa 
de 98 ; là , accusée d'avoir porté à Lopdres le 
deuil du dernier roi , elle montra sur l'échafaud 
la faiblesse , non de son sexe (^ les femmes y doa- 



V 



a3o HISTOIRE DE FRANCE, 

vxiiEp. nèient l'exemple clu courage) , maïs de son 
^^ ' état. La force d'ame ne doit appartenir qu'à la 
vertu. 

Le duc du Châtelet , jadis chef de la garde 
personnelle des rois, avait, aux premiers jours 
de la révolution , été témoin de la défection de 

a3frim. ses soldats. L'accusation commune de conspi- 
V ration contre l'unité et l'indivisibilité de la ré- 
publique, suffit-; on traîna, attaché au chariot 
qui le traînait au supphce , le guidon aux armes 
de France trouvé chez lui. 

Claviëres , genevois , ancien ministre des finan- 
ces , et l'un des plus ardents jacobins aux jours 
du 2.0 juin et du lo août, prévint son juge- 
ment,et sç tua dans la prison. Bientôt les hommes 
les plus exagérés , ceux qui , comme on s'expri- 
mait alors, avaient donné les gages les plus 
sûrs à la révolution, ou plutôt qui l'avaient le 
plus desserviepar leur excès, n'y trouvèrent plus 
d'asile. 

* * 

Deux hommes, Vincent et Ronsîn, amis et 
compagnons de fortune, tous deux généraux de 
l'armée révolutionnaire, et naguères obscurs 
»7 frîm. et ignorés, furent arrêtés. Vainement la société 
des Jacobins > et ensuite celle des Cordeliers , 
dont ils étaient des membres remarqués, por- 
tèrent à la convention des pétitions pour les ré- 
clamer. Remis un moment en liberté, bientôt 



1 



DEPUIS LAKÉVOLUTION. i3l 

lis périrent enveloppés dans la proscription que viiir.j»; 
fit Robespierre de ses anciens amis , devenus ses ^^ 
rivaux. 

La multitude était soutenue dans l'état de 
stupeur et d'ivresse , qui seul.pouvait lui faire sup- 
porter les Spectacles sapgl.ants dont on la repais- 
sait chaque jour. Pendant les premiers troubles 
de Lyon , un municipal de cette commune, nom- 
mé Clialier , y avait essayé toutes les fureurs dont 
la capitale donnait l'exemple; il ayait demandé» 
un poignard à la main , l'institution d'un tribu- 
nal paiteil à ceux du a septembre à Paris ; neuf 
cents citoyens incarcérés devaient êtie massacrés 
sur le pont du Rhône , et leurs cadavres aban- 
donnés aux flots devaient aller avertir et épou- 
vanter lesdépariementsdumidi.Le maire Niwre^ 
Chol erh pécha» avec la force armée, cette hor- 
rible exécutioo. Depuis, au jour du 3i mai de 
Lyon, par ordre delà nouvelle comnftne, et par 
,un système de représaillequi ne convient et ne 
réussit jamais aux partis qui se déclarent pour la 
justice et la modération, Clialier avait été jugé, 
condamné et exécuté avec des circonstances bar- 
bai'es , deux fois le fer ton^ba sur sa tête. Ses 
cendres renfermées dans une urne d'argent , ve- 
naient d'ètr.e apportées solennellement à la barre 
de la convention ; el les furent transférées au Pan- 
théon, ^t devinjrent le motif d'une fête civique^ 



Sl3z histoire de FRANCE, 

viiiEp. dont la pompe fut imitée d'une, fête sembla- 



1790, 



ble célébrée a Lyon , lors de la prise de celte 
Ville. 

La soif du sang y était apaisée ; il parut qu*il 
était temps que la hache s'y arrêtât , et que le 
feu des batteries révolutionnaires fût éteint ; 
plus de huit cents victimes avaient été imma* 
lées; une députation de cette ville qui avait* iro- 
niquement reçu le nom de Commune-Affran'' 
cfiie^ vint demander grâce à la barre de la 
convention. « Pères de la patrie , écoutez une 
*< section du peuple humiliée et repentante qui ; 
i< courbée devant la majesté du peuple , lui de- 
a mande grâce. » 

Une autre pétition arriva en même temps, 
présentée par une foule dé femmes qui venaient 
réclamer la liberté de leurs maris'; elles furent 
éconduites, et la montagne y vit une ruse et 
un strata^me du modérantisme ^ pour ralen- 
tir la marche révolutionnaire. Le sang altérait, 
loin d'étancher la soif; la facilité de le répan- 
dre semblait eucoiuager ; la froide insouciance 
des condamnés paraissant défier la barbarie 
des spectateurs , l'irritait encore; on eût dit 
qu'il y avait un défi entre les regardants et les 
suppliciés; les uns semblaient guetter et espé- 
rer les actes de faiblesse pour en jouir ; les 
autres s'enorgueillir de priver leurs eiuiemis de 






• 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 2;33 

cç(te louissance. La multitude, qui n'est émue vniEp. 

1 . p 1 ^ «793. 

que de ce qui trappe les sens, ne voyant pas 

les signes extérieurs de l'infortune et de la souf- 
fraiice , restait sans émotion ; et peut-être le 
peuple se fût-il plutôt indigné du spectacle dont 
on le faisait témoin, si la contenance des vic- 
times n'eût pas semblé dédaigner son intérêt et 
sa commisération. Le tribunal les choisissait ^ 
encore ; bientôt le nombre exigé commanda 
rindifferehce sur les choix ; l'âge , le sexe , 
la condition, rien n'exempta plus; le fer dis- 
puta à la caducité ses derniers jours ; la jeu- 
nesse , à peine sortant de l'enfance , fut mais- 
donnée avant sa maturité; des femmes se décla- 
rèrent vainement encçintes ; des hommes de la 
classe la plus obscure en furent tirés; le génie , 
'le talent, la renommée, la vertu, tout ce qui 
eut de l'éclat t appela d'abord l'œil avide des 
destructeurs; puis la terreur parcourant toutes 
les hiérarchies de l'ordre social , le marchand » 
l'artisan , l'ouvrier, l'homme de journée , furent 
pris indistinctement. ' 

Un Vxilet d'hôtellerie, âge de 16 ans, pour 
avoir tardé de servir deux commissaires du 
pouvoir çxécutîf , fut dénoncé par eux, tra- 
duit au tribunal , et mis à mort en trois 
jours. 

L'ex^mînistre Lebrun, dont le jugement pop- 



£34 HISTOIRE DE FRANCE, 

vniEp. tait, abbé, journaliste, imprimeur et ministre, 
*'^ * f\jt pondamné comme liomme {Tétai et orléa-- 

An a. 

niste. 

Le fils du général Custinçs, que ne put sauver 
la courageuse défense prononcée à la barre par 
sa jeune épouse. 

Le général Biron qui venait de commander 
sans reproche les armées d'Italie et dd la 
Vendée. 

Le vieux maréchal Luckner , dont la hache vint 
terminer une longue et honorable carrière. Ou* 
blié, il osa demander le prix de ses services; il 
reçut la mort. 

Lamouret, évêque constitutionnel de Lyon, 
qui sen[>^bla puni d'avoir jadis porté des parole.s 
de paix entre les partis opposés. 

Dufrenoi , Predicant , Pavant, Brichard, 
Chaudôt, notaires. Ce dernier vif prolonger son 
supplice, un décret de la convention en suSr 
pendit , et trois jours après en ordonna l'exé- 
cution. 

Veimerange, ancien administrateur militaire-, 
prévint son jugement , et se précipita du haut 
-de sa maison. 

Des femmes que leur âge et leur retraite 
éloignaient des aiTaires, furent recherchées et 
condamnées , les dames Lauragais , Marbeuf , Bi- 
-ïon. Bientôt on iiUei dit aux prévenus la fuite, qui 



An a. 



DEPUianLA RÉVOLUTION, ^35 

seule pouvait les soustraire à la mort. Un décret viiiKp 
mit hors de la loi les préi^enu^ tpii se dérobe- 
raient à Pexamen de la justice. On déféra aux 
comités conventionnels ie pouvoir illimité d effec- 
tuer les arrestations, et le conseille la com- 
mune de Paris se rendit en masse à la con- 
vention pour laf elicîter des mesures vigoureuses 
.qu'elle venait de décréter. 

Paris, à cette époque, prit un aspect lugubre. 
Tous les usages de la vie sociale étaient chan- 
gés ; toute communication entre les citoyens 
craintive et douteuse; comme dans un temps 
de contagion, pn craignait de s'aborder, et d'a- 
voir à rendre compte de ses liaisons et de ses 
démarches ; chacun tremblant d'être remarqué 
dans les rues par les signe» extéi'ieurs de l'ai- 
sance , s'empressait d'arborer les livrées de 
l'indigence comme une sauve-garde, quoique 
souvent inutile ; toute réunion de société privée 
était interdite,, pu plutôt encore la peur §e l'in- 
terdisait d'avance, et prévenait les mesures de 
«police ; on n'osait adnfiettre dans sa maison un 
hôte, un ami , un parent, sans qu'il fût pourvu 
d'un certificat de difis^ne } et le refus de ce 
certificat demandé, était un arrêt au moins de 
détention. Tout^ citoyen était obligé d'inscrire 
extérieurement sur le seuil de ^a porte son nom 
et le nom de tous cçux qui habitaient chez lui. 



236 HISTOIRE !>E P4l A îT C E, 

vmEp. Les lieux de spectacles étaient seuls tôu- 
IJ^ ' Jours remplis; l'inquiétucle y cherchait un asile 
ignoré pendant quelques heures; on dérorbait 
ainsi des instants à la vigilance de la ty- 
rannie. Retiré dans sa demeure et renfermé 
au sein de sa famille , l'habitant épiait le moin- 
dre bruit à la porte de sa maison ; c'était né- 
cessairement le signal d'une inquisition domici- 
liaire , nul autre que la police ne visitait le& 
citoyens pendant la nuit. Ce que la police exé- 
, cutait était soutenu par la législation ; ia loi 
consacrait chaque jour les violences et les usur- 
^ pations de la police; et comme la répression 
forcée prouve l'excès dés abus, on fut obligé de 
faire une loi qui condamnait les faux témoins à 
la mort, lors même que l'accusé était acquitté, 
soit que l'on voulût prévenir ainsi les effets d'une 
réaction et d'une représaille qui pouvait mena- 
cer les dominateurs eux-mêmes, soit qu'ils crai- 
gnissent que l'excès du scandaile ne finît par 
révolter le peuple* 

Tous les pouvoirs concentrés dans la conven- 
tion , n'avertissaient pas encore assez du despo- 
tisme ; on la vit s'emparer du pouvoir judiciaire 
en annullant des jugements rendus par le tri- 
bunal de cassation. On projlosa alors de suppri- 
mer tous les ministres , d'attribuer l'exercice 
de leurs départçnients à des comités de )a 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 287 

convention , et ce fut Robespierre qui éloigna vmtpz 
cette mesure. Bientôt après, elle fut effectuée. *^^^* 

EnBn Cambon régissant toujours les finances , 
proposa et discuta , dans un long rapport , le pro- 
jet de démonétiser Por et l'argent, et même 
d'interdire. Tusa'ge de ces métaux pour les bijoux 
au cjessus du poids d'un anneau. 

Cambon alors se vantait que la république 
dépensait quatre cent millions par mois. Sa 
seule inquiétude était de pouvoir perfectionner 
assez la prompte fabrication des assignats pour 
suffire 'à l'échange des matières d'or et d'argent 
que ^e décret devait faire rentrer. Ceis métaux 
devaient être mis en lingots pour en empêcher 
ainsi la circulation; mais l'exportation en fut 
facilitée » et l'on ne peut s'empêcher de voir 
ce projet, dans le plan proposé; même alors ce 
projet n'était pas hors de vraisemblance ; dans ^ niroi. 
toute la France, la terreur était telle, qu'il ne 
manquait dans chaqfie département que des 
commissaires doués des talents nécessaires pour 
en poursuivre L'exécution ; tout était prêt à obéir» 

Mais tandis que la tyrannie pesait sur la mé- 
tropole , 'dans les Colonies par un contraste ^ • 
dérisoire, un décret proclamait la liberté, c'est- 
à-dire, l'abolition de l'esclavage. Ce grand acte iSaito. 
de la souveraineté d'un peuple libre, que ré- 
clamaient l'humanité et la raison , frappé à l'épo- 



• « 



238 HISTOIRE DE FRANCE, 

ViiiEp. que de son éfnission , de Pinfluence funeste qui 
, * viciait tout ce qui émanait alors de la puissance 
législative , cet acte qui devait honorer le siècle 
des lumières et de la ])hi]osophie, dénaturé dans 
son exécution , outré dans ses conséquences , 
précipité dans ses mesures , fit la ruine du pajs 
qu'il devait vivifier , et devint une horrible ca- 
lamité pour tous ses habitants. 

Le législateur q'ui veut abattre Tarbre anti- 
que des préjugés, doit Tattaquer comme Font 
ces colpns nouveaux, qui^iennent défricher xine 
terre déserte; ils dépouillent de son écorce la 
tige vieillie, et laissent au temps et à la narture 
le soin d'en achever la destruction. Si l'homme 
prend le fer, il s'émousse, et les forces lui 
manquent; s'il essaye le feu, l'incendie s'étend 
au loin , et embrase le sol. 

8 mars Depuis Ics décrets rendus par rassemblée 
constituante qui satisfaisaient en apparence tous 
les partis, en laissant aux assemblées coloniales" 
l'initiative de leurs lois de police d'administra- 
tion et même de constitution : maïs qui ne sta- 
tuant rien assez positivement sur l'état civil de^s 
hommes de couleur libres et propriétaires, fu- 
rent cause ou servirent de prétexte aux passions 
et aux préjugés que fe précision de la loi aurait 
seule pu contenir ; les dissentions départi étaient 
devenues une guerre civile. 



DEPUIS LA RévOLUTION. iSg 

Trois classes d'habitants , bien séparées par vniEpi 
l'usage, par les lois , et surtout par les antiques '^^^' 
préjugés, formaient à Saint-Domingue une po- 
pulation de près de ^ix cent mille araes ; les 
blancs , au nombre de 40 mille ; les hommes de 
couleur, libres, 3o mille ; et le reste, d'esclaves nè- 
gres. La pi'emière classe, celle desJblancs, se di- 
visait d'abord en planteurs ou grands proprié- 
taires , et en artisans ou petits propriétaires , ap- 
pelés vulgairement petits blancs. 

L'opinion les réunissait par le préjugé de la 
race ; mais l'effet des principes de la révolu- 
tion pouvaient les diviser d'intérêt. Même la 
première classe, celle, des planteurs, n'était 
.pas réunie par les mêmes vues ^ politiques : 
ceux qui tenaient à la France par leur séjour 
ou par des alliances, voulaient rattacher la co- 
lonie à la -métropole ; mais l'examen des faits 
ne laisse pas douter que , dans l'origine des 
événements , les propriétaires résidents n'ajent 
pensé à un système d'indépendance, dont les 
Etats-Unis venaient de leur donner le séduisant 
exemple, et que le succès seul eût pu justifier* 
Cette diversité d'opinion entre les cliefs qui , 
par leur état, avaient le plus d'influence, se 
reproduisit dans la suite dans chaq^ue circonstance 
favorable à l'un ou à l'autre, et prolongea les 
calamités de cette contrée. 



240 HISTOIRE ^E FRANCE, - 

viiiEf. Les horames de couleurs , riches , proprîé-» 
^ taîres, déjà instruits et éclairés par leur état 
d'hommes libres, supportaient plus impatiem- 
ment la différence que Ilétat civil et politique 
mettait entre eux et les blancs. La déiparca- 
tion était totale , la constitution française n'en 
pouvait admettre aucune; mais les anciens pré- 
jugés établis et reçus dans la Colonie^ eussent 
facilement amené les hommes de couleur à 
composer sur leurs droits politiques , et à n'en 
réclamer qu'une partie. 

Dès les premières assemblées coloniales , on 
espéra^ comme en France , tout sauver en n'ac- 
cordant rien ; alors les horûmes de couleur 
trompés dans leurs espérances , appartinrent aux ' 
partis qui leur promirent de les réaliser. Tant 
que la constitution fut monarchique , ils offri- 
rent leur service pour maintenir la. police éta- 
blie, et contenir les nègres esclaves; mais après 
la révolution du 10 août, lorsque l'ancien gou- 
vernement se trouva en opposition avec les 
assemblées coloniales , les hommes de cou- 
leur, qui n'espéraient rien d'elles, se ralliè- 
rent d'abord aux agents de l'ancienne auto- 
rité. 

Les nègres^ dans la servitude des ateliers, 
ignoraient leur force ; mais devaient appartenir 
aux premiers qui la leur ferait co^naîtie, et le 

mot 



DÇt'UIS LA RjÊ VOL U T,î O N. a^I 

mot de liberté devait les donner au premiçrjq[ui ViiiEp. 
la leur offrirait avec des arnaes; . 

*• '^ An a. 

Le décret dt rassemblée constituante ,. qui 
laissait aux assemblées coloniales le. droit' de 
prononcer sur l'état des personnes, fut modi- 
fié lâfitfîée suivante, par un autre décret;, qui 
assuiait aux hommes de couleurs»', nés de jjère 
et ni^e libres, tous les droits de citoj^en. Qn 
avait espéré- concilier ainsi les partis, et niême 
diviser entre eux les hommes de couleur , en ' 
désintéressant une partie* Ge décret Tut repoussé 
par les colons ; ils menacèrent hautement de 
scission avec la niélropolc; ils appelèrent des 
secauî^ de la Jamaïque , et Ton vit deux fré- 
gates . anglaises arborer leur pavillon dans le 
Porl-aU'Prince. En même temps les hommes de 
couleur se réunirent. et s'arnièrent. Une. pre- 
mière action, toute à leur avantage , fut suivie 
d'un traité presque» aussi tôt rompu. Urtè réu- 
nion des chefs opposés où ce traité devait être 
rétabli, fut suivie d'un combat dans. la vrlje, 
de l'incendie et du;j:)illage du Port-au-Prince. 
Chaque parti s'accusa réciproquement, et les 
recherches ont prouvé depuis que l'incendie 
fut l'ouvrage des agitateurs étrangers qui , 
après avoir réussi à. mettre aux prises les 
partis , espérèrent les rehdre irréconciliables. 
. Cette . cruelle politique venait d'JEurope. Vai- 

Torne IF. 16 . 



/ 



\ 



24^'* HISTOIRE DE FRANCE, 

vixiEp. nement les . hommes de couleur dénoncèrent 
'^^^' eux'-mÊmes les auteurs de cet attentat. Là mu- 
nîcipalité ne put , n'osa ou ne voulut pas les 
poursuivre. Peu de temps après cet événement, 
les décrets arrivèrent de France poiir la con- 
vocation d'une nouvelle assemblée coIoniale.Oa 
avait vTtt dans cette mesure un moyen de'^finir 
les débats sanglants qui avaient divisé les as- 
semblées précédentes ; mais c'était âugsi trop 
attendre des hommes, que d'exiger qu'ils modi- 
fiassent eux-mêmes les préjugés de leur édu- 
cation et de leur vie. Le législateur exhorta, 
insinua, conseilla avec des réserves ce qu'il eût 
dû exprimer avec précision , et commander^ en- 
suite avec des ménagements. Vainement Bar- 
nave , qui /ut le rédacteur de toute cette légis- 
lation, répondit à ceux qui insistaient pour que 
l'état civil des hommes de couleur libres fôt 
textuellement prononcé d^ns la loi , ces pa- 
roles trop^peu signifiantes, mais recueillies : 
t< Ce serait supposer en question ce qui est 
«< incontestaMe. » La loi qui semblait ne pronon- 
cer qu'implicitement et à regret , donna des 
forces à la résistance ; et la composition de 
la seconde assemblée y admit avec peu de mo- 
dification les mêmes principes qui avaient dî- 
figé les premières. 

Blanchelande était alors gouverneur de Saint* 



^ DEPUIS t A R é V O L^U t roK. 2,^3 

Domîngue , et sïes pouvoirs lui donnaient la vinrp. 
puissance executive provisoire. , 

Peinîer, son prédécesseur, avait maintenu 
son autorité par une conduite smitenue à propos 
par de la fermeté et par la modération , se te- 
nant toujours à la stricte exécution des décrets 
de l'assemblée nationale sanctionnés par le roi; 
il avait réussi à demeurer Tarbitre des partis 
divisés; mais rebuté enfin de ce pénible exer- 
cice d^m pouvoir toujours précaire, il Tavait 
abdiqué. Son successeur arrivait dans des cir- 
constances plus difficiles encore , parce qUe le 
pouvoir ro^al qu'il représentait , était moins 
reconnu. ■ •■ ■ 

' Le premier acte de la nouvelle assemblée , fut 
tin acte d'indépendance , en se constituant « d'a- 
« près les pouvoirs qu'elle avait reçu de ses com- 
«t mettants?» c'était assez dire qu'elle n'entendait 
ressortir de la métropole que sous les rapports 
administratifs et exécutifs, se réservant la lé- 
gislation sous^ la sanction ro;yàle. ^ 

Cette assemblée se transporta d'abord dans 
la ville du Cap, et ses premières séancesy furent 
troublées par une insurrection bien autrement 
alarmante que celle des hommes de couleur^ 
qui , dans toutes leurs dissentioas, gardaient tou-^ v 
jours un intérêt et un point de ralliement com- 
mun avec les blancs, la propriété. 



An a. 



344 '^ H I STO I R E DE FRAWCE^ 

viiiEp. Les noirs esclaves, bien plus hombreux que 
leurs maîtres blancs et autres , avaient déjà ea- 
tencfu retentir dans leiiVs ateliers les mois li- 
berté, égalité, peut-être même portés à leur 
cœur et à leurs oreilles par la rivalité poli- 
tique , bien plus que par l'humanité. 

Dès l'an 1789, des insurrections partielles 
n'avaient été réprimées que par la rigueur 
des supplices. Les' recherches sur les causes 
de ces premièr^es insurrections, nont donné- 
que des aperçus vagues ; l'esprit de parti 
les attribua tantôt ^aux agents du gouverne- 
ment qui ,, pénétrant les projets d'indépen- 
dance et de scission des colons blanbs, voulut 
se rendre nécessaire à eux. Effectivement, 
cea^ premiers nègres révoltés, se qualifièrent? 
de gens du roi , proféraient , dans leurs accla*^ 
mations barbares, le nom de Louis XVI; et 
souvent même, dans leurs terribles et sangui- 
naires expéditions, jnénagèrent les seules pro- 
priétés des agents royaux. Les blancs en accu- 
sèrent les hommes de couleur, quoique leur 
intérêt même les justifiât, mais parce que tout 
ce qui est odieux estd^aborda«cr<^dité et promp- 
tement adopté entre les partis, opposés. 

« Quand Spartacus , dit un écrivain conteni- 
« porain, pensa changer la face de l'Italie par 
^ ce terrible^ soulcvenient d'esclaves, que les 



N 



DEPUIS LA RÉVOLtJTI ON. 3.4S 

«r Içgioûs romaines ne purent se déteritiiner à vintp. 
« combattre, qu après avoir- éprouve une ter- ^ 
<< reur plus grande encorepar leur décimatiog, 
« ce n'étaient pas les mécontents de Rome qui 
«. le suscitait. » Ainsi, san^ chercher des causes 
étrangères , \e seul ressort 'èe la li berté put , dans 

' un moment de relâche , se dégager de la com- 
pression et se relever. 

Deux hommes de couleut- s'étaient déjà dé- 17S9. 
clarés pour la cause de leur race; mais ni I'uh 

* ni Pautre n'avaient pence à changer le sort des 
noirs autrement que par des moyens légaux et 
successifs. ^ - 

Râimend défendit leur cause par desécrîts; 
Ogé , plus emporté, plus violent, peut-être 
jmême plus ambitieux J prit les armes vers le 
centre de l'île , appela à lui ses compagnons ; 
ra^is n'arma p5int les esclaves; après un sucdt's, 
il. fut défait par les troupes de ligne , se réfu- 
gia sur le territoire espagnol ; et , livré paf le gou- 
verneur, il expira sur ^ roue, supplice barbare 
que I9I législation avait déjà aboli. De longues 
procédures lui trouvèrent des complices , et 
prolongèrent les exécutions; mais. cette pre- 
mière révolte, bientôt comprimée , fut suivie 
dHme insurrection firénérale , celle qui éclata ^ .„ 
au commencement de la seconde assemblée co- 179'- 
loniak. En peu de joui'S, quinze -mille noirs 



•.^w 



1793. 



An 



S.46 /HISTOIRE DE FRANCK, 

VIII Ep. esclaves brisèrent leor^ fers ; ils se choisirent 
deux chefs , Bo^kmËMa et Auguste ; les habî* 
tations furent iqceafhées, les sucreries, les ca-^ 
fières détruites, lés blancs égorgés, la riche 
pleiije du Gap, toute, la partie ouest de l'île , 
dévorée?^ par les flafioaaias , ne fut qu'un vaste 
champ de meurtre et de destruction.- Les blancs 
renfermés dans la ville du Cap, ftirient rëduils 
h la détendre , et leur ressentiment tomba sur 
les hommes de couleur ;/obligés de se renfer» 
mer, dans une églièe, plusieurs furent encore 
massacrés. 

Dans cette détresse , l'assemblée , coloniale 
s'adressa aux puissances étrangères. Les Amé- 
ricains des Etats-Unis envoyèrent quelques se- 
cours en dewées et en armes ; là un arma- 
teur de Bordeaux , Gernou , engagea noblement 
son crédit, et cautionna tous le^ achats de co- 
mestibles dont il envoya plusieurs navires au 
Cap. Les Anglais de la Jamaïque envoyèrent 
des secours d'hommes ^t: de munitions; tnais 
dans rassetnl)lée coloniale , wn parti même 
nombreux , se plaisait à ne pas regarder ces 
secours comme, gratuits. On y répéta plusieurs 
fois que la mère patrie ne pouvant plus dé-» 
fendre ses colonies, elles n'avaient de secours 
à attendre que de l'Angleierre. Ces signes ex- 
térieurs qui, dans les. révolutions, parlç^^t au 



DlÈrVIS LA R^V O L U T ï €► N. 247 

sens et désignent Ie§ partis , les couleurs dis- viit^>. 
tînctives, qui sont Tétendard du ralliement de An a. 
chaque opinion ^ ne prirent point exclusivement 
à Saint-Domingue le caractère national. On put 
remarquer que y dans rassemblée même , le pré- 
sident porta }a cocarde noire, la couleur bri- 
tannique; et, dans les difierentes assemblées, 
on ayait varié Ies*çouleurs locales ^ sans adop- 
ter g4||^ralement ce|tes qui étaient en France 
le signalement de la liberté publique. 

Lorsque le premier embrasement fut ralenti, 
et que Ton fut rassuré sur la ville même d» 
Cap, la guerre s'établit au dehors, les noirs / 

restèrent maîtres de la plaine," où ils étendirent 
Jeurs ravages; d'une part, les exécutions judi- 
jciaires et les supplices; de l'autre, l^s massacres 
avec tous les raffinesoaents de la barbarie/et de 
la fureur d'esclaves déchaînés, ensanglantèrent 
Ja colonie. Les souvenirs des traitements en- 
durés dans la servitude , et qu'il n'était pas 
^ nécessaire aux orateurs d'exagérer , le sup- 
plice d^Ogé souvent rappelé pendant ces horri- 
bles représailles; de l'autre part , l'habitude de 
la domination , le mépris pour une race es* 
clave, renchérirent réciproquement d'atrocité 
et de barbarie , et prouvèrent que Tescla- 
vage et le despotisme , également hors de 
la nature , suffisent, abandonnés à eux-mêmes 



/ 



<^ . 



I 



^48 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. pour faire toujours justice Tun/ de rautre. 
y^ ' ' Le décret qui assurait les droits civils aux 

4 septe. hommes de couleur, fut bientôt contrarié par 
179»- un nouveau décret, qui laissait aux assemblées 
coloniales le droit de régler leur état, et ce 
nouveau décret arrivait précisément au moment 
où la force des circonstances venait de déterminer 
cette même assemblée coloniale à leur accorder 
] égalité civile et politique. Il résulta 9m cette 
confusion de lois , une confusion d'opinion , de 
prétention et de mesurés , source trop féconde 
de tous les désordres; cet état de chose était la 
suite inévitable de fétat des affaires dans la mé- 
tropole. A Paris, les députés de Saint-Domingue 
à qui cette qualité, d abord contestée, fut re- 
connue ensuite, pendant les premiers jours agî- 
tes des états-généraux , s'étaient formés en une 
association qui prit le nom de club de Masi^îac , du 
lieu où se réunissaient leurs assemblées. Tous 
les propriétaires de Saint-Domingue qui se 
trouvaient à Paris , s'y. étaient joints , et bien- 
tôt après, une assemblée coloniale , qui s'était 
formée dans l'ouest de la colonie , à Saint- 
Marc, forcée par ses discussions de se réfugier 
en France, se réunit au club Massiac , qui se. 
trouva ainsi composé d'une partie des grands 
propriétaires de l'île. Leurs richesses, leurs cré- 
dits, leurs connaissances locales, leur donnaient 



DEPUIS tA RÉV^OLUTION. S49 

nécessairement une grande influence dans les yiiiEp: 
assemblées nationales et dans léS conseils exe- *^^^' 
cutifs. Sans doute aussi Pétranger , habile à 
«aîsir tous les moyens d'action , n^omit pas de 
s'assurer des relations dans cette association , 
comme il en avait avec une autre société pu- 
rement philanthropique, connue sous le nom 
d'ami des noirs. Lé cabinet de Londres sut tirer 
un grand psirti de ces deux sociétés , pour faire 
suggérer ou exécuter tout ce dont sa politique 
avait besoin , soit pour se conserver exclusive- 
ment le commerce de l'extraction des nègres 
d-AFrique, soit pour forcer les colonies fran- 
çaises ,*en Amérique , à désirer , ou leur indé- 
pendance , oif un changement de domination. 
Cette versatilité de principes dans les lois colo- 
niales, émanait d^ cette double influence, se- 
lon que Tune ou l'autre obtenait une prépon* 
dérance momentanée. 

Avec le dernier décret du 4 septembre , 
étaient partis des con^missaires civils; mais, à 
leur arrivée, la ré1»)lte des noirs avait changé 
,1 état des choses. Les pouvoirs des commissaires 
se trouvaient insuffisants. L'amnistie dont ils 
étaient pprteurs ne convenait plus aux circon- 
stances, et l'assemblée coloniale même n'y était 
pas disposée. Cependant quelques négociations 
entamées par les commissaires civils afec les 



aSo 



HISTOIRE DE FRANCE, 



VIII Ep. ehefs des noirs , eurent d abord des succès; a 
. Ja suite a une^ntrevue avec les commissaires 

An a. ^ ^ ^ , , ' 

cfvils, les noirs consentirent à rendre les^prî- 
sonnîers blancs ; mais dans une seconde entre* 
vue , un colon osa donner un coup de son fouet 
à l'un des plus fameux chefs des nègres , nommé 
Jean-François i et la rupture de toute négo- 
ciation fut la suite de cette violence. Bientôt 
des troupes d'hommes de couleur se réunirent 
aux noirs , et les Espagnols mêaiç de Saînt- 
Domingue leur fournirent des secours. Il est 
à remarquer que là\ dans la partie espagnole, 
toutes les distinctions de race et de couleur 
n'existaient pas. Tous , sans acception ^e per* 
sonnes, étaient habiles à toutesMes places pu*^ 
bliques, et jouissaient de tous les droits civils 
qui , dans la partie française , coûtaient tant de 
crîmes et tant de sang. 

L'arrivée des commissaires civils ne fut d'a- 
bord qu'une occasion de discussions avec les 
assemblées qui se formèrent dana différentes 
parties de l'île , où il s'éfciblit des confédéra- 
tions entre les communes les plus rapprochées» 
Dans les parties de l'ouest et du $ud, les com- 
missaires , obligés Me se partager , se trou- 
vèrent isolés partout , et dans une situation 
précaire. 

La ville du Port-au-Prince était en guerre 



PEPUIS LA RÉVOLU TIOK. fiSf 

ouverte. avec*une confédération d'homnaes de Viiiip. 
couleur > formée à la Croix des Bouquets } le ^^^ 
commissaire civil, Saint-Léger, s'y rendit, et 
honora son caractère par une conduite sage et 
courageuse , mais qui échoua contre les pas- 
sions exaspérées des partis et contre les manœu- 
vres des agitateurs : les unes et les autres étaient 
telles qu'il ne put obtenir sûreté pour les en- 
voyés des confédérés , qui lui avaient demandé . 
une entrevue ; elle eut lieu hors de la ville ; 
mais y ayant obtenu qu'ils rendraient le libre 
cours des eaux.salubres interceptées par eux, 
il ne put empêcher que Ton ne tirât de la ville 
sur les ouvriers que les confédérés employ'aieB|| 
à ce^ravaiL L'usage hasardé par les deux par- 
tis, d'armer des nègres esclaves, donna bien- , 
tôt à ceux-ci la mesure de leur force , et bientôt 
aussi on vit l'armée du Port-au-Prince forcée 
de se renfermer dans 1^ ville, par une réu- 
nion de dix à douze mille noirs qui , presquq 
sans armes , se précipitèrent en foule sur les 
raifbns, et les éteignirent, pour ainsi dire?, par 
leur foule pressée. 

Ces désastres , loin de réunir les partis , n» 
faisaient qi>e les aigrir , et les commissaires ci- 
vils désespérant de ramener entre eux la paix, 
se déterminèrent à se rembarquer pour la 
France. • 



I ■ 



V*Tt ^ p. 
1795- 

An a. 



iSs HISTOIRE DE F R A N C ET, 

Les mêmes scènes s'étaient passées dans Ta 
partie du sud. Le gouverneur Blanchelande 
s'y. était re«du , espérant, réunir les blancs et 
les hommes de couleur contre Pinsurrection des 
noirs. Dans une soHie qu'H fit de la ville des 
Cayes , son armée divisée en trois colonies i 
fut repoussée dans les troià attaques, et tota^ 
lement défaite. Cette déroute, qui eut lieu aux 
P/a/ons 9 fui uri des principaux chefs d'accuisa* 
tion dans le procès de Blanchelande , quoique 
l'entreprise eût été faite contre son avis, et qu'il 
y eût été mal secondé par ceux mèmet» qui Ta* 
vaient voulue. 

^ Le décret qui reconnaissait les droits dies 
hommes de couleur servit à Saint-Domifîgue 
de moyens aux deux partis qui voulaient, ou 
l'indépendance ou un changement de domina- 
tion le retour de l'ancien régime; et bientôt 
les événements du 10 août donnèrent encore 
des artnes à ces partis. Les agents de lautorité 
royale reconnue, s'étaient servi de la craint^ 
du, soulèvement des nègres pour maintenir feui 
autorité; mais dès que l'autorité royale fut abo- 
lie, il fut aisé de tourner contre \fi nouvelle au- 
torité nationale , cette disposition de^s noirs , au- 
près desquels on avait toujours agi au nom 
du roi. Le parti des colons qui étaiefit en Fraftce , 
attachés d'opinion et d'intérêt à la royauté j se 



* D.EP.UI$ LA RÉVOLUTION. 253 

servît Tacilçment de rautorité et des principes viiiEp, 
du nouveau gouvernement républicain, pour .^^ 
attaquer le T^ice-roi et les commissaires royaux, 
dont la conduite avait combattu et contrarié 
leur plaa d'indépendance, ^n maintenant les 
liens qui rattachaient la colonie à la métrojiote. 
Ainsi Blanchelande fut livré au> tribunal révo- 
lutionnaire; ainsi les commissaires , à leur re- 
tour, y furent mis en accusation et en juge- 
ment.^ ^ . 

Les nouveaux commissaires étaient Sonto- 
nax , Polverel et Aill^aut. Ce, dernier prit peu 
de part aux événements. Sontoaajt et Polverel 
partis de France par la nomination du «roi , 
apportaient aussi le décret qiui assurait les droite 
civils aux hommes de couleur libres; mais l'es- 
prit départi les ^vait déjatait précéder par des ru- 
^ meurs répandues avec art , on disais qg'ils appor- 
taient aussi le décret pour raffranchissement des 
esclaves. Le président de l'assemblée coloniale # 
4 leur réception , leur manifesta , sans ^ucun 
^inénagement , les inquiétudes et les résolutions 
des colons; les cohimissaires se justifièrent de 
cette imputation alors calomnieuse j et il est 
vraisemblable qu'à cette époque , ils étaient sin- 
cères,, quoique les circonstances les eussent con- 
duits, peu de temps après, à cette terrible me- 
sure , en devançant même le décret de la 



è54 histoire Dt FRANCE, 

ViiîEp. convention , qui la proclama en principe- 
>79 • ^ Parrivée de ces nouveaux commissaires f 
la ville du Cap était encore gardée ; mais toute 
la plaine du Cap çt presque toute la province 
du, nord , était la proie journellement dévo- 
rée par les nègres insurgés. La plus grande 
partie des hat)itations étayent incendiées et les 
cultures détruites. 

Dans les provinces de l'ouest et du sud les 
ravages n'épient pas aussi étendus ; mais les 
difficultés entre les blancs et les hommes* de 
, couleur, avaient alternativement armé des noirs 
esclaves pour leur cause; et depuis la terrible 
défaite de Blanchelande aux Plalans , des 
ateliers entiers insurgés étaient restés réunis f t 
en armes. 

Avec les commissaires une force armée de 
six mille hommes avait débarqué éous les. or- 
dres de Desparbës, homme septuagénaire, et 
<|ue son âge rendait peu propre à une guerre 
qui exigeait de la promptitude et de Tacti* 
vite. 

Aussitôt après Tarrivée officielle du récit des 
événements du lo août, les commissaires pro- 
noncèrent sans opposition la dissolution de l'as- 
semblée coloniale ; elle fut immédiatement rem- 
placée par une commission. En même temps 
une nouvelle convocation des assemblées pri- 



X 



DEPUIS LA RévOLUTION. ^55 

In^îres» dut procéder à de nouvelles élections } VluEp. 
mais retardées par les intérêts cacliés de tous , 
les partis, elles furent remplacées par rétablisse- 
ment d'un club des amis de la constitution , tels 
que ceux de France ; et qui , suivant les mêmes 
errements, soutint d'abord l'autorité des com- 
missaires devenus nationaux , ensuite la cona- 
batlit, et finit par la renverser et par lutter 
Contre toutes les autorités municipales et consti- 
tuées , fomenta des émeutes , forma des listes 
de proscriptions , souleva les trou|f)es contre 
leurs officiers , et finit par forcer les commis- 
saires à les faire embarquer avec le comman- 
dant Desparbès. 

Sontonax lui en porta lui-même ta réquisition , 
et Polverel l'acçonipagna pour le préserver 
des insiiiEs. On mit à la place de Desparbès 
le général Rochambeau , fils , qui arrivait de 
la Martinique avec ses troupes , y ajant trouvé 
le drapeau blapc arboré , la contre-révolution 
faite , et n'ayant pu débarquer dans l'île. Ro- 
chambeau fit une campagne active contre les 
nègres, les repoussa de la plaine et de la pro- 
vince du nord , dissipa leur rassemblement ; 
mais, forcé par la maladie de retourner au Cap , 
il ne put achever son entreprise, La ville du 
Cap dégagée de toute crainte extérieure , resta 
en proie aux agitateurs. On renouvella les 



\ 



a56 HISTOIRE D E F B A N C E, ' 

viu.Ef. listes de -proscription, douzç piigonniers furent 
• massacres par uji attrqtipeçnent, maigre les er- 
forts de Sontonax. Le club voulut disposer d^ 
toutes les nominations aux places; on, avait fait 
des hommes de couleur officiers dans la milice 
coloniale du Cap ; les soldats refusèrent de les 
recevoir; la querellé devint une affaire de parti; 
les hommes de couleur s'çmpaçèrent dp poste 
du Haut-du-Cap'> et ne.rcnti.èrent dans la, ville 
qu*après que^Soiïtonax eut fait embarquer les 
chefs des factieux^ /.v:\,_ : 
y Sôntônax yoiiîi;ît p>cifi^£»r du^rpom^^nt decal me 
qu<rprpduisit, ley.r d^al^pour occuper les es- 
prits pai' une diyersio'n -d'^up ;intérÊt commua : 
il recomnièijVaV la>ia:uer^^ aontre les neiçres. 
Eôchâmbé^n^avaît.^ùlVî' sa iiiiT«iiëi:e desti^nalioa 
pour \I^.^art inique , et le géaérfijp^aveauif 
prit lecomn?andemeiit. y^pf? prenuère entre- 
prise e.ut„ian plein succès t trois colonnes ^tta- 
quèrenit k^ ji^gréa , leuk- carpp , situé à la 
''Tannerie. iiU fbr.cé ; leurs dei^ chefs , Bias-r 
SOU et Jean'Fuincoi^yQhVméi^ de s^évader ; toqs 
les-,po8lcs , levTong de la frontière espagnole, 
fin ent repris.. Ci^s^ expéditions coûtaient peu. de 
sarig ; mais Ws;jLrpupes*affaiblies par riqtempé- 
, rié du climat^et-^ial Siecoridées par>le^ habi- 
tants qui'; ]d, plu|),a'rt!i..r.efusaiçnt de marcher , 
étaient biéntôr obligées de se retirer dans ks 

villes 



I 



DEPUIS L A R é V O L U,T I O'N. ^5^ 

yîlles pour y chçrcher un abri contre an soi vniF.p. 
dévorant , et qui semblait se venger des meurtres '^-^ ' 
dont il était souille. . . 

Dans les provinces de louesf et du sud, tes 
mêmes dissections avaient produit les mêmes 
désastres, les mêmes revers. Polverel s'y était 
rendu , et Sontonax l'y joignit. Un parti d'op- 
position, mais secret, et habilement déguisé» 
Y luttait contre les autorités dviles et' mili- 
taires. Comme en ^France , l'oppositian .et les 
plans de subversion y prenaient les*cotirpurs 
d'un patriotisme exagéré, on empêciiait; non 
en refusiint d'agir; mais en agissant plus qt»'it 
n'était utile; on faisait manquer le but en Je 
dépassant: Après dçô discussions de clejb-et;des 
expéditions .|.artie lies , les partis restaient ba- 
lancés , et perpétuaient les désordreg^;,' 

Un nommé Borel s'y était feit une autorité 
qui balançait celle des; généi;aux et ctes. com- 
missaires ; il osa mf tire en an-estatioqdî^ ïsé^K 
nëral Lasalle, et sçutijat.au Px>Et-aù>fefeee*att'^ 
siège contre les vaisseaux de la;Sjtatix^;;7^aDGrff*% 
tre l'armée conduite par les comniis^^iî^j^^^i^' 
tonax et Polverel. Cependant la prise-dè pos- 
session de cette ville , décida la sonmissiod 
de la province de l'ouest ; mais celle du sud 
resta en insurrection faiblement contenue ; 
et l'arrivée d'un nouveau. commandant, le gé- 



1 



^5S HISTOIRE DE'FRANC'E, 

VIII Ep. néral GalbaucI, rappela les commissaires dans 



1793. 



la ville (lu Cap. 

An â. 

Partout les institutions nouvelles trouvèrent 
les anciens préjugés sur leur route, et le bien 
public devait nécessairement souffrir de ce nou- 
vel état de choses. Les commandants militaires 
avaient toujours régi les colonies avec un pou- 
voir indépendant et absolu ; l'ordre nouveau 
exigeait que les réquisitions des autorités civiles 
fussent reconnues de la force armée , et de tout 
temps elle y avait déféré, soit pour la police 
exercée par les corps judiciaires, soit dans 
Tordre administratif régi par les intendants des 
provinces , soit même dans Tordre fiscal exploité 
par les compagnies financières; mais ces réqui- 
sitions étaient moins vues. comme de$ ordres 
que comme des appels de secours. Les chefs \ 
militaires y déféraient sans opposition \ parce 
que le refus eût laissé la responsabilité des évé- 
nements à leur charge. Le passage à un autre 
ordre semblait exiger de la prudence et des 
ménagements, au moins dans les expressions 
employées. 11 sembla, au contraire, que Von 
voulût appesantir le joug salutaire de la loi 
par la rédaction du texte : il portait que le com- 
mandant militaire de Saint-Domingue ne cLe- 
yait y être ijfue Vinstrument passif des 'VO^ 
lontés des commissaires civils* Ces formes dures 



N 



fiÈPUIS LAIiêVOLÙtfÔ^. âSç 

C^ommencërent la méfiance entre les autorités; viiinp. 
les agitateurs y portèrent bientôt la division par *^^ 
leurs manœuvres et par leurs intrigues; et après 
tine lutte qui partagea les troupes et les habi- 
tants , Sontonax et Polverel usant hâtivement 
de leurs pouvoirs , signifièrent à Galbaud sa 
destitution , et le firent embarquer pour être 
îreconduit en France. 

Mais soiis un climat ardent , oii toutes les 
Imaginations étaient exaltées et toutes les pas- 
sions brûlantes, cet acte violent ne devait pcis 
rester sans réaction. 

- Avec Galbaud on avaît'^embarqiié sur la flotte 
plusieurs chefs séditieux par caractère , par prin- 
/cipe où par mission. Ces hommes travaillèrent 
les marins ^ et ne leur montrèrent dans Galbaud» 
qu'un chef mihtaire sacrifié par des magistrats 
jaloux. II paraît que Galbaiid igpora une partie 
de ce qu'on faisait en sa faveur. Ses regrets 
tardifs, lorsqu'il vit les effrayants effets de Tin* 
siirrectiôn dont on le faisait le chef, peuvent 
faire croire que l'on agit en son nom plus qu'il 
n'agit lui-même^ Dès qu'il fut sûr de la flotte, 
il ordonna la descente, et l'on vit les forces de 
iïier de la république attaquer ses établissements 
\ terre avec la même fureur qu'auraient eu les 
Anglais ou les Espagnols. 

L'attaque fut disposée dans le même ordre 



' ^ 



sl6q histoire de frange, 

vin Ep. que dans une guerre ouverte et déclarée. Trois 
colonnes conduites par des chefs , se portèrept 



1790. 



An 



au gouvernement et à l'arsenal; mâîs quoique 
les co'mniissaîres civils eussent été surpris , cette 
première attaque fut repoyssée ; une partie des 
troupes de ligne et des hommes de couleur se 
réunirent autour des commissaires civils ; ils 
eurent même la sagesse et la générosité de re- 
fuser d'armer les prisonniers qui, s'étant échap- 
pés des prisons civiles, vinrent leur offrir leurs 
v' bras. 

Mais le lendemain les hommes de mer ral- 
liés et renforcés du reste des, équipages , ratta- 
ao inîn. quèrent la ville. Galbaud marcha en personne 

ai juin. * , . , . 

'79^. contre le poste de l'arsenal qui lui fut livré. 
. Maître de cette position qui domine la ville et 
le gouvernement, il s'empara des forts envi- 
ronnants ; alors les commissaires civils furent 
forcés de se retirer de la maison du gouver- 
nement, foudro3^ée de tous ,côtés par l'artille- 
rie ; ils firent leur retraite au village appelé /e 
Haul-du-Çap^ à une lieue de la ville , et où 
était un camp établi , dès longtemps , contre 
les irruption^ des nègres de la campagne. 

Aux premiers mouvements de l'attaque, une 
parlie des habitants, s'était sauvée, emportant 
leurs effets ; les autres espéraient, ainsi qu'il 
arrive souvent , pouvoir rester spectateurs du 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 261 

combat en ne prenant aucdif parti } maïs dès viiiEp. 
que les commissaires civils se fui'ent retirés, la 
troupe de Galbaud ne trouvant pins ni rési- 
stance ni frein , força les magasins et les mai- 
sons , le pillage commença -; il ofiTrît toutes ?es 
scènes hideuses d'une ville prise d^assaut ; vingt 
mille esclaves se déchaînèrent, se^êlèrent aux 
assaillants, tous se méconnaissaient d'ans lè dé- 
sordre général , habitants, matelots, esclaves, 
se massacraient indistinctement, l'incendie vint 
augmenter et facrliter toutes les horreurs , les 
nègres révoltés descendirent des montagneç, 
tout ce qtie la vengeance, Tavidité, la brutale 
insolence , peuvent enfanter d'excès , détruisit ^ 
cette malheureuse cité ; Fasile où les jeunes 
filles étaient élevées, fut forcé , elles furent li- 
vrées à la violence, puis à la mort ; les femmes, 
les enfants , les vieillards se traînant dans les rues 
à travers Fincendie devenu général, et sous le 
feu, dés combattants, cherchèrent un asile, les 
uns sur la flotte, d'autres au camp des com- 
missaires. La ville du Cap fut détruite, et ses 
habitants massacrés ou dispersés. 

Au premier signal des excès qu'il n'avait pas 
prévus, Galbaud retourna à la flotte, n'ajant 
plus aucun pouvoir pour réprimer les fureurs^ 
qu'il avait excitées^ On prit seulement des pré- 
cautions pour que rartillerie de terre ne pût 



$.02 HISTOIRE DE FRANCE,. 

VIII Ep. être employée coqgpe les vaisseaux; on encloua 
'^^^' les canons; on mouilla les poudres,, et l'on 
" ^ acheva ainsi de mettre la première ville de la 
colonie hors de défense, au moment où la guerre 
venait d'être déclarée à l'Espagne ; enHn on 
6ta au reste des habitants toute ressource, en. 
éloignant la i|otte« Des le lendemain, elle fit 
voile pour la France , et dut auparavant tou- 
cher terre dans les Etats-Unis, pour y déposer 
les infortunés colons, que le fer et le feu avaient 
obligés d'y chercher un asile. 

Dans ces dernières extrémités , on doit ho- 
norer le courage et le dévouement des com* 
missaires civils qui , loin de chercher leur sû- 
reté dans les autres parties de la colonie , 
s'attachèrent aux décombresqui fumaient encore 
autour d'eux ; seuls dans leur camp du Haut-Cap, 
jls avaient conservé une force disponible , et leur 
position était encore telle , que le conseil de 
guerre assemblé à bord des vaisseaux , ne vit 
d'autres recours , en s'éloignant , que de les 
supplier d'interposer les restes de leur autorité, 
en faveur des femmes et des enfanls. Dès que- 
la lassitude eût fait cesser le carnage et le dé- 
sordre , et que les flammes s'arrêtèrent faute 
d'aliment, Sontonax et Polverel redescenHirent 
dans la ville; ce qui restait d'hommes fut or- 
ganisé en corps civils et militaires; on recueillit 



DEPUIS LA RÉ V-O L U T 1 O N. 203 

les csdaves qui , ne sachant que feire d'une viiiEp. 



179J. 



telle liberté, vinrent se rendre; on établit les 
débris des familles dans les édifices publics que 
le feu n'avait pas détruits ; on fouilla les dé- 
combres pour en extraire des vivres qui Turent 
déposés pour le besoin commun , et les métaux 
qui pouvaient servir aux reconstructions. La 
famine était le danger le plus pressant. On ex- 
pédia des navires vers les îles et au continent, 
et les restes d'une population florissante sem- 
blèrent une horde fugitive jçtée par le naufrage 
sur une plage déserte. ^ 

Lorsque la justice publique vint rechercher 
les premières causes de cette calamité, les pro- 
cédures ne purent justifier les commissaires d'une 
précipitation inconsidérée dans l'exercice de leurs 
pouvoirs 5 ni le général Galbaud d'une impru- 
dence inexcusable dans les mesures qu'il prit 
pour satisfaire ses ressenti fnenls; mais le rap^ 
port présenté à la convention , le justifie de 
toute intention criminelle, et lui-même fut ef- 
frayé des calamités qu'occasionna son entre- 
prise; on n'imputa les excès qu'aux émissaires 
envoyés dans les diflérents partis ; et surtout aux 
esclaves qui , voyait les blancs se combattre et 
Èe détruire^ mirent le feu à plusieurs endroits 
de la ville pour commencer le pillage. 

Cette terrible caïaslraphe fut le premiejr 



^ 



UtL. 



$.64. histoire.de frange; 
viiiEp. signal de l'abolition de Tesclavage par Taffran- 
An a. chissement partiel des noirs. Déjà des mesures 
politiques ou forcées, avaient appelé à la li- 
berté les esclaves qui s'éiaient réunis aux hommes 
de couleur, ceux que leurs maîtres même avaien|| 
armés dans des circonstances impérieuses ; ceux 
r enfin que les commissaires civils avaient réu- 
nis en troupe , \yoxiv les contenir au moins par 
la discipline militaire; mais ces dispositions tb- 
<:ales^ n'avaient point encore pris le caractère 
d une mesure légale et générale. 

A feur sortie du Cap , pendant Tembrase- 
ment, les commissaires publièrent, dans une 
proclamation , if/ie la yolonté de la républi- 
que jrancaise et celle de ses délégués , était 
de donner la liberté à tous les nègres guerriers 
90 jnîn ^^'^ combattraient pour la république sous les 
»793« ordres des commissaires ciidls. 

Ce premier acte* d'une extension indéfinie , 
qui appelait tous les noirs à la liberté , était 
raotiyé par l'invasion des troupes espagnoles 
qui pénétraient dans la province de Test, s'em- 
parèrent du bourg d'Ounaminthe et de plusieurs 

postes français. Les Espagnols avaient des corps 

de nègres dans leur armée. 

Cette idée de l'affiandiissement des noirs 
s'était répandue depuis longtemps de l'Europe 
dans les colonies; les écrits philanthropiques y 



II 



!» 



^ 



DEPUIS LA REVOLUTION. ^65 

avaient pénétré jusque dans les ateliers. L'op- viiiEp; 
position %ntre les blancs et l*^hommes de cou- ^^ ^ 
leur libres , les avait forcés , à l'envi l'un de 
l'autre , d'armer les esclaves en leur faveur / 
et l'âfTpanchissement réel ou promis, ^tait tou-' 
jours le prix attaché à cet acte de dévoue- 
ment. 

Dès 1789, l'affranchissement des noirs avait 
été demandé. Le décret rendu , le 5 mars 1 798, 
laissait aux commissaires un droit implicite de 
jDrononcçr sur. la discipline et le régime inté- 
rieur des atehers. 

Le 21 juin , une proclamation avait donné 
la liberté aux nègres qui combattraient pourra 
répubh'que. L'effet de cette mesure avait d'a- 
bord été d'y rattacher plusieurs chefs noirs. 
Toussaint-Louverture commandait alors en se- 
cond sbusBiassou et Jean-François; cet homme 
qui depuis a pris une si grande place dans l'his- 
toire de Saint-Domingue , se trouve peint dans 
un écrit contemporain de cette première épo-* 
que ; et ce portiait dégagé des événements qui 
ont suivi, devient curieux pour l'histoire. 
, «Toussaint-Louverture, doué par la natifre d'un . . 'r^^"- 
«caractère humain, sensible et généreux , et si.-d..- 
une grande jacilïte de_.conception, avait a par ga- 
^ « peine pu donner la moindre culture à ces heu- coui< 
i< reuses dîspositiorts dans les Kens de l'esclavage ; 



lou. 



266 HlâTOIREDE FRANCE, 

viiïEp. « il avait appris à lire et à écrire , lorsqu'il gardait 



'79^- 



«les bestiaux de riiabitation de Breda^» et ces 
« premiers éléments des connaissances humaines 
« lui donnèrent dans la suite les moyens de per- 
« fectionner ses dispositions militaires; il n'avait 
« pris les armes avec ses frères que par le seul 
« amour de la liberté. Ennemi généreux, même 
« envers ses tyrans, il n'avait jamais souillé par 
« la cruauté la cause honorable qu'il déFendaif. 
« Plusieurs fois ces représeatations touchantes 
' « avaient arrêté les actes de férocité de Biassou 
« et de plusieurs autres généraux nègres ; c'est* 
« un témoignage que les prisonniers blancs n'ont 
« cessé de lui rendre. Presque seul accessible à 
« tous les sentiments de Thumanîté, au milieu de . 
i< la démoralisation générale qui se manifestait 
« parmi les hommes de toutes les couleurs , il 
« avait fortement réclamé contre Pavidilé infâme 
« des chefs nègres' et de leurs correspondants 
« espagnols , qui, en pillant les habitations des 
t< blancs, enlevaient les familles des nègres pour 
« les envoyer vendre à la Havanne. Une ame si 
« élevée lui avait donné une grande influence 
« parmi ses frères, dont un très-grand nombre 
« n'aurait pas manqué de suivre son exemple j 
« mais Toûssaint-Louverture n'ayant vécu,depuis 
« rinsurrection des nègres , qu'avec eux et avec 
« les Espagnols , ne connaissait notre révolutioa 



r- -t 



DEPUIS tA RÉVOLUTION. 267 

u que sous les traits que lui prêtaient les enne- vniEp* 
« mis de laPrânce ; et les fureurs des partisdi vers 

An ^ 

f< à Saîht-Domîngue , n'étaient pas propres à dis- 
« siper les préventions qu'il avait reçues. Extrê- 
« mement attaché au catholicisme , dirigé dans 
« ces pratiques de dévotion par des prêtres es- 
«pagnolsi il craignait de se soumettre à un 
« gouvernement qu'on lui représentait surtout 
« comme l'ennemi de cette rehgion. » 

Soit que les circonstances fussent pressantes, 
soît que Sontonax craignît l'opposition de son 
collègue Polverel ; après une députation nom- 
breuse de la commune du Cap , à la tête de 
laquelle était un autre Vergniaud, l'affranchis- 
sement des esclaves dans la province du nord , 
fut solennellement proclamé ; et peu de temps 
après, des députés des trois couleurs furent élus 
et envoyés à la convention. Cette mesure ne 
pouvait manquer de devenir bientôt commune 
aux provinces du sud et de l'ouest. 

Polverel avait là à combattre l'opposition des 
propriétaires et des hommes de couleur; pour 
retarder la proclamation de l'affranchissemeiyt 
général , il avait recouru à divers mojens; tels 
que la liberté du travail certains jours de la 
semaine, et même la distribution des habitations 
vacantes par Témigration des colons ; mais les 
mêmes violence^ du parti opposé; l'appel des 



2.6S HISTOIRE DE FRANCE; 

TiiiEp, troupes espagnoles, le plan formé de leur lî- 
'^^^* vrer la colonie , forcèrent de rendre général 
l'affranchissement proclamé dans le nord ; et 
ce grand acte de législation , qui n'aurait dû 
être émis que dans le calme , et plus encore 
par la persuasion et avec une exécution gra- 
duée, cet acte proclamé pendant Torage, hors 
de temps et de mesure , au mîhe'u des oppo- 
sitions de rintérêt et de l'opiniâtreté des par- 
tis , plus arraché par la force qu'obtenu par 
la raison, n'eut que des résultats funestes : 
la licence prit la place destinée à la liberté, 
et la servitude légalisée vînt enfin mettre un 
terme à la licence. On accusa la îaison de toutes 
les erreurs des passions ; on la rendit respon- 
sable de tous leurs excès , et l'on en conclut , 
- peut-être pour des temps indéfinis, que ce qur 
avait été mal fait n'était pas possible. 

Dans les Etats-Unis de l'Amérique, la prédi- 
cation persuasive avait obtenu ce que la justice 
et la raison réclamaient. Dans les colonies fran- 
çaise, la législation dure,împcrative et brusque, 
souleva les contradictions , aida la malveillance, 
et manqua son but. 

L'exaspération des esprits servit alors les pro- 
jets des émissaires de l'éti^anger, pour porter 
les partis aux mesures les plus extrêmes ; toute 
cette partie de Saint-Domingue qui comprend 






V V 



n a. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 269 

«ne partie des trois provinces sous le nom de la viiiEp 
grande Anse, fornaée par le Cap où est la for- *'^ * 
teresse du Mole-Saint-Nicolas, et le Cap d'Am- 
marie, fut livré aux Anglais; leurs vaisseaux 
parurent 4'^bord au port du quartieV , appelé 
Jérémie j et en peu de temps tous les ports 
situés sur cette côte , Saint-Marc, Leogane , la 
Pointe , l'Arçhaies , Goave , leur furent livrés 
j)ar une capitulation signée à la Jamaïque ; le 
P<9rt-au-Piince, dit depuis le Port-Républicain y 
résista plus longtemps, et ne céda qu'à plu- 
sieurs attaques réitérées. Les commissaires se 
recirèrent alors dans la province du sud , où 
-quelques communes étaient restées fidelles a la 
républiquer 

Sontonax, oubliant son caractère public, et 
se livrant à son emportement , pubjia une procla- 
mation pour se retirer avec les défenseurs dans 
Jes Mornes ^ ïnpntagnes escarpées au centre 
de l'île ; maïs avant il ordonnait qi^f la re- 
traite fût éclairée par l'incendie de tous les 
lieux habités que Ton serait forcé d'abandop- 
ner. Son collègue Polverel improuva et arrêta 
ces horribles mesure» qui renouvelaient les 
résolutions désespérées de Sagunle et de Nu- 
mance ; et peu de temps après , un vaisseau ar- 
rivant, de France,, leur apporta à Jacmel ^ x^îx 
ils étaient depuis peu de jours , leur décret 



N 



^yO . HlStOlftÈ DE FRANCE, 

VîiiEp. d'accusation et Tordre de leur arrestaitîon , pouf 
'^^^' être traduits à la barre de la convention natio- 
^^ ^ nale. 

Cet ordre obtenu par les colons déportés, 
était resté plusieurs mois entre les mains du 
conseil exécutif, sans qu'il en eût donné la pu- 
blication. Cepeiadant la nouvelle en était par-^ 
venue à Saint-Domingue par la voie de l'Angle- 
terre , et le discrédit de leur autorité précipita les 
événements et les succès des Anglais. Les com* 
missaires cédèrent sans tenter aucune rési- 
stance ni aucuns moyens d'évasion. Le même 
bâtiment apporta le décret de la liberté géné- 
rale des noirs. Celte grande ml?sure servit de 
con(re-poids au départ d^s commissaires civils ^ 
et d'aliment- à la guerre, en ralliant les par-* 
lisans de cette opinion , qui bientôt rallièrent à 
eux une armée noire. 

Toussaint-Louverture , dont la conduite ac- 
croissail»de jour en jour le crédit et la fortune, 
se rattacha au parti de la république , ramena 
l'ordre dans la colonie , et contint les Anglais t 
ils restèrent encore longtemps maîtres de la 
grande Anse et de plusieurs quartiers dans Tin* 
térieur des terres, jusqu'au temps où ils en 
furent chassés par cette même armée noire f 
qu*iis avaient presque dédaigné de combattre, 
et devant laquelle on vit des corps entiers de 



^DEPUIS LA RÉVOLUTION. »7I 

troupes anglaises mettre bas les armes. Les vniEp. 
J)ajs qui séparaient les deux armées, longtemps * 
ravagés par Tune et par l'autre, ressentirent dans 
la suite toutes les secousses qui , pendant dix 
années , ébranlèrent l'ancien cotitinent. 

Le décret d'abolition de l'esclavage avait été >^ p^"^* 
rendu dans la convention nationale à l'unanimité, 
et presque sans aucune discussion c^ontradic- ^ 
toire. A la .même séance , les trois Vléputés de 
Saint-Domingue , un blanc ,. un nèg^^e et un 
jaune, furent installés, prononcèrent un long 
rapport sur la situation actuelle de cette co- 
lonie ; et, peu de jours après, une fête f)opu- 30 piuv; 
laire solennisa dans la capitale le décret quç 
la convention venait de rendre. 

On aurait pu croire qu'elle appelait à elle une 
nouvelle race pour réparer ses pertes par une 
adoption forcée. Le dernier appel pourl'élection 
d*un président n'avait donné pour résultat du 
scrutin qu'un total réduit à 1 90 présents ; et' 
tandisqu'elle proclamait l'abolition de l'esclavage^ 
dans les deux mondes, elle-même sentait river 
tous les jours les fers qu'elle avait consenti de re- 
cevoir. Le comité de salut public, au terme de sa 
formation , devait être renouvelé tous lèg' mois , 
et cette règle sage n'était depuis longtemps qu'un 
vain formulaire. Ceux qui auraient pu les rem- 
placer , craignaient de lutter contre eux , et n'é- 



A 



11 2*. 



27% HISTOIRE DEF.RANCEj 

yiiiKp. taient pas a.sspz sûrs Tun d^e l'autre pour Iç ten- 
ter, sans avoir la certitude du succès^ Le frçste 
Irop^ insouciant se voyait sans peine délivré de 
rembarrai : de prononcer entre des parais op- 
])Osé^. Le comité de salut public garUait le tir 
mon des affaires , parce qu'aucun parti n'était 
as^ez lié pour jûiser le prendre^ et aucun iadi- 
- vicUr9:ssé^-iajL^^ essayer de le lui oier^ 

Mahfitenu-à chaque përipcJe pour la forme, il 
rendait compte aussi pour la forme à l'assem- 
blée de ses çpérations; elle s'y était accoutuniéei 
et cette sanction n'était qu'une cérémonie d'ha- 
bif,i;di?;démandée et accordée sans conséqu£înce ; 
aussi ce ne fut que par une phrase intercalée 
dans un long rapport que la convention apprit 
que le comité avait reçu et rejeté la proposi- 
tion , envoyée par lés puissances alliées , de 
J^aire une Irès^e pendant laquelle la France 
établirait un gouvernement avec lequel on traî- 
lirait de la paix , qui serait soumise à la rati- 
j[ication nationale. d^Wi^ propostion pouvait être 
insidieuse , et l'était vraisemblablement , oa 
espérait faire poser les armes , et laisser l'ar- 
deur réyoli^tionnaire se refroidir; mais cette pro- 
position rpéritait encore d'être soumise à la dé- 
4^ision de la convention , et ne devait pas lui 
.eXr.e communiquée après la décision ; rien ne 
.prouve pIujS Taudace d'une part, et la patiente 
' * docilité 






bÈ^uis LA REVOLbirioKi *i*;3 

docilité de l'autre, que la confiance en eux- vmËi*. 
mêmes , qui décida les comités à se charger de *^^ ' 
cette effrayante responsabilité* Le rap[X)rt où 
se trouvait cette ouverture de paix y servait 
en même temps de réponse ; c'étaient des me- 
^ines extrêmes pour se procurer du salpêtre; 
et à cette occasion , les principes et les maximes 
les plus hasardeux étaient énoncés sur le droit 
de préhension et de réquisition^ Les jouis*' 
sances^y est-il dit, cessent d^ être individuelles i 
et semettent en masse ^ et à la fin du rap- 
port, les avertissemeots les moins politiques y 
étaient donnés aux peuples étrangers , ne /e- 
tendre au dehors que pour laisser des désértÈ 
entre la république et les rois. 

Robespierre qui faisait débiter ces maximes 
par le comité, se réservait celle de la plus \ 
pure morale et de la plus saine politique. Dans 
un discours, dont'le texte était « sur les prin- 
« cîpes de morale politique qui doivent diriger 
« la convention dans radministration intérieure 
« de la république.» 

Les expressions les plus sonoreç de j.ustice, 
de mœurs, de vertu> retentirent à la tribune» 
et le contraste avec les faits n'empêcha pa§ que 
ce discours applaudi ne fût imprimé et envoyé 
aux départements. 

On ne s'occupa donc plus que des prépara- 

Tomeir. ï8 \ 



27+ HISTOIRE DE ï" RANGE, 

VïifEp. tife pour la guerre» Le ministère anglais, qui 
1793. * 

An 2« 



1 70^ 

pouvait se prévaloir dans son parlement des 



inutiles avances qu'il venait de faire, n'y trouva 
aucuns obstacles aux moyens qu'il demandait. 
On vit les chefs de l'opposition se réunir aux 
ministres, pour assurer vingt millions sterlings», 
destinés à continuer la guerre. Les forces de 
mer furent portées à quatre-vingt-trois mille 
matelots , et l'armée de terre , y compris les 
milices , à cent cinquante mille hommes, outre 
quarante mille étrangers soldés sur le conti- 
nent. L'état joon contesté des dépenses pour 
cette armée , se montait à vingt millions ster- 
lings, et dès cette époque fut ouvert lavis , réa- 
lisé quelque temps après, pour que la banque fût 
autorisée à «iuspendrc le payement journalier de 
sesbillets, CetjLe mesure prolongée, même après 
la guerre, n'altéra pas la confiance que soutint 
l'esprit public , et par un exemple honorable 
pour une nation , et unique , cette crise n'in- 
fluant point sur les transactions particulières, 
le papier public devenu monnaie forcée , ne 
perdit rien au change contre le numéraire mé- 
tallique , tandis que par un autre contraste moins 
içlorieux pouK l'esprit public de la France , ses 
assignats, son papier-monnaie, dontune partie de 
son territoire était le gage , n'avait déjà plus 
qu'une proportion fictive et idéale avec les mé- 



DEPUISLARÉVOLUTION. S,y5' 

taux monnayés. Peut-être Vesprii public cst-il viiiEp, 
pouf un peuple le. dernier terme du perfection- ^„ ^ 
nement de sa civilisation. 

Aux finances et aux forces coalisées de l'An- 
gleterre et du continent, la république française 
opposait ses opinions, ses citoyens soldats et ses 
généraux. L'armée du Nord, qui devait balan- 
cer et fixer ses destinées, venait de rappeler à 
elle les troupes qu'elle avait été obligée d'en- 
vojer dans la Vendée, pour y terminer celte 
guerre que l'on put croire un nionaent finie. 

Repoussés à Granville, les Vendéens s'étaient 
retirés à Dol, où les colonnes républicaines les 
attaquèrent, ecrurent défaites après un combat 
opiniâtre et sanglant. Laroche-Jacquelin et Sto- 
flet résolurent de repasser la Loire et de ren- 
trer dans la Vendée. Angers, où commandait 
Beaupu! , blessé, qui se fit ^porter sur les rem- 
parts, leu^; résista; ils s'emparèrent du Mans;: 
et là, suivis par les généraux de la république, 
attaqués au dehors et dans la ville , pressés 
par Westermann , qui venait d'être rendu, 
un moment à son armée , les Vendéens fu- 
rent taillés en pièces. Dix-huit mille soldats,, 
femmes , enfants , vieillards , furent massa- 
crés dans la ville, pendant et aprèjs le com- 
bat. Laroche-Jacquelin, échappé au carnage 
avec quelques cavaliers , recueillit les débris de 



\ 



\ 



liihS .'hISTOÏHE de FRANCE, 

viiiEp. ^e désastre, et essaya de passer la Loîre à An- 
An 2. cenîs sur dés radeaux. A peine touchaît-il le 
bord opposé avec son avant-garde > le reste 
attaqué, fuit à Savenai ; là, cette armée sans . 
.chef Fut iatteinte et détruite. Uîle de Noîrmour 
lier où s'étaient réfugiés Charrette et Delbée * 
iHourant, fut prise, et ce guerrier fut porté au 
lieu du supplice et fusillé dans son fauteuil. 
On put croire la guerre de la Vendée éteinte, 
si les épouvantables exécutions militaires .des cp- 
lonnes , justement nommées infernales , n'en 
eussent agité les cendres , et si les exécutions 
juridiques, plus horribles encore, que corn- 
iftanda Carrier, n'eussent ra ni oié le désespoir 
abattu. Le long détail de ces horreurs qui sur- 
pas>ièrent toutes celles qui les avaient précédées , 
sont trop officiellement consignées dans le récit 
du rapporteur Lequinio. L'histoire a le droit de les 
réléguer parmi les détails partiels dont sa dignité 
là dispense. L*incendie qui a tout dévoré, ne 
laisse plus de traces que dans les tristes souvenirs. 

Le jour même où la convention publia la 
prise de Noirmoutiefr , elle apprit celle de la 
ville de Worms, et la suite des succès de l'ar- 
mée du Rhin. 

Wurmser avait été remplacé par le général 
Broun, et Brunswick avait remis l'armée prus- 
sienne ail vieux Maleiidorf, le disciple et l'ami 



D' E P tl I s L A RÉVOLUTION. 277 

du ffrarîd Frédéric. Ces deux armées , dont leurs VHiFp. 



revers avaient séparé les opérations, gardaient 
les passagêsdu Rbib^ à Mayence et àManheim , 
et ïe§ armées de Rhin et Mdselle , après la re- 
prise du Fort- Louis , que les Impériaux aban- 
dotinèrèrit après Tavoir détruit , prirent des 
quartiers d'hiver sur la. frontière du Palatinat 
à l'entrée de la vallée de Neustadt, et Piche- 
gni* fut ftommé général à l'armée du Nord 
à la place de Jourdan , que trop peu de défé- 
rence, pour les plans des comités avait exposé à 
leur mécontentement. Il fallut même , pour le 
sauver de l'effet ordinaire de celte disgracç,^ 
toute l'adroite éloqùeno^de Barrère, Ce temps 
de repos et le court intervalle des opérations 
militaires, était -employé activement aux tri- 
bunes de la convention, des jacobins, de^s cor- 
deliers , de la commune et d'une nouvelle as- 
sociation qui s'était dénommée club central. Ce 
n'étaient pas des réunions de partis opposés, cha- 
que parti avait ses adhérents dans chacune desr 
sdciélés, et ils s'y combattaient dans les ténè- 
bres sôus le même drapeau. On distinguait biea 
deux partis prononcés ; mais l'un errait sans 
ordre, sans chef, s.ans plar^ de conduite, tandis 
que Robespierre, à là tête de l'autre, en îm- 
posatt par une ancienne réputatfon, par une 
monstrueuse popularité , par un système suivi 



An a. 



myS H I s T O I RE. DE. F R A N C E ,^ 

viiiEp. et soutenu , par l'assistance. de l'étranger et \yàx 
j^^^ d'imposants succès. La Gironde n'était plus qu'up 
parti dispersé , que ses adver^ires choisissaient 
l'un après Tautre. Les, seconds de Robespierrq 
serrés autour de lui , coilime dqns un asile , 
commençaient cependant a s apercevoir que cet 
asile dépeiidait de son bon plaisir, et n'était 
pas inviolable pour luïj tous sentaient déjct le 
danger de cette position, précaire, et qii|il ne 
les gardait que comme des instruments nérësr 
saii es encore à sa foi'tune. Plus près de, lui^et 
plus à ses ordres /étaient ses vrais satellites, 
ceux qui., dévoués par fanatisme ou par mi.s^ipp , 
ïî'àvaient^p'ns ou n'avaient reçu d autre enaploî 
oiïe de le 'servir env^wet contre tous. Robes- 
pierre qui avait éprouvé quelques contradictions 
au comité de salut public, où Fouché,.,au je- 
tour de sa mission dans Je Midi , avait osé lui 
résister , songeait déjà à se fortifier contre la 
convention', en mettant le,s jacobins en état. de, 
la'combattfje , et même de la remplacer selon le 
premier projet quiavaitétéproposéàDumourier. 

i.er nîv. A ccîté époqué se fait sentir un état de. atagna- 
tion résultant de la nullité des partis jet dp fip- 
quiète réserve des indîvic(us,riuIlecommuni(?ation 
n'existait plus eïitre le^s membres de la.cpnven- 
tion, chaVuh ne songeait qu à se. mettre à .cou- 
' vert par je silence et dans l'isolement; ceux'quj. 



/ - - •' 



r> 



/ 



An 3.- 



D E^T V I S L A îl é V O L U T I O N. îiyÇ 

par leurs taieiîfs et par de l'énergie , auraient vniKp; 
pu offrir un point de ralliement» certams^qtie ^ 
personne n'oserait se ralliera eux> se retirèrent 
dans la foule, et ne s'étudièrent qu'à s'y faire 
oublier; il iiillait que la néce^ité et une lerreu^ 
plus forte et plus prochaine^ vinssent So m nier 
les plus menacés de défendre leur vie sôu$ peine 
de la perdre. Ce temps n'était pas encore ar*- 
^^îvé, on sentait le poids des fers ; mais ife 
n'avaient pas pesé depuis assez longtemps poiir 
blesser par des meurtrissures^et par dFK plaies. 
On les supportait encoie par Tespérarice de 
les voir tomber. Cet état où l'on slouflPre; ée 
où l'on endure avec patience, est commun à 
tous les peuples où les jouissances domesti-' 
quessonl indé[|rndanteS' de la liberté publique. 
Le peuple rçmain a donné» longtenips rekempb* 
de <!ette patience à l'épreuve. 

La convention n'osait, encore se refuser à 
tout ce qui était exigé d'elle , au nom de Tesprit 
révolutionnaire; elle décréta que ceux de ses 
membres mîô^en accusation et qui essayeraient 
de se soustraire au jujÇemeilt*pat*la fuite , se-' 
raient exclus et remplacés; et bientôt que tous^ 
les citbj^ens qui ,,étânt accusés-, fuiraient,' sériaient 
mis hors de la loi. - 

Péù de jours après, \m dé sîes membres, Ma-* 
zifjer, fut livié à l'exécuteur et mis à mortj 



\ 



fiSo ■ HISTOIRE DE FRANCE,' 

Y^HEp, ainsi ion se servait de la terreur même' pour 
. river lés>^fers que la. terreur avait forgés. Sur 

un rapport de Saint-Just, on étendit l'autorité 
du comité de sûreté générale pour les arresta- 
tions^ des pleins pouvoirs lui furent donnés à 
, eeteftet. Le nombi e des détenus daqs les diffé- 
rentes prisons de la capitale seule , montait alors 
à près de six mîHé; et dans tous, les dépai:te- 
raents de la république , les maisons d'arrêt 
étaient remplies dans la même proportion; mais 
la terreur que les, tyrans inspiraient commençait 
déjà de ks atteindre. La jeunesse, moins soil- 
mise aux timides calculs de la, prévojanœ, et 
moins éloignée des principes de sa première 
éducation , s'était réunie en société particulière^ 
comparant ce qu'elle voyait, ^ ce qu'on lui 
avait' plus récemment enseigné; n'y reconnais- 
sant plus aucune trace de la morale de. son en- 
fonce , elle, avait essayé de se communiquer ses 
pensées et ses doutçs. Cette réunion parut dan- 
gereuse è ceux pour qui toute réflexion était à 
craindre. Un arrêté de la commune dispersa 
ces réunicms, et détendit aux jeunes gens d'ea 
forjoaer jamais de semblables. 

Il* paraît qu'à cette époque , les dominateurs 

eux-mêmes effi-ayés de leur position et des stiites 

de leur système, se hâièrent d'éloigner :i'eux 

" l'atteatiçn, en dénonçant eux-mêmes' ks faits et 



r 



DEP'UÏÔ LA RÉV^£tTTOK/ ^I^ 

en tlétourn»nt le« soupçons verscFautre» agents; yi^^^y 
Un rappoin de Sâin^J^ist coiïtenak de si grandçg^ ^^ ^ 
vérités , qu'elles ne pouvaient rester sans «ffët 
swr les auditeurs ; mais en mêtne temps ledé-J 
iit>nciat6ur devait naturellement être celui qui 
^rait le dernier soupçoqné. Le texte de to« 
discours était cette phr^e commentée avec des 
développements trës-aOToîts. k L'étranger a: mé- 
«c di/é^ les causes du renversement de la tyraU'^ 
^ nie parmi nous ^ et "peut les employer pour 
t< renverser la république. » 

Ce plan était très-réel, et ^ toutes :les preuves 
qu'il en apportait, étaient irrécusables. Eft 
suivant ceux qui marchaient dans cette route y 
on retrouvait à chaque pas leurs traces; on 
s'attachait à détruire toute moralité dans le peu^ 
pje, et à détourner toutes les sources de la tràn-» 
quillité publique, en corrompant la justice et 
la raison. : ; . ' i : 

i<;0\\ nous: fait commettre des crimes !j di«^ 
<i sait ' Saint - Just , ou . plutôt, on fait coœ-î 
M «mettre les cirim^es parmi nous, afin de nous 
<t. les imputer, et «lous rendre odieux à Tuni-^ 
<r ver8i> Ges paroles n'avaient qu'un tort d'in- 
conséquence, celui d'être proférées par l'organe^ , 
de Saint-Just. Elles seraient mêmes inexplîca-. 
blesulans sa bouche^ si l'usage, n'eût été connu 
et pratiqué de devancer la suspicion par la dié-; 



2^2 HISTOIRE 0EFilA^^C:E, 

viiiEp. iioqciation, et de^doisbn^r aiosilç ^change au» 
'^^ ' doiites €t à Vemmesa. Saint- Just aussi. ije s'expo- 

An a. 'F 

aait pas à êtrç déniehti , ou sommé de s'expli-- 
quer; il partageaii;.alors la toulie^uissànce , et 
son but ét^it Jndiq^iépar le décret qui termi- 
nait son rappoiîti ç* qui, sous les. mots vagues: 
de conspirateurs .et d^ennenais de la république y 
conaprenait d'avance léj nouveaux adversaires 
destines à devenir.de nouvelles victimes. 

La société des, défenseurs des djoits de l'hom- 
me, dite le club descordèliers, sub^stait ton- 
purs. D'après l'arrestation de quelques-uns '<le 
«es membres, elle avait voile ieiableau îoù les 
droits de l'homme étaient écrits.. Cet ^cte ef- 
fraya les jacobiois f et cette grande affaire fut 
traitée par une députation solennelle des ija^- 
cobins aux cordelîers , et ceuxci coîisentirent 
eQfin:à lever le vçile.qui causait de telles alarmes* 
Le plan du moment était de détruire le» cqi^ 
deliei^ par les jacobins; et tel était le but où 
tendait le rapport de Saint^Just, en dénonçant 
la':grdDde conspiration qui menaçait la républi- 
que. Les chefs des cordeliers devaient y figurer 
les premiers. Il* paraît que leur crime véritable 
avait été de sembler vouloir mettre un terme 
aux horréui's qui dégradaient et détruisaient la^ 
liberté; ceux dont le but était tel, durent crain- 
dre un succèsrqai ruinait leurs espérances* Dan- 



D E P U l S- L A I^.É Y O L U T I O N. ^83 

ton aussi était à, la tête de« cordeliers ; et , sa vi'^^ 
perte éfcapt décidée,. on devait,, selôa la mai- . \ 
che,. commencer par abattre autour dq lui tous 
ses soutiens A afin de l'attaquer ensuite isolé. . 

Sur un seul ordre, de .raccusateur public prë§ 
du tribunal réypluji.o^naiçp Foiiquier - Thin- 
yille, plusieurs d^ priocipaujt chefs des cor*- 
deliers fxu'ent arrêtés, Vincent et Ronsin, que 
les réclamationsxlu club des çord^lievs venaient 
de faire mettre en lib^ertéV çt av^ceujc , Hé- 
bert , auteur du fameux jpurnal» dit h Père 
Vuchêne.. Montmoro , auteur d'un écrit péf 
riodigue, intitulé , Jes jRéçoluiîons da Paris j 
sous le nom dç P^u^homme^ agent uës-actif 
dès les premiers temps de la révolution , et r.ujj 
des. premiers fondateurs du club des cordeliersi 
et L^umur, anrieq militaire et gouyiçrpçur dç^ 
établissements fiyinçais dans rjncle#' : 
. Le caractère de représentant fil croire néces» 
§aire un rapport de cpinité, pgur traduire Ije len-r 
deipainau tribunal Julien de Toulouse^ Delaunay 
d'Angers, Fabre d'Eglantines , Chabot et Basire. 

X''p3truction. d.u procès., qui .jt$ur adjoignit 
quelques comp^içeç^, ne pgrte qtje, §pf des faita 
aJléiçués sans preuve^et déniés sans discussion.. 
L'un deux y est. accusé d'avoir mal parlé de 
Dantçn , qui bientôt devait veqir occuper la. 
même place. ,. 



ia84 HISTOIRE DE FRANCE/ 

viiiEp. Hébert y est inculpé sur son journal comme 

An a. 



tendant à désorganiser les armées. Le fait était 



Vrai ; mais ses accusateurs seuls n'avaieût pa^ 
droit de le lui reprocher. Legéûéral.Westermann, 
comme témoin , maïs bientôt accusé lui-même , 
leur rêpro(:ha les trahisons dans la guerre de 
la Vendée, qui ne s'est prolongée, dit-il; que 
par les perfidies et les manœuvres secrètes deé 
commissaires et de plusieurs généraux. 

Anacliarsîs^Glootz était du nombre dés accu- 
sés : on lui reprocha seulement de s'être inté- 
ressé pour une femme soupçonnée d'émigra- 
tion. Proli , né en Allemagne, et Pèreira, tous 
deux membres de ce comité central , presque 
tout composé d'étrangers , et d'où sortît le pre- 
mier système d*anarchieet de mesures ultra-ré- 
volu'lionnâîres , furent inculpés par les témoins^ 
Le premier pour avoir, comme espion de l'empe- 
l'eur, ditqu^il fallait que Ton s'occupât aux Jaco- 
bins de la question dé savoir s'il ne convien- 
drait pas de trafter de la paix ; l'autre , sut* des 
liaisons avec Beaumarchais. 

Desfi^éux était. un dés plus anciens et des 
plus exagérés de la société des jacobins : il fut 
accusé d'avoir feit intercepter les dépêches que ^ 
ce club sîymi envoyées à Bôrtfeàux. Pendant l'au- 
dition .des témoins , les jurés déclarèrent que 
Jeur religion était suffisamment éclairées efc- 



•N 



DEPUIS UA ,RÉV.OLUTION^ a85 

sijir leur déclaratioa , le jugement prononça la viiiEp. 



peine de mort contre les accusés au nombre 
djevîrigt. Un seuU^nomnaé Labouret, fut.ac* 



»79^- 
An a. 



Anacharsîs-CIootz / lors de l'exécution, de- 
manda d'être le dernier., afin , dit-il, .d'avoir le 
temps d'établir certains principes. 
/Hébert, qui donna son nom à cette section 
des Cordeliers, s'était distingué dans, ces jpurs; 
ténébreux de la révolution , comme agent pré- 
pondérant dans la commune de Paris : il avait 
servi la rnonlagne dM 3i mai, pour détruire 
Ja Gironde; fier de son crédit et ambitieux, 
il crut pouvoir attaquer la montagne même, 
et dominer ainsi la convention par le conseil 
central des quarante-huit sections de Paris ; mais 
ce projet qui eût entraîné la chute des jacobins 
où régnait Robespierre , et de l'autre section 
des Cordeliers oii régnait encore Danton , réu- 
nit ces deux chefs un moment contre Tennemi 
commun. 

Hébert mourut avec faiblesse^ et entendit, au 
pied de l'échafaud, répéter les phrases triviales 
et les grossières expressions dont il avait insulté 
les nombreux infortunés qui l'j avaient précé- 
dés^ et dont les maneS saiiglants purent un 
moment sourire d'indignation et de pitié. 

Telle fut la vraie cause qui conduisit tant 



r 



286 H 1 s T O î R E D E ' F R A N CE', 

VîiiEp. A^ patriotes efirénés au Stipplide. La corntniinè 
'^^^\ de Paris avait déjà deux fois, au 10 août et au 
3r mai, donné la mesure de sa puissance; elle 
voulut ici menacer ceux qui la dirigeaient alors ^ 
et eux voulaient avoir un pouvoir indépendant 
d'elle et dé tout. Mais lorsque ces deux ru'des 
athlètes n'eurent plus d'intermédiaire qui les 
jiépara , ils se virent à découvert et en présence ; 
ils se mesurèrent , leurs regards 'farouches sa- 
vertirent mutuellement qu'il nj^ avait entre eux 
ni traité nj trêve, et que la dernière lutte allait 
-être un combat à mort. Dn essaya cependant 
de lès réconcilier. Leurs nombreux partisans 
sentaient que leur chute écraserait tout ce qui 
s'était rangé autour d'eux. On les mit en pré- 
sence. 

Danton , sans improuver les terribles mesures 
du tribunal révolutionnaire, dit qu'il fallait les 
restreindre aux seuls coupables; et qui vous a 
dit, répliqua Robespierre, que l'on ait fait pé- 
rir un seul înnqcent ? Dès-lors, tout espoir de 
conciliation fut perdu. 

Danton , en sortant, dît aiix siens, il est temps 
de songer à se défendre ; mais les mesures de son 
adversaire étaient déjà prisés. 

La -commune. de Pciris n'avait pas vu sans 
inquiétude de l'avenir, le supplice de ceux qu'on 
appela les hdberlistcs^ et le club dés Cordelicrs 



1793. 
An a. 



. DEPUIS LA RÉVOLUTÏON. aSjT 

regrettait en elle ses chefs. Ces deux corps po- viTiEp. 
litiques pouvaient se réunir; il fallait provo* 
•quer des démarches qui assurassent leur di- 
vision. 

• Bourdon de TOîse se plaignit à la convention 
que la comraune de Paris n'eût pas encore 
comparu à la barre, pour féliciter la conven- 
tion sur la découverte de \^ grande conspiration 
qu'elle venait/de déjouer par le supplice des 
coupables. La commune comparut; et dès-lors 
Robespierre put, en sûreté , -attaquer ce qui 
a^estait dans le club des cordeliers attaché à 
Danton. Un simple rapport du comité de salut 
public les avait déjà traduits au tribunal révolu- 
tionnaire. Ce fut alors à la suite de ce rapport 
que Robespierre , improuvant une partie des mo- 
tifs comme contenant des réticences dange- 
reuses, appela, par un défi, tous les tjrans 
de la terre j comme les véritables complicesdes 
conspirateurs atteints par la loi. Ces déclama-^ 
tions adroites ét.délirantes écartaient les froides 
observations de la raison qu'il était important 
d'éloigner , et qui , remontant froidement •au:^ 
véritables sources , eussent pu y reconnaître l'a- 
gence secrète et étrangère , dont les coopéra - 
teurs secondaires et obscurs étaient souvent sa- 
crifiés.aù grand ' intérêt dont ils n*étaient que 
les instruments, rejetés dès qu'ils n'étaient; plus 



^88 HISTOIRE DE F U' A K Cl2> 

viiiEp. utiles , OU mèîXïe brieés* dès qu'ijs pouvaient ntiîre 
An a. ou compromettre^ 

Ayant l'acte d'accusation, on-fit Jire^icontre 
l'usage établi, le rapport à la cpnVenticm qui 
mettait les accusés en jugement. L'acte d^accu- 
sation produit par l'accusateur public, était un 
résunlé de tous les: délits qui pouvaient: leur 
être ipputés par lés partis opposés; il semblait 
que leur condamnation ne satisferait qu'à^. demi 
leurs adversaires, s'ils ne s'enteadaiejit dire à 
quelles vengeances ils étaient immolés. On re- 
proche à Danton, d'avoir, pendant son. ministère, 
envoyé à Londres, un agent favorisé, par la cour, 
et en même temp on lui reproché d'avoir fait 
accompagner cet. agent par un de ses parents, 
pour le surveiller. ^ 

On TeproAe à Fabre d'Eglanttnes d"avoîr 
traité avec la cour au lo août, et.*à Danton 
d'avoir dit qu^il n'avait chargé Fabre d^Eglan* 
tinqs de cette mission que pour mieux tromper 
la Cour. 

On reproche à Danton d^avoîr le premier 
proposé le bannissement de Capet ^ et de n'a* 
:^9ir pas osé ensuite soutenir cette propo-* 
sition. : • 

- X)n l'acou^e^d'un complot en faveur du fils 
deXpuîsXV.I : c^étàit lui, dit-on , qui devait, 
iotsqu'ij serait temps , montrer Venfant au 

peuple ^ 



r» 






DEPUIS LA RÉVOLUTION. ^89 

peuple y et on l'accuèe en même temj)s d'avoir viiiEp. 
entretenu des liaisons pour un changement de *'^^^' 
dynastie en faveur d'un prince anglais. 

Tous ces contrastes avertissaient les accusés 
qu'ils comparaissaient au tribunal dés partis op- 
posés qu'ils avaient servi ou feint de servir en 
les trompant successivement l'un et l'autre ; et 
Danton 9 sollicité par tous les partis, à cause 
de son influence et de ses moyens , pouvait 
politiquement avoir changé d'opinions ou plu- 
tôt de plan , selon les circonstances, et selon 
le cours des chances et des événements. 

Le premier témoin, Cambon, entendu, ac- 
cusa Chabot et Basire de complicité dans la 
conspiration qu'eux-mêmes avaient dénoncée ; 
le fait ne portait que sur la fabrication d'un 
décret relatif à la compagnie des Indes ^ et 
dont il paraît qu'ils avaient mis la teneur à 
prix, pour rendre ce décret plus ou moins 
défavorable à cette compagnie. Les débats de 
ce procès auquel on mit d'autant .plus de so- 
lennité, que les accuses avaient plus été en 
évidence comme zélateurs ardents de la révo- 
lution et des intérêts du peuple , ces débats actifs 
et prolongés développent la profonde astuce 
de l'accusateur publie ; maître de la discussion , 
il l'abrégeait ou la prolongeait à son gré, se- 
lon que l'accusé » forcé de répondre à ses înter- 
Tome IV. 19 



içO HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiFp. rogations, satisfaisait plus ou moins rauditoîre; 
et souvent l accusateur, s il prévoyait une ré- 
ponse décisive , changeait l'état des questions et 
passait à un autre dçlit. Lorsque des hommes, 
versés dans la pratique de toutes les formalités 
et de toutes les ressources judiciaires, ne pou- 
vaient parvenir à placer les jurés en présence 
de Tauditoire, entre la justice rigoureuse et la 
plus criminelle partialité, il est aisé de com- 
prendre comment des infortunés, sans talents 
oratoires, souvent mal défendus , voyaient sans 
réclamations leurs sentences prononcées , sans 
même avoir eu le temps de déduire les moyens 
de défçnse qu'ils avaient à peine eu le temps 
de préparer. 

Après l'audition des témoins, les débats s'ou- 
vrirent. Fé^bre d'Eglantines expliqua la falsifi- 
cation de décret,, en disant que la pièce produite 
n'était qu'un projet de décret portant toutes les 
^variantes, suite de la discussion dans le comité; 
il était là en présence de ses complices , de- 
venus ses dénonciateurs. Chabot et Basire, et 
le même sort termina cette immorale discussion , 
qui éloignait également l'intérêt de tous les 
co-accusés. Ce fut toujours une cruelle politique 
de ce tribunal de mettre ainsi toujours collec- 
tivement en jugement, et de comprendre sous 
la dénomination indéterminée de complices et 



DEPUIS LA REVOLUTION. agi 

autres accuses, des hommes dont les délits viiiFpr 
présumes n étaient pas les mêmes ; mais 1 on en 
imposait ainsi à la foule qui servait d'auditoire, 
et l'on éloignait d'elle les sentiments de la com- 
lùisératîon et de l'humanité. 

Danton interpellé , suivant Pusage , sur son 
nonf et son domicile , répondit, bientôt dans le 
néant et mon nom au Panthéon. Il essaya les 
mouvements de son éloquence retentissante et 
révolutionnaire. 

« Ma voix qui tant de fois s'est fait entendre 
«c pour la causé du peuple, pour appuyer et 
<c défendre ses intérêts, n'aura pas de peine à 
#r repousser la calomnie. 

« Les lâches qui me calomnient oseraient-ils 
^ m'attaquer en face? qu'ils se montrent, et 
« hienfôt je les couvrirai eux-mêmes de l'igno* 
«r minie, de Popprobre qui les caractérisent! 
«r Je l'ai dit'et je le répète t Mon domicile est 
« bientôt dans le néant et mon nom au Pan" 
a lhéon....u Ma tête est là; elle répond de 
« tout,. . . La vie m'est à charge; il me tarde 
« d'en être délivré.. . . » 

Le président du tribunal se hâta d'arrêter les 
élans de cette voix qui avait si souvent entraîné 
les tribunes des jacobins, des cordelieis et de 
la convention; il ordonna à l'accusé de se ren- 
fermer dans sa justification ; l'accusé en sortit dan^ 



2i9a HISTOIRE DE FRANCE, 

viiïjp. un mouvement d'indignation, et s'écria: * Ei 
^^ « toif Saint'Justy tu répondras à la postérité de 
« la diffamation lancée contre le meilleur ami 
« du peuple ^contre son plus ardent défenseur. ^ 
Le président l'interrompit encore, et par 
«n faux appât lui présenta l'espérance : « Ma- 
rat, lui dit-çil> fat. accusé comme vous l'êtes; 

il ne dédaigjna pas de ise justifier Je ne 

puis vous ptoposer un meilleur modèle ; il est 
de votre intéi'êt de vous y conformer, » et Dan- 
ton séduit s'apaisa. On craignait de sa part 
une sortie violente contre Robespierre el ses 
adhérents; on craignait l'eflfèt que pouvait pro- 
duire encore Danton jugé. Dès-lors, il entreprit 
l'apologie de toute sa conduite révolutionnaire 
depuis les premiers mouvements de 1789; quel- 
quefoisencore, son caractère l'emportant contre 
ses accusateiu's. Le président le rappela toujours 
à son propre intérêt ^ qui exigeait de lui plus 
de modération. Danton put croire qu'on avait 
* seulement voulu le dompter et l'acquérir ; il 
put, par une illusion trop ordinaire à.l'amour- 
^ propre, se croire nécessaire; il retint les élans 

de son élocution , et consentit à une justifi- 
cation simple : il parla de ses liaisons avec d'Or- 
léans , avec Dumourier, avec Westerraann » 
motiva tout ; mais sans récrimination. On cber- 
die le sens caché de ces paroles* t< Je sais qu'à 



DEfVlS ILA KÉVOLUTION. ^98 

la journée du 10 août, Westermann sortit des viiiEp, 
/Tuileries couvert du sang des royalistes , et '^^^ 
moi je disais qu'avec dix-sept mille hommes, 
disposés (fomme j'en avais donné le plan , on 
aurait pu sauver la patrie ; » que pouvaft signifier 
là ce contraste de Wesiermann , couvert du 
sang des royalistes en opposition avec les me- 
sures que réclamait Danton -, comme celles qu'il 
avait proposées pour sauver la patrie ? On y 
reconnaît celui qui , se sentant accusé par les 
parli^ contraires , tâche de répondre à l'un et 
à l'autre, et réclame ses titres envers tous deux ^ 
ou du moins ce qu'il erok qti'ik pourront ad- 
mettre comme tels. 

Danton épuisé par la véhémence de son ac- 
tion , sa voix étant affaiblie, et troublé de cette 
- double attaque imprévue , fut invité , par les 
juges, cl surseoir à sa défense, et^à prendre un 
intervalle de repos. 

Les autres accusés furent interpellés : on re- 
procha à Hérault de Sechelles ses correspon- 
dances avec Dumourier, à la retraite des Prus- 
siens des plaines de Valmi ; on parla des dia- 
mants enlevés au Garde-Meuble. Hérault dénia 
toutes les lettres produites, et prétendit avec 
vraisemblance que ces lettres avaient été faites 
chez l'étranger , pour compromettre les plus, 
francs amis de la liberté. 



Au 2, 



^94 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. Depuis quelque temps , Camille DesmouHns , 
7^ ' dont lame ardente et révolutionnaire , mais 
généreuse et libérale , s'était indignée des atro- 
cités^ qui déshonoraient la république , avait 
changé le style de ses écrits ;, et y encouragé 
même par Robespierre qui n'osa pas le défen- 
dre , il avait essayé son talent contre Je génie 
de l'anarchie. 

Le président lui dit : «- et ces comités de 
clémence que vous réclamiez , quels étaient 
vos motifs pour afficher tant d'humanité ? et 
sur sa réponse, on paësâ à un autre accusé. 
Gusman , espagnol , le nxême qui avait été 
membre du comité central de la commune : ce 
comité de onze membres , doat la singulière 
composition réunissait dix étrangers, deux Hel- 
vétiens , deux Belges , un Italien et trois Alle- 
mands. 

Après lui , Lacroix fut interrogé sur ses liai- 
sons avec Dumourier, et sur sa mission dans 
la Belgique.' Ce chef d'accusation exigeant la 
présence des témoins réclamés par l'accusé , 
l'accusateur lui fit cette réponse remarquable 
par , l'impudeur dii sophisme qui la motive. 
4< Puisque vous exigez, dit-il, une déclaration 
« formelle de ma part, je déf?lare permettre 
« que vos témoins soient appelés, autres toute- 
« fois que ceux que vous désignez dans la con- 



DEPUIS. LA KÉVOLUTIÔiî. ±g5 

#f vèntîon; et à cet égard, j^observe que Tac- viiiBp. 

4c cusation portée contre' vous , émanant de '^^^' 

4c toute la convention en niasse^ aucun de ses 

«» membres ne j3eut vous servir de témoins 

« justificatifs; car rien ne serait plus ridicule 

<c que de prétendre avoir le droit de faire con- 

♦ courir à votre justification vos propres accu- 

« sàteurs, et surtout des corps <?onstitués , dé- 

« positaires du pouvoir suprême qui ont droit 

« vxle Texercer pour le plus grand avantage du 

« peuple, et n*en doivent compte qu'à lui. » 

Ainsi , tandis que les membres de la conven- 
tion servaient de témoins contre les accusés , 
quoique eux-mêmes colleciivement accusateurs, 
cette qualité, prise collectivement, devenait un 
empêchement, et l'accusé innocent dont la jus- 
tification eût été entre les mains d'un membre 
seul de la convention, devait périr plutôt que 
de la tenir d'un tel témoin à décharge , et cette 
étrange jurisprudence n'était point contredite 
par les assistants , et était admise par les 
jurés/ 

Lacroix insistant avec fermeté , l'accusateur 
public dit qu'il allait écrire à la convention 
pour savoir son vœu , et la réponse n'arriva point 
Avant le jugement. 

Le moment de relâche qu'avait obtenu Dan^- 
ton fut court; c'était lui principalement qu'il 



2ç6. HISTOIRE DE FRANCBT, ' 

viiiEp. fallait abattre ; il lui eut été difficile de deviner 
^^J au nom de quel parti il était jugé : il se justi- 
fiait de l'imputation d'avoir désapprouvé la jour- 
née du 3i mai ; et Fouquier-Thîhville lui* repro- 
cha d avoir dit à Henriot : N'ais pas peur^ vas 
ton train. 

Lacroix s'entendît reprocher d'avoir demandé 
l'arrestation Aes^ingt-deux et de tous les appe^ 
lants dans le procès de Louis , et dut sans doute 
être étonné de cette accusation faite pai' le tri- 
bunal révolutionnaire. 

Philippeaux fut interpellé ensuite, et à une 
Justification détaillée , Fouquier-Thinville lui 
ayant, dit ironiquement : Une manque à ce que 
a^ous dites que les actions j l'accusé lui ré- 
pondit courageusement : // t^ous est permis de 
me faire périr ^ mais m^ outrager ^ je vous le 
défends. 

Westermann ne fut inculpé que sur des faits 
fort antérieurs , et d'après les dépositions de 
Miazinski ; il observa avec justesse qu'il eût 
fallu le confronter à Miazinski de son vivant. 
Les vrais crimes de Westermann envers ses^ 
juges , étaient ses succès dans la Vendée ; ils 
avaient terminé cette guerre ; on le croyait du 
moins, et les intérêts combinés de l'étranger 
et des jacobins, étaient que celte guerre se pro- 
longeât. 



DEPUIS LA REVOLUTION. 397 

A Tou vertu re de Ic^ séance du troisième jour, viiiEp; 
Danton et Lacroix renouvel lërent leurs in- '^^^' 
stances 9 pour que lieurs témoins fussent enten* 
dus; ils dirent qu'ils ne répondraient qu'en pré- 
sence de Saint-Just et de Robespierre; et on ne 
crut pas pouvoir oser mettre à cette épreuve 
le peuple, qui déjà supportait impatiemment la 
suite de ce procès. La véhémence de Danton 
et la fermeté de Lacroix commençaient à fa^re 
quelque impression sur L'auditoire. L'accusateur 
public se hâta de faire intervenir la lecture d'un 
décret récemment rendu par la convention na- 
tionale, qui mettait hors des débats tout accusé 
qui ne saurait pas respecter le tribunal. Il leur 
déclara en même temps qu'il ne ferait point 
entendre une foule de témoins qu'il avait à 
produire contre eux; qu'ainsi eux accusés ne ' 
devaient point compter de faire entendre les 
leurs, et qu'ils seraient jugés sur les preuves 
écrites, et on continua les interrogations. 

Deux frères Frey , allemands, étaient depuis 
longtemps à Paris , et avaient été membres de 
ce comité central de la commune; l'un d'eux 
avait eu de fréquentes audiences avec l'empe- 
reur, et on lui en demanda compte; il se plai- 
gnit aussi d'injustices qu'il avait éprouvées de la 
part de l'empereur qui lui retenait son bien , et 
c^% incidents fui'ent écartés. 



298 HISTOrkE DEFRANCE, 

yiiiEp. Danton et Lacroix continuaient leurs instances 
' pour que leurs témoins fussent entendus : ils 
sommèrent le président et les jurés de ne pas 
s'écarter des règles communes de la justice pu- 
blique , et dirent que leur supplice ne serait 
qu'un assassinat juridique, si ces formes insti- 
tuées étaient violées à leur égard ; ils appe- 
lèrent les membres du comité de salut public 
des lyxans et des dictateurs, et les juges de vils 
ministres de leurs ennemis ; ils en appelaient 
à la postérité ; et ce qui effraya le plus les, 
juges , ils en appelèrent au peuple, et le peuple 
^semblait s'émouvoir. 

L'accusateur public se^ hâta de déployer, la 
loi qui fixait à trois jours le délai des débats. 
Vainement les accusés inv<)quaîent cette même 
loi , qui ne pouvait comprendre dans ce délai 
un nombre collectif d'accusé, puisqu'alors ce 
nombre indéterminé aurait pu comprendre mille 
accusés à la fois et devenir dérisoire. Il fallut 
leur répondre en les faisant sortir du lieu des 
séances. Les jurés interpellés déclarèrent qu'ils 
étaient suffisamment éclairés, rentrèrent et pro- 
noncèrent la sentence de mort. Lulier seul fut 
acquitté. 

Le club des cordeliers avait voulu produire 
un mouvement en faveur de Danton; mais cet 
essai dénoncé aux jacobins, et réprimé dans le 



DEPUIS LA REVOLUTION. S99 

club même où il avait pris naissance, servit vniEp^ 

* 179* 

An 



à mettre en garde le comité de saint public ; 



re fut alors que , pour se rattacher l'assem- 
blée , par la peur d'une subversion , on trouva 
ce complot dans la prison du palais du Luxem- 
bourg, quf servit ensuite à trouver des coupa- 
bles , lorsque la terreur ne pouvant se soutenir 
que par elle-même , il fallut prouver les cons- 
pirations par les victimes^ et trouver des vic- 
times pour prouver les conspirations. Le comité 
annonça donc la découverte de cette nouvelle 
conjuration, que Danton et Lacroix avaient for- 
mée par des correspondances avec deux prison- 
niers, Arthur Dillon et âimon« 

La mort de Danton et de tous ses adhérents, 
que l'on appela ses complices , changea entiè- 
rement l'état politique de la convention ; la 
lutte qui s'était soutenue au-dehors dans les 
clubs et à la commune, maintenait encore une 
sorte de liberté. Le temps que les rivaux em-* 
ployaient à se mesurer et à se combattre, était 
un temps de ielâche, et chacun d'eux voulant 
se fortifier de l'appui , ou plutôt du service de 
la convention , gardait avec elle quelques mé- 
nagements. Les partis opposés étaient assez forts 
pour agir sans elle ; mais chacun d'eux eût 
craint de la mettre contre soi ; ainsi tout ce 
qui ne marquait pas par des talents ou par du 



Soo H I s T O I RE ©E FRANCE^ 

ViTiEp. caractère, jouissait encore d'une tranquille obs^^ 
'7^^* curîté, et Ja masse conventionnelle était en* 
core considérée , non par ce qu'elle faisait , 
mais pour ce qu'elle pouvait encore faire; l'as- 
semblée ne conçut pas les derniers avantages 
de cette position. La ruine de Tmi des partis 
fut l'époque de son asservissement total, Robes- 
pierre , resté seul maître du terrein sur lequel 
il avait combattu, traita en conquérant un pays 
que lui donnait la victoire. 
, Robespierre devînt tout-puissant, parce qu'il 
fut le maître du comité de salut public par les 
jacobins , et maître aux jacobins par les agents 
de l'étranger, dont la mission expresse était de 
l'y rendre maître , d'y maintenir sa domina- 
tion , et pour cela, leurs applaudissements suf- 
fisaient. 

Cette tactique était à la fois très-simple et d'tan 
effet sûr. Dès que Robespierre voulait une t^te, 
il la dénonçait aux jacobins ; ceux - ci la de- 
mandaient aux comités de sûreté générale ou 
de salut public, qui jamais n'osaient refuser 
l'arrestation et le renvoi au tribunal revolutîoEb- 
Baire. 

Vint ensuite la formule des épurations. Les 
membres du club des jacobins que Ton voulait 
'en faire sortir, passaient à un scrutin d'exclu- 
sion. Le scrutin devenait un acte de proscrip- 



/ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 3oi 

tîoD. Privés de Tappui de cette société, les ci- viiie^. 
tojens exclus ,, appartenaient au premier dé- '^^^', 
Jateur qui les dénonçait à sa section ; une; 
visite domiciliaire les reléguait dans Tune des 
maisons d'arrêt , d où ils sortaient /pour com« 
paraît!^, à leur tour, au tribunal , selon que 
le besoin, le choix ou des intérêts particulier» 
disposaient d'eux; là, l'exclusion du club était 
une tache qui reparaissait toujours au moment 
du jugement) et ne manquait jamais d'entraîner 
la condamnation. 

Les succès militaires au-dehors qui toujours 
font au dedans la force des gouvernements , 
vinrent encore ajouter au pouvoir des comités 
et du club 9 et par eux, à la toute-puissance 
de Roloespierre 5 soit qu'il sût se rendre justice , 
soit qu'il craignît de compromettre sa popula- 
rité, soit enfin qu'il fût assez occupé déjà de son ^ 
existence politique et révolutionnaire, son as- 
cendant ne s^xerçait pas sur les départements de 
la guerre; il en laissait la responsabilité au co- 
mité de salut public, aimait mieux accuser que 
défendre les généraux , dans les .revers , sûr 
d'attirer toujours à soi les résultats de leurs 
succès. 

Après l'évacuation des pays situés sur la rive 
gauche du Rhin , Pichçgru , dont les talents . 
venaient de ressortir avec éclat, fut destiné 



302 HISTOIRE DE FRANCE, 

viïiEp. au commandement des armées du Nord, et 
le sort de la république fut remis entre ses 
mains. 

Pichegru vint prendre les instructions du co- 
mité , et il est à remarquer que , dans le cours 
de cette gtierre, ou tant de généraux obtinrent 
de glorieux succès, île gouvernement civil con- 
j serva sa prépondérance et son autorité légale , 
la lot disposa des armes et des chefs , et l'es- 
prit républicain tempérant l^enthousiasme des 
soldats victorieux , ils restèrent dans les rangs 
soumis à leurs généraux comme agents de l'au- 
torité législative , qui soumettait également à là 
loi le soldat et le général. 

Après l'exemple de Dumourier, auctm gé-' 
néral n'inquiéta le gouvernenlent ; plusieurs! 
acquirent l'estime et la confiance des troupes ; 
quelques-uns conquirent leur affection ; mais 
aucun ce dévouement tjui tient au caractère 
servile, et qui fit qu'un Romain se glorifia dil 
titre de soldat de César. 

Le premier plan de campagne arrêté parles 
comités, et remis au général en chef, fut de 
s'opposer à l'invasion du territoire français, qui 
s'était effectuée et maintenue depuis la fin de 
la dernière campagne. Les villes de la Somme, 
Péronne , Saint-Quentin j étaient menacées. Lan- 
drecies était investi, et l'on avait masqué cette 



\ 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 3o3 

i rouée par des corps de troupes disposés depuis viiiEp. 
Guîse iojsnu'à Arras. On méditait aussi depuis ''^ ' 
longtemps une diversion , par une mvasion dans 
la Flandre marilime ; aingi le plan des deux 
conseils de guerre était le même; mais celui 
des alliés avait toutes les circonstances défavo- 
rables : il pénétrait dans un pajs armé par 
l'opinion » et venait butter contre toute la pro- 
fondeur d'un territoire couvert d'une immense 
population, laissant derrière soi des armées, 
des villes fortes dont il n'était pas maître ; il 
ne pouvait marcher en avant qu'environné d'en- 
nemis. Les Français , au contraire , pénétrant 
dans la Flandre maritime, marchaient dans un 
pays ouvert , dont toutes les places démante- 
lées par l'empereur Joseph II , n'étaient que 
réparées imparfaitement depuis la guerre. L'ar- 
mée d'invasion pouvait s'avancer, ayant sa gau- 
che appuyée à ia mer, et sa droite à l'Escaut, 
trouvait partout 'un parti d'opinion comprimé 
par la force , mais prêt à se relever , et pou- 
vait arriver à Gand au centre des états autri»* 
chiens, sans autre obstacle qi|^ des armées ayant 
à couvrir un pays ouvert , sans positions fortes. 
Maître de Gand , toutes les places et toutes 
les positions de l'ennemi se trouvaient tournées, 
prises à revers, et tombaient sans résistance* 
Ce plan fut suivi et réalisé vers la fin de cette 



^ 



304 HISTOIRE D E F R A N C E , 

Vin Ep. campagne ; mais ne fut entrepris que lorque 
'^^ * des revers prévus eurent averti que ce plan 

An a. , . , ■ , ^ * 

était le meilleur. 

Le voisinage des armées autrichiennes in- 
quiétait Paris, en ne mesurant que la distance. 
Le comité de salut public, obligé de sacrifier 
aussi à l'opinion, voulut que l'on s'obstinât à 
foire reculer cette tête de colonne qui s'était 
avancée dans le territoire français, ou plutôt qui 
s'y était engagée incoiisidérément. Les premiers 
mouvements , à Pouvérture de la campagne , 
n'eurent pour objet que de tenir Tennemi in- 
certain sur les véritables points d'attaque; et, 
pour ne point interrompre le récit de cette 
campagne heureuse, brillante, et aussi pour 
suivre l'ordre des temps et des événements, le 
récit *doit reprendre et tracer de suite les 
opérations militaires qui devancèrent dans les 
climats du midi les mouvements plus tardifs des 
armées du Nord. 

La position des deux armées des Pyrénées 
avait été peu tranquille pendant tout l'hiver, 
et la températur Alu climat permit des com- 
bats de détail et des affaires de postes , qui 
ne décidèrent rien , mais aguerrirent les troupes. 

L'armée des Pyrénées orientales, retirée â la 
fin de la campagne , s'était maintenue sous Per- 
pignan, et s'était accrue jusqu'à vingt-sept mille 

hommes. 



<. 



D E PU I« L A RrÉ Vt) L U T IQN. 3o5. 

bOtiidieSi Le général Dugommier prit le corn- viftEp. 
manéement , et Dagober^^ malade , que Ton *^^' 
«e croyait pas'pouvQÎr reprendre le» armes , 
servit soUsJqi. L'araaée espagnole, forte de 3o ^ 
«lîi le hommes» parlée acir la rive gauche au 
'tech, couvrait les jpr<pvinces maritimes que lea 
auccès des armées du Nord avertissaîent dq 
danger*. 

'. Le pUn de: campagne du général français^ 
était de reprendre d'abord ,les places mari-t 
times dont Tefinemi /était ^ resté maître > CoU> 
lioure, Port-Veiidre et le fort Saint -Elme. Il 
feignit , pour donner le change à l'ennem^ , 
d'étendre ses positipus sur sa droite, comme 
voulant pénétrer dans la .Cerdagne esp^gnole^ 
Le^g troupes françaises sortirent du camp de 
rUnipqle i.o^erminal; on ouvrit des marches^ xogerm; 
on étabh't des corps avancés vers files valléej^^ 
qui conduisent à.Puicefda, où le général Da-* 
'gobert commandait une division-, ^t où il mou- 
rut peu de jours après Touverture de la cam- âggenn. 
pagne, regretté. de^ tpoupes ejt estimé. Le gé* 
néral espagnol Launion , trompé .|3ar les fprer 
niiers mouvements de l'armée française , étendit 
les positions de son ^ile gauche vers Maotei lia 
où Dagobert l'altaqua. Une redoute, fut em- 
portçeitô la baïo miette , sept çarfbns restèrent 
au pouvQJr du vain :^u%ur^ On marcha sur Urgel^ 



"795 
An a. 



806 HISTTOIKE OE FRANCE, 

Viif^. OÙ les Espagnole s'étaient retirés, et ce posteiut 
emporté en une niîiiti ^ 

. Ces mouvements qui avaient éloigtié Tienne* 
hii clés positions qu'il occupait à sa droite ,* 
ilonnèrenc lieu à- Ottgommier de suivre ses 
projets sur les places maritimes; des dispositions 
savantes semblèrent en assurer le succès; maïs 
liées à des opérations navales , les bâtiments 
n'arrivèrent point à temps, et cette première 
entreprise manquai ; le général .espagnol emj 
porté par quelques avantages qu'il avilit ob-^ 
tenus 9 sur l'aile clroi;te des Français , ne fut point 
averti f)ar l'entreprise de'Dugomtnier sur G>1- 
lioure. Il persista dans ses opérations, tou- 
jours dirigées sur Tautre aile; il fit une.atta* 
que sans résultat sur le poste du Taillet , tan- 
dis qu'une autre dttaqile décisive était lente- 
ment préparée et savamnient combinée contre 

hii. ' 

< * 

' Les Espagnols occupaient en force un poste 
appelé la redoute de Montesquiou, qui couvrait 
leur front, et dont la perte rendait leur position 
insoutenable. 

On dirigea quatre colonne pour former 
autant d'attaques combinées sur des points dif- 
férents, ces colonnes, aux ordres des généraux 
Perîgnon, Pdînte, Chabert et Martin. Exaction 
s'engagea à la pointe du jour, après une màr- 



10 flor. 



, D E 1^ u I s t À Dévolution; 807 

çbe de naît si beureasement exécutée ^ que vmcp. 
les colonnes se IrouVèrent e» mesure' d^agir ]^ J^ 
en même temps. Le feu du caooo et de la 
n)QUs<]ue|elie 6e prolongea jusque vers le mi-* 
lieu du jour ; alors les bAteilloos républicaine» 
fatigués de l'attaque et de la résistance, mar* 
cbèrent à la baïonnette. Le général Martin en« 

«tra» lui dixième, dans les retrancbements ; et; 
dlès.que la redoute de Montésquiou fut empor^* 
tée , fermée espagnole se mit tellement en dé- " *^'' 
route , que plusieurs corps dispersés et séparés ^ 
Be purent cejojndre leur «rmee, et tombèrent 
dans \^ portes français; on fit quinze cents pri* . 
sonniers; une grande quantité d'artillerie et un 

/butin immense dans les ricbes équipages des 
fkfficiers espagnols ; leur armée fut obligéei d'à* 
bandonner toutes ses positions, et de se retirer 
pour couvrir ses frontièi^es, laissant à Dugom- 
mier le moyen de reprendre l'exécution de ses 
projiets sur les places. Il entreprit en âiêmo 
temps le siég# de CoUioure el»€elui de Belles- 
garde ; mais les troupes ayant d'ar jepr et incon* 
sidérément fait une attaque sur le Port*Vendre » 
contre l'ordre du général ,• elles y furent ré^ 
poussées avec perte , et cette dure leçon les ral- 
lia à l'ordre et à la discipline.. 

Le siège du fort Saint-Ëlme était en même 
tomps pressé avec vigueur; la garnison aban« 



So8 H 13 T O I RE D^ F R A N Ç B^ 

vïiiEp. donnée à ses forces et sans espoir de secoure ^ 
y^ * Tévacua et se retira dans Côllioure. Ltes travaux ^ ■ 

An a. . ^ , . ^ 

prair. ^^ étaient poussés avec i*impatience accoutumée 
des. Français ; de grands obstacles avaient été. 
surmontés; l'artillerie avait été transportée à 
bras sur des emplacements que Ton cro3^i(it. im v 
praticables, ^a garnisqn , forte de six mill^ hom« 
mesi espérait les secours que pouvait lui donnera ♦ 
f la marine espagnole. Un armement était pré- 
paré. Huit vaisseaux de ligne, commanflés par.. 

i7prair. Tamiral Gravina, parurent, mais trop tard d*uiv 
jour, àJa vue de* la pJace ; elle ^vait capitulé la^ 
veille^ et Port -Vendre' fut reconquis peu d©v. 
temps apr^s; ainsi , dans cçtle«partie deé Pyré-* 
nées , le sol de la république fut affranchi , et l'ai^^ 
méa, après quelques jours de repos , se prépara 
à entrer sur le terriroire ennemi. 

A l'autre extrémité des nflontagnes sur. lea^;^ 
bords de l'Océaii, l'armée des Pyrénées occi- 
dentales avait eu les mêmes succès plus va^^ies. 
Cette armée avait aussi des revanches à pren-^. 
dre. Le camp des sàns-culoues avait servi de^, 
station aux troupes pendant le court hiver 
qui forçait à suspendre les opérations de Ja 
guerre. 

«7 piuT. Mais dès le 17 pluviôse, ce #amp fut attaqué ; 

treize içille. Espagnols, sur trois colonnes, for- 

• cèrent dkbord ,tous les postes dans leur posjti^ia 



l^tPUI^ XA R É VOIUTÏOM. 3o9 • 

avancée «ur lés bords de la Bidasso^. Le camp vniEpi 
des sans^uloueS fut foudroyé par une artillerie V^^^* 
nombreuse; le désordre s'y mit d'abord; mai» 
bientôt ce courage d'exaltation ou d'exaspéiatioi:^ 
que les' opinions ou la nécessité &isail naître 
dans les âmes, rétablit le eotnbati les bataillons 
\le nouvelle levée disputèrent d'audace et de 
fermeté aux vieilles bandes; l'Espagnol aussi 
fit des fautes ;.«sa cotonnç du centre agit molle- 
ment , et Ibrcéeaptès un combat de sept h«ores ^ 
laissa le champ de bataille couvert dte morts». ^ 
en proportion à peu pi'ès égale des deux côtés ; 
toutes les positions des Français furent reprises 
par eux et'maîntenljes; • " 

Ce camp dea sans^tùlottès ^ devenu fameux 
dans "cette guerre , avait été établi sur un sy- 
stème de défe'nséi conçu et exécuté par le gé- 
nérai d'aitiilerie PË^inaisse. ^ 

Après les succès <)e l'armée orientale , l'en- 
trée sur le territoire espagnol fut ordonnée aux. 
deux armées «les Pyrénées; cdle de l'ouest dul 
pénétrer par la vallée de Bâstan , <lont la di- 
rection qui se prolonge tians les ))ossessîons es- 
pagnoles , flanquée jde droite et de gauche par 
Je territoire français • est favorable à une în- 
vasioo. Il s'agissait d'abord de se rendre maîtr^ 
dès débouchés de cette v^lée, et les préparatifs 
furent fafits aux environs de S^int-Jean*Pied de- 



J 



- 3lÔ MiSTOIXE DE rRANC/>' 

vniÉp. Port, où se rendirent les représentacrts com- 
An. a. laissaires Pinet et Cavaîgnac. L'impatience na- 
tionale ne permit pas d'attendre lèi renforts qm 
' arrivaient de la Vendée. Le général Muler fof 
, obligé d'y céder. • • * 

Trois attaques fiireot disposées pour s'empa- 
rer de la vallée de Bastan! 

C'était ce même chemin qu'avait pris l'amiral 
B'onivet , au quinztëme^siécle , et le maréchal de 
Berwick en 1718 ; cette vallée tournant la rive 
gauche dp la Bidassoa , /Ouvre la marche des ar- 
mées jusqu'à Pampelune, parla vallée fameuse 
de Roncevaux. 

La première coloïfm? était aux (Mrdres du gé- 
]»éi*dl Lavictoîi^e ;. H étàk tailleur , ramtée précé- 
dente, et ^t tué à cette journée à la tète des 
chasseurs basques qu'il conHnandait; yI dut atn 
taquer le col de Berdaritï, tandis qti'an Coqjs 
de deux mille hommes attaqùaieet le col Bis* 
pegny, et que quatre mille hommes, conduits 
par le général Su^amicq , fneQdçaknt la vallée 
de Roncevaux, quinte Cents bomiiies attaquèrent 
le col de Maya. / 

A l'attaque de BerdatitZyjesretranckementSi 
les redoutes , furent emportés à la baïonnette 
après une longue résistance ; et^esuccès déctdan t 
celui des deux autres, attaques , les débouchés 
de la vallée de Bastan restèrent nu pouvoir dea 



DBfViS LA Ri V O L VT ION. Si < 

répubJîcaîdS. Un poste<)ue gardait le corpformé vnnf 
desFraD^aisémfgrés^ai^aepGQmqiielqiiesjoui^ *^ ' 
aoD c4HppBiiti« iur ia monUigae d'Arquiozû. Ce 
post^ 5 aciaqué d(^ front par le géoérai Çîgbnei» 
et tourné par iw corps coudait par Latour* 
d'Aavergne, fut évacué après uae Joogue. ré^ 
si«tancefQ«arMiteHàeuf Ff ançaÎ6 torabëreiit entre aa mest. 
lès mains de$ Français, et ia rigueur ûiilexîble 
die la loi décida peu de jour^apiès de leur ^ 

sort. i . 

Au moment où l'invasion menaçait , 1 armée es- 
pagnole se trouvait néduite à i^gt mille hoMmeSt 
décoWagés par les échecs, et plus eeeoré, par _ 
rindîscipliae et par le désoi^dre. Le général 
Caro, contrarié dans sas plans de défense, se / 

dB^it du commandement , et fut remplacé par 
le vice^'Hoi de Navarre, ie vieux comte de Colo« 
mera; les Espagnols s'obstinèrent à défendre la 
vallée du fiasiao , an lieu de prendre des posi- 
tions en anière il l'issue ^des défilés, au pied 
^es Monis , où l'avantage du lieu aurait pu 
suppléer à leur faible^sse , :et permettre Tusage 
de leur cavalerie, plus nombreuse que celle d^ 
rattaqnfBt. 

L^irivasion tiu terntoire ennemi avait été pré-t 
parée en même temps ^ et ^ tait prête à s'eflfec^ ^ 
tuer par l'armée des Pyrénées, orientales. L'at- 
til^pe devait se £iire par l'entrée en Catalogne^ 



3i^ mstôiRE bÉ '^fiAitcti " 

ViiiEp. Dugotomier qui ^ à des talents militaires, joigtiaft 



des vues politiques, écrivait au comité de saliÉfe 



public : « Suis-je destiné à porter le fer ,4e fett 
4( et la dévastation ; une condifite pltps humaine^ 
«t. plus raisonnable et plus, conforme au droit 
«f des gens, pourrait rallier ce pays à la répu« 
« blique , et reculer les Pyrénées? * 8bn plaii 
était de s'affectionner les Catalans, dont l'esprit 
d'indépendance devait se rallier volontiers à \tt 
liberté républicaine. L'obstacljB qu'il redoutait 
le plus était l'indiscipline de son armée. Le sé- 
jour^t le temps de repos que les fatigues pré- 
cédentes avaient rendu nécessaires, furent em- 
ployés k la promulgajtion des Icms militaires ; 
eUes continrent, au moins le désordre , ne pou- 
vant l'arrêter; ce désordre était même toléré ffc 
les institutions civiles, et faisait partie du régime 
de la*terreur. 

Le général 'espagnol Laum'on occupait ses 
|>ositions défensives vei^ Figuières, couvert par 
la Muga ; la droite appuyée au poste appelé 
ie Pont-des-Moulins ; . la gauche s'étendait jus^ 
qu'à Gampredon. 

Launion entreprit d'abord de détourner le 
plan d'attaque par une forte diversion sur l'aile 
droite des^Français. Selon le système de guerre 
adopté, leur ligne de position s'étendait depuis 
les postes maritimes » en avant de Collioore^ 



\ 



1793. 

An a. 



So flor. 



D E put S- 1 A K i V O L Û T f O N. SlS 

jusfque vers Mont- Louis et Puîcerda , passant viiiEp. 
par Ceret et par le fort de Bellegàrde, tou- 
joxirs bloqué. L'objet que se proposait le gé*- 
néral espagnol étak d'y faire passer du renfort. 
Ce poste important retardait seul l'entrée des 
Français en Catalogne. L'attaque des ennemis 
fut dirigée \ets le centre , ou plutôt sur U 
gauche des divisions qui formaient l'aile droite 
des Français , où commandait le général Au^ 
gerau. 

Les Français furent d'abord repousssés dé 
leurs postes^ l'ennemi^ s'empara d'uiie hauteur 
où était leur artillerie, et la dirigea contre 
euxçmaisbientôtralliés, les généraux se mirent 
h leur tête. Le général Mirabel enfonça une 
colonne ennemie^qm arrivait pour prendre part 
à l'action; alors les* postes perdus furent reprisi 
Mirabel fut tué et Augere^u^blessé dans cette 
action; elle décida du sort de Bellegàrde, qui 
cependant ne -se rendit que trois mois après. 
Le marquis de Valsantaro y commandait ; il 
avait résisté à plusieurs sommations , et fut 
obligé de se rendre à discrétion. Dugommier 
ne voulut point d'autre traité. 
^ Les opérations dans la Cerdagne espagnole 
Cufent suivies avec une activité qui en assura 
le succès 5 et se terminèrent par la prise de 
Çampredon et de RipoU, après des- combats où 



3l4 HISTOfRE DE FRANCK, 

TUiEp. les républicains . soutinrent leurs Avantages j 
An a, «^'ors les progrès du centre ouvrirent à 4 aile, 
gauche rentrée de la Catalogne. Les divisîcnifô 
des généraux Sauret et Vint , y foent l'avant- 
garde de l'armée. 

Dugommier »^u^ri d'une blessure qu'il avait 
reçu au siège de Colliourev put se mettre en 
mesure avec les mouveinents de rarmée des Py-* 
rénées occidentales » dont les premiers efforts 
avaient déjà conquis Saint-Sébastien et Fonta* 
rabie, et porté Palarme jnsqn^à Madrid. 

On y essaya alors les ijiênves moyens qui ren* 
daient la France république iBÎ redoutable ; ou 
proclama une levée en masse; tout ce qvi ptni*» 
vait porter les arme^ dut les prendre, et cette 
levée tfnnotica une armée de cent Mnante-dix 
mille nomme6;maisle ressort qui aoîmaait la masse 
républicaine, la liberté et Toprinion , n'avait pa 
se proclamer , et bientôt les rapides succès des 
armeïi françaises ne laissèrent à l'Espagne que 
le choix d'upe paix, 
sgenn. Aux Alpcs et efi Italie, les deux armées ré- 
publicaines ouvrirent la campagne par des eii^ 
treprises d'éclat ; mais avec des succès variés. 
L'armée dltalie se porta d'abord sur Oneîlle , 
s'en empara ; mais fut ensuite forcée de revenir 
en arrière dans ses positions. 

L'armée des Alpes avait pour premier -bat 



r '.' 



/ 



D E P U ! 5 t A 'R É V O L U T ro N, 3l5 

de^ forcer re pagsbge du Saînt-Bertiard , pour vniEp; 
«ntrer en Pi<?tnont ; ^is. lé temps des Succès '^"^ 
Vâpides et décisifs dé^rancais en Itâiie. n*étàit 
pasf ^core arrivé. 

L'armée tk*s Ar^nnes, aux ordres du gënér i5flor^ 

rai CharboHier^ devait opérer sa réunfoii avec 

H l'armée du Nord , apr^s avoir traversé les pays 

et surifionté les obstacles qui l'en séparàientl 

Cette réunion s'opéra peu aprës Touverture de »«&«'«•' 

la campagne près de Bbaumont', après, ftvoif 

<^hassé Ténnemi des^envirônë de Baruti. > 

L'armée de la Mosei lé , cottitna ttàé^ par JotSrif- 

<lad , obtint Sabord des avantages contre I^ 

r Prussiens, à Siei4t;et, après savoir reçu l'armée 

. ides Ardennes; eïle:fit sa jonction av^c ta droite 

4e rarmée dti Nord îéV^ni ChaHeroi , où fut 

gagoée la bataille de Fleums, Tous ces Ifeott- 

vements se combfnai^bt avec ceux de la gauche 

de Tarrol^e du Nord , qui devitit opérer l'inva- 

^mn decîsiV'e de là Ffandre •maritime ; et lè 

détail des coHEibats livi'ës par ces <fiflFërenteS 

^arniée^ / doit , pour 14ncérêt <fes matièrçs et 

pour Tordre des fait«, laisser d'dbord le récit 

aux premiers «tiGruvenïénts de Pichègru , qui 

décidèrent fet hâtèrent ^es grands résultats. 

^ EteptrJs ie^aiS^trels de Hondf^cjhoote et de Matt^ 

Jbeuge ,' les troupes républicaines avaient presque 

^lu jours, étéfbattueis ; ellçs étaient di^F»ées ett 



^ 



An à. 



^germ. 



3l5 H I STOIR E DE FR AN CE,' ' 

vinEp. petifô camps et en cantonnements, depuîs Gîvét 
'''^ * et depuis la Meuse, jusqu'à la met. Pichegru 
commença à les réunir êW plus grands corps au- 
tour de Cambray et de Guisp. 

Son objet était le siège du Quesnôy; celui 
de l'ennemiétait le siège de Lan^ecies; ainsi 
ïe plan de campagne des deux armées se ix)ri- 
tait sur le même point. De part et d'autre, on 
croyait la campagne décisive. L'empereur était 
'Venu prendre le comiflandement de son armée; 
et cette démài'che, sans garantir les succès > 
prouvait qu'on les regardait comme assurés. Lan- 
di'ecies fut d'abord investi , et toutes les actions 
de détails avaient été au désavantage des Fran* 
CÛJ8. Le comité de salut public ordonna une 
ettaque pour délivrer» Landrecîc^. L'armée^ 
.atix»ordres du duc d'Yorck était postée sur les 
hauteurs en ayant du Catéàu-Caml>i'e8i€; 

Le général Clhapuis fut charge de riissenibler 
Jts troupes du ca/ripde Cés^r ^t des. postée 
voisins. Cette arnvée ,• d*envirpp trente mille 
hommes, fut formée wr frois cojortnes:; ils se 
portë'rent sur l'arméeirfu duc d'Yorck, déployée 
sur les hauteurs en avant du Gâteau., entre 
les villages de Betteneourt et de* L^ni. Deux 
d^ colonnes françaiseis «if^quçreôt avec vî- 
'jgueur une redoute défendue par les lAnglais. 
iaSi résistance prolongeant le caiJlbat , ces, cof- 



» 



i 



«DEPUIS- L A* H É V O LU T I O N. 817 

lonnes ftirent- Ipuroées à leur gauche par un ^'^^^^^ 
coq>s de cavalerie > et fufent pressées par- un ^^ ^ 
nombre supérieur. Elles prirent successivement 
trois positions en arrière , avant de sfe décider 
à la retraite. Le corps même des carabînîei'S, qut * 
vipt les soutenir à la troisième atta^iue» ne put 
rétablir le combat, et la retraite se fit su» 
Cambray. Landrecies aVait capitulé la veille» 
Le' général Chapuis qui resta prisonnier , avait 
pris le silence des feux de la place pour une 
suspension d'armes , qui rendait le secourS'plus 
pressant. 

Les ordres absolus du comité de salut pu- 
blic* avaient seuls décidé Pichegru à ses en- 
treprises sur le centre des ennemis, où leur 
force était, réunie ; devienu plus maître de ces 
mouvements, il commença la grande diversion 
q\i*il méditait depuis longtemps; il appela à 
lui vingt mille^horiimes de cette armée qui 
venait d'êti^ battue , laissant gardées les places 
de Cambray , Saint- Quentin et GuisQ. En 
même temps , il rapprocha l'armée des Ar- 
dentes, et la fit joiqdre par toutes les troupes 
placées sur la Sambre. Cette armée , com- 
mandée par le général Cbarbonnier , devait 
a^ir sur la gjiuche^ des alliés , et la contenir 
pendant les premiers mouvements qui allaient» 
s'opposer à leur droite. II /établit là une lutte 



Y] 



3l8 H I s T O 1 RE &Ë F R A N C C; 

yiiiEp. d'opittiâtreté , dooi TavaMage fat d'y attirer 
/f^ ' l'attentron des généraux alliés: en moins de 
yittgt joiirs l'arniée française passa quatre fois 
}a Sahîbre , pour assiéger Ctarleroi , et autant ^ 
de fois fut obligée de lar repasser et de cepren* 
dre ses positions en arrière. Ces combats, qui 
forent des batailles^ finirent encore par la levée 
du siège de Charleroi. 

7 floréal. Pendant cette fausse attaque , Tinyasion s'était 
V opérée dans la Flandre ; trente mille hommes » 
rasseviblés sous Lille, aux ordres du général 
Souham, et 20 mille hommes commandés* par 
Moreau, se portèrent, par un mouvement se- 
cret et hardi , sur Courtrai , et s'en emparèrent. 
En même ti^mp^, Meçin fut investi. Ce plan 
d'invasion avait été prévu par Les papiers trou* 
vés sur le général Chapuis; et Clairfait, qui 
commandait l'armée autrichienne vers Toumay , 
avait reçu un repfort de dix« mille hommes ; 
îl essaya iputilemeqt de reprendre Courirai , 
et y fut battu près de Macrou. Menin fut pris; 
mais la garnison, composée en partie de Fran- 
çais émigrés, se fit jour l'épée à la main. Ypres 
tenait encore. 

Dans, le système de guerre adopté , tous ces 
combats partiels, mais décisifs, étant réduits 
à des affaires de poste, par rapport à la ligne 
générale^ il arrivait que les actions ne pouvaient 



V 



D ÇP V IS LA RÉVOLUTION. SlÇ 

être maooeuvrîères sur elles-mêmes , quoiqu'elles vi"tp; 
la fysseDt relativement 'à la liste ^générale. Les ?^^. 
bataillesétaieat ctes«mouvements combinés d'une 
aile à l'aulre » sur un développement de trente^ou 
quarante lieues» et tel corps d'armée se trouvait 
tourné et pris à revers par un Mouvement quîf 
s'était exécuté à dix h>ues de lui. Le plan d'in* 
Vasion était aussi calculé sur Fa topographie du 
pays. A la droite des frontières , la Meuse e( 

la Sambre coulant transversalement au front 

• 

des armées, offrent de part et d'autre des obs- 
tacles et des appuis toujours plus favorables 4 
la guerre dféfeasive qu'à l'attaque. A la gauche 
des frontières» au contraire » le cours paral- 
lèle «de la Lis et de l'Escaut porte sur Je pajs 
ennemi , ne lui oRve aucune défense par des 
sinuQsi téi^transversales^ et favorise les marché de 
l'attaquant » en donnant toujours un appui à l'une 
de ses ailes ; c'est sur cette théorie savante qu'était 
fondée cette entreprise qui déconceita tous les 
plans des généraux alliés, et reporta le théâtre 
de la guerre dans leur pays. La pilse de Lan- 
drecies qui capitula plus tôt que l'on eût dû s'y 
attendre ,. ne dérangea rien à fa marche de 
Pichegru. Cette marche rappelait nécessaire- 
ment toutes les forces alliées à la déferfse de 
leur pays ,-et Laqdrecies , abandonné à ses seules 
forces , ne devenait qu'une gm'nison prisonnière. 



320 H I $ T O I R 12 D E F K À N C Ë, ' 

viiijp. Un grand effort devenait nécessaire aux al- 
An. a. l'^s pour rompre ce projet d'invasion. ClaîrFaît 
s9 Hoié. passa Ja Lis avec wigt mille hommes, et vint 
faire sa jonction devant Courtrai avec Parmée 
du duc d'Yorck , forte de cinquante ; mais, 
'^ ^vaiît laissé entre eijx le chemin de Courtrai 
à, Lille, libre, celte faute fit ^e les ordres 
purent y arriver dans la nuit pour prévenir 
leur attaque. Après une action longue et san- 
glante , Courtf ai resta aux Friançais* Clairfait se 
retira danê sa position de Thielt pour couvrir les 
grandes villes de la Flandre, et le duc d'Yorck 
reprit ses positions versTournay. Les deux partis 
s'attribuèrent d'abord l'honiieur de cette jour- 
lice. Il y eut de part et d^autre des prisonni^is, 
et des canops pris; mais le résultat laissant les 
républicains dans toutes leurs positions ^çs av^an- 
tages réels leur restèrent, et la suite deç évé* 
nemerîts les leur confirma. 

Pichegi;^ crut pouvoir profiter du désordre 
de l'armée des alliés, et du dénuement d'ar- 
tillerie de campagne oij était cette armée , |)ar 
la perte qu'elle en avait fait^ le jour précédent. 
Son objet était d'investir Tournay et de l'attay 
quer par le côté de la Flandre où cette place 
était dépourvue de défenses. Cette conquête 
n'était pas absolument nécessaire à l'invasion 
méditée; mais elle pouvait la faciliter beaucoup 

en 



N 



( 



1795- 

Aa a. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 2^\ 

çn ôtant cet apptii à la droite des alliés. Son viiiEp. 
objet aussi était de reconnaître les passages de 
TEscaut. 

L'armée se mît en mouvement à l'entrée de 
la nu^it, et reconnut les ennemis à la pointe du 
jour. Après les premîëresattaques d'avant-postes» 
l'ardeur des soldats les porta trop en avant > et 
engagea un des plus sanglants combats de cette 
guerre. L'empereur était présent , et paj^a de 
sa personne dans cette journée , parcourant les 
rangs et animant les troupes sous un feu / tel 
que d'anciens officiers dirent n'avoir jamais été 
témoins d'une action aussi meurtrière. Dans 
cette bataille imprévue , et où chacun combattit 
au poste où il se trouva attaqué , l'opiniâtreté 
ne céd^ ni part ni d'autre ; et , depuis le so- 
leil (levant jusqu'à dix heures du soir, l'ac- 
tion se soutint sans interruption , particuliè- 
rement à Pontachain. Comme il n'3^ avait 
point eu de dispositions, il n'y eut point de 
manoeuvré; Ja nuit seule mit fin au carnage, et 
chacun rentra dans ses positions. Des récits exa- 
gérés portèrent le nombre des morts à vingt 
mille hommes de part et d'autre. Les ennemis 
en avouèrent trois mille. 

Deux jours avant , l'armée des Ardennes 
avait encore repassé la Sambre , pris Fontaine- 
Lévesq^e etBinch, et investi Charleroi; mais 

Tome IF. U.I 



l.crprau 



«795 
An a. 

6 prair. 



32a .HISTOIRE DÉ FRANCE, . 

vniEp. repoussée encore, elle y perdit vingt - cinq 
pièces de canon , et revint à la charge trois jours 
après. Un renfort de quinze mille Autrichiens 
venus de 'Tournay, la força encore de reprendre 
ses positions au-delà de la Sambre, et de lever 
encore une fois le siège de Charleroi ,' dont 
une partie était déjà incendiée par le bombar- 
dement. 

La gauche de Parmée du Nord resta quelques 
jours dans ses positions de Courtrai et de Sain- 
ghîn. Pichegru ne voulait point entreprendre 
sur Tournay , dans un pays de plaine , où la 
nombreuse et manœuvrière cavalerie de Ten- 
nemi lui donnait trop d'avantage ; d'ailleurs , 
c'eût été attaquer l'ennemi à son centre , lui 
faciliter les moyens d'y réunir ses forces, éC 
de se porter secrètement, en deux marches, 
sur la Sambre ou sur l'Escaut. Clairfait occu- 
pait une position entre la Lis et la mer, cou- 
vrant de là Gand et l'intérieur de la Flandres; 
mais, séparé par trois jours de marche, on ne 
pouvait espérer de l'atteindre avant qu'il eût le 
temps de se retirer et de se réunir à la grande 
armée. Dans cette position , Pichegru essaya le 
siège d'Ypres , qui devait rappeler Clairfait pour 
secourir cette place. Ypres fut investi, et Clair- 
fait ne quitta pas ses positions à Thielt ; ajors 
on fit le siège d'Ypres dans les formes, et Par- 



s 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. SaS 

mée d'observation fut placée à Passeliendaele. viiiEp. 
Claîrfaît alors s'avança jusqu'à Rousselaër et à JJ^^' 
Hooglede. Pichegru,- instruit qu'il y attendait 
des renforts, se décida à aller l'y attaquer. Un 
mouvement combiné sur plusieurs colopnes 
d'attaques manqua , l'action ne fut pas déci- 
sive ; cependant l'armée resta^ sur le champ 
de bataille, et Clairfait fut obligé de reprendre 
ses positions de Thielt; y ayant reçu les ren- 
forts qu'il attendait ,* Clairfait remaicha sur la 
position d'Hooglede. La bataille s'y donna le 22 22 praîr. 
prairial, et fut une des plus décisives de cette cam- 
pagne; d'abord, l'aile droite des républicains 
fut enfoi^cée; mais le centre qui occupait le ' 
Plateau de Hooglede , résista à toutes les at- 
taques réitérées , et força l'ennemi à la re- 
traite qu'il fit en reprenant sa position de 
Thielt. 

Alors Ypres, pressé et abandonné, capitula, agprair. 
Pîchegru, maître de toutes les places en ar- 
rière de lui , reprit son premier phin d'inva- 
sion en suivant le cours de la Lis et de l'Escaut, a mess. 
Une seule petite rivière, la Mandelle, qui se jette 
dans la Lis , au dessous de Deynze , offre quelque 
point de<léfense par son lit perpendiculaire à celui 
de la Lis. La première marche y porta l'armée 
française, et de fortes reconnaissances suffirent 
pour éloigner Clairfait qui s'était porté à Vakam^ 



3^4 HISTOIRE DÉ FRANCE, 

VIII Ep, à la première nouvelle de la marche de Pi- 
'^^^' chegru sur la Mandelle. Claîrfaît n'était plus 
en fgrce , toute l'attention des alliés s'était por- 
tée vers la Sambre, où ils avaient des succès, 
et où le siège de Charleroi , si souvent entrepris , 
venait encore d'être levé. 

L'armée de la Moselle , commandée par Jour- 
dan, après plusieurs combats avec des succès 
variés, dans le pays de Luxembourg, àMertzig, 
à Arlon , s'était emparé de Dinant, et vint se 
joindre à la droite de l'armée du Nord, qui 
prit le nom d'armée de Sambré et Meuse , et 
resta sous le commandement de Jourdan, maïs 
aux ordj es de Pichegru ; alors le siège de Char- 
leroi fut repris pour la cinquième fois; et cette 
diversion, qui occupa glorieusement les alliés, 
servit beaucoup aux succès de l'entreprise de 
l'aile gauche de l'armée du Nord. Après la re- 
traite de Clairfait , on poussa des postes jus- 
qu'aux: portes de Gand , et il eût même été 
facile de s'en emparer; mais, outre que cette 
ville immense eût exigé une forte garnison, 
sans assurer davantage la campagne, dont les 
Français étaient maîtres , Pichegru avait un 
autre plan , celui ( avant de pénétrer dans 
le, pays) de séparer l'armée de Clairfait de la 
grande armée des alliés, de la détruire en dé- 
tail, ce que lui assui^ait la supériorité des for- 



An 9*' 



7 mesf. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. SuS 

ces; alors de prendre à revers toutes les posi- viiiEp. 
tîons de cette armée , et de se réunir en arrière 
d'elle à rarmée de Sambre et Meuse; ce qu'eut 
bientôt facilité la bataille de Fleurus et la prise 
de Charleroi. A cet effet , Pichegru passa la 
Lis, et prit une premiëre positioû entre cette 
rivière et l'Escaut , entre Crujrshautem et 
Mooreghem. Deux jours après , il se rappro- 
cha d'Oudenarde, et campa entre Vorteghem 
et Huj^sse. Le passage de TEscaut • était fixé 
au jour suivant» Un ordre précis du comité de 
salut public arriva à l'armée, soit qu'effi'aj^é de 
la rapidité de la marche du général , on voulût 
l'assurer, en ne laissant derrière lui aucune 
place , soit que |des conibinaisons politiques ou 
ministérielles voulussent ralentir les succès, 
l'ordre portait de faire immédiatement le siège 
de Nieuport et d'Ostende , et d'envoyer seize 
mill^ hommes à Dunkerqu^e pour y être em- 
barqués et transportés dans l'île de Valcheren. 
Cette dernière entreprise, dont il eût été im- 
possible de donner un motif raisonnable , n'eut 
pas lieu; mais l'armée du Nord, affaiblie et 
occupée en arrière de ses positions avan- 
cées, se trouva hors de mesure de rien entre- 
prendre, il fallut obéir. 

Moreau , avec l'aile gauche de l'armée , fut 
chargé de faire le siège de Nieuport et d'Os- 



326 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp, tende , et Pichegru , pour occuper la sienne ; 

1793. 

An a. 



" V 



*^^ * mit le siège devant Bruges. 



Mais la fortune de la. république se ven- 
geait de ces contrariétés , et à l'autre aile de 
ce front de bataille de quarante lieues d'éten- 
due, où tous les postes étaient occupés, et en 
venaient aux mains chaque jour, à l'autre extré- 
mité' sur les rives de la Sambre, à Charleroi, 
la victoire fatiguée de l'opiniâtreté des Fran- 
çais, consentit enfin à couronner leurs efforts 
toujours repoussés , et renouvelés sans cesse. 
Une dernière tentative des armées de Moselle 
et des Ardennes , réunies à la droite de l'armée 
du Nord, avait encore rendu Jourdan maître 
des environs de Charleroi. La place fut im- 
médiatement assiégée, et les travaux pous- 
sés avec tant de vigueur et' d'habileté par le 
général du génie Marescot, qu'en six jours 
de tranchée, la place demanda à capituler, 
et fut reçue à discrétion. Saint - Just , qui 
était à cette armée , répondit au comman- 
dant de Charleroi qui demandait à capituler : 
€< Je suis arrivé en hâte ; j'ai oublié ma plume , 
« et n'ai apporté qu'une épée. » La place n'était 
plus qu'un monceau de ruines, et, selon l'ex- 
pression- du rapport, n'était plus qu'un poste 
militaire. 

L'armée du prince de Cobourg marchait déjà 



y 



• DEPUIS LA REVOLUTION. 827 

pour la dégager ,. et , ce qui doit étonner dan« Vinsp. 
un paj^s ennemi , les généraux autrichiens igno- ^^ 
raient encore la reddition de la place. Toutes 
leurs forces s'étaient réunies pour frapper ce 
coup décisif, et qui seul pouvait compenser 
les succès de l'aile gauche de l'armée du Nord, 
et l'invasion de la Flandres. 

Après la reddition de Cliarleroi , l'armée fran- 
çaise avait pris Une position demi-circulaire en 
avant de la place, les deux ailes appuyées à 
la Sambre , le centre avancé au-delà du bourg 
de Gosselies, et s'étendant vers la gauche par 
Courcelles, Trazeîgnies et le long de la petite 
rivière du Piéton , jusqu'à Fontaine-Lévescjue 
et Marchiennç-au-Pont, et vers la droite par 
Heppeignies , Fleurùs et Lambusart. Tout cet 
espace est coupé de bois et de ravins , et plu- 
sieurs postes , compris dans cette enceinte p 
étaient I encore des points de défense. 

L'armée des alliés occupait è{ leur gauche 
les hauteurs en avant de Fleurus ; leur centre 
s'étendait le long de la chaussée des Romains ^ 
et leur droite descendait du village d'Herlaj- 
inont,sur les hauteurs qui dominent lecourg du 
Piéton , jusque sur Fontaine - Lévesque. Un 
corps parti de Namur devait attaquer les 
postes français sur l'autre rive de la Sambre» 

Les dispositions d'attaque du prince de C6- 



3s8 HISTOIRE pE FJR.ANCE, 

vniEp; bourg, qui commandait l'armée des alliés, la 
Xn partagèrent er> cinq colonnes qui durent agir 
' en même temps sur tout le front de l'armée 
française. 

La première colonne, celle de droite, con- 
duite par le prince d'Orange , fut composée de 
vingt-quatre bataillons et trente-deux escadrons 
de troupes impériales et hollandaises. Cette co- 
lonne dut attaquer la gauche des Français aux 
villages de Courcelles et de Forchies, et péné- 
trer jusqu'au bord de la Sambre pour couper 
sa retraite sur Charleroi; 

La seconde colonne de quatorze bataillons 
et seize escadrons , dut attaquer au village dé 
Frâsne. Cette colonne devait- ensuite se tenir 
en mesure , et régler ses mouvements sur la 
troisième colonne , aux ordres du général Kau- 
nitz, forte de huit bataillons et dix-huit esca- 
drons , et devait attendre , pour agir , que la 
quatrième colonne , de sept bataillons et seize 
escadrons, conduite par l'archiduc Charles, eût 
commencé Pattaque (Je Fleurus , et alors elle 
devait se porter en avant, et soutenir les at- 
taques à sa droite et à sa gauche , en se met- 
tant eri communication avec les deux autres 
colonnes. 

Le général Baulieu , avec onze bataillons et 
vingt escadrons, formait la cinquième colonne , 



DEPUIS LA RévOLlTTION. S^g 

et devait agir sur rextrémîté^ droite des Fran- vniEp. 
çais postés au village de Larobuzard: 

Toutes ces dispositions supposaient, et même 
avec vraisemblance , que les Français seraient 
forcés de repasser une sixième fois la Sambre, et 
surtout que la bataille se livrerait encore à temps 
pour délivrer Charleroî. 

L'engagement commença la veille à la droite 
des alliés ; les avant-postes des Français furent 
repliés; mais leurs positions furent maintenues. 
Le I ." juillet (8 messidor de Tère républicaine), 
toutes les troupes alliées se mirent en mouve- 
ment pendant la nuit, et commencèrent d'agir à 
la poiiïte du jour. La gauche des Français , for- 
mée de la division Montaigûe d'environ douze 
mille hommes, postée entre les villages de Tra- 
signies et deCourcelles, fut attaquée par la pre- 
mière colonne des ennemis, dont une partie atta- • 
qua en même temps les postes le long du Piéton , 
et réussit à les repousser jusqu'au calvaire d'An- 
derliies et à Fontaine-Lévesque. Son objet était 
de pénétrer jusqu'à Marchiennes-au-Pont , et 
de couper ainsi la retraite à la droite de l'aile 
gauche qui occupait les villages de Trasignîes. 
Ces postes furent d'abord emportés par les ' 
troupes impériales , commandées par le prince 
de-Valdek. La cavalerie républicaine chargea 
et rompit la vpremière ligne de la cavalerie 



N 



33o HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. Impériale , et s'empara de ses canons ; maïs , 
^^^. pendant le désordre , elle fut chargée et ra- 
menée par la seconde ligne qui reprit ses 
canons , et força les escadrons français à se 
retirer sur rintànterie. Toute la gauche des 
Français se trouvait ainsi déplacée de ses po- 
sitions de première ligne , et fît sa retraite 
sur Charleroi , maintenant les hauteurs en 
avant de la place. Ges succès rapides qui n'é- 
taient pas soutenus aux autres attaque^, lais- 
sèrent cettje partie de l'armée impériale exposée 
en avant , et étonnée de sa position , les gêné* 
raux retirèrent les troupes, et prirent une po- 
sition en arrière au village de Forchies. Les 
républicains étaient restés maîtres des postes 
de Gosselines , où était la division de Kleber , 
d'environ quatorze mille hommes. Cette division 
se maintint pendant toute l'action, et servit 
d'appui aux troupes qui s'étaient retirées vers 
Charleroi j elles remarcbèrent en avant le long 
du Piéton , et y établirent des batteries. Ce mou- 
vement était, la suite de ce qui s était passé à 
l'aile opposée. 

Le village de Fleunis était occupe par seize 
mille hommes , formant la division Lefebvre 3 
tenant la hauteur en arrière de Fleurus, et 
ayant son front couvert d'une ligne de retran- 
chement. Jourdan attendait là le principal efibrt 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 



ÙCI 



des ennemis. Fleurus, situé dans un fond sur viiiEp. 
la petite rivière de Ligne , n'était pas un poste j^^^ 
de défense ; mais les hauteur^ qui le comman- 
daient , étaient occupées et munies de batterie. 
Ce poste s'appuyait à sa gauche au village d'Hep- 
peîgnies et de Vagnée, occupé par la division 
Championnet, et a une forte redoute élevée 
dans l'intervalle. Sa droite tenait au village de 
Lambusart , où la division Marceaux , forte de 
vingt mille hommes > fermait la droite du front 
de bataille, et occupait les postes sur la Sam- 
bre , Ham , Floresse et Temines , et couvrait 
en même temps les villages de Vêlai ne et 
.Wansersée. 

La quatrième colonne des ennemis attaqua 
inutilement le poste de Fleurus , quoiqu'elle 
eût d'abord dépassé le village ; elle fut arrêtée 
sur les hauteurs , et la résistance des Français , 
sur ce point , décida la retraite de cette co- 
lonne. Pendant cette attaque, le général Bau- 
lieû, avec la colonne de l'aile gauche des alliés, 
avait attaqué et forcé le poste de Lambusart, 
et l'extrémité droite des Français avait été 
obligée de reprendre une position en ai-rière ; 
alors le poste de* Fleurus se trouvait pris en 
flanc. Baulieu y tenta une seconde attaque , et 
la tésîstance qui força encore cette colonne à 
la retraite , décida du succès de la journée. 



33a HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. Le prince de Cobourg avait fait parvenir Tordre 
. de retraite à toutes Jes autres colonnes dé soa 

An 3* ' , 

armée ; et toutes , après des succès variés , 
avaient pris des positions en arrière. 

Les troupes qui étaient parties de Namur, 
devaient s'emparer des passages de la Sainbre 
au pont de Temines , et se réunir ensuite 
aux ordres du général Baulieu, pour tourner 
Taile droite de$ Français. Ce corps fît d'abord 
replier leurs postes au-delà de la Sambre ; 
mais ayant vôultr essayer de pénétrer au vil- 
lage de Lambusart par un défilé qui y con- 
duit, le feu supérieur de l'artillerie française 
les força à la retraite. Partout l'armée répu- 
blicaine se trouvait occupant des positions 
en arrière de celles .qu'elle avait prises avant 
l'action, excepté. à Fleurus, où les premières 
avaient été maintenues. Tel était l'état de la 
bataille vers le milieu du jour , et l'armée répu- 
blicaine s'attendait à une nouvelle attaque, 
qu'elle était, partout en état de recevoir ; les 
nouvelles certaines de la reddition de Char- 
leroi , décidèrent le prince de ;Cobourg à 
renoncer à son entreprise , et la retraite 
fut ordonnée ; elle se fit en ordre , quoique 
suivie de près;. mais l'avantage de la journée 
était fixé, et la possession de Charleroî ouvrait 
et assurait l'entrée du .pays ennemi , et mettait 



V^- 



\ 



DEPUIS LA REVOLUTION. 



333 



toute Paîle droite en mesure de suivre et viiiEp. 
de seconder , les mouvements de l'armée du . 

An a. 

Nord. 

On fit usage dans cette bataille d*une dé- 
couverte récente, due aux progrès de lesprit ^ 
kumain : un aérostat, s^élevant par la différence 
du poids de l'air qu'il renferme , avec le poids 
de l'air atmosphorîcjue , servit à observer 
les mouvements de l'ennemi. Trois ascensions 
firent, connaître ses positions différentes. La 
dernière montra l'ennemî en pleine retraite ; 
elle se fit d'abord sur Nivelle. Deux jours après 
la bataille , Jourdan marcha aux ennemis, les iSmesa. 
attaqua et les battît au Monj - Palisei. Cette 
position couvrait Mons , et décida du sort de 
cette place ; elle se rendit le mêmç jour ; alors 
tous les postes occupés sur cette ligne par les 
ennemis , se trouvèrent dépassés, et tombèrent 
d'eux-mêmes. Saint-Amand,Marchîennes , Dî- 
nant , furent évacués , et les alliés forcés de 
réunir leurs troupes pour couvrir Bruxelles ^ 
menacé à la fois par les deux armées répu- 
blicaines, abandonnèrent nécessairement il leurs 
propres forces les places importantes qu'ils 
avaient conquises sur la frontière , Valenciennes , 
Çondé, le Quesnoy et Landrécies. 

Les premiers mouvements de Picbegru for- iSmet». 
cèrent bientôt l'évacuation de Tournay, et il 



/ 



334 HISTOIRE DE FRANCE, 

vniEp, ne resta plus aux alliés aucune position défendue 
Au 2. ^^^ toute la ligne qu'ils occupaient en force peu 
"^ de jou^s avant. 

Sounws aux ordres du comité de salut public, 
Pichegru laissa encore une partie de son armée 
pour achever le siégé des places maritimes* 
Le général Moreau fut chargé de ces opéra- 
tions. Nieuport capitula. Il mit ensuite le siège 
%^ devant le fort l'Ecluse , qui ferme une des 

embouchures de l'Escaut, et tient la clef des 
inondations. Pour en achever l'investissement, 
il fallait s'emparer de l'île de Catzan, au-delà 
du bras de mer où le fort l'Eclusç est situé. 
On ne pouvait y parvenir que par ime digue 
défendu^ avçc les eaux et ])ar une forte bat- 
terie , ou par l'ancien détroit de Colysch. Oa 
' avait peu de bateaux; les troupes passèrent à 
la nage, mirent en fuite celles qui défendaient 
le rivage opposé. On prit Pile de Catzan , 
quatre vingt-dix pièces de canon, beaucoup de 
munitions et deux cents prisonniers. 
i5mç8s. Pendant ces opérations, Parmée du Nord 
s'était mise en mesure de rendre décisifs les 
' avantages que l'armée de Sambre et Meuse ve- 
nait de remporter. 

Pichegru partit de Bruges , et marcha vers 
Gand. 

Clairfait, trop inféiieur en forces, avait suc- 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 335 

cessîvement replié ses positions de Thielt à vniEp. 
Deynze, et tâché de couvrir le paj^s entre la ^^^ 
Lis et rjEscaut ; mais le sj^stëme de tactique 
moderne, se trouvait cqmplétement déjoué. Cet 
art militaire des armées germaniques, qui con- 
sistait surtout dans le choix .des positions, dans 
l'ensemble d^s mouvements rapprochés et sou- 
tenus Tun par l'autre. Ce S37stëme qui avait ré-j 
sisté aux promptes manœuvres des ^rmées du 
grand Frédéric , ne trouvait plus son applica- 
tion contre les mouvements rapides et combi- 
nés de deux armées qui occupaient en même 
temps tous les postes sur un front de qua- 
rante lieues de développements , qui marchaient 
de front et ensemble, ne tenant que les posi- 
tions militaires, et se rendant ainsi maîtres des 
intervalles sans les occuper , mais pénétrant tou- 
jours par le point où l'ennemi se trouvait faible, 
dépassait ses positions partout où il était né- 
cessaire de se déposter ; cette tactique mise en 
œuvre par le' génie des chefs et par la valeur 
des soldats, assurait les succès. 

Après la retraite ^e Fleurus et l'évacuation 
de Tournay et de Namur , l'armée cjes alliés 
n^ayant plus d'appui à ses ailes, se trouva for- 
cée à prendre des positions rétrogrades, et ne^ 
pouvait les soutenir , parce^ que ces positions 
se trouvaient toujours dépassées et tournées au 



336 HISTOIRE DE FRANCE, 

viiiEp. loin par les marches des corps détachés de 
'^^^' Tune ou de l'autre aile des armées républi- 
caines. En quittant la position de Nivelle, Co- 
bourg en prit une à l'entrée de la ïokèt de 
Soignes qui couvre Bruxelles , et offre des 
moyens de défenses locales. 

ismesa* L'avaiit-garde de Jourdan y eut un engage- 
ment longuet meurtrier, dont le résultat fut 
la retraite de l'ennemi sur Bruxelles, qu'il éva- 
cua le même jour', et dont Pichegru fit preii- 
dre possession par son avant-garde. 

ai mess. Le5 mouvcmcnts des deux ailes de son armée 
se concentraient en se rapprochant. Ce fut un 
corps de l'armée de Sambre et Meuse qui en- 
voya une garnison à Bruxelles. L'aile gauche 
des Autrichiens commandée par Baulieu, s'était 
retirée en même temps entre Tirlemont et Ju- 
doigne , et le reste de l'armée de Cpbourg, avec 
les troupes anglaises, prit position derrière le 
canal entt-e Malines et Louvain. 

ai,2am. L'armée de Pichegru marchant de Gand , 

«3 mess, campa à Alost , puis à Assche , et prit position der- 
rière le canal de Yilvorde, 

Les communications se trouvèrent, ouvertes 
* et établies entre les deux ailes de cette armée 
qui partant un mois avant des deux points ex- 
trêmes de sa position, Dunkerque et Philippe- 
ville, venait se réunir par une suite de combats 

et 



- 1793. 
An a.' 



D ËJ? Ù i S LA DEVOLUTION. 887 

et de marches, tels que l'histoire militaire de vnîFp. 
l'Êurùpe n'en offrait pas un autre exemple. 

Les deux afriiées étaient en présence , et 
séparées seulement par le canal de Malines. 
Pi chegru, avait passé le canal de Vilvorde , et ^^m^ss. 
pris position en avant de cette ville, Malines 
était occupé par les troupes anglaises ef hoU 
landaises; elles bordaient le canal jusqu'à Lou* 
vain. Cette position était la dernière cjui défen- 
dait Anvers el le reste des Pays-Bas. Pichegru a? *««««• 
fît attaquer; ce poste, mtini par ses défenses 
locales , fît éprouver une longue et opiniâtre 
résistance. Un nombre de soldats français impa- 
tients se jetèrent dans le canal, et le passèrent 
à la nage près de Malines ; ils s'emparèrent 
du bord opposé , et cette action audacieuse 
donqa le moyen de jeter plusieurs ponts sur 
lesquels l'armée pasSa , et s'empara de Ma- 
lines. 

L'armée anglaise et hollandaise se retira Sthotm, 
pour couvrir Anvers, et Pichegru appuya sa 
gauche campée à Lier, au conHuent des deux 
Nèthes ; ce qui le rendait maître des positions 
sur ces deux rivières; et étendant sa droite vers 
DiestV il se mettait ainsi en communication 
fivec l'armée de Sambre et 'Meuse qui, mar- 
chant à la suite des Autrichiens, s'était, après 
quelques affaires de détail, emparé de Tongres ^^hena. 

Tome 1F\ 2a, 



538 HISTOIRE DE FÎIANCË, 

viTiEp. et de Lîége , et étendait alors la droite à Liège ♦ 
la gauche à Saint-Tron , tenant, par des corps 
détachés, les villes de Leaw et de Diest. 

Les Anglais et les Hollandfrfs avaient évacué 
Anvers , et s'étaient t-etirés vers Breda. Les 
armées républicaines , gênées par les subsi- 
stances > séjournërent'quelque temps dans leurs 
positions, la droite à Liège, la gauche à An- 
vers , et Tarmée auti ichienne resta encore 
maître du pont sur la Meuse à Liège , s'étant 
ibrjlifiée Sur la Hauteur de la Chartreuse qui 
dofhinait le pont et la ville. Elle s'étendait jus- 
qu'à Ruremonde j gardant les passages de la 
Meuse, et couvrant Maestricht par un corps 
avancé. Un^ nouveau plan changea bientôt 
j après les opérations de la campagne pour les 
lier aux mouvements des armées du Khin 
et de Moselle qui venaient de s'emparer de 
Trêves. 

Pendant ce temps aussi les quatre places de 
la frontière républicaine qui étaient restées au 
pouvoir de l'ennemi, avaient été assiégées ou 
investies. Schérer réunit les troupes qui restaient 
du. centre avec des garnisons voisines, et lit 
successivement le siège de Landrecies, qui se 
renclit après une résistance peu soutenue. Il fit 
après le siège du Quesnoy; Condé et Valen- 
ciennes tombèrent ensuile* 



17 mess. 



An' 3. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 33p 

Le comité de salut public crût hâter la red- viiiEp- 
ditioQ de ces places par ce terrible décret, qui ^^'^^' 
ordonnait de passer au fil de Fépée celles de 
ces garnisons quitte se rendraient pas à discré- 
tion dans les ii4 heures de la sommation qui 
leur en serait faite* 

Ces mesures outrées n'étaient qu*une s\x\te du 
système général qui régissait tout dans l*ipté- 
rieur. Tandis qu'au dehors , les victoires et les 
conquêtes consolidaient le gouvernement révo- 
lutionnaire, et soumettaient tout à son oppres* 
sive autorité 5 l'excès du mal commençait à 
faire sentir que ces moyens violents et exaspé- 
lés, n'étaient plus n^^gi^aires après les vic- 
toires ; la crainte de l'étrangei' les avait fait sup- 
porter , et ce danger extérieur , en s'éloignant, 
laissa vofr sans diversion les dangers internes 
qui menaçaient toutes les têtes. On pensa 
qu*ayant vaincu-la coalition, on pouvait.vaincre 
aussi Panarchie ; elle-même sentant que le scep- 
tre de la terreur lui échappait avec elle, s'ef- 
força de la redoubler pour se rendre redoutable^ 
en cessant d'être nécessaire; et, lorsqu'on n'eut 
plus à menacer la liberté, du fer et des tor- 
ches de rétranger, on se hâta de la menacer 
des conspirations et des, traojes çontre-révo- 
lutîonnaires. On avait puvert unç mine fé- 
conde de délits imaginaiiés e.t de procès ci:i- 



/ 



34P HISTOIRE D fe r R A î^ CE, ' 

viiiKp. niinels, par la tiénonciatioa de la conjuration 
des prisonniers du Luxembourg. Cette fiction, 
qu'il avait fallu opposer aux dernières lueurs 
dé la popularité de Danton , n'avait même j3tt 
être soyienue par ceux même qtie Ton voulut 
en rendre les premiers agents. Des geôliers ^ 
des concierges interrogée juridiquetnent , n^a- 
vaient rien déposé que de favorables à la tran- 
quille résignation des prisonniers. Le procès dé 
. Fouquier-Tinville dévoile ces4iorri blés mystères» 
Vaineùient ti\)is témoins déniaient ce qu'affir- 
maient un seul. On lia l'affaire des détenus au 
Luxembourg à toutes les autres maisons d'ar- 
rêt , et la conjuration ^l^prJson^ fut longtemps 
tin chef d'accusation qui s'appliqua, à tous ceux 
que l'on voulut perdre* 

r.èc. ja. Arthur Dillon était mis à la tête *de cette 
conspiration , et l'on produisit contre lui , comme 
témoin , un de ces hommes placés dans les pri- 
sons, pour y surprendre le secret des détenus, 
ou même y provoquer leur, confidence, sou- 
vent encore pour leur, faire dire ce que 1 on 
voulait qui eût été dit par eux. 

On reprocha ensuite à Dillon d'avoir favorisé 
Penti'ée de la frontière aux ennemis, qti*il avait 
. si glorieusement contenus aux Islètes; et l'ab- 
surdité même de ce délit imaginaire indiquait 
assez le véritable. 



DE PU t$ X-A REVOLUTION. 841 

L'évêque consiitutionjiel de Paris , Paticien viiiBp 
évêque (le Lida , Gobe] > dut être* plus étonné 
encore de s'entendre reprocher au tribunal ré- 
yolutîonaaire son insurrection contre le prince 
évêque de Porentru, et surtout la démission 
qu'il avait naguère apportée à. la barre de îa 
convention, et 00 Taccnsa d*y avoir dit qu'il ne 
reconnaissait plus d'autre culte que celui de la 
libertfé. 

^ Un bçHnme tel qu.e vous , lui dit le prési- aigem. 
<< dent, tenant 9U-sacerdoce par son origine, 
<i devait rester attacbé aux principes du haut 
M clergés ^> . 

On ^reprocha ^ à Chaumette la clôture des 
églises qu'il avait fait exécuter dans un dépar^ 
teraent. Les moteurs inaperçus de tant d'in- 
culpations inconséquentes devaient être sûrs 
de leur effbt , lorsqu'ils osaient les produfre 
devant un nombreux auditoire. 

Ce jour, dix-neuf furent rais à mort; de ce 
nombre furent la veuve d'Hébert et celle de 
Camille Desmoulifts , qui se fit rémarquer par 
ça beauté 9. sa fernîieté et par son courage. 

Trente-un membres des anciens parlements, i.erflor. 
la plupart de celui de Toulouse, comparurent 
çnsuite 5 on leur reproéhait des protestatfons 
secrètes contre les décrets dé l'assemblée consti- 
tuaqle depuis longtemps abolis par la .conven- 



3^2 HISTOIRE DE FRiÇNCE, 

vttiÈp. tion même; mais Pacte d'accusation cita, avec 
'^^ ' complaisance , un: tableau injurieux de rassem- 
blée constituantie , que Ton sembla prendre plai- 
sir à rémettre sous les yeux de TauditoiTe. 
L'amnistie avait effacé le tort des protestations. 
Plusieurs d'entre eux étaient émigrants ren- 
trés par cette amnistie. Les noms les phi& iHus- 
trés, par les fpnctît)ns des anci^ônes cours de 
justice, se trouvèrent au nombre des condam- 
nés. Pelletier Rosambo , MoIé , Sarron , Dor- 
inesson , et deux jours après , d'Esprémesnil , 
Thourét, Chapelier, Lamoignon et Majésherbes, 
^ qui s'entendit faire cet étrange reproche , de 
n'avoir été accepté pour défenseur de Louis 
que par l'effet d'une intrigue du ministère bri- 
tannique, 

Villeroi, d'Estaing , Latour-du-iPin , furent 
accusés d'avoir ourdi des trames pour massa-- 
crer le peuple au mois de juin et juiliet 1789* 
Ceux - là même s'étaient prononcés , à cette 
époque , pour le parti populaire. Trente-deux 
autres périrent avec eux. 

9 floréal. Trente fermiers généraux furent accusés, 
entr'autres délits, 'd'avoir mis de rêâu dans le 
tabac. . 

Le savant physicien Lavoisîer fut du nombre , 
et demanda vainement un sursis de quelques 
jours pour cotnpléter uûe découverte utile. 



N 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 843 

L'ordre porté par un hqissier et par un offi- viiiEp. 
cîer militaire, tira de la prison du Teniple Eli- ^^ 
sabeth, sœur de Louîs XVI , et la transféra à 
la Conciergerie, l'avant-veille de son jugement. 
Toutes les conjectures que peuvent suggérer 
les circonstance^, les intérêts publics ou par- 
ticuliers, s'épuisent inutilement pour chercher, 
ou le motif qui fit sacrifier une jeune princesse, 
que faisaient honorer ses yertus et son dévoue» 
ment à l'amitié fraternelle , ou quels intérêts 
et quelle politique retardèrent ce sacrifice „ 
s'il était cru nécessaire?^ Que Robespierre ait 
imaginé de se créer des droits, en forçant la 
main de la so&ur du dernier roi de France ; 
que, piqué d'un refus, il s'en soit vengé, ce 
bruit populaire répandu longtemps après, ne 
porte aucun éaractère de vraisemblance ni 
même de probabilité, et ne mérite même pas 
l'examen de l'histoire. Quels secrets à divulguer 
4)0uvaient craindre les auteurs de lai mort de 
Louis ? Le fait ne pouvait être ni aggravé , ni at- 
ténué au jugement de ceux qui leur en feraient 
uncrime.Xes dangers extérieurs n'exigaient plus 
ces mesures exaspérées qui ne laissaient plus 
même le choix des moyens pour les soutenir. 
I Lorsque le temps seul peut révéler des causes 
secrètes , les supposer, c'est surcharger le récit 
d'hjpothèses vaines. 



/ 



179^ 
An 



844 HISTOIRE DE FRAN.CEf 

VIII Ep. Elisabeth comparut avec un aîr plein dç doa- 
ceur et de dignité ; elle fut întejj|:'ogée avec 
dureté et avec des expressions offensantes. On 
compara la femme de sqn ft'ère à Messaline ; 
on lui parla des infâmes orgies. Lorsqu^on lui 
parla du tyran son frère , on assure qu'el.lç^ 
répondît au président du tribunal qui Tinter- 
rogcait : << Si mon frère eût été t/yran ^ nivou^ 
« ni moi ne serions à la place que nous occU-^ 
a pons en ce moment. » 

Celte affectation des juges du tribunal d'ajou*» 
ter l'odieujî: des formes les plus grossières et 
couvent les plus triviales à l'odieuse rigueur 
de leur ministère, dçnt plus de dignité exlé- 
j-ieure eût pu sauver les dehors; cette affec- 
tation est encore une énigme que les^eon-^ 
jectures ne peuvent suffisamment expliquer. 
Avec la sœur de. Louis, vingt -quatre autres 
peisonpes périrent ce même jour. Etrrenne » 
jadis mipistre ; Serilli , trésorier, avec s^ 
fempie ; la vçuve de Mont^morin. Plusieurs 
femmes, étaient du nombre des infortunées ; 
J'une déciles, quoique enceinte , refusait de se 
soustraire , par sa déclaration , au soit com- 
mun. Elisabeth fit avertir les jugçs , et hji 
^auva. 

S'il fallait que la plume énumiérât en détails^ 
toutes ces scènes sanglantes qui se répétaient 



y 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 345 

chaque jour , le lecteur consterné rejeterait cette viiiEp. 
eflfrayahte nomenclature; qu'il suffise de savoir ^^^^* 
que, longtemps api^s le 9 thermidor, lorsque, 
par une mesure de police , on voulut , pour la , 
sûreté des intérêts de famille, constater, par 
une liste nominale, le nombre des victimes , ' 

ce registre funéraire couvrit, par ordre alpha- 
bétique, les murs de la capitale; mais, effrayés 
eux-mêmes du long espace que couvrait déjà, 
cette affiche de mort et de deuil, les magistrats 
en arrêtèrent le sinistre et long développe- 
ment qui se prolongeait tous les jours , et 
en ordonnèrent le dépôt dans celui des actes 
publics. 

Pendant que le sang CQulait autour d'elle , 
pn occupait la convention de l'établissement 
d'une religion nouvelle. Pour en poser la base, 
on se hâta de lui faire décréter le principe^ et 
un décret proclama l'existence de l'être su- 
prême Et l'immortalité de l'ame; soit que ^ 
l'on voulût seulement charger |a représentation 
nationale d'une inconvenance , soit que Robes- 
pierre, méditant son élévation, crût devoir com- 
mencer son gouvernement sous l'auspice de 
cette déclaration , comme étant la source de 
toute morale publique , premier principe de 
toutes les lois, lui-même, Robespierre, s'était 
réservé ce solennel rapport. c< II ne s'agit pas, 






$4^ HISTOIRE.de FRANCE, 

VlïiEp. u dit-il, de faire le procès à une opinion phild- 
« sophique, il s'agit de considérer l'athéisme, 
^ comme national, et lié à un système de eoh- 
« spiration contre la république. L'idée de l'Etre 
« suprême et de l'immortalité de Pâme, rap- 
<< pelle à la justice, elle est donc républicaine. » 
Il invoque en3uite Socrate^ Léonidas, Zenoti ^ 
Brutus, Caton; il promet la liberté à tous les 
cultes, et annonce un culte national, dont les 
formes , le rite , les cérémonies , sont in- 
diquées. ' . 

Cette pensée d'une religion nationale avait 
prévalu alors , l'Angleterre en avait donné un 
exemple ; mais c'était précisément cet exemple 
que Ton ne voulait pas suivre; et d'ailleurs. les 
idées politiques , les dangers publics , les inté- 
rêts de faction , les prétentions deé individus , 
toutes les idées révolutionnaires exagérées alors 
outre toute mesure, absorbaient trop pour lais- 
ser le temps de calme et le loisir nécessaire pour 
s'occuper de politique religieuse. Robespierre 
annonça l'institution des fêtes décadaires; lavio- 
- lence que l'on mit à la place de la persuasion 
dans leur établissement , fut en partie ce q[ui l'em- 
pêcha : et aussi les occupations rurales , sur- 
tout les travaux de l'agriculture, ne pouvaient 
pas comporter neuf jours de travail sans repos; 
Jes usages ne sont , le plus souvent , que le 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 847 

résidu d'antîques expériences. En opposition viiiEp* 
à ce nouveau culte , on suscita alors un de 
ces essais qui ont quelquefois réussi dans des 
teraps d'ignorance et d'inertie , mais que l'état 
des esprits à cette époque ne rendait pas re- 
doutable. Une femme visionnaire ou stylée, 
peut-être Tun et l'autre, se dit la mëre de Dieu, 
et s'appela Catherine Theos; des moines , des 
fanatiques , et surtout des hommes d'intrigues, 
tâchèrent de donner quelque importance à cette 
scène ridicule; des adeptes furent initiés à des 
nouveaux mystères; les rassemblements furent 
- assez fréquents pour qup les comités s'en oc- 
cupassent, et la nouvelle Pithônisse , avec plu- 
sieurs de ses adhérents, fut envoyée au tri- 
bunal révolutionnaire , qui prononça sa réclusion. 
Cependant le pouvoir des deux comités de 
sàlut public et de sûreté générale , s'affermis- 
sait par ses extensions même. Pache, maire 
de Paris , fut destitué , arrêté et remplacé par 
Pleuriot, sur la simple nomination des comités. 
Déjà, sur le seul rapport de Saint- Jus t , tous les 
ex-nobles , tous les étrangers, avaient eu l'ordre 
de sortir de Paris et de toutes les places fortes, 
sous la terrible peiné d'être mis hors de la 
loi. Les prêtres que Fon appelait réfractaîres , 

sexagénaires ou infirmes ', furent mis en ré- 
clusion. 



348 HISTOIRE DE FRANCE, 

yiTiEr. Ce qui prouve surtout combien la terreur 
^^^ était générale, c est que ceux. . même que 1 m- 
dignatîon et l'exaltation décidaient à se dévouer, 
ne pouvant espérer ni confidents ni compagnons 
de fortune, étaient réduits à n'agir que seuls, 
se résignant à devenir eux mêmes assassins pour 
assurer leur liberté ou leur vengeance. Col- 
lot-d'Herbois fut manqué d'un coup de pistolet, 
par un homme qui s'enferma ensuite dans sa 
maison, résolu d'y périr en se défendant ; iL 
blessa un de ceux qui furent envoyés pour le 
saisir. 

r ... 

Une jeune fille , nommée Cécile Regnaud , 
se présenta chez Robespierre, et demanda k 
lui parler; sur la réponse qu'il n'y était pas, 
« comme fonctionnaire public, dit elle, il est 
« fait pour répondre k tous ceux qui se pré- 
« sentent chez lui.» Ce ton nouveau, en parlant 
d'un tel personnage , la (it arrêter et conduire 
au comité de sûreté générale. Après les interroga- 
tions d'usage, on lui demanda pourquoi elle allait 
fhez Robespierre ? — Pour lui parler. — Ce 
qu'elle^ voulait lui dire? — Selon. — Si elle 
connaissait Robespierre? — Non.. -^Pourquoi 
elle voulait le voir? — Pour voir s*il me con- 
vient. — Ce qu'elle entend par là? — Cela ne 
vous regarde pas. — Si elle avait dit qu'elle 
verserait tout son sang pour avoir uu^i'oi. ? 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 849 

— Oui. — Si elle persistait dans la même dé- viiiEp. 
(*laration ? — Oui , car vous êtes cint|uante mille ^^ ^ 
tjrans,et je voulais voir comment est fait un 
t^jfan. —^À quoi servait un paquet qu'elle por- 
tait? — Du linge pour changer dans le liou où 
l'on va me conduire. — Où? — En prison, et 
de là à ia guillotine ? — On lui trouva deux cou- % 

teaux ; elle dit qu'elle n'avait eu intention de 
\faire ^ de mal à personne. — ^ Elle répéta les 
mêmes choses au tribunal , et y trouva le sort 
qu'elle avait cherché* 

On proposa alors de donner des gardes aux 
membres des comités , et cette mesure fut re- 
jetée par le rapport de Barrere. 

Les préparatifs de la fête de l'Etre suprême, 
occupaient tous les esprits; ce jour était an- 
noncé comme le signal d'un grand événement. 
Tous les partis , ou plutôt tous les chefs du 
même parti , se mesuraient depuis trop long- 
temps , pour ne pas connaître leur portée , et 
Robespierre sentait que son pouvoir ne pouvait 
plus se prolonger sans être revêtu d'un titre 
et d'une garantie plus assurée qu'une popula- 
rité toujours mobile et incertaine; ceux qui, 
forcés de composer sa cour, savaient qu'il ne 
voyait en eux que des rivaux qu'il fallait écar- 
ter, le pressaient eux-mêmes de s'exposer à une 
épreuve qu'ils lui peignirent jcômme n'étant pas 



> 



"> 



35o H I s T b I R Et b E t R A N C Ê , . 

vniBp. douteuse; mais dont l'alternative était moins dan-^ 
'-^^ * gereuse pour eux. Robespierre , proclamé dic- 
tateur, n'avait plus besoin de tant de victimes, 
pour conserver un pouvoir consacré et reconnu ; 
JBiobespîerre déchu de cette espérance , était plus 
facile à contenir; il était moins dangereux de 
l'attaquer, et plus aisé de Tatteindre. Tout se 
réunit dolic autour de son orgueil pour le flatter 
du succès, qui semblait préparé et consenti par 
la convention; elle venait de nommer Robes- 
pierre président pour la seconde fois, et cette 
place lui en assurait une en évidence le jour 
de la cérémonie. 

Le contraste des apprêts et des visages était 
remarquable ; la pâleur et la consternation 
étaient dans tous les traits, et un silence morne 
disait assez que la crainte seule d'être cité comme 
absent traînait les citoyens, à celte fête. 

On avait préparé un vaste amphithéâtre où se 
rangèrent les membres de la convention. Après 
que toutes les sections de Paris furent réunies, 
§eIon l'ordre prescrit , dans le jardin du Valais^ 
National^ Robçspîerre , placé dans une tribune , 
prononça un discours analogueàla circonstance; 
ensuite il descendit tenant un flambeau , et 
alla mettre le feu à un espèce de monument 
composé de différents attributs et de diflTérents 
monstres , un desquels représentait l'athéisme ; 



/ 
/ 



DEPUîSLARÉVOLUTION. 35l 

les débris de rincendie laissèrent voir une sta- vîheç». 
tue debout représentant la sagesse. Robespierre ^^^^' 
lemonta à la tribune, et fit un autre discours 
sur les vertus qu'il appelait républicaines , 
terminé par une prière à l'Etre suprênje- La 
convention se rendit ensuite au Champ-de- 
Mars, oti des chœurs dejifants, de jeunes filles 
et de vieillards , chantèrent des hymnes en 
l'honneur de la solennité. La convention fut, 
après la cérémonie, reconduite au lieu de ses 
séances. 

Cette fête fut sans effet , et plusieurs causes 
y contribuèrent ; d'abord la disette. Le pain se 
distribuait à la porte des boulangers ; la mesure , 
était fixée; et les habitants, obligés d'aller pé- 
niblement attendre longtemps leur tour , reve- 
naient quelquefois chez eux sans distribution. ^ 
Le peuple supportait avec patience, mais c'étcyt 
trop exiger qu'il pût se réjouir; cette profusion 
de comestibles, que l'espoir du gain étale 
dans les fêtes publiques, qui prévient le besoin, 
provoque la gaiçté , n'existait plus; celui qui 
était sorti le matin à jeun pour se rendre à 
son poste , rentrait à jeun, et rebuté par la lassi- 
tude. Les fêles des anciens étaient des sacrifices. 
Ici d'horribles souvenirs vinrent s'offrir à l'en- 
trée même du lieu de la fête ; c'était sur la place 
de la révolution que le sang humain coulait 



352 HlStOlRË t>E fUANCÊ, 

viiiEp* chaque jotir de réchafaùd sur le pavé. On y 
^^^^* apportait aussi cliaque jour du sable pour déro- 
ber ce spectacle aux regards effraies. Dans une 
fête précédente , tandis que là convention tra- 
versait cette place, on avait affecté de faire 
tomber deux têtes soUS ses yeux; et, sur la dé- 
nonciation de ce fait, l'instrument de mort avait 
été déplacé et transporté à la barrière du fau- 
bourg Saint-Antoine; mais la chaleur a^ant fait 
fermenter ce mélange sanglant, à Tancienne 
place , les exhalaisons avertissaient la foule qui 
entrait au lieu.de la fêle, et ces impressions 
agissaient sur les esprits et sur le moral des spec- 
tateurs. Peu de familles étaient là qui i/eussent 
des souvenirs à éloigner dans le lieu mêitie qui 
les leur rappelaient, et il eût été difficile d'obéir 
à l'ordre imprimé et distribué, qui, réglant Ici 
marche et les mouvements, indiquait des cris 
d^alégresse après le second discours que devait 
prononcer Robespierre. 

Trompé dans ses espérances, il se recueillit 
en lui-même , et il est encore difficile de péné- 
trer quelles furent ces piemiëres détermina- 
tions. Kobespieri e avait j eu de connaissance 
des hommes, et ne connaissait des affaires que 
ce qui se traitait à la tribune avec les formes 
oratoires; il comptait assez sur son as<?endant 
pour négliger tout movcn de défense, et même 

pour 



* 

DEPUIS LA R,ÉVOLUTtQK. 353 

pow les dédaigner. Pe« de jaurs après ^^ fêjte vniEp, 

:4&. a. 



de^rjE^fesuprênie,.!! du.t,etre étonnéde trouver 



dçrrqpppsitiou au comité de salut public, où 
Cf^îiiot luj résista,, et osa le eontreclire jen. face, 
Carnot, rioat les plans militaires ayciient soM- 
Vjçot contf^rié les vues .politiques de Robes- 
pierre , fut le premier attaqué en spn nom 
par Siaint-Just qui., devant lui, osa dirç, q^'il 
fallait Iç .chasser du co.n^Hé de salut .public, j^a 
réponse de Carjiot fut le;premiçi: signal- de, la 
résistance, et Robespierre connut enfin uâ 
adversaire. Ce fut, de, cette .é[X)que qu'il. cessa 
de venir aux comités.-: On essaya, dp les ré-f 
concilier ; mais la. confiance était détruite , 
et son retour n'eut été qu'une imprudence. 
Il s'agissait d'une nouvelle organisation du tri- 
bunal , et ce nouveau code , plus révolutioa- 
naire encore , portait, peine de. mort contre les 
ennemis, dii peupU, sous cette dénomiaation 
4^énérique, on co/uprçnd <?^ ceux qui. cherchent 
à anéantir' la liberté par force ou par ruse, à 

avilir la convention , nationale et Iç.fifouvei'ne- 

' , ' « " , ^' »■ » ^* • 

mept réyolutioiinairç dont„ellç ,çst. le centre , 
à ^arer l'opinion çti empêcher l'instruction du 
Peuple, j à dépraver les, mœurs et à corrompp 
la,€onfianee publique; enfin à altérei: la purçté 
des principes réyolnfionnaires. ». r . 

.La preuve; nécessaire pour les^cond^amner, 
^ Tome IF.' ' ' '* ' ^ ' ^^g" 



'•\ 



354 ^ 13 T O 1 HE b fe V 11 A N c t * - 
viiiKp. i< est tbute espèce 'detlocamcntmatéFÎe}' ou mo* 
An,%^ rali qm peiU naturellement obtenir l'as8eo^i«iënt 
d'un esprit juste et raisonnable. >» La r^^lé dès 
jugements w est k conscfence des jurés éctaiiiJa 
par l'amour de la patrie; leur but,, le triom- 
phe de la répûbliqtîe et la ruine de ses en- 
nemis: >> .... 

S'ilekîste des (k)ciimen<^ dU genre cî-déssus, 
« Il ne^erà pas eittendu de témoins; il rfy aura 
plus cfe défens*curs officiétix /si ce n'est poi^r leà 
patriotes calomniés. » 

Cet étrange code n'aVatt pfts passé sans eon-^ 
tradiction", même au comité, et fut encore àtta* 
que à la convention. Bourdon de l'OîSè y fit 
des (objections, que Robespierre re*poussa'irh-- 
périeusement ; et l'assemblée cédant encore , 
le décret de Porgahisation nouvelle fut adopté. 

Deux jours après , trente-sept prisonniers de 
Bicêtre , tous de la classe la plus ôbscute*; 
périrent sur Péchafaud. Le lendemain cra*- 
quanie - qiiatre ; du nombre étaient Som- 
breoil , gouverneui* dés Invalides, que la 
piété filiale avgilî en vain sauvé au joiA"du 2 
septembre , un jeune abbé de Montmorency , 
agmess. Sàrtînc , jfils d'un ancieu mîtiîstre , sa femme, 
"celle de d'Eéprehiestïil ; une actrice ; et i'e?i- 
noble Fleuri , qui. provoqua spn soi*t par une 
lettre; (ïê reproches et d'injures au président du 



DÉÎ^.UlS LA RéVOLUTION. 355 

IribuiiaK Equqiiier-Tinville la reç]ijt au com- vïJiEp. 

1795. 

An. 2. 



meocemptU. <le la séance , il dit t ce monsieur '^'* 



parait pressé, et renvOjyà prendre dans la prison. 

Il sembla à cette époque cjue Ton se hâtât de 
précipiter, toutes les mesures et les sanglantes 
exécutions; soit que Robespierre voulût redou- 
bler la terreur, pour raviver sa populajité dé- 
faillante depuis la fête de l'Etre suprême, soit 
pluxôt que ceux qui , Tajant emj)lo^yé , médi- 
taient déjà sa perte, craignissent den laisser ra- 
lentir la cause, etse lvita^ï>ent de faire ce que 
lui-même voulait peut -être arrêter', ou du 
moins dimiau^er; car s'il eut un plan d'auto- 
rité dictatorialip * Jl voulut nécessairement ra- 
mener les chose» à un état d'ordre qui pût 
être durable , et que Toa pût supporter; mais 
pour cela mêmq^il lui était nécessaire d'écarter 
tine partie de ses anciens collègues qui n^eussent 
pas souffert sa domination. Ceux-là Ven âperr 
purent 4ï. temps, le prévinrent, et firent la révo- 
lution du û therriiidor. 

Robespierre ne, comptait déjà plus sur la 
nionlag^ne } W en était parmi ceux qui la 
composaicut qui venaient déjà lui demander 
compte; d'un ami, d'ua compagnon.: tous, ceux 
de paiïtop,.et ^'Hébert n'avaient pas péri avec 

e43X. 

JRobespierrçTie. ménageait que les jacobins 



An 2. 



356 ' H I s T p I R E D E ' F R A N'C E; ' 

viiiEp. et la commune dé Paris; il affecta de se retirer 
du comité de salut ffublic, et parla plus rare- 
ment à Ja tribune de la convention/ voulant 
essayer n'éloigner de lin; Todieux du régime 
sanguinaire et des exécutions. • 

Après avoir trié tout ce qui marquait par du 
génie , par deé talents , par des vertus publiques, 
on stîmbla choisir dans le sexe le plus faible , 
tout ce qui devait le plus exciter Tintérêt par des 
vertus privées et par des qualités sociales et ai- 
mables. La veuve du général Biron que distin- 
guaient une haute considéridtionf et ufte pureté 
d'améangélique; la maréchaledë Noailles, que 
sort grand âge devait soustraire aux recherches; 
privée du sens de Touie, à toutes les interroga- 
tions du tribunal , elle ne répondit qu'en deman- 
dant autour d'elle, ce qu'on lui disait. On put re- 
marquer peut-être comme un indice qu'elles 
furent traitéeé avec respect et avec des formes 
inusitées : un huissier leur donna ie poing iponv 

4tiiertn. monter les degrés du Palais; peu de jours en- 
core après, la veuve du maréchal de Noailles, 
frère de celui qui venait de périr ; sa fille , fejmme 
de 1 ex-constituant Noailles, et Iciir tante, femme 
du fils de l'aîné des deux frères maréchaux de 
France : ils étaient restés dans leur patrie , et la 
révolution n'avait rien à leur reprocher. Les 
deux jours suivants, l'abbesse ,de Montmartre, 



DEPUIS L.A RÉVOLUTION. 357 

Montmorenci , et tant d'autres victifi>es désî- viiiEp. 
gnées, et quelquefois apienées au tribunal par ^^ »^ 
erreur de nom , sans que l'on daignât surseoir • 
ou rectifier. L'accusateur. pubjic disait haute- 
ihent : qu^imporie un jour plus tôt oii plus 
tard.. «A çettç; époque, les çondamn^itiohs col- 
lectives et journalières, comptaient par qua- 
rante, SQixfinte,, et ce nombre ne fut, dit,-on, 
fixé que- par rinsuffis.aoce de Tinstrument de 
mort, 

Sans„effr^^er la pQSt6:îté par la longue énu- 
mération des malheyrs , piiblics et ,de,s ci'imes » 
qu'il suffise de lui transmettre qu'il existç en- 
core ^i;^ dépôt desi ^ijcluy,^. de la justice plus 
de çj5nt;j,^emçntsoii- leç ppms seuls des coia- 
damnés., gppt ÎQScfitSi sur une feuille , où le reste 
de la prqçédure çaÇ rjçsjê en blanc. 

Pen^(jlaat ce temps, r^sen:}{)lé,e .s*occ,upait des 
objets,, pçir. Içi^r nature ^ réserves .aux. temps 
de calme et aux loisii)? de 1^ pajx; des rapports 
avec de Ipogs développements., traitaient de la 
.police géaér^je, de3 i»ojçns d'extirpei' la, men- 
dicité, .de l'instruction pij^bjique ; toutes thço- 
•^ie? belles .et élégamment e^ppsées , jrnais qui 
contractaient tr,9p avec le régime du moment. 
On termina aussi alors rétablissement du^,grand 
livre, où furent inscrîts.tQU$ les titres de créances 
enva'S la république \ ce livre se trouva ainsi fe 



358 HISTOIRE DE FRANCE, 

vniHp. dépAt de la fortune d'un grand nombre de fa*- 

'^^ * milles, et lé sort commun fut réglé par un 

seul (iéci et ^ toutes les fois q^ie la législation fut 

obligée de faire céder la justice à la nécessité 

publique. 

On s'était occupé urt moment dé Tétat des 
pfiforis, dont la popùlatron, seulement à Paris, 
était de six à sept mitle déteilus. Oti ^notnma 
une commission pour assurer la validité des 
causes de .dé^tention. Cette mesure de jus- 
tice tardive et insuffisante ; j^roduisit irn décret 
'qui proilonca la mise eh liberté des iqulti- 

v^teurs.. ' ; 

On sentait, dans tous les partis, la riéteôsîté 
d'un ordre publfc ; mais l'ordre pWblic iiïême 
n'étant plus que ta ;de'rdière ressource et le 
dernier moyen de résprît de domination, çha* 
que* parti sentait que le pouvoir appartiéndi ait 
à'celui au nom duquel l'ordre public s'éta- 
blirait. Chaque parti s'efforçait doh'c , ért' Vou* 
lan't rétablir, 'd'empeàîiér qu'il ffè * ftjft "^ éta- 
bli pai* ées4,adversaires :' il n'exfstait plus que 
deux partis; celui de Robespierre, eCcfelui de 
tous cc'ux qui se cro\;aient comptés par lui aif 
nombre de ses ennemis. A leur *tête se trôû- 
vëreiît places ceux qui se croyaient les prettiiers 
désignas, comme ét^tit les premiers^ èn'éyi- 
dence. ' . ^ . ' 



ceuxo^w mMchant «daûs-le swQ ,dej:la; wwolu^ *'^'^^* 

,ny al^ievit ir|W:'à f^gret « let lui ii»v9Îept;^m$(é 

^iie^uj^fefe ; )de te t)Qmbt^c:^i^9t^G«^ciot » 

. Fouelié;, . SE^diHon v<Baavd<a^;tËr|bud-7i(i(iwno^ë» 

Frerob* J^éoiiiird-Bourôw * Viîdi€^r';!«it/JKe«x4à 

«ur déHie ,li$le : ils Mk^0b d^^oc .^^ d'ii^rti'i^, élait . 

Je iinérfte*'»dîwn «erivic© publft^i^du i";n/étiit 

tqitfiii isen^ria^eotitrea^co^fi^raié à ïa oeLti^e.; ^t 

le même raisoi^neiiieal'leut >pa }â*0pf)ljqit}er'ià 

.un>géiiériit vtclortetrx ^ns^- dinaH-!0fi/^i^i9aurak 

' gagnéHime èataillbixjtie' de péun déi iti ipotrdre ; 

le ;aoîD:ndfe^î 9ai f>r0f)ie Vçoa&eniatif^fi .ftrt fw>cte- 

voîr, quand 'il o'est.poibt en çpa^rà§teîaY4Sc le 

bieà}ptifaHc I /i^t «ui^^ui r^uaod il iQ6^; d^flfOBd 

.axèci'Wv. ..: ] ••' '.•->' ,••^»^.^. ■^ 

Robespierre , avec la confiâiilce qu 'ix)dpii)^J'hii- 

bitude; ide: J'autOfvibé \ nfîif mt . paa ^i^é. :Ai|j^osi - 

ti6n.^iîH aeScQi)iiu(:padtd'Hbo<t:d e^^ ^viei^§iiiof ; 

lorsqu'il les connut , il $e k?rut,^6Ûr(^:<te:;J?s 

àl^itrë. TxDut îcè qit^îj/dabs la çooVm^r0n'^>lii'ap- 

parjtcsnatt pas €péoiftieapièar:.à xç»id^^im partia , 

îibi^m^itv^domtue dans tcAsiesIc^ sB»9emhléed:pré-^ 



V 



viliE^. éédêfit^v "ôe masse en repos; m^jfe'qîJÎ'^eflâft; 

An^L ^" <î^èI^ti^'âortë , à ses <>rdres les partM'^c^ 
44ved;>eMe> donnait' ta force^ati^part* qu'elle fa- 
Vorkftîfîi'-'ët.^ le» Joig rédigées par les^^rlis » 
élaii^t décrétées pdrelJepCette masse jS^était 
beatieo«ip-W|^itie'«tée^^ dans les dëit)ier«'jcê)ii{>£^ r 
•<l©fm*slea hommes '<|tir; tie^otiviint^ résoudre 
à preiîd|-é AVRfe- pftr& actîVe k* tout ce iqurs^ fai- 
sait ,«'étaieht'réfagtës daiïsi'ôbscurkë, sècitasile. 
-4}e$t'bam}fib^',* p»p le^rrs talents) totiims^^a^v^Dt 
*6'é'êii»€î eflf*éé^7 d{S|teK*ièftt cle la- côriffemce de 
to-ttiàëSÉ^^à îlaqtïeUe îjs s'^étaicnat naUiésT*^ mais 
dont kils nêtpoutiaîen? guëi^e repondre* qùe^daiis 
le.^éti^; iët ,p©ur«8«urerî ua'sttecfcfiTî, il .fitlkit 
dônttprMt>(^Wottp ati>hàedrd. ' - • *• ' ^ '' 
.' :« >Pouvez-Vous nous -rëpondïie' Aua^filfe*^ 
H ïdisaû Biiiàud-îVareînnea'àKun dé ot^ihbaunes 
3^ que feè mrcoiistaiices y ^vai;eÉt pli^cjé^.Ooi, 
* Jf éitAïysi vous êtes lêg pkis Soks>> «v < •' ' 

•J R^feiespierré ne daignait plus* p«*iFâîtreî aux 
Comités, ce fut là qu'on dressa la j)remière 
a âa^d^ contre loi. '" > -i ^ '^ ') » • •- • » 
-' 'Robespieïu-e absent fut d sabord decrédi té dans 
laSit*omifés f et l'opînîbn -d^s indîvîdn» circoJait 
' dartgJa'icônvent'ion. ': • -■- > < 'î \,\- )h:, . 
f Robespiei^^e y éraît • défà détrûiœ,' .bviqu'il 
régnait encore despâsstiqwe'ttient dans Banîs:, par 
la jcomrdune et par -les: jacobins^; c'était .là qw'il 



/ 



f 



,DE.PUIS:LA RÉVOLUTION. 36x 

ranimait soir^parti > et surtout en: écai'taittpus VI^s^ 

4je»x quîcusserit pu Qontrarier.34 puissance ou la '^^^' 

partager. Il .fit rajrer^dù tableau Dubois-Crancé^, 

.et ensuite Foucbé. sur :de^ in<^ulpatioQS relative^ 

, aufiiëge de Lj^ûna Fouché: avait' été vivement d^ 

nbncé aux faeobîns par Robespierre.sur les éye- 

iitenlients der.I^on;* On raccuçak ^de^^f oyalisnie , 

et iBodérântîiiierid'iDdulg0nae..UnTapport avait 

'été xyrdcmoétàclsk cdbventipa'f çi|> eçpepdant Fou- 

cbéTenait detiieeliipré^ideplt a9)^;^Wobîqs, Bo- 

'bèspierre ragifc delc^tte préSérf^aïf^ <pi lui.an- 

-noQçaît ua.'pat^Agé du pQ^oir..9u.'il' était ao- 

rcootuméf d'exercer çéut ; «pinîs •^a.-^iriwr fut au 

» 

comble ; darscpe-^ hii ^i^el6t ,. d€|s. députés d*p|i 

idqDatteniehtvîiirani re0d4!fi c(jmp|{e.>die.ia fê|e 

quarts }atarien4nS(ileQni$é>ien rJ^jÂeu^ dç l'Etre 

^suprême, v: ""i»; v: . i . r >^-> i -^ 

. ;« iTous ces> yainsrhônnénrç') 4eOT répondit 

^ Fouchéj!, 5ee»\oérépoiiie$ ' copias ideil xér^i- 

: 4(^920X1] eé anoieimedu n'honorent pas )e.iK>uv€[au 

^ culte que les patriotes décerwnt à .l*Çtïe 

w suprême.» Brutki|S aùt rbooo'rer«»et lui plaire , 

:«c.lor8qu-il enkfoD^a le poJgDiard dans le ccpur 

) - * 'd^'ân tjïaftr>», -. .i '-.'':.•"; .^ ,• ; ■ ;..♦, 

.(, Robespierre. pâlft.^tdéconcexté.danS:rég£^^^^ 

j ; mentde fia.eolëre , .seC recono»; ûnprudemmeçt 

"dails cette tm^e^ ^^ pi^igni^ amèrement à ^ 

tribune.. Peu 4e JqtH'S aprçi4j„ il çut encore je 



<-" 



302 H IS t b'î R E D E 'F K A N C E, 

viiiEp.'crédît de faii^ rayer Fbuché.de:ia lifté '.des 

^^ jacobins; c'était alors ^un arrêt lie proscriiplkHaiv 

et Robespierre à(^c^^ut aîtlsiJiendrtibre de ccwc 

qtiî VàYàtent de -éaJut que dans Ba pertes; gaais 

•tel était cféja l'état incemaittr def. fidbe^éiTe , . 

que ées^^rfttite jugeant mieux qiie Iui-iiièinel«s 

dangers 'de ^a 'pôôition-, ësëayèi^ht de ccaêfvnv 

^l'orage ,ët'dfe cUsiûtéresser «tt*Moin& ieiire^ptos 

dangereux adversaires. Sa}iil-^«itiilftcfaargade 

h^^ôfcter *apl^ë d'eux ; il pffrit^lë '^pai^te , prop()sa 

^dfes rtppi^odbôtoents; on ôtfâfcà^îFonchépleirie 

et cbmplëte jfustiitoâtion à Mirib«|ie ^cfs ineuJ- 

îpations feit^ ^contre lui ; o^Thirj bflrit jd» / le 

l'éînté^rer sôtèâMeileoietitdiax 'jacobins ; maïs 

tel ékit'al^tei 1a^ fneiîaDCé'>qQ'a¥âh prodtiijt la 

tyrannie prolôn^^^, ^qu'âaoQtP ijérrchit:: poàVqî r 

se fier à ces pai'^oles , et tous préferèré«it/tes 

•chances 'd\ih combat' à «mort/ à'ia paix; fausse 

et dangereuse qu'ils «e powaient jcVôire >9Ûre. 

ÎJe péril 'con^rôunl^ûdit» canymunes ia paniK^t 

les opinions.- * '♦•'.. •; ^ ^ ; :j'^ -^ 

* La ti^ibufne • rf'èîltendàit ^pJus'Cjue le8;»rccks 

'Sofibres et rètémJ^SâMS dés^ vit'téîreset rtes-èon- 

quêtes, et cet enthousiasme coffinfftinicatrrëlec- 

ti^'sait le ^peuple- et ^1 es armées. ' Ces élîaifi ne 

■ pouvaient' • pa^ toujours- êlre dirigés à volotrté; 

inkis qui 1/1 post^îté î^tr^e, at?ctisera-t*eWé ?«4«i 

ceux à qui la coalitioii de l'Europe rendait c^s 



©E PUIS LA RÉVOLUTION; 853 

ressources irié^^à^lesj ou cé(Jî^ qui les leurre n>* viiiEp. 
daîent nécessàfres ? A cHte même époque :,7un j^^yo^f 
orateur du parlement brjtanhiqlie osait Jut 
dire : • v 

« Oh reproche avec aigi^èut aux Françaisles 

i< vices qui v'éwîvâht leùrs^détractcurs, Hérfio* 

'4c ïïorerit le s^stèrrie de liftérté qu'ils ont adopté, 

« 'Sans doute , îi* des défauts ; itiai^ cela peut-ii 

*r' être autrement? Quel ouvr^â^ -qu'un gmr- 

'« vernemerit! et suppose-t-bn que Piiitelligence 

«^ hùmaîtie [iuis^e fê perFeetionner'enW jotrr? 

^* 'L'un dés plus aji^rids gfiéfs*c0ntiîeles Fran- 

« eais, ce s6<iti1e^ actes dé rigbéUr dont or 

V fait lès i^écîfe farfléntàblès; feP-^f lésqaels-on 

•f vient 'géhiir ' pério'dîquenlent àêim cette eti- / 

4( cethtë; màîs'à qui faut-il' attribuer ces^c^t^ 

'«de rîgueift^? qui les^a réeUemedtr^ndxi né- 

"ir céssaîrefe ; isînôti* lès puissahc^es enlisées elles- 

<< Peintes ?' Oui ,* «ce sbht ^îlé^ qui ont preâsé 

« meurtres sur meurtres, stirinifé/ellgWilôï^lté 

'irifes èsprits^pbïisséè à bôiit, atfxquels oiv ne ^ 

^ "^' laissait phis de ressource titi'une excessive 

ir sévérité, unique linoyen d'ai-raclier leur pays 

w' à' la rage* 'des 'étrangers. . Ah f d'îaccusons de 

« tous le sang'vcfr'sé que les puissances, lors- 

, «'qu'elles bht eu Taucliace de demander à -lu 

"«'face de laFiîance, et cela par uhe déclara- 

« tion solenheUé, Ja viéde ses-- représentants, 



364 HISTOIHE DE rRrAKCE, 

viiiEp. «c kl vîe (Je ces Hommes auxqueJs .elle .est rede^ 
*/^^- «c. vable de sa liberté, quoique les circonstances 
« prjesentes nq.lui permeUeAt -pas cle"^ goûter 
« toutes les douceurs. » ^ 

- ;:GetteapOlpgie exagérée aassi dans ses expi'es- 
«tons passe. ]^jnç$tirç ouvrai ; mais c'est ent^g: 
ce tjîscours et les, éerii^^la^J^: sens contraire,, 
«cpfe laposiérM trouvera le m>yeti terme et )a 
rérité. .La coalition nécessi^. la rigueur, et 1^ 
ennemis de la France se servaient ensuite du 
système de^rigueuF, en le fi^is^nt pousser outre 
toiite mesuce.*. afin qu'il for«â^ à-^a révolte', €;t 
amenât la subversion ; maia^ le& .événement^ dii 
9 thermidor «maîtrisés à tempsi qt dirigés dy^c 
-beaucoup ^'adrçsse et de conduite, brîsërect 
les leviers <ja;i: précipitaient ràclion du méca^- 
nisme révolutioribairej, et con^rvèrent des 
rouages ce qu'il en fallait , pojjr que la macliio^ 
ne fût point arrêtée , et que Ja rapidité du naou- 
vement ne la bn;sat pas. : ,- - 
^ : Le besoin d'espérer et de .rattacher ses peij- 
• sées à quelque avenir consolant^ avait un mq- 
. ment ramerié fes esprits à, Robespierre. Ce fut 
'^à l'époque où il fit périr Héberi, [Vincent, Roç|- 
sin ; ces hommes jadis ses complices. On^ cher- 
cha à croire que,- sentant le besoin d'un orcb'e » 
îl voulait y parvenir en brisant tous leç instru- 
inents qui lui avaient servi pour le désordre • ^ 



D E P U 15 LA R É V,0 L U T I O N. '3(55 

Robespierre alors eût pu faire recevoir même viiiEp. 
tsa toute-pnissanee , tant le besoin d*une puis- ^^^' 
sauce tutélaîre on réprimante était grand ; 
mais soit qu'il ne |)ût , ne voulût , ou qu'il ne lui 
fût pas permis de changer de rôle , îl se hâta 
de détromper les esprits trop crédules. On vit 
les exécutions ise multiplier, et ses agents judi- 
ciaires ne purent bientôt plus suffire à ses vo- 
lontés. Enfin, datis les papiers d^un condamné, 
-jadis son affidé, se trouva une liste de procrîp- 
tions dressée par lui-n^ême , et qui contenait les ' 

noms des membres du comité de salut public 
et de sûreté générale. Ils furent ainsi avertis^ 

. et ils agirent , tandis que Robespierre , se fiant 
à sa fortune et à ses armes accoutumées, com- 
posait des discours , pour les dénoncer. Eux 
n'avaient rien à espérer que de la convention et 
des gardes nationales de quelques sections. Deux 
mois furent employés à préparer lentement les 
. esprits des députés, à infiltrer, et avec précaution, 

. des opinions contraires à Robespierre, à faire 
reconnaître en lui Thomitie qui ne songeait à fon- 
, dersa grandeur que sur la ruine commune. II 
fallut combattre en silence et en secret la^erreur 
•présente par une tçrreur plus forte de l'avenir; il 
ftilut montre» à chacun son danger personnel qui 
'n'était plus seulement le dangjer public ; réduire 
chacun à ralternative , de frappée ou de Têtré ; 



\ 



\ 



366 HISTOIRE t) E .r ,R ^ K C È , 

vtUEp. et surtout n'exiger qu'un acte de volonté sîmul- 
* ^'^^' tanée qui , enveloppant tout dans un même élan , 
ne laisse rai t. aucun individu plus remarqué qu'un 
^ a\^tre. « Nous ne vous demandons que de. vous 
lever en masse pour nous seconder ; nous noua 
chargeons dé l'entreprise , de l'attaque et du 
combat; si nous succombons, nous périrons les 
premiers, peut-être seuls , et le succès nous 
sera commun.^ Tels furent les seuls, motifs que 
purent faire circuler lentement, et en secret, 
les premiers moteurs de l'entreprise* 

Robespierre domfnait toujours la commune 
par ses partisans, les sections par ses émissaires 
et par les membres soldés à quarante sols par 
séance; et de plus, la force armée payée lui 
appartenait par l'opinion et par l'état- major de 
«pn choix. En comparant les moyens personnels., 
le génie , le caractère de Robespierre avec l'éten- 
due et la force de ces moyens extérieurs, ou 
ne peut s'empêcher de reconnaître les eflèt3 
-d'une force auxiliaire et étrangère, qui seule 
était capable de les entretenir ej de les mainte- 
nir debout et à ses ordres* 

L'iniervalle entre Tentreprisç et Texécution, 
fut rempli à la tribune par les relations pom- 
peuses, souvent exagérées, quelquefois roman- 
tiques , des succès des armées et des exploits 
nombreux dcj^ guerriers qiti ^e distinguaient; 



fcEJ'U IS/ LA RÉVOLUTION. 367 

le vraii aût suffi; ijaàis ces récita reportés viiiF.p, 
aiJx armées *et dans les provinces , élec- ^^ 
muaient les esprits, exaltaient le3 têtes; ua 
autre. but politique les rendait encore ytiles : 
on dés^coutumait ainsi le peuple des baranguea 
de Robespierre absent de la tribune ; on faisait 
diversion à celles de ses adhérents dévoués, ï8me««. 
dont il importait de détourner Tattention, et de 
tix)mper la vigilance. Au loin , l{i fprtyne de 
Robespierre avertissait ses ennemis de se bâter. 
8es anciens adversaires, et qui se fussent réunis 
c^titre lui s'ils eussent été à leur place iGuadet, 
SalJes, Bar baroux , atteints par la proscriptiqa 
qui les poursuivait , venaient d'être exécutés à 
Bordeaific. Buzot%t Pétion traînant leur inforr 
tuhe d'asile en asile , avaient été trouvés mort? 
dans une vigne. Saturne dévorait toujouri^Q^ 
enfants. 

La législation, à cette époque, n'émettait plus aSmesa: 
que des lois spoliatrices et révolutionnaires*. 
Apres le patrimoine des licbes, on s'çmi>ara de 
<S^ lui des pauvres; les biens des bôpitaux furent 
rénnis au domaine, national « et la n^ltion s? 
chargea du paj^euïent de leur dette, Le3 hosr 
piiîes restèrent ainsi sans propriétés, et leurs 
tfréancierssubit*ent toutes les^cb^ricea de la dette 
pubti<;^iç. .,. .' . • 

Qn avait au saris doute offrir «n dédoroma* 



f 



368 HISTOIRE DÉ FRANGE, /' 

' YHiEp, gement aux indigents , eu leur donnaiit la. table. 
'795- des riches : on inventa alors ce qu-on appela Je^ 
^" ^ repas fraternels; sur une injonction de la com- 
mune, tous les citoyens furent invités à, porter, 
leur souper dans la rue : on espérait , ou <}ti'ila 
s'y refuseraient, ou <jue ce serait une occasion 
de rixe ; le contraire arriva ; le vrai peuple t 
livré à lui-mêrfie , se montra , ce cju'il est toujours 
alors, bon; le caractère national reparut dans 
sa franche gaieté. Le riche offirit de bonne grâce, 
le pauvre accepta ^vec sensibilité l'aristocratô 
et le sans-culottes furent amis à la même table. 
Les jours des saturnales antiques, cette fête 
de Thumahité^ n'étaient point, et ne furent poirit 
une orgie ; le bourgeois , ^^tisaà retenaient 
l'ouvrier à son passage, et le faisaient asseoir prè» 
d'eiftc au banquet civique devenu un rçpasdeia* 
mille. En se voyant de plus près, le vinetlacor^ 
dialilé Tapprochaient déjà assez les cçnvives, 
pourquelâpolitiqueinquijétesehâtâtdeseplaçqf 
/ eptre eux. Un seul rapport ,sans loi prohibitive^ 
sans décret, suffit pour ren verser les tables llospîr 
talières. Le rapport se terminait seulement par 
ces mots, dont le rapprochement suffit pom* en 
imposer : « La convention abandonae son avis 
«au tribunal révolutionnaire de l^opinioo.pur 
« blique,» et les repas fraternels cessè^-ent. 
Cependant, et au milieu de ces fêtes, l'inslru- 

mcnt 



DEPUIS LA KÉVÔLUTION, 869 

meiittle mort ne ralentissait pas son effrayante vniEp. 
activité ; ii hâtait ses coups redoublés ^ et chaque '^^ * 
jour soixante têtes Ou plus, tombaient. Une hor- 
rible politique commandait au loin ces meurtres. 
Robespierre ne venait plus aux comités, et Ton 
voulait que le temps de son absence Fut marqué 
par une barbarie qui surpassât toutes celles 
que sa présence avait permises ou commandées j 
mais quoique absent, chaque jour les présidents 
(lu comité: révolutionnaire allaient chez lui por- 
ter la Ijste des acçiisés inîs en jugements , et 
prenaient ses ordres ; et toujours le crime imputé 
d'être ennemis du peuple suffisait pour motiver 
la condamnation. 

Tant d'atrocités toudiàîent à leur terme , 
des bruits sourds se répandirent parmi le peu^ 
pie ; quelques femmes hardies de leur obscurité, 
osërjent prophétiser la chute de la faction pié- 
roiine , et c'était déjà beaucoup que d'oser la 
dénommer ainsi. 

Un incident imprévu ouvrit les yeux des plus 
intéressés , et prépara le dénouement de cette 
scène tragique et. trop prolongée. 

Un membre de la chambre dès comrnunes 
d'Angleterre fut jeté sur' les côtes de France, 
prbs de Calais ; il s'y rendit , se fit connaître y 
fut arrêté, dénoncé au comité de sureté géné- 
rale , qui ordonna qu'il fût amené à Paiis" Le 

Tome IF. ^4 . 



2yo HISTOIRE Dt: FRANCE, 

viiijp. ixiinislré de Pintérieur , charité de J'interroô:ef< 
An a tarda de quelques jours dans son rapport, qui , 
d'après les réponses de cet homme , t'annonça 
comme un amî de la France qtie ses opinions 
pacifiques avaient fait persécuter à Londres, et 
avaient forcé de cliercher un asile* Robes- 
pierre, depuis longlefnps absent , se fît annon^ 
cer au comité, dit qu'il fallait traiter cet An- 
glais comme un espion el'Ie livrer an tribunal. 
Les autres membres s y opposèrent. Barrère d?t 
que ce serait renouveler les sacrifices de la 
Taurider, et que clans toute TEurope les Fran- 
çais seraient regardés comme des barbares qui 
immolaient les étrangers naufragés sur leurs 
côtes. Cette image fit assez d'impression pour 
passer à d'autres objets , et comme il arrive dans^ 
les aiïaires publiques , plusieurs jours s'écou- 
lèrent sans qu'on réparlât dé TAnglaîs détenu. 
Saint-Just devait faire un rapport sur la situa- 
tion de la France , et sur les moj^ens de sauver 
la république. Le jour même où le rapport devait 
être lu aux comités réunis, RobespieiTe reparut 
un moment, parla du membre de la chambre 
des communes , et proposa le premier de lui 
donner un passe-port pour Genève. Çett^ in- 
dulgence pour le même homme dont if avait 
voulu se défaire, étonna ; mais chacun y sous- 
crivit ; le'passe-port fut immédiatement délivré , 
et l'Anglais s*élpigna. 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 871 

' RobespieiTe n'assista pas au rapport de Sâmt- vin% 
Just , qui , apr^S avoir divag^ié longtemps , pressé ^^ ^ . 
par ses collègues d'exposer ses moyens, disait 
toujours quji ne voyait d'antre moyéb que de 
remettre le salut public à une destinée pàrtfi 
culière; et cette expré^Jsion incertaine exigeant 
«iicore une explication positive, Saint-Just pressé 
articuîl)Slf46 rtiot de dictateur ; et laissa voir le but 
où tendait les amis restés dévoués à Robespierre. 
1^ voile fut déchi^ré , él chacun vit que son salut 
personnel était lié au salut public. L'intérêt 
commun rapprocha les espritj^ , et il fut décidé 
de comnïencer l^attaque le lendemain 8 ther- 
midor; caf on sentit qu'il n'y avait pas un mo- 
ment 'à perdre pour n'être pas devancé. 

Mais Robespierre lui-même prit l'initialive; 
il inculpa les comités. Depuis longtemps , il 
u'avaît point paru à rassemblée ;*il monta à la 
tribune et prit la parole. 

Ce discours 5 un des» moins forts qu*îl ait 
prononcés , n*était qu'un éloge de lui-même , 
et semblait déjà avoir cette épigraphe : Çuos 
o^uli Jupiter perdere demetilat.Qe^t de Ce- four 
que commence' cette aliénation d'esprit, njui ca- 
ractérisa sa conduite et celle de ses adhérente 
dans lès V fournées sui van t^s.> ' ' 

: Robespierre , après avoir vanté soû 'pafrfo* 
tisme , après avoir invoqué ^our-à-tonjr 4^' |u»- 



3y% HlStOÎRB DE FUAN C B^ 

vrtiBin. tice et Tindulgence de l'assemblée ; après l*aV0Îf 
conjurée de croire qu'il n'c^mbidonnait pas le. 
dicialorac , finit par s'emporter en impi^écations 
contre ceiix-Ià même de ses collègues qu'il avait 
pi'oscrîts. Il en nomma quelques-uns , et en- 
tr'autres Cambon* Ceux qu il ne nomm^ pââ, il 
les désignasi bien qu'ils ffe purent se méconnaître. 
Les proscrits eurent aloi-s Tentière conviction 
qu'il avait juré leur mort^ et ils n'en furent que 
plus ardents à le devancer. La séance fut ora-* 
geuse; mais les deux partis s'observèrent plu* 
tôt qu'ils ne se combattirent ; ils furent plu$ 
réservés que courageux.. De part et d'auti'e W% 
orateurs ejnveloppèrent leurs pensées de phrases 
mystérieuses. Bourdon de l'Oise demanda le 
reiivqi du discours de Robespierre aiïx comités 
de sûreté générale et de salut public. 

. Ici la lutte commença : imprimer le discours 
et l'adresser aux départements, c'était loi don- 
ner la sanction de l'assemblée ; renvoyer le 
discours à l'examen des cv>mités, c'était le leur 
soumettre ; cbacun sentait l'importance de ce 
débat dans la crise qui se préparait ; ti!abord 
la cpnvention céda , et Pimpression fut dé- 
cidée; 

Couthon obtint ce décret ; jusque-là chaque 
inxlividu s'était ménagé ; la faiblesse de la con- 
vention avertit à temps, un homme , que tout 



I> Etuis LA RÉVOLUTION. 878 

étaît perdu. Vadier prit la parole. Robespierre vniEp. 
et Couthon tentèrent de la lui ôter. Le président '^^^' 
.ColIot'd'Herbois la lui conserva. ^" *• 

Par une diversion adroite et heureuse , Vadier 
reprit le discours de Robespierre sur ce qu'il 
avait dit du rapport fait sur Catherine Theos, 
«e disant la mère de Dieu, et rengagea ainsi la 
question : 

<< Je parlerai , dit-il , avec le calme qui con- ^ 
« vient 4 la vertu, Robespierre a dit que ce 
,^ rapport ayant donné lieu à un travestissement 
H ridicule , a p^ nuire à la chose publique. Ge 
« rapport a .été fait avec le ton de ridicule qui 
« convenait pour dérouter le fanatisme. J'ai 
« recueilli depuis de nouveaux renseignements» 
« vous verrez que cette conspiration est des 
« plus étendue ; vous verrez que Pitt y cons- 
. « pii-e ; vous verrez que cette femme avait des 
.« relations intimes avec tous les illuminés. 
4< Je ferai entrer cette conspiration dans un 
« cadre plus imposant ; elle se rattache à tous 
« les complots; on y verra figurer tous les cous- 
ue pirateurs anciens et modernes, -y ■ 

« J'ai encore quelque chose à dire sur le 

•r discours de Robespierre : les opéi^trons du 

« comité de sureité^ générale ont toujours' été 

:« ni^rquées au coin de J4 justice ètjîejla sévé- 

« rite nécessaire pour réprimer l'aristoorâtie ; 



/ 



374 HISTOIRE DE F.KANC;»:, r 

viiiEp. « elles çont contenues dans l'arrêté qu'il a pris; 

^^^^' « si noi^s aVons eu des igéns qui aieot malversé, 

« qui aient porté Teffroi dans l'ame dés pi^^riotes t 

« le comité les a punis à mesure'qu'il les a 

« connus , et la tête de plusieurs est tonabée 

cf sous le glaive de la loi.. . . Les deux comités 

.« bnt déJ3 jugé sept à huit cents aH'àïres, com- 

« bien croyez-vous quils aient trouvé dfe pa- 

^ triotes?. Ils sont dans. la proportion d'un sur 

« quatre-vingts. Voilà bien Ja preuve que ^ ce 

M n'est "pas le patriotisine qui a été opprimé ; 

*<• mais raristocratie. qui a été justement pour- 

i< suivie. •!',..' ^ 

: « .Yoilà-ce que je devais dire pour la Justî- 

' « fi cation: du. comité de siireté générale, qui 

« .n'a>jama9S été divisé du comité :de salut pu- 

4< biic. H- pbut y avoir eu quelques explications ; 

« mais)amais elles n'ontrien diminué de restjtne 

« etrdéla confiance mutuelles que se portent les 

<r deux comités.^ ' 

î Cambon prit la parole pour $e disculper des 

aci^nsations que Robespierre avait portées c'ontre 

ses opérations. de finance , et finit ainsi: 

. « Il^st temps de dire la vérité tome* entière , 

• «) ua.^'eul homme paralysait la volonté delà con- 

-<ir« ventî^n nationale ; cet homme e(5t t?elui qui 

«/ vietit âe 'feire le discours ; c'est Robespiè'ïre : 

. </aiiï»i- 'jugez. » i . • i , • . 



PÇPUISLA REVOLUTION. 37-5 

Cette attaque personnelle fut déjà applaudie, yniEp. 
et Robespierre déjà modeste, se justifia, et le '^^' 
fit faiblemeuL ^" ^' 

Billaud-Varepnes parla ensuite,. repoussa les 
accusations de Robespierre, et dit : 

<^ II faut arracher le masque sur quelque vi- 
« sage qu'il se trouve , j'aime mieux que mon 
« cadîavre serve de trône à un ambitieux que 
« de devenir par rapn silence complice de ses 
« forfaits. ». 

ParJ3 , Bentabple, Cbarlier, Amar , Tbîrion , 
demandèrent le raipport du décret qui décidait 
l'envoi du discours de Robespierre. Enfin im 
Wiot de Breard l'obtjnt, et Peqvoi fut ajourné. 

Frérpn parla plus hardiment : « Le moment 
« de ressusciter la liberté est celui de rétablir 
« la liberté des opinions. Quel est celui qui 
« peut parler librement , lorsqu'il craint d'être 
<c arrêté? Je d^niande îe rapport du décret qui 
« accorde aux comités le droit de faire arrêter 
« les nlembres de la convention. » 

Pour la première fois, depuis longtemps , Ro- 
besperre voyait l'assemblée lui résister en face, 
et se§ accusateurs s'élever contre lui préspnt. 

Barrë^'e termina un rapport sur le succès des 
armées , par des phçases d'indication.^énérale; 
iî\ajis/ou. Robespierre dut se reconnaître., et où 
P^Wlftpe ne le njéconnut. ' . » 



376 KISTOIRE èE FRANC Ef 

viiTEp, La séance fut levée, et le fer resta engagé 
* entre les combattants. ' 

Robespierre cependant ne jugeait pas sa 
situation, en rentrant dans sa demeure, où il 
vivait en commensal , il parla tranquillement 
des débats du matin, et dit : Je n^atlends plus 
rien de la montagne $ -ils veulent se défaire 
de moi comme d^un tyran j mais là masse 
de Rassemblée m^entendra. Il paiTit tranquille 
pendant cette journée, et alla le soir aux jaco* 
bîns; il y relut le discours qu'il avait prononcé 
le matiii , et ce discours y fut accueilli avec des 
acclamations effrénées. On jtirâ de défendre Ro- 
bespierre et de vaincre bu de périr avec lui. 
L'enthousiasme simulé, plus dangereiix eiïcore 
que le fanatisme , ouvrit les avis lés plus incen- 
diaires contre la convention; et Robespierre, 
accoutumé à vaincre avec les jacobins , dqt se 

croire non-setilement en sûreté , mais maître de 

« 

ses ennemis. 

A cette séance assistaient deux membres du 
comité de salut public, que leurs collègues, 
y avaient envoyés pour en connaître les ré- 
sultats.' Ces deux observateurs intéressés , Col- 
lot -d'Herbois et Bîllaud-Varennes, revinrent 
rendre compte de leur mission, effrayés de cfe 
qu'ils venaient d'entendre. Saint-Just était pré- 
sent. Collot'd'Herbois l'interpella rvidei||ieot ;^ ft 



DEPUIS LÀ RÉVOLUTÎÔN. 877 

Juî reprocha que les violences dont ils venaient viiiffp. 
'^ 1795. 

An 3. , 



d'être témoins étaient son ouvrage et celui de '^^' 



Robespierre son chef. Pendant le temps qui avait 
précédé le retour de Collôt-d*Herbois et de son 
collègue, Saînf-Just était resté écrivant sur là 
table où les autres mfènjbres du comité étaient 
en séance avec tuî. Dans la vivacité de l'alter- 
caiion qui s'établit entre eux et Saint-Just, il 
se hât^ de retirer les écrits qu'il avait com- 
mencés. Ce mobVement donna d^ soupçons. Ses 
collègues saisirent ses papiers, et y trouvèrent 
leur dénonciation ; alors ils s'as4urferent de sa 
personne, fermèrent les portes, et résolurent 
de le garder à vue en proloifîgeant la séance 
pendant toute la nuit. Lui-même 8*engagea à 
ne point faire usage de son écrit ; mais le ma* 
:tin , à l'heure où la convention s'assemblait , il 
se déroba à la vigilance de sies gardiens , qm 
n'attachèrent même que peu d'impdrtance à son 

évasion. 

Ils étaient encore rassemblés , lorsqu'on vint 
les avertir que Saint - Just occupait la tri- 
bune , dénonçait et accusait les membres du 
comité de salut public. Cette séance avait com- 
mencé avec calme : on s'était occupé d'affaires 
générales; on semblait s'observer, s'attendre; 
plus on sentait que l'attaque devait être déci- 
sive, plus on craignait de donner au hasard. Le 



378 HlSTQfRE DE FRANCE, 

yniEi^. temps s'écoulaii:, >et peutrêtre les plus intére^isçs ^ 
trop peu surs a. être soiitpnpa ♦ eussepf laissa 
lever la séance , sans afvoir osé entreprendre. 
Jl,a fougue iinpfiidente de Saint-J^ist. marqua le 
Kiom^nt prêt à 8*échappçr, Il monta à la trl- 
. bupe , et commença ce piçipç, rapport que lu^ 
avaient surpris les membrqs ^«; comité ; avertis » 
ils accoururent , et Tallien Tinterrompant : 

i< Auçuo bon citoyen , dit^il , ne peut retenir 
/< ses larmes sur le sort malheureux auquel la 
^ chose publique est abandonnée ; hier , up 
« membre du jçDnvernement s'en est isolé; on 
« ne voit que divisipn; on vient s'attaquer, agr 
4< graver les maux de la. patrie., la précipiter 
it dans Fabyme. Je demande que le rideau soit 
t< entièrement déchiré. » 

BillaAid-Varennes preod la parole : « Hier » 
4ê la.société des jacobins était remplie d'homrnes 
€< apo^tés^ poisqu'aucun n'avait de carte ; hier 
« on a développé dans cette société l'intention 
«c d'égorger la convention natioriale. » (II s'élève 
un mouvement d'horreur). « Hier, j'ai vu des 
« hommes qui vomissaient ouvertement les in- 
« fomies les. plus atroces contre, ceux qui n'out 
« jamais dévié de la révolution. 

« Je vois sur la montagne un de.ces hommes 

, « qui menaçaient les représentants du peuple; 

« le voilà.. . . , >> (Cet homme fut saisi et en- 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 879 

trathé hors de la s'alle au milieu des applaiidis- vm^p. 
seménts). ^ ^„ ^^ 

Ce mouvement des tribunes donna de l'as- 
surance , et l'orateur continua : « Le moment 
*€ de dire la vérité est arrivé.. . . Je m'étotane 
« de voir SaintJûst à la tribune après ce qui 
a s'est passé ; il avait prpmis aux deux comités 
« de leur spumettre la sanction, de àon discours 
« avant de le lire à la convention, et même de 
« lé supprimer.. .; . L'assemblée jugerait mal 
«c lesévénementsetla position où elle se trouve, 
« si elle se dissimulait qu'elle est entre deux 
« égorgements ; elle périra si elle est Faible. » 
Non y non j ^'écne^t'On de toutes parts. Alors 
les chef^ de l'entreprise purent croire qu'ils se* 
raient secondés. . , .• . 

Lêbas demanda la parole, et né put l'obtenir. 

Billaud^Yarenries Continua : « Vous frémheK 
« d'horreur quand vous saurez Ja situation ou 
<c vous êtes , quand vous saurez que la force 
« armée>est confiée à des mains parricides.. . . 

« Vous frémirez d'horreur quand vous sau- 
<e rez qu'il, est un homme qui , lorsqu'il fut 
« question d'envoyer les représentants du peu- 
« pie dans les. dépaitefaents , ne trouva pas 
« sur la liste vingt membi^es qui fussent dignes 
« de cette mission. >»îCe mot d'apropos indigna 
l'assemblée*'/. ..v/i; . .••!. .,. 



38o. HISTOÎREDE FKAKCE, 

nnEp. Il accusa ensuite nomînativetnent Robes- 

1793- ^ jy ' ' I j * 

An a. picre cl avoir sauve un homme dénonce par 

les comités, pour avoir volé une somme de 

cent quatorze mille liv. « Il est i«fàme« dit-if, 

« çle parler de justice et de ^ertu, quand on les 

ià brave , et quand on ne s'erhale que lorsqu'on 

« est arrêté ou contrarié. » 

Robespierre s'élança à la tribune ; mais il dut 
croire que son heure était arrivée. 

On cria dé toutes les parties de la salle , à has^ 
à bas le tj'ran. 

Alors TaUen.,. . . . 

« Je demandais tout-à-rheure qu'on déchirât 
«e le voile ; je vois qu'il l'est entièrement.. . . 
* Les conspirateurs sont démasqués , bientôt 
« ils seront anéantis, et la liberté triomphera. 
« L'ennemi de la représentation nationale va 
« >tomber soiTs ses coups. Je n'ai gardé le silence 
« que parce que je savais d*un homme qui ap- 
« prochaît le tyran qu'il avait formé une liste 
« de. proscription ; je n'ai pas voulu récrimi- 
« ner; mais je vî? hier là séance des jacobins. 
« J'ai frémi, pour ma patrie ; j'ai vu Par- 
« mée du nouveau Gromvvel ; et je me suis 
i< armé d'un poignard pour lui percer le sein, 
« si l'as.semblée nationale n'a pas le courage 
« de le décréter d'accusation.. . . . Accusons-le 
<f avec la loyauté du courage devant le peuple 



r 



V 



An 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 38l 

«f français. • . •. J'appelle tous lès vieux amîs dç viiiFp. 
4t la liberté, tous les aûciejas jacotnos, tous les 
f< patriotes^qu ils coocourent avec cous à sauver 
« la liberté. 

« Robespierre voulait tour-à-four nous atla- 
« quer, nous isoler, et entin il serait resté ua 
« jour seul avec les*homa>es crapuleux et per- 
c< dys de débauche qui/le servent Je demande 
i< que le glaive cje la loi assure notre révolu- 
« tjon , et quCv nous ordonnions l'arrestation 
«c de ces créaiwes. ^ . 

On obtint jd'j^Jbord aiséipent l'arrestation des 
principaux agents de Robespierre et d'une par- 
tie. de son é^t-major. Furieux, alqrs, il voulut 
s'emparer de la tribune. 

Un de sesi collègues lui cria : <c Tu ne par- 
« leràs pas , le satig de Danton retombe sur 
kc ta tête ; il coule dans ta bquche.; il t'étouffe. *> 

Il fit encore de vains efforts. La parole fut 
dppnée à Bar^ ère qui , au nom des comités, con- 
clut à ^estjtv.er sur le chanjp le commandant 
dç, la garde nfiitiopale. Henriot , et à ,rendre les 
maice de Paris JiespoDsable çleja sûreté dç la 
çonVjBnjtion |i^tion4j.e..On adressa en même temps 
une proclamation au peuple. 
^ Vadier reprit la discu€sipn , rés^ima tous les 
chefe d'accusation contre Rob^pierre, cita des 
faits I des discours , des libt^s dressées; il cita 



382 HISTOIRE CE FllANCE,' 

viiiEp. yne lettre de ce même anglais que Robespierre 
'^^^* avait voulu d'abord livrer au tribunal, et qu'il 
avait ensuite envoyé a GeneVe avec un passe- 
port. , 

Il l'accusa' d^attacher cïes éspons aux repré- 
sentants, et ^nomma celui qu'il savait être atta- 
ché spécialement à lui. v 

Vadier Siécartatf t^ dans cette gmnde cause du 
but principal', avait excité le rire même au mi- 
lieu du tu n^uk^» •' 

Tallien se hâta d'arrêter Peffetelè cette dis*' 
traction dangereuse ; il ralâéDâ l'attention de 
rassemblée ^ui'" la séance* qui s'était tenu k 
veille aux îacobiosyoù la destruction de la con- 
vention avait été décidée. 

• On démanda alors le décret d'accusation contre 
RobespierrCi .....;•- 

Se voyant abandonné, même dés siens, il 
leur -cria : Vous êtes des /^2c/?e^ /- et ^se tour- 
nant vei-s le côté droit de la salle : Eh bien^ dit- 
il , /c m^adtesse à la ^yertu^ en tendant Hea? 
bras vers cette partie de l'assemblée! mais l'iii- 
dignation repoussa sa prière. 11 s'emporta alors 
&i^ invectives contre le président et coiitre ses 
collègues. ,. ' • 

Frappé du coup imprévu ,- sa fvirèur môtne 
succomba sous, le poids de l'animadverbion-pu-» 
bli<Jue;. il se vit seul abandonné et proscrit -jwr 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 383 

la Yoîx générale. Ses dernières paroles eptehdues viiiTîp. 
tarent, les brigands triomphent ) 'rarrestation *^^^* 
fut décrétée à Pananîmité , et avec lui son frère', 
Saint-JustjCouthonét Lebas, et ils descendirent 
à la barre. 

Ces grands et terribles personnages liumiKés. 
et défaits en imposaient encore. 

Il fallut que le président; réitérât plusieurs fois 
Tordre aux hui.^siers d'exécuter le décret d'ar- 
restation ; enfin les accusés furent conduits dans 
le lieu des «éancés du comité de sûreté gêné- , 
raie. Les membres en furent aussitôt appelés , 
et à ce signal , qui annonçait que Tarrêt de déten- 
tion était exécuté , des applaudissements s*éle^ 
vèrént de tous les côtés dans la salle. 

Cependant au- dehors d'autres mesures se pré- 
paraient contre celles que venaient dé prendi*è 
l'a conventioti. " •'' 

Tout ce qui s'y passait se répandait rapidement 
dans Paris. / : 

Aux premières nouvelles du danger de Robes* 
pierre, les jacobins s étaient réunis, te conseil* 
*généial s'était rassemblé à la Maisou-iCommune. 
Heniiot avait réuni les troupes à ses ordres. Tout 
ce qui se qualifiait exclusivement de patriotes 
s'était porto dans les sections , et de là , par des 
émissaires, essayèrent de soulever les ouvriers 
employés à Grenelle, et le camp des jeunes 



\ 



S04 ^ ï s T Q IRE DE i HA N CE, 

viUBp. soldats quQ Ton avait formé à la plaine des^ 
^^^ ■ Sablons. Les groupes se formaient dans Içs 
rues ; tout annonçait une guerre civile prête 
à s'allumer dans la capitale, et sans doute elle 
aurait commencé, si Robespierre et ses parti- 
sans eussent fait usage de leurs forqes armées 
et de leurs moj^ens politiques ; mais la têtp et 
le cœur leur manquèrent à la. fois* I^eur dé- 
faut de conduite et' de courage fut le salut 
de tous. 

. Du coniiité de sûreté générale^ où d'abord 
Robespierre avait été détenu , il fut transféré 
au Luxembourg ; là , Iç zèle imprévoyant de se?^ 
ixartisans assura sa perte. S'il eût été reçu, }e 
cours ordinaire de la justice commençait pour 
lui, et les lenteurs, que ses amis eussent faci- 
lement prolongées , leur donnait le temps de 
déployer tous leurs moyens ; ils étaient encore 
immenses. Comme Marat , Robespierre eût 
peut-être été jugé, acquitté, et ramené en 
triomphe à sa pkce dans l'assemblée des repré- 
sentants. _ 

Les préposés à la garde des prisonniers du 
Luxembourg , refusèrent de recevoir Robes- 
pierre, ils n'osèrent pas se reconnaître ses gar- 
diens, et la voiture qui le conduisait, le mena 
à la Maison-Commune. En y arrivant, son es- 
prit était tellement troublé que , ne sachant où 

il 



793^ 
Aaa» 



DEPUIS LA RÉVOLUTION. 385 

H était, dès qu'il vit la portière ouverte , il fit vniEp 
des efforts pour se dégager de ses gardiens qui *^^ * 
ne s'opposaient point à sa sortie. En descen- 
dant de la voiture, pâle, égaré, il fut reçu 
dans les bras de plusieurs membres de la com- 
mune. Un d'eux, {voyant son trouble, lui dit : 
<c Kassure-toi donc , Robespierre , te voilà au 
4c milieu de tes plu§ fidelles amis.^ ^ 

On le porta dans la salle, où des acclama*- 
tîons l'accueillirent; mais où le temps se perdit 
à délibérer. 

Robespierre même frappé de vertige et de 
stupeur, ne Ht entendre que quelques vaines 
déclamations. 

Mais Robespierre abandonné de lui-même , 
ne l'était pas de ses adhérents. La convention 
s'était réunie à sept h^eures du soir. Plusieurs 
députés se plaignirent d'avoir été arrêtés dans 
les rues. Bientôt on vint annoncer qu'Henriot» 
que cinq gendarmes, le sabre à la main, avaient 
arrêté après un combat avec ses aides-de-camp » 
venait d'être enlevé du comité de sûreté gé- 
nérale par douze cents hommes armés , soute- 
nus d'un escadron de gendarmerie. En nqiêfne. 
temps le tocsin sonnait à la Commune. Le jar- 
din des Tuileriet) se remplissait d'un peuple que 
partageait déjà l'opinion, ei qu'un événement, 
uij niwt, pouvait tourner contre la convention. 

Tome ir. a5 



a» 



386 BIS.TOIRE* DE FR.A19CE, 

YHiEp. Le$ capopniers avaient déjà tourné leurs 
'^^ * pièces contre le lieu de sa séance. Une force 
armée s'organisait à la commune , qui s'était 
déclarée en insurrection. Elle avait ordonné 
de fermer les barrières , et faisait circuler 
dans les sections une invitation pressante de se 
réunir à elle, Uorage grossissait à tous mo- 
ments ; et si Henriot se fût mis à la tête 
de la troupe armée qui venait de le délivrer^ 
et eût marché sur l'assemblée nationale y où 
nul moyen prompt de défense n'était préparé » 
il y eût été le maître par la teiTeur ou par la 
violence. Mais cette même réunion d'hommes 
de loi qui , peu de jo|lrs avant, fléchissait sous 
le pouvoir d'un homme, déploya tout-à-coup 
un grand courage et une grande énergie ; elle 
opposa la fermeté de magistrats dévoués et 
inHexibles à la turbulence emportée d'une foule 
égarée. 

Au moment où Collot-d'Herboîs , se plaçant 
au fauteuil , annonçant l'invasion des comités 
et la délivrance des détenus , dit : « Citoyens ^ 
« voici le moment de mourir à notre poste , 
«c des scélérats , des hommes armés ont envahi le 
« comité de sûreté générale, et s'en sont em- 
<« paré. » Les tribunes et une partie de la salle» 
s'écrièrent : Allons^j^ et sortirent ; mais à l'in- 
stant on vient avertir que Henriot , conduit en 



■ — .-J .- i -J 






Depuis la révolution. 887 

triomphe , s'était réuni avec Robespierre aux vniBp; 
officiers municipaux de la commune. L'asôem- 
blée , sans balancer, les mit hors la loi. 

Amar entra précipitamment , et annonça 
qu'Henriot était sur la place du Carrousel , ha- 
ranguant le peuple. On le mît aussitôt hors la 
loi. Mille voix s'écrièrent au dehors .: « Arrê* 
M tez Henriot, il est hors la loi. » Henriot ef« 
fraj^é quitta le champ de bataille, et se sauva 
à la Commune. Là s'organisait encore un nou- 
veau plan de défense. X.a force qui leur restait 
était ' nombreuse i la nuit, le désordre et la ra- 
pidité des mouvements qui permettait à peine 
d'éclairer le peuple incertain , tout les favo- 
risait. A . .. 

La convention nomma un commandant de la 
force armée, ce fut Bai*ras. On lui adjoignit 
sur sa demande six commissaires ^ Fréron, Ro- 
vfere , Léonard Bourdon , Bourdon de l'Oise » 
Bolleti., Ferraud. Ces hommes i en- ee' jour, 
méritërerït bien de la France , en se chargeant 
de son soi't, que le reste de la nuit allait dé- 
cider. 

Cependant d'autres députés furent envoyés 
dans les sections ; partout ils prirent corps à corps 
les émissaires de la commune ; et Ifs mesurça 
énergiques que la convention venait de prendre, 
lui rallia les esprits; Une ptx^elamation fut pu** 



1793 
An a* 



388 HISTOIRE DE FRANCE, * 

viiiEp. blîée aux flambeaux ; tandis que Barrère , à la trî-- 
buné, développait les trames d'un complot ourdî 
sans doute depuis longtemps, mais dont les cir- 
constances précipitaient les résultats, le succès 
de cette journée fut dû à la rapidité des mou- 
vements qui , ne laissant aucun moment à 
l'intrigue, abandonnèrent le peuple à lui-même. 
Le rapport de Barrère fut terminé par un dé- 
cret qui ajoutait toutes les mesures de pru- 
dence-, de précaution et de nécessité que les 
circonstances pressantes exigeaient. 

Le décret défendit de fermer les barrières, 
de convoquer les sections , et mit hors la Ipî 
tous les fonctionnaires publics qui donneraient 
des ordres pour diriger une force armée contre 
la conA'^otion , et tous ceux qui , frappés d'ua 
décret d'arrestation , s'y seraient soustraits. La 
proclamation fut lue. Bardas, les commissaires 
rentrèrent ensuite, et rapportèrent des nou- 
velles plus rassurantes «ur la disposition géné- 
rale des esprits,^ 

<i Mais, dit Fréron, les moments sont pré- 
« cieux , il faut agir ; Barras est allé prendre 
« les ordres des comités ; nous autres , nous 
« allons marcher contre les rebelles, nous 
f< sommerons , au nom de la convention , de 
« nous livrer les traîtres ; et, s'ils refusent , 
H ;îous réduirons en poudre cet édifice. » On 



DE FUI s LA RÉVOLU TiaiT. 889 

s^écrra de toutes parts, oui^ oui ^ et le pré- V1UK^ 
sident dît : « J'invite mes coHégnes à partir 
«f sur le champ,, afin que le soleil ne se lève 
« pas avant que la tète des conspirateurs soit 
« tombée. >► 

Uévénement était encore incertain lorsque 
l'assemblée applaudissait à ces paroles* 

A trois heures» dti matin, deux députés, ac- 
compagnés d*uBe force armée des sections des 
Graviliers, des Arcis et des Lombards et d'ui> 
appareil dliuissiers, de flambeaux et de canons > 
se portèrent sur la place de la Maison-Commune 
où la multitude amoncelée et encore incer- 
taine, attendait les événements. 

La proclamation fut hie, et Te décret qui 
mettait le conseil municipal hors de la loi , fut 
proclamé. Cet acte avait déjà sufR pour faire re- 
tirer les canonniers , que le cortège avait trouvés 
postés sur le^quais»^ Léonard Bouidon, rassuré 
par la neutralité dé la foule qui venait d'en- 
tendre la lecture du décret , parhl, le sabre 
dans les dents et deux pistolets à la main, suivi 
de quelques hommes déterminés , \\ monta les 
degrés- de la Maison-Commune, et força l'en- 
trée de la salle où les municipaux délibéraient; 
à cet aspect, tout se dispersai tout fuit ; ils f^a- 
vaient qu'ils avaient été mis hors la loi , et 
QQit^ arme terrible qui déjà leur avait ôté une 



SçO H I s T O I R E D » F R A N C E> 

Viiiisp. partie de leur force auxiliaire , les frappa de 
'^^ ' jStupeur. Sans oser se mettre en défense , le 
jeune Robespierre se jeta par une fenêtre , et 
se cassa un bras et une jambe. Coutbon se donna 
deux coups de couteau. Henrîot fut précipité du 
haut de Tescalier par Cofinhal ; et , meurtiT et 
brisé , se traîna dans, un égoût d'où des gen- 
darmes Tarrachèrent. Robespierre reçut un coup 
de pistolet à la mâchoire inférieure , et fut porté 
dans un fauteuil , en cet état , à la porte d^ la 
convention. 

Le président dit : ^ Le lâche Robespierre est 
« là ; vous ne voulez pas qu'il entre ? » On 
s*écrîa : Non, non. Il fut transporté au comité 
de sûreté générale , et étendu sur une table ; 
là , sanglant et défiguré , dans ce lieu même où 
il avait si longtemps dicté ses volontés , il eut 
à souffrir tous les tourments de l'ame et du 
corps , entouré de se^ vainqueurs qui n'échap- 
paient à leur perte mie par la sienne, essu3rant 
les reproches que re ressentiment daignait lui 
adresser, et pouvant entendre au dehors les cris 
d'alégresse qui célébraient sa destruction j il 
resta ainsi deux heures, soutenant sa mâchoire 
détachée avec sa main et des linges sanglants ; 
soit affaissement des faftultés physiques, soit 
aliénation des facultés intellectuelles boulever- 
sées et anéanties ^ il ne donna aucun signe de 



I^EPUIS LA RÉVOLUTION. Sçf 

soufSrdDce& corporelles , aucun accent doiilou» ^^^^f' 
reux ne loi échappa;' on le porta ensuite dans ^^^ 
l'hospice général , où Tart mit un appareil à ses 
blessures , et de^là dans un cachot de 1» Con- 
ciergerie^ où il attendit le bourreau. . 

L'ordre avait été donné en mêna^ temps, ait 
tribunal révolutionnaire d^exécuter sans àélaî 
le décret qui mettait \ei détenus hors la laij 
ils y furent conduits^ et Tidentité des personnes 
fut la seule formalité à remplir le soir du même 
jour. La même voiture qui , si souvent avait 
traîné, par les ordres de Robespierre, les in- 
fortunées victimes au supplice , l'y conduisit aux 
acclamations d'un peuple immense ; il put encore 
entendre longtemps les injures et les imprécations 
de ceux qui lui redemandaient lentrs parents et 
leurs amis. Si son a me conserva encore le sen- 
timent de son existence, il fut lentement abreuvé 
dans la coupe amère de l'indignation publique ; 
enfin , parvenu à Féchafaud , l'exécuteur ,. après 
lui avoir arraché avec violence l'appareil qui 
couvrait ses blessures , le livra quelque temps ^ 
pâle , défiguré et sanglant , aux regards de la 
multitude, et termina eon supplice. Avec lui 
furent exécutés son frërç , Couthon , Lavallete-, 
Henriot, Dumas, président du tribunal révolu- 
tionnaire, Vibîers, président des jacobins, Fleu- 
l'iot, maire ée Paris, Bernard , Simon ^ en tout 



»1 



^ 3^5? H I s T O I R É. D E FR A N C E , 

vniEp* vingt-deux ; et telle était la terreur qu*ils inspî- 
2^ ' raient encore la veille , qu'au montent du dé* 
cret qui mettait Robespierre en arrestation , 
^plusieurs voitures chargées de victimes, ayant 
été abandonnées par les gendarmes qui les es- 
cortaient , et qu*Henriot avait rappelés à lui , 
les exécuteurs laissèrent inutilement voir le dé- 
sir qu'on leur fît une sorte de violence pour 
délivrer les condamnég ; ils achevèrent leur route 
et subirent leur sort. 

La convention avait de pressants motifs pour 
hâter le sort des grands coupables qu'elle ve- 
nait d'abattre et de saisir. Quoique Legendre 
marchant au lieu où se tenaient les séances des 
jacobins , eneût chassé ceux qui s'y trouvaient, 
et qu'il en eût rapporté les clefs sur le bureau 
de la convention , quoique la dispersion de leur 
parti parût complète, cependant une politique 
prudente vit qu'il était dangereux de laisser 
l'espoir survivre à la défaite , et qu'il fallai t se 
hâter de faire tomber Ces têtes auxquelles tant 
d'hommes avaient consenti ou avaient été forcés 

• 

d'attacher leurs destinées. Longtemps après en- 
core l'assemblée eut à lutter contre l'hydre dont 
elle avait abattu les plu? fortes têtes. La dé- 
pouille de Robespierre , quoique sanglante et 
lacérée , tenta encore des ambitions , et son ombre 
n'abandonna pas d'abord les lieux, où il avait 
régné. 



DEPUIS LA DÉVOLUTION. 3^Z 

Maïs avant de dire les suites de cette journée vin«|^ 
du 9 thermidor , célèbre dans les annales de la ^^ 
France , et d'où elle eût pu dater Tan du ^lut pièces 
de la chose publique, il convient de reprendre '"Jfvê/** 
Tordre des événements militaires que les grands "'^ *• 
résultats politiques ont obligé d'interrompre. 

Les armées reçurent avec assez d'indifférence 
l'adresse de la convention , qui les instruisait deg 
événements du^p thermidor. Le soldat, tout dé- 
voué à la guerre et à la république, s'intéres- 
sait peu au sort de ceux qui prétendaient la 
gouverner dedans , ^t mettait peu d'importance 
à leurs querelles. Rien ne changea dans les 
opinions des armées , et le comité de salut pu- 
blic , qui le«r donnait des ordres > fut renouvelé 
sans que ce nouvel ordre de choses qui chan- 
geait tout au dedans , opéra aucune commotion 
au dehors. 

Les d^ux armées du Nord occupèrent en- 
core leur position , entre Liège et Anvers , où 
Pichegru méditait déjà l'invasion et la conquête 
de la Hollande , que les victoires précédantes 
promettaient. 

Les armées du Rhin et celle de la Moselle 
avaient aussi coopéré au loin à ces grands suc- 
cès, par une diversion active qui retenait toutes 
les forces dont l'ennemi eût pu disposer pour 
porter de puissants secours dans la Belgique. 



30 mtu 



S94 H I S TO IR É T> E Fît A NCE, 

viiiEp. Tandîè que Ifes progrès rapides et imprévus 
*^^ ' de rarmée du Nord l'avaient rendu n>aître dn 
cours de TEscaut et d'une partie dte la Flandres 
autrichienne , les armées combinées de Prusse 
et d^Autrîche , commandées' par le vieux gé- 
néral Mœlendorf et par le duc de Saxe Tei- 
chen , avaient , à l'ouverture tardive de la cam- 
pagne , passé le Rhin à Manheim , et tenté , 
dans le Palatinat^ une diversicui qui força les 
Français d'j^ rappeler les nombreux renforts en- 
voyés aux armées du Nord, ou du moins de 
retenir ceux qui y étaient encore destinés. 
Une prertiiëre attaque combinée sur toute la 
ligne des Français, qui, traversant les mon- 
tagnes des Vosges , s'étendait depuis Kaiserlau- 
term à Spire, avait en partie réussi. L'armée 
du Rhin qui formait la droite de cette ligne de 
vingt lieues d'étendue , avait d'abord repoussé 
les premiers efforts des Impériaux; mais les 
succès des Prassiens à la gauche , vers Hoch- 
Speyer et Fîchbach , avaient forcé de retirer 
l'armée sur Pîrmazens , ensuite sur Bh'ecastel , 
derrière la Sarre , et d'abandonner le pays des 
Deux-Ponts; cette rèti!*aite, devant des forces 
très-supérieures, se fit avec ordre, et fit hon- 
neur au général Sâiht-Cyr Gouvion, qui com- 
mandait dans cette partie. .Alors la communi- 
catioa entre les deux armées de la Moselle ei 



DEPUIS LA REVOLUTION. 2ç5 

du Rhin» se trouvant interceptée, celle-cî avaît vin^; 
dû se replier à la hauteur de l'autre, et aban- *^^^\ 
donnant les lignes de défense de fe Queîch , elle 
s'était portée <ierrière celle de la Lauter. Les 
alliés restèrent ainsi maîtres de la plaine du Pala- 
tînat et des montagnes. Mais lorsque les succès 
de Picbegru eurent ptermis de porter des ren- 
forts dans cette partie , le comité de salut public 
ordonna de reprendre Toflènsive , et toutes les 
dispositions furent faites pour rentrer dans le • 
pays abandonné , et faire repasser le Rhin aux 
alliés. Ce grand mouvement, qui finit par la 
prise -de Trêves, s'effectua vers la fin de mes- 
sidor. 

' L'attaque fut disposée sur toute la ligne de- amesi. 
puis Lamdstuhl et la Lauter jusqu'au Rhin. La 
.-division de droite, conduite par le général Des- 
r^îx, devait agir dans les gorges deà montagnes; 
et ce qui ne devait être qu'une fausse attaque , 
décida par ses succès Celui de ces trois journées. aSmes*. 
Cette division fut d'abord repoussée le premier 
jour des villages de Frechbac et Freimersheim ; 
^lles les emportia le lendemain. 

La division du centre attaqua alors les rétran- a^mesu 
chemerïtç prussiens qui^ couvrait le Platzberg , 
baute montagne du pays des Deux-Poots, et qui 
défendait l'entrée des passages des Vosges } les 
bataillons l'emportèrent à la baïonnette, après 



3g6 HISTOIRE DE FRANCE; 

ViUEp. huit assauts renouvelés. La lassitude céda à 
^^^ * l'opiniâtreté , et les Prussiens se retirèrent sur 
le poste de Tripstat. Les généraux Sisce et De-r 
granges conduisaient cette attaque. 
47 mes*. Le jour suivant, la colonne de gauche dé- 
passa la droite des Prussiens , et se porta jus- 
qu'au village de Mertenzée. Ce mouvement 
obligea les Prussiens à abandonner le poste de 
Tripstat, aprçs une longue résistance ; alors tous 
les passages étant forcés , le généjal Mœleni- 
dort* ordonna la retraite , et le fit savoir aux 
généraux de l'Empire qui , voyant leur droite 
découverte, se décidèrent à repasser le pont de 
Spire. 

L'armée du Rhin avait effectué ses moiïve- 
ments en même temps que celle de la Moselle, 
le poste de Schiferstat avait été longtemps at- 
taqué et défendu .avec une égale opiniâtreté, 
et fut enfin abandonné par les Autrichiens , lors- 
qu'ils furent instruits de la retraite de l'armée 
prussienne». 

Les succès constants de ces trois journées 
remirent les Français en possession du Palatinat; 
et les riches récoltes de cette belle contrée 
furent encore une fois moissonnées par l'épée 
répubh'caine. 

La sévérité des lois militaires et la rigueur 
forcée du gouvernement, assuraient la réussite 



DEPUIS LA RÉyOLUTÎoK* S97 

des entreprises et contenaient la malveillance. viîiEp; 
Le premier jour des attaques combinées, un ^^^^* 
officier d'ctat-major, accusé de faiblesse ou de ^" *• 
trahison, fut condamné sur place à être fusillé, 
et prévenant l'exécution de son jugement, se # 
tua. Une petite ville du Palatinat, dénoncée et 
convaincue comme dépôt de fabrication de faux 
assignats, fut réduite en cendre. On ne donna 
qu'une demi-heure pour sauver les vieillards, les 
enfants et les malades. 

La campagne n'était pas terminée , et les 
quatre armées d'Allemagne, celles des Alpe^ 
et celles des Pyrénées étaient partout victd-^ 
rieuses ; l'ennemi , coalisé partout , rejeté loin au- 
delà de ses frontières, lès abandonnait au vain- 
queur, et ce qui est plus remarquable, était forcé 
de louer Tordre et la discipline qu'observait le 
vainqueur dans ses nouvelles conquefes. Déjà- 
les armées républicaines n'étaient plus ces hordes 
patriotiques , soldats sans ordre et guerriers sans 
art, que la bravoure et l'enthousiasme civique 
guidés par le génie militaire de quelques génë-î 
raux, avaient conduits à des victoires sanglantes 
et imprévues ; la force «rrmée d'une nation puis- 
sante s'était organisée dans ses camps, la va- 
leur avait reçu un frein qu'elle avait reconnu 
nécessaire, la subordination avait été consentie 
par l'honneur ou imposée par la loi, la hiérai*^ 



3çS HISToinE DJB FRANC E^, 

viiiEp. chiedes grades était avouée, le commandement 
'^^^* était respecté et absolu , la soumission était pas- 
sive sans être aveugle , le soldât instruit et clair- 
.voyant jugeait ses généraux , mais commençait 
par leur obéir ; les ^différences de partis et d'opi^ 
nions qui divisaient les camps comme les tri- 
bunes , se taisaient au premier appel d» tam- 
bour, et les disputés sous la tente cessaient 
pour courir ensemble aux faisceaux; le républi* 
cain , fier de sa gloire, la respectait dstns sa 
conduite et dans ses procédés, et l'esprit mi- 

♦ litaire s'élevait à des pensers nobles et géné- 

l'eux. 

L'histoire impartiale qui souvent a dû accu- 
ser le sj^stème de gouvernement employé au 
dedans par ie comité de salut public , doit 
aussi un juste tribut de louange à son admini-i 
stratioa dans les départements de la guerre f 
.dans la formation , l'organisation et l'entretiea 
des armées, et dans la manutention de tout le 
service militaire. Les partis opposés qui par- 
tageaient le comité, seuntaient 'que leur force 
venait des victoires, et s'accordaient sur. tout 
ce qui pouvait les assurer, ou se disputant T^if- 
fection des armées les servait à l'envî , et leur 
rivalité même tournait alors au profit de la chose 
publique. Cette atmosphère de gloire dont il en- 
vironna la France , éblouit l'étranger, et lui 



tDEPUIS LA RÉVOLUTION. 899 

déroba la vue de la tyrannie sanglante et o[> viiiEp» 
pressive sous laquelle la France 'consentit à '^^ ' 
gémir, et qu'elle ne supporta si longtemps que 
comme un moyen de repousser la domination^ 
étrangère, dont on osait la menacer. On souf- 
frit tout d'un gouvernement qui faisait vaincre. 



tIM DU QUATRIÈME VOLUME. 



■^ 



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PIÈCES 



JUSTIFICATIVES. 



\ 



Tontes IV 



I V 



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PIÈCES 



JUSTIFICATI V E S. 



HUITIEME ÉPOQUE. 

N." I CPage 19)- 

à 
^_ ' # a i > • « 

Fragment d'une notice du général /^ 
T ■ ■ • 

JLjisâ Girondins marquants qui sont venu» daàs 1« 
Calvados , après la jouroéê du 3i mai , vous sont con«- 
11 us aussi bien qu'à moi. Pétiôn^ Buzoi , Gorsasy LoU^ 
cet y BarùarûUûp ^ Guadèl-^ S ailes ^ Valady (marquis, 
ancien officier des GardesoPrançaises ) , Duchâialj (oi» 
devant-) Bergouin. Ils étaient au nombre de 27; mais 
treiix que-je ne nomme pas, n*ont rien* d'intéressant ^our 
la postérité ;4ls ressemblant k tout le monde, et poli*- 
valt nt appartenir à un parti aus^' bien qu'à iin autre ; ce 
sotit des- circonstances 9 des Tencontres , des hasards de 
société qui les ont placésJ Pétioh et\i3U2oi& avaientîun bat 
déterminé; une nouvelle dynastiesous^laquelleil^ eussent 
été lès liiaîtres. Il serait possible que Piu et'Coàourg^ 
que lamont'agfoe et le marais s -entré- jetaient sans cesse; 
ne fussent >pias des personnages'^rangjers-ouiadifierents 
aux dem vétérans de la révolution. Ilarrûtratun^p^^ur 
à* Pétion de dire au club de carkbots de. Caen ^> qu'une 
preuve que' la mbntagne voulait 'r4?tabJir la royauté, 
c'était qij'eUe laissait fivi^ le p64it><laupbinj, dont la 



/ 



4 PIÈCES 

figure et les charmes étalent des crimes ctélal dignes de 
mort,» . • Gorsas y au contraire, penchait pour le petit 
dauphin; mais, ben entendu, que l'on n'en viendrait 
là qu'à la dernîèr© extrémité. Louvet , Barbaroux , pua* 
^et eussent transigé, si' Ton eût voulu leur céder la 
partie de la France méridionale , de l'autre côté de 
la Loire, pour en faire une république à leur mode. 
Ils comptaiejjt beaucoup sur les petites puissances de 
l'Italie*, avec lesquelles ils feraient des traités offensifs 
et défensifs : ce qui vous prouve combien ces messieurs 
étaient hommes ô^é^t. Salles faisait des brochures que 
ses collègues appelaient des provinciales , le comparant 
ainsi à Pascal^ et cela lui faisait tant de .plaisir qu'il 
ne doutait plus de l'effet de ses brochures. C'étaient 
des batteries qui feraient écrouler lacoUossale montagne* 
Valaày s'élait fait révolutionnaire par haine de M. 
ZJiuchdlelet 'j il eût bien vQuUi. découvrir un moyen de 
^e. retirer de l'abyme. Duchdtel éta\t une ame douce qui 
s'e.4t, trouvée entraînée, comme tant d'autres, parla- 
chimère d'une régéaération. Comme.il ne s'étaif jamais 
souillé d'aucune mauvaise action , il eût donné sa vie 
pour le rétablissement de- la monarchie. Le franc et 
loyal Kervelegan n'était d'aucun paru que de celui des 
indignés j de tout ce qu'iW avaient vu faire. B^ergouin pa- 
raissait républicain.enragé , et son caractère apparte- 
nait il toutes les circonstances. Le crève-cœur . de tous 
était le irlomphe de la montagne , et leyr, auE^bition ^ 
toupurs saillante. , la vengeance. Excepté J[)éfcAa/^/, il 
A^en est pas un seul q:âi pe se ftit enrôlé d^aisi le parti 
victorieux **il J'avait pu 5 ce que iMiuvet ^ fiergouin 
ont bien prouvé apris leur retour. L'ass«0#inlit. de Af<t- 
Tot t%t l'ouvrage de cinq dfs ci-dessus nommés; mais 
ce n'est pas Mar^t.qvii était désigné J, t'#ai$.i>an/oa 



JUSTIFICATIVES. 5-^ 

que la nouvelle «7uJ//A devait immoler. lîg appeltalent 
ceîa couper la montagne en deup; parce que les lettre r, 
dont M.^e Corday était porteuse , renFermaîent une 
instruction qui disait qu'à l'instant A\x grand événement >^ 
il fallait répandre , dans tous les coins de Paris, que 
c'était Robespierre qui avait fait faire le coup, Mafs 
W.*ïe Corday ^ ayant ouvert de ses lettres, vît qu'on y 
accusait Danton de vouloir porter le petit dauphin sur 
le trône; et comme cette M.*^ Corday était fanatique 
royaliste , elle se garda bien de porter la main sur celui v 
dans lequel elle plaçait son espoir. Avant de partir . 
pour Paris , elle écrivit une lettte d'adieux à Bougon 
de Longrais ^ mon ami, et procureur*syndic du dépar- 
tement , pour jui dire qu'elle ne Je reverraît plus , et 
le prévenir que *** devait nous faire assassiner tous les 
deux. Bougon me cçmmunîqua cette lettre, ainsi qu'à 
Henil , administrateur du département, encore vivant 
à Caen. Nous n'y comprîmes rien ; mais , demandais-je- 
à Bougon, d'où vient son intérêt pour vous et pour 
moi i-!- Il me répondit, je lui ai rendu plusieurs ser- 
vices ; et quant à son intérêt pour vous , il vient de 
ce qu*(elle vous croit un royaliste déguisé. J'avais logé- 
tous ^es réfugiés à l'Intendance , parce que toiïs réu- 
nis , je pouvais mieux les faire observer. Je m'aper^us^ 
bjentôt qu'il né régnait pas entre eux une parfaite in- 
telligence ; que Pétion et Buzot avaient des secrets, et 
que tous, sans exception , se défiaient de Vatady et de 
Duçhâtel, Voyant que Tinsurrection ne gagnait pas , 
nous convînmes de faire prendre les armes , comme* 
pour une revue, aux huit bataillons des gardes natio- 
nales de Caen. Il's s^assemblètent sur le Cour , oh toute»- 
les éloquences échouèrent contre l'indifférence de^tîe^ 
prétendus^ insurgés. Il ne se présenta que dix»sept hoi 






6 .' p i k c X s 

mes pour marcher sur. Paris., Les autres villes (moins 
Vire qui en fournit une vingtfiine) s'y refusèrent sans 
détour* L^s çamps^gnes ^ vexées pour les blés ,, nous mau-- 
dissaienti C'est alors que PéUon conçut le projet de. brû- 
ler Caen , et de faire courir le)bruit»que c'était l'ouvrage 
Ae Ja montagne. Le désespoir devait tout entrajiner. Il 
se confia pour ce beau coup à mon aide-de-camp Saint'- 
'Front ^ en lui recommandant le plus profond secret , 
surtout envers Je général , qui s*èst refusé à mettre la 
guillotine en permanence. Saint-Front promet , et me dit 
tout. Je lui enjoins de s'y prêter, d'acheter le gou- 
dron, etc. etc. Quand l'^fiàirc' paraît en bon train, 
j'arrive , je trouva Pétion et quelques autres , je parais 
effrayé d'un rapport qu'on vient de me faire ; si Je 
peuple en entend parler , vous serez tous égorgés , dé- 
vorés comme Belzunse. à Boy eut Qu'est-ce? Je 

Jeur dit — L'on jette les hauts cris, l'on prie eii grâce 
de n'en point parler ; ce sont les agents de la montagAe 
qui répandent celte atroce calomnie, J[e suis de cet avis, 
et le projet avorte. Quelques jours après , m'aTrivej^ino 
ou six cçntç Bretons , tous découragés de ne pas trouver 
d'armée ; n'ayant personne d'autre, j'envoie Puisayek 
£vreux pour y établir les magasins que j'y faisais 
filer. Puisaye se croit général , veut m'enlever une vic- 
toire ; il marche contre la petite armée /parisienne. Ces 
deux armées font chacune volte-face , et chacune se sauve 
de son côt^. Voilà la bataille de Fernon, Les mil}e à 
douze cents hommes de Puisa je fuyent jusqu'à Lisieux. 
J'y coure 5 mais rien ne peut les, remettre. Danton y fai- 
sait répandre des millions d'assignats. Tous désertent ^ ejt 
moi, je me cache à Bayeux jusqu'après le 9 ther- 
midor. 



JUSTIFICATIVES. 



1^ ^ 1^ ^ I 



N.^ II (Page 224). 

Fragment d^un journal du corps> de Condé* — 

Année lyçS. 

Le corps du prince de Condé avait hiverné dan* 
la forêt Noîre, y avait été licencié, et n'avait été con- 
servé que parce que Je général yVurmser avait consenti 
qu'il fît partie de son armée^ Il degcendait Vîlignen à , 
l'époque oii Custines, forcé de se retirer de Mayence, 
effectuait sa retraite ;.et devait , par un passage à Spire ,^ 
la précipiter. Deux jours avant le passage du Rhin , 
on composa ainsi le corps : tout^ce qu'il y avait de 
noble forma trois divisions à cheval 9 destinées à faire 
le service de grosse cavalerie, et deux b^ataillons à 
faire le service d'infanterie de ligne , et le reste , 
composé de soldats ou déserteurs , forma l'avant-garde 
qui fut confiée au g^énéral V. . -, dont les talents étaient 
déjà reconnus à, cette époque. On peut évaluer le 
corps , à cette époque, à cinq mille hommes , et même 
un peu moins. Quinze cents grenadiers de Lassi pas*- 
serent la veille , débusquèrent l^peu de postes français 
qui gardaient le Rhin 5 et le lendemain , le corps en- 
tier passa à deux lieues au dessous de Spire, prit se»^ 
cantonnements en avant de la ville, sans aller au de- 
vant du village de Benhei^ ^ où furent placés no» 
avant-postes. Ils restèrent en position jusqu'au 17 mai^ 
époque où les Français, désirant nous débusquer, at* 



taqiièrent sur dcuy colonne» ; l'une le long du Rhin, 

Fautre par les villages de Les deux co1oni>es 

- devaient se réunir à Benheim , envelopper notre avant- 
garde , et attaquer le corps. Par un de ces hasards si 
communs », nos avant- postes furent bien entourés , les 
Canons de l'avant-garde pris et les officiers tués sur les 
pièces j mais les deux colonnes tirèrent l'une sur l'autre, 
La division des chevaliers de la Couronne et quelques 
hussards "autrichiens y arrivent sur ces entrefaîtes \ dé- 
gagent les canons et les avant-postes, et les deux co- 
lonnes font retraite. Je crois que le général français fut 
mis en jugement. J'ose assurer que sur ce point , sa 
faute était bien légère,* et sa manœuvre très-bien cal- 
culée. Pendant le siège de Mayen ce , notre ligne fut 
peu inquiétée ; nos avant-postes apprenaient , dans la 
plaine en avant de Benheim, les éléments du métier 
qu'ils commençaient \ ils furent cependant repoussés 
plusieurs fois sur notre iign^ , et abandonnaient une 
redoute , cinq cents pa^ en arrière du village où étaient 
placés soixante-dix nobles; mais Salge ^ qui les com- 
mandait , attaqua avec le même piquet , et rechassa 
du poste trois cents Français,, malgré les cris réitérés 
de leur seconde ligne qui prétendaient que nous n'étions 
que douze. On fit grace*à diit.ou onze prisonniers qui 
restèrent dans la redoute, modération que nous n'eûmes 
pas par la suite. ^ 

Le siège de Mayence achevé par les Prussiens, il 
s^agissait de bloquer Landau et de percer en Alsace. 
Wurnfiser réunit, la nuit du 28 au 24, quelques régi- 
ments autrichiens en avant de Benheim , attaque le 
poste français au moulin de Okvir , fait balayer , par 
notre cavalerie, la plaine en se portant sur la droite , 
directement à deux lieues au-dessus de Landau, où 



JUSTIFICATIVES. 9 

nous rencontrâmes le gros des Français , qui défendait 
la communication de Landau. Nos postes furent rem- 
placés ]a nuit par les Prussiens, et nous rentrâmes à nos 
anciens postes. 

Le 20 août , Wurmser ayant forcé l'ennemi sur les 
hauteurs de Landau , campa à Vîlhcim , et l'infan- 
terie du corps se porta sur Vest , d'où , après avoir 
chassé l'ennemi , quî se retira dans le Bevrl , elle hiva- 
qua entre Vest et Yakf-im; mais le lendemain, les 
Français l'attaquèrent dans le dessein de couper le 
corps d'avec le reste, de l'armée et de l'adosser au 
Bhin» L'attaque commença à cinq heurçs du matin , 
et finit â onze heures ; elle fut infructueuse , grâce k 
l'artillerie noble, qui démonta les pièces françaises. 
L'avant-garde se distingua aussi , et prit trois pièces de 
canons , après avoir chargé le deuxième régiment de 
chasseurs. 

Plusieurs affaires se sont passées sur la droite et la 
gauche, entr'autre celle où ils firent entrer, malgré nous, 
quatre ou cinq fourgons dans la ville de Landau ; après 
quoi nos postes furent pris à une lieue des lignes, où nous 
restâmes plus de quinze jours.'A «etfe époque , il s'est 
passé une affaire entre les Français et notre avant- 
garde, commandée par Pétésie^ qui avait été détaché 
dans la montagne sur notre droite. Ils perdirent beau- 
coup de inonde , et revinrent furieux contre les Prus- 
siens qu'ils accusaient d'avoir trahi. 

Cependant le jour destiné à l'attaque des lignes , 
Wurmser fit passer le Rhin, deux lieux au dessous de 
Lauterbourg , à une colonne qui , par conséquent , pre- 
nait les lignes à dos; à trois heures , la redoute de Chède 
vis-à-vis les postes que nous occupions, fut tournée par 
de la cavalerie. 



/ 



ip . p I. ifc C :^ s. 

Les canons et le corps furent pi^is en. entier. L'Iqfaa- 
terie de la légion de Mirabeau attaqua le poste du 
bois , où, en une heure , elle perdit toute sa côrapa-. 
gnie de volontaires, et emporta le poste. Les colonnes 
de cavalerie furent. dirigées à travers la plaine sur le 
château de .-...•. où était la veille le quartier-géné- 
ral français ; et , sans trouver beaucoup de monde de- 
vant elles, si ce n'est de vives décharges d'artillerie ; elles 
joignirent et dépassèrent le château , se placèrent à un 
quart de lieu de Weissembourg , sur la gauche , position 
charmante pour voir la retraite qui s'effectuait 5 mais 
bien mauvaise pour des troupes qui ont envie de pour- 
suivre. Notre infanterie entra dans la ville. 

M. de Wurmser était trop flatté d'avoir pris en un 
Jour deux villes , cinq camps , vingt-sept pièces , etc. 
S'il eût poursuivi , il arrivait sous Strasbourg avec les 
Français; mais le flegme autrichien ne cadre pas avec 
la vivacité française ; aussi fûmes-nous toujours battus. 
On se cotitenta donc de faire pQursuivré par des hus- 
sards. 

Les Français se remirent , et quand , quatre jours 
après , nous arrivâme^s , nous les trouvâmes bien dis- 
posés à nous recevoir, comme on le verra par la 
suite. 

Le fort Louis se rendit , attaqué des deux côtés y 
tant du côté de l'Allemagne , <£ue de celui de l'Al- 
sace. 

. Puis survînt TafTaîre de la Vansnau où je n'étais pas, 
j'ai entendu louer la bravoure française , et citer un 
régiment à parement noir, qui fit sa retraite sur la 
chaussée , se tenant toujours à quinze pas de l'ennemi^ 
et qui y perdit tous ses oflSciers... . . 

Pichegru obtint le commandement de l'armée. L^ 



"^ 



JUSTIFICATIVES. H 

bruit courait qu'il avait reçu dix mille hommes de l*ar- 
me'e du Nord. Les mauvais temps avaient engagé à 
prendre des cantonnements. L'affaire de la Vansnau ^ 
ou y je crois, la mésintelligence entre les Prussiens et 
Wurmser , avaient engagé à prendre une position 
trois lieues en arrière. On éJeva des redoutes depuis 
le Bhin , jusqu'à la montagne , à un quart de lieue 
en avant d'Hagueneau , à peu près dans la même place 
où Turenne les .avait placées. Je doute que les dis- 
positions' fussent aussi bonnes. Son projet était de 
couvrir la partie où il comptait hiverner. Les re- 
dputes , quoique très -bien construites , avaient un 
grand défaut ^ elles étaient trop distantes Tune de 
l'autre. 

ITous primes nôtre position sur toute la ligne, demi-, 
lieue en avant des redoutes qui n'étaient pas encore 
achevées , le corps à Berchem , fameux dans les an- 
nales des émigrés , parce que ce fut la première fois;qu'il$ 
furent employés un peu vivement, et qu'ils perdirent 
beaucoup de monde. 

Pîchegru avait projeté de forcer la ligne sur le 
point qu'occupait le corps de Condé. Le 2^ ou 25 ,' 
il attaqua notre ligne obliquement ; c'est-à-dire , non 
èomme il* le fît depuis , en attaquant le village de 
front, mtis seulement sur la droite. L'affaire dura 
trois heures. Nous perdîpies cinq chevaux et quelques 
hommes ; mais le premier décembre , il attaqua le vil- 
lage à deux heures du soir , le canon na jusqu'à la nuit ; 
l'd'iifanterie d'avant - garde , qui y . était postée , j 
perdit assez dç monde; mais le lendemain , à neuf 
bçurès , il couvrit d'abord la plaine de ses tirail- 
leifirs;, lesquels (probablement à un signal' donné ) se 
réunirent en colonnes , entrèrent, dans le viUsfge , et 



f • ■ 



12 P I i C E S 

y mirent le feu. M. le prince <le Condé , placé à deux 
cents pas en arrière du village , y entre à la tête des- 
bataillons nobles , et à la baïonnette les fait rebrous- 
ser chemin. Je puis certifier que la partie n'était pa«= 
égale; aussi ne poursuivit-on pas loin hors du village , 
de peur de montrer son côté faible. Pendant que ceci 
se passait dans le village , notre cavalerie ayant pris sur 
la droite du village, rencontra plusieurs escadron? fran- 
çais sur >deux lignes et du canon. La première ligne 
française chargea la notre , qui se portait sur elle au 
pas ; j'ai jugé que ce qui les engagea à faire cette dé- ' 
marche, était (car notre ligne dépassait la leur un 
peu), i.° qu'ils étaient derrière un fossé, et avaient 
jugé que nous ne le passerions pas ; 2.® ils avaient ' 
compté sur le feu croisé cp'ils faisaient sur nous ; 3.° ils 
roulaient sauver deux pièces qui tiraient sur nous à 
mitraille , à quarante pas ; le choc ne fut pas à leur 
avantage ; nous eûmes neuf hommes de tués sur la 
place , et à peu près un peu plus de la moitié de la 
division blessée ; les vaincus perdirent trente* cinq 
hommes , et tout le reste blessé , comme l'ont rapporté 
les déserteurs. 

Le duc de Bourbon eut la main coupée , et tous ses 
aides-de-camps tués ou blessés. Le général à^AnoitviUe^ 
qui , par enthousiasme ', s^était jeté à quinze pas en 
avant de notre ligne dans celle de Tennemi ,' fut tué^ 
l'infanterie noble perdit trois cents hommes , la cava« 
lerie une soixantaine. 

Le 8 décembre l'attaque fut renouvelée avec la 
même vigueur de part et d*autre , excepté l'artillerie 
quHls n'engagèrent pas si avant , et le choc de cavalerie 
qui n*eut pas lieu ; l'infanterie perdit davantage, la ca- 
valerie un peu moins*. 



J TJ s T I P I C A T I V É s. îî 

S! nos armées eussent été heureuses^ les ajffaires de 
Berchem eussent fait époque» L'armée républicaine 
s'en rappellera pour avoir perdu sept pièces de ca- 
nons contre nous. Le 2 décembre, le village de Ber- 
chem a coûté, à défendre plus de mille nobles , au 
moins de^un ce^ts cavaliers et la moitié de notre avant* 
» garde. 

Le 9 décembre , Pîchegru imagina de diriger son at- 
taque sur M. de Clenau qui cft)mmandait le poste at* 
tenant à celui du prince. L'attaque commença à neuf 
heui^s du m^lin , à cinq heures nous étions sur toute 
la ligne , cachés derrière les redoutes d'Haguenau , mal- 
gré les renforts de cavalerie qu'il lui envoya , et la di- 
version qu'il fit en feignant d'attaquer sur le flanc* 
M. le prince de Condé fit retr.-^te, avec sa cavalerie , 
par peloton , comme à l'exercice. Les généraux autri«* 
: chiens vinrent le complimenter ^ mais j'avouerai qu'à 
cela près de quelques obuses (j'en excepte Tavant- 
garde^, le feu de i'ennçmi n'endommagea pas nq^ rangs 
ce jour-là. 

On projetait d'hiverner en Alsace. Le 22 décembre 
arrivé, on espérait que les Français se lajsseraient d'at- 
taques continuelles, et prendraient les quartiers 'd'hi- 
ver. Un beau matin ^les redoutes sont forcées sur le 
. ne sais quel poste autrichien ; toute l'armée se met 
en retraite ; les uns sur Fort-Louis ;, les autres sur 
Weissenibourg et Lauterbourg ; le corps se dirigea sur 
Lauterbourg. Wurmser et une grande partie des Aùtri- 
.chiens se dirigèrent sur Weissembourg , où il rencotitra 
le duc de Brunswick ; d'après les propos de l'armée, ces 
deux généraux n'étaient nullement d'accord ; on hi*a 
assuré les ^voir entendu se traiter Irèa- vivement. Le 
duc qui s'était amusé au blocus de Landau , tandis q(ve 



14 PIÈCES 

nous nous battions sous Strasbourg et ailleurs, voulait 
empêcher les Françttis de passer les hauteurs de Weîs- 
sembourg. Wutmder fit simulacre de tenu: sur la chaus- 
sée , et s^était même placé en ordre de bataille ; mais ^ 
àii premier couj) de canon, sa ligne prend la route 
du Rhin. Je ne me permettrais point de réfle-xion sur 
la conduite de ce général qui fut d'ailleurs très-bien 

'reçu à Vienne; mais s'il eût prévu la perte en maga- 
sins-, le désespoir et l'effroi que cette retraite mit 
dans son armée , qui apprit cette fois qu'on pouvait être 
battu par les Français, il l'eût effectuée, ou un peu 
plutôt ou un peu plus tard. - 

Il suivit *de là que les Prussiens eurent tout l'hiver 
les Français sur les bras , à Worms , Manheim , etc. ; 
et c'était là aussi , je crois, le projet de là cour^de 
Vienne. ^ ' 

La retraite d'Alsace fut une désolation pour le pays 
que nous avions occupé : une 'grande partie des ha- 

'bitatits qui avaient trop dévoilé leurs opinibns , sui- 
virent , avec leurs femmes et leurs enfants , l'armée 
de VVurmser au-delà du Rhin. On en SBorma des régi- 
ments entiers , et on compléta aiilsi le corps qiii avait 

"été diminué de beaucoup. 

Depuis l'époque du ....;.., jusqu'à Tàffaire de la - 
retraite de Wurmser , il ne s'est pas passé u~n jour saiis 
une affaire vive sur un des points de la ligne. 

Nous passâmes le Rhin à deux lieues au-delà de 
Lauterbourg , et nous allâmes cantonner dans le Bris- 
gaw ; et deux mois après , nbus retournâmes dans nos 
anciens quartiers de Villignem. L'année 94 ne fut pas 
a\issi désastreuse pour nous; on fît revenir au priii* 
temps le corps, pour le placer le long du Rhin, et 
l'été se passa ainsi en fusillades d'un bord à l'autre. 



JUSTIFICATIVES. l5 

Nous apprîmes les succès de l'armée française dans 
les Pays • Bas , par les décharges d'artillerie et les ré- 
jouissances qui se Taisaient à Pautrè bord sur la fin de 
l'été, l^ous marchâmes sur Manliefm. Le bruit courait 
que nous devions passer le Rhin une seconde fois; il 
n'en fut rien, et cette marche entrait^ je crois, dans 
le plan du général autrichien qui voulait faire diver- 
sion. Nous prîmes ensuite nos quartiers à Brulcsal , et 
ce prince évêque^ qui «avait refusé* de recevoir les 
troupes aux ordres du prince , redoutant sans doute la 
vengeance des Français , eut ses possessions et la chasse 
un peu endommagée. Après cette expédition, nous re- 
tournâmes une troisième fois k Villignem. 

Ce fut à cette époque que les Français s'emparèrent 
de la tête du pont' et âes flèches de Manheim. Pour 
notre honneur , nous ne fûmes point employés à cette 
expédition. 



."mf^f^»'^-'^''^» 



N." III ( Page 277 ). 

» 

Diverses dénominaiions de Jaclions employées 

pendant la révolution. 

Vota, Ce peut être un devoir de l'histoire de con- 
server les noms que l'esprit de pa^rti a donné à ses 
adversaires comme injure ; il est remarquable que celle 
de sans-culottes fut la seule acceptée par ceux qu^He 
désignait. 

En 1789, 1790 et 1791, aristocrates ; — enragés; 
♦-* impartiaux j r»— noirs j — hommes du 14 juillet; 



— membres du côté gauche ; — membres du côté droit ; 

— orléanistes } — jacobins \ — cordeliers j — • feuillants ; 

— fayettistçs j — monarchiens , etc. 

Eu 1792 et 1793) ministériels; — amis de la liste 
■civile ; — chevaliers du poignard ; — . girondins ; -^ 
hommes du 10 août; —^septembriseurs; — modérés ; 

— homnaes d'état; — brissotins ; — hommes du 3r 
mai ; —fédéralistes ; — montagnards ; — membres de 
la plaine ; — crapauds du marais ; ^^— suspects , etc. 

En 1794 et 1795 , avilisseùrs ; * — endormeurs ; — • 
apitoyeurs ; — r alarmistes; —amis de Pitt et de Co- 
bourg; —muscadins; — agents de ^étranger ; — hé- 
bertistes ; —sans- culottes ; — contre-ifevol uiionn aires ; 
^— ultra-révolutionnaires '; — thermidoriens ; -^ habi- 
tants de la créle_; — terroristes ; — maratistes ; -— 
,— égorgeurs ; — patriotes de 1789. 






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I 






J 'tJ STIFICATIVE|. 17 

- Cette pi«ce originale , et qoi n'était pas destinée k Iti publicité , peint 
ll'auunt mieux cette époque; rien u'y ressemble dans l'histoire d'aucna 
peuple. , 



N.o IV ( Page 440 ). 
Lettre de M.^* Bil^ubé à sesjrères. 



Mes CHsas frères^ 



C'est à, vous que j'adreese cet écrit ; j'ai toujours eu 
le dessein de ^us faî reconnaître l'histoire de l'injuste 
persécution suscitée contre nous, et dont nous avons 
risqué d'être les viclinA; mais j'ai voulu attendre que 
te temps eût affaibli, en 'quelque sorte, l'impression 
trop forte que le récit des circonstances affreuses qui 
ont accompagné notre détention , auraient pu m'occa- 
sionner. Me voilà calme ; nous sommes heureusement 
arrivés au port; je commence ce récit. 

C'était ie 5 novembre 1798 qu'on vint nous arrêter, 
dans une nuit froide et pluvieuse, au sein du plus pro- 
fond sommeil. Nous avions passé la veille avec des amis 
qui nous avaient rassurés sur les craintes que nous- 
avions d'être arrêtés; car tout servait'de prétexte, sous 
le titre d'étrangers, de Prussiens, de protestants,, de 
suspects , etc. 

On se laisse aisément persuader ce qu'on désire , et 
le sentiment d^ttiotre innocence nous rassurait souvent; 
mais l'innocence lôême était un crime dans ces temp&.. 
d'horreur : on déplaisait au tyran , par cela seul qu'4 

Tome ir. z 



l8 ' * ï te ES 

désapprouvait sa férocité. Mous avions eu le malheur 
d'avoir fait sa connaissance chez tm* de nos amis , dans le 
temps que tous les honnêtes gens pouvait l'estimer^ et 
qu'il était loin de paraître <:e qu'il fut dépuis : le mal- 
heur, plus grand encore pour nous , fut de lui avoir 
fait connaître une de nos amies intimes , M.l^«. . . . , qui y 
ainsi que Robespierre , n'avait montré qu'un caractère 
doui, modeste, humain, même vertueux; mais qu'un 
faux amour de la liberté rendit fanatique et féroce ; 
car elle devint notre plus cruelle ennemie, du moment 
où elle nous vit contraire à ses opinions , comme à 
celles de son héros. Liée intimement avec Robespierre , 
elle nous persécuta comme une furie, lui sacrifia sa 
fortune, sies amis^ et se perdit avec lui ; car elle fut en- 
fermée, après sa mort, pendant. x8 moi#pour lui avoir 
,été attachée ; maintenant , on m'a dit qu'elle s'était re- 
.tirée à la campagne, in firme ^^uinée. . , . 
, Parmi les amis qui nous avaient rassurés sur les craintes 
où nous étions livrés, il y en eut uo qui nous engagea 
.d'aller passer l'été à Saint-Germain , avec lui et plur 
sieurs de ses amis ; il espérait que nous parviendrions 
par là à nous faire oublier. Nous y passâmes efiective- 
ment la belle saison d'une manière agréable; mais à 
Ja fin le malheur nous y poursuivit. Un comité réuG" 
Jutionnaire s^y établit : c'était chaque jour des arresta- 
tions , ainsi qu'à Paris. Les plus honnêtes gens , ainsi 
que les plus riches, et ceux qui avaient quelques ta- 
lents , étaient dénoncés et arrêtés. Notre ami nous en* 
gagea à retourner avec. lui à Paris. Nous partîmes pré- 
.cipitamment pour fuir le malheur qui nous y suivit. 
Quatre semaines après, nous fumes^tfrêtés. C'était, 
comme je l'ai dit, le 5 novembre, par une nuit froide 
^t pluvieuse. A minuit ^ on frappe à notre porte ^ et 



J 



J tJ s T TV I C A T I V E S. Î9 

notre boni yîeux domestique Leclerc nous annonce^ 
d'une voix émue et touchante , qu'on vient seulement 
chez nous pour faire une visite doœicih'aire , afin de 
voir notre correspondance. Aussitôt six hommes armés 
de piques , avec un commissaire à leur tète , député 
de l'affreux comité de salut public , se présente de- 
vant notre lit : il nous demande la clef de notre secré- 
taire ; je la lui donne ; il Pouvre , et n'y trouve qu'une 
lettre tout-à-fait insignifiante , dont il s'empare , en 
disant qu'elle serait' remise au comité, et qu'il fallait 
tout de suite nous lever, nous ^habiller et le suivre. Le 
sentiment de notre innocence était tel que je crus mal 
entendre ; je restai done tranquille et calme ; mais 
lorsqu'il répéta d'un ton plus fort : levez- vous <^ ha-' 
billez ' vous ! J'ouvris les yeqx , et lui dis : mais il 
m'est impossible , je suis malade , voyez mes pieds et 
mes mains défigurés par le rhumatisme ; en vérité, jç 
ne le puis. L'affreux commissaire ayant brutalement in- 
sisté: sortez donc, lui dis-jç , pour que je puisse m'ha- 
biller ; et ^ avec un élan de courage , je sors de moa 
lit, je m'habille; mon mari eu fait autant; tous^deux 
nous pensions rêver , et nous nous flattions que , du 
moment que nous serions entendus , on nous rendrait 
justice; mais que cette justice était loin de noiïs! 

L'état de nos fidelles domestiques', dans cet instant ^ 
est difficile à rendre. Le vieillard , pâk et défiguré ^ 
paraissait n'en pas croire ses yeux ; il avait presque 
perdu la parole; Julie, sa nièce, avait un tremblement 
général; elle n^éttit pas ert état de nous rendre le 
moindre service ; j'entendais claquer sies dents. Ppur 
moi, je conservais cependant assez de sang-froid pour 
tâcher de la tranquilliser.. Je demandai du thé, on 
nous en.fit à la hâte : nous n'emportâmes d'habits que 



\, 



aô ip r .è c B s 

ceux ^ui p<Ki« couvtaîent le corps; ce nVtaît <pie l'ab- 
solu nécessaire , avec un petit paquet composé de deux 
chemises pour chacun et de quelques mouchoirs; tout 
le reste fut mis sous le scellé ; mais nos amis vinrent 
heureusement à notre secours , afin de pouvoir changer 
de linge quelquefois* Nous vouUitues prendre des as- 
signats ; mais le commissaire nous dit ; d'un ton féroce : 
2W/I prenez que peu, vous -n* en a^ez pas besoin* Quelles 
paroles ! elles signifiaient que bientôt nous n'aurions 
besoin de rien. Cependant mon mari questionna le 
cruel commissaire , pour savoir par quel ordre et pour- 
quoi on nous arrêtait? Cest^ dit-il, par ordre du co" 
vnté de salut public ; et en même temps, il tire de sa 
poche un écrit qui nous annonce '-que c'est parce que 
noirs sommes amis de Koland , de Brissot et de leurs 
complices. Ces imputations étaient alors une sentence 
de mort. La vérité était que nous avions vu, dans une 
maison lierce ^ une seule fois Roland et deux fols 

Brissot. 

Nous espérions que , dès qu'on nous Aurait entendu , 
Doiis pourrions nous justifier de cette fausse accusation. 
Hélas! nous nous étions bien trompés ! 

Le thé pris, il fallut partir; ce moment fut violent. 
La pauvre Julie était comme égarée; nous nous em- 
brassons tendrement ^ sans pouvoir nous séparer : les 
larmes coulaient des yeux de notre vieillard , sans qu'il 
«pût nous dire un mot. Pour Julie, elle me dit, en san- 
glottant : Hé bien , madame j Dieu ne vous abondonnera 
pasj il fera connaître votre innocenmf Voici la réponse 
abominable *du commissaire : Hé ! il 8*agit bien de 
Dieu ! Il faut craindre les hommes et la justice qu'ils 
exercent. 

Nous fûmes glacés d'effroi à ces mots impies ; nous 



i 



;fUSTIFICATIVES. âri 

descendons tristement notre escalier; je donnais le bras- 
à mon mari , car j'étais tremblante. Arrivés dansr l'a 
rue , la nuit était très-sombre , car il pleuvait : nou» 
demandons où l'on va nous mener ? Nous étions entou* 
rés d'hommes armés de piques, et du barbare commis* 
saire qui nous répond : vous allez k la Force* Comment ^ ' 
dis-je , si loin à pied ? Eh bien ! vons me laisserez en> 
chemin ; car il me sera impossible d'y arriver, il me faut 
au moins une Voiture. Il n'y en a pas à cette heure*cî , 
xlit-il; ain^i je vous mènerai au corps-de-garde de I»see*- 
tion. Soit, dit mon mari, espérant que de-là il pourrait ré* 
clamer les secours de nos amis dont nous avions tant de- 
besoin dans cette affreuse circonstance. Parvenus dans^ 
ce corps-de-garde , on nous fit monter dans une pe-» 
tite chambre noire et étouffée ; car elle était au des- 
sus de celle où se tenaient les soldats qui , sans relâche ^ 
fumaient leur pipe. Nous y trouvons deux infortunés, 
commenous, attendant leur sort, couchés chacun sur un 
mauvais lit de sangles. C'étaientMes plus honnêtes gens< 
du.nfionde, innocents, compatissants et persécutés ainsi 
que BOUS : ils nous regardent les larmes aux yeux, et 
nous offrent de partager leur grabat ; je in'y refusai 
en les remerciant , leur disant que je- ne voulais ni dor- 
mir, ni prendre de- nourriture ;^que je me trouverais heu- 
reuse de pouvoir finir mes. jtours par de tels moyens : 
non mari en dit autant. On l'engagea cependant à se 
coucher par terre sur une méchante redingotte ; pour 
moi, je m'obstinai à rester assise sur une vieille chaise 
de paille , où je passai quelques heures- fondant en 
larmes. Mo& mari se relève subitement,, en demandant 
à notre gardien, s'il ne pourrait pas. lui procurer du 
papier, |ine. plume et de l'encre? C'était un homme 
kum^ia; U s'engagea à l-ui.en fournir ^et même à porter 



I 



sa p I, È CES, 

aecrètenijânt l'écrit qu'il lui confierait. Mon mari écrivit 
tout de iuite à plusieurs de ses amisTTt leur fit part de 
l'affreuse situation où nous étions , afin qu'ils s'employas- 
sent à iious faire rendre la liberté ; mais toutes leurs 
déjmarcnes furent inutiles, malgré leur zèle , malgré la 
députatton que notre section fit au comité de salut pu- 
Iblic poi^r obtenir notre délivratace ; malgré une péti- 
tion très -bien faite par potre bon'Leclerc, qui fut 
lui-fméme , et de son chef, la présenter à la section , 
ou on l'appelait le respectable vieillard qui plaide en 
faveur de ses maîtres ; sans égard aux réclamations que 
les personnes les plus recommandables firent en* notre 
faveur : le tyran ayant résolu notre perte , il fallut subir 
notre sort. En vain l'honnête gardien , dont j^aî parlé , 
touché de notre malheur , se prêta à toutes les démar- 
ches que nous croyions pouvoir nous être utiles ; et mal-. 
. gré les dangers auxquels il s'exposait en servant l'inno- 
cence y il part ; il parle ; il remet nos lettres. . . • Elles 
restent sans effet. 

Enfin le lendemain arrive ; il est six heures du ma- 
tin; on fait avancer un fiacre ; nous partons. Nos deux 
compagnoiïi d'infortune nous disent adieu avec at- 
tendrissement ; ils ignoraient encore leur sort. Le 
cruel commissaire se place avec nous dans la voiture , 
ainsi que deux de ses satellites. Oii al lez- vous, nous me- 
ner , leur demanda mon mari ? Toi à la Force , et ta. 
femme aux Anglaises, Nous fûmes saisis d'effrpi à l'ouïe 
d'une sentence qui aggravait notre malheur. Ne nou» 
séparez pas , s'écrie Bitaubé , ayez pitié d^une femme 
souffrante ; s&tigez que nous ne résisterons pas à cet 
excès de malheur. Tout ce qu'il ajouta encore attendrit 
l'ame dure et féroce de notre tyraû. Eh bien ! dit il, nous 
verrons I. • . * Menez-nous donc , de grâce j au Luxeiû- 



/ 



V or XT s T r F r C A,T 1 T E s. ^3 

bourg : ii le fit; nous arrivons ; il dît à mon mari de 
monter avec lui, et à moi de l'attendre dans la voiture,, 
qu'il verrait quel arrangement il y aurait à prendre t 
il revint f et me dit qu'il fallait absolument noussépa-^ 
rer , et me conduire dans une autre maison d'arrêt. Je 
ne Ae contins plus dans ce moment , les sanglots m'é-. 
touffaient ; mon mari , au désespcfir, alla parler au con^ 
cierge dans des termes si touchants , si pathétiques ,. 
qu'il parvint à Patfendrir. ... . • Mais il n'y a pas de 
place, dit-il. — Nous serons contents de tout, réponc^ 
mon mari ,. pourvu qu'on ne nous sépare point. Le 
'commissaire descend, et nous dit : Eh bien! vous ner 
• serez point, séparés! Montez tous deux. Je passai de 
la plus, affreuse douleur ^à la joie la plus vive. Je me, 
croyais libre en partageant le soj:t de mon époux. Nous. 
fumes reçus par l'honnête concierge de la maison avec 
intérêt. et humanité;, c'était un bon suisse neuchâte-^ 
lais ^ père de six enfants. Il nous accueillit cordiale-» 
ment, et nous fit asseoir ptè^ de son feu. Une petite 
circonstance , indifférente en elle-même , me. fit , dans 
ce moment,' une impression i^togulière. Ce concierge ^ 
avait un chien ; cet animal s'approche de moi , me ca« 
resse, et ne, me quitte pas* Dans ce moment affreux,. 
oh. il me semblait que j'étais abandonnée de la terre; 
entière, ces caresses, de la part d'un animal, innocent, 
me touchèrent jusqu'aux larmes : je ne les contraignis^ 
point, et rendis, à mon tour, à ce sincère an\^ les. 
témoignages d^ la sensibilité dont il pénétrait %ï jus- 
tement mon coeur, presque flétri, parla comparaison 
que j'étai« alors forcée de faire ., entre notre nature , 
que tant de circonstaoïces dégradent , et celle d'un être; 
à qui le-seul instinet suffit pour .être toujours généreux 
et bon..».^.. .Pendant ce tç'mps-là, le concierge noias, 



\ 



/. 



24 1P I % c s s 

fit apporter de quoi dîner. Hélas! dis-je, îl ne me 
faut rien ; puis on nous mena à notre nouveau g^tc. 
C'était deux petites chambres attenantes Fune à l'au- 
tre. Nous, y trouvâmes une femme, un prêtte et un 
militaire; celui-ci fut transporté ailleurs; nous prîmes 
«a place. La chambre où J*on mit nos méchants li'w de 
sangles, donnait sur le jardin du Luxembourg; et quoi- 
que la fenêtre fût garnie de barreaux , la vu« en était 
admirable, et l'air qu'on y respirait très-salutaire; celui 
du Luxembourg a toujours pcissé pour le plus pur de 
Paris. Peut-être a-t-il été favorable à notre santé ; car 
nous ftous sommes très-bien portés depuis notre déten- 
tion. L'accueil que l'on nous fit porta le calme dans 
notre ame : le malhetir, joint à l'innocence, réveille la 
sensibilité, et fait ^'on s'intéresse vivement au sort de 
ceux qui partagent nos peines; nous fûmes reçus comme 
des amis. Le pauvre prêtre ,- vieux et malade , me tou- 
cha' au point que, dès ce moment, je devins sa garde- 
malade. Je lui faisais des tisanes; nous partagtpns nos 
bouillons et nos légumes avec lui: notre bon domesti-- 
que avait soin de nous en envoyer tous les jours. La 
maladie de ce bon prêtre devint tellement sérieuse , 
qu'il fallut songer à nous en séparer, en demandant 
qu'il fût transféré dans un hospice ; car , outre la pul- 
monie dont il était atteint, il lui survient une fièvre pu- 
tride , dont nous aurions été les victimes sans une- 
prompte séparation ; car son lit était au pied des nô- 
tres , et la chambre excessiyem'ent petite. Hélas He 
pauvre homme ne fut pas longtemps dans cet hospice! 
Il y mourut au bout de huit jours. Celui qui le rem- 
plaça dans notre chambre était un baron allemand. 
Nous le reçûmes tendrement en qualité de compatriote; 
il fut arrêté, pariée qu'il n'avait pas sur luisacârl^ da 



y V s T I :^ I C A T I T E s. 25 

aureté ; voilà tous ses crimes. C'était mi bon enfant 
pour le caractère ; mais ce qui nous le rei^ît bien cher, 
fut qu*il possédait parfaitement la musique ; il demanda 
et obtint la permission de faire transporter son forie^ 
piano dans notre étroite demeure. Il nous faisait pas- 
ser des moments déliiciëux , 'à l'aide de son grand ta« 
lent. 

Tous les jours il nous arrivait de% compagnons de 
malheur aussi peu coupables que nous, parmi lesquels 
il s'est trouvé plusieurs de nos connaissances, gens àe' 
lettres, académiciens , etc. Il nous semblait être de la 
même famille; aussi nos liaisons avec eux devinrent' 
très-étroites. Ils ise rendaient tous les jours , plusieurs 
heures , ajtiprès de notre petit feu de cheminée ; et l'un 
d'eux ( Cousin ) qui était très-savant en chimie , en 
histoire naturelle et en astronomie, et bien plus estî^* 
niable encore par ses vertu^, nous fit des cours de tes^ 
diverses sciences. -Nous écoutions avec avidité, sui*-' 
tout le cours d'astronomie ; car , en nous occupant de 
ce qui se passait dans lés cieux, nous parvenions pres^-- 
que à oublier ce qui se passait sur notre pauvre petite- 
planète. Nous avions encore alors la permission d'aller 
nous promener quelques heures dans la cour , et de voir 
au travers des barreaux de la porte d'entrée, hos do- 
mestiques , que nos bons amis chargeaient de nous ap-^ 
porter quelques .douceurs. Notre- ami, le savant Pou- 
gens, aujourd'hui membfe de l'Institut , nous envoyait' 
fréquemment d'excellents vins , et fournissait à notre 
dépense. Notre bon ami Lami , ainsi que son estimable' 
femme , nous faisaient parvenir les choses les plus né- 
cessaires , comme robes-de-chambre , mantelets , oreil- 
lers , couvertures, etc. Nos draps de lits étaient changés 
tous les mois; mais ce qui était plus essentiel encore |> 



.26 PIÈCES 

le généreux Laniî fournissait à noire bon domestique, 
sur sa seule s^nature , l'argent dont il. avait besoin pour 
nous nourrir, ainsi que lui et sa nièce : il voulait nous 
faire ces avances.) usqu' à la somme de dix mille livtes; 
c'était Je libraire de mon mari. 

C'était ainsi que se passèrent les six premiers mois 
de notre détention. Mon mari faisait sans cesse des mé- 
moires adressés a^x chefs du comité,^ etc. pou|: obtenir 
notre' élargissement \ trois fois on nous en donna l'es* 
pérance , et trois, fois elle fut vaine. Le bon Lecierc^ 
qui était notre homme d'affaire, avait fait lui-même 
un mémoire en notre faveur , que nous couservon» 
comme un monument , non-seulement de la bonté de 
son cœur , de son attachement pour ses maires ; mais 
encore de ses talents; car il y plaide notre cause avec 
toute la sagacité.et l'énergie qu'exigeait la triste situa-, 
tion où nous nous trouvions. Notre section, à Pouïe de 
ce mémoire , fit pour la trobième fojs des démarches 
en notre faveur auprès du comité de salut pubKe ^ 
aussi bien accueillies d'abord , mais aussi infructueuse» 
que les premières par l'instigation du tyran. 

Leclerc nous écrivit à plusieurs reprises : vous êtes; 
libres, demain l'on viendra vous prendre, j'ai déjà fait 
du feu dans votre chambre , j'ai xm pot au feu pour 
vous recevoir^ 

Trois fois je fis mes paquets , «et personne ne vînt 
nous chercher, parce que Robespierre, avait soin d'en- 
voyer tout de suite un émissaire aii comité ^ pour'donner 
un contré- ordrp. 

Dès ce moment , nôtre sort devint di& jour en jour^ 
plus rigoureux- ; Ton nous interdit la lecture des jour- 
naux ; on vint se saisir de ce qu'on appelait alors ins^' 
truments dangereux ; c'étaient nos couteaux, no&fcHur-. 



JtJSTIFICATIVieS. 27 

clietiee » ciseaux et canifs. Comme nous fumés avertis 
à temps de cette opération , nous fîmes disparaître nos 
montres etie peu d'iirgenterie que nous avions: tout 
cela fut habilejment caché dans nos matelats ; ceux qui 
avaient négligé cette précaution y perdirent. beaucoup^ 
On nous ordonna de nous, servir à l'avenir de couteaux , 
d« fourchettes et cuillers de bttis. hst promenade dans 
la cour fut défendue aux prisonniers, et on neus en-« 
voya ( pour espionner jusqu'à nos paroles) une horde 
de ce qu'on appelait alors des mcmtonsp. Ces monsi 
très 9 prisonniers en apparence , «étaient ' payés pour 
les délations qu'ils faisaient au comité de salut pw* 
hlic, • 

Kotre promenade fut réduite à prendre un petr d'exer-* 
cice dans la grande galerie, infeetée de l'odeur des 
commodités ; c'était oependant' la seule ressource de 
tous les prisonniers détenus dans la maison. ^Cet aspect' 
n'était guère propre à nous récréer ; cardon n'y voyait 
que des visages- abattus^ des individus en mauvaises 
rob||pde*/chanthre , ea bonnet de oiuit^ et .laissant croî-^ 
tre leur barbe ; car l'entrée des barbiers était défendue*: 
XXans <ïe temps , je me trouvai très nal par la fatigue» 
que xae donnait le soin de notre petilt-Aiénsge; mon 
mari étendant la partageait 'pour me souiagerf^^ et sa 
fonction était .de retourner chaque jout; nos matelats ^ 
et d'aller souvent chercher quelques cruches d'eau dans 
la cour. > - ' . ... ... ; » 

J'avais besoin d'un^ pr<»bpt ^secours , l^aceident étant 
très-grave ; je demandai l'assistance d'un chirurgien* 
Il fallut faire à cette. occasion une pétition présentée 
à l'administration, .toute composée de vrais Jaçpbins.! 
Point de réponse; il BsJlut revenir à la charge. Le& 
jours s'écoulaient ^ et je souffrais cruellement; enfin la 



^ 



â8 9 I È G C s 

refns de laisser entrer l'homme que je demandais arriva.^ 
Mes amis trouvèrent un excellent expédient : ils avarent 
appris que parmi les- prisonniers , se trouvait l'accou- 
cheur de la duchesse d'Orléans , lequel vint à mon se- 
cours , et me soulagea entièrement. 

La promenade de la galerie, toute-triste qu'elle était, 
nous fut ôtée de temps .%n temps^ au gré du caprice ou 
dçs soupçons de l'administration. On voulait nous trou* 
ver coupables de conspiration j pour avoir le droit ou le 
prétexte de nous massacrer. 

Des sentinelles entouraient le Luxembourg, et nous 
réveillaient la nuit , en criant à chaque heure de poste 
en poste : Citoyen , prends^garde à toi / On avait affi- 
ché aux portes de la maison que nous avions formé 
des conspirations, espérant que le peuple se joindrait 
à ceux qui devaient nous massacrer. Un jour , jour af- 
freux 1 au cœur de l'été , par une excessive chaleur , 
le temps était couvert ^t très-orageux , nous entendons 
tout-à-conp un bruit terrible dans notre corridor; nous 
ouvrons la porte , et nous apercevons de tout côt^|^es 
serruriers occupés à mettre en dehors de chaque porte 
de gros verroux , pour nous enfermer à volonté \ ce qui , 
en effet, arrivait trèssonveQt à huit heures du soin 

Nous étions donc réduits, dans les plus graiflbscha* 
leurs, à étouffer dans nos petites chambres. On nous 
ota notre bon et honnête concierge, pour nous. livrer 
entre les mains d'un monstre qui avait travaillé dan» 
les' massacres de Lyon. La nuit , lorsque nous étions 
profondément endormis, cçt homme , accompagné de 
gardes-clefs et de grands chiens,, ouvrait brusquement 
notre. porte pour voir si nous étions dans nos lits, et 
d'une voix épouvantable, nous apostrophait par nos 
nomS| en ctiant : Es*tiâ làF,* ^ On nous donna pour 



r 



JUSTIFICATIVES, 29 

surveillant un -poUe^clefs , appelé Verne t ; il s'acquit- 
tait trop bien des fonctions de >sa place ; car il dénon*^ 
çait tous ceux4]ui lui déplaisaient; il inspirait la terreur. 
Un jour que mon mari se promenait tristement dans 
la galerie ^ Ver net le regarde et l'aborde , en lui di- 
sant : est-ce toi qui est l'auteur de Joseph ? Mon mari 
lui répondit , avec un peu d'émotion : oui , c'est moL- 
m^me. Eh bien! dit-il, je t'aime; il m'a fait pleurer^ 
et je veux que tu me le donnes. Très-volontiers, ré- • 
pliqua Bitaubé , lorsque je serai libre. Le malheur^pc 
ne Ta pas reçu ; car il fut guillotiné après la mort de 
Sobespierre , auquel il avait été attaché* 

Nous touchons à l'époque où le pain commença à 
manquer : on nous interdit alors, l'entrée de ceux qui 
nous portaient notre nourriture. On sonnait une cloche 
& midi ; c'était pour assembler tous les prisonniers à la 
porte du concierge , où l'on nous distribuait un pain 
lourd et. mal sain ; c'était notre ration pour chaque 
jour. Dès ce temps- là ^ on nous annonça l'établisse- 
ment d'une table commune ; ce qui empira considéra- 
blement nos maux. On nous rassemblait au son d'une 
cloche à trois différentes heures; nous étions ^u nom- 
bre de 900 prisonnier£|jian8 la maison ; 3c>o é^alent tou- 
jours alimentés à la fois ; on marchait deux à deux de 
front, en se suivl^t à la file ; ce qui faisait une mar- 
che d'une demi- heure pour arriver jusqu'à l'entrée de 
la salle; chacun tenant sous son bras son pain et son 
couvert, qui consistait en une cuiller, une fourchette 
et un couteau de bois : il éfaXt impossible de couper ni 
le pain ni la viande ; et par ce moyen , mon mari , qui 
avait eu le malheur de perdre ses dents , ne pouvait se 
nourrir d'aucun aliment solide. 
Lorsque nous étions arrivés jusqu'à l'entrée de la 



11 



3o \ p r È c E s ' ' 

salle , là porte ne Voiivrait que pour y faire passer une 
seule personne. Le monstre, dont j'ai parlé, nous ser- 
vait d'introducteur ; et comme je marchais lentement , 
étant très- incommodée d'une douleur de rhumatisme , 
cet homme, les bras nus , vêtu d*un gilet de laine , 
un bonnet rouge sur la tété , le bras toujours levé 
comme pour frapper ses victimes, m'apostrophait en 
me criant d'une voix terrible : Veux-iu bien avancer ! 
Je faisais donc un effbrt pour entrer dans cette salle 
iîg^ense , où se trouvaient plusieurs longues tables sans 
nappe, entourées de bancs sans dossiers. Je m'y suis 
trouvée placée entre deux citoyens dégoûtants sous plus 
d'un rapport; l'un, couvert de gale, ofiVait l'objet le 
plus hideux ; l'autre était chargé des fonctions sales 
et viles de vider , nettoyer , emporter^ et rapporter les 
po^s de nuit des prisonniers. 

• -Au cœur de l'été, danis une Canicule brûlante, nos 
tables étaient servies de mauvaises petites lentilles , 
de haricots Secs et de viandes le plus souvent gâtées 
et dures ; telles enfin qu'on les renvoyait au traiteur , 
qui les remplaçait par de semblables. Quant à la soupe , 
c'était un- composé de bouillon très- mince et de quan- 
tité d'un pain lourd et m^l ciïît. Tous ceux qui n'a- 
chevaient pas leur portion de ce détastàble brouet, 
en vidaient le reste dans la commuqe soupière ,• qui , 
de cette manière se trouvant de nouveau presque rem- 
plie , servait à la secondé table , puis à la troi- 
sième , etc. • 

. Le vin , très-aigre , étâît* fixé à une demi-bouteille 
par tête , et ne devenait potable qu^en y mêlant beau- 
coup d'eau. -^ Réduits à de tels mets, environnés d'une 
XeWe compagnie, il est aisé de croire que nos amis et 
nous , ne touchions à rien ) mais nous emportions nos 



V 






JUSTIFICATIVES. 3l 

Jéguuies*, je les assaisonnais avec force vinaigre, et de 
notre mauvaise viande , je faisais un hachi au moyea 
d'un couteau que j'avais caché , et d'une planche qui 
était au chevet de mon lit. -Notre souper se bornait au 
reste de notre pain et de notre vin ; et , ce qui est très- 
remarquable , c'est qu'un appétit constant nous faisait 
trouver ces aliments fort bons, surtout n'étant pas for<9 
ces de les prendre «à la table commune. Le déjeûné 
avait particulièrement quelque chose d'agréable ; sans 
doute par l'effet du bon air que nous respirions au tra- 
vers des barreaux de notre fenêtre ; elle donnait sur 
le grand jardin du Luxembourg. Nous contem'plions 
aussi de-là les superbes allées des Carmes que nou$ 
avions en face ; nous placions notre petite table et nos 
chaises de paille le plus près de cette fenêtre qu'il nous 
était possible, et nous y prenions, même avec plaisir $ 
quelques tasses de thé , où nous tiem pions les restes de 
notre mauvais pain. Mais nos jours de festin étaient ceux, 
où nos voisins nous faisaient parvenir un peu de beurre 
frais : lorsqu'on souffre de mille privations ,xes bagatelles 
ont quelqu'importance. 

Cependant il fallait s'attendre à de nouveaux mal- 
heurs ; chaque jour l'orage avançait, chaque jour oa 
nous enlevait nos meilleurs amis , pour les mener à la 
Conciergerie, d'où l'on, ne faisait qu'un pas pour se 
rendre au tribunal révolutionnaire , où les attendaient 
ces sentences de mort auxquelles si peu de citoyens 
innocents , riches ou célèbres, ont échappé. Dans notre 
société seuleniient, nous perdîmes alors Phonnéte Ni* 
colaï , magistrat estimable , le vertueux Thouret , le 
général Dillon , et tant d'autres auxquels l'on ne 
pouvait réprocljer que des vertus. Heureusement pour 
nous, le C. Cousin, si chéri de nous tous, et si res- 



3« PIÈCES 

pectable y fut renvoyé par ses fuges , qui tut dirent 
que l'on s'était trompé de nom. Lorsque cet ami nous 
quitta pour se rendre devant ses juges iniques , les 
larmes coulèrent de tous les yeux des prisonniers ; lui 
seul, avec une constance admirable , prit congé de 
nous, en croyant nou& dire adieu pour toujours. Nous 
entendions rouler dans la cour la charette odieuse avec 
laquelle on venait prendre les vic*times condamnées au 
supplice ; leur départ était aniioncé par des trompettes , 
dont l'éclat faisait frissonner. Depuis ce temps , le 
son de cet instrument me cause une émotion invojon* 
taire et cruelle. Notre pauvre baron me disait souvent : 
j'ai le pressentiment que je ne sortirai d'ici que pour 
aller à la mort. Je le rassurais ; mais je ne cessai de 
craindre pour lui. Notre conversation -ne roulait plus 
que sur l'immortalité de l'ame; il me disait : si jamais 
j'ai. le bonheur de sortir d'ici , je me propose de vivre 
tout autrement que je n'ai fait. C'est ainsi que chacun 
de nous s'attendait à la mort , et qu'on s'y préparait les 
uns. les autres. 

Pour moi , je leur disais souvent: Eh bien/ s*ilà 
guillotinent mon corps , ils ne pourront guillotiner mon 
ame ! Dans une situation que chaque instaat rendait plus 
sinistre, je dois l'avouer, nous^ ne nous entretenions, 
mon mari et moi , que des moyens âe finir nos jours sans 
trop souffrir, et qui pussent nous épargner les horreurs 
dont un peuple égaré accompagnait celles du supplice* 
J'avais entendu dire que la. fumée du charbon noir 
suffoquait sans de grandes douleurs ; l'idée me vint 
d'en faire venir , résolue de l'employer à cet usage , 
si les choses en venaient au point de nous forcer à 
cette affreuse extrémité. J'écrivis donc à Leclerc de 
me faire parvenir du charbon, sous le prétexte. d'ap- 
prêter 



Jirêtelr nos aliments d*une manière plus commode. Je 
ae sais 8*il me devina ; mais il ne m'en envoya point ; 
ce qui augmenta beaucoup nos inquiétudes ; car nous 
vous aUendiôns chaque jour à subu le sort de nos amia 
malheureux. 

Le pressentiment du baron se réalisa. Il me disait 

peu de temps avant qu'il nous fût jenJevé : Je regarde 

ce qui se passe ici comme ce qui arrive dans un pou" 

lailler; là t>n va saisir ceux qu^on croit bons à mander; 

ici ceux ifuon sait être riches , et même ceux à qui 

Von croit des talents au des vertus. Quatre semaines 

avant la mort du tyran, on vînt, à quatre heures du 

matin , appeler une foule de prisonniers par leurs noms; 

nous entendîmes avec effroi celui de notre malheureux 

ami. On lui ordonna de se lever sur le champ, de 

s'habiiler et de se rendre dans la galetie oîi étaient déjà 

rassemblés un grand nombre de prisonniers, pou» être 

conduits , à ce qu'on disa^, à la Conciergerie ; de 

cette prison-^ià , il y en avait peu qui en revinssent j 

elle était comme Tanti '• chambre de la guillotine. 

Soixante pribonniers partirent avec lui,; il ne se flatta 

^ point de nous revoir; et, pâle, tremblant, il prit 

congé de nous, en nous suppliant de lui pardonner si 

nous avions quelque chose à lui reprocher. Nous nous 

-embrassâmes en fondant en larmes : que cçtte scène 

était déchirante ! ni lui ni les soixante ne reparurent 

plusl C'est assez dire le reste Pouvait-on se 

flatter d'échapper a tant d'horreurs? Le desirait-*oa 
même?. . . - • 

Nos jours se passaient ainsi tristement ; le peu d'exer* 

cice que nous prenions dans la galerie, était empois 

sonné par la présence des espions; on ne se parlait plus. 

Je marchais à côté de mon mari , l'air morne , la téi» 

\ Tome ir. 3 

f 



[ 




Si 9 I à C B s 

penchée; car ju«^n*a«x regards éi^aitnt înlerprA^. Noi 
amis, ainsi que îes aatres prisonniers, frappés de J« 
même terreur, observaient la naéraé cot>train(e^ par* 
tout régnait unsiience effrayant. A huit heures «^chacun 
se retirait clans son apparteinent où toute lumière était 
interdite On 3e couchait dans les ténèbres en cherchant 
son lit, et ijuelcfuefois, avant d^y «ntrer, on se glis* 
sait dans le corridor (éclairé par ia lumière pâle d'une 
lami)e ) lorsque les verroux , en dehors de ikJs porte» ^ 
n'étaient point encore fermés. On éloignait ainsi le 
moment de se loettre au lit par des chaleurs brû* 
lantes. 

Mais nous touchions (sans le savoir) à la fin de no« 
pr ine.H , f t le jour de la délivrance parut enfin II s'an- 
tionça par le son du tocsin , -qui dura vingt-quatre 
heiu>s Nous nous précipitons aunt fcâïf très, chacun in- 
terpiptani differemmenrce terrible signal; car ce qui se 
passait au dehors ne nou^ parvenait q e difficilement» 
•Les uns se flattaient que le bon parti triomphait , d'au- 
tres rra gnaient le contraire. Mon mari descend, de 
très grand matin, dans la galerie, pour y apprendre 
ce que nous avions à craindre ou bien à espérer. Il 
«•emontt» subitement, le visage, la voix altérés Qu'est il 
donc a^rri vé , lui dis-je ? N'hua sommes Uores^ répondit4l^ 
le /jran se meuil, 

\ oici comme on lui fit part de cette heureuse nouvelle: 
Un ami , Cousin , le prend à l'écart d^ns la ga erie, ea 
Jui demandant , a voix basse :Sdvez vous gainer un se** 
cret ? Oui, dit-il. lih bit n , apprenez que Robespierre 
n'est plus! Uu geste de joie échappe à mon mari. Soa 
.ami lui dit : mais vous vous trahissez: contenez vous 
donc« Mon mari part , et remonte pour m'annoucer cette 
. lïeun^u.se nouvelle- 
: ]Nou£i4}as8ons tous deux de la plus aiFreuse doulei^r à 



ar TT s T ï r î c À V i: s. 25 

la Joîe ?a pTus vive : i'en conserve encore le senfîment 
dëllcieux. Qui , novi» étions heureux alors , m^rae dans^ 

les fers. 

Trois jours après la naort de Robespîerre , qnelqn^lin 
▼înt de la part du comité de sàtut public pour no' s an- 
noncer notre Ubert:^ On demande à parles auCBitaubér 
il se promenait dans la coiîr ; toutes les voix s'élèvent 
p^ur l'appeler ; il arrive : Fous êtes libres , fui crfe 
Tbomme chargé de lui annoncer cette heureu e uoti— 
Telle ! vous êtes libres ! Ces dmices paroles sont répétée» 
par toutes les bouches.. . . Mon mari se hâte de me les 
apporter ; il monte l'escalier entouré d'une fottle immense 
qui s'écriait à la fois r Vous êtes libret» f. Il faut partir 
tout à l'heure. Je fis mes dispositions à fa hâte , sans sa* 
voir ce que je faisais ni ce que Je disais , tant la joie me 
transportait. 

Une circonstance (minutieuse en eîle-m^me ) se re- 
trace en ce moii)eut à ma mémoire. Noos étions, de- 
puis longtemps, privés des fruits les plus communs 
pendant les chal^-urs excessives de ïa canicule , et Ce- 
pendant nous avions besoin de nous rafraîchir. Le bon 
X.eclerG nous fit parvenir des groseilles ; je les avaii pré- 
parées et assaisonm'es avec du sucre , dans l'espérance 
d'en faire un souper délicieux ; mais au moment oir 
j'appris l'heureéÉe nouvelle de lïotre élargissement, je 
ne puis exprimer avec quel plaisir j'abcrndonnai à nôtre- 
malheureux camarade de chambre , qui restait seuf danff 
notre taudis ^ cet agréable et salutaire aliment. Nour 
lui fîmes de tendres adieux , en lui promettant de fi»ire 
tout ce qui dépendrait de nous pour iui faire rendre- 
la liberié ; mais sa captivité dura encore quatre se-- 
maines. 

Enfin nous descendons Joyeusement les escaliersy 
entourés de nos amis et de nos voisins» Mous voifir 



36 r T 1 k c lEi % 

daos cetfç çouf ( naguère» témoin de nos douloureasef 
craintes ) marchant la tête levée au milieu de neuf cents 
prisonniers rangés en haie des deux côtés |)our nous 
faire un passage jusqu'à la porte du Luxembourg. 
Cette marche offrait l'iiiiage d*un vrai triomphe : 
sous ne pouvions avancer tant les embrassements de 
nos amis nous arrêtaient; nous étions jetés des bras des 
uns dans les bras des autres, avec des cris de joie, et 
tout retentissait des cris de viue la liberté! Nous ne 
parvinmes aux portes qu'avec une peine infinie ; mais 
noi/s les passâmes enfin ces portes fermées pendant neuf 
mois pour nous. 

Mous fumes obligés d'aller prendre nous-mêmes une 
voiture, et de passer à travers une rue très-longue. 
Nouveaux obstacles pour y arriver : elle était garnie 
d'une foule de personnes sorties de leurs maisons , pour 
voir passerles premiers prisonniers mis en liberté depuis 
la moft du tyran* De tous côtés , on nous donnait mille 
bénédictions. Nouveaux embrassements de personnes que 
Dous n'avions jamais vues; des larmes de joie coulaient 
de tous les yeux. Nous ne répondions à ces témoignages , 
d'un intérêt si honorable pour nous , qu'en disant et 
en répétant : Citoyens , c^est ici la plus beau jour de 
notre vie. 

Nous voilà arrivés à la voiture aveei notre ange li- 
bérateur ; il y entra avec nous ; il eut la délicatesse de 
ne pas vouloir noqs dire son nom , et de nous quitter 
devant la porte du comité de salut public. 

Notre émotion croissait à mesure que nous appro- 
chions de notre demeure ; la iêtt nous en tournait. Nous 
descc ndons de la voilure ; tous ceux que nous rencon- 
trous sont embrassés ; mais le moment oii nous revîmes 
nosdomes4iques ne-saurait se décrire : des soupirs, des 
larmes ^ furent nos muets interprètes ^ jusqu'au momyent 



3r U s T I F I C A T I T E s. 37 

oît notre bon vieillard s'écria : Seigneur , laisse main;'* 
tenant aller ton serviteur en "paix. 

Le souper servi , nous nous mîmes ensemble autour 
de lannéme tabli^ , afin de nous entretenir à notre aise 
de- ce qui aiFectaitle plus nos Cœurs. On né mangeait 
paS) on parlait, on pleurait, on riait, et' puis on cho^' 
quaitles verres en signe de joie; à peine songeait-on à 
se coucher, et cependant nos lits valaient un peu mieux 
que ceux du Luxembourg. 

Notre réveil nous parut une résurrection , et chaque 
jour notre existence nous devenait plus douce et plus 
chère. Nos amis de malheurs venaient nous voir à 
mesure qu'ils avaient obtenu leur liberté, pour b^nir 
le ciel avec nous de leur bonheur ^t du nôtre. 

Nous nous rendîmes à notre section , accompagnés de 
Xeclerc. Mon mari exprima à la section notre recon* 
naissance pour l'intérêt qu'elle avait pris à notre situa- 
tion. Le président l'embrassa, et le fît asseoir à côté 
de lui. Une voix s'éleva , et dit : « Ne témoignerons- 
•f nous pas nos sentiments au bon vieillard , ce fidelle 
«- domestique? »• Le président embrassa Leclerc et le 
plaça à sa gauche. En sortant , Leclerc nous dit, les yeux 
mouillés de larmes : « C'est le plus beau jour de ma 
•• vie. » On peut se représenter les applaudissements 
d'une section si vivement touchée de nos malheurs et 
de notre délivrance. 

Le moment vint où il fallut mettre quelque ordre h 
nos affaires, et compter avec ceux qui nous avaient as- 
sistés si généreusement pendan-t nqtre captivité ; car nous 
aurions succombé sous l'indigence, s'ils n'éiaient venua 
i notre secours. 

Nous étions , dans ces temps malheureux , privés 
de toutes nos ressources pécuniaires : les pensions de 
-UkOXL maci étaient supprimées} il n'était permis à per^ 



/ 



38 PIÈCES 

sonne de recevoir des revenus de IVtranger ; ainsi no$ 
revenus de la Prusse ne purent nous parvenir; et ecr 
pendant il fallait faire vivre nos deux dome-trqties ^ 
et pourvoir à notre propre snbs'stance pendant sept 
à huit mois de notre détention 5 la table coiumune 
n'ayant eu lieu que Je» deux derniers mois. Notre 
dépense cependant était énorme , vu la cherté ex- 
cessive qui régnait alors. Les avances que nous firent 
nos généreux amis allaient à hni^ mille livres. 

Nous devons une reconnaissance éternelle à nos deux 
bienfaiteurs, Pougens et i. ami , libraires. Le risque de 
perdre leurs avances était presque certain pour eux ; 
car ils ne pouvaient se flatter que faiblement de nous 
revoir jamais. 

Dans le temps que le danger devînt pour nous plus 
certain d*un jour à l'autre, mon marf fit parvenir à 
M. Lami un billet adi^essé à notre famille en cas de 
mort, pour qu'il fût remboursé des avances qu'il 
nous avait faites. Sa délicatesse en fut blessée vivement, 
et il lui en Ht des reproches pleins d'amitié. Lors- 
que nous nous sommes acquittés envers nos généreux 
amis , nous n'avons osé parler d'intérêts , c'eût été 
pour eux une offense : ils eurent soin de nous en pré-^ 
venir. 

Nous n'oublierons aussi jamais un trait de généro- 
sité et de grandeur d'ame de la part de Leclerc. 
Lorsque mon mari reçut la nouvelle que ses deux 
pensions étaient supprimées, ce fidelle domestique lut- 
dit : .. Kh bien! monsieur, je ne veux point recevoir 
« de gages , je vous servirai avec autant de zèle et de 
« plaisir que si j'étais payé. *• Mon inari n'accepta pas 
son offre. 

Nous nous vîmes , peu de temps après que nous 
fumes rendus à la ïAyexXé , dans l'heureuse situatioa 



,^ 17 8 T I F I Ç A T I V B 8. 3ç 

de pouvoir reconnaître des sentiments aussî nobles.; 
car les pensions fuient rendue» à n»on.miiri avec les 
arrérages. La paix avec la Prusse fit lever le séquestre 
jmis sur les biens des étrangers , et nous reçûmes nos 
intérêts comme aupai avant. Nous nous honorons de 
pouvoir nommer à celte occasion parmi nos prolec- 
teurs, les ce. Syeyes et Baithekmi , et S. E. monsieur 
de Hardenberg. 

Les nouvelles les plus heureuses se succédèrent cha« 
que jour pour nous: ie nouveau gouvernement voulant 
jéparer en quelque sorte les injustices que nous a\îons 
essuyées^ nous fit annoncer que nous serions logés au 
Louvre:: c'est un iapparlement charmant, supérieure- 
ment bijÊn situé^^ que nous occupons depuis notre sortie 
du Luxembourg. Mon mari fut nommé à l'Institut na- 
tional. / 

JN^ous pûmes ac-quitter .tontes nos dettes dans un seul 
Jour. 

C'est ainsi >q%ie nous passâmes du mal au bien , de 
l'excès des craintes à la parfaite tranquillité de l'ame* 
Heureux d'avoir appris k l'école du malheur, que.nous 
portons en nous-mêmes toutes les ressources néces- 
saires pour le soutenir et même pour le surmonter ; 
qu'enfin , plus les secours de la Providence se sont fait 
attendre à l'infortune, plus ils en acquièrent de prix; 
à ses jreux ( i )• 



( I )"Voicî la copie des dénonciations faites au comité de snreté géné« 
raie , contre le C Bitaubé et sa .fernme. 

■<.° Amis de-AoIand, de Brissot «t de leurs complices.; 2.^ avoir aouB* 
crit au journal de Brissot ; 3.*^ Bitaubé a été membre de l'académie des 
inscriptions et belles-lettres de Paris j 4*^ i^ s'est retiré de la société des 
jacobins. • ' 

' Ces dénonciations tiréef des registres dû comité y nouï furent enn 
VQyèeê au Luxembourg par un de nos amis* . 



40« PIÈCES JUSTIFICATIVES* 

N.^V (Page 398). 

Lettre citée dans le rapport de Courtois y faic^ 
à la corn^ention y le 16 nivôse an troisième j 
trouvée dans les papiers de Robespierre. 

Sans doute vous été» inquiet de n'avoir pas reçu pi us tôt" 
des nouvelles des effets que vous m'avez fait adresser 
pour continuer le plan de faciliter votre retraite dans 
ce pays-; soyez tranquille sur tous les objets que votre 
adresse a su me faire parvenir depuis ie commencement V^ 
de vos craintes personnelles , et non pas sans su)et ; vous 
savez que je ne dois vous faire de réponse que par notre 
courrier ordinaire; comme il a été interrompu dans sa 
dernière course, cela est cause dé mon retard aujoiir* 
d'hui \ mais lorsque vous le recevrez , vous emploirez 
toute la vigilance qu'exige la nécessité de finir un tbéâ« 
tre où vous devez bientôt paraître et disparaître pour 
la dernière fois. 11 est inutile de vous rappeler toutes les 
raisons qui vous exposent; car le dernier pas qui vientr 
de vous mettre sur le-sopha de la présidence, vous rap- 
proche de Péchafaud, où vous verriez cette canaille qnî , 
vous cracherait au visage, comme elle a fait à ceux que 
TOUS avez jugés. Egalité, dit d'Orléans , vous en four- 
nit un assez grand exemple ; ainsi , puisque [vous êtes 
parvienu à vous former ici un trésor suffisant pour. exister 
longtemps , ainsi que les personnes pour qui j'en ai reçu 
de vous , je vous attendrai avec grande impatience , pour 
rire avec vous du rôle que vous avez joué, dans le trou-% 
bie d'une nation aussi crédule qu'avide de nouveautés.. • . 
— Prenez votre parti , d'après nos arrangements , tout 
est disposé. JefiniS| notre courrier part; je vous attends 
pour réponse. 



/ 



TABLE 

* 

Dts épotjuts conienues dans h tomequutrièmeé 



HUl'riÈMKÉl^OQUEfc 

ïfivasion de la france par les armées coalisée». Page t 
t)ampierre, général eo che£ . 3 
ÎVfo'rt du général Dampierre. it ' 
Custînes, général en chef. iS 
Siège et prise de Mayence , de Condé^ de "Valen- 
ciennes. 18 
Affaires du Calvadosk tf 
Arrivée à Paris de Charlotte Cprday» ai 
Mort de Marat. *7 
Exécution de Charlotte Cordaj. fi8 
Toulon livré aux anglais. 3o 
Bataille de Hondtschoote. £3 
Jugement et exécution de Custine», •. 60 
Arrestation de Senaonvifle se rendant à l'ambassade de 
Constantinople* ^ 63 
Siège de Lyon- 68 
Prise de Lyon. ^o 
Reprise de Toulon par les Français. 89 
Décret d'accusation contre 78 membres de la Conven- 
tion. 96 
Mort de Marie-Antoinette d*Autriche. 107 
Exécution de 21 membres de fa Convention. - xi^ 
Exécution de Philippe d'Oiléans. I2« 
Les égiircs fermées. ja3 
Exécution du général Bouchard* z3c 
Tome IF* 26 




La Ifireur X l'ordre du jonr. Page 144 

Affaires de la Ve-nd^e. 1S7 

Sxt'cutions journalièrei d'un grand nombre de vic- 
times. 190 
D^claialion de guerre à l'Espagrie. 194 
Exécution du général Biron , du maréchal Luckncr et 
de Lamouret, évoque consliiuiioonel de Lyon. 284 
Décret qui proclame i'iibolilion de l'esclavage dam iea 
Colonies. ' a 3? 
Embrasement de la ville du Cap. 264 
Procès de Danton, Lacroix , etc. 391 
Frise de Furnes , Menin, Courtraî. 3i8 
Bataille de Fleurus. 33o 
' CoDquëte des Pays Bas. 333 
fiéteodue conjuration des prisons. t^ 
'■ Exécution Ata fermiers-généraux. 34a 
Jugement tt exécution de Madame Elisabeth, sœur 
de Louis XVI. 3^3 
Décret qui proclame Yexistence de l'Etre suprême et 
Ûimmojlalité de Came. ^S 
Fête en l'honneur de l'Etre suprême. 349 
Décret d'arrestation de Robespierre. 3t{ii 
' ' Neuf thermidor • ^89 



TABLE 



DES PIÈCES JUSTIFIC ATIVE^J 



R tr .1 T I è M É , £ p o «2 o ic« 

N.** t. Fragment d'une notice du général W. PageS 
2. Fragment d'un journal du corps de Condé. 7 
3* Diverses dénominations de factions employées, 
pendant la révolution. i5 

4. Lettre de Madame. Bitaubé i %€i frères. 17 

5, Lettre citée dans le rapport de Courtois, fait 

à la Convention, le 16 nivôse. an ^roisfème^ 
trouvée dans les papiers de Robespierre. * 49 






fmt 



ERRA TA 

V Pour le quatrième volume. 

Page i38 , ligne 24 ^ Moreau déjà général en chef, lisez 

Moreau général de division. 
P* iSoy lig, 2j victimes, /. victimes. 
JP. «24 , lig. 39 , et 225 , lig, 1 y Hagueneau , /. Weîs- 

sembourg. 
P, ai6, lig. 17, des Alpes., /. des Alpes,. 
P. 252, lig. 17, le relour, /. ou le retour. 
JP. 3o7 f tig, 14, une grande,/, on prit une grande. 
JP*. 3^7, lig* 14, à ses,. /. à ces. 
p. 3:1^,^/1^. ^, la fussent, l. le fussent. 
P. 33S, Idg.^ 2^, se déposter , /. îe déposter. 
jp. 352 , lig. 23 , ces premiers , /. ses premiers. 

Nota, « L'orthographe topographique étant inéTÎtahlement incertaiit 
<t parla différence des langues , des prononciations, des papiers pubh'cs 
ce et des cartes , le présent errata se rapporteaux différentes manière! 
le dont se trouvent écrits les noms des lieux et les noms propres. » 

page I , ligne 10, Hondscoote , lisez Hondtschoote. 

P. 4 , lig. 7 , Curgi , /. Curgîes. 

Idenij Normale^ /. Mormal. 

P. 12 , lig. 12 et 22 , Rouelle, /. Rouelle. 

Idem y lig. 26, d'Ausie, l. d'Auzaiu. 

P. 14, lig. 18, Tucoîng et de Ronck , /. Tourcoîn et 

de Roncq. 
P. i5, lig, i3, Hombach, l. Hornebach. 
Idem y lig, 17, Reinzabern , l, Rheinzabern. 
P. 36, lig. 27,Salzbacb et Brexenheim, /. Salbachet 

Bretzenheim. 
P. 42 9 %. 6 ,- Marlî , /. Marlis. 



I 



Page Y! 1 %'^ 4 1 ^^"* * ^^^^* îlœûT* 

Idem^ lig» 22 , Normale, L Mormal. 

P, 48 , lig, 20 , LinceUe , /. Linselles. 

P. 5o , lig, 27 , StuiTvord^ , A Si^enwoorde. 

JP. Si , %. 14 , Rossbruges , /. Rousbrugge. 

P. 52 , b'g, 8 , Benbeck , /. Bambeck. 

P. 78, ^j^». II , Aîguebianche, A Ayguebelle^ 

/c?^/«, lig. 20 , Valmenie , /. Valmeynier, 

P. 83 , lig, t , Saron , /. Faron, 

P. 88 , hg. 4 , idem, 

P. 182, %. 7, Vervîk, /. Werwîck. 

P. i33, //^. 7, Ronbais, /. Roubaix. 

Idem^ lig, 8^ Lanoi, /• Lannoy. 

P, i35 , lig. 3 , Avenne ^ /. Avenes* 

Wip/w , lig, 4 , Watignî , /• Waltîgnîe«» 

P, 140 , lig, 7, Bitch, /. Bîtche. 

P. 141^ //^. 9 et 2'3 , Siefck, /* Seitz* 

J^^/n , lig, 19 , Pitterdorf , /. Blieterdorf. 

P, 142, //^. 10, Moter, /* Moder. 

P, 180 , lig, 9 , Watigni , /. Wattîgnies. 

Idem^ lig, 22 et 23^ Soléme , /.. Solesme. 

P, 181 > lig, 6, Watigni^ /• Wattîgnies. 

P, 196 , /^. 25 et 26 , S* Laurent de la Corda , /• S« 

Laurent de Cerda» 
P. 197, lig* i, d'Arteî^ A d* Arles. 
P, 204, //^. 19 , col de Pertuis, /. col de Porteili 
Idem , lig, 20 , la Jouquères ^ /. la Jonquièrel 
P. 20S , Z/^* 24, Singariol, /. Puig-Orlol. 
P, ^07 , lig, II 9 à Salus , /• à Salcès. 
Idem , lig, 26 et 27 , au Mont-Louis devenu Mont- 

Lîbre , /• au camp de la Perche ^ devant Mont'* 

Libre. 
PI 2i5 , lig. 7 y Lantosca ^ /. Lantosqucn 



Page 21 3, ligne i3, la Nembîe, lisez la Tloca* 

Idem , lig, i8, Baoulé, /. Beoiet. 

Idem y lig, 20 , col de Raous , /. coi de Rau8« 

P. 216» lig, 7, Finières, /• Linières* 

P. 228 , lig* 4 , idem. 

Idem^ lig. 16, Weudt, /. Werdé 

Idem^ lig. 21 > Gaudeshossen, /. Gondersho(Fen« 

P. 224, lig. 29 , Haguenau , /. Weissembourg. 

P. 225 , lig* I , idtfn, 

P. 226^ lig, 10, Gu(?i^>^csbeim , /. Germersheim» 

P. 227 , lig, i3 , le Hunzruk ^ /. le Hundsruck. 

Idem y lig, 14, Guermersheim , /. Germersheim. 

P. 3o5, /i^. 25, MauteiDa, /. Monteîlla. 

P. 3io, lig. 19 et 20, col d'Ispery, /. col d'Ispeguy; 

P. 3i5, lig. II, Baruu , /. Bossu les Valcourt. 

P. 3i8 , //^. 21 , Maeron , /. Moescroen. 

Idem , lig, 28 , Vakam , /. Wackeo. 



Fin de Perrata du quatrième volum^i 



'\, 



wm^m^^m^^fimé^ 



JOURNAL DES OPÉRATIONS 

de V armée du Nord. 

1792. ^ . 

21 octo. Beiirnonville arrive sous Valenciennes , à la 
léte des troupes , de retour de la Cham- 
pagne* 

LABOURDONNAIE,^//2<^ra/ en chef de t armée. 

25 Tourcoing et Boubais abandonnés par l'en- 

nemi. 
28 Le général Berneron> avec sa division se porte 

' dans la forêt de Benissard. 

DuMOURIER, général en chef des armées du 
Nord et de la 'Belgique réunies, 

3o Combat entre Peruvels et Blaton. 

1 noV. L'armée sous Valenciennes ; Pavant-garde en 

avUnt de Quievrain; la division Harville à 
Hon ; Labourdonnaie à Sanghien. 

2 L'ennemi repoussé de Lannoi. 

3 Affaire de. Thulin. 

4 < L'ennemi chassé de Montreuil, Thulin, etc. 

5 Attaque de Quarregnon ; l'armée marche sur 

Mons. 

6 Les Français attaquent Menin , s'emparent 

de Pont - Rouge , Warneton et Commi- 
nes, etc. 
6 Bataille de Jemmapes. 

6 Le général Labourdonnaie à Hertain. 

7 Entrée des Français dans Werwick et Mons. 
Tome IFé 1 * 



1792. 

8 no7. Labourdonnale à Tournay ; Berneron à Ath ; 

l'ennemi se retire sur Bruxeires. 

9 . Le général Berneron à HalJ. 

s 

LegenéralSTEUfGEL rew/>/^CtfB EUR NON VILLE 
à C uuant' garde ; ce dernier ira commander 
Vannée de la. Moselle. 

11 L'armée à Engbien ; Harville à Braioe-Li- 

Comte; l'avant-garde à Hall. 

12 Labourdonnaie à Gand. 

12 et i3 Une colonne partie de Dunkerque s'empare 
de Nieuport , Ostende' et de toute la Flan- 
dre maritime. 
i3 Combat de Saint-Pefersiewe et d'Anderlecht, 

14 L'armée à Anderlecht } entrée des Français 

dans Bruxelles. 

16 Prise d'Ypres et de Furnes, par les Français. 
Jdem. Labourdonnaie marche sur Anvers. 

17 Le général Stengel s'empare de Malines. 
j8 Prise d'Anvers , par Labourdonncû^* 
Idem. Combat de Leuze. 

19 L'armée campée au Cortenbergbe. 

Idem, Commencement du siège de la citadelle d'An* 
vers. 

20 Entrée des Français dans Louvain ; l'armée 

sur le Pellenberg, et le long de la forêt de 
Merendael. 

Le général M i R A N D A remplace 
Labourdonnaie. 

SX Frise des forts de Lille et de ListenKœck, 

par les Français. 



1792. 
.81 noy« L*aTmée sur Bautersem. La division Harville 
marche sur Hougarde, une autre sur Op** 
linter. 

Hartllie marche de Judoigne sur Namur. 

2% Combat et prise de Tirlemont ; l'armée à 

Cumptlch , Orsmael et Judoigne* 

26 L'armée à Saînt-Tron. 

27 Combat de Rocour et Varoux; l'armée sur 

les hauteurs de Liège ; les flanqueurs à 
Hersthall et Flémal. 

28 Entrée des Français dans Liège : ils occupent 

Spa , Stavelo , Malmédy. Stengel à Bober- 
mont. Miasinski à Dalem. L'ennemi a été 
derrière Hervé, 
aç Reddition de Ja citadelle d'Anvers, 

7 déc. Combat d'Hervé et Henri-Chapelle. L'ennemt 

se retire sur Aix-la-Chapelle et Juliers* 

8 Entrée des Français à Aix^-Ja-ChapellCf 

11 Le général Miranda s'empare de Wesem , 

Waert et Ruremonde» Le général Lamar- 
lière pousse dans le pays de Clève, lève 
des contributions, et se retire sur Rure- 
Aïonde. 

1 2 L*armée française entre en cantonnement. Les 

généraux Dampierre à Aix-la-Chapelle; 
Stengel sur la Roër j Miasinski dans les en- 
virons de Daleioi; le colonel Freschyille^ 
Eupen et environs. 
L'avant - garde de l'armée des Ardennes à 
Vervîers , Lîmbourg, Stavelpt, Spa, Mal- 
médy} rarpuée sur deux lignes de Huy à 



■^.'■.■ 






Ï792- 

Liège et Saînt-Troti , et Robermont, Her- 
vé , etc. Mlranda de Tpngres à Buremonde. 
L'ennemi à Juliers et derrière PErHit. 

Expédition sur la Hollande commandée par le 

général DumoUrier. 
1793 
17 fév. L'armée cantonnée depuis Berg-op-Zoom jus- 
qu'à une lieue de Breda; ellç est divisée en 
quatre corps : 
Avant-garde, général Berneron. 
Division de droite, général d'Arçon. 
Division de gauche, le colonel Leclerc. 
L'arrière-garde , colonel TilJy. 
22 . Le général Berneron devant Klundert et Wil- 
lemstadt ; Leclerc bloque Berg-op-Zoom , 
et Stenberg s'empare du fort Blaw-Sloys ; 
. le général d'Arçon bloque Breda.; Dumou* 

rler avec l'arrière- garde à Sevenberghe. 
Le colonel Daendels s'empare des Noort- 

Schantz. 
Le général d'Arçon attaque Breda qui se rend 
le l'j* 
aS Le général Berneron s'empare de Klundert, 

et commence le siège de Willerastadt. 
imars. Le général d'Arçon met le siège devant Ger- 
truydenberg , et s'empare le même jour de 
tous les ouvrages avancés. 
2 Le général Dumourier au Moerdyck ; les trou- 

pes de Roowert à Swalurre ; l'armée hol- 
landaise commandée par le prince d'O- 
range , aux environs de Gorcum , au Stry 
et lie de Dort. 



y 



I 



1793. 

3 mars. Le général Fiers arrive a Rosendael avec sîx 

nrille hommes. 
La division de gauche à Oùdenbosch et Se* 
venberghe. 

4 Reddition de Gertruydenberg ; une colonne 
\ marche sur Heusden. 

DUMOURIER part pour P armée de la Belgique , 
et laisse le commandement au général F 1er s ^ 

10 Les Prussiens s'avancent sur les Français par 

Bois-le-Duc. , 

IX Les Frstnçais laissent garnison dans Gertruy- 

denberg et Breda, et se retirent sur An- 
yers. 
Gertruydenberg et Breda attaqués par les Prus- 
siens et les Hollandais. 

27 L'ennemi somme Anvers ; les Français se re- 

tirent sur Dunkerque , Cassel et I ille. 

Armées de ta Belgique et du Nord réunies • 

20 fév. Le général Miranda commence le siège de 
Maëstricbt. . ^ 

% mars^r Prise des forts de Stephanswerth et Saint- 
Michel. 

S Le prince Cobourg rassemble 'Son armée ^ 

marche sur Aldenhowen , Aix-Ja-Chapelle 
et Maëstricbt. Les Français repassent la 
Meuse. 
' II Combat dans la plaine de Tongres ; les Fran- 

çais abandonnent la rive gauche delà Meuse ^ 
et se retirent sur Diet2. 



I793* 
i3 mars. L*armée derrière Louyaîn; Pavant -garde & 

Comptich ; l'ennemi entre Tirlemont et 

Tongres. 
i5 L*ennemi s'empare de Tirlemont. 

i6 Combat de Tirlemont et Goidzenfaowen. 

17 L'ennemi eittre Saint -Tron , Tongres et 

Landen. 
L'armée française derrière la Petite-Gette. 

18 Bataille de Nerwinde. 

19 L'armée repasse la Petite-Gette. Combat d 

Goidzenhowen. 

20 L'armée derrière laVelpc. 
Idenu- L'ennemi s'empare de Diet7. 

21 L'armée sur le Pellenberg et environs; canon- 

nade sur toute la ligne. 

22 Combat sur toute la ligne. 

23 Combat ; l'ennemi entre à Lourain ; l'armée 

se reforme sur les hauteurs de Corten* 
berghe. 

24 L'armée derrière la Vpluve. >, 

25 L'armée traverse Bruxelles , et se retire sur 

Hall. 

26 A Ënghien. 

27 A Ath. Le général Neuly marche sur Mons , 

par Hall et Braine-le-Comte. 

28 L'armée à Antoing; l'avant-garde àToumay ; 

Miasinskî au Mont-la-Trinité j Leveneur au 

camp de Maulde. 
3o L'armée à Breuille ; Miasinski à Orchies* 

2 avril. Miasinski devant Lille. 
5 Dumourier prend la fuite* 



1793. 

Deuxième campagne. 

Dampierre, général en chef» 

6 avril. L'armée au camp de Famars. 

8 1/armée au camp de Famars et som Bouciiain. 

9 Condé investi par l'ennemi • 

22 Sortie faite par la garnison de Condé. 

14 Combat près Condé* 

i5 Combat dans les bois de Sarnt-Amand. 

16 Combat de Fresnes et Cugies. 

16 au 17 Affaires près Lannoi. 

18 L'ennemi repoussé en avant de Fiers ; prise de 

Lannoî et Roubais, par les Français. ' 
AI L'ennemi repoussé aux avant-postes de Mau- 

beuge. 
24 L'ennemi tente le passage de la Sambre près 

Jeumont. 
j mai. Combat entre Toumay et Menin. 
Idem. Combat dans les environs de Yalenciennes. 
6 Pri$edeRou8brugheet Proven,par les Français. 

8 Combat de Raismes et de Vîcogne. 

Idem. Combat à la gauche de l'armée. 

-—Combat de Lingerj Rohck occupé par les 
Français. 

s 

LaMARCHE^ général en chef provisoire. 

23 et 24 Combat entre Orchies et Bavai. Les Français 

se retirent sous Bouchain. 
2d Combat de Bousbeck ^ Ronck et Tourcoing* 

27 CuSTlNfi^ génércd en chef. 

3i Furnes et Bnlscamp enlevés de vive force par 

les Français* 



1793. 

10 juin. L^ennemî repoussé près Templeuvcr» 

i3 au ï4 L'ennemi ouvre la tranchée devant Valen- 
dennes , sous les ordres du duc d'Yorck qui 
commande le siégeJ 

20 L'ennemi s'empare du Cateau-Cambresis. 

3o Combat de Capelle. 

17 et 2$ Sortie faite par la garnison de Valencîennes. 

2 juill. L'ennemi repoussé duPont-à-Marqûe, Pont- 

à-Rache,et abbaye de Flines. 
S et 6 Combat de Boussel et de Neuve-Eglise. 
7 Petit combat entre Bergues et Rousbrugbe. 

5 au 6 Escalade de Valencîennes tentée par l'en- 
nemi, 
m Capitulation de Condé. 

Tdem. Combat de Hantes et Douzois» 
j3aui4 Pçrte et reprise de Saint'Âfnand, par le« 

Français. 
16 L'eanemi marche sur Gambray. 

2Z Combat de Commines à Tourcoing. 

23 L'ennemi pousse de forts partis sur Cambray 

et Oisy. 
28 Capitulation de ValencLennes, 

3 août. HoxJCHAKD^ général en chef. 

6, 7 et 8 L'ennemi entre le Catelet et Cambray ; somme 
cette dernière place , et pousse des reconnais- 
sances sur Bapaume , etc. (B. ) 
9 et 10 Blocus de Cambray. • 

;io L'armée derrière Ja Scarpe , se retire sur 

Arras.' 

11 Camp ennemi entre Péronne et Salnt»Quentin; 

Cambray débloqué. (B.) 



■ 



1793. . 
xy août. Combat dans la forêt de Mormalè. 
28 Combat de Lincelles , Bondues et Blâton. 

(B.) 

19 Le Quesnoy bloqué par Pennemî. 
Idem, L'ennemi passe la Lys; combat. 

20 et 21 Combat d'Ostcapelle ; Bergues cerné par l'en- 

nemi, (B.) 

22 L'armée anglaise marche sur Furnes et Gy- 

velde ; combat, 
23, 24 Combat devant le Quesnoy, 

23 ' L'armée anglaise au camp de.Kosendael et 

Lefferînchoucke , somme Dunkerque ( B. ) , 
de la part du duc d'Yorck, 

24 La garnison de Dunkerque fait une sortie sur 

le Camp ennemi de Rosendael. ( B. ) 

24 Houchard du camp de Mons-en-Pelve piarc^e 

sur Menin , et se porte le aS à Cassel. 

25 Bergues tourné par la droite ; l'ennemi occupe 

Bierne. 
i27 ou ^9 Tourcoing attaqué par les Français. 
(B.) 

Idem. L'ennemi ouvre la tranchée devant Dun- 
kerque. 
4 sept. Environs de Péronne ravagés par l'ennemi. 

6 Combat de Poperinghe , Rousbrughe et d'Out- 

kerque. 
Idem, Combat de Ronck. 

7 Combat .de Bambecke et de Roexpœde, 

8 Combat entre Menin et Messine. 

8 et 9 Bataille de Hondtschoote donnée sur la ligne de 
Dunkerque à Ypres ; levée du siège de Dua-. 
kerque par Tennemi. 
10 Le Quesnoy capitule j Pennemi y entre le ii« 



1793. 
12 sept. Combat dans la forêt de Mormal. 
Idenim Echec des Français à Saulzoir» 
i3 Combat de Werwick etCommines; prise de 

Menin et Bonck , par les Français. 
Idem. Le générai Beaulieu se porte de Cysoing k 

Heule et Courtrai. * 

2 5 Combat de Besseghem et de Nederbeck; les 

Français se retirent sur Werwick et Lille. 
19 L'armée aux ordres de Houchard au camp de 

Gaverelle. • 
Cobourg marche sur Tournay ^ et Beaulieu à 

Cysoing. 

An 2. 1793. 

5 vend. 26 sept. Combat sur la ligne, de Lannoi à 

Commines ) retraite de rennemi. 

Jeu RD AN , général en chef provisoire.. 

♦ 

7 28 L'ennemi passe la Sambre , s'empare 

de Baschamps ^ Saint-Remi ^ Ju<- 
mont ) etc. 

11 2 oct. Maubeuge et le camp retranché h\&* 

que par l'ennemi. 

12 3 Ferrières-la-Grande au pouvoir de 

l'ennemi. 
i5 6 Blocus de Landrecies par l'ennemi. 

x5aui6 6,7 Sortie faite par la garnison de Mau* 

beuge; Cobourg devant Maubeuge. 

19 jo Les Fcançais au c&mp d'Arleux et de 

César. 

20 XI Le général Clairfait pousse une re* 

connaissance sur le camp Fran- 
çais^ 



An 2. 1793. 

aoyend. il oct. L'anbée Françaîie marclic sur Aves- 

nes-Ie-Coiute et Landrecies. 
Idem, Le duc d'Yorck quitte les environs de 
Menin , et arrire h Anglefontaine 
le 16 octobre. 

21 12 Combat du bols de TilleuT. 

22 1 3 L'ennenai de Berlaimont au village de 

Waittîgny. 
Idem» L'armée , sous les ordres du général 

Jourdan 9 marche à l'enpemi. 

Idem» Sortie de la garnison de Maubeuge. 

25,26, 17,18 Bataille de Wattigny;?ennemi repasse 

et 2^7 et 19 la Sambre dans la nuit du 26 au 

27 vendémiaire. 

29 21 Les Français s'emparent de Mar-> 

chienne. ** 

30 22 Commines, Werwick^ Menin, etc. 

au pouvoir des Français. 
Idem. Les Français marchent sur Furnes; 

Combat de Bulscamp; Furnes at- 
taqué et pris par les Français ; l'en* 
nemi poursuivi jusqu'à Nieuport, 
' qui est sommé le 23 octobre. 

4 bru» 25 Quartier-général de l'armée à Mau- 

beuge. 

5 26 L'ennemi se retire du Cateau. 
Idem, Levée du siège de Nieuport par les 

Français. 

6 27 Mont-Cassel et Moucron pris par 

l'ennemi. 
8 au 9 29 , 3o Combat et reprise de Marchlenne par 

l'ennemi. 
17 , 7no7. Combat en avani de Guise. 



23 


i3 


a frim. 


2i 


7 
8 


27 
28 



. An 2, 1798. 

18 brum. 8 noy. L*ennemî passe la Saœbre et marche 

sur Baumont. 

Lignes de cantonnenaent de l'en- 
nemi. Voyez le li'Zeré-rouge, 

Les Hessois chassés de* Watlerlos, 

Combat de Mechin et Leers. 

Affaire au château de Beck 
9 29 L'ennemi fourrage les environs de 

Landrecies et le Quesnoy. 
II I déc. L'ennemi repoussé de Werwick , La- 

chapelle, Houtem. 

Les Français du camp sous Guise à 
Jeumont. 

Postes ennemis forcés à Flines et 
Pontarache. 

L'ennemi repoussé vers le Cateau. 

Attaque du Mont-Noir par l'enneroL 

Diverses petites affaires de peu d'im- 
portance* 

PlCHEGRU , général tn chef. 

I794- 
9 pluv. 28 j[an V. Fourrage enlevé à l'ennemi à Bailleul. 

lovent, sBfév* L'ennemi attaqué Fiers. 

i8 18 Les Français, attaqués à Stenwoorde 

repoussent l'ennemi jusqu'à Pope- 
ringhe. 

1 7 germ. 6 avril. Expédition des Français au-delà de la 

Lys. 

29 18 L'ennemi se porte du Cateau à La- 

chapelle. — Combat de i3 heures. 
—Le prince d'Orange bloque Lan* 
drecies» 



18 


8 


23 


i3 




Idem. 


26 


16 


en nivôse. 



An a« 1794* 

2 âor» 2t avoriL Les divisions cle Guise, Landrecles 

et Maubeuge chassent l'ennemi 
d'Etreux , Venerol , Henape, Bo- 
hain. — Retraite d'une divisioa 
française sur le camp de César. 

5 24 Les Français attaqués en avant de 

Cambray etBouchain, se retirent 
dans le camp de César. 

ChahBONNIER , général en chef de 
Varmée des Ardeunes, 

7 26 Bataille générale sur toute la ligne de 

Dunkerque à Givet ; jonction des 
^rmées du Nord et des Ardennes. 

8 27 Quartier-général de Tarmée- à Cour- 

trai. 

Idem. Landrecies bombardé par l'ennemi. 

Idem. Bombardement de Menin par le gé- 

néral Moreau. 

9 et 10 28 y 29 Combat en avant de Courtraî. 

xt 3o Prise de Menin par les Français^ après 

un combat. 
22 I mal. Landrecies se rend à l'ennemi. 

Idem, Combat près Tournay. 

21 10 Idem y ibidem, 

22 II Combat sur là ligne de Courtraî et 

fngelmunster. 

28 et 29 17 ^ t8 Combat sur la ligne de Pont-à-Mar- 

que, Lannoi, Tourcoing, Roubaîs , 
Mouveau, etc. 

29 18 , Combat entre la Lys et l'Ëscàut ; l'en- 

nemi évacue le territoire de la ré- 
publique. 



An 2. 


1794 


3 prair. 


22 luaL 


i3 


I juin. 


]6 


4 


22 


10 



Combat cntxe Tournayet Oudc- 

narde. 
La division Moreau devant Ypres. 
L'armée vers Paffendhael. 
L'ennemi chassé de Roussel aer et 
Hooglède, se retire à Thielt. 

24 12 Le général Moreau au siège d'Ypres ; 
' l'armée entre Rousselaer et Hoog- 

lède. 

25 i3 Combat d'Hooglède et Bousselaen 
29 17 Capitulation d'Ypres. 

2 mess, %o L'armée entre Courtrai et Deynse; 

, combat ; l'ennemi se retire sur 

Gand. 
7 25 L'armée entre Waereghem et Cruys- 

hautem* 
9 27 Idem , entre Wortegham et Huysse. 

11 29 Le général Moreau s'empare de 

Bruges. 

12 3o L'armée à Deynse. 

i3 I juil. Idem y à Bruges^ le général Moreau 

à Ostende. 
i5 3 Idem y près Saint- Jorio-ten-Dislele. 

16 4 ^— A Gand, 

17 5 Oudenarde et Tournay occupés par 

les* Français. 

21 9 L'armée près d'Erembodeghem ; une 

partie de l'avant - garde entre k 
Bruxelles. 

22 10 L'armée à Asche, 

23 II Idem, entre Bruxelles et Malînes. 

2 5 i3 idçm^ en avan.t de Helworde ; la 

gauche à Hombeck* 



An 2. 1794. 

27 mess, i5 juil. Idem^ près Mallnes. — - Prise de Lan« 

drecîes par les Français. 

28 16 Les Français commencent le siège du 

Quesnoy. 
39 18 Le général Moreau s'empare de Nieu« 

port. 

5 ther. aï L'armée de Lîers à Heist-op-denberg ; 

les Anglais évacuent la ville et la 
citadelle d'Anvers* 

6 24 Entrée des Français à Anvers. 

9 27 Investissement de l'écluse par le gé« 

néral Moreau» 



Armée de la Moselle. 
1792. 

I nov* Kellermann rassemble les troupes de l'armée 
du centre , devenue armée de la Moselle , 
sur les hauteurs de Saarlouis, 

7 L'armée à Meztzig. 

8 Desprez- Crassiers prend le commandement 

provisoire de l'armée. 

9 au 14 Labaroiiëre marche de Sierck à Remich, où 

il s'empare des magasins ; et alla fouiller 
Freudenbourg. 

BeurnoKVILLE, général en chef, 

1 5 au 21 Le général Ligneville , avec six mille hommes , 
part pour Mayence; d'Hombourg, il revient 
sur les hauteurs de Saint-Vendel ; son avant- 
garde à Hessembirch ; Hohenlohe , avec qua- 
torze mille hommes , couvre Trêves , re* 
tranché sur la montagne Verte , à Pelingen , 



X792- 

Kondz , Saarbruck , Ta Chartreuse et dans les 
gorgés envîronnabte». 

sSnoV. Labarolière inquiète Freudenbourg et Saar* 
bourc;. 

j25 Le général Beurrtonville , avec le corps d'ar- 

mée, à Lehbach et Wusweiller. 

a6 Le général Ligneville k Tholey, d'où il envoie 

des parties jusqu'à Traerbach. 

27 L'armée réunie à Tholey. 

29 L'armée à Mettnicb , l'avant-gardfe à Kastel. 

30 L'armée à Nonweiller, l'avant-garde à Her- 

meskel. 
I déc. L'armée à Hermeskel, occupant Kellen , Hols- 

berg j SchondorfF, Wasweiller çt les boi» 

de Lonwald. 
at Le corps d'entre Saare et Moselle oanonne 

Saarbourg. 

3 L'avant-garde cerne les hauteurs de Pellngen. 

4 L'armée entre Hoisberg et Wasweiller ; l'avant- 

garde à Taumen , Casse! et Rouver j l'en- 
nemi chassé de la forêt de Lonwald. 
6 Le corps d'entre Saare et 'Moselle s'empare 

de Saarbourg. 

Idem» L'armée attaque la montagne Verte et les 

hauteurs de Pelingen sans succès. 
8 L'armée devant Peiingen ^ Labarolière à 

SchondorF. 

Jdent» L'ennemi repoussé de Wîlsteîn et devant Saar- 
bourg. 

II L'ennemi repoussé de son attaque sur Saar- 

bourg. 

za Coipbat de Bibelshausen ; l'ennemi est re- 

poussé. 



4 



t3déc. Combat de Warreû. 

14 Beurnonville s'empare de Pelmgeti, qn^ll ttt 

put garder. 
14 au i5 Combat d*entre Saare et Moselle* 
t6 Combat de Ham. 

17 Fausse attaque sur Pelingen^ Tarmée repaie 

sur la rive gauche de la Saare. 
t8 Les Français canonuent Greweumacheren et 

Koudz , pour cOuvrfr leur retraite»^ 
ao au 3o L'armée entre en cantonnement ( Voirez la 

carte générale V " 

Bouchard et Fvlly ^ génétaux-ai^ 

diviaioTim ^ : 

An !.•'• 1793. 

Il flor. Soayril. L'arméedans tè ducKé de Deux-Popiit 

et sur la Saare. 

26 i5 mai* L'Armée au camp de Hornbach* 
19,20,2 1 7^8,9 ju. Combat d'ArJon. 

34 au a5 12 au i3 Les Français évacuent Arlonf. 
i5ther* 2 MÛt« Bxpéditgoo: des Français sur l'abbajre 

d'Oryal. } 
2t S ^oût,. Combat d'Hebach et d^ËîswellIer. 

^6fruct. 12 8ept«c )GombatdeiKetlei5ich et Felsenbrun» 

27 au 28 i3 et 14 .Comblât de Purmasens* 
An 2. 

3,brum4 24 oct L^ennemî repoussé devant Rohrbacb 

..,.,.. et Bitoke. • = 

4 a5 > Combat près île Sarguemines. 

Hoche , général en chef. 

I frim* 21 novt Tentatives des Prussiens pour s'em- 
parer de Bitcbe* 
Tome IV. 2 \ 



An 2. 1793. 

28 bru. i8no7. Combat et prise deBisIng et Bliscas- 

• tel, par les Français. 
Idem, Idem. Près de Heir^bacb* 

7,9frîm. 27, 29 Combat près de Kayserslaptem. 

16. . 6 déc. ^ Prise de Dahnbruck, Minsthaletdes 

hauteurs en avant de Wejd. Jonc- 
tion de l'armée de la Moselle à 
celle du Rhin. 



« t 



JOUHPAN , général en chef. 

An 2. 1794. 
24 vent. 14 mars. AfFaîre Bur les hauteurs, des forges 

de Jaegerthal. 

II ger, 3r Les Prussiensjepoussésd'Apach, près 

. : 'dé'SJerck. ' . • . 

27 16 avr^ Combat sur les hauteurs de Tiffer- 

'. tange." * : .' 

28 17 L'enntim repoussé -des 'hauteurs de 

3^9 • 18 Bataille et prise d'Arlonv ^^ . 

5 pralr, 24 mai. Combat de NeuFchateau. 

7 • 26 Combat et prîse»cle Saiiit-Hubert. 

^ 27 Combit^k' prlsedes- redoutes et de la 

• ' viile de Dinaîil, -f' • i ^ 
l3 ^ I juin. Affaire de Saint-Gérard. ' 
.16. 4 L'armée de la Moselle *£gkît sa jonc- 

tîonay^c' l'armée des Ardennes et 
• : les .diTJsioDs .de^l'armée-^du Nord* 

devant Charleroi. 



Armée des Ardennes. 

Valence, général en chefi 

An I." Ï793. 
22 fruc. 8 sept. Enlèvement des postes d'Haslîr. 

An 2. 
I2frim. 2 déc. Combat près de Gîvet. 
V] 17 Combat dans les bois de Jamaîgne. 

1794- 
i5.vent. 5 mars. Combat de Saumois et Cerfontaîne. 

21 ger. 10 avrU. Combat entre Villers et Florenne. 

. ■ ^ ' ■• . . . - 

ChaRBOKNISR , général en chef. 

3 flor. 22 ' Combat de douze heures aux environs 

de d'Ausqit , près Philippeville. 

7 26 L*ennemi chassé des environs de Bos- 

sus -les- \V'alcourt , et réunion de 
Tarméc des Ardennes à l'armée du 
Nord , près Beaumont* 

21 ïomaî. Prise.de Thuin. 

22 II La droite de l'armée du Nord et de 

■ ' l'armée des Ardennes passe la 

Sarabre , s'empare de Fon^aine- 
' ' Lévéqiie et Brnche. ' • - 

Aflaii'e de Mei'bes-le-Château. 
Combat de GVândreng. 
Combat. Les Français repassent la 

Saratre. 
Combat de Cursolz , près Bouillon,. 
L'ennemi attaque le château de 

Bouillon; 
Défaite de l'ennemi à Lobbes et 

ErqueJinne. - 



23 




12 


24 


' 


r3 


• 


• lâem. 


29 




18 


2o 




19 


I prair. 


20 



Ah 2. Î794' 
t prair. aoinai* Les Français pasàent )a Saœbre, tl 

ft*emparent de Fontaine-Lévéque , 
Binche , et blocus partiel de Char- 
leroi. 

6 tS Combat. Les Français repassei^t utae 

seconde fois ia Sambre. 

7 au 8 26 au 2^ Les Français tentent le passage de 

la âanabre. 
it 3o Les Français passent la Sambre, et 

bloquent Charleroi. 
li âi Bombardement de Charleroi. 

iS 3 juin. L'ennemi fait une sortie de Cliàrle- 

toi ; les Français attaqués de toute 

part repassent la Sambre* 

JÔurdaK prend le commandement des trois 

i:orps d^ armée réunis. 

7.4prair. 12 juin. L'armée passe la Sambre. 

24 au 25 12 au 1 3 La tranchée ouverte devant Char* 

^ Jiçroi. 

26 14 Sortie d« la garnison ; prise d'une 

redoute par les Français» 

aS 16 Combat en avant de Fleurus, levée 

du siège de Charleroi ; les Fran* 
çais repassent la Sambre. 

3o . i3 l^ouveau passage de la Sambre. 

2 mess. 20 L'ennemi repoussé du coté de Je* 

I nape, 

5 23 Idem de Herlaymont. 

7 mess. 25 juiu. Charleroi capitule. 

8 a6 Bataille de Fleurus. 



i 



Ces trois corps d*armée prennent le nom 
ai Armée de Sambre et Meuse^ 



Combat de Roeulx , Harvé , Mont-* 

palisel, et prise de Mons. 
L'ennemi battu à Waterlo. 
Combat de Senef et Geuibloax* 
La tranchée ouverte devant Landre- 

cies y par les Français. 
Entrée des Français à Brui^eiles. 
Jonction des afmées du Nord et Sam* 
bre et Meuse à Ath. 
97 l5 Prise de Louvaîn et combat de la 

montagne de Fer, par Jes Fran- 
çais, 
99 17 Prise de la ville et du château de 

Namur. 
I tbén 19 , L'ennemi repoussé en arrière de Tir- 

lemont. 
3 21 Prise de Huy, par les Français. 

Idem^ Prise de Saint-Tron , par les Fran-» 

çais, 
9 zj Les Français dans Liège. 



An 2. 
x3 mess. 


1794, 
I juin. 


18 


6 


19 
20 


7 
8 

« 


21 
22 


9 
10 



Armée du Rhin. 

B I R O N , général en chef, 

C U S T I N E , commandant V armée d expédition 
sur Mayetwe et Francfort. 

1792. 
20 sept. L'armée entre Weîssembourg et Landau. 

29 Combat et prise de Spire, par Tarin ée fran* 

çaise. 

30 L'armée à Spire et environs. "^ 

4 oct. Le général Neuwinger à Worms et Muttcr- ^ 
statt. 

10 L'armée entre Hedesheim et Hungen ; Neu- 

winger pousse un détachement sur Aizey. 

18 L'armée à Worms ; les 'avant-postes à Op- 

penheim. 

19 Mayence bloqué par l'armée française. 

20 Capitulation de Mayence. ' 

23 Prise de Francfort, par les Français* 

a8 Prise du fort de Kœnigstein ; Tarraée sur la 

Nida ; combat de Nauheim , près Fried- 
bcrg. 

4 nov. Les Prussiens sur la Lahn , le Rhin, jusqu'à 
Giessen, 

9 Combat de Limbourg. 

a5 au 28 L'ennemi passe la Lahn , et marche sur Franc- 
fort. 

28 Francfort sommé par l'ennemi. 

29 Quartier-général du roi de Prusse à Hombourg. 



179a. 

2 déc. Prise de Francfort par les Prussiens ; ca- 

nonnade entre les deux armdes j retraite des 
Français sur Mayenee, 

3 L'armée française garde le Rhin , de Franc- 

kenthal à Bingen, 
14 Prise d'HocIiheim , par les Prussiens. 

An I.** ' 1793. ... 

z3 vent. 2 mars. Combat et prise d'Hochheim y par les 

f^ Français; 
ochheim repris par les Prussiens. 
Kœnigstein se rend à l'ennemi ; îes 
Prussiens. passent le Rbia au des- 
sus de Bacharach. 
Les avant>postes de Bingea attaqués; 

l'ennemi repoussé. 
ComJbat de Stromberg; Pennemi re- 
pousse. 
Les Prussiens passent le Riiîn à Saint- 

. Goar et Rhinfels. 
Combat sur la Nahe, près Bingenj 

les Français se retirentaurAlzey. 
Les Français marchent sur Worms» 

a 

Combat d'Ober-Flersheîftb 

Les Français à Neustadt. 

I ayrrl. Idem en avaât.de Landau. 

JMem en arrière de Land#n. 

L'armée française derrière la Lauter. 

' ' < '••-'.*'■ 

21 9 CuSTlNE, commandant en chef les 

. armées du. Rhin et de la Moselle^ 

8 flor. a6 ^' Prise d'un convoi près Landau, p.ir 

les Français» 



17 


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An I.- 


' 1798- 


iSflor. 


6 mai. 


29 


17 



Combat d'Herxhelm* 
Combat d'Inflingen , Knlttelhelm , et 
sur toute la ligne. 
3o 18 Passage du Rhin tenté par les Fran- 

çais au Fort-Louis et à Strasbourg. 

BeaUHA&nais y général en chef. 

12 mess* 29 juin. Combat de RhiiAJitern , Herxenhèim 

et Offenbach. 
x6 3 juill. L'armée française k Minfeld. 

% therm. 19 L'armée devant Landau» 

Idenu Combat de Franckweiller, etc. 

3 20 . La gauche de l'armée dn Rbîn se 

réunit à la droite de celle de la 
Moselle du côté d'Anweiller. 

4 21 Combat d'avant*garde. 

5 ,. 22 L'armée française en avant de Lan- 

dau , entre NusdorfF et Dam- 
heim* 
Idemé L'ennemi attaqué à Bornheim, Gleit* 

weiller et Chapelle de Bur. 
S aS Mayence se rend au roi de Prusse. 

10 27 Combat de Belbeim; l'armée fran* 

çaîse rentre au camp de Min&ld. 

11 98 L'armée française derrière les lignes 

delà Lauter. 
%S t^ août. Combat de Billikheim, Rohrbach , 

d'Infiingen, Leimersheim,Hazen« 
buhl , Rhinzabern ; l'ennemi re- 
poussé y sortie de la garnison de 
Landau. 



An I,*' Î793. 
2 fruct. 18 août. LandrbmoVT ^général en chef. 

4 20 L'ennemi attaque sur tout le front. 

6 22 L'ennemi s'avance jusqu'à Ober*^ 

Oiterbach 9 et est repoussé jusqu^à 
Bergzabern, 

7 23 L'ennemi s'empare de Scbaidt ^ qu'il 

évacue le 24* 
22 28 L'ennemi attaque sur quatre co» 

lonnes, est repoussé partout, et 
principalement du côté de Berg« 
zabern. 

26 iz sept. L'ennemi surprend le camp de Noth* 

weiller. 

27 22 L'ennemi battu et repoussé à Dahn- 

bnick 9 Bleisweiller , Niderhor- 
bach , Barbelroth et forêt de Bien- 
Wald* ♦• 

29 14 L'ennemi chassé de son camp retran- 

ché de Nothweîller , et poursuivi 
jusqu'au-delà de BondenthaL 

3/ com. 18 Les Français attaquent Bergzabern, 

Langenkandel 9 Scheibenhart* 

5 Idem 20 L'ennemi attaque le centre de l'armée 

française saus succès. 

6 21 L'ennemi attaque le camp de Noth- 

weîller ; il est tepoussé. 
An 2. 
22 vend. 3oct« Ca%j^%^ ^ général en ch^ provisoire* 

22 i3 L'ennemi attaque Schaidt, Bergza- 

bern, Lautejbourg , etc. ; retraite 
des Français* 



An 2. 1793. 

23 vend. 14 oct. L'armée derrière les anciennes lignes 

de la Moder. 
25 16 L'armée derrière la Zorn , jusqu'à 

Hochfelden. 

27 18 Combat. L'armée française se retire 

derrière la Suffel. 

28 iç L'ennemi repoussé à Wantzenau. 

X brum. 22 L'ennemi attacjue lesl hauteurs de Sa* 

verne. 

2 23 L'ennemî tente de passer le Rhîn 

edtre Rheînau et Marckolsheim ; 
il est repoussé. 

4 au 5 25 au 26 L'ennemî s'empare de Wantzenau et 

du bois de Reichstett; il est re- 
poussé de ce dernier poste. 

6 27 Forte canonnade de l'ennemi sur» le 

village d'Eckwersheîm. 

PiCHEGRtT , général en chef. 

28 i8nov. Bataille sur toute la ligne (le Fort- 

Louis se rend aux Autrichiens ) ; 
l'ennemi repoussé près deBouxweîI- 
1er et de Wantzenau. 

2Q 19 Combat et prise de deux redoutes 

près Bouxweiller 5 les Français y 
entrent le 3o au matin. 

2 frim. 22 • Combat et prise de Brumpt, par les 

Fra^nçais. 

4 24 Prise de Zulzendorff et d'Uttenhof- 

fen. 

5 25 Combat de Mittesheim et de Gon- 

dêrshofien. 



Ani. 


1793- 


iifrim» 


1 déc. 


la 


2 


H 


4 



Combat et .prîsc de 'la redoute enne- 
mie de Landgraben. 
Combat près du bois de Garabsbeiro. 
L'ennemi chassé d'OIFendorf, et pour- 
suivi jusqu'à Drusenheiui. 
19 9 L'ennemi chassé des hauteurs de Da- 

wendorf. 
sS au 26 i5 au 16 jL'armée de la Moselle s'empare de 

Da hnb ru cb , Malstall et des bau« 
teurs en avant de Werd. 

2 nir. 2Z Prise des redoutes en avant de Werd 

et de Freschweiller, par les Fran- 
çais. 

3 23 EnlèvemeBft de tous les retranche- 

ments de Biscbwiller , Haguenau et 
d'Ënzenheim, par les Français. 

ÏLOCBM y' général en chef. 

4 24 L'armée marche en avant. 

$ au 6 25 au 26 Bataille sur tou(ela ligne ; rennemtî 

chassé de Gaisberg, etc., évacue 
Weissembourg , les lignes de la 
Lauter. 

8 28 Levée du bWvs de Landau. 

9 • 29 ' Enlèvement des postes de Gerraers- 

hehn et Spire; les Prussiens pour- 
1794. suivis se retirent sur Neustadt. 
12 I jany. Prise des yillesde Neusladt, Durck- 

' . heim. 
i3 2 Lés Français s'emparent des re- 

doutes ^n avant de Kayscrslau- 
tern. 



I 
/ 



An 2» 1794» 

X4 Dîv. 3 jahv. Uarmêe marche sur Grunstadlt 

Franckendal et WormSé 
16 5 Les Français entrent à Franckendaltet 

Worms 
23 1% Combat près de Creatzûach; Penne-^ 

mi repoussé ; le duc de Brunswick 

pousse un corps considérable sur 

Trêves, 
37 :i6 Sortie faite par l'ennemi du fort 

Vauban v ( Fort-Louîs ). 
2^ z8 Evacuation totale du département da 

Bas- Rhin , par l'ennemi* 
3o 19 Reprise dvi fart Vauban , par le« 

Français» 
21 vent. II mars. Prise de vive force du poste d'Ogers* 

heim , par les Français. 

\ MfCHAUD , général en che/^ 

\ 

8 flor. 27 avril. Combat de Kurweîller* 

12 I mai. Prise de Lambsheim et Franckendal, 

par les Français. 
4 praîr. 23 Bataille de Schifferstad t. 

14 mess. 2JuiH« Combat de Freisbach, Hambach et 

Hochstedt. 

25 i3 Bataille sur toute la ligne; prise des 

postes de Freisbach^Freimersheim^ 
Stutzberg et Saukopf. 

26 14 Prise de Spire , Neustadt , de la gorge 

d'Hochspire et de Tripstadt. 
29 17 Prise de Kaysersiautern, par les Ftan^ 

cais. 



t f ^i^^mm m i 



Armée du Midi. 
MotfTli^qV tov ^ général en chef* 



1792, 



ai y â2 et it3 sept. Conquête de la Savoie. 



•^ ^ ^lÊk^^ 



Armée d^Italie* 
ÂtïSELME ^ lieutenant'général commandant* 

» 

An I." 1792- ' 

8 au 9 29et3o Passage du Var , par l'armée fraii« 
vend» sept, çaise; prise de Nice, Montalban 

et de Villefranche. 
Incendie et prise d'Oneille. 
Défaite d'un corps considérable de 

Flémontais qui s'étaient emparés 
de Sospellok 



â brum. !23 oct. 
29 i9nov« 



Î793. 
16 au 17 4 au 5 

pluv. fév. 



BiKON , général en p)u^ de tarméf 

d^Ilalie* 



26 

I vent* 

it 

39 



Combat de Moulinet , Melin et de 

Luceram. Italie. 
14 Prise de Sospello ^ par les Français. 

19 Prise du camp de Bruis , par les 

Français y idem. 
29 Enlèvement de tous les postes enne* 

mis , depuis Lantosca à Belver, id. 
9 mars. Le village de Mouliçiet enlevé de 

vive force | par les Français, id^m. 



An i.f» 1793. 

3ogerm, 16 avril. Prise du camp retranché de Perut, 

par les Français. Italie. 
2 prair. 20 mai. Prise de Rpcca et d'Isola, par les 

Français , idem, 

• 

• .BkuN£T^ générai €11 chef de V armés 

di* Italie, 

14 I juin. Combat des Fourches, zVf^/w. 

21 ^ 8 juin. Enlèvement des camps ennemis , de 

Perut, Moulinet , les Fourches et 

de R aons , idem, 
25 12 Les Français attaquent les Fourches 

et Raons, idem, 
ifherm. tSjuill. Les Français attaquent le camp de 

Rauset Lauthion, /ff^Tn. 

Kell^ermann, général en chef de 
Carmée des Alpes, 

3o 16 août.' Les Piémontais s*emparent de Lane* 

bourg, Thermignon, Braman, etc. 
Alpes. 

îifruct. 27*aôût. Prise de Toulon ; par les Anglais. 

Italie. 

22 7 sept. Combat dans les Gorges OoHioules. 

Italie. ■ ■■ • • .. i 

DUMEBBION^ général en chef de 
i^ armée (^Italie, 

23 8 Combat de Belver. — Armée d'Italie. 
Idem, L'ennemi repoussé de Brouis,Hutel 

et Lavenzo ^ idem, 
26 II Déroule des'ennertîé dans la plaînie 

d'Aîgnebelle. — Aipes. 






An 1." 1793. 
a8 au 29 i3 au 14 Expulsion de Tennem! des hauteurs de 



fruct. sept. 



Idem 



4conip. 19 

An 2. 
.7 vend. 28 



8 



29 



5q 



II 



t\)Ct. 



Idtn}^ 
Idenu 



Belleville,et prise delà redoute et 
du retrancheiuent d'Ëpierre. Alpes. 
•Prise d£i ]a redoute de Salanches,par 
les Français , idem. 

Prise ^^^ retranchements de Chatil- 
lon , par les Français , idem. 

Défaite des ennemis dans la gprge de 
Salanges, près Cluse, idem. 

Prise des postes de Sainte - Croix ^ 
Perache et des Brotleaux, près de 
Lyon , idem. 

Enlèi:enaent de vive force des retran- 
chements du Mont-Cormet , par les 
Français , idem% 

EpUvement dupostedeValmeynier, 
par les Français , idem. 

Idem d^ Beau fort, idem. 

Prise de Moutier , du bourg Saipt* 
Maurice, et enlèvement du poste 
du Col ^ I^ Magdelaine , idem. 

». 
DuCOMMI.SR, général en clief de 



OÎLT 



/ ^arméç^ d Italie • 



18 9 Pxise de Lyon* Alpes. 

27 au 28 18 fiu 19 ÇouQkbat de Gillette et de Tournefort. 

: -r Italie. 

\ brun), 2^ . >^, LVnnemi défait à Utel, idem, 

2 23 Prise de .Ji^'Arçhe Malboiset. — 

' .Alpes. 

3 24 Pri^e du camp de la Magdelaine , 

idem* . 



An s. Î793. 

4 au 5 25 au 26 Défaite des Piémotitais à Casfel-Ge« 
^ brum. oct* nest et à Brec ; prise de Figaretto ^ 

— Italie. 

7 au 8 28 au 29 Combat et reprise de Toulon , par 

les Français, a— Italie. 

DuMERBiOR^ général en chtf de 

V armée d'Italie. 

• Ï794. 

i7gerro. 6 avril. Les Français s^emp'arent du camp de 

Fougasse, idém^ 

18 7 Les Français s'eosparent de tous lei 

postes aux environs de Brégiio* r^ 
Italie. 

19 8 Frise d'OneîlIe , par les Français ^ 

idem, 
zj 16^ Quinze cents Autrichiens défaits à 

Pon(e di Nava ^ sur le Tanard , 

idem. 
38 17 Prise d*Ormea, Loano et de Garessio, 

par les Français , idem. 

5 flor. 24 Enlèvement de toutes les redoutes 

sur le Mont-Valaisan et du petit 
Saint-Bernard ; prise du poste de la 
Thuile. — Alpes. 

8 27 Prise de la^ redoute du Col Ardente^ 
Idem» Prise de Fels et de la Briga , idem, 

10 29 Prisé de Saorgio et de la Bolena^ 

par ' les ^rança?s.' — Italie. 
19 8 mai« Prise de Belvédère, Saint-Martin, 

Lanosca et é\Jt Col de Tende y 
idem. 
Idem,. Prise de Fenesltrelle , par les Fran^ 

çais, — Alpes. 

ai flor. 



An i/' X793. 

Pujet-BaRBÏntanne, général en 

chef. 

23 then 10 août. Les Espagnols attaquent la gauche 

du camp de l'Union. 
29 16 . Attaque du Mosset. 

a fruct. 19 . Les Français s'emparent d'Elne. 

9 a6 Affaire de Millas. 

11 28 Combat de la Perche près Mont* 

. Louis. 

12 29 Prise de Puycerda, Belver, par les 

Français* 
Idem. Les Espagnols s'emparent de Cornèlla 

et Forcercal. 
17 3 sept. Les Espagnols attaquent le camp de 

l'Union , et s'emparent d'Orlès et 

de Cabes^any. 
16 au 18 2 au 4 Combat d'Olette et de Villefranche. 
1^ «4 Les Espagnols chassés des ports de 

Vieille et de Rions. 
19,20,21 5, 6, 7 Les Espagnols attaquent Peyres* 

tor tes. 
2% 8 Combat et prise de Riresaltes , par 

les Espagnols. 

DagOBERT y général en chefi 

1 comp. 17 Prise de Vernet, par les Espagnols» 

Idem. Bataille de PejTestorte»; 

a 18 Prise de Stery , par les Espagnols. 

5 21 Prise de Villefranche , Oïette et du 

camp de Prades ^ par les Français. 
Idem. Prise des ports d^Escalo et Duaborsy, 

par les Français. 



An z. 



79^' 



DaOUST, générât en chef provU 

soirck 



4 
5 



1 vend.' 22 sept. Bataille de Nils, PonteîllaetTruîllas* 
% 23 Affaire d'aVant-garde. 

3 24 Les Espagnols commencent leur re- , 

traite sur le Boulon. 
25 Combat de Thuyr. 

a6 Prîse de Thuyr , par les Français. 

9 3o Retraite générale de l'ennemi sur le 

Boulon. 
Idem. prise d'Elne et d'Argèles ^ par les 

Français. , 

12 au 1 3 3 , 4oct. CoUibat de Montesquieu et de Ville- 
longue* 
5 Prise de Puycerda, par les Français!. 

Idem^ Combat de Dori et prise de Rebos ^ 

par les Français* 



H 



19 



idem* 

6 
10 



6 brum. 27 



9 
19 



TtjrtIEAU , général en chef. 

Combat dfe Puîg-Sengli ^ Montesquieu 

et de Saint-Pedro. 
Prise de CampredoUé 
Combat et prise de Monteilla, par 

les Français. 
Les.Français marchent sur Ceret, et 

combat de Palauda. 
Tentative des Français sur Roses* 



3o 

9 jnoy* Combat d'EspoUa. 



i6 


6 


ï7 


7 


18 


8 


19 
26 


9 
16 


3o 
3 nÎF, 


1 

20 

23 



An 2. 1793* 

DoPPET , général en chef. 

jifrim, I déc. Les Espagnols s'emparent de Saint- 

Ferîol. 
j^ 4 Les Espagnols repoussés à Ville- 

longue. 
Combat des Albers et de Lanzo. 
L'ennemi repoussé des hauteurs de 

Lanzo. 
Combat au col de Bagnols. 
Combat de Villelongue. 
Les Espagnols s'emparent du Col de 

Bagnols. 
Combat de Villelongue. 
Combat d'Ortaffa et de la Reart. 

I 

3 au 4 ^3 au 24 Prise du fort Saint-Elme et Port* 

Vendre , par les Espagnols, 

DEUXIÈME CAMPAGNE. 

1 

Du GOMMIER y général en chef, 

1794- • • 

7 germ. 27 mars. L'armée frartçaise quitte sfes canton- 

nements. 
16 S avril. Bagnols des Après occupé par les 

français. 
J9,2o;,2i 8 , 9, 10 Combat de MontelUa et prise d'Ui> 

gel. 
26 i5 Combat de Mas-de-Paille. 

28 17 Affaire de Pallau. 

29 18 Mort du général Dagobert. 

8 au 9 27"au 28 Combat et prise de la Palmera 9 par 
florëal. , les Français, 

10 au II 29 au 3o Combat du Taillett 



/' 



-» 



t' 



\ 



An 2. Ï794* 

1 1 flor. 3o avril. Combat de Saint - Christophe « des- 

Albers. 
Idem, Combat de Montesquiou. 

12 I mai. Combat. L'ennemi repoussé de Ceret. 
i3au 14 2 au 3 Arles et Pratz de Moilo, évacué par 

les Espagnols. 
12 I Les Français s'emparent du Col de 

Bagnols: 
ï3 2 Collioure investi par 1rs Français. 

Idem, Bellegarde, idem, 

jj 6 Prise de Saint- Laurent de la Mouga^ 

et des forges et fonderies , par les 

Fiançais. 
27 16 Sortie de la garnison de Port-Vendrç. 

6 au 7 25 ai| 26 Capitulation de Saint- Elne^ Port- 
prairiaL Vendre et Collioure. 

16 au 19 4au7Ju, Prise de Touges et Ribes^ par le» 

Français. 
19 7 Prise de Campredon/par les Français. 

23 II Prise de Ripoll,iV^tf/7i. * 

I mess. 19 Prise de Bezalu, idem^ 

a 20.' Prise du poste et camp de l'Etoile, 

idem. 

8 26 Combat près Bel ver, ideni* 

i3 I juill. Camp d'Estella forcé, idem. 

14 2 Attaque sur les hauteurs de Terra Jes, 

idem. 



Armée des Pyrénées occidentales. 

Se R VAN, général ^en chef. 

An I." 1793. 
26gerin.'i5avriK Attaque du cdmp d'Espeguy , par les 

Espagnols. 
Attaque du village de l^us^iAi^ ^idem. 
Attaque du fort d'Andaye, idem» 
Attaque de la Mpntagne de Louis 

XIV, idem. 
Attaque de JoUmont , idem. 
Attaque de Zugaramurdi , par les 

Français. 
Attaque de la redoute deBera» 
Combat de Sainte-Barbe. 
Attaque du Col de Berdaritz» 
Combat de Lusaïde. 
Deuxièipe combat , idem. ■ 
3 juin. Combat de Château Pignpn* 
Combat du rocher d*Araca. 
Combat du rocher d'Iramekaca. 
Combat de Lazerataca. 
Action au Château Pignon* 
Combat d'Erratzu. 
Kii^qvie, des camp^ le long de la Bi- 
d^ssoa. 
Idem. Attaque de la Montagne de Louis 

XIV. 
j6 4 juill. Combat auprès de Behobie* 

a5 i3 Combat d*Urrugne. 

Idem. Attaque de TEgUse retranchée de 

Biriatu. 



28 


17 


4 flor. 23 




Idem» 


5 


24 




Idem. 

1 


1Z- 


I mai. 




ïàem. 


»9 


18 


6 pralr. a5 


7 


26 


i5 


3 juin. 


16 


4 


17 


5 


18 


6 




Idem, , 




Idem, 


4 mess. 22 



An I," 1793. 

28 mess. i6.juill. 

29 17 
5theriïi. 28 

20 7 août. 

Idem» 
i7fruC:ti 3 sept, 
ai 7 

Idèm^ 
An 2i 
I vend. 22 



sobrum. lonov. 
21 II 

Idem, 

1794. 
19 pluv. 7 ft'v. 

Idem, ' 

Idem, ' 

Idem, 
37gerni. 6 avril. 
8 flor. 27 

Jdenï, 

Idem, 

^léein\ 
8 mai. 
18 " 
34praîr, 2 juin. 

Iderm, ' 
Idem, 
Idem, - 
Idem, 



î9 

29 



Attaqae d*Irouleppe, pi:^sdeLusaïde. 

Combat d'Espeguy. 

Action -çin avant d'Urrogue. 

Combat des Aldudes. 

Combat d'Orbaicet. 

Combat de Biriatu. 

Combat de Zugarramurdi» 

Combat d'Urdach. 

Combat en avant de la Montagne du 
Commissarl. 

MULL£R, général en chef , 

Combat d'Ibagnet. 
Combat de Zugaramiïrdy. 
Combat d'Urdach. 

/ 

Action de la Croix des Bouquets. 
Combat du Calvaire. 
Combat à Sarre. 
Combat à Ascain. 
Combat du Rocher. 
Combat de Saint-Michel. ' 
Combat d'Crisson. 
Combat d'Arnegui. 
Combat près de Baygory. 
Action d'Irati/ 
Combat d'Andaye. 
Combat de' Berdaritz. 

Combat au Col d'Espeguy. 
Combat au Col dé Maya. 
Attaque de Cassa Fuerte. * 
Combat d'^Orate's. 



/■ 



An 2. 1794* 
i^praîr. 2 juin. 
Idem. 

2« 16 

5 mess. aS 
Idem. 
22 10 juin. 

5 ther. 23 

Idem. 

6 24 

I 

Idem% 
Idem. 
Idem, 
Idem» 

7 . 25 
Idem. 
Idem» ' 
Idem» 
Idem, 



Combat de Bustancelay. 
Combat devant Altobiscar. 

Action devant Biriatu. 

Action près d'Urugue. 
'Action au Calvaire, près d'Urugne. 

Attaque du camp des émigrés à Ar- 
quinzu. 

Combat au col de Maya. 

Combat au col d'Arriète. 

Invasion des Français dans la vallée 
de Bastan, 

Combat du Col d'Erratzu. 

Combat d'Arîscum. 

Combcit d'Echalar, 

Combat è^ Saint-Estaven. 

Attaque des réserves de Bera, 

Attaque du fort Commissari. 

Attaque de Marie-Louise. 

Attaque de Sainte-Barbe- 

Evacuation de Biriatu , par les Es- 
pagnols. 



BATAILLE DE JEMMAPES, 

Donnée le 26 novismbre 1792. 

n Le centre de rarmée française ( où se tenait 

le général Dumourier) commandé par le 
duc de Chartres, et les généraux Drouet^ 
Desforest, StetenoflFe.t Chauraont. 

h La droite, aux ordres de Beurnonville, et les 

généraux Freschwille, Fournièr et Nord- 
mann. 

^ La gauche, commandée par le général Férand-, 

et les généraux Blottefières et Rosières. 

d Réserve d'infanterie et de cavalerie. 

e Division aux ordres «du générai Harville , de« 

, vant se porter sur les hauteurs de Berta- 

mont, et tourner la gauche de l'ennemi. 

1 Chamboran , Berchiny, hussards, et Norman- 

die, chasseurs, chargeant Tennemi par le 
flanc, 

2 Dixième et onzième régiments d'infanterie. 

3 Flandres et le sixième bataillon de grenadiers^ 

tournant et emportant la première redoute. 

4 Premier, deuxième et troisième bataillons de 

Paris, chargeant et repoussant la cavalerie 
de l'ennemi> 
*S Deux bataillons de grenadiers attaquant. 

6 Vivarais repoussant la cavalerie ennemie, qui 

tâchait de pénétrer dans la plaine. 

7 Premier bataillon de Saint-Denis. 

8 Premier bataillon de la Nièvre, recevant le prcf* 

mier feu de Tennemi caché dans le bois. 



1 



i792r. 

9 , Cent .quatrîèmç régiment s'en Fonçant daQs. le 
bois pour attaquer. 

lo, Il Bouillon, Vintimille , et quatorze autres ba-. 
• taillons, tous également exposés, pendant 
pl^isieurs heures ,aun feu soutenu d'artille- 
rie et de mousqueterifr. 

12 Le sixième régiment de chasseurs à cheval , 

et Laùzun , hussards, soutenant Tattaque 
du bols. 
Les généraux Rosières et Thouvenot, avec 
une partie des troupes de Taile. gauche , 
attaquent et emportent Quaregnon. 

i3 Bataillons rencontrant des obstacles. Faisant 

contre-marche pour entrer dans Jemmapes. 

14, i5 Le troisième bataillon franc, et le vingt- 
unième de chasseurs entrent les premiers 
dans Jemmapes, 



\ 



« 

f 



BATAILLE DE NEERWINDEN, 

Donnée le iS mats lypS. 

a Position del^armëe française avant la bataille. 

b Position de Pennemi , idem. 

b' L'avant-garde commandée par le prince Charles. 

è* L^ première ligne commandée par le général 

Colloredo. 

b^ L'infanterie de la seconde ligne et les dragons de 
Cobourg, sous les ordres du prince de Wiif- 
temberg. 

b^ Deux divisions de cavalerie, commandées parle 
major-général Stipshitz et autres troupes, sous 
les' ordres du prince de Wurtemberg , pour dé- 
fendre la plaine de Leau. 

i^ Trois bataillons de grenadiers commandés par le 
général Alwinzy. 

b^ Six bataillons belges* 

^7 Deux bataillons d*iufanterie ; hussards de Blanë- 

kenstein et chevau-légers de Latour. Ces trois 
derniers corps étaient sous les ordres dq général 
Clair fait. 
Colonnes d'attaques Commandées par les géné- 
raux Lamarche i , Leveneur 2 , Neuilly 3 , 
Dietmann4,Dajiipierre5,Miasinski6,Ruault 
*/ ^et Champmorin 8. 
Les trois premières colonnes forment Patraque de 
droite , commandées par le généraF Valence ; Içs 
quatrième et cinquième du centre , aux ordres 
du duc de Chartres, et les trois dernières for* 



1 



1793- ' ' 

maient Pattaque de gauche, sous les ordres du 
< générai Miranda. 

Cydje^ Points par oùJes colonnes françaises passèrent la 
ftgih Get(e, à 9 heures du matin. 

La première colonne s'empare de Racour; la 
deuxième dîOwerwind^n et de la Tombe de 
Miltelwînde. Cette dernière position fut dispu- • 
tée toute la Journée. \ 
Les troisième, quatrième, cinquième colonnes 
s'emparent de Neerwinden. Les Français sont 
repoussés des trois villages. 
i Leurs positions. 

k Neerwinden , repris une secondent troisième foi« 

par les Français, est .abandonné par tes deux 
partis. 
/ Charges de cavalerie. , 

m Autre charge. La quatrième colonne met la cava- 
> lerîe ennemie en déroute. 
Les sixième et septième colonnes attaquent Gut- 
zenhowen et Orsmael. 
n Combat et retraite de ces deux colonnes. 

La huitième colonne s'empare dé Leau, et s*jr 
maintient jusqu'au soir. 
o Position des Français après la bataille. 

p Idçm de l'ennemi. 

Journée du i<). 

(j Position d'une partie des troupes dé l'aile gauche 

pour couvrir la retraite de l'armée française. 
r Idem de la division du général Dam pierre. 

s Canonnade et position d'un corps d'Autrichiens. 

t Position de l'armée française après sa retraite. 

u Dernière position de l'ennemi. 



An 2» Ï794» . *• 

11 iloié lotnau Prise du Fort Mîrabouck et de Vllle- 
,* . Deuve-Despratfe , — AJpes. i 

Idem, Prise de la redoute de Maupertuys ^ 

iderUé 
24 au 2S i3 au 14 Prise , par les Français , dès redoutes 

de EWet, de te Ramasse et autres 
. postes au Mont -Cénis,/c?^/7i. 
27 praîr* ,B juin». Prise du .poste des BarricadeSj,* pajr k$ 

FraiM^ajB , idem. • . .4 » 

23 .,. II , DérçjLit^ des Piémontaîs dansai vallée 
' ' d'Aoste * idem, 

?9 ' ..,?i7 . DéFaite des ennemis au petit Saiat- 

BerHf^rcj;, ijdpm. 
6 ço^sSî:: ajl-'f., .Prise d^.çanxp dç P Assiette, îden^i^ 
?5. , f 3 juilU Comb^t^de Loano et de, la Pietra» 

•26-;^.!, ..:ï4nj..' .'Prise.deiVertaytf j.auCoijdeTendç, 

idi^i. » .', 
R thpr, '|^^.)[, ., Le po5te isle;J^5)fflcavion,pfis par.liçs 



Arfnêè'des Pyrëtiées,0rieMaX€S. ^'^ 

S E R V A N > géiîQrauen chef. v " 

:^i7TeH(Y»»'^'-t0ârsrJbédatàtÏQh*'5i^ guerre à l'Espagne. 
II ger. 3i ••'Ekpulsîdrii'd^*Espagno!s de la vallée 

./(M ..:./,MrV. d'ÀftPriV^'pïHse'de SèiekHet^ljpiar 

■ les^FtfA^eàiîr^ 'o 

-a8 '' ^'^^î^aVril: Le^ F/anr&i'î 'Tepoûô^3és4.de Samt- 

Laurerif-'tfc.tCerda. 
Tonf IF, 3 * 



An I.*' 1793. 

Sojfçr.. 191 avril. Prise d* Arles, parlés Espagnole 
1 flor. : ^o Coinbst et prise de Ceret, par les 

Espagnols. 

3o F L E a S , générât en chef. 

3o' '• 19 mai* La M«ié-Den attaquée parles Espa- 
gnols ; retraite des Français. 
-¥ ^fâir. io Argelés pris par les Espagnols. 

^ ^ Idein, Sortie de ia garnison de Collioure. 

Iden^. Bellegarde' bloquée par l'ennemi. 

5 >4 Prise d'Elne, par tes Espagnols. 

Ig aty • 'Sortie de la garnison française de 

GolliOnre. 

t 

i5 "3 juin. Bçllegard'e sommée par l'enriemîé 

16 ' '^ ^ 4 Prise du fort des Bains, par Tennemî. 
1-7 S Idem de Piratz de Mollo. 

^iy-auaS i5au 16 L'ennemi ouvre )a tranchée devant 

Bellegarde. 
I" " i8 X ^ t6 * Sortie de la garnison de éellegarde. 

8 me^.aô'juîn. Capitulation de Bellegarde. 
i^ 3o Les Espagnols repoussés de Puig- 

Oriol. 
i3 I iui|l. Les Espagnols repoussés de Mi lias. 

^5 * i3 Camp français de l'Union attaqué. 

2- i5 Les Espagnols repoussas de Via , An- 

defo ft Aigat. 
28 aui29 i6aui7 Combat de Mas, de Ferres, et atta- 
"i ' ..q,ae générale 4^?. Ë^P^^ols sur le 

_ ^Y : ., . camp de l'Union. 

' 4,iih^ffair 2jz JExpéditioj^, des Français sur nié. 

j3 3i Affaire de y iiicas. 

17 ' ,4 août»- Prise de, ^illefrancjje par les Espa^ 



'• ,: 



' I 



n 



BATAILLE DE HONDTSCHOOTE, 



6 sept. 



3 
4 

S, 6 



Du 6 au 9 novembre lypS. 

« 

A hnît heures du matin, les Français 
attaquent sur tous les points. 

Avant- garde. Le général Hédouville 
s'empare de Poperinghe , repousse 
Pennerai jusqu'à Vlaemertinghe ; 
partie de cette colonne marche sur 
Rousbrugghe, 

Combat et prise de Ren'mgelst, par le 
* général Vandame. 

L'ennemi repoussé de Waefoue. 

Houchard attaque Houtherkej l'en- 
nemi mis en fuite. 

Ces colonnes chassent l'ennemi des 
bois de Saint^Six, de Proven et de 
. Rousbrugghe. 

Le général Jourdan s'empare d'Her- 
zeèle. 

•Bambeck# et Crustrade attaquées par 
- les généraux Houchard et Jourdan ^ 

. retraite de l'ennemi. 

Position du général Falkenhausen , 

. pour couvrir la retraite des Autri- 
chiens. 

Retraite de Ja colonne aux ordres du 
général Walmoden. 

Idem j du feld-maréchal Freytag. 
.j3, 14, Le* généraux Houchard et Jourdaa 

_ s'emparent de Rexpoède. 
iS JRetraite et position du général Falken- 

hausen. 



7 
8, 9 



10 



II 



i2 



6 sept. 



Ï793. 

16 L^avant-gaVcle de la colonne (12) cul- 
butée; (e prince Adolphe et Itma- 
réchal Freytag, b'essés et faits pri- 

• .. , sonniers» - . 

17 Les gardes à pîed dégagent le prince 
Adolphe. ' * 

18 Combat. Les Autrichiens rentrent a 
Eexpoède y et délivrent le maréchal 
Freytag» ... *. 

lû ' Position des Français* 

.jîo . \/iff/n , de l'ennemi. 

L'armée anglais*» devant Duhkerque 
: '^ fut aussi attaquée , mais sans succès • 

Les Français attaqpent Hondtschoote 
"7 sept. \ sans succès ; la garnison de.Dunker- 

que fit une sortîe. 

L^armée française daraiit ;Hondts- 
choôte 'j la droite commandée par le 
général . CollàVid ; le cenfce , par 
Jourdan , et la gauche , par le géné- 
ral Vandame*;.le général T^clerc se 
porte )• Ioog..duTcan^l , pour atta- 
quer la droiteîde l'ennemi^ 
8sept. ^ 22 ' L'ennemi forcé ae retire. 

23 Sa position. « '• 

24 .Combat devant Punkerque. ' 

25 L'eunemi repouvssé de Vlaemçrtîn-ghe. 

26 Pbsrtiûn des Fraudais devûii^t Ypres. 
.L'attaque n'ayant pas réuafei , ils, se 
•retirent suc fiailJeul lea^ [ 

! T ' h 

'Nuit du 8 au 9 'Retraité de Pàrméer aiigl&isè. i 
'^7 ^ ^ Sa position'. "' , J 

11 • ...ri ! 



^ 



n 



H 



EATAn.LE 

A ' Hondt sclioote 

du 6. au. <), 7*?"' iT<)3 . 



r 



SIÈGE DE CHARLEROI. 

(Voyez le plan de la bataille de Fleurus), 

■ 

•j 

Le siège de cette place a coraiDencé le i3 prai- 
rial , levé, le iS; repri« le u.5 , levé Je 28; repris 
le 3o , et la place s'est rendue aux Français le 7 
messidor an 2, à cinq heures du soir. 

LÉGENDE. 

« 

1. Redoute dans la petite inondation* 

2. Redoute prise le 26 prairial , par les Français. 

3. Tranchée de droite. 

4. Idem y du centre ou attaque véritable. 

5. Idem , de gauciie ou fausse attaque. 

6. Batterie la Républicaine. 

7. Idem , de la Convention. 

8. Idem , de la Liberté. 

9. Idem , de TUnité. 

10. Trois batteries dites de la Fraternité, 
ir. Batterie de la Montagne. 

12. Idem y pour appuyer la gauche de la première pa- 
rallèle. 

i3. Idem , ménagée dans la redoute ( n.** 2) pour 
plonger dans la redoute de la petite inonda- 
tion. 



Tome IF. 



■ iitfria- IT* 






r 



BATAILLE DE FLEURUS, 



* 8 messidor^ an 2. 

A. Division Marceau. 

B. Idem , Lefebvre. 

C. Idem^ CbampionneU 

D. Idem, Morlot, 

E. Idem y Kleber. 

F. Zt/tfw ,. Montaîgu. 

G. Brigade aux ordres du général Daurier. 

H. Division Hatry, eh réserve : cette division a fait Ip 

siège de Charleroî. 
I. Idem ^ de cavalerie commandée par le général 

Dubois. 
A la pointe du jour, Tarmée autrichienne partagée 

en cinq colonnes, attacjue sur tout le front de 

de Parmée française. 

a. Première colonne aucp ordres du prince d^ Orange : 

elle se divise en trois corps. 

b. Le premier corps , commandé par le prince d'O- 

range » repousse les Français du calvaire d'An- 
dèrlues^ de Fontaine- Lévéque, et pénètre jus- 
qu'au château de Vespe. 

c. Ce même corps attaque sans succès la brigade 

Daurier 5 après un combat de trois heures , il se 
retire sur les hauteurs de Forchies. ' \ . 

d. Deuxième corps commandé par lé prince Waldeck, 

âtf «ique Trazeguies, en repousse la division Mon- 
taîgu. 
- Ci Cotnbat^ l*erinemi repoussé de Trazeguies. 
f • Renfort envoyés par le général Kleber. 



g. L'ennemi se r'empare de Trazeguîes, repousse les 
Français de Forchies, château Lamaiche, etc. 
Retraite de la division Montaîgu» 
h. L'ennemi maître du bois de Moucaux, canonne, 

Marchiennes-au-Pont. 
i. La division Kleber se porte sur les hauteur» du Pié- 
ton , et par le feu de son artillerie fait taire celui 
de l'ennemi, 
k. Les généraux Kleber et Bernadotte chassent Ten- 

nemi du bois de Moucaux. 
]. Position de la colonne aux ordres du prince d'O- 
range , a cjincj heures après midi. 
Deuxième colonnç aux ordres du fetâ^maréchal 
Qiiosilanowich. . , 

m. Positipn de cette colonne après ayoir repoussé les 

Français de Frasne. 
n. Combat entre Frasne et Mellet* 
o. Deuxième posislon de cette même colonne après 

les combats de «Bruncnaud et de Thumeon. 
p. Forte canonnade sur tout le front de la drvisioa f 
IVtorlot : cette deuxième colonne noyant pu 
pénétrer, fit sa retraite par la .chausiié^ de 
^ Bruxelles ; elle fut vigoureusement poursuivie du 
côté de MelJet. 
Q. Troisième colonne commandée par le gén^r^l d^ar^ 
. tillerie j comte de Kaunilz, — Cette colonne re- 
pousse les Français des Censés de Chessart , 
et marche sur la division Champipnnet, ;• 
g. Forte canonnade et charge de cavalerie. * 
r. L'ennemi tcyurne les retranchements par la gauche, 

et s'empare d'Hepignies. 
s. Le général Grenier culbute l'ennemi , et !e chasse 
des rctrancheipents. 



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Retraite de fa troisième colonne ennemie. 

Quatrième colonne aux ordres de P archiduc Charles. 
— Cette colonne repousse l'avant- garde delà divi- 
sion Lefebvre des hauteurs en avâtit de Fleurus. 

Le centre, la gauche et les retranchements de cette 
division attaqués, l'ennemi repoussé; partie de 
cette colonne marcha par la droite sur la division 
Championnet, et l'autre se retire sur Nivelle. 

Cinquième\colonne aupc ordres du général Beaulleu. 
— Elle se divise en trois corps. 

Ils s'emparent de Wansersée.^ Velaine, Baulet et 
des retranchements du bois des Copiaux. 

L'ennemi s'empare de Lambusart. 

Renforis envoyés à la division Marceau , par les gé« 
néraux Hatry et Lefebvre. 

Division Marceau en pleine retraite. 

Cavalerie autrichienne repoussée par le canon de 
Charleroi. 

Le général Lefebvre reprend Lambusart. 

Combat et charge de cavalerie ; l'ennemi repoussé 
vers les cinq heures du soir ; l'armée autrichienne 
était en pleine retraite sur tous les points, pour- 
suivie par les divisions de cavalerie de Champion- 
net, etc.; à sept heures, l'armée républicaine 
était rentrée dans ses bivouacs. 



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ÉVÉNEMENT DE TOtLON. 
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An !.•' 1793. 
Il truct. 27 août. Les troupes ennemies prenncfnt pos-" 

session de Toulon et de tous les 

forts environnants. 
27 7 sept. CdinbatauBeaussetet au Colombier; 

Tennemi rentre au, fort Malbous- 

quet et à Toulon. 
i5 au 29 14 au 3i La division du centre (armée française 

de droite) se porte sur la Gaubran. 
Idem, La division de gauche se porta sur 

Ëvènes , Broussant , Beau - des- 

quatre-heures, et s'empare des forts 

des Pommeté et Saint-André; une 

deuxième tolonne se porte sur le 

Pic Taillas et les Arennes. 
24 9 La division de droitç s'empare de la 

hauteur de Bregalion. 
L'armée de gauche se porte de Signes 

h. Solllés le Pont, ^^à Solliés la 

Farlède. 
Des troupes sont envoyées à Jouris ^ 

à Clouquartier et à Ëspaluns. 
Combat en avant de la Yallette ; une 

division se porte eu avant de la 

ga];de et l'autre au fort Sainte-Mar- 
An s. guérite et environs. 

10 frim. 3o n0Y« Sortie faite de Toulon par l'ennemi , 

qui est vivement repoussé , et forcé 

de repasser le canal de Laz et de 

rentrer dans la ville. 

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793. 

3 d^c. Reprise de Toi'lnn jiar Je» Français ; 
armée dfe droUe. 

La division Dugommier s'empare de 
la redoute anglaise, 

ta 4'^'si<>'> Mouret s'etnpBre de vive 
force du fort Matbousqnet. 

La division Garnier s'empare du grand 
et petil Saint- Antdiuej chasse l'en- 
nemi deSairit-Roch, et Je force de 
rentrer dans Toulon. Armée fran- 
çaise degauihe. 

La division Laharpe fait sauter la 
poudrière du cap Brun; attaque 
l'ennemi , et le force de realrer dans 
Iç fort Lamajgue. 

La division Lapoype tourne la mon- 
tagne de Faron, attaque et prend 
les camps et redoutes sur le Faron ; 
l'ennemi se rt-tire dans le fort Lar- 
tigues,et abandonne le fort Faron ^ 
ç[iii est occupé aussitôt par les Fran- 
çais, qui battent le fort Larugue» , 
que l'ennemi. abctndoDne , ainsi que 
la redoute Sainie-Catherine ; par- 
tie de l'ennemi se retire dans Tou- 
lon, etparlie se rembarque au fort 
Saint-Louis. 
' La nuit du 38 au 29 , k't coalïfi's 
abandonnent Toulon, 







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