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HISTOIRE' 



DE FRANCE 



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'Imprimerie L. T^l.NO^ rt l>; à Saiiit-Gti i«|Ufc 



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HISTOIRE 

DE FRANCE 

J. MICHELET 



NOUVELLE ÉDITION, RBVUB ET ADOUENTËB 



TOME TROISIÈME .-'^''ff^^^. 

PARIS 
LIBRAIHIB INTERNATIONALE 

tHtMTDB, BT 13, riVMUKa HONTM:inTllB 



A. LACROIX, VEReOECKHOVEtt ET C*. 
ÊiIUtuTt d firitxdlM, à Ltiptij tt li LiiouriM 



23/. e. iZ-r. 



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\F. S 



PRÉFACE DE 1837 



» * . » 



« 

L'ère nationale de la France est le xiw* siècler 
Les États Généraux, le Parlement/ toutes nos grandes 
institutions, commencent ou se régularisent. La bour-^ 
geoisie apparaît dans la révolution de Mareel, le paysan 
da«s la Jacquerie, la France elle-même dans M guerre 
des Aiiglais. 

Cette locution : Un bon Français, date du xiy* siècle. 

Jusqu'ici Ai France était moins France que chrétienté. 
Dominée, ainsi que tous les autres États, par la féoda*^ 
lité et par l'Église^ elle restait obscure et comme per* 
due dans ces grandes ombres... Le jour venant peu à 
peu, elle commence à s'entrevoir elle-même. 

Sortie à peine de cette ùmt poétique du moyen âge, 
elle est déjà ce que vous la voyez : peuple» prose, esprit 
critique, aoti^symboliqoe. 

Aux prêtres, eux chevaliers, succèdent les légistes; 
après la fei, la loi. 

Le petitrftls de saint Louis met ta main sur le pape et 



TI PRÉFACE DE 1837. 

détruit le Temple. La chevalerie, celte autre religion, 

» 

meurt à Courlrai, à Crécy, à Poitiers. 

A l'épopée succède la chronique. Une littérature se 
forme, déjà moderne et prosaïque, mais vraiment fran- 
çaise : poii^<da lyniJI^Qi^s, r|<H) àrjfOfigf^iice n'est que 
grâce et mouvement. 

Notre vieux droit avait quelques symboles, quelques 
formules poétiques. Celte poésie ne comparait pas im- 
punément au tribunal des légistes. Le Parlement', ce 
fgUBuà grosateuri. la traduit, l'iotei^prèle et la tufi^, . 

Au resie, le droit fran^^ avait été. .^ touLteoip^ 
moins asservi au. symbojisi})^ «que celui d'aucun, wlce 
peuple. ÇetlQ vérité, pour ' êJlPQ oéptivQ dansi la MmfU 
n'en eM pas moinç féconde* Koua n'ayons .poii^t re^t 
au long chemin par lequel nous y sommes arrivéa.. Pojur 
apj[)récie^ le Jjénie. austè.re .et la maturité précocade 

nqtre droit, ij nous a, fajlu. mettre ^n facf le dffoituj^- 

• • • • ■ 

tique des^ nati9(>& div^rses^. opposer la France et; 1# 
monde. . . 

Cettç fpis donc, la symbolique du drpit ^ — £{qu$ en 
chercherons le moi^^vement^ la dialeai^ue^. lorsque notre 
drame national sera mieiuc noué- 

' . - ' ■ • • • ' î "' ♦ 

^ Ce Volame ftit pnbHé, dans st premiôre ëJition, en mdoie temps que 

DOS Origines du droit f tançait, <r<m«éffâ<dR»iiftfl»^(krtè#flrfoffiWi|Mf 



HISTOIRE 



DE FRANCE 



LIVRE V 



CHAPITRE PREMIER 

Yôpres siciliennes. 

Le fils de saint Louis, Philippe le Hardi, revenant de 
cette triste croisade de Tunis, déposa cinq cercueils aux 
caveaux de Saint-Denis. Faible et mourant lui-même, il 
se trouvait héritier de presque toute sa famille. Sans parler 
du Valois qui lui revenait par la mort de son frère Jean 
Tristan, son oncle Alphonse lui laissait tout un royaume 
dans le midi de la France (Poitou, Auvergne, Toulouse, 
Rouergue, Albigeois, Quercy, Agcnois, Comtat). Enfin, la 
mort du comte de Champagne, roi de Navarre, qui n'avait 
qu'une fille, mit cette riche héritière entre les mains de 
Philippe, qui lui fit épouser son fils. 

Par Toulouse et la Navarre, par le Comtat, cette grande 
puissance regardait vers le midi, vers Tltalie et TEspagne. 
lii. i 



S! VÊPRES SICILIENNES. 

Hais, tout puissant qu'il était, le fiU de saint Louis n'était 
pas le chef véritable de la maison de France. La tétc de 
cette maison, c'était le frère de saint Louis, Charles d'An- 
jou. L'histoire de France, à cette époque, est celle du roi de. 
Naples et de Sicile. Celle de son neveu, Philippe III, n'en 
est qu'une dépendance. 

Charles avait usé, abusé d'une fortane inouïe. Cadet de 
France, il s'était fait comte de Provence, roi de Naples, de 
Sicile et de Jérusalem, plus que roi, maître et dominateur 
des papes. On pouvait lui adresser le mot qui fut dit au fa- 
meux llgolin. « Que me manque-t-il? demandait le tyran 
de Pise. — Rien que la colère de Dieu. » 

On a vu comment il avait trompé la pieuse simplicité de 
son frère, pour détourner la croisade de son but, pour 
mettre un pied en Afrique et rendre Tunis tributaire. 11 re- 
vint le premier de cette expédition faite par ses conseils et 
pour lui ; il se trouva à temps pour profiter de la tempête 
qui brisa les vaisseaux des croisés, pour saisir leurs dé- 
pouilles sur les rochers de la Calabre, les armes, les ha- 
bits, les provisions. Il attesta froidemeat contre ses compa- 
gnons, ses frères de la croisade, le droit de bris, qui 
donnait au seigneur de l'écueil tout ce que la mer lui 
jetait. 

C'est ainsi qu'il avait recueilli le grand naufrage de l'Em- 
pire et de l'Église. JPendant près de trois ans, il fut comme 
pape en Italie, ne souffrant pas que L'on nommât un pape 
après Clément lY. Clément, pour vingt mille pièces d'or 
que le Français loi promettait de revenus, se trouvait avoir 
livré, non-seulement lesDéux-Siciles, mais l'Italie entière. 
Charles s'était fait nommer par lui sénateur de Rome et vi- 
caire impérial en Toscane. Plaisance, Crémone, Parme» 
Modène, Ferrare et Reggio, plus tard même Milan, l'avaient 
accepté pour seigneur, ainsi que plusieurs villes du Pié- 
mont et de la Romagne. Toute la Toscane l'avait choisi 
pour pacificateur. < Tuez-les tous, b disait ce pacificateur 



* 

VÊPRES SICILIENNES. 3 * 

aux Guelfes de Florence qui lui demandaient ce qui! fallait • 
faire des Gibelins prisonniers ^. 

Mais ritalie était trop petite. Il ne s'y trouvait pas à Taise. 
De Syracuse il regardait l'Afrique, d'Otrante l'empire grec. 
Déjà il avait donné sa fille au prétendant latin de Cons- 
taotinople , au jeune Philippe , empereur sans empire. 

Les papes avaient lieu de se repentir de leur triste vic- 
toire sur la maison de Souabe. Leur vengeur, leur cher fils, 
était établi chez eux et sur eux. Il s'agis«ait désormais de - 
savoir comment ils pourraient échappera cette terrible ami- - 
tié. Ils sentaient avec effroi rirFésistibie force, Tattraction 
maligne que la France exerçait sur eux. Ils voulaient, un 
peu tard, s'attacher F Italie. Grégoire X essayait d'assoupir 
les factions que ses prédécesseurs avaient nourries si soi- 
gneusement ; il demandait qu'on supprimât les noms de 
Guelfes et de Gibelins. Les papes avaient toujours conibattu 
les empereurs d'Allemagne et de Constantinople ; 6ré« 
goire se déclara l'ami des deux empires. 11 proclama la ré- 
conciliation de rÉgtise grecque. Il vint à bout de terminer 
le grand interrègne d'Allemagne, faisant du moins nommer 
un emtpereur tel quel', un simple chevalier dont la maigre 
et chauve figure^ dont les coudes gercés, rassuraient les 
princes électeurs contre ce nom d'Empereur naguère si for- 
midable. Ce pauvre empereur fut pourtant Rodolphe de 
Habsbourg; sa maison fut la maison d'Autriche, fondée 
ainsi par les papes contre celle de France'. 

Le plan de Grégoire X était de mener lui môme l'Europe 
à la croisade avec son nouvel Empereur, de relever ainsi 
l'Empire et la Papauté. Nicolas III, romain, et de la mai- 
son Orsini, eut un autre projet : il voulait fonder en faveur 
des siens un royaume central d'Italie. Il saisit le moment 
où Rodolphe venait de remporter sa grande victoire sur le 

* On n'ëpargna qa'un enfant qa*on envoya au roi de Naplea, et qui 
moarut en prison dans la lour de Capoùe. 

* Stshmidt. 



A VEPRES SICILIENNES. 

roi de Bohème. Il intimida Charles par Rodolphe. Le roi de 
Naples, qui ne rêvait que Constantinople, sacrifia le titre 
de sénateur de Rome et de vicaire impérial. Et cependant 
Nicolas signait secrètement avec TAragon et les Grecs une 
ligue pour le renverser. 

Conjuration au dehors, conjuration au dedans. Les Ita- 
liens se croient maîtres en ce genre. Ils ont toujours cons- 
piré, rarement réussi; mais pour ce peuple artiste, une 
telle entreprise était une œuvre d'art où il se complaisait, 
un drame sans fiction, une tragédie réelle. Ils y cherchaient 
Tefiet du drame. II y fallait de nombreux spectateurs, une 
occasion solennelle, une grande fête, par exemple ; le théâ- 
tre était souvent un temple, le moment celui de Télé- 
vation^. 

La conjuration dont nous allons parler était bien autre 
chose que celle des Pazzi, des Olgiati. Il ne s'agissait pas de 
donner un coup de poignard, et de se faire tuer en tuant un 
homme, ce qui d'ailleurs ne sert jamais à rien. Il fallait 
remuer le monde et la Sicile, conspirer et négocier, encou- 
rager Tune par l'autre la ligue et l'insurrection ; il fallait 
soulever un peuple et le contenir, organiser toute une 
guerre, sans qu'il y parût. Cette entreprise, si difficile, était 
aussi de toutes la plus juste ; il s'agissait de chasser l'é- 
tranger. 

La forte tête qui conçut cette grande chose et la mena à 
bout, une tête froidement ardente, durement opiniâtre et 
astucieuse, comme on en trouve dans le Midi, ce fut un 
Calabrois, un médecin *. Ce médecin était un seigneur de 
la cour de Frédéric II. Il était seigneur de l'ile de Prochyta, 
et comme médecin , il avait été l'ami , le confident de Fré- 



' Ce fiit en effet ce moment que prirent les Pazâ pour assassiner les 
Ifédicis, et Olgiati pour tner Jean Galeas Sforza. 

* Procida était teHement distingnë comme médecin, qu'un noble na- 
politain demanda à Charles II d'aller trouter Procida en Sicile» pour se 
faire guérir d'une maladie. 



VÊPRES SICILIENNES. 5 

déric et de Manfred. Pour plaire à ces libret pefiseurs 
du xiiie siècle , il Malt être médecin , arabe ou juif. On 
entrait chez eux par l'école de Saleme plutôt que par l'É- 
glise. Vraisemblablement, cette école apprenait à ses 
adeptes quelque chose de plus que les innocentes 
prescriptions qu'elle nous a laissées dans ses vers léonins. 

Après la ruine de Manfred, Procida se réfugia en Espa- 
gne. Examinons quelle était la situation des divers royau- 
mes espagnols, ce qu'on pouvait attendre d'eux contre la 
maison de France. 

D'abord, la Navarre, le petit et vénérable berceau de 
l'Espagne chrétienne, était sous la main de Philippe m. Le 
dernier roi national avait appelé contre les Castillans les 
Maures, puis les Français. Son neveu, Henri, comte de 
Champagne, n'ayant qu'une fille, remit en mourant cette 
enfant au roi de France, qui, comme nous l'avons dit, la 
donna à son fils. Philippe lU, qui venait d'hériter de Tou- 
louse, se trouvait bien près de l'Espagne. U n'avait, ce sem- 
ble, qu'à descendre des pors des Pyrénées dans sa ville de 
Pampelune, et prendre le chemin de Burgos. 

Mais l'expérience a prouvé qu'on ne prend pas l'Espagne 
ainsi. Elle garde mal sa porte ; mais tant pis pour qui 
entre. Le vieux roi de Castille, Alphonse X, beau-père et 
beau-frèreduroi de France, voulut en vain laisser son 
royaume aux fils de son aine, qui, par leur mère, étaient 
fils de saint Louis. Alphonse n'avait pas bonne réputation 
chez son peuple, ni comme Espagnol, ni comme chrétien. 
Grand clerc, livré aux mauvaises sciences de l'alchimie et 
de l'astrologie, il s'enfermait toujours avec ses juifs ^, pour 
faire de la fausse monnaie*, ou de fausses lois, pour alté- 
rer d'un mélange romain le droit gothique '. II n'aimait pas 

• Les rois d'E»pagne les empIoyaieDt de préférence aux xiu* et zit* 
sièelrs. Les Aragonais se plaignaient avssi à la même époque des tré* 
foriers et receTcurs « qoe eran judios. • Gurita. 

• Ferreras. 

• App., L 



6 ^ ViPR£S SIGIUENNSS. 

TEspagne; ^a nianie était de sefaife Empereur. Et l'Espa- 
gne le lui rendait. bien. Les Castillans se donnèrent eux- 
mtoes pour roi, conformément au droit des Gotha, le se- 
cond fils d'Alphonse, Sanche le braTe, le Cid de ce temps^li t. 
Déshérité par son père, menacé à la fois par le» Français et 
par les Maures, de plus excommunié par le pape pour avoir 
épousé sa parente, Sanche fit tête à tout, et garda safemme 
et son royaume. Le roi de France fit 4e grandes menaces, 
rassembla une grande arméç, prit Toriflamme, entra en 
Espagne jusqu'à Salvatierra. Là, il s'aperçut qu'il n'avait 
ni vivres ni munitions, et ne piit avancer. 

C'était une glorieuse époque pour TEspagne. Le roi d'A- 
ragon, D* Jayme, fits du roi tfoubadour qui périt à Muret «a 
défendant le comte de Toulouse, venait de conquérir sur 
•les Maures les royaumes de Majorque et de Valenee. 
D. Jayme axait, telle est Templiase espagnole, gagné 
trente-trois batailles, fondé ou repris deux mille églises. 
Mais il avait, dît-H>n, enoore plus de maîtresses que d\§- 
glises. Il refiftsatt au pape te tribut promis par ses prédé- 
cesseurs. Il avait osé faire épouser à son fils D. Pedro la 
propre HUe de Manfred, le dernier rejeton de la maison de 
Souabe. 

Les rois d' Aragon, toujours guerroyantDontre Maures ou 
chrétiens, avaient besoin d'être mmés de leurs hommes, 
et Tétaient. Lisez le pottralt q«'en a tracé le brave et naïf 
Kamon Muntaner, l'hisiorien soldat, comme ils rendaient 
bonfie justice, conwne ils aoceptaieat les invitations de 
leurs sujets, commette mangeaient en-poUic devant tout 
le monde, acceptant, dit-il, ce qu'on leur offrait, fruit, 
vin ou autre chose, et no faisant pas <liMc«ité d'en goA- 
ter^. MuntanerottUiemM diose, c'est <pie ces rois aipo- 

C*fsl ee Sanche qui rtfpoodail aux laeiiaces de MiramoUn : « Je tiens- 
le |àteaa d*ttne main et le bàioo de l'antre; ta peux choisir. • Ferre- 
ras, — n se seniit assex popaUire pour ôit^r toute eiempiion d'iinp6t 
«ut nobles et aux ordres militaires. ^ * 4pp., S. 




VintBS SICILIENNES. 7 

pnlttms ti'étwent pas renommés par leur loyauté. C'étaient 
de rusés montagnards d'Aragon, de vrais Almogavares, 
demi-Maures, pillant amis et ennemis. 

Gefut près du jeune roi D. Pedro que se retira d'abord le 
fidèle serviteur de la maison de Souabe, près de la fille de 
ses maîtres, la reine Constance. L'Aragonais le reçut bien, 
hiidoniiades terres et des seigneuries. Mais il accueQlit 
froidement ses oonseils belliqueux contre la maison de 
France ; lesforcesétaienttrop ^proportionnées. Lahaihede 
Ifrohrétîenté oontre oett^ m«teon avait besoin d'aûgwienier 
encore, il aima mieux refuser et attendre^ Il laissa ravan- 
ttirîor agir, sans se oompronwttre. Pour éviter tout sbup- 
^on deoonnivence, Prooida ^vendit ees biens dr^Bapagneet 
disparut. On f>e svt ce cpi'il était dev^iu. 

Il était parti secrëtenient «n* habit de< Anmeiseain* Cet 
Iramble déguisement était anssi le plus sûr. Ces moines 
allaient partout: ils demandaient, mais vivaient 4e peu, et 
partoiut^ étaient Men reçus. <*eiis d'esprit, de ruse et deTa* 
ednde; 41s s'ae^ ttavent diaeràtemient *de «ai nté» ' ooanflrfs- 
sionsmondainesûL*Eaiv>peélaitrem|ilie de leur^ actiwîté. 
Messagers etprééieateurs, -dif^ftomiites* parfois/ils étaient 
idori oe que «ont aujourd'hui ia* pacte et la presse. P.rocida 
prit donc Ja sak rob» des Mendiants, et s^en alla, butnUe- 
mentet pieds nus, >cherDher par le moade des enaemift à 
GiMvIes d'Anjou. 

Les eoMim me snanquaient pas. Le difficile était de les 
aeoavder et de k» faire agit de ooneert et à tempa. tt'^kbard 
il se rend en Sioile, au voloan mèmer 4e la o-évoduAton» 
vottf écoute et observe. Les signe* de T^éniptioa preoMpio 
étaient visibles, rage concentrée, sourd bouillonnement, 
et le munaure et le silence. Charles épni^t œ mallhciu- 
leux peuple poiar en soumettre un antre. Toot était pèein 
4e préparatift et de menaces contre les Grecs. Procida 
passe à Gonstaaitinopie, il avertit Palécdogue^ lai donne des 
renseignements précis. Le roi de Naples avait déjà &it 



8 vApres siciubnnes. 

passer trois mille hommes à Durazso. U allait suivre avec 
cent galères et cinq cents bâtiments de transport. Le succès 
de Taffaire élait sûr, puisque Venise ne craignait pas de 
s'y engager. Elle donnait quarante galères avec son doge, 
qui était enc(»re un Dandolo. La quatrième croisade allait 
se renouveler. Paléologue éperdu ne savait que faire. « Que 
faire? Donnez-moi de l'argent. Je vous trouverai un dé- 
fenseur qui n'a pas d'argent, mais qui a des armes. » 

Procida emmena avec lui un secrétaire de Paléologue , 
le conduisit en Sicile, le montra aux barons siciliens, p«i& 
au pape, qu'il vit secrètement au château de Soriano. 
L'empereur grec voulait avant tout la signature du pape, 
avec lequel il était nouvellement réconcilié. Mais Nicolas 
hésitait à s'embarquer dans une si grande affaire. Pro- 
cida lui donna de l'argent. Selon d'autres, il lui suffit 
de rappeler à ce pontife, Romain et Orsini de naîasmce, 
une parole de Otaries d'Anjou. Quand le pape voulait 
donner sa nièce Orsini au fils de Charles d'Anjou, Charles 
avait dit : c Croit-il, parce qu'il a des bas rouges, que le 
sang de ses Orsini peut sa mêler au sang de France 7 » 

Nicolas signa,, mais mourut bientM. Tout l'ouvrage 
semblait rompu et détruit. Charles se trouvait plus puis* 
sant que jamais. U réussit à avoir un pape à lui. Il chassa 
du conclave les cardinaux gibelins et fit nommer un Fran- 
çais, un ancien chanoine de Tours, servile et tremblante 
créature de sa maison. C'était se fSûre pape soi-même. U 
redevint sénateur de Rome ; il mit garnison dans tous les 
États de l'Église. Cette fois le pape ne pouvait lui échap- 
per. U le gardait avec lui à Viterbe, et ne le perdait pas de 
vue. Lorsque les malheureux Siciliens vinrent implorer 
rintervention du pape auprès de leur roi, ils virent leur 
ennemi auprès de leur juge, le roi siégeant à côté du pape. 
Les députés, qui étaient pourtant un évéque et un moine, 
furent, pour toute réponse, jetés dans un cul de basse- 
fosse. 



fÈPRES SiaLBKMBS. 9 

La Sicile n'avait pas de pitié à attendre de Charles d'An- 
jou. Cette lie, à moitié arabe, avait tenu opiniâtrement 
pour les amis des Arabes, pour Manfred et sa maison. 
Toute insuHe que les vainqueurs pouvaient faire au peuple 
sicilien ne leur semblait que représailles. On connaît la 
pétulance des Provençaux, leur brutale jovialité. S'il n'y 
eût eu encore que l'antipathie nationale, et l'insolence de 
la conquête, le mal eût pu diminuer. Mais ce qui menaçait 
d'augmenter, de peser chaque jour davantage, c'était un 
premier, un inhabile essai d'administration, l'invasion de 
la fiscalité, lapparition de la finance dans le monde de 
l'Odyssée et de l'Enéide. Ce peuple de laboureurs et de 
pasteurs avait gardé sous toute domination quelque chose 
de l'indépendance antique. Il y avait eu jusque-là des so- 
litudes dans la montagne, des libertés dans le désert. Mais 
voilà que le fisc explore toute l'ile. Curieux voyageur, . il 
mesure la vallée, escalade le roc, estime le pic inaccessi- 
ble. Le percepteur dresse son bureau sous le châtaignier 
de la montagne, ou poursuit, enregistre le chevrier errant 
aux corniches des rocs entre les laves et les neiges. 

Tâchons de démêler la plainte de la Sicile à travers cette 
forêt de barbarismes et de solécismes, par laquelle écume 
et se précipite la torrentueuse éloquence de Barthélemi de 
Nécocastro : « Que dire de leurs inventions inouïes? de 
leurs décrets sur les forêts? de l'absurde interdiction du 
rivage? de l'exagération inconcevable du produit des 
troupeaux? Lorsque tout périssait de langueur sous les 
lourdes chaleurs de l'automne ; n'importe, l'année était 
toujours bonne, la moisson abondante.... Il frappait tout 
à coup une monnaie d'argent pur, et pour un denier sici- 
lien s'en faisait ainsi payer trente Nous avions cru re- 
cevoir un roi du I%re des Pères, nous avions reçu l' Anti- 
Christ <. 



40 . VkmU SICiLWNES. 

^ Il fAllftit, dU,aiiaiitrQ» représenter chaque Iroopeau au 
bout de Taa; )9t^ en; outre, plus de petite que le tnoupesau 
n*eo pouvait produire. Les pauvres laboureurs pleuri^ient. 
C'était une tex^ur universelle chez les bouviers, les clie-- 
yriers,ch9Eitott»lespAS(eucs. Onles rendait responsables 
delearsi abeiUes, môme, de Tessaim que le vent emporte. 
On leur défendait la chasse» et puis Qn allait en cachette 
porter dans leurs huttes des peaux de Qer& 09 de daims,, 
pour avoir droit de confisquer. Toutes les fois qu'il plaî- 
ssMit au roi <le frapper oionnAie neuv^, on sonnajit de la 
trompette dans leutea les rues ;. et.de porte e|i porte, il fal- 
lait livrer l'argent^... » 

Voilà le sort de la Sicile depuis tant desièdes. €'e$t tou- 
jours la vache nourrice, épuisée de lait et de aaag pSLS un 
maître étranger. Elle n*aeu d'indépçyadance» 4e vie forte 
que sous ses tyrans, les Denys^ les Gélon. £ux seuls 'la 
rendirent formidable au deliors. Depuis, tpujoiH's esclave. 
Et d*abord, c'est chex ^elle que se sont décidées toutes les 
grandes querelles du monde aatique : Athènes et Syracuse, 
la Grèce et Carthage, Carthage et Borne ; enfin, tes guerres 
servilest Toutes ces batailles solenneUes du .genre humain 
ont été combattues en vue de TËtna^ comme uji jHgemant 
de Dieu pai^devant TauteK Puis viennent ies^acbar^, 
ÀKibes, Normands, Allemands^ -Chaque fois la Sicile espère 
etidéeire, chaque fois elle souiFre; eUese t4Niirna« se itetouriie, 
comme Encelade sous le volcan. FaiUespe, désharmonte 
incurable d'un peupla 4e vii^t.raees> tsurqui pàsa si lour- 
dement une double iatalité d'histoire, et da climat. 

Tout cela ne. parait que Xvoft bien <dans la belle et molle 
lamentation par laquelle Falcando commence son-histoire^ : 
« le voulais, mon ami, maintenant que Tàpre hiver a. cédé 
sous un souffle -plus doux, je voulais t'écrire et.i'adresiier 
quelque chose d'aimable, comme prémices du pmateutps» 

* Nie Spocialis. 



vtnu»^itinjiMiiEs. 41 

Hais kl htgttbve nouvelle me. tàii prévoir de nouveaux 
oragfe»; mes chants se changeBt en pleura. En vain le eiel 
setirit, en vain les jardins et les bocages m'inspirent une 
joie importune, et le eondertranonvelé deft oiaeausK m'en- 
gage à reprendre le mien. Je ne puis voir sans tannes la pro- 
chaine désolation de ma bonne nonrriee^ la Sicile.-* l^equel 
embrasseront-^tls dtt joug on de l'honneur I Jecherohe en 
silence, et ne sais que dioîair. ;. -^ Je vois q«e dans le dé- 
sordre d'im tel moment, nos Sarrasins sent opprimés. Ne 
vontMls pas seconder rennemi?v..<iihl si tous, Gbrétians 
etSarraÂns; s'accordaient pour éitce un roil... -r Qu'à 
ForieRt de rUe, nos brigands siciliens xwosbatlant les bar- 
bares, parmi les kmx de TStna et les laves^ k la bonne 
beure. Aussi bien c'est «ne race de feu el de silex. Mais 
^intérieur de la Sfeilo» mais k^contréç qu'honore notre 
belle Palerme, ce serait chose impie, monairttflMsew qu'elle 
fût soMIée'de l'aspect de» barbaces. . . Je it*eàpère nep des 
A|>uN«nSj qiti n'aiment quenomeantè. Haii toi, Messine, 
€ité puissante al lioMe, -senges*ta donc à le défendra, à 
TepousBc» l^éMiigerdu détroit? Mdheur è toi, Gatane ! 
Jamais, 'à^ftme demlamités^ tu n'as pu aatisfeireet iéehir 
4a fortune. 'G«0i>rev peste» «tornents enflaomiés de l'JEtna, 
'tretnblemeirit'die leire et vuines ; iliae te manque plue que 
la servitude^ Mlons, ^meuso» secooe laifMdx, si lu peux; 
teite^equence^ éeni tm tempères, emplaîe*4a àrelever le 
eoufage des tiens. Que le ^eert'db 4^étre aflinamihie <des 
Denysl.. Âh'I qui" nous f^endm nos-i^imsl..^ l'^iw viens 
iifainteffantAtefi,'é^Pilerme^<'lélfB^>de}a Sieilél itSeroment 
tetpasser sous sHenae, et «eoRimtnt lolouer Ittgoeanent 1. . . » 
VaiS'dès tiue Fateatido'a •nommé la belle Merme, il ne 
pense phrs k seûtte i^ose, H oublie • les i)ariNirca et tontes 
ses craintes. -Le VoHàqisrt'décrit-'insaliaMement la volup- 
tueuse cité, sespsilais fimlasiiqneêf son porty.ses«ienreiI- 
Icux jardins, soyeux mûriers, orangers, citronniers, cannes 
à sucre. Le voilà perdu dansle&fiuitsetles fleur». La na-» 



18 TÉPRBS SIOLOmiBS. 

ture l'absorbe, il rêve, il a tout oublié. Je crois entendre 
dans sa prose Técho delà poésie paresseuse, sensuelle et 
mélancolique de l'idylle grecque : « Je chanterai sous l'autre, 
en te tenant dans mes bras, et regardant les troupeaux qui 
s'en vont paissant vers les bords de la mer de Sicile ^. » 

C'était le lundi, 30 mars 4282, le lundi de Pâques. En 
Sicile^ c'est déjà l'été, comme on dirait ches nous la Saint- 
Jean, quand la chaleur est déjà lourde^ la terre moite et 
chaude, qu'elle disparaît sous l'herbe, l'herbe sous les 
fleurs. Pâques est un voluptueux moment dans ces con- 
trées. Le carême finit; l'abstinence aussi; la sensualité 
s'éveille ardente et âpre, aiguisée de dévotion. Dieu a eu sa 
part, les sens prennent la leur« Le changement est brusque; 
toute fleur perce la terre, toute beauté» brille. C'est une 
triomphante éruption de vie, une revanche de la sensualité, 
une insurrection de la nature. 

Ce jour donc, ce lundi de Pâques, tous et toutes mon- 
taient, selon la coutume, de Païenne à Monréale, pour 
entendre vêpres, par la belle colline. Les étrangers étaient 
là pour gâter la fête. Un si grand rassemblement d'hommes 
ne laissait pas de les inquiéter. Le vice*roi avait défendu de 
porter les armes et de s'y exercer, comme c'était l'usage 
dans ces jours-là. Peut-être avait-U remarqué l'aflDuence 
des nobles ; en eSbt, Procida avait eu l'adresse de les réu- 
nir à Palerme ; mais il fallait l'occasicm. Un Français la 
donna mieux que Procida n'eût souhaité. Cet homme, 
nommé Drouet, arrête une belle fille de la noblesse que 
son fiancé, et toute sa fkmille menaient à l'église. U fouille 
le fiancé, et ne trouve pas d'armes; puis il prétend que la 
fille en a sous ses habits, et il porte la main sous sa robe. 
■Elle s'évanouit. Le Français est à l'instant désarmé, tué de 
son épée. Un cri s'élève : c A mort, à mort les Français* ! » 
Partout on les égorge. Les maisons françaises étaienti dit-on* 

< Théocrite. 

* • Iforiantar GalU. • Bariolomeo. 



TÉntES SICILIENNES. 43 

marquées d'avance <. Quiconque ne pouvait prononcer le 
e ou eh italien {ceci, ekeri) était tué à l'instant*. On 
éventra des femmes sîeifiennes pour chercher dans leur 
aem mi enfiiint français. 

n fallut tout un mois pour que les autres villes, rassu- 
rées par l'impunité de Palerme, imitassent son exemple. 
L'oppression avait pesé inégalement. Inégale aussi fut la 
vengeance, et quelquefois il y eut dans le peuple une 
capricieuse magnanimité 3. A Palerme même, le vice-roi, 
surpris dans sa maison, avait été outragé, mais non tué; 
on voulait le renvoyer à Aigues-Mortes. A Calatafimi, les 
habitants épargnèrent leur gouverneur, Thonnéte Porcelet, 
et le laissèrent aller avec sa famille. Peut-être était-ce 
crainte des vengeances de Charles d'Anjou. Le peuple était 
déjà refroidi et découragé, telle est la mobilité méridionale. 
Les habitants de Palerme envoyèrent au pape deux reli- 
gieux pour demander grâce. Ces députés n'osèrent dire 
autre chose que ces paroles des litanies : « Agnus Dei, qui 
tollis peccata mundi, miserere nobis. » Et ils répétèrent ces 
mots trois fois. Le pape répondit en prononçant, par trois 
fois aussi, ce verset de la Passion : « Ave, rex Judœoruni, 
et dabant ei alapam. » Messine ne réussit pas mieux auprès 
de Charles d'Anjou. Il répondit à ses envoyés qu'ils étaient 
tous des traîtres à l'Église et à la couronne, et leur con- 
seilla de se bien défendre, comme ils pourraient ^. 

Les gens de Messine se hâtèrent de profiter de l'avis. 
Tout fut préparé pour faire une résistance désespérée. 
Hommes, femmes et enfants, tous portaient des pierres. Ils 
élevèrent un mur en trois jours, et repoussèrent bravement 
les premières attaques. Il en resta une petite chanson : 

• App,, 5. 

* Simple tradition. 

* Fazello tSKore que Sperlinga fol la sealeTÎile qui tio massacrât pas 
les Francs. De là le dicton sicilien : • Quod Sicnlis placuit, *sola Spcr« 
lin^ negaTJt. • 

• App., a. 



44 VÉPB^ ^ICUJSNim. . 

« Ahl n'esi^^se pa$ graad'fHtié des femmes. 4e Me$siQ^« de 
« les voir échevflées eli portant pierre et chaux T,., Qui 
« veut gàiter Messine, Dieu lui daime trouble ei tr^ftil. » 

Il était temps toutefois que rAragonaiftarrivàt^Le prina^a; 
mséa'étiifc loim d'abord en obfi^rvatioQ, laissant le» sisqijbeii 
aux SicUiens. Ceux-^ci s'éUient irrévocablement eoii^ro^ 
mis par le massacre ; mais cammaiH «Jlaieat-rils soutenir 
cet acte irréfléchi^ c'est ce que P. PedJPO vottlttb,voi,F. U se 
tenait toutefois en Afrique avec une arquée, et faisait 'malr* 
lément la guerre aux infidèles. Cet armement avait inquiété 
le roi de France et le pape. 11 rassura le premier en pré^ 
textant la gMerre des Maures» et pour le mieux tromper» il 
lui emprunta de l'argent; il en emprunta mén^e à Cfaarleg 
d'Anjou ^ Ses barons ne purent ouvrir qu'en mer las 
ordres cachetés qu'il leur avait donnés, et iKn'y lurent rien 
que.Ia guerre d'Afrique^. Ce ne fut qu'au bout de plusieurs 
mois, et lorsqu'il eut reçu deux députations des Siciliens» 
qu'il se décida, et passa dans Vile 3. 

L'Aragonais envoya son défi devant Messûae à Charles 
d'Anjou, mais il ne se pressa pas d'aller se mettre en laea 
de son terrible ennemi. En boa .^reador, il piqw, mais 
éluda le taureau. Seulement il expédia au secours de la 
ville quelques-uns de ses brigaiuls almog^varea, lestes et 
sobres piétons qui firent en trois ;joura le» six journées qu'il 
y a de Palerme à Messine ^. JLa flotte catalane, sous le Ca- 
labrois Roger de Loria, était un secours plus efficaceen-* 
core. Elle devait occuper le détroit, a£bmer Charles d'An^ 
jou, hii fermer le retour. Le roi de Naples se défiait avec 
raison de ses forces de mer. Il repassa le détroit pendant 
la nuit, sans pouvoir eulever ni sesc tentes, ni ses provi • 

* Villani. — * Mantaner. — * App., 7. 

* • Cu qae les autres ne pouvaient supporter était' pour eu%. oomiaa 
régal et passe temps... Leur extérieur était élrauge et sauvage, et ooidbm 
ils étaient très^noirs, maigres et mai peignos, les Siciliens étaient en 
grande a>]roiration et souci, ne voyant venir qu'eux pour dcf^^nseurs.., • 
Curita. 



«on&. Au majliii» les •MessiaoisémerveiUés ne . virent pliu$ 
d'eoœmis. Us n'euFent plus qu'à piUer le camp/ 

Si Voo en croit Muntaner» les Catalans n avaient que 
vingt-deux galères eontne les quatre-vingt-dix de Ght'irlos 
d'AnjoUi Sur Gellesr^i, il y en avait dix de Pise^ qui s'en- 
fuirent les prenûèreSy quinze de Gènes qui les suivirent. 
Les Provettçaiv(, sujets de Charles, en avaient vingt,.el ne 
tinrent pa& davantage- Les quarante-cinq qui restèrent 
étaient de Naples et de Calabre; elles se crurent perdues, 
et se jetèrent à la o6te. Mais les Catalans les poursuivirent, 
les prirent, y tuèrent six iniUe hommes. Les vainqueurs, 
écartés par la tempête, se trouvèrent à la pointe du jour 
devaotle pharede Messine. 

« Quand le jour fut arrivé, ils se présentèrent à la tou- 
relle; Les gens de la ville, voyant un si g:rand nombre de 
voiles, s'écrièrent : « Ah l Seigneur I ahl mon Dieu, qu'est- 
€ ce cela? Voilà la flotte du toi Charles qui, après s'être 
€ emparée des galères du roi d'Aragon, revient sur nous. » 

« Le roi était levé, car il se levait constamment à l'aube 
du. jour, soit l'été, soit l'hiver; il entendit le bruit, et en 
demanda la cause. « Pourquoi ces cris dans toute la cité? 
« — Seigneur, c'est la flotte du roi Charles qui revient bien 
« plus considérable, et qui s'est emparée de nos galères. » 

« Le roi demanda un cbeViSl, et sortit du palais, suivi à 
peine de dix personnes. Il courut le long de la côte, oii il 
rencontra un grand nombre d'hommes, de femmes at d'en- 
fants au désespoir. U les encouragea, en leur disant : 
« Bonnes gens, ne craignez rien, ce sont nos galères qui 
€ amènent la flotte du roi Charles. » Il répétait ces mots 
en courant sur le rivage de la mer; et tous ces gens s'é- 
criaient : « Dieu veuille que cela soit ainsi ! » Qi^e vous di- 
rai je, enfin? Tous les hommes, les femmeaet enfants de 
Messine couraient après lui, et l'armée de Messine le suivait 
aussi. Arrivé à la Fontaine d'Or, le roi, voyant approcher 
une si grande quantité de voiles poussées par le vent des 



46 VÊPIUES SICILIKNNIS. 

montagnes, réfléchit un moment, et dit i^ part soi : t Dieu, 
qui m'a conduit ici, ne m'abandonnera point, non plus que 
ce malheureux peuple; grâces lui en soient rendues! » 
« Tandis qu'il était dans ces pensées, un vaisseau armé, 
pavoisé des armes du seigneur roi d'Aragon, et monté par 
En Cortada, vint devers le roi, que l'on voyait au-dessus 
de la Fontaine d'Or, enseignesdéployées, à la tête de la ca- 
valerie. Si tous ceux qui étaient là avec le roi furent trans- 
portés de joie, en apercevant ce vaisseau avec sa bannière, 
c'est ce qu'il ne faut pas demander. Le vaisseau prit terre. 
En Cortada débarqua et dit au roi : t Seigneur, voilà vos 
galères ; elles vous amènent celles de vos ennemis. Nicotera 
est prise, brûlée et détruite, et il a péri plus de deux cents 
chevaliers français. » A ces mots, le roi descendit de che- 
val et s'agenouilla. Tout le monde suivit son exemple. Ils 
commencèrent à entonner tous ensemble le Salve regina. Ils 
louèrent Dieu, et lui rendirent grâces de cette victoire, car 
ils ne la rapportaient point à eux, mais à Dieu seul. Enfin, 
le roi répondit à En Cortada : « Soyez le bienvenu. » Il lui dit 
ensuite de retourner sur ses pas, et de dire àtous ceux qui se 
trouvaient devant la douane de s'approcher en louant Dieu; 
il obéit, etles vingt-deux galères entrèrent les premières, trat- 
nant après elles chacune plus de quinze galères, barques ou 
bâtiments ; ainsi elles firent leur entrée à Messine, pavoisées, 
l'étendard déployé, et traînant sur la mer les enseignes en* 
nemies. Jamais on ne fut témoin d'une telle allégresse. On 
eût d t que le ciel et la terre étaient confondus ; et au mi- 
lieu de tous ces cris, on entendait les louanges de Dieu, de 
madame Sainte Marie et de toute la cour céleste... Quand 
on fut à la douane, devant le palais du roi, on poussa des 
cris de joie ; et les geps de mer etles gens de terre y répon- 
dirent, mais d'une telle force, vous pouvez m'en croire, 
qu'on les entendait de la Calabre ' . » 

* Mununcr. 



VÊPRES SICILIENNES. 47 

Charles d'Anjou vit du rivage le désaatre de sa flotte. Il 
vit incendier sans pouvoir les défendre ces vaisseaux, cons* 
truits naguère pour la conquête de Constahtinople. On dit 
qu'il mordait de rage le sceptre qu'il tenait à la main, et 
qu'il répétait le mot qu'il avait déjà dit en apprenant le 
massacre : « Ah, sire Dieu, moutl m'avez offert à surmon- 
ter ! Puisqu'il vous plaît de me faire fortune mauvaise, qu'il 
vous plaise aussi que la descente se fasse à petits pas et 
doucement *. » 

Mais l'orgueil l'emporta bientôt sur cette résignation. 
Charles d'Anjou, déjà vieux et pesant , proposa au jeune roi 
d'Aragon de décider leur querelle par un combat singulier, 
auquel auraient pris part cent chevaliers des deux royaumes. 
L'Aragonais accepta une proposition si favorable au plus 
faible, et qui lui donnait du temps ^. Les deux rdis s'enga- 
gèrent à se trouver à Bordeaux le 15 mai 1283, et à com- 
battre dans cette ville sous la protection du roi d'Angleterre. 
A l'époque indiquée, D. Pedro bien monté, voyageant 'de 
nuit, et guidé par un marchand de chevaux qui connais- 
sait toutes les routes, tous les pors des Pyrénées, se rendit, 
lui troisième, à Bordeaux. 11 y arriva le jour même de la ba- 
taille, protesta devant un notaire que le roi de France étant 
près de Bordeaux avec ses troupes , il n'y avait pas de sû- 
reté pour lui. Pendant que le notaire écrivait, le roi fit le 
tour de la lice, puis il piqua son cheval, et fit sans s'arrêter 
près de cent milles sur la route d'Aragon. 

Charles d'Anjou, ainsi joué, prépara une nouvelle armée 
en Provence. Mais avant qu'il fût de retour à Naples, Ta- 
mirai Bogerde Loria lui avait porté le coup le plus sensible. 
11 vint avec quarante -cinq galères parader devant le port de 
Naples, et braver Charles le Boiteux, le fils de Charles d'An- 
jou. Le jeune prince et ses chevaliers ne tinrent pas à un 
tel outrage. Ils sortirent avec trente-cinq galères qu'ils 

* • ...Pacclati, che*l mio calare sia a fetii passi. • Villani. 
111* t 



4^ TipRES siaLisx:«8S. 

aHaigni^ (i^W^.le ppijL. Aju premier cboc« ils fureni défaits et 
priSf Char].e&. d'Anjou ajriva le lendemain. « Que n'e$i-41 
n^r^ I > s'écriarrt-ilj^ quand on lui apprit la captivité de son 
fils Ml se donna la. consolation de faire pendre cent cin- 
quai^t^ Napolit^i^s^ 

Le roi de Naples avait été rudemenl frappé de ce dernier 
coup.. Son activité Tabapclonpait. U perdit Tété à négociei 
par Tentrenûse du pfipe un. arrangement avec les Siciliens. 
L*hiver, il fit de nouveaux préparatifs; mais ils ne devaient 
pa;s lui servir.. La vie lui échappait, ainsi que Tespoir de la 
vengeance. U mourut, avec la piété et la sécurité d*un saint, ^ 
se,rendimt ce témpignage, qu'il n'avait fait la conquête dur^ 
royaume de Sicile que pour 1q senice de r£glise» (7 janvier. 

Cependant, le pape, tout Français de naissance et de 
cœur, avait déclaré D. Ped|x> déchu de son -royaume d'A- 
ragon (1283), assurant les indulgences de la croisade à qui- 
conque lui courrait sus. L'année suivante il adjugea ce 
royaume au jeune Charles de Valois, second fils de Philippe 
le Hardi, et frère de Philippe le Bel. Ce fut en effet une 
vraie croisade. La France n'avait point guerroyé depuis 
longtemps. Tout le monde voulut en être,, la reine elle-- 
m.(^e et beaucoup de nobles dames. L'armée se trouva la 
plusi forte qui fut jamais sortie, de France depuis Godefroi 
de Bouillon. Les Italiens la.pQrtentà viugtmille.ohevaliers, 
quatre mille fantassins. Les flottes de. Gènes» de , Marseille^ 
d'Aigues-MorXes et de Narbonne,. devaient .suivre les ri- 
vages de Catalogne» et seconder les ^i;pupQ$, de terre. Tout 
promettait un succès facile. D« Pedro se trouvait abandonné 
de son allié, le roi de Castille» et de son frère jnéme, le roi 
de Migorque. Sessujets venaient de formes unehckrmandad 
contre lui. Il se trouva réduit à quelques Almogayares, avec 
lesquels il occupait les positions i^t^quablj^, observant . 

1 • Lo re Carlo... dU^e cod irato v^mfi : Or fo^iil^jiiMfrf,]^Qne9uU 
fali nosire mandemenL * Villani. 



VÊPRES SICILIENNES. 19 

et inquiétant l'ennemi. Elna fit quelque réshtance, et tout 
y fut cruellement massacré. Gironne résista davantage. Le 
roi deFrance, qui avait fait vœu de la prendre, s'y obstina, 
et y perdit un temps précieux. Peu à peu le climat com- 
mença à faire sentir son influence malfaisante. Des fièvres 
I se mirent dans l'armée. Le découragement augmenta par 
t la défaite de l'armée navale; l'amiral vainqueur, Roger de 
'. Loria, exerça sur les. prisonniers d'effroyables cruautés. Il 
« fallut songer à la retraite, mais tout le monde était malade ; 
les soldats se croyaient poursuivis par les saints dont ils 
avaient violé les tombeaux. Tous les passages étaient occu- 
pés. Les Àlmogavares, attirés parle butin, croissaient en 
nombre à vue d'œil. Le roi revenait mourant sur un bran- 
card au milieu de ses chevaliers languissants. La pluie tom- 
bait à torrents sur cette armée dé malades. La plupart res- 
tèrent en route. Le roi atteignit Perpignan, mais pour y 
mourir. Il ne lui restait pas un pouce de terre en Espagne. 
Le nouveau roi, Philippe le Bel, trouva moyen d'armer 
leroideCastille contre son allié d'Aragon. Le fils de Charles 
d'Anjou obtint sa liberté avec un parjure. La Sicile et ses 
nouveaux rois, cadets de la maison d'Aragon, se virent 
abandonnés de la branche ainée, qui prit même les 
armes contre eux. Cependant le petit-fils de Charles 
d'Anjou, fils de Charles le Boiteux, fut pris par les Sici- 
liens, comme son père l'avait été. Un traité suivit (1299), 
d'après lequel le roi Frédéric devait garder File sa vie durant. 
Mais ses descendants l'ont gardée pendant plus d'un siècle. 
Cette royauté de Naples, si mal acquise, ne fut pas ren- 
versée entièrement, mais du moins mutilée et humiliée. II 
y eut quelque réparation pour les morts. « Le pieux 
Charles, aujourd'hui régnant (le fils de Charles d'Anjou), 
dit un chroniqueur, qui mourut vers l'an 1300, a construit 
une église de Carmes sur les tombeaux de Conradinetde 
ceux qui périrent avec lui^. > 

' iUcobald. Ferrar. 



CHAPITRE II. 



Philippe le Bel. ^ Boniface VIII. 1285-1304. 



• i 



c Je fus la racine de la mauvaise plante qui couvre toute 
la chrétienté de son ombre. De mauvaise plante, mauvais 
fruit... 

c J'eus nom Hugues Capet. De moi sont nés ces Louis, 
ces Philippe, qui depuis peu régnent en France. 

a J'étais fils d*un boucher de Paris i, mais quand les an- 
ciens rofs manquèrent, hors un qui prit la robe grise, je me 
trouvai tenir les rênes, et j*avais tels amis, telles forces que 
la couronne veuve retomba à mon fils ^ De lui sort cette 
race où les morts font reliques 3. 

« Tant que la grande dot prow^nçale ne leur ôta toute 
vergogne, peu valaient-ils ; du moins faisaient-ils peu de 
mal. 

a Mais dès lors ils poussèrent par force et par men- 
songe, et puis pas pénitence ils prirent Normandie et Gas- 



cogne. 



« Charles passe en Italie, et puis, par pénitence égorge 
Conradin. — Par pénitence encore, il renvoie saint Thomas 
au ciel. 

* Celte tradition populaire n*est confirmée par aucun texte bien an- 
cien, non plus qu'une bonne partie des traits satiriques qui suivent. 

* On sait que Hugues Capot ne voulut jamais porter la couronac. Robert 
est le premier des C.tpétiens qui la porta. 

' AUnsion à la canonisation récente de saint Louis. 



BOmFACE VUI. 21 

c Un autre Charies sortira tantM de France. Sans armeSt 
il sort, sauf la lance du parjure, la lance de Judas. Il en 
£rappe Florence au ventre ^. 

« L'autre, captif en mer, fait traite et marché de sa fille; 
leecNTsairedu moins ne vend que Tétranger. 

« Mais voici qui efface le mal fait et à faire... Je le vois 
entrer dans Anagni, le fleurdelisé !... Je vois le Christ captif 
en son vicaire ; je le vois moqué une seconde fois ; il est de 
nouveau abreuvé de fiel et de vinaigre. U est mis à mort 
entre des brigands ^. » 

Cette furieuse invective gibeline, toute pleine de véri- 
tés et de calomnies, c^est la plainte du vieux monde mou* 
rant, contre ce laid jeune monde qui lui succède'. Celui-ci 
commence vers 1 300 ; il s'ouvre par la France, par l'odieuse 
figure de Philippe le Bel. 

Au moins quand la monarchie française, fondée par 
Philippe-Auguste et Philippe le Bel, finit en Louis XVI, 
elle eut dans sa mort une consolation. Elle périt dans la 
gloire immense d'une jeune république qui, pour son coup 
d'essai, vainquit l'Europe et la renouvela. Mais ce pauvre 
moyen âge, papauté, chevalerie, féodalité, sous quelle main 
périssent-ils? Sous la main du procureur, du banquerou- 
tier, du faux-monnayeur. 

La plainte est excusable; ce nouveau monde est laid. S'il 
est plus légitime que celui qu'il remplace, quel œil, fût-ce 
celui de Dante, pourrait le découvrir à cette époque? Il 
naît sous les rides du vieux droit ro^nain, de la vieille fis- 
calité impériale. Il naît avocat, usurier; il naît gascon, 
lombard et juif. 

Ce qui irrite le plus contre ce système moderne, contre 
la France, son premier représentant, c'est sa contradiction 
perpétuelle, sa duplicité d'instinct, l'hypocrisie naïve, si 
je puis dirCf avec laquelle il va attestant tour à tour ei 

« U t'agit de Charli» de Valois. 
• DâDte, Pqrgit. 



as PHIUPPB LB BSU 

alternant :ses.4euxpriDeipe8, xoaaaiaet.léodal. La France 
est filor& un légiste en euiraaae, un.proeitteur bardé denier; 
elle emploie la force féodale à exécuter ie&.89nttfneesida 
dimt romain' et oanoniflue. 

Fille obéissante de rÉgliae, elle .s'emptre ddVilaUest 
de r%lise mânie ; si^Ue tant rfgliae, c'est comme as. fille, 
iB«yBune .obligée en consdeoce de a>mgBr4a.mèfe. 

Le premier acte du peflt^flls de saint Louis avait ét§ 
d'exclure les prêtres de radministration de la justice, de 
leur interdire tout tribunal, non-seulement ^u parlement 
du roi et dans «es domaines, mds dans ceux des seigneurs 
[f S87). « U a été ordonné par le conseil du seigneur roi, 
tjue les ducs, comtes, barons, archevêques et évêques, 
àbbés, chapitres, tTolIéges, gentilshommes (niilites), et en 
général, tous ceux qui ont en France juridiction tempo- 
reUe, instituent des laïques pour baillis, prévôts et oT&ciecs 
de justice; qu'ils n'instituent nullement des clercs en ces 
fonctions, afin que, s'ils^ manquent (délinquant) en quelque 
ehose, leurs supérievrs puissent sévir contre eux. S'il y a 
des clercs dans les susdits offices, qu'ils en soient éloignés. 
— item, il a été ordonné que tous ceux qui, après le pré- 
sent piarlcment, ont ou auront cause en la cour du seigneur 
roi, et devant les juges séculiers du royaume, constituent 
des procureurs teîques.'Enregistré ce jour, au parlement, 
de là Toussàmt, Tan du Seigneur 1 287. ■ 

Philippe le Bel rendit le parlement tout laïque. Cesi la 
première sépatation expresse de Tordre civil et ecclésias- 
tique; disons mieux, c'est la fondation de Tordre civil. 

Les prêtres ne se résignèrent pas. Il semble qu'ils aient 
essayé de forcer le paplement et d'y reprendre leur siège. 
Un A1t99, le roi défend « à ThUippe et Jean, portiers du 
parlement, de laisser entrer mflly des prélats en la ciiam- 
bre sans le consentement des maistres (présidents) ^ » 

• 

* D. Vaisselle. 



BONiPACE vni. 2S 

Constitué par l'exclusion de rélément étranger, ce corps 
«'organisa (4994)^ par la division du travail, par la t'épar- 
tition des fonctions diverses. Les uns durent recevoir les 
requêtes et les expédier, les autres eurent la charge des 
enquêtes. Les jours de séance furent fixés, les récusations 
-déterminées, ainsi qne les fonctions des officiers du roi. 
Un grand pas se fit vers la centralisation judiciaire. Le 
«parlement de Toulouse fut supprimé, les appels du Lan- 
.guedoc forent désormais portés à Paris ^; le^ grandes 
affaires devaient se décider avec plus de calme loin de 
'Cette lerPQ passionnée, qui portait la trace de tant de révo- 
lutions. 

Le parlement a rejeté les prêtres. Il «ne tarde pas à agir 
•contre eux. £n -4-288, le roi 'défend qu'aucua juif ne so^it 
arrête à la réquisition d'un prêtre ou morne, sans qu'on 
Hit informé le sénéchal ou bailli du motif de rarrestationv 
«C sans qu^onlui ait présenté copie tlu mandat qui Tor- 
^denne. Il modère la tyrannie religieuse sous laquelle 
gémissait le Midi : il défend au sénéchal de Garcassonnè 
-d'emprisonner qui que ce seit sur la seule demande des 
inquisiteurs '. Sans doute, ces concessions étaient intéres- 
sées. Le juif était chose du -roi ; l'iiérétique son sujet, son 
iaillaklêj n'eût pu être rançonné par lui, s'il l'eût été par 
l'inquisition. Ne nous informons, pas trop du motif. L'or- 
donnance parait honorable à celui qui la signa. On y en- 
trevoit la première lueur ée la tolérance et de l'équité 
religieuse. 

La même année 4291, le roi frappa sur l'Église un coup 
plus hardi. Il limita, ralentit cette terrible puissance d'ab- 
sorpUonqui,.pcu à peu, eût fait passer toutes les terres du 
royaume aux gens de mainmorte. Morte en effet pour ven- 
dre ou donner, la main du prêtre, du moine, était ouverte 
-et vivante pour recevoir et prendre. 11 porta à trois, quatre 

" Ordonoances. — • Ajjp,^ 9, 



S4 PHILIPPE LE DEL. . 

OU six fois la rente, ce que devait payer l*acquéreur ecclé- 
siastique, en' compensation des droits sur mutations que 
l'Ëtat perdait. Ainsi toute donation d'immeubles faite aux 
églises profita désormais au roi. Le roi, ce nouveau Dieu 
du monde civil, entra en partage dans les dons de la piété 
avec Jésus-Christ, avec Notre-Dame et les saints. 

Voilà pour TËglise. La féodalité, tout armée et guerrière 
qu'elle est, n'est pas moins attaquée. D'dle-méme se dégage 
le principe qui doit la ruiner. Ce principe est la royauté 
comme suzeraineté féodale. Saint Louis dit expressément 
dans ses Établissements (liv. II, c. xxvii) : Se aucun se 
plaint en la cour le roy de son saignieur de dete que son 
saignieur li doie, ou de promesses, ou de convenances 
que il li ait fêtes, li sires n'aura mie la cour : car nus sires 
ne doit estre juges, ne dire droit en sa propre querelle, se- 
lonc droit escrît en Code. Ne quis in sua causa judicet, en 
la loi unique qui commence Generali, el rouge, et el 
noir, etc. Les Établissements de saint Louis étaient faits 
pour les domaines du roi. Beaumanoir, dans la Coutume 
de Beauvoisis, dans un livre fait pour les domaines d'un 
fils de saint Louis, de Robert de Clermont, ancêtre de la 
maison de Bourbon, écrit sous Philippe le Bel que le roi 
a droit de faire des établissements, non pour ses domaines 
seulement, mais pour tout le royaume. Il faut voir dans le 
texte môme avec quelle adresse il présente cette opinion 
scandaleuse et paradoxale ^. 

Philippe le Hardi avait facilité aux roturiers l'acquisition 
des biens féodaux. D enjoignit aux gens de justice « de ne 
pas molester les non-nobles qui acquerront des choses 
féodales, d Le non-noble, ne pouvant s'acquitter des ser- 
vices nobles qui étaient attachés au fief, il fallait le con- 
sentement de i(f\jLS les seigneurs médiats, de degré en 
degré jusqu'au roi. Philippe III réduisit à trois le nombre 

• 

* Dcanmanoir. 



BONIFACS VlII. 35 

des seigneurs médiats dont le consentement était requis. 

La tendance de cette législation s'explique aisément 
quand on sait quels furent les conseillers des rois aux 
xu]« et \iY^ siècles, quand on connaît la classe à laquelle ils 
appartenaient. 

Le chambellan, le conseiller de Philippe le Hardi, fut le 
barbier ou chirurgien de saint Louis, le tourangeau Pierre 
la Brosse. Son frère, évéque de Bayeux, partagea sa puis- 
sance et aussi sa ruine. La Brosse avait accusé la seconde 
femme de Philippe III d'avoir empoisonné un fils du pre- 
mier lit. Le parti des seigneurs, à la tête duquel était le 
comte d'Artois, soutint que le favori calomniait la reine^ 
et que de plus il vendait aux Castillans les secrets du 
roi. La Brosse décida le roi à interroger une béguine^ ou 
mystique de Flandre. Le parti des seigneurs opposa à la 
héguin'e les dominicains, généralement ennemis des mys- 
tiques. Un dominicain apporta au roi une cassette où Ton 
vit ou crut voir des preuves de la trahison de La Brosse. 
Son procès fut instruit secrètement. On ne manqua pas de 
le trouver coupable. Les chefc du parti de la noblesse, le 
comte d'Artois, une foule de seigneurs , voulurent assister 
à son exécution. 

En tête des conseillers de saint Louis, plaçons Pierre de 
Fontaines, l'auteur du Conseil à mon ami, livre en grande 
partie traduit des lois romaines. De Fontaines , natif du 
Yermandois, en était bailli l'an 1253. Nous le voyons 
ensuite parmi les Maistres du parlement de Paris. En cette 
qualité, il prononce un jugement en faveur du roi contre 
l'abbé de Saint-Benoit sur Loire, puis un autre, et toujours 
favorable au roi contre les religieux du bois de Yincennes. 
Dans ces jugements , nous le trouvons nommé après le 
chancelier de France ^ Il s'intitule chevalier. Ce qui, dès 

* Dapay, Différeot de Doniface VIIL 



26 PHILIPPE LB ttSL. 

cetteépoque/Tïeprcrave pasgratià'chose. Ces gens de rôfte 
longue prirent de bonne heure le titre de chevaliers es lois. 

Rien nittâiqtte lion pitts ^e IPhiHppe de Beàtltnan^ir, 
baHK deStnHs, VMtMr 'de ee jghtaA iWte des CoatQtMèb 
de Vermandols, 'aft'été dé bien jgrstntdë noblesse.* La maiscfo 
du môme nom est une famille bretonne, et "nom plcaMe, 
qui apparaît dans les guerres dés Atigliffs au xm sièèle» 
mais qui ne 'fait pas retûo&ter ré^idrèrme&t ^ filiatioYi 
plus haut qwe !e* 5cv«. 

• Les d^x* frères 'Ifarigni, sî TpiiIssantà'ôotts'lrtilBppe 'te 
Bel, s'appéiai^t de leur vrai liôm de famille LeTortiér'^. 
Bs étaient' Mormaiids, et achèterez danâ'lèûr pays la Céffd 
de Hariigni. Le plus célèbre des deux, chambellan et 
trésorier du roi, capitaine de la tôtir du Louvre, est apfpelè 
Coaâjutettr et gouverneur dé tout le royaume de France. 
«'C'était, idit un conten^porÀfn,' comme un second' roi, et 
toat se faisait à sa volonté'^. »'0n Â'èst pas tenté de soup- 
çonner ce témoignage d'exagération lorsqù^on sait ((uè 
Itarigni mit sa statue au Palais de 'Justice à côté de celle 
du roi K 

Au non^bre des ministres 'dé Mllppè 'iè 'M, Il Yaût 
placer 'defux banquiers IRorémins, Auxquels §ahs doute on 
doit rapporter en grande partie les violences fiscales dèce 
règn^.'Ceux qui dirigèrent lès grands et cruels procès do 
ttiffippe fe'^élftirent le chancelier Pierre Flotte, qui eiit 
ffaôïmeur d*dtretué, tout comme un chevalier, à la bataiHô 
déGoùrtrai/Il eut pour collègues oU sucéèssèurs, Plasiah 
et*ïtegaret. Celui-ci, qui acquit une célébrité si firagîque, 
était né à Caraman en Lauraguais. Son aleûl, si Ton efi 
croit tes invectives de ses «unemis, avait été brûlé comiuô 
hérétique. Nogaret fût d^abord professeur de droit à Moat- 

* • Ita Qt secandoB regolos videretar, ad cojas mitom rcgai aegoda 
gerebantar. • Bero. Goidonis, VitaClcm. V. 
< Fëlibieo. 



BOHITACS ^nn. 37 

ptSàety \f^'jagb-'mKg& à& Nîmes. La AuniUe Nogsret, d 
fière «a Xfi« siède, mus ie nom d'Âpeiaen, n^'élait 
pas encore noble en 437S, ai de l'une, ni^ l'aatre li^nie. 
Pm.a^9è&'«elfe& expéditim havdie où GaJMiiime Nogaret 
aHa mettse :hi .iBaîn sur - ie pafie, il devint «ehaBcelier et 
^rde deMeeaux. Pliilîppele^Loarg ré?o(pia>kB'4mi8 ipû 
loi «méat été<ulStparMiili|ife le Bel ; mm ilne^fiit pas 
mk^éU^fpkéÊPa»]BipnBmpii^aAefM%nff^ iAticraiiit 
aass àmàeéà part6r<attrâile è aes aelea jodkiaikaa, qui 

ammàdm^munn» MiÉtiLouiSy^AiplMMiae 3L et tFvédérioU, 
Aiceni, .'flaHB -le peâk^tts 4e itaiat Louis, ks iyvaAs de k 
•Siance^'.Ges * âftanatteri i m^^inMif ces ânes : 4erplomb et de 
inr, lea BlaeiaaygJes Megamt, les Mangni, prooédèreniavee 
une «JKtfriMeifwideiir dana kr knitatioiiisarale Ai- droit 
mmafai et de la iiaoailé jnifériale. Les Fandeetea^ étaient 
leor BiUe, ieur Èmuf^.^Sim n&'les troablait'éteipt'ib 
poniaient(Vép0ttdfe<àitarfr.aDèdnrit : Aer^Hum. cfeU. Aiee 
des textes, des citations , des falslficatianB , ils déaseMnat 
Jfroioyenrêga, paatlint, iéadalifté, elieiaime.'ibuaUèrent 
kardiateai .^opinrAlifMisr om <iMrp« Jepape;Baaîihee VIU; 
ibi>rùifaeBtJa'jcroîiad0eHe«*niéme :diitts:l&pasoime des 



£aa jcnMJn ééimliaB€BBs léa-mofan -kgt aont, il' eoàtede 
raaatter^ tes^ihndattias de l'/erdre .eîrii au temps «oiar** 
nea. îBfroiyaisant fafBsatraHBatioB tnHiiiarchiqî».. Bs jel^ 
tant dans kapnmneea des bailUs, dea aénédiaux, des pié**' 
yùiSf des .pfoaunnn du roi, des mÉlIres et/ pas t ams de 
aseanaie. .Les iniâls.aaiit envahies; par: les «enfisitt, ies 
gruiers royaux. Tous cesigens^vatitidiicaaer, déeoinager, 
détiiiifeies JMÎdictions féodales. An cantie de laetk vaste 
toile d- araignée, siège ieeonsaîi des légistes sona le nom de 
Parlement (fixé à Paris en 4M2). Là, tant viendra peu à pea 
le perdre,, s'amortir sous rautarltéjroyale.Âu besoin, les 



28 PHILIPPE LB BBL. 

légistes appelleront à eux les bourgeois. Eux-mêmes ne 
sont pas autre chose, quoiqu'ils mendient l'anoblissement, 
tout en persécutant la noblesse. 

Cette création du gouvernement coûtait certainement 
fort cher. Nous n'avons pas ici de détails suffisants ; mais 
nous savons que les sergents des prévôts, c'est-à-^lire les 
exécuteurs, les agents de cette administration si tyranni- 
que à sa naissance , avai^it d'abord , le seront à cheval 
trois sols parisis, et plus tard six sob ; le sergent à pied 
dix-huit deniers, etc. Voilà une armée judiciaire et admi- 
nistrative. Tout à l'heure vont venir des troupes mercenai- 
res. Philippe de Valois aura à la fois plusieurs milliers 
d'arbalétriers génois. D'où tirer les sommes énormes que 
tout cela doit coûter? L'industrie n'est pas née encore. Cette 
société nouvelle se trouve déjà atteinte du mal dont mourut 
la société antique. Elle consomme sans produire. L'indus* 
trie et la richesse doivent sortir à la longue de Tordre et de 
a sécurité. Mais cet ordre est si coûteux à établir, qu'on 
peut douter pendant longtemps s'il n'augmente pas les mi- 
sères qu'il devait guérir. * 

Une circonstance aggrave infiniment oes maux. Le sei- 
gneur du moyen âge payait ses serviteurs en terres , en 
produits de la terre ; grands et petits , ils avaient place 
à sa table. La solde, c'était le repas du jour. L'imm^ise 
machine du gouvernement royal qui substitue son mouve- 
ment compliqué aux mille mouvements naturels et simples 
du gouvernement féodal ; cette machine, l'argent seul peut 
lui donner l'impulsion. Si cet élément vital manque à la 
nouvelle royauté, elle va périr, la monardiie se dissoudra, 
et toutes les parties retomberont dans l'isolement , dans la 
barbarie du gouvernement féodal. 

Ce n'est donc pas la faute de ce gouvernement s'il est 
avide et affamé. La faim est sa nature, sa nécessité, le fond 
même de son tempérament. Pour y satis&ire, il faut qu'il 
emploie tour à tour la ruse et la force. Il y a ici en un seul 



BONIFACK Yf If . • 29 

prince, comme dans le vieux roman, mattre Renard et 
mattre Isengrin. 

Ce roi, de sa nature, n'aime pas la guerre, il est juste 
de le reconnaître ; il préfère tout autre moyen de prendre, 
l'achat, Tusure. D'abord, il trafique, il échange, il achète; 
le fort peut dépouiller ainsi honnêtement des amis faibles. 
Par exemple, dès qu'il désespère de prendre l'Espagne 
aTec des bulles du pape, il achète du moins le patrimoine 
de la branche cadette d'Aragon, la bonne ville de Mont- 
pellier, la seule qui restât au roi Jacques. Le prince, 
avisé et bien instruit en lois, ne se fit pas scrupule 
d'acquérir ainsi le dernier vêtement de son prodigue ami, 
pauvre fils de famille qui vendait son bien pièce à pièce, et 
auquel sans doute il crut devoir en êter le maniement en 

vertu de la loi romaine : Prodigus et furiosm ^ 

Au nord, il acquit Valenciennes, qui se donna à lui 
(1 293). Et sans doute il y eut encore de l'argent en cela. 
Valenciennes l'approchait de la riche Flandre, si bonne à 
prendre, et comme riche, et comme alliée des Anglais. 
Du cAté de la France anglaise, il avait acheté au nécessi- 
teux £douard I«' le Quercy, terre médiocre, sèche et mon* 
tagneuse, mais d'où l'on descend en Guyenne. Edouard 
était alors empêtré dans les guerres de Galles et d'Ecosse, 
où il ne gagnait que de la gloire. C'eût été beaucoup, il 
est vrai, de fonder l'unité britannique, de se fermer dans 
l'He. Edouard y fit d'héroïques efforts, et commit aussi 
d'incroyables barbaries. Mais il eut beau briser les harpes 
de Galles, tueries bardes, il eut beau faire périr le roi 
David du supplice des traîtres, et transporter à West- 
minster le palladium de l'Ecosse, la fameuse pierre de 

t Bfontpellier était en même temps un fief de Tëvêché de Maguelono. 
L*éTèqiie, faligoé de la résistance des bonrgeois et de Tappui qu'ils 
tronyaient dans le roi de France, vendit tous ses droits à ce dernier. 
Ces droits, jusque -là jugés invalides, parurent assez bons pour servir à 
dépouiller le vi«ux Jacques. 



30 PpttlPFSi 14 BiL. 

Scosd» il ne put rien fiair ni daas l'Ile m sur le contiaaou- 
Chaque fois qu'il regardait vers la France et vculati y 
passer^ il ffppireiuût quelque naravaiee nouvelle da Barder 
éooesaia am defrMercliee de Galles» quelqMk wweeU'touK 
de Leolyn ou de WaUaee. Wallaee.était eBeûuragé<-pav 
Philippe le. Bel« le chef héroïque des clans par le roH^o^ 
cureur* CeluJHci n'avait que,faiffe de bouger. D lui suftisaît 
de relancer Edouard par sea limiers d*£co6se: Uie laiasai4 
volontiers s'immortaliser dans lesdésects de GaUes et de 
Northumberland» procédait oonUe lui à son aise, ,et. le 
condamnait par défaut* 

Ainsi, quand il le vit oooupé à conteBir l'ËcofiSe sous. 
Baillol, il le somma de répondre des pirateries da ses 
Gascons sur nos Normands. Il ajournace roU ce .conqué- 
rant, à venir s'expliquer par-devant ce qu'il appelait le 
tribunal des pairs. Il le menaça, puis il l'amusa, lui ofiirit 
une princesse de France, pour prix d*ane soumisaîaQ 
fictive, d'une simple saisie, qui arrangerait tout. L'arran^ 
gement fut que l'Anglais ouvrit sea places, que. Philippe 
les garda, et retira ses offres. Cette grande^ i^xmace» . ce 
royaume de Guyenne, fut escamoté. 

Edouard cria en vaia. IL demanda et obtint contre 
Philippe l'alliance duroi des ftomaina, Adolpbe daNasscu^ 
celle des duos de Bretagne et da Brabantf des comtes de . 
Flandre, de Bar et de Gueldrea. U écrivit humblement 4.. 
ses sujets de Guienne» leur demandant pardon d'avoir : 
consenli à, la susie ^. Mais, trop, occupé en £coase, il ne 
vint pfisJui-tmâmeienGuienne» etsoapartin'éprouvaque. 
des revers. Philippe eut pour luile:ppp0. (Boni&ce VIII) , 
qui. lui devait la tiare, et tfdU' pouc lui donner un alUé, 
délia le roi d'Ecosse des serments qu'il avait prêtés au roi 
d'Angleterre. Enfin, il fit si bien, que les Flamands^ 
mécontents de leur comte, l'appelèrent à leur secoura. 

« App,, 10. 



i 



PQm;)5ou4enu:fla.gy^rre,lei^ deux rois eoinptavaPt.siijr;Uk. 
FJs^dj;^.^ liftrgfaase Fl^dre. étajlt U teiitatioa jmtujcelle d&t 
ces gouvernements voraces. Tout ce monde dç.b^ons, doi 
chev8V^rSj^qu0..jQS jToi^. de frimce sevraient de cxoîsad^s 
et de. gixerr^s pflyées». la Flandre était leur rôve, bur 
poéskt» l^ui! J^salem* Tous étaient prêts à faire uxl joyeui^ . 
-pèlemf^ aux n^agaaixis de Flandre, aux épîoes d& 
^uges, aujK fines toiles, d'ïiv'esp aux tapisseries d'Arras. . 

U sexAble que Dieu ait fait .cette bonne Flandre» (|u'il ; 
Tait platée entre tous pour être mangée des uus ou des- 
aMtr.es. Â,vaut.que l'Angleterre fut cette chQ^ colossale. 
que nousi voyons» la Flaudre était une Angleti^Fre» mais de 
combien déj^ ioféneupe et plus incomplète I Drapiers sans 
laine, soldats^ sans cavalejrie» commerçants sans marine. 
E) aujourd'hui, ,ces trois. choses, bestiaux, chevaux, ma- 
rine, c'e§t| justement le n^rf de TÀngleterre; c'est la ma- 
tière,, le yéhipule,. la défense de son industrie. 

Ce a'est pas tout. Ce nom, les Flandres, n'exprime pas 
un peuple, mais une réunion de plusieurs pays fort 
4iyers,,uu^ QoUçctiQP; de tribus et de villes. Rien n'est 
ipoiua ho]x^p.g^4PvSaus parler de la différence de race et 
4e U9g}^., il y a.tojuijpurs eu haiue de ville à ville, haine 
eptirp, les. villes et 1^ , campagnes, haine de classes, haine 
4e:ip^tiçrs,i,hainQ entf;e le souverain et le peuple ^. Dans 
un pays oii la/en)PKB béritait.et transférait la souveraineté, 
le souverain -était, .souvent un nugri étranger. La sensualité 
flainand^, la matérialité de ce peuple de chair, apparaît . 
dans la précoce indulgence de la Coutume de Flandre 
pour la femme et pour le bâtard '. La femme flamande 
amena ainsi par mariage des maîtres de toute nation, un 
Danois, un Alsacien ; puis un voisin du Hainaut, puis un 
prince de Portugal, puis des Français de diverses bran- 
ches : Dampierre (Bourbon), Louis de Mâle (Capet), 

* • Qaîs Flindri» posiet noeere, si dus illa ciyitatet (Bruges al 
GaiJ) concordes iuter se forent. » Meyer. — * App,, il. 



32 PHILIPPE LB BEL. 

Philippe le âar(K (Valois); enfin Autriche, fispagne, 
Autriche encore. Voici maintenant la Flandre sous un 
Saxon (Cobourg). 

La Flandre se plaignait dû comte français, Gui Dam- 
pierre. Philippe s'offrît comme protecteur aux Flamands. 
Gui s'adressa aux Anglais, et voulut donner sa fille Philippa 
au fils d'Edouard. Ce mariage contre le roi de France ne 
pouvait, selon la loi féodale, se faire sans l'assentiment du 
roi de France, suzerain de Gui Dampierre. Philippe cepen- 
dant ne réclama pas ; il déclara hypocritement qu'étant 
parrain de la jeune fille, il ne pouvait lui laisser passer le 
détroit sans l'embrasser* . Kefuser, c'était déclarer la guerre, 
et trop tôt. Venir, c'était risquer de rester à Paris. Gui 
vint en effet et resta. Le père et la fille furent retenus à la 
tour du Louvre. Philippe enleva à Edouard son allié et sa 
femme, comme il avait fait de la Guienne. Le comte 
s'échappa, il est vrai, dans la suite. La jeune fille mourut, 
au grand' donimage de Philippe, qui avait intérêt à garder 
un tel otage et qu'on accusa de sa mort. 

Éilouard croyait avoir ameuté tout le monde contre son 
déloyal ennemi. L'empereur Adolphe de Nassau, pauvre 
petit prince, malgré son titre, eût volontiers guerroyé aux 
gages d'Edouard, comme autrefois Othon de Brunswick 
pour Jean, comme plus tard Maximilien pour Henri VIII à 
cent écus par jour. Les comtes de Savoie, d'Auxerre, 
Montbéliard, Neufchâtel, ceux du Hainaut et de Gueldres, 
le duc de Brabant, les évoques de Liège et d'Utrecht, l'ar- 
chevêque de Cologne, tous promettaient d'attaquer Phi- 
lippe, tous recevaient l'argent anglais, et tous restèrent 
tranquilles, excepté le comte de Bar. Édouaixi les payait 
pour agir, Philippe pour se reposer. 

La guerre se faisait ainsi sans bruit ni bataille. C'était 
une lutte de corruption, une bataille d'argent, à qui serait 

1 Oudeghcrat. - 



bonifàce yiii. 33 

le premier ruiné. Il fallait donner aux amis, donner aux 
ennemis. Faibles et misérables étaient les ressources des 
rois d'alors pour suffire à de telles dépenses. Edouard et 
Pbilippe chassèrent, il est vrai, les juifs, en gardant leurs 
biens ^. Mais le juif est glissant, il ne se laisse pas prendre. 
n écoulait de France, et trouvait moyen d'emporter. Le 
rôi de France, qui avait des banquiers italiens pour mi- 
nistres, s'avisa, sans doute par leur conseil, de rançonner 
les Italiens, les Lombards, qui exploitaient la France, et 
qui étaient comme une variété de Tespèce juive. Puis, 
pour atteindre plus sûrement encore tout ce qui achetait et 
vendait, le roi essaya pour la première fois^de ce triste 
moyen si employé dans le xiv® siècle, Faltération de la 
monnaie. C'était un impôt facile et tacite, une banqueroute 
secrète au moins dans lés premiers moments. Mais bientôt 
tous en profitaient; chacun payait ses dettes en monnaie 
faible. Le roi y gagnait moins que la foule des débiteurs 
sans foi. Enfin, Ton eut recours à un moyen plus direct, 
l'impôt universel de la maitôte *. 

Ce vilain nom, trouvé par le peuple, fut accepté hardi- 
ment du roi même. C'était lin dernier moyen, une inveti- 
Uon par laquelle, s'il restait encore quelque substance, 
quelque peu à sucer dans la moelle du peuple, on y pouvait 
atteindre. Mais on eut beau presser et tordre. Le patient 
était si sec, que la nouvelle machine n'en put exprimer 
presque rien. Le roi d'Angleterre ne tirait rien des siens 
non plus. Sa détresse le désespérait; dans l'un de ses par- 
lements, on le vit plcuirer. 

Entre ce roi affamé et ce peuple étique, il y avait pour- 
tant quelqu'uo de riche. Ce quelqu'un, c'était l'Église. 
Archevêques et évoques, chanoines et moines, moines 
anciens de Saint-Benoit, moines nouveaux, dits Men- 
diants, tous étaient riches et luttaient d'opulence*. Tout ce 

< Édoaard, en ii99, Philippe, en lt9(X 
* GttilUnme do Nangis. 

lu. 3 



3i PBlilPPS hM WL. 

9 

monde tonsuré croissaU des bénédiction» dn ^1 ^idela 
graisse de la terre« Celait un.petit peupla .Amt^ux» «jbèse 
et reluisant, au milieu du grand peuplie afiamé. qfà oom- 
mençait à le regarder dd travers. 

Les évoques allemands étaient des prinoaa, et lewent 
des armées. L'JËglise. d'Angleterre posaédait» dyit-on, la 
moitié des terres de l'jlle. Elle aiHùt,. en \ 337^ . sepfc cent 
trente mille marcs de revenus. Aujousd'bui» il est vmî, 
Tarchevôque de Cantorbery ne reçoit pftr $n que doune 
cent mille francs, et qelui d'York huit cent mille. Loraque 
la Restauration préparait Texpédition d'Espagne, en 4823, 
i*on apprit que Tarcbevéque de Tolède faisait distribuer 
chaque jour k la porte de ses fermes et de ses pakûs dix 
mille soupes, et celui de Séville six mille ^. 

La confiscation de r£gtise fut la pensée des roia drqyaîs 
le xiii® siècle, la cause prinoq>ide de leurs' luttes contie 
les papes; toute la différence, c'est que les prètestanls 
prirent, et que les catholiques se firent donner. Henri Vlil 
employa le schisme, Franijoîs !« le Concordat 

Qui donc, au xiv« siècle, du roi ou de r£glias, devait 
désormais exploiter la Franco? Idle était la question. Déjà, 
lorsque Philippe mit sur le peuple le terrible impôt de bi 
maltôte, lorsqu'il altéra les monnaies, lorsquil dépouilla 
les Lombards, sijyets ou banquiers du Saint-Siège, il frap- 
pait Rome directement ou indireolenefit, il la ruinait, il 
lui coupait les vivres h 

^ l'aurais peine à croire ce chiffre, B%tièvftiiM aSIrmé en ma pré- 
sence par le ministre même qui avait /ait prendre ces iuformalione. ^ 
Aioitont que fan des eonrents récemment sapprimës & Madrid (San 
Salvador), avait deai BÎtlÎMis de biens ei an seni reMs^vt^ 

* Edouard I« s'y était pris plus rudement encore; sur le ref «a <la 
eUtfgé de payer un impôt, il le mit en quelque aorte hors la loi, lâchant 
Jes aoldals conm les |>rélree, -et Refendent aux juges de reeeroir tes 
plaintes dtf ceux-ci (Kn3rgiW>n)« — Miiliweie Bel» «a veina, jneitait 
des formes : « Gomme ce qui est donné vaut mieux et est plus agréable 
k Dieu et aux hommes que ce qoi esl exigé, nougeftborWns voife cJiariUt 
è nous donner cet aide de la double dlme on cloquitea. ». 



BOMFACB Ylîl/ 35 

■ • • 

• Bonifiice asa enfin de représailles, lîn 1296, dans sa 
bulle Clerkis taicos, H déclare excpmmunié& de fait tout 
prêtre qui payera, tout laïque qui exigera $ub\'Bntîon, 
prêt ou don, sans Tautorisation du Saint-Sîégé; et cela, 
sans qu'aucun rang, aucun privilège puisse les excepter. 
11 annulait ainsi un privilège important de nos rois, qui, 
tout excommuniés qu'ils étaient comme rois^ pouvaient 
toujours, dans leur chapelle et portes closes, entendre la 
messe et communier. 

Au même, moment, sous prétexte de la guerre d'An- 
gleterre, Philippe défendait d'exporter du royaume or, 
argent, armes, etc. C'était frapper Rome bien plus que 
l'Angleterre. ' 

Rien de plus mystiquement hautain, de plus paternelle- 
ment hostile que la bulle en réponse : « Dans la douceur 
d'un ineffable amour (Ineffabilis amoris dulcedine sponso 
îuo), l*Églîse, unie au Christ, son époux, en a reçu les 
dons, les grâces les plus amples, spécialement le don de 
liberté. H a voulu que l'adorable épouse régnât, comme 
mère, sur les peuples fidèles. Qui donc ne redoutera de 
l'offenser, de la provoquer? Qui ne sentira qu'il offense 
répoux dans l'épouse? Qui osera porter atteinte aux 
libertés ecclésiastiques,' contre son Dieu et son Seigneur? 
Sous quel bouclier se cachcra-t-il, pour que le marteau 
de la puissance d'en haut ne le réduise en poudre et en 
cendre?... mon fils, ne détourne point Toreille delà 
▼oix paternelle, etc. » 

Il engage ensuite le roi à bien examiner sa situation : 
c Tu n'as point considéré avec prudence les régions et les 
royaumes qui entourent le tien, les volontés de* ceux qui 
les gouveruent, ni peut-être les sentiments de tes sujets 
dans les diverses parties de tes Ëtats. Lève les yeux autour 
de toi, et regarde, et réfléchis. Songe que les royaumes 
des Romains, des Anglais, de l'Espagne, t'entourent de 
toutes parts; songe à leur puissance, à la bravoure, à la 



36 PH1UPP£ LE BEL. 

multitude de leurs habitants, et tu reconnaîtras aisément 
que ce n'était pas le temps, que ce n'était pas le Jour 
d'attaquer, d'ofTenser et nous et l'Église par de telles 
piqûres... Juge toi-même quelles ont dû être les pensées 
du siège apostolique, lorsque dans ces jours même où 
nous étions occupés de l'examen et de la discussion des 
miracles qu'on attribue à l'invocation de ton aïeul de 
glorieuse mémoire, tu nous as envoyé de tels dons qui 
provoquent la colère de Dieu, et méritent, je ne dis pas 
seulement notre indignation, mais celle de l'Église elle- 
même... 

a Dans quel temps tes ancêtres et toi-même avez-vous 
eu recours à ce siège, sans que votre pétition fût écoutée? 
Et si une grave nécessité menaçait de nouveau ton 
royaume, non-seulement le Saint-Siège t'accorderait les 
subventions des prélats et des personnes ecclésiastiques ; 
mais, si le cas l'exigeait, il étendrait ses mains jusqu'aux 
calices, aux croix et aux vases sacrés, plutôt que de ne 
pas défendre efficacement un tel royaume, qui est si cher 
au Saint-Siège, et qui lui a été si longtemps dévoué.... 
Nous exhortons donc ta Sérénité royale, la prions et l'en- 
gageons à recevoir avec respect les médicaments que 
t'offre une main paternelle, à acquiescer à des avis salu- 
taires pour toi et pour ton royaume, à corriger tes 
erreurs, et à ne point laisser séduire ton àme par une 
fausse contagion. Conserve notre bienveillance et celle du 
Saint-Siège, conserve notre bonne renommée parmi les 
hommes, et ne nous force point à recourir à d'autres 
remèdes, à des remèdes inusités, lors même que la justice 
. nous y forcerait, nous en ferait un devoir, nous ne les 
emploierions qu'à regret et malgré nous ^. » 

Ces graves paroles, mêlées de douceur et de menaces, 
devaient faire impression. Aucun pontife n'avait été jus- 

* Dupuy, Diffcr. 



BONIPACE VIIT. 37 

qae<-)à plus partial pour nos rois que Boniface. La maison 
de France Tavait fait pape, il est vrai ; mais, en retour, il 
la fiiisait reine, autant qu'il était en lui. Il avait appelé en 
Italie Charles de Valois, et, en attendant Fempire latin de 
Constantinople, il l'avait créé comte de Romagne, capi- 
taine du patrimoine de saint Pierre, seigneur de la Marche 
d'Ancône. Il obtint aux princes français le trône de 
Hongrie ; il fit ce qu'il put pour leur procurer le trône 
impérial et celui de Castiile. En 4298, pris pour arbitre 
entre les rois de France et d'Angleterre, il essaya de les 
rapprocher par des mariages, et, par une sentence provi- 
soire, fl ajourna les restitutions que Philippe devait à 
TAnglais. 

La papauté, toute vieillie qu'elle était déjà apparaissait 
encore comme l'arbitre du monde. Boniface Vin avait été 
appelé à juger entre la France et l'Angleterre, entre 
l'Angleterre et l'Ecosse, entre Naples et l'Aragon, entre 
les empereurs Adolphe de Nassau et Albert d'Autriche. 
N'y avait*-il pas lieu pour le pape de se faire illusion sur 
ses forces réelles? 

L'infatoation fut au comble, lorsqu'en l'an 4300, Boni- 
face promit rémission des pécnés à tous ceux qui vien- 
draient visiter pendant trente jours les églises des Saints- 
Apôtres. Ce Jubilé rappelait tout à la fois celui des Juifs 
et les fêtes séculaires de Rome païenne. On sait que le 
Jubilé mosirïque, revenant tous les cinquante ans, devait 
rendre la liberté aux esclaves, les terres aliénées à leur 
premier possesseur ; il devait annuler l'histoire, défaire le 
temps, pour ainsi dire, au nom du seul Ëternel. La vieille 
Home, dans un tout autre point de vue, emprunta des 
Étrusques la doctrine des Ages ^ ; mais ce ne fut point 
pour y reconnaître la mobilité de ce monde, la mortalité 
des empires. Rome se croyait Dieu, elle se jugeait immor- 

* Vojr. mon Histoire romaine. 



^ PHItIBPK U WL. 

telle comwe iavinoible, et, ^u FeUw. de ^h^qjua -sièûie^ 
^oleonisait son éternité. , 

En Tan iSÛO, la fgî était grande eneore. i^ foule. fMt 
prodigieuse à Romei^. On compta 4e$i pèkarina par eent 
mille» et bientôt il if y eut plus mojfen de com|^r. Ni lee • 
maisapB, ni Ie& églises ne suffirent à les rooevoir ; ils cais^ 
pèrent par les rues et les places, sous des abris caastruîts 
à la h&tej sous des toiles, sous des tentas et sotis la voûIa 
du ciel. On eiU dit que, les lemp^ étanti acc^iinplia, la 
chrétienté v^ait pa^r-devant son juge dans la vaUiée.4e 
J.osapbat 

Pour se représenter Teffet de ce (f odigieud ^pectacle^ il 
faut encore voir Rome; toute déchue qu'eÛe est, il faut la 
voir pendant les fêtes de Pâques. Qln oublierait presque 
que c'est bien là la triste Rome, la veuve dç. deux aotl- 

4 

quités. 

. Quel (iu*aît été le nwtif de Boniface YHI, fiscal ou ponr-^ 
tique y ie no lui en veux pas p^ur cette invention du luhilé» 
Des milliers d'hommes feu on(, j'en suis sû^i< remercié 
du cœur. C'était mettre une pierre sur la route du t^nfps^ 
placer un point d'arrêt 4^f s sa vie« mi^à les refais 4^ 
passé et les espérènces d'un meiJUIeujCrd'm^ moins regret* 
table aveûir ; c'était s'arrêter en montant cetta rude peote^ 
souffler un peu & midi, Ncl mezso cammMi di noura viio.. 
Ces âges candides croyaient qu'on pouvait fuir le ma}, 
en changeant de lieu> voyager 4u péché à la saintelép, 
laisser le diable avec l'habit qu'on dépose jpoiiur prendra 
celui du pèlerin. N'est-ce dooc pas. quelque cl}X)S6 d'é** 
chapper à Tiniluence des lieux* des habitudes,, de se dé- 
payser, de s'orienter k une vie r^ouvelle? Ji'x a-t-il pas» 
une mauvaise puissance d'iiifatuatiou et d'aveuglement 
dans ces lieux oii.le cœur s^ psead» que ce soit les Char- 
mettes de Jean-Jacques, ou la pinada de Byji^n^ pu ce lac , 

* Au point qu*il y eul famine. Voyez le livre la cardinal de Saint- 
George, neveu de Boniface : De Jubilœo,. . . * 



d'Aix-I« Chapelle dont, selon k tniditioB, C6arieQ9ftgne. . 
fut ensorcelé? 

Ne nous étoniKniH pas si nos aievx aimèrent tt&i les . 
pèlerinages, s*Hs attribuèrent à la risite des lomtaiDS- 
aanctuaires vùne vertu de régénération. « Le vieiUard, tout 
blahe et chemi, se sépare des lieux où il a feumi sa car- 
rfère, et de sa femîBe alarmée qui se voit pfivée d^on père ; 
chéri. — TIeîix, faible^ et saQs baleino, il se traîne eonome 
il petit, s'aidant de bon vouloir, tout rompu (pi!il esl par 
les ans, par la feligue du ohemii». -^ Il vient k Roiae poiif 
y voir fat serabkineeée CeM qme^ lè^baut encore^ il eqpàra ^ 
bien revmr au ciel t . . . » 

Mais il en est quin'arriveM'pas, qui restent en chemin. .« 
La pfbpart de nos lecteurs se rappellent ici ce petit tabèeau • 
de Robert, la pèlerine ronMiine assise dana la campagne, 
aride ; elle ne voit ni ses pieds ensanglmtés^ ni son nour^ . 
risson sur ses genoux, altéré et haletant, pourvu 'Cpi'eUe . 
atteigne la colline bénie qui phne au loin à rtmaeisoD : 
Monte ai giofa!... 

Et quand Ib but du voyage, citait Romet quand an. 
renouvellement du atècle, au moment solennel où sonnait 
une heure de la vie -du monde, on atteignait la gruMle 
ville, et que ces monuments, ces viettx tombeaux, jusque* 
là seuiemenioiA et oétébrès. On lea voyak, on les tou- ' 
ckalt ; alors, se rettouvant, eomteoqiorain de toi» les 
siècles, et des eeinsuis et des mastyis, ayant de station en 
station, du Ckiliséc^au Capitale et du Panthéon à Sninl** 
Pierre^ revécu toute Thistoire, ayant vu toute mort et 
mine, on s'en aHail^ on ae teraettait en marché vevs ia 
patrie, vcm te tombées natal, mais at ec moiqs de regiel^ 
etd'avance tool oeosôlé de mourir. 

L'Église, comme ce^ milliers d^hommes qui venaient k 
viaUer, trGfuva dans ce Jubilé de Tan I3(M) le point culmhH. 

t Pëlrarqne* 



1^ 



Daat de sa vie htsloriqtte. L> dcsceole coauaeata dès Ion. 
Dans cette foule mérae se troanieiu les bommes redont*- 
Ues ifoi aiLàûnt (Nmir ■■ nonde Boineaa. Les ■■>, froids 
et impitonUes poikiqaes, eoime l'hist orié» ieaa MDhh; 
les Ultras. cha^nOï et saperbes, cofBBe Dmle, ^ai, lui Uttsi. 
' aHait se Mie son Jubtie. Le pape anit apfieie â Borne toos 
Im TinBls; le poète caotoqua daas a comrtlie loos les 
Borts; a fil b reme doiaoïkle fiai, lecbso, lejo^ea. Le 
more* A^. eoaune Taatiqiiiié, compaiol devant faû. Kiea 
Me hâ ta caché. Le mot d» saoctoaire fut dit et prolaiié- 
Lescean fut exUeré, bcûê : ott ae l'a |ks retiomë ■**)—■■ 
Le Bi<:iyen i^ avait véea ; b vie est on mptèie, qa périt 
brsqailacbêiedeseréveter. La révélation, ce fia bDÎiiaa 
CiMiuBedîa. b cathédrale de G>l'>^ne , les pcinfti àm 
Cimp«-âaA!o de F^. L'art viest ainsi lernÙBer, fienaer 
■■e ctviliâatioo, b courofiaer, b oiiettre j 



VdccwoDs pas le pape, à cet octty«;aaîi«. vîed avocat. 

et aourri dm^ les ru^*-» «t k^ plte pruMlqnes inirignes ', se 
bésa ^iç^ft hn-iBènae à b (uandew. à b poesiif de ee 
BbKneot. oa i vit k ^ore hoauui réoni à locK et à gKftiKK 
devant lui... & est d'iiiearssnesombn* [iii'iiii) de ver- 
Lzv d;ias cette vile Ciai^>ftie. Les sodveraiaï de Ki>aie. ses 
E:!:ç<Teur>. ont para swmait oMDOfee juos. Ek nèfoe an 
UT* >iM-b<>. Ctki KicBÀ. fe Uî d'oB» bbadiùsiease. de w— 
tribun dtf K'j4U'e. »e bMrttjit-tl pB suA epee vers les trois 
paraes <i« çi<.>ce. <■ duiaoc ; ■ Ceci «t cvo, ceb eacote. 
est àmx. » 

À ptiK &.'ite nisiKi . k ptip» se crorail-il b Bditr* As 
nuBle. LiwNiutf AJ>en d'Aatrk.-fe se ù Empvxear p« b 
mi'rt r V !.. ; n<: if Nassm. Bnuôa.-?. inoi^œ. nut b cd*- 
pjBOtr sir SI te-,', saisit «n»^ epe«. et s'evria : ■ Cest aui 
■{ù suis C-sar. e^it miHipttnèilEBipefmr. cest oui ^ 



k 



BONIFACB TIU. il 

défendrai les droits ie TEmpire. » Au~ Jubilé de 4S00, il 
parut, an milieu de cette multitude de toute nation, avec 
les insignes impériaux ; il fit porter devant lui Tépée et le 
sceptre sur la boule du monde, et un béraut allait criant : 
c II y a ici deux épées ; Pierre, tu vois ici toh successeur ; 
et vous, ^ Christ t regardez votre vicaire. » Il expliquait 
unsi les deux épées qui se trouvèrent dans le lieu4>ù J^us- 
Christ fit la Cène avec ses apôtres. 

Cette outrecuidance pontificale devait perpétuer la guerre 
des deux puissances ecclésiastique et civile. La lutte, qui 
semblait finie avec la maison de Souabe, est reprise par 
celle de France. Guerre d'idées, non de personnes, de né« 
cessité, non de volonté. Le pieux Louis IX la commence, 
le sacrilège Philippe IV la continue. 

« Reconnaître deux puissances et deux principes, dit 
Boniface dans sa bulle Unam sanetam^ c'est être hérétique 
et manichéen... » Mais le monde du moyen &ge est mani- 
chéen, il mourra tel ; toujours il sentira en lui la lutte des 
deux principes. — Que cherches-tu ? — la paix. C'est le 
mot du monde. L'homme est 'double ; il y a en lui le Pape 
et l'Empereur •. 

La paix ! Elle est dans l'harmonie, sans doute ; mais, 
d'&ge en âge, on l'a cherchée dans runité. Dès le n* siècle, 
saint Irénée écrit contre les Gnostiques son Kvre : De 
l'unité du principe du monde : De Monarehid, C'est encore 
le titre du Dante : De Monarehid, De l'unité du monde 
social ^. 

Le livre de Dante est bizarre. Sa formule, c*est la paix, 
comme condition du développement, la paix sous tfn mo- 
narque unique. Ce monarque, possédant tout, ne peut rien 
désirer, et partant, il est impeccable. Ce qui fait le mal, 
c'est là concupiscence ; où il n'y a plus de limite, que dé* 
sirer? quelle concupiscence peut naître '? tel est le rai- 

« An-P *3. — » App., 14. —» App., 15. 



s 



4^ h PHiMPr^ f.% 9m.H 

sopn6fniiept de* DiRto. Reste à prouver que cet id^al 
êtr^ réei, que oa réel est le peuple ronmin ^ ; qu'enfioi le 
peuple romaÂa a iranamU sa souvetaiaeté à l'empereur . 

Ce livre est oo^ beUe épitaplie gibeUne pour rfimpira 
allemand : TUmpire en 4300, ce n'est plus^fiXGhiâivemeBt- 
TAilemagne ; c'est désormais toul empire, toute royauté ; 
c'est le pouvoir civil en tout pays» surtout en France. Les 
doux adversiaîres sont maintenant TËgUse et le fils; aine de 
rBgUse, De$ deux côtés, prétentions sans bornes; deux . 
infinis en £aoe. Le roi, s'il n'est pas le roi seul, est dumoina 
le4>lus grand roi du monde; le pins révéré encore, depuis 
saint Louise fils aîné de l'Kglise, il veut être plus âgé que 
sa mère : « Avant qu'il n'y eut des clercs , dit-il» le roi 
avait en garda le royaume de France *.. » 

La quenelle s'était déjà émue à l'occasion dés biens 
d'église; mais il y avait d'autres motifsii'isritatipn.Buiuface 
avait décidé entre Philippe et Edouard, non comme ami et 
personne i^ivée » mais oonmie pape. Le comte d^Artois, 
indigné 4^ la partiaité du pontife pour les Flamands , ar- 
racha la bulle au légat et la jeta au feu. En ceprésailles* 
Boni&ee lavorisaÀlbert d'Autriche contre Charles de Valois, 
qui prétendait à la couronne impériale. De son côté ^ Phi* 
lippe ïoii la main sur las régates de Laon, de Poitiers et de 
Reims» Il accueillait les ennemis de Boniface, les Colonoa, 
ces rud^ Gibelins^ ces nhef de brigands romaina contre las . 
papes. 

Vexptosioo^ut li^ au. sujet d'un bien mai acquis, que 
depuis UiU sièd^ se disputaient le pape et le roi. Je parle 
de cette sanglante dépouiUe du Languedoc. Boni£ace YIU 

* II Fe prooTe : 1* par l'origine de nomolns, 4eâc6Ddftnt loiit à U Ms 
d'Rurope M d'àllts (1* Afrique) ; 9' par Usairaclet qiM Ueo « lui ta çùm 
Roiœ i «l»i iSi fDcilU de Nuq^, h& owa du Capitoldi •^•; S* par U 
bonté que Rome a montrée au monde, en voulant bien la conquérir, etc. 

* « Antequam essent clerici. rex Frincia habebat costodiam regni* 
sui, et polcrat statttta facere. % . : ./•-•.. ' 



fêf^tjpmrinj^Qomi Ut L'iiommaga de Ndifbofimii vendu 
diff^atieipneBt «u coi ym le vîcqaitâ, était viveoieAi nMâmà 
|MU*;i*aMdbtevéfiie .(4300).:L'aiicheyèc|^ e&t YOùki s'ar^ 
]|gn|{0r. Le iM^e k meflaça d'«absominuiiiftatfoai> s'il trai^ 
igii Mfis la immisaîQnidtt &iinl-^Siég6. U/dH^ kt^om^ 
YhommB^ dumà^Uf de plus, lœaaoa FhilippQ, b^Um fie» 
déûUèi dtt comté de lle)giMil,'dentra«» efictore diipiniilr 
kÎ9Dl régiise dû MagueioDe. . 

Canlesl pat tQui : Jeipepo.aTâk, maigre MiHîppe» «ré^> 
dans ee •4a»goMi& Lansûêdimp À la .parle fAi oMite>dr 
Foix et du roi d'Aragon, un nouvel évéché pria mt lai 
diêeèad de* ToukNiaa, L'évéebé Ae Eatoiersi Û avait fait 
éièqoe>i|ii hcHunieià lait Bernard deSaiaeet« CoJCut jusie- 
meoÉ ee Sakaaii i}Uli eiïv.aja aa roi pour kù jraptpelûr .«a^: 
pFaflaifieae.4!aMar à la croisade, el la sommer de maHre 
QDiiberlé Je<iefflte de.flaa4iiP etaa fiUeu Oe feallea paroiea 
ne SB dkifieal paa tnapiaénieiit i PhUippe le fiek 

Ca SaîftaÊl., .qui parlail ai bardÀiamt, > était deyà dâ^igné 
fHi 9Wy par Vév4<ma de Toulouee,. eomme raiAteur d'aa 
va0tfreoâiplot..4«î eA&eatei^é tonale. Midi aax. f rangaia. 
Saieaei appaatenaii àla iwiiU» dea . aocâeoa viaafnieada 
TaMkiasa« JL élail. Vaâii 4a .tous lea homaMa éialaiigum^ 4a 
taiièB k ADhlaaia jpmieipaleiide eette gaande cité» li r^ait 
la fondatiqa idioa oroyaiiaie 4e Lugnedoc an profil da 
comte de Foix, ou da aoMta -de Qiaaniiigea, qili daaeeiH 
daii deaJUMMait da JcndotM; liait Hg/séktm de fears 

Caa taaada.aatgfttwmida MM» a'avaiaaft ni lea forcaa» ai . 
IVwoiir du ,paifl^ aï Ja> Imiteiar d&jioiMaga» iftt'uoe.teUe : 
eatteprise aîbt. deaaiiidâs. j^a eoiato de Coaimiagei sa; 
sîgaa, ea aniaadaot 4as. paopofiitiDiia si bar^ieft- v « Ce . 
Saîsiei est vm ftUti^t diinil^ plutôt ^*ua boam^ ^ » : 

* • l5(o non Ml homo, sed diiMa^L .• iim»i§n^%^ du comU lui-uàkina. 



44 PHIUPPS LB BBL. 

Le comte de f oix joua un rôle plus odieux. Il reçut les 
confidences de Saisset, pour les transmettre au roi par 
f évéque de Toulouse ^. On sut par lui que Saiaset -se 
chargeait de demander pour le fils du comte de Foix la 
fille du roi d'Aragon, qui, disait*il, était son uni. Il avait 
dit encore : « Les Français ne feront jamais de bien, mais 
plutôt du mal au pays. » U ne voulait pas tenâiner avec 
le comte de Foix les démêlés de son érvéché, à moins que 
ce seigneur ne s'arrangeât avec les comtes d'Armagnac 
et de Gomminges, et ne réunit ainsi tout le pays sous son 
influence* 

On attribuait à Saisset des mots piquants contre le roi : 
« Votre roi de France, disait-il, est un faux-monnayeur. 
Son argent n'est que de l'ordure. . . Ce Philippe le Bel n'est 
ni un homme, ni même une bête; c'est une image, et rien 
de plus... Les oiseaux, dit la fable, se donnèrent pour roi 
le ducy grand et bel oiseau, il est vrai, maie le plus vil de 
tous. La pie vint un jour se plaindre au roi de l'épervier, 
et le roi ne répondit rien (fusi quod fievit). Voilii votre 
roi de France ; c'est le phis bel homme qu'on puisse voir, 
mais il ne sait que regarder les gens... Le monde est 
aujourd'hui comme mort et détruit, à cause de la malice 
de cette cour... Mais saint Louis m'a dit plus d'une fins 
que la royauté de France périrait en celui qui est le 
dixième roi, à partir d'Hugues Capet. » 

Deux commissaires de Philippe, un laïque et un prêtre, 
étant venus en Languedoc pour instrumenter contre 
Saisset, il comprit son danger et voulut se sauver à Home. 
Les hommes du roi ne lui en laissèrent pas le temps. Ils 
le prirent de nuit, dans son lit, et l'enlevèient à Paris, 
avec ses serviteurs, qui ftirent mis à la torture. Cependant 
le roi envoyait au pape, non pour se justifier d'avoir violé 



Cet évêqae de Toulouse éuU détesté dans son diocèse eomme fVnn- 
çais, comme étranger à la langue do pays. * 



BONIFACB TQI. 15 

les privilèges de TÉglise, mais pour demander la dégrada- 
lon de l'évéque, avant de le mettre à mort. La lettre da 
roi respire une étrange soif de sang : t Le roi requiert le 
souverain* pontiié d'appliquer tel remède, d'exercer le dft 
de son offiee, de telle sorte que cet homme de mort (dictus 
vir mortis), dont la vie souille même le lieu qu'il habite, 
il le prive de tout ordre, le dépouille de tout privilège clé- 
rical, et que le seigneur roi puisse, de ce traître à 
Dieu et aux hommes, de cet homme ehfoncé dans la pro- 
fondeur du mal; endurci et sans espoir de correction, que 
le roi en puisse par voie de justice faire à Dieu un excellent 
sacrifice. Il est si pervers, que tous les éléments dosent 
loi manquer dans la mort, puisqu'il offense Dieu et toute 
créature *. » 

Le pape réclama l'évéque, déclara suspendre le privi- 
lège qu'avaient les rois de France de ne pouvoir être 
excommuniés, et convoqua le clergé de France à Rome 
pour le l^r novembre de l'année suivante. Enfiq il adressa 
au roi la bulle AuscultOy fili: Écoute, mon fils, les.conseils 
d'un père tendre. Le pape commençait par ces paroles 
irritantes, dont ses adversaires surent bien profiter : « Dieu 
nous a constitué, quoique indigne, au*dessus des rois et 
des royaumes, nous imposant le joug de la servitude apos* 
tolique, pour arracher, détruire, disperser, dissiper, et 
pour édifier et planter sous son nom et par sa doctrine...» 
Du reste, la bulle était, sous forme paternelle, une récapi- 
tulation de tous les griefs du pape et de l'Église. 

Le diancelier Pierre Flotte se chargea de porter \k 
réponse au pape. La réponse, c'était que le roi ne lâchait 
pas son prisonnier, qu'il le remettait seulement à garder 
à l'archevêque de Narbonne, que l'or et l'argent ne sorti- 
raient plus de France, que les prélats n'iraient point à 



' Imiution péJaDtesqne d'un passosa du discours de Cicêron Pré 
Roiciù Ammno, sur le supplice dn parricide. 



i^ PHILVPi I^P Bit 

Rome. Ce foi iu»9 rude kasiâUB poiur le p9p0^efioai)& trioii^ 
phaut de $on JubUè» (lumd 00 pfstit «»ocal tefgte> vint 
lui pailler 6i Ubiremeotr L'alleroi^iea fut violente. Le pape 
le prit de bacrt : c Men peumir^ dii^, Maferme les 
deux. 1» Pierre Flotte réppadit par on ai|re émàn^o ; 
« Oui| mais votre pouvoir est verbal, oelui du roi siéeL » 
Le gascon K^garet» qui était veau t^ee Pierre Flotte , M 
put se contenir ; il parla aveè la violraee ei rei^poriemeiH 
méridional sur les abus de la cour pooIJAoale, eur la eoii^ 
duite môme du pape. Ils sortireBt mbi de- ftemd eorasée 
dims leur baiae d'avocats contre les. prêtres, ayant outn^ 
le pape, et sûrs de périr s'ils ne le pi^évenaient* 

pflkir soulever tout le monde oonlre Bonifaee, il fidlail 
tirer quelques propositions bien cbires et bien cltoqiiaDles 
du doucereux bavardage ou la coair de ftonie aioiait à 
noyer sa pensée. Ils arrangèrent done entre eux une 
brutale petite bulte où le pape exprinviit crûment toutes 
ses prétentions. En mémo temps, ils Maaient oourir iinii 
fausse réponse à la fausse buUe, où le roi pariait au pupa 
avec une violence et une grossièreté pepukoièM. Celte 
réponse, bien entendu, -n^était pas destinée à être eirvoyéep 
mais elle devait avoir deux eSets. D'abord eUe avitissait le 
pouvoir sacro-saint, auquel on jetait impuaémeoi cette 
boue. Ensuite, elle indiquait qne le roi se sentait £Mrt, m 
qui est le moyen d^ l'être en eÂet. 

« Bonilace, évéque, serviteur des serviteurs de Sien, à 
Philippe, roi des Fcaaaos, orams Diett et observe se» oom** 
mandements. Nous voulons que tu snehns que lu nous? es 
soumis' dans le temporel comme dans le spirituel ; ips fai 
collation des bénéfices et des prébendes ne l'appartieni 
point; que si tu as ia garde des bénéfices vaesnts, c'esi 
pour en réserver les fruits aux successeurs» Que aï tu en 

* c Belial ille, Pctras Flote, semivivcns corpore. mcnteque totaliser 
sacœeatuft. • Bultê de Soiriface aux prdiafs dr Knince. 



weoiiféré qaelqu'un» cous dedaronf^ceittç ceiHai^oA Uiva- 
Mcto, et Bons la révoquons si elle a été exécutée, déclarant 
bérétkpies tôua cevx qui pensent autrement Donné au 
JLatrao, auxnones de décembre, Tan 7 de noti^^ pontifi- 
cat. » C'«st la date de la bulle Ausculta^ fiiw 

\ Pbilinpe, par la gràoe de Dieu^ coi d/e& Français, ji 
Bpniface» qgù se donne pour ptpe» peu ou point de salut. 
Que ta très-rgrandû fatuité sache que nous ne sommes 
4aun)i3 à personne pour le temporel ; que la collation des 
églises et des prébendes vacantes nous appartient par le 
droit rayai ; que les fruits en sont à nous \ que les colla- 
tions faites et à faire par nous sont valides au passé et ^ 
Tavenir; que nous maintiendrons leurs possesseurs de 
tout notre pouvoir, et que nous tenons pour fous et in- 
jsensés ceux qui croiront autrement, t 

Ces étranges paroles qui eussent, un siècle plus tôt, 
Bxvak tout le royaume pontre te roi, furent bien reçues de 
la noblesse et dUi peuple des Wlies. On fit alors un pas de 
plus; on compromit directement la noblesse avec le pape. 
Le 44 février 4302, en présence du roi et d'une foule de 
seigneurs et de chevaliers, au milieu du peuple de Paris, 
la petite bulle fut brûlée, et cette exécuticm fut ensuite 
criée à son de trompe par toute la ville ^. Encore deux 
cents anS| un moine allemand fera de son autorité privée 
ce que Pierre Flotte et Nogaret Cont maintenant au nom 
du roi de France. 

Hais il fallait engager tout le royaume dans la cpierelle. 
Le pape avait convoqué les prélats à Rone pour le 4 ^^ no- 
vembre 4 le roi convoqua les États pour le 40 avril; non 
plus les Etats du clergé et de la noblesse, non plus les 
États du Midi, comme saint Louis les avait rassemblés; 
mais les États do Midi et du Nord-, les États des trois oitirês, 
clergé, noblesse et bourgeoisie des villes. Ces États géné^ 

> Avp, 17. 



48 * PHILIPPE LE râL. 

raux de PhiKppe le Bel sont Tère sationale de la France, 
son acte de naissance. Elle a été ainsi baptisée dans la 
basilioue de Notre-Datne, où s'assemblèrent ces premiers 
$tats<. De même que le Saint-Siège, au temps de Gré- 
goire VII et d'Alexandre III, s'était appuyé sur le peuple, 
Tennemi du Saint-Siège appelle maintenant le peupîe à 
lui. Ces bourgeois, maires, échevins, consuls des villes, 
S0U5 quelque forme humble et servile qu'ils viennent 
d'abord répéter les paroles du roi et des nobles, ils n'en 
sont pas moins la première apparition du peuple. 

Pierre Flotte ouvrit les États (10 avril 4302) d'une ma- 
nière habile et hardie. Il attaqua les premières paroles de 
la bulle Ausculta^ fili : « Dieu nous a constitué au-dessus 
des rois et des royaumes... » Puis il demanda si les Fran- 
çais pouvaient sans lâcheté se soumettre à ce que leur 
royaume, toujours libre et indépendant, fût ainsi placé 
dans le vasselage du pape. C'était confondre adroitement 
la dépendance morale et religieuse avec la dépendance 
politique, toucher la fibre féodale, réveiller le mépris de 
l'homme d'armes contre le prêtre. Le bouillant comte 
d'Artois, qui déjà avait arraché au légat et déchiré la bulle 
Ausculta, prit la parole, et dit que, s'il convenait au. roi 
d'endurer ou de dissimuler les entreprises du pape, les 
seigneurs ne les souffriraient pas. Cette flatterie brutale, 
sous forme de liberté et de hardiesse, fut applaudie des 
nobles. En môme temps, on leur fit signer et sceller une 
lettre en langue vulgaire, non au pape, mais aux cardi- 
naux. La lettre ftait probablement toute écrite d'avance 
par les soins du chancelier, car elle est datée du 4 avril 
du jour même où les États furent assemblés. Dans cette 

> Ont-ils été les premiers? M. deStadler sigoale des assemblées par* 
tielles en 1294, et one assemblée générale à Paris en 12f>5. Philippe le 
Bel avait déjà plos d'nne fois demandé des subsides à des assemblées do 
députés des trois ordres, soit sons la forme d'États provinciaux, «ail 
sous la forme d*États généraux. 



BONiFACB vni. 49 

longue épitre, les seigneurs, après avoir souhaité aux car- 
dinaux « continuel accroissement de charité, d'amour et 
de toutes bonnes aventures à leur désir» » déclarent que, 
quant aux dommages que « celuy qui en présent est ou 
siège du gouvernement de TËglise, » dit être faits par le 
roi, ils ne veulent, « ne eux, ne les universités, ne li peuple 
du royaume, avoir ne correction ne amende, par autre fors 
que par ledit nostre Sire le Aoi. » Ils accusent « Cil qui à 
présent siet ou siège du gouvernement de TÉglise » de tirer 
beaucoup d'argent de la conférence et collation des arche- 
vôques, évoques et autres bénéficiers, « Si que li mêmes 
peuples, qui leur est soubgez, soient grevez, et rançonnez. 
Ne li préïas ne poent donner leurs bénéfices aux nobles 
clercs et autres bien nez et bien lettrez de leurs diocèses, 
de qui antecessours les églises sont fondées. > Les seigneurs 
signèrent certainement de grand cœur ce dernier mot où 
l'habile rédacteur insinuait que les bénéfices, fondés pour 
la plupart par leurs ancêtres, devaient être donnés à leurs 
cadets, ou à leurs créatures, ainsi que cela se fait en An- 
gleterre, surtout depuis la Réforme. C'était attacher à la 
défaite du pape le retour des biens immenses dont les sei- 
gneurs s'étaient dépouillés pour r£gUse dans les âges de 
fer\'eur religieuse *. 

La lettre des bourgeois fut calquée sur celle des nobles, 
si nous en jugeons par la réponse des cardinaux. Mais elle 
n'a pas été conservée, soit qu'on n'ait daigné en tenir 
compte, soit qu'on ait craint que le dernier des trois ordres 
ne tirât plus tard avantage du langage hardi qu'on lui avait 
permis de prendre dans cette occasion. 

La lettre des membres du clergé est tout autrement mo- 
dérée et douce. D'abord elle est adressée au pape : « Sanc- 
tissimo patri ac domino suo carissimo... v Us exposent les 
griefs du roi et réclament son indénendance quant au tem- 

< App., 18 

uk 4 



50 PniUPFE iS BEU- 

pc^el. Ite ont fai^ tout ce qu'ils oui pu pour l'adoucir ; Ws 
l'ont supplié de peroiettce qu'ils allassent aux pieds de la 
béatitude apostolique. Mais la réponse est venue du roi et 
des barotts qu'on ne leur permettrait aucunement de sortir 
du royiuime. Ils sont tenus au roi par leur serment de fi- 
délité à ta canservatioiQ de sa personne, de ses honneurs et 
libertéa, à oaUe défi droits du royaun^e^ d'autant plus que 
nmbrjt d'sutrû ifada tktment dss^ duchés^ comtés^ baronnies et 
otilrw/ie/ï. Enfin» dans cette nécessité extrême, ils ont re- 
cours à la providenoe de Sa Sainteté, « Avec des paroles 
pleines de larmes et des sanglots mêlés de pleurs, implo- 
rant aa cléni^ce paternelle» etc. » 

Cette lettre, si différente de l'autre, contient pourtant 
égaiwikettt le grand grief de la noblesse : « Les prélats n^ont 
plus 4e <pà(à donner, pas même de quoi rendre, aux nobles 
dont les ancêtres ont fondé les églises *« » 

Pendant que la lutte s'engageait ainsi contre le pape, 
une grande et terrible nouvelle -avait compliqué l'embar- 
ras. Les Ëtais s'étaient assemblés le 1 avril. Mais le 24 mars, 
le massaoffe des Yépoes siciliennes s'était renouvelé à Bruges» 
Quatre mille Français avaient été égorgés dans cette ville. 

JLa noblease était réuQic aux États, U ne s'agissait que de 
la faire chevaucher vers la Flandre, tout animée de colère 
qu'ellç était déjà, toute gonflée d'orgueil féodal, et de lui 
faire gagner une belle bataille sur les Flamands, qui eût 
été une victoire sur le pape. Pierre Flotte, si engagé dans 
cette cause, ne pouvait perdre le roi d^ vue. Tout chance- 
lier quil était et homme de robe longue, il monta à cheval 
avec les hommes d'armes« 

Les Flamands, qui avaient appelé les Français, en étaient 
crudlement punis, lia nalveillance mutuelle avait éclaté 
dès le premier jour. Edouard ayant laissé le comte à ses 
propres forces pour faire tête à Wallace» les Français le 

* App,, 49. 



ÎONIFACB TOI. 51 

m 

poussèrenl de place en place et lui persuadèrent de se li- 
vrer à Philippe, qui le traiterait bien. Le bon traitement fut 
de rentrer dans la prison du Louvre, où déjà sa fille était 
morte. 

Le roi des Français n'avait eu qu'à prendre paisiblement 
possession des Flandres. H ne soupçonnait pm lui-même 
l'importance de sa conquête. 'Quand il mena la reine avec 
lui voir ces riches et fameuses villes de Gand et deBruges, 
ils en furent éblouis, effrayés. Les Flamands aHèrent au- 
devant en nombre innombrable, curieux de voir un roi. 
Ils vinrent bien vêtus*, gros et gras, chargés de lourdes 
chaînes d*or. Ds croyaient faire honneur et plaisir à leur 
nouveau seigneur. Ce Ait tout le contraire. La reine ne leur 
pardonna pas d'être si braves, aux femmes encore moins : 
c Ici, dit-elle avec dépit, je n'aperçois que des reines. » 

Le royal gouverneur Châtillon s'attacha à les guérir de 
cet orgueil, de cette richesse insolente. Il leur Ata leurs 
élections municipales et te maniement de leurs affaires ; 
c'était mettre les riches contre soi. Puis il frappa les pau- 
vres : il mit Timpdt d'un quart sur le salaire quotidien de 
l'ouvrier. Le FVançais, habitué à vexer nos petites commu- 
nes, ne savait pas quel risque il y avait à mettre en mou- 
vement ces prodigieuses fourmilières, ces formidables 
guêpiers de Flandre. Le Ifon couronné de Gand, qui dort 
aux genoux de la Tierget, dormait mal et s'éveillait sou- 
vent. La cloche de Roland sonnait pour Témeute plus fré- 
quemment que pour le feu. — Roland! Roland! tintement, 
c*est incendie î volie, c'est soulèvement^ ! 

Il n'était pas difficile de prévoir. Le peuple commençait 
à parler bas, à s'assembler à la tombée du jour 4. Il 



* « Tricolah vestlta... PrimatM inter se dissidentes daos habebaoi 
colores, mtiUiittdo addidit tertimn. • Mefer. 

* App., ÏO. — * App,, SI. 

' « Gonvenîre, conferre, eolloqui inter m nub crepasealam noctis 
nuUimdo. » Uaver. 



52 PfllUPPB LB BEL. 

I 

n'y avait pas vingt ans qu*avaient eu lieu les Vêpres sici- 
liennes. 

D'abord trente chefs de métiers vinrent se plaindre à 
Châtillon de ce qu'on ne payait pas les ouvrages comman- 
dés pour le roi. Le grand seigneur, habitué aux droits de 
corvée et de pourvoirie, trouva la réclamation insolente et 
les fit arrêter. Le peuple en acmes les délivra et tua quel- 
ques hommes, au grand effroi des riches, qui se déclarè- 
rent pour les gens du roi. L'affaire fut portée au Parlement, 
Voilà le Parlement de Paris qui juge la Flandre, comme 
tout à l'heure il jugeait le roi d'Angleterre. 

Le Parlement décida que les chefs de métiers devaient 
rentrer en prison. Parmi les chefs se trouvaient deux 
hommes aimés du peuple, le doyen des bouchers, et celui 
des tisserands. Celui-ci, Peter Kœnig (Pierre le Roi), était 
un homme pauvre et de mauvaise mine, petit et borgne, 
mais un homme de tête, un rude harangueur de carre- 
four *. Il entraîna les gens de métiers hors de Bruges, leur 
fit massacrer tous les Français dans les villes et châteaux 
voisins. Puis ils rentrèrent la nuit. Des chaînes étaient ten* 
dues pour empêcher les Français de courir la ville; cha- 
que bourgeois s'était chargé de dérober au cavalier logé 
chez lui sa selle et sa bride. Le 21 mars 1302, tous les gens 
du peuple se mettent à battre leurs chaudrons ; un boucher 
frappe le premier, les Français sont partout attaqués, mas- 
sacrés. Les femmes étaient les plus furieuses à les jeter par 
les fenêtres ; ou bien on les menait aux halles, où ils étaient 
égorgés. Le massacre dura trois jours; douze cents cava- 
liers, deux mille sergents à pied y périrent. 

Après cela, il fallait vaincre. Les gens de Bruges mar- 
chèrent d'abord sur Gand, dans l'espoir que cette grande 
viUe se joindrait à eux. Mais les Gantais furent retenus par 
leurs gros fabricants ^, peut être aussi par la jalousie de 

* App,, M. — « App., J3. 



BONIFACE VIII. 53 

Gand contre Bruges. Les Brugeois n'eurent pour eux, 
outre le Franc de Bruges, quTpres, l'Écluse, Newport , 
Berghes, Fumes, et Gravelines, qui les suivirent de gré ou 
de force. Us avaient mis à la tête de leurs milices un fils du 
comte de Flandre, et un de ses petits-fils, qui était clerc, 
et qui se défroqua pour se battre avec eux. 

Ils étaient dans Courtrai, lorsque l'armée française vînt 
camper en face. Ces artisans, qui n'avaient guère combattu 
en rase campagne, auraient peut-être reculé volontiers. 
Mais la retraite était trop dangereuse dans une grande 
plaine et devant toute cette cavalerie. Ils attendirent donc 
bravement. Chaque homme avait mis devant lui à terre son 
guUmtag ou pieu ferré. Leur devise était belle : Scilt vnd 
vrfendi, Mon ami et mon bouclier. Ils voulurent communier 
ensemble, et se firent dire la messe. Mais, comme ils ne 
pouvaient tous recevoir l'eucharistie, chaque homme se 
baissa, prit de la terre et en mit dans sa bouche ^ Les che- 
valiers qu'ilsavaient avec eux, pour les encourager, renvoyè- 
rent leurs chevaux; et en même temps qu'ils se faisaient 
ainsi fantassins, ils firent chevaliers les chefs des métiers. 
Ils savaient tous qu'ils n'avaient pas de grâce à attendre. 
Ou répétait que Chàtillon arrivait avec des tonneaux pleins 
de cordes pour les étrangler. La reine avait, disait-on, re- 
commandé aux Français que quand ils tueraient les porcs 
flanuinds, ils n'épargnassent pas les truies flamandes K 

Le connétable Raoul de Nesle proposait de tourner les 
Flamands et de les isoler de Courtrai. Mais le cousin du 
roi, Robert d'Artois, qui commandait l'armée, lui dit bru- 
talement : « Est-ce que vous avez peur de ces lapins, ou 
bien avez-vous de leur poil? > Le connétable, qui avait 
épousé une fille du comte de Flandre, sentit l'outrage, et 
répondit fièrement : « Sire, si vous venez oii j'irai, vous 
irez bien avant ! » En même temps il se lança en aveugle 

* Aj^,, M. — * App,, t5» 



54 PBIIIPPS U BEL. 

à la tête des cavaliers d^ns une poussière de juiHpt 
(il juillet 430S). Chaoun s'efforçtnt de le suivre et 
craignant de rester à la queue, les derniers poussaient tes 
premiers ; ceuxH^i, approchant des Flamands^ trouvèrent, 
ce (fu'on trouve partout dans ce pays coupé de fossés et 
de canaux, un fossé de cinq brasses de large ^ Us y touc- 
hèrent^ s'y entassèrent; le fossé étant en demi-lune^ il n'y 
avait pas moyen de s'écouler par les cAtés. Toute la che- 
valerie de France vînt s'enterrer là,. JLrtois, ChÂtiiion, 
Nesle^ Brabant, Eu, Aumaley Daxnmartin, Dreux, Soisaoae, 
Tancarville, Vienne, Mehu, une foule d'autres, te chan- 
celier aussi, qui sans doute na comptait pas périr en si 
glorieuse compagnie. 

Les Flamands tuaient à leur aise ces cavaliers désac- 
çonnés; ils les «hoisissaient dans le fossé. Quand les 
cuirasses résistaient, ils les assommaient avec des maillets 
.de plomb ou de fer*» Us avaient parmi eux hon nombie 
de moines ouvriers \ qui s'acquittaient en conscience de 
cette sanglante besogne. Un seul de ces moines prétendit 
avoir assommé quarante chevaliers et quatorze cents fan- 
tassins; évidemment le moine se vantait. Quatre miUe 
éperons dorés (un autre dit sept cents) furent pendus dans 
la cathédrale de Courtrai. Triste dépouille qui porta 
malheur à ht ville. Quatre-vingts ans apsès, Charles Vl vit 
les éperons, et fit massacrer tous les habitants» 

Cette terrible défaite, qui avait exterminé toute l'a van t- 
garde de l'armée de Fi'ance, c'est^-à-dire la plupart d€^ 
grands seigneurs, cette bataille qui ouvrait tant de succes- 
sions, qui faisait tomber tant de fiefs à des mineurs sous 
la tutelle du roi, afiaiblit pour un moment sa puissance 
niilitciire sans doute, mais «lie «ne lui ôta rien de sa vigueur 
contre le pape. En un sens, la royauté en était plutôt for- 

' Oudegherat ne parle pas du fo.aé, saas doate pour rehaasser là 
gloire des Flamande. 
* App.^ W. — * Meyer. 



BONIFACS tm. 55 

tifiée. Qui sait si le pape n'eût troatê moyen de tourner 
contre le roi quelques-uns de ces grands "feudataires qui 
avaient signé, il est vrai, la fhmeuse lettre; mais qui, rev^ 
nant tous de la guerre de Flandre , revenant riches et 
vainqueurs, eussent tnoîns craint la royauté? 

II renonçait à confondre les deux puissances, comme fl 
avait paru vouloir le faire jusque-là. Mais lorsqu'on eut 
appris à Rome la défaîte de Philippe à Gourtrai^ la oour 
pontificale changea de langage; un cardinal écrivit au duc 
de Bourgogne que le roi était excommunié pour avoir 
défendu aux prélats de venir à Rome, que le pape ne pou-^ 
vait écrire à un excommunié, qu'il fallait avant tout qu*n 
fît pénitence. Cependant les prélats, ralliés au pape par là 
défaite du roi, partirent pour Rome au nombre de qua^ 
rante-cinq. C'était comme une désertion en masse de 
l'église gallicane. Le roi perdait d'un coup tons ses évèques, 
de même qu'il venait de perdre presque tous ses barons à 
Courtrai ^ 

Ce gouvernement de gens de loi montra une vigueur et 
une activité extraordinaires. Le 23 mars , une grande 
ordonnance très-populaire fut proclamée pour la réfor^ 
mation du royaume. Le roi y promit bonne administration, 
justice égale, répression de la vénalité, protection aux 
ecclésiastiques, égards aux privilèges des barons, garantie 
des personnes, des biens, des coutumes. Il promettait la 
douceur, et il s^assurait la fbrce. R releva ieChfttdét et sa 
police armée, ses sergents; sergents à pied, sergents i 
cheval, sergents à la douzaine, sergents du guet. 

Les deux adversaires, près de se choquer, ne voulurent 
laisser rien derrière eux. Ils sacrifièrent tout à l'Intérêt de 
i»tte grande lutte. Le pape ^'accommoda avec Albert 
d'Autriche, et le reconnut pour Empereur. Il lui faliak 
quelqu'un à opposer au roî de France. Le roi acliela la paix 



66 PHILIPPE LB BIL. 

aux Anglais par Ténorme sacrifice de la Guyenne (20 mai). 
Quelle dut être sa douleur, quand il lui fallut rendre à son 
ennemi ce riche pays, ce royaume de Bordeaux I 

Mais c'est qu'il fallait vaincre ou périra Le 12 mars, 
l'homme même du roi, le successeur de Pierre Flotte, ce 
hardi Gascon, Nogaret lut et signa un furieux manifeste 
contre Boniface^. 

a Le glorieux prince des apAtres, le bienheureux Pierre, 
parlant en esprit, nous a dit que, tout comme aux temps 
anciens, de même.dans Tavenir, il viendra de faux prophè- 
tes, qui souilleront la voix de la vérité, et qui, dans leur 
avarice, dans leurs fallacieuses paroles, trafiqueront de 
nous-mêmes, à l'exemple de ce Balaam qui aima le salaire 
de riniquité. Balaam eut pour correction et avertissement, 
une bête qui, prenant la voix humaine, proclama la folie 
du^faux prophète... Ces choses annoncées par le père et 
patriarche de l'Ëglise, nous les voyons de nos yeux réali- 
sées à la lettre. En effet, dans la chaire du bienheureux 
Pierre, siège ce maître de mensonges, qui, quoique Mal- 
faisant de toute manière, se fait appeler Bonifacâ^, Il n'est 
pas entré par la porte dans le bercail du Seigneur, 
ni comme pasteur et ouvrier, mais plutôt comme voleur et 
brigand... Le véritable époux vivant encore (Célestin Y), il 
n a pas craint de violer TÉpouse d'un criminel embrasse- 
ment. Le véritable époux, Célestin, n'a pas consenti à ce 
divorce. En efiet, comme disent les lois humaines : Rien de 
plus corUraire au consentement que f erreur... Celui-là ne 
peut épouser,' qui, du vivant d'un premier mari non indi- 

* Dëj& OD avait mis en avant un Normand, maître Pierre Daboii, 
avocat an bailliage de Coutances, qui donna contre te pape nne con- 
sQltation triplement biiarre pour le atyle, Téradition et' la logicjiM. 
àpp., Î8. 

* Dans la snsc/iption, il 86 fait appeler : Chevalier et vén$ràblê pro' 
ftueur en droit. Il s'était fait faire cheTtlier, en effet, par le roi, en 
IS97. Mais il n'a pas osé ici, dans une assemblée de la noblesse, signer 
lai*ffléffle cette qualité. — ' App., 2^. 



BiMUTACI TUI. 57 

gne, a soaillé te mariage d'adultère. Or, comme ce qui se 
commet contre Diea fait tort et injure à tous, et que dans 
on si grand crime on admet à témoigner le-premier venu^ 
même la ftmme^ même une personne infâme; moi donc, 
ainsi que la béte qui, par la vertu du Seigneur, prit la voix 
d'homme par&it pour rq>rendre la folie du foux j)rophète 
prêt à maudire le peupte béni, j^adresse à vous ma suppU-« 
que, trè&*exceUent Prince, seigneur Philippe, par la gràce 
de Dieu, roi de France, pour qu'à l'exemple de l'ange qui 
préaenta l'épée nue à ce maudisseur du peuf^e de Dieu, 
vous qui êtes oint pour l'exécution de la justice, vous op- 
posiez l'épée à cet autre, et plus funeste Balaam, etVempô- 
cbiez de consommer le mal qu'il prépare au peuple. » 

Rien ne fut décidé. Le roi louvoyait encore. Il permit à 
trois évéques d'excuser la défense qu'il avait faite aux pré- 
lats. Le pape envoya un légat, sans doute pour tàter le 
dergé de France, et voir s'il voudrait remuer. Hais rien ne 
bougea. Le roi dit au. légat qu'il prendrait pour arbitres les 
ducs de Bretagne et de Bourgogne ; c'était flatter la no- 
blesse et s'en assurer; du reste il ne cédait rien. Alors le 
pape adressa au légat un bref dans lequel il déclarait que le 
roi avait encouru l'exconmiunication, comme ayant empê- 
ché les prélats de se rendre à Rome. 

Le légat laissa le bref et s'enfuit. Le roi saisit deux pré* 
très qui l'avaient apporté avec le légat et les ecclésiastiques 
qui les copiaient. Le bref était du 4 S avril. Deux mois après 
(jour pour jour), les deux avocats qui succédaient à Pierre 
Flotte, agirent contre Boniface. Plasian accusa, Nogaret 
exécuta. Le premier, en présence des barons assemblés en 
£tat« au Louvre, prononça un réquisitoire contre Boniface, 
et un appd au prochain concile. Aux accusations prccé^ 
dentés, Plasian ajoutait celle d'hérésie ^ Le roi souscrivit à 
l'appel, et Nogaret partit pour l'Italie. 

• 4». ». 



ft8 pïnLim u BBL. 

Pour sooteiiir ééUe déffiftush» deSiiilïve, I& roi fie 9e 
ccmtenta pas de rasMntithénf eolfeelif <lèft filât». B^ tAres^a 
des lettres iidividneHee unx pféAniê, otnc affines, «ux vilk», 
aux umf«rsîtés; ces lettre» furent portéee <ie prottnce en 
province pav le vieeinie de NailienBe et par raeeusatemr 
mtee, PUniaiiA. Le roi prie el requiert de eonsentirau 
.<Mmeile : Ntm rtqmirmmê êùmmilfe. B tt'eftt pas été sûr db 
refuser en Ghb de Tndeunleiir. H rapporta plus ëe sept 
oenis adbéflMB* Teot le dAonAe âvark eouserh, ceux mémfe 
qaiy rannée pKéoédettie^ aprto lar défaHè* du rar k Courtrai, 
a'étaieDr nv^ré lui rendiieprte dbpape. La aanie du îfittth 
pomà des qaarMteHriiNf avak suffi pour les converti an 
parti da rat. S«af Ctteam, cfoe le pape avait gagné par une 
fairenr léoente et qui ae paitagea, • tens donnèrent à Pla- 
aion dea tettiea d'adhéak wi ay conoile. 

Lea corps lea phie ftrvoriiéB des papear se dftéhtrèrent 
poor le nâîr rmiverBfté de fteris, les dominicains de k 
BiôflEie tiHe, les minears* de Teurakie-. Qaelquear-itmar, 
^omiae on prieur de Ctuny ef un templier, adhèrent, nmî^ 
ju^ pnnesiBtfaftliyf 9. 

Le paipe kur IMboK eHeore" graidTjpeur. 9 fMàtt «A 
retour que le roi domàt de» lettrée par te^NfueUes Fui, fa 
reine et les jeunes prineee e'engogeBieiit k défendre tel ou 
tel qui «fait adhéié ae eonefle^. C'éMt eonrnie «ne aséu- 
fmee muCoelle qtte* le roi et lo»^ wfffè du royaume se 
douaient dans, ce péri K 

Le 15 aoât, BoniANMi déelar» par une buReqn'am pape 



* L* prieur et fé eocnredC de» Prêres Prècbéors de Mbntiietlîer «yaat 
répenéa ifi'îli m puiaialeat aiihéfer «aeg Vàrétt eipfè^ de l«trr ftimrt 
général qui éuii à Parisy J^ apeaie d« rfi ëireol qvtiè$ VovtoiefllsaM 
voir rîatention de chacqn «n parlUulUr et m seereL Les raUgieox. j^»r 
•iitanc^ lee e^eirtj Ifenr enjofpilrent de sortir tous (rois Joars da 
royaume. Ils en dressôreat atfa 

*App„ 31. 

* Oapay. — * Id. . , 

* V. tons ces actes dam Oopuy. 



. BOHVJiiSB Ymi ' 09 

•rai il appanemit ée oMKfoqaai tin coneife^ il r^oiiît 
fiox aocwialioBS de Hadan et de Nogarel, partHtuliènHnsBt 
au reproche d'hérésie. A cette occasiem, X disait : « Qui 
a jamais cai> 4ire tfmj je ne di& pts» dan» notre hmille, 
ffiaifl dans mU» paya aataâ, dans Ja Cmq^aBîe, il y ait 
jaoïaîa eu an hérétîqjm? * C'était attaquer indirectement 
PIaai«i.et Nogaret^ cfuiétaielnt justement des paijs aUii^enis . 
On disait même qae le gmndf^èt a de* Mofaret. airait Hé 
kr&la. 

LcB èeux aeeosateurs: saraiianfc bim tant es qu'ife attaimit 
à eraindaa. L'acharaanani du papecoutte Plaire Btottfe 
devait les éclaifeis* AvaMt la iNltaille^ àm Gouvtnà^BaniGMKe 
avait, daaa aoa; discoara an oarcKaanK^ tout nsjeté^ a* 
eelui-ei» amoaçantifii'it se réservait de h» jwnir spiaituel- 
iamentet tempareUeiiMDt^. Clétait onvriraa roi.un DMqren 
définir laqiMelle par la Kacrifioe da chanaelieK'Bipérit.à 
Courlrai<; mais «ombiensea deux suocessaurs n'avaiant pas 
fins à avaindMi^ afirès lenia^ aadaciausas aocasatipnsd 
Aussi dès k 7 mars^ emqjattrs avMit la {nremiàre teqfaèta, 
Mogaret s'était fiiit domiar des pmivcBrs iliimité& dn mi, 
un véritable blancs-seings imur traiter» et pour fain» éêui 
^e gai sêtaiê à pt>9fo$^.Jà partit paur Filalia airea. cotte 
jvma^ fersonB^emeat iatéresaé à s'en savnr poilr la 
peita da.papai U prit poste iFknrance près du Itonqm^ 
^ roi de Fmncdi 4|ui dénaî^t lai donner toit l-aigant qn'il 
jdeBOAnderaitM U avait aaee hû le gibelin, est gibelina^ le 
praseiifc et la victime de Banifaaa,! un hraiftie vdué et 
damné pour la mort du pape, Sciainta Colaaaa. C'était4sa 
homme précieux peur un coup. Ge roi des lâOnta^aardB 
sabinsy des banditi de la campagne romaine, savait si bien 
ce que le pape eût fait de lui, qu'étant tombé dans les 

* - Et volamos niod lac AelâUipbd jste Petini p«niftttif têmp^roliler 
€i ipiritualiUr, sed rogauuis ûfium qood reser?«t eum nabis f oaisa- 
doin, sicat ja?iaa «t. • Dnpuy» 

•if|>p..3î. 



60 PHILIPPB LS BEL. 

maiiis des corsaires, il rama pour eux pendant plusieurs 
années, plutôt que de dire son nom et de risquer d*être 
Tendu à Boniface^. 

Après la bulle du 45 août, on devait croire que Boniface 
allait lancer la sentence qui avait mis tant de rois hors du 
trône, et déclarer les sujets de Philippe déliés de leur 
serment envers lui. Réconcilié avec l'empereur Albert, il 
savait à qui donner la France. Il allait peut-être renouveler 
contre la maison de Capet la tragique histoire de la mai- 
son de Souabe. La bulle était prête, en effet, dès le 5 sep- 
tembre. Hfollait la prévenir, émousser cette arme dans les 
mains du pape en lui signifiant l'appel au concile. Il fallait 
lui signifier cet appel à Anagni, dans sa ville natale, ou il 
s'était réfugié au milieu de ses parents, de ses amis, au 
milieu d'un peuple qui venait de traîner dans la boue les 
lis et le drapeau de France*. Nogaret n'était pas homme 
de guarre, mais il avait de l'argent. D se ménagea des in- 
telligences dans Anagni, et pour dix mille florins (nous ' 
avons la quittance ^), il s'assura de Supinr), capitaine de 
Ferentino, ville ennemie d'Anagni. « Supino s'engagea 
pour la vie ou la mort dudit Boniface^. > Colonna donc et 
Supino, avec trois cents cavaliers et beaucoup de gens h 
pied, de leurs clients ou des soldats de France, introdui- 
sirent Nogaret dans Ana^i aux cris de : Meure le pape, 
vive le roi de France ^. La commune sonne la cloche, mais 
elle prend justement pour capitaine un ennemi de Boni- 
face ^, qui donne la main aux assaillants, et se met à piller 
-les palais des cardinaux ; ils se sauvèrent par les latrinesr 
Les gens d'Anagni, ne pouvant empocher le pillage, se met- 



* Pélnrqae. — * Aj^., 33. 
■ Dapny. — * App., 3«. 

^ • Maoia papa Bonifacio, e vira il Re di Francia. • Villani. 

* « Palsata eomtnuni campana, et tractatn haUto. etegcrunt sibi ca* 
pi'ancnm qoemdam Arnalphum... Qui quidem... illis ignonn*.ibas,do* 
mini papae exsiilil capitalis inimicus. • Walsingiiam. 



BONIFACB VUI. 61 

» 

tenl à piller de compagnie. Le pape, près d'être forcé dans 
son palais, obtient un moment de trêve, et fait avertir la 
commune ; la commune s'excuse. Alors cet homme si fier 
s'adressa à Colonna lui-même. Mais celui-ci voulait qu'il 
abdiquât et se rendit à discrétion. « Hélas 1 dit Boniface, 
voilà de dures paroles^ 1 » Cependant ses ennemis avaient 
brûlé une église qui défendait le palais. Le neveu du pape 
abandonna son oncle, et traita pour lui-même. Ce der- 
nier coup brisa le vieux pape. Cet homme de quatre-vingt- 
six ans se mit à pleurer '. Cependant les portes craquent, 
les fenêtres se brisent, la foule pénètre. On menace, on ou- 
trage le vieillard. Il ne répond rien. On le somme d'abdi- 
quer. « Voilà mon cou, voilà ma tête, » dit-il. 

Selon Villani, il aurait dit à l'approche de ses ennemis : 
« Trahi comme Jésus, je mourrai, mais*je mourrai pape. » 
Et il aurait pris le manteau de saint Pierre, mis la 
couronne de Constantin sur sa tête, et pris dans sa main 
les defe et la crosse. 

On dit que Colonna frappa le vieillard à la joue de son 
gantelet de fer K Nogaret lui adressa des paroles qui va- 
laient un glaive : « 4oi, chétif pape, confesse et regarde 
de monseigneur le roy de France la bonté qui tant loing 
est de toy son royaume, te garde par moy et défend ^. » Le 
pape répondit avec courage : Tu es de famille hérétique, 
c'est de toi que j'attends le martyre'. > 

Colonna aurait volontiers tué Boniface ; l'homme de loi 
Fen émpédia^. Cette brusque mort l'eût trop comprcmiis. Il 
ne fallait pas que le prisonnier mourût entre ses mains! 
Mais, d'autre part, il n'était guère possible de le mener jus- 
qu'en France 7. Boniface refusait da rien manger, craignant 

' • lien met durus est bictermol • 

• • Plcrit amu-e. » — ' App., 35. 

* Chron. de S. Denis. — * Dapny. — * Lettres jastHleatrres de Noga- 
tel. — Dapoy. 

' Nogaret rayait menacé de le faire conduire lié et garrotté à Lyon» 
où il serait jugé et déposé par le concile généial. (Villuii.} 



6i pniupn Li VL. 

lepttaoïi. Cereflis ént» trois jwira^an bo«t deiqaels le peo. 
pie d'Aïuagni, s'apensewaot du petit nomiMie d'étotiii^erst 
s'ameuta, chassa les Fraoçoiaet déima son pape. 

(te Tapperta bu b piaee, qui pfeuraîtoamme ttn enfant. 
Selon te léoH passionné de Watebigham, c il namereia Bien 
et le penpte desadéiitfjaMne, et dit : BanaeageBs, vous 
avei TA eomment iBBBS>ennenM ont enleié tovi «nies biens 
et OBWL de l'£glise. Me voilà panure oomme iob. Je voos 
dis en véiiléque je ft'ai rien à mangeriii 1 boire. S^ est 
quelque bonne feanne qui veuille me faire aumdne de 
pain ou de vin, ou dun peu d'eau mx défiivt de vin, je lui 
donnerai la bénédiotion de Dieu et la nûenne. Quiconque 
m*apportera la moindre chose pour subvenir à mes be- 
soins» je rabsoudrai de tout péché... Tout le peuple se mît 
à crier : Vive le saint^père 1 Les femmes coururent en 
foule au palais pour y parler du pain, eu vin ou de feau ; 
ne trouvant point de tvaaes, elles versaient dans un ocffire. . . 
Chacun pouvait entrer, et parlait avec le pape comme evec 
tout attire ^pauvie^. 

« Le pape 'donsa au peuple Tabsolatton de tout péché 
sauf le piUage des biens de TÉglise et des cardmaux. Four 
ce qui était k hii, il le leur laissa. On lui en rapporta ce- 
pendant quelque chose. Il protesta •ensuite devant tous 
qu'il voulait avoir paix avec les Golonna et tous ses 
ennemis. Puis il partit pour Rome iMreo une grande foule 
de gens arasée. > Hais lorsqu'il aitriva à Saini-Pierre et 
qu'il ne fiai plus soutenu par le sentiment du péril, la peur 
et la ftim doiÉ il avait eoufiiri, la perte 4e «m argent, 
rinselenta «viotcire de ses ennemis, cette bumîHation iaffi- 
nie d'une puiasanoe infinie, toutcela lui revint à la fois ; sa 
tôte octogénaire n'y tint pas : il perdit l'esprit. 

II s'était confié aux Orsini^ comme ennemis des Coîonna. 
Meis îi iiitou crut être encorearrété par eux. Soit qu'ils vou« 



|Sa>'lf ACE YJU. G3 

lu580Qt cacher au peuple le scandale d'un pape béréUf ue» 
soit qu'ils s'enteodisseat avec les Colonna pour le reteair 
prisonnier, Boixiface ayant voulu sortir pour se réfugier 
cbaz d'autres barons, les dGox cardinaux Orsini lui barrè- 
rent le passage et le firent rentrer. La folie devint rage, iet 
dès lors il repoussa tout aliment. 11 éeumait et grinçait des 
dents. Enfin, un de ses amis, Jacobo de Pise lui ayant dit ; 
« Saint Pè^re, recommandez-vous à Dieu, h la Vierge Ma-* 
rie, et recevez le corps du Christ, » Boniface lui donna ua 
soufflet, et cria en mêlant les deux langues : AUoma d$ Dio 
et iU Swcta Maria, nolo, «ofo. U chassa deux frères mi^ 
neurs qui lui apportaient le viatique, et il expira au bout 
d'une heure sans commum'on ni confession. Ainsi se serait, 
vérifié le mot que son prédécesseur Célestin avait dit de 
lui : « Tu as mcNuté comme un renatd; tu régneras conune 
un bon ; tu mourras coomie un chien ^. » 

On trouve d'autres détails, mais plus suspects encore, 
dans une pièce où respire une haine furieuse, et qui sem- 
ble avoir été fabriquée par les Plasian et les Nogsret pour 
la Caire courir dans le peuple, immédiatement après Té- 
vénement : « La vie, état et condition du pape Maléface, 
racontée par des gens dignes de foi. Le 9 octobre, le Pha- 
raon, sachant que son heure apj^rocbait, confessa qu'il avait 
eu des démons familiers, qui kii avaient fait faioe tous ses 
crimes. Le joiu* et la nuit quisuivireiit, on entendit tant de 
tonnerres, tant d^hoiribles tempêtes, on vit une telle mul- 
titude d'oiseaux noirs aux efûroyables cris^ que tout le peu^ 
pie consterné criait : « Seigneur Jésus, ayez pitié, ayez 
pitié, ayez pitié de nous 1 > Tou^ affirmaient que c'étaient 
bien les démons d'enfer qui venaient chercher Tâme de ce 
Pharaon. Le 40, comme ses amis lui contaient ce qui s'é- 
tait pané, et Tavertissaient de songer à son ftme... lui, en- 
vcloppé du démon, furieux et grinçant des dents, il se jeta 

* D ipuy. 



64 . PHILIPPE LE BEL. 

sur le prêtre comme pour le dévorer. Le prêtre s'enfuit à 
toutes jambes jusqu'à l'église... Puis, sans mot dire, il se 
tourna de l'autre côté... Comme on le portait à sa chaise, 
on le vit jeter les yeux sur la pierre de son anneau et s'é- 
crier : t vous, malins esprits enfermés dans cette pierre, 
vous qui m'avez séduit... pourquoi m'abandonnez-vous 
maintenant? > Et il jeta au loin son anneau. Son mal et sa 
rage croissant, endurci dans son iniquité, il confirma tous 
ses actes contre le roi de France et ses serviteurs, et les 
publia de nouveau... Ses amis, pour calmer ses dou- 
leurs, lui avaient amené le fils de maître Jacques de Pise, 
qu'il aimait auparavant à tenir dans ses bras, comme pour 
se glorifier dans le péché... mais à la vue de l'enfant, il se 
jeta sur lui, et, si on ne l'eût enlevé, il lut aurait arraché 
le nez avec les dents. Finalement ledit Pharaon, ceint de 
tortures par la vengeance divine, mourut le 2 sans confes- 
sion, sans marque de foi ; et ce jour, il y eut tant de ton- 
nerres, de tempêtes, de dragons dans l'air, vomissant la 
flamme, tant d'éclairs et de prodiges, que le peuple ro- 
main croyait que la ville entière allait descendre dans l'a- 
blme*. » 

Dante, malgré sa violente invective contre les bourreaux 
du pontife, lui marque sa place en enfer. Au chant XIX de 
Ylnfemo^ Nicolas III, plongé la tête en bas dans les flammes, 
entend parler et s'écrie : « Est-ce donc déjà toi debout là- 
haut?' est-ce donc déjà toi, Boniface? L'arrêt m'a donc 
menti de plusieurs années. Es- tu donc sitôt rassasié de 
ce pourquoi, tu n'as pas craint de ravir par mal engin la 
belle Épouse, pour en faire ravage et ruine ? » 



< Dapny. Prea^es. WaUiogham, qui écrii sous ane ijiflarace con- 
traire» exagère plutôt le crime des ennemis de lioniface. Selon lui» Co- 
tonna, Supino et le sénéchal du roi de France, ayant saisi le pape, le 
mirent sur nn cheval sans frein, la face tournée vers la qoeoe, et le 
firent o)arif presque jasqa'an dernier souffle; puis ils rauraienl fait 
mourir de faim sans le peuple d^Anagni. 



B0X1FACE VIII. m 

Le successeur de Bonifoce, Benoit XI, homme de bas 
lieu, mais d'un grand mérite, que les Orsini avaient fait 
pape, ne se sentait pas bien fort à son avènement. U reçut 
de bonne grâce les félicitations du roi de France, apportées 
par Plasian, par l'accusateur même du dernier pape. Phi- 
lippe sentait que son ennemi n'était pas tellement mort, 
qu'il ne pût frapper quelque nouveau coup. U poussait la 
guerre à outrance ; il envoya au pape un mémoire contre 
Boniface, qui pouvait passer pour une amère satire de la 
cour de Rome <. Il s'écrivit lui-même par ses gens de loi une 
Supplication du pueuble de France au Roy contre Boniface. 
Cet acte important, rédigé en langue vulgaire, était plutôt 
un appel du roi au peuple,qu'une supplique dupeuple au roi. 

Benoit, au contraire, avait paru vouloir d'abord étouffer 
cette grande affaire, en pardonnant à tous ceux qui y 
avaient trempé ; il n'exceptait que Nogaret. Hais leur par- 
donner, c'était les déclarer coupables. 11 atteignit de cette 
démence offensante le roi, les Colonna, les prélats qui ne 
s'étaient pas rendus à la sommation de Boniface. 

Philippe, alors accablé par la guerre de Flandre, avait 
beaucoup à craindre. La meilleure partie des cardinciax 
refusait d'adhérer à son appel au concile. Le pape devenait 
menaçant. Le roi en était à désirer l'absolution, qu'il avait 
d'abord dédaignée. La demanda-t-il sérieusement, on se- 
rait tenté' d'en douter quand on voit que la demande fut 
portée au pape par Plasian et Nogaret. Celui-ci s'était pro- 
bablement donné cette mission, pour rompre un arrange- 
ment qui ne pouvait se faire qu'à ses dépens. Le choix seul 
d'un tel ambassadeur était sinistre. Le pape éclata, et lança 
une furieuse bulle d'excommunication : « Flagitiosuni sce- 
lus et scelestum fiagitium, quod quidam sceleratissimi viri, 
summum audentes nefas in personam bon» memoriae Bo- 
nifaciiP.VIIP... » 

* App.,31. -« Dupuy. 

lu* 6 



C9 PHILIPrE JLE DEL. 

Le roi semblait comptis dans celte.buU6.«EUa4it rendue 
le 7 juin (13Û4|). Le 4 juillet Benoit était mort. On dit 
qu'une jeune femme voilée, gui se donnait.pour conve»e 
de sainte Pétronilie à PérousQ, vint lui piésenier à table 
une corbeille de figues^fleuvs \. JU en msvig«a •ans dé- 
fiance, se .trouva mal et mourut en quelques Jours. Les 
cardinaux, craignant de découvrir .trop aiséaient ie cou- 
.pable , . ne firen taucune poursuite. 

Cette mort vint à. point pour ^Philippe. iLa guerre de 
.Flandre l'avait mis à «bout, il m'avait pu, en AdiO% empê- 
cher les Flamands d'entrer en France, de brûler Térouanno 
et d'assiéger Tournai ?. .U n'avait sauvé cette ville qu'en 
demandant une trôve, en mettant, en liberté le «vieux Guy, 
qui devait rentrer en, prison, ei.la paix ae.-ae faisait. pas. Le 
vieillard. remercia ses.braves fian^nd^, .bénit. ses fiis, et 
revint mourir à quatre-viqgtSians.daos.sa prisûn deGom- 
piègne. 

:Ën 430i, au moment môme où ie ipi^ie îiiiouraît«i>à 
propos, Philippe fit un effort désespéié pour :fimr la 
guerre. Il avait extorqué tiuelgue«ai$;eni en vendantsdes 
^privilèges, surtout en Languedoc, favoriaantiùnsi lestoom- 
munesdu Midi pour écraser celles .du Noiti.iIl loua des 
Génois, et avec leurs galères il guigna .une bataille navide 
devant Ziriksée (août). JLes.Fbunands n'en étaient pas plus 
abattus. Us se croyaient .soixante mille. C'était la Flandre 
au complet pour la .première fois.;. toutes .les dnîliees des 
villes étaient réunies^ cellesde Gand.etdeJBbruges, ceUos 
d*^¥pre3, de Lille et de Courtrai. A leur tête itai^t^trois 
fils du vieux comte, son cousin .fiuiUanme de Juliers et 
plusieurs barons des .Pajs*fias.et d'JUlemagne. ^ilippe, 
ayant forcé le passage de ht Lys, les .trouva à Mons en 
Puelle, dans une .formidable enceinte de voitures et de 



* C'est-à-dire de U premiôre récolte. 
« i4pp.,38. 



lAmtïùUL a eovoyaGOQtaei^NC, /non iphift M gapdfurnime 
cavame à GcniiiMli, oiate^dw ipiéloos ^jwbw^, qui, itput^ila 

manger an >ibHre;; fle^ iv««Mft létaîent snr ,les xhaviota. Ce 
IfiÉne les i^ulm, ite ti^idiroot poli^nce, lejL le .^oir par Jews 
trois portes se lancèrent (tona^naeioble wr (lei^ lEramsai^. 
Cenx-ici j»f ft»ng0fnaiitfplu^iL<0Wi le mi^taît .désnimé et 
allnk se mettneÀ taUe. iDîdMnl, ce fibm de aangliersfven- 
-Mnn tDul. Mm quand Jea Elan^anda .entràneat danatles 
tentes, et qu*ila visent :taat 4e loboaes bûnnes.àiprendj:^, il 
n'y Bui.pae/niojKaEitde lea retonîf eoaaQUi^,i)bacwfi«)ttlut 
fiiÂre aa main. Cependant les JKrançaia se xallièrent^ Ja 
canrakee é<Hsasa/tea pillards ; ilsrlaissèrent sixmHle hommes 
sur la place. 

Is jroi .alla mettie le aiege devant UUe, ne doutaot pas 
•dBilaaaHmimion deaFlamMida. Il if ut tbienétonAé iQuand.il 
les vit revenir -soixan^ia nûll^, :ùùuam «^lils m'ttvaient ipas 
perdu un seul homme. Il pleut des Flamands, disait-il. 
Les grands de France, qui ne se souciaient «pas xle se battre 
avec ces désespérés, conseillèrent au roi de traiter avec 
eux. Il fallut leur rendre leur comte, fils du vieux Guy, et 
promettre au petit-fils le comté de Rethel, héritage de sa 
femme. Philippe gardait la Flandre française et devait re- 
cevoir deux cent mille livres. 

Rien n'était fini. Il n'était pas spécifié s'il gardait cette 
province, comme gage ou comme acquisijtion ; quant à 
l'argent, il ne le tenait pus. D'autre part, Taifaire du pape 
était gâtée plus qu'arrangée. C'était un triste bonheur que 
la mort subite de Benoit XI ^ 

Une disette, un imprudent maximum, une perquisition 
des blés, tout cela animait le peuple. On commençait à 
parler. Un clerc de l'Université parla haut et fut pendu. 
Une pauvre béguine de Metz, qui avait fondé un ordre de 

I App,, 39. 



68 PHILIPPE LE BEL. 

religieuses, eut révélation des châtiments que le ciel réser- 
vait aux mauvais rois. Charles de Valois la fit prendoe, et 
pour lui faire dire que ces prophéties étaient souflOées par 
le diable, il lui fit brûler les pieds. Mais chacun crut à la 
prédiction, quand on vit, l'année suivante, une comète 
apparaître avecun éclat horrible ^. 

Philippe le Bel était revenu vainqueur et ruiné. B se 
rendit solenaellement à Notre-Dame, parmi le peuple 
affamé et les malédictions à voix basse. Il entra à cheval 
dans l'église, et pour remercier Dieu d'avoir échappé quand 
les Flamands l'avaient surpris, il y voua dévotement son 
effigie équestre et armée de toutes pièces. On la voyait 
encore à Notre-Dame, peu de temps avant la Révolution, 
à côté du colossal saint Christophe. 

Nogaret ne s'oublia pas ; il triompha aussi à sa manière. 
Nous avons quittance de lui, prouvant que ses appointe- 
ments furent portés de cinq cents à huit cents livres '. 

1 Cest U comète de Hailey, qui reparaît à de« intervalles de 75 à 
76 ans. App., 40. 
> D. Vaisselle. 



CHAPITRE III 



L'or. — Le fisc. — Les Templien. 



« L'or, dit Christophe Colomb, est une chose excellente. 
Avec de l'or, on forme des trésors. Avec de Tor, on fait 
tout ce qu'on désire en ce monde. On fait même arriver 
les âmes en paradis ^. » 

L'époque oh nous sommes parvenus doit être considérée 
comme Pavénement de l'or. C'est le Dieu du monde nou- 
veau où nous entrons. — Philippe le Bel, à peine monté 
sur le trône, exclut les prêtres de ses conseils, pour y faire 
entrer les banquiers K 

Gardons-nous de dire du mal de Tor. Comparé à la pro- 
priété féodale, à la terre, l'or est une forme supérieure de 
la richesse. Petite chose, mobile, échangeable, divisible, 
facile à manier, facile à cacher, c'est la richesse subtilisée 
déjà ; j'allais dire spiritualisée. Tant que la richesse fut 
immobile, l'homme, rattaché par elle à la terre et comme 
enraciné, n'avait guère plus de locomotion que la glèbe 
sur laquelle il rampait. Le propriétaire était une dépen- 
dance du sol ; la terre emportait l'homme. Aujourd'hui 
c'est tout le contraire, il enlève la terre, concentrée et ré- 



* LeUra de Christophe Colomb à Ferdinand et Isabelle, aprôs son 
qnatrième voyage. (Navarelle.) 

* Philippe le Bel emploie pendant toat son régne, comme ministres, 
les deux banquiers florentins Biccio et Musciato, fils do Guido Franzcsi. 



70 l'or. — LB FISC 

sumée par Tor. Le docLie métal sert toute transaction ; il 
suit, facile et fluide, toute circulation commerciale, admi- 
nistrative. Le gouvernement, obligé d'agir au loin, rapide- 
ment, de mille manières, a pour principal moyen d'action 
les métaux précieux. La création soudaine d'un gouverne- 
ment, au commencement du xiv* siècle, crée un besoin 
subit, infini, de l'argent et de Vor. 

Sous Philippe le Bel, le fisc, ce monstre, ce géant, naît 
altéré, afiamé, endenté, U crie en naissant, comme le 
Gargantua de Rabelais : A manger, à boire 1 L'enfant ter- 
rible, dont on ne peut soûler la faim atroce, mangera au 
besoin de la chair et boira du sang^ C'est le cyclope, l'ogre, 
la gargouille dévorante de la Seine. La tète du monstre 
s'appelle grand conseil, ses longues griffes sont au Parle- 
ment, l'organe digestif est la chambre des comptes. Le 
seul aliment qui puisse l'apaiser, c'est celui que le peuple 
ne peut lui trouver. Fisc et peuple n'ont qu*un cri, c*est l'or. 

Yoyez, dans Aristophane, comment Faveuglé et inerte 
Plutus est tiraillé par ses adorateurs. Us lui prouvent sans 
peine qu'il est le Dieu des Dieux. Et tous les Dieux lui 
cèdent. Jupiter avoue qu'il meurt de faiin sans lui ', Mer- 
cure quitte son métier de Dieu, se met au service de 
Plutus, tourne la broche et lave là vaisselle. 

Cette intronisation de l'or à la place de Diea se renoa— 
velle au xiv^ siècle. La difficulté est de tirer cet or pares- 
seux des réduits obscurs où fl dort. Ce' serait une curieuse 
histoire que celle du lAesaunu, depuis Te temps où H se 
tenait tapi sous le dragon de Colchos, des ffespérid'es ou 
des Nibelungen, depuis son sommeil au ieniple de Delphes, 
au palais de Persépolis. Alexandre, Cartilage, Ronie, 
l'éveillent et le secouent \ Au moyen âge, il est déjà ren* 



« App., 41. 

■Cbjcune des fnniies rvTolution« do mon le est aussi IVpocfae de» 
gnndes apparitions lïe l'or. Les Phwriet-s fe f^>nt sortir de D» li»h«s^ 
Alexandre dt Pi^nêpohs; Rume le cirv des utains de dernier sac^es^ear 



LES TEMPLIERS. 71 

dormi dans les églises, ou, pour mieux reposer, il prend 
forme sacrée, croix, chapes, reliquaires. Qui sera assez 
hardi pour le tirer de là, assez clairvoyant pour l'aper- 
cevoir dans la terre oii il aime à s^enfouir 7 Quel magi- 
cien évoquera, profanera cette chose sacrée qui vaut toutes 
choses, cette toute-puissance aveugle que donne !a nature? 

Le moyen âge ne pouvait atteindre sitdt la grande idée 
moderne : Vhommz sait crier la richesse^ il change une vile 
matière en objet précieux, lui donnant la richesse qu'il a 
en lui, celle de la forme, de l'art, celle d'une volonté in- 
telligente, n chercha d^abord la richesse, moins dans la 
forme que dans la matière. Il s'acharna sur cette matière, 
tourmenta la nature d'un amour furieux, lui demanda ce 
qu'on demande à ce qu'on aime, la vie même, l'immorta- 
lité '. Mais, malgré les merveilleuses fortunes des Lull'e, 
des Flamei, l'or tant de fois trouvé n'apparaissait que pour 
fuir, laissant le souffleur hors d'haleine ; il* fuyait, fondait 
impitoyablement, et avec lui la substance de Itiomme, son 
àme, sa vie, mise au fond dU creuset *. 

Alors l'infortuné, cessant d'espérer dians Te pouvoir' 
humain, se reniait lui-même, abdiquait tout bien, âme et 
Dieu, n appelait le mal, le Diable. Roi des abîmes souter- 
rains, le Diable était sans doute le monarque de Tor. Toyez 
à Notre-Dame de Paris, et sur tant d'autres églises, l'a triste 



d*iJtiMdw; Gorlèi VvMf» d« rAmétitu».. GlMwniiide cas ■mnaKâ. 
est marque par on changement subit, non-seulement dans les prix des 
denrées, mais aussi dans les idées et dans les mœori. 

' Le dernier but de l'alchimie n'était pas tant de trouver Ter qoB 
d'obtenir Tor pur, l'or potable, le breuvage d'immortalité. On racontait 
la menreilleuse histoire d*un bouvier de Sicile du temps du roi Guilp 
laume, qui» ayant trouvé' dans la terre un flacon d*or, but la liqueur 
qu'il renfermait et revint à la jeunesse. (Roger Bacon, Opus majus.) 

* Quelques-uns se yantèrent de n'avoir point soufflé pour rien. Ray- 
mond Lulle, dans leurs traditions, passe en Angleterre^ et, pour encou- 
rager le roi à la croisade ^ lui fabrique dans la Tour de Londres rour 
six millions d'or. On en fit des Nob*es à la rose, qu'on opptUe 0nwr$ 
mujcurd^huijfohla de Raymond. Ajtjt., 42. 



k 



73 LOR, — LB FISC. 

représentation du pauvre homme qui donne son &me pour 
de l'or, qui s'inféode au Diable, s'agenouille devant la 
Béte, et baise la griffe velue .. 

Le Diable, persécuté avec les Manichéens et les Albi- 
geois, chassé, comme eux, des villes, vivait alors au dé- 
sert. Il cabalait sur la prairie avec les sorcières de Mac- 
beth. La sorcellerie, débris des vieilles religions vaincues, 
avait pourtant cela d'être un appel, non pas seulement à la 
nature, comme l'alchimie, mais déjà à la volonté ; à la vo- 
lonté mauvaise, au Diable, il est vrai. Cétait un mauvais 
industrialisme, qui, ne pouvant tirer de la volonté les tré- 
sors que contient son alliance avec la nature, essayait de 
gagner, par la violence et le crime, ce que le travail, la pa- 
tience, l'intelligence, peuvent seuls donner. 

Au moyen fkge, celui qui sait oii est l'or, le véritable 
alchimiste, le vrai sorcier, c'est le juif ; ou le demi-juif, le 
Lombard *. Le juif, l'homme immonde, l'homme qui ne 
peut toucher denrée ni femme qu'on ne la brûle, l'homme 
d'outrage, sur lequd tout le monde crache *, c'est à lui 
qu'il faut s'adresser. 

Prolifique nation, qui par-dessus toutes les autres eut la 
force multipliante, la force qui engendre, qui féconde à 
volonté les brebis de Jacob ou les sequins de Sbylock. 
Pendant tout le moyen âge, persécutés, chassés, rappelés, 
ils ont fait l'indispensable intermédiaire entre le fisc et la 
victime du fisc, entre l'agent et le patient, pompant l'or 
d'en bas, et le rendant au roi par en haut avec laide gri- 



' Dani l'usure, les juif', dit-on, dq faiMiaot qa'iiniter lei Lombardi, 
le nn )> redresse uri. (Jlurïloh.) 

■ A TodIoum, on tes fouffletait Iroii foi» par an, pour lu punir 
d'avoir aulraroii livré la viEle aux Sarraain); loui Cliarlcs te CLanve, 
ils r^lanircnl inulilcmont. — A Bêzii'rl, on lei cliassail à coups da 
pierres penJant loule la Svmnine .'nintv. tls s'en rachelèrenl en llUO. — 
Us rammcncèrent sou« te régne de Plnliiipu Aiiguslo 1 porter la rouclj* 
i'iune, et le compile de Lairao en fil une loi à tous ht Juifs do la cliré» 
liL'iiii) (canon 68;. 



LES TEMPLIERS. 73 

mace <... Mais U leur en restait toujouis quelque chose.. . 
Patients, indestructibles, ils ont vaincu par la durée *. Us 
ont résolu le problème de volatiliser la richesse ; affranchis 
par la lettre de change, ils sont maintenant libres, ils sont 
maîtres ; de soufflets en soufflets, les voilà au trAne du 
inonde '. 

4 

Pour que le pauvre homme s'adresse au juif, pour qu'il 
approche de cette sombre petite maison si mal famée, pour 
qu'il parle à cet homme qui, dit-on; crucifie les petits 
enfants, il ne faut pas moins que l'horrible pression du 
fisc. Entre le fisc qui veut sa moelle et son sang, et le 
Diable qui veut son âme, il prendra le juif pour milieu. . 

Quand donc il avait épuisé sa dernière ressource, quand 
son lit était vendu, quand sa femme et ses enfants^ cou- 
chés à terre, tremblaient de fièvre ou criaient du pain; 
alors, tête basse et plus courbé que s'il eût porté sa charge 

« SoaTent ils firent Tobjet de traités entre les seigneurs. Dans l'or- 
donnance de 1230, il est dit : • que personne dans notre royaume ne re- 
tienne le juif d*un antre seigneur; partont où qaelqn'on retrouTera son 
Jaif» il pourra le reprendre comme son eselaye (tanquam proprium. ser- 
▼om), quelque long .s<(jour qu'il ait fait sur les terres d'un autre sei- 
gneur. > On Toit en eflTet dttns les Etablissements que les meubles des 
juifs appartenaient aux barons. Peu à peu le juif passa an roi» comme 
U monnaie et les autres droits fiscaux. 

' Paiiens, quia stcrnus... — C'est Tusage que les juifs se tiennent 
cnr le passage de chaque nouveau pape, et lui présentent leur loi. Est- 
ce un hommage ou un reproehe de ia vieille loi à la nouvelle, de la 
mère à la fille ?... — • L« jour de son couronnement, le pape Jean XXIIl 
chevaucha avec sa mitre papale de rue en rue dans la ville de Boulogne 
b Grasse, faisant le signe de la croix Jusques en la rue où demearoient 
les Juifs, lesquels offrirent par écrit leur loi, laquelle de sa propre 
main il prit et reçut^ et puis la regarda, et tantôt la jela derrière lui, en 
dbant : • Votre loi est bonne, mais d'icelle la nôtre est meilleure. > Et 
loi parti de là, les juifs le suivoient le cnidant atteindre, et fut toute 
la euuverture de son cheval déchirée; et le pape jetoit, par tontes les 
raes où il passoii, mon noie, c'est à savoir deniers qu'on appelle qua- 
Ifias et mailies de Florence; et y avoit devant lui et derrière ioi deux 
eenu hommes d'armes, et avoit chacun en sa main une masse de euir 
dont ils frappotent les juifs, tellement que c'étoit grand'joie à voir. • 
llonstrelet. 

• Aj'p., 43. 



74 l'or. — LE FISC. 

de bois, il se dirigeait lentement vers l'odieuse* maison, et 
il y restait longtemps à la porte avant de frapper. Le juif 
ayant ouvert avec précaution la petite gville^ un dialogue 
s'engageait, étrange et difficile. Que disait le chrétîea? 
t Au nom de Dieu I — Le juif Ta tué, ton Dieu. — Par 
pitié ! — Quel chrétien a jamais eu pitié du juif ? Ce ne 
sont pas des mots qu'il faut. Il faut un gage. -<- Que peut 
donner celui qui n'a rien?* Le juif lui; dira doucement : 
Mon ami, conformétaent aux ordonnances du. &oi, notre- 
Sire, je ne prête ni sur haWt sanglant, ni sur fer de 
charrue... Non, pour gage, je ne veux (pie vous-même. le 
ne suis pas des vôtres, mon droit n'est pas le droit diré«- 
tien. C'est un droit plus antique (in partes s&canio)^ Votre 
chair répondra. Sang pour or, comme vie pour vie. Une 
livre de votre chair, que je vais noumîr de mon angeot, 
lùielivre seulement de votre belle chaire !....> L'or qua^ 
prèle le meurtrier du Fils de l'Homme, ne peut être qu'un 
or meurtrier, anti-divin, ou, comme on disait dans ce 
tempfr-là, AntUChrisl ^. Voilà l'or AnlirChrUt, comme Âris« 
tophane nous montrait tout à l'heure dans Plutus r^fUî- 
Jupiter. 

Cet Anti-Christ, cet anti-dieu, doit dépouiller Dieu, 
c'est-à-dire l'Église; l'église sécuTière, lés prêtres,. le 
Pape*; Féglise régulière, les moines> les Templiers. 

La mort scandaleusement prompte de Benoît Xr Ht 
tomber l'iBglise dan&la.maia de Philippe le Bel.; elle la mit 
à mélne de faire un pape, de tirer la papauté dé Rome, de 
l'amener en France, pour,.en.cotte geôle, la fSoiîre travailler 



• Shakespeare. The Merritant of* Vwiaav aet» I^ an. iii. r •• Imi Uiefot*^ 
fait ba nomtnitad for an eqval prand of fowr finr /letA, to Ija oui' imh 
takcn, in trliail' part* oit yonrhodir ytoaroaih ma.. » Afp.^ 44» 

* J^indste avec IL Beugnot mit oa point important : les jaifs ne eon» 
Durent pas rnsare aux x* et xi« siècles, c'est-àHlire aux époques où oov 
lear permiU'industrie (1S60). 



LES TBMPLtBRS. 7o 

i son profit) lui dlder dés* bulles lucratives, exploitt^r 
rinfttHlibilité, constituer le Saint-Esprit comme soribe etf 
percepteur pour la maison' de France. 

Après la ihort de Benoit, Yeâ-cardinaux^'étaient enfermés 
en conclave à Pérouse. Mais les deux partis, le français et 
ranti-françafe, se balançaient si bien, qu'il' n'y avait pas 
moyen d'en finir. Les gens de la ville, dans leur impa^* 
fience, dans leur furie italienne de voir un pape fait à Pé^ 
rouse, n'y trouvèrent autre remède que d'affisuner les 
cardinaux. Ceux-cS convinrent^ qu'un des deux partis dé- 
signerait trois cancfidatB, et que ravrfft'e- parti choisirait. Ce 
fût au part» français à choinip, et il désigna un Gascon^ 
Bertrand de Aott;, archevêque de Bbrdèaux. Bertrand s'était 
mofntré ju6qa«-ià ennemi' du roi; maia on savut qu'il était 
avant tout ami de son intéiét, et Ton espérait bleo le eno^ 
tertif. 

Philippe, inatiruft pan m» eardinaâx et numi de^ lems 
letHré&y domfte rendes^ viaus^ au> futur élu près de Saint»^ 
Asan^-d'Àngefy, dana une foréc Beitrasid y ooort pieis 
d'espérance. Yillani parle deêetCB^enlfevuetseorète, comma 
a'il y étalL B fiiat ire «• véâit>d'iiiie maligna naïveté : 

« Bs entendtent cnaambAn la messe et ae jufèoaik le 
Mcret. Mon le ni OMNoeaifa- à* paDlamentev en belle» 
pflral«8y pour t^ nécottailtRiv oito Ûariss: de Valois. Sn*^ 
amte iiiMditr • Htnia^ andievdqne; j'siao. mon pouvoir d» 
te faite pape^ at je v«ux ; c'est pour eela cpie je suia veaia 
vei^toi } car, si ta me psom0ts.de neiaire six grftiMft quar 
je te éenandeeai, je l^a»ancai cette! digaiié, et viaîci que 
te prouvera que j'en ai I0 pouvoir. » Àkn» il faiimo«tnt 
ka lettras et défi^aCioDs db Vm et de^ l'autre collège. Le 
fincoD, plein d» convoilîse, voyant aiosi tout à coup qu'il 
dépendait entièremeiit du roi de le faite pape^ se jeta,. 
comme éperdia de joie, axix pieds de. Philippe, et dit: 
c Monseigneur, c'est à présent que je vois que tu m'aimes 
plus qu'homme qui vive, et que tu veux me rendre le bien 



76 L*OR. — LB FISC. 

pour le mal. Tu dois commander^ moi, obéir, et toujours 
j'y serai disposé. » Le roi le releva, le baisa à la bouche, 
et lui dit : c Les six grâces spéciales que je te demande sont 
les suivantes : La première, que tu me réconcilies parfai- 
tement avec rËglise, et me fasses pardonner le méfait que 
i'ai commis en arrêtant le pape Boniface ; la seconde, que 
tu rendes la communion à moi et à tous les miens ; la 
troisième, que tu m'accordes les décimes du clergé dans 
mon royaume pour cinq ans, atin d'aider aux dépenses 
faites en la guerre; de Flandre ; la quatrième, que tu dé • 
truises et annules la mémoire du pape Boniface ; la cin- 
quième, que tu rendes la dignité de cardinal à messer 
Jacobo et messer Piero de la Colonne, que tu les remettes 
en leur état, et qu'avec eux tu fasses cardinaux certains 
miens amis. Pour la sixième grâce et promesse, je me 
réserve d'en parler en temps et lieu: car c'est chose 
^grande et secrète. » L'archevêque promit tout par serment 
sur le Corpus Domini, et de plus il donna pour otages son 
frère et deux de ses neveux. Le roi, de son côté, promit et 
jura qu'il le ferait élire pape i. » 

Le pape de Philippe le Bel, avouant hautement sa dé- 
pendance, déclara qu'il voulait être couronné à Lyon 
(44 nov. 4305). Ce couronnement, qui commençait la 
captivité de l'Ëglise, fut dignement solennisé. Au moment 
où le cortège passait, un mur chargé de spectateurs s'é- 
croule, blesse le roi et tue le duc de Bretagne. Le pape fut 
renversé, la tiare tomba. Huit jours après, dans un ban- 
quet du pape, ses gens et ceux des cardinaux prennent 
querelle, un frère du pape est tué. 

Cependant la honte du marché devenait publique. Clé- 
ment payait comptant. Il donnait en payement ce qui 
n'était pas à lui, en exigeant des décimes du clergé : dé- 
cimes au roi de France, décimes au comte de Flandre pour 

' App„ 45. 



LES TEMPUERS. 77 

qu'il s'acquitte envers le roi, décimes à Charles de Valois 
pour une croisade contre l'empire grec. Le motif de la 
croisade était étrange ; ce pauvre empire, au dire du 
pape, était faible, et ne rassurait pas assez la chrétienté 
contre les infidèles. 

Clément, ayant payé, croyait être quitte et n'avoir plus 
qu'à jouir en acquéreur et propriétaire, à user et abuser. 
Comme un baron faisait chevauchée autour de sa terre 
pour exercer son droit de gite et de pourvoirie. Clément 
86 mit à voyager à travers l'Église de France. De Lyon, il 
s'achemina vers Bordeaux, mais par Mâcon, Bourges et 
Limoges, afin de ravager plus de pays. Il allait, prenant et 
dévorant, d'évéché en évôché, avec une armée de fami- 
liers et de serviteurs. Partout oii s'abattait cette nuée de 
sauterelles, la place restait nette. Ancien archevêque de 
Bordeaux, le rancuneux pontife ôta à Bourges sa primatie 
sur la capitale de la Guyenne. Il s'établit chez son ennemi, 
l'archevêque de Bourges, comme un garnisaire ou 171071-- 
geur d'office *, et il s'y hébergea de telle sorte, qu'il le 
laissa ruiné de fond en comble ; ce primat des Aquitaines 
serait mort de faim, s'il n'était venu à la cathédrale parmi 
ses chanoines, recevoir aux distributions ecclésiastiques la 
portion congrue *. 

Dans les vols de Clément, le meilleur était pour une 
femme qui rançonnait le pape, comme lui l'Église. C'était 
la véritable Jérusalem oii allait l'argent de la croisade. La 
belle Brunissende Talleyrand de Périgord lui coûtait, di- 
sait- on, plus que la Terre-Sainte. 

Clément allait être bientdt cruellement troublé dans 
cette douce jouissance des biens de l'Église. Les décimes 
en perspective ne répondaient pas aux besoins, actuels du 
fisc royal. Le pape gagna du temps en lui donnant les 

* Ces mois sont synonymes dans la langue de ce temps. 

* CoDtio. G. de Naogis. 



"ZS l'or. — LE EiSC. 

juifs, en autorisant le roi à les saisir. X.!qpératioD 5e fit en 
.un même jour avec un secret et une prouiptiLude qui fout 
Jionneur aux gens du roi. Pas un juif, dit-ou, n'édiappa* 
Jfon content de vendre leurs biens, Je ,ioi se. chargea de 
poursuivre leurs débiteurs, déclarant que leurs .écritures 
auflisaient pour titres de créances^ que l'écrit d'jm juif 
&isait foi pour lui. 

le juif .ne jrendant pas asses^, il .retdmba.s«r.le durétieiu 
»I1 altéra encore les nmnnaies, augmentant le ti\x0 et diuii- 
.nuant le »poid&; avec deux livres il jen .payait huit. Hai^ 
.quand il s- agissait de recevoir, il .ne voulait de sa monnaie 
^ue pour un tiers ; deux banqueroutes en sens inversa. 
Tous les débiteurs profitèrent de iroccasion. Ces jcnon- 
naies de diverse valeur sous même titre faisitiont jnaltre 
dès querelles sans nombre. Ou jie s'entendait pas:. c'était 
une Babel. La seule chose à quoi le peiiple s.'aocorda,(voiUt 
donc qu'il y a un peuple), ce fut.à se révolter. Le soi d^'éiait 
sauvé au Temple. Ils l'y auraient suivi, ai on ne las .eàt 
amusés en chemin à)piller.la maison (d'Etienne Sanbet, un 
financier à qui l'on iittribuait Taltéraiion des ,monnaies. 
X!émeute finit ainsi. Le roi fit pendre des centaines dlbom- 
.mes aux arbres des routesautour de Paria. L'effi:oiJejr^p- 
procha des nobles. U leur rendit le combat judiciaire 
autrementidit l'impunité. £*était une défaite pour. le.j[ou«- 
vernoment joyal. Le roi des légistes abdiquait Ja ioi^ jiaur 
.reconnaître les décisions de ila iorce. Triste et douteuse 
position, en législation comme en finances. J&eponssé de 
l'Église aux juifs, de ceux-xi iiux c^mnumes, des.cam- 
xnunestflamandes il retombait surile^clerg^é. 

Le plus net des trésors de Philippe, son patrimoine .& 
.exploiter,, le.fQnds sur lequel il comptait^ c'était son pape. 
JS'il l'avait acheté, ce pape, «'il J'engcaissait ide vols et de 
pillages, ce n'était point pour ne s'en pas servir, mais bien 
pour en tirer parti, pour lui lever, comme le juif, une 
livre de chair sur tel membre qu'il voudrait. 



LES TEMPLIERS. 79 

Il avait un moyen infaillible de presser et pressurer le 
j)ape, un tout-puissant épouvantail, savoir, rie procès de 
Boniface VIII/ Ce qu'il demandait à Clément, c'était préci- 
sément le suicide de la papauté. Si Boniface était héré- 
tique et faux pape* les cardinaux qu'il avait faits étaient 
de faux cardinaux. Benoit XI et Clément, élus par «eux, 
étaient à leur lour faux papes et sans droit, et ^non- 
seulement eui^ mais ious ceux qu'ils avaient choisis ou 
confirmés dans les digqités ecclésiastiques; non-rseule- 
mant leurs choix, mais leurs actes de toute espèce. L'É- 
glise se trouvait enlacée dans une illégalité sans fin.. D'autre 
part, si Boniface avait été vrai pape, comme lel J.l était 
infaillible, ses fientenees subsistaient, Philippe le Belies- 
.tait condamné. 

À peine >intronisé, Clément eut à entendre Maigre et 
impérieuse requête de Nogarel, qui lui enjoignait de pour- 
suivre son prédécesseur. Le marché à peine conclu, I^ 
Diable denotandait son payement. Le servage de l'chomme 
vendu commençait; cette âme, une fois. garrottée desiiens 
de l'injustice, ayant reçu le mors et le frein, devait être 
misérablement chevauchée jusqu'à la damnation. 

Plutôt que de tuer ainsi la pajpî.ut j en droit, Clément 
avait mieux aimé la livrer en fait. Il avait créé d'un ooup 
douze cardinaux dévoués au roi, les deux Colonna, et dix 
Trançais ou Gascons. Ces douze, joints à ce qui restait des 
douze du mémciparti, dont on avait surpris la nomination 
à Célestin, assuraient à jamais au xoi l'élection des papes 
futurs. Clément constituait ainsi la papauté entre les 
mains de Philippe ; concession énorme, et. qui (pourtant 
ne suffit point. 

Il crut qu'il fléchirait son maître icn faisant un pas de 
plus. Il révoqua une bulle de Boniface, la bulle Clericis 
M0&5, qui fermait au roi la 'bourse ^u ^clergé. La 'bulle 
Vnam ^atic/am contenaiiJ*expression de la suprématie pon- 
tificale. Clément la sacrifia, et ce ne fut pas assez encore. 



SO L\«. — LI FISC 

Il eiait à Poitiers^ inquiet et malade de corps el d*esprit. 
?hil:p-jv le Bel Tint l'y trvxiT^ arec de Domreiles exigences. 
n hù falUit une grande Ci>nôscat3n>n. celle do plus riche 
des ordres nrîî^eux, de Forint^ du Teîi.ple. Le pape, serré 
eotnf deux ptrîîs, essaya de d>ir:::fr le cfaanpe à Philîf^ 
en le cixiiMint de ti^;rtes le? fireor? qui riaient au pooToir 
du :^nt-S^ce. n ak?a sc4i Êls L:<wi5 Hutfn à s*etablir en 
Sinmf : il dtvîirt Sic-n frènt Ojirkt? de Valais chef de la 
<-vc>*ie, B Ufv^ji eEr.a de s"jS5SirvT la pr:nc<rtioo de la 
ciài^a d"\r;:c. vi:x*r«rcT-ii;î W r:< de Nipies d'une dette 
ffcct'.ie e£:rtr5 ! E-:!^, cir>:riia:i:: su de ses fiis, adju- 
»rxrî à raztre V îrJoe de B:r.rT>f. 

Pt. ri: çv revwi:: ::c;»:cr5^ r::^i> 3 i^ lk'*:iil p-as prise, 
t er:,..::ru: k r*tr«e i.K'vsstti.cs c:c:îne Ve Trmr4e- D 
tr:cn ciztv ii ::::*iï>i. c nv^-ije 5: C: n.» i: xir Tcdr-lkir qui 
*.v*û>ji: !\vikrc^ Ik r^>f« Vr r:C v.cizi >il ecT.Ter des 

fj-r^ 5:cLi*?. r^-vLT r«* ras j:"< rrv-^^.tr. là li^is rs-ii 

csri::»;çr« 3f 5*f':.::-7.-^»rf, rcvc:«*-:v :\:^:"«::d:s rr:tnrîr> r>-c»a- 






LES TEMPLIERS. 84 

C'était un tiers da Paris d'alors. A Tombre da Temple et 
sous sa puissante protection vivait une foule de serviteurs, 
de familiers, d'affiliés, et aussi de gens condamnés; les 
maisons de Tordre avaient droit d'asile. Philippe le Bel 
lui-même en avait profité en 4306, lorsqu'il était pour- 
suivi par le peuple soulevé. Il restait encore à l'époque 
de la Révolution, un monument de cette ingi^atitude royale, 
la grosse tour à quatre tourelles, bâtie en 4223. Elle servit 
de prison à Louis XVi. 

Le Temple de Paris était le centre de l'ordre, son trésor ; 
les chapitres généraux s'y tenaient. De cette maison dépen- 
daient toutes les provinces de l'ordre : Portugal, Castille 
et Léon, Aragon, Majorque, AUeçiagne, Italie, Pouille et 
Sicile, Angleterre et Irlande. Dans le nord, l'ordre teu- 
tonique était sorti du Temple, comme en Espagne d'autres 
ordres militaires se formèrent de ses débris. L'immense 
majorité des Templiers étaient Français, particulièrement 
les grands maîtres. Dans plusieurs langues, on désignait 
les chevaliers par leur nom français : Frieri del tempio, 

Le Temple, comme tous les ordres militaires, dérivait 
de CIteaux. Le réformateur de Clteaux, saint Bernard, de 
la même plume qui commentait le Cantique des cantiques, 
donna aux chevaliers leur règle enthousiaste et austère. 
Cette règle, c'était l'exil et la guerre sainte jusqu'à la 
mort. Les Templiers devaient toujours accepter le combat, 
fut-ce d'un contre trois, ne jamais demander quartier, ne 
point donner de rançon, pas un pan de mur^ pas un pouce 
de terre. Ils n'avaient pas de repos à espérer. On ne leur 
permettait pas de passer dans des ordres moins austères. 

a Allez heureux, allez paisibles, leur dit saint Bernard ; 

chassez d'un cœur intrépide les ennemis de la croix de 

Christ, bien sûrs que ni là vie ni la mort ne pourront vous 

mettre hors l'amour de Dieu qui est en Jésus. En tout 

péril, redites-vous la parole : Vivants ou morlSy nous 
lu. 6 



Sâr L'OR*. — KJ FISC 

s9mm&$au SHgmuir^.., dlormxilm ^wkq^lw^ beureus 

Yoidiiaimde^^asqiûa^e^qu'iLDOiiftidiMiQa de hi- figure du; 
XempUer:: «? Cbevcmi toiidM^ poil béoiesé, aoiwiléda pous-* 
siàfia; oiâ^d6.fo^),.noir de bàle et de. soleil. «. Ils aimant.lafr 
cbdvauii afjdeotfi.ei rapides^ mai».BOB parés», bigarrés, ca- 
pacaoonnài»*. Gor qui. obaKrae dans oetta foule, dans ce 
tômsA qai eoule. à Un Deire Sainte^, c'e^t q|ie vous n'y 
voyez que des scélérats et des impies. Christ, d'un ennemie 
seiaitrUOiahafBii^iQn ;.du. persécuteur SauLU fait ua saint 
P.auL...».Pui&.dans> uuiéloqueatvitioéraii^, iL conduit le» 
gmmets pénitaiM de.Bellbïéem au CaLvaii?e, de Nazarotbi 
aui SftintrSépukflie.. 

h& soldat a. la gloireiJe: moine: le oepo^.. Le Xeniplier 
abjufiaiti Tua et. Ilauire^ II. nâuniaaaii ce.que: les doux; vies». 
QBtida.pluâ dur, les périls, et les abstinwoes.. I^ gnaadft» 
affaij». du moyen %b futr longtompa tttr guerre sainte^ loi 
cnoisade ; llidéal* de laicnoiaadedeniblfliit réalieé dana Tordoe» 
du.TemplËu Clétaitla enoiaade don^fM^uo^Sx^et perjnanento». 

Associés aux Hospitaliers dans la défensetle^tnts liowi^ 
ib. es) dilTéraienlioni cft que.lajguQri^étAU.plu^ parlÂeutière- 
ment Jâ]bnt>dQr leur inetiMioo^. Les un». et IqsLautrœ.nen-»- 
daient. laa fins granda. senu^aa.. Quoi bonhoui) n*4taitr<» 
pas. poufi ka pàkniir- qui v^^^geait 9ur loi route poudn^uao, 
de JàSb k Jérusalem,, et. qui onoyiwti à UoMt' momoQl voir 
fonche.att»- bii les htigaodfraosboa» de.DOimmlrer.uii cb<^ 
valien^. de. DsoeiaiiallfO! lai aeoouiiablor vwi^ leoug^ su te 
roanleau blanc del'oidis^dUiTompl^l BotbatfûUe^loa doux. 
oidiie»fiDui3ii8saiM^.alteMal«vemej^ raii^4alTgor4e et Var^ 
rièra-f[8ida. Om niellait au) miiioui ioft cmâséai nouveaux, 
venus^et peu*, habitués, aux. gmarna^ dlAâie». Lâ»^ ohévaiiers 
les: entouraienl, les pnatégoateni^. dit fiànamoeU ua i». 
lenra^ ûomwmmnêimèim^Qm an^A^.CMiauxîtiwimDMaiiir' 



LIS TEimtSRS. 88 

gers reeonmidsai^iit ordinairemeiit assez mal ce dévoue- 
mené; Ito servaient * moitia IM ohe¥alier8 qu'ils ne les em- 
bmacment. OrgueiUevv et» fervents ii^ lèur«a<mtée, bien* 
0èrs<qtt'un miracle «Hait sefitire exprèapoor eux, ils ne? 
inaïKpiMeBt pup de «rompre te» trévee ; ik* entraînaient les 
cbevaiîer»idaiis. dès périls inutile») se ^ faisaient' battre; el< 
partaient^ lewrteiiSMit'le'petds delà guerre et les aeousant 
de^les afotfmal soutenus. Le8>lt9inpUers formaient Tavanl* 
garde à Maosoundi, lorsque ee jevue^ fou de -ceinte dUr<^ 
tois s'obstina à la poursuite, mulgré leur^onseîl,» et se jeta- 
dans la viUe< ils le suivirent' par homiaupet* furent teus^ 
tués. 

On avait cru avec raison ne pottvoi^jalnait Sure assez 
pour on ordre si dévoué^l^» atile<. Lesprivilégee les plus- 
magnifiques-leur furent accordés; D'abord ils ne» pouvaient 
être jugés .que par le piq»e ; * mais un juge placé si loin et si < 
hauttn*élut guère réelamé; aînsî lea Teoipliersa étaient 
juges dans. leur» cansee^ lia poument' eocore*yrétre té», 
meiasi tanton anrait<foi dans leur lo]fauté I H leur était dé* 
fendu d*iaccor Jenanounede lears:oemiiiatidenefrà'la soUi^ 
eît atiop des grand» ou dea-nris» Ile ne pouvaient p^yer ni i 
draift, ni tribut^ ni péage. 

Chaenn désirait naturellement parttcif^er à'de>td$ privt«* 
léges. Innocent Ui lui*-méRie vouIntéti'eaflUiéà r4)idre; 
Philippe leBel ledenaadaenrvaio; 

Mai»4|uand oeliovdre n'eàt pas- eu ces gvands^et magni-^ 
fiques privilèges^ on s'yeerait présenté enfouie* LeTemple 
avait pour les imaginatUms un > attrait de mystère* et de^ 
vague terreuTi Les lécoptious iHMiiantrlieu danslaeé^ses 
de Tordre., la nuit etiportee fèimàse^ tes membres^ inlé^ 
rieurs en éiaient'.eKeiûsN; On4iaaitque6ile'roi de<FraQe»• 
lutunénle y eAt^pénétra, iliQ'«enis^rait pas softii 

La fonne énfréoeptioBLétaîlieaq^ntée an» riiaa^dnmMt*^ . 
tiques et bizarres, aux mystères dont Téglise antique ne 
craignait pas d entourer* les chosee sniates^ Le récipien* 



84 L*OR. — LE FISC. 

daire était présenté d'abord comme un pécheur, un mau- 
vais chrétien, un renégat. Il reniait, à Texemple de saint 
Pierre ; le reniement, dans cette pantomime, s'exprimait 
par un acte S cracher sur la croix. L'ordre se chargeait de 
réhabiliter ce renégat, de l'élever d'autant plus haut, que 
sa chute était plus profonde. Ainsi dans la fête des fols ou 
idiots (fatuorum), l'homme offrait l'hommage même de 
son imbécillité, de son infamie, à TËglise qui devaiC le ré- 
générer. Ces comédies sacrées, chaque jour moins com- 
prises, étaient de plus en plus dangereuses, plus capables 
de scandaliser un Âge prosaïque, qui ne voyait que la lettre 
et perdait le sens du symbole. 

Elles avaient ici un autre danger. L'orgueil du Temple 
pouvait laisser dans ces formes une équivoque impie. Le 
récipiendaire pouvait croire qu'au delà du christianisme 
vulgaire, l'ordre allait lui révéler une religion plus haute, 
lui ouvrir un sanctuaire derrière le sanctuaire. Ce nom du 
Temple n'était pas sacré pour les seuls chrétiens. S'il 
exprimait pour eux le Saint-Sépulcre, il rappelait aux 
juifs, aux musulmans, le temple de Salomon ^. L'idée du 
Temple, plus haute et plus générale que celle même de 
l'ËgUse, planait en quelque sorte par-dessus toute reli- 
gion. L'Ëglise datait, et le Temple ne datait pas. Contem- 
porain de tous les âges, c'était comme un symbole de la 
perpétuité religieuse. Même après la ruine des Templiers, 
le Temple subsiste, au moins comme tradition, dans les 
enseignements d'une foule de sociétés secrètes, jusqu'aux 
Rose-Croix, jusqu'aux Francs-Maçons 3. 

L'Ëglise est la maison du Christ, le Temple celle du 
Saint-Esprit. Les gnostiques prenaient, pour leur grande 
fête, non pas Noël ou Pâques, mais la Pentecôte, le jour 
où l'Esprit descendit. Jusqu'à quel point ces vieilles sectes 
subsistèrent-elles au moyen âge ? Les Templiers y furent- 

< App,, 47. » * App., 48. — ' App,, 49. 



LES TEMPLIERS. 85 

Ils affiliés? De telles questions, malgré les ingénieuses 
conjectures des modernes, resteront toujours obscures dans 
rinsufIBsance des monuments <. 

Ces doctrines intérieures du Temple semblent tout à la 
fois vouloir se montrer et se cacher. On croit les recon- 
naître, soit dans les emblèmes étranges, sculptés au por-' 
tail de quelques églises, soit dans le dernier cycle épique 
du moyen âge, dans ces poèmes où la chevalerie épurée 
n'est plus qu'une odyssée, un voyage héroïque et pieux à la 
recherche du Graal. On appelait ainsi la sainte coupe qui 
reçut le sang du Sauveur. La simple vue de cette coupe 
prolonge la vie de cinq cents années. Les enfants seuls peu- 
vent en approcher sans mourir. Autour du Temple qui la 
contient, veillent en armes les Templistes, ou chevaliers du 
Graal K 

Celte chevalerie plus qu'ecclésiastique, ce froid et trop 
pur idéal, qui fut la fin du moyen âge et sa dernière rê- 
verie, se trouvait, par sa hauteur même, étranger à toute 
réalité, inaccessiUe à toute pratique. Le tenipliste resta 
dans les poèmes, figure nuageuse et quasi-divine. Le Tem- 
plier s'enfonça dans Ift brutalité. 

Je ne voudrais pas m' associer aux persécuteurs de ce 
grand ordre. L'ennemi des Templiers les a lavés sans le 
vouloir; les tortures par lesquelles il leur arracha de hon- 
teux aveux semblent une présomption d'innocence. On est 
tenté de ne pas croire des malheureux qui s'accusent dans 
les gênes. S'il y eut des souillures, on est tenté de ne plus 
les voir, eifacées qu'elles furent dans la flamme des 
bûchers. 

Il subsiste cependant de graves aveux, obtenus hors de 
la question et des tortures. Les points mêmes qui ne furent 
pas prouvés n'en sont pas moins vraisemblables pour qui 



« App„ 50. 

■ Voyez mon Histoire Je France, t. Il, dernier eiiapi*.re. 



86 L'WL — LE FISC. 

eonnatt la nniure humaine, pour qui considère sérieuso* 
uiHii la situation de Tordre dans ses derniers temps. 

Il était naturel que le rekchement s'introduisit parmi 
des moines guerriers, des eadels de la noUesae, qui cou- 
raient les aventures loin de ia chrétienté» souTont loin des 
yeux de leurs cliefs, entre les périb d'une guerre à nM>rt el 
les tentations d'un climat brùiant, d'un paya d'^selates, de 
ia luxurieuse Syrie. L'oifuail «t l'homMsur les aootiareDt 
tant qu*tl y eut espoir pour la Terre SaiMe. SaohoBa4eur gré 
d'avoir nvsisté si longtainps, lorsqu'à chaque erohade leur 
aUente était «i tristamenl déipue, loisque toute prédietâon 
OMUlait^ que las miracles promis s'ajournaient toiqooirs. II 
n'y avait pas de semaine qM la doehe ée Jérusalem ne 
aottuèl Tapparition des Arabes doM 4a plaine désolée. C'é* 
tait toujiHirs aux Templiers, aux Hospitaliers à moater à 
clie^« à sortir des aMirs».. -Bbin ik pardirart léwaafcm, 
puis Saiiil«JeanHl*A€re« Soldats déiiiiiww, sentinelles per- 
duaci. Aml^il s^etumMr ai» «• aoir do celle -hatailo^de deos 
^ièrlt^ )f« bras Irur taaAérptUt 

La chutiMMl |Mvi^ après laa grands allbils.X*éme 
Ie1^ $i haut dans rhên>ksme H la sainteÉ 
#«i tHnr^... Malade el aigris^ «Ile sa pkmge dans «le mal 
«vec une Aiim $auva|Ee^ cimaiia ^aur ae v««gar d* 



TtrlV parait avoir «rte k cènk » du Temple. Tout ce^'il 
T axaM «« de saùn #« ^M*4^^ dmùai wchê al aouilaR. 
Apr^ anor tendu de 1 iMaume à Dieu, m tenmaëe Oian à 
la ftrti^ ^. L^ pteaisi^ ^i!!!^:NP<^ ^ ànii«Nnii»s bcnnqncs» 
wsfcxr ■ vas de :silW* a:xxHKr$ ôe ao^ . ^es *. L> iwlaianl Tin- 
^u $>i nbir<.tanc tMfe^amfeX EX («MMnl t tranvnil en- 



* N»»t> •orme i» SkAi^ iïouw sv^v^u^^ « SUtft 



. £ES TBIfPUEil&. 87 

ration ehHmcUe, leoriité pu* Téleolion etiPesprit, faimit 
montre 4e son 'mépnsipour hfemme 4, se suffismtà'lui- 
Hiéme et:n'ai«Biit :f ienlhon de soi. 

Comme il9se ymnifiit de lemmes, ib se pitoaûnt aussi 
4e pvéùres, |iéohaiit et se confessMit entce eux 4. Stûls^se 
passèrent de Dieu encore, lisiessagrèrent des sitpenliiioas 
•orientales, deJa magie sartasine.. D'abord symbolique, le 
reniement devint :réel ; ik^abjarèrent jtn.fiieu qui neidon- 
imitpas la'violDira;iilfl leitraîtèrent eamme un DiendnB- 
dèle qtn te :tiiihiaiait, H'ootragàrant, eraohèreni vsur da 
«croîK. 

»LeBr9ni«fiiea,'8e2semble, devintil^ordrernSme. dsado- 

lèrent 'le Temple ét«leBfrBm|ilien,iftaun4che&, .eemme 

Temples vifffilte.dis synifadUrant ^par ilaa aérémonies Jes 

plus sales et les plus repoussantes iêidévoueBiantBveqgle, 

rabamtao oompiat.delanwlonflé. L'ardre^ aesanantJJnsi, 

tomba dans une broiushe religien desoi^néaDA^^bision 

-maaniipie é90iBme.'€e>qii'il7 a deseaseraineaiant^didbo- 

■liqmbdaoB le Diable, (c^.est'de:B*adorar. 

.yoUàt^diaa ê on, 4eB leonjaotUMs. iMUs teUes masoitent 
•-iMp BataBaliemaot dfnn 'ipnmd inombre 'dfaveux (obtenus 
;Ê»mmmkD9eaÊÊS»à laitoctue^ipaaficulièrBmeat'JsaAngle- 
term^. 

«Que ttél4it été-d'aittetos 'letoaractàre çénéril 4eoUoidre, 
-que les saitnlB «diast devenus léxpnaaément lh<mlaia lat 
'iinpfe8,rc'<BtQ»^e)e 8u)sloni'dfaffiituer.*De>tdlto««hQBas 
^ne s*éori^rMI fns. ioL .corruption contre dans un.oidrerpar 
connivence mutuelle et tacite. Les formes subsistent, lohan- 
geant-de 'sen6,(iity8rv«rtias paraneimauvaise -interp^ta- 
' tion que parsonnecn'JKVoae toutibauL 

Mais quand même ces infamies, ces impiétés auraient 



• App„ 52. — * App., 53. 

* Les dëpositionA les plas sales, et qui paraîtraient *f#B «le plus de 
▼rttisefliUaMe di0l4és piirla quesHén, 'SMl celles des témoios- anglais» 
•qui pourtant n*y furent pas soumis. App,, 5&« . . 



88 L*OR. — LB FISC. 

été universelles dans Tordra, elles n'auraient pas suffi 
pour entraîner sa destruction. Le clergé les aurait cou- 
vertes et étouffées^, comme tant d'autres désordres ecclé- 
siastiques. La cause de la ruine du Temple, c'est qu'il était 
trop riche et trop puissant. Il y eut une autre cause plus 
intime, mais je la dirai tout à l'heure. 

A mesure que la ferveur des guerres saintes diminuait 
en Europe, à mesure qu'on allait moins à la croisade, on 
donnait davantage au Temple, pour s'en dispenser. Les 
affiliés de l'ordre étaient innombrables. D suffisait de payer 
deux ou trois deniers par an^ Beaucoup de gens oflQraient 
tous leurs biens, leurs personnes même. Deux comtes de 
Provence se donnèrent ainsi. Un roi d'Âxagon légua son 
royaume (Alphonse le Batailleur , 4431-4432); mais le' 
royaume n'y consentit pas. 

On peut juger du nombre prodigieux des possessions 
des Templiers par celui des terres, des fermes, des forts 
ruinés qui, dans nos villes ou nos campagnes, portent en- 
core le nom du Temple. Ils possédaient, dit-on, plus de 
neuf mille manoirs dans la chrétienté K En une seule pro- 
vince d'Espagne, au royaume de Valence, ils avaient dix- 
sept places fortes. Ils achetèrent argent comptant le 
royaume de Chypre, qu'ils ne purent, il est vrai, garder. 

Avec de tels privilèges, de telles richesses, de telles pos- 
sessions, il était bien difficile de rester humbles '. Richard 
Cœur-de-Lion disait en mourant : « Je laisse mon avarice 
aux moines de Citeaux, ma luxure aux moines gris, ma 
superbe aux Templiers. > 

Au dé&ut de musulmans, cette milice inquiète et in- 
domptable guerroyait contre les chrétiens. Ils firent la 



> V. entre autres le tome XI de cette histoire, ch. zvi, xix, xz, et lo 
tome XII, ch. ix. 

* Ajtp,, 65. 

s Dans leurs anciens statuts on lit : • Régula panperum commilito- 
num tempU Salomonis. » 



I 



LIS TBMPLIKaS. 89 

goerre au roi de Chypre et au prince d'Àntioche. Us dé- 
trônèrent le roi de Jérusalem Henri II et le duc de Croatie. 
Us ravagèrent la Thrace et la Grèce. Tous les croisés qui 
revenaient de Syrie ne parlaient que des trahison^des Tem- 
pliers, de leurs liaisons avec les infidèles^. Us étaient no- 
toirement en rapport avec les Assassins de Syrie'; le peu- 
ple remarquait, avec effroi l'analogie de leur costume avec 
celui des sectateurs du Vieux de la «Montagne. Us avaient 
accueilli le Soudan dans leurs maisons, permis le culte 
mahométan, averti les infidèles de l'arrivée de Fré- 
déric il 3. Dans leurs rivalités furieuses contre les Hospi- 
taUers, ils avaient été jusqu'à lancer des flèches dans le 
Saint-Sépulcre^. On assurait qu'ils avaient tué un chef 
musulman, qui voulait se faire chrétien pour ne plus leur 
payer tribut. 

La maison de France particulièrement croyait avoii* 
à se plaindre des Templiers. Us avaient tué Robert de 
Brienne à Athènes. Us avaient refusé d'aider à la rançon 
de saint Louis ^. En dernier lieu, ils s'étaient déclarés pour 
la maison d'Aragon contre celle d'Anjou, 

Cependant la Terre Sainte avait été définitivement per-- 
due en 1 194, et la croisade terminée. Les chevaliers reve- 
naient inutiles, formidables, odieux. Us rapportaient au 
milieu de ce royaume épuisé, et sous les yeux d'un roi fa- 
mélique, un monstrueux trésor de cent cinquante mille 
florins d'or, et en argent la charge de dix mulets ^. Qu'al- 
laient-ils faire en pleine paix de tant de forces et de ri- 
chesses ? Ne seraient*ils pas tentés de se créer une souverai- 
neté dans l'Occident, comme les chevaliers Teutoniques 

* • Et Aère dm cité trabirent'iU par leur grand mesprison. • Chroo. 
de S. Oeoys. 

' Voyes Uanmer. — < Dapuy. 

* £o 1350, l'aQimotiié fat pootsée à no tel excèe» qu'ils ee livrôrcnt 
une bataille dau laquelle les Templien furent taillés en pièce*. Les 
historieos disent qu'il n*en échappa qu'un seul. 

* App., 66. — • Arch. du Vatican, Raya. 



90 l'^. ^ ms nftc. 



Vont tait en I¥t6^, les HospftiMeMdtada teilki&ideiii 116- 
ditefrranée, et les iédtit»4itiiIUit«0iityi.^V|tetiltBieiit{uiih 
aux Hoepitdlier8,aucttii*voi dti solide B*«lt|Mi(loiir néâî»- 
ter'. llD^éteitpokit'd'ïtatfoii lib'iifMMf&l dttyla«i8»fiM^ 
tes. Ite ijenalem à imites les JfiMniHes^blës, Us 9k*éaàmn 
guère en tout, ikestiii««i,!^ift«di»''epiitBe wlUe*ohovaili«rB:; 
mais c'étaienttdes lioiimes lagii^nris, m tnltoti 4)tm 'ptnn 
pie qui inel^éciMtpltft, députe k'csinattaii'QM >guenraB des 
^lo^euifs. (O^iMt ^^adinriiiiMeS'USVaUem, ^ HvaititaMb 
Mameluks, oiasi idlelligeifie, HeMR » mpidea, <qtte la 
-pesadte t^Mtovie 4é<Mlato était Knunto :«t^tmrte. On 4eii 
"fO^Blt im«40M âv^eitteusemiim ^hei^iiitthar ''^^ 
mtrablesdhefauattrab^ytsiiMsiAiacttli dHm^éiniy«r,2â)aii 
«sopvatlt d-annen, bshb «em)Mer 4^*MelMM if0ifa.4ts«b 
pouvaient varier leurs vêtements, mais ite avaîetttidê'fné^ 
icieusesormes orientai, ^'Miaoiar^e ftae trampe^t^Ua- 
wasquinées^iciiemanl. 

ilis sentaieift bien toonfeMes. las lefuiplî^rs d'fkitigle^ 
iteflie-aviMem Médire «u Mt HamîtlM^ «"Voittiseraa m 
tant que vous sei«zi}usta. ^ IHiiialatirr lM«ifte,iee>nidt*0tait 
ina mÊimotè. fltoiit oelad»ntiatt4ften»r%f>blHppe'tefteI. 

Alien wmiait 4 f ltt8MNM<W0Mi^ «(K^e'ia'afvioir smisavit 
d?appelaoiitreAoiiiiaoequ*a^ecifései<fa, at<64»}^MMWt«M#i*. 
-Us avairat Pefosé d'ttbnettre te Mi ^dam Jk>vdm. Ih-I'a«- 
iraientra&eé^iet 4s)revaii»ltHier^,^totiMe*httitiilMfkm.1I 
•leur devi^ >4e 4^^flrgt3nt * ; -te Van^rte^ était uM 'M#tè de 
-banque^ eomme il*aiit été amii^étfl ^ itenaptoB 4e l-'a»^ 
•tiquité^. liorafate 4806,ÂlaM)Wa^ii'asaa'chez eux ^lem*- 

* Ces ordres également poissants furent également attaqués. Les 
év^Ones livoaieM .porièranfrcootniies ehewslief /i^iiiMi((ins 4«sftcta- 
salions non moins graves. De Jean XXII à Innocent VI, lee>ilM|nMlisrs 
eorer.t à soutenir les mêmes attaques. iMSiAiâiiitM f «maMmUdrent. 

* En GtsUile, ks ïeoipliers» ftes.H«iftelifi»6CkiBmlwriUM de-Satot- 
lacqnes «valent uniraitëde gamaisexontie teint iutônk 

» App , 57. 

* Miiford. 



LIS XEMPUSnS* 91 

tre le peuple soalevé, ce 6A «ansdoute.pour lui une ocea- 
sion d'admirer ces trésors de l'ordre ; les cttevaliers^éuieut 
trop confiants, tiop fiers, pour lui rien cacher. 

La tentation était farte pourle roi ^ Sa f ictoire délions- 
«iHPiieUe Favait ruiné. I^jà contraint de rendre la Gujrenne, 
il l'avait été encore de lÀcher la Flandre flanuinde. Sa dé* 
tresse pécuniaire était extrême» et pourtant il loi laUut 
révoquer*un impôt contre lei|ttel la Normandie'S-était soii- 
levée.'Lepeupletétaitai ému, qu'on défendit les raBsem* 
'bkmeniS'depluS'deieiaq personnes. Le roi ne pouvait^sor- 
4ir de celle «siluation désespéiiée que parQuel^pie'giaiide 
confiscatîDn. Or, te juifeayant été^iuBsés^lecottp ne pou* 
vaît irapper que eurtles. piètres ou sur les>nobiee, eu* bien 
aur un ordre^< appartenait aux uns ou aux autna^'mais 
qui, par cela même, n'appartenant exclusivement lUi à 
<eeux-^i, ai à -ceux-là, ne serait défendu par .peieoiine. 
'Loin d'éfire'défendus, les Templiers furent «plutôt attaqués 
par leurs défenseurs naturels. Les moines les . powsuivi- 
Mnt JLea nobles, les plus grands seigneursde France, don- 
nèrent par écrit leur adhésion au procès. 

PhUippe le Bel avait été élevé par un domiairwn. U 
4nmit pour confesseur un domimeain. Loi^|te0ips«cestmot- 
mes avaient été-amîs des Templiers, an point - même qu'ils 
s'étaient oiigagis à eoliiciter de cbaqoe mouiUt qu'ils 
xoofeasesaient un «legs pour le Temple^. Maisipeuàtpeu 
les deux ordres «étaient devenus rivaux. Les doninieains 
•vaientunordreniilitaire>à:eux, le94kLvaU$rigaMd$9Ui\^ 
.ne^prit,{>as grand essor. Àeette rivalité accidentelle il fiiut 
ajouter une cause fondamentale de baine. Les T^nipliers 
étaient nobles ; les dominicains, les Mehdfants, étaient en 



aaitiat»d« «iMpItfs général dit eoarfaleiiBft to éiia. 

* Voyes rhisioire de cet or tre, ptr l6dominMaiafFM#riei/1787. Ils 
p soaiè i flttp pourtant d6s bisn< du T«iiipl»; plaaievMYeMpHinpattdreot 
âaju Irur ordre. 



92 l'or. — LE FISC. 

grande partie roturiers, quoique dans le tiers-ordre ib 
comptassent des laïcs illustres et même des rois. 

Dans les Mendiants, comme dans les légistes conseillers 
de Philippe le Bel, il y avait contre les nobles, les hommes 
d'armes, les chevaliers, un fonds commun de malveillance, 
un levain de haine niveleuse. Les légistes devaient haïr les 
Templiers comme moines ; les dominicains les détestaient 
comme gens d'armes, comme moines mondains, qui 
réunissaient les profits de la sainteté et l'orgueil de la vie 
militaire. L'ordre de saint Dominique, inquisiteur dès sa 
naissance, pouvait se croire obligé en conscience de per- 
dre en ses rivaux des mécréants, doublement dangereux, 
et par l'importation des superstitions sarrasines, et par 
leurs liaisons avec les mystiques occidentaux, qui ne vou-* 
laient plus adorer que le Saint-Esprit. 

Le coup ne fut pas imprévu, comme on l'a dit. Les 
Templiers eurent le temps de le voir venir ^. Mais Torgueil 
les perdit ; ils crurent toujours qu'on n'oserait. 

Le roi hésitait en effet. Il avait d'abord essayé des 
moyens indirects. Par exemple, il avait demandé à être 
admis dans l'ordre. S'il y eût réussi, il se serait probable- 
ment fait grand maître, comme fit Ferdinand le Catholique 
pour les ordres militaires d'Espagne. Il aurait appliqué les 
biens du Temple à son usage, et l'ordre eût été conservé. 

Depuis la perte de la Terre Sainte, et même antérieure- 
ment, on avait fait entendre aux Templiers qu'il serait 
urgent de les réunir aux Hospitaliers *. Réuni à un ordre 
plus docile, le Temple eût présenté peu de résistanca 
aux rois. 

* Ils avaient de sombres pressenti monts. Un Templier anglais rencon* 
trant un chevalier noarellemcnt reça : • Esne f rater noster receptos io 
ordioe? Coi respondens. ita. Et ille : Si sederes super campanile Sancti 
Pauli Londini^ non posses fidere majora inforlunia qoam tiiù eoniin* 
gent anteqoam moriaris. » Concii . Urit. 

* Le concile de Saitzbourg, tenu en 1271, et plusieurs autres asseoi* 
Liées ecclésiastiques^ avaient pro[ioàc celle réunion. 



LES T£UPLIERS. 93 

Us ne voulurent point entendre à cela. Le grand maître, 
Jacques Molay, pauvre chevalier de Bourgogne, mais 
vieux et brave soldat qtfi venait de s'honorer en Orient par 
les derniers combats qu'y rendirent les chrétiens, répondit 
que saint Louis avait, il est vrai, proposé autrefois la réu« 
nion des deux ordres, mais que le roi d'Espagne n'y avait 
point consenti; que pour que les Hospitaliers fussent 
réunis aux Templiers, il faudrait qu'ils s'amendassent 
fort ; que les Templiers étaient plus exclusivement fondés 
pour la guerre ^. U finissait par ces paroles hautaines : 
« On trouve beaucoup de gens qui voudraiéht ôter aux 
religieux leurs biens, plutôt que de leur en donner... Mais 
si l'on fait cette union des deux ordres^ cette Religion sera 
si forte et si puissante , qu'elle pourra bien défendre ses 
droits contre toute personne au monde. » 

Pendant que les Templiers résistaient si fièrement à 
toute concession, les mauvais bruits allaient se fortifiant. 
EuxHOiêmes y contribuaient. Un chevalier disait à Raoul 
de Prestes, l'un des hommes les plus graves du temps, 
c que dans le chapitre général de l'ordre, il y avait une 
ehoae si secrète, que si pour son malheur quelqu'un la 
voyi^it, fût-ce le roi de France, nulle crainte de tourment 
n'empêcherait ceux du chapitre de le tuer, selon leur pou- 
voir*. » 

Un Templier nouvellement reçu ayait protesté contre la 
forme de réception devant Tofficial de Paris ^. Un autre 
s'en était confessé à un cordelier, qui lui donna pour péni- 
tence de jeûner tous les vendredis im an durant sans che- 
mise. Un autre enfin, qui était de la maison du pape, 
« lui avait ingénument confessé tout le mal qu'il avait 
reconnu en son ordre, en présence d'un cardinal son 
cousin, qui écrivit à l'instant cette déposition. 9 

« Afp,, 59. — « Oupny. App,, 60. 

' C*ett Je premier des cent qaaranto dépoMnts. Dupay a ircnqotf la 
]MSsage. V. le ms. aux archives du royaume. K 413. 



91 l'ob. *^ le FldC. 

Oit faisait en même' tempe, eouitr doftbniit;:^ siniâfres 
sanles.priaoïisÉerribIte où Ie8.obe&tde4iordr0<ptongeaîeai 
lesmembcearécaloitrants. Unjcksch«vaHénMléetaRa«<{u*uD 
de aB8^clQi<étaii entré dan8J'ofdre-siiin>6tgaitaTeo<Àieiift 
ett{aufiOi»;:au bouid^ tarDisjoniia; iiétattrHiovÉ. » 

La Keiiiple>a(witeillait< w'tàBmeBii (m- XliwitB^ il tvoumti 
lesTeîapyerat'tnop'ricbas^' at) pan génoreuxL Quoique le» 
gnisâ. mattoet dans, ses; întennoipatoinBat mante kt m u a MI -^ 
cauMcdô llonb»* unvdeai gri&fa poitési oantseoette opa^ 
leQtarQoqioraiiooi Qresl.<i qna lasiaumônes .ne s^y^ faiaaieiHi 
pas* cofnfueF il.4taimioait^v » 

LBS.chases^àlaientniûresi 14a roiappelfttà»Pari# legnand^ 
msrftre.et!tee;cb0f8^ illesiGareaia) lea^oemMa, lëa/endormiU 
Us vimmiisefaiM pmiidra ffiiifitepooflinie. lea preteaUuata- 
à la Saint-Barthélemy. 

Il venatt. d'augmenter Keura^ privilège»*! li^ wsiV prié le 
graend nialtne diétraFpamnn^d'undese^eDftints. Le>4S 00*^ 
tobne^ Jacquea.Molay^ désigne parlui^aMo^d^niitrea grands» 
pdraoiiBage%. anait tMiu- le poéte^ k l^enteivemenl^ d& la- 
beUe-aorar de!Pfadli))pe* te* 1^3; iè feti an{èté> aveo'lës oantr 
(pianuite> Templiers qui étalant à Parii^ Le> mètne jMr; 
siniMUtte le filreiil:à Beauoairer^ puift tme foule d'autra^-par- 
toute: laLBl^aneai (hi.s'assurade^'assaBtlniettt'dlipeuple'et 
de rUniversité ^. Le jour môme de l'arrestation, le^bouiv^ 
g^(Hsrfttraqftii|ipaléS{par pamiieesieti pan oonfrévies^wi jar- 
din.dtt Doidauala Cité ;dea moines y tprèohèieiil. On peut 
jugpn-dlar bt.wcdeDoe de. cas prédiaations^ popatairas: par 
celladerïlatleltmjmyale» qui counii par toute la Prance^r 
c Uue Qb^scrMaène^ une cbose^déf^omMe^ uftO'Ohese hmw 
ribla à.pms^. teiriUe à; entendre* I' clMwer, OKàaraMe de- 

* Tosjors acheiaicni sar>9 reodr^,,, 
Tanltft'pof'à caa qu'il brito. 

Cliron. eo Tors. citée par Rayn. 

* En Ecosse, on leur reprochait, ontcfr l^iir o«p«<litéî deB'^tt«-pa» 
hotpiuilleaa. Afif^, ftt 

» App., oa. — ♦ itip . 0». 



LES TEMPLIERS. 95 

scélératef^se, détestable d'infamie!... Un esprit, doué de 
raison compatit et se trouble dans sa compassion, en 
voyant une nature qui s'exile elle-même hors des bornes 
de la nature, qui oublie son principe, qui méconnaît sa 
dignité, qui prodigue de soi, s'assimile aux bétes dépour- 
vues de sens ; que disrj^ ? qui dépa^^ la brutalité des bétes 
elles-mêmes!... » On juge de la terreur et du saisisse- 
ment avec lesquels une telle lettre fut reçue de toute âme 
chrétienne. CétuiiOAnmifi im^ eoup de tmmpette* du juge- 
ment dernier. 

Suivant l'indication sommaire des accusations : renie- 
soimt,,ti;a]Û9Oii.d(0rla chrét4«}Uôw< profit. dos infidèles, ini- 
tiatîoa^ d^oâtante^ imstUuti<»Q* aiatudlle ; cofin^. la comble» 
de rbomeuir^cra^ber sur la croi».^ i 

Ion! cela avaiti été déoenoéi par. des T^ospliere; BeuK 
cbevatiersn «BiGiaseoQ et. uni balien,. en pniaon posr lënc» 
méfaits,, avaient* disai^eiAi,. i:4«élé' tous. bu. secretader 
l'ordre. 

Ce* qui. frafpeîti 1^ phisi Uinmgiimtiofii,. c'étaient les 
hruile quloaurai^ntieur iwe idele qur'auraienl adonblnr 
TiempUeck ie& rapQOPis. variaieBit. S-eitm lee uns^ «'étail. 
imi'tâteJiaibue; d'auta^es disaient, une. tête) à trois faees.. 
EUa avait,. dieeÂtreiii eacor^ dea^ yeuxr éiineeUuils. Seloo) 
<aifll(ime»mnft> a'était un crâne d'bomme. D'autcee y subs*^ 
tituaieitf on fûmiS, 

Q^qu'il,«a.fiUi de ee» bmile, Philippe' le Bel it'anraitr 
pas- perdu, de lampe» 1^ joue même de Varneatation., il vintt 
d& sa pimsonne^ iMbHr- au Temple avec son trésor et son 
Xoéaor deaebaiiee, avee une année- de gens.de loi, pour 
inatninwnteR, ioventorieR. Cette belle saisie* l'vrait fuit 
riche tout d'aoïoanp.. 



CHAPITRE IV 



Suite. Destraetion de Tordre "du Temple. 4?07-i314. 



L^étonnement du pape fut extrême, quand il apprit que 
le roi se passait de lui, dans la poursuite d'un ordre qui 
ne pouvait être jugé que par le Saint-Siège. La colère loi 
fit oublier sa servilité ordinaire, sa position précaire et dé- 
pendante au milieu des États du roi. Il suspendit les pou- 
voirs des juges ordinaires, archevêques et évêques, ceux 
même des inquisiteurs. 

La réponse du roi est rade. Il écrit au pape : Que Dieu 
déteste les tièdes ; que ces lenteurs sont une sorte de con- 
nivence avec les crimes des accusés; que le pape devrait 
plutôt exciter les évêques. c Ce serait une grave injure 
aux prélats de leur ôter le ministère qu'il tiennent de Dieu. 
Us n*ont pas mérité cet outrage ; ils ne le supporteront 
pas; le roi ne pourrait le tolérer sans violer son serment... 
Saint Père, quel est le sacrilège qui osera vous conseiller 
de mépriser ceux que Jésus-Christ envoie, ou plutôt Jésus 
lui-même?... Si l'on suspend les inquisiteurs, l'affaire ne 
finira jamais... Le roi n*a pas pris la chose en main comme 
accusateur, mais comme champion de la foi et défenseur 
de rËglise, dont il doit rendre compte à Dieu *. » 

Philippe laissa croire au pape qu'il allait lui remettre les 
prisonniers entre les mains* il se chargeait seulement de 

• App., 6«. 



DESTRUCTION DE L ORDRE DU TEMPLE. 97 

garder les biens pour les appliquer au service de la Terre 
Sainte (25 décembre 1307). Son but était d'obtenir que le 
pape rendit aux évéques et aux inquisiteurs leurs pouvoirs 
qu'il avait suspendus. Il lui envoya soixante-douze Tem-' 
pliers à Poitiers, et fit partir de Paris les principaux de 
Tordre; mais il ne les fit pas avancer plus loin que Chinon. 
Le pape s'en contenta; il obtint les aveux de ceux de Poi- 
tiers. En même temps, il leva la suspension des juges or- 
dinaires, se réservant seulement le jugement des chefs de 
Tordre. 

Cette molle procédure ne pouvait satisfaire le roi. Si la 
chose eût été traînée ainsi à petit bruit, et pardonnée, 
comme au confessionnal, il n'y avait paâ moyen de garder 
les biens. Aussi, pendant que le pape s'imaginait tout tenir 
dans ses mains, le roi faisait instrumenter à Paris par son 
confesseur, inquisiteur générai de France. On obtint sur- 
le-champ cent quarante aveux par les tortures; le fer et le 
feu y furent employés ^ Ces aveux une fois divulgués, le 
pape ne pouvait plus arranger la chose. Il envoya deux 
cardinaux à Chinon demander aux chefs, au grand maître, 
si tout cela était vrai ; les cardinaux leur persuadèrent d'a- 
vouer, et ils s'y résignèrent *. Le pape en effet les récon- 
cilia, et les recommanda au roi. Il croyait les avoir sauvés. 

Phihppe le laissait dire et allait son chemin. Au com- 
mencement de 1308, il fit arrêter par son cousin le roi de 
Naples, tous les Templiersf de Provence '. A Pâques, les 
Ëtats du royaume furent assemblés à Tours. Le roi s'y fit 
adresser un discours singulièrement violedt contre le 
clergé : « Le peuple du royaume de France adresse au roi 
d'instantes supplications... Qu'il se rappelle que le prince 
des fils d'Israél^ Moïse, l'ami de Dieu, à qui le Seigneur 



■ App., 67. — -> App., 68. 

* Charles le Boiteux écrit à ses officiers en leur adressant des Ittlret 
enclfies: • A ce jour quo je vous marque avant qu'il soit clair, ^oire 
plutôt en pleine naict, vous les ouvrirez, 13 janvier 130S. . 

ni. 7 



B8 DESTRUCTION »K L*OII»RS PU TBIirLE. 

parlait Ibce à f»ce, voyant Tapostasie des adorateurs du 
veau d'or, dh : Que chacun prenne le glaive et tue smi 
proche parent... Il n'alla pas pour cela demander le con- 
aentement de aon frère Àaron, constitué grand prêtre par 
l'ordre de Dieu... Pourquoi donc le roi trè8'K:tivétien ne 
procéderait-il pas de même, mime monlre tovX le clergé^ $i 
Je clergé errait ainsi, ou soutenait ceux qui errant <? » 

A l'appui de ce discours, vingt-six pjcinces et seigneurs 
,8e constituàrent accusateurs, et donnèrent ^procuration 
pour agir contre les Templiers par- devant le pape et le 
roi. La procuration est signée, des ducs de Bourgogne et 
4e Bretagne, des pomtes de Flandre, de Neverset d'Au- 
vergne, du vicomte de Narbonne, du coiute XaUeyrand de 
Périgord. Nagaret signe hardiin^t entre Lusignan et 
Goucy *. 

Armé de ces adhésions, «.le roi, dit Aupuy, alla à 
Poitiers, accompagné d'une grande nmlU&ude de gens, 
qui étaient oeu^ de ses procureurs .quCi le «oi avait re- 
.t^nusprès de lui, pourpr^dre avis aur les diQiGuUés qui 
pourraient survenir ^ » 

. £n arrivant, il baisa humblement les pieds au pape. 
JAais celui-ci vit bientôt qu'il n'obtiendrait rien. Philippe 
ne pouvait entendre à aucun ménagement. U lui fallait 
traiter rigoureusement les personnes pour pouvoir garder 
les biens. Le pape, hors de lui, vouteit sortir de la ville, 
échapper à son tyran ; qui sait même s'il n'aurait pas fui 
hoj*s de France ? Mais il n'était pas homme à partir sans 
jion argent. Quand il se présenta aux portes avec ses 
mulets, ses «bagages, ses sacs, Une put passer; il vit qu'il 
était prisonnier du roi, non nums que les Templiers. 
Plusieurs foisi il essaya de fuir, toujours inutilement. Il 
semblait que son tout-puissant maître s'amusât des tor- 
tures de cette âme misérable, qui se débattait encore. 

> .R«ya«winl. 

t Dapuy, -^* Id. 



DKSfRCCTION DE L*ORDRB PB TEUPLB. 99 

^lément resta donc et parut se résigoer. Il rendit, le 

it 1308, une bulle adressée aux archevêques et aux 

is. Cette pièce est siogulièreiBent brève et précise, 

• Tusage de la cour de Rome. Il est évident que le 

éorit malgré lui, et qu'on lui pousse la main. Quel- 

-ques évéques, selon cette J)iille, avaient écrit qu'ils ne 

8a?aiaDt e<»nment on devait traiter les accusés qui 3'obs- 

«tineraient k nier, et ceux qui rétracteraient leurs aveux. 

^ Ces dioses, dit le pape, n'étaient pas laissées indécises 

par le droit écrit, dont nous savons que plusiem*s d'entre 

vous ont pleine connaissance ; npus n'çnl^ndons pour le 

(présent foire en cette affaire un nouveau droit, et noi^s 

voulons que vous procédiez selon que le droit exige. » 

B y avait ici une dangereuse équivoque, ura scnpta 
8*entendait-il du droit romain, ou du droit canonique, w 
des règlements de l'inquisition? 

Le danger était d'autant plus réel, que le roi ne se 
dessaisissait pas des prisonniers pour les remettre au 
■f^P^f comme il le lui avait fait espérer. Pans l'entrevue, 
il l'anuisa^encore, il lui promit les Ji)iens, pour le. consoler 
de n'^avoûr pas les personnes; ces Jbiens devaient être 
féttois à ceux que le pape désignerait. C'était le prendre 
par son foible ; Clément était fort inquiet de ce que cos 
l>ieiis allaient devenir K 

Le pape avait rendu (5 juillet 4308) aux juges ordinaires, 
•ichevéques et évéques, .leurs pouvoirs un instant sus- 
j>endus. Le 4« août encore, il écrivait qu'on pouvait 
fljoivre le droit commun. £t le 13, il rem/ettait l'affaire à 
une commission. Les commissaires devaient instruire le 
procès dans la province de Sens, à Paris, évéché dépenr- 
dant de Sens. D'autres commissaires étaient nommés pour 
en faire autant dans les autres parties de l'Europe, pour 
TAngleterre l'archevéqp^ de Cantorbéry, pour l'Allemagne 

• App., 69« 



400 BESTRUGTIOX DE L^ORDRB BU TSUPLB. 

ceux de Mayence, de Cologne et de Trêves. Le jugement 
devait être prononcé d'alors en deux ans, dans un concile 
général, hors de France, à Vienne, en Dauphiné, sur terre 
d'Empire. 

La commission, composée principalement d'évéques <, 
était présidée par Gilles d'Aiscelin, archevêque de Nar- 
bonne, homme doux et faible, de grandes lettres et de 
peu de cœur. Le roi et le pape, chacun de leur côté, 
croyaient cet homme tout à eux. Le pape crut calmer 
plus sûrement encore le mécontentement de Philippe, en 
adjoignant à ia commission le confesseur du roi, moine 
dominicain et grand inquisiteur de France, celui qui avait 
commencé le procès avec tant de violence et d'audace. 

Le roi ne réclama pas. Il avait besoin du pape. La mort 
de l'empereur Albert d'Autriche (1«' mai 1308) offrait à la 
maison de France une haute perspective. Le frère de 
Philippe, Charles de V^alois, dont la destinée était de de- 
mander tout et de manquer tout, se porta pour candidat 
à l'Empire. S'il eût réussi, le pape devenait à jamais ser- 
viteur et serf de la maison de France. Clément écrivit pour 
Charles de Valois ostensiblement, secrètement contre lui. 
Dès lors il n'y avait plus de sûreté pour le pape sur les 
terres du roi. Il parvint à sortir de Poitiers, et se jeta dans 
Avignon (mars 4 309). 11 s'était engagé à ne pas quitter la 
France, et de cette façon il ne violait pas, il éludait sa 
promesse. Avignon c'était la France, et ce n'était pas la 
France. C'était une frontière, une position mixte, une 
sorte d'asile, comme fut Genève pour Calvin, Ferney pour 
Voltaire. Avignon dépendait de plusieurs et de personne. 
C'était terre d'Empire, un vieux municipe, une république 
sous deux rois. Le roi de Naples comme comte de Pro- 
vence, le roi de France comme comte de Toulouse, avaient 
chacun la seigneurie d'une moitié d'Avignon. Mais le pape 

« Àpp., 70. 



DESTRUCTION DE L*ORDRE DU TBHPLE. 404 

albit y être bien plus roi qu'eux, lui dont le séjour attire- 
rait tant d'argent dans cette petite ville. 

Clément se croyait libre, mais traînait sa chaîne. Le roi 
le tenait toujours par le procès de Boniface. A peine établi 
dans Avignon, il apprend que Philippe lui fait amener par 
les Alpes une année de témoins. A leur t^te marchait ce 
capitaine de Ferentino, ce Raynaldo de Supino, qui avait 
été dans Taffaire d'Anagni le bras droit de Nogaret. A 
trois lieues d'Avignon, les témoins tombèrent dans une 
embuscade, qui leur avait été dressée. Raynaldo se sauva 
à grand'peine à Nîmes, et fit dresser acte, par les gens du 
roi, de ce guet-apens ^. 

Le pape écrivit bien vite à Charles de Valois pour le 
prier de calmer son frère. U écrivit au roi lui-même 
(23 août 4309), que si les témoins étaient retardés dans 
leur chemin, ce n'était passa faute,- mais celle des gens 
du roi, qui devraient pourvoir à leur sûreté. Philippe lui 
reprochait d'ajourner indéfiniment l'examen des témoins, 
vieux et malades, et d'attendre qu'ils fussent morts. Des 
partisans de Boniface avaient, disait-on, tué ou torturé 
des témoins; un de ceux-ci avait été trouvé mort dans 
son lit. Le pape répond qu'il ne sait rien de tout cela ; ce 
qu'il sait, c'est que pendant ce long procès, les affaires des 
rois, des prélats, du monde entier, dorment et attendent. 
Un des témoins qui, dit-on, a disparu, se trouve préci- 
sément en France et chez Nogaret. 

Le roi avait dénoncé au pape certaines lettres inju- 
rieuses. Le pape répond qu'elles sont, pour le latin et 
l'orthographe, manifestement indignes de la cour de 
Rome. Il les a fait brûler. Quant à en poursuivre les 
auteurs, une expérience récente a prouvé que ces procès 
subits contre des personnages importants^ ont une triste et 
dangereuse issue K 

* Dopay 



♦03 MSTRUCTION M l/OftDRE Dlf TEMPLE. 

Cette lettre du pape était une humble et timide pixv* 
fession d'indépendance à Tégard du roi, une révolte à 
genoux. L'allusion aux Templiers qui la termine, indi- 
quait assez l'espoir que plaçait le pape dans les embarra» 
où ce procès devait jeter Philippe le BeL 

La commission pontificale, rassemblée le 7 août 1309; 
à l'évéché de Paris, avait été entravée longtemps. Le roi 
n'avait pas plus envie de voir justifier* les Templiers que 
le «pape de condamner Boniface» Les témoins à charge 
contre Boniface étaient maltraités à Avignon, les témoins 
à décharge dans TafFaire des Templiers étaient torturés an 
Paris. Les évoques n'obéissaient point à la commissionr 
pontificale, et ne lui envoyaient point les prisonniers t. 
Chaque jour la commission assistait à une messe, puis* 
siégeait ; un huissier criait à la porte de la salle : t Si quel-* 
qu'Un veut défendre l'ordre de la milice du Temple, il n's 
qu'à se présenter. » Mais pers(»»ie ne se pi^ésaiitait. La 
commission revenait le lendemain, toujours inutilemenl. 

Enfin, le pape ayant, par une bulle (13 septembre 1309)^ 
ouvert l'instruction du procès contre Bonifiice, le roi 
permit, en novembre, que le grand maître du Temple 
Nit amené devant les commissaires K Le vieux chevalier 



* App., 7î. 

• e Le même joair, avAnf lai, le t% novembre, se préeenu deruit les- 
évèques an homme eiv habit Wcakier, lequel déclara s'appeler Jean de 
Melot (et non filolay, comme disent Raynonard et Dnpuy), aroir M 
templier dix ans et aroii' quitté Tordre, quoique, disait-il, il n'y rùi 
^aticuB mal. U déclarait venir pour faim et 'dire tout ce qu'eu vuo^'' 
drait. Les commissaires lui demandèrent s'il voulait défendre l'ordre, 
qu'ils étaient prêts à l'entendre bénignement. l\ répondit qu'il n'était 
venu pour autre chose, mais qu'il Toudrait bien savoir auparavant eu- 
qu'on voulait faire de l'ohire. £t il ajoutait : « Ordonnes de moi ca 
que vous voudrez; mais faites-moi donner mes nécessités, car je suis 
bien pauvre» • — Les commissaires voyant à sa figure, à ses gestes et à 
ses paroles, que c'était un homme simple et un esprit faible, ne prucé-^ 
dérent pas plus avant, mais le renvoyèrent à Tévéque de Paris, qui, 
disaient- Is, l'accueillerait avec booié et lui forait donner de la nourii» 
ture. • Process. ms. 



DESTRUCTION DE l'ORDRB DU TEMPLE. 1 03 

montra d*abord beaucoup de fermeté. H dit - que l'ordre 
était privilégié du Saint-Siège, et qu'il lu! semblait bien 
étonnant que TÉglise romaine voulût procéder subitement 
à sa destruction, lorsqu'elle avait sursis à la déposition 
de l'empereur Frédéric H, pendant trente-deux ans. 

Il dit encore qu'il était prêt à défendre l'ordre, selon* 
son pouvoir ; qu'il se regarderait lui-même comme un 
misérable, s'il ne défendait un ordre dont il avait reçu tant 
d'honneur et d'avantages; mais qu'il craignait de n'avoir 
pas assez de sagesse et de réflexion, qu'il était prisonnier' 
du roi et du pape, qu'il n'avait pas quatre deniers à dé-- 
penser pour la défense, pas d'autre conseil qu'un frère* 
servant; qu'au reste, la vérité paraîtrait, non-seulement' 
par le témoignage des Templiers, mais par celui des rois7 
princes, prélats, ducs, comtes et barons, dans toutes leï* 
parties du monde. 

Si le grand maître se portait ainsi pour défenseur de 
l'ordre, il allait prêter une grande force à la défense, et 
sans doute compromettre le roi. Les commissaires l'en- 
gagèrent à délibérer mûrement. Ils lui firent lire sa dépo* 
sition devant les cardinaux; cette dép4)sition n'émanait 
pas directement de luinoiéme; par pudeur ou pour tout 
autre motif, il avait renvoyé les cardinaux à un' frère 
servant qu'il chargeait de parler pour lui. Mais lorsqu'il 
fut devant la commission, et que les gens d'église lui 
lurent à haute voix ces tristes aveux, le vieux chevalier 
nie put entendre de sang-froid de telles choses dites en 
ùce. n fit le signe de la croix, et dit que si les seigneurs^ 
commissaires du pape* eussent été autres personnes, 
il aurait eu quelque chose à leur dire. Les commissaires 
répondirent qu'ils n'étaient pas gens à relever un gage 
de bataille. — « Ce n'est pas là ce que j'entends, dit 
le grand maître, mais plût à Dieu qu'en tel cas on* 

' M. Rayooiurd dit les cardinaux, mais-à tort. 



loi DESTRUCTION DE L*ORDRE DO TEMPLE. 

observât contre les pervers la coutume des Sarrasins et 
des Tartares ; ils leur tranchent la tête ou les coupent par 
le milieu. » . . - 

Cette réponse fit sortir les commissaire^ de leur dou- 
ceur ordinaire. Ils répondirent avec une froide dureté : 
c Ceux que TÉglise trouve hérétiques, elle les juge héré- 
tiques, et abandonne les obstinés au tribunal séculier. » 

L*homme de Philippe le Bel, Plasian, assistait à cette 
audience, sans y avoir été appelé. Jacques Molay, efirayé 
de rimpression que ses paroles avaient produite sur ces 
prêtres, crut qu'il valait mieux se confier à un chevalier. 
Il demanda la permission de conférer avec Piasian ; celui- 
ci l'engagea, en ami, à ne pas se perdre, et le décida à 
demander un délai jusqu'au vendredi suivant. Les évêques 
le lui donnèrent, et ils lui en auraient donné davantage de 
grand cœur i. 

Le vendredi, Jacques Molay reparut, mais tout change. 
Sans doute Piasian l'avait travaillé dans sa prison. Quand 
on lui demanda de nouveau s'il voulait défendre l'ordre, 
il répondit humblement qu'il n'était qu'un pauvre che- 
valier illettré ; qu'il avait entendu lire une bulle aposto- 
lique où le pape se réservait le jugement des chefs de 
l'ordre, que, pour le présent, il ne demandait rien de plus. 

On lui demanda expressément s'il voulait défendre 
l'ordre. Il dit que non; il priait seulement les commis- 
saires d'écrire au pape qu'il le fit venir au plus iài devant 
lui. Il ajoutait avec la naïveté do l'impatience et de la 
peur : « Je suis mortel, les autres aussi ; nous n'avons à 
nous que le moment présent. » 

Le grand maître, abandonnant ainsi la défense, lui ôtait 
l'unité et la force qu'elle pouvait recevoir de lui. Il demanda 
seulement à dire trois mots en faveur de l'ordre. D'abord, 
qu'il n'y avait nulle église où le service divin se fit plus 

• App., 73. 



DESTRCCTION DB L*ORDRS DU TBlfPLS. 105 

honorablement que dans celles des Templiers. Deuxième- 
ment, qu'il ne savait nulle Religion où il se fit plus d'au- 
mônes qu'en la Religion du Temple; qu'on y faisait trois 
fois la semaine l'aumône à tout venant. Enfin, qu'il n'y 
avait, à sa connaissance, nulle sorte de gens qui eussent 
tant versé de sang pour la foi chrétienne, et qui fussent 
plus redoutés des infidèles; qu'à Mansourab, le comte 
d'Artois les avait mis à l'avant-^garde, et que s'il les avait 
crus... 

Alors une voix s'éleva : « Sans la Foi, tout cela ne sert 
de rien au salut. > 

Nogarei, qui se trouvait là, prit aussi la parole : « J'ai 
oui dire qu'en les chroniques qui sont à Saint-Denis, il 
était écrit qu'au temps du sultan de Babylone, le Maître 
d'alors et les autres grands de l'ordre avaient fait hom- 
mage à Saladin, et que le même Saladin, apprenant un 
grand échec de ceux du Temple, avait dit publiquement 
que cela leur était advenu en châtiment d'un vice infàine, 
et de leur prévarication contre leur loi. » 

Le grand maître répondit qu'il n'avait jamais ou! dire 
pareille chose ;' qu'il savait seulement que le grand maître 
d'alors avait maintenu- les trêves, parce que autrement il 
n'aurait pu garder tel ou tel château. Jacques Molay finit 
par prier humblement les commissaires et le chancelier 
Nogaret, qu'on lui permît d'entendre la messe et d'avoir 
sa chapelle et ses chapelains. Ils le lui promirent en louant 
sa dévotion.* 

Ainsi commençaient en même temps les deux procès du 
Temple et de Bonifàco VIII. Ils présentaient l'étrange spec- 
tacle d'une guerre indirecte du roi et du pape. Celui-ci, 
forcé par le roi de poursuivre Boniface, était vengé par les 
dépositions des Templiers contre la barbarie avec*laquelle 
les gens du roi avaient dirigé les premières procédures. 
Le roi déshonorait la papauté, le paiic déshonorait la 
royauté. Mais le roi avait la force ; il empêchait les évéqucs 



106 DESTRUCTION DB l'oRDRE DU TEMPLE. 

d'envoyer aux commissaires du pape des Templiers prison- 
niers, et en même temps il poussait sur Avignon des 
nuées de témoins qu'on lui ramassait en Italie. Le pape, 
en quelcpie sorte assiégé par eux, était condamné à en- 
tendre les plus effrayantes dépositions contre Thonneur du 
pontificat. "^ 

Plusieurs des témoins s'avouaient infâmes, et détail- 
laient toiU ^ long dans quelles saletés ils avaient trempé 
en commun avec Boniface ^. L'une de leurs dépositions les 
moins dégoûtantes, de celles qu'on peut traduire, c'est que 
Boniface avait fait tuer son prédécesseur ; il aurait dit à 
l'un de ces misérables : « Ne reparais pas devant moi que 
tu n'aies tué Célestin. » Le môme Boni&ce aurait fait un 
sabbat, un sacrifice au diable. Ce qîii est plus vraisem- 
blable dans ce vieux légiste italien, dans ce compatriote 
de TArétin et Machiavel, c'est qu'il était incrédule,, impie 
et cynique en ses paroles... Des gens ayant peur dans un 
orage, et disant que c'était la fin du monde, il aurait dit : 
« Le monde a toujours été et sera toujouiB. — Seigneur, 
on assure qu'il y aura une résurrection? -^ Avez-vous ja- 
mais vu ressusciter personne? » 

Un homme lui apportant des figues de Sicile, lui disait : 
« Si j'étais mort en mon voyage, Christ eût eu pitié de 
moi. » A quoi Boniface aurait répondu : « Va, je suis bien 
plus puissant que ton Christ; moi, je puis donner de^ 
royaumeft »• 

Il parlait de tous les mystères avec une effroyable im- 
piété. U disait de la Viei^e : « Non credo in Mariolà, Hn- 
riolà, Mariolâl » Et ailleurs : « Nous ne croyons plus ni 
l'ânesse, ni l'&non y » 

Ces booflfonneries ne sont pas bien prouvées. Ce qui- 
l'est mieux et ce qui fut peut^tre plus funeste à Boniface^ 
c'est sa tolérance. Un inquisiteur de Calabre avait dit : 

• Dopoy. — * App,, 74. 



DSSTBUCriON DB l'ordrb lv tbhplb. 407 

€ Je crois que le pape favorise les hérétiques, car il ne 
nous permet plus de remplir notre office, s Ailleurs ce 
sont des moines qui font poursuivre leur abbé pour héré- 
sie ; il est convaincu par Tinquisition. Mais le pape s'en 
moque :*« Vous êtes des idiots, leur dit-il; votre abbé est 
un savant homme, et il pense mieux que vous : allez et 
croyez comme il croit. » 

Après tous ces témoignages, il fallut que Clément V en« 
durât face à &ce Tinsolence de Nogaret(46 mars 1310). 
U vint en personne à Avignon^ mais accompagné de Pla«- 
sian et d'une bonne escorte de gens armés. Nogaret, 
ayant pour lui le roi et Tépée, était l'oppresseur de son 
juge. 

Dans les nombreux fbctums qu'il avait déjà lancés, on 
trouve la substance de ce qu'il put dire au pape ; c'est un 
mélange d'humilité et d'insolence, de servilisme monar-^ 
chique et de républicanisme classique, d'érudition pédan^ 
tesque et d'audace révolutionnaire. On aurait tort d'y 
voir un petit Luther. L'amertume de Nogaret ne rappelle 
pas les belles et naïves colères du bonhomme de Wittem^* 
berg, dans lequel il y avait tout ensemble un enfont et un 
lion; c'est plutôt la bile amère et recuite de Calvin, cette 
haine à la quatrième puissMcd... 

Dans son premier factnm, Nogaret ftvait déclaré ne pd« 
lâcher prise. L'action contre l'hérésie, dit-il, ne s'éteint 
point par la mort, màfte noit exsiinguitui\ li demandait 
que Bbni&ce fijt exhumé et brûlé. 

En làlO, il veot bîefi se justifier; mais c'est qu'il est 
d'une bonne àme de craindre la faute, même oh il n'y a 
pas feute; ainsi firefït Job, l'Apôtre, e^ saint Augustin... 
Ensuite, il sait des gens qui, par ignorance, sont scanda- 
lisés à cause de lui ; il craint, s'il ne se justifie, que ces 
gens-là ne se damnent, en pensant mal de lui, Nogaret. 
Voilà pourquoi il supplie, demande, postule et requiert 
iomme droit^ avec larmes et gémissements, mains jointes» 



108 OBSTRUCTION DB L'ORDRB DU TBlfPL9. 

genoux en terre... En cette humble posture, il prononce, 
en guise de justification, une effroyable invective contre 
Boniface. II n'y-a pas moins de soixante chefis d'accusa- 
tion. 

Boniface, dit-ril encore, ayant décliné le jugement et 
repoussé la convocation du concile, était, par cela seul, 
contumace et convaincu. Nogaret n'avait pas une minute 
à perdre pour accomplir son mandat. À défaut de la puis- 
sance ecclésiastique ou civile, il fallait bien que le corps de 
rËglise fût défendu par un catholique quelconque ; tout 
catholique est tenu d*exposer sa vie pour TÉglise. « Moi 
donc, Guillaume Nogaret, homme privé, et non pas seule- 
ment homme privé, mais chevalier, tenu, par devoir de 
chevalme, à défendre la république, il m'était permis^ il 
m'était imposé de résister au susdit tyran pour la vérité 
du Seigneur. — Item, comme ainsi soit que chacun est 
tenu de défendre sa patrie, aupo\nt qu^onviériterail récom- 
pense s%9 en cette défense^ on tuait son père < ; il m'était loi- 
sible, que diS'je? obligatoire, de défendre ma patrie, le 
royaume de France, qui avait à craindre le ravage, le 
glaive, etc. » 

Puis donc que Boniface sévissait contre l'Église et contre 
lui-même, more furiosi, il fallait bien lui lier les pieds et 
les mains. Ce n'était pas là acte d'ennemi, bien au con- 
traire. 

Mais. voilà qui est plus fort. C'est Nogaret qui a sauvé la 
vie à Boniface, et il a encore sauvé un de ses neveux. Il n'a 
laissé donner à manger au pape que par gens à qui il se 
fiait. Aussi Boniface délivré lui a donné l'absolution. A 
Anagni même, Boniface a prêché devant une grande mul- 
titude, que tout ce qui lui était arrivé par Nogaret ou ses 
gens lui était voru du Seigneur. 



* « Pro quâ defensione si patrem oecidat, merltam hatMt, nae pœnas 
mereinr. • Dupoy. 



DESTRUCTION DE L*OIU>RE DU TEMPLE. 4^9 

Cependant le procès du Temple avait commencé à grand 
bruit, malgré la désertion du grand maître. Le 28 mars 
4310, les commissaires se firent amener dans le jardin de 
l'évéché les chevaliers qui déclaraient vouloir défendre 
Tordre ; la salle n eût pu les contenir : ils étaient cinq cent 
quarante- six. On leur lut en latin les articles de Taccusa- 
lion. On voulait ensuite les leur lire en français. Mais ils 
s'écrièrent que c'était bien assez de les avoir entendus en 
latin, qu'ils ne se souciaient pas que l'on traduisit de 
telles turpitudes en langue vulgaire. Comme ils étaient (i 
nombreux^ pour éviter le tumulte, on leur dit de déléguer 
des procureurs, de nommer quelques-uns d'entre eux qui 
parleraient pour les autres. Ils auraient voulu parler tous, 
tant ils avaient repris courage. « Nous aurions bien dû 
aussi, s'écrièrent-ils, n'être torturés que par procureurs *..» 
Us déléguèrent pourtant deux d'entre eux, un chevalier, 
frère Raynaud de Pruin, et un prêtre, frère Pierre de Bou- 
logne, procureur de l'ordre près la cour pontificale. Quel- 
ques autres leur furent adjoints. 

Les commissaires firent ensuite recueillir par toutes les 
maisons de Paris qui servaient de prison aux Templiers s, 
les dépositions de ceux qui voudraient défendre Tordre. 
Ce fut un jour afireux qui pénétra dans les prisons de 
Philippe le Bel. Il en sortit d'étranges voix, les unes fières 
et rudes, d'autres pieuses, exaltées, plusieurs naïvement 
douloureuses. Un des chevaliers dit seulement : a Je ne 
puis pas plaider à moi seul contre le pape et le roi de 
France \ » Quelques-uns remettent pour toute déposition 
une prière à la sainte Vierge : « Marie, étoile des mers, 



* App,, 75. 

* Les ans étaient gardt's an Temple» les aatres à Saint-Martin-des- 
Cbamps, d'antres à l'hôtel da comte de Sayoie et dans diverses mat* 
■oos pnrticalières. (Process. ms.) 

' • Respondit quod Dolebat litigare cam Dominfs papa et rego Fran- 
eia. • Process. ms. 



449 DBSTRUCTIO^N DE l'ORORB i>U TVVPLK. 

oonduis-nous au port du salut ^... » Mais la pièce la plus 
curieuse est une protestation en langue vulgaire, où, après 
avoir soutenu Tinnocence de Tordre, les chevaliers nous 
font connaître leur humiliante misère, le iriste calcul de 
leurs dépenses >. Étranges détails et qfui font un cruel con- 
traste avec la fierté et la richesse tant célébrée de cet 
ordre!... Les malheureux, sur leur pauvre paye de tdouae 
deniers par jour, étaient obligés éd payer le passage de 
Teau pour aller subir leurs ûitecrogatoires dans la Cité, et 
de donner encore de Targent à Thomme qui ouvrait ou 
rivait leurs ohaines. 

Enfin les défenseurs présentèrent un acte solennel au 
nom 4e l'ordre. Dans cette protestation singulièrement 
forte et hardie, ils déclarent joe pouvoir se défendre sans 
le grand mettre, ni autrement que devant le concile géné- 
ral. Ils soutiennent : « Que la religion du Temple est 
sainte, pure et immaculée devant Dieu et son Père K 
L'institution régulière, l'observance salutaire, y ont unir- 
jours été, y sont encore en vigueur. Ipus les frères n!ont 
qu'une profession de foi qui dans tout l'univers a été, est 
toi/jours observée de tous, .depuis la fondation jusqu'au jour 
présent. Et qui dit ou croit autrement, erre totalement 
pèche mortellement. » C'était une affirmation bien hardie^ 
de soutenir que totu étaient restés fidèles aux règles de îo 
fondation primitive; qu'il n'y avait eu nulle déviation, 
nulle corruption. Lorsque le juste pèche sept fois par jour, 
cet ordre superbe se trouvait' pur et sans péché. Un tel 
orgueil foi&ait frémir. 

ils ne .s'en tenaient pas là. lis demandaient que les 
f .'ères apostats fussent mis sous bonne garde jusqu'à ce 
qu'il apparût s'ils avaient porté un vrai témoignage.' 

Us auraient voulu encore qu'aucun laïque n'assistât aux 
interrogatoires. Nul doute en effet que la présence d'un 

« App., 76 -•« i4/jj., 77. - > Aip., 73. 



DBSTRCCTiON DE X'ORDRE DU TEMPLE. 4 1 1 

Plasian, d'un Nogaret, n'intimidât les accusés et les juges. 

Us finissent par dire que la oommission pontificale ne 
peut aller plus avant : « Car enfin nous ne somilmes pas en 
lieu sûr ; nous sommes et avons toiyours été au pouvoir de 
ceux qui suggèrent des choses fausses au seigneur roi. 
Tous les jours, par eux ou par d'autres, de vive voix, par 
lettres ou messages, ils nous avertissent de ne pas ré- 
tracter les fausses dépositions qui ont été arrachées par la 
crainte ; qu'autrement nous serons hriirés t. » 

Quelques jours q>rès, nouvelle protestation, mais plus 
forte encore, moins apologétique que menaçante et accusa- 
trice. < Ce procès, disent-il% a été soudain, violent, inique 
€t.injuste ; ce n'est que violence atroce, intolérahle erreur.. . 
Dans les prisons et les tortures, beaucoup et beaucoup 
sont morts ; diautres en resteront infirmes pour leur vie.; 
plusieurs ont été contraints de mentir contre eux*mèmes 
et contre leur ordre. Ces violences et ces tourments leur 
ont totalement enlevé le libre arbitre, c'est-à^diralout ce 
que rhomme peut avoir de bon. Qui perd le libre arbitre, 
perd.tout bien, science, mémoire et intellect.*... Pour les 
'pousser au mensonge, au faux témoignage, on leur.mon- 
trait des lettres oii pendait le sceau du roi, et qui leur ga- 
rantissaient la conservation de leurs membres, de la vie, 
de la liberté ; on promettait de pourvoir soigneusement à 
ce qu'ils eussent de bons revenus pour leur vie ; on leur 
assurait d'ailleurs que l'ordre était condanmé sans re- 
mède... » 

Quelque habitué que l'on fût alors à la violence des pro- 
cédures inquisîtoriales, à l'immoralité des moyens em- 
ployés communément poiff faire parler les accusés, il 
était impossible que de telles paroles ne soulevassent les 
cœurs I Mais ce qui en disait plus que toutes les paroles, 



^ • ... Qttk ai raMSKtiinl, praut dievot, combnreatur Mwino.» 
• Dapuy. 



112 DESTRUCTION DE l'ORDRE tC TEUPLB. 

c'était le pitoyable aspect des prisonniers, leur face pâle et 
amaigrie, les traces hideuses des tortures... L'un d'eux, 
Humbert Dupuy, le quatorzième témoin, avait été torturé 
trois fois, retenu trente-six semaines au fond d'une tour 
infecte, au pain et à l'eau. Un autre avait été pendu par 
les parties génitales. Le chevalier Bernard Dugué (de Yado), 
dont on avait tenu les pieds devant un feu ardent, mon- 
trait deux os qui lui étaient tombés des talons. 

C'étaient là de cruels spectacles. Les juges mêmes, tout 
légistes qu'ils étaient, et sous leur sèche robe de prêtre, 
étaient émus et souffraient. Combien plus le peuple, qui 
chaque jour voyait ces malheureux passer l'eau en barque, 
pour se rendre dans la Cité, au palais épiscopal, où sié- 
geait la cx)mmission I L'indignation augmentait contre les 
accusateurs, contre les Templiers apostats. Un jour, quatre 
de ces derniers se présentent devant la commission, gar- 
dant encore la barbe, mais portant leurs manteaux à la 
main. Ils les jettent aux pieds des évoques, et déclarent 
qu*ils renoncent à l'habit du Temple. Mais les juges ne les 
virent qu'avec dégoût ; ils leur dirent qu'ils fissent dehors 
ce qu-ils voudraient. 

Le procès prenait une tournure fâcheuse pour ceux qui 
l'avaient commencé avec tant de précipitation et de vio- 
lence. Les accusateurs tombaient pou à peu à la situation 
d'accusés. Chaque jour, les dépositions de ceux-ci révé- 
laient les barbaries, les turpitudes dej la première procé- 
dure. L'intention du procès devenait visible. On avait 
tourmenté un accusé pour lui faire dire à combien mon- 
tait le trésor rapporté de la Terre Sainte. Un trésor était- 
il un crime, un titre d'accusation ? 

Quand on songe au grand nombre d'affiliés que le 
Temple avait dans le peuple, aux relations des chevaliers 
avec la noblesse dont ils sortaient tous, on ne peut douter 
que le roi ne fût effrayé de se voir engagé si avant. Le but 
honteux, les moyens atroces, tout avait été déniasquê. Le 



DBSTRUCnON DB L'ORDRS BU TBMPLE. Ii3 

peuple, troublé et inquiet dans sa croyance depuis la tra* 
gédiede Boniface YIII, n'allait-il pas se soulever ? Dans 
rémeute des monnaies, le Temple avait été assez fort pour 
protéger Philippe le bel ; aujourd'hui tous les amis du 
Temple étaient contre lui. . . . 

Ce qui aggravait encore le danger, c'est que dans les 
autres contrées de l'Europe S l^s décisions des conciles 
étaient favorables aux Templiers. Us furent déclarés inno- 
cents, le 47 juin 1310 à Ravenne, le 1®>^ juillet à Mayence, 
le 21 octobre è Salamanque. Dès le commencement de 
l'année, on pouvait prévoir ces jugements et la dange- 
reuse réaction qui s'ensuivrait à Paris. U fallait la pré- 
venir, se réfugier dans l'audace. U fallait à tout prix 
prendre en main le procès, le brusquer, l'.étouffer. 

Au mois de février 1310, le roi s'était arrangé avec le 
pape. Il avait déclaré s'en remettre à lui pour le juge- 
ment de Boniface YllI. £n avril, il exigea en retour que 
Clément nommât à l'archevêché de Sens le jeune Marigni, 
frère du fameux Enguerrand, vrai roi de France sous Phi- 
lippe le Bel. Le 10 mai, l'archevêque de Sens assemble à 
Paris un concile provincial, et y fait paraître les Templiers. 
Voilà deux tribunaux qui jugent en même temps les 
mêmes accusés, en vertu de deux bulles du pape. La com- 
mission alléguait la bulle qui lui attribuait le jugement <. 
Le concile s'en raf^rtait à la bulle précédente, qui avait 
rendu aux juges ordinaires leurs pouvoirs, d^abord sus* 
pendus. Il ne reste point d'acte de ce concile, rien que le 
nom de qeux qui siégèrent et le nombre de ceux qu'ils 
firent brûler. 

* Le roi d'Angleterre s'était d'abord déclaré asaes hautement pour 
l'ordre; soit par sentiment de justice, soit par opposition à Philippe le 
Bel, il a? ait écrit, le 4 décembre 1307, aai rois de Portugal, de Castille, 
d'Aragon et de Sicile, en fa?ear des Templieraj lei coojarant de m 
point ajouter fui à tout ce que Ton débitait contre eux en France, 
(Dupoy.) 



{ ; I SSSTItCCTIOK DE L'OMHIfi tfS TQVLI^ 

Le i'O mai, le dncnelw, jour ou b. commission éuit 
tssemblée, tes défenstuvs de Ferd^e s'étaient pcésenlés 
dewat rafdievéqtte de Narbonne et tes antres oonmis- 
saires pon4iicainx.])our parter appel. L*arebevéque de Nar- 
bonne répondit qu'un tel appel ne regardait ni lui ni ses 
eoUègnas ; (p*its n'amcsÉ pas à s'en mèter, puisque ce 
n'éftaèl pas de tewr tribunal que Ton appelsit ; que s'ils vou^ 
latent parler poMr la défense de Terdre, on tes entaulraît 
vokmtters. 

Les paanves dwraliers suppUètwDt qu'au nsatns on lea 
menât devant te concile perur y porter tenv appel, en lenr 
donaattt4te«Bx notaires qui en dresseraient acte auAen- 
tiqoe ; ik priatemt la conNnission, ils priaient même les 
notaires. pvé8eat& Dans leur afipel qu'ils lurent ensuite^ iis 
se mettaient sous i» prelectioa dn pape, dans tes termes 
tes plus palbétiqaes. c Nous réclamons les saints Apôtres* 
nous, tea réclamons enoore une foiS| c'est avec te dernière 
instance quenons^les ré&lamoas. » Les maiiieureuses vic« 
times sentatent déjà les flammes et se servaient à l'autel 
qui ne pouvait les protéger. 

Tout le secours qne leur avait ménagéoe pape sur lequel 
Ss comptaient, et dont ils se psoomaiandaient comme de 
DieU) ÙLi une timide et làehe conaultation, où il avait 
essayé d'avance d'iaiterpréter le me* de relaps j dans le cas 
oii l'on voudrait appliquer ce ivsm à ewx* qui avaient r^ 
traeté tems avcoïc : c Û senAle en quelque sovte contraire 
à la raison de juger de tels hommes comme rebps... £n 
telles eboses dootenses, fl fsut restreindre et mpdérer les 
peines. » 

Les commissaires pontificaux n'osèrent faire valoir cette 
consultation. Itt r^|yoiidirent, te dimanche soir, qolte 
épt^ammu^ §ii^anda cowpasaîen pom* les défenseurs de 
i'brdré'elites^'aotros 'firères ;- msns que l'affaire dont s'ocou^ 
paient rafctievéque de Sens et ses suffragants était toute 
autre que la leur; qu'ils ne savaient ce qui se faisait, dans ce 



ossnujcnoN ïol l'ordae iaj immx. m 

eooedr v qo^ À la commission étmlb aiotor iéie |^ Ir Saint*- 
Sâég%^ rancfaevéque de Sen» l'étais awsit; cpii^i'uae n'avait 
nulle anloritéaurL'autrftr; qa!attf>ni«iifir conp'^âiii, ils ne 
▼oyaîeiit rien àobjectt» kVstBàuNé^e de Sena ; que ton** 
tefeisib aviacraîeiitM 

Pendant qoe ks eommissaûn» «risaiNNit, ils apprirewt 
que cinquante- quatre Tampliafs «teieni^ être bvâilés. Ha 
jour avait suffi pour édtàvw siifftsunnent ravekevèqo^ de 
Sens et sea suffragaials* Suivona faa à paa lerédl dâanei^ 
Mres d» la commitsion pcattifteale; daaa m simplieitë 
ferriUe. 

« Le mnrdi i% pendant KintervogaUma' du^ fcève Àam 
Bertaud ^, il vî«t k la eonnaisaanœ de» commissaires que 
cinquante^quatra^TemplieTS' allaient étie brûlée^. IIschanN- 
gèrent le pcéisdt da L'église de- Sbiliers et Ifarehidiacie 
d'OriéanSf desedacoi^^dfaUerdîre-à rarcfaeTé<|ue de Seais 
et ses suffiragaalB. do dâliliéter rateement: et de diii^rei^ 
attendu que les foèrea morts ea* prison* afiirraaient^disaîl^ 
on, SHT le péril de leurs âmes, quîils éteient fisnissament 
aocuaéa. Si cette eKécutûin avait lieu, elle era))ôcheraît ka 
commissafrea dejpn>eéder ea leur offioe, les accusés éCaqt 
telleflBeni efirayés qa^iissemblaienthors de sens* Ea outre 
l'un dea commissaivea les chargea de signifier k raffehe<- 
¥èque que* frèee Raynaud da Prain, Pierre de. Boulogne^ 
prôlre, CîaîUauBaa de Chambonnet et BeEtrané de Sar^ 
tiges, chevaliers, avaient interjeté eertaia appel par-devant 
les commissaiaea. »« 

n y avait là une gfirve questlen da juridiction. Si le 
concile et raroh^équrde Sênsreeoniiaissaîent la validité, 
d'un appttl porté defwit la commission papale, ils avouaient 
la supériorité de ce tribunal, et les libertés de l'Église 

t Nom ptoMina illisible dan la leilaw bASMO tremble éTi«i«mnent. 
Plne baat, it noiaiBea bienécfét : BurtaMi^ 
* Qood LIV ex Templariit... erant dicta die eomborendi. • • PiD* 
(• ma. folio 7S (feuiile coupée par la moitié). 



410 DSSTBUCTIO.N DS L ORDftS WJ TBttPLI. 

qu'ils passent être amenés sous bomie garde toutes les 
fais qu'ils le demaaderaient, pour la défense de Tordre. •. 
Les commissaires avaient bien soin d'ajouter : « qu'ils ne 
voulaient faire aucun empôcbement à Tarchevôque de 
Sens et k son concile, mais seulement déchaîner leur con- 
science. 

« Le seir, les conimissaires se réunirent à Sainte- 
Geneviève dans la chapelle de Saint*-Ëloi, et reçurent des 
chanoines qui. venaient de la part de Tarchevéque de 
Sens. L'archevêque repondait qu'il 7 «vait deux aos que le 
procès avait été commencé contre les cbe¥aUers ei-^essua 
nommés, comme membres particuliers de l'ordre, qu'il 
voulait le terminer selon la forme du mandat Apostoliqae. 
Que.du reste il n'entendait aucunement troubler les com- 
misaaipes en leur office *. » Effroyable dérision ! 

« Le6enw>yés de l'archevêque de Sens â'étant retirés, 
OA aflieiia devant les commisaaires Raynaud de Pruin, 
Chambonneiet Sartiges, lesquels Annoncèrent qu'on avait 
sj|Mré d'eux «Pitt rre de Boulogne sans qu'ils ausaent pour- 
quoi, ajoutant qu'ils étaieut gens simples, sansex4)érience» 
d'ttî)teurs«tupéfaits et troublés, en sorte qu'ils ne pouvaient 
nen erdenner ni dicter pour la défenac de l'ordre, sans le 
Qonseil <ludit Pierre. C'est pourquoi ils suppliaient les 
commissaires de le faire venir, de rentcndre, et 4e savoir 
oomment et paurquoi il avait été retiré d'eux, ^t s'il voulait 
persister dans la déienae de l'ordre ou l'abandooner. Les 
commissaires ordonnèrent eu .-pnév^t de Peitiero et à 
Jehan de TeinviUe, que le lendemain au matin ils ame* 
nassent ledit frère en leur présence. » 

Le lendemain, on ne voit pas que Pierre de Baulogne 
ait comparu. Biais usé foule de Templiers vinaent déclarer 
qu'ilsebandonnaient k défenae. dLeeamedi,laeomaûasienp 
délaissée encore par un de ses membres, s'ajourna au 
3 novembre suivant. 

* Àpp., 62. 



A tMè époque, les «onimissaires étaient moins Dom- 
lireux eneeve. He se trewaient. réduits à trois. L*arch6>. 
Téqoe 4e N« r bo ttne «ratt qvitté Paris pour le service du r$i, 
l'«?éque de Bayenx élaît près d«i pape de la p&n eut Pt4. 
L'archidiaere de Magaelsimie était malade. L^évèqne de 
Limoges s'était mis en route pour venir, mais le rst M 
avait fait dire qu'il fallait surseoir encore jusqu'au pro- 
«diaÎB parlement ^ Les membres présents firent pourtant 
damander à la. porte de la salie siipeiqa'im avait quelque 
diose à dire pour Tordre du Temple. Personne ne se 
jMréseata. 

Le 97 décembre, les raMmissaires reprirent les itfterro* 
gatoîres et redemandèrent les deux principaux défenseurs 
de Turdre. liaîB le preoûer de tœa^ Pieire de Boulogne, 
«vaît disparu. Son coHègue, Raynaud de Pruin, ne pouvait 
plus répondre, disait-^on, ayant été dégradé par rarohe^ 
véque de Sens. Vingts-six chevaliers, tpfi déjà avalelit fait 
sarment comme devant déposer, furent retenus par lea 
^ns du roi, et ne puaent sepréseuter. 

CTestune diose admirable qu'au mrReude ces violences, 
^ dans un tel périU il se soit trouvé ua oertaia nombre de 
•ehevuNsrs pow s o utenu rtimucenoe de Foidre ; mais«e 
courage fut rare. La plupart étaient sous l'impression 
d'une profonde teneur^. 

La perte des Tempfiers était partout poursuivie avec 
;acbaruement dans les conciles provinciaux ^ ; neuf icbe- 



t • iMelIfolO'rer IHutm tegîas ^oed non «kp'érebat. « 
* 6n pMt eo jvfer par la disposition ^êe Han ât^ïketmmrt, le treatiK 
M j Xèy i i) aépMsst. Il 4âo1ttre fl'afeorS «Ten tmir à tes premiers avNS. 
im €MMBéaMArct, le fayaiM loat fUMe «luui fëtn^o, M 4i9ent de ne 
-mmem qa'à dira la ^éfri/ké, al 4 lavfer <«ob iate; ffe^ «a ««an «aeao 
péril à dire la vérité devant «me ; ifu^-ila aa févfMefoai pas ses pvrolei(, tii 
•i lei ooiakaa préaeau. Alor^ M lé fa q aaaa dépanrtian, ift dédara 
i^ dira caafaiié à «n frèra «iiMNir, ^ tai « «njvtiil de i»e plus 

■* Att& coDciita de Sens, Seulia, Beims, Rouen, Me., dt devant tas 



420 DESTRUCTION DK L'ORDRS IHJ TSMPLB. 

valiers venaient encore d'être brûlés à Senlis. Les interro- 
gatoires avaient lieu sous la terreur des exécutions. Le 
procès était étouffé dans les flammes... La commission 
continua ses séances jusqu'au 4 4 juin 1 34 4 . Le résultat de 
ses travaux est consigné dans un registre ^, qui finit par 
ces paroles : « Pour surcroît de précaution, nous avons 



év^es d'Amiens» CaTaillon, Glermont, Chartres^ Limoges, Pny, Mans, 
Micon. Magaeionne, Neven, Orléans, Pdrigoid, Poiiien, Ubodei» 
Saintes, Soissons, Tool, Tours, etc. 

* Ce registre, que j'ai souvent cite, est à la Bibliothèque royale (fonds 
Harlay, n* 329). H eoDUeut rinslruction faite à Paris par les commis- 
saires du pape : Pracesnu tontra T$mpïanoi. Ce ms. a¥aic été déposé 
dans le trésor de Notre-Dame. Il passa/ on ne sait comment, dans la 
bibliothèque du président Brisson, pnis dans celle de M. Serrin, ayo- 
cat général, enfiu dans oelie des Harlay, dont il porte encore les 
armes. Au milieu du xtiii* siècle, U. de Harlay, ayant probablement 
scrupule de rester détenteur d*on manuscrit de cette importance, le 
ligua à la bibliothèque de Saint-Germain des Prés. Ayant heureusement 
échappé à rincendie de eette bibliotbèquo en 17^3^ il a passé à la Bt« 
bliothèque royale. 11 en existe un double aux archives du Vatican. 
Voyez l'appendice de II. Rayn., p. 309. — La plupart des pièces du 
procès des Templiers sont aux Archives do royaume. Les plus eu* 
rieuses sont : i* le premier interrogatoire de cent qtutrante TempUtrs 
arrêtés à Paris (en un gros rouleau de parchemin); Dupuy en a donné 
quelques extraits fort négligés; %• plusieurs interrogatùiteê, faits es 
d'autres villes; 3» la minute des artieUt sur lesquels ils furent interro- 
gés; ces articles sont précédés d'uûo minute de lellre, sans date, du roi 
au pape, espèce de factum destiné évidemment à être répandu dans le 
peuple. Ces minutes sont sur papier de coton. Ce frêle et précieux chif- 
fon, d'une écriture fort difficile, a été déchiffré et transcrit par un de 
mes prédécesseurs, le savant M. Paviilet. H esc chargé de corrections 
que M. Raynouard a relevées avec soin (p. SU) et qui ne peuvent être 
que de la maiii d'un des ministres de Philippe le Bel, de Marigni, de 
Plasian ou de Nogarel; le pape a copié docilement les articles sur le 
Télin qui est an Vatican. La lettre, malgré ses divisions pédantesqnes, 
est écrite avec une chaleur et «ne force remarquables : • In Dei no- 
mine. Amen. Christus vincit, Gbristus régnât, Christus imperat. Post 
illam universalem victoriam quam ipse Domious fecit in ligno crucis 
contra bosiem aniiquum... ita miram et magnam et sirenuam, ita nli* 
lem et necessariam... fecit novissimis bis diebns per inquisitores... in 
perfidorum Templariorum negotio... Horrenda fuit domino régi... 
propter bonditionem personarum dennnciantium, quia parvi etatus 
erant bomines ad tam grande promovendum negotiam, etc. • 
Section IM. J. 413. 



0ISTBUGTION DS l'ORDRB DU TKMPLB. 121 

déposé ladite procédure» rédigée par les notaires en acte 
authentique, dans le trésor de Notre-Dame de Paris» pour 
n'être 'exhibée à personne que sur lettres spéciales de Votre 
Sainteté. » 

Dans tous les Ëtats de la chrétienté, on supprima 
Tordre, comme inutile ou dangereux. Les rois prirent les 
biens ou les donnèrent aux autres ordres. Mais les indivi- 
dus furent ménagés. Le traitement le plus sévère qu'ils 
éprouvèrent furent d'être enq>risonnés dans des monas- 
tères, souvent dans leurs propres couvents. C'est Tunique 
peine à laquelle on condamna en Angleterre les chefs de 
Tordre qui s*obstinaient à nier. 

Les Templiers furent condamnés en Lombardie et en 
Toscane, justifiés à Ravenne et à Bologne ^ En CastiUe, 
on les jugea innocents. Ceux d'Aragon, qui avaient des 
places fortes, s'y jetèrent et firent résistance, principale- 
ment dans leur fameux fort de Honçon >. Le roi d'Aragon 
emporta ces forts, et ils n'en furent pas plus mal traités. 
On créa Tordre de Monteza, où ils entrèrent en foule. En 
Portugal, ils recrutèrent les ordres d'Avis et du Christ. 
Ce n'était pas dans l'Espagne, en face des Maures, sur la 
terre classique de la croisade, qu'on pouvait songer à 
proscrire les vieux défenseurs de la chrétienté '. 

La conduite des autres princes, à l'égard des Templiers, 
faisait la satire de Philippe le Bel. Le pape blâma cette 
douceur ; il reprocha aux rois d'Angleterre, de Castille, 
d'Aragon et de Portugal, de n'avoir pas employé les tor- 
tures. Philippe l'avait endurci, soit en lui dcn lant part 
aux dépouilles, soit en lui abandonnant le jugement de 



* llayence, 1*' juillet; Rayenne, 17 join; SaUmanqiie, 21 octobre 
ISIO. Les Templiers d'ADomagne fe justifiéreDt 4 U manière des fraocs- 
JQges weslphalicns. Ils se présentôrent en armes par-deTani les arclie- 
?èqoes de Mayence et de Trêves, affirmèrent leur innocence, tournèrent 
le dos an tribunal, et s'en allèrent paisiblement. App., 84. 

* AlonigaudU, la Montagne de la joie. — * App., 85. 



422 sBsnocTioN h VOÊom m miMS. 

Bonibee. Le roi de Fnuice s'élaît déeidé à céëêr qoeiqne 
peu 8ur oe dernier peint. H voyiit tout noMier autonr <to 
hû. Les Éttts flor lesquels il Àndut soq intaenoè aetib* 
blaient près d'y échapper. Les barons anglais vouiaieni 
reniierser le goitremieraent des famrô d'Ëdosard H, qui 
les tenait hnmiliéft devant la France. Les'Gttbei» d'Italie 
appelaient le nosvd «nqwvenr, Benri de Luseiniievrgy 
pow détrôner le petit-fils de Ckarfes d'Anjw, k roi 
Ri^rt, grand idere «t pacmre roi, qui n'était haMIe qa'cn 
astrolabe. La maison de France nsqnît de perdre ssoi 
ascendant dans la chrétienté. TOnpiin, qn'on avait ora 
mort, menaçait de revivre. Donainé par «as onûntes, Ma- 
lippe pennît à Clément de dédaner qae Banifaee n'était 
point hérétique S en assurant tantofois qne lem JMaitagI 
sans midignité, qu'il eût ptaitOit, oomme nn amtre Sena, 
aaehé la lionte, la nudité patemdle... Nogaret hii-aiâBie 
est absous, à oandition qifil ira è la erolsade (s'iiy a craî* 
sade), et qu'il servira toute sa vie à la T^re Sainte; en 
attendant, il fera tel et tel pèUrianffe. Le cRmtnrnaÉeinr «éa 
Nangis ajoute malignement une autre condition, e'aat qan 
Nc^iaret fiera le pape son iiérîtier. 

il y eut ainsi comproraîa. Le toi cédant snr Bonitee, 
le pape lui abandonna les Templiers. H livrait les vifvnla 
ponr sauver un mort. Mais oe mort était k papamé aKe- 
Bième« 

Ces arrangensents fiûts en famille, il restait à les fiimi 
approuver par rËgiise. Le concile de Vienne a'nwrit la 
46 octobre 4342, ooacîle œcuménique, où siégèrent ptaa 
de trois cents évéqnes; aaaâs il âat plus solennel enoora 
par la gravité des matières que par le nombre des assis- 
tants. 

D'abord on devait parler de la déUvramee des aaints 
Keux. Tout concile en partait, chaque prince prenait la 

• App,,SlfL 



DISTRUCTIOSI M L*OMMIE DU TSMFLE. 4S3 

croix, 61 tous restaient c! es eux. Ce n'était qu'un moyen 
de tirer de Targeot ^ 

Le concile avait à régler deux grandes affairas, celle de 
Bonifiioe, et ceHe du Temple. Dès le mois de norembre, 
neuf chevaliers se présentèrent aux prélalB, s'offrant bra- 
vement à défendre Tordre, et déclarant que quinte cents 
ou deux mille des leurs étaient à Lyon ou dans les mon- 
tagnes voisines, tout prêts à les soutenir. Eflinayé de cette 
déclaration, ou plutôt de l'intérêt qu'inspirait lie dénnoue- 
ment des neuf, le pape les fit arrêter s. 

Dès lois il n^osa plus rassembler le eonciie. Il tint les 
évéques inadîfs tout l'hiver, dans cette ville étrangère, 
loin de leur paijfs et de leurs alhires, espérant sans doote 
les vaincre par l'ennni, et les pratiquant un à un. 

Le concile avait encore un objet, la répression des mjrs- 
tiques, bobards et franciscains spirituek. Ce fut une triste 
dboae de voir devant le pafe ' de Philippe le fiel^ aux 
genoux de Bertrand de Gott , le pieux et «ofthousiaste 
Uberttno , le premier auteur connu d'une Imitation de 
Jésus-Qiriflt \ Toute la grùce qu'il demandait pour lui 
et ses frères, les Franciscains réformés, c'était qu'on ne 
les forçât pas de redtrer dans les eouvents trop 3«lêcbés, 
trop riehes, «ù ils ne se trouvaient pas assez pauvres à 
lenr gré. 

L*lmitation, ponr ces mystiques, c'était la ehasilé et la 
pauvreté. Bans roovrage le plus populaire de ce Aemps, 
dans la Légende dorée, un saint donne tout ce qu'il a, sa 
chemise même; il ne garde que son Évangile. Mais un 
pauvre survenant encore, le saint donne l'Évangile *... 

• V. is liltradaGlteatti Vau rot de Pranee, il nor. iUi. 

* VImUaUcm de Jéfus-Chriit est le sojet commua d'une foule* d* 
livm an %vf siècle. Le lîTre (|ae bous roonainions soas œ itire esl 

le demer ; c'est le plss raisoaoable do loas, mais non petU-éiie k 
élo^neat. ^ Hfp.» bS . 

« App,, se. 



124 DESTRUCTION DE l'ORDRS OU TEMPLE. 

La pauvreté, sœur de la charité, était alors l'idéal des 
Franciscains '. Ils aspiraient à ne rien posséder. Mais cela 
n'est pas si facile que Ton croit. Us mendiaient, ils rece- 
vaient; le pain môme reçu pour un jour, n*est-ce pas une 
possession? Et quand les aliments étaient assimilés, mêlés 
à leur chair, pouvait-on dire qu'ils ne fussent à eux?... 
Plusieurs s'obstinaient à le nier '. Bizarre effort pour 
échapper vivant aux conditions de la vie. 

Gela pouvait paraître ou sublime ou risible ; mais au 
premier coup d'œil, on n'en voyait pas le danger. Cepen- 
dant, faire de la pauvreté absolue la loi de l'homme, 
n'était-ce pas condamner la propriété? précisément comme, 
à la même époque, les doctrines de fraternité idéale et 
d'amour sans borne annulaient le mariage, cette autre 
base de la société civile. 

A mesure que raiîlorité s'en allait, que le prêtre tom- 
bait dans l'esprit des peuples, la religion, n'étant plus 
contenue dans les formes, se répandait en mysticisme 3. 

Les Petits Frères (fraticelli) mettaient en commun les 
biens et les femmes. A l'aurore de l'âge de charité, 
disaient-ils, on ne pouvait rien garder pour soi. Dans 
ritalie, où l'imagination est impatiente, au Piémont, pays 
d'énergie, ils entreprirent de fonder sur une montagne ^ la 
première cité vraiment fraternelle. Us y soutinrent un 
siège, sous leur chef, le brave et éloquent Dulcîno. Sans 
doute, il y avait quelque chose en cet homme : lorsqu'il 



* Dante célèbre le mariage de la pauvreté et de saint François. Uber* 
tino dit ce mot : « La lampe de la foi, la pauvreté... » 

* App , 90. 

* Ceux qu'on avait nommés les priants (bcghards) défendaient la 
prière comme inutile : • Où est Tesprit, disaient-ils, là est la liberté. • 
-^ Afp , 91. 

^ Montagne appelée depuis Monte Gazari. Il y vincl)eaucoap de croi- 
iés de Vereoil et de Nuvarre, de toute la Lombard ie, de Vienne, deSa- 
.voie, de Provence et de Francs. Des femmes se cotisèrent et envoyèrent 
cinq cents Bilistarii et ntrc ces hérétiques. (Bunv. d'imola.} 



DBSTRUCTION DB l'ORDRB DU TBHPLB. 1 25 

fut pris et déchiré avec des tenailles ardentes, sa belle 
Margareta refusa tous les chevaliers qui voulaient la sau- 
ver en répousant, et aima mieux partager cet efiroyable 
supplice. 

Les femmes tiennent une grande place dans l'histoire 
de la religion à cette époque. Les grands saints s<Hit des 
femmes : sainte Brigitte et sainte Catherine de Sienne. 
Les grands hérétiques sont aussi des femmes. En 1340, 
en 1 34 5, on voit, selon le continuateur de Nangis, des 
femmes d'Allemagne ou des Pays-Bas enseigner que Tàme 
anéantie dans Tamour du Créateur peut laisser fiiire le 
le corps, sans plus s'en soucier. Déjà (4300) une Anglaise 
était venue en France, persuadée qu'elle était le Saint- 
Esprit incamé pour la rédemption des femmes; on la 
eroy ait volontiers; elle était belle et de doux langage ^. 

Le mysticisme des Franciscains n'était guère moins 
alarmant >. Le pape devait condamner leur trop rigou- 
reuse logique, leur charité, leur pauvreté absolue. L'idéal 
devait être condamné, l'idéal des vertus chrétiennes! 

Chose dure et odieuse à dire ! combien plus choquante 
encore, quand la condamnation partait de la bouche d'un 
Clément V ou d'un Jean XXII. Quelque morte que pût 
être la conscience de ces papes, ne devaient-ils pas se 
troubler et souiFrir en eux-mêmes, quand il leur Mlait 
juger, proscrire, ces malheureux sectaires, cette folle 
sainteté, dont tout le crime était de vouloir être pauvres, 
déjeuner, de pleurer d'amour, de s'en aller pieds nus par 



• App., Itt. 

* Eax aossi avaient prècM qne l'âgd d'amour commenciit. Depuis la 
vcone do Christ jusqu'à son retour devaient s'écouler sept Ages, • le 
sixième, âge de rénovation éTangéliqne, d'C'XtirpatioH de la seete anti- 
chrétienne sons 1^ psuvres Toloniaires, ne possédant rien en celte rit. 
Cet Age avait commencé à saint François, l'homme féraphique, l'ange 
dn sixième sceau de l'Apocalypse. ^ Il semblait ^n'il fût comme une 
■ODVelle inearaaiion de Jésus (lesus Fronciscum generans), et sa règle 
comme im nouvel Évangile... (Ubertino). 



496 .MsniecrioN t» l'omuik du templb. 

le mowle, da jouer^ inaMento oomédHSB» le dmoe 9à^ 
raBoé (jfclomM * T 

LIaflÉra des Temfriiers fiit rapriae aa pviBteaipa l^vai 
mit la main sur Lyon, leur asile. Les bourgeois ravaisni 
apipriè coBÉTB leur afcbeeiréque;. cetta* vîtte impérial* était 
délaissée de FEmi»re, ai ^ eoBvenaii trop bien an k% 
non-eeulement comme le nœud ds la* Satee al da Hhôae, 
la pointe de la France à THsl,. la tète de rottte; ver» Us 
Alpes ou Hi Protttnce, (naist«u«totttoomme asile de. mécon- 
tents, eorame nid d'hérétîqnesi. Philippoiy tio&mio aasem- 
blée de notobles:. Puis il vînt au oonetieiavee'seftfilsv ses 
porinoen ei un grond aortége: de gens amés ; il siégea à 
côté du pape, un peu auMiessotts. 

Jasqu(e4à^ les évéques s'étaient; montrés pieii dociles : 
ils s'obstinaient à vouloir entfHidre la défense des Tem- 
pliers. Les prélats- d'Italie,, moins, un seul; ceux d'Es- 
pagne, c^^ d'Allemagne et» d& Danemnrck ; cevz. d'Afr^* 
gletenre, d'ÏEcosse cLd'lrlande ; lesi français- même, SD^jets 
de Philippe (sauf les arebevôquues de Reims, de Sens et 
de Beuen), dédaràrani qu'ils ner pouvaient, eondwmer 
aans ^stendre *. 

Il fiUlut donc qtt'aptès avoir assemUé- ks concile, le pap^ 
nea paasftt II. assembla ses évéques kspk» sûi», et quÂ- 
qnna cardinaux, et dMis ce coosistoîre, il abelit l'ordM, 
dte son autorité pontificale^. L'abeliiion fol prononoée 
ensmlet en présence <itt:Rn el du. oonnile Aucune résli^ 
matioai ne s'éleva*. 

* Ubertino, dani sod désir de r^prètênier rÉTingile, assure qiiUI en- 
•Ttit senti el reTèta spirituellemeot tous les personoages, qii*il se Qga- 

, fait èlie, Caat6l le serviteur ou- le firèce du Sauveur, ttotOt le boeuf, 
r&ne 0» le ibio, quelquefois le pelîL Jésus. Il assiatâit a« supplice^ se- 
eiPOOraut la.pë<iiere8ee Madeleine;, puia il devenait Jésnasar* la crois: êl 
«liani à sou père, fiafta l'esprit reolovaii.daa%U gloire da lAacenàou. 

* Walsiuahum. 

> La piupeei de» hiscariêusi ont cru que i'ordra av«it élÀ jmo^ pas le 
oonicik*.,Ja huile'd*4boli(i4U) a'» été. infiriioéei iiqui;4» pMUÛéro. fdia.qga' 
trois siècles après, en I60ô — Àpp,^ SKt. 




]ipSilV€TIO.N AS L OBIMUS DU TJUIPLB» 127 

BiiHitairaiitr^iKttfeeproeàs n'éuiipa» de ceux qa'oji 
peut jugera U embnissaÂt r£ajrope entière ; les dépositioiu 
élakiii par i&Ulievsv lâfr pièces mnombrabks ; les. pto- 
•édvtea» anaîMrt 4iÊuté dans les d^reate États. La seuld 
Ao9B cceUÎMt- 1^ 4*e* l'oadie était désorautis. ioutiie^ 
aide plus diiii||eraujc. Qiitélâfn» peu bonoiabkis qu'aïeul 
été ses aMsiata motifii, la pi^fie agit senaérneat. U déclare 
sahuUeeBpbeativa^ qM les .iitfonuatîonB ae soûl pas 
lAfes^qii'ii a'a paa le droit de juger ^ luais q/ae Tordre 
suspect: m'dimmwiUtsiupeetUfn ^. Clément J[1V a agit 
iaiti e m ent à Végard 4es Jésuites. 
Cknieiii Y s'efcrça ainsi de couvrir rbonneur de l'B- 
B fidsifia seerèteooieal tes registres dc^ BoniËEiee ^^ 
il ne révoqua psgr4evant le concile qu'une seule 
de ses Mlea {CUridBUioos)^ celle qui ue toachak point 
la doeÉrine, asak qaianqiàeiiaii le roi de prendre Targeat 
daeteagé. 

Ainsi* eea grandes quaneUea d'idées et de principes re- 
lombAranfc aux qui^slîoai d'arganti Le» biena du Temple 
devaient èlae eisfitoyés à la délivrance de la Terre Sainte» 
ût doBBéa aux Heai^liefs ^. On accusa même cet ordre 
d'arak «keté lalielitioa du Temple. S'il le fit^ U fut bien 
lina^M^ Un bistofîea. assure qu'il en fut plut^ appauvri. 
lea» XIU s&plaigaatt^ M 4346, de ee que le roi se payait 
da 1» garde- des TeiaiplierBt en satsissaut les biens naémes 
dea HaspHalieis ^. Eu 4347, ils furent trop heureux de 
dfmner quittance finale aux admiaistmleors royaux des 
MfiBsda Temple. Le p^)e a'affligeaii, en \^% àa n'avoir 



* App., M. 

* On irooTe aojonrd'btii en blanc, dans ces registres» les pages qoi 
e»t éiéraivr^t tiès sduNi^meot. 

* llependAoi en JirsfOD Jean XXU à la prière du roi applique le» 
hmm ém Ten^e soa aux lltMpitoUen, ujas au dowcI oidre du Mon- 
feu (iDonanière fortifié d« royaume de Valence, dépeuilMue- de Cala- 

la>. 

* App., W. 



128 DESTRUCTION DB L*ORDRB Df TEMPtB. 

encore qu'un peu de mobilier, pas même de quoi couvrir 
les frais. Mais il n'eut pas finalement à se plaindre *. 

Restait une triste partie de la succession du Temple, la 
plus embarrassante. Je parle des prisonniers que le roi 
gardait à Paris, particulièrement du grand maître. Écou- 
tons, sur ce tragique événement, le récit de l'historieii 
anonyme, du continuateur de Guillaume de Nangis : 

« Le grand maître du ci-devant ordre du Temple et 
trois autres Templiers, le Visitateur de France, les maitres 
de Normandie et d'Aquitaine, sUr lesquels le pape s'était 
réservé de prononcer définitivement «, comparurent par- 
devant l'archevêque de Sens, et une assemblée d'autres 
prélats et docteurs en droit divin et en droit canon, con- 
voqués spécialement dans ce but à Paris sur Tordre du 
pape, par Tévèque d'Albano et deux autres cardinaux 
légats. Comme les quatre susdits avouaient les cximes dont 
ils étaient chargés, publiquement et solennellement, et 
qu'ils persévéraient dans cet aveu et paraissaient vouloir 
y persévérer jusqu'à la fin, après mûre délibération du 
conseil, sur la place du parvis de Notre*Dame, le lundi 
après la Saint-Grégoire, ils furent condamnés à être em- 
prisonnés pour toujours et murés. Mais comme les car- 
dinaux croyaient avoir mis fin à l'affaire, voilà que tout à 
coup, sans qu'on pût s'y attendre, deux des condamnés, 
le maître d'Outre-mer et le maître de Normandie, £e dé- 
fendant opiniâtrement contre le cardinal qui venait de 
parler et contre l'archevêque de Sens, en reviennent à 
renier leur confession et tous leurs aveux précédents, 
sans garder de mesure, au grand étonnement de tous. Les 



1 • Modica bona mobilia... quae ad .snmptus et rxpensas... safBeere 
rnlnimc potuerunt. • Avignon, mai 130^. — Cependant lo rot de Naples 
Charles il lui avait cédé la moitié deà meubi's que les Templiers possé- 
daient en Provence. 

* • ... Personas re£crvatas ut nosii,... vivœ vocis oraculo... * 1310, 
W)V. Arducet, 



i 



DISTSUCriON DE L'OHDRE DU TEMFLB. 429 

cardinaux les remirent au prév(^t de Paris, qui se trouvait 
présent, pour les garder jusqu'à ce qu'ils en eussent plus 
pleiaemenl délibéré le lendemain. Mais dès que le bruit 
en vint aux oreilles du roi, qui' était alors dans son palais 
royal, ayant communiqué avec les siens , sans appeler les 
clei^cs^ par un avis prudent, vers le soir du même jour, il 
les fit brûler tous deux sur le même bûcher dans une 
petàte Ue de la Seine, entre le Jardin royal et l'Église des 
Frères Ermites de Saint^Augustin. Ils parurent soutenir 
les flanmies avec tant de femneté et de résolution, que la 
constance de leur mort et leurs dénégations finales frap- 
pèrent la multitude d'admiration et de stupeur. Les deux 
autres furent enfermés, comme le portait leur sentence ^. » 

Cette exécution, à l'insu des juges, fut évidemment un 
assassinat. Le roi, qui, en 4340, avait au moins réuni un 
co0cile pour faire périr les cinquante^quatre, dédaigna 
ici toute apparence de droit et n'employa que la force. Il 
n'avait pas même ici l'excuse du danger, la raison d'État, 
celle du Salus papuli^ qu'il inscrivait sur ses monnaies K 
Non, il considéra la dénégation du grand mattre comme 
un outrage personnel, une insulte à la royauté, tant com- 
promise dans cette afiaire. Il le frappa sans doute comme 
reum 1ms» majestatis K 

Maintenant comment expliquer les variations du grand 
maître et sa dénégation finale? Ne semble-t-U pas que, par 
fidélité chevaleresque, par orgueil militaire, il ait couvert 
à tout prix l'honneur de Tordre? que la superbe du Temple 
se soit réveillée au dernier moment ? que le vieux chevalier 
laissé sur la brèche comme dernier défenseur ait voulu, au 
péril de son àme, rendre à jamais impossible le jugement 
de l'avenir sur cette obscure question ? 

• 

* Il y a dM monnaies de Philippe fe Bel qai représentent la Salulalioa 
•n^étiqne, avec eeUe légende : SalQs populi. 
» App., »7. 

m. 



Oa peut dire mari que les orinies refuroehés à Tordre 
éiaidnfc paeliciAlien à* telle provinee 4u Tempta, à telle 
mwon^ que roidre w éteil innooait; q«e Jhoqileir IMéy, 
après, avoir avoué comme bommei» el par humilité^ pul 
nier goomoô grand mattm. 

Mm il y a autre ohoie. à: dire. Lo prineipal' chef d^ae^ 
cu^etiûih,. le renîemant^^ repœMt m» uae^dqtmoquei 11»- 
pouvaient avouer qn'ib: eRraîeni* wernéy sens être eo eflël* 
a|K>stat&* Ce reuîenieiil, pheiannrJeidédartrenl, était sym-' 
bdique ;- c'éteil une isnilelioni ém maienamt de* miat 
Pierre, une de 06$ pieuses comédies dont* l'UgHee antique 
entourait lesaelea les. plua sérteon. dé la religion^, mai» 
dont la tradition oonunençait k:ae peedre au ii^^sièele» 
Que cette cérémonie ait été- quelqueftis^aoeomplie avec 
une légèreté coupable, ou môme aveiir une dériaioo 
impie, c'était le orime de qnekpaeeHUisf ai no&« te vègle 
de Tordre. 

Cette accusation eet.pourlanl.cfrqal perdille V^mple. 
Cane fut pas seulement rinfiunie4ts*aHiars ; eHë n'était 
paagénérale^ Ce.ne fiit pas. L'hérésie^ las doatirîMs gnos^ 



* Gft reaîaiflDt fût ftmm an jdm : (Mnm S DfM votre* inerMtitflé. 
— Dans tonte initiation, le récipiendaire est ^réMalé OMMUft vbj ?aBr 
rien, afin que l'initiation ait tout l'tionneur de sa réfénérailoa loorate. 
YoytB VinitiMtmm iêê iannHim idinnandi (notes de nntrod^. â VhUU 
oniv.) : * Tout à rhauie^ dit le parrshi de rayp«imf< j^vetK mmmIs 
nnepeau de ehéfBrêt un meurtrier de cerceaux» iw ^Ûft«lmi. an iai^ 
tenr de parvéÉ, traître aux maîtres et aux compagnons; msiiiteoaotj'Qir 
père«.. ett. » — » App^ 9è^ 

* Un des témoine.dépose que» ecMia^l se. refai»il i lisâfer Usa el à 
cracber snr la croix, Rayasiid de BrignoUes, qui le reeersit» lai dit 6& 
riant : •> Soie tnrnq^Ule, ooB^esl qtfnne fftrce. Non cures, q nia non est 
niai qv»dan trafa^ <(aî^«) l«aiiràisptsur*âU^lliii»«dMS so» isft- 
portante déposition, que naos tvanscriroo» en partie». n^ta-aiOonsBivé» 
avec le récit d'nne oérémonio de ce gaire, une tradition sor gon origine. 
» App,, 99. 

* Pourtant mes études pour le S* yolnme da procès m'oM livré des 
actes accablants. C'étaient les msmrs de réalise, ^èlns» eê^noines. 
V. le cartulaire de Saint-Bertiû poor le xi« el le xii« lieriez Eade» RW 
gaud pour le xiu*. (1860.) 



DESTRUCTION DB l'ORDRB DU TBUFLI. 134 

tiques ; vraisemblablement les chevaliers s'ocenpiieiit peu 
de dogme. La vraie eaose de leurruine, celle qui mit tout 
le- peuple eostre eux, qui ne leor laissa pas un défenseur 
parmi tant de fimiilles nobles auxqueUes ils appartenaient, 
ee fbt oetle monstrueuse accusation d'avoir f enié- et. craché 
sur la croix, dette accusation -est justement o^e qui fut 
avouée du plus grand nombre. La simple énonoiattondtt 
fitft éloignait d^eux tout le monde ; chacun se signait et ne 
Ttmlaît plus rien entendre. 

Ainsi l'ordre qui avait représenté au plus haut degré le 
génie symbolique du moyen âge mourut d'un symbole nott 
compris ^. Cet événement n'est qu'un épisode de la guerre 
étemelle que soutiennent l'un contre Tautre l'esprit et la 
lettre, la poésie et la prose. Rien n*est cruel, ingrat, comme 
la prose, au moment oii elle méconnaît les vieilles et véné- 
rables formes poétiques, dans lesquelles elle a grandi. 

Le symbolisme occulte et suspect du Temple n'avait rien 
à espérer au moment où le symbolisme pontifical, jusque* 
là révéré du monde entier, était lui-môme sans pouvoir. 
La poésie mystique de YUnam sanctam, qui eût fait tres- 
saillir tout le xn« siècle, ne disait plus rien aux contempo- 
rains de Pierre Flotte et de Nogaret. Ni la colombe, ni 
Varche, ni la tunique sans couture^ tous ces innocents sym- 
boles, ne pouvaient plus défendre la papauté. Le glaive 
spirituel était émoussé. Un âge prosaïque et froid com- 
mençait, qui n'en sentait plus le tranchant*. 

Ce qu'il y a de tragique ici, c'est que l'Église est tuée 
par l^glise. Boniface est moins frappé par le gantelet de 
Colonna que par l'adhésion des gallicans à l'appel de Phi- 
lippe le Bel. Le Temple est poursuivi par les inquisiteurs, 
aboli par le pape; les dépositions les plus graves contre 
les Templiers sont celles des prêtres 3*. Nul doute que le 

* App,, 100. — * App., ICI. — > Et anssl, je crois, des frères ser- 
vants. La plupart des deux cents lémoins interrogés par la commissioD 
ptntificale, sont qualifit'o servants, serviuntcs. 



132 OBSTRUCTION Dfi L'ORDRE DU TBMPLE. 

pouvoir d'absoudre, qu'usurpaient les chefs de Tordre, ne 
leur ait fait des ecclésiastiques d'irréconciliables ennemis a. 
Quelle fut sur les hommes d'alors l'impression de ce 
grand suicide de TËglise, les inconsolables tristesses de 
Dante le disent assez. Tout ce qu' on avait cru ou révéré, 
papauté, chevalerie, croisade, tout semblait finir. Le 
moyen âge est déjà une seconde antiquité qu'il faut avec 
Dante chercher chez les morts. Le dernier poète de l'âge 
symbolique' vit assez pour pouvoir lire la prosaïque allé- 
gorie du Roman de la Rose. L'allégorie tue le symbole, la 
prose la poésie. • 

< App., iOl 

* M. Fauriel a fort bien éiabli que le grand poëte théologien ne fut 
jamais populaire en Italie. Les Italiens dn xw siècle, hommeg d'affalret 
et qui saccédaient aux Jaib, farent antidanteaqoei. 



CHAPITRE V 



Snîle du r^e de Philippe le Bel. Ses trois fils* — Procès. 

Institutions. 1314-1328. 



La fin du procès du Temple fut le commencement de 
vingt autres. Les premières années du xnr< siècle ne sont 
qu'un long procès. Ces hideuses tragédies avaient troublé 
les imaginations, effarouché les âmes. Il y eut comme une 
épidémie de crimes. Des supplices atroces, obscènes, 
qui étaient eux-tnémes des crimes,' les punissaient et les 
provoquaient. 

Mais les crimes eussent-ils manqué, ee gouvernement de 
robe longue, de jugeurs, ne pouvait s'arrêter aisément, 
une fois en train de juger. L'humeur militante des gens 
du roi, si terriblement éveillée par leurs campagnes contre 
Boniface et contre le Temple, ne pouvait plus se pâs^r 
de guerre. Leur guerre, leur passion, c'était un grand pro- 
cès, un grand et terrible procès, des crimes affreux, 
étranges, punis dignement par de grands supplices. Rien 
n'y manquait, si le coupable était un personnage. Le po- 
pulaire apprenait alors à révérer la robe ; le bourgeois en* 
geignait à ses enfants à ôter le chaperon devant Messires, 
à s'écarter devant leur mule, lorsqu'au soir, par les petites 
rues de la Cité, ils revenaient attardés de quelque fameux 
jugement ^ 

' y. U mor( tf n président Minart. 



à 



134 SUITE DD RÉGNE DE PHILIPPE LE BEL. 

Les accusations vinrent en foule, ils n'eurent point à se 
plaindre : empoisonnements, adultères, faux, sorcellerie 
surtout. Cette dernière était mêlée à toutes, elle en faisait 
l'attrait et l'horreur. Le juge frissonnait sur son siège lors- 
qu'on apportait au tribunal les pièces de conviction, phil- 
tres, amulettes, crapauds, chats noirs, images percées 
d'aiguilles... Il y avait en ces causes une violente curiosité, 
un acre plaisir de vengeance et de peur. On ne s'en ras- 
sasiait pas. Plus on brûlait, plus il en venait. 

On croirait volontiers que ce temps est le règne du Dia- 
ble, n'étaient les belles ordonnances qui y apparaissent 
par intervalles, et y font comme la part de Dieu... 
L'homme est vi^darament disfMUé ptf les deux puissances^ 
On croit assister au drame de Bariole : l'honuxie par- 
devant Jésus, le Diable demandeur, la Yierge défendeur. 
Le Diable réclame l'homme comme sa chose, alléguant la 
longue possession. La Yierge prouve qu'il n'y a pasprescr^ 
lion^ et montre que Tautie abuse des textes ^ 

La Vierge a forte partie à cette époque. Le Diable est 
luinmôme du siècle, il en réunit les caractèras, les mau- 
Taisds industries. U tient du juif et de l'alchimiste, du sco- 
lastiqne et du légiste. 

Xa diablerie, comme science, cuvait dès lors pen de pro* 
grès à faire. Elle se formait eoomie art. La démooalogie 
enfantait la sorcellerie. Il ne suffisait pas de pouvoir di»* 
tinguer et classer des légions de diables, d'en savoir les 
noms, les professions, les tempéraments ^ ; il fallait ap-» 
prandreà les faire servir aux osages^^le l'honane. J^isque-* 

* Bien de pkw lré<|iicAt dans las hi^iogra|ibe8 f«e celtt laUe po«r 
Yiake convertie, ou plutôt ce procès simulé où le Diable vierit maigre 
lui rendre témoignage à la puissance du repentir. ~~ App., 103. 

• « AgMi» lacilagi, etc. » M. Heltvs. Cec anteur byiafttin est da 
zi« siècle. Edid. Gaulminus. 1C15, in-lS. — Bodîn dans sen livxe Ue 
Praestigiis, imprimé à B&Ie 1578, a dressé l'inventaire de la monarchie 
diabolique avec les noms et surnoms de 73 princes et de 7,405y9â& 
diables. 



^^ 



SES TBOIS 708. — PROCiS. — INSTITUTIONS. 135 

là on avait étocMé les moyens de tes chasser ; 6n chercba 
désormais ceux de les faire Tenir. Cet effiroyaMe peuple de 
tentateurs s*accrut sans mesure. Chaque clan d'Ecosse, 
chaque grande maison de France, d'Attemagne, chaque 
iMNiime presque avait te sien. Ds acèueillaient toutes les 
demandes secrètes qu'on ne peut faire à Dieu, écoutaient 
tout ce qu'on ose dire^.». On les trouvait partout '. Leur vol 
de chauve-«souris obscurcissait presque la lumière et le 
jour de Dieu. On les avait -vils enlever en plein jour un 
homme qui venait de comomîer, et qui se faisait garder 
-par ses amis, derges allumés '. 

Le premier de ces vilains procès de soroelleries, où il n^y 
avait des deux oôtés que malhoimôtes gens , est celui de 
Guichard , éréque de Troyes , accusé d*avoir, par engin 
et maléfiee, procuré la moit de la femme de Philippe 
le Bel. Cette mauvaise femme , qui avait recommandé 
regorgement des Flamandes (voyee plus haut), est ceUe 
maàk qui, selon une tradhion plus célèbre que sûre, se fal- 
Mit «mener, la nuit, des étudiants à la tour de Nesie, 
-pov toiaire jeter à l'eau quand elle s'en étût servie. 
Beine de son dbéi pour fai Navarre, comtesse de Cham- 
pagne, elle en vooiaît à Tévéque, qui pour finance av«dt 
sauvé un homme qu'elle halssaft. Elle faisait ce qu'elle 
pouvait poor ruiner Guichard. D'abord, elle Tavait fait 
chasser du oonsea et foroé de résider en Champagne. Puis 
elle avaitdit qu'elle peirdrait son comté de Champagne, ou 
lui aen évécfaé. Elle le pounuivait pour je ne sais quelle 

* lAtotoklktït tmii lorlMt dts nUèiw 4o ce tcanft li nantebéen. 
Dm mmaatènt elle avait jftmé dani ïm «Mopagnet. Voir Mr le Dîabta» 
l'Ao iOOO, tome II; sur les sorcières, Aenaissance, Introduction; sur le 
iftbbalau moyn âge^ lone Xi 4e cette àisleire, ch. xvu et itiii. Le 

.«ftUMt «a mayen Age est nue rétoiie oeeliinie Ae série contre le Dienilii 
prêtre et da seigneur. (1860.) 

* Plusieurs furent «censés d*en avoir Tendn en tonleiUee. • Plat à 
Dieu, dit sérienscneat Leloyer, que oetle denrée ttt uMuas sommine 
dans le oonsaierce t « 

* Mém. de Lnlber, t. lli. 



496 SUITE DU RÉGNB DS PBILIP» LB BBL. 

restitution. Guichard demanda d'abord à une sorcière un 
moyen de se faire aimer de la reine, puis un moyen de la 
foire mourir. Il alla, dit-on, la nuit chez un ermite pour 
maléficier la reine et VefwoiUr. On fit une reine de cire, 
avec Tassistance d'une sage-femme ; on la baptisa Jeanne, 
avec parrain et marraine, et on la piqua d'aiguilles. Cepen- 
dant la vraie Jeanne ne mourait pas. L'évéque revint plus 
d'une fois à l'ermitage , espérant s'y mieux prendre. L'er- 
mite eut peur , se sauva et dit tout. La reine mourut peu 
après. Mais soit qu'on ne pût rien prouver, soit que Gui- 
chard eût trop, d'amis en CQur, son affaire traîna. On le re- 
tint en prison ^. 

Le Diable, entre autres métiers, faisait celui d'entremet- 
teur. Un moine, dit-on , trouva moyen par lui de sâlir 
toute la maison de Philippe le Bel. Les trois princesses ses 
belles-filles, épouses de ses trois fils, furent dénoncées et 
saisies *. On arrêta en même temps deux frères, deux che- 
valiers normands qui étaient attachés au service des prin- 
cesses. Ces malheureux avouèrent dans les tortures 
que, depuis trois ans, ils péchaient avec leurs jeunes mA- 
tresses « et même dans les plus saints jours 3. » La pieuse 
confiance du moyen âge qui ne craignait pas d'enfermer 
une grande dame avec ses chevaliers dans l'enceinte d'un 
château, d'une étroit^ tour^ le vasselage qui faisait aux jeu- 
nes hommes un devoir féodal des soins les plus doux, était 
une dangereuse épreuve pour la nature humaine, quand la 
religion faiblissait ^ Le Petit Jehan de Saintré, ce conte ou 

* La dënoneUtion avait été d'aatant mieux aecaeillie qae Gokhard 
passait pour être fila d'an déaaon, d'an ioeaibe. Archivée, Mslion kitt, 
J. 433. 

* Marguerite, fille du doc de Bourgogne; Jeanne et Blaoebe, filles da 
comte de Bourgogne (Francbe^mté). • lluliercvlja... adlinc ctate ja- 
vencutis. • Contin. G. de Naogis. 

' « Plaribna loeis et temporibns sacrosanetis. » 

* Jean de Meung Clopine! , qui, dit-oo, par ordre de Philippe le Rel, 
allongea de dii-imit mille vers le trop long Roman de la Rose, exprime 
brutalement ce qu'il pense des dames do ce siècle. On conte que ces 



SES TROIS niS. — PROCÈS. — INSTIfUTIONS. 437 

cette histoire du temps de Charles YI, ne dit que trop bien 
tout cela. 

Que la faute fût réelle ou non , la punition fut atroce. 
Les deux chevaliers, amenés sur la place du Martroi, près 
Forme Saint-Gervais, y furent écorchés vifs, châtrés, dé- 
capités, pendus par les aisselles. De même que les prêtres 
cherchaient, pour venger Dieu, des supplices infinis, le roi, 
ce nouveau dieu du monde, ne trouvait point de peines 
assez grandes pour satisfaire à sa majesté outragée. Deux 
vicUmes n^ suffirent pas. On chercha des complices. On 
prit un huissier du palais, puis une foule d'autres, hommes 
ou femmes, nobles ou roturiers; les uns furent jetés à la 
Seine, les autres mis à mort secrètement. 

Des trois princesses, une seule échappa. Philippe le Long, 
son oiari, n'avait garde de la trouver coupable ; il lui aurait 
fallu rendre la Franche-Comté qu'elle lui avait apportée en 
dot. Pour les deux autres, Marguerite et Blanche, épouses 
de Louis Hutin et de Charles le Bel, elles furent honteuse- 
ment tondues et jetées dans un château fort. Louis, à son 
avènement, fit étrangler la sienne (15 avril 4315), afin de 
pouvoir se remarier. Blanche, restée seule en prison, fut 
bien plus malheureuse ^. 

Une fois dans cette voie de crimes , l'essor étant donné 
aux imaginations, toute mort passe pour empoisonnement 
ou maléfice. La femme d\i roi est empoisonnée, sa sœur 
aussi. L'empereur Henri VII le sera dans Thostie. Le comte 
de Flandre manque de l'être par son fils. Philippe le Bel 



dames, pour venger leur réputation d'honneur et de modestie, atten- 
dirent le poste, verges en main» et qu'elles voulaient le fouetter. Il au* 
rmit échappé en demandant pour grioe unique que la plus outragée 
frappât la première. Avp-, iOI. 

> Klle fut, dit brutalement le moine historien, engrossée par son geô- 
lier ou par d'autres. — D'après ce qu'on sait des princes de ce temps, 
on eroiralt aisément que la pauvre créature, dont la première faiblesse 
nTétait pas bien prouvée, fut mue à la dUcrétion d'un homme chargé de 
l'aTUir. App,, 105. 



438 SUITE DU RÈGNE DE PHILIPPE LE BEL. 

Teat, dU-oa, par ses ministres, par ceux qui perdaient le 
plus à sa mort, et non-seulement Philippe, mais son père, 
mort trente ans auparavant. On remonterait volontiers 
plus haut pour trouyer des crimes ^ 

Tous ces bruits effrayaient le peuple. D aurait voulu 
- apaiser Dieu et faire pénitence. Entre les famines et les 
banqueroutes des monnaies, entre les vexations du diable 
et les supplices du roi, ils s*en allaient par les villes , pleu- 
rant, hurlant 9 en sales processions de pénitents tous nus, 
de flagellants obscènes; mauvaises dévotions qui menaient 
au péché. 

Tel était le triste état du monde, lorsque Philippe et son 
pape s'en allèrent en l'autre chercher leur jugement. Jac- 
ques Molay les avait, ditH>B, de son bûcher, ajournés è un 
an pour comparaître devant Dieu. Clément partit le pre- 
mier. U avait peu auparavant vu en songe tout son palais 
en flammes, t Depuis, dit son biographe, il ne fut plus gai 
et ne dura guère K ^ 

Sept mois apiès, ce fut le tour de Philippe. H mourut 
dana sa maison de Fontainebleau. U est enterré ^ dans la 
petite église d'Avon. 

Quelques-uns le font mourir à la chasse, renverse par 
HAMngliier» Dante, avec sa verve de haine, ne trouve pas, 
pour le dire, de mot assez bas : « il mourra d'un coup de 
couenne, le faux-monnayeur ^ J » 

Hais rhistorien français, contemporain, ne, parle point 
de cet accident. Il dit que Philippe s'éteignit, sans fièvre, 
sans mal visible, au grand étonnement des médecins. 'Rien 
n'indiquait qu'il dût mourir sitôt ; il n'avait que quarante- 
six ans. Cette belle et muette figure avait paru impassible 
au milieu de tant d'événements. Se crut-il seerèteinent 



• A ta mort il dcBMum calque temps conine abandonné. App., 107. 

• A eôté de M ooaldesolU. 

• App., 108. 



. SES TROIS FILS. ««• PftOCÉS. — INSTITUTIONS. A29 

firappe par lamaMdidionde Vkfaitiob oti du grand mattre? 
ou bien plutôt le Att^^il par la confédération des grands du 
royaume, qui êe forma contre loi Tannée même dcr.sa 
mort? Les barons «t les^ncMes Tavaient suivi à Tat^ugle 
contre te pape ; ils n'avaient pas fait entendre im mol en 
fiiv^ur de leurs flrères, des cadets de la noblesse; je parle 
des Templiers. Les atteintes portées à leors droits de jus- 
tiee et de monnaie leur firent perdre patîenœ. Au fond, le 
roi des légistes, Femiefliî delà féodalité, n'spvak pas d'autre 
force militaîre à lui opposer que la force féodrie. C'éliit 
un cercle vIcieuK d'oà il ne fpewait plus sortir. La mort 
le tira d'sffiài^e. 

Quelle part eot^il réeHement aux -grands événements de 
son règne j on l'ignore. Seulement ^ on le voit parcoufir 
sans cesse le royantme. Il ne se fait rien de grand en llien 
ou en mal, qu'il wfj soit en personne : à Courtrai et à 
Hons-en-Puelle (1302, 1304), à Saint-Jean-d'Angely, à 
Lyon (1305), à Poitiers et à Vienne (1308, 1313). 

Ce prince parait avoir été rangé et régulier. Nulle iraee 
de dépense privée. U comptait avec son trésorier tous les 
vingt-cinq jours. 

Fils d*une Espagnole, élevé par le dominicain Egidio de 
Rome, de la maison de Colonna, il eut quelque chose du 
sombre esprit de saint Dominique, comme saint Louis la 
douceur mystique de Tordre de Saint-François. Egidio 
avait écrit pour son élève un livne De r$gimine principum^, 
et il n'eut pas de peine à lui inculquer le dogme du droit 
iffimité des rois 4. 

Philippe s^était fait traduire la Consoiaiion de Boèce, les 
livres de Vegèce sur Tait militaire, et les lettres d'Absilard 
et d'HéloIse *. Les infortunes universitaires et atnoureuses 



' App., 109. 

* C est rmitdiir du Ronnn de la Rose, Jean de Meong, ifji loi irait 
traduit cet livres. — La confiance que loi accordait le roi ne ravalt pu 



140 surrB du règne db Philippe ue bel. 

da célèbre professeur, si maltraité des prêtres, étaient un 
texte populaire au milieu de cette grande guerre du roi 
contre le clergé. Philippe le Bel s'appuyait sur FUniversité 
de Paris ^ ; il caressait cette turbulente r^fMiblique, et elle 
le soutenait. Tandis que Boniface cherchait à s'attacher les 
Mendiants, l'Université les persécutait par son fameux doc- 
teur Jean Pique^Ane (Pungemasinum^)^ champion du roi 
contre le pape. Au moment où les Templiers furent arrê- 
tés, Nogaret réunit tout le peuple universitaire au Temple, 
mahres et écoliers, théologiens et ariistes^ pour leur lire 
l'acte d'accusation. C'était une force que d'avoir pour soi 
un tel corps, et dgns la capitale. Aussi le roi ne soufirit 
pas que Clément Y éngeàt-Ies écoles d'Orléans en univer- 
sité, et créât une rivale à son université de Paris K 

Ce règne est une époque de fondation pour l'Université. 
Il s'y fonde plus de collèges que dans tout le xitT siècle, et 

empêché de tracer dans le Roman de la Uose ce rode tableau de la 
royauté primîiÎTB v 

Ung grant viBaIn entre e«Ix eslenrent, 
Le ylos corsa de qoanqn'lls forent, 
Le plos ossa, et le (lêigneur. 
Et le firent prince et seigneur. 
Cil Jura que droit leor tiendroit, 
Se diacon en droit soy loy livre 
Des biens dont il se paisse riTre... 
•Dell Tint le eoBUBMneement . 
ÀQX ro'is et princes terriens 
Selon les livres ancleas. 

Rom. de la Rose, y. i06l. App„ 119. 

I « En celle année a'eiment grand'dittension en les Recteur, maistres 
et escholiers de l'Université de Paris, et le prévost dadit lien; parce que 
ledit prévost avoit fait pendre un clerc de ladite Université. Adone 
cessa la lecture de toute* facnltea, jusqnes à tant que ledit prévost 
l'amenda, et répara grandement l'offense, et entre antres choees fot 
condamné ledit prévost à le dépendre et le baiser. Et convint que ledit 
prévost allast en Avignon vers le pape, pour soy faire absoudre. • iSSS. 
Nicolas Gilles. 

• App., 111. 

* Oïd., 1, 90%, Le roi .déclare qu'il n'y aura pas de professeurs de 
théologie. 



SES TROIS HLS. — PROCÈS. — INSTmiTIONS. • 444 

les plus célèbres collèges*. La femme de Philippe le Bel, 
malgré sa mauvaise réputation, fonde le collège de Navarre 
(4304), ce séminaire de gallicans, d'où sortirent d'Ailly, 
Gerson et Bossuet. Les conseillers de Philippe le Bel, qui 
avaient aussi beaucoup à expier, font presque tous de 
semblables fondations. L'archevêque Gilles d'Aiscelin, le 
faible et servile juge des Templiers, fonda ce terrible col- 
lège, la plus pauvre et la plus démocratique des écoles 
universitaires, ce Monf-Aigu, où l'esprit et les dents, selon 
le proveirbe, étaient également aigus*. Là, s'élevaient, 
sous rinspiration de la famine, les pauvres écoliers, les 
pauvres maîtres ', qui rendirent illustres le nom de Cap- 
peis^; chétive nourriture, mais amples privilèges; ils ne 
dépendaient pour la confession, ni de l'évoque de Paris, ni 
même du pape. 

Que Philippe le Bel ait été ou non, un méchant homme 
ou un mauvais roi, où ne peut méconnaître en son règne 
la grande ère de l'ordre civil en France, la fondation de la 
monarchie moderne. Saint Louis est encore un roi féodal. 
On peut mesurer d'uii seul mot tout le chemin qui se fit de 
l'un à l'autre. Saint Louis assembla les députés des villes 
du Midi, Philippe le Bel ceux des États de France. Le pre* 
mier fil des établissements pour seis domaines, le second 
des ordonnances pour le royaume. L'un posa en principe 
la suprématie de la justice royale sur celles des seigneurs, 
l'appel au roi ; il essaya de modérer les guerres privées 

* Aux coUëges de Navarre et de Montaiga, il fant ajouter le eolWge 
d*Harc<mrt (1980); la Maiion du cardiinal (1303); le ooUége de Bayeax 
(|:K)S). — 1314, collège de Laon; 1317, collège de Narbonne; 1319, 
collëge de Trëguler; 1317-13S1, collège de Coroonaitles; 1396, collège 
du Plessit, collège des Écossais; 1329, collège de Marmoutien; 133S, 
an nouveau collège de Narbonne fondé en exécution du testament de 
lennDU de Bourgogne; 1334, collège des Lombards; 1334, collège de 
Toori; 1336, collège de Liiieux; 1337. collège d'Autnn« etc. 

* Mous aeutus, dentés aculi, ingeniutn acutum. 
•App.,iîl «ilpp.,113. 



442 sniTJS DU règne db philippb le bel. 

pur la quaranUdne et rtmtif emenl. Sous Philippe le Bel, 
l'appel au roi aa trouve si biea.établi, que le plus îndépen- 
daiU des grands feudataii^s^ le duc de Bretagae, deaiaûde, 
comme gr&ce singulière, d'en être exempté ^ Le Parlement 
de Paris écrit pour le roi au plus éloigné des barons^ au 
c(Hnte de Gomminges, ce petit roi des hautes Pyrénées^ les 
paroles suivantes qui, un siècle plus tât, s'eussent pas 
même été comprises : « Dans tout le royaume, la connais- 
sance et la punition dû port d*armes n'appartient qu*à 
nous *. » ' 

▲u conmiencement de ce vègne» la. tendant nouvelle 
s'annonce fortement Le roi veut exclure les prêtiea de la 
justice et des charges municipales s. il protège les juifs ^ et 
les hérétiques, il augmente la taxe royale sur les amortis- 
sements, sur les acquisitions d'immeubles par les églises ^. 
B défend les guerres privées, les tournois. Cette défense 
motivée sur le besoin que le. roi a de ses hommes poujr la 
guerre de Flandre,, est souvent répétée ; une fois môoie, le 
roi ordonne à ses prévâts d'arrêtear ceux q^i vont<4^ux tour- 
nois. À. chaque campagne, il lui fallait faire kiprêssù^ et 
réunir malgré elle cette indolente abevalerie qpi se sou?- 
ciait peu des affaires du roi et du royaume ^^ 

Ce gouvernement ennemi de la féodalité et des pnêta^es,. 
n*avait pas d'autre force militaire que las seigaeuxs, ni 
guère d'argent que parl'Église. De là plusieurs contradic* 
tiens, plus d'uo pas en arrière. 

En 1287, le roi permet aux nobles de poursuivre leurs 
serfs fugitifs dans les villes. Peut-être en effet était-il be- 
soin de ralentir oe grand mouvement du peuple vers les 
villes, d'empêcher la désertion des campagnes '. Les ntles 
auraient tout absorbé ; la terre serait restée déserte, comme 
il arriva dans l'empire romain. 



» Ord., I, 3». — » Olim Parfiamenii. — • i4pp , 111. — * App., Utt 
— » App., ils. — « App., U7. — » App,, 118. 



SIS TROIS HLâ. — MOCiS. — INSnTOTieNSe^ U3 

Bu \ 290^ le eleigé amcha.aa roi une dierte exorbitante, 
inexécnlidde^.qBi eùi tué la royautà. Lee prindpaia' aitit- ■ 
cles étaient que les préiala iu^frmiem\ rfer Jolairumi^ dut. . 
kiK^^ deuôma» ^le.les bailUe et gntda ni ne demev- 
rettaîeat pee ann tome d!^Uae,. (pie laa.évAq)ies;Miife 
ptrannieQt «irèlaptes eordésiaakîfMeav «se lasideiot ne 
pkideiaieaift.peiaii6B eoor h^ue pour les aethmapcssoiir ; 
neUeSy quand nAme ils j scvaienti obligea' paa lettaea (ht, 
Nâ (c'élaii Hnoponiti dès. piétiCB); q«o le» pvMaM bt 
IMijefaîen t pas pour le» Mena- aoqaîs kJeura-^ises; qnet' 
lea juges leëauK» ne cMMîtraîent points des disies, e'esl^' 
dire que le clêegA jugerait, seul les abua^fiseanx du cbrgé. 
In 4S94, Fkilippe le Bel avait vioimmneni attaqué la 
tyrannie de l'inquisition dans le IfldL Eu iSfiS^ ait eom^ 
rasaoeiBeiit de la guerre contre le pape^ il sseonde Tinlo* 
lànnee des évèquea, il ordoime aux seigneurs let ans juges 
rsgmnx^ du lene lifrer les- hérétiques; pour qufila les oan<- • 
daîonneniet les punissent sans appei« L'anuée» suivante^ 'A. 
psemct que les-baiHis ne vexeroni'ptas les égUass dé sat* 
ains^violrâtes ; ils ne saniinnt qn'nn manoir à la fois, eta. K 
Il fallait aussi satisfaire les nobles. Il leur accorda une 
ordonnance contre' leurs créanciers, eontrer lea usnrien 
juifs, n garantit leurs droits de chasse. Les collecteurs 
royaux a'exploiteront plus les successions dea bâtarde el 
des ariiains sur les terres des seigneurs haut-justiders : 
c A moins, ^joute prudenunenjt le roi^ ^!t{. m sqU comUtté 
par itUmê psnonna qœ- mut avens bimt droiê dtf- jwra^ 
twrs. » 

Eu 1302^ qurès la défaite de Courtrai^ le roi osabeaur- 
comp. Il prit pour la monnaie, la moitié de toute vaiBselle 
d'argent ' (le^ baillis et gens du roi devaient donner tout) ; 

' « SégaiS» à toM^ par eri géDétai, tan» hàre meiiliMi âm pvéUlt mi 
d0 èaroa*» e'esi k satair jai^toatei maniera» 4e «eus 9ippmtm% ^tmtàé 
de lear TaisMtiBBMnl d'avgeal bUne. •4ké , 1, 317. 



444 80m DU RÈGNE DE PHILIPPE LE BEL. 

il saisit le temporel des prélats partis pourRome ' ; enfin 
il imposa les nobles battus et humiliés à Courtrai : le mo- 
ment était bon pour les faire payer *. 

En 4303, pendant la crise, lorsque Nogaret eut accusé 
Boniface (43 mars), lorsque rexcommunication pouvait 
d*un moment à l'autre tomber sur la tète du roi, il promit 
tout ce qu'on voulut. Dans son ordonnance de réforme 
(fin mars), il s'engageait envers les nobles et prélats, à ne 
rien acquérir sur leurs terres 3. Toutefois il y mettait en* 
core une réserve qui annulait tout : « Sinon en cas qui 
touche noire droit royal K » Dans la même ordonnance, se 
trouvait un règlement relatif au Parlement; parmi les 
privilèges, l'organisation du corps qui devait détruire 
privilèges et privilégiés \ 

Dans les années qui suivent, il laisse les évéques rentrer 
au Parlement. TouJouse recouvre sa justice municipale ; 
les nobles d'Auvergne obtiennent qu'on respecte leurs 
justices, qu'on réprime les officiers du roi, etc. Enfin en 
4306, lorsque l'émeute des monnaies force le roi de se 
réfugier au Temple, ne comptant plus sur les bourgeois, 

« L'irritation semble avoir été grande contre les prdtres; le roi est 
obligé de défendre anx Normands de crier tiaro sur Ui eleres. (Ord., h 
318.)— iipp.. I2i. 

* Ord., fin 1309. 

* Le roi déclare ^u'en nlfermatioii de son royaume, il prend les 
églises sons sa protection, et entend les faire jouir de leurs franchises ou 
privilèges comme au temps de son aïeul saint Louis. En cons'^'quence, 
s'il lui arrive de prononcer quelque saisie sur un prêtre, son bailli no 
devra y procéder qu'aprôs mûre enquête, et la saisie ne dépas^ra ja* 
mais le taux de Tamende. On recherchera par tout le royaume les 
bonnes coutumes qui existaient au temps de saint Louis pour les réta- 
blir. Si les prélats ou barons ont au Parlement quelque affaire, ils se- 
ront traités honnêtement, expédiés promptement. • (Ord., I, 3S7.) 

«iipp.. itt. 

* Nul doute que le Parlement ne remonte plus haut. On en trouve la 
première trace dans l'ordonnance, dite testament de Philippo Augttsle 
(IliK)). Si pourtant l'on oonsidère i'imporunce toute nouvelle que le 
Parlement prit sous Philippe le Bol, on ne s'étonnera pas que la plu- 
part des historiens l'en aient nommé le fondateur. App», iSd. 



SES TROIS FILS. ^— PROCÈS. — IMSTIT0TION8. U5 

il rend aux nobles le gage de bataille, la preuve par duel, 
au défaut de témoins ^« 

La g^nde aflfaire des Templiers (1 308-9) le força en« 
Gore à lâcher la main. Il renouvela les promesses de 4303, 
régla la comptabilité des baillis, s'engagea à ne plus taxer 
les censiers des nobles, mit ordre aux violences des sei- 
gneurs, promit aux Parisiens de modérer son droit de 
prise et de pourvoierie, aux Bretons de faire de la bonne 
monnaie, aux Poitevins d'abattre les fours des faux-mon- 
nayeurs. 11 confirma les privilèges de Rouen. Tout à coup 
charitable et aumônier, il voulait employer le droit de 
chambellage à mari^ de pauvres filles nobles; il donnait 
libéralement aux hôpitaux les pailles dont on jonchait les 
logis royaux dans ses fréquents voyages. 

L'hypocrisie de ce gouvernement n'est en rien plus re- 
marquable que dans les affieûres des monnaies. Il est curieux 
de suivre d'année en année les mensonges, les tergiver- 
sations du royal faux-monnayeur >. En 4295, il avertit le 
peuple qu'il va faire une monnaie c où il manquera peut* 
être quelque chose pour le titre ou le poids, mais qu'il dé- 
dommagera ceux qui en prendront ; sa chère épouse, la 
reine Jeanne de Navarre , veut bien qu'on y affecte les revenus 
de la Normandie. » En 4305, il fait crier par les rues à son 
de trompe, que sa nouvelle monnaie est aussi bonne que 
celle de saint Louis. Il avait ordonné plusieurs fois aux 
monnayeurs de tenir secrètes les falsifications. Plus tard, 
il fait entendre que ses monnaies ont été altérées par 
d'autres, et ordonne de détruire les fours oii fon avait fait 
de la fausiô monnaie. En 4340 et 4344, craignant la com- 
paraison des monnaies étrangères, il en défend l'impor- 
tation. En 4343, il défend de peser ou d'essayer les mon- 
naies royales. 

Nul dotfte qu'en tout ceci le roi ne fût convaincu de 

> App., 124. - * Àpp,, lis. 

III. 10 



446 sum DU rùgsol di PHiyppi lu du. 

aon droit, qu- il na ediiBtëéràt «ooHiie lu» aliribut de sa 
toute-puissance, d'augmenter à volonlé la Yoleur des nuMir 
naies.' Le eomique, c'eat de voir cette loufee-pmssMicey 
celter diviaité , ebUgée de mmer avee la siéfience de 
peuple; kt sefigioa naiBsante..da la royaoté & déjà aes 
iacarMvlea^ 

Enfin la rojuté elle-œéaie semble douter de soi. Cette 
ftère poissenoev a^et dté au bout de la vietence et de k 
nise, fait an avea iapticile de sa faiblesw ; eUe en appcUe 
à kr liberté. On. » vu ^wlies paroles hardies le noî se fit 
adresse» et daas la Cuheuae supplique du pee^la da FrauêB, 
et dans le discours des députés des Stats de 4 3M. Mais 
rien n'est plus remarqnable qne les termes de Forctai- 
nance par laquelle il confirme ï'aiEBaiichissementdea aeefii 
du Vatoift, accordé par son frère r « Àtiendii que tomte 
créature lunnainequi est formée à l'image de noslre Sei- 
gneur,, doit généralement estre franche par droit naturel, 
et en aucuns pays de cette natmeUe liberté ou ficaneUsey 
par le joug; de la servitude qui tant est baineusey seit si 
effiuûée et ebscttreie que les hommes et les fimes qui 
habitent èz lieux et pays dessusdilz, en leur naast aoot 
réputés ainsi comme morts, et à la te de; lenr danlottrense 
et ckMme m, sL estreitemeot liéis el demenéa^ q^e des 
biens que Dieu, leur a pasaté en cest siède, ils nepeateai 
en leur damière vekmté, dîq^ser ne aedener ^^. » 

Cas paroles devaient sonner mai asK orailtea féodales. 
EHea seaaHaiesA un néquiaiteire «antre le servage, oantre 
la tyrannie desseignenre. iatplamteqmjanferis »*av«it osé 
s'élever, pes aeéme il voix ftsade^ voitti qn'elle éclatait ék 
tombait d'te beat comme laeeondwnnatîan. Le roi étant 
venu à bout de tous ses ennemis, Sfaeeraidadeaseignewa^ 
ne gardait plus de ménagement pour ceux-ci* Le 4% jwa 
4H3, il leur défendît de MresncmMP monnaie jnqn'àce 
qu'ils eussent lettres du roi qui les y autorisassent. 

'Ord.^aDn. 1311. 



SES TROIS FILS. — r PHO.:ÈS. — INSriTLTIONS. 447 

Cuite ordonnance combla ta mesure. Quelque terpeur 
que dût inspirer le roi après Taffaire da Temple, les 
grands se déeidèFenf à risquer tout et à prendi<e un parti. 
La pfupart dés seigneurs du Nord et de l'Est (Pîciirdiff; 
Artois , Ponthieu , Bourgogne et Fores) fomièi ent une 
confédération contre le roi : « A tious- ceux qui verront, 
prront (ouïrent) ces présentes lettres, IL nobles et li corn** 
tnuns de Champagne, pour nous, pour les pay» de Ver* 
mandois et pour nos alliéf et adjoints étant dedams les 
points du royaume de France ; salut. Sachent tuîs que 
comme très-^pxcellent et très-^puissant ppînce, notre très- 
cher et redouté sire, Philippe, par 1& grâce de Bieu> roi 
de France, afk fiiit et relevé plusieurs tailles, subventions, 
exactions non deus, changement de monnoyes, etplusieun 
aultres choses qui ont été faites, par quoi li nobles et U 
oonumuns ont été /aoult. grevés, appauvris... Et il n'apert 
pas qu'ils soient tcurjiea en L'honneur et prouiit du roy ne 
dou royalme,^ ne en deffension dou proufit commun. Des- 
quels grîeia nous avons, plusieurs fois requis et supplié 
humblement et dévotement ledit sire li roy, que ces choses 
▼oulist défaire et délaisser ; de quoy rien n'en ha fait. Et 
encore en oette présente année courant, par l'an 1344, 
lidit nos sire le roy ha (ait impositions non deuement, 
sur li nobles et li ooaunuas du royalme, et subventions 
lesqiieUes il s'est eSbrcé da lever ;,laq;ieUe chose ne pou-* 
Toos souffris ne soutenir en bonne conscience, car ainsi 
perdrions nos honneurs,, franchifies et libertés ; et nous et 
cis qui après nous verront (viendront),.^ Avons juré et 
promis par nos sermenta,. leaument etea bonne foy» par 
(pour) nous et nos hoirs aux. oomtéa d!Anxerre et de Ton- 
nerre, aux noblas et aux comaums desdits comtés, leurs 
alliés et adjoints, que nos, en la subvention de la présente 
année, et tous autres griefs et novelletés non dl?aemént 
laites et àr faite, âa temps présent et av4HÛr, que U roi de 
France, nos sires, ou aultre, lor voudront faîM,. i0t 



448 SUITB DU RÈGNE DE P^{LIPPB LE BEL. 

aiderions, et secourerons à nos propres coustes et des- 
pens *... » 

Cet acte semblerait une réponse aux dangereuses pa- 
roles du roi sur le servage. Le roi dénonçait les seigneurs, 
ceux-ci le roi. Les deux forces qui s'étaient unies pour 
dépouiller l'Église, s'accusaient maintenant l'une l'autre 
par-devant le peuple, qui n'existait pas encore comme 
peuple, et qui ne pouvait répondre. 

Le roi, sans défense contre cette confédération, s'adressa 
aux villes. Il appela leurs députés à venir aviser avec lui 
sur le fait des monnaies (4344). Ces députés, dociles aux 
influences royales, demandèrent que le roi emptchât pen- 
dant onze ans les barons de faire de la monnaie^ pour en 
îtfbriquer lui-même de bonne, sur laquelle il ne gagnerait 
rien. 

Philippe le Bel meurt au milieu de cette crise (4344). 
L'avènement de son fils, Louis X, si bien nommé Hutin 
(désordre, vacarme), est une réaction violente de l'esprit 
féodal, local, provincial, qui veut briser Tunité faible en- 
core, une demande de démembrement, une réclamation 
du chaos *. 

Le duc de Bretagne veut juger sans appel, l'échiquier 
de Rouen sans appel. Amiens ne veut plus que les sergents 
du roi fassent d'ajournement chez les seigneurs, ni que 
les prévôts tirent aucun prisonnier de feurs mains. Bour- 
gogne et Nevers exigent que le roi respecte la justice 
féodale, « qu'il n'affige plus ses pannonceaux » aux tours, 
aux barrières des seigneurs. 

La demande commune des barons, c'est que le roi n'ait 
plus de rapport avec leurs hommes. Les nobles de Bour- 
gogne se chargent de punir eux-mêmes leurs oflBciers. La 

> BoaUinYillier^. 

* Voyei comme le continoatenr de Nangii change de langage tout i 
coup, comme il devient hardi, comme il élève la voix. Fol. 69-70. — 
âfp., IM. 



SES TROIS FILS. — PROCÈS. — INSTITOTIONS. 449 

Champagne et le Yermandois int^tsent au roi de faire 
assigner les vassaux inférieurs. 

Les provinces les plus éloignées Tune de l'autre, le Péri- 
gord, Ntmeset la Champagne, s'accordent pour se plaindre 
de ce que le roi veut taxer les censiers des nobles. 

Amiens voudrait que les baillis ne fissent ni emprison- 
nement, ni saisie, qu'après condamnation. Bourgogne, 
Amiens, Champagne, demandent unanimement le réta- 
blissement du gage de bataille, du combat judiciaire. 

Le roi n'acquerra plus ni fief, ni avouerie, sur les terres 
des seigneurs, en Bourgogne, Tours et Nevers, non plus 
qu'en Champagne (sauf les cas de succession ou de confis- 
cation). 

Le jeune roi octroie et signe tout. Il y a seulement trois 
points où il hésite et veut ajourner. Les seigneurs de Bour- 
gogne réclament contre le roi la juridiction sur les rivières^ 
tes chemins et les lieux consacrés. Ceux de Champagne 
doutent que le roi ait le droit de les mener à la guerre 
hors de leur province. Ceux d'Amiens, avec la violence 
picarde, requièrent sans détour, qiie tous les gentilshommes 
puissent guerroyer les uns aux avares^, ne donner trêves; 
inais chevaucher, aller ^ venir et estre à arme en guerre et 
for faire les uns aux autres... A ces demandes insolentes et 
absurdes, le roi répond seulement : « Nous ferons voir les 
registres de monseigneur saint Loys et bailler ausdits nobles 
deus bonnes personnes, tiels comme U nous nommerons de 
nostre conseil^ pour savoir et enquéi'ir diligemment la vérité 
dudit arêicle... » 

La réponse était assez adroite. Ils demandaient tous 
qu'on revint aux bonnes coutumes de saint Louis ; ils ou- 
bliaient que saint Louis s'était efforcé d'empêcher les 
guerres privées. Mais par ce nom de saint Louis ils n'en- 
tendaient autre chose que la vieille indépendante féodale, 
le contraire du gouvernement quasi-légal, vénal et tracas - 
sier de Philippe le Bel. 



150 âUlTB DU RÉGNE M PHILIPPE LE BEL. 

Les glands détraisaieBt pièce à pièce tout ce gouverae* 
ment du feu roi. Mais ils bc le croyaieat pas mort tant 
qu'ils n'avaôeirt pas bàl péiir son Alûr «f o, sob maire du 
pakn&j Enguerrand de Marigny, qui dans les dernières 
années aidait été eoaé^mtr tt netêur du^^emme^ ^ï s'é- 
tait laiasé dresser une statue au Palais à c6lé de celle du 
roL Sou vrai nom était Le Portier ; mais il acheta a¥ec 
une terre le aott de IbvigBy. Ce Norma&A, peraimaage 
gracieux tt aauUiBux ^ mais appavemment ueu moîus 
ailencieus que aou maître, n'a point.laisaé d'aefce; il semble 
qu'il n'ait éerit m parié.. U fit«mdamner les TempUens par 
sen frère qu'il axait fiiît tout exprès anohevôque de Sens.. 
Il eut sans doute la part principale aux adirés du roi.aYec 
les papes; mais il s'y prit si lûen qu'il fasse jmmit avoir 
kdssé Oémeot V échapper de Poitiers '. Le pape lui eu 
sut gré probablement ; et .d'autre peirt, il put £ûe croire 
au joi que le pape lui serait plus utile à Âfiguon, dans une 
apparente indépeudance, que dans une eapti^vité qui eût 
révoké le mande chtétieu. 

£e fut au Temple, au lieu même ou llarigay avait in&- 
taUé.son tnaitre pour .dépouiller les Templiers, que le jeune 
roi Leuîs vint entendre i'aecusation solennelle portée 
eonlne Mnrigny ^. L'ecousateur était le frère de Philippe le 
Bel, ce violent Charles de Valois, boauue remuantat mé- 
diocre qui se partait .pour chef des barons. JNé si près du 
te6ne de f ranoe, û avait oouru toute la obtétienté pour eu 
trouver un autre, taudis qu'us petit ichevaUer de Noraeianr- 
die régnait à côté de Philippe le Bel. Il ne faut, pas. s'éten- 
ner s'A était enragé d'envie. 

N n'eût ipas été diffioîle .à .Manfloy \de ee défendeè. si 



* Se» eancais i'aa acausArent -<- On disait encoce qnlil Juraft, pour do 
l'argeet, procuré une trêve an comte de Flandre. 

^ Les modernes ontajoatë 'bemanMip 'de diivonstaucês sur -la «uptara 
4a Charles de Valois et de Uarigny, uo déiuuti, an^isiiffla^ 0^. 



SBS TROIS FILS. — PROCÈS. — IKSTITUTfONS. 454 

Von eût voalu l'entendre. 11 n'avait rien fait, sinon d'être 
la pensée, la conscience ée^Pkilippe le Bel. C'était pour le 
jeune roi, comme s'fl eût jiigé l'àme de son père. Aussi 
TOulaH-il seulement éloigner Marîgny, le reléguer dans 
111e de Chypre, et le rappeler jllus tard. Pour le peràre, il 
feHut que Charles de Tulois eût recours à la grande aoco^ 
Mtion du temps, dont personne ne se tirait. On découfvrit, 
ou l'on supposa, que la femme ou le scBfur de ll»mgny> 
pour provoquer sa délivranoe, ou maléfioier le Toi, «vait 
fiait Jaire partmlacqnes delior, oertâHies petites ligiwes t 
c ledit Sacques, jeté en prîeon/se ^nd de désespoir, et 
ensuite salemme et les sœurs d^nguerrand sont mises «en 
]Hrîsoii; etEngueniand luî-fnême, jugé en présenee des 
chevaliers, est pendu à ¥flris«U' gibet des vdieuis. Gepeo* 
dftnt il ne reeonnut rien des susdits malétees, et ^«eu- 
leraent que pour les exactions et les câtérstiens de mon-- 
naie, il n'en avait point été le «eul auteur... Cestpeurquoi 
sa mort, dont ))eaucoup ne conçurent pmitt «ntièrement 
ies causes, fut matière à grande admmktlon et stupeur. *« 

c Pierre de LatHly, évéqne de Chftlons, soupçonné delà 
mort du roi de France Philippe et de son prédécesseur, 
M, par ordre du réi retenu en prison au nom de farehe- 
véque de Reims. Haoul de Presies, avooat général (ndvo- 
catus praecipaus) au Parlement, également suspect el 
retenu pour semMable soupçon, Ait enformS dans la-pri- 
son de Satnte-Genevvève à Paris, et lorluré par divera sup- 
pliées. Gomme 'on ne «pouvait arraéher'de sa^boudie auoun 
aven sur les ernnes dent 'on -le ehargeak, quoiqu'il eût en- 
duré les tewrmenfts les -plus ^dîvere et les plus douloureux, 
on finit par le laisser aller; grande partie de ses biens tant 
roeifbles «qu^mnieidiles ayam «élé ou donnés, en perdus, 
«ou pillés K » 

Ce n*ét{iit 'nen d'avoir pendo Ititttgny , emprisonné 



452 SUITE DU RÈGNS DB PUILIPPK LE BEL. 

Raoul de Presles, ruiné Nogaret, comme ils firent plus 
tard. Le légiste était plus vivace que les barons ne suppo- 
saiont. Harigny renaît à chaque règne, et toujours on le 
tue en vain. Le vieux système, ébranlé par secousses, 
écrase chaque fois un ennemi. Il n'en est pas plus fort. 
Toute l'histoire de ce temps est dans le combat à mort du 
légiste et du baron. 

Chaque avènement se présente comme une restauration 
des bons vieux us de saint Louis, comme une expiation du 
règne passé. Le nouveau roi, compagnon et ami des 
princes et «des barons, comjnence comme premier baron, 
comme bon et rude justicier, à faire pendre les meilleurs 
serviteurs de son prédécesseur. Une grande potence est 
dressée ; le peuple y suit de ses huées l'homme du peuple, 
l'homme du roi, le pauvre roi roturier qui porte à chaque 
règne les péchés de la royauté. Après saint Louis, le bar- 
bier La Brosse; après Philippe le Bel, Marigny ; après Phi- 
lippe le Long, Gérard Guecte; après Charles le Bel, le tré- 
sorier Remy. . . Il meurt illégalement, mats non injustement. 
11 meurt souillé des violences d'un système imparfait où la 
mal domine encore le bien. Mais en mourant, il laisse à la 
royauté qui le frappe ses instruments de puissance, au 
peuple qui le maudit des institutions d'ordre et de paix. 

Peu d'années s'étaient écoulées, que le corps de M(\rigny 
fut respectueusement descendu de Montfaucon et reçut la 
sépulture chrétienne. Louis le Hutin légua dix mille livres 
aux fils de-Marigny. Charles de Valois, dans sa dernière 
maladie, crut devoir, pour le bien de son âme, réhabiliter 
sa victime. Il fit distribuer de grandes aumônes, en recom- 
mandant de dire aux pauvres : « Priez Dieu pour Monsei- 
gneur Enguerrand de Marigny, et pour Monseigneur 
Charles de Valois. » 

La meilleure vengeance de Marijpiy, c'est que la roya#Ué, 
si forte sous lui, tomba après lui duns la plus déplorsfble 
faiblesse. Louis le Hutin, ayant besoin d'argent pour la 



SES TROIS FILS. — PROCÈS. — INSTITUTIONS. 4ô3 

guerre de Flcndre^ traita comme d'^al à égal avec la ville 
de Paris. Les nobles de Champagne et de Picardie se bâ- 
tèrent de profiter du droit de guerre privée qu'ils venaient 
de reconquérir, et firent la guerre à la comtesse d'Artois, 
sans s'inquiéter du jugement du roi qui lui avait.adjugé ce 
fiet Tous les barons s'étaient remis à battre monnaie. 
Charles de Valons, l'oncle du roi, leur en donnait l'exem- 
ple. Mais au lieu d'en frapper seulement pour leurs terres, 
conformément aux ordonnances de Philippe le Hardi 6 
de Philippe le Bel, ils faisaient la fausse monnaie en grand 
et lui donnaient cours par tout le royaume. 

U fallut bien alors que le roi se réveillât et revint au. 
gouvernement de Marigny et de Philippe le Bel. U décria 
les monnaies des barons (49 novembre 4345) et ordonna 
qu'elles n'auraient cours que chez eux ^. U fixa les rap« 
ports de la monnaie royale avec treize monnaies difiërentes 
que trente et un évéques ou barons avaient droit de frap- 
per sur leurs terres. Quatre-vingts seigneurs avaient eu ^«^ 
droit du temps de saint Louis. 

Le jeune roi féodal humanisé par le besoin d'argent ne 
dédaigna pas de traiter avec les ser& et avec les juifs. La 
fameuse ordonnance de Louis Hutin, pour l'afiranchisser 
ment des serfs de ses domaines, est entièrement conforme 
i celle de Philippe le Bel pour le Valois, que nous avons 
citée. « Comme selon le droit de nature chacun doit 
naistre franc ; et par aucuns usages et coustumes, qui de 
grant ancienneté ont esté entroduites et gardées jusques 
cy en nostre royaume, et par avanture pour le mefiet de 
leurs prédécesseurs, moult de personnes de nostre com- 
mun pueple, soient encheùes en lien de servitudes et de 
diverses conditions, qui moult nous desplait : Nous consi- 
dérants que nostre royaume est dit, et nommé le royaume 
des Francs, et vouUants que la chose eu vérité soit accor- 

• App., lia. 



451 50ITB DU KEGlfl |>B PUILUW LB SSL. 

dant au nom, et qœ la oondHion des gents amende de 
nous et la venue de nostre noavel g o uvc r nc m e at; far dé- 
libération de nostre grant conseil avons ordené et «rda- 
aons, que generawnent, par tont nostre royaume, de taat 
eomme ri peut appartenir à noœ -et à nos avceobsevo, 
telles servitudes soient ramenées à franehiseSy «^ à tons 
œus qui de origine, on andennelé, ou de nouvel par ma* 
nage, ou par résidence de Sens de serve cMditicn, 
eneheûes, ou pourroient esoboir ou lien 4e 
franchise soit donnée à bennes et ooovenaUes oondî- 
tions i. » 

fl est euriemc de veir le flls defliiKppe le Sel vanter «ux 
serft la liberté, tfais c'est peine perdue. Le marehaod a 
l>ean enfhar la voix et gresrir it mérite de sa manfliandiBe^ 
4eB pauvres serfs n'en veulent pns. Ils étaient trop pauvres, 
trop bumbles, trc^ conrt>és vers 'la terre. ^Hê avaienften* 
foui dans oette terre quelque manvonse pièee ^ 'monnaie, 
ils n'avaient garde dei'en tirer poiv a^dheter «n p a tr che * 
min. En vain le roi se fâche 'de Hes «voir «mé a w m attre 'une 
teHegiéoe. Il 'finit par ^onlonn^rans oommissaiFes,'(Aargés 
de l'aflninchiBsement , d^eslimer im Viens dtss seifi «qui 
aimeraient mieux « demeurer en laclieli¥ité<deservitnde,t 
et les taxent « si suflSsamment et ai grandement, oomme 
la oondîtion %t riofaesse des personnes iponrront borasie* 
ment aouirir et la nécessité de notre gnerre le •requiert. • 

C'est toutefois un grand spectacle de voir prononeer dm 
iiautda trône la 'proclamation du droit împresoriplible d# 
tout homme à la liberté, les serfc n'aobètent pas, mais ils 
se souviendront et de-cette leçon Toyale , et du dangereux 
appel qu'elle contient contre les seigneurs*. 

Le règne court et <obsoar de Philippe le hfmgm^eA guère 

•Ord.J, p. S83. 
« App., 129. 



SBS TROIS FILS. — PBocàs. — msimmoNS. 4ft& 

HOportairt pour le droit public de la Franoe ^joe-ce* 
lai mâme de Philippe le Bel. 

D'abord xon avteement à la couronne trancliB nao 
gnoide qoesftmii. Louis Butin laissant sa femne enceinte, 
Mm frère Philippe est réguà et curateur an veaire. L'eo- 
ftnt meurt en naissant, PhSqtpe se isit mi au prédise 
d'une fille de .fion ftère. La chose semblait d^aulant plus 
snrpreiutnis tpie Philippe le Bal ;auait soutenu ie drdit'deB 
femmes dans les .sneoessions 4e ftaaoh&-Coaiké ^et d'Âf-* 
Sois. Les bavons taraient voulu «pie les filles fussent 
CKchns^es fiefs et^futeHes auoeédassentii b eouroiiBeda 
France ; leur chef, Charles de ¥4dois, favorisait sa petite-» 
nièce ecnt» Philippa^aonaiavau ^. 

Philippe assemUa les £tatB^ et fagaa sa cause, qui au 
fond était bonne, par des rusons absui^des. fl allégua en 
aa feveur-la neille loi aUemande des Francs qui eaehnît lea 
filles de .la im saUque. B soutint que la comomie dn 
Fraoee était un trop noUe fief pour tomisr en gnsnoMÎUs, 
argument féodal dont Teifet Ait pourtant de ruiner la iéo- 
dalité. Tandis 40e le progrès de réquilé civile, i'intro* 
dneiion dn 4ink romain, ouvraient leseunoessiDns aux 
files, cpie Jes fiefr devenaient féminins et paesaieiit de 
bouDe ^en InBtûUe, la couwmne ne sortit point de la même 
mainmii immnaUs aujuUieu de la mobilité universelle. La 
maison de France locesaii dndefamrs la femme, rélément 
mobile et variaUa, ornais elle conaerTait dans la série des 
mâles riment fiie 'de la liiniHe, Fiésntité du pater-- 
familias. La fèm^me elmay de nom et de pénates. L'homme 
habitant la demeure dea aïeux, reproduisant leur nom, est 
porté à 9nma leurs errements. Cette transmission n^ 



« • KUmB^ ferma à ^«k qifan nèis «prds la rnaii et trais X, il 
InmYa ion oncle, le comte de Valois, à la \èie d'au parti prêt à lui dis- 
p«ter la régence. La boargeoi.«ie de Paris prit les armes sooj la conduite 
de Gaacb«r de Ch&litlon, et chassa le? soldats du comte de Vateis, qui 
•'étaient déjà emparés du LouTre. » Féiibieo.- 



456 SUITE DU RÈGNE DE PHILIPPi LE BEL. 

variable de la couronne dans la ligne masculine a donné 
plus de suite à la politique de nos rois ; eUe a balancé 
utilement la légèreté de notre oublieuse nation. 

En repoussant ainsi le droit des filles au moment même 
où il triomphait peu à peu dans les fiefs, la couronne 
prenait ce caractère, de recevoir toujours sans donner 
jamais. A la même époque, une révocation hardie de toute 
donation depuis saint Louis i, semble contenir le principe 
de l'inaliénabilité du donoaine. Malheureusement l'esprit 
féodal qui reprit force sous les Valois à la faveur des 
guerres, provoqua de funestes créations d'apanages, et 
fonda au profit des branches diverses de la famille royale, 
une féodalité princiëre aussi embarrassante pour Charles YI 
et Louis XI, que Tautre l'avait été pour Philippe le Bel. 

Cette succession contestée, cette malveillance des sei- 
gneurs, jette Philippe le Long dans les voies de PhiKppe 
le Bel. H flatte les villes, Paris, l'Université surtout, la 
gravide puissance de Paris. 11 se fait jurer fidélité parles 
nobles, en présence des maîtres de V Université qui ap^ 
prouvent >. Il veut que ses bonnes villes soient garnies 
d* armures ; que les bourgeois aient des armes en lieu sûr ; 
il leur nomme un capitaine en chaque baillie ou contée 
(1316, 42 mars). Senlis, Amiens et le Yermandois, Caen, 
Rouen, Gisors, le Cotentin et le pays de Caux, Oriéans, 
Sens et Troyes, sont spécialement désignés. 
' Philippe le Long aurait voulu (dans un but, il est vrai, 
fiical) établir l'uniformité de mesures et de monnaies; 
mais ce grand pas ne pouvait se faire encore >. 

Il fait quelques efforts pour régulariser un peu la comp- 
tabilité. Les receveurs doivent, toute dépense payée, envoyer 
le reste au Trésor du roi, mais secrètement, et sans que 
personne sache f heure ni h jour. Les baillis et sénéchaux 



* App„ 130. 

• Coiit. ti. do Ndng. — < App„ 131. 



S£S TROIS FILS. — PROCÈS. — INSTITUTIONS. 157 

doiTent venir compter tous les ans à Paris. Les trésoriers 
compteront deux fois Tannée. L'on spécifiera en quelle 
monnaie se font les payements. Les jugeurs des comptes 
jugeront de suite.... Et k roi ioura combien Uaà recevoir. 

Parmi les règlements de finance, nous trouvons cet 
article : « Tous gages de» chastiaux qui ne sont en frontière, 
cessent du tout des-ores-en-avant ^ » Ce mot contient un 
fidt immense. La paix intérieure commence pourlaFrance, 
au moins jusqu'aux guerres des Anglais. 

La garantie de cette paix intérieure, c'est l'organisation 
d'un fort pouvoir judiciaire. Le Parlement se constitue. 
Une ordonnance détermine dans quelle proportion les 
clercs et les' laïques doivent y entrer; la majorité est 
assurée aux laïques. Quant aux conseillers étrangers aux 
corps et aillés temporairement, Philippe le Long répète 
l'exclusion déjà prononcée, contre les prélats,* par Philippe 
le Bel : c II n*aura nulz Prélaz députez au Parlement, car 
le Roy fait conseknce de eus empeschier ou gouvernement de 
leurs experituautez. » 

Si l'on veut savoir avec quelle vigueur agissait le Par- 
lement de Paris, il faut lire, dans le continuateur de Nangis, 
l'histoire de lordan de Lille, c seigneur gascon fameux par 
sa haute naissance, mais ignoble par ses brigandages. . . » 
H n*en avait pas moins obtenu la nièce du pape, et par le 
pape le pardon du roi. U n*en usa que c pour accumuler 
les crimes, meurtres et viols, nourrissant des bandes 
d'assassins, ami des brigands, rebelle au roi. U aurait* 
peut-être échappé encore. Un homme du roi était venu le 
trouver ; il le tua du bftton même ôii il portait les armes 
du roi, insigne de soa ministère. Appelé en jugement, il 
vînt à Paris suivi d*un brillant cortège de comtes et de 
barons des plus nobles d'Aquitaine... Il n'en fut pas moins 
jeté dans les prisons du Chàtelet, condamné à mort par les 



IBS aain du règxs ds psilim* lb iol. 

Mattrea du Parlement, el, la Teiile* ée iet Trinité, tnlsé à 
la queae des elievauxet peada au oommon paflttmkure *^ 

Le Parlement qui défend si wgourauHeaient rhomisnr 
du rai),, aal lai-indine un- vrai rei sous le lappoot jndioiai». 
Il poirtie: le ceatume nayal; hi langue tobt, âavpomqiEe et 
rberinîna.Gen'e9t.piiBv eommeUNaemUevi'ombre, TefOgie 
du roi ; c'est plutôt sa pensée, sa ^onté eonstante, 
immuable et vraiment royrie; Le mi Tsat^pup la justice 
suive son cours : « Non eonttestant foules oonoesiions, 
ordonnances, et lettrea reyaun. à «s oontraôe. » Ainsi le 
roi se défie da roi, il se reeoonalti mieux en;son» Parlement 
qu'en lui-même* H disting:ue eni lui' un double camctàna; 
il se senti roi, et it se seiitheHnne,etle:rai.oiidonneds 
désob^ à llbomnie. 

Beaucoup de textes d'ordeammces em ee senhonaROt 
la sagesse, dbs conseitters qui les dictfarent. Le nAdhemstie 
k mettre une bairrière à sa lîbétaUté. ILeocprime la erainte 
que l'on n'arradie des dons «eneesaifli àsnfiûUesse^.à son 
inattention ; que pendant qu'il dort eu repose; le privilège 
-ei l^Murpation ne seunt que tr^ bien éûillés >. 

jyoeiï, en. i348, il parie de oertakui teiitt fiedsuK: 
€ ..« lesqneb en: noua demanda JOEUvmtf, et sont de plus 
^aade valeur fue noua ntf^irsgam^nou&dnvensétre av isée^ 
ai cpielqu'im: nous les demande K a 

ÂilVeuin, il reeommande> aux nceneua» de fiavenk 
peisanne* des Eecettes^ exlrMidineinai^ mê. « avemnass qni 
nous éehoironik, à ^guantNtena^raûtàmr élire rspd^Âe^lu 

Ces Auenx de faiblesse et d'ignMsnee qne les^conseilieR 
du^Dcd lui faisaient fure, peu être à naffs, nfevsoni pas 
moins^ nespeotables^ IL seâsble; qne la. sojualé noovelb, 
duveaue te«t d'un coup la provldeace d'un: peuple, sentfe 



< Contin. G. de Nang. 
•iipp., 133. — » App, 131. 



SES TtfOIS F&». *— PROCÀS. — UfSTflUTIONS. 459 



la diB]Mroporiîoii de ses iftoyei» et de ses dsvoirs* Ce con- 
traaie se nanpie d'une manière bîuim dans l'ordonnanûe 
ée Vhiqppe^ Ib Long : Sur le gouvernameat de sonhostel 
et le bien de smî royaume. Il étabfit d'abord, dans un noble 
yrénMboie «fue Messîre Bieu a kistitné lea^ oolssur la terre, 
poor que bits onlosnés>6n> hmm personnes, ils ordonnent 
et geweraeni dûment leur royaume. Il annonce ensuite 
ipi'il entend 1& mease tous las matinsv. et défend qa'on 
rinlemimpe pendant k même pour lui pcéseater des re- 
quêtes. NnUe pecaonae ne pourra lui parler à la chapelle: 
« Si ce n'estoit notae confessenr, lequel pourra parier à 
noua des cboaea qui tencheront notre conscience. » Il 
ponmMiit ensuite à. la gaarde de sa personne royale : • Que 
nulle personne mescongûe, ne garçon de petit estât, ne 
entre en notve garder-robe, ne mettent main, ne soient, à 
Bostfe bt faire:, et qn!on n'i sofire mettre draps estrangers. v 
La terreur des empokcmnemenla et des malélees est un 
trait de cette époque. 

Après ces détails de ménage, viennent des règkmeels 
eur le conseil, le trésor, le domaine, etc. L£tai apparaît 
ici comme un simple apanage royal, le royaume oaauee 
■B ace ca s oi ae de ÏHotêe] ^. — On aaab partout la petite 
aegeaae des fftf»dm roi^. ceitJbb bonnâtetè bourgeeise, eiaele 
et aemipoleuse dans le menu, flexible dans le grand. Nul 
doQle qne cette onlonnanee ne noua donne TidéaLdela 
royaoÉé, selonles-gens dérobe, le modUe qu'ils présentaient 
en roi fiodal poor em fkiœ an Trai roi comme ils le conce- 
▼aîcBt 

Ces essais estimaUes d'ordre et de gouvernement ne 
changeaient rien aux soufirances du peuple. Sons Louis 
HutiS) une borcible mortalité avak enlevé, ditM)n, le tiers 
de la pofulaéen dn Noed K La géante de Flandie avait 

« Arp., 135. — * Coni. G. de Naog. 



460 SUITE DU RÈGNB DB PHILIPPK LB BBL. 

épuisé les dernières ressources du pays. En 4320, il fallut 
bien finir cette guerre.- La France avait assez à faire chez 
elle. L'excès de la misère exaltant les esprits, un grand 
mouvement avait lieu dans le peuple. Conune au temps de 
saint Louis, une fouie de pauvres gens, de paysans, de 
bergers onpastoureaux,ùomme on les appelait, s'attroupent 
et disant qu'ils veulent laller outre -mer, que c'est par eux 
qu'on doit recouvrer la Terre-Sainte. Leurs cheEs étaient 
un prêtre dégradé et un moine apostat. Us entraînèrent 
beaucoup de gens simples, jusqu'à des enfants qui fuyaient 
la maison paternelle. Ils demandaient d'abord ; puis ils 
prirent. On en arrêta ; mais ils forçaient les prisons, et 
délivraient les leurs. Au Chàtelet, ils jetèrent du haut des 
degrés le prévôt qui voulait leur défendre les portes ; puis, 
ils s'allèrent mettre en bataille au Pré-aux-Clercs, et sor^ 
tirent tranquillement de Paris ; on se garda bien dé les 
en empêcher. Il s'en allèrent vers le Midi, égorgeant par^ 
tout les juifs, que les gens du roi tâchaient en vain de 
défendre. Enfin à Toulouse, on réunit des troupes, on 
fondit sur les pastoureaux, on les pendit par vingt et par 
trente ; le reste se dissipa ^. 

Ces étranges émigrations du peuple indiquaient moins 
de fanatisme que de souffrance et de misère. Les seigneurs, 
ruinés par les mauvaises monnaies, pressurés par l'usure, 
retombaient sur le paysan. Celui-ci n'en était pas encore 
au temps de la Jacquerie ; il n'était pas assez osé pour se 
tourner contre son seigneur. 11 fuyait plutôt, et massacrait 
les juifs. Us étaient si détestés, que beaucoup de gens se 
scandalisèrent de voir les gens du roi prendre leur dé- 
fense. Les villes commerçantes du Midi les jalousaient 
cruellement. C'était précisément l'époque oii, cx>mme finan- 
ciers, collecteurs, percepteurs, ils commençaient à régner 
sur l'Espagne. Aimés des rois pour leur adresse et leur 

« App., 13S. 



SIS TROIS nLS. — PROCÈS. — INSTITUTIONS. 46f 

servilité, ils s'enhardissaient chaque jour, jusqu'à prendre 
le titre de Don. Dès le temps de Louis le Débonnaire, l'é- 
voque Agobart avait écrit un traité : De insolentià Judaec- 
nun. Sous Philippe-Auguste, on avait vu avec étonnement 
un juif bailli du roi. En 4267, le pape avait été obligé de 
lancer une bulle contre les chrétiens qui judaïsaient ^ 

Philippe le Bel les avait chassés; mais ils étaient rentrés 
à petit bruit. Louis Hutin leur vivait assuré un séjour de 
douze ans. Aux termes de son ordonnance, on doit leur 
rendre leurs privilèges, si on les retrouve ; on leur resti- 
tuera leurs livres, leurs synagogues, leurs cimetières, si- 
non le roi les leur payera. Deux auditeurs sont nommés 
pour connaître des héritages vendus à moitié prix par les 
juifs dans la précipitation de leur fuite. Le roi s'associe à 
eux pour le recouvrement de leurs dettes dont il doit avoir 
les deux tiers' . — Les nobles débiteurs qui avaient eu le 
crédit d'obtenir de Philippe le Bel qu'on cesserait de re- 
chereher les créances des juifs, se voyaient de nouveau à 
leur merci. Les écritures des juifs faisant foi en justice, ils 
pouvaient à leur gré désigner au fisc ses victimes. Le juif, 
ulcéré par tant d'injures, était à môme de se venger, au 
nom du roi. 

La vieille haine étant ainsi irritée, enragée, par la crainte, 
on était prêt atout faire contre eux. Au milieu des grandes 
mortalités produites par la misère, le bruit se répand tout 
à coup que les juifs et les lépreux ont empoisonné les fon- 
taines. Le sire de Parthenay écrit au roi, qu'un grand lé- 
pret:x, saisi dans sa terre, avoue qu'un riche juif lui a 
donné de l'argent et remis certaines drogues. Ces drogues 
se composaient de sang humain, d'urine, à quoi on ajou- 
tait le corps du Christ ; le tout séché et broyé, mis en un 
sachet avec un poids, était jeté dans les fontaines ou dans 
les puits. Déjà, en Gascogne, plusieurs lépreux avaient été 

t Afp., 137. — « Ord., I, p. 595. 

m. il 



provisokpeaieiii brMéSi Le vor, .eAmyé do noinrêaii motiTe* 
nient qui se préparait^ revint pràcipîlanaiêiit de Poitou en 
Fcanesi ordonoanique les iépretn fasseat partoot arrêtés. 

Personne ne doulait de cet horrible accord entre les 
lépreax et les juib. « Noiia-«Qéniesi, dit le cltfonîqtieurdo 
temps, en Poftoii, dans on iKMirgde Aotnecvasselagéy noas 
avons 4e nos yeuxtvu- iin.-de eeasachet»/Une léiprfme qui 
passaity cntignantd'étrafinse, jeta-derrièreelle an chiffon 
lié qui fut . aussitôt poftéen justioe^ et Ton y trouva une 
tête* de couleuvre, des pattes itde 'cr«|pKud,- et eonnna des 
cheveux de femme enduits d'une liqueur noire et 'puante, 
chose horrible à voir^età^sentir. Leteut misdaas an ^nd 
feu,. ne put brûler, preuve s^rre qm>e*était"un violentpoi- 
son... Il y eut bien des diseaurs^ ibien des epimons. La 
plus probable, c'est que le roi des Maures de Grenade, se 
voyant avec douleur si souvent' battu, imagina^de s'en 
venger en uiachtnaat. ave» les jnife la perte destèirdtiens. 
Jtfais les ittife, trop suspects eux^oièmes, s'adressèrent ^ux 
lépreux... Ceux-ci, le diable, aidant, furent persuadés par 
les juifs. Les principaux lépreux tinrent quatre cofteiles, 
pour ainsi parler, et le diable, par les juifs, leur fit enten^ 
dre que, puisque les lépreux étaient réputés personnes si 
objectes et comptée' poar^riea)' il ' serait 'i)on- de faire en 
sorte que tous leschrét&ens^moaruaseDt ou devinssent lé- 
preux. Gela leur plut à tous^ chacun,; de retour, le redit 
i^ux autres. . . Un grand nombre leurrés par de fausses pro* 
messes- de royaumes,! oomtéa^' et autees biens 'temporels** 
disaient et croyaient" feroMneat que la chose se ferait 
ainsi'. » 

La vengeaaae du raileGiMaieest'éfidemmentftbU'- 
leuse. La culpabilité des .jinflvest improbable^; ils étaient 
iilors fevorisés du roi, et l^ure leur fournissait une ven- 
jgeance plua «utile. Quaataux lépreux; le récit n'est nas si 

4 App,, 133. 



SES TROIS FILS. — PROCiS. — iNSTITUTKOSiS. 463 

étrange que loDt jagé les historieas modernes. De coupa- 
bles folies pouvaient fort bien tomber dans Tespri^t de Ge$ .. 
tristes solitaires. L'accusatiûa était du moins spécieuse. 
Les juifa et les lépreux avaient un trait commun aux yeux 
du- peuple, leur saleté, leur vie à part. La maison du lé- 
preux n*était paamoins mystérieusa^et mal famée.que celle . 
du juif. L'esprit omteageuxde ces temps s'efTaivoucbait.d^ 
tout mystère, comme un enfant qui ja peur la nuit* et qui,. 
Irappe d*autant plus fort ce qui lui tombe sous la main. . . . 

L'institution des léproseries, ladreries^ maladi^erîies^ cfi 
sale résidu des croisades, était mal vue» ipal voulue, tout 
comme Tordre du Temple, depais qu'il a y avait, plus rien . 
à faire pour la Tenrre-Sainte.Les lépi^ux^eux^méines^ déT 
sormais sans doute négKgés, avaienèdû perdîe la résigjaar 
tion religieuse qui, dans les siècles précéé&f^k l^ur faisait 
prendre en bonne part la mort anticipée à laquelle on les . 
condamnait ici-bas. 

Les rituels pour la séqaèstralioa'des lépreux différaiejot 
peu des officesdes morts: Sur deux tréteaux devant Vautel, 
on tendait un drap noir, le lépreux dvessé se tenait dessous 
agenouillé, et y entendait dévotement la messe. I^ prêtre» . 
prenant un peu de terre dans son manteau, en jetait sur , 
Fun des pieds du lépneux^ Puis il le mettait hors de 
rËglise, s'il ne faisttU trop fort temps de i^ie ; il le menait ' 
à sa maisonnette au milieu des ebamps^ et lui faisait les 
défenses : t Je te défends que tu' n'entres en TégUse... ne 
en compagnie de gens. Je te défends que {u ne voises hors 
de ta maison sans ton bafait de ladre, eUv » Et ensuite : 
« Recevez cet babit, et levestez ea signe d'humilité... 
Prenez ces gants... Recevez cette cliquette en signe qu'il 
vous est défendu de parler aux personnes, €tc. .Vous ne 
vous fâcherez point poW' être ainsi sépara 4es autres... Et 
quant à vos petites nécessités, les gens de bien y pour- 

I App., 189. ' 



i6l SUITE DU RÈGNE DE PfltLIPPS LK BEL. 

voyront, et Dieu ne vous délaissera... > On lit encore dans 
un vieux rituel des lépreux ces tristes paroles : < Quand il 
avendra que le mesel sera trespassé de ce monde, il doit 
être enterré en la maisonnette, et non pas au cimetière^. » 

D*abord on avait douté si les femmes pouvaient suivre 
leurs maris devenus lépreux, ou rester dans le siècle et se 
remarieri L'Ëglise décida que le mariage était indissoluble ; 
elle donna à ces infortunés cette immense consolation. 
Mais alors que devenait la mort simulée? que signifiait le 
linceul ? Ils vivaient, ils aimaient, ils se perpétuaient, ils 
formaient un peuple... Peuple misérable, il est vrai, en* 
vieux, et pourtant envié... Oisifs et inutiles, ils semblaient 
une charge, soit qu'ils mendiassent, soit qu'ils jouissent 
des riches fondations du siècle précédent. 

On les crut volontiers coupables. Le roi ordonna que 
ceux qui seraient convaincus fussent brûlés, sauf les lé- 
preuses enceintes, dont on attendrait Taccouchement ; les 
autres lépreux devaient être enfermés dans les léproseries. 

Quant aux juifs, on les brûla sans distinction, surtout 
dans le Midi. « A Chinon, on creusa en un jour une grande 
fosse, on y. mit du feu copieusement, et on en brûla cent 
soixante, hommes et femmes, pôle-méle. Beaucoup d'eux 
et d'elles, chantant et comme à des noces, sautaient dans la 
fosse. Mainte veuve y fit jeter son enfant avant elle, de 
peur qu'on ne l'enlevât pour le baptiser. A Paris, on brûla 
seulement les coupables. Les autres furent bannis à tou* 
jours, quelques-uns plus riches réservés jusqu'à ce qu'on 
c onnût leurs créances, et qu'on pût les affecter au fisc royal 
avec le reste de leurs biens. Il y eUt pour le roi environ cent 
cinquante mille livres. » 

a On assure qu'à Vitry, quarante juifs, en la prison du 
roi, voyant bien qu'ils allaient mourir, et ne voulant pas I 

< Ce n*ëtait point cependant nn signe de réprobation* Uort au monde, 
il semblait aroir fait son purgatoire ici -bas; et en quelques lieux on cd- 
lébrait sur loi l'office du confesseur : « Os jusii meditabîtor sapientiam./ 



SB5 mois rir.s. — procès. — institutions. lO) 

tomber dans les mains des incireoncis, s'accordèrent una- 
nimement à se faire tuer par un de leurs vieillards qui 
passait poyr une bonoe et sainte personne, et qu'ils appe- 
laient leur père. Il n'y consentit pas, à moins qu'on ne lui 
adjoignit un jeune homme. Tous les autres étant morts, les 
deux restant, chacun voulait mourir de la main de l'autre. 
Le vieillard l'emporta, et obtint à force de prières que le 
jeune le tuemt. Alors le jeune, se voyant seul, ramassa 
l'or et l'argent qu'il trouva sur les morts, se fit une corde 
avec des habits, et se laissa glisser du haut de la tour. 
Mais la corde était trop courte, le poids de l'or trop lourd, 
il se cassa la jambe, fut pris, avoua et mourut ignomi- 
nieusement ^. 

Philippe le Long ne profita pas de la dépouille diBs lé- 
preux et des juifs plus longtemps que son père n*avait fait 
de celle des Templiers. La même année 43â1, au mois 
d'août, la fièvre le prit, sans que les médecins pussent de- 
viner la cause du mal ; il languit cinq mois, et mourut, 
c Quelques-uns doutent s'il ne fut pas frappé ainsi à cause 
des midédictions de son peuple, pour tant d'extorsions 
inouïes, sans parler de celles qu'il préparait. Pendant 
sa maladie, les exactions se ralentirent, sans cesser entiè- 
rement. » 

Son frère Charies lui succéda, sans plus se souder des 
droits de la fille de Philippe, que Philippe n'avait eu égard 
à ceux de la fille de Louis. 

L'époque de Charles le Bel est aussi pauvre de faits pour 
la France, qu'elle est riche pour l'Allemagne, l'Angleterre 
et la Flandre. Les Flamands emprisonnent leur comte. 
Les Allemands se partagent entre Frédéric d'Autriche et 
Louis de Bavière, qui fait son rival prisonnier à Mulbdorf. 
Dans ce déchirement universel, la France semble forte par 

i App., 140. 



465 SUITE DU RÈGNE DE PHILIPPE LE BEL. 

cela seul qu'elle est une. Charles le Bel intervient en faveur 
du comte de Flandre. Il entreprend, avec Taîde du pape, 
de 86 faire Empereur. Sa sœur Isabeau se fait effectivement 
reine d'Angleterre par lo m^irtre d'Edouard II. 

Terrible histoire qiteœUe des enfants de Philippe le Bel t 
Le fils aîné fait mourir sa femme. La-âUe fait mourir son 
mari. 

Le roi d'Angleterre, . Edouard II, né parmi les victoires 
de son/ père et promis aux • Gallois pour réaliser leur 
Àithur, n'en^tait pas moins toujours battu. En France, il 
laissait entamer la Guyenne et promettait de venir rendre 
hommag6w\Eda Angleterre, il était «malmené- par Robert 
Bruce ; mais il le poursuivait en cour de Rome. R avait de- 
mandée au pape s*il pouvait , sans péché, se frotter d'une 
huile merveilleuse, qui donnait du courage. Sa femme le 
méprisait: Mais ihn'aimait pas les femmes; il se consolait 
plutôt de sesimésmveiitures avee de heaux jeunes gens. La 

> reine, par i^eprésailleS) s'élait^livrée au baron Mortimer. 
Les barons, qui détestaientJes mignons du roi, lui tuèrent 
d'abord son* brillant Gaveston, bardi Gascon, beau cavalier, 

..qui s'amusait dans les tournois à jeter* parterre les- plus 
graves'lerds, les plus nobles seigneurs: Speûcer, qui suc- 
céda à Gaveston, ne fut pas moins ha!. 

L'Angleterre se trouvant désarmée par ses discordes, le 
•ror de FMnesfiiofitardu jnomettt, el s^empara de l' Agénois^. 
isabesuiviBl en-FiMwice avee son jeçne fils,* pour réclamer^ 
disait-elle. Mais c*est contre «on mari qu'elle réclama. 
GhaBie6!lti>Bel,viieȴ0filant pas s'embarquer en son nom 

> dana^uie affinr&ansbif hasardeuse qu'une invasioh de l'An- 
gleterre^ défèndil k ses chevaliers de prendre le parti de 

1 latrainet. Il At^méme^i^oire qu'il voulait l'arrêter et la 
«learaoyer à eonimart. En vrai file de Philippe le Bel, il ne 
:daiidMinft{Nis4'apinées mais^e Taisent pour en avoir une. 

• Àpp., 141. — * App.s 142. 



SES TROIS riLS. — PROCES. -^ fflSTinJTIONS. < 167 

Cet argent foi prêté par les Bardi^ banquiers florentins. 
D'autre part, le roi de France envoyait des tioupes en 
Guyenne ponr r^rimer, èinit^il, «quelques awatucters 
gascons. 
Le comte dé Hainaut donna sa^fille en «mariage au jeune 

' fils d'Isabeau, et le frère du comte se chargea de oonéuire 
k petite troupe qu'elle aivait levée. De grandes forées n'au- 
raient pu que nuire, en alavmant-les Anglais.- Edouard 
était d»rmé, livré ^'avance. Il «nvoya sa^tte lOOKtre 
elle; mais la flotfen'availigarâe'de.la'reaeontrer* It dé- 
pécha Robert de Watteville^avec des troupes, qui se réu- 
nirent àeHe. Il iis^lora lesgens de Londres ; ocux'-oiTé- 
pondirent prudemment «qu'ils avaient privilège de. ne 
point sortir en batailie; qu'ikne roœvraient pas d'étran- 
gers, niaiS'bieaTolontiera)»roi,laMÎaieetieprince royal. » 
Non moina prudemment les gens d'égUse accueillaient la 
reine à son arrivée. «L^arclMvéque de^rGaatorbéry prêcha 
sur ce texte : c La voix du peuple est la. voix de Dieu. » 
L'évéque d*Hereibrd sur cet autre : « C'est au clief:que j'ai 
mal, CapwtHwmméoleoK » fisfin, VevAque d'Oxfturdprit le 
' texte de la Genèse: « Je mettimt inimitié entra toi eÉ la 
femme, etellet^éeraseralatéts. » Prophétie bomiaîdtiJiui 

■ se vérifia. 

CependaM la reine «s'amngatt^wecaonifib et ssipetite 

' treup^ ^EMe «venait c am M e une » iaamie - malheuraMSe j qui 

- veui seutaneauéloignefl da^soo» flaari lesimauMsisaxiitseil- 
^eia ^HefeÊêent. S tU ià g f a ndefitiédetiaiveig abddtaite 

• et^SKéptorée. gjeut le^aondftétoitupawicilit. JHtoetifcbisiitôt 

^> entre sea^mains «Edouard et Spencer, te lui: amena? ce 
Spenoe^ quiellé Miseail tant: eDe en^raseasiai ses>yeux. 

' Puia^devanilafialais, sous4e6<n>isées*de.lareintf( ofrlui 
Atsttbirs spvanl la moHi ■d'ohsoènaa.mutilatinns. 

1 11 ooDcluait que le seul moyen de itt'iirle corps était de hii eoapai 
feCéta. 



N 



468 SUITS DO RÈGNB DB PHILIPPB LB BBL. 

Pour le moment, elle n'osait pas en faire plus. Elle avait 
peur, elle tàtait le peuple, elle ménageait son mari. Elle 
pleurait, et tout en pleurant elle agissait. Mais rien ne 
semblait se faire par elle, tout par justice et régulièment 
Edouard était resté en possession de la couronne royale; 
cela arrêtait tout. Trois comtes, deux barons, deux évo- 
ques et le procureur du Parlement, Guillaume Trussd, 
vinrent au chftteau de Kenilworth, faire entendre au pri* 
aonnier que s*il ne se dépêchait de livrer la couronne, il 
n'y gagnerait rien, qu'il .risquerait plutôt de (aire perdre 
le trône à son fils, que le peuple pourrait fort bien choisir 
un roi hors de la famille royale. Edouard pleura, s'évanouit 
et finit par livrer la couronne. Alors le procureur dressa 
et prononça la formule, qu'on a gardée comme bon précé- 
dent : c Moi Guillaume Trussel, procureur du Parlement, 
au nom de tous les hommes d'Angleterre, je te reprends 
Thommage que je t'avais fait, à toi, Edouard. De ce temps 
en avant, je te défie, je te prive de tout pouvoir royal. 
Désormais, je ne t'obéis plus comme à un roi. » 

Edouard croyait au moins vivre ; on n'avait pas encore 
tué de roi. Sa femme le flattait toujours. Elle lui écrivait des 
choses tendres, elle lui envoyait de beaux habits. Cepen- 
dant un roi déposé est bien embarrassant. D'un moment à 
l'autre il pouvait être tiré de prison. Dans leur anxiété, 
Isabeau et Mortimer demandèrent avis à l'évêque d'He- 
reford. Us n'en tirèrent qu'une parole équivoque : Edwar- 
dum occidere nolUe Umere bonum est. C'était répondre sans 
répondre. Selon que la virgule était placée, ici ou là, on 
pouvait lire dans ce douteux oracle la mort ou la vie. Ils 
lurent la mort. La reine se mourait de peur tant que 
son mari était en vie. On envoya à la prison un nouveau 
gouverneur, John Maltravers ; nom sinistre, mais l'homme 
était pire. 

Maltravers fit longuement goûter au prisonnier les affres 
de la mçrt ; il s'en joua pendant quelques jours, peut-être 



SES TBOIS FILS. — PROCÈS. — INSTITUTIONS. 189 

dans l'espoir qu'il se tuerait lui-même. On lui faisait la 
barbe à Feau froide» on le couronnait de foin ; enfin, comme il 
8*obstinait à vivre, ils lui jetèrent sur le dos une lourde porte, 
pesèrentdessus, etrempalèrentavecunebroche toute rouge. 
Le fer était mis, dit-on, dans un tuyau de corne, de ma- 
nière à tuer sans laisser trace. Le cadavre fut exposé aux 
regards du peuple, honorablement enterré , et une messe 
fondée. Il n'y avait nulle marque de blessure , mais les 
cris avaient été entendus ; la contraction de la face dénonçait 
l'horrible invention des assassins ^ 

Charles le fiel ne profita pas de cette révolution. Lui-même 
il mourut presque en même temps qu'Edouard, ne laissant 
qu'une fille. Un cousin succéda^ Toute cette belle famille de 
princes qui avaient siégé prè^ de leur père au concile de 
Vienne était éteinte, conformément à ce qu'on racontait 
des malédictions de Boniface. 

• ^pp., 143. 



LIVRE VI 



CHAPITRE PREMIER 



LMogleterrc. — Philippe de Valois. t328-13i9. 



Cette mémorable époque, qui met TAngleterre si bas et 
la France d'autant plus haut, présente néanmoins dans les 
deux pays deux événements analogues. En Angleterre, les 
barons ont renversé Edouard II. En France, le parti féodal 
met sur le trône la branche féodale des Valois. 

Le jeune roi d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel 
par sa mère, après avoir d'abord réclamé, vient faire hom- 
mage à Amiens. Mais l'Angleterre humiliée n'en a pas 
moins en elle les éléments de succès qui vont bientôt la faire 
prévaloir sur la France. 

Le nouveau gouvernement anglais, intimement lié avec la 
Flandre, appelle à lui les éli*angers. Il renouvelle la charte 
commerciale qu'Edouard I*' avait accordée aux marchands 
de toute nation. La France, au contraire, ne peut prendre 
part au mouvement nouveau du commerce.Un mot sur cette 
grande révolution. Elle explique seule les événements qui 
vont suivre. Le secret des batailles de Créci, de Poitiers est 
au comptoir des marchands de Londres, de Bordeaux et 
de Bruges. 



PBILfPPB DE VALOIS. Hf 

En 1 S91 , la Terre-Saînte est perdue, Fàge des <»iotsades 
* fini. En 1298*, le Vénitien Marco Polo, le Christophe Go- 
-lomb de TÂsie, dicte la relation d*un voyage, d'un séjour 
de vingt ans à la Chine et au- Japon ^. Pourlapreniitee 
fois, on apprend qu'à douze mois de mareheau delà- de 
Jérusalem, il y a des royaumes, des nations policées. Jéru- 
salem n'est plus le centre du monde, ni cehit de la pensée 
' humaine. L'Europe perd la Terre-'Sainte; mais «lie ^kri^la 
terre. v» 

' Eh<3i^4 , parait lé premier ouvrage d'éoosemie<|K)iîlique 
c/mMïtevc\k\e : Sécréta fidelium €ruei& ^s^P^^lo Vénitien 
•Sauuto. — Vieux titre, pensée nouvelle. L'auteiirpiiepose 
contre l'Egypte, non paawia croisade, mais phMélwi b)o- 
cuaioemmereial et maritime '. Ce livr^ est bizarite «dans la 
forme. Le passage des idées religieusesà oeHestdu-eom- 
inercé s^aceomplM gauchement. Le Vénitien, qui peait^étre 
ne veut que*rendre à Veiiî?e'ce qu'eUe'a.perdupar lai-re- 
tour des Grecs à'Constantîiiopie , -donne 4'«bord touaies 
textes sacrés qui recommandent au* -bon- chrétien la.con- 
" quéteide Jérusalem ; puis le catalogue ffaîftennè^destéiBees 
dont la Terrè-^Saifite ' est l'entrepôt» : poivre/ ^enoens , gin- 
gembre ; îlquaHfie les deurées et ieacotearliclepac article. 
U calcule aveeruiie prédskm admhpableJee finAs d«4tvansr 
port *, ^tc. 

'9iie grande ssroitiade ou i wm enee^etfelftitdaiMfje^mbnde, 
mais d'^uff-gaice tout nouveau. €eHe-ci-,^Mioi«s^péétkiue^ 

t CÊÊKtùk Qtàmvhe Aotonb» iL>e«l4«uoDairtdioctiiia. Jlèif Uiwlonr 
de Colomb mit fin à tous la» dsotes : ils commenoèrent. au retour dû 
Polo. Son tradacteur latin en appelle an témoignage dn père et de 
- l'onde de Polo, eontpagnons de soir fvyB%e. 

• > Marco* Fol»*' cmptif à Qéum, dtetail^aat' conipatl'iote» da CMplopbe 
• Colomb le livre qui inapira à ce 4ernier sa grande entri^prise. 

* Urredei séerett des fâèleê de la Croit, App,, 144. 

^ 11 montre la supériorité de la route d'Egypte sur celle d^ Syrie. 
Puis il propose contre le Soudan d'Egypte, non pas une croisade, maia 
on simple blocus. Le blocus ruinera la«aoiMiaB etpariaaila'lamonda 
mabomélan, dont l'Egypte estla-aiMir. -Àpfj^ÀM. 



M2 L ANGLETERRE. 

n'est pas en quête de la sainte lance, du Graal, ni deFem- 
ptre de Trébisonde. Si nqus arrêtons un vaisseau en mer, 
nous n*y trouverons plus un cadet de France qui cherche 
un royaume t, mais plutôt quelque Génois ou Vénitien qui 
nous débitera volontiers du sucre et de la cannelle. Voilà le 
héros du monde moderne ; non moins héros que l'autre ; 
il risquera pour gagner un sequin autant que Richard Cœur 
de Lion pour Saint-Jean-dAcre. Le croisé du commerce a 
sa croisade en tout sens, sa Jérusalem partout. 

La nouvelle religion^ celle de la richesse, la foi en l'or, a 
ses pèlerins, ses moines, ses martyrs. Ceux-ci osent et 
souffrent, comme les autres. Ils veillent, ils jeûnent, Hs 
s'abstiennent. Ils passent leurs belles années sur les routes 
périlleuses, dans les comptoirs lointains, à Tyr, à Londres, 
à Novogorod. Seuls et célibataires, enfermés dans des quar- 
tiers fortifiés, ils couchent en armes sur leurs comptoirs, 
parmi leurs dogues énormes'; presque toujours pillés hors 
des villes, dans les villes souvent massacrés. 

Ce n'étût pas chose facile de commercer alors. Le mar- 
chand qui avait navigué heureusement d'Alexandrie à Ve- 
nise, sans mauvaise rencontre, n'avait encore rien fait. Il lui 
fallait, pour vendre à bon profit, s'enfoncer dans le Nord, 
n fallait que la marchandise s'acheminât, par le Tyrol, par 
les rives agrestes du Danube, vers Augsbourg ou Vienne; 
qu'elle descendit sans encombre entre les forêts sombres 
et les sombres châteaux du Rhin ; qu'elle parvhit à Cologne, 
la ville sainte. C'était là que le marchand rendait grâce à 
Dieu K Là se rencontraient le Nord et le Midi ; les gens de 
la Hanse y traitaient avec les Vénitiens. — Ou bien encore, 
il appuyait à gauche. Il pénétrait en France, sur la foi du 
bon comte de Champagne. 11 déballait aux vieilles foires de 
Troyes, à celles de Lagny, de Bur-sur-Aube , de Provins *• 



i Dans la qaatrièma croisade. 

* Sartorlns. ~ * Ulmann. «- * Groalay. 



PHILIPPE DE VALOIS. 473 

Delà, en peu de journées, inaisnon sans risque, il pouvait 
atteindre Bruges , la grande station des Pays-Bas , la ville 
aux dix-sept nations ^ 

Mais cette route de France ne fut plus tenable, lorsque 
Philippe le Bel, devenu, par sa femme, maître de la Cham* 
pagne, porta ses ordonnances contre les Lombards, brouilla 
les monnaies , se mêla de régler l'intérêt qu'on payait aux 
foires *. Puis vint Louis Hutin, qui mit des droits sur tout 
00 qui pouvait s'acheter ou se vendre. Cela suffisait pour 
fermer les comptoirs de Troyes. Il n'avait pas besoin d'in- 
terdire, comme il fit, tout trafic « avec les Flamands, les 
» Génois, les Italiens et les Provençaux. » 

Plus tard, le roi derFrance s'aperçut qu'il avaittuésa poule 
aux œufs d'or. Il abaissa les droits, rappela les marchands 3. 
Mais il leur avait lui-même enseigné à prendre une autre 
route. Ils allèrent désormais en Flandre par l'Allemagne, 
ou par mer. Ce fut pour Venise l'occasion d'une navigation 
plus hardie, qui, par TOcéan, la mit en rapport direct avec 
les Flamands et les Anglais. 

Le royatime de France , dans sa grande épaisseur, res- 
tait presque impénétrable au commerce. Les routes étaient 
trop dangereuses, les péages trop nombreux. Les seigneurs 
pillaientmoins; mais les agents du roi les sftaient remplacés. 



tHallaro. 

* Les foires de Champagne étaient pins ancienaes que le comté même. 
11 en est fait mention dés l'an 427, dans nne lettre de Sidoine Apolli- 
naire à saint Loup. Elles se perpétuèrent toojonrs florissantes, sans que 
personne gênât leurs transactions. L'ordonnance de Philippe le^el est 
le iftre royal le plus ancien qui les concerne. 

* Voyez les ordonnances de Charles le Bel et de Philippe de Valois. 
Ce qui aehera la ruine des foires de Champagne, ce fut la ri? alité de 
Lyon. Quand eux tracasseries fiscales s'ajoutèrent les alarmes et les 
pillagas de la gnerre intérieure, Troyes fut désertée, et Lyon s'ouvrit 
comme on asile au commerce. 11 fallut abolir les foires de Lyon pour 
rendre quelque Tie aux foires de Champagne. En i486, des quatre foires 
de Lyon, deux furent transférées à Bourges et deux à Troyes; mais elles 
tombèrent dès que Ljon eut obtenu de rouTrir ses marchés. 



^ 



Ali L ANJLBTERRI. 

Pillé comoie un. marchand, était im mot pmvarbîal ' . La- . 

main royale coijvraittout; raaiswiJie,IaseBtait^èr«4iwi' 
par la griffe du fisc. Si l'ordre venait, e'étaiti^rtAaiaie uni- 
verselle. Le sel, l'eau, les rivières, lesioréta,le6^éa, les 
défilés, rien n'échappait à l'ubiquité fiscale. 

Tandis que les monnaies variaiaat coDtiBueUeoKDt «n 
France, elles changeaient peu en Ai^JeteErei Le mm de 
France avait échoué dans l'entreprise d'élabltrnlHiAiiw- ' 
mité des mesures. C'est un des.principaai erticles de;la;; 
charte que le roi d'Angleterre accord» aux étnaffera. Daas - 
cette charte, le roi déclare qu'il a grande :aoUi«iti*de4es 
marchands qui visitent ou habitent l'Aq^tAirej Alle-- 
mands, français. Espagnols, Portugais, Navarrûa, Lom- 
bardi, Toscans, Provençaux, CataUns, Gascons, Toukui-: 
sains, Cahorcins, Flamands, Brahoacoas, et autres. 11 leur 
assure protection, bonne et prompte justice, bon poida, 
bonne mesure. Les juges qui fer(mt tort à un DWfchand 
seront punis, même après l'avoir indemnisé.^ Les-étna»- 
. gers auront un juge à Londres, pour leur rendre iastico-' 
sommaire. Dans les causes cù ils seront intéressas,^ te jurf 
sera mi-parti d'Anglais et d'hommes de ieur nattoa-s. 

Même avant cette charte les étrangers afDuaiêot en An-, 
glelerre. Lorsqu'on voit qud essor le commerce y avait 
pris dès le xiu* siècle, on s'étonne peu qu'au xiv*, un 
marchand anglais ait invité et traité cinq rois ^. Les histo- 
riens du moyen &ge parlent du commerce anglais comme 
on pourrait faire aupurd'hui. 

B Angleterre, les vaisseaux àe Thsrsis, vantés dans 
l'Ëcrittire, pouvaient-ils se comparer aux. tlensî... Le&ar»- 

■ • ... Qu'ils eu Gueat t«iu profil ciMUM •j'int' aarchud. i CoK" 

> l'ea iprii, les prïTÎldgea drs villes i^ui Ruraient «nlnv^ ea -likn 
«omnierce sont décUréi nali el tau [are*. Le roi et lo.i Iwroni na ria> - 
qoiéiaiant paj à b uocumoM llM•élnn■■r*^DWIulau Aii|taift'(fl;v 
m r... App., m. 



L 



h 



PHILIPPI M VALOIS. \Ty 

mate»4'amveBl ides-quatte- climats du monde. PUans, 
Génois et Véaîtieiiflf^^iftt^nt le sofUr eM em^randeique . 
rouleni'.lfltt fleuireft du. Paradis. L'Asie pour la pourpre^ 
r Aftique powr le baume; rEspague- pour L'or, rAllegmgne 
pour rar^wt,. sont te&kuinbles'seprantas. la Baadre, ta ; 
file«se^4'a.tisaii.de ta laine derhatnts précieux. i La.£as^.. 
cogpe te verse ses vins. Les Mes- de rOurse aux*Hyades^ 
lOQtesi elles, l'ont mtNÏ.*^ Plus heuveuse, toutefois^ par ta 
fécondité ; les flaneaides nations -la bénissent^ léobaufEès. 
des toisons-doles.hrebisA t » 

La kîne^k viande, c'est ce qui' a fait primitiveneHBt ^ 
l'Angleterre et la race anglaise. Avanl* d'^Ire pomr' ie 
monde la^grande manufiaetwa'des fers et des tissus, l'An^ 
glet^ee a été «nertnanufacture' de viande. C'est de temps. 
imméflMrialun'pei^ile «ievsttr et pasteur, une race nourrie 
ée chaîn< De là cette fraîcheur de teint, cette beauté, cette: 
foroev JLeur plus f^rand hoaune, Sbakespearev ftit d'abord 
un bouebcr. 

Qu*on me permette, à cette .occasion^ d'indiquer ici une. 
impression personnelle. : 

J'avai» vu Londres ^et une^gi'andB^ partie de l'Angleterre 
et de l'ficosse.; j'avaiS'. admiré ^plutât que compris. Au re- 
tour, eeukment, eomme j'allais d'York à Mancbester, cou- 
pant rile dans sa largeuryalors enfin j'eus une. véritable 
intuition de l' Angleterre. C'était au matin, par. un froid 
brouillard.; eUe m'apparaissait non . plus seulement envi'«> 
ronnée^ mak couverte, noyée de l'Océan. Un pâle soleil 
cotomil à peine ttoitié du paysage. Les maisonsrnenves en 
briques -ffouges'auraieni-trancbé duremem sur Je gazon 
vert, ai la brume flottante n'eftt prit soin 4'barmoniser les 
teintes. Par-dessus les pâturages couverts de moutons, 
flambaient les rouges cheminées des usines. Pâturage,, 
laboiuiage, indasirie, tout était..là dans un étroit espaça, 

t Uathieo d« Weslniatieiw. 



476 l'angletkrrb. 

l'un sur Tautre, nourri l'un par l'autre ; l'herbe vivant de 
brouillard, le mouton d'herbe, l'homme de sang. 

Sous ce climat absorbant, l'homme, toujours affamé, ne 
peut vivre que parle travail. La nature l'y contraint. Mais 
il le lui rend bien ; il la fait travailler elle-même ; il la sub- 
jugue par le fer et le feu. Toute l'Angleterre halète de 
combat. L'homme en est comme effarouché. Voyez cette 
face rouge, cet air bizarre... On le croirait volontiers ivre. 
Mais sa tète et sa main sont fermes. Il n'est ivre que de 
sang et de force. Il se traite comme sa machine à vapeur, 
qu'il charge et nourrit à l'excès, pour en tirer tout ce 
qu'elle peut rendre d'action et de vitesse. 

Au moyen âge, l'Anglais était'à peu près ce qu'il est, 
trop nourri, poussé à Faction, et guerrier faute d'industrie. 

L'Angleterre, déjà agricole, ne fscbriquait pas encore. 
Elle donnait la matière ; d'autres l'employaient. La laine 
était d'un côté du détroit, l'ouvrier de l'autre. Le boucher 
anglais, le drapier flamand, étaient unis, au milieu des 
querelles des princes, par une alliance indissoluble. La 
France voulut la rompre, et il lui en coûta cent ans de 
guerrov II s'agissait pour le roi de la succession de France, 
pour le peuple de la liberté du commerce, du libre niarché ' 
des laines anglaises. Assemblées autour du sac de laine, 
les communes marchandaient moins les demandes du roi, 
elles lui votaient volontiers des armées. 

Le mélange d'industrialisme et de chevalerie donne à 
toute cette histoire un aspect bizarre. Ce fier Edouard III 
qui sur la Table ronde a juré k héron de conquérir la 
France ^ cette chevalerie gravement folle qui, par suite 
d'un vœu, garde un œil couvert de drap rouge s, ils ne sont 

I Afp,, i47. 

' « il y avoit dans la suite de l'évéque de Lincoln plusieurs bache- 
liers qui ayoient chacun un œil couvert de drap vermeil, pourquoi it 
n'en put voir ; et disoit-on que ceux avoienl voué entre dames de leur 
pays que jamais ne verroient que d'un œil jusqu'à ce qu'ils aurorent 
fait aucunes prouesses au royaume de France. » Fioissart. 



PHILIPPE DB TALOIS. 477 

pas tellement fous qu'ils servent à leur frais. La simplicité 
des croisades n'est point de cet âge. Ces chevaliers au 
fond sont les agents mercenaires, les commis voyageurs 
des marchands de Londres et de Gand. 11 faut qu'Edouard 
s'humanise, qu1l mette bas l'orgueil, qu'il tâche de plaire 
aux drapiers et aux tisserands, qu'il donne la main à son 
compère, le brasseur Artevelde, qu'il harangue le popu- 
laire du haut du comptoir d'un boucher ^. 

Les nobles tragédies du iiv* siècle ont leur partie 
comique. Dans les plus fiers chevaliers, il y a du Falstaff. En 
France, en Italie, en Espagne, dan^ les beaux climats du 
Midi, les Anglais se montrent non moins gloutons que 
vaillants. C'est l'Hercule (fouphage. Ils viennent, à la lettre, 
manger le pays. Mais, en représailles, ils sont vaincus par 
les fruits et les vins. Leurs princes meurent d'indigestion, 
leurs armées de dyssenterie. 

Lisez après cela Froissart, ce Walter Scott du moyen 
ège ; suivez-le dans ses éternels récits d'aventures et 
d'apcrtises d'armes. Contemplez dans nos musées ces 
lourdes et brillantes armures du xiy« siècle... Nejsemble- 
t-il pas que ce soit la dépouille de Renaud ou de Roland ?. . . 
Ces épaisses cuirasses pourtant, ces forteresses mouvantes 
d'acier, font surtout honneur à la prudence de ceux qui 
s'en affublaient... Toutes les fois que la guerre devient 
métier et marchandise, les armes défensives s*alourdissent 
ainsi. Les marchands de Carthage, ceux de Palmyre, n'al- 
laient pas autrement à la guerre K 

Voilà l'étrange caractère de ce temps, guerrier et mer- 
cantile. L'histoire d'alors est épopée et conte, roman 
d'Arthur, farce de Patelin. Toute l'époque est double et 
louche. Les contrastes dominent; partout prose et poésie 
se démentant, se raillant l'une l'autre. Les deux siècles 

* Proitiarl. 

* Pour Carthage, V. PliiUrqne» Vie de Timoléoo. Pour Palmyre, ma 
Vie de Zéoobie, biogr. Uut. 

III. il 



•v 



1T8 L'i^TGLXTEiail. 

(l'inlemU* «ntre les songes de DaMe et les songes do 
Shakespeare, font eux-mêmes l'effet d'un songe. C'est le 
Rêve d'une nuit d'ili, où le poêle mêle à plaisir les artisans 
et les héros ; le noble Thésée y figure à calé du memiider 
Boltom, dont les belles oreilles d'ânatouroent la téteàTi- 



Pendant que le jeune Edouard III commeoce tri&leineut 
ion règne par un faommage à la Fronce, Philippe de Valois 
ouvre le sien eu nilieu des fanfares. Homuie féodal, fila 
du fàodal Chartes de Valois, sorti de ceUe branche amie 
des seigneurs, il est soutenu par eux. Ces seigneurs et 
Charles de Valois lui-même avaient pourtant appuyé le 
droit des femmes k la mort de Louis Hutin ; ils avaieut 
désiré alors que la couronne, traitée comme un fief 
féminin, passât par mariage à diverses familles et qu'ainsi 
«lie restât faible. Ils oublièrent cette politique lorsque le 
droit des mAles amena au trâne un des leurs, le fils même 
de leor chef, de Charles de ValoiE. Us comptaient bien 
qu'il alUit réparer les injustes violences des règnes précé- 
dents; quîil allait, par «xecnf^, rendre la Franche-Comté 
et l'Artois à oeox qui les réclamaient en vain depuis si 
longtemps. Robert d'Artois, croyant avoir eoSn cause g»- 
^gaie, aida puissamotent k l'élévation de Philippe. 

Le nouveau .roi se montra d'abord assez complaisant 
pour les seigneurs. 11 commença par les dispenser de 
payer leurs dettes *. £a signe de gracieux avéne- 
meat et de bonne justice, il fit aooroober à un gibet tout 
neuf le trésoriM- de son pcédéoeneur *. C'était, nous 

I « II* fi4tiBd*i«ni qu'il j awail una at>nj«i«UoB du hamniei du btt 
vUt poDr rainCT It nablaue trnofaiae, et «n eomëqaence ili obllnrest 
d'ibord DB ordre do coi pour qii« lotu tniN cMutciin htMtti Mit m 
phtou el leur* biaoi lA^ucstréi; poii Tint l'oidonnance qai rcduùit 
loaie* leon detua anx IroU qnaru, à qn«ire moI* de lenaa. mm ioi^ 
Tti. * (Coaaa. a. dt Na^t. — (M., l U.) 

* PÎMte Usniy, 



pmtipps M tALOis. 479 

r avons dit, Tusage de ce temps. Mais eomme uû roi vrai- 
ment justicier est le proteDteuf natorei éee faibles et des 
affligés, Philippe accueillit le comte de Flandre malmené 
par les gens de Bruges, tout ainsi que Charles le Bel avait 
consolé la bonne reine Isabéau. 

C'était une fête d'étrenner ta ferme royauté par t»e 
guerre contre ces bourgeois. La noblesse suivit le roi de 
grand cœur. Cependant les gens de Bruges el d'ïpreB, 
quoique abandonnés de ceux deOand, ne se trcmbèèirent 
pas. Bien armés et en bon t)rdre, ils vinrent auHlevant, 
jusqu'à Cassel, qu*Hs voulaient défendre (23 août). Les 
insolents avaient mis sur leur drapeau un •mq et celtei de- 
vise goguenarde : 



Qaand !• «o^ icy cbaotora. 
Le roy tro«v4 ey entrera <. 



Ce ne fut pas le cœur qui leur manqua pour tenir lear 
parole, mais la persistance et la patience. Fondant que tes 
deux armées étaient en présence et se regardaient, tes 
Flamands sentaient que leurs alTahi^ étaient en souf- 
france, que les métiers dTpres ne battaient pas, que tes 
ballots attendaient sur le marché de Bruges. L'âme de ces 
marchands était restée au comptoir. Chaque jour, à 4a 
fumée de leurs villages incendiés, ils calculaient et ce 
qu'Os perdaient et ce quïls manquaient à gagner. Us n'y 
tinrent plus, ils voulurent en finir par une batailte. Leur 
chef Zanekin (Petit Jean) s'habille en marefaand de pots- 
son, et va voir le camp français. Personne n'y songeait à 
l'ennemi. Les seigneurs enlîelles robes causaient, se eoii- 
viaient, se fhisaient des visites. Le roi dtnaît, lorsque les 
Flamands fondent sur le camp; ne n versent tout, et petveiit 
jusqu'à latente royale ^. Véme précipitstion des Flamands 

> • Appelant ledicl Roy Philippe roy trouvé, • Oudfgbersl. 
• App., 148. 



480 L*4NGLETERRE. 

qu'à Mons-en-Puelle, même imprévoyance du côté des 
Français. La chose ne tourna pas mieux pour lés premiers. 
Ces gros Flamands, soit brutal orgueil de leur force, soit 
prudence de marchands, ou ostentation de richesse, s'é- 
taient avisés de porter à pied de lourdes cuirasses de ca- 
valiers. Ils étaient bien défendus, il est vrai, mais ils bou- 
geaient à peine. Leurs armures suffisaient pour les étouf- 
fer. On en jeta treize mille par terre, et le comte, rentrant 
dans ses Ëtats, en fit périr dix mille en trois jours. 

C'était certainement alors un grand roi que le roi de 
France. Il venait de replacer la Flandre dans sa dépen- 
dance. U avait reçu l'hommage du roi d'Angleterre pour 
ses provinces françaises. Ses cousins régnaient à Naples 
et en Hongrie. Il protégeait le roi d'Ecosse. Il avait autour 
de lui comme une cour ^de rois, ceux de Navarre, de Ma- 
jorque, de Bohême, souvent celui d'Ecosse. Le fameux 
Jean de Bohême, de la maison de Luxembourg, dont le fils 
fut empereur sous le nom de Charles IV, déclarait ne 
pouvoir vivre qu'à Paris, le séjour le plus chevaleresque du 
monde, U voltigeait par toute l'Europp, mais revenait 
toujours à la cour du grand roi de France. U y avait 
là une fête étemelle, toujours des joutes, des tournois, la 
réalisation des romans de chevalerie, le roi Arthur et la 

^ Table ronde. 

r Pour se figurer cette royauté, il faut voir Vincennes, le 
Windsor des Valois. Il faut le voir non tel qu'il est au- 
jourd'hui, à demi rasé; mais comme il éteit quand ses 
.quatre tours, par leurs ponts-levis, vomissaient aux quatre 
vents ^ les escadrons panachés, blasonnés, des grandes 
armées féodales, lorsque quatre rois, descendant en lice, 
joutaient par-devant le roi très-chrétien ; lorsque cette 
noble scène s'encadrait dans la majesté d'une forêt, que 
des chênes séculaires s'élevaient jusqu'aux créneaux, que 

« App„ i49. 



PHILIPPE DE VALOIS. 481 

les cerfs bramaient la nuit au pied des tourelles, jusqu'à 
ce que le jour et le cor vinssent les chasser dans la pro- 
fondeur des bois... Vincennes n'est plus rien, et pourtant 
sans parler du donjon, je rois d'ici la petite tour de Thor- 
loge qui n'a pas moins encore de onze étages d'ogives. 

Au milieu de toute cette pompe féodale, qui charmait 
les seigneurs, ils eurent bientôt lieu de s'apercevoir que le 
fils de leur ami Charles de Valoîs ne régnerait pas autre- 
ment que lés fils de Philippe le Bel. Ce règne chevale- 
resque commença par un ignoble procès ; le château royal 
fut bientôt un greflTe, où Ton comparait des écritures et 
jugeait des faux. Le procès n*allait pas à moins qu'à 
perdre et déshonorer un des grands barons, un prince du 
sang, celui môme qui avait le plus contribué à l'élévation 
de Philippe, son cousin, son beau-frère, Robert d'Artois. 
On vit en ce procès ce qu'il y avait de plus humiliant pour 
les grands seigneurs, un des leurs faussaire et sorcier. Ces 
deux crimes appartiennent proprement à ce siècle. Mais il 
manquait jusque-là de les trouver dans un chevalier, dans 
un homme de c^ rang. 

Robert se plaignait depuis vingt-six ans d'avoir été sup- 
planté dans la possession de l'Artois par Mahaut, sœur 
cadette de son père, femme du comte de Bourgogne. 
Philippe lé Bel avait soutenu Mahaut et les deux filles de 
Mahaut, qu'avaient épousées ses fils avec cette dot magni- 
fique de l'Artois et de la Franche-Conité *. A la mort de 
Louis Hutin, Robert, profitant de la réaction féodale, se 
jeta sur l'Artois. Mais il fallut qu'il lâchât prise. Philippe 
le Long marchait contre lui. 11 attendit donc que tous les 
fils de Philippe le Bel fussent morts, qu'un fils de Charles 
de Valois parvint au trône. Personne n'eut plus de^part que 
Robert à ce dernier événement •. Philippe de Valois, en 
reconnaissance, lui confia le commandement de l'avant- 

ilp/»., I50.^*i4p/)., 131. 



4 82 l'anglsterrk. 

garde dans la campagne de Flandre, et donna le titae de 
pairie à son oon^ de Beaumont. Il avait épouaé la sœur 
du roi, Jeanne de Valois; celle-ci ne se conteatait pas 
d*étrie comtesse de Beaumont : elle espérait que son frère 
rendrait l'Artois à son marL Elle disait que le roi ferait 
jnetîce à Robert, $*il pouvait produire 4{uelque pî^e nou- 
velle» ÇHfZgiMpetàe qu'elk fû$,. 

La comtesse IMrâut, avertio du, dan^r» s'empressa de 
venir à. Paris. Mais elle y mountf psesque w arrivant. Ses 
droits passaient à sa fiUe, veuve de Philippe le l^ong. Elle 
mourut trois mois après sa, mère ^ Kohert n'avait plus 
d'adversaire que le duc de Bourgogne, époux de Jeanne, 
fille de Pkilippe la Long, et petiliç-fiU« de Mabaut. Le duc 
âkeit luiroiéme frère de la femme du roi. Le roi l'admit à 
la jouissance du <*xunté ; mais en même temps il réservait 
h Robert le droit de proposer ses raisons. '*^ 

Ni laa pièces, ni les témoins, ne mauquèr^t à Robert 
La eoKitesse Mahaut avait eu pour priocqial conseiller 
Tovéque d^Âxras. L'évéque étant mort,, et laissant beaucoup 
de biens, la comtesse poursuivit en restitution la maîtresse 
de levéque» une certaine dame Oivîon, femme d!un che- 
valier '. Celle^i s'enfuit à Paris avec son mari. Elle y était 
à peine, que Jeanne de Valois qui savait qu'elle avait tous 
les secrets de l'évéque d'Arras, la pressa de livrer les pa*- 
piers qu'elle pouvait avoir gardés ; la Divion prétendit 
même que la princesse la menaçait de la faire noyer ou 
brûler. La Divion n'avait point de pièces ;^eUe en £U : d'à- 



« Le brait oomvaa éMt q«« Matait vm% éU mimkéê. Qmni à 
Jeanne, m lï\\e, •- Si fiU une nuit ^veo se^ damesi en son déduis ei leur 
prit talent de boire ctarey. et elle avoit un boateiiler qu'on appeloit 
Uoppin, qui avoil eecé aToc l^oonitewe sa>nière... Tantosl que le tioyne 
fut en MO: lift, il.luf prit la*m»Mie. da 1a amn» et wfw tœt vendit m» 
espritj et lui couU le venin par les yeux, par la bouche, par le nés et 
par les oreilles, et devint son corps tout taché de blanc et de noir. • 
Chron. dt; Flandre. 

« App.,ioi. - ^App., 153. 



PHILIPPB DB TALCMS. 483 

bord une lettre de Tévéque d'Arrasoù il demandait pardon 
à Robert d'Artois d'avoir soustrait les titres. Puis una 
charte de Taïeul Robert, qui assurait TArtoia à son père. 
Ces pièces et d'autres à l'appui Airent fabriquées à la bâte 
par un clerc de la Divion, et elle y plaqua de vieux sceaux. 
Elle avait eu soin d'envoyer demander à Tabbaye de Saint- 
Denis quels étaient les pairs à Tépoque des aciaa sap^ 
posés. A cela près, on ne prit pas de grandes précautions. 
Les pièces qui existent encore au Trésor des Chartes smii 
visiblement fausses^. A cette époque de calligraphie^ taa 
actes importants étaient écrits avec mi'tout autre soin. 

Robert produisait à Tappui de ces pièces cinquanto- 
cinq témoins. Plusieurs afBrmaiem qu'JSBguerraad de 
Karîgny allant à la potence, et déjà dans la efaairatte^.aivttiti 
avoué sa complicité avec Tévôque d^Ams daas 1& sov»* 
traction des titres. 

Robert soutint mal ce roman. Sommé* pav le procu^ 
reur du roi, en présence du roi méxn^ dé déstarar sUb 
comptait faire usage de ces pièces équivoque», il dit oui. 
d'abord, et puis non. La Divion- avoua tout, ainsi que 
les témoins. Ces aveux sont extrâmeraent natfi et 
détaillés. Elle dit entra autres choses qu^eMe alhr au Palais 
de Justice pour savoir si l'on pouvaiteontrefiiîrelsssoeauK, 
que la charte qui fournit les sceaux fut achetée oent éeus 
à un bourgeois ; que les pièces furent écrites en son hôtel, 
phee Baudoyer, par un clerc qui avait grand'pcur, et qui, 
pour déguiser son écritura, se servit d'uae i^ume d'ai-^ 
rain, etc. La malheureuse eut beau dtre qu'elle avait été 
forcée par madame Jeanne de Valois, elle n'en fut pas 
moins brûlée, au marché aux pourceaux, prèa la porte 
Saint-Honoré K Robert, qui était accusé en outre d*avoir 



* Archives, Section hi^t; J, 13 \ 

* Jeannette sa servante y subit qnatre ans aprAs le même snpplîce. 
Qiiiint aux faux témoins, les p'inripnnx fiirrnt nttdrhr^s an pHori» VtHtta 
<lc cbciui£€S toutes parsemées de langues rouges. Archivée» 



484 L*ANGLBTERRE. 

empoisonné Mahautetsa fille, n'attendit pas le jugement. H 
se sauva à Bmxelles^, puis à Londres près du roi d'Angle- 
terre. Sa femme, sœur du roi, fut comme reléguée en 
Normandie. Sa sœur, comtesse de Foix, fut accusée d'im- 
pudicité, et Gaston, son fils, autorisé h l'enfermer an 
château d'Orthez. Le roi croyait avoir tout à craindre de 
cette famille. Robert en efiet avait envoyé des assassins 
pour tuer le duc de Bourgogne, le chancelier, le grand 
trésorier et quelques autres de ses ennemis ^. Contré Tas- 
sassinat du moins on pouvait se garder ; mais que faire 
contre la sorcellerie? Robert essayait d! envoûter la reine et 
son fils 3. 

Cet acharnement du roi à poursuivre Tun des premiers 
barons du royaume, à le couvrir d'une honte qui rejail- 
lissait sur tous les seigneurs, était de nature à affaiblir 
leurs bonnes dispositions pour le fils de Charles de Valois. 
Les bourgeois, les marchands, devaient être encore bien 
plus mécontents. Le roi avait ordonné à ses baillis de taxer 
dans les marchés les denrées et les salaires, de manière à 
les • faire baisser de mcHtié. 11 voulait ainsi payer toutes 
choses à moitié prix, tandis qu'il doublait l'impur, refusant 
de rien recevoir autrement qu'en forte monnaie ^. 

L'un des sujets du roi de France, jet celui peut-être qui 
souiFrait le plus, c'était le pape. Le roi le traitait moins en 



1 ... n resta assez longtemps en Brabant; le dac lui arait ^nseillé 
de quitter Bruxelles pour LoaTain, et avait promis dans le contrat de 
mariage de son fils avec Marie de France que Hobert sortirait de ses 
Élats. Cependant il se tint encore quelque temps sur ces frontières, al- 
lant de château en château; • et bien le savoit le dac de Brabant. • 
L'aroné de Huy lui avait donné son chapelain, frère Henri, pour le 
guider et « aller à ses besognes en ce sauvage pays. » Réfugié au château 
d'Argentean et forcé d'en sortir • pour la ribauderie de son vatet, • il se 
dirigea vers Namnr, et dut parlementer longtemps pour y èire reçu ; il 
lui fallut attendre dans une pauvre maison, que le comte, son cousin, 
fût parti pour aller rejoindre le roi de Bohômo. 

' App., .154. — « i4pp., 155. 

« ^ov. 1330. Ord. iU 



PHILIPPE DB YaLOIS. 4S5 

.sujet qu'en esclave. Il avait menacé Jean XXII de le faire 
poursuivre comme hérétique par l'Université de Paris. Sa 
cpnduite à Tégard de l'Empereur était singulièrement ma- 
chiavélique : tout en négociant avec lui, il forçait le pape 
de lui faire une guerre de bulles; il aurait voulu se faire 
lui-même Empereur. Benott Xn avoua en pleurant aux, 
ambassadeurs impériaux que le roi de France l'avait me* 
nacé de le traiter plus mal que ne l'avait été Boniface VIQ S 
s'il absolvait l'Empereur. Le même pape se défendit avec 
peine contre une nouvelle deniande de Phili|^, qui eût 
assuré sa toute-puissance et l'abaissement de la papauté. 
Il voulait que le pape lui donnât pour tiois ans la disposi- 
tion de tous les bénéfices de France, et pour dix le droit 
de lever les décimes de la croisade par toute la chrétienté K 
Devenu collecteur de cet impôt universel, Philippe eût par* 
tout envoyé ses agents, et peut-être enveloppé l'Europe 
dans le réseau de l'administration et de la fiscalité fran- 
çaise. 

Philippe de Valois, en quelques années, avait sa mécon- 
tenter tout le monde, les seigneurs par l'affiiire de Robeit 
d'Artois, les bourgeois et marchands par son maximum 
el ses monnaies,' le pape par ses menaces, la chrétienté 
entière par sa duplicité à l'égard de l'Empereur et par sa 
demande de lever dans tous les États les décimes de la 
croisade. 

Tandis que cette grande puissance se minait ainsi elle- 
même, l'Angleterre se relevait. Le jeune Edouard III avait 

* App., 136. 

* Il attachait à son départ poar la croisade tingt-sept conditions, 
entre ««très 1« rétablifsement da royavme d'Arles en fa^ear Qe aon fils, 
la concession de la couronne d'Italie à Charles, comte d'Alençon, son 
frère; la libre disposition du fameax trésor de Jean XXII. Il ajournait à 
fois atfs son départ, et comme il pouvait survenir dans rintervalle 
quelque obstaole qui le forçât & renoncer à son expédition, le droit d'en 
juger la Talidité devait être remis à deux prélau de son royaume. (Vll- 
lani.) Après bien des négociations, le pape lui accorda pour six ans les 
décimes du lOTaume de France. 



vengé son père, fiiît mourir* Mortimar» miferaié m mèM 
faabeau. Il avait aoeueitli BÙ)evl d'Aftois, al raAumi de le 
livrer. Il eommencait à dikaner sur TiiDEDiiiage qu'il avail 
rendu à la France. Les deux puîaaanees ae ireni d'abord 
la guerre en Ëooaie. Philippe aecounit lea Bcoaaats, qui 
n'en ferenl pas moine battus. En Guyeane, Tattaque fut 
plus directe. Le sénéchal du roide FrMce expulsa les Ab^ 
glaia des possessions contestées^ 

Mais le grand mouToment partit da la Flandre^ de la 
ville de Gaod. Les Flamanda^se tromnaieaÉ alors sous m 
comte tout français^ Lonia de Nevers, qui n'était comtnqva 
par la bataiHedo Classel et rbamiliatien deacn pays. Ijmm 
ae vivait qu'à Paris, à la cour de Philippe de Valois. Sana 
consulter ses suiats, il ordonna qoe les Anglais JtasaeBl 
arrêtés dans Soûles les viUes de Fiandre. fidouard-fil atré^ 
lar les Flansands^ » Angleterre K Is eouimeree, sans b^ 
quel les deux pays ne pouaaieni viwe, su trouva rompu 
tout d'un coup. 

Aitoquer Iw' Anglais par la Guyenneetpar la Flandre, 
c'était, les bleslev par leurs eétés les plus seuaiUes» leur 
ôtar la drap efcle vin. Ik vendaient leurs kinea à Sragea 
pour aeheter du via à B<Mdeanx. D'aulrê pari, aaus laîna 
anglaise les Flamands ne savaient ^pie faire, fidouard, 
ayant défendu l'exportation des laines, rédukii la Flandre 
au désespoir, et la força de se jeter dans ses bras '. 

D'abord âne foule- d'ouvriers flamands passèrent eu An- 
l^eterre. On les y attirait k tout prix. U n'y a sorte de flatr* 
teries, de caresses, qu'on n'employât auprès d'eux. Il est 
curieux de voir dès ce temps 4à jusqu'où ce peuple si fier 
descend dans l'oceafiion, lorsque son intérêt le dMumde* 
« Leurs habits seront beaux, éerivaient les Anglais en 

' MaU m vdme tenpi il écririt ao eomto et %n jbouif mestr^i des 
mis grA^Uei^ TiUss pour ss plaiodra de ceiia violenoeu (Uiulesliec»U) 
' App., 157. 



PHILIPPS DB YALOIS. 487 

Flandre, leurs compagnes de lit encore plus belles *. p Ces 
émigrations qui continuent pendant tout le xiv* siècle ont, 
je crois, modifié aiBgôKèreaient le génie anglais. Avant 
qu'elles aient eu Ued, rien n'amionee dans les Anglaiaeeite 
patieaoe inditslrieiise qiae noua leur voyons aujourd'hui. 
Le roi da France, an a'eAurçanl de séparer la naadre eft 
TAngieteive, oa fit anire chose quo provoquar les énigiar 
ti<Mis flamandes, et fiûoider rindnatrie anglaise. 

Cependant la Flandre ne se résigna pas. Les villes éaUr- 
tèrent. Elles haïssaient le oomla de longne date, sait pavoa 
qn'il soulsnaife les campagnes contre le monopals 4|Bt 
viHee s, soit parée qa*il admettait las étrangers, les Fran* 
çais, au pattege de leur eommeree '. 

Lea GantaiSt qui sans doute se rq^entaient da n*avoir 
pae aoutemi eaux: d'Ypras et de Bruges à la bataille de 
Cassai, priranti pour chef en- Mffi la brasseur Jeequenuat 
ArteveMa. Saotemi par les eoips de métiers, principale** 
mant par les foidens et ouvriers en drap» Artevelde orga- 
nisa une vigoureuse tyrannie ^. 11 fit assembler à Gand les 
gens des treîa grandes villes, c et leur montra que sans le 
a roi d* Angittarra ils ne peuvoîenli vivre. Car tonte Flandre 
V aalaît fondée ^sar dcapsvie^ al sans laiaa <m na pouvait 
t draper; Et pour œ, lovait qu'on latnst la voy d'Angle- 
• tarrekamy. »* 

tdouard était un bien petit prinee pivur s'opposer à ostta 
grande paissanea de Philippe de Valois; mais il avait pour 
lui les vaK» de la Flandre- et rusaniaiité dea Anglais, ias 
neiffianri vendeurs dea laines, et les marchands qui en 
trafiquaient, tous demandaient la guerre. Pour la rmidre 
phas populaire encore, il fit lira dans les paroissaiiiaa eir- 
cnlaire au peuple^ rinforaaaat 4a ses grieft contra Phi- 



t Waltingham dit poarlant qu*on leur Interdit pendant trois ans en- 
core i*( ntrée de l'Angleterre. « Ut sic retunderetur superbia Flandrito« 
rum. tjui plui taeeot quamA»g!ot yen(*rabifitur. • Anno t337. 

• Mvycr, anno ISM. — » App., iSS. -* * Afp., 189. 



4M L* 

çais, il ne parlait de rien moins «|fie d'aller avee ooe «imée 
se faire absoudre à Avîgooik Êàaimré aUa le trouver à la 
diète de Goblentz. Dans cette grande assemblée où Ion 
voyait tnns archevêques, quatre éBca, tronie-^eept. comtes, 
une foule de barona, T Angbii ^^^ ^ ^^ dépens ce que 
c'était que la oMuigueiet la leaaew aUenuDMie. L'£apere«r 
voulait d'abord lui aocoiédr ia laveur de >ltti baiser les 
pieds. Le roi d*Angletarre, par-devant ce anpnême juge, 
se porta pour accusateur-de Bhaiqppe de Valois. L'Empe- 
reur, une main sur le globe^ ruuUu sur k sceptre, tandis 
qu'un chevalier lui tenait sur la léte une épée nue, défia 
le roi de France, le déclara déchu de la protectâon de 
rBmpire, et donna gmcÊeuMOient à fidunard le dipktaM 
de vieaive impérial sur la rive gauche du Rhin. Au reste, 
ce fut tout ce que TAngtais put en tirer. L'Empereur réis- 
chit, eut des scrupules, et au iieu de s'engager dans cette 
dangereuse guerre de France, il s'achemina vera Tbalis. 
Mais Philippe de Valois le fit arrêter au passage été Alpes 
.par un fils 4u roi de Bcdiâmt* 

Le roi d'Angleterre, revenant avec son difriésiie, de- 
manda auduc de Brabant oh il pounrait Texhiber aux se^ 
gneuis des f aje-Bas. Le duc assigna pour Vaasemblée la 
petite viUe de Herck sur la flfontièie de JraiMnt. c Quand 
tous ftirém là venuft, saches que la viUe fiit grandement 
pleine de seigneurs, de chevaliers, d'écuyers et de toutes 
autres manières de gens; et la balle de la ville ou l'on 
veadoit'pahi et cbair, qui guères ne vakiient,.encourtinée 
de beaux dnps comme te chambre du roi; et Ait le roi 
anglois assis, la oounmne d'or mouli riche «I mmit, nobte 
sur son chef, plus haut cinq pieds que nul des autres, sur 
un banc 4\m (boucher, là oii'ilUailloit et veniaii sa chair. 
Oneqves telle haUe no (àt à si grand honneur ^. » 

Pendant que tous les seigneurs rendaient hommage sur 

> Froiuait. 



PniUPPB DS VALOIS. 49r 

ce Inidc de rbdiiober au nouveau vicaire impérial^ le duc 
de Brabant faisait dîf e au roi de France de ne rien croire 
de ce i^tt'oa pouvait diie contre lui. Edouard défiant Phi- 
lippe en aen JMm et au nom des seifpQevra, le duc déciant 
qu'il aimait mieux fdre p^Hter à.part son défi. Enfin, quand 
fidouaid le pria de le suivre devant Cainbrai, U lui asauia 
qu'ausaitdi qu'il le saurait devant eette tille, iliiiaôt Ty 
relMiiver aiwc deuae eents bonnes lances. 

Penëant Thiver, Tardent de Fruioe opéra sur les a»- 
gnaurs des Pays-Bas et d'Alleoii^pM. Leur inertie mg- 
meata encore. Edouard ne put les mettre en mouMsmeilt 
avant le mois de septembre (4339). Cambrai se trouva 
mieus défendu qu'on ne le croyait* La saison était avancée. 
JUouard leva le siège et renlta en fiance. Mais À la froa** 
' tiàra, le iComte de fiainaut lui dit qu'il ne pouvait le suivre 
4ML delà, que tenant des flefs de TEmptre-eide la France, 
il le servirait vdontîers sur terre d'Empire ; mais qu'arrivé 
aur ttfre de France, il devait obéir au roi, sen suzerain» et 
qfi"û l'allait joindre de ce paa pour combi^tre les > Anglais 4. 

Pacmi ces tribulations , Edouard avançait lentement 
vMe l'Oise, ravageant tout le pays, et retenant avec peine 
ses alliés mécontents et affamés. 11 lui fallait une belle ba- 
taille pour le dédoBunager de tant de frais et d'ennuis. 11 
'enit un instant la tébir. Le roi de France lui-même parut 
près de la Capelle avec une grande armée. « On y oemp^ 
tait, dit Froissart, ooae vingt et sept bannières, cinq cent 
at soixante pmnons» quatre rois (France, Bobéme, Na*- 
varre, Êcoase), six ducs, et trente-six comtes et plus de 
quatre mille chevaliers, et des conmiunes de France plus 
de soiunte mille. » Le roi de France lui-même demandait 
la bataille, iklouard n'avait qu'à choisir pour le 2 octobre 
un champ, une belle place où il n'y eût ni bois, ni marais^ 
m miète qui, put avantager l'un ou l'autre paiiL 

« FroissarW 



192 ■ L'XNSIBTERRB. 

Au jour nnrqué, lorsque déjà Edouard, monté sur nn 
petit palefroi, parcourait ses batailles et encourageait les 
siens, les Français avisèrent, disent les Chroniques de 
Saint-Denis, qu'il était vendredi, et ensuite qu'il y avait 
un pas dilBcile entre les deux années *. Selon Froissait : 
< Ils n'étoient pas d'accord, mais en disoit chacun son 
opinion, et disoieot par estrif (dispute) que cç seroit 
graud'honte et grand défaut si le roi ne se combattoit, 
quand il savoit que ses ennemis étoîent si près de lui, eo 
son pays, rangés en pleins champs, et les avoit suivis ea 
intention de combattre à eux. Les aucuns des autres 
disoient à rencontre que ce geroit grand'folie s'il se com- 
battoit, car il na savoit que chacun pensoit, ni si point 
trahison y avoit : car si fortune lui étoit contraire, il mel- 
toit son royaume en aventure de perdre, et si il déconfisoit 
ses ennemis, pour ce n'auroit-il mie le royaume d'Angle- 
terre, ni les terres des seigneurs dé l'Empire, qui avec le 
roi anglois étaient alliés. Ainsi eslrivant (dissertant) et 
débattant sur ces diverses opinions, le jour passa jusques 
ft grand midi. Environ petite nonne, un lièvre s'en vint 
tr^assant parmi les champs, et se bouti entre les Fran- 
çais, dont ceux qui le virent commencèrent & crier et à 
huier (appeler) et à faire grand haro ; de quoi ceux qui 
étoient derrière cuidoient que ceux de devant se combat- 
tissent, et les plusieurs qui se tenoient en leurs batailles 
rangés fesoient autel (autant) : si mirent les plusieurs 
leurs bassinets en leurs tètes et prirent leurs glaives. 
Là il fut fait plusieurs nouveaux chevaliers ; et par spécial 
le comte de Ilainaut en fit quatorze, qu'on nomma depuis 
les chevaliers du Lièvre. — ...Avec tout ce et les estrife 
(débats) qui étoient au conseil du roi de France, furent 
apportées en l'ost lettres de par le roi Robert de Sicile, 
lequel étoit un grand astronomien... si uvoit par plusieurs 

• Cbroo. de Salnt-Denii. 



PHILIPPE DE VALOIS. 193 

fois jeté ses sorts sur l'état et aventures du roi de France 
et du roi d'Angleterre, et avoit trouvé en l'astrologie et 
par es^érience que si le roy de France se combattoit au 
roi d'Angleterre, il convenoit qu'il fust déconfit... Jade 
longtemps moult soigneusement avoit envoyé lettres et 
épisires au roi Philippe, que nullement ils ne se combat- 
tissent contre les Anglois là où le corps d'Edouard fut 
présent *. » 

Cette triste expédition avait épuisé les finances 
d'Edouard. Ses amis, fort découragés, lui conseillèrent 
de s'adresser à ces riches communes de Flandre qui pou- 
vaient l'aider à elles seules, mieux que tout l'Empire. Les 
Flamands délibérèrent longuement, et finirent par décla- 
rer que leur conscience ne leur permettait pas de déclarer 
la guerre au roi de France, leur suzerain. Le scrupule 
était d^autant plus naturel qu'ils s'étaient engagés à payer 
deux millions de florins au pape, s'ils attaquaient le roi de 
France, Artevelde y trouva remède. Pour les rassurer et 
sur le péché et sur l'argent, il imagina de faire roi de 
France le roi d'Angleterre ^. Celui-ci, qui venait de pren- 
dre le titre de vicaire impérial, pour gagner les seigneurs 
des Pays-Bas, se laissa faire roi de France, pour rassurer 
la conscience des communes de Flandre. Philippe de 
Valois fit interdire leurs prêtres par le pape; mais Edouard 
leur expédia des prêtres anglais pour les confesser et les 
absoudre ^. 

La guerre devenait directe. Les deux partis équipèrent 
de grandes flottes pour garder, pour forcer le passage. 
Celle des Français, fortifiée de galères génoises, comptait, 
dit on, plus de cent quarante gros vaisseaux qui portaient 
quarante mille hommes ; le tout commandé par un che- 
valier et par le trésorier Bahuchet, « qui ne savait que 
faire compte. » Cet étrange amiral, qui avait horreur de 

* FroissarL 

» Ffoissarl. — » Meycr. 

M. 19 



4 04 l'anglbthbrb. 

k mer, tenait toute ^ flotte serrée dans le port de J'Écluae. 
En vain le €iénois Barbavara s'efforçait 4t lui ùtire en- 
tendre qu'il fi^lait se donner du champ .poHrmanœuvinr. 
L'Anglais les surprît immobiles et les accrodia. -Ce fi^ une 
bataille de terre. En six heures, les archers anglais don- 
nèrent la victcNve à Edouard. L'apparition. des 
qui vinrent occuper le rivage, ûtait tout espoir 
vaincus. Barbavara, qui de bonne heure avait pris le 
large, échappa seul. Trente nulle hommes périrent. Le 
ttialencontreux Bahuchet fat pendu au màt de son vais* 
«eau ^. L'Anglais, qui se disait roi de France, traitait déjà 
l'annemi comme rebelle. La Erance pouvait retrouver 
trente mille hommes; mais le tésttltat mond a'éCaiipas 
jnoins fimeste que œlui de Ja Hogue et de Trafalgar. Les 
Krançaîs perdirent courage du cèté de la mer. Le passage 
du détroit resta .libre pour ies An^^is pendant plusienB 
^èoles. 

Tout semblait enfin Cvroriser Edouard. Arteaelde dans 
>soB absenee avait amené soixante ^miHe Fkunaads au ae- 
^ours de son allié, le comte de Hainant s. GeMe igrasse 
«nnée iai donnait espoir de £aire enfin quelque lehoee. H 
fionduisitrtout ce monde, Anglais, Flamands, Brafaançona, 
•devant la forte ville de Toimiai. Ce berceau de la monar* 
chie en a été plus d'mie fois le boulevard. Charles VHa 
reconnu le dévouement tant de fois prouiié doieette ville, 
en lui donnant pour armes les armes mômes .de la 
France. 

Philippe de Valois vint au aecowa; la urilie se défendit 
Le siège trahuu QBpwdaat les flamands, ne sachant que 
tfaîre, allèrent piller Arquissèodléjéa flunt-^Omer K Mais 

' Froissart. 

* Après arotr quitté Ëdoinrd, qA*U sefT^t vM'rfiifi^,>>ar dérendra 
Philippe 4HI mj^ouRM, ce Janae ieigDenr,.ifrilé-des smfBBdpie^effai 
de France avait laissé oommettre en ses États, loi avait porté défi «I 
s*éuit rallié au roi d'Angleterre. 

• App,, 161. 



pniLiPn M VALOIS. 495 

voilà que tout à coup la garnison de cette ville food sur 
eux^ lanees baissées, tonoXères déployées et à grands crjs^ 
Les Flamaids eureat beau jeter bas leur buliji, ils Curejat 
poursuivis deux lieues, perdirent dix-^huit cents bommeSy 
et rapportëreui lour épouvante dans rarmee. « Or avin^ 
une merveilleuse aveoture... Car environ heure de minuit 
que ces Flamands dormolent en leurs tentes, un si grand 
effroi les prit eu dormant que tous s^ levèrent et abattirent 
tanto&t tentes et pavillons, et troussèreut tout sur leurs 
obarriotSf eu si grande hâte que Tun n'attendoit point 
l'autre el fuirent tous sans teiuir^oie.,^ Messire Robert 
d'Artois et Henri de Flandres s'en vinrent au-devant d'eux 
et leur dirent : Reaux ficif^neurs^ dite^-nons quelle chose il 
vous fa\u qui omù fuyez... Ils n'en firent compte, mais 
toujours fuirent, et prit chacun le chemin vers sa maison 
au plus droit qu'il put. Quand messire Bobert d'Artois et 
fleuri de Flandres virent qu'ils n'en luiroient autre chose, 
si firent tcousser touJt leur barnois et s'en vinrent w 
ii^ de\'»i^t Tour/i^y* £t rûoordèrent Taventure des Flar- 
maads ot dirent les plusLeui^ qu'ils avoient été enfan- 
tùBomh » 

L'Anglids eut beau faire. Toute cene grande guerre des 
Pays-Bas, dpnt il cvoyait «pcabler la France, vint à rien 
entre ses mains. Les Flamands n'étaient pas guerriers de 
leur nature, sauf quelques niomeul^ de colèxe brutale ; 
4out ce qu'Us voulaieni^ c'était de ne rien payer. Les sei«- 
gAeuns des PaiiS^Bas voulaient de plus être payés.; ils 
l'étaient 4es deux o6tés et restaient ches eu^. 

Heureusement powr Edouard, au momeyi^t où la Flandre 
s'éteignait, la Bretagne j)rit feu ^, Le pfiys était tout a/utrc/- 
nent ioflMinoiible. On |>^ à peine vraunent dire m 
Bioyen kg/d (f^ le» Bretons soient jamais en piiix. 'Quitnd 
ils œ se battent pas cbez em;i c'e^t qu'ils sont loués pour 

« 

J f amant. -* * Àfpp., 162. 



496 L'AN'GLtT£RRE. 

se battre ailleurs. Sous Philippe le Bel, et jusqu'à la ba* 
taille de Cassel, ils suivaient volontiers les années de nos 
rois dans les Flandres, pour manger et piller ces riches 
pays. Mais quand la France, au contraire, fut entamée 
par Edouard, quand les Bretons n'eurent plus à faire 
qu'une guerre pauvre, ils restèrent chez eux, et se battirent 
entre eux. 

Cette guerre fait le pendant de celles d'Ecosse. De 
même que Philippe le Bel avait encouragé contre 
Edouard I Wallace et Robert Bruce, Edouard III soutint 
Montfort contre Philip[)e de Valois. Ce n'est pas seulement 
ici une analogie historique. Il y a, comme on sait, parenté 
de race et de langue, ressemblance géographique entre 
les deux contrées. En Ecosse, comme en Bretagne, la par- 
tie la plus reculée est occupée par un peuple celtique, la 
lisière par une population mixte, chargée de garder le 
p^ys. Au triste border écossais répondent nos landes de 
Maiiie et d'Anjou, nos forêts d'Uleet-Vilaine. Hais le bor- 
der est plus désert encore. On peut y voyager des heures 
entières, au train rapide d'une diligence anglaise, sans 
rencontrer ni arbre, ni maison ; à peine quelques plis de 
terrain oii les petits moutons de Northumberland cher- 
chent patiemment leur vie. Il semble que tout ait brûlé 
sous le cheval d'Hotspur <... On cherche, en traversant ce 
pays des ballades, qui les a faites ou chantées. Il faut peu 
de chose pour faire une poésie. Il n'y a pas besoin des 
lauriers-roses de TEurotas; il suffit d'un peu de bruyère 
(le Bretagne, ou du chardon national d'Ecosse devant 
lequel se détournait la charrue de Burns K 

L'Angleterre trouva dans cette rare et bellicpieuse popu- 
lation un outlaw invincible, un Robin Hood éternel... Les 
gens du border vivaient noblement du bien du voisin. 
Quand le butin de la dernière expédition était mangé, la 

t Voyez Shakespeare. 

* yo}cz riDtrod. de Walicr Scott à son recueil des ballades du border. 



il 



PHILIPPE DB VALOIS. 407 

dame de la maison servait dans un plat, à son mari, une 
paire d*éperons, et il partait joyeux... C'étaient d'étranges 
guerres ; la difficulté pour les deux partis était de se trou- 
ver. Dans sa grande expédition d'Ecosse, Edouard II 
avança plusieurs jours sous la pluie et parmi les brous- 
sailles, sans voir autre armée que de daims et de biches ^ 
Il lui fallut promettre une grosse somme à qui lui dirait 
où. était Tennemi ^. Les Écossais réunis, dispersés, avec la 
légèreté d'un esprit, entraient quand ils voulaient en An- 
gleterre; ils avaient peu de cavalerie, mais point de baga- 
ges; chaque homme portait son petit sac dç grain et une 
brique où le faire cuire. 

Us ne se contentaient pas de guerroyer en Angleterre. 
Us allaient volontiers au loin. On sait l'histoire de ce Dou- 
glas qui, chargé par le roi mourant de porter son cœur à 
Jérusalem, s'en alla par l'Espagne, et dans la bataille lança 
ce cœur contre les Maures. Mais leur croisade naturelle 
était en France, c'est-à-dire où ils pouvaient faire le plus 
de mal aux Anglais. Un Douglas devint comte de Touraine. 
11 existe encore, dit -on, des Douglas dans la Bresse. 

Notre Bretagne eut son border, comme l'Ecosse, et 
aussi ses ballades 3. Peut-être la vie du soldat mercenaire, 



* • Et erioît-on moult ce jour alarme, et disoi(-on que les premiers 
M combattoient tux ennemit; si que chacun cuidant que ce fut roir, se 
hàloit quant qu'il pouToit parmi marais, parmi pierres et cailloux, 
]Mrmi vallées et montagnes, le heaume appareillé, Técu au col, le 
glaire on Tépée au poing, sans atli»ndre père ni frère, ni compagnon. Et 
qnand on aToit ainsi couru demie lieue on pins, et on en venoit an lien 
d'où ce hntin ou cri naissoit, on se tronvoit dé^u; car ce avoieut été 
cerfs ou biches. • Froissa rt. 

* • Et fit- on crier que qui se Tondroit tant travailler qu'il put rap- 
porter certaines nonvellef an loit là où l'on ponrroit trouver les Ëcos- 
aois, le premier qui celui rapportcroit il aurait cent livres de terre à 
Jiériuge, et le feroit le roi chevalier. • Froissart. On trouve en efTet 
dans Rymer : • Pro Thoma de Kokesby, qui regem duxerat an te visum 
intmioomm Scotornm. • 

* Voyes, en*re autres ouvrages, le beau livre de M. Emile Souvestre: 
Les Derniers Bretons. 



19 K L\NGLETEfl«B. 

qui fui longtemps celle des Bretons au moyeife Age, étouffii* 
t-elte ce génie poétique. 

Mais l'histoire seule en Bretagne est une poésie. Il n'est 
point mémoire d'une lutte si diverse et si obstinée. Cette 
race de béliers a toujours été heurtant, sans rien trouver 
de plus dur qu'elle-même. Elle a fait front tour à tour à la 
France et aux ennemis de la Franoe. Elle repoussa nos rois 
90US Noménoé, sous Hontfort ; elle repoussa les Xorthmans 
sous Allan Barbetorte, et les Anglais sous Duguesclin. 

C'est au border breton, dans les landes d'Anjou, que 
Robert le Fort se fit tuer par las Nortbmans, et gagna le 
trône aux Capots. Là encore, les futurs rois d'Angleterre 
prirent le nom de Plante-Genêts. Ces bruyères, comme 
celles de fthcbeth, saluèrent les deux royautés» 

Le long récit des guerres bretonnes qui renluminenl si 
bien la Chronique de Froissart^ ces aventures de toutes 
sortes, coupées de romanesques incidents, font penser à 
certains paysages abruptes de Bretagne, brusquement va-« 
ries, pauvres, pierreux, semés parmi le roc de tristes fleurs. 
Mais il est plus d'une partie dans cette histoire dont le 
chroniqueur élégant et chevaleresque ne représente pas la 
sauvage borreur« On ne sent bien l'histoire de Bretagne 
que sur le théâtre môme de ces événements, aux roches 
d'Auray, aux plages de Quiberon, de Saînt-Michel-cn- 
Grève, où le duc fratricide rencontra le moine noir« 

Les belles aventures d'amazones, où se platt Froîssart^ 
ces aper lises de Jehanne de«Mon(fort qui eut courage 
d'homme et cœ«r de tUm, ces braves discours de Jeanne 
Gisson, de Jeann'e de Blois, ne disent pas tout sur la 
guerre de Bretagne. Cette guerre est celle aussi de QissoD 
le b(Atcher, du dévot el eonscieneieHsement cruel Charles 
de Blois. 

1 t Entrerons en la grand matière et histoire de Bretagne, qui gran- 
dement renluminc of livre p«ur les beaux laiti d'armes qui y suoi ra- 
mcnlttés. • 



PHILIPPB DB TALOIS. 109 

Le duc Jean IIF, mort sans enfants, iaissail une nièce et 
un frère. La nièce, fille d'un frère aîné, avait épousé Charles' 
de Bloîs, prince du sang, et elle avait le roi pour elle ; la 
noblesse de la Bretagne français lui était assez favorable i. 
Le frère cadet, Montfort, avait pour lui les Bretons bre- 
tonnants 1, et il appela les Anglais. Le roi d'Angleterre, 
qui, en France, soutenait le droit des femmes, soutint cehii 
des màles en Bretagne. Le roi de Franee fut inconséquent 
en sens opposé. 

Singulière destinée que ceHe des Montfort. Nous Tavona 
déjà remarqué. TJn Montfort avait conseillé à Louis le Gros 
d'armer les communes de France. Un Montfort conduisit 
la croisade des Albigeois et anéantit les libertés des villes 
du midi. Un Montfort introduisit dans le parlement anglais 
les députés des communes. En voici un autre au xiv* siècle 
dont le nom rallie les Bretons dans *leur guerre contre la 
France. 

L'adversaire de Montfort, Charles de Blois, n'était pas 
moins qu'un saint, le second qu'ait eu la maison de France. 
II se confessait matin et soir, entendait quatre ou cinq 
niesses par jour. Il ne voyageait pas qu'il n'eut un aunt^ 
nier qui portait dans un pot, du pain, du vin, de l'eau et 
du feu, pour dire là messe en route '. Voyait-il passer ma 
prêtre, il se jetait à bas de dieval dans la boue. 11 fit plu- 
sieurs fois, pieds nus sur la neige, le pèlerinage de saint 
Tves, le grand saint breton. Il mettait des cailloux dans sa 
chaussure, défendait qu'on ôtàt la vermine de son cilîce, 
se serrait de trois cordes à nœuds qui lui entraient dans la 
chair, à faire pillé, dit un témoin. Quand il priait Dieu, il 
se battait furieusement la poitrine, jusqu'à pâlir et devenir 
comme vert, 

t Stton Froliuit» Chailei 4e Blob en eat imi jours de ton €6ié dt wpl 
U$ cinq. 

• Arr . 163. 

• App,, loi. 



200 L'ANGLETERRE. 

Un jour il s'arrêta à deux pas de l'ennemi et en grand 
danger, pour entendre la messe. Au siège de Quimper, ses 
soldats alla'ent être surpris par la marée : Si c'est la vo- 
lonté d : Dieu, dit-il, la marée ne nous fera rien. La ville, 
en effet, fut emportée, une foule d'habitants égorgés. 
^Charles de Blois avait d'abord couru à la cathédrale remer« 
cier Dieu. Puis il arrêta le massacre. 

Ce terrible saint n'avait pitié ni de lui ni des autres. 11 se 
croyait obligé de punir ses adversaires comme rebelles. 
Lorsqu'il commença la guerre en assiégeant Montfort à 
Nantes (1342), il lui jeta dans la ville la tête de trente che- 
valiers. Montfort se rendit, fut envoyé au roi, et contre la 
capitulation, enfermé à la tour du Louvre '. « La comtesse 
de Montfort, qui bien avoit courage d'homme et cœur de 
lion, et étoit en la cité de Rennes, quand elle entendit que 
son frère étoit pris, en la manière que vous avez ouï, si elle 
en fut dolente et courroucée, ce peut chacun et doit savoir 
et penser ; car elle pensa mieux que on dut mettre son sei* 
gneur à mort que en prison ; et combien qu'elle eut grand 
deuil au cœur, si ne fit-elle mie comme femme décon- 
fortée, mais comme homme fier et hardi, en reconfortant 
vaillamment ses amis et ses soudoyers ; et leur montroit 
un petit fils qu'elle avoit, qu'on appeloit Jean, ainsi que le 
père, et leur disoit : « Ha I seigneurs, ne vous déconfortes 
mie, ni ébahisse/, pour monseigneur que nous avons perdu ; 
ce n'étoit qu'un seul homme : véez ci mon petit enfant qui 
sera, si Dieu plait, son restorier (vengeur), et qui vous 
fera des biens assez 3. » Assiégée dans Hennebon, par 
Charles de Blois, elle brûla dans une sortie les tentes des 
Français, et ne pouvant rentrer dans la ville, elle gagna le 
château d'Auray ; mais bientôt réunissant cinq cents 
hommes d'armes, elle franchit de nouveau le camp des 
Français et rentra dans Hennebon « à grand joie et à grand 

* App., 165. — « FroUsart. 



PHILIPPE DE VALOIS. 201 

son de trompettes et de nacaires ! » Il était temps qu'elle 
arrivât ; les seigneurs parlementaient en face même de la 
comtesse, quand elle vit arriver le secours qu'elle atten- 
dait depuis si longtemps d'Angleterre. « Qui adonc vit la 
comtesse descendre du chàtel à grand'chère, et baiser 
messire Gautier de Mauny et ses compagnons, les uns 
après les autres, deux ou trois fois, bien peut dire que 
c'étoit une vaillante dame *. » 

Le roi d'Angleterre vint lui-même vers la fin de cette 
année au secours de la Bretagne. Le roi de France en 
approcha avec une armée ; il semblait que cette petite 
guerre de Bretagne allait devenir la grande. Il ne se fit rien 
d'important. La pénurie des deux rois les condamna à une 
trêve, où leurs alliés étaient compris ; les Bretons seuls 
restaient libres de guerroyer. 

La captivité de Montfort avait fortifié son parti. Philippe 
de Valois prit soin de le raviver encore, en faisant mourir 
quinze seigneurs bretons qu'il croyait favorables aux 
Anglais. L'un d'eux, Clisson, prisonnier en Angleterre, y 
avait été trop bien traité. On dit que le comte de Salisbui7, 
pour se venger d'Edouard qui lui avait débauché sa belle 
comtesse, dénonça au roi de France le traité secret de son 
maître et de Clisson ^. Les Bretons invités à un tournoi, 
furent saisis et mis à mort sans jugement. Le frère de l'un 
d'eux ne fut pas supplicié, mais exposé sur une échelle où 
le peuple le lapida. 

Peu après, le roi fit encore mourir, sans jugement, trois 
seigneurs de Normandie. Il aurait voulu aussi avoir en ses 
mains le comte d'Harcourt. Mais il échappa, et ne fut pas 
moins utile aux Anglais que Robert d'Artois. 

Jusque-là les seigneurs se faisaient peu scrupule de 
traiter avec l'étranger. L*homme féodal se considérait 
encore comme un souverain qui peut négocier à part. La 

• Froissart. — * Cbron. de Flan'!re. 



202 L an(;letbrrb. 

parenté des deux nc^lesses française et anglaise, la com« 
munauté de langues (le& nobles anglais parlaient encore 
français), tout favorisait ces rapprochementâ. La naK>rt da 
Qisson mil une barrière entre les deux rojnumes. 

En une même année, l'Anglais perdit Montfbrt et Arte- 
velde. Arievolde était devenu tout Anglais. Sentant la 
Flandre lui échapper, il voulait la donner an ]mnce de 
Galles. Déjà Edouard était à TËciose et présentait son fiU 
aux bourgmestres de Gand, de Bruges et d*Ypres. Arte- 
velde fut tué. 

Avec toute sa popularité, ce roi de Fkndre, n'était au 
fond que le chef des grosses villes, le défenseur de leur 
monopole. Elles interdisaient aux petites la fabrication de 
la laine. Une révolte eut lieu à ee sujet dans une de ces 
dernières. Artevelde la réprima et tua un hbmnie de sa 
main. Dans Tenceinte môme de Gand, les deux corps des 
drapiers se faisaient la guerre. Les foulons exigeaient dea 
tisseurs ou fabricants de draps une augmentation de sa- 
laire. Ceux-ci la refusant, ils se livrèrent un furieux corn.-» 
bat. Il n'y avait pas moyen de séparer ces dogues. En vaia 
les prêtres apportèrent sur la place le corps de Nôtre-Sei- 
gneur. Les fabricants, soutenus par Artevelde, écrasèrent 
les ouvriers (1345) ^ 

Artevelde, qui ne se fiait ni aux uns ni aux autres, vou* 
lait.sortir de sa dangereuse position, céder ee qu'il ne pou» 
vait garder, (m régner encore sous un maître qui aurait 
besoin de lui et qui le aeuiieadrait. De rappeler les Fran- 
çais, il n'y avait pas à y songer. Il appelait donc l'Anglais^ 
il courait Bruges et Tpres pour négocier, haranguer. Pen- 
dant ce temps, Gand lui échappa. 

Quand il y entra, le peuple était déjà ameuté. On disait 
dans la foule qu'il Caisait passer en Ant^etenre l'argent de 
Flandre. Personne ne le salua. Il se sauva à son hôtel, et 

• App,, 166. 



PHIUFPB DB TALOIS. 203 

de la croisée essaya en Tdin de flédiîr le peuple. Les portes 
furent forcées, ArteveMe fut tué ppécisément comme le 
tribun Rienzi l'était à Rome deux ans après i, 

Edouard avait manqué la Ftendre, ausâî bien que la 
Bretagne. Ses attaques aux deux ailes ne réussissaient pas, 
il en fit une au centre. Celle-ci^ conduite par un Normand, 
Godefrol d'Harcourt, fut bien plus fiitaie à la Fraace. 

Philippe de Yalois avait réuni toute» ses forces en une 
grande armée pour reprendre aux Anglais leurs conquête» 
du midi. Cette armée forte, dil^^on, de cent mille hommes, 
reprit en effet Angouléme, et alla se eonsamer devant la 
petite place d'Aiguillon. Lés Anglais s'y défendirent d'au^* 
tant mieux que le ffls du toi ^i conduisait les Français, 
n'avait point fait de quartieif aux antres places. 

Si l'on en cro) aft l'invraisemblable réëit de Froissart, le 
roi d'Angleterre iet%\i parti pour secourir la Guyenne. Puis 
ramené par le vent contraire, il aurait prôté Toreille aux 
conseils de Godefroi d'Harcourt, qui l'engageait à attaquer 
la tformandie sans défense ^. 

Le conseil n'était que trop bon. Tout le pays était dé- 
sarmé. C'était l'ouvrage des rois euxriaèm«s, qui avaient 
défendu les guerres prît ées. La population était devenue 
toute pacifique, touteoo^péedela culture ou des métiers. 
La paix avait porté seif fhiits K L'état ilortasaot et prospère 
ob les Anglais trouvéneiil le paySy doit nous £aire rabattre 
beaucoup de tout ce que les hittorienfl ont dit contre Fad- 
ministration royale au xnr® aièele. 

Le cœur saigne quand an voit dans Froissait cette sau* 
vageapparkiondeiagnerra dans une oontrée paisible déjà 
riche et industrielle^ dont l'essor allait être arcôié pour plu- 

* • Le roi rhcvadcuolt f^Ar fè Cctfenilfi. 91 îCéHM pm de MctrdrUi si 
M«n di pays dl«i«nl rfTrajét oi ëk«b»i oar avant ce ils n'avoient oac- 
ques TU hummcs d'armes et ne savotent que cVtoit de guerre ni de* ba- 
taille. Si fuyaient devant les Anglais d'aussi loin qu'ils en oyoienl par- 
ler. • Froi>karL 



204 l'angleterixc. 

sieurs siècles. L*armée mercenaire d'Edouard, ces pillards 
Gallois , Irlandais , tombèrent au milieu d'une population 
sans défense ; ils trouvèrent les moutons dans les champs, 
les granges pleines, les villes ouvertes. Du pillage de Caeo, 
ils eurent de quoi charger plusieurs vaisseaux. Us trouvé^ 
rent Saint-Lô et Louviers toutes pleines de draps ^ 

Pour animer encore ses gens, Edouard découvrit à Caen, 
tout à point, un acte * par lequel les Normands offraient à 
Philippe de Valois de conquérir à leurs frais l'Angleterre, 
à condition qu'elle serait partagée entre eux , comme elle 
le fut entre les compagnons de Guillaume le Conquérant. 
Cet acte, écrit dans le pitoyable français qu'on parlait alors 
à la cour d'Angleterre, est probablement faux. Il fut, par or- 
dre d'Edouard, traduit en anglais, lu partout en Angleterre 
au prône des églises. Avant de partir, le roi avait chargé 
les prêcheurs du peuple, les dominicains , de prêcher la 
guerre, d'en exposer les causes. Peu après (4364], Edouard 
supprima le français dans les actes publics. Il n'y eut qu'une 
langue, qu'un peuple anglais. Les descendants des conqué- 
rants normands et ceux des Saxons se trouvèrent réconci- . 
liés par la haine des nouveaux Normands. 

Les Anglais ayant trouvé les ponts coupés à Rouen, re« 
montèrent la rive gauche, brûlant sur leur passage Vemon, 
Verneuil, et le Pont-de4' Arche. Edouard s'arrêta à Poissy 
pour y construire un pont et fêter l'Assomption, pendant 
que ses gens allaient brûler Saint-Germain, Bourg-la -Reine, 
Saint-Cloud, et même Boulogne, si près de Paris. 

Tout le secours que le roi de France donna à la Nor- 
mandie, ce fut d'envoyer à Caen le connétable et le comte 
de Tancarville qui s'y firent prendre. Son armée était dans 
le Midi à cent cinquante lieues. H crut qu'il serait plus 
court d'appeler ses alliés d'Allemagne et des Pays-Bas. B 
venait de faire élire empereur le jeune Charles IV, fils de 

■ Àfp., 160. — « iipp., |7a 



PniLIPPK DE VALOIS. 205 

Jean de Bohême. Mais lés Allemands chassèrent l'empereur 
élu, qui vint se mettre à la solde du roi. Son arrivée, celle 
du roi de Bohême, du duc de Lorraine et autres seigneurs 
allemands, fit déjà réfléchir les Anglais. 

C'était assez de bravades et d'audace. Ds se trouvaient 
engagés au oœur d'un grand royaume, parmi des villes 
brûlées, des proviQces ravagées, des populations déses- 
pérées. Les forces du roi de France grossissaient chaque 
jour. Il avait hftte de punir les Anglais, qui lui avaient 
manqué de respect jusqu'à approcher de sa capitale. Les 
bourgeois de Paris, si bonnes gensjusque-là, commençaient 
à parler. Le roi ayant voulu démolir les maisons qui tou- 
chaient à l'enceinte de la ville, il y eut presque un sou- 
lèvement. 

Edouard entreprit de s'en aller par là Picardie, de se 
rapprocher des Flamands qui venaient d'assiéger Béthune, 
de traverser le Ponthieu, héritage de sa mère. Mais il 
fallait passer la Somme. Philippe faisait garder tous les 
ponts, et suivait de près l'ennemi ; de si près, qu'à Airaines 
il trouva la table d'Edouard toute servie et mangea son 
dîner. 

Edouard avait envoyé chercher un gué ; ses gens cher- 
chèrent et ne trouvèrent rien. Il était fort pensif, lorsqu'un 
garçon de la Blanche-Tache se chargea de lui montra le 
gué qui porte ce nom. Philippe y avait mis quelques mille 
hommes ; mais les Anglais, qui se sentaient perdus s'ils 
ne passaient, firent un grand effort et passèrent. Philippe 
arriva peu après ; il n'y avait plus moyen de les pour- 
suivre, le flux remontait la Somme ; la mer protégea les 
Anglais. 

La situation d'Edouard n'était pas bonne. Son armée 
était affamée, mouillée, recrue. Les gens qui avaient pris 
et gâté tant de butin, semblaient alors des mendiants. 
Cette retraite rapide, honteuse, allait être aussi funeste 
qu'une bataille perdue. Edouard risqua la bataille. 



906 l'anguterrh. 

AiTivéd*«Ul6isrs dax» le Poathieu, il se sentait pkis fort ; 
<se comté au moins était bieo à lui : fi Prenons ci place de 
terre, dit-il, car je n'iraiplusairant, si aurai vu nos ennemis; 
et bien y a cause que je les attende ; car je suis sur le drgit 
héritage de Madame ma mère, qui lui fut donné e^n mariage ; 
si le veux défendre et calengier contre mpn adversaire 
Philippe de Valois ^. » 

Cela dit, il entra en soa oratoire^ fit dé1rot^meni ses 
prières, se coucha, et le lendemain entendit la messe* JU 
partagea son armée en trois batailles, et fit mettre pied à 
terre à ses gens d'armes. Les Anglais mangèrent, buxeot 
un coup, puis s'assirent, leurs armés devant eux, en 
attendant l'ennemL 

Cependant arrivait à grand bruit l'immense cohue de 
l'armée française '. Qn avait conseillé au roi de France de 
foire reposer ses troupes, et il y consentait. Mais lesgrands 
seigneurs, poussés par le point d'honnemr féodal, avançaient 
toujours à qui serait.au premier rang- 

JLe roi lui-même, quand il arriva et qu'il vit les Anglais; 
f Le sang lui mua, car il les haïssait... £t dit à ses nia^ 
réchaux : Faites passer nos Génois devant, et commencez 
la bataille, au nom de Dieu et de Monseigneur sajnt Denis. » 

Ce n'était pas sans grande dépense que le roi entretenait 
denuis longtemps des troupes mercenaires. Mais (adjugeait 
avec raison les archers génois indispensables contre les 
archers anglais. La prompte retraite de Barbavara h la 
i)ataiUe de r£cluse, avait naturellement augmenté la dé- 
fiance contre ces étrangers. Les mercenaires d^Italie étaient 
iiabitués à se ménager fort dans les batailles. .Ceux-ci, au 
moment de combattre, déclarèrent que les cordes de leurs 
iM'cs étaient mouillées et ne pouvaient servir^ . .11» auraient 
pu les cacher sous Icyrs chaperons comme le firent \c$ 
Anglais. 



PHlUrP« DE VALOIS. 207 

Le coodte d'Alençon s'écria : « On se doit bien charger 
de eeite rît»audaUle qui faliit au besoin. » Les.Génois ne 
pouvaâent pas faire grand'chose, les Anglais les criblaient 
<le flèches et de baUes d^ fer, lanpées par des bombardes. 
€ On eux cru, dit un contemporain , entendre Dieu tonner * . » 
C'est le premier emploi 4e TartiUerie dans une bataille^. 

Le roi de France, hors de lui, oi ia à ses gens d armes : 
< Or tôt, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent 
la voie sans raison, p Um pour passer sur le corps aux 
fié&ms, les gendarmes rompaient leurs rangs. Les Anglais 
tirnent à coup sàr dans cette foule, sans craindre de perdre 
un aeol ooup. Les chevaux s'efiarouchaiept, s'emportaient. 
Le 4éoordre migaientait à tout fnoment. 

Le roi de Bàhéue, vieux et aveugle, se tenait pourtant 
à cheval panai ses chevaliers. Quand ils lui dirent ce qui 
fle passait, il jugea bien que la bataille était perdue. Ce 
iMme prince ifui avait passé toute sa vie dans la domesticité 
4e la maison de France, et qui lavait du bien au royaume,, 
4«iioa l'exemple, oomme vassal et comme chevalier. Il dit 
«oxaiens: « ie vous pirie et requiers très- spécialement 
que voasanemeMeesi avant ^|ue je puisse frapper un coup 
d'épée. » Ils lui ^bèirent^ lièrent leurs <3bevaux au sien, et 
tous se laaeèreiat à T^wougledans la bataille. On les retrouva 
le lendemain gisant autour de leur maître, et liés encore. 

Les grands seigneurs de Fjcanoe se raontrèreat aussi 
noblement. Le comte d'àlençon^ frère du roi, les comtes 
de Bkns, d'Haaeourt, d'Aumale, d'Auxerre^ de Sancerre, 
4e Saiat-Pi^, tous magnifiquement armés et blaaonnés, au 
^raad galop, traversèrent les lignes ennemies. Il&fendirent 
IfiB jrangs des arobers, et poussèrent toujouvs, comme 

« VlllMIÎ. 

* Déjà elle serrait à TaUaqae et à la df^fenw dasipitttfs. fin 1340 op 
«B fit otage an aiése do Qa««noy. .[va 133S Bartliëlcmy de Dracli, tré- 
sorier des gaerres, porte en compte une ?omme donnéti à Henry de F.f 
mecboD pour avoir |ioiidre et autres choses nécessaires aux canons qui 
étaient devant Puy-Gniliaume. 



208 L*ANGLCTERaB. 

dédaignant ces piétons, jusqu'à la petite troupe des gens 
d'armes anglais. Là se tenait le fils d'Edouard, âgé de 
treize ans, que son père avait mis à la tète d'une division. 
La seconde division vint le soutenir, et le comte de 
Warv^ick, qui craignait pour le petit prince, faisait de- 
mander au roi d'envoyer la troisième au secours. Edouard 
répondit qu'il voulait laisser l'enfant gagner ses éperons, 
et que la journée fût sienne. 

Le roi d'Angleterre, qui dominait toute la bataille de la 
butte d'un moulin, voyait bien que les Français allaient 
être écrasés ^. Les uns avaient trébuché dans le premier 
désordre parmi les Génois, les autres pénétrant au cœur 
de l'armée anglaise, se trouvaient entourés. La pesante 
armure que l'on commençait à porter alors, ne permettait 
pas aux cavaliers, une fois tombés, de se relever. Les 
coutiliiers de Galles et de Comouailles venaient avec 
leurs couteaux, et les tuaient sans merci, quelque grands 
seigneurs qu'ils fussent. Philippe de Valois fut témoin de 
cette boucherie. Son cheval avait été tué. Il n'avait plus que 
soixante hommes autour de lui, mais il ne pouvait s'arracher 
du champ de bataille. Les Anglais, étonnés de leur victoire^ 
ne bougeaient d'un pas ; autrement ' ils l'eussent pris. 
Enfin, Jean de Hénaut saisit le cheval du roi par la bride 
et l'entraîna. 

Les Anglais faisant la revue du champ de bataille et le 
compte des morts, trouvèrent cftize princes, quatre-vingts 
seigneurs bannerets, douze cents chevaliers, trente mille 
soldats. Pendant qu'ils comptaient, arrivèrent les com- 
munes de Rouen et de Beauvais, les troupes de l'arche- 
vêque de Rouen et du grand prieur de France. Les pauvres 
gens qui ne savaient rien de la bataille, venaient augmenter 
le nombre des morts. ^ 

Ct't immense malheur ne fit qu'en préparer un plus 

' • Kl lors, après l.i bataille, s*.\vala le roi ÉlouarJ, qui encore tout 
ce jour n*avoit mis son bassincl. • Froii-art. 



PHILIPPE DI VALOIS. 209 

grand. L'Anglais s'établit en France. Les villes maritimes 
d'Angleterre, exaspérées par nos corsaires de Calais, 
donnèrent tout exprès une flotte à Edouard. Douvres, 
Bristol, Winchelsea, Shoneham, Sandwich, Weymouth, 
Plymouth avaient fourni chacune vingt à trente vaisseaux, 
la seule Yarmouth, quarante-trois ^ Les marchands an- 
glais, que cette guerre ruinait, avaient fait un dernier et 
prodigieux effort pour se mettre en possession du détroit. 
Edouard vint assiéger Calais, s'y établit à poste fixe, pour 
y vivre ou y mourir. Après les sacrifices qui avaient été 
faits pour cette expédition, il ne pouvait reparaître devant 
les communes qu'il ne fût venu à bout de son entreprise. 
Autour de la ville, il bâtit une ville, des rues, des maisons 
en charpente^ bien fermées, bien couvertes, pour y rester 
été et hiver '. « Et avoit en cette neuve ville du roi toutes 
choses nécessaires appartenant à un ost (armée), et plus 
encore, et place ordonnée pour tenir marché le mercredi 
et h samedi ; et là étoient merceries, boucheries, halles de 
draps et de pain et de toutes autres nécessités, et en 
recouvroit-on tout aisément pour son argent, et tout ce 
leur venoit tous les jours, par mer, d'Angleterre et aussi 
de Flandre... » 

L'Anglais, bien établi et en abondance, laissa ceux du de- 
hors et du dedans faire tout ce qu'ils voudraient. Il ne leur 
* accorda pas un combat. Il aimait mieux les faire mourir de 
faim. Cinq cents personnes , hommes, femmes et enfants, 
mises hors de la ville par le gouverneur, moururent de mi- 
sère et de froid, entre la ville et le camp. Tel est du moins 
le récit de l'historien anglais s. 

Edouard avait pris racine devant Calais. La médiation du 
pape n'était pas capable de l'en arracher. On vint lui dire 
que les Écossais allaient envahir l'Angleterre. Il ne bougea 
pas. Sa persévérance fut récompensée. Il apprit bientôt que 
ses troupes, encouragées par la reine , avaient fait prison* 

« App., 171 — » Froimn. — » App., 173. 

m. 14 



2 H) . L'iMOLSTERRB. 

nier leroidlScDSse. L'inmée suivante, Cbaries de Bloîs. fîit 
pris de métne en nsdiégefnitiaAocbe'deNRien. Ëdooafd.pou-* 
vait croiser tes'hras, la foiftone tr&TaiUait poor lui. 

II y avait ponr !e roi de ^Pranoe ane grande et ui:geQte 
nécessité à secoarirCalais ^. Maisla péntirie était sigraDde, 
cette monarchie demi-féodcde si inerte et si embarrassée, 
qu'il ne réussit à se mettre enmoavementqu'aii bout de dix 
mois de siège, ioraque les Anglais étaient fortifiés, vetrae*- 
chés, couverts de palissades, de fossés profcmds. Ayant t»- 
massé quelque argent par raltération des.iqmmaîe6^, par la 
gabelle, par les déomes «colésiastiques, par la oonfiscation 
des biens des-LonAni^, il«'aielieiMn»enfih,iaviecuitegrwQde 
et grosse armée, 'Gomme celle iqoi amit éiéibatlUe^à Gréof. 
On ne pouvait arriver jusque Cafaiis, que fMsr les 'maraifroa 
les dunes. S'enfoncer dans les tnamis^ c'était périr; tous 
les passages étaient oeupés, gwdéa; pourtant les gens de 
Tournai emportèrent èmvement «ne lour , «ans maohîaes 
et à la force de leurs-bras '. 

Les dunes du odté de Boulogne étaient aeus le feu d'une 
flotte anglaise. ]>a oété de firaurelines^ «Uasétaieot^gardées 
par les Flamands, que le roi neput^gagner. H leur o&it des 
monts d'or; de leur rendre Lille, Béthune, Douai 4 41 voulait 
enrichir leiav bottrgueoiastres., faire de ienfs jeunes ^gem 
des i^valien, des aeignenrs K Rien me Jes Aonoha. Us «sai- 

'1 liii Angtate<y— i^jonnë to chiiiie A ilau vaiisetaz çpû «ujaient 
de loriir du port» iniercepiôrent cette lettre da gonrerAeof '& l^hinplid 
de Valois : • Hi iVoms ims )tocotÛ -smns usai -qae'ei^^iMMM tén %»«ër 
nettMttie iioae Amkwmm Qwm ée h^U aoeti » ttlnm|M foor aoiben» 
pear Tivere oa pour morîr; qar noos Mnone mevtsà morirasebemps 
honoarablement ge manger Tan l'aotre... » *Friaiâe. iLe tiotititraiXSitr ds 
Nafi|(i8 an qtte 1« rotti*ivtit -pom eSHé^isSMr i Wi i Ma li M ^ iii ii, 
par lena ei:|iaraMr; nvii ^aWi awsieat dlé<ddlaara<i. 

« Otd. IL -- * il|«p.. 174. 

4 II leur offrait encore Oe TiiirelèVer'ndtsriht JMëiMf lalhuilhPtt.'ffy 
•flsrelMir leblé peadMK aiktaae àva imfcii fâk; ^émr thÊtn .pw» 
ur àm -Mate de Fmaee, fa'-fle nuniafMtBfnaisnt avac le priTiUge de 
Tendre en France les draps fabriqués 'de ces lunes, eztlosivement % 
toos aatres, tant qu'ils aii y>tt>MiflBt<faBt«i% gia (Bab d?A^catecy4 



PnittPPE VE T«L61S. 24i 

gntfmttrople retour de leur comte, qui, après nne fausse 
réconciliatioii, TeMH encore âe se^auTer de teors tnaîns*. 
FMIippe ne ptlt rien fiire. Il négocia, il défia. Edouard se^a 
poniMe^. 

€e Ait mi ImMe désespoir dans la ville affamée , lors- 
qa'eHe «vîf totftes ces 'baninères de franco, toute ^^etle 
grande amgée, qui s'éloîgRaîetyt et Fabandonnaient. il ne 
jwtai t phis mn gens de 'Calais qu'à se donner à l-emiemi, 
ail ^roiriak bien d^K. liais les Âtiglais les baissaient 'mcn^- 
teOemeiiit, comme marins, 'comme «corsaires *. 1*our savoir 
iOBt ee qu'il y a d'irritation dans ^}es trostilités quotidiennes 
d'un tel voisinage, dans cet obtique^et haineux regard que 
les deux élites «se lancent Tune à TeulPe , il fiiut lire les 
guerres de Louis XIV, les faits 'et gesftes de lean Bart, la 
lamentable "démolition du port defhinkerque, laformeture 
des bassins d'Anvers. 

Délait assez-piobaMe que leroi d'i^((leterre, qui s'était 
tant ennu^d^ant Calais, qui yétaktresté'un an, qui. •en 
meseule campagne, avaîtdêpensé hiiiomme,'énorme alors» 
de près de dix millions de -noire momusie , ae doafnerail ila 
aatlaholion^de passer iles habitants au fil de répée; an quoi 
«erlaniemettt-il^<nTait7>laisir aux 'marehands anglais, ittais 
lasebevaliefS'd^onfrdiloi'âirentfleftemoni ^e,*s-iMfiii^ 
tait ainsi les assiégés, ses gens n'oseraiont i^lus s'^enfenner 
dans les places, qu'ils auraient peur des représailles. 11 céda 
et voulut bien recevoir la ville à m^rci, pourvu que quel- 



• ^or IvtfeKtrà ëpMMT k.filt6'doriotié'Aiial«t«f«« iMiPl.imaoaâ te 
mumkHm-mt/çmÊom «mmotM.(U«^<«im9«ii; tlififfu«ili «ontei «ntop^ 
tel, naiswM hanm fitit:: *• **.tSt.«ifovr^^'ihtftaa «ilé imtor «e» 

ékmpié^M léÊiHtêi^pmammmmkm .«la*eD 4»'MMe. » ti^rm^is. 

»'B'p«i tm lisa»fTic»||—4»i»ipf»j»ililwini< |n<ilyHiiMiiii mwam^H 



2\% L'ANGLETERRE. 

quesuns des principaux bourgeois vinssent, selon Tusage, 
lui présenter les clefs, tête nue, piads nus, la corde au coL 

Il y avait danger pour les premiers qui parattraientdevant 
le roi. Mais ces populations des côtes, qui, tousles jours, bra- 
vent la colère deFOcéan, n'ont pas peur de celled'un homme. 
Il se trouva sur-le-champ, dans cette petite ville dépeuplée 
par la famine, six hommes de bonne volonté , oour sauver 
les autres. II s*en présente tous le$ jours autant et davantage 
dans les mauvais temps, pour sauver un vaisseau en danger. 
Cette grande action, j'en suis s&r, se fit tout simplement, 
et non piteusement, avec larmes et longs discours, comme 
rimagine le chapelain Froissart t. 

Il fallut pourtant les prières de la reine et des cheva- 
liers, pour empêcher Edouard de faire pendre ces braves 
gens. On lui fit comprendre sans doute que ces gens-là 
s'étaient battus pour leur ville et leur commerce, plutôt 
que pour le roi ou le royaume. Il repeupla la ville d'An- 
glais, mais il admit parmi eux plusieurs Calaisiens, qui se 
tournèrent Anglais, entre autres Eustache de Saint-Pierre, 
le premier de ceux qui lui avaient apporté les clefs '. 

Ces clefs étaient celles de la France. Calais, devenue 
anglaise, fut pendant deux siècles une porte ouverte à 
l'étranger. L'Angleterre fut comme rejointe au continent. 
Il n'y eut plus de détroit. 

• App., 176. 

* Froissart dit : « Et puis firent (les Anglais) lotttes manières de gens 
pcliis et grands, partir (de Calais). » « Tout Français ne fat pas exclu, 
dit M. de Bréqnigny; J*ai vu au contraire quantité de noms français 
parmi les noms des personnes à qui Edouard accorda des maisons dans 
sa nouTolie conquête. Eustache de Saint Pierre fut de ce nombre. • •» 
Philippe fit ce qui était en son pouvoir pour récompenser les habitants 
de Cïlais. Il accorda tons les offices vacants (8 septembre, an mois 
après la reddition) à ceux d'entre eux qui yoadraient s'en faire poar« 
voir. Dans celte ordonnance il est fait mention d'une antre par laquelle 
il avait concédé aux Calaisiens chassés de leur ville tons les biens et hé- 
ritages qui lui échoiraient pour quelque cause que ce tAi. Le 10 sep* 
tembre, il leur accorda de nonve^n nn grand nombre de privilèges et 
franchises, etc., confirmés sous les règnes suivants. App.» 177. 



PHIUPPB DE VALOIS. 213 

Revenons sur ces tristes événements, Cherchons-en le 
vrai sens. Nous y trouverons quelque consolation. 

La bataille de Grécy n'est pas seulement une bataille, la 
prise de Calais n'est pas une simple prise de ville ; ces deux 
événements contiennent une grande révolution sociale. La 
chevalerie tout entière du peuple le plus chevalier avait 
été exterminée par une petite bande de fantassins. Les 
victoires des Suisses sur la chevalerie autrichienne à Mor- 
garten, à Laupen, présentaient un- fait analogue, mais elles 
n'eurent pas la même importance, le ntème retentissement 
dans la chrétienté. Une tactique nouvelle sortait d'un état 
nouveau de la société ; ce n'était pas une œuvre de génie 
ni de réflexion. Edouard III n'était ni un Gustave-Adolphe, 
ni un Frédéric. D avait employé les fantassins, faute de 
cavaliers. Dans les premières expéditions, ses armées se 
composaient d'hommes d'armes, de nobles et de servants 
des nobles Mais les nobles s'étaient lassés de ces longues 
campagnes. On ne pouvait tenir si longtemps sous le 
drapeau une année féodale. Les Anglais, avec leur goût 
d'émigration, aiment pourtant le home. Il fallait que le 
baron revint au bout de qi eiques mois au baronial hall, 
qu'il revit ses bois, ses chiens, qu'il chassât le renard t. Le 
soldat mercenaire, tant qu'il n'était pas riche, tant qu'il 
était sans bas ni chausses , comme ces Irlandais , ces 
Gallois que lonait Edouard, avait moins d'idées de re- 
tour. Son hamey son foyer^ c'était le pays ennemi. Il 
persistait de grand cœur dans une bonne guerre qui le 
nourrissait, l'habillait, sans compter les profits. Ceci expli- 
que pourquoi l'armée anglaise se trouva peu à peu presque 
toute de mercenaires, de fantassins. 

La bataille de Crécy révéla un secret dont personne ne 
se doutait, l'impuissance militaire de ce monde féodal, qui 
s'était cru le seul monde militaire. Les guerres privées des 

• Afp., 178. 



tfi L'ÀNmmMai. 

barons^ 4e canton à caiHoo, dans TisoleflMnt prnmfEP du 
moyen âge, n'avaient p« apprendre cela-, lesgentilslkiinmês 
n'épient vaincus que par des geolilslNMitmes, Deux siècles 
de déMtea pendant les Croisades H'avatent pas fait toit à 
leur réputation. La cbrétieaté tout entière était întéreissée 
à se dissimuler les avantagea des mécréants. D'aitleuis les 
gnerrca se passaienl trop Mn, pMtr qu'il n'y eût paa ton- 
jcNirs moyen d'excuser les revers ; Yhérolsme d'un Go- 
defroi, d'un Ridmrd, rachetait toot te mste. Au xbi* aè- 
de, lorsque les 'bannières feodales teent faabitaées à 
suivre celle du roi, lorsque, de taoït de conrs seigneuriales, 
il s'en lit une seule, éclatante au ilelà de toutes les Ëctions 
des romans, les nobles, diminués en puissance, cràrent en 
ofi^ueil ; abaîssés en eux-mémesi» ils se sentirent grandis 
dans ievr roi. Aa s'estîmètest phn ou moins sdoa qu'ils 
partnpaîent a»x fêtes roiyaàes. Le pins af^lawdi dans les 
tMimois était cru, se croyait Ini-mème, le ptus vaiHiint 
dans les batailles. Fanfares, regards du roi, oeittiades des 
belles dames, tout cela enivrait plus qu'une vraie victoire. 
L'entvreme&t fut tel, qu'ils abandonnèrent sans mot dire à 
Fbilippe le Bel lenrs frères, les Templiers ; ces chevatîers 
étaient généralraicnt les cadets de la noblesse. Elle fil bon 
marché des moines ebevatiers, tout comme des nôtres 
moines ou prêtres. Touieurs elle aida les rois contre les 
papes. Ces décimes arrachées an dergé, sous semblant 
de croisade ou autre prétexte, les nobles en avaient benne 
part ^ Le temps venait pourtant oii le noble, après 
avoir aidé le soi à manger le prêtre, pourrait aussi avcnr 
son tour. 

A Courtrai, les nobles alléguèrent leur héroïque étoor» 
derie, le fossé des Flamands. A Mons-en-Puelle, à CassL'l, 
deux faciles massacres relevèrent leur rquntation. PtendaiA 
plusieurs années, ils accusèrent le roi qui leur défendait 



PHi&9ra »» ▼4U)is. 315 

4e vaincre. A Créey, ils étaieBt à même; toate* k chei»t« 
tem était là réttAid, toute kmniôra iottak a» vent, cet 
ften btesoHft) Mon») aiglea, teure, beaeae des. eioîndes, 
tout l'orgueiUMx symboHMiie des araMiîriea. B» face, sauf 
tma mitte hoinmea é'anMSy e^étaient tes^va»4M»«fîed8 des 
ommuuMS aagtaîaes> las vodes^montagiMuda (te GaUaa^ les 
porcherade I^Mando A; raeaa aveugleaet sau^ta^aa^ cpiaa 
aairaitnt ai finnçiiia, av anf^aîa, ni dmvetene. Ma n!em vi- 
sèrent pas moins bien aux nobles baoaièna : iisiifen tua- 
ient <p]fr(Ais% H n'y sjmAjmB et langue: cawwrmnr pour 
prier OK taaitet. La Wabh oa Tlrialima» n/eiitr niait pas 
Ïb htEoa ffén^arsé ipii hii oAraît de le Mcb tkbet: ii ne lé^ 
penénit que de osataau. 

Miitisw^ fai remanesqaa haavoiH» de Jbaa de Bohème ei 
de maiot autre, les heiUantes bannièrea ivent tachéea ce 
jous-là. j^airoir été tralséea» bmi pa« le noblair gantelet du 
aeignemr, mais par las man» aalkuaes, e'étaît difficile à 
Ibver» La reiigmn de la noUease eut dès lats phia d'un 
daerédide. Le symèaisme armonal perdit tout son effet 
On commença à dsutar que ees lâone meadissent, que 
«et. dragons de soie Tomiaaent feu et ftsnnoaa. L» vache 
de Snisto et In vaehede GalieasemMèreat ausai de bonnes 
armoiries. 

Pour que le peuple s'avisât ée ton! cela, ià flilint bien dm 
Inmps, bien des déiUte». Crécy ne suffit paa, paa mdme 
Poitien. Cette réprobatiandes nobles qnî s'éleva hardiment 
après hi bataille d'Azîncourt, elle est muette encore et res<^ 
pectaeaae sens fbilippe de Valoia. B. n'y a ni plainte, ai 
révolte ; oMis souft*ance, huigueur, engourdissement sons 
las maux. Pea d'eapoir sur terre, guère aîUeusa. La fitii est 
ébranlée ; la féodalité, cette antre foi. Test davantage* Le 

• Sar I rente-deux mille hommes dont se compomt l'année à'tâkmvàt 
Proi<<iart dit expressément qu'il n*y avait que quatorze tnille Anglais 
(4,(XX) hommes d'armes, 10.000 aro.hers'. Les autres dix-hdit mille 
fuient Gallois et Irlandais (11,0UJ Gaiioét» S,CUd Irl^fidttii). 



Si 6 L'AIIGLBTIIIU. 

moyen âge avait sa vie en deux idées, l'empereur et le 
pape. L'empire est tombé aux mains d*un serviteur du roi 
de France ; le pape est dégradé, de Rome à Avignon, valet 
d'un roi ; ce roi vaincu, la noblesse humiliée. 

Personne ne disait ces choses, ni même ne s*en rendait 
bien compte. La pensée humaine était moins révoltée que 
découragée, abattue et éteinte. On espérait la fin du 
monde ; quelques-uns la fixaient à Tan 4365. Que restait- 
il, en effet, sinon de mourir? 

Les époques d'abattement moral sont celles de grande 
mortalité. Cela doit être, et c'est la gloire de l'homme qu'il 
en soit ainsi. Il laisse la vie s'ea aller, dès qu'elle cesse de 
lui paraître grande et divine... « Yitamque perosi projecére 
animas.... » La dépopulation fut rapide dans les dernières 
années de Philippe de Valois. La misère, les souffrances 
physiques ne suffiraient pas à l'expliquer; elles n'étaient 
pas parvenues au point où elles arrivèrent plus tard. Ce- 
pendant, pour ne citer qu'un exemple, dès Tan 4 339, la 
population d'une seule ville, de Narbonne, avait diminué, 
en quatre ou cinq ans, de cinq cents familles ^. 

Par-dessus cette dépopulation trop lente, vint lextermî- 
nation, la grande peste noire^ qui d'un coup entassa les 
morts par toute la chrétienté. Elle commença en Pro- 
vence, à la Toussaint de l'an 4347. £lle y dura seize mois, 
et y emporta les deux tiers des habitants. Il en fut de 
même en Languedoc. A Montpellier, de douze consuls il 
en mourut dix. A Narbonne, il périt trente mille per* 
sonnes. £n plusieurs endroits, il ne resta qu'un dixième 
des habitants *. L'insouciant Froissart ne dit qu'un mot de 
cette épouvantable calamité, et encore par occasion. «... Car 
en ce temps par tout le monde généralement une maladie 
que l'on clame épidémie couroit, dont bien la tierce parAe 
dumonde mourut. » 

• App., ISO. — * 0. VaûsetC«. 



FHILIFPl ME TALOIS. 217 

Le mal ne commença dans le Nord qu'au mois d'août 
4348, d'abord à Paris et à Saini-Denis. U fut si terrible à 
Pans, qu'il y mourait huit cents personnes par jour, selon 
d'autres cinq cents ^. « C'était, dit le continuateur de 
Nangis, une effroyable mortalité d'hommes et de femmes, 
plus encore de jeunes gens que de vieillards, au point 
qu'on pouvait à peine les ensevelir ; ils étaient rarement 
plus de deux ou trois jours malades, et mouraient comme 
de mort subite en pleine santé. Tel aujourd'hui était bien 
portant, qui demain était porté dans la fosse : on voyait se 
former tout à coup un gonflement à l'aine ou sous les ais- 
selles; c'était signe infaillible de mort... La maladie et la 
mort se communiquaient par imagination et par contagion. 
Quand on visitait un malade, rarement on échappait à la 
mort. Aussi en plusieurs villes, petites et grandes, les 
prêtres s'éloignaient, laissant à quelques religieux plus 
hardis le soin d'administrer les malades... Les saintes 
sœurs de l'Hôtel-Dieu, rejetant la crainte de la mort et le 
respect humain, dans leur douceur et leur humilité, les 
touchaient, les maniaient. Renouvelées nombre de foia 
par la mort, elles reposent, nous devons le croire pieuse- 
ment, dans la paix du Christ K » 

« Comme il n'y avait alors ni famine, ni manque de 
vivres, mais au contraire grande abondance, on disait que 
cette peste venait d'une infection de l'air et des eaux. On 
accusa de nouveau les juifs ; le monde se souleva cruelle- 
ment contre eux, surtout en Allemagne. On tua, on mas- 
sacra, on brûla des milliers de juifs sans distinction^... » 

La peste trouva l'Allemagne dans un de ses plus sombres 
accès de mysticisme . La plus grande partie de ce pauvre 
peuple était depuis longtemps privée des sacrements de 
r£glise. Nos papes d'Avignon pour faire plaisir au roi de 



• Afp., 181. - < CodUo. 6. de 

* Coolin. G. de Naogis. 



I 



2W 

France, ftoidemeat al da gaialé dm eflnw «vaîeM pkttgé 
r Allemagne dans ie désespoûr .. lova las pays, cpaî recaa- 
naissaient loais de Bkkvitee OaiMt tnfipéÊ da Vait^rdil. 
Plusieurs viHe», paitic ul ièa oï oeat StaaÂnnfffr. laataiaiii 
fidèles à leur emparaw, mdiiiaia|»ès. m Moit, eà sougMîeaC 
toujours les eiM» d» 1» seilanc# po«(tiicaW« Paint de 
messe, pefiil de vialiqua. Lk paito taa daa» Steasbanrg 
sei'ze mille bomfnes^ qw aa onmal damaésu. Im^ dauMoi^ 
cains, qui «f ateiM paraMé qaalqua laoftpa à Cvra le aaavioa 
ditm^ finmm par &'aB aûar cfmam loa autees. Trois 
hommes sauiamant, taoia mya it uao , se. tûaneai eom^ da 
rinteidil, at parsistètaot àasaialat tm mauygals : le doaû- 
nicam Tauter, rangasiâi Thaaaaa dia Stoasbooig, ai la 
chartrem Ludalpli. Calait la giasda ofwnia 4»a «ays* 
tiques. Ludolpha éeriaait mVieém CArte, Taid^ son Imi- 
tation dû Im pawwé vm de Jétm, Suso aan Uvre às& Nêuf 
rochers. Tauler hti-méma alaîl conaultar daaa la foiétda 
Soigne, près LouvaÛL, l^.viauK ftuyabcoak, le ihc^mr tx^k- 
itque. 

Mats Taslaaa daas la paaple, çféUit ftiraor. Qajd» Ta^ 
basdcm oè lea laiaaail r%Uae. daaa laur mépris dea pré* 
ires^, ils se passaient da sacraosanta; ils meUaient à la 
piaoe, dea uortificaliana fiaaijflitftt» des eoui^ses firéné- 
tifUMS. Dea pofatlatioiis emièfea pariiraat» allèrent sans 
savoir où, eomme pouaséea parla vant da la çoLère divioeu 
IlaportaiMal das croix ronges ; éamî-oua sur las places^ ils 
aa frappwattl avect des fouela armés de poinles de fer, 
chantant daa Gaittîqaea qu'on n'avait jamais entendus 2. Us 
Mvestaiaat dans chaque viBa qu'un jour et une nuit, et se 
•agellaiant deux, fois le jmt ; cela fait pendant trente-trois 
jours et dcaai, ils ae croyaient purs comme au jour du 
haptéma^. 
Les flagellants allèrent d'abord d'Allemagne aux Pays- 

* Johannes Viiodaranas. -«ilify.» iat« 

* Us des Chroniques de Saint- Denis, cité pai HL MaaarA,» 



Bas. Puis cette fièvre ga^oa ea Fraociô, par U Flaadre, la 
Picai-die. Tille ne passa pas Reims. Le pape les condaouia , 
le roi ordonna de leur courir sua. Us n'en furent pas moins, 
à Noél (1349), près de huk cent B»Ue *. Et ce n'était plua 
seulement du peuple, mais des gentilshommes, des sei- 
gneurs. De nobles dames se BOuettaient à en faire autaot 9. 
n n'y eut point de fli^eUattls ea Italie. Ce sombre en- 
thousiasme de r AUemagiifi et de la France du nord, cett^ 
guerre déclarée à ta diair» contraste fort avec la peinture 
que Boccace nova a Mssée des Baœura italiennes à la même 

époque. 

Le prologue dv DécanaérM es4 le principal témoignage 
historique que nma ayoi sur la grande peste de 4348. 
Boccace prétend qu'à Florenoe seulemeiU, il y eut ceikt 
mille morts. La eoBtagioo était effrayablement rapide. 
c J'ai vu, dit-il, de mes yeui, deux porcs qui, daas la rue, 
secouèrent du groin les baillaos d'un mort ; une petite 
heure après, ils tournèrent, tournèrent et tombèrent ; ils 
étaient morts evx-môoies... Ce n'étaient plus les amis qui 
portaient les corps sur leurs épaules, à l'église indiquée 
par le mourant. De pauvres compagnons, de misérab||8 
croque-morts portaient vite le eorps à l'église voisine.*, 
beaucoup mouraient dans la rue ; d'autres tout seuls dans 
leur maison, mais on sentait les maisons des morts... Sou- 
vent on mit sur le méoae brancard la femme et le mari, 
le lils et le père... On avait fait de grandes fosses où l'oo 
entassait k» corps par centaines» comme les nutfcban- 
dises dons un vaisseau... Chacun portait à la main des 
herbes d'odeur forte. L'air u'était plus que puanteur dn 
SDorts et de midades, ou de médecines infectes... Oh 1 que 
de belles maisons restèrtint vides I que de fortunes sans 
béritiersJ que de belles dames, d'aimables jeunes gens 



• Uê des Chroiiiqnes do Saint I>enis, cité par M. Mazarc. 

* Cou Un. G. de Nangit« v . . 



820 L'ANGLETBRia. 

dînèrent le matin avec leurs amis, qui, le soir venant, s'en 
allèrent souper avec leurs aïeux I... » 

Il y a dans tout le récit de Boccace quelque chose de plus 
triste que la mort, c'est le glacial égoîsme qui y est avoué. 
« Plusieurs, dit-il, s'enfermaient, se nourrissaient avec 
une extrême tempérance des aliments les plus exquis et 
des meilleurs vins, sans vouloir entendre aucune nouvelle 
des malades, se divertissant de musique ou d'autres choses, 
sans luxure toutefois. D'autres, au contraire, assuraient 
que la meilleure médecine, c'était de boire, d'aller chan- 
tant, et de se moquer de tout. Ils le faisaient comme ils 
disaient, allant jour el nuit de maison en maison ; et cela 
d'autant plus aisément, que chacun, n'espérant plus vivre, 
laissait à l'abandon ce qu'il avait, aussi bien que soi- 
même ; les maisons étaient devenues communes. L'auto- 
rité des lois divines et humaines était comme perdue et 
dissoute, n'y ayant plus personne pour les fwre observer- 
Plusieurs, par une pensée cruelle, et peut-être plus pru- 
dente «, disaient qu'il n'y avait remède que de fuir ; ne 
s'inquiétant plus que d'eux-mêmes, ils laissaient là leur 
vMle, leurs maisons, leurs parents ; ils s'en allaient aux 
champs, comme si la colère de Dieu n'eût pu les précéder... 
Les gens de la campagne, attendant la mort, et peu sou- 
cieux de l'avenir, s'efforçaient, s'ingéniaient à consommer 
tout ce qu'ils avaient. Les bœufs, les ânes, les chèvres,' les 
chiens même, abandonnés, s'en allaient dans les champs 
où les fruits de la terre restaient sur pied, et comme créa- 
tures raisonnables, quand ils étaient repus, ils revenaient 
sans berger le soir à la maison... A la ville, les parents ne 
se visitaient plus. L'épouvante était si forte au cœur des 
hommes, que la sœur abandonnait le frère, la femme le 
mari ; chose presque incroyable, les pères et mères évi- 
taient de soigner leurs fils. Ce nombre infini de malades 

> llauco ViUani blâme ceux qui se retirèrent. 



PHILIPPE DE .VALOIS. 221 

D*avait donc d'autres ressources que la pitié de leurs amis 
(et de tels amis, il n*y en eut guère), ou bien l'avarice des 
serviteurs ; encore ceux-ci étaient-ils des gens grossiers, 
peu habitués à un tel service, et qui n'étaient guère bons 
qu'à voir quand le malade était mort. De cet abandon uni- 
versel résulta une chose jusque-là inouïe, c'est qu'une 
femme malade, tant belle, noble et gracieuse fût-elle, ne 
craignait pas de se faire servir par un homme, même 
jeune, ni de lui laisser voir, si la nécessité de la maladie 
l'y obligeait^ tout ce qu'elle aurait montré à une femme ; 
ce qui peut-être causa diminution d'honnêteté en celles 
qui guérirent. • 

Pour la maligne bonhomie, tout aussi bien que pour 
l'insouciance, Boccace est le vrai frère de Froissart. Mais 
le conteur ici en dit plus que l'historien. Le Décaméron, 
dans sa forme même, dans le passage du tragique au plai- 
sant, ne représente que trop les jouissances égoïstes qui 
suivent les grandes calamités ^ Son prologue nous intro- 
duit par le funèbre vestibule de la peste de Florence aux 
jolis jardins de Pampinea, à cette vie de rire, de rien fatre 
et d'oubli calculé, que mènent ses conteurs, près de leurs 
belles maltresses, dans une sobre et discrète hygiène... 
Machiavel, dans son livre sur la peste de 4527, a moins de 
ménagements. Nulle part l'auteur du Prince ne me semble 
plus froidement cruel. Il se prend d'amour et de galants 
propos dans une église en deuil. Ds se revoient avec sur- 
prise, comme des revenants, se savent bon gré de vivre, et 
se plaisent. L'entremetteuse, c'est la mort. 

Selon le continuateur de Guillaume de Nangis : « Ceux 
qui restaient, hommes et femmes, se marièrent en foule. 
Les survivantes concevaient outre mesure. Il n'y en avait 

pas de stérile. On ne voyait d'ici et de là que femmes 

■- 

• App,, 1S3. 



S82 L*A!«GLETIilRE. 

grosses. Elles enEGuitaieot qui deux, qui trois enfants à la 
fi»îs. » 

Ce fut, comme apràs tout grand flAau« comme après la 
peste de Marseille^ comme après la Terreur, une joie sau- 
vage de vivre, une orgie d'héritiers ^ Le roi^ veuf et libre, 
allait jDfiaâer son fils à sa cousine Blanche ; mais quand il 
vit la jeum fille, il la trouva trop belle pour son fils et la 
gMrda pour lui. Il avait cinquantc^^huit ans, elle dix-huit. 
Le fils épousa une veuv« qui en vivait vingt^quatre, Théri- 
tière de Boulogne et d'ÀHvevgne, qui de. pUis lui donnait» 
avec la tutelle de son fils enfant, l'administration des deux 
Bourgognes. Le royaume souffrait, mais il s'arrondissait 
Le roi venait d'acheter Montpellier et le Dauphiné. Le petit* 
fils du roi épousa la fiUe du duc de Bourbooi, le oomte de 
Flandre ceUe du duc de Bsabant. Ce n'était que noces et 
^pie fêtes» 

Ces fêtes tiraient un bizarre éclat des jonodes aouvelles 
qui s'étaient introduites depuis quelques ^mnées en France 
et en ÂJ^terre. Les gens de la côir jpeut-étre pour se 
distioguer davantage des chevaliers ès4oUf des liommes de 
robe lopgU€^ avaient adopté des vêtements serrés^ souvent 
mi-ipartie de deux couleurs^ leurs cheveux serrés en 
queue* leur barbe touffue» leurs monstrueux souliers à la 
poulaine^ui remontaient en se 4«courbant, leur donnaient 
un air biaarre» qaèUfae ^iiose du diable 4Ni du scorpion. 
Les femmes chai^geaient leur tète «d'une -mitre énorme 
d'où flottaient-dés Tubam^ eomme las flammes d'un mât. 
Elles -ne voulaient, plus de j>alefrois ; il leur fallait de fou* 
gueux destriers. Elles portaient deux digues «à la ceinture. 
— L'Église pnécbait en vain cantre ces modes oiyueil- 
leuses et impudentes. Xe sévère chroniqueur en j>arle ru- 
dement^: « 41s «'étaient juis.» dil-4(, ÀjporterlMrbe Joqguei 
gt4Pobee Qourtes,ai couMsqu-ils montraient leurs fesses*^ 

< Ualteo Vaiani, 



PHILIPPE DS VALOIS. ' 22^ 

Ce qui causa parmi le populaire une dérision non petite ; 
ils devinrent, comme l'événement le prouva souvent, d'au* 
tant mieux en état de fuir devant Tennemi ^. » 

Ces changements en annonçaient d'autres. Le monde 
allait changer d'acteurs comme d'habits. Ces folies parmi 
les malheurs, ces ««cas ptécîpitées le lendemain de la 
peste, devaient avoir aussi leurs morts. Le vieux Philippe 
jde Valois ne tarda pas à languir près de sa jeune reine, el 
laissa la couronne à aoAfik>(dSë(]^ 

' ^vp., 184. 



CHAPITRE II 



lean. BataiUe de PoiUeri. 1350-1830. 



La peste de 4318 enleva, entre autres personnages 
célèbres, l'historien Jean Villani, et la belle Laure de 
Sades, celle qui, vivante ou morte, fut Tobjet des clmnts 
de Pétrarque. 

Laure, fille de messire Audibert, syndic du bourg de 
Noves, près d'Avignon, avait épousé Hugues de Sadea, 
d'une vieille famille municipale de cette ville. Elle vécut 
honorablement à Avignon avec son mari, dont elle eut 
douze enfants. Cette union pure et fidèle, cette belte image 
de la famille, au milieu d'une ville si décriée pour ses 
mœurs, est sans doute ce qui toucha Pétrarque* Ce fut le 
6 avril 4327, que Laure apparut pour la première fois an 
jeune exilé florentin, le vendredi de la semaine sainte, 
dans une église, entourée, comme il est probable, de son 
époux et de ses enfants. Dès lors cette noble image de 
jeune femme lui resta devant l'esprit. 

Qu'on ne nous reproche pas comme une digression Ic^* 
peu que nous disons d'une Française qui inspira une si 
durable passion au plus grand poète du siècle. L'histoire 
des mœurs est surtout celle de la femme. Nous avons 
parlé d'Héloîse et de Béatrix. Laure n'est pas, comme 
Héloïse, la femme qui aime et se donne. Ce n'est point la 
Béatrix de Dante, dans laquelle l'idéal domine et qui finit 
par se confondre avec l'éternelle beauté. Elle ne meurt 



BATAILLE DK POITIERS. 225 

pas jeune ; elle n'a pas la glorieuse transfiguration de la 
mort. Elle accomplit toute sa destinée sur la terre. Elle est 
épouse, elle est mère, elle vieillit, toujours adorée ^. Une 
passion si fidèle et si désintéressée à cette époque de 
sensualité grossière, méritait bien de rester parmi les plus 
touchants souvenirs du xiv^ siècle. On aime à voir dans' 
ces temps de mort une âme vivante, un amour vrai 
et pur, qui suffit à une inspiration de trente années. On 
rajeunit, à regarder cette belle et immortelle jeunesse 
d'àroe. 

n la vit pour la dernière fois en septembre 1347. C'était 
au milieu d'un cercle de femmes. Elle était sérieuse et 
pensive, sans perles, sans guirlandes. Tout était déjà plein 
de la terreur de la contagion. Le poète, ému, se retira, 
pour ne pas pleurer La nouvelle de sa mort lui par- 
vint, l'année suivante, à Vérone. Il y écrivit la note tou- 
chante qu'on lit encore sur son Virgile. Il y remarque 
qu'elle est morte au même mois, au même jour et à la 
même heure, où il Favait vue trente ans auparavant pour 
la première fois. 

Le poète avait vu périr en quelques années toutes ses 
espérances, tous les rêves de sa vie ^. Jeune, il avait espéré 
que la chrétienté se réconcilierait, et trouverait la paix 
intérieure dans une belle guerre contre les infidèles. Il 
avait écrit le célèbre canzone : a aspettata in ciel beata 
e bella... v Mais quel pape prêchait la croisade? Jean XXII, 
le fils d'un cordonnier de Cahors, avocat avant d'être 
pape, cahorHn et usurier lui-même, qui en^ssait les 
millions, et brûlait ceux qui parlaient d'amour pur et de 
pauvreté. 

L'Italie, sur laquelle Pétrarque plaça ensuite son espoir, 
n'y répondit pas davantage. Les princes fiattaientPétrarque, 

disaient ses amis, mais aucun ne Técoutait. Quels amis 



m. i3 



• 



226 JEAPr. 

pour le crédite poète que ces féroces et rûsèsf is^^onfide 
Milan!... Napl6S valait mieux, ce semUe. Le SttVAHl toi 
Robert avait Vbulu donner lui-même A Pétrarque la cou- 
ronne du Capltole. Mais lorsqu'il se rendit à Nftptes, Robert 
n'était plus. La reine Jeanne lui atait snccédé^. Le poète, 
à peine arrivé, vit avec horreur les combats de ^fliaiéUrs 
renouvelés dans cette coUr par utle noblesse sàngtiiiialre. 
n prévit la catastrophe du jeune épout de Jeanne, étVahgté 
peu après par les amants de sa femme... R écrit lui-même 
de Naples : « Heu ! fuge crudeles terras, fuge litlas 
avarum I > 

Cependant on parlait de la restauration de la liberté 
romaine par le tribun de Rienii. Pétrarque né douta point 
de la réunion prochaine dé ritalie, dû monde, sous le àon 
élai II chanta d'avance les vertus du libérateur et la gloire 
de la nouvelle Rome. Cependant Rien^i menaçait dé mort 
les amis de Pétrarque, les Colonnfr. Celui ci refVisa long- 
temps d'y croire ; il écrivît au tribun une lettre triste et 
inqnièle, oii il le prie dé démentir ceà mauvais trults^. 

La^chute du tribun lui ôtant l'espoir que Fltalie pût se 
rélever elle-même, il transporta son facile enthousiasme à 
l'empereurCharleâ tV, qui alors entrait en Italie. Pétrarque 
8é trouva sur son passage ; il lui présenta les ihédailtes 
d'or de Trajan et d'Auguste ; il le somma de se souvenir 
de ceà grands empereurs. Ce trajan, (^ Auguste avait 
passé les Alpes avec deux ou trois cents cavaliers. U venait 
vendre les droits de l'empire en Italie, avant de les sacrifier 
en Altemiigne dans âa bulle d'or. Le pacifique et économe 
empereur, avec son cortège mal monté, était comparé par 
les Italiens à un marchand ambulant qui va à la foire *. 



« App., 187. 

• App., 1>8. 

'H tira d'eux qaelqoe argent, et s'en retoarna plas vite qnll n'éiait 
venu. Les villes fermaient tontes leurs portes» on Ini permit avec peina 
de reposer une nuit à Crémone. 



f 



BATAILLE DE POITIERS. %i1 

Le Mste Pétrârqtte, ttimiiDé fant Ae foîft ^, %e réfagia 
chaque jour davaifitagè ûMs hiloititaiM MitiquilM. fi se iftnt^ 
déjà t{i»ux, à appi^d^ te ItArgûe d'BcHtfièrë, à épeler 
rilisde. n faiK voir queb furent ses transports quand, 
pour te première fois, il %0u6hft le précieux isiaimseHI 
qu'il ne pouvait lire. 

h erta «finsi dan« te^ASettiiè»^ tmhéeis, surviVéM, coffitiie 
liante, à fottt cé qtii! airnaît. €e n'était pas Dante, Kwais 
ptuMt son onfbre, "phxs pâle et plus dtduce, tottijours Mfi^ 
Asile par Virgile, et se faiisant de te poésie antique utt 
Elysée. Vers ta fitt, iftquiet pour les précieux irnnuserits 
qu*SI tratnaft partout avec lui, il les lé^a à te fépuf^que 
de Tenise, eft déposa son lomère ^t soft Virgile dans te 
baMiothèque méttie de Saint-Mâ)«c, «devrtère les fa^neux 
chevaux de Cormthe, où on les a retjHittvés Crois œufs «n 
après, à nioitié perdu» de pousi^ère. Venise, ^t i»* 
vlolabie asile au miKea des meus, était alors te seul lieu 
sèr auquel la maîia (neuse du poète pût confier en mouyaift 
hes éteui èrraï^ de rantiquitè. 

9ûof lui, ce devoir aecompli, il alte qvelqtte temps 
rédbafuff^ sa vieillesse au soleil d' Arqua, il y mourut daM 
sa bibliothèque et te télé sur un livfe K 

Ge» Vains i^grets, bMfe fidélité oMtinée m paessé, qui 
pendant Mute te vie du poète lui fit poursuivre des ombres, 
qui lui fit placer «ai crédule espoir dans te tfiba>n, dam 
l^n^pereuf, te n^eM pas 4*erreur de Pétrarque, e'efift celle 
det^l Soft«iMI^. Là fttance ittèttm, ipà semble ui^eir si 
diH^iiMit vompu «vec le îmytfh âge par TiimnotetiM des 
Templters et de Bontfaee, y revient malgré eltei«pfto 



I Ce qu'il y avait de plus humiliant, c'est qoe le malicir ux empereur 
avait donné la couronne poêiique à tin tidtre que Pétrarque. 

* Quelques jours auparavant, Boeca^e hri a¥ait envoyé fe Di*i*iattr.'ron. 
Le Tieitlard en retint par rœur la pcttleftU VtiMiêti, eetle beMs hia- 
ic.fe qui, à elle ieule, purrflc te reste (îtt tfvre. 



S28 i£A?(. 

effort, et s'y engourdit. La défaite des armées féodales, la 
grande leçon de Crécy, qui devrait lui faire comprendre 
qu'un autre monde a commencé, ne sert qu'à lui faire 
regretter la chevalerie. Les archers anglais ne Tinstruisent 
pas. Elle n'entend point le génie moderne qui Ta foudroyée 
à Crécy par l'artillerie d'Edouard. 

Le fils de Philippe de YaloiSj le roi Jean, est le roi des 
gentilshommes. Plus chevaleureux encore et plus malen- 
contreux que son père, il prend pour modèle l'aveugle 
Jean de Bohème qui combattit lié à Crécy. Non moins 
aveugle que son modèle^ le roi Jean, à la bataille de Poitiers, 
mit pied à terre pour attendre des gens à cheval. Mais il 
n'eut pas le bonheur d'être tué, comme Jean de Bohême. 

Dès son avènement, Jean, pour complaire aux nobles, 
ordonna de surseoir au payement des dettes ^. U créa 
pour eux un ordre nouveau, l'ordre de l'Ëtoile, qui assurait 
une retraite à ses membres. C'était comme les Invalides 
de la chevalerie. Déjà une somptueuse maison commençait 
à s'élever pour cette destination dans la plaine de Saint- 
Denis. Elle ne s'acheva pas 2. Les membres de cet ordre 
fiûsaient vœu de ne pas reculer de quatre arpents, s'ils 
n'étaient tués ou pris. Ils furent pris en effet. 

Ce prince, si chevaleresque, commence brutalement 
par tuer, sur un soupçon, le connétable d'Eu, principal 
conseiller de son père. Il jette tout à un favori, homme du 
midi, adroit et avide, Charles d'Espagne, pour qui il avait 
« un amour désordonné 3. > Le favori se fait connétable, et 
se fait encore donner un comté qui appartenait au jeune 
roi de Navarre, Charles, que Jean avait déjà dépouillé de la 
Champagne^. Charles, descendu d'une fille de Louis Hutin, 
se croyait, comme Edouard III, dépouillé de la couronne 



1 Ord.. 30 mars 1351, el septembre. ^ > App,, 189. . 
s C'était, dit VillaDi, le l>rDll public. 

* Charles avait aassi- à se plaindre de l'iosolence du connétable <{oi 
rayait appelé billonnnkr monnoU (faax-monnoyeur). 



BATAItLE DE POITIERS. 229 

de France. Il assassina le favori, et voulait tuer Jean. 
Celui-ci Temprisonna, lui fit demander pardon à genoux. 
Cet homme flétri sera le démon de la France. Il est sur- 
nommé le mauvais. Jean tue le connétable, tue d'Harcoort 
et d'autres encore ; au demeurant, c'est Jean le bon. 

Le bon veut dire ici le confiant, Tétourdi, le prodigue. 
Nul prince en effet n'avait encore si noblement jeté l'argent 
du peuple. Il allait, comme l'homme de Rabelais, man- 
geant son raisin en verjus, son blé en herbe. Il faisait' 
argent de tout, gâtant le présent, engageant l'avenir. On 
eût dit qu'il prévoyait ne devoir pas rester longtemps en 
France. 

Sa grande ressource était l'altération des monnaies^. 
Philippe le Bel et ses fils, Philippe de Valois, avaient usé 
largement de cette forme de banqueroute. Jaan les fit 
oublier, comme il surpassa aussi toute banqueroute royale^ 
ou nationale qui pût jamais venir. On croit rêver quand' 
on lit les brusques et contradictoires ordonnances que fit' 
ce prince en si peu d'années. C'est la loi en démence, à' 
son avènement, le marc d'argent valait cinq libres cinq 
sous, à la fin de l'année onze livres. En février 4352, il 
était tombé à quatre livres cinq sous; un an après il était' 
reporté à douze livres. En 4354, il fut fixé à quatre livres 
quatre sous ; il valait dix-huit livres en \ 355. On le remit' 
à cinq livres cinq sous, mais on affaiblit tellement la mon- 
naie, qu'il monta en 1 359 au taux de cent deux livres ^. 

Ces banqueroutes royales sont au fond celles des nobles 
sur les bourgeois. Les seigneurs, les nobles chevaliers 
assiègent le bon roi, et lui prennent tout ce qu'il prend 



t • Sor phuiaars d« ces monnAies, le roi d'Angleterre éuit représenté 
tOBS forme de lion on de dragon, fonlé par le roi de France. • Leblanc. 

* De 1361 à 13(M), la li^re tournois changea soixante et onie fois de 
▼aleor. M. Nfltalis de Wailly met ce rt^gimo en balance avec celui des 
asmgiials. (llëmoire sor les Tariations de la lîYre lonrnois.) Nott de 
ISeO. - App., 190. 



230 jEjix. 

aux autres, ta seule reine Blanche avait obtenu pour elle 
la confiscation des Lombards ; elle poursuivait à son profit 
leurs débiteurs par tout le royaume *. 

La noblesse, commençant à vivre loin de s^es cbàteaux, 
séjournant à grands frais près du roi, devenait chaque jour 
plus avide. Elle ne voulait plus servir gratis. U Callait la 
payer pour combattre, pour défendre ses terres des ra- 
vages de r Anglais. Ces Qers barons descendaient de bonne 
grâce à Tétat de mercenaires >, paraissaient à leur rang, 
dans les gjrandes montres et revues royales, et t^ndait'ut la 
main jau payeun. Sous Philippe, de Valois» le chevalier 
s'était contenté de dix sous par jour. Sous Jean, il en 
exigea vingt, et le seigneur bannerçt en eut quarante. 
Cette dépense énorme obligea le roi Jean d'assembler 1^ 
Ëtats plus souvent qu'aucun de aea prédéc^seurs. Les 
nobles contribuèrent ain^, indirectement et h leur insu, à 
donner une importance toute nouyelle. aux Ëtats^ surtout 
au tiers-état, à l'état qui payait^ 

Déjà, en 1343, la guçrra avait &rcé Philippe de Valois 
de demander aux États un droit de quatre, deniers par 
livre sur* les marchandises, lequel devait être perçu à 
chaque vente. Ce n'était pas seulement un impât, c'était 
une intolérable vexation, une guerre contre le commerce. 
Le percepteur campait sur le marché,, espionnait mar- 
chands et acheteurs, mettait la main à toutes les poches, 
demandait (comme il arriva sou$l Charles. VI) sa part sur 
un aou d'herbe. Ce droit, qui n!est autre que Talcavala 
espagnol, alors récemment établi à l'occaçion des.guerres 
d^s Maures, a tué l'industrie de VEspagne.. Philippe de 



* Les États de i2Ki exigèrent ({a'an «ispcodAt «m ponmûlM. 

* £a i33â, lest nobles du UiRgnedae^se pUâg»iMii&dece que Im^ , _ 
qii*oaleur avait payés pendant la goerce-de Gaseagne n'étateut pa» pro* 
portionn^s à ceux qfiiU avaieni reçaSrdaAS Ifs aalves^ goarres qui avaieM 
éié faites en ce pays. On êlaik au «UMMai de la cepiise do la gnen»- 
contre les Anglais. Le roi fit droit à la requête. 



BATAILLE DB POITIBRS. S3I 

Taloi» proHiil en réoompeiiM de firapfpeB de boaoe mon- 
naîe, comme du temps de saint Louas. 

NoaTeanx besoins, nouvelUs promesses. Daas Ift erise 
de 4946, le roi promit au Ëtats du nord de reatreiikljEe W 
droit de prise ».ai]x n^cessIléS' de sen bétels de aai ehèii9< 
compagne la reine el de ass en&nts. » IL supprima des 
places de sergents, abotil dea jaridiatîoQ& oppMwéea eoire 
elles, retira les lettre» de i{épit par leaqueUea ik pentteitw^ 
aux seigneurs d'ajourner- le payement de leuvs dettes Ic^. 
£t9ts du midi acoordèrent dix aoiis pae fau» 8Mr la pra* 
messe qu'on leur fit de 8un>nnier la gabeUe et 1q droii ^ir 
les ventes. 

En 4351) Jean, demandant aux* Étals aoun droîÉ de jeyaw 
avènement, se montra facile à ko» réoiaiiafttjoos^ q^ielqiae 
diverses et contradictoires qu'elles fussent ^. Il promitaw 
nobtee Pioards de toléner les gnevoeaprinées, vssk bourgepis 
Acmnands de Isa interdirq. Laa uns et les* aiitt^ bsM aiçopp^ 
dèrent siK dkniieTa par liirre ai» lea ventes» U assusa.aox. 
fibricante de Traj^s. bi bbcî^uri) exehuiiKe 4^ toUfts* 
étroites ou SM^ra+d^^ anji nmlÉrea des wélieifr de Pari^ 
un règlement qui ftxait lesi saWrea dea oiivxie<9«, étoiiiés^ 
outre mos m a par suite! de la. dépopuletion fit. de. 1a. peste. 
les boui^eais di» Faris^ eonauttés par «ui-wlmes a(t uqiv 
pav dépvtéB) à bw* aammUén 4» pmrMt «m bowigsoiSk. 
Mcerdèrentle.teuft^éasTMtea» Le rai Iw- ^pdUii auipavv* 
Mr ; ils flfy YCBdaaiit bîesAMavie Mi 

Sn Mèà^ 1* foL anaîA promis des^ réformes', Ws Btets 
avaient cru, voté docilement. Tout avaU été foi ea uoi 
jour. En 4354 , les nobles Picards refusent de laisser payer 
leurs vassaux, s'il» ne sddI eux^-méaiea ane«pte9.eti si l^s 
vassaux du roi et dles, princes ne payent 

In 4Si56, les la^laisr ravageaf^t le Midi> il ùXM bien 
encore demander de* Pargent. Les Ëtats* du nocd.eui de^U 
tangue. d'Oil, convoqués le 30 novembre, se montrèrent 

• App,, 191. 



2 M , JEAN, 

peu dociles. Il fallut leur promettre Tabolition du vol 
direct qu'on appelait droU de prises et du vol indirect qui 
se faisait sur les monnaies. Le roi déclara que le nouvel 
imp^t s'étendrait à tous, clercs et nobles ; qu'il le payerait 
lui-même, ainsi que la reine et les princes. 

Ces bonnes paroles ne rassurèrent pas les États. Us ne 
se fièrent pas à la parole royale, aux receveurs royaux. Ils 
voulurent recevoir eux-mêmes par des receveurs de leur 
choix, se faire rendre compte, s'assembler de nouveau au 
l^r mars, puis un an après, à la Saint-André. 

Voter et recevoir l'impôt, c'est régner. Personne alors 
ne sentit toute la portée de cette demande hardie des 
États, pas même probablement Marcel; le fameux prévôt 
des marchands, que nous voyons à la tête des députés des 
villes *. 

L'Assemblée achetait cette royauté par la concession 
énorme de six millions de livres parisis pour solder trente 
mille gens d'ai-mes. Cet argent devait être levé par deux 
impôts, sur le sel et sur les ventes; mauvais impôts .sans 
doute, et sur le pauvre, mais quel autre imaginer dans un 
besoin pressant, lorsque tout le midi était en proie?... 

La Normandie, l'Artois, la Picardie n'envoyèrent point 
à ces États. Les Normands étaient encouragés par le roi de 
Navarre, le comte d'Harcourt et autres, qui déclarèrent que 
la gabelle ne serait point levée sur leurs terres: « Qu'il ne 
se trottveroit point si hardi homme de par le roi de France 
qui la dût faire courir, ni sergent qui enlevât amende, qui 
ne le payât de son corps K » 

* • Prol6stèr«nt 1m iMHines rilles par l« bouche de Etiaone Uareel, 
lors pré^ost des marchands à Paris, que ili estoient tous prests de vûre» 
de mourir avec le roi. • Froiss. ~ Lire snr Etienne Marcel et la réTO* 
i; lution de 1356 88 rexcellcnt trayail de M. Perrens. MM. H. Martin el 
I. Qoicherat (Plutarque Français) avaient déjà bien indiqoé le carae* 
tère des événements de cette gninde époque sur lesquels M. Perrens a 
concentré la plus vive lumière en les racontant et les discutant avae 
détail (1860;.— * Froissart. 



J 



BATAILLE DE POITIERS. 233 

tt 

Les Ëtats reculèrent. Ils supprimèrent les deux impdts, 

et y substituèrent une taxe sur le revenu: 5 pour 400 

sur les plus pauvres, 4 pour 400 sur les biens médiocres, 

\ 9 pour 400 sur les riches. Plus on avait, et moins Ton 

payait. 

Le roi, cruellement blessé de la résistance du roi de 
Navarre et de ses amis, avait dit « qu'il n'auroit jamais 
parfaite joie tant qu'ils fussent en vie. » Il partit d'Orléans 
avec quelques cavaliers, chevaucha trente heures, et les 
surprit au château de Rouen, où ils étaient à table. Le 
dauphin les avait invités. Il fit couper la tête à d'Harcourt 
et à trois autres ; le roi de Navarre fut jeté en prison et 
menacé de la mort. On répandit le bruit qu'ils avaient 
engagé le dauphin à s'enfuir chez l'Empereur pour faire la 
^erre au roi son père. 

La résistance aux impôts votés par les États,' livrait le 
royaume à l'Anglais. Le prince de Galles se promenait à 
son aise dans nos provinces du midi. Il lui suffisait d'une 
petite année, composée cette fois en bonne partie de gens 
d'armes, de chevaliers. La guerre n'en était pas plus che- 
valeresque. Us brûlaient, gâtaient comme des brigands 
qui passent pour ne pas revenir. D'abord ils coururent le 
lÂnguedoc, pays intact qui n'avait pas soufiert encore ^. 
La province ftit ravagée, mise à sac, comme la Normandie 
en 4346. Ils ramenèrent à Bordeaux cinq mille charrettes 
pleines. Puis, ayant mis leur butin à couvert, ils re- 
prirent méthodiquement leur cruel voyage, parle Rouer- 
gue, l'Auvergne et le Limousin, entrant partout sanscoup 
férir, brûlant et pillant, chargés comme des porte-balles, 
soûlés des fruits, des vins de France. Puis ils descendirent 
dans le Berri, et coururent les bords de la Loire. Trois 
chevaliers pourtant, qui s'étaient jetés dans Romorantîn 
avec quelques hommes, suffirent pour les arrêter. Ils fu- 



234 JEAN. 

reot tout étûimés de cette résistance. Le prince de GaUes 
jura de forcer la place et y perdit plusieurs jours ^ 

Le roi Jean, qui avait commencé la campagne par 
prendre en Normandie les places du roi de Navarre où U 
aurait pu introduire l'Anglais, vint enfin au-devant avec 
une grande armée» aussi nombreuse qu'aucune qu'ait per- 
due la France. Toute la campagne était couverte de ses 
coureurs ; les Anglais ne trouvaient plus, à vivre» Du reste» 
les deux eonemis ne savaient trop ou ils en étaient ; Jean 
croyait avoir les Anglais devant, et courait après, tandis 
qu'il les avait derrière. Le prince de GaUes, aussi bieo 
informé» croyait ^es Français derrv^re lui.. C^ètait la s^ 
conde fois, et non la dernière, que les Anglais s'enga- 
geaient à l'aveugle dans le pays ennemi. A moins d'un 
miracle, ils étaient perdus. C'en fut un que l'étourderie 
de Jean. 

L'armée du prioce de Galles, pairtie anglaise, partie gas- 
conne, était forte de deu}^ mille hommes d'armes, de 
quatre mille archers,, et da deux mille brigands qu'on 
louait dans le midi, troupes légères., Jeaa était k. la tête d« 
la grande cohue fëodala du ban et dn l'arrière-ban» qui 
faisait him cini|u«ata mille hommes. Il y avait les quatre 
ffis de Jjean„ vixigt-six ducs ou comtea» cent quarante sei^ 
gneucs baBn«i:ets avec leurs banniènçs déplojiéfis ; magni- 
tique coiip d'œil,. mais l'armée: n'en valait pas OMeia» 

Doux carc^naux lé^^, doni un du aono. de Talleytajid , 
s'entremirant poux empêcher l'effusioa du sang ^^'^''ftTii 
Le jfrism de GaUes offrait de rendretaut ce qu'il avait pria, 
places et bommas, eldejujcer da ne plus servir de sapt ans 
coxUae laJxau^Si. Jean xafiis», comnae il était naturel ; il eiU 
été bonteiu de laisser alleir ocs {ûUards. Il exigeait qu'au 
moins le prince de GaUes se. vendit avec cent chevaliers. 



« Il dut déployer contre cei trois chevaliers toai an appareil de siéfer 
t canons, carreaux, bombardes et f^ ox grégeois. • Froissa/t. 



BATAILLE DS POITIERS. 235 

Les Anglais & eUuttDt fortifiés smrle céleau de Maupei^is 
près Foiliers, coUiae roià»^ plantée de vignes, ferniées de 
haies et de boiasona d'épinesu Le haut de la paite éuit 
hérissé d'arohera angbôa. il n'y avait pas besoÎQ d*a4ta(|tt«r. 
U suffisait de les tenir là; la aoif et la faim les auraient ap- 
privoisés au booft de deux jours. Jean trouva plus ehiavale- 
resque de forcer son esmmi. 

h n'y avait qu'uoa étroit sentier pour aacurter aw Anglais* 
Le roi de Franoe y employa des cavaliers. Il en fut k peu 
près ooouiie à la bataille de Moifartea. Les archers firent 
tember une phiie de traUs, eriblèrent N cbevaux, lesefiar 
roucbèrêBt, lea jetbront Tua sur Vautre. Le& Anglm saisjrr- 
rent ce UMNooent pour dosoendre ^. Le tfouMa se répandift* 
dans celte grande ariaée. Trois fils du roi se retirèrent du 
champ de batail^,pftr fondre de leuirpère,eouu<ena«t.p9ur 
eaeorte un corps de-huit cents Innées^ 

Cepesdant la roi lettét ferme. U availiemployédaaeaijart 
Kers pour foeûsr la montagiae; «vee le mène boft asM* U 
donna ordee aux siens de mettre piad à tetre pour ean^ 
battre les Aoglnn qui veaaienl à ohe^aL Lae résfetaAM d# 
Jean fut aussi funeste au royaume quei la reirato de seafila. 
Ses oonffàns de rerdr&del'ËÉeile fiirwit» eonun^luî, âdih 
les à leur veut; ils nel^uiàrentpaa. n El aecombattoientpar 
taroupeaux eftparoompagnie, aimé que ila se trouvoîent efc 
reoaraîUment : ». Mais^ln muHitud» teyaît vers Poitieri ^ 
fenom saaporles :. • Amift yjeut4Lsttrla chauasâs et devant 
k pone^at grand^hnrriUetÀde geMoeoire, navrer et aha^ 
tre, que m#rveilkisfiraikè papam^) sa iMdoiaat ks Vnaa^ 
de ai loin qu'ila pauaroîmb v^ir un An^ilnis. »- 

Cepandiait le «àanp de bataille était easere éîspalé : 
€ Le roi Jean y fiiisoit de sa nwa merveilles d'armes, el 
tenoit la hache, dont trop bien se défendoit et combattoit^»* 
à ses celés, aû»pliin jeune Ûs, qui mérita le sumam de 

• App., 103. 



236 JEAN. 

Hardi, guidait son courage aveugle , lui criant à chaque 
nouvel assaut : Père, gardez-vous à droite, gardez-vous à 
gauche. Mais le nombre des assaillants redoublait , tous 
accouraient à cette riche proie : « Tant y survinrent Anglois 
et Gascons de toutes parts, que par force ils ouvrirent et 
rompirent la presse de la bataille du roi de France et furent 
les François si entortillés entre leurs ennemis qu'il y avoit 
bien cinq hommes d* armes sur un gentilhomme. » C'était 
autour du roi qu'on se pressait, « pour la convoitise de 
le prendre; et lui crioient ceux qui le connoissoient et 
qui le plus près de lui étoient : < Rendez-vous, rendez- 
vous, autrement vous êtes mort. Là avoit un chevalier de 
la nation de Saint-Omer qu'on appeloit Denys de Morbec- 
que. Si se avance en la presse, et à la force des bras et du 
corps, car il étoit grand*et fort, et dit au roi, en bon fran- 
çois où le roi s'arrêta plus que aux autres : c Sire^sire, ren- 
dez-vous. » Le roi qui se vit en un dur parti... et aussi que 
la défense ne lui valoit rien, demanda en regardant le che- 
valier : « A qui me rendrai-je ? à qui ? Où est mon cousin 
le prince de Galles ? Si je le véois , je parlerois. » — Sire, 
répondit messire Denys, il n'est pas ci, mais rendez-vous à 
moi, je vous mènerai devant loi. » — « Qui êtes vous? > 
« dit le roi. — « Sire, je suis Denys de Morbecque,un che^ 
valier d'Artois, mais je sers le roi d'Angleterre, pour ce 
que je ne puis au royaume de France demeurer, et que je 
y ai forfait tout le mien. » — Adoneques, répondit le roi 
de France : < Et je me rends à vous. » Et lui bailla son dés- 
ire gand. Le chevalier le prit qui en eut grand' joie. Là eut 
grand'presse et grand tireis entour le Roi : car chacuns 
s'elforçoit de dire : « Je l'ai pris, je l'ai pris. » Et pie pou- 
voit le Roi aller avant, ni messire Philippe son maisné 
(jeune) fils ^ » 

Le prince de Galles fit honneur à cette fortune inouïe qui 

' FroissATt. 



BATAILLE DE POITIERS. S37 

lui avait mis entre les mains un tel gage. Il se garda bien 
de ne pas traiter son captif en roi, ce fut pour lui le vrai 
roi de France, et non Jean de ViiloiSj comme les Anglais 
l'appelaient jusqu'alors. Il lui importait trop qu'il fût roi en 
efiet, pour que le royaume parût pris lui-même en son roi, 
et se ruinât pour le racheter. Il servit Jean à table après la 
bataille. Quand il fit son entrée à Londres, il le mit sur un 
grand cheval blanc (signe de suzeraineté), tandis qu'il le 
suivait lui-même sur une petite haquenée noire. 

Les Anglais ne furent pas moins courtois pour les autres 
prisonniers. Ils en avaient deux fois plus qu'ils n'étaient 
d'hommes pour les garder. Ils les renvoyèrent pour la plu- 
part sur parole, leur faisant promettre de venir payer aux 
fêtes de Noël les rançons énormes auxquelles ils les taxaient. 
Ceux-ci étaient trop bons chevaliers pour y manquer. Dans 
cette guerre entre gentilshommes, le pis qui pût arriver au 
vaincu était d'aller prendre sa part des fêtes des vainqueurs, 
d'aller chasser, jouter en Angleterre, de jouir bonnement 
de rinsoleijite courtoisie des Anglais ^, noble guerre , sans 
doute, qui n'écrasait que le vilain. 

L'effroi fut grand à Paris, quand les fuyards de Poitiers, 
le dauphin en tête, vinrent dire qu'il n'y avait plus ni roi, 
ni barons en France, que tout était tué ou pris. Les An- 
glais, un instant éloignés pour mettre en sûreté leur cap- 
ture, allaient sans doute revenir. On devait s'attendre cette 
fois à ce qu'ils prissent non pas Calais, mais Paris et le « 
royaume même. 

« Afp., 104. 



CHAPITRÉ ÎIÏ 



Suite. ^ Ëuts généraux. — Pari^. — Jàcqneive. Peste. 1356-1301. 



D n'y avait pas à espérer grand'chose du dauphin, ni de 
ses frères. Le prince était faible, pâle, cbétif ; il n'avait que 
dix^neuf ans. On ne le connaissait que pour avoir invité 
les ainis du roi de Navarre au funeste dîner de Rouen, et 
donné à la bataille le signal du sauve-qui-f>eut. 

Mais la ville n'avait pas besoin du dauphin. Elle se mit 
d'elle-même en défense. Le prévôt des marchands, Etienne 
Marcel, mit ordre à tout. D*abord, pour prévenir les sur- 
prises de nuit, on forgea et Ton tondit des dialnes. Puis on 
exhaussa les murs de parapets \ on y mit des balistes et 
autres machines, avec ce qu'on avait de canons. Mais le» 
vieux murs de Philippe^-Auguste necoalenaient plus Paris; 
il«vait débordé de toutes parts. On éleva d'autres mu* 
railles qui eouvraient l'université, et qui de l'autre ciHé, 
allaient de l'Àve-Maria à la porte Saint Denis, et de là au 
Louvre. L'ile même fut foilifiée. On y fixa sur les remparts 
sept cent cinquante guérites. Tout cet immense travail fut 
terminé en quatre ans t. 

Je ne puis faire comprendre la révolution qui va suivre, 
et le rôle que Paris y joua, sans dire ce que c'est que Paris. 

Paris a pour armes un vaisseau. Primitivement, il est 

* App., 195. 



PARIS. — JACQUERIE. 239 

Itri-méme tin vsûsseau, une île qtri nage entre là Seine et 
Ift Marne, déjà réunies, mais non confondues^. 

An sud la ville savante, aa nord ta ville coîftmérçante *. 
Au centre de la 6ité, la cathédrale, le palais, l'autorité. 

Cette belle harmonie d'une cité flottant entre deux villes 
dWnrses, qui l'enserrent girabieusemefit, ^ufAratt pour faire 
de Paris la ville unique, la plus belle qui fut jamais, lome, 
Londres, n'ont rien de tel*; elles sont jetées sur un seul 
côté de tientr lleme^. La forme de Paris est non-seulement 
belle, mais vtafment organique. L*individaalitè primitive 
est dans la Cîlé, à quoi sont venues se rattacher les deux 
ttuïversalités tl« la science et du commerce, le tout consti- 
tuant la vraie capitale de la sociabilité humaine. 

L'autorité, la Cité, c'était 111e. Mais sur les deux rives, 
deux asiles s'ouvraient à l'indépendance. L'Université avait 
sa jurïdiotion ]^aur leâ écotien», le Temple là sienne pour 
les arttsans ♦. 

Lorsque Guillaume de tlhatnpeaux, battu par Âbaîlard 
«U5t écoles dé N<Atig4)ame, alla se réfugier à Tabbaye de 
Saint- Victor, l'invincible aTgumentateur l'y poursuivit et 
Mmpa à Sainte-Geneviève. Cette guerre, cette secessîo sur 
tm autre Aventin, Alt la fondation des écoles de la mon- 
tagne. Abaflard, dont la parole suffisait pour <^réer une 
tille au désert, fat ainsi Yxm des fondateur^ de notre Paris 
tttéfidional. La ville élastique naquit de la dispute. 

Au couchant, elle ne pouvait s*étendre. Elle heurtait 
l'immuable muraille de Saint-Germain des-Pfés. La vieille 
ftbbaye qui avait vu la TiUe tente petite, (p l'avait d'abord 



* A rtl^ Lcuatiers, on distingue soarent les deux rivières à la toulenr 
é9 letifs <e*ttit. 

* De ce tMf éèt té tempe de Charles le CÉeave^ dms tmTon la 
foire du Landît, entre Saint-Denis et La Chapelle* 

* Elles n'ont de Tantre côté qn'nn faubourg. 

« Cinq siéMes après (a ehnte ées tcmp'iers, l'enelos da Temple, bien 
rédoit, il est vrai, proti'geaii encore les petits commerçants contre les 
règlements des corporations. 



^ 



9iO SEIT£. tTATS CtNÎRADS. 

aidée î grandir, en était entourée, assiégée. Hais elle ré- 
sistait. Cette ville, née de la Seine, s'étendait du moins 
sur l'autre rive. Elle y mit ses halles, ses boucheries, son 
cimetière des Innocents. Mais une fois bornée de ce câté 
entre le Louvre < et le Temple, elle enfla, ne pouvant 
allonger, et prit ce ventre qui va du ChàteLet à la porte 
Saint-Denis*. 

Les juridictions ecclésiastiques, Notre-Dame, Saint-Ger- 
main, trouvèrent de rudes adversaires dans nos rois. On 
sait que la reine Blanche força elle-même les prisons des 
chanoines pour en tirer leurs débiteurs. Le premier prévôt 
royal (1032), un Etienne, avait aussi voulu forcer Saint- 
Germain, mais pour y prendre, dans un besoin du roi, la 
riche croix de Childebert. Ces prévdts n'étaient guère, ce 
semble, dévots qu'au roi. Un autre Etienne (Etienne B(h- 
leau) obtint le consentement de Raint Louis pour pendre un 
voleur le vendredi saint. Le prévôt de Charles V fut persé- 
cuté par le clergé, comme ahii des Juifs. 

L'Université était souvent en guerre avec Notre-Dame et 
Saint-Germain-des-Prés. Le roi la soutenait, H donnait 
presque toujours raison aux écoliers contre les bourgeois, 
contre son prévôt même. Le prévôt faisait ordinairement 
amende honorable pour avoir ^it justice. Le roi avait 
besoin de l'Université : il s'appuyait volontiers sur cette 
grande force, sans se douter qu'elle pouvait tourner contre 
lui. Philippe le Bel appela au Temple les maîtres de l'Uni- 
versité pour leur faire lire l'accusation contre les Templiers. 
Philippe le Long, pour appuyer sa royauté contestée, les 
fit assister au serment qu'ilexigeaitde la noblesse, et obtint 
leur approbation. La fille des rois semble ici se porter pour 
juge des rois. Philippe de Valois la fait juge du pape. Le 
pape, qui si longtemps a soutenu l'Université contre 

' • Lupartni prope Ptriïios. t Pbilippa-AoguaM en «cheva la cob^ 

triiclion *LTs lîOl. 
» App., !«, 



PifilS. — JACQUERIE. 841 

révéque de Paris, est menacé par elle de condanmatioa K 
Tout à Theure, Forgueil de l'Université sera porté au 
comble par le schisme ; nous la verr<His choisir ^tre les 
papes, gouverner Paris, régenter le roi. 

L'Université seule était un peuple. Lorsque le recteur, à 
la tète des facultés, des nations^ conduisait l'Université à la 
foire du Landit, entre Saint -Denis et la Chapelle, lorsqu'il 
allait avec les quatre parchemins de l'Université juger des* 
potiquement les parchemins de la banlieue, les bourgeois 
remarquaient avec orgueil que le recteur était arrivé à la 
plaine Saint-Denis lorsque la queue de la processi<« était 
anx Mathurins-Saint-Jacques. 

Mais le Paris du Nord était encore plus peuplé. On peut 
en juger par deux grandes revues qui se firent au xiv* siècle. 
L'Université, composée de prêtres, d'écoliers, d'étrangers, 
n*y figurait pas. Dans la première revue (4343), ordonnée 
par Philippe le Bel pour faire honneur à son gendre, le roi 
d'Angleterre, on estima qu'il y avait vingt mille chevaux 
et trente mille fantassins. Les Anglais étaient stupéfaits. En 
4383, les Parisiens, pour recevoir Charles VI, qui reve- 
nait de Flandre, sortirent du côté de Montmartre et se 
rangèrent en bataille. Il y avait plusieurs corps d'armée, 
un d'arbalétriers, un de paveschiens (portant des bou- 
cliers), un autre armé de nîaiUets, qui à lui seul comptait 
vingt mille hommes. 

Cette population n'était pas seulement très-nombreuse, 
mais très*intelligent6« et bien asKdeasus de la France 
^ d'alors. Sans parier du coi^aet de cette grande Université. 
le commerce, la banque, les lombards, devaient y importer 
des idées. Le Pariement, oii se portaient les appels de 
toutes les justices de France, attirait à Paris un monde de 
plaideurs. La chambre des Comptes, ce grand tribunal de 
finances, Y empire dg Galilée, comme on l'appelait, ne pou- 

* Ravn., Annal. Eccles., ann. 1331. 

lu. 15 



til SUm. ÉTATS -6£NjnUÙX. 

viftft iiww f tfêr 'é^i^rttr b^Mcoup de gens, à cette -^leqoe 
fiscale. 'Les boofgeois remplistoieBt- les plus grandes 
ebafges. Baiiïêt, ^maître de la monnaie -sous Philippe le 
Bel, Poilvilain, trésorier du roi Jean, étaient des boui^eois 
de'Pafift. Le 'toi- faisait «montre de sa confianee pour la 
bonne Tille. Ifalgré-laféToltedas nioimaies'en<4806, illeâ 
avait appelés tni-onénie è son jardin 'roj«t, kns'de l^Ssîre 
des Templiers^. 

Le chef naturel de ee grand -peufdeiéÉait, tum le prérél 
royal, magistrat de police, presiiiie toujours inopopakireii 
mi^ le pré?M des maroluinds *, président naturel des 
échevins de Paris. Dans l'abandon où'le royaume se trour 
vait après la bataille deFaitiêrs, Paris ptrit i'iuitiiithpe, et 
dans Paris le prévôt des. marchands. 

Led états du nord' de ]a*Franc6,*a8S8mldé»le>i7^Mtobrer 
un mois après la bataille, réunirentvquâtreeeÉlsdépuCis 
tles bonnes villes, età leur tète 'Ëtiennejlfcreel,«prévtAt des 
marchands. Les seigneftis,'la plupart ^ptiseoiniefSf n*y tin- 
rent g«^ Xjae par proooreoriB. fl -en dîît <d6 «mtee dis 
évéqués. Toute rinfluenoe^M aoK 'députés* dés "rilles^at 
surtout à eeux de Paris. Sans ItevdonBanGe ^ie -4357, ré- 
sultat mémorable de ces états^ an Isenti hi' wèrve véRM^itioo- 
~naire '9t en 'même ^temps le génie - adaamistaÉîf 4e 'k 
gnmdeHcommune. OnnepeotiexpMqiiepqu'ahsiia netteté, 
l'unité des vues qui caractérisent cet a0le.fLaiBiiyuiem'éèt 
riéu feitssais Paris. 

^s états, assmifeiéa ^dtabOrd *att tBatlontant, ^ptûsMa 
•G6r^iers,D0tiiffièrent«nisMBlé de dnM|uaBÉe.4>eB8otaek 
'poerr piwtidre eonnatesgoeetdeJtt s i tp aridiBHtt^fayBun». Ibr 
voulufont «'enisofesafoirsplOB tffwHs^œileigraaditréBbr 
qtt^(m'«ik>ft4evé^«li<r<iy«nttte du4eff|)sfpa88é,^0lisdiiBènMi, 
en TOêMélès,tan2sobsiÀs,'«t ièn i{bBgësafehaaftn0iea,«efclen 

I Allusion à la rne de Galilée, près dû Uqaelle siëgetit la coor. 
> Chef de la marchandite ds rsati, dont le privilège exdnaif rcmoatiit 
41191 



'PARIS. — JACOums. 2i>a 

tonte auffe- extorsion ; dont leurs- gens^aToiant été fonne- 
nés et taboulés; èi'tes96ÙU0yCMinialif«yésvtet lecoyaune 
mal gaMé t^tàètMitx;Wfh\d€^imfmÊm^4e<»rnB,wfiQài 
nul à rendre (sxmïpté M » 

'Tout ee'^'dn ^m^ l(f<M qtfHby <miitiiBii^pi6di0riilé 
monstrueuse, ' ' m alterrt i fion, oomiMAon. Lefi«oi,i aui.plAs 
fort dé la détresse' prtlffhttie/lifaie>dMittéiJdiR|«aii^ 
écus à un ^eUrde*Beâriefa^Uiers.'41es><tfSmers(voyaiix,.fiiÉs 
un n'avait les maittS'tfett^s. * Les 609Minteafiw.teent avroir 
au dauphin 'que/dansIfl'-^éanee'pbMiqttef éb^ui'daoMnde- 
raient de pûorsuWre ses- dfftetets, fie '^liMrav> le]<roi.ïde 
Navarre, et' de permettre que treme^s^dépoMadts étala, 
douze de cbaqueoifdre; Taidii^âNMit à gouvemel'tovoyaame. 

Le dauphin, qui n'était pas roi, ne pouvait guèfOMMre 
ainsi le royaume entré les^ tnAkls' d«s «tils. JL^aîoatila la 
séance, ^us prétexte' de lettres iqti41'iurttit^'Mçoe8.dii* toi 
et de' l'eitipëi^ur.' Pins ilintila' les'dépiiléaHè.veloiiaBer 
chez eux poarprerfdré fatfa'de» hwa/ Uimi i iiq aSl'ikMwiil- 
teraît au^t^onr père"*. 

Les ét&ts 'du^Mtdî, 'MsembMs- tf<fMiDit, letan ftèBtàa 
'danger, se montt*èrent pltur doélteswItoMMèMiitalaVatgaiit 
et des troupes/ Site éterts'iïro^ciMx/ oMvoAVbuirargoe, 
par e<^mt)le,*acc 6M ftfftftt acnsif tntttê tonjdanieiiisatfAttf- 
Tànt'rddfttfniMrMiflvrVde W(^9srmimAB»ÊKA)iL0i&m}lpltin 
'éuit pendant cevtemps ht^Wn»^^wfi99nmtf soiir.iMMie,. 
' rempereur Chï^nes*-'?! ;» «rtlle()da«(rtitai) 4vi«e':eoBpeisêar, 
qut ne pt^uvisiéhli iriën» raniipOtt^^Mr&eOauaoaxeMi/da 
reine mère'Vj^ity'WMitr à<4M)woilMiik»tson)tp6titr daot^de 
'Bourgogne', qtfëlte a««M<Mi<P«impi»iafe0Kt,.Wiac4at)^ 
' Margu^rlte'dé Rttidtie'/ Gé IWj^'tèÙMai^miÊ^ Kayantige 

' Fruissart. 

* Kd fes reny6yOTt âS'tfet ^I W K'y m Ha tta / if'dlMQ^Mfraat^tfMirviir 
les dissentifrito'HU11Mi^isT)Vi!t4«ritHtot 0^ét«m*^MIré* «M'iiUéféU' »i di- 
rtn, sur ia jatoa^ie des noblc i ' t ' o at l l ie n i l fe^ '<É e> ^i<lca «Mffi%4^nis». 
dont l'iofluence avait décidé la dernière réYOlnlion. 



f 



244 SUITE. ÉTATS GÉiâiunx. 

lointain de rattacher la Flandre à la France. Que devenait 
Paris, ainsi abandonné, sans roi, ni reine, ni dauphin ? U 
voyait arriver par toutes ses portes les paysans avec leurs 
familles et leurs, petits bagages; puis, par longues files 
lugubres, les moines, les religieuses des environs. Tous ces 
fugitife racontaient des choses effroyables de ce qui se pas- 
sait dans les campagnes. Les seigneurs, les prisonniers de 
Poitiers, relâchés sur parole, revenaient sur leurs terres 
pour ramasser vitement leurs rançons, et ruinaient le 
paysan. Par-dessus, arrivaient les soldats licenciés, pillant, 
violant, tuant. Us torturaient celui qui n'avait plus rien 
pour le forcer à donner encore i. C'était dans toute la cam- 
pagne une terreur, comme celle des chauffeurs de la Ré- 
volution. 

Les états étant de nouveau i^éunis le 5 février 4357, 
Marcel et Robert le Coq, évéque de Laon, leur présentè- 
rent le cahier des doléances, et obtinrent que chaque dé- 
puté le comnauniquerait à sa province. Cette communica- 
tion, très-rapide pour ce temps-là et surtout en cette 
saison, se fit en un mois. Le 3 mars, le. dauphin reçut les 
doléances. Elles lui furent présentées par Robert le Coq, 
ancien avocat de Paris, qui avait été successivement con- 
seiller de Philippe de Valois, président du Parlement, et 
qui, s'étant fait évéque-duc de Laon, avait acquis l'indé- 
pendance des grands dignitaires de l'Ëglise. Le Coq, tout 
à la fois homme du roi, homme des communes, allait des 
uns aux autres, et conseillait les deux partis. On le com- 
parait à la besagué du charpentier (bis-acuta), qui taiUe da 
deux bouu *. Après qu'il eut parlé, le sire de Péquigny 
pour les nobles, un avocat de B&ville pour les communes, 

I • Une aoire oompagoie roboît tout le pays entre Seine et Loire, par- 
•quoi noi n'osoit aller de Pari* à Vendôme, à Orléans, à Montargis; ni nol 
<i*osoit y demeurer, ainsi éioteni tons les gens da plat pays affais i Paris 
«B à Orléans. • Froissart. — Àfp,, 197. 

■ Àpp,, iOS. 



PARIS. — JACQUERIB. 945 

Marcel pour les bourgeois de Paris, déclarèrent qu'ils 
Favouaient de tout ce qu'il venait de dire. 

Cette remontrance des états ^ était tout à la fois une ha« 
rangue et un sermon. On conseillait d'abord au dauphin 
de craindre Dieu, de l'honorer ainsi que ses ministres, de 
garder ses commandements. Il devait éloigner les mauvais 
de lui, ne rien ordonner par Us jeunes^ simples et ignorants. 
n ne pouvait douter, lui disait-on, que les états n'expri- 
massent la pensée du royaume, puisque les députés étaient 
près de huit cents et qu'ils avaient consulté leurs provin- 
ces. Quant à ce qu'on lui avait dit que les députés son- 
geaient à faire tuer ses conseillers, c'était, ils le lui assu- 
raient, un mensonge, une calomnie. 

Ils exigeaient que dans l'intervalle des assemblées il 
gouvernât avec l'assistance de trente-six élus des états, 
douze de chaque ordre. D'autres élus devaient être en- 
voyés dans les provinces avec des pouvoirs presque illimi- 
tés. Ils pouvaient punir sans forme de procès, emprunter 
et contraindre, instituer, salarier, châtier les agents royaux, 
assembler des états provinciaux, etc. 

Les états accordaient de quoi payer trente mille hommes 
d'armes. Mais ils faisaient promettre au dauphin que l'aide 
ne seroit levée ni employée par ses gens^ mais par bonnes 
genssages^ loyaux et solvables^ ordonnés par les trois étals K 
Une nouvelle monnaie devait être faite, mais conforme à 
finstr action et aux patrons qui sont entre les mains dU pré* 
vôt des marchands de Paris. Nul changement dans les mon- 
naies sans le consentement des états. 

Nulle trêve, nulle convocation d'arrière-ban sans leur 
autorisation. 

Tout homme en France sera obligé de s'armer. 

Les nobles ne pourront quitter le royaume sous aucun 

« App.. IM. 

* L'aide n'est accordée que pour ud an. Les états, convoqués ou non, 
iTasscmbleront à la Quasimodo. 



SMe SUITE. ÉTAl^^G^N^ftillX, 

prétexte. Us suapendDoiH) touta guene privée.; . « Que si 
«ucun fait le contriiire, la ju&tice du .lieu, ouis'il est be- 
soixk, çu bontM ^(im.àu pays^prei}n9nLleU.gu£t^iers...ei 
las /îontitaigiient wirs.délai par.r^tciapede corp^ et axploi- 
tom^ntda leurs biens^ à faice pm%et,à cesaar.de guer-r 
r^yer. » Voila, les ndUea. soumis à J9..sui:vemanc^ des 
comiiiuiies.. 

Le droit de prise cease« .Qn^pottigra résister em. procu-r« 
renrs, et s'assembler carUrs ^luc^r firi,t(^ car son de clocke. . 

Plus de dou suc le.doomn^t Iiiu(>doa.testpv révoqué, en. 
remontant jusqu'à Ptiilippe Joi^^i -^Le^dauphiii promet . 
de faire cesser, autour 'de lui toute ^épaoaa superflue et 
voluptuaire. — Il fera jurer:à tQua^se&.of&oiersde. ne. lui., 
riendemander qu!ea préseooQ duigiiaadxxmseil^ 

Qiacuase contentera d!ua office. — Le. nombre des. 
gens de juatipe^sera réduit, — Les prévôtés, vicomtes^ ne . 
seront plus données à ferme. — Les prévôts, ete-t W ppui^- 
ront être placés dans les p(^ oii ils sont nés. 

Plus de jugement panicommission. -«^Les criminels ne 
pourront composer, « mais il sera fait pleine justice. » 

Quoique Tun.des principaux rédacteurs de Tordon* 
nanoei, Lfi Coq,: soit .ung^voi^tv un;présidenti du Parlement, 
les magistrats y sont traités sévèrement, QnJeur défend- 
de faire le commerce ; on. leur interdit lescoalitions, les 
empiétomeatSiSur l^ons jucidictipus ^ re^p^tives.. On leur. 
reproche leur pan^sse^ On. réduit lems ^aWâS en certains. 
CBS. Les réformes sont justes > maisvi^ lang^g^ e^t rude, le. 
ton aigre et hostile. Il est évident que leParlement.se re* 
fusait à.soulenir les iétats et la commune. 

Les présidents, ou autres membres du Parlement, com- 
mis aux enquétasir ne. prendront qitfii qi^arante sols par 
jour; « Plusieurs onliaocQUStumé de prendr^^ .salaire tr0p 
excessif, et d'aller à quatre ou cinq chevaux , quoique s'ils 
Alloient à leui^ dépens, il leur suffiroit bien d'aHer à deux 
chevaux ou à trois. » 



sont accusés de négligence. Des arrit^^qi^^d^mùiffU^amr^ 
éUr$ndus^Uyai>ingpanèj.sorH\efmnàreHdrûkM^ gqh- 
soiUfir» Tîdime&t tard^Iomi^ dtneva aoufrloogPt lam^ agrès?. 

« jureront awK smatfr évangiles de Oieu^^ qi}a^bie9»etlûi]2jal^ 
nent ils délitr^imt. laibono^gouli et.; par or4re> Jioftf eu^Or 
/air» muêevt »-lM9,gr8iid>QpAoU%.le^PaAleoMdH> .1» obafnbre 
di» Comptaf , . (toiveat'. a'asaa^)bleJ^ a«f soleUi ImkfMt. ^ 
HKmhre&dvjgnuHl 00QS«iLqmiM wwdrjWhpa^i^irflHk* 
âiit pardroiH» l^ gag0^ deUu jmivi.é^ ^ (^Oàombiw». 
nalgré Iwi^ bmto^ po$itim» sM4i.c^QimA)QP iKHK.UwMai 
Moa façon* par lea.bouiigeois l^ia)atott«&< . 

CeUagiraiide anioaimaca da;, laoT^.qiie le d(|uplw«fat^ 
obligé de signer, était bien pliis qu'uAi»^ ^aforiO^Qf . EUa* 
changeait d'un ciHip< le^ gou^^ernaioeiit.. I^e a»attaifc.. Ua^- 
miQi8lrationaQtr0{laa'maîii»d^9iétata> siiJMUuait 1% i^pur. 
btiqueià k^ noaaiysbîab BUa ddnnrà te^gpimwQeip^t an 
pevi^ Cmatitiiar ub. nouveau gouv^rn^is^t- au;XQiUeu, 
4!iine teUa-guefra, o'éiaift une opératiim sÂagjiilidnamaQh 
pétttlleusa, comme^ oaUe-d'una wrméequi ramiarsttraÂ^. asHV 
otdra de bataille m poésemie dei k'eMeoûw Hi y^avMt* ài' 
cmudre^que lar Fjraaoeiifripéidt dao^ «ûmvinsipaBl- 

Vondannance détmiaait. l^alma. Maia. 1». rt^uté of^ 
nyab.gn£uQe qna d'abua^» 

Dans la réalité, la France existait-elle conime penMM» 
polUîqucr^IMNiimtiHDuJttLauppai^rïunfiitûton^ 
£e qfaloKk peuti affimaaiu Q'^atcqHei rautoril^hé appemiar^ 
aait touli entière dans la< reyauté. Ella n^dQubwtail» que* 
des réformes pantialles. L'oi^ncMBce approuva, daa étal» 
n'éuit, selon louto vmiaenublance, que Tûsuvre d*uQe»cûain 
Biune, d'une granddel iaieUigenla coamiuna^ qui pariakt 



* Ceci n'excQse point la royauté, maïs rincrimine êM eoDtraire de 
D'avoir voula qae les perpétuer. (16ÔQ ) App., 200. 



SfiiQE sunm Èrxis «ÉNteftfrx. 



Le texte (far disoomn^ tiré, arion riœtge^du totops, de^]ft>. 
sainte Écriture, prètettam» dév^Q|ipfinu3QtS{ pfttbétiquaa; 
Justus Domiimi&.U dUeaaktjuSÊUittf\ vidA mfUiUaUtn. vuUus, 
0ft^LQ niîda.Ifrmrr^»s'ad»e68ttDti.aflM0 une îfi8îdieose> 
douceur, au dauphin lui-même, le prenait à témoiii des 
injnreft qufon luîavail failm. (àaa f»wà biMb lortde se dé- 
fier de lui ; n'était^iL pa» BrfUiÇMft de'ptee et de mère t 
n'jétait>-il pas^plus: prèa^da' la €ûfasrûùm'qo0. le roi d'An-, 
gleterre qui. là néûlaonit tv iL wadniit vimrer ol mourir en* 
déièBdanl le»na]wiime>daifiraaaak,. Le^dificours ftiti si long,, 
qu'on ovoilisoM^ dânsuB4ir>it quand* Uiçftfn^i.Mdi^^ quoi-, 
que le baurgeot»* n'aime pasi à^aa* dmkmftr K 'A nen- fiil« 
pas moins favorable au hamogueiir; Ce: fut à qui lui doiH. 
narait de rargent. 

Se Paris, ilala à Rouen ety exposai ses maiheors.aTOe^ 
la>méme faoonde h Ilfitd6soenidre>dtt gibet lûscoorp&det 
se» amis qêx avaient- été>miaÀ inoet an: ternble dlnen dut 
fiotten ^) et'leS'Suività'la'Calbédïaèe'au.son des-otoebesei; 
à la lueur des cierges. G^était^le jour dasi Sàints^rlniioGanlSi 
(S8 déoembre)^ il parla sur> ce texte: « Des* Inmoenla et^ 
des justes s'étaient attachés àmoi, parperquejetanais poa»i 
vous> ô Seigneur I » 

Ëe> dauphin prêchait aussi' à l^rtst lit harangtcait au 
halles, Mtircel à Saint-Jacques^'. Mais lëpremier n'amt 
pas 1&^ foul^. Le peuple n'aitnaiv pae \h mine «chétive du 
jeune prince< Tbut sage et 'seneé^ qu'il ipouvwt être, c'était 
u«^froid'harangueur, à cdté dUîroi de Ntmirre. 

L'engeuement>de Pïirîs pour cekii^ei' était étrange'^. Que 
demandait ce prince si populaire? Qu'on affaiblit encore le 
royaume, qu'on mit en ses maîna des provinces entières 

i Chroniques de Saint-Denis. — * Comme «fît le cardinal de ReCi 

* • Miserias saas expesmt.. . a)«faiuer. • Cùoi* 6. d4 Nangis. 
*App„ 203.—* App,, 20i 

* • ymnibas amabilis et dileclus^ » dit le second :ontinii«t«ar- éê 
Ofiillaumj de Naogic 



PAIUS. — JACOU£RIE. SSI* 

les provîQces les plus vitales de U raomrolttev toiite. la 
Champagne et une paviie de la Normandie^ la frontière' 
anglaise, le LiOioiiBia^ une foule de places et de forteresses. 
Mettre ea des nains si suspectes aes laeilleiires |iffDvi«S6s« 
c'eût été perdm^d'uiK trait sde pkune aataaiqiifoft avait, 
perdu par la bataiUe de Poitiers. 

Les booigeoJsde Paris s'imaginaient qneisî'da rai de Nft? 
varre étAit«atia{aUy il allait les déliivrar deflËhanéeade'tbri-*- 
gands qui affiuAaieat, la vilte et quâsadiaaieBtiNaaanraîs. 
Au fond, ib A'^aientnt au roi de NaTsrre^ nié persana*. 
11 eût voulu rappeler taus ces pillards qu'il ne Taurait pu^ 

Cependant les bourgeois, le prévôt^ VUmversité; enton*' 
raient, assiégeaieoÉ Ist dauphin. Ils le somoasiMt de ftiffec 
justice à ce pauvreroi de Navarre. Un jaoobi&v pariant an 
nom de rUniversité, loi déclara:qa'îlélsîl'arréléqDfrle roi 
de Navarre ayaui une fois fait toutes ses dapiaBriksi.ledaa*-^ 
phin lui rendrait ses forteresses; que sur le reste, la'viHe 
et l'Université avisetaient. Un mouie de SàitttfMniB .vint 
après le Jacohia : « Voua n'aies pas tout dit;, maître, sfé- 
€rla-t-iL Dites enooire que si monseignear le duc on le rot 
de JMavafrene se tient à ce qui eat décidé, ttMB.nauadéda- 
roos contre luL » 

Il n'y avait pas: à dire non. Le daupimi promettait gra- 
cieusement. Puis ilfaisaijt répondre par les coaamandanis 
et -capitaines qu'ayant reçu leurs places du* roi ils m pou- 
vaientdes rendre sur un ordre du dauphin. 

Geluwci,. au milieu d'une, ville ennemie, n*€nunt d^autre* 
moyen de se procurer quelque argent que par da^nouvelles 
altérations des monnaieB (^, 23 janvier, 7 7 février). Les 
états, réunis le 4 4^ février, lai firent prendra le titre de r^ 
gent du royaume, sans doute afin d'autoriser iontoe- qu'ils 
ordomi^aient en son nom. Peut«^tre aussi la commission 
des treDte«<]uatre, choisie sous rinfiuence>dé-Mareel, maiti^ 
comjiosée en majorité de nobles et d'ecclésiastiques, voulait- 
elle rendre force au dauphin contre les bourgeois de 



SS2 SUITE.. ÉTATS GÉNÉRAUX. 

Un événement tragique avait porté au comble le mauvais 
vouloir de ceux-ci. Un clerc, apprenti d'un changeur, 
nommé Perrin Marc, ayant vendu, pour le exempte de son 
maître, deux chevaux au dauphin et n'étant pas payé, ar- 
rêta dans la rue Neuve-Saint-Merry Jean BaÛlet, trésorier 
des finances. Le trésorier refusait de payer, sans doute sous 
prétexte du droit de prise. Une dispute s'éleva. Perrin tua 
Baillet, et se jeta à quartier dans Saint -Jacques-la>Bou' 
chérie. Les gens du dauphin, Robert de Glermont, maré- 
chal de Normandie, Jean de Châlons et Guillaume Staise, 
prévôt de Paris, s'y rendirent, forcèrent l'asile, traînèrent 
Perrip au Chàtelet, lui coupèrent les poings et le firent 
pendre. L'évéque se plaignit bien haut de cette violation 
des immunités ecclésiastiques, il obtint le corps de Perrin 
et l'enterra honnêtement à Saint-M erry. Marcel assista au 
service tandis que le dauphin suivait l'enterrement de 
Baillet. 

Une collision était imminente. Marcel, pour encourager 
les bourgeois par la vue de leur nombre, leur fit porter des 
chaperons bleus et rouges, aux couleurs de la ville ^. Il 
écrivit aux bonnes villes pour les prier de prendre ces 
chaperons. Amiens et Laon n'y manquèrent pas. Peu 
d'autres villes consentirent à en faire autant. 

Cependant la désolation des campagnes amenait, entas- 
sait dans Paris tout un peuple de paysans. Les vivres deve- 
naient rares et chers. Les bourgeois qui avaient beaucoup 
de petits biens dans l'île de France, et qui en tiraient miQe 
.douceurs, œufs, beurre, fromages, volailles, ne recevaient 
plus rien* Ils trouvaient cela bien dur*. Le 22 février, le 
dauphin rendit une nouvelle ordonnance pour altérer en- 
core les monnaies. * 

Le lendemain , le prévêt des marchands assembla en 
armes à Saint-Ëloi tous les corps de métiers. À neuf heu- 



PARIS. — JACQinmii. 253 

Tes, celte foule année reconnut dans la rue un des conseil* 
1ers du dauphin, avocat au Parlement, maître Régoault 
Dacyi, qui revenait du Palais chez lui, près Saint-*Landry. 
^ Ils se mirant à courir sur lui ; il se jeta dans la maison 
d'un pâtissier, et y fut frappé à mort; il n'eut pas le temps 
de pousser un cri. Cependant le prévôt, suivi d'une foule 
de bonnets rouges et bleus, entra dans ThAtel du dauphin, 
monta jusqu'à sa chambre, et lui dit aigrement qu'il de- 
Trait mettre ordre aux affiiires du royaume; que ce 
royaume devant après tout lui revenir, c'était à lui à le 
garder des compagnies qui gâtaient tout le pays. Le dau* 
phin, qui était entre ses conseillers ordinaires les maré- 
chaux de Champagne et de Normandie, répondit avec 
plus de hardiesse que de coutume : « Je le ferais volon- 
tiers, si j*avais de quoi le faire ; mais c'est à celui qui a les 
droits et profits à avoir aussi la garde du royaume^. » D y 
eut encore quelques paroles aigres, et le prévôt éclata : 
« Monseigneur, dit^il au dauphin, ne vous étonnez de rien 
de ce que vous allez voir; il faut qu'il en soit ainsi. » Puis, 
se tournant vers les hommes aux capuces rouges, il Jeur 
dit : c Faites- vite ce pourquoi vous êtes venu*. > A l'ins- 
tant, ils se jetèrent sur le maréchal de Champagne et le 
tuèrent près du lit du dauphin. Le maréchal de Normandie 
s'était retiré dans un cabinet; il l'y poursuivirent et le 
tuèrent aussi. Le dauphin se croyait perdu ; le sang avait 
rejailli jusque sur sa- robe. Tous ses officiers avaient fui. 
« SauvezHBoi la vie, » dit-il au prévét. Marcel lui dit de 
ne rien craindre. Il changea de chaperon avec lui, le cou- 
vrant ainsi des couleurs de la ville. Toute la journée, Mar- 
cel porta hardiment le chaperon du dauphin. Le peuple 
Tattradait à la Grève. Il le harangua d'une. fenêtre, dit 
que ceux qui avaient été tués étaient des traîtres, et de- 
manda au peuple s'il le soutiendrait. Plusieurs crièrent 

« Froistart. — ' • Eia bre?iter facita hoc piopler qood hie venisUs. • 
GoDt. G. de Nangis. 



SS4 SOŒ, ÈSktS-GtHÈBMJX. 



q&'ûs r«niwieat de tout, tttsedévoiiaîeat'à kû àla vie et 
è la mort. 

MaroehretDBtaa au. palais «viac une Ibttle de gens armés 
qu'il laiita<dMÉB la oour. H trouva le daa|ilttikpl^n de sai- 
aiBsem&ttl<^ti4e doialear. » « 'Ne tous affligez pas, monsei- 
gDtur/tai^éitdeiprévét' Ge»4|mi s'est isîtf s'est fait pour 
éVtter le .plUs^grandi péril, :eiida ia tioionltf éupêupU^. » Et 
S le pritfit deiout approuver. 

Il fallait que le dâupkia< epprouvàt^ ne peuvaiit mieux. 
Il lui faUut encore faire bonne^mine au.roi de Navarre, qui 
rentra quatre Jours après. Hareel et Le Coq les -avaient 
réconciliés, bon gré asal gré, > et les fiûsaieoat . dinar en- 
semble tous les jours. 

Ge retour du roi de Navorrev quatre jours après 4e meur- 
tre dssoonseillerS'du.daaphin. de donnait que tropdai- 
. rainent'le sens de cette4;ra^fédîe: lipouvait rentrer; Marcel 
lui avait fait pince 111»^ par 4a «mort de ses ennemis. Il lui 
avait donné «n terrible gaf^iqoi'le liait à loi pour jamais. 
itétaitémientMiue tout élaitifini^entreillafoel et le dan- 
iphin. Ge:oinne««avatt« été (probablement imposé au tpiévôt 
par Chartae^ie ]kfaiURraiB,.-quinii'était pas neuf^aux assas- 
sinata^^iiteeeUs^étaM donné aîosi,ile noi de Nav»re avait 
'«lésomutis ^^ôir^ceiqin^il eorfefait,' ieta'ilavaii pkis d'avan- 
tage A^ yakier mvk le 'vendre. 

llfatwlîdr09ihî«v0ii^\g8Bné46rmidelNa«anPOy^o^ perdit 
les étatsjXl'eit^^te qM>la légslité,'.violéeuparain crime, 
le'déittiswpcmr'iotfjoars.' Ce-qui refait ^dea^députés de 4a 
uOEbta^seMquIlita Paris, •JsnnsuiMeadflS) la cMtvre. riBtosiettrs 
méme!é0Sf'«ooinMissairesideS'élÉts,inlNU9éSiéu?9o^ 
ment dtfosilîimoKalle due DWiiÉfns,»aieivoulnf eitt ffaa^goo- 
vemer, 'AitabÉsièiQatcMBBtel. IiuL,raÉoa ser déooumger,'ii 
* les 'remplaçai par 4liS''iMUisg8DîstiddJteà»9.i1b^ elHr- 
le goum»flert»'Bi«nne*4inkla"irranceaœ naubttpas^. 



• App , 807. — » App,, SOd — * App. 109. 



^f;»44e8nHe/qu 8l«it si vnoRNDtirâ paie ett-délivrant 
te foi de Nanvre, fol ht prëmîèfe à refuser d'^mnoyerde 
Fai^geM à Fam. «Les •éuts-de Charapagne s'asaomblèreiit, 
«I Ihnrcel ne 'fol *]» aasesifort poor enipèchar le dauphin 
d'y aller. Dès lors,»il defint4)értr tôt ouiard. Le pouvoir 
royal n'aimlt tMaoîn qse d^oM prisa, poor ressaisir tout. 
Le dauphin <aUa à4iesatatft,'8cooBipagDé das.geiis de Mar- 
cel ; et d'ahonIil'<i^Ma*rfs& dise contre ce*qui s'était paftié 
à fnh. IWs lesudfatesde Champagne ne manquaient |>as 
de parler. Le osoite^de Bratne^lui deiaaanda n les mare* 
cbattK de Qfaanlpagne et de NornHmdie avaieitt mérité la 
mort. Le dauphin nr^ndit qu'ils ravaient^toujours et bien 
JoyakniflDlsservi. Méîne scène àCompiègne, aux étals de 
Vennandais^. Le dauphin, tout àiaii rassaré, «prit attr lui 
de tranttrer à4knftpiègne>fesélats de la Langue d'oU, qui 
'élaieiit'eoinrlHpiéa pour rie '1^^ ■ mai 'à 'Paris. JPeude meade 
7'viitt. C'éCëb leulêfoislme Tefuréseatatkm iteUe' qissttedu 
«oyauaie contie l^aria. 

Le&étatsqnèndifeni^liomniagetaiiKTOfannaS'd^ la^fpMnde 
«domanae/en'lds 'adoptskit^pdur laiphipa«t.:L'aide qu'ils 
' ^ ot è fc n t deidt >éM peiçiie par des chspulâs des états. 
Cette 'Bflbetatioii deipajMaFikèeSniyatMaroel.^Il engagea 
-Mlaiçanltélàiimpkfrer^poa^ la ^viilela démemce du dan- 
fln. tfdlB îliiy»vak/f>lu»dlepaiK.poe8iUe. Le prince in- 
eHlaitr4>oliri|o'barlsi(thMt dixmt^doiiaetiestpliis'cevpa- 
Mes. ili ie Hdmllitîttlèiiife à loiaq ot «k^ «aasnmftiqttïl ' kie 
les ferait pas mourir... 

diaiPuèl lie «V'Ba9âs.dlfa(SheittpiiiaBptaitaitt)é9ttiurs 
de^Pais^aana épargna 'les lhuiiaons< de imoines^npd teo- 
elMJeDtiKënceiBle^. 11 s-etnpava^<la 4oUrdudiaÎMn«. SI 

' '* ieto fs» ( i<» M a M e%ea»ifa<si,i«iaaéWSiWstt nw tfafcto JtnU ua a n iM ma 
regarda comme des construetiona des Sarraaîos. Lk, selon les anciennes 
chroniquf t, aTait existé aaireibis- on camp appelé AUam-FoIium (rue 
HaulêfemUê, rue Piirrê^Samuin). ^ * App., Sii. 



256 SOTTE. ÉTATS GÉNÉBàUX. 

La noblesse et la commune allaient combattre et se me- 
suraient, lorsqu'un tiers se leva auquel personne n'avait 
songé. Les souffrances du pajsan avaient passé la mesure; 
tous avaient frappé dessus, comme une béte tombée sous 
la charge; la béte se releva enragée, et elle mordit. 

Nous Tavons déjà dit. Dans cette guerre chevaleresque 
que se faisaient à armes courtoises^ les nobles de France 
et d'Angleterre, il n'y avût au fond qu^un ennemi, une 
victime des maux de la guerre ; c'était le paysan. Avant la 
guerre, celui-*ci s'était épuisé pour fournir aux magoî- 
ficences des seigneurs, pour payei^ ces belles armes, ces 
écussons émaillés, ces riches bannières qui se firent 
prendre à Crécy et à Poitiers. Après, qui paya la rançonf 
ce fut encore le paysan. 

Les prisonniers, relftchés sur parole, vinrent sur leurs 
terres, ramasser vitement les sommes monstrueuses qu% 
avaient promises sans marchander sur le champ de ba« 
taille. Le bien du paysan n'était pas long à inventorier. 
Maigres bestiaux, misérables attelages, cbarrue, char- 
rette, et quelques ferrailles. De mobUier, il n'y en avait 
point. Nulle réserve, sauf un peu de grain pour semer. 
Cela pris et vendu, que restait-il sur quoi le seigneur eût 
recours? le corps, la peau du pauvre diable. On tâchait 
encore d'en tirer quelque chose. Appavenunént, le rustro 
avait quelque cachette où il enfouissait. Pour le lui faire 
dire, on le travaillait ^dément. On lui chaufiait les pieds. 
On n'y plaignait ni le fer ni le feu. 

H n'y a plus guère de châteaux ; les édits de Richelieu, la 
révolution, y ont pourvu. Toutefois maintenant encore, 
lorsque nous cheminons sous les murs de Taillebourg ou 
de Tancarville, loi*squ'au fond des Ardennes, dans la gorge 
de Montcomet, nous envisageons sur nos têtes l'oblique et 
louohe fenêtre qui nous regarde passer, le coeur se seiTej 

« App,, 211 



PARIS. — JACQUERIE. S57 

nous ressentons quelque chose des souffrances de ceux qui, 
tant de siècles durant, ont langui au pied de ces tours. Il 
n'est même pas besoin pour cela que nous ayons lu les 
vieilles histoires. Les âmes de nos pères vibrent encore en 
nous pour des douleurs oubliées , à peu près comme le 
blessé souffre à la main qu'il n'a plus. 

Ruiné par son seigneur , le paysan n'était pas quitte. Ce 
fut le caractère atroce de ces guerres des Anglais ; pendant 
qu'ils rançonnaient le royaume en gros, ils le pillaient en 
détail. Il se forma par tout le royaume des compagnies, 
dites d'Anglais ou de Navarrais. Le Gallois Griffith désolait 
tout le pays entre Seine et Loire, l'Anglais Knolies la Nor- 
mandie. Le premier à lui seul saccaga Montargis, Étampes, 
Arpajon, Montlhéry, plus de quinze villes ou gros bourgs^. 
Ailleurs, c'étaient l'Anglais Audley,les Allemands Albreeht 
et Frank Hennekin. Un de ces chefs , Arnaud de Cervoles, 
qu'on appelait l'archiprôtre, parce qu'en effet, quoique sécu- 
lier, il possédait un archiprétré, laissa les provinces déjà 
pillées, traversa toute la France, jusqu'en Provence, mit à 
sac Salon et Saint-Maximin pour épouvanter Avignon. Le 
pape tremblant invita le brigand, le reçut comme un fils de 
France ^, le fit dtner avec lui, et lui donna quarante mille 
écus, de plus l'absolution. Cervoles, en sortant d'Avignon, 
n'en pilla pas moins la ville d'Aix, d'où il alla en Bourgo- 
gne, pour en faire autant. 

Ces chefs de bande n'étaient pas, comme on pourrait 
croire , des gens de rien , de petits compagnons , mais des 
nobles, souvent des seigneurs. Le frère du roi de Navarre 
pillait comme les autres 3. Dans les sauf-conduits qu'ils ven- 
daient aux marchands qui approvisionnaient les villes, il 
exceptait nommément les choses propres aux nobles , les 

1 Froissait. 

* Froissart. 

* Philippe le Hardi duc de Bourgogne rappelai i son compère. Prott- 
sart l'appelle Monseigneur. 

ui. 17 



858 SUITE. ÉTATS GÉlâRAOX. 

parures militaires : <; Chapeaux de castor, plaines d'aulra* 
che et fers de glaive ^. » 

Les chevaliers du xiv« siècle «vaient une «utie miasMA 
que ceux des romans, c'était d*éeraser le faible. Le aire 
d'Aubrécicourt volait et tuait au hmûTd^pauf bim mépiur 
de sa dame^ Isabelle de JuUers, ntèce de k feîae d'Asile- 
terre : < Car il était jeune et amoureux durement. • Il se 
faisait fort de devenir au moins comte de Champagne*. La 
dissolution de la monarchie donnait à ces piUards des es^ 
pérances folles. C'était à qui entrerait par ruse ou par foroe 
dans quelque château mal gardé. Les capitaines éea places 
se croyaient libres de leurs serments. Phis de roi ^ plus de 
foi. Ils vendaient, échangeaient leurs flftces , leurs garni- 
sons. 

Cette vie de trouble et d'aventures, après tant d'années 
d'<Aéiss8Boe sous les rois, faisait la jaie des nobles. C'était 
comme une échappée d'écoliers, qui ne ménagent rien dans 
leurs jeux. Froissart, leur historien, ne se lasse pas de conter 
ces belles histoires. U s'intéresse à oes pillards, prend paît 
à leurs bonnes fortunes : « Et tot^jourâ i^agtioient pauvres 
brigands, etc. ^. » Il ne lui anrive nulle paît de douter de 
leur loyauté. A peine doute-t-il de leur saltit ^ 



* • Et toujours gagnoient pauvres brigands 4 {iHfterTiHils» 
Ils épioient une bonne Yille ou châteU mne jsomée on deux loiQ»«K 
pois s'asssmbloiedt st etotroiest en eelle ville droit sur le point du 
jour, et bouioiant i« tmk an une tniisoir ou dent^; et «saz da la ville 
cuidoient fue ce fussent mille aitnuMS 4e Êw;.** lî a'eafugr^^DU» «i 
ces brigands brisoient maisons, coffres et ébrins... Et. gagnèrent ainsi 
pNaieiifs oMteawcM les teffftidif^Bht. fiticro les ttttrea, eut Htt brigsnd 
qaii épia It fort ebilel de ilonboorae ea )LklMaia, «iMOftrsaia la «s 
compagnons et récbellcrent, et gagnèrent Je-seignaar dedao^ il le mi- 
rent en pfi&on ea Éibn cliàtel même, et le tinrent ai longtemps, qM se 
rançonna atout vingt-quatre mille écus, et encore détint ledit brigand le 
cbâtel. Et par ses prouesses le roi de France le voulut avoir Us let tai, 
et acheta son chàlel vingt mille ëcus et fut huissier d'armes ktatoi >db 
Franee. fit éloti appelé «e brigand Datoa. » 

« t Le coursier de Croquard trébucha et rompll à Mm mritfe la «1. la 



» 



PARIS. ^ JACQUEBIBi S&9 

jL'eSroi éUUtel à Paris, que Les bourgeois avaient offert à 
Noire-Dame une bougie qui , disait-on , avait la longueur 
du tour de la ville ^ On n'osait plus sonner dans les ég/à$ea, 
si ce n*est à l'heure du couvre-feu, de crainte que les ha- 
bitants en sentinelle sur les murailles n'entendissent veniç 
leanemi. Combien la terreur n'était-elle pas plus grande 
dans les canopagnes ! Les paysai^ ne dormaient plus. Ceux 
des bords de la Loire passaient les nuits dans les îles, ou 
dans des bateaux arrêtés au milieu du fleuve. En Picardie les 
populalioBS creusaient la terre et s*y réfugiaient. Le loag d^ 
la Somme» de Péronne à remboucbu4'e, on comptait en- 
core au dernier siècle trente de ces souterrains K C'est ià 
qu'oA pouvait avoir quelque impression de l'horreujr de oes 
temps. C'étaient de longues allées voûtées de sept ou huit 
pieds de large» bordées de vingt ou treatechauÂres, avee 
piiita au centre» pour avoir à la fois de l'air et de l'eau. Au- 
tour du puits, de gramies chambres pour les bestiaux. Le 
soin et h solidité qu'on remarque dans ces conatructions 
iadique as^e^ que c'étaiit une des demeures ordinaires de 
la triste population de ces temps. Les familles s'y entas- 
saient à rapproche de l'ennemi. Les femmes , les enfaals, 
y pourrissaient des semaines, des noois, pendant que les 
kommes allaient timidement au clocher, voir si les gens de 
g«erre s'éloignaient de la campagne. 

Mais ils ne s'en allaient pas toujours assez vite pour que les 
p«ttvres gens pussent semer ou récolter. Us avaient beau se 
i^ugier sous la terrt^ la faim les y aUeignait. Dans la Brie 
et le Beau^aisis surtout , il M'y avait plus de ressources ^. 



D6 MÎf qae son avoir devint ni qui eut l'âme, maU je sais que Croquard 
fljia ainsi. • Froissart. 
' ChfooiquM fit Ssialrneato. 

• • UMt an ii elMr temps vint en ITsaoee, qae oa «eaéoit yn leiuMlel 
de harangtiwnie éon^ et toutes «lires choses à l'«reDani, et moareieni 
les petites gens de faim, dont c'était graad'piiiéi et 4«raaeue-4aniié et 
ce ctier t'^mps plus de quatre ans. • Froiesari, iAfUk»SI4. 



S60 SUITE. iTATS GÉNÉRAUX. 

Tout était gâté, détruit. Il ne restait plus rien que dans les 
châteaux. Le paysan, enragé de faim et de misère , força les 
châteaux, égorgea les nobles. 

Jamais ceux-<^i n'auraient voulu croire à une telle audace. 
Ils avaient ri tant de fois, quand on essayait d'armer ces 
populations simples et dociles, quand on les traînait à la 
guerre 1 On appelait par dérision le paysan Jacques 
Bonhomme, comme nous appelons Jeanjeans, nos cons- 
crits ^. Qui aurait craint de maltraiter des gens qui por- 
taient si gauchement les armes ? C'était un dicton entre 
les nobles : « Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, 
il vous oindra ^. » 

Les Jacques payèrent à leurs seigneurs un arriéré de 
plusieurs siècles. Ce fut une vengeance de désespérés, de 
damnés. Dieu semblait avoir si complètement délaissé ce 
monde t... Ils n'égorgeaient pas seulement leurs seigneurs, 
mais tâchaient d'exterminer les familles, tuant les jeunes 
héritiers, tuant l'honneur en violant les dames '. Puis, ces 
sauvages s'affublaient de beaux habits, eux et lemrs femmes, 
se paraient de belles dépouilles sanglantes. 

Et toutefois, ils n'étaient pas tellement sauvages, qu'ils 
n'allassent avec une sorte d'ordre, par bannières, et sous 
un capitaine, un des leurs, un rusé paysan qui s'appelait 
Guillaume Callet ^ : « Et en ces assemblées avoit gens de 
/abour le plus, et si y avoit de riches hommes boui^eois et 
aultres^. » — « Quand on leur demandoit, dît Froissart, 
pourquoi ils faisoyent ainsi, ils répondoient qu'ils ne 
sav oient, mais qu'ils faisoyent ainsi qu'ils veoyent les 
autres faire ; et pensoyent qu'ils dussent en telle manière 

1 App,, 215. — Mpp., 216. — » App., 217. 

« OuXaillet, dans les Chroniques de Frtnee; Ktrie, dans le Gontinna- 
tenr de Nangis; Jacques Bonhomme, selon Froissart et ranleor ano- 
nyme de la première Vie d* Innocent VI : • Et l'élorent le pire des 
mauTats, et ce roi on appeloit Jacques Bonhomme. • Froissart. — 
V. sur CaUe, U. Perrens, page 2'i7. 4860. 

* Chron. de Saint-Denis. App., 218. 



PARIS. — JACQUERIE. 264 

destruire tous les nobles et gentilshommes du monde. » 
Aussi les grands et les nobles se déclarèrent tous contre 
eux, sans distinction de parti. Charles le Mauvais les flatta, 
invita leurs principaux chefs S et pendant les pourparlers 
il fit main basse sur eux. Il couronna le roi des Jacques 
d'un trépied de fer rouge. Il les surprit ensuite près de 
Montdidier, et en fit un grand carnage. Les nobles se ras- 
surèrent, prirent les armes, et se mirent à tuer et brûler 
tout dans les campagnes, à tort ou à droit '. 

La guerre des Jacqueâ avait fait une diversion utile à 
celle de Paris. Marcel avait .intérêt à les soutenir 3. Les 
communes hésitaient. Senlis et Meaux les reçurent. Amiens 
leur envoya quelques hommes, mais les fit bientôt revenir. 
Marcel, qui avait profité du soulèvement pour détruire 
plusieurs forteresses autour de Paris, se hasarda à leur 
envoyer du monde pour les aider à prendre le Marché de 
Meaux. D'abord le prévôt des monnaies leur conduisit cinq 
cents hommes, auxquels se joignirent trois cents autres 
sous la conduite d'un épicier de Paris. 

La duchesse d'Orléans, la duchesse de Normandie, une 
foule de nobles dames, de demoiselles et d'enfants, 
s'étaient jetées dans le Marché de Meaux, environné de la 
Marne. De là elles voyaient et entendaient les Jacques qui 
remplissaient la ville. Elles se mouraient de peur. D*un 
moment à l'autre, elles pouvaient être forcées, massacrées. 
Heureusement il leur vint un secours inespéré. Le comte 
de Foix, et le captai de Buch (ce dernier au service des 
Anglais) revenaient de la croisade de Prusse, avec quelques 
cavaliers. Ils apprirent à Chàlons le danger de ces dames, 
et chevauchèrent rapidement vers Meaux. Arrivés dans le 
Marché : « Ils firent ouvrir tout arrière, et puis se mirent 
au-devant de ces vilains, noirs et petits et très-mal armés, 
et lancèrent à eux de leurs lances et de leurs épées. Ceux 

• • Blanditiis advocAvit. » Cont.G. deN. 



2G2 St'lTË. ÉTATS GÉNÉRAUX; 

qui étolent devant et qui sentoient les horions reculèrent 
de hideur et tomboient les uns sur les autres. Alors issi— 
rent les gens d'armes hors des barrières et les ahattoieat 
à grands monoeaux et les tuoient ainsi que bétes et les re- 
boutèrent hors de la ville. Ils en mirent à fin piva de 
sept mille et boutèrent le feu en la désordonnée ville de 
Heaux(9juin4358)<. » 

Les nobles firent partout main basse sur les pajmms; 
sans s'informer de la part qu'ils avaient prise à la iao- 
querie ; a et ils firent, dit un contemporain, tant de mal 
au pays, qu'il n'y avait pas besoin que les Anglais vinssent 
pour la destruction du royaume. Ils n'auraient jamais pa 
faire ce que firent les nobles de France K » 

Ils voulaient traiter Sentis comme Meaux. Ils s'en fireat 
ouvrir les portes» disant venir de la part du régent, puis ils 
se mirent à crier : « Ville prise ! ville gagnée. » Mais ik 
trouvèrent tous les bourgeois en armes, et même d'autres 
nobles qui défendaient la ville. On lança sur eux, par la 
pente rapide de la grande rue, des charrettes qui les ren^ 
versèrent. L'eau bouillante pleuvait des fenêtres. « Lps uns 
s'enfuirent à Meaux Conter leur déconfiture et se lait o okk 
quer ; les autres qui restèrent sur la place^ ne feront plus 
de mal aux gens de Senlis K » 

C'est un prodige qu'au milieu de cette dévastation dits 
campagnes, Paris ne soit pas mort de faim. Cela fait grand 
honneur à l'habileté du prév^ des marchands. Il ne pou* 
vait nourrir longtemps cette graadeet dévoraate ville sans 
avoir pour lui la campagne ; de là l'apparente incomlaiinr 
de sa conduite. Il s'aUia aux Jacques» puis au raî de 
Navarre^ destructeur des Jacques. La cavalerie de ce priasa 



* Praissut. — Lira «a refMd des «xtgërattons ptssioiitiées de Frai** 
sart h récit d« M. Perrem, lait ici d*i^près le Tn^eor des Chartes. <t8iO ) 

* Conitn. G. de Nangis. App., 221. 

* t Qui yerô mortai remanieront, geati SilTaneotenii amplièe bod: 
BOcebunt. > Idem. 



PARIS. — JACQUERIE. t63 

lui était indispensable pour garder quelques routes libres, 
tandis que le dauphin tenait la rivière. Il fit donner i 
Charles le Mauvais le titre de capitaine de Paris (15 juin). 
Mais le prince lui-même n'était pas libre. Il fut abandonné 
de plusieurs de ses gentilshommes, qui ne voulaient pas 
servir la canaille contre les honnêtes gens. Cependant les 
bourgeois mêmes tournaient contre lui ; ils lui ea voulaient 
d*avoir détruit les Jacques, et ils soupçonnaient bien qu0 
leur ca{Mtaine ne finisaR pas grand cas d'eux. 

Cependant les vivres enchérissaieiit. Le dauphin afOC 
trois mille lances était à Charenton, et arrêtait les arri- 
vages de la Seine et de la Marne. Les bourgeois somaièreAt 
le roi de Navarre de les défendre, de sortir, de faire enfin 
cpielque chose. Il sortit, mais pour traiter. Les deux pryi^s 
eurent une kmgue et secrète entperae, et se sopaièrent 
bons amis. Le roi de Navarre ayant encore osé rentrer 
dans Paris, ses phis déterminés partisans et Maneel lui- 
même lui ôtèrent le titre de capitaine de la ville. Use retira 
en se plaignant fort ; Navarrais et bourgeois se querellè- 
rent, et il y eut quelques hommes de taés. 

La position de Marcel devenait mauvaise. Le ëauphîn 
tenait la haute Seine, Charenlon, Saint^klmir ; le KNi de 
Navarre, la basse, Saint-Denis. Il bitftait tonte la caespa^ne. 
Les arrivages étaient impossibles. Paris nUnit élonfi'er. ie 
toi de Navaire, qin le voyait bien, ae fmsini inaaebwdar 
par les deux partis. La danpbiae et bnaneoiv de b^tm^ 
gens, e*e8t^à-dire des seigneurs, 4es éviques, s'enteem^ 
talent, aMaieiili el venaient. On oflMt an rai de Nawrre 
quatre cent mille florins, pourvu fn*iL Bvrftt Paris et 
Marcel *. Le traité était déjà signé, et me messe dite, #ù 
les deux princes devaient eommnnier de la ménne hostie. 
Le roi de Navarre déclara qu'il ne pouvait, n*étant paa à 
jeftn*. 

• Froissart. — * Secop««^ 



2GI SUIT8. ÉTATS GÉNÉRAUX. 

Le dauphin lui promettait de l'argent. Marcel lui en 
donnait. Toutes les semaines il envoyait à Charles le Mau- 
vais deux charges d'argent pour payer ses troupes. Il 
n'avait d'espoir qu*en lui ; il Fallait voir à Saint Denis ; il 
le conjurait de se rappeler que c'étaient les gens de Paris 
qui l'avaient tiré de prison, et eux encore qui avaient tué 
ses ennemis. Le roi de Navarre lui donnait de bonnes 
paroles ; il l'engageait : « À se bien pourvoir d'or et d*ar- 
gentt et à l'envoyer hardiment à Saint-Denis ; qu'il leur 
en rendrait bon compte '. > 

Ce roi des bandits ne pouvait, ne voulait sans doute les 
empêcher de piller. Les bourgeois voyaient leur argent s'en 
aller aux pillards, et les vivres n'en venaient pas mieux. 
Le prévôt était toujours sur la route de Saint-Denis, tou« 
jours en pourparlers. Cela leur donnait à penser. De tant 
d'argent que levait Marcel, n'en gardait-il pas bonne part? 
Déjà on avait épilogue sur les salaires que les commis- 
saires des états s'étaient libéralement attribués à eux- 
mêmes K 

Les Navarrais, Anglais et autres mercenaires, avaient 
suivi la plupart le roi de Navarre à Saint-Denis. D'autres 
étaient restés à Paris pour manger leur argent. Les bour- 
geois les voyaient de mauvais œil. U y eut des batteries, et 
l'on en tua plus de soixante. Marcel, qui ne craignait rien 
tant que de se brouiller avec le roi de Navarre, sauva les 
autres en les emprisonnant, et le soir même il les renvoya 
à Saint-Denis ^. Les bourgeois ne le lui pardonnèrent pas. 

Cependant les Navarrais poussaient leurs courses jus- 
qu'aux portes ; on n'osait plus sortir. Les Parisiens se 
fâchèrent ; ils déclarèrent au prévôt qu'ils voulaient châ- 
tier ces brigands. Il fallut leur complaire, les faire sortir, 
pour chercher les Navarrais. Ayant couru tout le jour vers 
Saint- Goud, ils revenaient fort las (c'était le 22 juillet), 

t Froissa rt. 

' OrJoQD. 111. Voyez aussi Villaai. -— * Chroniqaca de France. 



PARIS. — JACQiERIE. 2C5 

traînant leurs épées, ayant défait leurs bassinets ', se plai- 
gnant fert de n'avoir rien trouvé, lorsqu'au fond d'un 
chemin ils trouvent quatre cents hommes qui se lèvent et 
tombent sur eux. Us s'enfuirent à toutes jambes, mais 
avant d'atteindre les portes, il en périt sept cents ; d'autres 
encore furent tués le lendemain, lorsqu'ils allaient cher- 
cher les morts. Cette déconfiture acheva de les exaspérer 
contre Marcel : c'était sa faute, disaientnils ; il était rentré 
avant eux *, il ne les avait pas soutenus ; probablement il 
avait averti Tennemi. 

Le prévôt était perdu. Sa seule ressource était de se 
livrer au roi de Navarre, lui, et Paris, et le royaume s'il 
pouvait. Charles le Mauvais touchait au but de son ambi- 
tion '. Marcel aurait promis au roi de Navarre de lui livrer 
les clefs de Paris, pour qu'il se rendit maître de la ville, et 
tuât tous ceux qui lui étaient opposés. Leurs portes étaient 
marquées d'avance ^. 

La nuit du 31 juillet au l^r ^oùt, Etienne Marcel entre- 
prit de livrer la ville qu'il avait mise en défense, les mu- 
railles qu'il avait bâties. Jusque-là, il semble avoir toujours 
consulté les échevins, même sur le meurtre des deux ma- 
réchaux. Mais cette fois, il voyait que les autres ne son- 
geaient plus qu'à se sauver en le perdant. Celui des éche- 
vins sur lequel il comptait le plus, qui s'était le plus 
compromis, qui était son compère, Jean Maillart, lui avait 
cherché querelle le jour même. Maillart s'entendit avec les 
chefs du parti du dauphin, Pépin des Essarts et Jean de 

• 
' • Et portott l'an son bassinet en sa main, l'autre à son col, les 
astres par lAcheté et ennui tralnoient leurs épées on les portoient en 
éebarpe. • FroissarL 

* App ,t2!i, 

* • Ad boe lotis Tiribus anbelabit. • Contin. 0. de Nangis. 

* Le plus grave bisloriea de ce temps, témoin oculaire de toute celte 
réroloiion, le Continuateur de Guillaume de Mangis qui rapporte ces 
brgits, semble les révoquer en doute. • On a du moins, dit-il, accuse 
dêpuU le prévOiet ^i amis de toutes ces choses. • V. Terrens, Élienne 
Uarcei. iS(>0. 



266 SUITJI. KTATS GÉNÉRAUX. 

Charny, et tous trois, avec leurs hommes, se trouvèrent h 
la bastille Saint-Denis, que Marcel devait livrer, c Et s en 
viarent un peu avant minuit... et ti ravèrent ledit prévdt 
des marchands, les clefs de la porte en ses mains. Le pre- 
mier parler que Jean Maillart.lui dit, ce fut que il lui de- 
manda paff «on nom : a Etienne, Etienne, que faites- vous 
ci à cette heure ?» Le prévôt lui répondit : « Jean, à vous 
qu'en monte de savoir ? je suis ci pour prendre garde de la 
vîUe dont j'ai le gouvernement » — « Par Dieu, répondit 
Jean Maillart, il ne va mie ainsi ; mais n'êtes ci à cette 
heure pour nul bien ; et je le vous montre, dit-il à ceux 
qui étoient de-lez (près) lui, comment il tient les cle£s des 
portes en ses mains pour trahir la ville. » Le prévôt des 
marchands s'avança et dit : « Vous mentez. » ^ « Par Dieu 1 
répondit Jean Maillart, traître, mais vous mentez I » et 
tantôt férit à lui et dit à ses gens : « A la mort, à la mort 
tout homme de son côté, car ils sont traîtres. 9 Là eut 
grand butin et dur ; et s'en fut volontiers le prévôt des 
marchands fui s'il'eùt pu ; «nais il fut si hâté qu'il ne put 
Car Jean Maillart la férit d'une hache siv la télé et rabatit 
h terre, quoique ce fût .aoa compère, ni ne se partit de lui 
jusqu'à ee qu il fut occis et six de ceui; qui là étoient, et l^ 
demeurant pris et envoyé eu .prison ^ » 

Sekm une version pîus vraisemblable, Marcel et cia- 
quanle-quatre de ses amis qui étaient venus avec lui Umr 
bèrent &*appé& par de9 gardes obscurs de la porte Saini- 
AntoiaeS. 

Cependant les meurtriers s'en allèrent, criant par la ville 
et éveillant le peuple. Le mutin, tous étaient assemblés aux 
halles, 011 Maillart les harangua. Il leur conta comment 
cette même nuit, la ville devait être courue et détruite, si 
Dieu ne l'eût éveillé hii et ses anris, et ne levr eût révélé la 
irahisoit La foule apprit arec saisissement le péril où elle 

* Froissart — * V. Perrons, Etienne Marcel. 18ML 



L 



PARIS. — UCQUER». S67 

avait été sans le savoir ; tou»|oigiiaieiit les mains et reroer^ 
ciaient Dieu K 

Telle fut la première impression. Qu'on ne croie pat 
pourtant que le peuple ak étë ingrat pour celui qui avait 
tant (ait pour hii. Le parti de Marcel, qui comptait beau* 
eoup d'hommes instruits el éloquents >, survécut à son 
chef. Quelques mois après, il y eut une conspiration pour 
▼enger Marcel. Le dauphin fit rendre à sa teuve tous les 
meubles du prévôt qui n'avaient pas été donnés ou pendus» 
dans le m<Mnent qui suivit sa mort K 

La carrière de cet homme fiit courte ci terrible. En 
1356, il sauve Paris, il le met en défense. De concert avec 
Bdl)ert Le C6q, îl dicte au dauphin la fiHnenfie ordoniMnee 
de 4357. Cette ré ferme du royaume par l'influence d'UM 
commune ne peut se Caire que par des moyens violents* 
Marcel est poussé de proche en proche à une foule d'actes 
irréguliera^ funestes. Il tire de prison Charles le ManvaiSi 
pour l'opposer au dauphin, mais il se troove avoir donné 
vn chef wax bandits. Il met la main sur le dauphin, il ini 
tue ses conseillers, les ennemis du roi de Navarre. 

Afatmdonnédes étala, il tue les états en les faisant oomnois 
fl les veut, en créant des députés, en remplaçant les d^ 
pntés des nobles par des bourgeois de Paris ^. Paris ne 
poorait encore mener la France, Marcel n'avait pas les 
ressources de la Terreur; il ne pouvait assiégé Lyon, ni 
foillotiner la €iiQttde.' la nécessité des appravisionne- 
menls le mettait dons la dépendttioe de la campagne. D 
s'allia aux Jaoqpies, et, les Jaeques échouant, au roî de 
Navane. Celai h qui il s'était doané» il essaya de lui donner 
le royauaie ; il y périt. 

La doatrine-clastifae du Salus popuS, du droit de tuer 

* App., as3. 

* • Unltvm loleniDes et éloquentes qnim i>IariaMna M Seeti. • €cnlfii. 
O. d« NADfis. Afp., tSS.-» • Afp., ffS. 

* App., 126. 



268 SaiTB. ÉTATS GÉNÉniUX. 

les tyrans, avait été attestée au commencement du siëctep 
par le roi contre le pape ^. Un demî-siècle est à peine 
écoulé; Marcel la tourne contre la royauté elle-même, 
contre les serviteurs de la royauté. 

Cette tache sanglante dont la mémoire d*Étienne Marcel 
est restée souillée ne peut nous faire oublier que notre 
vieille charte est en partie son ouvrage. Il dut périr, 
comme ami du Navarrais, dont le succès eût démembré la 
France; mais dans l'ordonnstnce de 1357, il vit et vivra. 

Cette ordonnance est le premier acte politique de la 
France, comme la Jacquerie est le premier élan du peuple 
des campagnes. Les réformes indiquées dans Tordonnance 
furent presque toutes accomplies par nos rois. La Jac- 
querie, commencée contre les nobles, continua contre 
l'Anglais. La nationalité, l'esprit militaire, naquirent peu 
à peu. Le premier signe peut-être de ce nouvel esprit se 
trouve, dès l'an 1359, dans un récit du continuateur de 
Nangis. Ce grave témoin, qui note jour par jour tout ce 
qu'il voit et entend, sort de sa sécheresse ordinaire, pour 
conter tout au long une de ces rencontres oii le peuple 
des campagnes laissé à lui-môme commença à s'enhardir 
contre l'Anglais. Q s'y arrête avec complaisance : « C'est, 
dit-il naïvement, que la chose s'est passée près de mon 
pays, et qu'elle a été menée bravement par les paysans, 
par Jacques Bonhomme '. > 

11 y a un lieu assez fort au petit viUage près Gompiègne, 
lequel dépend du monastère de Saint-Corneille. Les ha- 
bitants, voyant qu'il y avait péril pour eux, si les Anglais 
s'en emparaient, l'occupèrent, avec la permission du régent 
et de l'abbé, et s'y établirent avec des armes et des vivres. 
D'autres y vinrent des villages voisins, pour être plus en 
sûreté. Ils jurèrent à leur capitaine de défendre ce poste 

t Voyez plot haat, p. 138. 

* Per ru8;icos, sea Jacques Batihommêp strcnoè MLpedilam. • CodUil 
G* de Nangit. 



PARIS. — JACQUERIE. S69 

jusqu'à la mort. Ce capitaine, qu'ils s'étaient donné du 
consentement du régent, était un des leurs, un grand et 
bel homme, qu'on appelait Guillaume aux AUouettes. Il 
avait avec lui pour le servir un autre paysan d'une force 
de membres incroyable, d'une corpulence et d'une taille 
énorme, plein de vigueur et d'audace, mais avec cette 
grandeur de corps, ayant une humble et petite opinion de 
lui-même. On l'appelait Le Grand-Ferré ^ Le capitaine le 
tenait près de lui comme sous le frein, pour le lâcher à 
propos. Us s'étaient donc mis là deux cents, tous labou- 
reurs ou autres gens qui gagnaient humblement leur vie 
par le travail de leurs mains. Les Anglais, qui campaient 
il Creil, n'en tinrent grand compte, et dirent bientôt : 
« Chassons ces paysans, la place est forte et bonne à 
prendre. » On ne s'aperçut pas de leur approche, ils trou- 
vèrent les portes ouvertes et entrèrent hardiment. Ceux du 
dedans, qui étaient aux fenêtres, sont d'abord tout étonnés 
de voir ces gens armés. Le capitaine est bientôt entouré, 
blessé mortellement. Alors Le Grand-Ferré et les autres se 
disent: « Descendons, vendons bien notre vie ; il n'y a pas 
de merci à attendre. » Ils descendent en effet, sortent par 
plusieurs portes, et se mettent à frapper sur les Anglais, 
comme s'ils battaient leur blé dans l'aire * ; les bras s'éle«- 
vaîent, s'abattaient, et chaque coup était mortel. Le Grand, 
voyant son maître et capitaine frappé à mort, gémit pro- 
fondément, puis il se porta entre les Anglais et les siens 
qu'il dominait également des épaules, maniant une lourde 
hache, frappant et redoublant si bien qu'il fit place nette ; 
il n'en touchait pas un qu'il ne fendit le casque ou n'abattit 
les bras. Voilà tous les Anglais qui se mettent à fuir ; plu- 



t • Et jaxtà ejns corporis magnimdinem, habebat in se hnmllitatcm et 
repntatioDii intriosecs parvitatem, nomine Magnas Fcrraïus. • Conlin. 
G. de Nangis. 

* « Saper Anglieos ita se habebant, ac si Blada in borrcis more suo 
iolifo flagellassent. • Idem. 



270 SUITE. ETATS GÉXÉRiUX. 

sieurs sautent dans le fossé et se noient. Le Grand tue 
leur porte-enseigne^ et dit à un de ses camarades de patier 
la bannière anglaise au fossé. L'autre lui montrant qu'il j 
avak encore une foule d'ennemis entre lui et le fossé : 
a Suis-moi donc, » dit Le Gramd. Et il se mit à marcher 
devant, jouant de la hache à droite et à gauche, jusqu'à ce 
que la bannière eut été jetée à l'eau... Il avait tué en ce 
jour plus de quarante hommes... Quant au capilaifte, 
Guillaume aux Aliouettes, il mourut de ses Uessunes, et 
ils l'enterrèrent avec bien des larmes, car il était bon et 
sage... Les Anglais furent encore baUus une autre fois par 
Le Grand. Mais cette fois hors des murs. Plusieurs nobles 
Anglais furent pris, qui auraient donné de bonoes rançons, 
si on les eût rançonnés, comme font les nobUs ^ ; mais ou 
les tua, afin qu'ils ne fissent plus de mal. Cette fois La 
Grand, -échaufië par cette besogne, but de l'eau froide en 
quantité, et fut saisi de la fièvre. Il s'en aUa à son village, 
regagna sa cabane et se mit au lit, non toutefois sans 
garder près de lui sa hache de fer qu'un boiaime ordinaira 
pouvait à peine lever. Les Anglais, ayant appris qu'il était 
malade, envoyèrent un jour douze hommes pour le tuer. 
Sa femme les vit venir, et se mit à crier: 1 mon pauvre 
Le Graùd, voilà les Anglais! que faire ?^. v Lui, oubliani 
à l'instant 6on mat, il ae lève, prend sa hache, al sort àtm» 
la petite cour : a Ah t brigandsi, vous venex donc pour «m 
prendre au liil vous ne me tenez pas encore... » Aiors 
s'adossant à un mur, il en tue cinq en un fiiomeot ; les 
autres s'enfuient. Le Gi*and se remit au lit ; mais il avait 
chaud, il but encore de l'eau froide; la fièvre le reprit plus 
fort, et au bout de quelques jours, ayant reçu les sacre- 
ments de l'Église, il sortit du siècle, et fut enterré au cime- 
tière de son village. Il fut pleuré de tous ses con]{)agnons, 



* SioQt Dobiles viri faciuni. • Coût in. G. do Nangis. IdeuL 



PARIS. — J4G0U£raB. 274 

de tout le pays ; car, lui vivant, jamais les Aoglais a'y se^ 
raient venus *. 

Il ost difficile de ne pas être touché de ee aaif vécii. Ces 
paysans qui ne se mettent en défense qu'en demandant 
permission, cet homme fort et humble, ce boa géante qui 
obéit volontiers, comme le saint Christophe de la légende, 
tout cela présente une belle figure du peuple*. .Ce pcteple 
est visil)lement simple et brute encore, impétueuiL, aveugle, 
demi-homme et demi-taureau... Il ne sait ni garder ses 
portes, ni se garder lui-môme de ses appétits, ^uand il a 
battu Tennemi comme blé en grange, quand il Ta suffi- 
samment charpenté de sa hache, et qu'il a pris chaud à la 
besogne, le bon travailleur, il boit froid, et se couche pour 
mourir. Patience; sous la rude éducation des guerres, sous 
la verge de l'Anglais, la brute va se. faire homme^ Serrée 
de plus près tout à l'heure, et comme tenaillée, elle échap- 
pera, cessantd'étre elle-même, et se transligurant; Jacques 
deviendra Jeanne, Jeanne la vierge, la Pucelle. 

Le mot vulgaire, un bon Franfais^ date de l^poque des 
Jacques et de Marcel ^. La Pucelle ne tardera pas à dire : 
« Le cœur me saigne quand je vois le sang d*un Frénç&is. » 

tJn tel mot suffirait pour marquer dans l'histc^re le vrai ^ 
commencement de la Fiance. Depuis lors, iioas avons une 
patrie. Ce sont des français que ces paysans, n'en rou- 
gissez pas, c'est déjà le peuple Français, c'est vous, ô 
France 1 Que l'histoire vous les montre beaux ou laids, 
aous le capuce de Marcel, sous la jaquette des Jacques, vous 
ne devez pas Jes «néconni^tne. Peur nous, panniloas les 
combats des nobles, à travers les beaux coups de lance où 
s'amuse l'insouciant Froissart, nous cherchons ce pauvre 
peupk. Nous Tirions prendre dans cette grande mêlée, 

^ • Mtfrartt de sœealo... QuàndiA riiisset, id locum Uliim AngHci 
non refib^ent. • Conîin. G. île N in};i.s. 
* • Volo eitfe bonm GalHcut, * CuUlin. G. de ^ungi>; aim lCw3« 



272 SdlTB. ÉTATS GÉNÉRAUX. 

SOUS l'éperoD des gentilshommes, sous le ventre des che- 
vaux. Souillé, défiguré, nous l'amènerons tel quel au jour 
de la justice et de l'histoire, afin que nous puissions lui 
dire, à ce vieux peuple du xiv" siècle : « Vous êtes mon 
père, vous êtes ma mère. Vous m*avez conçu dans les 
larmes. Vous avez sué la sueur et le sang pour me faire une 
France. Bénis soyez-vous dans votre tombeau I Dieu me 
garde de vous renier jamais t » 

Lorsque le dauphin rentra dans Paris, appuyé sur le 
meurtrier, il y eut, comme toujours en pareille circon- 
stance, des cris, des acclamations. Ceux qui le matin 
s'étaient armés pour Marcel cachaient leurs capuces rouges, 
et criaient plus fort que les autres ^. 

Avec tout ce bruit, il n'y avait pas beaucoup de gens 
qui eussent confiance au dauphin. Sa longue taille maigre, 
sa face pâle et son visage longuet ', n'avaient jamais plu au 
peuple. On n'en attendait ni grand bien, ni grand mal ; 
il y eut cependant des confiscations et des supplices contre 
le parti de Marcel '. Pour lui, il n'aimait, il ne haïssait 
personne. Il n'était pas facile de Témouvoir. Au moment 
même de son entrée, un bourgeois s'avança hardiment et 
dit tout haut : « Par Dieu ! sire, si j'en fusse cru, vous n'y 
fussiez entré ; mais on y fera peu pour vous. > Le comte 
de Tancarville voulait tuer le vilain ; le prince le retint et 
répondit : « On ne vous croira pas, beau sire^. » 

La situation de Paris n'était pas meilleure. Le dauphin 
n'y pouvait rien. Le roi de Navarre occupait la Seine au«- 

i « Illa nibea capneia» qae anteA pomposè gorebanior^ abscondita... • 
Cont. G. de Nangis. 

* • De corsage estoit banlt et bien formé, droit et lé par les espaoles, 
et baingre par les flans; groz bras et beaals membres, visage un pea 
longuet, grant front et large ; la cbtère ot asses pale, et croy que ce, 
et ce qu'il esioit monll maigre, luy estuit venu par accident de mila- 
die; cbanlt, furieus en nul cas n'estoil trouré. • Christ, de Pisan. 

t App.f 127. 

* « Pensa ce p;'u<Jent prince, ajoute Chriâtine de Pisan, que si l'on 
tuoil cet homme, la rille se fust bien pu émouvoir. ■ 



PARIS. — JAGQCERIE. 273 

dessus et au-dessous. Il ne venait plus de bois de la Bour*- 
gogne, ni rien de Rouen. On ne se chauffait qu'en coupant 
des arbres ^ Le setier de blé qui se donne ordinairement 
pour douze sols, dit le chroniqueur, se vend maintenant 
trente livres et plus. — Le printemps fut beau et doux, 
nouveau chagrin pour tant de pauvres gens des campagnes 
qui étaient enfermés dans Paris, et qui ne pouvaient cul*- 
tiver leurs champs, ni tailler leurs vignes K 

Il n'y avait pas moyen de sortir. Les Anglais, les Na- 
varrais couraient le pays. Les premiers s'étaient établis à 
Creil, qui les rendait maîtres de TOise. Ils prenaient par* 
tout des forts, sans s'inquiéter des trêves. Les Picards 
essayaient de leur résister. Mais les gens de Touraine, 
d'Anjou et de Poitou leur achetaient des sauf-conduits, 
leur payaient des tributs K 

Le roi de Navarre, en voyant les Anglais se fixer ainsi au 
eœur du royaume, finit par en être lui-même plus ^rayé 
que le dauphin. Il fit sa paix avec lui, sans stipuler aucun 
avantage, et promit d'être bon Française Les Navarrais 
n'en continuèrent pas moins de rançonner les bateaux sur 
la haute Seine. Toutefois cette réconciliation du dauphin 
et du roi de Navarre donnait à penser aux Anglais. En 
même temps des Normands, des Picards, des Flamands, 
firent ensemble une expédition pour délivrer, disaient-ils, 
le roi Jean s. Ils se contentèrent de brûler une ville anglaise. 
Du moins les Anglais surent aussi ce que c'étaient que les 
maux de la guerre. 

Les conditions qu'ils vouUient d'abord imposer à la 
France étaient monstrueuses, inexécutables. Ils d^nan- 

> A^„ 918. 

* « Vîne» qiia amœnissimum illum desideratum liquorem minis- 
J«ni, qui IsUtieare sotet oor homiDis... non cultivât». • Cont. G. do 
Naniis. 

* App,, M9. — * • Voîo esM bonus Gallicus de caetcro. • Ibid. 

* • Posoerunt te in mare, m ad Angliaiu invatlciidum irtnaft^ta* 
re.it. • Gonu G. de Nangis. 

m. ta 



274 SUIXK. STAT& G&NKBAUI. 

daieni non*eeolement tout ce qui estea face d'eux, Calais-,. 
Montreuil, Boulogne, le Ponthieu, non-eeuleineDt 1 Àqiit^ 
laine (Guyenne, Bigorre, Âgiinois, Qaercy, Périgord, 
Limousin, Poitou, Saintopge, Auais), niaiâ encore la 
Tonraine, l'Anna, et de plussla Nornian4ie; c'est-à-dire 
qu'il m leur suffisait pas d'Occuper to détroit, de fermer 
la Garonne ; il9 voulaient aussi ferm^ la Loire et la Seine,. 
boucher le moindre jour par où nous voyons l'Océan, 
crever les yeux de te France. 

Le roi Jean avait signé tout, et promis de plus quatre 
miUv)iis d'écus. d'or pour sa rançon. Le- ésuphiii^ qui ne 
pouvail se dépouiller ainsi, lit refuser le traité par une. 
assemblée de quelques députés des provinces, qa'il appel» 
états généraux. Ils répondirent: «- Que le roi Jean de-* 
meurât encore en Angleterre, et que quand i^plaicoit à. 

Dieu, il y pourvoiroit de remède ^. » 

Le roi d'Angleterve se nùt en campagae, mais cette 
fois pour conquérir la France. U Toulait d'abopd aller 4. 
Beims, et s'y faire saorer 9. Tout ce qu'il y avaitde noblesse 
en Angleterre Tavait suivi à cette expédition. Une autre 
armée l'attendait à Calais^ sur laquelle il ne comptait pas. 
Une foule d'hommes d'armes. et die seigneurs d'Allemagne 
et des Pays-Bas, entendant* dire qu'il s'agis^aii d'une 
conquête^ et espérant un. partage^ comme oelitt de l'An^ 
gleterce par les compagnons- de G«iUa«nie le Coequérant, 
avaient vouki èlre aussi de la Mte. Hs eMryaieittdéîà a tant 
gagner qu'ils ne seroient jamais pauvres^. ? Ht stflen^ 
dirent Edouard jusqu'au 28* octobre, et il eul^grand-peina à 
s'en, débansasserv Û fUtut qu'it le» wUtt à nstottiaer chez. 
eux, qu'il leur prêtât de l'argent, à ne jamais rendre. 

Edouard avait amené avec lui six mille gène d'armes 
couverte de {Içr, son fil$, ses trois, (tares, s0s princes, ses 
grands seigneurs. C'était comme une émigration des Aik^ 

« EMiaarik 

* CoDt. G. de Nangîj. ~ * Froissart. 



KtM0. ^ JACQUEMi. 275 

(^is «n Franfie.Pottr (hive la guerre confortablement, iK 
tntnaîuit six. mille chariots» iQ$ f(^ur6, des moulias, d^es 
fergea, tavie sorte d*at6lier& ambulaata. Ils Mraiant poussé 
la prieaution yaaqfi'k se^ muiUr de meutes pour chasser, et 
de nacallflf de cuir pM» pâcber 6n oaréoie ^. H n'y avait' 
rien en eflét à attendre du paya« c'était un désert ; depuis 
trois ana, on ne^semait plua 3. Les villes, bien fermées» se 
gardaient elles-mêmes; elles savaient qu'il n'y avait paa 
de mepoi k attendre des Anglais. 

Du M octobre aaS^navembRe its obemioèrent à trav^s 
la pluie et la boue^ de Calais k. Reînw. Ik avaient oompté 
sur les vins. Mais il pteuvait trop ; la 'vendange ne valut 
rien. lia miècent sept semaines à se morfondre devant 
Reima» gâtèvantla paiya tout auioui}, mais/Reims ne bougea 
pea. De là ils paasèrent derrant Cbàlona, Barr4o*Duc, Troyes ; 
puia Us antièrent dans le duché de Bourgogne. Le duc. 
composa avec emx pour dei» cent mille éous d'or. Ce fui 
me benne affaire pour VAn^ais; qui eutromeal n'eût 
rfMatiréda-toBiaicaftte graadfrexpédilion* 

n ynni camper tont pcèsde Paria, fitaespàqpesi à Chante- 
loup^ et approdia fusipilà. Bûwrg-la-fteÀie. a De ia Seine 
JQsqu*à> ttaaafes^ dit le témoin oaulaii!ei» il n'y a plus un 
seul hoonnei Ton* s'est réfupé aux. Ivois foub(>ui:gs de 
Satnt'€ennaiB^ Saint-Marcel etNotre-Daoïe-desGhaokps.^. 
MonUti ér y et LiMnanmeau: «ont en! feu. . . On.distiague dans 
toua lesalentouffaiiL&iDiéedesvittagesv qui monte jusqu'ao; 
ciel... Le saint four de Pâ(|uaav j'ai vu. aux Caimu» offcier 
lc9 prêtiesiés dis cmnsiunes^^ Le. lendemain, on a dunné 
ordae da Mleeles trois fiittfaMirgs» et permis à toutbomme 
d'y prendreice. cp'il pooirait;. boia-^ far, tuiles et rie reste.. 
B n'a pas manqué da gana pcnur le. faire bi«n vite. Les una. 
ptenaneni^ lea» mIms. riaientn.. — Près de Chantaloup». 
douze cents personnes, hommes, femmes et eoiaotSn 

• Froissart. * * Id. 



276 SUITE. ÉTATS GÉNiRAlTX. 

s'étaient enfermés dans une église Le capitaine, cnugnant 
qu'ils ne se rendissent, a fait mettre le feu... Toute Té- 
glise a brûlé. II ne s'en est pas sauvé trois cents personnes. 
Ceux qui sautaient par les fenêtres trouvaient en bas les 
Anglais qui les tuaient et se moquaient d'eux pour s'être 
brûlés eux-mêmes. J'ai appris ce lamentable événement 
d'un homme qui avait échappé, par la volonté de notre 
Seigneur, et qui en remerciait Dieu ^. » 

Le roi d'Angleterre n'osa attaquer Paris K U s'en alla 
vers la Loire, sans avoir pu combattre, ni gagner aucune 
place. 11 consolait les siens en leur promettant de les 
ramener devant Paris aux vendanges. Mais ils étaient 
fatigués de cette longue campagne d'hiver. Arrivés près 
de Chartres, ils y éprouvèrent un terrible orage, qui mit 
leur patience à bout. Edouard y fit vœu, dit-on, de rendre 
la paix aux deux peuples. Le pape l'en suppliait. Les nobles 
de France, ne touchant plus rien de leurs revenus, priaient 
le régent de traiter à tout prix. Le roi Jean sans doute 
pressait aussi son fils. Aux conférences de Bretigny, ou* 
vertes le 4®' mai, les Anglais demandèrent d'abord tout le 
royaume ; puis tout ce* qu'avaient eu les Plantagenets 
(Aquitaine, Normandie, Maine, Anjou, Touraine). Us 
cédèrent enfin sur ces quatre dernières provinces ; mais 
ils eurent l'Aquitaine comme libre souveraineté, et non 
plus comme fief. Ils acquirent au même titrece qui entourait 
Calais, les comtés de Ponthieu et de Guines, et la vicomte 
de Montreuil. Le roi payait l'énorme rançon de trois 
millions d'écus d'or, six cent mille écus sous quatre mob, 
avant de sortir de Calais, et quatre cent mille par an dans 
les six années suivantes. L'Angleterre, après avoir tué et 
démembré la France, continuait à peser dessus, de sorte 
que, s'il restait un peu de vie et de moelle, elle pût encore 
la sucer. 

« Coau G. de Nai.gis. — « App., 190. 



PAHIS. — JACQUERIE. 277 

Ce déplorable traité excita à Paris une folle joie. Le 
Anglais qui rapportèrent pour le faire jurer au dauphin 
furent accueillis comme des anges de Dieu. On leur donna 
en présent ce qu'on avait de plus précieux, des épines de 
la couronne du Sauveur, qu'on gardait à la Sainte Cha- 
pelle. Le sage chroniqueur du temps cède ici à Tentraîne- 
ment général. « A l'approche de l'Ascension, dit-il, au 
temp5: oii le Sauveur, ayant remis la paix entre son Père 
et le genre humain, montait au ciel dans la jubilation, il 
ne souffrit pas que le peuple de France demeurât affligé... 
Les conférences commencèrent le dimanche oii l'on chante 
à réglise : Caniate. Le dimanche où l'on chante : Vocem 
jucundidads, le régent et les Anglais allèrent jurer Je 
traité à Notre-Dame. Ce fut une joie ineffable pour le 
peuple. Dans cette église et dans toutes celles de Paris, 
toutes les cloches, mises en branle, mugissaient dans une 
pieuse harmonie ; le. clergé chantait en toute joie et dévo- 
tion: Te Deum laudamvs.,. Tous se réjouissaient, excepté 
peut-être ceux qui avaient fait de gros^ains dans les guer- 
res, par exemple les armuriers... Les faux traîtres, les 
brigands craignaient la potence. Mais de ceux-ci n'en 
parlons plus ^ » 

La joie ne dura guère. Cette paix, tant souhaitée, fit 
pleurer toute la France. Les provinces que. Ton cédait ne 
voulaient pas devenir anglaises. Que l'administration des 
Anglais fût pire ou meilleure, leur insupportable morgue 
les faisait partout détester. Les comtes de Périgord, de 
Comminges, d'Armagnac, le sire d'Âlbret, et beaucoup 
d'autres disaient avec raison que le seigneur n'avait pas 
droit de donner ses vassaux. La Rochelle, d'autant plus 
française que Bordeaux était anglais, supplia le roi, au 
nom de Dieu, de ne pas l'abandonner. Les Rochellais di- 
saient qu'ils aimeraient mieux être taillés tous les ans de 

• Coht G. de Nangis. 



280 SUIT£. KTATS GÉNtlIAUX. 

avait disparu. Il fallut s'adresser aux usuriers, aux juiFs, 
et cette fois leur donner un établissement fixe. On leur 
assura un séjour de vingt années. Un prince du sang était 
établi gardien de leurs privilèges, et il se chargeait spécia- 
lement de tes faire payer de leurs dettes. Ces privilèges 
étaient excessifs. Nous en parlerons ailleurs. Pour les ac- 
quérir, ils devaient payer vingt florins eh rentrant dans ce 
royaume, et de plus sept par an. Un Manassé, qui prenait 
en ferme toute la juiverie; devait avoir pour sa peine un 
énorme droit de deux florins sur les vingt, et d'un par an 
sur les sept. 

Les tristes et vides années qui suivent, 4361,1362,1363, 
ne présentent au dehors que les quittances de l'Anglais, 
au dedans que la cherté des vivres, les ravages des bri- 
gands, la terreur d'une comète, une grande et eflroyable 
mortalité. Cette fois, le mal atteignait les hommes, les en- 
fants, plutôt que les vieillards et les femmes. 11 frappait de 
préférence la force et l'espoir des générations. On ne voyait 
que mères en pleurs, que veuves, que femmes en noir ^ 

La mauvaise nourriture était pour beaucoup dans l'épi- 
démie. On n'amenait presque rien aux villes. On ne pou- 
y vait plus aller de Paris à Orléans, ni à Chartres, le pap 

était infesté de Gascons et de Bretons >. 

Les nobles qui revenaient d'Angleterre et qui se sen- 
taient méprisés n'étaient pas moins cruels que ces bri- 
gands. La ville de Péronne, qui s'était bravement gardée 
elle-même, prit querelle avec Jean d'Artois. Ce fut comme 
une croisade des nobles contre le peuple. Jean d'Artois, 
soutenu par le frère du roi et par la noblesse, prit à sa 



I Contin. G. de Nangis. 

t Les brigands ayaient surpris on fort près de Corbeil. Beaneonp 
d'hommes d'armes se çhargôreot de le reprendre et firent encore pins de 
mal an pays; les défenseurs nuisaient plus que les ennemis; les chiens 
aidaient les loups à manger le troupeau. Le Continuateur de Nangis ra- 
conte la fable. 



PARIS. — JAGQUfiRIB. 281 

solde des Anglais; il assiégea Péronne, la prit, la brûla. 
Ils traitèrent de même Chauny-sur-Oise et d'autres villes. 
— En Bourgogne, les nobles servaient eux-mêmes de 
guide aux bandes qui pillaient le pays ^ Les brigands de 
toute nation se disant Anglais, le roi défendait de les at- 
taquer. 11 pria Edouard d'en écrire à ses lieutenants *. 

Ces pillards s'appelaient eux-mêmes les Tard<-Venus ; 
venus après la guerre, il leur fallait aussi leur pai*t. La 
principale compagnie commença en Champagne et en 
Lorraine, puis elle passa en Bourgogne: le chef était un 
' Gascon, qui voulait, comme TArchi-prêtre, les mener 
voir le pape à Avignon, en passant par le Forez et le Lyon- 
nois. Jacques de Bourbon, qui se trouvait^ alors dans le 
Midi, était intéressé à défendre le ;Forez,' pays de ses ne- 
veux et de sa sœur. — Ce prince, généralement aimé, 
réunit bientôt i^eaucoup de noblesse. Il avait avec luije 
fameux Archiprêtre,^ qui avait laissé le commandement 
des compagnies. S'il eût suivi les conseils de cet homihe, 
il les aurait détruites. Ëtant venu en présence à Briguais, 
près Lyon, il donna dans un piège grossier, crut l'ennenû 
moins fort qu'il n'était, l'attaqua sur une montagne, et fut 
tué avec son fils, son neveu, et nombre des siens ( 2 avril 
4362). Cette mort toutefois fut glorieuse. Le premier titré 
des Capets est la mort de Robert le Fort à Brisserte; celui 
des Bourbons, la mort de Jacques à Briguais : Cous deux 
tués en défendant le royaume contre les brigands. 

Les compagnies n'avaient plus rien à craindre, elles cou- 
raient les deux rives du Rhône. Un de leurs chefs s'intitu- 
lait : Ami de Dieu , ennemi de tout le monde '. Le pape, 
tremblant dans Avignon , prêchait la croisade contre eux. 



* • Us avoient de leur accord aaeiins choraliers ei ëcnyars du p lys, 
qui lea menoient et condoisoieot. • Froissait. 

* • Msia les pillards n'en tcnoient compte, et disoient qu'ils falsoient 
b guerre en l'ombre et nom du roi de Navarre. • Ibid. 

* Froisaart. 



f 82 SUITE. «TATS GÉinîRAUX. 

M«is les croisés se joignaient plutôt aux compagnies *. Hcn- 
reusement pour Avignon, le marquis de Monferrat. mem- 
bre ée la ligue Toscane contre les Visoonti, en prit une 
partie à sa solde , et les mena en Itaiie, où ils portèrent 
la {ïeste. Le pape, pour tlécider leur départ, leur donna 
30,600 florins et rabs<^u!îon«. 

La mortalité. qui dépeuptait le royaume lui donna au 
moins unhel héritage. Le jeune duc de Bourgogne mourut , 
ain«î que sa sœur ; la première maison de Bourgogne se 
trouva éteinte t la suceession comprenait les deux Bofurgo- 
gnes, l'Artois , les comtés d'Auvergne et de Boulogne. Le 
phis proche héritier était le roi de Navarre. H demandait 
qu'on lui laissât prendre possession de la Bourgogne , ou 
au moins de la Champagne tpilï réclamait depuis si iong- 
temps. 11 n'eut ni Tune ni l'autre. H était impossible dere* 
mettre ces provinœsii un roi étranger, à un prince odieux. 
Jean les dé^slara réunies à son domaine * ; "et partit pour en 
prendre possession, « chetm'nant à petites joamées et à 
grands dépens , et séjoumant de ville en ville, de cité en 
€ité, «n4a duché de Bourgogne ^. > 

H y apprit , sans aller phe tite, ta mort de 5acqnes de 
Bourbon. Vers la fin de Tannée, il descendit h Avignon, et 
y passa six mois dans les lêtes. tl espérait y faire nne nou- 
velle conquête en pleine paijc. leanne de Kaptes, comtesse 
de Provence, oeHe <fii avait laissé tuer son premier mari-, se 
trouvait vewadn second, lèan prétendait être le troisième, 
ilélffit veuf Itti-méme; il n^avait encore que quarante-trois 
ans. Cajptif , mais après une beHe résistance, ce roi soldat ^ 
intéressait la ohrétienté , comme Prançois !•% après Pavie. 
Le pape ne se SMoia pas de faire un 90i de France maître 



« i4pp., S33. 

* « Dont le roi Jean et loat le royaume forent grandement réjonii... 
ntn «ncore«n retonroèrent assez en Bourgogne. • Froissart. 

* App.t Î31. — * Froiisarl. 

* V. la chronique en [ rose de Duguosclio. 



PARIS. — JAGQUERIB. 283 

<liNaplesetddlaf^vence.lléoana à€eiteTeîiiedc4iente- 
« rat un toot jeune jnari, nonipâi un fite de f rmce, aiais 
Jacques d'Aragon, fils dn roi détrdné de lio^ovque. 

Pdur consoler ledtt, le pape retwoaragea dans-un projet 
911 seaàAmst MMensé^auppennîerceup d'onl , mais qui e*t 
-dlèctîveimntrdevésa fortune, ha ni ded^^reéliAvenu 
à Avignon deiMnÉer . des KecoQiB,- proposer «ine croisade. 
Jean prit lacroix, et une favie-Jetgrand» seignonrsuveeloi *. 
Le voi de Gh^rpve âUa proposer la croisade en ÂUemagne ; 
4aan en jLiq^liCenre. ih de sesâs, donné en otage, Tenait 
deTsatrer «n^ranne^ an népna des Draôté». le Tetasar de 
Jean à Lonikes aMt-i'apiNnreBoe lapins houoraUe. H aein- 
UaHrepater la finitetde ses ils. Quelques irascprétméaient 
qu'il n^ latWt q«e par ennin des tni^ea 4e la iFrancê^ ou 
pour Teroir quelque belle tnaitresse K Cependant taa rois 
d'tcoBseetdeDanenuvkdevaîant'venîrfyitrouveir* Gomme 
roide France, il présidait ntmrellenienttoute^aSseHUée 4e 
ms.Hmailié par le nonveaa eyatèmedegaanreqnd'les An- 
glaismvslentaHBenpratictiieiyleiiai'de FntnceieAt'ifjpris, par 
la croisade, wuaie vîeas4rapeanduinoifenâge,le premier 
TangdBMlachnitienté. 11 aurait entraltoéies coiftpagnîes, il 
en aurait délivré la France K Les Anglais mâmea etlts fias- 
oons, malgré lamauvaise volonté duroi d'Angleterre qui allé- 
guait son âge pour ne pas prendre la croix ^, disaient haute- 
ment au roi de Chypre : « Que c'étoit vraiment un voyage 
eiitous gens de bien et d'honneur dévoient entendre, et que 
s'il plaisoit à Dieu que le passage fût ouvert, il ne le fe- 
roit pas seul. » La mort de Jean détruisit ces espérances. 



> t Après U prédication faite, qai fut moalt humble et moalt doaee 
et déTole, le roi de France par grand dtivotion empril la croix.*, et 
pria doucement le {lape qu'il lui vousist accorder. » Froissart. 

* • Cuucà joci, • dit le héjère historien du temps. Couiiii. G. de 
Nangis. 

' • Pour traire liori du royaume toutes manières de gens d'armes ap- 
pelées compagnies... et pour sauver leur» aiiics. • Proi>sarté 

*App., '33. 



284 SUITE. ÉTATS GÊXiRAUX. 

Après un hiver passé à Londres en fêtes et en grands re- 
pas, il tomba malade, et mourut regretté, dit-on, des An- 
glais, qu'il aimait lui-même, et auxquels il s'était attaché, 
simple qu'il était et sans fiel, pendant sa longue captivité. 
Edouard lui fit faire df somptueuses funérailles à Saint-Paul 
de Londres. On y brûla, selon des témoins oculaires , qua- 
tre mille torches de douze pieds de haut, et quatre mille 
torches cierges de dix livres pesant. 

La France, toute mutilée et ruinée qu'elle était, se retrou- 
vait encore, de l'aveu de jses ennemis, la tète de la chré- 
tienté. C'est son sort, à cette pauvre France, devoir de temps 
à autre l'Europe envieuse s'ameuter contre elle, et conjurer 
sa ruine. Chaque fois, ils croient l'avoir tuée ; ils s'imagi- 
nent qu'il n'y aura plus de France; ils tirent ses dépouilles 
au sort; ils arracheraient volontiers ses membres san- 
glants. Elle s'obstine à vivre. Elle survécut en 4361, mai 
défendue, trahie par sa noblesse: en 4709, vieillie de la 
vieillesse de son roi ; en 1845 encore, quand le monde en- 
tier l'attaquait... Cet accord obstiné du monde contre la 
France prouve sa supériorité mieux que des victoires. 
Celui contre lequel tous sont facilement d'accord, c'est 
qu'apparemment il est le premier. 



CHAPITRE IV 



Charles Y. — ExpuUU» des Angbis. i364-l38a 



Le jeune roi était né vieux. Il avait de bonne heure beau* 
eoup vu, beaucoup souffert. De sa personne, il était faible 
et malade. Tel royaume, tel roi. On disait que Charles^ le 
Mauvais l'avait empoisonné; il en était resté pâle, et avait 
une main enflée, ce qui Tempéchait de tenir la lance. Il ne 
chevauchait guère, mais plus se tenait à Vincennes , à son 
hdtel de Saint Paul, à sa royale librairie du Louvre. Il lisait, 
il oyait les habiles, il avisait froidement. On l'appela le sage, 
e'est-à-dire le lettré, le clerc, ou bien encore l'avisé, Tastu- 
cieux. Voilà le premier roi moderne, un roi assis, comme 
TeflBgie royale est sur les sceaux. Jusque-là on se figurait 
qu'un roi devait monter à cheval. Philippe le Bel lui-même, 
ùvec son chancelier Pierre Flotte, était allé se battre à Cour- 
trai. Charles V combattait mieux de sa chaise. Conquérant 
dans sa chambre, entre ses procureurs, ses juifs, et ses as- 
trologues, il défit les fameux chevaliers, et les Compagnies 
encore plus redoutables. De ia même plume, il signa les 
traités qui ruinaient l'Anglais, et minuta ks pamphlets qui 
devaient ruiner le pape, livrer au roi les biens de l'Ëglise. 

Ce médecin malade du royaume avait à le guérir de 
tiois maux, dont le moindre semblait mortel : l'Anglais, le 
Navarrais, les Compagnies. Il se débarrassa du premier, 
comme on l'a vu, en le soûlant d'or, en patientant jusqu'à 



286 CHARLES T. 

ce qu'il fût assez fort. Le Navarrais fut battu, puis payé, 
éloigné l'on lui fit espérer Montpellier. Les Compagnies 
s'écoulèrent vers l'Espagne. 

Charles Y s'aida d'abord de ses frères ; il leur confia les 
provinces les plus excentriques, le Languedoc au duc 
d'Anjou, la Bourgogne à Philippe le Hardi ^. 11 ne s'oc- 
cupa que du centre.' Mais il lui fâllaii un bras, une épée. 
Il n'y avait guère alors d'esprit militaire que parmi les 
Bretons et les Gascons. On célébrait le combat des Trente, 
où les Bretons avaient vaîneu les Anglaîs** Le rot s'attacha 
un brave Breton de Dinan, le sire Bertrand Duguesclin \ 
qu'il avait vu lui-même au siège de Melun, et qui coin— 
battait pour la.Fr^unca depuis 1 3^7. 

La vie de ce fameux chef do compagpiea <pû délivra la 
France des compagnies et des Anglais a été chantée^ c'est* 
à-dire gâtée et obscurcie^ dans une sorte, d'épopée che* 
valeresque que l'on compoaa probablement pour ranioier 
l'esprit militaire de la noblesse. Nos histoires de DiiguesH 
clin ne sont, guère que des traductions ea prose de oeite 
épopée. U n'est pas {adte de dégager de cette poésie ce 
qu'elle présente de sérieux, de vraiment historique. Noos 
en croirons volontiers le poème et les romans en tout g% 
qui se rapproche du caractère biea eonau^des. Prct<m9« 
Nous pourrons les croire encore dans las aveux qju'il^ioot 
contre leur héros. Ilsavouentd'abecdqulit était laid : « De 
moyenne stature, le visage brui^ le pe% eavme» to yeiu 
verts, large d'épaules^ lon^ bras et petites nAêû>e. > Us 
disent qu'il était dès son enfeeee hcmiu^^ wrçpn* « rude^ 
malicieux et.divers en couraige^ » q.u!il ftfiiewhiift. lefi e»*^ 

*■ « t^co temps s'drmoft «t étoit toujours armé François, un cheTt- 
Ii0ff<cl».]if9tifie«9«i't'app0hrit «leisipv Bii »til DmgmÊCÏiÊt, « P ro M i> 



EXPULSION DfiS ANGLAIS. 237 

fanis, les partageait en troupes, qu'il battait et blessait les 
autres. Il fut cpielque temps eafermé par son père. Ce- 
pendant une religieuse avait prédit de bonne heure qu? 
cet enfaat seeait un fameux chevalier. Il fut enoore en* 
Icouragé par les prédic^os d'une certaine demoiseUe 
. Tipbaine, que les Bretons croyaient sorcière, et que flus 
tard il épousa. Cet intraitable bataill^ur était pourtant, 
comme sont les Bretons, ben enfant et prodigue, souvent 
riche, souvent ruiné, donqaçt parfois tout ce. qu'il avait 
po||r racheter ses hommes; mais en revanche avide et 
pillard, rude ep guerre et sans quartier. Comme les aur 
très capitaines de oe temps, il préférait la ruse à tout autre 
moyen de \9imfe^ il restait toujours libre de sa parole et 
de sa foi. Avant la bataille, il était homme de tactique, de 
ressource et d'engin subtil. 11 savait prévoir et pourvoir. 
Mais une fois qu'il y était, la tôte bretonne reparaissait, il 
plongeait dans la mêlée, et si loin qu'il ne pouvait pas tou««> 
jours s'en retirer. Deux fois il fut pris et paya ran^n» 

La première affaire pour le nouveau rui, c'éuit de rede- 
venir maitre du cours de la Seine. Mantes et Meubo 
étaient au roi de Navarre; Boucicaut'at Duguesctin les 
prirent par une insigne perfidie. Les deux villes payèrent 
tout le mal que les Navarf ais avaient iait aux Parisiens. 
Les bourgeois eurent la satisfaction d'en voir pendre vingt*^ 
huit à Paris, 

Les Navarrais, fortifiés d'Anglais et de Gascons $ous le 
captai de Bueh, voulaient se venger« et foire. quelque: chose 
pour empêcher le roi d'aller h Beima. miguescMn vint 
bientôt au-devant av^ une bonoe troupe de François,, die 
B/e(ons, et aussi de Gascons. Le oapti^l reciri«^ vers 
£vreux, Il s'arrêta à Cocberél, su^ un monticule; mai* 
DuguesoUn eut Tadres^e de lui dt^r l'avantage du terrain, 
il sonna la retraits et fit semUant. d« fair, h» captai ne. put 
empêcher ses Anglais de descendre ; ils étaient trop fiers 
pour écouter un général gascon,, quoique grand seigneur 



288 CHARLES T. 

et de la maison de Foix. Il fallut qu'il obéit à ses soldats, 
et les suivH en plaine. Alors Duguesclin fit volte-face ; les 
Gascons, qu'il avait de son côté, avaient fait, à trente, la 
partie d'enlever le captai du milieu de ses troupes. Les ^ 
autres chefs navarrais furent tués, la bataille gagnée^. 

Gagnée le 46 mai, elle fut connue le 18 à Reims, la veille 
même du sacre; belle élrewie de la nouvelle royauté. 
Charles Y donna à Duguesclin une récompense telle que 
jamais roi n'en avait donné : un établissement de prince, 
le comté même de Longueville, héritage du frère du roi de 
Navarre. En même temps, il faisait couper la tête au sire de 
Saquenville,run des principaux conseillers duNavarrais. Il 
ne traitait pas mieux les Français qui se trouvaient pamii 
les gens des Compagnies. On commença à se souvenir que 
le brigandage était un crime. 

M guerre de Bretagne finit l'année suivante. Charles de 
Blois ^ résignait au partage de la Bretagne; mais sa 
femme n'y consentit pas. Le roi de France prêta Dugu<»- 
clin et mille lances à Charles. Le prince de Galles envoya 
à Montfort le brave Chandos, deux cents lances, autant 
d'archers, auxquels se joignirent beaucoup de chevaliers 
anglais'. 

Montfort et les Anglais étaient sur une hauteur, comme 
le prince de Galles à Poitiers, Charles de Blois ne 6*en in- 
quiéta pas. Ce prince dévot, qui croyais aux miracles et 
qui en faisait, avait refusé au siège de Quimper de se re- 
tirer devant le flux. « Si c'est la volonté de Dieu, disait-il, 
la marée ne nous fera aucun mal. » 11 ne s'arrêta pas phis 
devant la montagne à Auray que devant le flux à Quimper. 

Charles de Blois était le plus fort. Beaucoup de Bretons, 
même de la Bretagne bretoiinante, se joignirent à lui, sans 
doute en haine des Anglais^. Duguesclin avait rangé cette 
armée dans un ordre admirable. Chaque homme d'armes, 

t App., 238. — • App., iS9, - ' App , 210. 



EXPULSION DIS ANGLAIS. 889 

dit Froissart, portait sa lance droit devant lui, taillée à la 
mesure de cinq pieds» et une hache forte, dure, et bien 
acérée, à petit manche... « Et s*en venoient ainsi tout heU 
lement le pas. Us chevauchoient si serrés qu'on n'eût pu 
jeter une balle de paume qu'elle ne tombÀt sur les pointes 
des lances. Jean Chandos regarda longtemps l'ordonnance 
des Français, « laquelle en soi-même il prisoit durement. » 
11 ne s'en put taire, et dit : « Que Dieu m'aide, comme il^ 
esterai qu'il y a ici fleur de chevalerie, grand sens et 
bonne ordonnance^. » 

Chandos s'était ménagé une réserve, pour soutenir cha- 
que corps qui faiblissait. Ce ne fut pas sans peine qu'il 
obtint d'un de ses chevaliers qu'il voulût bien rester sur 
les derrières pour commander cette réserve. U y fallut des 
prières^ et presque des larmes^. Le préjugé féodal faisait 
considérer le premier rang comme la seule place hono- 
rable. Duguesclin n'aurait pu obtenir pareille chose dans 
Tautre armée. 

Les deux prétendants combattaient en tête. C'était un 
duel sans quartier. Les Bretons étaient las de celte guerre, 
et voulaient en finir par la mort de l'un ou de l'autre 3. La 
réserve de Chandos lui donna l'avantagç sur Duguesclin, 
qui fut porté par terre et pris. Tout retomba sur Charles 
de Blois : sa bannière fut arrachée, renversée, lui-même 
tué. Les plus grands seigneurs de la Bretagne s'obstinè- 
rent, et se firent tuer aussi. 

Lorsque les Anglais vinrent à grande joie montrer à 
Hontfort son ennemi qu'ils lui avaient tué, le sang français 
se réveilla en lui, ou peut-être la parenté ; les larmes lui 
vinrent aux yeux. On trouva un ciiice sous. la cuirasse du 



* Froissart. 

* • tioii mestire Jean Chandos aaques (prcsqua) sur le point de 
larmoyer. Si dit encore mouU doucement : ■ Mcàsire lluo, pu il faut que 
Too> le fussiez 00 que je le fasse. » Id. 



SdD CHABLE9 V. 

mort. Sa piété» ses belles qualités rovmreiil en mémoire. 
U n'avait recommenoé la gnenre^ que par défiércaioe pour 
sa femnie, dont la Bretagne était rbérita^e» Ce saint ^ élait 
aussi un homme. U faisait de» vers, conpasait des iai^ 
dans rintervalle des batailles. Il avait été amoureux ; on 
sien bMaird fut tué à côté de lui|. es voidaiit venger sa 
mopt. 

Montfort reçut en peu de jouiB les plus fcites places du 
pays. Les enfants de Otaries de- Blois étaient prisooniets 
en Angleterre. Le roi de France, qui ne^ portak nulle pas** 
sion dans la guerre, s'arrangea avea te vainqueur^ et dé- 
cida la veuve de Charles de Blois àise contenliar da^comté 
de Penthièvre, de la vicomte de Limoges et d'une rente 
de dix mille livres; Le roi fit sagement. Liessenlial étaât 
d'empêcher que ia Bretagne ne fithoamis^à TAnglcis. U 
y avait à parier qu'elle se lasserait t6t oa tard<du protégé 
de l'Angleterre. 

C'était quelque chose d'avoir fini la guerrede Bretagne 
et'celle du roi de Navarre. Mais il fallait du temps pour 
que la France se remit» La simple^ éaumératioo; des:ordoav 
nances de Charles V suffit à décauvrir. quelles ^piÂea- cS^ 
froyablesla guerre avait £aitea<i.La plupart sont destinées 
à cooatater des diminuttonsde/euir, à.i«GOiinaHre.que les 
Gonumuoes dépeuplées ne peuvent, plus. payer les impôts. 
D'autres sont les sauv^^rdes que les viU<»^ las ahbajvs^ 
les hôpitaux, les chapitres obtiennentdn roè. La protectîoa 
publique était siibible»^ qu'on* en réclamait une toute spé- 
ciale. Les villes,, les oarporations, les UBiveKBité8,.demsaf 
dent que l'on consacre leurs priviléges4 Plusiescs villes sont 
déclarées inséparables de la. couronne. Les marchands 
italiens à Nîmes, les Castillans et Portugais à HarAeur et à 
Caen, obtiennent des privilèges. Au total, peu ou point de 
mesure générale ; tout est spécial, individuel : on sent 

* « Et l'appelle- t-OD saint Charles. » Froissart. App,, îtSt 



EXPLLSWN DBS ANGLAIS. %l 

combien le royaume est loin de l'unité, combien il csi 
faible et malade encore. 

La plus grande misère de la/ France, c'était le brigan-* 
(lage des Compagnies^ Licenciées par rAnglais, repoussera 
de rile-de-France, de la Normandie, de la Bretagne , de 
l'Aquitaine, ces bandes refluaient sur le centre; elles se 
promenaient par le Berri, le Limousin), etc. Les brigandb 
étaient là comme cbezeux. C'était leu» chambre, disaient-^ 
ils insolemment ^. ils étaient d^ toute* nation, mais la ptli-' 
part Anglais et Gascons, Bretons- encore ; mais ceur-ei 
étaient en petit nombre. Le peuple les regardait totts 
comme Anglais ; rien n'a plus contribué à exaspérer la 
France contre l'Angleterre. On proposait aux Compagniesr 
d aller à la croisade. L'empereur leur avait obtenu le pas- 
sage par la Hongrie, et il offmit de les défruyer en Allis^ 
magne. Mais la plupart ne se souoiaient pas dfaller siloin. 
Ceux qui s'y décidèrent, dans l'espoir de piller rAlie*^ 
magne chemin faisant, y parvini^ent à peine. Menés par 
rArchiprétrej,usqu'en Alsace, ils y trouvèrent des popula^ 
tions serrées, hostiles^ qui de toutes parts tombèrent sur 
eux. 11 n'en réchappa guère. D'auGres passèrent en Italie. 

Mais le principal écoulement s'opéra vers* FEspagiie, 
vers la Castille, dans la guerre du^ bâtard Don Burique de 
Transtamare contre son frère Don PèdreJa Cruil. Tous 
les rois d'Espi^e d'alors méritaient ce surnom. En Na- 
varre régnait Charles le Mauvais, le meurtrier, l'empoi- 
sonneur. En Portugaly Don Pèdre lo Justicier, celui ifiii fit 
une si atroce justice de la mort d'faiès de Castro ; en 
Aragon, Don Pèdre le Cérémonieux, qui,, sans forme de 
procès, fit pendre par les pieds un légat chargé de lex*- 
communier. De même. Don* Pèdre le Cruel avait fait brftier 
vif un moine qui lut prédisait que son frère le tuerait. Il 
faut voir dans la Chrooiquad-Aj^lace qo'étoii l^E^gne^ 



S92 CHAIILES Y. 

depuis qu'ayant moins à craindre les Maures, elle cédait à 
leur influence, devenait moresque, juive, tout, plutôt que 
chrétienne. Les guerres sans quartier contre les mécréants 
avaient rendu les mœurs féroces ; elles le devenaient encore 
plus sous la dure fiscalité juive '. 

Ce Pèdre le Cruel était une espèce de fou furieux. Les 
deux éléments discordants de FËspagne se combattaient 
en lui et en faisaient un monstre. Il se piquait de cheva- 
lerie, comme tout Castillan, et en même temps il ne 
régnait que par les juifs ; il ne se fiait qu'à eux et aux Sar- 
rasins K On le disait fils d'une juive. Sans cette partialité 
pour les juifs, les communes lui auraient su gré de sa 
cruauté à l'égard des nobles. 

Cet homme sanguinaire aimait pourtant. Il avait pour 
maltresse la Dona Maria de Padilla, « petite, jolie et spiri- 
tuelle, » dit le contemporain t. Pour lui plaire, il enferma 
sa femme Blanche, belle-sœur de Charles V, et finit par 
l'empoisonner. Il avait déjà fait périr je ne sais combien 
des siens. Son frère, Don Enrique de Transtamare, qui 
avait tout à craindre, se sauva et vint solliciter le roi de 
France de venger sa belle-sœur. 

Le roi lui donna de bon cœur les Compagnies qui dé- 
solaient la France. Le roi d'Aragon offrit le passage, le 
papa Tautorisation d'envahir la Castille. Don Pèdre, entre 
autres violences, avait mis la main sur des biens d'église. 

Le jeune duc de Bourbon était de nom le chef de l'ex * 
pédition ; le vrai chef devait être Duguesclin ^. U était 



« La cour dut plas d'ane fois donner satisfaction au peuple. En 
4320, pour apaiser les méconteatements, on força le jaif Joseph à ren- 
dre compte de son adminisiration dans les Aoanoes, et oo fit un non* 
veaa règlement qui excluait de ces fonctions quiconque n'était pas chré- 
tien. En 1360, D. Pèdrd fit mourir le juif Samuel l^n> que don Juan 
Alphonse lui avait donné ponr trésorier dix ans auparavant* il avait 
amassé une fortune énorme. (Ayala.) 

* App., 243. — * Ayala. 

4 App., 244. 



EXPULSION DIS ANGLAIS. 293 

encore prisonnier; les Anglais ne voulaient pas le rendre, 
à moins de 400,000 fr. ^. Le roi, le pape et'D. Enrique se 
cotisèrent, et payèrent pour lui. 

Duguesclin prit le commandement des aventuriers, et 
les mena en Espagne, mais par Avignon, pour faire encore 
iinancer le pape. Il en tira deux cent miUe francs en or et 
une absolution générale pour les siens. L'armée grossissait 
sur la route ' ; quoique le roi d'Angleterre eût défendu 
à ses sujets de prendre part à cette guerre, une foule 
d^aventuriers. Anglais et Gascons, n'en tenaient compte. 
Un Français les emmenait tous, au grand déplaisir de 
l'Anglais K 

Ces gens, qui avaient commencé par rançonner le pape, 
n'en donnaient pas moins à cette guerre d'Espagne un 
faux air de croisade. Quand ils furent en Aragon, ils en* 
voyèrent dire au roi de Castilie qu'il eût à donner le pas- 
sage et les vivres « aux pèlerins de Dieu qui avoient en- 
trepris par grfmd'dévotion d'aller au royaume de Grenade, 
pour venger la souffrance de Notre-Scigneur, détruire les 
incrédules et exhausser notre foi. Le roi Don Piètre de ces 
nouvelles ne fit que rire, et répondit qu'il n'en feroit rien, 
et que jà il n'obéiroit à telle truandaille K » 

* Ce fut en effet comme un pèlerinage. Il n'y eut rien à 
combattre. Don Pèdre fut abandonné. Il ne trouva d'asile 
qu'en Andalousie, chez ses amis les Maures. De là, il passa 
en Portugal, en Galice, et enfin à Bordeaux. H y fut bien 
reçu. Les Anglais étaient outrés de colère et d'envie. Us se 
chargèrent de ramener Don Pèdre, de rétablir le bourreau 

* Chirlet V loi préift eet argent, à condiiion qa'il emmènerait les 

CoDipagDies. App,, 945. 

* « Là étoient tous les cheté de compagnie, c'est à sayoir messire Ro« 
bart. Briquet» Lamit, le petit liescnin, le bourg (bâtard) Catnns, etc. « 

Froissari. 

* • Si y allèrent de la principaaté et des cbevaliers do prince de 

Galle5. • Id. 

* Froissart. 



SD4 Qil.ldlLfS v« 

de l'Espagne ; l^tM^unS' ce dinbatique ot^a&à, «pii lear a si 
souvent tourné Ja %éto, tout sensés (fu ils paraissom, le 
même qui leur a fuit brûler Ja ttuœlle d'Orléans, qui, sous 
K. Pitt, leur aurait fait bir&Ier.la France. ^ 

Le rprÎBce de Gattee était tellement infatué de sa puis- 
sance, qu'il ae «e oontentait pas de vouknr rétablir Don 
Pèdre eu Ca&tUle ; il proraettaîi «u roi dépouUlé de Ma* 
jorquede le femener/ea. Aragon. Les seigneurs gascons, 
qui Qe se souoi«ieDt pas d*,aller si ioin faire les affaires des 
Anglais, basar^^lèr^iU^e lui dire qu'il était plus difficHe de 
rétaUir D. Pèdre que de le chasser. cQui trop embrasse 
mal étreint, disaient-ils encore... Nous voudrions bien 
savoir qui nous payera ; on ne nietpasdes gens d'armes 
hors de cbeE eux sans les payer ^ » Don Pèdre leur pro- 
mettait tout ce .qu'ils vouiaieiit; il avait laissé des trésors 
cacbés daAs des lieux que lui eeul eonnaiasait ; ii leur don- 
nerait six cent mille florins K jPourle piinoe de «Galles, û 
devait lui donner la Biscaye» o'^esio-àHliiie. l'entrée des 
Pyrénées, un Calais pour i'lispagiie« 

Toi»! ce qu'il y avait d'aventuriers laagias dans l'année 
de Don finrique fut rappelé en Guyeme. Us pardrcm bien 
payés par lui, pour revenir le iiattre et gagner autant au 
^rvice de Don Pèdre 3 : lelle est la loyauté de ce temps. De 
mAme, le roi de Navarre traitait à la ùâs avec les deux 
partis, se faisant payer paurmuvflir^ foar kmutr les ^non- 
tagnes. Il crai^MÎt iteHomeMt de se aoiapremettre pour 
les uns ou les auitres, qu'au mooieai^'fiDtrer en campagne 
avec les ko^lm, U aiwannmix lee faite faire prisonnier K 

Le prince de Galles eut plus de gens d'armes qu'il ne 
voulait^. La difficulté était de ias nourrir. Arrivés sur 
l'Ëbre, dans un maigre pays, par le vent, la pluie et la 
neige, les vivres leur manquèrent. Us en étaient Aéyà à 

1 FjroissArt. -- > Id. — ' App , S46. — « App., 247. 

^ Il ne garda que les Anglais et les Gascons, congédiant presque loor 
lesautr s, Aliuaiands, Flamands, etc (Froissari.) 



EXPULSION DBS ANGLAIS. t9l 

payer le petit pain un florin. — On conseillait à Don En^ 
rique de refuser la bataille, de (aire garder les passages et 
de les aflhmer. L'orgueil espagnol né le permit pas. Il se 
voyait trois mille armures de fer, six mille hommes 4e ca« 
Talerie légère (vingt mille hommes d'armes, dît FroîBSiirt), 
dix mîille arbalétriers, soixante mille communeros avec des 
lances, des piques et des frondes. Après tout, ce n'était 
guère que du peuple. Les archers anglais valaient mieux 
que les frondeurs castillans ; les ' lances nnglarses portaient 
plus loin que les dagues et lesépées dont les^fVançais ^ 
les Aragonais aimaient à se servir. La bataille fet conduite 
par ce brave et 'froid lean Chandos qui avait déjà fttit ga- 
gner aux Anglais les bataffles de Poitiers et â'A«aiiy. 
Malgré les efforts de Don Enrique^ qui ramem les tiem 
trois fois, les Espagnols s'enferrent. Les aventuriêflfS 
restèrent seuls à se battre inutilement^. Tout fat mé 
ou pris. Chandos «e trouva, povnria seeoiide fois, avoir 
plis Duguesdin. 

Ce fut un beau jour pour le prince 4e Chiles.'Il yttVÉH 
juste vingt ans qtf il aurait combattu è Cféey, dte cfu'il avélt 
gagné la bataille de 'Poitiers. Il Tendit des jugmMrts datts 
la plaine de Burgos', il y tint gages et «liamp de tataSie : 
on put dire que rEspagne bi un jour à'iui. 

le roi de Vrance, 'fort abattu de «es neuveHes, fl^eM 
soutenir Henri de Transtaroare. Sur une lettre ée ta parin* 
ceasc de Galles, il s'emprèssaide défendre au fugitif Âflta 
qgjtr la Guyenne; H fit même mettre en prison le jevM 
comte d'Auxerre, qui armait pour don Snrique. 

Les vainqueurs restaient en Espagne à attendre 'què 
DonPèdre les payftt sur les trésors cachés. Us s'enwuyaieilt 
fort ; la sobre hospitafhé espagnole *ne les dédommageait 
pas de ce long séjour. Les lourdes ehuleurs venaient; ils 
se jetaient sur les fruits, et la dyssenterie les tuait en foule. 

* Les paayrfs ^ensdes communes, vivement poursuivis, .nllérent tom^ 
bcr dans l'Kbre, « en l'eau qui étoit roidc, noire et hideuse. • Froissari, 



896 CDAULES V. 

Le prince de Galles n'était pas Tun des moins malades. Ils 
étaient, dit-on, réduits au cinquième, lorsqu'ils se déci- 
dèrent à repasser les monts, mal contents, mal portants, 
mal payés ^ 

Le prince de Galles, qui avait répondu pour Don Pèdre, 
ne pouvant les satisfaire, ils pillaient l'Aquitaine. Il finit 
par leur dire d'aller chercher leur vie ailleurs. Ailleurs, 
c'était en France. Ils y passèrent, et tout en pillant sur 
leur route, ils ne manquaient pas de dire partout que c'é- 
tait le prince de Galles, leur débiteur, qui les autorisait à 
se payer ainsi '. 

Le prince fit encore, par orgueil, la faute de délivrer 
Duguesclin; ce qui était donner un chef aux Compagnies. 
Le prudent Chandos, a qui était son maître, > avait dit 
qu'il ne le laisserait jamais se/acheter. Un jour cependant 
'que le prince était en gaieté, il aperçut le prisonnier, et 
[lui dit : f Comment vous trouvez- vous, Bertrand? — A 
imerveille, Dieu merci, répliqua-t il. Comment ne serais-je 
ipas bien? Depuis que je suis ici, je me trouve le premier 
chevalier du monde. On dit partout que vous me craignez, 
que vous n'osez me mettre à rançon. » L'Anglais fut 
piqué : c Messire Bertrand, dit-il, vous croyez donc que 
c'est pour votre bravoure que no\is vous gardons? Par 
saint Georges, payez cent mille francs, et vous êtes libre.» 
Duguesclin le prit au mot '. 

Ayala dit que le prince, pour montrer qu'il se souciait 
peu de Duguesclin, lui dit de fixer lui-même combien il 
voulait payer. Duguesclin dit fièrement : « Pas moins 3e 
cent mille francs. » Ce serait plus d'un million aujour- 
d'hui. Le prince fut étonné : a Et oii les prendrez- vous, 
Bertrand? » — Le Breton, selon la chronique, aurait»dit 
ces belles paroles, qui n'ont rien d'invraisemblable : c Moa- 

I Àpp., S4S. 

* • Que le prince de Galles les enToyoit là. • Froissart. 

' Ibitj. • Et Unlûl que le prince Touit ainsi parler, il s*6n repentit • 



IMPULSION DBS ANGLAIS. 297 

seigneur, le roi de Castille en payera moitié, et le roi de 
France le reste ; et si ce n'était assez, il n*y a femme en 
France sachant filer, qui ne filât pour ma rançon <. » 

Il ne présumait pas trop. La guerre était imminente. 
Pendant que Charles V recevait honorablement à Paris un 
fils du roi d'Angleterre, qui allait "Se marier à Milan, les 
Compagnies licenciées par les Anglais désolaient la Cham- 
pagne, et jusqu'aux environs de Paris. C'était trop de payer 
et d'être pillé. 

Le prince de Galles était revenu d'Espagne hydropique, 
et son année ne valait guère mieux. Les Gascons qui s'é- 
taient engagés dans cette affaire anglaise sur la foi des 
trésor^ cachés de D. Pèdre, revenaient pauvres, en piteux 
équipage et de mauvaise humeur. Ils gardaient d'ailleurs 
an prince plus d'une vieille rancune. Il avait forcé le 
comte de Foix à donner passage aux Compagnies, il avait 
demandé mUle lances au sire d'Albret, et lui en avait laissé 
huit cents à sa charge *. Les méridionaux en voulaient aux 
Anglais, non pas seulement de leurs vexations, mais de ce 
qu'ils étaient Anglais, c'est-à-dire ennuyeux, incommodes 
à vivre. Ces vives, spirituelles et parleuses populations 
souffraient à les voir orgueilleusement taciturnes, et ru- 
minant toujours en eux «mêmes leur bataille de Poi- 
tiers •, 

Le prince de Galles méprisait les Gascon^. Il dioirit, 
avec le tact anglais, ce moment de mauvaise humeur pour 
mettre sur leurs terres un fouage de dix sols par feu *; au 
lieu de les payer, il leur demandait de l'argent; un fouage 

I App., M9. 

» App.. 290. 

* • lit sont ceux da Poiton, do Sainlonge, de Qafrcy, de Limousin, do 
Booergne, de telle natore qu'iU nopoQTent aimer les Anglois,... et les 
Anglois aassi qui sont orgueilleaz et présomptueux ne les pearent aussi 
aimer, ni no firent-ils oncques, et encore maint(»n.inf moins que on^ves, 
nais les tiennent en grand dépit et vildd. • FroiM. 



aux maigre» populalicHis des landes, aux pauvre^ cfaevrîers 
das mo&tagnes; un fouage à cette brave petite noblesse 
qui ne fiii jftinais ri^fae qu'en cadets et en bâtards. Le 
prince avait convoqué tes états à Niort, 4ans Tespoir de 
convertir les Gascons par le bon exemple des Poitevins et 
des limousins. Ils n'y furent pas sensibles. Il eut beau 
transférer les états à Angoulénie, à Poitiers, à Bergerac. 
Ils n'eurent pas plus envie de payer à Bergerac qu'à 
Niort. 

£t non^eulement ils ne payèrent pas, mais ils allèrent 
trouver le roî de France, lui disant avi90 la vivacité, de leur 
pays (fu'ils voulaient justice, que sa couir était la plus juste 
da 'monde, que s'il. ne recevait pasJeor appel, ils'iraieot 
chercher un autre seigneur *. Le roi qui n'était p»s pfét 
à la guerrcviâcbaitide les contenir. Une les soutenait pas^ 
ne les renvoyait pas; mais il les gardait k Paris, les 
choyait^ les défnayait K 11 y avait à» beUes fortunos à JEûie 
«après de oe bon roi. L'Anglais ne ipayait past, même 
après;. lui, il parfait d'avnace. U donnait aux petits cbeva- 
lîeffs, aen fas de l'argent seulement, mais dîas établisse* 
neofts, des fortunes de prince. Jl élait le pire des Bretons 
el dns fiaBoons. U ne leur gardait .pas rancune. Pins on 
avait bnttn aas gens, et mieux il von^ traitait. U venait 
d'accueillir le Vendéen Clisson, l'un de ceux qui avaient le 
pbêB nomribué à h dtfaite des FraA(;aÂs à«4uçay. U offrit 
au .captai ée Binth leidncbéde Nemours., il donna «u sire 
d'Attwel nue fiUc'de FrsiMte en jnaria^. Ce fut pour Jes 
Gaseons fuo grand €neoui]|fe«nnJ; de voir un dies leuis 
devenir prince, beau-frère des rois de France et de Cas* 
tille. 

Le 25 janvier 4369, le prince de Galles reçut à Bordeaux 
un docteur es lois et un cbevialîer, qui venaient, de la paii 

fl Ffoinoit. 

* « El vous mettrons à aocord «f«e no&re irét eber amtn le pràied in 
Galles, qui espoir (peut-ôire) n'est mie bien conreiilé. • Uiid. 



EXPULSION DES ANgLAlS. 299 

du roi de France, lui remettre un exploit. C'était une som- 
mation polie de venir à Paris, et de répondre en cour des 
pairs, touchant certains griefs dont a par foible conseil et 
simple information, il aurait molesté les prélats, barons, 
chevaliers et communes des marches de Gascogne aux 
frontières de notre royaume, de laquelle chose nous 
sommes tout émerveillés ^ » Le malade, ayant pris con- 
naissance du message, dit fièrement le mot de Guillaume 
le Conquérant : « Nous irons, mais ce sera le bassinet en 
této, et soixante mille hommes'à notre compagnie... II en 
coûtera cent mille vies. » Le prince était de si mauvaise 
humeur, qu'après avoir permis aux messagers de s'en 
aller, il fit courir après, et les mît en prison sous un pré- 
texte : « De crainte qu'ils n'allassent recorder leurs sougles 
(plaisanteries) et leurs bourdes (railleries) au duc d'Anjou 
qui vous aime tout petit, et qu'ils disent comme ils m'ont 
ajourné en mon hôtel même *. » 

Le roi de France, tout au contraire, avait Tair de croire 
que cette affaire de Gascogne ne touchait point lé roi 
d'Angleterre. Au même moment, il lui envoyait vm présent 
de cinquante pipes de bon vin, dont pourtant l'Anglais ne 
voulut pas. Il avait naguère encore acquitté un des 
payements de la rançon du roi Jean. ^ 

Charles savait endurer et patienter. Ses affaires n'en 
marchaient pas mdins. Au nord, il gagnait les gens des 
Pays-Bas. Il pratiquait le Ponthieu, Abbcviflc. Au midi, il 
avait, de longue date, fait placer par le pape des évéques à 
lui dans toutes les provinces anglaises. Au delà des Pyré- 
nées, il envoyait Duguesclin et quelques gens des Compa- 
gnies pour aider les Castillans à se débarrasser du roi que 
les Anglais leur avaient imposé. Don Enrtque promettait 
en retour d'armer contre les Anglais une flotte douUe de 
celle du roi de France. 

I ProisMrt. — > Mem. 



300 CHARLES V. 

Don Pèdre avait pour lui beaucoup de communes, pré- 
cisément à cause do sa cruauté à Tégard des nobles. D 
avait surtout les Maures et les juifs, mauvais auxiliaires 
qui n*étaient pas capables de le défendre et qui donnaient 
une fâcheuse couleur à son parti. Il s'était retiré dans un 
des pays les moins chrétiens d'Espagne, dans l'Andalousie. 
Don Enrique et Duguesclin, emmenant rapidement un 
petit corps d'hommes sûrs, ne lui laissèrent pas le temps 
de reconnaître le nombre des assaillants. Les juifs qui, 
contre toutes leurs habitudes, avaient pris les armes, les 
jetèrent au plus vite ; les Maures avec leura flèches ne 
pouvaient arrêter la grosse cavalerie. Duguesclin défendit 
qu'on fît quartier à ces mécréants. Don Pèdre n'eût que le 
temps de se jeter dans le château de Montiel. On dit que 
Duguesclin lui promit de le faire évader et qu'il le trahit; 
que les deux frères étant venus en présence dans la tente 
de D. Enrique, ces furieux se jetèrent l'un ;sur l'autre ; 
que D. Pèdre ayant mis Enrique dessous, Duguesclin prit 
D. Pèdre par la jambe et le mit sous son frère qui le poi- 
gnarda ^ 

La bataille de Montiel eut lieu le 4 4 mars. À la fin d'a- 
vril, Charles V éclata, surprit le Ponthieu et défia le roi 
d'Angleterre. Le défi fut porté h Westminster par un valet 
de cuisine. Le choix du messager, en chose moins grave, 
eût semblé épigrammatique. Ces conquérants, maltraités 
en Espagne par les fruits, en France par les vins, étaient 
malades, vieillis de leurs excès. Un fils d'Edouard III, 
Lionel, mourait à Milan d'indigestion. Les Anglais soutin- 
rent qu'il était empoisonné . 

Il n'y avait que trop de bonnes raisons pour rompre la 
paix. Les Anglais l'avaient rompue eux-mêmes, en là- ^ 
chant leurs Compagnies sur la France. Charles V n'en 



< Au lieu de Dugueflclin qu^Ayala fait intenrenir, Froitsart noBinek 
vicomte de Roqueberlio. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 30 1 

• 

parla pas, non plus que des réclamations des Gascons au 
traité de Bretigni, pas davantage de leurs privilèges violés 
par les Anglais. Il aima mieux chercher dans les chartes 
du traité quelque défaut de forme. Les états généraux, 
consultés par lui avec déférence, décidèrent que son droit 
était bon (9 mai 1369). Il se fit donner par la cour des 
pairs sentence pour confisquer l'Aquitaine; U dit hardi- 
ment dans cet acte que la suzeraineté et le droit d*appel 
avaient été réservés par le traité de Bretigni. 

U pouvait mentir hardiment : tout le monde était pour 
lui. Les Compagnies se déclarèrent françaises. Les évéques 
d'Aquitaine lui donnaient leurs villes; de longue date, 
Varchevéque de Toulouse les avait gagnées : soixante* villes, 
bourgs ou châteaux, chassèrent les Anglais, même Cahors, 
même Limoges, dont les évéques semblaient tout anglais. 
Le roi de France méritait ces miracles ; tout maladif qu'il 
était, il faisait continuellement, pieds nus, ^e dévotes pro- 
cessions *. Les prêcheurs populaires parlaient pour lui. 
Le roi d'Angleterre faisait bien aussi prêcher Tévéque de 
Londres ; mais il n'avait pas le même succès >. 

Toutes les villes qui se rendaient à Charles V obtenaient' 
confirmation et augmentation de privilèges. On suit le 
progrès de sa conquête de charte en charte : Rhodez, 
Figeac, Montauban, février 1370; Milhaud en Rouergue, 
mai ; Cahors, Sarlat, juillet '. 

Il est difiicile de croire qu'une tête aussi froide, aussi 
sage, ait eu réellement l'idée d'envahir l'Angleterre *. H fit 
tout ce qu'il fallait pour le faire croire, sans doute afin 

« App., Ï5Î. 

* • An Toir dire, il était de néCMtilé à l'on roi et à l'antre, pnkqw 
guerroyer YonUnent, qu'ils fissent meUre en termes et remonirer à leur 
peuple Tordonnance de leur querelle, pourquoi chacun entendit de plus 
grand volonté à conforter son seigneur; et de ce étoiv'At-ils tons réveillée 
en TuB royaume et en Tauire. • Froiss. 

•il pp., Î53. 

* Froissari. 



30i CHARLES y. 

d'attirer les Anglais dans le nord, et de les empêcher 
d'étouffer le mouvement du midi. Ils débarquèrent en 
effet une armée à Calais sous le duc de Lancastre. La 
grande et grosse armée française, conduite par le duc de 
Bourgogne, cinq fois plus forte que l'anglaise, avait dé- 
fense e^resse de combattre. Elle resta immobile, puis se 
retira, sous les huées des Anglais *. Ceux-ci n'en perdi- 
rent 'pas moins leur temps et leur argent. Les villes du 
nord étaient en bon état. Dans le midi ils avaient regagné 
plusieurs places, mais en perdant ce qui valait bien plus, 
l'irréparable capitaine auquel ils devaient les victoires de 
Poitiers, d'Auray et de Najara, le sage et habile Jean 
Chandos. 

Ce brave homme avait tout prévu. Dès le moment que le 
prince de Galles s'obstina, contre son avis, à imposer ce 
fatal fouage, Chandos se retira en Normandie. Puis, le midi 
se soulevant, il revint pour réparer le mal, pour sauver 
les imprudents qui n'avaient pas voulu l'écouter ; mais il 
espérait peu de cette guerre. L'historien du temps le repré- 
sente fort triste et mélancolieuXy comme s'il eût prévu sa 
mort prochaine et la perte des provinces anglaises. Après 
sa mort, le roi d'Angleterre suivit enfin son avis, et révoqua 
rimpôt. Il était trop tatd. 

Les Anglais étaient, eomme on est dans le malheur, de 
plus en plus malhabiles et tîialheureux. Ils auraient dû à 
tout prix s'assurer le roi de Navarre et s'en servir contre 
la France. Le marché tint, selon toute apparence, à la 
vicomte de Limoges que le Navarrais demandait. Le prince 
de Galles ne voulut pas ébrécher son royaume d'^Aquilaine : 
ihlui importait de garder cette porte de la France. 11 refusa 
et perdit tout. Le roi de France regagna le roi* de Navarre 
en lui donnant Montpellier, qu41 lui' promettaii depu» st 
longiLemps. Peu après il eut encore Tadresse de se conci- 

* Froissart, 



EXPULSION DSS ANGLAIS. 3d9 

lier le nouveau roî d'i^lcosse, premier de la maisoa de 
SUiart, Castitte, Navarre, FUndre, Ecosse, il détachait toul 
de rAngleterre ; il isolak soa ennemie. 

L'orgueil anglais était si engagé dans cette guerre, 
qu'Edouard trouva encore moyen', af rès tant de sacrifiées, 
de faire contre la France deux expéditions^ à^ la fotst^ Peiv- 
dant <|ii'ttn de ses fils^ le duc ée Laneastre,, alkuU; secourir 
le prince de Galles resserré dans Bordeam (fin juilt^ 
4^7ê), une autre armée sous^ un vieux capitfi&ne, ftoberi 
Knolles, entrait ^i Picardie (même mois^. Des deux côtés, 
nulle résistance ; Dugaeselin, Cliason, eonseiltaieni d'éviter 
tout cooibat, d'esearmeucher seulement et de garder lea 
places ; lai campagne devenait ce qu'elle filouvait. Ces ebe£ii 
de Cofl^pagnie ne connaîssaieiit qne le suceee ; les plua 
braves atmaienl mieux employer la ruse. Quant à l'hon- 
neur dJu royaume, ilS' ne savaient- ce que c'était^ H falkait 
que le due de Bourbon vit, sans bouger, passer devant le 
froni de sen année, sa- mère, mère de la reino de Franecy 
que les Anglais avaie&ft prise,, et qu'ils ftrenb ehevauehei^ 
sous ses yeux dans l'espoir d'entraîner le ftls'att combats H 
leur proposa un dueK maiS' leuf^ refusa la bataille ^ 

A N090B, l'outrage fat plu» sangUinl* L'ÉcoseaisSeyteoi 
sauta les barrières de la viiley fer«ailla< une teure avec le» 
Français^ et sortit sain et sauf ^. L'avmée anglaise vinlr 
aussi* jusqu'en Chaaapagne, jusqu'à Rh'eims^ jusqu'à Paris,' 
détruisant et brûlant tiout ce qu eUe treuvaiti chercbanft s'il 
y aurait quelque ravage aases. cruel, quelque piqûve assez; 
sensible, pour réveiller l'honneur de l'ennemi. Pendant uni 
jour et deux nuits qu'ils furent devant Paris] le noi, de* sont 
hôtel Saiat4^a«l, voyait sans s'émouvoir la flamfhe desr 
villages'qu'ik inoMidiaient*de tous- oôtéa. Une^vMniNPeuse 
et briUaiita chevelerie, les TencacviUei* le» Goucy,. lea 

* App., 254. 

* • SeigRcnn; je ton» viMt Toir;' vous^ m tlaifuotf Hitr hwp dt' \^8 
barrières, et j'y dtigne bien entrer. # Froissiri. 



I 304 CHARLES T. 

Clisson, étaient dans la ville, niai$ il les retenait. Clisson, 
dont la bravoure était connue, encourageait cette pru- 
dence cruelle : a Sire, vous n'avez que faire d'employer 
vos gens contre ces enragés ; laissez-les se fatiguer eux- 
mêmes. Us ne vous mettront pashors de votre héritage, 
avec toutes ces fumières. » 

Au moment du départ, un Anglais approcha de M bar- 
rière Saint-Jacques qui était toute ouverte et pleine de 
chevaliers. Il avait fait vœu de heurter sa lance aux bar- 
rières de Paris. Nos chevaliers l'applaudirent et le laissè- 
rent aller '. Cet outrage aux murailles de la cité< à Thon- 
neur du pomœrium, chose si sainte chez les anciens, ne 
touchait pas les hommes féodaux. L'Anglais s'en allait au 
petit pas, quand un brave boucher avance sur le chemin, 
et d'une lourde hache à long manche lui décharge un coup 
entre les deux épaules ; il redouble sur I9 tête et le ren- 
verse. Trois autres surviennent, et à eux quatre ils frap- 
paient sur l'Anglais a ainsi que sur une enclume. » Les 
seigneurs qui étaient à la porte, vinrent le ramasser pour 
l'enterrer en terre sainte. 

Le prince de Galles ne trouva pas plus d'obstacles pour 
assiéger LimQges que Knolles pour insulter Paris. Dugues* 
clin avait lui-même conseillé de dissoudre l'armée du 
midi et n'avait gardé que deux cents lances pour courir le 
pays. Le prince en voulait d'autant plus cruellement aux 
gens de Linioges, que l'auteur de la défection de cette ville, 
l'évéque, était sa créature et son compère. 11 avait juré 
l'âme de son père qu'il ferait payer cher à la ville cette 
trahison. Les bourgeois, fort effrayés, auraient vouhi se 
rendre? Mais les capitaines français les en empêchèrent. 
Cependant de prince ayant fait miner une' partie des mu* 
railles, les fit sauter et entra par la brèche. Il était trop 

« « AUes-TOQs-ea» allet-vous-eD, vous voiu êtes biea aoqaiité. > Frov- 
tau* 



EXPULSION DBS ANGLAIS. 805 

malade pour chevaucher, mais se faisait traîner dans un 
chariot. 11 avait donné ordre de tuer tout, hommes, 
femmes et enfants. Il se donna le spectacle de cette bou- 
cherie. « Il n*est si dur cœur que, s'il fut adonc en la cité 
de Limoges, et il lui souvint de Dieu qui n'en pleurât ten- 
drement ^ -» Le prince de Galles ne s*en souvint pas. Cet 
homme blême et malade, qui était si près de rendre 
compte, ce mourant ne pouvait se rassasier de voir des 
morts. Des femmes, des enfants, se jetaient à genoux sur 
son passage, en criant : « Grâce, grâce, gentil Sire I » Il 
n'écoutait rien. Il n'épargna que Tévéque, c'est-à-dire le 
seul coupable, et trois chevaliers français qui lui plurent 
pour s'être défendus à outrance. 

Cette extermination de Limoges, qui rendit le nom 
anglais exécrable en France, apprit aux villes à se bien 
défendre. C'était un adieu de l'ennemi. Il traitait le pays 
comme la terre d'un autre, comme n'y comptant pas re- 
Tenir. Peu après se sentant plus malade, le prince se laissa 
persuader par les médecins d*aller respirer le brouillard 
natal, et se fit embarquer pour Londres. Son frère, le duc 
de Lancastre, commençait sans doute à lui porter ombrage. 
Le prince de Galles, qui ne pouvait espérer de succéder, 
voulait au moins assurer le trône à son fils. 

Le roi fit plaisir à tout le royaume en nommant Dugues- 
clin connétable *. Le petit chevalier breton investi de cette 
première dignité du royaume, mangea à la table du roi, 
distinction faite pour étonner, quand on voit, dans Chris- 
tine de Pisan, que le cérémonial de France était que le roi 
fût servi à table par ses frères. 

Le nouveau connétable entendait seul la guerre qu'il 
fallait faire à l'Anglais. Les batailles étaient impossibles ; 

f • Plus de trois mille personnes y furent décollées eette jonraée. 
Dieu en ait les 4mes; car ils furent bien martyrs. » Froissart. 

* • Pour le plus vaillant, mieux taillé et idoine de ce faire, et le plof 
vorinevx et fortuné en ses besognes. » Ibid. 

ui. 10 



300 CHARLES T. 

les imaginations étaient frappées depuis Crécy et Poitiers. 
Chose bizarre, les Français, qui sous Duguesclin forcèrent 
les Anglais dans plusieurs places, hésitaient à rencontrer 
en plaine ceux auxquds ils ne craignaient pas de donner 
assaut. li leur Cillait être tout auonoins en nombre double. 
Ils commencèrent à. se rassurer, lorsque Duguesclin. sui- 
vant Tarmée de Knolles dans sa retraite, enleva deux cent^ 
Anglais avee quatre cents Français. 

Ce qui servait Charles V mieux que Duguesdln, mieux 
que tout le monde, c'était la folie des Anglais, le vertige 
qui les poussait de faute en faute. Ils firent déclarer pour 
eux le duc de Bretagne. Mais la Bretagne était contre. Ils 
se trouvèrent avoir provoqué la ruine de Monlfort, qu'ils 
avaient établi avec tant de peine. Les Bretons chassèrent 
leur duc *. 

L'alliance de Castille avait jusque là peu servi Charles V. 
Les Anglais se chargèrent de la resserrer, de la. rendre effi- 
cace» Le duc de Lancastrc, dans son ambUion extrava- 
gante, épousa la fille aînée de D. Pèdre ; le comte de Cam- 
bridge épousa, sa seconde fille. C'était une infatuation 
inouïC) incroyable. L'Angleterre, qui n'avait pu conquérir 
la-FniRee, entreprenait de plus la conquête de TËspague. 

Le résultat de cette nouvelle imprudence fut de donner 
unS' flotte aux Français. Le roi de Castille^ menacé par ce 
maringe, envoya une armée navale à Charles V. Les gros 
vaisseaux espagnols^ chargés d'm'tiUerie» accablèrent de- 
vant la Rochelle les petits vaisseaux des Anglais, leurs 
archers. La Rocbdid applaudit, et chassa les vaincus. Elle 
se donna, mais avec bonnes réserves et sous condition* de 
manière à rester une république som le roi K 

Ge graqd événement entraîna tpul. la Poitou. Edouard et 
le prince de Galles, le vieillard et le malade, montèrent 
pourtant en mer etessayèrent de venir au secours. La mer 

» App, 253. — Mi)p.,256u 



EXPULSION DES ANGLAIS. 307 

• 

ne voulait plus d'eux. Elle les ramena, bon gré, mal gré, 
en Angleterre. Thouars succomba. Duguesclin battit ce qui 
restait d'Anglais à Chizey. La Bretagne suivit : ce fut 
l'affaire de quelques sièges. Le seul capitaine qui restât 
aux Anglais était un Gascon, le captai de Buch : i'un des- 
meilleurs qu'eussent les Français était un^allois, un des- 
cendant des princes de Galles qui vengeait ses aïeux en 
servant la France. Le Gallois prit le Gascon : Charles V 
garda précieusement à la tour du X^mple cet important 
prisonnier, sans lui permettre de se racheter jamais. 

Le second fils d'Edouard III, le duc de Lancastre, tige de 
cette ambitieuse branche de Lancastre qui fit la gloire et 
le malheur de l'Angleterre au xv» siècle, avait pris le titre 
de roi de Castille. 11 se fit nommer capitaine général du 
roi d'Angleterre en France, son lieutenant dans TAqui- 
tnine, où les Anglais n'avaient presque plus rien. II y a une 
telle force d'orgueil dans le caractère anglais, une passion 
51 opiniâtre, qu'après tant d'hommes et d'argent joués et 
perdus, ils firent une mise nouvelle pour regagner fout. Ils 
trouvèrent encore une grande armée à donner h leur capi- 
taine d'Aquitaine. Débarqué à Calais, Lancastre traversa la 
France, sans trouver rien à faire, ni bataille à livrer, nî 
ville à prendre : tout était fermé, en défense. Los Anglais 
ne purent rançonner* que quelques villages. Tant qu'ils- 
furent dans le nord, les vivres abondaient : « Ils dînaient 
tous les jours splendidement. » Mais, dès qu'ils furent 
clans l'Auvergne, ils ne trouvèrent plus ni vivres, ni four- 
rages. La faim, les maladies firent dans T^irmée àei^ ravages 
terribles. Ils étaient partis de Calais avec trente mille cho^ 
vaux ; ils arrivèrent à pied en Guienne : c'était une armée 
de mendiants ; ils demandaient de porte en porte leur pain 
aux Français ^ 

L'arrivée de cette armée h Bordfeaux eut pom*tant un 

« App,, t57. 



308 CHARLES ▼. 

effet. Les Gascons, qui n'étaient plus Anglais et qui n'é- 
taient pas pressés de devenir Français, s'enhardirent, et 
déclarèrent au connétable de France qu'ils feraient hom- 
mage à celui des deux partis qui battrait l'autre. II fut 
convenu qu'une bataille serait livrée le 45 avril à Moissac. 
Puis les Anglais l'ajournèrent au 15 août; puis ils deman- 
dèrent qu'elle eût lieu près de Calais. Les actes n'ayant 
pas été conser\'és, on ne sait trop ce qui fut convenu. Au 
i 5 août, les Français se rendirent à Moissac, s'y rangèrent 
en bataille, attendirent et ne virent personne. Alors ils 
forcèrent les Gascons de tenir parole. Il ne resta aux An- 
glais en France que Calais, Bayonne et Bordeaux (4374). 

Cet effort qui n'avait abouti à rien, ce coup donné en 
l'air, leur fit beaucoup de mal. L'épuisement qui suivit fot 
tel, qu'Edouard accepta la médiation du pape qu'il avait 
'tant de fois refusée. Le grondement du peuple devenait 
formidable au roi. Ce rude dogue, qu'on avait mené si 
longtemps par l'appât d'une proie qui reculait toujours, 
commençait à faire mine de se jeter sur son maître. On 
avait eu une peine incroyable à faire aimer la guerre à 
l'Angleterre. Elle était déjà lasse à la bataille de Crécy. 
Lorsque le chancelier demandait aux gens des communes, 
pour les piquer d'honneur : « Quoi donc? voudriez-vous 
d*une paix perpétuelle? » ils répondaient naïvement: 
c Oui, certes, nous l'accepterions ^ » — .On leur fit croire 
ensuite que tout serait fini avec la prise de Calais. Puis 
vint la victoire de Poitiers, qui leur tourna la tète. Ils se 
figuraient que la rançon du roi de France les dispenserait 
à jamais de payer l'impôt. Après, on les amusa avec l'Es- 
pagne, avec les fameux trésors cachés de Don Pèdre. L'ar« 
gent d'Espagne ne venant pas, on leur persuada qu'on 
prendrait l'Espagne elle-même. 

En \ 376, ils firent leurs comptes, et virent qu'ils n'avaient 

I ilallam. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 309 

rien, ni argent, ni Espagne, ni France. Leur mauvaise 
humeur fut extrême. Us s*en prirent au roi, au duc de 
Lancastre qui avait alors la principale influence. Son frère 
aîné, le prince de Galles, tout malade qu'il était, se mon- 
trait favorable à l'opposition. Le Parlement de 4376, ap- 
pelé le bon Parlement^ ne se laissa plus mener par des 
mots. Il demanda ce qu'était devenu tant d'argent, ces 
subsides, ces rançons de France et d'Ecosse. Il attaqua 
brutalement Edouard, dévoila sans pitié les faiblesses 
royales, le poursuivit dans son intérieur, dans sa chambre 
à ciiucher. 

Le vieux roi était gouverné par une jeune femme ma- 
riée, Alice Perrers, femme de chambre delà reine, belle, 
hardie, impudente ^. La pauvre reine, qui voyait tout, 
avait foit en mourant cette prière au roi : « Qu'il voulût 
bien se faire enterrer près d'elle à Westminster, » espé- 
rant ravoir à elle, au moins dans la mort. 

Les joyaux de la reine furent donnés à Alice. La créature 
80 faisait donner, prenait ou volait. Elle vendait des places, 
des jugements même. Elle allait de sa personne au Banc 
du roi solliciter des causes. Les juges d'église, les docteurs 
en droit canon, étaient exposés dans leurs jugements, à 
voir la belle Alice venir hardiment leur parler à l'oreille. 
Le Parlement somma le roi d'éloigner cette femme et 
d'autres mauvais conseillers. 

Le pince de Galles mourut, laissant un fils tout jeune. 
Le duc de Lancastre, entre ce neveu enfant et son vieux 
père, se trouviait effectivement roi. Les conseillers revin- 
rent. Le vote d'une grosse taxe fut extorqué au Parlement. 
Le duc, qui avait besoin de bien d'autres ressources pour 
•a future conquête d'Espagne, se préparait à mettre la 
main sur les biens du clergé. Déjà il avait lancé contre les 
prêtres le fameux prédicateur Wicleff ; il le soutenait, avec 

« App., 258. 



310 CÏÏARLES V. 

tous les grands seigneurs, contre révoque de Londres. Los 
gens de Londres, sur un mot insolent deLancaslre conire 
leur évéque, se soulevèrent, et faillirent mettre le duc eu 
pièces. 

Pendant tout ce l)ruît, le vieil Edouard III se mourait à 
Elthani, abandonné à la merci de son Alice. Elle le trom- 
pait jusqu'au bout, restant près de son lit, le flattant d'ua 
prochain rétablissement, Tempéchant de songer à son 
salut. Dès qu'il perdit la parole, elle lui aiTacha ses un- 
neaux des doigts, et le laissa là. 

Le fds et le père étaient morts à un an de disUince. Ces 
deux noms, auxquels se rattachent de tels événements, 
sont peut-être encore les plus chers souv^irs de TAngle- 
terre. Quoi^iue le prince ait du en grande partie à Jean 
Chandos ses victoires de Poitiers et de Najara, quoique 
son orgueil ait soulevé les Gascons et armé la Castille con- 
tre l'Angleterre, peu d'hommes méritèrent mieux la re- 
connaissance de leur pays. Nous-mêmes, à qui il a ii.ît 
tant de mal, nous ne pouvons voir sans respect, à Cantur- 
«béry, la cotte d'armes du grand ennemi de la France. Ce 
mauvais iiaillon de peau^piiu^^e des vers éclate entre tous 
les riches écussons dont l'église est parée. Il a survécu 
cinq cents ans au noble cœur qu'il couvrait. 

Dès que le roi de France apprit la mort d'Edouard, il 
dit que c'était là un gloiieux règne et qu'un tel prince 
méritait mémoire entre les preux. Il assembla nombre de 
prélats et de seigneurs, et fit faire un service à la Sainte- 
Chapelle. £n Angleterre, les funérailles furent troublées. 
Quatre jours après la mort d'Edouard, la flotte de Castille, 
chargée des troupes de France, courut toute la cùte en 
brûlant des villes : Wigth, Rye, Yarmouth, Darmouth, 
Plymouth et Wincbelsea. Jamais du vivant d'Edouard et 
du priuce de Galles, l'Angleterre n'avait éprouvé un pareil 
désastre. 

De toutes parts le roi de France faisait une guerre de 



EXPoLSION DES ANGLAIS. 31 1 

tiéjçocîatîons. Dopuîs cinq ans il empochait le mariage d*un 
fils d'Edouard avec l'héritière de Flandre, par défaut de 
dispense papale ; il obtint sans diftlculté cette dispense 
pour son frère, le duc de Bourgogne, parent de la jeune 
comtesse au même degré. Le père ue voulait pas d% ce 
mariage, non plus que les villes de Flandre. Mais la 
grand'inère, comtesse d'Artois et de Franche-Comté, fit 
«lire à son fils, le comte de Flandre, qu'elle le déshéritait 
s'il ne donnait sa fille au prince français. Le mariage se 
fit pour le désespoir du prince d'Angleterre, qui voyait 
cette immense succession prête à échoir à la maison de 
France. La France, mutilée à Touest, se formait sa vaste 
ceinture de Test et du nord. 

Cet échec et ceux que les Anglais éprouvèrent encore 
près de Rordeaux alhiient les décider à faire ce qu'ils 
auraient dû faire tout d'abord, à s'unhr avec le roi de 
Navarre. Ils lui auraient donné Bayonne et le pays voisin, 
Il eût été leur lieutenant en Aquitaine. Le Navarrais, plus 
fin qu'habile, envoyait son fils à Paris pour mieux tromper 
le roi, tandis qu'il traitait avec les Atiglais. Il lui advkit 
comme à Louis XI à Péronne. Sa finesse le mena au piège. 
Le roi lui garda son fils, lui i éprit Montpellier, et saisit 
son comté d'Évreux. On prit son lioutonant Dutertre, son 
conseiller Du Rue qui, disait-on, était venu empoisonner 
le roi. On accusait Charles le Mauvais d'avoir empoisonné 
déjà la reine de France, la reine de Navarre et d'autoes 
encore. Tout cela n'était pas invraisemblable : ce petit 
prince, exaspéré par ses longs malheurs, pouvait essayer 
de reprendre par le crime et la ruse ce que la force lui 
avait ùié. Il avait sujet de haïr les siens autant que l'ennemi. 
Sa femme le trompait pour le brave capitaine gascon des 
Anglais, le captai de Buoh i. Du Rue avoua seulement que 
Charles le Mauvais comptait empoisonner le r^i par le 

• il/;/., 209. 



312 CHARLES T. 

moyen d'un jeune médecin de Chypre, qui pouvait s*in- 
troduire aisément près de Charles V et lui plaire, « parce 
qu'il parloit beau latin, et étoit fort argumentatif. » Du- 
tertre et Du Rue furent exécutés. Charles V tira de ce 
procès l'avantage d'avilir, de déshonorer le roi de Navarre, 
de lui faire une réputation d'empoisonneur, de tuer ainsi 
ses prétentions au trône de France. 

Charles le Mauvais perdit tout dans le Nord, excepté 
Cherbourg. Au Midi les Castillans le menaçaient. 11 eût 
perdu la Navarre même, si les Anglais n'étaient venus à 
son secours. Les Gascons y aidèrent les Anglais. Ceux-ci 
essayèrent ensuite de prendre Saint-Malo, et n'y réussirent 
pas plus que les Français à prendre Cherbourg. Tout ce 
grand mouvement de guerre n'aboutit encore à rien. Le 
roi de France ne put être forcé ni à combattre, ni à rendre ; 
il resta les mains garnies ^ 

L'habileté de Charles V, et l'affaiblissement des autres 
£tats, avaient relevé la France, au moins dans l'opinion. 
Toute la chrétienté regardait de nouveau vers elle. Le 
pape, la Castille, l'Ecosse, regardaient le roi comme un 
protecteur. Frère du futur comte de Flandre, allié des 
Visconti, il voyait les rois d'Aragon, de Hongrie, am- 
bitionner son alliance. Il recevait les ambassades lointaines 
du roi de Chypre, du Soudan de Bagdad, qui s'adressait à 
lui, comme au premier prince des Francs K L'empereur 
même lui rendit une sorte d'hommage, en le visitant à 
Paris. Après avoir aliéné les droits de l'Empire en Alle- 
magne et en Italie, il venait donner au dauphin le titre du 
royaume d'Arles. 

La subite restauration du royaume de France était un 
miracle que chacun voulait voir. De toutes parts on venait 
admirer ce prince qui avait tant enduré, qui avait vaincu 



' ilj>p., S60. 

• • Comme au solennel prince des chrétiens. • 



^ 



EXPULSION DES ANGLAIS. 313 

k force de ne pas combattre ^, cette patience de Job, cette 
sagesse de Salomon. Le xiy* siècle se désabusait ^ de la 
chevalerie, des folies héroïques, pour révérer en Charles V, 
le héros de la patience et de la ruse. 

Ce prince naturellement économe, ce roi d'un peuple 
ruiné, étonnait les étrangers de la multitude de ses cons- 
tructions. Il élevait autour de Paris des maisons dites de 
plaisance, Melun, Beauté, Saint-Germain ; mais toute 
maison alors était un fort. Il donnait à la ville un nouveau 
pont (Pont-Neuf), des murs, des portes, une bonne bastille. 
Il ne se fiait guère qu'aux murailles *. 

Près de sa Bastille, il avait construit, étendu, aménagé, 
avec le luxe d'un roi et les recherches d'un malade, le 
vaste hôtel Saint-Paul 3. La magnificence de cette de- 
meure, la splendiile hospitalité qu'y trouvaient les princes 
et les seigneurs étrangers, faisaient illusion sur l'état du 
royaume. Le sire de La Rivière, Tainiable et subtil con- 
seiller de Charles V, le gentilhomme accompli de ce temps, 
en faisait les honneurs. Il leur montrait la noble demeure 
de son maître, ces galeries, ces bibliothèques, ces bufiets 
chargés d'or, et ils l'appelaient le riche roi K 

€ L'eure de son descouchier au matin estoit comme de 
six à sept heures. Donnoit audience mesmes aux mendres, 
de hanÛement deviser à luy. Après, luy pigné, vestu et 
ordonné,... on lui apportoit son bréviaire ; environ huit 
heures du jour, aloit à sa messe ; à l'issue de sa chapelle, 
toutes manières de gens povoient bailier leurs requêtes. 
Après ce, aux jour députez à ce, aloit au conseil, après 
lequel... environ dix heures asseoit à table... A l'exemple 



* • Le roi ChArles de France fat dnrement sage et sabiil ; ear tout 
qiioi (eoi) étoit en ses ebambres et en ses déduits; si reconquéroit ee que 
set prédécesseurs avoient perd a sur le cbamp, la tête armée et répëê 
an poing. • Froi-s. 

• App.,m. — » i4pp..262. 

4 Aiusi Tappeloit &latbieu de Concy. 



3U CHARLES T. 

de David, înstraments bas oyoit volontiers à la fin de ses 
mangiers. » 

« Luy levé de table, à la colacion, vers lai povoyent aler 
toutes manières d'estrangiers. Là luy estoient apfKtftées 
nouvelles de toutes manières de pays on des aventures 
de ses guerres... pendant l'espace de deux heures ; après 
aloit reposer une heure. Après son dormir, estoit un espace 
avec ses plus privés en esbatement, visitant joyauls ou 
autres richeres. Puis aloit à vespres. Après... entroit en 
été en ses jardins, où marchands venoient apportervelours, 
draps d'or, etc. En h^'ver s'occupoit souvent à oyr lire de 
diverses belles ystoires de la sainte Escripture, oa des Lils 
des romans ou nioralitez de philosophes et d'avlKS 
sciences, jusques à heures de soupper, auquel s'asseoit 
.d*assez bonne heure, après lequel une pièce s^esbatoit, 
puis se retrayoit. Pour obvyer à vaines et vagues paroUes 
et pensées, avoit (au diner de la reine) un prud'honini6 
en estant au bout de la table, qui, sans cesser, dismt gesles 
4b mœurs virtueux d'aucuns bons treppassez *. > 

Les philosophes avec lesquels le roi aimait àis'entretenir 
étaient ses astrologues'. Son astrologue en titre, un Italien, 
Thomas de Pisan, avait été appelé tout exprès de Bologne ; 
le roi hd donnait cent livres par mois. Ces gens, quels que 
fussent leurs moyens de prévoir, ne se troaq[>aàent pas 
trop. Ils étaient pleins de finesse et de sagacité. Chartes V 
donna un astrologue à Duguesdin en lui remettant Tépée 
de'oovnétable. 

ht peu que nous savons de Charles Y, de ses jugements, 
de ses paroles, indique, comme tout son règne, une douce 
et froide sagesse, peut-être aussi quelque indifférence au 
bien et au mal ^. a Considérant dit son historien femelle, 
la fragilité humaine, il ne permit jamais aux maris d'em" 
murer leurs femmes pour méfait de corps, quoiqu'il en 

I Christine de Pisnn. 

* App., 203. — » App,, 201. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 315 

fust maintes fois supplié ^ » — Il surprit trois fois son 
barbier en flagrant délit de vol et la main dans la poche, 
sans se fâcher ni le punir ^. 

Charles V est peut-être le premier roi, chez cette nation 
jusque-là si légère, qui ait su préparer de loin un succès, 
le premier qui ait compris l'influence, lointaine et lente, 
mais dès lors réelle, des livres sur les affaires. Le pr\eur 
Honoré Bonnor écrivit par son ordre, sous le titre bizarre 
de TÂrbre des batailles, le prcn)ier essai sur le droit de la 
paix et de la guerre. Son avocat général, Raoul de Presles, 
lui mettait la Bible en langue vulgaire, tant d'années avant 
Luther et Calvin. Son ancien précepteur. Nicolas Oresnio, 
traduisait l'autre Bible du temps, Aristote. Oresme, Raoul 
de Presles, Philippe de Maizièrcs travaillaient, peut-être à 
frais communs, à ces grands livres du Songe du verger, du 
Songe du vieux pèlerin, sorte de romans encyclopédiques 
où toutes les questions du temps étaient traitées, et qui 
préparaient rabaissement de la puissance spirituelle et li 
confiscation des biens d'église. C'est ainsi qu'au xvi« siècle, 
Pithou, Passerat et quelques autres travaillèrent ensemble 
à ia Ménippée. 

Les dépenses croissaient, lepetple était ruiné; l'Ëglise 
seule pouvait payer. C'était là toute la pensée du xiv« siècle. 
En Angleterre, le duc de Làncastre essaya, pour brusquer 
la chose, de Wicleff et des LoUards, et faillit bouleverser 
le royaume. En France, Charles V la préparait avec une 
habile lenteur. Elle pressait pourtant. L'apparente restau* 
ration de la France ne pouvait tromper le roi. II ne vivait 
que d'expédients. Il avait été obligé de payer les juges 
avec les amendes mêmes qu'ils prononçaient, de vendre 

* • ... Et à difficulté donnoll congé que le mari la teiiist close en uue 
chambre, si trop estoit désordonnée. • Christ, de Pisan. 

* Il ne la reoToya qu'à la quatriôme. — Cependant lui-même av«it 
Ja jusiica k cœor et s'en mêlait. Une bonne femme étant venue .«e 
plaindre d'un homme d'armes qui avait viole sa Aile» il Ûl en ta pfé* 
scoce pendre le coupable à un arbfe. 



316 CHARLES ▼. 

rimpunité aux usuriers, de se meltre entre les mains des 
juifs. Conformément aux privilèges monstrueux que Jean 
leur avait vendus pour payer sa rançon, ils étaient quittes 
d'impôts, exempts de toute juridiction, sauf celle d'un 
prince du sang, nommé gardien de leurs privilèges. Nuls 
lettres royaux n'avaient force contre eux. lis promettaient 
de n'exiger par semaine que quatre deniers par livre d'in- 
térêt. Mais en même temps, ils devaient être crus contre 
leurs débiteurs de tout ce qu'ils jureraient ^. 

Le prince, leur protecteur, devait les aider dans le re- 
couvrement de leurs créances, c'est à-dire que le roi se 
faisait recors pour les juifs, afin de partager. L'argent 
extorqué par de tels moyens coûtait au peuple bien plus 
qu'il ne rendait au roi. 

U fallait bien passer entre les mains du juif, ne pouvant 
dépouiller le prêtre. Le juif, le. prêtre, avaient seuls de 
Fargcnt. Il n'y avait encore ni production de la richesse 
par l'industrie, ni circulation par ie commerce. La ri- 
chesse, c'était le trésor ; trésor caché du juif, sourdement 
nourri par l'usure ; trésor du prêtre, trop visible dans les 
églises, dans les biens d'église. 

La tentation était forte pour Charles V, mais la difficulté 
était grande aussi. Les prêtres avaient été ses plus zélés 
auxiliaires contre l'Anglais. Ils lui avaient en grande partie 
livré l'Aquitaine, comme ils la donnèrent jadis à Qovîs. 

U y avait deux sujets de querelles entre la puissance 
spirituelle et la temporelle, Targent et la juridiction. La 
question de juridiction elle-même rentrait en grande 
partie dans celle d'argent, car la justice se payait K 

Les premières plaintes contre le clergé partent des sei- 
gneurs, et non des rois (1 205) '. Les seigneurs, conunc 

fl App., MS. 

* Le défenseur officiel do clergé, en 1390, nous dit exprcs.«éinent que 
la justice, surtout en France, était le revenu le plus net de TÊflise. 
> Libertés de IKgL gallic. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 317 

fbndateurs et patrons des églises, étaient bien plus direc- 
tement intéressés dans la question. Sous saint Louis, ils 
forment une confédération contre le clergé, décident de 
combien chacun doit contribuer pour soutenir cette espèce 
de guerre, se nomment des représentants pour prêter 
main-forte à ceux d'entre eux qui seraient frappés de sen- 
tences ecclésiastiques ^. Dans la fameuse pragmatique de 
saint Louis (4270), acte jusqu'ici peu compris, le roi de- 
mande que les élections ecclésiastiques soient libres, c'est- 
à-dire laissées à Tinfluence royale et féodale *. 

Philippe le Bel eut les seigneurs pour lui dans sa lutte 
contre le pape. Ils formèrent une nouvelle confédération 
féodale qui effraya les évoques et livra au roi l'Église de 
France. L'accord de cette Église lui livra la papauté elle- 
même. Cependant, au commencement et à la fin de son 
règne, Philippe le Bel frappa deux coups d'une impar- 
tialité hardie, la maltdte, qui atteignit les nobles et les 
prêtres aussi bien que les bourgeois, la suppression du 
Temple, de la chevalerie ecclésiastique. 

La royauté, triomphante sous Philippe de Valois, se fit 
donner par le pape tout ce qu'elle voulait sur les revenus 
de l'Église de France. Elle eut même la prétention, de lever 
les décimes de la croisade sur toute la chrétienté. En dé- 
dommagement des décimes, régales, etc., les églises cher- 
chaient à augmenter les profits de leurs justices, à empiéter 
sur les juridictions laïques, seigneuriales ou royales. Le 
roi parut vouloir y porter remède. Le 22 décembre 4 329 
eut lieu par-devant lui, au château de Vincennes, une 
solennelle plaidoirie entre l'avocat Pierre Cugnières et 
Pierre du Roger, archevêque de Sens. Le premier sou- 
tenait les droits du roi et des seigneurs ^. Le second dé- 

• Libertés de TËgl. (allie. 

1 11 réclame contre les excès de la coor de Rome, contre les empécho- 
nenta de jaridiciion, contre la violation des franchises dn royaume, 
•ans dire quelles sont ees franchises. lt)id. — * App., S65. 



318 CHARLES V. 

fendait ceux du clergé. Celui-ci parla sur le texte : «Deum 
tîmete; regem honoriQcate ; '» et il ramena ce ppécepte 
aux quatre suivants : « Servir Dieu dévotement ; lui donner 
largement ; honorer sa gent dûment ; lui rendre Le sien 
entièrement. » 

Je serais porté à croire que toute cette diq>ute ne fat 
qu une satisfaction donnée par le roi aux seigneurs. Il la 
termina en disant que, bien loin de diminuer les privilèges 
de l'Ëglise, il les augmenterait plutôt. Seulement, il établit 
par une ordonnance son droit de régales sur les bénéfices 
vacants (1334). Des deux avocats, celui du clergé devint 
pape; celui du roi et des seigneurs fut, dit un grave his- 
torien, universellement sifïlé: son nom resta le synonyme 
d*un mauvais ergoteur. £t ce ne fut pas tout. Il y avait à 
Notre-Dame une figure grotesque de dafnné, comme on 
voit ailleurs Dagobert tiraillé pai' les diables ; cette figure 
laide et camuse fut appelée : M. Pierre du Coignel^ Toute 
la gent cléricale, sous-diacres, sacristains, bedeaux, enfants 
de chœur, plantaient leurs bougies sur le nez du pauvre 
diable, ou, pour éteindre leurs cierges, lui en frapp^eot 
la face. Il endura quatre cents ans cette vengeance de 
sacristie. 

Les églises étaient entre l'enclume et le marteau, entre 
le roi et le pape. Quand un évécbé vacant avait payé 
au roi pendant un an ou plus les régales de la vacance, 
le nouvel élu payait au pape Vannate^ ou première aanée 
de revenu *. 

Une autre chose dont se plaignaient le plus les seigneurs 
patrons de réglise, et les chanoines ou moines qui coa- 
couraient aux élections, c'est ce qu on appelait les Aé- 
serves. Le pape arrêtait d'un, moi l'élection; il décrirait 
qu'il s'était réservé de nommer à tel évéché, à telle 

* Les arc]icvè|nes 'ie Mayenco cl d < Cologne payaient cUacun au papa, 
vingl-qualrc mille «lucVs pour le j'alliuiu» 



EXPULSION DES ANGLAIS. 319 

abbaye. Ces réserves, qui donnaient sourent un pasteur 
italien ou français à une église d'Angleterre, d'Allemagne, 
d'Espagne, étaient fort odieuses. Cependant, elles avaient 
souvent l'avantage de soustraire les grands sièges aux stu^ 
pides influences féodales, qui n'y auraient guère porté 
que des siijets indignes, des cadets, des cousins des sel*-, 
gneurs. Les papes prenaient quelquefois au fond d'un 
oouvent ou dans la poui^ière des universités un docte et 
habile clerc pour le &ire évêque, archevêque, primat des 
Gaules ou de l'Empire. 

Les papes d'Avignon n'eurent pas pour la plupart cette 
baute politique. Pauvres serviteurs du- roi de France, ils 
laissaient la papauté devenir ce qu'elle pouvait lis ne 
Toyaient dans les Réser\'es qu'un nipyen de vendre des 
places, de faire de la simonie en grand. Jean XX.11 déclara 
effrontément qu'en haine de la simonie, il se réservait 
tous les bénéfices vacants dans la chrétienté la première 
année de son pontificat ^. Ce fils d'un savetier de Calions 
laissa on mourant un trésor de vingt-cinq millions dq 
ducats. Les hommes du temps cruoent qu'il avait ti*ouvé 
la pierre philosophale. 

Benoit XII était si effrayé de l'état oii il voyait l'Église, 
des intrigues et de la corniptiiMi dont il était assiégé, q^ il 
annait mieux- Itiiseer tes bénéfices. vacants; il. se réservait 
les nominations et ne nommait personne. Lui mort, le 
torrent reprit son cours. A L'élection du prodigue et mon- 
dain Clément VI, on assure que plus de cent mille clercs 
Tinrent à Avignon acheter des bénéfices K 

II. faut Ure les douloureuses lano^ntations de Pétrarque 
sur l'état de l'Ëglise, ses invectives contre la Bahylone 
d'Occident. C'est tout à la fois Juvénal et Jérémie. Avignon 
est pour lui un autre labyrinthe, mais sans Ai'iane, sans 
fil libérateur; il y trouve la cruauté de Minos et l-infamio 

* App,,W3. — * In Clémente clntncntia:.. Ténia Vil- Clem. Yl. 



320 CHARLES ▼. 

du Minotaure '. Il peint avec dégoût les vieilles amours des 
princes de l'Église, ces mignons à tête blanche... Mille 
histoires scandaleuses couraient. Le conte absurde de la 
papesse Jeanne devint vraisemblable *. 
' L'érudite indignation de Pétrarque pouvait inspirer 
quelque défiance. Un jugement plus imposant pour le 
peuple était celui de sainte Brigitte et des deux saintes Ca- 
therine. La première fait dire par Jésus même ces paroles 
au pape d'Avignon : « Meurtrier des âmes, pire que Pilate 
et Judas! Judas n'a vendu que moi. Toi, tu vends encore 
les ftmes de mes élus 3. » 

Les papes qui suivirent Clément VI furent moins souillés, 
mais plus ambitieux. Ils rendirent l'Église conquérante, 
désolèrent l'Italie. Clément avait acheté Avignon à la reine 
Jeanne en l'absolvant du meurtre de son mari. Ses succes- 
seurs, avec l'aide des compagnies, reprirent tout le patri- 
moine de saint Pierre. Cette association du pape avec les 
brigands anglais et bretons porta au comble l'exaspération 
des Italiens. La guerre devint atroce, pleine d'outrage et 
de barbarie. Les Visconti donnèrent le choix aux légats 
qui leur apportaient l'excommunication, de se laisser 
noyer ou de manger la bulle. A Milan, on jetait les prêtres 
dans les fours allumés; à Florence, on voulait les enterrer 
vifs. Les papes sentirent que l'Italie leur échapperait s'ils 
ne quittaient Avignon. 

Us tenaient moins sans doute à cette ville, depuis qu'ils 
y avaient été rançonnés par les Compagnies. L'abaissement 
de la France les laissait libres de choisir leur séjour. 
Urbain V, le meilleur de ces papes, essaya de se fixer à 

> Petrarch., Ep. x. 

< L'anlipape Nicolas V avait eu pour femmo Jeanne de Corbière, avec 
laquella il avait divorcé pour se faire mineur. Lorsqu^ii fut pape, 
Jeanne prétendit que le divorce était nul. On en flt mille contes à la 
cour d'Avignon; de là la fable de la papette Jeanne, App., 268. 

» App., 2C9. 



EXPULSION DSS ANGLAIS. 324 

Rome. II y alla et n'y put rester. Grégoire s*y établit et 
y mourut. 

A. sa mort, les Français avaient dans le conclave une ma* 
jortté rassurante. Cependant ce conclave se tenait à Rome ; 
les cardinaux entendaient un peuple furieux crier autour 
d'eux : « Romano lo volemo o almanco italiano. » De seize 
cardinaux qui entrèrent au conclave, il n'y avait que quatre 
Italiens et un Espagnol, onze étaient Français. Les fran- 
çais étaient divisés. Deux des derniers papes, qui étaient 
Limousins, avaient fait plusieurs cardinaux de leur pro- 
vince. Ces Limousins, voyant que les* autres Français les 
excluaient de la papauté, s'unirent aux Italiens, et nom* 
mèrent un Italien, «ju'ils croyaient du reste dévoué à la 
France, le^Calabrois Bartolomeo Prignani. 

D advint, comme à l'élection de Clément V, tout le con- 
traire de ce qu'on avait attendu, mais cette fois au préju- 
dice de la France. Urbain VI, homme de soixante ans, 
jusque-là considéré comme fort modéré, sembla avoir 
perdu l'esprit dès qu'il fut pape. U voulait, disait-il, ré- 
former l'Église, mais il commençait parles cardinaux, 
prétendant, entre autres choses, les réduire à n'avoir 
qu'un plat sur leur table. Ils se sauvèrent, déclarèrent que 
l'élection avait été contrainte, et firent un autre pape. Us 
choisirent un grand seigneur, Robert de Genève, fils du 
comte de Genève, qui avait montré dans les guerres de 
l'Église beaucoup d'audace et de férocité. Us l'appelèrent 
Clément VU, sans doute en mémoire de Qément VI, un 
des papes les plus prodigues et les plus mondains qui aient 
déshonoré l'Ëglne. De concert avec la reine Jeanne de 
Naples, contre laquelle Urbain s'était déclaré. Clément et 
ses cardinaux prirent à !eur solde une compagnie de Bre- 
tons qui rôdait en Italie. Mais ces Bretons furent défaits 
par Barbiano, un brave condottiere qui avait formé la pre* 
mière compagnie italienne contre les compagnies étran- 
gères. Clément se sauva en France, à Avignon. Voilà deux 



39f CHAttE» y. 

papes, Turi à Avignon, rwiftre à Rernev ». bravant et &ex- 
communiaDt Tun l'autre. 

On ne pouvait attendre qUe la FniMe etslês ttate qui en 
swvaîent alors rimpatekm (Éeosse, NamgniB et Castilîe) se 
laisBeraknt facilement déposséder delà papauté. Gbariea Y 
reeenaut CMfuMÉ. U pensa sans dtauta que», quand même 
toute l'Europe eût été peiir Uvbain; il valait aûeu paar 
hé avoir an papefrançrâ, une série de patriarche dani il 
disposât. Cette poiitiqile égoïste Iwr fiit anèMimni rapta- 
diée. On considéra tons 1^ nialbeur^qat anisàrenl^ la felie 
de Charles Yl, lea.vîctoirca dca Ànglaia, comme ifiie paai* 
tkm du ciel t. 

On asimn qae les canAinau français avaient tm A'nbaid 
ridée de faire pape CharieS' V IniMnèmei. tt a«iptit lafc w é» 
comme infirmer d'ua tens» et ne panvani oétàteer la 
messe*. 

Ce lie fat pas sans peine que le^roi amems f Dnivarsila à 
se décider en faveur de Clément. Les faevMs d# drait et 
de médeelne étaient sans diflSeidtè pnur le pape da toi. 
Itiiis cdie dea ccm^ (Sovnpoaéa de quatse natkÎBSv m s'ae»- 
<XMrdait pas avec elle^^méme. Les nations firançaise et nar^ 
mande étaient pour Clément VII ; la Kctfdie at l'Ângtaiss 
demandaient la neutralité. L'Univenâté^ ne poorantt nrriver 
à un vote nnanime, suppliait qu'on lui donnai dn tasaps. 
Le roi prêtent sériai. U éerivil de Baauténio^dllaaiieqn'U 
avait des infortnationa sufflsaiitea : « Le pape GléttaaA lU 
est vray pasienr da TtgUse univarsettaw.. Se voosrmallKGÉ 
en reftû ota délaya voua notid feiea déplaîsir ^. » 

Cbariee-V^agitew cette otcasîDn aKacABavi^aeitatqaâBB 



« • quel ftayel t à qut\ doolomeut itfosoirief, ^ttf uM^éstef ccr • 
Oifhu de PSsaa. — AppK, ITa. 

* Leofoot, Gont. de Pise. — > • Cepeaitatil momiait toQ§ Aes ans de 
ses mains la vraie croix au peuple à la Sainte-Chapella, comme ravâit 
fait saint Lonis. • GbrisC. de Pi$M. 

* Bulttus# 



EXPULSION DES ANGLAIS. 3% 

lui était pas ordinaire. Il semble qu'il ait été honteca et 
aigri de n'avoir pas préva. 

Il* aurait bien voulct gagner k Mor pape la FbnAre, et 
par elle l'Angleterre. . H fit dire an comte de Fkindre 
qu'Urbain pariait fort rtnà des Anglais', cpTû avilit éH <|Uê 
d'après leur conduite à Fégard du Ssinf-^iége il lea teiMâC 
pour hérétiques. La Flandre et l'Angkterre i^'en reeoimtt^ 
rent pas moins le pape de Rome en baine de ocAtti d'Avî<^ 
gnon. Urbain avait déjà l'Italie. VkVfdttïSLgpe, la Bongri»; 
l'Aragon, embrassèrent sont paiti. Les dem saintes pep«h- 
laires, sainte Caffherine (fe SÎeime et saMe Catlierive de 
Suède, le reconnurent, aius? que TirtStnï Pierre d^Aregoiy, 
qu'on tenait aussi pour un saint homme. On demt»Hla^ 
chose inouïe, une consultationr au phts fitmeux juriseo»'^ 
suite du temps sur Péiection du pape ; Btrfdas décida que 
l'élection d'Urbain était bonne et vafeeibfe, disant, amc 
assez d'apparence, que, si rélection avait pu être eontrcniite, 
les car(finaux n'^en étaient pas* moins retenus d^etftHmémes 
après le tunralte et qu'As avaient intronisé UriMdn en pleiffe 
liberté. 

On événement rmpossiMe k prévoir avait nâs presqite 
toute la chrétienté en opposifrofi' ûvee laFn^nce. la fortfsne 
s'était jouée de la sagesse. La reine Jeanne deNaples, cou- 
sine et alliée du roi, fut peu après déposée* par Uri^«i», 
renversée par son fils adoptrf Charles de Duras, étranglée 
en punition dTun crime qui datait de trentei^'einq ans. 

Toute PEurope renraatt. Le mouvement était partout ; 
msis les causes infititment diverses. Les LoUards d*^«fe* 
terre sembhiient mettre en pAril TÉglise, la royauté, fa 
propriété même. A Florence, les Ciompi feisaient leur ré- 
vohition démocratique ^. La Framce elleMnéme semMait 
échapper à Cfaaries V. TroM provinces, les plus exeeMrih 
ques, mais les plus* vitafes* peut-être, se révoftèrent. 

« V. le récit de M. Quinet, RéioiuUom d'Italie, t. IV des œuvre» 
co:nplétes (i(58). 



321 CHARLES V. 

Le Languedoc éclata d'abord. Charles V, préoccupé du 
Nord, et regardant toujours vers l'Angleterre, avait fait 
d'un de ses frères une sorte de roi du Languedoc. U avait 
confié cette province au duc d'Anjou. Par le duc d'Anjou, 
il semblait près d'atteindre l'Aragon et Naples, tandis que 
par son autre frère, le duc de Bourgogne, il allait occuper 
la Flandre. Hais la France, misérablement ruinée, n'était 
guère capable de conquêtes lointaines. La fiscalité, si dure 
alors dans tout le royaume, devint en Languedoc une 
atroce tyrannie. Ces riches munîcipes du Midi, qui ne 
prospéraient que par le commerce et la liberté, furent 
taillés sans merci comme l'eût été un fief du Nord. Le 
prince féodal ne voulait rien comprendre à leurs privi- 
lèges. Il lui fallait au plus vite de l'argent pour envahir 
l'Espagne et l'Italie, pour recommencer les fameuses vic- 
toires de Charles d'Anjou. 

Nimes se souleva (1378), mais se voyant seule, elle se 
soumit. Le duc d'Anjou aggrava encore les impôts. U mit, 
au mois de mars 4379, un monstrueux droit de cinq francs 
et dix gros sur chaque feu. Au mois d octobre, nouvelle 
taxe de douze francs d'or par an, d'un franc par mois. Pour 
celle-ci, la levée en était impossible. La province était telle- 
ment ruinée, qu'en trente ans la population se trouvait ré- 
duite de cent mille familles à trente mille. Les consuls de 
Montpellier refusèrent de percevoir le dernier impôt. Le 
peuple massacra les gens du duc d'Anjou. Clermont- 
Lodève en fit autant. Mais les autres villes ne bougèrent. 
Les gens de Montpellier effrayés reçurent le prince à ge- 
noux, et attendirent ce qu'il déciderait de leur sort. La 
sentence fut effroyable. Deux cents citoyens devaient être 
brûlés vifs, deux cents pendus, deux cents décapités, dix- 
huit cents notés d'mfamie et privés de tous leurs biens. 
Tous les autres étaient frappés d'amendes ruineuses i. 

« App,, 171. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 325 

Oo obtint avec peine du duc d'Anjou qu'U adoucit la 
sentence. Charles Y sentit la nécessité de lui ôter le Lan* 
guedoc. II envoya des commissaires pour y réformer les 
abus. Au reste, dans les instructions qu'il leur donne, il n'y 
a pas trace d'un sentiment d'homme ou de roi. Il n'est 
préoccupé que des intérêts du fisc et du doAiaine : c Comme 
nous avons audit pays plusieurs terres labourables, vignes, 
forêts, moulins et autres héritages qui nous étaient ordi* 
naireoDsnt de grand revenu et profit; lesquelles terres 
sont demeurées désertes, parce que le peuple est si diminué 
par les mortalités, les guerres et autrement, qu'il n'est nul 
qui les puisse ou veuille labourer, ni tenir aux charges et 
re(}evances anciennes, nous voulons que nos conseillers 
puissent donner nos -héritages à nouvelle charge, croître et 
diminuer l'ancienne. » Us doivent aussi révoquer tous les 
dons, et s'informer de la conduite de tous les sénéchaux, 
capitaines, viguiers, etc. 

La politique étroite, qui ne parait que trop dans ces 
instructions, fit faire au roi une grande faute, la plus 
grande de son règne. Il arma contre lui la Bretagne. Ses 
meilleurs hommes de guerre étaient Bretons ; il les avait 
comblés de biend ; il croyait tenir en eux tout le pays. Ces 
mercenaires pourtant n'étaient pas la Bretagne. Eux-mêmes 
n'étaient plus aussi contents du roi. Il avait ordonné aux 
gens de guerre de. payer désormais tout ce qu'ils pren- 
draient. Il avait créé une maréchaussée pour réprimer leurs 
brigandages, des prévôts qui couraient le pays, jugeaient 
et pendaient. 

Il n'aimait pas Clisson. Quoiqu'il Tait désigné pour être 
connétable à la mort de Duguesclin, il eût préféré le sire 
de Coucy. 

Un cousin de Duguesclin, le Breton Sévestre Budes, 
qui avait acquis beaucoup de réputation dans les guerres 
d'Italie, fut arrêté sur un soupçon par le pape français 
Clément VII, et livré par lui au bailli de Mâcon, qui le fit 



323 CHAUtSS ▼. 

uaourir, au (gnrand chugi'ui 4e Duguesctin. Les parents du 
Breton 4tMd venus se pbiîftdre et $SiKmML son innocence» 
le roi dÂt firoîdemeat : « S'il «$t laort ÎQSQoeiit, la chose est 
moins ii<Hieu«e pour vous autres ; -e'^afit lant mieux pour 
son ftme et pour votre faonoeur. > 

Les Bretons étaient' Français eonire rAxigleterre, mafe 
Bretons avant tout Leur due voulait les Uvoer aux Anglais, 
ils ravs^ieflA chassé. La roi voulant les réunir à la couixmne, 
Us^ituissàventlevoi. 

Le 6 avril 4 378, Montfort s'étail engagé à 4Mivi*ir aux 
AJOiglais le château de Brest. Le 30 juin^ le roi rsyouma à 
camparaitra en Parlement, puis le fil «condanuier par dé- 
faut. La procédnr'e fiit étrange. On assigiia le duc à 
Bennes et à Nantes, tandis qn'il était en Flandre. X)n ne 
lui donna pas de sauf'^conduit. Plusieurs pairs ne vouhi- 
rent point siéger au jugement. Le roi parla, lui-même 
contre son vassal, et conclut à la contiscation. Si le duché 
étaU enlevé k Alontfoii, il aj^rait dà revenir à la maison 
de Blois, conlormément au traité de Guérande, que le 
«niaittitgaraati. 

JDiire à la vieille Bretiigne que désoisnais elle ne serait 
plus qu'une province de Prancfa une dépendanœ du do^ 
maioe, c'était une chiise hiMrdie, et avssi «ne ingratitude» 
sfivbs ce que les Bretons avaient liit po^r ohasser l'Anglais. 
I^ firold et égoïste prince ne connaissait pas évidemment 
le peuple auquel il avaitaflaire, et il ine pouvait le con- 
nattre; U y ades ^gnoranees sans lea^e, celles du cœur. 

Les Bretons, nobles et paysans, étaient déjà mal disposés. 
Le connétable Duguescltn d^ns ises gueare» da Bretagne, 
n'avait pas ménagé ses compatriotes. U les avait frappés 
d'un fouage de vingt sous par feu ; il avait défendu les 
affranchissements et rétabli la servitude de mainmorte, 
abolie par le duc. Le premier acte du gouvernement royal 
fut rétablissement de la gabelle. La Bretagne arma. 

Les bourgeois armèi'ent camiiie les nobles. Ceux d» 



\ I 



EXPULSION MS ANGLAIS. 3S7 

Rennes s'associèrent eKpressémeiit aux barons, et jurèrent 
de TÎvrê et mourir pour la défense commune. Le duc, re* 
venant d'Angleterre, fert acene&ii avec tnins|>ort par teux 
même qui l'avaient chasaé. On ne se sowrini pku s'il était 
Hois ou Itfôntfort. C'était le duo de Bretagne. Lorsqull 
débarqua près de Saint-^Malo, tous les barons, tout le 
peuple l'attendaient sur le rivage*, plusieuiis entrèrent dans 
i'eau et s'y mirerit à genoux, «leame de Blois, eUe^méme, 
vînt le Féliciter à Dinan, la veuve de Gharle»de Mois, «de 
celui qu'il avait tué. 

les meffleurs c^taines que le roi pouvait emplo3Rdr 
otmtrela Bretagne étaient des Bretons. Clisson parut devant 
Nantes; mais ri ne put s'empêcher de dire aux gens de te 
ville qu'ils feraient sagement de ne laisser entrer chez enc 
personne qui f&t plm fort qtf'etrx. Dugnesdin et Clisson se 
rendirent à rarmée que le duc d'Anjou rassemblait. Mais, 
à la première approche d'une troupe bretonne, cette armée 
se dissipa*. Le -duc d'Anjevi fiit 9éMl îà demander une 
Iréw. 

Lerm^ojwJt ses Br8tonBipasBer<l''ttn i^rès r^fttnaÂfm^ 
nemi. Ceux qui ne voulurent le quitter qu'avecson «Aori- 
sationr^iMnreBt ians< W iwiH o ;-maiaà hi fr wHi è/ni qniles 
arrêtait pevr les«i€Mne àtnevt conmie tntttnes. Oogvescflte 
hi^même, en butte'aux soupçons^ki roi, hti myvoyar^épée 
de connétifMe, disant qu'il s'en «Hait en Espagne, «qu'ilétak 
ansn ^conoèlaMe ée Clatfliile. Les ducs -d'Anjou et «de Boar- 
bonlnnntemFoyés powr l'apaiser. Clurrles Vsenisil Mm 
qu'H-nepouvaRmnfinresainhii. Maisle^vieuscaftaineétafit 
trop avisé pour «lier se casser la tète ooHtre cette 'fimewa 
Bretagne. H valait mieux pour M rosier bro«iHé avec le roi, 
et gagner du temps. Selon tovIeaffiareKoe, ili>e*c— oelil 
pas à reprendre l'épée de connétable. Ce fut comme ami 
du duc de Bourbon , et pour lui faire plaisir, quHl «lia 

*App., Î73. 



3S8 CHARLES T. 

assiéger dans le château de Randon, près du Puy eu Velay, 
une compagnie qui désolait le pays. Il y toniba malade, et 
y mouruti. On assure que le capitaine de la place, qui a^ait 
promis de se rendre dans quinze jours s*ii n'était secouru, 
tint parole et vint mettre les cle& sur le lit du mort. Cela n'est 
pas invraisemblable. Duguesdin avait été Thonneurdes 
Compagnies, le père des soldats; il faisait leur fortune, il 
se ruinait pour payer leurs rançons. 

Les états d^ Bretagne négociaient avec le roi de France, 
le duc avec celui d'Angleterre. Charles Y n'ayant voulu en- 
tendre à aucun arrangement, les Bretons laissèrent venir 
l'Anglais. Un frère de Richard II, comte de Bucking^iam, 
fut chargé de conduire une armée en Bretagne, mais en 
traversant le royaume par la Picardie, la Champagne, la 
Beauce, le Blaisois et le, Maine. Charles V les laissa passer. 
Le duc de Bourgogne lui demanda en vain la permission de 
combattre. 

Duglesclin était mort le 43 juillet (1380). Le roi mourut le 
46 septembre. Ce jour même, il abolit tout impôt non cou* 
senti par les états. C'était revenir au point d'oii son r^e 
avait commencé. 

Il recommanda ausai en mourant de gagner à tout prix 
las Bretons *. Il avait déjà ordonné que Duguesdin fût en- 
terré à Saint-Denis, à côté de son tombeau. Son fidèle 
conseiller, le sire de La Rivière, le fut k ses pieds. 

Ce prince étaitmort jeune (quarante^uatreans)»et n'avait 
rien fini. Une minorité commençait. Le schisme^ la guerre 
de Bretagne, la révolte de Languedoc à peine assou{Me, la 
révolution de Flandre ^ dans toute sa force, c'étaient bien 
des embarras pour un jeune roi de douze ans. Quoique 
Charles V eût déclaré par une ordonnance, dès 4374, que 

• App., rs. 

* Frois!>art. 

* L'histoire de cette rérolation se lie plus naturellement à celle do 
règne de Ciiark's YI. 



EXPULSION DES ANGLAIS. 329 

désormais les rois seraient majeurs à quatorze, son fils de- 
vait rester longtemps mineur, et même toute sa vie. 

Charles Y laissait deux choses , des places bien fortifiées 
et de l'argent. Après en avoir tant donné aux Anglais, aux 
Compagnies, il avait trouvé moyen d'amasser dix-sept miU 
lions. Il avait caché ce trésor à Vincennes, dans l'épaisseur 
d'un mur. Mais son fils n'en profita pas. 

Le roi se croyait sûr des bourgeois. Il avait confirmé ci 
augmenté les privilèges de toutes les villes qui quittaient le 
parti anglais *. Il avait défendu que les hôtels de ses frères 
servissent d'asile aux criminels, et soumis ces hôtels à la ju 
ridiction du prévôt. Conformément aux remontrances du 
Parlement de Paris, il l'autorisa à rendre ses arrêts sans 
délai, nonobstant tous lettres royauo9à ce contraires '. Il per- 
mit aux bourgeois de Paris d'acquérir des fiefs au même 
titre que les nobles, et de porter les mêmes ornements que 
les chevaliers. Le roi créait ainsi au centre du royaume 
une noblesse roturière qui devait avilir l'autre en limitant. 
Toutes les terres de l'Ile de France allaient peu à peu se 
trouver entre des mains bourgeoises , c'est-à-dire dans la 
dépendance plus immédiate du roi. 

Ces avantages lointains ne balançaient pas les maux 
présents. Le peuple n'en pouvait plus. Les taxes étaient 
d'autant plus fortes , que le roi, dès le commencement de 
son règne , s'était sagement interdit toute altération des 
monnaies. Je ne sais si cette dernière forme d'impôt n'était 
même pas regrettée; à une époque oii il y avait peu de com- 
merce, et où les rentes féodales se payaient généralement 
en nature, l'altération des monnaies frappait peu de per- 
sonnes, et seulement les' gens qui pouvaient perdre, par 
exemple, les usuriers, juifs, Cahorsins, Lombards, ceux 
qui faisaient la banque et les affaires de Rome ou d'Avr- 



* Y. ei-defsus, paç^ 29 i. 

• Ordoûn., V. 



330 £fiilRLBS V. 

gnoa. h^taxj^ au contraire, oe tgucbaîrat j>ar C€ttz-^', 
elles toQotbaient d'aplomb sur le pauvre. 

Les biens 4'égUse pouvûen^ .seuls venir inuseoMirs du 
peuple et du roi. Mais il £aUait4u lei^ps avaatqu'xni<oaàt 
y porter les mains. 

. Ce gui prouve combien le clergé «avait encore de puis- 
sance, c'est la facilité av.ec laquelle il avait chassé les An- 
glais des villes du Midi. Le roi de France» ^u^ .les jpfêtres 
venaient de seconder si bien, devait y regarder à deux fois 
avant dJe se brouiller avec eux. • 

Le schisme mettait le pape d'Avignon, entièrement à la 
discrétion du roi, et ^ui donnait, il est vrai, la libre dispo- 
sition des. bénéfices dans UMite TÊgUse gaUicaneL Mais cet 
événement plaçait la France dans une situation périlleuse; 
elle se trouvait i» .que^ue sorte isolée au miUlett de l'Eu- 
rope, «et comme hors du droit chrétien. 

C'était beaucoup sans doute pour la royauté , d'avoir en 
deux siècles, concentré en ses mains les deux finies du 
mojten Age, r£glise et la iéodalité. Les dignités ecclésiasti- 
ques étaient désormais assurées aux serviteurs du roi, les 
fiefs réunis à la couronne, ou devenus l'apaniige des princes 
du aaujg, Les^oandes maisons féodales, ces vivants sym- 
boles des grandes jprovincialités , s'étaient peu à peu 
éteintes. Les diversités du moyen Age se fondaiont dans 
l'unité. Mats l'unité était &ible encore* 

Si Charles Y ne put. faire beaucoi^) Uû-méjne, fl laissa 
du moins à la France le type du roi moderne» «{u'eUe ne 
connaissait pas* H enseigna aux étourdis de Crécy et de 
Poitiers, ce que c'était ijue réflexion, patience, persévé- 
rance. L'^ucation devait être loo^e; il y fallut bien des 
leçons. Maisau moins le but était marqua La France de- 
vait s'y acheminer , lentement, il est vrai, par Louis XI et 
par Henri IV, par Richelieu et par Colbert. 

Dans les misères du x\\^ siècle, elle commença à se mieux 
connaître elle-même. Elle sut d'abord qu^elle n*était pas et 



SXPULSIOK aSS AKfiLAlS. 331 

neTOttlait pas étiie Ai^bMe. Ea aiéaieitemps, eUe perdait 
quelque chose eu caractère arieUgieiiK et cbevaleresque -qui 
Tavait conronéoe avec le reste de Ja chrétunAé pendant tout 
le moyen ftge^ et etta aenoyaitt p«ir iapreiiière foi^ comme 
nation et oomma prose. Elle attaî^paait du premier coup , 
dans froi$sart, laperfectiendela proie naivalive ^.lej)ro- 
grès de Ia4ang«e est immenae de Jctiimlla àFroicsact, pres- 
que nul de Froiss&Dt à Caoaîiiea. 

Froissart, c'est vraiment la France d*alors, au fond ioutc 
prosaïque, naais dieTaderedopiedeiénne et ^ajneuae d'al- 
lure. Le galant chapetain quH€Ê$trnUmaimneBkilifp.aé^ 
bwua rieits ti de iaû^Vzanovrneus oonte bob Ustoke auaà 
noncManameQtqu'ilcIiaaBtaittfa meaBe. Diamls ou d'teMe^ 
mis, d'Anglais ou deFxaiiQais,4e bieo ou démaille conteipr 
ne «'en «Micie guère. Ceux <pà Tacottseï^ de paiAialîibé ne 
le eouneiasent pas vraioMBt S'U paiaft qiaedk|uefois .aw«r 
miettK r Anglais y entqnerjknglaîsréuasit. Peu lui inG^orte» 
pourvu -que de cUtean «n di&teau, d'abbaye en tabbaye, 'A 
oente «et éoeule At èeHes histoires, 4X)nuDe ju>us je veyena 
dans son voyage aux f yuéaéon , ciiaDiBant., ie joyew paft- 
\9t, avec ses quatre lèrâiBrs^fln'lasaaeiqu'il nftMie i^u «omta 
de Voix. 

Un livre bien mains connu, letnarieqnel je.m*amétecais 
MMiantphirvolonliersyc'estnn tnîÉé<xemposé ponrI'Alsiee 
du peuple Aes^ampa^ws parioedre^TiN : U vrairigims 
H geuœrmmmudm bwgersïeiÈurgàreÊ, umpaU p9r i$ nmi- 
que MumuU ftm, ir ban berger (18 VM). Baos « pctiH livre, 
écrit aivcc^pAce et beaucoup de 4QBMeur« nn4)0sa9e4ejre- 
lever la^iedes «hampe, d'y intèteaaer le peyaanu déQour,agé 
du travail apeès tant de cabonités. Cda est fort touchant. 
Cest évidenimant le roi qui se fait berger, ^ qui« sous cet 
habit, vient trouver le peuple, gisant eaiae le boeuf et l'âne, 
lesermonnedoucement, r^ncourageeteaaaj^ de l'inatruire. 



330 



CBARLBS ▼. 



P^ ,^^tion des troupeaux, et parmi les re* 

®*' .'^jje*^^ du vétérinaire, Jehan trouve moyen de 

j/^^^^(^ des grandes questions qui. s'agitaient 

lyr^^potos de pasteur et d'ouailles prêtent à mille 

^ %ji sent partout, au milieu de cette afféctatioa 

^/^^ rustique, l8 malice des gens de robe, leur ti- 

^ a^siicîié à l'égard des prêtres. Ce livre est très* 

^e parei^^ de l'Avocat Patelin et de la Satyre Mé- 

jl^renons. Il y avait dans Tordre apparent qu'on adoii- 
^ sous Charles V, et dans le système général du xtv 
siècle^ quelque diose de faible et de faux. La nouvelle 
religion, sur laquelle tout reposait, la royauté, se fondait 
elle-même sur une équivoque. De suzeraineté féodale, elle 
s'était faite, sous l'influence des légistes, monarchie ro- 
maine, impériale. Les établissements de France ti dOr^ 
Uans étaient devenus les établissements éfe la France. Le 
roi avait énervé la féodalité, lui avait 6té les armes des 
mains; puis, la guerre venant, il avait voulu les lui rendre. 
Elle suteistait encore cette féodalité, pleine d'orgueil et de 
ftiblesse. C'était comme une armure gigantesque qui, 
toute vide qu'elle est, menace et brandit la lance. Elle 
tomba dès qu'on la toucha, à Crécy et k Poitiers. 

Il fallut bien alors employer les mercenaires, les soldats 
de louage, c'est^*dire faire la guerre avec de l'argent. 
Mais cet argent, où le prendre? On n*osait encore dé- 
pouiller l'Église, et l'industrie n'était pas née. Charles Y, 
avec toute sa sagesse politique, ne pouvait rien faire à cela. 
Au dernier moment, tout lui manqua à la ibis. Les An- 
glais, qui traversèrent la France en 4380, ne rencontrèrent 
pas plus de résistance qu'en 4370 ; le roi, qui n'aVait plus 
les Bretons, se trouvait plus faible encore* 

La sagesse ayant édioué, on essaya de hi folie. La 
France se lança sous le jeune Charles Vi dans une extra- 
vagante imitation de la chevalerie ancienne, dont on avait 



EXPULSION DES ANGLAIS. 333 

oublié le vrai caractère et même les formes ^ Cette fausse 
chevalerie prit pour son héros un personnage fort peu che- 
valeresque, le fameux chef'des Compagnies qui en avait 
délivré la France, Thabile Duguesclin. L'épopée que Ton 
fit de ses faits et gestes s indiqué assez que personne n'a- 
vait compris le vrai génie du connétable de Charles V. 

Ce qu'on imita le mieux de la chevalerie, ce fut la ri* 
chesse des armes et des armoiries, le luxe des tgurnois. 
Charles Y avait un peuple ruiné. On demanda à cette mi- 
sère plus que la richesse n'eût jamais pu payer. Une fois 
dans l'impossible, que coûte-t-il de demander? 

Même situation dans toute l'Europe. Même vertige. Le 
hasard veut que la plupart des royaumes soient livrés à 
des mineurs. La royauté, cette divinité récente, elle bé- 
gaye, ou radote. Le siècle de Charles le Sage, le premier 
siècle de la politique, n'est pas arrivé aux trois quarts, 
qu'il délire et devient fou. Une génération d'insensés oc- 
cupe tous les trônes. Au glorieux Edouard III succède 
l*étourdi Richard II, au prudent empereur Charies IV l'i- 
▼rogne Wenceslas, au sage Charles Y Charles YI, un fou 
furieux. Urbain YI, D. Pèdre de Castille, Jean Yisconti, 
donnèrent tous des signes de dérangement d^esprit. 

La petite sagesse négative qui pensait avoir neutralisé le 
grand mouvement du monde, se trouvait déjà à bout. Elle 
s'imaginait avoir tout fini, et tout commençait. Le's fils, 
que les habiles avaient cru tenir, s'embrouillaient de plus 
en plus. La contradiction du monde augmentait. On eût 
dit que la raison divine et humaine avait abdiqué. « Dieu, 

< Ao point que, sous Charles VI, lorsqu'on arma solennellement che- 
Taliers les deux fils da duc d*Anjoa, tous les assistants demandaient ce 
que signifiaient ces rites. 

* Ce poëme offre le mélange bixarre de denx esprits très-opposés. 
Dognesclin y est peint comme un chevalier du xiii* siècle; mais il vst 
malTeillant pour les prêtres, comme on Tétait au xiv*. l\ ne reut rien 
prendre du peuple ; il ne rançonne que le pape et les gens d'église. On 
croirait lire la Hênriaâe. App., 276. 



334 CDÀBUss ▼. 

conune dit Luther, s'eaauyaît du jeu, et jetait les cartes 
sens la taUfiL » 

C*est un moment trac^que q«e eeliû où l'on se sent de- 
venir fou, le moment où la raison, éclairée de sa dernière 
lueur^ se voit périr et s'éteindre. « Oh I ne permets pas 
que je soie fou, bc»ité du eiel, S'^écrie le soi Lear, conserve» 
moi dans: Téquiliiure. Ob ! non, pa^ fou^ de grâce I je ne 
Youdraia pas» être fou t..* r 



APPENDICE 



•MMMa^BAi 



i -— page 5 -— AijyhmnêÊ' X t^enfammU avec tm jmif$^ péwr aiêè^ 
rer d'wt mikangt rOiMt» U âmi gôêhùfmê,.^ 

Je ne fnéUsoàa pâ6 déppécicr ici le tiode 4ea 8utt FmrMa$\^ 
j'espère q«& mom am» H.. Rûsaew Stioti'nairc: aOQs le ftfrt 
bientôt cQualife dan» ks aceosA v«itttt&^ m» HisÉtire é'Ësi- 
pagDe, qae iMXua aUemlosa HnpalieiftinMiV. Je n'ai peétenëti 
exprimer a*r l^s4oi6 d'Alphonae, fuai le- j^giraiettt phns pefrio- 
tiqae qu'éclairé de TEapagna d'alora. Uest josia de retûDnaiire 
d'akUeon qêm ee prince, tôui ciere et :Ava«t qu'il étail^ Mlaa 
la lanfoe eapegnole* • U fut le premier dta roia d'Espagne ^ÊÂ 
erdonna fne les contrats et toualed antirc» acten pnbliaa ae 
fiuent déâoemai» en eapagattU 11 ^ faôre mfe Irédncliott dea 
livrea aacréa en eaatîUan... U ettvfit la porte h unn ignoranea 
profonde dea letlrea hoMaine» ei dea autres seienr ea, qne lea 
eedéaîaatiqnds aensi bîen que les sécaltera ne enlUvèrani phMv 
par l'oubli de 1» langne laitne. > Mariaoa, Ilh p. tôB dm la trn- 
daction (noie de lâS?)^ 

^ — pAg^ ^ -^ ^^^* ^ porêroÊi deê rots cfAvapon dsmê !>■»*• 
(ortar... 

« Si lea snjeèn de non rots aameni oossbie» lea antraa roiS' 
sont dura et cmel^envera leurs pevfrièsv ils beiaeratent la terroi 
foilée par leurs se^pken^a• Si ren me de man d a : « Muntancr , 
• qnellea faveurs foui les Eois d'Anrgon É leurs aajet», plus que 
« les autres rois? » Je répcndrsM, premièrement; qn'ila ioni 



836 , APPENDICE. 

observer aux nobles, prêtais, chevaliers, citoyens, bourgeois et 
geos des campagnes, la juslice et la bqnne foi, mieux qu'aucun 
autre seigneur de la terre; chacun peut devenir riche sans 
qu'il ait à craindre qu'il lui soit rien demandé au delà de la 
raison et de la justice, ce qui n'est pas ainsi chez les* autres 
seigneurs; aussi les Catalans et les Âragonnais ont des senti- 
ments plus élevés, parce qu'ils ne sont point contraints dans 
leurs actions, et nul ne peut être bon homme de guerre, s'il 
n'a des sentimenis élevés. Leurs sujets ont de plus cet avan- 
tage, que chacun d'eux peut parlera son seigneur autant qu'il 
le désire, étant bien sûr d'être toujours écouté avec bienveil- 
lance, et d'en recevoir des réponses satisfaisantes. D'un autre 
côté, si un homme riche, un chevalier, un titoyen honnête, 
veut marier sa fille, et les prie d'honorer la cérémonie de leur 
présence, ces seigneurs se rendront, soit à l'église, soit ailleurs; 
ils se rendraient de même au convoi ou à l'anniversaire tic tout 
homme, comme s'il était de leurs parents, ce que ne font pas 
assurément les autres seigneurs, quels qu'ils soient. De plus, 
dans les grandes fêtes, ils invitent nombre de braves gens, et 
ne font pas difficulté de prendre leur repas en public ; et tous 
les invités y mangent, ce qui n'arrive nulle part ailleurs. En- 
suite, si des hommes riches; des chevaliers, prélats, citoyens, 
bourgeois, laboureurs ou autres, leur offirent en présent des 
fruits, du vin ou autres objets, ils ne feront pas difficulté d'en 
manger; et dans les châteaux, villes, hameaux et métairies, ils 
acceptent les invitations qui leur sont faites, mangent ce qu'on 
leur présente, et couchent dans les chambres qu'on leur a 
destinées; ils vont aussi & cheval dans les villes, lieux et cités, 
et se montrent à leurs peuples; et si de pauvres gens, hommes 
ou femmes, les invoquent, ils s'arrêtent, ils les écoutent, et les 
aident dans leurs besoins. Que vous dirai-je enfin? ils sont si 
bons et si affectueux envers leurs sujets, qu'on ne saurait le 
raconter, tant il y aurait à faire; aussi leurs sujets sont pleins 
d'amour pour eux, et ne craignent point de mourir pour élever 
leur honneur et leur puissance, et rien ne peut les arrêter 
quand il faut supporter le froid et le chaud, et courir tous les 
dangers. • Ramon MunUner, î, ch. xx, p. 60, Hrad. de 
M. Buchon. 



AP.-'TNDICS. 337 

3 ^ page 9 *- « Nous ovions reçu VAntiehrist,,, • 

ff Regni Siculi Antichrislum. > Bart à Neocastro, ap. Mara- 
tori, XIll, 1026. fiartolomeo et Ramon Muntaner ne font nalle 
mealion de Procida. L'un veut donner toute la gloire aux Sici- 
liens, l'autre au roi d'Aragon, D. Pedro. 

4 -. page 10 — La lamentation par laquelle Falcando commence 
son histoire.,. 

Hugo Falcandus, ap. Muratori, VII, £52. La latinité de ce 
grand historien du zii* siècle est singulièrement pure, si on 
la compare à celle de Bartolomeo, qui écrit pourtant cent ans 
plus tard. 

5 — page 13 — Les maisons françaises étaient marquées 
d avance,,, 

« Ceulx de Palerme et de Heschincs, et des autres bonnes 
villes, signèrent les huys de Francoysdonuyt; et quant ce vint 
au point du jour qu'ils purent voir entour eux, si occirent tous 
eealx qu'ils peurcnt trouver, et ne furent épargnés ne viculx 
uc jeunes que tous ne fussent occis. > tlironiques de S. Denis. 
Au 110 1282. 

6 — page 43 — Charles d'Afjou ré^^ondit aux envoyés de 
Uessine^ etc .. 

Villani ajoute avec une prudence toute machiavélique : c Onde 
fae, et sera sempre grande ascmpio a quclli, che sono et che 
saranno, di prendere i patti, che si possono havere de* nimici, 
poteudo havere la terra assediata. > Vill., 1. VU, c. lxt, p. 281- 
282. — Le légat engageait Charles à accepter les conditions 
des habitants : • Per6 chè, poi che fossino indurati, ognidi 
peggiorercbbono i patti; ma riavendo egli la terra, con volontà 
de' cittadini medesimi ogni di îi potrebbe alargare; il qualo 
cra sano et buono consiglio. > Id., 1. VU, c. lxt, p. 231. 

7 — page 14 — Ctf »? fut qu'au bout de plusieurs mois, etc.. 
Rien de plus romanesque et toutefois de plus vraisemblable 

que le tableau du chroniqueur sicilien, lorsque le froid Arago- 
naiâ se hasarda à descendre sur cette terre ardente, où tout 



338 APPBXDÎCE. 

élail passion elpdrrl. Il'&llaH entrer surie terrilohrcdc MMBînc, 
et déjà il était parvenu à une église de Nolre-Dhmc, ane ien 
temple situé sur un promontoire d'où Ton voit» la mer el la 
fumée lointaine des îles de Li pari. Il ne put s^empôc.hcr d'ad- 
mirer celte vue. et alla camper dans la vallée voisine. C'était 
le soir, et déjà tout le monde reposait. Un vieux mendiant 
s'approche et demande humblement à parler au roi de chose* 
qui touchent l'honneur du royaume : • Excellent prince» dit il, 
ne dédaignez pas d'écouter cet homme couvert de la cape des 
chevriers de l'Etna. J'ftimais votre beau-frère, le roi llanfred, 
d'éternelle mémoire. Proscrit et dépouillé pour lui, j'ai visité 
les royaumes chrétiens et barbares. Mais je voula-is revoir la 
Sicile, je me suis hasardé à y revenir; j'y ai vécu avec les ber- 
gers, changeant de retraite dans les gorges et les bois. Vous ne 
connaissez pas les Siciliens sur lesquels vous allez régner, vous 
ignorez leur duplîciié. Comment vous - fier, par exemple, an 
léontin Alaymc. et à^sa femme Machalda, qui le gouverne ? Ne 
savez-vous pas qu'il : a *été proscrit par Mftnfired 1 ramené; eo- 
richi par Charles d'Anjou? Sa femme saura bien: encore le 
tourner contre vous-même. — Qui es- lu. mon ami, toi qui veux 
nous mettre en défiance de nos nouveaux sujets? —Je suis 
Vitalis de Vitali. Je suis de Messine.. » — A l'instant même 
arrive Machalda, vôtue en amazone; elle venait hardiment 
prendre possession du jeune roi : • Seigneur, dit-elle avec la 
vivacité sicilicmic, j'arrive la dernière: Tous les logis sont 
pris, je viens vous démander rhospitalUéd'tine' nuit. • Ite roi 
lui céda lé logisoù il devait reposer; Maià ce n'éUit pas-son 
afiftîife, elle ne partait pas. Vïiiûement dit-41 à son- majoréome : 
• Uesiieçips de iirendre du- repos; » EWererfle immobile. Alors 
le roi prend son parti : c Eh bitU', dil-lly causons jusqu'à» 
jour. Madame, que craignez-vous leplusî'—U mt>rt de mon 
mari.' - Qu'aimez-vous le plus ? - Ce que j 'aime n'est point a^ 
moi. » —Le roi, prenant alors un ton plùa grave, raconte les 
phénomènes étranges qui ont, ditril, accompagné sa naissance : 
il est Tenu au mondé pendent un tremblement de terre; dési- 
gné ainsi par la Providence, il n'a pris les annea que pour 
accomplir le saint .devoif de venger Manfrcd. Machalda, ainsi 
éconduite, devint l'ennemie implacable du roi. > Plût au ciel. 



APPENDICE. 339 

dit naïvement l'historien palrîole, qu'elle eût séduit le roi! Elle 
n'eût pas troublé le royaume. » Bartliol. à Neoc, apud MUra» 
tori. XUI, 1060-63. . . 

8 — pagp i7 — Lé roi à: Aragon nrcepta le combaHringuli^i" 
proposé par Charles d'Anjou,'.. 

€ Cio fece per grande sagacité di guerra et per suo grau 
senno, concibsia cosa ch'egli era moUo povero di moneta et da 
DOD potere respondere al soccorso et rlparo de' Ciciliani... 
Oode timea che .. non si arrendessono... per che non li sentiva* 
eonsunti ne fénni... el cosi et savio suo provedîmeiHo venno' 
bene adoperato. » Viilàni, c. lxxxt, p. 290.' 

9 — page 23— Philippe le Bel défend d'emprisêmer qui qn^ 
ce sait sur la seule' demande des inquisiteurs... 

« Dictum fuit (in parlianento) qnod prsefati aat eorum oât- 
claies non possunt pœnas pecuniarias Judaeis infiigere nec exi* 
gère per ecciesinliosoi ctnauram, sed'ftohim-modo pœnama 
eanone siatatam, scilîcet «ommonioDaeini fideliam sibi subtra- 
heruj > (Libertés de TËgiise gallioana; Ift, 14&>— Oa secail 
testé de^veifici une inNÛe-asièreideir^xoûaiBnnicatioii. 

10 — page '30 — Edouard I«r écrivit humblement à ses sujets 
de Guyenne, etc..» 

c Moas avions un Irailé avec le roi de France, d'après lequel 
nous avons fait de vous et de notre duché certaines obéissances 
à ce Roîv qoenou» avea& cru .êtra<pour lebien de la paix et 
l'avantage de la chrétienté. Hais^, par. 1&^ noua noua sommes 
rendus conpabies envers. vous^ pnisque nous l'avons fait sans 
voUe eonsentemenl^ d'aalsatfpjna qife vous étiez Jbien préparés 
à ^rder^t à/, défendre votre terre. Toutefois^ nous vous de- 
mandons de. vouloir i bien ^n4>ns-tenic pour excusés; car nous. 
avens étéxiraenvenoe^et séduits; dens.eeltfrjconji^ncture. Nous 
engouffrons ptns^De ppjsonne» comme pourront vous l'assurer 
Hugues de Vères, Raymond de Ferrers, cpii conduisaient en. 
notre nom ce traité à la cour de France» Hais, avec l'aide de 
Dieu, nous ne ferons plus rien d'Important désormais relative* 
ment à ce duché sans votre conseil et votre assentiment. » 
Ap. Rymer, t. 11, p. 644. Sismondi, Vlll, 480. 



340 APPENDICE. 



11 — page 31 — L'indulgence de la Coutume de Flandre pour 
la femme et pour le bâtard... 

c In Flandria jaminde ab initîo obseryatum constat, nemtnem 
ibi'notbnm esse ex matre. > Meyer, folio 75. Le privilège fui 
étendu aux hommes de Bruges par Louis de Nevers : • 11 les af- 
franchit de bastardise, sy avant que le bastard soit bourgeois 
ou Gis de bourgeois, sans fraude. > (1331) Oudegherst. Chron. 
de Flandres. — Origines du droit, page 67, 1. U»", chap. m. Les 
b&tards héritaient des biens de leurs mères. < Car on n'est pas 
l'enfant illégitime de sa mère. • Miroir de Saxe. — Diverses 
lois anciennes donnentméme aux enfants naturels des droits sur 
les biens de leur père. Grimm, 476. — J'ai parlé ailleurs du 
droit.des b&tards en France. Selon Olivier deTla Marche. « il n'y 
avait en Europe que les Allemands chez qui les b&tards fussent 
généralement méprisés. » Guillaume le Conquérant s'intitule 
dans une lettre : < Moi, Guillaume, surnommé le B&tard, > 

■ 

12 — page 40 — Boni face VIll, tieU avocat, etc.. 

f Hic loDgo tcmpore expericntiam habuit curiae, quia primo 
advocatus ibidem, indc factus postea nolariuspape,postea car* 
dinalis, et inde in cardinalatu expcditorad casus Collegîide- 
clarandos, seu ad cxteros respondendos. > Muralori, XI» 
1103. 

13 — page 41 — L'homme est double; Uy aen lui le Pape et 
rEmpereur.,. 

€ Cum omnis natura ad ultimum quemdam finem ordinetur, 
consequitur ut hominis duplex finis existât : ut sicut inler 
omnia entia soins incorruptibilitatem et corruptibilitalem parti- 
cipât, sic... Propter quod opus fuit homini duplici directivo, se- 
cundum dupliccm finem : sciîicet summo ponlificc, qui sccan- 
•dum rcvelata humanum genus produceret ad vitam sternam; et 
imperatore, qui secundu m philosophica documenta genus hu- 
manum adtemporalem felicitatem dirigeret. > Dante, De Monar> 
«hi&. p. 78, édit. Zalta. 

i\ — page 41 — De Monarchia, « De Tunitè du monde sa* 
€ial > ... 



APPENDICE. 344 

Dante (De monarchia, t. IV, p 2. a). L'éditeur a mis an fron- 
tispice l'aigle de l'Empire avec cette épigraphe : 

£ 60tto l'ombra délie sacre penne, 
Goveroo Tmondo li di mano in mano. 

Paradii., c. vi, ▼. 7. 

15 — page il — Ce monarque, pomdant lout^ ne peut rien de* 
sirer, etc. 

c Notandum quod justitiae maxime contrarialur cupidilas..» 
Ubi non est quod possit optari, impossibile est ibi cupiditatcm 
esse... Sed moDarchia non habet quod possit oplare. Sua nam- 
quc juridictio terminatur Oceano solum, » p. 17. — 11 prouve 
ensuite que la cbarilé, la liberté universelle, sont à la condi- 
tion de cette monarcbie. — « genus humanum, quantis pro- 
cellis et jacturis quantisque naufragiis agi tari te necesse est, 
dum bellua mullorum capitum factum in diverse conaris, iutel- 
lectu aegrotas utroque similitcr cl aflicctu,.. cum per tubam 
sanctî spiritns tibi cfflelur : £cce quam bonum et qaam jucun- 
dum habitare fratres in unum ! » Dante , De monarchia, 
p. Î7. 

16 — page 43 — Sais>et appartenatt a h famille des anciens i- 
eomîes de Toulouse.,. 

• Qaod antiquitus erat Cornes et Vicccomcs Tholosae et quia 
ipsc erat de génère Vicecomitis, qui dîctus Vicccomes domina- 
batur in certa parte^ civitatis Tholosae. > Dupuy, Diff., 640. 

// était l'ami de toute la noblesse municipale... 

c Quiaomnes meliores homines de Tholosn sunt de parcntcla 
noatra, et facient quidquid nos voluerimus. » Ibid , p. G43. 

Jl rêvait la fondaiion d'un royaume de Languedoc... 

c Audivit dicltim Episcopum Appam Comiti Fuxi dicentem : 
Faciatis Pacem mecum, et vos habcbitis civitatem Appam, et 
erîtis rex, quia anliquitus solcbat ibi esse Regnum adeo nobile 
aient Hegnnm Francise, et postea ego faciam quod vos eritis 
Cornes Tholosœ, quia in civitatc Tholosae, et in terra habeo mul« 
tos amicoa, valde nobiles et valde potcntes... > Ibid., 645, V. 
encore le l«r témoin, p. 633, et le XIV« témoin, p. 640. 

•.. au profit du comte de CommingesA. 



>. 



342 irrsNiucB. 

c Ipse episcQpus «empcr dilexerat conuteia .ÇoiweDacaTn et 
totum genus jsuum, et speci ailler quia ent ex parie uoa iie 
recta linea comitîs Tholosani, et quod génies totius terne âili- 
gebant dictum comitem «x cansa pnedieU. > Ib., XV11« té- 
moin, p. 642. 

17 — page 47 — FjŒ petite bulle fut hrûUe, etc. 

Dapuy, Preuves du Diff., p. 59. — t Fuerunt litters ejus 
(papœ) in regno Francise coram pluribus concrematae, et sine 
hodore remissi nuntii. * Chron. ''Rothomagense, ann. 1302 ; et 
Âppendix annalinm H. "Stcronis Attahensis. — Le ms. cité par 
Dupuy (Preuv. du Diff., 59), et que lui seul a vu, n'est 
donc pas, comme le dit 'M. deSismondi, la seule autorité pour 
ce fait. (V. -Sism., IX, 88.) 

18 — page 49 — Letire^des noUesAux eardimux... 

La lettre ajoutait au nom des nobles : Et se ainsi esloit que 
nous, ou aucuns de nous le vousis$ions.6oufijrir, ne les soufer- 
Tù'ii mie lidicts noslre sire li royç, ne li commun peuples dudit 
royaume : et à grand'doulcur, et à grand meschief, nous vous 
faisQns à sçavoir par la teneur, de ces lettres, que ce ne sont 
choses qui plaiaent à Dieu, ne ne doivent plaire' à ualibomsie de 
bonne voulenlé, ne oncques mes telles cboaesne deaGeBdiront 
en cuer d'bomime, ne ores >nc furoat, ne aUcsdués advenir, fors 
avecqucs Antéchrist... Pourquoi nous vous prions «t requeroas 
tant affectueusement comme nous pouvons.,, que UjasaU^^ea qui 
est esmeus, soit arrière mis .et.aaiantjii.'.eljquedei^as cKcès 
qu'il a accoustumé à fai«e, il scût cbasli«%4ja loUarmaiv^, que 
li estât de la Ghrestienté soit et dejvieureien^on .bon poiaiietian 
son bon estât, et de ces chqscs nous faites à sçavoir par lepor* 
leur de ses leUres vx)stre volonté etv^atre aftAeataon : car pour 
ce nous renvoy4)ns.espéciaumeul à> vous* -.et. bien veruloasqie 
vous soyez certain queue pour vie, tte:pour.fmort, .naasjiadé- 
partirons, .ne ne veoAs à 4épartir de ce pcooez,, al , Cayst oi^s , 
ainsi queli Roys nostre Sire levouhist bieo...i£t.popQae^e 
trop longue chose, et ehargeans seroit, se ohaeun daaoaa ■»(- 
tcroit seel en ces présentes lettres, laites denoalre coauga«nas- 
senlement, nos Loys fils .le roi de Ffancc,cueitsde£vreux; Ro- 



APPBKDICB. 313 

1>ert cuens d*ArKHs; Robert Dok de Boni^oif ne ; Jean Dnx de' 
Bretaîne; Ferry Dox de Lorraine ; Jetn coens de Hainaot et de 
Hollande ; Henry coens de Luxembourg; Guis cuens de S. Pol; 
Jean cuens de Dreux ^Huges cuens de la Marche ; Robert cuens 
de Bouioigne; Loys couens de<Niver8 et de Aetel; lean cuens 
d'Eu; Bernard cuens de Gomminges; Jean 'cuens d*Aubmar]e; 
Jean cuens de Fores; Valeran cuens dePérigors; Jean cuens 
de Joigny; J. cuens d'Auxerre; Aymars de Poitiers, cuens de 
Valenlinois; Estcnncs cuens de Sancerrc ; Renault cuens de 
Mootbeliarl; Enjorrant sire de Coucy; Godcfroy de Breban; 
Raoul àe GlevroontiooAsasUblc .de^Foioee; Jeaaairie.de Ghas- 
4f«uvilain v Jourdain. sire dcLiUq > Jean 4le.Ghaloni site Bttelty ; 
ifimrllauBiO'de Gbaveîgny^sire de Ghaa«iau4kKMil;«Ricbars l'aire 
4&BewHW,t oiiiAmaarry visuaas de Manbaiiuerfavons.mistttila 
roquesAe, etron .neaiKde bous, >et.po«r.toii84asta«lres,<Qa»at«us 
en ces présentes lettres. Donné à Paris, le-iO^joun d'avrii, l^an 
dcgr&coiaOâ.» 

«49 — page SO — * LHireides^mmÊiibriê'éu^i^^é.,. 

c ... Prout quidam noslrum qui ducatus, comitams, Woèias, 
feoda etalia membra dicti Rcgni tenemus... adcssemus eidem 
debitis consilHs et auxiliis oppoftunis... Gognoscedtés qudd ex- 
crcscunt angustiae cum jam abhorreant lolci et prorsus Offugiant 
consorlia clericorum. tûopuy, Neuves, p. 70. — La lèilre est 
datée de mars, c'est-à-dire probablement an tidatéc : «' Dàtuml^a- 
risi is die Marti» praedicta . Lesasdit Jourde mars. • Et ils n'ont 
indiqué auparavant aucun Jour. Mais ils ne voulaient .point 
dater de rassemblée du roi, ne s'élant . pas rendus à celle du 
pape. 

Cette lettre contient également le grand grief de la nobfeue.,. 

«Et prael.ili dum non habcnt quîd pro meritis tribuant, 
imo rétribuant nobilibus, quorum progenitoresccclesias funda- 
vcrunt, cl aliis litteratis personis, non inveniunt scrvitorcs. » 
Dup., Preuves, p. 69. 

ÎO - page^a^i — I»« Mùne^ifrannè de .GanJ, quidortMux ge- 
^Quxdela Vierge,,. 

• Hodic quoquc pro symbole urbis Virgo sppimonlo Vgnco 



344 APPENDICE. 

clausa, cujus in sinu Léo cum Flandriae lababo cabat... * Sac- 
derus, Gandav. Rcr., 1. 1, p. 51. 

2i — page 51 — « Roland, Bdand, etc... > 
C'étail rinscripUon de la cloche : 

Roelan'lt, RoeUndr, als ick kleppe, dan ist brandt, 
Als ick lave, dan ist storn in Vlacnderlandt. 

(Sandenu, 1. Il, p. 115.) 

S9 — page 52 — Peter Kœnig,,. 

■ Primus ausns est Gallorum obsistere tyranntdl Petrns oo- 
gnomcnto Rex, homo plebeins, unocnlus, œtate sexagenarios, 
opificio textor pannorum, brevi vir stature nec facie admodum 
libéral! , animo lamen magno et feroci, consilio bqpus, mana 
promptus, flandrica quidem lingua comprîmisfacundus. galîi- 
cie ignarus. » Mcyer, p. 91. 

Les gens du peuple te mettent à battre Iturt chaudrons... 

c Gumque ad campanam civilatis, non auderent accedere, 
pelves suas puisantes... omnem multitudinem ooncitarunl. » 
Ibid., p. 90. 

23 ~ page 52 —.Les Gantais furent retenus par leurs gros fa- 
bricants. 

c Primorcs civitatis, quique dignate aliqûa aut opibus valc- 
bant, Liliatorum sequebantur parles, formidantes Régis poten- 
tiam, suisque timentes facuUatibus. * Ibid., p. 91. 

24 — page 53 — Ils voulurent r4)mmunier ensemble, etc.. 

< A la bataille de Courtrai, les Flamands firent venir nn prê- 
tre sur le champ de bataille avec le corps de Christ, de sorte 
qu'ils pouvaient tous le voir. En guise de communion, chacun 
d'eux prit de la terre k ses pieds cl se la mit dans la bouche. • 
G. Villani, t. VllI, c ly, p. 333. — V. d'autres exemples de cette 
communion par la terre dans mes Origines du droit, livre III, 
ch. lY 

25 — page 53 •— On répétait que CkâtiUon^ etc... 
t Vasa vinaria portasse restibus plena, ut plebeios strangn- 
laret. » Mever. 



APFBIDICB. 345 

La riine aoait^ dUait-on, recQmmandè aux Françait 911e, etc.. 

c Ut apros quidem , hoc est vlros» hastis, sed sues verutis 
eonfoderent* infesta admodam mnlieribns, quas sues Tocabat, 
ob fastiim illnm femîneum vîsnm a se Brugis. » Ibid., p. 93. 
— V. eî-dessns page 68 : La reine avait dit en voyant les Fla- 
mandes : ■ Ego rata . snm me esse Reginam ; at hic sezcentas 
conspicio. » Ibid., p. 89. 

26 — page 54 — L$s Flamands tuaient à leur aise, etc. 

c Incredibjle narratu est qnanto robofe , qnahtaqne fcrocia, 
coUnctantem secnm in fossis hostem nostri exceperint, malleis 
ferreis plumbeisqne mactaverint. > Meyer, 94. — cGnillelmus 
cognomento. ab Saltinga... tantis viribus dimicavit, nt équités 40 
prostravisse, hostesque alios 1400 se jugulftsse gloriatus sit. » 
Ibid., 95. 

Î7 — page 55 — Après la défaits de Philippe à Courirai, la 
eour pontificale changea de langage. 

Quinze jours avant la bataille de Ck)urtrai , le pape tint dans 
rassemblée des cardinaux un discours dont la conciliation 
semblait le but. Il y dit, entre autres choses, que sous Philippe- 
Auguste, le roi de France avait dix-huit mille livres de revenus, 
et que maintenant-, grftce à la munificence de TËglise, il en 
avait plus de quarante mille. Pierre Flotte, dit-il encore, est 
aveugle de corps et d'esprit, Dieu l'a ainsi puni en son corps ; 
cet homme de fiel, cet homme du diable , cet* Architophd , a 
pour appui les comtes d'Artois et de Saiût-Pol; il a falsifié ou 
supposé une lettre du pape; il lui fait dire au roi qu'il 
ail à reconnaître "qu'il tient son royaume de lui. Le pape 
ajoute : 1 Voilà quarante ans que nous sommes doctear en 
droit, et que nous savons que les deux puissances sont 
ordonnées de Dieu. Qui peut donc croire qu'une telle folie 
nous soit tombée dans l'esprit ?... Mais on ne peut nier que le 
roi ou tout autre fidèle ne nous soit soumis sous le rapport du 
péAè.., Ce que le roi a fait illicitement, noas voulons désor- 
mais qu'il le fasse licitement. Nous ne lui refuserons aucune 
grâce. Qu'il nous envoie des gens de bien, comme le duc de 
Bourgogne et le comte de Bretagne ; qu'ils disent en quoi nous 



346 ..JIPBMHCE. 

afons manquer 008S nous ain«iiderons.>Tantqae jUii été car- 
'dtnal, j-ai été. Francis; depuis, bo«s avons beaueoap aimé le 
roi. San»iiioiis, lâL.ne 'iienérait .pas d'an pied daaaison siège 
royal ; les Anglais et las lAUemaarfsiSjélèvaaraienb^osiiire Aaî. 
Noas connaissons tiatts las faaoiels du. refaane;.*iioiis savons 
«eomme les Allvntmds, 'leH Boar^aigaoBa ateeenz du Lugsadlcc 
aiment les Français. Amantes neminem amat.vds bcok), oonuae 
dit Bernard. Nos prédécesseurs ont déposé trois rois de France ; 
après tout ce quetcelui-ci a. fait, nous le.déposeriûns commue un 
pamre gars (sicut unom^garcioAeip), .avec douleur toutefois, 
avec grande Jci&tesser^s il fallait :en avenir à.xette nécessité. * 
Dupny, Pr.,,p. 77'-8. — lfaJgré.Un3olence,deiaifinale, ee 4ts- 
>€Ours. était une concesaion du^pf^p^, ua pa&eaarhèce. 

28 — page 56 note 1 — Consultation de Pierre Dttèat»«*»lre 
le pajpe... ' 

Voici en subatanee ce pamphlet dii^u^* aièole.'— r Apièa uvoir 
établi l'impûssibilité d'une. 6uprtealÎ6«iia^«raeMe et réfoié les 
. préleudas rexempile8iiia& Mudians, < des. Aasyrieus, -des ifisats et 
des;ftoniains, iL'cke<la toi .derMoiae .cpti.délaod4ai«oiiuakise 
'.*etleivM..« iOrûle .pape>'C«Avoiiei'ai-aafiU la :supréne Afcieitéaiu 
iBtti,^i est^^et la fouioutaéléy^dcnu^âlretSMiiiiisisà ipefiaaiiue,< et 
<deiCoaMnanden.par-tout]aon{ toyaame4aanstcniale cet ^amitéle 
ihumain.'De.pdaàs, un'tte peniliier Kfue depuis ia dâslîBeftiMi dos 
fitoiaiuef, .Kuaurpatkai' des oboses; possédéas, -tie cellas^auriaut 
qui. sont prescrites par iaa« pMaea«cm'ini«ttémonaAc,(«e:;wit 
pécbé ijnoBlel. ôr ie roi Ae/Fnnee possède la . siqifAaae ;f«ri- 
i dietionet la fmcyse de son temporel, depaîs plus de aailAaans. 
Itflra,iletsaôme toiy'depuis te tsMps de £hapiwBigfic doai il 
descondr comme en ie-TOtfridaB&de>oaflOii AwJeeeeseru pêeteie, 
i«t a prescrit. la cotialion-ides prébandss styles fruits de lagaide 
•des dglises , ioan saKslikre«'étpar.oeoapaAwn, anais ipar doaa- 
tian àuipapetAdmenyqui,^da!cenaenlCBWflt du xoaeih&géaéfa], 
s conféré à jQhcrlemafae liées ulosils. et Jiien'idlaalfes pieaifue 
:iBOonipaiuMeaentipliis*:gaaBKl8, savoir ique^Jui et'.aes.s«ccas- 
laeuss. paurraieat ehèisir attaornier .«^iiilstmidraieot papea , 
■cardinaux, -patriarehes , rpoélals, ^atc...i O^ailloifa, lc>p^>e 
nc.peut réclamer la suprénaiie do^neyaiuane ée ^Kaanse 4ue 



IWESfMGE. 347 

eomme souverain Pontife imais si c'étarit rdoHenieBl< un droit 
de la papauté, il eût aparlonu à aaial Pierre et à ses sueeesseurs 
tfui ne l'ont point rédamé. Le roi de France a pq«r..lQi ..«ne 
prescription de donze.oeatsoixanie-dix ans* Or, la possession 
cMUenairc niârae suis litre suffit, .d'après 4iBe nouvel oonsti- 
tniion dndit pape, pour peescr ire contre lai .et ooatte l'Eglise 
romainev et néme contre l'Empire, selon les lois impériales. 
Donc, si le pape ou l'enapereur avaient eu quelque servitude 
sur le royanme, ce qui n'est pas vrai, leur droiitserait^éieint... 
En onlre, si le p*pe statuait que la prescripiion.ne courtjpas 
contre lui, elle no co«rra doiiopa&iion phis contre. lt& Mires, 
et aarkmt oantfe les princes,* qui ne reconnaîssont pas ode .«u- 
périenrs. Donc, Tempereur de Gonsiantinople .qui lui a. donné 
IMI son. patrimoine (la donaiion étant excessive, .comme faite 
par an .anapleadministfatour des biens de Tomplre), paut, 
eoonne âonalaar (ou remperour d'AUemagné, comme sobsogé 
«n oa piact), févoquer cette donation... fit ainsi ia.jiopMité 
oeiut réduite -^à «sa pauvret prisaitive des temps antésienn .à 
€onalanliD, pmufie cette donation, nulle en droit dè&le prin- 
oipe, penrrait être révoquée. sans la prescription ioj^gtutait 
êâmpariif > Ûapuy, p. ilirl. 

29 «- »99^ î»G t JkiiM la cktUre du biêuh$Mrêttic.PùrKù^$iiigê 
cê metlrj dé WAMenyac... -* 

« Sedet in cathedra beati Pétri mendaciocom.m^giatûr, fa- 
eîeaa se, enmsit omnifario maleficus,£opilaeittAijiominari, > 
Ibid... « Mec ad eînsoxoasAlioDem.^. .quodab aliqaibus diciljir 
post aoctem téicii Ccelesiini.». Ci^rdinaies in eitm denjto con- 
sensisse : eim ^JMê mm • ùmjmx non potuêrit quam. , primo viro 
wioênie^ Me digm Cênfi^ii^ consiat per adulierinm /polUme* > 
Ibid., 57... « Utsicut angélus Domini prophète Balaam... oe- 
cnrrit gladio evaginato in via, sic dicto pestiféré vos ev^gioaio 
gladio occ^irere velitis, ne possit maium perficere populo qaod 
iatendît. > Ibid. 

30 '— page 57 — RéfMÙiknrê de Pl(mameo/Ure Bemifaee.,. 

« Moi Gfoillanme de Plasian, chevalier, je dis, j'avance et 
j'affirme que Boniface qui occupe maintenant le siège apesto- 



j 3i8 APPEIfDICE. 

liqûe sera trouvé parfait hérétiqne, en hérésies, fails éoormcs 

et dogmes pervers ci-dessus meotionnés : !<> Il ne croit pas à 

^ ^ rimmortalilé de l'àme; 2o il ne croît pas à la vie étemelle, car 

il dit qu'il aimerait mieux être chien, âne ou quelque antre 
brute que Français, ce qu'il ne dirait pas s'il croyait qiiuoD 
Français a une ftme étemelle. — Il ne croit point à la présenee 
réelle, car il orne plus magnifiquement son trône que l'autel. 
— Il a dit que pour abaisser le roi et les Français, il bovl^ 
verserait tout le monde. — Il a approuvé le livre d'Arnaud de 
Villeneuve, condamné par l'évéque et l'université de Paris. — 
Il s'est fait élever des statues d'argent dans les églises. — Il a 
un démon familier ; car il a dit que si tous les hommes éiaienl 
d'un côté et lui seul de l'autre, il ne pourrait se tromper ni en 
fait ni en droit : cela suppose un art diabolique. — 11 a prêdié 
publiquement que le pontife romaio ne pouvait commettre de 
simonie : ce qui est hérétique à dire. — En parfait hérétiqae 
qui veut avoir la vraie foi à lui seul, il a appelé Patérins les 
Français, nation notoirement très-chrétienne. — il est sodo- 
mîtc. — Il a fait tuer plusieurs clercs devant lui, disant à ses 
gardes s'ils ne les tuaient pas du premier coup : Frappe, frappe; 
Dali, Dali. — Il a forcé des prêtres à violer le secret de la con- 
fession... ~ Il n'observe ni vigiles ni carême. — Il déprécie le 
collège des cardinaux, les ordres des moines noirs et blancs, 
des frères prêcheurs et mineurs, répétant souvent que le monde 
se perdait par eux, que c'étaient de faux hjrpocrites, et que rien 
de bon n'arriverait à qui se confesserait à eux. •» Voulant dé- 
truire la foi, il a conçu une vieille aversion contre le roi de 
France, en haine de la foi, parce qu'en la France est et fat ton- 
jours la splendeur de la foi, le grand appui et l'exemple de la 
chrétienté. — Il a tout soulevé contre la maison de France, 
l'Angleterre, TAllemagne, confirmant au roi d'Allemagne le titre 
d'empereur, et publiant qu'il le faisait pour détruire la superbe 
des Français, qui disaient nôtre soutnis à personne temporel* 
lement : ajoutant qu'ils en avaient menti par la gorge (pcr 
gulam), et déclarant, que si un ange descendait du ciel et disait 
qu'ils ne sont soumis ni à lui ni à l'empereur, il serait ana* 
thème. — Il a laissé perdre la Terre-Sainte... détournant Tar* 
gcnt destiné à la défendre. — II est publiquement reconna 



ArpEra>:cB. 349 

«imonlaqne, bien plas, la source et la base de la sîmonie, ven- 
dant au plus offrant' les bénéfices, imposant à l'Église et aux 
prélats le servage et la taille pour enrichir les siens du patri- 
iBOine du Crucifié, en faire marquis, comtes, barons — II rompt 
'les mariages. — Il rompt les vœux des religieuses. — Il a dit 
4]uc dans peu il ferait de tous les Français des martyrs ou des 
«i>ostats , etc. > Dnpuy, Diff... Preuves, p. 102-7; cf. 326-316» 
350-362. 

31 ^ page 58 ^ L'univenUê de Paris , le$ dominicaine dé la 
wéme viÙi^ les mineun de Touraine, $$ dèdarértnt pour le rot... 

En 1295, Boniface les avait affranchis de toute juridiction 
ecclésiastique, sans craindre le mécontentement du clergé do 
France. Butœus, ill. p. 511. 11 n'avait point cessé d'ajouter à 
leurs privilèges. Ibid., p. 516, 545. — Quant à rUniversité, 
(Philippe le Bel l'avait gagnée par mille* prévenances. Bulœns, 
lII, p. 542, 544. Aussi elle le soutint dans toutes ses mesures 
fiscales contre le clergé. Dès le commepcement de la lutte, elle 
se trouvait associée à sa cause par le pape lui-même : c Univer- 
sitates qus in his culpabiles fuerint, ecclesiastico supponimus 
interdicto. V (Bulle Clerieie laicoe,) Aussi l'Universilé se déclare 
hautement pour le roi : « Appellationi Régis adhteremus snp- 
ponentes nos... et universitatem nostram prolectioni divin» et 
prvdicti concilii generalis ac futuri veri et Icgilimi summi 
pontifiets. • Dupuy, Pr., p. 117-118. 

3Î — page 59 — Nogafet e^èlait fait donner des pouvoirs illi^ 
sniêés du roi».. 

« Phi lippus, Dei gratis... Guillelmo de Nogareto... plenam et 
liberam tenore prœsentium commiuimus potcstatem, ratum 
babituri et gratum , quidquid Tactum fuerit in prsmissis, et ea 
iangentïbuSf seu dependenlibus ex eisdem... > Dupuy., Pr., 175. 

33 — page 60 -- ... d Anagni, au milieu (ftcn peuple qui venait 

de traîner dans la boue les lis et le drapeau de France,,. 

« Ut proditioncm fecerint cidcm domino Guillelmo et sequa* 

ctbus suis , ac trascinarc fecisscnt pcr Anagniam vexillum ac 

insignia dicli domini Régis, favore et adjutorio illiusBonifacii. > 

Dupuy, Pr., p. 175. 



35ft" 4PPB»MGI« 

34t-* pag^-âO^' — SupiMÔ ë'eagog^a fom* la. vit. on la moi t de 
Bomifaee^^ 

t ^uitLeiiniiA pred ictus asaccuit dietom dominum Raynaldaxn 
(de Sttpiao)» esae b«n«volamrfloUiciXuin ei fidekHBL,. tam in viia 
ip8iu»Booifacu4pi«ni ia iboM««« elipsuxn dominum Guillel* 
mum xecep^ssa tam in \ïiai,quam^iu^mû»:tê Bûuif^riijirœdicti. » 
Dup.vPr;, p% 17$. 

35 — page 61 — On menace, on outrage le vieillard, etc.. 

c Ruptis^ostits et fencslris palatii p«pe, et pluiilitis loei» 
ignesuppo^to, per viin ad papan» eiereitvs est ingreas«s ; 
qtteni'*t«iio.permuU> verbis coRturaeHom suai agressi : mam 
eliam eî a pluribus sunt iîlatasi Seë papa ovili nespondit. fioim-» 
vero cnmad rationem positus essel,aii veltet reuvnciare piupa^- 
tui, eonstanter respendit non, imo eilius- veHét perdere* c»piit 
sunny; dlcena in sno vulgnri': c Eeco il collo, eeco il capo. » 
Walèîngham, apud DupVT, Pt*. •* « Da che-peraradlmento corne 
Jestt Ghristo vogiio essere preso, convienmî'morife, ahneoo 
vogKo mortre corne papa. > Et di présente si féce- parare deir 
amanto di san Piero, et coq la corona ék GoDSt«otioo it eapo, 
et con 4a chiayi et croce in nrnuo, et poseei a sediere snso la sedia 
papale: 1 YiHani. VIII, 63; ->c^ e«5i été'feru doua fois d'aa 
dtBchevalfers'de la Colonne, n'eust é(é'uwetaevalier*de^PnRiee 
qwî le contesta... >' Ghron. de Saint^^Den». Dup., Pi*., p. Ift. 
Nicolas Gilles (1492) y ajoute: c par deux féia cuidale^pape 
estte tué par un chevalier de cenlx de la Goulonne , si ne fust 
qu'on le détourna : toutefois il le frappa de la maiu armée d'un 
gantelet sur le visage jusquea à grande effusion* dé sang. » 
Ap. Dup., Pr;, p. 199. 

36 '— p^ge 6t — On rapporta sur la place , etc.. 

c Tune populus fecit papam dcportari in magnam plateam, 
ubi .pap^lacrymando pppulo priedicavii, inter omnia graiias 
agens Duo et populo Anagoise de vita sua. Taadem iu iîae ser«- 
moois^iiit; Boni homines et mulieres, constat vobis qualiter 
inimici<inei veneruni^t abstuleruni omnia bona mea, et noa 
tantttminea,.sed et omnia. bona £ccleaiœ> et me ita paupcrem 
sicut Job fuerat dimiseruni. Prop*.er quod dioo- vobis veracLter» 



APPECOICE» 351 . 

qooé nihU -hal^eo ad eomediocUimvclibfbcndviii, ci jaivBus re- 
niansi usqne aë 'preM08« Et si siiaHqaa booa.jnttiieriquœ me* 
veKl ' dû' sua javmv« eleemosyDa^ iopaBa. vel viao : el su vinum. 
non 'habnerft,' d« aqaa persmdUUKi dabo «ei .benediotAoneoi Dei 
et meam... Tuii&oinses htec>exiOPepap>e«lai&abaDl: .Vivaa« Pa> 
tersanete. »' El DQiw cernercB i mulieres .cnnrere oerlatiuLiadi 
palatiam, ad offi»readv^raibi•p^Delll, TiâmiL vel aqoaoïi... Ei 
cnm nonînveoireninr yaw» ad < eapiendan « allala» fuadebaofr. 
vinum et aqnam 1q arca camenfr-papœ^ in magna' quanUlate. 
Et tnncpotaii qnisqae ingredi elcum papa lùqui^ sioni cum alla 
panpere. «Walsingh-, apQdDiipoy> Pr., IM. 

37 -^ page 6$ — PhilippeefWûya au pop^tin mémoire eank'et 
Bonifâee^ etc.. 

« La forme de cet acte est biaarre, à obliqua titre d'aaeuiatîony 
il y a nn éloge pour la ^om de Rome. Ainsi : < Les saintaPèrea* 
> avaient conttxme* de na point tbésanrtser ç il a disiribaaieat: 
» aux pauvres les biens des églises. Boaifsae, toaiaa coa*** 
1 traire, ete. • C'est la forme' in varhiblede^chaqne article. Oa 
poavaît douter si c'était bien sérîensemeDiqtte^ie roi altribnak 
ainsi à un seul pape tous les abus* de la ' papamtéi' > tapiiy» 
Preuves, p. 209-îi(h' 

Cet acte, rédigé en langue vul^re^ était pluêôtuwaiÊpd du roi 
au peuple t etc... 

9 A vous, tfès^noble prince, nostre Sire, par la grâce de 
Dieu Roy de France; supplie et requière le pueuble de vostiwi 
royaume, pour ce que il appartient que* ce soit faict, que vous 
gardiez la souveraine francbfse^d^vostre royauaiie, qui cstielle- 
que vous ne recognissîez de vestige temporal souverain en terret 
fors que Dieu, et quevous faciez déclarer que -le pape Boni&ee» 
erra manifestement et* fit pééhé mortel, notoirement en voua 
mandant par lettres buUées que il eaioilvos(re« souverain de 
Tostre temporel... Item... que l'on doit tenir ledit Pape pour 
facrège... L'on peut prouver par vive force sans ce que nul 
n'y pusse par raison répondre que le papen'cul oneques sei- 
gneurie de vostre temporel. . QuuDd Dieu le Père eut créé le 
ciel et les quatre éléments, eut formé Adam et ËKtO» il dit à eux 
et à leur succession : Quod ealcaverit pe$ tuu$, tuum erit^^ 



3132 APP£ND1CB. 

G'esuà-dire qa*îl vouloit que chascon homme fost le seigneur 
decen qu'il occuperoit de terre. Ainsi départirent les fils d'A- 
dam la terre et en furent seigneurs trois mil ans et plus, aTant 
le temps. Melchisedech qui fut le premier Prêtre qui fat Roy« 
si comme dit l'histoire : mais il ne fut pas Roy de tout le 
monde : et obéissant la gent à li comme a Roy temporel et non 
pas a Prestre si fut autant Roy que Preslre. Emprès sa mort fm 
grands temps, €00 ans ou plus, avant que nul autre fust 
Prestre. El Dieu le Père qui donna la Loy à Moïse, l'eslablît 
Prince de son peuple d'israél et li commanda que il fist Araon 
son frère souverain Prestre et son fils après li. Et Moïse bailla 
et commist quand il deust mourir, du commandement de Dieu, 
la seigneurie du temporel non pas au souverain Prestre son 
frère mais à Josué sans débat que Aaron et son fils après li y 
missent: mais gardoient le tabernacle ..et se aidoient an tem- 
porel défendre... Celuy Dieu qui toutes choses présentes et avenir 
sçavoit, commanda àJosuélcur Prince qu'il parlist la terre entre 
ces onzelignics; et que la lignie des Prcstres eussent en liea de 
leur partie les diesmesetles prémisses de tout, et en resquissent 
sans terre, si que eux peussent plus profîtablement Dieu serrîr 
et prier pour ce pueuble. Et puis quand ce peuple d'Israël 
demanda Roy a nostre Seigneur, ou fit demander par le pro- 
phète Samuel, il ne leur eslit pas ce souverain Prestre, mais 
Sadl qui surmonloit de grandeur tout le pueuble de tout le col 
et de la teste... (allusion à Philii^pê 1$ Bel?) Si que il noi nal 
Roy en Hierusalem sus le pueuble de Dieu qui fust Prestre, 
mais avoient Roy et souverain Prostrés en diverses personnes 
et avait l'un assez à faire de gouverner le temporel et le autre 
l'espirituel^du petit pueuble et si obéissoient tous les Prestrcs, 
du temporel as Rois. Emprès Notrc-Seigneur Jésus-Crhist fut 
souverain Prestre, et ne trouve l'en point écrit qu'il eust onc- 
qucs nulle possession de temporel... Après ce, sainct Père 
(i^ierre)... Co fusl grande abomination à ouir que c'est Doni- 
face, pour ce que Dieu dit à sainol Père : t Ce que tu lieras ca 
> terre sera lié au ciel, > cette parole d'cspiritualité entendît 
mallement comme bougre, quant au temporel, il estoiL grei- 
gneur besoin qu'il sceust arable, caldei, grieux, ebrieux et tons 
autres langages dcsqueulx il est mouU de chrétiens qui ne 



APPENDICE. 357 

croient pas, comme Vdglise de Rome... Vous noble Roy...herège 
dcfendeour de la foy, desiruiteur de bougres povès et devès et 
estes tenus requerre et procurer que ledit Boni face soit te^ 
nus et jugez pour berège et punis en la manière que Ton le 
pourra et devra et doit faire emprès sa mort. > Dupuy, Diffdr., 
p. 214-218. 

38 — page 66 — La gutrr$ de Flandre avait mis à^out Phi- 
lippe... 

Cette terrible année 1303 est caractérisée par le silence des 
registres du Parlement. On y lit en 1301 : « Anno pra^cedcnlc 
propter guerram Fiandriae non fuit parliamcntum. » Olim, lli, 
folio CVIL Archives du royaume, Section judiciaire* 

29 — page 67 ^ L'affaire dupape^ ele... 

Baillet établit un rapprochement entre les démêlés de Phi- 
lippe le Bel et ceux de Lqois XIY avec le Saint-Siège : • L'un 
et l'autre différend s'est paasé sous trois pi^pes, dont le premier 
ayant vttiialtrc le, différend, est mort au fort de la querelle 
(Boniface Ylll, Innocent XI). Le second (Benoit XI, successeur 
de Boniface, et Alexandre YIU, successeur d'Innocent), ayant 
été prévenu de soumissions par la France, s'est racommodé en 
usant néanmoins de dissimulation pour sauver les prétentions 
de la cour de Rome. Le troisième (Clément V, et Innocent XU) 
a terminé toute affaire. De la p^rt de la France, il n'y a eu dans 
chaque démêlé qu'un roi (Philippe le Bel, Louis XI Vj. Un évê- 
que de Pamiers semble avoir donné occasion à la querelle dans 
l'un comme dans l'autre différend. Le droit de régale est entré 
dans tous les deux. Il y a eu dans l'un et dans lautre, appel 
au futur Concile... l'attachement des membres de l'Ëglise galll- * 
cane pour leur roi y a été presque égal. Le clergé, les univer* 
sites, les moines et les mendiants se sont jetés partout dans les 
intérêts du roi et ont adhéré à l'appel. 11 y a eu excommunica- 
tion d'ambassadeurs, et menaces pour leurs mallrcs. Les juifs 
chassés du royaume par Philippe le Bel, et les Templiers dé- 
truits, semblent fournir aussi quelque rapport avec l'cxlirpation 
des huguenots et la dcstrution des religieuses de l'Enfance. » 
(Daiilct, Hrst. des démêlés, elc.) 



354 APPJmuX. 

40 — page 68, note i — C'atlaromm âfi Balley^ et£. 

On présume qu'elle parut la première fois à la nâissaoce de 
Mithridate, 130 ans avant l'ère chrétienne. Justin (lib. xxxynf 
dit que pendant 80 jours, elle éclipsait presque le soleil. Elle 
reparut en 339 et en 550, époque de la prise de Rome pur To- 
tila. En 1305, elle avait un éclat extraordinaire. En li5tS, elle 
traînait une queue qui embrassait les deux tiers de rintervalle 
compris entre l'horizon et le zénith ; en 1682, la queae aTait ' 
encore 30 degrés; en 1750, elle semblait ne devoir attirer i'at- 
Mention que des astronomes. Ces faits sembleraient établir que 
les comètes vont s'affaiblissent. Celle de Halley a repam en 
octobre 1835. Annuaire du Bureau des longitudes pour 1835. 
Voyez aussi une notice sur cette comète, par M. de Pontécou- 
lant. 

41 — page 70 — Jupiter avoue qu'il meurt de fenm sans Plu- 
lus.,. 

AîwXmx* (nrè XipioO. . Aristojih., Wul., V. 1174. Voyeï aussi les 

vers 129, 133, 115» et I16»^9. 

42 — page 71, note 2 — Raymond LnVe^ etc.. 

Il est dit dans l'UItimum Testamcnlum, mis sous son nom, 
qu'en une fois il convertit en or cinquante milliers pesant de 
mercure, de plomb et d'élain.— Le pape Jean XXII, à qui Pagi 
attribue un traité sur l'wl rnran#mu(a(oir^, y disait qu'il avait 
transmuté à Avignon deux cents lingots pesant chacun un 
quintal, c'est-à-dire vingt mille livres d'or. Était-ce une ma- 
nière de rendre compte des énormes richesses entassées dans 
ses caves? — Au reste, ils étaient forcés <jl^ convenir entre eux 
que cet or qu'ils obtenaient par quintaux n'avait de l'or que h 
couleur. 

43 — page 13 — ,.^d$ soufflets en soufflets^ ks voilà au tr6»e 
du monde... 

le lisars le... octobre 1834, dans un Journal anglais : « Ap- 
jourd'huî, peu d'affaires à la bourse; c'est jour férié pour les 
juifs. > ^ Maisil n'ont pas seulement las upérioriléde richesses. 



S55 

Oa senit tenté de lenr en «ooopder ube autre loriqa''On voit 
que la plapart des hommes quf font aajojard'bui le plu» d'kuMi- 
nevr à i'Aliaiuigno sont des j«i& (1837). — J'ai parlé dao^ les 
notes de la Renaistance de taitt deMfo iliustres, nos cooiesp- 
poraina (18€0^ 



k\ ^ page 74, tiMe 1 •— c Une (éere âewtrêehmr,.. • 
Sir Thomas Nan^o acquit à Calcutta, U y a irenle aa», «a 
ms. où se trouvé Thistoire orif^nale de ht livre de eliair, «le. 
Seulement, au Heu d'un chrétien, c'est un BnMolmaU que le 
juif vent dépecer. V. Asiatîc Journal. — Orig. du droit, î. IV, 
c. xin : L'atrocité de la loi des Douze Tables, déjà repouasée 
par les Romains eux-mêmes, ne pouvait, à plus forte raîsoù, 
prévaloir chez les nations chrétiennes Toyez cependant le 
droit nor\'égien. Grimm, 617. — Dana les tradltionè pepulaires, 
H juif stipule une livre de chair à couper sur le corps de son 
débiteur, mais le juge le prévient que <'tl coupe plat «a motac, 
il sera lui-même mis à mort. ^ V. le Peeorone (écrit vers 
1378), lesGesia Romanonim dans la (onné* allomaede. — * Voir 
atiaai mon Ristoire romaine. 

45 — page 76 — Entrevue de Philippe et de Bertrand de 
Gott... 

G. Viilani, 1. Vllf, c, lxxx, p. 417. — L'opinion du temps est 
bien représentée dans les vers burlesques cités par Walsin- 
g'iam : 

Fcriesi» navis titubât, regni quia claris 

firrmt, R«x. Papa» facti saat nna cappa. 
Hoc faciaot do, des, Pilalos hic, alter Herodes. 

WalSMifb., p. 45^, aBD. i3û6. 

M-- page 8ê ^ Lemêlhmpenœ p^pe 4foaaa, paurnêpêêreee' 
9oir le$ commiseaiiru dn roi, la pbu ridiaUe «rcaM... 

Baluzc, Acta vet. ad Pap. Av.. p. 75-6... c Qusdam prépara- 
toria sumere, et postmodum purgationem accipere, quœ secun* 
dum praediclorum physicorum judicium, auctore Domiuo» 
valde nlilis nobis erit. a 



336. APPniDiCE. 

47 — page 84 — L% reniement* i'expritnaU par wi «te, 
cracher sur la croix.,. * 

Voyez plus loin (page 168) les motifs qui nons onl décidé 
à regarder ce point comme hors de doute. — Le ht» siècle 
ne voyait probablement qu'une singularité suspecte daos la 
fidélité des Templiers aux ancienne^ traditions symboliques de 
l'Église, par exemple dans leur prédilection pour le nombre 
trois. On interrogeait trois fois le récipiendaire av&nl de 
l'introduire dans le chapitre. Il demandait par trois fois le 
pain et l'eau, et la société de l'ordre. 11 faisait trois vœux. Les 
chevaliers observaient tro!s grands jeilnes. Ils communiaicot 
troi$ fois l'an. L'aumône se faisait dans toutes les maisons de 
l'ordre trou fois la semaine. Chacun des chevaliers devait avoir 
troiê chevaux. On leur disait la messe trois fois la semaine. 11^ 
mangeaient de la viande trois jours de la semaine seulemcDt. 
Dans les jours d'abstinence, on pouvait leur servir trois mets 
dififérents. Ils adoraient la croix solennellement à trois époques 
de l'année. Ils juraient de ne pas fuir en présence delroii 
ennemis. On flagellait par trois fois en plein chapitre ceax qai 
avaient mérité cette correction, etc., etc., etc. Même remarque 
pour les accusations dont ils furent l'objet. On leur reprocha 
de renier trois fois, de cracher trois fois sur la croix. < Ttr 
abnegabant^ et horribili crudelitate ter in faciem spuebant ejus. > 
Circul. de Philippe le Bel, du 14 septembre 1307. c Et li fait 
renier par trois fois le prophète et par trois fois crachier sor 
la croix. > Instruct. de l'inquisiteur Guillaume de Paris. 
Rayn., p. 4. 

48 — page 84 — Ce nom de Temple rappelait U temple de Si- 
lomon,,. 

Dans quelques monuments anglais, l'ordre du Temple est 
appelé Mililia Templi Salomonis. (Ms. Bibliolh. CoUoniansti 
BodUianœ.) Ils sont aussi nommés J'ratres militiae Salomonis, 
dans une charte de 1197. Ducange. Rayn., p. 2. 

49 — page 8i — Le Temple subsiste dans les enseignemenli 
d'une foule de sociétés secrètes.,. 

11 est posssible que les Templiers qui échappèrent se soient 



Â?piin>i€B. 357 

fondas dans des sociétés secrètes. En Ecosse, ils disparaissent 
toos, excepté deux. Or, on a remarqué que les plus secrets 
mystères de la fraoc-maçonnerie sont réputés émanés d'Ecosse, 
et que les hauts grades y sont nommés Écossais. V. Grou* 
'velle et les écrivains qu'il a suivis. Manier, Moldenbawer, 
Kicolal., etc. 

50 •— page 85 «- Lm Templiers furmut-Us affUUs aux gnêS" 
tiqui$f,.. 

Voyez Hammer, Mémoire sur deux coffrets gnostîquos, p. 7. 
V. aussi le mémoire du même dans les Mines d'Orient, et la 
réponse de M. Raynouard. (Michaud, llist. des croisades, 
éd. £828 1. V. p. 572.) 

51 — page 86 — Tout ce qu'il y avait eu de saint en Vordre 
devint pèehè et souillure,. . 

La règle austère que Tordre reçut à son origine semble à 
sa chute un acte d'accusation terrible : c Domus hospitis non 
careat lumine, ne tenebrosus hostis... Vestiti autem camisiis 
dormiant, et cum femoralibus dormiant. Dormientibus itaque 
fratribus usque mane nunquam dcerit luccrna... i Actes da 
concile de Troyes, 1128. Ap. Dup. Templ. 92-i02. 

52 — page 87 — Son mépris pour la femme... 

Voyez cependant Processus contra Templarios, ms. de la 
BUdiotk. royale. Ce qu'on y lit dans les Articles de L'interroga- 
toire sur ^ leurs relations avec les femmes (Item^ les maîtres 
feeoient frères tt tuers du Temple... Proe. me., folio iO-ii) doit 
s'entendre des afliliés de l'ordre; il y en avait des deux sexes 
(V. Dup. 99, 102), mais il ne me souvient pas d'avoir lu aucun 
avea sur ce point, même dans les déposftions les plus con- 
traires à l'ordre. Ils avouent plutôt une autre infamie bien plus 
honteuse (1837). — Depuis j'ai publié les deux premiers volu- 
mes des pièces du procès des Templiers, avec une inirodaciion, 
18ii-1851. J'y renvoie le lecteur (1860). 

53 — page 87 -* Ils se passaient aussi de prêtres, se confessant 
entre eux*.. 



358 APfïHDI€B. 

< La matière âe tenir chapiire et d^asaondre. Après eliapiire 
dira le roestre on cely que tendra le chapitre : Beaux seigneurs 
fr.ère», le pardon de nostre chapitre est tiels, qne eil qaî ostast 
les almones de la meson à te^ie maleresoun, on tenîst aucune 
cliose eo nonn de propre, ne prendreH u tena ov pardon de 
nostre chapitre. Mes toutes les choses qe wms kssez-à dire p^mr 
hounte de (a char^ ou pbour de la justice de la mesoun, qe lein 
ne la prenge requer Dietb pour la recfuestre de la sq« doBoe 
Hère le vous pardoint. » Conciles d'Angleterre, édit. 1737» 
t. lUf. 38». 

Vk ^^ page 87, note* i -*- Let (ffpoMttotia les fins sales, etc. 

a Post redditas gratias capellanus ordinis Teinplr increpaTÎt 
fratres, diccns : c Diabolus comburct vos » vcl similia vcrba... 
Et vidtl braeeias nnias frttrum Templi et ipsnra tenentem 
faciem versus occidentem et posteriora vereas altare... * 359, 
< Oatendebatar imago er«cifixi et ilicebatur et, qaod sreai antea 
honoraverat i^sum sic modo tîtaperarei, et eonspaereiia eun : 
quod et feeit. item dkftnm Ml ei qaéd» deposhia braocits. 
YOrteret dforaam ad cramilnm : qood teryaaodo fecit... » 
Ibidem, 8«9, col, #. 

. • 

55 — page 88 ^ Ils possédaient, etc.. 

c Habent Teniplarn m obrisltanitate n«pem mHlia nmnerio- 
r«m... > Math. Pftria^ p. 4i7. Ftus^afd htohroniqQe de Flandre 
leur attrilrae #0,560 manoirs. Dans la sénécmmssée de Bcaa- 
caira, l'ordre avait aetaelé'^ikquaraale. aaa paor 10,000 livres 
derèoiea. -^ Le seui «prieané de fiais tGiUe» atait 54 oommn- 
daaiça. ftiotvelleyip^ftlttv 

'9ê '^ page M -*^/## «mkmi reftmè^ ëmà§iru ki rsmçom dm-^ami . 



•V 



Joi&vHIe, p. 81, np. Diip., Pr., p. I4M64. — LoraqvVm 
effèetnait le payement-^ fa rançon, U manifaAil 90,000 livres» 
Joinville pria les Templiers' de lea'préler an voK iU refusèrent 
et dirent : c Vous savez que nous recevons les commandes en 
tel manière que psrr nos scMmiMita mm^- ne iea pooos délivrer, 
mes que à ceulz qui les nous baillent. » Cependant ils dtreni 



APPENDICE. 359 

qu'on pouvait leur prendre cet argent de force, que Tordre 
avait dans ville d'Acre de quoi se dédommager, loin ville se 
rendit alors sur leur c m^stre galie, » et, descendu dans )% 
cale, demanda les clefs d'un coffte qu'il voyait devant lui. On 
les lut refusa, il prit une cognée, la leva et menaça de fctire la 
def te roy. Alors le maréchal du Temple le prit à témoin qu'il 
lui faisait violence, et lui donna la clef, loinville, p. 81, 
éd. 1761. 

. 57 — page 90 — Philippe le Bel leur devait de V argent,., 
« Is magistrum ordinis exosum habuil, propter importunaih 
pecuniae exaclionem, qnam, in i^iptiis 6Iiae snse IsabcHœ, ei 
muluadederat. > Thomas de la Moor, in Yilâ Ednardi, apud 
Baluze, Pap. Aven., notae, p. 189. — Le Temple arail, à diver- 
ses époques, servi de dépôt aux trésors du roi. PhHippe-Aùgnste 
(1190; ordonne que tous ses revenus, pendant son voyage d'ou- 
tre-mer, soient portés au Temple et enfermés dans des coffres, , 
dont se^ ajgenis auront une clef et les Templiers une autre. 
Philippe U Hardi ordonne qu'on y dépose les épargnes publi- 
ques. — Le trésorier des Templiers s'intitulait Trésorier du 
Temple et du Roi, et m&me Trésorier du Koî au Temple. 
Sauvai, II, 37. 

58 — page 91 — La lentdthn était forte pour le roi,,, 
V. dans Dupuy un pamphlet que Phiîfppe le Be! se fl( proba- 
blement adresser : < Opinio eujusdam prudentis régi Philippe, 
ut regnum Hieros, et Cypri acquireret pro altère flliorum suo- * 
mm,, acde invasione regni ifigypti et de dispositione bonorum 
ordinis Templariorum. » — V. aussi Walsingham. — L'idée 
d'appliquer leurs biens au service de la Terre-Saidte aurait été 
de Raymond LuIIe. Baluz. Pap Aven . 

99 •— page 99 -^ Les- Templiifts étaient plw excta^iffemmt 
wâèi pour ta guerre.,. 

' * 5i uirib fieret, maltum^ oporteret qtiod TemplarH lar»f«ii^ 
lur, vel Hospitalarti restringerentttr m plvribns. Et ex hœ* 
posscnt animarum pericula provenire... Religio hospitalario- 
rnm super hospitalitate fnndata est. TemplarH vdfo super 
militia propriè sunt fundati. • Dupuy, Pr., p. 180. 



360 APPENDICE. 

60 — page 93 — Que dans le chapitre gènkral de V ordre il y 
avait une chose si secrète ^ etc... 

Un autre disait : c Esto quod esses pater mens et posses fîeri 
sammus magistcr tolius ordinis, noilem qaod intnres, quia 
babemus très articulos inter nos in ordine nostro qaos diu»- 
qnam aliquis sciet nisi Deus et diabolos, et nos, fratres illîus 
ordinis (51 test., p. 36i). > ^ V. les histoires qui couraient sur 
des gens qui auraient été tués pour avoir vu les cérémonies 
secrètes du Temple. Concil. Brit., II, 361. 

6i — page 94, note 3 — JBn Ecosse, on leur reprotHàit, elc.«. 

c Item dixerunt quod pauperes ad hospitalitatem libenter 
non recipiebant, sed, timoris causa, divites et potente^ solos; 
et quod multum erant cupidi aliéna bona per fas et nefas pro 
8U0 ordine adquirere. « Concil. Brit., 40« témoin d'Ecosse» p. ^I±. 

62 — page 94 '— Philippe venaU d'augmenter Uurs prtrt» 
léges... 

Il est curieux de voir par quelle prodigalité d'éloges et de 
faveurs il les attirail dans son royaume dès 1304 : < Philippns, 
Del gralia Francorum Rex, opéra misericordis, magnifica plé- 
nitude quœ in sancia domo militise Templi, divinttus instituta, 
longe lateque per orbem terranim exercentur... merito nos 
. inducunt ut dictae domui Ten»pli et fratribus ejusdem in r^no 
nostro ttbilibct conslitutis, quos sincère diiigimus et prosequi 
favore cupimus specialL regiam liberalitalis dextram extendî- 
mus. » Rayn., p. 44. 

63 ^ page 94 — 0» ï assura de rassentiment de VUniverfiU... 
Le roi s'étudia toujours à lui faire partager l'examen et aussi 

la responsabilité de celte affaire. Nogaret lut l'acte d'accusation 
devant la première assemblée de TUniversilé, tenue dès le 
lendemain de l'arrestation. Une au (réassemblée détona les 
maîtres et de tous les écoliers de chaque faculté fut tenue an 
Temple : on y interrogea le grand maître et quelques autres. 
Us le furent encore dans une second assemblée. 

6i — page 95 — Suivait C indication sommaire des accusa^ 
tions, . • 



APPENDICE*' 361 

Voyez les nombreux articles de Vacle d'accusation (Dap.)- Il 
est. curieux de le comparer à une antre pièce du même genre» 
k la bulle du pape Grégoire IX aux électeurs d'Hildesheim, 
Lubeck, etc., contrôles Stadhînghiens (Rayn., ann. i23i, XUI, 
p. 446-7). C'est avec plus d'ensemble l'accusation contre les 
Templiers. Celte conformilé prouverait-elle, comme le veut 
I M. de Hammer, l'afidliation des Templiers à ces sectaires^ 



65 -« page 95 — Ce qui frappait le plui lei imaginations, 
c'étaient lei bruite étranges qui couraient sur une idole^ etc. 

Selon les plus nombreux témoignages,' c'était une tôle ef- 
frayante à la longue barbe blanche, aux yeux étincelants 
(Rayn. p. 26i) qu'on les accusait d'adorer. Dans les instructions 
que Guillaume de Paris envoyait aux provinces, il ordonnait 
de les interroger sur c une ydole qui est eq forme d'une teste 
d*homme à grant barbe. > Et l'acte d'accusation que publia la 
cour de Rome portait, art. 16 : < Que dans toutes les provinces 
ils avaiettl des idoles, c'eat-à-dire des tètes dont quelques-unes 
avaient trois faces et d'autres une seule et qu'il 8*en trouvait 
qui avaient un crâne d'homme, > Art. 47 et suivants : « Que 
dans les assemblées et surtout dans les grands cbapilres, ils 
adoraient l'idole, comme un Dieu, comme leur sauveur, disant 
que cette I6te pouvait les sauver, qu'elle accordait à l'ordre ton* 
tes les richesses et qu'elle faisait fleurir les arbres et germer 
les plantes de la terre. > Rayn. p. i87. Les nombreuses dépost- 
tioDS des Templiers en France, en Italie, plusieurs témoigna- 
ges indirects en Angleterre, répondirent à ce chef d'aoausâtton 
et ajonlèrent quelques circonstances. On adorait cette télé 
comme celle d'un Sauveur, c quoddam eaput cum barba* quod 
adorant et Yocant Salvaiorem suum. « (Rayn, p, 386.) Deodat 
Jaffet, reçu à Pedenat, dépose que celui qui le reoevaiàlidmon* 
tfu une tête ou idole qui lui parut avoir trois fiscea, en lui di- 
sant : Tu dois l'adorer comme ton Sauveur et le Sauveur, de 
l'ordre du Temple, et que lui témoin adora l'idole disant : 
s Béni soit celui qui jMiuvera mon âme. > (P. 247 etS93. } Cet' 
ttts Ragonts, reçu à Rome dans une chambre du palais de La« 
tran, dépose qu'on lui dit en lui montrant l'idole : Recom- 
mande-toi à elle, et prie-la qu'elle te donne la santé (p. 205)* 



362 APriifBiGB. 

Selo0 le premier tdn\oin de Florenee, les frôres lui disaient les 
paroles ebréUeDnes : t De«s, âdjuva më. » Et il ajoutait que 
cette adoraiicm était un Ht observé dans tout Tordre (p. i^>. 
Ëten effet en Angleterre un frère mineur dépose avoir appris 
d'an Templier anglais qu'il y existait quatre principales idoles, 
une dans la saerlsiie du temple de Londres, une à Bristelham, 
la troi^ème «ptid Bruerimn et h, quatrième au ilelà de THitm- 
ber (p.'SQ?). Le second témoin de Florence ajoute une circons- 
tance nouvelle; il déclare que dans un chapitre un frère dit 
aux autres : c Adorez celte tôtc... Islud caput vester Deus est, et 
vester Hahumet > (p. 295). Gauserand de Montpesant dit qu elle 
était faite in Bguram Baifometi, et Raymond Rubei dépo- 
sant qu'on lui avait montré une t6te de bois où était 
peinte figura Baphometif ajoute : < Et ilhm adoravit obsculaado 
sibi pedes^ dicens 2/a//a, verbum Saracenorum. » 

m 

M. Raynouard ( p. ^i) regarde le moi Baptamnot, dans ees 
deux dépositioBtv'Oomme une altératioD du mol Mahomet doDii6 
pai le pffeMier ténoin ; il y voit i»a tandanea des impnsiiears 
à eonôrmer ces acousaiions de bmmt iutellif enae avec les 
SamsiBs».si répandues ooatre Wa lempliatSw Alaia tè Iradrait 
admeUre qiie>tofttes oes défioaitiaMaaat aoa^^lélaaNBt fausMia 
eft aitachées par les lortat es» iar rioD de plaa ah amdt cmm 
doate ^e de' faire les TeiapUera pina nahomélon qae laa wm^ 
haanéUiQSf qui n'adorent point Mabdnel. ibis ces tétteigBagc» 
so»! trop nomèrenx, (top ansDimea el tvap divers à la lots 
(Rsiy».« p. 332, 337 et i80«3M). D*aii!éars Us^soni loin d'être 
asaafckHMs poor l'ordre. T^ul ce que les Tem^Uera dise«l de 
plue grave, «'est qu'île ont au ps»r, c'est qa'ilS'Ortt erv y voir 
mm léte' de diable, de ma9ftr{^ tèOi\, t'en qu'ils ont v» le di»- 
llle IvUméme dans eeseérémoataa^ wna la agira d'os elMii o« 
d'vns lemne <p. SQM94^. Sam voaMr Cairs des Tediplieis sa 
toet-poiat iMiaacie de gaestiqaea, j'aimefaisnieiis vsfrietaNrae' 
M. do iiaaiflier une infloente de ees doctriDSa orieatsles. B»- 
pISNMi^ s» grec' (selon «se ëtysMlogis, il est vrai» assez dosH 
looae), c*esl le dieu qui baptise l'esprii^ celui dont il est éeril: 
Ipse vos ks)»tixavit in Spiritu Saaato et igtti ^Matta.,.), 41), eis. 
G'éait pour les gnostiques le Atraeiel descendu sur lesapétres 
sa foriae de langues de feu. Le baptême gaostiqos était en efei 



APPfemMCB. 303 

un baptême de feu. Peot-être.fatii-i) voir une allusion à qncK 
que edrémoiiie de ce genre dans ces bruits qui couraient dans le 
peuple contre les Templiers c qu'un enfant nouveau engendré ' 
d'un Templier et une pucclte estoit cuit et rosty au Asu, et toute 
la graÎHse osiée et de celle estoit sacrée et ointe leur idole > 
(Cliron. de Saint^Drâis p. tè). Cette prétendhe idole ne serait*^ 
elle pas une représentation du Paraelet dont la lète (la Pente* 
côto^ était la pins -grande adUnnitécNi TemflelCealétesdotiil 
une devait se trovrer daaa. ebaqut eht|tit»e ne furent point re« 
troméot, il est Vrai, sauf uso MUlo# maU elle portait l'insarip- . 
tion LUI. La pûbliciiéet Timportapoe^t'on dOMiiiitfc ce chef 
d'accusalron décidèrent sans dame les Tedlplâere 'à en faire au * 
plus \6t dispmrattre lapneuve. Quant: à la léle aaiaie au chapiire 
de Paris» ils la firent passer pour un rdiqtaire, la téU de Tmie 
deB<)nse mille vierges (Raya. p. 190)» -^ EUecvait une grande 
barbe d'argent; 

06* — page 9(> — £41 réjwntè tfu rdv d« pape, efe... 

Dupuy ne donne point cette lettre en entier } probablement 
elle ne fut point envoyée; mais plutôt répandue dans le peuplé. 
Nous en avons une au contraire du pape(l^ décembre 1307), 
a^lon laquelle le roi aurai! écrit à Clément Y, qM dêofmidtk^ 
eeur pontifii tde awiitni fàii^ehiire cmx ij/ettê du roi que le pape le 
chargeait de poursuivre; le roi se serait empressé de dhckttrg^r 
ta confcienee iftin lei fenrâettu, et de remettre toute l'affaire au 
pape qui Ken remercfe beaucoup. Geile lettre de QéSMtft 
me parait, comme l'autre, moins adressée' nu roi qu'au publie ; 
il est probable qu'elle répond à une lettre qui ne fut jamais 
éevile. 

par i€$'lor$ttrUf,. . 

AfMte$ du ftfammê'h 419. Ces dépositions existent dlns un 
grès rouleau de psrrcbemi»; «lies ont été fsrtnégttgemmei^ ex- 
traites par Dupuy, p.' ID7-4IV. 

68 — page 97 -- £# jMpa éMOfa dM» <ardk»am éêmandêr 
au grmd iMUrtêi iMrl tê9à4iait era^w. 



364 APPBNDIGI. 

c Confe«sa8 est abncgationem prsedicUm, nobis supplieans 
qua tenus quemdam frairem servientem et familiareni soam, 
qaem secum babebat, volentem confiteri, audiremus. » Lelire 
des cardinaux. Dnpuy, 241. 

09 — page 99 — Let hiem d$$ pruonnien devaient être réunis 
à ceux que le pape dèeigneraii. . . 

Il avait même écrit déjà au roi d'Angleterre, pour lui assurer 
que Philippe les remettait aux agents pontificaux» ot pour l'en* 
gager à imiter ce bon exemple. Dupuy, p. 104. Lettre du 4 oc- 
tobre 1307. Toutefois Tordopuanice de mainlevée par laquelle 
Philippe faisait remettre les biens des Templiers aux délégués 
du pape n'est que du £5 janvier £309. Encore, 4 ces délégués 
du pape il avait adjoint quelques siens agents qui veillaient à 
ses intérêts en France, et qui, 4 l'ombre de la commiasioo pflwt^ 
tificale, empiétaient sur le domaine voisin. C'est ce que nou 
apprenons par une réclamation du sénéchal de Gascogne» qui 
s^ plaint au nom d'Edouard II, de ces envahissements du roi de 
Franco. Dupuy, p. 3i2. 

Clément était fort im^peiet de ce que cee hiem allaient devenir,,. 

Ailleurs il loue magnifiquement le désintéressement de sou 
cher fils, qui n'agit point par avarice^ et ne veut rien garder 
sur ces biens : < Deinde vero, tu, oui eadem fuerant £acinora 
nnnliata,. non type avaritiœ, cum de bonis Templariorum nihil 
tibi appropriare... immo ea nobis administranda, gubernanda, 
conserv^nda et custodienda liberaliter et dévote dimisisti... » 
iS août £308. Dupuy, p. 240. 

70 — page £00 — La comintmoii, compote prineipaiewtemi 
d'évêquee... 

Dupuy, p. S40-S42. La commission se composait de l'arelie- 
véque de Narbonne, des évéques de Bayeux, de Monde, de Li- 
moges, des trois archidiacres de Rouen, de Trente et de Mague- 
lonne, et du prévôt de l'église d'Aix. Les méridionaux, plus 
dévoués au pape, étaient, comme on le voit, en majorité. 

7£ — page iO£ — Le pape répond, etc... 

Passant ensuite à une autre affaire, le pape déclare avoir sup- 



APPENDICE. 365 

primé comme inutile un article de la convention avec les Fla- 
mands, qu'il avait, par préoccupation ou négligepce, signé à 
Poitiers, savoir, que si les Flamands encouraient la sentence 
pontificale en violant cette convention, ils ne pourraient être 
absous qu'à la requôte^u roi. Ladite clause pourrait faire taxer 
le pape de simplicité. Tout excommunié qui satisfait peut se 
faire absoudre, môme sans le consentement de la partie ad- 
Terse. Lie pape ne peut abdiquer le pouvoir d'absoudre. 

m 

72 — page i02 — Ln éoêques n'obéissaient point à fa commis- 
sion pontificale t etc. .. 

Processus contra Templarios^ ms» Les commissaires écrivirent 
une nouvelle lettre où ils disaient qu'apparemment les pré- 
lats avaient cru que la commission devait procéder contre 
Tordre en général, et non contre les membres; qu'il n'en 
'était pas ainsi : que le pape lui avait remis le jugement des 
Templiers. 

* 

73 — page 104 — Jacques Molay crut qu'il valait mieux se con- 
fier à un chevalier... 

c Quum idem Magister rogasset nobilem virum dominum 
Guillelmum de Plasiano... qui ibidem venerat, sed non de man- 
dato diclorum dominorum commissariorum, secundum quod 
dixerunt... et diclus dominus Guillelmus fuissctad parlemlocu- 
tas cumeodem STagistro, quem sicut asserebat, diligcbat et dî- 
lexerat, quia uterque miles erat. > Dupuy, 319. 

Les évêques lui donnèrent un délai.,. 

€ Quam dilationem concesscrunt cidem, majorcm ctiani se 
datâtes asserentes, si sibi placeret et volebat. » Ibid, 320. 

74 ^ page 106 — Boniface était incrédule, impie et cynique en 
$ei paroles... 

€ Vade, vade, ego plus possum quam Chrislus unquam po- 
tucrit, quia ego possum humiliare et depauperare reges, et im- 
peratorcs et principes, et possum de uno parvo milite facere 
unum magnum regem, et possum donare civitatcs et régna. • 
Ibid., p. 566. ^ t Tace, miser, non credimus in asinam ncc in 
pnllum ejus. > Ibid., p. 6. 



366 APPENDICE. 

75 — page 109 — On leur lut en latin tes articles de Vocana'' 
(ton, etc.. lU s'écrièrent,,. 

€ Quod contenli eranl de leciura fada în lalino, cl quort non 
carabanl quod tanlœ lurpiludines, quas asserebani omninofsse 
falsas et noif nominandas.vulgariler exponerenlur, ■ Pror. e.-ïïi- 
tra Tempi, m$. *— t Dicenles quod nonpetebalur ab eisquando 
ponebantur in janiis, si |rocuratores constiluere volebant. • 
Ibidem. 

76 — page iiO — Quelques-uns remettent pour toute déposition 
une prière à la sainte Vierge , etc. 

Le frère ÊUe, auteur de cette pièce toucbante, finit par prier 
les notaires de corriger les locutions vicieuses qui peuvent 
s'être glissées dans son latin. Process. ms.^ folio 31-32. — 
D'autres écrivent une apologie en langue romane, altérée et fort 
mêlée de français du nord. Folio 36-8. 

77 — page ilO ^-^Une protestation en langue vulgaire, etc .. 

Je donne cette pièce, telle qu'elle a été transcrite par les no- 
taires, dans son orthographe barbare. ■ A homes honcrables et 
sages, ordenés de per notre père l'Apostelle (le paite) pour le fet 
des Templiers li frères, liquiessunt en prisson à Paris en la 
masson de Tiron... Honeur et reverencie. Cornes votre comaa- 
demans feut à nos ce jeudi prochainement passé et nos feut de- 
mandé se nos volcns défendre la Religion deu Temple desusdite, 
tait disrent oil, el disons que ele est boue -et Ical, et on tout 
sans mauvcsté et traison tout ce que nos l'en met sus, et somes 
prest de nous défendre chacun pour soy on tous ensemble, an 
telle manière que droit et sanie Ëglies et vos an rognrdarons, 
come cil qui .sunt en prisson an nois frès à copie II. El somes 
en neire fosse oscure toutes les nuits. — Item no vos fessons à 
savir que les gages de Xll deniers que nos avons ne nos souffi- 
cent mie. Car nos convient paier nos Us. 111 deniers par jour 
chascun lis Loage du cuisine, napes« toualcs pour tenolles et 
îiulrcs choses, H sols VI denier la scmaigne. Ilem pour nos for- 
ger et desfcrger (dterlcs fers), puisque nos somes de\anl Icsau- 
dilors, II soi. hem pour laver dras et robes, lin^i's, chacun 
XV jours XVIII denier. Ilem pour bûche cl candole chascun 



APPENDICE. 367 

jor IIII deniers. Item passer el repasser les dis frères, XVI de- 
niers de asiles de Notre-Dame de Taltre part de Piau. • Proc. 
m$. folio 39. 

78 — page ilO — Ist défeMcurs $oHtietment : « Que h reli- 
gion du Temple est pure... 

«... ApudDeum etPatrem... Et hoc est omnium Tratum 
Templi communiter una professio, qusB per universum orbem 
servatur et servata fuit per omnes fralres ejusdem ordinis, a 
fandamento religionisusque ad dièm prsesentem. Et qûicumque 
alind dicit vel aliler crédit, errai iotaliter, peccat mortalitcr... • 
Dup., 333. 

79 -^ page 113 — !m commission allkguait la bulle qui lui attri- 
bua it le jugevi eut . . . 

Selon Dupuy, p. 45, les commissaires du pape auraiept ré- 
pondu à l'appel des défenseurs : « Que les conciles jugeaient 
les particuliers, et eux informaient du général. • — La com- 
mission dit tout le contraire. 

80 — page 116 — Le yune Marigni, créé archevêque de Sens 
iout exprès, etc.. 

< ... Âquodam fuisse diclum coram domino archiepiscopo 
Senonensi, ejus suffraganeis et cohcilio... quod dicti prsepo- 
situs... et archidiaconus... (qui in dicta die marlis... praimissa 
ÎD limasse diccbantur, et ipsi iidem hoc altestabantur, suffra- 
panels domini archiepiscopi Senoroensi... tune absente dicto do' 
mina archiepiscopo Senomensi) prsedicta non sijni/ieaverant de 
mandato eorumdcm dominorum oommissariorum. » Process. 
nu. follot 71 verso, 

81 -- page 116 -^ Par devant les coruinissaires fut amené 
frère Aimeri de Villars-le^Duc. 

< Pallidus et multum exicrritus... imprlraado sibi ipsi, si 
mentiebatur in hoc, mortem subitancam ci quod siallm in 
anima et corpore in prœsenlia dominorum commisse rioru m 
absorberelur in infernum, tondendo sibi pecius cum puguis, 
ei clevando manus suas versus al lare ad inajorcm asscrtionem, 



368 APPENDICE. 

flcclendo genua... cum Ipse tcsti vidisset.,. duci in quadrigis 
Lllll fratres dicti ordinis ad comhurendum.,, cIacditisse sos 
FUISSE coxBusTOS ; quod ipse qui dubjlabal quod non posselh»- 
bere bonam palientiam si combureretur, limore morlis confi- 
teretur... omnes errores... et quidem etiam interfecUse Domi' 
num f si peieretur ab eo... > Process. ms,, 10, verso. 

« 

82 — page 118 — L'archevêque de Sem répondait, elc... 

• Non erat intentionis... in aliquo impedire offîciam... • 

Ibidem, 

« Comme on disait que le prévôt de l'église de Poitiers ^ 
l'archidiacre d'Orléans n'avaient pas parlé de la part des com- 
missaires, ceux-ci chargèrent les cnvo^'és de Tarchevéque de 
Sens de lui dire que le prévôt et rarchidacre avaient effective- 
ment parlé eu leur nom. De plus, ils leur dirent d'annoncer i 
l'archevêque de Sens que Pierre de Boulogne, Chambonuet et 
Sàrtiges avaient appelé de rarchevôquc et de son concile, le 
dimanche 10 mai, et que cet appel avait dû élrc annoncé le 
mardi, au concile, par le prévôt et l'archidiacre. > Proceu* 
«M. ibidem, 

83 — page 121 — Le résultat des travaux de la commission est 
consigné dans un registre.., « 

Ce registre, que j'ai souvent cité, est à la Bibliothèque royale 
(fonds Harlay, no 329). Il contient l'instruction faite à Paris par 
les commissaires du pape : Processus contra Tcmplarios. Ce ms. 
avait été déposé dans le trésor de Nolre4)amc. 11 passa, on ne 
sait comment, dans la bibliothèque du président Brisson, puis 
dans celle de M. Servin, avocat général, enfin dans celle des 
Harlay, dont il porte encore les armes. Au milieu du xviii« siècle. 
M. de Harlay, ayant probablement scrupule de rester détenteur 
d'un manuscrit de cette importance, le légua à la bibliothèque 
de Saint- Gormain-des-Prés. Ayant heureusement échappé i 
l'incendie de cette bibliothèque en 1793, il a passé à la Biblio* 
thèque royale. 11 en exista un double aux archives du Vatican. 
Voyez l'appendice de M. Rayn., p. 309. — La plupart des pièces 
du procès des Templiers sont aux Archives du royaume. Lci 
plus curieuses sont : lo le premier interrogatoire de cent qua- 



APPENDICE. 369 

ranie TêmpHen arrêtés à Paris (en an gros roaleaa de parche» 
min) ; Dupny en a donné quelques extraits fort négligés ; 
^ plusieurs interrogatoires^ faits en d'antres yï\\(Ss ; 3o la minute 
des articles sur lesquels ils furent interrogés ; ces articles sont 
précédés d'une minute de lettre, sans date, dm roi au fope^ es* 
pèce de factum destiné évidemment à être répandu dans le 
peuple. Ces minutes sont sur papier de coton. Ce frêle et pré- 
cieux chiffon, d'une écriture fort difficile, a été déchiffré ol 
transcrit par un de mes prédécesseurs, le savant M. PavilleL II 
est chargé de corrections que H. Raynouard a relevées avec 
soin (p. 50) et qui ne peuvent être que de la main d'un des mi* 
nistre de Philippe le Bel, de Marigni, de Plasian ou de Noga- 
ret; le pape a copié docilement les articles sur le vélin qui est 
au Vatican. La lettre, malgré ses divisions pédantesqucs, est 
écrite avec une chaleur et une force remarquables ; t In Del 
DOinine, Amen. Christus vincit. Christns régnât. Cbristus im- 
perat. Post illam universalem victoriam quam i. se Deminus 
fecit in ligno crucis contra hostem antiqnum... ila miram et 
magnam et strenuam, ita utilem et necessariam... fecit novis- 
simis his diebus per inquisitores... in perfidorum Templario- 
rnm negotio... H^rrenda fuit domino régi... propter condiiio- 
ncm personarum denuncianlium, quiaparvi statue erant homi* 
nés ad tam grande promovendum negotium, etc. » Archives^ 
Section kist. /. 413. 

84 — page 121 , note 2 — Les Templiers d'Allemagne se justi* 
fièrent à la manière des francs-juges westphaliens,.. 

Origines du droit, liv. IV, chap. VI: < Si le franc-juge wcstpha- 
lien est accusé, il prendra une épée, la placera devant lui, 
mettra dessus deux doigts de la main droite, et parlera ainsi : 
« Seigneurs francs-comtes, pour le point principal, pour tout ce 
dont vous m'avez parlé et dont l'accusateur me charge, j'en 
suis innocent : ainsi me soient en aide Dieu et tous ses saints!» 
Puis il prendra un pfenning marqué d'une croix (kreutz*pfen- 
Dîng) et le jetterra en preuve au franc-comte ; ensuite ri tour« 
oera le dos étira son chemin, • Grimm. 860. 

85 _ page i)i ... En Castille on jugea les Templiers inno* 
eents^ etc.. 



• CbUeclk»' conciiiorafia tttspaDi». epistolMua, décretalium, 
ote., oura Joa, Saeaz. de Âguirre, bonad. hiap. mag . generalis 
ei eardioalis. Romae, lOM, c; ni, p.. 546. CoDcilinn Tarraeo» 
neiiseoiiinas etsingttU a caaclis deltctis, crrorifaEss absoloti. 
1^12. — V. att8si Monarckia Lasiiana, pars 6, 1, id. 

86 — page lîi — Phiîippe permit à Clément de déclarer qve 
Boniface n était point hérétique... 

Cette timide et incomplète réparation ne semble pas suffi* 
santé à Yillani. Il ajoate, sans doute poar rendre la chose plus 
dramatique et plus honteuse aux Français, qne deux chevaliers 
catalans jetèrent le gant^ et s'offrirent pour défendre en combat 
rinnocencede Boniface. Villaui, I. IX, c.22, p. 434. 

^ *~ V^i^ ^^3 "^ 7oia -cattfi/tf parlais di la croisade, etc... 

La pièce suivanle» troavéâ 4 l'abbaye des daaies de Loug- 
qbaiB{>,. est un échantillon dqs »ervcill4^ax récits par lesquels on 
t^bait de réchauffer la zèJe du peapLa pour la croisade : • A 
tiei sainte daoïe de la réal Ungniée des Françoâ2i« Jehenne» 
E4>yne de Jérusalem et de Cécile* aolie trcz bo»orable cousine, 
Que foy de Cypvo» taus ses ba& désirs eoijurospérilé venir. Es- 
îeuissez vous et elesaiez avecquaT^uiMM et avecques les auirez 
creslienz portans le singne de la croix, qui poutl^reverance de 
Dieu et la venjance dn trez doniz Jhesucrist qui pour nous 
saoY^r TOuU estre en l'autel de la crois saejs«fies. se combateni 
contre la trez meseréaul geats dea Tvrz. Ësleveaau ciel le cri 
d;e tous voîi 90 plus haut que ^votts p#ucpe% et ^yn eosemble 
ùk faites crier eu rendaui grtcea et letAgea s«fi:; iane« cesser à 
la htiioileTriiiMelà U trèa glorieuse Vierge Harie de sisol- 
lemp«e^ si f ratti ei sioguUier béaéâc^ qik\ ouques maia iel dus 
qu4$z à hère,, im fu e»uis« toquol jo iiiz «koât. ftuai le xiioi jeurs 
de juîng,, &uusuveeq«ez ks anloei^ eeeaUeM ^gués du slufoe 
de la crois, eslioiis aasembiea eu un ple&i^ enitr^SuiiicHie el haol 
lieu, U ou estoii l'osi M l'osueuiblâe kfeii (eri et Urea puissaui 
des Turz prez de m. c aaîlLe, e.L Miua ev^atîenu eavireD ec 
mille, meuz et animez de la vertu divine, comaqsamcz à si vi« 
greiiseme9t combattre et si gvaat nraUtHudet T«n nMttre à 
mort, quç environ de heure de vesprez nous fensmez laultosacu 



Hfnxamsu 371 

ef tdftC a^iM^îM qm tiovs n*eQ |mik>bs ph». Mais tous eheiu^ 
èlArre aland«oiift te mort el l6*koécv dt lAlre martire, pour oq 
qjB» des T»n svati •n^orenoultéescMidiaB^iii ancorcr poiaiAe 
sesMeat coQtbttii ne Msloiettt de rimis invailka. et venoienii 
eeetre nous, aum ëésiraUK de boirt notce saïus comme cfatcca 
sent dé&iranx d» boèm ke eane des MevfeL EL heu l'easseoi, ai 
M trez havie dovteeiir du ekl ae e«et attltreneat poonteu*. 
lais qiKUit les ehevftliers de Jhesucrist ee refarderoot que U 
esleiettt Tenez à lel point de la bataiile* ai OMMacHieiarenl d« 
euer ensemble ft crier à TOîz.eBroaee»de leurgrenL kibetH" el 
delenr grant feblesee: très doub fils de la très donlce Vierge Mof 
rie, qvi ponr nottsracbeter Tousts estre cmeifies» donne noM^ 
Imne espérance et vieilles nor eness si en Tons coo fermer 
qne nous pussions par l'anenr de ton glorieis non te teier de 
Martirereeevoir, que phizae nonspooitzdcfffmdre decea cbieMi 
aiesereans. Et ainsi comme nous esltenz en oraisan en pk«fft 
et en lanhez, en eriant alassez ma enroneeft, ei la mort irai 
amere atendnns, sondainement doTnnt nos tantei aparni snn 
tu très binac cheval si très hant qie anlie heate de si granl 
haulear nesU Uns boms en sa main portant baniere en eham|» 
pivs blanche qoe nulle riens à «ne crois metreillQ plus ronge 
qne sanc, et esloit resta de pens de charnel, et avoit (sen 
grant et très longue barbe et de maigre lace cle^ et peluisank 
eonme le soleil, qui eria a ekre et haute vois : « les gens de 
Jbesucrist, ne vous doubles. Veei la majestd divine qui vous a 
eaver leseieli et voaseaveée aiéa îaviaibte ; levés sus et vouai 
réconfortes et prenes.de la vhnada etveœs'Vigreusemeniavc»'» 
ques moi coaibattre, ne ne voas éDables de riens. Quar dea 
Ton vous aures vieloire «I pe« naurroas de vous et chuU qui 
de vous moarront auront hi vie perdnrable. » £i adooc noua 
Boux levâmes loaa, ai recoaiartes at aaaai eoname se nous «e 
nous feossiens eaques eombalas et aouéaâaeasem noiaSi aaaile« 
mes (assaillîmes) les fars de tieageand eaarel neas-eamhaliaoa 
toutes nuit, et si nopooos pas bien vraiemaDt dire nuit, oar ïm. 
lune non pascoame tone. maixeemme te aateil ffesplandiseant*, 
Kt le jour venu, les Tors qui damearea estoteni a'eafeatreat 9k 
que plus ne les veismez et aussi par t'aide de Dieu nous eumea 
victoire de la hutaille, et de aaatin aaus neam seatieas pkaa fsfa 



372 APPINDICB. 

que nous ne faiçicnz an commencement de la première ba* 
taille. Si feimez chanter nne messe en lonneur de la benoite 
Trinité et de la benoite Vierge Marie, et dévotement priâmes 
Dien que il nous vonsit octroier grâce que les corps des sains 
martirs nous puissienz reconnoistre des corps aux mescreanz. 
Et adonc celui qui devant nous avoit aparut noos dit : < Vous 
aurez ce que vous avez demandé et plus grant chose fera Dieu 
pour vous, se fermement en vraie foy persévérez. > Adonc de 
notre propre bouche li demandâmes : c Sire, di nous qui es tu, qui 
si grsnz choses as fait pour nous, pourquoy nous puissions a« 
pucple crestien ton non manifester. > Et il rcspondi : < Je suis 
celui qui dist : Ecce agnus Dei, Ecce qui toUit peccata mnndi, 
Celui de cui aujourduy vous célébrez la fcste. » Et ce dit, plus 
ne le veismez mais de lui nous demeura si très-grant et si 
très*soucve oudeur que ce jour et la nuit ensuivant nous en 
feumez parfaitement soustenus recréez et repuez sans autre 
soutenance de viande corporelle. Et en ccste si parfaite récréa- 
tion nous ordenemez de qucrre et dénombrer lez corps dez 
sainz martirs et quant nous veinmez au lieu nous trouvasmes ai 
«hief de chaccun corps dez crestienz un lonc fut sanz wranchei 
(branches) qui avoit au coupel une trez blanche fleur ronde 
•comme une oiste (hostie} que l'on consacre, et en celle fleur 
Hvoit escript de lettres dor : Je suis crestien. Et adonc nous lez 
rseparamez dez corps dez mescreanz, en mcrciant le souverain 
^ingheur. Et ainsi comme nous voulienz suz lez corps faire 
dire l'oflice dez mors, cy comme lez crestienz ont acoustume 
à faire, lez voix du ciel sanz nombre entonnèrent et levèrent 
un chans de si très doulce mélodie que il sembloit a chaccnn 
de nous que nous feussienz en possession de la vie perdurable, 
et par III fois chantèrent ce verset : Venite, benedicti Palris 
mei, ctc. Venez lez benoiz filz de mon Père, et vous mêlez en 
possession du royaume qui vous est aplie dez le commence- 
ment du monde. Et adonc nous ensevellsmez lez corps, ccsi a 
savoir III mille et cinquante et II, jouste la cite de Tesbayde 
•qui fu jadiz une cite singulière, laquelle, avuecquez le pays 
^ileuc environ, nous tenonz pour nous et pour loîaux crestienz. 
Et est ce pays tant plaisant et delitabl'e et plantureux que nul 
èon crestien qui soit la, ne se puet doubter que il ne puist 



APPENDICE. 873 

bien vivre et trouver sa soustenance. Et les charoingnez des 
corps des mcscrcanz cy, comme nous les poîmez nombrer, 
furent pluz de lixiuh. Si avonz espérance que le temps est 
présent venu que la parole de lEuvangele sera verefiée qui dit 
qu'il sera une bergerie et un pasteur, c'est-a-dire que toutez 
manières de gent seront d'une foy emsemblez en la maison et 
lobediance de S< église dont Jbesucrist sera pasteur. Qui est 
bcnedictus in secula sccuiorum. Amen. Et avint cedit miracle 
en lan de grâce mu ccc. et xlvii. » Archives^ Section hist., 
M 105. 

88 — page 193 — > Ubertino, le premier auteur connu d*une 
Imitaticn deJesui'-Christ.,. 

c Nibil in boc libro intendit nisi Jésus Cbristi notiiia et 
dilectio viseerosa et imitatoria vita. > Ârbor Yitae cruclfixi Jcsu, 
Prolog. 1« 1. — Plusieurs passages respirent un amour exalté : 
^ mon &mê, fonds et résous-toi toute en larmes, en songeant 
à la vie dure du cber petit Jésus et de la tendre Vierge sa mère. 
Vois comme ils se crucifient» et de leur compassion mutuelle et 
de celle qu'ils ont pour nous. Ab! si tu pouvais faire de toi un 
lu pour Jésus fatigué qui coucbe sur la terre... Si tu pouvais 
de tes larmes abondantes leur faire un breuvage rafralcbissant; 
pèlerins altérés, ils ne trouvent rien à boire... — II y a deux 
Mveurs dans l'amour; Tune si douce dans la présence de 
l'objet aimé : comme Jésus le fit goûter à sa mère tandis qu'elle 
était avec lui, le serrait et le baisait. L'autre saveur est amère, 
dans l'absence et le regret. L'àme défaille en soi, passe en Lui; 
elle erre autour, cherchant ce qu'elle aime et demandant 
secours à toute créature. (Ainsi la Vierge cherchait le petit 
Jésus, lorsqu'il enseignait dans le Temple.) Ubcrt, de Casali, 
Arbor VitsB crucifixi Jesu, lib. V, c. vi-vui, in-4o. 

89 — page if^ — V Imitation ^ pour ces mystiques c était ta 
cftartlê... 

Selon quelques-uns, la Passion était mieux représentée dans 
l'auméne que dans le sacrifice : ■ Quod opus misericordiœ plus 
placet Dco, quam sacrificium allaris. Quod in elcemosyna 
magis repraescntatur Passio Chrisli quam in sacrifîcio Cbristi. • 
Erreurs condamnées à Tarragone, ap. d'Argcntré, I, 271* 



371 ATPiniDICB. 

90 -» p»^ 1^4 <-« L$s Fra4oi$etLim ^piraimU à mê rien |m«* 

Yoyct Ubertioo de Casali, dans «on chapiu^ : J4$u» pro notm 
indi§ens. < Habeoies dicit (aposloins) non qaanU&m ad proprie- 
Utem (lomiaii sed qnaniiaaii ad facttUaiem uiendi, per quem 
iBodum dicimvr case ^uod uUmar, etiaia si non sit nobis pro- 
^rium, scd gratis alinode «olUinnu » Ubert. de Casali, Arbor 
Vitœ, i. lU c. ii. 

91 — page 124, note 3 — Let Beghards.,. 

c Non sunt humanœ subjecti obedienliae, nec ad aliqua prae- 
eepta Eccicsi» oMigantur^ quia, ut asseninl, abi spiriius 
domini, ibi libertas. > Clemcntin., L V, lit. S, c. m. D'Argea» 
Iré. !. 276. 

92 ^ page 125 — Un» Angialméktit vmm «n ^rttfMe,«te... 

c Tenit de AngHa virgo deeora Talde pariterqve faevoda^ 
dtcens Spiritinn sanettiRi incarnatom in redemplionepa imilîe» 
rom, et bapUzavit matières, in nomine Patris, FiUi ac ant. » 
Annal. Dominican. Gelmmr. ap. |}rstiti«in. P. î, f« 33. 

^ ~~ P^gc ^^ ~~ Clément F, dans t$ tomtsUnre^ ahdHt 
forrfrf... 

< ftnitîs toeatis pra;1a(ls ciim canlinatibus in pmalo eonsi^ 
iorio, ordinem Templariomm cas avit Tertia aatem die aprilis 
4312, fuit seconda sessio condiii, et pnediela cassaiîo eoram 
omnibus pnblteata est (Quint. ¥ita€lem. Y)... praesenie rege 
Fmnci» Phillppo eum tribus fiKia suis, cul negotivra eral 
cordi. > (Tert. Vita Clem. V.) /• 

94 — page 127 -^ Le pàp$ dklarB ittnstA Mfa et^eolûM... 

> Quod ipsœ confessiones ordinem valde suspectum redde- 
bant... non per modum définitive scntentîas, cùih làm super hoc, 
secundùm inquisitioues et processus praedictos, non (>ossemas 
ferre de jure, sed per viam provisionîs et ordinationts aposto* 
licae.,. > Reg. anni VU Dom Clem. V, Rayn. 195. On ne peut 
nier toutefois qu'il n*y eût aussi* beaucoup de complaisance et 
de servilité à l'égard du roi de France. Celait l'opinion da 



AVFBNDICB. 375 

«miis... i flt sîcot ivdivi «b uno qui fuit examiuntor cause'et 
testium, ^eslruclns fuit (ordo) coftir» joslitiam. Et mihi dixit 
^•d ipM Cl^neùs protaiit hoc : Et si fton per viam justiti« 
potest desirai, d«8tra«tiir ' tatiieii pcr viam expccUcoti», ne 
âcandaliielar cbarms filins nosier rex Fhinci».. t AUiericas è 
Aosate. 

« 

95 ^ page 197 -^ Jean XXti u phi§nait êi eè qm 1$ roi 
MûifMtl iti biêHê mêmtÈ 4eê U^ikUièrt^ . . 

c Per capliOBem booornni quondim ofdinis tempU jatn mh* 
seront per omnes ^mos îp&^s HospthnUs f ertOB ex<icatores qui 
vendant et disirahunt pro libito Ixma Hospitalis. . . » Lattre ée 
Jean XXll. XV kai. fun. iai6, Rsyn. 25* 

96 — iK) — Le roi les fit ^l'ô/^r tous deux. . . 

Cent. C. dtî Nangîâ, p. 67. Il rttHMt reste encore un sele suilien* 
tique où cette cxécnlion se irouTe îndtreclcmcnt constatée dans 
un registre du parlement de l'année 1313 : « Gum nupcr Parisius 
in insoU existeate în floTio Sequanœ jusu peintam jardinii 
nostri, interdictum jardinium nostrum exuna parte dicli fluvii, 
et (kMnmn religiosorum Nirorum nostrum S. Augustini Parisius 
jtx attert parte dieti fluvii, tg enti» fkcta fuêrii de dutobuê Aoaii- 
sisèw qui qwntdam templarii extUarwiU, tu insyUk pnedicêa com* 
bmstû; ci abbas et oonventus S. Gemanî de Pratis Parîaios, dir 
4eentes se esse ifi saisiaa habeodia omnimodêm altam ei bassam 
justitiam ia insala prsMlida».* Nos Dolumus. . , quod juri pr»^ 
dictoraai... prejudiciuai aliquod feaeretur. > Oiim PatÙam/ 
Ul , fiàîo cxLvi, U mars 1313 (431^, 

97 «^ page 119 --*- CeUê t^iùuXkm pu mi ntMstJnal) èU... 

« Comment qualifier les paroles do Dapuy îLés grsndspriDeei 
ont je ne scav quel lAalheorqal aeeompagne leurs plus belles 
et généreuses aetions, qu'elles sont le plue souvent tirets à 
eonirc sens, et prises en mauvaise paît, par ceux qui ignorant 
Torigine des ehoses*, ei ^ise soAt trouves intéresses datas les 
partis, putsssnts ennemis de la Téritéi en leur daaaant des 
motifs (*t des fins titieusos, au lieu que Icxèle à la vertu y preai 
4l ordinaire la meilleure poil t. I Daouy, D.i» 



376 APPENDICE. 

98 — page 130 — L$ nniimeiU des Templien èiait jymMîfiie.- 
V. plus haut, t. H, liTre 111 et livre IV, ch. ix» les cérémouics 
grotesques et la fête des idiots, /o/tiomm.: c Le peuple élevait 
la voix. • . , il entrait , innombrable , tumultueux , par tous les 
Tomitoires de la catbddrale, avec sa grande voix confuse, géant 
enfant, comme le saint Christophe de la légende, brut, ignorant, 
passionné, mais docile, implorant Tinitiation, demandant à por- 
ter le Christ sur ses épaules colossales. 11 entrait, amenant dans 
rÉglise te hideux dragon du péché, il le traînait , soûlé de vic- 
tuailles, aux pieds du Sauveur, sous le coup de la prière qui doit 
llmmoler. Quelquefois aussi, reconnaissant que la bestialité était 
en lui-même, il exposait dans des extravagances symboliques 
sa misère, son infirmité. C'est ce qu'on appelait la fête des 
idiots, fatuorwn. Cette imitation de l'orgie païenne, tolérée par 
le christianisme, copmc l'adieu de l'homme à la sensualité qu'il 
abjurait , se reproduisait aux félcs de l'enfance du Christ, à la 
Circoncision, aux Rois, aux Saints-Innocents. » 

99 — page 130, note 1 — Déposition du prèreptêur «filgiit- 
taine, . . 

Celui qui le recevait, l'ayant revêtu du manteau de l'Ordre, lui 
montra sur un missel un crucifix et lui dit d'abjurer le Christ, 
attaché en croix. Et lui tout effrayé le refusa s'écriant : Hélas! 
mon Dieu, pourquoi le ferais-je? Je ne le ferai aucunemeuL 
— - Fais-le sans crainte, lui répondit l'autre. Je jure sur mon 
ftme que tu n'en éprouveras aucun dommage en ton âme et ta 
conscience ; car c'est une cérémonie de l'Ordre, introduite par un 
mauvais grand maître, qui se trouvait captif d'un Soudan, et ne 
put obtenir sa liberté qu'en jurant de faire ainsi abjurer le 
Christ à tous ceux qui seraient reçus à l'avenir ; et cela fut tou- 
jours observé, c'est pourquoi tu peux bien le faire. Et alors le 
déposant ne le voulut faire, mais plutôt y contredit, et il de* 
manda où était son oncle et I^s autres bonnes gens qui l'avaient 
conduit là. Mais l'autre Itii répondit : Uz sont partis , et il faut 
que tu fasses ce que je te prescris. Et il oe le voulut encore faire. 
Voyant sa résistance, le chevalier lui dit encore : Si tu voulais 
me jurer sur les saints Évangiles de Dieu que tu diras à tous les 
frères de l'Ordre que tuasfaitce que je t'ai prescrit, je t'en ferais 



APFKIDiCI. 377 

grâee. El le déposant le promit et jora. Et alors il lui en fit grâce, 
sanf toutefois que couvrant de sa main le crucifix, il le fit cra- 
cher sur sa main... Interrogé s'il a ordonné quelques frères, il 
dit qu'il en fit peu de sa main, à cause de cette irrévérence 
qu'il fallait commettre en leur réception... Il dit toutefois 
qu'il avait fait cinq chevaliers. Et interrogé s'il leur avait fait 
abjurer le Christ, il affirma sous serment qu'il les avait ménagés 
de la même manière qu'on l'avait ménagé.. . fit un jour qu'il 
était dans la chapelle pour entendre la messe. . • le frère Ber^ 
Dard lui dit : Seigneur, certaine trame s'ourdit contre vous : on 
adéjà rédigé un écrit dans lequel on mande au grand maître et 
aux autres que dans la réception des frères de l'Ordre vous n'ob* 
servez pas les formes que vous devez observer. . . Et le dépo- 
sant pensa que c'était pour avoir usé de ménagements envers 
ces chevaliers. *-> Adjuré de dire d'où venait cet aveuglement 
étrange de renier le Christ et de cracher sur la croix, il répondit 
sons serment : t Certains de l'Ordre disent que ce fut un ordre 
de ce grand maître captif du Soudan comme on l'a dit. D'autres, 
que c'est une des mauvaises introductions et statuts de frère 
Procelin, autrefois grand maître; d'autres, de détestables sta- 
tata et doctrines de frère TJiomas Bernard, jadis grand maître ; 
d'autres, quê c'est à Vimitation $h mémoire, de saint Pierre, qui 
r^mia trois fois le Christ. 9 Dupuy, p. 314-316. Si l'ahsence de 
torture, et les efiforls de Taccusé pour atténuer le fait, mettent 
ce fait hors de doute, ses scrupules, ses ménagements, les tra- 
ditions diverses quil accumule avant d'arriver à l'origine 
symbolique, prouvent non moins sûrement qu'on avait perdu 
la signification du symbole. 

100 ^ page 131 -> L'ordre du Temple mourut en France d^u% 
mfmbolenon compris, etc. 

Origines du droit, page cxviii : 

c Le symbolisme féodal n'eut point en France la riche efflo* 
rescenee poétique qui le caractérise en Allemagne. La France 
est une province romaine , une terre d'église. Dans ses àgca 
barbares, elle conserve toujours des habitudes logiques. La poé- 
sie féodale naquit au sein de la prose. 

c Cette poésie trouvait dans l'élément primitif, dans la race 



378 .immMGi. 

mâme, «[oelque chose de plus hosAlle Mcorts. lies Gaulois, davi 
ieurs invasions d Italie et de Grùee> apparaissent déjà eoime 
•un peuple raiOeeir. te sait qulaa inajcsuieux aspect du vieax 
Ronmiii • siégeant sur sa cMsiseourale, le soldat 4e Bnennas 
trouva plaisant de Jui toucher la barbe. La France a toueM 
«iasî fauiilièrement tonte poésie. 

« Maif ré l'abatteaient des nisèms> anigré la grande tristesse 
4i«e leehrisiiaiiismé répaodaiisat h» moyen àfe« Vteooio pères 
^e boane heure* Bès .lie sa* aiède, Guilbert de Ifof^oi aoas 
-moiitre les gens d'Amwas^ las eabarelieta et les boooheis, se 
mettant sur leurporie, quaod leur comte, sur mm gros cheval, 
^earacolait dans lies ruej», etrious ef^foochaat de leurs lisées la 
•béto féodale. 

^ ff Le svmboHsme ari»ei)al, ses-iicties couleurs, ses beilesda* 
Tîses, n'imposaient profeablement pas boaueoup à do telles 
^ns. La pantomime jtiridiquo ^s estes féodaux faisait rire lé 
bourgeois soqs cape» Ne croyes pas trop à la siraplesse du 
peuple de ces lemps»ià> à la naïveté de cette èofmeeittUa iouf bc« 
'Los renards noyaux> qui s'afoblèrent do si bisncho et si doues 
hermine pour surprendre lès lioas^ les eigles féodaux, tuaient, 
;comms tuait le sphinx, par rénigno et par réquivoqoe. * 

101 — page 131 — Ni in ' èotombe, ni l'arthe, ni la tunique 
sans couture, etc. . Le glaite sjHrituel était émouuè,.. 

€ Un^est columbamea, pcrfectamea, una est matri su^... 
13na nempe fuit dlluvii tempère arca 9oé... Haec est tunica {lia 
DominiincousuUlis... Dicentibus Apostolis : Ecee gladîl duo 
hic... > preuves du différent, p. 55. — < Qu'elle est forte cette 
Église, et que redoutable est le glaive... » Bossuet, Oraison 
funèbre de Le TeUier. 

« 

102 ^ page 132 — Nul dauùê fus U pamùdr ^TàAiiiidrt ne 
Uur ait fait dee ^etlètiastiquêi éPitrémntUiablni Hmêmiu.. 

C'est un des faits qui par llseoonl de tous les témoignages 
avait été placé en Angleterre dana la catégorie des points trré^ 
<susshles. c Articuli qui videbantur profoati. • Tantôt les ebe s 
renvoyaient à absoudre «u &ère ohapeiain, saos confession i 
j Prœcipii fratri capellano . eum absolvove a poocatis lUis 



APKRBICB. 879 

qnatnvis firater capeilanas eam eonfessionem aon atidiorat, > 
p. 377, col. 2, 367. Tanldl ils les absolvaient eux-mêmes, quoi-- 
que laies:... « Quod et credebant et dicebatur eis quod ma« 
gnus magister ordinis poierat eos ahsoWcre a peccatis suis. 
Item quod visilalor. Item quod prœceptores quorum multi 
erant laici, > 358, 2i test. < Quod... templàrii laid suos homi- 
nes absolvebaat. > Concil. Brit., II, 360. — «Quod facii gencra- 
lém absolutionem de pcccatis quae noluntconfîteri proplcrcru- 
bescentiam carois... quod credebant quod do peccatis capitulo 
fecognitis,.de quib\is ibidem fuerat absolulio non oportcbat 
coofitcri sacerdoii... quod de mortalibus non debebatit coufi* 
leri nisi in capUulo, et de vcnialibus tantum sacerdot! > (5 lestes) 
358, col. i. — Môme accord dans les dépositions des templiers 
d'Ecosse : t Inferiores clericl vet laïci possunt absolvere fralres 
sibi subditos, > p. 381, col. 1, premier témoin. De même le 41* 
témoin. Conc. Brît. 14, p. 382. 

103 — page 133, note 1 — trotès iitnulé, où te diable, ffv... 
On connaît la fameuse légende de Dagobcrt. César d'Heister^ 

bacb cite une pareille histoire d'un usurier cfoUTerti. Que \e 
débat fût visible ou non, c'était toujours la formule r v Si quis 
decedat contritus et confessus, licet non satisfecerit de peccatis 
confessis, tamen boni angeli confortant Spsum contra Ineursum 
dœmonuni, dicantes... Quibus maligni spiriltts^.* Mox advenit 
Virgo Maria alloquens dœmoQCS...« etc. > Herm. Corn. chr. 
dp. Bccard. m* œvi. t. S, p. là* 

104 — page 133, note 4 — Jean de Meung Clopinel^ etc. 

c ProdoR femmes par saint Dcmîs. Autant eu est que de Phé- 
nix, etc. > - Lui-même au reste avait pris soin .de ies justifier 
par les doctrines qu'il prêche dans aon livre. Ce n'est pas moins 
que la communauté des femmes: * . • 

Car nature n'est pu si «otte. .. 

Ains vous a fait, beau fils, n'en doobtet, 

Toutes pour tous, et tous pour mums» 

Cbascone pour chascun commune 

Et ehasciin eommOn pour ch«2cune. 

Bonaa de la Rose, Y. 14, 653. fid. 17S5-7. 



380 APPENDICE. 

Cei insipide ouvrage, qui n'a pour lui que le jargon de la ga- 
lanterie du temps, et l'obscénité de la fin, semble la profcssioa 
do foi du sensualisme grossier qui règne au xivo siècle. Jean 
MoUnet Ta moralisé et mis en prose. 

i05 — page 137, note — Bk^nche fut, dit brutalement le woiu 
historien y etc... 

« Blancha vero carcere remanens, a servientc quodam ejus 
custodiae deputato dicebatur imprsgnata fuisse quam a proprio 
comité diceretur, vel ab aliis impraegnata. a Cent. G. dcN., 
p. 70. Il passe outre avec une cruelle insouciance; peut-être 
aussi n'ose-t-il en dire davantage. — Cette horrible aventure 
des belles-filles de Philippe le Bel a peut être donné lieu, par 
un malentendu, à la tradition relative à la femme de ce prince, 
Jeanne de Navarre, et à l'hôtel de Nesle. Aucun témoignage 
ancien n'appuie cette tradition. Voyez Bayle, article Buridan. 
La tradition serait toutefois moins vraisemblable encore, si l'on 
voulait, comme Bayle, l'appliquer à l'une des belles-filles du 
roi. Jeunes comme elles l'étaient, elles n'avaient pas besoin de 
tels moyens pour trouver des amants. Quoi qu'il en soit, Jeanne 
de Navarre parait avoir été d'un caractère dur et sanguinaire. 
(Voyez plus haut , p. 48-51.) Elle élait reine de son chef, cl 
pouvait moins ménager son époux. 

i06 -^ page 138 — Une fois dans cette voie de crimes, toute 
mort passe pour empoisonnement ou maléfice, etc.. 

Contin. G. de Nangis, ann. 1304, 1308, 1313, 1315, 1320, 
p. 58, 61, 67, 68, 70, 77, 78. 

107 - page 138, note % — Ala mort de Clément V^ etc.. 

« Gascones qui cum co steterant, intenti circa sarçinas, vi- 
debantur de sepultura corporis non curare, quia diù remansit 
insepultum. » Baluz., Vit. Pap. Aven.» I, p. 22. 

108 — page 138 — Dante ne trouve pas, pour la mort de Phi- 
lippe le Bel, de mot assez bas.. . 

Dante, Paradiso, c. XIX : 

Li si vedra in duoi, che sopra Senna 
Induec, falseggiando la moneta 
Quel che morra dt colpn di eotenca. 



APPENDICE. 381 

Salvant plusieurs auteurs, il aurai élé en effet tué à la 
chasse au cerf, c 11 veit venir le cerf vers luy, si sacqua son 
cspéc, et ferit son cheval des espérons, et cuida férir le cerf, et 
son cheval le porta encore contre un arbre, de si grand' roi - 
deur, que le bon roy cheut à terre, et fut moult durement blccé 
au cucur, et fut porté à Corbeil. Là, luy agreva sa maladie 
moult fort... > Chronique, trad. par Sauvage, p. ilO, Lyon, 
1572. in-folio. 

Lltistoriên français contemporain ne parle point de cet acci" 

dent,,. 

« Diuturnà detentus infirmitatc, cujus causa medieîs erat in- 
cognita. non solum ipsis, scd et aliis multi stuporis matcriam 
et admiralionis induxit; prœsertim cum infirmitalis aut mortis 
periculum nec pulsus ostcnderet nec urina. » Gontin. G. de 
T^angis, fol. 69. 

109 — page 139'— Egidio avait écrit pour son élève un livre : 
Deregimine principum.,, 

V. S. iEgidii Romani, archiep. Biturîcensis questio De ulra- 
quc potcslatc, edidit Goldastus, Monarchia, 11,95. Un Colonna 
BC pouvait qu*inspirer à son élève la haine des papes. 

110 — page 139, note 2 — Jean de Ueung lui avait traduit la 
Consolation de Boèce,,, 

Il rappelle tous ses titres littéraires dans VÉpitre liminaire 
qull a mise en tête du livre de la Consolation. « A ta royale 
« Majesté, très*noble Prince par la Grâce de Dieu, Roy des 
« François Philippe le Qu^rt; je Jehan de Meung qui jadis au 
« Romans de la Rose, puisque Jalousie ot mis en prison Bel- 
« acueil, ay enseigné la manière du Cbastel prendre, et de la 
« Rose cueillir; et translaté de latin en françois le livre de 
c Vegèccde chevalerie, et le livre des merveilles de Hirlandc : 
« et le livre des Epistrcs de Pierre Abeillard et Hélolse sa 
« femme : et le livre d'Aclred, de spirituelle amitié : envoyé 
« oresBoèce de Consolation, que j'ai translaté en françois, 
« jaçoit ce qu'entendes bien latin. » 

111 — page 140 — L* Université persécutait les Mendiants par 
ton docteur Jean Pique-Ane,.. 



382 APPBNDICB. 

Buleus» IV, 70. Voyez dans Goldasl., Il, iû8, JobanQÎs de Pa« 
risils TractaUis dû poicstale ragia el papali. 

Ht " page iil — Les pauvre$ écoliers, les pauvres maîtres... 

Le maître sera élu enlrc les pauvres écoliers et par eux... 

L'élu sera appelé le minisitre'des pauvres. Il est fait menlioo 

dans ce règlemeat de Si pauvres écoliers fondés en Hioaneor 

des 12 apôtres et des 7â disciples. 

113 —page 141 — Cappetx,., 

L'habit de cette sociélé était une cape fermée par devant 
comme en porlaien lies mattres-ès-artsde laruedeFouarre, et un 
camail aussi fermé par devant et par derrière, d'où leur nom de 
Capètes. Les parents ne pouvaient menacer leurs enfants d'an 
plus grand ch&limentque de les faire Capètes. Felibien,!, 
526 sq. 

114 — page 142 — Le roi veut exclure les prêtres de la justire 
et des charges municipales. 

t^ Omnes in regno Francis temperatam juridictioncm hahcD- 
tes, baillivum, prœposilum et servientes laicos et nullatenas 
clericos instituant, ul, si ibi délinquant, superiores suî possint 
animailvertere m eo&deiB. Et si aliqai cLcrici siai in pnediciis 
ofûciis, amoveantur. » Ord., 1,316. Années 1187-1288. 

115 - page 142 — /i protège les juifs. . 

« KoB capianlur aut incarccrentur ad mandatum aliquonim 
patrum, fratrum alicujus ordinis vel aliorum, quocunque fuQ- 
gnntur officio. > ûrd., I, 317. 

116 — page 142 — Il augmente la ta-ée royale sur Us o^g 't;i- 
tions d'immeubles par les églises,.. 

Ord., I, 323* On y distingue les fief^ du roi, les arrièrc-fi fs, 
les aïeux. Dans tous les cas, la taxe royale pour les acquisili os 
à Utre onéreux est le double de la taxe des acquisitionsià li re 
gratuit. On craignait plus les achats que les donations. 

117 — page 142 — Il âéfend les guerres prtoèes. Us tournois.,. 
€ Ad instar sancti Ludovici. eximii confessons.^ guerras ..i 



APnifftKac'. 38S 

bella..., provocatUnts etiam ad dt^oiium... dnrautibua guciris 
iiostrts, ^presse inhibemus* > Ord., l, 390, €onf. p. 3i^. Am. 
im, p. 344. Ann. 4302, p. m». Aiin. 1314, juillet. -^ t Qm< 
tenus ômoes et singulos nobi !««... capi as et arrestes, capiqoe 
H arrestari faeias , et tamdiu îa arresto tefaeri, .donec a aobis 
maDdatum. » Ord., f» 494 (Ann. 130)). 
A chaque campagne^ il lui fallait faire ia presse.,. 
En 1302, ordre au bailli d'Amiens d'envoyer à la guerre de 
Flandre, tevs eeux qui a»r«nl pliu de 100 livrea en meubles 
et 200 en immeubles : les autres devaient être épargnés. Ord., I» 
3y$. M^s l'anude svirante .(99 mai) il fut ordonné que tout 
Totvrier qui anrait oinquaBlq livres en meubies ou vingt eu 
immeubles , eMtribuwait de sa pecaonne ou de son argeAt^ 
Ord., I, 373» 

it^ — page 142 *- Ord&nntmce pour empêcher h âésertUm de$ 
tampagnes... 

C'étaient des formalités analojpcues à oclhs qu'on impose au* 
jourd'hui à l'étranger qui veut devenir Français; autorisation 
du prévost ou maire, doïnieile établi par l'aobai t p^ur raison 
de la bourgeoisie d'une maison dcdenz an et jour, de la value 
de soixante sols perieis au moins; signiiM^ au seigneur 
dessoubs caî il iert partis; » résidence obligatoire de la Tous-* 
saint 4 la Saii»l->}eaD, eCe. Ord., 1, 3i4. 

119 — page 143 — £f» 1200, le clergé arrcicha au roi une 
tharfe fœorbitante.,, 

Ord., I, p. 31S... t Quod bona mobitii clericorum eapi vel 
Justiciari non pessîtti .. per jostietam seeu!arcm... Cause ordi- 
nari» prttlatorum tn parliamentis tantummodo agitentur... née 
ad seneseallos aut balRivos... îieeat appelVare... Non împe* 
diantur a tailKs..., etc. » 

En 1298, le roi seconde l'intolérance des évéguee,. . 

• BaillÎTis... îi^ungimus. .. dtocesanîs episcopis, et înquisi- 
toribns .. pareant, et intendant in haereticorum investtgatione, 
captioae:.. coudemnatos sibi relictos stalim rccipiant, indilate 
animadverstone débita puniendos .. non obstanlibus appella» 
tiooibita. > Ord., f, p. 330, ann. 1298. 



381 APnSDICE. 

L'année suivantiy U promet que les baiUie, etc... 

Mandement adressé anx baillis de la Touraine et du Maine, 
pour leur commander le respect des ecclésiasliqucs. lettres 
accordées aux évoques de Normandie contre les oppressions 
des baillis, vicomtes, etc. Ord., I, 331, 334. Ordonnance sem- 
blable en faveur des églises du Languedoc , 8 mai 1302, ibid., 
page 3iO. 

4 20 '— page i&3 — // accorde aux nobles une ordonnanee eontrs 
les usuriers juifs, . . 

« Contra usurarum voraginem... volnmus ut débita quantum 
ad sorlem primariam plenarie persolvantur, quod vero ultra 
sortem fuerit legaliter penitus remittendo. » Ord., 1, 334. 

Les eoUeeteurs royaux n'exploiteront plus les successions des 
bâtards et des aubains, etc. 

< Misipriusper aliquemidoneumvirum.ftMni ad Aoc«2Mcîa<i(€r 
deputaverimus,,. consttterit, quod dos sumus in booa saisini 
percipiendi... > Ord., I, 338-339. 

121 -- page 144 — // scùsit le temporel des prélats partis pa» 
Rome,.. 

c Monnulli prœlati, abbatet, prières..., inbibitione nostrt 
sprcta... ab regno egredi... Nolentes igttur ob ipsarum absen* 
tiam personarum bona earum dissipari et potius ea cupientes 
conscrvari... mandamus, etc. Ord., I, 349. 

122 — page 144 — Dans son ordonnance de réforme, etc.. 

« Nisi in casu pertinente ad jus nostrum regium... i II ajou- 
tait pourtant que le licf acquis ainsi par forfaiture serait dans 
Tan et jour remis hors sa main à une personne convenable qui 
desservit le fief. Mais il se réservait encore cettj alternative : 
< Ou nous donnerons au maître du fief récompense suffiscnlc 
et raisonnable. > Ord., l, 358. 

La plus grande partie de cette ordonnance de réforme con* 
cerne les baillis et autres officiers royaux, et tend à prévenir 
les abus de pouvoir. Nommés par le grand conseil (i4), ils ne 
pourront faire partie de cette assemblée (16). Ils ne pourront 
avoir pour prévois ou lieutenants, leurs parents ou alliés, si 



APPENDICE. 385 

remplir cette charge dans le lieu de leur naissance (27), ni 
s'attaclier par mariage on achat d'immeubles an pays de leur 
juridiction, mesure de garantie imitée des Romains, maîa 
étendue aux enfants, sœurs* nièces et neveux des officiers 
royaux (50-51). L'ordonnance réglait le temps de leurs assi- 
ses (26), dont chacune, en finissant, devait préciser le com- 
mencement de la suivante ; elle posait les limites de leur ressort 
entre eux (60), de leur compétence entre les justices des pré- 
lats et des barons (25), et les limites de leurs pouvoirs sur leurs 
justiciables. Ils ne pouvaient tenir aucun en prison pour dettes, 
à moins qu'il n'y eût sur lui contrainte par corps, par lettres 
passées* sous le scel royal (52). La même ordonnance leur dé« 
fendait de receyoir à titre de don ou de prêt (40-43) ni |io\ir 
eux ni pour leurs etofants (41) (ils ne pourront recevoir de vin; 
nisi in barillis, seu boutellis vel potis), et ils ne pourront 
Tendre le surplus, ni donner rien aux membres du grand 
conseil, leurs juges (44) , ni prendre des baillis inférieurs 
lenrs comptables (48). La nomination à ces charges devait se 
faire par eux avec les plus grandes précautions (56); le roi 
eontinue à en exclure les clercs ; il met ceux-ci en assez mau- 
vaise compagnie : t Non clerici, non usurarii, non infâmes, 
nec suspccti circa oppressiones snbjcclorum > (19). Ord. I, 
357-367. 

123 — page 144, note 3 — Règlement relatif au Parlement.., 
Voyez l'important mémoire de M. Klimrath Sur les Olimetsur 

U Parlement. V. aussi une disserlalion ms. sur l'origine du 
parlement {Archives du royaume). L'auteur anonyme, qui peut- 
être écrivait sous le chancelier Maupeou, partage l'opinion de 
M. Klimrath. 

124 — page 145 — Philippe le Bel rend aux nobles le gage de 
bataille , la preuve par due!. . . 

Ann. 1304. Ord. I, 547. Cette ordonnance parait être la mise 
à exécution de l'art. 62 de l'édit que nous venons d analyser. 
C'est le règlement d'administration qui complète la loi. 

Origines du droit , livre IV, chap. vu : « Pendant tout le 
moyen Age, la jurisprudence flotte entre le duel et l'épreuve, 
lu. 25. 



APPENOUGB. 

que l'espril militaire et sacerdotal 4*empoctft attatn*» . 
tfscaent. 

• Le serment et les ordalies étant trop soavantsaspMilea, las 
vgÊtspnûTê préféraient lo duel» Saint -Lottis el Eaédério U la dé- 
isadireat dès le ziiio siècle. 

• Qoe trop mauvcse coustame sonloU courre enchiennemeotr 
ai eomme nous avons entendu des seigo^ra de ktia^ car \k 
aacaas si louoient campions, en tele ipaaière que^ îLsa da- 
^voîeat combatre par toutes les qnerelleaque il axoieni à Cera 
oa bonnes ou mauveses. • <Beaumanoir.) — t Quand aucaa a 
passé âge comme de soixante ans^ ou qu'il est débilité daa- 
caa membre, il n'est pas habile à combattre. Et pour oe fiu 
éUbli que s'il étoit accusé d'aucun cas^qui par, gaga.de batailla 
ae deut terminer^ qu'il pourroit mettre champioa qui.feroit la 
lait pour lui, à ses périls et dépends, ^.t pour ce fnt constîtai. 
ci établi bornage de foy et de service. £t en souLoit-on ancîan- 
neflient plus user, que l'on ne fait, car on combattoit pour 
plas de cas, qu'on ne fait pour le présent. . . £t doit l'en savoir^ 

quand un champion faisoit gaige de bataille pour auciin 
lire accusé d'aucun crimi*., se le champion «stoit desconfit» 
par soi rendant en champ, ou autrement, cil pour qui îl 
'Combattoit estoit pendu, et foj^aisoit tous ses biens et meubles 
Mritages, ainsi que la coutume déclaire, aussi bien comaie cil 
;fiapre eust été déconfit en champ; et le champion n'avoit nul 
atti et ne forfaisoit rien. » (Vieille glose sur l'ancienne cou- 
.tame de Normandie.) 

125 -^ page 145 et suiv. — Lkgpacrùiê.^dê ca (poaafranaaal 
4amM les affaires des monnaies,,» . 

Em i393... < Nos autem Johanna impertimus assesaum. . » 
Hrd.^ I, 326. 

M» i305... Ord., I, 429. 

Kut tard, il ordonne de détruire les fours^ etc... Ord:, 1, 451. 

Em iZiOet 13ii, U défend rimportatim âe$ monnaies èu 



« Que nul ne rachace, ne face rechacier, ne trébucher, na 
•aqueure nulle monnoye quele qu'ele soit de nostre coing. • 
JBi janvier 1310, Ord., 1, 475. 



APBBNOieS.. 3&7 

Bfi'iZiin'Udèfiifiéde peser otc UVitfayir les munmm» r^al$$.»4 
.Ord.,I,48i,16inaii3ii. 

En iZi^^ il appela les dépuUÊ dêi^9iUu i v^niroomt^apêt (ni. 
sur h f$iu449 momaiêt^ eiC4.», 

I Quelle Roi poorchaee^ ^ar^Aewrei 8e$. Baron» qoe ils ae > 
sueffire»^ de faire, ouvrer iosque» à; coqs ana, o&r aulremeiklU 
nepeaipa$ remplir 80Ci:pu«ï)l&;i4e boniKt manaoïe» ne. 40a. 
royaume. Et furent à accort que li {lois doinl taatdn ory.eo.> 
argent que il n'y preigne nul profit. • Ord., l, 548-549. Cepen- 
dant on rencontra tant de rësîstanoe de la tiart des barons et 
des prélats intéressés qu'il fallut se contenter de leur prescrire 
l'aloi, le poids et la marqiieile leura monnaies.* Leblaiio,p. 239. 

126 — page 148 et suir. •*- Uavènément de LouU le HnHnM - 
«fie rèa^ion viohnte de V esprit fhêal, had, provineiàly etc; ^ 

Le due de Bretagne, etc.. Ord., 1., 551 et 592, 561-577 ^t 525;* 

672... 

La demande commune dee barone, etc... Ord., 1, 559/8o;*574, < 
5«;554,2o. 

Lee pranineet les plue éloignées, etc... Ord., !, 562, 2«... 

Bourgogne, Amiens, Champagne demandent unanimement^ etc:..*^ 

c Nous voulions et octroyons que en cas de murtre, de larre- 
ein^ de rapt, de trahison et de roberie gage de bataille soit ou- 
Tcrt, se les cas ne pouvoient cstre prouves par tesmoings. > 
Ord., i, 507. < Et quant au gage de bataille, nous voulions qur 
il en usent, si corne Ten fesoit anciennement. » Ibid. 559. 

Le roi n'acquerra plus^ etc.. 

< Le quart article qui est tiel. Item, que k Roy n*acqui^e, ne 
e^accroisee es baronnies et chasteUeniêJ, es fiet et riere-fiez desdits 
nobles et religieus, sen'est de leur volante, nous leur octroyons. » 

A ces demandes iruolentes le roi répond..., 

Ord., I, 572 (31) ; 576 (15) ; 564 (6). 

127 ^ page 151 -^ Raoul de Prestes. . . 

II y e«l troia Eaonl de Prtsles; le premier» qui déposa en 
1309 contre les Templiers, fut impliqué dans l'affaire de Pierre 
de LaltUy, et reoouvra la liberté en perdant «ea bîons. I^ouis 
le Hutin en eut des remecds ; par so« tesiameiUï-il ordonna . 



383 APP^a>iCB. 

qu'on lui rendit comme de raiiOH tout ce qu'on lui avait pris. 
Philippe le Long et Charles le Bel Tanoblirent pour ses bons 
services. Le second Aaoul n'est connu que par un faux, et aussi 
par un b&tard qu'il eut en prison. Ce bfttard est le plus illusire 
des Raoul. En I365,il se fit connaître de Charles V par une allé- 
gorie, intitulée to Muse, Il fut chargé par ce prince de traduire 
la Cité de Dieu, et parait n'avoir pas éié étranger à la compo- 
sition du Songe du Vergier. 

128 — page 153 — Louis le Mutin décria les momuaies dts 
barons, etc.. 

< Nous qui avons oie la grande complainte de nostre pueble 
du royaume de France, qui nous a montré comment par les 
monoies faites hors de nostre royaume et contrefaites à nos 
coings, et aus coings de nos barons, et par les monoies aussi 
de nos dits barons lesquelles monoies toutes ne sont pas du 
poids de la loy ne du coing anciens ne convenables, nos sub- 
giez et nostre pueble sont domagiés en moult de manières et 
de eeuz souvent grossement... Ordenons, etc. » Ord., I, 609-6. 

Il fixa Us rapports de la monnaie royale^ etc.. Ord., I, 64«i et 
suiv. 

129— page loi — Les serfs se souviendront de cetleleçon i^yale.,. 

A la fin de son règne si court, Louis semble devenu ren« 
nemi des barons. Jamais Philippe le Bel ne leur fit réponse 
plus sèche et, ce semble, plus dérisoire que celle de son fils 
aux nobles de Champagne (1er décembre 1315). Us deman* 
d aient qu'on leur expliquât ce mot vague de Cas royaux, au 
m oyen duquel les juges du roi appelaient à eux toute affaire 
qu'ils voulaient. Le roi répond : c Nous les avons éclaircis en 

> celte manière. C'est assavoir que la Royal Majesté est cnten- 

> due, es cas qui de droit, ou de ancienne coutume, puent et 
t doient appartenir à souverain Prince et à nul autre. « Ord., 
I, 606. 

130 — page 156 — Philippe le Long révoque toute donation 
depuis saint Louis.,, 

Le roi révoque spécialement les dons faits à Guillaume 
Flotte, Nogaret, Plasian et quelques antres. Ord., I, 667 



APPSNDICB. 389 

131 — pige 156 — Il auraU VQUlu étaHit^ VuniformiU des 
me$ure$ et de$ m(mnam, . • 

« Le roi avait commencé à régler qu'on ne se servirail dans 
son royaume que d'une mesure unifarme pour le vin, le blé el 
toutes marchandises; mais prévenu par une maladie, il ne put 
accomplir l'œuvre qu'il avait commencée. Ledit roi proposa 
aussi que, dans tout le royaume, toutes les monnaies fussent 
réduites à une seule; et comme l'eiécution d'un si grand pro- 
jet exigeait de grands frais, séduit, dit-on, par de faux conseils, 
il avait résolu d'extorquer de tous ses sujets la cinquième par- 
aie de leur bien. 11 envoya donc pour cette affaire des députés 
en différents pays; mais les prélats et les grands, qui avaient 
depuis longtemps le droit de /aire différentes monnaies, selon 
les diversités des lieux et l'exigence des hommes, ainsi que les 
communautés des bonnes villes du royaume, n*ayant pas con- 
senti à ce projet, les députés revinrent vers leur maUre sans 
avoir réussi dans leur négociation. » ConU G. de Nang., 79. 

13Î — page 157 et suiv. — îl fait quelques efforts pour régu- 
la viser la comptabilité,., 

Ord„I,713-4. 629, 659. 

Parmi les règlements de finance^ etc.. Ord., I, p. 660 (27). 

Le Parlement se constitue, etc.. Ord., 1, 728-731 — Ord., 
1,70S. 

133 — page 158 — La méridienne du roi.., 

V. au l«r vol. de cette histoire, p. 207 et suiv., la concession 
de Clovis à saint Rémi. -* Voy. aussi la Légende dorée, c. ii2. 
— Origines du droit, p. 79-80 : c En l'an 676« Dagobert ayant 
donné à saint Florent la ville où il demeurait et ses dépen- 
dances, le saint vint prier le roi de lui faire savoir combien il 
avait en long et en large. • Tout ce que tu auras chevauché sur 
ton petit âne pendant qui je me baignerai et que je mettrai 
mes habits, tu l'auras en propre. > Or saint Florent savait fort 
bien le temps que le roi passait au bain : aussi il monta en 
toute hâte sur son àne et trotta par monts et par vaux mieux et 
plus rapidement que ne l'aurait fait à cheval le meilleur ca- 
▼alier, et il se trouva encore à Theure indiquée chez le roi. » 
Orimm. 87. 



[. 



990 APPIKDICE. 

13^ -''pa^ i^3 «^ FkUippfi h Long pari» de cm'UMU ikmU 
féodaux y elc... 
Ord., I, p. 661 (;^9). 
U r$command$( aux ffcetwir^t elo. .. OnL S, 713 <9). 



135 -r page 199 ^^ L0 roi ehânkê 4 metUn» unêbarrUrt à ra 
UbiralUé..» 

« QoA poiur l68 «ions (raCragens qui ost asté^Aih ça en ar- 
rière»» par dos prédécesseuESs M domaine dou royaume sont 
noall apelitté.l^ous qui àémtuB noolt faeîMraissement et le 
bon estai de notre 'Royaume, el de nos. a^giex» nous eoteh- 
dons dores en avant gardef de '4el8 dans, aa pins que noas 
ponrrûns boaemenl, ot défondoasqaennl a* nous ose Caife 
anppUcalUm de faire dons à- héritage, set oe^a'esieo la pré- 
sence de noire^ grand conseiL » Ord., 1, 670 (d)« 

136 — page'160' wL«f pcwaMireftaâB... 

« Cum solis pera ctbaculo sine pecunia, dimissis in campis 
'porcis et pecortbus.-post ipsos qu^si pecora cônfluebaoï. • 
Cont. G. de Nangis, p. 77. — c Projectis ïnnumcrabilibus lignis 
et lapidibus, propriis projectis pnerîs, se virilltcr el inhuma- 
niter defensabant... Videntes antcm dicli judsei quod cvadere 
noii valebant... loeavertxnt nnum de suis... nt eos gladio jugu- 
laret. • Ibidem. — c Illic viginli, illic trîginla sccondum pins 
et minus suspendens in palibalis^t i^rborihos, » Ibid. 

137 page 161 — Les Juift, etc..., 

Voyez lé Mémoire de M, dcu^QAt^iSarJea: juifs d'Occid>yM»et 
la grande histoire de Jozt. 



' 138 7- page 162.-- L« '>vuU s'ixriinadj^uê.feêiuifê 
oïït empoisonné Us foniaineSf Qla.*. • 

• Fiebant de saQguiQe.bumano. oi .urina. 4Jk Mribiui iierbia... 
ponebatur eliam Gorpus«€brisiie cl.cufa^aseBJlo«nia,disaiiaU, 
nsque ad pulvercm terûbantur» qu»*missa in.aaaoaIia4nin<alK 
quo pondcroso... in puleis^^ iactabauiij^r. > Coat &• d« Nang.» 
ann. 1321, p. 78.— « bivenlum est i».panaoicapui oolubri, pe» 
dèsbufonisct capilli quasi mullieris, infecti quodaai . Mf tt0<» 



AfPBMDIGE. 

«igerrlmo... quod tolmn in igoem oapiosnni..: projentum, 
modo combur! potiih, babSto imtnifcsto expérimente et hoe ! 
dem esse yeoennm fortîssimum. » Ibidem. 

Les priitcipauT lépreux tinrent qnatrê eoncUes, etc.. 

c Saadente disbolo per miimteitnni lude&eram... m 
tiani omnes morerentar, vel oimies unifonniter keprosi 
rentnr, et sic, enm omnes essent tmifermes, tHiltv» ab 
despieeretur. i ibidem. — Voyez swt les lépreux les INctii 
naires de Bonebel et Brien et sortent le Dictieirnaire de 
fmr Delamarfc, I; page 609. Voyez aussi les Ώm du POriewumi^ 
IV. ^. LXXVI, etc. 

139 ~ page 163 — Les rituels pour ta séquestration desB^ 
preux différaient peu de l'office de9 morts ... ' ' 

c Leprosum aqua benedicta respersnm dncat ad ecctesiam 
crnce précédente... cantando Libéra me Domine... In 
ante altare pannus. iiiger. Prcsbyler cnm palla tcrram si 
qnemlibet pedum ejns perducît dicendo : Sis mortntrsmmi^ 
▼LTens iternm Deo. > Rituel du Berri, Màrtène, 11^ p^. lOliL 
Plusieurs rituels défendirent plus tard ces lugubres cérénUa^ 
monies, celui d'Angers, de Reims fbid., p. f005, lt)06. 



140 — page 165 ^ Quant aux juifs, on les br^la sans 
iinetion, . . 

« Judaei... aine diferentia combusti.,.,Facta quadam foi 
per maxima, igpe copioso in'eam injecte, oclies viginti 
pramlscui sont combusti -, unde et muUi illorum et illarum ca»» 
tantes quasiqueii^v^Uti ad^nuptias^ in fQvean\saliebant.*> OnsL, 
0. deN.angis, P..Ï8. 

Mainte 99Uioe y fit, jei^ son.enfcknt»,^* Hé ad baptismum ra- 
p^rentnr,.» Ibid. 

Quarante juifs s'aecordirent à se faire tuer par un deJemtB- 
vieiVards., 

« Unius antiqui... sanctior et melior videbatur ; unde et ob* 
«JQS bonltatem et antiquHatem pater Yocabatnr » Ibid.^ p. 79. 
*»« Cum funis esset bretior... dimîUens se deorsum eadere». 
tibtam sîbi fregît, auri et argenti prie maxime ponrlere graY&^ 
las. Ibidem. ^ * 



392 AniNDICB. 

141 — page 166 — L*Anglelerre se trouvant dèiarmie portée 
dUrordes, U roi de France s'empara de VAgènois... 

Voyez le DifTércnd entre la France et rAngleterre soaa 
Charles le Bel, par M. de Bréqnigny. La querelle qui d'abord 
n'avait pour objet que la possession d'une petite forteresse, 
prit en peu de temps le caractère le plus grave par la Cai blesse 
d'Edouard et l'audace de ses officiers. Tandis qu'Edouard ex- 
cuse ses lenteurs à venir rendre hommage, et prie le roi de 
France d'arrêter les entreprises des Français sur ses domaines, 
les officiers anglais en Guyenne ruinent la forteresse disputée» 
et rançonnent le grand maître des arbalétriers de France* qui 
avait voulu en tirer satisfaction. Edouard se hâta de désavouer 
ces actes auprès de Charles, et en môme temps il donnait 
ordre à toutes personnes de prêter assistance à Raoul Basset, 
auteur de Tinsulte faite au Roi de France. Mais il recula bien- 
tôt devant cette guerre et destitua Raoul Basset ; ses officiers 
laissés sans secours durent donner satisfaction à Charles le Bel, 
qui ne s'arrêta pas en si beau chemin : les ambassadeurs d'E- 
douard lui écrivaient qu'on disait tout haut à la cour de France : 
< Qu'on ne voulait mie être servi seulement de parchemin et 
de parole comme on Tavait été. > Edouard, qui d'abord avait 
eu recours au pape et fait quelques préparatifs, s'alarma de cet 
orage qui pouvait troubler ses plaisirs. 11 donna pleins pouvoirs 
pour tout terminer, et envoya à Charles un Français nommé 
Sully avec son plénipotentiaire. Le roi écouta le Français, 
chassa l'Anglais et fit entrer ses troupes en Guyenne. Agen, 
après avoir inutilement attendu le secours du comte de Keot, 
ouvrit ses portes. De nouveaux ambassadeurs vinrent d'Angle- 
terre; ils eurent pour toute réponse qu'il fallait c qu'on souf- 
frit sans obstacle que le roi de France mit en ses mains le reste 
de la Gascogne, et qu'Edouard se rendit auprès de lui. Alors s'il 
lui demandait droit, il lui ferait bon et hâtif; s'il lui requérait 
grâce, il ferait ce que bon lui semblerait. 

143 — page 166 — Charles U Bel défendit de prendre U parti 
de la reine Isabeau, etc. . 

c... Dont plusieurs chevaliers en furent moult courroucés... 
et dirent que or et argent y étoient cfforciement accourus 



APPENDICE. 393 

d'Angleterre. Vtroîssart, éd. Daeier, I, M, — c Si entendit-îl se- 
crètement que Charles le Bel étoit en volonté de faire prendre 
sa sœur, son fils, le comte de Kent et messîre Roger de Morti- 
mer, et de eux remettre es mains du roi d'Angleterre et dndit 
Spenser ; et ainsi le vint-il dire de nuit à la reine d'Angleterre 
et l'avisa du péril où elle étoit. > Froissart, I, 29. 

• 
• 

143 — page 169 ^ Edouard croyait au moins vivre^ etc..» 
• Ut innotuit viri dejectio, plena dolore (ut foris apparaît], 
fere mente alîenata fuit... Misit indumenta delicata et H lieras 
blandicntes. Eodem tempore assignata fuit dos regins talis et 
laou, quod rcgi filio regni pars tertia vix remansit. a Wals, 
p. 126-127. — < Ipso prostrato et sub ostio ponderoso detenio 
ne surgeret, dum lortores imponercnt cornu, et per foramen 
iaimiUerentignitum vern in viseera.sua. » Ibid. 

« 

i44 — page i7i — Livre des secrets des fidèles de la eroix^ par 
U Vénitien Sanuto..» 

c Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen. En l'an 1321, 
j'ai été introduit auprès de notre seigneur le Pape et lui ai 
présenté deux livres sur le recouvrement de la Terre Sain te« et 
le salut des Mêles; l'un était couvert en rouge, l'autre pn 
jaune. En même temps j'ai mis sous ses yeux quatre cartes 
géographiques. Tune de la mer Méditerranée, l'autre de la 
terre et de la mer, la troisième de la Terre Sainte, la quatrième 
de l'Egypte. • A la suite de Bon gars, Gesta Dei per Francos. 

S*tl partage son livre en trois parties en l'honneur de la 
Sainte-Trinité, la raison qu'il en donne c'est qu'il y a trois 
choses principales pour le rétablissement de la santé du corps, 
le sirop préparatoire, la médecine et le bon régime : c Partitur 
autem totale opns ad honorem Sanctie Triniiatis in très libres. 
TIam sicnt infirmanti corpori... tria impertiri curamus : primo 
syrapum ad praeviam dispositionem... secundo eongruam me- 
dieinam que morbum expellat... tertio -ad eonservandam sani* 
latem debîtuni vitae regimen... Sic conformiter coniinet liber 
primus dispositionem quasi syrupum, etc. Sccreta fideliuro 
cmcis, etc., p. 9. 



B94 AFBglKDICK. 

145 -^ |»«ge i7i ^ lit |n*a|KM0 contre (^ $<mda» dÉç^fU m 

• Dix faUres suffiront. 11 fire avec aoe prévoyance toute mo* 
derne c^•qtt'il fani d'hommes, d'argieul, devivrea. La flotte doit 
être armie à Veaise. « Les marins de Venise, dit-iU sauront 
seuls se conduire sur les filages basses d'Egypte qui ressem- 
blent à leurs lagunes c (p. 35-36). Il n'ose pas demander que 
l'amiral soit un Vénitien, il se cqntente de dire qu'il doit être 
ami des Vé&Hiens', pour agir de concert arec eux (p; 6S). > Il 
faut, dit- il nettement, o« que: l'accès de l'âgypte soii ai>soln- 
ment interdit, ou qu'il soit-élargi et fiusiliul de telle aorte que 
chacun puisse aller; reveniri commencer pat lea terres du soi- 
dan, en 'toute liberté, eiqtt*en ce dernier cas, obq ne parle plus 
de recouvrer ta Terre Sainte.^» •*- « Maia^ dira-t-on, û le seu- 
daa détournait le Nil de la Méditerranée dans la M^Eonget U 
chose est impoaetble ; et ^i elie^arvait lieu, i'tgypteaeeail lanéeit- 
tie, ellq deviendrait déserte... Le soudan réduit, les forteresses 
de l'Egypte maritime deviendront un sûr asile pour les nations 
chrétiennes comme fe furent pour lés Vénitiens les- Ia|>nnes de 
l'Adriatique qui. dans les tçmpêtes de^ invasions gauloises, 
africaines^ bmbardes et dans celle 'd'Attila, sont restées invio- 
lées. • (Pari. 3, cb. 1.) Ceé derniers mots fontaflusion^^aux 
crtiîn tes récentes que les invasions deâ Motigols^avait^nt inspi- 
rées ft toute la Chrétienté. 
• 

r^. 146 -«-npage 174 -f^ 1^4)601*^4 .^ia roi ija^^kterre acearda 
au» ètr^kitgêi't .. 

. La rolrdéoiare.qu'Ulear accQrde,à jamaia* en^aonnom et an 
A^m 4e s^4U4eea$ej^i:s« !<> 4^ pouvoir ;venir enaûraié aou% la 
pn>teciion,Foyale/libres de diveis. droi^ qu'il spécifie : Ik mm- 
ragi% jjaiOa^/lp^Mi^io^i^eri et quieli; ^^d'y vendre en gros 
^ qui. iisf voudront; kes merceries e^ épices peuveoi même éire 
vendueaen détî^Ipar les éti^^ngers; i^ d'emporter et exporter, 
eni^yant'le^ droits, touie.. chose, e^ptéles .vin5,..qu'oo ne 
peui^porter, sans licence spéciale du roi; 49 leurs marchan- 
dises n:aaroat àcraindre nidroil de prise ni saisie; $<> on lear 
rendra bonQo^JQSiice ; car si i^n juge leur fait tort, il sera puni 
même apr^s que les marchands auront été indemnisés; &> en 



toate cause où ils seront intéressée, le Jary sera edmposé poai 
une moitié, de leurs compatriotes ; 7^ dans tout le royaume il 
n'y aura qu'un poids et une mesure ; dans chaque ville ou lieu 
de foire, il y aura un poids royal» la balance sera l)ien vide, et 
celai qui pèse n'y portera pa» lea maips : 8^ à Londres, il y aura 
nn juge desdits .marebanda* pour leur rendre jaatice som- 
maire ; 9o pour.4oi(8 ces 4roila<iA6.paieM)»^ileax; aoua de plus 
qu'autrefois sur ebaqu^ lonMau- qu'ila arnèBerout ;t quarante 
deniers* dé plus par sac de laine/ etc.<<etc/; iO^mals une fois 
ces droits payés, ils pourront aller et tommercer librement par 
tout le royaume. 



' I 



147 — 176 -^ Ceféir'ticfmrà ÏTl qui sur la Table ronde a 
juré le héron de conquérir la France,,, 

Par devant la roïne, Robert s*agenoirilla,- 

Et dist que le haîron par temps départira. 

Mes que cboa f it'voQ^^ui la caar U din^ * 

«^ baisai, dit la.nâoe, or ne me parlés, jà; 

« Dame ne peni vouor, puis qu'elle seign^or a, " 

« Car 8>lle veue riens, son mari pooira. 

• Qutfbicn puel rapeller chou qu'elle vouera; 

' V Et iriAinti Mit tl eorps'tfue'jaesi'piÀmra, - > 

- «^'f^evmirtTide «Mb dHers-aifts ••MlMii^'to^fli.'ara. • 

^- fil dIst ietroy r i^¥oe*,'Wraoit t'aqiriMera. 

<• « «««ÉH^w^flaer a pciMB^'Bieaaars^'ea peetra; 

•«• «iVeois kardéMHoa* «ft>DieM/tvoM*aiéi>ffa. • 
4« Aionar^tUtlaiatiloa» je aai bioD, que pischa', 
-•. Qaajf^iafcosaard'ento^ qna mon corps senti là, 

• Eoflost vttL ji laire^» qu'en mon corps se tourna. 
.« Et je voue, et^prometh a Dieu, qui me crda, 

• Qoi nasqùi de la Vierge, qoe seè corps nVïipîra, 
4 ^ qtii'dloVnil eu crois; 6n Iv crucifia, 

• Que jk*H fmls de «of , d^moar corps 'tt%tera, 
ti 9i'ai*en*-arêa'aiaBé«èapa3è|i#vdelà, 
••'^•r avaMàierito ffuiqtte-«o.€OTfa<vDué a; 

• Et s'il en voelh isir, quant baaiHitafn>B«aera, 
« Duo grand contel d*achier 11 miens corps s'ocliira : 

• Serai m'asme perdue, et li frais périra. • 
Et quand H ro1s Tentent, ttoiilt forment fcn pensa; 
Et dist : « CcrUinement ifots pltn fla^o«ere< • 



396 âppbndicb. 

Li bairoQS fa partis, U rolne en mengoa. 

Adooc, quant cbe fa fait, li roit 8*apareilla, 

Et fit garnir les nés, la roîne i entra. 

Et maint franc cboTalier areeques lai mena. 

De illoc en Anvers, li rois ne s'arrêta. 

Quant ontre sont yenn, la dame délirra; 

D'an beaa fils gracieax U dame a'aooaka» 

Lyon d^ÂfWên ot non, qnant.on le baptisa. 

Ensi le fraaqœ Dame le sien ven aoqnitU; 

Ainaqae soient tout fait, main preadomme en mom» 

Et maint bon eberalier dolent s'en clamera. 

Et mainte preode femme ponr lasse s'en tenra. 

Adone parti U eonrs des Englès par delà. 

Cki jintnt kut tsiu du Aotron. 

Ce petit poëme se trouve à la fin du 1. 1 de Froissart, éd. 
Dacier-Buchoo, p. U0« 

148 — page 179 — Bataille âê Cassel,. 

€ Oncques en l'est du roy ne feit on guet ; et les grands sei- 
gneurs alèrent d'une tente en l'autre, pour eux déduire, en 
leurs belles robes. Or vous dirons des Flamans, qui sur le mont 
étoient.,. Si feirent trois grosses batailles les Flamans; et 
veindrent avalant le mont, au grand pas, devers Tost du roy : 
et passèrent tout outre, sans cry ne noise : et fut à l'heore de 
vespres sonnans... fit les Flamans ne s'atargèrent mie, ains 
veindrent le grand pas, pour surprendre le roy en sa tente. 
« Froissart, 1, c. lxix, p. 1Î3. ^ V. aussi Gont. G. de Nangis, 
p. 90. Oudegherst, c. cliv, f. 289. — Je regrette de n'avoir pas 
eu entre les mains l'important ouvrage de M. Warnkœnig, lors- 
que j'ai imprimé le récit de la bataille de Courtrai : Histoire de 
la Flandre et de ses institutions civiles et politiques, jusqu'à 
l'année 1305, par M. Warnkœnig, trad. de l'allemand, par 
M. Ghueldorf. 1835. Voyez particulièrement aux pages ^, 
308, du premier volume, quelques oireonslauces intéressantes 
qui complètent mon réeit. 

149 page 180 — Les quatre tours de Vineennes par leurs jimas- ' 
ievis, vomissaient aux quatre oenl»... 



APPENDICE. 397 

Les ch&leaux, comme les églises du moyen ftge, comme les 
cités antiques, sont, je crois, généralement, orientés. Voyez 
mon Histoire romaine, et ma Symbolique du droit. 

150 — page 181 ^ Roberi se plaignait d'avoir été supplanté 
dans la possession de r Artois par Mahaut, etc.. 

Un arrêt de la cour de France, prononcé en plein parlement, 
déboutait pour toujours Robert et ses successeurs de leurs pré- 
tentions, et ordonnait « Que ledit Robert amast ladite comtesse 
comme sa cbière tante, et ladite comtesse ledit Robert comme 
son bon nepveu. > 

151 page 181 — Personne n'eut plus de part que Rt^fert à e$ 
qu'un fils de Charles de Valois parvint au trône... 

L'ancienne chronique de. Flandre allait même jusqu'à lui en 
donner tout l'honneur : c Et n'estoient mie les barons d'accord 
de faire le roy, mais toutefois par le pourchas de messire Ro* 
bert d'Artois fut tant la chose démenée, que messire Philippe... 
fat élu à roy de France. > Cbroo.. ch. lxyii, p. 131, Mém. Ac 
Insc. X, 593. 

152 — page 182 — L« roi réservait à Robert le droit de pro* 
poser set raisons,., 

€ Sur ce qu'il lui a esté donné à entendre, que au traiité de 
mariage de Philippe d'Artois avec Blanche de Bretagne... du- 
quel traicté furent faites deux paires de lettres rattifiiées par 
Philippe le Bel... et furent enregistrées en nostreCour es re- 
gistre, lesquelles lettres, depuis le deceds dudit comte, ont esié 
fortraites par notre chière cousine Mabault d'Artois. > 1329. 
Chron. de Flandre, p. 601. 

153 — page 182 et suiv. — ... La maîtresse de Vévêque, une cer- 
faine dame Divion... 

« Qusdam mulier nobilis et formosa, quae fuerat M. Theodc- 
rici concubina. > Gest. cpisc, Leod., p. 408. 

La Divion prétendit que Jeanne de Valois la menaçait de la faire 
hrûier ... 

Elle l'en menaçait môme au nom du Roi. t J'ai voulu vous 



398 AP^SSQICS,. 

< 

exenser» disaît-clle, ea luy représontant qae.vous n'aviez nalla 
desdiiea lettre^ et il m'a répondu qu'il vou$ feroil ardoirse 
You» ne l'en bailler • Ibid., 600. 
* ... BUi y plaqua d€ vieux sceatix, etc. 

La DiTion ajrati été envoyée tout exprès eajirtois pour se 
procurer le sceau du comte Elle parvîal apcès quelque recher- 
che à eu trouver un entre les mains d'Ourson le Borgne dit le 
beau Pariais. U en voulait trois cents livres. Comme elle ne les 
avait pas» .elle offrit d'abord en gage un cheval noir sur lequel 
son mari avait |oûlé à Ârras. Ourson refusa ; alors» autorisée 
de son mari, elle déposa des joyaux, sa/voir deux couronnes» 
trois chapeaux, deux affiches, deux anneaux, le tout d'or et 
prisé sept cent vingt-quatre livres parisis. » Ibid » 609-610. — 
1 Ensuite elle prit un scel à une lettre qui estoit scellée dudit 
évéque Thierry, et par barat engigneur. Testa de cette lettre 
TÎeille et la plaça à la nouvelle. Et a ce faire furent présens 
Jeanne et Marie, meschines (servantes) de ladite Divion^ laquelle 
Harie tenoit la chandelle, et Jehanne li aidoit. ■ Ibid , 598. Dé- 
position de Martin de Nuesport. La Divion déclara qu'elle 
assista seule avec la dame de Beaumont et Jeanne à Tapplica- 
tion des sceaux c et n'y avoit à faire que elles trois tant seule- 
ment. > Ibid., p. 611. ^ Déplus c pour ce que le Roy Philippe 
avoit accoustumé de faire ses lettres en latin, » on aTaît de- 
mandé à un chapelain Thibaulx,de Veaux, de donner en cette 
langue le commencement et la fin d'une lettre de confirmation 
qui devait, disait-on, servir au mariage de .Jean d.' Artois avec 
la demoiselle de Leuze. Ibid., 612. 

A cette époque de caUigraphie, etc.*. 

La Divion semble pourtant jittacher grande importiance à son 
œuvre ; elle faisait passer les pièces, à mesure qu'elle les fa- 
briquait, à Robert d'Artois, c Disant teles paroles. Sire vées ci 
copie des lettres que nous avons, gardez si elle est bonne ; et il 
respondoit : Si je l'avoie de celle forme, il me suffîroit. a Elle 
Touiut même les soumettre dabotd à des experts. Mém. Ac., 
!• ib. 

Robert produisait einquante^nq témoifu... 
Archives, Sent. hist. /., 439, no 2. — Ils avaient eu soin de 
ménager à ces témoignages un commencement de preuve par 



APPBmtGB. 399 

écrit, dans la fausse lettre de Tévèqse d'Arras : « Dc:iqi|<>ilcs 
lettres jon^en ay une, et les antoes eu Uraietié du . mariage, ma^ 
dame la Royne Jehaniie furontpai* tm de iio»?gea<ida sûigneurs 
gettésa«ifea«.o > lbidi> p. ft97. * 

1/ sonêiwtmtU te r(mi(m,.eic. .. 

c... Et Jura- au Rey, mains levées vem les saints^tque un < 
homme vestude noir aussi oomme rarcbcfesquede Roven, il. 
avoit baillé lesdites lettres de confirmation. « Cet bomraen \éiw 
de noirétail son confesseur; Robert les lui avait données^ puis 
les avait reçues de ses mains; moyennant quoi il jurait en*' 
toute sûreté de conscience. Ibid., p. 610. 

La Divto» amma tout ûimi qnu Us.tàmoins., . 

Jacques Rondelle convint qu'on lui avait dit» que s'il dépo^ 
sait c ce luy vaudroit un voyage à Saint^lacques en^fiallicè.» 
Gérard de Juvigny, « qu'il avdil rendu fatfx témoignage ft la 
rcqucste dudit Monsieur^obcrt, qui venoil chies luy si se»*./ 
vent, qu'il en estoitteut ennuyé... ^ Ibid., 599i< ^ 

Déposition de la Divion : c ... Item elle confesse que-Prot' 
sondit clere« de son'- commandements eserfpt toutes lesdites- 
fausses lettres de sa maîo^ ei eseript celle ou pent le scel-de la- 
diic feu comtesse une penne d^airain, pour sa main desgui- 
zicr... Item elle dit que mons, Robert assez tost après en en* 
-voya ledit Prot elle ne scet où, en quel lieu, ne en quel part» 
que elle avoit dit à mous. Robert, Sire, je ne say que nonsi fa- 
ciens de eest derc, je me doubt trop de sa contenance, ear il 
est si paoureus que c'est merveille et que àchaenBefiChose que*: 
il oyoit la nuit,. .îL dit : -Ay ma damotaelle* AyichaaneiiAyUe* 
banne, les sergents me .viennent querre, en soyoeffrabntret dt« 
saut : Je en ay 4ro^ grand paoar. Et à moy messie aâàdit plu- 
sieurs fois» toutde jours;. de lagrant paour quil en aveit;qiie 
se il est pris et miv en «prison ^i il dira tout sans riens espari^ierk 
Et dit que ledit nlonSi Robert li respondoit, Noua nous enohe* 
virons bien Mertitle 'ne'seet, eu rh est^ fors que elle croit «ique-; 
il est en ancmis des tiébergement» des tepsaefe andit mona^ 
Robert. • Àriskwif^ Secimm Mii. T. 44(^ no H.' hem elle ditrqne 
par trop de fois la dite dameiMarie sagenouilla devant elle, en 
li priant, en plorantet adjointes moins, par telx moarPonr 
if damoiselley laites tant que Moaaeigneuff aie ces letlret 



400 APPENDICE. 

que VOUS savez, qui li ont méiicr pour son droit don eomté 
d'Artoys, et je say bien que vous le ferez bien se il vous plaist, 
car ce soit grand meschief s'il estoit déshérité par deffaut de 
lettres, il ne H faut que trop peu de lettre. Le roy a dit à Ma- 
dame que sil li en puet monstrer lelre, ja si petite ne fei, que 
li délivrera Ja conté, et pour Dieu pensez en et en mettez Mon- 
seigneur et Madame hors de la mesaise ou il en sont. Car ii 
sont en si grant tristesse quil n'en pueent boire, mengier, dor- 
mir ne reposer nuit ne jour. > Archiva, Section hist. J. 440, 
n^ll. 

154 — page 184 — B(>bert avait envoyé des auastim pomr tutr 
le duc de Bourgogne... 

c Les assassins vinrent jusqu'à Reims, ou ils cnidoient tron- 
,ver le comte de Bar a une feste qu'il y devoit lenir pour 
dames ; > mais on était sur leurs traces, ils durent revenir ; ce 
coyp manqué, Robert d'Artois se décida à venir lui-même en 
France. Il y passa quinze jours, et revint convaincu par les in- 
sinuations de sa femme que tout Paris serait pour lui, s'il tuait 
le roi. Mém. de l'Acad., x, p« 6i5-6. 

155 — page 184 — Robert essayait d'envoûter la reine et son 
fils... 

a Entre la Saint-Remy et la Toussaint de la mémp année 1333, 
frère Henry fut mandé par Robert, qui, après beaucoup de ca- 
resses, débuta par luy faire derechef une fausse confidence, et 
luy dit que ses amis luy avoient envoyé de France un volt ou 
voust, que la Reine avoit fait contre luy. Frère Henry lui de- 
manda < que est ce que voust? C'est une image de cire, ré- 
pondit Robert, que l'en* fait pour baptiser, pour grever ceux 
que l'on welt grever. L'en ne les appelle pas en ces pays voulz, 
répliqua le moine, l'en les appelle manies. > Robert ne soutint 
pas longtemps cette imposture : il avoua à frère Henry que ce 
qu'il vcnoitde luy dire de la Reine n'esloit pas vray, mais qu'il 
avoit un secret important h luy communiquer ; qu'il ne le lui 
diroit qu'après qu'il auroit juré qu'il Icprenoit sous le soeau de 
de la confession. Le moine jura, c la main mise au piz. • Alors 
Robert ouvrit un polit ecrln et en tira t une image de cire en- 



APPENDICE. 404 

velopëe en un qucf rc^hicf crespé« laquelle image estoit à la 
semblancc d'une figure d'un jueune homme, et csloil bien de 
la longueur d'un pied et demi, ce li semble, et si le vit bien 
elerement par le quevrc^chief qui e$ioit mouU déliez, et avoit 
entour le chicf semblancc de cheveux aussi comme un jeune 
homme qui porte chief. > Le moine voulut y toucher. « N'y tou- 
chiez, frère Henry, luy dit Robert, il est tout fait, iccstuy c&t 
tout baptisiez, l'en le m'a envoyé de France tout fait et tout 
baptisé; il n'y faut rien à cestuy, et est fait contre Jehan de 
France en son nom, et pouj- le grever : Ce vous dis-je bien en 
confession, mais je en vouldroye avoir un autre que je voul- 
droye que il fut baptisié. Et pour qui est-ce» dit frère Henry. 
C'est contre une deablesse, dit Robert, c'est contre la Royne, 
non pas Roy ne, c'est une dyablesse; ja tant comme elle vive, 
elle ne fera bien ne ne fera que moy grever, ne ja que elle vive 
je n'auray ma paix, mais se elle estoit morte et son fîls mort, 
je auroie ma paix tantos au Roy, quar de luy fcrois-jc tout ce 
qu'il me plairoit, je ne m'en double mie, si vous prie que vous me 
le baptisiez, quar il est tout fait, il n'y faut que le baplesmc, je 
ay tout prcst les parrains et les maraincs et quant que il y a 
mcsticr, fors de baptisemcnt... Il n\ faull à faire fors aussi 
comme à un enfant baptiser, et dire les noms qui y appar- 
tiennent, s Le moine refusa son ministère pour de pareilles 
opérations, remontra c que c'éloit mal fait d'y avoir créance, 
que cela ne convenoit point à si hault homme comme il estoit, 
vous le voulez faire sur le Roy et sur la Royne qui sont les 
pcrsennes du monde qui plus vous peuvent ramener à hon- 
neur. B Monsieur Robert répondit . c Je amcroie mieux estran- 
gler le dyable que le dyable m'estranglast » Ibitl, p. 627. 

156 — page 185 — BenoU XII ovova en jiienraiit aux (im- 
biMStadain impériaux, etc. 

« In aurem nuntiis, quasi fleus conquerebatur, quod ad 
principem esset inclinatus. et quod rex Francis sibi scripserit 
ccrtis litteris, si Bavarum sine ejus voluntate absolveret, pejora 
sibi fierenty quam papse Bonifacio a suis praedecessoribus cs- 
acnt facta. > Albcrlus Argent., p. 127. 

ut. 20 



■» V ^^ » 

qne yots savez, qui U ont méiicr pow |: 
d-Artoys. el je say bien qne vons le fere| 9- ^ 



.j),j APPBSDKE. 

onr r 

car ce soit grand mcschief sM esloil | é ^ ^ 
lettres, il ne li faut qne trop peu d^ f | ^ ' 
dame que sil U en puel monslrcr ^^^. <h o ^ 
li délivrera la coulé, et pour Di^» 1 1. ^ | # 
seigneur el Madame hors de'^ ^^ \%^^% 
sont en si granl tristesse quiV^^ i %^, ^ V ^ t 
mir ne reposer nuit ne \^> | | | f . ^ ?- | 

154 -page 18V-;^, |n 1'^ I ^ ^^ 
20 duc de Bourflfojme.^ ^ ^ ^ ? 1 1- ^ 

« Les assassins 'I ^ i $ 1 v- '^ 
ver le comte dr| ^ ^ |, ^ 

dames; t mais;;|5 * -»« **" 

coyp manqué C | -'' - Voyci Rymet. 

France. W^'i-/ *'"> *^<^' 

sinuations : 

le roi. Mé ' tiWt^ huissaienl h comte pnrcB qa'il 

, au partage de leur commerce.,. 

195 ô. Joannis Angeliaci et Kupell® dédit u\ IW 

/M*.,. .equenlare porlum Flandrcnsem apudSlusamtd 

« uascumque mercaturas consliluenlesque stabilem âbi 

fi* vinorum suorum in oppido Dummensi .. eaque in mer- 

T ara omne monopolium prohibens. > Meyer, p. i3o. 

159— page iBl—ArtevMe organisa um rigoureuse turannie... 

c El avoil adonc à Gand un homme qui avoil été brasseur de 
miel ; celui éloit entré en si grande fortune et en si grande 
grftee à tous les FlanMods, que e'éioit tout fati et bienfait 
quand il vouloit deviser et commaader f>:urtoui Fluidre, de 
l'un des côtés jusques à l'autre ; et n'y avoil aucun, comme 
grand qu'il fut, qui de rien, osât trépasser son commandcmoBl, 
ni contredire. Il avoil toujours après lui allant aval (en bas) U 
ville de Gand soixante ou quatre-vingts \arlels armés, entre 
lesquels il y en a\X)it deux ou Iroîs qui savoicnl aucuns de ses 
secret; el quand il encontroit un homme qu'il heoit (baîssnt) 



^^^. 



<-» 



APPENDICE. 403 

npçon, il étoit tantôt tué ; ear il avoît 



^ ^i. varlctset dit :•# Srtôt que j'^eanlre- 



<i2. ^ ^ais nn tel signe, si le tues sam 4é- 



^1r. 



<;;^^ '^ ^' comme haut qu'il aoit, sans ai- 

;• <!, ^ ^oil souvent ; et en4it en <*?tle 

%, 1^ "^ ^ tuer : par quoi il éloliei 

^ -^ ' ^ *^^^ ^r contre chose qu'il vou- 

^ ' '^ 'V^ 'edire. Et tantM ^ue ces 

% \ % "^^J^^ ^ o hôtel . ehâeum aliôit 

2^ % ^ <j; -î^ ♦'^ ^ ' revcDoftBBl devant 

;' ^^^'>^f^^ %J^^ '^ jusque» aétmc 

\ •'> % *%^ -* **Wo P«WBi 

' '^^ *^. ** -a souper. Ct aacli^z 

^ ^^ , avo«C chacm îour quatre 

^ ^lOfMur les frais et pour sfcs 

. payer 4e semaine en sennaine. \\ 
Ai% les villes de Flandre et les chalelleries 
./fés àtae gi^es, pettr Caire tons ses Aomnpan- 
^pier s'il avoit nuU^ part personne qui fût cet>alld à 
qui dm oo îftfotmAA aoeun centre ses voleoté». Et fitôt 
. i4 ee sawt a«cmii en une vilte, U ae cesaoit iamaâA tent ^u'ril 
faut banoi ou fait Uur saas déport (délai) ; îa^il (celui^si) pe 
s'en pot i^der Bt meaMBcnt touf Km plus puis$ania de 
Hanéra, dievaliers» éeuyers «L les boni^ois des honiiieft villes 
qa^n pensait qui fussent lavoraides wx eemie de Flandre en au- 
cune aMoièee^sl ita baaniaeoii de f^atiilre et levoii la rooiiiCdc 
leurs rev«aue% et iassaaii l'antre moilié pour le diNiairo et }e 
gouvernement de leur» fcmnies el de iMKa eofAnts. « Frtip- 
sart, t. U e- LXT» F» ^- 
■ jÉrteeffit Uiêiaà ^'ea temtk ia rpy d'^ng/etarre 4 «aRiy. »^. . 
Sauvage, p. 143*. •€ Ojas tedevis ^neôpol austères f^icre J(i- 
cob Artevelda, et Sigerus Curtracensis equcs Flandrus nobilis - 
aîaïaai. Sed banc J4|d4»vipu... jussu Philippi régis, Brugi« de- 
eoUavit. t Meyer, p. 138, comp. Froissa t, p. 187. 



160 ^ page 19 1 --- ITifeiianf /Ir Wrt iMnë hw paroiMei «•/# 
drculttire au forple. .. 
Armer, t. !▼, p. B0&. De même anratit la campagne qiii ae 



40i APPENDICE. 

termina par la bataille de Crécy, il écrivit aux dcax chefs des 
Domioicains et des Augustins, prédicateurs populaires : i Rcx 
dileclo sibi in Cbristo... ad informandum intelligcalias et ani* 
roandum nostrorum corda fidelium... specialiler vos quibus 
expedire viderelis clero et populo velitis patenter exponere .. » 
Rymer, Acta public, V, 496. 

161 ~ page 194 — L« Flamands idlinnipilUr Arques à dUè 
de Saint^Omsr,.. 

c Robert d'Artois les conduisait : Par un^ mercredi malin il 
manda tous les chèvetaines de son ost, et leur dit : Seigneurs, 
j*ay ouy nouvelles que m'en voise vers la ville de Saint-Omer, 
et que tantost me sera rendue. Lesquels sans délay se cou- 
rurent armer, et disoîent l'un à l'antre : Or tost, compain : 
Nous bevrons encore en huy de ees bons vins de Saint-Omer. » 
Chronique publiée par Sauvage, p. 106. 

16t — page 195 — Heureusement pour Edouard^ Us Brtia§m 
prit feu,,. 

Le comte de M ontfort étant venu lui faire hommage, c Quand 
le roi anglois eut oui ces paroles, il y entendit volontiera, car 
il regarda et imagina que la guerre du Roy de France en serait 
embellie, et qu'il ne pouvoit avoir une plus belle entrée au 
royaume, ne plus profitable, que par Bretagne; et tant qu'il 
avoit guerroyé par les Allemands et .les Flamands et les Bra- 
bançons, il n 'avoit fait fors que frayé et dépendu grandement 
et grossement ; et l'avoient mené et démené les seigneurs de 
l'Empire qui avoient pris son or et son argent, ainsi que l'a- 
voient voulu, et rien n'avoient fait. » Froissart, ann. 1341» il, 
p. 20. Los lettres par lesquelles Louis de Bavière révoque le 
titre de vicaire de l'Empire sont du 25 juin 1341. 

163 — page 199 — Monfort avait pour lui les Bretaiu 6f«- 
tonnants... , 

Froissart, t. I, c. 314. < Si chevaucha le connestable pre- 
mièrement Brctigne bretonnant, pourtant qu'il la sentoil tous- 
jours plus incline au duc Jehan de Monfort, que Bretagne gal- 
lot. > — « La dame de Montfort tenoit plusieurs /orteresses en 



APPENDICE. 405 

Bretagne brclonnant. t — Le comte de Montfort fut enterré à 
Quimpcrcorontin Sauvage, p. 175. 



164 — page 199— Vadver$airê tU Montfori, Charles de Bioif, 
n'était pas moins qu'un saint. . 

Procès-verbal et informations sur la vie et les miracles de 
Charles duc de "Bretagne , de la maison de France, etc. Ms. de 
la Bihl, du Roi, î vol/in-foL tio 5381. D. Morice, Preuves, t. Il, 
p. 1, en a donné l'extrait, d'après un autre manuscrit. ^ 24^ 
témoin. Yves le Clerc, t. I, p. 147 : > Non.mutabat cilicem 
saum, dum fnisset tanto plénum pediculis, quod mirum erat, 
et quaudo cubicularius \olebat amovere pedicdios a diclo ci- 
lice, ipse dominus Carolus dicebat : ■ Dimiltatis, nolo quod 
aliquem pediculum amovcatis, > c et dicebat quod sibi malum 
non faclebant^el quod, quando ipsum pungebant, recordaba- 
lur de Deo •... 

Quand il priait Dieu, il se baltdit furieusement la poitrine,.. 

t In tantum quod adstaniibus vidcbatur quod a sensu alie* 
nains erat, et color vultus ipsius mutabatur de nalurali colore 
in viridem. » 17» témoin, Pagan de Quélen, t. I, p. 87. 

165 — page 200-- Montfort se rendit^ et contre la capitulation 
fut enfermé à la tour du Louvre.., 

La chronique en vers de Guillaume de Saint-André, conseil- 
ler, ambassadeur et secrétaire du duc Jean lY, notaire apos- 
tolique et impérial, ne laisse aucun doute sur la duplicité dont 
on usa envers lui. Boujoux, 111, p. 178. 

166 — page 202 — Les fabricants soutenus par ArtevelJe, 
écrasèrent les owsriei^s... 

4 Malus dies lune (Den quaden macndahj .. Pugnabant lex- 
lores contra fullones aeparvum quœstum. Dux tcxtorum Gerar- 
dQS erat, quibus et Artevelda accessit. » Meyef, p. 146. » Les- 
quels ayant occis plus de quinze cents foulions, chassèrent les 
antres dudict mesiier hors de la ville, et réduisirent ledict 
mestier de foulions à nrant, comme il est cncoircs pour le 
jonrd'bni. • Oudcgb. f. Ï7Î. 



406 . APPBimiCB. 

167 — page 2d3 «- Arteveldê fut tui... 

c Quand il eut fait son tour, il revint à Gand et entra en la 
ville, ainsi comme à l'heore de midi. Ceux de la ville qui bien 
sa voient sa revenue, étoient ^semblés sur la rue par où il de- 
voit chevaucher en son hôtel. Sitôt qu'ils le virent, ils odtai- 
mencèrent à murmurer et à bouter trois tètes en un chaperoa, 
et dirent : c Voici celui qui est trop grand maître et qui veut 
ordonner de la comté de Flaadn à sa volonté; ce ne fait mie à 
souffrir. »... Ainsi que iacques d'Àrlevelle cbevauchoit par la 
rue. il se aperçut tantôt qu'il y avoit aucune chose de nouvel 
contre lui, car ceux 4ui se souloient incliner et ôter leurs 
ehaperons ooatre lui» lui tournoient l'épaule, et rentroienten 
lours maisons. Si se commença à douter; et sitôt qu'il fut des- 
cendu en spn hôtel, il fit fermer et barrer portes et huis et fe- 
nêtres. A peine eurent ses varlets ce fait, quand la rue où il 
demeuroii. fut toute couverte, devant et derrière, de gens, 
spécialement de menues de métier. Là fut son hôtel environné 
et assailli devant et derrière, et rompu par force. Bien est voir 
(vrai) que ceux de dedans se défendirent moult longuement 
et en altcrrèreni et blessèrent plusieurs ; mais finalement ils 
ne purent durer, car ils étoieut assaillis si roide que presque 
les trois quarts de la ville étoient à cet assaut. Quand Jacques 
d'Artevelle vil TefForl, et comment il étoil oppressé, il vint à une 
fenêtre sur la rue, se commença à humilier et dire, par trop 
beau langage et à un chef : « Bonnes gens, que vous faus? Que 
vous meut ? Pourquoi êtcs-vous si troublés sur moi ? En quelle 
manière vous puis-je avoir courroucé? Dite&-le moi, et je la- 
menderai pleinement à votre volonté. > Donc répondirent-îls, 
à une voix, ceux qui ouï l'avoienl : c Nous voulons avoir 
compte du grand trésor de Flandre que vous avez dévoyé sans 
titre de raison. • Donc, répondit Artevelle moult doucement: 
a Certes, seigneurs, au trésor de Flandre ne pria-je onoques 
denier. Or vous retraiez bellement en vos maisoftS, je voas ea 
prie, et revenez demain au matin ei je serai si pourvu de voaa 
faire et rendre bon compte que par raison il \^oaa devra 
sufiire. » Donc répondirent-ils, d'une voix : « Nennin, nennia, 
nous le voulons tantôt avoir; vous ne nous échapperez miia 
ainsi : nous savons de vérité que voas l'avez vidé de piéça, et 



APP8N0ICB. 407 

«nvoyé en Ai»gleterre, sans noire sçn, pour bquelle canse il 
TOns faot mourir. » Quand Àrtovclle onil ce mot, il joignit sea 
mains et eommança pleurer moult teodoemeni, et dit : c Sei- 
gneurs, tel que je suis vous m'avez fait, et me jurâtes jadis que 
contre tous hommes vous me défendriea tt gardorioa; et main* 
tenant vous me voulez occire et sans raison. Faire le pouvez» si 
vous voulez, car je ne sais que un seul homme centre vous tous» 
à point de défense. Avisez pour Dieu, et retournez an temps 
passé. Si considérez les gr&ces et les grands courtoisies que 
jadis vous a faites. Votis me voulez rendre petit guerredon 
(récompense) des grands hiens que au temps passé je vous ai 
faits. Ne savez*vou8 comment toute marchandise étoit périe en 
ce pays? je la voua reconvrai. Ko aprèsi je vous ai gouvernés 
en si grande paix, que vous avez eu, du temiK de mon gouver- 
nement, toutes choses à volonté, blé$> laines, avoir, et toutes 
marchandises, dont vous êtes recouvrés et en bon point. • 
Adonc commenceront eux à crier tous à une voix : « Descendez, 
et ne nous sermonez plus de si haut; car nous voulons avoir 
compte et raison iani6t du grand trésor de Flandre que voua 
avez gouverné trop longuement, sans rendre compte; ce qui 
n'appartient mte à nul officier qu'il reçoive les biens d'un sei- 
gneur et d'un pays, sans rendre compte. • Quand ArteveUe vit 
.qne point ne se reCroidiroieni ni refroneroient, il recloui 
(referma) la fenêtre, et s'avisa qu'il videroit |»ar derrière, et 
s'en irait en une église qui joignoit près de son bétel éloit jit 
rompu et effondré par derrière, ety a«oit plus de quatre cents 
personnes qui tous tiroient à l'avoir. Finalement il lui pris 
entre eux et là occis sans merci, et lui donna le coup de la 
mort un tellier (tisserand) qui s'appeloit Thomas Denis. Ainsi 
fioa Artcvcllc, qui en son temps fut si grand maître en Flandre: 
poures (pauvres) gens i'amontèrent (relevèrent) premièrement, 
et méchants gens le tuèrent en la parûn. • Froissart, U, S54*9. 

168 — page 203 — Si l'on en croyait l'invraisemblable récit 
de Froiêêartf etc.,, 

• Si singlèrent ce premier jour à l'ordonnance de ttev, du 
vent, et des mariniers, et eureilt assez bon exploit pour aller 
Tcrs Gascogne on le roi tendoit aller. Au tiers jour... îe vent lea 



7 

j 

I 



406 . kfwaoÊa. 

< 

167 — page "2«» — Àrtcnldê f%t tui..^ g 

c Quand il eut fait son lour, il ret*; | 
ville, ainsi comme à l*heure de mi(V ^ ^ 
sa voient sa revenue, étoient ^se^' f ^ 1- 
voit chevaucher en son hôtel.y i î ^% 



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mencèrent à murmurer et à I ^ ^> . . 

et dirent : t Voici celui qa^j/fs > T %% * 

ordonner de lu comté de '^jl '^t i i ^ 

souffrir. »•.. Ainsi que ;^ i ^i 

rue. il se aperçut tar /| / -•^«- 

contre lui, car ceu * i ^ 

chaperons ooaire i / ^ ' .,. :,: "''^^":*'' ^°"» «« 

laurs maisons. SV ' .ntu^r, AT ? ^'""'°^^^ - 

ceodtt en son h^ ^^lentureux de toutes choses, les 

nèlrcs A neir richesses . riches bourgeois , chevanx. 

demeuroit -outeis, et les plus beaux bœufs du inonde 

spéciale»; .;^", P*y^-; ^:"'^-' "• P- ^^^- -• ^^^^i^rem 

elassaill' '* ^ ''^ ® P"^ ®^' "^^"^ ®^ riches jovaux. 

(vrw^ r trouvèrent si grand foison , que garçons n'avoienl cnrc 

et en ^^''* ^^^^^^^ ^® ^'*^'** * Ibidem. - t El furent les Angloisde 

oe r f'^^^^^ ^*®" seigneurs trois jours et envoyèrent par barges 

le A^' '^'"'^ ^"^"* ^™P*' joyaux, vaisselle d'or et d'argent cl lou- 

^ jff autres richesses dont ils avoient grandfoison jusques à Icw 

^sse navie; et eurent avis par grand^deliberation que leur 

„avîe à (avec) tout le conquetet leurs prisonniers ilsenvcproienl 

«rrière en Angleterre. • Ibid., 320. - « El lrouva.t^)n en ladite 

ville de Saint-Lo manants huit ou neuf mille que bourgeois, que 

gens de métier... on ne peut croire a la grand'foison de draps 

qu'ils y trouvèrent. > Ibid.. p. 31 1 .— bouviers adonc cloil «ne 

des villes de Normandie ou Ton faisoil la plus grande plenlé de 

draperie etetoit grosse.riche et marchande mais point fermée... 

et fut robée et pillée, sans déport c^ conquirent les Anglois très 

grand avoir, i ibid., p. 523. 

170 - page m - Pour animer set gène, Edouard dkœmt 
à Caen un acte, etr.,. 

iaST' '"• ^^ '• P- ^®- ~ '** ^"^^^^-^^ PW^-n» de fournir 
4O0O hommes d armes, £0.000 de pied dont 5000 arbalétriers 



0. 



APPENDICE. 409 

<^ excepté 1000 hommes d'armes que le 

'ait choisir ailleurs, mais qui seraient 

Vohligeaient à entreteair ces iron- 

"" semaines. Si l'Angleterre est con- 

% x)nne appartiendra dès lors au 

W%» ^^^^ ^^' Anglais nohies et ro- 

«V '^?*«^^5{i. *^^ églises, barons, nobles, et 

'^/.'%^ ^^ "* -«ppartenant au pape, à 



V. '»t*^ '^ ^* seront point com- 

v/fîi^ -ary rapporte cet actç en 

"^^ -«it-il, à Caen, 1346. — Ce lan- 

.ddcde la conquête, s'accordent mal 
.a Edouard trouva le pays. 

page 206 et suiv. — Bataille de Crècy... 
il n'est nul homme qui pot accorder la vérité, spécialement 
de la partie des François, tant y eut pauvre arroy et ordonnance 
en leors conrois (dispositions), et ce que j'en sais, je l'ai su le 
plus... par le gens messire Jean de Uainaut, qui fut toujours de 
lei le roi de France. » Froissart, 111, 357. 

Ln gens du roi de Bohême lièrent leurs chevaux au sien^ etc... 

FnHSS. 1, e. ccluxtui, p 363. U y a là un vieil usage barbare. 
Voyez la Germania de Tacite, et les récits de la bataille de Las 
navas de Tolosa. 

Le ehaenp de bataiUe de Crècy,,. 

Froissart, e. ccxciu, p. 373. — Ibid., H, p. 375-380 : ■ Si en 
eut morts sur les champs, que par haies, que par buissons, 
ainsi qn'ils foyoient, plus de sept mille .. Ainsi chevauchèrent 
ceUe matinée les Anglois qoerants aveniures et rencontrèrent 
plusieurs François qui s'étoient fourvoyés le samedi, et met- 
toient tout à l'épéc, et me fut dit que des communautés et des 
gcos de pied des cités et des bonnes villes de France il y cu 
eat mort ce dimanche au malin, phis quatre fois que le samedi 
que la grosso bataille fut... Les deux chevaliers messire Regoault 
de Cobham et messire Richard de Stanfort dirent que onze chefs 
de princes étoienlr demeurés sur la place, quatre-vingts banne- 
rcts, douze cents chevaliers d'un écu, et environ 30,000 hommes 
d'autre» gens. » 



41 APPENDICE 

172 — page 209 — Les villes maritimei é^ Angleterre dtm»èrrmi 
un9 flotte à Edouard.., 

Quelques villes de rintérîeur contribuèrent aussi, mais dans 
une proportion bien différente. La puissante ville d'York donna 
un vaisseau et neuf bommes. Andersen^ I, 322. 

173 — page 209 — Autour de Calais, Édawtrd bâtit vnevWe.., 
c Et fit bàlir entre la ville et la rivière et le pont de Hieulai 

boiels et maisons et couvrir lesdites maisons qui etoieut assises 
et ordonnées par rues bien ei facilement d^estratn (paille) et de 
genêts, ainsi comme s'il dut là demeurer dix ou douze ans, car 
telle étoit son intention qu'il ne,s*en partiroit par biver ni par 
été, tant qu'il l'eut conquise. » Froiss., p. 38S. 

Cinq cents personnes moururent de misère et de froid, entre la 
ville et le camp..., 

Knyghton, De event. Angl., L IV. Froiasart dit au coatzaire 
que noD*8eulement il ie& laissa passer parmi son ost, mais en* 
core qu'il les ût dîner copiousemeat. Il» p> 387. 



174 — page 210 — Les ^ens de Tournai emportèrent 
une tour... 

« Si s'avancèrent ceux de Totirnay, qai bien étaient 
cents et allèrent de grande voloaié celle part. Geax de dedans 
la tour en navrèrent aucuns. Quand les compagnonsde Toumay 
Virent ce, ils furent tous courroucés, et se mirent de grande vo- 
lonté à assaillir oes An g. aïs. La eut dur assavt et grand, ci moalt 
de ceux de Tournay blessés, mais ils ûreni tant que par force et 
grand apperiise de corps, ils conquirent celle tour« De quoi lea 
Français tinrent ce fait à grand proaaeases. «Froisa., U, p. 449. 

175 — page 211 — Les Anglais heAssaient morteUeêienî Ife Ca- 

laisiens, comfne marins, comme corsaires. . . 

Villani, qui devait être trèshbien instruH des affaires de Prince 
par les marcbands florentins et lombards, dit expresaément 
qu'Edouard était résolu à faire pendre ceux de Calais càmmepireh 
tes, parce qu'Qs avaient causé beauea^ip de dcmmmges mtx Anglais 
sur mer. Villani , 1. 12, c. 93. — M Dacier a comparé les récits 
divers des historiens (Froissa rt, 111,466-7). Voyez aussi une dîa- 



APPBNDICB. 4H 

scrlation de 11. Bolard,coaroanéeparla Sociale des antiquaires 
de la Moriaie. -^ Aueao critique, que jo sache, n'a senti toute 
la portée du passage de Villa dî. 

176 — page Hit — Cette grande œUon te fU lam em^Umeni... 
Cest peut-être pour cela qic les historiens eontempocains ne 

désignent point Eostache de Saint* Pierre elsos compagnons, 
lorsqu'ils font mention de cette circonstance : « Bargcnses pro- 
cedebant cum simili formai hahenles fnnes singnli iu manibus 
suis, in signum quod reil oos hkqooo lospenderet velsalvaret ad 
voluntatem suam. » Knyghton. Le récit de Thomas de la Moor 
s'accorde avec cet hislorien. Villani dit qu'ils sortirent nus en 
chemises, et Robert d'Avesbory qa'Êdouard se contenta de rete- 
nir prisonniers les plus considérables. Tontes ces données réu- 
nies forment les élémenls du dramatique récit de Froissart. 

177 — page tlî, noie t — Piuêieurs Calainem se Ummirmit 
attx Anylait^ enti'eemtm Eusîathe de SQifU'Pi$rre*.<, 

Par des lettres du B octobre 1347, deux mois après la reddition 
de Calais, fidouard donneà Bastache une pension considérable en 
attendant qu'il ait pourvu plus amplement à sa fortune. JUes mo- 
tifs de cette grftee sont tes services qu'il devait rendre soit en 
maintenant le bon ordre dans Calais, soit en veillant à la garde , 
de celte place. D'antres lettres du même jour lui accordent la 
plupart des maisons et emplacements qu il avoit possédés dans 
cette ville et en ajoutent quelques autre». V. Frois., 11, o. 473. 

178 — page 2i3 — ... qf**il chasêdt U renard.,. 

Ce caractère du fox-huter anglais n'est pas moderne. Voy. an 
l. IV, l'entrée d'Henri V à Paris. 

179 - page 214 -^ Ce$ décimes arrachés au clergé, les nobles eu 
avaient bonne part, , 

« mis autem diebus (1346) levabat domiuusrei décimas eccle- 
siarum de voluntate domini pape... et sic infinité pccuniœ per 
diverses cautclaslevabantar, scd rcvcra quanto plures nummi in 
Francia per taies extorquebantur, tanto magis Oominus Rcx de- 
paupeiabalur ; pecunie miliiibus multis et nobilibus,ut patrtana 



412 APPENDICE. 

et regnum juvarent et defensarent, contribuebanta^, sed omnla 
ad usas inutiles ludoruin.ad taxilloset indeeeotcs jocos.contuina- 
ciler exponebantur. • Conlin. G. de Ijiangis, p. 106. 

180 — page 216 — Narbonne avait diminué^ çlc.^ 
Narbonne demande qu'on lui allège les contributions de 

guerre : • L'inondatioita de l'Aude nous a extrémemeat incom- 
modes, et le nombre de feux est diminué de cinq cents depuis 
quatre à cinq ans; plusieurs habitants sont réduits à la mendi- 
citét ele. > D. Vaissette» Hist. de Lang., IV, 231. 

181 — page tl7 — La pest$ noire fut terrible à Pari».. 
Contin. G. de Nangis, p. 110, et i« tradueleur contemporaim de 

la petite chronique de Saint-Denùf nu. Coaelin^ n. liC^iM. Big. 
— c Ad sepeliendos mortuos vix sufficere poterant. Pairem 
filius, et filius patrem in grabato relinquebat. t Coniim. Cam, 
de S. Victore^ m«. Bibl, Reg,, n. 818, petit tfi-4<*. 

Elle tua dans Strasbourg 16,000 hommes qui se crurent dam- 
nés . . 

Voyez, entre autres ouvrages, la thèse remarquable de 
M Schmidt de Strasbourg, sur les mystiques du xiv« siècle. 

132 — page 218 — Les ftagetlants chantant des eantiquês qu*on 
n*avait jamais entendus, . . 

« Novitcr adînventas. > Contin. G. de Nangis, III. — M. Ma- 
lurc, bibliothécaire de Poitiers, a publié un cantique fort 
remarquable que les frères delà Croix avaient coutume de chan- 
ter dans leurs cérémonies : 

Or ayant, entra nous tous frèrei 
Battons no^ charognes bien fort 
En remembrant la grant misôre 
De Diea et sa piteuse mort. 
Qui fut pris en la gent amdre 
Et yendus et trali à tort. 
Et battu sa ehar Tierge et dire... 
An nom de ce, battons plus fort, etc. 

183 — page 221 — Les jouissances égoïstes qui suivent les gran» 
des calamités .. 



APPENDICE. 443 

Thucydide nons a retracé le même effet dans la description 
de la peste de l'Attiquo. Il exprime aussi un remarquable pro- 
grès du scepticisme, lorsqu'il rappelle la fausse interprétation 
donnée aux paroles de Toracle (Xifù;, faim, pour Xciubç, peste). 
« Ceux qui restaient, hommes et femmes, se marièrent en foule. »,t 
c ... Sed quod supra modum admirationem facît, est quod 
dicti puerî nati post tempùs illud mortalitatis supradictœ, et 
deinceps dnm ad selatem dentium devenerunt, non nisi viginti 
dentés yel viginti duos in ore communiter habuerunt, cum 
ante dicta tempera homines de commiini cursu triginta duos 
dentés et supra simul ih mandibulis habuissent > Contin. 

G. de Nangis, p. 110. 

■ 

181 — page t23 ^ Modes nouvelles en France et en Angk~ 
terre... 

Cfaaucer, 198. Gaguin, apud Spond. 488. Lingard, ann. 1390« 
t. IV, p. 106-7 de latrad. 

Robes courtes, etc . . . 

« Ad fugiendum coram inimicis magis apti. « C. G. de Nangis, 
p. 105. 

185 ^ page 225 — Laure est épouse, elle est mèrsy elle vieillit, 
toujours adorer.., 

€ Non tam corpus amasse quam animam... Quo illa magis în 
aelate progressa est... oo ilrmîor in opiniope permanst; et si 
enim visibiliter in vere flos tractu temporis languesceret, nnimi 
deeus augebatur... » Pétrar., p. 356. Il semble qu'il ait reconnu 
plus tard la vanité de ses amours : c Quotiens tu^ipse... in hac 
civilalc (quœ malorum tuorum omnium non dicam causa, sed 
officina est), postquam tibi convaluisse vldebaris... pcr vicQs 
notes incedens ac sola loconim facie admouilus vetcrum vani- 
tatum, ad nullius occursum, stupuisti, suspirasti, subslilisli, 
denique vix lacrymas tenuisti, et mox semisaucius fugicns di« 
xisti tccum-: Agnosco in his locis adhuc latere nescio cj^uas an- 
tiqui hostis insidias; reliquiœ niorlis bic habitant... ■ De Cent, 
mundi, p. 360, cd. Basile», 15Si. ^ Voyez aussi, entre autres 
ouvrages relatifs à Pétrarque, les Mémoires de l'ahbé de Sadcs, 
l'ouvrage récent, intitulé, Vîaggi di Pctrarcha, l'article de la 
Diographie universelle, par M. Fotsset, etc. 



4U IPPJENIUCB. 

» 

A la nouvelle de $a morf, Pétrarque içrinil ceJUe nele tOMokante 
sur son Virgile.,. 

c Lattre, illustre pur ses propres vertus, et longtemps célé- 
brée par. mes vers, parut^ pour la pfemièro fois à mes yeux, 
au premier temp ' de mon adolescence» Tan 1327, le 6 du mois 

. d'avril, à la première heure du jour (six heures du malin), dans 
l'église de Sainte-Claire d'Avignon» et. dans U mène ville, an 
même mois d'avril, le mémo jour 6, et à la même heure, l'ao 
1348^ cette lun^ièro fut eiilcyée ^n monde, lorsque j'étais à 
Vérone, héJas' ignorant mon trisle sort. La malheureuse noo- 
velle m'en fut apportée par une lettre de mon ami Louis : elk 
me trouva à Parme, la môme année, le 19 mai, au matia. Ce 
corps si chaste et si beau fut déposé dans l'église des Frères- 

. Mineur», le soir do jour même de aa moit. So» 4ne, je n'eo 
doute pas, est retournée au ciel, d'où elle était venue. Pocr 
conserver la mémoire douloureuse 4e ceUc perte» j'^p<«aTe qq 
certain plaisir mêlé d'amertume à écrira ceci; d je ('écria pré- 
férablement sur ce livre, qui revient sçuy^ ^ mes yeux, aio 

, qu'il n'y ait plus rien qui me plai^ d/ms ceUe vie« et \m^ mon 
lien le plus fort étant rompu, je sois averti, par la vue fré- 
quente de ces paroles, et par la juste appréciation d'une \ie 

• fugitive, qo'i) est temps de sortir de Bàbylone ; ce qiit, a^c le 
secours de la grâce divine, me deviendra facile par la eoolett- 
ptation nftle et cowragenae des BOflns soperfiss, dei vaines es- 
pérances ot des é%yéncincDts ioatteDdus q^ti m'ont i^té pea- 
dant le teaaps que j'ai passé sur )a terre. • IVad. 4e X. FoissK. 
Biogr. iiniv., IXXl, p. 467. 

186^^ page 225— Le poêle avait vu pirir toutes ses espérances. . . 

c Que faisons-nous maintenant, mon frërç^ Tiou3 avons icot 
éprou' é, et nulle part n'est 1^ repos' Quand vlendra-t-il ? où le 
chercher? Le temps nous fuit, pour ainsi dire entre les doigts, 
nos vieilles csjjc^rance^ dorment dans la tombe de nos amis. 
L'an 13i8 nous a isplés, appauvris,. non point 4e, ces richesses 
que les mers des Indes, ou de Carpathie peuvent renouveler .... 
Il n'est qu'une seule consolation; nous suivrons ceux qui nous 
ont devancés .. Le désespoir me rend plus calme. Que pour- 
rait craindre celui qui tant de fois a lalté contre la mort: 

• Una saluftTioM«au^mrsper<ar.»5al«l<4a. 



APPENDICE. 41 ^ 

Tq me Terras de jour en jour agir filits d'Aae, parler avec pi«fr 
d'âme; et si quelque dîf dc sojet s'offre à ma plume* ma plume 
sera plas ferte. > Peirareb., Kpni. fam. Pref., p 570. 

{37 . page 226 ^ Lorsqu'à se rendit à Napkt, la nim Jeanne 
avait succédé à Robert, etc. 

« Ita me Regin» Junioris nnvique Regfs adolescentia, ita lapc 
Régine alterioaœlas et propositnm; ita me tandem territant au- 
licofum iogenia equosduos multonim custodis lu porum cré- 
dites tideo, regnnmqiie sine rege... • p. ^9. c Neapolim veni, 
Reghiasadii et regînamm consiHo interfot. Froh ^udor! qaale 
monstrnm. Auferat ab lialico cœlo Deos genus hoc pestis... • 
Ibid , p. 640-1. -^ « Kocturnum ilar hic non secua atqua inlcr 
dcDsissîmas silvas, aneeps ac periculis plcnam^ obaideniîbas 
Tîas nebilifoos adelesoentalis armatis... Quid miri est .. cam 
lace média, inspectai! tibns regiboa ac populo, infamis i&e gla- 
dîaiorins ludva in orbe itala. calebretsrt plttsqnam barbariea 
ferîtate .. > Ibid., p. 64S^6. 

188 — page n% — Il terif^ité Rietixi une hitr$ 9ri$t$ al in- 
quiète. . . 

< Gare, obsecro, speciôsissimmn famé ta» frontem, propriis 
nanibas deformare. NalH fas homioum est nisi tibi uni rerum 
tiiamm fnndamenta eonvellere, tu potes evcrtcre qui fa ndasti... 
ttondus ergo le videbit dc foonorum duce satellitem reprobo- 
mm... Examina tecam, net te fallas, qui sis, qui fueris, unde, 
quo Toneris... quam personam indoeris, quod nomen assump- 
seris, quam spem tnî feceris, quîd professas fueris, tidabis le 
non Dominpm Rcfpttblieae, sed ministnim. » Ibid., ^. 677 •^. 

189 ^ page tS8 — Le roi Jean créa l'ordre de VÊiaik... 

c En ce temps ordonna le roi Jean une belle compagnie sur 
la manière de la Table ronde, de laquelle dévoient être trois 
cents chevaliers des plus suffisans et eut en conventVe roi Jean 
aux compagnons de faire une belle maison et grande à son 
eoflt de les Saint-Denis, là ot Ions les eompagnoiis daveicni 
repairerà tOQies les fctes solemnelles de Tan... et leur eonvc- 
Boii Jurer qao jnmafs ils ne fuiroicnt en bataille pins Iota de 



416 APPENDICE. 

quatre arpents, aîoçois mourroient on se rendroient pris... Si 
fut la maison presque faite et encore est elle assez près de Saint- 
Denis; et si- il avenoit que aucuns des compagnons de r&loile 
en vieillesse eussent mestier de être aidés et que iU fussent 
affotblis de corps et amoindris de chevance, on lui devoit faire 
ses frais en la maisoli bien et honorablement pour lui et pour 
deux varlets, si en la maison vouloit demeurer. * Froiss. III. 
53^58. 

190 ^ page 229 — Altération dei monnaies par le roi Jean,,,. 

Leblanc, 4'raité des monnaies, ibid., p. 261. Jean avait d'a- 
bord cherché à tenir secrètes ces honteuses falsifications; il 
nandaît aux officiers des monnaies : « Sur le serment que vovs 
avez au Roy, tenez cette chose secretle le mieux que vous pour- 
rez... que par vous ne aucuns d'eux les changeurs ne autres ne 
puissent savoir ne sentir aucune chose; car si par vous estsça 
en serez punis par telle manière, que tous autres y auront 
exemplb. » (24 mars 1350) ...c Si aucuq demande à combien les 
blancs sont "ûe loy, feignez qu'ils sont à six deniers. » Il leur 
enjoignait de les frapper bien exactement aux anciens coins : 
c Afin que les marchands ne puissent apercevoir rabaissement 
à peine d*estre déclarés traîtres. > Philippe de Valois avait osé 
aussi autrefois de ces précautions, mais à la longue .il avait été 
plus hardi et avait proclamé comme un droit ce qu'il cachait 
d'abord comme une fraude. Jean ne pouvait être moins hardi 
que son père, c Jasoit, > dit-il, c ce que à nous seul, et pour le 
tout de nostre droit royal, partout nostre royaume apparliègne 
de faire teles monnoycs comme il nous plaît, et de leur don- 
ner cour^. • Ord. III, p. 556. Et comme si ce n'était pas le peu- 
ple qui en souffrait, il donnait cette ressource pour un revenu 
privé qu'il faisait servir aux dépenses publiques c desquelles 
sans le trop grand grief du peuple dudit Royaume nous ne 
pourrions bonnement fmer, si n'estoit pas le domaine et reve- 
nue du proufiit et émolument des monnoycs. Préf., Ord. IIL 

191 — page 231 et suiv. — Jean demandant aux ÉtaU son droU 
de joyeux avénementy te montra faeite à letive réclamations^ cic... 

Ord. H, p. 39a, 15» et 447-8. - Ord. Il, p. 408, 27^ - Oni. 



APPENDICE. 417 

II, p. 344. — Ord. II, p. a50. - Ibid., p. 422, 432, 434. « Let- 
tres par lesquelles le Roi dcffend que ses gens n'emportent les 
matelats et les coussins des maisons de Paris où il ira loger. » 
Autre ordon., 435-7. ~ Ord. 111, p. 26-29. — Ord. lU, p. 22 et 
seq. Froiss.^ 111, c. 340, p. 450. 

192 — page 233 — Les Anglais coururent le Languedoc, eic». 
c Sachez que ce pays de Carcassonnois et de Narbonuois et 

de Toulousain, où les Anglois furent on cette saison, étoit en 
devant un des gras pays du inonde, bonnes gens et simples 
gens qni ne savoient que c'étoit de guerre, car oncques nefu- 
rent guerroyés, ni n'avoient été en devant ainçois que 1c prince 
de Galles y convcrsast. • Froissart, III, 104.— < 'Ni les Anglois 
ne faisoient compte de peines (velours) fors de vaî^fScUe d*ap« 
gent ou de bons florins. > Ibid., p. 103. iix addit. « Si fut 
tellement pararse (brûlée) et détruite des Anglois que otcques 
n'y demeura de ville pour héberger un cl>eval, ni à peine ^- 
voient les héritiers, ni les manants de la ville rasseaer (assigner) 
ni dire de voir (vrai : f Ci sits mon héritage. — Ainsi fut-elle 
menée. > Ibid , p. 120. 

193 — page 235 — BatailU de Poitiers,.. 

c Sitôt que ces gens d'armes furent là embattus, archers 
eommencèrent à traire à exploit, et à mettre main en œuvre & 
deux côtés de la haye, et à verser chevaux et à enfiler tout de- 
dans de ces longues sajètes barbues. Ces chevaux qui traits 
esloient et qui les fers de ces longues sajètes scntoicnt, se ressoi- 
gnoient, et ne vouloient avant aller, et se tourooient l'un de 
travers, l'autre de costé, ou ils chcoient et trébnchoient dessous 
leurs maîtres. > Froiss., c. ccclvi, p. 202-206. ~ Les archers 
d'Angleterre portèrent très-grand avantage à leurs gens, et trop 
ébahirent les François, car ils traioicntsi omniement et si épaisse- 
nient,qae les François ne savoient de quel cosié entendre qu'ils 
ne fussent atteints du trait. • Ibid., c. ccclvh, p. 204. — Dit 
messire Jean Cbandosau prince: c Sire, sire, chevauchez avant, 
la journée est vostie. Dieu sera huy en vostre main ; adressons- 
nous devers vo-stre adversaire le roi de France; car cette part 
gU tout le &orl de la besogne. Dion sçais que p.;r vaillance, il 
111. 27 



413 AP.^X^fDlCB* 

ne fuira point; si vous <lcmciircra, s'ilplaltà Dieu cl à sai«i 
George. . > Ces paroles é?ertttferent si le prince, qu'il dil toat 
en haut : • Jean, allons, allons, vous ne me verres mais hny 
retourner, mais toujours chevaucher avant. • Adoncquesi, dit à 
sa bannière : « Chevauchez avant, banmère, au nom de Dieu el 
4e saint Georges. > Ibid., c. ccglvui, p. 205. 

Trois fUs du rovs$ retirèrent par Vordrtdeienr pèr9^i^ 
Je suis ici le cottiiAualeur de QuiUaiime de Kaogis de préfet 
ren«e à Ff oissart. Voyez l'importanle ietlredu<«omle d'Armm- 
gnac, publiée par. M. Lacabane, dan» son exceUtat* ariUa 
Charles^, Diclionnaire de la Conversation. 
Jeai domta wrdre aux eieue de metire pMà ierrê..^ 
Froissart a'y voit que le côté chevaleresque : c EA ne monlm 
pa» semblant de fuir ui de reculer qoiiad il dit àses hooMMs :* 
c A pied! à pied! « Et fit deacendce tous ceux qui à dicval es- 
toiûttt, ei il mesme oe mil à. pied devant itous'iesistens, «oe 
haobe de guerre en ses mûns^ et fit passer avant tesibanatères 
au nom de Dieu ei devint Deays. y Uiid*, c* eocas, p. âiL 

194 «-page 237 — VineoUnte courtoisie des AngtaïK,, 
t Si éloit le roi de France monté sur un grand blanc cour» 
•sier, très-bien arréé et appareillé de lout poi«i, et le prince de 
Galles sur un^ petite baquenée uoîm de iès^ hiL Aiasi< fut-ii 
convoyé tout le longde.la eité de Londree*;. > Froias^^'C 
xcGLXxv, p. ,367^8 *-* «- Un peu ipuèt lut le >roi 'de4hrftooe« 
traaalaAé de l'hôtel. de Savoie et remk'att chasiel: de Winisor-, 
et tous ces hoatels«i gens. Si alloit.voler,> chasser; tdéèulneel 
prendre tous aes- esbattwnent» environ .Windsor,. Ainsi tpiik lui 
plaisoît. ft Ibid., p. i69i 

195'-^ pag«»i38 '^- Mai^e$ifmiifiePa/h..; 

« Sur la rive gauche,- ies progrès- de 'ia poptrhtfon n'ayant 
^u^po éid sensibles, il n'y ont qu'à réparer ies murailteâ et A les 
retuler-de deux. ou trot» cents pas. Mafs-sur la rive' droite, où 
les Parisiens se portaient de préféi'enee, Marcel dut ordonner 
qu'on eonstrmi«lt une muraiHe flanquée de tours. Cette muraille, 
partant de la jfK)rle Barbette, sur le quai des Ormes, passait par 
i' Arsenal» les rues Saint-Anloine, du Tempie, 5aint Martin» 



ÀPFENOICB. 449 

Saint-Denis, Hontinsrtee. des Fosséfi-Montmtrtre, la plaoe^ des 
Victoires, l'Hôtel de Toulouse>(la Banque actaoUe),le iardin du 
Palais-Royal, la rue Richelieu, et arrivait à la porte Sfiint* 
Honoré par la rue de ce nom, et jusqu'au bord de la Seiqe^ Sur 
les #eux rives du fleuve, des bastilles furent con^ruitea pour * 
protéger les portes» et l'on, fortifia d'un .fossé i'ile Saint-'Loaisv 
qu'on appelait en ce tempfr-U l'Ile NotrenDame, afin qu'elle pàt, 
dansle besoÎAf^devonip ua(lieii.de xelugeiponr ie».habiJbants de. .. 

Paris. 

« Ces tra\'aux, poussés avee une* activité extrême, se-eonU-. 
nuèrent durant quatre années» et co6tèrenl cent qttfdre-viagt^. 
deax mille cinq cent vingt livres pariais, qui font huit. cent 
mille livres de notre monnaie, somme énorme pour ce tempsr - 
là. Tout l'honneuren' revient à Ëtienae Xaveel; à ^e épeqvo 
où Paris était si aouveat menaeé, pefsofln«w>«yaEt iui,. n 'avait ■ 
pensé qu'il fût nécessaire de le mettre en étsA «le^défianse.^ ■ 
Pemns, Etienne llareel,.page 80 (.1860). 

196 -^ page 240 — Paris^ enlre le Louore et U Temple... 

Le parloir aux bourgeois^ siège des délibérations des écbevins, . 
était situé aux environs du Cbàtelet. Marcel acheta aux frais de 
la municipalilé, en 1357, suf la place de Grève^ Tbôtel au Dau- 
phin ou la maison aux- pHiers. L'Hôtel-derYiUe. actuel ne fut , 
commencé qaen i525.^>.. 

197 — page 244 ■— Paris voyait arriver par totUes ses portes 
lu patfsans avec leurs fainilles, etc.. . 

< Duce Normandiae, qui rcgnum jure baereditario... defcn'dci^e 
et regcre tenebatur, nulla remédia apponeute, magna [ars 
populi rusticani .. ad civitatem Parisiënsem... cum uxoribus et 
îiberis .. accurrere... Nec parcebatur in hoc Rellgiosis quibus- 
cumque. Propter quod monachi et moniales .. sorores de' 
Poissiaco, de Longoeampo, etc. * Gontin. G. de l^angis, p li<h ' 

ij% — pageMi*^ 4l€éêrî Eê eo^:.. 

M. Perrons s'est attaché à réfuter lesiealomma foi ma/Ldbmtii • 
curei ce caractère^ p. 8» 4 83,>£ii6nne Murcel (i86Q|w Voir aussi 
sur Lc£oq,..la judiéieme-appcéaistàoii^iaren' faiijM.'illQAis 



i20 APPENDICE. 

199 — page 245 et saiv. — La remontranee des états... 

Ms de la Bibliothèque royale^ fonds Dttptcy, no 646, \et Brienne, 
no 376. 

kss èt€Us exigeaient que le dauphin gouieemât avet l'assisimue 
de trente^six élus,,. 

Un document publié par M. Douet d'Arcq en donne la liste, 
lorsqu'une nouvelle victoire de la bourgeoisie modifia la conn* 
position de ce conseil. Le clergé obtint d'y être représenté par 
Onze prélats, les nobles par six des leurs, le tiers par dix-sept 
bourgeois. Bibliolhèque de TËcole de Chartes, t. II, p. 360 et 
suiv. V. Perrens, page 60, Ëiiennc Marcel (1860). 

D'autres élus envoyés dans les provinces pouvaieiU punir sasts 
forme de procès, 

t Sans figure de jugement. » Commission des trois élus des 
Ëtats pour les diocèses de Clermont et de Saint-Flour. 3 mars 
1356 (1357). Ordonn. IV, 181. 

L'aide « ne serait levée que par de bonnes gens, ordonnés par 
les États >... 

c Lesquels jureront aux saints évangiles de Dieu, qu'ils ne 
donneront ni distribueront ledit argent à notre seigneur le Roy/ 
ni à nous, ni à d'autres, si ce n'est aux gens d'armes... Et si 
aucun de nos officiers vouloit le prendre^ nous voulons que les* 
dits receveurs puissent leur résister, et s'ils ne sont pas assez 
forts qu'ils appellent leurs voisins des bonnes villes (art. 2). 
Le duc de Bourgogne, le comte de Flandre et autres nobles on 
députés des villes, qui ne sont pas venus aux Ëtats, sont requis 
d'y venir à la Quasimodo, avec intimation que s'ils ne viennent, 
ils seront tenus à ce qu'auront ordonné ceux qui y viendront 
(art. 5). »Ordon., III, 126-7. 

Le droit de prise cesse.,. 

Seulement, dans les voyages du roi, de la reine et du dau« 
phin, leurs maîtres d'bôlel pourront, hors des villes, faire 
prendre par les gens de la justice du lieu, des tables, des 
coussins, de la paille, et des voitures, le tout en payant, et seu- 
lement pour un jour. > Ibidem. 
On défend aux magistrats de faire le commerce,,. 
Défense aux conseillers et officiers de faire marchandise. 
I Les denrées sont aucunes foiz par leurs mauvaistiez grande- 



APPENDICE. 421 

ment cnetaéries; et qui pis est, pour leur gautesse, il est peu de 
personnes qui osent mettre aux denrées que euh ou leurs fac- 
teurs pour eux bent avoir ou acheter... » Art. 3f . Ibidem. 

Le grand Cinueil, le Parlemèni, ta chambré des Comptés, dot- 
vent t^asiembter au éoléit levàni,,. 

Ceci n'est pas dans Vordonnance, mais dans la Remontrance 
d^à oîlëe. On y dit aussi c que ceux qui voulbient gouverner 
n'étant que deux ou trois, les choses souffroient de longs dé- 
lais ; que ceux qui poursuivoient la court, chevaliers, écuyers et 
bourgeois, étoient si dommages par ces délais, qu'ils vendoient 
leurs chevaux, et partoient sans réponse, mal contens, etc. > 
Msdeïa Bihl. royale, f^mdi Dupuy^, n» 616, et Briénne, n» 276. 

^200 — page 247 — La royauté ne vivait que d^ahus... 
H. Perrens dit très-bien, page 11 : « 11 n'est point vrai de 
dire que, pour faire contre-poids à la noblesse, le pouvoir royal 
fit alliance ayec les classes populaires : il se servait tantôt de 
l'une, tantôt des autres, et, à la faveur de leurs discordes, 
poussait chaque jour plus loin ses empiétements et ses progrès. 
Si la nation s'est affranchie à la longue, ce n'est point par son 
concours, mais malgré les obstacles qu'il mettait sur sa route. 
L'histoire de nos rois n'est, le plus souvent, qu'une longue 
suite de conjurations qu'ils croyaient légitimes, puisqu'ils se 
regardaient comme investis d'un droit supérieur pour comman- 
der aux autres hommes. Que fût- il arrivé, si les successeurs de 
Hugues Capet, si les Valois et les Bourbons eussent fait le per- 
sonnage populaire qu'on a cru voir dans leur histoire? Selon 
toute apparence, la Révolution française en eAt été avancée 
de quelques siècles, et elle n'eût coûté ni tant de sang ni tant 
de ruines. > 

201 ^ page 248 — Dant cette dissolution du royaume, la 
commune restaii viioante, . . 

« Etienne Marcel donnait tous ses soins à l'organisation des 
milices bourgeoises» qui existaient depuis longtemps, mais qui 
manquaient de discipline. II donna à chaque quartier un chef 
militaire qui, sous le nom de quartinier, commandait aux ein- 
quantainiers, lesquels commandaient à cinquante hommes, el 



\ 4*22 AFPSNDKE. 

aux (lu«i niera qui ea commandai eni dix. Ainsi, iea ordres du 
. . prévdi ' des marcliandà; communiqués diractomcnt aox qo&rle- 
nier&««rôttienil par ceux-oit aux ûaquanlainiers et par les^ cin- 
quankainicrs aux dizainifirs, qui pouvaient, en peu de temps, 
réunir leurs hommes et se teoir prêts à ioui évéuemcnU La 
cbarge de quarlinier avait pris par là nue grande importance ; 
Maroel la relera encore ou la rendant élective— • 

Marcel entrait en même lerapa dans les- moiodroa détails de 
l'admiaistratioa- municipale. 11 e^joiot.aux. Parisiens, par une 
0TdoniiaDCO,« de mainUsnirlapropseii dans le» rues, chacun 
devant sa maison, et- de* no point laisser iaurs- pourceattXren 
liberXé, s'ils ne les voulaient voici tuer- par dos sergcnU. » 

Ces règlements de police étaient d'autant plus nécessaires 
qu'à cette époque la population de Paris.s'était accrue d'an 
grand nombre- d'habitants des campagn^Si qui venaient j 
chercher un abri. V. p« 315. 

Marcel ne ferma jamais les portes à ces malheureux, et pré- 
serva Parii jusqu'au dernier moment de la famine et de la peste. 
(Perrcns, Etienne Marcel, p. 139» IBQOJ 

202 — page 249 — Le roi dé Navarre revint à Parh.,. 

c Et mesmcmcnt le duc de Normandie le festa grandemeut. 
Mais faire le convonoit, car le prévost des marchands et ceux 
de son accord le. cnnortèrent à ce faire. * Froissart, III, p. 290. 

203 — page 250 -— A Rouen ^ iî Kt descendre du gibet le corps 
de ses amis, etc. 

« Le corps du comlè'd'HarcoDrl avait déjà été enlevé depuis 
longtemps. Les trois autres corps furcnl ensevelis par trois 
rendus (frères convers) de la Madeleine de Rouen. Chacun de 
ces corps fut ensuite mis dans un coftrc, et il y eut un qua- 
trième coffre vide en représentation du comte d'Harcourl. Ce 
dernier coffre fut mis dans un char à dames. » Secousse, 
p. 165. — « Campanis pulsatis... sermone per ipsum regom 
prius facto, ubr asbtrmpsît thcma islud : Innocentes et Tccli 
adhœserunt mih! (Ps. xxiv, 2f ). » Cent. G. de Nangis! 

' 204-^ pagu 250 — Le dauphin fitehaHiauBti à Paris, etc.. 
.Ledadphin voulait, disait* il, vivre et mourir avec eux, ks- 



AmifDids. 423 

g^nd&rfnes qu'il réunissait étaient pour défendre Icr rêyaume 
contre les ennemis qni le ravageaient impunément par la faute- 
de ceux qni s'étaient emparés dn gon^emement ; il aurait déjà 
ebassé ces ennemis s'il avait eu* Cadminislralion de la finance, 
•mais il n'avait pas touché un dénier ni • une maille de tout 
l'argent levé par les ttata. «^ Marcel ^ «averti de i>ffet firoduit 
parce discours, fit à son lonr assembler le peuple à Saint- 
Jacques de rUépital. Le duc y vint» maîs< ne'put* se faire en- 
tendre. ConsaCi partisan' du -pré'tôl', parla contr» k» jofficieri; il 
7 avait tant de mauvaises' herbes* disait^ il, qnelea bonnes ne 
pouvaient fructifier. L'avocat Jean deSninl Onde, un des géné- 
raux des aides, déclara qu'une partie de l'argent avait été mal 
employée, et que plusieurs chevaliers, qu'il nomma, avaient 
reçu, par ordre dn duo de Normandie, 40,000 ou 50,000 mou- 
tons d'or « Si comme les rooles le notoient. > Se^usse,«iiiât. 
de Charles le MaiivaiSt 170, 

205 — page 252 — Four encourager U$ bourgeois par la vue d9 
leur nombre^ Qiz... 

t Dans la première semaine de janvier, ceux de Paris or don- 
nèrent que ils auroieot tous chapperons my partis de drap 
rouge et pers. > Jf«. c Outre ces chaperons, les partisans du 
prévôt portèrent encore des fcrmeilles d'argent mi-partiz d'esr 
mail vermeil et asoré, au dessous avoit escript à èonne /in, en 
signe d'alience de vivre et roorir avec ledit prévôt contre 
toutes personnes. • Lettres d'abolition du 10 août f3o8» 
Secousse,, ibid., p. 163. 

206 - page m — * A Pûri$ In-'Vwn» if^iMNwml mr«f: et 
ther$.„ 

c Admiraniibua'de hoc et dotentibos prspositoineraatoenmi 
et civibus, quod perregentem et nobiles qui eirca eum erant 
non remediabatur, ipsum pluries adierunt oxorantes... Qui 
optiDie eia feeere promittebat, sed... Qninimo mugia gaudcrc d& 
malis insurgentibus in populis et afilictionibus, et lune et 
poatea Mobiles videbantur. > Coot» G» de Nangis, p« 116. 

tO? ^ pa§e 254 L$ meurtre dêi conseillers du dauj^tin aeait 
été probablement imposé au prévôt par Charles le -Alauvais,, 



)•• 



i24 APPENDICE. 

M. Perrcns objecte que le roi de Navarre n'était pas à Paris, 
« il ne savait qu'à moitié ce qui s'y passait, au lieu qne Harcel 
et les autres cbeCs de la bourgeoisie, voyant de leurs yeux Ica 
deux maréchaux à Tœuvre, et leur opposition constante k 
Tautorité des États, avaient de plus pressantes raisons de jse 
venger. > Perrons, Etienne Marcel, page 188, note, 1860. — Ce 
qui est certain, c'est que la mort des maréchaux fui résolue 
dans l'assemblée des métiers à Saint-Ëloi, et qu'on ne voiilat 
point surseoir à Texécution. — - « Quod uttnam nunquam ad 
effectum finaliter devenisset. Et fuit isiud prout iste praeposîlus 
cum suis me et muUis audientibus confessus est. • Conl. G. de 
Nangis, p. Ii6. 

208 — page 254 — Plusieurs des commissaires des Étais me 
voulurent plus gouverner.., 

c Or vous dis que les nobles du royaume de France, et les 
prélats de la sainte Eglise se commencèrent à tanner de Tem- 
prise et ordonnance des trois états. Si en laissoienl le prévost 
des marchands convenir et aucuns des bourgeois de Paris. » 
Froiss., III, ch ccclxxxii, p. 287. Conf. Matt. Villani, 1. VIII, 
c. xxxTiii, 492. 

209 — page 254 — Paris se cliargeait de gouverner la France. 
La France ne le voulut pas, . . 

< Rien ne peut donner l'idée de l'esprit d'opposition qui 
régnait dans les provinces : les habitants relevaient avec 
aigreur des détails sans importance, par exemple, le traitement 
que recevaient les députés chargés de lever le subside... On 
accusait Harcel et les siens de ne se servir de leur pouvoir que 
pour piller le royaume et amasser des richesses immenses, i 
Pcrrens, Etienne Marcel, page 141. 1860. 

210 — page 255 — Le dauphin à Compiégne aux États de Ver^ 
mandois.., 

9 Ut illos principales çccidi faceret, vel si non posseL.. 
expugnarct viriliter civitatem et tam diu dictam urbem Pari- 
siensem... per impedimentum suorum vietualium moles tarel. ■ 
Contin. G. de Nangi-», p. 117. '^ 



APPENDICE. 425 

tlt — page 2SS — Marcel envoya en Avignon huer des hri* 
gands,.» 

Jean Donati partit 1c 8 mai 1358 pour Avignon, portant à 
Pierre Maloisel 2,000 florins d'or au Mouton, de la part de 
Marcel, qui l'avait chargé de lever des brigande, et pour y 
acheter des armes. — Marcel avait aussi dans Paris, dit Frois- 
sart, un grand nombre de gens d'armes et soudoyers Navurrois 
et Anglois, archers et autres compagnons. Secousse, p. 224-5. 
V. aussi Perrens, Etienne Marcel, p. 229. 1860 : c II envoyait 
de tontes parts pour enrôler des hommes aguerris et pour 
acheter des armes. Mais presque partout il était victime des 
malversations, de ses agents et de la mauvaise foi des merce- 
naires... Marcel y vit, non sans raison, combien il lui serait 
difficile de se faire une armée, et par suite, de quelle impor- 
tance il était de gagner définitivement le roi de Navarre^ qui 
en avait une< » 

212 — page 256 — Dans cette guerre chevaleresque, etc.. 

c Les chevaliers et les écuyers rançonnoient-ils assez cour- 
toisement, à mise d'argent, ou à coursiers- ou à roncins; ou d'un 
pauvre gentilhomme qui n'avoit de quoi rien payer, le pre- 
noient bien le service un quartier d'an, ou deux ou trois. > 
Froissart 111, 333. 

213 . page 259 — Le long de la Somme^ on comptait trente 
de ces souterrains.,. 

Ces souterrains paraissent avoir été creusés dès l'époque des 
invasions normandes. Ils furent probablement agrandis d'âge 
en âge. Une partie du lerriloire de Santerre, qui à elle scule^ 
possédait trois de ces souterrains, était appelée Tcrritorium 
sanctœ liberationis. Mém. de l'abbé Lebœuf, dans les Mém. de 
l'Acad. des inscr.» xxvii, 179. 



214 -— page 259, note S — Famine de 1358... 

Les ecclésiastiques eux-mêmes souffrirent beaucoup : « MuUi 
abbates et monachi depauperati et etiam abbatiss» varia et 
aliéna loca per Parisios et alibi, divitiis diminutis, quœrere 
cogebantur. Tune enim qui oHm cum magna equorum scutife* 



436 APPSNDIGE. 

rormm caterva vin fuerant ineedere, nnnc pedàtand* antco 
famulo et monacho cum victu sobrio poterant contentari. t 
Coatin. G. de Naugis, II, i22i ^ La misère et le» kisoltes des 
geas de guerre iiwpirèrent souvent aux eccléaiaatiques un 
courage extraordinaire. Nous, voyoas dans une occasioa le 
Ghanoine de Rohesart abattre trois Nayarrais de son premier 
eoup de lance. Ensuite il fit merveille d.e sa hache. L'é%^ue 
de Noyon faisait aussi. aine rude goeria à -ces brigaods. Frois- 
sart, 11^ 353. Secousse, L 340-1. 

' 215 — page 260 — On appelait par dèrmon le paytan Jaeqn^ 
' Bonhomme..,^ 

' Gontiû. G. dé Nangis. Les autres^lytifologîes sont ridîctries. 
Voyez Baluze, Pap. Aven., 1, 333, etc. 

216 — page 260 — Qui aurait craint de maltraiter Jacques 
Bonliamme ?... 

■ Quand ou était dans les bons jours, que Ton ne voulait pas 
tuer ou qu*on ne le voulait que par hasard et par accident, il 
y avait une facétie qui se reproduisait souvent et qui était 
devenue traditionnelle. On enfermait le mari dans la huche oà 

^ Ton pétrit le pain, etjetant la femme dessus comme sur un lit, 
on la violait. S'il y avait là quelque enfant dont les cris imj>or- 
tunaient, au moyen d'un lien très-court on attachait ^ cet 
enfant un chat retenu par un de ses membres. Voyez-vous d ici 
la figure de Jacques Bonhomme sortant de sa huche, blémisssot 
encore de rage sous cette couche de farine qui le rend grotosqae 
et lui ôte jusqu'à la dignité de son désespoir ; le voyez-vous 
retrouvant sa femme et sa fille souillées, son enfant ensao- 

,- glanté, dévisagé, tué quelquefois par le chat en fureur? > 
Bonnemère, Histoire des Paysans. iVofe de 1860. 

217 — page. 260 -^^LeeJeKfuês. ptyirent àiewfê uigmeur» un 
arrUrè de fdusieum sëaifis. . . 

« Ouerentes niebUes et : eorum raanerîa^ cum uxoribus et 
iiberis exsiirpare... Doninas DolHlessttae vili libidine opprime- 
. bant. • ConL G. de Nangis, I19« 



SfS^pageMO^ Lff/ASfttff «ll<Miil«w«'i«ii«optl«ttie, etc. 

« Cb»qiie vHlago ▼ottUîlaToir ion chef, et au Kea^ de le 
prendre :p«raii les plus' feranés,' eeB p&ysafis, qui pdihaifli^ent 
dans rbîsloire oumb» des bêles feiirea, s^adressaknrde pi^- 
fenee au plii8"boiiimi>le^'aii pias. «oaâdérable - et souvent au 
plus modéré. JHns- la •Valata.iOti -trouve asinombre de estf ohefs 
I>enisol Rabours, capkamede Frasnoy;rLaflU>eit de^ SsutaiMi^ 
laine, frère de' Pierre» deiDèmaaiUev qui' élaît président au 
Fariement.et oiMrseyier idu duai^e ^Nomandie ; Jean iiiilot 
d^BslMeguy, « hoimne de bonnefane et renommée, » disant 
les leltf es de rémi^onilean 'lleraiBfet,«ttré de GéKdoait; 
Coiartv le meanierj gsositoargaais île la ootité dadeamost ; 
la dame dsi Batencourlv ille idtti:8sifBieur -de! Saint4lailiis le 
G«nllart# ^i^ervenSfiÊliennc Mareel, page -245, d'après leiTmor 
4sa 



' 1W9 -*-'p»ge't6i — Le$ noMes se mirent àtner etbrûl&iôut 
dan fin campagnes... 

Cbatcaubfiaîid; Études hîst.; édif.MSSf , t: IV, p/170 : ■« Wtjus 
avons encore les eomplaimes latines que fon cbantaifstfrhs 
maHiear$ de- ces temps, et ce couplet : 

• > Jasfats Boabomme, : 
Gtues* csaMSrieRÉ d'armes vt |»iëlMs, 
De piller et manger le Bonhomme» 
Qui de iQDgtemps Jacques Bon hon\me 
Se nomme. » 

.Ca-eoriplet aetpilibîen anefen?- -» fimr «ler oompfamtes 
laliiias,^03rea Ménk^caHaclioit Pétkot, t. V, p 481. 

' fÊê -^ paga 264--^* MafiMi'oeail'IfiâMt d loiiisntr Us Jacques... 
«Si Marcel éléii**trop politique pour ne pas profiter d'une 
élferston- si oppairtuaei il irà pouvait ni la prétoir/pirfsqu'elle 
ne fut 4 pas caneeHée, nf la provoquer, puisque, malgré l'àl- 
liaacade qaeiqaes* bonnes viHes, il^ n'exerçait' dlrecteriiént 
-ananne action hors'dSS Parl$. TÔus'Bês actes sont d'uir homme 
que les événements ont surpris et qui ne songe quTaprè» coup 
à eiL tirer. parti, c Biaisa aaoaisçafair, éorirait-il le 14 jatllel 



4S8 APPENDICE. 

(4358), que les dites ehoses furent en Beaavoisis commeneées 
et faictes sans nostre scen et volenté. ■ On objecte qa*il mTait 
intérêt à nier la part qu'il venait de prendre à la Jacquerie; 
mais il ne la nie que pour les premiers jours. > Perrens, page 
239. — t... Et mieuls ameriens estre mort que avoir appitKé 
les fais par la manière qu'ils furent commencié par aucons des 
gens du plat paiis de Beanvoisis^ mais envoiasmes bien trois 
cens combatans de nos gens et lettres de eredanee pour euls 
faire désister de grans mauls qu'il fisisoient, et pour ce qu'il 
ne voudrenl désister des choses qu'il fatsoient, ne encUner à 
nostre requeste, nos gens se départirent d'euls et de noetre 
commandement firent crier bien en soixante villes sur paine 
de perdre la teste que nuls ne tuast femmes, ne enTans de 
gentil homme, ne gentil femme se il n'esloit ennemi de la 
bonne ville de Paris, ne ne robast, pillast, ardeist, ne nbalist 
maisons qu'il eussent, et au temps de lors avoit en la ville de 
Paris plus de mille que gentils hommes que gentils femmes et 
y estoit ma dame de Flandres, ma dame la royne Jehanne et 
ma dame d'Orliens, et à tous on ne fit que bien et honneur et 
encoresen y a mil qui y sont venus à seurté, ne à bons gentils 
hommes, ne à bonnei gentils femmes qui nul mal n'ont lait au 
peuple, ne ne veulent faire, nous ne voulons nul mal... > 
Lettre d'Etienne Marcel aux bonnes villes de France et de 
Flandre (publiée par M. Kervyn de Lettenhove. dans les Bullet. 
de TAcad. roy. de Belg., t. XX, no 9. 

n avait profité du soulèvemetU pour déiruir$ pluiieurs farta- 
Têtsêê autour de Paris.,. 

c Quand Marcel vit les efforts intelligents de Guillaume Galle 
pour former un faisceau de tant de bandes dispersées, il com- 
prit le parti qu'on pouvait tirer de cette nouvelle force en la 
réglant. C'est pourquoi, sur divers points, il indiqua aux 
Jacques les chefs qu'ils devaient choisir, tandis qo'aillevrs il 
communiquait avec ceux qu'ils avaient élus d'eux-mêmes... il 
leur recommandait de raser tous les cbÀteaux qui pouvaient 
nuire aux Parisiens* S'il redoutait les ravages et les meurtres 
inutiles, il acceptait le but df cette guerre, qui devaii être 
l'abaissement de la noblesse. 

c Mais bientôt il put se convaincre qu'il ne suffisais pas de 



APPENDICE. 429 

diriger de loin, par ses conseils, des alliés indociles, et qu'il 
fallait tout ensemble leur envoyer des honimes d'armes et des 
chefs qni leur donnassent l'exemple. 11 organisa une double 
expédition de Parisiens et de mercenaires à leur solde. L'une, 
sous les ordres de l'épicier Pierre Gilles et de l'orfèvre Pierre 
Desbarres, devait attaquer les chfttcaux, principalement au sud 
de Paris... L'autre, dirigée par Jean Vaillant, prévôt des mon- 
naies, devait se joindre à Guillaume Galle... • 

La bourgeoisie parisienne, en prenant part à la Jacquerie, 
communique sa modération aux chefs et aux paysans. « C'est 
un fait certain que, partout où elle parut, la vie même de ses 
plus cruels ennemis fut respectée : il n'y a rien à sa charge 
dans le volumineux recueil du Trésor des Chartes, ni dans les 
chroniqueurs, si ce n'est la ruine de quelques châteaux qui la 
menaçaient incessamment. , On y voit même que les colonnes 
bourgeoises parcouraient le pays en annonçant, au nom du 
prévôt des marchands, qu'il était défendu, sous peine de mort, 
de tuer les femmes ou les enfants des gentilshommes ; elles 
offraient en outre un asile aux familles de leurs ennemis, 
lorsque ces familles ne portaient pas un. nom trop notoirement 
odieux aux Parisiens. > Perrens, Et. Marcel, p. 231, 254. 1860. 

221 — page 262 — « Les nobUs lurent îantde mal au pay«,etc...> 
Marcel trace le tableau de cette effroyable réaction dans la 
lettre qu'il écrit, le il juillet 1358, c aux bonnes villes de 
France et de Flandre : > « ...Nous pensons que vous avez bien 
oy parler comment très-grant multitude de nobles, tant de 
vostre paiis de Flandres, d'Artois, de Boulonois, de Guinois^ de 
Ponthieu, de Haynault, de Gorbioisr de Beauvoisis et de Ver- 
roendois, comme de plusieurs autres lieux par manière univer- 
sele de nobles universaument contre non nobles, sens faire 
distinction quelconques de coulpables on non coulpables, de 
bons ou de mauvais, sont venuz en armes par manière d'osti- 
lité, de murdre et de roberie, de ça l'yaue de la Somme et 
ftussi deçà l'yaue d'Oise, et combien que à plusieurs d'euls 
rien ne leur ait esté roeffait, toutevoies il ont ars les villes» tué 
les bonnes gens des paiis, sens pité et miséricorde quelcon- 
ques, robe et pillié tout quanques il ont trouvé, femmes, en- 



430 APPENDICE. 

faus, prestresv religieux, mis à orueoses gehines pomr saTOir 
l'avoir des gens et ycels prendra et rober., et plusieurs d'icevU > 
fait morir es gebines... les pucelle& corrompues et les-fcB&mes 
violées en présence de leurs■^Iaa£i&#.et.b^ie£nlentrifaii plosde 
manls plus crueliaent «t pius^. inhmrtiittRBiejit i|ue ancgne» ne 
firent les Wandres, ne Sarrazins... et encore .ès^dttsjnaois {»ep- 
sévèrent de. jour en jour, et tous .marchaos qu'ils trearveni 
mettent à mort en raençonneni et ostant .leurs marcha mil sqe» -^ 
tout homme non noble de bonnes villes oa4e plat 4)aii& ai les 
laboureurs tous mcltent.à mort et rx)beni et iiérobent.«« ELtûen . 
savons que monseigneur le duc (le régent)» nous, uoz bieas -et 
de tout le plat paiis a mis en hab.andoA aus nobles et de ce 
qu'il ont fait et feront &ur oqiis« les a. advoez» ne.n'ont.aaircs 
gaiges de li que ce que il peuvent, rober^ et .combien que-iidil 
noble, depuis la .prise du roy noaire sir«».ne se soiem. .vola 
armer contre Jes ennemis du royapme^ .si.^conune.chaacoaa . 
veu et.scou» ne. aussi aïonseigneuf ie,duc,(>touievoie%ooiare 
nous 1 se sont armé et .conjtre le . coounun, et. pour La .irèsFsgraiil 
hayne.quiils ont À nous, et à tout le commua.et Jes grfint |ûUes 
et roberies.que il font^ur le peuple, il en vient grant et si 
grnnt quantité que c'est merveille. > Lettre. dËiienAe Marcel 
aux bonnes villri* de France et de Flandre (publiée par 
H. Kervyn de Letlenhove). — V. aussi Perrons, p. 263 et iOi 
et seq. 

Le régent, qui n'eut pas un mot de. blâme pouries gentils- 
hommes qui s'étaient rendus. coupables de. ces meurtscs eiàe-.- 
ces spoliations, nous- apprend luirméme qu'au moia d'aoAt 
(1358) les nobles continuaient c de» piller» de voier, de violer 
dans, les environs de. Aeima [et. aiUeurs), malgrf les délienaes 
par lui faites. » Les . babitattts de diverses villes, entre aolres 
Saint-Thierry, Talmersy, le .Grand etJe PetitpKouillQn^.Yillen- 
Saiote-Anne^.Chanay* Cb&lon-sarryedUi, et Villara^Fraoqiieax 
voulurent s'opposer k ces. indignas .traitements^ les- noèleaea 
tuèrent plus.de clnquanie. Cependant. le priftvôt forain de Laon 
accuse^lcs hourgepisd'avnir.. attaqua ^ gentiUhiM»ines^«uiscp* 
vice du régent et les vevt condamaerià liamettde,*c.et.qne pia-t 
est les di^ nobles . accompaigc^ez.de . plusiaurs autres se^soieBt . 
depuis cffoi*cic« et s'efforcent ancare<4lc.joyc.en.joyurdech<^ 



APP£^'DlCl• 424 

vaBchîer et chefaucbeal coaUoQeUcmeot èa dites villes de 

mettre à mort et peurs gcnz et chevaux de harnais cl.autres* 

à rançonner villes et genz, pour lesquelles choses il a convenu 

tous les dix habitanz deedites ailles aler demourer hovs d*icelles 

sanz que aucun y soit demeuré, mais sont les maisons démon- 

rées vaipoes el lesi^tOAs-qui sont ou pais perisseiH ma champs 

et aussi les autres héritages demeurent ga9(ey,ittCttHfve»«t 

inul'les, dont très^frant domage et iaconveniena se pourroiettl- * 

cnssir, car le pais en pourroit estre desers» les TiHe« despen- 

p\iees et la bonoe'^ille de Remz perie laquelle des villes du 

plat pais se gouverne par yccllc. » Lettres de Rémiastoo pour . 

les babicans de SainwThierry, eto. kTvHoràet Chmttt, Reg. 86, 

fo 130). V. Perrons;' p. 365, ^ p. 367 :' t Le régent avoue, dans 

les lettres de rémission, quelles nobles incendiaient et détrui*^ 

saieat les villes qui n'avaient pris aucune pari à h Jacquerie; 

par«xeni|^, daos la seule pré\ôié de Vitry, Heislemarroîs, 

Sirapoy, Vitry^ BofQioouTt et Dully » Lettres de ftétnrission * 

ponr les* habilatits> de' Heisfemarrois, etc. (Trésor des ChdHen^ 

heg* 8l,/'o i2tV.' — «Les ineendies qu'ils allumèrcntydit le 

eonliaoateiir de fla&gis, font encore verser des larmes. » 

« Lire Perreas; chap. x, sur cette réaction nobiliaire : « Les 
cruautés des n<d)Us et -de leurs hommes d'armes surpassèrent 
ccHes des paysans parle nombre et la durée. » Froissart parle 
décent mille hommes qui* auraient pris part à la Jacquerie, 
taudis que le eoatinuateur de Nangîs dit six mille seulement. 
— La Jacquerie avait commencé le 21 mai 1358^ iet non en 
novembre 13o7, comme le dit Froissart. Le 9 juin, jour du dé- 
part de l'expédition contre Meaux, elle était déjà terminée : elle 
a\ait donc, en réalité, duré moins de trois semaines. Les re- 
pr(^sailles des nobles étaieni déjà commencées le 9 juin, et au 
mois d'août, quand le régent renlra dans Paris, elles duraient 
encore : elles avaient eu pour théàlrc à peu près tout le pays 
de langue d'oïl. » —Pages 210, iTl, Etienne Marcel. 1860. 

fil — page 265. ^ Qombii de la porU SamÂ^Hoiiorè,.. 

^. dans Terrens la discussion de ce faites! llaK6irentfa«n 
ville avant ou après le combat de la porte Saint Honoré. « H est 
probable que si Marcel éuit rentré avant le cooUial» il n'eo 



433 APPENDIGB. 

eut la nouvelle que lorsque la lutte était terminée. ■ Page 303, 
note. 1860. 

223 — page 267— Les meurtrière de Marcel s'en aUèremi 
éveillant le peuple^ etc. 

€ Ceux qui le matin avaient pris les armes pour « vivre et 
mourir avec les chefs du peuple, • déclaraient, le soir, ne s'être 
armés que pour ouvrir les portes de Paris au régent. Su an 
instant, tous les chaperons rouges et pers (bleu foncé) avaient 
disparu» et chacun donnait des marques bruyantes d'une joie 
qui n'était pas dans les cœurs. » 

Parmi ceux qui donnèrent l'exemple de la résistance aax 
vainqueurs, il faut nommer surtout Nicolas de la Courtneave. 
« Garde de la Monnaie à Rouen, il avait été nommé par Marcel 
aux mêmes fonctions à la Monnaie de Paris. Il resta à son 

« 

poste, et il sut empêcher qu'aucun des ouvriers soumis à ses 
ordres ne se prononç&t pour Maillard et le régent. Le lendemain 
de la mort du prévôt, Jean le Flament, maître de la Monnaie da 
roi, s'étant présenté à l'iiôtel des Mosnaies pour en prendre 
possession et s'en faire remettre les clefs, Nicolas de la Court- 
neuve refusa d'obéir, attendu, dit-il, qu'on ne savait pas en- 
core qui élait le seigneur. ...Lorsque enfin il se fut assuré 
qu'il n'y avait plus d'espérance, plutét que de remettre les cTefsà 
un ofiicier du régent, il les donna à Pierre le maréchal, que 
Marcel avait nommé maître particulier des monnaies. > Perrcns» 
£t. Marcel, p. 319. 1860. 

22i — page 267 — Le parti de Marcel survécut à son chef,.. 

t Les forces de cetle opposition étaient sans doute considé- 
rables, quoique les auteurs n'en parlent point, puisque, avant 
de rentrer dans Paris, le régent crut qu'il était nécessaire de 
nommer une commission chargée d'admettre les turbulents à 
composition moyennant fînance. > Perrens, p. 320, d'après Tri* 
sordes Chartes, reg, 86, p. 431. 

Une conspiration pour venger Marcel. . . 

Trésor des Chartes, reg. 90, p. 382. Secousse. — V. dans 
Perrens le complot et la mort héroïque de Martin Pisdoé, 
t changeur fort riche et fort estimé. > Décembre 1359, chap.ir, 
pages 3i6 et suiv. (1860.) 



APPENDICE. 433 

)25 — page 267 — Le dauphin fit rendre à la veuve de Jftir- 

cel, etc... 

« Marguerite des Essarts» veuve d'Etienne Marcel, ne vonlnt 
point se remarier. Ce fut en souvenir d«8 services rendus par 
son père, Pierre des Essarta, à Philippe de Valois* que le régent 
lui fit restituer tous ses biens meubles et accorder pour elle et 
ses six enfants en bas âge une rente annuelle de soixante livres 
pari sis, faible compensation de la perte des trois mille écus d'or 
qu'elle avait apportés en dot, et de tous les biens de Marcel. » 
Pcrrens, chap. xiv, page 339. (Trèeor de$ Chariee^ Reg. 90, 
fo 49.) 1860. 

226 — page 267 — Marcel tue les èlnts en Us faisant comme il 
les veut... 

Ce fui un des principaux griefs contre Marcel qu'il ait peu à 
peu laissé convertie le conseil en une réunion secrète de ses 
seuls amis qu'il présidait lui-môme et qui s*im posait aux Pari* 
siens comme la seule autorité. A cela l'on répond qu'il était 
naturel que le prévôt s'appuy&t sur ses amis et ne mit pas ses 
adversaires dans le secret de ses desseins. Ces conciliabules 
secrets n'en excitèrent pus moins les accusations les plus pas- 
sionnées, et quand plus tard le dauphin accorda des lettres de 
rémission & la ville de Paris, il eut soin d'en excepter les mem- 
bres du conseil secret, comme coupables de haute trahison. 
(Y. Perrcns, Etienne Marcel^ p. 1)2.) (1860.) 

227 — page 272 ^ Il y eut des eonfieeations et des supplices 
anUre le parti de Marcel... 

• Le régent ne se contenta pas de dépouiller ceux dont il 
épargnait la vie : il prenait les biens de ceux-là mêmes que la 
hache avait frappés, en sorte que personne, en mourant, ne 
pouvait se flatter d'avoir épuiâé la vengeance royale... —Ses 
rigueurs ne frappaient pas seulement les citoyens qui étaient 
suspects d'avoir pris une part active à la révolution populaire ; 
la vengeance royale s'acharnait jusque sur les boulangers qui 
avaient fourni du pain, fût-ce par contrainte, i la faction vain- 
cue. Les personnes qu'on arrêtait pour les mettre à mort étaient 
soumises à des tortures affreuses, et on leur arrachait ainsi tous 
nu 2d 



tô4 APPSNXHCE. 

]ed »feax qu'on votiiaii, même les moi os véritables. > Perreas, 
Etienne Marcel, c. xiv, 1860. 

ttg>^ page ÎTS -> Dèêreùe et P«rit 9» 1359#.. . 

c Vn<i« arboce» per Uinera eV yiacaft iacidebanlur, el annu- 
Its Hgnomm, qui tnlo pr« daoèus solidis dabalur, dudc pro 
onittsfloreDi prelio Yenditur. » Contin. G. de Nangis» p. 121. 
-** t Qaafta anteoi boni Yini.», xigintiqujalaorsolidi. » Ibid., 
p*. 115, oonf. 12». 

• 

229 — page 273 — Les gens de Tonraine^ etc., achclaient aux 
Anglais des ^aufs-conduits. . . 

< Nullns salvus» nisi ab ois salvum conductum litteralorie 
obtinebat > Cent. G. de Nangis, p. 122. c .. . Se cis Iributarios 
rec^diderunl. t lbid.>P* 125^ 

230 — page 276 — Le roi d'Angleterre n'osa attaquer Paris.., 
c Angllci... accesserunt ... Nobiles qui in urbc tune crant, 

oum domino régente in bona copia, armisprolccii se extra 
moros posuerunt, non multum eloogantes a forialiiiis et for- 
salis... Non fuit tune prseliatum. » Ibid. 
Près de Chartres, les Anglais éprouvèrent un terrible orage.., 

< Blaxima pars bigarum etcurruum in viis et itîneribus imbre 
nimio madentibus remansit, equis deficientibus. > Ibid. 

231 — page 278 — La RocheUe, d^ autant pltts française... 

c Et disoient bien les plus notables de la ville : < Nous aoae» 
rons les Ânglois des lèvres, mais les cmers ne s'en nH>uvroDt 
jà. > Froiss., ch. ccGcxn, p. 229-230. -* Les regrets des gens 
de Cahors ne sont pas moÎM foiicba»t»: tResponderont flendo 
et lamentanda ... qiiod fpsi iion'ftdai4tl«b|iiktdoraiBum regem 
Anglise, imo domitnn «ester, mx FhiAcili, î)mo$ dcrtbioqaebfti 
tanquam orphanos. • Note commun rqnée par M. Lacabane» 
d'après les Archives de Cahort, et le- fiwwcAi kt BU4. roffale^ 

232 ~~ page 27^ -^Lsroi Jean vtwdibêtk chmrH avn «m^... 
Mat. YiUani, XIV, 617. -**.« Le roi ée FctAce, q«i ac Yeoit e& 

danger, pour avoir k'argefti plus ajpftareilU s'y a4corda légèi 
ment. » Froiss. IV, ch. ccgcxux> p. 79. 



APPENDICE. 485 

Î33 — page Î8Î -^ L^s croisés se joignaimt plutôt aux Com- 
pagnies.., 

• Plusieurs sVd allé "cnl celle pari, chevaliers, écuyers et 
autres, qui cuidoicnl av(ir grands bienfaits du pape avecques 
les pardons dessutdit, mais on ne leur vouloit rien donner, si 
s'en partoient... et se meltoienl en la mauvaise compagnie qui 
toudis croissoit de jour en jour. > Froiss., ch. cccclxix, p. 142. 

234 — page ?82 — La sneeession du due de Bourgoguty etc. 
Le roi de Navarre descendait d'une sœur aînée, mais à un 

degré inférieur. Jean allégua ; • Que la loi écrite si dit que 
outre les fils des frères, nul lieu n'a représentation, mais l'em- 
porte le plus prochain du sang et du côté. » Secousse, Preuves 
de l'Hist. de Cb. le M., t. II, p. 201. 

235 — page 283 — Le roi d'Angleterre alléguait son âge pour 
ne pas prendre la croix. .. 

« Oil, dit le roi d'Angleterre, je ae leur débattrois jamais, si 
autres besognes ne me sourdent, et à mon royaume dont je ne 
nie donne garde. — Onques le poî ne pul antre chose impetrer 
fors tant que toujours il fut liement et honorablement traité en 
dîners et en grands soupers, t Froiss., ch. ccctxxviii, p. 1C7. 

Î36 — page 286 — On célébrait fe combat def Trente, où les 
Bretons av lient vaincu les Anglais.,» 

On a élevé un monument sur la lande de Mi-Voie, près Ploer- 
mel, pour perpétuer le souvenir de cet événement. Voy. le 
poème publié par M. de FréminvilJe, en 18i9, et par Crapelel, 
en 1827. Voy. aussi M. de Roujoux, Hist. de Bretagne, III, 38l! 
— La douleur de Beaumanoir, lorsqu'il rencontra les paysans 
bictons traînés en esclavage par les Anglais, est exprimée avec 
une toachanat naîlveié : 



Il vit peiner cbétifs, dont il eut granrrpitié. 
L'an estoit en an ceps et 11 aolTe ferré. . . . 
Comme vaches et bœafs que l'on mène ao marché. 
Qaand Deanmanoir hs rit, du cœar a êoupirét 



iJ*^ APPENDICE. 

Beaumanoir, s'en plaignant à l'Anglais Bemborough, en reçoit 
la réponse suivante : 

Bianmaner, taisiex-vous; de ce n'est plus parlée 
Montfort si sera duc de la noble duché. 
De Nante à Pontorson, et même à Saint^tfahé, 
Édonard s^ra roy de France eoaronné. 

Et Beaumanoir, selon le poêle, lui répondit humblement : 

Songiez un aatre songe, cestuy est mal songié; 
Car jamais par tel voie n'en aorci demi pié. 

Au commencement de la bataille, l'Anglais crie à Beauma- 
noir • 

Rendr-toi lot, Beaumanoir, je ne t'occiray mie; 

Mais je fdray de toi biau présent à ma mie- 

Car je lui ai promis, et ne veux mentir mie. 

Que ce soir le mettrai dans sa chambre joMe (honnête). 

Kl Beaumanoir répond : Je te lesnrcnvie! 

. . De sueur et de sang la terre rosoya. 

Beaumanoir, demandant & boire, reçoit de Geoflfroy Dubois la 
fameuse réponse : 

Bois ton sang, Beaumanoir, la soif se passera! 

L'histoire, dit le poêle, en fut écrite» et peinte en tappichife: 

Par trctous les éiats qui son^de ci la mer; 
Et s*en est esbattu maint gentil chevalier, 
Et mainte noble dame à la bouche jolie. 
Or priez, et Jésus, et Michel, et Marie, 
Que Dieu leur soit eo aiie et dites-en, Amen. 

237 — page 286 — Bertrand Dugueselin . . 

Duguesclin est nommé dans les actes Glecqnin, Gléaqnin, 
Glayaquin, Glesquin, tieyquin, Claikin, etc. Ceci le désignerait 
pour vrai Breton de race. 11 se croyait lui même descendu d'un 
roi maure, Hakim, retiré en Bretagne, qui, chassé du pays par 
Charlemagne, aurait laissé dans la tour de Glay son fils, que 
Charles fit baptiser. Le connétable voulait, après la guerre de 



APPENDICE. 437 

Castille, passer en Afrique ^t conquérir Bougie. (Voyez le man, 
de h BibL du roi : Conquête de la firet. Armorique, faite par le 
preux Charlemagne sur un g payen nommé Aquin, qui l'atoîst 
usurpé, etc., no 35, 356 du P. Lelong.) 

Sa vie a éU éhanièe dans une eorte d^épopée ekevaleresque.,. 

Cils qui le mist en rime fast Goveliert 

Et pour l'amonr du prince qui de Dieu soil tauTé» 

Afin qu'on n'eust pas les bons fais oubliés 

Du vaillant eonnestable qui tant fut rodoubtex. 

En a fait les beaux vers noblement ordenei. 

ifi. de la Bibl royale, n* 7224. 

H. Macé, professeur d'histoire, a donné une notice intéres- 
sante sur cet important manuscrit dans l'Annuaire de Dinan, 
1835. 

Le potne avoue quil était laid.,. 

Mais l'enfant dont jo dis et dont je voi^ parlant, 
Je croi« qu'il not si lait de fiesnea à Disnant, 
Camus esloit et noir, malotru et massant (?). 
Li père et la mère si le héoient tant. . . 

Ifi. de la BiM. royale, n* 7224. 

Voyez aussi la chronique en prose, réimprimée par M. Fran- 
cisque Michel. 

238 * page 288 — BalaiUe de Cocherel. . . 

c Si ordonnons que nous mettions à cheval trente des nôtres...; 
et de fait ils prendront ledit captai et trousseront el l'empor- 
teront entre eux. ■ Froiss., IV, ch. ccgclxxiviii, p. 201. 

« Si y furent grand temps sur un état que de crier Notre- 
Bame-Auxerre, et de faire pour ce jour leur souverain le comte 
d'Auxerre... Si y fut avisé et regardé pour meilleur chevalier do 
la place et qui plus s'étoit combattu de la main... messire Ber- 
trand Duguesclin. Si fut ordonné de commun accord que on 
crieroit Notre-Dame Guesclin. > Ibid., p. 202-3. 



tSS APPENDICE. 

• 

Chmie* V donna à Ikiguesclin poun récompense le comté de Lob- 
guevUle^,, 

Les lettres de donation sont du 27 mai 1364. Duchàtelci, 
Hist. de Duguesclin, p. 297. — En 1365, le roi reprit ce comté, 
en payant une partie de la rançon de Duguesclin. Archives, i. 
SSL 

En même temps, il faisait couper la tête au sire de Saquen- 
ville, etc.. 

t Si furent pris & mercy tous 1*8 soudoyers étrangers; mais 
aucuns pillards de la nation de France, q«i là «*éloieiit hautes, 
furent tous morts. » Proiss., IV, eh. occcioviii, p. 830. 

239 — page 23S — > Le prince de Galles envoya à Monifort le 
hraioe Chandos, elc. 

« Chandos... pria plusieurs chevaliers et écuyersdc la duché 
d'Aquitaine; mais trop petit en y allèrent avec lui, si ils n'éloi^ ot 
ÂDglois. > Froiss., IV, ch. di, p. 241. 

240 — page 288 — Beaucoup de Bretons se joignirent à Charles 
de Blois., . 

c Le vicomte de Rohan, le sire de Léo», le aire deKargonle 
(Kergorlay), le sire de Loheac... et moult d'autres que je ne 
puis mie tous nommer. » Ihid., ch. du, p, 242. 

241 ^- page 289 — Les Bretons voulaient en finir jpar la mort 
de Cun ou île l'autre.., 

« Que si on venoit au-dessus de la bataille que messire Cbar« 
les de Blois fut trouvé en la place, on ne le devoit point pren- 
dre & nulle rançon, mais occire. El ainsi en cas semblable, les 
François et les Bretons en avoient ordonné de messire Jean di 
MoDifort; car en ce Jour ils vouloien lavoir fin de la bataille et 
de guerre. > Ibid , ch. dx, p. 26i. 

242 — pagei90, note 1 ^€EtVappelU't'OnSamt-Charles*... 
Urbain V, bon François^ ordonna, il est vrai, une enquête 

pour la canonisaiion de Charles de Blois, nais il mourut avant 
qu'elle fût faite, et son successeur Grégoire II, souskquel^Ue 



-eailiea, B*en fit aacan fisage, pour ne pss offenser te- duc de 
Bretagne. Hisl. de Brct., p. 336 (note de M. Dftcter sur Froissard). 

243 — page Î9Î — Don Pèdre le Crud ne se fiait t^tfcmx juifs 
et aux Sarrasins,.. "' 

En 135?, voulant faire la gcrerre aii roi d'Aragmi. * Ewrîb 
el rey D. Pedro a regard al rey Mahomad de Grtînâda, qiie Te 
ayuda se con algunas galeas. » Avala, c. xi. 

244 — page 292 — Expédition contre Pèdre le Cruàh., - " 
On a sur Texpédilion d'Espagne un chant languedocien : A 

Dona Clamenca. Cançon dilta la bèrtat,' fattat sur là gnerra 
d'Espania, falta pel generoso Gucscliû assislat des nobles 
inoundis de Tholosa. 1367. Don Tttorice, ï, p. Î6, et Froits./lV, 
p. 286. 

245 — page 293, noie 2 — Charles V prêta à Virgesrlin fà^- 
gent de sa rançon.,» 

f A lous ceuls qui ces présentes lettres verront, Bertran du 
Guesclin, chevalier, conte de Longueville, chambellan du roy 
de France, mon très-redoubté et souvcraio. seigneur, salut. 
Savoir faisons que parmi certaine somme de deniers que ledit 
roy mon souverain seigneur nous a pieça fait bailler en presi, 
tant pour mettre hors de son royaume les compaignes qui esloîei^t 
es parties de Bretaigne^ de Normandie et de Chartain et aillieurs 
es basses marches^ comme pour nous aidier à paier partie de 
notre raençon â noble homme messire Jahan de Champdos^ vicomte 
de Saint-Sauveur et connestable d'AcquUtainc, duquel nous 
sommes prisonnier. Nous avons promis et promettons audit 
roy mon souverain seigneur pas nos foy et serment mettre et 
emmener hors de son royaume lesdictes compaigttes à nostfe pou- 
voir le plus hastivement que nous pourrons, sans fraude ou 
mal engin, el aussi sans les souffrir* ne souffrir demeurer ne 
faire arrcst en aucune partie dudit royaume, se n*est eii faisant 
leur chemin, et ^aas c6 €(tM nous >om les dictes «osnp'dgnes de* 
mandions oupuisstdis demander audit rey mon souverain sei- 
gneur ne à ses subgiez (TU bonnes Tilles, finance ou autre aide 
qaelcoirques, eto. > <ldfi5, 22 seul.) Archives, J. 481. 



440 APPBNDICB. 

246 — page 294 -^ Tout ce qu'il y avait éTaviniuriert angUa» 
dans Varmie d$ Don Enriquê, etc. . . 

c Si prirent congé au roi Henry... au pins eonrtoisement 
sans eux découvrir, ni l'intention du prince. Le roi Henry qui 
étoit large, courtois et honorable, leur donna moult douce- 
ment de beaux dons, et les remercia grandement de leur ser- 
vice, cl leur départit au partir de ses biens, tant que tous s'en 
con tentèrent. Si vidèrent d'Espagne. > Froiss., eh. nxxir, 
p. 326. Duguesclin avait été créé duc de la Molina. D. Moricc, 
I, p. 1628. 

247 — page 294 — Liroide Navarre craignait tellement de 
te compromettre pour lee une ou le$ autret, etc.. 

« Et supposoient les aucuns que tout par cautèle s*étoit fait 
prendre... pourtant que il ne savoit encore comment la besogne 
se porteroit du roi Henry et du roi Don Piètre. » Froissart, 
ch. Dxxxix, p. 369. 

248 — page 296 — Lee vainqueurs étaient réduits au cm- 
gutéme^etc... 

Knyglhon, col. 2629; et Froiss., ch. dlxu, p. 429. « Ils por- 
toient & grand meschcf la chaleur et l'air d'Espagne, et môme- 
ment le prince étoit tout pesant et maladieux. > Walsingham 
ajoute qu'on disait alors que le prince avait été empoisonné. 
Wals., p. 117. 

Le prince de GaUee ne pouvant les satisfaire. Us pillaient rAqui' 
taine... 

t Si leur fît dire le prince et prier qu'ils voulussent issir de 
son pays et aller ailleurs pour chasser et vivre... Ils entrèrent 
en France, qu'ils appeloient leur chambre. > Froiss , ch. dlxit, 
p. 439. 

249 — page 297 — c ... et si ce n'était auez, il n'y a femme 
en France sachant filer.,. 

N'a filairesse en Franee, qui tache fli filer. 
Qui ne gaignut ainçoia ma finance à filer. 
Qu'elles ne me volissent hors de vos las geler. 

Ms. de la Bibl. royale. %• 72U, folio 86. 



APPKNDICB. 441 

550 — page 297 — Ld prince de Galles avait demandé mille 
lancée au eire éTAîbret, etc..» 

c II s'y prêta fort mal : < Messire le prince do Galles se truffe 
c de moi. t Adonc demanda tantôt un clerc. 11 vint. Quand il 
fat venu, il lui dit, et lo clerc écrivit : c Cher sire, plaise vous 
« savoir que je ne saurois sevrer les uns des autres... et si au- 
c cuns iront, tout iront, ce sçais-je. Dieu vous ait en sa sainte 
c garde. » Froiss., ch. dxxxi, p. 350-1. 

• 

551 ~ page S97 -— Il mit eur lee terrée des Gaeeone un fouage 
de dix sols par feu,.. 

Et non d'un franc, comme le dit Froissart. Lettres du Prince 
de Galles, 26 janvier 1368. Note communiquée par M. Lacabane. 
Ms. de la Bibl. royale. 

S8« — page 301 — Tàut maladif qu'U était, Charîee V faisait 
eomlinuellement de dévotes proceseions.,. 

c Tout déchaux et nuds pieds, et madame la reine aussi... et 
faisoit ledit roi de France par tout son royaume être son peuple, 
par contrainte des prélats et des gens d'église en celte afflic- 
tion. » Froiss., ch. dlxxxtii, p. 87. 

253 — page 301 — Toutes les villes qui se rendaient à Chav" 
les K, etc.. 

Ordonn. V, p. 291, 324, 333, 338. Sism. IX, p. 145. 
— Sur l'histoire des communes, voyez particulièrement le 
einquième volume du cours de M. Guizot, 

254 — page 303 — Il fallut que le duc de Bourbon^ etc.. 

c Puisque combattre ne voulez... dedans trois jours, sire duc 
de Bourbon^ à heure de tierce ou de midi, vous verrez votre 
dame de mère mettre à cheval et mener en voie : si avisez sur 
ce, et la rescouez (délivrez) si vous voulez. • Froiss., ch. dcxx, 
p. 173. c ... Mais oncques ne s'en murent ni bougèrent. » Ibid., 
cb« DGxxi, p. 175. 

255 — page 306 ^ La Bretagne était contre les Anglais... 

« Tous les barons, chevaliers et écuyers de Bretagne, étoient 



4#2 AFKNDtGS. 

4rès-b(nis FfftDÇois : « Cher sire, aveienUîh dît à leur ^e, âiôl 

> que nous pourrons apercevoir que vous vous ferei partie 

> pour le roi d* Angleterre contre le roi ëe Prmee... nous tous 
« refinqoerons tous, ^i metirons bers àt BrMagae* » f roiss., 
Vf, ch. wSLntt, p 47-t8. 

«^ ^ page a06 «- LaitocUle HÉûmm éCAtfrte F, «où 

avec 6onnes ré$erve$,.. 

< ...Etauroienten leurs villes €0ins pour forger florins et mon* 
Boie bUmtiM'eitioipe»^ teilé ferme elailoi eottine ont ctu de 
Paris > Froiss., VI, ch. dclxx, p. 15. 

^7 — page 307 ^ Le due 4ê LaneÊisirê iraoersala France, etc^. 

t Vix quadraginta caballos vives* secuni duceos^ > Wak, 
p. 529.— c Milites famosos et nobiles, delicatos quoildain el divi- 
lea^.. ostiatini metiëioaiMlOi fMaam petere, nec erat qai eis 
^aret. » Wals., p. 187. . 

158 — pMige 300 — Alice Pemts... . 

c Milites parliamentales graviter conquesti ^ant de quadaa 
Alicia Pères appellata, lemioa procacissima* c Waisângham, 
p. 189. — « Illa nunc juxta justiliarios régis residen do, Laocm 
fero ecdesiastico juxta doetores se collocand<^. |jro defeasione 
eausarnm snadere ac etiam contra postulare minime ver<eba- 
tur. > Wals., p, 189. — « < Invereejmda pelien detraxit annalos 
a smiadigititet reoessik » Ibid. 

259 — page 311 ^ Le roi de Navarre traite avec lee An- 
glaie, etc.. 

Secousse, Hist. de Charles le Mauvais, t. 1,2* partie, p. 173. 
— Lebràsseur, HisU du comte d'Évreux, p. 93. — Voyez les 
pièces originales du procès. Archiies du royaume.i . 618. 

260 — page 3l2 — Charles T ne put être forcé ni àamAaitn 
ni A rendre, ,* 

c Le roi de France rossoignoit (craignait) Bi les lomnes pé- 
rilleuses que nullement il ne vouloit que ses gens s'aventons- 
sent par bataille sî H n^avoft contre six les cinq. > Froiss., 
VH, !1*. 



ÀPPENDICI. 443 

26i — page 913 -^ La viuUUwiê de $€9 c9n$lrmtM%s*^ 
€ Comment le roy Charles eblott df oit arHsie et api^ris es 
seienees et des beamks maçonDaf es qv'ii fiai faire : -^ Fonda 
t'église deSaiotrAnthoéne dedans l^ris. L'église <Saiftt*Paiil ôal 
amender «t aeroÂtre, et maintes aiUres églises et ahapelles 
fonds, amenda et enil les édifices et tfenies. Aeemt son h^eft 
de Saint'Panl; le chastel du Louvre à Paris fit édifiée de neuf; 
la Bastille Sainl-Anthoine, combien que fmison y ait ouvré, el 
sus plusieurs des portes de Paris, isii édifice foit et bol* Iteoi 
les murs veufs et belles, grosses et bauHes «tours qui «aiour 
Paris sont. OréooM à faire le Pont-J<ieul. Édâliaaesoilé; PMr 
sance la uDbie maison; répara l'ostel de Saiat-Ooyn, HoiJ^tfiC 
Tédifier le chastel de Saint-Germaitt«en-Laye ; Creol, Montavgis; 
le chastel de lekin et mains attires notables édifices. » Cbr«st« 
de PîSan VI, 25. . . 

■ 

iGf — page 313 — Il avait cotutruit le vaste hâtet Saint-Paut., 
Le séjour de l'h^^tel Saint-Paul était, disail-il, favorable à sa 
santé. Dans ce labyrinthe de chambres qai composaient les ap»- 
partements du roi, on comptait : la chambre où giit le roi, la 
grand' chambre de retrait^ la chambre de l'estude. De plus, il } 
avait un jardin, un parc, une chambre des bains, une des étu- 
ves, une ou deux autres qu'on appelait chauffê^daus^ un jetk de 
paume, des lices, une volière, une cbamiMre pour les teiurte- 
relles, des ménsgeries pour les sangliers, pour lesgraftids lions 
et les petits, une chambre de conseil, etc. Charles V atait ren^ 
fermé dans son b6tei Ssini-Paul plusieurs amtres MUels, comms 
ceux des abbés de Saiii4-*Maur etde Puteymuce (petlffiiu; dans 
les environs se tenaient des scribes qui faisaient le métier d'é^ 
crire des pétitions : par une autre corruption «a Tappolt 
Polit-Musc). Les appartements du duc d'Orléans n'étaient guère 
moins vastes que ceux du roi ; puis venaient dans de sembla- 
bles proportions ceux du duc de Bourgne, de Mari^> d'Isabelle, 
de Catherine de France» des ducs et duchesses do Valois et do 
Bourbon» des princes et princesses du saog et do qoaalsté d'au* 
très seigneurs et gens do cour. Le duc dOrléana avait un oabi-> 
net qui lui servait simplement & dire ses heures et qu'on sf^pe* 
lait retrait où dit êeêheureê Monsieur Louis de France^ De mémo 



4U AFPENDICI. 

quand on descendail dans les cours, on trouvait la marescbans- 
sée, la conciergerie, la fourille, la lingerie, la pellelerie, la 
bouteillerie, la saucisserie, le garde-manger, la maison dn four, 
la fauconnerie, la lavanderie, la fruiterie, réchançoonerie, la 
panneterie, répicerle, la tapisserie, la charbonnerie, le liea oà 
l'on faisait Thypocras, la pâtisserie, le bûcher, la taillerie, la 
cave aux vins des maisons du roi, les cuisines, les jeux de paume, 
les celliers, les poulaillers, etc. Les chambres étaient lam- 
brissées du bois le plus rare; jusque dans les chapelles il y 
avait des cheminées et des poêles qu'on appelait ehauffe-'doux. 
Les cheminées étaient ornées de statues colossales, selon Ta- 
sagedu temps; c celle de la chambre du roi avait de grands 
chevaux de pierre ; une autre était chargée de douze grosses 
bétes et de treize grands prophèies. > Féliblen, I, p. 654-5. 
' Le iir$ d$ La Rivière en faisait les honneurs.,. 

« Pour maintenir sa court en honneur, le roy avoit avec loy 
barons de son sang et autres chevaliers duîs et apris en toutes 
honneurs... ainsi mcssire Burel de la Rivière, beau chevalier, 
et qui certes très-gracieusement, largement et joyeusement 
savoit accueillir ceux que le roy vouloil festoyer et honorer. » 
Christ, de Pisan, VI, 63. 

263 — page 314 — Les astrologues de Charles F... 

• Les grands princes séculiers^ (dit un conlemporaio de 
Charles Y) n'oseroient rien faire de nouvel sans son comman- 
dement* et sans sa saincte élection (de l'aslrologie) ; ils n'ose- 
roient chasteaux fonder, ne églises édifier, ne guerre commen- 
cer, ne entrer en bataille, ne vestir robe nouvelle, ne donner 
joyau, ne entreprendre un grand voyage, ne partir de Tostel 
sans son commandement. » Christ, de Pis., p. 208. 

264 — page 314 — * CaraeUre de Charles V . . 

Il ne biftmait pas toute dissimulation : • Dissimuler, disoyent 
aucuns, est un rain (une branche) de trahison. Certes, ce dîst 
le roy adont, les circonstances font les choses bonnes ou maul- 
vaises; car en tel manière peut estre dissimulé, que c'est verts 
et en telle manière vice; sçavoir : dissimuler contre la fureur 
des gens pervers, quant ce est bcsoing est grant sens ; maïs 



APKNDICI. 445 

dfssimvler et faindre son courage en attendant opportoni é de 
grever aucun, se peut appeler vice. > Christine, VI, p. 53. 

265 -* page 316 -* PuUianee det Juifs,,, 

Ord. III, p. 35! et 47i. Conf. à IV, p. 532 (4 février 1364). -* 
Ord. III, p. 478, art 26. •* Ils ne devaient pas prêter snr gages 
suspects; mais ils s'étaient ménagé une justification facile. 
Article 20 des privilèges des juifs : c De crainte qu'on ne mette 
dans leurs maisons des choses que Ton diroit ensuite volées, 
nous voulons qu'ils ne puissent être repris pour nulle chose 
trouvée chez eux, sauf en un coffre dont ils porteroientles clefs.» 
Ord. III. p. 478. 

Quoique Charles V eût essayé d'introduire un peu d'ordre 
dans la comptabilité, il n'y pouvait voir clair. L'usage des 
chiffres romains, maintenu presque jusqu'à nous par la cham- 
bre des Comptes, suffisait pour rendre les calculs impossibles. 

^^ " P^gc 317 — Une soljnneUe plaidoirie par-devant le 
roi't etc.. 

Pierre Cugoières demandait entre autres choses que le vassal 
félon fût puni parle seigneur et non par l'église, sauf la péni- 
tence qui viendrait après; qu'un seigneur ne fût pasexcom- 
ninnié pour les fautes des siens; que le juge ecclésiastique ne 
forçât pas le vassal d'autrui par excommunication à plaider de- 
vant lui, que l'église ne donnât pas asilo à ceux qui échap- 
paient des prisons du roi ; d'autre part que les terres acquises 
par le clerc payassent les taxes et retournassent à sa famille, 
au lieu de rester en main morte, que le clerc qui trafiquait ou 
prétait fût sujet à la taille, qu'un roturier ne donnât moitié de 
sa terre à son fils clerc, s'il avait deux enfants, etc. 

Ltf nom de Favoeat du roi resta le synonyme d^un mauvais er- 
goteur,., 

• Abiitque in proverbium, ut quem sciolum et-argutulum et 
deformem videmus, M. Petrum de Cuneriis, vel corrupte, 
M. Pierre du Coignet vocitemus. > Bulœus, IV, 222.*Libertés de 
l'église gall. Traités. Lettres de Brunet, p. 4. — ■ SImulacrum 
cjus, simum et déforme... quod scholastici pnetereuntes stylis 
suis scriploriis pugnisque confodere etcontundere solebanl. t 
Bulœus, IV, 322. 



149 AFPBfIDiCS. 

t%l — page 319 -*- M» XXU dédarA tgrauimnîqu^tti kamt 
de la simonie, U se réeérvaU... 

Balus. Pap. Aven, I, p. 722. « Omnia bénéficia ecclesiastifa 
quae fuerunt, et quocumqiie nmnine censeantar et nbicnmque 
^ vacare eontigerit. > 

268 — page 320 sole 9 -<* L^kteir» d^ M papeese Jeanne.., 
On l'a rejetée à Van 848, et efté en prenne Mamoas Festus et 

Sigebert de GembltHirs ; mai» en n'en trouve pas un mol dans 
les ancien mannsefits de ces antesrs. Plus tard seolemcDi on 
it)sëradans' le ftexie ce qu'on ayait d'abonjp écrit à la marge. 
Balœas, IV, 240. 

269 — page 320 * Suinte BriyiUe fait dire par Jésus na pope 
d^ Avignon,., 

t Tu pej«r Lwrfffero . . . tn injnstîor Pilato ... lu immîtior Jndi, 
qui jfne solum vendidiL; tu aulcm non solum me veodis, sed et 
animas electorum meorum > S. Brigittœ Revelationes, 1.1, 

C. XLI. 

270 — page 322 — On considéra tous les malheurs qui suivirgnt 
comme une pt^nition du ciel.. 

On cliantait à cette époque le cantiq^ae suivant : 

Plange regni re^publica. 
Tua gens, ut sehismatica, 
DesoTatur. 
Kma pArs «Jm est iniqfaa, 
El akera sopblAiioai 
RttpBistiir; «ta. 

Bibt, duroi^eod, 7«t9. CoU. dm Mém. r, 181. 

. 221 ^ pftffo âe4i -^ Bm>slt9s du ÏAmguedoo. . . 
HialL du. Lao^itedoe, 1. XXlUi], ch. ici, p. 36$, -* ch. kt 

]K3âB,.-^«db 3att,.p* 369;. 



272 -m pflgcr 8i7 -^ Màoahse de lagreta^Hê:.. 
GbrotHi^e en «aosAto 13 'ni à i^^t, par maUoe Gvilt. de Siiaw 
André, licencié en décret, scolustique de Dol, notaire 



liqve él ispéml, vnibm9dà%m^ conseiller eiseeréUiire du duc 



1^6 Fiaoecéa «Ataieiit twtMnéi» 
Si leurs air« (ont efltaioés; 
Avoitnt beaucoup de perleiie9| 
Et de noavelles broderies. 
Ils estoient frisques et mignotz, 
Çbantoieni 6orame des sy reuotz ; 
fln salles d'herbettes jonchées, 
DftBsofeD^ portoient barbes fonrebées, 
... Les nmi% nsMÊo^iÀéni ani jeuoâi; 
Et tou praooieot tetriUe oom« 
Po«f faife paout aux Bfelqnt * 

» 

273 — page 328 ^ Mûri d» J)u:fm$GUn. .. 

Al dauice France amie, JQ ialairay briefjueiu! 
Orreille Dieu de gloire^ par soq comiQ^nJeoiQDi, 
Qae si bon conestable aiez prochainemeot 
De coi TOUS vaillies mieux en honour ptainement! 

Poème de DugueicHn, mt. de la Bihl. royaU, n* 7224, 143 verso. 

■ 
¥. Teicelleol art. Charles V de U. Lacabane (Dict. de la eon- 

Tcrsation). 

274 -^ pafe ^i -^ Ia FratH» atUigiiMii 4an« Ft'QÛsart la 
ptrfecûoik de Uk prote norraiwe . . . 

Sans parler de tant de beanx récits» je ne crois pas qtt'ii y ail 
rien daos noire langue de plus exquis que le cbafMlre : « Opm- 
ment le rovËdovard dit à U comtesse de Salisbury qu'il oon- 
vcBoil qu'il fa si aimé d'ellci douielle fui fortement ébahie. > 

Quoique Froissart ait séjourné si longtemps en Angleterre, je 
n'y trouve qu'un moi. qui semble emprunté à la langue de ce 
paya : c Le roi de Fraœe pour oe jour éioil jeune, et volontiers 
iraviUint (voyageait» traveUùdj.* T. IX, p. 475, année 1388. 

DoÊtâ «on v&yage aux P^rènm^ ^minaeni le joyêUx jn-étrt, moie 
m$ ^yairt lâvrigrê en lea^,,, 

% Cooeidérai en moiHfnéme que nuUe eapérance n'étnit que 
•ncnfts lihsd'arttes se fissent es psrUes de Pieardie et de 



448 APPBia>ici. 

Flandre, puisque paix y étoit, et point ne vonlois être oiseux; 
ctr je savois bien que an temps à venir et quand je serai aiort, 
sera cette hante et noble histoire en grand cours, et y prendront 
tous nobles et caillants homjnes plaisance et exemple de bien 
firire ; et enlrenientes que j'avois. Dieu merci, sens, mémoire et 
bonne souvenance de toutes les choses passées, engin clair et 
aigu pour concevoir tous les faits dont je pourroîs être infonné 
touchants à vf^ principale matière, ftge» corps et membres pour 
souffrir peine, me avisai que je ne voulois me séjourner de non 
poursuivre ma matière; et pour savoir la vérilô des lointaines 
besognes sans ce que j'envoyasse ancniie autre personne en 
lieu de moi, pris voie et achoison (occasion) raisonnable d'aller 
devers haut prince et redouté seigneur messire Gaston comte 
de Foix et de Berne... Et tant travaillai et chevauchai en qué- 
rant de tous côtés nouvelles, que par la grâce de Dieu, sans 
péril et sans dommage, je vins en son chftiel à Ortais... en l'an 
de grâce 1388. Lequel.... quand je lui demandois aucnne chose, 
il me ie disoit moult volontiers; et me disoit bien qucFliis- 
toire que je avois fait et poursuivois seroit au temps à venir 
plus recommandée que mille autres. « Froiss&rt, IX, 218-2201 

• 

275 — page 331 — ^Le vrai régime det bergers et bergères par 
Jehan de Brie*,., 

Jehan raconte d'abord comme quoi : t A l'âge où les enfants 
commencent à muer leurs premières dents et où ils ont encore 
leur folle plume, et ne sont prenables d'aucune loi, > il fut 
chargé de garder les oies, puis les pourceaux; comment en- 
suite, • accroissant son estât d'estre promeu aux honneors ter- 
riens, 1 il eut la garde des chevaux et des vaches. Maïs il y fat 
blessé, et revint dire que jamais il ne garderoitde vaches : c D 
lors, lui fust baillée lag.rde de quatre-vingts agneaux débon- 
naires et innocents..., et il fut comme leur tuteur et curateur, 
car ils étoicnt soubs àg^ et mineurs d'ans. > 11 ne se conduisit 
pas comme certains pasteurs temporels ou spirituels..., etc En* 
suile t ledit Jehan de Brie, sans simonie, fui establi et institué 
à porter les clefs des vivres.... de l'hdtel do Messy, appartenant 
à l'un des conseillers du roy nostre seigneur lès enqnestcs de 
son parlement à Paris... Quand ledict de Brie eut été licencié 



APPENDICE» 449 

et maifltre en ceste science de bergerie, et qu'il estoît digne de 
lire en la rue ta Feurre (la rue du Fouarre, où étaient les écolet) 
auprès la crèche aulx veaux^ ou aoubz Vombre d'ung ormel 
ou tilleul, derrière les lirebis, lors vint demourer au Palais- 
Royal, en l'hosiel de Heisire Àmoul dd Grantpont, trésorier de 
la Sainte-Cbapelle royale à Paris... — Premièrement, les ai- 
gniaux qui sont jeunes et tendres doivent ester traitez amyable- 
ment et sans violence, et ne les doit-on pas férir ne chastier 
de verges, de bastons, etc. » — Lorsque l'on coupe lésagneaux: 
c Doft lors le berger estre sans péché, et est bon de soi confes- 
ser, etc., etc.»— Ce charmant petit. livre n'a pas été réimprimé, 
que je sache, depuis le xti« siècle. J'en connaia deux éditions, 
toutes deux de Paris; l'une porte la date de 1542 (Bibl. de l'Ar- 
senal)^ l'autre n'a pas d'indication d'année (Bibl. royale, 
S. 880). 

Le passage suivant a bien l'air d'être écrit par un homme de 
robe : t Us estoient (les agneaux) sous ftge et mineurs d'ans; 
et pour ce que ledit Jehan n'est pas noble^ et que il ne lui ap- 
partenoit pas de lignage, il n'en put avoir le 6at/, mais il en eut 
la garde^ gouvernement et administration, quant à la nour- 
rilure. > 

276 — page 333 — L'épopée des faite et geetee de Duguesclin... 

.... Le prévost d'Avignon 
Vint droit à Villenove, où la chevalerie 
De Beriran et des siens estoit adonc logte. 
I la dit à Bertran que point ne le detric : 
Sire, l'avoir est prest, je vous aeertefie, 
Et la solution séelëe et fournie, 
Corne Jhesu donna le fils sainte Marie 
A llarie-llagdalaine qui fat Jhesu amie. 
Et Bertran 11 a dii : Beau sire, je vous prie» 
Dont vint ycils avoirs, ne me le celés mie? 
^ La pris li Aposteles en sa thresorerie? 
Nanil, Sire, dit-il, mais la debte est paie 
Du eommun d'Avignon, a chascnn sa partie. 
Dit Bertran Du Guesclin : Prévost, je vous afie, 
Jà n'en arons deniers en jour de notre vie. 
Se ce n'est de l'avoir venant de la dergie, 
m. » 



ifiO APFBNMGB. 

£t TotoM qae toH cU q«i la tiiilB ontpaiée. 
Aient tout lor argeBt, sans prendre une maillie. 
Sire, dit li préros» Dieu tous doiot bonne viet 
La pour gent arez Ibrhdèat ësclëeslle (r^teis). 
Amis, ne dit Bertran» in pipe me dita, 
Qne ees grens trésors eoH <A¥m% ^ êéfsilMi^ 
€eoli ^ai 4oiit paie» il lor son Mtaiet^ 
St dittes qne ]aainlf &'«b lott nul ret^oL 
4kr» en le MToie^ Jà ae-vonann donhlM^ 
Et je teie «nltiemer .ptswi^t bien ata^ 
le eeroie ainçoia par deç\ relournez... 

■ai Vu§wmlmi im^ ir la JNU« irt^ah^^n* 79Êk fiÊMIk 



VW M tOMB ftoh 



TABLE DES MATIÈRES 



UVftE V 



CBAnfM 1«. Tipt^u iieitiênne$ 



IS70.iS83. Phuippi li Hardi 9 

Charles d'Anjou chef de la malaon de Pranaa« . « « . S 

Efforts des papes pour seooëer U fmgfvm^ké , . 7 

Jean de Procida « . . 4 . . «^ . . iS 

11 passe jd'Espagtte m ttcUe et ft CoaiUsiitiiiofik»* . 19 

IttS. llaasaece des Français «i|'8kiUo«<x 13 

D. PadvOi toi d'Jitfagon , 4cS0«rt les SieUieoe tt 

tlSS. Mon de Cbarles d'Anjou ..,«,.., 18 

Philippe le Hardi meurt en Espagne 19 

1S99. La Sicile reste au roi Fréd4riCj Napies aux descen- 

daou de Charles d'Anjou 19 

CiupiTst II. PhUippe U Bel. ^ Boniface VIII , 1285-4304. 20 

1283. PaiLippB LB Bel 20 

Administration 21 

128S.1291 . Parlement 22 



452 TABLE DES MATIÈRES. 

Centralisation monarchique. Légistes ^ 

Fiscalité «4 

1293-1300. L'argent et la ruse 25 

Philippe appelé par les Flamands 29 

Le comte de Flandre et sa fille retenus à Paris. . . 32 

Expulsion des Juifs, altération des monnaies; mal- 

té^e 33 

1295-1304. Démêlés entre Boni face VIII et Philippe le Bel. ;i5 

1300. Le Jubilé 37 

Le pape favorise les ennemis de la France; repré- 
sailles de Philippe 42 

Rupture au sujet du Languedoc 43 

1301 . Philippe fait enlever l'évéque de Pamiers ii 

1302. Bulle supposée; brûlée à Paris 47 

Philippe appuyé par les Ëtats généraux 48 

Révolte des Flamands 82 

Défaite de Gourtrai .' 51 

1302. Suite de la lutte contre le pape 56 

Nogaret à Anagni 60 

Retour du pape à Rome; sa mort 64 

BenoU XI meurt subitement 66 

1304. Victoires de Ziriksée et de Mons-en-Puelle 67 

Misère du peuple * • 68 

Cn ApiTBE IlL L'or, — Le fisc. — Ln TempltBn 69 

L'or ea 

Le fisc 70 

L'alchimie 71 

La sorcellerie 72 

Le juif 73 

1305. Bertrand de Gott (Clément V) 75 



TABLE DES MATIÈRES. 453 

1306. Poursuites contre Boniface Vill \ 79 

Le Temple .... 80 

Puissance, privilèges du Temple 81 

Cérémonies 83 

Accusations dirigées contre cet ordre 84 

Richesse des Templiers 86 

Us font la guerre aux chrétiens. 89 

Griefs de la maisoi^ de France 89 

Philippe le Bel ruiné attaque les Templiers 91 

Les moines et les nobles les abandonnent 92 

Ils refusent de se réunir aux hospitaliers 93 

Les chefs de Tordre nrrétés à Paris. 94 

1307. instruction du procès 95 

CBiPiTBE IV. SuiU. — Dettructùm de Vordrê du Temple. 

1307-1314 96 

4307. Opposition du pape 96 

L'instruction continue 97 

1307. Aveux obtenus par les tortures. • • 98 

1308. Adhésion des États du«royaume aux poursuites... 98 

Difficultés suscitées par le pape.. 99 

Le pape se réfugie à Avignon • 100 

Concessions mutuelles 101 

1309. Commission pontificale. Faiblesse du grand-maUre. i(A 

1310. Poursuites contre la mémoire de Boniface lOt 

Défense des Templiers entravée 103 

Protestation des Templiers 104 

intérêt qu'ils excitent 119 

Consultation du pape en leur faveur 1 12 

Concile provincial tenu 4 Paris • 113 

Supplice de cinquante-quatre Templiers M5 



454 TABLB DBS ITÀTliftSS. 

1311 . L'ordre aupprimé par toute It tliftfltettlé ilf 

Compromis entre le pape et le- roi iââ 

1312. Concile de Vienne iâ2 

Condamnation des mystiques btfgliaffds, francis- 
cains ..« * 123 

Abolition du Tem pie. ...... ^ »... 126 

Fin du procès de Bonifa^VlIL,*^ ,*.. 127 

4314. Exécution dçs chefs 4^ l'«r4»c, •,.•.. 129 

Causes d^ la cfanU du T«iD^>l»«.f .•••«».•••»•«.. 130 

m 

CUAPiTSB V. Stt/ftf (fu f^gnxdé Philippe le Bel, — Ses trais 

fiit. — Proeèi. — InkUutwns. 131l-i.'«8 13^ 

Le diable 134 

Procèe atroces • »• • • .' 13$ 

Itl4. Mort de Philippe le Bei.*V 13» 

Activité, éducation de Philippe le Bel 139 

U ménage TUniversilé. • « i . • . . ^ . • 110 

Institutions- «f^^w^ 141 

Ordonnances contradictoires 112 

Hyp<Scri4ie de ce gmiTernement 115 

Attaque» contre la uo^lesse 146 

Confédération' de la «oblesse du aord et de f est. . 147 

«^ Louis X', réaction féodale «.....: 148 

Lutte des barons et des légistes. . . . r. . .*. 150 

1315. Lois nouvelles sur les mcnnatcs 153 

Ordonnance pour t'affmntffalssement des serfs 153 

1316. Philippe li Lom.-. 154 

Application ée la loi Salique r 155 

Les Tilles sont armées '. ' • . • • 156 

Tentative -pour la* réforme des poids et des mé- 

. sures. ..».'.,.. ^ ••..,•..>• ,•»..... 156* 



TiBLB DBS HATIÈIIIS. 4S5 

Règlements de ^nance^ 157 

i316-13S2. Le parlement se constitne 158 

La niyavté-fte constitue. 159 

idSO. Pastewreavs • 160 

Le» J « i fs et les léprem. ....» 161 

l9S2-13ftS. Cbam.» IV, iv Bu 165 

Edouard II, roi d'Angleterrtft. ittnjreiaé PM sa 

femme, Isabelle de FraDce,f ».•.-•••» 163 

i3î8. Mort de Charles IV 169 



JJVBJÎ Yl 

Chamim lir. L'Anpktur». ^ PhiHpp$ de FiOaw. I3|8- 

12&9 : 170 

13S8. Avènement de PmirppB db Valois. . . ^ ^ . . 470 

L'Angleterre sous Edouard lU .................. . 171 

Flandre, Angleterre; esprit commercial. ^ ^ « . ^* . • . 171 

Routes du commerce depuis les croi^deç. . . t. .. . • 171 

Commerce de l'Angleterre ,«.,, ^.. 172 

Caractère guerrier et mercantile du nv* aièçl^. ». . 176 

Caractère opposé de la fr^i^ç^.^,,.,^...f^.,»»^,. 177 

.Premières années du règne die. Phiuim Vt. . r 178 

tecm 4e Ftodre. Batailla d^ Cdssdl f 180 

m9^ Ppoeès de Robert d'Artois 181 

1132. Bokefi a'MfnU ca FisMlra, puia am Aoglaterre. . . 183 

1333. Poursuites contre sa faroilie 184 

1336. Oril0BUMpM8 sur les inpdl» et sur )^ aaraban- 

diacs\. 184 

Rapports de Pliilippe VI avee le pape 185 

Meeontentemetit'gdndral. 186 



456 TABLE DBS MAT1BRB6. 

< Edouard 111 relève son autorité 186 

Guerre indirecte entre la France et l'Angleterre. . . 186 

Ëmigration des ouvriers flamands en Angleterre. . 186 

1337. Révolte des Gantais* Jac^^uemart ArUveide 187 

Ordonnances et préparatifs d'Ëdouyd III 187 

Armée féodale et mercenaire de Philippe YI. • . . . . 188 

1338. Les Anglais en Flandre 190 

Edouard 111, vicaire impérial 19S 

1339. Les Anglais en France 191 

Edouard 111 roi de France 196 

1340. BaUille de l'Écluse 198 

La guerre de Flandre sans résultats 199 

1341 . Guerre de Bretagne. Blois et Montfort 200 

1342. Philippe VI soutient Charles de Blois; Edouard ill 

soutient Jean de MontfOrt 201 

1345. Edouard 111 perd à la fois Montfort et Artcvelde. . . 20i 

1346. Edouard III attaque la Normandie 203 

Lés Anglais brillent Saint-Germain, Saint-Gioud, 

Boulogne 204 

Philippe VI les poursuit 205 

Bataille de Crécy 206 

Siège de Calais » 209 

Persistance d'Edouard III ; ses snccès en Ecosse et 

en Bretagne 210 

Tentatives de Philippe -pour faire lever le siège de 

Calais 21 1 

1347. Prise de Calais : dévouement de six bourgeois.. . . 212 
Calais peuplé d'Anglais 213 

Les mercenaires, les Jantassins remplacent les 

troupes féodales ill 

Humiliation du pape, de rcmperoor, du roi, de la 

noblesse 215 



TABLE DBS MATlfcRBS. 457 

AbattemenI moral; alterne de la fin du monde; 

mortalité 216 

1348. La PisU noire 217 

Mysticisme de TAllemagne ; flagellants. 218 

Boccace; prologue dn Déeaméron 219 

Suites delaPeste 220 

1349-13o0. Le roi se remarie; il acquiert Montpellier et 

le Danphiné ... 222 

Noces et fêtes 222 

■ 

1390. Mort de Philippe VI 223 

CHAmaB 11. Jean. <- BataiUi de PoUiên. i350-13W 224 

• 

Lanre, Pétrarque 225 

Le xiT« siècle s'obstine dans sa fidélilé au passé.. . . 227 

1350. Avènement de Jkaii 228* 

Création de Tordre de l'Ëtoile 228 

Charles d'Espagne, Charles de NaVarre 229 

1350 1359. Rapides variations des monnaies. ..... ^ 229 

Etats généraui, sous Philippe de Valois, sous Jean. 230 

1355. Gabelle votée par les Ëuts. RésisUnce de la Nôr- 

mandic et du comte d'Harcourt 231 

Le comte d*Harcourl décapité 213 

1356. Le prince de Galles ravage le midi 184 

Eatoille de Poitiers 235 

Le roi prisonnier 235 



Chapitbe 111. Suite. Étale géniraur. ~ Parie. — Jacque* 

rie. 1356-1364 \ 233 



1356. Le dauphin Charles. Le prévôt des marchands, 

Etienne Marcel 238 

Paris 238 



iS8 TABUi 913 lUTltaSS. 

1357. âtaUgéaéruix.. ...,, .,. îiî 

États provinciaiiit. . •. ....,,.••..• ii3 

Robert le CoqaL Etienne Marcel. ...••. ÎI4 

Désastres de ta VVtnee. 248 

Charles le Manvais à Paris. Si9 

i358. Nouveaux Ëlàts; lé dauphin régent du royaume.. . 250 

RévoUe de Paris '. , 251 

Meurtre des maréchaux de Champagne; et de Nor- 
mandie 25Î 

Règne de Marcel 25^ 

La Champagne, le Vermandois pour le dauphin. . . 2^ 

Étatsdela Langue d'oil a Conpiègne 265 

Souffrances du paysan 256 

Jacquerie 257 

' Gharlea le Mauvais, capitaine de Paris. 265 

Marcel s'appuie* sur Charles* le ffaavais et essaye 

de lui livrer Paris» «/.. 265 

. Marcel assassiné* ..»••••« 266 

l9fS9. Le dauphin rentre & Pbt^ 267 

* Hégociatioiis avec les Anglais. «... 268 

' Leurs propositions rejetée) par Tes Ëtats M 

Edouard III en France 269 

Les Anglais anx portes de Paris 271 

1360. Traité de Brelîgny.. 271 

Désolation des provinces cédées. 27S 

Rançon du fbi 27S 

Le roi en liberté; ses premières ordonnances. .... 279 

* Ordonnance en faveur des Juifs. , • . .' 280 

1360-1363. Misère, ravage, mortalité 281 

Les Tard-ivents. *. . « .> . : . . ..; ». ^•.» .» • • /. . Va 

' 13C2. Jeanréunit au donraine la Bourgogne et la Cham- 

- • pagnew«««««««w...* «..•..^.••••'. . 282 



XUU Mt IttTiiitt. tS9 

i363. U ▼» pvécbf r lâr cf0f 8i4e #«k Ang iMrf». Î83 

1364. Mdrt do roi Jefto- à Londrti... ..-.s . .^ .* 284 

CHAPmi IV. Ckarhi Y. (304^1380. ^ J^^iiMon é^ A^r 

glaii ^. 285 

« • • • 

1964. Chailes V, im Saob.k* ••«..*.'.. t 285 

L'ABgla», le Navarrais^ l6» CMit]ifigaiGi^ 286 

• Beii fêtkâ Du ftfead lu.......; «' « ^ . 287 

BaUill^deCoclwMl. .,:.;; «. M7 

IM5 . Bataine iT Aitty; n«tt dé C)iarli« de BtoU. ...... 2W 

Ordon ii»n oea de Cli arlea. V*..j.4 ««... 290 

Guerre de don Eari^aeîdeTtaittlaaiar» caQtmivn 

fréredoD Bèdre le^Crvel ..•••.. 29i 

1966. Dngneadin à la tète des Coftipagnlea. . . ..#;..... 293 

Le pape rançonnié à Avignen 291 

Don Pèdré quitte l'Espagne; M rétabli par les 

Anglais .1 • 294 

1367. Bataille de Najara; Dugneaclin prisonnier 295 

Les Compagnies, mal payées, ise jettent sor la 

France .' 295 

Dvguesdin recouvre ht liberté. 296 

1368. Le midi mécontent des Anglais 297 

1369 . Défections 298 

Le prince de Galles cité devant lâ*co'ar des Pairs. . 299* 

Charles recônvré son influence 300 

Dugueselin replace don Enrique sur le trône de ' 
Castille ; don Pèdre vuincu à la bataille M len- 

liel. 300 

Chailas V eonâsqne TAquitaine .< . • 301 

1370.' Les Angîalè (rave'rècAt'Ià Prantfe; mort de Jean 

" Cfaairdos.. '.'.•*...;•..; »..-... SOI 



460 TABLE DBS MATIBRBS. 

Charles V se eoncilie le roi de Navarre et le roi 

. dÉcosse 301 

Le prince de Galles prend Limoges d'assaut 305 

Dngnesclin coiAiétable 305 

Le duc de Bretagne prend parti pour les Anglais; il 

est chassé par les Bretons 306 

1370-1373. Le roi de Castille envoie une flotte à Charles?. 

Prise de La Rochelle 306 

Les Anglais battus partout 307 

Le duc de Laocastre traverse de nouveau la France. 307 

1374. Les Gascons se livrent à la France « «. 306 

1376. L'Angleterre veut la paix ; Le b<m parfmiuiU 309 

Mort du prince de Galles 309 

1377. Mort d'Edouard 111; Alice Ferrera 309 

Charles V marie son frère, le duc de Boargogne, & 

l'bériUère de Flandre 3il 

1378. Le roi de Navarre traite avec les Aijglais; Charles V 

le prévient 312 

La France relevée dans l'opinion de l'Europe 31i 

Monuments de Charles V. Bastille. H6tel Saint- 
Paul *. 313 

Vie privée de Charles V...n 313 

Astrologues 311 

Sagesse de Charles V ; sa prévoyance^ 31? 

Mauvais état des finances du roi; puissance des 

Juifs ^ 315 

Richesse, juridiction du clergé 316 

Régales, annales, réserves 316 

Corruption de l'Eglise 317 

Grand schisme. Urbain VI, Clément Vil 317 

Charles V ne. peut faire reconnaître son pape dans 

la chrétienté 317 

1379. Révoltes du Languedoc 314 



TABLE DBS MATIÈRES. 464 

Révoltes de la Flaodre (Voyez le t. IV) 325 

Révoltes de la Bretagne. \ 326 

1380. Mort de Daguesclln 328 

Mort de Charles V 328 

Son gouvernement 329 

Caractère prosaïque dn xir« siècle 330 

Froissart. Jehan U (on hwqw^ etc 331 

Situation difficile et contradictoire où se trouve la 
chrétienté. Folie de Charles VI et de la plupart 

des princes de cette époque \ 333 

Appenihcb ik 335 



rm DB LA TABLE DU TOHB TBOISltHI. 



Imprifflerie L. Tofnoo et C*. à Samt-G«nnaia« 



HISTOIRE 



DE FRANCE 



IV 



J ■ 



OfPBIlfERIB EUaÈMB BEUTTB ^T C*, 4 SAINT- ^BBlIAIll 



HISTOIRE 



DE FRANCE 



PAR 



J. MICHELET 



NOUVELLE ÉDITION, REVUE ET AUGMENTÉE 



TOME QUATRIÈME 




PARIS 

A. LACROIX ET C«, ÉDITEURS 

13, PAUBOURO irONTMARTRE, 13 

1874 

TtfM draitt ût indiictloB «1 éê rcprodiiailoa réacrvéï. 



PRÉFACE DE 1840 



Ce volume et le suivant ont pour sujet commun la 
grande crise du xv'siëclei les deux phases de celte crise 
où la France sembla s'abîmer. Celui-ci racontera lamort, 
le suivant la résurrection. 

La première des deux périodes dure près d'un demi- 
siècle; elle part du schisme pontifical, et traverse le 
schisme politique d'Oriéans et de Bourgogne, de Valois 
et de Lancastre. 

Notre faible unité nationale du xrv« siècle était toute 
dans la royauté; au xv*, la royauté môme se divisant» il 
faut bien que le peuple essaye d'y suppléer. Le peuple 
des villes y échoue en 1413, et de cette tentative il ne 
reste qu'un code, le premier code administratif qu'ait 
eu la France. Le peuple des campagnes fera par inspi- 
ration ce que la sagesse des villes n'a pu faire ; il rélèvera 
la royauté, rétablira l'unité, et de cette épreuve où le 
pays faillit périr, sortirai confuse encore, mais vivace et 
forte, ridée môme de la patrie. 

Avant d'en venir là, il faut que ce pays descende dans 



j 



VI PRÉFACE DE 1840 

la ruine, dans la mort, à une profondeur dont rien peut- 
être, ni avant ni après, n*a donné l'idée. Celui qui par 
Tétude a traversé les siècles pour se replacer dans les 
misères de celte époque funèbre, qui, pour mieux les 
comprendre, a voulu y vivre et en prendre sa pari, ne 
pourra encore qu'à grand'peine en faire entrevoir l'hor- 
reur. 

L'histoire est grave ici par le sujet; elle ne l'est pas 
moins par le caractère tout nouveau d'autorité qu'elle 
tire des monuments de l'époque. Pour la première fois 
peut-être elle marche sur un terrain ferme. La chro- 
nique, jusque-là enfantine et conteuse, commence à 
déposer avec le sérieux d'un témoin. Mais à côté de ce 
témoignage nous en trouvons un autre plus sûr. Les 
grandes collections d'actes publics, imprimés ou ma- 
nuscrits, deviennent plus complètes et plus instructives. 
Elles forment dans leur suite, désormais peu interrom- 
pue, d'authentiques annales, au moyen desquelles nous 
pouvons dater, suppléer, souvent démentir, les on 4U 
des chroniqueurs. Sans accorder aux actes une conflance 
illimitée, sans oublier que les actes les plus graves, les 
lois même, restent souvent sur le papier et sans appli- 
cation, on ne peut nier que ces témoignages oiliciels et 
nationaux n'aient généralement une autorité supérieure 
aux témoignages individuels. 

Les ordonnances de nos rois, le Trésor des Chartes, 
les Registres du Parlement, les actes des Conciles; telles 



PRiFAGB DB 1840 VU 

ont été nos sources pour les faits les plus importants. 
Joignez-y, quant à TAnglelerre, le Recueil de Rymer et 
celui des Statuts du royaume. Ces collections nous ont 
donné, particulièrement vers lafm du volume, l'histoire 
tout entière d'importantes périodes sur lesquelles la 
chronique se taisait. 

L'étude de ces documents de plus en plus nombreux, 
l'interprétation, le centrale des chroniques par les actes, 
des actes par les chroniques» tout cela exige des travaux 
préalables, des tâtonnements, des discussions critiques 
dont nous épargnons à nos lecteurs le laborieux spec- 
tacle. Une histoire étant une œuvre d'art autant que de 
science, elle doit paraître dégagée des machines et des 
échafaudages qui en ont préparé la construction. Nous 
n'en parlerions même pas, si nous ne croyions devoir ex« 
pliquer et la lenteur avec laquelle se succèdent les vo- 
lumes de cet ouvrage et le développement qu'il a 
pris. Il ne pouvait rester dans les formes d'un abrégé, 
Sans laisser dans Tobscurité beaucoup de choses essen- 
tielles, et sans exclure les éléments nouveaux auxquels 
riiistoire des temps modernes doit ce qu'elle a de fécon- 
dité et de certitude. 

8 février 1840. 



HISTOIRE 



DE FRANCE 



LIVRE VII 



CHAPITRE PREMIER 

Jeunesse de Charles YI. 1380-13d3. 

Si le grave abbé Suger et son dévot roi Louis VU 
s'étaient éveillés, du fond de leurs caveaux, au bruit des 
étranges fêtes que Charles VI donna dans Tabbaye de 
Saint-Denis, s'ils étaient revenus un moment pour voir la 
nouvelle France, certes, ils auraient été éblouis, mais aussi 
surpris cruellement; ils se seraient signés de la tête aux 
pieds et bien volontiers recouchés dans leur linceul. 

Et en effet, que pouvaient-ils comprendre à ce spectacle? 
En vain ces hommes des temps féodaux, studieux contem* 
plateurs des signes héraldiques, auraient parcouru des 
yeux la prodigieuse bigarrure dc^ écussons appendus aux 
murailles ; en vain ils auraient cherché les familles des 
barons de la croisade qui suivirent Godefroi ou Louis le 
nr. 1 



3 JEUNESSE DE CHARLES YI. 

Jeune; la plupart étaient éteintes. Qu'étaient devenus les 
irrands (ieJs souverains des ducs de Normandie, rois d'An- 
gleterre, des comtes d'Anjou, rois de Jérusalem, dt^s 
comtes de Toulouse et de Poitiers? On en aurait trouve 
les armes à grand'peine, rétrécies qu'elles étaient ou 
effacées par les fleurs de lis dans les quarante-six écussons 
royaux. En récompense, un peuple de noblesse avait 
surgi avec un chaos de douteux blasons. Simples autrefois 
comme emblèmes des fiefs, mais devenus alors les insignes 
des familles, ces blasons allaient s'embrouillant de 
mariages, d'héritages, de généalogies vraies ou fausses. 
Les animaux héraldiques s'étaient prêtés aux plus étranges 
accouplements. L'ensemble présentait une bizarre masca- 
rade. Les devises, pauvre invention moderne i, essayaient 
d'expliquer ces noblesses d'hier. 

Tels blasons, telles personnes. Nos morts du xu« siècle 
n'auraient pas vu sans humiliation, que dis -je! sans 
horreur, leurs successeurs du xlv*. Grand eût été leur 
scandale, quand la salle se serait remplie des mons- 
trueux costunies de ce temps, des immorales et fantastiques 
parures qu'on ne craignait pas de porter. D'abord des 
hommes- femmes, gracieusement attifés, et traînant molle- 
ment des robes de douze aunes; d'autres se dessinant 
dans leurs jaquettes de Bohème avec des chausses col- 
lantes» mais leurs manches flottaient jusqu'à terre. Ici, des 
hommes-bctes brodés de toute espèce d'animaux ; là, des 
hommes-musique, historiés de notes ^ qu on chantait 
devant ou derrière, tandis que d'autres s'afiichaient d un 
grimoire de lettres et de caractères qui sans doute ne 
disaient rien de bon. 

Cette foule tourbillonnait dans une espèce d'église; 
rinuuense salle de bois qu'on avait construite en avait 

> Moderne, c'esl-à-dire renouvelde alors rdcemment. Les «leieDs 
avaient eu auèsi des devises. App., 1. 
« App., 2. 



JEUNESSE DE CHARLES YI. 3 

Taspect. Les arts de Dieu étaient descendus complaisam- 
ment aux plaisirs de Thomme. Le$ ornements les plus 
mondains avaient pris les formes sacrées. Les sièges des 
belles dames semblaient de petites cathédrales d'ébène, 
des châsses d*or. Les voiles précieux que Ton n'eût jadis 
tirés du trésor de la cathédrale que pour parer le chef de 
Notre-Dame au jour de l'Assomption voltigeaient sur de 
jolies têtes mondaines ; Dieu, la Vierge et les Saints avaient 
Tair d'avoir été mis à contribution pour la fête. Mais le 
Diable fournissait davantage. Les formes sataniques, bes- 
tialeSj qui grimacent aux gargouilles des églises, des créa- 
tures vivantes n'hésitaient pas à s'en affubler. Les femmes 
portaient des cornes à la tête, les hommes aux pieds ; leurs 
becs de souliers se tordaient en cornes, en griffes, en 
queues de scorpion. Elles surtout, elles faisaient trembler; 
le sein nu, la tête haute, elles promenaient par-dessus la 
tête des hommes leur gigantesque hennin, échafaudé de 
cornes ; il leur fallait se tourner et se baisser aux portes. 
A les voir ainsi belles, souriantes, grasses ^; dans la sécu- 
rité du péché, on doutait si c'étaient des femmes; on 
croyait reconnaître, dans sa beauté terrible, la Béte décrite 
et prédite; on se souvenait que le Diable était peint fré- 
quemment comme une belle femme cornue *... Costunn^s 
échangés entre hommes et femmes, livrée du Diable portée 
par des chrétiens, parements d'autels sur l'épaule des 



• L*obësité est un caractère des figures de cette sensuelle ëpoqne. 
Voir les sUtnes de Sainl-Denis; celles du xiv* iiècle sont visiblement 
des portraits. Voir surtout la statue du duc de Berri, dans la chapelle 
souterraine de Bourges, avec Vignoble chien gras qui est à ses pieds. 

' « Les dames et demoiselles menoient grands et eicessifs estais, et 
cornes menreillenses, hautes et large»; et avoient de chacun cosië, an 
lieu de bourlées, deux grandes oreilles si larges que quand elles vou- 
loient passer l'huis d'une chambre, il falloit qu'elles se tourna^^si'nt de 
cô:é et baissassent. • Jurénal des Ursins. — • Quid de comibus et caudis 
loquar?... Adde quod in effigie cornulœ fosiiiina Diabolus plerumque 
pingitur. • Clemengis. 



4 JEUNESSE DE CHARLES TI. 

ribauds, tout cela faisait une splendide et royale figure de 
sabbat. 

Un seul costume eût trouvé grâce. Quelques-uns, de 
discret maintien, de douce et matoise figure, portaient 
humblement la robe royale, l'ample robe rouge fourrée 
d'hermine. Quels étaient ces rois? D'honnêtes boui^eois 
de la cité, domiciliés dans la rue de la Calandre, ou dans 
la cour de la Sainte-Chapelle. Scribes d'abord du royal 
parlement des barons, puis siégeant près d'eux comme 
juges, puis juges des barons eux-mêmes, au nom du roi 
et sous sa robe. Le roi, laissant cette lourde robe pour un 
habit plus leste. Ta jetée sur leui*s bonnes grosses épaules. 
Yoiià deux déguisements : le roi prend l'habit du peuple, 
le peuple prend l'habit du roi. Charles YI n'aura pas de 
plus grand plaisir que de se perdre dans la foule, et de 
recevoir les coups des sergents ^. Il peut courir les rues, 
danser, jouter dans sa courte jaquette ; les bourgeois juge- 
ront et régneront pour lui. 

Cette Babel des costumes et des blasons exprimait trop 
faiblement encore l'embrouillement des idées. L'ordre 
politique naissait ; le désordre intellectuel semblait com- 
mencer. La paix publique s'était établie ; la guerre morale 
se déclarait. On eût dit que du sérieux monde féodal et 
pontifical s'était, un matin, déchaînée la fantaisie. Cette 
nouvelle reine du temps se dédommageait après sa longue 
pénitence. C'était comme un écolier échappé qui fait du 
pis qu'il peut. Le moyen âge, son digne père, qui si long- 
temps l'avait contenue, elle le respectait fort; mais, sous 
prétexte d'honneur, elle l'habillait de si bonne sorte, que 
le pauvre vieillard ne se reconnaissait plus. 

On ne sait pas communément que le moyen âge s'est, 
de son vivant, oublié lui-même. 

Déjà le dur Speculalor Durandus, ce gardien inflexible 

1 Voir plas bas l'entrée de la reine habeau. 



JEUNESSE DE CHARLES VI. 5 

du symbolisme antique, déclare avec douleur que le 
prêtre môme ne sait plus le sens des choses saintes ^. 

Le conseiller de saint Louis, Pierre de Fontaines, se 
croit obligé d'écrire le droit de son temps. « Car, dit-il, 
les anciennes coutumes que les prud'hommes tcnoierjt, 
soQt tantôt mises à rien... En sorte que le pays est à peu 
près sans coutume K » 

Les chevaliers, qui se piquaient tant de fidélité, étaient- 
ils restés fidèles aux rites de la chevalerie? Nous lisons que, 
lorsque Charles YI arma chevaliers ses jeunes cousins 
d'Anjou, et qu'il voulut suivre de point en point l'ancien 
cérémonial, beaucoup de gens « trouvèrent la chose 
étrange et extraordinaire 3. » 

Ainsi, avant i 400, les grandes pensées du moyen âge, 
ses institutions les plus chères, vont s'altérant pour les 
signes, ou s'obscurcissant pour le sens. Nous connaissons 
aujourd'hui ce que nous fûmes au xuie siècle mieux que 
nous ne le savions au xve. 11 en est advenu comme 
d*un homme qui a perdu de vue sa famille, ses parents, 
ses jeunes années, et qui, plus tard, se recueillant, s'étonne 
d'avoir délaissé ces vieux souvenirs. 

Quelqu'un offrant un jour une mnémonique au grand 
Thémistocle, il répondit ce mot amer : « Donne-moi plu- 
tôt un art d'oublier. » Notre France n'a pas besoin d'un 
tel art; elle n'oublie que trop vite ! 

Qu'un tel homme ait dit ce mot sérieusement, je ne le 
croirai jamais. Si Thémistocle eût vraiment pensé ainsi, s'il 
eût dédaigné le passé, il n'eût pas mérité le solennel éloge 
que fait de lui Thucydide : a L'homme qui sut voir le pré- 
sent et prévoir l'avenir. » 

Quiconque néglige, oublie, méprise, il en sera puni par 
l'esprit de confusion. Loin d'entrevoir l'avenir, il ne com- 
prendra rien au présent : il n'y verra qu'un fait sans 

• ilpp., 3, — « App., i. — * App,, 5. 



6 JEUNESSE DE CHARUtS TI. 

cause. Un fait, et rien qui le fasse i Quelle diose plus 
propre à troubler le sens?... Le fait lui apparaîtra sans 
|raisàn, ni droit d'exister. L'ignorance du fait, folisciims- 
sement du droit, sont le fléau du xiv« et du xt* siède. 

Les chroniqueurs ne pouvant expliquer ces choses, y 
voient la peine du schisme. Ils ont raison en un sens. Mais 
le schisme pontifical était lui-même un inckkait di» 
schisme universel qui travaillait les esprits. 

La discorde intellectuelle et morde se tradaisaît co 
guerres civiles. Guerre dans TEmpire, entre Wencesias et 
Robert ; en Italie, entre Duras et Anjou ; en Portugal, pour 
et contre les enfants d'Inès ; en Aragon, entre Pierre YI et 
son fils ; tandis qu'en France se prépareirt les guerres 
d'Orléans et de Bourgogne, en Angleterre celles d'York et 
de Lancastre. 

Discorde dans chaque état, discorde dans fsbaqoe 
famille. « Deux hommes se levant d'un même Ut, disait à 
peine un mot, qu'ils s'enfuient Fun de l'autre ; l'un crie 
York, l'autre Lancastre; et, pour adieu, ils croisent leurs 
épées *. » 

Voilà les parents, les frères. Hais qui eût peAétré plus 
avant encore, ([ui eût ouvert un cœur d'homme, il y 
aurait trouvé toute une guerre civile, une mêlée acharnée 
d'idées, de sentiments en discorde. 

Si la sagesse consiste à se connaître soi-même et à se 
pacifier, nulle époque ne tut plus naturellement â>lle. 
L'homme, portant en lui cette furieuse guerre, fu\*ait de 
l'idée dans la passion, du trouble dans le trouble. P^a à 
peu, esprit et sens, âme et corps, tout se détraquant, il n'y 
avait bientôt plus dans la machine humaine ime pièce qui 
tint. Comment, d'ignorance en erreur, d'idées fausses en 
passions mauvaises, d'ivresse en frénésie, l'homme poti-il 
sa nature d'homme? Nous ferons ce cruel récit. L'histoire 

* Micbacl DraytOD*s The miseries of Qucea M&rgarel. 



JEUNESSE DE CHARLES YI. 7 

individuelle explique Thistoire générale. La folie du roi 
n'était pas celle du roi seul : le royaume en avait sa part 
Reprenons Charles YI à son enfance, à son avènement. 

^\ . Le petit roi de douze ans, déjà fol de chasse et de guerre^ 
courait un jour le cerf dans la forêt de Senlis. Nos forêts 
étaient alors bien autrement vastes et profondes, et la 
dépopulation des quarante dernières années les avait 
encore épaissies. Charles YI fit dans cette chasse une 
merveilleuse rencontre : il vit un cerf qui portait, non la 
croix, comme le cerf de saint Hubert, mais un beau coK 
lier de cuivre doré, où on lisait ces mots latins : a César hoc 
niihi donavil (César me Ta donnée). » Que ce cerf eût vécu 
si longtemps, c'était, tout le monde en convenait, chose 
prodigieuse et de grand présage. Mais comment fallait-il 
l'entendre? Ëtaitce un signe de Dieu qui promettait des 
victoires au règne de son élu? ou bien, une de ces visions 
diaboliques par où ' le Tentateur prend possession des 
siens, et les pousse au hasard à travers les précipices 
jusqu'à ce qu'ils se rompent le col? 

Quoi qu'il en soit, la faible imagination de l'enfant royaî» 
déjà gâtée par les romans de chevalerie, fut frappée de 
cette aventure : il vit encore le cerf en songe avant sa vic-^ 
toire de Boosebeke. Dès lors, il plaça sous son écusson le 
cerf merveilleux, et donna pour support aux armes de 
France la malencontreuse figure du cornu et fugitif 
animal. 

C'était chose peu rassurante de voir un grand royaume 
remis, comme un jouet, au caprice d'un enfant. On sal- 
tendait à quelque chose d'étrange; des signes merveilleux 
apparaissaient. 

Ces signes, qui menaçaient-ils? le royaume, ou les en- 
nemis du royaume? On pouvait encore en douter. Jamais 

« RdigicQx de Saint-Denn, 



8 JEUNESSE DE CflARLES VI. 

plus faible roi; mais jamais la France n'avait été si forte. 
Pendant tout le xui^, tout le xiv^ siècle, à travers les suc- 
cès et les désastres, elle avait constamment gagné. Poussée 
fatalement dans la grandeur, elle croissait victorieuse; 
vaincue, elle croissait encore. Après la défaite de Courtrai, 
elle gagna la Champagne et la Navarre ^ ; après la défaite 
de Crécy, le Dauphiné et Montpellier; après celle de Poi- 
tiers , la Guienne , les deux Bourgognes , la Flandre. 
Étrange puissance, qui réussissait toujours malgré ses fau- 
tes, par ses fautes. 

Non-seulementleroyaumes'étendait, maisleroi étaitplus 
roi. Les seigneurs lui avaient remis leur épée de justice ' 
et de bataille; ils n'attendaient qu'un signe de lui pour 
monter à cheval et le suivre n'importe où. On commen- 
çait à entrevoir la grande chose des temps modernes, un 
empire mû comme un seul homme. 

Cette force énorme, où allait-elle se tourner? Qui allait- 
elle écraser? Elle flottait incertaine dans une jeune main, 
gauche et violente, qui ne savait pas même ce qu'elle tenait. 

Quelque part que le coup tombât, il n'y avait dans toute 
la chrétienté rien, ce semble, qui pût résister. 

L'Italie, sous ses belles formes, était déjà faible et ma- 
lade. Ici les tyrans, successeurs des Gibelins ; là les villes 
guelfes, autres tyrans, qui avaient absorbé toute vie. Naples 
était ce qu'elle est, mêlée d'éléments divers, une grosse 
tt^te sans corps. Sous le prétexte du vieux crime de la 
reine Jeanne, les uns appelaient les princes hongrois de b 
première maison d'Anjou, sortie du frère de saint Louis ; 
les autres réclamaient le secours de la seconde maison 
d'Anjou, c'est-à-dire de l'aîné des oncles de Charles YI. 

L'Allemagne ne valait pas mieux. Elle se dégageait à 
grand'peine de son ancien état de hiérarchie féodale, sans 

* Par la mort de la reine Jeanne, femme de Philippe le Bel. 

* Pour les appels, aans parler de linfluaQce indirecte des joges 
royaux. 



JEUNESSE DE CHARLES Yl. 9 

attendre encore son nouvel état de fédération. Elle tour- 
nait.» cette grande Allemagne , vacillante et lourdement 
ivre, comme son empereur Wenceslas. La France n'avait, 
ce semble, qu'à lui prendre ce qu'elle voulait. Aussi le duc 
de Bourgogne, le plus jeune des oncles et le plus capable, 
poussait le roi de ce côté. Par mariage, par achat, par 
guerre, on pouvait enlever à TEmpire ce qui y tenait le 
moins, à savoir, les Pays-Bas. 

Par delà les Pays-Bas, le duc de Bourgogne montrait 
TAngleterre. Le moment était bon. Cette orgueilleuse An- 
gleterre avait alors une terrible fièvre. Le roi, les barons, 
et leur homme Wicleff, avaient lâché le peuple contre 
l'Église. Mais le dogue, une fois lancé, se retournait contre 
les barons. Dans ce péril, tout ce qui avait autorité ou pro- 
priété, roi, évéques, barons, se serrèrent et firent corps. 
Le roi, jeune et impétueux, frappa le peuple, raffermit les 
grands, puis s'en repentit, recula. La France pouvait pro- 
fiter de ce faux mouvement, et porter un coup. 

Cette France, si forte, n'avait d'empêchement qu'en 
elle-même. Les oncles la tiraient en sens inverse, au midi, 
au nord. 11 s'agissait de savoir d'abord qui gouvernerait le 
petit Charles YI. Ces princes, qui, pendant Fagonie de 
leur frère ^, étaient venus avec deux armées se disputa* la 
régence, consentirent pourtant à plaider leur droit au par- 
lement *. Le duc d'Anjou, comme aîné, fut régent. Mais on 
produisit une ordonnance du feu roi, qui réservait la garde 
de son fils au duc de Bourgogne et au duc de Bourbon, son 



t Pendant que son frère expirait, le duc d'Anjou 8*était tenu caclié 
dans une ebambre yoUine; pois, il ayait fait main basse sur tous les 
meubles, tonte la yaisselle, tons les joyaux. — On disait que le feu roi 
ayait lait sceller des barres d'or et d'argent dans les murs du ch&teau de 
llelan, et que les maçons employés à ce trayail avaient ensuite disparu. 
Vd trésorier avait juré de garder le secret. Lie duc d'Anjou, n'en pouvant 
rien tirer, fit venir le bourreau. • Coupe la tête à cet homme, • lui dil-il. 
Le trésorier indiqua la place. 

* Religieiu de Saint-Denis. 



40 JEUNESSE DE CHARLES H. 

oncle maternel. Charles Yl devait être iuunédkteiiient 
couronné ^. 

Une autre difficulté, c'est que, si le pa^ s'était un peu 
refait vers la fin du r^e de Ghaiies V, il n* y avait pas plus 
d'ordre ni d'habileté en finanoes; le peu d'argent qu'on levait, 
mettait le peuple au désespoir, et le roi n'en prolUait pas. 

On se plai§ait à croire que le feu roi avait un nyameoi 
aboli les nouveaux impôts pour le remède de aoB âme. On 
crut ensuite qu'ils seraient remis par le nouveau roi, comme 
joyeuse étrenae du sacre. Mais les oncles menèrent \em 
pupille droit à Reims, sans loi faire traverser les viUes, de 
cramte qu'il n'entendit les plaintes. On lui fil même, au 
retour, éviter Saint-Denis, où Tabbé et les religieux l'atten- 
daient en grande pompe; on Tempôcha de faire ses 
dévotions au patron de la France, oomme faisaient toujoars 
les nouveaux rois. 

La royale entrée fut belle ; des fontaines jetaient dn lait, 
du vin et de Teau de rose. Et ii n'y avait pas de pain dans 
Paris. Le peuple perdit patience. Déjà, tout ant^nr, les 
villes et les campagnes étaient en fea. Le piévôt orut gagner 
du temps, en convoquant les notables au Parioir aux bour- 
geois; mais il en vint bien d'autres; um tanneur demanda 
si lion, croyait les amuseï* ainsi. Us mènerait, bon gré mal 
gré, le prévôt au palais. (^ duc d'Anjou et le cbukeelier 
montèrent tout tremblants sur la Table de marbre, et 
promirent l'abolition des impôts établis depuis Philippe de 
Valois, depuis Philippe le Bel. La populace courut de là 
aux juifs, aux receveurs, pilla, tua 3. 



1 Les trois oncles de Charles VI étalent lout aaui ambitieiiz at 
que les oncles de Aichard II. Il leur C»llait Misei des ccMuvnaea. £i 
France môme, le trône pouvait yaquer. Les jtnua «nIaaAa dm aaUdif 
Charles V pouvaient suivre leor père. La devise du d«e de Barci, ktlk 
qu'on la lisait dans sa belle chapelle de Bour^ea, ândiqaait tma tes 
vagues espérances : « Oureine« le temps veaial • Afp,^ 6w 

* Maints débiteurs profitèrent du tumulte pour faire tiÛBWtrthm kuf 
créanciers les titres de leurs obligations. (lieUigieux*) 



IBtJNSSSB STB CHARLES TI. 44 

Le moyen d'ooouper ces bëtes furieuses, c'était de leur 
jeter un homme. Les princes cluHsirent un de leurs ennemis 
personnels, un des conseillers du feu r6i, le vieil Àubriot, 
préT^ de Paris. Us avaient d'ailleurs leurs raisons; 
Aubriot avait prêté de l'argent à plus d'un grand seigneur,, 
qui se trouvait quitte, s'il était pendu. Ce .prévôt était un 
rode justicier, un de ces hommes que la populace aime et 
hait, parce que, tout en malmenant le peuple, ils sont 
peuple eux-mêmes. U avait fait faire d'inmienses travaux 
dans Paris, le quai du Louvre, le mur Saint- Antoine, le pont 
Saint-Michel, les premiers égouts, tout oela par corvée, 
en ramassant les gens qui traînent dans les rues. Ji ne 
traitait pas l'Eglise ni rUniversité plus doucement; il 
s'obstinait à ignorer leurs privilèges. 11 avait fait tout exprès 
«a Chàtelet deux cachots pour les écoliers et les clercs^. 
IL haïssait nommément l'Université c comme mère des 
prêtres. » U disait souvent à Charles V que les rois étaient 
des sots d'avoir si bien rente les gens d'Église. Jamais il ne 
eonminniait. Kailleur, blasphémateur, fort débauché, 
malgré ses soixante ans, il était bien avec les juifs, mieux 
avec les juives ; îl leur rendait leurs enfants, qu'on enlevait 
pour les baptiser. Ce fiit ce qui le perdit. L'Université 
l'accusa devant Févéque. Un siècle plus tôt, il eût été 
brûlé. U en fut-^quitte pour l'amende honorable et la pénw 
teace perpétuelle^ qui ne dura guère. 

. Abolir les impôts établis depuis Pldlippe le Bel, c'eût été 
supprimer le gouvernement Par deux fois, le duc d'Anjou 
essaya de les rétablir (octobre 4384, mars 4382). A la 
seconde tentative, il prit de grandes précautions. Il fit 
mettre les recettes à l'encan^mais à huis clos dans l'enceinte 
du Chàidet. U y avait des gens assez hardis pour acheter, 
personne qui osât orier le rétablissement des impôts. 

« « Tcterrimos carceres composuerat, uni Clauttri BruneUi, alteri 
Vicè Straminum adapians aomiaa. » Heligieux. 



\2 lETSESSE VfE CHABLIS YI. 

Pourtant, à force d'argent, on trouva on homme déterminéy 
qui vînt à cheval dans la halle, et cria d'abord, pour 
amasser la foule : « Argenterie da roi volée! Récompense 
à qui la rendra ! » Puis quand tout le monde écouta^ il 
piqua des deux, en criant que le lendemain oo aurait à 
payer l'impôt. 

Le lendemain, un des collecteurs se hasarda à demander 
un sol à une femme qui vendait du cresson *; il fîit as- 
sommé. L'alarme fut si terrible, que Tévêque, les princi- 
paux bourgeois, le prévôt même qui devait mettre Tordre, 
se sauvèrent de Paris. Les furieux couraient toute la ville 
avec des maillets tout neufs qu'ils avaient pris à l'arsenal 
Ils les essayèrent sur la tète des collecteurs. L'un deox 
s'était réfugié à Saint-Jacques, et tenait la Vierge «n- 
brassée ; il fut égorgé sur l'autel (4«' mars 4382). Us pil- 
lèrent les maisons des morts; puis sous prétexte qu'il y 
avait des collecteurs ou des juifs dans Saint-Germain-des- 
Prés, ils forcèrent et pillèrent la riche abbaye. Ces gens, 
qui violaient les monastères et les églises, respectèrent le 
palais du roi. 

Ayant forcé le Chàtelet, ils y trouvèrent Aubriot, le dé- 
livrèrent, et le prirent pour capitaine. Hais l'ancien prévôt 
était trop avisé pour rester avec eux. La nuit se passa à 
boire, et le matin ils trouvèrent que leur capitaine s'était 
sauvé. Le seul homme qui leur tint tète et gagna quelque 
chose sur eux, c'était le vieux Jean Desmarets, avocat gé- 
néral. Ce bonhomme, qu'on aimait beaucoup dans la ville, 
empêcha bien d'autres excès. Sans lui, ils auraient détruit 
le pont de Charenton. 

Rouen s'était soulevé avant Paris, et se soumit avant. 
Paris commença à s'alarmer. L'Université, le boa vieux 
Desmarets, intercédèrent pour la ville. Ils obtinrent une 
amnistie pour tous, sauf quelques-uns des plus notés, qae 

' Rollgienx de Saint-Denis. 



JEUNESSE DE CHARLES YI. 43 

l'on fit tout doucement jeter, la nuit, à la rivière. Cepen- 
dant, il n'y avait pas moyen de parler d'impôt aux Pari- 
siens. Les princes assemblèrent à Compiègne les députés 
de plusieurs autres villes de France (mi-avriM38â). Ces 
députés demandèrent à consulter leurs villes, et les villes 
ne voulurent rien entendre A. Il fallut que les princes cé- 
dassent. Ils vendirent aux Parisiens la paix pour cent 
mille francs. 

Ce qui brusqua Tarrangement, c'est que le régent était 
forcé de partir; il ne pouvait plus différer son expédition 
d'Italie. La reine Jeanne de Naples, menacée par son cou- 
sin Charles de Duras, avait adopté Louis d^Anjou, et l'ap- 
pelait depuis deux ans*. Mais, tant qu'il avait eu quelque 
chose à prendre dans le royaume, il n'avait pu se décider 
à se mettre en route. Il avait employé ces deux ans à piller 
la France et l'Église de France. Le pape d'Avignon, espé- 
rant qu'il le déferait de son adversaire de Rome, lui avait 
livré non-seulement tout ce que le Saint-Siège pouvait 
recevoir, mais tout ce qu'il pourrait emprunter, engageant, 
de plus, en garantie de ces emprunts, toutes les terres de 
l'Église^. Pour lever cet argent, le duc d'Anjou avait mis 
partout chez les gens d'église dés sergents royaux, des 
gamisaires, des mangeurs^ comme on disait. Ils en étaient 
réduits à vendre les livres de leurs églises, les ornements, 
les calices, jusqu'aux tuiles de leurs toits. 

Le duc d'Anjou partit enfin, tout chargé d'argent et de 
jnalédictions (fin avril 4382). Il partit lorsqu'il n'était plus 
temps *de secourir la reine Jeanne. La malheureuse, fas- 
cinée par la terreur, affaissée par l'âge ou par le souvenir 
i\<i son crime, avait attendu son ennemi. Elle était déjà 
prisonnière, lorsqu'elle eut la douleur de voir enfin devant 



* • Quiboi^dain ex potentioribns arbiboft. . Potins mon optamus quam 
lovfntur. • licligieux. 



14 JEU.NESSS DI CHARLES TI. 

• 

Naples la flotte protençale, qui Teût sauvée qoekpies Jours 
plus tôt. La flotte parut dans les premiers joufs de maL Le 
42, Jeanne fut étoufiëe sous un maldasw 

Louis d'AnjoUy qui se souciait peu de venger sa mère 
adoptive, avait envie de rester en Provence, et de recueillir 
ainsi le plus liquide de la succession ; le pape le poussa en 
Italie. Il semblait, en effet, honteux de ne rien faire avec 
une telle armée, une telle masse d'argent. Tout œla 
ne servait à rien. Louis d*Ànjou n'eut pas même la conso- 
lation de voir son ennemi. Chartes de Duras s'enferma 
dans les places, et laissa faire le climat» la famine, la haine 
du peuple. Louis d'Anjou le défia par dix foîs« Au boot de 
quelques mois, l'armée, l'argent,, tout était perdu. Les 
nobles coursiers de bataille étaient morts de Mm ; les plus 
iers chevaliers étaient montés sur dfes ânes. Le duc avait 
vendu toute sa vaisselle, tous ses joyaux, jusqu'à sa cou- 
ronne. U n'avait sur sa cuirasse qu'une méchante toile 
peinte. U mourut de la fièvre, à Bari. Les autres revinrent 
comme ils purent, en mendiant, ou ne revinrent pas (t 3^}. 

Des trois oncles de Charles YI, l'ainé^ le duc d'Anjou, 
alla ainsi se perdre à la recherche d'une royauté d'Italie. 
Le second, le duc de Berri, s'en était fait une en France, 
gouvernant d'une manière absolue le Languedoc et la 
GuiOnne, et ne se môlant pas du reste. Le troisième, le duc 
de Bourgogne, débarrassé des deux autres, put faire ce 
qu'il voulait du roi et du royaume. La Flandre était son 
héritage, celui de sa femme; il mena le roi en Flandre, 
pour y terminer une rév(dution qui mettait ses espérances 
en danger. 

Il y avait alors une grande émotion dans toute la chré- 
tienté. Il semblait cpi'une guerre' universelle commençât, 
des petits contre les grands. En Languedoc, les paysans, 
furieux de misère faisaient main basse sur les nobles 
et sur les prêtres, tuant sans pitié tous ceux qui 
n'avaient pas les mains dures et calleuses, comme eux; 



JEUNESSE DB CQARLBS ?I. 45 

leur ehef s'appeiftk Pierre de la Bruyère*, Les chaperons 
Uancs de Flandre suivaient un bourgeds de Gand ; les 
ciompi de Florenee, un cardeur de laine ; les compagnons 
de Ronen avaient tait roi, bon gré mal gré, un drapier, 
« rai gros homme, pauvre d'esprit*. » En Angleterre, un 
couvreur menait le peuple à Londresr, eC dictait au roi l'af- 
franchissement général des serfe. 

L'effroi était grand. Les gentilshommes, attaqués par- 
tout en même temps, ne savaient à qui entendre. « L'on 
craignoit, dit Froissart, que toufe gentillesse ne pértt. » 
Dans tout cela, pourtant, il n'y avait nul concert, nul en- 
semble. Quoique les maillotins de Paris eussent essayé de 
correspondre avec les blancs chaperons de Flandre 3; tous 
ces mouvements, analogues en apporence, [HDcédaient de 
causes au fond si différentes, qu'ils ne pouvaient s^^accorder» 
et devaient être tous comprimés isolément. 

En Flandre, par exemple, la domination d'un comte 
français, ses exaetions, ses violences, avaient décidé la 
crise; mais il y avait un mal plus grave encore, plus pro- 
fond, b rivalité des villes de Gand et de Bruges^, leur 
tyrannie sur les petites villes et sur les eampagnes. La 
guerre avait commencé par l'imprudence du comte, qui, 
pour faire de l'argent, vendit à ceux de Bruges le droit de 
faire passer la Lys dans leur canal, au piéjudîce de Gand. 
Cette grosse ville de Bruges^ alors le premier comptoir de 
la chrétienté, avait étendu autour d'elle un monopole im- 
pitoyable. Elle empêchait les ports d'avoir des entrepôts, 

* Ils tuèrent ainsi un écuyer écossais, aprè» ravoir coaronné de fer 
rougd, et un religieux de la Trinité, qu'ils traversèreni de part en part 
d*nne broche de fer. Le lendemain, ayant pris un prêtre qui allait à la 
coor de Borne, iis lui coupèrent le bout des doigts, lui enlevèrent la peau 
de sa tonsure et le biîUèreat. 

* App., 9. 

* On trouve, dit-on, an pillage de Courtrai des lettres de bourgeois 
de Paris qui établissaient leurs intelligences avec les Flamands. V. aussi 
App,, 18. — App,, iO. 



46 JEUNBSSI DE CHARLES TL 

les campagnes de fabriquer^; elle avait établi sa domination 
sur vingt-quatre villes voisines. Elle ne put prévaloir sur 
Gand. Celle-ci, bien mieux située^ au rayonnement des 
fleuves et des canaux, était d'ailleurs plus peuplée, et d'un 
peuple violent, prompt à tirer le couteau. Les Gantais 
tombèrent surceux de Bruges, qui détournèrent leur fleuve, 
tuèrent le baUli du comte, brûlèrent son château. Tpres, 
Courtrai se laissèrent entraîner par eux. Liège, Bruxelles, 
la Hollande môme, les encourageaient, et regrettaient 
d'être si loin >. Liège leur envoya six cents diarrettes de 
farine. 

Gand ne manqua pas d'habiles meneurs. Plus on en 
tuait, plus il s'en trouvait. Le premier, Jean Hyoens, qui 
dirigea le mouvement, fut empoisonné ; le second, déca|Mté 
en trahison. Pierre Dubois, un domestique d'Hyoens, suc- 
céda ; et voyant les affaires aller maï, il décida les Gantais, 
pour agir avec plus d'unité, à faire un tyran^. Ce fut Phi- 
lippe Artewelde, fils du fameux Jacquemart, sinon aussi 
habile, du moins aussi hardi que son père. Assiégé, sans 
secours, sans vivres, il prend ce qui restait, cinq charrettes 
de p^n, deux de vin; avec cinq mille Gantais, il marche 
droit à Bruges, où était le comte. Les Brugeois, qui se 
voyaient quarante mille, sortent fièrement, et se sauvent 
aux premiers coups. Les Gantais entrent dans la ville avec 
les fuyards, pillent, tuent,' surtout les gens des gros mé- 
tiers^. Le comte échappa en se cachant dans le lit d^une 
vieille femme. (3 mai 4382.) 

Le duc de Bourgogne, gendre et héritier du comte de 
Flandre, n'eut pas de peine à faire crojre au jeune roi que 
la noblesse était déshonorée, si on laissait l'avantage à de 
tels ribauds. Ils avaient d'ailleurs couru le pays de Tour- 
nai, qui était terre de France. Une guerre en Flandre, dans 
ce riche pays, était une fête pour les gens de guerre; il 

» App,, 12. — « App., i3. — » App,, 14. — * ilpp., 15. 



JEDNBSSB DE CHARLES VI. 47 

vînt à l'année tout un peuple de Bourguignons, de Nor- 
mands, de Bretons*. Ypres eut peur; la peur gagna, les 
villes se livrèrent. Les pillards n'eurent qu'à prendre; 
draps, toiles, coutils, vaisselle plate, ils vendaient, embal- 
laient, expédiaient chez eux. 

Les Gantais, ne pouvant compter sur personne^, réduits 
à leurs milices, n'ayant presque point de gentilshommes 
avec eux, partant; point de cavalerie, se tinrent, à leur or- 
dinaire, en un gros bataillon. Leur position était bonne 
(Roosebeke près Courtrai), mais la saison devenait dure 
(27 novembre 4382). Us avaient hâte de retrouver leurs 
poêles. D'ailleurs, les défections commençaient; le sire de 
Herzele, un de leurs chefs, les avait quittés. Us forcèrent 
Arteweide de les mjner au combat. 

Pour être sûr$ de charger avec ensemble, et de ne pas 
être séparés par la gendarmerie, ils s'étaient liés les uns aux 
autres. La masse avançait en silence , toute hérissée 
d'épieux, qu'ils poussaient vigoureusement de l'épaule et 
de la poitrine. Plus ils avançaient^ plus ils s'enfonçaient 
entre les lances des gens d'armes, qui les débordaient de 
droite et de gauche. Peu à peu, ceux-ci se rapprochèrent. 
Les lances étant plus longues que les épieux, les Flamands 
étaient atteints sans pouvoir atteindre. Le premier rang re- 
cula sur le second; le bataillon alla se serrant; une lente 
et terrible pression s'opéra sur la masse; cette force énorme 
se refoula cruellement contre elle-même. Le sang ne coulait 
qu'aux extrémités ; le centre étouffait. Ce n'était point le 
tumulte ordinaire d'une bataille, mais les cris inarticulés 

' Le Religieux de SainuDenû prétend que ceUe armée montait k pins 
de eent mille hommes. Ce fut un seul fournisseur, un bourgeois de Paris, 
Nicolas Bouiard, qui se chargea d'approvisionner pour quatre mois le 
marché qui se tenait au eamp. 

* Les Gantais avaient demandé du secours aux Anglais, mais« de 
crainte qu'on ne Toulût leur faire payer ce secours, ils réclamèrent les 
sommes que la Flandre avait autrefois prêtées à Edouard UL Ils n'eurent 
ni secours ni argent. App., 10. 

IT. % 



48 JEUNESSB DE CHARLES YI. 

de gens qui perdaient haleine, les sourds gémissements, le 
Tàle des poitrines qui craquaient ^. 

' Les oncles du roi, qui Fav-aient tenu hors de Taction et 
à cheval, l'amenèrent ensuite sur la place, et lui montrèrent 
tout. Ce champ était hideux à Toir; c'était un entassement 
de plusieurs milliers d'hommes étouffés. Itsiui dirent que 
c'était lui qui avait gagné la bataille, puisqu'il en avait 
donné l'ordre et le signal. On avait remarqué d'ailleurs 
qu'au moment où le roi fit déployer Toriflamme, le soleû 
se leva, après cinq jours d'obscurité et de brouillard. 

Contempler ce terrible spectacle, croire que c'était lui 
qui avait fait tout cela, éprouver, parmi les répugnances 
de la nature, la joie contre nature de cet immense 
meurtre, c'était de quoi troubler profondément un jeune 
esprit. Le duc de Bourgogne put bientôt s'en apercevoir, 
a son propre dommage. Lorsqu'il ramena à Courtraî son 
jeune roi, le cœur ivre de sang, quelqu'un ayant eu l'im- 
prudence de lui parler des cinq cents éperons français 
qu'on y gardait depuis la défaite de Philippe le Bel, il 
ordonna qu'on mit la ville à sac et qu'dn la brûlât. 

Le roi, ainsi animé, voulait pousser la guerre, aller 
jusqu'à Gand, lassiéger ; mais la ville était en défense. Le 
mois de décembre était venu ; il pleuvait toujours. Les 
princes aimèrent mieux faire la guerre aux Parisiens 
souifiis qu'aux Flamands armés. Paris était ému encore, 
mais disposé à obéir. L'avocat général Desmarets avait ea 
l'adresse de tout contenir, donnant de bonnes paro!e<, 
promettant plus qu'il 'ne pouvait, trahissant 'vertueusement 
les deux partis, comme font les modérés. Lorsque le roi 
arriva, les bourgeois, pour le mieux 'fôter, crurent faire 
une belle chose en se mettant en 'bataille. Peut-être aussi 
espéraient-ils, en montrant ainsi leur nombre, obtenir de 
mcilieures conditions. Ils s'étalèrent devant Montmartre en 

* App.t 17, 



JEUNESSE DE CHARLES VI. 19 

longues files ; il y avait un corps d'arbalétriers, un corps 
armé de boucliers et d*épées, un atitre armé de maillets; 
ces maillotins, à eux seuls, étaient vingt mille hommes ^. 

Ce spectacle ne fit pas l'impression qu'ifs espéraient. La 
noblesse, qui menait le roi, revenait bouffie de sa victoire 
de Roosebeke. Les gens d'armes commencèrent parrjdter 
bas les barrières; puis on arracha les partes même de 
leurs gonds ; on les renversa sur la chaussée du roi ; les 
jirinces, toute cette noblesse, eurent la satisfaction de 
marcher sur les portes de Paris •. Ils continuèrent en 
vainqueurs jusqu'à Notre-Dame. Le jeune roi, bien dressé 
à faire son personnage, chevauchait la lance sur la cuisse» 
ne disant rien, ne saluant personne, majestueux et teiv- 
rible. 

Le soldat logea militairement, chez le bourgeois. On 
cria que tous eussent à porter leurs armes au "Palais ou au 
Louvre. Ils en portèrent tant, dans leur peur, qu'il s'en 
trouvait, disait-on, de quoi armer huit cent mille hommes^ 
La ville désarmée, on résolut de la serrer entre deux forts; 
on acheva la Bastille Saint- Antoine, et l'on bâtit au Louvre 
une grosse tour qui plongeait dans l'eau; on croyait qu'une 
fois pris dans cet étau, Paris ne pourrait plus bouger. 

Alors commencèrent les exécutions. On mit à mort les 
plus notés, les violents *; puis d*honnêtes gens qui les 
avaient contenus, et qui avaient rendu les plus grands 
services, comme le pauvre Desmarets ^. On ne lui par- 

* App., 18.— *« ...Qnasi teoninam oivium saperbiam CQneakafinL*.* 
■Béligidiix de Saint^Deois. 

' ibidem. Cette exagération proaye Bellement l'idée qii*on se formait 
déjà de la population de celte grande ville. 

* Le lundi qui sairit kt'rentrtfa da roi, on exéenla on orfèvre et an 
mairvband de drap, plusieurs autres dans la quinzaine suivante, parmi 
Jesqaels Nicolas le Flamand, un des amis d*Elienne Marcel, qui avait 
assisté nu menrtre de Robert de Clermom. 

* On préieod qu'à sa mort il refusa de dire merci an roi, et dit aen- 
lement merci à Dieu. Il était l'auteur d'un recueil de Décisions notoires, 
établies par enqtmtapar tourba, de 1300 à 1387. 



20 JEUNESSE DE CHARLES YI. 

donna pas de s*étre mis entre le roi et la ville. Après quel- 
ques jours, d'exécutions et de terreur, on arrangea une 
scène de clémence. L'Université, la vieille duchesse 
d'Orléans, avaient déjà demandé grâce ; mais le duc de 
Berri avait répondu que tous les bourgeois méritaient la 
mort. £nfin, on dressa, au plus haut des degrés du Palais^ 
une tente magnifique, où le jeune roi siégea avec ses 
oncles et les hauts barons. La foule suppliante remplissait 
la cour. Le chancelier énuméra tous les crimes des Pari- 
siens depuis le roi- Jean, maudit leur trahison, et demanda 
quels supplices ils n'avaient pas mérités. Les malheureux 
voyaient déjà la foudre tomber, et baissaient les épaules ; 
ce n'était que cris, des femmes surtout qui avaient leurs 
maris en prison : elles pleuraient let sanglotaient. Les 
oncles du roi, son frère, furent touchés ; ils se jetèrent à 
ses pieds, comme il était convenu, et demandèrent que la 
peine de mort fut commuée en amende. 
' L'effet était produit; la peur ouvrit les bourses. Tout ce 
qui avait eu charge, tout ce qui était riche ou aisé, fat 
mandé, taxé à de grosses sommes, à trois mille, à six 
mille, à huit mille francs. Plusieurs payèrent plus qu'ils 
n'avaient. Lorsqu'on crut ne pouvoir plus rien tirer, on 
publia à son de trompe que désormais on aurait à payer les 
anciens impôts, encore augmentés ; on mit une sui-chai^ 
de douze deniers sur toute marchandise vendue. La ville 
ne pouvait rien dire ; il n'y avait plus de ville, plus de 
prévôt, plus d'échevins, plus de commune de Paris ^. Les 
chaînes des rues furent portées à Vincennes. Les portes 
restèrent ouvertes de nuit et de jour. 

On traita à peu près de même Rouen *, Reims, Châlons, 
Troyes, Orléans et Sens ; elles furent aussi rançonnées. La 
meilleure partie de cet argent, si rudement extorqué, alla 
finalement se perdre dans les poches de quelques sei- 

• App,, 19, — * App,t 20. 



JEUNESSE DE CHARLES VI. SI 

liseurs, n n*en resta pas grand'chose ^. Ce qui resta, ce 
fut l'outrecuidance de cette noblesse, qui croyait avoir 
vaincu la Flandre et la France; ce fut Tinfatuation du 
jeune rot, désormais tout prêt à toutes sottises, la tète à 
jamais brouillée par ses triomphes de Paris et de Roose- 
beke, et lancé à pleine course dans le grand chemin de la 
folie. 

* « Nec inde regale srariam ditatum est. » Religienx. 



CHAPITRE II 



Jeunesse de Charles VI. 1384-1391. 



La Flandre, qu'on disait vaincue, domptée, l'était si peu, 
qu'il y fallut encore deux campagnes, et pour finir par 
accorder aux Flamands tout ce qu'on 'leur avait refusé 
d'abord. 

Cette pauvre Flandre était pillée à la fois par les Fran- 
çais, ses ennemis, et par les Anglais, ses amis. Ceux-ci, 
irrités du succès des Français à Roosebeke, préparèrent 
une croisade contre eux comme schismatiques et partisans 
du pape d'Avignon. Cette croisade, dirigée, disaitH>n, 
contre la Ficardie, tomba sur la Flandre. Les Flamands 
eurent beau représenter au chef de la croisade, àl'évéque 
de Norwick, qulls étaient amis des Anglais, point schis- 
matiques, mais, comme, eux, partisans du pape de Rome ; 
révéque, qui, sous ce titre épiscopai, n'était qu'un rude 
homme d'armes et grand pillard, s'obstina à croire que h 
Flandre était conquise par les Français et devenue toute 
française. Il prit d'assaut Gravelines, une» ville amie, sans 
défense, qui ne s'attendait à rien. Cassel, pillée par les 
Anglais, fut ensuite brûlée par les Français. Bergues eut 
beau ouvrir ses portes au roi de France; le jeune roi, qui 
n'avait pas encore pris de ville, s'obstina à donner l'assaut; 
il escalada les murs dégarnis, força les portes ouvertes. 

Le comte de Flandre insistait pour qu'oa agit sérieuse- 



<t^. NES6S DB ilBABIiES VI, 23 



P ^ 'a guerre. Mai&iout le inonda était: 

'% ^ 4tre l)ien appauvri ; ii n'y avait 

"^o^ ^y ^' ^»t' Ce quîil fallait prendre^ 

• ''V,. '^ti. ^ ^e ville de Gands à quoi, 

> <>* ^/ * C "^^®' P^sonoe ne s'en 

^•i\, ^x '^^^ /; ^ 'isolait d'être tenu si. 

V. ''', V. ./ • ^, ^cr tous ses hivers 

/ '■> V .'*; ^ V. ., ires du duo de 

'ù'. "^ ^ -• '; ^. Tient oelui-ci 

'':^'' âgnandé'i. 

.iut homme de 

^ai est peu croyable,. 

.«V le duc de Bourgogne,. 

ce gendre ne fut pas difûcila 

|iaix; il n'avait contre les Flamands 

ae; l'esèenliel pour lui était d'hériter. Il 

^ut ce qu'ils voi^lurent, jura toutes les chartes 

donnèrent à jurer. U le» dispenw môme de 

i à genoux, cérémonial qui pourtant était d'usage du 

.a^ial au seigneur, et. qui n'avait rien d'hunoiliant dans let 

id^ féodales» (18 décembre 1384.) 

Le duc de Bourgogne était la seule tête politique de cette 
féoiille. U s'affermit dans les Pays-Bas par un double 
mariage de ses enfants avec ceux de la maison de Bavière, 
laquelle, possédant à la fois le llainaut^ la Hollande et la 
Zélande, entourait ainsi la Flandre au nord et au.midi. U 
eut encore l'adresse de marier le jeune roi, et de le marier 
dans cette même maison de Bavière. On proposait les 
filles des ducs de Bavière, de Lorraine et d'Autriche. Un 
peintre fut envoyé pour faire le portrait des trois pi in- 
ceftsoa. La Bavaroise ne manqua pas d'être la plus belle, 
comme il convenait aux intérêts du duc de Bourgogne. On 

M/>p., 21. 



2i jfenXESSE Dl CHARLES ▼!. 

la fit venir en grande pompe à Amiens^. Le mariage devut 
se faire à Arras. Mais le roi déclara qu'il voulait avoir tout 
de suite sa petite femme ; il fallut la lui donner. Celaient 
pourtant deux enfants ; il avait seize ansi elle quatorze. 

Voilà le duc dé Bourgogne bien fort, un pied en France, 
un pied dans TEmpire. Il voulait faire une plus grande 
chose, chose immense, et pourtant alors faisable : la con- 
quête de TAngleterre. Les Anglais désolaient tout le midi 
de la France; ils envahissaient la Castille, notre alliée. An 
lieu de traîner cette guerre interminable sur le continent, 
il valait mieux aller les trouver dans leur tle, faire la 
guerre chez euxatà leurs dépens. Ils avaient entre eux 
"une autre guerre qui les occupait, guerre sourde, silen- 
cieuse et terrible. Ils étaient si enragés de haines, si achar- 
nés à se mordre, qu'on pouvait les battre *et les tuer avant 
qu'ils s*en aperçussent. " * 

L'effort fût grand, digne du l^ut. On rassembla tout ce 
qu'on put acheter, louer de vaisseaux, depuis la Prusse 
jusqu'à la Castille. On parvint à en réunir jusqu'à treize 
cent quatre-vingt-sept*. Vaisseaux de transport plus que 
de guerre ; tout le monde voulait s'embarquer. Il semblait 
qu'on préparât une émigration générale de la noblesse 
française. Les seigneurs ne craignaient pas de se ruiner, 
sûrs d'en trouver dix fois plus de l'autre c^té du détroit. 
Ils tenaient à passer galamment ; ils paraient leurs vais- 
seaux comme des maîtresses. Ils faisaient argenter les 
mâts, dorer les proues; d'immenses pavillons de soie, 
flottant dans tout l'orgueil héraldique, déployaient au vent 
les lions, les dragons, les licornes, pour faire peur aux 
léopards. 

La merveille de l'expédition, c'était une ville de bots 
qu'on apportait toute charpentée des forêts de la Bretagne, 

> « La jeune dame, en estant debout, se tenoit coie et ne mouToit ni 
cil ni bonche; et aussi à ce jonr ne saroit point de françois. • Froissart 

* App,, as. 



nUNESSB DE CHARLES tl. ' 25 

et qui faisait la charge de soixante-douze vaisseaux. Elle 
devait se remonter au moment du débarquement, et 
s'étendre, pour loger l'armée, sur trois mille oas de dia- 
mètre ^. Quel que fût révénement des batailles, elle assu- 
rait aux Français le plus sûr résultat du débarquement; 
elle leur donnait une place en Angleterre, pour recueillir 
les mécontents, une sorte de Calais britannique. 

Tout cela était assez raisonnable. Mais le duc de Bour-* 
gogne n'était pas roi de France. Le projet avait le tort de 
lui étns trop utile ; le maître de la Flandre eût pf ofité plus 
que personne du succès de l'invasion d'Angleterre. On 
obéit donc lentement et de mauvaise grâce; La ville de 
bois se fit attendre, et n'arriva qu'à moitié brisée par la 
tempête. Le duc de Berri amusa le roi, le plus longtemps 
qu'il put, en mariant son fils avec la petite sœur du roi, 
ftgée de neuf ans. Charles VI partit seulement le 5 août, et 
on lui fit encore visiter lentement les places de la Picardie, 
de manière qu'il n'arriva à Arras qu'à la mi-septembre. 
Le temps était beau, on pouvait passer. Mais les Anglais 
négociaient. Le duc de Berri n'arrivait pas ; il n'était aucu« 
nement pressé. Lettres, messages. Tien ne pouvait lui faire 
hâter sa marche. Il arriva lorsque la saison rendait le 
passage à peu près impossible '. Le mois de décembre était 
venu, les mauvais temps, les longues nuits. L'Océan garda 
encore cette fois son île, comme il a fait contre Philippe II, 
contre Bonaparte '. 

Notre meilleure arme contre .la Grande-Bretagne, c'est 
la Bretagne. Nos marins bretons sont les vrais adversaires 
des leurs; aussi fermes, moins sages peut-être, mais répa- 
rant cela par l'élan dans le moment critique. Le conné- 



* KnyghtoD. — Walsinghara. — • App., S3. 

' ... And Océan, 'mid hia uproar wild» 

Speaks safety to his island child. 

• L*Océan qui la garde, en son rauqae murmure, dit amour et salut 
à son lie, à son enfant I • Coleridge. 



26 JffJNiBfiS^ DE GHARIJiS YL 

table de Clisson, homnie du roi et chef des résistances 
bretonnes contre le duc de Bretagne, reprit Texpédition/ 
et en fit l'affaire de sa province. Glisson. visait baut; il 
venait de racheter aux Anglais le jaune comte de Btois, 
prétendant au dudié de Bretagne; il lui donna sa fille, et 
il l'aurait fait duc. Le duc régnant, Jean de Montfort, prit 
Clisson en trahison; mais ses> barons rempèchèrant de 
le tuer ^. Ge petit événement fit encore manquer la grande 
expédition d'Angleterre. ' 

Les Anglais, réveillés toutefois et bien avertis^ prirent 
des mesures. Ils désarmèrent leur roi, qui leur était sus- 
pect. Leur nouveau gouvernement nous chercha de Tocca- 
pation en Allemagne. Il y avait forée petits princas néees* 
siteux qu'on pouvait acheter à bon marché. Le duo de 
Gueldre, qui avait plus d'un différend avec les maisons de 
Bourgogne et de Blois, se vendit aux Anglais pour une 
pension de vingt-quatre mille francs; il .leur fit hommage; 
et, d'autant plus hardi qu'il avait moins à peidre ^, il 
défia majestueusement le roi de France. 

Le duo de Bourgogne, fut charmé, pour l'extension de 
son influence, de faire sentir dans les Pays-Bas et si loin 
vers le nord ce que pesait le gnuid royaume. Il fit faire 
contre cet imperceptible duc de Gueldre presque autant 
d'efforts qu'il en aurait follu pour conquérir l'Angleterre. 
On rassembla quinze mille hommes d'armes, quatre-vingt 
mille fantassins ^. La difficulté n'éteit pas de lever des 

t Le siro de Laval dil an du&de Breta^^ne : • 11 n'y auroil en Bretagne 
chevalier ni écuyer, cité, chasiel ni bonne ville» ni homme nul, qui ne 
TOUS haït à mort, et ne mit peine à tous déshériter. Mi i» ni d'AlIgk terre 
ni Bon conaeil ne vont ea sanroienl . nul gré. Yms vmJck voBe igtréte 
pour la vie d'un homme? » Froissart. 

* Et plus à gagner : • Plus est riche et puissant le duc de Bourgogne, 
tant y vaut la guerre mieulx... Pour une hoffe que je recevrai, j'en doo- 
nerai six. » Froissart. 

* On renvoya, il est vrai, le plus grand nombre comme impropM au 
service. Le même Nicolas Boulard, dont nous avons parlé, pouivut aux 
approvisioQocmcnts. App„ 24. 




JEU!fB66B DE CHAHU» VU 27 

hommes> mais de les faire arriver jusque*-là. Le duc de 
Bourgogne, pour qui on faisait la.guerre, ne voulut pas que 
cette grande et dévorante armée passât par son richa 
Brafcant,. dont il allait: hériter; Il fallut tourner par les 
déserts de la Champagne, s'enfoncer dans les Ârdonnes, 
par les basses^ humides et* boueuses forêts, en suivant, 
comme on pouvait, les sentiers des chasseurs. Deux mille 
cinq cents hommes armés de haches- allaient devant pour 
frayer la route, jetaient des ponts, comblaient les marais. 
La pluie tombait ; le pays était triste et monotone. On ne* 
trouvait rien à prendre, personne, paa même d'ennemis. 
D'ennui et de lassitude, on finit par écouter les princes qui 
intercédaient, l'archevêque de Cologne, Tévêque de Liège, 
la duc de Juliers. Charles YI fut touché surtout des prières 
d'une grande dame du pays, qui se disait éprise d'amour 
pour l'invincible roi de France K Sous ce doux patronage, 
le duc de Gueldre fut reçu à s'excuser; il parla à genoux, 
et affirma que les défis n'avaient pas été écrits par lui, que 
c'étaient ses clercs qui lui avaient joué ce tour (1388). 

Le résultat était grand pour le duo de Bourgogne, petit, 
pour le roi. Deux mots d'excuses pour payer tant de peines 
et de dépenses, c'était peu. Au reste, les autres expédi- ' 
ttons n'avaient pas mieux tourné. La France avait envahi 
ritalie, menacé d'Angleterre, touché l'Allemagne. Elle 
avait fait de grands mouvements, elle avait fatigué et sué, 
et il ne lui en restait rien. Elle n'était pas heureuse ; rien 
ne venait à bien. Le roi, gâté de bonne heure par la 
bataille de Hoosebekc, avait' cru tout facile, et il ne ren- 
contrait que des obstacles ^. A qui pouvait^il s'en prendre, 

* App., 25. 

* Une expédilion sollicitée par les Génois, et* commandée par le doc 
de Bourbon, allaéohoaer en Afrique (A390). Le comte d'Armagnac, ra« 
massant tous les soldats qui pillaient la Franco, passa les Alpi's, attaqua 
les Visconti et se fit prendre (1391). Le roi lui-même projciail un» croi- 
sade d'Iiaiie; il aurait établi le jeune Louis d'Anjou à Naples, ol terminé 
le sclii«me par la prise de Rome. 



S8 JEUNB6SB DE CHARLES VI. 

suion à ceux qui Tavaient jeté dans les guerres? A 
oncles, qui i'avaien^ toujours conseillé à son dam et à leur 
profit. 

Les pacifiques conseillers de Charles Y prévalurent à 
leur tour, le sire de la Rivière, Tévéquede Laon, Montaigu, 
et CUsson. Charles YI, tout enfant qu'il était, avait tou- 
jours aimé ces honunes. Il avait obtenu de bonne heure 
que Clîsson fût connétable. Il avait sauvé la vie au doux et 
aimable sire de la Rivière, que ses oncles voulaient perdre. 
La Rivière 'était l'ami et le serviteur personnel de Char- 
les Y ; il a été enterré à Saint-Denis» aux pieds de sou 
maître. 

Le roi avait atteint vmgt et un ans. Mais les oncles 
avaient le pouvoir en main : il fallait de l'adresse pour le 
leur ôler. L'affaire fut bien menée t. Au retour de leur 
triste expédition de Gueldre, un grand conseil fut as- 
semblé à Reims, dans la salle de l'archevêché. Le roi 
demanda les moyens de rendre au peuple un peu de repos, 
et ordonna aux assistants de donner leur avis. Alors 
révéque de Laon se leva, énumèra doctement toutes les 
qualités du roi, corporelles et spirituelles, la dignité de sa 
personne, sa prudence et sa circonspection*; il déclara 
qu'il ne lui manquait rien pour régner par lui-même. Les 
oncles n'osant dire le contraire, Charles YI répondit qu'il 
goûtait ravis du prélat; il remercia ses oncles de leurs 
bons services, et leur ordonna de se rendre chez eux, Tua 
en Languedoc, l'autre en Bourgogne. Il né garda que le 
duc de Bourbon, son oncle maternel, qui était en effet le 
meilleur des trois. 

L'évoque de Laon mourut empoisonné. Mais il avait 
rendu un double service au royaume. Les oncles, renvoyés 
chez eux, s'occupèrent un peu de leurs provinces, les pur- 



* Le Rciisieuz. 



JEUNBSSB DE CHARLES YI. 29 

gèrent des brigands qui lés dévastaient. Les nouveaux 
conseillers du roi, ces petites gens, ces marmoitsets^ 
comme on les appelait, rendirent à la ville de Paris ses 
échevins et son prévôt des marchands. Ils conclurent une 
trêve avec l'Angleterre, favorisèrent l'Université contre le 
pape, et cherchèrent les moyens d'éteindre le schisme. Ils 
auraient aussi voulu réformer les finances. Ils allégèrent 
d*abord les impôts, mais furent bientôt obligés de les réta- 
blir. 

Le gouvernement était plus sage, mais le roi était plus 
fol. A défaut de batailles, il lui fallait des fêtes. Il avait eu 
le malheur de commencer son règne par un de ces heu- 
reixx hasards qui tournent les plus sages têtes ; il avait à 
quatorze ans gagné une grande bataille ; il s'était vu salué 
vainqueur sur un champ couvert de vingt-six mille morts. 
Chaque année il avait eu les espérances delà guerre; à 
chaque printemps sa bannière s'était déployée pour les 
belles aventures. Et c'était à vingt ans, lorsque le jeune 
homme avait atteint sa force, lorsqu'il était reconnu pour 
un cavalier accompli dans tout exercice de guerre, qu'on 
le condamnait au repos I Un gouvernement de marmousets 
lui défendait les hautes espérances, les vastes pensées... 
Combien fallait-il de tournois pour le dédommager des 
combats réels, combien de fêtes, de bals, de vives, et 
rapides amours, pour lui faire oublier la vie dramatique 
de la guerre, ses joies, ses hasards ! 

Il se jeta en furieux dans les fêtes, fit rude guerre aux 
finances, prodiguant en jeune homme, donnant en roi. Son 
bon coeur était une calamité publique. La chambre des 
comptes, ne sachant comment résister, notait tristement 
chaque don du roi de ces mots : « Nimis habuit, » ou 
« Recuperetur. » Les sages conseillers de la chambre 
avaient encore imaginé d'employer ce qui pouvait rester, 
après toute dépense, à faire un beau cerf d'or, dans Tes- 
poir que cette figure aimée du roi serait mieux respectée. 



30 JIUNBSSB DB. CHARLES VI. 

Mais le cevf fuyait, fondait toujours.; on ne put même 
jamais Tachever ^. 

•D'abord, les fils du «duc d'Anjou devant partir pour 
revendiquer la malheureuse royauté de Napies, le roi 
voulut auparavant leur conférer l'ordre de chevalerie. La 
fôte se fit à Saint-Denis, avec une magnificence et un con- 
cours de monde incroyables. Toute la noblesse de France, 
d'Angleterre, d'Allemagne, était invitée. U fallut que la 
silencieuse et vénérable abbaye, l'église des tombeaiu^ 
^'ouvrît à ces pompes mondaines, que les cloîtres reten- 
tissent sous les éperons dorés, que les pauvres moines 
jiccueillissent les belles dames. £IIes longèrent dansTabbaye 
môme K Le .récit du moine chroniqueur en est encore 
tout ému. 

Aucune salle n'était assez vaste pour le banquet royale 
on en fit une dans la grande cour. Elle avait la forme d'une 
église 3, et n'avait pas moins de trente-deux toises de'long. 
L'intérieur était tendu d'une toile immense, rayée de blanc 
et de vert. Au bout s'élevait un lajc-ge et haut pavillon de 
tapisseries précieuses, bizarrement historiées ; on eût dit 
l'autel de cette église, mais c'était le trône. 

Hors des murs de l'abbaye^ on aplanit, on ferma de 
barrières des lices longues de cent vingt pas. Sur un cùlé 
s'élevaient des galeries et des tours, oii devaient siéger les 
damés, pour juger des coups. 

Il y eut trois jours de fêtes, d'abord les messes, les céré- 
monies de l'ÉgUse, puis les banquets et les joutes, puis le 
bal de nuit ; un dernier bal enfin, mais celui-ci masqué, 
pour dispenser de rougir. La présence du roi, la sainteté 
du lieu, n'imposèrent en rien. La foule s'était enivrée 
d'une attente de trois jours. Ce fut un véritable Pervigi-- 
lium ye)i$ris; on était aux premiers jours du mois de moi, 

* « T(on nisi osqne ad coTli gammitatem peregerant; « Beligiens. 

* t Ad teo^li aimiiitttdioem. » Heligifioz. 



XinNIKSI M CHARLS8 VI. ' 3t 

« Mainte demotoelle s'oublia, plasteurs maris pâtirent... » 
Serait-ce par hasard dans cette funeste nuit que le jeune 
duc d'Orléans,. frèreduroi, aurait plu, pour son malheur, 
à là femme de son cousin Jean Sans-iPeur, eomme il eut 
ensuite l'imprudence de s*en vanter ^? 

'Cette bacchanaletprès des tombeaux eut un bizarre len- 
demain. Ce ne fut pas assez que les morts eussent été 
trottbiés'par lebruil de la fête, on ne les tint pas quittes. Il 
felhit qu'ils «jouassent aussi leur rôle. Pour aviver le plaisir 
par le contraste, ou tromper les langueurs qui suivent^ le . 
roi -se fit donner le spectacle d'une pompe funèbre. Le 
héros de Charles \'I ^, eelni dont les exploits avaient 
amosé ^son enfance, Duguesclin, mort depuis dix ans, eut 
le triste honneur d'amuser de ses .iunérailles la folle et 
luxurieuse cour. 

lies fêtes appellent les fêtes; le roi voulut que la reine 
Isabeau, qui, depuis quatre ans, était entrée cent fois dans 
Paris, y flt^sa première miirie. Après la noble fête féodale, 
le popiJlfrire devait avoir «la sienne, celle-ci gaie, bruyante, 
«vec les accidents «vulgaires et risibies, le vertige étourdis- 
sant des grandes foules. Les bourgeois étaient générale- 
ment vêtus de vert, les gens de^princes Tétaient en rose. 
On ne voyait aux fenêtres quebolles filles vêtues d ecarlate 
«vec des ceintures d'or. Le. lait et le vin coulaient dos fon- 
taines; des musiciens jouaient à chaque porte que passait 
la reine. Aux carrefours, des 'enfants représentaient de 
pieux mystères. La reine suivit la rue Saint-Denis. Deux 
anges descendirent par une corde, Imposèrent sur la tête 
une couronne d'or en chantant : 

Dame floclote-entie flenm de.Ui» 
Ëtet-Toospaf da paradis? 

Lorsqu'elle fut arrivée au pont Notre-Dame, on vit avec 

« App., Î8. — « App„ «9. 



32 JEUNESSE DE CHÀBUSS YI. 

étonnement un homme descendre, deux flambeaux à ia 
main, par une corde tendue des tours de la cathédrale. 

Le roi avait pris tout comme un autre sa part de la fête; 
il s*était mêlé à la foule des bourgeois, pour voir aussi 
passer sa belle jeune Allemande. Il reçut même des ser- 
gents « plus d'un horion » pour avoir approché trop près; 
le soir, il s'en vanta aux dames ^. Le prince débonnaire, 
sachant aussi qu'il y avait à la fête beaucoup d'étrangers 
qui regrettaient de n'avoir jamais vu jouter le roi, se mêla 
aux joutes pour leur faire plaisir. 

Bientôt après, le jeune frère du roi,, le duc d'Orléans, 
épousa la fille de Yisconti, le riche duc de Milan I. Char- 
les YI voulut que la fête se fit à Melun. Il y reçut magnifi- 
quement la charmante Valentina, qui devait exercer un si 
doux et si durable ascendant sur ce faible esprit. 

La ville de Paris avait cru que Ventrée de la reine lui 
vaudrait une diminution d'impôt. Ce fut tout le contraire. 
Il fallut, pour payer la fête, hausser la gabelle, et, de plus, 
l'on décria les pièces de douze et de quatre deniers, avec 
défense de les passer, sous peine de la hart. C'était la 
monnaie du petit peuple, des pauvres. Pendant quinze 
jours ces gens furent au désespoir, ne pouvant, avec cette 
nionnaie, acheter de quoi manger K 

Cependant le roi s'ennuyait; il s'avisa d'un voyage. II 
n'avait pas fait son tour du royaume, sa royale chevauchée. 
Il ne connaissait pas encore ses provinces du Midi. Il en 
avait reçu de tristes nouvelles. Un pieux moine de Saint- 
Bernard était venu du fond du Languedoc lui dénoncer le 
mauvais gouvernement de son oncle de Berri. Le moioe 

* • En eut le roy plusieurs coups et horions sar les espanles bien assez. 
Et au soir, en la présence des dames et damoiselles» fut la chose sçua 
et récitée, et le roy mesme se farçoit des horions qu'il avoit reçus. • 
Grandes chroniques de Saint-Denis. 

* Ce mariage eut de grandes «iconsëquences qu'on verra plus tard. £Uo 
apporta Asti en dot, arec 450,000 florins. AràUvet. 

' Le Religieux. 



JEUNESSE DE CHARLES VI. 33 

avait surmonté tous les obstacles, forcé les portes, et, en 
présence même de Toncle du roi, il avait parlé avec une 
hardiesse toute chrétienne. Le roi, qui avait bon cœur, 
l'écouta patiemment, le prit sous sa sauvegarde, et promit 
d'aller lui-même voir ce malheureux pays. Il voulait, 
d'ailleurs, passer à Avignon, et s'entendre avec le pape sur 
les moyens d'éteindre le schisme. 

Après avoir, selon Tusage de nos rois en pareille circons- 
tance, fait ses dévotions à l'abbaye de Saint-Denis, il prit 
sa route par Nevers, et y fut reçu avec la prodigue magni* 
licence de la maison de Bourgogne. Mais il ne permit pas 
à ses oncles de le suivre ^; il ne voulait pas qu'ils fermas- 
sent ses oreilles aux plaintes des peuples. Peut-être aussi 
se sentait' il moins libre, en leur présence, de se livrera 
ses fantaisies de jeune homme. Pour la même raison, il 
n'emmena point la reine; il voulait jouir sans contrainte, 
goûter royalement tout ce que la France avait de plaisirs. 

Il s'arrêta d'abord à Lyon, dans cette grande et aimable 
ville, demi -italienne. 11 fut reçu sous un dais de drap 
d'or, par quatre jeunes belles demoiselles, qui le menèrent 
à Tarchevêché. Ce ne fut, pendant quatre jours, que jeux, 
bals et galanteries. 

Mais nulle part le roi ne passa le temps plus agréable- 
ment qu'à Avignon, chez le pape. Personne n'était plus 
consommé que ces prêtres dans tous les arts du plaisir. 
Nulle part la vie n'était plus facile, nulle part les esprits 
plus libres. L'eussent-ils été moins, ils se trouvaient à la 
sjurce même des indulgences; le pardon était tout près 
du péché. Le roi, au départ, laissa de riches souvenirs aux 
belles dames d'Avignon, « qui s'en louèrent toutes a. » 

' App„ 30. 

* • Quoiqu'ils fussent logés de les le pape et les cardinaux, si ne se 
pouTOient-ils tenir... que toute nuit ils ne fussent en danses, en earoles 
et en esbattements arec les dames et damoiselles d'Avignon; et leur 
adminisiroit leurs reriaux (fêtes) le comte de Genève, lequel étoit frère 
dapape. • Froiisart. 

IT. 9 



34 JEUNESSE DE CHARLES YI. 

Il partit grand ami du pape, et tout gagné à son parti. 
Clément YII avait donné au jeune duc d'Ânjoa le litre de 
roi de Napjes, et au roi lui-même la disposition de sept 
cent cinquante bénéfices, celle, entre autres, de Tarche- 
véché de Reims. Hais Télu du roi, qui était on fan^iui 
adversaire du pape et des dominicains, mourut bientôt 
empoisonné ^ 

Arrivé en Languedoc, Je roi n'entendit que plaintes et 
que cris. Le duc de Berri avait réduit le pays à un tel 
désespoir, que déjà plus de quarante mille hommes 
s'étaient enfuis en Aragon. Ce prince, bon et doux dans 
son Berri, livrait le Languedoc à ses agents comoie une 
ferme à exploiter. Avide et prodigue, il se faisait béuîr des 
uns, détester des autres. Il était homme à donner deux 
cent mille francs à son bouffon. Il est vrai qu'en récom- 
pense il donnait aussi aux clercs et construisait des églises. 
Il bâtissait ces tourelles aériennes, faisait tailler à grands 
frais ces dentelles de pierre que nous admirons et que le 
peuple . maudissait. Précieux manuscrits, riches minia- 
tures, sceaux admirables, rien ne lui coûtait. En dernier 
lieu, à soixante ans, il venait d'épouser une petite fille de 
douze ans, la nièce du comte de Foix. Combien de fêles et 
de dépenses fallait -il au sexagénaire pour se faire par- 
donner son âge par cette enfant? 

Le roi, retenu douze jours entiers à Montpellier par l^ 
vives et « f risques » demoiselles du pays^, vint ensuite 
assister, à Toulouse, à l'exécution de Bétisac, trésorier de 
son oncle. Cet homme avouait tous ses crimes, mais il 
ajoutait qu'il n'avait rien fait que par ordre de monseigneur 
de Berri. Ne sachant comment le tirer de cette puissante 
protection, on lui persuada qu'il n'avait d'autre ressource 

i Selon le béfiëdictia de Siiat-Denis, oa soupçonaa géDécaleiBent 
les domiuiâains. 

- « El leur doDDoit analj d'or et fermaillcts (agrafes) à chasôuie... • 
Froissaria 



JEUNESSE DE CHARLES VI. 35 

que de* se» dire hérétique, qu'alors on renverrait au pape» 
qu'il serait sauvé. Il crut ce conseil, se déclara hérétique, et 
fiit brûlé vif. L'exécution eut lieu sous les fenêtres du roi, 
aux acclamations du peuple. Le roi donna cette satisfaction 
aux plaintes du Languedoc. 

Pour faire encore diose agréable à la bonne ville de 
Toulouse, Charles VI accorda aux abbayes des filles de joie, 
que ces fiUes ne fussentplusobligéesde porter un costume^ 
mais que désormais elles s'habillassent à leur fantaisie. 11 
voulait qu'elles prissent part à la joie de sa royale entrée. 

Il revint droit à Paris, soûl de plaisirs, las de fêtes; il 
évita au retour celles qu'on lui préparait. 11 gagea avec son 
frère que, tous deux partant à franc étrier, il arriverait 
avant lui. 11 n'y avait plus de repos pour lui que dans 
rétonrdissement. A vingt-deux ans, il était fini ; il avait 
usé deux vies, une de guerre, une de plaisirs. La tête était 
morte, le cœur vide ; les sens commençaientà défaillir. Quel 
remède à cet état desolant?L'agitation, le vertige d'une 
course furieuse. « Les mort& vont vite. » 

La vie est un combat, sans doute, mais il ne faut pas 
s'en plaindre; c'est un malheur quand le combat finit. La 
guerre intérieure de Fllomo duplex est justement ce qui 
nous soutient. Contemplons-la, cette guerre, non plus dans 
le roi, mais dans le royaume, dans le Paris d'alors, qui la 
représentait si bien. 

Le Paris de Charles VI, c'est surtout le Paris du Nord, ce 
grand et profond Paris de la plaine, étendant ses rues obs- 
cures du royal hôtel Saint-Paul à l'hôtel de Bourgogne, aux 
halles. Au cœur de ce Paris, vers la Grève, s'élevaient deux 
églises, deux idées, Saint-Jacques et Saint-Jean. 

Saint 'Jacques de la Boucherie était la paroisse des bou- 
chers et des lombards, de l'argent et de la viande. Digne- 
ment enceinte d'écorcheries, de tanneries et de mauvais 

* •«• Sauf une jarretière d'autre eoolcar an bras...( Ordoonances») 



3 G JEUNESSE DB CHARLES Tf. 

lieux, la sale et riche paroisse s'étendait de la rue Trousse- 
vache au quai des Peaux ou Pelletier. A l'ombre de Téglisé 
des bouchers, sous la protection de ses confréries, dans 
une chétive échoppe, écrivaient, intriguaient, amassaient 
Flaiïiel et sa vieille Pernelle, gens avisés, qui passaient pour 
alchimistes, et qui de cette boue infecte surent en effet 
tirer de l'or*. 

Contre la matérialité de Saint-Jacques, s'élevait, à deux 
pas, la spiritualité de Saint-Jean. Deux événements tra- 
giques avaient fait de cette chapelle une grande église, une 
grande paroisse : le miracle de la rue des Billettes, où 
a Dieu fut boulu par un juif; » puis, la ruine du Temple, qur 
étendit la paroisse de Saint-Jean sur ce vaste et silencîeoi 
quartier. Son curé était le grand docteur du temps, Jean 
Gerson, cet homme de combat et de contradiction. Mys- 
tique, ennemi des mystiques, mais plus ennemi encore 
dus hommes de matière et de brutalité, pauvre et impuis- 
sant curé de Saint-Jean, entre les folies de Saint-Paul et 
les violences de Saint-Jacques, il censura les princes, il 
attaqua les bouchers; il écrivit contre les dangereuses 
sciences de la matière, qui sourdement minaient le chris- 
tianisme, contre Tastrologie, contre Talchimie. 



1 Saint-Jacques était le Saint-Denis, le Wisiniinster des eonfréries; 
l*ambiiion des bouchers, des armuriers, était d'y être enterré. 1^ premia 
bienfaiteur de cette église fat une teiniuriôre. Les boacheri( l'cnrichirefit 
Ces hommes rudes aimaient leur église. Nous voyons par les chafles qu: 
le boucher Alain y acheta une lucarne pour voir la messe de chez loi; 
le boucher Haussecul acquit à grand prix une clef de Tég lise. Cetie 
église éiaii fort indépendante, entre Notre-Dame et Saint-Martin, qui se 
la disputaient. C'était un. redoutable asile que Ton n'eût pas violé impe- 
ncment. Voilà pourquoi le rusé Flamel, écrivain non jure', non autorisé 
de l'Université, s'établit à l'ombre de Saint- Jacques. Il pul y être pro- 
tégii par le curé du temps, homme Considérable, greffier da parlement, 
qui avait cette cure, sans môme être prêtre (voir les lettres de ClëmeB- 
gis). Fiiimel se tint là trente ans dans une échoppe de cinq pieds sur 
trois; et il s'y aida si bien de travail, de saroir-faire, d'industrie scoter- 
raine^ qu'à sa mort il fallut, pour contenir les titres de ses bleD&j lA 
coffre plus grand que l'échoppe. i)|ip.,31. 



JEUNESSE DE CïïXRLES YI. C7 

Sa tâche était dilKicile; la partie était forte. La nature, ot 
les sciences de la nature, comprimées par l'esprit chré- 
tien, allaient avoir leur renaissance. 

Cette dangereuse puissance, longtemps captive dans les 
creusets et les matrices des disciples d'Averroès, trans- 
formée par Arnauld de Villeneuve et quasi spiritualisée ^, 
se contint encore au xnP siècle ; au xv», elle flamba... 

Combien, en présence de cette éblouissante apparition, la 
vieille éristique p<Mit? Celle-ci avait tout occupé en Thomme; 
puis, tout laissé vide. Dans Fentr'acte de la vie spirituelle, 
l'éternelle nature reparaît, toujours jeune et charmante. 
Elle s'empare de l'homme défaillant, et Tattire contre son 
sein. 

Elle revient après le christianisme, malgré lui, elle re- 
vient comme péché. Le charme n'en est que plus irritant 
pour l'homme, le désir plus âpre. N'étant pas encore com- 
prise, n'étant pas science, mais magie, elle exerce sur 
l'homme une fascination meurtrière. Le fini va se perdre 
dans le charme infiniment varié de la nature. Lui, il donne, 
donne sans compter. Elle, belle, immuable, elle reçoit ton* 
jours et sourit. 

Il faut donc que tout y passe. L'alchimiste vieillissant à 
la recherche de l'or, maigre et p&le sur son creuset, souf- 
flera jusqu'à la fin. II brûlera ses meubles, ses livres ; il 
brûlerait ses enfants... D'autres poursuivront la nature 
dans ses formes les plus séduisantes ; ils languiront à la re- 
cherche de la beauté. ^lats la beauté fuit comme l'or ; 
chacune de ses gracieuses apparitions échappe à l'homme, 
vaine et vide, et toute vainc qu'elle est, elle n'emporte pas 
moins les riches dons de son être... Ainsi triomphe de l'être 
éphémère l'insatiable, l'infatigable nature. Elle absorbe sa 
vie, sa force; elle le reprend en elle, lui et son désir, et ré- 
sout l'amour et l'amant dans l'éternelle chimie. 

t App,, 3i« 



38 JEUNESSE DE CHARLES YI. 

Que si la vie ne manque point» mais que seulement 
Tàme défaille, alors c'est bien pis. L'homme n'a plus de li 
vie que la conscience de sa mort. Ayant éteint son dieu in- 
térieur, il se sent délaissé de Dieu, et cooune excepté seul 
de Tunivei^selle providence. 

Seul... Mais au moyen âge on n'était pas longtemps 
seuL Le Diable vient vite, dans ces moments, à la place de 
Dieu. L'àme gisante est pour lui on jouet qu'il tourne et 
pelote... Et cette'pauvre toie est si malade, qu'dOie veut 
rester malade, creusant son mal et fouillant les mauvaises 
jouissances : MtUa mentis çaudia. Leurrée de croyances 
folles, amusée de lueurs sombres, menée de côté et d'autre 
par la vaine curiosité, elle cherche à tâtons dans la nuit; 
elle a peur et elle cherche... 

Ce sont d'étranges époques. On nie, on croit tout. Une 
fiévreuse atmosphère de superstition sceptique enveloppe ks 
villes sombres. L'ombre augmente dans leurs rues étroiles; 
leur brouillard va s*épaississant.aux fumées d'alchimie et 
de sabbat. Les croisées obliques ont des regards loudies. 
La boue noire des carrefours grouille en mauvaises pa» 
rôles. Les portes sont fermées tout le jour ; mais dles sa- 
vent bien s'ouvrir le soir, pour recevoir l'homme du nul, 
le juif, le sorcier, l'assassin. 

On s'attend alors à quelque chose. A quoi? On l'ignore. 

Hais la nature avertit ; les éléments semblent changés. Le 

i bruit courut un moment, sous Charles Yl, qu'on avait em- 

ipoisonné les rivières ^ Dans tous les esprits, flottait 

d'avance une vague pensée de crime. 

« App„ 33. 



CHAPITRE III 



Folie de Ghariei YL iaM-â4Û0 



Cette braUle histoire qui va présenter tant de crimes 
hardis, de crimes orgueilleux qui cherchent le jour, elle 
commence par un vilain crime de nuit, un guet-apens. Ce 
fut un attMitat de la féodalité mourante contre le droit 
féodal, commis en trahison par un arrière-vassal sur un 
officier de son suzerain, dans la résidence du suzerain 
même; et par-dessus, ce fut un sacrilège, l'assassin ayant 
pris pour faire son coup le jour du Sâint^Sacrement. 

Les Marmousets, les petits devenus maîtres des grands, 
étaient mortellement hais; Clisson, de plus, était crainte 
En France, il était connétabla, Tépée du roi contre les 
seigneurs ; en Bretagne, il était au contraire le chef des 
seigneurs contre le duc. Lié étroitement aux maisons de 
Penthièvre et d'Anjou, il n'attendait qu'une occasion pour 
chasser le duc de Bretagne et le renvoyer chez ses amis, 
les Anglais. Le duc, qui le savait à merveille, qui vivait en 
crainte continuelle de Clisson, et ne rêvait que du terrible 
borgne^ ne pouvait se consoler d'avoir eu son ennemi 
entre les mains, de l'avoir tenu et de n'avoir pas eu le cou- 
rage de le tuer. Or il y avait un homme qui avait intérêt à 
tuer Clisson, qui avait tout à craindre du connétable et de 
la maison d'Anjou. C'était un seigneur angevin, Pierre de 

* Il «T»U perds un ml à la bataille d'Aaray, en 1361. 



40 KOLIE DB CHARLES VI. 

Craon, qui, ayant volé le trésor du duc d* Anjou, son maître, 
dans l'expédition de Naples, fut cause qu'il périt sans se> 
course La veuve ne perdait pas de vue cet homme, et 
Clissoii, allié de la maison d'Anjou, ne rencontrait pas le 
voleur sans le traiter comme il le méritait. 

Les deux peurs, les deux haines . s'entendirent. Craon 
promit au duc de Bretagne de le défaire de Clisson. Jl re- 
vint secrètement à Paris, rentra de nuit dans la ville ; les 
portes étaient toujours ouvertes depuis la punition des 
Maillotins. Il remplit de coupe-jarrets son hôtel du Marché- 
Saint-Jean. Là, portes et croisées fermées, ils attendirent 
plusieurs jours. Enfin, le 43 juin, jour de la fête du Saint- 
Sacrement, un grand gala ayant eu lieu à Thôtel Saint- 
Paul, joutes, souper et danses après minuit, le connétable 
revenait presque seul à son hôtel de la rue de Paradis. Ce 
vaste et silencieux Marais, assez désert même aujourd'hui, 
rétait bien plus alors; ce n'étaient que grands hôteb, 
jardins et couvents. Craon se tînt à cheval avec quarante 
bandits au coin de la rue Sainte-Catherine ; Clisson arrive, 
ils éteignent les torches, fondent sur lui. Le connétable 
crut d*abord que c'était un jeu. du jeune frère du roi. Mais 
Crnon vQulut, en le tuant^ lui donner, l'amertume de savoir 
par qui il mourait. « Je suis votre ennemi, lui dit-il, je 
suis Pierre de Craon. » Le connétable, qui n'avait qu'un 
petit coutelas, para du mieux qu'il put. Enfin, atteint à la 
tétc, il tomba; fort heureusement, il ouvrit en tombant une 
porte entre-bâillée, celle d'un boulanger, qui chauffait son 
four à cette heure avancée de la nuit. La tête et moitié du 
corps se trouvèrent dans la boutique ; pour l'achever, il 
eût fallu entrer. Mais les quarante braves n'osèrent des- 
cendre de cheval ; ils aimèrent mieux croire qu'il en avait 

ûssez, et se sauvèrent m galop par la porte Saint-Antoine. 

• 

1 Le dac do Berri lai dit an joar : t Méchant traître, c'est toi qoî as 
cause la mort de notre frère. ■ El il donna ordre de l'arrdler. mais per- 
sonne a*obéit. (Religieax.) 



FOLIE DE CHARLES VI. 41 

Le roi, qui se couchait, fut averti un moment après. Il 
ne prit pas le temps de s'habiller ; il vint sans attendre sa 
suite, en chemise, dans un manteau. Il trouva le connétable 
déjà revenu à lui, et lui promit de le venger, jurant que 
jamais chose ne serait payée plus cher que celle-là. 

Cependant le meurtrier s'était blotti dans son château 
de Sablé au Maine, puis dans quelque coin de la Bretagne. 
Les oncles du roi, qui étaient ravis de l'événement, et qui 
d'avance en avaient su quelque chose, disaient, pour 
amuser le roi et gagner du temps, que Craon était en 
Espagne. Mais le roi ne s'y trompait pas. C'était le duc de 
Bretagne qu'il voulait punir. Il était loin, ce duc ; il fallait 
l'atteindre chez lui, dans son pauvre et rude pays, à travers 
les forêts du Mans, de Vitré, de Rennes. Il fallait que les 
oncles du roi lui amenassent leurs vassaux, c'est-à-dire 
qu'ils se prétassent à punir le crime de leurs amis, le leur 
peut-être ^ Le roi, ne sachant comment venir à bout de 
leur répugnance et de leurs lenteurs, alla jusqu'à rendre 
au duc de Berri le Languedoc qu'il lui avait si justement 
retiré^. 

Il était languissant, malade d'impatience. Il avait eu 
une fièvre chaude peu de temps auparavant, et n'était pas 
trop remis. Il y avait en lui quelque chose d'égaré et 
comme d'étrange. Ses oncles auraient voulu qu'il se soi- 
gnât, qu'il se tint tranquille, qu'il s'abstint surtout de venir 
au conseil; mais ils ne gagnaient rien sur lui. II monta à 
cheval malgré eux, et les mena jusqu'au Mans. Là, ils 
parvinrent encore à le retenir trois semaines. Enfm, se 
croyant mieux, il n'écouta plus rien, et fit déployer soa 
étendard. 



* Il9 ne tardèrent pas à obtenir la grAce de Craon (13 mars 1395). 

* Nons suiroDS pu à pas leReHgieu do Saint-Denis. Ce grave his- 
torien mérite ici d'antant pins d'attention, qu'il était lui-mCme à l'armée 
et témoin oculaire des érénements. 



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'S 



40 KOLIE DB CHARLES VI. 

Craon, qui, ayant volé le trésor du duc d*Aq^ "^^ 
dans rexpédition de Naples, fut cause qL '^. ^ 
cours*. La veuve ne perdait pas de j *^^^ """^ 
Clissoii, allié de la maison d'Anjou, , ^ ^. ^ ^» 
voleur sans le traiter comme il le nr % %r "^ Ci^ ^ ^* 

Les deux peurs, les deux baij^^ <^ % "'^ '^<. 
promit au duc de Bretagne de| % <^ ^^^ ^- * 
vint secrètement à Paris, renf ^ ^ '^ '^-a '^.\ ^^^ 
portes étaient toujours ouv ?» ^ ^* ^ >ri ^^ . -'i 
Maillotins. Il remplit de cor % 4i^,^% ?; ''^ 
Saint- Jean. Là, portes et a ? % ^ T,. V/* 
plusieurs jours. Enfin, I '/o, ^^% % ^ ^\ ^* 
Sacrement, un grand i^%^,% ^^ < '^^- % . 
Paul, joutes, souper ^j '% « \ ^^^ '^^^V^^ ^^ 
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Craon vQi , _ /- 

par qui *^*^' le Languedoc, le 

^ . o: <^® nouveau duc d'Orléans, 

suis ti' 

.- *ice qui n'avait que trop d'esprt 

J\ . jiiait tout le monde ; il venait de mettre 

.d lis la belle couleuvre de Milan *... Donc, 

j^ .i de sur. Des gens qui n'avaient pas craîDl 

.r son connétable à sa porte, ne se feraient pas 

jL scrupule de mettre la main sur lui. II était seulpanoi 

.s traîtres... Qu'avait-il fait pourtant, pour être aîDsi 

haï de tous, lui qui ne haïssait personne, qui plutôt aimiit 



« n Tenait d'^p<mser It fille du due de M ihui, qui «rait qbc eoskmt 
dans ses armes. 



W^m I» CHASUft Tl. 43 



^Q 



%ii Tovla pouvoir ûûre quelque chose 
^ "^ peuple ; tout au moins il avait boa 

<: "V aavaieat bien. 

^ ^^^ ^<*> la forêt, usk homme de mau- 

^^. ^y. "^A ^^ Tjj^m qu'une méchante cotte 

la bride du cheval du roi, 

He, noble roi^ ne passe 

^r la bride, mais on le 




t pour entrer dans 

aplomb. Tout le 

ortait la lance 

'nbant, alla 

'il ce bruit 



/^./\%' *^ l'épée, et, 

'''- ^> "^ ^ aux traîtres I ils 



'<; ^<. ^ « épée nue sur le duc 

^ ^ ^ roi eut le temps de tuer 

^ utTarréler^. Il fallut qu'il se 

^is chevaliers vint le saisir par 

^la, on le descendit de cheval, on le 

. par terre. Les yeux lui roulaient étran- 

«a tête, 11 ne reconnaissait personne et ne 

. Ses oncles, son frère, étaient autour de iuL 

monde pouvait approcher et le voir. Les ambassa- 

^1% d'Angleterre "^ vinrent comme les autres, ce qu'on 

tfouva généralement fort mauvais. Le duc de Bourgogne, 

Wrtout, s'emporta contre le chambellan La Rivière, qui 

avait laissé voir le roi en cet état aux ennemis de la France. 

Lorsqu'il revint un peu à lui, et qu'il sut ce qu'il avait 

^^1 il en eut horreur, demanda pardon et se confessa. Les 

oncles s'étaient emparés de tout, et avaient mis en prison 

*-a Rivière et les autres conseillers du roi ; Clisson avait 

* ^PP . 35. 



44 POLIB DB CHARLES TI. 

seul échappé. Toutefois le roi défendit qu'on leur fît mal, 
et leur fit môme rendre leurs biens *. 

Les médecins ne manquèrent point au royal malale, 
mais ils ne firent pas grand'chose. Cétait déjà, comme, 
aujourd'hui, la médecine matérialiste, qui soigne le corps 
sans se soucier de Tâme, qui veut guérir le mal physique 
sans rechercher le mal moral, lequel pourtant est ordinai- 
rement la cause première de l'autre. Le moyen âge faisait 
tout le contraire; il ne connaissait pas toujours les remèdes 
matériels ; mais il savait à merveille calmer, charmer le 
malade, le préparer à se laisser guérir. La médecine se 
faisait chrétiennement, au bénitier même des églises. Sou- 
vent on commençait par confesser te patient, et l'on con« 
naissait ainsi sa vie, ses habitudes. On lui donnait ensuite 
la communion, ce qui aidait à rétablir l'harmonie des 
esprits troublés. Quand le malade avait mis bas la passion, 
l'habitude mauvaise, dépouillé le vieil homme, alors on 
cherchait quelque remède. C'était ordinairement quelque 
absurdQ recette ; mais sur un homme si bien prép^, 
tout réussissait. Au xiv« siècle, on ne connaissait déjà 
plus ces ménagements préalables ; on s'adressait directe- 
ment, brutalement au corps ; on le tourmentait. Le roi se 
lassa bientôt du traitement, et dans un moment de raison 
il chassa ses médecins. 

Les gens de la cour l'engageaient à ne chercher d'aube 
remède que les amusements, les fêtes, à guérir la folie par 
la folie. Une belle occasion se présenta : la reine mariait 
une de ses dames allemandes, déjà veuve. Les noces de 
veuves étaient, des charivaris, des fêtes folles, où l'on 
disait et faisait tout. Afin d'en faire, s'il se pouvait, da- 
vantage, le roi et cinq chevaliers se déguisèrent en satyres. 
Celui qui mettait en train ces farces obscènes était un 



I On était loin de s'attendre à an traitement si humain. Les Parisiens 
allaient toas les joars à la Grère, dans l'espoir de les yoir pendre. 



FOLIE pS CHARLES YL 43 

certain Hugues de Guisay, ua mauvais homme, de ces gens 
qui deviennent quelque chose en amusant les grands et 
marchant sur les petits. Il fit coudre ces satyres dans une 
toile enduite de poix-résine, sur quoi fut collée une toison 
d'étoupes qui les faisait paraître velus comme des boucs. 
Pendant que le roi, sous ce déguisement, lutine sa jeune 
tante, la toute jeune épouse du vieux duc de Berri, le duc 
d'Orléans, son frère, qui avait passé la soirée ailleurs, 
rentre avec le comte de Bar ; ces malheureux étourdis 
imaginent, pour faire peur aux dames, de mettre le feu 
aux étoupes. Ces étoupes tenaient à la poix-résine ; à l'in- 
stant les satyres flambèrent. La toile était cousue ; rien ne 
pouvait les sauver. Ce fut chose horrible de voir courir 
dans la salle ces flammes vivantes, hurlantes... Heureuse- 
ment, la jeune duchesse de Berri retint le roi^ Tempécha 
de bouger, le. couvrit de sa robe, de sorte qu'aucune étin- 
celle ne tombât sur lui. Les autres brûlèrent une demi- 
heure, et mirent trois jours à mourir^ 

Les princes avaient tout à craindre, si le roi n'eût 
échappé ; le peuple les aurait mis en pièces. Quand le 
bruit de cette aventure se répandit dans la ville, ce fut un 
mouvement général d'indignation et de pitié. Que l'on 
abandonnât le roi à ces honteuses folies, qu'il eût risqué, 
innocent et simple qu'il était, d'être enveloppé dans ce 
terrible châtiment de Dieu, Thonnéte bourgeoisie de Paris 
frémissait d'y penser. Ils se portèrent plus de cinq cents ù 
rhôtel Saint Paul. On ne put les calmer qu'en leur mon- 
trant leur roi sous son dais royal, où il les remercia et leur 
dit de bonnes paroles. 

Une telle secousse ne pouvait manquer d'amener une 

I L'inrenteor de la mascarade fat un des brûlés, à la grande joie da 
peuple, n avait toujours traita les pauvres gens avec la plus cruelle 
insoli^nce. Il les battait comme des chiens, les forçait d'aboyer, les fou« 
lait aux pieds avec ses éperons. Quand son corps passa dans Paris, 
plusieurs crièrent après lui son mot ordinaire: « Aboie, chien t • 
(Religieux.) 



46 rOLTE DS CHARLES TI. 

rechute. Celle ci fut Tîotente. Il soutenait qH*il n'était 
point marié, qu*il n'avait pas d'enfant. Un antre trah de sa 
folie, et ce n'était pas le pins fol, c'était de ne vonloir plus 
être Ini-même, point Charles, point roi. S'il voyait des lis 
sur les vitraux ou sur les murs, il s'en moquait, dansait 
devant, les brisait, les effaçait. « Je m'appelle Georges, 
disait-il; mes armes sont un lion percé d'une épée*. 

Les femmes seules avaient encore puissance sur lui, sauf 
la reine, qu'il ne pouvait plus souffrir. Une femme Tarait 
sauvé du feu. Mais celle qui avait sur lui le plus d'empire, 
c'était sa belle-sœur, Yalentina, la duchesse d'Orléans. B 
la reconnaissait fort bien, et l'appelait : « Chère sœur. ■ 
II fallait qu'il la vtt tous les jours ; ii ne pouvait durer sans 
elle ; si elle ne venait, il Tallait chercher. Cette jeune femme, 
déjà délaissée de son mari, avait pour le pauvre fol un 
.singulier attrait; ils étaient tous deux malheureux. Elle 
'Soule savait se faire écouter de lui; il Itd obéissait, ce fof, 
elle était devenue sa raison. 

Personne, que je sache, n'a bien expliqué encore ce 
phénomène de l'infatuation, cette fascination étrange qui 
tient de l'amour et n'est pas l'amour. Ce ne sont pas seule- 
ment les personnes qui l'exercent 7 les lieux ont aussi cette 
influence; témoin le lac dont Charlemagne ne pouvait, 
dit-on, détacher ses yeux*. Si la nature, si les forêts 
muettes, les froides eaux, nous captivent et nous fascinent, 
que sera-ce donc de la femme? Quel pouvoir n'exercera-t- 
elle pas sur Fâme souffrante qui viendra chercher près 
d'elle le charme des entretiens solitaires et de voluptueuses 
compassions? 

Douce, mais dangereuse médecine, qui calme et qui 
trouble. Le peuple, qui juge grossièrement, et qui juge 

* On fat oblige de marer tontes les entï^es de YMleà 8atnt-Pol. 
App.t 36. 

* On eTpItqvaît aTissi par an talisman rinfluettci de Diane de Poitiers 
sur Henri II. (Gttii)er(.) 



FOLIE DB CHARLXS Vf. 47 

bien, sentait qne ce remède était un mal encore. Elle a, 
disaient-ils, cette Visconti, venue du pays des poisons, des 
maléfices, elle a ensorcelé le roi... Et il pouvait bien y 
avoir, en eifet, quelque enchantement dans les paroles de 
l'Italienne, un subtil poison dans le regard de la femme du 
Midi. 

Un meilleur remède aux troubles d*esprit, un moyen 
plus sage d'harmoniser nos puissances morales, c'est de 
recourir à la paix suprême, de se réfugier en Dieu. Le roi 
se voua à saint Denis, et lui offrit une grosse châsse û*or. 
Il se fit mener en Bretagne, au mélancolique pèlerinage 
du Mont'Saint-Mîchel, m periculo maris; plus tard, aux 
aflhreuses montagnes volcaniques du Puy en Vélay. On lui 
fit faire aussi de sévères ordonnances coptre les blasphé* 
mateurs, contre les juifs. Cette fois, du moins, les jui^ 
furent mieux traités; le roi, en les chassant, leur permit 
d'emporter leurs biens. Une autre ordonnance accordait 
un confesseur aux condamnés, de manière qu'en tuant le 
corps on sauvât du moins Tâme. Tout jeu fut défendu, sauf 
l'utile exercice de l'arbalète. Une fille du roi fut oilerte à 
la Vierge, et faite religieuse en naissant; on espérait que 
l'innocente créature expierait les péchés de son père et lui 
obtiendrait guérison. 

De toutes les bonnes œuvres royales, la plus royale c'est 
la paix ; ainsi en jugeait saint Louis ^. Les rois ne sont ici- 
bas que pour garder la paix de Dieu. On croyait générale- 
ment que la maison de France était frappée pour avoir mis 
la guene ei le schisme dans le monde chrétien. Donc, la 



« Voir tes belles paroles» à ce mjel, dins son insiractioD à son IjIs : 
• Cliier 6U, je t'enseigne que les guerres et les contens qui seront en ta 
terre, ou entre tes homes, que tu metes peine de Tapaiser à ton pooToir; 
car c'est une chose qui moult plest à Notro-Seigneur : etmessire Saint- 
fiJartin nous a donné moult grant exemple, car il ala pour mètre çès 
mtfe Ife clers qui estoient en sa arehevécbé, av tens qu'il saToii par 
Noiic Seigneur que il devoit mourir; et 11 sembla que il metoit bone fia 
en sa vie en ce fere. ■ 



48 FOUE DE CHARLES VI. 

paix était le remède; paix de rËgli3e entre Rome et 
Avignon, par la cession des deux papes; "paix de la chré- 
tienté entre la France et l'Angleterre, par un bon traité 
entre les deux rois, par une belle croisade contre le Turc, 
c'était le vœu de tout le monde ; c'étaient ce que disaient 
tout haut les sermons des prédicateurs, les harangues de 
r Université; tout bas les pleurs et les prières de tant de 
misérables, la prière commune des familles, celle que les 
mères enseignaient le soir aux petits enfants. 

Il faut voir avec quelle vivacité Jean Gerson célèbre ce 
beau don de la paix, dans un de ces moments d'espoir où 
l'on crut à la cession des deux papes. Ce sermon est plutôt 
un hymne ; l'ardent prédicateur devient poète et rime sans 
le vouloir; nul doute que ces rimes n'aient été redites et 
chantées par la foule émue qui les entendait : 

• Allons, allons, sans attarder, 

• Allons de paix le droit senUer.... 
« GrAces à Diea, honneur et gloire, 

• Quand il nous a donné yictoire. 

« Élevons nos cœurs, ô dévot peuple chrétien I mettons 
« hors toute autre cure, donnons cette heure à considérer 
« le beau don de paix qui approche. Que de fois, par 
« grands désirs, depuis près de trente ans, avons*noas 
a demandé la paix, soupiré la paix! Veniatpax^, » 

Les rois se réconcilièrent plus aisément que les papes. 
Les Anglais ne voulaient point la paix'; mais leur jroiU 
voulut ; il signa du moins une trêve de vingt-huit ans. 
Richard II, haï des siens, avait besoin de l'amitié de la 
France. Il épousa une fille du roi 3, avec une dot énonnd 
de huit cents écus^. Mais il rendait Brest et Cherbourg. 

Cet heureux traité permit à la noblesse de France, ca 

* AppyZ7.^*App.^ ae. 

* La jeune Isabelle avait sept ans. Eichard asaon qu'il «Q était épa 
sur la Yue do son portrait* * 

« App., 39. 



FOLIB DE CHARLES VI. 49 

qu'elle souhaitait depuis si longtemps, de faire encore une 
croisade. La guerre contre les infidèles, c'était la paix entre 
les chrétiens. II n'y avait plus si loin à chercher la croisade; 
elle venait nous chercher. Les Turcs avançaient; ils enve- 
loppaient Constantinople, serraient la Hongrie. Ce rapide 
conquérant, Bajazet VÉclair (Hilderim), avait, disait-on, 
jugé de faire manger l'avoine à son cheval sur l'autel de 
Saint-Pierre de ftome. Une nombreuse noblesse partit, le 
connétable, quatre princes du sang, plusieurs hommes d^ 
grande réputation, l'amiral de Vienne, les sires de Couci, 
de Boucicaut. L'ambitieux duc de Bourgogne obtint que . 
son fils, le duc de Nevers, un jeune homme de vingt-deux 
ans, fût le chef de ces vieux et expérimentés capitaines^. 
Une foule déjeunes seigneurs qui faisaient leurs premières 
armes déployèrent un luxe insensé. Les bannières, les gui- 
dons, les housses, étaient chargés d'or et d'argent ; les 
tentes étaient de satin vert. La vaisselle d'argent suivait sur 
des chariots; des bateaux de vins exquis descendaient le 
Danube. Le camp de ces croisés fourmillait de femmes et 
de filles. 

Que devenait, pendant ce temps, l'affaire du schisme? 
Beprenons d'un peu plus haut. 

Longtemps les princes avaient exploité à leur profit la 
division de l'ËgKse, le duc d'Anjou d'abord, puis le duc 
de Berri. Les papes d'Avignon, sérviles créatures de ces 
princes, ne donnaient de bénéfices qu'à ceux qu'ils leur 
désignaient. Les prêtres erraient, mouraient de faim. Les 
suppôts de l'Université, les plus savants élèves qu*elle for- 
mait, les plus éloquents docteurs, restaient oubliés à 
Paris, languissants dans quelque grenier ^. j 

A la longue pourtant, quand l'Église fut presque ruinée, 
et que les abus devinrent moins lucratifs, alors, enfin, les 



I App,, 40. 

* Nous analyserons plus tard to terrible pamphlet de Oémengifl. 

ir. 4 



I^iaces oommencèrent à écouter las plaintes de rilnher- 
aibé. Cette compagnie, enhardie par rabaissement des 
papes» prit en main Tautorité ; elle déclara qu'elle avait de 
droit divin la charge non-^ulement d'^oseigner, mais de 
corriger et de censurer, de censurer et doctrinalîter etjudù 
cUUiUr, pour parler le langage du temps. Elle appela tous ses 
membres à donner avis sur la grande question de Tunioa 
de r£glise. Tou& votèrent, du plus grand au plus petit. Uo 
troBc était ouvert aux Mathurins. Le moindre des pauvra 
maîtres de Sorbonne,^ le plus crasseux des cappets de 
Montaigu, y jeta son vote. On en compta dix mille; mais 
kta dix mille votes se réduisirent à trois avis : compromis 
entre les deux papes, cession de Tun et de Tautre, concile 
général pour juger Taffaire. La voie de cession sembla la 
plus sûre. On la croyait d'autant plus facile^ que Clé- 
ment VII venait de mourir. Le roi écrivit aux cardinaux de 
surseoir à rélcction. Ils gardèrent ses lettres cachetées, et 
se bâtèrent d'élire. Le nouvel élu,^ Pierre de Luoa, 
Benoît Xllly avait promis, il est vrai, de tout faire pour 
Tunion de l'Église, et de céder, s'il le fallait ^ 

Pour obtenir do lui qu*il tint parole, on lui envoya la 
plus solennelle ambassade qu'aucun pape eut jamais reçue. 
Les ducs de Berri, de Bourgogne et d'Orléans vinrent le 
ti'ouver à Avignon, avec un docteur envoyé par TUniver- 
sité de Paris. Celui - ci harangua le pape avec la plus 
grande hardiesse. Il avait pris ce texte : « Illuminez^ grand 
a Dieu, ceux qui devraient nous conduire, et qui sont 
a eux-mêmes dans les ténèbres et dans l'ombre de h 
« mort. » Le pape parla à merveille; il répondit avec 
beaucoup de présence d esprit et d'éloquence, protestant 
qu il ne désirait rien plus que l'union. C'était un habile 
homme, mais un Aragonais, une tête dui^e, pleine d^obs- 
tination et d'astuce. Il se joua des princes, lassa leur pa- 



FOLIE DE CHARLES VI. 54 

tience, les excédant de doctes harangues, de discours, de 
réponses et de répliques, lorsqu'il ne fallait, comme on le 
lui dit, qu'un tout petit mot : Cession ^ Puis, quand il les 
vit languissants, découragés, malades d'ennui, il s'en dé- 
barrassa par un coup hardi. Les princes ne demeuraient 
pas dans la ville d'Avignon, mais de l'autre côté, à Ville- 
neuve, et tous les jours ils passaient le pont du Rhône, 
pour conférer avec le pape. Un matin, ce pont se trouva 
brûlé, on ne passait qu'en barque avec danger et lenteur. 
Le pape assura qu'il allait rétablir le pont^. Mais les princes 
perdirent patience, et laissèrent l'Aragonais maitre du 
champ de bataille. La paix de TÊglise fut ajournée pour 
longtemps. 

Les affaires de Turquie, d*Angleterre, ne tournèrent 
pas mieux. 

Le 25 décembre 1396, pendant la nuit de Noël, au milieu 
des réjouissances de cette grande fête, tous les princes 
étant chez le roi, un cavalier entra à l'hôtel Saint-Paul, 
tout botté et eu éperons. Use jeta à genoux devant le roi, 
et dit qu'il venait de la part du duc de Nevers, prisonnier 
des Turcs. L'armée tout entière avait péri. De tant de mil- 
liers, d hommes, il restait vingt -huit hommes, les plus 
grands seigneurs, que les Turcs avaient réservés pour les 
mettre à rançon. 

Il n'y avait pjis lieu de s'en étonner ; la folle présomption 
des croisés ne pouvait qu'amener un tel désastre. Ils 
n'avaient pas même voulu croire que les Turcs pussent les 
attendre. Bajazet était à six lieues, que le maréchal Bouci- 
j caut faisait couper les oreilles aux insolents qui préten- 
daient que cette canaille infidèle osait venir à sa ren- 
contre 3. 

Le roi de Hongrie, qui avait appris à ses dépens ce genre 
de guerre, pria du moins les croisés de laisser ses Hou- 

• LeReligienx. — «Id. 

* Le Ueligieax. 



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FOLIE DE CHARLES VI. 53 

de fer, une cotte d'armes cle laine à la turque, un tambour, 
et des arcs dont les cordes étaient tissues avec des en- 
trailles humaines i. Pour que rien ne manquât à Toutrage, 
îl fit venir ses prisonniers au départ, et, s'adressant au 
comte de Nevers, il lui dit ces rudes paroles* : « Jean, je 
sais que tu es un grand seigneur en ton pays, et fils d'un 
grand seigneur. Tu es jeune, tu as long avenir. 11 se peut 
que tu sois confus et chagrin d& ce qui t'est advenu lors de 
ta première chevalerie, et que, pour réparer ton honneur, 
tu rassembles contre moi une puissante armée. Je pour- 
rais, avant de te délivrer, te faire