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Full text of "Histoire de Gigny ... de sa noble et royale abbaye, et de saint Taurin, son patron"

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HISTOIRE 

DE GIG]>ÎY, 

AU d£partemk?it du jura, 

©11 §Ik IKIOilLi ITT [a@¥/aLi ^i©Â¥i, 



ET DE 



SAINT TAURIN, SON PATRON, 

SCIYIE DE PIÈCES JtSTIFICATlVlCS , 

Pab B. GASPARD, 

natif de GIgny, 

DOCT. EN ntD. ET JVGE DE PAIX ; 

C0KKE8P. DE LA SOCIÉTÉ R. ET C. D'AtiRIC DE PARIS ; 

Dl L'ACAD. ROY. DE MÉD. DE LA MÊME VILLE ; 

~DE LA 60C. D'ÉXUL. DU JlUA ; 

DE CILLE DES SCIEXCES, LETTRES ET ARTS DE MACOÏf ; ctc. 



/ 



Nalale solum dulcedine cuoclos 

Ducit cl immcmorei dod sinil esso sut. 

Otidi. 



LONS-LE-SAUNIER , 

IMrKlNERIE IT LITUOORAPHIE DE FRÉDÉRIC GADTHISR. 

1843. 




^^.^ 



Aax bablfanto de Olfgny. 



Chers Compatriotes , - ^^' . ^•. 



fail^r pour mon usacje parficufi^r. ^'ai éprouvé 
ensuite (an( be satisfaction a connaître ce ()ui 
sVfaîf passe awfrcfots ^ans noire pa^s, i) ne j'ai 



cttt i]nt vùut iftonvm<% U mimt fUUW <\nt mot 



i^, 




tn fit fisatii. ^)*rtt bonc f^nsi a U fn^Cut , 



|>ottr vous eti renbre parftcipanf^, d ce projet bc 
^ttCficaftoti (t oBfcnu t>o(re 5^tnprtfÇic. ^c y<s\rt 
^tt€ t»on5 ne 50^eis f oin( (rompes ban5 t^oire ai(en(<^ 



j)nemetif5 be «tu Uctutt. ^^^mi(<z au moins 
txcnstr (<$ imperfections be ceffe oenvre, en favenr 
bn patriotisme et h\ bésintéressement i]ni ont 
unimé Tantenr. 



B. GASPARD. 



A 8L-EticBoe-fn-Bretsf, h 24 juin 1843. 



PRÉFA€E. 



On commence à comprendre qu*il ne suffit pas d'étudier 
l'histoire des Grecs et des Romains, qu'il convient d'j 
joindre au moins celle de son propre pays, et qu'une 
histoire générale de celui-ci ne peut même être obtenue 
qu'au moyen des histoires locales et particulières qui en 
sont les éléments. Les esprits actuels , désabusés des 
déclamations du dernier siècle, sentent aussi qu'il est bon 
de connaître non*seulement l'antiquité, mais encore cette 
longue série d'années écoulées depuis la chute de l'empire 
romain, et connues sous les noms de moyen âge et de 
temps modernes. Ils pensent avec raison qu'il y a une 
abondante moisson à recueillir pour l'histoire durant celle 
période si peu éclaircie, et qu'on ne peut pas se dispenser 
de s'instruire soigneusement d'une organisation sociale 



ij PRÉFACE. 

détruite en France en 1789, mais qui existe encore che2 
beaucoup de nations de TEurope. Bien des personnes de 
nos jours, à la vérité, méprisent ce genre de recherches, 
et jugent au moins inutile, sinon blâmable, de s'occuper 
de féodalité, de monastères et autres choses pareilles, si 
peu regrettables à leur avis. Cependant, ne doit-on pas 
reconnaître qu'il y a des leçons à recueillir d'un ordre de 
choses qui a subsisté si long-temps, et qu'il faut, comme 
on a dit, avoir du respect pour le passé aussi bien que de 
la confiance dans l'avenir ? Ne faut- il pas convenir en 
outre que celui-ci se trouve souvent écrit dans le premier? 
Le bourg de Gigny, illustré pendant neuf cents ans par 
une abbaye noble, méritait d'avoir son histoire, autant et 
peut-être mieux que plusieurs localités voisines, telles que 
Arnay, Auxonne, Beaune, Ghalon, Goligny, Dole, Gray, 
Miribel, Poligny, Pontarlier, Salins, Tournus, etc. Cette 
histoire, en eOet, n'est point celle d'un couvent moderne 
et de bas étage, mais d'une antique abbaye de Bénédictins, 
mère et supérieure de celle de GInny, ne reconnaissant 
d'autorité ecclésiastique que celle du pape, destinée è la 
noblesse à seize quartiers des deux Bourgognes, exerçant 
seigneurie et haute-Justice sur un grand nombre de lieux, 
ayant la collation ou le patronage de cinquante cures, la 
dîme dans près de quatre-vingts paroisses, avec plus de 
vingt prieurés sous sa dépendance. Une telle histoire ne 
doit donc pas être dénuée d'intérêt, puisqu'elle est relative 



n^FACB. iij 

âu célèbritëfl féodales de la province, aux familles locales 
da moyen âge les plos dislinguées par la naissance, la 
fortune et Tédacalion , aot membres des maisons de 
l' Anbépin , de Balay , Coligny , Faletans , Hentbon , 
Hontmoret» Hoyria» Ray, Bye, Scey, Thesut» Thoulonjon, 
Vergy, Vienne» etc.» etc.. Il ne faut pas toutefois s'at- 
tendre à ce que cette histoire présente le même intérêt 
qae celle d'un empire » d'une nation , ni même d'un 
conquérant. On n'y trouyera ni rét olutions, ni guerres, 
ni batailles» ni négociations poliliques. Mais» outre les 
faits de tant de localités intéressants pour les personnes 
en farenr desquelles elle est surtout écrite, on y apprendra 
beaucoup de choses fort peu connues des lecteurs de nos 
jours» telles que les mœurs du moyen âge, les coutumes 
de la féodalité» les usages des cloîtres bénédiclins, la vie 
privée des moines» les droits et la puissance du clergé 
régulier» etc.. Ces connaissances seront tout-k-fait neuves 
pour ceux qui n'ont pas vu l'ordre social détruit depuis 
plus de cinquante ans. Ils pourront comparer cet ordre 
avec celui de nos jours» juger ce que nous avons gagné ou 
perdu au changement» réfléchir sur l'utililé ou Tinutilité 
des monastères» sur le bon et le mauvais côté de la 
noblesse» sur les meilleures bases des gouvernements et 
de la morale publique» etc., etc. 

Sans l'exécution du décret de la convention nationale, 
qui condamna aux flammes les chartes des églises et des 



iY PRÉFACE. 

châteaux, rhisloire qu'on va lire eûl été bien plus complète 
el probablemenl plus ÎDléressanle. Elle aurait surlout ëlé 
bien plus facile à composer. En remplacement des 
nombreux litres détruits par cet acte de vandalisme 
révolutionnaire, l'auteur a été forcé de rechercher des 
documents, soit dans les archives municipales de Gigny, 
soit dans celles du voisinage* à Cuiseauz, à Lons-le-âaunier| 
k St.-Claude, à Besançon, à Dijon et à Lyon. Il a recueilli 
aussi çà et là des copies plus ou moins exactes pour 
suppléer à quelques originauzi et on verra, en parcourant 
le recueil des pièces justificatives placées à la suite de 
l'ouvrage, que ses longues recherches n*ont pas élé sans 
quelques succès. A ces nombreuses chartes inédites, il en 
a ajouté à peu près autant d'autres relatives à Gigny, 
provenant en partie des archives de l'abbaye de ce lieu, et 
qui se trouvaient déjà publiées dans des livres rares » 
n'existant guères que dans les grandes bibliothèques, et 
dès-lors peu connus ou peu à la disposition de la plupart 
des lecteurs. Elles ont été principalement extraites des 
recueils de d'Achéry, de Baluze, des Bollandisles, de du 
Boucheti P.-F. Ghifflet, Duchéne, Dunod, Guichenon, 
Juénin, St. Julien de Balleure, Justel, Labbe, Lamure, 
Mabillon» Manrique, Marrier, llartenne, D. de Ste. 
Marthe» Plancher, etc.. Deux inventaires du Chapitre de 
Gigny, échappés par hasard au désastre de 1794, ont été 
aussi dépouillés avec fruit. Quoique superficiels, incomplets 



PRlfFACE* f 

el rédigés avec peu de soin» ils ont néanmoins fourni 
des renseignements importants et des dates précieuses. 
L'auteur a consulté, en outre, les notes recueillies par 
Tabbé Barerel sur toute la Franche-^Comté, et par J.-B. 
Béchet sur les communes du département du Jura, notes 
manuscrites qui sont déposées à la bibliothèque de 
Besançon. Il n'est pas jusqu'aux registres ciyils de Gigny 
et des lieux voisins, aux minutes des notaires et aux 
pièces de diverses procédures dont il n'ait cherché à tirer 
quelque parti. Il n'a pas même négligé les traditions qui 
ont encore cours dans les nombreuses localités jadis 
dépendantes de Gigny, et dont il n'a pas voulu parler 
sans les avoir visitées convenablement. Enfin il a lu avec 
beaucoup de soin ce qui avait déjà été écrit sur Tobjet de 
ses éludes, tant par les auteurs précités que par d'autres^ 
notamment par Besson, Chevalier, Gourtépée, Durand, 
Gâcon, Garreau, GoUut, Guillaume, Lequinio, Paradin, 
Pyot, etc., sans négliger les ouvrages des hommes de 
lettres encore vivants, de MM. ClerCi Lorain, Monnier, 
La Teyssonnière, etc.. 

Pour remplir la tâche qu'il s'était imposée, l'auteur a 
eu la satisfaction de rencontrer plusieurs hommes de 
lettres ou personnes obligeantes qui l'ont aidé de tous 
leurs moyens, en lui procurant ou indiquant des titres 
inédits, des livres rares ou des documents de plus d'un 
genre. 11 se plaît à leur en renouveler ici publiquement 



Vj PRÉFACE. 

ioQle sa reconnaissance, et sorlout à MU. Agron, à 
Ouroux ; Girod, à Si. -Glande; Guichard, à Consance; 
Oudet^ à Dijon; Paitu, à Dole ; Piard^ à Lons-le-Saunier; 
Weiss, à Besançon, etc. Il la renouyelle encore plus 
spécialement à son honorable et savant ami et condisciple 
M. D. Monnier, qui ne cesse d'enrichir Thistoire de 
l'ancienne Séquanie du fruit de ses précieuses recherches, 
et qui a coopéré de tout son zèle à l'ouvrage dont il 
s'agit. Ses nombreuses communications ont été indiquées 
en marge par l'initiale de son nom, lorsqu'elles ne Tont 
pas été autrement. 

C'est au moyen de ces matériaux et de ces divers 
secours que l'histoire de Gigny a été composée, et on a 
publié à la fin les chartes les plus importantes qui lui 
servent de preuves ou de pièces justificatives. Ces chartes 
confirmeront non- seulement la véracité de l'historien, 
mais encore seront lues avec un certain intérêt par 
beaucoup de personnes, auxquelles elles feront connaître 
l'état des langues latine et française au moyen âge, et 
procureront de nombreux et utiles renseignements. Elles 
font indiquées par leurs numéros en marge du corps de 
l'histoire. Celle-ci étant une histoire de Bénédictins, on 
a cm devoir tâcher de l'écrire à la manière des Bénédictins 
da 17.* et du 18.* siècle. On l'a donc rédigée en style 
simple et sans prétention, plutôt sous forme d'annales 
que d'histoire proprement dite, en y accumulant des faits 



PEÂFACB. Vij 

et des dates, au liea de la remplir de réflexions ou de 
déclamations pour ou contre le moyen âge, la féodalilé, 
le monachisme, etc.. On s'est abstenu d'y émettre aucune 
opinion sur ces questions ardues, et on a laissé le champ 
des réflexions libre à tous les lecteurs. Inspiré par le seul 
amour du pays, l'ouvrage ne se distinguera donc par aucune 
couleur politique. Beaucoup de lecteurs, accoutumés au 
style romantique et dévergondé de nos jours, trouveront 
celui de cette histoire trop sérieux, trop sévère et même 
sec. Or, on n'a pas eu l'intention d'écrire un feuilleton ni 
un roman, mais bien un livre grave, comme la matière 
qui en fait l'objet. D'ailleurs, un auteur de beaucoup 
d'esprit a dit, il y a long-temps, que l'histoire platt 
toujours, de quelque manière qu'elle soit écrite (*). 

L'histoire de Gigny a été annoncée comme une œuvre 
consciencieuse et de piété patriotique, et non comme un 
objet de spéculation. Il en sera ainsi, et ceux qui n'ont 
pas coopéré à la publier, en y souscrivant, ne la trouveront 
pas dans le commerce. Le nombre des souscriptions ne 
s'élevait pas à 300 lorsque l'impression a été commencée; 
mais l'auteur a fait tirer l'ouvrage à 400 exemplaires, 
soit dans l'espoir d'en obtenir de nouvelles durant le 
cours de l'impression, soit pour réduire à ses propres 
dépens le montant de chaque souscription qui s'élève à 
SIX francs^ selon le détail qui suit : 

(*) Biêtoria quoquo modo tcripta détectât. Plim. LU>. y, epîst. 8. 



Tiîj PEifFAGB. 

Prix de chaque feuille traité à raison de &0 francs» ci 

pouf les 53 feuilles 2,120 fr. 

Jd. des plans, cartes et figures lilhographiées 
quelconques, convenu à 225 

Id. du brochage 30 

Id. de l'impression des prospectus, etc. • 25 

Total. . . 2,400 fr. 



LISTE ALPHABÉTIQUE 



DES SOUSCRIPTEURS PAR DÉPARTEMENTS. 



AIN. 

BAILLAT, curé, à Treffort 

BEVIERE (D."« de la), rentière, à Bourg*. . . 

CA.LLOD, desservant, à Yarambon 

— huissier, à Treffort 

CLAIRET, curé, à Pont-d'Ain 

COUSANÇAT, docteur-médecin, à Treffort. . . . 

DELPHIS , desserrant , à Gorreyssia 

DOR , . id. à Donsure 

ÉCOCHARD, id. k Foissia ....'. 

FARJON, id. k Cuisia. ...... 

FA>'RE , juge de paix, à Coligny 

FRANC, maire, à Pressia 

G.\R.\DOZ (M.™« veuTe),> Bourg 

GIRARD , desserrant, à Blarbox . ' . • . . . 

G ROMIËR, docteur-médecin, à Coligny 

GRUEL, desservant, à Pirajoux . . 4 . . . . 

GLILLALAIOT, desservant, à Dortan 

MILLON, id. à Bény. . . . . .. 

UORAND, id. à Villemoutier ... 
HORNAY (Eugène), propriétaire, à Bourg . . . 
PERRODIN , curé, à Coligny 

— desservant, à Argis 

— id. à Courmangoux 

— id. à Meillonna 

— marchand, à Bourg 

ROUX, desservant, à S.-Étienne-du-Bois . . . . 
TEYSSONMÈRE (de la), homme de lettres, à Bouriç. 
TOURNIER, agent->oyer, à Belle} 



I 



n LISTE r-^^yjz 

COTE-D'OR. 

MM* 

BAUDOT, homme de lettres, à Dijon i 

FEVRET DE S.-MÉMIN, consenratear da musée, tb I 

LORIN-LAFARGÈRE, coDseiUer enC. R., tb I 

OUDET, président en G. R., i6. . I 

DOVBS. 

BÉCHET , conseiller en C. R. y à Besançon 

BOURGON, id. ib 

BROCARD, directeur du séminaire, ib 

GLERC, conseiller en G. R., i& 

JOUX (le baron de S.) , «6 

MOIfTALEBIBERT (le comte de), f6 

ROTALIER (Charles de), 1*6 

SEVESTRE jeune (Pabbé), 16 

VATARD, libraire, t6 

TAUCHIER (L. comte de), 16 

WEISS , hommes de lettres , t6 



JURA. 



ALVISET, subst. du proc. du roi, li Lons-le-Saunier . 
BADET (Alexis), propriétaire, à Gigny 

— (Auguste), menuisier, ib 

— (Jean-Pierre), adjoint, 1*6 

BAILLY, desservant , à Bourcia 

— père, avocat, à Lons-le-6aunier .... 

— (de S.-Julien), avocat, t'6 

BALAY (M.™« la comtesse de), à Dole 

BARGAUD (Jean-Pierre), à Gigny . ^ . . . . 
BARON (Jér.-Dés.), propriétaire, à Lons-le-Saunier . 

— maire , à Maynal 

BAUDOT, secrétaire de la mairie , à Lons-le-Saunier 

BERGER , desservant , à Louvenne 

BERNARD, id. à la Boissière 

BERTH£|i£T (FéUx) , teinturier, à Gigny .... 



1>BS SOUSCRIPTEURS. ^J 

Ma* 

BERTHELET (letn-^Uude), ancien maire , à Gigny 

BERTHELON (Pierre), propriétaire, t6 

BESÂPiÇON » curé, à Gousance 

— desservant , à Maynal 

BOLE, id. aux Petites-Chiettcs 

BOLOHIER, notaire, à S.*Âmour 

BONBIL , sous-préfet , à S.-Claude 

BONNEFOT, desservant , à Sarrogna 

BOUILLIER (Fidèle), propriétaire, à Lon»-le-Saunier .... 
BOUQUEROD fils (Alexis), propriétaire, à Gigny 

— (Hubert) id. t6 

^ née Caillou (veuve) , id. ib » 

BOUSSAUD, desservant, à Lect 

BRU?C (J.'S.), propriétaire, à Dole 

BUCHAILLAT, docteur-médecin , à Cousance 

BUFFET, desservant, à Loysia 

— (Joseph), propriétaire, à Gigny 

CAILLON (Alexis), propriétaire, au Villars 

— (Auguste), !d. ib 

— (Basile), tanneur, à Gigny 

— (Benoit), instituteur, ib 

— (J.-B.«e), propriétaire, ib 

— (Jean-B.), id. auYillars 

— (François), id. î6 

— (Qaude- Joseph), id. ib 

— (Napoléon), id. t6 

— ancien officier de cavalerie , à Gigny 

— (Zéphirin), propriétaire, ib 

CARDOT, docteur-médecin, à S.-Amour 

CHAFFOLT, ancien percepteur, à Gigny 

CHAIGNON (Th. de), propriéteire, à S.-Amour 

CHAMON (Mgr. de), évéquc, à S. Claude 2 

CHAPON (J.-B.»«) , propriétaire , à Cropet 

CfURNAL, curé, à Orgelet 

CHARPY, notaire, à S. Amour 

CUEVASSINE, desservant, au Frasnois 

CHEVASSUS, id. àVéria 



XIJ LISTE 

MM. 
CHEVILLARD, prjsid. de la Soc. d'Émnl., k Lons-le-Saonier . 
CLERC (Adrion), prapriétaiTe, à S. Julien 

— lu jeune (Claude), id., 1 Digoa 

— notaire, i S. lulieo 

CO»)IOY, architccle, kS.-Claude 

CO.VTE , desservant', k la Chaui-du-Dombier 

COMTESSE, doct. niL'd., i MontOcur . . . ' 

CO^ST.^NCE, dmservKQt, à Pjmoriii 

COHSTAST (Scjitmur di), offie. de caval., à S. Amour . . . 

CONVERT (Joseph), propriétaire, ii Gtaye 

CtiRSlLLOTi (D."'). rentière, 1 S. Amour 

DANANCIIES (J.), propriétaire, ib 

UAMEL, dort. oi<!d., k S. Julien 

DARBO> (Louis), propriétaire, k Orgelet 

DAIVEROE, desserrant , i, Cuisia 

— mi^dccin, k S. Julien 

DAVID, curé, i6 

— huissier, ib 

— desservant, !i Beautorl 

DEBOIS, iJ. k Dessia . ... 

DECOEin (Albert), proprt.*t»ire, k Gigoy 

— (Jean-Loui»), id. k 8. Julien 

DÉLOy (François), id. k Cropet 

DEMCRSON , doct. m^d-, k Coumdcc 

DE30US , farde forestier, k Gigny 

— médecin, ift 

DETIIEL, propriétaire, ib 

DUPARCHY, dessenant, kÉpy 

DlPllS (Franfois), tailleur de pierre», k Gigny 

ÉCOIFFIEB , ruré, â Salins 

FAVIER,de*sprïanl, k Montagna-le-Templier 

FKOT, id. k Cflnde 

FIEITX (Thaurin), propriétaire, a Giguy 

FILLOD (lean-B.''), id. k Cropet 

Ft'SlER, ruré, a VillFrs-Farlay, auparavant i Gigny . , . 
GACO> , ancien magistrat , a Orgelet 

— (Henri), ivoral, k Lons-lc-Sauuier . . ■ . . _. . 



BES SOUSCRIPTEURS. Xiij 

BLskt 

GANDILLET (Théophile), tailleur d'habits, à Oigny 

GA>'I VET (Charles), propriétaire , i6 

GASPARD (Thimothé), id ih 

GAUTHIER (Frédéric), imprimeur-éditeur, à Lons-le-Saunler . . 

— (Fcrréol), aubergiste, à Gîgny 

GERMAIN (Alb. de S.), propriétaire, a S. Amour 

GOY (François-Joseph), id. h Gigny 

— (Xaricr), id. ib 

GOYBEL (Abel), - id. t6 

— (Claude), id. ib 

— séminariste, id. ib 

CRAMMONT (Joseph), id. ib 

GRÉA, desservant, à Nogna 

— (Gaude-Uippolyte), propriétaire, à Graye 

— (Félix), id. à Chamay 

— (Joseph), .id. à Graye 

— (Nicolas) , id. à Morges 

— (XaTier) , * id. à Graye 

GUICHARD fils, homme de lettres, à Côusanco 

— desservant, à Crcssia 

Gl'lLLArMOD, doct. méd., à Gigny 

— maiire, à Louveniie 

GUILLAUMOT (Joseph), propriétaire, à Cropet 

— (ils (Joseph), id. à Louvenne 

IIARPIN, directeur des domaines, à Lons-le-Saunier 

UAUTECOURT (Doms d*), homme de lettres» à Vallefin .... 

JACQUENOT, desservant, à Coisia 

JACQUET, id. à Rosay 

JACQUIN, id. à Poitte 

JANET (Ignace), propriétaire, à Cropet 

— (Raphaël), id. t6 

JEANTET, libraire, à S. Claude 

JETOT, desserrant , à Montfleur 

JORIN , greffier du trib. civil, à Lons-le-Saunier 

LONS-LE-SAUMER (Bibliothèque de la ville de) 

— (Archives de la préfecture de) 

Ll*GA>, dcsiM.'ryant, k Gigny 



\iy LISTE 

MM. 

HARQUISET, sous-préfet;, à Dole 

MARTIN, maire, à Gigny 

MARTIN, desservant à St. -Laurent-la-Roche . . . 

MAUR (Paul), pharmacien, à Dole 

MERLE (A.), propriétaire, à S. Amour 

MESTRE (Pierre), à Gigny 

MEYNIER (Pierre), cafetier, t6 

MICHOLET (André), maire, à Loysia 

MIDOR (Auguste), propriétaire, à Gigny. 

— (Frédéric), id. 16 

— (Théodore), id. t6 

MILLET (Auguste), id. ib 

MILLET , curé à Clairvaux 

HISEREY (Léopold de), propriétaire, à Salins. . . 
MONNIER (D.), homme de lettres, à Domblans. . . 
MOREL (Gustave), membre du cons. gén., à Arintliod 

MOTAY, notaire, à Gigny 

AILNIER (J.-B.««), maire, à Foncine-le-Haut . . . 

MU YARD, desservant , à Yillechantria 

OUDET, notaire, à Beaufort 

0€THIER, desservant, à Nanley 

FALLU , bibliothécaire de la ville, à Dole .... 
PASSAQUAY, père, doct. méd., à Saint- Amour . . 

PASSOT (Claude-François), à Gigny 

PAUTUIER (Claude), propriétaire, t6 

— (Joseph), id. 16 

— (Laurent), id. f6 

PÉLAGEY (A. de), id. à S. Amour. . . 

PELISSARD , desservant , à Lains 

PERRACHON (François), à Gigny. ...... 

PERRET, curé, à S. Amour 

PERROD (J.-B.*«), ancien maire, à Digna . . . . 

PERRODIN , desservant , ib 

PETIT, ancien desserv. de Gigny, à Lons-le -Saunier . 

PI ARD , receveur municipal , ib 

PICOT D'ALIGNY (le baron de), à Montmircy-la-Ville 
PLASSIIS (D.»c Lucile), rentière, à Gigny. . . . 



DES SOUSCRIPTEURS. XV 

MM. 

POLT, ancien offic. d'infant.» à Andelot 

POUPON (Augustin) y propriétaire, à Gigny 

— (Félix), id. àCropet 

— (Joseph), id. ib 

POUPON (Louis), propriétaire, à Cropet 

POURCHOT, architecte, à Lons-le- Saunier 

PUVINEL , notaire , à Montfleur 

RARUSSON fils, homme de lettres, à Dole 

REFFEY, desserrant, à Martigna 

RIRARD , maire , à Graye 

ROCHET (Jean-Pierre), propriétaire , i6 

ROUTHIER (Ferréol) , maréchal, à Gigny 

RDRIN DE MÉRIREL, sous-int. milit., à Lons-le -Saunier . . . 

SAPPEL (De) , propriétaire, ï Lons-ie-Saunier 

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION du Jura, 1*6 

THOISY (Adrien, yicomte de), à Gizia 

TINSEAU (Alph. de), propriétaire, k S.-YUe 

TREILLE (Antoine), adjoint , à Loysia 

VIOT (Antony), propriétaire , à Andelot . 

VUILLEMEY (Pierre), propriétaire, à Gigny 

VCILLET (Claude). id. ih 

— (François), id. t6 



MARNE. 

GOUSSET (Mgr.), archevêque , à Rheims 

RHONE. 



RERTRAND , pharmacien , à Lyon 

ROYAUD, de Gigny, employé à la préfecture , t6 

FOURNET, professeur de géologie , i6 

GOYREL, de Gigny , commis-négociant , ib 

OUDET, aTOué en cour royale , i6 

PATEL , négociant , 16 

REUDET, de Gigny, doct. méd. , t'6 S 

SERGENT, de Gigny, négociant y 1*6 1 



XVJ LISTE 

MM. 
TABOUREAU , pharmacien , à Lyon. 



HAUTE-SAONE. 

GOYBEL, de Gig^ny^ desservant, à Cresancey i 

SAONE-ET-LOIRE. 

AGRON , homme de lettres, k Ouroux-en-Bresse 

— ancien officier d'infant., ih 

BAREILLER , officier d'infant., à Cuiseaux 

BAZIN , avocat , à S. Étienne-en-Bresse 

BES9ARD , notaire , à Toumus 

BIDAULT, propriétaire , à Branges . , . • , 

BOURDON , sous-préfet , à Aatun 

BOUTELIER-MOYNE , avoué licencié, à Louhans 

BOUVIER , garde forestier, à Joudes 

BRESSAND , instituteur, à S. Vincent-en-Bresse. . . . . . 

BRUILLOT , propriétaire , à S. Étienoe-en-Br 

BUCHOT, huissier, à Louhans 

CAILLON, propriétaire, à Cuiseaux . 

CANAT (aîné), id. à S. Vinoent-en-Br 

CEYSSEL, id. ih 

CHAUMONT, curé , à Toumus 

COULOUMY, procureur du roi , à Autun 

DAVIN, principal du collège , à Cuiseaux . 

DESSAINT, juge au trib. civ. de Chalon. ........ 

DIARD, bibliothécaire de la ville, à Chalon 

DIDIER , avocat , à Louhans 

DOREY, percepteur, à Montret 

DUVERNAIXT, propriétaire, à S. Vincent-en-Br. ...'.. 

FAVIER, huissier, à Montret 

FOUQUES , libraire , k Chalon 2 

GASPARD, ancien notaire , à S. Étienne-en-Br 2 

— doct. en méd., ih 95 

— percepteur des contrib. , à S. Marlin-en-Br. ... 4 

GILET, triangulateur du cadastre, à Louhans f 

GIRARD , juge de paix ^ à S. Martin-en-Br 1 



DBS SOUSCRIPTEURS. 

BIiiI. 

GIRARD, notaire, à Verdun 

GRILLET (Emile), avocat , k Louhans .... 

JAILLET, maire, à Frontenaud. 

JOCOTTON, avocat, à Louhans 

LA\1R0TTE , receveur des finances , à Âutun . . 
LESNE, percepteur des cofttrib., à Ouroux-en-Br . 
IIARCHE (le marquis de la), à Villegaudin . . . 
MARTIN , régisseur, t6. . 

— maire, à Vérisscy 

— pharmacien , à Chalon 

KATDEY (René), homme de lettres, à Thurey. . 

— percepteur des contrib., à Lessard-en-Br. 

MOREAU, maire, à S. André-en-Br 

MOYRU (le marquis de), à Alleriot 

PEQUEGINOT, desservant, à S. Boil 

PERMN , maire , à la Frette 

PEKRET (J.-B.*^), marchand, à Culseaux . . . 
PERRUSSOIH , homme de lettres, k Chalon . . . 
PETIT, vérifie, des poids et mes. , k Louhans . . 
POCHON , président du trib. civ. , i». . . . . 
POLLLEAU, maire, à S. Martin-en-Br. .... 
POURVILLE (Mauret de), sous-préfet , à Louhans 

PROCm , curé, à Montret 

REBILLARD, ancien notaire , à Simard .... 

— notaire , k Montret 

RODDE (le comte de la), à S. Martin-en-Br. . . 
ROJAT, percepteur des contrib. à Cuiseaui. . . 
"VIVIEN , receveur de l'enregistrement , k Tournas 



XVIJ 



SARTHE. 



GUÉRANGES (Dom.), abbé, de Solesmes. 



VIENNE. 



MOYNE, pr. président delà C.R., à Poitiers 2 



Total des souscriptions 400 



HISTOIRE 

DE GIGNY, 



cim1>itbe pbeher. 

Syoooyaie. DomoDyinle. Biymologie. 

Le bourg dont on va lire Thistoire est une couimune du 
département du Jura, dans la partie de Tancien Comté de 
Bourgogne désignée, au moyen &ge, sous le nom de pays ou 
canton de Scodmg^^). Il est établi dans un vallon agréable, 
arrosé par la rivière de Suran et dans un site dont la beauté 
n'a pas échappé k Tauteur d'une ancienne légende. 

Ce bourg a élé désigné dans les chartes latines par les 
noms de Gigniacum, Gigniaeus , Gignc€umm, Giynium, Gmnior' 
mm, Ginyacum, G'mniacus, Giniacus, et dans les anciens titres 
en fi*ançais , par ceux de Gicfnie, Gignié , Gignyc, Gignyé, Gi- 
gnaj , Ghjnal et Gifpiia, 

Les dénominations n'ont pas été données arbitrairement 
aux choses, et , quoiqu'on en puisse dire, il existe des éty- 

(i) Ce ODlon était lin.ilé, telon M. Monnier, àroiicnt, par la créle dn mont 
Jara; à l*ocri<lent, par une ligne tirée de Verdun à CliaTauncs-ani-Sutan , en 
pasnntpar Louhanc; aulud, par une autre ligne tracée du même lieu de Cha- 
vannes à Genève ; ku nord, par une troiaiëme ligne tendant de Verdun au mont 
Jon, en passant par Poligny et Nozerc^. 

On trouTe en eflet, dans les chartes du IX.* et du x.* sibcle, les bouri;s ou 
▼illages de Baume, ChampagnoU, Chapelle- Voland, ChÂIentfChalon^ SainhChris' 
lephe^ JFeitgnj', Saini'Lamain^ SaitULauthein^ Marges et Vincelles^ mentionnés 
romme dépendante au Scoding. Mais, d*an autre côté, on trouve aussi Salins 
fi Rracon indiquia comme en faisant partie, quoique situés au nord de la ligne ; 
^^A <jue Poligny txi^<ne est cité comme é«ant du canton du Varais* 

1 



c. so. 



2 IIISTOIRR Dl 61GNY. 

mologîes 1res certaines. Le nom de Gigny n'a pas été imposé 
non plus sans motif au lieu qui nous occupe , d'autant 
mieux qu'il existe en Ffance an moins douze communes 
ainsi désignées ^K tl démit donc satisfoisant d'en découvrir 
l'étymologie ; mais l'auteur de cette histoire avoue n'être 
parvenu, au moyen de ses recherches et de ses méditations, k 
en trouver aucune qui fût fondée. A la vérité , on pourrait 
penser que ce mot signifierait un monastère, si on admettait, 
avec le célèbre érudit Ducange, que Gignasium , dans le 
moyen âge , voulait dire un collège, un séminaire, comme 
étant dérivé de Gymnasium. Mais rien ne justifie ce sens , et 
cette dérivation est même contraire aux principes de Tart 
étymologique. D'ailleurs , pour confirmer cette élymologîe , 
il faudrait qu'il eût existé des monastères dans tous les lieux 
du nom de Gigny, comme dans celui dont il est ici question ; 
or , il n'en est point ainsi. D'un autre cAté , si ce mot eût 
désigné par lui-même un établissement monastique, comme 
le mot moïKîer, on ne trouverait pas dans les plus anciennes 
7,38,39,42, chartes les expressions dès-lors redondantes de monasterium 

43 44. 

de Gigmaco, ou lod ^i dicitur Gignîaais, lesquelles ressemble- 
raient à celles de monastère de monaslère, mouticr de moutier. 
Un auteur , qui a voulu dériver de la langue celtique la 
plupart des noms de lieux de la Franche-Comté , l'abbé 
BuUet , a donné pour radicaux h celui dont il s'agit, Ghmj , 
Gui, Gwm, qui, selon lui , signifient ra//on, rivière et pré. Or, 
notre Gigny est effectivement situé dans un vallon, où coule 
une rivière à travers une prairie. Cependant , cette étymo- 

(a) Gignjr^ dam les départementt da Jor»» de Sadne*et-Lotre, de la Côte-d*Or, 
de la Marne et de ITonne* 

Gign4Y^ d iDt l*mrtODdia(iemeat[d*£pinal , au département des Vo«(e«. 

QigHt^iUe, dans l*arrondisaement de Mirecourt , au même dc{>artement. ^ 

Gign^f daac le départemeot du Pny-de-Dôme. 

Gignac^ dans les départcmfnU de riiéraalt, de Vaacluse, du Lot et des Bou- 
chek-du-Hhèiie. 



CHAPITRB II. 3 

logien'ikanl pas applicable aux autres lieux du même nom, 
00 doit la regarder comme au moins aussi incertaine que la 
précédente. 

Enfin , on a peQsé aussi que Gigny dérivait du mot Gy- 
nécée; mais M. Mmrnkr qui a donné cette étymologie , il y a 
plus de vingt ans, la reconnaissant aujourd'hui peu fondée , 
on ne s'attachera pas à la réfuter. 



CHAPITRE U. 

De Giffoy aTanl too «bbay». 

Les religieux de Gigny disaient, en 1762, « Que , dans le 
t principe, Gigny étiiit un lieu désert, boisé, nîarécag(»ux , 
a et, h cause de cela, choisi pour l'établissement d'un mo- 
d nastère de bénédictins ; que tel était l'esprit du temps et 
d de l'institut ; que le village ne s'était formé qu'ensuite 
et et autour de l'abbaye ; qu'il en avait été de même de 
« Baume « de Saint-Claude , de Cluny, de Luxeuil, etc. » 

Cette opinion est au moins bien spécieuse , si elle n'est 
point établie en réalité. Néanmoins, on peut avoir des dou- 
tes à cet égard , et présumer que Gigny était déjà un lieu 
plus ou moins habité , lorsque l'abbaye y fut fondée. En 
effet , 1 .® ce nom donné , comme on a dit, h douze com- 
munes de France qui n'ont point de resseniblanc(»s topogra- 
phiques ou autres, ne s'api)lique vraisemblablement pas h un 
lieu désert ; 2.° une légende du onzième siècle au plus tard c 20. 
mentionne des habitations à Gigny , lorsqu'en l'année 912 
environ , c'est-à-dire , ])eu de temps après la fondation de 
l'abbaye , les reliques de saint Taurin y furent apportées ; 
3.** une charte de 1 517 déclare positivement qu'il y existait dé- c. loa. 
jà un bourg ou village avant cette même fondation ; 4.*^ le 



4 HISTOIRE DE GICNT. 

nom de Sarraz'mCy que porte la belle et excellente source 
qui fournit d*cau les fontaines de ce lieu , prouverait peut- 
être qu^il a été envahi, en 731 environ , par les Sarrasins, 
lorsqu'ils s'emparèrent de la Bourgogne et qu'ils pénétrè- 
rent jusqu'à Besançon , Luxeuil , Gray , Dijon , Auxerre et 
Sens (3). 

Au reste , à supposer l'existence de Gigny à une époque 
reculée , aucun document ne ferait connaître en quoi ce 
lieu aurait consisté alors , ni quels événements s'y attache- 
raient , et il faut convenir qu'on ne peut commencer son 
histoire que par celle de son abbaye. 



CHAPITRE m. 

BERNON , I.®' ABBÉ. 
Fondation de l'abbaye de Gigny. 

S !.•' Bemon , appelé aussi, on ne sait pourquoi, Wemîer 
et Bruno par le vieil historien de la Franche-Comté , était 
d'une illustre naissance, d'une grande fortune et de l'une 
des premières familles de Bourgogne. La plupart des his- 
toriens, d'après de vieilles légendes, et sur la foi d'un chro- 
niqueur du onzième siècle , ont dit qu'il était comte de 

(3> Cei peuplef , lors de leur inTasion et de fear téjonr, ont probablement 
donné leur nom à d'autres localités pi us ou moins voinnes de Gigny : k SarrnztNf 
hameau deSaintSulpice ou Condat, prës Saint-Amour ; au Fhrt Snrrann^ prèa 
d*Ambronay ; au Camp Sarratinet^ pt-bs Bourg ; aux camp et mur des Sarrnsintf 
prêt Saint- Christophe et la Tour-du-Meix ; au Pont-Sarrazirif ttirl^ Saône entre 
Ouroux et Chalon , et k beaucoup d'autres lieux cités dans les onvrages de 
M>l, CierCf Monnler et La Tejrssonnière, On leur attribue antsi en 7 Ja le mattyre 
de saint Marin prbs Moirans ; et cette petite ville, nommée en latiu Maitrian», 
avait des tètes de Maures dans sa armoiiics. 



CHAPITRE III. 5 

Bourgogne, et qu'il avait quitté le monde et la conr avec 
leurs grandeurs et leurs plaisirs , pour servir Dieu dans les 
austérités du cloître. Ils ont encore soupçonné ou même 
pi*étendu qu'il était fils d'Audon ou Atton, comte de Bourgo- 
gne et beau-frère du roi Louis-le-Bègue, et qu'il était fils ou 
petit-fils d* Yve ou Eve, comtesse de Bourgogne et de Mâcon, 
et petite-fille elle-même de l'empereur Lotliaire ^t^) ; que 
dès-lors il descendait doublement de la race royale carlo- 
vingienne par son père et par son aïeule. Us sont allés jusqu'à 
dire qu'il avait gouverné lui-même le comté de Bourgogne , 
et qu'il avait eu pour successeur Hugues-le-Noir, fils du duc 
Ricbard-le-Justicier. Or , il faut convenir que ces assertions 
sont purement conjecturales, que quelques-unes sont même 
démenties par l'histoire, et qu'il n'y a de grave que le témoi- 
gnage du moine Sigebert , qui dit que de comte , Bemon c. 90, » , u^ 
devint abbé de Gigny, monastère fondé par lui. Les autres ^»^ 
chroniqueurs ou légendaires n'ont fait que répéter à satiété 
le passage de cet auteur qui écrivait déj^ deux siècles après 
l'événement. 

S 2. On ne sait rien des premières années de Bemon. Il 
est seulement présumable qu'il est né en 850 environ , ou 850 
dans la première moitié du neuvième siècle , puisqu'k l'épo- 
que de sa mort, en 927, il était, dit-on, accablé de vieillesse, c.ai. 
A la vérité on lit cà et là qu'il a pris l'habit religieux à Bau- 
me, et qu'il y a été disciple de saint Eutique; qu'il est 
devenu moine dans l'abbaye de Saint-Savin en Poitou , et 
qu'en l'année 886, saint Hugues de Poitiers, chef de ce mo- 886 

(4) On ignore oii Paradin, puii Gollut, ont trouvé que la mëre ou Taïeule de 
Bemon s'appelait Tto; On voit Hen que la femme de Warin, comte de MIcon, ett 
LomméeJt^novL Jvana dans une charte de 8 aS ; que la sœur du comte Onillaame, 
fondateur de Cluuy, morte en 19a, est appelée Aitm. dâUtatisia dans des chartes 
de 8) a et 907, dÉforut dans Tacte de fondation de Cluriy en 909, jéya Comitista 
dans une charte 9$ i et dans la chronique de Sigebert ; qu*une comtesse de même 
nom, fille de Gérard de Rous«illon,a signé en 887 Pacte de fondation deFabbnye 
4e Vexelay. Mais, en tout cela, ou ne Toit désignée aucune parente de Bernon. 



6 HISTOIRE DK 6IGNY. 

886 nastère , Ta envoyé « avec seize autres religieux, dans 1 ab- 
baje de Baint-Hartin d'Autno qui venait d'être rétablie. 
Mais ces assertions ne sont étayées d'aucun document positif, 
ou sont même des erreurs palpables^ Si on en croît seule^ 

<^-si* ment une légende du onzième siècle assez suspecte d'ail* 
leurs , il est établi que Bemon a été effectivement moine à 
Autun ; que de là il a été envoyé k Baume avec saint 
Hugues d'Autun » pour y remettre en vigueur la discipline 
monastique , et qu'après avoir rétabli convenablement ce 
monastère , il en a fondé ou réformé plusieurs autres célè* 
bres. 
S 3, Bemon n*a donc pas été le fondateur de l'abbaye de 

c. S3. Baume « quoiqu'on dise une légende de saint Odon. 11 n'en 
a été que le restaurateur et le réformateur ; il l'a seulement 

c. 3a. rétablie de fond en comble , pour parler comme une charte 
contemporaine. Aussi, cette abbaye est bien plus ancienne, 
soit qu'elle remonte k saint Désiré » patron de Lons-le-Sau^ 
nier , mort avant l'an 390 , ou k saint Lauthein , décédé en 
547 ; soit qu'elle reconnaisse pour fondateurs saint Colora-> 
ban, mort en 615, ou saint Eutique , autrement saint Benoît 
d'Aniane, enSâi. 

S 4. On a attribué , avec assez de fondement, l'établisse* 
ment des monastères et la retraite dans les couvents , aut 
guerres, aux calamités publiques et aux malheurs des temps 
eh général. Mais il ne faut pas croire que ces causes aient 
été les soldes ; il Convient aussi de tenir compte des idées du 
siècle , de ce qu'on appelle la mode , et du goût de certains 
individus. Or , Bemon avait certainement un zèle dominant 
pour instituer ou rétablir les monastères. Ce zèle était donc 
trop grand pour se borner k la restauration de celui de 
Baume , et pour s'étouffer dans l'enceinte de ce cloftre et 
dans la vallée étroite dé la Seille. Ce grand zélateur de la 
893 vie cénobitique s'occupa , en 893 ou 894 au plus tard , de 
^ w^, ». ' fonder et d'ériger une abbaj'e k Gigny , de concert avec son 



CHAPITRE Iir. 7 

cousin Laifin. Ce lieu leur apparlenail en propre ; c'était ^^3 
probablement leur patrimoine, el ils eti dotèrent leur nou- 
vel établissement qu'ils mirent sous la protection de saint 
Pierre , et dont Bernon fut en même temps fondateur et 
premier abbé. Il fut probablement bénit , en cette dernière 
qualité, par Aurélieo, archevêque de Lyon, métropolitain de 
Gigny, plutôt que par Thierry, prélat de Besançon, nonobs- 
tant l'opinion contraire de Thistoricn Dunod. 

S $• Bernon ne se contenta pas d'avoir doté cette abbaye 
de ses propres biens et de ceux de son cousin; il voulut l'en- 
richir encore davantage dès le commencement. Il s'adressa 894 
donc à Rodolphe I.*^, roi delà Bourgogne transjurane, et le 
pria de faire qudques libéralités au nouveau monastère alors 
ra construction. Et en effet, ce prince lui fit don perpétuel de c. so. 
l'abbaye de Baume , du prieuré de Saint-Lauthein et encore 
des villages on domaines de Chavatme^^) ei de Clémeneey^^^^ 
avec toutes leurs dépepdapees , sans aucune réserve, même 
en y coipprenant les serfe ou esclaves attachés à tous ces 
hîçns situés dans le comté de Scoding. 



(S) C« lien/ est probablement celai qui est déjà nommé avec diUH* dans 
une charte de 8C9, et qni est situé au voisinage de Yalagna et de Moutrigu pi es 
LMit4«-8Mitiicv. L'abbaye de Baume y eut ensuite un piieuré sons le vocable 
de aaiai Mtrlia. MaU cette obédience , quoiqu*eucore rappelée dans une bulle 
de 11 55, ét«i( d^|à ruinée vers Tan X140, et les religieux allèrent aloi s s*é(ablir 
près de Téglise Saint-Désir^ antre dépendance de Baume» Far un accurd fait, 
en laoS, eotrePabbé de ce dernier lieu et le comte Etienne, le premier céda en 
ief cft société an second la montagne de Chevagnny% en laquelle le comte avait 
blti le «hétoau dit de MontaigUf sous la coniJition qu*il y construîrsît encore un 
friorey tsi qu'avait éti celui He Saint-Martin de Chevanna y proche paiagna, 
Msit cet engagement n^ parait pas avoir été rempli. Lex pics et vignes de la 
localité sont restés de la censive des moines de SaintoDc<^ir^, et les religieux de 
Gigny ont perçu une partie des dîmes dcMonlaigu jusqu*à la (in, sans doute 
cisnil« de la donation du roi Bodolphe. On voyait encore, ily a 40 ans, le putls 
éa la maison prieurale de Chevannay* 

0) S*agit-il ici de Clémencey, hameau de la commune de Frangy, où l'nbbé 
de Biuaie a to«fours eu le patronage ou druti dénommer h la cure T S*»gil-il au 
tOBtraire dei pris^Citmenf^y aOK environs de Lons-lc-5aunier t 



8 histoihe de gigi<it. 

894 La cliarle de coite donation est datée de Neuville le dix 
décembre de Tan 904 , seizième année du règne de Rodol- 
phe. Mais cette date est erronnée , sinon il faut dire qu'elle 
a été écrite ou expédiée dix ans après la donation. En effet, 
celle-«i est rappelée formellenientdans une bulle de 895, et 
dans une sentence de 898 dont il sera bientôt question. 
P*ailleurs, cette charte dit que l'abbaye de Gigny était alors 
en construction , ce qui ne peut s'entendre de l'an 904. A 
défaut d'admettre la supposition dont il s'agit , on pourrait 
être conduit à considérer cet acte important comme faux et 
&briqué par intérêt par les moines du douzième siècle ; 
mais cette opinion aurait aussi ses difficultés. 

895 S 6. La fondation de l'abbaye de Gigny avait encore besoin 
d'être sanctionnée par l'autorité pontificale. C'est pourquoi 
Bemon fit , en l'an 895 , le voyage de Rome que les moines 
faisaient fréquemment dans ce siècle. Il remit alors au pape 
Formose une déclaration écrite ou un acte par lequel il fai- 
sait don de l'abbaye de Gigny h saint Pierre, portier du para- 
dis, et il obtint du successeur des apôtres la confirmation ou 
sanction de son établissement. Le souverain pontife le mit 
sous la protection de saint Pierre et des papes ses succes- 
seui*s, ainsi que tous les immeubles qui en dépendaient, même 
les serfs ou colons des deux sexes qui y étaient attachés '•^>, 
sans oublier le petit monastère (cellule) de Baume, ni ses 
jinnexes , ni les biens déjà donnés à Gigny par de glorieux 
rois ou par d'autres personnes pieuses. Il défendit k quicon- 
que, quoiqu'élevé en dignité ou puissance, même aux dona- 
teurs, de porter violence on vexation h. ce monastère et d'en 
distraire aucun des biens. Enfin , il déclara par sa bulle 

(7) Dë« le VL« et le tu.® sibcîe» il y avait des etclavea altachéa aux bienf des 
monastères, comme à tous aatret, mais seulement chez les moines lutine e& non 
cbes les moines grecs. D*apr^ une charte de Clunjr de Tan 94$, un individu 
qui avait tué un ^ei f de cette abbaye s*en constitua esclave lui*mème en puni- 
tion de sa faute et se livra aux rcligieuxi corps el biens. 



cnAriTRE iii« 9 

qu'après la mon de Bcnioa , les moines se choisiraient 895 
parmi eux un nouvel abbé , selon INeu et selon la règle de 
saint Benoit, et ainsi de suite à Tayenir , d'après l' usage; 
qu'an reste , leurs biens seraient exempts de toutes dimes , 
parce qu'il était écrit que les prêtres n'en devaient point. 

Une année plus tard » le pape Formose était descendu 395 
dans la tombe, et Etienne YII, son successeur, insultait cruel- 
lement à sa mémoire et k ses dépouilles mortelles. Par le 
motif, ou plutôt sous le prétexte que , de simple évéque , il 
était devenu pape sans avoir été cardinal , et pour le punir 
d'avoir qinuè um épouse pour en prendre une autre^ il fit déterrer 
son cadavre, le revêtit d'habits pontificaux, le plaça dans la 
(^haire de saint Pierre , l'accusa d'avoir violé les règles de 
l'Eglise pour satis&ire son ambition, et le condamna comme 
s*il eût été vivant. Il fut ensuite dépouillé de ses ornements; 
on lui coupa les trois doigts de la main avec laquelle il avait 
donné la bénédiction ; son coips fut jeté dans le Tibre avec 
une pierre au cou ; tous les actes qu'il avait faits furent an- 
nulés, et un concile tenu à Rome approuva cette conduite 
barbare. 

Si on ajoute que Formose lui-même avait acheté, en 891 , 
la papauté contre un nommé Sergius dont il avait fait déca- 
piter les partisans; que Boniface VI, successeur immédiat 
de Formose , avait été mis à mort quinze jours après son 
élection , on reconnaîtra avec Paradin que, danscetempSy les 
papes faisaient un mesnage mervéûleux à Rame. 

La fondation de l'abbaye de Gigny se trouvait donc inva- 
lidée par la décision d'Etienne et de son concile. Mais Ro- 
main, qui lui succéda en 897 , révoqua et annula tout ce 897 
qae son prédécesseur avait prouoncé. Quelques années 
après, Jean IX, successeur de Romain^ cassa,^dans un concile 
U^nn h Ravcnne en 901, tout ce qui avait été fait contre For- 
mose , excommunia ceux qui l'avaient exhumé, et condamna 
9^ri feu les actes du concile de Rome. 



10 HISTOIRE DB GIGNT. 

Au reste , il résulte de ce qui précède , ainsi que de la 
comparaison des chartes et de la série des événements , que 
l'abbaye de Gigny n'a pu être fondée en l'année 886 , com- 
me l'ont écrit les abbés Circaud et Haverel , ni en 889, comme 
on le lit dans quelques ouvrages de MM. Monnier et Pyot. 

En efiet , à l'une ou à l'autre de ces époques , Bernon ne 
pouvait se trouver qu'au monastère de Saint-Martin d'Autun 
ou à celui de Baume , et nullement h Gigny. 

S 7. Malgré la défense expresse du pape Formose, les 
moines de Gigny ne tardèrent pas à être troublés par un 
homme puissant qui , sans doute , portait déjà envie h leurs 
gr<mds biens, par un nommé Bernard, vassal du royaume , 
qu'il ne faut pas confondre avec Bernard pUmie-velue, comte 
de Mâcon , mort douze ans auparavant. Cet usurpateur fut 
cité, en Tannée 898 , par Bernon et ses religieux, k compa- 
raître devant la reine Hermengarde , veuve de Boson , roi 
d'Arles et de Bourgogne, et tutrice du prince Louis son fils. 
Cette reine tenait alors le plaid à Yarenne (lieu qu'on ne peut 
guère préciser maintenant), entourée des grands seigneurs 
ou comtes et des évéques. Elle y rendait la justice probable- 
ment sur la place publique et sous Vorme, comme faisait à la 
même époque son beau-frère le duc Richard dit le Justicier, 
et comme, plusieurs siècles après, saint Louis sous les chênes 
de Yincennes ^^K Les plaignants s'écrièrent dans leur humi- 
lité monacale , pour parler comme la sentence , que Ber- 
nard s'était emparé injustement du monastère de Baume 
qu'ils tenaient de la libéralité du roi Rodolphe ^K L'accusé 

f8) « Je me sonvieni, disait Matckherbes en 1 775t que dans ma feunetse |*en* 
« tendaii sonvent regretter le chêne de Finrennêt* Ce souvenir cher au peuple 
« a engagé quelque* aucreMeurt de sainl Louis k youloir suiTio un ai bel 
« citemple. lU don oèrenfl réellement quelqvea audiences ; mais lia a*en «n* 
c najërent bientôt, et cela fut fort heureux« car a*ils avaient rendu beaucoup 
« de jugements dans cette forme, ils en auraient rendu de ti*ës mauvais. » 

(9) Rodolphe fut couronné roi de Bourgogne traiisjuraneen 188, et ne mou- 
rut qu*cn 91a. D'un autre côté» Bmob fat roi -d'Arles et de Bourgogne de S/f à 



CHAPITRE III. il 

aUégna pour sa défense que les biens réclûmés Ini araient ^^ 
éié donnés par le prince Louis, fils de Boson et roi lui-même. 
Mais, ni la reine, ni les seigneurs de la cour ne Youlurent 
accaeîllir ce moyen, et Bernard, condamné h déguerpir, pro- 
oiit de ne plus inquiéter à l'avenir les religieux de Gigny. 
Cette sentence fut signée de la reine , des évéques ou arche- 
vêques d'Arles, de Grenoble et de Chalon, et de plusieurs 
comtes et autres grands personnages. 

$ 8. Après cet événement, Bernon et ses moines vécurent 
sans donte tranquilles dans leurs cloîtres de Baume et de 
Gigny. L'historien Dnnod dit que cet illustre cénobite fit 
8a demeure à Baume , comme dans son établissement plus 
considérable. Il se fonde encore sur une bulle du pape Gré- 
goire VU de l'an 1078 , dans laquelle il aurait été dit que 
Bemon avait soumis le monastère de Gigny k l'abbaye de 
Baume :«kk.. Suijugiwk moMUterium Gimdacnm abbaike £a{- 
mam i^K II s'appuie enfin sur ce que les biographes de saint 
Odon et de saint Adhégrin parlent de la résidence de Bemon 
il Baume , lorsque ces deux pieux personnages y arrivèrent 
en l'an 909 environ. Cependant , on peut élever des doutes 909 
sur cette assertion, quand on voit dans la charte du roi Ro* 
dolphe, dans la bulle du pape Formose, dans la sentence de 
la reine Hermengarde , desquelles il vient d'être question , 
eomme encore dans le testament de Bemon et dans d'antres 
pièces qmi seront analysées bientôt , que Gigny est toujours 

Ifi» et wn fils LoaU ini sncoéda sona la réfence de m «aère |o«qii*eii f a4.Qr^ 
OD comprend difficilement le rëgne simultané de Rodolpke et de Loaia aur 
Tafabaye de Gigny. Rodolphe n*aarait il élà loi qne sons la tnzeraineté de 
1mm m daLoniaT Les qualifications de th-ènistimt^ de iirinité, qn*il prend 
iana b charte àm •94»Bnalytde ci devant, et dana me autre de 91e, peuvent le 
Cnre pcnacn Le l'oyeame de Boaon on de Bodolpbe était limité par la Sa^ne 
à roocident. 

(to) Ce paaaage de la Lullè eat ainsi rapporté dana un înTentaire dea tilrea 
4e Baume IWt en 17S4 1 «•• Monnsiêrium Ginniacum tptod subfugiwft.:% Berno 
■Met I ila*ef t dêoc put tout4>Aât identique avec celui que Dnnod cite. 



12 HISTOIRE DE GIGNT. 

909 désigné comme l'établissement principal, l'abbaye , le monas- 
tère (ablHaîa,cœnobhim,mon(uierhnn ) , et Baume comme l'éta- 
blissement secondaire , comme nne celle , un prieuré (cella, 
ceUula). D'un autre côté, dans toutes ces chartes, ainsi que 
dans la chronique de Sigebort , Bcrnon est toujours qualifié 
d'abbé de Gigny et non d'abbé de Baume, remarque quis'ap- 
. 81, ss,93, Si plique aussi h Guy son successeur. A la vérité, les biographies 
de saint Odon et de saint Hugues d'Autnn sont très positives ; 
mais elles ont été écrites long-temps après les événements, 
et dès-lors, elles ne peuvent pas, non plus que la bulle peu 
connue de 1078, inspirer la mémo confiance que des chartes 
contemporaines. On peut, d'ailleurs, leur opposer la légen- 

^ ^- de de la translation de saint Taurin , qui constate que les reli- 
ques de ce saint évoque ftirent apportées h Gigny k peu près 
h la même époque, lorsque Bernon y restait avec ses moines, 
comme il sera dit amplement dans un chapitre particulier. 

S 9. On peut présumer que, vers ce tenips-lk, Bernon 
devint le chef ou peut-être le fondateur d'un autre établis- 
sement religieux dont il dispose dans son testament sous le 
nom de monastère d'^tique , cœnolnum jEtkense. Il est comme 
certain que c'est celui de Mouif^cr-en-Breue ^ dans l'arron- 
dissement de Louhans, lequel, ancien membre de Tabbaye 
de Baume, a été sécularisé en 1760, en même temps qu'elle 
et par la même bulle. Il a toujours eu saint Oyen pour vo- 
^* cable, et dansdes titres de 1089, 1107, 1111, 1153, 1190, etc., 

il est désigné comme dépendance de Baume, sous les dénor 
minations de abbatia, moruutemm, ecclem sancd Eugendi 

CM. Ethicœ ou Ethlccruns. Une de nos anciennes légendes le 
nomme aussi nwnasterium Edense. Ce n*est que dans Tancien 
catalogue des bénéfices de Cluny , rédigé au commencement 
du seizième siècle, qu'il est appelé : Priorahis de mmiastcrio m 
Brcssîa. Sa mention dans le testament de Bernon empêche 
de croire qu'il ail été fondé en 1050 pur les soigneurs de 
Bellevèvre, comme on le trouve écrit. Quelques auteurs 



CAAPITRE III. 13 

o&t atlribaé l'origine de Fabbaye de Mouthicr à saint Lan- 909 
theîD , mort en 547, ou à quelqu'un de ses successeui*$ an- 
térieur à Bernon. Ce qui est certain, c'est qu'elle dépendait 
anciennement de celle de Sain t-Lauthein, c'est que le prieur 
de Mouthler possédait encore , en 1516, un melx auprès de 
l'église de SaintrLauthein. 

$ 10* S'il est incertain que Bernon ait été le premier abbé 
de Mouthier. il est bien constant qu'il l'a été de Cluny et 

C 90 91 9i ï*! 

qu'il a coopéré à la fondation de cette célèbre et puissante 'sci^i^H'^ïu 

abbaye. Ce fut en l'année 909 que Guillaume-le-Picux, comte ^' *^' ^** 

d'Auvergne et duc d'Aquitaine, manda Bernon et le consulta 

sur le dessein qu'il avait de fonder un monastère, et que cet 

abbé, de concert avec saint Hugues d'Autun , l'encouragea 

dans son dessein et choisit Cluny pour le lieu convenab!e. 

En conséquence , ce puissant seigneur, gendre du roi Boson, 

qui, en 892, avait obtenu cette terre de la comtesse Ave, sa 

sœur, en fit donation , pour y établir un monastère selon la 

règle de saint Benoît, en l'honneur de saint Pierre et de 

saint Paul, et il en nomma Bernon premier abbé. Cette c. 40. 

donation fut faite a Bourges, le 11 septembre de la onzième 

année du règne de Charles-le-Simple, c'est-a-dirc en Tan 909. 

Elle fut souscrite et signée par le duc Guillaume, par Ingel- 

bei^e , sa femme , et par plusieurs évoques , comtes et autres 

gi-ands personnages. Au reste , on n'y trouve pas la preuve 

qu'une comtesse Eve ou Yve, mère ou aïeule de Bernon , 

ait contiîbué à cette fondation, comme Paradin et Gollut 

l'ont avancé. Il y est seulement dit qu'elle est faite pour 

le repos de l'ame d'Avane qui avait laissé au duc Guillaume, 

son frère, les biens en question par son testament. Dans 

une variante de cette charte, Bernon est qualifié abbé de 

Baume en Séquanie. 

Bernon, dit Sigebert, ne construisit le monastère de Cluny c se, i7, 28, 
que comme un prieuré ou une celle dépendante de l'abbaye 
de Gigny. Il le peupla ensuite , a l'exemple de saint Benoit , 



14 HISTOIRE De GIGNY. 

909 au rapport de rhistorien Glaber » de douze moines seule- 

^' ^ ment. On a écrit» d'après je ne sais quels documents » que 
six de ces religieux furent tirés de Baume et six autres de 
Gigny(*t). 

Gigny peut donc se gbrifier d'avoir donné naissance k ré- 
tablissement cénobitique le plus célèbre de la chrétienté, 
lequel eut, par la suite, plusieurs milliers de monastères 
sous sa dépendance, et qu'un vieil historien de Bourgogne a 
dit, avec une sorte de raison , être devenu le chef d'un petit 
royaume: a Bemo, abbé de Gigny , dit Paradin , fit Quny 
a tributaire à Gigny d'une maille d'or annuellement, pour 
« recognoissance de la supériorité : car alors l'abbaye de 
«r Gigny estoit grosse abbaye : mais croissant la sainteté 
c monacale à Cluny , les grandes richesses quant et quant 
c la suivirent, tellement que les princes et autres personnes 
a de tous cstats ayant admiration de la sainte conversation 
a des religieux , donnoyent libéralement leurs biens, et qui 
ff ne pouvoit leur donner leur gettoiL Ainsi estant l'abbé de 
« Cluny le plus riche de toute la Gaule , tous autres lui dé- 
a férèrent la primace dessus toutes les congrégations de son 
€ ordre. Ainsi demoura Gigny en arrière , etc. » 

915 g 1 1 . Quoique les fondements de l'abbaye de Cluny eussent 

été jetés en l'an 909 ou 910, il paraît qu'elle ne fut achevée 
qu'en 915, et qu'à cette époque seulement, au rapport 

r. 20, d'une ancienne chronique, Beinon en prit le gouvernement 
ou la direction qu'il conserva pendant onze ans. Ce fut donc 
probablement alors qu'il cessa de résider à Baume ou h Gi- 
gny, pour aller se fixer à Cluny. 

S 12. Après avoir formé ce grand établissement, Bernon 
aurait pU se reposer et croire avoir assez fait pour la vie 
cénobitique; mais, comme on l'a déjà dit, son zèle était 

(11) Gollut, Mdm. histor., p. aC8 , 269 . • MnhUlon, Annal. Bened. ITT, a/a... 
Uiti. de êaini IWurin^ p. 46 ... Circand, Conclus. ,clc. , p. i3,., Bd, Clerc, 
^ Estai, p. aoS. 



CHAPITRE III. 15 

incessant. Aut quatre grands monastères de Baame , Gigny, 915 
Mouthîer et Cluny, il joignit encore , pour les diriger, ceux 
de Déob et de Massay, peut-être même aussi ceux d'AunUac, 
de Souvyny et de Châleau-sur^aUns. 

La première de ces abbayes, située dans le canton de Ch&- 91 8 
teaoroux, au département actuel de l'Indre, nommée encore 
BouiiGDiEU, BouRDEOis (àbbotm Doknm, abb, Burgi-Dolensis, 
abb.Casiri Dolenm)JvLiioadée, leS septembre 918, par Ebbes- 
le-Noble, puissant prince du Berri, en Thouneur de la Vierge 
et des apôtres saint Pierre et saint Paul. La charte de cette c S9, ni, il, 49. 
fondation, insérée au nombre des preuves de cette histoire, 
ï cause de Bernon, est rédigée à peu près dans les mêmes 
termes que celle de Cluny , probablement parce que notre 
abbé Alt le rédacteur de toutes les deux. Ainsi , il y est dit 
que cette abbaye aura aussi pour défenseur le souverain 
Pontife; qu'elle paiera tous les cinq ans à Rome cinq sous 
pour le luminaire des apôtres; que les moines y suivront la 
règle de saint Benoit ; qu'ils seront sous la puissance et la 
domination de Bernon ; qu'après la mort de celui-ci , ils au- 
ront la faculté de s'élire un autre abbé , etc.. 

Au reste , cette abbaye ne fut dédiée solennellement que 
deux ans après, en 920. 

Déols est , dit-on , une petite ville ancienne fondée, sous 
Auguste, par Léocade, gouverneur du Lyonnais, de la Bour- 
gogne et du Berri. Raoul, filsd'Ebbes, mort en 952, en céda 
le château à l'abbaye et en fit construire un autre h peu do 
distance, lequel fut appelé, de son nom , Chàicau-Raouly puis 
ChâteaU'Roux. Autour de ce château, il s*éleva bientôt une 
ville de même dénomination. Les seigneurs qui lui succé- 
dèrent prenaient les titres de princes de Déols et de barons 
de Châteauroux. Ils avaient le droit de frapper monnaie , et 
on en consene plusieurs pièces dans les cabinets. 

Quant à l'abbaye de Massay, située au canton de Yierzon, 
arrondissement de Bourges, instituée en l'honneur de saint 



i 



16 HISTOIRE DE GIOMY. 

918 Martin , et désignée sons les noms latins de Moidacenik, île 
llhs(iaco,de Moisayo, elle est beaucoup plus aneienne que 
celle de Déois. On voit qu'elle fut fondée en 738 par le comte 
Égon ; que saint Benoit d'Aniane y envoya quarante moines 
en 806 ; que Louis-le-Débonnaire la fit reconstndre ou répa- 
rer avant l'année 840 ; que Bemon en fût abbé et en disposa 
dans son testament Jaussi bien que de celles de Déols et autres ; 
qu'elle avait également le droit de battre monnaie depuis 
Tan 838, etc... L'abbé Bourlet, prédicateur du roi, lecteur 
et bibliothécaire du comte d'Artois (depuis Charles X ) , en a 
été le dernier tituhiire ; mais il a peu joui de ce bénéfice, 
n'ayant été nommé qu'au mois de décembre 1788. 

c. 29. Une chronique estimée du douzième siècle rapporte que 

Bemon fut encore le premier chef de l'abbaye d'AimUac fon- 
dée par saint Gérald, comte de cette ville, à peu près h la 
même époque que celle de Cluny. Mais cette assertion n'est 
confirmée ni par le testament de notre illustre cénobite, 
ni par aucun autre témoignage. On a même la preuve que 
saint Odon en a été le troisième abbé, ce qui indique que le 
fondateur de Gigny n'en a pas été le premier titulaire , à 
moins qu'il ait donné sa démission avant de mourir. 

Quelques auteurs pensent aussi que Bernon a été, en outre, 
le premier abbé de Souvigny en Bourbonnais , parce que ce 
lieu, où il y avait une église en l'honneur de saint Pierre, 
fut cédé en l'an 916 à l'abbaye de Cluny par le comte de 
Bourbon. Il est certain, en effet, qu'en 994, il y existait déjà 
une abbaye où saint Mayeul mourut. Cependant le même 
silence du testament précité fiiit présumer qu'elle a été éta- 
blie postérieurement à Bernon. 

Enfin l'historien Dunod lui a encore attribué l'érection du 
prieuré de Chàteau-surSalins. Mais, dans notre article consa- 
cré îi cet ancien membre du mouastère de Gigny , on verra 
combien cette opinion a peu de fondement. Notre célèbre 
cénobite a joué un si grand rôle dans les établissements reli- 



CHAPITRE m. 17 

ffeux du neuvième et du dixième siècle , qu'on clien^ho , 91g 
pour aâDsi dire, à les lui donner tous, comme on attribue 
toutes les anciennes routes à la reine Brunehault. 

S 13. Bemon passa probablement le reste de ses jours h 
Qnny, occupé à administrer ses nombreuses abbayes et a 
consolider des établissements naissants, dont il sentait tonte 
f imperfection. Il eut le chagrin de voir mourir, en 9)8, le 
duc Guillaume , fondateur de Cluny , et on voit que cette 
perte loi Ait très douloureuse. Cependant , il lui survécut 
encore huit ans, quoique Sigebert, mal informé, rapporte c m* 
déjà sa mort h l'année 919. 

Les derniers moments de Bemon ftirent touchants et même 926 
un peu dramatiques , si on s'en rappoçte k des légendes c ts, si. 
presque contemporaines. Accablé de vieillesse et de maladie, 
et sentant sa fin prochaine, il fit venir les évéques. du voi- 
sinage, déposa en leur présence la supériorité abbatiale, 
confessa avec larmes qu'il en avait toiyours été indigne, dit 
qu'il était temps de remettre le soin du troupeau à un pasleur 
plus vigilant, et invita ses Frères h se choisir un Père , k lui 
élire un successeur. Il ajouta ensuite que , s'ils avaient quel- 
que égard encore pour sa manière de voir , s'ils croyaient 
son opinion un pea sensée , il lui semblait convenable de par- 
tager le fardeau abbatial entre deux abbés, l'un pour la 
mère église de Baume ou Gigny, et l'autre pour celle de 
Quny, sa fille. Les assistants approuvèrent la sagesse de cette 
proposition et prièrent son auteur de la mettre h exécution 
en se désignant lui-même deux successeurs. Bcrnon, cédant 
alors aux instances des évéques et aux supplications des 
moines ses frères, ou plutôt ses enfants , désigna Guy , son 
neveu, pour l'abbaye de Gigny, et Odon pour celle de Cluny. 
Ce dernier résista à sa nomination , se fit apporter violem- 
ment par les moines à l'assemblée , et ne céda qu*a Tordre 
des évéques et aux menaces de Texcommunication t**'. 

(11) OJoo naquM à Tours, en 879, où il Tut d*aboid musicien et premier 

2 



18 HISTOIRE DE GICNY. 

926 s 1^- Quoiqu'on puisse penser de la réalité (te toutes ces 

circonstances, embellies peu t*étre par les hagiographes, il 
est certain que Bemon , prévoyant que sa riche succession 
pourrait donner lieu à'des prétentions rivales et h des dissen- 
sions fâcheuses , chercha à les prévenir en nommant lui- 
même ses successeurs. £n cela , 11 s'autorisa de l'exemple de 
saint Benoit et autres chefs de son ordre ; mais il est certain 
qu'il n'en avait guère le droit , puisque les chartes fonda- 
trices des abbayes dé Gîgny, de Cluny et de Déols réservaient 
expressément l'élection abbatiale aux religieux de chaque 
abbaye , et ne permettaient pas à un ou deux individus de 

c is. cumuler tant de bénéfices. Il fit donc un testament contenant 
partage de ses monastères, et, dans cet acte, qui est un mo- 
nument remarquable de l'époque, il se choisit, du consente- 
ment des religieux , deux successeurs , savoir Guy , son pa- 
rent, et Odon, son ami. 11 désigna ce dernier pour lui succé^ 
der dans les abbayes de Cluny, Déols et Massay, et Guy dans 
celles de Oigny, Baume et Mouthier, y compris le prieuré de 
Sûint-Lauthein , avec toutes les dépendances de ces divers 
établissements. Cependant , il détacha de ce dernier lot le 
village d'Alafracte <*^^ le quart des chaudières ou salines de 



<ihantre<)e l*église. C'est par errent que le chroniqueur Sigcbeit dit qu*il fit 
profession monastique en 898, 80u« Bernon, puisqu*ilest bien établi qu*il ne 
▼ini à Baume que ous&eans plus tard. Plusieurs Tont qualifié de premier abbé 
de Cluny, k cause de la grande part qu'il a prise k cet établi S) «ment. Il moui at 
le il novembre 94a, jour auquel on célèbre sa mémoire. 

(I S) Ce village se trouve encore mentionné , souk les noms è^Alufracia , AU-^ 
.^vi£f«T,»l/af>vicf<i,/«fVAr/#, dans quatre biiUut apostoliques de 1089, 1107, ii5S 
et 1190 , portant confirmation de %^% biens à Tabbaye de Baume. Deux chartes 
de Tempereur Frédéric Barberousse des années 1 153 et 1 iS; portent anasi que 
cette abbaye posibde des biens à Alafracle, AUefracta^ la Frauiem* Or, je croia 
reconuotlre ce lieu dans la commune actuelle de/<i Freitt^ en i*arrondissement 
de LouhanS) oh il y avait anciennement un prieuré et où l'abbé dv Baume nom» 
niait autrefois à la cure. Dana un terrier de i584, il e^t encore mention de terres 
mottran'es des sieurs de Bautme. Celte commune e^l uommée. la Frocca dans 



CHAPITRE Ht. 19 

LoDS^e-Saunier <^^, les biens provenant d'un nomniô Sam- 9^0 
son et la moitié du [>ré d*an certain Saimon. il fit cette 
distraction en faveur de Tabbaye de Guny, sous la condi- 
tion que cette dernière paierait à celle de Gigny un cens 
uinuel ou une rente de douze deniers pour l'investiture ou 
mise en possession <^^ Le testateur fait tous ses efforts 
pour prouver qu'il n*y a aucune injustice de sa part à dé- 
tacher de Tabbaye de Gigny ces divers biens et à les donner 
à celle de Clnny. Les misons qu'il en produit sont toutes 
sentimentales : 1.* il a choisi Guny pour le lieu de sa sé- 
pulture ; 2.® ce dernier établissement reste imparfait , à 
cause de sa mort et de celle du duc Guillaume prédécédé , 
de sorte que c'est comme un enfant posthume qui ne naîtra 
on ne se développera qu'après le décès de ses auteurs ; 3.° il 
est plus pauvre en biens et plus chargé de famille que celui 
de Gigny ; 4.^ les enfants qui naissent les derniers ne doi- 
vent pas être plus déshérités que les premier , surtout 
quand il& reconnaissent un père commun, un même patron 
(saint Pierre), etc..» 

VA «ctc de fol et hommage en la; a, et la Fruité daxu an dénombrement de 

(14) Le tetument de Bernon est le titre authentiqueleplus ancien connu, qui 
pirle des salines de Lons-lo*Saufiier. Cependant on lit qne, d*iprès de Tieux 
manuscrits^ de TÊgllse de Besançon, Terapereur Lothaire, mort en 8SS, avait 
déjà concédé on droit sur cefsalinesà Tarchevèque Arduic, pour le luminaire 
derégUse de Saint-ËtienncQuelqucsauteursout prétendu qu'elles existaient 
déjà avant la conquête des Romains , et que, si saint O^^cn, abbé de Condar, 
mort en Sio, envoya deux de ses disciples s^approvisionncr de sel en Toscane 
ou en Provence, c*est que les salines de Lont-le-Sannier et de Salini étaient 
iaabordablca à cause da brigandage des Allemands eu Franche>Comté. 

(i5) Cette rente perpétuelle de douze deniers, dont le moine Sigebcrt parle 
aossi deux siècles api-bs, est sans doute indiquée par Paradiii et Gollut sous le 
nom de Midtlê étor^ donnée selon eux par reconnaissance. La maille ou obole 
â*or était, dans le xni.* siècle, une pièce de monnaie valant cinq sols tournois 
00 Co deniers. Il y avait aussi une maille d'argent et une maille de billon de 
tcèi petite voleur, d*uii le proverbe, timoir ni sou h: maille f eu latin macula. 



20 HISTOIRE DE GIGNY. 

926 Au reste , Bernon termine son testament en recomman- 
dant à ses religieux de persévérer dans l'observance de la 
r^le monacale ; dans leur esprit d*imion et d'unanimité ; 
dans leur genre de vie ; dans l'habitude du silence ; dans 
leur mode de nourriture , de vêtements , de prières et de 
psalmodie ; et surtout dans la vie commune et dans le mé- 
pris des biens propres ou personnels. Enfin , il supplie les 
princes et les seigneurs qui rendent la justice sur terre de 
respecter et de protéger ses dernières dispositions. 

Cette charte importante , qui parait n'avoir pas été incon- 
nue aux moines Sigcbert et Nalgod, est datée de la qua- 
trième année du règne de Raoul , roi de France , laquelle 
correspond h Tan 926. Elle est signée de Bernon, abbé, d'O- 
don, abbé, de Guy, abbé moderne t'^) , avec mention de son 
conseiitemenl, de Geoffroy et de Wandalbert. 

927 S ^^- Bernon survécut peu à la confection de son testa- 
ii\Tu^* ment , car il mourut le 13 janvier 927 , et , selon ses désirs , 

il fut inhumé k Cluny, dans Tancienne église de Saint-Pierre, 
derrière l'autel de Saint-Benoît , remplacé ensuite par celui 
de Sainte-Catherine. Il mourut en odeur de sainteté, mais il 
n'est pas certain qu'il ait été canonisé ; le contraire est plus 
probable. Quelques auteurs l'ont qualifié de saint {sanctus, 
mnctiiate dccoratus ) ; d'autres l'ont seulement appelé bien- 
heureux [bealus). 

On célébrait la fête de ce grand chef de moines a Cluny 
le 13 janvier. Selon le livre des anniversaires du prieuré de 
Souvigny, on faisait le même jour, dans ce monastère, un 
office complet pour dom Bernon, abbé, et on y donnait la ré- 
fection à douze pauvres. Au reste, son nom n'est inscrit que 

(iS) Que tignine ici le mot moJente î L*aaleur de cette histoire «Tone n'en 
•Toir point décoaTert le sent. On li-ouTe le même terme qualificttif donné en 
>787f fX'i' une bulle «puttoliqne» au nombre de uos preuves, aaz religientet de 
Loiif-le Sauner, aux chauoiues de Gigny, et à Tofficial et au promoteur de 1*^ 
▼êquc de Màcon, in Chrislo filiœ moUerntWffiUi moderni^ elO« 



CHAPITRE IV. 21 

dans le martyrologe des bénédictins, au jourdo janvier prc'cilé. î^27 
Maïs, on ne trouve pour lui aucune légende, isiucune comme- ^- ^*- 
moraison , aucune nomination aux calendriers , dans les bré- 
viaires de la Bourgogne, ni dans ceux de la Franche-Comté , 
pas même dans celui de l'ordre de Cluny !... On a lieu 
d'en être surpris avec l'auteur d'une de nos légendes , quand c. so. 
on songe aux biens qu'il a donnés à l'Église , aux abbayes 
qu'il a dirigées ou fondées , aux vertus qu'il a pratiquées , 
au rôle qu'il a joué dans les neuvième et dixième siècles , et 
surtout quand on réfléchit que, sur ses cinq successeurs im- 
médiats à Cluny, quatre ont été canonisés. 

n ne faut pas confondre Bernon, fondateur deGigny, avec 
plusieurs de ses homonymes plus ou moins contemporains , 
comme un évéque d'Autun en 842 ; un abbé de Messay en 
Poitou en 865 ; un évéque de Chalon-sur-Mame en 875 , 
878 ; un évéque de Metz en 927, non plus qu'avec un évéque de 
Mâcon , élu en 928 , avec lequel la confusion a été faite 
dans la statistique du département de Saône-et-Lbire, pu- 
bliée récemment. 



CHAPITRE IV. 

GUY, n.« abbé. 

loTailOD des HoDgroii. De laiot Guy, erniile à Fay. 

S f . Ginr succéda donc dans Tabbaye de Gigny h Bernon, 927 
son parent, qui , de l'avis des religieux , l'avait désigné dans 
son testament pour être son successeur. 

Le fondateur avait bien senti qu'en reprenant à Gigny le 
village d'AlaAracte , le quart des salines de Lons-le-Saunier, 
et d'autres biens qu'-il lui avait donnés antérieurement , il 



22 HISTOIRE DE GIGNV. 

9â7 fuisiiit un acte rétroactif ; il revenait sur sa première dona- 
tion ; il enfreignait Ka bulle du pope Formose, portant défen- 
se aux donateurs eux-mêmes de rien distraire des tnens cé- 
dés. C'est pourquoi il avait fait valoir tant de motife d'é- 
quité , plutôt que de droit « pour justifier cette distraction. 

c. 43. Or « ces motifs ne furent pas accueillis par les moines de Gi- 
gny, ni même par l'abbé Guy qui avait donné cependant son 
adhésion au testament de Bemon. Ils reprirent ces biens, 
comme parvic^ence, k l'aUbaje de Qnny, arguant de ce que 
le testateur avait fait nne disposition illégale. 

c il Les moines de Qnny se pourvurent alors auprès du pape 

Jean X , qui » par une bulle adressée à Raoul, roi des Fran- 
çais, k Guy» archevêque de Lyon, k Stataeus, évéque de Ch»- 
lon, k Bemon, évéque de M&con, et aux comtes Hugues (^'') 
et Gislebert (^^, ordonna la restitution. Le souverain pontife 
terminait par recommander spécialement au roi Raoul réta- 
blissement de Quny. 

928 Cette bulle décida sans doute Guy et ses moines h ratifier 

c. a. les dispositions du testament de Bemon. En effet , par an 
acte daté du 21 janvier de la sixième année du règne de 
Raoul , laquelle carresjponà k l'an 998 , ils remirent au mo- 
nastère de Cluny les biens distraits de celui de Gigny. On 
voit seulement que les salines de Lons-le-Saunier n'y sont 
pas mentionnées (^^, et qu'il n'y est question que du village 
d'Alafracte avec ses dépendances , de l'alleu donné à Gigny 
par Samson, et de la moitié du pré provenant de Nonnus Sai- 
mon. Cette ratification tai fuite k la charge du cens ou de 
la rente de cire en valeur de douze deniers, portée au tcsta- 

(17) PMbêblemait Ragoet-le-Noîr, comte hérédit«ire deBonrgognei mort en 
9S1. 

(18) Pro])ablcinent Gilbert, fils de ManissëtdeVergy,gendrcdadu<;Rickard 
le Justicier, comte d*AalUD, Chalon, Beanne et ATtlon, et mort cd 986. 

(19) Il cft k remarquer aatsi que la bulle de Jean X o'est pas adressée k Taiy 
çbeiréque de Besançon, dont Lona-lt'Saunier dépendait. 



CHAPITRE lY. 23 

ment. Elle fut en outre faite sous lu condition expresse que 02S 
les moines de Cluny ne pourraient pas aliéner ces biens et 
qu'ils en jouiraient par eux-mêmes, h moins qu'ils ne vinssent 
à rentrer dans la vie séculière ou canoniale. Cette charte est 
précieuse aussi en ce qu'elle nous fait connaître le nombre et 
les noms des moines qui composaient Tabbaye de Gigny dans 
son commencement, et qii*elle nous fait juger qu'il ne s'y 
trooyait à cette époque d'autre dignité que celle de Tabbé. 
Elle est écrite et souscrite par le prêtre Rotgaire et si« 
gnée par l'abbé Guy et par les moines Giialan , Wiàneran , 
Mien, Samum, Ragmelme, Diodal, Ermendrad, Ardria et 
WiihaU. 

S S. Pendant que Guy était abbé h Gigny , les Hongrois 935 
firent deux irruptions en France , notamment en Alsace , en 
Lorraine et en Bourgogne. Ce peuple féroce et barbare , 
originaire de la Scythie], qui , sur la fin du neuvième siècle, 
s'était emparé du pays auquel il a donné son nom , fit une 
première tentative en Tannée 995; mais il Ait bientôt re<* 
poussé par le roi Raoul. Deux années plus tard, les Hongres 937 
firent arec plus de succès une nouvelle irruption. Ils rava-^ 
gèrent alors les deux Bourgognes, incendièrent Besançon , 
Cbalon, Toumus, Màcon, Semur en Brionnais, etc.... Ils 
passèrent même la Loire et pénétrèrent jusqu'en Bcrry, où 
ils (lurent enfin battus et repousses. Dans leur retraite , pour 
gagner fa Suisse et l'Italie, ils portèrent de nouveau la déso- 
lation dans nos pays , à tel point qu'il s'en suivit une famine 
et qu'il en résulta une dépopulation durant plusieurs an- 
nées. Comme ils s'attaquaient surtout aux richesses des mo- 
nastères, et qu'ils mirent au pillage et livrèrent aux flammes 
les abbayes de Bèze , de Saint-Pierre de Chalon, de Saint- 
Marcel , de Toumus , de l'Isle-Barbc , d'Ainay , de Savî- 
gny , etc., il est a présumer que celle de Gigny se ressen- 
tît de leur dévastation, mais on n'en a pas de preuve directe. 
Ces peuples barbares firent une nouvelle invasion en 934, 



24 HISTOIRE I)£ GIGNT. 

937 parcoururent les montagnes du Jura, jusqu'au Rhône, fUr 
luiii et brûlant tout ce qui était sur leur passage. 
^ S 3. En ce qui concerne d'ailleurs notre abbé Guy , on 
ne sait rien de bien certain que ce qui a été déjà dit. Ce- 
pendant , Fr, F. ChevaSer, auteur de l'histoire de PoUgny , 
prétend qu'il quitta son abbaye pour se faire ermite à Fay, 
commune du canton actuel de Poligny , qu'il y mourut en 
odeur de sainteté et devint le patron de l'église de ce lieu. Il 
y est honoré , d'après cet historien , sous le nom de saint 
Fort , à cause qu'on va l'y invoquer pour le rétablissement 
des forces du corps ; mais le curé de la paroisse fait son 
office le 17 juin , sous le nom de saint Guy ou saint Widon. 
Cet auteur sgoute que son tombeau se voit dans un oratoire 
au côté droit de l'église ; qu'il est élevé de ten*e d'environ 
un pied et demi, et environné d'une balustrade en bois ; 
que ce tombeau ayant été ouvert pour la première fois en 
1716 , par ordre de l'archevêque de Besançon , on y trouva 
un corps saqs aucun dérangement , déposé en un cercueil 
creusé dans le roc , fermé par des tablettes de pierre bien 
taillées, jointes et cimentées, et recouvert de trois pieds de 
terre, avec une pierre tumulaire superposée. Il affirme avoir 
lu sur cette pierre les mots suivants d'une inscription mu- 
tilée, en caractères du dixième siècle : lEc fuk in mundo celc" 
ber.... virtutibus amatuê etûradkUui.,.: invktus viiiorum repulk 

ktus presbyter.... BemonU Clun aninum creoian wo. 

Enfin , il cite un diplôme de l'empereur Frédéric Barbe- 
rousse , sous la date de 1165 , et une bulle apostolique de 
l'an 1 184, en faveur de l'abbaye de Ghàteau-Chalon , insérés 
l'un et l'autre dans l'histoire de Dunod , oh il est question 
de monsieur Guy, ermite à Fay, et de son ermitage :.... 
Iruniper très corvatœ Widonisherenûtœ.... Eccleskmi de Fay aau 
œéàfiào Domim Guîdanis hereniUœ. 

Si l'inscription rapportée plus haut était telle que l'hislo- 
rjen de Poligny la donne, et qu'il y fût eu outre question de 



CHAPITRE !▼• d5 

Guy , OD ne paurrait guère douter que ce ne fût celte de 937 
l'abbé de Gigny, puisqu'il y est qualifié de prêtre de Bernon 
de Cluny. Ifalheureusement, elle est presque toute controu- 
Tée eC défigurée k un point tel, qu'il faut penser que Cheva- 
lier ne Ta pas lue de ses propres yeux. En effet , voici cette 
inscription telle que M. Monnier l'a relevée dans l'église de 
Fay, et qu'il me l'a complaisamment communiquée. Or , il 
est bien question dans ces six vers léonins mutilés (^) d'un 
Guy et d'un ermite , mais nullement de notre Bernon : 

t&ttf omaius^ vhrtutihu hradnUui, 

Mi m hœ vkâ teu Luàfer fùc herenita, 

ii mmtuivitiantmrepulitichu 

ami cekbrii tiHqiie lux fiii/itf oprifit 

etari. oboni M démens Christe Widofd, 



L'opinion de Chevalier est donc purement conjecturale ou 
même dénuée de fondement. Quant au culte de saint Guy 
ou saint Fort, k Fay , il est comme certain qu'il se rapporte 
ï saint Witt, martyrisé en Calabre dans le premier siècle , 
dont rJ^lise foit la fête le 15 juin , et dont le corps fut ap- 
porté d'Italie en France dans le huitième siècle, ainsi que la 
pierre sur laquelle il reçut la couronne du martyre. Cette 
pierre existe , dit-on , dans l'église de Mouthicr-en-Bresse , 
placée en effet sous le vocable de saint Witt. De nos jours , 
non-seulement on y porte, comme à Fay, les enfhnts fhibles 
ou malades , mais on y conduit encore les paralytiques, qui 
étendent sur cette pierre noire leurs membres perclus, dans 
Tespoh* que le mouvement s'y rétablira par Tintercession du 
saint martyr (**^ 

(ao) Lei vers Icouîds ou rimét quelconques oui été usilés dès le ix.< siècle, 
et fort employés au moyen ilge pour les iuscriplions. 
LSI) A QvLny^ selou M. hormn^ il y avait aussi à la porte cl*enU-cc de l*églisc« 



26 HISTOIRE DE GIGffT. 

937 It faut se garder de confondre le deuxième abbë de Gigny 

avec Guy, archevêque de Lyon , mort en 949, et auquel le 
pape Jean X adressa la bulle dont il a été question ci-de- 
vant. 

CHAPITRE \. 

MAYEUL. abbé. 

DoDalîQB des églises do Cbevreau, Marbos et Trellbn à Tabbaye. 

974 S 1. On ignore Tépoqne à laquelle Guy â cessé d'être abbé 

hGigny^ soit par suite de décès, soit parce qnil se serait re- 
tiré dans un ermitage à Foy. Mais il paraît à peu près cons- 
tant qu'entre lui et l'abbé Mayeul, dont il s'agit dans ce 
chapitre, il y a une lacune d'un ou de plusieurs abbés dont 
on n'a pu découvrir aucune trace. 

L'abbé Mayeul lui-même ne nous est connu que par la 
donation qui fut faite de son temps à l'abbaye de Gigny , des 
églises de Trcffort , Marbox et Chevreau, situées dans le pays 
du Revermont <^), avec leurs dîmes , oblations , terres , prés, 
eaux , cours d'eau et dépendances quelconques. Cette riche 

une NiUe de pierre sur laquelle let tokrtê et les nourrices apportaient les en* 
fiints aSn de les empêcher de plevrer. Elles ttotmanaient cette table tadl* dé 
êmiiU Criard, 

(aa) Le Revermont, ou la côte de Saint-André {Revêrsus mons)^ était autrefois 
l*un des cinq petits états souverains dj la Brasse, lequel commençait k peu près 
lia rivière de Cousance, an nord, ou même encore au «delà, et finissait vers le 
Pont-d*Ain, au sud, en comprenant surtout le revers occidental de la diatne de 
montagnes. Il s*étendait peu dans la plaine h Poucet et peu dans la mon- 
tagne i Torient. La vullée de Suran en fa i «ait à peu prbs la limite orientale. Le 
bourg de Coligny en était la capitale, et les sires de ce lieu en étaient les souTe- 
raint. 



' CHAPITRE r. 27 

donaliou fut faite par Manassès III , comte eu Bourgo- 974 
gne , sire de Coligny et du Revermont , ûls de Manassès II, 
dit le Jeune , et de Judith , et pelit-ûls de Manassès I , 
doc et comte de Bourgogne, de Cbalon et d'Autnn. L*acte de ^ ^ 
ceUe donation fut passé au chûteau de Coligny , au mois 
d'août de l'an 974, sous le règne de Conrad-le-Pacifique , roi 
de la Bourgogne jurane. Il fut signé du comte Manassès, de 
la comtesse Gerberge , son épouse, et de leurs trois (ils Ma- 
nassès, Richard et Walace. 

Ainsi , c'est à la munificence de l'illustre et antique mai- 
soode Coligny que l'abbaye de Gigny dut les riches prieurés 
de Harboz, de Ghâtel et probablement de Cuisia, qu'elle fon- 
da bientôt en ces lieux et dont elle a joui pendant huit siè- 
cles, comme on l'expliquera en détail dans des chapitres par- 
lîcaliers. 

S 2. Mayeal , abbé de Gigny, est-il le même que saint 
Mayeul , abbé de Chmy à la même époque, qui , ayant été 
Eût prisonnier , en juillet 973 , par les Sarrasins des Âl- 
pes (^ , fut racheté au mois d'août suivant ? Il y a lieu 
d'eo douter pour les motifs suivants: 1.^ il y avait dans ce 
soède plusieurs homonymes du nom de Mayeul, notamment 
BQ abbé de Payerme en Suisse, en 932 ; 2.^ le cumul des 
deux abbayes de Gigny et de Cluny n'aurait guère été to- 
léré dans la même personne , surtout k une époque si voisi- 
ne da testament de Bemon ; 3.<^ dans les notices très dé- 
taillées sur saint Mayeul, par Syrus , Nalgod et Mabillon, 
l'abbaye de Gigny n'est point recensée au nombre des mo- 
Bastères qu'il gouverna ; 4.^ enfin on trouve un abbé d'un 
astre nom à Gigny, dix ans avant que saint Mayeul ait abdi- 

{ti)Eni$4f ^f^ê^ Sarrasins \elé» parla tempête à Fraiiiet, au bord du golfe 
^ GtioMudy entre Toulon et Fréfus, s'y établirent et en Grent Tenir d*aatre% 
Ce fat une espèce de colonie de brigands qui finirent par occuper les passages 
^ Alpes oà ifs arrêtaient les pëlerius qui allaient à Romclts uc furent chassés 
^<Pninet qu'en 99o. 



28 HISTOIRE DE GIClfT. 

974 que l'abbaye de Cluny en faveur de saint Odilon. C'est celui 
dont on va parler. 



CHAPITRE VL 

ZANTLIN, abbé. 

98f Cet abbé est connu par une charte de l'abbaye de Tonr- 

^ ^* nus, dans laquelle il a comparu avec les religieux de Gigny 
pour consentir à ce qu*nn nommé Henri donnât à Toumus 
réglise d'Huîlly, sur la Seille, ainsi qu'un meix ou domaine 
avec le serf qui en dépendait. Ce consentement fût donné 
par Tabbé Zantlin, en suite des sollicitations de Henri et de 
quelques échanges qu'ils firent entre eux , parce que les ob- 
jets donnés avaient été destinés par les auteurs ou ancêtres 
de celui-ci au monastère de Glgny , et le donateur voulut 
empêcher ainsi les moines de Tournus d'être inquiétés à 
l'avenir. 

Cette charte est signée non-seulement de Henri et de l'abbé 
ZantHn, mais encore d'un prévôt et de dix-neuf autres reli- 
gieux, ce qui fait voir que leur nombre avait bien augmenté 
depuis l'année 928 , lors de laquelle ils n'étaient que dix, y 
compris l'abbé. Elle est datée de la 31.* année de Conrad-le- 
Pacifique, roi de la Boui^ogne jurane. Or, ce roi ayant suc- 
cédé à Rodolphe H, son père, mort en l'an 936, la date de 
cette charte tomberait en 967, si on commençait à compter 
le règne de ce roi dès la mort de son père. Au contraire , 
elle ne tombe qu'en 981, en ne commençant h compter que 
dès 950, année où il cessa d'être détenu prisonnier par l'em- 
pereur Othon , son beau-frère , et dès laquelle seulement il 
gouverna son royaume par lui-mômo. Il faut bien admettre 
ici cette ilernièrc manière de compter , parce que l'acte de 



CHAPITRE TI. 29 

donation de Henri a été stipulé an profit d'Eudes, qui n'était 981 
point encore abbé de Toumus en 967 , ni même en 980. 
D'un autre côté, on trouve plusieurs chartes qui datent posi- 
tivement le règne de Conrad de 936 et de 937, et font cor- 
respondre, par exemple, sa cinquième année à 942, sa hui- 
tième h 945, et sa quinzième à 951. Ainsi, ce roi a eu, 
comme Louis XYIII, un règne de droit et un règne de fait; 
mais tantôt on l'a daté du droit , tantôt du fait, tandis que 
le roi de France a toujours daté le sien du droit, sans son- 
ger que l'histoire ne le datera que du fait. 

Au reste, cette charte, ainsi que la précédente et celle du 
roi Rodolphe I/', prouve que Gigny et toute la Bresse dépen- 
daient du royaume de la Bourgogne jurane, limitée par la 
Saône. M. Oerc a pensé le contraire {page 211 ) à cause de 
notre buUe de 928, adressée au roi de France Raoul. Il au- 
rait pu s'appuyer encore de la déclaration de Tabbé Guy et 
de ses moines, datée de la 6.^ année du même roi. Néan- 
moins, cette opinion nous paraît peu fondée, soit à cause de 
nos trois chartes précitées, soit à cause de beaucoup 
d'autres du même siècle qui concernent les communes de 
la Bresse, à l'orient de la Saône. Ainsi, on voit en 943 notre 
roi Conrad donner à l'abbaye de Cluny le village de Toissey, 
près de cette rivière, tandis qu'à la même époque le roi de 
France, Louis d'Outre-Mer, lui faisait des donations sur le 
bord occidental du même fleuve. Il n'est probablement 
question du roi Raoul dans les deux titres de 928 qu'à 
cause de Quny, qui dépendait du royaume de France. 



30 HISTOIRE DE GIOSY. 



GUÂPITRE VU. 

SAir«T HUGUES, abbé. 



Soumission de I*abbaye de Gifçny â celle de CtuDy. — Donation du prieuré 

de Bollosvaux en Bauges. 



S 1. ÀpnÈsTabbéZantlin, nos recherches les plus assidues 
n'ont pu parvenir h remplir une lacune de presque un siècle 
dans rhistoire de Gigny. On peut présumer que l'abbé de ce 
994 monastère Uxi un des sept qui assistèrent, en 994, à rinstal** 
latioB de saint Odilon sur le siège abbatial de Cluny. Mais 
on n'en a pas la preuve , parce que , bien qu'on connaisse 
leurs noms , on ne sait pas quelles abbayes six d'entre eux 
gouvernaient. Ces sept abbés étaient : Teuton, abbé de 
Saint-Maur-les-Fossés, Hugues, Riehfred, Wagon, Théobald; 
Wareniherg et Guillaume. L'auto-da-fé déplorable de 1794 fbil 
donc éprouver ici les plus vife regrets, car cette grande la- 
cune aurait pu éti*e plus ou moins comblée au moyen des 
chartes livrées aux flammes , et le lecteur n'en serait pas 
réduit h arriver si vite sur le déclin du onzième siècle. 
S 2. A cette époque, si on en croit une bulle apostolique 
1076 de l'année 107%, l'abbaye se trouvait dans un triste élat de 
^ *''• décadence et de dépérissement. La négligence des abbés et 
des prévôts aurait été telle que la discipline religieuse en 
aurait été entièrement relâchée, et que le monastère se serait 
même trouvé dépourvu de revenus ou subsides temporels. 
Les moines de Gigny auraient eu recours au pape Gré- 
goire VII , lui auraient exposé leur déplorable situation, 
l'auraient prié avec larmes de les secourir, et l'auraient sup- 
plié instamment, h diverses reprises, de confier leur monas- 
tère à la conduite et à la vigilance de saint Hugues, alors 



CHAPITRE VII. 31 

ûjbé de Quny, afin d'y faire revivre la religion, et de rendre 1076 
à cet étaUissement sa prospérité temporelle antérieure. 

Ce pape obtempéra d'autant plus volontiers à cette de- 
mande vraie ou prétendue , qu'il était ami intime de saint 
Hugues , avait fait ses études à Cluny et y avait été moine 
avant 1073, année de son élévation à la papauté. Il confia 
donc dès ce moment Tabbaye de Gigny et toutes ses dépen- 
dances à cet abbé, avec pleins pouvoirs de la gouverner pen- 
dant qu'il vivrait, et d'y faire les règlements, corrections, 
modifications et changements qu'il jugerait convenables. Le 
souverain pontife disposa aussi qu'après la mort de saint 
Hogues, ses successeui^s dans l'abbaye de Cluny auraient les 
mêmes pouvoirs que lui sur le monastère de Gigny, et qu'au- 
can abbé n'y serait élu ou ordonné sans la présence et Tap- 
IvrobatioQ de l'abbé de Cluny ou de son délégué. Cette 
bulle, adressée à saint Hugues, est datée du palais de Latran, 
le 9 décembre de la quatrième année du pontificat de Gré- 
goire Vil, laquelle correspond bien à l'an 1076. 

En conséquence, l'abbaye de Gigny cessa d'éti*e indépen^ 
dante, et de mère et supérieure de celle de Cluny, elle devint 
sa succursale subordonnée. Saint Hugues se trouva le chef 
de Tune et de l'autre , réunissant ainsi ce que Bernon avait 
jugé à propos de diviser; ou plutôt celle de Gigny resta sans 
abbé propre, soumise au régime de Cluny, sine pvprio abbate, 
Uuniacerm reg'mmii mbjecta, comme porte une bulle dont 
Doqs parlerons bientôt. 

g 3. L'abbaye de Baume que nous avons vue, dès le 
principe, annexée et soumise à celle de Gigny, eut-elle le 
même sort, en vertu de la bulle de Grégoire YII, qui com-* 
prenait toutes les dépendances de celle-ci , cum ommbus suis 
fertinenins ? On pourrait le penser, k la vue d'une bulle adres^ 
&ée, en 1089, k un abbé de Baume du nom de Hugues, 
l'gom carissbno fUh Babnenâ abbati^ par laquelle le souverain M. 

pontife lui confirme la direction de cette abbaye. Mais on 



a HISTOIRE DE eiCNY. 

1(^76 <lo*^ Croire que cet abbé n'était point saint Hugues de 
Ciuny, soit parce qu*il n*est pas qualifié tel dans cette bulle, 
comme il l'est dans celle de 1076 , soit parce qu'on con- 
naît des abbés de Baume d'un autre nom , après cette der* 
nière bulle d'union et avant la mort de celui de Qnny , 
comme un Bernard I.*' en 1078, 1080, 1083, un Renaud 
en 1100, un Bernard II en 1104, et un Albéric en 1107. 
Nous Terrons bientôt d'ailleurs qu'en l'année 1100, l'abiMye 
de Baume ne se trouve pas recensée au grand nombre des 
monastères soumis à Qnny. Bien plus, il fôuit comme recon- 
naître qu'après Guy , les deux abbayes de Baume et de 
Gigny ont été possédées séparément, chacune par un titu- 
laire distinct. En effet, nos deux abbés Hayeul et Zantlin ne 
figurent point sur la liste de ceux de Baume, et on trouve 
parmi ces derniers un Odon, en 1055, qui ne parait pas 
avoir été abbé k Gigny. 

Au reste , l'union de l'abbaye de Baume k celle de Ciuny 
ne fut tentée que postérieurement. On voit que, d'après un 
bref du pape Eugène III, Guillaume d'Auxonne, comte de 
Bourgogne-Scoding et de Mâcon, soumit, en 1147, cette 
abbaye à celle de Cluny, et que, deux ans plus tard, Hnm- 
bert, archevêque de Besançon , conformément à une bulle 
du même pape, lui en fit aussi don, sous le titre de prieuré. 

M. Cette donation , ratifiée en 1 153 par un diplôme de l'empe- 
reur Frédéric Barberousse, devenu prince souverain du 
comté de Bourgogne, fut encore confirmée, en 1155, 
par le pape Adrien IV, en punition de la rébeUion et de 

*• l'insolence des religieux de Baume. Cependant, en 1157, 

l'empereur, outré de ce que cette abbaye, fondée pour la 
Noblesse par ses prédécesseurs, d'abbaye noble et impériale 
était devenue simple prieuré, simple grange de Cluny^ lu réin- 
tégra en dignité abbatiale et en indépendance de toute autre 
abbaye, à la supplication des religieux, des princes et des 

n barons. L'anti-pape Victor, en 116i, sanctionna ce diplôme 



GHÀPITBE TH. 33 

qui fat encore renouvelé, en 1186 , par Henri VI , fils de 1076 
Frédéric. 
« L'abbaye de Baume , dit M. Loram, n'avail jamais ac- 
cepté, sans résistance et sans modification, l'autorité 
suprême de l'abbé de Cluny , et une grande rivalité avait 
toiyours régné a ce sujet entre l'abbé de Quny et l'arche- 
vêque de Besançon. Bertrand de Colombiers, abbé de 
Quny, voulut, en 1S97, aller visiter le monastère de 
Baume. Hais les moines lui ayant fermé les portes, il les 
interdit et réclama contre eux l'assistance de Benaud de 
Bourgogne, comte de Hontbéliard. Néanmoins, malgré ce 
secours, l'obédience de Cluny eut peine h être reconnue 
par Baume , jusqu'il l'an 1300, qu'une transaction inter- 
vint , qui partagea les droits et les honneurs, d'une fhçon 
très bizarre, entre l'abbé de Quny et l'archevêque de 
Besançon. » 

S 4. Il conviendrait peut-être ici de discuter si la réunion 
de l'aUiaye de Gigny à celle de Cluny a été le résultat d'un 
vœu sincèrement émis par les religieux de la première, ou 
d'une intrigue ambitieuse de ceux de la seconde. Or, je ne 
suis pas éloigné de croire k cette dernière cause , quand je 
réfléchis aux motib donnés pour la réunion de tant d'ab- 
bayes dans le laps d'un siècle et demi. Il est difficile, en 
effet, de croire au maintien de la bonne discipline et de la 
bonne administration dans ccttQ abbaye de Cluny, et au 
relâchement, au désordre et au gaspillage dans toutes les 
autres. Tels furent néanmoins les motifs banaux allégués 
pour absorber tant d'établissements célèbi*es et historiques, 
Nautna en 959, Saint^Marcel en 990, Paray en 999, Gigny 
en 1076, Vaux-sur-Poligny à peu près k la même époque, 
et tant d'autres situés hors de notre voisinage, dont il sera 
parlé dans le chapitre suivant. 

Le motif probablement plus réel fût l'ambition de la su- 
prématie et des richesses. Les efforts continués , pendant 

3 



34 HISTOIRE DE GIGNY. 

1076 plus de deuK siècles, pour absorber aussi Tabbaye de Baume, 
paraissent le prouver assez. Cluoy eut , dans le onzième 
siècle , l'ambition de se constituer en chef -d'ordre.. Il fallut 
donc, pour y parvenir, composer un ordre» et, pour cela, sou- 
mettre à Tobéissance un grand nombre de monastères. On 
alla par degrés, aân de ménager les esprits, et on se conten- 
ta d'abord de soumettre les abbayes au régime et de les 
priver de leur droit d'élection abbatiale , en se réserv^ant 
celui de nommer leurs cbefs que, par ménagement d'égalité, 
on voulut bien appeler coahhé$. Mais ensuite, sous saint Hu- 
gues, comme on le verra dans le chapitre suivant, on rédui- 
sit toutes les abbayes en simples prieurés; le titre d'abbé fut 
supprimé , et elles furent placées plus strictement sous la 
puissance de Cluny l^). Ce fut alors que cette grande abbaye 
prit le titre d'Ordre et le surnom demomutère desmonasières. 
Ce fut dès ce moment que l'abbé de Cluny s'attribua le titre 
orgueilleux d'arM^bé, d'abbé des prieun^ et même celui 
d'abbé des abbéè^ qui appartenait anciennement à l'abbé du 
mont Cassin, et que celui de Citeaux s'arrogea aussi peu après. 
Mais revenons à Gigny, dont la réunion causa sans doute 
h Cluny une satisfaction plus particulière ^ en ce que cette 
dernière abbaye se trouva ainsi libérée du tribut quelque 
peu humiliant des douze deniers ou de la maille d'or qui lui 
avait été imposé par Bernon. 

1078 S ^* Ce fut du temps de l'abbé saint Hugues , deux ans 

après la bulle d'union , que le prieuré de fieUesvaiuo€n-J3at^ 



(«4) Tfondhm tab Othnê absoluta fuit Congregationis êêu Ordims Cltentacên- 
sis ereciio : oatf neqme nA Jjmnrdo tiut jm6 MmoU , imo née 9mA Oditont ; tgd 
taniitm stibtancto Hugont, abbaUsêxtOt qui^pro €/t quafMUUhai apnd principtt 
et subdilos auctoritate^ non modo prceposi titras ae prioratus sibi suhjecit ^ s»d 
eiiam nmbiles abhatias sua ditioni addixity exstinctisqtte {quoad licebnt) abbatum 
tituii\ ad prioratuumf ut vocant^ stutnm nonmUlas rtdegit^ n« se de inceps k Ctw 
nUeensis aJbbatis potesUUê eximerêiU. MABILLON. Ict* Sanotor. Prafat in tecul. 
deoiiaoBy nfi Sa» 



CflÂVITRE TIII. 35 

jes, dans b Saroir , fût donné à Gîgny. Cette donation Ait 1078 
faite , en 1078 , par un riche individu nommé Nantelme, du 
consentement dtt comte de Savoie et de l'évéque de Genève ; 
mais réglise placée sons le vocable de la Vierge ne ftit con« 
sacrée qu'en 1090. U en sera parlé en détail dans le chapi- ^^^^ 
tre spéci^ consacré aux prieurés. 



m. ■ nui iiiHMUiiiiiw acoaggeag 



C 4S. 



€HAPITRE \m. 

SuKt HUGUES, i.«' prieur. 

Bjé^oetioii de rtbhaye de Gigny ea prieuré cooreeiael. 

% 1. L'abbatb de Gluny ne se contenta pas d'avoir rangé à 
son ordre celle de Gigny et de tant d'autres lieux célèbres. 
Ce nom d'abbaye lui était sans doute odieux ou importun , 
parce qu'il indiquait toujours une sorte d'égalité. C'est pour- 
quoi , toutes ces abbayes furent réduites en pneitrés eonven- 
UœU. Cette grande usurpation paraît avoir été consommée 
en l'an 1095 , ii la sollicitation de saint Hugues, au concile 1095 
de Clermont en Auvergne, auquel il assista. Le pape Urbain c. 49. 
II , qui avait été son disciple et moine à CÀTny sous lui , y 
fit cette grande concession à son ancien supérieur (^). 

Après la uiort de ce pape, arrivée en 1099, Tabbé de Clu- 
ny, qui avait Vasîucednserpent, comme disait Grégoire VII en 
1075, eut grand soin de faire confirmer cette mesure hardie 
par Paschal H , son successeur. En conséquence , par une 
bulle donnée à Anagny le 15 novembre de Tan 1100 , et il 00 
adressée à saint Hugues, il confirma non -seulement tous c. 49. 

US) Cependant» le monasibre de Gigny ne se trouve pas encore recensé avec 
Ui autres, dans une bulle du pape Urbain, en 1095, conGrmalivc des Liens et 
dépcndancni de l'abbaye de Guny. BihliotK Ciun, Col. 5i5. 



36 HISTOIRE DE GIORT. 

les avantages accordés à Cluny par les papes Grégoire VII 
et Urbain II, mais il disposa encore qu'à l'avenir il ne serait 
nommé aucun abbé dans les monastères soumis h oe chef- 
d'ordre qui s*en trouveraient alors dépourvus , et que tous 
c^s prieurés , toutes ces celles dépendraient entièrement de 
Tabbé Hugues et de ses successeurs. Il sgouta que leurs 
églises et chapelles seraient flranches et exemptes de tout 
impôt , sauf le droit disciplinaire de Févéque sur les prêtres 
qui compromettraient la dignité de leur ordre, en excep- 
tant toutefois les églises qui n'étaient pas alors sous la juri* 
diction de l'évéque , et qui ne dépendaient que de leur abbé. 
Cette bulle donne ensuite la nomenclature de tous les 
monastères dont il s'agit, et au nombre desquels se trouve 
non-seulement Gigny , mais encoi^ Nantua , Romain-Hou- 
tier, Saint^Marcel , Paray , Marcigny, Charlieu, La Charité, 
Souvigny, Saint-Martin d'Auxy, Saint-Vivant sous Yergy , 
Saint-Orient d'Ausch , été., etc. D'autres bulles analogues 
confirmèrent h l'abbaye de Cluny tous ces monastères , y 
compris <^elui de Gigny, en 1109, 1125, 1204, 1272, 1278, etc. 
Il est à croire qu'en suite de cette bulle, saint Hugues resta 
chef du prieuré conventuel de Gigny , comme , depuis 1076 , 
il en était resté abbé. Au moins , on ne trouve aucun in- 
dice qu'il y ait eu un autre titulaire avant sa mort. 

S 2. Saint Hugues était né en 1024 de parents très nobles, 
îk Semur-en-Brionnais. Il était fils de Dalmace, seigneur de 
Semur, et d'Arembei*gede Vergy. Après avoir feit ses pre- 
mières études à Chalon-sur-Saône , il entra à Quny h Tâge 
de quinze ans , y reçut l'habit religieux des mains de saint 
Odilon , en devint prieur quelques années après , et en fût 
nommé abbé à l'unanimité , en 1049 , après la mort d'O- 
dilon. C'est lui qui, aidé des libéralités d'Alphonse VI, roi 
de Castille , fit édifier, de 1089 ^1109, la magnifique basi- 
lique de Cluny, démolie après 1793, la plus belle église de 
la chrétienté après celle de Saint-Pierre à Rome, n fit 



GBAPITRB tX. 37 

plusieurs rëglements sur l'office diyin, et introduisit l'usage noo 
de chanter le Veni creaiar pendant Toctaye de la Pente- 
côte. U assista aux conciles de Rome en 1063, d'Autun en 
1077 , et de Clermont en 1095. Il érigea Cluny en cbef- 
d'ordre , lui assiyettit un très grand nombre d'autres mo- 
nastères, le porta au plus haut point de puissance et de 
splendeur , et fut k la tête de plus de dix mille moines. 
Après avoir gouverné pendant plus de soixante ans cette^ II09 
célèbre abbaye , et avoir joui de l'amitié et de la haute 
considération des princes , des rois et des papes , il mou- 
rut en odeur de sainteté. Le pape Gallixte II le canonisa, 
doue ans environ après , et l'Église honore sa mémoire le 
29 avril, jour de sa mort. 



CHAPITRE K. 

YAUCHIER , ii.« prieur. 

Lb second prieur de Gigny fût Yauchier (WakhermJ. H if 09 
en est fait mention dans une charte de Cluny, où il est dit q ^^ 
qu'à sa prière, Guillaume, archevêque de Besançon, fit do- 
nation k Pabbé Ponce de l'église de Mou^er-Haate-Pterre , 
actuellement commune du canton d'Omans, au départe- 
ment du Boubs. On y énonce , comme de coutume , que le 
motif de cette donation est de faire revivre la discipline 
monastique tout-à-fait relâchée à Haute-Pierre , en y réta- 
Uissant des religieux de Quny. Mais on ignore pourquoi 
et en quelle qualité le titulaire de Gigny sollicita cette do- 
nation, k laquelle, d'ailleurs. Ponce, prieur de Haute-Pierre, 
consentit. A la vérité , cette charte est sans date ; mais 
elle en reçoit une de ce que l'abbé Ponce y est nommé ; car 
cet abbé succéda en 1109 à saint Hugues dans l'abbaye de 



38 HISTOIRE DB GiONY. 

Quny, comme sans doute Vauchier suocéda k ce dernier 
dans le prieuré de Gigny. Au reste , la donation de Houtier- 
Hautet-Pierre fut confinaée en 1114 par une buUe aposto- 
lique. 



CHÂPrrBËx. 

GUY DB ttçGN^T, prieur. 

Affaire fie rabbaye da Htroi^. *^ Saint Bernard et Pierre-le-Y éoérable. 
Seeaox du prieuré et da chapitre de IfiffiMy. 

S 1. Je n'ai pu découvrir durant combien d'années Vau- 
chier a été prieur k Gfgny , m s'il ù en pour succe^âeuf 
immédiat Guy de Mugnei dont il va être parlé. Je vois seule- 
ment que M. Monnier énonoa^ J'igtiore d'après quel docu- 
ment, qu'en 1118 le premier a cessé d'être titulaire. Ainsi , 
ce n'est qu'après cette époque que le second a pu devenir 
chef du prieuré. 

Le village de Monnet dans la combe d'Ain , au canton de 
Champagnole , a donné son nom à une ancienne et liobte 
famille du département du Jura , qui possédait la vicotnié 
de Salins , et dont notre prieur était membre. On trouve 
Hugues de Mtamei témoin en 1115 dans Une oharte du 
prieuré de Vaux prèsPoUgny; Gut/de Munnec qualifié vas- 
sal de Guillaume d'Auxonne, comte de Bourgogne^oding 
en 1147; Jïii^uet seigneur iè Mxamet en 1238; Rkhardde 
Monnet vicomte de Salins en 1276 ; F. Purre de Muguet prieur- 
de Brou ( Ain ) en 1367 ; etc.. On lit aussi que le Fief-Uge 
de Mugnet fut cédé , en lâ84, par Jean de Vienne, seigneur 
de Mirebel, h Jean de Chalon , comte d'Auxorre et seigneur 
de Rochefort. Les armoiries de Monnet étaient d'azur à six 
besants d'argent. 



CHAPITRE X. 39 

S 2. Guy de Magnec est le premier connu de nos prieurs lus 
qui ait porté on nom propre ou de fiimille , et un nom qui 
iodiqne la noblesse. Aussi bien» ce ne Ait que de son temps, 
c'est-à-dire, an commencement da douzième siècle, qu'on 
cessa de désigner simplement les indîTidus par leurs noms 
de bapt^e et par ceux de leurs pères, comme Jean, fils de 
Pierre , etc... C'est alors aussi qu'on prit l'usage des noms 
patronymiques ou de famille, qui devinrent dès ce temps 
liéréditaires. Ces derniers noms ftirent otidinairement tirés 
du lieu de la naîssaacM^ , de celui de la rësidcnce , du genre 
de profession , etc*.. Quant à la noblesse , elle avait été éta- 
bUe plus d'un siècle auparavant , en même temps que les 
fie^ et il ne ftut pas douter que le monastère de Gigny ne 
lai ait été destiné dès le principe. 

S 3. On peut penser que Guy de Ifugnet teft déjk prieur 1 1 32 
de Gigny en 1133 , lorsqu'un chapitre gfoéral fût tenu & 
Gluny pour réformer les règlements et statuts de l'ordre, et 
qu'il fût l'un des 200 prieurs qui y assistèrent. 

On peut penser ainsi que , déjà de son temps, eomm^- 
eèrent les graves différends qui survinrent, dans ce siècle, 
entre le prieuré de Gigny et l'abbaye du Miroir. Ils furent 
tels, qu'ils mirent en émoi tous les monastères des ordres de 
Cluny et de Citeanx , et que , non-seulement saint Bernard 
et Pierre-le-Yénérable , deux hommes supérieurs de cette 
époque, y prirent une grande part, mais encore deux ar- 
chevêques et surtout le pape lui-même. En voici l'historique 
dès le commencement. 

S 4. Le pape Honoritis II étant mort le 14 février 1130 
W , quelques cardinaux, au nombre de vingt seulement, se 

(a€) Dans ce tièdey et des la troisiëm^ race des rois de Fnnoe» l*aiitiée n« 
csiwiieDçail qo*à Pâques, ou plutôt le samedi saint après vêpres. Voilà pourquoi 
«I lit dans nne yteitle charte t Armoptfn finità lOio , indictione 9, meniefebmariit 
Ce B*est que depvis l^ordonnaneé daroi Charles ix, rendue ttk 1 5$4, que Tannée 
ictDimencéan premier ianvier, et même teulemeiit depuis tS75 en Franche- 



40 HISTOIRE DE GIGMY. 

il3â bâtèrent de lui élire lonocent II pour successeur. Ils firent 
cette élection clandestinement et comme par surprise, avant 
que la mort d'Honorius fût publiée, sans appeler les autres 
cardinaux» et en se réunissant dans un local inaccoutumé. 
Ceux-ci, au contraire, au nombre de vingt-sept, qui passaient 
pour les cardinaux les premiers et les plus sages de l'église 
romaine, ayant appris le décès d'Honorius, procédèrent h 
l'élection de son successeur dans l'église accoutumée, et 
choisirent Anadet II, qui avait été moine k Quny. De là 
grand schisme, et Innocent, qui avait peu de partisans h 
Rome , Alt obligé de s'enfuir et de se réAigier en France 
avec les siens. 

S 5. Les deux élus intriguèrent ensuite de part et d'autre 
pour se faire reconnaître par les souverains et par le clergé. 
Innocent se rendit k Glairvaux auprès de saint Bernard, dont 
il connaissait toute l'adresse et l'influence, et il le mit dans 
son parti. Aussi, cet homme éloquent plaida si chaudement 
en sa faveur et sollicita si heureusement , qu'il le fit recon* 
naitre en France , au concile d'Êtampes , malgré le ^ice 
évident de son élection. Ce pape voulut témoigner sa grati- 
tude pour un si grand bienfait, et il offrit k l'abbé de Clair- 
vaux les évéchés de Ghalon-sur-Marnc ou de Gènes qu'il 
c. 53. refusa. Hais par une lettre datée de Cluny , le 10 février 
1132, et adressée k Etienne, abbc de Citeaux, ce souverain 
pontife accorda un privilège de dîmes k tout son ordre , 
'statuant qu'aucune personne ecclésiastique ou séculière n'e&t 
k se permettre d'exiger ui de recevoir de ses religieux les 
dîmes des terres cultivées de leurs mains et k leurs dépens, 
non plus que les dîmes de leurs bestiaux. Cette exemption 
qui valait mieux qu'un évéché fut acceptée, et on ne tarda 
pas d'en prendre jouissance. 

Comté. Ainsi la mort d*IIonoriii« trriT* réellement en février iiSi. On den-t 
aToir égard à cette remarque, loraqu*il a*agira dana cette hiatoii*e dca mois de 
)antier, fémeri inara f et oiéipe vttilf aTaat 1S7 i. 



CHAPITKË t. 41 

S 6. Un membre de rillnstre maison de Goligny avait lis^ 
fondé, le 5 septembre 1131 , l'abbaye du Miroir de l'ordre ^ ^^ 
de (Steaux» et lui avait cédé, non-sealement sa terre et sa 
forêt da Miroir , mais encore son vignoble de Gisia , avec 
droits d'usage et de pâturage dans ses antres bois. Cette 
donation avait été foite en présence de Renaud de Cuisia , 
de Milon de Beanfort, d*Aymon Lumbel de Cuiseaux, d'Hum- 
bert de Thoire, et de Girard de Chavannes. 

Or» les moines de Gigny ayant voulu percevoir, comme 1193 
de oontume, leurs dîmes dans ces deux localités , ceux du c.^^^ 
IGroir s*y opposèrent en vertu du privilège concédé par 
Innocent k tout l'ordre de Cîteaux. Les premiers insistèrent, 
poursuivirent le recouvrement des dîmes , et saint Bernard 
instruisit le pape du peu d'égards qu'ils montraient pour sa 
lettre de privilège W. Ce pontife en écrivît h Pîerre-le- 
Vàiérable, abbé de Quny, dont dépendaient les religieux 
de Gigny, en fulminant une interdiction contre ces derniers, 
s'ils ne se désistaient dans un délai de quarante jours. 

L'abbé Pierre ^^) épousa d'autant plus chaudement la 

U7> Siiiil Bernard «iiIeVM ■losl aux moines de Baome lenrt droits sur le ter- 
liieire de V^sci près d*Arboi«y pour en enrichir l'abbeye de Beleme, fille de 
ceUe de CUtt Tans et fondée en i il6* 

(al) Pierre Maorice. dit le TénéraUe, fils de Mauiice de M ontboissier et de 
sainte laingerde, neqnit en AnTergne en 109I, fnt élu abbé de Clnny en 1 iaa« 
et a oo r pt le a4 décembre • 1 5C. U n*a pas été canonisé dans les formes ordinai- 
res^ iBata il eat îuacrit en nombre des eaints dans quelques martyrologes, à la 
éatedn aS décembre» 

Fierre-le-Vénérable fut non seulement un des plus dignes et des plus eél^ 
brcs abbés de Cluny » mais encore l*une des plus grandes figurée du moyen 
ige et l'nn des ploa grands écrivains de son siècle, stcc saint Bernard. Ces 
éeox dignes athlètes entent ensemble plusieurs démêlés tiës piquants. Le 
premier arrira en iiaS • au sujet de la vie et de U discipline claustrale, dans 
les deux ordres de Clnny et de Citeauz ; le second en 1 133 , à ^occasion des 
diaes; et un troisième en ii3l,àcau«e de la nomination d'un moine de 
Qony èréféché deLangres. Il est très curieux de lire Thistoire des débats 
animés de ces deux célèbres et siiots chefs de cénobites. On ue peut refuser 



4â HISTOIRE DB 61GNT. 

cause des moines de Gigay, qu'elle étail celle de l'ordre 
entier de Cluny, pour lequel il s'agissait de perdre ht meil- 
leure source de ses revenus. En conséquence, il écrivit, en 
manière de pbidoyers, trois lettres admirables de sentiment, 
de conviction et de pathétique , Tune au pape lui-même , 
l'autre au cardinal Aimeric, chancelier de la cour de Rome» 
et la troisième au chapitre général de Citeaux. 

S 7. Dans la première de ces lettres, il témoigne au pape 
combien sa décision est extraordinaire , et combien elle est 
préjudiciable aux religieux de l'ordre de Cluny. U dit qu'au- 
cune interdiction n'a encore été prononcée contre le moindre 
couvent de cet ordre, et qu'il y a lieu de s'étonner d'en voir 
une fulminée contre le grand monastère de Gigny; qu'on 
veut lui enlever des dîmes qu'il a perçues sans contradiction 
depuis plus de 200 ans ; que l'ordre de Cluny a obtenu de» 
papes précédents beaucoup de privilèges pour se dispenser 
de payer les dîmes ; mais qu'il n'a jamais usé de cette fkveur, 
parce qu'il était écrit : Malheur à eelm par qai le scandale 
vient; qu'en conséquence et pour un bien de paix, il avait 
toujours payé les dîmes dues et non dues, non-seulcnicnt 
aux moines, aux chanoines et autres ecclésiastiques, mais 
encore àdeslafcsetà des gentilshommes; (|n'ilesC juste aussi 
qu'on paie à l'abbaye de Cluny les dîmes qui lui sont dues. 

un hattt laleat et n&sniid Mprit à tous t«t dëtkx. Maii , ii*eu dépUite h mon 
bienhemrenz patron, ré(o^[n«nefe de ion tdVentIre éitU celle d'un ecHir fin» 
cère atoottTaincn i tlétiit noàéréf oilaie, meinré et Misonneble dent le ooa« 
trOTertc t tandis que saint Bernard ëlait pes«ionDé,yéhéBient» amer, tom%mtmK 
et irrité. La modeatie ehaa l'abbé de Clnn j a*était point on orsueil cadié i la 
cbartié chen lui n*éuit peint un^n nom f elle était toujeurt mite en action. 
C'était elle, i*écriait-U, qni élril la grande loi des ckangementa homains!-Btle 
édata avee toute ta douceur dantaaoonduite è l'égard dn malheureux Abailard, 
oootrattant péniblement aToe la manière toute vindicatiTè de l'abbé de Claif^ 
▼aux» Pierre Maui ice obierva et fil obterTcr la discipline monacale , comme 
la nature humaine le permetf et non at«c une Hgueor e^deasife | par pure os- 
tentation, pour ae dittinguer. Il Ait étmgei' a«x intrigues dftia politique , de 
l'ambitiony de la ^ngeance.««M..K. 



C&APITRB X. 43 

L'abbé Pierre sgout^ qu'k la véilté il a feit don Tolontaire 1133 
et par charité de qttdqaes dîmes, en certains lieux , k se» 
frères de Citeaux ; mais qiie« grâce à Dieu , le nombre de 
ces derniers et des autres religieux s'est tellement multiplié 
autourdes monastères de Tordre de Cluny, que, si ce dernier 
cédait les dîmes à touà ces nouveaux venus, il perdrait la 
dixième partie decies moines, lesquels mêmes, en certaine 
lieux, seraieat obligés d'abandonner leurs monastères. R 
prie ensuite le pape de ne pas renoncer ses premiers enfants 
qui n'ont pas démérité, par amitié pour les derniers nés, et 
il termine eli le teppliant de ne point empêcher la célébra** 
tion de l'ofiBce divin k Gigny, le jour même de Noël, et de 
suspendre au moins son interdiction jusqu'à P&ques, afin 
qu'on puisse lui envoyer des sages négociateurs de ce diflë>« 
rend. 

S 8. Dans âa lettre au chancelier Aimeric, l'abbé de Cluny c. 55. 
prda encote moins de ménagements envers le pape. Après 
avoir reproduit la plupart des observations contenues dans 
la précédente lettre ^ après avoir parlé de la dignité de Tab- 
baye de Clnny et de la protection spéciale que le saint Siège 
lai avait accordée depuis sa fondation^ il ajoute : De quel 
droit an pape peut^il dépouiller, non pas une église ou un 
moDastère, mais un simple particulier ? De quel droit peut- 
il prendre le bien de l'un pour le donner h l'autre, sans le 
consentement de celui auquel il appartient?... Mais, dit^on, 
en se fiiisant généreux du bien d'autrui, ceux de Cluny sont 
riches et ceux de Citeaux pauvres !... Bien I Mais qu'on fasse 
attention i la richesse et la pauvreté sont relatives et non 
absolues ; un pauvre dans sa chaumière est quelquefois plus 
riche qu'un roi sur son trône. Il faut comparer les revenus 
et les dépenses de chacun des deux établissements, pour 
juger lequel est plus riche ou plus pauvre. Or, le monde en- 
tier sait à quel usage Cluny emploie ses dîmes et ses revenus. 
Qu'on suppose encore cette plus grande richesse : est-ce 



M HISTOIRE DB 0I6NY. 

1133 donc une raison pour que les pauvres dépouillent les riches, 
au Heu de leur demander l'aumône? Parce que ceux de Gluny 
ont donné par charité quelques dîmes k ceux de Qteaux, 
s'ensuit-il que ces derniers puissent se les approprier par 
force ?••• 

Après avoir ensuite témoigné son étonnement de la sen- 
tence prononcée contre les religieux de Grigny, sans les avoir 
appelés, sans les avoir entendus dans leurs moyens de dé» 
fense, l'abbé Pierre igoute que les moines de son ordre 
croyaient avoir mieux mérité du pape, en raison des sacri- 
fices qu'ils avaient faits pour lui, et des bienfaits qu'ils ne 
voulaient point lui reprocher, mais qu'ils lui laissaient sur 
la conscience. Qu'il se rappelle, dit-il, que, par une fiiveur 
qui aurait flatté plusieurs de ses prédécesseurs, il a con- 
sacré de ses propres mains l'église de Cluny, et que mainte- 
nant il ne détruise pas lui-même son ouvrage. Ses nombreux 
ennemis continueront à nous insulter, comme ils ont déjà 
Ëiit, en disant : Religieux de Cluny, voilii votre pape , eehû 
que vous avez dhoisi, que vous avez même préféré à Anaclet, 
votre propre confrère; vous obtenez la juste récompense de 
votre conduite.. .. Enfin, Pierre-Ie-Vénérable termine cette 
lettre comme la précédente, en sollicitant un prompt sursis 
jusqu'à Pâques à la sentence d'interdiction, de manière que 
le monastère de Gigny ne soit pas privé de l'oCBce divin le 
jour même de Noël W. 

S 9. Dans sa lettre au chapitre de Citeaux, l'abbé de Quny 
discute, comme dans les deux autres, la question des dimes; 
il répond aux objections et finit par engager les religieux 
de cet ordre h renoncer à leurs prétentions. Vous perdrez, 

(39) Pendant l*int«rdil, il était défendu de célébrer l'office dÎTio, d*inhiuner 
les morts en terre sainte, et d*tdministrer d'autres sacrements que le iMptème. 
Le son des cloches cessait | on descendait les statues et les uUeaux des seinU 
dans les églises ; on les Toilait de noir ; on les couchait, ainsi qoe Uf rttliq[iMtt 
sur la cendre et les épines. Bnfin tout prenait un aspcot lugubre* 



CHAPITRB X. 45 

lear dit-il, plus en réputation que vous ne gagnerez en réa* 1138 
lîté. Tout ie monde admirait votre détachement des riches- 
ses, et aqonrd'hui vous voilà intéressés. Endurez plutôt 
votre pauvreté que de causer un semblable scandale. 

S 10. Le lecteur jugera facilement que les moines de Gigny 
étalent dans tons leurs droits, et que ceux de Citeaux vou- 
laient les dépouUler injustement ; cependant, ils n'obtinrent 
pas satisliiction. Le pape, mû peut<-étre par une fousse honte, 
ne voulait pas revenir sur le privilège qu'il avait accordé par 
reconnaissance au profit de l'ordre de saint Bernard. Ce 
dernier, de son côté, aux risques de parler comme un tribun 
pour le partage des terres d'autrui, ne voulait pas renoncer 
aux grands avantages qui lui résultaient de ce privilège. 
Ainsi, sans qu'on sache quelles furent les suites et quelle fut 
la durée de l'interdiction prononcée contre Gigny, il est 
certain que cette question des dîmes ne reçut pas de solution 
satisfaisante, que les moines du Miroir ne. les payèrent plus 
ï ceux de Gigny, et qu'après le laps de plusieurs années^ 
il s'en suivit un fûcheux événement. 

S 11. Les moines de Gigny, pénétrés de la bonté de leur 1150 
cause, voyant qu'ils ne pouvaient obtenir, par les négocia- 
tions, la restitution qui leur était due, se décidèrent à se 
rendre justice de leurs propres mains; ou plutôt, une indi- 
gnation jusqu'à un certain point excusable les porta à exer^ 
cer contre leurs spoliateurs une vengeance éclatante. En effet, c se. 
en l'année 1150, ils firent détruire ou démolir de fond en 
comble , parleurs hommes , l'abbaye tout entière du Miroir, 
et en firent mettre les meubles au pillage. 

$ 12. Cette grave voie de fait fut bientôt portée à la con- 
naissance du pape Eugène III par saint Bernard, et ce sou- 
Tonin pontife, qui avait été disciple de ce dernier, ne tarda 
pas d'en écrire des lettres sévères à Pierre-le-Yénérable. n 
loi enjoignit de faire estimer de suite les dommages et de 
donner satisfiiction aux religieux de Citeaux ; que sinon il 



46 HISTOIRB DB GIGNT. 

HBÙ sévirait contre les coupables. U ajouta qn'k cet efiTet il don- 
nait à l'archevêque de Lyon le pouvoir d'appliquer les cen- 
sures ecclësiastiqnes , si , dans le délai de vingt jours, on 
n'avait pas traité sur les pertes éprouvées. 

1151 En conséquence, en l'année 1151, on en vint h des expli- 

^ ^ cations dans une réunion fixée k Quny , oil les moines de 
Gigny se rendirent, ainsi que saint Bernard qui représentait 
ceux du Miroir. Ces derniers évaluèrent leurs pertes h plus 
de 30,000 sols ( environ 600 marcs d'argent, on 30,000 fr. 
de la monnaie actuelle), consentant néanmoins k en rabattre 
beaucoup par sacrifice k la paix. Ceux de Gigny répondirent 
que le mai avait été feit par quelques mauvais individus de 
leurs gens» qu'eux-mêmes y étaient étrangers, et qu'ils décli- 
naient toute responsabilité. Néanmoins, par pure concession 
bénévole, ils offrirent une faible et insignifiante indemnité 
qui ne fut point acceptée. Saint Bernard soutint au contraire 
qu'il était notoire que ce grand attentat avait été commis 
par des gens d'église, que quelques moines y avaient assisté, 
et que tous les autres y avaient donné leur assentiment et en 
étaient complices. 

c se. On négocia inutilement pendant quatre jours sans pouvoir 

s'entendre ; on se sépara ensuite sans avoir rien réglé , et 
saint Bernard en fit son rapport au pape, en lui déclarant 
que sa main puissante pouvait seule infliger la correction 
nécessaire et obtenir l'amendement désirable. 

S 13. On ignore quelle décision prit le souverain pontife, 
qui peut-être mourut sans avoir rien statué. On voit seulc- 

c. 57. ment que, par esprit de paix et en cédant k une sorte de 
violence, l'abbé de Cluny paya provisoirement k c^lui du 
Miroir une somme de 17,000 sols, monnaie de Lyon. 

Cependant saint Bernard et le pape Eugène, son disciple, 
c'est-k-dire, deux hommes puissants opposés k la cause de 
Gigny, étant morts en 1153; et, d'un autre côté, Héradins 
de Montlxrissier, frère de Pierr^le-Yénénible, étant devenu, 



CHAPITRE X. 47 

iia même époque, archevêque de Lyon et légat du saint il^l 
Siège en France, les chances devinrent plus favorables knos 
moines. L'aU)é de Cluny et celui du Miroir, nommé Eus* 
torge(^), se rendirent donc, en 1154, auprès du nouveau ^*^* 
pape Anastase, pour faire juger leurs différends. Or, ce pou- c 5T. 
!ife ayant écouté et pesé en plein conseil les plaintes et ob« 
servatîons des parties, condamna Tabbé du Miroir h rendre 
il celui de Quayles 17.000 sols qu'il en avait obtenus par 
violence. A l'égard des dommages réclamés aux moines de 
Gigny, il en ordonna In réparation au jugement de son légat 
en France. Cette sentence mécontenta l'abbé Eustorge,, qui 
partit incontinent » sans^ en demander la permission. C'est 
pourquoi, le pape adressa, quelques mois après, aux arche- 
vêques de Lyon et de Besançon (^^), une bulle qui leur faisait ^' ^ 
connaître sa décision et qui statuai^ en même temps que, si 
cet abbé n'acquittait pas, dans un délai fi^, le montant de 
la condamnation, il se trouverait, ainsi que son prieur, sous 
le poids de l'exconimunicatipn et de l'interdit. 

Ce ftit en conséquence de ces dispositions qu'en 1155 les 1155 
moines du Miroir rendirent a Cluny 11,000 sols sur les ^* ^- 
17,000^^^ qu'ils avaient reçus de Pierre-le- Vénérable. En 
même temps, par la médiation de l'archevêque Héraclius et 
de Henri, évêque de Winchester ^^\ ils terminèrent leur dif- 

(3o) Cet aUiérett encore connu par nne cbarle de i i5i ; mais il ne faut pat 
k oonfendre «Tec Euatorg e, premier abbé de Sainl-Rigaud, dans la commune 
adaelle de Ligny en Brionnait, mort en 107a. 

(3i) L*abba^e du Miroir ayant toujours dépendu dn dioobse de Lyon, ainsi 
fw ceUe de Gfgny, on ne comprend pas pourquoi cette bulle fVit aussi adressée 
àl'arebevdque de Besan^n* 

(3a) La charte qai constate ce fait est remarquable en ce qnVlle est nue des 
[■remiëres oh Pon trouve des chiffres arabes. Ceux-ci y sont même mélangés 
sia<^ifl^ea romaioa, pour désigner un nombre composé, X; pour XYII ou 1 7 ; 
ce qui indique l'époque de transition de l*usage des uns à celui de« autres. On 
«Bit que Gerbcrt, ardierèque de Reims, mort pape en ioo3, sous le nom de 
^Ivertre II» a inlrodnit d*Bfpagne en Framce les chiffres arabes. • 

(33) Cet évéqiu d'Angleterre, grand ami de Pierre-le-Yénérablei éUit frère 



48 HI8T0IRB hB GieilT. 

1155 férend par un trailé dont les conditions ftirent en outre ! 
l."» qu'à l'avenir » les religieux du Miroir paieraient à ceux 
de Gigny, en remplacement des dîmes « une rente an- 
nuelle de 70 sols» monnaie de Lons-le-Saunier ^) ; S.* que dès- 

da roi Btienne» §pth% la laort duquel il m Mlin à Clnaj aveojat tréaori, ea fnt 
on bienfaiteur et j mourut en 1 1 ; 3. 

CS4) D*autret chartes parlent eneore de la monnaie de Lonf^le-Saonier, en 
tiSit ii7fy 118S9 1199, iao4« ia7o« 1191, i34i, iSSC et iSIS* Lea cabinets» à 
notre connaissance^ n'en contiennent ancnne pièce 1 malt on iroitqii*en ia9i 
cette monnaie devait être comme le âtmvpmrisiSf am titre de quatre déniera et 
C lOS. I a grains, et à la taille de aai an marc. Une de nos chartes^ de l*an i3iC prouTe 
qu'alors elle n*aTait plus coors» et que le sol de Lona-te-Sannier Talait quatre 
aob estevenants de Besançon. Le droit de frapper monnaie n'appartient qu*au 
aouvenin de Besançon, qui» au moyen âfCi le concéda à beaucoup deberonaide 
prélata et d'établissements religieux, desquels il fii|t racheté asses géBénlemeot 
dans le xiT.* et le xr.* siècle. Guillaume d*Anzoune, consul des Bourfuignons 
et comte de Vienne^ de BUcon et de Bourgogne-Sooding, exerça le premier ce 
droit à Lona-le-8aunier» dèa l*année 1149, mais probablement par une espèce 
d*u»urpation« Apiès lui, l'empereur Frédéric Barbereusse, prince souverain de 
la Franche-Comté, à cause de son mariage, puis Btienne d'Auxonne, petit-ih 
de Guillaume et comte de Bourgogne-Sooding, continuèrent à y frapper mon- 
naie, aiosi que Jean de Chalon, fils d'Etienne et leurs successeurs. Cea dernière 
en obtinrent la faculté des empereurs Bodolphe et Albert. Ces mèmea princea 
de la msisen de Chalon faisaient aussi battre monnaie à Orgelet dana le xnr** 
siècle, par concession de l'empereur Charles lY 1 mais à ce sujet ils furent «a- 
communiés plusieurs fois par les ardicTèques de Besançon. 

Les abbayes de Clany , Déols, Massay, Souvigny, Saint^CIande et Tonmus, 
aTaient aussi obtenu le privilège de firapper monnaie, mais on ne trouye pea que 
le monastère de Gigny l'ait jamait^ eu. Les cabinets des curieux renferment 
des pièces de Cluny, de Sonvigny et de Toumus» et l'auteur de cette histoire a 
eu l'occasion d'en voir lui-même. 

La monnaie de Cluuy était plus forte que la monnaie ^«n«t«, et arait court 
dans le Méconnais et le Chalonnais, peut-être aussi dans toute la Bourgogne» 
D'un côté elle portait l'empreinte d'une def avec l'inscription Petrus ti Pmt^ 
lus ; de l'autre celle d'une croix avec la légende Cenobio Cituu'mro, 

La monnaie de Souvigny offrait d'une lace l'efiîgie de aaint Mayeul, avee aen 
bâton pastoral, et l'inscription Set» Mmolust et au rerers de Siifiiémeo, 

E^fin celle de Teumns présentait anasi une croix sur une face, eyec IHne- 
cription Thmncf o C«#<., et sur l'autre un monogramme on une petite tête en- 
tourés de la légtAde Sa» Fmiêntm. ou Ses. PkU^trit 



CHAPITRE X. 49 

lors ans», ils auraient droit de faire pâturer sans dommage 1 155 
leurs b^tiaux sur les lerres de ceux de Gigny , et que réci- 
proquement ceux-ci auraient le même droit sur les terres 
de ceux du Miroir ; 3.* que chaque monastère contrain- 
drait ses hommes à réparer les dommages ou injures qu'ils 
auraient pu commettre contre l'autre ; 4.* qu'ils se feraient 
u^dition réciproque des malfaiteurs transfuges ; 5.® enfin , 
qu'en cas de nouveaux diiférends , les mêmes évêques en 
seraient arbitres. 

Cette transaction fût fhite à Cluny, le 2 mars 1155, confir- 
mée le ioaême jour en plein chapitre , et revêtue des sceaux 
de l'archevêque UéracUus, de l'évêque Henri , de Pierre, 
abbé de Cluny, d'Eustorge, abbé du Miroir, et de Guy de 
Mvgnet, prieur de Gigny i^. 

iMSi Cette èbaric est U première où il soit question d^nn sceau relatif au mo- 
iMlère de Gtgny.On retrooTen bientôt des sceaux mentionnés dans des titres 
iltiafa4, laist >*i9> <»<» i'^?* '''^f >*44f <MS» ia55, 1379, IS94, i3io et 
i35f. L'eppotillon de ces seeanz sufllsait pour donner Tauthenticité aux actes, 
et kmr usage n*est tombé en désuétude que dans le xiv,« k'ihcle, par l'institution 
<kt notaires. Dans les grands monastères, comme celui de Cignjr, il y avait ordt- 
Dairement plusieurs sceaux, celui de rétablissement et celui de chacun de» di- 
piitatrea. Le premier était toujours le même, mais le^ autres variaient avec les 
iadividnaqui étaient revêtus des dignités. Ceux-ci offraient ordinairement pour 
légendes les noms et qualités des dignitaires ou officiers clauitraux, et le plus 
souvent les armes de leurs maisons, s'ils étaient nobles. Le sceau de Tabbé ou 
ckcfdnoowent n'offrait pas d'autre distinction, excepté que quelquefois il 
npféaentait ma abbé en costume avec le bâton pastoral à la main. 

La sceau du prieuréde Gigny, dans le Xin.* et le Xiv.e siècle, tel qu'empreint 
mr de la cire, il est encore attaché à des chartea qui se trouvent aux archives de 
Besançon et de Lont-le-Sannier, était rond et d'un diamètre un peu plus grand pt^ • 

qoe celui d'une pièce actuelle de dnq francs* Il offre l'effigie de saint Taurin en 
costume d'évêqne, tenant une crosse de la main droite et le livre de Tévangilc 
delà gauche* Autour, on lit rinscription 1 f Sigitf, Sri. Taurini Cigtiinci, Ce 
iccau n'étant pina mentionné dans nos chartes postérieures an xiv.« siècle, il 
eu à aoire, comme il a été dit, qu'on ne »*en est plus servi depuis Pinstittiliou 
des notaires. Mats d'après la bulle de sécularisation du prieuré et après Tannée 
i7(t, le chapitre de U noble collégiale en Ql graver un nouveau. Il éuit de forme 
wrale, moins grand que Tancicn, et portrit la légende : Si^ iU.prœnobUis Capititli Fi'iJ. *. 

4 



^0 HlSTOIftE DE GIGNT. 

1155 S 1^- ^Qsî fu( terminée la question des dîmes et la que- 

relle qui s'en était suivie entre Gigny et le Miroir. Mais 
celte question resta la même à regard des autres établisse- 
ments monastiques. Elle ne fût résolue qu'en l'année 1215 
par un canon du concile général de Latran, qui disposa que, 
nonobstant tous les privilèges , les moines de l'ordre de Ci- 
teaux paieraient les dîmes des terres qu'ils acquerraient 
par la suite, lorsque ces terres y seraient sujettes. En consé- 

Gigmaeentis» Aumilien, était un écuiMin où te trouTKÎt Gguré un agneaa tenant 
entre tes pieds antérieurs une longue croix garnie de deux rubans flottants* Au 
dessus de cet écusson, deux defs de saint Pierre étaient posées en sautoir. 
L*auteur de cette histoire a yu aussi, aux nèases archives, l'empreinte des 

■ 

sceaux 1res ovales de trois anciens prieurs de Gigny, de GttiilauÊne en 1279 ; de 
Mnjreul de Rebucin en 1 3 lo , et de Jtan de la Grange en i S56. Sur le premier 
est représentée la Vierge tenant Tenfant Jésus, avec une fleur de lys à droite 
et une étoile à gauche 9 et l'inscription: S» GuUlelmi prioriê &gniaci. Sur le 
second, on voit un oiseau tenant une fleur en son bec, et la légende : S» Mnioii 
prtoris Gign, Le troisième offre Peffigie probablement de saint Etienne assis • 
vêtu en pontife , avec une auréole, tenant une palme de la main gauche, et 
ayant Pavant-bras droit avec les deux doigts de la main dans une position 
verticale. L'inscription n'existe plus. 

Quant aux officiers claustraux de notre prieuré, on trouve que deux au moins 
d'entre eux,Iechambrier et le «acristain* avaient chacun un sceau. Nous n'avons 
pas vu celui du chambiier de 1 336, mais bien celui d'Etienne de Châtillon,aaciis. 
tain en 1 3io. Or, ce dernier était rond,assez petit* représentant aussi un agneau, 
on nignelf tenant une croix à laquelle était attaché un guidon, avec l'inscrip- 
tion ; S- Stephan, Castilionit sacriste Gign, On ne peut guère douter que les 
autres officiers claustraux n'aient eu. également chacun un sceau particulier» 
lurtoat le prieur cloitricr, l'aumônier et l'ouvrier* En effet, dans œ moyen 
âge, l'usage des sceaux était comme général eu place des signatures, et chaque 
curé, par exemple, avait le sien dont l'écusson portait un emblème ou une 
figuie arbitraire. Ainsi, on verra bientôt que celui de Jacques de Gigny, curé à 
Ép^t offrait, en 1 3oo, li représentation d'une main tenant quelques èpft de bU. 
Au reste, ii Tégatd des figures , emblèmes ou armoiries de ces sceaux, nous 
ajouterons ici qu'un auteur très grave (iV.</« ?*eiresc) a pense que c'était depuis 
la croisade contre les Albigeois, en iao6, qu'on avait frappé des monnaies d*nr 
à Vaignel ou au mouton^ el que le clergé de France, aussi bien que plusieurs 
églises, avaient mis dans leurs armes l'agneau ou aignelqui était figuré sur les 
drapeaux des chefs de cette armée de croisés. 



H 1" 








CHAPITRE %r. H 

qucncc , le privilège ne fut rapporté que pour Tavenir^ et il ilS5 
fut maintenu k Tcgard des biens dépendants déjà de l'ordre. 

$ 15. Ce fdt sans doute encore sous le prieur Guy do 
Mognct , un an environ après Tarrangemeiit de Tafiairc du 1 157 
Miroir , qu'un incendie accidentel réduisit en cendres tout ^- ^* 
le village et le monastère de Gfgny. Quelques maisons seu- 
lement, avec l'église , ne lurent point altetmes , et, pour ob- 
tenir des secours réparateurs d'un tel désastre , ou porta eir 
procession , en l'année 1158, les reliques de saint Taurin ii58 
il Cluny , MAcon , Lyon , etc. Mais il en sera parlé plus en 
détail dans le chapitre spécialement consacré k ce saint pa- 
tron. 

S IG. Le pape Adrien étant mort en 1159, Alexandre ÎII 1159 
fut désigné pour son successeur ; mais , par l'influence de 
l'ompereur Frédéric Barberousse, on lui opposa au concile 
de Pavie un concurrent, autrement un antipape dans la 
personne de Victor IV. L'abbé de Cluny ayant refusé de 
reconnaître Alexandre , celui-ci excommunia tous les mo- 
nastères de Tordre et dès-lors celui de Gigny, dont Guy de ' 
M. pouvai t être encore chef. Ce schisme ne cessa qu'en 1161, 1 1 6 1 
année du concile de Toulouse, oii Alexandre fut reconnu. 
Hugues de Montlhéi7 ou deFrazan, abbé de Cluny, abdiqua 
alors et se retira au .monastère de Vaux-sous- Poligny, dé- 
pendant, ainsi que Gigny, des états de Frédéric, où il 
mourut sous sa protection, en 1164 environ. 



CHAPITRE XL 



D'ANDEL, prieur. 



On ignore quel a été positivement le successeur do Guy 
de Muguet ; mais il est possible que le prieur û'Andel l'ait 



6S HISTOIRB Dl GI6NT. 

a^^ immédiatement remplacé. Ce dernier titulaire n'est même 
connu que par on inventaire des titres de Gigny, pour 

tl76 avoir donné en 1176, à Tabbaye de Balerne, tout ce 
que réglise dllay possédait au vallon de Chambly. Cette 
indication laisse certainement beaucoup à désirer, mais elle 
n'en est pas moins précieuse, k cause du prieuré dllay qui 
dépendait déjà de Gigny et dont il sera parlé dans un 
chapitre particulier. 

Ce prieur était-il de la maison i*Andelot, déjà branche en 
1158 de celle de Coligny? 



CHAPITRE Xn. 

AYMON , prieur. 

Garde du prieuré. >— Murs et portes de Gigny. 

S 1. Nous sommes arrivés à une époque où les établisse- 
ments religieux avalent beaucoup à souffrir, soit des guerres 
que les princes se faisaient entre eux, soit des vexations ou 
brigandages que les seigneurs exerçaient contre de pauvres 
cénobites sans défense , dont ils convoitaient les richesses. 
Ces petits tyrans, que le pouvoir^ royal très affaibli n'avait 
presque pas la force de contenir, rançonnaient les religieux, 
les faisaient prisonniers, ravageaient leurs terres, usurpaient 
leurs biens , massacraient leurs hommes ou serfs, pillaient 
leurs églises, etc.. Deux comtes de Chalon, père et fils, du 
nom de Guillaume , un comte de Mâcon nommé Girard , 
Humbert lY, sire de Beaujeu, et Joceran, sire de Brancion, 
se signalèrent surtout dans ce temps par ces lâches expé- 
ditions, tant contre les abbayes de Cluny et de Toumus 
que contre les églises de Chalon et de Màcon. Leurs excès 



CttÀMTRiC Xlt. 53 

vinrent même à mi tel p<mit que les deax rois Loals-le4eaiie 119{ 
et Philipp^Angnste furent obligés de venir cinq fois à la 
tête de leurs années en 1161, 1166, 1171, 1180 et 1185, 
pour les mettre k la raison. 

Des brigandages analogues ayaient !!eu aussi dans le comt^ 
de Bourgogne, où les prétentions k la souveraDieté du pays 
par Othon , duc de Méranie, et par Éttenne lï, tous deux 
comtes de Bourgogne , entretinrent si long-temps la guerre 
civile. Les seigneurs, ayant pris parti' pour l'un ou l'autre des 
prétendants, se fortifièrent contre les invasions de leurs 
ennemis, et on pense avec raison que c'est alors que furent 
construits la plupart de ces châteaux forts si multipliés dans 
le département du Jura et dont on voit encore les ruines 
aujourd'hui W. 

S 2. Les moines, troublés continuellement et harcelés dans 
leurs cloîtres par tous ces guerroyeurs, se virent obligés, 
dans les 11.*, 12.* et 13.* siècles, de se mettre sous la pro-* 
tection, garde ou avtmme de quelques-uns de ces princes ou 
seigneurs un peu puissants. Or, cette protection était ac- 
cordée ou consentie & diverses conditions. Quelquefois elle 
rétait au moyen d'une somme une fois payée au protecteur. 
D'autres fois c'était k raison d'une redevance de corvées, ou 
d'une rente annuelle et rachetable d'ai^ent, d'avoine, de 
cire ou autres objets. Mais, le plus souvent, les moines, 
n'obtenaient cette protection qu'en donnant la moitié de 

(39) Tdle est I*opliiion dte Pandin et de GoIIut, confiméè par ce q^ a d^jà 
été dît ijfot. S.) «n tt^et du chiteao de MontaigUi et par ce qnile aéra bientôt 
U*é(ard de cem de Montflenr et de Saint-Laurent. Cependant, M. CUrc fait 
déjà remonter teor établittement aux invaaiont des Normands et des Hongrois* 
ainsi qu*anx règnes tumultueux de Boson, de Rodolphe, etc. Ce qui est certain* 
c'est que le chlteeii de Cbligny existait déjà en 94 S et 974. Quant à la Bourgo- 
gne, Pabbé GmtuUi0t dit que, dans te Beannois* la plupart dea châteaux forts ne 
tirent bitia que rers le milieu du xnr.* siëcle, lorsque aprës la bataille de. 
PoiUcrs, les Anglais enti^rent en Bourgogne, et Iorsqu*ensuite les Tard'Féniu 
pillèrent le pa^s. 



C. 61. 



$k HISTOIRE DE GIGMT. 

leurs biens à un seigneur qui s'engageait k<léfendre Tautre 
moitié. On a^ypelait cette œssioa ou donation à titre onéreux, 
un OiCle d'assodaùm, un aeu de foirtage. On en trouve de tels 
pour Saint-Rambert en 1066, Cluny en 1196 et 1336, Cbaux 
eu 1173^ Romain-Moutier en 1181, Baume en 1200 environ, 
Saim-Pî^rre deMâconen 1208, SaintrClaude en 1216, 1264 
et 1299» Q^ny en 1243, Ambronay en 1282, Lure en 
1299, etc., etc. 

S 3. C'est par dç semblables actes d'association qu'en 
1191 et 1192» notre prieur 4ym<m plaça une partie des biens 
du monastière de Gigny sous la pr<^tection et garde d'& 
tienne II, comte de Bourgogne (^^ 

Dans la première de ces années , il céda à ce prince le 
lieu de Montfleur'sur-Suran î^), pour y établir une forteresse 
et une ville libre ou franche , à la condition que la moitié 
des revenus , ainsi que la moitié des bénéfice^ li retirer de 
ces nouveaux établissen^nts , apparliendrait à l'église de 
Gigny. Les amendes furent déclarées communes et par- 
tageables par moitié entre le comte et les religieux ; mais 
les dîmes et autres redevances ecclésiastiques furent réservées 
en entier h ces derniers. Il ne fut pas permis non plus au 
comte de retirer quelqu'un ou de percevoir le droit de gite, 

(37) Ce comte, trop peu connu de 1» plupart dei lecteurs, était membie de la 
branche cadette des comtes de Bourgogne, fils d*ÊrienneI» mort en 1 174» neveu 
de Gérard, conite de Vienne et de Màcou et sire 4a Salios* petit-ftli de Guil* 
laume d*Auxonne et de Poncette de Trates, et arrière pelit^fils d*Élîenne, dit 
TéU'Uardie^ comte de toute la Boiu*go9ne« Etienne U, aiati q^uf soppèr^el ton 
aïeul, fut comte d*Auxonne et de la Franc^^Comté mérÂdiouaWi laiidia qna 
Ûthon de Méraoie, époux de Phéritibre de la branche aioée, était comte du res- 
tant de cette province. Il devint encore comte de Chaloji, en 1188» par sor 
mariage avec Béalrix de ce nom, d'où naquit le célèbre Jeai), comte de Ohalon 
et de Bourgogne, puis sire de Salins. Il fut long-temps eu ^crre avec Othon 
qui lui contesta et lui Ht quitter qi:|elqu.c temps le titre de comlt de Bourgogne» 
Il y eut un premier traité de jmûx eAtre .eux en laiig et ua second en jaa7. 
Eiiennc mourut en la^.!. 

(38) La charte dit Montêitx-sur'Soraitt sans doute par erreur de copiste. 



Sans leur ecNosenteneQt. A l'égairâ tkt vilhtge de Sbrtia (^, 9^ 1 1 9 f 
fut dit que le droit d'habitation à exiger appardendknît par 
moitié aou oontractants, k la réserve en fktenr des moinea 
de Gigny d'onô rente de sIk deniers et «n minot d'avoihe 
par chaque manoinrrier/ et de doUze deniers et aussi' un 
miûot d'avoine par cliaque ouhivateur tenant 'des bœufe. 

Le prieur Aymon , du consentement de tons ses reirgieùx, 
céda de la même manière au comte ce qui leur apparteiïaît 
dans les villages de Mormetay, Marges, l4intetté;:Leyn8,PùmBa, ' 
VUlechaniriai Btoism, Apcrumii^, Mbrval, Flafeatia, Nanlel, 
ikmteeyrki et Jm^ieL La cession comprend encore d'autres 
lieux moins connus ou plus difficilement reconnaissables au-' 
jourd'hui, comme Moym (**^, Samte-Fontaine^^^, Chichivèrei^, . 

(3$) S*»8iuil ici de Btarfiiot hameaii de Jottdtf» oh le moBft9lb« de Gigny • «a. 
iiiiqii*à U fin la dirae et de« fonds oentahlet « même la teignenrie )atqa*e&' 
1 SS; ? Cependant, ce lien dépendait au xu.« «iède de la tircrie de Colignyï et 
il se tronTe éloigné de la Tallée de Si|ran4 

Uo) jÊpenMnê^ hamcan de la commune aotuelle de MorTali était antrefois un 
gras TÎllage» avçc tour féo4Aleet instice» véduit maintenaitt à ésm gfMM^«#ou 
deax simples domaines. — Dans le xvn.^ et le xvui.< siëde» on tix>nTe les AT/*' 
ckoMtd, sieurs de la Tour d*Avenan8, dont Tun acheta en 171e la seignemie de 
Cressia, et en 17 11 la justice à Avenans, laquelle lui fut cédée par le seignenr 
d'AndeloU 

(41) On peut présumer que Moysia élait l*ancien nom du Tillage de /a Pè- 
rousêj dont une localité porte encore cette dénomination. Il en sera de nouveau 
question plus tard. 

(4a) M. Monnier pense que c* était l'ancien nom de la Balme d'*Epx% psrce 
que les habitants de ce lieu dénomment encore ainsi la source qui sort de leur 
belle baiung. ou grotte. Les religieux de Gigny, en effiet, y ont toujours per^n la 
(Hsae, et les détails topographiques contenus sur cet ancien lieu, dans une de C* ^^ 

nos chartes de laa?, conûrmenl assez cette opinion. En t3o€, Etienne de Coli- ' 
goy, seigneur d^Andelnt , tenait en fief de la comtesse de Bourgogne la moitié 
de Montagoy-le-Templier et de Sainte-Fontaine. 

(42) Oa pourrait croire q»*il s^agit de MMiagna-lë'Templieri dont une localité 

s'sppeUe encore Chévirê ou Ch^vièr^f ci oit nos moines avaient aus«i la > 

dime et le patronage. Cependant celte commune portait déjà le nom de Hon* 

^ny dans la charte de iaa7 précitée, et rien ne prouve que le fi nage cultivé 

de Chevière ait jamais été on lieu habile. Il n*eii pu probable non plus, à caus» 



5d HISTOIHE 1>£ GI«2(Y. 

Expmim (U), Exvem (^) , Dampierre ^*^K U Chim i^''), Soukh 
nai (*»), Crameria (*•), et Loyan i^. 
* Le comte Etienne, en raison de cette avantageuse dona* 
tion, promit et jura de défendre tous les biens et dépen- 
dances du prieuré et spécialement les Foires de Gigny. Il 
promit, en outre, de ne jamais aliéner de ses mains les biens 
ou droits concédés. Enfin, ce prince de son côté, et les reli- 
gieux du leur, se jurèrent réciproquement fidélité pour le 
cbftteau de Montfleur. 

S 4. En Tannée 1192, le prieur Aymon , de concert avec 
Rodolphe, prieur de Saint-Laurent-4a-Roche, stipula un 
autre acte d'association avec le même comte Etienne, pour 

d« l*ëlotgticm«nt, qu'il s'agisse de Ckiehevikrê^ au)oiird*liai Snffrê^ hameau de 
Fronlenauv, qui était un ancien fief honorifique relevant de Gigny. 

C44) C*c8t VSjférigmit haneau ectoel de tfontflenr, autrefois plus oonsidérahlc^ 
désigné dans la charte de laay sous le nom d'Espemfet 

(45) La même charte parle encore du Tillage d* Es vent, qui est probablement 
le même que celui qu*on nomme aujourd'hui Poni-defVénts^ au bas de Mont- 
fleur. 

(46) Sans doute Snim^^PUrrê^ actuelleneut hameau de Montfleur» autrefois 
commune distincte dont l*Epérigna bisait partie. 

(47) Peut-être Ctpria ou Lanèria, 

(49) Il n*est pas àcroireqoe ce soit Smmogmaii^th% d*I«ernore et dé Matafcton 
en Bugey, trop éloigné des autres lieux, et où le monastère de Gtgny n*a 
probablement jamais possédé de droits. 

(49) Serait-ce LanèrU f 

(50) On pourrait penser que LoyOn était autrefois le village actuel de Lou^>timt 
ou Louenne, Louejme, peut-être ainsi appelé par corruption de Tancien nom. 

Cependant, il est constant que, dans un titre de 1 3oo, il est fait une mention 
distincte de Louenne et de Loyon. Il est certain aussi que Panlique église de 
Loyon existait au sud de LoUTenne, sur un oAteau aujourd'hui en pêquier, près 
du Bief'touS'UH'Tour^ et à matin d*nne prairie qu'on appelle encore Sous^Lion. 
Mais ceUe église était probablement isolée, et rien n'établit qu'un rillage ait 
jamais existé dans son voisinage* Elle a été réunie à celle de LouTenne, à la 
fin du xmfi siècle, et est tombée en mines dans le xtuiA Maintenant, k peine 
en rctrouve-t-on l'emplacement qui dépend du territoire actuel de Saint«Julicn. 
Il eu sera encore question dans le cours de cette histoire; 

Le dénombrement de tous les lieux dont il Tient d'être parlé donne-t-il une 
idée du patrimoine même de Bernon 7 



ce prieuré mrsil membre de cehii de Gigny. Les prieurs se' 1198 
réservèrent également en propre les droits ecclésiastiques, 
les oblations, dîmes, sépultures, prés, maisons, condamines, 
la tâche des meix <^), et la moitié des cens et autres rete^ 
uns du Tînage W. Ils réservèrent aussi que les gens de la' 
mcnse prieurale ne seraient point amendables du comte. 
Celui-ci, de son côté, se retint, avec l'autre moitié des cens- 
et revenus, la justice, ainsi que les amendes et droits dâs 
pour vols, adultères, meurtres et crimes commis sur les 
grands chemins. Quant aux autres amendes, elles restèrent 
communes et indivises par moitié entre les associés, de ma* 
nière que le prévât de l'un d'eux ne pourrait en traiter ni 
s'en départir sans le consentement de l'autre. Enfin, le comte 
et le prieur se jurèrent fidélité réciproque pour le ch&teau de 
Saint-Laurent, avec déclaration que chaque nouveau préposé 
du comte renouvellerait ce serment de foi envers le prieur. 

Dans cette charte, il n'est pas dit que le comte Etienne 
serait chargé de la garde du monastère ; mais on doit l'en- 
tendre ainsi, car il ne pouvait pas veiller h ses propres droits, 
sans veiller également à ceux des religieux, en grande partie 
indivis avec les siens. 

S 5. Le comte Etienne ayant encore fait, en 1226, comme ^ ^• 
nous le verrons bientôt, de concert avec Jean de Chalon son 
fils(^), un acte semblable d'association protectrice, pour 

(Si) La tdchê des met» ^Uit le droit de lerer, outre U dîme, U Tingtiëmc 
gerbe ; elle te confondait penl-étre evec !■ gerberie% 

(Sa) Celte moilié de reTenoi fui évAluée par la tnile à huit pareils ou bichett 
de (roment et huit J^aYoine, antreuent 64 mef orea da premier et 96 de la der- 
nière, qae les relit>eax de Gigny ont toujonrs perçnea et prélevées «ur les gre- 
niers du chiteau de Saiot-Laurent. 

(S3) Jean de Chalon, dit le Smgeau. rjmlique^ Qls d*£lienne el de Béalrix, Tut 
le dernier oomte de Chalon, à cause de l'échange qa*il fit, en laS;, avec le duc 
ie Bourgogne, de ce comté contre la seigneurie de Salins. Par cet échange, il se 
r^scmh la qmlilé de comte de €halon pour lai et te nom de Chalon pour ses 
niccesseurs* Il mourut en laS;. 



56^ HISTOIRE DU GIGHY. 

119â Cresm et son château, avec le prieur P<UKe, aoccetteur 
d'AymoD , il devint dès-lors le protecteur et le gardien d'une 
grande partie des biens du monastère de Gigny situés en 

c M. Franche-Comté. Son célèbre fils> en 1364, ratifia et renou- 
vella ces trois chartes, et succéda à son père, au même titre. 

G. 94. Quinze ans plus tard, le prieur Guillaume et ses religieux 
reconnurent que le comte d*Auxerre, seigneur d'Orgelet» 
avait légitimement le même droit de garde de leur prieuré 
que Jean de Chalon, comte de Bourgogne, son père, et qu'il 
en était en bonne possession, sans pouvoir néanmoins com- 
mettre de prise ni d'exaction. Dè&-lors, tous les princes de 
la maison de Chalon ou de Nassau qui, après lui, furent 
seigneurs d'Orgelet, même les princes d'Isenghien, dont 
l'un avait acquis cette baronie^^), en 1684, comme créaiH 
cier de la maison de Nassau , furent gardiens ou protec- 
teurs du monastère de Gigny. Aussi, lit-on, dans un ancien 
livre de fiefs , que la garde du prieuré de Gigny est mise au 
nombi*e des fiefs de la seigneurie d'Orgelet, possédée par 
la maison de Chalon (^). D'un auti*e côté, dans le dénom-- 
bremcnt qu'un membre de cette ricJic et célèbre maison pré- 
senta, en 1390, h Philippe-lc-llardi, duc et comte deBour-^ 
gogne, de la barouie d'Orgelet, il fut dit que la garde ci la 
souveramelé du prieuré de Gigny cl de se» dépendances skuct- 
dans la buronie rc$sortis$aient au cluUeati d' Orgelet j même celle 
du prieuré de Chalowiay, membre de Gigny. Enfiii^ le prince 
d'Isenghien, dans son dénombrement de 1738 et de 1757, 
en dit autant. 

Au reste, ce droit de garde et de souveraineté était limité 
parles conventions de 1 191, i 192 et 1226, et il fut jugé, eft 
1326, que Jean de Qialon, comte d'Auxerre elde Tonnerre, 

(54) De la baronie d*Orgelel dcpeudateul lei châteaux d*Alicic» SftinUikaiBiii 
Arinlbod, TAubépin, Cbambéria, Ciessia, Dramelay, Sainl-JulieD, Mârign 
Moutfleur» Saiiit-Laurcnt, Nancuise, Pretilljr, VallefiD, ViicchÂlel, etc. 

(55) Dunod, Ilift. du C* de Bcurgogue. Preuv. p. 607. 



CHAPITRE XH. ' 59 

et seigneur d'Orgelet^ n'avait pu reeevoir en sa garde, sans 1192 
l'expresse volonté des religieux, des hotffines dépendants du 
prieuré de Gigay. 

S 6. Quant à la garde des biens de ce monastère situés 
ailleurs que dans le département du Jura, elle appartenait 
aux princes souverains des divers lieux, ou aux seigneurs 
qui les représentaient dans les derniers temps. Ainsi, on 
voit, par des titres de 1416, 1503 et 1563, quq celle du 
prieuré de Donsurre , autre membre de celui de Gigny , 
était réclamée par le seigneur de Coligny et par celui de 
Saint-Trivier, et qu«, pour cette cause, le prieur du lieu 
devait k ce dernier deux livres de cire. On lit aussi dans un 
autre terrier de 1504 et dans un ou\Tage historique) W, que 
le monastère de Gigny devait, aussi bien que celui du Miroir, 
dix livres de cire pour droit de garde au duc de Bourgogne , 
et dans les derniers temps au roi de France comme seigneur 
de Sagy. Le prieuré de Gigny payait encore en 1760 la 
valeur de cette cire à Téglise de Sagy. C'était sans doute k 
cause des biens qu'il possédait dans la ch&tellenie de ce nom 
et notamment dans le canton actuel de Cuiseaux qui en dé- 
pendait (57). 

S 7. A la garde du monastère de Gigny se rattachaient 
sans doute les murailles, les foi$es, et les trois portes de ce 
bourg. Si Ton en croyait une charte de 1517, les premières c. 12a 
auraient été presque contemporaines de Tabbaye ; mais les 

(5() Courtepèe. Descrîpt. de Boarg. Tom v, p. 65. 7 a. 

(5;) La chitellenie de-Sagy compreDail ; i.'les deux cantons tout entiers de 
Beao repaire et de Cuiseaux; a.® la commune de Saint e« Croix dans celui de 
]|ant(<<MQt ; t.^ partie de hi commuoe de Siroard dans celui do Moolret ; ^fi par- 
ties des communes de Frangy et de Sainl*Germain-du-Bois dans celui de ce 
dernier nom ; S,** enfin les communes de Saint-Usuge, ViuccUes » Moutagny, 

Batte, CbàteaU'Renand et Bruailles dons celui de Louhani, y compris U moitié 

«ieatale de celte ville» dont Pautre moitié dépendait de la cliAlelIeiiie de Cuiscry . 

Selon une charte de iS87f le puitt dit de ta Cirarde, au milieu de celle ville, 

Cormait la limite do ces deux ctiâteUcBies royales. 



60 HIStOIRÈ BE GIGNT. 

119S ' vieillards de nos jours ne parlent que par tradition conAise 
de la muraille qui longeait le chemin au sud de Gigny. Il est 
certain, en effet, qu'elle était déjà démolie lors de la con- 
fection du terrier de 1691, mais qu'k cette époque le /osfé 
existait encore en partie. On constata toutefois en 1772 
quelques vestiges d'un mur attenant k la porte méridionale 
et se dirigeant à l'orient. Aucun souvenir ne reste des autres 
murailles. 

Quant aux fwtet, les vieillards ne parlent non plus que 
par tradition de deux d'entre elles que rien n'^indique 

Piaa A. maintenant, mais dont l'une fermait le chemin venant de 

Plan B. Pymorin et d'Orgelet, et l'autre celui de Graye et Cuiseaux. 
Les maisons au nord-est de la première composaient le faa^ 
bourg de la Creiue ^^\ et celles k l'ouest de la seconde cons- 
tituaient le faubourg du Moulm. Il y avait un troisième chemin 
essentiel k intercepter; c'était celui de Saint-Julien, lequel en 

Plan c. effet était fermé par une troisième porte qui subsiste encore 
de nos jours. Celle-ci, appelée porte de buis ou de boîUs W, 
a été reconstruite en 1776 telle qu'elle est. Couverte en 

FiR. 3. laves ou pierres plates, elle a une largeur de près de sept 
mètres, sur une hauteur un peu moindre et une épaisseur 
de plus d'un mètre. Son portail intérieur a quatre mètres 
de largeur et de hauteur. En dedans et au nord était un 
autre portail de mêmes dimensions que celui de la porte 
elle-même, entièrement composé d'un seul rang de pierres 
de taille presque cubiques, démoli depuis peu d*années, et 
séparé de la vraie porte par un espace de quinze centimètres 

(51) Cet maisons portent encore eelte dénomination qai signifie nne 
montée, nne rampe, nn chemin rapide et creuti par les eaux. 

($9) O*oii dérive ce nom déjà nsilé en 1691 f Sei«i(-ce du yoisinsge d*une 
famille Duhui$ qui existait à Gigny dans leXTii.* siècle? Serait-ce pi atôt parce 
qu*on passait aons cotte porte ponr aller h la CSu-^êt-Buis , en snivanl h 
Ckarrikre'-du'RmtiUrf usurpée en 16669 et en trv?enant la rÎTiëre aur le 
Pont'dê^a- Pierre, détruit depuis long-temps? 



tMMM^ si 




CHAPITRE Xlt. 61 

leolement* Cet espace paraJflsait desdûë k loger ou recevoir 1 192 
l'huis oa loorde porte d'ane seule pièce que, par des poulies 
OQ leviers, on aurait hissée ou abaissée à volonté, comme un 
guichet dans ses rainures. Cependant, il résulte du témoi- 
gnage des vieillards que ce mode de fermeture n'a jamais 
été usité, et l'inspection du monument ne donne pas lieu de 
le penser. Pourquoi cette porte seule a-t-elle été reconstruite 
en 1776 ? Je l'ignore. 

L'ancienne forte de boiùs qui existait avant celle d'au- 
jourd'hui, et qui est mentionnée dans le terrier de 1691 , 
était réellement destinée k la défense de Gigny. Elle avait 
aossi treize pieds environ de largeur interne, mais elle était 
plus épaisse et plus élevée que la porte actuelle. Dans la 
partie supérieure au portail , on avait pratiqué au nord, et 
dans l'épaisseur du mur, une niche ou galerie assez grande 
pour loger un ou deux hommes qui, par des meurtrières an 
sud, pouvaient tirer avec des armes sur les assaillants. Cette 
porte se continuait, comme il a été dit, avec le mur dirigé k 
l'orient, et on voyait encore, en 1772, non-seulement des 
pierres saillantes qui se liaient avec lui, mais aussi le pare- 
ment d'une canonnière. 

S 8. Dans le temps qu'Aymon était prieur de Gigny, il ngg 
survint un différend entre Tévéque de Genève d'une part, et c. ei. 
les abbés de Saint-Claude et de Cluny (k cause de Nantua ], 
d'autre part. Ce différend avait pour objet le droit de pré- 
senter k la nomination de l'évéque les chapelains d'un 
grand nombre de paroisses du diocèse de Genève, droit que 
revendiquaient les religieux et que leur contestait l'évéque. 
Renaud, archevêque de Lyon, Etienne, doyen de la mémo 
ville, et Josseran, abbé de l'Ile-Barbe-sur-Saône, nommés 
arbitres par le pape, décidèrent, en 1198, k l'égard de quelles 
paroisses l'évéque de Genève et les abbés susdits auraient le 
droit contesté. Or, au nombre des vingt paroisses qui furent 
adjugées au prieuré de Nantua dépendant de Cluny, se trouve 



$9 HISrOIRE DE GIGNT. 

1 198 eéUe de Gigny (Gîgnkui). Néanmoios, je suis oonvaimm qn'il 
ne s'agit point ici de notre Gigny, parce que 1.* oe dernier 
iîeu a toHJours ftdt partie de rarcbevécbé de Lyoïl et non 
de révéché de Genè\'e ; 2.* il n'a jamais dépendu de l'abbaye 
ni du prieuré de Nantua ; 3.^ le chapelain ou curé en a tou- 
jours été à la nomination de son noble monastère et jamais 
à aucune autre ; 4.^ Je lieu homonyme de l'arbitrage , a« 
contraire, est dénommé et groupé avec on grand nombre 
d'autres paroisses toutes du Bugey, comme J'AbergenieAt, 
Ameysieu, Arlos, Biliiat, Brenod, Chandore, Chavonay, 
Corcelles, Borches, Passin , Romagnieu , Talissieu , Vinea- 
le-Petity etc... Je n'ai donc inséré, au nombre de nos preuves, 
la sentence arbitrale relative k ce difirérend,.qtte peur mettre 
le lecteur à même d'apprécier mon opinion. Peut-on pré- 
sumer qu'il s'agit dans cette sentence de Gigny proche 
Gex? 
S d* ^^ prieur Aymon est encore connu pour avoir 
J20i acensé, en 1204, à Girard, prieur de Bonlieu, les dtmcs 
c. 65 d'iiay et tout ce que le prieuré de ce nom y possédait, jus- 
qu'à Chicttes , à Saint-Cloud et autres localités désignées 
dans la charte. Cet acenscnicnt fut fait avec solennité 
dans le chapitre même de Gigny, de l'avis des religieux et 
en présence de Ponce, curé de Joudes ou de Jeldes , de 
Pierre , curé de Loysia , de Ponce , aumônier de la dame 
de Montmoret , de Humbert de Coligny, de Guigues de 
Rolallier, de Ponce, prévôt de Loysia , et d'Aimon de Don- 
cier. Il fut consenti, moyennant un cens de cinq sols, 
monnaie de Lons-le-Saunier, h déposer chaque année sur 
l'hôlcl de Saint-Pierre , à Gigny, et moyennant encore une 
somme de 90 livres de la môme monnaie , une fois payée. 
Le prieur de Gigny donna pour garants de celte convention 
Béatrix de Coligny, veuve de Pierre de Montmoret , ainsi 
que ses deux fils Jacques et Humbert, surnommé Arragon. 
L'acte, revêtu du sce^u de noire prieur et de celui du prionr 



de fiontiev qui y pend encore, fût toiii double, c'est-h-dire, 1204 
eo duafe-fortie, k la manière des passeports et des quit- 
tances il souche on à talon de nos jours. Ainsi, il fut écrit 
soit sur la demi-fenille droite, soit sur la demi-feuille 
gauiche d'une feuille eatiëre de parchemin pliée en deux. 
Une ligne de lettres de l'alphabet Ait écrite en majuscules 
rar la longnenr du pli, et, en coupant 6e dernier, chacun 
des doubles a conservé la moitié de ces lettres coupées 
eflennaiénies. D'ailleurs cet ancien titre bien lisible n'offre 
encore ni virgules, ni accents , ni points sur i. La conjonc- 
tk>B eî s'y trouve remplacée par un signe particulier qui 
ressemble un peu au chi(n*e arabe 7. L'acensement fut 
nUfië, l'année suivante, par l'archevêque de Besançon. J205 

S 10. Il est h croire que c'est aussi du temps d'Aymon 
q«'en 1208, Pierre de Tramelay, seigneur de Vallefin, 1208 
reprît de fief cette dernière seigneurie, et en fit reconnais- 
sance et hommage au prieur et aux religieux de Gigny. Le 
titre important de cet hommage est mentionné sur Finven- 
taire de la cour des comptes dé Dole confectionné en 1687, 
mais il ne se trouve malheureusement plus dans les archives 
de Besançon. 

S 11. On peut encore moins assurer qu'Aymon ait été 1212 
toujours titulaire à Gigny en 1212 et que ce soit lui qui ait ^- ^' 
alors apposé son sceau, en signe d'authenticité t^), ainsi que 

(6«) Avant la xir." «iècle, il ii*j arait pa< d'officiers f pAcianz ponr recevoir 
atuheuiiqaemcnt les aclea. On s^adreasait, afin d*j suppléer, aax personnes 
roDfttiiaéas en dignités ecclésiastiques ou laïqnes, en les priant de constater 
k» conventions faîtes en lenr présence et d*y apposer leuis sceaux. C*était une 
prenve de b considération dont jouissaient ceux auxquels ou recourait k 
cet effet. On en trouvera plusieurs exemples dans les pièces justificatives de 
celte bistoife, fit on verra. noIaHonent les sept successeurs presqu^immédials 
da prieur Ayroon répoudre comme lui à la marque d'estime qn*on lenr 
donnait. Ainsi, la plupart des chartes de Vaucluse sont revêtues , pendant 
tout le Xiu.* siècle , des fceaux du prieuré ou des prieurs de Gigny. 

U j avait bien déjà des notaires chez les Romains et chez les Bourguignons ; 



64 HISTOIRE DS GIGNT. 

iâl2 l'abbé de Grandvaax , le prieur de Bonliea et le seigneur de 
Roussillon , les leurs, k un titre de la chartreuse de Vaucluse 
privé aujourd'hui de tous ces sceaux, comme de toute 
désignation de personnes. Par cet acte , Humbert de Mont- 
morot, dit Arragon, et Hubert le b&tard, son frère, ren- 
dirent non-seulement hommage à ces chartreux , mais 
encore leur firent donation du droit de p&turage dans 
toutes leurs terres et d'une rente d'un quartai de blé k 
percevoir à Loysia« De leur cdté et en récompense, les re- 
ligieux de l'ordre de saint Bruno promirent de ne pas 
oublier leurs bienfaiteurs dans leurs prières. Cette charte, 
qui contient encore d'autres dispositions, fut rédigée au 
château de Grilla , et eut pour témoins ou garants Pierre, 
chapelain de Loysia, Ponce, chapelain de Clairvaux, Hubert, 
chapelain de Sarrogna, Hugues Bochard de la Rochette, 
Jocerand de Gbarcbiila, Guillaume de Roussillon, etc.... 

il y avait bie,a aniai let référendaires et lea chanoeliera da moyen %e ^*on 
qualiGait de notairet ; on voit encore souvent des notaires citéa dans IcS 
chartes de& viii.«, ix.*, x.* et xi.* siècles; on lit m6me qu*en 45o, selon la 
légende de saint Domtiien, et qa*en S88, selon l*histonëft Grégoire dcToors, 
des nolaiies furent appelé* avec des témoina pour écrire des dona'iont; 
naia ce n*élaient que des scribes ou secrétairea Mua caractère public 

Les nalaires royaux n*ont été établis qu*en Tannée i3oa en Francbe- 
Comté, en Bresse, en Bourgogne i en Savoie et ailleurs, avec des attributions 
analogues & celles qu'ils ont aufourd'hui. Les souverains pontifes et tes 
empereurs en avaient déjà créés qui étaient quali&éa ttotnirtê publict ptw 
PaiilorUi impériale et apostolique. JL-B. Béchet, dana aes notes manuaciitca, 
dte à la date de 1177 un cui'é de Loysia, comme notaire de cette aorte; 
mais Tauteur de eelte histoire n*en a rencontré de tela qn*en lafJ, iSii, 
i3i6, i35a, etc.. On peut en voir quelques-uns ainsi qualifiés dana la liste 
des notaires mêmes de Gigny ou du voisinage» sous les datée de 1I74, 
i3Sa» 1437, i443t iSio,elc.... 

On n*a commencé k signci* les actes comme aujourd'hui qu*é la fin du 
XV,* siècle. 



CHAPITRE XIII. 65 



CHAPITRE XUI. 



PONCE DB MOYSIA , prieur. 



Mrtmù 4e Moytia. — Prieuré de Chalomiây. — Monlagna-le-TempUer. — 
BûMinage de tiuillaïune de Graje. — Cbâleau de Crenia. 



% i. Là maison de Mxnfàa, Moyme, Minpe, M<my, dont était 121^ 
meoibre Ponce , successenr probable d'Aymon , était bien 
connue dans les douzième, treizième, quatorzième et quin- 
nème siècles. Guy de M. fut témoin, en 1 189, avec Garin, cha- 
pelain de Cniseaux, Ponce de Jondes ou Jeldes, et Aymon de 
Dommartin, d'une charte de Ponce, seigneur de Cuiseaux, 
en faveur de la chartreuse de Yaucluse. On trouve ensuite 
on aotre Guy de M. en 1236 , et Hugues de M., damoiseau, 
en 1240, tous deux bienfaiteurs de la même abbaye ; Poncet 
de M,, qui , en 1272, fit hommage au sire de Baugé , sauf 
la foi due au seigneur de Cuiseaux ; Pierre de M., dont on 
verra la veuve foire, en 1311 , une reconnaissance de fief 
au profit de notre prieuré ; Jean de M,, damoiseau , fils de 
fen Hugues de M., chevalier, lequel déclara, en 1324, tenir 
en fief du duc de Bourgogne les villes de Joudcs, Villeys, 
Chalancbes et Varennes , avec leurs dépendances ; Louis 
de M., qui renouvella , on ne sait à quelle date, mais cer- 
tainement avant 1485, la reconnaissance faite en 1311 ; 
GuiUmtme de Jf., de la paroisse de Varennes-Saint-Sauveur, 
en 1416; Pierre de M., noble homme, dont les enfants 
reconnurent, en 1473 , le fief de Chîchevière, oii ils demeu- 
raient, au profit du prieure de Gigny ; Louis de M., écuyer, 
demeurant h Cuiseaux , fils de feu noble homme Jean de 
il., seigneur de Mous près Sagy, lequel reconnut, en 1473 

S 



66 HISTOIRB DB «I6HT. 

1212 et 1503, tenir en fief des seignenrs de Cuiseaux différents 
immeubles en cette ville; Pierre de M., ouvrier de notre mo- 
nastère, en 1499-1527; etc,... 

De quel lieu cette ancienne maison avait-elle pris son 
nom? Était-ce de Moym ou la Pérouse dont il a été parlé 
au chapitre précédent ? Était-ce de Mnsy^ hameau de Dom- 
martin et de Cuiseaux? On Hgnore, mais il est plus à 
croire que c'était de ce dernier lieu , quoiqu'on n'y trouve 
pas plus de vestige d'ancien ch&teau que dans le premier. 

1219 S ^* 1^6 premier titre qui mentionne notre prieur Ponce 

^ ^' est une charte de l'abbaye de Toumus, par laquelle on voit 
qu'au mois de novembre 1219, il rendit, avec Guillaume , 
archiprétre de Coligny, et Joceran, archiprétre de Sandrens, 
une sentence au sujet de la cure de Chavannes près de 
Ponl-de-Vaux. Cette cure était l'objet d'un différend entre 
l'abbé de Toumus et le custode de Saint-Étienne de Lyon , 
et c'était pour le terminer que l'archevêque Renaud avait 
nommé ces trois arbitres. Ils examinèrent les titres, firent 
une enquête, donnèrent gain de cause à l'abbé de Toumus 
et dressèrent une sentence à laquelle chacun d'eux apposa 
sooi sceau (61). 
S 3. On trouve sur un inventaire des titres de Gigny la 

1223 mention d'un acte de reconnaissance de fief faite, en 1223» 
en faveur de notre prieuré et sans doute de Ponce qui en 
était le chef, par Guillaume de (ïrai/ér^ damoiseau, pour son 
meix de Léchaux, chargé d'un cens de deux sols et d'une 
mesure d'avoine, du précédemment aux chartreux de Mont- 
merle. Or, cette mention est précieuse en ce qu'elle 
fournit la plus ancienne date connue sur le village et 'la 

«I) Dans le moyen âge» les différends n*éutent pas terminés par des 
juges proprement dits, da moins entre les gens d*église ou les seigneurs, 
mais bien par des arbities choisis le plus souvent parmi les ecclésiastiques. 
Or, on remarque généralement que, dam cet cas, les gens d*églite obtenaient 
gain de cause contre les laSci. 



CHAPITRE XIII. 67 

maison de Graye; mais elle ne suffît pas pour convaincre ^^^^ 
qu'il y soit question de la grange de Léchaux, près Nancuîse 
et Monnetay, ou d'un autre lieu homonyme plus rapproché 
de Monlmerle. 

% 4. En Tannée 1226, le prieur Ponce était devenu abbé 1226 
de Baume et cumulait les deun bénéfices, paraissant néan- 
moins faire son séjour plus habituel h Gigny. Une charte- ^ ^• 
partie insérée dans le recueil de nos preuves nous apprend 
qn*alors, avec cette double qualité, il négocia et authentiqua 
un accord entre Tabbaye de Vaucluse et Ponce, sire de 
Cniseaux, accompagné de Laurence, sa femme, et de 
Hugues, leur fils. Cet accord fut fait à Gigny même et scellé 
du sceau du seigneur de CuiseauK, de celui de notre 
prieur abbé et de celui de son prieuré. 

S 5. En la même année , Ponce et ses religieux firent, c. 63. 
comme on Fa déjà dit , un acte d'association pour Cressia, 
avec Etienne, comte de Bourgogne, et Jean, comte de Chalon, 
800 fils. Par cet acte analogue h ceux de 1191 et 1192, le 
monastère de Gigny concéda ce village aux deux comtes 
et à leurs successeurs, moyennant l.« la moitié des revenus 
présents et futurs ; 2.<» la moitié des amendes h percevoir ; 
3.« la réserve de la totalité des dîmes et autres droits 
ecclésiastiques. Il fut aussi stipulé que le comte Etienne 
ni ses successeurs ne pourraient aliéner les biens ainsi 
cédés, et qu'ils ne pourraient recevoir ni retenir en leur 
garde aucun des hommes du prieuré , sans rassenliment des 
religieux. De leur côté, Etienne et son fils jurèrent de pro- 
téger et de défendre les biens ainsi que l'église du monas- 
tère. On se fit réciproquement le devoir de fief pour le 
château de Cressia , construit probablement depuis peu 
d'années, et les deux comtes, ainsi que le prieur, apposè- 
rent leurs sceaux respectifs h cet acte d'association. 

Les seigneurs de Cressia devinrent ainsi gardiens du 
prieuré de Gigny, et c'est sans doute en conséquence de cet 



68 HISTOIRE DB GIGNY. 

1226 acte qu'en 1647, l'un d'eux, le dernier des Ck)ligny, barot. 
c. 134. (Iq Cressia, se qualifiait protecteur et ami de notre nunuutère, 

et qu'auparavant, à cause des guerres, il avait donné asile 
dans son château aux i*eligieux et aux reliques de leur église. 

1227 S 6. Une année après l'acte d'association pour Cressia, 
C.70. iq prieur Ponce, de eoncert avec Jean de Cbalon, comte de 

Bourgogne, Amé, sire de Coligny et d'Andelot, et Hugues 
de Rougemont, grand-maître du temple, donna par son 
sceau l'authenticité à une célèbre donation. Ce fut à celle 
que Manassès de Coligny, frère d'Ame, fit à l'ordre du 
temple, en s'y faisant recevoir chevalier, de la suzeraineté 
de Hontagna , Broissia , Éperigna et Sainte-Fontaine. Cette 
charte de l'an 1227 contient en même temps la délimitation 
des biens donnés. Elle est l'une des plus anciennes écrites 
en langue française , elle mentionne un grand nombre de 
localités du pays et présente de l'intérêt sous plus d'un 
rapport. Depuis cette donation, le village de Montagna Ait 
surnommé k TempUer , par distinction de Montagna , k 
Recondmt^ près Saint-Amour, et autres lieux de ce nom. 
1231 S 7. Une charte de 1231 nous apprend ensuite que 

G. 71. Guy de Tramelay, chevalier, et Ponce de Moysia, furent en 
cette année médiateurs d'un accord entr^ l'abbé de Saint- 
Claude et Amédée , sire de Coligny, au sujet du village de 
Jasseron. Ce titre est même le seul qui fasse connaître que 
Ponce était de la maison de Moysia. A la vérité, il n'y est 
qualifié que de vénérabk abbé de Baume, et non de prieur de. 
Gigny; mais les chartes précédentes, ainsi que celles qui 
suivront, ne permettent pas de douter de l'identité du 
personnage. 

Une note extraite d'un inventaire des titres du prieuré 
de Gigny porte aussi que le l.®*" août de la même année 1231, 
Etienne , comte de Bourgogne, fit donation aux religieux 
d'une rente de cent sols, avec déclaration qu'il ne se ré- 
scnait aucun droit sur l'église de Châtoimay, si ce n'est sa 



CHAPITRE XIII. 69 

garde. Cette note laisse certainement beaucoup k désirer, 1231 
mais il est k croire que c'est en suite de cette libéralité que 
le prieuré de Ghâtonnay, dopt il sera parlé plus tard, fut 
étabU. 

S 8. Quatre autres titres da treizième siècle, sous le 
prienrat de Ponce, ont encore quelque rapport à l'histoire 
de Gigny. 

Le premier, de l'an 1233, est un acte revêtu du sceau de 1233 
notre prieuré, constatant la vente que Thiboud de Fétîgny ^- "î*- 
et son frère firent h ta chartreuse de Yaucluse, de quelques 
fonds h Sarrogna, moyennant 1 3 sols estevenants. 

Le second, de Tan 1235, est une cession de droits héré- 1235 
ditaires, authentiquée par le même sceau et faite au profit C- P* 
des mêmes religieux, par Aymon^ chapelain deMsiyna, et ses 
frères. 

Le troiâème, de l'an 1236, est une attestation donnée et 1236 
scellée par Ponce, abbi de Baume et prieur de Cigny, que Guy ^ ' 
delfoysia (peut-être son parent) avait fait don aux mêmçs, 
chartreux du tiers de la dîme, d'une vigne dite en Foissia^ 
près Cuiseaux, Chevreau ou Digna. 

Enfin, par le quatrième titre du mois de septembre de q 75, 
ladite année 1236, le même Ponce, également qualifié abbé 
de Baume et prieur de Gigny, apposa son sceau et donna son 
consentement à la cession d'un autre tiers de la dtme pré- 
citée, que firent aussi par ensemble, au monastère de Yau- 
cluse, Uumbert, chapelain de Digna, et Barthélémy, titulaire 
du prieuré de Châtel-Chevrel, soumis à celui de Gigny. Cette 
portion de dime était chargée d'un cens annuel de deux 
fromages au prix de 12 deniers , payables à l'époque des 
vendanges. Quant au troisième tiers de cette dîme, il Ait 
encore donné, en h même année, aux chartreux , par 

Gnigue Roillard, écuyer. 



70 HISTOIRE DE GIGNT. 



CHAPITRE XIV. 

H*** ET ROLLAND, prieurs. 

Maison de Faumône à Cutseaai. 

1236 S ^« II' ^st ^ croire que Ponce a cessé d'être prieur de 
Gigny en 1236 ; car on voit, par une note extraite par 
J.-B. Béchet des archives du Jura, qu'en cette année même, 
H., abbé de Gigny, ratifia la donation que son prédécesseur 
avait faite, en 1235, aux chartreux de Yaucluse. 

1 237 Ce fut donc probablement de son temps que les sceaux du 
^ ^^* prieur et du prieuré de Gigny furent apposés , en 1237 , en 

signe d'authenticité, à un traité contenant donation ou échange 
entre Hugues, fils de Fromond de Trameiay, et ces mêmes 
chartreux. Ce seigneur leur céda tous les droits qu'il avait 
dans la dime de Chenilla, et dans le voisinage k l'orient du 
chemin public venant de Sarrogna. De leur côté, les reli- 
gieux lui quittèrent certaines prétentions sur quelques-uns 
de ses biens , et surtout le tort qu'il leur avait causé , en 
faisant prisonnier le frère de leur prieur, pour le rachat 
duquel ils avaient payé 300 sols. 

Au reste, ce titulaire désigné par la seule initiale de son 
nom fut peu de tempschef de notre monastère ; car on trouve 
déjà, en 1238, un prieur autrement nommé. 

1238 g 2. Rolland est connu par une charte de l'abbaye du 
^ T^' Miroir, par laquelle Guillaume, seigneur de l'Aubépin, re- 
connut que Hugues de l'Aubépin, son père, avait fait certaines 
donations h celte abbaye. Par le même titre, Agnès, veuve 
de Hugues de Cuiseaux, d'après le conseil d'Amédée de Co- 
ligny et du consentement de ses sujets de Cuiseaux, ratifia 
cette donation que son mari avait contestée. Or, cette double 



CHAPITRE XIT. 71 I 

ratification fut faite k Cuiseaux dans la maison de G'ujnij 123S 
(domo Gmmacensi}^ sons le scean de notre prieur et sous 

_ r 

celui d'Etienne, archiprétre de Colîgny. Le seigneur de TAu- 
bépin apposa aussi le sien k cet acte, dont furent en outre 
témoins André, chapelain de Cuiseaux, Ansellin, chapelain 
de Champagna , Humbert , chapelain de Villeneuve (^^ , 
Amédée, seigneur de Coligny, Ponce, seigneur de Clainraux, 
Bagues, seigneur de Monnet, Humbert d'Arceset, Gauthier 
et Guy de Champagna, frères, et plusieurs autres laïcs ou 
ecclésiastiques. 

n résulte donc de cette charte que les religieux de Cigny 
aTaient déjà k celte époque un hdtel ou une maison particu- 
lière k Cuiseaux. Elle se convertit probablement par la suite 
en la mahon de V Aumône, en la mcàion du gremer du prieuré^ 
comme on lit dans un titre de 1498, oii ils firent pendant long- 
temps une donne en pain et en argent. Mais sur la fin du dix- 
septième siècle, cette donne cessa, et en 1694, arancienne 
masure et grande voûte, comme dit le titre, appelée V Aumône, 
touchant de matin et vent le cimetière, et de soir le pavé de 
hruede VAumôney fut acensée par le prieur de Gigny, moyen- 
nant un cens seigneurial de 40 sols. » Elle subsiste encore 
anjourd'hui, au nord de l'église , \is-k-vis le sanctuaire ; mais 
les armoiries de Gigny, sculptées sur la porte d'entrée, ont 
été piquées et enlevées en 1793. Nos religieux avaient déjà 
acensé, en 1497 et 1498, plusieurs autres maisons voisines 
de celle du grenier du prieuré. 

Au restM , il est presque certain que Rolland était encore 
prieur k Gigny, lorsque le sceau du monastère fut apposé , 
en 1240 , k la donation que Hugues de Moysia, damoiseau, 1240 
fit aux chartreux de Vaucluse, de tous ses biens et droits k ^ ''*• 
Cbenilla , k Crollia et autres lieux. 

(Ss) n est probable qu'il i*agU ici de^VillenenTe, §roi bttnwau de Dont ure 
pib Siiiil-AiBear» oii U A*cBifU cependant point d*4f UfC depuis long-tcmpt. 



72 HISTOIRE DE GIGNT. 



CHàPlTRE XV. 

JEAN, prieur. 

Hommage delfanasiés de Celigoj. 

S 1. Li prieur Jean, successeur de Rolland, est surtout 
connu pour avoir aussi donné, par son sceau, l'authenticité 
à divers actes du treizième siècle. 
J2ii Parle premier, qui est du mois de décembre 1244, Jean, 

^* '^^' seigneur de Cuiseaux, vendit à Amédée, son oncle, seigneur 
de Ck>iigny, Andelot, Chevreau et Jasseron, tout ce qu'il pos- 
sédait à Véria f proche la chartreuse de Montmerle. 
12i6 Par le second, qui est de l'an 1246, le même Amédée et 

c. 80. Alix de Cuiseaux, sa femme, vendirent à Pierre , prieur de 
cette chartreuse, soit ce qu'ils avaient acheté du seigneur de 
Cuiseaux, soit ce qu'ils possédaient déjà en particulier au 
territoire dudit Véria et de Fontanamez, autre lieu voisin. 
Jean, archiprétre de Coligny, etle seigneur Amédée apposè- 
rent leurs sceaux à cet acte, ainsi que le prieur de Gigny. 

1249 Le même prieur et le même archiprétre authentiquèrent 
C9t.\ encore par leurs sceaux, au mois de juillet 1249, dans la 

ville de Cuiseaux, un accord entre l'abbaye de Baleme et 
Jean, seigneur de cette ville. Celui-ci rendit aux religieux 
une pièce de terre dite à Bertrand, dont il s'était emparé. 

1250 S 2- Les inventaires des titres de notre prieuré portent 
qu'en 1250, a un compromis fut passé entre maître Gutant 
a de Saint-Amour et l'église de Gigny, lequel prouvait que 
<f le meîx de Sivria était tenu en fief-lige du prieuré de Gigny, 
« sous le cens annuel de six sols viennois. » Celle seule in- 
dication pique la curiosité sans la satisfaire ; elle ne sufGt pa«. 



CHAPITRE XY. 73 

pour permettre d'affirmer que ce meix dépendait de la com- i^^ 
Diune actuelle de Sivria, limitrophe du département de l'Ain, 
où nos religieux n'avaient aucune possession sur la fin. 

Une année plus tard, en 1S51, Manassès de Ck>ligny, TU- 1251 
histre chevalier défenseur delà chrétienté, qui, 24 ans aupa- ^*^' 
ravant, avait donné à l'ordre du Temple, où il entrait , la 
suzeraineté de ses villages de Montagna, Broissia, etc., fit 
aussi un aveu féodal envers notre prieuré. Il reconnut que 
les biens qu'il possédait auxdits lieux étaient chargés d'un 
cens annuel de six sols viennois, dont deux gros et quatre 
petits, en faveur de l'église de Gigny. Il reconnut, en outre, 
que son moulin de Broissia devait en particulier un autre 
cens de huit sols, et qu'à nos moines appartenait le droit ex- 
clusif de prendre le poisson dans la rivière et de pécher k 
la nasse. Cette reconnaissance fût faite sous le sceau de 
Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins. Or, il paraît que, 
dans le quatorzième siècle, les religieux de Gigny furent 
troublés dans l'usage de ces droits; car on voit qu'en 1314, ^ ^' 
Etienne de Coligny, seigneur d'Andelot et neveu de Ma- 
nassès, en fit une nouvelle reconnaissance qui témoigne de 
son repentir, et dont maître Jean de Gigny et maître Jean de 
Charnoz furent témoins ^^K 

S 3. Notre prieur Jean est encore connu par la cession que 1 253 
Guy de Trenay (Trenal?), chevalier, et sa femme firent, au ^ ^* 
mois d'octobre 1253, aux chartreux de Vaucluse, d'une 
TÎgoe située à Cuiseaux, au finage des Peytières, dans le 
dos de Vauduse, moyennant 36 setiers de vin et la participa- 
lion aux prières de ces religieux. Cet acte fut revêtu des 
sceaux de Jean, chapelain de Cuiseaux, et de Jean, prieur 
de Gigny. 

(Gj) Le mot maUrw fignifie-l-il ici maître d^icde^ comme Ta peo&é pour une 
chatte aualof ae le nouvel hiilotieu de Pontarlier ? Il y a lieu d*eu dou:er. Ou 
peut plolôi présumer que ce root indique un homme de loi, un maître en droit, 
an magistral, El^ en tSetf on Terra plus loin qne Jean de Gigny était bailli. 



74 HISTOIRE DE GIGKY. 

1253 En la même année, Anselme de Grilla^ damoiseau, fit don 

h l'église de nos moines d'un meix situé h Cuisia, dit le meix 
de CriUa, Cette donation, connue seulement par les inven- 
taires, tùi scellée et attestée par Durand, abbé du Miroir, et 
par l'archiprétre de Coligny. 



CHAPITRE XVI. 

GDIGUES, prieur. 

DmmIIom diveraet. — Nombre des religiem. 

1 253 S 1 . Le sceau du prieuré de Gigny Ait apposé, dans le mois 

^^' de juin 1255, il un accord qu'Humbert de Montmorot, dit 
Arragon, seigneur de Loysia, fit avec les chartreux de Yau- 
cluse, au sujet de la rente d'un quartal de froment qu'il leur 
avait consentie en 12 1 2, et qu'il ne servait pas. Or, par ce 
nouvel acte, il leur céda un mei\ situé h Loysia avec le serf 
qui l'exploitait, et il chargea celui-ci et ses successeurs de 
livrer aux religieux, non-seulement le quartal de blé de 
semence réchamé, mais encore un quartal d'avoine et une 
somme de douze deniers, le tout annuellement b chaque fête 
de saint Michel, 
c as. Cet accord fut certainement fait et scellé, lorsque Guignes 

était prieur de Gigny; car on voit qu'au mois d'octobre sui- 
vant, il authentiqua aussi, au moyen de son propre sceau, 
de concert avec le prieur de Vaucluse, la vente du village 
et du territoire de ymrner près d'Orgelet) que Jean, seigneur 
de Marigna, fils de Jean, comte de Bourgogne •^', fit à l'ab- 
baye de Saint-Claude. A b vérité, ce prieur n'est indiqué 



GHAPITRB XTI. 75 

daos ce litre qae par l'initiale de son nom, mais on le trouve 
désigné en toutes lettres dans un acte d'abergeage du mois 
de décembre 1256, de plusieurs héritages situés k Gigny et 1256 
à Loysia, moyennant six sols viennois, de cens viager, aux 
qaatre fils de Ponce, prévôt de Loysia. 

S 2. Ce fut aussi dans cette même année 1256, que Pierre 
d'Andelot, ait Cnychet, fit donation à notre prieuré de la 
onzième partie de la dime de Senoche ou Senaud, village de v* 

h paroisse d'Épy. Dans l'acte de cette donation comparait 
A\\\ de Cuiseaux, veuve d'Amédée, en son vivant seigneur 
d'Andelot et autres lieux, ce qui indiquerait que ce Pierre, 
dont n'ont pas parlé les généalogistes de la maison de Co- 
ligny, était fils d'Amédée et seigneur d'Andelot. 

S 3. Deux années plus tard, en juin 1258, Humbert de 1^^^ 
Buenc^fi''*), chevalier, seigneur de l'Asne, donna à nos reli- 
gieux un étang et un moulin à Yéria, avec les dépendances 
et deux bonunes en ce même lieu. Cette donation, faite sous 
le sceau de Jean, comte de Bourgogne et de Chalon, et sous 
ceioide Jean, seigneur de Marigna, fut ratifiée en 1340 par 
Jean de Chalon, comte d'Auxerre et de Tonnerre, seigneur 
d'Oiselet. 

Le moulin de Yéria existe toujours h la source du ruis- 
seau de ce lieu. Il avait été attribué à l'office du cellérier, 
dont il dépendait encore en 1544. Mais , h cette époque , il 
était ruiné , et l'emplacement en fut acensé , h charge d'y 
reconstruire un moulin avec batteur, et moyennant un cens 
seigneurial annuel d'un pareil et demi de froment et un autre 

«5) Buene était une sâgneurie prës de la riviëre d*Ain, dans la paroiite 
fBmUanirt, aa canton actuel de Céséria. Mais il ne faut pat confondre le 
cWralicr Hambert deBaenc, dont il f^agit ici, avec un antre. Humbert de 
Bocnc (peut-être aon parrain ), qui fut abbé de Saint-Claude de xaa4 à laSS. 
Gdui qui fit la donation du moulin de Véria n^eat mort qu*en i a8a. Ou lit qu'en 
iaS4 il fit hommage an comte de Bourgogne, pour le fief de Vejrrie^ en pré«euce 
de Pierre, abbé du Miroir, et qu*en laya il lit ce devoir au comte de Savoie, 
pour celai <W Saint-JeMi-«iM>Ee3rtsoaie. 



76 HISTOIRE DB G161IY. 

1258 d'avoine. Qoant à TélaDg, qui était alimenté par le bief de 
la Nue , venant d'Andelot , on en voit toujours la chaussée 
proche le chemin. On l'appelle Étang-Pyot , peut-être du 
nom d'une famille qui vivait encore à Yéria , au com- 
mencement du dix-septième siècle. 

1264 S ^' Guigues était probablement encore prieur en 1264, 
^- ^ lorsque Jean , comte de Boui^;ogne et sire de Salins, ratifia 

et renouvela dans tout leur contenu , les trois actes d'asso- 
ciation que le comte Etienne son père avait faits en 1191, 
1192 et 1226, avec les religieux de Gigny, pour la garde de 
leur monastère. 

1265 On trouve aussi , dans les inventaires , l'indication qu'en 
octobre 1265, Guillaume de Montdîdier, chevalier, rendît 
hommage au prieur de Gigny .^), en raison desmeix de Re- 

(f Le TiMil qui possédait un fief défait à ch»<{iie matatioB pv àée^ on 
acquisition, ao seigneur dont ce fief releTait, b foi et rhommafe et ««uTeat 
encore quelques droits utiles. C*est ce qu*on appelait le devoir deji^^ qui dans 
tes deux Bourgognes, devait être rendu en ran et jour. Quelle qoe fy&t sa nai»- 
sance, quel que fui son rang ou même son sexe, le Tassai se présentait en per- 
sonne devant son seigneur et en son ptiadpal manoir. LÀ , solennellement, à 
la Tue de tout le monde, tète nue, sans épée et sans éperons, il mettait on ge- 
nou en terre, joignait les mains en posture de suppliant, et reqnerr.*it le sei- 
gneur de le recevoir à foi et liommage. Ce dernier étant assis prenait entre ses 
mains celles de son vassal qui pronooç^U alors sur TÊvangile les mois soi.ants : 
« Seigneur, je deviens votre homme dorénavant, m*obligeant de défendre voire 
« vie, Toire corps, votre honneur et vos biens ; je vous serai fidèle et tous 
« rendrai Thommage à cause des terres que je tiens de vons, sauf b foi due au 
« roi, notre souverain , et è ses ^nocesseur*. » ( Dtw^mo fca eao ^MâUr mk kdc 
dië im ptierum ,d0 vid , de msmtbro H de Urrttto homort^ venu €i $deU* 
vthi» ero etJUem vMs pnaêttAo , o^ terras fmms à vokis temeo , Sidvm fi de 
dwmimo nostro régi et kmredUtu smit, ) Le seigneur loi dis^t ensuite qa*ii le 
prenait à homme et le rceerait è foi et homaaage, en signe de q«oi il le fausait 
sor la bouche. Tei était Thommage de main «1 de bouche {de mm tm et ère ) , qai 
liait le Tassai, de manière qu*il ne pouvait plus faire d'aven de fidéUlé cnTers 
C 1 10, 112, m autre seigneur et que sa main ne derait serTir que le sien. On en trovTera 
plnsietws exemples dans les PrenTce de eelte histoire , et en Tcrra 4ena l*an 
d*eax , que le baiser snr la bouche tdent on avait sans doute remarqué pin* 
sieurs fois les désagréacals et les ineoBvéntentt) «a remplaei pw le Luaar 4c 



CHAPITRE XVII. 77 

voire qu'il possédait en fief du prieuré daos la paroisse d'On- i265 
cia.Or, s'agit-il, en cette indication, de Tobédienced'Oussia, 
membre de Gigny ? On ne peut rafflrmer, quoique la chose 
soit probable. 

S 5. On a TU que, du temps de l'abbé Guy, en 928 , le 
nombre de nos religieux, y compris l'abbé, ne s'élevait qu'à 
dix , sans officiers claustraux ; que , plus tard , en 981 , sous 
l'abbé Zantlin, ce nombre était de vingt-un , y compris cet 
abbé et un prévôt. Postérieurement et depuis peut-être l'ins- 
titution du prieuré, il fut porté il trente-deux. Mais, par un 
Douveaa règlement fait en 1266 , ce nombre fut réduit )i 1^66 
vingt-cinq, dont dix officiers claustraux perpétuels. Ce mê- 
me règlement statua aussi que trois grandes messes il note 
devaient être célébrées chaque jour dans l'église de ce mo- 
nastère. C'est ce qu'on apprend d'un ancien pouillé de Clu- (^ 131, 
ny antérieur au dix-septième siècle. 



CHAPITRE Xm 

GUICHARD, prieur. 

Érection de Téglise parofuiale de Gigny. — Cure de Gigny et Véria. — 

Familiarité. — Chapelle de Saiote-Croii. » Cimetières. 

■aifon de Gigny — Cbâleaa. — Seigneurie. — Droits seigneariaux.^Main-morie. 

S 1. GuiGHARD n'est connu comme prieur de Gigny que 1270 
par on article d'inventaires, duquel il résulte qu'en l'année 

k main da ndble chambrier de Gigny. Au reste Pacte de foi et hommage dcTiit 
être turri dana les qnaxante jours du dénombrement exact et détaillé des biens 
tcAoa en fief. 

L*booinMge-lige liait personnellement et plus étroitement qne Thommage 
ùpie. n obligeait le Tasaal au aenriœ enTers et contre tons et à ses dépens, 
n le soumettait ans peines de la /m mentit, c'est-à-dire, k la confiscatian et k 
la mort» en eu d*acte ^ rebeUion contre le seigneur suserain. 



78' HISTOIRE DE GIGNY. 

1270 1270, il reçut rhommage de Jacques de Champagna, cheva* 
lier, qui reconnut tenir en fief-lige du prieuré ce qu'il pos- 
sédait dans sa terre de Champagna et autres lieux. Commo 
ce chevalier avait contesté et inficié un compromis qa*U 
avait fait avec ce prieur, au sujet de l'hommage qu'il devait, 
il constitua pour dédommagement, en faveur du monastère, 
un cens annuel de cinq sols viennois, pour l'entretien d'une 
lampe dans l'église conventuelle. 

Dans ces inventaires^ on rencontre aussi la mention qu'en 
ladite année 1270, Uumbert Jade, fils de Guillaume, prévAt 
de Chevreau , vendit aux religieux de Gigny la moitié de la 
dîme de Fbjfiia qu'ils ont conservée jusqu'à la fin. 

c. 87. S 2. Dans un acte du mois de juin de la même année , on 

trouve cité , pour la première fois , un chapelain de Gigny 
du nom de Joceran. Cet ecclésiastique régla , en sa qualité 
de tiers-arbitre, avec Guillaume, recteur de l'église de 
Champagna, et Aymon, recteur de celle de Maynal (^>, plu- 
sieurs différends entre Amédée, abbé du Miroir, et Guillau- 
me , seigneur de Coligny , Chevreau et Jasseron. Ces diffé- 
rends concernaient les droits d'usage et de pâturage dans 
les bois du seigneur de Chevreau , les bans de vendanges et 
autres , les moulins de Gisia , la délimitation du territoire 
entre le Chanelay et les granges de Non, etc., etc. L'acte de 
l'accord qui fut fait est non-seulement précieux pour la 
connaissance historique de toutes ces localités , mais encore 
parce qu'elle fait la première mention d'un ecclésiastique 
séculier chargé du ser>1ce de la paroisse de Gigny. A cette 
occasion nous allons entrer dans quelques détails sur l'église 
paroissiale de ce lieu et sur ce qui s'y rattache. 

S 3. Dans le principe , les moines de Gigny , comme ceux 
des autres monastères, étaient les seuls pasteurs des fidèleé 

(S;) Le tilre porte Maduny^ probablement par erreur de copiste. Il faut lin 
Afai/io^, car dans d*auires actes de laiS, ia66et la^a, on voit que Ayaon él« 
cUaf elain à MajnaL 



CHAPITRE XVII. 79 

de la localité. Ils leur administraient les sacrements dans 1270 
leur propre église qui, en ce sens, était aussi paroissiale , et 
l'un d'eux faisait les fonctions de curé. Aussi , trouve-tron la 
paroisse de nos religieux mentionnée, en 1133, dans une ^ ^* 
lettre de Pierre-le- Vénérable , abbé de Gluny. Pour ce qui 
écait des autres églises dépendantes de leur grand monas- 
tère, ils y envoyaient des moines ou ecclésiastiques pour les 
desservir en qualité de vicaires révocables et amovibles. 
Quand le besoin exigeait que plusieurs d'entre eux fussent 
envoyés pour la même église , Tun de ces ecclésiastiques 
était supérieur aux autres et prenait la qualité de prieur , 
qu'il ne faut pas confondre avec le chef d'un prieuré rural 
ou conventuel. 

Cet usage avait ses inconvénients, et le service des parois- 
ses en souffrait souvent. Ces vicaires amovibles étaient quel- 
quefois révoqués par pur caprice des moines. D'autres fois, 
en suite de l'avarice de ceux-ci, ils étaient mal rétribués et 
hors de pouvoir soulager les malheureux dont ils augmen- 
taient même le nombre. On lit, par exemple, que l'abbé de 
Cbâtillon-sur-Seine faisait desservir la cure de cette petite 
ville, attrapais, par des vicaires amovibles. D'un autre côté, 
le clergé séculier réclamait , comme un droit , les fonctions 
curiales, soutenant que les clercs les avaient exercées avant 
les moines. Ce fut même dans ce sens que le concile provin- 
cial d'Autun décida , en l'année 1094, en faveur des prêtres 
séculiers de Beaune , contre les bénédictins du prieuré de 
Saint-Étienne de cette ville. Cependant, cet état de choses ne 
cessa réellement qu'à la un du 12.^ siècle, lorsque le troisième 
concile général de Latran eut décidé, en mars 1179, qu'à 
l'avenir les cures ne seraient plus conférées qu'à titre perpé- 
tuel et non par forme de commissions amovibles. £n consé- 
quence, le 8 avTil de la même année, le pape Alexandre III 
disposa , dans une bulle adressée aux moines de Tournus , 
qu'il leur était permis de choisir des prêtres pour les églises 



W VISTOIEI »■ CICXT. 

fi70 iaroîssiaJesdppaidaviadek«rabta5r,etdeifspffésMiiersi 
rapprolntioii de rfféqvr, et qmt ces ccdésastiqaes mn 
dnieat conple da spii i f f l à ce dernier et da temporel à 
rabbaje^^L Qag iq a cs aaaées plas lard , ea II6S, le pape 
Urinia ID stataa eacore plas purili i w gat qae , daas les 
fieax oa U y afait des amaes , les idèies ae d e iaie at poiat 
les SToir poar rectears , anis biea aa ctapelaia préseaté 
par les amaes et iasdtaépar Févéqae A. 
Ce noareaa rc^awa t ae larda pas h m % H ai p i > être aus 

c SL i exëcatioB , coaae le proare la ckarte de IIM aaahrsée 
ri-deraBl, et qai est reblnreaa dMBf read sina a ealre Té- 
T^éqae de GcDère et les aMriaes de Salat-Osade et de ^iaalBa, 
sar le droit de présencilioa des c hap eh kK , Oa nât aassi , 
presqae par les seales p t eaies de cette histoire, qaHyaTaii 
dë^ des dnpebÎBs i Caiseaax ea 1199, 1138, I2S3; il 
merrr près Fofigar ea 19» ; à Lotû ea l»l , 1219 ; à 
Chiiraas ea 1306, 1919, 19U : à Sarro^aa ea 1919; il 
Saiot-JalieB ea I99T ; ï Salat-Aaioar ea 1228 ; i Ibjaal en 
1935: à Dignaen 1936, 1948 ; à Chaaqn^aa ea 1938 ; etc. 
Cest donc de celte époqae qae date pria ci p a le aie at la dé- 
aomînation de diapebia tmfftttams , si frvqaetaaieal eai- 
ployêe dans les donziènie et treizièaie siècles. Oa lai sabstima 
celles de prêtre, de caré. de rectear H dcTicaîre perpétnel. 
]>e ce temps aassi date le titre bonorîfkiaede rmm pimki fM^ 
qae coaserrèreat par la suite les religieax , aiec le droit de 
patronage et de présentation des dtapebtas oa vicaires. 
S ^- En consêqaeace da aoanaa règleiaent, on constmi- 




4* 

Ht iUim «MMtlMr. I c»|w I. 



CHAPITRE XTfl. 81 

sitdes églises paroissiales dans les lieux où il n'y avait qae 1270 
des églises abbatiales ou prieurales , et c'est ce qui explique 
la coexistence de deux églises on une seule est aujourd'hui 
«ofiisante. Il en Ait de mémo h Gigny, et c'est & la fin du dou- 
zième on peut-être au commencement du treizième siècle , 
que têgliMeparoimaU fut érigée , et qu'un chapelain ou vicaire 
séculier perpétuel y fut institué, a Alors, disaient nos reli- 
er gieux dans un mémoire en 1762 , on fit construire , dans 

• renceintc des murs du cloître, une chapelle pour la célé- 

• bration des offices paroissiaux, avec un petit cimetière pour 
« Vinhumation des enfants seulement qui ne communiaient 
i pas. Hais les grandes personnes continuèrent à être en- 
i terrées dans l'ancien cimetière du m.onastèi*e , après avoir 
t été présentées k Téglise prieurale.... En quel temps, ajou- 
« taient-ib, cette église , toujours enclavée dans le cloître , 
« fùUelle érigée, et 2i quelles conditions? Le titre d*érection 
<r a péri dans les différentes calamités que la province a 
« essayées, et singulièrement l'abbaye de Gigny. Mais les 
« Utres subséquents y suppléent abondamment.» En effet, 
on trouve cette église , ainsi que son petit cimetière , men- 
tionnés dans plusieurs de nos pièces justificatives eu 1305, 
1336,1346, 1408, 1412, 1414, 1421, etc.. 

$5. Telle fut l'origine de* l'église paroissiale de Gigny, 
qui fat mise sous l'invocation de la sainte Yiorgc et Tjui fut 
unie alors ou peu après avec celle- de Vcria. « On ne sait en 
R quel temps, disaient encore les religieux do Gigny dans 

• leur mémoire de 1762, ces deux églises furent uiiios. Le 
e litre d'union est ignoré , et on l'a vainement cherché à 
V Tarchevéché de Lyon et ailleurs. Mais , celte union est 
ff déjà rappelée dans des titres dé 1332, 14D8, 1414 et 
t 1421. » Au reste , cette union a subsisté jusque dans les 
derniers temps. Le conseil municipal de fiigny ayant môme 
sollicité, le 25 mars 1792, afin que le curé titulaire, qui r(?stait 
h Vérîa , opt&t pour Gigny ou Véria , à cause que la loi dé- 

6 



Uû HISTOIRE BK GIGMY. 

1270 fendait de posséder deux bénéfices à charge d'ames , il ne 
fat pas satisfait à cette demande. Le titulaire s'y opposa, 
et , nonobstant l'avis favorable des administrateurs du dis- 
trict etde révéque Moyse, ceux du département déclarèrent 
que, les deux cures ayant été unies depuis plusieurs siècles, 
il n'était pas en leur pouvoir d'ériger une paroisse nou- 
velle. 

En suite de l'incorporation de ces deux églises en une seule 
paroisse , le curé a résidé tantôt à .Gigny , tantôt à Yéria , 
ayant un vicaire dans le lieu oii il ne résidait pas. Cepen- 
dant , en 1686 , le titulaire ayant quitté Gigny pour aller 
rester à Vcria, il ne résida plus que des vicaires à Gigny. 
En 1784, les habitants de ce dernier lieu réclamèrent même 
en vain , auprès de l'évéque , pour obtenir la résidence de 
leur pasteur en titre. Il y en a qui ont pensé que le défaut 
de presbytère à Gigny était la cause principale de cette non 
résidence. En effet , avant le dix-neuvième siècle , on n'en 
trouve aucun indice, tandis qu'il en a toujours existé un très 
beau et très commode à Yéria , sur la porte duquel on lit un 
millésime de 1554. 

Anciennement les titulaires de cette paroisse se quali- 
fiaient chapelains , recteurs ou curés- de Gigny, curés de Gigny et 
Véria, appelant même ce dernier lieu l'annexe. Mais depuis 
un arcét du parlement de Besançon, en 1763, dont il sera 
parlé plus tard, ils se dirent curés de Véria et vicaires perpélueb 
de V église paroissiale de Gigny» On trouvera à la. fin de cette 
histoire la liste de ceux qu'on a pu constater. 

L'église de Véria , dont le prieur avait le patronage , est 
sous le vocable de saint Martin qu'on y fête le 11 novembre. 
La nef seule couverte en laves est antique ; 1q chœur, au 
contraire, est moderne, parce qu'il a été reconstruit à soir, 
pour rétablir la porte h matin. 

S 6. La cure de Gigny seule n'était pas trop lucrative pour 
le desservant, parce qu'il n*élait que comme vicaire du sa- 



(CHAPITRE XVII. as 

eristain du prieuré auquel avaient été concédés, en 1 305, les 1 270 
droits de curé primitif. En conséquence , il ne touchait que 
la moitié de la portion congrue , Tautre moitié appartenant 
au sacristain. La totalité de cette portion congrue ne con- 
sistait même que dans le. tiei*s des dîmes, les deux autres 
tiers étant perçus par les religieux du monastère , en leur 
qualité de gros décimateurs. Quant aux droits casuels , tels 
que ceux de sépulture des enfants et gerbes de passion, le 
dessenant les partageait aussi avec le sacristain ; mais les 
droits de baptêmes , fiançailles et mariages lui étaient pro- 
pres en totalité. Au reste, on aura bientôt occasion d'en par- 
ler plus en détail. 

De la cure de Gigny dépendaient aussi cinq petits champs 
contenant 11 peu près ensemble deux journaux et un pré de 
deux soitures et demie, appelé le Pré^au-Prêire, ou le Stahat, 
donné, dit-on, à Téglise, sous la condition de faire chanter 
rhymne de ce nom en certains temps de l'année. 

A Yérla , le curé avait la totalité des droits casuels et la 
moitié de toute la dîme, Taulre moitié appartenant aux reli- 
gieux. Ces derniers même , d'après un traité fait en 1312 
avec le curé, en avaient autrefois les deux tiers. 

$ 7. il n'est guère probable qile la chapelle qui fut cens- 
traite après le concile de Latran ait subsisté jusque sur la fin 
da dix-huitième siècle. Quoiqu'il en soit, réglise paroissiale 
de cette dernière époque, qui existait déjà en 1520 et qui 
avait été réparée en 1672, était moins grande que celle qui l'a 
remplacée. Elle était couverte en lavrs et n'avait en place du 
clocher qu'un campanile , avec une petite cloche qui a été 
fondue pour la défense de la patrie. Comme elle tombait de 
Télusté et était insufiisante pour le nombre accru des pa- 
roissiens , elle fut interdite en 1770 et démolie en 1774. 
Celle qui existe aujourd'hui fut construite sur son emplace-^ 
ment , mais agrandie au matin , au soir et au nord de l'an- 
cienne. Elle ftit cons^^rée en 1780 et placée , au désir des 



Plan D. 



$4 BiSTOIftB DE GIGSIT. 

1270 habitants, sous le double vocable de Notre-Dame et de saint 
Taurin. Cependant, la Toâte de cet él^nt édifice ne tarda 
{>as Si s'affaisser et lézarder par Técartement des murs. En 
vain, on pratiqua , en 1784 , des buttées ou gros piliers ex- 
térieurs pour soutenir ces derniers ^'^^ ce monument reli- 
gieux n'en fut pas moins interdit en 1789,et les paroissiens 
mis par Tévéque en possession de Téglise prieurale. C^le 
de la paroisse fut destinée dès-lors à servir de halle pour 
les foires et ce n'est que tout récemment que , par mesure 
de prudence, on a démoli cette voûte qui menaçait de 
s'écrouler. 

S 8. Daus réglîse paroissiale de Gigny existait mie tkm- 

^ 13^ fclle érigée en 1550 , en l'honneur de Smue-Croix , par Bar- 
thélémy Pytiot , prêtre originaire de Gigny et recteur de 
l'hôpital de Cuiseaux , lequel b dota convenablement. Mais 
les biens et revenus en ayant été dissipés et perdus par la 
longueur dos guerres , Pierre Pytiot, prêtre, curé de Mari- 
gny , au canton de Qairvanx , alors chapelain titnlaîre , fit 
une nouTelle fondation pour relever celle de son parent, 
n disposa donc, en 1693, que, dans cette chapelle, Q serait 
célébré une messe basse à chacune des fêtes de flnventioB 
et de FExaltatioB de Sainte-Croix ( 3 mai et Hseplembre ], 
et uue , en outre , à chaque fiete des trentenH-un saints om 
saintes qu il énnmere dans le titre , ce qui £iisaît 33 messes 
en tout. A cet effet, ki chapelle fut dotée d^une rente de SOO 
francs, hypothéquée sur to«s les biens que le nowean fonda- 
teur posi$édait au YîIIars , proche Mariguy. D s'en l éi seiia 
le patronage pendant sa vie et nomma pov patroos alter- 
natiTement après lui : t.* Taurine Pydot, feuune Cassabois, 
sa parente : 2.* Henri du Pasqnier , setgueor de b ViBette, 



Co) €«• pîCcrs f«r«at coBâtrtttls «as firùs i«s rvlifrevs «iit aoèiv 
«osoite Pua. tr«ii« SMt,en irir» «Teclffs {NrouaaCBS^ft laoïuiitiiia. <{at W« 

im cette «tiice» out stni«at plm tmauM k ^^i^nmsr^'k 




CHAPITRE lYII. 85 

puis leurs enfants ou descendants par ordre de primogéni- 1270 
tore, d'abord masculine. Il statua aussi qu'après sa mort le 
seigneur de la Yillette nommerait le premier chapelain. 

On trouve qu'en conséquence de ces dispositions, 1." N... 
Rossel était chapelain en 1697 ;... 2.^ N... du Pasqmer, de 
Viremont, religieux à Gigny, en prit possession en 1722;... 
3.« B.-E.-F. du Pasquier , de la Villette, autre religieux, en 

1730 ;... 4.° H. Roux, de Chambly, curé de Nez, en 1751 ;... 
5/ Enfin , après la mort de ce dernier , en 1783 , H.-X.-J. 
de Grivel , chanoine de Baume , qui fut nommé par A.-J. 
Dttmel de Maizod, dit du Pasquier, seigneur de la Villette. 

La chapelle de Sainte-Croix ayant été démolie, en 1774 , 
aTec relise paroissiale , ne fut point reconstruite avec elle. 
On lit dans l'acte de prise de possession du dernier titulaire, 
que le service s'en faisait à l'autel de l'église elle-même. 

Outre la rente de 200 francs dont il a été question , cette 
chapelle possédait encore à Gigny trois petites pièces de 
terres provenant de la première fondation et qui furent 
vendues en 1791 avec les autres biens du clergé. 

S 9. Il y avait encore d'autres fondations de messes et 
de processions faites en l'église paroissiale de Gigny , no- 
tamment l'une en 1684 par Michel Laporte , une autre en 

1731 par Taurin Poupon, etc.. 

Il y existait aussi , comme à Cuiseaux, une familiarité ou 
association d'ecclésiastiques nés et renés ( baptisés ] il Gi- 
goy, ou considérés de la même famille. L'auteur de cette 
histoire n'a pu se procurer les statuts de cette familiarité, 
et il ignore si , comme en certains lieux, les membres en 
étaient mépartistes, c'est-h-dire, s'ils partageaient les reve- 
nus destinés à la desserte des obits et fondations. Un petit 
pré dit, en 1748, de la niarguillerie , était désigné en 1675 
sous le nom de pré de la faniiliarUé de Gigny. On a trouvé 
que les prêtres S. Regaiid, en 1775 , et J.-B.^^ Collin, en 
1785, avaient pris possession comme familiers. 



S6 BISTOIRB DE GIGRT. 

1270 Pour terminer ce qui concerne l'église paroissiale , on 

c. 128. ajoutera que, d'après un titre de 1546 , le luminaire de 
cette église devait être entretenu avec le produit des bois 
commuoauic. 

S 10. Ha déjk été parlé des inhumations, et on a vu que 
lors de l'érection de l'église paroissiale, on avait aussi établi 
à Gigny un cimetière spécial et distinct pour les enfants , 
tandis que les grandes personnes continuaient k être in- 
humées dans Tancien cimetière de l'abbaye ou du prieuré. 
Cet usage particulier n'avait point d'analogue ailleurs , et 
on ne peut lui comparer que celui de la vaste chapelle des 
Innocents, à Vaux près d'Avalion , où l'on enterrait les en- 
fents , et sur la porte duquel se lisait l'inscription : Infm- 
UUM donmtonum* 

pud b. Le cimetière des enfants ou de la paroisse, existait au nord- 
ouest de l'église paroissiale. Il était destiné , non-seulement 
aux enfants proprement dits, mais en général aux individus 
qui n'avaient pas encore communié , qai n'aeaknt pas encore 
reçu le précieux corps de Dieu , comme il est énoncé dans un 
titre de 1566 confirmé par ceux des deux siècles sui^-ants. 
Le curé ou vicaire perpétuel était chargé de ces inhuma- 
tions, quoique le sacristain en partageât les droits ou émo- 
luments avec lui. 
Quant aux grandes personnes , le sacristain les inhumait 

piao F. dans le cimetière de Vabbaye qui existait entre les deux égli- 
ses C?'), et il ne partageait point les droits de ces sépultures 
avec le desservant , étant chargé de tous les frais d'obsé- 
H^ ques. Les parents de ces adultes pouvaient obtenir de cet 

oflicier claustral la permission de faire inhumer les défunts 
dans l'église paroissiale ou dans le cimetière des enfants. 
Cette autorisation n'était pas refusée , surtout si elle avait 



Fias G. (7 1) !•« peûl cbemin, qui eaûsle eolrc réglise paroisûale el Pancien ctmeiib'e» 

ii*t étééubli qtt*eii 1791* 



CHAPITKB XVtl. B7 

été réclamée dans les dispositions des dernières volontés , ^'"^^ 
mais moyennant une modique rétribution , et à la charge 
de présenter préalablement les corps à Téglise du prieuré. 
On en trouve des exemples dans des actes de 1516 , 1646 , 
1661 , 1703 , etc.... Les paroissiens avaient droit de faire 
soipner, pour ces inhumations , non-seulement la cloche de 
réglise paroissiale , mais encore celles de Téglise prieurale. 
En conformité de Tordonnance de 1776 sur les cimetières» 
les nobles chanoines, réunis aux habitants de Gigny, deman- 
dèrent, en 1783 , à Tévéqucde Saint-Claude, la translation 
de ceux de leur bourg à une certaine distance des habita- 
tions. Le curé de l'époque , avec son esprit tracassier , s'y 
étant opposé, l'évéque nomma celui d'Andelot pour faire une m. 

enqaéte à cet égard. Le rapport en fut favorable à la demande ; 
mais, plein de dépit, le curé de Gigny se plaignit, dans une 
lettre du mois de septembre de la même année , des espèces 
de violences qu'avait faites sur lui et sur d'autres personnes 
ondes chanoines (P.-M. de Montfaucon], en empêchant d^ 
recevoir les objections. Il ajouta même que le portrait du curi 
^Andelot aurait aussi bien figiirc dans cette mission que lui-même. 
En conséquence, et par ordre'de l'autorité supérieure, le 
prieur commendatâire et le noble chapitre ftirent obligés de 
fournir, en 1784, remplacement du cinwtière actuel y h cause Plan R 
de leur qualité de gros déclmateurs et de. curés primitifs 
percevant les droits de sépulture. La clôture en fut mise k 
la charge de la paroisse, maïs elle en négligea l'exécution. 
Uen résulta que » les anciens cimetières ayant été interdits, 
on fut obligé, en 1787 et 1788, de conduire les corps pour 
les inhumer dans le cimetière, de Yéria. Ce fut seulement 
le 24 octobre 1788, que le curé, assisté de son vicaire, fit la 
bénédiction du cimetière nouveau. 

S 11. En revenant k l'ordre naturel des temps dont cette 1272 
longue digression sur l'église paroissiale nous a détournés, on 
peut raisonnablement penser c^c Guichard était encore prieur 



I 



88 HISTOIRE DE GIGIfY. 

1272 deGigny, en Tannée 1272, lorsque Béatrix, veuve du seigneur 
^' 88. de Luaysi , jura foi et hommage à Amé^ comte de Savoie , 
devenu époux de Sybille de Baugé. Elle reconnut tenir en 
fief-lige de ce prince, h cause delà sirerie de Bagé, le château 
de Belvier avec ses dépendances, mais sauf le fief qu'elle te- 
nait du prieur de Gigny. Elle reconnut encore tenir les fiefs de 
Logahs et de Lopelachas , lieux iuccmnus h Tauteur de cette 
histoire qui ignore de même , si ce château de Belvier est 
celui de Beauvoir près Coligny , ou de Belvay près Comioz. 
Quant à cette veuve Béatrix^ il est plutôt à croire qu'elle 
était dame de Loysiaf'*^ près Gigny, que de Loisy sur la 
Seille où Tabbaye de Gigny n*a jamais rien possédé. 
C.88. S 12. Dans la même année et par le même acte, Poncet 

de Giffny fit aussi un hommage-lige et jura fidélité au môme 
comte de Savoie, sauf la foi qu'il devait aussi au seigneur 
de Saint-Amour, et il reconnut tenir en fief tout ce qu'il 
possédait, du chef de sa femme, au village et territoire 
d'Avignon, hameau de Beaupont. On ignore si ce Poncet 
M. est le môme que Poncet de G'icpuj, dont on trouve un autre 

acte de foi el hommage malheureusement sans date, indiqué 

<7a) Il est cependant difficile d*accorder celle présomption avec la connaif 
Mncc qu*on a des seigneurs de Loysia. On a vu que Pierre de Hontmoret, mort 
en laoa environ, possédait cette terre dans lexii.* siècle* Il laissa, pour lut suc* 
céder, de Béatrix de Coligny, sa femme, qui vivait cncot e en 1 204, Humberi de 
M', dit Ariagon, aussi seigneur de Loysia et de Ciilla en ia55. Jacques de AT* 
■ou ûls, possédait les mêmes seigneuries en ia63 et 1279» et ne pouvait par cou- 
séquent avoir laissé de veuve Béatriz en 1272. Il fut probalilcmcnl përe de 
Marguerite de Lo^^/a, mat iée a Jacnnei de la lioche-du" Jeanne! en Auxois. Co- 
loi-ci donna Loysia en dot à Jeanne de la Roche, sa filIc, Iorsqu*en 1 298 elle se 
maria en secondes noces avec Jean de Coligny, seigneur d^Andelol. Celte dame 
jouit long-temps de cette seigneurie, car elle ne mourut qu*en 1374, à Tâgc de 
cenl ans, aprbs avoir fait diverses donatioi.'v à l'église de Loysia. Celle terre 
resta dës-Iors dans la maison de Coligny jusqu'à I*exlinclion de celle-ci en 1664* 

Isti de Lojsia^ dit Guichenon, étaient d'anciens gentiU-huiiancs du comté. 
itargueriiedeL.j dame du Bois on|dcPressia, fut mariée, avant 127 3, à Guillaumo 
d'Andelol. Celle maison poi lait d'argent au lion de sable aimé el couronné de 
guculej: 



CHAPITRE WII. 89 

poar un fief à Fleiria et Marooissia, dans uu inventaire de 1272 
1485 des titres de la maison de Yienne-Chevreau. 

Quoiqu'il en soit , Poncet est le premier membre bien 
coDoa de la maison de Gigny. A la vérité, on connaît déjà 
on Dalnuu de Gigny, chanoine de Chalon en 1080, et un 
autre de mêmes noms, jnarié, à peu près à la même époque, 
avec N... de Brancion ; mais ils étaient peut-être d'une mai- 
son de Gîgny sur Saône qui n'aurait cependant laissé aucun 
autre indice de son existence. 

Poocet de G. a pu être père des trois membres qui sui- 
vent et qui vivaient à peu près dans le même temps : 

l.<> Humbert de Gigny, chanoine de Saint-Paul, de Lyon, 
qui, en 1308, fut présent à un traité entre Humbert, sire 
de Thoire et Yillars, et Uenri U'Antigny II, seigneur de 
SsÛDie-Croix. Il assista, en 1320, à un autre traité Ikit entre 
le même sire de Thoire et l'abbé de Saint-Claude. Enfin , 
en 1339, étant sacristain' à Saint-Paul, il fut témoin d une 
seoteoce arbitrale rendue par l'archevêque de Lyon, en 
faveur du seigneur de Dortan contre ledit sire de Thoire et 
Villars. 

2.« Jean de Gigny, qui était prieur de Nanlua en 1328 
el 1329, cl qui, en cette qualité, fit avec l'abbé de Chesiry 
uoe délimitation de paroisses dépendantes de leurs monas- 
lères. Il n'était plus prieur en 1335, sans doute parce qu'il 
éiaii devenu abbé de Saint-Rambert-de-Joux, car en 1336 il 
se trouva présent, avec celte dernière qualification, àThora- 
mage que plusieurs seigneurs du Bugey rendirent au sire 
Humbert. Il mourut en 1341. 

3.* Pcrrand ou Perret de Gîgny, chevalier, marié h Béatrix 
de Mûulburon, auquel le même sire de Thoire et Yillars 
inféoda, en 1330 environ, le village d'Aromas, en toute 
Justice, à l'exception du dernier supplice. Il fut présent : 
!.• en 1336, à un hommage rendu h ce sire par un seigneur 
du Bugey;.... 2.** en 1356, h une délimitation des terres de 



90 HISTOIRE DE GIGHT. 

1272 Montréal, Nantua, Brion et Saint-Martin-da-Fréne, entre 
Humbert YI , sire de Thoire et Villars, et Jean de Nngent , 
prieur de Nantua;.... 3.^ en 1358, à un acte d'association 
entre ce même sire et ce même prieur, relatif aux rerenus 
d'Apremont et de Saint-Martin-du-Fréne. On trouve encore 
nn Perraud de Gigny qualifié chancelier du sire de Villars, 
présent h une charte de 1377 relative à la Balme sur Cer- 
don. Mais il n'est pas certain que ce soit le même que le 
précédent. 

S 13. Quoiqu'il en soit, le chevalier Perraud de Gigny 
laissa de son mariage avec ladite Béatrix de Montbnron, 
Hunibert de Gigny, qui lui succéda comme chevalier et comme 
seigneur d*Aromas^ On le trouve présent à l'hommage que 
le sire Htimbert YII fit, le 16 octobre 1373, au comte de 
Savoie, pour ses sireries de Thoire et de VîUars. Il eut pour 
femme Allemande de Lavieu, et de ce mariage naquirent 
deux filles, Antoinette et Béatrix de Gigny, par lesquelles 
a fini cette maison. 

Antoinette de Giyny, dame d'Aromas, fut mariée en 1400 
avec Antoinette du Chiel, chevalier, seigneur de Chanves en 
Bugey, de Beaulieu en Lyonnais, co-seigneur de Montellier 
en Bresse, et qui devint ainsi seigneur d'Aromas. Ces deux 
époux teslèrent en 1428 et mentionnèrent six enfants dans 
leur testament. 

Quant à Béatrix de Gigny ou Gignia (^^^ elle fut mariée 

<7 3) J*ai entendu bien de% personnes remarquer, arec une «orte d*ÀenDenient« 
qne les nom* d*uo Irfes grand nombre de lieux voisius de Gtgny, no'annent 
dans les arrondissements de Boarg, de Nautua, et surtout de Lons-le-Saoniert 
étaient terminés en a et eu la, comme Giguia,Loysia, Cresvia, Floienlia, Vêna» 
Marigiia, Monlagoa, etc.^ Or, il est facile de ft*en lendre raison en réfléchissant 
que ces noms sont dérivés des dénominaiions latines des lieux dont on a c^tras- 
ché simplement la terminaison. Ainû, de C^m'm-cum on a fait Gigoia* de Laj^Mitf 
€um^ Lojrsîa,de AfOAl<^mfr-cf«iw,Montagna, etc. . 

Quelquefois on a retranché la lettre a cIlcHoème, el on a fait Cigmy, ïé^jù , 
MomU^nj^ Coligmy, Fêtigitjr, Clunjr^ etc.... 



CHAPITRE XVII. Vl 

Wean, seigneur de Rogemont et dé Lentenay en Bugey, 1272 
lequel fit hommage en 1392 au sire Humbert VU, testa en 
1422 et laissa deux fils .pour lui succéder. 

S 14. Il est donc certain qu'il a existé une maison noble du 
oom de Gigny dans le treizième et dans le quatorzième siècle, 
probablement même dans les siècles précédents. Si cependant 
l'espèce de généalogie qui vient d'en être donnée , d'après 
Thistorien Guichenon, ne suffisait pas pour en constater l'exis- 
tence, on pourrait encore prendre en considération que Du- 
nod, en dépouillant les titres de l'abbaye de Chûtean-Cbalon, 
y a trouvé mentionnées des religieuses du ilom de Gigny, et il 
a placé la maison noble de ce nom dans la longue liste qu'il 
a donnée de celles qui ont fourni des sujets à cet insigne 
monastère. D'un autre, côté, on voit aussi, par l'inventaire m. 

précité de 1485 des titres de la maison de Vienne-Chevreau, 
que measire Pra de Gigny, chevalier, fils de Guyot de Gigny, 
Clément chevalier, a fait le devoir pour un fief qu'il tenait 
ï Digna. Mais cette déclaration de fief est malheureusement 
aussi sans date. 

Nous ajouterons encore ici , plutôt pour ne rien omettre 
d'intéressant que pour confirmer l'existence de notre mai- 
son noble, que : !.• Michel de Gigny était bailli de Jean, 
comte d'Autun, en 1283;... 2.® Etienne de Gigny fut témoin , 
en 1289, avec le vicaire de Cuiseaux, d'une charte pour Vau- c. 9.*». 
close qu'ils authentiquèrent de leurs sceaux ;.... 3.*» Jacques ^^ ^^ 

* — * 

de Giyncy, curé d'Epy, testa en 1300, en faveur de Jean de 

D*aotrM fois, la iroyelle a a éU changée en e muet,. d*oii Gfgnie, LoysU^ Colo^ 
mV, Ctuniff Vtrif, etc.. oo bicD en i ouvert, d*oii Gigniéf Lojriié^ Clnniè^ etc.*. 
^*oa a écrit ensuite Gîgnejr, Lojrsey, Clugnejr^ etc. 

Enfin, danc certains pays, notamment dans les arrondissements de Bourg, 
Brllcy et TréTonz, la terminaison iatiue ncum s*est convertie ou tradui'e en eu 
•a 9ux^ comme k^îrîeu^ Fetignitu^ àfonlngnieu, Maximieux^ etc. 

Pourquoi ensuite, dans des localités assez voisines, le même nom se termine- 
t il laniôt en A , tantôt en / , tantdt en «u, comme Snvigna, Savignj , Savigneux T 
. Je rignoxe. 



92 HISTOIRE DE GIGNY. 

127â Chalon , comte d'Auxerre, seigneur d'Oiselet, comme on 
peut le voir dans le recueil de nos preuves, et apposa k son 
testament le sceau emblématique dont on a parlé;... 4."* M.* 
Jean de Gigny, bailli dudit Jean de Chalon à Orgelet, donna, 
en 1302, h la chartreuse de Yaucluse, un viager qui lui ap- 
partenait dans la dime de Fetigny, et fut témoin, en 1316, 

c 82. d'une de nos chartes pour Montagna et Broissia ; ... 5.® /fum- 
bert de Gigny, curé de Saint-Amour, fut témoin d'un autre 
titre en 1308;... 6.* Enfin, Pierre de Gigny, chanoine de 
Saint-Paul de Lyon , fonda un anniversaire dans l'église de 
Saint-Claude, à une date inconnue <''*). 

Au reste, Texistence d'une maison d'armes et de nom 
dans un lieu dont les religieux, très nobles eux-mêmes, 
paraissent avoir eu l'entière seigneurie dès l'origine, n'en 
est pas moins très remarquable. Cet exemple toutefois 
n'est pas unique, car il y avait aussi une maison de Baume 
(Jura), quoique les nobles moines de l'abbaye de ce nom 
fussent aussi seigneurs du lieu. On peut s'en convaincre en 
lisant les histoires de Salins et de Poligny. Il y avait encore 
la maison de Cltigny, déjà célèbre et nombreuse dans le 
onzième siècle, qu'on croit originaire d'Autun, mais qui a 
pris son nom de Cluny, nommé Chigny dans beaucoup de 
titres anciens. 

S 15. On vient de dire que les religieux de Gigny parais- 
sent avoir eu la seigneurie dès l'origine. En effet, Bernon, 
comme on a vu, était propriétaire et souverain, loi*squ'il a 
fondé l'abbaye. Il a doté celle-ci de ses propres biens, et il 
n'est pas croyable qu'un étranger soit ensuite devenu 
seigneur de ces immeubles ecclésiastiques inaliénables. 
Aussi, voit-on qu'en 1294, 1307 et 1310, années où flo- 

(74) C*esl ce qui ett prouvé par un article d'obiluaire dcl*abl>aye deSaim- 
Claude^ communiqué par M. Tabbé Girod, vie. gëii. : Obiit D. Petrus de Giguiaco 
canonicus S. Pauli lAigdun, qiU dédit nobis et ecclesia XKXscutos grvstos pro 
annivertano iuo ; s f g/ta putsanfur* 



CHAPITRE XTII. 93 

lissait encore la maison de Gigny, trois prieors en sont 1272 
qualifiés seigpaeurs. A plus forte raison, les chefs et religieux 
de ce monastère prennent-ils Ou reçoivent-ils cette qualité 
tlans des titres de 1336, 1488, 1497, 1518, 1531, 1543, 
1546, 1547, 1645, 1647, 1655, 1687, 1691, etc.... C'est 
pour cette cause aussi que, dès Tannée 1336, on trouve le 
titulaire du prieuré désigné Monsieur de Gignij, Monseigneur 
de Gigny, et les religieux collectivement appelés Messieurs de 
Gigny, dénominations féodales qui ont été usitées. jusque 
dans les derniers temps. Bien plus, en 1789, les religieuses 
de Lons-le-Sannier ayant remplacé nos nobles chanoines 
eurent encore, mais pendant quelques mois seulement, la 
petite satisfaction de s'entendre appeler Mesdames de Gigny. 
% 16. A la seigneurie se rattachait le château ou la maison 
forte de Gigny,. situé hors de Tenceintc et au dessus du 
cloître. Les habitants de toute la châtcllenie y avaient droit' 
de retraite pour leurs personnes et leurs biens ; mais aussi , 
ils y devaient faire le guet et la garde en temps d'imminent 
péril et fournir à ses menus empareménts. Ce château a été 
reconstruit, tel qu'il est actuellement, il y a environ 66 ans, pi^^ j 
sur les fondations de l'ancien. On en a même conservé les 
caves, et on en voit encore la prison obscure appelée vul- 
gairement Croton (du vieux mot Crohtm, creux, voûte, sou- 
terrain). Cette prison est toujours garnie de sa porte de fer 
etavoisinée de la cuisine et chambre du geôlier. En visitant 
au flambeau ce réduit obscur et humide, on éprouve un 
certain saisissement, et les idées se reportent naturellement 
sur les punitions sévères du moyen âge. Cette prison n'est 
cependant pas une geôle féodale proprement dite, à unique 
ouverture au sommet de la voûte en dôme. C'était simple- 
ment la partie inférieure d'une tour de guerre carrée, 
qu'on a changée en geôle au moyen d'une voûte h berceau 
pratiquée à trois mètres de hauteur environ. Une très faible 
clarté y arrive par une canonnière de cette épaisse tour, et. 



H HISTOIRE DE GIGXY. 

I27â dans la partie supérieure h la voûte, on reconnaît les restei 
d'une autre meurtrière ou canonnière. Cette prison et cette 
ancienne tour sont donc postérieures au quatorzième siècle, 
qui est celui de l'invention des armes à feu, et elles ne datent 
peut-être que du milieu du seizième, car, sur une pierre de 
cheminée du chûteau précédent, on- lit le mot Rye, nom d*un 
prieur de cette époque. 

Ce château , en effet, était la maison prieurale où résidait , 
sinon était crnsé résider le chef du monastère , et oit se 
trouvait le cah'met des archives. On s'obligeait, par les terriers 
de 15 i3 et 1691, d'y livrer an seigneur, les redevances en 
nature, et de lui payer les cens et autres dus. On lit aussi 
dans un titre de 1554 qu'on y distribuait des aumônes. 
Mais , au reste , avant sa dernière reconstruction , il n'était 
habité que par un concierge, et même, en 1760, on le disait 
'abandonné, étayé et menaçant ruines. 

S 17. La seigneurie, ou terre de Gïgnij, était composée des 
villages de Giguy,.Cropot, le Villars, Louvenne, Morges, 
Montrevel, la Pérouse , Monnelay, Graye et Charnay. Ces 
deux derniers, et probablement celui de Cropet, n'en dé- 
pendaient que depuis l'année 1294, comme nous le verrons 
bientôt. Auparavant cette époque, les moines de Gigny n'en 
étaient que seigneurs suzerains et n'y pouvaient exiger que 
la foi et l'hommage. Mais, dès-lcrs, dans ces trois villages, 
comme dans les autres, le prieur fut seigneur en toute 
justice, haute, moyenne et basse, mcre, mixte, impereC^^J. Il 

(75) Merum^ mixtum, tntperlitm. En Franche-Comté , le juge du seigQcar bti- 
fniiticier ne counaitsait que des délits punissables de l'amende de €o sois este- 
Tenants, des causés personbelles et civiles jusqu'à la valeur de loo soU, et des 
causes réelles jusqu'à litis-conlektalion. 

Le juge du moyen-justicier connaissait des affaires criminelles emportant 
toute es|»bce d'amcudes, mais non peines corporelles. Il jugeait aussi de toutes 
les causes civiles, personnelles et réelles. l\ avait le droit de tenir un carcan et 
des étalons pour les poids et mesures, celui de publier les testaments, de faiit 
Ici actes d'affratichissement de mainmorte I d'apposer les scellés, de fkire les 



CHAPITRE XTII. 95 

y a?ait même (ce qui est très remarquable] , comme les sei- 1272 
goeurs des grandes terres, depuis le treizième siècle, le douille 
degré de juridiction civile , la châtellenie et le bailUage. En 
conséquence, les causes qui avaient été jugées en premier 
ressort par sou juge chàlelain, pouvaient être portées en 
appel devant son bailli , absolument comme on appelait aux 
bailliages royauxdes jugements rendus en chûtelleniesroyales. 
g 18. Quoique seigneur ecclésiastique , et nonobstant la 
maxime que l'églue a horreur du sang^ le prieur de Gigny fai- 
sait exécuter sans scrupule les condamnations à mort, et ne 
lÎTrait pas les criminels condamnés ii un seigneur laïc du 
voisinage pour leur exécution. Il avait donc un pilori à sim- 
pie pilier, pour Texposition au carcan «planté sur la place pum k. 
publique, en face de la porte du monastère, et un gibet h 
deux piliers ou signe patibulaire établi sur un monticule 
isolé , au sud de Gigny , appelé encore pour cette raison 
montagne des Fourches. Ce gibet est flguré sur la carte de 
Cassini, et on en voit toujours la fosse quadrangulaire usitée 
dans pareil cas. Néanmoins , il paraît que ,• depuis long- 
temps, les exécutions capitales n'y étaient plus pratiquées ; 
car les vieillards actuels , qui ont vu exposer au carcan , ne 
parlent que par oui-dire éloignes du dernier supplice sur 
les Fourches. Dans les minutes judiciaires de Gigny, qui re- 

ÎBvnUires de donner des toteurs et des ruratears aux mineum, d*intcryenir 
lan« leur émancipation et dans toutes leurs afiîiires, de dre«&er leurs baux, d*bo- 
■ologiier lears comptes de tutelle, de recevoir Icurp partage*, etc.*. 

Eafin. le jagê du haut*juslicier avait toutes les attributions du bas et du 
Mjen, et en outre le droit de s^oive ou celui de prononcer ta peine de mortf 
Mof appeL 

Oq nommait Châtelains les juges du haut et du rooyen-juslicier , porte que 
casseigoears avaient «euls le droit d*avoir des châteaux forts ferroés,de mura 
et de fossés. Le joge du seigneur bas-justicier et du simple vassal était appelé 
pr«M^,anssi bieu que ce scigaear qui ne pouvait posséder qu*one tour forte, 
pMtr se mettre à oouTert d*an coup de main et y retirer ses effets. 

Oalrouvcn» à la fin de cette histoire, ia liste de quelques juges de Gigny. 



96 HISTOIRE DE GIG!iiY. 

1 272 mcfntcnt au milieu du dix-septième siècle , je n'ai même rien 
trouvé qui y eût rapport. J'ai seulement lu une sentence du 
22 juin 1756, contre Jeanne J)ncrosset, accusée d'infanticide, 
a et condamnée par contumace à être pendue et estranglée, 
« jusqu'à ce que mort s'ensuive , h une potence qui sera 
c( plantée sur la place publique du bourg de Gigny , en l'a- 
(( inendc de 50 livres au profit du seigneur prieur , et îi la 
« somme de iOO livres applicable moitié k la fabrique de 
(( réglise et moitié aux pauvres , et aux dépens. Cette sen- 
« tenco sera exécutée en un tableau attaché à ladite potence 
or par Texécutcur de la haute justice, p Elle fut prononcée 
par L. Cordier, juge chi^telainj assisté des avocats Perreaud 
et Babov , ses deux assesseurs. 

§ 19. Avec la haute justice et en grande partie comme 
dépendant d'elle , le prieur de Gigny et ses religieux avalent 
les droits seigneuriaux mivants: 

1. Les amendes, 

2. Les cens, 

3. La poiîle de carême entrant par feu, 

4. Les langues des grosses bêtes de boucherie ^ 

5. Lu bûche du coulon, 

6. Les corvées, 

7. La banalité du four et des moulins, 

8. Le ban d'août, 

9. Leslods et vends, 

10. Les épaves, 

11. La retenue ou le retrait féodal, 

12. La commise, 

13. Le bois de chauffage dans les communaux de Gigny, 
li. La chasse et la pêche , 

15. Le guet et la garde du château, 

16. La montre et la rendue d'armes, 

17. La préséance et autres droits honorifiques à l'élise 

et aux processions ; 



CBAPITRE XYII. 97 

18. Les foires et marchés , 1272 

19. I^ mesare partiralière, 

20. L'institution des tabellions , 

21. Enfin, la mainmorte. 

S'ensuivent quelques explications sur phisicuirs de ces 
droits féodaux. 

S SO. Les amendes variaient de trois sols , auxquels s'éie- 
lait la plus petite , h 60 sols, montant de la grosse. Elles 
étaient encourues dans un grand nombre de c^is , surtout 
pour contraventions de police. Réunies aux droits de justice, 
elles donnaient sur la fin un revenu d'environ 1,000 francs 
an noble chapitre. 

S 21. Les cens étaient des redevances foncières , tant en 
argent qu'en froment , avoine et poules. On présume qu'el- 
les étaient représentatives du prix primitif des baux emphy- 
téotiques passés , dans l'origine , par les seigneurs h leurs 
serfs. Les actes d'acensements des derniers temps consti- 
tuaient de nouveaux cens. Les deniers censaux , qui ne 
s'élevaient qu'à 380 francs, ne paraissaient modiques qu'à 
cause de l'avilissement du numéraire. Les cens en grains 
produisaient 1100 mesures de froment et 1530 d'pvoine. Les 
poules de cens étaient évaluées h 6G francs. 

% 22. Les langues des grosses bétcs tuées dans les bou- 
cheries de toute la seigneurie devaient être livrées dans 
les vingt-quatre heures, h peine de l'amende de GO sols. La 
langue n'était pas due par celtifi qui ne vendait aucune por- 
tion de la béte. Ce droit féodal^ loué 24 francs en 1760 et 36 
francs en 1788 , appartenait depuis long-temps à l'office de 
l'infirmier. 

$ 23. La bûche du caulon , d'après une enquête de 1660 , 
était une pièce de bois de chauflage , amenée , la veille de 
Noël, par une béte trdhanle, ou apportée sur le cou , par 
ceioi qui n'avait pas de bétail , à la maison du prieur. 
Le droit de cette smche de Noël n'était plus exigé dans 

7 



98 niSTOItR »B GIGNT. 

1272 le dix-haitîèaie siècle,, ni peat«étre déjà dans le dix- 
septième. Le uiol couloH vient probaUemeot de cobs, culti- 
vateur. 

S 24. Les corvées étaient encore un reste de Teficlavage 
prîniitif. Les hommes de la seigneurie de Gigny devaient 
des corvées de charrue, dans les condamines Yoisîiies du 
monastère , pour les semailles d'automne et de printemps, 
aux époques des fêtes de saint Michel et de saint Geoq;e. 
Ils devaient aussi des corvées de faux pour .amasser les 
foins, de vendange, de charroi, elc... 

S 25. La bamJaé A:s momlms^ ensuite ^laqueOe U était 
défendu sous peine d'amende , de confiscation des fiurînes 
et dédommages-intérêts pour les meuniers, d'aller moudre k 
d'antres moulins qu'à ceux, du seigneur , est aussi considé- 
rée comme un autre reste de i'esdavage, car les esclaves 
étaient employés à foire tourner les meules. De la seigneu- 
rie qui nous occupe , dépendaient les moulins de Gigny , 
Graye, Charnay, Cropet, Louvenne et la Pérouse« dont 
les meuniers devaient foire moudre le grain des justiciables 
dans le délai de 24 heures « moyennant le 24/ coupon. Us 
devaient, de plus, moudre gratuitement les grains de la con- 
sommation du monastère. Lorsqu'un battoir était réuni au 
moulin, Torge, le panis, le millot et Tavoine y étaient gmés 
ou battus au même coupon > et le chanvre moyennant le 
24.* baiitnm , et le hattentagt gratuit pour Tusage des reli- 
gieux. Geux-d avaient encore d'autres moulins banaux , 
comme à Véria, Uconna, Babnod, etc.... 

Quant au fow^ , il n'y en avait de bamd qu'à Gîgnj mê- 
me; car d'après les statuts de saint Louis, rédigés en i27û^ 
nul seigneur ne pouvait avoir cette banalité, «'il n*avak 
houre ou partie ch boëurc. Le 21.* pain était dû an fownier, et 
ceux qui faisaieut cuire ailleurs étaient punis d'amende 
P^ 4 avec confiscation des pains. O four , situé près dn pont 
de b Sarrazine, était chaule au moyen du boi&de Kolière 



€BAPIT1IB XTII. '^ 99 

appartenant an seigneur. Mais coite banalîté cessa , dès 4272 
1701, par un traité dont on parlera h sa date. 

S 26. Le ban d'amU consistait dans le privilège qu'avait le 
seigneur défaire vendre seul du vin', pendant le mois d'aoât. 
Ceu qui enpiëtaient sur ce privilège étaient aussi punis 
d'anende. Ce ban était loué ou concédé , en 1798 , moyen- 
nant une somme de 56 francs, par les nobles cbanoines de 
Gifqr. 

% 27* Les kdê el vends étaient une redevance ou un droit 
pécuniaire dà au seigneur, k roecasîon des ventes d'immen- 
blesdont ildevait uUmer les ttontrats. Ce droit foi remplaçait, 
jatqn'à on eertain point , ceflui d'enregistrement d'aujour- 
dirai , était fixé dans la seigneurie de (îigny an sixièine du 
prix delà vente. U produisait environ 1500 francs par an, 
dansles derniers temps dn chapitre. 

% 2a< Lorsqoe l'acquéreur présentait son contrat pour 
le bice adleuer, le seigneui» pouvait exercer le droit de reie^ 
me an ôe reitàU i tant pour lui que pour quelque fevori , 
oi raidant le prix de la vente et sesr accessoires. Il airalt 
cette fKulté durant fan et jour de la présentation du titre. 
Mais souvent , pour éluder ce droit, on portait dans le oon- 
trai un ]^x mensonger et siqfiérieur qui augmentait le droit 
delods. 

% 21I. Les èpoûn étaient les bétes égarées ou abandonnées. 
Bfiea appartenaient au seigneur hant-justicief , si , nonobs- 
tant trois publications , elles n'étaient pas rét^lamées' dans 
40 jours par le propriétaire. Celui qui les trouvait devaH en 
donser avis au seigneur > dans le délai de â4 heures , sous 
peine de hi grosse amende. Les abeilles n'étaient pas con- 
ddéréed comme épaves. 

S M. La commat était la confiscation des fteft on biens 
aliénéa , dont Facquéreur prenait possession sans le consen- 
tement du seigneur. Il ne faut pas la confondre avec la 
àf , ^n'émit que la saWe ou le séquestre, avec ou 



i 



100 Histoire de gig5t. 

1272 sans jouissance, des fiefe ou biens pour lesquels le deroir on 
le dénombremenl n'avaient pas été feits. 

S 31. Le droit exclusif de la chaste appartenait aux reli- 
gieux de Gign'} dans toute leur seigneurie, mais ils n'avaient 
celui de la pêche que dans Técluse on eyreux de leur moulin, 
les habitants ( de Gigny ) ayant droit de pécher dans la ri- 
vière de Suran elle-même. 

S 32. Il paraît que les droitsde guet et garde du château , 
en cas de péril déclaré imminent par le gouverneur de la 
province, et de momire ei rendue d^armes , une fois au moins 
par an, avaient cessé depuis la'amquéte de Louis XIV, qui 
avait ordonné la démolition des châteaux forts, peut-être 
même bien auparavant. 

S 33. La prêtéance h l'église et aux processions appartint 
^ nos nobles religieux, jusqu'en 1789, autant comme curés 
primitif^ et patrons , que comme seigneurs. Ds en jouis- 
saient aussi probablement dans les autres églises de la sei- 
gneurie , ainsi que de l'encens , de l'eau bénite , du pain 
bénit, de la paix, etc... 

S 34. La mesure du château de Gigny pesait 24 livres 
( environ 12 kilogrammes. ) Elle servit jusqu'à la fin pour 
la recette des cens , et anciennement les ventes de grains 
devaient être faites à cette mesure marquée aux armes dm 
seigneur, sous peine de l'amende de 60 sols. Mais dans les 
derniers temps , on se servait de celle du bailliage d'Orgdei 
ou du roi, laquelle pesait 30' livres. 

On parlera plus tard des foires et du nuarhê, 

S 35. Le iabeUkmage consistait dans le droit d'instituer un 
ou deux tabellions ou notaires, devant lesquels les sujetsde la 
seigneurie devaient passer leurs actes, à peine de l'amende 
de 60 sols, et de dommages-intérêts dus aux notaires. Le 
nombre de ceux-ci a toigours été au moins de deux à 
Gigny. 

S 36. La Mflfumorff , d'odieuse mémoire , pesf it sur tovs 



CHAPITRE XVll. ^ loi 

les habitants de la seigneurie de Gîgny , à rcxcepUoii de 1272 
ceux de ce bourg lui-même qu'on trouve dëjà , en 1518 , c. uô 
reconnus fhincs de toute ancienneté. Ceux de Grave et de 
Cfaamay ne furent affranchis qu'en 1778, et ceux des autres 
villages restèrent serfe jusqu'à la fin. 

La mainmorte, appelée en quelques lieux mortwUabtUtè , 
téUalnBié^pouëte, amétiikn serve, Ait, dans le dix-huitième siècle, 
h dernière forme dé l'esclavage , une servitude Imparfaite , 
modifiée et adoucie. Selon les uns, on l'appelait mainmorte, 
parce que la mm de celui qui en était affecté se trouvait 
comme morfe , ne produisant rien d'utile pour lui par le 
travail. Selon d'antres , ce nom avait été donné parce que , 
qnand le mainmortable était inort dans l'indigence sans 
postérité , on lui coupait la main droite pour la présenter 
aa seigneur, comme formant tout l'héritage du défunt. 

L'origine de cette condition sociale remonte probable- 
ment à resclavage dans lequel les Romains, puis les Bon k*- 
foignons et les Francs , tenaient les gens de la campagne 
dans les pays conquis , les attachant perpétuellement à la 
glèbe pour la culture des terres d'autrui , privés de toute 
Uberlé personnelle et de la faculté de rien acquérir en pro- 
pre. Le christianisme adoucit cet esclavage , en le transfor- 
mant en mainmorte, et celle-ci fut la condition commune des 
habitants des bourgs et des campagnesdans le moyen âge. 
Avant le milieu du douzième siècle , le roi Louis-le-Gros 
concéda des affranchissements que ses successeurs multi- 
pUèrentbeaucoup, moyennant finance ou rente perpétuelle, 
surtout dans le treizième et dans le quatorzième siècle. A la 
flo, la mainmorte ne subsistait plus que dans'les deux Bourgo- 
gnes , ainsi que dans la Savoie, TAuvergne, la Champagne, 
la Marche et le Nivernais. 

Cette servitude différait de l'esclavage ancien , printipa- 
lement parce que le mainmortable pouvait s'affranchir , 
malgré son seigneur, par le détaveu^ c'est-à-dire, en lui aban- 



102 HISTOIIE Bl 6IG1CT. 

1973 donnant^ sous la fol du seroieut^ les iniaieubles tenus en 
mainmorte dans sa seigneurie, avee les deux tiers des* meu- 
bles. Mais, au reste, avant son afinmchissenient, il jouIssaK 
d'une liberté fort restreinte. U ne pouvait ni vendre , ni 
hypothéquer ses biens assujettis , sans le oonseBiemeot de 
SQu s^v^enr. Ce consentemeni était aussi nécesniive pour 
contracter mariage hors de la seigneurie et éviter les peines 
de fqnmrkge. Le mammortable n'était reçu bourgeois en 
aneiiii lien i avant d'avoir cAitenu son affranchissement. Il 
ne ponyaît disposer, par aucun aote de dernière volonté, d^ 
ses biena même firancs ou meubles , qi^'au proût de ses pa* 
rente vivants, lors de son décès, en communion avee lui^ 
A dédnl de parents comnpiuniers , et malgré TeKistenee de 
parents très prociies sortis de la comaMinion , le seigneur 
était l'héritier universel. Il en pésultait que , pour snçcéder 
à leurs père et mère , les enfiints étaient obligés de rester 
ensemble sous le toit paternel , nonobstant les inconpatl- 
bMîtés 4e caractère et autres, inconvénients qui devaieni 
f liiftter si souvent days ces nombreuses fiimilles. Cependant, 
|fi9 filles pouvaient se marier hors de la maison commune ; 
e| p^na^rver leiirs droiu à suooéder, mais elles de^ra^ltnt y 
jf^iff* , c'est-iedire, y coueber la première nuit des noces ; 
ç*m ce Qu'on aH>ehiit fme k reprà ore). Enfin , lea mai»- 
mQrtablesi étaient teUemeiit considérés sous la dëpendanô^ 
((«i soignent , que , lorsqu'ils étaient produits en joslieè 
comme témoina en sa oanse , la partie adverse pouvait les 
reproclft^r , S'i((9 étaient en même temps corvéables et taik 
kb^ à volonté, ou jtti^eiabka , ce qui était rordinalre* La 
condition mainmortable provenait rarement , dans les der^ 
lûW Mècles» d*Mne convention expresse , très souvent de la 
naissance ou de l'hérédité, et bien souvent encore de la 



01) Il y ■ à Téria, proche l*étang Pjrot, des ckanipc appelés tes Be^ls, U 
MalaHhre tUs ^pt^Nt , okVon troQTe des débris d^andfones constriNfidal. 
Uf . K^Hnt 44i^ cm B«M» en t $4a* 



CttAPltRE XVII. lOâ 

frite de rneis , oa étàblisscniCnl de doniiciie et même simple 1 Û72 
habHatioo, pendant ran et Jeur, dans un lieu de mainmorte. 
Les prêtres y étaient snjets comme ies autres individus. 

Les seigneurs ecclésiastiques, tels que les moines de Gî- 
gny, pouvaient bien recueillir les échutes de mainmorte, et 
oser dans lenrs terres des dl*oits de retenue , commise , dé- 
bissement, etc. , mais à charge de vendre les immeubles 
ainsi obtenus on de les foire passer , dans Tan et jour , en 
des nnfttS babik^ ii les posséder, sinon ils étaient réunis 
an domaine dn fbi. Cette disposition de la coutume de 
Phmche-Conité, confirmée par dés édits ou ordonnances de 
iSSt , 1634, 1686, 1731 et 1749, avait pour but de remet- 
te dans le Cdittdiciréé dès bièhft qui en étaient sortis. Bn 
efct, on avait reoonnfi, éû 1731, que pins de la moitié des 
ittidkeiibleS de la province se trouvaient possédés par les 
gens 4'égllsé. 

On a beanoônp déctamé contré là mainmorte. Mais , si 
dk portail nné grave atteinte h là liberté , si elle gênait le 
COflUnerce, l'industrie et les alliance^ matrimoniales , il est 
cenain qu'elle n'avait rien d'odieux dans son origine ; que 
les cnltivatenr^ mainmortables étaient plus dans l'aisance 
({tté les cultivatenrs de biens fï-aiics ; que cette condilion 
sttachait davantage les hommes a leur pays, empêchait leur 
dëmoralisation , prévenait la division des propriétés ^ l'ih- 
M et la réduction du sol en poussière ; qn'enfîn elle con- 
M-tait l'autorité paternelle et la vie patriarchale ; eHe res- 
servait les liens de famille si rèlftchés aujourd'hui , et qu'a- 
lors un père ne disait pas, comme de noâ jourà, kses enfofits, 
ffMet chercher fortune aiMèurs. 

% 3*/. L'auteur de cette histoire n'a rien trouvé sur plu- 
tfenrs autres droits appartenant d'ordinaire atix seigneurs 
hant-jnsticierSy mais que n'exerçaient pas les religieux de 
Gigny, soit i caute de leur vie claustrale , soit pour d'autres 
Biotift pitié on likoins connut, tels étaient les droits d'au- 



104 HISTOIRE DE GIGKT. 

1272 bainc; de bùtardise ; de fiiye ou colombier ; de garenne; 
d'indirc dans les quatre cas, de banalité du cabaret, du 
pressoir, du taureau et du verrat; de port de lettres; de 
toisé des maisons ; de péage ; d'éminage ; d'élalonage des 
poids et mesures; de littre ou ceinture funèbre armoriée 
autour des églises paroissiales ; de banc permanent dans 
œlles-ci ; de sépulture aux chœui*s ; de recommandation 
aux prières ; etc. 

S 38. Nos moines n'étaient pas rien que seigneurs de 
Gigny et des villages voisins. On a déjà vu, en effet , qu*en 
1191, 1191 et 1226, ils avaient inféodé au comte Etienne et 
à son fils les grandes seigneuries de Montfleur, Saint-Laurent 
et Cressia ; qu'en 1208, Pierre de Tramelay leur avait rendu 
la foi et l'honimage pour celle de VaUefin ; qu'en 1223, 
Guillaume de Graye avait reconnu en fief-lige le meix do 
Lécbaux, comme Gutant de Saint-Amour, en 1250, celui de 
Sivria; qu'en 1251, ils avaient aussi reçu un aveu féodal, 
pour Broissia et Montagna, de Manassès de Coligny ; qu'en 
1265, Guillaume de l^onldidier leur avait fait le devoir pour 
le meix de Revoire, et Jacques de Cbampagna, en 1270, 
pour le village de ce nom. On les verra bient()t, pour obtenir 
la seigneurie utile de Graye, donner en échange, en 1294, 
celles de Dommartin et Varennes-Saint-Sauveur, en s'y ré- 
servant la suzeraineté ; i*eoevoir en 1348 l'bomnuige de Jean 
de Saint- Amour pour sa propre ville; en 1379 et 1406, celui 
des puissants seigneurs de Coligny peur un fief k Loysia ; en 
1666 et 1713, celui des propriétaires de Chichevière. On les 
verra aliéner en 1557 la seigneurie de Joude^, et en 1693 
celles de Condal et de Balanoiset ; avoir des terriers pour les 
cens à Balanod, Céséria, Cliambéria, Cressia, Leyns, Loysia, 
Moutonne, Saint-Nizier, Saint-Trivicr-de-Courtes, Vai*essia 
et Véria. On verra en outre que, dans la plupart des prieurés 
soumis à leur noble monastère, les chefs étaient aussi sei- 
gneurs plus ou moins hauts et puissants ; qu'à Cb&tcau-sur- 



CHAPITRE ITIII. 105 

Salins, par exemple, le titulaire avait, comme h Gigiiy, le ^272 
double degré de juridiction ; qu*a Ch&tonnay et h Cham- 
bornay, il avait aussi la haute-justice, même avec marché et 
banalité du four en ce dernier lieu; qu'k Donsure, il n'avait 
que la moyenne justice ; qu'à Maynal, il n'était que co-sei- 
goear ; qu'à Poitte, Cuisia, Cuiseaux, Champagna et Harboz, 
les religieax ne possédaient que quelques fiefe avec cens , 
kxls, retenue et mainmorte ; qu'enfin à Clairvaux, le prieur 
n'avait que le droit féodal des langues de boucheries. 

U est donc certain que rétablissement religieuit de Gigny 
•tait empreint d'une haute et puissante féodalité, tant dans 
son chef que dans ses membres, et que dès-lors il tenait dans 
l'ordre monastique un rang des plus distingués. Lé double 
degré de juridiction qu'il possédaitcn est surtout une preuve. 
Il indiquerait seul sa fondation royale ou princière, si nous 
ne l'avions établie en commençant par des titres positifs. 
Mais revenons k l'ordre des temps, après cette seconde et 
ioiigne digression. 



•CHAPITRE XVin. 

GAUFREDE ou GEOFFROY , prieur. 

S 1. Le prieur Gaufrede ou Geoffroy succéda probable- 1276 
ment à Guichard et ne fut que peu d'années titulaire à Gigny. 
11 n'est même connu positivement que pour avoir scellé, au 
mois d'octobre 1276, de concert avec Catherine de Montluel, c. so. 
dame de Cuiseaux^ un accord fait entre les chartreux de 
Yancluse et Ic^rois frères Jean, dit le Roux, Guillaume et 
Ponce, fils de Bunoud de Loysia. Cet accord était relatif à 
des fonds situés à Champagna et à Cuiseaux, dont l'un, der- 
rière h Maladière, était possédé par Guichard-le-Lépreux. Le 



iW BISTOIRB DB GIG5T. 

sceau de la veuve <le Jeun de Gniseuux est encoi*e attucbë k 
celte charte, mais celui du prieur de 6ign;f ne s'y trouve 
plus. 
1277 § 2^ Geoffroy était peut-être, encore titulaire au noia de 

nai 1S77, lorsque Raymond, prëvât de Graye, traita, au sujet 
des injures graves et des dommages considéraMet commit 
ou causés par lui, envers TégUse de Gigny. Il promit, en ré* 
paration, de payer 990 livres viennoises d'amende, et il re^ 
lâcha aux religieux divers héritages situés h Graye et dé^ 
taillés dans le traité. Il est ii regretter que ce dernier ne soit 
plus connu que par des anal3fses peu conformes dans deux 
inventaires de notre prieuré. Mais, on peut présumer que 
les charges imposées à ce prévdt on seigneur bas-justldér 
décidèrent son fils h céder, quelques années après, aux moi* 
nés de Gigny, sa petite seigneurie, comme on va le voir dans 
le chapitre suivant. 



|««9M 



uiim 



CHAPITRE XIX. 

GUILLAUME !.•', prieur. 

DoDttioDS dit«riei. Seffnearie et égnse de Graye. Cbâtetu de Gropet 

S !• Guillaume fut certainement le successeur immédiat 
de Geoffroy; car, en janvier 1177 ( c'est-à-dîre 1278), il ap- 
c. 90, 91. posa son sceau, ainsi que Paris, abbé du Miroir, le sien, ii 
deux actes par lesquels Etienne de Sîvria et Jacques, dît Vital, 
tous deux bourgeois de Cuiseanx, vendirent aux chartreux 
de Vaucluse des vignes situées au finage des Êxpenteres (peut- 
être des Pejftîères). 
1279 S ^- Moins de deux ans après, et du temps du même 

M. prieur, Jean dé Cbalon, comte d'Auxerre tt seigneur de 



CMAPirRB XIK. 107 

RoehafoK et d'Orgelet, ratifia l^s aetes d'association unis 1279 
ea 1191, 119â; lâdft et ld64, par les priears de Gtgny avec m. 
te comte ÉtienDe, son aïeul, et ayec Jean,' comte de Chalon 
cl de BdiuigDgne, son père. Il oonfinna au monostère les con- 
cessions précédentes, accorda au prieur GaiUaume et 3i ses 
swoetaeura la hmue^jtutàte sur les seigneuries de Gîgny et de 
Grajie, ei antoriaa un moitié dans le premier de ces lieux; 
U seadilerait résulter de là que le monastère n'avait pas pré- 
eédemiBeat cette haute^nstioe qui aurait été réservée au 
fiewreraÎQ» quoique les chartes citées et la fondation df^rab-> 
baye par un prince donnent lieu de penser le contraire. U 
est pliil6l à croire que ce titre, qui n'est connu que par un 
viîclc d'iaventaire, n'a été qu'une ratification de chartes 
aniériettres. 

De laar côté, le prieur et ses religieux reconnurent, par 
un acte du mois de janvier 1279, scellé de leurs deux sceaux 
et inséré au recueil de nos preuves, que la garde de leur ^- ^^• 
■onaatère appartenait au même Jean de Chalon, comte 
d'Auxerre, qui en était en possession, comme elle avait ap- 
partenu à son père et à son aieul. 

£n la même année, on voit aussi que Guillaume authen- 
tiqua par son sceau et par celui de son prieuré, ainsi que le c. 93. 
curé de Cuiseaux et le chapelain de Loysia par les leurs, 
une réconciliation qui s'opéra entre les chartreux de Yau- 
cluse et Jacques de Montmoret, seigneur de Loysia et de 
CriUa. Ces religieux ayant été troublés dans la possession 
des biens qui leur avaient été donnés en 1212 et li55 par 
ses aatours, il reconnut ses toits et leur fit même de nou- 
vattes concessions. 

S 3. Du temps du même prieur, en 1282, dame Jacques de 1282 
Tramelay, veuve de messire Girard de Salins, chevalier ^''^K 

iil) U»*Hi^ *t"i doute de G^nrd ds Saliiitt dit Gluimbi«r» ckeTnlier, llf na- 
locitiU fi>qehMF| m€ de SaUds^ q«i a M U ch«f de b mitoii de 5«/fii«-/«- 
Bndê, A e«|.«Mi«« p«r d*«slMi lim» de tallt m1J| isSf. 



108 HISTOIRE DE GIGNT. 

1282 donna h Tëglise prieurale de Saint -Pierre de Gigny, 
dans laquelle elle élut sa sépulture, une rente de quatre 
quartaiilx de blé et d'avoine, avec un cens de deux sols huit 
deniers de France, le tout assigné sur le nieix de Hugon de 
Sagie, h Rothonay. 

On trouve aussi l'indication qu'en cette même année , 
Ra}inond Madères, de Cropet^ vendit à messire Guidon de 
Guisel, pitancier de notre prieuré, la moitié de ses biens de 
Cropet, composée de deux chars de foin et de sept poses de 
terre. Cette date est la plus ancienne trouvée pour le village 
de Cropet. 

1285 S ^* 'l^rois ans plus tard, au mois de septembre 1285, le 
chef des moines de Gigny apposa son sceau ik des lettres par 
lesquelles Gérard, fils d'Etienne d'Arinlhod, venditau comte 
d'Auxerre, seigneur d'Orgelet, le nteix Launnt Talum assis h 
Yougna, en la paroisse d'Arinthod , moyennant quatorze 
quartaulx et une coupe de froment C^^). 

1286 L'année suivante, en novembre 1286, les inventaires nous 
apprennent que Jean , fils de Jacquiii, damoiseau, seigneur 
de Samt'Nizier, donna h l'église de Saint-Pierre de Gigoj 
tous les biens qui lui compétaient et appartenaient audit 
lieu de S;ùnl*Nizicr. C'est sans doute à cette libéralité que 
nos religieux durent, soit les cens qui leur appartenaient au 
hameau de Jacense d'après un terrier de 1455, soit la riche 
dtnie qu'ils ont toujours perçue à Saint-Nizier et qu'ils 
louaient 3,500 francs dans les dernières années. 

1289 Nous n'omettrons pas non plus de faire connaître qu'en 

cfti. ^^'■'^1 1289, Jean le Roux de Loysia (peut-être seigneur da 

lieu), dont il a déjà été parlé, fit donation aux chartreux 

de Vaucluse d'une vigne et d'un meix situés à Cuiseaux, et 

i]9) C«t acte en latin qui •« trouve aux archives de Beaan^n, mais trop d^ê* 
rioré pour être ioaêré pai-mi nos piëoM j usliGcalives, est tern>iiié par ott mots « 
In cujtu rei testimomium, rogam sifMnm r*tigio$i viri dowtimi prioriê Gigwdé 
sis Guillermi preteaiUbm lifitris éippom* Bt rtUgioiui domimti prier ^ «le. 



cbapithb \ix. 109 

que l'acte de cette générosité fût revêtu du sceau d'Etienne 

m 

éc Gignij et de ceux de deux autres personnages. 

S 3. Le prieur Guillaume est surtout connu par la charte 1294 
de 129i, qui a réuni la seigneurie de Grage à celle do c. oo. 
Gigny. On a déjà vu qu'en 1277, le prévôt de ce lieu avait 
cédé h nos moines quelques héritages, et que deux années 
après, le comte d'Auxerre leur avait accordé la haute-justice 
(qu'il tenait peut-être depuis 1264 de Jean , sire de C|iî- 
seaux) snr cette petite seigneurie dont ils se trouvaient déjà 
suzerains. Cependant, cette terre, par sa proximité, se 
trouvait tellement h leur convenance, qu'ils firent en sorte 
d'en réunir le domaine utile au domaine direct. Ils y par- 
vinrent en faisant un échange avec Guillaume de Graye, fils 
dn prévôt Raymond, mort avant cette époque. Ce seigneur 
céda donc h ses suzerains, sans se rien réserver, tous les 
biens et droits qu'il tenait d'eux en fief-lige et qu'il pouvait 
prétendre dans rétendue de la paroisse de Graye et Loysia 
et dans la paroisse de Gigny. De ces biens et droits il fit 
même un état détaillé revêtu de son sceau et de celui d'A- 
médée, abbé du Miroir, mais qui malheureusement ne nous 
est pas parvenu. En cohtréchange, les religieux de Gigny lui 
cédèrent en fief-lige, et à la condition de ^-asselage, tous les 
biens et droits à eux appartenant dans les paroisses et terri- 
toires de Dommartin^ Varennes-S.'S, eiChélèrei, et encore 
aa hameau des Crases situé en la paroisse de Frontenmtd, 
Mais ils se réservèrent expressément dans ces paroisses le 
patronage, les dîmes., les oblations^ les sépultures et tous 
antres droits ecclésiastiques, concédant seulement à Guil- 
laume de Graye, en augmentation de fief, quarante quartaulx 
de blé, moitié A*oment et seigle,' h percevoir chaque année 
sur les dîmes de Dommartiij et de Varennes C^K 

m 

(79) Le hamctn des Croit* existe Unionri i Frontenaud ; nuii on cherche en 
^B b locifii^ de ChH^m^ \ moins qne ce toit la CHivrê on U boit Chtvrtjr^ 
Yareniicfly ou Chdlanéhê^ hamctii de Condal. 



110 niSTOIRI DB GIGHT. 

1294 .. Celte ooevention, eondae au mois de mar^ 1S94, fnt 
revêtue du sceau de Guillamne de Graye ^ de eelui ée Joan 
de ChaloD, comte d'Auxerre, et de eeloî de Ga«Uiier de 
Changey, chaocine d'Aatim et officiai de Lyos, agifisant an 
nom de Tévéque d'Auton , administrateur de l'arche^échë 
pendant la vacance dn siège. 

S 6, C'est ainsi que la seigneurie de Graye fot réunie 
k celle de Gigny. Or, si on possédait l'état qnl a dâ être 
annexé à l'acte d'échange qui vient d'être analysé « on 
saurait positivement en qim consistait cette terre. Oif saurait 
notamment si elle comprenait, comme le rapporter la tra« 
dit£[>n locale, k village de Crvpet, où se voient encore les 
mines d'un château fort. La mention dan^ Tade d'échange 
de biens existants sur la paroisse de Gigny, dont Gropel a 
toujours Élit partie, pourrait appuyer cette tradition v aussi 
bien que la circonstance de terriers commun» et réunis 
pour ces deux villages. Hais d'ailleurs, cette même tmdilkHi, 
^oîque reçue à Graye et à Cropet, est évidemaient mise en 
défaut par l'acte d'échange analysé^ dans la manière doat elle 
rapporte l'union des seigneAries de ces deux lieux k œllè de 
Gigny. En effet, si on y ajoutait foi, le dernier seignenr de 
Graye et de Cropet, après avoir tué des maraudeurs de Cui- 
seaux qui venaient péc)ier et dérober le poisson de ^a étangi^ 
aurait été assassiné lui-même dan» son chAtean dé Graye. 
D'après une autre versionv au contraire^ il serait aUé cher* 
cher à Rome le pardon de ses^ meurlreS', et après l'avoir 
obtenu, 11 setaitmort en rMie^ avant son retour. Deux ille% 
héritières denses granjds biens, que l'on qnaKAe ^iilgairenient 
Damêi de Groyef^ auraieni remisr ensuite ^ dans Vûm cooMMe 
dans l'autre cas, toute leur fortune aux moine» de G%ny, 
soit pour obtenir le pi^on de leur père en l'autre monde, 
soit surtout, dit-on, pour se procurer à elles-mêmes desplaces 
en pamdfis que nos bons religieux feur auraient assucéés. 
On va jusqu'à dire q^e l'acte da cet é4shange de» biens de 



CHAPITRE XIX. ill 

la lerre coatre ceux du ciel existe dans l'étude d'un notaire 1994 
àSaiot-Amour!... 

S 7. La commune de Grayc, y compris Charnay et quelques 
hameaux écartes, n*est peuplée aiyourd'kui que d*environ 
350 habitants ei ne paie que 2,200 francs d'impôts directs. 
Ce n'était donc pas au moyen des cens, des amendes, des 
lods» des écb&tes de mainmorte et d'autres droits £éodaifx , 
que son donmine utile pouvait être bien aviaiUageux à nos 
moines. Mais, en outre, d'après Fade d'échange. Le seigneur 
y possédait en propre des moulins, des battoirs, une grande 
étendue de bois d'assez boa produit, et. surtout de très 
beaux pré^ loués h. bas prix, plus de 2,500 francs dans les 
derniers temps. Quelquesruns de ces prés furent bientôt 
affectés à doter les offices d'aumônier et de chambriei? dont 
ib conservent encore les noms« 

Nonobstant la tradition, le titre ne parle pas d'étemgs^ 
d'où Von peut inférer q.ue ceux, au nombre de trois, dont 
on voit encore aujourd'hui les chaussées, ont été établis 
postérieurement par les religieux de Gigny. Hais, au reste, 
on ignore k quelle époque (déjà bien reculée) et pour quels 
motiis on a cessé d'y retenir l'eau et d'y nourrir du poisson. 
C'est plus tard encore qu'ils confectionnèrent un ' autre 
grand étang au fond de l'étroite vallée au nord-ouest de 
Monnetay^ lequel pour cette raison fut njommé Nouvelletan. 
Il conserve toujours ce nom qui lui est donné dans les titres 
du dixrseptième siècle et qui est devenu commun à cette 
profonde vallée ^l Sa chaussée, (ffû subsiste encore, a en- 
viron trois mètres de hauteur. . 
Quant 2iVk château du seigneur de Graye^ il était construit au 

nord du cimetière,, eu un Ueu oh l'on reconnaît des ruines 

et qui pocte même le nom de Place-du-Chàteau. On montre 



(i0> Oett ÊÊnu, êuute |>ar iirteni<m de nonr que» dam mt terrier de 1^9% le 
niiww àbCÊtîm t«U^ qni eeiritè la MroaM et à LottfemMi eat appeli^nU»- 



lit BISTOimB DB OICilT. 

iSM aussi remplacement de deux tours ou colombiers , Tun 
au sud-est du cimetière et l'autre au nord-est du châ- 
teau. 

S 8. L'ëglise de Graye est agréablement située sur un 
monticule blanc , pelë , rocailleux et isolé de tonte autre 
éminence et de toute habitation. Son gros et TénéraUe 
till^ rend cette position plus {Mttoresque encore « surtout 
quand on croît -roir, comme jadis, sous son ombre, les 
moines de Gignj fiiire im firugal repas, après la procession 
du mardi des Rogations, et y manger le potage de millet 
ou de panis suiri de la rarfr-tvnif . Cette jolie petite église, 
couverte en laTes, et 3i deux collatéraux , est d'une grande 
antiquité, quoique de plain-pied et aTec des voâtes arrondies. 
En preuTe, on signale les quatre petites croix, d'une seule 
pièce de pierre chacune « qui se trourent aux quatre coins 
du cimetière. Ce qui est certain, c'est qu'en 129i celle qui 
existait était déjà paroissiale. Elle est sons le Tocable de 
saint Saturnin « qu'on f^te Ji Graye et Ji Chamay, le 39 no- 
vembre , et qui a donné le nom de SarSm ou Soâtf-Sorlm Si 
plusieurs habitants de la commune, même à dés prés et k 
un étang. Deux autek on chapelles de cette église sont 
érigés, l'un en Thonneur de sainte Foy, Rtée le 6 octobre » 
Tautre en celui de saint Lonp« évéqne de Chalon-sur-Softee, 
chtaié le 37 janvier. Cette dernière chapelle' a été fondée et 
dotée, dît^n. par la fiimille Grammont de Gijgmy. 

S 9. Ia jfMBnoigar de Groyr fftat , jusqu'en 1743, de Pancien 
diocèse de Besançon, et celle de Gigny de celui de Lyon. 
La limite de ces deux archevêchés existait donc entre ces 
denx|aroisses.LapremièreaétéiniJeàrrlk iir Loysia depuis 
un temps immémorial, puisqu'elle Tétait déjà en 139i. Eu 
conséquence , les dessserrants prenaient le tîtr^ de nurs des 
rjfiaes de Gnfe et Lofsia, Le déliant de presbytère à Graye 
peut faire penser qne depuis loag-lemps , ib restaient à 
Loysîa , quoiqu'on voie les tombes de qtiq »s - un s d>ntre 



CHAPITRE XIX. 113 

eux dans l'église même de Graye. Le curé de Loysia était 1204 
obligé autrefois d'y entretenir un vicaire. Ce dernier y rési- 
dait ou devait y résider; car, dans le terrier de 1545, les 
habitants de Graye et Chamay reconnurent un cens de 16 
CDgrognes, au profit du prieur de Gigny, pour a la maison de 
c la cure et le curûl situés auprès de l'église, touchant d'un 
ff côté le cimetière, et de l'autre le chemin de la procession. » 
Les desservants de Loysia ont souvent cherché à se dispen- 
ser de l'entretien de ce vicaire. On voit qu'en 1615, les pa- 
roissiens de Graye s'en plaignirent, disant même que cette 
oégligcnce était d'autant plus blâmable, que leur église avait 
été, de tout temps, réputée mère de celle de Loysia. Le 
prieur de Gigny, nommé arbitre, s'étant transporté à Graye, 
devant la maison ou aiKuerU accoutumé de faire leur résidence les 
mes ou tncaires^ ordonna par sa sentence que « le curé de 
(f Graye ou de Loysia établirait un vicaire capable et suffî- 
a sant pour la desserte dudit Graye, et que les paroissiens 
« mettraient la cure en état d'être occupée. Une nouvelle 
réclamation fut faite en 1702 par les habitants, qui se sou- 
mettaient h rétablir l'ancienne maison curiale. Enfin, eu 
1773, ils obtinrent encore, contre le curé de Loysia, un ju- 
gement de condamnation à cause de son refus. On lit aussi 
qa'en 1692, ce curé recevait 150 francs de portion congrue, 
destinés h entretenir, comme de toute ancicnncié, un vicaire a 
Grave. Voici la liste de quelques curés ou vicaires de cette 
double paroisse, dont l'infirmier de Gigny avait le patronage : 
Pierre I.", chapelain de Loysia, en 120i — 1212. 
Pierre II, chapelain et notaire, 1272 — 1283, reçut, dit- 
on, en 1277, un acte comme notaire; fut arbitre, en 
1283, entre les religieux de Bonlieu et un habitant de 
Clairvaux. 
IJenri, curé de Loysia, reconnut, en 1308, que l'infirmier 
de Gigny avait le patronage et la moitié des droits ca- 
suels de ses deux cures de Grave et do Losia. 



114 ■ISTOimi »■ CIGVT. 

1294 Henri de QhfkiMy, notoire priiiic ei cmé et Loiscy, ca 

1374. 

Jean Laréf^ am de Lofâë, cteMne de Qaloii, ea 1449. 

Jean Aonanl, cnré de Lofsâ , en iSM. 

N^. Gmliard, amodiatev de la eue de Grafe, ca iSâl. 

Jean Maffiiirf, deG^j, cwé de Loffsia, cm iS77 — 1582. 

Qa»le JhnUon, de GIgny, en ISia. 

CSiarles Gmnwmf, caré de Lo^sia^ea 1€24— IMO. 

Qaade EtfanoHrri, caré de Lcyjsia eiGrafe, ea 1642 — 
1S79. 

Jean Ai^pM ( inkamé à Graye ), 1€79— 1696. 

Pierre Pimpom^ 1696 — 1746, démissionnaire ea farevrde : 

Cbade-Antoiae Bonfncro< de Gignj, doctear ca tkMogie, 
et chanoine de Mexknienx, 1746—1763. 

dande^oseph JSiroc, de Pùids^eJioie, 1763 — 1791. 

André li'iaff, de Citipec, 1791 — 1792. 
S 10. Le ikium àt Cropa était bien anireaMit fort et 
considérable ({ne cdni de Graye, à ea jnger dn amna par 
les mines qui subsistent. D était constrak sar an Monticok 
isolé, ba^aé an nord par la rinère de Saraa, et occnpait 
nne enceinte cîitalaire de 50 pas de dianètre , fermée par 
de larges fossés. On y a trowé , de lenq» à antre , des dé- 
bris d'armes , d*nsieasiles, etc.. Qaelqaes personnes ont 
pané (pie c'était aadeaneinent an aMNaastère de rdigien- 
ses nonunées les dones ée Crofa ; anis Fa^iect des mines 
nctadies, et les armes qni OBt été troaiëes, proarentqneoe 
monument aTait ime antre destination. D'aiOenrs , dans le 
terrier de 1544 et dans celai de 1695, les fonds voisins sont 
dits mi Ckàida , soas le CMtda, soas les Temmuc , leppes 
du Châtekt^ commnnantés dn Cbôtdec, terres qni forent des 
aisances du Obéiekf . Ces fonds , appelés encore ainsi de nos 
joars, appartenaient ééj^ à des partkaliers , il y a trois siè- 
des , ce qni provre qne ce chtean est déaMli depais bien 
long-iemps. Ces anciens terriers parlent aassi dMmaieaMes 



' CHAPITRE XIX. lis 

sitoÀ au territoire de Cropet, dits la Cùmbe à la Dame, le Pré 1294 
Le Comte, VLVL seigneur abbé de Gigny , etc.... Ce dernier ap- 
partenait toujours à nos religieux dans les derniers temps, 
et il était loué 900 francs avec quelques autres. Au demeu- 
rant, ce sont les seuls titres que nous ayons trouvés, où 
il soit fait mention du ch&teau de Cropet , quoique ce lieu 
soit connu lui-même par d'autres actes de 1282 , 1336 , 
1414, 14^4, 1431, 1488, etc..., etc.. 

$ 1 1 . Le village de Cropet, composé de deux sections, avec 
uoe population d'environ cent individus, a toujours été de la 
paroisse de Gigny. Néanmoins, les habitants en étaient 
mainmortables et ne furent pas affrandiis en 1778 , avec 
ceux de Graye. Ils Auront constitués en commnne particu- 
lière, en 1790, laquelle a été réunie de nouveau , en 1823, 
il celle de Gigny. Il ne faut pas confondre cette localité avec 
Cropet, hameau de Beaupont, fief de la seigneurie de GoH- 
py. Le moulin de Cropet s'appelait anciennement Moulin de 
laFoiik Jean Guyot, et un pré voisin appartenant à nos reli- 
gieux portait le même nom. 

S 12. Que devint GuiUamne de Graye après son échange ? 
Sa femille conserva-t-elle long-temps les fiefs ou seigneuries 
de Yarennes et de Dommartin ? On l'ignore. Ce qui est cer- 
tain , c'est que, déjà en 1440 , ces deux paroisses , ainsi que 
le hameau des Groses, de celle de Frontenaud, dépendaient 
de la baronie et justice de Cuiseaux. Ce qui est certain 
encore, c'est que, dans les derniers temps, et déjà en 1760, 
les religieux de Gigny livraient au seigneur de Cuiseaux 
720 mesures d'avoine prélevées sur la dlme de ce Ueu, et 
qui hii étaient peut-être dues en remplacement de la rente 
de 40 qnartaulx de blé promis k Guillaume de Graye. 

Pour ne rien omettre de ce qui est connu sur Graye et ses 
seigneurs , on ajoutera ici : 1.® qu'en 1264 , Jean , sire de 
Cuiseaux , céda à Jean , comte de Chalon , les droits qu'il 
avait à Graye ;... 2.« qu'en 1325 et en 1330, Guillaume de 



116 HISTOIRE DE GIGNT. 

1294 Graye, damoiseau, et Marie, sa femme, vendirent au prieuré 
de Glgny « plusieurs cens en blé, argent et poules, avec des 
« corvées , rentes , tailles , servis et autres droits affectés 
a sur des hommes et des meix du fief dudit prieuré , rière 
a Saint-Trivier de Cortes, Le Villars et Hontagnet (•^) ;.. n 
3.° qu*en la même année 1330, Guillaume de Graye , damoi- 
seau, était prieur de Châtonnay , membre du monastère de 
Gigny ;... 4.° qu'en 1332 , un transport fut fait aux moines 
de ce dernier , d'une rente annuelle de 67 gros , sur les 
biens de Jean et de Jacques de Graye ;... S."* enfin , qu'en 
1403 , on trouve mentionnée une bulle de résignation de la 
cure de Graye. On se rappelle aussi que, sous la date de 
1223 , il a été parlé d'un hommage fait par Guillaume de 
Graye, damoiseau. 



CHAPITRE n. 

GUY, prieur. 

Échange de U seigneurie de Vallefin. 

1297 Le prieur Guy, successeur de Guillaume, n'est connu que 

par l'échange qu'il fit , en juin 1297 , avec Jean de Chalon, 
comte d'Auxerre , seigneur de Rochefort et d'Orgelet. Ce 
dernier donna la dîme d'Augea h nos religieux, qui lui cé- 
dèrent la suzeraineté de leur seigneurie de Vallefin. Cette 
seigneurie a haute -justice appartenait d'ancienneté au 
prieuré ou à l'abbaye de Gigny, puisqu'on a déjà vu Pierre de 

(8i) C'est peut-être ensuite de cette Tente qu^une gerbe de blé aareit été due 
annuellement à nos religieux» aelon une tradition vague répandue à Pont-de» 
Vaux et aux environs , par la terre de Mont-Simon ou Vécoui-Sy démembrée en 
i5€4 da celle de Saint-TrÎTicr. 



CHAPITRE XXI. it7 

Tramelay, à qui elle était inféodée , en faire foi et hommage 1^97 
en 1208 à l'un de nos prieurs. Elle se composait de Vallefin , 
la Boissière, Gésia, Chartron, Écreux, Givria, Hautecourt, 
Saint-HImethière, Rupt, Soussonne , Vobles et Vogna, avec 
des cens et directes à Dancey, Dessia , Genod , Montagna , 
etc... Mais le village de Glvrja en fut démembré en 1565 et 
oni à la terre d'Ugna. La seigneurie de Yallefin a été possé- 
dée par les maisons de Dramelay, la Baume , Yienne , Tou- 
loDJon, Coligny et Montagu. Un membre de cette dernière 
la vendit en 1714 k Claude-François Doms, de Saint-Amour, 
écuyer , dont un honorable descendant occupe encore ac- 
tuellement le château. 

Au reste, on n'a pu insérer, dans le recueil des preuves de 
cette histoire, l'acte d'échange dont on vient de parler , 
parce que , de même que l'acte d'hommage de 1208 , il 
n'existe plus aux archives de Franche-Comté , où il se 
trouvait en 1687 et 1768. 



CHAPITRE XXL 

PIERRE DE FEILLENS, prieur.— RODOLPHE 

DE CHAMPAGNE. 

Droits curiaux da sacristain. 

S 1. La maison de Feîllens ou Félins était ancienne dans *30(> 
la Bresse , puisque deux de ses membres furent déjà té- 
moins dans des chartes de 1075 et 1149. Sa devise était: 
En Dieu votre voulot , et ses armes d'argent au lion d^ 
sable armé , lampassé , villené et couronné do gueules. 

Pierre de Feillens qui , de chanoine de Saint-Pierre de 
Mâcon , devint prieur et seigneur de Gigny , était fils de 



118 HISTOIAE BB OIGVT. 

1300 Gîles, seignear de Feittens et de Logny , lequel mownt en 
1900 , après aToir été grand oîseleor , fauconnier eC ^emor 
de Bresse , poor le comte de Savoie, à la charge de foi et 
hommage. 

On ignore Tannée précise en hiqneHe il deTÎnt chef de 
notre prienré , et notamment, s'il Tétait d^k an mois de 

e t7. novembre de Tan 1300, lorsque Jaapia ât Gâpqr , cnré 
d'Épy, lesta en faveur de Jean de Chalon , comte d* Anxerre 
et seigneur d'Orgelet. On ignore également s'il Tétait en 

1302 1302 , lorsque le prieur de Harboz reconnut devoir annu^ 
lement 60 sols au monastère de Gigny dont celui de llar- 
boz dépendait. On ne sait pas non plus si c'est de son 

1304 tenq» ( bien que ce soit très probaUe) , que Guillaume 
Prost de Coligny , damoiseau , vendit au mois de juin 1304, 
moyennant 200 livres , la dlme de Stmmmd qu'il tenait en 
fief des religieux auxquels il la céda. Ce qui est certain, 
c'est que Pierre de FeiUens est prinôpalement connu pour 

1305 avoir cédé, par une charte du mois de juillet 1305, h £tien- 
c ss. ne de CbâtiUon , sacristain du prieuré , et h ses snooesseurs 

dans cet office claustral , les droits et émoluments dus, tant 
en argent qu'en vêtements et dépouilles, pour les sépultu- 
res dans l'église et le cimetière du cloître, à l'exception des 
draps mortuaires et des vêtements et étoflEes de prix, qui de- 
meurèrent réservés au prieur. Cette cession fut faite moyen- 
nant une rente perpétuelle de 13 livres de cire ^K 

S 2. Le sacristain de Gigny se trouva ainsi subrogé au 
prieur, comme curé primitif, et appelé k partager , avec le 
vicaire perpétuel , les droits et devoirs curiaux. On lit de 



(ta) La cire 4*abciUet étmk w iqi l ralcnae oomne cens o« rideranœ fife- 
dalc, dibt le MMijeii âge. On a difè ▼« qœ le aona^lère de Gifoy en devait dU 
lîTres an dne de Boufof ne, et le prienr de Donsorre devx livres an sdf oenr 
de Satnt^TriTicr, ponr droât de garde. Cependant cette sobstanoe n*Àait ni 
pins rsre ni pins dière qn*bnîoard*htti. On Toit qu^en 1447 nne livre équiva- 
lait défà an qnart on an dnqnibne d'un menton^ ecainM de nos jonrt. En 1473 
tilt vdttt dii Unes. 



CHAPITRE XXK 119 

même qu'à Saint-Etienne de Dijon et à Bar-le-Régulier, près 1305^ 
Satalieu, les sacristains de ces monastères remplissaient les 
fonctions cnriales. 

Ce fat en cette qualité que les sacristains de Gigny firent 
diyers accords ou tarifs pour les droits casuels , tant avec 
les Ticaires ou curés qu'avec les paroissiens. Ainsi, en 1336, c toft. 
le sacristain, Pierre de Scey, et le curé Denis, reconnurent 
qu'ils devaient partager par moitié les dîmes , les oblations 
quelconques, les ofifertes du quarantal , et les droits d'inhu- 
mation des enfants dans le cimetière de la paroisse ; mais 
que , dans les oUations de la veille de Noël et dans les 
droits de sépulture au cimetière du prieuré , le sacristain- 
devait percevoir les dnq sixièmes et le curé un sixième 
seulement , avec toute la pitance ; qu'au sacristain appar- 
tenaient tout le luminaire et tons les vêtements des défunts 
inhumés au prieuré ; qu^enfin tous les autres droits de flan- 
çaittes, mariages, baptêmes, etc«, étaient entièrement pro- 
pres an curé. 

Ce règlement fut contesté, un siècle après environ, par le c ttiw 
curé P. Maréchal, qui prétendit, contre le sacristain Etien- 
ne de Véria ^^\ que son prédécesseur avait été surpris, et 
que sa reconnaissance ne pouvait préjndicier k ses succes- 
seurs. Cependant , d'après l'avis de plusieurs jurisconsultes 
ecclésiastiques, ils renouvel lèrent ce règlement, en 1408, 
mais avec la modification que le curé percevrait la moitié , 

(t3> Leirilbfc de Véria • donné «on nom à une enciennc fiunilte féodale^ 
dont non-«ealcaient notre McrisUin, en 140! et 1414, mais encore Hugues de 
Fmriéf écnyer, père d^Étienne de Fairié, clerc ( peut-être le même que notre 
•acriatain), lequel, en 1 388, reconnut tenir en Gef de Renaud d*AndeIot, sire de 
Creasié, tout ce que aon père tenait déjà à Vairié. On trouve encore Humhert de 
lirje en t443. Il j ■vAÎt à Véria deux anciens châteaux dont on retrouve 
encore anfoard*hni quelques ruines ; Tun dit le Chdteau PieUeux^ entouré de 
tpisés, sur un pic pelé au-dessus du oioulin ; Tautre près du bief, au voisinsf e 
du territoire de Gigny» dont les champs voisins sont appelés eurU bois du Chd- 
umsi^ è$ Cfte seaux ^ aux Vergers, La mesure de péria est encore citée en iSli» 



130 HISTOIRE DE GI6NY. 

130o au lieu du sixième , dans les redevances pour sépultures au 
cimetière du prieuré. 

!$ 3. Le même sacristain, Etienne de Véria, eut deux fois, en 
1412 , des difïïcultés avec les paroissiens de Gigny , au sujet 
des droits de sépulture à percevoir. Dans la première il pré- 

c. 115. tendait être en paisible possession d'exiger de chaque per- 
sonne âgée de plus de dix ans, deux fi*ancs, deuxécus, deux 
florins , etc. , selon les facultés. Mais les paroissiens ayant 
contesté cette prétention , le prieur du monastère fut choisi 
arbitre, et décida qu'il serait perçu, pour tous droits de Tan- 
née de funérailles, âO sols estevenants ^^) des riches, 12 sols 
de ceux de fortune moyenne , et six sols des pauvres, non 
compris la perception de blé à partager par moitié avec 
le curé ; mais h condition que le sacristain fournirait, 
h ses frais, un luminaire convenable, et le linceul ou drap 
mortuaire pour couvrir le cercueil. Cette décision fut rendue 
le 5 avril 1412, et approuvée par les paroissiens le 7 août 
suivant. 

c. lis. Quelques mois après , ii Toccasion de la seconde difli- 

cullé , il fut statué par rolTicial de Lyon 1.® que tout indi- 
vidu âgé de plus de douze ans serait inhumé au cimetière 
du prieuré, soit qu'il jouit de ses droits ou qu'il se trouvât 
sous la puissance paternelle, soit qu'il fut marié ou céliba- 
taire, etc.; 2.^ qu'Userait payé pour tous droits au sacris- 
tain un florin d'or, ou la \'aleur, selon le cours , et à sou 
marguillor douze deniers estevenants; 3.® que les nobles, 
les marchands et autres personnages du grand état foi*me- 
raient une classe h part en dehors de ce règlement, au pro- 
fit du sacristain seulement; l.*" qu'il continuerait aussi a 

(84) Là monnaie cstcTcnante (sUphamiemsis) ct^it ainsi appelée du nom de 
règlisc de Sainl-Ktienne de Besan^n qui la faisait frapper. La lirre cslcvcnauie 
Wail 14 tous € deniers Uurnois. Elle portail l'effigie du Icasde Sainl-Eltienuc, 
ou plutôt d*UDc main » dont les deux derniers doigU étaient fermes, avec la lé- 
gende /?• St^f^tUêS, ci au reT«r< une croix eU*insciiplioD resomiium. 



. CHAPITRE JLW. 121 

partager le blé accoutumé avec le curé; 5.*» enfin qu'il four- 
nirait à SCS frais le luminaire et le drap mortuaire. 

Un successeur d'Ét. de Yéria dans roflice de sacrîsUin, 
J.-Fr. de Montjouvent, avait été maintenu, contre les habi- 
tants, par jugement du 9 décembre 1564, rendu au bailliage 
d'Aval, dans le droit de percevoir deux mesures de froment 
et trois d'avoine, pour redevance d'inhumation de chaque 
défunt. Or , les paroissiens en appelèrent en parlement, 
pour faire régler et modérer ces droits curiaux, et le sacris- 
tain établit, par une enquête faite en 1565, qu'il était en 
possession de percevoir, à l'exclusion du curé, ces droits de 
sépulture pour les personnes qu'il enterrait dans l'église et 
au cimetière du prieuré. Néanmoins, le 16 mai 1566, la cour 
rendit un arrêt statuant que a le sacristain aura et perce- 
« vra seulement, pour le droit mortuaire d'un chacun dé- 
« cédant rière la paroisse de Gigny, une mesure de froment 
M cl un rez et demi d avoine '®^). Quant aux riches et aisés 
« qae déclarons être ceux tenant charrue, et des moin- 
« dres, demi-mesure de froment et un rez d'avoine, en fai- 
' sant la desserte accoutumée comme du passé, sauf en 
« ce non-compris les petits que déclarons être les enfants 
« moindres de 14 ans, n'ayant encore reçu le précieux corps 
« dcN. -S., que l'on enterre au cimetière en l'église paro- 
^ clilale dudit Gigny. Déclarons au regard dudit sieur sa- 
fl cristain que tous et un chacun les autres droits accoutu- 
« mes lui seront payés comme du passé. » Depuis cet arrêt, 
qui prouve que le curé ne partageait plus le grain avec le 
^cristain, celui-ci continua à percevoir les mesures de blé 
ft avoine réglées. 

Od ht aussi dans ce même arrêt de 1566, que a le lumi- 
« naire consistait en une chandelle de cire a chacun des 

tIS) Lt rez cUit U mesure de Tavoiue. Lt quartal de froment cUit de huit 
me*uir$ et celui d'avoine de douze, f^ajes not. Sa, 9a. 
La raseùe dVvoine était peut-être le comble de la mesure. 



1305 



12S HISTOIEE DE GIGRT. 

1305 a religiemc du prieuré et k chacun des prêtres assistant au 
a service, laquelle ils doivent tenir allumée pendant les ser- 
a vices et suffrages accoutumés. » Le sacristain fournissait 
encore « quatre cierges neufs qui commençaient k brûler 
a dès que les corps des déAints étaient tirés de leurs mal- 
a sons. B II était tenu de a les faire accompagner dès lenrs- 
ct dites maisons, jusqu'en l'église parocbiale dudit Gigny, el 
AT dès là en celle du prieuré, continuant jusqu'au paracbève- 
a ment du service divin, suffrage et enterrement, d Enfin, 
d'après cet arrêt , il fournissait non-seulement <t le linceul 
AT et drap du cercueil , d mais encore a les cbasubles et tou- 
a tes autres choses nécessaires pour le service divin et en- 
a terrement des décédés, d D'ailleurs, ce titre prouve qu'il 
percevait encore autrefois , conformément sans doute à la 
cession de 1305, a les lits, châlits, couvertures, robes et vête- 
c ments des défunts i^K » 

En 1760 le sacristain n'évaluait qu'à 40 fr. environ le 
produit du casuel et des sépultures dans l'église paroissiale 
de Gigny, qui lui appartenait comme curé primitif, depuis 
un temps immémorial. Il percevait aussi alors à Gigny et k 

(86) Les archidiacres aTaient aussi le drvît de dipouilUt aprës la mort dedia- 
qae cnré de lears arcbidiacon^, c*est4-dire le droit de tVmparer de son Iit« de 
son brériaif e* de son surplis, de son bonnel carré et d*une anr.ee du rerenw de 
la cure i dans quelques lieux aussi, du cheval, de U ceinture cl de tous les meo- 
hles du défunt. On eu trouve dc$ exemples dans le xr.* et même dans le xtil* 
siècle. Ce prétendu droit était fondé sur Tidée qu*un prêtre ne doit pas thé- 
sauriser et que le bien provenant de Péglise doit retourner à Pégftse. 

L*évèque d*Autnn prétendait aussi avoir le droit de succéder aux curés de 
son diocèse noria sans tester, à Pexclusion des héritiers, mala dans les meubles 
seulemenLil faisait faire des inventaires et des saisies, et traitait ensuite avec 
les parents. On en cite des exemples en lagi, iS/S, 147a, iSai, 1659, etc. Ce- 
pendant, en 170!, cet évéque ayant commencé un 'procès à ce sujet finit par se 
désister. 

L*abbé de Cluny, après la vacance d'un de ses prieurés par décès ou e«lt«-1 
mentf avait aussi droit au palefroy, au bréviaire et à la cbappe du prieur dé- 
funt. Cet ancien usage est rappelc^el mainlcon dans une bulle epostollque de 



CHAPITRE XXI. 123 

Cropet une portion de dime levée à la sixième gerbe , 1305 
avec iesgrabadis el le quart de la gerberie» 

$ 4. Le curé Maréchal, dont il a déjà été question, fit c. ii7. 
aussi, le 13 janvier 1415, un règlement avec ses paroissiens 
de Gigny et de Cropet, pour les droits casuels qui lui appar- 
tenaient. On y voit qu'il lui était dill quatre deniers esteve- 
nants par sépulture d'enfant dans le cimetière deTéglise pa- 
roissiale; qu'il percevait par chaque feu l'une des deux 
gerbes de froment dites gerbes de passkm, et que l'autre ap- 
partenait au sacristain comme curé primitif; qu'il avait droit 
d'exiger chaque année une panière comble de froment de 
chaque laboureur, pour lui tenir lieu de moisson; que pour 
la sépulture des grandes personnes au cimetière du prieuré, 
il lui revenait une portion de blé égale k celle du sacristain, 

v»C« • • • 

Ce curé fit, le 5 avril 1421, un règlement analogue avec ses 
paroissiens de Yéria, contenant les mêmes droits ; mais il 
les stipula en totalité pour lui et non par moitié avec le sa- 
crîstadn. 

S 5. En revenant k l'ordre chronologique, nous ajoute- 
rons que P. de Feillens, notre prieur, et Hugues, prieur de 
Vancluse, donnèrent, au mois de décembre 1305, l'authenli- c. oo. 
cité, parleurs sceaux, kdes lettres de l'an 1293 , par les- 
quelles Guillaume de Chalon, comte d'Auxerrc et de Ton- 
nerre, avait accordé h Jean de Chalon, son père, 500 livres 
par an, à prendre sur la terre et seigneurie de Monjay en 
firesse. 

Nous ajouterons de plus que l'historien Guichenon cite 
encore P. de Feillens comme prieur de notre monastère, à 
la date de 1307, d'après les titres de Gigny qu'il avait dé- 1307 
pouillés. Nous dirons en outre qu'il est même mentionné en 
cette qualité, à la date de 1310, dans un ouvrage d'un auteur 1310 
moins grave W. 

(I7) La Chesnaj'ê'deS'Boi*. Dictionu. de It nobletie, iri, p. 3j7* 



1S4 HISTOIRE DE GIG!<T. 

*307 En conséquence, on comprend difficilement que Rodolphe 

de Champagne ait pu être prieur de Gigny en 1306, comme 
on le lit dans les notes manuscrites de J.-B. Béchel, extrai- 
tes des archives du Jura. 



CHAPITRE XXU. 

MAYEUL DE REBLCIN, prieur. 

Meii do sacrisUio à Mareeoay. Fdndafiooi et reconnafissanret direreM. Prieoré 
de Gbâlel. pâturage de CropeU SépcUure de Marguerite de Bea^ieo. 

$. 1. L'AvrEER de cette histoire avoue n*avoir pu décou- 
vrir la famille féodale dont le prieur Miycul était membre ; 
il ignore même jusqu'au lieu dont il portait le nom, à moins 
qu*on doive lire Robtuln près CharoUes. Ce titulaire de notre 
prieuré n'est connu que par une charte du mois d'avril 
1310 ^^^^ > concernant le màx de Marsenay près Giambéria , 
c. 100. qui appartenait h Toilice du sacristain. Ce meix, qui avait 
été acquis par le sacristain Girauld , était détenu depuis 
long-temps par Jean deChalon, comte d'Auxerre et de Ton- 
nerre et soigneur d'Oiselet. Mais, ce prince étant mort en 
1309, et la tutelle de ses deux enfants a>*ant été confiée à 
Hugues de Chalon, leur oncle, arcbevêque de Besançon, à 
Jean de Tramelay, sire de Présilly, et àUiigues de Neublans, 
le sacristain Etienne de Châtillon, peut-être successeur im- 
médiat de Girauld, réclama et obtint de ces tuteurs la resti- 
tution de ce meix et des deux arpents de terre qui en dépen- 
daient. Cotte restitution no |>arait pas avoir été tout-à-fait 
gratuite, car le sacristain s'engagea à faire célébrer annuel- 
lement douxannivoi's;\iivs i>or|KHuols ix)ur le repos de Tame 
du défunt, ainsi que de ses ancêtres et de ses descendants, 



C I2i. 



CHAPITRE X\It. 125 

l'un le surlendemain de Noël, etTautre le surlendemain de ^^^^ 

la Nativité de saint Jean-Baptiste , en s'engageant à payer 

chaque année 30 sols viennois aux religieux du prieuré pour 

leur pitance. Cette fondation fut consentie et approuvée par 

le prieur Mayeul de Rcbucin et par ses moines, en foi de 

quoi la charte fut revêtue du sceau du prieuré et de ceux 

du prieur et du sacristain. 

Telle fut sans doute l'origine des hommes du sacrislcûn de 
Gcjny à Chambéria, comme on les a appelés jusqu'à la 
fin , notamment dans le dernier dénombrement de la 
baronie d'Oiselet, donné en 1738 et 1757 par le prince 
d'Ysenghien. Ces hommes étaient sujets en haute-justice du 
seigneur d'Orgelet, au château duquel ils devaient guet et 
garde et montre d'armes. Hais, en 148i, Hugues de Chalon, 
seigneur de Cbâtel-Guyon, Nozeroy et Orgelet , céda cette 
haute-jostice et ce droit de montre d'armes à Humbert de 
Binans, seigneur de Chambéria, à la réserve seulement du 
droit d'indire ou de lever contribution dans les deux cas de 
nouvelle chevalerie et de mariage de fille. 

Malgré qu'en 1757 il fût encore question, dans le dénom- 
brement précité, des hommes du sacristain à Chambéria , 
on ne voit pas néanmoins que cet officier claustral y eût, en 
1760, aucun revenu, non plus qu'à Harsenay. 

S 2. Une année après la restitution et la fondation des- ^^^^ 
quelles il vient d'être parlé , on trouve dans les inventaires 
que Guybonne, veuve de Pierre de Moissia , reconnut tenir 
en fief, du prieuré et de l'église de Gigny, plusieurs héritages 
situés au territoire et dans la ville de Cuiseaux. On y voit 
aussi qu'en 1312, nos religieux firent avec le curé le traité ^3^2 
qu'on a déjà mentionné, et qui régla que ce dernier perce- 
vrait le tiers de la dîme à Véria. 

L'année suivante, en mai 1313, Marguerite, dame de Co- 1313 
ligny, Chevreau et MontlucI, fit un accord pour le prieuré cm. 
de CMtel dépendant de Gigny. Cette dame s'était permis de 



iM HISTOIRE »E «lONT. 

ISIS metf l>e en ban ou réserve les trois pièces de bois de Pterre" 
fuCy La Rau et Ck)ll(mozatj, situées dans la paroisse de Digna 
et dans la seigneurie de Cbevreau, et où le prieur de GbAtel 
prétendait avoir droit d'usage et de p&turage , sans doute 
ensuite de la donation faite, en 974, k Tabbayede Gîgny par 
Manassès de Goligny. Or^ Etienne de ilfonamtft (M), alors 
prieur de Châtel, s'étant plaint du tort que la mise en ban de 
des trois pièces de bois portait k son prieuré, il survint entre 
les parties une transaction, de l'agrément du prieur et des 
religieux de Gigny. Il fut convenu que le bois de Pierrefue, 
aujourd'hui bois communal de Chevreau, continuerait d'être 
tenu en ban et réserve, mais que ceux de La Rau et de Gol- 
lonozay seraient communs entre les hommes du prieuré de 
Ghàtel et les sujets du seigneur. Il ftit dit aussi que les 
prieurs successifs de ce monastère auraient à perpétuité le 
droit d'usage (de boscheyer) dans celui de Collonozay, pour 
chauffer leur hôtel, clore leurs champs et curtils, et pmsêeler 
leurs vignes. 

De son côté et par compensation, le prieur de Châtel , de 
l'agrément de celui de Gigny , fit cession perpétuelle, h la 
dame de Chevreau, du meix Ferré et du melx EnfaM'-Mahde, 
situés au village de Flandrm , en la paroisse de Cousance. 
Ces trois localités sont inconnues aujourd'hui, à moins qu'il 
ne s'agisse de Fkma, hameau de cette paroisse. Il est à re- 

(88) Ce prieur était certainement de la maison de Montcsoys, caries habitants 
du pays désignent encore ce lieu sous le nom de Moutqueumn s on lit que mes- 
sire Regnauld de dibntconin tenait, en 1 3 17, la maison-fort de Moncouin ; 
qu*en 1874, Hugues de Vienne, sire de Seurre et de S«inte-Croiz, reconnut en 
faveur du duc de Bourgogne le fief que tenait Giies de Moninmin, c* est-à-dire, 
sa maison-fort de Montcunin et dépendances. Cependant, d*autres titi-es •nriens 
désigneut ce lieu sous le nom de MotUconys, notamment Tuu oii se trouve 
rhommage que Renaud de Moniconjt fit, en 1272» au comte de Savoie. Cette 
maison portait de gueules, à lu fascc d*argent, abaissée sous une fasce ondée d*nr. 
Le nom de ce lieu viendrait-il de mons cunlcutorum, monlicule ou garenne de 
lipius T 



. CBAPITEB XXII. 127 

marqaer aussi que, dans cette charte, le bois de €ollonozay 1313 
est dit mokié à la France. 

Aa reste, en raison de cette convention, le droit d'usage 
dont il a été parlé continua en faveur du prieuré de Châtel, 
même après sa réunion à l'oflice du chambrier de Gigny. 
Mais, en 1757, M. de Montbozon, alors titulaire, s'en dé- 
partit , moyennant cantonnement et ces»on de 25 arpents 
de bois que M."^ de Damas d'Antigny, née de Vienne, lui 
fit dans la foi^t de Collonozay. 

S 3. On ignore lëpoque précise à laquelle Mayeul de Re^ 
bucin cessa d'être prieur à Gigny, et celle à laquelle Jean 
de Montaigu lui succéda. U est possible aussi qu'il y ait 
eu on on plusieurs prieurs intermédiaires. Néanmoins, 
on va ra^portei* les événements suivants au prieurat de 
Hayeol, quoiqu'on n'ait aucune preuve positive qu'ils lui 
aj^rtiennent. 

t.* En 1316 , Etienne de Coligny renouvela, comme on a 1316 
déjà dit, la reconnaissance faite en 1251 par Manassès de c 82. 
Coligny, son oncle, et relative au cens dû sur le moulin de 
Broissia. 

2.* En 1320, la comtesse palatine de Bourgogne, Mahault 1320 
d'Artois, veuve d'Otbon, fonda à perpétuité une messe du cios. 
Saiot-Esprit et un anniversaire au prieuré de Cbateau-sur- 
Salins, membre de celui de Gigny, moyennant une rente 
annuelle de 40 sols assignée sur la saunerie de Salins, pour 
)a pitance des religieux. 

3.* En 1325 et 1330, Guillaume de Graye et sa femme 1325 
vendirent, comme on a vu ci-devant, à notre prieuré, des 
cens et autres droits féodaux à Saint-Trivler de Courtes. 
[Voyez chap. 19, S 12). 

4.» En 1326, il fut jugé, comme on a déjà dit (cbap. 12, 1326 
S 5), que Jean de Chalon, seigneur d'Orgelet, quoique 
gardien du monastère de Gigny, n'avait pu recevoir en sa 
garde les hommes de cet établissement, sans la volonté des 



C. tOL 



128 HISTOIRE DE GIGNT. 

1320 religieux. Il fut aussi défendu aux chûteiains et autres 
officiers de la province de Bourgogne de recevoir aucun 
justiciable de l'église de Gigny, en bourgeoisie , garde , ou 
commendise, en aucuns châteaux et villes de la province. 
13^8 ^'^ En juillet 1328, Etienne de Coligny, seigneur d'Ande- 

c. 103 lot , chevalier, fils de Jean d'Andelot, aussi chevalier, légua, 
pour faire sa commémoraison, une somme de 60 sols vien- 
nois une fois payée au prieuré de Gigny, pareille somme au 
couvent des frères mineurs (cordeliers) de Lon$-le-Saunier, 
et une autre semblable à celui des frères prêcheurs de 
Poligny. 

6.'' Au mois d'août de la même année 1328, Béatrix de 
Viennois, autrement de la Tour-du-Pin, dame d'Arlay, veuve 
de Hugues de Chalon, nomma des arbitres pour terminer 
un différend qui existait entre le prieuré dllay, membre 
de Gigny, et la chartreuse de Bonlicu , duquel nous parle- 
rons plus tard. 
1330 7.® On trouve dans un inventaire Tindication d'un titre 

de 1330, par lequel Renaud et Poucet de Sancia, et Gui- 
chard, Chapuis et autres habllanls de Champagny (^C/ram 
pagna ou Champoffne), se reconnurent hommes-liges des re- 
ligieux et du prieur de Gigny. 
133:î ^•** ^" ^ *^^j^ parlé, d'après un document analogue, du 

transport d'une rente, fait, en 1332, au profit de nos 
moines, sur les biens de Jean et de Jacques de Graye. 
( Toî/es cliap. 19, $ 12). 
1136 ^.'^En 1336 intervint, entre les habitants de Ghjny et 

ceux de Cropei, une sentence arbitrale qui régla leur diffé- 
rend relatif au droit de pûturage contesté sur le territoire de 
Gigiiy. Les deux arbitres, Henri de Vif, chambricr du mo- 
nastère, et Jean de Ronchat, juge-bailli, décidèrent que 
ceux de Gigny devaient laisser pâturer paisiblement les 
bestiaux de Cropet dans les pAquiers mis en ban h cet 
effet, (»t où ceux de Gigny feraient pâturer les leui*s; que, 



c. 106. 



CHAPITRE XXII. 129 

dans le cas où ces derniers ne proclameraient point de ^^^ 
pâqaîers en ban , JHbitsiCTir de Gigny en accorderait un suffi- 
saDt pour les bestiaux de Cropet. C'est en vertu de cette 
sentence, approuvée par les parties, que les habitants de co 
dernier lieu continuent toujours d'exercer un droit de 
pâturage dans la prairie au sud de Gigny. Dans ce titre, 
il est surtout parlé des bêles de maUrak, ce qui signifie sans 
(loDte les bestiaux d'espèce bovine qui produisent princi- 
palement le fumier ordinaire de l'agriculture, car on ap«- 
pelle vulgairemeot dans le pays ce ftimier du nom de 
malirai. 

10.* On a déjà vu (chipitre 21, $ 2) que , dans la même 
année 1336, le curé de Gigny et le sacristain avaient ihit 
un accord pour leurs droits casuels respectifs. 

11.* D'après les -inventaires de Gigny, messire André Tireli 
et démence, son épouse , vendirent le 20 août 1337 , k nos 1337 
religieux , la terre qti'ils avaient k Cumyes et toutes leurs re- 
devances en ce lieu, ainsi qu'à Cuiseaux et Foissia (^). Cette 
vente fat ratifiée, en 1363, par Louis de Chalon.* 

12.* Le 25 août 1338 , Marguerite de Beaujeu , dame de 
SaintnJulien , et troisième épouse de Jean de Chalon , comte 1338 
d'Auxerre et seigneur d'Orgelet . mort en 1309, fit par son 
testament élection de sépulture dans l'église prieui^ale de 
Gigny. En même temps , elle fit un legs à rhâpitalde Saint- 
Julien , et institua Jean de Chalon ( probablement le petit- 
Us de son époux ) pour son héritier universel. Ce fut ce 
deruier qui ratifia, comme on a vu, en 1340 , la donation 1340 
(aile à notre prieuré, par Uumbert de Buenc , d'un étang et 
d'un moulin à Véria. 

(I)< Il ik*esl pas à croire qu*il t^agÏMa ici da la oommaDc da Foiiûaf au dé- 
panevieQtde l*Ain, mus plutôt d< la localiié delhissia à Cuiseaux ou pu voi- 

■ 

uatge, mentionnée précédemment à la dale de ia36f et laquelle dcpeudaît en* 
cart en iy$o de l'office du ckamlirier de Gigny. 



% « 



130 



HISTOIRE DB GIGRT. 



CHAPITRE nm. 



JBAN DE MONTAIGU , prieur. 



Hommage de JeaB de Saint-Amour. — Peate noire. 



1346 S 1. Jean de Montaigtt\ prieur de Gigny , était sans doute 

de la célèbre maison de ce nom , dont le château Ait bâti 
dans les premières années du treizième siècle par le comte 
Etienne, au-dessus de la viUe de Lons-le-Saunler. Cette 
maison portait de gueules k un croissant montant d'argent , 
auquel blason Giles de Montaigu ajouta trois roses accom- 
pagnant le croissant. Le premier de ces blasons se trouve 
sculpté sur une pierre de la maison des chambriers de Gi- 
gny, avec le nom de Mantagu , et la date 161 5, époque k la- 
quelle était grand-prieur et grand-chai)ibrier Marc de JMmi- 
tagu^ bachelier es saints décrets, vicaire général de Tordre 
de Cluny en Bourgogne, Lorraine , Savoie et Allemagne. 

c 107. S 2* J^n de* Montaigu était probablement déjà prieur, 

lorsque Huguei de Chaiard^ recteur de l'église paroissiale de 
Gigny , et Thomasset,bourgeois de Cuiseaux , gardiens du 
sceau de la seigneurie de ce nom , donnèrent en janvier 
1346, par Tapposition de ce sceau , l'authenticité à un ac- 
cord fait entre les chartreux de Yaucluse et Guillaume 
Roills^ de Cuiseaux , au sujet d'une plantation d'arbres 
trop voisins d'une vigne appartenant k ces religieux. Cepen- 
dant, ce titulaire n'est connu que par la citation d'un a trai- 

1348 « té en latin, sous la date de 1348, fait entre noble Jean de 
c Saint' Amour et noble Jean de Montaigu, prieur de Gigny, 
a par lequel ledit Jean de Saint-Amour reconnut tenir ea 
c flefi de l'église de Gigny, toute sa ville, et place., et me , 





JEAN DE LA CRANOE 
I Gt^ny, puis abbé it Tiamf, Evbi;u« , CardinÀl , Mmiitr 



CHAPITEE XXIT. 131 

ff depuis la maison d'Ehimbert AUoé , jusqu'à une autre 
9 maison qu'il tenait avec ses frères. » 

S 3. A la même époque ^ ou une année plus tôt selon les 1 349 
uns , et mieux une année plus tard selon d'autres , régna la 
terrible pesie notre qui parcourut presque tout l'ancien monde, 
en le dépeuplant. Des villes et des villages furent réduits 
en solitudes dans les 'deux Boui^ognes, et pour en donner 
ane idée, an auteur cûntemporain a écrit : 
En l'an mil trois cent qdarante-neaf. 
De cent n'en demeurait que rmiL 
La proportioB de la mortalité fut encore plus considéra- 
ble, selon d'autres, tels que Paradin, qui rapporte que de 
mille maladeft * il n'en guérissait pas dix , oc Gandelot qui 
dit qu'à Beaone il ne resta qu'un vingtième de la population. 
D'après œrfiaînes chroniques , plusieurs monastères flirent 
entîèfMient* dépeuplés, ÎAais aucun document ne constate 
ce qi'll en arriva à Gigny. Il est seulement certain que , 
dans Iftiiaie de nos religieux , on n'en rencontre qu'un , h 
Itdftte*dei350v Jean de Yillars^ sacristain, auquel Pierre 1350 
te^Raden vendit, en cette année, un cens annuel de quatre 
iratMÛgné nr une maison de Qigny, 



CHAPITRE niV. 

JEilN DE LA GRANGE , prieur. 

HalMo de la GnDge. — Moniuie de LoM-le-Sannler., 

m 

% 1. Jean de la Grange est certainement l'un des plus il- 1353 
lostres prieurs du monastère de Gigny. Il était originaire de 
GermoUes , bameaU^ de M'ellecey , près Chalon-sur-Saône , 
lequel a donné son nom à une ancienne istmiUe noble, dont 



Idfi BISTOIRI Dl GIGNT. 

1353 Guillaume de 0. , bienraileur de l'abbaye de la Ferté^ur* 
Gr6ne en 1147 , Marguerite de G. « prieure de Lancharre en 
1248, Guichard de 6. , évéque de Mâcon, en 12G4 , 1276 , 
-elc,, etc.. 

Comme ce fief cédé au duc de Boui^ogne à la fin du qua- 
torzième siècle s'appelait dans le principe la Grange de 
GermoUeSf ses seigneurs prirent tantôt le nom de la Grange, 
tantôt celui de GermoUes , quelquefois les deux ensemble. 
Ainsi , on trouve GiiUlaume de la Grange de Germolles , 
seigneur de Saint-Hartin-sor-Guye , en 1322 ; Jeanne de 
Draqy , dame de la Grange de GermoUes, en 1362, 1368 ; 
Aymar, seigneur de la Grange avant 1380; Jean de la 
Grange , bailli d'Auxonne, en 1478 , etc. La terre de Mont- 
quoy (^), au diocèse de Chalon , appartenait encore 2i cette 
maison, notamment en 1393 & Thibaud de la Grange. Ces 
anciens seigneurs portaient aussi le nom de Bouduanage^ 
qu'ils quittèrent pour prendre celui de la Grange , et notre 
prieur est nommé dans les titres , tantôt Bouchamage , tan- 
tôt la Grange. Les armes de cette taiaison, désignée sous l'un 
on sous l'autre de ces noms, étaient : de gueules , Il trois 
merlettes d'argent, au franc quartier d'hermines. 

S 2. Jean de la Grange , surnommé de Bouchamage , 
frère d'Etienne de la Grange , président au parlement de 
Paris, et d'une sœur mariée à Quinnart du Breuil, fut d'abord 
reçu docteur en droit. Il ne tarda pas à être pourvu du 

f if . 4. prieuré de Fonvens en Franche-Comté, puisde celui de Notre- 
Dame d'Oilincourt en Picardie, et en troisième lieu de celui 
de Gigny. On ne sait pas positivement en quelle année il 
devint titulaire de cedemier> maison peut croire qu'il Tétait 
déj^ , le 10 juin 1353 » lorsque Guillaume et Gavain du 



(90) II «tt probable qu'il t'afll platôt ici d« Mtmtquûjr, hunaaii d« Br«ail« 
piès MoBtecwis, qae d« Momttw^ 9m Ufmieamêt «n Br«M«» éêUK Uf«x ifilc* 
Il du dioolM dt Chii— ■ 



CHAPITRE xxrr.. tS^ 

Sait tendirent an prieur de Gigny le tiers dé la éOme de 
Varennes, ayec le meix Jeamm, situé à Joudes. . ' 

Cependant , le chef de nos moines est surtout ^osUthrè- 1356 
ment connu par une charte de 1356 , insérée dans le re- c ton 
caeil de nos preuves , et relative au cens de cinq^teb de 
LoM^e-Saumer que , depuis 1204 , les chartreux de Bonlièa 
devaient payer annuellement au prieuré- de Crigny , pour 
Tacensement dllay. Cette monnaie n'ayant plus cours dës^ 
loog-temps, les chartreux avaient payé depuis Men^ des an-^ 
nées y en équivalent , seize sols de monnaie êstevénante de 
Besançon , et ils se croyaient fondés ïkie prévaloir dels 
prescription. De leur côté , les religieux de Gigny, trouvant 
qne cette somme était insuflBsante , exigeaient vingt sols 
estevenants par an ou un florin et tiers de bon or de Florence» 
Or, les parties ayant soumis leur différend k l'arbitrage d'Ë-^ 
tienne de Beaufort, chevalier, et d'Eugène de Montaigu , 
cenx-d décidèrent que , pour un bien de paix , les char* 
trenx paieraient une somme de 18 sols estevenants, à 
quinze au florin, lequel paiement continuerait à s'effectuer à 
chaque fête de Saint-Martin d'hiver , sur l'autel de Saint- 
Pierre de Gigny. Cette sentence Ait prononcée à' Orgelet , 
le 19 juillet de ladite année 1356, devant Pierre de Roncbal, ' 
prêtre et notaire public , en présence non-seulement des 
parties , mais encore de Renaud de Tramelay , seigneur de 
Présilly, Guillaume , seigneur d'Ecrille , Jean de Yiremont , 
Gttillanme de Beaufort, Pierre de la Tour-du-Mai, N.., 
prieur de Yauclnse, Vincent, curé de Bonlieu, etc. , etc. 
Elle fût approuvée et scellée par frère Jean de la Grange, 
prieur de Gigny , et par frère Pierre de Saint-Mauriee , 
prieur deBonlieu. Le sceau de notre prieuré porte, comme 
dans le siècle précédent , l'effigie et l'inscription de saint 
Taurin. Celui de Bonlieu est empreint d'une croix avec un 
alfhm et un omega^ et avec la légende ^U. B. Mark Boni 
loà. Quant h celui de Jean de la Grange , il offre saint^ 



134 BISTOIEE DE CIG5T. 

1 356 Etiemie assis, en costume d'éfêque « la tête entourée d'une 
aoréole , ayant la main droite élerée avec deux doigts fer- 
més , comme sor la monnaie estevenante de Besançon , 
et tenant nne palme de la main gauche. 

1357 S 3. Ce prieur ne resta pas long-temps titulaire à Gigny , 
car on IH qu'il quitta notre monastère pour prendre posses- 
sion, en 1357y de la riche abbaye de Fécamp en Normandie. 
Ainsi, il est à croire qu'il n'y était déjà plus, lorsque 

c 109. Jean de Saukr, pitancier du prieuré, acensa, le 1.*' février 
1357 (c-à-d. 1358], une TÎgne située à Oigna, dite Deê- 
nubs Oianel, dépendante de son oflSce. Cet acensement fut 
fidt en présence d'Etienne N...., curé de Digoa, moyennant la 
rente annueUe de neuf pots d'huile de noix, bonne et pure, 
livrable à la mesure de Chevreau. Cette redevance fut per- 
çue, dans les derniers siècles, par le chambrier de Gigny , 
prieur de Chitel, après la suppression de la pitancerie. 

S 4. Dès que Jean de la Grange fut abbé a Fécamp , il 
s'occupa de fortifier le monastère pour le mettre à l'abri 
d'un coup de main, si à craindre dans ces temps de guerres 
intestines et étrangères. Charles d'Évreux, si justement sur- 
nommé le Mauvais^ roi de Navarre et gendre du bon roi 
Jean, possédant de grandes terres et de beaux fiefs en Nor- 
mandie, prit, pendant quelques années, cet aUé pour son 
conseiller. Mais ce prince perfide ayant renouvelé, en 136S, 
les hostilités contre son beau-père, à cause de la succession 
du duché de Bourgogne, et ayant sollicité la remise des 
fortifications de l'abbaye, éprouva un refus de la part de 
Jean de la Grange. Par ce motif, les hostilités furent dirigées 
contre le monastère, auquel elles coûtèrent 10,000 florins; 
et en 1363, l'abbé, ainsi que son neveu du fretitZ, forent 
faits captifs et jetés en prison. Mais ils parA'inrent à s'évader, 
l'un en descendant dé sa fenêtre avec une corde, et l'autre 
après avoir gagné ii prix d'argent le gardien de la porte. 
S 5. Cette preuve de fidélité' et de courage unis h des 




CHAPITRE XXIT. 185 

lalents reconnus lui fit confier ensuite différentes négocia» i3S7 
tiens importantes. Aind, il fut acyoint à la légation du car- 
dinal de Boulogne en Espagne, pour moyenner la paix qui 
ftiteondue, en 1369, entre les rois de GastiUe et d'Arragon. 
L*année suivante il fut envoyé ayec dix galères pour ra- 
mener d'Italie en France le pape Urbain Y. En 1374, il fut 
député à Bruges pour traiter de la paix avec l'Angleterre. 
En 1376 il fut envoyé ambassadeur en la cour de Rome. 

Le succès avec lequel il remplit ces missions lui acquit 
l'amitié et la confiance de Charles Y, qui le combla d'hou- 
nemrs et de récompenses. En effet, de simple abbé de Fé- 
camp, de simple prieur de 6aint-Denis-de-la-Chartre de 
Paris, de simple chanoine de l'église cathédrale de cette 
Tille, et de simple archidiacre en celle de Rouen, il devint 
conseiller au parlement, président de la cour des aides, sur- 
intendant des finances , conseil h. la tutelle des enfants de 
France et premier ministre. Le monarque ne faisait rien 
d'important sans le consulter, et l'exceHence des conseils 
donnés par ce nouveau Suger sorti d'im croître, comme l'an- 
cien, ne contribua pas peu h lui fai: 3 cLtciiIr ie surnom 
mérité de Sage. 

En 1372, Jean de la Grange fut nommé à Tévéché d'A- 
miens, et, au mois de décembre 1375, il fut créé cardinal- 
prtoe du titre de Saint-Marcel, plus connu sous le nom de 
cardinal éCAmkns. En cette qualité, il assista au conclave de 
1378 où on révoqua la nomination du pape Urbain YI, et où 
on nomma Qément YU, qui siégea k Avignon et conféra, 
en 1379, au cardinal d'Amiens, l'évêché de Tusculane ou 
Frascati. Cet anti-pape, ou plutôt ce pape français, étant 
mort en 1394, Jean de la Grange contribua à continuer le 
schisme par l'élection de Benoît XIII, autre pape français, 
sous l'obéissance duquel il mourut, le 24 avril 1402 , à Avi- 
gnon. 
$ 6. Douze jours avant sa mort, le cardinal de la Grange 



136 HISTOIRE DE GIGNT. 

1357 avait Tait un testament dans lequel il s'était souvenu de 
Gigny, l'un de ses premiers bénéfices , aussi bien que de 
Charles-le-Sage, son bienfaiteur et son ami. 
^ 111^ Par ce testament , il fit li notre prieuré un legs de 500 fr. 

( environ six mille francs de la monnaie de nos jours), pour 
en acheter des rentes et en payer une partie de certain étang 
déjà achetée par les religieux, mais qu'on ne peut recon- 
naître aujourd'hui^ faute d'autre désignation. En considéra- 
tion de ce legs, il exigea de nos moines la célébration, cha- 
que année , de douze anniversaires successifs, précédés de 
vigiles, et en outre, à perpétuité , celle d'une messe de Rc- 
qmem^ chaque jour de Tannée, pour le repos de son ame, 
de celles de ses parents et de celle du roi Charles. 

D fit des legs analogues, mais la plupart moins considé- 
rables, aux monastères de Fécamp, OUincourt, Aisnay, 
Amberte , Saint-Claude, la Bénisson-Dieu, Charlieu, Parai , 
Saint-Martial d'Avignon, etc., moyennant des prières en 
mêmes intentions que celles de Gigny. 

Par le même acte, il fonda un collège à Avignon pour l'é- 
ducation d'enfants du diocèse de Lyon. Il élut sa sépulture 
dans l'église d'Amiens, avec fondation d'une chapelle li éri- 
ger sous le nom de chapelle de la Grange, à l'efiet d'y déposer 
ses restes mortels, ainsi que ceux de son père, de sa mère, 
de ses frères, sœurs et autres parents inhumés dans l'église 
d'Amberte. Enfin, il nomma exécuteurs de son testament 
ses deux neveux, Jean Filhet et Jean de Boissy, le premier 
évéque d'Apt et le second évéque d'Amiens , et précédem- 
ment de Mâcon. 



CHAPITRE XXVI. 137 



CHAPITRE nv. 

GUILLAUME II , prieur. 

GuiLLAiiiiB,dea3dèiiieâaiiom, succéda à ledn de la Grange, 1359 
et mourut lui-même au bout de deux ans, en 1359 ou 1360. 
B avait saos doute fait beaucoup de bien à son prieuré , car 
les religieux fondèrent^ pour le repos de son ame, une messe 
annirersaire à célébrer le 12 novembre, par délibération 
prise en plein chapitre, le 12 février 1359 , laquelle ftit ap- 
prouvée, le 27 avril 1360, par Hardoin, abbé de Cluny (An- 
droinou Adrien de la Roche, selon d'autres). Mais, au 
reste, c*est le peu qu'on en sait d'après une note d'inven- 
taire. 



CHAPITRE nVI. 

JEAN DE MARIGN\, prieur. 

r 

Honiatgef . -> Oonalioni. — Fondations. -> Maoi oléei. 

S 1. 0?f peut présumer que Jean de Mariyna de la maison 1360 
de Yaulgrigneuse, mort en 1383, succéda au prieur Guil- 
laume. La terre de Marigna ou Marigney^ au canton d'Ariu- 
thod (qu'il ne faut pas confondre avec Marigny au canton 
deClairvaux), avait pour seigneurs, dans le treizième siècle, 
1.* Jean^ fils de Jean de Chalon, comte de Bourgogne, dont 
il a été parlé en 1255 et 1258 ;2.<' Poly, qui, en 1278, rendit 
son hommage de vassal k Renaud de Bourgogne , comte de 



138 HISTOIRE DE GIGIIT. 

1360 Montbéliard. Dans le quatorzième et le quibzième siècle, ce 
fief passa dans les maisons de Yanigrigneuse et de Fàuquier; 
puis au seizième, ensuite d'une alliance, dans celle de Sa- 
lins-Yincelles, et peu après dans celle de Balay, dont un 
membre possède encore le château féodal. 

1375 S ^« C'est très probablement le prieur Jean de Marigna 

qui, d'après une mention d'inventaire, fit en 1375 un traité 
avec le cellérier du prieuré, au sujet de divers droits qu'ils 
se cédèrent réciproquement. 

1378 Ce Ait lui aussi qui, d'après le même document, abergea 
en 1378, à Pierre Morel, demeurant k Ix)ut;etiiia, un meix 
situé à Cropet, dit vulgairement le Meix Amant de Savigney, 
moyennant douze gros de monnaie courante et deux quar- 
taux de blé de cens, par moitié froment et avoine ^ ^^*\ à la 
mesure de Gigny. 

1379 S 3. En l'année 1379, Jean de Coligny, seigneur d'Andelot 
c. 110. et Loysia, reconnut tenir en fief-lige, k cause de son ch&teau 

de Loysia, quarante quartaux de blé de cens, par moitié 
froment et avoine , livrables k Charnay par le prieur de 
Gigny au seigneur de Loysia , au terme de chaque fête de 
Saint-Martin d'hiver. En raison de cette rente de grains, 
ce seigneur se reconnut homme-lige et feudataire de l'église 
de Gigny, et fit Yhommage féodal accoutumé, de main et de 
bouche. Ce devoir fut fait dans la chambre du prieur, en 
présence de Galvand de Thoulonjon , d'Aimonet de Saint- 
Germain et autres. 

1380 S ^* Une année après, en 1380, on trouve dans les inven- 
taires l'indication que noble damoiselle, fille de feu Laurent 
Mallebaille, veuve ou relicte de Gavain du Saix, donna aux 
religieux de Gigny une partie de la <Ume de Varennes. Or, 



(90 bis.) Celte cxprettioD par moitii froment et avoiw^ û usitée dant les titrei 
de le féodalité, indique ici deux quartaux de froment et deux qtiartinx d*a« 
Toinei et non pu feuUmeol uq de diaque denrée. 



CnAPlTRB XXVI. 139 

comme ;0D a va qu'ils avaient dqjà acheté, en 1353,.. un 1380 
tiers de la dime de cette paroisse , de Gavaio et Goilbuame 
dn Saix, on peut croire qu'ils n'enr possédaient que l'autre 
tiers, en 129i|, lors de l'échange de la seigneurie de Graye. 

S 5. Jean de Marigna mourut probablement en 1383 ; 1393 
da moins, il testa le 5 mai de cette année. Par son acte de 
dernière volonté, il fit élection de sépulture en l'église 
Rurale de Gigny, comme ses prédécesseurs, avec recom* 
mandation, au jour de son enterrement, lors de L'office, de 
placer le suaire sur lui et de brûler cinq livres de cire. En 
reoonnsdssance et pour rétribution d'un èervice anniversaire 
et perpétuel pQur le repos de son ame et de celles de ses 
auteurs, il fit don < au prieuré^ sauf la seigneurie, i.^ du 
mâx de Groy h Marigna; 2.® 4'ane rente de viugt.sols sur 
toutes les terres qu'y tenait de lui Jean des Truoz ; 3.® d'une 
autre rente de six gros tournois d'argent et d'un cens de 
sept quarterons de.bl^, par moitié froment et avoine , que 
le firâ? Barruél lui rapportait chaque année. On peut penser 
qu'il s'agissiuit de ces redevances, dans un acte du 10 jan- 
vier 1457, par lequel Geoffroy de Yaulgrigneuse , che- 
valier, seigneur de Marigna, consentit que les religieux de 
Gigny perçussent annuellement ie^ cens d'un pareil de blé, 
par moitié froment et avoine , et d'un florin , le tout affecté 
sur un meix 2i Marigna. 

Le nuttuolée qui fut érigé sur la tombe de Jean de Ma- 
rigna existait encore, en 1785 et 1787, dans l'église collé- 
giale , à gauche de la chapelle de Saint-Taurin , çiais 
attribué mal à propos, dans le dernier inventaire , à un 
prieur du nom de Balay. Il fut brisé ou mutilé en 1793, 
ainsi qu'un autre érigé en souvenir d'un personnage incon- 
nu aujourd'hui, près l'autel de Saint-Pierre. Les supports 
de ces deux mausolées subsistent seuls actuellement. 

Les armes de la maison de Yaulgrigneuse étaient de si- 
nople , ï la croix d'or ; celles de Marigna, de gueules, à la 



I 



140 HISTOIRE DE GIG.IfY. 

bande d'or, accompagnées de deux coquilles d'argent en 
cbefet en pointe. 



CHAPITRE nVlL 

HENRI DE SARSEY , prieur. 

Fondation. — Deaiiéme bomoMge du leigneor de Lojfto. 

S !• Quoique JJenri de Saney ne soit nommé, pour la 
1389 première fois, en qualité de prieur, qu'en 1393, néanmoins, 
comme on ne trouve point d'autre titulaire, avant cette 
époque, pour succéder k Jean de Marigna, on peut supposer 
qu'il était chef du monastère, le 24 janvier 1389, lorsque 
noble seigneur Guillaume de Ballufert fit une fondation dans 
l'église prieurale.Ce personnage, probablement de la maison 
de Beaufort ou BeHefort^ et qui peut-être décédait prieur de 
Gigny , fonda par son testament trois anniversaires ou 
messes matutinales, après l'office de prime, pour le repos 
de son amc et de celles de ses prédécesseurs, et il donna 
en rétribution à ladite église ses biens situés k Louvcnne et 
k Cropet. 

Quant à la date précitée de 1393 , elle i^st celle d'une 
1393 sentence arbitrale que frère Henri de Sarsey^ prieur de 
Gigny, rendit le 1/' août de cette année, en faisant la visite 
du prieuré de Chàtcau-sur-Salins. Cette sentence fut l'elative 
aux corvées que les habitants de Prétin devaient aux reli- 
gieux de ce monastère, h l'article duquel il en sera parlé de 
nouveau. On voit ensuite que, deux ans plus tard, en 1395, 
1395 le même frère Henri de Sar$ey fit l'abergeage d'un clos de 
vignes, dit aux Petitières, situé à Cuiseaux. Hais cet acte, 
signé de Loconnay^ ne nous est connu que par son analyse sur 
deux inventaires, où Henri est nommé de Sancyo et de Saniot. 



CHAPITRE XXTII. 141 

S â. Cependant ce titulaire , sous lequel fut fait au 
prieuré , en 1402 , le legs du cardinal Jean de la Grange , 1402 
est surtout connu par une charte du. 27 janvier 1406, par 
laquelle Jacquemart , seigneur de Coligny , Andelot, Loy- 1406 
sia, etc..., renouvela, à cause du château de ce dernier lieu, c. m. 
Tacte de foi et hommage ^ et que Jean de Goligny, son père, 
avait déjà fait, en 1379, au prieur Jean de Harigna. Ce 
noble et puissant seigneur qui avait échappé , en 1396, aux 
désastres de la bataille de I^icopolis, qui plus tard, en 1420 , 
accompagna le duc de Bourgogne à Paris , ppur demander 
au roi raison et justice du meurtre de Jcan-sans-Peur , fit 
son devoir féodal comme le plus simple feudataire. Tout 
illustre chevalier qu'il était , il s*humilia et fléchit le genou 
dcTant le chef de nos moines , mit ses valeureuses mains 
dans les sieiuieft et s'avoua son vassal. Ce devoir ftet rempli, 
oommeleprendèf 9 dans la chambre même du prieur, pour 
les 80 quartaux de grains livrables à ce seigneur, au village 
de Chamay. Il eut pour témoins Jean de Chevrel , damoi- 
seau, Guy de Beaufort, prieur de Flacey, Pierre d'Oigelet, 
aomOnier, et Guy de Letzon^ chanibricr. 

An reste, en ce qui regarde cette rente de grains, proba- 
blement recevables à la mesure deCuiseaux (^<), on ne trctu- 
le pas que d'autres devoirs de fief aient été faits par les 
seigneurs deLoysia. On voit seulement qu'en 1444 , Guil- eux 
laume, seigneur de Coligny et d' Andelot , céda h son frère , 
seigneur de Cressia et de Loysia , cohéritier avec lui , de 
Jacquemard , leur père, sa part de la renie 'de XXpareurs de 
fromeni et woene^ dehue tur le grenier de Gigmé, à rachapt d'î- 
uUe, etc. W. : 

fft> Les dcvs chtitM de 1 37 f et 140! portent «f mêniurmm miêtUL Or, je 
^'eosnite d*eireiir do copiée» il bot Ure CuiuUL^ La meiore de 
pétait aS livrée. 

(91) ht pmrmi oapmrtw ÂUni U mèntt dicte que le §yaHal, Il contenait aoiai 
hmk WÊÊtmim «a Wet dooie res eu tticinref en a? eine. Ffjr» ^^ ''* '^ 



14â HISTOIRE DE GIGNT. 

1406 De qad lien notre prieur porlait-il le nom ! Était-il pa- 

rent de l'archiprétre deBagé (J. de Sartiaôo), cité dans vne 
(le nos chartes k la daté de 1219 ? Était-il de la maison de 
Sercy en Cbalonnais , dont Gauthier deSercy, ëvéque en 
1129 et 1155 , et dont le dernier membre fut écrasé*; en 
1540 , sons les mines d*une maison k Lyon ? Les armes de 
cette fomille féodale étaient d'azur à trois ondes d'ai^gent. 

■ ^ I . r ,1 f I I I 

CHAPITRE nVIlL 

. N... DESŒYy prieur. 

1412 Un membre de la maison de Scey -est cité comme prieur 

G 115. de Gigny dans un titre de 1412 , dont noWA-avons pu re- 
couvrer que quelques fragments , et par lequel on Toit que 
ce prieur fut arbitre d'un différend d'Etienne de Yéria , 
sacristain, avec ses paroissiens de Gigny. Or, je dois avouer 
ici que je • présume ce titulaire être le même que le précé- 
dent, et je suis porté à croire que l'un et l'autre n^en cons- 
tituent qu'un sous la dénomination de Henri de Sarcey. En 
effiet y les dates ne s'y opposent guère , les prénoms sont les 
mômes ^. et les noms ont pu être facilement confondus. 
Cependant , j'ai dû déférer aux notes positives de H. Meu- 
nier, habituellement si bien informé. 

Quoiqu'il en soit , c'est sous l'un ou sous l'autre de ces 
prieurs qu'eurent lieu les débats et accords sur les droits 
casuels du sacristain avec le curé ou avec les paroissiens en 
G.1U, 115,116, 1408 , 1412 et 1414 , dont il a été parlé au chapitre 21 ei- 
^^^' devant. C'est aussi }k leur temps que se rapportent divers 
titres concernant quelques offices clanstranx et phi^emi 
prieurés ruraux, lesquels seropt analysés dans déà chàjirtr^ 
pàrticolien* 



CHAPITRE XXIX. 143 

La maaon de Scey était une des plus nobles et des plus 1413 
andennes de la Francbe-Gomtë, et déjà, en 1336, elle avait 
donné, comme on a tu, un sacristain (Pierre de Scey)^ au 
prieoré de Gigny. Elle prenait son nom de Scey-en-Yarais , 
château et village du canton d'Ornans (Doubs) , et non 
pas de Scey-sur-Saâne. On écrivait Ceis dans les premiers 
temps, mais l'on des membres de cette famille commença, en 
1300 environ , à écrire autrement son nom , et dè&-lors peu 
k peu ce changement fut adopté. Quelques individus de cette 
antique maison féodale sont déjà connus par des chartes de 
937, 1037, 1060, etc..., et on en possède la généalogie suivie 
depuis la fin du onzième siècle jusqu'à nos jours. Cepen- 
dant, dans celle qui a été publiée , avec grands détails, dans 
l'Histoire de Salins , on ne trouve aucun prieur ni même 
aacun religieux de Gigny. 

Les armes d» Scey furent anciennement vairées. Mais , 
depms le commencement du quinzième siècle , elles furent 
de sable au lion d'or, couronné de même, armé et lampassé 
de gueules, avec neuf croisettes recroisetées d'or, timbrées , 
couronnées d'ôr , surhaussées d'un lévrier d'argent , sup- 
portées par deux lions d'or. 



CHAPITRE XXIX. 

FROMOND DB LICONNA , prieur. 



* 

Ce prieur n'est connu que par un acte d'abergeage à 1423 
Mcntrevel, paroisse de Loyon , à la dale du. 25 mai 1423, 
aa profit de noble Fromond de Làcanna , prieur, mentionné 
dans l'un de nos inventaires. 

On sait que les seigneurs de Liconna étaient issus de l'anti- 
que maison de ïlontmoroi, aussi bien que ceux de Pelagey. 



144 HISTOIRE DE GI6!fT. 

1433 On trouve, en effet, eu 1390, Froroond de Montmorot 
( peiit-éti*e pannitt de notre prieur ) , qui d<kdare tenir en 
fief de Jean de Chalon , seigneur de Chàtel-Belin et de Saini- 
Julîen, ses maisons de Ucavmal, vergers, cbazeaux , curtils, 
bois, meix, etc.... 



CHAPITRE XXX. 

HUMBERT DE CIIATAKD, prieur. 

Coftfgiale de Cuiteaui. — Bepw et nourt du quinzième tiéele. 
Hôpiiai de Gigoy. — Léproierie. — Grange de l*If le. — Graige du «ellerier. * 

Donations dlTersei. ^ Prooèi du Tillan. 

1494 S 1. Oif trouve déjk un Owtard, en 1269 el 1276, chantre 

ou doyen au chapitre de Saint-Jean de Lyon , ob l'on n'était 
admis, comme à Gigny , qu*en fhisant preuve d'une grande 
noblesse. « La famille Chatard , dit Guichenon , tirait sou 
€ origine de Ta ville de Nantua , et tenait dès long-temps 
a rang de noblesse en Bugey. Ils avaient une chapelle dans 
« l'église de Nantua, où soct leurs sépultures avec quelques 
€ épitaphës. Il y a aussi aii cloître des Jacobins de Lyon l'é- 
« pitaphe de l'épouse de Jean de Chatard, damoiseau, décédé 
« en 1335 , celles de Laurent de Chatard , leur fils , et de 
€ Jean de Chatard, leur petit-fils. » 

a Humbert de Chatard, prieur de Giguy, continue le mé- 
« me historien, était fils de Piecre de Chatard, seigneur de 
« llirigna en Bugey , et petit-fils d'IIumbcrt de Chatard , 
« chevalier, seigucur du même lieu. Il eut pour sœur 
« Guygonue de Chatard , qui se maria , en 1427, avec Ilugo- 
« niu de Breul , chevalier , seigneur de Corlier , mort en 
t 1458. Sa femme ne mourut qu'en 1474^ après avoir fondé 
€ mi anniversaire perpétuel dans Téglise de Nantua, moyen* 



CHAPITRE XXX. Ii5 

c nani deux florins d*or. En mémoire de cette alliance , 142i 
c Hugonin de Breul et ses descendants ont ajouté a leurs 
c armoiries l'aigle qui entrait dans celle de Chatard. o 

Les armoiries de ces derniers étaient, en eflet , d'or, ii 
trois faces de gueules , à l'aigle d'azur couronné d*argcnt 
sur le tout. 

S 2. Humbert de Chatard succéda immédiatement au 
prieur Fromond de Liconna, car il figure dans une charte ^ ^ts. 
du 8 octobre 1424, relative k la translation de la collégiale 
de Chavannes-sur-Suran, à Cuiseaux. 

Cet établissement canonial avait été fondé en 1407, dans 
le premier de ces lieux , par Alix de Chalon , fille de 
Tristan de Chalon, seigneur d'Orgelet, et femme de Guil- 
jaume de Saulieu, docteur ès-lois, conseiller du duc Jean- 
Sans-Peur, seigneur de Hontfleur et de Chavannes, et bailli 
de Cuiseaux. Mais, les bons chanoines, plus enclins peut- 
être il jouir des agréments de la vie séculière qu'à remplir 
leurs devoirs religieux, ne s'y plurent pas long-temps. Ils 
trouvèrent que Chavanne* était un petk endroit picommode, en 
fie» de montagnes et bien sauvage^ Or, comme René de Cha- 
lon , neveu d'Alix et seigneur de Cuiseaux, désirait les y 
attirer et augmentait leurs revenus, on sollicita leur trans- 
lation dans ce Ueu d*une ridie amémté, fructueux de tous Hem 
pour la me commune^ et commerçant. On sollicita, en même 
temps, l'union k leur collégiale des églises paroissiales de 
Cuiseaux et de Champagna. Mais ces deux églises se trou- c lis. 
vaut de droit et de fait, et de toute ancienneté^ sous le 
patronage du prieuré de Gigny, leur union ne pouvait avoir 
lieu que du consentement de ce monastère. C'est pourquoi 
Louis de Chalon , prince d'Orange, baron d'Arlay et seigneur 
suzerain de Cuiseaux , Alix de Chalon et Guillaume de 
Saulieu , son mari , réclamèrent ce consentement qui Ait 
accordé par le prieur Chatard et ses religieux, aux condi- 
tions suivantes : 

10 



146 HISTOIRE DB GIGIIIT. 

U2i i •<* Le piieur se réserva, et k ses successeurs, le patrcMU^ 

des deux églises de Guîseaux et de Oiampagna, c*est-k-dire, 
le droit de présenter pour Tîcaire perpétuel do ces églises 
un ecclésiastique pris dans la collégiale ou hors d'elle. 
2.* Une autre condition Ait que ce vicaire percevrait sur les 
revenus de ces églises , non-seulement une prébende de 
chanoine, mais encore une portion congrue suflSsante pour 
le foire vivre honnêtement et lui permettre, soit de psyer 
les droits dus au pape, h Tarchevéque de Lyon et an prieur 
de Gigny, soit d'exercer Thospitalité et de supporter toutes 
les charges de sa place. 3.* Nos religieux, en leur qualité 
de gros décimateurs à Cuiseaux et k Ghampagna, se réservé» 
rent le droit de s'y retirer dans les maisons canoniales et 
de célébrer ou faire célébrer les offices divins dans l'église 
collégiale, en temps de guerre ou en tonte autre droons- 
tance. 4.^ Us exigèrent que » lors de l'union , il serait fiiil 
une déclaration des dîmes, cens, lods, vends et autres 
revenus que les recteurs des deux églises avaient droit et 
coutume de percevoir avec eux-mêmes ; 5.* qu'on déclare- 
rait en même temps la quotité de la portion congrue qui 
appartiendrait au vicaire avec sa prébende canoniale. 6.* En- 
fin, en cas d'incorporation ou d'acquisition de quelques 
biens k la collégiale, les religieux de Gigny se réservèrent 
les droits seigneuriaux, lods ou services quelconques sur ces 
biens. 

Ce consentement fut donné ii l'unanimité, tant par frère 
Chatard, prieur, que par dix-neuf autres moines assemblés ca- 
piculairement, an son de la cloche (^ ; les conditionsen Airent 

(f 3) J*ai tionvé 1« mod« d« eoiiToqacr les chapitres de moinei an ton de la 
cloche, dans d*aittre« chartes de i3oi, i35i, 1437, etc^. Mais les dodiei étaient 
déjà usitées, pour célébrer les offices divins, en Ci 5, 789, f 7 S, 1 1 36, 1 if), «l6«« 
On sait d*aillcnrs que Ton en fait remonter rinTeniion à saint PauUn,éTèqiie de 
tîole en Italie, mort en 43 1, d*oii les cloches ont été nommées quclquefoianoler^ 
et d*autres ibis ram^amt , du nom de la province de Relc 



CHAPITRE XX t. m 

acceptées par Gninaunie de Saolieu, tant en son nom qu'en ii2|. 
celui d'Alix de Chalon , sa femme , et par Jean Haten de 
LocoBBay, doyen; et-Gnillaniiie de Melliac , chanoine de la 
coDégiale, tant ponr eux qae ponr les autres chanoines de 
celle-ci. Les contractants promirent par serment t^) i'exë* 
cntim de éet acte, qui Ait fidt et passé k Gigny, devant 
Oande Barignet, d'Orgelet, notaire, en présence de Jean de 
Chaiard, coré de Marboz, Jacques Duyillard, prêtre de 
Gigny, Chrillame Arbi de Montréal , Etienne de Chatard ^ 
deMcmtricluini, et autres témoins. 

Au reste, on ne dira rien d'autre ici de la collégiale de 
Cdheaox, qai à auMsté jusqu'en 1790, et qui était composée, 
■en compris deux enfhnts de choeur, de huit ecclésiastiques 
diaaoioes, lesquels snitâlent la règle canoniale ordinaire. 
De eea huit dianoines quatre étaient officiers sous les noms 
de litf y iH, chmlrg, êatriMn et eunoie» Ce dernier était aussi 
quaBÂé euréél tkmre perpétuel de la paroisse, et il en bisait 
les finetiéiis; £é chapitre avait le patronage de la cure de 
Chavanues et envoyait un de ses membres pour la desservir, 
n détail un élu, ponr la chambre du clergé, aux états 
(TAuxônae eu de Bourgogne. 

L'égyae de Cniseaux est sons le vocable de saint Thomas 
ée Gantorbéry , dont on y célèbre la mémoire au mois de 
juillet. Hais ce saint évéque martyrisé, en 1171, par la po- 

(94) Lcseedéslâfli^nss prèt^enl, selon leur coutume, ce twmtni ad pteiuSf, 
CB neUant h nuiin sur la poitrine, ainii qn*ilt ont continué de faire, même dam 
te xvhi.* tiècle, et eomue te prêtent encot^ idfoord'bni lea |irili en lustice. 
Stab le eeignear 4t Montfleur prête le tien «nfr» lêt maùu des Botâiret< Il eit 
ditauMÎ qoe le prieur prêta serment de sa propre aniorilé, et les religieaz de 
Tnitorité du couTenl et d*iprës Tordre du prieur. On voit, dans une charte de 
i«97, le comte de SaToie prêter serment en mettant son pouce dans la main d*u]i 
totre prieur. 

(fS) Cet Vf. lie Chatard ainsi que Jean de Chatard, cnré de Marbos, étaient 
probablement de la frm^le du prieur de Gigny, conmie encore BugMS de Chm» 
tard^ me&liomid an chap. a3,et JaMard de Chatard , doyen de notre prieuré 
«a i48>* 



148 niStÛIRE BE GiGRT. 

1434 liiiquc,n*cn était pas l'ancien patron , qaoiqu'il eût d^à 
dans l'i^lise paroissiale une chapelle qui fût unie, lors de 
la translation, à la collégiale. Une tradition vague porte que 
Saint-Georges était le Vocable primitif. Aussi , on trouve le 
timetière de Saini-Georges mentionné à Cniseaux dans un titre 
de 1284, et une foire s'est tenue en cette ville, jusque dans 
lès dernières années, le lendemain de la fête de ce saint 
nkartyr. D-uil autre côté, la grosse cloche, qui a été fondue 
le 25 juin 1478, jour anniversaire de Tincendie par lequel 
le barbare général de Louis XI punit Cuiseaux de sa fidélité 
h' sa légitime souveraine et le réduisit en cendres, à l'excep- 
tion de l'église et d'une seule maison, cette cloche, dift*j^> 
porté une Invocation k saint Georges et à la Vierge i^K En- 
fin', on lit qu'en 1425, Louis de Chalon, prince d'Orange, 
fonda et dota une chapelle en l'honneur de ce bienheureux, 
pour être construite en son ch&teau de Cuiseaux et desservie, 
en attendant, en l'église paroissiale de Sain^-Thomas. Cette 
chapelle est mentionnée dans un autre titre de 1469, comme 
subsistant toujours dans ladite église. 

S 3. Depuis cet événement jusqu'aux dernières années 
de la vie de notre prieur, on ignore ce qui s'est passé k 
Gigny on au nioniistère. On trouve seulement l'indication 

1430 qu'en 1430, noble Humbert de Montagn donna an prieuré 
le pré Frêne et le champ de jMtm/6tuoit, au territoire de 

1433 Gigny, donation qui fut homologuée, en 1433, par Etienne 
de Montagn. 

1435 S ^' Humbert de Chatard assista, en 1435, ou du moins 
c lit. ftit invité à assister aux pompeuses fiméraillet de Jacque- 

mardP', seigneur d'Andelot,Beaupont, Beauvoir, Boiyailles» 
Boutavant, Buenc, Coligny, Gressin, Grilla, Fromentes, 

(|() /• a» s» MarÎM^ sanetê GtOrgif ora pro nvbrt S mitleno tfHmtêmmUêmto 

iêpUuigesimo 9Ctavo, die vêro Jnnii vicesimo t/uinlp ertmnto, Anna voedt é^o 

re$e Frantorum int'icf. Jhan MobuI| uoUire, a heu U charge ei coaduite de 
fiire fhire cet deux belles douches. 



• CHAPITRB XXX. 149 

Loyski, etc.... Ce puissant seigneur^ dont il a déjh été parlé, 1435 
testa au chiceaa d'Andelot, le 27 février 1435, en exprimant 
le Tcea qu'on rinhumàt dans l'église de l'abbaye du Miroir, 
auprès de ses ancêtres, et qu'on lui fit de somptueuses funé- 
railles, notamment en y consacrant deux quidtaux de cire, 
et en y fiusant célébrer la messe par 400 chapelains* 

Les parents exécutèrent l'intention du défunt et invitè- 
rent en conséquence k cette vaniteuse cérémonie ^\ non- 
seulement les 400 chapelains recommandés , mais encore 
1.* les quatre abbés de Baleme, de Baume (^>, du Miroir et 
de Toumus ; 2.» les cinq prieurs de Gigny, de Seligna, de 
Gollgny, de Montmerle et de Bonlieu ; 3.<* les deux archi- 
diacres de Chaloa et de Lyon. On y invita aussi de noble» 
et puissants séculiers , savoir : Louis de Chalon , prince 
d^Orange et baron d'Arlay, les seigneurs d' Arguel, de Saint- 
Georges, de Fonvens, d'Autrey, de Fribourg, de Buxy, de 
RuSey, de SaintrAmour, de Varembon, de Corcent, de La 
CoriUe et de Fénix* 

Le titre qui nous a conservé tous ces noms célèbres de 
la féodalité contient aussi le détail des préparatifs. cuUnaîrcs^. 
bits pour restaurer tant d'invités réunis djans un lieu au$si 
dépourvu que le Mirour. Le lecteur pourra juger^ d'après 
cette pièce , des mœurs, des usages, de& meubles, des ali- 
ments et du genre de vie dans nos pays, k cette époque. Il 

(f7) n partit que ceU« twaité â». ftmérttUvt était toat'4of«it dans lafoât diï 
■èdc £n flflct, en 141^, oa Toit Bfalhée de Rjre, dit de Reublaiif, bitaïenl de 
dcnc de nos piienrt, exiger à son enterrement TaMittance de aoo prétrea mestM 
rhmtiémtt axant loi» en 1J84, Jeanne Rjre, ion père,aTait déji ordonné qu*ou 
■k màg aoa oorpann drap d*or, et qa*à tes obsèques on offrit trois chevaux or- 
nés t*an de aea armes, hamois et cottes de fer,le second de ses armes de tonrnois, 
et le tMlattoM de aa bannière. Hombert de Rye en ^H% et Renaud d*Uiie en 
1I49 enament demandé à pen prèa entant. Enfin Hngaetledela Baume, feoune 
deJeeqnettardde Coiisny, exigea aussi le même luxe de funéraiUer que son 



(9I) On lit BmmuM dans la ^arie, sans doute pai- erreur» car il n*jr a jamais eu 
4^tblM|« en ortte Tille. 



150 HiSTOlâR PI GlGlfT. 

i4S5 pourra apprécier, en coMéqueiice, les progrb qu'ont 

dte4or» l'art culinaire et le luie de table et d'ameublenieBL 
Qu'il y a loin , en eflèt, des plats et des éeualles de bois où 
les personnages les plus notables de ce temps mangeaient 
des aliments grossiers, à la misselle de falenee, de poree- 
laine et méme^ d'argent, si commune de nos jonrs et sur 
laquelle on dépose des mets si délicieux S»«. On se oonlentera 
de ùSré remarquer k eette époque ; 

.1.* La non*mentioA des poissons et de la ^ande de veau 
très usitée, cependant, sur la table des riches dans le quia* 
jdème siècle. 

S.* L'existence , conune gibier, dans nos pays, des lapins 
4e garoipes {Cugm») » qui en sont disparus depuis long* 
temps (^« 

a«* Là prodigalité des épices, ou condiments aromatiques 
^nsb^ cuisine^ comme poivre, gingembre, géroOOi graine 
de paradis, canelle et moutarde^ 

4.^ L'usage, mais la rareté et cherté du siicre (^^. 

i$$) Bans tes xnr.* et X¥.* siëdet, 1«9 Upins le trotit^ent k VêUA ptÉtf/nà et 
MUTige, même (|atis tes temmmiet Iramidet de le Brelie. On Toit, en éÉlAt qva 
fiÊùÈ Ttcte d'aArindiiMémetft totttrdl, «ta iSto, par TaittM«i' de Frdiollt ntk 
lubilaDtf de Beandriferce» SeinHBtielkÀfflb SiinM;«tBain*da*naM, •oratts et 
Seint-Ghristophe, te teignear le riaenre la eliaaae de b graàde |>ète et CRBcède 
k aea aflranchii celte des Iftrret, renarda, lapina et antrea ptetitet bêtea. X«t «etea 
de firandiiaea de Lagnien, en iSp) , et de 8aint«Ma«riee de Remena (Ain), en 
f SSf , mentionnent anaai dea dapièra delapEnf. De Ik, lea dénemlimtiDtti de 
Kà r émÊ êt (pour Ofemneil) dottndea II taat dp lienx oecnpéa prelnblOMpt par 
f ea eniaums* 

fieé) Le nwr» était à peiné cennii en Boropt dna le xnr.* aiëde, amlgré le 
inpnd oaéBnpçHTe dét Vénltiena àlree l*n(]rpteet l*Orient* n était aenfement «n 
pen plna oommnn elora ^e dn temps de Dioacorides, de Ptine et de GaUsn qnî 
A*» perlent qne oemme d*«iiB k^ilMtaBOi médiesmentense. On Ut ^*ea Bonr- 
iagne, «n Tannée tS7f , «ne Ihrre de ancre oèdtaH entant qne 3a livres de iriaude 
dé boadrarie ; on entant i|im iâ dépense de dix chetanz pendant %4 
est établi, par d*antres documents, qne, dans lea xsr.* et xt.« siieifls, 
ment en iSas, iMi, 1S40, t4aC, 1447» etc.*. le prix d'iinpti'vr^ de cws^éqoi- 
yalait k la melUé k p«Q pt^ d*ini aotftoa. II ne devint d*nn nii|t tnlpits qm 



5.* La non-mention du café, qui n'était pas enppre connu ij^^ 
en Earope Cf^^^ de l'ean-^de-vie qui y était connue, inais 
pea usitée ^^t el du ris qui y était d'un usage assea ré* 
pandu C^^k 

<•« L'omission de la fiuence, qui n'était pas encore in- 
Yentée (^), el des vases en poterie connus, mais inusités. 

7.* La rareté- et la cherté des verres k boire. 

8.* La vaisselle d'étain foisant le luxe des princes <<^. 

9.* Enfin , l'usage de l'hypocras. Tin ou liqueur de des- 
sert (»). 

dttik «▼•• d rartool dmt le xnP âhde, apr^ la déoonyerte dei Iodes oriea* 
Ideai Aa nppert de B. Platina, astewitaUeD, on le fidMiqaait d^i en Crële et 
fls SkUe aivaiil i474« et an Penplojait alort dans la enlnnc et dans fart dea 
OMiftflCBn. Un aîMe ploa tard, la canne à incre proapérail, non-tenlcBBeat dent 
les Uae de le MMiterraode » ep«ia encore à Madëre et k 8aint-TlMo»a»-d*A- 



Ciei) 1« coanaiimice da aifi en Bneope etl Lien poatériearè à celle du racre« 
Pt. Alpin eat le prenier aatear earepéea qnl en ait perlé en tSfi} ensuite 
MeiMoer en iCai, Pi« Uicen en iSi3, eici>M Mai» ann mage ne oommença à te 
r^Modre qn*en 1C4S en Italie et en France. 

Cical On eimibae la déeraterte de l*ean«d^Tie h dcni dikhrei aU^iraiatea 
duMp^aièpU. Kllecanaa» en, 1 lit, la mort violente du roi de Natarre, Charlea 
ditlellfafipîa» Cependen^ eUe n*eat deTanpeoommnne qne dana le zvu« aiëde* 

IteH La rfae été apporté dea Indes en Bnrope, peu api*^ la conquête d*A- 
la9Bndr% U était déjà cultivé en Italie du tempf de IUoioa}ridaa, de Pline, etCMS 
aty était naité comme aliment et comme médicament, au rapport .d*Horace, de 
Cdaei d*Arétée^ de Galie^t «te.- Aoaai, ^na les xnr.« ou xw.* p*^^ une livre 
de fucre équivalait II nenf ou dix livrée de ris. 

Oaé} Le Jfmtme* e été inventée po«térienrement à FaSuza, ville d'Italie, dont 
die a pria le nom. 

(ici) Vtk «bbé de Saint-Etienne de Dijon, mort en 1987, pe permetteit au 
lélaeleîra qoe de la vaiifeUe-de boli^ et proacrivfit celle d*ételn comme contraire 
au VBNi de pauvreté» 

(lef) VJfyfoertUt nommé amaliMeter tUpiment^ éfait probablement le vinmm 
d'Apttlua, plu^ ijue le pimum meuiriiêê de Pline. Il était trëa célèbre 
le BMjen âge, car d*un c6t^ saint Bemerd et ^iarre*le-Ténérable en par- 
bm an za.< aâkcle comme d*nn ob|et de gonrman.diae dans les monastères ; et 
d*ua eni^ c6t^ aeua Ica rois du xiv.« et du zv.« siècle» il y avait dsos rancicn 
ieuvre ime chambre spéciale peur le fabriquer. An rester c'était un vin aro» 



152 HISTOIRE DE GIGNY. 

1435 S 5. Uumbcrt de Chatard testa un mois après Jacqucmard 

de Coligny, et son testament, du 28 mars 1435, fut un mo- 
nument de bîenfinisance et non de vanité. Il y donna aux 
pauvres un témoignage de ses sentiments d'huniaqité : il 
fonda pour eux un hospice h Gigny* 
Il en a\*ait fhit construire lui-même le bâtiment k la porte 
punL. M. du clottre, et, par son testament, il en fit don, ainsi que du 
jardin attenant. Il dota , en outre , cet établissement d'un 
revenu annuel de quinze écus de bon or et de deux vignes 
de dix ouvrées, situées à Cuisia près Treffort. Il en confia 
l'administratiou à l'aumônier du prieuré, k l'office duquel 
cet hospice fut annexé, avec tous ses droits et apparte- 
nances (*^). 

Le but de. cette fondation fut de donner le logemçnt et la 
nourriture à tous les pauvres errants et étrangers. Qr, le 
.fondateur, dans sa pieuse sollicitude, dispose : 1.® qu'on 
donnera h chacun de ces pauvres passants une ration de 
pain de froment et une ration de vin, pourvu que te même 
pauvre n^y vienne qu'une fois par mois ; que s'il y vient 
plus souvent, il ne lui sera accordé que le lit ou logement ; 
2.* qu'à tout pauvre mendiant qui voudra être logé à 

'matiqiie de caneUe édulooré aYecle miel ou le aucre. On le composait, en fai* 
aaot iafaaer pendant «4 heures une once de canelte et un ^o-apule ou «4 
grains de muscade dans six lÎTres de bon vin rod||||^a|iqucl on ajoutait une 
livre de sucre; aprës rinfnsion, on passait ou on filtrait la liqueur. 

(107) J*ai cherché en vain à recouvrer le testament du prieur Chatard» dont 
une oopiet avec traduction frauçaise, fut signifiée eu ij^j^k la requête des 
habitants de Giguy, au eommissaire apostolique chargé de si^ppnmcr le monaa- 
tëre. De ce titre, qui n'est même pat mentionné dans Tinveutaire de cette date, 
ie n*ai pu trouver que l'extrait suivant: Pr9 wianutenenêioea quadictm âimt, de» 
dimmt per prceSêntêt damut quindëdm tailoê auri boni de annuo êl perpétue red- 
ditu^ et&^M Item uanm vineam per nos aequisilam h /. Durandi^ etc.. sitam in 
territorio Cuisiaci Drejf'ortium, Itrm unam aiiam vineam sitam in dicio tenrilorio 
per nog aecensaiam, elc^, sub censu seu onere tfuatuor Jlorenorum dictœ noêtn» 
eeeiesiœ Gigniaci sotvendorum anno quolibet. Item unum curtile situm in viUd ^'n 
çnact Juxtadietum hospitate» 



CHAPITRE X%\. 153 

liiospice, on donnera la moitié d'un pain d'orge et une 1435 
ration de im ; 3> que, dans le cas où une pauvre feinme 
étrangère Tiendra S y accoucher, on lui donnera, ainsi 
qu'k son enfent, outre les choses nécessaires k leur état, 
nie ration de vin de tiers <i^^ 

•Le testateur charge ensuite l'aumônier de placer à la tête 
de l'hospice un laïque, homme de probité, et une femme de 
boanes mOeurs, pour y demeurer et avoir soin des pauvres 
et de leur' maison. Dans son zèle il n'oublie aucun détail 
de ce qui y est nécessaire. Il veut qu'on y entretienne trois 
lits garnis chacun d'un matelas, d'un coussin et d'une cou- 
verlnre; qu'on en change souvent les di*nps ; que ceux-ci 
se trouvent toujours à la maison aji nombre de six grands 
et de dix petits ; qu'il y ait deux tables avec leurs bancs , 
des écuelles de bois et des vases et ustensiles de cuisine. 

Enin le fondateur s'ocbupé des prières qui doivent être 
foites k l'hospice. Il veut 1.* que, chaque année, on y 
célèbre nue messe, le quatrième dimanche de carême où 
Voa chanté h l'introït Lœiare Jérusalem^ et que le même jour 
on y chante les vigiles des morts ; 2.<* que, le lendemain, on 
dise nne messe matutinale de Requiem après prime; quli la 
fin de cette messe, les religieux aillent sur sa tonibe réciter 
les sept psaumes pénitentiaux et faire l'absoute ordinaire, 
et qu'ensuite ra|n|(^nier donne k chacun des assistants un 
gros de monnaie, s'ils sont, prêtres, et un demi-gros s'ils ne 
le sont pas ; 3.* enfin , que le même aumônier célèbre ou 
fiisse célébrer, le lundi de chaque semaine, une messe k 
Tautel de la Croix, dans l'église du prieuré, messe k désigner 
sous le nom de Jlfeue cfes potitreff. 
S 6. Les dispositions testamentaires du prieur Chatard 

(loi) Le|Mu« dé liera pettit Uxkit lÎTrei» d'après une noie du XTil.« tibcle. Le 
^nitiÀTs éuit peul-èlrc celui que contenait la pinte i cai* celle-ci ac divisait 
p« tiers, et il jr «Tait dans le pays des bouteiUes d*un tiers et de deux tiers. La 
pinte de Gicny contenait un litre et quart. 



Ifi4 HISTOIRE BB 6IGXT. 

1435 flireat ai^prouvées par on acte capitnlaire da 30 mars 1435, 
et ratifiées par (Mon de la Perrière, abbé de Glimy. 

Cette délibération proiire qu'alors on ne regarda pas 
comme si metqmn l'établissement philanthropique da tes- 
tateur. La passion, ainsi que l'ignorance de la valeur moné- 
taire de répoque, ont sans doute foit déprécier cette bonne 
action par celui qui était diargé d'en foire disparaître les 
derniers restes. Les détails de la cérémonie du Miroiri 
rapportés précédemment, font aussi quelque justice de ce 
reproche. 

S 7. Que devint par la suite l'hospice fondé par Qiatardf 
Quand et comment la maison de cet hospice sortit-elle des biens 
dépendants de Tofflce de l'aumônier, pour devenir une pro- 
priété privée? Cest ce qui n'a pu être éclaird. On trouve 
seulement que cet asile de la pauvreté subsistait encore le 
26 mai 1554, puisque, dans un titre de cette date, Fentrellen 
de trois lits et les charités de cet hospice sont déclarés an 
nombre des obligations et charges de l'aumônier. D*iui 
antre côté, il est certain que cette maison n'appartenant d^k 
plus an monastère ni k l'office d'anmônier an commenoe* 
ment du dix*-huitième siècle, et qu'elle n'a point été tflénée 
avec les autres biens du clergé, dits nationaux. 

Le jardin seulement de cet hospice appart^udt enoera 

au prieuré en 1748 , du moins pour plus des trois ^qnartik 

Plan M. n était désigné alors sous le nom de Jardin de VHùpMi et 

C'est postérieurement qu'il a été cédé au propriétaire de la 

maison hospitalière. 

S S. Il existe encore k Gigny, près de l'ancienne chapeDe 
PiaiiN B. de Saint-Taurin, une maison qu'on appelle YHôpkal, qtt'il 
ne faut pas confondre avec celle du prieur Chatard. En effet, 
elle est d'une construction toute moderne, qui date d'environ 
80 ans. Cependant elle est Touvrage du dernier anmônier, 
qui était en même temps chef du monastère, et probaMe- 
ment elle a été construite pour remplacer raneiennei q/â 



CBAPITEE XXX. 15Ç 

éuil aliénée dqrab long-temps. Hais ce nouvel hospice n'a t4S5 
jamais été réellement organisé, et il n'a senri d'asile qu'à 
qœlqnes indigents qoi y demeuraient sans recevoir d'autres 
secours* 

L*emplacement de cette maison^ ainsi que le champàsoir 
qoiend^Mttd, appartenaient encore» en 174S, au proprié* 
tsire de la maison construite par le prienr Chatard. Or, il 
païaH.qoe, pen d'années après, il céda cet immeuble aux 
idigieux, et qu'il en obtint par échange le jardin de l'an- 
cien hoqrice. 

S 9. Onûre l'hôpital fondé par le prieur Chatard, il parait 
qpe Crigny» comme beaucoup d'autres lieux, possédait pour 
les lépcenx nn de ces hospices connus, au moyen &ge, sons 
ks i^m9 dp Liproterie, midierie, Maladière, Makdjère, 
Mnmr^ Moladnrk, Uai9Q(n dei lépreux^ etc.. 

Loi ccqisa4»v..qi!l avaient ét^ ppur l'Europe l'occasion 
d'importations très ^til(9s, furent aussi, par une déplorable 
opoiMwa^on, ceDe de l'introducUon de la lèpre, ou de l'é* 
Hphaptiasis, maladie de l'Orienl,, et surtout de la Palestine 
stderj^gyptei U semble bien, à la vérité, qu'elle n'était pas 
pocmniie aiwaravant en France, puisque déjii, en 418, saint 
Amateur, évéque d'Auxerre , aurait guéri trois lépreux k 
Antoa» . avec de l'eau du J[ourdaii|; et puisqu'on parle auisi, 
mjn^t d'une léproserie ^ Sainte ean-des-Yîgnes, près 
Ghadon^sa/r-Sadne» Les l^end^s de saint Bonifaoe et de 
ipiot Antonin signalent également, en 754 et en 830, cette 
aniadie comme contagieuse. Cependant eUe date princi- 
paiement des croisades, et elle se répandit tellement en 
France que« sur la fin du douzième siècle, presque tous les 
bourgs on gros villages furent obligés d'avoir un établisse- 
ment, où les lépreux étaient séquestrés de la société. Le 
roi Louis YIII légua , par son testament, en 1226, cent sols 
à chacune des 2,000 léproseries de son royaume, qui ne conv- 
twml jCj^pçndant qmç le tiers de la France actuelle. Un 



156 HISTOIRE DB GlGNY. 

1435 historien, mort au milieu du treizième siècle, a aussi laissé 
par écrit qu'il y en avait 19,000 dans le monde chrétien de 
son temps. Dans notre voisinage, on a la preuve qu'il a 
existé de semblables asiles h Saint- Amour, Arbois , Belle- 
vêvre, Brangés, Ch&téau-Renaud , Clairvaux,Baînte-Croîx, 
Guiseaux , Frontenay, Grozon , Loysia , Malheréy, Menrans, 
Montmorot, Nancuise , Passenans, Pierre, Poitte, Poli- 
gny, etc.., etc.., etc... Il esta croire qu'il en a existé aussi 
à Champagna, à Morges, k Véria, h Saint-Vincent et à Saint- 
Martin-eu-Brcsse, oii des champs portent encore les noms de 
MéseUerie, Maladière, Malatière, MaUerre, etc.. t*W), 

Quand une personne était jugée atteinte dB la lèpre, on 
lui faisait un service religieux comme h une personne morte, 
puis on la menait h la Borde ou léproserie, située en plaine 
campagne, loin des habitations. En effet, elle était morte 
civilement et se trouvait privée de la faculté de succéder et 
jde disposer. A leur entrée, les lépreux prêtaient serment 
1.* d'obéir au maître de l'établissement; 2.® de n'entrer 
dans aucune maison , dans aucune église , ni dans les tri- 
bunaux, moulins, ou autres lieux de réunion; 3.* de ne 
point regarder dans les puits ni les fontaines communes» 
et. de n'y point laver leurs pieds, leurs mains, ni leurs 
linges ou vêtements ; 4.® de pourchasser le bien , l'honneur 
et le profit de toute la communauté; 5.^ de partager les 
aumônes sans fraude entre tous les lépreux ; ^J* de ne point 
passer sur un pont sans avoir des gants aux mains ; 7.® de 
ne boire que dans leur tasse ou leur baril ; %^ de cheminer 
par le milieu de la charrière et de ne parler h quiconque, 
comme encore de ne passer devant personne, si ce n'est au- 

• (109) L*hiftorien de Polis ny ûgnoie une plot grande proportion de lépvote- 
riet dans U vignoble du Eevermonl que dana U nionlagne. Cependant le d^ 
nombrement cpii précède n*en conttiite que dix dans les paya de TÎgnef» et qua- 
torze daufl la montagne on la pUine aant Tignea. D*ud autre c6té, t*il y etiit 

; (kus léproterics à Beeune, H y en enit ansti deos i Aalnn et dens à Anwne. 



CHAriTRE XXX* • 157 

dessous du vent; d."" enfin, d'être muni d'un baril ou d'une 1435 
tasse pour boire , et d'avoir des cUqueUcs ou castagnettei 
en allant mendier, aûn d'être mieux connu de tout le 
monde C»*®-'. 

De telles mesures de précaution font assez juger combien 
était contagieuse cette maladie, qui cependant ne Test plus 
de nos jours et qui se trouve maititenant aussi rare en 
France qu'elle y était commune alors. Ces mesures ont été 
mises en usage, depuis un temps immémorial, en Orient, et 
eDes le sont encore dans l'Amérique équinoxiale , notam- 
ment dans la Guyane , où existent toujjours des léproseries 
et pianeries. 

Cette maladie affreuse subsista, ainsi que les hospices 
qui loi étaient consacrés, pendant bien des siècles, jusque 
même dans le seizième et le dix-septième. A Beaune, en 
1675, une fille lépreuse vivait encore, avec sa scr>*antc, dans 
une loge de la léproserie, oii elle mourut et dont elle Ait 
le dernier habitant. A Arc^en-Barrois près de Langres, en 
1607, se trouvait aussi un lépreux séquestré dans l'hospice 
q)édal. Cependant, en général , avant la fin du 17.* siècle, 
toutes les matadières ou léproseries furent réunies aux hô- 
pitaux ou hospices du voisinage, parce qu'elles n'avaient 
plus lenr destination. Quelles réflexions graves se présentent 
k l'esprit, sur la cause et la marche de ces maladies nou- 
velles qui, après avoir décimé l'espèce humaine, qui , après 
avoir été éminemment épidémiques ou contagieuses , finis- 
sent par se mitîgeret môme par disparaître!... Tels furent 

(no) On Ht duns les rrauchites de Cuiteaus, en i sSS, et de Saint-lanrenMa- 
Bodie, en iaf4, quelaqnalifieation de mésiaù, donnée à qué!qn*iin,^(ait'nne 
injore punissable d'amende. Il en était de môme à Coligny, Jasseron et Ceysérta. 

Le Urrier de ta beronie de Brangea disposait des cerrécs (cœnra et poamons)^ 

des bèlMtoéetaus boudieries en faveur des ladres ou lépreux, ainsi que des 

queuM de cuira tannés dans la seigneurie. MaiS| en i€oa, cela ne se pratiquait 

défi plus... A Dijon, on i379, les bouchers devaient au maître* de la mahderie 

les laugufls de* bomla et les onglat des porcs tués durant U foire de Touttaint. 



158 BisTaiRi bm giout. 

1435 autrefois le mol des ardents et le feu de Saita-Anicbie av onzKme 
siècle (<<i), la pene nohre de 1349, et dansdes temps plus mo- 
dernes ou même de nos jours, ]aLinala^vaUriemieei le choléra. 
S 10. Il est difficile de déterminer positivement le lieu oii 
était établie la léproserie de Gigny. Cependant, il paraît très 
probable qu'elle eustait à l'ouest de la commune , sur les 
confins du territoire de Téria. Elle s*esC peut-être transfor- 
mée par la suite en la métairie ou ferme connue sous le nom 
de Grange de Vide, de qui me le foit présumer , c'est que 
dans cette localité se trouvent: 1.** le hois delà Lairerk ou 
du Ladre(^^^^ qui a dépendu de Toffice de TaumAnier jusqu'à 
la fin ; 2.* la Terre de la Malatière, proche du petit Yéria ^^^^ 



(i 1 1) La r«ligicii ebréHemie mI Cimjoiirt lur UIirêclM qjamaà H t'agH de 
ligcr les donleun et de amaoler les infoftiuiet. le peile de f eSy» wppiâém iè 
mud dêë mrdêntê^ dooiia nai^tanee à ta tm^fiMs dm Dkiu €eUe de lefi. 
Bons le nooi de/tM ttteri^ ameoa PétablUteBBentdet hotptoea ott 
dg SaimhJntoinê de Fîênmoit, dent letqoelleB lea religieux anloniiàa aoigaaieDi 
les matadct. Cette maladie, Denainée encore fêm de Saint' Jnlmmffèm d» Smitd" 
Uareêlf était une esptee d'érynpële on de charbon qui ftiiiait périr phla ooémI M 
vite en gangrenant la peau et let chairs )asqa*anx os. Elle dora aotnt qao le 
lëpre et ne cessa cependant qa*à la an dn ziil* siècle. Dan» notro ToMnafe» tt y 
atait des commanderies de Saiist-Anloine à Boorg en Bress^ à RnflE^, à ChaloB- 
•or-SaAne et à Biloon. 

<i II) Le taoiUdrê dérWe de Lasarc, léprenx mendiant de la parabole àa ma»> 
Tais riche, rappariée dans l*éfengile de saint Lac Ce Laiaro, qn*il aofiMt^pia 
confondre itoc l*ami de J^C, élsit le petroa des léprenx, et on rappeUU JC S» 
Ladre dans le moyen ége el même jnsqne dans le xm.* siècle. Lee Uprevs 
étaient anssi quelquefois nommés imMortSt et les léproseries ImxarHê* Ce der- 
nier nom est même encore censenré aux établissements de qnarantaiiie edMf c 
les maladies pestilentlellct oontagieuses comme la lèpre. Ceini de imMmrwds est 
doaaé aux Hkendiaats de Maplas, censés desoendaDU des anciens Uptetts. 

il 1 3) Il esiste encore des champs dits en la JCs/^Aàrv, proche Tétang IJFol» 
■mis ils sont situés sur le territoire de Yéria* On trouTC dans les inTeataiiee 
i*lndieatien d*nn abeif œge faitf en iS4a,par nos religieux, de deux teppes 
ou hermitures è Véria, lieu dit en la SUladiirs dês iU/n^ts. Quant au PHiê" 
Vyim qn*eo indique Ici proche d*ttn bie^ il n*esl pas fhcile d'en déterminer le 
liatttàaolnsdelepbcerprèsde l^mden diàlecn. CL MaiOft dliit noCilrt «n 
PoUl-Véria «a lijitpnit à Lowptnnn «a t<f t. 



CHAPITRE XXX. 159 

dont on abergeage fat bit en 1612, au profit da même ofll- 1435 
cier daostral qui était diargë, comme on a vu, de l'adminis- 
tration de rhoqpice, et précédemment sans doute de la lé- 
proserie , parce qu'il est probable que cette dernière iVit 
rénoie anpremieH^^^). Si Tosile des lépreux n'eusta pas en 
cette localité» on peut présumer qu'il a pu être établi en 
celle dite la Cenàire^ ohl'on reconnaît qu'il y a eu ancienne- 
moit des habitations et ou l'on a même trouvé des tombeaux 
et des ossements. 

Quoiqu'il en soit, la léproseHe de Gigny fut sans doute 
iae des donze maladières plus voisines, à chacune desquelles 
Jean d'Andelot, seigiienr de Gressia , donna par son testa- 
ment, en 1347, deux centssails estevenants. Ce seigneur imita 
01 cela tes deux Etienne de Coligny, ses parents, seigneurs 
f Andelol, qui iront aussi, en 1318 et 13â8, des legs aux 
fivenes léproseries de rsflrchiprêtré de Coligny. A la même 
^poqoe environ, c'est-Mife, en 1331, un autre seigneur 
■oins généreux, Jean de Montaigu, avait ftiit un legs de trois 
lois à chaome des maladreries de Glairvaux, Poitte et Nan- 
fnJM 

$11. Malgré que j*ineline fort k placer l'hospice des lé- 
prenx pris du bois du Ladre et de la terre de la Malatière, 
je (k»s avouer que les cent journaux de terrain qui consti- 
laaieBS la grange de tUe ne dépendaient pas de roitice de 
PaomAnter, comme le bois contigu, mais appartenaient an 
prieur dn monastère, ou h la mense prieurale , depuis plus 
de 200 ans. 

En Tannée 1607, cette grange était nommée Max Galbrg^ 
probaMementdn nom de ceux qui l'exploitaient et qu'on peut 
croire originaires de Yéria, ou une famille Galebry ou GaU" 
hier existait dans le dix-septième et même jusques sur la 

(ii4> Dm» oerteiocf Mmjet oonme k S» Seine» il y tTait un oflkier clanilnl 
ip^âalMMOt chaiié d*«clBiniatr«r U léproscri«| et pour ccU nommé HUiitrê éh 
U tuUmiikn^ rêcUmr éU U léprouriê. 



160 HISTOIRB DB GIGNY. 

143$ fin du diiL-huitième siècle. Dans l'année 1607 précitée ^ ce 
meix fut acensé ou loué moyennant le cens en directe de 
deux pareils de blé, par moitié firoment et avoinie, et de neuf 
gros d'ai^ent. Ce fut le prieur de Gigny lui-même qui passa 
cet acensement à un membre de l'ancienne et honorable fti- 
mille Pyliot, lequel y fit reconstruire des bâtiments. Dans cet 
acte, on consigna que « ledit meix consistait en terres, prés, 
« jardins, bois, buissons, cheneviëres, tri que le tout était 
a ainsi porté par l'ancienne reconnaissance^ sauf de la 
a censé. » Cet acensement fiit motivé a k raison de ce que 
a ledit meix était vaque, en firiche et en hermiture, la déli- 
a vrance en ayant été £iite, après plusieurs prodamats aux 
<r églises de Gigny et de Véria. » 

De nouveaux acensements de ce domaine furent faits, en 
1667 et 1691 , sous le nom de Grange de l'ide (115) , par le 
prieur de Gigny , à d'autres membres de la même ftinille 
Pytiot. Mais Tingratitude du sol ne permit pas d'en conti- 
nuer fructueusement la culture par la suite. Il paraît même 
qu'en 1712, cette grange était déjà abandonnée par les cen- 
sitaires, et que le prieur de Gigny la reprit de droit, k rai- 
son de déshérence, car alors elle fut louée par lui, moyen- 
nant une faible rétribution en grains. Quarante ans après, 
en 1752 , un autre prieur, J.-J. de la Fare , l'accusa k per- 
pétuité à son fermier-général. Or , dans ce nouvel acense- 
ment, on lit, comme dans celui de 1607, que la grange de 
llslc était vacante et abandonnée depuis plus de 60 ans; 
que les censitaires précédents n*avaient pu en retirer le cens 
k payer ; que les terres étaient réduites en hermitures, k la 
réserve d'un petit canton ; qu'on ne pouvait reconnaître les 



(Il 5) L*élymoIosle de celte dénomination n*eat paa connue. Ontroaw 
ment qa*une loealité de la prairie de Gigny, prèa da moulin, a*appelle «n PIsU^ 
et qu'elle portait déjà ce nom dans un titre de 1570, peut-être à canto d'une Ne 
■voîkine que formait autrefois la riyib^ Mais on ne Toit aucun rapport entre 
cette localité et la grange de Tltle. 



CHAPITRE XXX. 161 

trestises des anciens bAtiments au milien des broussailles; 1435 
que les éche\ins en loua? spt les prés pour recouvrer rim- 
pAc» etc... Cependant le nouveau censitaire , se regardant 
comme propriétaire incommutable , administra mieux ce 
domaine , y établit des bois et l'améliora beaucoup. Cette 
smélioration fixa l'attention et excita les regrets dé nos 
BoUes religieux qui, en 1768, intentèrent une action contre 
le censitaire pour foire annuler cet aoensement, parce qu'il 
aiait été fait en secret sans leur consentement. Et, en effet, ils 
oblinrent gain de cause, firent un traité en 1769, et on volt 
fi'en fiStrier 1770, sur leur requête, l'intendant de la pro- 
vioce déchargea ce domaine de l'impôt dont il était affecté, 
parce qu'il venait d'être réuni aux biens du prieur dont il 
bmit partie ^ et qu'étant un bien d'ancienne dotation , il 
devait être exempt d'impôt. On voit aussi qu'en 1771, ils le 
louèrent pour 29 ans au prix annuel de 460 fhincs. Il Ait vendu 
comme bien national en 1793, et aujourd'hui on reconnaît 
eaooreles ruines de l'ancienne maison de ce meix. En 1755, 
ta route nouvelle fut tracée et établie au milieu de ce do- 
■aine. 

% 13. Il n'existe maintenant h Gigny d'autre établissement 
de bienfaisance ou de charité, que celui qui a été fondé et 
doté par la générosité de 1 abbé Syl v. Regaud et de ses sonnrs. 
Cette donation fut autorisée par décret du 19 juillet 1810 ; 
mais l'établissement n'a* été organisé et mis en exercice 
qu'après la mort du dernier des donateurs, arrivée en 1829. 
U est composé de deux $oeun de charité qui donnent gratuite- 
ment l'instruction aux petites filles et portent des secours h 
domicile aux indigents et aux pauvres malades^ 

S 13. En la même année que testa le prieur Chatard, c'est- 
ihdire, le 8 juin 1435, nos religieux achetèrent, de noble 
Claude de la Baume , les cens qui lui étaient dus à la Pé- 
rouse et à Montrevel. Ils devinrent ainsi seigneurs encore 
plus exclusif dans leur terre qu'ils ne l'avaient été jusqu'à- 

11 



( 



162 HISTOIRE J>K GiaMT. 

1435 lors. Cel article d*inveataiP8 laisse certainement beaucoup 
h désirer^ mais il est à croire qu'il y est question de Qaude 
de la Baume» comtjS'd^ Montrevel-ea-Bresse et gouverneur 
des deux Bourgogues, auquel ces cens étaient probablement 
duSf li cause de sa seigneurie de Yallefin et Gevria. En effet, 
on verra plus tagrd qu'à cette miôme seigneurie des cens 
étirent aussidu» au village voisin. de Morges» en 1423, 1440, 
et même encore en 1^5 et 1572. 
1437 s 14. Notre prieur Chatard est» en outre , connu par une 

^ ^^' charte importante du 4 lévrier 1437 » relative k i'oflSce do 
cellérier. Par cet acte , Jacques de la Rocbe y cellërier du 
prieuré, abei^ea ou acensa à perpétuité, à Jean .Caillon e( ii 
ses deux enfants Pierre et Louis Gailkm , et k leurs suôce»- 
seurs, le meix^ou la grange du Villars dépendante de son office. 
L'acenscment comprit les accessoires quelconques de cette 
grange, tant en maisons qu'en prés, champs , bois, pftquiers, 
cours d'eau et autres droits ou propriétés au-delà et à l'o- 
rient de la montagne de Cessey. Il fut^ stipulé moyennant la 
rente et le service annuel de cinq florins de bon or de Flo- 
rence , de deux quartaux de blé , par moitié froment et 
avoine^ à la mesure de Gigny, d'une poule ou geline livrable 
le jour du carnaval de Tavent^^*) , et de trois corvées 
pour faucher , fener et voiturer ^^^'^K L'acte de cet aber- 
geage fut rédigé par Jean Moura de la Pérôuse , prêtre et 
notaire public de l'autorité impériale , dans te chapitre dn 
prieuré convoqué au son de la cloche. Il fut consenti et ap- 
prouvé par le prieur Chatard et tous les religieux, et rcvéui 



(iiD Oa pntiqiuit ione encore, on db moins on oonnaîsMft toQJonrt Te 
tarimê d9 la Saint^Hmtiin qui danît pendent tout i'aTenl, et Ion dnqnel en 
jeûnait le lundi, le mei-credi et le yendredi, en célébnnt la meue le toir*coBBBM 
dam le grand carême. Il ei^ est question dans les actes du concile dt Biâoon en 
SIS. et à d'autres dates postérieures, notamment en 75o« 

(I If) Cm rederances ent été acquittées fusqu*à la fin par Tes liabiTantt da 
VUlarsp quoique les invtnUirti ne lee inentioiuieal pas positifemeat. 



CVAPtTKK XXX. Hi 

de leurs sceaux^ en présence de Guillaume de Saint-Jérôme , 1437 
cbambrier de Nantua , de Guillaume du Bois, damoiseau, 
d'ÉUenne de Beaulieu et autres témoins. 

S 15. Le Tillars, qui est une section de la commune ac« 
taelle de Gigny , n'était primitivement, comme son nom 
findique, qu'une grange, une métairie, un domaine, un« 
vSb, appartenant an cellérier. Cl'était la Grange de Cellirk\ 
ainsi qu'on l'appelait encore il y a 40 ans. Elle existait an- 
dénuement au nord du village d'aujourd'hui , dans une lo-* 
odité qii^on nomme toujours le vieitx VUlars , eu l'oti recon- 
Dftit même les ruines de quelques anciennes niaisoiis formant 
des mwri/ers de pierres qui ont visiblement éprouvé l'action 
du feu, et qui sont mélangées de débris de tuiles. On a trddvé, 
enfouie dans un de ces mnrg^srs, une croix en pierre garnie 
de ses croisillons. Bn labourant, il y a quelques années, 
h terre meuble et charbonneuse d'un champ voisin, on a 
découvert, non-seulement de petites pièces d'argent portant 
l'empreinte d'une croix, mais encore le pavé en pierre d'un 
four bien reconnaissable. Cependant il est À croire que ces 
andenn^ habitations n'existaient déjh plus lors de la charte 
de 1437 qui nous occupe , et que la grange du cellérier 
le trouvait à oette* éi>oque reconstruite dans le lieu oii est 
' le village actuel; Du moins un de nos titres mentionne, h la * c is». 
date de 15M, la Fontme âuvieux VUlars. ' 

S 16. L'acensement perpétuel consenti par le cellérier 
ftit une cause d'accroissement rapide pour le Villars. Ce lieu, 
qui n'était composé alors que de trois ménages , formait 
déjà en 1546 uçe communauté de huit ou neuf feux, ayant 
des échevins, laquelle s'élevait à douze au commencement 
du dix-huitième siècle , et il se trouve peuplé aujourd'hui 
décent habitants. Il avait été érigé en commune distincte 
en 1790, mais il a été réuni en 1821 h celle'de Gigny. L'é- 
tendue de son territoire est de cent hectares imposables. 

Ce ftit sans doute parce que le Villars n'était primitive- 



164 HISTOIRE DE GIGNT^ 

14S7 ment qu'une grauge du monastère, que les habitants en 
restèrent exempts, jusqu'à la fin, de toutes dîmes. Mais, 
d'ailleurs, ils furent toujours assujettis aux droits et devoirs 
seigneuriaux, comme les habitants des autres villages de la 
terre de Gigny, c'est-à-dire qu'ils étaient mainmortables , 
corvéables , justiciables , obligés aux montres et rendues 
d'armes, à la bikhe du coulon, au guet et à la garde da 
château où ils étaient retrayables, etc.. }ls voulurent con- 
tester ces devoirs féodaux dans le dix-septième siècle, mais 
en 1660 le prieur les fit constater par une enquête. 

S 17. Si l'acensement de 1437 (ht avantageux pour le 
Villars, il fut au contraire funeste pour Gigny ; car il devint 
lacause.de procès sans nombre et comme interminables 
entre les habitants des deux localités , notamment en 1451 , 
1546, 1627, 1648—1668, 1667—1673, 1688—1689, 1715, 
et surtout en 1726 — 1751. Comme le titre d'acensemeni 
comprenait toutes les propriétés du cellérier, à l'orient de la 
montagne de Cessey (aiyourd'hui Gnsey) , ceux du Villars 
ont toujours prétendu aux droits de pâturage , d'usage et 
même de propriété dans les bois communaux de Gigny, situés 
en cette localité et au voisinage. Comme, d'un antre c6të, 
on avait laissé ces habitants jouir de -ces droits dans un 
temps où ils étaient peu nombreux et où les bois étaient 
presque sans valeur , les juges ont to^jours prononcé en 
leur faveur et condamné ceux de Gigny, pensant probable- 
ment que la possession était le meilleur et le plus naturel 
interprète d'un titre obscur. Ces divers procès furent portés 
devant tous les tribunaux, depuis les plus inférieurs à Gigny» 
Orgelet et Poligny , jusqu'en appel et en cassation à Be- 
sançon et à Paris. On épuisa tontes les espèces de juridic- 
tion civile, administrative, de police, des eaux et forêts, etc.. 
Voici une coufte notice du plus long et du plus décisif de 
tous ces procès : 

En 1726 , le domestique d'une femme du Villars, ayant 



CHAPITRE X\X. 165 

emporté un fogot du bois de Tancu, fut condamné a Tamendc 1 437 
par le juge de Gigny , ensuite d'un rapport de garde , et la 
cause se trouya engagée. Le condamné ayant interjeté appel, 
les habitants de Gigny, d'une part, et ceux du Villars, de 
raatre, intervinrent. Le prieur et les religieux du monas- 
tère (tarent aussi appelés en garantie par ces derniers. Après 
de longues plaidoiries, de nombreux factums d'avocats, 
beaucoup d'incidents , plusieurs jugements préparatoires 
et interlocutoires, et une enquête faite sur les lieux par un 
joge-commissaire du parlement , les parties se rapprochè- 
rent et soumirent leur différend h trois arbitres, les avocats 
Bariod , Tissot et Varod, de Lons-le-Sausier et d'Orgelet. 
Qr» ces arbitres, par une sentence rendue à Nancuise, le 
S7 septembre 1711 , ac^ugèrent aux habitants du Villars le 
droit de pâturage dans tous les bois de Gigny situés h l'o- 
rientetau nord delà montagne de Cessey, jusqu'aux limites 
du territoire de Pymorin , et ils leur interdirent tout droit 
d'usage dans les mêmes bois , avec compensation des dé- 
pens. 

Cette sentence baroque et bizarre mécontenta les deux 
parties, et comme elle n'était pas définitive, les habitants du 
Villars en appelèrent, en ce qui touchait le droit d'usage 
refusé. Enfin, le 31 août 1751, après dix années de lenteurs, 
« la cour les garda et maintint dans la jouissance et pos- 
c session de couper du bois, pour leur usage, dans la partie 
c des forêts communes de Gigny, situées au levant de la 
ff montagne de Cessey, et jusqu'aux limites du territoire de 
c Pymorin , faisant défense aux habitants de Grgny de les 
c troubler dans cette possession, à peine de garde enfreinte 
c et d'amende arbitraire. » Le droit de pâturage subsista 
en vertu de la sentence de 1 741 . 

Les habitants de Gigny se pourvurent en cassation contre 
cet arrêt, mais ils succombèrent encore. Aussi, dès 1758, 
ils appelèrent ceux du Villars devant la maîtrise des ouux 



166 HISTOIRE DE GIGNT. 

1437 et forêts , pour se libérer de iMir droit d'usage, au moyen 
d'un cantonnement qui* ne fut réglé qu'en 1770. Nonobstant 
ce règlement, il y eut encore bien souvent des difficultés et 
des procès, soit à Polîgny, soit h Besançon, ausi^et du droit 
jdc pâturage et de la défensabilité des bois taillis. Les ha- 
bitants de Gigny cherchent même actaellement k se débar- 
rasser de ce droit par quelque indenmité. 

Il faut respecter la chose jugée, mais il est peripis de té- 
moigner sa surprise de ce que les juges aient interprété le 
ti trede 1437, qui ne parle que desbiens situés àTorient delà 
montagne de Cessey, par la possession» non-seulement des 
bois qui existent dans cette direction, mais encore de ceui 
qui se trouvent au nord. Cette montagne ne se prolonge 
point en ce sens jusqu'aux limites de P^morin , elle cesse 
k la gorge du chemin de la Crnrjc Chaînée ; au-delà » cette rnour 
tagne prend le nom de Haui Perrier. Il est remarquable aussi 
que le territoire du Villars fiait vis^-vis cette gorge « terfir 
toirc autrefois exempt de dîmes, et qu*au-deià, en allant 

c. m. aiu nord , commence le territoire et disinaige de Gigny» Il 
n'est pas supposable que le cellérier ;Mt eu des droits à con- 
céder au-delà du domaine de son ofiice. On devait donc 
considérer , comme actes de tolérance simple » les faits.de 
possession excédant les termes du titre. Les juges n'eurent 
d'ailleurs aucun égard à une transaction contenant bornage» 

C 1». relative k un pareil différend, et &ite en 1546, de l'agré- 
ment du prieur et du cellérier, entre les habitants de Gi- 
gny et ceux du Villars. Ils ne considérèrent pas cet acte 
digne de foi , comme n'étant signé que du seul notaire J. 
Chapon , originaire et habitant de Gigny , et comme ne 
concordant pas avec la possession postérieure des habitants 
du Villars. 



CHAPITAB XXtI. 1^7 



CHAPITRE XXU. 

PIERRE DB MOREL. — JEAN LEJEUNE, prieurs. 

S 1. La sncêession d'Hombert de Chatard, mort peu de 1440 
tOBps après racenseraent dur Villars, fàt ardemment con- 
Toitée et Thement disputée, savoir , par Pierre de Mùrel, 
fam Lejeune et Etienne de CJuaum. Le premier étant par- 
lenu k en prendre possession, le cardinal Lejeune, fevori- 
et protégé da dnc Philippe-1e-Bon^ soutint en avoir été 
poorvn avant luf, et Etienne de Chaussin fit aussi valoirHes 
droits et des prétentions. Cette contestation fût portée en cm. 
cour de Rome, et, après bien des longueurs, le pape la ter- 1442 
nina par une bulle du 4 juillet 1442. Or, non-seulement il 
maintint P. de Morel dans la possession du prieuré de Gigny , 
mais encore il le nomma titulaire de l'abbaye de Saint- 
Oande, qni venait de vaquer, en accordant toutefois des 
lettrée de rherife ou de survivance pour notre monastère, au 
cardinal de Suinte-Praxède , après la mort de son compé- 
titenr. Cette bulle constate , à l'égard du prieuré de Gigny , 
le premier empiétement des papes sur le droit d'en élire 
les titulaires. Le souverain pontife déclare même en nommer 
dief le cardinal lîejeune, nonobstant qu'il ne soît point reli- 
gieux profès ni de l'ordre de Cluny , ni de tout autre ordre 
régulier, et nonobstant tous usages, règlements et statuts 
contraires. En s'arrogeant un semblable droit , il violait 
manifestement la bulle de son prédécesseur Formose, por- 
tant fondation du prieuré en 895 , et il y introduisait la 
ammende de sa propre autorité, comme on ne tardera pas 
de le répéter. 

S 2. Pierre de Morel était d'une famille noble , d'origine 



tU3 



168 HISTOIEE DE GIGNT. 

îlalienne , dit-on , mais établie depuis long-temps en Fran- 
che-Comté , notamment h Salins et à Poligny. Bugues de M, 
y vivait déjà avant 1296, ; Jean de M. était chanoine à Saint- 
Ànatoile à Salins, en i3iM(; Oihenm de M. de la même ville» 
chanoine à Besançon, avait testé en 1343; Pierre de M, qui, 
plus tard , devint conseiller du duc de Bourgogne , demeu- 
rait à Poligny en 1359; Guillemette de M. avait épousé 
Etienne de Beaufort» seigneur de Beanlieu, qui testa en 1368; 
Pierre de M. était maire de Dijon en 1387, et Hvynes de If., 
son fils, secrétaire du duc de Bourgogne, en 1390, etc. 

Une branche de cette famille vint s'établir à Or^let, an 
milieu du quinzième siècle , et posséda , pendant près de 
trois cents ans, les seigneuries de Mérona, Éorille , Vire- 
cl^l , Viremont et Champagne. 

Plusieurs membres de cette même famille furent revêtus 
de dignités et emplois honorables. Deux, par exemple, fu- 
rent conseillers des ducs de Bourgogne ; un autre coopéra 
k la rédaction de la Coutume de Franche-Comté ; un qua- 
trième fut évéque de Saint-Jean-de-Haurienne et prieur 
d'Arbois et de Coliguy ; un cinquième abbé de Baume ; M 
sixième abbé d'Ambronay , etc.. Enfin , outre celui qui Ait 
prieur à Gigny et abbé à Saint-Claude, on trouve deux au- 
tres individus de celte maison, dont l'un, Etienne de M. , ftit 
pitancier de notre monastère en 1473, et l'autre, Clmadm 
de M., en'.fut simple religieux en 1580, 161t, et même encore 
en 1620. L'abbaye de Saint-Claude eut aussi pour titulaire 
un second Pierre de M. y mort en 1509 et peut-être filleul de 
notre prieur. 

S 3. Jean Lejeune, de Contay, ne tarda pas long-temps 
après la bulle de 1442 k prendre réellement possession du 
prieuré de Gigny ; car P. de Morel mourut le 1 1 février 
1443. Ce nouveau prieur. Tua des plus illustres de notre 
monastère, naquit en 1410. Son père , Robert Lejeune de 
Qontay , qui , d'avocat , devint gouverneur d'Amiens et 



CHAPITRE XXXI. 169 

d'Arras, pour le duc de Bourgogne, étant tout<h-fait en fo- 1443 
Teor auprès de ce prince, le fils (Vit nommé en 1430 h Tévé- 
cbé de Micon, en 1433 h celui d'Amiens, et en 1436 à celui 
de Térouane. Ce prélat remplit ensuite avec succès , pour 
le pape et pour le duc, diverses missions aux conciles deBftle 
et de Florence et ailleurs. Or , en récompense de ces ser- 
fices, et à la sollicitation de Philippe-le-Bon, il fut créé, en 
1439, cardinal-prétre du titre de Sainte-Praxède , et , selon 
plofii^irs 9 de celui de Saint-Laurent m LudnA. Dès-lors il a 
été surtout connu sous le nom de cardinal de Tirouane 
[ ORDci. MORmENSis ). Pcu S'en fallut même qu'il ne fût 
nommé pape en 1447, en remplacement d'Eugène IV, son 
bienfaiteur, dont il a écrit la vie. Il mourut en 1451, et , 
comme il était le plus il'iche des cardinaux de son temps , 
on a cru qu'on l'avait empoisonné, pour s'emparer de ses 
richesses. 

Bien que ce prince de l'Église romaine ne fût pas de 
Dohie extraction, bien que le pape ait commis une violation 
des statuts des abbayes nobles , en le nommant titulaire & 
Gigny, il eut néanmoins des armoiries. Son blason était 
ëcartelé au 1.®' et 4.*' de gueules, fretté d'argent et semé de 
ilenrsrde-lys d'or ; au 3.' de gueules, au lion d'or, langue et 
lampassé d'argent ; au 3.* d'argent, à trois faces d'azur, 
chargées de coquilles d'or. 

On inscrivit sur la tombe de Jean Lejenne l'épitaphe 
soivante : Hic jacet corpus R. Patris Donnm D. Joarmîs tituli 
undi Laurenln in Lucma S. R. E., cardirudis presbyteri, Mori- 
nenâs nuncupaii , qui ob'ât anno MCCCCLJ , die nona menas 
decembris. 

Miserere met, Deus^ qida m te speravit arùma mea. 

S 4. Du temps des deux prieurs dont il vient d'être parlé, 
nous n'avons trouvé h noter, à l'égard de notre monastère, 
que, 

l."» D'après les inventaires de Gigny, la vente faite , le 



170 BISTOIEB D£ OIGICT. 

1413 * stvril 1440, par Etienne de MontaigH, écsyer, aux religieux 
du prieuré, de ses terres, prés^ champs, maisons, chaseaux, 
curtils, vergers, meix, bois, rivières, pâturages, censés» 
rentes et autres biens (pielconques, rière Gigny, Loysia et 
Véria. 

2.^ Daprès une communication de M. Guichard, l'hom- 
mage qu'un nommé Pyat fit, en 1443, au cbambrier dn 
prieuré, d'un meix situé à Cbàtel. Cette note est importante 
en ce qu'elle prouve que, déjk à cette date, l'obédieiice de 
ce dernier lieu était réunie ik l'office claustral cité. 



CHAPITRE XÎXn. 

AYNAKD DE LUYRIEUX, prieur. 

1450 LuYRiEux est un hameau à Château, en Bugey, de la com- 

mune et paroisse de Béon, an canton a'ctuel de Champagne, 
lequel a donné son nom à une famille noble déjà existante 
dans le douzième siècle. Elle avait pour devise : Belle $tm$ 
Uânie^ et portait d'or au chevron de sable. 

Aynard de Luyrieux était le huitième fils d'Humbert de 
Luyrieux, chevalier, qui se maria en 1382, mourut en 1410, 
et fut enterré dans l'église de Talissieu, que ses ancêtres 
avaient donnée au monastère de Nantna. Aynard était d^k 
prieur du Bourget en Savoie et de Tallssieu en Bugey, lors- 
qu'au mois de septembre 1450, il fut nommé prieur de Gigny. 
La bulle apostolique, datée de Lausanne, qui le pourvut de 
ce bénéfice, fut délivrée par le célèbre Amé de Savoie, en 
sa qualité de légat du Saint-Sîége pour le Piémont, la 
Suisse, la Savoie, l'Alsace et les pays situés k l'orient de la 
Saône ("»). 

jtil) Àmé YUI| dit ItPadfique, né en i Jllt>3oniU de SiVoie ta it|i,prMiÎOT 



CHÀPITBB XXXII. 171 

D'aUlenrs, les seuls éfénements parvenns à notre connais- ^^^^ 
saBoe^qnise rattachent probablement iîa prienrat assez court 
d'Aynard de Lnyrieux, sont : 

1/Un traité fait, en 1451, entre le duc de Bourgogne et 1451 
le seigneur prieur de Gîgny, par lequel le premier accorde 
k celui-ci le privilège de n'être point imposé aux droits 
d'aides et emprunts de finances dans le cointé de Bourgogne. 

%^f}Qe Yeate faHe« en 1452, par noble Jean de Chavanne, 1452 
écayar, aax religieux de Gigny, des trois prés dits Balm, 
Catbdm et de la Culée, situés en |a prairie de Saint-Sulpice, 
produisant ensemble 30 voitures de foin, et formant peut- 
être^ le pré du \BraitZ des deniiers temps, que les nobles 
chanoines louaient avec la dilD^ de CondaL 

3.* Une donation d'un sol estevenant de rente annuelle , 1453 
£ûte, le 11 août 1453, par. Guyenet'SavorelH, au sacristain 
da prieuré, pour l'entretien du luminaire de saint Taurin. 

doc dt et nom» eo i4iCt fonda à BipaîUe sur les bords da Ucdc Gen^Yt , ud 
fnenéaai4iippvdâpa i4So,àoôlé,aiiBMgiiifiqaep«UU,qa*ilooinina Ermiiage, 
IM|oâUdcsJgnndcan du monde, il abdiqua le pouyoir eu fareur de son fils et se 
Tékêf cb 1434, dans cet ermitage chéri, habité par nu dojreu et par six cheYa- 
fisrt AoUes. Ces ermitet afaient un costume particulier, laissa&t croître leur 
krbe, portant ma habit et un chaperon de drap gria très fin, un bonnet d*écar- 
btc, une grosse ceinture d*or et une médaille de ce métal pendant de leur cou* 
Amé j menait une vie retirée et religieuse, selon les uns, ou une yie de délices 
tt de pbiaîrs, éelon les autres ( qui prétendent qn*il a donné lieu au proverbe 
/rinirl^M»lle),leraqv*en i43) il fut élu pape au concile de Bâie, en remplacement 
#Kqgèn^ IV* dépoaé ou destitué par ce concile. accepta cette éminente dignité, 
pritie nom de Félix V et exerça ^autorité pontificale en deçi des Alpes, tandis que 
Bofènc couiinua à Pexercer en Italie. Ce schisme dura pendant dix ans, jusqu'à 
h nomination de Nicolas T, époque k laquelle Amé, autrement Félix, renonça 
cntfril t44f à la papauté, pour rendre la paix à l*Église. Cependant» par pru- 
dan fil et dans U crainte de récrimioaiions, il se réserva et se fit accorder, au 
na de mai suivant, soit par le concile de Lausanne, soit par Nicolas V lui- 
I, les litres et dignités de cardinal évèque de Sabine , de légat du Saint- 
Siège et d'administrateur de Tévèché de GenVve et des prieurés de Nantua , 
Booaaia-lfeatier, Payeme et Saint-Bénigne. Il rentra ensipte dans son crmi- 
Mgt «à U »Miniit «A j«an« i4l» 



17â HI8T0IRK DE GIGNT. 



itB 



CHAPITRE xnin. 

BERNARD de la MUYSANCE , prieur. 

On ne connaît pas, dans le voisinage, de famille noble du 
nom de ce prieur, qui succéda sans doute au précédent, et 
qui est désigné dans les titres sons les noms de la Muysance, 
la Miuance, la Mussance^ la Nusance et la Nussance. 

1455 Le plus ancien acte cité dans nos inventaires, qui en fesse 

mention, est un a traité pas^, le 8 juillet 1455, entre mes^ 
(K sir€ Bernard de la Mmsance, prieur de Gigny, et les curé et 
a chapelains de Téglise paroissiale de Saint-Amour, au siiyet 
a de la mainmorte prétendue, par le titulaire de Gigny, sur 
a différents héritages situés tant k Saint-'Amour que dans 
a les faubourgs. » 

1457 II se trouve ensuite mentionné; en 1457, dans le testament 

t. )2:t. de Guillaume , seigneur de Coligny et d'Andelot. Par cet 
acte, fait au bourg d'Andclot , en la maison de maître Jean 
Vieux, ce noble seigneur constitua, pour l'un des exécuteurs 
de ses dernières volontés , vénérable et religieuse personne, 
frère Bernard de la Muysance^ prieur de • 

14GG Nos inventaires citent aussi aune donation faîte, le 18 

a avril 1466 , par révérend seigneur messire Bernard de 
a la Nusance, prieur de Gigny, aux religieux du prieuré, 
« d'une maison située à Saint-Amour, d'un pré k Saint- 
a Jean-d'Étrcux, d'un bois k Donsurc, et autres héritages. » 

1471 On a la preuve qu'il était encx)re titulaire k Gigny en 1471, 

parce que, en cette année, il fut désigné par le pape Paul II, 
sous le nom de Bernard, prieur de Gigny, pour l'exécution 
d'une bulle que Philippe de Savoie, dit Sans^Terre^ comte d« 
Bagé et seigneur de Bresse, avait obtenue pour confirmer la 



CHAPITRE X%\IV. 173 

fondation qu'il avait faite d'un couvent de cordclicrs à Pont- 1*71 

de-Vaux. Mais il est certain qu'il mourut dans la même 

iQoé«, car le pape Paul 11 étant mort lui-mémcf h cette 

époque, avant que la bulle eût été fulminée, le prince 

bressan en obtint une autre, le 20 juillet 1472, de Sixte IV, 

qui délégua pour la mettre à exécution B, Dymier, abbé 

de Chassagne, monastère de Tordre de Gteaux. D'un autre 

côté, l'un de nos inventaires cite a un titre d'édiange, k la 

c date du 11 mai 1472, entre les officiers et religieux de 

c Gigny, et messire Louis Masoyer, écuyer, par lequel les 

c premiers cèdent à celui-ci des biens provenant .do- fen 

( Bernard de la ihssancei, savoir, une maison et deux vignes 

c de 24 ouvrées, situées à Cuisia, contre la directe seigneurie 

c que ledit Masoyer et sa mère avaient sur des meix et hé- 

• ritages du fief de Gigny, tenus à Montrevel, et chargés du 

c cens annuel de sepipagnères de froment, huit rez d'avoine, 

c une geline et des corvées à requête et volonté, d 

Voilà k quoi se réduit tout ce qu'on sait sur Bernard de 
la tfoysance, en ajoutant, d'après les notes de l'abbé 
Baverel, qu'il a été aussi prieur de Saint-Déairé de Lons-le- 
Saunier, après 1439 et avant 1446. L'historien de la Bresse 
le met encore au nombre des prieurs de Coligny, h la date 
de 1457. 



acai 



CHAPITRE XniV. 

BENOIT DE MONTFERRAND , prieur. 

MiM du prieuré, en commendc. 

S 1. Nous sommes arrivés à une époque de grande per- 1473 
turbation dans le régime monastique, à Tépoque de la mise 
en comménde. 



174 HISTOIRB fifi 6I01IT. 

1472 Dans le principe , et cooformément à la règle de saint 

Benoit, les moines devaient choisir Tnn d'eux pour abbé; 
libres de l'influence de tout» autorité civile et ecclésiastique* 
Ils faisaient ensuite consacrer et installer l'élu par an éréque 
de leur choix. Ce droit d'élection est fomiellenient.exprinië 
dans les chartes de fondation de Gigny et de'Gluny, mais les 
papes n'ont pas tardé à l'usurper, à l'empiéter. 

Dès le onzième siècle, ils écrivaient aux religieux des 
lettrei de recommandatum en faveur de ceux auxquels ils 
voulaient procurer les bénéfices vacants. Dans le siècle sui- 
vant, jUs changèrent ces lettres en mandemenu de proimiûm 
qui contenaient un -ordre exprès de conférer lesdita béné* 
fices k ceux qu'ils indiquaient. Plus tard, dans le quatorzième 
siècle, on en vint à l'usage des huUes de amfimuukm avec 
droit d'annates, puis au monopole des grâces exfeeuàwi» et 
des huUes de réserve par lesquelles les souverains pontifes 
promettaient, moyennant finance et d'après un tarif propor» 
tienne aux revenus, la nomination à telles abbayes qui 
viendraient à vaquer. On vient d'en voir un exemple dans 
la bulle délivrée, en 144â, en faveur du cardUial de Té> 
rouane..Cet usage persista dans le quinzième et même dans 
le seizième siècle, nonobstant sa prohibition par le concili 
de Bàle et par la pragmatique sanction. On se prêta ensuite 
aux permti/o/kms dès-bénéfices entre titulaires^ et ces permu- 
tations amenèrent bientôt les risignatkm en faveur de certains 
individus, comme aussi les nominations de coadjuteun, qui 
perpétuaient la succession des riches monastères dans les 

4 

. mêmes familles. 

Le système d'élection se trouva donc supprimé, et son 
ombre fut seulement conservée comme formalité. Cependant, 
jusqu'au quinzième siècle, tout en violant le principe élec- 
toral, on ne nomma pour abbés que des moines ou religieux 
réguliers proprement dits et résidants, et on ne permit 
guère le cumul des bénéfices. Mais depuis cette époque, la 



.CHArPlTRE XXXIV. 17S 

emuuendeàyamtété aânlse, on ne garda plus ancnn méndS[e- 1472 
HMoi, auGuii respeet ponr les conciles. Le pape nomma 
doiiG pour chell» des abbayes ou des prieurés des ecclésias- 
tiipieB ârangers nmi-^sMilement k <^s monastères, mais 
encoM à ktne monasUqae, lesquels n'étaient point astreints 
kia rëskleDce et pouvateot cumuler toutes sortes de béné- 
loes et de dignilés; Ce fia ^ dit saint Julien de fialenrre, 
k mrne tape de Véîât nunuiuAqm, la ruine âe$ boni mono»* 

«Cl* 

Lee mis fannorisàrent ee nouvel ordt^de choses, parce 
qi*ilt ; trovrèrqBt on moyen d'dter aux établissements re« 
lipMix leor indépendance et; leur puissance, un achemine- 
■ent k s^en^parer de leurs biens, et une occasion continuelle 
f eariehir des bvoris ou de récompenser des services. 

SeleurcAté» les moines eux-mêmes s'y prêtèrent, li cause 
davdacliement.de la discipline. Hs préférèrent aisément 
des abbés sëcoliers et non résidants avec eux , parce que , 
hors de lenr surveillance, Us pouvaient vivre en plus grande 
liberté» jyaiUewps , lorsque .des moines eurent des velléités 
de reprendre ou de recouvrer leurs droits électoraux. Tau- 
torité royale intervint et mêla les menaces aux prières, ainsi 
qi'îl arriva h Clnny en 1538 {precihm armatis). • 

g 3. L'abbé ou le prieur commendatalre n'était donc 
pas un moine ou un ecclésiastique régulier, mais ordinaîre- 
menl un ecclésiastique séculier en feveur royale ou aposto- 
lique , cumulant déjà le plus souvent d'autres abbayes, 
d'aatpes prieuré» ou riches bénéfices, et revêtu quelquefois ] 
en outre d'une ou de plusieurs hautes dignités dans l'Église, 
comme d'évêque , d'archevêque ou de cardinal ^i^^K Ce cu« 



(I ig) Lflt ctMMiles d*Ag4«i ea 5oCi d de Veniicb en ie4o« aftieat âéttndn ans 
ibbêt de pottéder pliu <l*im inonMtb>e. Miif, dit Mabiilcmt de nombrenies ia- 
fnetieiis à cette défcDee fnrent eommitci, cir niion de la Tcrtn de qnelqnea^ 
«ot et de b cupidité d« plniienri aotrct. Avant le xv.« siècle, ce cnmnl était 
tenjeart proki^ et è pen prêt iansité| de forte qn*nn titalaireqni était nommé 



176 HISTOIRE DK GlOlir. 

1473 mul enorgueillissait le titulaire, et tandis que Tabbë régoUer 
se' qualifiait ou était qualifié de frère, ou d^kunMe obbé^ oa 
de vénérable et reliffleute personne, Tabbé commendaUdre pre-* 
naît le titre de mesure ou de révérend père en DieUt en fid* 
sant un étalage pompeux de toutes ses dignités el de les 
bénéfices. Les deux tiers des revenus du monastère apparte- 
naient à celui qui le tenait en co^pmende et formaient la 
mense abbatiale ou pri^urale. L'autre tiers était deaCÎDé k 
nourrir et à entretenir les moines , comme aussi k réparer 
réglise, l'abbaye , etc... U avait, en outre, la collatioo des 
bénéfices dépendants de l'établissement, la Joridictioa exié- 
rieure sur les clercs qui en relevaient, les droits honorifiques, 
celui d'insti tuer les oflSciers judiciaires ou de police , si le 
monastère avait seigneurie , celui de nommer les oflteiers 
claustraux, etc... Mais il n'ayait aucune autorité ni jnricfic- 
tion sur les religieux , celle-ci n'appartenant qu'à l'abbé 
régulier, et à son défaut au prieur cloitrier. Enfin, il avait 
l'administration spirituelle et temporelle du bénéfice , et 
pour cela , il ét$iit qualifié de commendaiaire aànùmstraiemr 
perpétuel. Ce dernier mot avait été ajouté, parce que, ' dans 
le principe et par ménagement de transition, la oommende 
n'était conférée que temporairement. 

L'administration d'une abbaye n'étant guère possible ni 
compatible avec la non-résidence du titulaire , ce dernier 
était obligé d'avoir un vicaire général dans le clottre. C'était 

* 

à une autre abbaye ou à un irèchi CMsait aufait6t d*ètre chef du premier b^ 
n^ce, el on poorroyait k son remplacement. Mait, depuis l*introduction de U 
oommende, le cumul n*eut plut de bornes, la cupidité plus de frein. Il ne fut 
pas rare dès-lors de voirie même individu couvert du chapeau de cardinal, et 
titulaire d*un ou deux archevêchés, de trois ou quatre évéchés et d*aae dou- 
saine d*abbayes on riches prieurés. Le 'célèbre J. Amiot, demandant en rm de 
France un nouveau bénéfice, et ce souverain lui ayant observé que récemmmiC 
il lui en avait dé}À accordé un, le traducteur de Plntai-que répondit à aon élève 
que VappétU venait en nfmgemnt. Le roi Charles VUI, en mouruit èft {iropocMl ) 
de réformer Tabiu de oe cumul* 



CHAflTAB XXXIX. 177 

ondittairement le prieur claustral ou tout autre officier ou ^^^'^ 
idigieax de la confiance du commcndatnirc. Le prieur 
cUtrier était qoalifié, dans quelques chartes, de vicaire gé- 
iénl né de l'administrateur perpétuel. Quelquefois, il y avait 
den vicaires, l'an pour la spiritualité , l'autre pour la tem- 
poralité. 

S S. Dans les monastères de notre voisinage, la commende 
ta établie k Arboisen 1358; h Ghâteau-sur-SalIns en 1361 ; 
à SaiatrMarcel en 1412; h Vaux-snr-Poligny en 1454; k 
rUe-Sarbe en 1481 ; à Saint-Pierre de Chalon en 1492; h 
GhltîlkHi-sar'^eine en 1494; à Toumus en 1498; k Saint- 
itienne de Dijon et h Saint-Glande en 1510; k Saint- 
VîDoent de Besançon en 1521; à Saint-Seine en 1524; à 
Gfauy en 1529; k Saint-Benigne de Dijon en 1532; k Saint- 
Germain d'Auxerre en 1539; au val Saint-Benott d'Épinac 
ai 1541 ; an Miroir en 1557, etc. 

Quant à notre prieuré de Gigny, on pourrait en considé- 
rer le cardinal Lejofune comme le premier commendataire, 
lOBiaié par la bulle de 1442. En effet , il ne fut jamais reli- 
gieux régulier ou profès, il ne résida aucunement et cumula 
■a grand nombre de dignités et de bénéfices. Cependant , 
comme il n'a pas été qualifié tel dans lu bulle précitée , 
comme ses deux successeurs paraissent avoir encore été 
prieurs réguliers, on peut penser que la commende ne 
fat introduite dans notre monastère qu en 1472 , après 
b mort de Bernard de la Muysancc , et que Benoit de 
lÊmiferrand\ évéque de Lausanne , en a été le premier 
commendataire, ainsi qu'il est qualifié dans plusieurs de nos 
chartes. 

S 4. c La famille de Montferrand, dit Guichenon, origi- 
ff naire, dit-on, de la Guyenne, existait déjà en Bugey dans 
« le commencement du treizième siècle. Ses armes étaient 
« paUées d'argent et de sable de six pièces, au chef de gueu- 
« les, avec un lévrier de sable pour cimier. Le chûiean de 

12 



178 HisToiiiE PB Gienr. 

147:2 « la maison de ce nom existait près de SointrRamtert » snr 
u TAlbarine. d 

Notre prieur était fils de Pierre de Mostlarfand» chevalier^ 
qui, en 1452, fut Vtm des âOO gentilshomin^ qui jttrànoit 
pour Louis , duc de Savoie, le traité qu'il avait iiôt aivae 
C3iarle6 VU, roi de France. On lit qu'il était d^ aUié de 
Saint-Antoine de Viennois en 14Q0, et archevêque de Xaren* 
t^ise dès 1463. L'historien de la Bresse le qiialide Msst, oi 
1483, d'évéque de Lausanne et de Gonsfance, m wAm^ tmpa 
que de prieur de Gigny et te Liistrin. Op^ndant» deux de 
nos titres, aux dates de 1476 et de 148$, ne le queUteDtiQiie 
d'év&que et comte de I«ausanne el de prieur eommendfte» 
taiœ de Gigny. 

1476 Le premier de ces titres eat rslatif au prieurdde €hâr 

teau- sur -Salins, membre de eeliii de Gigny» au tajei do- 
quel notre prieur figura encore dans d'antres actes de 
1480, 1481 et 1482. Il en sera qucetâon daos un ehap}ire 
particulier. 

^ ^^' Le second lait connaître qu'avant i48e , ce prieur eveic 

acensé aux habitants de Cropet et de Louvenne des boia 
appelés Malamard^ ^ourd'hui ea prés, et situés aux terri? 
toires actuels du Yillars et de Louvenne. L'acte ne fiiit pAS 
connaître la date précise de l'acensement, mais il dooae h 
croire qu'elle est bien antérieure à 1489. Au reste , oet 
acensement, fait nioy^omant une rente annuelle de 19 grée, 
donna lieu, quelque temps après, k un difii^nd entre nos 
religieux et les habitants de Gigny d'une part, et ceux de 
Cropet et Louvenne d'autre part , lequel nécessita un bor^ 
nage par des arbitres. Le titre en question est la sentence 
qui fut prononcée et qu'on a insérée parmi les preuves de 
cette histoire, soit parce qu'elle contient les nosMi de queir 
ques religieux de l'époque et de quelques habitant^ de Gir 
gny, Cropet et Louvenne, soit parce qu'elle est utile à la 
connaissance de plusieurs localités de ces communes el II 



CHâMTRK xxxir. 179 

celle de noire prieur. On ajoiilert id <itt'eB 1899; les habi- 1476 
tanu de Cropet remirent k cenx du Villars leur moitW des 
Ms de llalahttrd acensés , moyennant ane somme de ÇO 
ftancs, et à la condition de servir la moitié de la rente due 



& 5* Pondant que Benoit de Montferrand était Utnlaire 1477 
k Gigny , le dernier doc de Bourgogne , Charles-le-Témé- 
latre, périt nisërablenient devant Nancy, etle roi Louis XI, 
pfofltam de cet événement, porta la guerre avec tontes ses 
heiTBVs dans la Franc^o^Gomté. Le pays éprouva alors, et 
princ^Mdenwnt &a 1478 et 1479, des malheurs inouïs, le pil- 1478 
hge V rineendle , le carnage et une extrême dépopulation. 1479 
Celle-d ftit même portée à un tel point que , suivant un 
aatenrirèa grave (Œ. JOtimotifiii), plus de dix mille Picards 
ou Hormands y Airent appelés et reçus , dans le seizième 
siècle , pour repeupler les campagnes et cultiver les terres 
sons la condition mainmortable; A cette époque aussi furent 
démantelés plusieurs des chûteaux forts du comté de Bour- 
gogne et tons ceux du duché qui résistèrent peur la prin- 
cesse Marie. Les troupes de Louis XI occupèrent ensuite 
asses pnrifiqâement la province, pendant plusieurs années, 
durant lesquelles ce roi prenait le titre de comte de Bour- 
gogne. Lés hostilités ne recommencèrent qu'en 1492 , sous 
Charles T11I, de la part de l'archiduc Maximilien , roi des 
Romains, qui recouvra la dot de Marie de Bourgogne, après 
la bataille de Bornon , et que la paix de Senlis du 23 mai 
1493 lui confirma. 

n est à croire que le prieuré de Gigny eut beaucoup & 
«ouffrir de ces guerres de dévastation , aussi bien que les 
autres monastères. En effet , les deux villes voisines , Cni- 
seaux et Snînt-Amour, en prouvèrent toutes les calamités , 
et les abbayes de SaîntrClaude , Vaux-sur-PoKgny et Acey- 
sor-l'Ognon , etc. , furent pillées , saccagées , incendiées , et 
lears moines rançonnés ou dispersés. Cependant plusieurs 



180 HISTOIRE DB 6IGNY. 

1480 titres de 4478, 1479, 1480, 1481 et 1482, prouvent que nos 

1481 religieux résidaient dans leur cloître. L'un d'eux étaMit 

1482 même qu'en 1482, ils s'y trouvaient an nombre de dix-bvil 
au moins. 

S 6. On a déjà dit que Guichenon mentionnait Ben<^ de 

1483 Montferrand, comme prieur de Gigny, à la date de 1483. 
Il est encore connu plus tard par une note des titres de 
l'abbaye de Saint-Claude, d'après laquelle il aurait antorné, 

1487 en 1487, la cession de différentes dîmes feites par le prieuré 
de Gigny à cette aU>aye« Cette cession des dîmes de M arbo^ 
Foissia, Étrée, Dommartin et Épy, aurait été consentie 
moyennant une somme de 3,000 flr. Mais il paraît qu'elle 

■ 

n'eut pas d'exécution , puisque les religieux de Gigny ont 
joui de ces riches dimes jusques dans les derniers temps, 
comme on le verra par la suite. Quant au prieur B. de 
Montferrand, il ne tarda pasà être remplacé par le titn* 
laire suivant, car la charte de 1488 précitée donne à 
penser qu'il ne l'était déjà plus k cette époque, et une 
note de la même année prouve que le prieur suivant l'avait 
remplacé. Au reste , son vicaire général Ait Alexandre éTOr^ 
fumê, prieur cloltrier, qui, en 1476, nomma Etienne de 
Raynans titulaire du prieuré de Chàteau-sur-Salins. 



CHAPITRE XnV. 

ETIENNE DE FAUQUIER , prieur. 

1488 Ce prieur n'est connu que par l'article suivant d'un de 

nos inventaires : a Titre en parchemin, contenant mande» 
a ment de nouvelleté, obtenu au bailliage de Chalon, le 90 
« décembre 1488, par messîre Etienne de Fauquier, prient* 
a de Gigny, contre les tenementiers d'un pré situé h Ar- 
« buans, pour avoir payement de cens, d 



CHAPITRE XXXVI. |81 

Ce titalaire ëtâît-îl filleul d'Élîenne de Fauquîer, abbé de 1488 
Saint-Clande en 1444, i465? Élail-iî de la famille Joffroy 
deFaulquier, coseigneur de Marîgna en 1572, dont il sera 
parlé dans la suite? On peut le présumer. Mais, au reste, 
800 prienrat a été tort court, s'il a été suivi de celui dont 
il la être question , et on n'a h lui rapporter que le dîf- 
Krend relatif aux bois de Malaissard, mentionné précédem- 
ment 



CHAPITRE XXXVI. 

AIMÉ0E MONTFAUCON, prieur. 

S i. L'HisTOAuof de la Bresse, qui nous a fourni de si pré« ^ ^qq 
deux documents » dit qvL'Ahaé de Montfakon fut d'abord 
religieux à Saint-Rambert , protonotaire aposteUque <**^, 
pois jirieur de Ripaille^ de Gtgny et d'Anglefort, ensuite 
dqren de Ceysérieux, et enfin évéque et prince de Lausanne 
et adoDdnistrateur-général de l'évéché de Genève. Il ajoute 
qa'on le trouve déjà inscrit, comme titulaire , en 1490, sur 
k catalogue des évéques de Lausanne. On pourrait donc , 
nns Etienne de Fauquier qui précède, le considérer suc- 
cesseur immédiat de Benoit de Montferrand à Lausanne et a 
Gigny. D'un autre côté , comme ce grave auteur dit aussi 
qu'en sa qualité d'évéque, Aimé de M. envoya un député au 

(iio) Le Protonofaire apottoUque recenit et cipcdiait les acUt en cour de 
Bone. n joaittait de platieura privilèges, comme de légitimer lea b^tardf { de 
les notaires apostoliques, ainsi que les docteurs en théologie» en droit 
et même en droit cinl; de porter l'habit yiolet des prélats et un chapeau 
tif, comme cenx-ei, mais noir et ^rni seulement de trois houppes ou 
ibnds à cfaacon des deux cordons; de célébicr la mes«e avec la mitre et les 
bahits pontificaux, mais de Pagre ment de l*évèque diocésain. L'archichancelier 
des rois do moyen H^ s'appelait aussi ProionOtair^^ Jr^inotairf» 



182 HISTOIRE DE OIGlfT. 

If 90 concile de Latran qui ne s'est tenu qu'en 1512, et comme 
nous trouvons trois autres prieurs dans notre monastère, 
avant cette époque , il bot nécessairement penser qull a 
donné sa démission de titulaire à Gigny, tout en conservant 
son évéché. Au reste, c'est k cela seul que se rédmt ce 
qu'on sait à son égard, et nos titres n'en font aucune 
mention. 

S 2. La fomille de Montftucon est originaire , dit-oa, du 
Dauphiné, mais d^à établie à Flaccieu en Bugey, dans le 
qufttonlème siècle. Notre prieur Ait le dxième enfimt de 
Guillaume de M., chevalier, seigneur de Flaccieu, de la 
Balme«sur-Assens, de là tour du Gbfttel, et coseignenr de 
Semine. Sébastien de H., neveu d'Aimé, fut aussi prieur de 
Ripaille, chanoine et évéque de LausamM en 15M; et 
Pierre Marc de M., autre neveu , était prieur d'Anglefort 
en 15S0. Ito soccédèrent ainsi à leur oncle dans ta plupart 
de set béiéftoes. CéuAi un résultat des coadgutoreries, des 
résignaliJM, etc... 

C'est prohablement de la mémeftunille qn'étalent membres 
deuxnobleft danoines de ce nom, originaires de Ro^es 
en Bugey, qui disaient partie de la coUégiale de Crigny, lors 
de la suppression. 

Les armes de Honthneon étaient écartelées au l.*' et 4.* 
d'argent, à m aigle ^ployé de sable, et au 2.*' et a.* d'her- 
mines. Au reste , il ne fknt pat confondre cette maison féo- 
dale du Bugey avec une autre de même nom dans le 
département da Doubs, et dont aussi les armes étaient 
rentes. 



CKAPiTtB ntxrii. 183 

CfiAPITRE XXXVII. 

JULIEN BE LA ROVÈRE, prieur. 

Éfftfte prieorale. 



S t. Le prieur JvUen^ U fdu» célèbre de eeax de Gigny, i i92 
n'élût pas fhuiçaiSt étmit né en 1443» ii Savone on PiémoDt, ^ îb- •» 
dise fiuniUe doot oa a oontedté la noblesse. Il existait 
bien k TuiD une trte aacieiiiie maison noble du nom de la 
AwJre. Unis, on pesse que celle de Satone, qui portait la 
même dénomination , était de bas lien , et qu'elle se fit ag- 
gréger par la soite k ceUe de Turin* François de la Rovère, 
cack paternel de Julien^ qm^ de cordeBer, devint pape sous 
leaom de Sixte IV^ était, ditron , fils d'un péchenr. Et, en 
eSéty 4aiia la prophétie de saint Malacbie, fabriquée pro- 
iNdUement en 1590, il est désigné sous les qualifications de 
ptekear et de cordelier, PtÊcawr fnSmrita, On parle aussi 
d'an ambaaaadeor de Yenise qui, en le barangnant au com- 
mefteenenc de son pontificat, ne craignit pas de dire qu'il 
ne fidiail pas considérer la naissance de Sixte, mais son 
grand mérite qm l'avait élevé an trône de saint Pierre. 

Les rriigieax de Gigny eurent donc, une seconde fois, 
rbamiliation de se voir imposer pour chef un ecclésiastique 
(ftà était loin d'avon* seize quartiers de noblesse. Mars cet 
ecclésiastique était évéque, archevêque, doyen des cardi- 
naux, légat, protégé du roi de France, neveu d'un pape 
célèbre, etc.!... D'ailleurs, depuis Sixte lY, cette famille de 
la Rovère devint îttnstre et considérée, et elle fournit deux 
papes, deux chevaliers de ta Toison d*or, et neuf cardinaux, 
dont deux dn nom de Jlîarto alliés des Rovère^. Ces derniers 
finirent même par avoir des armoiries, dans lesquelles figu- 
rait nn chêne arraché et en^atuéy ou chargé de glands, fai- 



18i HISTOIRE ȣ GIGNT. 

1 492 s;iiit allusion au nom de leur famille (Rovere, Aoiu/re, Robur)^ 

1 ig 0. et qui se trouve sculpté sur le frontispice de l'église de Gigny. 

Lu prophétie précitée de saint Halachie fait aussi allusion à 

ce chêne et à ces armoiries, en appliquant à notre prieur 

devenu pape la phrase Fnwtm Jom juvabk. 

S 2. Julien de la Rovère fut d'abord pourvu de l'évéché' 
de Carpcntras, dépendant des états pontificaux en France; 
mais Sixte IV, son oncle, qui était devenu pape en 1471, et 
qui ne manqua pas d'avoir aoin de ses parents, le nomma,- 
vu cette année méme,cardinal*prétre du titrede Saint-Pierre- 
ès-Liens. Il devint équité évéque d'Albano, de Bologne et 
^'Ostie, doyen des cardinaux à cause de ce dernier évéché, 
puis archevêque d'AvigDOO, grand-pénitendier, etc. 

En l'année 1480, il fut envoyé en France, en qualité de 
l(*gat du Saint-Siège. Or, comme le rusé Lotris XI le coih 
naissait excessivement sensible aux honneurs, et désirait 86 
l'attacher, il le fit recevoir dans toutes les villes avec grande 
magnificence et cérémonial pompeux. Il le reçut lui-même 
h Plessis-Iez-Tours, avec toutes les apparences d'un profond 
respect et tous les dehors de l'amitié. Il lui accorda aussi 
l'élargissement et la liberté du misérable cardinal La Baluft 
et des évéques de Coutances et de Verdun ses complices, 
enfermés depuis onze ans dans des cages de fer. Ces bons 
procédés le rendirent, pendant bien des années, l'ami de la 
France et des Français, non-seulement sous le règne de Louis 
XI , mais encore sous ceux de Charles VIII et même de 
Louis XII. 

S 3. On peut présumer avec raison que Julien de la Ro- 
vère fut nommé prieur commendataire de Gigny en 1491 
ou 1492, avant la mort du pape Innocent VIIL sous lequel 
il eut beaucoup de crédit et d'autorité en cour de Rome, 
En effet , il n'aurait pas obtenu cette nomination de son 
successeur Alexandre VI , son ednemi personnel ; car b 
projnotipq de ce dernier h la chaire de saint Pierre l'obli 



CHAPITRE XXXTII. 185 

g«a à revenir en France, en 1493, pour y chercher asile et 1492 
protection contre ses ponrsuites, et il y séjourna, comme en 
exil, pendant près de dix ans. Denx titres de Gigny le qua- 
lifient de révérend fère de Dku, metnre Julien^ évêque d*Oitie^ 
cardinal , prieur et tàgaenr de Gigny. L'historien Philippe de 
Gommines , son contemporain , l'appelle cardinal de Sain^ 
Pinre-AD-ynccLA, ovLcardinal Petri-tad-vingula. D'autre sau- 
teurs le désignent sous le nom de cardinal de la Rovère. 

S 4. En 1494 , notre prieur coopéra h la brillante , quoi- 1494 
qac hasardeuse campagne du roi Charles VIII en Italie et 
aa royaume de Naples. Il Ait même l'un des promoteurs de 
œtte guerre , dans l'intention d'amener Toccaslon de se 
venger du pontife , son ennemi. Il aida beaucoup par lui- 
même et par ses amis le roi de France dans cette rapide 
conquête, lui livra Yiterbe dont il était le gouverneur, Ostie 
dont il était évéque , et Rome dont son frère était préfet. 
Charles entra en vainqueur dans cette capitale , le 31 dé- 
cembre, & la lueur des flambeaux et aux acclamations d'un 1495 
peuple ivre de joie. Le pontife qui favorisait le roi de Na- 
ples s'étant retiré au chftteau de Saint-Ange , un grand 
nombre de cardinaux , parmi lesquels Julien de la Rovère 
et Ascagne Sforce se trouvaient comme chefs de parti , 
sollicitèrent le vainqueur à s'emparer d'Alexandre, & lui faire 
son procès, & le déposer et à faire procéder h l'élection d'un 
nouveau pape. L'artillerie fut même, k cet effet, dirigée deux 
foiscontre le château de Saint-Ange. Les cardinaux Julien et \ 
Ascagne étaient les deux prétendants à la tiare ; cepen- 
dant on lit que , contents d'avoir exercé leur vengeance 
personnelle , ils auraient renoncé , au besoin , & leurs pré- 
tentions , en faveur d'un autre cardinal au gré du roi , et 
même en faveur d'un cardinal français. Hais le^vainqueur 
résista k ces sollicitations et préféra faire un traité , en ma- 
Dière de capitulation , avec le pape Alexandre dont il crut 
)Yoir gagné l'amitié , en partant pour Naples. a Je ne sçau^ 



186 HISTOIRE DB GIGIfT. 

i495 (T roy dire , remarque l'historien CMimùm$ , si le 
a bien ou mal ; toutefois je croy , à mon jugement , q 
a mieux d'appointer, car il estoit jeune et mal accom 
« pour conduire une si grande œuvre que de réfom 
a glise. » Nësmmoitts , l'événement a prouvé que , : 
déposé un pape couvert d'opprobre et de vices, et s*il 
fait nommer un autre dans ses intérêts , il aurait en 
nemî de moins et un ami de plus par derrière, et pro 
ment il aurait prévenu la coalition qui chassa les Fi 
d'Italie, un an plus tard. 

S 5. Ce fut pendant cette célèbre campagne, en I 
1495, sous le prieurat du cardinal Julien et probab 
avec son concours et ses libéralités, que Véghse du moi 
de Gigny Ait reconstruite et réparée h peu près teUe ( 
est aujourd'hui. L'écusson armorié placé au Anontis] 
ce beau monument en Eut pleine foi. En effet, cet é 

Fig- 0. quadrilatère présente, sculptés sur la pierre : 1 .* un cl 
d'évéque ou de cardinal , avec ses houppes pendan 
chaque cdté, mais piquées et enlevées en 1793; 2.* un 
arraché , dont les rameaux sont chargés de glands 
millésime 1495 en chiffres arabes ; 4.® l'inscription en 
gothiques : iul. eps. ost. gàed. s. padvIgla, signift 
lïm , évêq^e à'Oêiie, cardmal de Samt-Pierre aux Se 
dernier mot est une agglomération, foule d'espace, de 
v'mcla. 

Au-dessous à» cet écusson existe une console qui s 
tait une statue enlevée aussi et brisée en 1793. te v 
core : 1 .^ sur sa fiice antérieure l'inscription m , a 

Fig. 7. d'£pûcopifB;2.<^snr une des fiices latéraleslalenre Hea 
tère gothique, suf moittéé d'une figure irrégulièreniei 
drilatère offrant k l'intérieur deux billettes ; 3.* smr 
face latérale une sorte d'entrekic particulier. A droit 
gauche de cette console et sur la même ligne boriix 
il en existe deux autres plus petites , sans inscripti 



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CHAPITRE XXXTII. 187 

omements , lesqndles supportaient anssi deux statues dé- %Wk 
t iites k la même époque que la première. Un vieillard 
qui les a vues affirme que celle du milieu représentait la 
Tîerge portant l'enfiuit Jésus , et les deux autres , sant 
Pierre tenant les deb du paradis , et saint Paul avec Tépée 
au côté. L'auteur de cette histoire incline à penser que la 
console servait , dans le principe , de piédestal h la statu 
même du cardinal Julien» tant à cause de sa position immé* 
dîate au-dessous de Técusson , qu'à cause de l'inscription 
ÊK qui s'y trouve et qui n'est pas appiîeabie k la vierge. 
Il présume que cette statue aura été enlevée ou renversée, 
par l'ordre de l'autorité royale , lors de la défection do 
Jules II et de ses graves débats avec le roi Louis XII » et 
qu'elle aura été remplacée par celle de la mère de Dieu. A 
la vérité, on peut trouver trop adulatoire et trop ioconve* 
nante l'érection de cette statue , en l'honneur d'un prieur 
vivant, au-dessus de la porte du temple de la divinité ; on 
peut dire que ce prieur ne l'aurait pas permise; etc... Mais 
aussi, il faut considérer que c'était un cardinal, un doyen 
da sacré collège, un archevêque, un titulaire de quatre évé- 
chés , un légat du Saint-Siège , un ami du roi de France , le 
jievcu d'un pape, un prétendant à la tiare , qui devint effec- 
tivement souverain pontife quelques années après, etc... 
On peut supposer qu'il avait contribué au rétablissement de 
l'église de nos moines; que ceux-ci lui devaient de la 
reconnaissance; qu'il était très sensible aux honneurs , 
comme on a déjà vu ; que la modestie n'était pas sa vertu 
dominante, etc., etc. 

S 6. L'église prieurale de Gigny ne fut pas reconstruite 
entièrement à l'époque dont nous parlons , mais seulement 
sa moitié occidentale, au moins à en juger par la diilérence 
dii genre d- arddtectiire et par la r^rise mible des murs 
montés nûeux à plomb dans cette moitié. Aussi , l'ogive go» 
tU que du moyen ftge se trouve fort surbaissée dans le por- 



ft8 HISTOIHB DB 6I6NT. 

f 4tS tail de cette église, et elle se rapproche déjà beaucoup du 
Ffs. 8. plein ceintre , comme dans tous les monuments de la fin 
du quinzième et du commencement du seizième siècle. La 
partie orientale, au contraire, paraît plus ancienne, et ses 
murs sont moins à plomb ; Togive existe très aiguë dans les 
fenêtres tréfilées du chœur; et on remarque, sous la cor- 
niche du toit de toute cette moitié de Téglise, des caryatides 
qui ne se rencontrent pas sous la corniche à l'occident. Ces 
caryatides représentent, sculptés sur la pierre, des animaux 
domestiques ou fentastiques. Il est donc à croire que cette 
église date du treizième ou quatorzième siècle dans la moitié 
à matin, et de l'époque voisine de celle de la renaissance 
dans la moitié h soir. Le clocher paraît être d'une époque 
encore pins rapprochée de nous. Au reste, l'absence de tout 
indice d'architecture romane doit empêcher d'attribuer 
aucune partie de ce temple k Bernon , ou même à ses suc- 
cesseurs, pendant deux ou trois siècles. 
Plan 0. S 7. Cette église, couverte en tuiles, est belle, élégante, 

bien proportionnée. Elle a la figure d'une croix latine , 
présente une longueur de cinquante mètres, une largeur de 
dix-sept, sur une hauteur convenable, avec une belle nef et 
deux larges collatéraux (**'). 

Le nuâtre-amcl est isolé , à l'extrémité orientale de la nef 
et h soir du chœur où les religieux siégeaient sur leurs 
stalles. Le coUoréro/ du cêté du midi est terminé par l'autel 
de saint Pierre , patron primitif de l'abbaye , lequel a été 
transformé à tort, en 1838, en un autel en l'honneur de la 
Vierge. Le collatéral du côté du nord offre, à son extrémité, 
l'autel de saint Taurin , prolecteur et patron secondaire , 



(111) Où Vêhhè Bâverel t-t-il donc tronTé que ranciennc église de Gîgny était 
plat longue qae 1*aotaeUe, et qu'elle aTail aoo pieds T Oii J.-B. Bédiet e-t-il 
trooTé aiuû que l*éf liae aciueUe avait dtë toute re^ïonstrui^een 1 1 $91 omm bee«- 
coapAoiat iongue que l*ancienae eu primilive ? Scrai|-ce par indacUoa ^ 
rinccndie de 1 1S7 7 Mais le genre d'architecture, mais récutsoD, etc.. 




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CBAPITRE XXXVII. IW 

doDi les reliques , avec celles de saint AqiiiUn , reposent t495 
dans une châsse placée h cdté. On y voit aussi les bustes 
dores, mais modernes, de ces deux saints évoques. Les deux 
bras de la croix latine étaient occupés au nord par la dtam- 
ke cajkuUùre des reUgieux, et au midi par la sarrisde et pair 
la châfelle de la Vierge ou du rosaire. Cette dernière était 
anciennement la chapeUe de SmU'-André , car en y faisant c 18S 
tout récemment des réparations , on a trouvé cachée sous 
Tautel la statue jadis dorée de cet apdtre tenant sa croix 
spéciale. Enfin, il existait encore une chapeUe en Tbonneur 
de saint BendU, au bas du collatéral du sud, dans les derniè- 
res années du dix-huitième siècle. 

D'ailleurs cette église est presque toute pavée de tombes 
qui rappellent les anciennes et nobles maisons des deux 
Bourgognes. On n'y marche que sur des armoiries féodales et 
des inscriptions, dont malheureusement la plupart sont usées 
par le frottement ou ont été piquées par le marteau révo- 
lutionnaire. 

S 8. Le clocher plac^ un peu k soir du maitre-autel est un 

dôme octogone très élégant , couvert de tuiles vernies et 

surmonté d'une belle croix. Il parait, comme ilaété dit, être 

d'une construction plus moderne qu'aucune autre partie de 

l'église. Il renferme deux cloches, Tune plus petite donnée, 

depuis quelques années, par un natif de Gigtiy anonyme, 

laquelle remplace celle qui fut enlevée en 1793; l'autre, 

ancienne et plus grosse , qui porte , en lettres encore plus 

gothiques que celles del'écussondu frontispice, l'inscription 

suivante : Ihs Maria nienteni sanctam spontaneam honorent Deo 

rt patrie Ubcrationem Maria vocor et fat faite nul F.* Cette 

inscription pourrait être traduite ainsi : « Jésus-Marie ! dans 

« une intention spontanément sainte, en l'honneur de Dieu 

ff et pour la délivrance de la patrie , je m'appelle Marie et 

« fut faite en 1500. » Un curieux qui, en Tannée 1817, a lu 

cette inscription et en a laissé h, Gigny une interprétation, 



t90 HISTOIHB DB OIGNT. 

IMS t prétendu que c la cloche s'appelait Melite, et qu'un homme 
c profondément dévoué à Marie l'avait fondue en Tannée 
a 1148. B 

Or, il est évident que ce curieux t lu meStem pour ma^ 
tem^ et votor au lieu de vœor^ et qu*il a imaginé le milléshne 
1148. n est même fort difficile d'y trouver la date IIKK) que 
j'ai donnée , car la lettre V^ qu'on peut présumer être ua 
chiffre romain représentant le nombre mq^ est séparée du 
mot mU par une espèce de rosace quadrilatère, et le signe 
qui se trouve au-dessus de ce chiifre romain présumé rea^ 
semble assez mal à un C. Cette date néanmoins oflrirait 
quelque probabilité , parce qu'elle se rapprocherait de 
l'année 1493, époque de la paix de Senlis, laquelle délivra 
la Franche-Comté des troupes de Louis XI M de Ghar^ 
les YIII qui Toccupatent depuis quinze ans. Mais , d'un 
autre côté, cette mention sur la cloche de Gigny de la défi^ 
vrance de la piurie ne se rattache pas h cet événement, puis- 
qu'on la retrouve dans d'autres inscriptions , hors de la 
Franche^^mté, à trente lieues au nord et à soixante au midi 
deGigny. En effet , l.<^ depuis un temps immémorial, on re- 
nouvelle chaque année, sur les portes de toutes les maisons 
des villages du ci-devant évéché de Bâle, une bandelette de 
papier bénit, sur laquelle on lit l'inscription ordinairemeàl 
manuscrite : Skniem sanctam sponlaneam honorem Deo patries 
liberaiùmem, $ancta Agatha, ora pro nobis (^^. 2^ On lit ce qui 
suit dans un ouvrage assez récent : « Le clocher de Sainte^ 
« Marthe à Tarascon ne fut bAti qu'au quinzième siècle, 
a et une cloche fondue en 1469 porte cette inscription : 
c Mente sancta spantanea honore Deo et patriœ Uberaiione^ XPS 
a rex vemt m pace Dem komo fct est (^'^). » 
L'inscription de notre cloche est donc comme vide de 

<isa) Hoiert, Voytge en SuiMe,tome i, p. i3S (1799)* 
(ibI) J.»J, Ettrangin, Êludet archéologiques, etc.» nur ^Avltf» etc*, p. m5. 
<Aîx,i83f )• 



CHAfITRB XXXTII. 191 

sens. Peut-on présumer qu'an fondeur ignorant des environs 1495 
de Porentruy aura gravé à Gigny, ainsi qu*à Tarascon, la 
l<^[eiide baroque de son pays? D'aillenrs, elle est remar- 
quaide en ce que 1.* elle offre un mélange bizarre de langue 
laiioe et de kingue franiçaise ; 2.^ la lettre S est remplacée 
parC dans les mots^ON^om et ^fontanemn; 3/ TE simple 
remplaoe encore )a diphtliengue M dans le mot latin pairie. 
Qrconune depuis 1480 cette diphthongueaété substituée assez 
géoéralement à cette lettre dans rimprimerie, il est il croire 
W notre cloche est encmpe antérieure k la date que nous lui 
lYons présumée. 

$ 9. L'église de Gigny possédait, comme seul objet d*art 
iMorqoable, un jeu à*0Tgue$ qui n'y existait probablement 
Ve depuis la séadarisatian du prieuré. Il avait échappé à 
la vente dos hieos du clergé, il avait même été respecté par 
le vandalisme révolutionnaire de 1793, et les habitants le 
regardaient à bon droit comme leur propriété et comme 
une dépendance de l'église, qui leur avait été concédée en 
1789. Aussi, on peut juger quel fut leur étonnement, quelle 
fat leur indignation lorsque, le 28 avril 1806, ensuite d'une 
intrigue tramée dans l'ombre, deux commissaires de la ville 
de Lons-le-Satmier fiufent s'en emparer, en vertu d'un ar- 
rêté du préfet Poneet^ motivé sur une simple lettre ministé- 
ridle dépourvue elle-même. de tout motif!... Les habitants 
de Gigny réclamèrent vainement contre cet acte qui avait 
CQTtainement toutes les apparences de l'arbitraire, de la vio- 
leBce et de la spoliation ; on ne leur donna aucune espèce 
de satisfoction, on ne leur répondit même pas. De nouvelles 
réclamations ont été adressées au ministre en 1837, et après 
des lenteurs et des correspondances sans fin, on a renvoyé, 
en 1840, les réclamauu devant le eon^il d'état. Il n'en reste 
pas moins établi jusqu'h ce jour que, sous le gouvernement 
constitutionnel de 1830, comme sous le gouvernement mili- 
taire de 1806, une ville riche a pu dépouiller impunément. 



192 HISTOIHB Dl CICRT. 

1495 sans indemnité, une pautre église de village I!... Mais reve- 
nons au prieur Julien. 
S 10. Nos inventaires citent deux tctes d'acensement, 

1497 l'un du 5 avril 1497, et l'autre du 6 juin 1498, qui prouvent 

^^^ que messire Julien, évêqat éfOtAe et earJSnal, était encore 
prieur et seigneur de Gigny. Ils nous apprennent aussi qu'il»- 
toine de CoUauz, chambrierdu monastère, y était son vicaire- 
général (1^). Il est même certain qu'il continua h être titu- 

^^^^ luire de notre prieuré jusqu'au 31 décembre de Tannée 1503, 
époque h laquelle il fût nommé pape et remplacé dans toutes 
ses autres dignités. 

S 1 1 • La nomination du cardinal Julien ftat foite presque 
à l'unanimité et dans la nuit même que les cardinaux en- 
trèrent au conclave, parce qu'il leur promit de rétablir 
rhonneur du Saint-Siège et d'être le défenseur des libertés 
Fig. 9. 10. ^Q l'Église. Devenu pape, il continua à favoriser les Français 
en Italie et se ligua même, en 1505 et 1509, avec le bon roi 
Louis XII contre les Vénitiens. Mais, ayant recouvré d'eux, 
par les armes de la France, les villes et les pays qu'ils avaient 
usurpés, il devint inquiet de la présence des Français et 
jaloux de leur gloire. En conséquence, il se tourna contre 
eux en 1510, s'allia avec les Vénitiens, pratiqua les Suisses, 
arrêta les ambassadeurs de France h Rome, et commença 
une guerre qui ne se termina qu'à sa mort. Cette conduit€ 
décida Louis XII et l'empereur Haximilien à convoquer dif- 
férents conciles, pour le faire condamner comme coupable 
de simonie, de vexations, d'ambition et de perturbation. Et, 
en eilet, dans un de ces conciles k Milan, il fut déclaré sus- 
pendu de son pontiûcat. De son cdté, le pape excommunia 

(i 14) Ce chambrier étant désigné, dans an de nos tilrei de 1499, sont le non 
d'jéni. de Collnouf il est à croire qu'il était de la maison féodale dcCoÊtrlmoit^9t§ 
pelée CoUaoH dans des chartes anciennes, notaoïment en 1400* HufOmm ttë Cour 
IncH vivait au Yii* slëcle, et Etienne de Coriaou^ damoiieau^ marié à Béatiixd 
Baurac, en i349. 




JULES W.MPE,^ 
laravant Prieur Je GiAriy 



J.U), é,Ii^ Sm»0<ur 



CHAfITRB tXXTiI. 193 

le roi de France et les prélats qui araient prononcé sa sns- i 503 
pension, fulmina des 'Nulles contre les libertés et privilèges 
de l'église gallicane, mit le royaume de France en interdit, 
le déclara abandonné au premier occupant, transféra au roi 
d'Angleterre le titre de roi très diréikn que Louis XI* avait 
commencé à porter dès 1469, prononça l'abolition des foires 
de Lyon où le roi de France Tavait assigné à comparaître 
detant un concile, convoqua lui-même au palais de Latran 
on concile opposé, etc., etc. 

L'ancien prieur de Gigny ne maniait pas ave« moins d'ac* 
ti^té les armes temporelles que les spirituelles. Il était né 
avec nn penchant décidé pour la guerre» et, en raison de 
ce caractère guerrier, un pape précédent iid avait donné la 
conduite des troupes ecclésiastiques contre quelques peu- 
ples de l'Ombric révoltés. Dans cette expédition, il faillit à 
^tre emporté par un boulet, qu'il fit suspendre ensuite, 
comme un trophée militaire, dans l'église de Lorctte. Étant 
devenu pape, il prit le nom de Jules II, non pas à cause de 
son prénom Julien, mais en mémoire et admiration de Jules- 
César, et par émubtion de Borgia qui avait pris le nom 
d'Alexandre. Son goût pour les opérations militaires se 
maniresta surtout dans les guerres contre les Français et les 
Vénitiens. Quoique ûgé de près de 70 ans, on le vit, l'épée à 
la muin et la cuirasse sur la poitrine, commander lui-même 
ses troupes, en môme temps qu'il lançait des censures et 
des excommunications, faire le siège et s'emparer de la 
Mirandole en personne, et courir le plus grand danger d'être 
fait prisonnier par le maréchal Chaumont et parle chevalier 
Bavard. On raconte qu'en sortant de Rome, h la tête d'une 
armée contre les Français, il jeta les clefs de saint Pierre 
dans le Tibre, en disant que, puhqu'ellen ne poiivaleni lui servir 
dans les comhais, \l n'avait plus besoin que de Vépée desaml Paul. 
m Jules II, dit un chroniqueur contemporain , délaissa la 
a chaire de saint Pierre, pour prendre le titre de Mars, dieu 

13 



194 HISTOIRB HB GIGIIT. 

1503 « des batailles, déployer au champ les trois couronnes , et 
a dormir en eschauguette : et IMeu sait comme ces mitres, 
c croix et crosses étaient belles à voir voltiger parmi les 
c champs. Le diable n'avait garde d*y étre^ car on faisait 
c trop bon marché des bénédictions. » 

On reproche encore à ce pape d'avoir eu une jeunesse 
peu régulière et d'avoir été père d'une fille mariée ensuite 
il un membre de la famille des Ursins. On lui reproche aussi 
sa présomption, sa fausseté et sa dissimulation, notamment 
d'avoir grossièrement trompé le cardinal d'Aniboise, mi- 
. . nistre de Louis XII , en le leurrant de l'espoir d'obtenir la 
tiare , aussi bien que César Borgia auquel il extorqua , en 
outre, ses biens et ses trésors. 

Avec tous ses défauts, Jules II n'en ftit pas moins un des 
grands personnages de son temps, un génie actif et plein de 
ressources, un amateur des belles-lettres et des beaux-arts 
qu'il ranima à Rome, en se montrant le digne prédécesseur 
de Léon X, l'émule des Médicis et de François L*' Il em- 
bellitla bibliothèque du couvent des Jacobins, qui, pour cela, 
prit le nom de Bibliothèque JuUe. En 1506, il posa les nou- 
veaux fondements de l'église de Saint-Pierre qui tombait en 
ruines, et, aidé des avis du célèbre Michel-Ange, il éleva le 
plus bel édifice du monde, pour les frais duquel il fit prê- 
cher des indulgences dans toute la chrétienté. Plusieurs mé-' 
dailies furent frappées en mémoire de ses travaux et de son 
pontificat, et on peut dire que les légendes n'en étaient point 
imméritées. Les belles-lettres, disait-il, sont de l'argent aux 
roturiers, de Tor aux nobles, et des diamants aux princes. 
Il mourut le 11 février 1513, et ftit inhumé dans l'église de 
Saint-Pierre-ès-iiens, où Hichel-Ange lui fit un mausolée 
qui est l'un des monuments les plus célèbres de l'Italie. 



Pi| 10. ^^, ,S4 




JULE3 II, PA^E. 
auparavant Prieur de Gijnw 



CBàPITRK xxxtiii. lOtt 



GflAPiTRE nxvm. 

FRANÇOIS DE GHATILL6N» prieur. 

HiR prieur n'est connu que pour être cité dans un grand f 804 
ouvrage d'histoire ecclésiastique t^^), d'après lequel H 
aurait cessé d'être titulaire à Gigny, en 1506, à cause de 
l'optioD qu'il aurait faite d'un autre bénéfice incompatible. 
Ainsi, on peut raisonnablement croire que, depuis 1503, il 
a remplacé le cardinal Julien, élevé au souverain pontificat. 

Il n'est pas probable que ce prieur ait été de l'une des 
quatre maisons de Châtillon connues en Franche-<^mté , 
puisqu'elles étaient éteintes au seizième siècle. On peut 
plutôt présumer qu'il était membre de celle de Châtilion- 
&u^Hame, qui portait de gueules, à trois pals de vair, au 
chef d'or. On trouve, en effet, dans la généalogie de cette 
maison, François de OiâiUUm, religieux bénédictin en l'ab- 
baye de Cluny , doyen de Cosnac , prieur de Souvigny et de 
Larnay, fils de Jean de Châtillon marié en 1484 avec Jeanne 
de Rochechouart, et mort en 1520. A la vérité, ce fils aurait 
été bien jeune, en 1503, pour être prieur de Gigny; mais 
nous ne tarderons pas d'en voir deux autres aussi jeunes, et 
même l'un d'eux nommé archevêque à 14 ans, sauf à n'être 
installé qu'a 25 ans. 

Au reste , nous n'avons à noter sous ce prieur que la 
fondation d'un anniversaire faite, le 6 février 15(^, dans 
l'église des religieux , par Claude Guichard , habitant de 
Gigny. Cet anniversaire consistait ^ dire les vêpres des 
trépassés, le premier dimanche de carêmov et à célébrer , 
le lendemain après prime , une messe haute de requiem , 
moyennant dix francs une fois payés« 

(i»S) Gmli Ckriêt. Tem. IT.py iifol 



196 m.-» T..: R F. nr r, m.> 



CHAPHRB XniX. 

LÉONARD m FRANGHELUNE, prieor. 

15 Cm titulaire fut nommé, en 1506, au prieuré de Gigny, 

en remplacement du précédent, par Philippe Bourgoing, 
grand-prieur cloilrier de Cluny, au nom du cardinal Georges 
.d'Amboise, commenda taire. L'abbé Baverel, qui a laissé un 
mémoire manuscrit sur les prieurés du déparlement du 
Jura , dont j'ai dà la communication k l'obligeance de 
M. Monuier et de M. le conseiller Bécbet , dit, je ne sais 
d'après quels documents, que ce prieur était issu d'une 
maison de Bresse. Or , il est probable qu'il s'agit de Fran- 
chdàni^ commune du canton de Saint-Trivier-en-Dombes, 
laquelle a donné son nom à une famille très ancienne. 
D'après Guicheuon , elle tenait un des premiers rangs en 
Dombes, dans les douzième, treizième, quatorzième et quin- 
zième siècles, dont E. de Francheleins , témoin d'une charte 
en 1120, Guillaume de Fi*ancheleins , doyen des comtes de 
Lyon , en 1290 , 1298 , 1304 , etc.... Elle était de nom et 
d'armes et portait : d'argent , au lion de sable , à la cotice 
de gueules sur le tout. 



CHAPITRE XL. 

ANTOINE DE VERGY, prieur. 

Pranehitei de Gigny. 

1S15 SI* Vergy est un lieu près de Nuys, qui a donné son 

nom à la plus ancienne et à la plus illustre maison féodale 



CHA^ITll XL. 197 

de la Bourgogne. Le châteaa en est déjà mentionné h la ^^^^ 
dite de l'an 67^, et il y en a qui en font remonter la foai* 
dation aux Romains et même aux Gaulois. Guérin de Vergy, 
comte de Chalon, à lu tête de ses Bourguignons, contraignit 
Lothaire, en 834, à rendre la liberté à Louis-ie-Débonnaire, 
son père. Manassès de V. , dit l'Ancien, qu'on croit fils de 
Gaérin, premier comte d'Auxois, de Chalon, Dijon, Beaune 
et Anton , l'ami et le confident de Richard-le-Jnsticicr , de 
concert avec ce duc et arec Bernard Plante-Velue, comte de 
Micon, battit, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, 
les Normands qtd avaient ravagé la Bourgogne et qui s'é- 
taient avancés jusqu'à Dijon. Hanàssès de V., dit le Jeune, 
battit encore ces peuples guidés par leur chef Rollon , 
d'abord en 911, dans lés environs de Chartres, puis en 915, 
dans le Charollais , oii il leur tua dix mille combattants. 

Ces exploits héroïques firent donner aux Vergy le surnom 
de preux , ou vaillants , qui Ait ensuite appliqué li tous 
leurs descendants. On disait proverbialement les Preux de 
Yergf, comme ensuite on a dit les Nobles de Vienne, les Riches 
ie Chalon, les JFien de Neuchâiel, et les Bons barons de Sauf- 
frenunu. Une autre qualification plus précieuse peut-être 
ht celle de Pères des Pauvres, qui ftat aussi donnée aux 
Vergy. Ils y joignirent encore la piété religieuse, k laquelle 
beaucoup d'établissements durent leur existence. Ainsi , le 
monastère de Saint- Vivant-sous-Vergy ftit fondé en 890 par 
lianassès l'Ancien, afin d'y recevoir les reliques de ce saint, 
déposées précédemment à Saint- Vivant-en-Amons , près 
Dole, où on les apporta pour les soustraire à la fureur des 
Normands. D'autres Vergy fondèrent successivement l'ab- 
baye de La Ferté-sur-Gradne, en 1113, celle de Theuley 
près Gray, en 1130, celle de Lieu-Dieu près Vergy, en 
1140, celle des Jacobins de Dgon, en 1237, etc. 

Cette célèbre famille a fourni h l'église huit prélats dis- 
tingua, savoir ; un archevêque de LyoQ ^ deux archevêques 



19S 1I8T0IEX DB GI61IT. 

1515 de Besançon, dont l'un cardinal, un ëvéque de Paris, on 
évéque de Mftcon et trois évéques d'Autiin. EUe a aosoi 
fourni à la Bourgogne : 1 .<* la bonne et célèbre dudiease 
Alix de Vergy ; 2.* onze sénéchaux successifs du dudié « 
pendant près de trois siècles, ce qui fit donner à un de leurs 
hôieU, k Dyon (^}, le nom d'Hôtel de la iénidmamée (charge 
devenue héréditaire chez eux par une condition du mariage 
d'Alix); 3.® deux maréchaux du même duché; 4.* deux 
gouverneurs de celui-ci ; 5.® trois maréchaux du comté de 
Bourgogne; 6.<* trois gouverneurs d'icelui; IJ^ un nuuréchal 
de France; 8.® six chevaliers de la Toison d'or, etc« 

Deux frères de cette fomille fturent tués , en 1386 , li la 
funeste bataille de Micopolis. Un autre membre, après cette 
bataille, alla n^ocier en Turquie la libération de Jean-sans- 
Peur et le ramena en France. Enfin , trois autres se troiH 
vèrent avec ce prince sur le pont de Montereau, en 1419, et 
l'un d'eux y ftit tué avec lui. 

Le cri de guerre de oes preux était Vergif, et leur devise : 
MRf vcaier. Ils portaient de gueules, k trois roses d'or de 
cinq feuilles chacune, brisées d'une bordure de sable. 

S 2. Antoine de Vergy, notre prieur, naquit en 1488, de 
Guillaume de V. et d'Anne de Rochechouart. Son père , qui 
était seigneur de Vergy, Saintp-Dizier, Ghamplitte, Fonvens, 
Autrey, Rigney, Ghampvans, etc., baron de Bourbon-Lanci, 
sénéchal et maréchal de Bourgogne , et chevalier de Tordre 
de Savoie, s'était trouvé, en 1476, à la célèbre bataille de 
Morat, perdue par le duc Charies-le^Téméraire. 

Le Jeune Antoine n'avait encore que quatorze ans, lorsque, 
le 10 octobre 1502, il fut nommé à l'archevêché de Besançon; 
mais il ne fut installé qu'en 1513 , lorsqu'il eut atteint l'âge 

(ii6) Ils aTaicnt en celte TÎUe non-senlement V Hôtel tU UsiiMumêsk 
(depuis Hôtel Chabot, Hôlel d'ElbeaOi béti, à la Cq du xiL^siëcIe, par Hofaea àm 
▼., bea»>père du duc, mais encore VBvUl de F*rgY% ^^^ *a i43|p«r Aatoiat 
4* V^aivédul de Fnuioe» 



CDÀPITRE XL. 199 

de viogl-cinq ans. Il n'en atalt que vingt, lorsque, le 9 1515 
férrier 1508 « il posa la première pierre de l'église Notre- 
Dame de Dole , où il disait ses études. Quatorze mois au- 
paravant, le 5 décembre 1507, il avait déjà fait, en sa qualité 
d'archevêque , un traité sur le droit de frapper monnaie , 
aiec les états de Franche-Comté et la princesse Uarguerite 
d'Autriche , apanagère de cette province. On voit aussi que 
peu après son installation, c'est-à-dire en 1514, il limita à 
^gtret-un le nombre des membres de la familiarité de 
Lrahans. En la même année, il rédigea aussi h Gy, en fhin* 
çais et en latin, les statuts de celle de Clairvanx , dont le 
prieuré dépendait de Gigny. 

Il était de même probablement installé archevêque , lors- 
qu'il Ait donné pour précepteur à Charles-Quint , qui prit 
possession des états d'Espagne en 1517, et devint, deux ans 
après , empereur à l'âge de dix-neuf ans. Comme il ne fïit 
pas seul pour faire l'éducation de ce prince , et que Tédu- 
cation n'est pas responsable de toutes les actions des hommes, 
00 oe peut guère apprécier les résultats de celle que notre 
prieur donna à son illustre élève. 

S 3. U n'a pas été possible de préciser l'époque à bquelle 
Antoine de Yergy devint titulaire à Gigny et succéda à Léo- 
nard de Franchelune. Il l'était certainement en 1 516, lorsque 1 5 1 g 
Jeanne de Gorrevod, fille de Jean de Gorrevod, chevalier, et 
nièce du premier comte de Pont-de-Vaux , fût inhumée à 
Gigny. On voit, en effet, qu'il Tétait depuis quelque temps, 
en 1517, par un titre de cette date où il se dit archevêque 1517 
de Beumçon , commendauàre adnmistrateur perpétuel de Gîgny , q ^^ 
et seigneur de ce Ueu» 

Dans cette charte importante datée de Morcy (Haute- 
Saône), signée de Vergey et rédigée en présence de Georges 
de Montfleur , écuyer , et de messire Jean-Baptiste , prieur 
de Blansac , il est dit par les habjtaots d^ Gigpy que a ce 
« Ibça f«t j9 poor ce donné au prieur dudit Gigny pour la 



1200 HISTOIRE DE GIGNT. 

a dotatîoo et fondation dudit prieuré, en tonte Justice haute, 
Cl moyenne et basse, mère mixte impere, avee le pouvoir d'y 
« entretenir un marché chacune semaine et trois foires 
a chacun an , et de parfaire les murailles du bourg dudit 
a lieu, au temps de laquelle dotation fondation les y manam 
a et habitans étaient tenus et réputés gens fhincs et de 
a franche condition , et icelle liberté et franchise ont ton- 
a jours entretenu par cy devant et vécu franchement, 
etc. » De son côté le prieur, qui avait intenté un procès 
pendant au bailliage d'Aval et au siège de Montmorot (*^), 
pour faire déclarer les habitants mainmorlables, s'en désiste 
dans celte charte, et a après avoir heu préalablement l'avis 
a des prieur clauslrier et autres rdigieux dudit prieuré , 
a pour ce capitulairement assemblés en la manière accou- 
a iumée... après vision des titres dudit prieuré , et infofv 
« mation de vive voix par ses oiBciers à ce par lui coramii 
a et députés , il a apparu lesdits habitans être gens francs 
a et avoir joui de liberté, d £n conséquence , le prieur 
a confesse et connaît... tous et singuliers les manans et ha* 
a bitans... esdits bourgs et fouxbourgs dudit Gigny , eux, 
a leurs hoirs et successeurs... ensemble leurs biens en quel- 
a que part qu'ils soient assis , être , devoir demeurer geÉs 
a francs et de franche et libre condition, quittes, immuns 
a et exempts de toute siyétion de mainmorte, etc. » Cette 
1518 déclaration fut encore renouvelée et confirmée, en ISlâ, 

(lay) La FraDeh«-Comté éCaît dÎTisée âuciennement en deux gmida èâH 
liages qui y furent cublis dani le xui* ftiëcle, et y rempUcërent pcal*tee le 
deux aucient Patrieiatt oa gouvernementf dei cautoos de Port et d*Aauioiii 
au uord, et de Varait et Scoding au tad. Le bailliage à'Jmont^ ou d^nhant» oom 
prenait tout le département de la Hante-Saône et la plus grande partie de eelv 
du Dottbi. Le bailliage d'i^iW, ottd*en bas, était compote de tout le dépailMiM 
du Jura, et d*nne partie de celui du Doubt. La yillc de Peligny en était U ai4| 
prindpaL En i4a),Phitippe-le-Ben , duc et comte de Bouigogne^ en a'êe n 
troiaiëme, dit le bailliage de Doté on du tHUtti^ dant lequel furent oompn 
Dolcp Onianfl, Qaiogej et Ueoz ea dépendants distraite de celui d^AveL 



CHAPITRE XL. 201 

devaol le juge do siège de Montmorot, par un mandataire 1518 
fSféàiA du prieur Antoine de Vergy. 

U résulte donc de cette charte nn foit très remarquable et 
presque unique, c'est que Gigny a été franc de toute ancien- 
neté. On lit qu*il en a été de même de Saint-Claude, et 
rhistorien Droz a écrit que les moines n'assujettissaient 
pis ^ la mainmorte les bourgs voisins de leurs monastères. 
Cependant cette opinion est contredite par les exemples de 
Tonmus et de Montier-en-Bresse, dont les habitants étaient 
certainement mainmortables. Il paraît résulter aussi de la 
Béme charte que Gigny existait déjh avant Tabbaye fondée 
parBernon , comme on Ta dit au commencement de cette 
histoire. Mais il est à regretter que les titres qui établissaient 
les assertions de nos habitants ne soient point parvenus jus- 
qu'à nous. Au reste , leur franchise fut encore reconnue 
daosdes actes postérieurs, en 1543, 1546, 1691, etc., et 
ils eurent toujours soin de veiller h la conservation de leurs 
privilèges. On trouve en effet , par exemple, que quelques 
allouons ayant été prononcées à 1 encontre , dans le cours 
d'an procès , ils se réunirent , le premier janvier 1769 , 
devant un notaire , et protestèrent hautement de leur con- 
dition franche. Il font observer néanmoins que cette fhin- 
diise n'était propre qu'au bourg de Gigny et à ses fau- 
bourgs , et non aux hameaux de Cropet et du Yillars , 
^pendants de la paroisse , dont les habitants sont restés 
mainmortables jusqu'à la fin, ainsi que ceux des autres lieux 
de la seigneurie. 

S 4. Ce fut peu d'années après la charte des franchises 1520 
reconnues par A. de Vergy, que messire Barthélémy Pyt'wt €..t99. 
de Gigny, prétre-recteur de l'hôpital et maison-Dieu de 
Coteau , fit construire une chapelle en l'honneur de iointe 
Gnoîx, diaos l'église paroissiale de son lieu natal. Par contrat 
passé devant Devif, notaire, le ao novembre 1520, il la dota 
de plusieurs fonds situés aux territoires de Guseau , Gigny 



SM BISTOIEB DE GIGNY. 

IKM ®^ Vaulx, bameatt de Gluuiipagna. Or, celte fondation fiti 
foite k condition que les chapelains qui succéderaient m 
fondateur seraient tenus de lui célébrer à perpétuité trois mes- 
ses basses par semaine. Hais on a m précédemment ( au cbap. 
XTU ) comment cette fondation Ait renouvelée et modifiée, 
en 1693, par les héritiers ou parents du fondateur primitif. 

1S24 Quelques années après , en 1524 , une autre fondation 

fut faite par Jean EscaUue et Jean Tiuot^ d'une messe anni- 
versaire avec vigiles , dans l'élise prieurale , moyennant 
ime rente annuelle de douze sols estevenants. 

1526 S 5. Le concile tenu en 517 k Epaone ( qu'on présume 

être Yenne en Savoie ) avait défendu aux ecclésiastiques 
quelconques d'avoir des chiens et des oiseaux dech«sse. Saint 
Ferréol, fondateur du monastère de Beuvon , au diocèse de 
Sisteron , devenu par la suite un simple prieuré de Fabbaye 
de risle-Barbe> avait aussi proscrit, en 555, le plaisir de la 
chasse^ par la règle qu'il rédigea pour ses moines. Un concile 
de Germanie, en 742, avait de même défendu k tous les ser- 
viteurs de Dieu de courir les bois avec des chiens et d'av<rir 
des éperviers et des faucons. Néanmoins, malgré toutes ces 
prohibitions , les prieurs et nobles religieux de Gigny , qui 
étaient en même temps seigneurs de ce lieu , ainsi que de 
plusieurs autres villages , avaient , comme on a déjk vu , au 
nombre de leurs droits féodaux , celui de la chasse. Us se 
montraient jaloux de ce privilège , ainsi que les seigneurs 
laïcs, et veillaient à sa conservation. On voit , en oonaé- 
quence , que le prieur de Vergy, en 1526, obtint, au sii^et de 

cm. ce droit, un mandement au bailliage d'Aval. On trouve aussi 
que, peu après sa mort , plusieurs procès pour la chasse 
forent intentés contre divers particuliers, aussi bien que dans 
le dix-huitième siècle , même après la sécularisation. Bien 

^ IM plus, lorsqu'on 1788 le noble chapitre fut supprimé, le droit 
de chasse et de pêche fut conservé viagèrement aux chanoi- 
nes alors existants. 



CHAPITEE XL. 203 

S 6. Le S8 décembre 1530 , Ant. de Vergy assista aux 1530^ 
pompeuses ftinérailles de Philibert de Chalon, prince d'O- 
range el baron d'Ariay, dans Téglise des Cordeliers de Lons-> 
le-Samier. Ce célèbre et dernier membre de l'illnstre et 
poissaDte maison de Ghalon , né en 1503 , d'une manière 
m peu miracolease, par l'intercession de saint Philibert dont 
ilprit le nom, selon le vœu fait k Toumus par Jean de Cha- 
loB, son père, et Pfailiberte de Luxembourg^ sa mère, aTait 
d^ parcoam une carrière remplie de gloire , lorsqu'il la 
termina à nn âge où d'antres la commencent à peine. Après 
s'être emparé de Rome à l'âge de 24 ans, après avoir foU la 
conquête dv Milanais el du royaume de Naples, et avoir 
eilevé 138 drapeaux aux ennemis vaincus , il fut tué , le 3 
Mât 1530 i au champ d'honneur , devant Florence , étant 
alors gouverneur de Franche-Comté , généralissime des 
troupes de Tempereur Charles-Quint, vioe-roi de Naples, etc. 
Ses dépouilles mortelles Airent transportées , comme en 
trionq^ , de Florence à Lons-le-Saunier , ob notre prieur 
oflSda solennellement, en sa qualité d'archevêque de Besan* 
çoD, assisté des évéques de Genève et de Langres, des abbés 
de Baume, de Baleme, du Miroir , etc... 

S 7. Le concile de Latran, en 1215, avait ordonné que, 1534 
dans toutes les églises suffisamment dotées , on établirait 
an maître de grammaire pour l'enseigner gratuitement aux 
dercs, et un théologien pour expliquer l'écriture sainte. Ces 
dispositions (tirent de nouveau prescrites par le concile de 
lâle da eoDunenc^nent du qmnzième siècle, par la pragma- 
tique sanction de 1438 et par le concordat de 1517. En 
eiécolion, et avant que le concile de Trente les eût encore 
renouvelées, le pape Paul IDE, par* une bulle du 3 novembre 
1534 , unit les dîmes de Guisia près Cousance au prieuré 
de Gigpy. Cette bulle en destina le produit à l'entretien 
d'an ou de plusieurs maîtres chargés d'enseigner aux moines 
notices le chant , la grammaire et les saintes lettres. Elle 



204 HISTOIRE DE GIGIfT. 

1834 dérendit en même temps d'employer ces dîmes à d'autres 
usages, non m alioi usas convertere. 

Nonobstant cette disposition expresse , il paraît que ces 
dîmes ne furent pas long-temps appliquées à leur destina- 
tion, car elles dépendirent bientôt de Toffice du chambrier. 
Lorsqu'on 1787, on s'occupa de supprimer le noble chapitre 
qui avait remplacé le prieuré, le curé de Cuisia i*éclama ces 
dîmes comme ne devant plus servir k leur destination pri- 
mitive. En conséquence, dans le décret de suppression défi- 
nitive de 1788 , on lui donna acte de sa réclamation et on 
lui réserva tousses droits. 

. S 8. Depuis cette époque , on ne connaît plus d'événe- 
ment relatif à Gigny arrivé du temps de notre prieur. Mais 

1535 on lit qu'en 1535 , en sa qualité d'archevêque, il publia un 
bréviaire pour le diocèse de Besançon, lequel ne fut prolMt- 
blement qu'une nouvelle édition de celui qui avait été mis 
au jour en 1480 par Charles de NeuchAtel , son anti-prédé- 
cesseur. D'autres éditions analogues ont été publi/tes en 
1564, 1578, 1589, 1653, 1688, 1712, 1761, etc... 

1539 On voit aussi qu'en 1539 , il plaça solennellement les re- 

liques de saint Ferréol et de saint Ferjeux dans une nouvelle 
châsse d'argent du poids de 140 marcs, fournie par le dia- 
pitre elles gouverneurs de Besançon. 

C'est en cette même année que la cure de Cuisia près 
Treffort fut unie au chapitre de Gigny , comme on le dira à 
l'article du prieuré de ce nom. 

S 9. Ant. de Vergy mourut le 29 décembre 1541, et fat 
inhumé dans l'église de Saint-Ëlienne de sa métropole. On 
inscrivit sur son tombeau Tépitaphe suivante : Egerunvm et 
pauperum remedium qui fuerat prœstanltssmum hoc legUwr umo. 
Reverendisnm ac in Oiruto Patri» ac dommi D. ilnlona de 
Vergeh qiwndam ardùepucapi Bisunlhû depontum, qui obtk 
xxix déc. M Duju Ce prélat avait déjà obtenu, de son vivant, 
la qualification de bon et de père des pamrei, qualification 



CHAPITRE XLI. 205 

qui a son mérite aussi bien que ceHe de preiuc , comme on 1541 

l'a déjà dit, et qui était héréditaire parmi les membres de 
cette illustre et antique fomille. En effet , on la trouve déjà 
dansl'épitaphe de Henri de Yergy, mort en 1330, et inhumé 
dans l'abbaye de Theuley : Qj gai Henri de Vergey, chevalier, 
àmr de Fonvens, et seneschal de Bourgogne , appelé père des 
fmnres, qui trépassa Van m. ccc. xx.x. 

S 10. J*ai supposé qu'Ant. de Vergy avait été chef com- 
mendataire de notre prieuré , jusqu'à la fin de sa vie. Ce- 
pendant, on lit dans Guichenon que Louis de Tarlet était 
prieur et seigneur de Gigny en Comté en 1531. Mais c'est le 
seul indice de ce prétendu titulaire qui n'est peut-être que 
Louis de Tarlet, pitancier en 1546. La famille de ce nom, 
déjà connue en 1313, était de Bourg et portait d'azur, au 
bacon d'or grîlleté d'argent, empiétant une perdrix becquée 
et onglée de gueules. 

L'historiçn de la Bresse , si exact et si consciencieux du 
reste, a commis encore une erreur répétée dans plusieurs 
ouvrages, en disant que Claude de la Baume j archevêque de 
Besançon depuis 1543 jusqu'en 1584, année de sa mort, 
avait aussi été prieur de Gigny, ainsi que d'Arbois, Nantua 
et Jouhe, et encore abbé de Saint-Claude et de Charlieu. 
En effet, il y a trop de preuves que notre bénéfice a été tenu 
eu commende , durant cette période d'années , par trois 
autres titulaires. 



CHAPITRE XLI. 

LOGIS DE RYE, prieur. 

Ttrrltri. — B^ivieoifie. <-> Procès dirert. ^ Stigntiiria d< Joadtf. 

S 1- La commune de Rije, au canton de Chaumergy, sur 1542 



a06 HISTOIRE DE GrCIf T. 

1852 It frontière des deux départements du Jura et de Saône-et^ 
Loire , a aussi donné son nom à une ancienne et poissante 
maison de Franche-Comté , laquelle on présume être une 
branche cadette de celle de Nenblans. Jean le Roux , poêle 
bourguignon du milieu du seizième siècle » ne manque pas 
de la signaler, dans les vers suivants, au nombre des princi- 
pales du pays : 

Neufchàtel, Cnsance, Chalon, 
Oyselet, de Rye et Granson , 
De Raj, Villen, Jeux, Estrabon , 
Sont du pays les grands barons. 

Cette maison, originaire d'Angleterre , existait déjà dans 
le dixième siècle , et le château de Rye, qui sert aujour- 
d'hui à une exploitation rurale, est mentionné en Tan 1065. 
Cependant, on ne peut en suivre la généalogie, sans lacu- 
nes, que depuis Hugues de Rye, seigneur de Neublans, vivant 
en 1240, jusqu'à Ferdinand-Françoî&Just de Rye, qui mou- 
rut sans enfants en 1657. En lui finît cette antique Diiai9(m 
féodale , à défaut de successeurs mâles , et ses grands biens 
passèrent dans la maison de Poitiers, qui s'était alliée à 
celle de Rye. Ses armes étaient d'azur à Taigle d'or. 

Parmi les personnages marquants qu'elle a fournis , on 
compte trois généraux , trois chevaliers de la Toison d'or, 
deux archevêques de Besançon et deux cvéques de Genève. 
De ces quatres prélats, trois ont été prieurs de Gigny et 
abbés de Saint-Claude. 

S 2. Louis de Rye fut un des douze enfants jumeaux que 
Jeanne de la Baume-Montrevel , morte en 1517, donna 
en six couches à son époux Simon, seigneur de Rye, Balan- 
çon et Dissey , chevalier d'honneur au parlement de Dole, 
vivant encore en 1508. Pour soulager cette si rare et si 
nombreuse famille de jumeaux, Louis Ait placé, avec un de 
tes frères et cinq de ses sœurs, dans fétàt eecIésiasUque , 



CHAPITRE XLI. 807 

00 il parcourut une carrière aTantagease. Il ftit d'abord IBM 
nommé» en 1528, titulaire de l'abbaye d'Auberive, fondée en 
1138 k la source de l'Aiibe près de Langres; puis en 1542, 
prieur de Gigny , après la mort d'Antoine de Vergy. 

S 3. Dans les premières années de ce prieur , le Terrier ^ **'• 
de la seigneurie de Gigny Ait confectionné et rédigé devant 
Claude Bcrrard et Pierre Darlay de SaintJulien , clercs , no- 
taires publics, coadjutenrs des tabellions du bailliage d'A- 
val, commissaires députés en cette partie par autorité et 
lettres de la souveraine cour du parlement de Dole. Les ha- 
bitants de la seigneurie s'y reconnurent si^ets en toute justice 
derévérend père en Dieu messire Louis de Rye,abbéd'Aube- 
riire, seigneur et prieur du prieuré conventuel de Gigny. 
Us s'y reconnurent tous hommes mainmortables et de serve 
condition, k l'exception de ceux du bourg même de Gigny 
qui s'y déclarèrent hommes francs et bourgeois dudit lieu ^^^ • 

(lit) On dit (DHis il eft difficile à croire) que les anciens' Gtulois ne flcmnai«« 
wcnt ni TiUes, ni bourgs, ni fortereiset» et que chacan d*eaz se fixait, avec n 
fiuniUe, tnr le fondi qa*il cultivait. Les Bourguignons, an contraire, après la 
OBDqaèCe, babitërent des lours ou chit eaux forts nommés en grec Bourgs^ à*oii 
ta croit que ces peuples avaient reçu leur nom. Les anciens hahilants du pays, 
rédoits à l*élat de serfs, continuèrent à occuper les villages et les campagnes, et 
àycaltiver la terre. 

Par lé suite, dans le moyen âge, les Grands-Seigneurs descendants des Francs* 
Bourguignons établirent autour de leurs châteaux des bourgs proprement dits, 
fctiaés de mnrs et de fossés, qnUU peuplèrent de familles franches dont les 
■cabres prirent la qualité de Bourgêoit on Frtmc$-B»ttrfeo(t, Ces bourgs 
étaient des espèces de dépendances ou d'accessoires des châteaux, et ceux qui 
les habitaient participaient en conséquence de la franchise dea seigneurs* 

On a TU précédemment, par une charte de 1 5 1 7, que Gigny avait été très an« 
dennement fermé de murs, et peuplé de gens de franche condition. En consé- 
qienee^ oenx-<ci avaient la qualité de Francs-Bourgeois f et les étrangers qui ve- 
MÉsBtyrédderparticiptient à es privilège, en obtenant des L§ttr«t dt Bout* 
gÊtiiië âm édierinfl et habitants réunis «n assemblée générale. 

Bmv dbUMlr cet IcttriB, tant pour toi qoe pour tas enfants nés et è naître, 
il iUleit s i.« êÊxm beUlant àé Gigny depuis Tan et fonrt a.e être reconnu de 
benne vi« et dt boaneiniatQrt 1 S.* professer la religion catholique «apostoUqa* 



M0 HISTOIAB DB GIGNT. 

154S Les habitants du Yillars et de Gropet, quoique de la pa- 
roisse de Gigoy^ mais isolés du bourg, se reconnurent 
mainmortables , comme ceux des autres lieux de la sei- 
gueurie. 

Le terrier ftit rédigé en 1542 pour Graye et Chamay; 
en 1 543 pour Gigny ; en 1 544 pour le Villars , Gropet, Horges , 
Montrcvel, la Pérouse et Honnetay, et enfin en 1545 pour 
Louvenne. Mais celui de cette dernière commune Ait passé 
devant les notaires Monnard et Chapon , et on lit que d^, 
en 1534, les notaires Vuillemenot et Chapon en avaient ré- 
digé une partie. On trouve aussi l'indication qu'à la même 
époque environ, des terriers partiels furent dressés, dans 
L'intérêt du monastère, devant différents notaires à Arbuant, 
Balanoz, Chambéria, Condal, Cressia, Cniseaux, Joudes, 
Saint-Julien, Leyns, Loysia, Marie, Rosay, Vaux, Yéria, 
etc.... La dtme de Gigny flit reconnue et réglée, en 1544, 
avec les habitants. 

1544 S 4. Le cardinal Pierre de la Baume, abbé de Saint- 

Claude, évéque de Genève et archevêque de Besançon, 
étant mort en 1544, notre prieur, qui était déjà son coadlju- 
teur dans l'évéché de Genève, lui succéda, soit comme 
abbé de Saint-Oyen de Joux, soit comme évéque et prince 
de Genève à la résidence d'Annecy, où les catholiques s'é- 
taient retirés depuis l'année 1535. Il prit possession de cet 
évêché, par procureur, le 30 octobre 1546, mais il ne ré- 
sida jamais dans son diocèse, et il essaya en vain de rentrer 
à Genève avec l'appui de l'empereur Charles-Quint. Il pa- 
rait au contraire qu'il fit quelquefois sa demeure à Gigny ; 

et romaine ; 4.0 produire daoi l*ann^ la i>reQTe qu'on était franc ou aflrancUi 
et non mainmortable { S/* enfin peyer une aomme de 3o franca. Bnanile de c«tte 
aisociation, on participait aux bonnenrt et prérogalÎTea des franci habitante de 
Gigny, aux droits de communauté, etc....L*auteur de cette kistoire a viide tdlee 
lettres de bourgeoisie rédigées par-dcTant notaires en i$7€f i€fO| ijtm^ i7*f» 
etc., etc. 



CHAPITRE XLI, 209 

car on trouve qu'il y assista, le âjuin 1546, ^un traité 1544 
dont on pariera bientôt, et que , par acte daté de ce lien , 
le 23 septembre 1547 , il confirma les franchises de son 
mandement de Tby. On peut supposer aussi que c'est de 
ton temps que le chftteau^de Gigny fut reconstruit ou ré- 
paré tel qu'il était avant la fin du dix-4iuitième siècle, et que 
c'est à lui que t'applique le mot De Rye sculpté sur une 
inôenne pierre de ce château, avec une lettre prénominale 
qui a été piquée en 1793. Cependant, on voit que l'aumô- 
nier du prieuré fiit son vicaire général pour la spiritualité 
et la temporalité. 

A la fin de Tannée 1545 , L. de Rye augmenta encore le |545 
sombre de ses bénéfices , en obtenant l'abbaye d'Acey va- 
cante, dès le 1/' novembre, parla mortde Laurent de Rancey 
dit Puget. Il était naturel que cette abbaye de l'ordre de G- 
teaux, fondée en 1136 sur la rivière d'Ognon, eût pour 
titulaire un membre d'une famille depuis long-temps sa bien- 
faitrice.. Aussi, dès et avant le quatorzième siècle jusques 
dans les derniers temps, un grand nombre d'individus de la 
laajson de Rye choisirent leur sépulture dans cette aUiaye. 

S 5. A la même époque environ , notre titulaire termina, 1545 
txi sa qualité de seigneur , un gros procès avec les habitants c, f f 9. 
de Gigny. Le différend était relatif au droit d'usage de 
ceux-ci dans les bois communaux, au mode de leur jouis- 
sance y à la faculté d'y faire des fours à chaux et des four- 
œaux de charbon, k leur banalité ou réserve. Il avait encore 
rapport aux franchises des habitants, au droit de pèche dans 
la rivière de Suran, et & celui d'amender les contrevenants 
en matière rurale. Les bois communauxdont il était ques- 
tion portaient alors les noms suivants plus ou moins re- 
oonnaissables dans ceux d'aigourd'hui : Echaudées, Vulgre- 
we^. Combe BumeU, Combe du fiua/îer, Qranà*eàle du Saugei, 
Bm iu Saugei , Grand fond du Sauget, Forêt, Lo^àèrei, Sur 
la BoAe^ Sou$ laBoche, Montée des Combes, et Mal Genet/vre, 

14 



dlO HI6T0IRI DE GieiVT. 

1546 Ce procès avait commencé en 1529 , du teroi>s du prieifr 

Antoine de Vergy, devant le juge châtelain de &igny , k ia 
requête de Barthélémy Devif , substitut du procureur de 
monsieur de Gigny. La procédure dura long-temps , et les 
habitants furent enfin condamnés, le 20 octobre 1544, aux 
assises tenues par le bailli du lieu. Les échevins ayant appelé 
de cette sentence, leur appel fut jugé, le 24 juillet 1545, par 
Sésiré Vauchier, docteur en droit, lieutenant au bailliage 
^^d'Aval au siège deMontmorot, lequel, c après grande et 
ff mûre délibération du conseil et le saint nom de Diea , 
c souverain créateur préalablement invoqué, » donna gain 
de cause aux habitants de Gigny. C'est de ce jugement 
qui dépose aux archives de cette commune , que le pro- 
cureur d'office du prieur appela à son tour en cour de par- 
lement k Dole , et cet appel donna lieu à la transaction 
énoncée. 
G. lis. On peut lire , parmi les preuves de cette histoire, les di- 

verses et nombreuses dispositions de ce ,traité fait le 2 juin 
;On y verra, entr'autres choses, que le seigneur, alors 
mne à Gigny, reconnut de nouveau la libre et franche 
condition des habitants, et de leurs successeurs ou descen- 
dants ; qu'il leur reconnut aussi le droit de pécher en la 
rivière de Suran, h l'exception de l'écluse ou erreux de son 
moulin banal ; que les bois de la Forêt et de la côte de SaugeC 
fïirent déclarés banaux ou propres au seigneur , sauf an 
habitants le droit de vaine pâture en temps convenable, etc. 
On a cru devoir aussi publier et conserver ce long traité , 
parce que l.*> on y trouve la liste d'un certain nombre 
d'habitants de cette époque , d'après laquelle on connaît les 
familles qui se sont éteintes et celles qui peuvent encore 
s'enorgueillir ai^'ourd'hui de subsister depuis plus de trois 
cents ans ; 2.<* on y lit les noms des religieux et officiers 
claustraux de cette époque ; Z."" il y est question de l'église 
paroissiale, du château , de la ville , de ki châtellenle et dn 



IMgOn 

€|ipll*SO] 



CHAPITRE XLI. 211 

baillbge do Gigny , de la porte rouge du prieuré, du droit l$4G 
de chasse , etc. 

Ce traité ftit approuvé et ratifié, le même jour, par tous les 
religieux du monastère assemblés capitulairement au son de 
la cloche. Il Ait seulement réservé par eux qu'ils conti- 
Bueraient, comme par le passé, à jouir des bois communaux 
pour leur chauffage. Le 18 avril 1547, le bailli du lieu le 
rendit exécutoire. 

S 6. En la même année 1546, le S novembre, eut lieu une 
atatre transaction contenant bornage, entre les habitants de 
Gigny d'une part et ceux du Yillars avec le cellérier du 
prieuré d'autre part , concernant les bois où les censitaires 
de cet officier claustral prétendaient un droit d'usage. Nous 
favons déjà mentionné, à la fin du chapitre XXX-ci-devant, c i». 
et on peut en lire les dispositions textuelles. En effet, quoique 
les habitants du Villars en aient contesté l'authenticité, lors 
de leur procès du dix-huitième siècle , nous avons jugé conve- 
nable de rinséi*er parmi nos pièces justificatives, ainsi que le 
mandement de nouvelleté qui lui est annexé , au moins 
comme pièces faisant connaître la procédure de l'époque. 

S 7. Notre prieur L. de Rye reçut, en l'année 1547, la 1547 
dédicace d'une édition des œuvres de saint Bernard, qui fut 
publiée par François-le-Mangeart (Comestor), d*Amay-le- 
Duc, évéque de Négrepont. En cette même année^ il fit pro- 
céder k une visite des reliques de saint Taurin , contenues 
dans la châsse de l'église de Gigny par son vicaire-général. 
Celui-ci en fit dresser un acte par le notaire L. Chapon , c 130. 
(pi'oB trouvera parmi les preuves de cette histoire, et dont 
Tanalyse sera faite dans le chapitre consacré & notre saint 
patron. 

S 8. Un article malheureusement trop concis de nos inven- 1 548 
lûres cite, a sous la date du 27 mai 1548, un acte de prise 
t de possession de la uignewne de huâct, après la rèumon de 
• ^'efptede pkahder h la mense càpitulairc. b II en résulte 



Si2 HISTOIRE DE CIGNT. 

1548 donc qu'alors cet ofifice claustral Ait su^prâié- Eb ^^^^ 
après cette époque, on ne trouve plus de pitauoierscUësdaiis 
nos titres. Louis de Tarlet, qui ligare encore comme titulaire 
dans le traité précédent, du 2 juin 1546 » fiit probablement 
le dernier, et il est à croire que sa mort ftit l'occasion de 
réunir son ofiiee k la meose. Il semble aussi i^ésuber de la 
note précédente que la seignei«rie de Xoudes dépendait ide 
cet oflSce. 

Un autre article d'inventaire mentionne fégalement a un 
c acte de vente {>assé, le 96 mai 15^7^ par MM. de Gign; k 
« M. de Joudes, des droits seigneuriaux à eux igpgpftrtenaol 
« à Joudes et lieux drconvoisios. a Or , il «st |NN>beible qjae 
cette vente n'eut pas s<m exécution , <:ar l'auteur de cette 
histoire a vu un terrier renouvelé en 1604 ^(de ceux de .1544 
et 1557) au profit de Eemande de Longvi, dit de Rye, prieur 
et seigneur de Gjgny, pour les cens dus à Joudes et k Marcia. 
On y voit même Antoine de Monyouvent, seigneur de Joudes 
en partie, du Villars-sous^oudes, de Balanoz, deHontagaa» 
etc., reconnaître tenir divers fonds de la directe » censive d 
seigneurie de Gigny. Ce terrier fut renouvelé lui-même en 
1693, et nos relic^ux ont joui à Joudes, jusqu'en 1789, soit 
des eens , soit de la dlme , soit même de la maiiMBorte. Ils 
eurent plusieurs fois , durant le dixHseptième siècle » des 
contestations k l'égard de ces droits avec le seigneur et 
quelques habitants de Joudes , mais ils obtinrenx toiyours 
gain de cause. 

La seigneurie principale de Joudes , c'estrk-dire celle du 
clocher , avec maison-forte et haute-justice , appartenait 
anciennement h la maison de Moysia , et on a déjà vu Jean 
de M. la reconnaître du fief du duc de Boulogne, en 1324. 
Ensuite elle appartint, pendant plusieurs siècles, k la maison 
de Montjouvent près Yarennes , laquelle a fourni beaucoup 
de religieux k notre monastère. Quelques membres de cette 
maison reprirent de fief » en 1473 et 1603 , du duc de Bout- 



CnAPITEE XLII. 213 

gogne, seigneur de Sagy , Hotamment Antoine de M. ; Ber- 16iS 
nard, fib de Gailiaiime de H. ; damoiseile Glauda de Chevrel, 
tea¥e de Ifenri de M. , etc. On a tu qu'Antoine de M* 
possédait encore cette seigneurie en 1601 ; mais elle fat dis- 
cutée et vendue, en 1633, sur Catherine du Bois, peut-être 
Teuve d'Antoine. Micolas Gagne, qui l'acheta, la revendit en 
1635 k Pierre Thorel de Bameaut , dont la fille reprit de 
fief da roi en 1656. Cette fille se maria avec Charles de 
Thoisy, et leurs descendants firent à leur tour le devoir féodal 
en 1695 et 1769. L'un d'eux possède encore aujourd'hui le 
chftteau et les dépendances , et il en a fiiit le séjour le plus 
délicieux du pays. 

S 9. Louis de Rye, en 1549, prévojrant prochaine la fin de 1549 
sa carrière , se fit nommer pour coac^iiteur à i'évéché de 
Genève son flrère germain Philibert de Rye. C'était avoir 
soin de sa fiunUle et y rendre héréditaires les emplois et les 
dignités. Il poussa aussi sa prévoyance et sa sollicitude jus- 
qu'à songer h sa sépulture , pour laquelle il fit construire , 
au mois de novembre de la même année , deux chapelles , 
l'une à Balançon et la seconde à Thenray , h cdté de l'église 
paroissiale. Il mourut en effet le 25 août de l'année suivante, 1 550 
et, sans doute pour se conformer k ses intentions , on porta 
son cœur dans le tombeau de ses ancêtres , k Acey , devant 
le grand-autel de l'abbaye, et son corps fut inhumé dans sa 
chapelle de Thervay. 



CHAPITRE XLIL 

PmUBERT DE RYE , prieur. 

.CoDoordatdefSSI* 

S !• Nous BOUS trouvons dans un sièirie oii Tusage per- 1550 



214 HISTOIRE DE OICNT. 

mettait une sorte 4*iiiféodation des riches bénéfices écclé^' 
sîastiqtiesdans la même fomille. Aussi, PhUtft. de Ryesaccéâa 
h son frère, non-seulement comme évéquc de Génère , iqais 
encore comme abbé de Saint-Claude, d'Anberive et d'Acey, 
et comme prieur de Gigny. 

$ 2. On ne sait rien an sujet de cet évéque de Genète,' 
sinon que , comme son frère , il ne résida Jatnais dans son 
diocèse. En qualité de prieur de Gigny, il n'est guère connu 
que par un concordat ou traité qu'il fit avec les officiers et 
religieux de son prieuré. L'auteur de cette histoire n*a pu 
se procurer la copie textuelle de cet acte important passé, 
le 26 mai 1554 , devant Humbert , notaire \k Gigny ,' lequel 
n'existait déjà plus aux archives du monastère , en 1762. 
Mais , d'après des notes qui inspirent confiance , on peut 
regarder comme certain que Cleriadus de Rye ou de Ray , 
prétendu évéque de Belley, n'en a point été l'auteur, comme 
on Va écrit. Ce traité avait pour objet principal de fixer les 
obligations et les engagements respectif^ du prieur titulaire , 
des officiers claustraux , des autres religieux et du curé dé 
Gigny, en ce qui concernait les prébendes, les aumônes, lés 
fondations, etc... En voici quelques dispositions qui donnent 
une idée des mœurs et usages du temps, des habitudes des 
couvents, du nombre des mendiants de l'époque, etc.. 

l.<* Il y est dit que, depuis un temps immémorial, les reli- 
gieux et novices vivent séparément et non en commun, et 
qu'ils sont au nombre de vingt-cinq , à chacun desquels le 
prieur doit une prébende d'un pain de trois livres et de 
deux pintes de vin par jour. 

2.® Le ffrieiir s'oblige de donner : !.• tous les dimanches 
de l'année, trois pains et demi de tiers ou de couvent (voyez 
la note 108], pour être distribués aux pauvres...; 2.* la 
veille des cinq fêtes de Pâques , Pentecôte , Saint-Pierre , 
Assomption et Noël, h trois treizaines de pauvres et à chacun 
d'eux, au château de Gigny , un demi-pain de tiers, une 



CHIPITRB XLII. 215 

pinte de vin et un quartier de fromage... ; . 3.* tous les jours, 1554 
trois pintes de vin pour les femmes gisgantei ( en couches) et 
enceintes ; i.<* aux frères des quatre ordres mendiants pas- 
sant par Gigny, requérant l'aumône, toutes les fois qu'il s'en 
présente » et à chacun d'eux , la prébende appelée charUé, 
qui consiste en un demi-pain de couvent et une pinte de vin ; 
5.* le jeudi saint, à tout venant à Gigny, un. car de Savoye 
l'^^plns le pain que l'on bénit ce jour là au réfectoire, plus 
treize engrognes <^^J à treize pauvres pendant qu'on fait la 
cène... ; 6.* à chaque habitant, le jour de carémentrant, un 
pain de couvent et deux pintes et demie de vin (^^<)... ; 7.* 
aux religieux et novices qui vont en procession, le mardi et 
le mercredi des rogations , un chacun desdiu jours , pour 
leur déjeuner, un pain de couvent et deux pintes de vin qui 
étaient li recouvrer par les curés de Gigny et de Graye, chez 
lesquels les religieux déjeunaient ces jours là... ; S."" au curé 
de Gigny, pour sa prébende et assistance aux vêpres et à la 
procession , à chacune des fêtes solennelles susdites , ainsi 
qu'à chaque jour des rogations , un pain de couvent de trois 
livres et une pinte de vin... ; 9.^ au curé de Graye, le second 
jour des rogations , un pain de couvent et deux pintes de 
vin... ; 10.* au même curé de Gigny, un pain de couvent et 
une pinte de vin, les jours de fête du précieux corps de Dieu, 
de saint Marc et de saint Taurin... ; 11 .* enfin, une prébende 
aux ouvriers qui rétablissent le toit de l'église , réparent la 
fontaine et ses aqueducs, entretiennent les linges et orne- 
ments, relient les livres, etc. 
3.* Vaumônier doit d'abord l'aumênc d'un pain de seigle, 

(la)) D*aprët notre charte laS» deax ears valaient un toi. 

(i3o) Une éngn^nt de monnaie comtoiae valait, aelon Grappin, un denier et 
d«&i de monnaie efterentnle, ou un denier et un neavlëmc de monnaie de 
r^rnMa.lllo^rabUqiialr« deniers cale tien d'un toi» salon d*aiitr«s. 

(lit) Oa dett loiMT le Êtntàsitnt ds nos rtUfi««i qui C«isai«Dt psrticipsf Isa 
psvfm ms pUtstrt da ctrnavaL 



216 BISTOIHB DB GIGNT. 

1554- . tous les jours de Tannée, à tout pauTre de a seigiievrie Te* 
ftant la demander, et même k d'autres ai eDe est oécessaire» 
En outre, il doit faire, le jeudi saint, l'aumAne de la quuw* 
partie d'une miche k tout venant ï Gigny ; doit founiir » eê 
jour Ik, l'eau, le vin, le linge et les tMissias nécessaires 
pour le mandat de treize pauvres; enfin fotue céiébrtir 
la messe matutinale du même jour. U doit aussi entretenir 
l'bApital de trois lits, de draps et de couvertttres peur les 
pauvres. 

4.* Le êaerhtam est tenu de fournir le luminaire de l'Oise 
dtt prieuré ; d'y entretenir , chaque jour , quatre lampes 
allumées ; de fournir aussi le luminaire pour les messes de 
fondation, ainsi que les aubes, amicts, chasubles et étoles, 
comme encore l'encens, le vin et les hosties, même un cierge 
éclairé sur le grand-autel, tous les samedis, depuis Compiles 
jusqu'au commencement de la messe de Notre-Dame , du 
dimanche matin. Il doit entretenir l'église en général, garnir 
les sept autels (^^ de draps, couvertes et corporaUi fournir 
les cordes des cloches, faire sonner toutes les heures, entr^ 
tenir particulièrement l'horloge, les toits de l'église et des 
chapelles, les fenêtres, les calices, les chAsses» reliquaires, 
chappes, chasubles, linges, missels, livres de chœur, et tous 
ornements nécessaires au service, en veillani soigneusement 
h leur conservation (^^. 

5.* Enfin Yawrier est chargé, entr'autres soins, de l'entref 
tien de la fontaine et de £aire arriver l'eau dans la cour 4ii 
monastère. 

Au reste, on verra plus tard, dans les chapitres consacrés 
aux divers officiers claustraux, comme ces dispositions 

(i3j) n eft difficile de déiigner titicrnt^hiii IetpUceaqii*ooedpiieiiecti(f^ 
■uteit; on n*t parlé <|iie de cinq d*entré eui, tu chtp. tj, 

(i33) Cofkineil n*ett pit ici question d^ûr^aes, non plntqne dtn» le pMÏ^ 
Verbal d'une visite de régliae dressé en i70o, il «t comme ecrtàlft qu'ellëi y oM 
éU introdiUlef aprèa la aécnlarliatioD. 



CHAPITRE XLIII. fif 

anicmété oonsenrées ou modifiées dans la suite des temps, l5Bi 
eC rrec quelles ressources ces charges étaient acquittées^ 

S 3. Philibert de Rye survécut encore deux ans à la c(m» 
fection de ce concordat, et mourut, en i5d6, au château de 
la Tour du Meix appartenant à l'abbaye de Saint-Qaude. 
D fltt enterré dans l'église paroissiale de Saint-Christophe. 



CMPITRE ÎLin. 

CLERIADUS DE RAY , prieur. 

Confrérie de Bftlat*T«iirIii. 

S i. La maison de Ray ^ comme on a vu précédemment, i^M 
est placée par te rimeur Jean le Roux au nombre de celles 
qui possédaient les grandes baronies de Franche-Comté. 
EQe est fort ancienne, puisqu'on trouve déj^ des êhrcs de Hay 
dans les onzième et douzième siècles: Ponce en 1090, Othoil 
en 1105, Sevin en 1114 et 1118, Guy en 1170, Eudes en 
1175 , etc. Mais le plus célèbre de tous est Othon de la 
Roche , sire de Ray , à cause de sa femme , lequel alla en 
croisade, en 1202, avec Raudoin, concourut à l'établisse- 
Bient de l'empire latin de Constantinople, et fit la conquête 
d'Athènes, Thèbes, Argos et autres villes de la Grèce, dont 
il devint duc et oiiil séjourna jusqu'en 1220. Avant lui , les 
sdgneors de Ray portaient : de gueules & l'escarboucle 
pommetée et fleuronnée de huit rais d'or terminés par une 
fleur de lys. Or, comme il avait été duc d'Athènes, il substi- 
tua aux rais quatre points d'hermine^ pour indiquer le rang 
de prince qu'il avait tenu en Grèce. Toutefois , ce change- 
ment ne parait pas avoir été adopté dans les temps posté- 
tkmtÈj et les premières armoiries ont prévalu. 

L'adage héraldique de ces seigneurs étdt gratàm»»etè de Ba^. 



SÏ8 HisTOïKK DE oicnr. ^^ 

1S5$ Leurbarouieétail composite de Ray, dans rarrondis!>ftncnC 

de Gray , cl des villages voisins Mcmbrey , Teincey cl Yao- 
oes. 

S 2. Clcjiadiude Ray, Dis cadel d'Aiiloine, baron de Ray. 

et de Jeanne de Viry , Tul dcsliué k l'éial ctxlt'&iaslique eL 

devint succeisivenienl prolonoiaire apostolique , prieur de 

Gigny. de Morteau et de Chaniplille, puis, en 1379, Biailre 

des requêtes honoraire au parleuieiil de Dule. Ou a écrit 

dans les derniers temps qu'il avait été évf-quG de Belley , 

mais c'est par erreur; car Anl. de la Chambre occupa ce 

siëgc épiscopal de 1552^1576, et J. Geoffi-oy-Giuod de 

1576 k 1604. 

1557 Deux litres de Gigny seulement signalent Clei-iadns de 

H Ray comme prieur, l'un de 1557, où il est simplement men- 

1560 tionné ; l'autre de 1560, par lequel on voit que, le 4 dc'ccni- 

bre de celte année, il ratifia le concordat fait en 15S4.par 

son prédécesseur. 

1S63 S 3. Sous ce prieur, les guerres de religion cnsaiiglaniÂ- 

1 563 rcnt toute la France, mais le monastère de Gigny n'uut point 

1567 ^ en souffrir, non plus que tout le comté de BouT-gogoe. Le 

1568 gouvernement sévère et religieux de Philippe II, roid'Es- 

1569 pagne, l'eu préserva. L'inquisition qui av^iidéjb élé établie 

1570 ^ Besançon, eu 1247, parle souverain pontife, k la demande 

1572 de Jean, comte de Clialon et de Bourgogne, y fut renouvelée 

1 573 par le souverain espagnol, et c'est k elle que le pays dul d'être 
1575 préservé du fléau de la guerre civile pendant de longues 

années. Au reste, cette institution y fut sage et modérée, 
présidée par l'archevêque , sm-veillée par le gouverneur et 
jugée par le parlement de Dole. Celui qui écrit ces ligues 
s'eulend déjà reprocher d'élre Taulenr ou apologiste d'une 
institution abhorrée, mais il cite un ùiit et il invite le lec- 
teur à comparer la situation des deux pays à celle époque. 
CeTutaussidu tcmpsdece prieur que, le 15 juin ISSâ , 
les religieux do Gigny iusUtiièreot. daw l'église du prics^ 




CHÀ1»ITRE XLIII. 219 

h eonfirérk de Siûnt'Taurin ^ dont on pent voir les statuts 1582 
panni les preates de cette histoire, et dont il sera parlé ^ ^^' 
dans le chapitre spécialement consacré h ce saint évâqne. 

S 4. Cieriados de Ray cessa d'être prieur de Gîgny en 1586 
Tsinnée 1586 (^). A cette époque, J.-B. de Ray, son neveu, 
fiis de Claude, baron de Ray , seigneur de Yauvillars, et 
(fAonedeVaudrey, dame de Courlaou, Présilly et Saint- 
Jilien, étant mort jeune et sans enfants , cette ancienne 
maison allait s'éteindre à défaut de successeurs m&les. Or, 
pour empêcher cette extinction qu'on redoutait si fort , 
sous le régime de la féodalité , notre prieur succéda par 
substitution à la baronie de Ray. En conséquence, il quitta 
l'état ecclésiastique, renonçasses nombreux bénéfices, rcn* 
tra dans le monde, devint baron de Ray et de Roulans, et 
épousa, en 1587^ Ciauda de Bauffremont. De ce mariage 
naquirent : l.^Rose de Ray, qui se maria avec Alexandre de 
Harmicr, baron de Long>'i ; 2.*> Claude-François de Ray, ca- 
pitaine de cavalerie, qui continua la maison de Ray, mais 
qui n*ettt lui-même qu'une fllle, Maric-Célestine, baronne 
de Ray, mariée, en 1636, avec Albert de Mérodc. 

Cette renonciation à l'état ecclésiastique et ce mariage 
d'an prieur paraîtront étranges à beaucoup de lecteurs de 
nos jours. En effet , le pape Innocent III , mort en 1217, 
avait décidé que les vœux de chasteté , de pauvreté et d'o- 
bcissance étaient tellement obligatoires , que le souverain 
pontife ne pouvait point en relever, ni les délier. Mais, ses 
successeurs ne furent pas si scrupuleux, et ils ne tardèrent 
pas k permettre le mariage des ecclésiastiques^ puis h sécu- 

(i3D Si TiMié Baverelf en citant Jean de Stiint^Cermain comme prieur 
cnoBeodaUire de Gigny en i57o, et ti Guichenon, en qualifiant de même le 
cirdUil^rdievéqQe Clmmdé de U Béutme^ mort en i Sl4« n*oiit pw commia d*er- 
itara, il faut conTenlr que Clcriadua de Râj ■ renoiici à ton bénéfice de Gi- 
pj, bien avant i SSi» et que'mème ce prieuré a enoort ev un Ulnlairc inconnu 
CB iSI5, on • été tocant pendant deni ans. 



BI&TOI&B 0&OIGIIT. 

1586 lariier le& moines* Le mariage des gens d'église 
donc chose assez commune » surtout dans la baulc 
sociale, et principalement pour continuer les graiM 
milles féodales. On en trouve des exemples dans B 
de Savoie, archevêque de Lyon en 1267 ; dans César ] 
cardinal en 1498 ; dans Ferdinand de Médicis, aoli 
dinal» en 1588; dans Tarchiduc Albert d'Autriche 
prince de réglise romaine, en 1598; dans Henri de 
pezat, évéque de Montauban , mort en 1619 , Tun de 
très d'un de nos religieux ; dans Armand de Bo 
Gonti , abbé de Saint-Seine, en 1650; enfin, p 
rapprocher davantage de notre localité et de notre 1 
dansN...Bereur, prieur de Saint-Désiré de Lons-le-â 
qui se maria en 1710 avec une demoiselle de Saint-1 
et dans le trop fameux évéque d*Autun , Talleyrand 
rigord, délié de ses serments en 1803, et séadariUf i 
il disait^ par le pape Pie VIL 



CHAPITRE XLIV, 

FERDINAND de RYE , prieur. 

Inrasioii <l« Hnri IV. — Siéffe d« Dol«. 

1586 S ^* La maison de %e, qui avait dëjh donné deux] 

à Gigny, continua l'usufruit héréditaire de ce riche b 
dans la personne de Ferdinand deRye^ neveu des deux 
de ce nom dont nous avons parlé. Il était fils , non 
Philibert de Rye , général d!artiilerie aux Pays-Bis, 
Clauda de Tournon , comme l'historien Dunod l'a i 
par erreur ; mais de Gérard de Rye et de Louise de i 
ainsi que Chiflet, son contemporain, et Thistoricn U* 
cher l'ont écrit. 



CaAPITAC XLIf. Mi 

On le tronTe dingoi assez géiéralemenf sous le nom de i<86 
FerâiDand de Rye, et aussi, dans plusieurs titres, seus ceui 
de Ferdinand de Rye dîr de Longdj ou Ferd&Mmd de Longin 
A de Bye. Dansjces dénominations, le mot Femmid ou Fer^ 
wmdese trouve souvent aussi substitué au mot Ferdinand. 
Or, il y a ici deux observaâons Ji Ikire : la première, que f\u,* 
sieurs mesibres de cette ancienne fanwUe prenaient pour 
somom le nom d'une de leurs terres, provenant «oit de leurs 
mères, soit de leurs femmes. C'est ainsi que, dans le trei* 
àème et dans le 4iuatorzième siècles, on iro«ve Jiean de Rye 
€1 Iblkée de Rye diu de NeiMant. D'un an^e côté, le mot 
Fentmd est k nranarquer, comme emprunté k fa langue espa- 
gnole, qui semblait sintroduire en Fran€iie-Comté;car6n 
rencontre aussi un Femand de Neufchàcel, seif^eurde Mon- 
tiîgu, en IMjS ; un Fernand Seguin, avocat-général au parle- 
nent de Dole, en 1561 ; un Femand de Vergy, mort en 1594. 

S 2. On lit que Ferdinand de Rye , né en 1556 environ , 
fat militaire dans sa jeunesse. Cependant il entra d'asses 
bonne heure dans l'état ecclésiastique, puisqu'à TAge de 24 
tns, il obtint déjà des bnHes de nomination pour le prieuré 
de Saint-Marcel , c'est-à-dire en 1580. Dès-lors , la liste de 
ses bénéfices et dignités s'accrut rapidement; car^ à des 
dates inconnues , il devint archevêque de Césarée , haut- 
doyen de Besançon , sUbbé de Charlieu , et il fut nommé 
prieur d'Arbois en 1584, prieur de Gigny et de Morteau en 
1586^ en même temps qu'archevêque de Besançon et prince 
da saint empire romain. I! devint abbé de Saint-Claude en 
1589 et d'Acey en 1615. 

S 3. An mois de janvier 1595 , Henri IV ayant déclaré la 159$ 
IQerre à l'Espagne qui favorisait toujours k ligue, la Fran* 
èbe^Iomté ent beaucoup à souffrir des courses, des pillages 
et dès incendies que ce roi, trop loué pour sa bonté (^) , y 

(tSS| Oa wê CDB^oit pM r«iisoiMBMat «vicit^4 on t WêaMé tt tdairl stni 



829 HISTOIRB Dl 0l6Nt. 

1595 dirigeait en personne , ou y faisait exécuter par Ses géné- 
raux. Son but, en effet, n'était pas de fSûre des conquêtes, 
mais seulement des razàas ou ravages sans gloire , et de 
mettre à contribution un pays inoffensif et sans armes, étran- 
ger & sa querelle. 

Le 13 août, il traita avec Poligny , moyennant 20,000 
écus. Quelques jours plus tard, après avoir' rançonné et 
saccagé Arlay , après avoir fait incendier dans un moment 
d'humeur, la ville de Lons-le-Saunier qui avait traité pour 
25,000 écus, il passa, le 19 août, àCuiseaux, avec une partie 
de son armée qu'il y fit rafraîchir, et se dirigea sur Pont-de* 
Vaux. En même temps , ses autres troupes , sous le com- 
mandement du maréchal Biron , parcouraient tout le pays 
qu'elles rançonnaient. 

Du 19 au 25 août, les chftteaux de Beanfort, Gressia, Or- 
gelet, Montfleur, etc., furent occupés par elles. Ce Ait le 84 
août que le corps d'armée principal, commandé par Biron 
lui-même, en allant d'Orgelet à Saint-Amour, fit composer 
Vabbaye de Ggnal^ comme les villes et ch&teaux qu'eDei 
effrayaient. Cette composition , exigée sans respect pour 
rétablissement religieux, continua sans doute et fût renouve- 
lée ensuite ; car la ville voisine de Saint-Amour, après àvofar 
été prise, fut occupée militairement durant plusieurs mois. 

S 4. La mention des événements peu importants qui sui- 
vent prouvera au moins combien nous avons à cœur de 
rien omettre de ce qui concerne 'notre pays natal : 



pour let bonnet qutliléf monlM. Ce qui est certain, c*eftt qu*onne peat 
dérer qne comme 4Uhiê ou irriUgitux^ celai qui t renoncé le culte de»on pèn 
pour obtenir une couronne ; comme debamchi et immorml, celui qui t renpU l 
France de icandalet et de bitards; comme btu-bmref celui qui a fait bnllcr I 
^llede Lons-le-Sannier et lea monattkrca de tet deux faubourgs ; commecAiv 
/o/oR, celui qui prometlait aux pauTrea cultiTateurt une aitance qu*il ne Tmdd 
ni ne pouvait lear accorder ; comme ingrat et Séuis ghtirositif celui qui» m 
lieu de pardonner au maréchal Biron, ton ancien ami, auquel il deTait ianl,U 
fit traocber la tè;e «t coniiiqua wt biens. 



cnAPitae xlit. 823 

1.* En 1596^ reDouYcllement des terriers de Champsigna 1696 
et de Vaux, au profit du prieuré, paiMievant Louis Ber- 
trand, notaire h Gigny, et Jean Crestln, notaire h Cuiseaux; 

2.*Eo 1601, renouvellement de ceux d*Arbuaos, Joudes 1601 
et&Iarcia, devant les mêmes notaires; 

3«*En 1607, acensement du meix Galbry, depuis nommé 1607 
Grange de llsle, dont il a été parlé au chapitre XXX, à 
rarticle de la Léproserie ; 

4.* En 1612, traité au siget de la portion congrue, entre ^^^^ 
le curé de Saint-Nizier et le prieur de Gigny ; 

5.« En 1614, mandement de garde obtenu pour les dîmes 1614 
de Chambéria et Marsenay ; 

6.* En 1618, apparition d'une comète qui Ait un objet de 1618 
surprise, pendant tout le mois de décembre , mentionnée 
dans les registres publics du pays; 

7.<» En 1629, donation, à notre prieuré, d*une pièce de 1629 
terre située à Cropet, dite en Gondamine, par Cl. Vincent, 
delaPérouse; 

8.* En 1632, autre donation de deux vignes et curtils 1632 
fitnés à Cuiseaux , par messire Guidon de Champagna ; 

9.^ En 1633 et en 1636, nos religieux obtinrent deux 1633 
arrêts du conseil qui leur accordaient l'exemption des droits 1636 
d'entrée en Franche-Comté , pour leurs blés et vins prove- 
nant delà Bresse et de la Bourgogne. Ces arrêts étaient basés 
sur le traité de neutralité ménagé entre les deux Bourgo- 
gnes par les soins de la célèbre Marguerite d'Autriche, fille 
de Marie de Boui^ogne, et apanagèrc de la Franche-Comté. 
Ce sage traité,[dont les Suisses se rendirent garants, et qui 
maintint si long-temps la paix entre ces deux provinces » 
quoique les pays voisins fussent en guerres continuelles, flit 
signé en 1 522 par François I/' et Charles-Quint. Il fbt re- 
nouvelé en 1542, puis en 1636 et 1644. Il portait : c ceux 
■ de la Franche-Comté ne pourront être travaillés ni mo- 
« lestés pour les biens qu'ils ont au duché de Bourgogne, 



jUII aiATOi&B Di aiaiiT. 

14S6 « w pia\elll«tteac ceax du dacbë pour les bieM qn'ils anpool 
4 «odit oomté, sans qu'ils Mieni teniis, pour urtnspoiter 
( les flruiu provenanc des bérhages qu'ibont oa auront asK- 
( dRs pays, de roue des souferainelés à l'attCre, de payer 
c aucunes gabelles m ûnposîtions. a 

tV Pendant toule la durée de son prieurat, Ferdinand 
de Rye eut les chasUHriers du monastère pour ses ncaina- 
généraux, du moins de 1586 à 1636, bomme nons Tarons 

S 5. Les fidts qui suiYeni, quoique persmnels à noire 
prieur et à peu près étrangers à Gîgay, mérileat cqiendaat 
d'être notés ici : 

l.<» En 1589, il publia une noorelle édition dnbrétiaina de 
son diocèse. 

S.* En 1596, il fbt nommé mallre des requêtes hoBondn 
W parlement de Dole* 

ZJ" 'g»n 1598, il remiilit une mission asses désagréable de 
la part de l'archiduc Albert d'Autriche , gouverneur des 
^ysrBas. Ce dernier qui était andievéque de Tolède et ear^ 
dinal depuis l'année 1577, ayant renoncé à l'état ecdésia^ 
tique pour se marier avec l'infismte Isabelle qui lui apporta 
en dot les Pays-Bas et la Francfae^Gomié, Tarcberéque Vm^ 
4inand remit son chapeau de cardinal au pape alors à Feiw 
rape« en consistoire secret. 

|^« En 1608, il publia une relation du miracle delasaima 
hostie arrivé à Faverney après l'incendie de l'autel et d« la» 
bemaele. 

5.^ En 16S5, après la mort du gouverneur Gleriadnsée 
Vergy, l'infante IsabeUe eonia, k pouvoir égal et absota, le 
gouvernement de la Franche^Iomté au parlement de Dsie 
^ k l'archevêque de Besançon. 

S 6. Ferdinand de Rye termina sa longue carrière par m 
.grand acte de courage et de dévouement pour sa patrie. La 
FfDM^e, quoique gouvernée par up cardinal de l'église ro- 



CHAPITRE XLIT. 2S5 

aaine, s'étail Kgaée avec les protestants de la Hollande, iG36 
de la Suède et de rAllemagne. Elle avait déclaré, en 
mars 1635, la gœrre au roi d'Espagne, au duc de Lorraine 
et h Tempereor d'Allenagoe alliés, gnerre funeste , mêlée 
de revers et de succès, qol tint pendant vingt-cinq ans l'Ea- 
rope sons les armes et causa le malheur des peuples. La 
Frandie-Gomlé surtoiit, comme province espagnole limi- 
trophe de la France, en ressentit des maux inouïs. L'armée 
française, commandée par le prince de Condé, y ayant pé- c tas. 
■être an mois de mai 1636, en violant le traité de neutralité 
raioiiTelépeade jours auparavant, notre prieur, qnoiqn'igé 
de 80 ans, n'hésita pas à aller s'enfermer dans la ville de Dole, 
pour coopérer avec le parlement, en sa qualité de co-gou- 
vemeur, à la défense de cette ville. Il répondit, selon le con« 
leiller Boyvin , h ceux qui voulaient le détourner d'un si 
généreux dessein, a qu'il ne se voulait point desjoindre, et 
fl qu'il choisirait toijûours plutôt un péril honorable et utile 
c au service du roi, qu'une retraite honteuse et inutile, j» Le 
siège commença le 28 mai, avec une armée de 30,000 hom- 
nes; mais la défense dirigée habilement et effectuée, avec 
des prodiges de valeur, par les bourgeois et même par les 
femmes mêlés aux soldats, fut couronnée de succès. Le siège 
fat levé le 15 août, après avoir duré près de trois mois. Le 
courageux Ferdinand de Rye ne survécut pas long-temps k 
MHi triomphe, car il mourut peu de jours après, ou même, 
dilrOD, le lendemain, dans son chûteau de Vuillafans. II ne 
put donc pas recevoir les témoignages de satisfaction que 
le roi d'Espagne donna aux défenseurs de Dole. Ce fut Fran- 
çois de Rye, son neveu et son successeur h l'archevêché de 
Besançon, qui y participa, et pour lequel Philippe lY sollicita 
an chapeau de cardinal. 

Ferdinand de Rye avait fait son testament le 15 juin 1636, 
par lequel il At en vain tous ses efforts, au moyen d'une mul- 
titnde de sobaUlntions, pour conserver k perpétuité dans sa 

15 



Sfi6 BISTOIHB DB GIGifT. 

1036 familte, coHime H le dit, k nom. Ut arme$, ef la êplemkur de 
la maUon de Jlye. Mais, ce teslameAl, connu 80»8 le non de 
Majorât de Ikfe, donna lieu, an commencement d« dîn-Kni- 
liènie siècle, à an grand procès qui ne fût jngé déSaitive- 
meot qn*ea 1783, en favenr d'ÉUsabelii de Poitiers. 



CHAPITRE XLV. 

Pbiuppe-Louis de PROWOST, bit dk PELOUSEY , prieor. 

Gotrre, pesie et famiiie, — Baume ou gratte de QiKng» 
Réforme tfei Bénédiùllna. — Confrérie de Saint-^eorgei.-* AmnÔBier depriear. 

BeMe de nnlre à SaHsf; 



1636 S ^* I^ fiimine de PeUmsey prenait son nom d'une com- 
mune de rarrondissemeatde Besançon, an canton d*Audeux, 
dans Tancien doyenné de Sexte, dont Tëglise fût donnée en 
1134 hTabbaye de Saint-Paul de Besançon, parTarche^'éque 
de oette ^He. Gaspard de Prowost, sdgneur de Pdousey , 
mon en 1666, et reçu en la confrérie de Saint-Georges en 
1624, était peut-être frère de notre prieur, c'est-à-dire, de 
noble PK^^ Lcmjm de Prawost, ^idePelomey. Il est h croire 
qu'il succéda à Ferdinand de Rye^ comme titulaire du prieuré 
de Gigny; mais les titres de ce lieu n*en fournissent pas la 
preuve rigoureuse. Ils établissent seulement qu'il y a résidé 
dès ou avant l'année 1645, en qualité de prieur et de sei- 
gneur. On trouve, d'un autre côté, qu'en 1641, il fiit nommé 
prieur de SaintrDésiré de Lons-le-Saunier, par le roi d'Es- 
pagne Philippe IV, mais qu'il n'obtint ses bulles qu'en 1^45. 
Il est possible aussi qu'une lacune ait existé à Gigny entre 
liii et Ferdinand de Rye, à cause des malheurs des temps 
dont nous allons parler. 

1637 S 2- La levée di siège de Soie ftat loin d'avoir terminé les 



• CHAPITRE XLT. 327 

maux do pays. L'annëe 1637 vitrecommoncer, en Franche- ^^'^ 
Comté , une guerre encore plus funeste que celle de Tannée 
précédenfCe. Les Français alliés aux Suédois y étaient 
rentrés^ sous la conduite du duc de Weymar, dans les 
prraiiers noisde rannée, et ils y portèrent partout le fer et 
16 lett* 

Da S8 tfi Si fiiars « sons le connnandenient du duc de 
Longuevllle , ils firent le siège et le sac de Saint-Amour , 
qu'ils réduisirent en cendres , malgré la défense héroïque 
de ses habitants et les actes de courage du capitaine Vieux 
et du médecin Chapuls. 

La ville de Lons^te-Saunier fut prise d'assaut et incen- 
diée, le 215 juin, après un siège de trois semaines. 

Celle d'Orgelet eut le mémo sort quelques jours après , 
aîfisi que le bourg de Glairvaux occupé néanmoins sans ré- 
sistanoe. 

Le château de Montaigu capitula / le 38 juin , après une 
glorieuse défense. 

Un combat sanglant Ait Irvré le 16 juillet, auprès de Cor- 
nod, an canton d'Arintbod, ou les troupes comtoises , espa- 
gnoles » lorraines et allemandes liguées, furent mises en dé- 
route par les Français et Suédois. 

Bletterans» après un honorable siège de quelques se- 
maines, se rendit le 4 octobre, par capitulation, au duc de 
Longueville , et l'hiver seul suspendit ces hostilités barbares 
et déTustatrices. 

S 3. L'année 1638 les vit recommencer avec la même fti- 1 G38 
renr. Une bataille sanglante eut lieu, le 19 juin, entre le 
même dnc de Longueville et le duc Charles de Lorraine , 
prfcs de Poligny. Cette ville , après quatre jours de siège, ftat 
prise d'assaut , et, selon la coutume, livrée an pillage , au 
nassaere et anx flammes , le 29 dn même mois. Il en fat 
ainsi de celle de Saint-Claude, dans la même année. 

En 163^, Pontariier Ait pris par le duc de Weymar et le 1639 



iM HISYOIRB ht 6I01IT. 

1619 conito deGilébridnt, le 24 janvier ; Noxeroy , ie 4 février ; le 
fort de Jotix, le 14 de ce mois ; etc... 

Enfin , la gnerre continua ainsi , avec plus on «oins dV 
charnement, pendant encore vingt ans. A la vérité , le pa^fs 
16U l'aspira nn peu depuis 1644, parce que le traité de neutralité 
dont il a été parlé fut alors renouvelé entre les deux Boor» 
gognes. Mais , dans le foit , ' on ne Ait rédlemenl en paix 
qu'après le traité des Pyrénées de 1669. Aussi, -quoique 
les infortunés habitants de Saint-Amour commencèrent, en 
1645 , à venir remuer les cendres de lenr ville , ce ne Ait 
qu'en 1659 qu'ils en rebâtirent les murs. 

S ^' Cependant , cette guerre interminable, accompagnée 
de tant d'horreurs, qui suspendit l'agricHlture et At tomber 
les terres en firiche, qui détruisit presque tons les actes pu- 
blics, ne fht pas le seul fléau qui pesa sur les malbeoMia 
habitants. La famine et la peste s y joignirent encore et 
amenèrent des maux inconnus aux siècles passés* ^ 

a Dès 1629 , dit l'historien Chevalier , on sonflnail en 
a Franche-Comté de la misère et de la disette des denrées 
« élevées à un prix excessif...., et jusqu'en 1644, e^te di- 
« sette y régna. La livre de pain coûtait 5^* 10^; celle de 
« fromage, 12 à 16** ; la doutaine d'œuft, 15** ; la pinte de 
« vin, 7 , 10, 11*- ; etc.... » Or, k cette époque, la valeur de 
l'argent était au moins double de celle qu'O a de nos jours. 

« En 1638, dit aussi Dunod, la misère et la disette tarent 
c telles dans l'armée auxiliaire d'Espagne , amenée de Lor» 
« raine en Franche-Comté > qu'elle se trouva réduite à 
< vivre de la chair des chevaux^ et qu'on en servait sur la 
« table même du duc Charles de Lorraine , commandant 
c pour l'Espagne. Un soldat ayant eu la main fhicassée 
« par son fusil qui creva , le chirui^en qui l'avait coupée 
« la demanda en paiement et la mangea. On déterra le bé- 

c tait pour vivre de ses cadavres à demi pourris L'aban* 

« don de la culture amena une longue ftuuine» » 



CHAPITHB XLT. 229 

Un aatre historien contemporain , Girardot de Beauchc- 1C44 
min, en parle aussi en ces termes : « La famine commença 
en 1638 , année de déplorable mémoire , où les paysans 
retirés dans les tilles y étaient entassés et sans ouvrage ; 
le grain se tendait au plus haut prix ; on vivait d*her* 
btges et d'animaux immondes. Les hommes hâves, mour- 
ranl de fiiim, mangeaient au besoin de la chair humaine ; 
les soldats tués au combat étaient encore utiles dans cette 
néoessîlé : la mort se présentait sous toutes les formes. 
De grandes émigrations eurent lieu : un curé se rendit h 
Rome , avec 500 de ses paroissiens , et le pape lui donna 
une église qu'on appela Sami-Claude^s-Boiirguignans. » 
S 5. En même temps, une maladie contagieuse très meur- 
trière dépeuplait tout le pays et ajoutait aux horreurs de la 
guerre et de la fiimine. Elle est désignée, dans les relations, 
sous le nom vague de feue , et la mort du duc de Veymar, 
due, en 1639, k cette maladie accompagnée d'un charbon sur 
la poitrine^ pourrait foire penser que c'était la peste de l'O- 
rient. Cependant , il est plutdt à croire que c'était une peste 
militaire , un typhus pétéchial des armées; du moins , c'est 
ce qui paraît résulter de la description qu'en a donnée un 
médecin contemporain , sous le nom de fièvre pourprée , 
dans un petit traité spécial publié k Chalon (^^'. Cependant, 
ce fléau avait d^à porté la dépopulation , avant lu guerre 
dont nous avons parié , dans le Lyonnais et dans les deux 
Bourgognes, h Lyon, Chalon, Beaiuie, Dijon, Bar-S.-S. , Be- 
sançon, Gray, Salins , Poligny , etc.... Apportée par des sol- 
dats , en août et septembre 16:28 , elle avait enlevé k Lyon 
SOO personnes par jour, et même un nombre total de 150,000 
victimes, selon une relation probablement exagérée. Au c. 133. 
mois de juillet de la même année, des marchands étrangers 
f ayant introduite k Beaune, cette ville en était devenue 
déserte, et l'herbe y avait crû d'un demi-pied dans les mes 

<iSI) /.JfvWi 0«Mrtp«rp«r«la «pidemica, tic. Gabilone 1I54. Edit. a. 



230 HISTOIRE DE GIGNT. 

164i les plus fréquentées. En 1639, le aeigoeor de Veriisey-en- 
Bresse avait obtenu un arrêt du parlement de Dijon, portant 
défense au\ habitants de sa seigneorie d'aller dans les vil- 
lages ou bourgs voisins , en temps de peste , et de recevoir 
[icrsonne chez eux , sans certificat de santé. En la même 
année , d'après un article de nos inventaires', « les habitants 
« de la Bourgogne et les révérends pères Cordeliers avaient 
a fait des vœux a saint Tantin de Gigny , pour être déli- 
(c vrés de la peste. » En 1630 , elle avait obligé le parle- 
ment de Dole à se retirer d'abord h Pesmes, puis k la Loye, 
et en 1631 elle avait été cause de la translation de celui de 
Dijon à Cbûtillon-sur-Seine. En f 682 , selon l'ouvrage mé- 
dical précité , elle avait presque dépeuplé la ville de Gia- 
lon-sur-Sadne. Enfin, en 1633 ^ elle avait déjà causé Témi- 
gration des habitants de Poligny dans les villages voisins. 

Néanmoins, c'est surtout au siège de Dole qu'elle parut avec 
une nouvelle recrudescence et y rendît mortelles les moindres 
blessures, a Elle y enleva, selon des mémoires du temps, plus 
c( de 7,000 personnes , et réduisit cette ville presqu'en un 
« désert, en sorte qu'on aurait fauché l'herbe dans les nies 
a comme dans un pré. » Pour en arrêter les progrès , on 
implora les secours du ciel, on fit des voeux, et la ville en* 
voya même, an mois de septembre, deux de ses minimes 4 
Venise et à Milan , afin d'y célébrer la messe en l'honneur 
de saint Roch et de saint Charles Borromée. Après la levée 
du siège, l'épidémie se répandit de tous cdtés, par le trans- 
port des habitants et des soldats qui sortirent de cette ville, 
et elle exerça ses ravages avec une sorte de ftireur dans 
presque l'étendue des deux Bourgognes , et même de la 
France, de l'Italie et de l'Allemagne ; on peut en prendre une 
idée, en lisant que , dans la petite ville de Poligny , oii elle 
a>'ait reparu , elle fit jusqu'à plus de cent victimes par jour. 

G 133. On peut aussi en juger, en apprenant par une de nos char- 
tes, qu'apportée de Cuiseaux à Véria^ succursale de Gigny , 



GQAPITRB ILT. 85i 

celte peste fit përirsttccetsivefDent, en dix-huitjoura, au mois 1644 
de septembre et octobre 1636» les dix membres de la famille 
du cuné Bo«S8el»i4an$ distinciion d'âge ni de sei^. Cet esti* 
mable e^Iésiastique y saccomba probablement ^ussi , après 
avoir écrit cette funèbre relation ; car, quelques jours après» 
le refaire des décès de sa paroisse qù il Ta consignée n'est 
pas contiiiué. 

c Après la cessation de la plus grande fureur contagieuse, 
c dit rbistorten Cbevalier, on faisait passer h grands frais, 
c dans les maisons des pestiférés, des neitoyewrsy pour recon- 
c naître, parleur épreuve personnelle, si Ton ne risquait plus 
« de contracter la mabdie en retournant les habiter. Ce Ait 
c même une chose toute coikunune de voir des pères, parmi 
c les gens du .peuple , exposer leurs jeunes en&nts aux 
c chances de la mort , pour quelques légères sommes, en 
« les louant pour servir d'épreuves , c'est-à-dire , pour ha- 
c biter dans une maison de pestiférés pendant quarante 
c jours. » 

S 6. Pour se soustraire à ces fléaux multipliés, les familles 
aisées du comté de Bourgogne émigrèrenten Suisse. D'au- 
tres cherchèrent un asile dans les bois et dans les cavernes. 
Les villes devinrent désertes, et l'office divin y fut plus ou 
moins long-temps interrompu. La plupart des tribunaux 
cessèrent de rendre la justice et ne reprirent leurs fonctions 
qu'en 1649. Une ordonnance royale de cette dernière année 
disposa même que, par exception, le cours des prescriptions 
avait été interrompu , depuis le â6 mai 1636 jusqu'au l.*"* 
janvier 1650 ; que dès-lors, pour ce laps de près de quatorze 
années , eUes ne pouri-aient être opposées , afin d'acquérir 
des droits quelconques. Les états ou députés de la province, 
qû avaient été convoqués en 1633, ne le furent de nouveau 
kDote qu'en 1664. Enfin, le résultat général de tant de c^- 
hmités fut une telle d^pulation du pays , qu'en 1668 , il 
B'y avait pas 30,000 bmilles en Franche-Comté , tandis 



232 HltTOlRS BB GiaNT. 

qu'en A636 , la seule terre de Salut-Glaude poundt fournir 
34,000 hommes en état de porter les armes. On donne aussi 
pour exemple spécial et local le bourg ou village de Con- 
liége, qui, peuplé aiyourd'hui de 1,300 habitants» Ait réduit 
alors à cinq familles seulement. 

S 7. Il est à croire qu'à cette époque, la GroiU de Ogm/ 
servit de refuge aux malheureux qui fuyaient la guerre , li 
peste et la famine. £n effet, plusieurs historiens rapportent 
positivement que les bois et les cavernes eurent alors celle 
utilité pour un grand nombre d'infortunés. Or, il M manque 
pas d'indices que celle de Gigny a été habitée dans le même 
temps. 

Cette grotte , vaste , profonde , de plain pied, très saine, 
sans précipices, fournissant assez d'eau pour l'usage domes- 
tique par la seule stiilation de quelques stalactites , située 
au milieu d'un bois et au dessus d'une demi-lune de ro- 
chers presqu'inaccessibles , dut naturellement offrir une re- 
traite sure et commode ^^^K 

■ 

(1J7) Celte groUe, toulours appelée Banmê par lei gens do pejt, ci «el.à 
propos grûttê de hojêia par let étrangers, existe sur les oodQds de« ooBmaQCl 
de Giguy et de Graje, ooavertt et eatearée des bois dits Sou* la Roeke et U Fmjt* 
Son ouverture regarde le nord-ooeat, et n tempémtvre habltaelttt esC de 
S^ o R. Elle sert d'habitation à une quanlilé innonibnble de chevrct-eMUis 
qui disparaissent pendant Phiver, cachées sans doute et engourdies dans lei 
fentes des rochera. L*inimens« tas de (cor fumier sou«-jacent y atteste leur pré- 
sence depuis des milliers de sibcles. Cette grotte a été déa ile par 8iiplu-4^ÊÊÊim 
de BourbaifContl (ou mieux ^ima'Miuriê»Frameoîtê'Dtlormu ), épouse du fie«r 
BiU«t de Bcaufort , dans ses Mémoireê publiés en 1 7 f I, et par J.1-ML Lûfmmio^ «R 
sou Voyage piUorêtquê dans le Jura, fait en la même années mai* impriaié «R 
iSoi. Elle reçoit, chaque année, une vivile solennelle des habitants de Gsfagr 
qui y Yont foyeusement manger les «!(/>, le lundi de PdqÊie*,€i9n rapportaMI 
dca Pardons ou bouquets de fleurs de jeanneUrs on de Yiolettea. 

Il existe un grand nombre de grottes ou Baume* dans le département da Jmn^ 
surtout dans les monUgnes du plateau inférieur, comme à Baume, Ktm§a^% 
Gi&ia, Cuiseanx, Gigny, la Balmed*£py, etc , etc. Cos. grottes se .trouvent ton* 
jours à Pextrémité d*un vallon, enfoncée, en manière d*échancrure ou de cal-do- 
sac , coAprc U montagne. L*opinioQ usez géndraie dc# géologaet t|t qM 



CHAPITRE XLV. 233 

On peut raiflODiiablement lé penser, parce que : i.* en ^^^ 
18M, on a déeouYert, k l'entrée de cette grotte, les fonde- 
matts d*an mv oonstroit k mortier calcaire, lequel serrait 
nutt doiae de cMtnre ; 2/ de chaque c4të de cette entrée, à 
b hanteur d'environ trois mètres, on voit des trous carrés 
pralk|aé» de main d'homme dans le roc, et destinés proba- 
Uemeat h recevoir une poutre où solive transversale ; 8.* en- 
an, celle grotte renferme on très gnind nombre d'ossements 
knuiliis qui se trouvent dans les chambres ou petites grottes 
aa uord de la cateme principale. Ces petites grottes étaient 
comme les eimmiers des malheureux qui périssaient dans 
h grande. On a beaucoup parlé et disserté du squelette en- 
tier découvert et enlevé en 1835, et qu'on voulait faire passer 
peur un aqueletle Ibssile. Il en existe encore un second, 
eafoui également sous les Incrustations pierreuses, et que 
l'auteur de cette histoire a visité en 1839. En outre, une 
multitude d'ossements non revêtus de couches calcaires 
sont rencontrés mélangés parmi les pierres, et celui qui écrît 
ces lignes y a aussi trouvé une dent de sanglier ou de co- 
chon. 

An reste» ces divers ossements sont friables, amaigris, jau- 
nâtres, nullement pétrifiés dans leur tissu ; car ils ne font point 
d'effervescence avec les acides, et la noix de galles constate 
encore une assez grande quantité de gélatine dans leur dé- 

totâm en ^rottei ont Tomi des torrenli d*eau, lors du grand cattdjsme d« b 
, d qmm eitt* ara a creiué alors les TalloasToisins. En effet, elles donnen t 
•ii|»ard*liai aatsnnee è quelque ritifcre ou ruisseau qui en sort immé* 
^is teMct , eoniBBe à la Balnie-d*Epy et ailleurs, ou seulement an lias de la frotte, 
caame à Baume, Revigny, Gisb, Coiseauz et Gigny. D*un autre c6té on Toit 
iQsii, dans quelques lieux, les immenses tas de pierres et de graviers que ces 
d*eaa anliifemenl ouvertes ont entraînés à cette époque reculée. Ainsi* 
è Domhians, k Saint-Germain et k Arlay» ceux que la Scille, sortant 
4»frait«i da Baame et de Sermu, a accumtUés ça et li, k la hauteur de quatre 
• ôaq mëlrea. On remarque de même, dans la belle plaine de Ruflej, Blellcraas,- 
Daine et ViUcvîenx, Tuniforme lit de graviers, recouvert aujoui-d*hui d'une 
il terre v l| < lal i j y qut celte mimt rivière y a déposé alort. 



2M HISTQIRB.DB OiaiVT. 

1644 cocUoQ c<Miceiitrée. A la vérité; réptîMeirde l'iiicnatatioa 
calcaire extéitoare du crâne d'on de cea aqueleues, portée à 
un décimètre, a foi t penser qae ces ossements remontaientàvo 
grand nombre de siècles. Hais, quand on voit les stalaetllee 
et les stalagmites de celte grotte s'accroître de plusieurs mil- 
Umètres dans moins d'un an; quand on voit anssi lesdteen- 
sions de cette caverne diminuer sensiblemeni dans le laps 
d'un demi-siècle, on pent croire, sans crainte d'errrar, que 
deux cents ans ont plus que suffi aux gouttes d'eau qui Km» 
bent çà et Ik de Iji voùle ealcaire^ pour opérer cette Inen»- 
tation extérieure, el que iras, probablement ces ossements 
appartieuMnt k l'époque du dix-septième siècle dont U est 
question. 

S 8. I#es établissements religieux se ressentirent, malgré 
leurs cloîtres, des calamités dont on vient de faire le récit 
Les pauvres cénobites y furent donc victimes de la guerre et 
du typhus, comme les autres habitants du pays^ L'abbaye des 
dames de LoQs*le-Saunier, dit l'historien Dunod, fut rétablie 
après les guerres de 1636, ce qui indique qu'elle avait été 
dispersée. 11 en fut à peu près de môme du prieuré de Gigny 
qui fut plus ou moins dépeuplé, et ne commença k se réor* 
ganiser qu'après la paix des* Pyrénées. On en trouva la 
preuve dans une délibération capitulaire, par laquelle nôS 
religieux, au nombre de neuf seulement, renouvelèrent leurs 

ciJi. statuts, le 20 juin 1664, en disant que : a les longues 
a guerres et les malignes pestes avaient causé de grands 
a désordres,.... avaient empoché de conserver les anciennes 
« et louables coutumes du prieuré de Gigny,.... que présen- 
a tcment Us étaient délivrés de ces fléaux et grands mal- 
ff heurs,.... que leur chapitre se voyait repeuplé,... etc. » 

c 13». Une autre de nos pièces établit encore mieux combien le 
prieuré de Gigny eut k souffrir dans ces années malhenreoses. 
Il y est dit par nos religieux que les calamités commencé* 
rent en 1636, et qu'elles duraient toujours en 1647 ; qneleur 



CnÀPITRE XLV. 235 

il tombée dans un tel état de ruine, qu'on ne pou- i^M 
mit pfa» y Cure décemment les Gérémonies religieuses ; que 
Il chtee des rdiques de saint Taurin avait été transportée 
u chltean de Gressia en 1636, pour la préj^nrer de la spo- 
liation et de la profiination, et que, ramenée en août 1646, 
on l'avait déposée dans une chambrO de la maison prieurale 
plus décente que l'église même qui était comme abandonnée. 
On apprend par d'autres documents que les revenus du 
prienré avaient été nuls pendant ces dix ou douze premières 
années de guerre, et que, pour réparer leur église et leurs 
maisons, nosmoinesdemandaient, enl648, au roi d'Espagne, 
les revenns des biens de l'abbaye du Miroir et du chapitre 
de Saint-Vincent de Mâcon, situés en Franche-Comté. D'un 
autre cdté,' on ne trouve aucun de leurs actes en 1637, 1638 
et 1639; on n'en rencontre que quelques-uns aux dates de 
1636, 1640, 1641, 1642, etc.... Quant aux religieux eux- 
■émes, ils ftafent certainement réduits à un bien petit nombre, 
et pnribaMement diassés de leur cloître dans les trois années 
les plus malheureuses. Au lieu de dix-huit qu'ils étaient en 
1612, ei de treize en 1620, on n'a pu en constater que deux 
en 1637—1639, trois en 1640—1644, cinq en 1645—1648. 
Deux sends de ceux qui existaient an monastère en 1635, 
MM. Guillaume de ThtmJUaUethaux^ et Guillaume du Pa^ 
fier, ont traversé ces temps de longues calamités. 

An reste, on ne peut aucunement douter que celles-ci 
Q'aieni gravement pesé sur leshabitants de Gigny et du voi- 
ânage.Bn effet, 1."» il n'existe point de registres de l'état civil 
de cette époque, à Gigny, Graye, Loysia et Monnetay ; et 
ceux de Véria et de Louvenne, qui commencent dès les der- 
iîères années du seizième siècle, sont interrompus et offrent 
ine lacune de 1636 h 1641;... 2.<^ les titres de Gigny parlent 
beaieonp des gnerres qui accompagnèrent et suivirent le 
nége de Dole, et dont les habitants du VHIars profitèrent 

pour usnrper, iléfticbcr et dévaster les bois de Gigny ; 



S36 HISTOIRB DE 6IGNT. 

1644 3.* un autre titre inséré au nombre de nos preuves établit 

G. m. ^^^^ V^^ '^ ^^^°^ ^^^^ '^ chapelle de Sainte-Croix, fondée 
dansTéglise paroissiale, avait été dotée, furent âuàpét et per^ 
dut par la longnmr et rigueur des guerres; 4.* le curé de Loysia 
cessa d'entretenir un vicaire à Graye dès les guerres de 1636, 
et, sur sa requête en ft48, l*archevéque de Besançon Ten 
dispensa encore, à cause des misères pubËques^ est-il dit. 

S 9. Le malheur des temps n'empêcha pas les intrigues 
ambitieuses de s'ourdir et de se développer contre le prieuré 
de Gigny ; il en fût plutôt l'occasion. 

Après diverses tentatives faîtes sans succès, à la fin du 
seizième siècle^ pour introduire la réforme dans les monas- 
tères de l'ordre de saint Benoît en Lorraine, Didier-de-la- 
Cour, prieur de Saint-Vanne de Verdun, autoriisé à cet eifet 
par un bref du pape, réussit à l'établir, en 1599 et 1600, dans 
son propre prieuré. Elle pénétra ensuite, par ses soins, dans 
l'abbaye de Moyen-Moutier, fondée par saint Hidulphe. Ces 
deux monastères ainsi réformés contractèrent, en 1603, une 
union qui prit bientôt le nom dé Congrégation de sahu Vamm 
et de sahu Hidulphe, laquelle Ait autorisée et approuvée par le 
pape, en 1604, pour tous les monastères de la Lorraine et 
des pays voisins qui embrasseraient par la suite la r^ 
forme ^^^K Cette congrégation eut, peu après, la satisbé- 
tion de donner naissance à la célèbre Congrégation de saha 
Jfaur, qui commença k Limoges en 1613, et fût approuvée 
en 1621 par le pape. Toutes lesdeux ont fait fleurir les études^ 
cultivé la saine érudition et produit des hommes très reconi- 
mandables par leurs travaux, tels que L. d'Achery, J. Ma- 
bîllon. Th. Ruinart, B. de Montfaucon, Augustin CabneC, 
IL Bclhommc, Ed. Martenne, Massuet, Qément, Grappin, 

(i3l) Cfllle Réforme oontitltii h rétablir la rëgle de aaint Benoit dMia tMi 
•Uftéliléb notammcikt le trairait des mains, Tahaliiieace ce— pl fcte da la ^ad^ 
cscepU le caa de maladie, la ledure de la té^Xe^ Phabil régulier» le ?em dtt iUh 
biliié dam la CttOgrégatioOy miii non pour une maison en pirt£rnKw> de 



OfiAPITftB XtV. 237 

saiote Marthe, etc... U est à rc^^tter qu'elles aient ëtë trop 1644 
animées de l'esprit de prosélytisme. 

En effet, ces bénédictins réformés cherchèrent naturelle- 
ment h faire de la propagande, pour accroître leur congré- 
gation da pins grand nombre de monastères possible. . Ils 
croyaient peutf-étre ^voir atteint un plus haut degré de per- 
fection, et ils voulaient en rendre les autres participants ; ou 
mieux, comme on le verra, ils avaient pour but de satisfaire 
leur ambition et de s'emparer tontbonnement et desabbayes 
et des prieurés qui venaient à vaquer. 

Les étal^lissements de Baume, de Saint-Claude et de Gigny, 
se trouvant sans doute dépeuplés et comme vacants, par 
mite des calamités dont nous avons parlé , les religieux 
réformés tentèrent de s'y introduire. Comme en 1630, 1631, 
1633 et années suivantes, ils s'étaient déjà établis dans l'ab- 
baye de LnxenI, dans celle de Saintr-Ylncent de Besançon, 
dans le collège de. Saint-Jérôme k Dole, dans le prieuré de 
Vanx-iOOS-Poligny, etc., ils crurent facilement réussir ; mais 
ils rencontrèrent une résistance k laquelle ils s'attendaient 
peu. Un mandement de garde du parlement de Dole, con- 
firmé par le roi d'Espagne , le 18 juillet 1645 , maintint i645 
d'abord ces trois monastères dans leur privilège de ne re- 
cevoir aucun religieux qui ne fût gentilhomme de naissance 
elquine fit preuve, devant quatre témoins, de quatre 
qpartiers de noblesse de chaque lignée paternelle et maler- 
ndle. D'un autre côté, la noblesse de la province, qui 
comprenait la grande utilité de ces trois établissements pour 
eDe , 8*oppo3a à leurs prétentions. En conséquence , trois 
membres de ce corps , commis à l'également , messires Cl. 
de PoUgny , G. Ph. de Belot et Cl. de Montrlchard , assi- 
gnèrent ces RR. PP. bénédictins réformés devant le par- 
lement de J)ole. Or , ces derniers, se trouvant sans doute 
hoBtant et peo fondés dans leurs prétentions, se laissèrent 
eoQdanmar par défliut le S3 août 1 647. Par l'arrêt intervenu, 1 647 



C. 139. 



298 HI8TÔIKK BB OICHT. 

iWi. H leur Ait défendu de tronMer h Tafenir , directement M 
c 1». iodirectement , la noblesse dans la saisine et jonissanoe oft 
elle était de fournir exdasîTement, dé tout tempe, des reli- 
gieux h Saint-Clande, Baume et Gigny. 
iOSi Quelques années après , en 1654 , enr la demande de la 

chambre de la noblesse , les états de Frandie4Iomië m^ 
plièrent unanlmementle souverain de la pro^œ de déchirer 
que , conformément k Tusage de tous les temps , on ne 
pouvait recevoir pour religieux danlS ces trois mow s tfer ss 
que des gentilshommes de nom et d*annes, )i r^exelnsion de 
tous autres, et que l'arrêt précédemment ^endn h cet ^gard 
devait être exécuté entièrement. Sur quoi, le- rel ^lédarti 
qu'il maintenait et conservait à la noblesse ie drek qn'eHe 
réclamait et qu'elle possédait depnis un tenais knmémerîal. 
S 10. Malgré cet arrêt du parlement, malgré cette décla- 
ration royale, les bénédictins réformés revinrent ii la chargé 
et tentèrent de nouveaux -efforts pour s'emparer <le ces 
beaux et riches bénéfices. Mais aussi, la neMesse ne ae lassa 
pas de la lutte, et se trouva toqfours sur la brèche contra 
ses opiniâtres et cupides adversaires. 

On voit par un inventaire, que, le premier septembi>e 
1663, il avait été fait un traité entre le prieur de Gigwy et 
les bénédictins de la congrégation de saint Vanne et de saint 
Hidulphe du collège de Salnt-^érème de Dole , prétendant 
il une année du revenu de Gigny, comme d'un bénéice de 
leur ordre vacant par la démission du prieur. 

En 1676, il y avait un procès entre les religieux de Gigny 
et les bénédictins réformés, qui voulaient toujours s'appro- 
prier les trois nobles monastères. Or, au mois d'août de eetle 
même année, les chevaliers de la confrérie de uàni Georgei (l*) 

(i39) l»% Confrérie de» cheraliert de smitU Grorges on àe Roufeanml tell 
«oe tr.cMlé âegeBtihh^nmai, «h Pou B*ilail reçu qu*eii fidottt pramt imàtm 
«n tUtat lie iS55 Mnoavdé d*an «utr* pla% andcn) an quatre qotttMn de 
nobltae paternelle et de quatre quartiers de nobletae Maternelle U fellai|« « 
outre, tenir des fieft dant la proTÎnceb on être d*ane fiuBîUe fltoUe origiiiBirc de 



chapit&b xlt. 239 

présenlèr^U au foi et au duc de Duras, gouverneur de 1654 
FraDche-Gooilé, des requôles pour s'opposer k l'eutreprise 
des RR. PP. bénédidins. 

« Comme de tout temps» y est-îi dît, il n'a été reçu dans 
c les abbayes de Saint«Oandeei de Baume, et dans le pneuré 
i de Gû;ny, aucuns religieux qui ne soient gentîlsbommes 
« de nom et d'urmes, et qui n'eussent prourë leur noblesse 
c de quatre lignées paternelles et autant de maternelles; les 

• chevaliers» confrères de saint Georges, demandent qu'U 
c plaise à Sa . Miûesté Interdire les PP. bénédictins de la 

• réforme qu'ils prétendent établir h Gigny. Us prient le rd 
f de dédarer que lesdites abbayes et prieuré seront con- 

fraiA ti Comté, cA y iynit de tout tempt possédé des terres. l*hitlorien GoUat 
ai ^iMIa Ait IfeslitiBée^ en dit9e,«n ODoitéide Boargof ne, pir Philibert de Mo* 
las, seigneur de Boufemont pièt Vesoal i qa*elle lenait d^sbord ses uMmblées 
WBiidlas du ai ewU dans la chapelle bâtie en ce lieu par ce seigneur, en l*hon- 
Bcor de saint Georges, dont il atait appoHé les reliques de TOrient, mais 
qs*cntitite eDe tes tint dstis Péglite des Cannes deBesançont ITantres, an con« 
taira, disent qnm cette confrérie a été fondée, en I43«,4 Saint-Georges, vilUfe 
pik 8ean% par OniUawBe de Vienne, seigneur de ce lien, et qa*apiès la sépan- 
tioa desdcnx Bourgognes, elle s*est établie à Rougemont Quoiqu'il en soil, il y 
■fait dans cette confrérie un chef nommé hdtonnter^ qn*on réélissit tons les ans; 
»tte psir fa îte égalité régnait entre tons les membres, et Tancienneté de réception 
ééddsit aenU du rtdg. On n*y était reçu qn*en personneet non par procurenrt 
M forait d'èire ftdHeà la religion catholique, apostolique et romaine, et an son» 
îcrain de la prorincc, sans jamais s*écarter de son service; les preuves de no- 
blesse du récipiendaire étaient jurées par quatre gentilshommes de la confrérie» 
Sur la fin du XYUl.^ siècle, le» cbeTaliers portaient encore, pour marque di»> 
liiictiYe4c leur association, une petite médaiUeen or représentant saint Georgea 
IsiiBiM»! «a dragon. Us U partaient atladiée à la boutonnière par un mban 
Usa. A celte marque, on reconnaissait en cour et à Paris les gentilshommes de 
U Franche Comté. 

n y avait aussi è Chsion-S -S. une confrérie de saint Georges,pour la noblesse 
chslonnaiae^ efa l*on fateait les mêmes preuTes. Bile y Ait établie, tn iSaS, dans 
heoUégiaU dnee «oai» dcnx ans après la fondation de ceU^d. Les diefaliere 
fû pailaieat pour la gnerre allaient faire bénir lenr 4>ée dana U ehapellei 

• T antnîc&t^dit aaint Jolijm de Balenrre, tous les chevaliert d*ames du p^JH 
s Wnpiseeiix qni «iraient lenr confrérie partienlièrc tSalnt-Georges-lea-Senirei 

• •• è Sriiii Ceeif diMancsy, entra Teurmu et Saiat-Gcngoni. » 



940 HISTOfRBDB OIOMT. 

|6tt4 t serves à jamais poar des hôpitaux de noblesse ^ aycc 
a défense aaxdits PP. bénédictins et k tous autres qn'il 
a appartiendra, de rien entreprendre pour riotrodoction de 
a ladite réforme on autrement. » 

M. Or, le roi, en son conseil d*état k SaiDt-Qoud, eqjoigBit, 

par arrêt du 13 octobre 1678, aux PP. bénédictins, de Jus* 
Ufier par titres produits de leurs droits k établir leur réforme 
dans ces monastères, et ordonna que les choses restassent en 
leur état jusqu'k ce qu'il en fût autrement décidé. Gel arrêt 
Alt signifié le 29 octobre aux bénédictins, k Besançon, en 
la présence du révérend prieur de Gigny. . 

Il paratt que les titres exigés par cet arrêt préparatoire 
ne furent pas produits, car les réformateurs firent de nou^ 
veaux effons en 1699, 1700 et ITOi, pour s'emparer des 
monastères nobles de Franche-Ciomté. 

M. En effet, on trouve que, le 20 septembre 1700, le cardinal 

César d'Estrées, se trouvant k Rome, fit, en sa qualité d'abbé 
de Saint-Claude, des statuts pour son abbaye» rédigés par 
B. de Montfaucon, bénédictin de SaintrMaur, rendus obli- 
gatoires en vertu de zamte obémance et enregistrés an par^ 
lement le 7 juillet 1701, ensuite de lettres patentes du roi» 
du mois de mai précédent. Or^ dans ces statuts, on pres- 
crivait : le travail des mains, la lecture de la règle de saint 
Benott, son habit régulier, un exercice de piété presque 
continuel et en commun, des prières, des méditations, des 
lectures spirituelles, etc... 

Les chevaliers de saint Georges, représentant la noUetse dm 
comté de Bourgogne, ne virent en cela qu'un piège, et ils en 
appelèrent comme d'abus. Ils exposèrent que a c'était un 
« moyen de chasser la noblesse de l'abbaye de Saint-Claude ; 
a qu'il ne se présenterait plus de personnes de qualité pour 
a remplir les places vacantes ; que dès-lors, force serait d'y 
a recevoir des roturiers ; qu'elle ne présenterait rien qui ne 
« lui f&t commun avec la plupart des autres monastères ; 



CnAPITKB XLT. 241 

t qu'en conséquence^ la congn^gntion de Saint-M:uir, qui 1654 
c jusqu'alors arait fait tant d'efiTorts pour s'y introduire, ne 
■ trouverait plus d'obstacles pour s'en emparer ; que ces 

• changements exposeraient nécessairement la noblesse k 
i perdre également les abbayes de Baume et de digny, de 

• Cbâteau-Chalon, de Baume-les-Dames, de Lons-le-Saulnier, 
c deMigétte, deMontigny et de Neuville-les-Dames, qui sont 
c de néme affectées h la noblesse ; que les différents arrêts 
f obtenus par la noblesse du comté de Bourgogne et par les 

• cheTâliers de saint Georges, qui la représentent aujour- 
ff d'Imi, prouvaient assez que ce n'était point la première 
ff tentaUye (Isiite par les bénédictins réformés, pour s'emparer 
f des abbayes ou prieuré de Baume, Saint-Claude et Gigny. » 

L'auteur de cette histoire n'a pu connaître quel fut le 
résultat de cette opposition. Il a seulement vu qu'en 1710 
les chevaliers de saint Georges députèrent à la cour le comte 
Clande-Nîcotos de Moustiers, pour s'opposer aux desseins 
des bénédictins sur l'abb-aye de Saint-Claude, et qu'il eut la 
satisfaction de réussir. Dès-lors ces religieux, probablement 
rebutés de tant de résistance, cessèrent leurs tentatives, et 
kl réforme ne put point pénétrer dans le prieuré de Gigny, 
Don plus que dans les autres monastères de Tordre de Cluiiy. 

$ II. En revenant h l'ordre naturel des temps et b notre 1657 
prieur, Philippe-Louis de Pelouscy, sous lequel commen- 
cèrent les tracasseries ambitieuses des bénédictins réformés, ^ ^^ 
OD trouve qu'au mois de janvier 1657, il fut fait an traité 
avec le roî d'Espagne, souverain de la Franche-Comté, au 
sii)et du quartier de muire que le prieuré possédait sur la 
aanerie de Salins. On ignore comment, et à quelle époque 
eeruînement très ancienne, notre monastère avait obtenu 
cette rente de sel. On voit seulement que l'historien Gollut 
pbce, en 1 588, le prieur de Gigny au nombre des seigneurs 
reliera mr les imnres de SaHns, pour un quartier ou un 419.*, 
et l'abbé de Baume pour deux quartiers et demi, chaque 

IG 



2i2 HISTOIRE I^£ GIGNT. 

f Goi quartier étant de trente seaux on cette» d'eau salée. Or, par 
le traité dont il est question, Henri du Pasquier, prieur de 
rÉtoîIe et sacristain de Gigny, au nom de ses coreligienx et 
(le l'autorité i\{ chef commendataire , vendit au roi ce 
quartier de muirè, moyennant une rente non rachetable de 
deux charges ou 288^- de sel Rosières» et moyennant, en 
outre, une redevance annuelle de 100 francs comtois, rem- 
boursable au capital de 2,000 francs. Cette rente de 100 
francs, équivalente à 66'* 16*- 4^* de France, fut réduite, par 
arrêt du conseil en 1720, k 53'* 6** 8^* de cette dernière 
monnaie, par retenue du cinquième. Nos religieux ont touché 
annuellement, jusqu'à ta fin, soit la redevance en argent, 
soit les deux charges de sel en nature. 

S 12. Il reste peu de faits à ajouter à l'égard du prieuratde 
Philippe-Louis de Pelousey ; nous signalerons néanmoins, 
d'après les inventaires : 

1/ En 1640, un abcrgeage du moulin de la Péronse, par 
Guillaume de Sappcl, chambrierdu monastère. 

2.** En 1641, un autre abergeage par Guillaume de Thon, 
infirmier, d'une terre a Loysia, dépendante de son office. 

3.° Eîi 1642, une requête présentée aux religieux par les 
habitants du Yillars, afin d'obtenir l'acensement perpétuel 
du bois de la Biolée, qui ne leur fut concédé que plus tard, 
comme on le dira. 

4.^' En 1645 et 1 646, d'autres requêtes, présentées par nos 
nobles moines au parlement de Dole, pour faire valoir leurs 
prétentions sur les dîmes de vin du prieuré de Villemoutier, 
membre de l'abbaye de Saint-Claude. 

S.^'En 1647, la visite de la ch&sse et des reliques de saint 
Taurin, dont il sera parlé au chapitre de ce patron. 

6.* En la même année, des reconnaissances de cens, à Horges. 

7.'' En 1649, un arrêt du parlement qui adyugea les dîmes 
de Macornay a Jacques Gl&ne, de Dole, au préjudice des 
i*eligieux de Gigny qui les revendiquaient. 



CHAPITRE XLVI. 243 

S.^* Enfin, le là novembre 1662, l'accnscmeiit, par le prieur 1 662 
de Peloiisey lui-mâoie, du moulin banal de Cbarnay et Grayc, 
situé 9ur )a rivière de Suran, moyennant trois pareils de 
froment et d'avoine, cinquante livres de chanvre battu et 
douie Diquets« 

Au reste, ce prieur résida assez habituellement h Gigny, 
avec plusieurs membres de sa famille. Les titres locaux non- 
seulement l'y mentionnent souvent de 1647 h 1660, mais 
eocore fdosiçursde ses parentes, telles que 1.® la demoiselle 
Léonarde de Pelousey, sa nièce, en 1650, 1657, 1660 ; 2.* 
b veuve du lieutcnant*coloncl de Pelousey, en 1650 ; 3.<» h 
veuve du capitaine de Pelousey, en 1661 ; 4.® la dame Eli- 
sabeth de Prowost de Pelousey, veuve de Mathieu de Nance, 
seigneur de Nance, Liconna et Charnoz^ etc.. Il eut un 
aumônier ou chapelain , à l'imitation des évoques et chanoines 
de quelques cathédrales ^^^K Cet aumônier fut le prêtre 
Uakusard, qui possédait toute sa confiance. Enfin, Philippe- 
Louis de Pelousey donna sa démission du prieuré de Gigny, 
au commencement de 1663, en devenant abbé et seigneur ^^^^ 
de Theuley, et dès-lors il se qualifia de ci-^cvant priair et 
teiçneur de Gû/ny. 



CHAPITRE XLVI. 

ABRAnAM DE THESUT , prieur. 

SUtoAt nonTeao^. -• Foodationt pieuict. — Miision. — nenaiiei. 
VooUd et four banaux. — pool et tuilerie. — > ACTraDcbisatinint de Qraye. 
BeBoutellemeiu des terriers. — Seigneurie de Condal. — Fief de Cbicbeviére. 

S 1 . La famille de ce prieur était originaire et prenait son 1 663 
nom de Themt , fief ou hameau de Monl-Saiut-Tincent , 

(140» Oèa Ici , pmiicrs fif*^«a dt l*ésUac duréciennai ii fut ordonné à 
toaclctprêtrcad'aTDiraTce eux de |eanei cleret» qu'Utiuttruisaient, et qui 



244 aiftTOIHB »B GIGIIT. 

1663 dans rarrondissement de Chalon-sur-Saône. Elle a produit 
plusieurs hommes recommandaMes dans b magiscratofe, 
dans le clergé et même dans la littérature. Elle s'est dirisée 
en plusieurs branches, celles de Kagy, de Lans, deGiyry, de 
Yerrey, de Gourdon et de Horoges , villages de 8adM-el- 
Loire et de la Gôte-d'Or. 

Girard de Thesut se maria en 1376 arec IsabeHt d*Ocles^ 
dame de Ragy. 

Louis de Thesut-Ragy, maître aux comptés, fonda, dans 
l'église des Carmes de Ghalon-sor-SaAne , la chapelle de 
Saint-Claude, oh il Ait inhumé en 1489, et dès-lors, cette 
chapelle Ait le lieu de sépulture de la plupart des mettbtres 
de cette femille. On inscrivit ce distique assez peu modeste 
sur sa tombe: 

Dhno car retînet; Catnlon eorpas humatum; 
Est amma m cœUs ; nomen m crhe nianet. 

Une de ses parentes, dame de Lans, contribua beaucoup, 
par ses bienfaits, & l'établissement de l'hospice de la Charité 
deChalon,en 1682. 

Léonard de Thesut était officiai de Hâcon en 1523. 

Jacques de Thesut, docteur en Sorbonne , protonotaire 
apostolique, prédicateur et aumdnier du roi, mort en 1691» 
à rage de 46 ans, fut auteur de quelques ouvrages ecclésiaa* 
tiques. 

Un autre Jacques de Thesut-de-Givry, mal k propos qua- 

étaient lémoint de leur ooudaitt, afin qveecllfl^ fût iaiit repredie. Ckaqoe 
cvèqae crait aaiti an prêtre qui ne le qoiUait point et qui oondiait dan* ea 
chambre. Le patriarche de Conitantinople Ini-mème aTait éfalenent on Sj^ 
ctUe, qai l*accoinp«f nait parioet et le nippléait qaelqaefoif dan« tel offices de 
peu d*importance. Postérieurement chaque chanoine de chapitre cathédral Ail 
tenu d*aToir un ehapeiaiti, nn oumÂMêr^ ou ecelésiasiique du bas-chaaur, à son 
serTÎcfl^ rivant à sa table, témoin de ses actions, ie conduisant i l^égliae ot Tes 
rsinf nani, letout sous peine d*ètre privé de son traitement et de set droits de 
piésenrc. Les statuts de Pégliie d*Aalunde 140a, 1414 et i5i5, en font foipeiv 
les chancinet de cette cathédrale. 



GHAPITRE XYLI. 2i5 

Kfië abbé de Gigny, enrichit la bibliothèque des Uiuiiues de 1 663 
CbaloD des livres qui composaieut la sieune. 

N... de Thesut traduisit, en 1751, un ouvrage anglais sur 
la minéralogie et la métallui*gîe. C'était probablement Guil- 
laume de Thesut-de-Verrey, chevalier d'honneur à la cham« 
bre décomptes de Bourgogne et membre des académies de 
Dijon et de Lyon. 

Eofto, les deux prieurs de Gigny, dont nous allons parler, 
fàrent aussi des membres honorables de cette maison, dont 
un descendant, qui a bien voulu me communiquer quelques 
renseignements, habite encore Givry. Leurs armoiriesétaient 
d*or, à |a bande de gueules chargée de trois sautoirs alaises 
dor. 

S S. Abraham de Themu^ docteur delà maison et société de 
Sorbonne, doyen de la collégiale de Saint-Georges de Chalon, 
élu du clergé aux états de Bourgugne, et prieur et seigneur 
de Gigny, était ûlsde Jacques de Thesut, quatrième du nom, 
écuyer, seigneur de Lans, reçu conseiller au parlement de 
Dijon en 1645, et de Jeanne Girard, fille d'Abraham Girard, 
seigneur de Chalivois. Il fut nommé prieur de Gigny , le G 
joillct 1663^ par Philippe IV, roi d'Espagne, et sa nomina- 
tion fut ratifiée par Louis XIV, le 22 août suivant. Or, 
comme il a possédé ce bénéGce pendant près de GO ans, la 
liste des dates et des événements qui sont relatifs à son 
prieurat est très nombreuse, ainsi qu\)n va en juger. 

$3. Abraham de Thesut n'était prieur que depuis quel- 
(pies mois, lorsque le traité du 1.*' sopiombre f6G3 fut fait 
avec les bénédictins réformés, h cause de la vai^aiice du bé- 
aéfice (voyez chapitre XLV, % 10). Il ne Tétait pas, depuis 
■ne année entière, lorsque li» religieux firent de nouveaux 
«BMf poar.leur établissement qui commençait seulement à 1664- 
req)irer et h se repeupler. Ces statuts furent signes, le 20 c. 137 
juin 1664, par les neuf religieux qui si^uls composaient alors 
le monastère, non compris le prieur eiirlief. On pcutpren- 



246 HISTOIRE DE GIGMT. 

leov drc coonaissaace de leurs diverses dispositions dans le re- 
cueil de nos preuves, et elles seront aussi rappelées dans l'un 
des chapitres suivants. 

IGGô S 4. On trouve dans les inventaires l'indication que, le 

d mai i666t Pierre Routier, fermier de la seigneurie de 
Cuiseaux» fit le devoir féodal à Abraham de Thesut, notre 
prieur, pour le fief de Chkhevière.Ce fief honoriûque, situe en 
la commune de Frontenaud, appelé aussi anciennement mm; 
MÊaréchal, et aujourd'hui Saffre, consistant en une ou deux 
maisons, trente journaux de terre, dix-huit de pré , seiie de 
bois et six d'étangs avait déjà été repris et reconnu, en 1 47S et 
1503, comme mouvant du fief du prieur de Gigny, par les 
enfants de Pierre de Moisy dit Maréchal. Mais, peu d'années 
après la reprise actueUe, ce fief fût réuni k Toffice du cham- 
brier de notre monastère ; car on trouvera dans le recueil 

( i;0 de nos preuves une nouvelle reprise et un nouvel hommage 
faits, en 1713, au profit de cet ofilcier claustral. 

Un de nos inventaires porte aussi qu'en la même année 
1666, c Abraham de Thesut, prieur, abergea, moyennant le 
a cens annuel de 50fhincs, 1.* un chazai et une place à Ba- 
« lanod, ou souloit être construit un moulin et batteur, avec 
« cours d'eau, pourprix et pouvoir de foire reconstruire ledit 
t moulin, proche le grand chemin de Balanod in S t. -Amour ; 
« 2.* un bois de fouteaux, au territoire de Chamay, appelé 
a le bois de Haulefay, d'environ 30 poses, de la totale Jus- 
c tice de Gigny. » 

16G7 : S 5. Notre prieur était encore fort jeune quand îl fut 
nommé titulaire ; car on lit qu'en 1667, ce fut Jacques de 
Thesut, seigneur de Lans, qui, en qualité d'administrateur 
des biens de son fils mineur, renouvela l'acensement tem- 
poraire de la grange de l'Isle ( voyez chapitre XXX, S ^^ )• 
Les actes de la justice de Gigny prouvent aussi qu'en 1664, 
il y avait pour agent Pierre Foumior de Cuiseaux. 
11 était probabloniout toujours mineur lorsque, le 10 dé- 



CHAPITRE XLTI. 217 

cembre 1669, il abergea un a meix à Varessia, avec cliazal, 
< chenevière, prés, terres, et autres héritages abandonnes 
« depuis 1635 par les tenementiers, et tombés en frîche. 
■ Cet abergeage Ait fait, moyennant le cens annuel de deux 
c gros, trois blancs et une demi-engrogne, plus dix-huit 
c mesures de firoment et vingt-sept mesures d'avoine, portant 
« lods, vends et seigneurie. » Cet article d'inventaire sert 
encore h. fiiire apprécier les funestes résultats de la guerre 
de Trente-aos. 

Abraham de Thesut n'a sans doute atteint sa majorité 1 CT2 
qu'en 1672, année où l'on trouve l'indication qu'il fit avec 
ses religieux le règlement de leurs droits respectifs^ ce qui 
veut dire peut-être qu'il renouvela avec eux le concordai 
de 1554. 

% 6. Au mois de février 1668, Louis XIV avait fait la 
conquête de la Franche^omté, et par son ordre, tous les 
anciens chûteaux forts avaient été ruinés et démolis; mais 
celle province Ait rendue k l'Espagne par la paix d'Aix-la- 
Chapelle. Six années plus tard, en 1674, elle fut conquise 1 G7 i 
de nouveau et cédée définiti^'ement k la France par le traité 
de Nimègue. Or, il ne paraît pas que Gigny ait en beaucoup 
à souffrir de ces deux rapides conquêtes; il est même comme 
certain que son château ne Ait point démoli lors de la pre- 
mière. Ce n'était pas, en effet, une forteresse de nature k in- 
quiéter un conquérant. Cependant, en 1674, la ville d'Orgelet 
ayant été incendiée, les lieux voisins ont pu se ressentir des 
inalheursdela guerre. Après cette conquête, Gigny fit partie 
du bailliage d'Orgelet et non plus de celui de Montmorot. 

S 7. Pendant le long prieurat d'Abraham de Thesut, plu- 
sieurs foiidaiwru pieuses furent faites k Gigny, telles sont les 
soivairtes : 

1 j* Eo lé77, année ou notre prieur fut élu par le clergé 1 C77 
aux étais de Bourgogne. Cl .-Louis de Chavircy, rhambrier, 
bnda, ca mourant, une messe de Reqiùeni k célébrer tous les 



2i8 HISTOIRE DE GlOMT. 

lundis, dans la chapelle des saints de l'ordre de saÎDt Benoit, 
convertie ensuite en chapelle de Sainl-^Pierre. A cet effet, il 
céda des grains qui furent vendus 2200 francs, qu*o« plaça 
en rente chez M. deMarnézia. C'est ce même cbambrier q«î 
avait fait, en 1666, un procès à des geosde Cropet, dont les 
chiens lui avaient tné un cerf apprivoisé. 

2.* En Tannée 1678 déjà signalée par le proeès intenté par 
les bénédictins réformés, Jean-Baptiste de Cbavîrcy, chan* 
bricr, successeur du précédent, fonda aussi, moyennant nn 
capital de 6000 francs, converti en une rente de 360 francs, 
une me^sse basse quotidienne , dans la même chapelle des 
saints de l'ordre de saint Bepott. 

3.^ En 1679, Cl.-Ant. de Malivert, prieur cloltrîer, étant 
mort, il fonda, au moyen d'une somme de 300 francs; nne 
messe basse à célébrer, à l'autel du Rosaire, le premier di- 
manche de chaque mois, à l'exception d'octobre, et une 
grande messe à diacre et sous-diacre le premier dimanche 
de <^e dernier mois. Ce fut en cette même année qne noire 
prieur, en sa qualité d'élu du clergé, fil la visite du Charcdiais 
et dressa la liste des habitants imposables. 

4.<^ En 1682, Phil.-L. de Balay-Marigna, ouvrier dn no- 
nastèrc, donna une somme de 200 francs , en fondant nne 
procession le troisième dimanche de chaque mois, en l'hon- 
neur de Notre-Dame du saint scapulaire, ok l'on chantait les 
litanies de la vierge. 
1683 Au sujet de toutes ces fondations faites en l'église prien- 

rale , un règlement fut fait, (^pitulairement, le 24 odobre 
1683, par lequel il fut arrêté que les messes^ fondées ou 
autres y seraient célébrées ainsi qu'il suit: l.« la messe 
matuiinale, prescrite par la règle de saint Benoît, chaque 
jour; 2.* celle do Notre-Dame, également quotidienne et 
prescrite ; S.'* celle do Jean-Baptiste de Chavirey, aussi chaque 
jour; 4.'' celle de Cl.-L. de Chavirey, le lundi de chaque 
semaine; 5." oollo do Cl.-Anl. de Malivert, le premier di- 



CHAPITRE XLVI. 249 

maDcbe de chaqoe mois; 6.* enGii celle de la confrérie de 1683 
saiint Taarîn, chaque premier mardi mensuel. 

Ce règlement donne lieu à une pénible réflexion sur 
l'oubli et riogratiUide des hommes envei*s les auieurs de 
fMidations pieuses. Pourquoi n*esl-il pas question dans ce 
règlement des messes ou services anniversaires fondés en 
1359 par le prieur Guillaume, en 1383 par Jean de Mari- 
gna, en 1390 par Guillaume de Beaufort, en 1402 par Jean 
de la Grange, on 1435 parHumbert de Chatard, en 1504 
par A. Guichard, en 1524 par Jean Escalate et Jean Tissot, 
etc.? Pourquoi ce règlement ne renouvelîc-i-il pas au moins, 
à leur égard, l'article 10 des statuts tout récents de 1G64 ? 
Mais, ce n*eslpas tout; le petit nombre des fondations pieu- 
ses du r^lement en question finit aussi par être oublié. En 
effet, nos religieux, réduits au nombre de cinq en 1756, di- 
saient que depuis plus de vingt ans, ils étaient obligés de 
recourir k des prêtres séculiers pour acquitter les fondations. 
Les habitants de Gigny disaient aussi en 1787 que Tacquit 
de toutes ces messes avait toujours été laissé k la discrétion 
et sur la conscience des nobles chanoines. Or, ces locutions 
signifient assez que toutes ces fondations n'étaient plus ac- 
quittées. 

$8. Les habitants duYillars, comme on a vu, avaient 1685 
deuiandé h nos religieux k essarter et k accuser perpétuelle- 
aent leur bois de la Biolée ; mais on n'accéda k leurs désirs 
qu'on 1685, année oii le prieur leur concéda l'acenscment, 
moyennant la redevance annuelle de quatre pareils de frç^^ 
ment et autant d'avoine, portant lods, vends, retenue et seiT* 
goeurte , même k la condition de mainmorte et de dime 
ordinaire. 

L'année suivante, un autre acensement fut fait d'un autre 1686 
boisde douze journaux, faisant partie de celui quiavoisinele 
territoire de Graye et qui porte aiyourd'hui le nom général 
de Bojf du-Moulh^' O^t acensement fut concédé moyennant la 



Plan P. 



S50 HISTOIRBI^B GI6!ft. 

rcDte annuelle d'vne mesure de froment et d'une mesure et 
demie d'avoine, portant aussi iods, vends et seigneurie. 
1087 g g^ Q^ trouve ensuite que le 27 juin 1687, le prieur et 

seigneur de Gigny acensa temporairement, ou loua par un 
long bail, le nundm banal de Gigny. 

On ignore Tépoque de la fondation de ce moulin qui paraît 
très ancien. On voit seulement qu'il en est déjà question 
dans le terrier de 1543 et dans un autre titre de 1546, sous 
les dénominations de moulin de Monsieur ^ de moiifin banal de 
M. k prieur^ ainsi qu(S de Erreux ou Escbnue, dans laquelle 
était défendu aux habitants de Gigny de pécher, sons peine 
de l'amende de sept sols estevenants. Le Inef in Chàtelam, 
servant au dégorgement des eaux surabondantes, est aussi 
mentionné à la même époque, ainsi que dans beaucoup d'au- 
tres litres postérieurs. 

Près de la chaussée de cette écluse, il y avait , dans le sei- 
zième et dans le dix-septième siècle, des établissements de 
tanneurs que les anciens actes désignent sous le nom de 
pelam, lesquels n'ont disparu peu h peu qu'après l'année 
1730. D'autres pclans, ou fosses de tannerie, existaient alors 
en ceruiin nombre et ont même existé jusques dans ces der- 
niers temps, le long du ruisseau de la Sarrazme. Il est k re- 
gretter que ces établissements si bien établis pour les eaux, 
la chaux, le tan et le bétail nombreux du pays, aient cessé 
dans un lieu oii il n'existe d'ailleurs aucune branche d'in- 
dustrie, aucune manufacture. 

Avant l'année 1687, le moulin de Gigny dépendait du bail 
de la mense prieurale. Le fermier-général l'avait sous-loué 
en 1677, moyennant dix pareils de froment, l'avoine h. l'ave- 
nant et trente livres de chanvre battu. Six ans après il le 
sous-loua de nouveau, moyennant 4 i écus blancs, un cochon 
en valeur de ^x écus blancs cl six chapons. Quant h notre 
prieur^ après Vavoir loué temporairement, en 1687, il l'a- 
Pian Q. censa a perpétuité, en 1706, avec le pré de VAveni, voisin de 



CniPITAE XLTI. 251 

celui de rinfirmier 9 moyennant une rente d'argent et la 1687 
monture gratuite des religieux du prieuré. Il céda en même 
temps le droit de banalité contre tous les habitants deGigny, 
ï peine de l'amende de 60 sols cstevenants, et h la condition 
de ne prendre qu'un 34/ de la mouture pour droit de cou- 
ponnage. Un nouvel acensoraent perpétuel de cette usine fut 
fiiit, en 1734, par J. Gaspard de Visemal, mandataire du frère 
d'Abraham de Thesut, son successeur au prieuré. Dans ce 
nouveau contrat, on réunit an moulin et au pré de l'Avcnt 

■ 

le restant du boit dît du Moulin dont nous avons parlé et con- 
tenant quinze journaux h prendre au revers oriental du 
monticule. Dès-lors, la famille du meunier censitaire a joui 
du tout, jusque dans ces derniers temps , après s'être vue 
débarrassée gratuitement de la rente censière par la loi de 
1789. 

S 10. Près du moulin, existait la Tuilerie dit prieuré ou 
Tuilerie de Ggny. Elle était déjh établie sur la fin du seizième 
aède. On la trouve ensuite mentionnée dans un titre de 1675 ; 
et en 1688, le grand-prieur cloîtrier l'abergea ^ un homme 
de Chûtillon-en-Dombes, moyennant une petite rente. Quel- 
ques années plus tard^ elle fut acensée au même prix et en 
outre moyennant cinq sols de cens, h un autre individu. Mais, 
en 1705, le censitaire étant mort, la tuilerie n'existant plus, 
et les bAtimcnts tombant on ruines, les religieux reprirent 
leur propriété et l'acensèrentperpétuellement k leur meunier, 
avec un petii préenprê Bernard, oh on prenmi la terre pour ladite 
luderic. 

La nature trop argileuse du terrain, mêlé d'ailleurs de 
trop gros graviers calcaires, a probablement fait cesser une 
industrie qui aurait été d'un si grand avantage dans nn pays 
tributaire de la Bresse, pour ses briques et ses tuiles. On n'en 
doit pas moins avoir de la reconnaissance envers ceux qui 
tentèrent cet établissement. Le fonds sur lequel il existait 
porte louû^urs le nom de Oiamp de la Carronnière, aussi bien 



852 flISTOIRB Dl AIGflT. 

1687 que quelques-uns du voisinage, et Ton y trouve encore quel* 
ques débris des tuiles et des briques qu'on y confectionnait. 
$ il. Le beau pani h cinq arches qui avoisine aussi le 
moulin de Gigny, k l'occident, n'est pas ancien. Il n'en existait 
point en 1^3, et on lit qu'il était remplacé par des plandies. 
Celles-ci, sans doutç en pierre, ne servaient qu'au passage 
des gens à pied, et les voitures traversaient le gué derrière 
le moulin. Ces dernières, k la vérité, étaient moins nom- 
breuses qu'aujourd'hui, parce que la plupart traversaient la 
rivière. En Corbe, sur le Pont de la pierre dont on a déjk 
parlé. Néanmoins, cet état de choses avait de graves incon- 
vénients, lors des grandes eaux, et on fit plus tard un pont 
déjk mentionné dans des tit^s de 1675, 1691, 1699, 1705, 
eic... Celui qui existe actuellement a été construit, en 1774, 
aux frais de la commune, et dès-lors il reçut le nom dePonl- 
lioijal, peut-être k cause de la nouvelle route qui le traversait ; 
ce n'est qu'en 1809 qu'il a été^ garni de ses parapets. Au 
resie, trois autres arches de pont existaient k l'orient du 
moulin, k tueiie ou quatorze mètres de l'écluse; elles n'a- 
vaient qu'un mètre de hauteur sur deux de largeur, sem- 
blaient destinées k laisser passer l'excédant des eaux, et 
furent fermées en 1736 par le meunier. 

$ 12. En la même année 1687, et le même jour du mois 
de juin, notre prieur qui se trouvait k Gigny affranchit Us ha- 

c. 147. bkanii de Groj/e et Oêoimay de la mainmorte réelle et person- 
nelle qui pesait sur eux, ainsi que sur leurs sujets des autres 
villages de la seigneurie, k l'exception de Gigny. La condi- 
tion de cet affranchissement Ait une augmentation d'un cin- 
quième des cens portés au terrier, en bons blé et avoine 
de lerrage, bien vannés et hors de cuches ^^^^^, de manière 

(■4 1) Le B/é de terrnge était le blé récollé liint la terre ccntive* 
Ou appelle Cuches^ dans le pays 1^ balles de blé, cottct, ûliqaety débris da 
paill«« , fétus et antiei orpi léger» ou acoiiet élrangbret qui montoil â la tur- 
faet du gnin, ptndaul qu'on le Tuinc avce soin. Ce mot emdèeê vint de euMatf» 



CBAPITRB XLTI. 853 

que celai qai, selon le terrier, devait cinq mesares de ces 1687 
grains, aurait h en livrer six à l'avenir. 

Les motifequi portèrent notre prieur k concéder cet affran- 
chissement sont d*un ordre relevé et empreints d'un esprit 
libéral pour le siècle. « La macule de mainmorte, dit-il, 
f gène le commerce des habitants et leur établissement. Il 

• est peu convenable à un chrétien de porter le nom d'esclave, 
ff lors même que la liberté semble devoir être naturelle. Les 
fl offres des habitants de Graye d'augmenter les cens sont 

• pins utiles et à profit que l'incertitude des échùtes, outre 
c que les biens devenant plus précieux , les aliénations 
t en seront plus fréquentes et les lods plus considéra-* 
t blés, etc. » 

Cependant, ce traité n'eut peut-être point d'exécution, 
parce qu'ensuite de mésintelligence, les mainmortables ne 
le firent pas revêtir des formes requises pour sa validité, 
telles que l'enquête de commodo et încommodo^ le consente- 
ment de l'évêque diocésain^ celui du pape, etc.; aussi, voit- 
on que, deux ans après, lors du renouvellement du terrier 
en 1689, ils se reconnurent toujours mainmortables. 

g 13. Les habitants de Graye restèrent donc de serve con- 
dition, comme ceux des autres lieux de la seigneurie. Mais 
en 1777, stimulés par leur compatriote Marie-Gabriel Pou- c. in. 
pon, avocat à Orgelet, ils sollicitèrent de nouveau un affhin- 
chissement de leurs seigneurs, les chanoines du noble cha- 
pitre. Or, ceux-ci, considérant que « non-seulement il était 
• de leur piété et de leur charité, mais encore de leur utilité, 
ff d'éteindre, parmi leurs sujets, la macule de mainmorte, » 
accueillirent favorablement cette demande. En conséquence, 
le 2 août 1778, a ils affranchirent Ik perpétuité de toute ser- 
t vitude, condition et macule de mainmorte réelle, person- 
f nelle et ailxte, tous les habitants de Graye et de Charnay, 

i^lcar, fommilé; âétilion. On dit im cnihot dê/oin^ le cncJbol d'un mirt, U 



254 nUTOUlB hE GIGHT. 

1687 ^ °^ ^^ ^ iiabre, y résidaDts et non résidants, ainsi qoe tout 
a leur territoire. » 

Pour prix decetafiTranchissement, ces habitants se soumi- 
rent au supplément d'un cinquième de cens en sus environ, 
comme ils en étaient déjà convenus en 1687, de manière 
qu'au lieu de livrer ces cens, comme h l'ordinaire, ii la me- 
sure du château de Gigny, pesant 24 livres, ils s'engagèrent k 
les livrer à la mesure royale du bailliage d'Oi^let, laquelle 
était du poids de 30 livres. Ils promirent, comme la pre- 
mière fois, de livrer des blés de terrage, sans caches et 
bien vannés, et, pour la perception de ces cens, les nobles 
chanoines se chargèrent de l'achat d'une mesure, demt-me* 
sure, quart et douzain de mesure, ferrés, barrés, échantil- 
lonnés et marqués aux armes de la ville xl'Orgelet. Il fut dé- 
claré aussi que cet accord ne pr^judicierait aucunenient aux 
autres droits de la directe seigneurie, conune de iods, vends, 
amendes, retenue, justice et autres quelconques. De leur 
côté, les habitants se soumirent k toutes les démarches né- 
cessaires pour obtenir la validité du contrat, et à tous tes 
frais de cet acte d'affranchissement, de son homologation 
par l'intendant de la province, par l'archevêque de Besançon 
et par l'évèque de Saint-Claude, ainsi qu'à ceux de l'enquête 
sur son avantage, des lettres patentes, de l'arrêt de leur en- 
registrement, etc.*. (1^). 

Par le même acte, il fut fait un abonnement au sujet de 
la dime des menus grains, dont la moitié appartenait aux 
religieux de Gigny, et l'autre moitié au curé de Graye, à 
cause de sa portion congrue. Cette dime, d'après une re^ 
connaissance passée, en 1545, devant les notaires Honnard 
et Chapon, était perçue sur le grenier desdécimables, au/ètcrj 
ou à raison du seizième. Or, il fht convenu qu'à l'avenir et 
en remplacement, les habitants de Graye livreraient, au 1 .^ 
mars de chaque année, par journal de terrain ensemencé, 

(14 a) Tous cet fnif raonib'cnt à plus de ifS^a Uê 



CHAPITRB XLVI. 255 

UD quart de la mesure royale d'Orgelet du grain récolté 1687 
dans ce journal, pour la moitié seulement due aux nobles 
chanoines, sauf aux habitants h traiter avec le curé pour 
l'autre moitié. Au reste, on déclara que cet abonnement 
ne préjudicierait aucunement aux dîmes ordinaires du fro- 
ment, du seigle, de l'orge d'hiver et de l'avoine, lesquelles 
coatiDueralent k être perçues à la onzième gerbe, non plus 
qu'aux dîmes des fèves et du chanvre dues h la seizième. 

Cet acte d'affranchissement, qui fût Tun des derniers ac-* 
corda en France, fut consenti par les deux chanoines sé« 
chaux du noble chapitre, tant en leur nom que comme man- 
dataires du haut-doyen et des autres chanoines. Les habi- 
tapts de Graye obtinrent ensuite des lettres patentes qui m. 

forent délivrées, le 6 janvier 1783, de l'agrément de l'abbé 
de la Fare, ayant toujours les titres de prieur commenda- 
taire et de seigneur de Gigny, nonobstant la sécularisation. 
Ces lettres patentes furent homologuées au parlement de 
Besançon, le 24 mai suivant, puis déposées au greffe du bail- 
liage d'Orgelet. C'est ainsi qu'ils obtinrent un affranchisse- 
ment tardif qui fut suivi six années après de l'affranchisse- 
ment général et gratuit des autres lieux de la seigneurie, ou 
plutôt de toute la France. 

S 14. Ce fut aussi sous le prieur Abr. de Thesut, qu'on 
WMuvela le terrier de la seigneurie de Gigny , par-devant 
Jean et Guy Coste de Saint-Amour, père et fils, notaires 
royaux et commissaires dextentes. Cette commission leur 
ht délivrée, le 12 septembre 1688, par le lieutenant-général 
dobailliage d'Orgelet. Le travail fut commencé au printemps 
suivant, en 1689, dans la commune de Graye et Chamay, 1689 
dont les habitants se reconnurent maînmortables comme 
précédemment. 

Deux.andëés plus tard, en 1691, le renouvellement Ait f!ut 1681 
^ Gigny parles mêmes notaires. Les habitants, sans s'avouer c. 13s. 
mainmortables, reconnurent tenir et posséder en toute jus- 



256 HISTOIKS DB GieifT. 

1691 ^>c® 1®^^^ biens de la directe censive et seignearie portant 
lods^ vends, amendes, droit de retenue, de notre prioor, au- 
quel et h ses successeurs ils promirent payer les cens, k 
chaque fête de saint Barthélémy, au ch&teau de Gigoy. Le 
seigneur exigeait aussi qu'on lui reconnût: 1.* un droit de 
lâches, (*^ ; 2.^ la propriété de la pUùne du Vemoû, avec 
liberté de Tacenser ; 3.^ des corvées pour fiiucher et amasser 
le grand pri de Cropet ; i.*» enfin, qu'on s'imposftt la défense 
devendre et de disposer des bou communaux. Mais les habitants 
s*y refusèrent, et dans le procès qui leur fut intenté h Or- 
gelet en 1692 et 1693, le prieur succomba. 

Quant aux autres communes de la seigneurie , le terrier 
n'y fut renouvelé qu'en 1695, par-devant le même notaire 
J. Coste et par-devant Benoit Martel, notaire h Marigna. Les 
habitants s'y reconnurent tous de serve condition. On voit 
aussi qu'à la même époque environ , le renouvellement eut 
lieu dans presque toutes les communes où nos religieux 
avaient des cens et autres droits féodaux, notamment k 
Rosay en 1684 , k Loysia en 1691 , k Cuiseaux, Champagaa, 
Joudes et Balanod en 1692, etc. Ce fut une mesure k peu 
près générale en France. On confectionnait^ sous le régime 
féodal, de nouveaux terriers, au bout de chaque siècle en- 
viron , comme sous le régime actuel on est obligé de renou- 
veler de temps k autre les matrices des rôles de contri- 
butions. 

1693 S 15. En 1693, les religieux deGigny vendirent, on ne 

sait pour quel motif, leurs terres et seigneuries de Condal 
et de Balanotseï k Gaspard Trebillet, avocat k Saint-Amour, 
k la réserve des dîmes , du patronage de la cure et de 

(143) Ce droit contittait dans la dîme des récoltes obtenues nir les ItmiM 
Tagnea et commanaaz, non reconiiua ceniitifa, tela qae FkuiUiêt^ Eismrfs^ etc. 
Cette dtme était levée, à peine do l'amende de €o t., et de dommafea-intéréu^ 
à la 10.* pour les blés d'hirer , et à la iC* pour ceux de printenpt. Il na Caol 
pat confondre oe droit avec le Tâché dêi MfiM dt la noie lit 



GHAPITIIK XLTJ. 257 

leur pré du Brçail. Ces seigneuries leur appartenaient sans 1693 
doute depuis un temps immémorial , comme celles des auti*es 
membres de la baronie de Cuiseanx. On voit qu'en 1541 ils 
obtioreiil une sentence qui les maintenait dans le droit ex- 
duaif de rendre la justice à Condal , d'y donner des tnteui*s 
et d'y dresser des inventaires, avec défense aux officiers du 
lôgiieur de Guiseaux de s'y immiscer h l'avenir. On voit 
aassi que le cellérièr de Gigny jouissait autrefois du terrier 
de œlte seigneurie, qui fat renouvelé, en 1545, en faveur 
de son oflAce, devant N... Trebiilet, notaire h Saint-Amour, 
et P. Colassin, notaire h Cuiseanx , et que le pitancier du 
Béfoe monastère percevait en 1441 les cens de Bala- 
ooiaet, hameau de Varennes. Ces deux seigneuries furent 
ans doute réunies ii la mensc caf^itulaire , après la sup- 
pression de ces deux offices. Selon les ten*iers, celle de Bala- 
aoisel ne rapportait k nos religieux, en*1693, que 3'* 18"- 
ca deniers censaux, plus les droits éventuels de lods et de 
■aiomorte. Mais, à la même époque, celle de Condal pro- 
daisait annuellement 63'- 5'* de cens en argent, deux pa- 
reils de bic de moulin, 17 quartaux et un rez d'avoine, 
107 pots de vin, 13 gelines ou poules, deux cor^'ées et 1 9 '* de 
ckanvre. Le seigneur y avait, en outre, la justice moyenne 
etlKisse, avec les" droits de lods, de retenue et de main- 

norte. 

La vente de ces seigneuries, passée devant Philibert Macaire, 
notaire h Cuiseanx, fut fhite moyennant une rente annuelle 
et perpétuelle de 240 francs, non compris celle de 24 francs 
que l'acquéreur devait déjh pour l'affranchissement concédé 
à an de ses ancêtres. 

La seigneurie de Condal iïit revendue, en 1768 , moyen- 
nul 160,000 firancs, par le fils ou le petit-fils de G. Tre- 
Mlet et par H. d'Astorg, son gendre, à Pierre de Chaignon, 
l Binistre du roi , résidant h Sion en Valais. 

Au reste, nos rèligîettx ont joui jusquli la fin de la rente 

17 



258 uiSTOiai di gig?it. 

1G93 de 240 francs, prix de raliénation preioiëre, et encore de 
deux autres créées a leur profit , en 1699 , par le lOjême ac- 
quéreur , on ne sait pour quels motifs, Toiie de 150 francs 
et l'autre de 180 Irancs. Ils ont aussi continué à jouir de 
la dime de Coudai et du pré du Breuil, loués enscmUe 
1,2V0 fraucs, déduction faite delà portion congrue du de^ 
servant. Quant au patronage de la cure, il a toiyours appar- 
tenu à rofBce de l'aumônier du monastère , du moins déj,k 
avant 1510, et cet olTicicr claustral percevait du curv, d'a- 
près un traité de 1556, une redevance annuelle de 4 francs 
pour ce droit. 

S 16, En la même année 1693, la fondation de la cha- 
pelle de Sainte-Ci*oix, dans l'église paroissiale de Gigay, fut 
renouvelée, ainsi qu*il a été expliqué au chapitre XYII. Nous 
n'y reviendrons donc pas; mais à cette occasion, on dira 
qu'il existait aussih Gigny deux chapdle» ruraUê , non com- 
pris celle de Saint-Taurin qui aura son article particulier. 
L'une , située entre Gigny et Gropet, dans la localité des 
Afinières^ nommée chapelle de la dame Goy, arait été fondée, 
dit-on, par une dame de ce nom. Elle est igurée sur la carte 
de Cassini levée en 1744; on y allait processionnellement un 
jour des rogatious , et elle n'est tombée en ruiner que de- 
puis quarante ans. 

Quant à l'autre chapelle, elle était située à soir du pont, 
près de la tuilerie , là où les chemins actuels de Graye et 
de Véria s'embranchent. Les vieillards actuels ne l'oot ja- 
mais vue, et elle n'existait déjà plus en 1744 , puisqu'elle 
n'est pas figurée sur la carte dressée alors. Mais, on voit 
qu'en 1705, on la désignait encore sous le nom de Chapelle 
N.'D.^ et qu'en 1675, elle avait donné la dénomination aux 
champs du voisinage qu'on appelait , à cause d'elle, devant 
la Chapelle , et aussi les OoiseU, Une croix commune ta 
remplaça, et après la mission de 1776, on y en éleva une belle 
en pierre qui reçut le nom de croix de mutàon^ et qui fol uUat« 



CHAPITRE XLVI. 2o9 

tne en 1794. Cest salement depuis trente ans qu^clIe a été i 6^3 
renouvelée par celle qui s*y trouve aujourd'hui. 

Paisqa*H vient d'être que!ition de croix^ nous mention- 
nerons : 1.^ la Crwx chamce, enflée an lieu dit es trois choies ; 
a.» celle du faubourg de la Creuse *; .T.^ lu croix Polij, * i*'-*^ k. 
plantée an midi du bois de Biolière et à l'enibrandie- 
ment du chemin d'Andelot, par nn nommé Poly, qui y avait 
été effrayé; 4.* celle du fôubourg du moulin, près de pian s. 
Fancien chemin delà prairie qui, déjh en 1570, conduisait 
en ilsle. Toutes ces croix lïirent aljattues pendant la révo- 
lution ; mais une cinquième, qu'on nommait croîx de mîssioti 
en 1691 , n'existait plus depuis long-temps en 1793 , et les 
vieillards ne Tout même jamais vue.. £lle se trou^-ait près 
du p&quier du Yernois, en allant h Graye. C'est dans ce 
pftquier réclan[ié, comme on a vu, parle prieur, qu'une vieille 
croyance superstitieuse fait promener en carrosse, toutes 
les nuits, la dame verte, dont on effraie l'esprit des enfants. 
Au reste , quelques-unes de ces croix faisaient peut-être 
partie des qiiatre crmx qui désignaient anciennement l'cn- 
oeinte de chaque village, et du lieu oit on pouvait bâtir des 
maisons, comme les quatre croix des cimetières, encore 
sobsistantes dans quelques-uns , en fixaient les limites. 

% 17. Le prieur Abr. de Thesut renouvela, en 1699, ^-gg 
avec ses religieux, le concordat de 1554, qui règle les droits, 
devoirs et obligations de chacun d'eux, et dont on a parlé 
au chapitre XLil. 

D'après ce concordat et d'après un usage constant, bien 
antérieur même à 1521, les religieux de Gigny , comme on a 
é^k dit, allaient en procession h l'église de Graye , le mardi 
des rogations. Après avoir été reçus avoc la bannière par le 
desservant du lieu, ils y célébraient solennellement la messe 
et ensuite Un iijeûntùefa au presbytère ou sous le tilleul du 
ciineiière. Le curé de Loysia et Graye leur devait ce déjeftner 
fragal qui ne consistait, dit-on, qu'en un potage de millet 



260 niêTOtRB DE Gt^RT. 

*®*^ suivi de la tarte verde^ et pour lecpitl le prieur de Gigttjr 
hii livrait une prébende d'un pain de couvent et de den 
pintes de vin , par chaque moine. Or, ce pasteur s'ëtant 
refusé, en 1699, à remplir sod obligatiofi, il fat assigné ea 
justice le 19 juin; mais il traita, et se soumit le lendemain. 
Dès-lors, cotte procession a continué d'avoir lien, même dn 
temps des chanoines sécularisés, jusqu'h la dissolution de 
Jeur noble chapitre , et un Tîeillard actuel de Graye se 
rappelle encore de les yavoir vus venir etdéjetoer. Après 
le repas, le desservant était obligé de les reconduire avec le 
même cérémonial qu'à leur réception. Le curé de LojfSia 
faisait aussi une procession des rogations h Graye, nais la- 
quelle ne coïncidait pas avec celle de Gigny. Au reste, le 
desservant de 1699 ne Ait pas le premier qui chercha h se 
soustmire à Facquit du déjeAner dont il s'agit* On vok 
qu'en 1521 , un sieur Gaillard, qualifié êanodktMT de la twrt 
de Graye, s'étant mal acquitté de ce devoir, une plainte tet 
portée contre lui à l'archevêque diocésain, dans laquelle on 
disait que ses prédéeesêeurs curéi et moùàrti ovaifnl accoMmé 
de bien remplir ce deemr. Or, cet ecclésîagtique s'étant excusa 
sur ce que, nouvellement en possession. Il connaissait pea 
les usages de cette église, les mdnes de Gigny loi panhu^ 
nèrent, à condition qu'il les recevrait plus honnêteneat k 
l'avenir, et qu'à la fête de saint Taurin, il leur fournirait deux 
moutons. 

1701 S ^S* On a déjà vu que le prieur avait, en sa qualité de 

seigneur haut-justicier, la bemoBii dn fimr sur les habitants 
du bourg de Gigny, et ce droit ftk>dal était de toute an- 
cienneté, n est établi par le terrier de 1543, que le bois de 
la BwËère (^^) était destiné à chauCTer ce four banal. On Ht 

(144) Il Ml «il MiitlkiMkiit de oonntttre U Mot «t rélynelof i« d« e% m«l A*#- 
Hire^ dooi on retrouve le radical dans la BioU^^ boU du Villars i daoa le Bimlty^ 
cl la Siolfj, hameaux de Pjmorin et de Hamésia ; d«as la BMmy $ lumeaa 
«le Coltia ; dani BMthrwé^ liaaîaaii da€mtdiMid,4ieM 



CHAPITRE XLVI. 261 

aussi qu'«ii 1677 et 1693, le fermier général du prieur sous- 1701 
kNuât cette iMoalité moyennant 100 ft'ancset 120 francs par 
an, avec des réserves. Or, par acte du 4 janvier 1701 , Âbr. 
de Thesat, ea personne, pour répondre aux vœux des ha- 
bitants, leur eéda cette redevance féodale ii laquelle ils 
étaient nssiyettis par les reconnaissances précédentes , et 
leur accorda liberté entière de bitir des foui*s particuliers 
partout où bon leur sembleraiL II leur céda aussi en toute 
propriété les maisons et emplacements du four banal qui 
était constraît près du pont actuel de la Sarrazioc , avec riao a. 
tontes ses dépendances, même le bois de Biolière destiné au 
chanlfiige etcontenantquarante poses ou journaux, non com- 
pris le baù de la Ladrerie contigu au midi. Cette concession 
Art fidte moyennant : 1 .* nne somme de 200 francs une fois 
payée, h cause des réparations nouvellement faites au four ; 
%.• une redevance annuelle et perpétuelle de 60 francs, et 
on cens aussi annuel de 12 deniers que les habitants ont 
payés jusque dans les derniers temps. Cependant , ceux-ci 
ayant abusé dn bois en 1714, l'ayant dégradé et coupé k 
plain , sans y laisser de baliveaux , y ayant même mis le feu, 
le seigneur, en sa qualité de hautpjusticier , réclama une 
grosse amende. Sur cette action , ils traitèrent avec lui et se 
lonmirent k une autre rente de 100 francs par an. Mais 
le ministère public ayant poursuivi, nonobstant le traité, il 
y eut procès à la maîtrise de Poligny , lequel n'était pas 
encore jugé en 1720, et se termina probablement par une 
réduction de la dernière rente ii 21 ^* 13 '* 4"**, que les habi- 
tants de Gigny ont aussi payés constamment. 

S 19. Jusqu'à répoque où nous nous trouvons . les \^o\ 
prieurs commendataires de Gigny avaient eu l'habitude de 
louer leur mense p'rieurale à des fermiers généraux^ au 
nombre desquels on trouve, dans le dfxr«eptième siècle, 
J. Chrestin d'Anchay et H. Bacbod^ notaire. Hais, en 1704 , 
Abr. de Tbesut la loua k tous les religieux du prieuré, pour 



26â HISTOIRE DE GI6HT. 

vingt ans, ii commencer an !•*' janvier 1706. Les reveans de 
ceue jnense furent déclarés être € ceux des biens simés en 
a Bourgogne, Bresse et Franche-Coaité, et consistant en [prés, 
a terres, dîmes de Ué et de vin, corvées, cen», renlea, 
a lods , vends , droits de retenue, mainmorie , commise , 
« épaves, four et moulins banaux ou antres, jQStioe, amendes, 
a etc. » II ne se réserva que l'usage de la maison pneomie 
et de ses déi>endances « avec la nominatîen|aux bénéfices 
dépendants du prieuré et aux emplois judiciaires ou de 
police, plus le droit d'instituer les officiers dausirauxet d'adr 
mettre les nouveaux reli|^ux» 

S âO. Huit ans plus tard, le 15 novembre i71i, I.-B. de 
Qiauvirey, chambrier<lu monastère» qui avait fondé, en 
1678 , une messe quotidienne dans l'église prienrale^ oon- 
vertit cette œuvre, pie en fondation d'une mîmon éécennak. 
U assura aussi les honoraires d'un religieux étranger , h 
l'effet de venir précber et confesser à Gîgny, chaqne année, 
lors des quatre fêtes solennelles de Noël , Pftques , Pente- 
côte et Toussaint. Mais la somme de 6(MM> firancs qu'il avnit 
donnée pour. cet olùet fut entièrement perdue^ ensuite d'4m 
remboui*sement en billets de banque de: Low (^^. Cette 
fondation n'eut donc jamais d'exécution, et il n'y eut d-antie 
mission que celle que M.'' J. de Meallet de Fargues fit Adre, 
en 1776, moitié à ses dépens, et à l'occasion de faM|neHe 
Alt érigée la croix dont il a été parlé. Ce premier évéque 
de Saint-Claude s'étaut assuré que les fonds de cette mission 

<i4S) La banque de Law on Lass commença ses op^tions en mai 1 7 iS, d de* 
iriat banque royale en 1 7 it. Sea innomblrablesbineta forent rediereliéa, en 17 if« 
a tec une faveur on platSt «ne rfege aane «temple. Ge cAèbre esielevr éeeimis, 
après avoir 4 cet effet renoncé sa religion, fut nommé en 1730 contrAleor-f^ 
ncral en France. Mais dans U m^mc année, ses billeta perdirent leur crédit 
pins rapidement encore qu'ils ne Tavaient obtenu* et leur auteur apr^evoir» 
par son système* miné les uut, enrichi les autres, bouleversé toutes les fortunes 
pariicHli^es et doublé les dettes de réiot, fnt oblif é de s^enfnir. Il aWnilé 
de lui pour tout souvenir qu'un proverbe de mcpriâi 



CHAriTRS XLTI. 263 

n'eiîsiaieiit plas, dispensa le chapiire séculier de l'obligation j 7 1 2 
k laqadle il éiati tenn. Cependant, soit par souvenir dn fon- 
dateur, iBon eB 1719, soit ponrlhire nne aumône aux capu- 
cîoa de Saint-Anoiir , les nobles chanoines fbisaient venir , 
chaque année , quelques-uns de ces religieux mendiants 
pour prêcher et confesser lors des quatres grandes fêtes 
désignées. 

S SI. Au eonimencement du dix;-huitiènie siècle et déjà 
bien avant, il y avait h Gigny, comme dans beaucoup d*autres 
montagnes du Jura, ce qu'on appelait un emûte. Il est dou- 
teux que ces individus appartinssent à Tordre religieux des 
ermites proprement dits, autrement des Augustins ou des 
Jéronymites. U est phitôt à croire que c'étaient des indi- 
vidus étrangers h toute association religieuse qui se reti- 
raient dans les lieux isolés et déserts, pour y vivre en ana- 
chorètes ou plutôt en mendiants, et pour y singer saint Jérôme, 
saint Antoine, et les anciens solitaires de la Thébaïde. Néan- 
■mtna on voit, par une de nos preuves, qu'un de ceux qui ç. ut. 
oat résidé h Gigny était frère ermite mendiant et vwak rigu- 
tèrewmU , ce qui indiquerait qu'il était effectivement de 
l'ordre des ermites de saint Augustin , dont un couvent 
exMiait h Saint^Amonr, déjh avant 1650 (i^). 

D'après une vieille tradition , l'ermite de Gigny aurait 
luAilë anciennement dans le voisinage de /a Baxane , dont 
noos avons parlé , c'estrà-dire , dans une espèce de petite 
grotte située dans le bois dit Sous-&t-Aoch^, de la commune 
de Gigny, aux confins immédiats de celle de Graye. Cette 
petite grotte, ouverte au plein midi, profonde seulement de 
cinq h six mètres , surmontée et abritée au nord par un 



O^S) Cm rcligi«DX fairaient, oomme Ut a«tro« moioM, Ict Utrii Toeux de piu- 
n«lé, de «diMtetd «1 d'obititMiice. Ils portaient «ne chemUc de toile, étaient 
Tilii« d*aiie laniqae et d*un teapnlaire noira, te ceignaient d*nnc ceint are Je 
9ùt auadid* «vee •*« agrafa de eonMf at portaient dta aoidicrt ou cfaaaB«urcs 
ard|Mlr«i « bmi daa ia«<lal«a« 



26i R18T0IRI DE GIGHT. 

rocher ù pir haut de quinze mètres ao moîni, et-formiiiit 
un grand arc de cercle, c$t divisée en denx chambres l-ane 
sur l'autre , séparées par une voAle oatureHe en pierre. 
L*une^ inférieure^ est comme un rez-de-chanssëe hauldedeHX 
mètres seulement; mais on ne parvient dans la supérieure 
ou dans Tétagc qu'au moyen d'une échelle. A rentré0 de 
la chambre inférieure on voit une fosse oblongoe, qua- 
drilatère, profonde d'un mètre; qui parait avoir été ereiisée 
de main d'homme dans le rocher. Au-devant de cette petite 
grotte , règne une sorte d'esplanade ou de terrasse artifi- 
cielle, longue de quinze mètres et large de cinq, qu'on 
appelle le Jardin de VErmte, et ou croissent en effet natu- 
rellement quelques plantes potagères, notamment du cer- 
feuil de jardin en abondance. De ce manoir escarpé, ob 
l'on n'arrive que du haut de la montagne, par le défilé étroit 
dit le Pau de la Bkhe^ on jouît d'un coup d'oui enchanteur. 
La vue aime à se reposer sur la vaste prairie inférieure qve 
la rivière de Suran et le Ruisteau de la lioclie sillonnent, en 
serpenlnnt, à quatre-vingts mètres au-dessous du spoctatenr. 
Elle aime à se repaître d'un paysage embelli par GIgny et 
ses deux jolis clochers, Andelot et son vieux chùteau histo« 
rique, Morval , Avenans, Véria, Graye et Chamay. Leqmmo 
a parlé en 1801, dans un style pittoresque et romantique, 
des sentiments que notre ermite devait éprouver lorsque , 
de ce point de vue, il se livrait à la contemplation de Dien 
et à celle du néant des choses terrestres. Ce voyageur a parlé 
aussi du cerfeuil, du cresson aléoois et de la valériane qa'H 
a vus dans le jardin potager de l'anachorète. 11 va jusqu'à 
dire que ce deniier y habitait encore trente ^ quarante 
années auparavant, c'est-h-dire, un pcn après le milieu du 
di\-huilième siècle. Or, en ceb^ il a été mal informé, car 
déjà bien avant celte époque , Termite de Gigny avait une 
cellule, un oratoire el un jardin dans un lieu bien éloigné 
de la grotte en question. Cependant, un vieillard actuel de 



CHAPITRE XLTI. 265 

SSans aOBroie que son père se soutensit d'avoir encore vu 1712 
cet erniite de la grotte. Ce qai est certain aussi , c'est que , 
le laodî de Pâques, après aroir parcouru la Baume, et y avoir 
mangé lesœuft cuits durs et teints (voyez note 137), on va 
encore rendre ane ptense tisite h cette ancienne habitation 
de l'anachorète ; c>st ce qu'on appelle aller à Vermiiage. 
Cet usage, d'ailleurs, n'est pas propre a Gigny seulement, 
il est pratiqué de même par les habitants de Cuiseaux, 
Uos-le-Saunier, Conlîége et auti*es lieux, lesquels visitent 
aussi leurs ermitages le lendemain de Pùques. 

Le premier ermite dont les titres fassent mention à Gigny 
esi Claude Berrod, qui, avant 1712, « dans le dessein de se 

< faire religieux ermite, pour se donner au service de Dieu, 
I avait cultivé et mis en labour quelques cantons de tcr- 
« raiu communal, entr'autres l'un au lieu des Combes, de 
■ la contenance de vingt mesures. Mais, le 14 juillet 1712, 
« ayant renoncé ii son dessein pour des raisons qui lui 

8 étaient personnelles , il se désista de ce terrain au profit 

< des habitants de Gigny, sous condition qu'il serait vendu 
« au- plus ofli-ant enchérisseur d'entre eux, et que le quart 

9 du prix lui appartiendrait pour son travail de dérrichc- 
« ment et de mise en culture. » Cependant, malgré sa re- 
nouciation, cet individu prenait encore, dans des actes pu- 
blics de 1741, le titre d'ermite k Gigny. 

Peu d'années après sa démission, Claude Berrod eut pour 1715 
successeur frère Thaurm, natif de Gigny, en faveur duquel ^' itt. 
les habitants postulèrent et obtinrent de H. de Larrians, 
aamùuicr du prieuré, une somme en valeur de cinquante 
mesures de froment, afin de lui aider a achever la cons- 
truction de sa cellule et de son oratoire. Or, on voit, par 
l'apostille mise par l'aumûnier en marge de cette requête, 
le 23 décembre 1715, que cet officier claostral^avait bâti 
Termitage à ses frais, et que, pour ce motif, il se résenait, 
et aux aumdniers ses successeurs, le droit de nommer & 



266 HISTOIRE DB GIOMT. 

1715 l'avenir les ermites, s'engftgeant k préférer les babiUmls de 
Gîgny à tons antres, s'il les eo trouvait dignes. 

Cet ermitage était éubli sur Ul 6riitf, presque an fiOBinet 
de cette montagne pelée et rocailleuse i^^7^ h nsaiin oa un 
peu au snd-^est de la source de la Sarrasine. U snbsistaît 
encore en 1748, ainsi que remiite ; car on trouve, sur le livre 
d'arpentement rédigé k cette époque, que le jardin de frère 
Thaurm, emûie, qui existait près de l'emplacement où a été 
construit ensuite le nouvel hôpital, fut dismensuré et qull 
contenait cinq perches carrées. Les vieillards actuels n'ont 
cependant pas vu ce religieux mendiant, mais ils en ont 
entendu parler à leurs pères, et ils disent avoir appris qu'il 
portait la croix aux cérémonies de l'église du prieuré. 

S 22. A peu près k la même époque, c'est-k^dire, en 1715 
ou 1716, deux savants religieux bénédictins de la congré- 
gation de Saittt-Maur , Edm^ Martemne .et (/rs. Durand, qui 
disaient des recherches sur l'histoire ecclésiastique de 
France, se présentèrent au monastère de Gigny, pour en 
consulter et dépouiller les archives. Or, un accident survenu 
au prieur (probablement M. H. de Balay, prieur cloflrier, 
plutôt que M. deThesut, prieur commcnda taire) Ait cause 
qu'ils y reçurent un mauvais accueil et que nous nous trouvons 
privés aujourd'hui du fruit de leurs pt*écicuse9 recherches. 
Ce chef du prieuré s'étant brisé la tête par une chute et 
tenant d'être trépané, les deux savants voyageurs n'obtin- 
rent qu'une audience du chambrier, qui leur communiqua 
une légende de saint Odon, dont Hs ne purent inême prendre 
que le prologue. C'était sansdoiite la légende dont un extrait, 
publié dans l'histoire de Toumus, par P.-Fr. Ghifllet, se 

(147) SêloD une origine edtiqae oo hébrrt'qa«, Ict moifl Craie et Ct>mm niiiî- 
fiflBt li«nx dt piflrret, de vtdMn» 4m rooiiUM. Bt eo effK, cette 4t jiaolo^ mw 
Tieot très bie» è «otre montagne de la CrwM, à Gigoy, en tilbge.de U Crath 
près Teurnuti «^ hamctu de U Crmiê ou U Crau dépendant de PlombiHca Tcn 
Dijon, et k la plaine de la Cmw. en Provence, oit Jnpiter, dil-on, têcoiirvt Hcr- 
mU combattant dei géanti, en ftÎMiit pft-uttyir des pierrei tnr «m. 



CHAPITRE XLTI. 267 

tronre dans lo recueil de nos preuves. L'entrée des archives c n. 

lear fat même refasée, et ils ne purent connaître, disent-ils, 

te prieuré, qu'en Msant causer le garçon, qui les reconduisit 

et qui tint des propos fort peu honorables sur les religieux de 

GIgny. Aimons fa croire que ceuxHsi furent calomniés par ce 

garçon, qui, peut-être par intérêt, toulut augmenter encore 

le mécontentement des visiteurs qa*il reconduisait. Aimons 

aossi à excuser nos nobles moines du mauvais accueil qu'ils 

irent fa D* Martenne et fa D. Durand, par l'état grave oii se 

trouvait le chef du monastère ; sinon ils auraient été plus 

bienveillants et plus affhMes fa l'égard de deux enflints de 

saint Benoit, dont le mérite compensait au-delfa la distance 

qae l'origine pouvait établir entre les visiteurs et les visités. 

S 23. Tels sont les principaux faits qui se rattachent au 1720 
long prîeurat d'Abr. de Thesut. Mais ce prieur est encore 
connu par beaucoup d'antres actes moins importants, jns- 
(|ues er y compris l'année 1720, et il parait qu'il mourut en 
cette année ou en 1721 an plus tard. Nous indiquerons 
léonmoins quelques-uns de ces actes, afin de ne point priver 
quelques lecteurs de certains documents qui pourraient les 
iméresser. 

En 1664, nouvel aeensement du moulin de la Pérouse, 
dont on pariera plus tard. 

En 1673, sentence qui condamne les religieux deGigny et 
de Saint-Claude fa payer une portion congrue au curé de 
Savigna. 

En la même année, sommation par celui de Légna aux 
moines de Gigny, d'avoir aussi fa lui payer 90 francs pour 
partie de la sienne. 

En 1681, abergeage du cours d'eau , sous la roche de 
régKse de Louvenne, pour y construire m moulin dont il 
sera parlé dans un autre chapitre. 

En 1689, cession aux religieux d*un cens de 90 francs 
aifecté sur le moulin de UGonna, par madame Elisabeth de 



d69 H18T0IRB D8 GIIWT. 

17110 Prowosi de Pelousey, ^euve de Machîea 4e Nance, 8eigM«r 
de Liconaa. 

En 1690, traité au sqjet des immeubles acensés k Vtressîa, 
desquels on a parlé ct-devant. 

En 1C93, bail k moitié fruits, du clos de vigne de Saiiit- 
Jean-desrTreux, renouvelé en 1705 par le méoie prieur. 

En 1694, aceusement déjà mentionné au chapitre XiVi de 
la maison de Taumâne, à Coiseaux. 

En la même année, construction d'an bassin de la fontaine 
du cloître, pour le prix de 400 francs. 

En 1699, donation par Glande Grammont de deux champs 
situés à Cropeu 

En 1700, traité avec P. Lanre, curé de Cuisia (Ain), pour 
sa portion congrue. 

En 1707, renouvdiement du terrier, pour le prieuré de 
Ch&tonuay. 
c 140. Eo 1713, acte de foi et hommage bit au chambrier pour 

le fief de CUicbevière. 

En 1714, ti*aîté avec le curé de Pressia, pour sa portion 
congrue, 
c 148. En 1720, rcJuciion de la rente due k Salins, déjà rappelée 

au chapitre précédent. 



CHAPITRE XLVn. 



LOUIS DE THESUT , prieur* 



1721 S 1* f^'^ ^ Thesta, qui succéda à son frôre dans le 

prieuré de Gîgny, en fut l'un des plus illustres titulaires. Il 
avait obtenu de bonne heure toute la confiance de Philippe 
de France, duc d'Orléans cl frère de Louis XIV, ainsi que 
d'Elisabeth -Charlotte, pripoesse de Bavière, sa seconde 



CflAMTRB HLLVII. 26d 

feinmei II Ait lenr plëutpotentiaire en 1697, i698 et 1701, Il 1721 

Riswick, h Francfort et à Rome, oii il soutint les intérêts de 

celte princesse contre Télectear palatin. Le duc d'Oàlëans, 

fils de Philippe de France, puis régent du royaume, conilnuii 

celte coufiauce, en te noniniani, eu 1708, son secrétaire des 

commandements. L'abbé de Thesnt ayant môme donné sa 

démission de cette charge, en 1723, ce prince aimable la 

refusa par one lettre qui lui foit autant d'honneur qu'au 

démisMonnaire. « Le 29 octobre 1723, Monseigneur, peiit- 

c fils de France , duc d'Orléans , étant h Paris^ désirant 

c donner aa sieur abbé de Thesut, conseiller d'état ordinaire» 

« des marques de la salisfiiction qu'il avait des longs services 

c que lui et le feu sieur de Thesut, son frère , lui avaient 

c rendus, et h feu Monsieur, pendant plus de trente-hhît 

c ans, et de la continuation de son entière confiance et de sa 

f parfaite estime, persuadé de son zèle et de son attache- 

c ment Iniriolable pour sa personne et pour ses intérêts , a 

f voulu qu'il lui soit toujours attaché, et le retient pour son 

i secrétaire des commandements , nonobstant la démission 

<r qu'il venait de faire de ladite charge, o 

Avant d'être nommé prieur de Gigny, Louis de Thesut 
était dcjh abbé de Saint-Pierre-en-Vallée des ermites de 
Chartres, de Saint-Martin de Pontoîse, de Moutîer-Saint-Jean 
en Auxois, dont il l\it le dernier tîtulaii*e, et prieur de Jusiec 
près Meulan. Son frère lui avait déjh conféré, avant 1681, 
le prieuré de Donsurre, et avant 1702 celui de Marboz, tous 
deux membres de Gigny. -Il fut créé conseiller d'état le 1.^ 
août 1721 par le roi Louis XV, qui voidnt reconnaître ainsi 
ses services d'une manière signalée, et qui lui confia en 
même temps la feuille des bénéfices de son royaume. Ce fut 
aifisi en la même année qu'il obtint notre prieuré, après la 
mon de ton (kère. 

S 2. Les titres de Gigny. font peu de mention de L. de 
Thesul, amptelnotresnôBastère donnait sans douté peu de 



^0 RISTOIRS l>B GJ«IIY. 

soucis. Le premier oii il figure est un ac$e d'acensement, 

1722 en date du 15 novembre 1722, du moulin de ce bourg, acen- 
sement qui donna lieu à un procès avec le meunier censi- 
taire précédent, et qui fut résilié, deux ans après, par une 
transaction. 

1724 Le second titre est la ratification que ce prieur, en per- 

sonne à Gigny, donna, le 15 février 1724, au concordat de 
1554, ratification que les religieux avaient soio d'exiger des 
prieurs, peu après leur entrée en fonctions* Ce fut proba- 
blement la seule visite qu'il fit k Gigny. 

Bans la même année 1724, le 30 mai, il figura dans la 
transaction dont il a été parié, non pas en personne, mais 
représenté par le doyen J.-G* de Visemal, son mandature 
et probablement son vicaire-général. 

1726 Enfin, il est encore mentionné avec ses qimlitiéft de con- 

seiller d'état et de prieur de Gigny, demeurant à Paris, dans 
un nouveau bail, fait en 1726, du pré des Étangs, au Boir 
du bois du Moulin, que son frère avait déjà acensé tempo^ 
rairemeut. Au reste, il sera de nouveau parlé de lui comme 
prieur de Donsurre et de Marboe. 

1729 S 3* I^uis de Tbesut mourut à Paris en 1729, âgé de 65 

ans, et en lui finit la branche de MM. de Thesut, seigneurs 4e 
Lans, près Saint-Marcel. Il fut inhumé k Saînt-Sulpioo dans 
le tombeau de J.-Fr.-Gabricl d'Hénin-Liétard, archevêque 
'd'Embrun, son cousin germain, selon le vœu exprimé dans 
son testament, par lequel il institua pour légataire universel 
Jean-Baptiste-Paulin d'Aguessean, fils du -chancelier de 
France. 

S 4. On lit dans la description de Bourgogne, par Cour- 
tépée, que Jacques de Thesut de Givry a été abbé ou prieur 
de Gigny. Mais c'est une erreur, car la suite de nos titulaires, 
pendant trois siècles, ne permet pas de l'admettre parmi 
eux, et d'ailleurs on n'en trouve aucune autre indication. 
L'auteur a ]tf*ob;iblemeot voulu pÉrler de Jacques de Ih., 



CHAPITRE XLVIII. 271 

protoaotaire apostolique, mort en 1691, qu'il aura confoudu 
avec Abr. de Th. , 0011*6 prieur. 



CniPnRE XLTIU. 

A. L. FB. n£ LA BAUME de SUZE , prieur. 

S 1. Ce prieur était d'une noble famille du Dauphiné. La 1730 

maison de la Baume y était déjà connue au commencement 
du douzième siècle. On en suit même la' généalogie dès 
Tannée 1108, et delix de ses membres accompagnèrent saint 
Louis dans ses croisades. La terre de Suze-la-Rousse ayant 
été apportée en dot à Louis de la Baume, en 1426, ses 
descendants en ajoutèrent le nom au leur, et cette terre de 
Suze fut érigée en comté, en 1572, en faveur de François 
de la Baume, qui s*était signalé dans les guerres de religion. 
Cette noble maison a fourni des membres très honorables 
au clergé et k l'armée, notamment un archevêque, quatre 
évéques, deux généraux, un amiral des mers du levant, un 
gouverneur de Provence, deux baillis des montagnes du 
Dauphiné, etc., etc... 

Ses armoiries étaient d'or, à trois chevrons de sable , au 
chef d'azur chargé d'un lion naissant, d'argent. 

S 2. Anne'Louh'Franç(ns de la Baume de Suze, prieur de 
Gigny, fut fils de Joachim-Gaspard de la Baume, marquis de 
Bressîcu, qui, sous le nom de chevalier de Suze, se signala 
dans les armées du roi en Candie, en Afrique et ailleurs, 
et mourut en 1682. Il laissa 'encore pour autre fils Louis- 
François de la Baume^ né en 1681, colonel d'un régiment 
VU porta le nom de Suze. 

Quant à aotre prieur,. U fut d'abord nommé abbé de 
de Touly ea 1709, chanoine et comte de Lyon 



f7S HISTOIRBDS GfGMT. 

1730 avant 1718, doyen du noble chapitre de cette ville oi 
puis aumônier du roi, etc... Il succéda k Louis de 
dans le prieuré de Gîgny ; mais, au reste» on n'a k i 
aucun événement intéressant arrivé de son temps, 
trouve seulement qualifié prieur commendataîre, di 

1731, 1734, actes peu importants dé 1731, 1734, 1735, et on yt 

1735, 1737. mourut à Lyon, le 31 mai 1737. 

Ensuite de sa mort et en conformité de la déclara 
roi du 2 octobre 1731, le lieutenant au bailliage d'Or 
le procureur du roi vinrent apposer les scellés, le 
1737, dans la, maison prienrale, pour la conservât 
titres, papiers, meubles et effets qui s*x trouvaient, 
ment sur le calrinet des ardùves^ prenant jour au wm 
une fenêtre bien barronnée, et dont l'entrée était 
d'une porte en bois et d'nno porte en fer. Sur la reij 
procureur-général, et toujours en conformité de ta i 
tion précitée, la cour du parlement ordonna, le 
1737, qu'il serait procédé à un inventaire. Elle nomm 
administrer l'établissement, pendant la vacance, k 
Boudret, chanoine métropolitain de Besançon, queso 
conseiller au parlement, cautionna. 



CHAPITRE XLIX. 



JEAN BOUHIER , prieur. 



1738 Jean Boti/iier succéda, comme prieur de Gigny, 1 

la Baume de Suze. Il était issu d'une célèbre fomtU 
mentaire de Bourgogne, dont Jean Bouhier, seigi 
Pouilly, et Marcilly, conseiller au parlement, en 15 
possédait, h trois lieues de Dijon-, la terre de Lenten 
Pûques son annexe, érigée en marquisat, en 1677, e 



CttAPITkE \tïx. 273 

de Jean^ernard Bonhier , président au parlement. Ce 1738 
Marquisat fût établi d'abord sous le nom de Bemma- 
HCNf; mais par lettres-patentes, enregistrées en 1710, ce 
nom ftit changé en celui de Bouhicr. Cette maison portait 
d'ainr, an chevron d'or accompagné en cher d'un croissant 
d'argent, et en pointe d'une tête de bœuf d'or. Nonobstant 
cet attirail de noblesse, il est à croire que ce prieur, peut- 
être frère dn célèbre président Bouhier, eut beaucoup de 
peine k fhire preuve des seize quartiers exigés k Gigny. 

D'abord dianoine de Saint-Étienne de Dijon, en 1690, puis 
conseiller-clerc an parlement, doyen de la Sainte-Chapelle , 
prieur de Pontailler, Jean Bouhier fut nommé, en 1723, 
chancelier de l'Université de Dijon, et premier évéque de 
cette ville en 1731. Il ajouta h ce bagage la nomination d'abbé 
comnoidatanre de Saint-Germain d'Auxcrrc et de prieur 
de Gigny, où il prit possession le 25 août 1738. Mais il 
ne jouit pas long-temps de ce bénéfice, car il mourut en 
1744, et Alt enterré dans l'église cathédrale de Saint-Éiionne 
de Dijon. 

Ce fut dn temps de ce prieur que l'évéché de Saint-Claude 
fat érigé suffragant de l'archevêché de Lyon, le 22 janvier 
1742, par bulle du pape Benoit XIV. Dès-lors Gigny fut dis- 17)2 
trait du diocèse de Lyon. Nous n'avons trouvé aucun événe- 
ment local digne d'être signalé sous ce titulaire, car nous ne 
considérons pas tels le renouvellement du terrier de Morgcs, 
en 1741, ni la vente du MouUnrdes-Prcs, proche Charnay, en 
la même année. Nous ajontcrons seulement qu'à Texomple 
d'Abr. de Thesut, il loua aux religieux sa mense prieurale, et 
que, pendant qu'il fut titulaire, M. de I^rriansfntson vicaire- 
général, et le doyen Jacques de Malivert Ait le procureur et 
le receveur dn chapitre. 



18 



274 HlSTOItBPB GieilT. 



CHAPITRE L 

J.-J. DE LA FARE , prieur. 

ArpealeiMni <• It telgiitiirie. -^ lo«l« TOyafe. 

1744 S i • Joachim-Josephdeh Fore, prêtre, Uceneiéde la raaiaoQ 

et société de Sorbonne, dumoine et tréaoïier de la cathé* 
drale de Laon, vicaire-général de LaDgrea, abbé de Banne, 
conseiller et aumônier du roi, dernier prieur oommendatairt 
de Gigny, était d'une ùimille très ncMe, originaire d« Lan- 
guedoc, qui s'était établie )i Langres. Un membre de cette an-» 
cienne maison était déjà grand da royaume, «oos Henri I» 
dans le milieu du onzième siècle. Un autre membre, né en 
1644, mort en 1713, le marquis Gh.-Aug. de la Fare, a été 
un poète épicurien, aimable, gai, ami de Qianlieu etde J.-B* 
Rousseau. Ce dernier a dit de lui que, mor^^ont dam la 
ieniier4 d'Horace, U nom monirak la vertu parée det ailreùu de 
la vohqué. Enfin, de nos jonrs encore, un antre membre de 
la même famille, d'abord évéque de Nancy, puis archevêque 
de Sens, a été aumônier de la fille de Louis XVI. Ge Ait lui 
qui, dans la nuit du 4 août 1789, fit, au nom du clergé, le 
sacrifice des dîmes et des droits féodaux. 

Les armes de la maison de la Fare étaient d'aznr, à trois 
flambeaux d'or allumés de gueules, et posés en pals. 

S 2. L'abbé de la Fare Ait nommé prieur de Gigny, peu 
de temps après la mort de l'évêqne Bouhier, à la fin de 1744 
1743 ou au commencement de 1745. On trouve, en effet, que le 18 
mars de cette dernière année, étant en son bôlel k Paria, il 
institua déjà des officiers de justice ou de police dans la sei- 
gneurie de Giguy, mais, néanmoins, il ne prit possession du 
prieuré que le 19 avril suivant. 



cha^iths t. 275 

Après la mort de J. Bouhier, on avait nommé pour admi- 1745 
nisiniteiir da monastère, pendant la vacance, le gi^and-priour 
doftrier, M. de Larrian$, qui, par acte dn i .«^ janvier 1745, 
loua les revenus de la mense, moyennant 7,000 Tr., à sesco-re- 
ligîeux i^**'. 

Ce bail ftit stipulé pour neuf ans, pendant lesquels le doyen, 
J. de Mali vert y continua k être le procureur et receveur du 
cbapitrc jusqu'en 175d, année de sa mort, et il fût remplacé 
dans cet emploi^ pour la dernière année du bail, par J.-B. de 
Moyrîa <^^^> . Mais en 1753, le prieur ne loua plus sa mense 
aux reKgteux, comme il avait été fliit depuis un demi-siècle. 
Il renoaveb l'usage d'un fermier*général, et ce fut Nicolas 
Clénest de Ldmgres, ou plutôt P. Gréa, notaire à Gigny, qui 
devint te sieDf pendant six ans seulement. Car en 17G0, il en 
passa u bail de neuf ans, au prix de 9,000 fr., aux cha- 
noines de la aoavelle collégiale. 

S 3. Ce fut du temps du prieur de la Fare qu*on cx<^uta 1746 
VÊrpentemetU gémirai du territoire de Gigny, sujet à rimposi- 
tîoD royale. Les habitants en ayant formé la demande, le 4 
mai 1746, en obtinrent Tautorisation en 1747, et cet arpen- 1747 
tement fut effectué, en 1748, par Louis Yelley, géomètre aux 1748 
maitrîse, bailliage et présidtal de Salins. Ce travail fut très 
bien exécuté, et quoique le plan du territoire n*ait pas été 
levé, la contenue exacte de chaque fonds a été consignée, 
avec les dimensions en tous sens, sur un registre ou Uvre , 
qui a été bien souvent utile pour retrouver ou rétablir les li- 
mites des propriétés, pour constater et faire cesser des anti- 
cipatimis et pour prévenir de grands procès entre voisins. 
Les autres villages de la seigneurie imitèrent l'exemple de 

(MD Lepfîevrédt OignymipinrUltii «m iitvUire loo fr. en 144S, et S,oo« fr. C. Itl. 
Ci i7tS« Il fa^ loué 9,«oo fr. cb i7C« par l'abbé cU It Fars. 

(149) Houa «Tona IroaTé, en «atre, pour prociiraara et raeefeora da chapitra^ 
NV. M^fk: dé TaHr»t en. il;!— i7o4« Ferd.-Harh dt rtmnce, eai ifoS— i/Mi 
l^n.é4Lmi/0mmmddêLmwiptjrtm 1714— >7^i* 



S7€ nisToi&e be c^ioiit. 

Gigny. Aussi, on voit que le même géomècrc Veliey fit 
rarpentenicut de Louveniie et de Moi*ge$ en 1751, et 
C. Dui bon d'Orgelet, celui de Graye et Charnay en 1754, 
de Cropet en 1762, de Moniieiay en 1763, ec de Montrevel 
eu 1769. 

1750 S ^- 1>^ ^^f d^ >^otre prieuré aeensa, en l'année 1750, aux 
habitants du Villars, kbokde Martena , qni avait été reoomm 
propre et banal au seigneur dans le terrier de 1542, et dont 
les prieurs successifs avaient toujours eu dèMora la posses- 
sion, et avaient fait condamner ceux qui y commettaient des 
déliu. Cependant, les censitaires ayant iroulo récéper ce 
l)ois, les habitants de Cropet les assignèrenteu Jnstfce, |Mrf- 
tendant qu1l leur appartenait, comme ayant été aoensé par 
le prieur L. de Rye, pour l'usage de leurs fours. Geëx du 
Yillars appelèrent M. de la Fare en garantie, et par Jnge* 
ment rendu à Orgelet, le 5 janvier 1759, les habitants de 
Cropet furent condamnés. 

S 5. On a d^à vu que le prieur qui noos occupe avait été 

1751 aussi appelé en cause, en 1751, dans le procès de GIgny et 
1 758 ^^ Yillars (dutpUre XXX) ; qu'en 1759, il avait acensé k per- 
pétuité lo domaine de la Grange de risie fMi.) ; qu'en 17W H 
a vai t loué sa mense aux nobles chanoines (d-dev. $ 2) ; qn*eii 
1782, il avait donné son approbation h l'affranchissement dés 
habitants de Graye et de Charnay (dmp. XVI ). Il nous reste 
peu à sûouter sur les choses arrivées à Gigny de son tempe 
ou qui lui sont personnelles. 

1.* En 1747 et années suivantes, la nmie d: Orgelet à Scâm^ 
Amour par Loysia fut tracée et établie par corvées , ainsi 
qu'un embranchement traversant Gigny. II en résulta qae 
les habitants de ce dernier lieu ne furent plus obligés, pour 
se rendre h Véria et à Saint^Amour, de passer la rivière, «i 
corbe, où existait l'ancien Pmt-de-la'Pkrre , de traverser la 
prairie , de grimper l'ancien et rapide chemin du Raffourg^ 
qui existe encore sous le bois de Biollère, et ensuite de c6- 



CnAPITRB L. 977 

toyer le bois d% la Ladrerie , en usant de voies comme im- 
pratiqnables. 

3.* En 1753 M. de la Fare flgara , comme garant , dans 1753 
an procès contre M. Perrard , seigneur de Sainl-Marcellin, 
qoi prétendait an cens du moulin de Vaux, près Champagna , 
sa pr^ndice de nos religieux, mais qui se désista en 1754. t7o4 
Le meunier de cette usine avait été condamné , en 1694 , au 
bailliage de Chalon , à passer nouvelle reconnaissance fio* 
date an profit d'Abr. de Tbesnt, Tnn de nos prieurs. 

3.* En 1756« au contraire , le chef du monastère de Gigny ^ "^^^ 
ki condamné au bailliage de Bourg , en sa qualité de gros 
dédmateur, k réparer te diœur et le clocher de Saint-Nizier- 
enHBresae. 

4.* En .1759 * son fermier-|pénéraret notaire parvint, par 
iatriguet à Cure d^ndre Gigny du bureau d'Orgetet , pour 
tmngmirement des actes, tandis que , depuis rétablissement 
des eontràUt^ il avait dépendu du bureau de Saint*Amour. 
Ce ne fat qu'en 1809 que tes habitants redemandèrent celui- 
ci qu'ite ont obtenu. 

5/ Eu 1762 « il intervint, par formalité, comme nous le 
Terrons plus tard , dans le procès que les nobles chanoines 
eurent avec le curé Morel. 

S 6. Hais le plus grand événement arrivé sous le prieurat 
de M. de la Fare fut la iécularUatkm du monastère^ demandée 
en 1756 et obtenue en 1760 , après laquelle ce chef fût 
comme éclipsé par le haut-doyen du chapitre et devint 
encore plus étranger k Gigny que jusqu'alors. Cet événe- 
Qeat va être l'objet du chapitre suivant. 

S 7. Nonobstant cette sécularisation , le prieur de Gigny 
conserva pendant sa vie ses revenus, attributions, titres et 
prérogatives. U continua k instituer tes officiers de justice et 
de police de la seignenrie^ k pi^ésenter tktni cures vacantes , 

et en 1755, il passa procuratioa au doyen du noble chapitre 

pour ^administration de l'éta^diasement. 



u. 



278 HISTOIRE DB OieNY. 

1756 En rannëe 1766 , il détint abbé de BftuiM , #ii il tefina 

gënércusemeni le pri\ de la liberté de deux frères nés nain- 
mortables de Tabbaye et qui s'étaient distingués duns rarmée 
et dans l'Église, a On ne me doit rien, dit-il-, on n*est point es* 
a clave quand on a aussi bien servi le roi et la religion. 

An reste , l'abbé de la Fare qui , au commeacoment, 
restait h Paris , vint se fixer )i Langres où il réûda iiresqne 
toute sa vie. Mais sa passion pour le jea et les femmes le 
tint presque toujours plongé dans les dettes. On vois qu'il 
en contracta déjà à Gigny auprès de quelques partieniiers, 
dans l'année même de sa nomination an prieuré , et qn'en 
1772 il était débiteur de sommes considérables envers le 
noble chapitre, qui passa procuration pour saisir ses revenas 
et arrêter les deniers qui pouvaient lui être dus. Il fat vic- 
time de sa double passion, car il- nK>unit en Janvi^ imà 
Besançon, dans un état voisin de l'indigence^ et Ait inhaané 
dans le lieu de la sépulture commune. U ne dut sa subsis- 
tance dans les derniers temps qu'il un fidèle et dévoué é/h 
mestique. 



"•-T" 



CHAPITRE U. 

SÉCULARISATION du PRIEURÉ de GIGNY. 

■ 

Collégiale. — Noble ctaiplfre. — Derniers mofees réfoliert. 

S 1 . 0?( a VU précédemment ( thapkre XXXIV ) que, daas k 
quinzième et au commencement du seiaiènie siècle , Jes 
moines avaient chercbé généralement k se soustraire k h 
rigueur de la discipline et à la surveillance active et inces- 
sante d'un supérieur résident ; qu'il cet efEet, ils avaient de- 
mandé et obtenu la mise on eommende de leurs BMnastères. 
Peu de temps après, ils cherclu^rent k se procurer encore da* 



CHAPITRE LI. . 979 

notage de Ubertë. Le moyen ige avait fini au quinzième siècle 1 756 
et avec lui la foi robuste en la règle de saint Benoit. La dé- 
couverte de l'imprimerie et des Indes » la renaissance des 
lettres ei des arts et surtout la réforme religieuse préchéé 
par Luther et Calvin avaient amené ces résultats. Dès-lors , 
les moines nt tenant plus guère k leur règle que par leurs 
vœux et leur habit, s'ennuyèrent de plus en plus dans leurs 
dottres , et cherdièrent tous les moyens d'en sortir , de 
rentier dans le monde ou dans le mèdi , autrement d'obte- 
nir leur sécularisation. 

On lit que l'abbaye de Veselay Ait sécularisée en 1537 , 
celle de l'Ue-Baril^e en 1549, celle de Saint-Pierre de Mâcon 
en i&57, celle d'Anrillac en 1561, celle de Saint-Étienne de 
Oyon en 1613 , œlle de Déols en 16S3, celle de Toumus en 
1697» œlled'Ainayen 1684, etc.Beancoupd'autres encore le 
teent dans te dix-eeptième et le dix-huitième siècle. L'abbaye 
de Saint-Claude , destinée h la noblesse comme le prieuré 
de Gigny, te fut aussi en 1741, lors de l'érecUon deTévéché, 
et cette sécularisation dans le voisinage enhardit sans doute 
DOS nobles moines , ainsi que ceux de Baume , de Lurc et 
de Morbach , h solliciter la leur quelques années après. 

S â. Le vrai motif des demandes en sécularisation était 
certainement le désir de la liberté ; mais on le dissimulait 
wos d'autres raisons plus ou moins spécieuses. Ainsi , les 
moines de Vezelay alléguèrent que leur abbaye était trop 
fréquentée par les personnes pieuses qui y venaient en af- 
fluence faire leurs prières et leurs offrandes à sainte Made- 
leine, dont ils possédaient les reliques, ce qui troublait la soli- 
tude prescrite par teur règte. Ceux de Sainte-Etienne de 
rqurésentèrent qu'étant obligés de ftire les fonctions 
dans plusteura paroisses de te ville , ils étaient en 
coBlaot coBtinMl avec des gens du monde , hors de leur 
doilrav «t flwoëi ainride ne {dut vivre dans te retraite. Ceux 
d»Tènnins firent vateir qu'ensuite de deux Mcendics an- 



280 RI8T0IRB DB GIGIIY. 

cieus , et k cause du voisinage des provinces soumises k 
TEspagnc cl à ia Savoie, leur abbaye, située dans une posi* 
lion élevée , avait été reconstruite plutôt en forme de dta- 
dellc que de monastère ; qu'en temps de guerre eHe était 
siûellc au guet, aun sentinelles et aux garnisons, comme en 
temps de ps^lx, au passage do toutes sortes de gens ; qu'or- 
dinairement elle était plus peuplée de soldats que de reli- 
gieux ; que leur enclos renfermait aussi la prison et l'audi- 
toire ; que les moines n'avalent ni jardins, ni cours, ni eaux, 
ni préaux pourtour récréation ; que dès-lors ils ne pouvaient 
plus suivre leur état régulier; qu'en ccmséquenoe il était né- 
cessaire de les séculariser pour la sAreté de leur conscience 
et l'édification du prochain • Les religieux des autres mo- 
nastères avaient donné des motifs plus ou moins analogues , 
au nombre desquels les scrupules de la conscience figuraient 
toujours. Voici ceux que , dans une délibération prise ï cet 
effet et dressée par-devant notaire , laquelle donne une idée 
de l'état de décadence où était arrivé leur prieuré, ceux de 
Gigny alléguèrent , pour parvenir au même but , après en 
avoir déjà conféré avec l'évéque de Saint-Claude. 

S S. a Le 4 décembre 1756, présents MM. J.-Fr. de Fale- 
a tans , grand-prieur ; El.-AI. de Belot de Montbozon , 
a chambrier; J.-B. de Moyria , infirmier; Fr.-Gab. de 
a Jouffroy de Gonssans, ouvrier, et en l'absence volontaire 
a de IL de Balay-Marigna , sacristain , le grand-prieur ex- 
« pose : 

a Qu'il voit avec douleur que, depuis un temps immémo- 
a rial, les religieux du prieuré de Gigny , quoique engagés 
a par des vœux solennels, n'observent point la règle de 
« saint Benoit ; que la vie commune est entièrement aban- 
a donnée , tous les religieux ayant depuis si long-temps 
« vécu en leur particulier, comme des prêtres séculiers ; 
a qu'il est d'ailleurs impossible de rétablir la vie commune, 
n'y ayant ni cloître , ni dortoir , ni réfectoire , pas méoM 



CHAPITRE LI. 28i 

c des traces qu'il y en ait jamais eu ; et les religieux no 1766 

« pouvant être visités par des supérieurs majeurs , attendu 

« rindépendance de toute autre maison , et attendu leur 

c exemption, de la juridiction de l'ordinaire ; qu'ils ne por- 

ff tent pour toute marque de l'eut régulier qu'un petit 

c scapulaire sur leur soutane ; qu'ils ne récitent pas même 

ff l'office de saint Benottt et qu'il n'y a chez eux aucun ves- 

c tige de la règle établie par ce saint , teHe qu'elle est 

c en usage dans les maisons de son ordre ; que les religieux 

« ne peuvent continuer de vivre dans un état aussi incer- 

« tain qui agite et trouble leur conscience par des scru- 

c pules et des remords continuels ; que d'ailleurs , nul ne 

c peut être reçu religieux dans ledit prieuré, qui ne fasse 

ff preuve de seize quartiers , huit du côté paternel et huit 

« du côté maternel ; qu'il est impossible de trouver des su- 

« jets de cette qualité qui veuillent embrasser l'état régu- 

« lier , tellement qu'ils sont réduits aujourd'hui au nombre 

c de cinq seulement , quoiqu'il y ait douze places et huit 

« officiers claustraux ; que , depuis plus de vingt ans , on 

est obligé de recourir k des prêtres séculiers pour foire 

8 l'office et acquitter les fondations ; que cette disette de 

« siyets réduit le monastère k l'instant d'être détruit et 

d expose la noblesse à perdre cet asile qu'il est cependant 

• précieux de lui conserver ; 

« Que dans cet état, et pour prévenir de si fâcheux incon- 

• vénîcnts , il n'y avait d'autre moyen que de supplier le roi 
« de consentir à la sécularisation du prieuré de Gigny, pos- 
« sédé actuellement en commende, sur sa nomination, par 
t H. l'abbé de la Fare , et de permettre au chapitre de sol- 
« liciter en cour de Rome ladite sécularisation et l'extinction 
« et suppression desdites places et offices claustraux, ainsi 

• qac des titres des prieurés de Donsure, If arboz et Oussia, 
« étant à la collation de M. le prieur de Gigny, en sadite qua- 
« Uté, et de ceux de Clfiirvaux-les-Vaux-d'Aîn, Poittc, Saint- 



1756 « LaareQJtrla-Roche , Chalonnay et Ghambomay , étant k la 
c oollatioD da pape , ponr être les revenus réunis et former 
c la mense capUolaire d'nne collégiale que S. M. permet- 
c tra de demander )i N. S. P. le pape d'ériger dans ladlce 
c église de Gigny, sous la juridiction de l'ordinaire. 

« Il fut aussi délibéré qu'on demanderait au pape -d'ab- 
c soudre , dispenser et décharger les religieux profës dodit 
c monastère de toutes observances de la règle de saint Be- 
c noit et des vœux solennels par eux faits , excepté celui 
€ de chasteté, de sorte qu'ils ne soimit plus tenus de porter 
a l'habit régulier, ni aucune marque extérieure de régula- 
€ rite, et qu'ils soient en tout conformes aux prêtres sécn- 
c licrs, et réputés tels ; de permettre que lesdits religieux 
« sécularisés puissent, à Tinssar des autres prêtres séculiers, 
c acquérir , posséder et retenir toutes sortes de bénéfices 
c séculiers en titre et réguliers en commende , de quelque 
c nature et qualité qu'ils soient, qui leur seront canonique- 
c mont conférés, comme aussi de percevoir et exiger toutes 
c sortes de pensions annuelles , etc.. enfin, de conserver 
c pendant leur vie, après qu'ils seront sécularisés, tous les 
c bénéfices réguliers qu'ils possèdent aujourd'hui canoni- 
« quement , sans qu'ils soient tenus d'en prendre de nou- 
« velles provisions , quand même ces bénéfices dépen- 
c draient d'autres monastères ; qu'ainsi M. de FaleUns 
c continuerait de tenir en commende son prieuré de la 
€ Chassagne, au diocèse de Poiders,M. deBelot-Montbozon 
c celui de Donsure, au diocèse de Lyon , et M. de Jouflh>y 
c de Gonssans ses chapelles érigées tant h Gonssans que 
c dans l'église de la Madeleine, à Besançon. 

« Il fut encore délibéré qu'on demanderait également au 
c saint Père qu'il érige l'église régulière du monastère de 
« Gîgny en église séculière collégiale, sons le titre et invo- 
« cation de Saint-Pierre , avec chapitre , choeur , mense ca- 
« pitulaire, et avec toutes les marques, privilèges, honneurs, 



CHAPITRE Lf. S83 

c eiempUons et prérogatives qui appartiennent avx antres i756 

ff églises collégiales séculières de droit et de ooutnme; qu'il 

ff érige un doyenné qui sera la première dignité de ladite 

ff é^ise séculière collégiale, et une dignité de chantre qui 

• sera la seconde; la première à l'élection du chapitre, s'il 

ff platt an roi, la seconde toujours conférée par un membre 

« du corps ; qu'il érige douze canonicats et autant de pré- 

«bendes sans dispense apostolique; que les canonicats se* 

ff rontk perpétuité à la pleine collation de S. M., et conférés 

ff par elle k des gentilshommes seulement , lesquels prouTO- 

ff ront seize quartiers de noblesse, huit du côté paternel, huit 

■ du cAlé maternel, suivant l'usage observé de tout temps, 

ff sauf néanmoins que , si S. M. ordonnait par son brevet 

« quelque retranchement du côté maternel, elle sera suppliée 

ff d'ordonner en même temps que la preuve sera plus forte 

ff du câté paternel, etc..» p 

S 4. Les religieux de Gigny adressèrent en conséquence 1757 
leur demande au roi, qui l'accueillit favorablement et donna 
son consentement k leur sécularisation , par son brevet du 
17 mai 1767, mais en modifiant un pea leurs propositions* 
Il y consentit principalement, «pour &îre cesser des abus c. 14S. 
ff irrémédiables que le malheur des temps et le relâche- 
« ment avaient introduits; pour procurer le bien de l'Église 
f et de la religion et pour syouter de nouveaux avantages k 

< ceux dont jouissait déjk la noblesse 

« En conséquence, S. M. consentit que les grand-prieur 

• et religieux de Gigny se pourvussent en cour de Rome , 

< pour obtenir la suppression et extinction du prieuré actuel- 
c lement possédé en commende par le sieur J.-J. de la Fare, 
«et la sécularisation dudit monastère et des religieux qui 

• le composaient , ensemble l'érection de l'église régulière 
ff dudit prieuré en l'église collégiale séculière, sous l'invo- 
t cation de saint Pierre et de saint Louis^ au lieu de celle de 

< ftaint Pierre seulement, sous laquelle elle était actuelle- 



S84 BISTOIRB DB GIGNT. 

c ment ; ensemble la suppression et l'extinction des oflBces 
c clanstranx et places monacales et des titres des prieurés 

< de Dompseure, Harboz et Oussia, diocèse de Lyon,... de 

< ceux de Clairvaux-les-Yaux-d'Ain, Poitte, Chambomay , 
Saint-Lanrent-de-la-Roche et Cbatonnay;... pour les re- 
cr venns desdites places monacales former la mense capitu- 
c laire de ladite église collégiale, avec ceux dudit prieuré 
c de Gigny et desdits oflices claustraux et prieurés, lorsqu'ils 
c viendront h vaquer par les décès on démission du sieur 

< de la Fare et auti*es titulaires ; à charge que ledit chapitre 
c h ériger sera composé d'une seule dignité, sous le titre de 
doyen, et de quatorze prébendes, compris celle du doyen, 
cr lesquels doyenné et prébendes seront affectés à des gentilsr 
hommes qui feront preuve à l'avenir , avant que d'être 
a admis dans ledit chapitre, de six degrés de noblesse du 
a cùuS paternel, non compris le prétendant, et du côté ma- 
« ternel que la mère est demoiselle ; comme aussi que le 
« doyenné ne pourra être possédé que par un membre du 
o chapitre, lequel, ii cause du doyenné, aura double revenu 
a de chaiiue chanoine, et double portion daus les distribur 
a tiens, lequel doyenné et lesdites prébendes seront à per- 
ce ptUuité h la pleine collation de S. M. ; qu*il y aura dans 
« ladite é;;li^ séculière collégiale un bas-chœur composé 
de six ecclésiastiques anio\ibles, et de quatre enfants de 
a chœur h la nomination du chapitre ; que les fruits et re* 
c venus seront partagés en quatre portions, dont âeux for- 
et meront les gros fruits des prébendes etcanonicats, h| troi- 
a sième sera employée en distributions journalières au profit 
(C de ceux qui assisteront au chœur, et la quatrième serai 
a employée h la rétribution des ecclésiastiques du bas-chœur. 
« ^ l'entretien et décoration de l'église collégiale et sacristie 
(( d'icelle, comme aussi à la conservation des biens du cha- 
« pitre et à acquitter ses charges; en outre h la charge que 
« ledit sieur de Faletans, grand-prieur actuel, possédera la 



CRAPITRB LI. 285 

A sasdilc dignité de doyen , et que lesdits religieux pren« |.m- 
« droDt rang et séance au chœur de la nouvelle église col« 
« légiale et chapitre, suivant la supériorité de leurs offices, 
c etc. Signé Louis et de Voyer. 

Dix jours plus tard, le 28 mai 1757, le roi étant en son 

conseil c ordonna que la moitié des fruits et revenus de la 

c mense conventuelle de Gigny, ensemble ceux entiers du 

c prieuré de Gigny et des prieurés de Dompseure, Harboz, 

< etc., à mesure qu'ils viendraient à vaquer par les décès ou 

• démission des titulaires^ seraient perçus, régis et mis en 

c réserve par les grand-prieur et religieux de Gigny, pour 

c 4tre employés aux frais de la sécularisation, prélèvement 

c préalablement fiiit sur iceux des charges. Fait S. H. audit 

i sieur de la Fare, prieur commendataire , défense de nom* 

I mer aux places monacales , et aux grand-prieur et reli- 

« gienx de Gigny de recevoir aucuns novices h profession, à 

t compter du jour du présent arrêt, ni résigner lesdits of» 

« fices claustraux, comme aussi fuit défense d*impétrer les» 

c dits prieurés en cour de Rome, à peine de nullité des 

f provisions qui en pourraient être obtenues, etc. b 

Cet arrêt fut ensuite signifié k MM. de la Fare , prieur de 
Gigny, Bret de Chambomay, Dagay de Clairvaux, Jard de 
Saint-Laurent, Dorival de Poitte, Sailly de Marboz, et Jac- 
quier de Chatonnay* 

S 3. C'est en cour de Rome que se rencontrèrent les plus 
grands obstacles. A la vérité, le pape et les cardinaux du 
consistoire s'inquiétaient peu de laisser les moines de Gigny 
clottrés ou de leur donner la liberté. Mais Taffaire essentielle 
était d'en tirer le plus d'argent possible et de leur faire payer 
cher la satisfiiction d'être sécularisés, surtout en les voyant 
si empressés et en les connaissant si riches. Tout était vénal 
dans la Rome chrétienne d'alors, comme dans celle du temps 
de Jugnrtha, qui disait : Ommavenalia Borna. On négocia et 
on marchandai probablement long-temps, comme les moines 



M6 HI8T0I1IB DB GIGNT. 

de Toiiraufl avaieot dit aairefois, pour faire modérer la taio 
énorme que la cour de Rome imposait. Eaftn, après pM de 

1760 ^'^^^ ^"^ ^^ longueurs , et au moyen de la sollicitatîoQ du 

c. 143 ^^' ^® Frauce» ils obtinrent du pape Clément XIII une bulle 

de sécularisation, en date du Si Juillet 1760, adressée à l'oT- 

ficial de Tévéché de Saint-Gaude, cbargé de la fulminer et 

de la mettre h exécution. 

On ne sait pas positivement ce qu'il en coûta à nos reli- 
gieux pour obtenir cette bulle et subvenir à tous les antres 
Ihiis» mais on voit qu'ils empruntèrent 69,674 fhincs en dif- 
férentes fois. Leurs ressources, pour rembourser ces gros 
emprunts, n'ayant consisté d'abord et pendant loog-temps 
que dans la moitié de la mense capitulaire, ils ne purent y 
parvenir qu'après bien des années, et seulement même lors- 
que le prieuré de Poitte et d'Ilay ftit devenu vacant en 1768, 
celui de Ifaiix» en 1769, et l'office de sacristain en 1771, 
par la mort des titulaires. Ce ftit seulement aussi par suite 
et ces vacances, qu'à la demande réitérée des quatre an- 
ciens religieux, le roi put nommer les premiers nouveaux 
chanoines de la collégiale. 

c. 143. 'S ^* Parles dispositions de la bulle, le souverain pontife 
chargea l'official de Saint-Claude de déférer aux désirs ex- 
primés, non*«eulement par nos religieux et leur prieur com- 
mendataire, et par le roi de France, mais encore par les ha- 
bitants et les ecdésiastiques de la paroisse de Gigny . Il lui 
donna donc plein pouvoir de sécubriser l'antique monastère 
de Bemon dans son chef et dans ses membres ; de relever ces 
derniers cénobites de leurs vœux, à l'exception de celui de 
chasteté, et de convertir leur établissement régulier en une 
collégiale et en un chapkre nobk, royal et iéadier, sous le don* 
ble vocable de Saint-Pierre et de Saint-Louis. Trop crédule 
dans l'exposé de nos religieux désireux de la liberté, il mo- 
tiva cette haute institution h Gigny, sur ce que ce lieu était 
une ville illustrée par la résidence de plusieurs 



CBÀPITEB LU M7 

nobles, et importante par sa population et par le concoors 1760 
da peuple, oppîfb pbmum noUmm fanûUarum numéro iUuHn 
papuHque freqtunàa cdebri. 

La buUe de sécularisation confirma à pe^ près tontes les 
diq[>06itions de l'acte capitulaire de 1756 et surtout celles du 
brevet royal de 1757 ; elle y introduisit une seule exception 
et y agouta quelques détails ou modifications. 

1.* Le prieuré de Saint-Laurent fut excepté, on ne sait 
pour quel motif, de la sécularisation, et réservé, par un 
décret consistorial du 11 février 1760, à la seule collation du 



%.* L'évaluation préalable des revenus du prieuré de Gigny 
•tdes bénéfices en dépendants fût prescrite k ToflOcial; 

3.* Le patronage on droit de présentation aux cures va- 
cantes appartenant à l'ancien monastère, dans le diocèse de 
Saint-Claude, fût transféré à l'évéque, mais seulement après 
b ■K>rt ou démission du prieur commendataire. Le nouveau 
chapitre conserva seulement les droits de préséance ou d» 
curé primitif à regard des vicaires perpétuels titulaires des 
cures; 

4.* n fut prescrit au doyen de faire , avant d'entrer en 
tMictions, profession de foi catbolique entre les mains de 
i'évèque ou de Tofficial, et de l'adresser en cour de Rome; 

5/ Le cbef du nouveau chapitre et ses quatre anciens co- 
religieux conservèrent, pendant leur vie, les revenus de leurs 
places monacales , ofiices claustraux , prieuré et autres 
bénéfices, pour leur tenir lieu de prébendes canoniales ; 

6.* Il fut disposé à l'égard du nouvel établissement : que 
h nomination du doyen et des chanoines appartiendrait au 
roi (excepté le cas de leur mort en cour de Rome), et k 
ckarge par les titulaires nonunés d'obtenir, dans les six mois, 
des bulles apostoliqueSi et de payer les droits de chancellerie 
acooutBfliës; qu'on n'admettrait aux canonicats que des ec- 
•Msi a s ri qaea Hés aux ordres, on au moins d'un âge sufllsant 



1760 pour recevoir ie sous-diaconal aa bout d'an an ; que les clia- 
noines seraient astreints à résider àGigny an moins pendant 
dix mois de l'année ; qu'ils assisteraient tous les jours, dans 
l'église collégiale , aux offices divins et rempliraient tous les 
devoirs de la vie canoniale ; qu'ils auraient le costume et les 
prérogatives des chanoines de l'église cathédrale de Saint- 
Claude, à l'exception du port de la croix ; que le doyen serait 
le chef et le président du chapitre, avec stalle d'honneur, 
voix prépondérante dans les délibérations , préséance au 
chœur, aux processions, aux réunions capitulaires et en 
toutes cérémonies, double prébende et double part dans les 
distributions journalières, etc. ; que le chapitre entier serait 
soumis à la pleine juridiction et à la visite de l'évéque dio- 
césain et de ses vicaires-généraux ; quMl pourrait néanmoins 
faire des statuts ou règlements de discipline intérieure, mus 
lesquels devraient être soumis à l'approbation épiscopale; 
que, dans les six mois, un état assermenté des fondations 
pieuses serait remis h l'évéque ; que le service de l'église 
collégiale serait exclusivement confié aux ecclésiastiques du 
bas-chœur qui feraient les fonctions de diacre, de soufr4ia- 
cre, de sacristain, de choriste, etc., etc., et qu'il ne pourrait 
jamais être confié à des laïcs, môme en cas de nécessité, si ce 
n'était de l'agrément du prélat diocésain, etc. ^^^K 

S 7. La bulle de sécularisation fut revêtue de lettres pa- 
tentes, peu après son expédition en cour de Rome. Le roi 
satisfait sans doute de la formation d'un nouvel établissement, 
le seul dans son royaume, dont tous les membres fussent à 
sa nomination, et sans que son choix fût circonscrit, ni dans 
les limites du diocèse, ni dans celles de la double province de 
Bourgogne, comme cela avait eu lieu pour Tancien monas- 

<i 5«) Le bat-chœor n'ajant janMia M inaiitné à Gif ny, le acnrice d« la enl- 

Irgtale y fui fuit en grande partie par des laïcs, sans donlc da cons«nt«aiciit àè 

C 1:»!. révoque, notamment par deaz cUautres qui habitaient une maison spécii 

PIdO LL. ccbitruite pour eux. 



CHAFITRB LI. 289 

tère, accorda k dos taum chanoines la décoration on le port 1760 
d'one médaille honorifique dont il sera parlé bientôt. Cepen- 
dant, ayant la flilminationde cette bnlle, si long-temps atten- 
due, nos religieux eurent encore k remplir une dernière for- 
malilé, k ikire un accord avec l'évéque, k en obtenir un 
dernier consentement, et ce ne flit pas celui qui leur coûta 
le moins. Ils avaient été obligés de faire des sacrifices d'ar- 
gent k Rome. Mais k Saint-Claude , il fallut non-seulement 
céder des droits Incratift en même temps qu'honorifi- 
ques, mais encore s'humilier pour secouer enfin le froc 

■ 

monacal. 

Voici les principales conditions du concordat qui Ait fait 
entre eux, le 29 novembre et le 2 décembre 1760. Elles font 
apprécier en même temps les grandes concessions des rcli- 
gieiii de Gigny et la vanité du prélat de Saint-Claude. 

i 1. L'évéque se réserve, pour lui et ses successeurs, pleine i> 

i et entière Juridiction et correction sur les membres du cha- 
« pitre et du clergé inférieur ; 

i i. n se réserve aussi l'examen et la sanction des statuts 
• présents et k venir des chanoines; 

i 3. n exige la production d'un état assermenté des fon- 
« dations et revenus du monastère ; 

1 4. Les chanoines n'auront plus de juridiction curiale sur 
« les églises dépendantes de leur ancien prieuré ; 

i 5. Ils ne porteront la médaille qui leur a été accordée 
«par le roi qu'après avoir été promus au aous-diaconat, et 
f après en avoir demaadé l'agrément k l'évéque , et lui en 
t avoir (kit la politesse ; 

f 6. Us feront d'abord profession de foi entre ses mains et 
f ensuite en présence du chapitre^ avant de prendre posses- 
< sioB de leurs doyenné ou canonicats ; 

€ 7. L'évéque pourra convoquer le chapitre quand bon 
c hd semblera, et le présider; il y aura voix délibérative et 
t prépondérante ; 

19 



290 HISYOIAE DE GIGNT. 

1*^0 a 8. La collation des cures et bénéfices dn diocèse loi re^ 

« viendra et cessera d'appartenir aux chanoines ; 

a 9. Étant à Gigny, le jour du jeudi saint, il officiera; et 
« assisté par tout le chapitre, il fera le lavement des pieds 
a des pauvres et des chanoines ; 

a 10. Étant au chœur, en l'église, sans officier, le prêtre 
a en tour de messe lui présentera l'aspersoir ; le prélat le 
a prendra de sa main, s'aspergera lui-même et aspergera 
a ensuite celui qui lui aura présenté le goupillon; 

« 11. Il prendra aussi l'instrument de paix on patène de 
a la main de celui qui le lui présentera, le baisera et le loi 
« rendra; 

« 12. L'officiant saluera l'évéque avant de commencer b 
a messe, et recevra son salut ; 

« 13. L'évéque bénira l'encens, ainsi que l'eau pour leca- 
a lice ; le livre des évangiles lui sera présenté k baiser; 

« 14. Les chanoines se lèveront pour le saluer quand Q 
Q marchera dans le chœur ; 

a 15. Le doyen et les chanoines seront profondément in- 
« clinés, et le bas-chœur sera à genoux, quand le prébl 
a donnera sa bénédiction épiscopale ; 

a 16. Il pourra faire faire des exercices de mission dam 
a l'église collégiale, quand il le jugera k propos; 

a 17. Il visitera les reliques de l'église, avec suite, k soi 
a gré, quand il voudra ; 

a 18. Il déterminera l'habit de chœur pour les chi- 
a noines; 

a 19. En toutes circonstances il sera reçu au son de 
a cloches. » 

S 8. Toutes ces formalités ayant été remplies, nos cinq 
religieux présentèrent une requête à H. J.-Fr. Yillermedei 
Villars, docteur en théologie, prieur commendataire de O 
ligny, et officiai du diocèse de Saint-Claude, en iinvitant i 
venir fulminer la bulle de sécularisation et installer le BOk 



CHAPITRE LI. 291 

veaa chapitre. Ce commissaire apostolique se rendit donc h 1760 
Gigny, avec le promoteur du diocèse, dans les premiers 
jours du mois de décembre. Il y procéda encore h une en* 
quête sur la nécessité et l'opportunité de cette sécularisation, 
et le témoignage d'un grand nombre d'ecclésiastiques, de 
gentilshommes et d'habitants du voisinage établit l'utilité de 
la mesure. Il en résulta que, depuis un temps immémorial, 
il D'e\istait plus de cloitre fermé proprement dit, plus do 
maison pour les novices, plus de dortoir, de réfectoire ou 
autres lieux communs ; que l'entrée de ce prétendu cloître 
était dépourvue de porte et paraissait n'en avoir jamais eue; 
qu'un petit chemin ouvert permettait de sortir du côté du 
sad, et que quelques habitations claustrales avaient des issues 
par leurs jardins sur la campagne et même des portes sur la 
pbce publique ; que la cour de ce cloitre était fréquentée jour 
et nuit par les habitants de Gigny qui venaient chercher de 
Veau h la fontaine des religieux, lesquels le toléraient, parce 
qu'il n'y en avait point d'autre dans le bourg; qu'enfin on 
ne pouvait pas rétablir la régulante dans ce monastère. Le 
commissaire dressa ensuite de longs procès-verbaux pour 
constater l'état des lieux, de l'église, du cloitre, des maisons 
monacales et des jardins ; les revenus et les charges du 
prieuré en général, et de la mense conventuelle, des offices 
claustraux et des prieurés ruraux en particulier ; le nombre 
des cures à la nomination des religieux ; celui des fondations 

pieuses; etc.... 

Enfin, le 14 décembre il fulmina la bulle, avec grande 
cérémonie, en présence de Mgr. L.-A. de Lezay, évéque 
d'Évreux, de son parent M. deMarnézia, lieutenant-colonel» 
du marquis de Balay, du comte de Romanet, du baron de 
Cressîa, de plusieurs ecclésiastiques et d'un grand concours 
de personnes. L'official ayant exhibé la bulle apostolique aux 
rdigieux» dans leur chambre capitulaire, et ayant été invité 
.par eux h célébrer la messe, entonna le VemCreatar, fit don- 



292 niSTOIH£ D£ OICNT. 

1 760 ncr lecture par son secrétaire de cette balle ainsi que da 
^' '*♦• décret de fulininalion, releva les cinq derniers cénobites de 
leurs vœux, à Texception de celui de cbasteté, les proclama 
doyen et chanoines de la collégiale, les engagea à remplir 
avec zèle les obligations de leur noavel état, et assigna k cha- 
cun d'eux sa place, selon la prééminence de lears offices. 
Ainsi le 1 .<"' cauonicat fut assigné à M. de Faletans, doyen, 
le 2/ h M. de Mon(bo/.on, chambrier, le 3.* à H. de Balay, 
sacristain, le 4.* à H. de Hoyria, infirmier, le 5/ k M. de 
Gonssans, ouvrier (^^^). Il se réserva de statuer plus tard smr 
la sécnlarisaiion des prieurés ruraux. 

<i5i) Dct notices sur chacnn des cinq derniers membres da prieuré de Oi- 
fny intcreueiont peut-être quelques lecteurs. On trouvère bientôt ceUce qmi 
concernent HM. de Faletans et de Moyriai Yoid celles des trois autrea relîfieiizs 

I.* filéonor^Alezandre de Bêfot de Mon/hoaoHf relisieoz pendant prte de f» 
ant« reçu en la confrérie de StM^eorget tti 1 749» infirmier d*abord, puUduonbrNr 
du prieuré, et a-* chauoine de la collégiale, mourut à Gigny le 14 juin ijf i* It 
était de la maikon de Belot, orîfiuaire de Noxeroy, qui portait d*tsur à trois Io« 
aen{es d*argent, au chef d*or bastille de trois pièces. Cette maison s*était snbdi* 
Tisée en branches de Vilette, de Larrians et de Montboaon. Les armoiries d«s deux 
premih'es étaient celles de Belot^ mais la dernière portait de sable à cinq limAn 
d'argent pleines et ondées alternativement ; BL de M ontboBon était cependant 
neveu de M de Larrians. Les deux communes ainsi nommées existent dans l*tt«» 
rendissement de Vesonl , et on trouve déjà Odilon de Montboxon en 1140 9 B» 
naud de M. en ia3€, Pierre de M. en iSij. 

a.* Hugues de Baiajr'Marigiuh reUgienz dès if iSt ensuite oavrier« pnb «• 
cristain du prieuré, troisième chanoine da chapitre séculier, mort à Gignj en 
1771, était d*une ancienne famille qui possédait déjà, au xtL^ siècle, la seigneorie 
de BaiaXf bourg de Champagne en Rhételois. Un de ses membres vint i'élabUi^ 
en 1297, à Seim-Martin-la-'Patronille, près de Jbnoy (Seône-et-Loire), dont vn 
hameau porte encore le nom de Bulay. H transmit cette terre qu'il avait eae en 
partage à ses descendants qui l*ont possédée pendant plusieurs siècles» et dont 
l*un l'augmenls de celle de KainSt psr son mariage avee Catherine de Bodkefae* 
ron. Or, purmi eux on distingua surtout /mm dt B*^ Tan des plus fidèlasservl- 
tenr« de Charie»>le-Téméraire, dernier dne de Bourgogne. Ayuat été &it prisa» 
nier, il obtint sa liberté en promettent de ne plus monter à cheval et de ne pins 
porter de cuiraue ni d'armes à feu à la guerre. Cependant , pouv étru fidèle à 
aon serment et continuer en même temps ses services à son prince^ il prit «M 
tanle pour monture» s'habilb da pent de hoflU^ cl, ■mé d'une wamat^û m 



CHAPITRE LI. 293 

H. des Yiliars célébra ensuite la messe à diaci'e el sous- 17C0 
diacre, après laquelle il entonna le Te Deum h deux chœurs, 
au son de toutes les cloches. 

icndic encore redontable tm ennemis. C*ett pour cela qae Técoiton detannet 
dila maUen et Biliy est toulenn par deux athlètes ou saaTsges armés d*ane 
iBawae. H eai einai figuré, non-aenlement sur le sceau des membres de celle 
teiUch mail encore sur les deux tombes d'autre Jean de B.et, de sa femme 
C^F, de GrachmtUt mariés en 1 18 S et père et m^e de notre secristain, losqnelltf 
K voient ton|onrs dans TégUse de Marigna. Jimi de B*, chambellsn de Mar- 
guerite d*Autriche, gouverneur et grand-bailli de Dole, mort en iSa;, fut le 
fNaûer de cette noble fiuBiUe qui s*éublit en {Franche-Comté. Son Gis* baron 
dsLongwit mort en iSjo, et déjà seigneur de Marigna en i553, Kâtil prës des 
bois de Longwi, non loin de CheussÎQ, le village qu*il nomma Ba/ay'Saulxf et 
qa*onappeUe encore ainsi, do son nom et de celui de sa seconde femme. Claude 
de B^ petit-fils d*Aimé, co-seignenr de Marigna et de la Bois&ibre, caritsioe de 
Sobemmes, gouvemeur et grend-bailli du Cbarollais, fnttué à Marigns, en iS? a, 
dans un pré au bord de la Yalouse, d*un coup de fauconneau ( petite piëce 
d'irtiUerieà boulet de deux livres), que lui fit tirer Joffroy de Fsulquier, co- 
Mgnear de Marigna, d*une des tours du château. Sur la plainte de Marguerite 
Hoachet, sa Teuve, l'assassin fut banni à perpétuité avec sa famille i son château 
it n portion de la terre de Marigna furent confisqués au profit des enfanta du 
àUunL Ceat le nom du petit-fils de celui-ci qu'on lit encore sur la cloche de la 
Boiisiërerf An reste, un estimable membre de cette antique famille, qui a donné 
Umoaup de religieux an prieuré de Gigny, est toujours propriétaire du châ- 
IsM de Marigna. La maison de Balay avait la belle devise : Obesse niUU^ j>ro' 
4rM« wudtis» EUe portait de sablcy an lion grimpant d'ort cimier armé d'un bras 
tenant une épée. 

3t* Louia-François-Gabriel àtJmt/^rcj de GoMsans^ rdigieux pendant prte 
fielo ans, et suocesaivement ichantre» réfe^nrier et ouvrier du monastère» mon* 
nt è Gigny le 4 mai 1 y 91. U était de la branche de la famiUe de Jbnffioy, quia 
pris son nom de Gonet^t^ commune du département du Ooubs, dans l'arron- 
dissement de Baume. Cette famiUe, d'abord nommée J^ffroy^ était ancienne en 
Fianch^Comté, car un de ses membres contribua, en i3<6« è purger les envi- 
rsBs de Besançon des Gramdeeeompagnieê dites Tarif- Firnsii, troupes licenciées 
qu se livrèrent an brigandage durant plusieurs annéee. Un autre membre 
Éftemm J^royt était en 1I98 grandi«bambrier à Baume, oh l'on n'entrait 
qn'en promraqt «aient de qvartieri de noblesse qu'à Gigny. En la même anné^, 
^miitn^Jfêrtnmd J^re^ da Biettermmt^ éonye*. Enfin, dans le milieu du 
xv.«tSèeU^leplat célMbrudt oilUfiMiiUe» Jemm Jeghx^tAeat 141*1 nort en 
I4l3i fat pon iimltHinf pttfnr de Çhâtoaa^wir-aeUna, dt I.oai4e-Sannier et de 
T«iy« Mit «neore aUbi de Lmenl «t de 8«int-DenU de Fnnt% aabiisedcnr 



294 BISTOIRE DE GI6NT. 

Onze mois après, le roi revéïit celte bulle et le décret de 
fulmioation de lettres patentes confirmaiîves, enregistrées avec 
restriction le 11 février 1762, ao parlement de Besançon. 
Par CCS lettres le souverain consentit, sur la demande des 
nobles chanoines, de n'admettre dans leur chapitre que des 
sujets dont la mère serait demoiselle de sang et d'extraction, 
et non fille d'un anobli, modifiant ainsi la disposition du 
brevet de 1757 et de la bulle ellennéme. 



CHAPITRE LD. 

JEAN-FRANÇOIS de FALET.VNS , premier haut-doyen. 

Procès da curé'nioreL — Décoration eu médafllo des ekanoioesJI 

SécaltriMlioii «t réonioa des prieurés ruraux. — Suutts du IcbapiUe. 

lVouTeaux*ehanoines. — Foires ei marché deGignj. 

Érection da la paroisse de Loyon à M orges. 
NoUces.sur les autres TiUa„es de la seigneurie. 

S i. La petite commune de FaletaMi^^)^ au canton de 
Rochefort, près de Dole, a donné son nom à une ancienne 

da duc Philippe4^Bon à Rome, évèque d*Arns et d*AIb7, cardinal-légat de 

deux papes en France, et même général de Parmée de Louis XI, contre le comte 

d*Armagnac révolté. Le premier membre de cette maison qu'on trouTe qnaliié 

de aeigneiir de Gonsaans, fat Pmris Jtiffrejrt citoyen de Besançon^ mort 

«n 1459 s mais ce n*est qu*en 1S47 que la branche de Gonsaans se sépare de la 

ligc^ko reste, des seigneurs da nom de Gonssans sont déjà dtés en 1 141 , ia€oii 

ia77, etc.M Un parent de notre religieax, François de Joul&oj'-GonsaaBs» était 

grand-cliambrier à Baome^ en 1CI4, et ptieiDr de Bréry et afalié de Thenley* 

Plusiears''membres de ceUe même maison, qui a donné un asaes bon nombre 

de religieux à Gignj, ont été reças i Saint-Georges dans le xn * siëcle. Entn 

un métaphjpsicien denosioarSy mort récemment, M. de Jouflît>7, était professeur 

au collège do France, membre de la chambre des députés, ctc .. 

I« blason de Jouffiroy de Gonsaaus était fasoé de sable et d*or, de six pièces» 
la première de sable chargée de deux crotscttes d*argmt. 

(i5a) Ou écrit communément Fa//e/«jix, maîa fai adopté rorthograpbe de b 
signature de noUe dojeu« 



CHAPITRK LU. 1^9S 

famille Doblè. de Franche-Comté. Renaud de F,, chc\'alier, 1760 
seigneur de Faletans, de TÉtoile et de Saule, Gt hommage 
en 1269 à Laure de Commercy, veuve de Jean de Chalon. 
On trou^ ensuite Jecai de F., mari de Jeanne de Chissé en 
1310; /ocfues de F., conseiller au parlement de Franche- 
Coitfië en 1350; Etienne de F.y l'un des premiers chevaliers 
de Saint-Georges, qui fût, ainsi que son frère Httmberi de F., 
écuyer tranchant du duc Phiiippe-le-Bon, dans la première 
moitié du quinzième siècle. Cette famille a aussi donné plu- 
sieurs conseillers aux ducs de Bourgogne, et a été reçue 
presque continuellement h la confrérie de Saint-Georges. 
Aussi, le vieux rimeuT Jean le Roux compte-t-il les Faletans, 
Anbépin, Cressia, Champagne, Morel, Moustier, Nozeroy ; 

Et aultrcs de noble lignaîge . 
Qui, es assaolts et es bastaillcs, 
Dans les joutes et les tournois» 
Se montrent vaillants et courtois, 
Dont souvent emportent le prix 
Sur gendarmes d'auhres pays ; 
Et pour ce dit*oo qu'en Bourgoogne, 
Honneur et loyauté foisongne. 

La maison de Faletans portait de gueules k l'aigle éployée 
d'aigent. Elle avait pour devise : une fois Faletans, et pour 
adage : ménage de Faletans, c'est-à-dire, ordre, économie. 

S â. Notre doyen fut l'un des vingl-quatre enfants que 
ieanne-Bonaventure Froissard de Broissia donna k son mari, 
Philippe-Joseph, marquis de Faletans, capitaine de cent cui- 
rassiers pour le roi d'Espagne, seigneur de Thicfrans, Buzy 
a Fontanelles^ en faveur duquel ces terres furent érigées en 
marquisat en 1712, et qui mourut en 1726. De cette nom- 
breuse fomille quinze membres moururent en bas âge. Le fils 
abié, Jeaii-Proq>er» marquis de Faletans, continua la ligne et le 
nom. Deux flUes (tarent mariées, Tune k H.-Fr. de Romanet , 
feignear de Rosay, et l'autre à Et.-J.-M. de Hoyria, père do 



296 HISTOIRE DE GIGNT. 

1760 notre deuxième doyen. Les six autres en&mts» dont trois 
filles, furent placés dans les monastères que saint Julien de 
Baleure et les chevaliers de Saiot-<ieorges avaient justement 
qualifiés é*HôpUaux de noblesse, k Baume-les^-Dames, à Chl- 
teau-Chalon, à Besancon, li Baume-les-Hessieurs et k Gigny. 

Jean-François de Falelans, né en 1705, fit profession de 
religieux k Gigny en 1727, et y obtint, dans la même année, 
l'ofiice d'aumônier qu'il conserva jusqu'en 1790* Il fut reçu 
en 1740 dans la confrérie de Saint-Georges, et il en signa es 
1768 les nouveaux statuts. L'article 15 de ceux-ci portait 
que deux ecclésiastiques de chacun des chapitres de la 
province seraient admis dans ladite chevalerie pour y re- 
présenter, en cas de besoin, les intérêts de leurs chapitres, 
lesquels avaient toujours été soutenus et protégés par les 
chevaliers de Saint-Georges. Enfin, en 1751, après la mort de 
M. de Larrians, il devint grand-prieur cloitrier du monas- 
tère de Gigny, dont il demanda la sécularisation en 1756, 
avec ses co-religieux, laquelle il obtint en 1760, comme on 
a vu. Dès-lors il Ait nommé haut-doyen du nouveau cha- 
pitre. 

Outre le bénéfice de Gigny, M. de Faletans jouissait en- 
core, en qualité de prieur commendataire, du prieuré de b 
Chassagne au diocèse de Poitiers, et de celui de Sainte-Mari^ 
Hagdeleine de Manies^ au diocèse de Chartres. 

S 3. L'événement le plus important qui eut d'abord lieu 
k Gigny, au commencement du doyenné de H. de Faletans 
fut sans contredit le procès que le curé Horel soutint contie 
les nobles chanoines. En voici l'historique succinct. 

Claude-Harie^aspard l^hrel, prêtre fiimilier d'Orgelet, 
avait pris possession de la cure de Gigny et Véria le 25 ft- 
vrier 1755. Or, il ne tarda pas de trouver étrange que le 
sacristain du prieuré partage&t avec lui les droits curiaui* 
L'envie de secouer le joug, plutôt, encore que la cupidit^ét 
lui inspira le dessein de rendre son église paroissiale ûndi- 



CHAPITRE LU. 297 

pendante de celle du monastère , et il porta Torgneil et 1790 
la témérité jusqu'à contester aux nobles religieux la qualité 
de euréi primitifs et le droit de préséance. L'amour-propre 
et l'entêtement le soutinrent ensuite dans cette prétention 
toute nouTclle et dans une série de procès plus ou moins 
scandaleux contre ses hauts supérieurs. 

Cécile Chiffet étant décédée, le 16 juillet 1758, ce curé se 
permit, contre l'usage qui lui était bien connu, de Pinbumer 
dans le cimetière de la paroisse ou des enfants, sans l'avoir 
Élit présenter à l'église du prieuré. Les religieux surpris de 
cette audace, après avoir eu de vaines explications avec ce 
prêtre, le firent citer en trouble possessoire, le 13 août sui- 
vant, pour avoir usurpé leurs droits utiles et honoriliques. 
Le curé fut condamné à l'amende, avec défense de récidiver 
à Vavenir, et on réserva au sacristain qui avait iotcnlé l'ac- 
tioD, au nom du chapitre prieural, la faculté de poursuivre 
le recouvrement des droits de sépulture sur les héritiers de 
la défunte. 

Le curé Horel était trop obstiné pour s'en tenir là et re- 
connaître ses torts. Il appela les religieux an pétitoire devant 
le bailliage d'Orgelet et demanda : 1.*^ que la qualité de curés 
primitifs qu'ils avaient prise fût ra^ee devant commissaire 
et à leurs frais ; 2.^ qu'il leur fût fait défense d'exercer aucune 
fonction curiale dans la paroisse de Gigny ; 3.*qu'il lui fût per- 
mis de Ëdre, sans leur participation, la procession des rogar 
tioDs, celles des fondations et autres nécessaires pour le biep 
delà paroisse; 4.^ qu'il lui fût aussi permis d'inhumer dans 
l'église ou dans le cimetière de la paroisse de Gigny ceux qui 
y mourraient, et même les séculiers qui décéderaient en l'eq- 
ceinte du cloître ou du chapitre, sans avoir besoin de les 
présenter à Téglise des religieux ; 5.^ qu'il leur fût interdit de 
Uiè sonner les ofBces de la paroisse; 6.* enfln^ que, dans (es 
procèSBoms où ils sérient appelés, le curé eût droit de porter 

fétokeide tenir tepreuMerrangi owMAncaire en sa a ibmm* 



S98 HISTOIRE DE GiGnT. 

1761 £es Dobles chanoines, qai n'avaient pas recouvre tons lenrs 

titres, furent ddfèndus assez foiblement, et, le S mai 1761, 
les juges d'Orgelet, séduits par quelques subtilités du de- 
mandeur (1^3) et par quelques arrêts non applicables, lui 
adyugèrent toutes ses conclusions et condamnèrent les défen- 
deurs en tous les dépens. Le titre de curés primitif^ ne ftat 
pas déclaré positivement devoir être rayé, mais il l'était dans 
le fbit, par l'adjudication des autres conclusions. 

1763 S 4. Les religieux sécularisés appelèrent de ce jugement 

et firent intervenir en appel l'abbé de la Fare, parce que 
le curé leur avait contesté jusqu'à la qualité pour ester en 
justice, sans leur prieur commendataire. Ils signifièrent lenrs 
titres dans un mémoire imprimé, le 6 juillet 1762, àcet ec- 
clésiastique opiniâtre. Hs y établirent, conformément h ce 
qui a été dit au chapitre XVII ci-devant , que, dans le prin- 
cipe, les moines de Gigny avaient été les seuls pasteurs des 
fidèles du lieu ; qu'à la fin du douzième siècle ils avaient 
cessé de l'être et avaient été remplacés par un chapelain 
séculier ou vicaire perpétuel, nommé sur leur présentation ;. 
qu'alors aussi on avait construit l'église paroissiale ; que ce 
chapelain n'avait joui aue d'une portion des droits casnels 
qu'il partageait dès-lors avec le sacristain du prieuré ; que 
celui-ci avait continué d'inhumer les grandes personnes dans 
le cimetière du monastère, tandis que le chapelain ou vicaire 
inhumait dans un petit cimetière, près de l'église paroissiale^ 
les enfants qui n'avalent pas encore fait leur première com- 
munion, étant même obligé de les présenter auparavant 
dans l'ancienne église ; que, de tout temps, l'église parois- 
siale avait été sous la dépendance du sacristain ou du prieur; 

(i s S) Il te fondait tortoatt par exemple^ tnr ce que, dans let titrée dea IQV.* 
•t XY.* aibdei, let dettenraott de Gigny étaient défà qualifiée de étirés et nen 4» 
^icairef perpétuelt. U te fondait auati tor œ qac« dans lea anciennet rhattei^ 
keprieurs ou religions ii*a¥aient pat prit le titre de cnrét primitift| ifUrw mittm 
fmJUtttntrifur ««or, répondirent let noUd dienoinetl. 



CHAPITRE Lir. 299 

que ce sacristain a?ait loqjours été qualifié de curé prinùtif 1769 
dans les titres et jugements des seizième et dix-septième 
siècles, au lieu que le curé de Gigny n'y était qualifié que de 
vktùre perpétuel; que le curé ou Yicaire assistait avec ses pa- 
roissiens aux vêpres et aux processions des cinq fêtes de 
NoèU Pâques, Pentecâte, Saint-Pierre et Assomption de 
N.-D., ainsi qu'h celles des rogations, de la Fête-Dieu, de 
saiot Taurin et de saint Marc ; mais qu'à toutes ces procès- 
âoDsles religieux avaient le pas ou la préséance, et que 
l*an d'eux portait Tétole en signe de juridiction et de supé- 
riorité de la mère-église (eccleàœ matrici serveiwr honas) ^^54) ; 
qae ces divers usages avaient été observés jusqu'à l'attentat 
du curé Horel, ce qui constituait une possession appuyée ^ 
de titres de plus de 500 ans; qu'enfin, les appelants réunis- 
saient les trois circonstances qui établissaient la' qualité de 
carés primitifs, savoir : i.^ la présentation à la cure ou le 
patronage; 2.* la jouissance des dîmes; 3.*^ la [perception 
des oblations. 

(1S4) « Lecnré de Gigny, dinient les chftnoinef dani leur mémoire, doit n* 

< lister dans lef proceMÎons dont il « été parlé, et iea religieaz y prétidenl. La 
iplu ioleonelle est celle de la Fête-Dieu. Alors, le curé ou con ricaire dit la 
«■e^ae de paroiaae à huit henrea, fait une petite procesaion autour du dme- 
« likre dca eofanta, et vient avec Iea paroiiaient précédéa de leur croix, dans 

* TégUte du prieuré., U» attendent la fin de l'office ; eotuite la procetsion part; 
« ic chanoine, en tour de mcMe, porte le Saini-Sacrement i le curé ou aon YÎcaire 

< Puiiate comme diacre on loua-diacre ; Ton Ta par un grand circuit à réglitc 
t da h pevoiase qui aert dercpotoir, et Ton rerient en même ordre dans l*égUse 

* piiearaJe dire la messe, après bquelle chacun se retire, sans garder Tordre de 

< Uproceasion. Quant aux autres processions de PAssomption, de saint Marc et 
« des rof ationa, le curé, précédé dea paroissiens, -vient à Tégliie du prieuré; il 
« entre dans le chœur, sans étole; il attend la fin des matines après lesquelles la 

* proceasion sort ; la croix de la congrégation marche la première ; puis celle 
«éa la paroiaae, et enfin celle du chapitre portée par IHin dea bedeaux ; les 
> ttlanu de chœur, Iea chantres et le cnréanivent enfnite Iea rdUgiensb Celui 

* d'entre eux qni est de service porte le reliqnaire flt l'étoU* Tel a été, de tout 

* Impe* rasage qni s'est obtervé dins la paroiiac de Gign j« Btait-il donc réciervé 

* m lienr Horel d'y porter aUeiule! etc.«t.a 



800 HISTOIEB DE GIGNY. 

1762 L'audace da cnré Morel eut la rëcompenie qu'elle mé- 

ritait. Toici le texte de rarrét qui le condamna : 

a La cour a mis et met l'appellation et le Jugement dont 

c est appel au néant ; émendant , a maintenu et gardé , 

c maintient et garde les appelants et intervenu dans la qua- 

a lité de curés primilifs de Téglise paroissiale de Gigny, et 

a dans le droit de faire, en conformité de la déclaration de 

a 1731, le service divin en ladite église, les quatre fêtes 

c solennelles et le jour du patron ; ordonne en conséquence 

a que l'intimé ne pourra prendre à Tavenir que la qualité 

a de curé de Véria, vicaire perpétuel de tég&se parcunole de 

« Glgny ; déclare que, dans les processions de la Fête-Dieu, 

c de TAssomption de Notre-Dame, saint Marc, saint Taurin, 

a des rogations et autres processions générales ordonnées 

« par le diocésain , les appelants et intervenu auront la 

a préséance sur l'intimé et son vicaire, et le droit d'y porter 

« le Saint-Sacrement et les reliques ; ordonne qu*h cet effet 

« rintimé ou son vicaire sera tenu, moyennant prébende 

« qui lui est duc, en vertu du concordat du mois de mai 

c 1554, d'assister auxdites processions générales et de se 

« rendre en Téglisc collégiale avec le peuple assemblé, où 

a il aura le droit de porter l'étole ; lui défend d'y troubler 

c lesdits appelants et intervenu, aux peines de droit, sauf à 

a l'intimé ou k son vicaire de faire les processions parti- 

c culières de ladite paroisse^ comme il trouvera convenir» 

c en se conformant au rituel du diocèse ; maintient de plus 

c les appelants et intervenu dans le droit exclusif de feiré 

c enterrer dans le cimetière du chapitre de Gigny les pa- 

c roissiens dndit lieu, h l'exception des enfants qui n'ont 

« pas encore fait leur première communion, lesquels seront 

c enterrés, comme du passé, par l'intimé ou son vicaire, 

c dans le cimetière de ladite paroisse ; ordonne \k rintlmé 

c ou & son vicaire, après la présentation faite k l'église 

c paroissiale des corps 4es déAmts de Tige au-*dei$ii8 de 



CHAPITRE LU. 301 

c douze ans et qui auront foitlenr première communion, de ^"^^^ 

c les conduire à l'ëgltse coliégiaie, pour ensuite être inhumés 

c par le sacristain du chapitre ou son préposé , dans le 

c cimetière de ladite église collégiale ; et, en cas de per- 

c mission de la part du chapîti'e, de faire inhumer lesdits 

c corps dans l'église ou le cimetière de la paroisse; déclare 

c que l'intimé ou son \icaire sei*a tenu de les présenter au 

I préalable en Tégiise dudit chapiti^e. 

c La cour a mis lesdites parties hors de cour et de procès 
c sur la demande formée par les appelants et intervenu au 
I siyet des droits de sépulture par eux répétés , et qui 
I auraient pu être perçus par Tintimé ou son vicaii'e ; et, 
c moyennant les déclarations faites par lesdits appelants et 
c intervenu, qu'ils ne prétendent pas avoir le droit de faire 
c sonner les offices de la paix>is8e, ni d'administi'er les der^ 
c Dicrs sacrements aux pei'sonnes domiciliées dans l'enceinte 
c du chapitre de Gigny autres que celles qui composent 
c ledit chapitre, déclarent qu'il est suffisamment pourvu sur 
c toutes les uns et conclusions des' parties , du surplus 
c desquelles la cour les déboute en tant que de besoin ; 
( condamne Tintimé aux dépens de toutes parties, tant de 
t l'instance que de l'uppel, sauf un vingtième qui demeurera 
« compensé. Fait en parlement, a Besancon, le 20 août 
« 1763. D 

S 5. Le ix)i Louis XV, en sécularisant en 1742 les moines 
de Saint-Claude, leur avait accordé le port d'une médaSU 
i'cr honorifique. Il accorda la même distinction k ceux de 
Gigny, par les lettres patentes dont il revêtit la bulle de 
leur sécularisulion. C'était une croix d'or et d'émail can- 
tonnée de quatre fleurs de lis, semblable, pour la forme, aux ^' 
grandes croix de l'oràre militaire de Saint-Louis. Elle pré- 
sentait sur une foce l'image de saint Pierre, avec la légende : 
liefifKF noKfifoitf ieeuM, ce qui indiquait que rétablissement 
religieia de Gigny, dédiékaaint Pierre^ était destiné )ib 



309 HISTOIRE DB OIONT. 

1762 noblesse. Sur l'autre Hsioe se trouvait l'image de saint Lods, 
second patron du chapitre impose par le roi en 1757, avec 
l'inscription : Ludovid XV mtmtcf MDCCLX. 

Il y avait plus de quinze mois (pie nos religieux étaient 
sécularisés, et ils n'étaient pas encore décorés de leur mé* 

daille, on ne sait pour quel motif. Mais, le 31 mars 1762, 
H. de Faletans écrivit ce qui suit à l'évéque de Saint-Claude : 
a Des lettres que j'ai reçues de la cour m'ont décidé de 
c donner dimanche, à nos messieurs, la croix que le roi 
« nous a accordée ; l'on m'autorise de nouveau à le foire. » 
Le prélat, piqué de cette insubordination k un article du 
concordat humiliant du 2 décembre 1760, mais craignant la 
cour dont on lui parlait, répondit: c J'aurais cm, mon- 
« sieur, que l'affaire dont vous me parlez était susceptible 
« de plus de formalités que vous ne m'en annoncez, d'autant 
« plus que je sais qu'on en agit de même à l'égard des 
c autres chapitres en pareil cas. Mais je n'ai rien à dire,. 
« dès que vous me marquez que la cour en a pensé diffé- 
« remment. Elle peut disposer de ses gr&ces comme elle le 
a juge k propos. Cependant, vous me permettrez de vous 
« dire que le traité que j'ai passé avec votre chapitre con- 
a tient quelques formalités k cette occasion, que le seul 
a empressement d'obliger MM. vos confrères vous a sans 
a doute fait oublier, o 

Les nobles chanoines, selon les vieillards actuels, por* 
taient habituellement et en tout temps cette décoration 
suspendue k leur cou par un ruban bleu k liseré rouge, et, 
descendant jusque sur la poitrine. Ils furent même autorisé» 
C IM. k en continuer le port dans tout le royaume, par le breveC 
du roi Louis XVI, qui, en 1788, prononça la suppressioxa 
de leur chapitre (i** ^'^*K 

i i54bi»i) Les comtes on nobles chanoines de Ljon liaient anstt décotes 
dopois la milieu du xiii.» siëcla, d*uae croix d*or émaiUéo à huit poinies t^ 
minéM por qnatra oonronaes d qMtt fleort d« lis| ayant an centre Pefllic^ 



C1I6 



CHAPITEB LU. 303 

S 6. Quelques années après, il fut procédé k la iéadariMion f 76Ô 
des friemréê ruraux dépendants du monastère de Gigny, et k 
lear union à la mense capitulaire de la collégiale. L'ofllcial 
de SaintrClaude, commissaire apostolique, qui, en fulminant 
la bulle de 1760, s'était réservé, et k son oiGce, de statuer 
uliérieurement sur cet objet, ne put achever sa mission, en 
raison de la mort qui le frappa en 1765 ; mais son suc- 
cesseur s'en occupa immédiatement. Or, après les infor- 
mations et autres procédures usitées en pareil cas, il rendit 
on décret, le 3 décembre 1766, par lequel il prononça la 
sécularisation des prieurés de Poitte et Ilay, de Chambomay- 
kz-Pin, de Glairvaux et de Chatonnay. Il en supprima les 
titres et en unit les revenus à la mense de nos chanoines, à 
h charge de n'en jouir qu'ensuite de vacances par démis- 
sion, décès ou autrement. L'envoi immédiat en possession 
fat seulement proclamé k l'égard de celui de Chatonnay, 
parce que le titulaire en avait donné démis^on en 1765, 
noyennant une pension viagère. L'oiGcial déclara, en outre, 
qn'k l'archevêque de Besançon appartiendrait, aux mêmes 
époques, la collation des cures ou vicairies perpétuelles de 
Clairvaux, Saint-Maurice, Chatonnay, Poitte et Chambomay, 
en réservant seulement au chapitre de Gigny les droits hono- 
rifiques de curés primitifs et ceux lucratifs des responsions. 
Enfin, il renvoya k prononcer la sécularisation et l'union 
des prieurés de Donsurre, Marboz et Oussia, lorsque l'ins- 
truction des procédures serait achevée. 

Cette dernière opération fut terminée k la fin de 1767, ^767 
on au commencement de 1768, par M. de la Forêt, oflScial 
da diocèse de Lyon, délégué par celui de Saint-Claude, et 
l'usufruit de ces trois bénéfices fut aussi réservé aux titu- 
laires, durant leur vie prieurale. L'un d'eux, celui de Mar- 
boz, ne le conserva pas long-temps, car il mourut en 1769, 

«iBttti«B]Md*ime&t<,cle8Uod«»iatJ6ti&d« rtiitre.IU la porUèt&tév»! 



3M HISTOIBB DB GIONT. 

17$7 et DOS chanoines entrèrent immëdiaMBem em Jouissance de 
ce riche prieuré , qu'ils louèrent pour la première fois le 
S décembre de la même année. Us avaient déjà pris posses- 
sion , le 8 octobre 1768, de celui de Poitte et Uay, qui avait 
aussi vaqué par la mort du titulaire « j>eu après sa ^sécnla- 
risation. 

1768 S 7. En cette même année 1768, on renouvela les terriers 

de Loysia, Graye et Cropet. D'autres fiirent encore renou- 
velés pendant le doyenné de M. de Faletans, notamment à 
Yarcssia en 1770, à Yéria en 1773, etc.*. Mais ce renou- 
yeliement ne fat point opéré k Gigny ni dans les autres 
villages de la seigneurie. 

On a vu aussi (chap. XXX, S 11) qu'en 1768, les noMes 
chanoines avalent intenté un procès pour recouvrer le do- 
maine de la Gfon^ de Vide, que M. de La Fare avait 
aliéné k leur préjudice, de sa seule autorité. Ils eurent 
non-seulement gain de cause contre le censitaire perpétuel 
en 1771, mais encore par la suite contre les habitants de 
Gigny, qui réclamèrent aussi cette propriété comme leur 
appartenant. Ceux-ci succombèrent à Orgeiet, k Poligny 
et k Besançon; l'affaire était encore pendante, en 1791, 
au grand conseil où ils s'étaient pourvus. 

Mais le fait le plus remarquable de l'année 1768 ftat la 
rédaction des nouveaux statuts que nos religieux sécularisés 
présentèrent, le 19 juin, k l'homologation de l'évêque de 
Saint-Claude, conformément h la bulle et au concordat de 
sécularisation. Voici un extrait de quelques dispositions de 
ces statuts, qui donnent une idée du caapitre et de ses usages, 
et que l'on peut comparer avec ceux qui flirent rédigés, en 
1664, par les membres du prieuré. 
M. « Le titre I.*' traite des qualités requises pour être admis, 

f de la justification des degrés de noblesse exigés, etc.. n 
« dispose aussi que le récipiendaire doit être élu dans une 
ff assemblée capitulaire, et payer k son entrée 500 francs 



CHAPITRE Lir. 305 

fl poor droit de chape. Le doyen doit compter une pareille 1768 
fl somme en prenant possession de sa dignité. 

f Le titre II règle les assemblées capitulaires. 

f Ces assemblées se tiennent le premier et le troisième 
t hmdl de chaque mois. 

f U y a cinq chapitres généraux : les Teilles de Pâques, 
t de Pentecôte, de saint Pierre, de saint Louis et de Noël, 
c dans le premier desquels on donne lecture des statuts. 

t Les délibérations sont rédigées' par un secrétaire. Le 
c doyen préside, avec double voix en cas de partage, ou le 
c plus ancien dianoine, sans voix prépondérante. 

c On peut assembler le chapitre extraordinairement, sur 
c la demande de tout chanoine, en prévenant le doyen de 

• l'objet h mettre en délibération. Les chanoines engagés 

• dans les ordres sacrés, après avoir fini leur stage, y ont 

• voix déiibérative. 

c Dans l'assemblée de la veille de Pâques, on nomme 
( deux chanoines pour rendre les comptes, deux nouveaux 
< syndics pour Tadministration des revenus (^^), et deux 
« antres pour l'administration des aumônes. 

fl n y a dans la salle capitulaire un coffre h deux clés, 
( renfermant l'argent du chapitre et ses délibérations. La 
« porte de la chambre des archives doit se fermer aussi à 

• deux serrures. 

ff Le chapitre a un sceau à ses armes (voyez note 3i). 

(iSS) Cet syndics éltienl «ussi appelés Sichawr, MM. de Moyria, d*Ëterno<f 

^ Mcnthon et de Monlfiacon aîné ont été saccessivcroeut séchaiix pendant 

''exiitenoedu chapitre. Il y avait aussi un séchai au chapitre d*Orgelet, de même 

^oe dans Péglise de la Madeleine de Besançon déjà en IS4C, et dans celle de 

Siiot-Anatoil<> de Salins en 1420* L*archcvôque de Besançon avait éxalcmant 

«noffder de ce nom ayant l'intendance des revenu* de Tarchevéché, et cet 

rfkeélMt défà désigné, en tSa), sous le nom de sèchmUrU. Le moi fichai est 

^rolMiUem«nt abrégé de «énfc&i/, espto d*administntciirt d*économe^ ou de 

■sjordome dics Uf princes, les d ic^ les évéques, etc.*.. . 

20 



306 niSTOIRE DB GIGNT. 

1768 ^ Le titre III est relatif au service divin et aux oéré- 

« monies qu'on doit y observer. 

a Les chanoines n'assistent an chœur que revêtus de 
a rhabit canonial, dès qu'ils sont dans les ordres sacrés. 
« Celui qui n'arrive qu'après le Grhria Pairi du premier 
a psaume de matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, 
a vêpres ou compiles, est marqué absent de ces offices pu 
a le ponctuateur. Celui qui n'est pas au chœur avant le 
a Gloria m excelàs est iharquë absent de la messe. 

a On ne jouit des gros fruits du jour qu'autant que l'on 
a assiste ou k matines ou à la grand'messe au moins. 

a La messe canomale est chantée tous les jours, pourvu 
« qu'il y ait six chanoines au chœur. Le doyen a le droit de 
« la célébrer les jours de grandes fêtes ; les clianoines oélè- 
« brent à tour les autres messes canoniales. 

a n est d'usage, sans que l'on connaisse aucune fonda- 
« tion, de dire deux messes basses par jour. Elles seront 
a dites, l'une à cinq heures et demie, depuis Pâques à la 
a Toussaint, et k six heures et demie, de la Toussaint i 
a Pâques ; l'autre k l'heure la plus commode pour le public 
a Elles seront célébrées par les prêtres du basK^hœur. 

a Le ponctuateur est élu parmi 1^ gens du bas-chœur ; il 
a doit s'acquitter fidèlement de cet emploi, et son cahier, 
a vérifié avec soin parle doyen, est déposé dans une armoire 
a k deux clefs de la sacristie. 

c Le titre lY concerne la distribution des revenus de 
a l'église. Ces revenus sont partagés en quatre lots, seloa 
d qu'il est prescrit (par le brevet de 1757) et par la bulle 
a de sécularisation. 

« Les deux premiers lots forment les gros-fruits ou le 
a doyen a double part. Dans l'autre quart k distribuer, le 
a doyen a encore double part. Le dernier quart est destiné 
a au paiement des chantres et des enfants de chœur, ainsi 
« qu'k pourvoir aux dépenses de la fabrique. 



CHAPITRE LU* 307 

f Pour les dktributkms, après avoir prélevé^ sur le quart 1768 
des revenus qui y est destiné, les rétributions des messes, 
savoir : 30 sols par messe haute , 10 sols par messe 
basse et 100 sols par chaque chapitre, le reste sera divisé 
à savoir : un 6.* k l'assistance des matines , un 12/ à 
laudes, un 12.* à prime, un 12.* à tierce, un 12.* k sexte, 
un 12.* à noue, un 6.* pour la messe, un 6.* pour vêpres 
et un 12.* pour compiles. Dans toutes lesquelles distri- 
butions, le doyen, lorsqu'il est présent aux offices, a 
autant que deux chanoines. 

c La part des absents profite aux présents. On est excusé 
de l'absence pour cause de maladie ou d'occupation au 
profit du corps. 

a Chaque chanoine peut s'absenter deux mois, sans perdre 
ni gros-fruits , ni assistances , selon ce qui est pi^scrit 
par la bulle de sécularisation, par laquelle ils sont obligés 
de résider dix mois chaque année, pendant lesquels ils 
perdent, outre les assistances des offices qu'ils man- 
queront, toute la part des gros-fruits répondant au temps 
de l'absence. 

f La moitié du nombre des chanoines devront être pré- 
sents k Gigny, pendant la vacance des autres, 
c Dans le cas où un chanoine s'abscnlerail l'année en- 
tière, il perdi*ait tous ses revenus et ne pourrait même se 
dire tenir compte des deux mois d'absence autorisés. 
S'il était six mois absent, il ne pourrait profiter que d'un 
mois de bénéfices des vacances. 

f Les étudiants en humanité jouiront du tiers du re- 
venu de leurs canonicats , tant pour les gros-fruits que 
pour les distributions , et ceux qui seront en philosophie 
ou en théologie, de la moitié, k condition toutefois qu'ils 
seront habituellement résidants dans un collège de plein 
exercice agréé par le chapitre , ou dans un séminaire 
agréé par l'évêque de Saint-Claude. 



30^ HISTOIIiB DE 61GNT. 

1768 « 11 lie pourra y avoir plus de trois étudiants à la fois, 

« soit on humanité ou classes supérieures qui jouissent dei 
a avanuu^es ci-dessus. Ceux qui pourront se trouver de 
c plus feront leurs études k leurs propres fïrais, et les pin 
c anciens, à compter du jour de Tadmission de leurs preii- 
c ves , jouiront par préférence de la pension accordée au 
« étudiants. 

c Le chanoine qui ne sera pas prêtre , mais qui sera 
f dans les ordres sacrés , jouira d'un tiers des gros-fruiti 
c et des assistances en entier. S'il s'absente plus de deux 
c mois, il en sera privé comme les autres , en raison de b 
c durée de son absence. 

« Celui qui sera pounu d'un canonicat sera obligé d€ 
c faire un stage de six mois consécutifs et non interrompus, 
c si ce n'est pour cause de maladie. Il ne pourra com- 
€ mencer son stage que lorsqu'il sera dans les ordres sacrés 
« et autorisé parle chapitre. Pendant ces six mois, il sera 
« obligé d'assister à tous les oflSces , sous peine de recom- 
c mencer son stage. 

c Lo titre V dispose des maisons canoniales : 

t II y aura quatorze maisons pour les quatorze cha- 
c noinos. Le doyen a l'option sur toutes, dans le délai d'un 
c mois ; faute de quoi, le plus ancien après lui, et ainsi 
f successivement , aura le droit d'opter huit jours après 
f seulement. Et si , h la fin du temps, l'option n*étaît pas 
a faite , !e chapitre adjugera la maison au dernier pourvu 
€ qui sera chargé de la prendre et de l'entretenir , de sorte 
ff que chacun des chanoines pourra laisser une* fois sa mai- 
« son d'entrée pour en opter une autre. 

« Dans les options , le prêtre sera préféré au diacre , 
cf (îelui-ci au sous-diacre, et ce dernier ii celui qui ne sera 
a pas dans les ordres sacrés. Les réparations des maisons 
a jugées nécessaires seront exécutées aux dépens des cha« 
<r noincs qui les habitent , sous peine de la privation da 
a tiers de leurs gros-fruits. 



CHAPITaE LU. 309 

Q Les statuts pourront être modifiés par la suite, suas !e t768 
c bon vouloir et plaisir de l'évéque de Saint-Claude et 
fl suivant Terigence des temps, d 

S 8. Lorsque ces statuts furent homologués, le cbapiire 
n'était* toujours composé que des cinq derniers membres 
de Tancien prieuré, et on n'avait pas encore pourvu aux neuf 
canonicats vacants. Les dettes contractées , pour obtenir la 
sécularisation, s'y opposèrent bien des années. Mais, entin, 
après leur entier acquittement , après l'union des revenus 
des prieurés de Poitte et Ilay, de Chatonnay et de Marboz, 
et après l'incorporation de ceux de l'office de sacnstain 
devenu vacant par la mort de H. de Balay., en juin 1771 , ^^^^ 
le roi fit droit aux pétitions' réitérées des membres du cha- 
pitre. Il commença donc seulement h nommer de nouveaux 
ckanomes , et MM. de Lasccwei (**•) et d'Etemoz t**''^ furent 
admis. -Trois années plus tard, MM. de Meuthan^^^^ , de 

(iSI) Jjoni» de Lateaitt,^rèin du dioofcte d« Toulouse, qualîGé en 1777 
vicairc-féiiérel d'Agde, prît pottesuoa de son caoenioil le ai novembre 1771. 
Ge fut ie premier choix f«it hortdet limites de la province et du diod^ne. Il 
^it probebleiuent de PaDlique famille du célèbre Barlhétemy de L»n Catast et 
da généraux comte de LescateS, qui i partagé voloulairemeut Texil de Napoléon 
à Sainte-Hélène. 

(157) Alcxendre>Hermeiifrold d*S/<nios, prêtre du diocèse de Besançon, 
prieur de Saint*Renobert prèsQuingey* prit pouession a Gigny,le 9 décembre 
1771. Il était déjàcoadjateur,en lySS* du prieuré de Saint-Renobert et de celui 
et JuMa-MontieTt de Besançon, possédés par P.-F. d*Éternoz, son oncle, abbé 
eommefudslaire de Saîut-Rigaud en Maçonnais ; il était aus«ii pourvu d'un cano- 
nieat en la collégiale de Salius, dont il donna sa démission en 177 a. Il' quUla 
Ctgny en 1790 et se retira k Salins on il est mort. Élcriioz est un village de 
l*4rmndi«semeot de Besançon, <^^t la seigneurie a Appartenu des et ovani le 
Xm.* siècle à la famille de itolre chftioine, ef qui, en 17 34, fut érigé eu Comté, 
ai faveur de sou aïeul. Les ormei d*É(ernoz étaient de gnenles, à la fasce 
(Targent, accompagnées de trois arrétci de Lncei. 

(i5f) Joaeph de Jl^u/Aoïi, né en i75o, fils de Gabriel de Meuthon, comte de 
Imj et faeroB de Thoolongevn» et d'Anite-Jeanne de Damas, prêtre du diocèse 
ihfaint Clawdftx gnnd* vicaire d'Auch, et prieur eonnendataire de Chaux-Ies- 
fTtii iri fl le Fnntui prfe poitession de son eanooicat le 4 janvier 1774 et c« 
ntkaàBooff en i79aeliUealaort.Iléuitd*Qne Illustre famille originaire 



3i<) HISTOIRE PB 6ICNT. 

Mm'iyezai ('^^ et de Mont faucon aîné furent reças. Enfin, en 
1780 , M. de Moiufauœn cadet (^^, et en 1783, MM. de 
Fondras (^^^) et de Molam (^<^) entrèrent dans la noble colléi» 



de Savoie, qui se prétendait plut ancienne que l*ère chrétienne et qni • 
plusieurs membres ou deecendants à Dole. En raison de sahaote entiqoité, elle 
avait pour devise t AtOê Jesum'Christuin^ gam mderat baro JCriilAinn. Saint Scf^ 
narH de Meutkoâf archidiacre d*Aoste, né en Savoie, mort à Novarre en loot, et 
dont on célMire U f&te le iS juin, fonda dans lex.* sikle deux hoepieee sur tel 
Alpes, qni portent son nom, antrefois celai de Jfon^/owx, à cause d*nn tmn^e 
de Jopiter qu'il fit ahettre. Il y a nn village da nom de iituihom dent le Gcbs- 
voif, une petite ville dans la priadpanté'de Monaco, et on m ii se i a qui selette 
dans la Veyie an département de l'Ain. 

(iS)) Pierre âùMonipêtat^ mort à Gigny, était d*ane fimille origiDai^p da 
Quercy, d^à célëbre en ia86, lortqn*^e' s'allia à eelle de Détenu Bile lire aoB 
nom d'une petite ville, avec titre de marqiùsatt près Montaoban. La maiiM 
Des-Pres de Montpesat a fonmi des hommes distingués dana l'Ëgliae et dapi 
l'araée : nn cardinal archevêque d'Aix, un évêqne de Castres, un évèqn« di 
Clermont, quatre évèqnes de Montanfaan. nn chambellan du rot Charles TII»ui 
maréchal de France et un gouverneur-sénéchal du Poiton« 

(i€o) Marin-Melchior de Momi/mmcom (atné) , prêtre de Règles» aji dlooèai 
de BcUey, séchai ou syndic du chapitre, prit possession le 4 janvier i774« 

Pierre- Marie de Monf/aucon, son fi^re cadet, comte de Lyon» prit possessîei 
à Gigny, le ao novewbie 17S0, mort à Belley en i83,.m ( Yoyes le chi^Min 
XXXVI.) 

(161) Lconard-Atezandre de Fbudras ^ prêtre du diocèse de Mâeen, pli 
possession i le a; août 178a. Il était d'une des plut illusU-es maisons de Boni 
gogne, originaire du Forez, dont la généalogie remonte au xi.* siècle. PicR< 
de F., chevalier, était seigneur de Courœnay en 1391. Sea descendants fkimi 
ensuite seigneurs de Gibles en CharoUais et de Chiteau-Thiera, près Mal— 
en Maçonnais» dès le xiv.* siècle ^ et cette dernière terre fut érigée es ^mftl^ m 
1680, en Civeur de Roland de Fondras. La seigneurie de Vacherei,on DeaufB] 
a appartenu aussi, dès i6ai à cette famille, qui en possède encore le dMlteei 
Dans le xvi,« siècle; un de ses membres présida la noblease des états; et de m 
jours» en 18 S), M. le marquis Théod. de Fondras a publié un volnme de fabk 
spirituelles et très morales. Les armes de Fondras étaient d'asur à troia fivn 
d'argent. 

(16a) Octave-Ignace Bernard ^Âmidordt Molans^ qui prit aussi pnssMiM 
le 17 août 178a, était probablement de l'ancienne maison de Molans prèo Vesae 
dont Jean de M., damoiseau, en 1 J61, 1 S8I ; Philibert de M., seigneur de-Haai 
mont, fondateur de la confrérie de Saint-Georges en iSgo; Perrin de M.,detty> 
en 1408; ctc.H. Cette maison l'alliaien 1440» avec celle dlXrre^ en DeopUa^ 



CHAPITRE LU. 311 

giale. Ces nominations furent les seules qu'on effectua, et 1771 
les quatre restantes furent suspendues. On ne nomma ja- 
mais non plos les dix ecclésiastiques qui devaient composer c. lis. 
le baspchoNir, parce quil fUt bientôt question de supprimer 
cette collëipale et de la réunir à d'autres chapitres nobles 
de la province. 

S 9. On a déjà vu, par des titres de 1191, 1S79 et 1517, 
qn'O y avait des foires et nn mardU à Gigny. Or , c'est une 
preuve de plus que, de toute ancienneté, nos religieux ont 
été seigneurs baut-justîciers du lieu, car ceux de cette qua- 
lité avaient seuls pouvoir d'établii: des foires et de percevoir 
des droits sur les ventes qui s'y faisaient et sur les places 
occupées. Ces foires étaient d'abord au nombre de trois ; 
une quatrième ftit instituée en 1542-; et dès-lors, jusqu'en 
1804 , elles furent tenues le 6 mai, le 12 août ^^^K le 9 
octobre et le lundi de décembre avant la fête de saint Tho- 
mas, apôtre. Un décret dn 25 prairial, an XII, en créa deux 
nouvelles , et fixa ces six foires au dixième jour des mois de 
férrier, avril, juin , août, octobre et décembre. Dans le voi- 
^g^> il y 3 peu de foires de bétail plus importantes et plus 
prospères que celles de Gigny. 

Quant à l'ancien marché , il n'en a pas été de même. Il 
parait qu'il était tombé depuis long-temps et qu'il avait 
cessé d'être tenu déjà avant le dix-huitième siècle ; car M. 
de Faletans , plein de zèle pour le bien public , obtint son 
rétablissement par lettres patentes du 11 mars 1772 qui le 1772 
fixèrent au vendredi de chaque semaine. Mais , pour la 
prospérité et stabilité d'un marché, il ne suffît pas d'obtenir 

(il 3) La plupart des foires front dues à la religion, et le mot foire lui-même 
vient d«JF>rûi qui signifia fête* Le grand concourt de peuple qui Tenait en 
pèUrinaff* haaortf Im reliques des seiata, in jours da leurs fèies, donna lieu 
Amomt âm Marehandiaoi «t des denrées de lonlé espère. Voilà pourquoi il y 
nul preaqoe oooaUmmcnl des foires le lendemain des fêtes patronales. Par ce 
iMlif , celle do le eoûtà'Gignj était tenue le icmlcmain de U ISte de saint 
TauriBs Voj. ^7^* ^^«* Miracul. If C 19. 



312 niSTOIAI hU «I«HT. 

1772 des lettres patentes, des décrets ou des ordonnances; il fiiat 
encore une réunion de circonstances qui ne se reaconlreat 
pas toigours , ce qui empêche d'en établir partout ou Tob 
désirerait. Le succès dépend principalement de la position 
locale , de la surabondance des productions du pays , de la 
facilité et du bon état des voies de communication , de la 
consommation du lieu, etc.. Aussi, malgré les encoura- 
gements qu'on ne cessa de donner , ce marché n'eut jamais 
qu'une faible existence, et en 1793 il tomba entièrement 
pour ne pas se relever. 

S 10. A l'époque du rétablissement du marché, ou même 
un peu plus tôt, notre doyen rendit encore un grand servici 
à Gigny , en y introduisant la culture de la vigne qui n'j 
existait pas auparavant. Secondé par M. de Moyria, soi 
ucveu , il fit défricher , dans une situation charmante et ï 
une bonne exposition au midi , un coteau de terrain vagw 
appelé la Pendanne , qu'il planta en vigne de bon choix* I 
y établit aussi .dans le bas deux prés qu'il borda de jie» 
pliers d'Italie, inconnus jusqu'alors dans le pays, et y fit cons- 
truire des bûtiments de vigneron et d'exploitation , avec ai 
agréable petit pavillon. Enfin , ce lieu que le chapitre leni 
céda en jouissance viagère , h cause de ces travaux, devin 
dùs-lors le but des plus délicieuses promenades des cha- 
noines (^^). Cet utile exemple fut suivi par les propriétaire 
voisins qui se mirent à planter aussi de la vigne et se procn 
rèrcnt ainsi , h bon marché , un vin presque aussi bon qm 
celui qu'ils allaient auparavant acheter très cher sur les co 
teaux du Revermont. 

Postérieurement , cette propriété ne fut pas , comme le 

Plan S» (>€4) Aprë«U s^nlaHiation, ib établirent aotfi une belle promenade du 

lechanpea verger de rinfirmier, situé entre les cours, jardins et Terigera <i 
piienr à Torient, et dn chambrier à Toccident. On Tappelait Promêna.ft^ê 
Charmilles, Ella a été défrichée après 1*79), et te champ, donné pendant loo 
t emps en jauissance à ritistjtuteur primaire, tient d*ètic converti en Chmmtp i 
*^ 'res. 



CHAPITRE LU. 313 

autres biens du clergé , mise h la disposition de la nation ; 177S 
elle resta propre au dernier doyen. Mais , en 1791 , la com- 
mime de Gigny en réclama une partie , comme ayant été 
anticipée par H. de Faletans sur le terrain commnnal. En 
conséquence un arbitre fut nommé , et d'après sa sentence 
rendue en juillet 1794, la commune recouvra une partie de 
vi^e qu'elle possède toujours. 

S 11. En ce qui regarde les autres événements arrivés k 
Gigny pendant le doyenné de M. de Faletans , on a déjà vu 
que réglise paroissiale avait été interdite en 1770, recons- 
truite en 1778 et 1779^ et livrée au culte en 1780 , sous le 
double vocable de N.-D. et de saint Taurin ( Y. chapitre 
XVII, S 7. ) On a vu aussi que le pont avait été- rétabli 
en 1774, te! qu'il existé actuellement (XLVI, S ^1); 
qn'une mission solennelle a^it été faite à Gigny en 1776 , 
avec érection d'une croix (XLVI, S ^^ ) î Qw'cn 1777 , la 
Porte de Buis ( XII , S 7 ), et en 1779 le château ( XVII , 
$16 ), avaient été reconstruits»; qu'en 1778, les habitants de 
Grayë etChamay avaient été affranchis (XLVI, $13)» 
etc.. etc.. J'agouterai qu'en 1776, c'est-k-dire sous le même 1776 
doyen, on creusa le nouveau fossé sous la Roche ^ afin de ren- 
dre moins marécageuse et moins sujette aux inondations 
la prairie septentrionale de Gigny. Je dirai encore que , 
pendant qu'il y demeura , M. de Faletans apporta constam- 
ment tonte son attention à procurer aux habitants de la sei- 
gneurie, et même du voisinage, des voies Celles et nouvelles 
de communication vicinale, et que même quelques vieillards 
actuels parlent avec reconnaissance du zèle qu'il y mettait, 
et du bon emploi qu'il faisait de la corvée. 

S 12. Comment se fit-il qu'avec de si pures intentions, cet 
excellent homme ne put continuer à fiairo 1er bien et fut 
obligé de quitter l'établissement xeligieax qu'il avait comme 
reoonslniit et qu'il affectionnait ? D'après les traditions que 
l'auteur de cette histoire a pu recueillir sur les lieux mêmes, 



314 HISTOIRE DE GIGIfT. 

1776 il paratt que la condaite irrë^lière et rinsabordination de 
quelques chanoines admis depuis la sécularisation en furent 
les principales causes. Le haut-doyen , dit-on , Toulait les 
rappeler aux devoirs de la vie canoniale et k l'édification 
que les fidèles ont droit d'attendre du clergé. Mais , an 
contraire, ces jeunes ecclésiastiques, entrés peut-être sans 
vocation dans ce corps religieux, imbus peut-être aussi des 
idées qui amenèrent bientôt la grande révolution sociale de 
1789 , se permirent de manquer d'obéissance et de respect 
à leur vénérable chef. On dit même vaguement qu'il ftal 
insulté et frappé par eux en j^lein chppitre, et que dès-Ion 
il prit la résolution de sq séparer d'eux. 
1778 M. de Faletans avait déjà résigné son prieuré de Hantes 

le 19 septembre 1778 , ejn faveur de son neveu Ant.-Eniie- 
mond de Moyria de Saiut-Martip , chanoine de Saint-Claude 
et prieur commendalaire de Saint-Pierre de Bourdeille, mo- 
nastère dépendant de l'abbaye de Brantôme, au diocèse de 
Périgueux. Or , on peut présumer que dès-lors il songea 
aussi k céder son doyenné de Gigny à son autre neveu J. 
Bernard de Moyria, qui vivait depuis plus de trente ans dans 
le même établissement. Cependant cette résignation n*eat 
lieu que quelques années plus tard , et H. de Faletans était 
encore doyen lorsque l'église deMorges Ait érigée. 

S 13. L'antique église de Loyon dont il a été parlé ( noie 
50), et qui était sous le vocable de la décollation de saint Jeuh 
Baptiste , avait pqur paroissiens les habitants de M orges, di 
petit Lancette , d'une partie du hameau de Saint-Julien dit 
La Rivière, et probablement, aussi de Montrevel ( Y. chap. 
XXIX ). Cette paroisse déjà distincte de celle dç Louvenne 
en 1300 , dont étaient curés N... Gtâchard en 1588 » ei 
Claude Bertrand de Giguy en 1611-1621 , fut réunie €■ 
1670 à celle de Louvenne, dont les curés prirent dès-Ion 
les titres de recteurs de l'église de LouVenne et Loyon, 



CHAPITRE LU. 315 

son annexe , et de lieutenants du curd ' de Gigny ^^^K 1779 

Mais en 1779, les habitants de Morges, prenant la qualité 
de paroissiens de Loyon , présentèrent à Tévéque de Saint- 

(if 5) La paroîtte de Lomfênmê déjà distincte» comme ou vient de dire* de oeUe 
dcLejon en i3oo, se oompotait» aTantlaiéaDion» des habitants de LouTenne» 
b Pérouse et Montrc%el dans Jes derniers temps. L*éf lisc^ sons le vocable de 
l'asiomption de le Yierge, parait asscs andenne» k rezception de ses deux petits 
eolUidraux, d^nne oonslroaion plus moderne. On y voit une chapelle de saint 
Jcui-Bapiiste établie peut-être seulement depuis ruoion de réalise de Loyon 
duot ce saint précurseur était patron. Un jeune homme de Louveune a xep- 
psrté, en it40, do royaume de Kaples» quelques reliques |Ulhenliqnées de 
ninte Philomëne, vierge et martyre» qui sont déposées dans Péglise» avec une 
bdle statue 8orée de cette bienheureuse. Il avait*accompagné en Italie une 
p«nonne notable de Lyon qui avait recouvré la santé par rinteroession de cette 
i«nte BMrtyre. 
Les curés de Louvenne dont on a rencontré les noms, sont les suif ants t 
N.... Pauikitrftn i58S. 
Kore RqsmI de Yérb, iS^I-iSaa. 
Antoine Cr0«/i>r de Saint-Julien. ifaa-i€3C. 
Rer re-Antoine7 Co|ran^ de Colîgny, i6S7-i67i« 
Joseph IfojirÀi/» iS; 1-1 7 as» mort en 1739. 
CL-ànU G^nulei de Saint-Hymethiëre» i7a3-i7€S. 
CL-Jos p€rrmt de La vans près Saint-Claude» 1769-1793. 
La oomnanne de Louvenne appelée LouênuB en i3eo» Lmejrttê dans des titres 
ds 1SI9 et 1434» Louêfenna dans d*autres actes de i37S» 1488» i54S» 1598» etc .» 
<Uit p!ka^étre» oomme il a été dit» Tancien Loyon de notre charte du doosiërae 
tiède. Mais U n*est pas probable qu*eUe ait été» ainsi qu*a pensé J.-B. Béchet» le 
laywMMCTBM du diplôme de l*archevèqne de Lyon qui reoenss^ en 1084» les 
églises de Tabbaye de SaintrOyen^ car Louvenne a toujours dépendu de la sd- 
gncurie et du monastère de Gigny. 

An midi de Téglise de ce lieu, dans les champs dits aux iVonioux» on voit les 
mines d*nn grand nombre ie maisons qui paraissent avoir été incendiées. Dans 
aa bois v^ éloigné de toute habitation, nommé Tuieu ou JBois banmlt existe un 
poits fait de main <^homme, prafond de plus de deux mëtres» dit le PuUi'Salè^ 
qooiqne l*ean en soit fort douce. On remarque dans le voisinage les raines d*an 
long mur sec» an milieu du bois» sans aucun autre vestige d*o|Lvrage humain. Le 
■enlinde Gmmat» dépend de la commune de Louvenne. Il Ait reconnu an profit 
éa noKS retigieuxt àÊOiê le terrier de 1S44» par Pierr^Mcnl» écoyeiv seigneur 
do TirechâteL Ceax-là le cédèrent en acenaement perpétoel» en if S5» BMiyen* 
BSBtleeoia d« huit pereils de blé» moitié froment et avoine» aobcanto livres de 
clunira cgûf hait engi ognes de monnaie de Bourgogne et Ui motttiire du prieur 



316 HISTOIRE »E GIGICY. 

1779 Claude une requête pour exercer leur culte religieux dau 
leur propre village. Cette requête fut appointée, le 7 sep 

et des religieux. Quatre enn^ iilptraTent, en i6tit Abr. de Theiiit un 
« ecenté le court et décours d*eau du ruisseau de Louvenna, pour y conitrvr 
« un moulin et battoir, tout la roche et le bois de Péglise, moyennant le eei 
c annuel de huit mesures de froment et douze d*aYoine. » Ce uonlim d 
sous Gérard^ recounn au terrier de 169S comme nouTelIement coustruil, f 
démoli à la fin du diz-huitikme siècle. 

La Pérous€ était autrefois une petite commune distincte qai • M réaafa 
celle de Louf enne, il jr a moins de vingt ans. Son nom dérire aana doute ( 
grand nombre de vturyc/f ou tas de pierres qu*on y rencontre , et non de J^ 
ybit comme a pensé J.-B. Béchet, d*aprèt Dncange, à cause d*une route romaii 
qn*on présume y aToir passé. Ce lieu était |>robablement eoqnu antreSrfi 
oomme il a été dit & U noie 4 g et an chapitre Xin » fous le nom de Mojrsim, d*i 
une famille féodale du moyen Ige aurait peul-Atre prit le sien. Une localité de 
Pérouse était encore ainsi nommée dans le dix-hnitiëme siècle. Car , par 1 
traité fait en i74it 1^' habitants oouTinrent aTec nos religieux* qn^ deus tM 
la contrée de Moissia, la dtme det menus grains serait perçue à U Tingtila 
gerbe. Le curé de Louvenne dlmait avec nos religieux, jusque dan« les dernier 
années, en une localité du territoire de Cigny appelée aussi en Moysia» Uê t 

lage de la Pérouse, déii connu sous ce nom en 1435,1437, 14^3, i45t, 1496, cfi 

C 190 

(années oii il y avait déjà des habitants appelés Moura et notamment un notai 

apostolique) était de la seigneurie de Gigny aussi bien que Louvenne« aan 

quelques cens qui y furent rachetés par not rdigieux, en i435, du comte < 

Montrevel. Le moulin établi sur le ruisseau de NotwêlUtan^ ou LotweiuMtmm^ q 

se trouvait en mines , fut abergé «n 149S é J. Goy, notaire à Giguy, à la oon^ 

tion de le rétablir et moyennant encore la redevance annuelle d*un pareil de li 

de terrage » par moitié fronyent et avoine » à le mesure du grenier de Gigq 

D*autrea abergeages Airent passés en 155a, iSao, iSaS et i€4o, ao piix anu 

de Sa francs comtois et avec la même redevince en grains de huit metnrea i 

froment et de douze rez d*avoine. Enfin cette usine fut acenséeperpétudienci 

en 1SC4 ^ reconnue au terrier de 1695, sous lesi,mèmes charges. 

La commune de Louvenne ,y compris la Pérouse • se compose de 433 bah 
tants, possédant une superficie de 765 hectares de terrait^ imposable. 

Pour compléter les notices sur tous les villages de la seigneurie de Gign 
on ajoutera ici celle de Monnêtmjr, 

Ka arrivant à.Monnetay, comme ï Chitel-Chevreau, et en visitant l'antiqi 
église de Saint-Hippolyte^ martyr du troisième siècle, on reporte naturellemel 
sa pensée au coite qu*on exerçait sur les hauts-litux. e La religion cbrétienn 
« dit M. de Chéteaubriand, est fille des hautes montagne*; elle a planté ses crc 
e ■urleiirt lommets, afin de rapprocher l^homme du ciel, a Ce qui est certai 



CHAPITRE LU. 317 

tembre de la même année, par le prélat. Celui-ci permit à 1779 
Joseph-Marie Lorges, vicaire de Gigtiy, de bénir, en qualité 

t'Ait que la religion tenfe • pu détermiaer les hommes A fixer leurs babititiont 
aasommot d*ane haate Boatagne» d*un abord prc»qu*iDacGcssibIe , baUne de 
IMU lef Tenu» oà la brièveté det nuits permet k peine de doi mir en élét et d*oii 
h me plonge à la fois dans la vallée de Suran à soir et dans celle de la Valouse 
inalio. C*eat tans doute pour vivre dans les priva' ions , qu*on s*e«t ainsi isolé 
du reste da monde, eu un lieu ob l*on manque , pour ainsi dire, de deux clé- 
■eoia, do l*eao et du bois qui alimente le feu. 

AomI , le not Matmtlmjr signifie monastère, et la tradition locale prétend que 
l'bhboje de Gigny y était anciennement établie.Cependant, notre charte de 1 191 C. 61. 

eBBatatedéjèqneMbfi^jffy' était un village dépendant de Gigny oùTabbaye avait 
étéfondée, trois siMes auparavant. Mais, d*ai(lcurs, lout indique sa haute an- 
timite. On y lit, snr une pierre de porte, l*insnîption suivante, avec une date 
diiio7 CB chifTres arabes: bttuiou loe i dm êoti b*m 1007. On voit aussi, 
ans d«a champs oontigns an village et nommés les CutiUs ( signifiant peut-être 
■tisons euiuA, plusieurs longs tas de p!erres,mélés de débris de tuiles antiques 
st présentant évidemment Paction du feu. Tout pi-ës, on a découvert, il y a en- 
▼iran 4 S ans, plusieurs ossements humains et surtout un tombeau construit 
MiUdement en maçonnerie , fermé par une dalle cl renfermant deux squelettes, 
avec un sabre à poignée en enivre rongé par la rouille. Au milieu du village , 
Boe croix en pierre porte la date de i584, avec un écusson pentagonal au milieu 
doqoel est sculptée une étoile, ainsi que les cinq lettres CC FM. Q. Enfin, à un 
kilomètre au N.-O. de Monnetay , avant d*arrivcr en Fovelletan, on recon* 
Dsit, dans un champ dit le Motard^ de< ruines d*une hnbitation considérable, 
tdies que des pienes bn^lées, des fragments de tuiles dites romaines, tiës 
épaisses et à crochet snr toute leur largeur, etc.. Ou dit vaguement que c'était 
b maison du garde de Pélang inférieur, mais celte habitation parait avoir été 
trop importante pour nne pareille destination. Elle remonte probablement k 
une époque plus ancienne et peut-être il celle oh une route romaine longeait , 
dit-on» cette étroite et profonde vallée* 

L'église de Monnetay est sous le vocable de saint Hippe1yte,martyr,qn*on y 
fête le 1 3 août et qu*il ne faut pas confondre avec saint Hippoly te, abbé de Saint- 
CUnde et évéque deBelley,* mort en 780 et fêté le ao octobre. Un tablean y re- 
présente ce patron traîné et martyrisé par quatre chevaux. La cloche actuelle 
porte la date de 17 aa et a eu pour parrain M. de Larrians , aumônier de Gigny, 
st pour mairaine Iffarie-Gabi ielle de Saint-Manria, comtesse do l*Anbepin. An 
raito, cette église a élé reoonstmite en 17S0 enviroiiy «I on n'y tronva avcnn 
■wmeni •nliqvcb 

La pamtiscb eonpoiée de tont tempe dtt trois eommnnet de Monnetay, Ma» 
rigna et RaocniMf ■ été timiférét «n 1703 à MarigntiprobtbloMnt pour la 



318 HISTOIRE DB GIGIfT. 

1779 de curé de Loyon, une chapelle et un cimetière» ce qui fta 
fait le 17 octobre suivant. 

Le curé de Louvcnne et Loyon s'opposa à ce démembrf 
ment de sa paroisse, et il en résulta un procès contre Tabb 
Lorges qui le gagna. La tradition locale prétend que ce ft 
ensuite de l'influence protectrice des nobles chanoines d 
Gigny, auxquels le curé de Louvenne aurait eu l'imprudenc 

plat grande oommodilé de la malorité des paroittieni. On y reooiutmicil et < 
changée en église paroâtsiale la chapeUe de i*ancien ehâleau de Joffirej de fli 
quier* fondée en 1607 et dédiée à saint SébatUen. Le ae fanvier on Hic àMKii 
oe martyr dont Téglise locale possède qndqaes reliques et le tableau, êm 
Claude y a aussi une chapelle et y est Tobjet d*une déTolion parlicoUève» Oi 
déjà dit ( iVef. iSi ) que deux tombes armoriées de la maison de Balay j 9k 
talent* En même temps que l*église, le presbytère fut conitmit sur TempUi 
ment de Tancien château, dont une tour subsiste tou)ours. Quant au ▼illati 
Naocuise qui a donné son nom à une ancienne famille féodale» U y existe ■ 
chapelle dédiée k saint Laurent, qu*on y*fète le 10 août et dont on f oit aomi 
tableau dans Pégliie de Blarigna* Ainsit chacun des trois villages de eette peroi 
a son patron spécial* 

Je n*ai trouvé que deux curés de Monnetay, avant la tnnsUtien k Marif 
Cinquante ans a'^rès celle^ , et ensuite d*un procès occasionné probaUeHM 
par rinexaclilude du curé» celui-ci fut obligé de nommer un t^icmin em ekâfl 
résidence de Monnetay. Voici la liste des uns et des autres : 

Jean Rouehêtt de Savigna» 1 656 •— i6to« 

Joseph <i« Moncêlf 16I0 — lyol* 

Hugues Jf#/of» d*Arinthed» i7o3 «- 1736 (A Marigna). 

Philibert Ctfun^ûùr, 1736 — 1 754* 

Gabriel jffon, du Vemois, 1754 — 1781. 

H... Ftoêchêrêt, 1781 — I79I* 

Pîerre-Fnnçoii Saiotnon^ i753 ^ 1779. yicaire en chef, 
€1.-Fr«n^is Situgkr^ 1 7 7 9 — » 7*9« '<*• 

J^Baptiste 2?oi<rci>r» deHancniae, 1789— 179a. Id* 

J. Përrim, itoi ^ i8eS« Chapelain k MonneUy. 

N... CUrCf 1 806 — 1 807. Id« 

H.» pMrrmud^ 1807 «- >'>>• ^^ 

La commune de Blounetay n*a que i5o habitants et 141 hedaret de tcm 
imposable. On y trouve une espèce de pierre calcaire grenue et très frial 
composée de 90 parties de chaux et 10 de silice, qu*on emploie 9 aptes IVrol 
craaée» cowM bwt d*CMiUait moiticry en plaM dt iakU* 



CHAPITRIS LU. 319 

de dire qu'il y avait eu des curés avant qu'il y eût des 1779 
moÎDes. 

Quoiqu'il en soit, par un décret du 22 octobre 1781, Jos. 1781 
de Meallet de Fai^ues, évéquc de Saint-Claude a pour la 
f plus grande gloire de Dieu, et le plus grand avantage des 
c habitants de la paroisse de Loyon, désigna et fixa le vil- 
c lage de Moines pour le lieu ou devait être construite la 
f nouvelle église paroissiale de Loyon. d £n conséquence, 
les paroissiens construisirent une maison presbytérale qu'on 
Toit encore aiyourd'hui, ou ils transportèrent la cloche de 
l'ancienne ^lise de Loyon, avec le buste de saibt Jean-Bap- 
tiste. C'est dans cette maison que l'abbé Lorges, sous le titre 
de curé de Loyon, fit le service divin et célébra les cérémo- 
nies religieuses jusqu'à la fin de 1792. A la réorganisation 
du culte en 1801, la paroisse de Loyon fut supprimée de 
nouveau, et le village de Morges fut réuni à la paroisse de 
Louvenne, celui de Lancette à celle de Lains, et le hameau 
de La Rivière à celle de Saint-Julien. Néanmoins, les habi- 
tants de Morges continuent à fêter, au 29 août, leur ancien 
patron, tandis que ceux de Louvenne^ La Pérouse et Mont- 
revcl font la fêle de l'Assomption. 

La commune de Morges, déjà mentionnée dans des char- 
tes de 853, 892, 901 et 1191, comme dépendante du diocèse 
de Lyon et du comté de Scoding (^^), a été réunie, depuis 
près de vingt ans, à celle de Montrevel. Cette commune 
anique est peuplée aujourd'hui de 315 habitants, et contient 
625 hectares de terrain imposable^ oii il existe de la mine de 
fer qu'on a exploitée autrefois. Quoique ce village pa- 
raisse avoir été de tout temps, comme il Tétait à la fin, de 
la seigneurie de Gigny, on trouve néanmoins des indices 

(i66) £n 853, l*einp«reiir Lothûre l'Miitne Bforgei à l*églite de Lyon f^ *^ 
aiitmtu SoÊiimfis vUUtmqum dieitur Morgaêm 
Ba •9s, Loolfli cmpertiir tt fi de Bourgogne et de Prorencef donne à U 
4gliae de Ljon* nriUmm Umr$ta in comikUm i cm im u n i k 



320 HISTOIRE DE GIGIfT. 

1781 qa'îl dépendait anciennement de celle de Vallefln qal, k h 
vérité, appartenait primitivement à notre monastère. Des 
reconnaissances féodales de 1423, 1440, 1565 et 1572, sem- 
blent établir qu'il dépendit ensuite, en toute justice, de la 
seigneurie de Gevria, Ugna, la Boissière et Mongefond, dé- 
membrée de celle de Yallefin, puis réunie k celle de Gham« 
béria. ( Voy. aussi chap. XXX^ S ^^O 

S 14. M. de Faletans quitta Gigny, à la fin d'aoAt 1781, 
pour n'y p1u$ revenir, et alla demeurer à Besançon. Il con- 
tinua d'y prendre la qualité de doyen de Gigny, et d'y rec& 

1784 ^^^^ '^^ émoluments de sa dignité, jusqu'en 1784, année ci 
son neveu résignataire lui succéda. Dès-lors, il conserva k 
titre de doyen honoraire, avec les revenus de l'office d'ao 
mônier. Il mourut à Besançon, à la fip de 1791, ou certai- 
ueraent avant le mois de mars 1792. La loi du 23 févriei 
1791, et le tableau qui lui est annexé, prouvent qn'h cette 
époque a il avait sur les économats une pension de 4,000 fr. 
a sur laquelle on lui accorda, comme plus que septuagé 
« naire, un secours de 2,520 fr., pour lui tenir lieu de doyen 
a né et canonicat du chapitre de Gigny, dont il avait obtent 
a la sécularisalion. d 



CHAPITRE un. 

JE^VN BERNARD de MOYRIA. deuxième haut-doven. 

Suppression da noble chapitre. 

S 1. La famille du deuxième doyen de Gigny ne le cédai 
1784 nî ^^ ancienneté, ni en noblesse, à celle du premier. 

On croit que Moyria était le nom d*un ancien châteai 
bûlî dans la plaine dlsernore en Bugey, mais détruit depui 
plusieurs siècles, et que ce nom a été donné ensuite au chS 
teau de Cerdon. Ce qui est certain, c'est que deux frère 



CHAPITRE LUI. 321 

Girard et Yauchier de Moyria figurent dans une charte de 1794 
l'an 1110 ; c*est que, depuis 1220, jusqu'h nos jours^ on 
possède une généalogie suivie de cette noble famille; c'est 
que, depuis le treizième siècle, un de ses membres, Hugues 
de M. a réuni la seigneurie de Mmlla h celle de Moyria, 
par son mariage avec lolande de Mailla. 

Cette maison a produit des hommes recommandables dans 
diverses carrières. Perceval de itf. fut bailli du Bugey et du 
Valromey, dès le commencement du quinzième siècle, et ses 
deux fils furent du nombre des 200 gentilshommes qui juré* 
rent^ en 1455, pour le duc de Savoie, le traité d'alliance 
qu'il avait fait avec Charles VII, roi de France. Jean-Pierre 
de M., lieutenant-colonel, puis maréchal de bataille, se dis- 
tingua en 1638 au siège de Poligny. J.-il-M. de Moyria, oncle 
de notre doyen, plus connu sous le nom de Père de Mailla, a 
été un des célèbres missionnaires jésuites qui^ au péril de 
lear vie, ont porté les lumières et la morale du christianisme 
en Chine, oii il a demeuré près de 40 ans. Né h Mailla, mort 
à Pékin en 1748, il a travaillé long-temps a la carte de ce 
vaste pays, par les ordres de l'empereur, et il a concouru, 
avec les autres Jésuites, a nous donner les meilleures con- 
naissances qu'on possède encore sur le céleste empire. Le 
Recueil des Lettres ntrieuses et édifiantes en contient p\us,iCA\rs 
tr(*s intéressantes de ce missionnaire , qui a aussi laissé une 
Iliiloire de la Chine, ou plutôt des Annaks de cet empire tra- 
duites des livres chinois et publiées, en 1777, par l'abbé 
Grosier. Enfin, de notre temps, deux autres membres de celte 
famille se sont distingués, l'un, dont on regrette la perte 
eucore récente, dans la poésie , et l'autre dans l'étude des 
inscriptions du département de l'Ain. 

Cette maison avait pour devise : Invia virtnti nulla est via. 
Elle portait : d'or, à la bande d'azur , accompagnée de six 
billettesen orle; le cimier était une licorne d'argent, et les 
snpports, deux griffons d'or. 

21 



322 BISTOIHB DB GIGNT. 

178i S 2* LebautKloyen de Gigny naquit à Mailla en 1731. I 

eut pour père EUennc-Joseph-Marie, comte de Moyria, 80* 
gneur de Mailla, capitaine de dragons, frère du jésuite mis 
sionnaire^ et pour mère Thérèse-Prospère de Faletans, sonu 
de notre premier doyen« 

De ce mariage , célébré en 1722 , naquirent doua 
enfants , cinq fils et sept filles. Ces dernières furent toute 
placées dans les hôpitaux de noblesse, à Baume-les-Dames 
à Saint-Amour, a Chûlcau-Chalon, et à Saint-Pierre de Lyon 
Des cinq fils, Tuu mourut ti*ès jeune, et Taîné seul, Joseph 
Marie de Moyria , resta dans le monde. Il devint comte d 
Mailla, lieulcnant-colonel du régiment provincial d'Auton 
puis du régiment de la vieille marine, fut reçu h Saint 
Georges en 177S, et mourut a Gigny en 1785, sans laisser d 
poslcrilé. En lui finit la lige primitive de Moyria-Mailla. Bi 
cfTet , ses trois autres frères étaient tous entrés dans l'éU 
ecclésiastique, savoir : François^Abel, prieur de Moirans 
aumônier du roi de Sardaignc , reçu aussi à Saint-^George 
on 1773; ICnnemond , d*abord religieux et chantre à Giga; 
en 1740, piiiselianoinc à Saint-Claude et reçu à Saint-George 
en 178G; enfin, Jean Bernard, notre haut-doyen. 

S 3. Ce dernier entra au prieuré, à Tàge précis oiiil étai 
permis défaire des vœux, ou peu après, car on voit que,l 
1'»^ avril 1750, il prit déjà possession de roffice de chantre 
on remplacement de son frère £nnemond, devenu probable 
ment h cette époque chanoine à Saint-Claude. Un an plo 
taid, il fut noinmr à rolDce de réfecturier dont il prit possef 
MOU, le 9 sipicnibro 1751, et un mois après, à celui d'il 
fn inier qn il eo:iM'rva jusqu'à la fin. On voit aussi qu'aprj 
la mort de J. de Malivert en 1753 , il le remplaça comm 
procureur cl i ( eevcur du monastère. £n 1760, il fut proclam 
(pialriciiie chanoine du chapitre sécularisé, dont il devii 
séchai-syndic pendant près de vingt ans. En 1781, il euti 
dans la confréiie de Saint-Georges. Enfin, M. de Faletam 



CHAPITRE LUI. S23 

son oncle, qui lui avait déjà résigné, en 1760, son prieuré de 178i 
la Chassagne, pour lequel H. deMoyria passa, en 1768, une 
procuration aûn de îaîre foi et hommage à Tabbaye de Bour- 
gueil en Anjou , lui résigna encore le doyenné de Gigny. 11 
fat nommé h cette dignité par brevet du 23 décembre 1783 
et par bulle du 20 mars 1784, fulminée par l'official de 
Saint-Claude, et il en prit possession le 12 mai suivant. 

Cette nomination n'obtint pas l'assentiment des nobles 
chanoines, qui en furent probablement jaloux et virent sans 
doute avec peine l'esprit de népotisme avec lequel M. de 
Faletans conservait et perpétuait ses bénéfices dans sa fa- 
mille. Aussi , l'acte de prise de possession porte que M. de 
Hoyria leur avait présenté les pièces de sa nomination, le 
jour même en sortant de matines, pour les faire enregistrer 
sur le livre des délibérations, et leur avait manifesté son désir 
de prendre possession dans la journée, en les priant de vou- 
loir y assister. Mais tous s'y refusèrent, à l'exception de 
MM. d'Éternoz etdeMeuthon qui l'installèrent, en présence 
de messire Uenri d'Escairac, chanoine, archidiacre et vicaire- 
général de Saint-Claude , de M. Emnianuel-Marie-Joseph 
é'Etjland , écuycr , seigneur de Cessia, Varennes et autres 
lieux, chevalier de saint Louis et lieutenant-colonel de 
dragons, et de plusieurs autres pei*sonnes de considération. 

% 4. C'est pendant le doyenné de M. de Moyria que le 
noble chapitre de Gigny fut supprimé, avec union de ses re- 
venus aux abbayes de Lons-le-Saunier et de Migetie. C'est 
même le seul , mais grave événement dont il reste a nous 
occuper. On va en faire l'histoire détaillée, soit pour ne rien 
omettre de ce qui concerne Gigny, soit pour donner une idée 
des formalités suivies en pareil cas. 

Selon une tradition vague , l'auteur de cette suppression 
aurait été M. de Faletans lui-même , qui l'aurait donné h 
entendre en 1781, lorsqu'il quitta Gigny, le cœur ulcéré par 
les procédés de quelques chanoines. Mais, cette croyance 



324 HISTOIRE DE GIGNT. 

17A4 n'est probablement pas fondée, soit parce qu'il n'eût pas 
résigné, en faveur de son neveu, la première dignité d'an 
établissement qu'il aurait voulu renverser, soit parce que, 

1785 en janvier 1785, il écrivait ce qui suit au père de Fauteur de 
celle histoire, pour lequel il n'avait rien de caché ni de dis- 
simulé : a On voulait donner une forte secousse pour le cha- 
a pilre de Gigny. J'en ai été averti, et j'ai au moins pro- 
a longé le coup. Le temps est un grand maître; je ci*ains 
<i cependant qu'à la fin ils ne se détruisent eux-mêmes. » 
On pouri'ait, à la vérité, interpréter ce dernier membre 
de phrase, en disant que les nobles chanoines, compromettant 
leur dignité par une conduite irrégulière, amèneraient la né- 
cessité de détruire le chapitre. On pourrait croire que l'abbé 
Circaud, promoteur apostolique pour cette suppression, y 
faisait allusion, lorsqu'il écrivait le 19 mai 1788 : a Je ne 
c( parle pas des suites ordinaires qu'entraîne avec lui ce dé- 
<i sœuvrement forcé. J'aime h croire que MM. de Gigny ont 
« constamment employé ii l'élude les loisii^ que leur lais- 
« saient les devoirs de la vie canoniale. J'aime à croire que 
a leurs successeurs joindraient constamment, au\ exercices 
ce de la prière publique, l'esprit de retraite, la pratique des 
a devoirs ecclésiasliqucs, etc. » 

Néanmoins, il est plus probable que l'ancien doyen de 
Gigny voulait parler des lenialives que plusieui*s jeunes cha- 
noines faisaient pour sortir d'un établissement oii ils se 
trouvaient à regret, et d'un lieu oii l'essor de leurs passions 
était sans doute géué. En effet, on trouve dans des notes de 
l'époque des reproches adressés aux jeunes chanoines , 
a parce qu'ils sollicitaient eux-mêmes leur suppression , 
a sous le prétexte spécieux qu'une collégiale est mal placée 
a dans un bourg, dans une campagne ; que Gigny n'était 
a pas un champ assez vaste pour exercer leur zèle ; etc. i 
On lit aussi, dans le brevet du roi qui intenint le 8 févriei 

G. 14S. 1787, a que les inconvénients résultant de cette position ei 



CHAPITRE LUI, 325 

f le désir très légitime de ia changer, ont été le principe 178S 

< d'an grand nombre de démarches et même de délibéra- 

< tions du chapitre de Gigny pour obtenir sa translation et 
a sa réunion à d'autres chapitres nobles de la province ('^'; 
8 que néanmoins des vues de sagesse n*ont pas permis d*au- 

< toriser Texécution de ces projets, mais qu'en même temps 

< la nomination à quelques-unes des prébendes canoniales 
« oouveliement établies a été suspendue, et qu'il y en a' 
a quatre qui n'ont pas encore été remplies. » 

S 5. On peut donc tenir h peu près pour certain que la 
suppression du chapitre fut sollicitée par les chanoines eux- 
mêmes, du moins par les plus jeunes et les derniers venus, 
et dès-lors après 1782, année des dernières nominations, et 
probablement en ou avant 1784, comme l'indique la lettre 
de M. de Faletans. 

Cet ancien doyen n'avait, comme il le disait, que prolongé 
le coup. En effet, Madame de Biissy, co-adjutrice de l'ab- 
besse de Lons-Ie-Saunier, stimulée peut-être secrètement, 
ne manqua pas de profiter des dispositions manifestées par 
les chanoines de Gigny. Son abbaye était déjh parvenue k 
obtenir, en 1770, lu réunion des revenus de celle de GoaîUe 
près Salins, et il se présentait uno trop belle occasion d'en 
obtenir de bien plus consid(M'ables pour la négliger, et pour 
se rebuter des premiers obstacles. Elle sollicita donc en 
cour, elle inlrigtia de plus en plus vivement, elle fit sans 
doute connaître tous les d'M'èglomonts des chanoines, elle fit 
probablement valoir la modicité des revenus de son abbaye 
et de celle de Migelte, comparée à l'utilité de ces établisse- 
ments <*^). Enfin, le l.*"' octobre 1785, un arrêt du conseil 

OS') On trouve aux archiver du Jurt quelques pièces qui icdiquenl qu'ils 
âanaLdëtent à éu e réunit au chapitre de Saint-Claude. 

(Ut) L'hislorien Dnnod présume avec raison quo Vabbayt de Sainte-Claire 
de Ins-ig'SéuutiérmiU fondée dans le trciziënae siëcle par U maison de Vienne* 
qai irait la icifURiiie de celle ville. Alix ou Alais de Vienne fille d*Agnès do 
Bwu-iogne et de Philippe de Vienne, 5eigneiir de Pagny, Seurre et tans-lc-Sao- 



32% niSTOIRB DB GIGRT. 

1785 (léciara que les biens du chapitre de Gigny seraient 
séquestre, et nomma économe Cl.-Jos. Monnier, d'Ài 

nier, est la première akbesse qa*on trouTe à la date de 1194.00 ^ 
qae dÎTerses donations lui furent faites en 1*99, i3oo« i3oa, i3i(, I 
etc.; qu*en l'année 1 35/, celte abbaye, qai avait été construite dant U v 
fut transférée au faubonrgi qu*cn 144!, iS3S, 1S95 et i$lu elle fc 
C. 1{8. incendiée, avec perte de tous ses titres. Elle était soumise à U r^l 

François et k la juridiction de POrdiuaire. On n*y était admis qo*en 
mêmes preuves de noblesse qu*à Gigny, Baume et Saiut-CUudei I 
commune n*y avait peut-être jamais été en usage, et les leligieusee 
des maison! particulières dans l*enceiiite du cloître. En 1787, cemocu 
composé d'une abbesse et de dix-sept chauoiuesses régulières prébea 
la plus ancienne était appelée duyeune, et de plusieurs autres danui 
ou novices non prébendées. Voici les noms de celles qui.picsentes m 
passèrent piocnration pour poursuivre l'union du cbapilre de <^gi 
deifoulecAowx, abbesse; M, •A.-J. de Mignoê de BussjTf ooadjutriœ 
Gritfgl'PgrrignjTt doyenne | J.-M.-J. do yers de la Châtelaine ilA, de 
ffoisiièrê | J. de Malit^rt Smlmu^e | Y.-C^B. de Germ/gney i T.-A. de f^ 
Bertnr de BresUley | M.' J. de Baneeneli M..J.-G. de P^ignyï Y.. 
peou. 

S'ensuivent aussi, d'après les notes manuscrites du P. Dnnan<! 
d'Auxonne, les noms de quelques abbesses connues t 

Alix de Vienne^ ia94'i3o4» 

Guye de Rignejr, 1 3 1 6. 

Béalrix de Bëlleyét^n^ 1 3S(-i Z40, 

Marguerite de Sttinte^roix , 1 349. 

Jeanne de Fienne, 1 355. 

Jeanne de Rochr/orif 1 J69. 

Jeanne do Chili ey^ 1 39at 

Jeanne de Beau/ort^ ■ 39 ;. 

Isabeau de Quingej^ 1407. 

Marguerite d'^/tJe/o/, 1421. 

Margueri te de QtUtig cy, 1436. 

Catherine de Df^nr/a/, 1443-1448. 

Clauda de Montjouvent^ i5i6-i 5 3S. 

Claudine de Ternant, i55o-i559. 

Isabeau de Nance, i563. 

Pernellc de Durerai, iS6j, 

Jtainne de MatiJanSf i568 iS.'aiSjS. 

Claudine de AojnaA«/, iSSimS^S. 

Louise de la Filletie^ iS$6, 



CHAPITRE LUI. 327 

oommissaire à terrier. En conséquence, M. Delescbaux, sub- ^^^^ 
délégué de l'intendant de Franche-Comté dans les ressorts 
de Lous^le-Saunier et d'Orgelet, vint apposer les scellés,, le 
22 du mois d'octobre, et mettre en séquestre les biens, re- 
venus et titres du noble chapitre. 

S 6. Après cette première et importante mesure , il s'a- 
gissait d'obtenir le consentement h peu près unanime des 
chanoines. La chose était assez difficile, parce que plusieurs 

liane de Bessejrf i6i6-if 3o. 

Aatoinette àeRonchaux^ i63o*i€45« 

Aaue -Suzanne de Uoustiers, 1647* 

Anioinetle de Polignjr^ i65a. 

Looite Gabiielle de Pra, 1674^1 7 aS. 

Louise- Ga«parine de Pra^BmlaySaulx^ i Jaf . 

Jeanne-Mai sucii te de Be/ot'f^Uttte» i7Si-i;6a. 

Blargueiilc-FraDçoise de Boute chou j^ ïj6%'iTtl^, 

Vabba/e de Notre Damer/e Migtite était établie près de Salins et Levier, au dé- 
p)r(ementactuelduDoubs,entre les montagnes de MonlmahouetdeSaintc-Anne. 
O'jpr^ d'anciens documenta, il y avait à Migetle, dans le milieu du douzième 
(iî-cle, un monastci c de religieux ; tandis que d*uu autre côté, on lit qu*en 
1145, c*est-à^liic à la même époque, Tabbé de Balerue était directeur de/emmei 
rtUrtes dans le désert de Migette. Néanmoins, Popinion la plus accréditée et la 
Oiienx fondée est que cet élabiissemeut fut projeté par Mai guérite de Bourgo- 
|iie» veuve de Jean de Chalou, baron d*AtLy, morte eu i3o9. Mais ce dessein 
^i Tut exécuté que par son tlls Hugues de CU., seigneur d*Arlay, Cuisel et Vi# 
(e^ux. Les religieuses en purent possession en i3i5. La première abbesse cou* 
»uc cstGuillauma de C^Aa/o«i->^6<mj, vivante en i345. Guyotle de BoujaitlêS Vi» 
t*itCQ i3()4; Alix de iSu/fn/ en 1399; Jeanne de Longêville en 1409; Jeanne 
d'L'iif en 14€9 i Isabelle de Scej eu 1 S 60 ; Jeanne de Polignjr eu 1597 ; etc. 

Les pieuves de noblesse, l'observance de la vie relif^ieuse, la police, la disci- G. 14S. 

pliue, la icgie de saint François sous le légime des Coidclieis, etc., y étaient les 
B>èmes qu*i Lons-le-Saunier. 

Eq 1787, cette abbaye était composée d*ane abbesse, de six dames prében- 
^cei, dont la plus ancienae appelée doyenne, de douze damea demi'prébendéea 
[et de plusieurs autres professes ou novices non prébendéea • Yoici les noms de 
^Itsqui signèrent la procuration relaliTe à ruoion de Gignyt N. N. deFran- 

^^ de RaH, abbesse ; de S.'MauriSt doyenne ; de JovJrojfComssani $ d^Jnêsey, 

^ Bêemjtm^ de Franchtl^ de Gêrmigmeyf de Ut^tmiêê^ Due^ de Ckmlfqyt de 

^"UMfi 4e Ckmj0j''Uumm et de Bulljr. 



I 



33i msTOiRE HE cir.NV. 

(l'eiilra eux, et surtoutlesiuicieiis, tL-naient à la conserv!^ 
lion de leur anlique éiablissciueDt , ainsi qu'à leui-s habi- 
ludes religieuses , et ils rcgaixiaient comme une osiâ-cc 
J'oppi'obrp la prochaine ()ualiGcalion de chanoiues suppri- 
més. Or, je trouve daus une note de l'époque qu'on vint à 
bouL de leur liésiiaiion et de leurs scrupules, par une cspèt^e 
d'intimidiiiion. li y est dit qu'un homme fut envoyé 3i Gigny 
parle ministre, et qu'il obtint ou arracha des i-ëcâlcili'anls 
lin consentement Torcé, en les mcnai.'ant de la dis^rVe du 
roi, en cas de refus. Aussi, par une délibération mpilulairc 
du a juillet 1786, nos religieux déclarèrent qu'il» l'en rap- 
porlaimil nuiérement à la justice et à la bonté de sa majesli, 
déclarjtion dont les termes ressemblent pIulAl, ea effet, 
!i de l'obéissaDce qu'à un consentement spontam^. 

Fort néanmoins de cette udbésion, le ministre les fit déli- 
bérer , quelques mois plus tard , sur leurs intérêts person- 
nels, jionrle cas de suppression projetée. En conséquence, 
dans un chapitre tenu le 1^ octobre, ils demandèrent : 1* 
une pension viagère de 3,500 Tr. îi 4,000 fr. pour chaque 
chanoine, et double pour le doyen ; H' le droit de cbussc et 
de pi'clie d:uts l'étendue de la seigneurie ; 3" la jouisAunoe, 
peudani lu vie, de leurs maisons canoniales et de leurs jardins 
S 7. Le couscnt«tucnt d«s cbanoïncs obtenu , survînt le 
brevet du 8 février 1787 , pur lequel le roi , eu acc^^ant k 
toutes les demandes des religieux sécubrisats , donna auset 
son assentiment et déclarii que son intention était que le 
chapitre de Gigny fût éteint et supprimé, en suivant les 
formes en tels cas aci'oulumées. Enonçant en même temps 
que SCS biens et revenus quelconques seraient réunis h per- 
pétuité au?i abbayes nobles dcLons-lc-Saunieretde Migetie, 
le souverain autorisa les abbesses de ces dons monastères 
h solliciiiT une bulle en raur de Rome. Ou trouvera dans 
le recueil de dos ^ 
documents întéres 



CHAPITRE LUI. 329 

S 8. Munies de cette pièce décisive , ces abbesses formé- 1787 
rent leur demande k Rome. Or, ie pape Pie VI les accueillit 
favorablement, et par une bulie du 19 juillet 1787 qui n'est q^ ^q, 
presque que la traduction du brevet royal, ft nomma com- 
missaire à cet effet Tabbé Émilien Bourdon , vicaire-géné- 
ral de révéque de Màcon , licencié en droit civil et cxino- 
nique, prieur commcndataire d'ilérival et chanoine hono- 
rati*e de l'église de Mâcon. U donna même à ce commissaire 
apostolique des pouvoii*s illimités , aGn de régler le tout 
pour le mieux, dans sa sagesse et selon sa conscience, et 
d'après les vœux du roi de France. Enfin , il désigna, pour 
promoteur spécial, le promoteur-général du diocèse de 
Maçon , Charles-Camille Circaud, vicaire-général du même 
diocèse et aussi licencié en droit civil et canonique. Cette 
bulle fut approuvée par le roi, le 12 août de la même année, 
et enregistrée, le 30 du même mois, aux actes importants 
du parlement de Besançon. 

Les religieuses des deux abbayes constituèrent, peu de 
joui's après, pour \ea: mandataire spécial, à l'effet de pour- 
suivre Texcculion et fulmination de ladite bulle , et de les 
représenter en soutenant leui-s intérêts, Cl.-Ét. Uagmey, 
boui-geois de Lons-le-Suunier , et en cas d'empêchement , 
L Ragmey, son fils, avocat en la même ville. Or, cenianda- 
laii-e ne tarda pas de présenter requête au commissaire 
apostolique , afin qu'il eîit h procéder à l'extinction du 
chapitre de Gigny et à l'incorpoi^ation de ses biens aux men- 
ses abbatiales et capitulaires de Lons-le-Saunier et de Mi- 
gette. En conséquence , l'abbé Bourdon , accompagné du 
promoteur , se transporta , dans le mois d'octobre de la 
môme année, h Migette, à Salins, à Lons-le-Saunier et il 
Gigny, afin d'y faire une enquête d'opportunité, y prendre 
toas renseignements locaux sur les besoins et ressources de 
ces monastères , dresser les procès-verbaux convenables , 
foire procéder aux inventaires, aux expertises, etc... 



330 HISTOIRE DB OIOIIT. 

1787 S 9. Ces formalités furent remplies promptement et mu 

opposition , k Higette , h Salins et à Lons-le-Saunier. I 
était naturel d'y trouver Texpression du vœu que les bien 
de Gigny fussent incorporés h ceux des deux monastërei 
féminins. Il n'en fut pas de même li Gigny où tant d'indÎTi' 
dus profitaient des revenus du riche chapitre et vivaienî 
pour ainsi dire h la table des chanoines. 

La nouvelle certaine de sa suppression et de la démoli 
tion de Tantique église de Bernon frappa les habitants di 
stupeur et de consternation. Ils jetèrent bientôt des crisdi 
douleur , se hiltèrent de protester contre le projet désas 
treux, et envoyèrent des pétitions de toutes parts. Enfin 
subsidiairement , en cas de suppression de rétablisscmen 
qui faisait toute leur richesse , ils réclamèrent , par une dé 
libération du 30 septembre,- en compensation de ce qu'il 
perdaient : 

l.*ToQs les revenus de rofficc d'aumônier, pourremplacei 
ceux de l'hôpital fondé en faveur de Gigny et du voisinage, 
que les religieux s'étaient approprié , comme encore afin 
d'établir trois sœurs de charité, pour l'éducation des jeunes 
filles et le soulagement des malades ; 

2.® Une rente de 2,000 fr. destinée h faire aux pauvres de 
la seigneurie les aumônes auxquelles était tenu le prieur 
commendataire; 

3.° Tous les revenus de l'office d'ouvrier, h cause de l'en- 
treiien de la fontaine ; en ouli*e , l'exemption de la gerbe 
que chaque chef de ménage cultivateur livrait pour le gage 
du gardc-messier. 

4.® La conservation de l'église collégiale et de son mobi- 
lier, telles que cloches, horloges, orgues, etc., pour^exe^ 
cice du culte , d'autant mieux qu'elle était anciennemenl 
paroissiale ; 

S.^Tous les revenus del'office de sacristain, pour l'entre- 
tien de l'i^lise et des ornements, vases sacrés, livres, etc. ; 



GIAFITRE LUI. 3Si 

6.* L'exemption de la dîme, ou sa réduction k la vingt- I7g7 
unième gerbe, au lieu de la onzième ; 

7.* La réduction du droit de lods ou de mutations au 
douzième de la vente, au lieu du sixième; 

8.* La maison canoniale la plus convenable pour loger le 
curé et le vicaire ; 

9." Quatre prêtres, non compris le dessenant ordinaire, 
pour acquitter les fondations , tous h la nomination de la 
^ commune, choisis entre les enfants du pays , logés dans la 
maison des chantres, avec un traitement de 1,000 fr. à cha- 
cun ; 

10.® La préférence des ecclésiastiques originaires de Gi« 
gny et de la seigneurie, pour les bourses et demi-bourses 
du séminaire et pour les pensions de retraite ; 

11.^ L'affranchissement des terres communales de la 
dime ; 

12.<* L'affranchissement de la mainmorte pour les villages 
qui y étaient assujettis , et la libération du supplément de cens 
consenti pour cet objet par les habitants de Graye ; 

13.« La faculté de chasser et de pécher pour ceux do 
Gigny ; 

14.* Enfin, une route de Lons-le-Saunier au Pont-d'Ain. 

De leur côté , le doyen et les chanoines , par une délibé- 
ration capituiaii*e du 17 octobre et par le procès-verbal de 
leur comparution devant le commissaire apostolique , le 22 
du même mois, renouvelèrent les conditions qu'ils avaient 
mises, le 14 octobre 1786, au consentement de supprimer 
leur chapitre , et formèrent quelques nouvelles demandes , 
savoir : 

!.• Vne pension annuelle et viagère de 3,500 francs à 
chaque chanoine, et de 7,000 francs au doyen, jusqu'au pre- 
aûer janvier 1790 , et après cette époque, de 4,000 francs 
(t de 8,000 francs, payable de six mois en six mois , à 

^'»goy»Lyon ou Pari», avec privilège, hypothèque, etc... 



332 HISTOIRE DE GIGNY. 

2.^ L'usage du droit de chasse et de pèche ; 

3.*^ L'usufruit de leui*s maisons et jardins ; 

4.^ La préséance et les droits honorifiques , comme 
seigneurs et curés primitifs , dans Téglise paroissiale de 
Gigny ; 

5." Le port de la décoration accordée par le roi Louis 
XV; 

6.^ Une pension de retraite pour leurs trois chantres ; 

7.^ Une indemnité convenable au régisseur de leurs biens 
avant le séquestre. 

Le doyen demanda, en outre et en particulier , l'usufruit 
viager de la vigne de la Pendnnne que son oncle et hii 
avaient défrichée, plantée et mise en rapport.* 

Enfin, les curés de Morges, Loysia, Digna et Cuisia ( J. ), 
ainsi que le chapitre et le (*.orps municipal de Cuiseaux , 
réclamèrent pour certains droits qu'ils prétendaient avoir 
sur* l'établissement qu'on allait supprimer. C'était une curée 
h laquelle tout le inonde voulait avoir part. 

§10. Le (!omn\iss;iire apostolique resta environ six semaines 
à Gigny , occupé à protréder h l'enquête dont il a été parlé, 
à écouler les réclamations et dires des parties intéressées, 
h faire vaquer les experts a l'estimation des bois , des ré- 
parations à faire, du mobilier de l'église , etc.. ; à vérifier 
les comptes de l'économe-séquestre, et enfin h dresser l'in- 
ventaire des titres du chapitre. 
1788 ^^ résulta de toutes ces opérations, selon le promoteur , 

que la position locale de Gigny n^olTrait aucune ressource 
pour l'exercice des talents des chanoines ; que ce chapitre 
n'était utile à l'église que par la piMÔre , et au lieu de Gigny 
que par les aumônes et la consommation des denrées ; que 
Gigny n'était qu'un simple village qui ne présentait qu'une 
faible population agglomérée^ oh il n'existait pas un seul 
gentilhomme, pas un seul avocat, pas un seul médecin, dont 
les personnages qualifiés étaient deux notaires et deux chi- 



CHAPITRE LUI. 333 

rurgiens ; que Tégllse collf^giale , déserte les jours on- 1788 
vrables y n'était fréquentée les jours de fête que par les 
gens de la campagne ; que les prébendes canoniales n'étant 
point spécialement affectées aux ecclésiastiques de la Fran-* 
che-Comté , et le roi y nommant ceux qu'il lui plaisait , la 
noblesse de la province avait intérêt h voir attribuer les biens 
qui en dépendaient h des chapitres qui étaient composés de 
ses enfants ; que les chapitres de chanoinesses étaient en 
général les plus utiles k la noblesse ; que les gentilshommes 
pouvaient obtenir dans l'état ecclésiastique des places hono- 
rables j embrasser la profession des armes, se placer dans 
le barreau, ou prendre des états qui ne dérogeaient point ; 
qu'au contraire , les (chapitres étaient l'unique ressoui*ce 
des demoiselles qui , ne pouvant ou ne voulant pas se ma- 
rier, n'avaient pas de vocation pour la vie religieuse, etc.; 
qu'enfin , il y avait avanUige et utilité à supprimer le cha- 
pitre de (ligny et a en incorporer les biens à ceux de Lons-le- 
Saunicr et de Migctte. 

S 1 1. Ce fut d'après ces motifs que le roi délivra , le 27 
avril 1788, un second brevet par lequel il consentit défini- c. 150. 
niiivcment à la suppression du chapitre de Gigny, à cer- 
laioes charges et conditions qui satisfaisaient plus ou moins 
au\ demandes formées par les nobles chanoines et par les 
babitanLs du lieu. 

En conséquence , et d'après les conclusions conformes 
du promoteur , le commissaire apostolique prononça le c. 15I. 
décret de suppression, le 26 mai 1788. On peut en lire 
les diverses dispositions dans le recueil de nos preuves. 

Ce décret fut revêtu de lettres patentes d'approbation , 
au mois de septembre suivant, et ces lettres, avec le second 
brevet du roi et le décret du commissaire , furent enre- 
gistrées le 9 décembre aux actes importants du parlement 
de Besançon. Cet enregistrement ne fut pas gratuit , car il 
coàta 23,000 francs aux nobles dames, et on voit par quel- 



334 HI8T0IRB DE GIGNT. 

i 788 Ques notes que les frais faits, pour parvenir au résultat obtenu, 
égalèrent k peu près ceux de la sécularisation; qu'ils s'é- 
levèrent en totalité à la somme de 85,756 francs, et que les 
chanoinesses avaient emprunté 90,000 francs pour cet objet. 
S 12. Le 31 décembre 1788 , les deux chapitres de Lod&- 
Ic-Saunier et de Migette prirent possession des biens de 
celui de Gigny, par le fait de Louis Ragmey, leur man- 
dataire, qui, quelques années après, remplit des fonctions 
bien différentes , comme président du tribunal révolution- 
naire à Paris. Cette dernière formalité fut remplie dans la 
salie capitulaire où les chanoines supprimés se réunirent 
tous pour la dernière fois, au son de la cloche , à l'excep- 
tion de MM. de Foudras, de Lascases et d'Éternoz, qui se 
trouvèrent absents. Des sept autres membres pn'.sonts qui 
étaient MM. de Moyria , de Montbozon , de Gonssans , de 
Mcuthon , de Molans , et de Montfaucon frères, Tun prit 
la parole et dit au nom de tous : « qu'ils persistaient dans 
a les sentiments consignés en leur délibération cnpitu- 
«t laire du 17 octobre 1787 ; qu'ils voyaient en gémissant 
a la destruction de leur compagnie ; mais que, pleins de la 
a soumission la plus respectueuse aux volontés de N. S. P. 
d le pape et du souverain sous lequel ils ont le bonheur 
a de vivre , ils consentent que le chapitre dont ils sont 
d membres et ses titres collatifs de doyenné et prébende 
« canoniques demeurent éteints et supprimés. » 

Les habitants de Gigny, outrés de cette prise de possessioi 
clandestine dans Téglise même qu*on allait leur enlever 
d<'puièrcnt leurs échevins h rassemblée, pour protester c 
former opposition. Mais on ne voulut pas les entendre e 
h peine les admettre. Le notaire étranger h Gigny leur ré 
pondit que son acte était clos et consommé; M. de Mont 
faucon aîné les repoussa mimie avec violence , et ils m 
purent que faire dresser, par un autre notaire, acte de cetti 
violence et de leur opposition. 



CHâpitrb lit. 335 

Telle fut la fin laborieuse da noble et antique mona- 1788 
stère fondé neuf siècles auparavant par Bernon. Elle ne 
précéda que d'un an à peu près celle de tous les autres 
élablissements religieux en France y lesquels succombèrent 
sans exception sous les décrets de l'assemblée nationale. 

Ici se termine aussi à peu près l'histoire de Gigny. Nous 
lai consacrerons cependant encore quelques chapitres sur 
les derniers événements, sur les statuts, mœurs et usages 
de nos religieux, sur les offices claustraux de leur mona- 
stère, sur les prieurés qui en dépendaient, sur ses biens et 
ses revenus , sur les magistrats , ecclésiastiques et autres 
personnes qualifiées du lieu, et surtout sur saint Taurin, son 
patron. 



CHAPITRE LIV. 

Derniers événemenU. 

■ 

S 1. Après la suppression du noble chapitre, les cha- ngg 
noines ne quittèrent pas immédiatement Gigny. La plu- 
part continuèrent à demeurer dans les maisons dont la 
jouissance leur avait été réservée par le décret (*^^ et même 

(i$9) Quelques personnes «imeront peul*être à cennattre les maisons et 
iirdios possëdéf jusqu^à la Gn par les chanoines. Ce sont les suivantes, avec les 
letlies qui les indiquent sur le plan. 

M. deMojrn'a occupait l'ancienne maison de l'aumônier» avec son enclos et ^' K* I- 
^ jsrdin du rcfeclurier. 

M. de Montboton , ta maison du cbambricr, avec les dépendances. V. f. f. 

M* de Menthon, partie du château au sud, avec le jardin et verger* I.* na. bb. 

^' de Montfaucon cadet, partie du château au nord, avec le jardin. I * ce. 

^•de Monfjaueon «tné, partie an sud da presbytëre aetuel» vrtc partie da SL» dd. 
isrdin. 

M. de|fo/«iify partie an nord da presbytère , aTec jardin an snd. Y. eo. 

^'^ÉtêrnoM^ les maisons de rinfirmier et da chantre t flTec le fardin de d. m. t. 



iiê HISTOIRE DE GIGlfT. 

1789 deux d'entr'eux , MM. de Monibozon et de Gonssanft, y 
moururent en 1791. M. d*£ternoz, Tun des premiers, quitta 
Gigny en 1790 , pour se retirer à Salins , puis les autres 
retournèrent dans leurs familles en 1790 et 1791, peut-être 
seulement lorsqu'ils virent le temps s'obscurcir et l'orage 
révolutionnaire grossir. M. de Moyria, doyen, y prolongea 
sa résidence le dernier de tous , même pendant la tour- 
mente politique. Après diverses absences et divers retours, 
il n'en partit définitivement qu'en 1795, pour se fixer toot- 
h-fait , avec ses frères et sœurs sortis comme lui de leurs 
abbayes , dans l'antique cbûteau de leurs aïeux à Mailla. 
Mais il continua avec eux h y pratiquer les devoirs de la 
vie religieuse canoniale , et , après y avoir fait , pendant 
plus de quinze ans, l'édification des fidèles, il mourut en 
l'année 1811 , estimé et regretté de tous ceux qui l'avaient 
connu. Ainsi , c'est par erreur qu'op a rapporté vague- 
ment a Gigny qu'il avait été maltraité , lors de l'invasion de 
181 i, parla soldatesque autricbicnne. Ce fut son frère 
aîné, M. Enneniond de Moyria de Saint-Martin, qui faillit 
k on être victime , et qui montra dans cette occasion un 
courage et une présence d'esprit qu'on n'aurait guères at- 
tendus d'un vieillard qui avait pass<'' sa vie dans le cloître. 
Los habitants de Mailla, de Saint-Martin-du-Fréne et du 
voisinage s'élant insurgés contre l'ennemi, avec une impru- 
dence que l'amour de la patrie doit faire pardonner, les 
soldats autrichiens exercèrent contre eux une terrible ven- 
geance. Les habitants^ même les plus inolTensifs, firent 
livrés au massacre et le ui*s maisons au pillage et à l'incendie. 
Le vénérable chanoine reçut lui-même deux coups de lance 

2 m, M. de Comsans^ celle de Pouvrier, «Yec son )«rdiQ. 

Y M. de Laseases, celle du sacristain, avec le jardin du dojen. 

X. II. i. M. HeFoudras^ celle du réfccturier, avec son jardin contiga et oelai dn «• 

crislain. 
11^ Les chantres habitaient une maivon nouTellemcnl construite pour eux. 



ÇHAPItRK LIT. 337 

sur ce théâtre d'horreur ; mais, tout blessé qu'il était, voyant 1789 
qo'on mettait le feu au cfaftteau de Mailla, il eut la présence 
d'esprit de mener à l'écart un officier et de lui mettre 
dans la main un rouleau de pièces d'or qu'il arait caché 
dans sa cravate. Protégé alors par cet officier, il put Taîre 
éteindre l'incendie et ranimer par des plaisanteries le cou- 
rage de toute sa maison éperdue. Il disait être resté maître 
du champ de bataille et vouloir y placer sa tente et y cou- 
cher. J'ai mieux gagné la croix d'honneur, agoutait-il, que * 
beaucoup d'autres, car mon sang a coulé ; etc... 

S a. Les babitants de Gigny, voyant qu'ils n'avaient pu 
empêcher la suppression de leur insigne établissement rell*^ 
gieux, et ignorant sans doute que tous les biens qui en 
dépendaient en Franche-Comté avaient été attribués aux 
dames de Lons-le-Saunier, présentèrent au roi et aux dames 
de Mlgette une pétition, pour obtenir que celles-ci, quittant 
leur séjour sauvage et inabordable, vinssent résider k Gigny 
et les dédommager en partie de la perte de leurs religieux. 
Or, par une lettre du 4 mai 1789, ces dames leur firent con- 
naître que les biens de Gigny même ne leur avaient pas été 
donnés en partage, en leur témoignant une vive reconnais- 
sance de leurs bons sentiments pour elles. 

Dans la m^me année, ils s'adressèrent aussi 2i Tarchevé- 

que de Lyon chargé delà feuille des bénéfices, pour obtenir 

soit le rétablissement d'un hôpital k Gigny, soit la création 

d'une manufocture de droguet ou autres étoffes communes , 

en place de l'établissement de charité accordé par l'art. 16 

da décret de suppression. Leur demande était motivée sur 

ce que les hospices de charité n'occupent pas les gens sans 

travail et attirent les mendiants. Les événements politiques 

qui survinrent bientôt ne permirent pas l'exécution d'aucun 

de ces établissemeots. 

La demande formée h l'évêque de Saint-Gaude, au mois 
de juHetlTSO» pour rentrer en possession de l'église prieu- 

22 



338 niSTOiiiB PIS. gignt. 

1789 raie ou collégiale, fut mieux accueillie. Car au bout de 
peu die jours, ce prélat leur en fit remise en interdisant l'é- 
gUse paroissiale. 

g S. Nos habitants ne se lassèrent pas de demander, sauf 
k ne rien obtenir. Ils sollicitèrent, le 20 décembre de l'année 
qui nous occupe, en concurrence avec Saint-Amour , l'éta- 
blissement d'un district que ni l'une ni l'autre de ces deux 
communes n'obtipt. Il Ait cxmcédé à Orgelet, siège d'un 
bailliage depuis Tan 1546, comme aussi de l'ancienne ba» 
ronie de la maison de Ghalon. 

1790 II furent plus heureux en demandant, le 21 mars 1790, 
un ca$uon qui leur fut concédé. Ce canton, ayant pins d'ut 
myriamètre carré en superficie et près de 5000 habitants 
en population , fnt composé de dix paroisses, ou des dix-* 
sept communes dont les noms suivent : Qiampagne, Gressia, 
Cropet, Gigny, Granges-de-Non, Graveleuse, Graye et Char* 
nay, Loysia, Marigna, Monnetay, Hontséria, Morges, Nan- 
cuise, La Pérouse, Pymonn, Yéria et le Yiilars. Ce canton 
assez bien composé subsista pendant onze ans, jusqu'à la 
réorganisation de 1801. Alors, ses communes furent incor* 
porées dans les cantons de Saint-Julien, Orgelet, Saint-Amour 
et Cousance. On donnera plus loin les noms des joges de 
paix de ce canton. 

$ 4. La commune de Gigny avait protesté jusqu'à la fin 
contre la suppression de son riche chapitre, et elle avait ex- 
primé les regrets les plus sincères en apparence d'en avoir 
pordu les membres. Néanmoins, peu d'années après, on s'y 
livra comme ailleurs aux excès du fonalisme révolution- 
naire, ce qui donne lieu de faire des rapprochements au 
moins remarquables, sinon pénibles !... 

On ne citera pas en preuve l'envoi à l'hôtel des Monnaies, 
le 20 mars 1790, de plusieurs pièces d'argenterie provenant 
de l!église paroissiale et livrées par le vicaire lui-même. On 
ne citera pas non plus la soumission faite par la commone. 



CHAPITRE LIT. 339 

le 15 jaillet 179Q, d*acquériF la plupart des biens du mo- 1790 
nastère supprimé situés k Gigny et à elle adyugés, le 12 février 
1791, par l'assemblée nationale, non plus que la vente des 17C1 
maisons canoniales elles-méines, faite en 1793 ; mais on men- 171 3 
tionnera certains autres événements de cette dernière année 
et de la suivante, comme ; 

La transformation de l'église collégiale en Temple de la 
EAisoii, avec -inscription portant que lepeupk françm recanr 
naU l'ikrfi suprême et l'mmortalké de Vame, puis la célébra- 
lion, dans cette kaison dédiée a l'être suprême, de /'orniiverv. 
taire de la pumiUm du dermer roi des Françms ; 

L'enlèvement des croix surmontant les clochers, et le ren-* 
versement de celles qui étaient érigées çà et là dans la com- 
mnne ; 

La descente des cloches livrées pour être fondues en 
canons républicains; 

L'auto-da-fé ou incendie déplorable des charteset titres de 1794 
l'antique monastère, exécuté au son des cloches et des tam- 
bours, suivi d'un repas patriotique et précédé d'une pro- 
clamation municipale où Ton disait que k fanatisme étmt 
m songe évanoui^ que tous les frères répubUcams devaient se 
réunir pour célébrer en fêle cette ménwrable journée ^^'^^^ ; 

La profanation des saintes reliques qu'on dispersa ou ^ i^,^ 
qu'on attacha b l'arbre de la liberté ; 

La spoliation de l'argenterie î"*) , du cuivre et des orne- 
ments sacrés de la basilique de Bernon (i''^), livres au dis- 

(170) L*«iteur de cetU histoire to souvient encore d*«ToiraMitté,Jdaiit w'pre* 
anèreenfence, àcei aalo«de*fé oii Ton brûla ane grosM voitare de|Mrchemint 
et de papiers» arec on taUeau desaial Louis, la mesiire des cens et des dîmes, 
cICm Six gardiens aimés Teillaienl à ce que rien ne fût soustrait. 

(171) On lÏTra 48 marcs d*arf enteriei dont prës de trois marcs en vermeil , 
Mie ui livrée de cuivre. Parmi les eb^ d'argealeriei on remarquait une 
croix d*arfCBt de deux piedeel. demi de haniear, devx ckandelicrs d*anent 
l^^dbé«dcs calicct f des ciboires, des ostensoirs , des encensoirtf etc.». 

(17s) On envoya eu district six oinements assedis de de&maliques et tuniques.. 



^0 HISTOIEK BE 6IC1IT. 

^ ^^ ^ triel d'Orgelet , par celai-là ment qm a «rail <M les coih 

Enfid , la persécation de tous ceux qui avaient ea des 
relatîoQft arec les religieux, tant regrettés Bagoères! 

Mais tirons le rideau sur ces temps sialheareax.... et 
laissons dormir en paix ceux qui furent les auteurs de ces 
excès et qui s'y livrèrent. L'entbousîasaie de la liberté , la 
joie frénétique de se Toir affranchis des dîmes et des droits 
Modaux, l'horreur de rinvasion ennemie, le délire^! agi- 
tait tous les cenreanx de cette époque, peuvent, jusqu'à un 
certain point, leurservird'excuses. Quant au prêtre devenu 
procureur de la commune, qui porta des mains spoliatrices 
sur les autels de Dieu et sur la châsse de ses saints, quoiqn'n 
n'ait pas rendu h Téglise de Gigny l'or, l'argent, le vermeil, 
la soie ou le cuivre qu'il en fit enlever, il est à croire que 
Dieu lut aura aussi pardonné ses égarements, en raison de 
son repentir et de la conduite i*égulière des dernières années 

de sa vie 

S 5. (ligny devait son importance et son accroissement 
au monastère qui y avait été établi. Aussi, après la destruo 
tion de ce dernier, ce bourg, sans commerce, sans industrie, 

•• toitiiiUiiiiét cB or d urftBt bus , à IVnepUoB d« Taii d**«i fdaBBécs«r 
v4i itablei <lottx« diappet en toi* faloBnées, dont ranoenTnû ortvinglHiBc 
chMttblot en «oie on en Tolonrt* Tnne à «leux fSuret en Tnis yrions d*or el 
4*arftnl , tontot ataortiot d*élolet, manipules el bonnet; nn tonr de dm «a 
aoèei qniome anbea; neuf snrplit ; lrenlo<iBq neppet s eic etc., 

(17I) Cet ecditiaatiqne ae |lortfiait , dans nne lettre dn Mets de mui 17^4 « 
d*aYoir fait » qncIqneB mois anpora^rant • â la tfoàiià popnlairode Gi^gm^ anlve- 
■mM an Cèmk dont U éloit président , la propoeilion on mm ti am fm ieye i à 
Fom l^i»fenlertc^ lecnÎTreol lofer de P^isodn chapitre. U 
de beancenp «Tontros odiona ana log n e a oaipisintea dn 
ir»dlmen» le pins onirêUn antre rg në gat, wt i hrf dn dbtrid JU Sfciu , 
diifà» le II octobre il^o.i la ninnicipaSié de Gifnj.qnnn 




Ci(««v« coiose è Qnny • taillaient les dl mlf n ia des anteis fia 
«nUf le Dion qi^M» vntaM ^nà«d. 




CHAFITllB LT. 341 

et sans débouchés commodes , a déchu comme tous les 
lieux qui devaient leur prospérité au clergé. Il est devenu 
et deviendra encore, de plus en plus, simple commune rurale 
agricole, k moins qu'on y établisse quelque manufocture 
pour occuper les bras surabondants et empêcher les émi- 
grations. 

Sa population, au lieu de s'accroître, comme celle de la 
plupart des communes de France, a au contraire diminué. 
EOe était, au mois de janvier 1787, de 1186 habitants, pour 
les trois communes de Gigny, Cropet et le Yillars, non 
compris les domestiques du chapitre, et six fomilles d'em- 
ployés aux fermes du roi. Or, cinq années plus tard, en 
1792, elle n'était plus que de 1134 individus; en 1821, elle 
a été reconnue n'être que de 1024; en 1832, de 1051; et en 
1837, de iO$0. Chacune des sections de Cropet etdu Villars 
est d'environ 100 habitants, ce qui réduit h peu près k 850 
le nombre de ceux de Gigny seul. 

En personnes qualifiées, il n'y a plus en ce bourg qu'un 
desservant ecclésiastique, un juge de paix, un médecin, un 
notaire et un percepteur de contributions. 

La superficie de la commune est de 1603 hectares, y con>- 
pris les deux sections, dont 1566 imposables, savoir à 
Gigny, 1190; à Cropet, 278 ; au Yillars, 98. 



1842 



CHAPITRE LV. 

Statuts , moburs et usages des moines bénédictins cloîtrés 
en général, et de ceux de gigny en particulier. 



Il y a bien peu de personnes en nos jours qui aient vu, 
tt 1789» les moines dans leurs clottrès, et il y en a moins 
ciM»re qui aient vu pratiquer la vie monacale usitée 
vsdntenant dans les monastères de la Trappe , k peu près 



3V2 HISTOIRE De 6IGNT. 

seuls élablisscnicnts en France où on puisse l'dbsenner. La 
plupart des gens no connaissent les moines que tous des 
rapports désavantageux , et on croit même généralement 
aujourd'hui que ces pieux cénobites ipenaient dans leurs 
couvents une vie toute consacrée h l'oisivetë , an sommeil , 
il la gourmandise et a la luxure. Je pense donc fiiire ane 
chose utile et même agréable à beaucoup de lecteurs, 
en leur faisant connaître la yérit&ble vie monastique « les 
mœurs et coutumes des religieux dans les monastères bé- 
nédictins en général, et dans l'abbaye on le prienré de 
Gigny en particulier. On jugera qu'il y a bien à rabattre 
des idées qu'on s'en Csiit actuellement. On verra qu'ils se 
livraient au travail plutôt qu'à l'oisiveté , à la prière noc- 
turne plutôt qu'au sommeil , au jeâne et k l'abstinence 
plutôt qu'h la gourmandise ; qu'ils opposaient la pureté \k 
la corruption des mœurs, la pauvreté h la richesse, la sou- 
mission h l'indiscipline , l'étude et la culture des lettres à 
l'ignorance ; etc. 
L'abbaye de Gigny, comme on a vu, avait été fondée par 
c 37 30 43. Bcrnon, pour être soumise h la règle de tahu Betwlt composée» 
en Tan 530 , par ce chef célèbre des moines de l'occident , 
pour lesquels, depuis l'an 742, elle devint obligatoire. Cette 
règle est aussi appelée règle de Bemon dans un opuscule de 
l'an 1100 , parce que notre fondateur l'avait grandement mise 
en pratique dans ses nombreux monastères. C'est donc 
d'elle que je vais donner une idée « ainsi que des modifica- 
tions que lui ont fait subir saint Benoit d'Aniane ou saint 
Eutique en 817, saint Uldaric en 1070, Pierre-le-VénéraUe 
en 1132, et par la suite plusieurs autres abbés de Gluny, de 
même que le concile de Trente. 

Art. L" — Oblats. 
c. 43. 1^6 V^^^ ou la mère pouvaient offrir un enfant en bas 



CHAPmiE LV. Art. 2. 343 

âge et le Touer à Dieu, pour être reçu dans le mcnaslère. 
Ilseo faisaient la demande ou la promesse pour lui par 
écrit, et Tenveloppalent dans la nappe de soie de Tautel , 
avec la main de l'enfiiut et une offrande. C'est ce qu'on ap- 
pelait un obUu ou un donnée qui recevait l'habit aussitôt 
qn1l était solennellement offert 2i Dieu. Parvenu h l'âge de 
raîsoD, eet enfiint devait confirmer la demande et tenir la 
promesse bite par ses parents , qui ne pouvaient lui fbirc 
aucune donation , mais seulement à l'établissement. On 
tenait une école à cause des oblats seulement , quoiqulls c. tx 
ne fossent que six au plus dans le monastère. Ils avaient 
an moins deux maîtres , pour les garder h vue et ne les 
quitter jamais. Ils couchaient au dortoir , dans un Heu sé- 
paré. Enfin on les élevait avec soin en novices , mais on 
différait leur profession jusqu'à quinze ans au moins. 

Au reste, l'usage de recevoir des oblats, qui donne une ^ 

idée de la puissance paternelle dans ces temps reculés , fut 
supprimé en 1132 par le chapitre général de Clnny. Dès- 
lors , il fut décidé qu'on ne donnerait l'habit et qu'on ne 
recevrait la profession monastique et les vœux prématurés 
d'aucun novice ou autre individu , avant l'âge de vingt ans 
réduit à seize par le concile de Trente. 

Art. II. — Novkes. 

% 1. L'aspirant au noviciat n'était pas admis facilement, et 
seulement après différentes épreuves. On ne l'admettait 
même aucunement s'il était bossu , manchot , borgne , boi- 
teoi ou bâtard. Dans les cas contraires , on le laissait pros- 
terné à terre, fhippant inutilement pendant dix jours à la 
IKkrte du monastère ; on lui opposait des difficultés ; on le re- 
iHitait, on allait même jusqu'à le maltraiter. Si cependant il 
persistait, on le faisait visiter par le chirurgien de l'établisse- c. m. 
i^t, pour s'assurer qu'il n'était affecté d'aucune maladie 



3ii HISTOIRE DE GIG^IT. 

cK'cullo ^ (l'aneuoe iiiûruiité ; on eiigeait qu'il sut lire et 
écrire; ciiûii, on lui faisait exhiber ses titres de noblesse qui 
étaient remis entr» les mains du prieur. Ces formaUiés 
étant remplies convenablement, on admettait le postulant, 
pour quelques jours , dans le logement des haies , puis dans 
Plan T. ]a chambre ou nuùson des novkes. Un ancien moine loi était 
donné pour discuter sa vocation et pour lui expliquer com- 
bien le chemin du ciel était diiBcile. On Tobligeait a servir 
les autres religieux pendant quelques jours , et après di-* 
verses épreuves qui duraient au moins un mois, il renonçait 
h Satan et au monde ; on coupait ses cheveux en forme 
de croix^ au sommet de la tète etau-dessus des deux oreilles; 
enfin on lui donnait l'habit de novice , mais on lui con- 
senait le sien pour le lui rendre, en cas qu'il sortit en- 
suite. 

Au bout de deux mois de noviciat , on lisait a l'aspirant 
la règle de saint Benoit , puis une seconde fois après six 
autres mois, enfin une troisième fois après les quatre der- 
niers mois de son année de probation. Durant tout ce 
temps , les parents du novice étaient chargés de Tadminis- 
tration de ses biens ; lui-même était sous la surveillance 
d'un gardien ou custode ; il demeurait séparé des religieux 
fl37. profès avec lesquels il ne se trouvait qu'à l'église; il pré- 
parait les autels et aidait à habiller le prêtre qui allait cé- 
lébrer la messe. Il ne lui était permis d'aller aux ordres 
sacrés que de l'exprès consentement du chapitre , et seu- 
lement quand il connaissait le plain-chant. Enfin , après 
l'année d'épreuves et de persévérance , si le novice était 
âgé de seize ans au moins, et si les religieux , à la majorité 
des voix , le trouvaient digne et capable, il était admis à 
faire profession, sinon renvoyé du monastère. 

$ 2. Dans les derniers temps , l'admission au noviciat 
dans le prieuré de Gigny était faite avec bien moins de 
formalités. On voit, par exemple, qu*en 1717 et en 1730 , 



CHAPITRE Lv. Art. 3. 345 

il saflinb de OûBStater les degrés de noblesse et Tabsen^ 
d'infirmilés et de ptyer les droits d'entrée. Le grand-prieur 
cloltrier donnait ensuite l'babit de novice au récipiendaire, 
après loi avoir dit un discours convenable sur l'état quMl 
embrassait et une exhortation à s*y comporter dignement 
Après avoir vécu un an sans donner de scandale dans le 
cloître , il était admis à faire les vœux. Selon nos religieux, c 143. 
il n'y avait même plus , en 1760 , de maître ni de maison 
pour les novices ; et cependant , h la même époque , ils 
mettaient l'entretien du toit de cette maison au nombre des 
charges de l'office d'ouvrier. 

Aet. in. — Profemon. — Vœux. — Droiii d'entrée. 

S 1. C'était un pieux et touchant spectacle que celui 
de la profession ou prise d'habit monastique. Le novice 
bénédictin renonçait au monde et à ses pompes, pour s'en- 
sevelir vivant dans le clottre dont il ne devait plus sortir. 
En conséquence , il faisait d'abord un testament solennel 
par lequel il donnait aux pauvres ou à son futur monastère c. ts. 
les biens qui pouvaient lui appartenir ^^^^\ On lui célébrait 
ensuite , comme h un défunt, un service funèbre pendant 
lequel il était étendu sur un tapis, recouvert d'un linceul, 
et entouré de cierges allumés. Après cette cérémonie, il flïi^ 
sait sa profession devant toute la communauté , publique- 
ment, soit de vive voix, soit encore par un écrit de sa propre 
main qu'il déposait sur l'autel. On lui rasait ensuite les c. sa. 

(174) La profesMon d*aii religteiiz équivalait à noe mort oÎTila. Dëa*lort 4 •*U 

■*»Tait paa dUpoaé aaparairani , ta ancGaatioii était dévoliM à Ma hiritien Ha- 

tatela » et même t en oat d« rentrée dans le tiède, il ne pouTtit rédâner let 

bicBa qui loi auraient appartena. Par nne jariapmdenee honoraUe pour la ipie 

vtli|ieoiCt on a ataimiU U mort civile det moines à la mort des militairci po«r 

U difienae de la pati ie. 11 a été décidé en oonaéquence que lea premiers devaient 

^rc oomptés • comme les seconds poui* eiempter leurs ph^ de la tutelle. Toy. 

^*i* Cl V. art. 436* Justin. Instit. L c aS. 



346 HISTOIRE DE OIGMT. 

cheveux ; on proclamait son admission par l'expression 
solennelle Tonsoraïus est; les autres religieux le désha- 
billaient et le revêtaient du froc ou de la coule bénédic- 
tine ; on dressait un procès-verbal de réception ; enfin , on 
chantait des prières en réjouissance. 

S 2. La règle de saint Benoit , même après les modifi- 
cations de 817, n'astreignait le récipiendaire qu'à la pro- 
fession du vœu d'obcimmce^ avec promesse de stabilité dans 
l'établissement religieux et de conversion desmonirsit^^. 
Plus tard , on y agouta les deux vœux de thaztete et de 
pauvreté , qui d'ailleurs résultaient déjà nécessairement, soit 
de la vie commune, soit de l'isolement rigoureux des sexes, 
prescrits par les lois de Justinien , contemporain de saint 
Benoît («'6). 

Cette renonciation aux biens de -ce monde prouve, au 
reste, le peu de foi qu'on doit ajouter aux légendes et aux 
chroniques , suivant lesquelles Bernon aurait été moine à 
Saint-Savin, à Autuo et h Baume, avant de l'être à Gigny. 
En efiet, s*il eût déjà fait profession en ces lieux, il n'aurait 
plus possédé les biens dont il dota l'abbaye de laquelle il 
fut fondateur et premier abbé. Il est même fort à croire 
qu'il n'a jamais resté k Baume. 

S 3. Il était défendu , sous des peines sévères , de rien 
exiger pour la réception d'un nouveau moine; on ne pou- 
vait accepter qu'un don purement volontaire. Le concile 
de Trente, en 1563 , recommande même expressément aux 
religieux de ne recevoir aucune donation des novices avant 
la profession , si ce n'est pour la nourriture et le véte- 

<i 7S) Voici U Cormale d*ane prof<tttion religieuae ftite en is€) i 
Bgo /rater li^,fncio pro/tsêionem^ promitto êtabiHtatem et eom^trshmem aw 
wmn mewrum^ ei obedientium seamdum regulam êameli Bemedieiit coram Deo H 
cmmbus sanetis ejnêf in hoc mamasterio quod est eonstmetum in hottûrt êmtieH 
iV*M9 lit preietdid domimi N*m» Mfatiê^ H obedietdiam eidem obbmti uiqut md i 
êewu 

Uld) NpvtU Constituitl* %%%• il%. • 



CHAPITRE LY. Arl. 4. 3i7 

ment, de peur qa'en cas de non-admission , il ne survienne 
des difficultés en restituant. Cependant , h Gigny , il fallait 
aussi de l'argent pour foire vœu de pauvreté. En ou avant 
1664, on exigeait pour droit d'entrée d'un religieux proies : G. 137. 
l.*cent éctts d'or (environ 1000 francs de monnaie du pays] ; 
2.* cent francs pour don à l'église ; 3.<^ une pistole 
(20fr.) pour chaque religieux prêtre ; 4.® une dcmi-pistole 
pour chaque moine laïc et autres droits accoutumés. Dans 
les derniers temps, comme en 1717, on voit qu'un récipien- 
daire donna 1000 francs de droit d'entrée , et qu'il fut doté 
en outre par ses parents d'une pension annuelle de 100 
francs. Il en fut de même d'une réception en 1730 , excepté 
que les sommes furent réduites aux deux tiers , par la con- 
version de la monnaie comtoise en monpaie de France. 
Souvent, au lieu d'exiger le capital du droit d'entrée, les 
religieux se contentaient d'une rente perpétuelle de 50 
francs ( autrement 33 livres , 6 •• 8 «*• ) , créée par le père 
et la mère du récipiendaire , au profit du prieuré. Je 
n'ai pas trouvé qu'à Gigny le prieur fût tenu de payer 
un droit de réception et de bienvenue à ses coreligieux, 
comme à Saipt-Étienne de Dijon, ou le nouvel abbé 
devait leur payer cent écus d'or ; mais il est à croire que 
cet usage y était aussi observé. En effet , on a vu qu'après 
la sécularisation , non-seulement chaque chanoine devait 
500 francs à son entrée , pour droit de chape , mais que le 
doyen était encore tenu à une semblable somme, lors de la 
prise de possession de cette dignité. 

Les jeunes profès, ainsi que les novices, restaient encore 
soas la surveillance d'un custode ou gardien, tant qu'on le 
jugeait nécessaire. 

Art. IV. — Noble»se. 
S 1 . L ancienne société se trouvant divisée en plusieurs cas- 



348 HISTOIRE DB GIGNT. 

tes y il fallait nécessairement qu'il y eût des abbayes distinctes 
pour chacune d'elles. Les enfants de la noblesse ne pouvaient, 
sans déroger ou s'avilir , aller se cloîtrer pendant la vie en- 
tière avec ceux des bourgeois et des artisans. De Ui les 
abbayes nobles de Saint-Claude , de Nantua « de NeoviDe , 
de Lons-le-Squnier, de Baume-les-Hessieurs, de Baume-le^ 
Dames « de Chàteau-Chalon , de Higette « de Hontigny , de 
Lure y de Morbach , de Porentruy « de Remiremont , etc.. 
De là, les chanoines nobles avec titres de comtes k Lyon , k 
Vâcon, à Brioude, à Cologne, etc... 

Le prieuré de Gigny était aossi nn hàpkal on un asile de 
la haute classe sociale des deux Bourgognes , et , de temps 
immémorial , un grand degré de double noblesse était nne 
condition de rigueur pour y être admis. On en troove Ihcile- 
ment la preuve en parcourant la liste des religieux qui Font 
habité, et qu'on voit fous nobles de nom et d'armes. L'his- 
torien de la Bresse dît que c'est un argument indubitable 
que le fondateur du monastère était prince. Il en résulterait 
donc que le comte Bernon, fondateurde Gigny, aurait été réel- 
lement de la race royale Carlovingicnne , comme quelques 
auteurs l'ont soupçonné. A la vérité, l'abbaye de Cluny n'étah 
pas réservée pour la noblesse, mais aussi Bemon n*en a été 
que le premier abbé et non le fondateur. 

S 2. On ne peut guère douter que le monastère de Gigny 
n'ait été destiné k la noblesse , dès l'institution de 
celle-ci , puisqu'on y voit déjà des religieux nobles dès le 
milieu du douzième siècle. Une charte de 1157 semble 
aussi indiquer qu'à cette époque et même bien avant , l'ab- 
baye de Baume avait la même destination, nobUiier fundalam. 
Le titre de conucs de Lyon n'a été accordé , il est vrai , anx 
chanoines du 'chapitre de Saint-Jean , que sur la fin du 
douzième siècle ; mais d'un autre cêté , le vieil his- 
torien Saint-Julien de Balleure dit positivement que c ce 
« ftit sous Gansmar de Salomay, deuxième prieur de StinI- 



CHAt»itRE Lt. Art. 4. 349 

a Pierre de Mâcon , vivant en 1090, que ce prieuré devint 
« hâf^talde noblesse^ et retraicte d'enfants de gentilshommes, 
a pour la décharge des familles nobles , où il y en avait 
« plus que le revenu paternel et maternel n'en pouvait 
« bonnement nourrir <^''^). » Ainsi donc, les abbayes de 
noblesse existaient déjà dans le onzième siècle , et certaine- 
ment celle de Gigny à cette époque. Nos religieux conti- 
nuèrent néanmoins long-temps à être qualifiés de vénérables c. 79, si m 
ou rdifflema ou humbles personnes , et ce n'est que depuis m* ^^% tos, 
la mise en commende, en 1470 environ , que les chartes - * ' ^'^ 
les ont désignés nobles et reU(pcuses personnes. Un règlement c lis, iss, lao. 
de noblesse fut peut-être fait , à l'occasion de cette mise en 
commende, ou bien l'humilité fit place h l'orgueil (i^^). 

S 3. Le chapitre des comtes de Lyon était appelé vul- 
gairement la jrierr^ de touche de la noblesse, parce que , de 
même que pour être admis dans celui des comtes de Saint- 
Pierre de Mâcou , on y faisait preuve de huit quartiers , 
dont quatre du côté paternel et quatre du côté maternel. 
Ce même nombre de quartiers était ussi exigé par un 
statut de 1555, pour entrer dans la confrérie de la noblesse 
d(^ deux Bourgognes, sous le vocable de saint Georges. 
C'était encore le même qui était nécessaire pour devenir 
membre, dans le seizième siècle, des monastères nobles de 
Baume, de Saint-Claude, de Lons-le-Saunier, de Gigny et c. 13S, lar. 
autres (*^^). Mais, dès le commencement du dix-septième 

U7f) Le ducdeGuiae, Looi»-Léopold de Lorraine, hant et fier, mort en i7Sa, 
MpUi|nâit un jour à on tcignear de ce que n femme, Marie-LonUe Jeannioi 
^cdeMontjen, petile-fille du célèbre prétidentP. Jeannin,avail fermé lapoiie 
^chapitres nobles à aea enfanta. Du moioa, répondit-elle avec fermeté, je 
^^n»n fermé celle de rtidpîlal. — Cmtrtipc§. Desaipt.'de Bourg. VI. a54«' 

U7t) Sur lafin do Mcinfeme et dana font le ooora du diz-septiëme aièdr, lea re- p « m « «c 
^Sieui de Gigny furent auaai qualifiés Doms, comme (ouf les béoédîctinsde la 
^r^lion de saint Maur. Mais celle qualification cessa à Gigny ayant le diz« 

079) VoycK encore ci*devtnt, au chapitre XLV, | 9, io« 
Ccttienlementeiii^ que fut érigé le statut prescrivaiit la preuve des 



FIg. II. 



852 mSTÔIRB OB 6IGNT. 

cbe , sans manches , qu'on portait sur la peau an lieu de 
linge, et qui descendait jusqu'aux talons. La cuadle^ coule ^ 
diape^ ou le froc , était la robe extérieure garnie d'un capu- 
chon « laquelle revêtait tout le corps ^ ainsi que la tête et 
les bras. Enfin , le êcapulairey également muni d'un capu- 
chon, servait surtout à couvrir les épaules , pour garantir 
la tunique dans le port des ûirdeaux. C'était le vêtement 
usité pendant le travail, tandis que la cnculle l'était surtout 
ii l'église et hors de la maison. Postérieurement, les moines 
ont regardé le scapukiire comme la partie la plus essentielle 
de leur habit, et ils ne l'ont plus quitté, peut-être par souvenir 
du travail des mains qui leur avait été Imposé. Néan- 
moins, la coule ou cucuUe constituait réellement Vhabk 
monacal. 

Chaque moine avait deux tuniques et deuxcuculles, pour 
en changer^ lorsque l'une avait besoin d'être lavée, et il les 
prenait au vestiaire commun. Il recevait aussi de l'abbé on 
du prieur, un mouchoir, un couteau, une aiguille, un stylet 
et une tablette pour écrire. 

A ces articles prescrits par la règle de saint Benoit, on 
ajouta ensuite, selon les climats et les saisons : deux tergetia 
ou chemises en serge, deux paires de fémoraux ou caleçons, 
une peUue ou robe fourrée en peau de mouton, enfin des 
ganli en été et des moufles en hiver. On parle encore d'un 
cilice ou d'une camisole de crin portée sur la peau, par 
esprit de mortification. 

Quant a la chaussure dont saint Benoit n'avait pas parlé .« 
elle fut fixée à deux paires de toviUen pour le jour, et de=^ 
pantoufles de feutre ou de peau d'agneau pour la nuit. Noii-^ 
avons cru devoir reproduire ici, extraite d'un ouvrage dcr:^ 
plus célèbre peut-être des bénédictins (/. MahlUon) , la fi — 
gure de deux moines du neuvième siècle, représentés ave^c: 
des boti'mes ne s'élevant qu'au niveau des malléoles, tandis 
qu'un auteur du quinzièmesiècle (Polyd. Virgile) dit que 



CHAPITRE LT. Art. 5. 333 

les nioines marchaient bottés ou g^étrés jusqu'aux genoux, 
ocr^Qii gemitcmu mcedunt. 

%2.Le saint législateur des moines de Toccident avait 
laissa à chaque abbé le soin de régler d'ailleurs les vête- 
ments, selon la saison et la température des lieux. Il s'était 
borné ii prescrire quMls seraient de l'étofTe la plus commune 
dans le pays et la moins chère. Il n'en avait pas fixé la 
conleiir^ mais Tusage du noir avait été adopté et suivi géné- 
ralement, pour la cucuUe et le scapulaire, jusqu'au douzième 
»tele. A cette époque, la couleur blanche du froc fut intro- 
duite dans l'ordre de Citeaux , par une innovation dénuée 
de motife. Dès-lors, les bénédictins furent distingués on 
"loiiies Nocn et en moines blancs, et au nombre de ces der- 
niers, te trouvent aujourd'hui en France ceux de la Trappe. 
Or, cette diversité de couleur dans l'habit devint une source 
de division entre les religieux de l'ordre de C'uny et ceux de 
l'ordre de Citeaux, et spécialement entre Pierre-lc-Vénéra- 
We et saint Bernard , leurs deux célèbres chefs. Les moines 
i>bDC8 prétendaient être plus parfaits et plus estimables que 
^antres, et ils se proclamaient les restaurateurs de l'ob- 
ssnraiice régulière. Mais le digne abbé de Cluny leur répon- 
dit, avec raison, que ces pensées résultaient de l'orgueil et 
^renvie, et qu'elles faisaient perdre l'humilité et lachariié. 

S 3. Les moines avaient la têle toute rasée , à l'exception c S3, si 
^*W cercle complet de cheveux laissé, en manière de cou- '^•f *• •*• 
^oae, au-dessus des oreilles, et occupant les tempes, le 
'^'^t et rocciput. C'est de ce cercle capillaire qu'ils on* été 
'^gaés, dans quelques chartes du moyen ^ge, par le 
^Qiplenom de couronnés [coronatîj. L'empereur Justinien dans 
*^lois, et Grégoire de Tours à l'occasion de saint Cloud, 
^ de Clodomir, parlent déjà de celte tonsure comme ca- 
ractéristique de la profession des moines qui prenaient 
lluibit. Celle des ecclésiastiques de nos jours en est proba- 
biemeut an diminutif, en tire son origine, quoique quelques 

23 



354 HISTOIRE DE GI6IIT. 

auteui*s Tattribucnt à Tapôtre saint Pierre. Oa Ut que Tabbé 
de Saint-Étieiine de Dijon prescrivait, en 1500, il ses cha- 
noines réguliers , de porter de larges couronnes , afin de 
continuer l'ancienne coulume du monastère. 

A regard de la barbe, les moines se la i*asaicnt récipro- 
quement , tous les quinze ou vingt jours, excepté pendant 
le cai'éme ; et durant cette opération de toilette, on chantai 
des psaumes ou des antiennes. Au commencement du qua- 
torzième siècle, Tabbé de Cluny statua qu'à l'avenir la barlM 
serait faite à ses religieux par un barbier séculier plus ex 
pert qu'eux en cette partie, et auquel on alloua un traite- 
ment annuel de vingt livres tournois avec un habit. 

S 4. Le costume des moines de Gigny était certainemen 
le même que celui de tous les moines noirs de rordi*e d< 
Cluny, soumis à la règle de saint Benoit. On en a la preuve 
ri„'. 4. dans le portrait de l'illustre prieur Jean de la Grange, peini 
sur les vitraux de l'église de Saint-Denis de la Châtre à Paris 
et que nous a conservé le savant et infortuné historiei 
André Duchéne. Mais, avec le temps, la régularité deo 
costume y dégénéra comme ailleurs. L'historien Duaoi 
a écrit, en 1735, qu'au chœur nos religieux portaien 
l'habit des anciens bénédictins, et que, hors de l'église, il 
étaient revêtus de celui des prêtres séculiers, à l'exoep 
tion d'un scapulaire large de quatre doigts, sur le devao 
de leur soutane, et cousu k côté des boutons. Vingt année 
plus tard, en 1756, on a vu qu'ils disaient que ce peti 
scapulaire était la seule marque de leur état régulier. 

S 5. On trouve aujourd'hui ridicule ou du moins foi 
singulier le costume des moines, et on est porté à pense 
qu'ils ne l'avaient adopté que pour se distinguer et pou 
frapper les yeux du vulgaire d^t). Mais des auteurs grave 

(ili) Un fjobdeur du oommeDcement da Mixième ti^e dit» en pwUm d 
moines :•...... Fartât leges, k^bitusquê capes tunt 

Iiumetoêf rato speranifS verlica ccv/mh. 

Pauioe*. Zodiac. lY. itf. ay*. 




CBÀPiTRE LT. Art. 5. 355 

sontienncnt que ce costume était celui qui était usité an- 
ciennement par les pauvres gens, et que saint Benoit ne l'a 
prescrit à ses moines que par pur esprit de pauvreté et 
d'humilité. Ils disent qu'on ne peut douter que le linge de 
<»rps n'ait été inconnu aux malheureux de l'époque, ou du 
moins inusité pour eux, comme il l'est encore aujourd'hui 
^bez plusieurs peuples de l'Europe. Ils ajoutent que les 
«auteurs latins de l'antiquité, comme Horace, Columelle, 
Juvénal, Martial et autres, parlent de la tunique ou de la 
uculle comme d'un vêtement propre h la classe inférieure 
u peuple ; que cette cucuUe, qu'on croit être d'origine 
uloise plutôt que romaine, devint le manteau générale- 
ent usité dans toutes les classes de la société, durant le 
oyen Age ; que ce manteau porta alors les noms de cmUc, 
Jmpe, cape, capote, capot, capuce, capuchon^ coqueluchon et 
^ueUiche; que c'est même par ce dernier mot qu'on a 
ésigné la toux épidémique qui parut dans le quinzième 
iècle, parce qu'on recommandait aux malades d'avoir la 
^te cachée dans le coqueluchon de leur cuculle ; que dans 
3 même siècle, l'usage de ce vêtement cessa et qu'il resta 
s^Hilement propre aux moines ; que ceux-ci ne doivent donc 
X^sts être taxés d'originalité ou de singularité, pour avoir 
Sardé le costume ordinaire, que les autres hommes ont 
abandonné par esprit de mode; que c'est une nouvelle 
preuve du soin que l'Eglise a toujours mis à conserver les 
^œiens usages et les traditions primitives; etc.. Cependant 
3 faut reconnaître que le costume des moines est bien anté- 
rieur à saint Benoit , et qu'il n'était pas celui du vulgaire 
dans les premiers siècles, puisque les empereurs Théodose, 
Arcade, Honorius et Justinien ont défendu, sous les peines 
les plus graves, aux laïcs en général et aux comédiens en 
particulier, de se déguiser avec l'habit monacal. 

$ S. Le costume des anciens chanoines se rapprochait 
beaocoiip de celui des moines. La règle de saint Chrodeganç 



85C HISTOIRE DE GIGXT. 

lo.ur accordait par an une chape ou cueuUe, deux tiuiiques^ 
deux chemises et du cuir pour leur chaussure. Le concSe 
d'Aix-la-Chapelle de 816, en leur permetiani Tusage d« 
lioge, leur recommande d'éviter les deux extrêmes, la pt- 
rure et la négligence, rafiectation de propreté et la saleté. 

Article VI. — OoUre. — Hôtes. — Voyages des moines. 

S 1 . Ce fut sans doute la grande envie de rentrer dans le 
monde ou d'être sécularisés, qui fit dire aux moines de 
Cigny, en 1756, comme on a vu, qu'il n'y avait pas de traces 
qu'un cloîti*e y eût jamais existé. En effet, on en retroute 
même encore quelques-unes aujourd'hui, puisque la porte 
de ce cloître subsiste toujours à soir, puisque le petit che- 

pian N min au sud de la cour du monastère n'a été pratiqué pro- 
bablement que peu d'années avant la sécularisation, puis- 

id. e. que la porte au nord n'a été ouverte qu'en 179f, année 
où l'on établit aussi le sentier pour monter enti*e Téglise 

id. G. paroissiale et le cimetière. D'un autre cdté, ce cloître est 

c. iitf. positivement mentionné, en 1412, dans une de nos preuves, 
et la porte rouge du prieuré est citée, en 1546, dans un autre 

c. ts9. titre. Enfm, les qualifications de prieur clottrier et d*ofB- 
cicrs claustraux données de tout temps h quelques-uns des 
religieux ne permettent pas de douter de l'existence d'un 
ancien cloître. 

Celte enceinte comprenait non-seulement les maisons des 
moines, mais encore leur église, leur cimetière, celui des 
enfants ou de la paroisse, l'église paroissiale elle-même, 
avec tous les jardins et vergers. Il n'est pas certain que 

pun T. le château y fut aussi compris, car la maison des chantres 
composant le bas-chœur , démolie depuis 1760 , existait 
coniiguê, entre l'église prieurale et la maison du cham- 
brier, et isolait le château. Cependant, on appelait petile etmr 
cla istrale celle qui se trouvait k malin de cette maison , en 
montant au château, et grande cotir claustrak celle qui était k 



CHAPITRE LI. Art. 6. 3^7 

soir. Le mur de ville qui se dirigeait de la porle de Buis à P:<«n d. 
l'orient faisait sans doute la clôture méridionale du cloître. 

Dans rintérieur de celai-ci, conformément à la règle de '^^ ^^' 
saint Benott, était établie la fontaine où les eaux arrivaient 
cie la Sarrazine par des cors ou conduits souterrains placés pbn e. 
ïe long d'un petit chemin qui conduit à cette source. Ce n'est 
qu'en 1791 qne ce beau bassin a été transporté sur la place 
c^entrale du bourg, oii l'eau a été amenée plus directement. 

S â. Dans tous les couvents, la porte du cloître était 
^wrdée par un moine Agé, sage et discret,, pourvu de 
I. ''office de portkr^ et qui répondait aux pauvres et aux sur- 
^v^cnants. L'empereur Justinien prescrit déjà , avant saint 

noit, la plus grande vigilance à ce portier des moines et la c î3, ti. 
lôture la plus exacte des monastères. Les hôtes ou étrangers 
étaient reçus charitablement par lui. Il les menait 
Mïer à réglise; il les traitait avec toute l'honnêteté et l'huma- 
ité possibles. L'abbé ou le prieur les faisait même manger 
aà^ec lui dans la cuisine et à sa table séparée, et en leur coasi- 
d^âratlon, il pouvait augmenter les portions alimentaires des 
oines. Hais, au reste, personne ne parlait avec eux que le 
ligieux chargé de les recevoir. Ils ne logeaient point dans 
1^ cloître, mais au dehors, près de la porte du monastère , 
«ians l'appartement dit la maison des hôtes. D'ailleurs, il était 
^iéfendu de laisser entrer des femmes , à moins , dit-on, 
qu'elles ne fussent vieilles ou illustres. C'était même une 
règle générale que les couvents de femmes ne pouvaient 
être éubiis à une distance moindre de deux lieues de ceux 
<^^ hommes* Justinien, en 529, prescrit déjà, avec des dis- 
positions pénales, l'isolement rigoureux des monastères de 
^e différent. Tous ces règlements et usages sont observés 
Patf les bénédictins de nos jours à l'abbaye de la Trappe. 

S 3. Les moines étrangers étaient également reçus avec 
Witaiité dans les monastères de l'ordre de Guny. On les 
logeait dans on dortoir séparé, et des frères bien instruits 



3o8 HISTOIRE DE GIGNT. 

élaient désignés pour les recevoir et leur parler. Maisi dans 
les couvents de Tordre de Citeaux, on ne recevait que tas 
moines de Tordre et nullement les moines noirs. Cette exclu- 
sion amena encore une controverse entre saint Bernard et 
Ficrre-le-Yénérablc. Elle fournit à ce dernier une nouvelle 
occasion dédire aux moines blancs^ dans des lettres pleiaet 
d'onction et de pathétique, qu'ils manquaient k la charité 
et à lliumanitë. 

On gardait le moine étranger, tant qu'il voulait rester; on 
recevait même ses avis, et, si on était édifié de sa conduite, 
on le priait de demeurer dans le monastère. Hais, au reste,- 
on ne le recevait définitivement que du consentement de son 
abbé ou supérieur. 

S 4. Les moines ne pouvaient pas sortir, sans permission, 
de Tenclos du monastère. S'ils étaient envoyés au dehors , ils 
ne voyageaient pas seuls et devaient rentrer an doitre avaH 
la nuit, s'il était possible, sinon ne loger que dans d'autres 
couvents. S'ils étaient absolument forcés de prendre quel- 
que repas hors de ceux-ci, il leur était défendu d'accepter 
ni vin ni viande. Il leur était aussi interdit de prendre aucn 
repas dehors , lorsqu'ils pouvaient rentrer avant le coucher 
du soleil. En route, on leur ordonnait de porter ostensible- 
ment Thabit monastique, même à cheval; et ils devaient 
réciter, autant que possible, leur office aux heures accoo- 
tumées. Enfin, après être rentrés, il leur était défendu do 
rien dire de ce qu'ils avaient appris. 

Les moines en voyage qui n'étaient pas porteurs d'une 
espèce de passeport, c'est-à-dire, d'une permission par écrit 
de leur abbé ou prieur, pouvaient être arrêtés, mis en prison, 
et reconduits , de monastère en monastère , dans le leur , 
pour y être punis , selon leur règle , comme vagabonds, 
apostats ou renégats. Les lois romaines du cinquième et du 
sixième siècles avaient d'abord puni les moines déserteiin 
de quelques peines pécuniaires et de l'enrôlement militaii^, 



CHAPITRE LV. Art. 7. 359 

niais Temperenr Lëon, en Fan 900 environ, ordonna leur 

rëintégration dans le cloître. 

S 5. Les anciens chanoines vivaient aussi dans un cloître 
bien fermé et gardé par un portier, mais ils avaient la liberté 
de sortir de jour. Ils devaient seulement rentrer au son du 
€M)uvre-fea, à six heures en été et k huit heures en hiver, 
pour chanter les compiles et prendre le repas du soir. La 
porte du clottre était dès-lors exactement fermée. 

Article' VU. — Vie commune. 

S 1. La pratique de la vie commune est plus ancienne que 
le christianisme lui-même, puisque les disciples de Pytha- 
Sore robservaient déjà, mettant tous leurs biens en commun 
ot vivant inséparablement en société, d'où ils ont été nommés 
c-Snobkes, Les pythagoriciens observant aussi le silence, 
a^insi que l'obéissance absolue et l'abstinence de la viande , 
du vin et même du mariage, comme les moines chrétiens 
ont fait par la suite, il est à croire que ceux-ci n'ont fait 
Q n'imiter les sectateurs de l'ancien philosophe. Ce dernier 
^vait peut-être emprunté lui-même ce genre de vie des 
^x^oines indiens qu'il avait fréquentés. On peut aussi présu*' 
>Uer raisonnablement que , chez les Juifs, les thérapeutes 
^ont parle Philon dans les premières années de l'ère chré- 
tienne, et les essénicns dont parle l'historien Josephe, 
^'étaient que des espèces de pythagoriciens ou imitateurs 
^os Indiens, car ils menaient une vie tout-h-fait cénobitique. 
S 2. La vie commune devint d'une obligation rigoureuse 
^ans les monastères, et tandis que saint Benoit en fit un arr- 
licle de sa règle, Justinien à la même époque en fit un article 
de loi (*^). En conséquence, les moines habitaient en com- 

(lU) Dudaa qnidtm tcripniBiit oonUttolianem Tolantrai Ai mmiiitndinê 
***>tntêi m»mmthoiim€omtnunê 4eg§re^ sttmdum quod yoemfur eantobêomm 
^'•K^ï a «#fâi# pro/nHm htéerê hMltteulm ; m çn» stébMénIiM camifrégmrÉ ma^ua 
**<•« hiêtë $im têêtimmnio ; Sêd eommtmiter ^uidêm ipsos —mêàèra s dormir ê 



3C0 UISTOIRE DE GIGNT. 

m un dans le même cloitœ, couchaient tous dans un seul et 
racine dortoir, usaient des mêmes aliments , prenaient en» 
semble leurs repas dans le réfectoire, déposaient leurs habiCs 
dans un vestiaire mis k la garde de l'abbé ou du chambrière 
mais k l'usage de tous, etc... 

Tous les meubles et même les moindres pbjets» tels qn'an 
livre, une tablette, un stylet k écrire, un couteau » etc., 
étaient aussi en commun; mais il y en avait un état ou mé? 
moire entre les mains de l'abbé, pour qu'aucun ne vhit k se 
perdre. 

Les religieux ne pouvaient point non plus avoir d'argent 
ou de pécule en propre, sous peine d'excommunication et 
de privation de sépulture commune, ainsi que de prières 
après la mort. L'abbé négligent sur ce point de discipline 
encourrait la peine de la déposition. Ce ne Ait qu'en 1308 
que l'abbé de Cluny alloua, par ses nouveaux statuts, nue 
modique somme en propre aux fonctionnaires claustraux* 

S 3. Il est déjk dit, dans le concordat fait, en 1554, entre 
le prieur de Gigny et ses religieux, que depuis long-tcmpi 
ceux-ci vivaient séparément. Deux siècles après, en 1755, 
ces moines répétaient que, depuis une époque immémoriale, 
ils vivaient en leur particulier, comme des prêtres séculiers. 
Cependant, Bernon leur avait recommandé avec instance, 
c ^2 dans son testament, de continuer k vivi*e en commun dani 
le mépris de la propriété privée. Ainsi, on ne peut douter 
que la vie commune n'ait été pratiquée dans ce monastère. 
D'ailleurs, c'est k cause de ce genre de vie qu'on avait établi 
des officiers claustraux désignés sous les noms de chambrier, 
ccUérier, pitancier, réfecturier, infirmier et ouvrier. On 
ignore l'époque précise k laquelle la vie commune a cessé 
d'y être en usage, mais on peut présumer avec raison qnc 
deux atteintes graves lui ont été portées dans le quatorzième 

'ffero omnês in conununê i ethoêtstmm stctari vitam; etc. NOVBLL. il3.pnrf 

fc • • • T 



CHAPITRE LV. Art. 8. 361 

et dans le quinzièine siècle. La première résulta de l'alloca*- 
tkm déjà mentiooDëe d'ane certaine somme en propre, que 
l'abbé de Gluny permit, en 1308, en faveur des officiers 
claustraux de son ordre religieux. Et en effet, on voit qu'en 
1336, l'aumdnier de Gigny était déjh doté du prieui^é de 
Ihynal; qu'à la même époque, ou un peu plus tard , le 
chambrier fut doté de celui de Cbàtel-Chevreau. Il en 
résulta donc une séparation et un démembrement des reve- 
008 du monastère, et par suite l'inégalité fut introduite 
parmi les religieux. La seconde atteinte, plus grave encore , 
résulta de la mise en commende opérée en 1473, d'où sé- 
paration de la mense du prieur commcndataire d'avec la 
oieose capitulaire. 

S 4. Les anciens chanoines suivaient aussi la vie commune^ 
do moins généralement , jusqu'au douzième et au treizième 
siècle. Hais ils conservaient leur patrimoine, avaient des re- 
veous en propre, possédaient des biens meubles et immeu- 
l>les, pouvaient en disposer et en recueillir par donation ou 
toccession, étaient habiles h posséder des cures ou bénéfices 
^ charge d'ames, etc... 

AtTicLB VIIL — Aliments. — Boi$sans. — Réfectoire. — Jeûnes. 

S 1. Dans le principe, et pendant bien des siècles, les 
ntoines bénédictins vécurent très sobrement et furent loin 
de Diériter la réputation de gourmandise qu'on leur a faite 
P>r la suite. 

Leurs aliments ne consistaient qu'en une livre (i^^ de pain 

(il3) Oq ■ beaacoup discati tur la Taleur de la livré de taint Benoit. Bien 
^Itaiont pensé que c*était la lÎTre de douxe oncea seule usitée en Italie, ta 
^'^ Ccat aoaai poor cela qn*aa{ourd*hni Ita bénédictine de la Trappe, qui 
*^*Wiit rifmimiaeinent la rfeffe primitiTC^ ne mangent que douse oncea de 
P*i*pir|oiir, «Tcc nn sopplément s*il eat jugé néceaaair*. Cependant* d*aalrca 
*^>«i ti^ gnTea, tels que Mabilton, Calmelt Grappin, etc.» {agent qnc saint 
""^ a été rioTcntettr et rinstilolenr de la Une de seisc onrest et qnc c*cst 



363 HISTOIRE DB GIGMT. 

par jour, des herbes cuites, quelques fruits, et surtout de 
fèves ou autres légumes préparés principalement en pure 
ou bouillie. On ajoutait de la graisse kces herbes et lé gumei 
ou bien on les faisait cuire avec du lard qu'on y exprilnt 
ensuite. On retranchait cette graisse tous les vendredis i 
l'année, et tous les jours pendant la dernière semaine i 
TAvent, comme aussi depuis la Septuagésime jusqu'à Pâqoe 
La viande des quadrupèdes n'était permise qu'en cas de flu 
ladie, et celle des vobilles, pendant quatre jours seulement 
aux fêtes de Noël et de P&ques. Le poisson était résen 
pour le dimanche et le jeudi (^^). Les œufs et le fronuf 
accordés par la suite étaient retranchés pendant le carén 
depuis la Quinquagésime. Enfin, le vendredi saint , on i 
mangeait que du pain et des herbes crues. 

Au reste , Tabbé ou le prieur, obligé de manger avec h 
moines et do vivre à la table commune , pouvait augmenH 
la portion d*aliments, en cas de travail extraordinaire. Il a' 
tait pas permis de rien manger hors des repas réguliers, 
après compiles, quelque besoin qu'on éprouvât. On poavi 
seulement boire de l'eau , même en carême. 

de celle-ci qa*il est queslinn d:ins m rë§Ie. L*argninent le |>lus graTe en fr* 
de cette opinion, se tire de ce que Pierre Damieo, «uteur mort en 107», m 
que celte livre pesait tieuf œufs de poule. An effet, le poids moyen d*an mwi 
diuaire étant d*uDe once et trois quarts, les neuf pèsent presque teise oac 
tandis qne pour n^équÎTiIoir qn*à douce onces, l*oeuf ne devrait peser moj 
ncment qu'nne once et tiers, ce qni a*eit pas. D*aiUears, une livre de pals 
seize onces était déjà bien peu suffisante pour alimenter, même en Italie^ 1 
personne livrée aux tiavaux pénibles de l*agt iculture. Les ouvriers en FrH 
qui n'usent d'aucun autre aliment mangent jusqu'à trois, quatre et même c 
livres de psint 

(184) La riviëre de Suran, dont la pèdie appartenait à Tabbaye de Gignj, lie 
niltait aoxxdigîeux le poisson nécessaire. Ils avaient en outre les trois éH 
pi-ës de.6raye, établis probablement par eux après récbange de 1 af 4, et «B< 
rétang de Monnctay, construit plus tard et appelé KovtlUtan pour ce mo 

plus lei étangs dn Villart et celui de Vérla» donné en laSI par Hombarf 

Buenc 



CHAPITRE LV. Art. 8. 363 

s 2. L'esiu était la bwuon ordinaire des moines ; cepen- 
dant saint Benoit leur avait accordé la permission de boire 
da vin » à la quantité d'une hémine (^^^ par jour» même 
daYantage en raison du travail et de la chaleur, tout en ap- 
prouvant et en louant ceux qui pouvaient s'en passer. On 
permit ensuite la double quantité de bière, dans les paysoii 
le vin n'était pas usité. D'ailleurs , il était expressément 
défendu de boire de l'hypocras ou vin épicé mêlé de miel. 

S 3. Les bénédictins prenaient leurs repas dans un réfeC" 
im conunun, et le soin de ces repas occupait trois officiers 
cJanstraux, le réfecturier, le celiérier et le pitancier, outre 
que chaque moine faisait la cuisine à son tour pendant une 
semaine. On voit que ces officiers existaient dans le prieuré 
de Gigny dès le treizième et le quatorzième siècle, et leur 
existence prouve, comme on l'a dit , que la vie commune du 
cloitre et du réfectoire y était autrefois pratiquée , nonob- 
stant l'assertion contraire des derniers religieux réguliers. 

bans les couvents , on ne faisait que deux repas ; on dinait 
^midi et on soupait le soir, constamment de jour. Depuis 
Ib 13 septembre jusqu'au carême , on jeûnait et on ne 
oiangeait qu'a trois heures, ainsi que tous les mercredis et 
vendredis de l'année. Pendant le carême on jeûnait aussi et 
on ne prenait qu'un repas qui avait lieu le soir. 

Dorant tous les repas, on faisait des lectures -pieuses , et c. is. 
chaque semaine, on choisissait pour lecteur le moine le plus 
Sï^te. 

S 4. La règle hygiénique que saint Benoit avait donnée h 
ses nu>ines était dure à observer. Elle l'était peut-être trop 
pour la nature humainc,quoiqu'elle soit à peu près suivie au- 
joard'hui , sans inconvénients et même avec avantage pour 

UIS) L*kéiBiii« de TÎn ett érala^e k trois Terréet pir quelques «nteurst à 
Mmmb par d*MitTes» à dooze onces per Ltneelol, à dfs-hnit onoei pn Bfs- 
^^ Sdim «tUe donière appréciiUoDy Tliéaifau 4qmviiidndt ■« ànat tiers 
'toiitrei 



364 HISTOIRE DE GIGNT. 

la santé , aux monastères de la Trappe. Sa pratique dendi 
surtout être pénible pour les nobles religieux de Gigny, qui 
avaient été élevés avec sensualité dans les chftteaux de leiin 
pères. Aussi !es bénédictins n'ont-îls pas toujours observa 
exactement cette règle , et des réformes sont-elles dcvenuei 
successivement nécessaires. On voit par des lettres de saitt 
Bernard et de Pierrc-le-Yénérable, que, déjà dans le douziën 
siècle, la discipline s'était beaucoup relâchée. On ftat dom 
obligé d'en venir à des modifications indulgentes. 

Au milieu du treizième siècle, l'abbé de l'IsIe-Baiiie. 
visiteur député par le chapitre des abbés de la province d( 
Lyon , introduisit dans son abbaye l'usage de manger de ta 
viande les dimanche, mardi et jeudi de chaque semaine, il 
la même époque , ce régime pénétra aussi dans l'abbaye é 
Flavigny, pour deux jours hebdomadaires seulement. Ce h 
encore dans le même temps que les moines de Tournas 
n'ayant pour pitance qu'une portion detfromageet trois oeoC 
par jour, l'abbé reconnut l'insufnsance de cette alimentatkM 
et leur accorda un supplément. En conséquence , ils obtin 
rent dès-lors un potage, un quarteron ou quartier de fromage 
et cinq œufs ou leur équivalent en poisson pour le diner 
plus trois (Tufs ou leur équivalent pour le souper. Quelque 
années plus tard, cet abbé introduisit aussi l'usage de I 
viande dans son monastère, à l'imitation de Tabbé de l'Islfl 
Barbe , de sorte que les religieux de Tournus eurent, jusqa* 
leur sécularisation, en 1623, une ration de viande les dl 
manche, mardi et jeudi , tandis que , les quatre autres jours 
ils eurent comme précédemment le potage , les œufs et ■ 
fromage. 

Ainsi donc , c*est au milieu du treizième siècle que le 
moines béuédiclins commencèrent à manger de lu viande. - 
la fin de ce même siècle, en 1280^ l'abbé de Cluny introduis 
dans son ordre l'usage de boire du v'm pur dans les féli 
solennelles des saints abbés de Cluny et de sainte Marie 



CHAPITRE LY. Aft. 9. 965 

Magdeleine , comme aussi lors des runéraillcs d'un moine, 
lions verrons bicntôl aussi une donation faite pour un anni- 
versaire , en 1339, k notice prieuré de Chûteau-sur-Salins , 
ï la condition que, le jour de cet anniversaire , le prieur 
donnerait h ses moines une pitance extraordinaire et sur- 
tout du bon vin. EnQn , un demi-siècle plus tard , un autre 
abbé de Quny permit aux religieux d'en boire tous les jours 
delà semaine, excepté le vendredi. Cependant, quelques 
moines scrupuleux se soumettant avec peine ii ces infractions 
nombreuses de la règle , on obtint , en 1414 , une bulle du 
pape Jean XXIII, qui soulagea les consciences, en déclarant 
qu'il était licite à tous les moines de Tordre de Ciuny, d'user 
de viande , de potages gras et d'œufs. 

S 5. Les chanoines réguliers prenaient aussi , comme les 
moines, deux repas dans un réfectoire commun; mais ils 
"Vivaient mieux. Ils mangeaient de la viande tous les jours 
<)e l'année , à l'exception du mercredi et du vendredi et k 
l'exception encore des deux carêmes et des autres jours de 
jeûne. Ils buvaient suffisamment de vin ou de bière; ils 
disaient d'œufs, de fromage , de harengs ou de poissons, en 
tOQt temps , etc« 

Art. IX. — Lits. — Dortoir. 

Il n'y avait pas plus de sensualité dans les lits des moines 

<iue dans leurs aliments. Ces lits, placés dans un dortoir 

^Qimun, nullement divisé en cellules distinctes, neconsis- 

^ient qu'en une paillasse piquée, un drap de serge, un 

«hevet et une couverture unicolorc , sans rideaux. Ceux des 

^ppisles de nos jours sont peut-être encore plus durs, 

^ ne consistent, pour ainsi dire , qu'en une table ou une 

pbnche. Chaque moine avait son lit ou il couchait 

^t habillé » avec sa ceinture de cuir ou de corde » afin 

<>'tee toujours prêt à se lever pour aller h l'office de matines; 



366 HISTOtlB DE «IGIIT. 

mats il se couchait sans coateau , de peur de se blesser 
dormant. Les anciens moines , et même l'abbë , conchaien"^ 

également dans le dortoir commun , âTec les jeunes religieux 

On y observait le plus grand silence et on se surveillait 
ciproquement. Une lampe y éclairait toute la nuit , pour fa 
cilîter cette surveillance , et Pierre-le-Vénérable s'écriait 
dans sa pieuse sollicitude , qu'il follait plutôt aller cherche 
la lampe de l'église que de laisser le dortoir sans lumiè 
Les chanoines réguliers couchaient également dans un d 
toir commun , où régnait aussi le plus grand silence. 

Art. X. — Bam. — Saignées. 

La privation de chemises et de draps de lits en toile , 
de linge proprement dit , nécessitait des soins de propr^^ 
dans les monastères. C'est sans doute pour cette raison (c; « 
les cénobites prenaient régulièrement des bains, notammi 
avant Noël et avant Pâques. Us se huaient aussi les pkds 
uns aux autres, surtout en carême, en chantint des antienne 
Ce dernier usage continue de nos jours h la Trappe chac^"* 
samedi ; mais celui des grands bains réguliers n'y est po- 
pratiqué, et cependant , dit-on , les trappistes ne sont 
plus afTeciés de maladies cutanées que les personnes 
perlent du linge. 

Quant aux saignées ou minutions qu'on pratiquait tons 1^ 
mois , elles avaient sans doute pour but de calmer, répnrmrÈ^ 
et prévenir les désirs vénériens. Elles y coopéraient ave^:^ ^ 
jeûne , l'abstinence , le travail, les privations de toute esp^<^ 
et les nombreuses pratiques de mortification. Elles étai^^^ 
usitées aussi dans les abbayes de chanoines réguliers, car <>' 
voit que les abbés de celle de Saint-Étienne de Dgon , M<^ 
de leur installation , promettaient par serment , dans le qi'^ 
lorziôme siècle , en faveur des chanoines , de satisfaire k I^or 
droit de saignées (fUbotanms)^ comme k celui de vêtements. 



CHÀPiTEELV. Art* 12. 367 

à celui de pitance « etc. Ces saipiées étaient un des services 
réclamés du chirurgien prébende du monastère « lequel 
existait k Gigny comme ailleura. 

Art. XL — Maladies. 

Dans les établissements religieux il y avait une chambre 
particulière , nommée mfirmene, pour les malades. L'un des 
frères , désigné sous le nom d'infirmier^ en avait un soin 
spécial , et leur fournissait le bouillon , la viande , le vin et 
le pain convenables, tandisque le médecin ou chirurgien du 
couvent leur donnait les secours de son art. Au reste, la ré- 
gularité du régime de vie^ Tabstinence du vin et de la viande, 
la sobriété et un travail modéré rendaient les maladies rares 
chez les moines. Il en est de même de nos jours h la Trappe, 
où, très rarement malades, ils atteignent une grande lon- 
gévité. Ils y ont même été jusqu'à présent inaccessibles aux 
épidémies graves qui ont dépeuplé le voisinage de leur 
cloître, notamment au choléra ^^^K 

Les moines malades et convalescents portaient un bâton 
k la main , comme indice de leur état. 

Quelques cénobites, selon saint Bernard , simulaient des 
maladies pour entrer à riufirmerie , dans le seul but d'y 
manger de la viande , d'y boire du vin , et de satisfaire ainsi 
leur gourmandise. 

Art. XII. — Travail. 
Si. Saint Benoit a été loué avec raison, pour avoir 

Ul€) Ko l'année 1817, de funeste mémoire pour la Fiunche-Comté, U Bretie 
*(UBa|Bj, U n*y eut foint-deBaladiti régnantee et tt^ peu de aaladiea apo- 
>*4iqpMi. La aobriété» réavltat forcé d'une fanine inouïe, em fol oertainoBont la 
C"Ma prmdpelo. Le peuple me ae loutint. pendant aept 00 hait moia» qa» de 
^N(iaiaaliac&ti Curinenz inauftsanti^ et de tubataacet herbicéeii mbs 
^^««tiildevla. 



368 HISTOIRB DE GIGIIT. 

prescrit le travail aux moines de l'occident et ne les srol 
pas livrés à la vie contemplative et ascétique de ceux de l'c 
rient. Ce saint législateur dit même qu'ils ne sont véritnM 
ment moines que quand ils vivent du travail de leurs maiui 
C'est à ce précepte salutaire , propre k prévenir les sniu 
du désœuvrement, généralisé dix ans plus tard par Justiniei 
et pratiqué de nos jours par les trappistes, qu'on a dû le A 
fl-ichement des bois, l'assainissement des marais, le peupl 
ment des déserts, le perfectionnement de ragriculture, 1 
conservation des livres grecs et latins, et par suite la civilisi 
tion des peuples sau>^ges. 

Les moines , selon la règle , devaient travailler, de leu 
propres mains, durant sept heures par jour, réparties ain 
qu'il suit : en été, c'est-h-dire depuis Pâques au 1.*' <» 
tobi*e , ils commençaient à travailler à six heures du matii 
rentraient au monastère k dix ; vaquaient à la lecture pe 
dantdeux heures, dînaient ii midi , se reposaient ensuite m 
leurs lits, en gardant le silence ou en Taisant encore u 
lecture ; récitaiont l'office de none par avance, à une hea 
après midi ; puis retournaient au travail des champs j«i 
qu'au soir. Ceux qui travaillaient trop loin pour se rend 
à l'oratoire aux heures marquées , se mettaient h genoux i 
récitaient leurs prières dans les lieux oii ils se trouvaienl 
En hiver, c'est-à-dire depuis le !.«' octobre à Pûques, te 
sept heures de travail étaient occupées sans interruption. En 
toute saison, on chantait des psaumes en allant et en reie- 
nant, même en travaillant. 

L'abbé n'était pas phis exempt du travail que les moines, 
et il imposait h chacun son genre d'occupation, au lieu de le 
laisser choisir. Ceux même qui sa\*aient des métiers ne pou- 
vaient les exercer qu'avec sa permission. Un doyen éiaii 
établi pour suneiller le tra%'ail de dix moines. Les ouTragei 
les plus faciles étaient donnés de préférence aux plus faiMe 
ou plus délicats. Le travail était plus modéré les jours di 



CHAPITRE LY. Art. 12. S69 

jeûne y et en carême 11 unissait k trois lieures. Si on 
Tendait quelque ouvrage provenant du travail des mains, 
on le donnait h meilleur marché que ne le donnaient les 
artisans séculiers , sans rien retenir en fhiude du mona- 
stère. 

S â. Les moines bénédictins qui, dans le principe, n'étaient 
pas prêtres, mais simples manonvriers laïcs , étaient surtout 
occupés aux travaux de l'agriculture et de l'économie nirale, 
au défrichement des bois et des terrains vagues , ainsi qu'au 
jardinage , à la boulangerie , k la cuisine et autres emplois 
de l'économie domestique du cloître. Dans le huitième siècle, 
ils continuaient h se livrer aux mêmes occupations , comme 
on le voit dans les écrits du vénérable Bède et de saint Bo- 
niface ; mais , un siècle plus tard, le travail des mains tomba 
en désuétude ou cessa peu k peu. Les moines n'étaient plus 
admis dans les cloîtres qu'avec un certain degré d'instruc- 
tion , et la plupart étaient prêtres ou liés aux ordres sacrés. 
On regarda donc le travail manuel comme dérogeant h Tin- 
struction et au sacerdoce, d'autant mieux que les bois et les 
terrains vagues du voisinage des couvents étaient défrichés 
et plus ou moins peuplés. Aussi , dès le onzième siècle , on 
voit que les moines ii Cluny n'exerçaient déjà plus de travaux 
manuds que dans l'intérieur de l'abbaye , comme ceux de 
cultiver le jardin , de pétrir le pain , d'écosser des fèves ou 
de ûiire les hosties ou le pain sacré. 

Il n'est donc pas k croire que le travail manuel ait jamais 

été pratiqué, selon la règle de saint Benoît, dans l'abbaye de 

Gigny, puisqu'elle n'a été fondée que sur la fin du neuvième 

siècle. D'un autre cdté , Bernon n'en parle point dans son 

testament, ne le recommande pas à ses disciples, et on ne 

peut guères présumer que les mains des UQbles cénobites 

qui la peupbient aient jamais tenu la charrue ou la houe. Si 

cependant la règle y a été quelquefois suivie en ce sens , il est 

probable que les religieux s'occupaient principalement de la 



Pl.-I> t. 



376 MUrOlHft Dft •16NT. 

ruliure de leurs belles coitdam'me»^ doDt Tune était tOHl4i-Adt 
coiitigué 21 leor'cloitrc. 

S 3. Dans le douzième siècle, Pierre-le-TénëraMe essaie 
de rétablir il Cluny, du moins en partie et autant que possi- 
Me , comme il le dit , le travail des mains. A l'imitation de 
saint Ferréol , il conseille à ceux qui ne peuvent s'occuper 
des travaux des champs, de se livrer à ceux des arts méci-- 
niques, comme du tonnelier, du tourneur, du taUetîer, etc. 
Pour combattre davantage Voimeté, ennemk de Pâme, il leur 
i*ecommande aussi les travaux de l'esprit , Fëtude , la lecture» 
récriture , etc. C'est l'exécution de ce sage précepte qui x 
conservé les livres de l'antiquité , k travers les ténèbres dv 
moyen âge , parce que la transcription des vieux manuscrits 
était une des occupations principales des moines bénédictins- 
Pour suppléer encore au travail des mains , on ajouta des 
psaumes à toutes les heures de l'office. 

Quant aux chanoines , même réguliers, ils n'onrt jaBuris 
été assujettis aux travaux manuels. 



Art. XIII. — Tadtumili. — SSence. 



€. n, k'>. 



Le silence était rigoureusement observé dans les anciens 
monastères de Bénédictins, tel qu'il l'est aujourd'hui dans 
ceux de la Trappe, et ce fut même l'une des pratiques qd 
s'y conservèrent le mieux. Elle avait pour but d'empêcher 
i('s calomnies, les médisances, les bouffonneries, les injures 
et les discoui*s oiseux ou impertinents. Prescrite par saint 
Benoit, recommandée par Bemon, dans son testament, elle 
éiait toujours exactement suivie dans les onzième et douzième 
siècles. 

Les moines ne parlaient aucunement en certains lieux» 
comme k la cuisine, au réfectoire, au dortoir, à l'infirmerie, 
à l'église et à la chambre des novices; ni en certains temps, 
gamme de nuit, après Compiles, pendant le carême et duraul 



CHAPITRE LY. Art. 14. 371 

I 

les octaves de Noël et de Pûques. Eo tous autres lieu et tous 
autres temps, ils ne pouvaient parler qu*ii certaines heures, 
savoir, de six h neuf du matln,^t de trois après midi au 
coucher du soleil. Lorsqu'ils étaient obligés de se faire com-. 
prendre» dansles circonstances où le silence était de rigueur, 
ils s'interrogeaient et se répondaient par signes comme les 
muets. Le silence n'était observé par les chanoines réguliers 
que depuis Compiles au lendemain matin après Prime. 

Ait. XIV, — Office Hm. — CoUatUms. — Me$$es. — Confession. 

S 1. Les bénédictins passaient une grande partie de leur c 13. 
temps, occupés à la prière et à la psalmodie ; ce sont même 
eux qui ont réglé l'ofSce divin tel que TÉglise Ta adopté dé- 
^itivement. Ils devaient réciter VOffice de saint Benoit et le 
hrhkàre spécial de V ordre de Cluny ; mais, dans quelques mo- 
nastères et notamment dans celui de Gigny, ils suivaient le 
rit, le missel et le bréviaire romains. Il y avait, pour les fêtes, 
vn office plus solennel qu'on appelait office pUnier. 

Depuis le l.*' novembre jusqu'à Pâques, les moines se le- 
vaient ^ deux heures du matin ou même à minuit, allaient 
^ Véglisè, chantaient d'abord les Nocturnes ou Matines, puis 
^Laudes k la pointe du jour seulement. Dans l'intervalle 
de ces deux parties de l'ofDce, on fai^it des lectures de piété, 
on méditait, ou bien on apprenait par cœur des psaumes, et 
^ n'est que dans les derniers temps que ces deux offices noc- 
tnmesontété réunis. En été, c'est-à-dire, depuis Pâques au 
l** novembre, l'office était moins long, h cause de la briè- 
veté de la nuit Bien plus, k Cluny et probablement aussi k 
Gigny, lors de la fête de saint Pierre au 29 juin, les matines 
comoiençaient et finissaient de jour, de sorte qu'on ne dor- 
miitpts. 

A six bevres du matin, qui étaient la première heure du 
joar équinoxial, on psalmodiait l'offlct de iVîm^, à neuf 



^72 HISTOIRE DE GIGNY. 

heures relui de Tierce, h midi celui àeSexU, ù iroU Iiean 
celui de None, au soleil couchant celui de Vêpres, et à l'ei 
irée de la nuit celui de Complks, ou le complément de Vc 
fice. 

Dans les derniers temps de Tabbaye de Baume» on y din 
les matines ii trois heures en été, et k quatre heures eo hhe 
Les Hioînes deGigny étaient plus paresseux. Ils déclarèm 
en 1760, que, depuis un temps immémorial, l'office des m 
tines y était psalmodié à six heures et demie en toute a 
son, et celui de prime, tierce, sexte et none, immédiateoMi 
après, avec distribution de quatre sols à chaque religiei 
qui y assistait. L'office de vêpres et de compiles qui an 
lieu k trois heures et demie, était suivi d'une semblable di 
tribution. Le produit des absences tournait au profit de 
mense capitulairc» et non des moines présents. 

S 2. On chantait anciennement Voffice deboutj sans biti 
pour s'appuyer, à moins d'infirmité ou de faiblesse. Mai 
cet usage, toujours suivi h la Trappe, cessa de bonne beo 
d'élre rigoureusement observé, car on Ht qu'en f 06S, i 
i*eprochait déjà aux moines de s'asseoir pendant l'office. ( 
accorda donc, par indulgence, le&StaUes qui se lèvent et s' 
baissent h volonté. Leur appui, en cul de lampe, s'appel 
patience, indulgence, miscricerde^ parce qu'il n*a été permis qi 
par compassion. 

Le psautier devsût être récité tout entier dans la semaii 
au moins. Hais, il est difficile de croire que, du temps i 
^ Bemon, on récitât 138 psaumes en 24 heures, comme il i 

dit dans une légende contemporaine. Ce qui est certain, c*€ 
que l'office des moines était beaucoup plustong que celai d 
ecclésiastiques de nos jours. 

S 3. En certains temps, dans les monastères, on faiss 
avant compiles des conférences spirituelles qu'on appefa 
coUaiions, lesquelles avaient surtout lieu en temps de jeûne 
depuis le commencement de TAvent, jusqu'au jeudi saii 



<: i:i 



CVÀFITIIE LT. Art. li. 373 

Le dernier moiue reçu y faisait des lectures tirées de l'his- 
toire sainte ou des livres de morale religieuse. Après ces 
conférences, on permit d'abord de boire de l'eau, puis du 
Tin, piris le meilleur de la cave; on permit encore de manger 
des flralls et des g&teanx; enfin, elles dégénérèrent eu abus, 
ce qni les It supprimer en quelques lieux, notamment en 
fabbàye d'Auxerre, dans le milieu du seizième siècle. C'est 
de là qu'on a donné le nom de œllation au léger repas du 
loir que prennent ceux qui jeûnent. 

S 4. n y en a qui présument que les moines n'entendaient 
la meite que le dimanche. Cependant la règle prescrivait 
nne messe matutinale quotidienne dans les monastères, 
avant d'aller au travail, c'était la mense conventuelle. Une se- 
conde fdt spécialement instituée dans l'ordre de Cluny, c'était 
l2L Messe de Notre-Dame. Or, ces deux messes sont déjh men- 
tionnées en usage du temps de Bcrnon, dans une de nos 
anciennes légendes. On les célébrait toutes les deux ii Gigny, 
«haque jour, l'une basse, k sept hcvrcs, après l'office de 
matines et prime; la seconde, dite grand'messe, à dix heures, 
après l'office de tierce. Selon le règlement de 1266, on au- c m. 
rait même dû y célébrer trois grand'messcs à notes, mais ce 
riment était tombé en désuétude depuis long-temps. Les 
religieux qui assistaient à la grand'messe de dix heures rece- 
laient chacun quatre sols de distribution, comme pour l'as- 
tistance à matines et k vêpres. Outre ces deux messes, il 
derait s'en célébrer beaucoup d'autres h Gigny, par suite de 
fondations faites en diCTérents temps, et dont il a été parlé au 
paragraphe 7 du chapitre XLYI ci-devant. Leur nombre s'é- 
fevait k 125 par an, et on peut lire ce qui en a été dit. On 
Ratera seulement ici, qu'avantla sécularisation, on célébrait 
encore à l'église prieurale : 1.* une messe basse k l'autel 
^^ rosaire, le lundi de chaque mois ; 2.* une grand'messe, k 
^ ckipellede saint Taurin, pour le repos du prieur Chatard, 
'Mdateiir, le hindi aprèis l'octave de \tk Toussaint, laquelle 



I 



3?^ HISTOIRE BE GIGXT. 

éiait précéilrf , la veille, des vêpres des morts, el le jour, de 
psaaines p<Miiieiitiaux, et était suivie de Tabsoute des morU 
3.* d'autres messes en l'honneur de saint Taurin etdesacM 
frérie, desquelles nous parlerons ailleurs ; 4.* les moiM 
faisaient une procession autour de réglise, en chaotaol k 
litanies de la Vierge et un De profimdii, le premier dimaneh 
de chaque mois, et lors des fêtes principales de l'année et d 
celles de la Vierge. 

Quant aux fêtes chômées particulièrement dans les mon 
stères bénédictins, voici celles qui sont indiquées dans le ht 
viaire monastique de l'ordre de Quny, publié en 1686; 1 
celles de saint Benoit au 21 mars et 1 1 juillet, sons le f 
solennel nuyeur; 2.* celles de saint Hugues au 29 avril, < 
de saint Pierre et saint Paul au 29 juin, sous le rit soleaai 
mineur; 3.® celles de saint Haur au 15 janvier, de saîi 
Paul au 25 du même mois, de saint Hathias au 24 févriei 
de saint Mayeul au 11 mai, et desaintOdon au 18 novembn 
comme fêtes majeures; 4.<' enfin, celles de saint Odilon a 
2 janvier, de sainte Schoiastique, sœiir de saintBenoit, 101 
vricr, et de saint Bernardau20 août, comme fêtes miiievre 

On a parlé, au chapitre LU précédent, de l'office divi 
auquel étaient tenus les chanoines de Gigny, après la aéci 
larisation. On rappellera ici que la messe canoniale y éÊM 
chantée tous les jours k dix heures et les vêpres k trois» pi 
deux chantres kiics, qu'accompagnait ki musique des orgM 
conduite par un organiste gagé, comme les chantres, poi 
louer Dieu. 

S 5.'^I>ans les premiers temps, les moines et les chanoiii 
réguliers devaient se confeaer tous les samedis k leur aU 
ou prieur. Hais, par la suite, iw moine ordonné prêtre f 
délégué k cet effet, dans chaque couvent, et on lit que, ai 
la fin du onzième siècle, saint Uldaric avait cet emploi 
Cluny. Le même usage était encore suivi, en 1500, k Saii 
£iienne de Dijon ; mais nous n'avons rien constaté k M 



CHAPITRE LY. Arl. 13. 375 

égard dans le monastère de Gigny. Chez les trappistes de 
nos jours, on tient chaque matin, après l'office de prime, le 
diapUre det coulpes, dans lequel chacun s'accuse devant «es 
frères des fiiutes qu'il a commises dans la journée, ou des 
mauvaises pensées qui ont occupé son esprit. Si l'un d'eux 
oublie même de s'accuser de quelque faute qu^in de ses 
frères connaisse, celui-ci la proclame k haute voix, et le 
fautif l'en remercie et prie pour son accusateur. 

S 6. Les anciens chanoines récitaient le même office que 
les anciens moines et aux mêmes heures, c'est-à-dire les 
nocturnes à deux heures du matin, ou même k minuit, en- 
core au commencement du seizième siècle. Hais plus tard , 
on fixa l'heure de cet office k cinq ou six heures. On a vu 
les statuts de ceux de Gigny après la sécularisation. 

Art. XV. — Réeréatkms, — Bivertis»ements. 

La vie des moines était, comme on n vu, toute consacrée 
^b prière et au travail. Toute récréation , tout amusement 
lenr était sévèrement interdit. Ils ne pouvaient avoir ni 
^e?aax , ni chiens , ni faucons , ni armes pour la chasse. 
L'empereur Justinien, en 534, avait défendu , sous des pei- 
Q^ graves, k tous les membres du clergé en général , les 
jeux et la fréquentation des spectacles, des hôtelleries, etc.. 
Un millier d'années après, en 1519 , un règlement capitu- 
bire défendit aussi aux religieux de Baume , sous peine 
d'excommunication^ de jouer aux dés, aux cartes et autres 
jeux de hasard que , vingt années auparavant , l'abbé de 
Saint-Étienne de Dijon avait également interdits k ses cha- 
noines. Cependant , le prieur et les moines de Gigny jouis- 
s^t du droit féodal de la chasse , comme on a vu ; mais 
c*éuit sans doute par exception, en leur qualité de seigneurs 



37€ HlSTOlllB DK GIGRT. 

Art. XVI. — Rang. — Prciémiûe. 

On gardait dans les monastères le rang de la rèoe| 
et les plus Jeanes rendaient honneur aux anciens, les \ 
laîent nonnes , se levaient devant eux , et demandaien 
bénédiction. L'ordre de préséance au chœur , an cha] 
aux processions, etc.., résultait donc de la date de la i 
tion. Mais, lors de la sécularisation, on a tu les ai 
moines de Gigny prendre rang et sétknce dans la nû 
collégiale , selon la supériorité des offices claustraux d 
étaient revêtus. 

Art. XVn. — Fautes. — Pimilums. 

S 1 . La plus grande subordination et la meilleure di« 
régnaient dans les monastères bénédictins , ob les i 
dres fautes étaient punies. Des circateurs ou inspectea 
saient la ronde dans toute la maison, plusieurs fois pai 
afin de surveiller jusqu'aux plus petites négligences 
les proclamer en chapitre. 

S 2. Si un moine commettait des fautes légères^ les i 
Tadmonestaient en secret jusqu'à deux fois. S'il ae i 
rigeait pas , on le reprenait publiquement , on lui in 
de petites peines corporelles, comme de se tenir proi 
appuyé sur les genoux ou sur les coudes, ou en d' 
postures pénibles. On finissait même par l'exconm 
La peine de Vexcon^utnicatkm monacale consistait ( 
séparation plus ou moins complète de la comma 
comme d'être isolé des corcifgieux k table , à l'ëf 
même au travail, de ne parler à personne, de. n'entOE 
psaumes ni antiennes, de ne point lire de leçons hl'offl 
ne point aller à l'offrande , ni baiser révangile^ ni r 
la paix, etc.. Mais, au rcslc , saint Benoit i*cconim 
Tabbé de prendre un soin particulier.dc TexcommuE 



CHÀPiTaE LV. An. 17. 377 

S 3. Les /oofet grUva se pouvaient être punies que par c ti, s^ 

rabbë ou le chef du monastère. Elles étaient châtiées de 

peines corporelles plus ou moins sévères, notamment de 

jttùiie; de séquestration dans uu lieu particulier pour y 

manger , coucher et travailler ; d'exposition à la porte de 

r^;liae, avec assistance d'une personne qui déclarait la cause 

de la pénitence & ceux qui s'en informaient ; de fustigation 

avec des verges en plein chapitre, ou même sur la place 

publique , si la faute avait été commise devant le peuple ; 

etc.. Cependant il était défendu de fouetter nus les moines» 

en présence de leurs frères. 

Sî le délinquant se révoltait contre la correction , les 
autres moines se jetaient sur lui, sans même attendre qu'ils 
eo fussent requis , et ils le menaient dans la geôle du moyen 
ûge, ou piison dépourvue de porte et de fenêtre , dans la- c.s3. 
quelle on descendait par une échelle ; quelquefois on le 
meUait aux fers. Enfin , si le moine coupable ne profitait 
point des corrections quelconques, même personnelles, on le 
chassait du monastère , de peur de mauvais exemple. Hais, 
s'il revenait en promettant de s'amender , on le recevait 
jusqu'à trois fois. La plupart de ces dispositions pénales se 
auvent aussi consignées en 539.dans les lois deJustinien sur 
les moines. Au reste, il n'est pas probable que la prison du 
chiteau de Gigny, dite le Crofon, qui subsiste encore, ait 
jamais servi & la punition des religieux ; elle était plutôt des- 
tinée à celle des sujets de la terre qui avaient été condamnés 
P^ le juge de la châtellenie. . 

S 4. L'abbé ou le prieur des moines et des chanoines ré- 
guliers avait toute juridiction sur la personne des religieux, 
^ ce qui concernait leurs vie et mœurs^ et même la punition 
te crimes par eux commis. Si néanmoins il était n^ligent 
^ ponir des prêtres desservants qui auraient commis quel- 
ques grands crimes, après que l'oiBcial de l'évêque Ten au- 
■^t sommé trois fois , ou ses ofikiers, il était loisible k ce 



37S HISTOIRE DC GIG5T. 

fonctionDaire diocésain de foire et parfhire le procès 
ecclésiastiqaes. 

Pour dooner une idée de Is jastice des moines dans 
couvents , on igoutera ici, quoique non pris k Gigny, 
exemples de leurs punitions : I.*' en 1413 , deux ôfl 
claustraux délinquants furent condamnés à la su^ 
de leurs offices pendant deux ans ; II.* en 1458 , ni 
l^eux, convaincu d'ioconiinence » fut puni de six ne 
prison et suspendu pendant un an de ses offices et 
fices ; m.* en 14M, un autre religieux, convaincu i 
de sacrilège et de libertinage, fut condamné : 1.* k six 
de la prison dm elottre , au pain et à l'eau, pour y pi 
ses péchés et y macérer sa chair ; 2.* k un pèlerin 
Rome, k l'eifet de se présenter en personne devant le 
Siège, pour en impétrer Tabsolution de ses péchés, c 
et délits, et de l'excommunication qu'il avait enco 
3.* k jeûner ensuite toute la vie , le vendredi , au pal 
l'eau, le tout sous peine d'expulsion de l'ordre et di 
vent , sauf miséricorde en cas d'amendement. AiAs 
tndtUgemrneru , dit la sentence , en plein chapitre et i 
tous les religieux. 

Art. XVni. — Mort des moines. 

m 

La mort des moines bénédictins était sainte et ré!I| 
comme leur vie. On leur fkisait baiser , aux demiei 
ments, un crucifix de bois, pour témoigner qu'ils moi 
comme ils avaient vécu , dans la pauvreté. Après la 
chaque moine venait coudre un point au suaire ( 
funt^pour s'imprimer dans l'esprit la pensée salutain 
dernière heure. L'acte du décès était dressé et consen 
les archives du monastère , sans qu'aucun officier d 
térieur eùtk s'en occuper. L'inhumation était pra 
dans l'église même , a Gigny, et une tombe armorl< 



CHAPITRE LV. Al'l. 19. 379 

ioscripiion en indiquait la place. On célébrait au défunt une 
graDd'messe pendant trois jours consécutifs, et chaque reli- c. m. 
gieu-prélre lui en disait trois basses. Sa succession mobilière, 
dans laquelle se trouvaient comprises les rentes et créances, 
était partagée entre tous les moines , après l'acquit préli- 
minaire de toutes ses dettes. C'était ce qu'on appelait le par- 
toy âa dépotâUtM. 

Aet. XIX. — Primléga. — tndéfemdwMe. 

S 1. L'abbaye de Gigny était qualifiée roffole, parce qu'elle 
avait été fondée et dotée par un prince. En conséquence , 
le roi, successeur de celui-ci, en avait le patronage et en nom- 
mait les dignitaires. Le chapitre qui succéda an monastère 
régulier reçut aussi, pour ce motif , la qualification de char 
ptn noble royal ef séculier. 

S 2. Cette abbaye était encore acéphale, c'est-à-dire, qu'elle 
était indépendante de toute autre maison, même de celle de 
Cluny , depuis qu'en 1493 la Franche-Comté était devenue 
espagnole. Elle était en outre exempte de la juridiction de 
l'ordinaire, par une honorable exception aux lois romaines 
qai avaient placé les monastères sous l'autorité et la surveil- 
lance de l'évéque diocésain. Celui-ci ne pouvait donc pas vî- 
âler l'abbaye ou le prieuré de Gigny, l'inspecter, y exercer 
aucune fonction, y faire aucun règlement, y introduire aucune 
'ébmie, pas même y entrer contre la volonté du chef ou des 
religieux. Cet établissement était immédiatement soumis au 
^nt-Siége et sous sa protection, comme le disait déjà le 
P^pe de 928, dans une de nos chartes. C'est pourquoi le c 43. 
^verain pontife confirmait par ses bulles les nominations 
aax dignités qui y étaient d'abord fkitespar le roi. Aussi les 
n^oaastèreê de cette espèce disaient-ils qu'ils n'étaient pas 
*<:^piiales proprement dits, parce qu'ils avaient J.-C. pour 
^« et, après lui, son représentant sur la terre. Ib cbotsid- 



380 IISTOIRE DE GIG!IT. 

saient à Yolonté tel ou tel évâqae cathoUqae pour consacre 
leurs églises et leurs abbés, ordonner leurs moines, disiriba« 
les saintes huiles, nommer les prêtres aux cures de leur d« 
pendance, etc... Les chefs de ces établissements avaient àim 
pleine puissance et entière juridiction sur tous leurs re 
gîeux. 

Ces privilèges fureni reconnus en ftiveur de tous les oo 
vents de Tordre de Cluny, par une multitude de bulles ap< 
toUques , dans les onzième, douzième, treizième etqnau 
zième siècles, nonobstant 1 opposition de plusieurs évéqui 
de M&con. Un de ces prélats ayant même voulu entrer < 
force dans l'abbaye de Cluny, fut réprimandé par le sync» 
tenu à Chalon-sur*Sa6ne en 1063, et malgré ses excuses^ 
Alt condamné k faire pénitence, au pain et h Teau* pend» 
sept jours. Le prieuré de Gigny conserva ce privilège Js 
qu'en 1760, comme on a vu. Ce fut seulement pour obteni 
leur sécularisation, que les derniers moines le cédèrent alor 
à l'évêque de Saint-Claude. D'ailleurs, le chef de cet écaUii 
sèment avait pleine juridiction sur les prieurés ruraux e 
même conventuels qui dépendaient de son monastère et fi'i 
devait visiter et inspecter sévèrement. 

^ 3. Les comtes de Lyon se firent confirmer, par un srrii 
du conseil d'état, en 1555, dans l'usage où ils étaient, ds •> 
fléchir pendant la messe qu'un genou à l'élévation. Noii 
n'avons pas appris que les nobles religieux de Gigny vt^ 
jamais joui d'un semblable privilège par suite duquel l'oi^ 
gueil de la naissance, n'accordait qu'un deminrespect à k 
divinité. 

S 4. D'autres avantages étaient encore accordés k tous le 
moines en général, par les lois romaines. Ainsi, ils étsiei 
exempts de toutes tutelles et curatelles; ils devenaient libR 
de droit, par leur pi*ofession monacale, s'ils étaient eatiM 
auparavant; la prise d'habit religieux rompait les liens d 
mariage et amenait naturellement le divorce ; un père i 



CHAPITRE L¥. Art. dO. 38f 

pott>^it ni sortir son enfiint du monastère oii il citait entrée 
ni k dcshëriter ; etc.. 

Art. XX. — Chapitres. 

S !• n résulte de ce qui a été dit précédemment que le 
Aef d'an monastère avait un pouvoir comme absolu sur la 
iommonauté religieuse. Néanmoins, ce pouvoir fut tempéré 
le bonne heure par l'établissement des Chapitres. On est 
néme obligé, par cette raison, de reconnaître que Finstitu- 
ioomonastiqueaoffertdanslemoyen âge la première forme 
tu gouvernement électif et représentatif. 

La règle de saint Benoit disposait déjà que Tabbé, élu par 

tonte la communauté pour la gouverner, devait consulter 

es anciens religieux sur les petites aiTaircs et tous les moines 

iQr les questions importantes. Il demandait à chacun son 

ivis, mais il prenait seul la décision. Une ancienne légende 

le notre recueil mentionne même positivement l'usage des c is» 

diapitres du temps de notre Bernon. On voit ensuite que ces 

iMmblées ftirent usitées h Quny, dans les onzième et dou« 

lième siècles, mais seulement avec pouvoir consultatif. Ce 

ne fat que dans le treizième qu'elles furent constituéesen corps 

dâibérants, à la décision desquels les abbés devaient obtem* 

férer. Dès-lors, ceux-ci, à l'exception des actes de pure ad- 

nîoistration, ne purent rien faire d'important, sans être 

Ulorisés par les chapitres; comme affranchir les esclaves, 

admettre de nouveaux moines, faire des statuts ou règle- 

itats, aliéner, transiger, etc.. On peut voir dans le recueil 

fc DOS chartes différentes délibérations capitulaires, pour 

«•torîser : !.• en 1204, l'acensement du prieuré d'Ilay ; 2.» 

^ iS94, réchange des seigneuries de Dommartin et de Va- c «5. os, iiSj 

Wtoes, contre celle de Graye ; 3;* en 1424, Tunion des cures ^^^^^^^' 

le Ghampagna et de Guiseaux k la nouvelle collégiale ; 4.« 

^ 1487, rtcensement pe^tuel de la Grange du oeUérier^ 



382 HisTomt Dl tfieift^ 

au Villars; 5/ en 1482, la oc«ionde plnsienracni^dépeii' 
dantes du prieuré de Châtcaa-sur*Salins ; 6.* en 1546, un 
transaction sur procès; 7.« en 1778, raffraochissement dei 
habitants de Graye. Cependant, les actes de 1204 et de 1294 
ne parlent que d'un conseil ( de roitimimt canniio m cafimh^ 
deliheraio et habtto htier nos cammum et sano comiBo), œ ^oi 
indique peut-être encore un simple aris consultatif, et noi 
une véritable délibération capitulaire. 
c. m. S 2- I^^ chapitres étaient convoqués au son de la cloche, 

composés à Gigny de tous les membres du monastère, tenu 
dans la chambre capitukiire et présidés par le prieur. Chaquf 
religieux y prenait place et y donnait son avis, d'après wt 
rang et la date de sa réception. Les délibérations étaienl 
prises h la pluralité des voix, et, en cas de partage, celle di 
président était prépondérante. Les parents au quatrième 
degré sortaient du chapitre et ne votaient pas, quand il s'a- 
gissait d*admcttre un de leurs parents au monastère. Enfin , 
tous les membres promettaient par serment de garder k 
secret sur tout ce qui se passait dans ces réunions. Au reste, 
on tenait à Gigny quatre chapitres généraux, chaque lundi 
des Quatre-Temps, dans lesquels deux moines étaient nom- 
més pour faire les affaires de la communauté, Si charge d( 
rendre compte de leur gestion au chapitre suivant. 

S S. Outre les chapitres propres k chaque monastère, il j 
avait tous les ans un chapitre général tenu à Cluny pouf 
l'ordre entier. Avant l'incorporation du comté de Bourgogne 
à l'Espagne, le prieur de Gigny était obligé, sous des peina 
sévères, ainsi que les chefs des autres monastères de l'ordre, 
d'assister chaque année à ce chapitre général, k moin 
d'excuses graves, dont la légitimité était appréciée par l'aïf 
semblée. Les abbés ou prieurs d'Espagne, d'Italie, d'AIie* 
magne et d'Angleterre n'étaient tenus de s'y rendre qm 
tous les deux ans. Oi y délibérait sur les affaires de l'ordn 
entier, et l'abbé de Cluny était ainsi instruit des besoins ei 



CHAPITRE LV. ArT. 21. 38S 

de la situation de tous les monastères dépondants de son 
immense abbaye. On y nommait aussi des défmkeurs ou pro^ 
vmàaux qui, dans Tintervalle des chapitres généraux, visi* 
Udent les couvents de certaines provinces et rendaient 
compte de l'état où ils se trouvaient, au chapitre suivant. Un 
officier du prieuré de Gigny, le chambrier Marc de Mon- 
taigu, eut cette mission au commencement du dix-septième 
siècle, où il prenait le titre de vicaire-général de Tordre de 
Clany, dans les provinces de Bourgogne, Savoie, Lorraine 
et Allemagne. Les prieurs conventuels, comme celui de 
GigDy, qui n'étaient reçus à Cluny, en temps ordinaire, 
qu'avec un cortège de trois ou quatre chevaux au plus, de- 
vaient venir encore avec un moindre nombre, au chapitre 
général. 

Art. XXI. — Nombre des reUgfeux. 

Saint BenoH avait fixé à douze le nombre des moines qui 
devaient composer chaque monastère, etBemon s'était con- 
formé k ce précepte, en conduisant à Cluny six de ses reli- 
gieni de Gigny et six de ceux de Baume. Mais ce règlement 
^ un de ceux qui ont été le plus modifiés. En effet, on a 
compté par la suite les moines par centaines dans l'abbaye 
de Cluny, où il s'en trouvait encore cent au commencement 
dodii-septième siècle, et trente en 1789. 

Quanta Gign^, leur nombre était de dix, y compris l'abbé, 
^n)28, et de vingt-un en 981. Plus tard, mais bien avant 
le treizième siècle, il fut fixé à 32, comme dans le chapitre c 1 31. 
des comtes de Lyon. En 1266^ un règlement le réduisit à 25, 
y compris dix officiers claustraux ; et un autre statut du dé- 
dia dn seizième siècle, postérieur h. 1566, le descendit en- c. 148., 
core k 20, dont huit oflSciers seulement. Cette dernière fixa- 
tion t duré jusqu'à la sécularisation , mais toutes les places 
oit été rar^nent occupées. Ainsi, nous n'avons trouvé qm 



384 BI8T0IMI Dl GIGHT. 

vingt religieux cd 1424, on2e en 1452 , dix-huit en V 
dix-sept en 1499, seizccn 1527, vingt-un en 154C, vingt-c^Boq 
en 1554etl556, dix^scpt on 1577 et 1582, dix-hniten 16 i^, 
treize en 1G20, trois ou quatre de 1637 k 1648, dix en 16 <4, 
treize eu 1704 et 1735, et cinq vu 1756. 



C1IAP1ÏR£ LVI. 

OrBucrs cUustraoi du prievré de Gigay. 

Lef; monastères bénédictins avaient, coaune on a dit • I* 
vraie forme d*un gouvernement. On y trouvait, pour le ^ 
gir, non-seulement un cliof qui était l'abbé ou le pri^or, 
mais encore des ministres qui étaient les officiers claustrs^ns. 

D*après la règle de saint Benoit, outre Vabbè^ les oflicr ien 
claustraux étaient: 1.* le porfter, qui surveillait l'entré^ ^^ 
la sortie du cloître; 2.® VhôieUeron hospitalier^ qui avait s^^ 
des étrangers, des visiteurs; 3/ le frévot ou préposé soi 
affaires temporelles; 4.® les doj^cnt ou chefs de dix moi»^ 
au travail ; 5.<* le cellérier^ chargé des provisions de bou^l^^ 
et de ce qui concernait les repas; 6.* enfin rîn/!i-mier^ ayantl^ 
soin des malades. 

Cette oi^nisation subsista pendant long-temps; mais, àè^ 
le onzième et surtout le douzième siècle, elle fut modifia 
dans la plupart des monastères, et notamment dans l'ordre 
de Cluny. On supprima quelques-uns des offices de sai^^ 
Benoit, et on en ^^réa plusieurs autres. 

On voit déjà qu'à Gigny^ dans le treizième siècle, et peu'' 
C 131. ^^^ ensuite du roglemenl de 1266 qui réduisit à 25 le nof^ 
bre des religieux, il y avait dix officiers, non compris 1^ 
priair cloîtricr. Celaient le c/iamftri^. Vaumônier^ legacrinéf^^ 
l'ouvrier ^Vmfirmier, le doyen^ le dianire,le réfecturier^le fiua^ 
ckr et le ccllcrier. Les cinq premiers de ces onze dignitair?^ 



CHÀPITHB LTI. S8S 

taient qualifiés de grands^ parce qu'ils foisaient partie d'un 
isigne monastère, d'un grand-prieuré. Ainsi , on disait jus- 
oes dans les derniers temps, le grand-prieur cloftricr, le 
rand-chambrier, le grand-aumônier, te grand-trésorier ou 
icristain et le grand-ouvrier. Postérieurement , dans le 
eiziëme siècle» le nombre des officiers claustraux fut réduit 
boit, par la suppression du pitancier et du ceUérier. II y 
flic un ordre hiérarchique dans ces offices, et en consé- c. i4i. 
uence les titulaires prenaient rang au chœur, aux assem- 
lées capitolaires et aux processions ou autres cérémonies, 
don leur sapérioritë. Ainri, le grand-prieur avait la pré- 
émce, ensuite le chambrier, Taumdnier, le sacristain, l'in- 
Irmler, l'ouvrier, etc. 

Dans quelques établissements, il y avait divers autres offi- 
ciers claustraux, dont quelques-uns étaient pris parmi les 
Mreslais ou couvers: le nuâtre des novices, le nuâtre de la 
malaSère, le nuarichal ou sénichal de l'abbé^ le secrétmre ou 
peffler, grammairien, le séchai on msyordomc, Varmerarier^ 
le drapier, le cuiànkr, le saucier, le barbier, le foniainier, l'Aor- 
loger, Vargamoe^ le boulanger ^ le torfre ou tailleur, etc. 

Les officiers du cloître, dans le principe, étaient k la no- 
nination de l'abbé et révocables k sa volonté ; c'est pour 
%la qu'on les appelait aussi obédienàers. Hais , dès le c. m. 
IQatorzième siècle environ , ils devinrent inamovibles et 
^ titre perpétuel, h la nomination du pape ou des évéques, 
^ la présentation de l'abbé. Leurs fonctions étaient aussi 
i^rimitivement gratuites, et c'est seulement en 1308 que 
f^bbé de Cluny, par ses statuts nouveaux, leur attribua un 
■H>dique traitement. 

En conséquence et k cette époque, ceux de Gigny furent 
^Hesbien dotés, surtout trois d'entre eux. Leurs revenus, 
<hi, enl760, furent évalués k 9008 fr., s'élevaient en 1788 
^ 18,627 fr., dont 7847 fr. en Franche-Comté, 5400 fr. en 
Bourgogne, et 6380 fr. en Bresse. Ils avaient presque tous 

25 



386 stSTOiAB i>£ éh^nt. 

des prés ti Gigny, qui portent encore les noms de leurs oT- 
Cces. 

Le parlement de Dijon décida, en 1593, que les officien 
claustraux de Tabbaye de SaintrÉtienne de cette ville avaient 
l'administration temporelle et spirituelle, pendant la vacance 
du siège abbatial^ k l'exclusion des autres religieux. 

AiiT. I — De l'abbé on du prieur^ 

S 1. Saint Benoit et l'empereur Justinien statuèrent, à la 
même époque, que le chef d'un monastère devait être Ma 
par tous les membres de la communauté, sans égard pour 
l'âge et en ne considérant que le mérite. Ce principe d'élee- 
c. 77. tion fut formellement reconnu, en 895, par le pape For- 
raose, en faveur de l'abbaye qui tenait d'être fondée à Gigay, 
et il y fut mis en pratique pendant près de deux siècles. 

Pour parvenir k cette ékcfkm^ les moines étaient to«s con- 
voqués en chapitre, et présidés par le prévôt ou le priev 
cloîtrier. On célébrait d'abord une messe du Saint-Esprit; 
on communiait ; on promettait par serment d'élire en con- 
science le sujet le plus convenable ; puis on essayait de 
nommer le dignitaire par acclamation. S'il n'y avait pas 
iinanimtté, on en venait à un scrutin secret, et les suffrages 
écrits étaient recueillis par le président qui proclamait cehii 
qui avait obtenu la magonté des suffrages. On chantait en* 
suite un Te Deuni en actions de grâces, on intronisait l'élu 
sur la chaire abbatiale, on annonçait Télection au clergé et 
au peuple, et il ne restait plus qu'k faire consacrer et or- 
donner le nouvel abbé par un évéque quelconque. Ce prélat 
recevait son serment de joyeux avènement, et lui remettait 
alors le bâton pastoral, autrement la craue abhatiaie ^^\ puis 

(ilO Les «Lbëi ot lei abbcuet, tutti bien que les éfèqnes, tTticnt le drail 
d« porter U crotse oa férule < Bmemlm cmrm pmêtormlitf p^duim, caniolk, cmr- 
^ac«, cmmbottm )« MuN pour porter U mUn ol rooncta ipîteopoli il UIImI dot 



CHAPITRE LTf. Art. 1. 387 

les moines renouvelaient leur vœu de stabilité dans le nio-> 
nastèrc, et promettaient obéissance k leur nouveau chef. 

S 2. L'abbaye de Gîgny perdit, en 1076, ainsi qu'on a vu, 
le droit d'élire elle-même son supérieur, et saint Hugues , ^- *''• 
avec son astuce de serpent, comme disidt Grégoire VU, le 
lui enleva. Il obtint de ce pontife, qu'à l'avenir, l'abbé de 
Ciuny assisterait à l'élection de celui de Gigny, et que cette 
élection ne serait valable qu'autant qu'il l'aurait approuvée. 
Vingt ans plus tard, il réduisit même, comme on l'a déjà <^- ^9- 
dit y la mère-abbaye en simple prieuré soumis k la fille. 
Dès-lorSf le choix de noS prieurs devint encore plus subor- 
donné. On ne put désormais élire qu'un religieux qui eût 
auparavant séjourné quelque temps h Cluny. L'élu dut être 
présenté à l'abbé suprême et confirmé par lui. Il n'entrait en 
fonctions qu'après lui avoir juré soumission entière, et avoir 
fait hommage entre ses mains. Cependant l'abbé de Cluny no 
pouvait ensuite 1 e destituer, ou le nommer h un autre mo- 
nastère, que pour des motifs graves et de l'agrément du cha- 
pitre général. 

S 3. La confiscation du droit d'élection que Cluny avait faite 
an détriment de Gigny fut pratiquée aussi, avec le temps, au 
sien propre. Dès le commencement du quatorzième siècle, 
les papes d'Avignon firent nommer leurs parents et leurs 
créatures à l'abbaye de Cluny et dans les monastères de sa 
^pendance. On a vu ci-devant, au chapitre XXXIV, com- 

^noctiioDi piÎTilégiéet, el «lortili buient qualifiés ei'otsés etmtltré». Ils ont 
poiti de toQl temps la crosse, eomme marque de leur dignité, laquelle était 
fi|Qréedano leurs sceaux el armoiries. On lit même, dans la bulle de séculari- 
""^ d'une abbaye en iCii, que le pape en conserTe Pus âge aux abbés »écu* 
^Iulnrt.Lonqu*nnAbbé Toolait donner sa démission, il remettait sa crosse 
itsisBoiiiM, qni comprenaient ainsi qu*ils devaient s*0Gcuper de Télection 
^^ Qovrean cheCi Dans certaines collégiales» comme à Arboit et à Saulien, le 
^"Urt reoereh antii» è sa nomination, un bdimn emnt&rml ou bâton de diœur. 
^t<"*& W prieon il primret, c*éuit un hmirdon en Mien de pèlerin qui 
^ Wnr îiuigvi «l ^*«i fifnrùt dm leort armoiriet. 



l 



388 UUfOmB DR ffl«!fT. 

ment ces souverains pontifes nsarpèrent peu à peu ee i 
de nomination, moyennant finance, et établirent le mono 
(les bénéfices ecclésiastiques, sous les noms de numâen 
de provinon, de gràeei expecHUiveiy de buttet de réêgrwe. 
L'élection ne devint donc ailleurs, comme k Gigny, qn' 
formalité, qu'une momerie. En vain, le concile de 1 
en 1398, et celui de B&le en 1436, par leurs sages ddci 
en vain, le roi Charles VII, par sa pragmatique-sand 
voulurent supprimer ce monopole et rétablir l'usage de 
lection ; ils ne purent y parvenir, et les nominations oc 
nuèrent à être faites en flaiveur des plus beaux deniers, oi 
profit des favoris des papes et des rois. Bien plus, ce s 
dale fut consommé et sanctionné par le concordat, stipàl 
1517, entre Léon X et François I.*'. Dès-lors, et en en 
quencedece traité, les dignitaires quelconques du monai 
de Gigny furent nommés d'abord par le roi de Frtno 
d'Espagne, dans les six mois de la vacance des sièges ; a 
quoi, les bulles de provision furent expédiées en oou 
Rome, après avoir été proposées et résolues en eonslil 
ou assemblée des cardinaux présidée par le pape. ( 
pourquoi on appelait conmtoriaux ces bénéfices de m 
na tionroyale, autrefois électifs, auxquels le pape poumv 
Le prix de ces bulles était Vannaie ou revenu de la prem 
année du bénéfice. Quant au roi, il n'avait que la régal 
revenu pendant la vacance du siège, avee les droits de o 
tipn des bénéfices en dépendants. Cette régale lui apparti 
dès le commencement du onzième siècle. 

S 4. Le chef d'un monastère une fois élu ou pourra 
mit poisewon. Cette formalité était observée et remplie, 
quelques modifications, avant comme après le concords 
1517, ainsi qu'on le voit par des chartes du quatondèm 
dit quinzième siècle. 

A Gigny comme ailleurs, le nouveau titulaire revéti 
l'habit de chœur et de l'étole, et assisté d'un notaire el 



CHAPITRE L¥I. ArT. 1. 380 

deux témoins, se présentait à la porte d'entrée de Téglise 
prieurale. U y était reçn par le prieur dottrier, accompagné 
des autres religieux Tenus aussi en costume et proccssion- 
nellement, avec la croix et les reliques» et au son des clo- 
ches. Là, il leur exhibait la bulle du pape^ l'acte de sa Ail- 
mination par l'offlcial de l'archevêque de Lyon, le brevet du 
roi de France ou d'Espagne, l'acte de consentement donné 
par l'abbé de Gluny, et autres pièces relatives h la nomina- 
tien ; puis il priait le prieur clottrier de le mettre en poss^ 
sien réelle et corporelle du monastère. Cet officier claustm, 
après avoir donné ou Tait donner par le notaire lecture de 
toutes ces pièces, répondait, au nom de la communauté, 
qu'il y consentait, puisque cela plaisait au souverain pontife ; 
mais qu'avant tout, il invitait le récipiendaire k prêter , 
comme ses prédécesseurs, le terment de joyeux avènement. 
Celui-ci jurait alors de vive voix, sur les saints Évangiles, 
par mémoire, ou en lisant une formule écrite : d'administrer 
convenablement le prieuré ; de maintenir et consenrer son 
^lise, ses biens, droits , usages, libertés et privilèges ; de 
^e rien aliéner, et même de recouvrer, autant que possible, 
<^ qui aurait été usurpé ; de n'agir que de l'agrément du 
chapitre, excepté dans les affaires de pure administration ; 
de fournir aux religieux les pitances, vêtements et prébendes 
^uelconqules dues et accoutumées; de maintenir en posses- 
^on les officiers et bénéficierb du prieuré, sans pouvoir les 
destituer, à moins de motifs graves ; de n'admettre aucun 
lE^ligieux nouveau et de n'en point corriger, si ce n'est du 
Consentement du chapitre; de nTen point présentera Tad- 
miision, dont un parent jusqu'à la quatrième génération 
aurait foit quelqu'injure à l'un des membres de la commu- 
"^ttté ; etc. 

Après la prestation de ce serment, le prieur clottrier don- 
lE^t la croix k baiser au récipiendaire; puis, le prenant par 
^ main, il l'introduisait dans l'église, lui offrait l'eau bénite, 



390 HISTOIRE DE OIGNT. 

Cl le coiiduîsaU processioancllement jHsqa'au mahre-antcl, 
au son des cloches et . au chant du Te Dam. Après y atoir 
fuit sa prière, le nouveau titulaire baisait Faute! au miliea 
ox aux deux extrémités, était ensuite conduit aux stalles o« 
fo rmes du chœur, sur le siège prieural décoré de tapis, 
coussin et dossier, et enfin dans la chambre capitulai re, an 
réfectoire, dans la maison prieurale, etc. 

Toutes ces formalités étant remplies, le notaire, ii la de- 
mande de toutes parties, en dressait un acte authentique 
dont il donnait lecture k haute voix. 

On a déjà dit que le chftteau était la maison prieurale I 
Gigny, et que le prieur payait probablement un droit de 
chape ou de bienvenue, lors de son installation. 

S 5. La cérémonie de prise de possession avait subi pin 
sieurs modifications, selon les temps, selon qu'elle avait ei 
lieu sous le régime de l'élection ou de la nomination royale 
comme encore suivant qu'il avait fallu installer un prieur h 
gulier ou un prieur commendataire. Les bénéficiers de cett 
dernière espèce prenaient quelquefois possession par procQ 
reur spécial. On en a même vus ne point prendre cette pein 
par eux-mêmes, ni par fondés de pouvoir; mais les religieu 
de l'établissement leur députer des mandataires, pour alk 
recevoir leur serment. 

Au reste, non-seulement le prieur de Gigny prenait po 
session de sa dignité, mais encore chaque officier claustr 
de son office, et même chaque religieux de sa place mon 
cale. Après la sécularisation, le haut-doyen du chapitre 
les nobles chanoines se faisaient aussi installer et mettre < 
possession. Or, dans tous ces cas, les formalités variaie 
selon le genre de dignités ; mais il suffisait, comme on a 
au chapitre LUI, d'un ou deux membres quelconques 
rétablissement religieux, pour l'installation des nouveaux 
tulaires. A la même époque et sous le même ordre de ch 
3cs, les curés et les chapelains prenaient aussi possession 



CHAPITRE LVI. Art. 2. 391 

I ^Mirs bénéfices. Les notaires en dressaient des actes analo- 

les, et la loi admettait la complainte ou action possessoire, 

cas de nouyelleté ou de trouble de la possession. 

S 6. Le prieur de Gigny, ainsi que les titulaires des autres 

prieurés conventuels, était membre des Étals de Fi*anche- 

Comté. Ils composaient avec l'archevêque, les abbés et les 

députés des chapitres, la chambre du clergé que Tarchevé- 

que présidait. Us prenaient rang après les abbés et avant les 

disputés de chapitres. D'aiHeurs, ces états ne furent plus 

convoqués après la conquête' de Louis XIV; la répartition 

des impôts fut faite dès-lors par les bailliages et même par 

ilutendant de la province seul. 

Aet, II. — Du Grand^eur clottrier. 

Le prieur clottrier était le chef du monastère, après l'abbé ou 
\e prieur conventuel. Il le remplaçait dans toutes ses fonc- 
tions, en cas d'absence, de démission ou de mort; mais il 
ne pouvait pointadmettre un nouveau religieux, ni en chas- 
^r atocun du clottre, ni réintégrer un exclu, ni instituer ou 
déposer HH Qffàder claustral ou un prieur rural; etc.. Il 
gouvernait l'établissement lorsqu'il était tenu en çommende, 
quoiqu'il ne fttt pas toujours le vicaire-général du commen- 
datalre. Il avait alors la supériorité sur tous les membres du 
prieuré^ le droit de. présidence et de préséance en tout et 
psirtoat. Il cumulait ordinairement à Gigny quelqu'autre of- 
^claustral, et n'y avait pour revenu spécial que 28 mesures 
de froment et 9 baraux de vin. Saint Benoit n'avait point 
établi de prieur cloltrier par sa règle, mais on peut présumer 
que c'était ïexarque du monastère dont parle Justinien dans 
^loig.^On en trouve déjà dans l'abbaye de Saint-Claude, au 
commencement du neuvième siècle, et il en est question à 
Gigny dans le testament de Bernon, dèsles premières années 
dudoième, comme encore à la date de 1176 Voici la liste ^- ^^ 
^c ceox qu'on a constatés à Gigny. 



39S HISTOIRE D£ GIGNT. . 

Jean de Gcigat, en 1424. 

Girard Nicolbt, 1437. 

AleiLandre d'ORHAiis, Yicaire-gënémU 1476. 

Claude de Gharnoz, pîUncier, 1488, 1499, 1508. 

François de Settubur, 1525, 1587. 

Louis de Tarl^, 1531. 

Jean deGRANDCHAiiP, chantre, ceUérier, 1530, 1543, 15. 

1557. 
Jean de SAUfx-GERiunf , 1560* 
Pierre de Polignt, ouvrier, 1551. 
Gaspard de TAuRÉPisf, chantre, 1564. 
Jacques de Guigat, doyen, 1570. 
Biaise de Chissby, chantre, réfecturier, 1575 — 1581. 
Guibert de Ghatirkt, chambrier, vicaire-général, 15 

1601, 1903,1518. 
Marc deMoirrAGU, chambrier, vicaire-général, 1618 — Il 
Ci.-Ant. de Malivbrt, dit de Vaugrigneuie, 1664 — 1678. 
Phil.-Éléon. de Belot de VUlette, aumônier, 1680— IT 
Henri deBALAV, sacristain, 1710, 1717, 1720. 
Eléon.-IIyacÎBthe de BsLOTde Larnam, chambrier, 1781 

1751. 
Jean-François de Falbtans, aomdnier, 1758 — 1760. 

Art, m. Du Grmd-^hambrier. 

S 1. ]>ans le sixième siècle, les rois de France rvm 
drjli un chambrier employé au lever et an coucher, sa • 
(le la chambre, h leur service personnel, à la dépense 
l'intérieur, etc. Sous les races royales suivantes, cet ofBc 
eut la garde des ornements royaux, des meubles, des v^ 
ments, des joyaux, des chartes, etc. Il eut aussi la jorfc 
tion sur tous les officiers de la chambre , et par ane si 
sur les métiers qui y avaient rapport, comme taillean , 
pissiers, merciers, etc. Enfin, cetofQce qui éuit tenu h 1m 



CHAPITRB LTI. Alt. 3. 393 

mage» comme ud fief» se transforma en emploi de grand- 
thatnbeUan. Certains évèques , quelques grands seigneurs , 
ont aussi eu des chambriers, des chambellans. De nos jours 
encore, on appelle en la. cour de Rome, camerBngue ^ ou 
chambrier du pape ^ le cardinal qui préside k la chambre apos- 
tolique, administre la justice, fait battre monnaie, régit 
l'état de l'église et en a le gouyemement temporel pendant 
la vacance du siège. 

S S. Saint Benoit avait établi dans les monastères un prêi>ât 
ou préposé pour les affiiires temporelles, pour Tadministra- 
tioD des biens* Il était nommé par l'abbé et avait la princi- 
pale autorité après lui, tant au dedans qu'au dehors du cloî- 
tre. On voit, par les charte de notre recueil, qu'il y avait 
des prévôts dans l'abbaye deGigny en 981 et 1076, lesquels 
remplaçaient probablement les Apoermmres des couvents, 
dont parlent les lois romaines. Mais, en général, dès le mi- 
lieu du onzième siècle, ces officiers ftarent supprimés partout, 
comme ayant trop de puissance, abusant des revenus et fai- 
sant souffrir les moines. Or, il parait qu'à cette même épo- 
que, on créa en remplacement l'office de chambrier. Nous 
boulons, disait alors saint Hugues, abbé de Cluny, que cha- 
cune de nos provinces ait un ou deux proviseurs auxquels 
i^oog donnons le titre de chambrien. En effet, on trouve déjk 
^es chambriers k Cluny en 1070, 1084, 1095, 1109, etc. ; k 
Lyon en 1073, etc.; k Besançon en 1083, etc. 

Bans l'abbaye de Cluny et dans les autres monastères, le 
chambrier, autrement camêrier^ chamarler, chambarier, était 
^c procureur des frères, comme disait Pierre-le-Vénérable, 
1^ gardien du vestiaire chargé d'acheter ce qui le concer- 
>^U, le receveur de Tabbaye , • l'administrateur gérant du 
^pord, de la culture, des troupeaux, des comestibles, 
^. Il parait mémo qu'en 1084, il (hisait à Cluny les fonç- 
ons de réfecturier. Il y était aussi chargé des aumdncs de 
^'^trée du carême ou du carnaval, accompagnées d'une dis- 



C. 140, 141. 



Plan V. 



Plan FF. 



394 HI8T0IRB DE OlClfT. 

tribation de lard ou autre viande. Mais, daas les dermn 
siècles , cet office s'était converti en véritable sinéciifB 
du moins à Gigny , car on a vo que le chapitre se nonoud 
dans son sein un procureur ou receveur spécial (toye 
note 149.) 

S 3. Cependant cet ofilce était assez richement doté, pou 
que le titulaire remplit au moins quelques-unes de ses font 
tiens. Le beau prieuré de Chàtel-€hevreau lui avait été an 
nexé dans le milieu du quatorziènle siècle, et celui de li 
Magdeleine sous Cuiseaux, depuis un temps immémorial 
comme disaient les religieux en 1760 ; c*est pourquoi 1 
chambricr se qualifiait prieur de Châiel et de h Hagdelàne. Ui 
beau pré situé à Graye, produisant 30 à 40 voitures de foii 
et portant encore le nom de duanbaUerk^ lui appartenait éga 
Icment, ainsi qu'une partie du bois de Collônosay, un vigne 
bic.à Gîzia et lieux voisins, une grosse rente due par le sei 
gneur de Sainte-Croix, etc., etc. Il occupait une maiso 
particulière, sur la porte de laquelle on voit un écusson ai 
morié , portant la date de 1726 , année où elle fut reoon 
struite ou réparée par M. de Larrians. Dans le mur mi 
rldional se trouve aussi la pierre sculptée aux arme 
du chambricr Marc de Montagu, dont il a été parlé a 
chap. XXI H ci-devant. Un bel enclos dépendait de cett 
maison. 

Les revenus de cet ofilce furent évalués en 1788 (y coa 
pris à la vérité le beau prieuré de Donsurre qui n'en dépei 
dait pas), h 10,425 fr., dont 3,000 fr. en Bresse, 5,400 fi 
en Bourgogne, et 2,025 (t. en FranchcrComté. Us se trou 
vèrent réduits à 3,290 fr. après la suppression des dhnes < 
des droits féodaux. On les appréciera mieux par le delà 
qui en fut donné en 1760, parles religieux eux-mêmes, ave 
la minime valeur de cette époque. 

Maison et enclos a Gigny. 

Valeur de 216 mesures d*avoine, de 24 mesures de fh 



CHAPITRE LTI. Art. 3. MW 

nient^ et de 25 pintes de vin, dues par leprieor. 106 fr. 

Prés du cbantre et de la chambaUerie^ loqës 70 
Revenu approximatif de 25 arpents de bois en 

Colionozay 100 

Bilimcnts , vignes , lods, échûtes de mainmorte, 
et cens -en argent, blé, vin et liuile k Gizia et 

lieux voisins, évalués approximativement k 240 

Dimes à Chevreau et Digna 132 

— à Gizia 192 

— àCousance 160 

^ àCuisia(J.) 350 

— àFrontenaud 412 

— à Sainte-Croix ...•.-.... 432 

— à la Chapelle-Naude. • 153 

— à Dommartin 400 

— k Yarennes-Salnt-Sauveur 500 

— à Cuiseaux (la Magdeleine et Foissia ) avec 

quelques cens et quelques vignes. . . 125 

Bcnte due par le seigneur de Sainte-Croix. . . 200 
Meix Villot ik Rosay, loué avec le patronage de la 

cure 21 

Broiis de patronage des cures de Cousance , 

Frontenaud et Varennes. 7 

Valeur approximalive de la moilié des droits de 
sépultures, oblations, offertoires, etc., à Dom- 
martin, non compris la cire et la poule dues 

pour relevaille de chaque femme accouchée. . . 12 



Total 3612 f. 



Uo inventaire des titres de Gigny, fait en 1735, signale 
encore quelques titres du chambrier à TAubépin, Beaufort, 
fondes, Louhans, Luxcul, Marcia, Maynal, Montaigu, Mon- 
^vel, Nantua, Souvans et Yillers-Robert, probablement 
^btib à quelques petites rentes. 



tH H18T01RB »■ «1«1IT. 

S 4. Les charges de cet office ne furent évalades, en b 
même année 1760, qu'à la somme de S23 fk*.» savoir : 

Décimes ou don gratuit 79 f 

Entretien des églises et sacristies du patronage. . 50 

Messes k faire célébrer à Cuiseaux 30 

Rente due au prieur cloitrier '• * * ^ 

Rente due au sacristain 3 

Valeur du vestiaire dû à chaque religieux profës, 
h Pûques et à la Toussaint, b raison de 15 fr., 

ci, pour les quatre seuls religieux de l'époque . 60 

Total. . . . 2S3 

S 5. En droits presque purement honorifiques, le chan 
brier avait la première place au choeur, au chapitre et ai 
cérémonies, après le prieur cloitrier; il avait le patrooii 
des cures de la Chapelle-Naude, CMtel, Cousance, Saint 
Croix, Cuisia (J.) , Digna, Dommartûi, Frontenand, la lii 
deleine, Rosay et Yarennes-Saint-Sanveur; il s'intilnlait i 
seignettr de Frontenaud , à cause du fief de Ghichevièr 
dont il a été parlé au chapitre XLYI, et pour lequel on I 
c. fio. rendit hommage en 1713; il avait un sceau particulier, di 
dans le quatorzième siècle, etc. 

S 6. S'ensuit la liste des titulaires parvenus h notre ofl 
naissance. 
Henri de Vif, en 13S6. 
Guy de Lestzon, 1406. 

Guy de Befrannot (p. e. Beaufrbmont], 1424. 
N.... Lessot, 1431, 1443. 

JeandeGRAifi>CHAMp,vicaire-gén. 1452, 1482,1488,14! 
Antoine de Collaou, vicaire-général, 1497, 1498, 149 
Guibert de Chaviret, vicaire-général, 1582, 1587, 19 

1612. 
Marc de Montacu, vicaire-général et vicaire de l'ordri 
Cluny, 1612—1625. 



C106. 



CHAPITRE LTI. Aft. 4. S97 

Louis de Roncbaux, 163S. 

Guillaume de Sappkl, 1640 — 1648. 

Claude-Louis de Châvihet, 1660 — 1677. 

Jean-Baptiste de Chatirey, prieur de Châtel, 1678 — 1719 

( co-a(j(jutear en 1676 ]• 
Jean-Thomas de Lallemand de Lavlgnj/^ 1720 — 1726 (eo- 

adjuteur en 1706, 1716). 
Béon.-Hyac. de Belot de LarrianSf vicaire-général, 1727 — 

1751. 
Eléon.-Alexandre de Belot de Montboxon, 1752 — 178S , 

(co-a4iuteur dès 1741). 

Art. IV. — Dti Grand-aumânier, 

S 1. D y avait déjà un aumâmer en 1070, dans les mona- 

'téres béoédictiiis ; c'était l'administrateur et le distributeur 

des aumônes. De Taumânerie de Gigny dépendaient aussi la 

léproserie, l'hâpital et l'ermitage, vrais établissements de 

Mendicité. 

On a déjà parié au chapitre XLII des aumônes qu'il était 

^nu de distribuer, et en général des charges de son office. 

On ajoutera ici : 1.* que, sans doute d'après un règlement 

tK)stérieur au concordat de 1554 et antérieur à 1760, cesdis- 

^tibutions avaient été fixées k 100 mesures de froment et b 

^40 mesures de menus grains, comme oi^e, fèves, mais, etc., 

^00 compris les 20 mesures de froment dues pour les aumd- 

^es du pain bénit, le jeudi saint ; 2.* que Taumânier était 

obligé autrefois, et encore en 1682, de loger et payer 

VtQ chirurgien pour les pauvres, indépendamment de 

œlui du monastère, dont le traitement était b la charge du 

prieur ; 3.* qu'en 1760 et en 1788, il n'était plus question 

^ 08 chirurgie, ni de l'hôpital, ni de Termite ; 4.« que 

toutes les charges de l'office fkirent évaluées k 491 fr. en 

V60, ainsi qa'U soit : 



398 kilTOiRË DÉ 6i6ni. 

Valeur de 100 mesures de froment à distribuer âftl pau- 
vres de Gigny et de la seigneurie 120 f. 

Valeur de 240 mesures de menus grains pour le 

même objet 199 

Entretien des chœurs et sacristies du patronage. 100 

Don gratuit ou décimes 75 

Responsion due pour le prieuré de Maynal . . 4 

Total 491 

S 2. Il n'était pas difficile de supporter ces charges aiec 
les revenus attachés h l'office. Celui-ci fat doté, dès le corn- 
mencement du quatorzième siècle, du beau prieuré de May- 
nal auquel était uni celui de Flacey. Or, l'aumdnier d( 
Gigny jouit jusqu'à la fin, non-seulement de ce prieuré, 
mais encore : des dîmes de Foissia en Bresse ; du grand pn 
du Vernois ou de VAnmânerie, situé k Graye ; d'un petit situé i 
Gigny, dit la Culée du Tison; des biens de l'hôpital et de Tan 
cienne léproserie, comme le bois de Ladrerie, la terre de h 
Malatière, etc. ; de 74 mesures de froment dues par le prieni 
du monastère ; enfin d'autres fonds, rentes et redevances ei 
divers lieux. On lit aussi dans l'un des inventaires du nobk 
chapitre, qu'en 1520, Pierre Gnvain, un de nos aumôniers 
acheta d'Aimé du Saix , seigneur d'Arnans , et d'Antoim 
du Saix, seigneur de Tramelay, une chevance qu'ils a\^ien 
en la seigneurie de Gigny, composée de tour, maison e 
verger, de plusieurs pièces de terres et de divers prés rap 
portant six chars de foin au Broinlla, quatre en pré Bernard 
deux en pré Tison, deux en la Culée Madame, un et demi ei 
Dêle, un en la Culée du Pont, et un demi en la Charoupièrt 
Mais tous ces biens, h l'exception probable du pré du Tison 
nesont pas restés attachés à l'office d'aumônier, ils paraisses 
plutôt avoir été unis \k la mense capitulaire. Au reste 
on ignore maintenant où était l'eiAplacement de la tour^ d< 
la maison, et du verger de cette chevance. 



CHAPITRE LTI« Alt. 4. S99 

L'aumânier jouissait» en outre, dans le monastère, d'ane Pito x* c 
maison spéciale , avec son enclos. On remarque encore, sur 
an mur de la cour, une pierre portant la date de 1655, avec 
des armoiries sculptées qui ont été piquées en 1793. C'é- 
taient probablement celles d'un membre de la maison de 
Thon*Rantechaux, aumônier de l'époque. 

Tous les revenus de l'aumônerie furent évalués, en 1788, 
ï 5014 fr. ( y compris sans doute ceux du prieuré d'Oussia 
qui n'en dépendait pas), dont 2340 fr. en Bresse, et 2674 fr. 
ea Franche-Comté. Us se trouvèrent réduits à 2310 fr. après 
h suppression des dîmes et des droits féodaux. Le tableau 
saivant, avec la faible valeur de 1760, en donnera une plus 
juste idée. 

Maison et enclos à Gigny. 

Pré de l'atinidnerte, loué 100 fr. 

— de la culée du Tison 16 

Valeur de 56 mesuresde fromentdues par le prieur. 79 

— de 12 autres dues pour le jeudi saint. . 15 

— de 56 autres dues pour droit de conroy (**ï)^ 7 
Cens, lods, etc., sur plusieurs maisons de Gigny. 6 
Valeur approximative du bois de la Ladrerie. • 24 

Dîmes de Froissia en Bresse 430 

Prieuré de Maynal 1630 

Valeur des deux écus d'or pour patronage de 

Beaufort 12 

Valeur pour celui de Maynal 15 

— pour celui de Condal 4 

Total. . . . 2338 
S 3. En droits presque purement lionorifiques, Taumânier 

(1I7) L*aQtciir de ceUe hitloire n*a pa découvrir le t^nt de ce droit dm 
^Mfpf t P**>' Ic^ivct le prieur lÎTrelt tus»! atf metnref de froment ta doyen» 
^■et perrft cf t ad e nt êmUmèBe qne corro^td^oà eom^ftiv» et U eiiiiîl 
l>«K-lini teppovt à b diaoafiire dct rcUf iens. 



400 BltTOIll »■ «IGHT. 

avait la justice moyenne et basse k llâynal , aiiiii que k 
droit d'en instituer les oflSciers» Il nommait, comme on ntv 
aux cures de Beaufort , Gondal , flacey , Foissia et Maynal 
il avait la préséance après le prieur clottrier et le ckambrie 
S 4. Voici les noms des aomAniers qu'on a recomiitt : 

Pierre Jentet, en 1336. 

Pierre d'OnoBLET, 1406. 

Jean Dàgàt, 1480, 148S, 1484, 1494. 

Pierre GÀVAm , prienr de Saint-Morand ec de Port , pn 
fesseur en droit canon , principal dn orilége de Dole 
1520, 1531. 

Pierre de Polignt, 1543. 

Jean-Simon de Grandmont, vicaire-général, 1543, 1541 
1547. 

Claude de là Toua SiJiiT-Qtnarmf, 1555. ' 

N... de Chassault, 1565. 

Guillaume de Platnb, 1583. 

Qaude de la Tour , mort en 1611. 

Biaise de Chisset, 1613, 1617, 1630. 

Guillaume de Sappel^ 1645— -1648. 

Claude-Antoine db Mauvbrt, 1650. 

Guillaume de Thon-Rantechaux, 1647 — 1664. 

Philippe-Éléonore de Belot de VUkiîe, 1680—1705. 

Éléon.-Hyac. de Belot de Larriaiu, 1705 — 1727, co-ail 
avant 1705. 

Jean-François de Faletans, 1727 — 1789. 

Art. y. — Du Granà-iriunîer oa Saaiitam. 

S i. Le sacrUtam ou ucrekûn des abbayes avait principal 
ment soin du trctor, c'est-^-dire des ornements, vases sacri 
reliques, manteaux, tapis, livres et autres objeU mobific 
de réglise. Il devait aussi entretenir Ffaorloge , les coti 



CHAPITRE LVl. Art. 5. 401 

des cloches, le laminaire, les autels, les toits, etc. , comme 
il a été déjk dit au cbap.XLII. D'après une concession que le 
prieur conventuel lui avait faite en 1305, il était en outre 
chai*gé à Gigny des sépultures des grandes personnes de la 
paroisse. En conséquence, le vicaire lui remettait les corps 
pour les inhumer, même ceux des individus morts sans les 
secours spirituels. Il en a été parlé aux chup. XVII, XXI, 
et LU de cette histoire. 

Cet office était fort ancien dans le prieuré. Les inventaires 
en citent des titres de 1269 et années suivantes, et on en 
l^rouvera deux de 1305 et 1310 dans le recueil de nos 
I>reuves. 

La maison du sacristain touchait le cimetière des enfants, pian y. i. 
et son jardin l'église prieui*ale. Il avait la préséance après 
1* aumônier^ peut-être même avant lui, et immédiatement 
SI près le chambrier. 

S 2. Les revenus du sacristain consistaient, sur la An : 

^ .'' dans les oblations et droits de sépulture partageables 

^\ec le vicaire, et dont il a été parle au chap. XXI ci-devant ; 

^ ." dans le quart de la gerberie ou des gerbes de passion k 

O igny et Cropet ; 3.'' dans le dxième des dîmes quelconques 

de ces deux conmiuues , et dans d'autres portions de celles 

de la Balme-d'Épy, la Boissière , Épy, Étrée , Florcntia, 

Lanéria, Marboz, Marie, hameau deCuiscaux,et Champ;igQa, 

^oisoux, les Kibiers , Scuaud et Tarcia, lesquelles dîmes 

^'élevaient k peu près en tout à 2500 francs ; 4.° dans un 

pré à Gigny, appelé pré du sacristain, ou pré Manet, et 

tlans un autre pré à Charnay ; 5.' dans des vignes h. 

Cbampagna , Cuiseaux et Saint-Jean-des-Treux ; 6.* dans 

des cens dus a Gigny, Cropet , Monlrevei , Louvenne , 

Marie, Véria, etc. 

Voici le détail et Tévaluation de tous ces revenus donnés 
en 1760 par les religieux : 

■ 

26 



40â '^'^ SISTOIRI DS aïOHT. 

Pré du Mcrinmn , k Gîgny 20 fi 

Cens h Gigny, pré à Charnny et vîgne k Saint- 

Jean-des-Treux 170 

Droits casuels de sépultures, etc., à Gigny» en- 

iriron 40 

Redevance du chambrier, pour le jeudi saint. . 17 

Dîmes h Gigny et Cropet , et gerbes de passion. . 170 
Dîmes hChampagna, vignes h Cuiseaux et cens 

k Marie 144 

Dîmes k la Boissière et aux Hourets 153 

— k Maui)oz et Ëtrée 400 

— à la Balme-d'Epy 200 

— k Epy, Tarcia, Lanéria , Senand, et aux 

Ribiers • 800 

— k Poisoux SOO 

Total S029 

Les charges de cet office étaient, k la même époque : 

Don gratuit 66 fr. 

Chandelles dues aux religieux 19 

'^ Supplément de portion congrue au curé de la 

Boissière S3 

Supplément k celui de Harboz 24 

— a celui de Gigny 

Entretien de Téglise prieurale, du chœur, des 
toits, vitres, ornements, linges, huile, cire, 
Ole. , environ 450 

Total 601 

Dans les baux de ses dtmes, le sacristain retenait ordinai- 
rement quelques voitures pour amener de la tuile, sans 
doute afin de réparer les toits de son église. 

Au rcste,les inventaires établissent que cet officier claustral 
âLvait anciennement bien d'autres revenus qui ne paraissent 



CHAPITRK LYI. Alt. 5. 403 

pas être compris dans le dénombrement de 1760. Ainsi , on 
trouve la mention : l.^'d'un accord fuit en 1403, entre le sa- 
cristain de Giguy et le curé de Germagua , au sujet de la 
(lime de ce lieu; 2.** d'un arrêt de 1G62 condamnant le fer- 
mier de Saint-Laurent-la-Roche au paiement d'un pareil 
de blé, par moitié froment et avoine , provenant peut-être 
de l'ancien prieuré de la Châsse-Dieu , dont on parlera plus 
tard ; 3.° de plusieurs reconnaissances successives, commen- 
çant dès 1450, d'un cens de cinq pots d'huile dû à Joudes; 
4.<' d'un acensemeut fait à Yéria en 1656 , moyennant trois 
blancs de monnaie ancienne, trois mesures et un sixième de 
froment et quatre rez trois quarts d'avoine, à la mesure de 
Véria; 5.® d'une reconnaissance faite en 1701 d'un cens dA 
^ ^ontrevel de deux, mesures et tiers de froment, trois ro7. 
d*avoine, et six gros, deux blancs vieux d'argent ; 6.« il n'est 
Ras question, en 1760, du meix de Marsenuy, dont nous avons 
parlé au chap. XXII, et duquel les tenementiers , ou ho7mncs 
^u sacristcùnt devaient rendre hommage à notre officier claus- 
tral ; 7.<» enQn, d'après des terriers et des manuels de 1357 h 
*'770, il lui était dû des cens : à Saint- Amour , la Balnie- '^ 
d'Épy, la Boissière, Champagna, Condal, Cropet, Cuiseaux, 
Êpy, Étrée , Germagna , Gigny , Granges-de-Non, Joudes , 
^int-Julien , Lanéria , Louvenne , Loysia , Marcia , Marie , 
Montrevel, Morges, La Pérouse, Saint-Sulpice , Vaux, 
Véria et le Villars. Dans ce nombre se trouvait sans doute 
celui que nous avons dit, au chapitre XXXII , avoir été 
^onné, en 1453, pour le luminaire de Saint-Taurin. 
S 3. Les sacristains connus sont les suivants : 
N.... GiRAULT, avant 1305. 
Etienne de Chatillon, 1305^1310. 
Pierre de Scey, 1336. 
Jeaa de Villars, 1360. 
Ètiemie de Véru, 1408, 1419, US4. 
CkdUume de SAmr^éiidn, 1474—1482. 



404 BTSTOiRiDi Gidnr. 

Jean de Chambut^ 1490. 

Jean de MONTJOUVENT, 1508, 1512, 1525, 1547. 
Jean-François de Montjocvent, 1553 — 1583. 
Claude de Mrssey, 1588, 1590, 1605, 1612. 
Claude de Bougne, 1620, 1635, 1636. 
Henri du Pasquier de la Vtlleue, prieur de l'ÉtoUe , 
1645—1676. 
? Claude-Antoine de Maliyert, avant 1664. 

Hugues de Balay, 1668. 
? Marc-François du Tartre , 1684 — 169S. 

Henri de Balat, 1681 — 1705 (co-adjuteur en 1675). 
Claude- Aimé-Gaspard de Balay du VemoU, 1705 — 

1751. 
Hugues de Balay de Marigna, 1751 — 1771. 
Après la mort de ce dernier titulaire, les reyenus de Toffloe 
furent réunis à la mense capitulaire, conformément k la bulle 
de sécularisation. 

Art. VI. — Dm Grand^mivrier. 

S 1. L'office d'ouvrier, d'après un article d*inventarre, Ait 
créé et établi à Gigny par délibération capitulaire du 11 lé- 
vrier 1359, ratifiée le 27 ayril 1360 à Cluiiy. Cet officier 
{opcrarius) était chargé de réparer et entretenir la fontaine 
du monastère, ainsi que les toits du château ou de la maison 
prieurale et de la maison des norices. Il remplissait en cela 
les fonctions de certains officiers inférieurs existant dans, 
d'autres communautés, comme de fontainier, etc... C'est ii 
Plan d r. lui qu'on doit le beau bassin de la fontaine actuelle, con- 
struit en 1694 et transporté, en 1791, de l'intérieurdu cloître 
sur la place publique. Les habitants devaient k l'ouvrier des 
corvées de charroi pour amener les bois et les ancelles né- 
cessaires à l'entretien des toits dont on a parlé|; mais es 
i\T%, il les en libéra, moyennant une redevance de 8 gro* 



CHAPITRE LYI. Art. 6. 405 

vieux. La chambre , ou maison de cet oflicier, en 1411 et 
1423, était voisine de l*église paroissiale, mais dans le dix- 
huitième siècle, elle touchait la place publique et les maisons pinn z m 
du sacristain et de rinfirmier, avec un jardin éloigné de celte 
maison. 

Par suite du droit de discipline et de correction que les 

religieux avaient sur ceux qui étaient préposés à la culture 

de leurs terres, l'ouvrier du prieuré de Gigny devait établir 

et salarier un blie, hlïefy ' blaijer, ou espèce de garde chani- 

p<^tre, chargé de surveiller, prévenir et constater les mésns 

et les contraventions rui*ales. On voit que l'ouvrier de 1691 

uo:nnia un fonctionnaire de cette nature. En considération 

(le celte charge, ToiDcier claustral avait, comme il en constc 

par des titres de 1461, 16i9, 1691 , le droit de blérie ou 

Qcrberie à Gigny, c'est-à-dire, celui de lever une gerbe de 

froment par chaque ménage de cultivateur. 

S 2. L'oiDce d'ouvrier n'était pas richement doté. Ses 
revenus consistaient en grande partie dans son domaine ou 
vignoble de Chaselles , composé de bâtiments , pressoir , 
vcrgei*s et vignes, tant à Chaselles qu'à Saint-Jean-des-Treux 
et Coligny, lesquels lui appartenaient dès 1391, 1403, 1411, 
1525, 1528, 1656 , 1682, etc.. C'est à cause de cette pro- 
priété qu'il prenait quelquefois le titre de prieur de Chaselles» 
Aussi, il y possédait encore une directe , des cens divers , des 
droits de mainmorte, etc., avec des terriers renouvelés 
on 1486 et 1554. 

Une autre source de ses revenus était la mareille (*^,ou le 
ûroïidemarguiUerie, Ce droit consistait dans la moitié de la dîme 
des chanvres levée k la dix-septième masse (l'autre moitié 
appartenant au curé), et dans la perception ou prélèvement 
lait sur la grosse dime d'une gerbe de froment de cinq 
pieds eldemi de tour, chez chaque cultivateur tenant charrue. 

(itt) Le mot MmrtiUû ûgnifie margnUUrîe, et le vulsiirc dit encore aujour- 
dnivi mmreiiiierf maHllier, pour oarg nillier. 



406 niSTOlRB DB GIGNT. 

L'ouvi ier louait ce droit moyennant une somme d'argent, et 
en outrc^ h condition que le fermier ferait sonner les trcri! 
nnrjelus , les dfïiccs divins des fêtes et dimanches , comn» 
aussi en cas d'imminence d'orage et de tempête. Ce fermiei 
ou marguillier devait, en outre, assister le curé à la txmfec 
tion de l'eau bénite et l'accompagner en portant le viatique 
aux malades ; il devait distribuer le pain bénît et entretenh 
In corde de la cloche. L'ouvrier louait la mareille , k la Bob 
sière, Chambéria , Châtonnay, Clairvaux , Cuîsia (Ain)^Gigny 
Saint-Julien, Harigna, Monnetay, Nancuîse , Nante! , Saint 
Nizicr, Poitte, Pressîa, Rothonay , Villechantria, etc.. lî 
y avait h Gigny un petit pré , dit le pré de la Margmtterie, dont 
le bedeau de l'église des religieux jouissait sur la fin. 

L'ofllcier claustral deGigny avait non^seulement, pour droit 
de marguillerie,àClairvaux,unegerbe de froment, mais en- 
core une d'avoine , k prélever sur la dtme , sur chaque cid- 
tivateur semant froment et avoine. Il avait, en outre, le(droii 
d'exiger des époux une pinte de vin et une miche de pain 
blanc , le lendemain de leurs noces. Hais les habitants ayant 
prétendu que, suivant les coutumes anciennes, il était chargé 
de la sonnerie et de l'entretien d'une lampe devant le Saint- 
Sacrement, il survint un traité en 1677, du consentement du 
chapitre, par lequel ils se rédimèrent de la mareille, moyen- 
nant une rente de 15 francs qu'ils servirent k rouvrier, 
pendant quelque temps, et qu'ils remboursèrent ensuite. 

Cet officier avait aussi le patronage de la cure de Joudes, 
de celle de Cuisia ( J.), d'après diverses sentences de 1521, 
1528, 1530, ainsi que de celle de Cuiseaux , d'après une re- 
connaissance faite en 1479 par le chapitre de cette \ille et 
ratifiée par celui de Gigny. Cependant la nomination k ces 
trois cures ne lui appartenait plus en 1760, mais au prieur 
commcndalaîre , k l'exception de la cure de Cuisia, qui se 
trouvait k la nomination monoculaire du chapitre ; l'ouvrier 
l»orccvait seulement les droits de ces patronages. 



CHAPITRE LVI. Art. 6. 407 

Quant am reYenns et charges de Tofflce , k la même épo- 
que , en voici le détail fourni par les religieux eux-mêmes. 
Produit dn prieuré de Chaselles SOO 

— de gerberie à Gigny .20 

— de Mérîe à Graye 2 

— du patronage de la cure de Guiseaux. . . 7 

— de celui de ioudes 2 

Droits de mareiOe eu marguillerie à Rothonay. . . 54 

— h la Boissière 4 . 5 

— il Ghambéria • . « 12 

— kSttaW«lien. 59 

— hPoitte 12 

— àGhfttonnay. 15 

— k Yillechantria , valeur de six mesures de 

firoment et quatre d'avoine 10 

— k Guisia et Pressia , valeur de seize mesures 

de froment et vingt-quatre d'avoine. . . 27 
— - à Honnetay, Ifarigna et Nancuise, valeur de 
trente-trcHS mesores de froment, mesure 
d*Amthod 40 



ToUl 465 

Les charges de Touvrier étaient : 

Le don gratuit 14 

Hesse et office pour le prieur Ghatard .... 6 

EntreUen de la fontaine du clottre, envilron ... 50 
— des toits de la maison prieurale et de l'an- 

denne maison des novices, environ. . . 50 



Total 120 



S 3. On rencontre dans les actes les titulaires suivants : 
Jean de Faortemay, en 1404. 
Bertrand de HoifTADRorr, 1424, 1431. 



40B niSTOIRE DE oiGivr. 

N.... BuSEAU-BouTART , prieuf de Chàtonnay , 1474, 

1478, 1525. 
Pierre de Moysib, 1499, 1508, 1527. 
Denis de la Pallud, 1546, 1553. 
Pierre de Polignt, 1564. 
Pierre d'IlGNTE ou d'U«NU, 1577. 1582. 
Jean de Chayirey, 1590, 1611, 1612, 1620. 
Guillaume de THCn-RAifTECHAnx, 1646, 1647. 
Ëustache de Balay , 1664, 1685. 
Éléonore de Belot, 1676, 1677. 
Pliilippe-LonisdeBALA¥, de JManjfiia, 1687—1710. 
Hugues de Balay de Marigna, 1734-^1744. 
Lonis-FrançoispGabrlel de Jouffroy de Ganuans, 1751 — 

1789. 

Art. Vil. — De Vhftrmkr. 

S 1. Vmfirmier, dans les monastères , avait soin des inlir- 
me^, des malades et des conYalescents. Cet utile officier était 
déjà institué par la règle bénédictine ; et on lit qu'en 1 308, 
il en existait déjh un au prieuré de Gigny. 

Un médecin ou chirurgien attaché h l'établissement traitait 
les malades et était prébende à cet effet. D'après un titre de 
1704 , il recevait annuellement du prieur commeoda taire 
quatre pareils ou 32 mesures de froment. On lit aussi qu'à 
Tournus il y avait des prébendes de quatre bichets de blé 
et de cinq poinçons de vin,*pour lemédecin,le chirurgien et 
le couturier. Les temps ont bien changé ; la profession mé- 
dicale est sortie de l'avilissement, et ceux qui l'exercent ne 
sont plus de nos jours assimilés à des tailleurs, ni rétribués 
comme eux !.... 
c. ui. L'infirmier de Gigny avait la préséance après le sacristain 

pian^ et avant l'ouvrier. Sa maison avait une terrasse qui domi- 
nait la place publique et celle du carcan. 



CHAPITRE LVI. Art. 7. 409 

s 2. Les revenus de cet office, en 1760, consistaient en : 

Dîmes h Harcia 200 

Pré ( de Vinfimùer ) à Gigny .60 pun q 

Autre pré à Graye 4 

Champ ou verger près le cloitre ( voyez note 164 ). 18 pun e 
Droit de langues dans toute la seigneurie (v. p. 97). S4 

Cens divers 3 

Patronage de la cure de Saint-Julien 4 

— de GrayeetLoysia 15 

— de Pymorin 16. 

— de Honnetay 2 

— de Crcssia 1 

Total Ii7 

La seule charge était celle de neuffrancs pour don gratuit. 

^1 paraitquelesrevenus de cet office étaient plus considérables 

autrefois et qu'ils avaient diminué par le malheur des temps, 

^^r l'un des infirmiers, Cl.-Gaspard de Hamix, obtint, le 17 

décembre 1667, de Tarchevéque de Besançon, a un monitoire 

* contre tous ceux qui gardaient ou pouvaient retenir , 

V usurper et receler des papiers, cens, dîmes, etc ;.. comme 

^ aussi contre tous ceux qui avaient vu , su , ouï dire affir- 

^ mativement ou non, ou pouvant savoir ou donner quelques 

V lumières ou enseignements de tout ce qui fut dépendaqt 

^ de son office d'infirmier, k peine d'excommunication, d On 

trouve, en effet, dans les inventaires, l'indication de quelques 

(devances qui ne paraissent pas indiquées en 1760 : 

1.* D'après un terrier de 1516 et un manuel de 1557, re- 
nouvelés en 1609, 1615, 1675, cens et rentes h Loysia d'une 
mesure et un sixième de froment, de deux rez d'avoine, deux 
gros vieux et 14 sols estevenants ; 

2.* D'après les 'mêmes titres, cens h Marigna sur le meix 
Ckamal, d'an quarial de froment , d'un quartal d'avoine , 
de dix gros d'argent et deux poules , lequel cens on croit 



410 HlSTOtAB DB OIONT. 

avoir été cédé , après 1704 , au seigneur de Harigu 
ooe vigne de douze ouvrées k Dîgna , franche de 
dite la Marignette; 

3.^ En 1641 , abergeage d'un pré h Loysia, mofei 
reK d'avoine et deux tiers de mesure de fh)ment ; 

4.<^ Acensemcnt , en 1709 , d'une hermiture II 
moyennant une demi-mesure de froment et un i 
d'avoine; 

5.<^ Autre, en 1710, d'une seconde hermiture, i 
lieu , sous le cens de deux sols tournois. 

Les mêmes terriers ou titres du seizième siée 
tionnent déjh , comme propres k l'ofiice de l'inin 
dîmes de Marcia et le patronage des cures de 
Graye , Saint -Julien , Loysia , Honnetay , Pya 
Villechantrîa. 

Les titres postérieurs montrent que cet officier 
des deux tiers de toutes les dîmes h Joudes , Marcia« 
et an Yillars-sous-Joudes , l'autre tiers appartenant 
Il y dîmait, h la douzième partie, non-seulemem 
mais encore le vin. Forge, les fèves, l'avoine et le * 
En 1554, il se désista de la dtme sur certains fondi 
pendaient de la commanderie de rAumusse, près ! 
appartenaient aux chevaliers de Rhodes ou de Malle 
de la chapelle de Semon, hameau de Cuiseaux. UJcni 
outre de toute la dime des novales à Joudes et 
moyennant une rente de 27 fr. qu'il payait au cari 

En ce qui concerne le patronage des cures préciti 
certain qu'en 1760, il n'appartenait plus à Tinfimiii 
an prieur commendataire. Le premier n'y possédait 
les droits de responsion mentionnés, lesquels étai( 
plus considérables autrefois. 

Déjà en 1308 , le caré de Graye et Loysia recoi 
rînfimtier avait le patronage de ces deux cures, et 
percevoir la nicnfié des dîmes et des agneaux, dess<| 



GHAPITRB tTI. Art. 7. 411 

des draps mortuaires, du luminaire , des aumônes , d'un pré 
Ficbelin et d'une terre dite de Saint-Maurice , de toutes les 
offrandes et des oblations du vendredi et du samedi saints, 
de la Purification j de l'Ascension , de Noël et des fêtes de 
saint Maurice et de saint Michel ; le tout évalué et abonné , 
en 1618 , à trente<-tirois gros d'ancienne monnaie. 

A Cressia , il en était h peu près de même , et rinfirmier 
percevait la moitié de toutes les offrandes, tant de cens 
qu^antres, le tiers des sépultures et pitances, et la moitié 
des oblations du vendredi et du samedi saints , des fêtes 
de Pâques, Toussaint, Trépassés , saint Maurice , saint Mi- 
chel et lendemain de la Fête-Dieu. La totalité de ce casuel fut 
payée h raison de huit fr. en 1637-1642, et de une livre six 
sols huit deniers, dès le commencement du dix-huitième 
siècle. 

A Monnetay, les droits de patronage furent acquittés , de 
io67 il 1710, moyennant trente-trois gros vieux , et à Py- 
iuorin, de 1G53 ii 1672, moyennant dix gros. 

Enfin , celui des deux cures de Saint'Julien et de Ville- 
i^antria , consistant aussi en la moitié des offrandes , oMa-^ 
lions, mortuaîres et autres droits casuels, valait six fr. en 
1d22 , six fr. et six Chapons , bom et mffisanti , en 1533 , et 
sixfr. seulement en 1653 et 166B. 

Cette variation de produits provenait sans doute des oscil- 
lations de la piété et du zèle religieux. 
S 3. S'onsuivent quelques infirmiers du monastère : 

N , en 1308. 

Humbert de , 1452. 

Nîihîcr de Faverîoer, 1499. 
Etienne de Favernier , 1522. 
Pierre de FAVBitNiER , 1533—1573. 
lean-Baptiste de Favernier, 1577, li>82, 1590. 
Kerre de Tbon-Rantechaux , prieur de Marboz, 1598 — 
163*. 



^^^ flISTOIRB DE GIGNT. 

? Louis de Ronchaux, 1617. 
Guaiaumc de Thon-Rantechaux , 1635—1642. 
Guillaume du Pasquier, prieur de TÉtoîle, 1642—16 
Claude de Chantrans, 1653, 1654. 
Eléonore deViLLETTE, 1664. 
Claude-Gaspard de Marnix , 1667, 1670, 1673, 
Jérôme de Raincourt, 1676, 1682. 
Clëriadus du Pin, 1688, 1692, 1693. 
Jean-Gaspard de Visem al de Franienay, 1703, 170S, 17 
Georges de TouRNON , 1709, 1711,1718. 

Claude-Aimé-Gaspard de Balay du Vemoià, 1720. 
Jacques de Malivert, 1725. 
Ferdinand de Nance, 1729 — 1736. 
Éléonore-Alexandrede BsLorde Monihozon, 1736 — 17 
Jean-Bernard de Moyria, 1751 — 1789. 

Art. Vni. — Du Doyen. 

S 1 . Chez les Romains,les ouvriers employés à ragricall 
étalent divisés eu décuries ou dizaines , avec un chef pt 
chacune d'elles. Saint Benoit, en instituant ses moines, éta 
de même un doyen par décanie, pour surveiller et soig 
ceux qui lui étaient subordonnés, au travail, aux offices, 
santé comme en maladie, et au spirituel comme au tempo 
Ces doyens n'avaient Tautorité qu'en troisième ordre, af 
l'abbé et le prévât. Us furent préposés ensuite à la régie 
prieurés dépendants de l'abbaye. Saint Augustin et saint 
rôme parlent déjh des doyens de moines avant l'institai 
bénédictine , mais on ne les a guère connus à Quny av 
le douzième siècle. 

S 2. Le doyen du prieuré de Gigny, connu dès le quai 
zième siècle, avait peu de revenus. Us ne s élevaient, en 17 
qu'à 203 fr., dont 50 fr., produit des dîmes de Merlia, 50 
provenant d'un pré h Charnay ; 75 fr., valeur de 216 niesii 



cHAriTRE LYi. Art. 9. 413 

d'avoine dues sur le grenier du chapitre, et 28 fr. pour 26 
mesures de froment dues pour droit de conroy (V. note 187). 
Les charges de cet office n'étaient que de 6 livres 18 sols, 
dont 6 livres 2 sols pour don gratuit, et 16 sols pour droit 
de responsionàpayer k la mense capitulaire. Il devint vacant 
CQ 1756y par la mort du titulaire, et ses revenus, après avoir 
ëté perçus pendant quelques années par l'infirmier, furent 
unis à ceux du noble chapitre, après la sécularisation. 

On ignore quelle était la maison du doyen dans le dix- 
huitième siècle, mais son jardin, éloigné du cloître , existait pua r. 
entre celui de l'ouvrier et celui du chantre. 

S 3. On a rencontré k Gigny les doyens qui suivent : 

Jean Pacon, en 1336* 

Etienne de Guigart ou Gatart, 1424. 

Amblard de Chataro, 1482. 

Léonard de Thoulonjon, 1488. 

Philibert de MoNTJOUYENT, 1527. 

Jean de HonrjouvENT, 1546. 

N de GuiNAL, 1565. 

Jacques de GuiGAT, 1570. 

Alexandre de Maigret, 1577, 1582, 1590. 

N de Vallefin (p. e. le même que le suivant), 1601. 

Pierre de Tiioclonjon ,1612. 

Claude- Antoine de Malivert, 1650. 

Désiré de Chavirey, 1664, 1682, 1693. 

Jean-Gaspard de Visemal de Fronlenay, 1703 — 1724. 

Claude-François de Jocffroy, 1717. 

Jacques de Malivert, 1729 — 1756. 

(Jean-Bernard de Moyru, 1756, 1760). 

Art. IX. — Du Chantre. 

% i. Dans les chapitres , le chanire tenait le chœur, con- 
duisait l'office, le chant , la psalmodie» la lecture. Il avait un 



Man »• r% 



414 BI8T0IRB DB GIOBT*. 

bâton pour marque de sa juridiction (^^, et si on lui dé- 
sobéissait, il portait sa plainte au chapitre, qui infligeait une 
peine h l'indiscipliné. A Châtillon-sur-Seine , il nommait les 
recteurs d'école. 

Le chantre du prieuré de Gigny n'avait en propre , sm* la 
fin , que 36 fr. de revenus, dont 30 fr« de deux prés et 6 fr. 
dus par le prieur, sur quoi il devait 16 sols 8 deniers de 
responsion , et 1 livre 3 sous 4 deniers de don gratuit. Ses 
deux prés portaient le nom de culées du dumire, et en 17S0, 
le chambrier jouissait d'un autre appelé aussi pré ékt dumire, 
On lit encore qu'en 1487 le prieur et le chapitre donnent ) 
cet office une terre en hermiture de six poses , lieu dit aui 
Cloisels, au territoire de Gigny, et qu'en 1553, le titulaire 
abcrgea des fonds à Gropet , provenant d'échute de main- 
morte. Cet office , disaient les religieux lors de la sécularisa- 
tion, était devenu vacant, en 1743, par la mort de celui qu 
le possédait. Cependant on lui trouve ensuite trois suoces 
scurs nommés par le prieur commendataire et mis en pos* 
session. Le dernier, qui était l'infirmier du monastère, 
donna sa démission le 13 décembre 1751 , mais continua d( 
percevoir les revenus qui furent unis, en 1760, à la mensc 
capitulaire. 

La maison du chantre avoisinait celle de l'infirmier , ains 
que la porte du cloître, dont son jardin était éloigné. 
S 2. Voici la liste de quelques titulaires de cet office : 

Audon de Lezat, en 1424. 

Antoine de Toulouse, 1452. 

Jean de Gayne , 1474, 1482, 1487. 

Antoine de la Palud* 1508. 

Jean de Granocuamp, 1528, 1530. 

Jacques de Guigart, 1543, 1546.' 

(189) L*asagc des hdions canloraux fut maintenu, par lelti-es patentes «* il 
i;55, dans l^lise collégiale d*ArboiS( comme ancien vestige, est-il dit » dt 
coQYenloalité du prieui-é. 



CIAPITRB LVI. Art. 10 415 

Biaise de Cbissey, 1553. 

Gaspard de L'AvBÉpiif, 15d4, 1565, 1570. 

Louis de la Bauxe, 1577, 1582. 

Biaise de Cbissey, 15£K), 1593. 

Claude de la Charme, 1612, 1620. 

Oiariesde Reculot, 1687 ,1693« 

Jean-Gaspard de Lezay^ 1717. 

Jacques de Halivert, 1730. 

Louis de Sacit-Germain, 1740, 1741, 1743. 

Louis-François-Gabriel de Jouffroy de Gims9an$, 1743. 

Enueinond de Hoyria de Mailla^ 1746. 

Jean-Bernard de Moyru, 1749—1751. 

Art. X. — Du Réfecturier. 

S 1. De tous les oflSciers de bouche, le réfeclurkr est le seul 
<iui ait subsisté à Gigny jusqu'à la fin. Il avait le soin et Tad- 
<iiiDistration du réfectoire^ comme son nom l'indique, pré- 
parait les tables aux heures des repas, servait le pain, le vin 
^t les légumes, pourvoyait aux linges de table, buffets, cor- 
ailles, cuillers^ vases, etc. 

Sa maison touchait le cimetière des enfants, et il jouissait P^»" *• *»• *• 
<3e deux jardins, dont l'un contigu h Téglise paroissiale. 

Ses rcvenusfurent évalués, en 1760, hl29fr., dont llOfr., 
^leur de 92 mesures de fï*oment, et 19 fr., valeur de 54 d'a- 
'Voine, dues sur le grenier du prieur. A cet office appartenait 
encore le champ en hermiture de la Pendanne, déjà cédé à 
^tte époque, par délibération capitulalre, à MM. de Fale- 
^^LQs et de Moyria, qui y plantèrent de la vigne , comme on a 
^jï dit. 

Les charges du réfecturier consistaient en 3 livres 6'* 4^* 
^e doo gratuit , et 4 livres $" 8^* de responsion due au cha- 
piirc. 
Nos religieux disaient, en 1760, que cet office était vacant 



416 HISTOIRB DE GIGRT. 

depuis 1746 , par le décès du titulaire , et que dès-lors k 
revenus en avaient été perçus par rinfirniier. Cependani 
nous avons trouvé deux autres réfecturiers nommés poste 
rieurement par le prieur commendataire et mis en bonn 
possession. 

S 2. On n'a point rencontré de titulaires avant.le qainzièoi 
siècle : 

Pierre de BLAin>ÀNs, prieur de Plane, en 1453. 

Pierre de Gormoz, 1499. 

François deTsNARRE, 1543, 1546. 

Biaise de Chisset, 1577, 1582. 

Louis de la Baume , 1590. 

Nicolas de Chavirey, 1612, 1620. 

Guillaume de Montagu , 1633. 

Claude de Chantrans, 1646, 1647. 

Jérôme de Raincourt, 1664. 

Marc-François du Tartre, 1676 — 1704. 

Ferdinand-Marie de Nawce^ 1705 — 1717. 

Claude de Brancion-Visargent, 1740, 1745, 1746. 

Louis-Franç.-Gab. de Jouffroy de Ganisam, 1746 — 1750 

Jean-Bernard de Moyria, 1751 — 1760. 

Art. XI. — Da Pltanckr. 

S 1. L'office du piiancier était chargé de fournir et d'ad 
ministrer la pitance aux roligicux. Il était fort ancien àOi 
gny, puisqu'il en a déjà été parlé aux dates de 1282 € 
1357 ; mais il fut supprimé en 1548 , par un accord entre K 
prieur commendataire et ses religieux. Ses revenus, y corn 
pris probablement la seigneurie de Joudes , furent unis ! 
la nicnse capilulaire. Ils étaient perçus à Balanoiset , Cha 
véria, Cropet, Digna, Donsurre, Dramelay, Gigny , Morges 
Moutonne, la Pérouse, etc.... On trouve, en eQbt,'que cet offl 
cier claustral a acquis, en 1282, sept poses de terre etunpr 



CAAPITHB L VI. Art. 12. 417 

de deux clArs de (bin, k Cropet ; qa*k Digna il a acensé» en 
1957 , me vigne sous Ch&tc! , moyennant neuf pots d'huile 
de noix ; qu'Odon de TAubépin lui a vendu, en 1390, on 
pré h Donsurre , dit Tlsle-des-Chenevières ; qu'en 1423 , il 
possédait le pré de la Broyère à la Pérouse ; que dès et 
avant 1441 , il jouissait de la censive et seigneurie de Ba** 
lanoiset, près Yarennes ; qu'en 1445, il avait un terrier 
pour ses cens h Chavëria, Moutonne, Morges, Gigny, etc.... 
qu'en 1489, le titulaire fit un abergeage k Cropet, moyen*» 
nant une poignée ou pi^lère de froment ; que le terrier 
de cet oflSce fut renouvelé en 1598 , devant L. Bertrand , 
notaire à Gigny ; qu'en 1709 , il lui était dû des cens à Dra- 
melay ; etc.,... etc...»» 
S 2. Voici les pitanciers que les titres ont fait connaître : 

Guidon de Cuisel, en 1282. 

Jean de Sauler, 1357. 

Etienne de Morel, 1473. 

Pierre de Bavière, 1478. 

Jacques de Barchot, 1482. 

Claude deCnARNOz, 1488, 1489. 

Jean de Pe:«arb, 1499, 1508. 

N 1514—15.... 

Louis de Tarlet, 1546. 

AnT. XII. — Ducellérier. 

S 1 . Le ceUérier , d'après la règle de saint Benoît , avait 
la garde de toutes les provisions et de tous les ustensiles. 
n distribuait h chacun , selon Tordre de l'abbé , ce qui était 
nécessaire pour les besoins de la vie et pour le travail. Pos- 
térieurement , il eut spécialement le soin de la cave et des 
laissons. Cet oiQce du prieuré de Gigny parait avoir été 
réuni , peu après le concordat de 1554, à la mense capitu- 

27 



418 HISTOIRE DE «ÎIGFIY. 

luire , car après cette époque les chartes iie'meiitloo 
au(!iin lilulairo. 

S 2. Ses revenus ayant été ainsi confondus depuis I 
temps , on n'a pas de données positives et détaillées 
leur nature. On voit cependant que cet oflicier daa 
avait plusieurs terriers, Tun de 1445 , pour les cens 6 
devances de son office h Chavéria, Céséria, Gigny, Moi 
Moutonne et autres lieux; un second de 1545 pour la 
gneurie de Condal, qui en dépendait ; et un troisième de 1 
renouvelé probablement de celui de 1445 , et remplacé 
même ensuite par un quatrième en 1688. Ce dernier < 
tenait la reconnaissance des dîmes de la cellérerie et < 
des cens qui étaient dus à Anières, Céséria, Chamay, ( 
véria, Gigny, Granges-de-Non , Graye , Saint-Julien, J 
venue, Loysia, Montrevei, Morges, Orgelet, la Péro 
Poitte, Varessia, Véria et le Villars. 

On a déjà vu , au chapitre XXX, à quelles condition 
cpandeducellérier, au Villars, avaitété acensée perpétuellen 
en 1437. On a vu aussi , au chapitre XLVI , quel i 
le produit de la seigneurie de Condal. Nous ajouterons 
1.* Qu'en 1424, le cellérier abergea un pré à Gif 
appelé es Singes, situé près de celui de l'aumônier , mo] 
nant le cens annuel de six oboles de roi ; 

2.» Qu'en 1530 , il possédait un pré, en V En fondront 
même territoire de Gigny ; 

3.* Qu'en 1535, il lui était dû un cens de deux mesi 
de froment et de trois rez d'avoine, affecté sur un mei^ 
Petit- Véria (voyez note 113) ; 

4." Qu'en 1512, il abergea deux pièces de terre, au mi 
territoire de Véria, en la MaîadîèrC'deS'Beprets , moyenn 
douze gros vieux d'introge et un cens annuel de douze 
quels estcvcnants (voyez notes 76, 113 ) ; 

5.® Qu'en 1 544, il acensa, comme on a dit au chapitre X 
les moulins et batteurs de Véria , sous la rente d'un pa 



CHAPITRE LVII. 419 

ot demi de blé , par moitié froment et avoine , lequel accn- 
sement fut encore renouvelé, au même prix, en 1583 ; 

6.^ Qu'en 1546 , on reconnut aussi en sa faveur un autre 
moulin et batteur à Poitte, dit le itfoutin-Perrm, sous la cetise 
annuelle de deux pareils et demi , par moitié froment et 
avoine, c'est-à-dire, de vingt mesuresde froment et trente d'a- 
Toine, à la mesure de Poitte, portant lods, vends, seigneurie, 
amendes et retenue. Le meunier fut condamné, en 1651, k 
payer ce cens au prieuré de Gigny ; mais en 1680, nos reli- 
g\enx cédèrent leur droit féodal de retenue sur ce moulin à 
JM. Thomas de Lezay , seigneur de Marnésia ; 

7.* Enfin que, d'après les terriers de Gigny , notre officier 
olaustral avait la directe et censive sur les fonds contigus à la 
porte de Buis, du câté de matin. 

% 3. Nous allons donner les noms des cellériers venus h 
notre connaissance : 

N en 1375. 

Guy de Bbaufort, 1424, 1436. 

Jacques de Roche, 1437. 

Jean de Dortan, 1441, 1452. 

Jean Rolin , évéqne d'Autun , cardinal, résigna en 1458. 

Antoine de Monjouvent, prieur d'Oussia, 1473,1 474, 14B2. 

Jean de Grandchamp, 1542^ 1544, 1554. 



CHAPITRE LVII. 



Def prieurés dépendanit do Gigny. 



Dès le dixième siècle, dit le savant Mabillon , les abbayes 
Considérables avaient sous leur dépendance des espèces 
de colonies désignées sous les noms de celles , obédiences , 
prévAtés , petits monastères , prieurés, etc.*. Il s'y trouvait 



420 niSTOIRR fis CltilIT. 

(les prévois on doyens , amovibles à la volonté de l'abM < 
rlief du principal ëtablissemenr, et qui venaient lui payer i 
certain cens chaque année. 

f^s prieurés ont eu plusieurs origines. Le plus souvei 
r/ëtaient de simples domaines appartenant à l'abbaye » c 
rclle-ci envoyait des moines pour l'exploitation, avec un m 
)*gieux-prétre, qualifié de prieur ^ qui en était le chef et qi 
faisait le service divin dans la chapelle du domaine. D*auCn 
fois , c'étaient de véritables colonies de religieux envoyi 
par Tabbaye pour s'établir dans des nouveaux monastèn 
subordonnés à celle-ci. Quelquefois enfin , les prieurés oi 
commencé par des cellules de solitaires ou par des chapeik 
de dévotion bâties sur les terres de l'abbaye, auprès de 
quellesont été établies de petites communautés dereligiew 

On distinguait les prieurés en conventuels et en ruraux. Ià 
premiers étaient ceux où un certain nombre de religiev 
vivaient régulièrement sous un prieur , avec des revenu 
suffisants pour fournir à la subsistance de la communauté 
ils étaient à la nomination du roi. Les prieurés ruraux, t 
contraire , étaient ceux oii la modicité des revenus ne pei 
mettait d'entretenir que deux ou trois religieux, àlanomi 
nation du pape, dans les pays d'obédience, et à celle del'abb 
ou prieur du monastère en chef, dans les autres pays.Diver 
conciles avaient même statué que ceux qui ne pouvaièn 
entretenir deux moines, y compris le prieur , devaient étr 
réunis à rétablissement dont ils dépendaient, ou à d'autre 
petites obédiences. 

Les prieurés qui n'étaient pas soumis k l'évéqiie dîoeé 
sain devaient être surveillés et visités par l'abbé ou chc 
dont ils relevaient. C'est pourquoi on a vu, au chapitre XXVI 
ci-devant, un des prieurs de Gigny faire, en 1393, la visite di 
prieuré conventuel de Château-sur-Salins. Au reste, les tito 
laircsde ces obédiences, ou celles subordonnées, devaient! 
leur monastère supérieur un cens ou driril de retponmn qui 



CHAPITRE LVII. Arf. 1. 121 

a regard de Gigiiy , élail fixé ii sçpt florins d'or. Un liire 
de 1614, rclatifh notre prienrë de Chambornay , porte que 
le florin éuiil évalué h 11»* !**• et tiers, ce qui ne portail les 
sept florins qu'à 3^' 17** 9"*- et tiers. Mais cette évaluation 
parait bien faible , car le florin d'or est géuéralement esti- 
mé valoironze francsde notre monnaie actuelle, ce qui élèverait 
les sept florins à 77 francs. 

Le nombre des prieurés soumis à l'abbaye de Gigny fart 
juger de l'importance de ce monastère , que Pierre-le-Vé- 
nérable, en 1133, qualifiait en effet de^rand. On n'en comp- 
tait plus que onze dans le dix-huitième siècle, et seize deux 
oents ans auparavant. Mais l'auteur de cette histoire en a 
oonstaté vingt-trois, tant dans les départements de l'Ain, du 
Jura, de la Haute-Saône et de Saône-et-Loire, que dans la 
Savoie , le Dauphiné , le Genevois et autres pays inconnus. 
Sur la fin, tous ces prieurés étaient ruraux, à l'exception de 
celai de Château-sur-Salins ,«oii la vie régulière avait con- 
tinué d'être suivie ; mais on a lieu de penser que la conven- 
t^aalité avait aussi existé très anciennement dans plusieurs 
autres, notamment dans ceux de Bellesvaux, de Châtel, de 
Sfarboz, de Mouz , etc.... On va donner une notice sur cha- 
oun de ces membres de l'établissement religieux de Gigny , 
^o suivant l'ordre alphabétique. 

Art. L — Prieuré d'Albin. 

Le prieuré d'Albin n'est connu que pour être mentionné 
dans l'ancien catalogue des- bénéfices de Cluny , comme ^ '^i- 
membre de Gigny, au diocèse de Grenoble. C'est sans doute 
Un de ceux que l'historien Dunod disait avoir appartenu au- 
trefois h notre monastère dans le Dauphiné. Serait-ce le 
prieuré de Yieux-sur-Albe, dont il sera parlé k la fin de ce 
chapitre ?... 



422 HISTOIRE t>E G1G5T. 

Art. II. — Prieuré de Beilesvaux. 

S 1. Le prieuré de BeUesvaux-en-Bauges , au décimât 
d'Annecy et au diocèse de Genève , fut fondé , en 1078 , 
comme on l'a dii au chapitre VII, etdonné à l'abbaye de Saîntr 
Pierre de Gigny par Nantelme, riche personnage de Savoie. 
Ce dernier ayant bâti une église en l'honneur de la Vierge 
et un monastère pour loger les religieux , dans un alleu qui 
lui avait été concédé par Humbert II, dit le Renforcé, comte 
de Savoie, en fit don k notre abbaye, du consentement de ce 
comte et de Guy, évéquede Genève. Douze ans après , ea 
1090, cette église fut consacrée par Boson, archevêque de 
Tarantaise^ Conon, évéque de Maurienne, et autre Bosob, 
évéque^d'Aoste. Or, à cette occasion, Nantelme et quelqnei 
autres personnes pieuses, en présence de ces prélats, do* 
ièrent richement cette^ église el ce prieuré de différents biesi 
qui leur appartenaient k École , Châtelard, Doucy , Léche- 
rène , Arith, la Motte, Compote» Allon, Sainte-Radegonde, ei 
autres lieux dits en Bouges, Le comte Humbert, par le même 
acte, ût aussi donation aux religieux de ce prieuré de diven 
droits réels, féodaux ou autres. 

S 2. Cette obédience dépendait encore de Gigny , dans k 
quinzième siècle, mais on ignore comment ensuite elle a cess^ 
de lui être soumise. Voici les noms des seuls prieurs par- 
venus à notre connaissance : 
i François de Beacfort, en 1528. 

Ch.-£mm. de Dibspach, en 1597, qui débouta L. Marih, 
à qui l'abbé de Ckiny avait accordé des provisions. 

Thomas PoBEi,de Chambéry, évéque de Saint-Paul-trois 
Châteaux, mort en 1608. 

CL-Nicolas de Rbvdet, mort en 1622. 

François Deville, en 1.... 



cil II» ÎT RE LYll. AkT. 3. 423 

Art. liL — Prknrê de Chanibornav-lo/-Pin. 

s 1. Deux communes du département de la Uaute-Saône 
portent le nom de Chambornay, l'une dansTarrondissenient 
de Vesonl, et l'autre dans celui deGray. La première, sur- 
nommée Chanibomay4eZ'BeU€vmix j au canton de Rioz, a 
donné son nom à une ancienne maison féodale du douzième 
et du treizième siècle, qui a fondé et enrichi Tabbaye de 
Bellevaux. Son église fut cédée, en 1145, h cette abbaye 
parTarchevéque de Besançon. L'autre commune, voisine de 
celle de Pm^ au canton de Gy, sur les bords de l'Ognon, en •-. 

a reçu son surnom. Il est h croire que c'est de Chanibornay- 
lez-Bellevaux qu'il est question dans des chartes de 967 et 
de 1049, par lesquelles le roi Conrad et le pape Léon IX 
confirmèrent à l'église de Saint-Étienne de Besançon difl'é- 
rents biens à Qianibornay. Mais il est incertain dans la- 
quelle de ces deux communes le célèbre Jean de Vienne^ de- 
puis amiral de France et défenseur de Calais, remporta une 
grande victoire, en 1364, sur les Tard-Venus, qui ravageaient 
le pays, et dont il tua lui-même le chef d'un coup de lance. 

S 2. A l'égard de Chambomay'kz'Pm , quelle a été l'ori- 
gine de son prieuré? A quelle époque est-il devenu membre 
du monastère de Gigny? Pour résoudre ces questions et bau- 
coup d'autres, nos recherches ont été infructueuses ; elles 
ne nous ont fourni que les faibles documents qui suivent : 

l.^ L'ancien catalogue des bénéfices de Cluny mentionne, c. I3i. 
dans le quinzième siècle, ce prieuré au nombre de ceux qui 
dépendaient immédiatement de Gigny, et porte qu'il devait 
s'y trouver deux moines, y compris le prieur ; 2.° nos in- 
ventaires ne citent point de titres qui lui soient relatifs an- 
térieurs ^ 1572, 1586 , 1612, etc; 3.<» l'historien Gollut, en 
1588, le recense parmi les prieurés du bailliage d'Amont ; 
*.• le pape Clément ^IIT , avant 1C05, Tavait réuni au col- 



4^i UlSrOlHC DE ÇlGRTt 

Irgo de Bcsan^ou, mais cette union n'eut pas lieu, puisque 
son successeur nomma un titulaire en 1636 ; 5.* un de nos 
litres de 1614 prouve que le prieur de Chambomay devait h 
l'insigne monastère sept florins d'or, réduits à dix gros le 
florin, ou évalués , comme on a dit , à 3 livres 17** 9^* et 
tiers, pour droit de responsion annuel; 6«* ce bénéfice étant 
situé en Franche-Comté, pays d'obédience, se trouvait à b 
nomination et collation du pape ; 7.* le décret qui siipprimt, 
en 1788, le chapitre de Gigny, céda le prieuré de Ghambor- 
nay h l'abbaye de Higette. 

S 3. Les seuls prieurs dont on ait eu connaissance , ont 
été: 

Claude Ménétrier, nommé en 1636. 
Claude Dupin, nommé en 1640. 

François Marlet, officiai de Besançon , abbé de Billon , 
conseiller au parlement, nommé en 1654, encore tita- 
laire en 1696. 
Claude Ucguenet, en 17... 

Claude Bret, sous-diacre, demeurant à Dijon , dernier 
titulaire, nommé en 1723 , sous lequel en 1766 le bé- 
néfice fut sécularisé et uni au chapitre de Gigny, 
moyennant une pension viagère au prieur. 
S 4. Le produit du prieuré de Chambomay était de 800 fr. 
en 1760, et de 1200 fr. en 1780. Les revenus en provenaient 
de dîmes à Chambomay, Bresilley, Sauvigney et Gésier, de 
cens au\ mêmes lieux et encore a Brussoy près Marnay , de 
lods, épaves, commises , retenues , échùtes de mainmorte, 
maison pricui*ale^ prés, terres, vignes, moulin, etc.. Ainsi, 
le prieur était en même temps seigneur de la terre de Cham- 
bomay ; mais la haute justice ne lui appartenait pas ; elk 
avait été vendue par le roi, en 1698 , a Antoine d'Ilenuesey 
écuyer. Il n'avait donc que la moyenne et basse justice 
dont des registres de tenue eu 1700—1703 sont cités surna 
inventaires. On y trouve aussi l'indicaliou de titres conœr 



CHAPITRE LYII. Art. 4. 425 

Daot ses autres droits féodaux « tels que banalité du four en 
1624, mainmorte en 1627 et 1630, ban de vendange en 1636, 
marché en 1728, etc. Au reste , le prieur n'exerçait la jus- 
tice et ne percevait la taille et les cens que sur les fonds de 
sa directe, car l'abbaye de Saint-Vincent de Besançon avait 
aussi une directe ou censive k Chambornay, d'après la dona- 
tion qui lui en avait été faite , dans le douzième siècle , par 
Humbert, archevêque de Besançon [Terram de Camhomiaco]. 

Le patronage de l'église de Chambornay placée , ainsi 
que le prieuré, sous le vocable de la Nativité de la Vierge , 
e| dépendant du décanat de Sexte, appartenait aussi au 
prieur. 

Cette église et son clocher tombant en ruines, en 1768, les 
nobles chanoines de Gigny, en leur qualité de codécimatrurs, 
donnèrent une somme de 1000 fr. pour aider k la recon- 
struction et cédèrent à la paroisse, composée de Chambornay, 
Bresilley et Sauvigney un emplacement nouveau pour relever 
l'édifice. 

Art. IV. — Prieuré de la Châse-Dieu. 

t. 

Il n'est pas question ici de l'abbaye de la Chùse-Dieu 
(Caïa-Det), près Brioude, au diocèse de Clermont, fondée en 
^046 par Robert, que le pape Alexandre II canonisa en 1070. 
I^ ne s'agit point de ce célèbre monastère dont les rois de 
France se sont qualifiés quelquefois religieux Iwnoraires, 
4ui a compté parmi ses enfants le pape Clément VI et plu- 
sieurs princes de l'Église romaine, duquel Richelieu etMa- 
^rin ont été abbés, et qui a servi d'exil au Janséniste sur- 
nommé le priwnnicr de J.-C.^ ainsi qu'au célèbre homme du 
allier, le cardinal piince de Rohan-Guéméuée. Il s'agit 
simplement d'un ancien et modeste prieuré, aunexé à celui 
^^ Gigny, mais qui n'est venu à la connaissance de l'auteur 
^^ cette histoire que par les deux indications suivantes : 



c tia. 



" aonjer, o 

2-° "ans lo dénombre 

'"'"». te pr/nce d'y» 

■»g«e.riedesai„,.l, 

■ '«.0» autre™,... i 

«^prieuré <B1,.„^ 

■« e™.-e« de &i„,.i, 

Art. V. — p 

''».!«parMdeceprte„ 

»»«.«a,„.,d,,.A„rS' 

°"«*™e„,decc)„id.B„, 
""■^l-- Prieuré 



CHAPITRE LYII. Art. 6. 4â7 

n'osons pas affirmer que ce mot soit dérivé de ira { furie) et 
qa'îl sôît l'ancien nom de la petite rivière de cette vallée qui 
est appelée maintenant la Furieute; néanmoins, celte étymo- 
logie est très probable. Le prieuré de Château-sur-Salins , 
situé à trois kilomètres an soir de cette ville, sur la montagne 
de Roussillon (^^), portait aussi , dans le moyen âge , le 
même nom, et ses religieux étaient appelés Moines d'Héri 
(Monachi Herienses). 

Selon une opinion probable, ce monastère aurait été établi 
sur les ruines d'un ancien château de Gérard de Roussillon, 
et il en aurait tiré son nom. L'historien Dunod pense même 
que ce château aurait été concédé ik Bemon par Rodolphe, 
roi de la Bourgogne jurane , pour y construire un monastère 
qu'il aurait aussi doté. Il se fonde sur ce que c'est un ancien 
membre de Gigny, et sur ce que le prieur y faisait rendre la 
justice, d'abord par un châtelain, et en appel par un bailli, 
double degré de juridiction, qui indique une fondation 
royale. Cependant, cette opinion n'est appuyée d'aucun titre 
apparent, et Bernon ne parle aucunement de ce monastère 
dans son testament. Quoiqu'il en soit, il était fort ancien, 
puisqu'en l'année 1040, Rodolphe III, roi de la Bourgogne 
jurane , lui fit une riche donation, et qu'en 1161, il s'y trou- 
vait déjà sept religieux sous un prieur. 

S 2. Le prieuré de Château était sous le vocable de la 
Vierge, fêtée le 8 septembre, et patrone de Téglise. Aussi, 
il est désigné dans les anciennes chartes latines, sous les dé'* 
nominations de Prioratus beaiœ Mariœ de Castro suprà Sali" 
^(tt, Castri giiprà SaBtum, Casiri SaUnensis, de Castello suprà 
Solbias. Une seule charte de 1219 le désigne par erreur 
Sai«-Salîus, Ecclcsia sanctœ Mariœ de Chaslia sub Salins. c. 66*»** 

U)«) Cette montagne, dit J.-B Bcvlict, présente «a nord un toc escarpé, d*où 
l'on juuii d'une Tue étendue. £llc oRic, au midi, des précipices et des grottes 
vni l*aue detqueUes est ou abîme euviionoé par U natore de colonnes eu 
fcnae de portique* 



MS fllSTOIEB 1>B G1G!CT. 

Le leodeniain de la fête patronale, il s'y tenait ane / 
la CMteau (W). Le prieur, en 1241, avait donné < 
Pierre de Villers-Farlay, cheYalier, la gardienneté < 
foire, avec le droit d*y rendre la justice, pendant qa 
rait. Mais on lit qu'en 1344, le chef du monastère 
Jean de la Grange, d'Arbois, aussi chevalier, le tien 
des droits de cette garde, pour en jouir également e 
seigneurie. Ce fief était possédé, dans le dix-hnitièm 
par les seigneurs de Yaugrenans et de Poupet, dont 
telains établissaient un juge spécial à cet effet. Apre 
tmction du monastère, cette foire a été tenue k Sal 
septembre, sous le nom de la CMteau, jusqu'en 18M 
lors, elle a été renvoyée au troisième lundi du ne 
ainsi que l'administration de notre époque sait o 
les traditions bistoriques et religieuses. 

S 3. On a toujours considéré le prieuré de Chftta 
me étant de fondeuion et de dotation i*oyale, et il a 
parlé des libéralités du roi Rodolphe à son égard. Ci 
en effet, lui donna, en 1040, les terres de Prétin et 
chai*d, pour la subsistance des religieux. Postérie 
il fut encore enrichi par les dons de plusieurs pi 
pieuses, comme quelques documents, fruit de nos red 
en fournissent la preuve : 

c ce**'*- i*"" En 1219, Etienne, comte de Bourgogne, et Jèai 

de Chalon, son fils, donnèrent k cet établissement 1 
de Yillers-Robeitet de l'Abergement, en échange i 
les religieux possédaient à Souvans, à l'exception d 
pents de terre, de quatre soituresde pré, d'un chanl 
mes et de tous les droits ecclésiastiques. 

csi^is- â*" En 1250, Hugues de Souvans, chevalier, etP« 

sa femme, firent don de plusieurs biens immeubles 
Souvans, ainsi que de plusieurs serfs qui y étaient ; 

(191) Fojrti note i€l. 



CHAPITRE LVii. Art. 6. 429 

comme encore da liers delà grosse et de la petite dlmc dans 
loiiie la paroisse. 

3.* En 1261, 1267 et 1298, le prieuré reçut ou recourra le 
liers des dîmes de Yadans, de Bernard de Tramelay, fils de 
feu Hugues de Viremont, chevalier. 

i.^" En 1270, Hugues de Chamblay, clerc, fils de feu Gé- 
rard, chevalier, donna un second tiers des dîmes de la pa- 
roisse de Yadans, moyennant la jouissance viagère du patro- 
nage de réglise d'Ounans. 

5.* En 1299, Richard de Yadans, ëcuyer, dit de Chamblay, 
restitua un autre tiers des dîmes de Yadans, dont il avait spo* 
lié le monastère. 

6.<» En 1306, Simon de Montbëliard, écuyer, seigneur de 
Honlrond, donna, pour son anniversaire et celui de sa mère, 
cent soudées de terre d^), à percevoir chaque année sur ses 
revenus de la saunerie de Salins. 

7.* En 1312 , Hugues de Yaugrenans , chevalier , légua 
nne rente annuelle de 40 sols estevenants, k Téglise de N.-D. 
de Château, pour son anniversaire perpétuel et pour ceux de 
Son père et d'Etienne de Y., son frère. 

8.* En 1320, Mahault d'Artois, comtesse palatine de Bour- ^ ^^^ 
gogne, veuve d'Olhon, fonda aussi une messe solennelle du 
Saint-Esprit, le lendemain de l'octave de la Fête-Dieu, et un 
anniversaire pour le repos de son ame et de celles de son 
^ux et de ses parents , moyennant une rente perpétuelle 
de 40 sols, à percevoir sur le puits du comte de Bourgogne, 
en la saunerie de Salins. 

9.« En 1335, Pierre de Chamblay, curé de Saint- Anatoile 
de Salins , donna tous ses biens meubles et immeubles au 

(19a) Duks les treUi^e d quatoniëme siMei* la toudie de terre Àiit Té- 
tc&dudetfsrraia qai prodaistil un lol d*irgent dit rente» oomme U livrée nne 
Kn« d*irgeDt9 et la demriê on denier. La lÎTrée contenait Tîngt foodéef, el la 
■otti&e doose denrées. Cet expreasions forant ensuite employées pour désigner 
^TCQIM qndoonquet, qooîqne ne prarenant pas de fonds de terre. 



430 HISTOIRE DR GIGIIT. 

prieuré de Château, en confessant de plus qu'il tenait de & 
dernier le patronage de Téglise de Vadans. 

10.^ En 1339, Girard Malarmé , curé de Château , donni 
une vigne et un pré, pour son anniversaire, et le prieur s'en 
gngca a donner à ses religieux, le jour de cet anniversaire 
une pitance extraordinaire, et surtout du bon vin. 

1 1 .<* Avant 1346, un cens annuel de 60 sols avait été cons- 
titué au proût du prieuré sur la forêt Vyon, entre Vadans 
et Grozon. 

12.<* En 1407 , Aimé de Montarbert, écuyer, seigneur é 
Marnoz , fonda un anniversaire dans Téglise conventuelle 
moyennant 20 sols cstevenants de rente annuelle. Il assigna 
en outre , une autre rente de 24 francs , sur ses seilles i 
muire de Salins , en faveur des religieux du prieuré, à h 
charge de célébrer, chaque semaine, une messe k chacoii 
des trois chapelles de l'église de Saint-Michel de Marnoz. 

13/ En 1428, Guy Armenier, docteur ès-lois, fit dona 
tion d'un pré à Montigny, afin d'obtenir des prières pour! 
salut de son ame. 

14.'En li39, deux anniversaires furent encore foiydë 
dans réglise de Château, moyennant 30 sols cstevenants d 
rente. 

15/ Enfin , à une époque fort ancienne , mais indétei 
minée , les habitants de Prétin fondèrent une grand*mes8 
annuelle, pour le 11 août, k l'autel de saint Taurin, leur pa 
trou , dans l'église de Château , moyennant un petit blai» 
de rente dû par chaque membre de la confrérie du Saint 
Esprit de Prétin. Cette rente fut convertie ensuite en cdk 
de trois francs h la charge de la commune, 
cw'*''' S*« ï^^^ revenus de ce bénéfice consistaient en dîmes, 

cens, rentes, tailles, droits féodaux, échùtes de mainmorte, 
patronage de cures , biens immeubles , etc.. Ils étaient 
perçus à Aiglepierre, Arc-en- Valois , Bans, Changin, Châ- 
teau, Chissey, Couvetaine , Port-Lesney , Marnoz^ Saint-Mi- 



CHAPITRE LVII. Art. 6. 431 

rhel , Montigny^les-Arsures , Mouchard , Nevy , Ounans , 
Paroy, Grangc-de-Pareau, Prélin, Salins, SouVans, Vadans, 
ValtMiipoulières et Villers-Robert. Ils s'élevaient à| environ 
1(K)00 francs en 1780, et le bénéfice valait au prieur com- 
mcndataire 1200 francs en 1635, 2000 francs en 1712, 3000 
francs en 1737, et 4000 francs en 1789. 

Le titulaire avait la haute , moyenne et basse justice dans 
les terres de Prétinet de Mouchard, et dans tout le district 
da prieuré. Il Vy faisait rendre , comme on a dit , avec le 
double degré de juridiction , par un châtelain et un bailli ; 
et son signe patibulaire , à deux piliers, était élevé sur les 
grandes Toppes. de RoussUlon. £n sa qualité de seigneur haut- 
justicier , il percevait les amendes , les tailles , et la geline 
de carémentrant ; exigeait les corvées; instituait des mes- 
siers , des gardes champêtres et des oificiers judiciaires ; 
avait seul le droit de chasse, de pèche, de ban de vendanges, 
de banalité du four, du moulin , et du pressoir ; et recueil- 
lait les échùtesde mainmorte. Tousses droits lui compétaient 
i Aiglepierre, Gouvetaine, Marnoz , Saint-Michel et Fretin, 
soit d'après des titres de 1393 et 1398, soit surtout d'après 
un terrier ou rentier dressé, en 1432, par Guillaume de 
Prélin, notaire. Quelques difficultés s'étanl élevées, en 1393, 
au sujet des corvées, entre le prieur de Château et les habi- 
tants de Prélin , Henri de Sarscy , prieur de Gigny, qui vi- 
sitait alors le monastère subordonné, fut choisi pour arbitre 
commun. Or, il régla que les habitants devaient quatre cor- 
vées annuelles dans les vignes, par feu, tant de bras que de 
chars attelés de bœufs ou de mulets , savoir : une le lende- 
main de carnaval , la seconde le troisième jour de Qua^ 
^do, une autre le troisième jour de la Pentecôte, et la qua- 
trième à l'époque des vendanges. Il statua que le prieur , 
devaBt nourrir les corvéables et leurs bestiaux , leur four- 
nirait non-seulement le foin, l'avoine, le pain et le vin, mais 
encore on morceau de viande salée le jour de carémentrant. 



433 HISTOIRE DE Gicnr. 

Quant ail patronage dtt eura , le prieur de CIi.'llc.iii avait 
ancienni-iiiPiit la collation de colles d'Aiglcpicrre , Cliisse], 
Mariio/,, Mouchard , Ounans . Paroy , Prilîn, Souvans, Va- 
dans , Vnicmpoulièrcs et VÎUei-s-Robert, Mais on verra 
lii^iilùt qu'en 1*82, il céda celles de Chissey, Uarnoz, 
Sou\yns, Vadanset Vil fers-Robe ri. 

S 3. La garde du prieuré deCMteau appartniait aa comte 
palaliii de Bourgogne , comme on le voit par une dtklara- 
lion donnée par ce sonvepain en 1293, confirmée <*n 1338 
par l'nn de ses successeurs. Mais, malgré ce droil de garde, 
il ne lui était pas permis de porter atteinte, ni aux biens, dI 
au\ personnes appartenant an prieuré, sans la pcrmûdon 
esprcssc du prieur (T. chap. Xn, § 5, G, j 

Cl? bénélice, disait-on en 1477, membre spécial cl atm moifnt 
de celui de Oi^ij, éliût, de droitl et de toute ancienneté, à la m/— 
Inlion. disposition ri ord'mance de réuércnd père Montelipieur tir 
prieur de Gifpiif. Mais, dans les derniers temps, et sansdodics 
rii'puis le concordat de 1517, iinoîque en pays d'obédience, 
il élail à la nomination du roi , parce qu'il se trouvait con- 
voniuel. CHlEconueniualité était composée de huit religieux, 
y compris le prieur, dans le douzième comme dans le quin- 
zième siècle. Après que la réforme de Siiinl- Vannes y eut 
été admise en 1635, ce nombre Ait porté ii quatorze, mais il 
ne s'y trouvait que dix ou douze religieux en 1750. Dans le 
qnalorziènie siècle, un oflice de êoeralain y fut établi, coium': 
dans los autres maisons de l'ordre de Cluny. C'était le seul 
oflire claustral qui y existât , avec un vicaire perpétuel pour 
le service de la paroisse. Ce monastère fut donné en mm- 
mende,cTt 136t, au cardinal Guy de Boulogne ou d'Auvergne, 
ancien archevêque de Lyon, mon en 1373. 

S 6. Sur la lin du quinzième siècle, le prieuré de ChSleau 
devint l'objet de graves débats entre celui de Gigny et le 
chapitie de l'église roj-ale et collégiale de Saïat-Maurire de 
Salins, lingues Folain, prieur commendataire déco bénéfice, 



CHAPITRB LTIf. Art. 6. 433 

haut-doyen de Besançon , protonotaire apostolique, familier 
du saint Père, et etcriptewr de bulles , ëiant mort à Rome le 
29 novembre 1476, le pape Sixte IV , à la prière , dit-on, de 
Charles-le-Teméraire, délivra des bulles d'union du prieuré 
de Château au chapitre de Saint-Maurice. En même temps, 
il en nomma prieur commendataire le cardinal François Pi- 
colomini , évèque de Sienne, qui fut ensuite pape, en 1503, 
pendant 25 jours seulement , sous le nom de Pie III. Cette 
union Ait effectuée pour servir à doter la dignité de prévôt, les 
deux offices de chantre et de trésorier, et cinq prébendes non- 
Telles dans ce chapitre fondé, au onzième siècle , pour huit 
chanoines seulement. Cet établissement canonial prit donc 
possession du prieuré uni , et en loua même les dîmes en 
l'année 1477. 

Cependant les religieux de Cluny , de Gigny et de Château 
ne purent souffrir une pareille atteinte portée à leurs droits, 
et ils contestèrent an pape le pouvoir d'avoir pu opérer une 
pareille union sans leur agrément. En conséquence, messire 
Alexandre d'Omans, prieur cloîlrier de Gigny , en sa qualité 
de vicaire-général de messire Benoit de Montferrand, évêque 
et comte de Lausanne, et commendataire de Gigny, nomma, 
comme de coutume, un prieur h Château, dans la personne 
d'Etienne de Raynans, religieux de Gigny, en remplacement 
d'Hugues de Folain. Le nouveau titulaire prit aussi posses- 
sion et obtint un mandement de nouvelleté contre le chapitre 
de Saint-Maurice. Les chanoines de Salins, comprenant l'im- 
portance de l'union d'un si beau bénéfice , s'empressèrent , 
soit de prévenir le pape de la désobéissance qu'on apportait 
i sa bulle , soit d'appeler Etienne de Raynans en justice , 
pour le faire condamner au déguerplssenient. 

Le souverain pontife commença , dans un monitoire du 
Sfimer 1477 , par excommunier le grand-prieur de Cluny, 
Vd tétait permis de lui nier le pouvoir d'opérer l'union dont 
B t^igiMdt. En même temps il adressa au bailli d'Aval et à 

28 



434 HISTOIRB DE ^IGIIT. 

Jean de Chalon , prince d'Orange, gouverneur de Franche-^ 
Comté, des lettres de recommandation en faveur du cha- 
pitre de Saint-Maurice. Et en effet, celui-ci obtint, en 1477 « 
une sentence qui lui adjugea le prieuré^ mais dont nos r^ 
ligieux appelèrent au parlement de Dole, et sur laquelle il ne 
fût statué que quatre ans plus tard. 

Pendant cet intervalle les chanoines obtinrent forée man- 
dements de garde de la part de Marie de Bourgogne, de 
Jean de Chalon , de l'archiduc Maxiniilien, et de Louis XI « 
auxquels le pape recommandait de faire eiécater sa bulle 
d'union. Néanmoins , les religieux de Gigny, de Château el 
de Cluny, convaincus de leurs bons droits, n'eurent pas plus 
d'égard aux censures du pape qu'aux mandements de l'au- 
torité séculière. Ils se livrèrent même à des voies de fait 
assez scandaleuses, car on lit qu'en 1477, il fut fait une in- 
formation juridique sur un vol des vases sacrés et des re- 
liques du prieuré,imputé aux moines de Château et de Gigny* 
On apprend aussi qu'en 1479, ceux de Quay, soutenus de 
la garnison du fort de Bracon, chassèrent , à main armée, les 
chanoines de Saint-Maurice du monastère dont ils s^élaûent 
emparés. On comprend difficilement, de nos jours, qu'une 
garnison militaire ait pu déférer à la réquisition de quelques 
moines , et que le bâton pastoral d'un abbé ou d'un prieur 
ait produit sur des soldats le même effet que le bâton d'un 
maréchal de France, mais cela vient sans doute de ce qu'on 
ne connaît pas toutes les circonstances Aç cet événen^nt. 

S 7. La sentence du bailli d'Aval ayant été confirmée en 
appel , le 21 mai 1481, les parties, fatiguées sans doute d'un 
c tt^^** état si longuement hostile , se rapprochèrent et firent une 
transaction. Elle fut passée, le 21 août, devant le notaire Ai 
Borget, munie des sceaux du prieuré de Gigny et du chapitre 
de Saint-Maurice , ainsi que de celui du Tabeliionnat de 
Franche-Comté , et ratifiée le 31 août par le grand-prieir 
de Cluny. Selon cet accord, les chanoines de Saint-Maurios 



CHAl>ITRE LTIt. Art. 6. 43S 

istèrent de la bulle d'union qu'ils avaient obtenue , 
mant la cession des biens et droits quelconques du 
né de Château , à Chissey , Souvans , Manioz , Y illers- 
t et Yadans, y compris le patronage de ces cures , et 
rge, par les religieux de Gigny, de procurer des bulles 
m et d'incorporation de tous ces bénéfices à leur mense 
iale. Il fut aussi convenu que nos mêmes religieux 
lient une somme de 2000 fr. en monnaie de Bour- 
, pour indemniser le chapitre de Salins , du coust de 
le obtenue (^^) et des frais supportés. Us constituèrent^ 
tre» une pension viagère de 400 fr. en faveur du car- 
Picolomini, prieur comtucndataire, mais il fut résen^é 
pourraient recouvrer le membre de Chissey , dans l'es^ 
le vingt ans , en payant utie somme de lâOO fr. En 
laetice , après la double ratification donnée par les C- ^^ 
inesde Sainl-Mauricc et par les moines de Gigny, trois 
, datées du 12 mars 1482 , furent obtenues en cour de 
, l'une pour approuver la transaction , l'autre pour 
sUre de nouveau le prieuré de Château à celui de 
, et la troisième pour réunir au chapitre canonial 
lises et droits cédés. 

ir subvenir a tous ces frais, nos religieux remirent, eii 
1482 , moyennant 3000 fr. , au prêtre Hugues Daguet 
elet, une rente de trois florins et deux blancs h eux 
Barésia, et une autre de huit quartaux de blé , par 
i froment et avoine , et de sept bichons do froment 
rez et demi d'avoine , leur appartenant k Soussonne. 
. Quelques années après, les moines de Gigny trouvè- 
icu avanUigeux pour eux cet ancien membre de leur 
ssement, parce que les guerres de Louis XI, les frais de 
}et le coût des bulles obtenues en avaient ruiné ou ab« 

Cm chapitre avait pajé 3400 ducal • d*ort ponr le oootl de celle bnUe. Le 
de Sienne ajant iU obligé d*en faire l*avance, n'en obtint le renboor- 
qnSpi^ avoir fait saisir les revenus dd chauoines. 



fti 



436 HISTOIRE DE GIGNT. 

sorbe les revenus, diminués aussi par la pension viagère du 
cardinal Picolomini. Cesl pourquoi, ils le cédèreni^ ou plutôt 
le vendirent à Tabbaye de Cluny ou à Antoine de Rocbe, son 
grand-prieur, titulaire aussi des prieurés de Morteau et de 
la Qiarité-sur-Loire. Celui-ci l'acquit pour l'unir au collège 
de Saint-Jérôme de Dole, fondé par lui , en 1490, en faveur 
des hautes études ecclésiastiques, puis envahi par les jésuites 
en 1582, et converti ensuite en collège de l'Arc. Cette cession, 
fiiite le l.*' juin 1496 , fut approuvée par l'abbé de Cluny 
dans la même année et revêtue, le 13 avril 1499, d'une bulle 
apostolique. On y réserva des bourses au collège de Dole, 
à la nomination du prieur de Gigny. Il parait que nos reli- 
gieux se réservèrent aussi leur droit de responsion , car 
en trouve mentionnée, sur un de nos inventaires , c une 
c saisie faite en 1644, à leur requête, sur ceux de Châ- 
/ teau-sur-Salins, pour obtenir paiement de la somme de 
« 29 fr. et 2 gros de la censé annuelle de sept florins d'or. » 

Le supérieur du collège de Saint-Jérôme devint ainsi ce- 
lui du prieuré de Château. On y établit ensuite une commu- 
nauté régulière et la réforme de Saint-Vannes y fut introduite 
en 1635, en même temps qu'au collège de Dole. Mais , en 
1685 , ce prieuré sortit de cette congrégation de Saint- 
Vannes et rentra dans l'ordre de Cluny. Avant la réforme , 
on envoyait les religieux les plus aptes prendre leurs grades 
en l'université de Dole, afin qu'il fussent ensuite plus capa-* 
blés pour les offices de prieur et de sacristain. 

An reste, la vente du prieuré de Ch&teau au grand-prieur 
de Cluny, par les religieux de Gigny, renouvela le procès 
avecle chapitre de Saint-Maurice de Salins, qui prétendit que 
l'abbaye de Cluny n'avait pu obtenir ce bénéfice à prix d'ar- 
gent. Ce procès, contre les bénédictins de Dole, ruina le 
chapitre canonial et dura plus de deux siècles. On voit 
qu'en 1721, ces chanoines envoyèrent encore leur doyen i 
Paris, pour présenter au prince régent, avec la reçomnuuH 



CHAPITUE LTll. Al't. 6. 437 

dation da fameux cardinal Dubois , une requête à l'efiet 
d'obtenir la restitution du prieuré de Ch&tegu. Hais il pa- 
rait que cette démarche fut sans résultat. 

S 9. L'église de ce monastère, quoique ancienne, était 
beDe et à trois nefs. L'autel principal était dédié à la Vierge, 
el ceux des deux collatéraux h saint Etienne et à [saint 
TanrlD. Celui de saint Etienne était paroissial de Prétin^ 
dont les habitants étaient desservis par le curé de Mouchard, 
oa par un vicaire perpétuel pris parmi les religieux. L'apd- 
tre de la Normandie était anciennement le patron de la pa- 
roisse, et on ne sait pourquoi^ déjà avant le dix-huitième 
siècle, ils le quittèrent pour prendre saint Etienne. On voit 
qu'en 1709, les religieux de Château consentirent, selon le 
désir des habitants, à célébrer, le 23 décembre, à Tautel de 
saint Etienne, la messe solennelle qu'ils célébraient aupara- 
vant le 11 août, à celui de saint Taurin, leur ancien patron. 

Dans cette église était une statue antique de la Vierge, 
en grande vénération à Salins et dans le voisinage, que, de 
temps immémorial, les religieux portaient dans la ville, le 
dimanche avant la Nativité de saint Jean-Baptiste, en allant 
bénir les sources salées. 

De nos jours, la charrue impitoyable cultive l'emplacement 
de l'antique monastère, dont il ne subsiste plus que la cave 
voûtée, sur laquelle le blé lui-même mûrit. L'égli2»e a aussi 
disparu, et les habitants de Prétin en ont une dans leur vil- 
lage, avec un desservant ou chapelain, sous leur vocable de 
saint Etienne. Il n'y a plus de fête ni d'apport le 9 septem- 
bre ; on ne bénit plus les sources salées ; on ne parle plus de 
ndnt Taurin ; seulement, la statue antique de la Vierge a été 
déposée dans l'église de SaintrMaurice à Salins, et ki fête de 
b Nativité conserve encore la dénomination de La Château, 
de Notre-Dame'de'OiâMiu. 

% 10. S'ensuit la liste de quelques prieurf , d'après le ma- 
AQierit de l'abbé Baverel et nos propres recherches : 



438 HISTOIRE DE GI65T. 

Gin-, cil i 160. 

PlGRRB, 1241. 

Odon, 1267, 1270, 1273, 1295, 1298. 

RiciURD, 1299, 1301. 

Thomas Lallemand, 1320. 

Hugues de Ybrtaiiboz, 1339, 1344. 

Guy de Boulogne ou d' Auvergne, cardinal, premier prieur 

commendataire en 1361, mort en 1373. 
Pierre de Fromentes, 1402. 
Jacques de ChilLt, 1423. 
Gérard d'UsiE, 1429. 
Jean Joffrot, cardinal-légat, prieur d'Àrbois et de Saint — ^^- 

Désiré de Lons-le-Saunier, en 1457« mort en 1473. 
Thomas Arnans, prieur en titre, en et avant 1468. 
Hugues FoLAiN, doyen de Besançon, etc.« 1470 — 1476. 

Î Etienne de Ratnans, religieux de Gigny, 1477 — 1482. 
François Pigolomini, évéque de Sienne, cardinal, 1477 
1482. 
Antoine de Rocke, grand-prieur de Cluny, supérieur et 

fondateur du collège de SaintJérôme de Dole, 1496 

1505. 
Michel BoifVALOT, 1549. 
Jean Bonvalot, 1577. 
Yictorin Regnaud, 1637, 1642, 16U. 
Ferdînande Bouhblier, 1674. 
Fulgence Canet, 1687. 

N DoRiVAL, 1692. 

Constance de Chassignet, 1702, 1703. 

Albert de Chassignet, 1703, 1704; 1706. 

Constance de Cbassigney, 1706, 1709. 1715, 1718, 17^6. 

Antoine de Villers, 1711. 

Ambroise Champereux, 173t. 

N LE Doux, 1750. 

N Seg«in, 1785. ^ 



\ 



CHAPITRE LTII. Ail. 7, 439 



Art. Vn. — • Pfiemi de Châtel ou de Chevreau. 

S 1. Sur la sommité d'un monticule arrondi, escarpé, 
adossé contre la montagne de la Chalantine, existe l'antique 
église deChàtel^ autrefois paroissiale^ aujourd'hui simple cha- 
pelle de Gizia près Cousance. Au revers oriental de ce monti- 
cule et peu au-dessous de l'église, se trouve le petit village 
du même nom qui ne consiste maintenant qu'en sept ménages, 
d'une population décroissante de 30 à 40 pauvres habitants, 
comme isolés du resie du monde. De ce point élevé de l'an- 
cienne puissance ecclésiastique, la vue s'étend à soir sur 
toute la plaine de la Bresse, et n'est bornée que par les mon- 
tagnes de la Bourgogne. Du côté du nord, les regards plon- 
gent dans l'étroit vallon où la rapide rivière de Gizia fait 
mouvoir de nombreux moulins; ils s'arrêtent à mi-côte sur 
l'antique vignoble de Montferrand^ autrefois à l'abbaye du 
Miroir ; et au-dessus de la moniagne, ils s'étonnent de trou- 
ver le village de la Biolaye exposé à tous les vents et k tou- 
tes les tempêtes. Du côté du sud, l'œil rencontre aussi, à 
une grande profondeur, le village deDigna avec son clocher 
pittoresque garni de fer-blanc, puis, sur le monticule qui le 
domine, les -ruines de la puissance séculière féodale, c'est- 
à-dire du château de Chevreau, placé là, pour ainsi dire, 
comme protecteur et exécuteur de la puissance ecclésiasti- 
que, et rappelant les illustres maisons de Coligny et de 
Yienne- 

Lorsqn'après avoir ainsi promené ses regards sur ce ta- 
bleau varié, tout en se reposant k Tombre du tilleul sécu- 
laire, on descend cinq à six degrés pour entrer dans l'anti- 
que et silencieuse église, couverte en laves et voûtée en 
ogive, on se sent saisi de respect et de recueillement. L'esr 
prit se reporte spontanément aux temps primitife; on y 
songe, comme à Honaetay, aux sacrifices sur les hmOi^Beux, 



440 HISTOIRE DE GIGNT. 

Cl Ton croit voir les populations inférieures fléchir les ge- 
uoux et baisser le front devant le ministre de Dieu célébrant, 
à cette hauteur, les saints mystères, dans des calices de bois, 
d*étain oif de verre. 
S 2. L'église de Gh&tel-Ghevrel est certainement de la plus 
Q^ haute antiquité. Si l'on en croyait la tradition, elle remonte- 
rait aux premiers siècles du christianisme dans les Gaules. 
Elle aurait été souterraine d'abord, comme les cryptes des 
premiers chrétiens , comme les anciennes églises de Saint- 
Yalérien à Tournus, de Saint-Étienne à D^on, de SainlrSul- 
pice à Paris, eic; c'est pour ce motif que son pavé serait 
encore aiyourd'hui bien inférieur au sol voisin. EUe aurait 
été détruite de fond en comble, en l'année 408, lors de l'ir- 
ruption des Vandales dans les Gaules. Elle aurait été la seule, 
dans ces premiers temps , entre la chaîne iniërieare des 
montagnes du Jura et la Saône. L'usage aurait été d'allnmer 
un grand feu, lorsqu'on célébrait à Ghâtel le saint sacrifice, 
pour servir de fanal aux populations de ki plaine et les invi- 
ter à s'unir d'intention aux prières du prêtre. On sgoute 
qu'un semblable usage aurait existé à Saint-Remi-du-Mont, 
près Coligny, et à Saint-JÈtienne-de-Goldres au-dessus de 
Gonliége. On dit que, pour ce motif, les paroisses inférieures 
auraient toiyours été subordonnées à celle de Chitel, et 
sous le patronage de son desservant. On déduit aussi l'an- 
tiquité de cette dernière église de ce qu'elle a été mise sons 
le vocable du protomarlyr saint Etienne, qui y est toujours 
fêté le 3 août , comme toutes les premières églises, celles 
d'Autun, de Beaune, de Chulon, de Dijon, de Besançon, de 
Goldres, de Lyon, etc.. Enfin, la tradition prétend aussi que 
cette même église de Chàtel a été fondée ou plutôt recon- 
struite en Tannée 810. 

Il faut bien se garder d'accueillir ou de rejeter ces diver- 
ses traditions dans leur entier; mais on se bornera ici aux 
deux observations suivantes. l)'un côu% il est établi par des 



cuAPiTRE Lvn. An. 7. 441 

ihartes authentiques, qull existait des églises à Saint-Mar- 
ri en 577, à Saint-Amour en 585 et 930, à Lonhans en 
ro, à Flacey en 951 , à Branges en 955, à Savigny-sur- 
leilleen 960^ àHuilly et Jouvençon en 981. D'un autre côté 
Msi, relise de Chevrel est certainement très ancienne, 
misqu'il résulte d'une de nos pièces justificatives qu'elle 
xistait déjà en Tannée 974, lorsqu'elle fut donnée, avec c. i5. 
elles de Treffort et de Harboz, a Tabbaye de Gigny par Ma- 
tasses de Coligny, et puisqu'en outre, on lit sur un de ses 
tlastres septentrionaux un millésime de 1023. 

% 3. L'abbaye de Gigny ayant obtenu cette église, ne tarda 
«s sans doute d'y envoyer une colonie de moines, pour y 
lire le service divin et y établir un prieuré. On voit encore 
es vestiges probables du cloître ou de l'enceinte circulaire 
le ce monastère isolé, au milieu duquel se trouvait l'église. 
)n voit aussi les ruines du puits ou de la fontaine qui four- 
ûssait l'eau aux religieux. Il est à présumer que le petit 
illage de Ghàtel se construisit, peu à peu ensuite, h leur 
K>rte. 

On possède peu de documents historiques sur les pre- 
niers temps de ce prieuré qui parait néanmoins avoir joué 
t plus grand rôle, au douzième siècle, dans les graves diffé- 
endsdeGigny etdu Miroir, pour lesdimesde ce dernier Heu 
ui appartenaient aux moines de Châtel. Ce furent euxpro- 
ablement qui firent démolir l'abbaye et la mirent au pil- 
ige(voy. p. 47). La tradition rapporte, en effet, mais g. 
ms préciser d'époques, qu'ils savaient au besoin très bien 
lire respecter leurs droits et leurs possessions , et que , 
naintes fois, de petits combats h l'arc eurent lieu entre leurs 
pns et les hommes d'un petit- seigneur qui avait établi son 
castel sur le sommet d'Ageon, côte pelée entre Gizia, Cuisia et 
CoQsance. 

Néanmoins, le Utre le plus ancien, à notre connaissance, 

<À il soit positivement question de ce prieuré, est l'acte de c. 75. 



442 HISTOIRE DE GI6IIT. 

cession analysé à la page 69 CHlevaDt^ par lequel on voit 
qu*en 1236, Barthilemy était titulaire ridant da prieuré de 
G. 101. Chàtel-OieTrel dépendant de Gigny .Une antre de nos diartes, 
analysée aussi au chapitre XXII, établit qn*Étiemie de Mmf- 
cioim rétait en 1313, et qu'il fit alors une transaction avec la 
dame de Chevreau, de Tagrément du chef du monastère su- 
périeur. 

S 4. Et. de Honcunin Ait probablement le dernier prieur 
résidant, et il est à croire que c'est après sa mort qae le 
prieuré de Ch&tel fut réum à Voffiee du ehambrkr de Gigny. 
En effet, c'est ensuite d'un statut de 1308, que les officiers 
claustraux des monastères de l'ordre de Gluny ont com- 
mencé à être dotés d'un traitement. D'un autre côté, on voit, 
par un titre cité dans un inventaire de l'office de chambrier, 
que la cure de Frontenaud, dépendante du prienréde Châtel, 
était déjà du patronage de cet officier en 1400, ce qui proove 
que le prieuré de Cli&tel était uni à son office. On trouve 
G. aussi que notre chambrier Lessot a déjà reçu, en 1443, l'hoin- 

mage d*un nommé Pyat de Sézéra, pour un meix situé à 
Chàtel («»*)• 
c f3i, 140, iii. Dès-lors, les chanibriers de Gigny furent titulaires de ce 
bénéfice et se qualifièrent prieurs de Châiel^ jusques et y 
compris M. de Montbozon, mort en 1791, qui fut le dernier, 
et qui fit, en 1757, avec M."^ d'Antigny, le traité dont on a 
parlé, relatif à la forêt de Collonozay. On peut donc con- 
sulter, dans le chapitre précédent, la liste des chambriers 
pour connaître les prieurs de Ch&tel. L'union de ce prieuré 
à l'office en question est déjà mentionnée dans l'ancien cata- 

<I94) Hombert Pyai^ de Coasance, y recooaot, en i54S, planeurs héiitagei 
de U directe du chambrier, notamment no Terger à Cousance mêmet et dem 
TÎgnet, août le cent annuel de cinq pintes d'haile de noix, et d'une seilletit 
de vin bon, pur et vermeil, à la mesure de Chevreiu, le tout portant lodi^ 
Tends, retcû ne, directe et seigiieuiie. Cette recannaissance fut reuouveicc en 
lê'^o, i€S5, i6)n,elc. 

Claude Pj-ai était notaire à Chevreau eu i6sl* 



-^CHAPITRE LYII. Alt. 7. 443 

logue des bénéfices deClany, rédigé sa plus tsrd dans le c. ui. 
qmmièiiie siède. C'est ssns doute aussi k cause d'elle que 
rhistorien Gollut n'a pas inséré ce prieuré dans le dénom- 
brement qu'il a donné, en 1588, de ceux de la Franche- 
Comté. 

S 5. Le chambrier de Gigny resta curé prhmiif, non-seule- 
ment de la paroisse de Ch&tel, qui comprenait Gisia , la 
Biolaye, le Ghanelay et Ch&lel, mais encore de toutes celles 
qui dépendaient du prieuré, c'est-h-dire, de la Chapelle- 
Naade, Cousance, Sainte-Croix, Cuisia, Digna, Dommartin, 
Fronteoaud, Rosay et Varennes. Aussi, il en nommait les 
curés et en percevait les dîmes, ce qui a continué jusque 
dans les derniers temps. Aux quatre fêtes principales de 
l'année, il envoyait à Ch&tel un religieux prêtre, pour ofB- g. 

cier solennellement en sa place. 

S 6. Dans le commencement du dix-septièmf! si^le, les ha- g. 

bitants de Digna intentèrent un procès à ceux de QiAtel et 
des communautés voisines, prétendant que le siège de la pa- 
roisse devait être au milieu de leur village et non à Ch&tel. 
La contestation dura long-temps, mais enfin la cour du par- 
lement de Dole, considérant l'antiquité de l'église deChâtel, 
débouta, en 1629 , les habitants de Digna de leurs préten- 
tions^ et, par son arrêt, déclara leur église réunie il celle de 
Châlel. L'église de Digna était néanmoins fort ancienne aussi, 
imisque Humbert en était déjà desservant en 1236, que c. 75. 
Jocerand en était chapelain en 1249, et que le parochiage n 

de Digna est mentionné dans la charte de 1313 précitée. c. toi. 

S 7« Les revemu du prieuré de Chàtel n'étaient point loués 
en bloc, mais isolément , à cause du grand nombre de pa- 
roisses dont ils provenaient. Ils étaient perçus aux Brete- 
neanx, \k la Chapelle-Naude, k Chàtel, Chevreau, CoUonozay, 
Cousance, Sainte-Croix, Cuisia, Digna^ Dommartin, Fronte- 
naùd, Gisia , Rosay et Varonnes-Saint-Sauveur. Ils consis- 
^ient surtout en dîmes, cens, rentes et droits de patronage ; 



441 HISTOIllK D8 OIGNT. 

et de plus, en 25 arpents de bois h Collonozay, une maison 
prieurale à Gisia, des vignes et autres immeubles au même 
lieu, ainsi qu'à Châtel, Digna, Cousance, Cheyreaa, Rosay, 
etc. On peut en voir le détail k Tarticle consacré k l'office 
dechambrier, d'après lequel on jugera qu'ils ne s'élevaient, 
en 1760^ qu'à 331 1 fr. ; mais alors ils étaient loués et évalués 
à vil prix. Par l'acte de sécularisation , les revenus de ce 
c. 143, tu. prieuré furent conservés viagèrement à H* de Montbozon, 
titulaire^ à cause de son office de chambrier. 

L'antique église de Chàtel a été réparée en 1838, par les 
soins et la générosité de M. Adr. de Thoisy, de Gisia. 

En y montant par le chemin du N.*0. , on trouve à mi- 
côte, un oratoire portant la date de 1670. 

Je m'empresse de déclarer, en terminant cet article, que 
j'ai beaucoup profilé, pour le rédiger, des notes que m'a 
communiquées M. Guichard fils, homme de lettres à Cou- 
sance, dont le mérite et l'instruction égalent la modestie et 
la complaisance. J'ai indiqué ses documents par l'initiale de 
son nom en marge. 

Art. VIII. — Prieuré de Chatonnay. 

S t. Chatonnay, anciennement Ckastenay^ est une petite 
commune de 200 habitants, au canton d'Arinthod, agréable- 
ment située sur un plateau qui domine la Valouse coulant 
à matin. De gros tilleuls séculaires plantés au-devant de 
l'église embellissent encore ce site charmant, mais il n'existe 
ni châtaigmers^ ni ruines d'ancien château, d'où l'on pourrait 
déduire l'étymologie de ce lieu. Ce nom serait-il dérivé de 
l'antique château de Dramelay, qui se voit encore dans le 
voisinage et qui existait déjà avant le douzième siècle ? Ce 
qui est certain c'est que le village de Dramelay était de la 
paroisse de Chatonnay et de sa seigneurie. 

U est plus que douteux que Chatonnay ait été le lieu qjih 



CHAPITAK LVIU AlH. 8. 445 

sous le nom de Castaneium, fut donnée en 930, à l'église de 
Mâcon, par le comte Albëric, avec un autre village du canton 
lyonnais nommé Sivriacum. Cette opinion, qui a été celle de 
J.-B. Béchet, nous parait peu fondée, parce qu'on ne trouve 
aucun autre indice que ce lieu ait été jamais possédé par 
l'église de Mâcon. Au contraire, on a vu (page 68) qu'en 
1231, Etienne, comte de Bourgogne, avait déjà donné aux 
moines de Gigny une rente annuelle de cent sols, en ne se 
réservant aucun droit sur Chatonnay, si ce n'est la garde de 
l'église. L'auteur ou annotateur précité est donc encore 
tombé dans l'erreur en pensant que ce dernier lieu a été le 
Chatonnay recensé, dans une charte de 1280, comme mem- 
bre de l'ancien domaine de l'abbaye de Saiut-Oycn. 

S 2. Ainsi, on peut tenir pour certain que le prieuré de 
Chatonnay a appartenu k Gigny dès le commencement du 
Ireizième siècle au moins, et qu'il a été probablement fondé 
ï cette époque ensuite des libéralités du comte Etienne. 
C'est pour cela que les successeurs de ce souverain en ont 
conservé la Garde^ et que Jean de Cbalon la plaça parmi ses 
seigaeuries, dont il donna le dénombrement, en 1390, h 
Pbilippe-le-Hardi, duc et comte de Bourgogne. 

Ce bénéfice, dont nous n'avons trouvé de titulaires que dès 
le commencement du quatorzième siècle, fut probablement 
possédé en commende , ou du moins par des prieurs non 
résidants, dès le milieu du quinzième. Mais le dernier titu- 
laire ayant donné sa démission en 1765 , moyennant une 
pension viagère, ce prieuré fut sécularisé en 1766 et réuni 
\ la mense capitulaire de Gigny. 

S 3. Le prieur de Chatonnay était seigneur de la terre de 
ce nom, composée de Chatonnay, la Boissière, Dramelay-la- 
VlUe, Soussonne, Genod, ligna et Savigna. Il y avait la 
jostice hante, moyenne et basse^ dont il nommait les offi- 
ciers, comme le prouve une enquête faite le 5 octobre 1624» 
par un conseiller du parlement de Dole. Aussi nos inven- 



C.llOw 



446 atSTOIRE DE GIGRt. 

tuires citent des registres de tenue de cette justice de 147S 
à 1720, pour délits ruraux et forestiers, contraventions de 
chasse, de pèche et de voirie; pour dation de tuteurs, éta- 
blissements de bliefs, de messiers, etc.... Un titre de i50S 
mentionne même la condamnation k l'amende d'un inditida 
étranger qui avait tué un cerf dans la seigneurie. 

Les habitants de celle-ci étaient non-seulement justiciables 
du prieur, mais encore corvéables, taillables, mainmortables 
et assujettis k la tâche, k la banalité du moulin, aux cens, 
lods, etc... Une sentence du 19 février 1419 les déclara 
gens de mainmorte et de serve condition. D'autres jugements 
les condamnèrent aux corvées en 1421, 1464, etc... 

S 4. Le droit de justice fut contesté, en différents temps, 
au prieur de Chatonnay, par le seigneur d'Ârinthod. D'an 
côté, ou trouve que, déjà en 1505, une sentence sur mande- 
ment fut rendue contre les officiers de ce dernier, k la re« 
quête du prieur. D'un autre côté , on trouve aussi qu'en 
1512, le juge châtelain du seigneur déclara que les habitants 
de Chatonnay étaient obligés, comme les sujets même de bi 
terre d*Arinihod, d'aider aux fortifications du château de ce 
lieu. Cependant, les prétentions de ce seigneur furent re* 
jetées par plusieurs autres sentences, en 1521, 1523, 1526 
et 1530. Le marquis J.-Gl. de Montaigu, devenu seigneur 
d'Arinthod en 1698, se prétendit de nouveau haut-justicier 
de la terre de Chatonnay et se permit, en 1705, d'y taxer 
le pain et le vin. Or, le prieur lui intenta de suite une action 
et intervint dans celle que ce seigneur forma lui-même, en 
1706^ pour fait de pèche dans la rivière de Chatonnay. D 
parait que cette contestation fût engagée pour long-temps, 
ou bien qu'elle fut ensuite renouvelée. En effet, on voit 
qu'après la sécularisation du monastère, les débats avaient 
recommencé entre le procureur d'office d'Arinthod et les no- 
bles chanoines ; que ceux-ci, par un acte du 7 avril 1767, 
appelèrent d'un jugement rendu k leur pr^udice par le juge 



CHAPITRE LTII. Art. 8. 447 

châtelain du seigoear, en soutenant être bant-jusiiciers de la 
terre de Chatonnay ; que, le 16 janvier 1768, il nommèrent, 
de concert avec le seigneur, des arbitres chargi*s de décider 
cette vieille contestation ; qu'enfin, en 1778, ils faisaient en- 
core rédiger des mémoires à l'appui de leur cause. Or, H 
est à croire que la sentence arbitrale fut rendue en leur fa- 
veur, car en louant les revenus de leur prieuré, en 1780, 
ils se réservèrent Feiercice et le produit de la justice qui 
leur appartenait, disaient-ils. 

S 5. Le prieuré rural de Chatonnay , à la collation du 
pape, faisant partie de l'ancien diocèse de Besançon , était c m. 
occupé par deux moines, y compris le prieur. Ses revenia 
consistaient en dîmes, cens, lods, vends ^ prés, échu tes de 
inainmorte, droits de justice, etc.... Us valaient 500 fr. en 
1712, 700 fr. en 1737, 500 fr. neU en"^ 1760, et ils furent 
loués avec quelques réserves, 800 fr. en 1765, et 1000 fr. en 
1780. Une usine à fouler le drap et des moulins banaux 
accusés en 1444, 1473, 1489, en dépendaient, mais ils furent 
Tendus en 1588. Les divers terriers de celle seigneurie con- 
fectionnés en 1502, 1515, 1527 et 1598, furent renouvelés 
en 1708 et 1709. 
S 6. Voici les noms de quelques prieurs de Chatonnay: 

Guillaume de Grave, damoiseau, en 1330. o. 

Aimé de Bauue, 1349. 

N... BusEAU-BouvARO, 1482, 1499. 

Etienne de Yauchier, 1534, 1545. 

Jean-Antoine de Binans, 1616, 1619, 1620, 1625, 1638. 
(De son temps, les titres du prieuré furent incendiés). 

François^jraspard de Joux , dit de Grandhont, évéque 
d'Aréthuse , chanoine métropolitain, prieur de Vaux- 
«.-PoUgny, 1686, 1727. 

Pierre Dcputb, 1734, 1737. 

N... La FEunjjfcB, 1748. 

Antoine Jacqour , siH>érieur d^ la coogrégatioii de la 



448 HISTOIRE DB GIGNT. 

mission à Paris , sous lequel le priearé fal sëciibrisé 
et uni à la mense de Gigny, 1757» 1765. 
c lie. Nonobstant la démission de ce dernier titulaire, moyen- 

nant une pension viagère de 540 fr. , M. Monoier a encore 
trouvé que M. La Feuilley général des Petits-Augnstins, était 
qualifié prieur de Chatonnay en 1785, jouissant des revenus 
du bénéfice que les nobles chanoines de Gigny louaient et 
percevaient cependant par baux authentiques en 1765 et 
1780. 

S 7. De l'ancien prieuré de Chatonnay, il ne reste que 
Yéglisey avec le puits de la maison prieurale, construite à soir, 
laquelle a été démolie dans le dix-huitième siècle. 

L'église, sous le vocable de Saint-Haurice, dont le pavé 
est inférieur d'une marche au sol du dehors, paraît fort 
ancienne. Sa voûte est en ogive très aiguë; on y voit une 
tombe avec inscription en caractères très gothiques en partie 
effaces, et sur une pierre extérieure de la sacristie, on trouve 
le chiffre 1581, avec les quatre lettres H. H. B. P., qui indi- 
quent peut-être un prieur ou un curé de l'époque. La cloche, 
fondue depuis peu d'années, portait aussi une inscription 
en lettres gothiques. Une chapelle en l'honneur de sainte 
Barbe y a été érigée, il y a environ un siècle, par Boisson 
de Dramclay. 

S 8. Le prieur de Gigny avait le patronage de la cure de 
Chatonnay et en nommait ou présentait le desservant. Le 
village de Dramclay dépendait de cette paroisse et y amenait 
inhumer ses morts. Le presbytère actuel a été construit, 
après la réunion du prieuré au chapitre de Gigny, par N.... 
Guichard, curé d'Arinthod , originaire de Chatonnay. Celui 
de ce dernier lieu céda, en 1776, la dîme des novales a nos 
nobles chanoines, moyennant une rente perpétuelle de cent 
francs. Nous avons trouvé quelques anciens desservants, 
savoir: Guillaume de Villars, curé et notaire en 1382; 
Etienne Morel^ qui résigna, en 1554, en faveur de frère Gas- 



CHAPITRE LTII. Art. 9. 449 

pard de VAubcpm; Benoît Pravet, en 1597; N... Joux en 168G ; 
CL-Adricn Jnii// en 1700; N.... Gukhard en 1734, etc.... — 
André de Ch&lonnay était curé d'Aumont en 1339. 

Il n'y a plus maintenant de paroisse à Châtonnay, qui dé- 
pend de celle de la Boissière, ainsi que Dj*anielay; L'église 
de la Bo'ttâère^ selon la tradition locale, a été construite 
par les moines de Gigny, dont le prieur avait en effet le 
patronage. Elle parait ancienne, quoique sa voûte soit à plein 
ceintre; on n'y entre qu'en descendant trois ou quatre mar- 
ches; et elle est aujourd'hui sous le vocable de Saint-Pierre 
et de SainlrPaul, autrefois sous celui de Saint-Christophe. La 
cloche, qui porte la date de 1633, a eu pour parrain noble 
Pierre de Balay, seigneur de Marigna et de la Boissière, et 
pour marraine dame Jacqueline de Franchet^ son épouse. 
Elle offre aussi l'inscription: L U. S. M\K, sancte Petre, 
umeie Chmlophore, orale pro nohh. 

La famille de Balay possède, en cette église, une chapelle 
sons le vocable de Saint-Augustin, et porte la date de 1723. 
Le nom de la Boissière dérive-t-il de buxus, buis, arbris- 
seau naturel au pays? 

Art. IX. — Prieuré de Clairvau\-lèz- Vaux-d'Ain. 

$1. Un médecin estimable de C1air\'aux, qui a écrit une 
notice intéressante sur le pays qu'il habitait , le docteur 
Pyot, pensait que Clairvaux était déjii une bourgade gau- 
loise, puis romaine, en se fondant sur quelques objets d'an- 
tiquité qiû y ont été trouvés. Mais, ce qui est certain, c'est 
que les chartes venues à notre connaissance ne mentionnent 
ce lieu que sur la fin du douzième siècle. Ponce, sire de 
Coiseaux, Branges, Clairvaux ctYirechâtel, en 1172, en est 
te premier seigneur connu. Ses descendants jouirent de cette 
boironie, dont ils prirent le nom, pendant quatre générations, 
jtttqœs et y compris Mai^uerite de Clainaux, dernière du 

29 



4^ HISTOIRE DE GIG7IT. 

tiom, qui, par son mariage, aa milieu dn qnaloniàiiie tiède, 
la porta dans la maison de Villers-Sexel. A son tonr, Jeinw 
de Villers-Sexel, par le sien, la fit entrer, an (]iitazièaM 
siëcle, dans la maison de Bauffremooi, qui t'a possédée jus 
qu*an renversement de la féodalité. 

S 2. Quant au prieuré de Saint-Nithier de Qairvaux, on 
ignore aussi l'époque à laquelle il a été fondé et par qui 
îl a été donné au monastère de Gigny. Les prieurs les plus 
anciens, dont il soit fait mention dans les titres, sont: Posée 
en 1S59; Étkime en i272, auquel les chartreux de Bonliea 
permirent un défriebeMent dans leur forêt; jEhmferf ei 
fîffd'^ qui transigea avec le seigneur de Clainraux an sufel 
des dimes navales de Chûtel-de-Joux, et qui, en ISSO, a|K 
l^osa son sceau k un acic de Bonlieu* 

Ce prieuré était d*abord régulier, comme te prouve ans 
sentence de ToAlcialité de Besançon, rendue en 1644; et aelM 
t. m l'ancien pouillé de Cluny, il devait y résider deux moines 
y^ compris le prieur. Mais, dès le seizième siècle, il Ait eof 
€i3ré en commende. Il éuiit h la collailoo du pape, conv 
14^, 1(6. tous les prieurés rurau-x du diocèse de Besançon. Saséc 
larisaiion fut prononcée en 176&, et ses revenus, dédir 
unis h Vjt mcnse du chapiti*e de Gigny après la mort, déir 
sion ou destitution du titulaire. 

S 3. Le prieur de Clainraux avait le patronage de l»( 
du lieu, laquelle fut unie au prieuré, déjà avant leseiif 
siècle. Il en était aire primitif et prenait le titre de jvni 
fi9^). La sentence de rofTicialitédc 1544 défendit au i 
et aux familiers de Clairvaux de recevoir aucune four 
sans ragrémcnt du prieur. Les statuts de cette fim 
avaient été rédigés en 1614, comme on l'a d^à dit, p 

(19S) Ancicnucoienl dans les collégialef el daus les congr^tiontr 
on cuil dans l*uMge d'cci ire Ict noms des membres sur des lableiUt 
celui qu( était lusctil eu lôtc élail nppelc ;9ri/7iar(>r, primicier^ dl 
et va. 



CHAPltRB LTII. An. 9. 431 

ohevéqae de Besaoçon, commendataire de Gigny. D*après 
UB titre de 1677, le prieur avait le droit de faire distribuer 
l'eau bénite dans le bourg; mais il n'était pas tenu d'entre- 
tenir le luminaire, ni la lampe ardente de l'église paroissiale, 
non plus que l'ouvrier de Gigny, ainsi qu'on a déjà vu. Cet 
entretien était if la charge des paroissiens. Dans le chapitre 
précédent, on a parlé du traité que ceux-ci firent, en 1677, 
avec cet oiBcier claustral, au sujet de la marguillerie et aur 
très droits. 

Le titulaire de SaintrNithier était aussi patron de la chapeUe 
de f ermitage de Verumibo», et il devait la desservir, moyen- 
nant ane rente de dix livres estevenantes, constituée en 1676 
par les habitants de ce lieu. 

Il avait encore le patronage de la duipdle de Sahu-Mauriee^ 
au canton de Saint-I^urent, qu'une sentence de l'officialité, 
en 1654 , le condamna k faire desservir. Dix ans plus tard, 
les habitants demandèrent qu'elle fût érigée en cure à leurs 
frais, ce qu'ils obtinrent en 1671. Cette cure fut composée 
de SaintrBlauKce, Grilla, Boujailles et Trétn ; et les premiers 
curés (ùrent N.... Dayet en 1680, N.... GuiUet en 1686. Le 
prieur conserva le patronage de cette nouvelle cure ; mais» 
en sa qualité de décimateur, il fut condamné, en 1691, par 
une sentence du bailliage d'Orgelet, h. payer au curé de Saint- 
Maurice une somme annuelle de 100 francs, et les nouveaux 
paronsiens une autre de 200 fr., pour portion congrue. 
Sans la même année, une transaction ayant été faite entre 
les deux ecclésiastiques, celui de Clairvaux céda à celui de 
Saint-Maurice, pour lui tenir lieu de ladite pension de 100 
fr., la totalité des grabadis de la nouvelle paroisse, avec le 
tiers qui lui appat*tenaitdans la grosse dime. 

S 4. Le bénéfice de Clairvaux valait 800 fr. à son titulaire 
en 1636, 900 fr. en 1737; 1400 francs neU en 1760; et 
9706 fr* en 1788. Cette dernière somme se trouva réduite 
k ceDe de 618 fr., après la suppression des dîmes et autres 
droits ecclésiastiques ou féodaux. 



452 BiSTOlRE DE GI€?ir. 

Ces revenus provenaient principalement de» dîmes que kf 
prieur percevait, non-seulement à Clairvaax, mais encore 
dans les villages voisins à Bissia, Boissia, Botijailles, Cogna, 
Crilla, CMtel-de-Joux, Étival, La Frasnée, Hautecourt, Saiot-^ 
Maurice, Palornay, Piételle, Soyria, Tlioiria, Tréta, Uxelles 
et Vertaniboz. Mais la totalité de la dlme de ces divers lieux 

r 

ne lui appartenait pas ; car à Etival, par exemple, l'abbaye- 
de Saint-Claude en percevait une grande partie ; à Saint- 
Maurice el lieux de cette paroisse, la chartreuse de Bonliea 
en recueillait les deux tiers; h Clairvaux et ailleurs, le sei- 
gneur et le curé partageaient avec lui les dîmes novales, sur 
lesquelles les chartreux avaient encoi^ dfis prétentions ; etc. 
La diiuc de Tavoine était levée au môme taux que celle du 
blé, c'est-à-dire, h la onzième gerbe. A l'égard des grabadis, 
ou de la dime des menus grains, un aiTét de 1T70 déclara 
qu'elle devait être acquittée ( sans doute ensuite de quelque 
abonnement) h raison d'une mesure par journal , dans tons 
les villages dépendants du prieuré. Enfin , au sujet de toutes 
ces dîmes, il fut constaté par une enquête, en 1773, que, 
dans les trois villages de Boujailles, Crilla et Trétn, il était 
d'usage de convertir, de temps en temps, les prés en terres 
et les terros en prés. 

Outre la grosse et la menue dîmes, les habitants devaient 
encore les charrues ou quarterofis au prieur. Ce droit fut réglé 
en 1667, à l'officialité^ par un traité fait entre les habitants, 
d'une part , et le prieur et le curé de Clairvaux,'dè l'agrément 
du chapitre de Gigny, d'autre part. Il fut reconnu et con- 
venu que les paroissiens ne tenant pas charme de^*aient 
payer deux gros par feu ; que les laboureurs de Bissia , 
Boissia^ Châtel-de-Joux , Cogna, La Frasnée, Patomay, 
Piételle, Soyria, Uxelles et Vertamboz, devaient li^Ter une 
mesure de froment, à la mesure du lieu ; que ceux de Bou- 
jailles, Crilla, Saint-Maurice et Trôtu, devaient livrer, en 
outre, un rez d'avoine; qu'enfin ceux de Clairvaux, con- 



CHAPITRE LTII. Art. 9. 453 

testant ce droit, seraient traduits en justice , pour être con- 
damnés à l'acquitter, s'il y avait lien. 

En fait de droits féodaux, le prieur ne jouissait que de celui 
des langues de bétes abattues dans les boucheries de Clair- 
vaux. Il jouissait aussi de quelques cens. Ainsi, on voit qu'en 
1601, a il abergea, sous la censé annuelle de dix sols tour- 
a nois, portant lods, vends, directe, seigneurie et retenues, 
« use hermiture et place, qui furent vignes autrefois, dépen- 
« dantesdu prieuréde Saint-Nithîer de Clerval en montagne, 
assises au territoire de Cuiseaux, proche tes pn^s de Goz, 
% heu dit te Clervaude^ ou la vigne au prieur^ ou Es Castes Gan- 
vidiliet, » 

On trouve, en onti^, qu'en 1685, une terre située h CliA- 
tcl-de-Joux était affectée envers lui d'un cens portant lods, 
amendes et retenue. 

Entre autres immeubles, il possédait à Clalrvaux le pré de 
la Combe, contenant 12 faulx (soitures) et demie et 49 
perches. 

Au reste, le bénéficier obtint, en 1666, un mandement ou 
monitoire, par lequel l'archevêque de Besançon ordonna , 
sous peine d'être maudit et excommunié, de-révélerce qu'on 
savait sur les biens et droits de son prieuré. 

En ce qui concerne les charges, le titulaire de Clainaux 
devait, comme les autres , au monastère de Gigny, dont il 
relevait immédiatement, un cens annuel de sept florins cTor 
H de quatre pots d'huile, pour droit de responsion. Le 
prieur G. Perrier, s'étant refusé a le payer, y fut condamné, 
eo 1645, par sentence du bailliage d'Orgelet, ainsi que C.-D.- 
h Dagay, un de ses successeurs, en 1733. 

$ 5. S'ensuit la liste de plusieurs prieurs :. . 
PoifCE, en 1259. 

ÉTlUfTIB, 1272. 
fiVKBBRT, 1279, 1280/ 

Nicolas, 1368. 



454 HIStOlftftBl GICHT. 

ÉUenne mYillars, 1374. 
Etienne Vaillant, 1491. 
François du BiuKini, protonotaire apostolique, 1535. 

N BouttXT, 1544. 

Antoine du Bebul^ prieur oomiBendalaire en 1560, aiosi 
que de Nantsa». lequel renonça & ses bénéfices pour 
devenir conseiller du doc de Saroie. 
Louis Dbsbarrbs, cbanotne de Besançon, 1566, 1568. 
Joachim de Ryb, abbé de SaintHQaude, 1580. 
Claude Rbghaudot, 1588. 
Gttibertde Cuaviibt> prieur clo trier de Gîgny, 1591, 

1601. 
Guillaume Pbriobr ou PttAOi, 1604, 1613, 1614, 1645. 
ChariesRiGOLEt»cbauoiaedePoligny, 1630, 1633, 1636, 

1664, 1667. 
Ptail.-Cbaries Dàgat, docteur en théologie, doyen et 
chantre de PoUgny, 1671, 1685, 1686, 169S, 1700 ; 
mort en 1721. 
Charles-Denis-Jose{di Dagat-, chanoine de Besançon, 
doyen de PoUgny, abbé de Son-èze, 1733, 1747, 1755i 
Philippe-FrançoisJosepb Dagay, dlÉpenoy, chanoine de 
Besançon, prieur commendataire d'Héaurille, 1757, 
1767, 1780, 1787, dernier titulaire, vivant encore en 
1811. 
% 6. L'égliie de Glairvaux est placée sous llnvocation de 
saintNithier,donton fait la fête le 5 mai, et duquel beaucoup 
d'habitants portaient autrefois le nom. Ses refiques existaient 
jadis presque toutes dans cette église, qui était en uiéme 
temps prieurale et paroissiale ; mais, en 1637, l'autel ayant 
été calciné, pendant la guerre funeste de eettc époque, elles 
furent en grande partie consumées ou diHruites. On n'en 
retira qu'une petite portion intacte, qu'on conserve encore 
et qui a clé déposée, en 1691, dans une loge ou boite pra- 
tiquée aubasdubusle du saint patron. Au reste, saint Nîthier 



CHAPITRE LTII. Alt. 9. 453 

I>arait avoir été nn évéquc de Vienne, nommé Neetariui dajis 
la chroniciac d*Adon , lequel assista, en 350, au synode de 
Vaison, etmourat en 868. C'est probablement de lui qu'il est 
dit dans le martyrologe de saint J^me : Ad 5 matr, Viennœ 
iepaùtio Neciaru et Nketœ. Néanmoins, cet évéque n'a point 
de culte à Vienne. D'ailleurs, on ne peut pas le confondre 
avec saint Nizier, parce qne ce dernier est fêté le 2 arril. 

Outre le buste doré de saiut Nithier, représentéavecla mitre 
et la crosse épiscopoles, il y a encore dans l'église un buste de 
saint Guérin, abbé, représenté arec son b&ton pastoral. 
On porte ces deux bustes dans les processions, mais celui de 
saint Guérin ne provient pas de l'église de Poittc, et il n'existe 
aucune pratique de dévotion, aucun apport, aucune fête, en 
lliowieur de ce saint abbé, à Glairvaux. 

L'église de ce lieu présente peu d'antiquités: quelques ins- 
criptions tumulaires en caractères gothiques h demi effacés, 
des stalles provenant de l'abbaye de Baume , et quelques 
fenêtres de chapelles construites en ogives et en style gothi- 
que. La voûtede la nef principale est en plein ceintreet paraît 
avoir été reconstruite postérieurement, sans doute après l'in- 
cendie de 1637. C'est probablement alors qn^ le choeur fut 
déplacé et établi k l'oocident, et la porte à l'orient, comme :i 
Véria et à Pont-d'Ain. Une inscription latine, accompagnée 
d'un écusson armorié, dans une chapelle au nord, fait con- 
naître que celle-ci fut détruite et ruinée par la guerre de 
1637 et rétablie en 1672. 

Le corps de Philibert de Chalon, ramené de Florence k 
Lona-le-Saunier, en 1530, futprésenté à l'église de Saint-Ni- 
thier de Clairvaux, parce que, dit la relation de cette pompe 
(onèbre, cette église devait des prières h son seigneur. Ce 
motif indique peut-être la fondation et dotation du prieuré 
par un des ancêtres du défunt. 

La mamn prkurak\ contigué h l'église du cêté du nord, 

existe encore, et l'on voit la porte, actuellement murée, par 



^56 HISTOIRE DE GIG3CT. 

laquelle le prieur {tassait de sa chambre dans l'ancien ciiœar, 
sans doute sépari! de la uef par un canccl. Depuis le change- 
lueiit des lieux, cette porte permettait au prieur et aux gens 
de sa maison, d'aller assister à l'oflQIce dans la tribune placée 
au dessus de la porte de l'église. 

L*église ou la cure de Clairvauxdtaitdu patronage du prieur 
du Heu, et dépendait du monastère do Gigny. Un ancien 
pouillé de celui-ci la mentionne ainsi : Ecdenam de Clarapidk 
in Montana. On a L'*ouvé dans les titres les noms des anciens 
cures qui suivent : Haimon en 1208, Ponce 1212, Gtiy 1244, 
1259, Jean 1272, fioron 1281, .fean 1304, Htmbert 1360, Dm 
1374, Pien^ Chesne 1544, 1566, 1568, Jean CordeUer, 1666. 

Art. X. — Prkuré de la Cluse-Saint-Bernard. 

c. 131 . Ce prieuré n'est connu que par son insertion dans l'ancien 

rulaloguc des bénéfices de Cluny, comme immédiaterooil 

iiépi'ndant de Gigny, dans le diocèse de Genève. C'est sau 

douie ce prieuré que l'historien Dunod voulait indiquer, 

lorsqu'il disait, en 1735, que nos religieux avaient possédé 

autrefois des prieurés jusque dans le Genevois. Nous avoM 

encore lu dans une histoire ecclésiastique des diocèses de 

Genève, Taren taise et Maurienne, publiée en 1759, la meiftioi 

d'un prieuré rural de bénédictins k la Clusc-Saint-Bornard 

au dccanat d'Aubonne. Mais c'est tout ce qui en est panrens 

à notre connaissance, et nous ignorons absolument quand d 

comment le monastère de Gigny l'avait obtenu , à qnelk 

époque et pourquoi il a cessé de lui appartenir, quels en etf 

été les titulaires, en quelles mains il a passé, etc., etc. 

Prieuré de Cuiseaux. 
yoycz ci-nprès, priairé de llilouz. 



CHAPITRE LTII. Art 11. 457 

Art. XI. — Prietiri de Cuisia. 
• 

S i. Il a été dit, au chapitre{Vtci-dcvant, que Manas$ès de 
Goligny avail fail don, en 974, de Tëgli.se de- Trcffort à l'atH 
bâyc de Gip^uy. Cop(^ndaut, d'un autre côté, d'après lecartu- 
luire de Nantua, celte église aurait été donnée, avant le 
milieu du cinquième siècle, par Gondicairc, roi do Bourgo- 
gne, àcelle de Nantua, en ménic temps que celles de SainU 
Albaoeu Maçonnais, etdeSaint-Joyre en Lyonnais. Ce qui est 
ceriain, c'est que Tabbaye de Nan^ua y a possédé long-temps 
un prieuré établi dans un lieu appelé encore aujourd'hui le. 
Monestay, dont on cite deux titulaires en 1258 et en. 1273 ; 
ce qui est certain encore, c'est quc^ postérieurement, mais 
déjà avant le quinzième siècle, comme le prouve Tancien ca- 
talogue des bénéfices do Cluny, ce prieuré fut réuni à la 
meose capitulaire des religieux de Nantua, qui en ont joui 
jusqu'à la un. Néanmoins, ce même catalogue place aussi un 
prieuré de Trefforl au nombre de ceux qui sont immédiat^- c. I3i 
mont soumis k Gigny. Or, on peut présumer qu'il s'agit du 
prieuré de Cuisia, peut-être démembré de celui de TrelFort, 
dont il n'est distant que de trojs kilomètres. 

S 2. Ce prieuré a été réuni de bonne heure à la me use do 
(ligny, car il n'est pas même nommé dans les ouvrages de 
Guichenon, de Garreau, de Dunod, etc., non plus quç 
dans le catalogue précité, à moins, comme on a dit, 
qu'il ne soit désigné eu ce dernier sous le nom de Treffort. 
^tendant, la maison prieurale n'a été démolie que depuis 
Pt'u d'années. Elle était contiguc au mur méridional de 
i'<'glise actuelle. Les noms des prieui*s sont inconnus, et les 
litres de Gigny n'en mentionnent aucun. Les inventaires ne 
Client même point de titres anciens relatifs h. cet i^titblissc- 
Pieot, a l'exception de quelques terriers en latin de 1434, 

^^^7, 1511 et 1545. Ils relatent aussi une transaction faite 



4M HISTOItlK ftB C16!IT. ' 

en 1<$7G entre le prieur de Gîgny et M. de Rosy, an sajct.da 
cens dû au prieur de Cuisia. 

S 3. Végliiedc Cuisia, sous le vocable desaint Oéoient, papi*. 
et dont le prieur de Gigny avait le patronage « est ancienne. 
Ses fcnétfes sont toutes en ogives ; on y voit qnelqncs tom- 
bes du seizième siècle ; et, sous le porchCt à côté de Ui porte 
d'entrée, se trouve une pierre pupitrale, attenante au mur, 
destinée à recevoir le livre, lors de la cérémonie du jondi 
saint. De semblables pierres existent aux églises de Treffort, 
Courmnngoux, Frontcnaud et Saint-Laurent-la-Rochc. Les 
fonds baptismaux sont formés d'un marbre octogone poli, 
sur les panneaux duquel sont très bien sculptées des figures 
religieuses et des inscriptions en lettres antiques, notamment 
le monogramme IHS. 

La statue de Notre-Dame de Monifori a été transférée, de> 
puis quelques années, dans l'église de Cuisia. Elle était aopt- 
ravant dans une chapelle particulière sur la cdte, en appro- 
chant les ruines de l'antique château dont celles! dépendait 
On y allait eu procession le jour de la Péte-Dieu, et l'hisla 
rien Guichenon dit que, de son temps, on y avait une grand 
dévotion. 

S 4. Au sud-ouest de l'église, h mi-cdtc, Ih oii on voit a 
jourd*hui une croix , existait un emûtage dépendant 
prieuré de Gigny, au sujet duquel, en 1618, il y eut un p 
ces. Les revenus en furent réunis à la mensc cnpitnlaire 
1769, après qu'Honoré Dnmont, chirurgien h Cuisia, qv 
jouissait, y eut consenti et en eut donné la démission, 
biens consistaioQt alors en une maison, un jar*djn, nn 
planté de vigne et une rente de 12'* 10** Ils furent Ion/ 
la même année, par les nobles chanoines , nioyenna 
francs. Au reste, il ne subsiste aucun usage relatif 2i c 
mitage, dont la localité a seulement conservé le nom. i 
fait aucune procession, on ne va point y manger les c 
lendemain dp PAques, etc.. 



CHAPITRE LTII. Art. 11. 459 

A Guisia, il y a des vignes qu'on appelle encore vigncM à 
thôpiial ; ce sont probablement celles qui appartenaient h 
celui de Gigny, ensuite de la dotation d'Hnmbert de Chatard. 
S 5. Du prieuré qui nous' occupe, dépendait anssi Véglùe 
de Prana, mise sousIerocaMe de saint Laurent, également du 
patronage de Gigny, et sitnée au pied du pic sur lequel s'é- 
lèvent encore quelques murailles du château de Montfort. 
Elle parait même plus antique que celle de Cuisia ; on des- 
cend deux degrés pour y entrer ; lé chœur est couvert en 
laves ; sa voàte , ainsi que celles de la nef et deux petites 
chapelles, est en ogives très aiguës ; erffin les fonds baptis- 
maux sont absolument semblables à ceux de Cuisia, de même 
forme, de même marbre et de la même époque, avec les 
mêmes inscriptions. 

A Pressia-, sont les ruines du château de ce nom, qui avait 
jadis celui de fti Bms et qui appartenait aux seigne'urs de nom 
et d'armes de Loysia^près^Gigny. Marguerite de Loysia,dame 
Du Bois, le porta en dot, avant 1273, h (juillaumcd'Andelot, 
duquel sont descendus les barons de Pressia. Cette terre , 
érigée en baronie après le milieu du seizième siècle , et h la- 
quelle furent réunis les châteaux de Montfort, de Bourcia, de 
Civria et de Marmont, resta dans la maison d'Andelot pendant 
400 ans, Jusqu'h l'extinction de celle-ci dans le dix-septièmé 
siècle, faute de descendants mâles. Le château de Montfort 
appartenait anciennement k celle d'Antigny, dont Guillaume 
d*Antigny, seigneur de Sainté-Croix, le vendit à Galois de la 
fiaume, en 1335. Marc de laBaume le vendit à son tour, en 
150 0,aQ seigneur de Pressia. 

S 6. Les hkns et revenus de notre prieuré de Cuisia, a con- 
« salant en maison prieurale, cuves, pressoirs, cens, rentes, 
< dlmes> vignes et autres droits, tant k Cuisia qu'à Pressia, 
• Courmangonx etChcvigna, d furent bues en 1769, moyen- 
nant 1600 fr. ncU. En 1780, ils Âirent loués 2400 fr., y com- 
pris les ix*venus de l'ermitage, mais non compris la mareille 



i 



460 HISTOIRE DE GIGNT» 

desdoux paroisses, laquelle appartenait à l'ouvrier damoiia- 
stère. Le prieur de Gigny, qui avait le patronage des déni 
cures, payait 200 fr. au desservant de Cuisia, et 9âfr. à celai 
de Pressiu, pour suppléments de portion congrue, ensuite de 
traités faits avec eux en 1700 et 1714. 

Art. XII. — Prieuré de Donsnrre. 

S 1 . Le prieure de Donsurre (i^) était situé, comme k 
précédent, dans le déparlement actuel de l'Ain. La maison 
prieurale existe encore en partie au nord de Téglise à 1» 
quelle elle est contiguc. Le champ qui en dépendait porti 
toujours le nom de Clos du prkuré^ et se trouve situé, aios 
que ^'église et le logement du prieur, sur une petite botli 
isolée. Cotte église, sous le vocable de saint Théodore, pa 
raitaïuiquo, surtout le chœur, couvert en laves, et le pm 
en est plus bas que le sol extérieur. 

Le fondateur de ce prieuré, dit Guichenon, est inconu. 

Copcndont, comme la gr^rcfe* en appartenait au seignen 
de Saint-TrivierHle-Courtes et à celui de Siiint-Aniour, oi 
peut présumer que leurs ancêtres n*ont pas été étranger 
h coite fondation. Dans les terriers de Saint-Tiivier, de 
années 1416, 1522 et 1563, les prieurs de Donsurre outre 
connu devoir au soigneur de ce premier lieu deux livres d 
cire par an , pour la garde de leur prieuré. Par celui d 
1522, les hommes de ce bénédce reconnurent aussi devoi 
au seigneur trois gros par feu , ensuite d'une trausaclio 
faite on 1479 avoc Pliilippe de Savoie, comte de Bagé. 

I)*un autre aUé, à (uiuse du gi'os hameau di> Villeneuve 
faisant partie du prieuré, quoique dé|>endaiit de laparoiss 
rt seigneurie de Saint-Amour, Philibert de la Baume, ccmil 

(19S) Ou trouve auski ce lieu éiTÎt : Donseure, Domseure^ Dompture^ Dom 
senre, Domeur»^ Dontuteure^ mais uou^ avons adopté l*or(h tgiaphe saivief 
néialcncnt aujourd'hui cl coafonnc à la proDoncialion. 



CHAPITRE LY II. Art. f2. 461 

de Coligny, baron de Saint-Amour cl seigneur de Vîllcncuvo, 

déclara, dans le terrier de 1 563, a qu'il lui appartenait, non- 

a seulement la terre de Villeneuve , en tonte justice , en la 

a paroisse de Saint-Aihour, mais encore la garde sur les 

a hommes et prieuré de Doiisurre. »L'un dcsessuccrsspurs, 

comte de Saint-Amour, dans le dénombrement qu'il fournit, 

en 1602, au roi de Fi*ance devenu souverain de la Bresse, 

• 

mentionna aussi comme lui appartenant : or la seigneurie de 

a Villeneuve, en toute justice, le servis sur nn moulin banal 

« de la rivière de Solenan , le droit de garde sur plusieurs 

« habitants de Dompseure, ainsi que le droit d'exercer la 

«justice audit Dompseure le jour de la Fétc-Diou. » 

8 2. Ce prieuré était h la nomination du titulaire de Gîgny, 
cld'après le catalogue deCluny, il devait y résider trois moi- c. 131. 
nés, y compris le prieur et un prêtre séculier commensal, 
probablement en manière d'aumônier ou de syncelle. Il 
parait que ce bénéfice fut donné en commende dès le quin- 
zième siècle. 

Le prieur de Donsurre était aussi seigneur des lieux, mais 
il n'avait que la moyenne et basse justice. Une sentence du 
1*2 décembre 1485, cassant et annulant un jugement de 
Saint-Trivier qui avait décidé le contraire, le maintint en 
possession de ce droit féodal, et on trouve cités, dans les 
inventaires deGigny, des registres de tenue de cette Justice 
dès 1509 !i 1521, auxquels sont annexées quelques institu- 
tions d'officiers judiciaires. Quant h la bautc-justice , elle 
appartenait aux seigneurs de Saint-Trivier et de Saint- 
Amour. En conséquence , dans son dénombrement précité 
^ 1602, le comte de Saint-Trivier plaça le droit d'arrière- 
fef da prieuré de Donsurre. Par ce motif, le titulaire de 
<^m-ci lui devait foi et hommage, et faute par lui d'avoir 
fcmpli ce devoir, en 1671, les revenus du bénéfice furent 
s^sisen vertu d'une commission sur arrêt de la chambre 
des comptes de Dijon. Le prieur se hûta alors de rendre la 



462 HI8T0IRB DB OIGRT* 

foi et l'hommage qu'il devait, el 90a successeur, en 16St^ei 
renouvela aussi l'acte sans difficulté. 

Par suite de cette suzeraineté, les habitants de Ikinson 
devaient guet et garde au château de Saint-Trivier, comn 
il fut décidé , en 1479 , lors des guerres de Lonis XI. U h 
même convenu et traité alors qu'ils paieraient trois gm 
par feu, lorsqu'ils ne rempliraient pas ce droit féodal. 

S 3. Voici la liste des prieun de Donsurre que Guieheao 
a laissée, suivie de ceux que nous avons pu y tgonler : 
Rodolphe de la.Gkllièrb, en 1323, 1337. 
Simon de Nagu, 1350, 1355. 
G.lt:. ^^n Bourgeois , 1386, 1399, 1408. 

Jean DU Bois, 1401. 
Jean Artus, 1420. 
Jean deSuzE, 1421. 

Bernicole de Rivoire, religieux de Nantua, 1466, 1477. 
Etienne de Morel^ pitancier de Gigny, abbé d'Ambro- 

nay, 1485, 1493.. 
Aymé Chichon , protonotaire apostolique , curé d 
Treffort, chanoine de Lausanne et de Genève, 1869 
1536. 
Jacques de Grillet, protonotaire, chanoine de Bourg, < 

prieur d'Inimont, 1540, 1558, 1571. 
Jean-Baptiste de là Bàuue-Montrevel, 1610. 
Pierre Azard... 

Albert de Grillet, prieur d'Inimont... 
Louis de Momspey... 
Claude Berthier, mort en 1648. 
Antoine Bertuier, résignataire du précédent, 1648, 165 
Pierre Guiveri<iois, 1671. 
Louis de TuESUT, ensuite prieur de Gigny, 1681, 161 

1702. 
Éléon-Alexandre de BELOT-DE-MoirrBOzoN, chambrier 
Gigny, 1742—1789. 



CBAPITRE LTII. Art. i2. 463 

Ce dernier titulaire, sou» lequel le prieor de Donsorre fiit 
^"caiarisé, en 1768, ne fut pas le successenr immédiat de 
Xouis de Thesttt, mort en 1729. Ce fut pcut-^re M. de Lar^ 
«inu, prieur clottrier de Gigny, qui avait déjà résigné, en 
^741, son oflice de cbamhiûer eu faveur de M. de MouiJbo- 
aoQ, son neveik 

S 4. Les revemu du prieuré de fionsurre furent loues, eo 

-1754, moyennant 950 francs, par M. de Montbozon. Ils 

lurent évahiés nets k 1400firancs en 1760, ptar les nHigteux 

«le Gigny, et lonés âOOO francs en 1773 par le titulaire. 

X'auteur de cette histoire n'a pu lire aucun de ces baux, 

lK>ur apprécier en quoi consistaient ces revenus et en quels 

lieux ils étaient perçus; mais le dénombrement forcé, donné 

parle prieur, en 1671, y supplée jusqu'à un certain point. 

Or, ce titulaire déclara alors a que son prieuré était à la 

« nomination d'Abr. de Thesut , abbé de Saint-Pierre de 

* Giguy^et qu'il consistait eu une maison et un petit jardin 

< proche l'église, avec des terres autour de ladite maison; 

< qu'il jouissait des deux tiers de la dixme, Tautre tiers 
I appartenant au curé ; que la moyenne et basse justice lui 

< compétait dans toute rétendue de la paroisse, et fa haute 
« au seigneur de Saint-Trivier ; qu'il jouissait aussi d'un 

< petit tiers de dixme au village de Cormoz, de douze ou* 
« vrées de vigne h Saint-Jean-des-Treux, de quelques quarts 

* à Coisia, dans la môme paroisse de Saint-Jean , et d'un 
« demi-quart sur la dixme de Saint-Anumr. d 

Bans ce dénombrement , il n'est pas question du pré de 
Bonsurre, vendu en 13i^0, au pitancier de notre monastère, 
pairOdon del'Aubépin; ni du droit de bans de vendange et 
cotres récoltes que Jacqucniard de Coligny reconnut, en 
t408, appartenir au prieur de Donsurre, dans les deux com- q m 
mîmes de Saint-Jean-des-Treux et de Chazelles. Hais an 
l'cste, le beau vignoble ou CloêSaku-^Jcan^ de 180 ouvrées, 
que possédait le monastère de Glgny, dans la première de ces 



ciir 



BISTOIRB DB OIORT. 

communes, ne dépendait pas du prieuré de Donsurre , car il 
n'a jamais été loué par le titulaire de celui-ci , mais tonjoim 
par le prieur ou les chanoines de Gigny, du moins en 1693, 
1705, 1771, 1780. 

% 5. Le prieur de Donsurre devait sept florins d'or pour 
droit de respousion à l'insigne monastère auquel il était im- 
médiatement soumis; et on trouve qu'en 157â il fut appelé 
en justice pour être condamné k l'acquitter. Le titulairs 
déclara aussi, dans son dénombrement de 1671, que les lu- 
bitants de Donsurre l'obligeaient à foire célébrer une mesM 
tous les dimanches et fêtes , mais qu'ils ne pouvaient pu 
prouver qu'il fût tenu k cette charge. L'existence d'an prê- 
tre séculier dans ce prieuré avait ^peut-être rapport kes 
service. 

Ai.T.XlïI, — Prieuré de Flacey. 

S 1. Il n'est pas-certain qu'il y?ait euh Flacey, commune 
du canton dcCuiseaux, un prieuré distinct de celui de Maynal. 
A la vérité, dans une charte de 1406, insérée parmi nospreo- 
vos, on voit figurer comme témoin Giii/ (le Bearf/orf, avec laquais 
lific^tion de titulaire du prieuré de Flacey {de Vlaca ) , lequel 
on retrouve, en 1424, ccllérier à Gigny. Mais, c'est 4e sesl 
indice connu de ce prieuré, et, sur les lieux, aucune tradi- 
tion ne le rappelle, aucune localité ne consenc le nom d( 
prioré. D'un autre côté, le titre susdit place ce monastère ai 
diocèse de Lyon, tandis que Flacoy a toujours fuit partie du 
celui de Besançon. D'ailleurs, s'il a existé quelquefois d'uni 
manière distincte, il n'a pas tardé h être réuni h cnlui de May 
nal, et sans doute avant le quinzième siècle, puisque le cata- 
logue de Chiny ne le mentionne pas. Aussi, l'aumônier de Gî 
gny, en qualiléde prieur de Maynal, a eu le patronagedeit 
cure et les dîmes de la paroisse de Flacey jtisque dans lei 
derniers temps. Ces dimes étaient notamment ^ perçue 



CHAPITRE L¥II. Art. 13. 46IÎ 

àatwn les hameaux du Gbâtel, du Bouchot, du Tillars, de 
Platafin et de Necudoy i^^K 

En raison de leurs anciens rapports, les habitants de 
Flacey ont conservé le langage et Taccent de ceux de 
Vaynal. 

S â. L'églitede Flacey, sous le vocable de saint Martin , 
est fort ancienne, car elle fut donnée en 951, avec les biens 
qui en dépendaient , à l'abbaye de Cluny, par le comte Léo- 
tald et sa femme. Elle est située, comme celle de Donsurre, 
sur une petite butte ou éminence^ sur laquelle la maison 
prieorale existait probablement aussi. Elle a été recons- 
truite, depuis peu d'années, sur Templacementlde l'ancienne 
qui, quoique couverte en laves et ayant des vitraux peints , 
n'était pas d'une architecture antique. 

Gomment cette église et ses dépendances sont-elles sor« 
ties de l'abbaye de Cluny, après le dixième siècle , pour dé- 
pendre de l'aumAnerie deGigny ? On n'a pu le découvrir. 

S 3. La seignewrie de Flacey n'appartenait point k notre 
aumAnier. EOe fût possédée d'abord par la maison de Salins- 
b*Tottr, dont Jean de Salins, chevalier, seigneur de Poupet 
et sire de Flacey en 1363 et 1382. Renande de Salins, dame 
de Flacey, Beaufort et PrésiHy, la porta-, en 1419, dans la 
nud8ondeLuyrieiix,par son mariage avec Lancelot de Luy- 
neux, frère d'un prieur de Gigny. Elle passa ensuite, au 
commencement du seizième siècle, dans la branche de celle 
de Coligny, qui possédait Cressia. La veuve du dernier des 
Coligny, de Joachim, mort en 1664, la vendit ensuite à Et. 
Berton de Lyon, dont la fille l'apporta en dot k Antoine de 
Unrencin. La fomille de ce dernier a possédé cette seigneu- 
ne jusqu'à la révolution. Cette famille, qui avait déjà titre 

^11) lAtndltioii lociU prétend que ce yiUa§ea été atoti noBuné» parce que 
*** Wbitaate eanienftélé eharfét d'uae rederauce d*un écu^ pour avoir refusé 
^^Qûr battre l*eaii des fossés du château, pendant les couches du U dame, 
^Ntanée ds cri des jrenouiUes i d*oii on ieu doit, 

30 



46< HMTOIRB DB «IGRt* 

et rang de noblesse à Lyon, dans le quinzième siècle, dei 
dait, dit-on , de la famille romaine Laurauma . Aa r 
la moKe, proche rëglise,dont les maisons voisines cooipc 
le village appelé leChâtel, était remplacement de l'ai 
ch&teau entouré des fossés qu'on voit encore. La dui 
passe depuis bien long-temps sur ses ruines, et a mi 
jour, il y a deux ans , un pavé en larges briques cai 
bien conservé. 

Art. XIV. — Prieuré de Foissia. 

S 1. Le dernier inventaire des titres de Gigny, coi 
tionné en 1787, mentionne sept baux des revenus du pr 
de FoMa, aux dates de 16U, 1656, 1712, 1724, 1741» : 
et 1774. Néanmoins, il est plus que douteux qu'il ait ja 
existé de prieuré réel dans cette grande commune du éi 
tement de l'Ain. L'historien de la Bresse, qui cite dea t 
du treizième et du quatonûème siècle, relatifs k Foisris 
parle aucunement de prieuré. Le catalogue de Ciuny, « 
vent cité, garde le même silence. U n'existe aucune loci 
aucun fonds, dans cette commune, qui portent aujourc 
le nom du prieuré, du prieur, de$ moines, de Gigny^ etc. 
a seulement, au sud de l'église, un grand et vieux bâtia 
qu'une tradition vague dit avoir été occupé autrefois pai 
religieux. D'ailleurs , dans le bail de 1774, que l'auteu 
cette histoire a lu, il n'est pas question du louage d'un pi 
ré en faveur de l'aumônier de Gigny, mais seulement i 
part qui lui appartenait dans la dîme de la paroisse. ( 
part, louée alors moyennant 600 fr., consistait dans la ; 
ception de deux gerbes sur neuf de cette dlme, rièr 
bourg de Foissia, d'une sur six au hameau de Quintot 
d'une sur trois en celui de Montclair. Le même acte p 
qu'alors il y avait procès pour les grabadis ou menues dii 
Au reste, cette espèce de bénéfice parait n'avoir été qi 



CHAPITRE LTII. Art« IS. 467 

démembrement da riche prieuré de Harboz ; car on voîc^ 
parles baux de ce dernier, passés en 1769 et en 1778^ 
qae la portion congrue du curé de Foissia était h la 
charge du prieur de Marboz et non à celle de Taumânier de 
Gigny. 

S 2. VégliMe de Foissia, sous le vocable de saint Denis, 
était du patronage de notre officier claustral, et M. de Fale- 
taos en nomma encore le curé en 1773. Le chœur seulement 
est en ogives et parait antique^ ainsi que la porte d'entrée & 
soir. A côté de cette porte , et en témoignage de gratitude 
bien mérité^ la société d'agriculture du département de 
l'Ain a érigée en 1830> un marbre en l'honneur de Pierre 
Heysson, cultivateur de Foissia ^ qui a introduit l'usage de 
la marne dans cette commune et dans le voisinage. 

% 3. Les religieux de Gigny n'étaient pas seigneurs de 
Foissia et n'y avaient point de revenus féodaux. Guillaume 
de Foissia « en 1272, fit hommage de la Poype de Fokm au 
«omte de Savoie. Cette teri*e étant ensuite devenue châtelle- 
nie^ fut donnée, en 1355, à Guillaume de la Baume. Dès^lors 
elle est toujours restée dans la maison deMontreveh 

Art. XV. — Prieuré de Saint'-Hilaire. 

Ce bénéfice n'est connu que par indication rerifermée 
dans nos inventaires, « d'un titre en latin contenant provi- 
«sion du prieuré de Saint-Hilaire, en 1532, en faveur de 
« noble Jean-Michel de Rye. m S'agit*il ici du prieuré de 
Sa'mt-Hîlaire, dépendant de Cluny, dans la commune de Saint- 
Komain, près Beaune^ réuni en 1681 aux bénédictins anglais 
de Saintf-Emond de Paris, où devaient résider deux moines^ 
y compris le prieur ? S'agit-il de celui de Saint-Hélier ou 
SaintrHUaire en Auxois^ démembré de l'abbaye de Saint^ 
SeÎM et uni, en 1689, au séminaire de Dijon? On l'ignore 
^tièremeiit. Ce prieuré n'est point inséré dans le catalogue 



468 ftfSTeiRB 5E «ISITT. 

dcClany» et, d'ailleurs, les généalogistes delà maison de Rjc 
ne citent point le titulaire en question. 

Art. XVI. — Pneuri cTIIay ou efe la Motte. 

S 1. Ilay était aatrefois une petite commune da canton de 
Saint-Laurent-en-Grand-Yanx, ou des Petite»^iettes, dan 
rarrondissement de Saintp-Claude. Ce n'est aiyourd'liui qu^ 
hameau de la Chaux-du-Dombief , à laquelle il a été ré«n 
depuis plus de vingt ans. C'est là que commence la zAne dei 
sapins etdes grands hêtres. On n'y voit i^us croître les firéasi 
életés, ni cultiver le maïs ; la terre y est carbonisée on écoèmk, 
au mois de juillet, pour la fertiliser ; le bœuf y est atteH 
avec un collier, comme le cheval; les blés^ orges et avoines] 
sont coupés, au milieu du mois d'août, avec la faux, comme 
le foin. LÀ aussi , on fabrique les bons fromages des monta- 
gnes ; on sale et on dessèche les viandes pour les conserver, 
sous le nom de brénl ; on voyage sur la neige en tratneai 
pendant l'hiver ; on commence enfin à trouver les mœurs, kfl 
usages et la vie des hautes montagnes. 

Au nord et à quelque distance de ce petit village» existe on 
lac qui s'étend jusqu'au village du Frasnoîs» nommé bc 
d*llay, lac du Frasnois, et dans les titres du dix-septième siède» 
lac de la Motte. C'est dans une Ide ou Motte rocheuse, vers le 
bord oriental de ce lac , qu'était un prieuré dépendant de 
Gigny, nommé, à cause de sa position, prieuré d*lltty^ prieonf 
de Saint-Vincent de la Motte. L'eau servait de clottre aux 
moines qui l'habitaient ; mais, pour arriver à leur pieuse et 
pittoresque solitude, une chaussée en pierres avait été prt- 
tiquëe depuis le bord du lac. Cette chaussée existe tov^rs, 
beaucoup enfoncée dans le sol tourbeux, de sorte qu'au- 
jourd'hui on ne peut par>'enir dans l'tle, au moyen de 
cette chaussée , qu'en marchant h près d'un mètre dans 
l'eau. Cet enfoncement a donné lieu de dire dans le pxp 



CHÀ^ITRB LTII. Art. 16. 46^ 

fia'ane partie de Ttle s'était engloutie sous Teau avec- 
l'église du prieuré, et que l'on entendait encore la cloche 
appeler quelquefois, du fond du lac, les moines à ma- 
tines. Mais laissons ces contes pour ce qu'ils valent, ainsi 
<ine les traditions scandaleuses recueillies et conservées 
iMir le P. Joly et par M. Monnier. Contentons-nous de dire 
^'actuellement cette Ile est envahie par des broussailles, du 
]K>isetdeax noirs sapins d'un aspect assez pittoresque ; qu'on 
j voit «icore les mines du prieuré, ses fondations et même 
des pans de murs, avec des pruniers et autres arbres fruitiers 
de raocien jardin des moines. 

S 9« Les habitants d'Ilay disent par tradition que leur 
prieuré a été fondé dix-sept ans avant la chartreuse de Bon- 
liea, c'est-k-dire au milieu du douzième siècle. En effet, 
<elfe-ci parait avoir été établie peu avant 1172, année oii 
Thîébertâe Montmoret lui fit une riche donation. Elle fut 
insulte enrichie par son fils et son petii-fils, et les seigneurs 
de Glairvaux en conservèrent la garde. Les religieux de cette 
chartreuse ont eu jusqu'il la fia la pèche du lac même dans 
lequel le prieuré d'Ilay existait. D'un autre côté, les nobles 
chanoines de Gigny, dans un procès qu'ils eurent avec les 
habitants d'Ilay, de 1763 à 1773, interpellés d'affirmer par 
serment s'ils n'avaient pas en leur pouvoir de titres favora- 
bles à ces habitants, passèrent procuration pour prêter ce 
serment négatif, en déclarant qu'ils n'avaient d'autres titres 
que celui produit au procès etk eux remis parles vénérables 
chartreux de Bonlieu^ dont les droits étaient communs avec les 
leurs. On peut donc penser avec quelque raison que le prieuré 
d'Ilay et la chartreuse avaient une origine commune et con- 
temporaine , et qu'ils provenaient tous deux des libéralités 
de la maison de Montmorot. Cette opinion nous parait mieux 
fondée que celle qui attribuerait l'établissement de ce prieuré, 
sur la fin du onzième siècle, à saint Simon de Crespy, moine 
de St.-Claude, et même que celle qui suppose des bénédietines 



470 HISTOIRE DE GIGffT. 

h liay et des chanoines réguliers à Bonlieu, dès le commen- 
cement da sixième siècle. 

S 3. Quoiqu'il en soit, le titre le plus anekn sur ce prieuré, 
qui soit parvenu à notre connaissance, est un titre en latin, 
analysé sur nos inventaires, a contenant donation laite par 
a le seigneur d'Andel, prieur de Gigny» à Tabbaye de Ba- 

< kme, en 1176, de tout ce que l'église d'Islay possédait 

< dans le vallon de Ghambly, depuis le gnay d'Apel, suivant 
a que se termine la montagne de Cuire de SàRt-Claude i^^, 
a tout ce qu'elle possédait dans les terres, prés, étangs et 
« bois, dès la roche de Didda (Doucier), depuis le lac delfa- 
c rignet (Marigny) , au^essusdu mont vers Jura (bois qui 
« domine Chalin) , les usages et granges dites es Satfhu 
« (Saffloz), dans les terres, prés, bois, décimes, pour iV- 
« tournoises et pour le service annuel de trois sols, monnaie 
« de Don (Lons-le-Saunier), payables le jour de l'Exaltation 
a de Sainte-Croix au prieur d'Islay, ou h Gigny, au prieur 
a cloitrier. » 

c. G5. On a aussi analysée, au chapitre XII , une charte de 1204 

contenant acensement, par le prieur de Gigny, k celui de 
Bonlieu , des dîmes et de tout ce que le prieuré possédait h 
Islay, Chiettes, Saint-Cioud, Collondon, etc... 

On lit, en outre, qu'en 1233 une partie du territoire da 
village du Frasnois futacensée aux habitants de ce lieu con- 
jointement par le prieur de Saint-Vincent de la Moite, 
par l'abbc de Balerne et par les seigneurs de l'Aigle et d^ 
Chàtel-Neuf. 

Dans le quatorzième siècle, il s'éleva un différend entrer 



(198) L*analytte de cette charte a confondu ici saint Clandj arec saint Clou 
deDencziëres ou du Frasoo.'s, sans doute parce qu'ensuite d*nne ottbograph 
vicieuse, on lirait dans ce litre aussi bien que dans celui de 1204, ClmUns s' 
lieu de Ctodus. Le culte de saint Claude est Lien postérieur au dovzième sièdi 
et l*abbaye de Salnt-Ojen a changé encore plus lard de nom. On reviendra 
colle coufasion à l^ulide du prieuré de MaynaL 



CHAPITRE LYII. Art. 16. 471 

Pierre de Champdivers, prieur dllay, et Jean, prieur de Bon- 
lien, concernant la propriété de la Oiaux-t/ntmère. Ce 
procès durait depuis plusieurs années et était instruit par-^ 
derant Michel de Chevrel , bailli de Béatrix de Viennois , 
teuye de Hugues de Chalon, sire d'Arlay. Or, en 1328, cette c. loi^. 
dame nomma deux arbitres pour le terminer k moindres 
frais ; mais la procédure n'en avança guère plus vite, car ce 
ne fût que trente ans plus tard, au mois de décembre 1357» 
que ces deux arbitres, Alexandre de Noserey et Vésin de 
Montaigu rendirent , en forme de transaction, une sentence 
par laquelle il fut dit que, a dès le Saut-Girard, en tirant le 
ff long du ruisseau, jusque vis-k-vis des bornes plantées 
ff où soûlait être le moulin des Platelles, la Chaux-Louvrière 
ff appartiendrait h la chartreuse, tandis que, dès le saut du 
c val de Chambly, jusqu'au Saut-Girard et jusqu'à l'arête 
ff de la montagne des Platelles, elle appartiendraitau prieuré 
ff d'Islay D dont Etienne de Hontfleur, religieux de Gigny, 
était alors titulaire. 

S 4. Ce petit monastère était sous le vocable de saint Vin- 
cent, et les habitants d'Ilay en faisaient la fête le 22 janvier, 
avant leur incorporation à la commune de la Chaux ; mais 
depulscette époque, ilschômentcelle de saint Point, patron de 
eelte-ci. L'ancien catalogue des bénéfices de Cluny dit qu'il c I3f. 
devait y résider un moine avec le prieur. Il était du diocèse 
de Besançon, h la collation du pape et de la paroisse des 
Petites-Chiettes. Il Ait uni, presque dans le principe, à celui 
de Poitte ; car dès 1288, les prieurs sont reconnus les 
mêmes, ainsi que le vocable. La mention distincte des deux 
établissements, par l'historien Gollut, donnerait h penser que 
rnnion fut bien postérieure ; mais', d'un autre côté^ l'omis- 
«on de celui de Poitte dans le catalogue précité donne 
encore lien de croire que cette union est très ancienne : 
9s tarent sécularisés ensemble en 1766, et réunis au chapitre c. lie. 
de Gigny, après avoir été possédés en eommende pendant 
du moins quatre siècles^ 



472 UISTOIRB DE GIGIIT. 

S 5. Nos propres recherches, réunies à celles de Tabbé 
Daverel et de J.-B. Béchet, o^out fait connaître que les 
prieurs suivants : 

Guichard de Thoihia, curé de Soucia, en 1288. 

Pierre de Cuampdyver, 1328. 

Etienne de Hontfleur, religieux de Gigny, 1357. 

Pierre Gemelu, 1603. 

Girard Durand, 1604 — 1639, qui supplanta, en cour de 
Rome, Antoine Quarrey, nommé par le prieur de 
Gigny. 

Edmond ou Aimé Mathet, de Dole, 1648, 1653. 

Jean Dorival I, 1663. 

Jean Dorival II, clerc, de Besançon, 1737. 

Claude-Louis Dorival, 1750, 1768. 
S 6. Les revenus du prieuré de la Motte et de celui de 
Poitte réunis étaient, pour le titulaire, de 500 fr.en 1635 et 
1737, et de 800 fr. en 1760, déduction faite du don gratuit, 
des impositions royales ou de communauté et des supplé- 
ments de portion congrue. Ils furent loués ensemble par les 
nobles chanoines, moyennant 1,000 fr. en 1768, 1,200 fr. 
en 1774, et 1,905 fr.en 1781. Ces revenus consistaient, pour 
le prieuré de la Hotte seulement : 1.* en quelques terres 
et de beaux prés à Iby et au Frânois ; 2.* en dîmes perçues 
à liay, Chambly, le Frànois et la Fromagerie ; 3.* en cens 
et quelques autres droits seigneuriaux dans ces quatre 
villages. 

On a déjà parlé du cens de trois sols dft , d'après le titre 
de 1176, par Tabbaye de Balerne, à cause du vallon de 
Chambly; d'un autre cdté, on lit que les habitants de la 
Fromagerie confessèrent, en 1653, devoir au prieur, en 
corps de communauté, la censé annuelle de quatre mesures* 
de froment et six d'avoine, à l'ancienne mesure de Balerne, 
formant le 12/ de six quartaux de cesdeu\ denrées. L'autre 
douzième appartenait li la dame de l'Aigle, et le restant ia 



chàpitrk ltii. Art. 16. 473 

Tabbé de Balerne et au prince d'Orange. En la même année, 
les habitants d'Day reconnurent aussi devoir les lods et de 
plus, en corps de communauté, une mesure de froment pour 
le droit de four. Nos nobles chanoines pensaient que le 
prieur avait encore le droit de pèche et de chasse, car leur 
fermier ayant été condamné, en 1771, pour une contraven- 
tion de cette nature, ils en appelèrent ; mais en 1772 ils se 
désistèrent. 

Quant aux dîmes, elles étaient perçues, au Frftnoiset k 
la Fromagerie, selon la même reconnaissance de 1653 et 
selon les baux du noble chapitre > à la onzième gerbe des 
grains qui se liaient, et au onzième cuchot de ceux qui ne 
se liaient pas. Le feurg n'était que de la douzième gerbe et 
du douzième cuchot à Day et h Chambly, sauf que, dans ce 
dernier lieu , les habitants donnaient une mesure par pose 
ou journal, en place de la dîme des grabadis ou denrées qui 
ne se liaient pas. On ne lie guère que le seigle et le froment, 
dans ces pays élevés ; l'orge, l'avoine, les fèves etles lentilles, 
sont chargées sur les voitures, comme du foin. 

S 7. Il existe une chapelle dans le village d'Uay, laquelle 

porte le millésime de 1730. Son architecture , en effet, n'est 

pas antique, et on peut présumer qu'elle a été érigée après 

que celle du prieuré dans l'ile est tombée en ruines. Les 

religieux de Gigny y faisaient célébrer des messes ; mais, de 

1752 k 1773, ils eurent procès avec les habitants d'Ilay, sur 

le nombre de celles qui devaient y être célébrées. Dans le 

bail de 1768, les nobles chanoines n'obligèrent le fermier 

da prieuré qu'à la célébration de 20 messes par an ; mais 

dans ceux de 1774 et 1781, ils stipulèrent qu'il en ferait 

dire une chaque semaine , par un prêtre de leur choix, le 

UHit sans doute conformément à la sentence intervenue. 

Uay était autrefois de la paroisse de Bonlieu, qui compre- 
nait Bonlieu, Uay, la Chaux-du-Dombief, les Petites-Ghiettes, 
Saugeot, le PuiUet Denezières. Mais l'église fut transférée. 



serait porlé à croiic (iiic lo pri 
{Kirlritu il'iiliord à l'ulitiiiyu île 1 
le ménic document recense auss 
dépendants de la mâme abbaye 
Jl Sainte-Agnès. Cependant, ci 
exemplaire du même diplAnie, 
Jara, vumaMerium tancii Lauihe 
lancli LaaraUii; comme anssi, d 
chartes analogues du onzième 
censent plus Saint-Laurent par 
Baume, il faut reconnaître que i 
ciennetd à l'abbaye de Gigny, ci 
partie du patrimoine de Bcrnor 
cbapilre XII, qu'en 1 192, les rc 
gneuFR suzerains de Saint-Laurc 
Rodolphe, prieur de ce dernier 
cette seigneurie le comte Étien 
Tait construire bientdt api-ès, sui 
teau-fort célèbre dans l'histoire 
a donne le sumom au village 
joord'hui il ne reste gnère plus 
ressc que de l'ancien prieuré du 



CHAPITRE LVII. Art, 17. 475 

portait quil devait rester nn moine avec le priear, on n'en ^ ^^i- 
retrouve auenne tradition locale , aucune maison , aucun 
champ, aucun bois, auenne vfgne qui en rappelle le nom. 
L'église seule et isolée subsiste sous le vocable de saint Lau- 
rent, avec des indices d'une haute antiquité. Sa voûte et ses 
fenêtres sont en ogives ; on y trouve plusieurs écussons de 
la féodalité, et, sous le porche extérieur, une pierre pupitrale 
ainsi qu'à Cuisia, etc. Hugues en est cité comme vicaire, 
en 1150. 

Le prieuré de Saint-Laurent , situé an dio^cèse de Besan- 
çon, en pays d'obédience, était h la collation du pape. Les 
religieux de Gigny, en demandant leur sécularisation en 1756, 
avaient aussi sollicité la suppression de ce membre de leur 
établissement, et la réunion de ses revenus h la mense capi- 
tolaire , comme de ceux des autres prieurés de la dépen- 
dance. Cependant cette extinction ne fut pas accordée h 
l'égard du seul prieuré de Saint-Laurent. Le pape s'en ré- c- tw. iii. 
serva expressément la collation par la bulle sécularisatrice, 
et on Toit que ce bénéfice a eu des titulaires jusqu'à la fin.. 
L'abbé Jard, prieur, étant mort en 1768, les chanoines de 
Gigny se crurent toujours coUateurs ; et hulnuts, comme on 
disait^ des bonnes vie, mœurs et capacité de M. J.-B. de Moyria, 
Ton d'eux, ils se permirent de le présenter à la nomination 
de l'archevêque de Besançon ; mais ce prélat institua le sieur 
Le Boeuf. Il en résulta une espècede conflit en cour de Rome, 
lequel M* de Moyria fit cesser, en adressant, le 30 novembre 
1769, une procuration de désistement et de consentement h 
la nomination 4le son compétiteur. 
L'abbé Baverel a commis une erreur quand il a placé ce 
prieuré sous la dépendance de celui de Nantua, h l'office du 
chambrier duquel il aurait été réuni. 

S 3. Nous avons encore moins de documents surscs revenus 
que sur son historique. On a seulement trouvé qu'en 1635, 
H rapportait 300 fr. à son titulaire, 500 fr. en 1737, et plus 



476 HISTOIRE DB 6IGtfT. 

de 1000 fr. en 1785. On voit aussi que le prince d'Yienghien, 
seigneur suzerain, disait en 1738 c que les terres de là sei- 
gneurie de Saint-Laurent devaient des cens enargent, blé os 
a autrement, tant au seigneur qu'aux frieur et hospitalier 
c de Saint-Laurent, k la chape Ile Barant, àcelle du chiteta, 
a h M. de la Baume , à Taumônier de Saint-€laiide et k la 
a Châse-Dieu de Gigny. i> Au reste, il ne fiiut pas confoiidfe, 
avec les revenus du prieuré de Saint-Laurent, les huit pareib 
de froment et d'avoine que nos religieux levaient sur les 
greniers du ch&teau de ce lieu, ensuite du traité de 1199, 
et que le fermier du seigneur fut condamné à livrer en iSM, 
1660 et 1667. 

Il ne faut pas confondre non plus, avec ces reveniis , les 
cent mesures de froment que nos nobles chanoines ont per- 
çues jusqu'à la fin sur la dlme de Ceuaicey. Une reconnais- 
sance des habitants de ce lieu, du 9 juin 1565, constate d^ 
ce droit, non pas rien que pour 100 mesures, mais pour 188, 
ou autrement pour 16 quartaux, ce qui indique une réduc- 
tion postérieure , peut-être en faveur du vicaire en chef qui 
fut établi. Cette rente provenait probablement de l'andén 
prieuré de Cesancey, appartenant à Baume et dont il a été 
parlé, a L'abbaye de Baume , dit J.-B. Béchet , partagea» 
a avec le prieuré de Gigny, les revenus de Gesancey. L'une 
a et l'autre cessèrent par la suite d'y faire le service , tout 
a en conservant la dlme qu'ils ont perçue jusqu'à la fin. Ce 
c ne fut que dans le dix-septième ou dix-huitième siècle que 
a la chapelle de Cesancey , probablement reste de l'aDcien 
« prieuré, fut érigée en annexe ou vicariat en chef, s 

S 4. S'ensuit la liste des prieurs connus , principalement 
d'après l'abbé Bavercl. 

Rodolphe, en 1183, 1192. 

Etienne de THOULO>'jo?r, 1337. - 

Guillaume de Vienne, 1373. 

Pierre de la Balmb , 1452. 



CBÀPITRE LYii. Art. 17. 477 

Antoine Andreyet (oncle), 1511. 

Antoine Andretbt (neten), 1560. 

Pierre Pellot, prieur commendataire, 1605. 

Julien Pellot (frère du précédent), 1606. 

Renaud Vieux, 1607. 

GnyotBADOux, 1609. 

Claude de Heycu, 1609. 

Claude Liyet (résignataire du précédent), 1612. 

François Liyet, 1616. 

Laurent-Jean Brun , docteur en théologie , protonotaire 
iqpostolique, chanoine théologal de Besançon, archidiacre de 
Gray, doyen de Poligny, prieur de Beaumont et de Romain- 
Moutier, abbé de Glairefontaine, 1618 — 1673. 

Claude-Gaspard deHARNix, 1674. 

Clande-Charles de Reculot, 1677. 
: Augustin Inessb , 1700. 

Jean-Antoine Tinsbàu, chanoine métropolitain, 1738. 
f N.— Camusat, chanoine, 1748. 

Jean-Antoine Thiseau, chanoine métropolitain, évéque de 
Bdley, puis de Nevers (peut-être le même que le précédent, 
fom son neveu), 1752. 

N*... Jard (restant à Auxerre), 1757 — 1768. 

c Jean-Bernard de Hoyria, chanoine de Gîgny, 1768—1769. 
)N.... le Bœuf, 1768 — 1769. 

N.... Camusat, chanoine, 1785, 1786. 

S 5. Outre le prieuré , il y avait aussi à Saint-Laurent un 
ancien hôpital^ à la collation du seigneur, avec chapelle sons 
le triple vocable de la Vierge^ de saint Denis et de saint An- 
toine, duquel on parle encore aujourd'hui et dont on montre 
tai maison. L'abbé Jean-Antoine Taueau, docteur en droit 
et en théologie, chanoine métropolitain de Besançon, proba- 
blement ensuite prieur de Saint-Laurent et évéque de Belley, 
puis de Nevers, y fut nommé en 1722, sur la présentation du 
prince d'Ysenghien. Il y succéda h Léonard Richard^ familier 



478 HISTOIRE DE CIÙVU 

de Saint-Laurent, et il en était encore titulaire en 1738^ Un 

autre ecclésiastique , Guillaume Sommier, l'était en et atant 

H. 1536. En cette année, il fut traduit en justice pour fait de 

foillardise, accusé d'y avoir entretenu des filles de mauvaise ^ 
yie, d'avoir rendu l'une d'elles mère de trois jumeaux, et .^ 
d'avoir nourri cette progéniture aux dépens de l'ho^ice. 
Mais on ne voit pas le résultat de la procédure. 

Art. XVIII. — Prieuré de HaiixxE. 

S 1. On a déjà dit plusieurs fois que l'église de Marboz^c 
c 45. Av&ît ^^ donnée, en 974, k l'abbaye de Gigny , par 

de Coligny. Ce fut ensuite de cette libéralité que l'insign 
monastère y établit un prieuré, pent^tre conventuel dans Is 
principe. Cependant les plus anciens prieurs ne sont connus 
que dès la fin du treizième siècle, a Etienne Julian, dit Gai- 
a chenon, d*après les titres de Gigny, prieur de Marbos, e 
a Humbert, sire de laTour-du-Pin, depuis Dauphin de Vien- 
a nois, firent, en 1279, un traité par lequel le droit degan 
a et l2L justice de ce prieuré demeurèrent au sire de la 
a pour être, ledit prieuré^ de la fondation de sesprédécessen 
a seigneurs de Coligny. j> Ainsi donc se trouve confirmé» 
notre charte du dixième siècle. 

L'ancien pouillc des bénéfices de Cluny ne mentionne pa^ 
le nombre des religieux qui doivent résider dans cet établi»* 
sèment, placé sous le vocable de saint Martin, et à la colla^ 
tion du prieur de Gigny. Il paraît avoir été tenu en conunende 
dès le milieu du quinzième siècle, fut sécularisé en 1768, 
et l'union de ses revenus ii la mense capitulaire de Gigny, 
effectuée en 1769 , après la mort du dernier titulaire. La 
motton prieurale existait au nord de l'église, un peu au bas du 
cimetière, et on en voit encoi*e une partie qui porte toujours 
le nom de prieuré. 

L'église, placée sous le mémo vocable que le monastère , 



CHAPlTRB LTII. Àlté 18. 479 

estsitoée sur une butte isolée, assez haute. Sa nef et ses col- 
latéraux sont de reconstruction presque nouveUe. Le chœur 
seul est d'une architecture plus ancienne, avec fenêtres en 
ogives. On n'y lit aucune inscription, on n'y remarque au- 
cun monument antique. Les nobles chanoines de Gigny y 
firent exécuter en 1779 des réparations considérables. 

S 2. Le bénéficiaire de Marboz devait au prieuré dont il 
dépendait une redevance annuelle de sept florins d'or pour 
droit de retponnon. Celui de 1572 , qui s'y refusait, fut con- 
<laniné à l'acquitter, par une sentence du bailliage de Bourg. 
C'était peutrétre le cens annuel de 60 sols que le prieur 
Hugonnet Palem avait déjà reconnu, en 1302, être dû au 
prieuré de Gigny. 

Une autre charge du titulaire était la desserte^ c'est-à-dire 
Fobligation de faire célébrer, comme à Ilay et h Donsurre, 
une messe chaque dimanche et chaque fête. 

S 3. Les revenus nets du prieuré de Marboz ne s'élevaient 
<iu'h 2100 fr.en 1760, etk 4000 fr. environ en 1769. Us fu* 
rent loués en 1778, pour neuf ans, moyennant 6000 francs 
par an et 2400 francs d'étrennes ou pot de vin, mais y com- 
pris la dîme novale et celle qui appartenait précédemment 
au sacristain du prieuré de Gigny. Le fermier fut en outre 
tenu de payer le don gratuit et les impositions; d'entrete- 
nir la maison prieurale et les cordes des cloches; d'acquitter 
les portions ou suppléments de portions congrues dûs aux 
carés de Yeijon, Foissia, Étrée et Malafreta ; enfin de payer 
^ celui de Marboz une somme annuelle de IQPO francs con- 
tenue entre lui et les religieux de Gigny, savoir: 250 francs 
pour lui tenir lieu de la dime novale^ 450 francs pour sa 
portion congrue et celle de son vicaire, et 300 francs pour 
la desserte du prieuré. En 1788, ces mêmes revenus furent 
Joués 8000 francs, aux mêmes conditions, et, dans l'un et 
l'autre bail, les nobles chanoines se réservèrent la nomina- 
tion aux bénéfices dépendant du prieuré , ainsi que les cens 
et droits énoncés aux terriers. 



480 mSTOIIII BB OIORT. 

Los revenus loués proTenaient surtout de dimef kllarboz, 
Étrée , Malafreta, Lëcheronx et Verjon. Elles étaient per- 
çues, aux champs, k la vingtième gerbe des blés propre- 
ment dits, et aux greniers, h )a vingtième coupe des menus 
grains ou des grabadis. Le prieur dimait aussi le chanvre, 
parce qu'il étaitjtenu d'entretenir les cordes des cloches. Les 
autres produits étaient ceux de quelques champs et surtout 
de deux beaux prés h Marboz dits les doi Pomard et Sbrtmet. 
Nos Inventaires citent , en effet, plusieurs anciens titres de 
propriétés foncières, notamment 1.® un acte de vente de 
plusieurs terres h Marboz, passé au prieur , en 1S82, par 
Bernard de Saint-Germain ; 2.® un titre de 1333 concernant 
le MeîxcnPresle, situé h Verjon, et dépendant du prieuré; ^ 
3.* un autre de 13il, relatif k quatre pièces de terre, etc. 

S 4. Bien que la justice du prieuré de Marboz ait été 

connue, dès 1279, appartenir ausirede Coligny, néanmoins,^ 

le titulaire y percevait des cens que nos religieux se réser — 

valent dans les baux précités. Les inventaires citent plu^ 

sieurs titres qui les établissaient, tels que 1.* une reconnais-^^s- 

sancede fief ou plutdt d'arrière-fleffeite,en 1356, anprofi M'^i 

du prieur, par Jean de Saint-Amour, 2.* une antre, ou pcnt.^ > 

être la même reconnaissance, faite aussi en 1356, de troi -S -«is 

pièces de vigne chargées d'un cens annuel de 6 gros ; 3.** ur ^Kin 

titre de 1384, relatif ii un cens de 3 sols estevenants', lequel^ -^^ 

n'était peut-être que la reconnaissance, renouvelée en 170^P- ^* 

pour une pièce de terre située près le bourg de Marboz, lie =3în 

dit au Pré dt la Vigne, sous le cens annuel de trois sols viewr"^^" 

nois; 4.« un icrrkr en latin, dressé en 1445, pour Étrée (^ ^^ 

autres lieux ; S.^deux autres, rédigés en français, en 150C^^^' 

pour Marboz et Verjon ; 6.» un autre en 1555 , pour Monr ^^^' 

songe, hameau de Marboz ; 7.» enfin, ceux qui furent rcnoi-^ "*"' 

vclés de tous les précédents en 1754. 

S 5. Le prieuré de Marboz parait avoir été démcmb^ *^ 
autrefois, et peut-être dès le quatorzième siècle, au profit S:::^^ 



CHAPITRE LTII. Art. 18. 481 

Vaumôtùer et du sacriitam de Gigny. On a AiSjli vu que le pre- 
mier de ces ofliciers avait une portion 4es dîmes de Foissia, 
nvec le patronage de l'ëglise, tandis que le pHeur de Marboz 
Bcstait chargé de la portion congrue du curé. Un de nos 
documents, qui apprend que ce prieur jouissait encore des 
dîmes de Foissia en 1709, ferait croire h un démembrement 
bien récent ; mais nous avons aussi trouvé des baux de ces 
vxiémes dîmes attribués k l'aumônier , dès le milieu du dix- 
septième siècle. Quant au sacristain , il est Irien établi 
q u'il en penmait h Étrée et h Marl)oz dans le seizième , 
oomme dans le dix-septième et le dix-buitième siècle , sans 
y avoir aucun patronage , et sans payer aucune part des 
portions congrues, qui étaient aussi à la charge du prieur 
local dans ces deux paroisses. En effet , les sacristains de 
1 512, 1553, et 1604 louèrent ces dîmes, tant de gros que de 
menas grains, pour les percevoir h Étrée, Marboz, Montjuif , 
SkiiDte-Goloml)e et Charignolles. Le prix annuel du bail de 
^^12 fut de 110 florins de Savoie, et celui de 1553, de 
^ 40 florins avec trois douzaines de chapons par an. On voit 
^ î nsi que cet ofBcier claustral, sans être pitancier ni réPec- 
^Urier, eut grand soin de songer à sa propre table, car on 
^e vivait déjà plus en commun dans le cloître de Gigny. Ces 
'U^mes dîmes, qui rapportaient au sacristain 409 francs en 
^ "^60 et 775 francs en 1771, furent ensuite louées, avec celles 
^ M prieuré de If arboz, après la mort de M. de Rilay. 

% 6. Voici la liste des prieurs connus, d'après rhistorien 
^ tiichenon et nos propres i*echerches : 

Etienne Julian, en 1279. 

Hugonet Palem, 1302. 

Jean de Thoire ou Thoiru, 1320. 

Hugues Pauee, 1332. 

Jean de Jaloignt, 1341. 

Pierre de la Va?bb, 1S56. 

Humbert de PoMuns, 13«:, 

31 



Hugues :. , 1362. 

Guy de l'Espinassb, 1384. 

Jean (I'Aurillia, doct. en décrets relig. , moine de Clnoy; 

1445. 
Piori-e RossAN, docteur ès^roils, sacristain de Treffort, 

nommé par le pape Félix. V, en 1450. 
Jean Teste, vie. gén. de l'abbé commend. d'Ambronay, 
1481. 

Pieri'e de Marus 

Pierre de la Baume, protonotaire apostol., abbé de Smc 

évéque de Genève, 1508. 
Claude Paluat, 1544. 

Philibert (bâtard) de la Baume, protonot. apost., 15411. 
Claude de la Baume, archevêque de Besançon, cardinaC 

1671—1584. 
Prosper de la Baume, né à Harboz, abbé du Miroir es 
de Charlieu,. prieur de Jouke et de Talissieu, mor" 
en 1599. 
Pierre de Thon-Rantechaux, infirmier à Gigny, 1598. 
Jean-Baptiste de la Baume, haut-doyen à Besançon, 161€i 
Claude Druays de Foanclieu, 1630 — 1649. 
Louis de la BàUMsde Montrevbl, 1649, 1650. 
Louis de Tuesut, prieur deDonsurre, puis de Gîgnf 

1693, 1702, 1729. 
N....de LA Fare (abbé), probablement prieur de Gigny« 

prit possession en 1745. 
N.... de Sailly, abbé, demeurant à Paris^ 1754 — 1769. 
Nonobstant la suppression du titre du prieuré de Marboi, 
par la bulle de 1760, nonobstant sa sécularisation prononcée, 
en 1768 , par rolBcial du diocèse, avec union des revenas 
au chapitre de Gigny, nonobstant enfin la prise de possession 
desdits revenus par celui-ci, en 1769, il parait qu'on sieur 
GuGLARD DU TiLLET, prétrc, demeurant k Paris, obtint par 
surprise quelque nomination , quelques provisions pour ce 



CHAPITRE LVii. Art. f9. 483 

bénéfice. En efTcl, on trouve mentionnées sur nos inventaires : 
I.* une défense signifiée, le 3 septembre 1771, parles nobles 
dttnoîucs, aux fermiers du prieuré, de se dessaisir du prix 
de leur bail , en faveur de ce prétendant, h peine de payer 
lenx fois; 2."* une requête présentée par eirx au roi, le f 
juin 1772, contre le même personnage qui, sans doute, re- 
nonça k ses prétentions. 

Marboz fut un des lieux cédés^ en 1289 , par le duc de 
Bourgogne, au comte de Savoie, contre les chûtcllenies de 
Bàgy et de Cuisery. 

Art. XIX. — Priewré de Maynal. 

**% 1. Le continuateur du grand ouvrage bagiologique de 
I. Bollandus a soutenu, avec beaucoup de vraisemblance, que 
Êiinal ou tieynau était le lieu désigné, en Tannée 1049, sons 
le' nom de Méiénaœurt, dans une bulle du pape Léon IX. 
Bette bulle, adressée à Hugues de Salins, archevêque de Be- 
Éttiçon, recense, au nombre des biens qui appartiennent h 
Tégllse de Saint-Étienne de cette ville, la Court ou terre de 
Wtiènac, avec ses dépendances quelconques, vignes, champs, 
tiois, serfs de l'un et l'autre sexe, ensemble l'église du même 
Ken avec toutes ses dîmes, dans laquelle le bienheureux 
nint Claude repose. Le pontife ajoute que, dans le synode 
le Reims (tenu en la même année), il a excommunié les 
nommés GofTrid et Leutald, ainsi que leurs complices, qui 
iTteient emparés de ces biens , et que, pour faire cesser 
tonr usurpation, il les fi*appe encore d'anathême ^^^K 

|lf 9) LfO Episcoputf êervHê sentorum Dêi^ Hitgoni aréhiepitcopo Chrisopoli- 
i(Bte..M D^num iimxlmuSf dmfcittimejlif, etc. ftibi timitifer corrob^ratmis... 
tSf eiCM. Cottem de Melenaco eum otnnihus perlineticuff vinëiSf eampis, 
W Ê Wiê f mmrilUi$iUviê et omiubmi pertineneutt eccletiam ejusdem loci in qua re« 
ftiêttU smtetmt ClauduSf eum ommbuâ dtdmUi, Bane cortem injuste lênenter, 
qmfêdmm Coffridum^ mtrfn Ltutaldiim, complices quoqne eorum in Btmcnsi 



4i>ii msTome de cicxr. ^^Hl 

I.'aiiti-iit' itoll:iri(lisle se foade priiK'i[iuli'iiirrit mr cr rjn'Il 
t'\isri'. (1*: (cmpR immi^iHorial , dans l'ëgliiie dn Mayinl , des 
nliiiiios d'un saint Claude, mnrlyr. qu'on y tilv le di- 
m:uich(> :iprcK h nulivilé de snini Jean-Baptiste. Ce binn- 
hFUJ'ciix, sillon lui , ne peut ^Ire Baiiit Claude, archev6]«e 
de Besançon , duiit la (èxe est ci^lébrée le 6 juin , et dont le 
fnlle n'a romnipnciî d'ailleurs qu'en 133S dans le diocèse de 
Lyon, el en 1140 dans celui de Besançon. Il aurait pu s'-ip- 
piiyer encore sur ce que l'a relie véque de celte dernièie 
\ille n'a point été nini-lyrisé; sur ce que la bulle parle de 
vignes, et qu'effectivement Maynal est un vignoble; sur r« 
que le mot Mciinac a pu racilenient se converlrr, par la Mp- 
pression de b consonne mddianc, en Miaial, Meyaal , Mey- 
iinii, Minni , etc. Mais il s*est mépris quanti il a conjectnr': 
que le saint Claude en question élait un martyr àc Lyon. 

Un magistrat très reccrmmandable, originaire de Maynal , 
M. Oudct, président en la cour royale de Dijon, qui a eu 
b complaisance de me procurer plusieurs documenu rela- 
tifs h son lieu natal, a décoiiTert que le saint Claude dont 
parle la bulle de Léon IX est l'un des cinq sculpteurs qui 
travaillaient au degré de la perfection en invoquant le nom 
de J.-C, et qui, ayant refusé de faire des statues pour les 
divinités païennes, furent martyrisés en l'on 302. sous Dio- 
ctétien. Leurs noms élaient Claude, Nicostrate, Symplinrieii, 
Simplicien el Casior. Leurs corps fbrenl retirés du Tibre 
où ils avaientélë jetés, et leurs reliques, déposi'cs à Rome 
sous l'autel de l'église des Quatre-Couronnés, ont été appor* 
uk-& ensuite à Toulouse, dans celle de Saint-Saluruin. On les 
l^te lous le 8 novembre. 

t,itm„,a<:... Daium XlUkat. Jumii.ttc. ^»» LromiZX, payrt i* >W. Ul. 

D'kuUci ciltiili d> cetlclmllc («ni Hiétit dini l'//.'j/aiX it Salimt. ft 

J.B auilliuDis , «I dini l'KiiaU mr CBiilairé dt fymcAfComii, pvIkU 

CUc. 



r 



CrAi>lTAE LYll. Art 19. toi 

n elTel , la ti-udilion à Maynal porte que le patron était 
icalpleur, et, sur sa baunière renouvelée en 1763, il est 
létenté invoquant le ciel , un ciseau d'une niain et un 
leau de l'autœ, avec un buste de marbne ou d'albiirc à 
pieds. A la vérité , ce patron , au lieu d'être connu à 
val sous le nom de saint Claude , Test sous celui d(' 
Chud, Mais il est certain que c'est par corruption du 
ei qu'il ne s'agit pas de saiol Cloud (Clodoaldiu), fils du 
□odomir qui ne sauva sa vie qu'en i*enonçant an ti*dne 
lOD père, et duquel on fait la fête le 7 septembre. On a 
Tabord uxint Clod , puis iohu Oaud , par dérivation de 
ùu et non de Claudms. Aussi, on lit au bas d'un tableau 
ixiste dans l'église, que : « Ledii-hnitièmejour du mois 
qnrril 1621 , la confiserie du Hont-Carmel a été érigée 
m relise parochiale de Monsieur loirU Clod de Maynal, 
Phonneur de laquelle les confrères d'icelle ont faict 
re, à leurs propres frais, le présent tableau, l'an 1626.» 
El encore , dans un registre de baptêmes ou naissances , 
|é en latin , et commencé en 1622, l'acte suivant : 7o- 
1^ films, etc., de Mayndy baptisalus fuit die festo sancU 
idii, viceùma nona junii 1636, et fiât patrinus, etc. (V. 

quelle époque les reliques de saint Cloud ont-elles été 
Mlées k Maynal? Est-il vrai qu'elles aient été trouvées 
i un pré de cette commune connu encore aujourd'hui 
. le nom de Pré de saint Cloud? Tout ce qu'on peut dii*e 
erlain, c'est que ces reliques existaient déjà dans l'église 
» lieu avant 1049, selon le témoignage de la bulle pré- 
!• Mais, plus anciennement encore, cette église avait été 
é^ sous le vocable de saint Denis, au rapport de l'histo- 
Danod, qui avait consulté les anciens titres du diocèse^ 
ai lui donne une haute antiquité. 
8. L'auteur Bollandiste dit ensuite qu'en 1055, l'arche- 
le Hugues concéda k l'église de Saint-Étienne de Besan- 



4K6 HISTOIRE DE GIGNT. 

çon, qa1t avait rëlalégrée, celle de IféléDac dcpciidanl de 
son domaioc privé. Il ajoute qu'un siècle après, le. SO mai 
i 148 , le pape Eugène III recensa cette mç^me ëglise de 
Méiénae, avec toutes ses dépendances , au nombre des biens 
de l'église de Saint-Etienne de Besançon. 

Ainsi donc, c'est postérieurement à Tannée 1148 et en- 
suite de la libéralité on d'une concession quelconque de 
oette métropole, que l'église de If aynal, avec ses droits et 
biens, a été réunie au monastère de Gigny ou k son ofiloe 
d'aumônier dont elle est devenue membre. C'est postérieu* 
rement aussi à cette époque qu'elle a changé son nom de 
Uélénac en celui de Mainay, JMstta/, ikt/nau, etc. 

L'époque de l'incorporation du prieuré de Ifaynal li l'an- 
môncrie de Gigny n'est pas connue précisément. Elle eut 
probablement lieu peu après le statut de 1308 qui accorda 
un traitement aux officiers claustraux dans l'ordre de Cluny. 

c. 106. En effet, on trouve déjà, en 1336, un aumônier de Gigny,. 
qualifié simultanément prieur de Mahwy, Dès-lors , tous 
aumôniers, jusqu'en 1791, ont été prieurs du même lien, 
on peut en voir la liste à l'article consacré à leur office^ 
L'acie de sécularisation de Gigny conserva ce bénéfice , en 
usufruit viager, à M. de Faletans, qui le possédait depuis 
1727 , comme aumônier. Quant au prieuré de Flacey, s'il a 
existé séparément , il fut réuni à celui de Maynal, au com- 
mencement du quinzième siècle, avec lequel il a toiyours été 
confondu ensuite. 

c. 141. S 3* Le prieur de Maynal éiaitcotelgneur du lieu , et sur b 

porte de la cour de la maison prieurale, les vieilles girouettes 
féodales font encore entendre leur aigre cri. )1 perco-ait 
des cens et droits seigneuriaux d'après des reconnaissances 
ou terriers de 1382, 1408, 1529, 1621, 1703, 1780. Il exer- 
çait une justice distincte sur certains lieux de la commune, 
nommait des officiers judiciaires particuliers, et dans les ar- 
çhiyes du chapitre de Gigny, existaient des r^isires ou 



CHAPITRE LYII. Art. 19. 487 

minâtes de celle jnstice moyenne et basse pour les années 
1651, 1747, 176S. n avait aussi le droit de mainmorte réélit^ 
et personnelle y dont le prieur CI. de La Tour affranchit ht 
ftmille Bucliot, en 1611 , moyennant une rente annuelle de 
100 francs. 

Outre ce seigneur ecdlésiasftique, Haynal avait un ou plu- 
sieurs seigneurs civils, ayant ch&teaux , terriers et justices 
propres. Cette seigneurie multiple appartint d'abord aux 
maisons de Rosay, Vanix et Poligny, dont Guillaume de 
Rosay, vivant en 1403; Marguerite de Varax , en 1419; 
Guigonne de Varax, dame de Rosay et Maynal , en 1487; 
JeandePoligny/écuyer, marié avec Alix de Salîns-Vincelles, 
lequel testa en 1434, étant seigneur de Coges. d'Augea et dt; 
Ménay ; Guyot de P., fils de Jean, seigneur des mêmes lieux, 
encore en 1460;ilugues deP., chevalier, seigneurd'Augea, 
• fils du précédent et père de François de P., qui se maria en 
1651 avec Madeleine de Salins- Vincelles; Claude de P., 
seigneur de Coges, qui reprit de fief du comte de Boui*gogne 
en 1571, et qui fût marié avec Françoise de Montjeu , 
dame de Maynal. 

A ces seigneurs, succédèrent les barons de Crcssia de la 
maison de Coligny^ que nous avons vus aussi seigneurs de 
Placey. Etienne Berton, de Lyon, acheta^ en 1670, Tune et 
l'autre seigneurie de la veuve du dernier des Coligny. Sa fille 
(tat mariée h Antoine de Laurencin , dont Thérltière reprit 
de fief en 1722 et vendit la seigneurie de Maynal h François- 
Louis deVauchicr, qui se qualifiait seigneur deGrandchamp 
et de Maynal, an milieu du dix-huitième siècle. Enfin la de- 
moiselle de Vaurliier porfa en dot la même seigneurie au 
comte d'Amandre, mort en 1823. 

On lit sur le mur méridional de l'église, derrière une boi- 
serie, une inscription qui prouve qu'Antoinette de Seyturier 
ira de Cornod, troisième femme de Claude de Salins, sei- 
gneur de Vincelles-sur-Seille, Vaugrigneuse et Blarigna , 



488 H-l&TOJRR DE GIG^T• 

a Clé iuliumcc duos cette église. Celle dame^qui se remaria 
en f 538, fui mère de Madeleine de SaliDS^ doot on o pariée 
et d'ÉtIcii nette de Salins, mariée avec Joacbia de Bemaaiv 
seigneur de Rosay, toutes deux dames de H aynaU Ce Ail ce 
Claude de Salins qui, an désir exprimé par la dame au mrnie 
^*il ahtuùt le plui, donna en 1511 un brillant tournoi on 
jjoi d'armei^ dans la cour de son château de Vincellcs, en 
présence de l'empereur Maximilien , juge des combattants. 
Or, nous remarquerons ici que oe haut Aiit de chevalerie se 
paasa au château de Vincelles, près Louhans, et non k Vin- 
ceiJes, près Maynal, comme quelques auteurs l'ont écrit. 

Les seigneurs civils et ecclésiastiques de ce dernier Uen 
étaient sous la suzeraineté du seigneur ou baron d'Orgdet, 
de la maison de Chalon ou de celle qui lui succéda. Ce deiw 
nier, seul, avait la haute justice et le droit d'ériger le signe 
patibulaire. Il possédait aussi la garde du pré du Brcuil» 
réchantillonnage des mesures et le droit de garde à Maynal, 
la veille, le jour et le lendemain de l'Ascension, avec pou- 
voir exclusif d'y faire tenir les assises et d*y percevoir les 
amendes pendant ces trois jours. 

S 4. La maiton prieurale existe encore au sud-^st, près de 
réglise, et il parait que de cette maison le prieur passait dans 
la partie cancellée de celle-ci, par une porte spéciale de 
communication. Cette habitation a une apparence d'antiquité, 
mais on n'y trouve aucun millésime ni aucune inscription. 
Dans le dix-huitième siècle, elle était occupée, de l'agrément 
de raumdnier de Gigny , par M. de Grandcbamp, ou antre 
seigneur. Un beau clos de vigne attenait k ce prâeuré el en 
dépendait. 

S 5. VégUse, sous le vocable de saint Goud, et autrefois à 
la collation de l'aumônier, est belle quoique antique ; touie 
en ogives, couverte en laves; ayant la figure d'une croix la- 
tine formée de deux chapelles, dont l'une dite la Chapelle an 
prieur ; avec vesiigcs d'un cancel séparant la partie orientale, 



CHAPITRE LTII. Ail. 19. 489 

lervëe aux ecclésiastiques, de la partie occidentale, destinée 

OL paroissiens ; tombe de 1403 d'un membre de la maison 

! Pymorin, mais dont on ne peut lire toute l'inscription. 

18 fenêtres du chœur ont été garnies depuis peu de beaux 

nux coloriés, mais où le rouge domine trop et fatigue la 

e, et sur lesquels sont représentés en grand saint Clod, 

iat Denis, saint Pierre, saint Paul et la Vierge. 

Une grosse tour carrée, très élevée, portant la date de 

74, sert de clocher et de vestibule k l'église. L'une des 

iches porte le millésime de 1773 et le nom de H. de 

letans, prieur de Maynal et haut-doyen de Gigny. 

4a reste, l'église et le prieuré sont construils sur une 

itear et toul-à-fait isolés du village. Il y a encore dans la 

Dunnne des champs, des prés et des bois dits du prieur ou 

l'omndfiîer, même déjà dans un terrierdu quinzième siècle. 

lant aux curés, on en connaît plusieurs très anciens : 

jmoii /, chapelain en 1235; Haymon 11^ chapelain en ç^^^ 

M, 1270, 1292; Girard Pelletier, d'Arinthod, avant 1374. 

1 6. La tradition, selon l'abbé Baverel, prétend que saint 

uthein a fondé ou établi le prieuré de Maynal et en a été 

premier titulaire. Mais cette tradition n'a plus cours sur 

lieux, et l'origine assignée est peu croyable, d'après ce 

iaété dit. Le même auteur a aussi écrit, maïs par erreur, 

B ce bénéfice ne valait que 200 francs à son titulaire en 

79, et 400 francs en 1760. En effet, en 1740, il était loué 

jennant 1500 fi*ancs, en 1760 moyennant 1657, et en 

M moyennant 2600. 

Les revenus en provenaient 1.® des dîmes de Maynal et 

ses hameaux, le Sorbief et Sellières ; de celles d'Augea et 

les sections. Changea et Bois-Laurent , depuis le quator- 

ne siècle an plus tôt ; de celles d'Orbagna et Crèvecœur ; 

celles de Beaufort, Rambey et Champ-Bérard ; enfin de 

es de toute la paroisse de Flacey ; 2.* des cens , lods , 

'ndes et autres revenus féodaux ; 3.* des échutes de 



490 mSTOIKB »« GIGHT. 

mainmorte ; 4.* de quelques acensements cm rem», et 
ponni ces dernières, decelle de f 00 flrancs dae par la AmRI 
Buchot ; 5.* des droits de patronage des ëglTses de Ifaynal 
Beaufort et Flacey, montant ensemble à 27 firancs; 6.* enfi 
de la maison et do clos du prieuré et de quelques prés ci 
autres biens fonds. 

S 7. Quant aux charges, elles s'élevaient environ h 134 fk 
en 1760, non compris b portion congrue due aux trois eu 
rés qui percevaient^ sans doute en remplacement, une pof 
tion des dîmes. Le bénéficiaire (levait, comme les aotit 
prieurs subordonnés, un cens ou droit de responsion au M 
nasière supérieur, lequel s'élevait à 4 francs, et que M: d 
Faletans, dernier titulaire, a payé jusqu*h la fin. D devrii 
en outre, pour don gratuit, environ 50 firancs par an, el 
évalua, en la même année 1760^ h SO francs, à peu prh 
l'entretien annuel, h sa chaire, du chœur , de la sacrislk 
des autels, linges et ornements dans les trois églises de sg 
palronagc. 

On terminera cet article en obser\ant que ce prieuré 
c 131. été inscrit, par erreur typographique, dans le catalogue di 
bénéfices de Qiiny, sous le nom de Mamatj, au lieu deMoM^ 

Art XX. — Prieuré de Mouz ou de la Madeleine. 

S 1 . On appelle encore Sous-Mouz les terres situées ff 
bas du revers occidental de la butte sablonneuse nouunfc 
aujourd'hui la Madeleine^ a un kilomètre h soir de la petite 
ville de Cuiseaux. C'est sur ce monticule isolé, près d'iule 
croix où Ton fait, tous les ans, une procession des Rogations» 
qu'existait l'antique prieuré de Mouz. Dans l'acte des tlna- 
chises et privilèges que Jean de Cuiseaux accorda h sa viBe. 
en 1265, Vcglisc de Mouz est désignée comme la limite ood 
dentale de ces franchises W>). 

(ao«) M. Monniei' peusc que lfoM« poamil bien ètie déiivédt 



CHAPITRE LYIl. Art. StO. 491 

Il est à croire que cette église a été la mère de celles de 
Guiseaux et de Champagna, et que les moines de ce prieuré 
ont été les desservants de ces deux paroisses Jusqu'à Tépo- 
qiae du condle de Latrttn. On peut donc présumer qu'à cette 
époque, c'est-h-dire« h la fin du douzième siècle, les églises 
de Guiseaux et de Champagna ont été construites et ont 
commencé h avoir des chapelains ou vicaires perpétuels en 
titre, présentés par le prieur de Mouz, ou plutôt par celui 
de Gigny, sou supérieur, puis institués par Tordinaîre. On 
trouve, en effet, pour la première fois Garin, chapelain de 
Cuisel en 1189., ensuite André en 1222 et 1238, Ansellin k c. 77. 
Champagna en cette dernière année, ceux-ci témoins d'une 
de nos chartes. D'un autre côté, un bon juge en pareille ma- 
tière, M. J. Bard, affirme que l'église de Guiseaux est du 
commencement du treizième siècle. 

L'existence du prieuré de Mouz, h un petit éloignement 
de Guiseaux, a probablement donné lieu de dire que cette 
ville s'étendait jadis jusqu'au monticule de la Madeleine. 
Mais cette tradition ne mérite pas foi , tant à cause de la 
charte de 1265 , que parce qu'on n'a découvert aucunes 
fuines dans les champs Intermédiaires. 

S 2. Le prieuré de Mouz, dont on ne connaît aucun titu- 

Uiire résidant, mais qui existait probablement encore en 

1265, paraît avoir été réuni de bonne heure k Voffice du 

^hambrier de Gigny, c'est-à-dire^ dans le quatorzième siècle, 

comme celui de Chùtel, ou du moins, de temps immémorial, 

^Dsi que disaient nos religieux lors de leur sécularisation. 

Il n'en est fuit aucune mention, ni dans l'ancien pouillé de 

de Marac et lieateDtnt d'Abdénme, et que oe nom Mrait une nouTeUe prenTe 
dtllontfion de* Sernsint dans nos payt. Bien qae je loit txht conTaincn de 
cMe jBfuleD ( à laqncl le n^enaiolBe on ne doit pef !■ plante oérêale qni perle 
k nea de cea peuplea } %\e n*émeltrai aneane opinkM» anr cette dtjmelof ie, 
et je me eonlenlerai de dire qn*it esîauit anaai une vUln de Motu dana le toiai- 
Vêft de Sagy, bioa oonune d^as le qnatonûëne atède. (Vojei page iS à- 



4M 



■ISTOIRB IVB GIONT.; 



c. lis. Gluoy, ni dans notre charte de 1434, relatite à rëréctioQ^ d 
la coU^îale de Gniseaux. Le prieur de Mouz ne figura û 
cnnement dans celle-ci, pour donner quelque adhésion 
celui de Gigny seul, avec tons ses religieux, y pàmt-et cas 
sentit h ladite érection. L'église de Mouz, après PaokHi d 
prieuré, fut convertie en une diapeUe sons le vocable Jk i 
Magdeleme^ laquelle a subsisté jusqu'en 1760. Le chandifk 
en conserva le patronage temporel et prit» jusqu'à la fin, 1 
c. 110, tu. titre de prieur de la Magâdme mu (Aueam^ prieur de Smmk 
Magdeleme de Mûêu. Il conserva aussi h Gniseaux les itm 
dites de la Hagdeleme et de Foiiàa, avec quelques cens i 
quelques vignes , le tout évalué, en 1760, à 1S5 fhmcs i 
revenu annuel. Ge titulaire reconnut, à cette époque, qa^ 
était chargé de faire célébrer chaque année , à Oà 
seaux, des messes en valeur de 30 fk*. Or, c'était probi 
blement pour la dcaerie de l'aucien prieuré, comme on a fi 
que cela était pratiqué à Donsurre, Uay et Marboz. Ge pet 
bénéfice était certainement le prieuré de la Madeleine qi 
l'historien Dunod plaçait, en 1735, au nombre de ceux qi 
dépendaient de Gigny ; mais il s*est trompé en agontai 
qu'il était réuni h l'office de l'aumônier; il a voulu dire d 
chanibrier. On découvrit, il y a environ un siècle, au voU 
nage de la chapelle, des fondements de constructions qi 
étaient sans doute celles de l'ancien monastère. Gelui-ci û*ê 
t-il été placé, sous son dernier vocable, que depuis 14M, 
lorsqu'un seigneur de Glémeneey apporta à Gniseaux OM 
statue en argent de sainte Madeleine, prise au pillage di 
l'élise de Saint-Lambert de Liège, lors du sac de celle 
ville par Charles-le-Téméraireî Je rignore« 

S 3. Si, dans les derniers siècles, le prieuré de Uqu^ouM^ 
la Madeleine n'était pas richement doté, c'est que lamenN 
capitulaire de Gigny absorbait presque tous les revenus lo- 
caux qui provenaient peut-être de l'ancien monastère* Ei 
effet, nos ix^ligieux étaient gros décimaicurs et même seigièom 



CHAPITRE LYII. Art. 20. 493 

censiers dans les deux paroisses de Cuiseaax et de Chain<« 
pagna, et encore dans celle de Joudes. Par ce motif, Téta-* 
blissement de la collégiale ne put avoir lieu sans leur con-* 
sentement, et ils en dictèrent même les conditions. 

D'api'èsdes reconnaisèances et des terriers de 1403, 1486, 
ISOO, 1546, 1557, 1596, 1610 et 1693, ils percevaient des 
lods, vends, corvées, échutes de mainmorte et cens en ar- 
gent, blé, avoine, vin, huile de noix, poules, etc.. Ces re- 
teniis féodaux étaient perçus à Cuiseaux, Marie et Semon ; 
^Champagna, Marie, Vaux, Arbuans et Louvarel; h Joudes. 
Ibrcia, Rosières et le Villars; enfin k Balanod. Nos inven- 
taires citent déjà une vente foite, en 1283, d'une maison 
sitnée à Guiseaux et dépendant de la directe du prieur de 
Gigny, par Pernette, veuve de Pierre Guichard de Guiseaux, 
^Hidiel de Morges. Ils mentionnent aussi une reconnais- 
sance en latin, passée en 1403, au profit du prieuré, d'ua 
cens annuel de 18 sols estevenants, valant un franc de bon 
or et de bon poids, affecté sur une vigne à Vaux. Ils rap- 
peUeot encore un mandement de garde obtenu, en 14S1 » 
par DOS religieux, contre Jean Gallois^ de Saint-Amour^ qui 
s'était mis en possession de Fboirie d'un homme mainmor- 
table du même village de Vaux. 

Ces divers droits féodaux, réunis aux dîmes et à quelques 
^goes, furent loués, en 1780, moyennant la somme de 
^2S francs, y compris les dîmes, vignes etdix>its qui appar- 
tenaient en propre à Tofiice du sacristain , au village de 
Varie, lesquels avaient été loués, en 1771, au prix de 200 
fr. Le fermier de 1780 fût chargé, en outre, de livrer an- 
tiQellement, au seigneur de Guiseaux^ 720 mesures d'avoine 
prélevées, avant tout partage, sur la dlme de la paroisse , et 
au religieiix de Gigny 80 mesures de froment, prélevées 
aasâf pour leur tenir lieu des novales. Après ces deux pré- 
^^Hneats , les ; chanoines de Guiseanix avaient le tiers du 
^tmm desdUttea de toute eq)èce ii Guiseaux et à Gham- 



1 



494 RisTOiaE DE otcxr. 

pugTia, en leur qualité de desservants et en manî^n- de por- 
tion congrue. Losdeuï aulres tiers apparleiiuiitnl :iu el<n- 
[liti-e de Gigny, avec la totalité des revenus ftkHlaus, cir qui 
faisait l'obji't du bail. 

S 4. Les nobles religienx conservùn.'tit aussi jusqu'à la lin 
le droit lioiiortCque du patronatje des deux cures; mais le 
droit utile, Miontanl bTTr. par an, hitrénnidès 1479,couiiue 
on a vu,^ l'ofTiccde l'ouvrier. Ils s'étaient, en outre, réter*é, 
en 1424, la Tacultë de se retirer & Cuiseaux dans Icb maisons 
canoniales et de faire célébrer l'office divin dans l'église de 
cette collégiale, en temps de guerre et nM^me quand bon lear 
semblerait. On a parlé de plus, au cbapitreXlV, de I» mamm 
de (•ignij ou maison de l'anmÔtK, qui leur a appartenu jusqu'i 
l'aceiisempiit perpétuel qu'ils en firent en 1691. Onajonten 
ici que l'acte de fondation de la chapelle de Vincelles, on 4a 
Rosaire, existait dans les archives de Giguy, avec des piécct 
de procédure relatives aux droitsduchapclain.cequiproan 
des prétentions de la part de nos religieux. Cettn chapelle 
a\'ail été fondée, le 6 août 1410, par Guillaume Bootofl, 
seigneur du Fay, dont la fille se maria avec Jean de Saliaii, 
seigneur de Vincellefi, prèsLouhans. Le patronage en arrin 
ainsi dans la famille de ce seigneur, laquelle l'a transmit 
au\ seif^neursde Chilly. C'est de là sans doute qu'ellp prilli' 
nom de cluipelle de VtnreUes. 

% 5. Anciennement nos moines possédaient encore i 
Cliampagiia, près de l'emplacement du presbytère sctwl, if- 
grands et beaux bâtiments qui subsistent en partie, avec ta 
clos de vigne environnant, qui porte toujours le nom do clm 
de Gitpiii. Ces bS ti m ents étaient peut-être ceux d'un ancien 
cliiUeau . car on a vu qu'en leur qualité de seigneurs 
suKfi'aiiis, ils avaient reçu, en 1370 et en 1330, plnsJeun 
Lonmiages - liges ou devoirs de fief. Quant au clos de 
Gigny , aujourd'hui en terre labourable . il n'appartenaîl 
dt'yîi r'"^ ^u" "ol^l^s chanoines sur la fin du dix-hiutiàw 




cnAPiTRE LTU. Art. 21. 49S 

•îède, et se trouvait alors divisé eotre plusieurs proprié- 
taires. 

Au reste , les ^lises de Cuiseaux et de Champagna pa- 
raissent très aDcienoes. Celle de Champagna surtout esl 
d'une apparence tout-à-fait gothique, malgré le rajeunisse- 
ment sans goût qu'on vient de donner à son clocher. Sa 
toàte et ses fenêtres sont en ogives très aiguës» et la lumière 
y pénètre à peine. Aussi, elle était jadis mère^glke, au rap- 
port de Tabbé Courtépée. Quatre petites croix de pierre 
d'une seule pièce sont placées aux quatre coins du cime- 
b'ère, comme îi Graye. Unie en 1421 à la collégiale de Cui- 
seaux, cette vieille église en a été séparée en 1832, et dès- 
lors elle a eu son desservant particulier. Guichon de Cui- 
seaux rétait en 1428. 

Art. XXI. — Prieuré d'Oussia. 

€ %i. La paroisse du Pont-d*Ains, dit Guichenon, est à 
« Oussia, car Féglise qui est dans la ville du Pont-d*Ains 
« n'en est qu'une annexe pour la commodité des habitants. 
« Bans le village d'Oussîa est un prieuré appelé d' Oussia 
« ou du Pont-d'Ains, sous le vocable de saint Didier, qui 
« dépend du prieuré de Gigny en Comté et doit sept florins 
« d'or de redevance. La fondation de ce prieuré est ignorée, 
« et touchant ses prieurs, j'ai recouvré ceux-ci : 
c Percevalde Loriol, en 1436. 
c Antoine de Montjoutent , prieur commendataire 

« ( cellérier de Gigny, 1473 ). 
t Jean-Philibert de Chasles , protonotaire apostolique, 
c Jean de Jolt, évéque de Saint-Paul-Trois-Chùteaux» 

c en 1540. 
c Claude BottSSRAT, 1563—1576. 
i Pierre de Gbmillt, 1584. 
y < nenre Yitst, 1587. 






i 



496 HISTOIRB D« GIGNT. 

<ï N GiROUDT. 

a Cliristophe de Gerbais de Sonnas, 1596. 

a Jean Gatain, 1602. 

(c Pierre Nbsmb, perpétuel de l'Isle-Barbe. » 

S 2. A cette notice nous ajouterons que le prieuré d*Oas- 
sîa a probablement été fondé en faveur du monastère de 
Gigny, par la puissante et généreuse maison de Goligny. 
souveraine de la localité. Elle avait construit, sur la baoteur 
qiii domine le PoAt-d'Ain, un cbftteau-fort pour défendre et 
protéger ses états. On voit encore sur la fbçade orientale 
de la tour à plate-forme, qui subsiste aujonrd'bui, de nom- 
breux écussons féodaux à l'aigle éployée. Ce chfttean est 
converti actuellement en hospice pour les ecclésiastiques io- 
firmes et sans fortune. 

Nous avons dit précédenunent que Tbommage rendu, 
en 1 265 , au prieur de Gigny , pour des melx possédés en 
fief dans la paroisse d'Uncia, pourrait avoir quelque rapport 
k ce prieuré. 

L'ancien catalogue, si souvent cité, attribue non-seolc- 
ment à Gigny le prieuré d'Oussia, qu'il nomme Ouàeidt 
niais encore un second prieuré au Pont-d'Ain, oii il n'en a 
jamais existé. Il est évident que c'est un double emploi. H 
ife font pas confondre non plus, avec le lieu de notre prieuré, 
Oncienx et Saint-Didier d'Oussia, deux autres communes 
du département de l'Ain. 

Il y a eu des prieurs titulaires h Oussia jusqu'il la fin. 
^^ M. de Fdetans, qui l'était déjà en 1756, a été le dernier et 
n'a cessé d'en jouir qu'en 1790. Ce bénéfice, k la collation 
du prieur de Gigny et non à celle du pape , fut sécularisé, 
en 1768, par M. de la Forêt» officiai de Lyon^ commissaire 
apostolique délégué, qui déclara que les revenus en seraient 
unis à la mense capitulaire de Gigny, après le décès da 
titulaire. 

S 3. Le village d'Oussia, divisé en haui et hat^ n'est an- 



C.131. 



CHAPITAK LTII. Alt. 21. 497 

L'bai qu'un hamean de la commune du Pontrd'Ain. 
C'est an-deOi duhautOussiaqu'existaient l'église et la maison 
prieurak, dans un site très élevé, d'où l'on jouit d'un char- 
mant coup-d'œil sur la Bresse, le bas Bugey et la rivière 
d'Ain, qui roule deslits de graviers avec ses flots torrentueux, 
L'égliieSL été démolie en 1831, et la charrue passe aujour* 
d'hui sur son emplacement, ainsi que sur celui du cimetière. 
£lle était grande et vaste, quoique sans collatéraux ; avec 
Toute et fenêtres en ogives, vitraux peints ; cancel entre le 
diœuret la nef; trois ou quatre chapeUes;.bénitier, au milieu 
duquel une croix en pierre, haute de deux mètres, était im- 
plantée. 

La nunaon prieurak^ d'assez petite étendue, existait au midi 
de l'église^ dont elle était peu distante. On en voit encore 
quelques restes ou débris; mais elle a été démolie, même 
avant Téglise ; et sur son emplacement, on a reconstruit une 
jBuaison de cultivateur ou de vigneron. Tout près se trouve 
un clos de vigne, appelé aujour